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Full text of "La Chanson de Roland et le Roman de Roncevaux, des 12e et 13e siècles. Pub. d'après les manuscrits de la Bibliotheque Bodléienne à Oxford et de la Bibliothèque impériale"

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UNlNERSITi' OF 
TORONTO PRESS 



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LA CHANSON 

DE ROLAND 

ET LE ROMAN 

DE IIONCEYAUX 



TïFOGrv\lIllE VlllMIN DltlOT. — MtSMI. (laiŒ). 



LA CHANSON 

DE ROLAND 

ET LE ROMA?v 

DE RONCEVAUX 

DES XW ET XIIl^ SIÈCLES 

PlBLIf.S 

d'après les manuscrits de la BIBLIÛinÉglF. BODLÉIEN'XE A OXFORD 
ET DE LA BIBLIOTnÈQUE LMPtRIALE 

PAR FRAXCISQUE-MlCîlEL 

roRRESPOSDA>T DE l'iXSTrTL'T DE FSi^'CE, DE l'aCAOLMTE IMPtatALE DE VIENNE 
DE l'aCADÉUIE BOTALE DES SCIFXCES DE TPR-FS, DES SOCIÉTKS DES ASTIQUATRES DE LO^TDÂEi 

d'Ecosse, de ^orva^die, etc., etc. 



7^. 



PARIS 



^' 



LIBRAÏKIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C" 

IMPRIMEURS DK l'iNSTITIT, RIE JACOB, .'>G 
186'J 



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PRÉFACE. 



Assez de gent sont nnilt dolaut 
De ce que l'eu Irahi Rollant, 
Et pleurent de fausse pitié (1). 

Ce passage , qui , sans aucun doute , fait allusion au Roman 
de Roncevaux, tel que nous le publions, nous montre assez à 
quel point il était répandu au moyen âge, et combien la lecture 
en était attachante pour nos aïeux. 

(1) La Complainte d'outremer, Paris, 1834, in-S", p. 15. — Voici deux 
autres passages où l'ou parle de la Chanson de Roncevaux, Ils nous donnent 
de nouvelles preuves de sa popularité : 

Oï avez d'Olivier le baron 

Et de Rollant et del noble Cliarlon, 

Des .xii. pers que traï Guenelon. 

En Roncevax au roi Marsilion 

Les vendi Guones, cui dame-Dé mal dontl 

Pus en ot-il si mortel guierdon, 

Con vos orroiz es vers de la chançon, 

Qu'il en pendi à guise de larron : 

Si doit-on fere de traitor félon. 

( T.es Enfances Vh'ienz, Ms. de la Bibliothèque impériale n° G985, fol. 17 3 
r", col. 3, ligne 13.) 

Menl)ro-vos orc de la perte de Karlle, 
De Roncevax où fu la grant bataille. 
Mort fu Rollant et Turpin et li autre. 
Et Olivier, le chevalier mirable; 
Plus de .XX. m. i et mort à glaive. 
Pris fu Garin d'Anséune la large, 
Si l'en mena .i. fel paieu Marage. 

{^Ibid., fol. 173 v", col. 2, v. 3C ). 



H PRÉFACE. 

Le fait principal sur lequel roule son action est la défaite de 
l'arrière -garde de Charlemagne dans les Pyrénées en 778, lors- 
qu'il revenait de l'Espagne qu'il avait conquise : « Tandis que 
la guerre contre les Saxons , dit Eginhard , se continuait assi- 
dûment et presque sans relâche , le roi , qui avait réparti des 
troupes sur les points favorables de la frontière , marche contre 
l'Espagne à la tète de toutes les forces qu'il peut rassembler, 
franchit les gorges des Pyrénées, reçoit la soumission de toutes 
les villes et de tous les châteaux devant lesquels il se présente, 
et ramène son armée sans avoir éprouvé aucune perte , si ce n'est 
toutefois qu'au sommet des Pyrénées il eut à souffrir un peu de 
la perfidie des Gascons. Tandis que l'armée des Francs, engagée 
dans un étroit défilé, était obligée par la nature du terrain de 
marcher sur une ligne longue et resserrée, les Gascons qui s'é- 
taient embusqués sur la crête de la montagne (car l'épaisseur 
des forêts dont ces lieux sont couverts favorise les embuscades) 
descendent et se précipitent tout à coup sur la queue des ba- 
gages, et sur les troupes d'arrière-garde chargées de couvrir tout 
ce qui précédait, et les culbutent au fond de la vallée, Ce fut 
là que s'engagea un combat opiniâtre, dans lequel tous les Francs 
périrent jusqu'au dernier. Les Gascons, après avoir pillé les 
bagages, profitèrent delà nuit, qui était survenue, pour se 
disperser rapidement. Ils durent, en cette rencontre, tout leur 
succès à la légèreté de leurs armes , et à la disposition des lieux 
où se passa l'action ; les Francs , au contraire , pesamment ar- 
més , et placés dans une situation défavorable , luttèrent avec 
trop de désavantage. Eggihard, maître d'hôtel du roi, Anselme, 
comte du palais , et Roland , préfet des Marches de Bretagne , 
périrent dans ce combat. Il n'y eut pas moyen, dans le moment, 
de tirer vengeance de cet échec ; car, après ce coup de main , 
l'ennemi se dispersa si bien , qu'on ne put recueillir aucun ren- 
seignement sur les lieux oii il aurait fallu le chercher (1). » 



(I) Fita Karoli imperatorîs, cap. IX (OEuvres complètes d'Éginliard, 
réunies pour la première fois et traduites en français par A. Teulet. A Paris, 
M. DCGG. XL — XLUI, in-S", tom. I, p. 30-33). Voyez aussi Poetœ Saxo- 
n'ici Annales, lib. I {Rec. des Hist. des Gaules et de la France, vol. V, 



PRÉFACE. m 

Voici ce que l'histoire a laissé sur la fameuse bataille de lion- 
cevaux. Voulons-nous plus? La fable nous fournira d'amples 
détails : lisons la chronique attribuée à Turpin, celle de Ro- 
drigue de Tolède (1) et autres, plusieurs romances espagnoles, et 
avant tout la Chanson de Roland , et le Roman de Ronceuavx, 
que nous publions {-2). 

C'est de celle-là que nous allons maintenant parler. 

En 1817, J. -F. Conybeare , annonçant l'intention où il était 
de faire paraître un ouvrage intitulé Illuslralions of tJie early 
History of English andFrench Poetry, et donnant le plan de son 
travail, disait : « Parmi les notices consacrées à l'ancienne poésie 
française, on trouvera l'analyse d'un poëme sur un sujet bien 
connu, la déroute deRoncevaux, que diverses particularités 
dans la composition m'autorisent à regarder comme le plus an- 
cien spécimen en ce genre existant aujourd'hui au nombre des 

p. 142, E) ; Eghihardi Annales {ihul., p. 203, D);Ics Clironi(/i/cs (h- Sni/it- 
Denys, liv. I, cliap. VI [iJ>iil., p. 234, E); Vllistuirc de Clutrleina- 
gne par Gaillard, I»aiis, MDCCCXIX, in-S", vol. I, p. 331-335; et le 
Marca Hispanica sive Limes Hispunicus... aiict. Petro de Marca. Parisiis, 
MDCLXXXVIII, in-ful., lib. III, cap. VI, col, 245-255. Eu voici \e: synopsis : 
« I. Mors Pipj)iiii régis. Ibinalarabi Sarracenus se filio ejiis Karolo M. dédit. 
H. Is erat pi;efectiis Cœsaraiigust;e. III. Ea capta est a Karolo, et Pompclo. 
IV. Osca Francorum doniinio tradita. V. lusidiie Karolo striicta; iii faiicibiis 
Pyrena;i. VI. Verba Egiuhardide ea clade. VII. Fabula» Hispanoruiii de piigna 
illa. VIII. Fabulosariiin historiarum origo ab Ilispanis. Rodericus Toletamus 
taliuin fabularum pater et patrouus. IX. Geruiida capta a copiis ejusdem Ka- 
roli. X. Gerundenses putant Karoltim ipsiim eani obsidionein fecisse. XI. Ar- 
naldus, episcopus Geruudensis, instituit festuni et officiuin S. Karoli M.» 

(1) Rodericus Toletanus, Rer, in Hispania gestaritm Chron., lib. IV, cap. X. 

(2) Les fables de Roucevaux ont été répétées par Chalcondyle, I^ttôoei- 
|tç îffTopîwv ûc'xa. Parisiis, DC. L., iu-fol. p. 45, D 4C, D ( il y est dit que Ro- 
land, appelé '()p[xàv5o;, y mourut de soif, et ajouté : jcal oùiot (j.èv xaûiy) 
xâXXiCTTa 6£jj.£voi TÔv 7t6Xê[j.ov, è; tôôe àei ûjJ.voûvTat, w; àvops; Y£v6pi;vo'. 
àyaôûî. Kal 'Opfiâvôov [ièv tôv ye CTpaxriYOv Okô SîiJ/ouc èxTîoXiopxr.OévTa 
aTtoôaveïv) ; et parMariana, Hist.de Relus Hispan., lib. VII, cap. XI. Elles 
ont été discutées et combattues par Baronius, Annales Eccles., année 778, 
§1,11, vol. XIlI,Luca;,MUCCLIll,p. 125, 12G;etann. 812,§XIV,XV, XVI, 
XVII, XVIII, p. 495-408; par Pagi, Critica, :78, § III, IV, V, VI, p. 125, 
12G; et par M' Pierre de Marca, dans son Histoire de Béarn, p. 152-154. 



lY PRÉFACE. 

trésors manuscrits de nos bibliothèques (1). » L'ouvrage n'a ja- 
mais vu le jour. 

Cette même année. M. de Musset donnait une analyse du Ro- 
man (le Runccvaiix, et en annonçait une édition, qui n'a jamais 
paru (2). 

En 1832, M. Paulin Paris disait dans sa Lettre à M. Hlonmergné 
sur les romans des douze pairs de France : « M. Bourdillon, qui, 
depuis longtemps , a senti toute l'importance littéraire et his- 
torique de la Chanson de Roncevaux, s'occupe d'en offrir enfin 
une édition (3). » 

La même année, mais plus tard, parut une Dissertation sur 
le Roman de Roncevaux par H, Monin , élève de l'École Nor- 
male (4). Nous tâchâmes de faire sentir tout le mérite de ce 
travail dans un article du Cabinet de Lecture , qui ensuite, cor- 
rigé et augmenté, fut tiré à part à cent exemplaires sous le 
titre A' Examen critique de la Dissertation de J\L Henri Monin 
sur le Roman de Roncevaux (o). Cet article ne fut pas le seul; 
M. Raynouard en fit un dans le Journal des Savants, n° de juil- 
let 1832; et M. Saint-Marc Girardin, trois dans le Journal 
des Débats, numéros des 27 septembre, 14 octobre et 9 no- 
vembre de la même année. 

A la suite de tous ces comptes-rendus , M. Monin publia en 
quatre pages in-8° ses corrections et additions. C'est à cet ou- 
vrage ainsi complété que nous renvoyons le lecteur pour la 
solution des principales questions que soulève le Roman de 
Roncevaux : l'élève de l'École Normale y a généralement ré- 

(1) Tlie Gentleman s Magazine, August 1817, p. 103, co). 2. 

(2) Légende du Inenlieiireux Roland, prince français, dans les Mémoires et 
Dissertations sur les Antiquités nationales et étrangères, publiés par la So- 
ciété royale des Antiquaires de France, tom. I, p. 145-171. Voyez aussi 
tom. X, p. 412-414. — De la page 151 à la page IGO se trouve l'analyse du 
Homan de Roncevaux, avec cette note, dont le renvoi est à la fin de la première 
ligne : « Le Roman de Roncevals, manuscrit dont M. Guyot des Herbiers 
prépare une édition, qui ne peut manquer d'être favorablement accueillie, u 

(3) /-./ Romans de Rerte ans grans pies, p. xlij. 

(4) Paris, Imprimerie royale, un vol. in-S" de (4)-l 16 pages. 

(5) Paris, Silvestre, 1832, brochure in-S". 



PREFACE. V 

pondu avec autant de talent que de bonheur. Nous nous bor- 
nerons donc à présenter quelques observations sur la version du 
manuscrit d'Oxford que nous publions de nouveau, et sur notre 
travail d'éditeur. 

L'existence du manuscrit Digby, coté 23 , a été pour la pre- 
mière fois révélée par le savant Tyrwhitt, dans une de ses notes 
aux Cantorbury Taies de Chaucer. Plus tard il fut, à ce que 
nous croyons, examiné par feu l'abbé de la Rue, qui ne publia 
qu'en 183i ses observations sur le poème attribué à Turold(l). 
Ces observations sont de telle nature que nous croirions man- 
quer à un devoir si nous ne les examinions pas en détail. 

M, de la Rue débute par assurer que la famille de Turold 
étoit normande, et qu'il figure lui-même sur la tapisserie de 
Bayeux. A cette assertion, nous opposons deux chartes : l'une 
de Kenulph, roi de Mercie, donnée en 806; l'autre de Witlaf, 
roi du même pays, en 833, et dans lesquelles il est question 
d'un Thorold, vicomte de Lincoln (:2), et du don qu'il fait aux 
moines de l'abbaye de Groyland, de son manoir de Bokenhale. 
Nous répondrons ensuite à M. de la Rue, qu'il est tout au moins 
téméraire de poser en fait que le Turold du manuscrit Digby soit 
l'auteur du poème que nous publions, et le même que le person- 
nage représenté sur la tapisserie de Bayeux (3). Sous le règne de 

(1) Essais li'isto7-'i<iues sur les Bardes, les Jongleurs et les Trouvères, t. Il, 
p. 57-(î5. 

(2) Hisloria lugulphl, recueil de Fell, t. I, p. G et 9. — II est ([uestion d'un 
autre Anglo-Saxon nommé Thorold, sous le règne d'.-Etlielred, vers l'année 
994, dans la chronique de J. Brouipton. [tllst. .ingl. Script, X, col. 879, 
1. 55.) 

(3) * . . . II s'étoit distingué avec ses fils à la journée d'Hastings. Richard, 
l'un d'eux, fut shérif du Lincolnshire, où il fonda le prieuré de Spalding. « 
Ceci est une erreur, comme l'on peut s'en convaincre en lisant Ingulphe : 
« Tune inter faniiliares nostri nionasterii, et bcnevolos amicos, erat pra>cipuns 
consiliarius cpiidam vicecomes Lincolnia;, dictus Tlioroldus, quem muiti adhuc 
superstiles et regulares et seculares viderunt et noveruni , dégénère tt cogna- 
tione illiiis vicedomini Thoroldi, (|ui quondam nostro cd'nohio amicissimus 
dédit nol)is manerinm suuni de P.okenhale cum omnihus pertinentiis ejus. Sic 
iste Thoroldus... totuni manerium suum de Spaldyng cnni reddilihus perlinen- 
til)ns,et servitiis suis universis in perpetuam eleeniosvnan roncessit, et inde 



VI PREFACE. 

Guillaume le Conquérant , il y avait aussi à Peterborough un 
abbé normand du même nom (1), qui mourut en 1098 ("2); et 
nous rencontrons encore un Turoldus de Montants dans la chro- 
nique d'Orderic Vital, à l'année 1107 (3). Comme on le voit, le 
nom de notre trouvère n'était pas rare, et il nous semble plus 
raisonnable de penser qu'il n'appartenait pas exclusivement 
aux grands seigneurs que nous venons de nommer, plutôt que 
d'attribuer à l'un d'eux une œuvre qui, sans aucun doute, est 
celle d'un jongleur ou d'un rimeur roturier. 

Poursuivons notre examen. 

JNl. de la Rue prétend que notre trouvère prit le sujet de sa 
chanson dans la fabuleuse histoire de Charlemagne par Turpin. 
Avant l'apparition des Essais historiques , M. H. Monin avait 
réfuté cette opinion. Voyez sa brochure, p. 73-76, et p. 7i, 
où un passage tiré de l'épitre du prieur de Vigeois au clergé de 
Limoges , en lui envoyant la chronique de Turpin ( vers l'an 
1 100) , nous prouve bien qu'on n'avait pas besoin de Turpin 
pour chanter Roland et la , bataille de Roncevaux, tout au 
moins au midi de la Loire. D'ailleurs, ce n'est pas le témoi- 

rliiioi^ia|iliuiii siiiiin fecit. » Recueil de Fell, vol.l,p. C5. La cliarte se trouve 
p. 8G-88, et dans le Moriaslicon .hi^licaiiiim, édit. de M. DC. LV — M 
DCLXXlll, 1. 1, p. 306, 307. Voyez aussi p. 95 du premier ouvrage. 

(1) Chronlcon Saxonicum, édit. d'Ingram, p. 273-27G. — Histcria Ingulphi, 
recueil de Fell, vol. I, p. 71, ann. 107 1 ; p. 93 et 124. — JVillielmi Malmesbu- 
riensis, lil). V. de Pontifîcibus, recueil de Thomas Gale, t. I, p. 372, ligne IC. 
— Joanms Lelandi antîquani de Relnu Britaiiiùcis Cullectanea, Oxonii, 1716, 
in-8°, t. 1, première partie, p. 13 et 14. 

(2) Chron. Sax., p. 317. 

(3) Historiœ Normannortim Sciipton-s antujit'i, éd. A. Du Chesne, p. 828, 
D, et 831, B. — Voyez, pour d'autres personnes du mî^mt nom, XeMonasticon 
Jngliciuium, 1. 1, p. 44, col. 2, 1. 43 ; p. 179, col. 1, ligne 25 ; p. 18C, col. 2, 
ligne 9, et p. 331, col. 2, 1. 50. Nous lisons dans une lettre de M. Thomas 
Wright : 'i The family of Thorold, prol)ably of ihe sanie stock, lias existed 
iuLincolnshire up to modem tinies. In Ms. Lansdowne n" 207, G, we meet 
with Ânllioiiy Thorold, Esq. of Marston, in an old pedigree; and in the same 
volume we find that Anthony Thorold of Lincolnshire was kniglited hy 
Elisahelh, and tliat Sir John Tiiorold was knightcd, among many olhers, 
Ly James I, on liis way to the eailof Rutland. See p. 2G8, 27 0. » 



PREFACE. VII 

gnage de l'archevêque que Turold invoque ; mais celui de Gilic : 

Ço dist la geste e cil ki el camp fut , 

■ Li ber Giliepor qui Deus fait vertuz, 

E list la chartre el inusterdc Loiini. 

Ki tant ne set ne l'ail prod entcndut. 

(P. Ci, >t. CL V, V. 13.) 

Quel était ce Gilie? Malheureusement nos recherches ne nous 
ont rien appris sur lui. 

M. de la Rue ajoute au sujet do Turold : « C'est le premier 
poète qui ait écrit en françois sin^ cette bataille, et nous le 
comptons parmi les trouvères qui écrivirent dans les trente pre- 
mières années du douzième siècle. » La première de ces opinions 
est bien tranchante, et aurait besoin de preuves; quant à la se- 
conde, elle nous paraît fondée, et nous l'adoptons volontiers; 
mais nous ne pouvons que regretter de la trouver suivie d'une 
assertion entièrement fausse : « Si quelquefois il (Turold) écrit 
un alinéa en rimes consécutives, souvent aussi, au milieu d'une 
narration intéressante , il écarte std^itement la rime , et con- 
tinue son récit en vers non rimes. » Il suffit de jeter les yeux 
sur ce poème pour se convaincre que, comme le Roman du 
voyage de C/iarlemagne à Jérusalem et à Constantinople (1), il 
n'est pas assujetti à la rime, mais continuellement à l'assonance. 
« J'appelle assoxaxce, dit M. Raynouard (:2), dans l'ancienne 
poésie françoise, la correspondance imparfaite et approximative 
du son final du dernier mot du vers avec le même son du vers 
qui précède ou qui suit, comme on a appelé rime la correspon- 
dance parfaite du son identique final de deux vers formant le 
distique. » Je le répète, qu'on jette les yeux sur la chanson de 
Turold, qu'on ait soin de prononcer la fin des vers en appuyant 
sur la voyelle pleine , dominante et antérieure qui caractérisait 

(1) Nous avons juihlié cet ouvrage à Londres, eu 18^50, chez William Pi- 
ckerinfî, en un volume in-12. 

(2) Des formes vrimilh'es de la rersificalion f/cç trouvères dans leurs épo' 
pces roina/iescjues. (Journal des Savants, cahier de juillet 1833, p. 380, 
387.) Cet excellent article est à lire tout entier av.int d'aborder la chanson 
de Turold. 11 réfute complètement ce que dit l'ahbé de la Rue, p. 59, GO, au 
sujet du système de versification qui y est employé. 



VIII PRÉFACE. 

l'assonance, et l'on reconnaîtra partout la vérité de ce que je 
dis , excepté dans un petit nombre de cas où nous pouvons ac- 
cuser le copiste ou notre ignorance de la prononciation de ces 
temps anciens. 

M. de la Hue continue en donnant quelques extraits du poème 
de Tuiold; mais, chose singulière! il ne va jamais jusqu'au 
mot AGI qui termine presque toujours chaque tirade, et con- 
séquennnent il ne dit pas un mot de cette curieuse finale que 
nous n'avons rencontrée nulle autre part , et sur laquelle nous 
hasarderons bientôt une conjecture. 

Plus loin, M. de la Rue assure que Turold place parmi les 
paladins de Gharlemagne, sous le nom de Gautier, le fameux 
Gauvain , neveu du roi Arthur : d'où il conclut « qu'il faut re- 
porter les fables de la Table Ronde à une époque beaucoup 
plus reculée que celle qu'on prétend faussement leur assigner. » 
Nous croyons qu'effectivement les fables de la Table Ronde sont 
au moins aussi anciennes que les légendes de Gharlemagne ; 
mais nous ne faisons pas découler cette conséquence du fait 
qu'avance l'abbé de la Rue, attendu qu'il ne se trouve pas 
dansla chanson composée ou récitée par Turold, mais dans la ver- 
sion du manuscrit 7:227-5 (1), version du treizième siècle ; en- 
core peut-on expliquer différemment le passage en appliquant à 
Malarsus les mots Li niés Artus qui se trouvent au vers suivant (2). 

Dans l'avant-dernier paragraphe de l'article que nous exami- 
nons, je trouve une remarque singulière : M. de la Rue avance 
que Turold donne au vers un pied de plus quand la rime est 
féminine, et qu'il le fait aussi quelquefois quand elle est mas- 
culine. M. de la Rue a-t-il donc oublié qu'en tout temps l'E muet 
linaln a jamais compté pour un pied?En second lieu, si M. l'abbé 
a fait allusion à des vers semblables à ceux-ci : 

l''ors Sarragucc, ki'est en une munîaigne , 
Li reis Marsilic la tient, là Deu non aimet , 

(1) Voyez la dissertaliou de M. Monin, p. 32, v. T et 8; et notre textej 
p. 79, st. CL,v. 13 et J 4. 

(2) Voir plus loin, p. 225, couplet cxcvii, \. 13, en lecouiparaul a\ec le 
vers eorrespondanl de la chambre de Ro/aiiJ, p. G3. 



PRÉFACE. IX 

il a oublié ce que disait JNI. Raynouard en 1833 : « Lorsque dans 
les vers de douze et de dix syllabes, l'hémistiche ou le repos of- 
froit, à la sixième, à la quatrième, un mot terminé en E muet, 
cet E muet ne comptoit pas, et il en étoit de cette désinence de 
la césure comme de la désinence en E muet de la rime ou de 
l'assonance (1).» Ajoutonsquele T final placé devant aimet, re- 
cleimeé, ateignct, ne se prononçant pas, on avait un vers juste 
en lisant ainsi les vers que nous avons cités plus haut : 

ForsSarragus, U'iesl eu une niuntaigiie, 
Li reisi Marsill la tient, l<i Dcu neii aime. 

Le dernier paragraphe de l'article de M. de la Rue est con- 
sacré à la dissertation de M. Monin , dont il fait un éloge mé- 
rité. 

C'est peut-être ici le moment de répondre à une interpella- 
tion que nous a adressée un maître de la science , dont nous 
recevions toujours les avis avec autant de respect que de recon- 
naissance. « Pourquoi, me disait M. Raynouard, avez-vous 
donné au poème de Turold le titre de Chanson de Roland, 
alors qu'aucun manuscrit ne le porte? » Nous n'avons, il est 
vrai, trouvé ni ce titre ni aucun autre dans les manuscrits du 
Roman de Roncevaux, et si nous l'avons pris , c'est que nous 
avons pensé qu'il convenait beaucoup plus/iue tout autre au 
poème de Turold. En effet, c'est bien une Chanson de {/este, 
dont le héros le plus saillant est Roland], qui, par le conseil 
qu'il donne à Charlemagne , amène la trahison de Ganelon , sa 
propre mort et celle des douze pairs à Roncevaux. Le seul re- 
proche que l'on puisse nous faire, c'est de ne point avoir préféré 
ce nom de lieu à celui du principal héros, et adopté le titre de 
Chanson de Roncevaux , conformément à ce qui s'est pratiqué 
pour d'autres poèmes, tels que ceux d'Aspremont et d'Aliscans. 

On peut croire aussi que , par ces mots Chanson de Roland, 
nous avons voulu donner à penser que nous regardions le 
poème de Turold comme étant celui dont Taillefer chanta 
des morceaux à la bataille d'Hastings. Nous ne cacherons 

(I) Ailicle cite, Journal des Swaitts, \^. 393, 39». 



X PREFACE. 

jwiiit que nous avons l'intime persuasion que le chant du 
jongleur normand était pris d'une chanson de geste (1); nous 
dirons même que cette chanson pourrait bien être celle de 
Turold; car l'antiquité de son langage, qui ressemble à la 
langue dos lois de Guillaume le Bâtard , la conquête de 

(1) « The rcal Oliausou de Roland was, unqiiestionably, a metrical ro- 
mance, of great lengtli, iipon llie fatal battle of Roncevaux, of vvliichTaillefer 
only chantrd a part. i> (Ritson, Dissertation on Romance and Minstrelsy, 
p. xxxvj.) Voyez aussi l'avertissement eu télé du tome VII A%Y Histoire litté- 
raire de la France, p. Ixxiij ; la préface du Roman de Berte aux grands 
pieds, p, xwiij, xxi\, où l'on attribue à M. de Chateaubriand une décou- 
verte faite longtemps avant lui; Voyez enfin l'ouvrage de l'abbé de la Rue, 
t. I, p. 1-31, 135. Ce qu'il dit en cet endroit a été réfuté par M. Le Roux de 
Linry dans son Analyse critique et littéraire du roman de Garin le Lohérain. 
Paris, Techener, 1835, in-12, p. 19-23. — Si quelqu'un doutait encore que 
les anciens poèmes français appelés chansons de geste fussent chantés, ou d'u- 
sage ancien, les passages suivants détruiraient son incertitude. Le premier 
est tiré d'un ouvrage certainement composé avant 1225, puisqu'il est cite 
dans le Roman de la Fioletle, qui est de celte époque environ : 

Or fu .G. as fencstrcs le bcr, 

Et li chctis ot le Rosne passé, 

Monte les tertres, s'a les vax avalé; 

De si à Nynics ne s'i est arestez , 

Par la porte entre en la ))onc cité, 

Truevc .G. desoz !e pîn ramé, 

En sa compaigne maint che\alirr membre. 

Desor.i. pin lor chaiitoit .i. juglcr 

Vielle chançon de grant antiquité; 

Molt par fu lionc, au conte vint à gré. 

{Roman de Cuillaumc au court nez, Ms. de la Bibliothèque impériale 
n" G985, fol. 1G7 v%col.l, v. 4.) 

«. . . . On appelle en France une simphonie l'instrument dont les aveu- 
gles jouent en chantans les chaneons de geste, et a cest instrument moult 
doulx son et plaisant, se ce ne fust pour Testât de ceulx qui en usent. >■ 
(Le Propriétaire en françovs, traduit en 137 2, de Frère Barthélemi de 
Glanville, par Frère Jehan Corbichon. Paris, pour Antoine Verard, sans date, 
in-folio, gothique, liv. XIX, cliap. CXL. Ce passage n'est pas dans l'original.) 
— « A Jehan Tornc, chanteur en place, qui payés li ont esté de don à li 
fait des grâces de le ville, par courtoisie à li faite pour se paine et travail 
qu'il eut de cantcr en son romans des isloires des seigneurs anehieus, le jour 



PRÉFACE. XI 

l'Angleterre par Cliarlemagne rappelée dans la XXVIIP tirade , 
l'oriflamme nommé étendard de Saint-Pierre, toutes ces circon- 
stances qu'on chercherait vainement dans une autre clianson de 
geste, nous font regretter de n'avoir pas de preuves plus positi- 
ves. Quoi qu'il en soit, il est très-permis de croire que le poème 
de Turold est la Chanson de Roland, qui, suivant Guillaume 
de Malmesbury (1), Albéric des Trois-Fontaines (2), Matthieu 
Paris (3), Ralph Higden (4), Matthieu de \Yestminster (5) et 
Wace (6) , fut chantée au commencement de la bataille d'Has- 
tings. 

Nous savons bien que des auteurs modernes , tels que l'abbé 
Prévost (7), George EUis (8), Sharon Turner (9), MM. de 
Sismondi (lO), de Musset (11) et Thomas ^Yright (12). penchent 

des quaresmiaui deesraiu passé, au bos d'Abbeville, paravant le choUe corn- 
mencbié, v solz. » (Uegislre de la commune d'Abheviile, an. 1401, cité par 
M. Louandre, Histoire ancienne et moderne d'Abbeville et de son arrondis- 
sement, 1834-35, in-S", pag. 22G, note 1.) 

(1) Rerum Anglicarum Scriptores post Bedam prxcipiti, éd. H. Savile , 
p. 101, ligne IG. — Rec. des Hist. des Gaules et de la France, \. XI, p. 184, B. 

(2) Bec. des Hist.de France, t. XI, p. 3C1, A. 
{Z)Hist. Major, édit. de 1C44, p. 3, col. 1, R. 

(4) Rec. de Thomas Gale, t. I,p. 28G. 

(5) Flores Historiarum, Fiancofurti, M.DCI., in-fol., p. 223, ligne 31, 

(G) LeRomande Bou, roi. II, p. 214, 215. Voyez, au reste, le Glossaire de 
du Cauge, au mot Cantilexa Rola>di. 

(7) Histoire de Guillaume le Conquérant, Amsterdam, M.DCC.LXXXIV., 
in-S", p. 213 ; « Toute son armée s'ébranla... en chantant une espèce d'air 
militaire, composé par Rollou , premier duc de Normandie. >- 

(8) Spécimens of early English metrical Bomances, London , 1811, trois 
vol. in-8°, t. I, p. 30 ; mai^, d'après ce qu'on lit, p. 13 et 15, il y aurait plus 
loin faute d'impression. 

(9) « Historr of tltc Anglo-Saxons. » Cette indication , donnée par l'abbé 
de la Rue, t. I, p. 134, nous parait fautive : nous avons trouvé dans la seconde 
et dans la cinquième édition de l'Histoire des Anglo-Saxons (les seules ([ue nous 
ayons à notre disposition) un passage totalement différent à l'eiuboit où il 
est question de la bataille d'IIastings. 

(10) Histoire des Français, t. IV, Paris, 1S23, in-S", p. 358. 

(11) Mém. delà Société des Antiq. de France, t. I, p. IGC. 

(12) The Foreign Quarterly Reiic.v, n' XXX 1, Ocl. 1S35, p. 128, ait. On 



XII PREFACE. 

à croire, comme nous l'avons jadis cru nous-même (I), que les 
Normands chantèrent à Hastings, non pas la chanson de Ro- 
land, mais de Rollon leur premier duc ; nous savons bien aussi 
qu'il y a des chroniques qui appellent le second Rollandus (3); 
mais il faut d'autres preuves pour contre-balancer le texte si 
précis de Wace, et nous ne partagerons cette opinion qu'alors 
qu'on nous aura montré cette chanson de Rollon , ou tout au 
moins un passage authentique qui ne présente pas d'équivoque. 

Nous ne parlerons pas ici des ridicules couplets imaginés par 
MM. de Paulmy et de Tressan (3) : ce sont de mauvaises plai- 
santeries auxquelles on a eu le tort de prêter plus d'attention 
qu'elles n'en méritent. 

« La Chanson de Roland, dit !\F. de Roquefort (i), étoit en- 

///(■ Frenclt and Englisk « Chansons de Geste. » Après avoir exprimé cette 
opinion et rapporté le passage de Wace, M. Wright ajoute : « It is l)y no 
nicans unlikely, however, tliat the circumstance of Taillefer singiiig in tlie 
ijattle was an invention of the clironiclers , after the battle of Roncevaux 
liad Ijecorae itself a popnlar subjcct of song , and tliat the ground of the 
f.tory was his famé as a poet. The purpose of the anecdote is to show tlic hold 
recklesness of the warrior, who couhl amuse himself withhis song-craftin the 
very face of the enemy. » — Un précieux passage des Miracles de saint Benoît, 
par Raoul Tortaire , abbé de Fleury, témoigne implicitement de la présence 
do Taillefer à la bataille d'Hastings. Racontant une irruption de bandits sur 
les J)ords de la Loire, il rapporte que cette troupe était précédée d'un jongleur, 
(jui chantait une chanson de geste on s'accompagnant sur un instrument ; 
H Tanta vero erat illis securitas confidentibus in sua multitudine, et tanta ar- 
rogantia de robore et aptitudine sua" juventutis, utscurram se pr.'ecedere facc- 
ront, fpii musico instrumento res foititer gestas et priorum bella prœcineret, 
quatenns his acrins incitarentur ad ea peragenda , qure maligno conceperant 
animo. » [Les BJiracles de saint Benoît, réunis et pidjliés pour la Société de 
l'histoire de France par A. de Certain. A Paris, M. uccc. LViil., in-S", p. 337 .) 

(1) Examen critique du Eonnin de Berte aux grands pieds, Paris, 1832, 
in-12, p. G. 

(2) « Willielmns Lnngespeye, filii Rolandi , qui fuit primusdux Normanno- 
rum. » ( Chron. Thomie If'ihs, ap. Th. Gale, vol. II, p. 22, et Leland, Col. 
lectanea, t. II, part. I, p. 415.) 

(3) Voyez de VElat de la Poésie française dans les douzième c-t treizième 
siècles, par B. de Roquefort, p. 362-3C7 . 

(4) ihid., p. 2 on. 



PRÉFACE. xiii 

core en usage dans nos armées sous la troisième race. Boethius 
rapporte même à ce sujet , dans son Histoire d'Ecosse , une 
anecdote qui se trouve répétée dans la plupart des ouvrages 
qui traitent de l'histoire de la poésie ou de la musique. Le roi 
Jean, dit-il, mécontent de ses troupes, et entendant quelques 
soldats qui chantoient la Chanson de Roland, s'écria qu'il y 
avoit longtemps qu'on ne voyoit plus de Rolands parmi les 
François. Un vieux capitaine, prenant cette plainte pour un re- 
proche sanglant fait a la nation, dont le roi sembloit suspecter 
la valeur, lui répondit avec cette noble franchise qui forme le 
caractère d'un bon soldat : Sachez, sire, que vous ne man- 
queriez pas de Rolands, si les soldats voyoient encore un Char- 
lemagne à leur tète. » Ici M. de Roquefort se joue étrange- 
ment du texte d'Hector Boys (I). Quoi qu'il en soit, le mot est 
beau ; malheureusement il avait été dit bien auparavant : en 
effet, l'auteur d'un dictionnaire théologique, composé, suivant 
toute apparence,- au treizième siècle, rapporte qu'un jongleur 
ayant demandé au roi Philippe à quoi il pensait, celui-ci répon- 
'dit : « Je me demande pourquoi il n'y a pas présentement 
d'aussi bons chevaliers que Roland et Olivier ; » et que le jeune 
jongleur répartit : « C'est qu'aujourd'hui il n'y a pas de Char- 
les (2), » Dans un petit poème intitulé de la Vie dou Monde, 
nous lisons la stance suivante : 

Couvoitise vaut pis que ne fait uns serpens : 
Atout honni le inonde, dont je sui nioU dolans. 

(1) « Dum li.ec in Scotia agunUir, Franconim regnum minim iii niodiim 
l)elio pieme])atur Anglorum regisque eos sui de?iJeiiiini aJiuodum augcl)at. 
Itaque legatos in Angliam mitlunt cuni liliis, quos pvo pâtre obsidcs pra'ho- 
bant. Sed quiim Joannes rex Paiisios penenisset, vocato scnalii piurimiim 
fatum suum ac regnj calamitateslamentabili querebatur voce, ac interca;lera 
exclamabat conquerens nullos modo se Rolandos aut Gavinos reperire. Ad 
quod unus ex mnjoribus natu, cujus aliquando \irtus in juventa claruissct , ac 
propterea regiœ iiifousior iguavia', respondit non dcfuluros Rolandos, si adsinl 
Caroli. » {Scotorum Histor'ise... iibri XI \, Hectore lioetbio Deidonauo auclore. 
Parisiis, 157 4, in-foL, lib.XV, fol. 327 r',1. 7.) 

(2) Bibl. impériale, fonds lalin, \\° 7G93. Cf. Histoire litlcralre (/<■ la 
France, t. XXII, p. 19. 

b. 



XIV PRÉFACE. 

Se Charles fust en Fiance, encore i fust Rolans, 
N'eussent pooir contre els Yaumons ni Agolans (1). 

Et dans un autre ouvrage , de la même époque environ , nous 

rencontrons ces deux vers : 

Mais s'encore fust Charle en Franche le roial^ 
Encore trouvasl-on Roland et Percheval (2). 

Le premier des poëmesque nous donnons ici a été imprimé à 
la suite de l'une de nos missions en Angleterre (3). Le bruit que 
fit cette publication, tout de suite appréciée par les hommes 
de goût (4), engagea un amateur d'anciens manuscrits à 
produire par la même voie celui qu'il possédait; mais en 
dépit de tous ses efforts, assaisonnés d'une aigreur que rien 
ne justifiait, le public s'obstina dans son admiration pour le 
texte de Turold , et en même temps que M. Bourdillon pu- 
bliait le rifacimento qu'il prétendait mettre au-dessus (5), 

(1) Manuscrit de la Bibliothèque impériale, u" 7595, fol.DXXun v°,col. 2, 
st. VIII. — Manuscrit du fonds de Notre-Dame, u" 198, fol. c. m r", col. i, 
V. 13. 

(2) Adam de la Halle, tom. Vil, p. 25, dos Cliron'ujues nationales françaises, 
de M. Buchon. 

(3) La Chanson Je Roland, ou de Ronceraii r, du XI le siècle, publiée pour 
la première fois d'après le manuscrit delà Bil)liothc([ue Bodléieiine, à Oxford, 
par Francisque-Michel. Paris, chez Silvestre, 1837, in-S", deLXlX-317 pages, 
plus deux, feuillets de litres, un faux titre d'un feuillet entre l'iiitroduction et 
le texte, et un autre feuillet consacré à la table des matières. 

(4) Il a été rendu compte de cette publication dans la Quotidienne, du 8 fé- 
vrier 1837 (feuilleton de M. Célestin Moreau ) ; dans le Lilerary Gazette, 
n° 1049, February 25,1837, p. 123, col. 3 (art. de M. Thomas Wright) ; dans 
le Court Journal, n° 413, Mardi 25, 1837, p. 18G, col. 2 (art. deM.W.-J. 
Thoms ); dans le Monde , n° 93, 1 7 février 1837 (feuilleton de M. X. Marmier) ; 
dans le 7oM;-Ha/ de Paris, n° du 25 avril 1837 (art. de M. L. Amiel ); dans la 
Befue française et étrangère, 3' n° — mars 1837, p. 4C9-473 (art. de 
M. Raymond Thomassy), etc. 

(5) Boncisi'al, mis en lumière par Jean-Louis Bourdillon. Dijon et Paris, 
1841, in-12. — L'année précédente, le même avait donné un autre volume 
sous ce titre : Le Poème de Roncevau.v, traduit du roman en français par Jean- 
Louis Bourdillon. Dijon, de l'imprimerie de Frantin, 1840, petit in-8" de 244 
pages , plus un feuillet contenant les corrections. 



PRÉFACE. XV 

iMM. Delécluze (1), Vitet {±), Génin (3), Saint- Albin (i), 
Jônain (5) et d'Avril (6), s'en tenant à la vieille chanson de 
geste, la faisaient passer plus ou moins heureusement dans 
notre langue actuelle. 

Née avant le milieu du xi^ siècle , combien de temps vécut la 
Chanson de Roland sous sa forme primitive? Un passage d'un 
ancien rimeur, restaurateur de quelques-unes de nos vieilles 
chansons de geste, en même temps qu'il caractérise leurs rudes 
accents, donne à penser que la plus épique d'entre elles était 
déjà tombée en oubli , à l'époque où l'on s'occupait de les re- 
mettre à neuf: « Les jongleurs, dit Adenès, vous ont parlé surtout 
de Guillaume d'Orange et du Danois Ogier ; mais ils chantèrent 



(1) Rulaml ou la Clievalerie, par E.-J, Delécluze. Paris, 1845, deux volumes 
iii-8°. Extrait abrégé de la Chauson de Roland, t. I, p. 23-38 ; Traduction 
du poëme, t. II, p. 9-147. — M. Charles Maguiii a publié une analyse de cet 
ouvrage dans la Revue des Deux Mondes, cahier de juin 1840. 

(2) Revue des Deux Mondes, t. XIV, 22*-" annnée, nouvelle j)érioile, 1852, 
p. 817-8G4. — L'étude si remarquable de >I. Yilet a reparu dans un volume 
d'ituvres mêlées de cet académicien , et a été traduite eu anglais par Mrs, 
Marsh. (Londres, 1853, in-4°.) 

(3) La Chanson de Roland, poëme de Théroulde, texte critique , accom- 
pagné d'une traduction, d'une introduction et de notes, par F. Génin, chef de 
division au Ministère de l'Instruction publique; Paris, Imprimerie nationale, 
M DCCC L, un volume grand in-S". — Ami de l'éditeur, M. Maguin a consacré 
à cette publication plusieurs articles dans le Journal des Savants; voyez les 
cahiers de septembre 1852, p. 541-5CI,et de décembre 1852, p. 7CC-777 ; et 
celui de mars 1853, p. 163-181 . 

(4) La Chanson de Roland, poëme de Théroulde, suivie de la chronique de 
Turpiu, etc. Paris, 18G5, in-12, de 293 pages, plus un faux titre et un feuillet 
de table. 

(5) Roland, poème heroïijiie de Théroulde, trouvère du XI'^ siècle, traduit 
en vers français par P. Jônain sur le texte et la version en prose de F. Géniu 
(Bordeaux, imp. de J. Delmas), Paris, M DCCG LXI, in-12, de XlV-85 pages 
chiffrées, plus 2 feuillets de lettres d'éloges adrestées à l'auteur par MM. Mi- 
chelet. Mistral, Garnot et Adolphe de Driolle. 

(G) La Chanson de Roland, traduction nouvelle, arec une introduction et des 
notes, par Adolphe d'Avril, Paris, 18G5, in-S», de GXXXI-20C pages, e 
18G6,in-18. — M. Gaston Paris a rendu compte de ce livre dans la Revue cri 
tique d'histoire et de littérature, iV\,Q janvier 18CG, p. 9-11. 



XVI PRKFAGE. 

avec des violons de cuivre ou de fer ; ils employèrent des glaives 
d'acier en guise d'archets. Avec de tels instruments, ils for- 
mèrent des accords capables de déchirer l'oreille des Sarrasins; 
et, certes, le moyen le plus sûr de mériter place au paradis 
serait de retenir leurs vers (1). » 

Adenès ressemble ici aux écrivains du xvii^ siècle, qui n'a- 
vaient pas assez de dédaigneuses expressions pour jeter à la 
mémoire des poètes et de tous les écrivains du xvi^; mais n'en 
déplaise au vieux trouvère, la dureté des vers de ses devanciers 
vaut mieux que son habile et harmonieuse longueur. 

Remarquons, dans ce passage, que le premier rang de che- 
valerie est donné à Guillaume d'Orange et à Ogier. Comment 
met-on ces deux héros devant Garin le Loherain et devant 
Roland ? C'est que à Garin avait succédé Roland , et à Roland 
Guillaume au court nez, lequel était encore en faveur à la fin 
du XIII* siècle. 



L'édition pr inceps de la Chanson de Roland, tirée à petit 
nombre, n'avait valu à l'éditeur que peu de renom et 
encore moins de profit; celle de M. Génin, imprimée 
aux frais de l'État, lui rapporta l'un et l'autre, et les maî- 
tres de la critique s'en occupèrent longuement. Bienveil- 
lant de sa nature , mais indépendant du ministère de 
l'inslruction publique et du rédacteur du NalionaJ qui 
s'y était installé le lendemain d'une révolution, l'honora- 
ble M. Vitet se fit juge du travail de M. Génin, et le loua 
sans témoigner, à son exemple, du dédain pour le travail 
d'un homme sans lequel le second éditeur avouait lui- 
même qu'il n'aurait rien pu faire (2). Commençant par 

(i) Ms. de la Bibliothèque de l'.\i'senal B.-L. Fr. n" 175, folio 7 i verso. 
Cf. Histoire littéraire de la France, t. XX, p. C99. 

(2) •< Oui, je nroccupe toujours de i)Iiiloloo;ie et en particulier de la 
Chanson de Roland. Je vous dois déjà le premier texte sur lequel j'ai 



PRÉFACE. XVII 

M. Bourdillon,rélég'antacadémicien signale ses innocentes 
colères contre le malencontreux abbé de la Rue qui avait 
fait la découverte du manuscrit d'Oxford , et contre l'ex- 
péditif éditeur qui l'avait si vite exploitée. «Pour punir 
l'éditeur, continue M. Vitet, on a grand soin de ne pas 
prononcer une seule fois son nom , et quant au poëme, 
on s'en console en répétant à tout propos que c'est un 
tissu d'absurdités et de bévues , une œuvre indigne de ^ 
voir le jour, le plus ignoble fatras, un véritable bara- 
gouin, et, pour comble d'injure, le plus moderne de tous 
les poëmes de Roncevaux! Tout cela n'est que risible et 
ne doit pas nous arrêter. Laissons là sa traduction, qui 
n'a pas seulement le tort d'être moulée sur ce texte , 
mais le tort plus grave encore d'être conçue dans le sys- 
tème des paraphrases et des équivalents. La seule chose 
qui doive nous occuper, c'est le manuscrit d'Oxford. 

« L'édition qu'en avait si rapidement donnée >L Fran- 
cisque-Miche! ne laissait-elle rien à désirer? ^"avait-il 
rien omis? Son texte était-il pur et correct d'un bout à 
l'autre? Nous le supposons sans consulter les philologues ; 

travaillé; à présent vous m'offrez un second exemplaire sur papier collé 
où je pourrai mettre des notes en marge : je vous devrai donc tous les 
siihsidia de celte édition (si jamais elle voit le jour). J'accepte avec re- 
connaissance, et n'ai aucun regret à ce qu'il soit dit que sans vous je 
n'aurais pu rien faire, » (Lettre de M. Génin à M. Francisque-^Iicliel, 
Paris, le 3 janvier 18^9.) — Un ami de l'auteur, M. Magnin, sous les 
yeux duf|uel j'avais mis cette déclaration, ne put s'empêcher de blâmer, 
quoi(|ueavec timitlité, le procédé de son auteur. Après avoir cité les tra- 
vaux de MM. Henri :Monin , Bourdillon et Francisque-Micliel, « le si- 
lence que M. Génin a gardé particulièrement sur le dernier, dit-il , s'ex- 
plique de soi-même par la notoriété de la publication qu'on lui tloit. • 
{Journal des S(nwits, septembre i85a, p. 5/,3.) Cette notoriété n'avait 
point empêché, cependant, M. de G:iulle de représenter, dans le Bulletin 
mensuel de la société de l'histoire de Trance, M. Génin comme ayant tue 



XVIII P HÉ FACE. 

mais, à notre avis , son travail n'en était pas moins in- 
complet, par cela seul qu'il s'adressait uniquement aux 
savants. Le public, en pareille matière, a droit de ne 
pas être oublié. Pour lui donner la clé d'une telle œuvre 
il ne suffisait pas d'un glossaire expliquant à peine quel- 
ques mots, c'est une traduction qu'il fallait. D'un autre 
côté , le sujet du poëme suggère une foule de considéra- 
tions liistoriques et littéraires que le savant éditeur n'a 
pas cru devoir aborder. Les notes, il est vrai , et son in- 
troduction sont pleines de citations érudites; mais, pour 
accomplir sa tâche, la critique, en pareille matière, avait 
à nous donner quelque chose de plus. 

(.< Nous ne sommes donc pas surpris que, dix ans après 
M. Francisque-Michel, M. Génin ait cru pouvoii étudier 
à son tour la Chanson de Roland, la commenter et la tra- 
duire. C'était son droit assurément. On le lui a pourtant 
contesté ; on est allé jusqu'à prétendre que ce texte d'Ox- 
ford était la propriété du premier occupant, et que l'im- 
primer à nouveau, sans l'aveu du premier éditeur, 
c'était commettre, ni plus ni moins, le délit de contre- 
façon. Nous n'avons nulle envie de nous mêler à ces 
tristes débats, ne voulant pas être conduit à signaler de 
part et d'autre de regrettables vivacités (1) ; mais, parmi 

de l'oubli la Chanson de Roland , et eomme l'ayant publiée d'après le 
manuscrit unique de la Bibliothèf]ue Bodléieune. La note du Bulletin 
ayant été reproduite dans le Journal des Savants, une lettre fut adressée 
aux journaux VUnivers et la RépnLIiqiie (u" du ii avril i85i), pour 
rétablir les faits et affirmer que M. Génin n'avait jamais consulté ni 
même entrevu le manuscrit d'Oxford. 

(i)M. Vitet fait sûrement allusion aux deux articles que M. Paulin 
Paris a publiés sur l'édition de M. Génin dans la Bibliothèque de PEcole 
des chartes, t. II, 3« série, MDCCCLl, p. 297-338, BgS-Ai/,, et à la 
Lettre sur les variantes de la Chanson de Roland, adressée d'Oxford, le 



1M5KFACK. MX 

les reproches si largement prodigués à M. Génin , il eu 
est un, faut-il le dire ?qui pourrait bien ne pas manquer 
de fondement. M. Génin ne tient aucun compte des tra- 
vaux de ses devanciers; il n'en dit ni bien ni mal; il 
ouljlie qu'ils existent (1). Est-ce par ménagement? 11 se 
trompe : mieux vaudrait être sévère que paraître dédai- 
gneux. Ce silence a d'ailleurs un autre inconvénient : il 
induit en erreur un lecteur peu expérimenté. Vous 
pouvez lire jusqu'à la dernière ligne l'introduction de 
iM. Génin , lecture attrayante à plus d'un titre , sans vous 
douter que jamais personne ait, non pas même publié la 
Chanson de Roland (2), mais étudié le moyen âge, ses 
mœurs, son histoire et sa langue. Nous comprenons que, 
sur beaucoup de points, et notamment en ce qui con- 
cerne l'appréciation littéraire et historique du poème , 
M. Génin, s'il ne porte ses regards que sur les éditeurs 

3o avril i85i, à M. Léon de Bastard, ancien élève de l'Ecole des cliriites, 
par M. Francis Guessard, aujouidMiui membre de TAcadéniie des ins- 
criptions et bellcs-letlros, et imprimée en i6 langes in-8'\ 

(i) On a déjà lu l'aveu de M. Génin touchant la première édition 
de la Chanson (le Rolfind ; précédemment cet honnête homme écrivait de 
Strasbourg, le 28 janvier iSjO, à l'éditeur : « Mon cher collègue, le 
bruit de vos succès académiques, retentissant jusque dans les marécages 
du Rhin, m'apprend (pie vous êtes à Bordeaux. C'est donc là que ma 
lettre ira vous porter mes sincères félicitations et vous demander un ser- 
vice. — Un! c'est deu\ que je veux dire. 

" D'abord voulez-vous avoir la honte de m'envoyer une liste complète 
de vos publications, soit en France, soit à Londres? Vos textes sont 
réellement les seuls cpii pui>scnt remplacer les manuscrits, el je veux me 
les procurer petit à j)ctit. » 

['x) A la page cvii de celte introduction, il parle en détail de l'édi- 
tion de M. Bourdillon; mais il ne nomme (ju'une seule l'ois, j). cxi.vi, 
relui sans ic(piel, de son propre aveu, il n'aurait j)U rien faire, et qu il 
ne manciuait jamais de consulter pour proliterd'etudcs persevcraiilo sur 
la Clumson de Roland en vue d'une editiotJ perlèclionnte. 



XX PUÉFAGE. 

qui le précèdent, paisse être tenté de se croire l'inven- 
teur de tout ce qu'il dit : il sent les beautés de cette poésie 
primitive avec une chaleur et une conviction dont certes 
il n'a pas trouvé l'exemple chez M. Francisque-Michel, 
archéologue avant tout, moins amoureux des richesses 
de l'art que des curiosités de la philologie; mais, sans 
parler d'un essai de M. Francis Wey (1) et d'un travail 
de M. Delécluze, où les parties grandioses de la Chanson 
de Roland sont dignement appréciées, sans remonter jus- 
qu'à la thèse de M. Monin^qui, dans sa brièveté, laisse 
échapper sur les beautés de cette poésie plus d'un trait 
de lumière, nous pourrions citer telle leçon d'un cours 
d'histoire publié il y a six ou sept ans, dans lequel le 
professeur, M. Lenormant, parle aussi de la Chanson de 
Roland, rapidement, incidemment, mais avec une élé- 
vation lumineuse qui ne laisse dans l'ombre aucune des 
sommités du sujet (2). M. Génin est Irop riche par lui- 
même pour ne pas tenir à distinguer son propre Ijien 
d'avec le bien d'autrui. Nous aurions donc souhaité qu'il 
fit, en quelques mots , connaître à son lecteur ce qui s'é- 
tait fait et dit avant lui; mais, ce regret exprimé, nous 
ne saurions admettre que dans ce volumineux et impor- 
tant travail le nouvel éditeur se soit rendu coupable 
d'autant de méfaits qu'on veut bien le faire croire. 
Comme tous ses confrères en philologie, il peut avoir 
ses distractions, il lui est arrivé, comme aux autres, de 
faillir dans les détails microscopiques (3) ; mais dès 

(^i) Histoire des révolutions du langage en France^ Paris, i8.'i8, iii-S", 
p. i3o-i47. 

(a) Cours d' histoire moderne , l'aris, i844-i845, iii-8", a*^ partie, p. 347 
et suiv. 

(3) Nous pourrions citer une niultituàe crcnciroils où de pareilles clé- 



PRÉfWCE. 



.\xi 



qu'une question en vaut la peine, il la traite en homme 
de s.'.voir aussi bien qu'en homme d'esprit, avec un sens 
pénétrant et un rare discernement des origines et des 
variations de notre langue. » Nous continuerions à repro- 
duire cet éloge, s'il nous était possible de nous y associer. 
Après l'article de la Revue des Deux Mondes, auquel nous 
n'avons pas renoncé à faire encore d'autres emprunts, 
vinrent trois nouveaux articles sur l'édition delà Chanson 
de Roland, de M. Génin, par M. Charles Magnin, publiés 
dans le Joi<r/îa/ des Savants (1). Nous ne dirons rien de 
ce travail, remarquable à bien des égards, et nous fe- 
rons encore moins pour les articles publiés dans Villas- 
Iration par un complaisant mal préparé à se prononcer 
sur de pareilles matières (2) ; nous arrivons à l'apprécia- 
tion littéraire du poëme de Turold, appelé Thérouldc 



fuillauces ruinent sans retour la réputation que, dans sa bienveillance, 
M. Vitet voudrait faire à M. Génin. Il faut voir ce philologue malavisé 
tenter, p. /jSg, d'expliquer le nom d'un peuple barbare : « Si Ton re- 
double la consonne n, dit-il, on aura cannelius, le même mot quec^/«- 
clelius, car on écrivait indifféremment cannela ou candeln, comme cha- 
cun peut le vériGer dans Du Gange : par conséquent cannclarius ou con- 
delarius. Du Gange explique camlehaii, <■ qui candelas in ecclesia defe- 
ruut ». Les cannelius, à ce compte, seraient des chandeliers , c'est-à- 
dire des porte-cierges, des marguilliers et des bedeaux sarrasins, des es- 
pèces de moines mahométans conduisant en guerre leurs divinités. » 
Quoi de plus ridicule que ce qui précède? Au lieu de se creuser l'imagi- 
nation pour enfanter une chimère, il était bien plus simple de présenter 
les Ganelius comme des peuples du pays de la cannelle, explication plus 
naturelle que celle de M. Paris, qui voit dans les Caiulius des habilauts 
d'Iconium. (i^*" article sur l'édit. Génin, p. 33i .) 

(i) Ann. i852, p. 54i (i^"" art.), 766 (2* art.;; et ann. i853, p. i(i3. 

(2) L'Illusfralion, n" du 19 avril ib5i,p. aSo.aSi, art. de M. Frédéric 
Lacroix. — Dans un numéro postérieur (2 août i85i, p. 70), M. Gé- 
nin entra lui-même en scène, flanqué de M, Reinaud. Les observa- 
tions de cet « illui-lre membre de l'Academio des inscriptions • , avec 



xxn r RÉ F ACE. 

par 3î. Géiiin, qui eût bien été c;ipal)le de ehanger les 
nomscV Alfred et à'Orderic eaAuvraij et en Odnj, par un 
retour à des li]:»ertés de traduction aujourd'hui perdues. 
Mais avant d'aborder cette étude, vidons, s'il est pos- 
sible, un point encore en litige. Turold est-il bien l'au- 
teur de l'œuvre qui porte son nom? Il est permis d'en 
douter. Le seul endroit où il est nommé est le vers qui 
termine le manuscrit d'Oxford , et le sens du verbe décli- 
net n'a pas encore été déterminé d'une façon positive. 
Mon impression, comme dirait un Anglais, est que ce 
mot doit correspondre à débite et se rapporter à un jon- 
gleur plutôt qu'à un trouvère ou à un copiste. 

Ce qui distingue en premier lieu la Chanson de Roland 
de toutes les productions des poètes du moyen âge 
antérieurs à Dante , c'est l'unité de composition ; M. Vitet 
le démontre et fait ressortir le mérite d'une pareille qua- 
lité , qui à elle seule suffirait pour distinguer profondé- 
ment cette chanson de geste de toutes celles qui nous sont 
connues. 

Mais bien d'autres différences sont encore à signaler, 
ba première vient du sujet lui-même, qui est bien réelle- 
ment historique, comme nous l'avons vu par le passage 
dEginhard. Cet écrivain , qui faisait partie de la cour de 
Charlemagne, a glissé légèrement sur un fait qui lui 
semble une tache à la réputation militaire du grand, em- 
pereur; mais l'impression produite par la déroute de 
Pioncevaux dut être profonde et rester gravée dans le sou- 
la prétention de « résoudre la difficulté la plus essentielle concernant l'âge 
du poëme », ne firent qu'emlirouiller le débat. A peine avait-il fini, que 
M. Génin, revenant à la charge, tombait à bras raccourci sur « un savant 
deTInstitut, appelé /)/. Paulin Paris, » qu'il avait déjà entrepris. Vojez 
Vlllitstration, n" du 7 juin 18 5i, p. 867. 



PREFACE. xxiii 

venir des populations qui l'avaient reçue de quelqu'un 
des leurs de retour de l'expédition d'Espagne. Cette im- 
pression devint ineffaçable, lorsque, par une fatale coïn- 
cidence, un demi-siècle plus tard, dans ces mêmes dé- 
fdés, l'armée de lun des fils de Charlemag-ne , Louis le 
Débonnaire, fut à son tour taillée en pièces. L'imagina- 
tion populaire réunit tous ces faits et les groupa autour 
du même personnage , de celui qui était le plus en vue 
et qui revenait le plus fréquemment dans les récits de 
la veillée. « Ainsi, dit M. Vitet, qui nous éclaire dans 
notre marche., vérité historique au fond, vérité légen- 
daire à la surface , tel est le fondement sur lequel est assis 
noire poëme. Aucun autre, encore un coup, parmi ceux 
que nous connaissons , n'a d'aussi sérieuses racines. C'est 
donc là une seconde exception qui, pour le dire en pas- 
sant, devient la clé de la première. En effet, le caractère 
historique et traditionnel du sujet commande, pour ainsi 
dire, l'unité de composition. Un tel poème, au moment 
où il a été conçu , c'est-à-dire à une époque où la tradi- 
tion se maintenait encore vivante, ne pouvait manquer 
d'être simple , sobre de digressions et d'embellissements. 
Le poète, aussi bien que son public, croyait vrai ce qu'il 
chantait; il ne s'avisait donc pas d'y ajouter du sien. Au 
rebours de ses confrères des âges plus récents , il n'avait 
point à faire parade de sa fécondité ; son moyen de succès 
n'était pas de paraître inventer, mais de sembler vrai et 
d'aller droit au but. Voilà pourquoi plus les versions de 
ce poëme sont anciennes, plus l'unité de composition s'y 
laisse apercevoir. Ln manuscrit antéi-ieur au ni;inuscrit 
d'Oxford réduirait d'un millier de vers peut-être le der- 
nier tiers du poëme, de même que le manuscrit d'Oxford 
exprime en vingt-huit vers d'une énergique fermeté tel 



XXIV PRÉFACE. 

passage qui, dans le manuscrit de Paris, par exemple, 
se délaie en six cents vers (1). » 

Un autre point ti constater, c'est que dans la Chanson 
de Roland le sujet est national. Ailleurs, les héros mis en 
scène sont normands, picards, lorrains, provençaux ou 
gascons , et animés d'un patriotisme étroit comme leur 
domaine ou vaste comme le monde, qu'ils parcourent en 
quête d'aventures. Dans les poèmes consacrés à leurs faits 
et gestes , le nom de la France , quand il est prononcé , 
n'a qu'un sens géographique et ne sert à désigner que 
la province dont Paris était la capitale. « La France, 
comme le fait remarquer W. Vitet, la douce France, si 
souvent invoquée dans ta Chanson de Roland, l'amour de 
la patrie , le dévouement à la mère commune , ces nobles 
sentiments qui répandent sur tout le poème je ne sais 
quel coloris tendre et mélancolique, c'est quelque chose 
qui n'appartient qu'à cette clianson de geste , et qui , à 
défaut d'autres signes, la distinguerait entre toutes. » 

La figure de Charlemagne doit maintenant attirer nos 
regards. De nos anciens trouvères, les uns représentent 
le grand empereur comme une espèce de barbon qui 
trône dans sa majesté muette , tandis que les autres en 
font un Cassandre débonnaire ou un capricieux despote. 
A peu près seul, Turold nous montre le roi a à la barbe 
grifaigne » , avec l'autorité et la grandeur propres au 
personnage réel. Charles domine par là ses douze pairs 
aussi bien que par sa haute stature; loin de prêter le 
flanc au ridicule, et de servir de butte à des brocards, 
il est respecté et obéi. La ])arbe blanche que lui prête 
Turold n'est point un signe d'affaiblissement sénile , mais 

(i) lîrriic des deux Mondes, année i85at, t. XIV, p. 85/», 855. 



PRÉFACE. XXV 

rinclication d'un souvenir déjà ancien. A longinquo rêve- 
renlia (1). 

Nous croyons avoir exposé les caractères qui servent 
pour ainsi dire d'acte de naissance à la Chanson de Ro- 
land ; mais ces caractères ne sont point les seuls. 11 en est 
au moins deux autres qui méritent d'être signalés : l'ab- 
sence de galanterie et l'austérité du sentiment religieux. 

Plus nous nous avançons dans le moyen âge, plus nous 
trouvons de ressemblance entre les mœurs des bommes 
de cet âge de fer et les Orientaux. Certes il n'y a point à 

(i) A l'occasion des romans clans lesquels Charlemagne est bafoué, 
comme clans les Quatre fils (r^y»io)i, M. Vitet fait la iemarf[ue suivante : 
« A l'époque où ces poënies ont été composés ou remaniés , le pouvoir 
royal essayait de relever la tête et de reconquérir son domaine. La ligue 
féodale, contre laquelle il guerroyait, ne se défendait pas seulement à 
coups de lance , elle avait recours à d'autres armes : elle cherchait à 
soulever contre les prétentions du pouvoir envahissant ce qu'on appel- 
lerait aujourd'hui l'opinion. Or le moyen le plus sûr alors de parler aux 
esprits, c'était la poésie. Les jongleurs et les trouvères relevaient tous di- 
rectement d'un seigneur; lors même qu'ils étaient nés sur les terres de 
la couronne, ils ne dépendaient d'elle que très-indirectement, et don- 
naient plus volontiers leurs services à qui les protégeait de plus près. 
Us chantaient donc l'époque carlovingienne, moyen détourné de faire 
opposition à la nouvelle race de rois, et, tout en chantant, tout en exal- 
tant cette époque, ils n'avaient gai'de de laisser croire que même alors il 
y eût des monarcpies capables et dignes de respect. Sous le nom de Char- 
lemagne, c'est à Louis le Gros, c'est à Louis le Jeune qu'ils faisaient 
la guerre : glorifier son époque, amoindrir sa personne, c;'etait tonjoins 
attaquer la royauté. » Nous nous associons parfaitement à cette reniar- 
cjue; mais en y ajoutant. Si les grands feudataires avaient ainsi des poètes 
pour battre en brèche le pouvoir royal, leur suzerain employait lesmênirs 
armes pour se défendre. Pendant le cours de la guerre cjui eut lieu au 
milieu du xin* siècle entre Henry III et ses barons et où les traits de la 
satire venaient en aide à ceux des archers anglais, un certain Henry 
(TAvranches publia un poème contre les révoltés , et reçut en récora- 
dense le litre iVarcfiipoefa, qui lui conférait la suprématie sur les trou- 
vères, troubadours, ménestrels et jongleurs, qui se pressaient autour du 

c. 



XXVI PRÉFACE. 

douter que les pères des croisés ne fussent sensibles aux 
charmes de la beauté ; mais sûrement ils renfermaient en 
eux-mêmes l'émotion qu'ils éprouvaient, et c'est tout au 
plus si les chantres populaires en font mention. Dans la 
Chanson de Roland on ne voit apparaître que deux fem- 
mes, la reine Bramimonde et la belle Aude. L'une n'est 
que la silhouette d'un démon tentateur; l'autre n'entre 
en scène que pour mourir. Le neveu de Charlemagne 
l'aime, il doit l'épouser; mais c'est affaire à lui et le pu- 
blic n'a rien à y voir. De plus graves intérêts le préoc- 
cupent : celui de la religion et l'honneur de son roi. L'a- 
mour viendra plus tard, quand le paladin sera de loisir 
et qu'il aura épuisé ses récits de guerre dans la chambre 
des dames. 

L'austérité du sentiment religieux qui règne dans la 
Chanson de Roland a été signalée avec d'heureux déve- 
loppements par MM. Vitet et Gautier : on peut recourir à 
leurs ouvrages (1); mais il est une considération que l'on 
n'y trouve pas et que je risque sur un seul mot, celui qui 
termine la plupart des couplets de cepoëme. Du moment 
que Roland était mort en combattant les musulmans, 
c'était un saint dont le nom ne pouvait qu'être inscrit au 
martyrologe. Il y avait donc lieu à lui consacrer un poëme 
sur le modèle des hymnes de l'Église , et un pareil tra- 
vail devait revenir à un clerc habitué à en chanter, comme 



trône. (Lettre du baron de Perche à J. Power, bibliothécaire de l'iini- 
versitc de Cambridge, 21 mai i846, jointe au Ms. Dd. H. 78 de celte 
bibnolhè(|ue. Cf. Warton , l/ic Historyof English Poetiy,é(Wi. de 1840, 
vol. I, p. 42-45.) 

(i) Voyez l'analyse de la Chanson de Roland dans le tome II des Épo- 
pées françaises , etc., par Léon Gautier; Paris, 1S67, in-8°, liv. i, ch. 
XX, p. 390-4^)0. 



PRÉFACE. XX vu 

le poëme sur sainte Mildred , dont toutes les stances se 
terminent par le mot euouae (1). Mais cet hymne est en 
latin et d'une longueur appropriée à ce genre de poésie, 
tandis que la Clunison de Roland est une œuvre de longue 
haleine, en langue vulgaire et destinée à être chantée 
ailleurs que dans les églises. Sans doute; mais il faut se 
rappeler que de bonne heure le clergé, voyant que le 
monopole du savoir, gai ou non, était près de lui échap- 
per, que la langue rustique se façonnait et menaçait de 
détrôner sa mère , avait songé à s'en servir pour résister 
aux laïques qui cherchaient à secouer le joug et à ruiner 
le monopole de l'Église. Ce mouvement, peu apparent 
au onzième siècle, avait acquis une telle force sous les 
Plantagenets , que clercs séculiers et moines rimaient, à 
qui mieux mieux, des légendes de saints , des chroniques 
et des traités de science. 

Maintenant quel nom donner à la création de Turold , 
toujours en supposant qu'il soit l'auteur et non pas seu- 
lement le rhapsode de la Chanson de Roland? Le second 
éditeur n'hésite pas à lui décerner le rang et les préro- 
gatives d'un poëme épique par excellence. La France, 
selon lui, avec cette œuvre, est en droit désormais de 
dire aux nations antiques et modernes : « Ne me dédai- 
gnez plus, ne me jetez plus la Henriade ii la face; moi 
aussi , j'ai mon poëme épique , je l'ai retrouvé, le voici. » 
Plus judicieux, plus modéré, M. Vitet, sans s'inscrire 
complètement en faux contre une pareille revendication, 

(l) La chanson de Roland, i" édition, p. 3i4. — Voyez sur cet 
teiiou. ae., qui se modulait sur sacidorii ni. Amen, et que l'abbé Le- 
beuf range parmi les terminaisons de la première espèce i\i; premier 
ton, le Traité hislurùiuc et pratique sur le citant ccclésiastif/iir, etc. A 
Paris, M. DCC. XLI., in-8", d.ap. IV, art. I, p. 5/,-5fi. 



xxviii PRÉFACE. 

s'attache et réussit parfaitement à démontrer qu'elle n'est 
point tout à fait fondée. «Cette prétention, dit-il, avant 
d'être acceptée , aurait au moins besoin d'un commen- 
taire. S'il s'agit seulement d'épopées d'imitation, d'épo- 
pées littéraires, nous sommes de moitié avec M. Génin. 
Ces poëmes , si beaux qu'ils soient , ne sont épiques que 
de nom , aussi bien le plus admirable de tous , V Enéide, 
que le plus séduisant, le Roland furieux. On peut donc 
sans irrévérence, sans le moindre esprit de paradoxe, 
tout en se prosternant devant des génies divins, soutenir 
que notre moderne rhapsode appartient de plus près 
qu'eux, et par un titre plus légitime , à la famille , à la 
vieille noble souche épique, comme certains pauvres 
gentilshommes qui , pour la pureté du sang , passent 
avant certains rois ; mais il est des épopées en qui l'éclat 
de la poésie s'unit à l'originalité primitive : pour marcher 
de pair avec celles-là, que faudrait-il? Deux choses, dont 
une seule, il faut bien le reconnaître , existait au siècle de 
Théroulde. « 

Cette chose dont M. Vitet regrette l'absence dans la 
Chanson de Roland, c'est une langue déjà faite et apte à 
rendre toutes les évolutions de la pensée. Homère , en 
supposant que Pisistrate ne soit pour rien dans le tra- 
vail de ciselure de Y Iliade et de V Odyssée, avait à son ser- 
vice un dialecte riche et harmonieux; Dante n'avait rien 
à demander au latin que l'italien ne pût lui fournir plus 
frais, plus vivant. Une langue, un instrument digne de 
la Chanson de Roland, voilà ce qui lui manque. « Ce 
défaut disparait, ajoute M. Vitet, ou plutôt on l'oublie 
dans les moments d'inspiration où la pensée du poète 
nous transporte et nous émeut par sa propre grandeur : 
qui songe alors à regarder comment elle est vêtue? Mais 



PRÉFACE. XXIX 

bientôt faute d'être soutenue par la puissance du lan- 
gage, l'inspiration languit, la pensée se dessèche, la 
poésie disparait. Ces riches compositions , ces amples dé- 
veloppements où se complaît Homère et qui meublent et 
décorent, comme autant de draperies, les parties, même 
les moins brillantes de ses poëmes, comment les demander 
à ce pauvre Théroulde? Sa palette est-elle assez riche 
pour lutter contre la nature? Peut-il reproduire tant 
d'éclatantes couleurs, tant de suaves demi-teintes? Tout 
cela n'est pas fait pour lui. Il faut qu'il se contente de 
quelques traits profonds, mais brusques et hachés ; il peut 
tracer hardiment des silhouettes, les mots lui manque- 
raient s'il cherchait le modèle. » 

Arrivé au bout de sa course dans les défdés de Ronce- 
vaux et au milieu des vers, aussi abruptes, destinés à cé- 
lébrer la mort de Roland et des douze pairs « dont Ctiarles 
se couronne » , M. Yitet termine ainsi avec un accent de 
tristesse qui nous gagne, pour avoir plus encore que Té- 
minent écrivain le droit de nous plaindre du temps pré- 
sent : « Notre but est atteint si nous avons fait naître 
quelque désir de lire et de relire , d'étudier de plus près, 
et surtout dans son texte, cette grande œuvre nationale. 
Nous demandons qu'on s'en occupe , qu'on la venge d'un 
si long oubli , qu'on rachète à force de respect une cou- 
pable indifférence. M. Génin et ceux qui, comme lui, 
ont remis en lumière la Chanson de Ro/and, obtiendront- 
ils ce prix de leurs travaux? Hélas! on le sait trop, la 
France fait bon marché de ses titres de noblesse. Jeter les 
yeux sur des trésors que tous les peuples nous envient, 
secouer la poussière qui les couvre, c'est pour nous un 
trop grand effort. Sont-ce donc les choses que nous fai- 
sons ou bien celles que nous voyons qui absorbent notée 



XXX PRÉFACE. 

enthousiasme? Dieu sait que là n'est point noire excuse. 
Quand tout s'abaisse et se ternit, n'est-ce pas le moment 
de détourner les yeux pour chercher dans le passé de 
consolantes splendeurs? » 



Un mot maintenant sur le Roman de Roncevaux dont 
nous avons fait suivre la Chanson de Roland. Nous l'avons 
tiré d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale coté 
Cad. Colb. G58, Reg. 7227-5, qui a appartenu à Jacques- 
Auguste de Thou et à Pithou, comme on le voit par 
leurs signatures, Iracées, l'une au bas du premier feuillet, 
l'autre à la fin du dernier. Il est écrit, sur deux colonnes, 
en lettres de forme du XIÏl" siècle et a perdu son com- 
mencement, que nous avons restitué d'après un autre 
manuscrit (1). Outre le Roman de Roncevaux, il renferme 
ceux de Gaydon, (X'Amilc cl iVAuiis, et de Jourdain de 
Blaye. 

(i) Voyez ci-après, p. i63. 



LA CHANSON 

DE ROLAND 



LA CHANSON 

DE ROLAND. 



I. 

Caries li reis, iiostre emperère magne*, 'drand. 

Set anz tuz pleins* ad ested en Espaigne , * Sefd ans cniicrs 

Tresqu en* la mer cunquist la tere altaigiie** ; mni^tinn/éiisc. * ''''''"' ' 

N'i ad castel ki devant lui remaigne*, 'Reste, Hcunr. 

Mur ne citet n'i est reniés à tVaindre* * licsic à briser. 

Fors* Sarraguce, k'iest eu une muntaigne. *si. ce n'est. 

Li reis Marsilie la lient, ki Deu n'enaimet* : *Qiii nJaime pas Dieu. 

INIahummet sert e Apollin reeleiniet*. ^invoque. 

Ne s' poet guarder que mais ne li ateignet* . Aoi. * ye l'atteigne. 

IL 

Li reis Marsilie esteit en Sarraguce , 

Alez en est* en un verger suz** Tumbre, . *SV;t est allé. ** Sons 

Sur un perrun de marbre bloi se culcbe*, * niond se conriie. 

Lnviruu lui plus de vint mille lumies. 

Il en apelet e ses dux e ses cuntes : « 

« Oez*,seignurs,quel pecchet** nus encinubrc t : /,^,,;;. 

Li enperères Caries de France dulce* * Donre. 

En cest pais nos est venuz [cu]urun(lre. 

Jo n'en ai ost* qui bataille li dunne, ' Je n'ai pas d'amue. 

Ne n"ai tel gent ki la sue deru[mjpet". * liomiu- la sienne. 

Cuuseilez-mei cume mi saivc* hume, * '/'*• w'/o. 

Si me guarisez* e de mort ji* de bunte. >■ * ki f/aianiissr:-mni. 

I.\ r.llANSON l>l. I!()I.\MI. ^ 



2 LA CHANSON 

N'i ad* paien lu uu sul mot respundet'*, 
Fors* Blancandrios de castel de Val-Funde. 



*// n'ij a. 
"Si ce n'est. 



[V. 22.) 

^'Réponde. 



III. 



Blaucaudrius fut des plus saives* païens, 
De vasseiage* l'ut asez chevaler, 
Prozdom i out* pur sun seignur aider; 
E dist al rei : '< Ore ne vus esmaiez * ; 
Mandez Carluu*, al orguillus e al fier, 
Deuz * ser\ ises e niult granz araistez : 
[VJos li durrez* urs e léons e cheus. 
Set ceoz canielz* e mil hosturs muers**, 
D'or e d'argent .iiii. c. rauls* cargez, 
Cinquante carre* qu'en ferat carier** : 
Ben en purrat luer ses soldeiers* ; 
En ceste tere ad asez osteiet *, 
En France ad Ais s'en deit ben repairer*. 
Vos le siurez* à la feste seint Michel, 
Si receverez* la lei de chrestiens , 
Serez ses hom* par honur e par ben. 
S'en volt* ostages, e vos l'en euveiez 
U dis u vint, pur lui aliancer*, 
Enveiu[n]s-li lès filz de uoz muillers"; 
Par nun d'ocire, i enveierai le men*. 
Asez est melz* qu'il i perdent le chefs. 
Que nus perduns l'ouur ne la deintet*, 
Ne nus seiuns cunduiz à inendeier. » Aoi. 



" Saycs. 

'De bravoure. 

"Prud'homme il y eut. 

* ?ie vous tourmentez. 

* A Chartes . 

"Lisez : Beus, beau.v. 

* Donnerez. 

' Chameaux. ** autours 
(jui ont passé l'époque de 
la mue. 

* Quatre cents mulets. 

' Chars. " Charrier. 

' Pourra louer ses soldats- 
"Séjourné. 

* --/ -iix s'en doit bien re- 
tourner. 

' Suivrez. 

"Et vous recevrez. 
' Son homme. 

* S'il en veut . 

* Ou dix ou vingt , pour 
lui donner conjiance. 
"Femmes. 

' Au risque d'être tué, j'ij 

enverrai te mien. 

"Il est bien mieux. 

' Que si nous perdions la 

terre [la seigneurie) et le 

revenu. 



IV. 



Dist Blancaudrins : « Pa[r] ceste nieie destre* 
E par la barbe ki al piz me venteict*, 
L'ost* des Franceis verrez seinpres desfere**; 
Francs s'en iruut en France la lur tere. 
Quant cascuns ert à sun meillor repaire*, 
Caries serat ad Ais, à sa capele*; 
A Seint-Michel tendrat mult halte* feste. 
Vendrat li jurz, si* passerat li termes, 
N'orrat* de nos paroles ne uuveles. 



* Par cette mienne dextre, 
' Qui me 'flotte sur la poi- 
trine. 

'L'armée. ** Prompte- 
ment défaire, 

* Chacun sera à son meil- 
leur logis. 

"A Aix-la Chapelle. 

* Haute. 

* Tiendra le jour, et. 
\'ofiira. 



(v. 56.) 



DE ROLAND. 



Li reis est fiers, e sis curages pesmes*, 
De noz ostages ferat tre[n]cher les testes; 
Asez est mielz' qu'il i perdent les tistes, 
Que nus perduns* clere Espaigne la bêle , 
J\e nus aiuns les mais ne les suffraites*. » 
Dient paien : « Issi poet-il* hen estre. » 



F.t sa colt're (erribJe. 

''Il ext Jiien mieiir. 

Que si voux perdions. 
* Souffrances, 
'Ainsi pevt-il. 



V. 



IJ reis Marsilie out sun cunseill finet*, 

Si'n* apelat Clarin de Balaguet, 

Estamarin e Eudropin sun per*, 

E Priamun e Guarlan le barbet*, 

E Machiner e sun unolo Maheu, 

E .Toiiner e ."Malbion d'uitre-mer, 

E Blancandrins, por la i-aisun cuntor*; 

Des plus féluns dis en ad apelez* : 

« Seignurs baruns, à Carlemagnes irez: 

Il est al siège à Cordres* la citet. 

Branches d'olive en voz mains porterez : 

Ço seneliet* pais e humilitot. 

Par vos saveirs s'em puez acorder*, 

.lo vos durrai* or e argent asez, 

Teres e fiez* tant eum vos en vuldrez. » 

Dient paien' : « De co avum-nus asez. » 



' Eut fini son ronsril. 
' Il eu . 
Son pair. 
Le harhn. 



* Pour exposer VafJ'aire. 

* Des plus rriiets en a ap- 
prit- <n.r. 

* CtirddUe. 



* Cela signifie. 

' Savoirs si i-ons pouvez 
vonsaccorder sur ce point. 

* Je vous donnerai. 

" Fiefs. 

* Les pat m s disent. 



M. 



Li reis Marsilie out finet* sun cunseill, 

Dist à ses humes : « Seignurs, vos en ireiz : 

Branches d'olive en voz mains portereiz , 

Si me direz à Carlemagne le rei 

Pur le soen Ueu* qu'il ait mercit de moi; 

.Ta eiiiz ne verrat* passer cest premer meis 

Q)ue je r siurai od mil de mes fedeilz*. 

Si receverai la chrestiene lei , 

Serai ses hom* par amur e par feid**. 

S'il voelt* ostages, il en avérât par veir**. » 

Dist Blancandrins : <- !\lult bon plaitenavprciz' 



Fini . 



'.Sien Dieu. 

' H ne me verra avant. 
' Ivcr mille de mes /idr- 
Irs. 

* Son hotnnte. ** Foi. 
'S'il veut. " .-/uni par 
vérité. 

' Tirs-honne cmisr en 
mire:. 



LA CHANSON 



fv. 89. 



VU. 



Dis blanches mules fist amener IMarsiiies , 
Que ii tramist li reis de Suatilie*. 
Li frein sunt d'or, les seles d'argent mises. 
Cil* sunt muntez lu le message firent, 
Enz* en lur mains portent branches d'olive; 
Vindrent à Charles ki France ad en bailiie*, 

Ne s' poet gnarder (|ue alques ne l' engignent' . Aoi . "qU'n^" pf,,, Jje" /e '''trom- 
pent. 
t 

\ ll[. 



' Transmit le roi de Satii- 
lie. 



' Ceux-là. 

* Dedans. 

* A en puissance. 



T.i emperères se fait p balz e liez*, 

Cordres a prise e les murs peceiez*, 

()d ses cadables les tnrs en abatied*. 

Mult grant eschech* en unt si chevaler 

D'or e d'argent e de guaruemenz* ciiers. 

En la citet n'en ad reniés* paien 

Ne seit ocis u* devient chrestien 

Ei emperères est en un grant verger, 

Ensembl' od ' lui Rollans e Oliver, 

Sansun li diix * e Anséis li licrs , 

Gefreid d'Anjou le rei gunfanuner* ; 

E SI i * lïireut e Gerin e Gerers. 

Là ù cist furent, des aitres i out* bien; 

De dulce* France i ad quinze milliers. 

Sur pâlies blancs siedent* cil cevalers. 

As tables juent pur els esl)aneier*, 

E as eschecs li plus saive e li veill *, 

E escremissent cil bacbeler léger*. 

Desuz* un pin , delez un** eglenter, 

Un fa'destoed* i unt fait tut d'or mer** : 

Là siet li reis qui dulce France tient, 

Blanche ad la barbe e tut Ikirit le chef *, 

Cent* ad le cors e la cunienanee lier 

S'est ki r demandet, ne 1' estoet enseigner* ; 

E li message* descendirent à pied , 

Si r* saluèrent par amur e par bien. 



* Gai et Joijeii.r. 

' H a pris Cordouc et mis 
les murs en pièces. 

* lree.<ies cdhies il abattit 
les tours. 

'Butin. 

* J'ètcments. 

* Resté. 
*0u. 



Avec. 

* Sain.son le duc. 

' Du roi (fonfalonnicr , 
porte-bannière. 

* Et aussi y. 

* Là où ceux-là furent, 
des autres il ij eut. 

* Douce. 

* Sur étoffes blanches sié- 
;/ent ces. 

' Aux tables jouent piiw 
se recréer. 

* Sarjes et les iueu.v. 

* Et s'escriinent ces bo- 
cheliers légers. 
''Dessous. ** Près d'un. 

*Un fauteuil. ** Pur. 



* La trie fleurie , blanche. 

* iVoble. 

* S'il est qui le demande, 
il ne faut l'enseitjuer. 

* Messagers. 

* Et ils lé. 



(V. l-2->.) 



DE ROLAND. 



IX. 



TUancandrins ad tut preniereins paricd*, 

K dist al rei : « Salvet seiez* de Deu 

Le glorius que devuns aiirer* ! 

I('o vus niandet reis JMarsilies li bers* • 

lùKjuis ad mult la lei de salvetez *, 

De sun aveir vos voelt asez* duner, 

IJrs e léuns e veltres enchaignez*, 

Set cenz cameilz e mil liosturs muez*. 

D'or e d'argent .iiii. ceuz muls trussez', 

Cinquante care que carier* en ferez : 

Tant i avérât de besanz esmerez *, 

Dunt bien purrez voz soldeiers luer*. 

Kn cest païs avez estet asez , 

Ku France ad Ais devez bien repairer*. 

Là vos siurat, co dit, mis avoez*. » 

Li emperères tent ses mains vers Deu, 

Baisset sun chef, si* cumencet à |)enser. Aor. 



* A tout premier parle. 
Su lire soijez. 

*Qiie devons adorer . 

* Le hrave roi Marsilie. 
'La loi [le iiiiii/eii) de 
snliit. 

* A boudammen l . 

* Chiens encliaiiiés. 

* ('hameaux et mil ait- 
Imirs qui ont jiusse le 
leinps lie la mile. 

' Charijés. 

Cliars que rliurier. 

* Purs . 

* l'os soldais louer. 



* I Aix devez liieii ren- 
trer. 

' Là vous suivra , ee dit, 
rnqn ma lire. 



* Unisse la trie 



et. 



X. 



Li emperères en tint sun chef enclin *, 

De sa parole ne fut mie hastils , 

Sa custimie est qu'il parolet* à leisir; 

Avant se redrecet, mult par out fier lu vis', 

Dist as messages* : « Vus avez mult ben dit. 

Li reis IMarsilies est mult mis enemis*. 

De cez paroles que vos avez ci dit, 

l'>n(juel mesure en purrai estre fiz*? » 

— « Voet par bostages*, ço dist li Sarrazius , 

Diuit vos aurez u dis u ipiinze u vint. 

Pa[r] nun de ocire*, i motnii un mien lilz, 

L si'n avérez , co (]uid, de plus gentilz*. 

Quant v'us serez el palais seigmu-ill* 

A la grant feste seiiit IMicbel del Pi ril , 

iMis avoez là vos siurat, co dit* , 

Knz* en voz bainz (|ue Deus pur vos i list, 

T>à vuldrat-il cbrcstieus devenir. « 

Lhark's respunt :« Uncorepurrat guarir'. » Aoi. 



* />',(;.s-.sv''. 

* Parle {Suh'].). 

* // eut trés-Jier le vi.'iiii/e 

* .lu.r me.^sai/ers. 

* Mou ennemi. 

* Assuré. 

* /i';i vérité, par hédai/e: 



*.l /( risque de le/aire tuer. 

* FI riiuseii aurez, Je eriiis, 
de /ilus uiilites. 

* .Seii/neiirial . 

' Mon maître là vous sui- 
vra, re dit -il). 
' Dedans. 



sauver, éeliaiiper 
I. 



LA CHANSON 



(v. Tr.7.) 



XI. 

Rois Ait li vospres* e li soleilz lut clor; 

J^es (lis muiez l'ait Cliar|IJcs establer*. 

Kl graiit verger fait li reis tendre un tref*, 

Les dis messages ad fiiit enz hosteler * ; 

.\\\. serjanz les unt ben cunreez*. 

Tva rioit demurent tresque vint al jur cler*. 

T.i emperères est par matin levet ; 

Messe c matines ad li reis escultet*. 

Dcsnz* un pin en est li reis alez , 

Ses barons mandet pur sun cunseill finer*. 

Par cels de France voelt-il del tut errer*. Aoi. 

XIL 

1a emperères s'en vait desuz* un pin. 

Ses baruns mandet pur son cunseill tenir : 

J-e duc Oger e Parce vesque Turpin, 

Ricbard li velz e sun ne[vuld] * Heini , 

F. de Gascuigne li proz quens* Acelin , 

Tedbald de Reins e Milun sun cusin ; 

F si i furent* e Gerers e Gerin , 

Fnsembr od els* li quens Rollant i vint 

E Oliver li pro/, e li gentilz*; 

Des Francs de France en i ad plus ne mil. 

Gnenes* i vint, Ki la traisun fist; 

Des or* cuniencet le cunseill que mal prist. Aoi. *B('s à priamt. 



* Lr sdir fui lioau. 

* Mettre à retable. 

* Une tente. 

* Loger dedans. 
''Douze serviteurs les ont 
()icii soi (j ne s. 

' .Insqii^à !■(-■ que vint un 
jour clair. 

* hconté. 

* Dessou.'!. 

* Mande pour finir .wn 
conseil. 

* Par ceux de France il 
veut en tout marcher, 
aijir. 



* Dessous. 



Ricliard le vieux et son 
neveu. 
' /-(' preux comte. 

* i:t y furent. 

* A ver cu.v . 

* \ohlcs. 

* a a ml on. 



XIIL 



" Seignurs baruns , dist li emperère Caries , 

Li reis Marsilie m'ad tramis ses messages* ; 

De sun aveir me voelt* dnner grant masse, 

Urs e léuns e veltres caeignables*, 

Set cenz cameilz e mil bosturs muables", 

Quatre cenz mulz cargez del or d'Arabe* 

Avoec ico* plus de cinquante care; 

IMais il me mandet que en France m'en alge*, 

Il me siurat ad Ais, à mun estage*, 



* Transmisses m''ssa<icrs. 

'l'eut. 

'Chiens enchainahles. 
' (hameaux et mille au- 
tours qui mueront. 

* De l'or d'Aro1)ie. 

* A vec cela . 

* M'en aille. 

* Il me suivra à .tix, à ma 
résidence. 



T89. 



f 



DE ROLAND. 



Si receverat la nostre lei plus salve* ; 
Chrestiens ert, de mei tendrai ses marches *, 
Mais jo ne sai quels en est sis curages*. »' 
Dient F'ranceis : « Il nus i cuvent guarde*. » Aoi. 

XIV. 



• Propice nu stiliil. 
'Sera, de moi tiendra ses 
frontières. 

' Quelle en est son inten- 
tion. 

' Il nous >i faut (prendre) 
ijurde. 



Li emperères out sa raisun fenie*. 

Li quens Rollans, ki ne 1' otriet mie ', 

En piez se drecet*, si li viut cuntredire. 

Il dist al rei : « Jà mar crerez IMarsilie*. 

Set anz [ad] pleins que en Espaigne venimes* ; 

Jo vos cunquis e Noples e Commibies, 

Pris ai Valterne e la tere de Fine, 

E Balasgued* e Tuele** e Sezilie***. 

Li reis IMarsilie i fist mult que traître* , 

De ses paien [i en enjveiat* quinze ; 

Chaucuns portout* une branche d'olive; 

Kuncèrent-vos ces paroles méisme*. 

A voz Franceis un cunseill en presistes*; 

Loèrent vo^ alques de legerie*. 

Dous de voz cuutes al paien traniesistes* : 

J^'un fut Basan e li altres Basilies; 

Les chef en prist es puis desuz* Haltilie. 

Faites la guer[e] cum vos Tavez enprise*, 

En Sarraguce menez vostre ost banie*, 

ÎMetez le sége à' tute vostre vie, 

Si vengez cels que li fels* fist ncire. » Aoi. 



* Son discours fini. 

' Le comte Roland, qui ne 
J'octroie pas. 

* Eu pieds se dresse. 

* / ou s aurez tort de croire 
Marsilie. 

' n urnes. 



' Balagner. ** TudeJa. 
*** Sicile. 

* Agit fort en traître. 

* Enroua, 

* Chacun portait. 

'{Il] vous annoncèreu' 
ces paroles même. 

* Prîtes. 

' Ils vous conseillèrent un 
peu de fourberie. 
' Enroydtes. 

* Les tètes en prit dans les 
uioutar/nts de.'isous. 

* Entrepri.te. 

* l'otre armée convoquée . 

* Pendant. 

* Ceux que le cruel. 



XV. 



Li emperère en tint sun chef enhrunc*, 
Si duist sa barbe , alaitad sun gernun*, 
Ne ben ne mal ne respunt sun nevuld*. 
Franceis se taisent, ne mais* que Guenelun 
En piez se drecet*, si vint dovai'.f C.arlun , 
IMult fièrement cumencet sa raisun* 
E dist al rei : « ,Fà mar creroz bricun*, 
]\e mei ne altre,se de vostre prod nun*. 
Quant co vosmandet* li rois iMarsiliun 



* Sa tète baissée. 

* Il caresse sa barbe, ar- 
riiiiqe su moustaclie. 

* A son neveu. 

*.S/(r n'cit, excepté. 

* Eu pieds se dre.fsc. 
'Commence sou discours, 
' f'ousaurez tort dr croire 
un VII II rien. 

'i\i7noi ni autre, si ce n'est 
li votre profit. 

* Quand cela vous niaude. 



8 



LA CHANSON 



22:1.) 



Qu'il devendrat jointes ses mains tis honi* 
E tute Espaigne tendrai par vostre dnn , 
Puis receverat la lei que nus tenura , 
Ki ço vos lodet que cest plait degetuus*, 
iSe li chalt*, sire, de quel mort uns inuriuus. 
(lunseill d'orguill n'est dreiz que à plusmunf 
Laissum les l'ois, as sages nus tenuns. » Aoi. 



* Ton lionimr. 



'Qui cela vous conseille 
que rejetions cette propo- 
sition. 

* Il ne lui importe. 

* Monte plus fiant. 



XVI. 



Après iço* i est !S>imes venud, ^ Après rria. 

Meillor vassal n'aveit eu la curt* Jiul ; *Coin: 

K disl al rei : « Ben l'avez entendud, 

Guenes li quens* co vus ad respondud. 

Se veir i ad, mais qu'il seit entendud*. 

Li reis INLirsilie est de guère vencud , 

Vus li avez tuz ses castels toluz*, 

Od voz caables avez fruiset ses murs % 

Ses citez arses*, e ses humes vencuz : 

Quant il vos mandet qu'aiez mereit de lui , 

Peccliet lereit ki dune li fesist* plus , * Fit. 

TJ par ostage vos en voelt* faire sours ** ; * f eut. **Siirs. 

Geste grant guerre ne deit munter à plus. » 

Dient Franceis : - Ben ad parlet li du\. >> A 01. 



Le comte. 
' Si vérité il ij a, pourvu 
(fii'il soitentendu. 

' Enlevés. 

'Avec vos câbles ave: 

froissé, ses murs. 

* Brûlées. 



XVII. 



« Seignurs baruns, qui i enveieruns 
En Sarraguee al rei Marsiliuns.' » 
Respunt dux JN'eimes : « Jo irai par vostre dun 
Liverez-m'en ore* le guant e lebastun. » 
Respunt li reis : « Vos estes saivps hom* ; 
Par ceste barbe e par cest men gernun * ! 
Vos n'irez pas uan de niei si luign*; 
Alez sedeir* quant luils ne vossumunt**. 



* Congé, permission . 
Maintenant. 

* Homme sage. 

' Par cette mienne mous- 

foclie. 

' Cette an n ér si loin de moi . 

* Asseoir. '"Semant, ap- 
pelle. 



x\Ân. 



« Seignurs baruns, qui i |)Uiruns enveicr 
Al Sarrazin ki Sarramiee tient. ^ » 



(v. 25i.^ DE ROLAND. <) 

Respunt Roll;ii)S : « Jo i puis alor niiilt lion. » 

— « Nu* ferez certes , dist li quens Oliver ; * Vom. 

Vostre curages est imiit pesines* e (iers : * Terrible (pcssimusl. 

Jo me crendreieque vos vos meslisez". ]^!.''' '"""'* '""*'' "/"''''''' 

Se li reis voelt*, joi puis aler beii. >• * l'eut. 

Respunt li reis : « Ambdui* vos ea taisez ; * Tom les deux. 

Ne vos ne il * n'i porterez les pièz. * Si lui. 

Par ceste barbe que veez blanclie[e|r*, * Foyez blanchir. 

lÀ diize per mar i * serunt jugez ! » * Pairs à la mah-ure ij. 

Franceis se taisent, as-les-vus aquisez *. * Lcsmiii, iraïKiuiihs. 

XIX. 

Tiirpins de Reins en est levet del rené *, * Du rau;/. 

E dist al rei : « Laisez ester* voz Krancs. * iî:ire (en pai.v}. 

En cest pais avez estet set anz , 

Mult ont otid* e peines e ahans**. * Eu. '"Triiiiilniioiis. 

Diuu'z-m'en , sire , le bastun e le guant , 

E jo irai al Sarazin en Espaigne , 

<■.-', • j • I 1 lit* '' Kl le m'en vais )'oir un 

Si n vois vedeu' alques de sun semblant . •■ nendc saanitenanre. 

Li emperères respunt par maltalant* : * En colère.. 

« Alez sedeir desur cel pâlie* blanc; * Asseoir sur cette étoffe. 

N'en parlez mais, se jo ne r vos cumant*. Aoi. 1,1^,',, /(î',,"''' ''' '""'^ """' 

XX. 

" »ancs clu'valers, dist li emperère Caries. 

Car m'eslisez un barun de ma marcbe * * Frontiire. 

Qu'à Marsilium me portast mun message. » 

Çodistllollans: « Çoert Guenes,mispar;istri'*. 

Dient Franceis : « Car il le poel ben l'aire ; 

Se lui lessez, njJriTHetl'eZ plus Saive*. « *.V';/ enverrez plus .tai/e. 

E li quens Guenes en fut mult anguisables* : "■ Très-tourmenté. 

De sun col getet ses grandes pcis* de martre, * Peaux. 

,, ,. ,' ,',. ,, , ,■ * * Resté en son vêtement lie 

E est remes en sun blialt de palie . ^,,„, 

Vairs eut [les iex*] e mult lier lu visage, * " ''"/ ''■'•■ .'^'';'" '''' '""- 

' -' " ' leur clniU(/ean/e. 

Cent out le cors e les costez ont larges. 

ni ^ /. ^ , I . .^ . ,, I. . « * 'f'<ius ses liai rs le rei/ur- 

lant par fut bels, tuit si per I en esguardent *. ,,^,^,, ' 

Dist à Rollant . >< Tut fol pur quel t'esrages*? 'Pourquoi enraiies-hi foi- 

' ' Icuient.' 

Co set bom ben que jo sui tis parastres*. • ion beau-père. 



' Ce sera ('•.. nioii lu 
père. 



10 



LA CHANSON 



288.) 



Si* as juget qu'à IMarsiliun en alge*'. 
Se Deiis ro dunet que jo de là repaire*, 
Jo feu muvera[i] un si granteontr[aJire* 
Ki durerai à trestut ton edage*. - 
Respunt Rollans : « Orgoill oi e folage'. 
Ço set hom ben*, n"ai cure de niau^'e: 
iMai[s] saives hom* il deit faire message. 
Si ii rieis voelt*, prez sui por vus le face. 



Aoi. 



* Et. ** Aille. 

* Si Dieu cela donne rjnr 
J'en revienne. 

' .le le soiiliverfii vne 
si f/ranfle ronirariéle. 

* Toute ta vie. 

'* J'entends et folie 

* Cela sait-on tjien . 

* Homme snf/e. 
"r'ent. 



\. 



NXI. 



Guenes respunt : « Pur mei n"iras-tu mie. 
Tu u'ies mes liom*, ne jo ne sui tis sire'*. 
Caries comandet* que face sun servise : 
Kn Sarraguce en irai à INIarsilie, 
Einz* i f[e]rai un poi de [lejgerie** 
Que jo n'esclair ceste meie grant ire*. » 
Quant Tôt* Rollans, si cumenrat à vire. \oi. 



* M un homme. 
(1 ne tir. 

* Commande. 



** Ton se/- 



' Inpararnnt. " Tni- 

liison. 

' Q'"- .y "*' dissipe rr 

inirti (jrand rliagrin. 

' i:»i'iit. 



Wil. 



Quant ro veit Guenes que ore* s"en rit Rollans, 

Dune ad tel doel, pur poi d'ire ne lent*, 

A ben petit* que il ne pert le sens; 

E dit al cunte : « .lo ne vus aim nient*: 

Sur mei avez turnet fais* jugement. 

Dreiz* emperère , veiz-me ci en présent**. 

Ademplir vneill* vostre comandement. Aot. 



* Maintenant . 

" Cliàijrin , peu .sV« finit 
que de déplaisir ne feinte. 

* Bien peu s'en faut. 

* yéant, nullement . 

* Fauv. 

'Léf/itime. ' Ve roi ri 
présent. 

* .icromplir reu.r. 



V 



XXTII. 



« En Sarraguce sai ben aler m'estoet*. 
Hom ki là vait repairer ne s'en poet*. 
Ensurquetut si ai-jo vostre soer*, 
Si' n * ai un filz, jà plus bel n'en estoet** : 
Ço est Baldewin , ço dit , lu ert prozdoem*. 
A lui lais-jo mes honurs e mes lieus*. 
Gua[r]dez-Ie ben, jà ne l'verrai des oilz*. » 
Caries respunt : « Tro[p] avez' tendre coer. 
Puis que l' cornant*, aler vus en estoet**. » Aoi. 



* Me faut. 

' J'a revenir ne s'en peut. 

* Par-dessus tout j'ai votre 
sœur. 

* Et fen. ** Pins beau 
Irliercher) il n'eu faut. 

' Qui sera preux. 

' ].aissé-je mes terres et 

mes fiefs. 

* .Jamais ne le verYai des 
yeux. 

^ [.Je) le commande. 
"'Faut. 



(v. 319.) DE ROLAND. 

. \j . XXIV. 

.Ço dist li reis : « Giienes, venez avant ; 
Si* recevez le bastun e le giiant. 
Oit l'avez , sur vos le jugent Franc *. » 

— « Sire, dist Guenes, co ad tut tait Ilollau"- 
Ne l'anierai à trestut niun vivant*, 

Ne Oliver por co qu'il est si cumpainz* ; 
Li duze per, por [ço] qu'il * l'aiment tant , 
Desfi-les-en , sire, vostre veiant*. » 
Ço dist li reis : « Trop avez mal talant * . 
Or irez-vos certes , quant jo 1' cumant*. >> 

— « Jo i puis aler ; mais n'i aurai guarant * ; 
Nul out Basilies ne sis* frères Basant. »> Aoi. 

XXV. 

Li emperères li tent sun guant, le destre*; 
Mais li quens Guenes iloec ne volsist * estre : 
Quant le dut prendre , si li caït* à tere 
Dient Franceis : « Ueus! que purrat-ço estre ? 
De cest message nos avendrat grant perte. » 
— « Seignurs, distGuenes, vos en orrez *noveles. 

XXVL 

« Sire, dist Guenes, dunez-mei le cuugied; 
Quant aler dei*, n'i ai plus que targer**. » 
Co dist li reis : « Al Jhésu e al mien* ! » 
De sa main destre l'ad asols e seignet*, 
Puis li liverat le bastun e le bref*. 

XXVIL 

Guenes li quens s'en vait à sun ostel* ; 
De guarnemenz* se preut à cunreer". 
De ses meillors que il pout recuverer* : 
Esperuns d'or ad en ses piez fermez*, 
Ceint Murglies s'espée* à sun costed. 
En Tachehrun sun destrer est muntcd ; 
L'estreu* li tint sun unde Guiueraer. 
Là véisez* tant chevaler plorer 



II 



'Et. 

* Les Francs vous l'adjit- 
i/cnt. 

* J)c loiile ma vie . 

* Son compagnon. 

* Parce qu'ils. 

* En votre présence. 

* Mauvaise humeur, co ■ 
li-re. ■ 

' Puisque je le commande. 

* Protecteur. 

* A'i son . 



* Droit. 

* Foudrait. 

* Cliut, tomba. 



' Ouïrez. 



* .le dois. ** A tarder. 

* / Ja i/nire de Dieu et 
il tfi. mienne. 

* Absous et signe. 

* La lettre. 



' Logis . 
' D'habits. 
' Trouver, 
entachés. 
"Son épée. 

' L'étrier. 
* fissiez. 



'* Parer. 



h2 LA CHANSON (v. 351., 

Ki tuit dieiit : « Taut mare fustes, ber*! * Paiurc tianni : 

Vax la cort al rei mult i avez ested ; 

Noble vassal vos i solt-hom clamer*. lo!^spnXnZ""""" '''' 

Ki 00 JLigat que doiisez* aler, * Dussiez. 

Par (Iharlemastie n'ert guariz ne teusez*. *Gartinii. ni protr;/p 

Li qiiens Rollans ne V se doiïst* penser. * \c ledât peihwr. 

Que cstrait estes de mult grant parented. " 

Enprès li dient* : « Sire, car** nos menez. - *'''i'Z,'r'' '"' ''""'"'' 

Co respunt Guenes : « INe placetdanne-Deii* ! *A Dieu ne plaise: 

IMielz est que sul moerge* que tant bon chevaler. *,,),^,'^.""' ''*' '^"' ''"' -'' 

En dulce France, seignurs, vos en irez, 

De meie part ma muiller* saluez '■De ma part ma jnnmr. 

E Pinabel mun ami e muu per, 

E Baldewiu mun (ilz que vos savez, 

E lui aidez, e pur seignur le tenez. » 

Entret eu sa veie, si s'est achiminez*. Aoi. liirmlsenroJl'''^^' ^' '' 

XXVIH. 

Guenes chevalchet suz* une olive balte, * < hcnuirlte sous. ■ 

Asemblet s'est as sarrazins messag[esj * ; * Messagers. 

Mais Blancandrins, ki envers lu s'atarget*, *()ui vers lui se iriardr. 

Par grant saveir parolet* li uns al altre. * Parle. 

Dist Blancandrins : « jMerveillus hom est Charles, 

Ki cunquist Puille e trestute* Calabre. * La PouHie et luuie. 

Vers Engletere passat-il la mer salse*, * Saice. 

Ad oès seint Père en cunquist le cbevage ' ln!'Jlg!/l('îan^i/^Zn. 

Que nus requert * çà en la nostre marche**. » * liequieri. *' Frontière. 

Guenes respunt : (( Itels* est sis curages, "Tel. 

Jamaisn'ert* hume kiencuntre lui vaille. » Aoi. *,Vt' sem. 

XXIX. 

Dist Blancandri[nsJ : « l'rancssuntnuiltgenlilzhome; 

Alult grant mal funt e [cil*] duc e cilcunte H'es. 

A lur seignur, ki tel cunseill li dunent; 

Lui e altrui travaillent e cunfuudent. » 

Guenes respunt : « .To ne sai veirs* nul hume, *i miment. 

JNe mes* Rollant ki uncore en avérât** hunte. * Si ce n'est. *' Anni. 

Er matin sedeit* li emperére suz l'unibre: *///«• malin était assis. 

Vint-i ses niés*, out vestue sa brunie**, loti" de'^!aiih^^ """'^'^' 



386.) 



DE ROLAND. 



13 



E ont prcct (lejiiste* ('..'irwisonie, 

Eu sa maintint une vormeillo pinne : 

« Tenez, bel sire, dist ivoUjinsà sun uncle, 

Detrestuz* reis vus présent les curnnes*'. » 

Li soens* orgoilz le devereit 1 en eunfundre, 

Kar chascun jur de mort s'ahandnnet*. 

S'ertki l'oeiet, tule pais puis avcriunies'. » Aoi. 



* Et eut. j,ric jiris 'le. 



' De lu us len 

rdiiiics. 

• l.e sien. 



Cim- 



* A la mort s'exposa. 

• S'il était qui le tuât , 
liiiile jKiix puis auriniis. 



\xx. 



Dist Blancandrins : « IMult est [)esmes* Rollant, * Terrible. 

Ki tute gent voelt faire recréant* 

E tûtes teres met en clialengement*. 

Par quele gent quiet-il espleiter tant*? » 

Guenes respunt : « Par la franceise gent; 

11 l'amenttant, ne li i'aidrunt nient*. 

Or e argent lur met tant en présent*, 

IMuls e destrers e pâlies e guarnenienz*. 

I.'emperère méisnies ad tut à stni talent*, 

Cunquerrat-li les teres diei qu\n Orient. >= Aoi. 



' Qui veut vaincre tant le 
monde. 

* Réclamation, revendica- 
tion. 

• Croit-il tant faire. 



' ye lui manqueront pas. 

* Leur fait tant avoir. 

* Étoffes et ha hit. -i. 
.A sa rol(i)ilé. 



XXXI. 



Tant chevalcbèrent Guenes e Blancandrins, 
Que l'un à l'altre la sue leit plevii* 
Que il querreient* que Rollans fust ocis; 
Tant chevalchèrent e veies e chenuns, 
Que en Sarraguce descendent suz* un il'. 
Un faldestoet ont* suz l'umbre d'un pin, 
Euvolupet fut d'un pâlie alexandrin* ; 
Là fut li reis ki tute Espaigne tint; 
Tut entur lui vint milie Sarrazins : 
IN'i ad celoi ki mot sunt ne mot tint* 
Pur les nuveles qu'il vuldreient*oïr. 
Atantas-vos* Guenes e IManclumdrins. 



* Sa foi euijayea . 

' Clierchei aient ( l'oii a- 

sion) . 

Sous. 
* L'n. fauteuil il y rut. 
' Etoffe d'Ale.randri". 



' V'/ (( nul qui iniil sonne 
lit mot tiule. 

* / oudrairni . 

* Alors voici . 



XXXII. 



Blancandrins vint devant rcnqjcreur, 
Par lepui|njg tint le cunte Gueneiuu 



Ji 



LA CHANSON 



(v. 417.) 



E dist a! rei : « Salvez* seiez de Maliuin 

K d'Apollin, qui* seintes k'is teiuiiis! 

\ ostre message t"esime[s| * à (^liarliiii , 

Ainbes ses* mains eu levât cuntremiiul, 

Loat sun Deu, ue (ist altre respuiii* ; 

Ci vos enveiet un sun* noble banni 

Ki est de France, si est* muit riches hom; 

Par lui orrez si aurez pais u* nun. » 

RespuntMarsilie: « Or dietjuusl'orrum *. » Aoi. 



" Sauvé. 

* De qui , doiil. 

* Finies. 

* Ses deux. 

* liépouse. 

* Ici il vous envoie un sieu . 

* Et eut. 

* Paix ou. 

* Qu'il parle , nous l'ouï- 



XXXIII. 



Mais li quens Guenes se l'ut ben purpenset*, 

Par grant saver" cumeucet à parler 

Cume celui ki ben l'aire le set, 

E dist al rei : » Salvez seiez de Deu 

Li glorius qui devum aùrer* ! 

Iço* vus mandetCarlemagues ii ber** : 

Que recevez seinte clirestieutet, 

Demi-Espaigne vos voelt en fui duner*. 

Se cest acorde ne vuiez otrier*. 

Pris e liez serez par poésted * ; 

Al siège, ad Ais* en serez anienet, 

Par jugement serez iloec fiuet*, 

La murrez-vus à hunte e à viitet*. » 

Li reis IMarsilies en tut mult esfreed * , 

Un algier* tint ki d'or fut enpenet, 

Férir feu volt se* n'en fust desturnet. Aoi. 



* Le rotule G. eut bien 
Jlcriu. 

* Savoir. 



* Que devons adorer. 

* Cela. *^ Le hrave. 

* l'ous veut en fiej donner. 

* Octroyer. 

* Par fores. 

A la capitale, à Aix. 
Là mis à mort, 

* De façon vile. 

* Effrayé. 

* Un dard. 

' Frapper l'en voulut si. 



XXXIV. 



Li reis xMarsiiies ad la culur muée*. 
De sun algeir ad la liansle crollée*. 
Quant le vit Guenes, mist la main à l'espee ; 
(iuntre dons deic l'ad del l'uerre getée*. 
Si li ad dit * : « Muit estes bêle e clère ; 
Tant vus avérai en curt à rei* portée. 
Jà ue 1' dirat* de France li emperère 
Que suis moerge* en festrauge cuutrée, 
Eiuz vos averunt li meillor cumparée*. » 



Changée. 

* De son dard il a la hampe 
secouée. 

* Contre deux doigts Fa du 
fourreau tirée. 

* Et lui a dit. 

* A urai en cour de roi. 
"Jamais ne dira. 

* Que .se ut je meure. 
'Mais vous auront les 
■meilleurs achetée. 



(v. 451.) #^- DE ROLAND. 

Dient paien ■ « DosiViimes* la meslée. » 



iri 



néfaisoiia , empnhons. 



XXXV 



Tant li prièrent ii meillor Sarrazin, 
Qu'el faldestoed* s'es[t] Marsiliesasis. 

— Dist Talgalifes* : « !Mal nos avez haillit **, 
Que li Franceisasmastes à férir*; 

Vos le doussez* esculter e oïr. « 

— '< Sire, dist Guenes, mei la vent à siiffrir*. 
Je ne lerreie por tut l'or* que Deus fist 

Ne por tut l'aveir kl seit* en cest pais 
Que jo ne li die, se tant ai de leisir, 
Que Charles li mandet, li reis poesteifs*; 
Par mei li mandet sun mortel enemi. » 
Afublez est d'un mantel sabelin * 
Ki fut cuvert d'un pâlie alexandrin*, 
Getet-le à tere, si 1' receit* Blancandrin ; 
Mais de s'espée ne volt mie guerpir*. 
En son puign destre par l'orié punt* la tint. 
Dient paien : « Noble baron ad ci*. » Aoi. 



' Funlvuil. 

' Le calife ** Troiléx. 
Essayâtes de frapper. 

* Dussiez. 

* Il me la faut, souffrir. 
*.]e ne laisserais pour 
Iniit l'or. 

* Uavoir qui soif. 

*Cc que Charles lui viini- 
(le, le roi piiissaut. 

* De marlre zibeline. 

* D'une étoffe d' Ih xaii- 
itrie. 

* Et le reçoit. 

' Mais (le son épée ne vou- 
lut pus se <lessiiisir. 
^ En son piiiui/ drnil par 
la poignée dorée. 

* Il 1/ a iei. 



XXXYI. 

Envers le rei s'est Guenes aprismet*,' 
Si li ad dit : « A tort vos curuciez * ; 
Quar ço vos mandet Caries ki France tient 
Que recevez la Ici de chrestiens : 
Demi-Espaigne vus durat-il en fiet*, 
L'altre nieitet durât Rollant sis niés*, 
Malz*, orguillus, parçuner e avérez*. 
Si ceste acorde ne volez otrier*, 
En Sarraguce vus vendrai aseger; 
Par poestet* serez pris e liez , 
Menet serez dreit à Ais le siet* ; 
Vus n'i avérez palefreidiie destrer 
Ne mul ue mule que puissez clievalclier , 
Getet serez sur un mal vais sumer*; 
Par jugement iloec perdrez le chef*. 
Nostre emperère vus enveiet cestbrel*. » 



* Apjiroehé. 

* /'(OIS vous eourouci 



* J)onnera-t-it en fief. 

* L'autre nioitié donnera 
il R. sou nereii. 
'Mauvais '* Econome et 
avare. 

* Si cet arrançiemeni vous 
ne voulez octroip.-r. 

* Par force. 

* Le siéf/e, la capitale. 



* Sommier, cheval d<- 
char(je. 

* Là perdrez la télc. 

* Cet te lettre. 



16 LA CHANSON v. 485.) 

El destre poisa* al naien l'ad liveret '*. ' ";'■" •'' '"""■'''' '''"''• 

XXX VU. 



M.irsilies fut esrulurez de Tire*, ' fnioir de colère. 

Freint le seel *, getet en ad la cire, ' Urise fe sceau. 

Giiardet al bref tut la raisun* escrite : jurol"'."' "" " 

« Carie me mandet, lu France ad en baillie*, * Puissance. 

r\ I ^ I I 1 I 11'»* ' Oui: je )iii' raiincllf. 

Que me remembre * de la doUir e de ! irc> ** : . -V/,,,,/,///. 

Ço est de Basan e de sun frère Basilie 

Duiit pris les cbefs as puis* de Maltoïi'. * Les ictcs aux )ii<»ii.s. 

Se de mun cors voeil* aquiter ia vie, 'Je ceux. 

Du«c li envei mun uncle ral^ialile * ; * U- cuiijr. 

Altrement ne m'amerat-il mie. » 

Après parlât ses filz' envers Marsilies . ' son jUs. 

F dist al rei : « Guenes ad dit folie 

Tant ad erret , n'en est dreiz que p!us vivet*; ,,,J)'!,sl!'/n','''i'i''i','iùs'vi'i',\^ 

Fiverez-le mei , jo en ferai la justise. » 

Quant l'oït Guenes, Tespée en ad braulii' ; 

Vait s'apuier suz* le pin, à la tige. * s«//.s. 

XXXMII. 

Enz el* verger s'en est alez li reis , ' DansJe. 

Ses meillors humes eumeiiiet ensembl' od s^i * ; ' Ensemble avec lui. 

V\ Blancandrins i vint al canud peil*, */l« poil chenu, blanc. 

E Jurfaret lu est ses filz e ses beirs", 'Son fds et son héritier. 

E l'aigidifes sun uncle, e sis fedeilz*. ' Féaux, fuUles. 

Dist Blancandrins : » Apelez le Francis, 

De nostre prod m'ad plevie sa feid *. ■• ^'Z^^-, ij^j'^f^y^jj JJ-^/;' 

Ço dist li reis : « E vos li anieneiz. » 

F Guenes l'ad pris par la main destre ad deiz*, 'Au doitji. 

Enz el verger l'enmeinet josq'al rei. 

Là purparolent la traïsun seinz dreit *. \oi. son's'aus'd'i'oit" 

XXXIX. 

« Del sire Guenes , ço li ad diCiMarsilie . * Ce lui'a Jii. 

,lo vos ai fait alques de legerie* * nienie. 

Quant por férir vus démustrai grant ire*. ' Démontrai grand'coière . 



DE ROLAND. 



17 



Guaz vos endreil par oez pels sabelines', ;:;^S;^i^S:^^r! 

I\Ielz*en valt l'or que ne finit cinc cenz liveres ** , * Mieux. ** Livres 
Einz demain noit en iert bêle Tamendise *. » ;,;,^;a;ïr:^;;;,,£,:" 
Guenes respuiit : « Jo neT désotrei mie*. *./e ne le refuse pus. 

Deus, se lui plaist, à bien le vos mercie* ! » Aoi. * Le vous remiiie. 



XL. 

Ço dist Marsilies : « Guenes, par veir saeez*, 
Ku talant ai que mult vos voeill amer* ; 
De Carlemagne vos voeill oïr parler. 
1! est n)ult vielz, si ad sun tens* uset ; 
ÎNlen escient , dons cenz auz ad passet ; 
Par tantes* teres ad sun cors démened , 
ïanz [cols*] ad pris sur sun escut bucler**, 
ïanz riches reis cunduit à mendisted* : 
Quant ert-il mais recreauz d'osteicr* ? » 
Guenes respunt : « Caries n'est mie tels. 
N'est hom ki T veit e conuistre* le set, 
Que ço ne diet que l'emperère est ber*. 
Tant ne V vos sai ne preiser ne loer. 
Que plus n'i ad d'ouur e de bontet. 
Sa grant valor ki 1' purreit acunter*? 
De tel barnage* l'ad Deus enluminet, 
Meilz voelt mûrir que giierpir sun barnetz *. > 



*/VW.'f. 

• En (Icsir ai que furl mus 



veux aimer. 



* Par tant de. 

* Tant de coups. * * Érn à 
boucle. 

' Mendicité. 

* Las de i/uerroi/er. 



Conuaitre. 

' Qui ce ne dise que l'eut- 
perenresl hrave. 



* Raconter. 

* Bravoure. 

' Mieux veut mourirqn'a- 
handonner ses barons. 



* Émerveiller. 
'Chenu et vieux. 
'Mon escient. ** Mieux. 

* f'oijagé, J'atif/ué. 

* D'cpieux. 

* Mendicité. 



XLL 

Dist li paiens : « INlult me puis nierveiller* 

De Carlemagne ki t-st canuz e vielz* . 

Alen escienlre *, dous cenz anz ad o miel/.** 

Par tantes teres ad sun cors Iraveillet*, 

Tanz cols ad pris de lances e d'espiez*, 

Tanz riches reis cunduiz à mcndisliet*, 

Quant erl-il mais recreauz d'osteier*? » * Fati;/uc de guerroijer. 

— » Ço n'iert*, dist G uenes, tant cum vivet sesniés**: „,a-'Jvra'son neveu.''' 

IN'at tel vassal suz la cape de! ciel; 

.,1^ ^ • ■ * /-vi- * Fort est preux son corn- 

Mult par est proz sis cumpaniz* Oliver. pa<juon. 

Li .xii. per, que Caries ad tant chers, 

• •. , I I ~ •!■ * I i„ „ ' Ivant-qardes avec vini/l 

runt lesenguardes a .x\. mille chevalors; mille. 

Soiirs* est Caries, que** nuls home ne crent. » Aoi. "Sur. **Car. 



18 



LA CHANSON 
XLII. 



(v. 551.) 



Dist li Sarrazins : « Merveille en ai granl 

De Carlemagne ki est canuz* e blancs : 

Mien escientre*, plus ad de .ii.c. anz ; 

Par tantes* teres est alet cunquerant, 

Tanz colps ad pris de bons espiez* trenchanz, 

Tanz ricbes reis morz' e vencuz en champ, 

Quant ier[t]-il mais d'osteier recréant* ? » 

— "Ce n'iert*, dist Guenes, tant cum vivet** 

N'ad tel vassal d'ici qu'en Orient; [Rollans : 

Mult par est proz Oliver sis cumpainz'. 

Li .\ii. per, que Caries aimet tant, 

Funt les enguardes à* .xx. mille de Francs; 

SoOrs est Carlles, ne crent hume vivant. » Aor. 



* Chenu. 

* Mon escient. 

* Far tant de. 

* Épieiir. 

* Tués. 

' Quand sern-t-i/ J/nnais 
fatigué de r/uenoi/er. 

* Ce ne sera. ** l'an! qur 
vivra. 

* Olivier son coni/iaf/nnu 
est très-preux. 

* Avant-gardes avec. 



XLTII. 

— « Bel sire Guenes, dist Ararsilies li reis, 

.To ai tel gent, plus bel ne verreiz; 

Quatre cenz mille chevalers puis avcir. 

Puis m'en cumbatre à Carlle et à Franeeis. » 

Guenes respunt : « ]Ne vus à ceste feiz*; 

De vos paiens mult grant perte i avereiz. 

Tressez la folie, tenez-vos al saveir * ; 

L'empereur tant li diuiez aveir *, 

JN'i ait Franeeis ki tôt ne s'en merveilt*. 

Par .XX. hostages que li enveiereiz. 

En dulce France s'en repairerat * li reis ; 

S'arère-guarde lerrat* derère sei, 

lert-i sis niés li quens Rollans, ço crei*, 

K Oliver li proz e li curteis . 

Mort suiit li cunte, se est ki mei en creit. 

Carlles verrat sun grant orguill cadeir*, 

N'aurat talent que jamais nusguerreit*. » Aoi. 

XLIV. 



y on pas à cette fois. 



* Sagesse. 

'Donnez ù l'empereur 
tant d'avoir. 

* Émerveille 



* S'^i retournera. 
* Son arrière- garde lais- 
sera. 

" R. Son neveu y sera, ce 
crois. 



*Cheoir, tomber. 

* iS'aura envie que Jamais 

nul guerroi/e. 



Bel sire Guenes, confaitement* purrài Rollant * Comment. 
Guenes respont : « Ço vos sai-jo ben dire : [ocire? » 



(v. 583.) DE ROLAND. Jl» 

Li reis serat as moillorporz de Sizer*. '^ Pansage de Clsr. 

S'arère-guarde avérât detrès sei* mise; 'Aura derrih-e lui. 

lert-i sis niés* Rollans li riches * * finu uevcu »/ sera. 

E Oliver en qui il tant se fiet* ; "f^ejie. 

.XX. mille Fr.incs unt en lur cumpaignie. 

De voz païens lur enveiez .c. mllie, 

Une bataille lur i rendent cil primes* , ' lyabani. 

La gent de France iert blecée e blesmie *. * Pùiie. 

Ne 1' di por 00 des voz iert là martirie *. :ii^ - ^/^ J';":,Za'Z 

Altre bataille lur liverez de niéisme. marii/re. 

De quel que seit Rollans n'estoestrat mie* : * ^ '(rhapiiera pas. 

Dune avérez faite gente chevalerie, 

N'avérez mais* guère en tute vosfre vie. Aor. * \aiire: plus. 

XLV. 

« Clii purreit* faire que Rollans i fust mort, *()«/ pourrai/. 

])unc perdreit Caries le destre braz del cors' ; *Le bras droit du r<,rps. 

Si remeindreient les merveilluses oz*, ^^mn-ri^il^^'arm^al '''" 

IN'aseniblereit jamais Caries si grant esforz* : *.s; (iraudcs forces . 

Tere major remeindreit* en repos. » In^JynilnJfr'^ ^''''^" 

Quant Tôt* Marsilie, si I' ad baiset el col **; * A''>m//. ** // l'a baisé 

„ . . ^ . - i "" eau. 

Puis si cumencet a venir «es trésors *. Aoi. - puis tommrnre à n-uir 



sou trcsiir. 



XLVI. 



Ço dist jMarsilies, qu'en parlereient-il plus? 

« CuDseill n'est proz*dunt hume n'est servis* : " Projn. 

La traïsun me jurrez de Rollant, si il li est*. » * S'il y est. 

ÇorespuntGuenes: « Issiseitcum vosplait*. » '^ji'/^ '"" ''""'""' '"'" 

Sur les reliques de s'espée Murgleis 

La traïsun jurât, e si s'en est forsfait*. Aoi. ;,;;;,'' " '"""V"' '' -" '''- 

XLvn. 



Un faldestoed i out d'un olifant*. loirc!""""'' " " ''"' '''" 
Marsilies l'ait porter un livere avant, 

T 1 ■ • r .. AI 1 » rn „ * La loi II fut de Valnnuct 

La lei I tut Alahum e fervagan. ^/;/,, '•' 

Ço ad juret li Sarrazins espans*, * f^spagind. 

Se en rère-giiarde troevet le cors* Rollant, * Tmare le mrps de. 



^20 



LA CHANSON 



V. GT4. 



Cumbatrat-sei à trcstute sa geut*; 
E, se il poet, nnirrat-i veiremei)t*. 
Guenes respiint : « Ben seit vostre cornant*. 
Aoi. 



* Iver liiiil .son monde. 
'Et, s'il, lient, ruoiiira-t il 
vniimi'nt. 

* ISivn soit [Jiiil) votre 
rnmmiiiitlement. 



XLVIll. 



Atant* i vint uns paiens Valdabrnns; * Alors. 

Icil en vait* ai rei IMarsiliun, *Ceini-ci s\-n m. 

(lier en riant 'lad dit* à Gueneinn : *// u <lit. 

•' [T]onez ni'espée, nieillum'en at nuls lioin; 

[K]ntre leslieiz* ad plus de niilmanguns" : 

Par amistiez, bel sire, la vos duuns* 

Que* nos aidez de Rollant le barun, 

Qu'en rère-guarde trover le poiisum*. " 

— '( Ben serat l'ait, » li qnens Guenes respunt ; 

Puis se baisèrent es vis' e es nientuns. *An.v risaf/^ 

XLIX. 



'(in nies. " Mnnq.éns (es- 
prcfde inonriaie). 

* Donnons. 

* Pour ({ne. 

* Puissions. 



Après [i] vint un paien Climorins, 

Cler en riant à Guenelun 'lad dit* : 

" Tenez mun helme*, uncbes meillor no vi: 

Si nos aidez de P»ollant li marcliis* , 

Par quel mesure le poiissuni bunir*. » 

— « Ben serat fait ,-• Guenes respundit; 

Puis se baisèrent es bûches e es vis*. Aoi. 



L. 



Atant* [il vint la reine Hramimunde : 
'< .lo vos aini mult, sire, dist-ele al cunte, 
(>ar mult vos priset mi sire e tuit si bume*. 
A vostre femme euveierai dous nuscbes*. 
Bien i ad or, matices e jacunces* ; 
Kles valent mielz que tut l'aveirde Rume : 
Vostre emperère si boues n'enout uncbes*. 
il les ad prises, en sa boese les butet*. Aoi. 

LJ. 

Li reis apelet IMalduiz, sun trésorer : 
« L'aveir Carlun* est-il apareilliez** ? » 



' Hcannii . 

' Le marquis. 

* Puissions honnir. 

' lux liouchcs fl iin.r ri- 
snqrs. 



* Alors. 



'Prise mon mari et tons 
ses hommes. 

* Bracelets. 

* ./méthi/sles et jat/otires 
(espèce (le pierre précieu- 
se ). 

* Ontjnes, jamais. 

* En sa butte les met. 



* De Charles 



'Prêt. 



(V. 644. 



DE ROLAND 



21 



E cil respuut* : « Oïl, sire, asez bien : * fa celui-ci répond. 

.vii.c. caQieilz d'or e argent cargiez* liarjlésf''''' "'""""""' 

F- .XX. lîOStagesdesplnSgentilzdeSUZCer. » AOI. * Dissous le ciel. 



LIT. 



Alarsilie tint Guenehin parTespalIe*, 

Si li ad dit : » Miilt par les ber* e sage. 

Par celé lei que vos tenez plus salve*, 

Guardez de nos ne turnez le enrage*. 

De muu aveirvos voeill* diinner grant masse : 

_.x. niuls* cargezdel plus lin or d'Arabe**; 

.lamais n'iert an altretel ne vos face*. 

Tenez les clefs de cesie citet large , 

Le grant aveir en présentez al rei Carlrs. 

Pois nie jugez Pvollantà rère-giiardo*. 

Se r j)ois* trover à port ne à passage, 

Liverrai-lui une mortel bataille. » 

Guenes respunt : »^Iei est vis que trop large*. 

Pois est munted*, entret on sun veiage. Aoi. 



* Épaule. 

* Tu es iris-hravc 

* Sauve, sdlulaire. 

* Le cœur. 

* .Je vous V"u.v. 

' Dix mulets. * * d' (ni - 
liic. 

* .lamais ne sera an que de 
même ne vous fasse. 



' Puis assii/nez-moi lli 
land à l'arrière garde. 
* Si je le puis. 



' Il m'est avis que Irn/i 

larde. 

' Puis est monte (« cheval) . 



LUI. 



Li emperères aproisniet sun repaire*, 

Venuz en est à la citet de Gaine; 

Li quens Rollans il l'ad e prise e Traite* : 

Puis icel jur* en fut cent aiiz déserte. 

De Guenelun atent li reis nuveles 

E le tréud* d'Espaigne la grant tere. 

Par main en l'albe*, si cum li jurz eselairet, 

Guenes li quons* est venuz as lierberges**. Aoi. 



' Approche de 
dcnce. 



' Brisée. 

* Depuis ce Jour. 

* Tribut. 

* Par mutin eu l'aube. 

' Le çinule. " Liuje- 

me ut s. 



LIV 



Li emperères est par matin levet, 
Messe e matines ad li reis escultet*; 
Sur l'erbe verte estut devant sun tref ' 
Rollans i lut e Oliver li ber*, 
.\eimes li du\ e des altres asez*; 
Guenes i vint, li fels*, li parjurez, 



* Écouté. 

* Se liut devant sa lente. 
' Le brave. 

* Et dcsautreseu nombre 

* Le félon. 



93 



LA GHANSU.N 



(v. G75.J 



Par grant veisdie cumencet* à parler, 

K dist al rei : « Salvez seiez de Deu ! 

De Sarragiu^e ci vos aporte les clefs , 

Mult grant aveir vos en faz* amener 

K .XX. hostages, faites-les ben guarder ; 

E si vos niandet reis Marsiliesli ber% 

Del algalifes ne 1' devez pas blasnier* ; 

Kar à mes oilz vi .iiii.c. mille armez*, 

llalbers* vestiiz , alquanz healmes** fermez, 

Ceintes espées as punz d'or neielez*, 

Ki l'en cunduistrent tresqu'en* la [halte] mer; 

De IMarsilie s'en furent, pur la chrestientet 

Que il ne 1' voelent ne tenir ne guarder. 

Khu qu'il oiissent .iiii. liues siglet*, 

vSi's aquiliit* e tempeste e ored**. 

La siint neiez, jamais ne's en verrez*; 

Se il fust vif , jo 1' oiisse amenet. 

Del rei paien , sire, par veir * créez, 

.là ne verrez cest premer meis passet 

Qu'il vous siurat* en France le regnet, 

Si receverat la lei que vos tenez ; 

.lointes ses mains, iert vostre comandet*. 

De vos tendrat Espaigne le regnet. » 

Ço dist li reis : « Graciet* en seit Deus! 

Ben l'avez fait, miilt grant prod* i avérez. » 

Par mi cel ost* funt mil grailles"* suner, 

Francdésherbergent*, funt lursumers trosser ** 

Versduice France tuitsunt* achiminez. Aor. 



Foiirheric commence. 



finis en fais. 



* Le hrave. 

' \i: devez pus lilihitrr le 
ni/ife. 

' ( (II- lie mes ijeiixvisquulrc 
reiil mille [hommes) armés. 
'Hauberts. ** Quelques- 
uns heaumes. 
' hixpoidnéesiVoriiiellées. 

* Qui II- lonriuisireni jns- 
f/n'rn. 



* Iva ni qu'ils eussent qua- 
tre lieues ci ni/ lé. 

* Les accueillit. '* l'eut. 

* ye les reverre:. 



* Par vérité croifez 



Suivra. 



" Sera votre clieul, re- 
commandé. 



* Remercié. 

"Profit. 

* tu milieu de cette ar- 
mée. ** Clairons. 

* Délayent ** Charger. 

* Tous. 



LV. 



Caries li Magnes ad Espaigne guastede*. 
Les castels pris, les citez violées. 
Ço dit li reis que sa guère out linée. 
Vers dulce France chevalchet l'emperère. 
Li quens* PioIIans ad l'enseigne fermée**. 
En sum* un tertre cuutre le ciel levée. 
Franc se herbergent par tute la cuntrée; 
Paien chevalchent par cez greignurs* valées 
Halbercs vestuz e très-bien fermeez , 



* liavaijée. 



* Chevauche. 

* Comte. ** Fi.vi 

* Lu haut de. 

* Pli's f/randes. 



,V. 7,2.) 



DE ROLAND. 



23 



Healmes lacez e ceintes lur espées, 

Ksciiz as colz e lauces adubées* ; 

Ku im bruill parsum les puis remestreiit*. 

.iiii.c. niilie atendeut Tajuriiée*. 

Deiis ! quoi diiliir que li François nel' sevonl! Aoi, 



'En clnt. 

* Eu un buis, en haut sur 
les vioutar/nes restèrent. 

* Ouatre centmilli' atten- 
ilriil le jioint du jour. 



LVI. 



Tresvait * le jur, la noit est aserie **. 
Caries se dort , li emperères riches ; 
Suujat qu'il ert* al greignurs porz de Sizer** 
Entre ses poinz teiieit sa hanste fraisniue * ; 
(kienes li quens * l'ad sur lui saisie , 
Par tel aïr* l'at estrussée*' e brandie 
Qu'envers le cel* en volent les escicles'*. 
Caries se dort, qu'il ne s'esveillet niic. 



*S'en va. 


•« J), rcuue 


épaisse. 




* Était. 


** Cise. 


* Sa lance 


de fr-ène. 


* Le comte 




* Jiolence 


Secouée. 


' Ciel. * 


Éclats. 



LVII. 



Après icesto, altre avisiun* sunjat, 
Qu'il eu France ert à sa capele ad Ais*. 
El destre braz li morst uas vers si mais*; 
Devers Ardene vit venir uns leuparz "j 
Sun cors démenie*, mult fièrement asalt** 
D'ens de [la] sale uns veltres avalât * 
Que vint à Caries le galops e les salz*, 
La destre oreille* al prenier ver trencbat, 
Iréoment* se cumbat al lépart. 
Diout Franceis que grant bataille i ad, 
Il ne sevent liquels d'els la veintrat*. 
Caries se dort, mie ne s'esveillat. Aoi 



* / ision . 

* A Ai.v-la-Chaj)elle. 

* tu brasdroit lui mordait 
un serpent si utaurais. 
'Léopard. 

* Démène. ** Assaillit. 

* De l'intérieur de la salle 
un mutin descendit. 

* Saufs. 

* L'oreille droite. 

* En colère. 

* rainera. 



LVIU. 

Tresvait la noit*, e apert la clere albe *, 
Parmi cel host suveut e menu rcguardod*. 
Lieu)porères mult fièrement chevalclief . 
« Seigneurs barons, dist li eniperère Cdiiub, 
Vooz les porz e les destreiz* passages, 
Kar méjugez ki ert* eu l'arere-guarde. " 



* s'en .va la nuit , et «/;- 
f/aniil la claire uulie. 
'Parmi i-elte armée .sou- 
vent et menu regarde. 
" Chevanclie. 



* t.troits. 

' Décidez-moi duui 

sera. 



qui 



24 



LA CHANSON 



(v. ,v,.] 



Gueiies rospunt : << Cist miens fillastre*; 
rs'avez baron de si graut vasselage*. » 
Quant Tôt li reis*, fièrement le reguardet , 
Si li ad dit* : « Vos estes vifs diables; 
El cors* vos est entrée mortel rage. 
W ki serat devant mei on Fans-guarde*? » 
Guenes respunt : « Oger de Denemarclie; 
N'avez barun ki mielz de lui la facet*. » Aoi. 



Ce mien hcau-Jils. 

* Bravoure. 

* Quand Vnuïl le roi. 

* Et il lui a dit. 

* Dans le corps, 

* En l'ariuit-rjarcle. 



' Qui mieux que lui In 
fasse. - 



LIX. 

Li (jLi,eus llollaus , quant il s'oït juger , 
Dune ad parled à lei de * chevaler : 
« Sire parastre, mult vos dei aveir ciier : 
L'arère-guarde avez sur mei jugiet * ; 
N'i perdrat Caries li reis ki France tient , 
Men escieutre*, palpfreid ne destrer, 
Ne mul ne mule que deiet* chevalcher, 
N'em perdrat [mie] ne runciu ne sumer* 
Que as espées ne seit einz eslegiet*. » 
Guenes respunt : « Vcir* dites, jo F sai bien. 



* Comme un . 

* fous m'avez adjut/r 
rarrière-(jardc. 

* A mon escient. 

* Doive. 

' I\oncin,sf>inmicr, bile de 
somme, cheval de cliart/c. 
'^Auparavant disputé. 

AOI. *f'rai. 



LX. 

Quant ot Rollans qu'il ert en l'arère-guarde , 
Iréement* parlât à sun parastre : 
» Ahi! culvert*, malvais hom de put aire**, 
Quias le guaut me caïst * en la place , 
Cuine list à tei le basluu devant Carie? Aoi. 



* En colère . 

* Ldclie. " De mauvaise 

race. 

' Penses-tu que le (jant 

me chût, tombal. 



LXI. 

« J)reiz* emperère, dist Rollans le baruji, 
Dunez-mei l'arc que vos tenez el poign* ; 
IMen escieutre, ne 1' me reproverunt* 
Que il me chedet* eu m fist à Guenelun 
De sa main destre*, quant reçut le bastun. > 
Li emperères en tint sun chef enbrunc*, 
Si duist* sa barbe e détuerst sun gernun**, 
Ne poet muer jque de s [es] oilz ne plurt*. 
Auprès iço* i est Neimes veuud. 



* Lcyilimc. 

' Au point . 

''Ils ne me reprocliçront . 

* Tombe. 

De sa main droite. 

* Baissé. 

* Il caresse. " Ditord sa 
moustache. 

' Il ne peut s'empêcher de 
pleurer des ijeux. 
" Jpris cela. 



•) 



DE ROLAND. 



25 



Meillor vassal u'oiit en la ciirt de* lui, 
K dist al rei : « Ben l'avez euteudut. 
Li (juens PiollansSl est nuilt irascut* : 
I/arère-guardé est jugée sur lui*; 
N'avez baron kl jamais là remut *. 
Dunez-li l'arc que vos avez tendut, 
Si li truvez ki très-bien li ajut*. » 
IJ reis li dunet, e Kollans l'a reçut. [Aoi.] 



*// n'ij eut en laconr que ■ 

'Courroucé. 
'Lui est adjugée. 
' /Jout/é. 

' A nie . 



LXII. 



Li emperères apeletses niés* Proliant : 
« Bel sire niés, or savez veiremciit*, 
Demi mun host vos lerrai* en présent : 
Retenez-les, ço est vostre saivement*. » 
(.0 dit li quens* : « Jo n'en ferai nient**; 
Dcus me confunde se la geste* en desmeut, 
.\\. milie* Francs retendrai ben vaillaiiz. 
Passez les porz trestut soiirement*, 



* Appelle son neveu. 

* J'raimcnt. 

* La moitié de mon armée 
vous laisserai. 

* Salut. 

* Cedit leromte. *' Iticn. 

* Si je démens la famille. 

* f'inrjt mille. 

* Sûrement. 



Jà mar erendrez nul hume a ' mun vivant « [_\oi . ]\ommc %"''"'"'"= ""' 



LXIIL 



Li quens Rollans est rauntet el destrer*, 

Cuntre lui vient siscumpainz* Oliver, 

Vint-i Gerins e li proz quens Gerers, 

E vint-i Otes, si i vintBerengers, 

K vint Jastors e Anséis li veillz *, 

Vint-i Gérart de Piossillon li fiers, 

Venuzi est li riches dux GaiQers. 

Dist l'arcevesque : « Jo irai, par mun chef* ! 

— « L jo od vos*, ço dist li quens Gualters; 

Hom sui Rollant*, jo ue li dei faillir. » 

Entre s'eslisen[t] .xx. milie chevalers. Aoi. 



''Sur le dextrier. 
''Son comiiagnon. 



' Le vieux. 



'Par ma tête. 

' /;/ moi avec vous. 

' Homme suis de Roland. 



LXIV. 



Li quens llollans Gualter del luin* apelet : * De loin. 

« Pernez* mil Francs de France uostre tere, * Prene:. 
Si purpernez* les dcserz e les tertres * Li investissez 



^G 



LA CHANSON 



Que l'emperère iiisuii des soens * n'i perdet. » 
Rcspmit GiiJiIter : « Pur vos le dei* ben faire. 
Od mil Franceis de France, la liir tere, 
Ciualter desreuget les destreiz* e les tertres; 
JN'eii descendrai pur malvaises nuveles, 
Kiiceis* quVn seient .vii.c. espées traites *. 
Reis Almaris de! règne de Helferne 
Une bataille lur liverat le jiir |)esme*. Aoi. 

LXV. 

Hait sont li pui*, et li val ténébrus, 

Les rocbes bises*, les destreiz** nierveillus. 

Le jur passèrent Franceis od grantdulur*, 

De .XV. lias en ot-bom la rimur*. 

Puis que il venent à [la] tere uiajur*, 

Virent Guascuigne la terre lur seignur * ; 

Dune le remenibret des fins e des honurs* 

E des pulcele e des gentilz oixurs* : 

Cel n'en i ad lu de pitet ne plurt*. 

Sur tuz les altres est Caries anguissus*, 

As porz d'Espaigne ad lesset sun nevold* : 

Pitet l'en prent, ne poet muer n'eu plurt *. Aoi. 

LXVL 

Li .xii. per suut remés* en Espaigue, 
.XX. niilie* Francs uut eu lur cumpaigne**, 
IN'en uut poiir* ne de mûrir dutance**. 
Li cmperère s'en repairet* en France. 
Suz* sun mantel en fait la cuntenance. 
Dejuste lui* li du\ ISeimes cbevalcbet**, 
E dit al rei : « De quel avez pesauce*? » 
Caries respunt : « Tort fait ki 1' nie deniandet. 
Si grant doel ai ne puis muer ne 1' pleignc *. 
Par Gueuelun serat destruite France. 
Enoit m'avint un avisiun d'angele*, 
Que entre mes puinz medepecout ma bauste*. 
Ci'n ad juget misnés* à l'arère-guarde ; 
Jo l'ai lesset en une estrange marcbe*. 
Deus! se jolperl, ja n'eu aurai escange*. » Aoi. 



Ancun des siens. 
' ^ .le le il oh. 

* ()cvlii)c les défilés. 

* Ivdiit. *' Se/il renis 
épccs Urées. 

' Cruelle , terrible ( pes- 
sima). 



'flaiiles sont les moula- 
ijiies. 

* G rises . * Déji lés . 

* Douleur. 

Rumeur, bruit. 

* ^ /'/ t/rande terre, l'Es- 
fxKjnc. 

De leur seigneur . 
' Donc il lui souvient des 
Jiefsel des terres. 
' Et des jeunes /illcs et des 
nobles épouses. 
' Il n'ij a personne qui de 
pitié ne pleuie. 
' Dans les angoisses. 

* -I laissé son neveu. 

'' A'e peut s'empêcher d'en 
pleurer. 



* Restés. 

* t ingt mille. "* Com- 
pagnie. 

* Peur. ** Crainte. 

* S'en retourne. 

* .Sous. 

' Près de lui. ** C/tevaU' 
rlie. 

* Chagrin. 

* Douleur ai que je ne puis 
tn'empéeher de le plain 
dre. 

* Cette nuit m'advrttt nne 
risio)i d'ange. 

* Me dépeçait ma lance. 
' Il a décidé que mon ne- 
veu serait. 

' l^aissé en une contrée 

étrangère. 

" Échange, 



DE ROLAND. 



m 



LXVIT. 



Coiies li IMagnes ne poet muer n'en plurt*. 
.c. mille Francs pur lui unt grant tendrur *, 
K de Rollant merveilluse poiir*. 
Guen[e]s li fels* en ad fait traïsun; 
Del rei paien en ad oiid * granz duiis, 
Or e argent, pâlies* e ciclatuns**, 
INluls* e chevais, e cameilz** e iéuns. [aoi.J 



* ('hurles II' Giiiiid ne 
jickI l'aire (/n'en pleurer. 

* Tendresse. 

' Peur. 

* Féh>,i . 

*E„. 

* Éloffp.s (le prix. '*Es- 
|M'ce Vie lissns de soie. 

* Miilels. ** C/i(imfiaii.v. 



LXVIII. 



iNIarsilies mandet d'E^paigne les baruiis, 
Cuntes, vezeuntes e du\ ealmaeurs*, 
Les amirafles* e les filz as cunturs** ; 
.iiii.c. mille en ajustet en .iii. jurz*. 
En Sarraguce fait suner ses taburs* ; 
iMahumel lèvent en la plus halte tur*. 
N'i' ad païen ne Y prit e ne l'aort*. 
Puis si chevalchent par mult grant cuntencini' 
La tei'e Certelne* e les vais e les munz. 
De cels de France virent les gunfannns*, 
L'arère-guarde des .xii. cumpaignuns 
Ne lesserat bataille ne lur dunt*. [Aot.] 



' riecniiles, dues fil emnir- 
hlhles. 

* Kniirs. ** Comtes. 
'400,0(iit il en nisse)iililc 
en trois junrs. 

* Tanihonrs. 

* Tour. 

'Qui ne le prie ri ne Pa- 
dure. 

* /ùnnliition . 

* /.<i Cerda;/ne. 

* Les l'Iendiirds. 



.\c hii.'^seru que bataille 
e leur donne. 



LXIX. 



Li niés IMarsilie* il est venuz avant 

Sur un mulet, od un bastun tuchant*; 

Dist à Sun uncle bêlement en riant : 

« Bel sire reis , jo vos ai servit tant , 

Si'n ai oiit e peines e abans*. 

Faites batailles e vencues en champ; 

Dunez-m'un feu : ço est le colp* de Rollant; 

.lo rocirai à mun espiet* trenchant; 

Se I^K^bumet nie voelt estre guarant'. 

De tute Espaigne aquiterai les pans 

Des porz d'Espaigne entresfiu''a* Durestant. 

Lasserat Caries, si recrerruiit si Franc* : 

.là n'avérez mais guère en tut vostre vivant*. 

Li reis Marsilie l'en ad dunet le guant. Aoi. 



' Le neveu de Marsilie. 
' Le touchant avec un bâ- 
ton. 



' F.t fcn ai en peines et 
lounnenis. 



* Fief : c'est le coup. 

* Avec mon épien. 

* Proleetenr. 



* .1 US(ll: 'il. 

' Charles se lassera, et ses 
Francs renonceront. 
'Tous n'aurez plux de 
ijiierreen tonte votre vie. 



28 



LA CHANSON 



V. 874. 



LXX. 



Li niés Marsilics* tient le guant en sun poign , 
Sun uncle apelet de mult fière raisun* : 
» Bel sire reis , fait m'avez un grant dun. 
Eslisez-mei .xii. de voz baruns , 
Si* m' cumbatrai as .xii. cumpaignuns. » 
Tut premerein* l'en respunt Falsaron; 
Icil ert* frère al rei Marsiliun : 
■' Bel sire niés, e jo e vos irrum, 
Geste bataille veirement* la ferum; 
L'arère-guarde de la grant host Carlun*, 
Il est juget * que nus les ocirum. » Aoi. 



Le neveu de Marsilie. 
Discours. 



' FI je. 

"■ /'uul premier. 

' Cchil-là était. 

* I raiment. 

* !)(• la f/raiide arméi 
Cliarles. 

* lh-ri(U. 



LXXI. 



Heis Corsalis il est del altre part , 
Barbarins est e mult de i^iales arz '. 
Cil ad parlet à lei de * bon vassal , 
Pur tut l'or Deu ne volt* estre cuard. 
As-vos poignant* IMalprimis de Brigant, 
Plus curt à piet que ne fait un cheval , 
Devant Marsilie cil s'escriet mult hait* : 
« .Jo cunduirai mun cors en Beucesvals ; 
Se truis Bollant, ne lerrai que ne 1' mat *. ' 



* De Barbarie est et de 
très-mnuvais arts. 

* Comme un. 

\e iwulut. 
' f'oiri piquant de /'</»■• 



* Celui-ci s'écrietrès-haul . 

r A „j -i*Si {je) trouve Roland, ne 
[/\Ul il(lisg^,J•^|i quejenel'ahatte. 



LXXIl. 

Uns amurades i ad de Balaguez*, 
Cors ad mult gent e le vis* fier e cler; 
Puis* que il est sur sun cheval muntet, 
IMult se fait (iers de ses armes porter; 
De vasselage* est-il ben alosez**; 
Fust chrestiens, asez aiist barnet*. 
Devant Marsilie cil en est escriet* : 
« En Rencesvals irai mun cors juer ; 
Se truis Bollant, de mort seratfinet* 
E Oliver e tuz les .xii. pers; 
Franceis murrunt à doel e à viltet*. 
Caries li INIagnes velz est e redotez*. 



* Un émir il // a de liahi- 
f/uer. 

* l'isage . 

* Depuis. 



* De bravoure **" Réputé. 
'Fût-il clirétieu il eût 
fort leienom de baron. 

* Celui-là s'est écrié. 

' Si je trouve Roland, il 
/inira par la mort. 

' ^-trcr douleur et avec 
honte. 

* f'ieux est et radoteur. 



V. 90G. 



DE ROLAND. 



29 



Recreanz ert de* sa guerre mener : 

Si DUS remeindrat Kspaigiie en quitedel*. « 

Li reis M.'irsilie l'en ad midt merciet*. Aoi. 



' Renoncera a. 

' El nous restera lispat/m 

rnliéremenf. 

* Remercié. 



LXXIII. 



TJn almacurs i ad de ÎMoriane', 

N'ad* plus tëlun en la tere d'Espaigne, 

Devant iMarsilie ad faite sa vantjince : 

« Kn Rencesvals guierai ma cumpaigne % 

.x\. milie ad escuz e à* lances. 

Se trois RoIIant , de mort li duins fiance * : 

.Tarnais n'ert' jor que Caries ne se pleignet. A oi. 



• Un connclahle il ;/ .eut 
(le .Mauritanie. 
' Il n 'tj a. 



* Guiderai ma compagnie. 

* Finyt mille avec ccus et 
avec. 

' Si ijc) trouve Roland, de 
mort lui donne assuranrc 
" * A e sera . 



LXXIV 



D'altre part est Turgis de Turteluse*; 
Cil est uns quens, si est la citet sue*. 
De chrestiens voelt faire maie uode* ; 
Devant Marsilie as altres si s'ajust* ; 
Ço dist al rei : « Ne vos esmaiez unches '. 
Plus valt Mahum* que seint Père de Rume: 
Se lui servez , l'onur del camp ert* nostre. 
Kn Rencesvals à Rollant irai juindre, 
De mort n'aurat guarantisun pur hume*. 
Veez m'espée* ki est e hone e lunge, 
A Durendal jo la métrai encuntre : 
Ascz orrez* la quele irat desure**. 
Francc'is murrunt, si à nus s'abanduiient; 
(Parles li velz avérât e deol* e hunte , 
Jamais en tere ne porterai curone. » [Aoi.] 



*Tortose. 

* Celui-là est un comte, cl 
la cité est sienne. 

* Feut faire mauvaisparli. 

* Aux autres il se joint. 

* ye vous tourmentez pas. 
Plus vaut Mdliniiiet . 

* Sera . 

' yul ne se fjarautira île 
mort. 

* f iiifez mon épée. 

* Outrez. ** Dessus. 



' Charles le vieux aura cl 
ilouleur. 



LXXV. 



Del altre part est Escreniiz de Valterni'. 
Sarrazins est, si est sue* la tere; 
Devant IMarsilie s'escriet on la presse : 
« En Rencesvals irai rorgoill desfaire. 
Se trois* Rollant, n'enporterat la teste; 
\e Oliver ki les altres cadelet*. 



'Si (Je) Iroure. 

' Conduit, cinnuiaiidr 



30 



LA CHANSON 



TJ .\ii. per tuit snnt jugez à perdre*, 
Fronceis niurrmit, e France en ert déserte*. 
De bons vassals avérât Caries siiffraite*. » Aoi 



* Les (loiizr pairs toux sont 
coinliimin's à perd?'!; ( In/ 
rie ). * Sera. 

* A lira (hurles w 




LXXVI. 

D'altre part est uns paiens Fstiirganz*, 

Estramariz i est un soens cunipainz*; 

Cil sunt l'éliin traïtur sudniant*. 

Ço dist Marsilie : « Seignurs, venez avant; 

Kn Rencesvals irez as porz* passant, 

Si aiderez à cunduire ma gent. » 

E cil respundent : « Sire, à vostre coniandement 

Nus asaidrum* Oliver e Rollant. 

Li .\ii. per n'aurunt de mort guarani * ; 

Noz espées sunt boues e trenchant , 

IVus les feruns vermeilles de chald* sanc. 

Franceis murrunt, Caries en ert dolent*. 

ïere majur* vos metrum en présent; 

Venez-i, reis, si 1' verrez veirement*. 

L'empereor vos metrum en présent*. » [Aoi.] 

LXXVII. 



* D'Astcrg<i. 

* Un sien compagnon. 

* Cenx là sont félons. Irai- 
très, fourbes. 

* Cols , passages. 



* yous assaillirons. 

* Protecteur contre lu 
mort. 

* Chaud. 

* Eu sera chagrin , 

* La grande teire, l'Espa- 
gne. ' 

* r miment. 

* \ons vous feroiw! présent 
de l'emperenr. 



Curant i vint iNIargariz de Sibilie* ; 

Cil tient la tere entre [s] qu'à * Scazmarine. 

Pur sa beltet* dames li sunt amies; 

C^^le ne 1' veit, vers lui n'esclargisset*; 

Quant ele le veit, ne poet muer ne riet*. 

N'i ad paien de tel chevalerie; 

Vint en la presse, sur les altres s'escriet 

E dist al rei : « Ne vos esmaiez mie*. 

Eu Rencesvals irai Rollant ocire, 

Ne Oliver n'en porterai la vie; 

I>i .\ii. pers sunt remès* en martiric. 

Veez m'espée* lu d'or est enheldie**. 

Si la tramist li amiralz de Primes *: 

•lo vos plevis* qu'en vermeill sanc ert** mise. 

Franceis murrunt, e France en ert huiue*. 

Caries li velz*, à la barbe flurie**. 



* Séville. 

* .fusqu'à . 

* Beauté. 

* i\''éclaire(d'un sourire). 

* Ne peut s'empêcher de 
rire. 



' Ne vous tourmente: pas. 



Restés. 
" Idgezmon épée. ** Em- 
manchée. 

* L'amiral de P. l'en- 
voga. 

'Je vous garantis. "* Sera. 

* Honnie. 

* f ieu.r. ** lilonrhc com- 
me vn arhre en /leur. 



(v. 



VDE ROLAND. 



3i 



Jamais n'ert jurn* qu'il n'en ait doel e iro**. 
Jusqu'à* un an averuni** France saisie, 
Gésir porrum el bure* de Seiut-Denise. =' 
Li reispaiens part'undémentrenclinet*. Aoi. 



*/. HP sera jour. ** Dou- 
leur et clKif/rin. 
' l) 'ici à . * A it^oii s . 
' I^ourruiis nous coucher 
nu liourr/. 
* S'incline devant lui. 



LXXVIII. 



Del altre part est Chernubles de Munigre, 

Josqu'à la tere si chevoel li balient*, 

Greignor fais portet par giu quant il s'euveiset * 

Que .iii. muiez ne funt quant il sumeient*. 

Icele tere, co dit, dunt il esteit, 

Soleill n'i luist, ne blet n'i poet pas creistre*, 

Pluie n'i chet*, rusée n'i adeiset**, 

Piere n'i ad que tute ne scit neire ; 

Dient alquanz* que diables i meignent**. 

Ce dist Chernubles : « Ma bone espée ai ceinte , 

Kn Piencesvals jo la tendrai vermeille, 

Se trois* Rollans li proz en mi** ma veie. 

Se ne l'assaill, dune ne faz-jo que creire*; 

Si cunquerrai Durendal od la meie*. 

Français murrunt, e France en ert* déserte. » 

A icezmoz li .xii. [per] salient*, 

Itels .c. milles Sarrazins od els * meinent 

Ki de bataille s'arguent e hasteient*, 

Vunt s'aduber desuz une sapide*. [Aot.] 



* Ses cheveux lui dansent. 
' Plus f/rau(1 faix porte 
pur jeu quand il s'amu.'te. 
' Portent la charge. 



Croître. 
' Cheoit , tombe, 
chc. 

* Quelques-uns. 
meurent. 



Tou- 



l)e- 



* Si i^je) trouve. '* au m/- 
lieu de. 

* Si {je) ne ra.isaillis, je 
ne suis plus à ooire. 

' Mienne. 

* En .sera . 

*.S* lèvent. 

* Tels cent mille S. avec 
eux. 

* S'excitent et hâtent. 

* /'onts'armerile.'s.sous une 
sapiniiie. 



LXXIX. 

^^aien s'adubent d'osbercs sarazineis, 
Tuit li plusur* en sunt Saraguzeis; 
Lacent lor elmes niult bons dublez en treis, 
Ceignent espées del acer vianeis*, 
Escuz unt genz,espiez valentineis*, 
E gunfanuns blancs e blois* e vermeilz; 
Laissent les mulz* e tuz les palefreiz, 
Es destrers* muntent, si chevalchent estreiz** 
Clers fut li jurs, e bels fut li soleilz ; 
JN'unt guarnement que tut ne refiambeit ; 
Sunent mil grailles, por co que* plus bel seit 



* S'anncntd'liauherts sar- 
rasins. 

* Le plus (jrand nombre. 

* De l'acier de la l'ienne. 



* ISobles, épieux 
lence. 

* Bleus. 

* Mulets. 

* Sur les dextriers. 
*' f: traits, .icrrés. 

* i\'otit équipement 
tout ne resplendisse. 

* Clairons, pour que. 



I II- 



qut 



32 



LA CHANSON 



Granz est la noise*, si l'oïrent Franceis. * Bruii. 

Dist Oli*er : « Sire cumpainz, ce crei*, * sire rompaf/ non,' 

De Sarrazius piiruni* bataille aveir. » * Nous pourrons. 

Respont Rollans : « E Deiis la nus otreit*! ' Oriroi/p. 

Ben devuns ci estre pur nostre rei. 

Pur son seignordeit homsuffrir destreiz*, * Détresse. 

E endurer e granz chalz* e granz freiz; * Chdmis. 

Si"n deit hom perdre e del quir e del peil*. * Et doit-on. 

Or guart chascuns que granz col|)s il einpieit*, * il emploie. 

Que nialvaise eançun de nus chantetne seit. 

l'aien unt tort, e chrestiens unt dreit. 

Malvaise essample n'en serat jà de mei. » Aoi. 

LXXX. 



Oliver est sur un pin muntez sus*, 
Guardet suz destre parmi* un val herbus, 
Si veit venir celé gent paienur*, 
Si'n* apelat Rollaut sun cumpaignun : 
« Devers Espaigue vei venir tel bruur*, 
Taiiz blancs osbercs, tanz elmes llambius*. 
Icist lerunt* nos Franceis graut irur**; 
Guenes le sout, li tel, li Iraïtur*, 
Ki nus jugat* devant l'empereur. » 
— « Tais, Oliver, li quens Rollans respunt; 
Mis parrastre est, ne voeill que mot on srns' 
Aoi. 



* Eu haut. 

"Il reijinile sur 1(1 droite 
au milieu de. 

* Des païens. 

* Il en. 

* Bruit. 

* Flamboyants. 

' Cen.v-là feront ù. 
** Chagrin. 

* Le félon , le traître. 

' Qni nous assigna notre 
poste. 

' l./e) ue veu.r que mot 
(tu ) en .■bonnes. 



LXXXI. 



Oliver est desur un pin muntet. 

Or veit-il ben d'Espaigne le régnet* 

E Sarrazins ki tant sunt asemblez. 

Luisent cis elme, ki ad or sunt genniitz*, 

R cil escuz e cil osbercs safrez* 

E cil espiez*, cil gunfanun lermez'*. 

Sid les esclieles ne poet-il acunter : 

'Lmt en i ad que mesure n'en set, 

Vj lui-méisme en est nnilt esguaret; 

Cum il einz pout* del pin estavalet**. 

Vint as Franceis, tut lur ad acuntet* Aoi. 



* /ioi/anme. 

* ( es heaumes, qui sont oi - 
nés de gemmes avec de l'or. 

* Damasquinés. 

* Et ces épieux. ' " ./Ha- 
ches. 

' Seulement les bataillons 
»c peut- il compter. 



' Le plus tôt qu'il put. 

" Descendu. 

* Tout leur a raconté. 



V. T030. 



DE ROLAND. 



33 



LXXXII. 



Dist Oliver : Jo.ai païens véuz. 

Une mais* nuis hom en tere n'en vit pins : * Jamais. 

Cil devant sunt .c. milie ad* escuz *reiif niiifeavec. 

Helmes laciez e. blancs osbercs vestuz, 

Dreites cez hanstes*, luisent cil espiet** hrun. * Lances. ** Épievx. 



Bataille aurez, unches mais* tel ne (ut. 
Seignurs baruns, de Deu aiez vertut*, 
El camp estez*, que ne seium vencuz. » 
nient Franceis : « Débet ait ki s'en fuit*! 
là pur mûrir ne vus en faldrat* uns.» AoT. 



* Jamais. 

* Force. 

* Telle: vous sur le champ 
[de halaiUe). 

* Malheur ait qui s'eiifail. 

* Manquera. 



LXXXIII. 



Dist Oliver : « Paien unt grant est'orz*. 
De noz Franceis mi semblet aveir mult poi*; 
Cumpai^n* Rollant, kar sunez vostre corn; 
Si Torrat Caries, si returnerat l'ost*. » 
Ilespunt Rollans : •< .To fereie que fols*, 
Kn dulce France en perdreie niun los*; 
Sempres ferrai de Durendal granz colps*, 
Sanglant en ert li branz entresqu'al or*. 
Félun paien mar* i vindrent as porz; 
Jo vos plevis% tuz sunt jugez à mort. " Aoi. 



* Force, 

* Très-peu . 

* Compagnon. 
' L'année. 

* J'agirais en sot- 

* Ma bonne réputation . 

* Incontinent [je) frapiie- 
rai de D. grands coups 
'Sanglante en sera la 
lame Jusqu'à For. 

* Malhenrenseineiil l/H'iir 
eiix'. 

"Je vous garantis. 



LXXXIV. 



'< Cumpainz* Rollant, Tolifan car sunez; 

Si l'orrat Caries*, lerat l'ost return<?r, 

Succurrat-nos li reis od sun barnet'. » 

Kespont Rollans : « iNe placet damne-Deu* 

Que mi parent pur mei seient blasmet, 

Ne France dulce jà cbeet en viltet* ! 

Kinz i ferrai de Durendal asez*, 

Ma lione espée que ai ceint al costet* ; 

Tut en verrez le brant ensanglentet. 

Félun paien mar* i sunt asemblez; 

.lo vos plevis', tuz sunt à mort liverez. « Aoi. 



* Comjiagudii . 

* Charles Fauirii. 

* A ree ses luirons. 

'Ae plaise an seigneur 
Dieu. 

'Douce choie] jamais en 

1111 étal vil. 

' Incontraire i/ frapperai 

de J). fort. ^ 

'Au côté. 



' Malheureusement 

eu.r }. 

* ./'■ vous garantis. 



pour 



34 



LA CHANSON 



LXXXV. 

« Ciimpainz* Roll.nnt, siinez vostre olifnn**; 
Si l'orrai Caries* qui est as porz passant; 
Je vos plevis*, jà returnenint Franc. « 
— « Ne placet Deu*, oo li respunt Rollant, 
Que ço seit dit de nul hume vivant 
Ne pur paien que ja seie cornant! 
là n'en aurunt reproece* mi parent. 
Quant jo serai en la bataille grant 
E jo Terrai* e mil colps e .vii. ** cenz , 
De Durendal verrez l'acer sanglent. 
François sunt bon, si ferrunt vassalment* ; 
.là cil d'Espaigne n'averuntdemort guarant*. 
[Aoi.]- 

LNXXVl. 



* Ci»))paf/>in)i. **■ Folri' 
cor. 

Charles rouira. 

* Je vous garaniis. 

* A Dieu lie plaide. 



* Roiirorhc. 

Fraiiiiiriii . **Si'pl. 

*Jls ,1'nipperoiif Orarr- 
meiit. 

' (l'iix (V Espagne n'au- 
ront (le protection contre 
la mort. 



Dist Oliver : « K'ico ne sai-jo blasme, 

.lo ai veut les Sarrazins d'Espaigne, 

Cuverz en sunt li val * e les muntaignes * Les vallées. 

E li lariz e trestutes* les plaignes : * Landes et tontes. 

Cranz sunt les oz* de celé gent estrange; *Tronpes. . 

Nus i avum mult petite cumpaigne*. » "Compagnie. 

Respunt Rollans : « I\Iis talenz en est graigne*. *^^^,^ ''"''" ''" ''" i''"' 

Ne placet danne-Deu ne ses angles* ' '')<■' plaise au seigneur 

,, ., . , . 'V. . Dieu ni uses annes. 

Que ja pur mei perdet sa valur France ! 

Melz voeill mûrir que huntage me venget*. * Honte me vienne. 

Purben férir*, l'emperère plus nosaimet. » [Aoï.]* Pour bien frapper. 



LXXXVII, 

Rollans est proz, e Oliver est sage. 
Ambedui unt me[r]veillus vasselage*; 
Puis* que il sunt as chevals e as armes, 
.là pur mûrir u'e.schiverunt * bataille. 
Ron sunt li cunte, e lur paroles baltes'. 
Félun paien par grant irur clievalcbent*. 
Dist Oliver : « Rollant, veez-en alques* : 
Cist ' nus sunt près ; mais trop nus est loinz Caries : 
Vostre olifan* suner vos ne 1' deignastes. 



* Tous deux ont merveil- 
leux courage. 

* Depuis. 

* S'esquiveront . 

* Hautes. 

''Par grande furie che- 
vauchent. 
* f'ui/ez-en un peu. 

* Ceux-là ■ 

* foire cor. 



UU2.) 



DE ROLAND. 



35 



Fust-i li rt'is , u'i OLisiiin damage*, 
(iiiardez amunt devers* les porz d'Espaigm 
Veeir poez; doleute' est l'arère-giiarde. 
Ki reste fait, jà mais n'en lerat altre*. » 
Respiint Hollant : « Ne dites tel ulfrage*. 
Mai seit de! coer l\i el piz se ciiardet* ! 
Nus reineindrum en estai * en la place; 
Par nos iert e li colps e li caples*. » Aoi. 

LXXXVIII. 



' y y eussions diiinmri;/e. 
' Rct/ardez en amont m s. 
f'oir pouvez, trisle. 

* Autre. 

* fi.raijcration. 

' Vtiindis soit du civnrqiri 
in lu poitrine se montre 
loufint. 

* i\iius resterons d'ehont. 
' Par nous y sera el le i-nnp 
'■/ le rombat. 



Quant Rollans veit que la bataille serat, 

Plus se fait fiers que léon ne leupart; 

Franceis escriet, Oliver apelat • 

" Sire cumpainz amis, ne 1' dire jà*. 

I.i einperère ki Franceis n<^s laisat, 

Itels .XX. mille* en mist à une part; 

Sun escientre*, en i out un cuard. 

Pur Sun seignur deit-hom* susfrir grauz mais, 

E endurer e forz freiz e graiiz clialz* ; 

Si'n deit hom* perdre del sanc e de la char **. 

Fier* de lance e jo de Durendal , 

Ma bone espée que li reis me dunat. 

Se jo i moerc*, dire poet ki l'averat** 

E purrunt dire que ele fut à noble vassal. » Aoi 



* sire rnnij)iiyniin 
ti'rn parlez plus. 

* Tels riuf/l mille. 

* Son escient. 
' Doit -on. 

'' Cltauds. 

* Et doit-an . 

* Fra]>pc. 



l'aura. 



Clinir. 



" Qui 



LXXXIX. 



D'altre part est li arcevesques'Turpin , 
Sun cheval broche* e niuntet un lariz**; 
Franceis apelet , nu sermun lur ad dit : 
« Seignurs baruns, (Parles nus laissât ci. 
Pur uostre rei devum-nus ben mûrir; 
Chrestientet aidez à sustenir. 
Bataille avérez, vos en estes tuz fiz* ; 
Kar à voz oilz veez* les Sarrazins. 
Clamez vos culpes* , si preiez Deii mercit, 
Asoidrai-vos pur voz anmes guarir". 

Se vus unirez, esterez* scinz martirs; 

Sièges avérez el greignor pareis*. » 



* Epcronnc. ** Lande. 



* l'un s su m. 

' Car avec vos yeux voyez. 
'Confessez vus fautes, et 
priez Dieu [yu'il viais 
fasse inisirifiade. 
' { .le ) rtais alisiaidrai pour 
t/arantir vos linn-s. 

• .Serez. 

' .lu plus tjraud paradis. 



30 



LA CHANSON 



Fraiiceis descendent, à tere se sunt mis-, 

E l'arcevesque de Deu les bénéist , 

Par pénitence les cuniandet à férir*. [Aoi.] 



' Leur mm 1)1(1 iide de frnjj- 
par. 



xc. 



Franceis se dreceut, si se* metent sur picz, 

Ben sunt asols' e quites de iur peccliez ; 

E l'arcevesque de Deu les ad seiguez*, 

Puis sunt muntez sur Iur curanz destrers ; 

Adobez sunt à lei de* chevalers, 

E de bataille sunt tuit apareillez*. 

Li quens Rollans apelet* Oliver : 

« Sire cunipaiuz*, mult ben le saviez 

Que Guenelun nos ad tuz espiez*; 

Pris en ad or e aveir e deners. 

Li emperère nos devreit ben venger. 

Li reis JNlarsilie de nos ad fait niarchet; 

IMaisas espées Testuverat esleger". » Aoi. 



* /■:/ se. 

* A bsmts . 

* Signés, bénis, 

* Comme des. 

* Préparés. 

* Le comte li. appel (c. 

Comjtaynon. 

* Noii,s a toits trahis 
espion. 



' Vais nvei les épées il le 
Jinidra pai/er- 



XCI. 



As porz* d'Espaigne en est passet Rollans. 
Sur Veillantif, sun bon cheval curant , 
Portet ses armes : mult li sunt avenanz * ; 
iMais sun espiet vait li bers palmeiant* , 
Cuntre le ciel vait l'amure* turnant, 
Laciet en su[m] * un gunfanun tut blanc ; 
Les renges* [d'or] li bâtent josqu'as mains 
Cors ad mult gent, le vis* cler e riant. 
Sun cumpaignun après le vait suiant*, 
E cil de France le cleiment à guarant* ; 
Vers Sarrazins reguardet* fièrement, 
E vers Franceis humeles e dulcement * ; 
Si iur ad dit un mot curteisement : 
« Seignurs barons, suef* pas alez tenant. 
Cist* paien vont grant marlirie quérant; 
Encoi averum un escbec* bel e gent : 
INuls reis de Franee n'outunkes si vaillant. 
A cez paroles vunt les oz ajustant*. Aoi. 



* A u.r passages. 

* Lui vont très-bien . 

/ a le baron maniant, 

* fa la lame. 
Lacé en haut . 

* Rubans, cordons. 

* f'isatje. 

' Suirant. 

' L'invoquent comme pro- 
tecteur. 
Il regarde. 

* Humble et doucement. 

* Doux. 

* Ces. 

' Jujourd'liui aurons un 
butin. 

* Les tivûpes font a'sssem- 
blant. 



Y. 1170.) 



DE ROLAND. 



37 



XCII. 



Dist Oliver : « ^'ai cure de parler. 
Vostre olifaa* ne deignastes suner, 
Ne de Carkm cure vos n'en avez ; 
Il n'en set mot, n'i ad culpes li bers*. 
Cil ki là suut ne funl mie* à blasmer; 
Kar chevalchez à quanque vos puez *. 
Seignors barons, el camp vos retenez* ; 
Pur Deu vos pri, ben seiez purpensez* 
De colps férir*, de receivere e duner. 
L'enseigne Carie n"i devuni ublicr. » 
A icest mot sunt Franceis escriet. • 
Ki dune oïst* Munjoie demander. 
De vasselage li poiist remembrer * ; 
Puis si chevalcheut* , Deus! par si grant 
Brochent ad ait* pur le plus tost aler, 
Si vunt férir. Que fereient-il el* ? 
E Sarrazius ne's unt mie dutez *. 
Francs epaiens as-les-vus ajustez*. [Aoi. 



* Votre cor. 

'y y a fautes le baron, 
le seigneur. 

* ISe sont pas. 

* Autant que vous pouvez . 
" Tenez bien le champ 
(de bataille). 

* Bien songez. 

* De coups frapper. 



* Qui donc (les) eût e«- 
t end us. 

* Bravoure lui pût sou- 
venir. 

flertct , * Puis ils chevauchent. 

* piquent vivement , à 
l'envi. 

* A utrement. 

*.Ye les ont pas redoutés. 
] * Les voici en présence. 



XCIIL 



Li niés Marsilie*,il ad num Aelroth, 
Tut premereins chevalchet* devant l'ost, 
De noz Franceis vait disant si mais moz* : 
« Féluns Franceis, hoi justerez as noz*; 
Trait vos ad ki à guarder vos out *. 
Fols est li reis ki vos laissât as porz*. 
Enquoi* perdrat France douce sun los**, 
Charles li Magnes le destre braz del cors*. » 
Quant l'ot* Rollans, Deus! si grant doel** en 
Sun cheval brochet , laiset curre à esforz* ; 
Vait le ferir li quens quanque il pout*, 
L'escut li freint e l'osberc li desclot*, 
Trenchet le piz*, si li briset les os, 
Tute l'eschine li deseveret del dos*; 
Od sun espiet l'anme li getct lors*, 
Knpeint-le* ben, fait-li brandir le cors. 
Pleine sa hanste * del cheval labat mort ; 

L\ C.HVNSO.N DE UOI.VND. 



* Le neveu de Marsilie. 

* Toutp remier ch eva vch c . 

* Si mauvais mots. 

' Aujourd'h^d vous vous 
mesurerez avec les nôtres. 

* f'ous eut, 

* Anx passages, 

* Aujourd'hui. ** F. douce 
sa renommée. 

* Le bras droit du corps. 

oui.* Uovil. ** Douleur. 
'Éperon ne, laisse courir 
avec force. 

* Autant qu'il put. 

* Brise et l'haubert lui ou- 
vre. 

* Tranche la poitrine. 

* Lui sépare du djs. 

* -Ivec son épi eu t'àme il 
lui jette dehors. 

* Le frappe. 

* Lance. 



3,S 



LA CHANSON 



Ed dous incitiez * li ad briset le col , 

Ne leserat, ço dit, que n'i parolt* : 

« Ultre, culvert* ! Caries n'est mie fol, 

Ne traïsun unkes amer ne volt*. 

Il tistque proz* qu'il nus laisad os porz : 

Oi* n'en perdrai France dulce sun los**. 

Férez-i*, Francs! nostreest li premers colps**. * Frappez-y. ** Coup 

Nos avumdreit; mais cistglutiin* unttort. » Aoi.* Ces gloutons. 



"En deux moitiés. 

* A'e laissera, ce dit , que 
II';/ parle. 

* Loin d'ici, coquin. 

* Ni trahison oncqucs ai- 
mer ne voulut. 

* Il agit bravement. 

* Aujourd'hui. "Sa re- 
nommée. 



XCIV. 



Un dux i est, si ad num * Falsai'on ; 

Icil er[t] * frère al rei Marsiliun, 

Il tint la tere d'Atliun e Balbiun ; 

Suz cel n'en at plus encrismé félun * ; 

Entre les dous oilz * mult out large le front : 

Grant demi-pied mesurer i pout hom *. 

Asez ad doel * quant vit mort sun nevold **, 

Ist* de la presse, si se met eu banduu** 

E s'escriet l'enseigne paieuor*. 

Envers Franceis est mult cuntrariiis* : 

« Enquoi* perdrat France dulce s'onur** ! » 

Ot-le Oliver, si'n ad mult grant irur*; 

Le cheval brochet des oriez* esperuns, 

Vait le férir en guise de baron : 

L'escut li freint e l'osberc li dérumpt ', 

El cors* li met les pans del gunfanun, 

Pleine sa hanste* l'abat mort des arçuns; 

Guardet* à tere, veit gésir le glutun, 

Si li ad dit par mult fière raison* : 

« De voz manaces, culvert, jo n'ai essoign *. 

Férez-i *, Francs ! kar très-ben les veintrum **. 

Munjoie escriet, ço est l'enseigne Carluu*. Aoi 



* Il a nom. 

* Celui-là était . 

*Sous ciel il n'ij a plus 
scélérat coquin. 

* Yeux. 

* Y pouvait-on. 

* Douleur- ** Neveu. 

* Il sort . ** A l'abandon. 

* Et il pousse son cri de 
guerre pai/eii. 

' Injurieux. 

'.aujourd'hui. " Son hon- 
neur. 

* Olivier l'entend, et en a 
l?'è.s-r/randc colère. 

' Pique des dorés. 

' Brise et l'haubert lui 
rompt. 

* Dans le corps. 

* Lance. 

* Il regarde. 

Discours. 

Lâche, je n'ai cure. 
'Frappez-g. *' Fain- 

crons. 

* C'est le cri d'armes de 
Charles. 



XCV. 



Uns reis i est, si ad* num Corsablix, 
Barbarins est d'un estra[n]ge pais*, 
Si apelad le[s] altres * Sarrazins : 
« Geste bataille ben la puum* tenir; 



"lia. 

* D'un pays étranger. 

* Les autres. 

* Pouvons, 



V. 1239. 



DE ROLAND. 



39 



Kar de Franceis i ad asez petit*. 
Cels lu ci sunt devuiji aveir mult vil', 
.là pur Ciiarles n'i ert un sul guarit*. 
Or est le jur que l's estuverat' mûrir. » 
Bien l'entendit li arcevesques Turpin, 
Suz ciel n'a hume que [le] voeillet* haïr, 
Sun cheval brochet* des esperuus d'or lin, 
Par grant vertut* si Test alet férir; 
L'escut li freinst*, l'osberc li descumfist, 
Sun grant espiet* parmi le cors li mist ; 
Kmpeint-le ben*, que mort le fait brandir**, 
Pleine sa hanste* l'abat mort el** chemin ; 
Guardet* arèie, veit le glutun gésir, 
]Ne laisserai que n'i parolt*, ço dit : 
« Culvert* paien , vos i avez mentit. 
Caries mi sire nus est guarant tuz dis* ; 
Kostre Franceis n'unt talent* de fuir. 
Voz cumpaignuns feruns trestuz restifs*. 
IS'uveles vos di , mort vos estoet suffrir*. 
Ferez, Franceis, nul de vus ne s'ublit* ! 
Cil premier colp * est nostre , Deu mercit ! » 
Munjoie escriet por le camp* retentir. fAoï.] 



* Assez peu . 

* Devons tenir ■pour très- 
vils. 

' Pour C. n'y sera vu seul 
protégé- 

* Qu'il leur faudra. 

* Qui le veuille. 

* Éperonne. 

* Force, virlus. 

* 7?m<?, frangit. 

* Épieu. 

*U l'enfonce bien. **Chun- 
ccler. 

* Lance. ** Sur le. 

* Il regarde. 

* Xe laissera pas de parler . 

* Lâche, 

* Protecteur toujours- 

* Désir., intention - 

* Tous raides. 

* fous faut souffrir. 

* !\'e s'oublie. 

* Ce premier coup. 

* Le champ ( de bataille). 



XCVI. 



Engelers fiert* iMalprimis de Brigal; 
Sis* bons escuz un dener ne li valt** : 
Tute li freint* la bucle** de cristal, 
L'une meitiet li turnetcuntreval*; 
L'osberc li rumpt entrcsque à la charn * , 
Sun bon espiet enz el cors li enbat*. 
Li paiens chet cuntreval à un quat*; 
L'anme de lui enportet Sathanas. Aoi. 



* Frappe. 

* Son. ** i\'e lui vaut. 

' llrise. ** Le bouton du 
milieu , d'où le nom de 
hnuclier donné aux écii.s. 
'Moitié lui tourne en bas. 

* Jusqu'à ^a chair- 

* Épieu en dedans du corps 
lui enfonce. 

* Choit eu bas du coup. 



XCVIL 



E sis cumpainz Gerers fiert l'amurafle*, 
L'escut li freint e l'osberc li desmaiiet*, 
Sun bon espiet li ment en la curaille* ; 
Fmpeint-le bien* , parnii le cors li |)assi't, 



* Ft son compagnon G. 
frappe l'émir- 
' lirise el le haubert lui 
d' inaille- 

" Son bon épieu lui mine 
dans le cœur- 
* Il l'enfonce bien- 



40 



LA CHANSON 



(v. 1273.) 



Que mort l'abat el camp pleine sa hanste*. 
Dist Oliver : « Genteest notre bataille. » [Aoi. 

XCVIII. 

Sansun li dux vait férir ralmacur*, 
L'escut li freinst* ki est à flurs e ad or; 
Lr bons osbercs ne li est guarant prod* ; 
Trenchet-li le coer, le flrie* e le pulmun, 
Que l'abat, qui qu'en peist u qui nun *. 
Dist l'arcevesque : « Cistcoip* est de baron. >■ 
[AOI.] 

XCIX. 



'Sur le champ sa pleine 
lance. 



* Fa frapper le cunnétahle 
sarrasin. 

* Brise. 

* iSe le protège pas assez. 

' Le foie. 

' Qui gui en soit chagrin 

ou non. 

"Ce coup. 



E Anséis laiset le cheval eurre *, 
Si vait férir* Turgis de Turteluse; 
L'escut li freint desus l'orée bucle*, 
De stm osberc li dérunipit* les dubles, 
Del bon espiet el cors li met l'amure** ; 
Empeinst-lo ben*, tut le fer li mist ultre**. 
Pleine sa hanste* el camp mort le tresturuet. 
Çodist Rollans ■ « Cist colp* est de produme. 
[AOI.I 



* Courir. 

* Et va frapper. 

' Dessous le bouton doré. 
'Rompit. 

'Épicu. ** La lame. 

* Il l'enfonce bien. ** Ou- 
tre. 

* Lance. ** Retourne. 

< 'Ce coup. 



c. 



E Engelers li Guascuinz de Burdele* 
Sun cheval brochet, si li laschet* la resne; 
Si vait férir* Escremiz de Valterne, 
L'escut del col li freint e escantelet ', 
De Sun osberc li rumpit la ventaille * ; 
Si r fiert el piz entre les dous furceles* , 
Pleine sa hanste * l'abat mort de la sele , 
Après li dist : " Turuet estes à perdre*. » Aoi 

CL 



* Le Gascon de Bordeaux. 

* Êperonne et lui lâche. 

* Et va frapper. 

' Brise et met en mor- 
ceaux. 

* La visière. 

* Et le frappe en la poi- 
trine entre les deux clavi- 
cules. 

* Lance. 

' tenu (vous) êtes à perte. 



E Gualter fie[r]t un paien Estorgans * * D^Astorga. 

Sur Sun escut en la pêne* devant, * Bordure. 
Que tut li trenchet le vermeill e le blanc ; 

De Sun osberc* li ad rumput les pans; * De son haubert. 



(v. T30I.) 



DE ROLAND. 



A\ 



El cors* li met sun bon espiet tre[n]chaut, * Daus le corps. 

Que mort l'abat de sim cheval curant. 

Apres li dist : « Jà n'i aurez guarant*. » [Aoi.j '^^^f/. "'" """''^ "^^ P'"'''' 



Cil. 

E Berenger il fiort* Astramariz. 
L'escut li freinst *, rosberc li descumfist ; 
Sun fort escut parmi le cors Ji mist, 
Que mort l'abat entre mil Sarrazins. 
Des-.xii. pers li .x.* en sunt ocis. 
Ne mes que dous n'en i ad reraès * vifs . 



* Frappe. 

* Brise. 



"Dix. 

* Pas plus que deux u'eu 1/ 



Ço est Chernubles e li quens* Margariz. [Aoi.J *Et le comte. 



cm. 



Margariz est mult vaillant chevalers , 
E beis e forz, e isnels* e légers; 
Le cheval brochet*, vait férir Oliver; 
L'éscut li freiul suz la bucle* d'or mer**, 
Lez le* costet li conduist sun espiet**. 
Deus le guarit, qu'ell cors* ne l'ad tuchet. 
La hanste fruisset*, mie n'en abatiet, 
Ultre s'en vait, qu'il n'i ad desturber*. 
Sunet Sun gresle pur les soeus * ralier. [Aoi. 

CIV. 



* Prompt. 
' Pique. 

* Sous le bouton. 



Pur. 



* Près du. ** Épieu. 

' Dieu le garantit, (de 
sorte) qu'au corps. 

* La lance brise. 

' Outre s'en va, car il n'y 
a embarras. 

' Sonne son clairon pour 
les siens. 



La bataille est merveilluse e cumune *. 
Li quens Rollans mie ne s'asoiiret *, 
Fiert del espiet tant eu me hanste li duret *, 
A .XV. cols [si] l'a fraite* e perdue ; 
Trait* Durendal, sa bone espée nue, 
Sun cheval brochet, si vait férir* Chernuble. 
L'elme li freint ù li carbuncle* luisent, 
Trenchet le cors e la cheveléure ; 
Si li trenchet les oilz e la faiture* , 
Le blanc osberc dunt la maile est menue, 
E tut le cors tresqu'en la furchéure* 
Enz en la sele*, ki est à or batue. 



* Générale. 

* Xe cherche passa sûreté . 
"Frappe de Vépieu tant 
que [la] hampe lui dure. 

* A quinze coups Fa brisée. 

*Tire. 

* Pique et va frapper. 

* Le heaume lui brise où 
les escarboucles. 

' Et lui tranche les yeux 
et la figure. 

* Jusqu'en la poitrine. 

* Eu dedans de la selle. 

k. 



i2 



LA CHANSON 



(v. 1332.) 



El* cheval est l'espéearestéue**, 

Trenchet reschine, hune ii'ioiit quis [demure]*, 

Tut ahat mort el pred* sur l'erhe drue; 

Après li dist : « Culvert, niar i moiistes*, 

De Mahumet jà n'i aurez ajude*. 

Par tel glutun n'ert* hataille vencue. « [Aoi.] 



*Aii. ** Arrêtée. 

* Oncqiies n'ij eut cherché 
[retard]. 

* Au pré. 

* Lâche, à la malheure y 
vîntes. 

* Fous n'ij aurez pas aide. 

A'e sera. 



cv. 



* Qui l'aurait vu. 
l'autre. 



Li qucns Rollans parmi le champ chevalchet*, * Chevauche, 

Tint Durendal ki beu trenchet e taillet, 

Des Sarrazins lur fait mult grant damage. 

Ki lui véist* l'un geter mort sul altre**, 

Li sanc tuz clers gésir par celé place , 

Sanglant en ad e Tosberc e [la] brace*, 

Sun bon cheval le col e les espalles* ; . 

E Oliver de férir ne se target*. 

Li .xii. per n'en deivent aveir blasme, 

E li Franceis i fièrent e si caplent*; 

IMoerent paien, e alquant* en i pasment. 

Dist l'arcevesque : « Ben ait nostre barnage 

Munjoie escriet : ço est l'enseigne Carie*. Aoi. * De Charles 



• Sur 



* Et (le) bras. 

* Épaules. 

* De frapper ne se tarde. 

* Y frappent et y combat- 
tent. 

* Quelques-uns. 

* liien aient nos barons. 



cvi. 



E Oliver chevalchet par l'estor*; 
Sa hanste est frait*. n'en ad que un truncun, 
E vait férir un paien Maléun ; 
L'escut li freint* k'iest ad or e à flur. 
Fors de la teste li met les oilz andous*, 
E la cervele li chet as piez [là-jus] * ; 
Mort le tresturnet* od tut .vii. c.** des lur; 
Pois* ad ocis Turgis e Estraguz, 
La hanste hriset, e eschoet* josqu'as poinz. 
Ço dist Rollans : « Cumpainz*, que faites-vos? 
En tel bataille n'ai cure de bastun : 
Fers e acers [sul*] deit aveir valor. 
U est vostre espée ki Halteclere ad num ? « 
D'or est li helz*, e de cristal li puuz**. 



* Par ta mêlée. 

* Su lance est brisée. 

Lui brise. 

* Les deux yeux. 

* Lui choit aux pieds ( là 
en bas). 

* Tourne. ** Avec sept 
cents. 

* Puis. 

* Et elle tombe. 

* Compagnon. 

' Seulement. 

* La garde. * * Poignée. 



(^ 



DE ROl.AM). 



13 



« Ne la poi trair<**, Oliver lirespont; * Ve la puis tirer. 

Kar de férir oi-jo* si grant bosoign**, >: [Ao\.] '' Eus-je. ** Besoin. 



CVIl. 



Danz Oliver trait ad* sa bone espée 

Que ses cumpainz* Rollans ad tant demandée, 

E il li ad cum chevalermustrée*; 

Fiert* un paien Justin de Val-Ferrée, 

Tute la teste li ad parmi severée*, 

Trenchet le cors e [la] bronie safrée*, 

La bone sele lu à or est gemmée*, 

F al ceval a l'eschine trenchée; 

Tut abat mort devant loi en la prée*. 

Ço dist Rollans : « Vos receif-jo* frère. 

Por itels colps nos eiinet li emperère'. » 

De tûtes parz est Munjoie escriée. Aoi. 



* Sire O. a tiré- 

* Son compagnon. 

* Montrée, 

* Il frappe 

* Séparée au milieu . 

* Cuirasse damasquinée. 

* Drnée de pierres précicu- 
.s't'S avec de l'or. 

* Devant lui dans le pré. 

* Fous reçois'je. 

* Pour tels coups l'empe- 
reur nous aime. 



cvni. 

Li quens Gerins set el ceval sorel', 

E sis cumpainz* Gerers en Passe-cerf; 

Laschent lor reisnes, brochent amdui à ait*, 

E vunt férir un paien Timozel, 

L'un en Teseut e li altre en l'osberc; 

TiUr dous espiez enz el cors li unt frait*. 

INIorl le tresturnent très enmi un guaret*. 

Ne l'oï dire ne jo mie ne 1' sai , 

Liquels d'els dous en fut li plus isnels*. 

Espuerés icil fut filz Rurdel*; 

E l'arcevesque lor ocist Siglorel 

I ,'encantéur ki jà fut en enfer : 

Par artimal Pi cundoist* Jupiter. 

Ço dist Turpin : « Icist nos ert forsfait*. » 

Respunt Rollans : « Vencut est le culvert*. 

Oliver frère, itels colps me sunt bels*. « [Aoi.; 

CIX. 

La bataille est adurée en dcmentres *, 
Franc e paien merveilus colps i rendent; 



* Sied sur le cheval ale- 
zan. 

* Et son compagnon. 

* Piquent tous deux à 
Penvi. 



* Êpieux dans le corps lui 
ont brisé. 

* Retournent juste au mi- 
lieu d'un giiéret. 

* Rapide. 

* Celui-là fut fils de Ilur- 

dri. 



* Pur magie l'y conduisit. 

* Celui-là nous sera perdu. 

' Lâche. 

* Tels coups me sont hca ux, 
agréables. 



• Rude cependant , en at- 
tendant. 



LA CHANSON 



,:.97.) 



Fièrent li un* , li altre se défendent. 

Tant hanste i ad e fraite* e sanglente, 

Tant giinfanun rumpu e tant enseigne ; 

Tant bon Franceis i perdent ior juvente*, 

Ne reverruut Ior mères ne Ior femmes 

JNecels de France ki as porz* les atendent. Aoi. * Aux passages 



* Frappent les vns. 

* Tant de lances y a et 
brisées. 



* Jeunesse. 



CK. 



Karles li Magnes en plurant si se démente' 
De ço qui calt*, n'en aurunt securance**. 
Malvais servis lejur li rendit Guenes , 
Qu'en Sarraguce sa maisnée* alat vendre; 
Puis en perdit e sa vie e ses membres , 
El plait* ad Ais en fut juget à pendre, 
De ses parenz ensembl'od lui* tels trente, 
Ki de mûrir n'en ourent espérance. Aoi. 



'Se lamente. 

' De cela qu'importe. 

"Secours. 



Maison. 

'^ Aup laid, a u procès . 
'Ensemble avec lui. 



CXI. 



La bataille est merveilluse e pesant , 

Mult ben i fiert* Oliver e RoUant. 

Li arcevesques plus de mil colps i rent. 

Li .xii. pers ne s'en targent nient*, 

E li Franceis i fièrent cuinunément*. 

Moerent paieu à millere e à cent; 

Ki ne s'enfuit, de mort n'i ad guarent;* 

Voillet* uun, tut i laisset sun tens**. 

Franceis i perdent Ior meillors guarnemenz 

Ne reverrunt Ior pères ne Ior parenz , 

Ne Carie Magne ki as porz * les atent. 

En France en ad mult merveillus turment*, 

Orez* i ad de tuneire e de vent, 

Pluies e gresilz* desmesuréement. 

Chiedent-i* fuldres e nienut e suvent, 

E tetremoete ço i ad veirement*. 

De Seint-\licbel-del-Péril josqu'as Seinz*, 

De Besençun trcsqu'as [porz] de Guiisaud*, 

N'en ad recet duat del mur ne cravent*. 

Cuntre midi ténèbres i ad granz; 



Frappe. 

* Me se retardent pias. 

* Généralement . 

* M'y est garanti. 

* feuille. ** Sa vie. 

* Equipements. 

' Passages. 

* Tourmente. 
" Tempêtes . 

* Grêles. 

' Y tombent . 
'Tremblement de terre il 
y a vraiment. 

* Sens. 

* De Besançon jusqu'au 
port de Wissant. 

' Il n'y a réduit qui ne 
tombe du mur. 



V. I43I. 



DE ROLAND. 



4o 



_\'i ad clartet se H cels* n'en i fent; *Si le ciel. 

Hume ne ie veit ki rault ne s'esspa[e]nt*. * S'épouvante. 

Dient plusor : « Ço est H définement*, * La fin, le terme. 

La fin del sècle* ki nus est en présent. » * Siècle, monde. 

Il ne r seveut ne dient veir nient* : *Frai 7iuiiement. 

Co est li granz dulors por la mort de Rollant. [\oi.] 



CXIL 



Franeeis i unt férut* de coer e de vigur. 

Paien sunt morz à niillers e à fuis* : 

De cent miilers n'en poent guarir dous*. 

Rollans dist : « Tsostre hume sunt mult proz, 

Suz ciel u'ad* home plus en ait de meillors. 

Il est escrit en la geste francor* 

Que vassals* est li nostre empereur. » 

A' unt par le camp, si requerent les lor*; 

Plurent des oilz de doel e de tendrur*. 

Por lor parenz par coer* e par amor. 

Li reis Marsilie od sa grant ost lor surt*. Aot. 



* Frappe, 

' Foules. 

'N'en peuvent échapper 

deux. 

* Sous le ciel il n'y a. 
"L'histoire de France , in 
gestis Francorum. 

* Preux. 

'Et attaquent les leurs 

* Tendresse . 

* Par cœur. 

* ^-Ivec sa grande armée 
vient sur eux. 



CXIIL 



Marsilie vient parmi une valée 

Od sa grant ost que il out asemblée. 

.XX. escheles ad li reis anumbrées*. 

Lacent cil elme as perres* d'or gemmées 

K cil escuz e cez brouies sasfrées*. 

.vii. milie graisles i sunent la menée* : 

Grant est la noise* par tute la contrée. 

Ço dist Rollans : » Oliver, corapaign, frère, 

Guenes li fels* ad nostre mort jurée; 

La traïsun ne poet estre celée-: 

Mult grant venjance en prendrai l'emperère. 

Bataille averum e forte [e] adurée*; 

Unches mais hom tel ne vit ajustée*. 

Jo i ferrai* de Durendal m'espee, 

E vos, compaiuz, ferrez* de Halteclere. 

En tanz lius* les avum-nos portées , 



* Final bataillons a le mi 
nombre. 

* Ces heaumes aux pierres ■ 

* Ces cuirasses damasqui- 
nées. 

' Sept mille clairons y son- 
nent la charge. 
' Bruit. 



*G. le félon. 



* Rude, longue. 

* Oncques on ne vit telle 
réunion. 

* J'y frapperai. 

* Compagnon, frapperez . 

* En tant de lieux , 



A6 



L V. CHANSON 



(v. I4G4.; 



Tantes batailles en avum afinées* ; 
INIale* chancun n'en deit estre cantée. 



Aoi. 



* Mises a Jin . 

* Mauvaise. 



CXIV. 



Marsilies veit de sa gent le martirie, 
Si fait suner ses cors e ses buisines*, 
Puis si chevalchet od sa grant ost banie*. 
Devant chevalchet un Sarrazin, Abisme"; 
Plus fel* de li n'out en sa cumpagnie, 
Tetches* ad maies e mult granz félonies, 
Ne creit en Deu le fliz sancte Marie; 
Issi est neirs cume peiz* ki est démise** : 
Plusaimet-il traïsun e murdrie* 
Que il ne fesist trestut* For de Galice; 
Unches nuls hom* ne 1' vit juer ne rire; 
Vasselage* ad e mult grant estultie** : 
Por ço est drud* al félun rei I\Iarsilie; 
Sun dragun portet à qui sa gent s'alient*. 
Li arcevesque ne l'amerat jà mie : 
Cum il le vit, à férir le désiret*; 
Mult quiement* le dit à sei-méisme : 
«' Cel Sarraz[ins] me semblet mult hérite* 
Mielz est mult que jo l'alge* ocire. 
Unches n'amai cuard ne cuardie. » Aoi. 



* Trompettes, buccins. 

* Puis il chevauche avecsa 
f/rande armée convoquée. 

* Abyssin. 

* Félon. 

* Habitudes , qualités. 

* .-linsi est noir comme 
poix. *' Fondue. 

* Meurtre. 

* Qu'il ne fit tout. 

* Jamais nul homme. 

* IJravoure. ** Témérité. 

* Pour cela est ami. 
*.Se rallient, 

* Désire le frapper. 

* Tranquillement. 

* Hérétique. 

* Il est bien mieux que je 
raille. 



cxv. 



Li arcevesque cumencet la bataille, 

Siet el cheval qu'il tolit* à Grossaille : 

Ço ert* uns reis qu'il ocist en Deneraarche. 

Li destrers est e curauz e aates*, 

Piez ad copiez* e les gambes ad plates, 

Curte la quisse e la criipe bien large , 

Lungs les costez e l'eschine ad bien halte. 

Blanche la eue* e la crignete jalne**, 

Petites les oreilles, la teste tute falve*. 

Beste n'en est nule lu encontre lui alge*. 

Li arcevesque brochet par tant grant vasselage*, '^J^j'^^^"'"^' grande bra- 

Ne laisserai qu'Ahisme n'en asaillet; 



* Est assis .'iur le cheval 
qu'il enleva. 

* C'était. 

* Prompt. 
Assortis. 



' Queue. ** Crinière jau- 
ne. 

* Fauve. 
'Aille. 



(' 



1498. 



DE ROLAND. 



Vait le t'érir en l'escut à miracle * : 
Pierres i ad, amétistes e topazes, 
Esterminals e carbuncles ki ardent * ; 
En Val-Metas li dunat uns diables, 
Si l'i traniist li amiralt* Galafes. 
Turpins i fiert, ki nient ne l'espairgnet* ; 
Enprès sun colp ne quid* que un dener v 
Le coi>s li trenchet très l'un costet qu'ai al 
Que mort l'abat eu une voide place. 
Dient Franceis : « Ci ad grant vasselage* : 
En l'arcevesque est ben la croce salve * . » | 



aillet 
tre*. 



Aoi. 



* fa le frapper en Vécu 
peint. 

* Escarboncles qui jettent 
un éclat de feu. 



* Et l'y transmit Vémir. 

' Qui nullement ne l'épar- 

f/ne. 

' Aprèsson coup je ne crois 

pas. 

* D'un côté jusqu'à l'au- 
tre. 

' Ilya ici grande proues.^e. 
I * La crosse sauve . 



CXVI. 

Franceis veient que paiens i ad tant, 
De tûtes parz en sunt cuvert li camp* ; 
Savent* regretent Oliver e Piollant, 
Les .xii. pers qu'il lor seient guarant* ; 
E l'arcevesque lur dist de sun semblant* : 
« Seignors barons , n'en alez mes pensant. 
Pur Deu vos pri que ne seiez fuiant , 
Que nuls prozdom malvaisement n'en chaut' 
Ast'Z est niielz que moerium cumbatant*. 
Pramis* nus est, fin prend rum aitaut* ; 
Ultre cest jurn* ne sérum plus vivant; . 
Mais d'une chose vos soi-je* bien guarant : 
Seint paréis* nos est abaudunant , 
As * Innocenz vos en serez séant. » 
A icest mot si s'esbaldissent* Franc ; 
Cel n'en i ad Munjoie ne demant *. Aoi. 

CXVIL 



* Les champs. 

* Souvent. 

"Qu'ils leur soient pro- 
tecteurs. 

'Leur fait part de son 
opinion. 



* Qu'aucun preux n'en 
chante mauvnisement. 

* IL est beaucoup mieux 
que mourions combattant. 
"Promis. ""En ce mo- 
ment. 

* Après ce jour. 

* Suis-je. 

* Paradis. 

* Avec les, 

* Se réjouissent. 

"Il n'y a nul qui M. ne 
demande. 



Un Sarrazin i out* de Sarraguce; 

De la citet l'une meitet est sue* : 

Ço est Climborins, ki pas ne fut produme* ; 

Fiance* pristde Guenelun le cunte, 

Par amistiet l'en baisât en la huche, 

Si l'en dunat s'espée e s'escarbuncle*. 

Tere major*, ço dit, metra à hunte, 



* Il y eut: 

* Sienne. 

* Homme de bien. 

* Engagement. 

"Et lui en donna son épée 
et son esrarhouiie. 
' La grande terre, l'Espa- 
gne. 



La chanson 



(V. 1532.) 



A l'emperère si toidrat* la curone; • 
Siet el ceval qu'il cleimet* Barbamusche : 
Plus est isaels que esprever ne arunde*; 
Brochet-le* bien, le frein li abandunet, 
Si vait férir* Engeler de Guascoigne ; 
JNe r poet guarir' sun escut ne sa bronie" : 
De suu espiet el* cors li met l'amure**, 
Empeint-le ben*, tut le fer li mist ultre**, 
Pleine sa lianste* el camp mort le tresturnet* 
Après escriet : « Cisl* sunt bon à cunfundre ; 
ferez, paien, pur la presse dérumpre* ! » 
Dient Franceis : « Deus ! quel doel de prodome * 
Aoi. 



Enlèvera. 

* Appelle. 

* Rapide qu'cpervier ni hi- 
rondelle. 

* Il le pique. 

* Et va frapper. 

' ?ie le peut garantir. 
*' Cuirasse. 

*Epieu au,. ** Lame. 
"L'enfonce bien. *'Lui 
passé 014 Ire en outre. 
*. * Lance, ** Renverse. 

: *A près il s'écrie : Ceux-là . 

* Rompre. 

! » * Quelle douleur de brave.' 



CXVUI. 

Li quens* Rollans en apelet Oliver : 

« Sire cumpainz*, jà est mort Engeler; 

Nus n'avium plus vaillant chevaler. » 

Respont li qùens : «Deus le me doinst* venger 

Sun cheval brochet * des esperuns d'or niier *' 

Tient Halteclere , sanglent en est l'acer , 

Par grant vertut vait férir * le paien ; 

Braudist sun colp*, e li Sarrazins chiet**. 

L'anme de lui emportent aversers*. 

Puis ad ocis le duc Alphaien : 

Escababi i ad le chef* trenchet. 

.vii. Arrabiz i ad deschevalcet*; 

Cil ne sunt proz jamais* pur guerreicr. 

Ço dist Rollans : « Mis cumpainz est irez*, 

Encuntre mei fait asez à preiser* ; 

Pur itels colps nos ad Charles plus cher. » 

Au caz* escriet : « Férez-i, chevaler! » Aoi. 

CXIX. 



* Le comte. 

* Compagnon. 

!» 'Donne (subj.)- 
' ; * Pique. **Pur. 

* Force va frapper. 
*Coup. ** Choit. 

* Diables. 



* Escababi y a la tète. 

* Renversé de cheval. 

' Ceux-là ne seront plus 

bons. 

'Mon compagnon est en 

colère. 

"Auprès de moi il est fort 

à louer. 

* A la chute (des païens). 



D'altre part est un paien Valdabrun; 
Celoi levât* le rei Marsiliun, 
Sire est par mer de .iiii. c. drodmunz* ; 
N'i ad escbipre qu'il cleim se par loi nun 
Jérusalem prist jà par traïsun, 



* Espèce de vaisseaux. 
*7V';/ a- esquif qu'il ne ré- 
ctatiie ( omme siens. 



(v. 



DE ROLAND. 



Si* violât le temple Salomon, 

Le patriarche ocist devant les funz'. 

Cil ot fiance* de! eiinte Gueneion , 

Il li diinat s'espée e mil manguns*; 

Siet el cheval qu'il cleimet* Gramimund , 

Plus est isnels* que n'en est uns falcuns; 

Brochet-le' bien des aguz esperuns , 

Si vait férir* le riche duc Sansun, 

L'escut li freiiit e fosberc li dérumpt*, 

Kl cors* li met les pans del ginifauuu; 

Pleine sa hanste* fabat mort des arçuns : 

<< Ferez, paien, car très-ben les veintrum' ! 

DientFranceis: « Deus! queldoel* de baron ! 



* Et il. 

* Les fonts haptismuiir. 
Celui-là eut assurance. 

* Espèce de monnaie. 

* Appelle. 

* Rapide. 

* Il le pique. 

* Ft il va frapper. 

" Lui brise et V haubert lui 
rompt. 

* Dans le corps. 

* Lance. 

' * f'aincrons. 
AOI. "Deuil. 



cxx. 



Li quens* Rollans, quant il veit Sansun mort, 
Poez saveir que mult grant doel en out*; 
Sun ceval brochet, si li curt ad esForz * , 
Tient Durendal qui plus valt* que fin or; 
Vait le férir li bers quanque il pout* 
Desur sun elme ki gemmet fut ad or* ; 
Treuchet la teste e la bronie* e le cors, 
La bcne sele ki est gemmet ad or*; 
E al cheval parfuudément el* dos; 
Ambure oeit, ki que 1' blasme ne lot*. 
Dient paien : « Cist colp nus est mult fort. " 
Respont Rollans : « Ne pois amer les voz*; 
Devers vos est li orguilz e li torz. » Aoi. 



* l^e comte. 

"fous pouvez savoir que 
fort grande douleur en eut. 
' Pique, et il court à lui 
avec force. 
' faut. 

Le baron tant qu'il put. 
' Qui fut orné de pierres 
précieuses avec de l'or. 

* Cuirasse, cotte démail- 
les. 

* Ornée de pierres pré- 
cieuses avec de l'or. 

Dans le. 

* Tous deux tua, qui que 
ce soit] qui le blâme ou 
qui le loue. 

* .le ne puis aimer les va- 
Ires. 



CX.XL 

D' Affrike i ad * un Affrican venut : 
Ço est Malquiant* le ûlz al rei Malcud; 
Si guarneraent* sunt tut à or batud. 
Cuntre le ciel sur tuz les altres luist, 
Siet el ceval qu'il cleimet* Salt-Perdut ; 
Beste n'en est ki poisset curre à * lui. 
Il vait férir* Anséis en l'escut. 
Tut li trenchat le vermeill e l'azur, 
De sun osberc* li ad les pans rumput, 



-Il y a. 

* Mécréant. 

* Ses armes. 

' Il est assis sur le cluviil 
qu'il appelle. 
'Puisse courir avec. 

* Il va frapper. 

* De son haubert. 



80 



LA CHANSON 



I60I. 



El cors* li met e le fer e le fust**. 

Morz est li quens, de sun tens* n'i ad plus. 

Dient Franceis : « Barun, tant mare fus* ! » [Aoi. 



' Dans le corps. ** Bois. 

* Le comte, de sa vie, 

' Combien malheureux tu 

fus ! 



CXXIl. 



Par le camp vait * Turpiu li arcevesque ; 
Tel coronet* ne chantât unclies messe , 
Ki de Sun cors féist tantes* proecces, 
Dist al paien : « Deus tut mal te tramette*! 
Tel ad ocis duut al coer me regrette*. » 
Sun bon ceval i ad fait esdemetre* ; 
Si l'ad ter ut sur l'escutde Tulette*, 
Que mort l'abat desur le herbe verte. [Aoi.] 



* Par le champ va. 
"Toihsuré. 
*Tant de. 

* Transmette. 

* Au cœur j'ai regret. 

* Partir. 
' Tolède. 



CXXIII. 



Del altre part est un paien Graudonies , 
Filz Capuel le rei, de Capadoce neez; 
Siet el cheval que il cleimet* Marmorie, 
Plus est isuels* que n'est oisel lu volet; 
Laschet la resue, des esperuns le brochet*, 
Si vait férir* Gérin par sa grant force ; 
L'escut vermeiil li freint*, de[l]col li portet' 
Aprof 11 ad sa bronie desclose* ; 
El cors* li met tute l'enseingne bloie**, 
Que mort l'abat eu une halte roche. 
Sun cumpaignuu Gerers ocit uucore 
E Bereuger e Guiun de Seint-Antonie ; 
Puis vait férir* un riche duc Austorie, 
Ki tint Yaleri e Envers sur le Rosne. 
Il l'abat mort, paien en unt grant joie. 
Dient Franceis : « iMult déchéent li nostre. 



* Appelle. 

* Rapide, 

" Le pique. 

' Et va frapper. 

' Lui brise. ** Du cou lui 

emporte. 

' Après lui a sa cuirasse 

ouverte. 

* Bans lecorjis. ** Bleue. 



* Puis va frapper. 



[AOI.] 



CXXIV. 

[L]i quens* Rollans tint s'espée sanglente, 
Ben ad oït que Franceis se démentent* ; 
Si grant doel ad que parmi quiet* fendre. 
Dist al paien : « Deus tut mal te consente! 



* Le comte. 

* 5e lamentent. 

* Par le milieu il cr<il 
( qu'il va ) fendre. 



IG3-2. ) 



DE ROLAND. 



5i 



Tel as ocis que mult clier te quid* vendre. 
Sun ceval brochet lu orl del cuntence * ; 
Ki que rcumpert*,venuz en sunt ensemble. 

[Aoi.] 



* Je pense le. 

'Pique qui sort de la 
presse. 

* Qui (qui soit) qui le paye, 
ils en sont venus aux 
mains. 



cxxv. 

Gniud onie fut e prozdom c vaillant 
E vertuus e vassal* cumbatant ; 
En mi sa veie * ad encuntret Rollant, 
Enceis ne 1' vit, si V recuuut veirement' 
Al fier visage e al cors qu'il out geut , 
E al reguart e al contenement ' : 
Ne poet muer qu'il ne s'en espaent*, 
Fuir s'en voel[t] * , mais ne li valt nient*'. 
Li quens le fiert tant vertuusement*, 
Tresqu'al nasel* tut le elme li fent, 
Trenchet le nés e la bûche e les deuz, 
Trestut le cors e l'osberc jazerenc* 
Del orée sele se[s] dous aines* d'argent, 
E al ceval le dos parfundément, 
Ambure'ocist seiuz nul recoeverement** ; 
E cil d'Espaigne s'en cleiment tuit dolent*. 
Dient Franceis : « Ben fiert nostre guarent*. 
La bataille est e merveillose e grant;, 
Franceis i ferent des espiez brunisant*. 
Là véissez si grant dulor de gent*. 
Tant hume mort e naffret * e sanglent : 
L'un gist sur l'altre e envers e adenz*. 
Li Sarrazin ne 1' poent' susfrir tant; 
Voelent* u nun , si guerpissent le camp** : 
Par vive force les encacèrent* Franc. Aoi. 



* Et fort et preux. 

"Au milieu de son chemin . 
' Jupariivant il ne te vit, 
et il le reconnut vraiment. 

* Contenance. 

'Ne peut s'empêcher de 

s'en épouvanter. 

' Feut. ** Faut rien. 

* Fortement . 

* Jusqu'au nasal. 

* Le haubert de mailles. 

* /Je la dorée selle ses 
deux aunes. 

*Tousdeux. *"* Ressource. 
"S'en proclament tous 
malheureux. 

* Jiien frappe notre pro- 
tecteur. 

* Épi eux à l'éclat brun. 

* Monde , gens. 

* Ble.ssé. 

* La face contre terre. 

* Me le peuvent. 

' l'euillent. "Déguer- 
pissent du champ. 

* Poursuivirent. 



CXXVL 

La ba[ta]ille est nie[rve]illuse e hastive; 
Franceis i ferent par vigur e par ire *, 
Tren[chenjt cez poinz, cez costez, cez eschines, 
Cez vestemenz entresqueas chars* vives; 
Sur l'erbe verte l[i] cler sancs s'en afilet*. 
Tere major*, Mahummet te maldie** ! 



* Fra nça is y frappe n l pu r 
vigueur et par colère. 

* Jusqu'aux chairs. 

* Coule en filets. 

' Grande terre ( Espagne ). 
•* Maudisse. 



52 



LA CHANSON 



(v. 1666. ) 



Sur tute gent est la tue* hardie. 

Cel n'en i ad ki ne criet * : « Marsilie , 

Cevalche, rei, bosuigu avum d'aïe*. » 

CXXVII. 



'"Tienne. 

' Il n'i) en a pas qui ne 
crie. 
Aoi.l * Besoin avons d'aide. 



Li quens* Rollans apelet Oli\er : 
« Sire cumpaigo*, se 1' volez otrier**, 
Li arcevesqiie est muit bon cbevaler. 
N'en ad nieillor en tere ne siiz cel*, 
Ben set férir e de lance e d'espiet*. » 
Respunt li quens : « Car li aluns aider*. » 
A icest mot l'unt Francs recumeucet. 
Dur sunt li colps e li caples est grefs *; 

^^^ji^ grant dulor* i ad de cbrestiens. 

I Ki puis véist* Rollant e Oliver 
De lur espées e terir e capler* ; 
Li arcevesque i fiert de sun espiet*. 
Cels qu'il unt mort *, ben les poel hom preiser 
Il est escrit es cartres* e es brefs, 
Ço dist la geste*, plus de .iiii. milliers. 
As quatre turs* lor est avenut ben ; 
Li quint* après lor est pesant e gref. 
Tuz sunt ocis cist Franceis chevalers , 
Ne mes seisante * que Deus ad esparniez : 
Einz que il nioergent*, se vendrunt mult cher. 
[Aoi.l 

CXXYIIL 



Li quens Rollans dessoens*! veit graut perte, "Le comte K. des siens 
Sun cumpaignum Oliver en apelet : 

« Bel sire, cherscumpainz, purDeu,qae vosen- *ç«e souhaitez vous ? 
Tanz bons vassals veez gésir par tere, [haitet*? 
Pleindre poiims* France dulce , la bêle : 
De tels barons cum orre meint* déserte! 
E ! reis amis , que vos ici n'en estes ! 
Oliver frère, cumment le purrum faire? 
Cum faitement* li manderum nuveles? » 
Dist Oliver : « Jo ne 1' sai cument quere*; 
Mielz voeill mûrir que hunte nusseit retraite. 
[Aoi.] 



* Le comte. 

*Sire comjHignon. * 'oc- 
troyer. 

' !Si sous le ciel. 

* D'épieu. 

* Allons donc l'aider. 

* Les coups et le combat 
est rude. 

* Douleur. 

* ru. 

* Chapler, combattre. 

* Épieu. 

* Ceux qu'ils ont tués. 

* Dans les chartes. 

' Chronique. 

* ^r/ux quatre {premiers) 
fou rs. 

* Le cinquième. 

* Excepté soixante. 
'Avant qu'ils meurent. 



* Pouvons. 
' Comme 
[elle) reste. 



maintenant 



* Comtnent. 

* Chercher. 
*./'aime mieux, 
putée. 



V. 1700, 



DE ROLAND. 



53 



CXXIX. 



Ço dist Rollans : » Cornerai l'olifant*; 

Si l'orrat* Caries ki est as porz passant : 

Jo vos plevis*, jà returnerunt Franc. » 

Dist Oliver : « Yergoigne sereit grant 

E reprover* à trestuz voz paranz : 

Iceste honte dureit al lur vivant*. 

Quant je l' vos dis, n'eu féistes nient* ; 

Mais* ne r ferez par le men loement '* : 

Se vos cornez, n'ert mie hardenient*. 

Jà avez- vos ambsdous les* braz sanglauz. » 

Respont H quens : « Colpsi ai fait niult genz. 



* Je donnerai du cor. 

* £t l'ouiru. 
Je vous gage. 

* Reproche. 

* Durerait toute leur vie. 

* Files rien. 
'Plus. ** Conseil. 

* Action d'homme hardi. 

* Les deux. 

Aoi. 



CXXX. 



Ço dit Rollans : " Forz est uostre bataille; 

Jo cornerai, si l'orrat li reis Karles. » 

Dist Oliver : « Ne sereit vasselage* ; * Prouesse. 

Quant je 1' vos dis, cunipainz*, vos ne deignastes. * Compagnon. 



S'i fust li reis , n'i oùsuni damage*. 

Cil ki là sunt n'en deivent aveir blasme. » 

Dist Oliver : " Par ceste meie darbe* ! 

Se puis veeir ma gente sorur* Aide, 

^e jerreiez* jamais entre sa brace**. » Aoi. 



* .Vî/ eussions dommage. 

* Mienne barle. 

* f'oir ma gentille sœur. 

* Coucheriez. ** Bras. 



CXXXI. 

Ço dist Rollans : « Porquei me portet ire * ? » 
E cil respont : « Cumpainz, vos le féistes; 
Kar vasselage * par sens n'en est folie , 
Mielz valt mesure que ne fait estultie*. 
Franceis sunt morz par vostre légerie * : 
Jamais Karlon de nus n'aurat servise. 
Se me creisez*, venuz i fust mi sire ; 
Ceste bataille oùsum * faite u prise , 
U pris u mors i fust li reis Marsilie : 
Vostre proecce , Rollant, mar la vé[i]mes*. 
Karles li Magnes de nos n'avcrat aïe* ; 
N'ert mais* tel home desqu'à [le] Dcu juise**. 



* Éles-vous en colère con Ire 
moi .' 

'Bravoure. 

* Folie, témérité. 

* Élourderie. 

* Si (vous) me crussiez. 

* Eus.fions. 

'Malheureusement nous 

la vîmes. 

*Aide. 

* I\e sera plus. ' ' Jus- 
qu'au juijemenl de Dieu. 



LA CHANSON 



1732.) 



Vos i miirrez, e France en ert liunie*. 
Oi nus défait* la leial cumpaignie ; 
Einz levespere mult ert gref la départie' 

CXXXIl. 



* En sera honnie. 

* Aujourd'hui novs man- 
que. 

« Aoi."-^^^*'' ^^ *"''■ ^ien sera 

pénible la séparation. . y 



Li arcoves[ques] les ot cuntrarier , 

Le cheval brochet* des esperuns d'or mer**, 

Vint tresqu'à els, si's prist à castier* : 

« Sire Roliant, e vos , sire Oliver, 

Pur Deu vos pri ne vos cuntraliez*; 

Jà li corners ne nos aureit mester * ; 

Mais nepurquant si est-il asez nielz*, 

Venget* li reis, si nus purrat venger. 

Jà cil d'Espaigne ne s'en deivent turner liez*; 

Kostre Franceis i descendrunt à pied, 

TniveruDt-nos e morz e détrenchez*, 

Leverunt-nos en bières sur sumers*, 

Si nus plurrunt de doel* e de pitet ; 

Enfuerunt [-nus] en aitres* demusters**, 

N'en mangerunt ne lu, ne por*, ne chen. « 

Respunt Rollans : « Sire, mult dites bien. « Aoi 



* Pique. *'^Pur. 

* .Jusqu'à eux et les prit a 
f/ourmander. 

* Ne vous querellez pas. 

* Sonner du corne nous 
serait plus utile. 

'M. néanmoins ainsi est- 
il bien mieux. 

* Fienne. 

* Retourner jotjeux. 



Taillés en pièces. 

' Chevaux de charge. 

* Et nous plevreront de 
douleur. 

* Êtres, enceintes. ** Égli- 
ses. 

'Ni loups, ni porcs. 



CXXXIII. 

Rollans ad mis l'olifan à sa huche , 
Empeint-lc ben*, par grant vertiit le sunet**. 
Hait sunt li pui* e la voiz est mult lunge, 
Granz .xxx. liwes* l'oirent-il respiiudre. 
Karles l'oit e ses cumpaignes* tûtes ; 
Ço dit li reis : « Rataille funt nostre hume. » 
E Guenelun li respundit encuutre*; 



*Il l'enfonce bien. **Force 
le sonne. 

* Montagnes. 

* {Pendant) trente grandes 
lieues. 

* Compagnies. 



Le contredit. 



S'altreledesist*,jà semblast grant mençunge. AoT.*5i autre le dit. 



CXXXIV. 



Li quens Rollans par peine e par ahans*, "Fatigue. 
Par grant dulor, sunet sun olifan ; 

Parmi la bûche en sait fors* li cler sancs, "Jaillit dehors. 

De Sun cervel le temple* en est rumpant. * La tempe. 



(v. 1763.] 



DE ROLAND. 



m 



Del corn qu'il tient l'oie * en est mult grant ; 
Karles l'entent, \\'\ est as porz passant; 
Naimes li duc l'oïd, si l'escultent li Franc. 
Ce dist li reis : « Jo oi* le corn Rollant : 
ITnc ne 1' sunast se ne fust cumbatant. » 
Guenes respunt : « De bataille est-il nient*; 
.Ta estes[-vus] veilz * e fluriz e blancs. 
Par tels paroles vus resemble/, enfant. 
Asez savez le grant orgoill Rollant : 
Ço est merveille que Deus le soefret* tant, 
.là prist-il Noples sanz le vostre cornant* ; 
Fors s'en eissirent* li Sarrazins dedenz**, 
Sis cuins i tinrent al bon vassal Rollant, 
Puis od les ewes* lavât les prez del sanc: 
Pur cel le fist, ne fust inrissant. 
Pur un sul levere vatz tute jur* cornant, 
Devant ses pers vait-il ore gabant*. 
Suz cel n'ad gent ki osast requerre* en cbanip. 
Car*, chevalerz, purqu'alez arestant**.^ 
Tere major* mult est ioinz çà devant. » Aoi. 

cxxxv. 



* Ce qne l'on entend, le 
son. 



*J'oitis, j'entends. 



* y'e.st-il rien. 

* f 'eux. 



* Souffre. 

* Commandement . 

' Dehors en sortirent. 
'* Qui étaient dedans. 

* Avec les eaux. 

'Pour un seul lièvre va 
tout (te) jour. 

* Fa.-t-il maintenant plai- 
sant. 

* Sous (le) ciel (il) n'y a 
gensquiosassentr attaquer. 
' C'est pourquoi. "' Pour- 
quoi vous arrêtez-vous .^ 
*La grande terre, l'Espa- 
gne.' 



Li quens RoUans a la bûche sanglente, 

De Sun cervel rumput en est li temple * ; 

L'olifan sunet à dulor* e à peine. 

Karles l'oït, e ses Franceis l'entendent. 

Ço dist li reis : « Cel corn ad lunge* aleine. » 

Respont dux Neimes : » Raron i fait là peine; 

Bataille i ad, par le men escientre*. 

Cil l'at trait, ki vos en roevet feindre. 

Adubez-vos, si criez vostre enseigne*. 

Si sucurez vostre maisnée gente * ; 

Asez oez* que Rollans se démentet**. » Aoi. 

CXXXVI. 



* La tempe. 

* Avec douleur. 

* Ce cor a longue. 

Par le mien escient. 

' Et lancez votre cri de 
guerre. 

* Et secourez votre maison 
noble. 

* liien entendez. *' Sela- 
mcntc. 



Li emperèrcs ad fait simer ses corns; 

Franceis descendent , si adubent* lor cors * Et arment. 

D'osbercs, de hclincs e d'espées à or* * Garnies d'or. 



56 



LA CHANSON 



(\. 1797. 



Escuz unt genz e espiez* granz e forz 
E gunfanuns blancs e vermeilz e blois*, 
Es destrers inuntent tuit li bariin del ost*, 
Brochent ad ait* tant cum durent li port. 
N'i ad celoi al altre ne paroit* : 
« Se véissum * Roliant einz *' qu'il fust morr, 
Ensembl'od lui i durriums* granz colps. » 
De ço qui calt? car demuret i unt trop [Aoi.] 



* E pieux. 

* Bleus. 

* De l'armée. 

* Piquent à l'cnvi. 

* Il n'y a ^personne qui ne 
parle à l'autre. 

'Si nous vissions. *''^-lvant. 
' Ensemble avec lui y don- 
nerions. 

* y'imjjorte. 



CXXXVII. 



Esclargiz est li vespres* e li jurz, 

Cuntre le soleil reluisent cil adub*, 

Osbercs e helmesi getent g[rant n]a[m[bur*, 

E cil escuz ki ben sunt peiuz *à flurs , 

E cil espiez* , cil oret** gunfauun. 

Li emperères cevalchet par irur*, 

E li Franceis dolenz e curius* ; 

is'i ad celoi ki durement ne plurt*, 

E de Roliant sunt en [mult] grant poiir. 

Li reis fait prendre le cunte Guenelun, 

Si r cumandat as cous* de sa maisun ; 

Tut li plus maistre en apelet Besgun : 

<• Ben le me guarde, si cume* tel félon 

De ma maisnée* ad laite traïsun. » 

Cil le receit, si met* .c. cumpaignous 

De la quisine, des mielz e des pejurs* ; 

Icil li peilent la barbe e les geruuns* 

Cascun le* fieft .iiii. colps de sun puign. 

Ben le bâtirent à fuz* e àbastuns, 

E si li mctent el col un caeiguuu' , 

Si l'encaeinent altresi cum un urs*; 

Sur un sumer* Tunt mis à déshonor, 

Tant le guardent que V rendent à Charlini. [Aoi 



* Éclairci est le soir. 
*Ces armes. 

* Éclat, lueur, 

* Et ces épieux. ** Dorés. 

* Chevauche avecchagriu . 

* Peines et soucieux. 

* !S'y a personne qui ru- 
dement ne pleure. 



* Et le recommanda aux 
cuisiniers 

* Attendu que. 

* Maison . 

* Celui-là le reçoit, et met. 

* Desmeilleurset des pires. 

* Moustaches. 

* Frappe quatre coups de 
.•ion poing. 

* Morceaux de bois, fustes. 

* Chaîne. 

'Et l'enckainent ainsi 

qu'un ours. 

' Sommier, chcfal de 

charge. 



CXXXVIII. 



Hait sunt li pui* e ténébrus e grant, 
Li val parfunt e les ewes curant, 
Sunent cil graisle* e derère e devant, 



Montagnes. 
' Clairons. 



DE ROLAND. 



r^l 



Etuit rachatent encuntre l'olifant*. 
T.i emperères ehevalchet iréement*, 
E li Frauceis curius e dolent* : 
]N'i ad celoi n'i plurt e sei dément*, 
E prient Deu que guarisset* Rollant 
Josque il vengent el camp cumiiiiément*; 
Ensembl'od lui i ferrunt veirement'. 
De ço qui calt ' , car ne lur valt nient** ; 
Demurent trop, n'i poedent* estre à tens. Aoi. 



'Et tous le cèdent a fn- 
liphant, au cor. 
Avec chagrin. 

* Soucieux et affectes. 
'Il n'y a aucun qui n^i/ 
pleuré et ne se lamente'. 

* Garantisse . 

'Jusqu'à ce qu'ils vien- 
nent auchampencomm un. 
' Ensemble avec lui ijfra/) 
peroni vraiment. 

* Qu'importe: "f'aulrieu. 

* Peuvent. 



CXXXIX. 



Par grant irur* ehevalchet li reis Charles; 

Desur sa brunie* li gist sa blanche barbe. 

Puignent ad aiti* tuit li barun de France'^ 

IS'i ad icel ne déméint irance ' 

Que il ne sunt à Rollant le cataigne* 

Ki se cumbat as Sarrazins d'Espaigne; 

Si est blecet, ne quit que anme i remaigne *. * Ne crois qu'âme y reste 

Deus ! quels seisante humes i ad en sa cumpaigne * !* Compagnie. 

Unchçsmefllurs n'en outreis nec[at]aignes. Aoi. 



* Chagrin. 

'Cuirasse, cotte de mail- 
les. 

* Piquent à l'envi. 
'N'y a aucun qui ne dé- 
mène chagrin. 

* Capitaine. 



CXL. 



Rollans reguardet es munz e es lariz*, 
De cels de France i veit tanz morz gésir, 
E il les pluret cum chevaler geutill : 
« Seignors barons, de vos ait Deus mercit ! 
Tûtes* vos anmes otreit-il pareis*! 
En seintes flurs il les facet gésir! 
INleillors vassals de vosjjujies ne vi. 
Si lungement tuz tens m'avez servit, 
A oés Carlon* si granz païs cunquis; 
Li emperères tant mare vos nurrit* ! 

— Tere de France, mult estes dul/. * païs, 
Oi désertet à tant rubofl exill*. 

— Barons Franceis, pur mei vos vei mûrir. 
Je ne vos pois tenser' ne guarantir : 
Aït-vos* Deus ki unkes ne mentit! 

— Oliver frère, vos ne dei-jo faillir ; 



* Landes. 



' _-/ toutes. " Octroie-t - il 
paradis. 



* Au profil de Charles. 
'Tant H la mal heu ré 
vous éleva. 

*Dou.v. 

' Jujourd'hui désert à si 

terrible ruine. 

* Protéger. 

* fous aide. 



38 



LA CHANSON 



(v. I8G5.) 



De doel niurra[ij se altre ne ni'i ocit. 
Sirecumpaiiiz, alum i rcférir*. [Aoi.] 



' liefrapper. 



CXLI. 



l.i quens Rollans el champ est repairet*, 

lient Durendal, cume vassal i fiert"; 

Faldrun de Pin i ad parmi* trenchet 

E .xxiiii. de tuz les mclz preisez*; 

Jamais n'iert home plus se voeillet* venger. 

Si cum* !i cerfs s'en vait devant les chiens , 

Devant Rollant si s'enfuient paiens. 

Dist l'arcevesque : « Asez le faites ben; 

Itel valor * deit aveir chevaler 

Ki armes portet e en bon cheval set*. 

En bataille deit estre forz e fiers, 

U altrcment ne valt .iiii. deners; 

Einz deit mouie estre en un de cez mustiers* , 

Si prierat tuz jurz por noz peccez. » 

Respunt Rollant : « Ferez, ne's espargnez*: » 

A icest mot l'unt Francs recumencet : 

Mult grant damage i ont de chrestiens. [Aoi.] 



Retourné. 

* Comme brave y frappe. 

* Par le milieu. 

* Mieux prisés. 

* Pie sera homme {gui] 
plus se veuille. 

* Ainsi que. 



* Telle valeur. 
*Sied. 



* Monastères. 

'Frappez, ne les épar- 
f/nez. 



CXLII. 



Home ki ço set que jà n'averat prisun*. 
En tel bataill fait grant défension : 
Pur ço sunt Francs si fiers cume léuns. 
As-vus* Marsilie en guise de barunt, 
Siet* el cheval qu'il apelet Gaignun** ; 
Brochet-le ben, si vait férir* Bevon : 
Icil ert sire de Reine* e de Digun; 
L'escut li freint* e l'osberc li dérumpt. 
Que mort l'abat seinz altre descuniisun*. 
Puis ad ocis Yvoerie e Ivon, 
Eusembl'od els* Gérard de Russillun. 
Li quens Rollans ne li est guaires loign, 
Dist al paien : « Dannes-Deus mal te duinst ' 
A si grant tort m'ociz mes cumpaignuns ; 
Colp en avéras einz* que nos départum. 



* Qui cela sait qu'il n'aura 
point prison. 



* Foi là. 

* Est assis. ** Chien. 

* Il le pique bien, et va 
frapper. 

' Celui-là était sire de 
Beau ne. 

* Lui brise. 



* Déconfiture. 



* Ensemble avec eux. 



1 * Le seigneur Dieu mal te 
• donne. 



*Coup en auras avant. 



DE ROLAND. 



E de m'espée eaquoi saveras* le nom. » 
Vait le férir en guise de baron '^, 
Trenchet li ad II quens le destre [>oign'. 
Puis preut la teste de Jurfaleu le blund : 
Icil ert* filz al rei Marsiliuu. 
Paieu escrieut : « Aie-nos , Mahuni * ! 
Li nostre deu, veugez-nos de Carlun ! 
En ceste tere nus ad rais tels féluns , 
Jà pur mûrir le camp ne guerpiriuit*. » 
Dist l'un al altre : « E! car nos enfuiums ! » 
A icest mot tels .c. mille s'en vunt, 
Ki que'srapelt*,jà n'eu returnerunt. Aoi. 



Aujourd'hui saiiraa. 
' ra le frapper. 
' Le comte le poing droit. 

'Celui-là était. 

* Aide-nous ^1 Mahomet .' 



'Déguerpiront le champ 
( de bataille). 



*Qui qui les rappelle 



CXLIIL 



De ço qui calt* , luit s'en est Marsilies; 

Remés* i est sis** uncles Marganiccs 

Ri tint Kartagene al frère Garmalie, 

E Elhiope une tere maldite, 

La neire gent en ad en sa baillie* ; 

Granz unt les nés e lées* les oreilles, 

E sunt ensemble plus de cinquante mille. 

Icil cbevalchent fièrement e à ire*. 

Puis escrient l'enseigne paenime*. 

Ço dist Rollans: « Ci receverums mu[r]tyrie, 

E or sai beu n'avons guaires à vivere; 

Mais tut sait fel cher ne se vende primes *. 

Ferez, seignurs, des espées furbies ! 

Si calengez* e vos mors e voz vies, 

Que dulce France par nus ne seit hunie. 

Quant eu cest camp * vendrai Caries mi sire , 

De Sarrazins verrat tel discipline* , 

Cuntre un des noz en truverat morz .xv., 

i\e lesserat que nos ne bénéisse. « Aoi. 



* Qu'importe. 
Resté. **Son. 



* Sou gouvernement . 

* Larges. 

* En colère. 

* Des païens. 



"M. tout soit félon {qui) 
cher ne se vende d'abord. 



^ Et disputez. 

' En ce champ. 
' Carnage. 



CXLIV. 



Quan[t] Rollans veit la contredite * gent 
Ki plus sunt ueirsque n'en est arremént*, 
INe n'unt de blauc ne mais que sul * les deuz. 



* Mécréant. 

'' Encre. 

'St ce n'est seulemcnl. 



(iO 



LA CHANSON 



1933. 



Ço dist li qiiGQS : « Or sai-jo veirement* *f'raimeni. 

Que lioi murruni* par le mien escient. '^Qu'aujoi/rd'htu mour- 

Férez, Fraaceis ! car jo 1' vos recumenz *. » * Recommande. 

Dist Oliver : « Dehet* ait li plus leuz! » "'Malheur. 

A icest mot Franceis se lièrent enz*. [Aoi.] * s'élancent, dedans. 



CXLV. 

Quant paien virent que Franceis i ont poi*, 
Rntr'els en unt e orj^oil e cunfort ; 
Dist l'un al altre : L'emptreor ad tort. » 
Li IMarganices sist sur un ceval sor*, 
Brochet-le ben * des esperuns à or ; 
Fiert* Oliver derère en mi le dos**, 
Le blanc osberc li ad descust el * cors, 
Parmi le piz*^ sun espiet** li mist fors***, 
E dit après : « Un col * avez pris fort. 
Caries li Magnes mar * vos laissât as porz; 
ïort nos ad fait, n'en est dreiz qu'il s'en lot* ; 
Kar de vos sul ai ben venget les uoz. » [Aoi] 



) rnt peu. 



* A lezati . 

* Il le pique bien. 
"Frappe. ** Au milieu 
du dos, 

* Décousu au. 

' .lu milieu de la poitrine. 
' * Épieu. '** Dehors. 

* Coup. 

* A la, malheure. 

* Loue. 



CXLVL 

Oliver sent que à mort est férut*, * Frappe. 

Tient Halteclere dunt li acer fut bruns, 

Fiert* IMarganices sur l'elme à or agut, * il frappe. 

Flurs e cristaus en acraventet jus*, "En abat. 

Trenchet la teste d'ici qu'as denz menuz ; 

Brandistsuncolp, si l'a mort abatut, 

E dist après : « Paien, mal aies-tu ! 

Iço ne di que Karles m'ait perdut. 

Ne à muiler* ne à dame qu'aies vend * Femme. 

N'en vanteras el règne * dunt tu fus 

Vaillant à un dener que m'i aies tolut*, 

Ne fait damage ne de mei ne d'altrui. » 

Après escriet Rollant qu'il li ajut*. Aoi. * Aide. 



^ 



u royaume, 
nlevé. 



CXLVIL 

Oliver sent qu'il est à mort naffret*. 
De lui venger jamais ne li ert lez* ; 



* Blessé. 

* Permis. 



DE ROLAND. 



61 



En la grant presse or i fiert cume ber*, 

Trenchet cez haustes* e cez esciiz buclers* 

E piez e poinz e seles e costcz. 

Ki lui véist * Sarrazins desmembicr, 

Un mort sur altre [e ruer e] geter, 

De bon vassal li poiist remembrer. 

L'enseigne Carie n'i volt mie* ublier, 

M'injoie escriet e haltement e cler ; 

Rollant apelet sun ami e sun per : 

" Sire cumpaigu, à mei car vus justez*. 

A grant dulor ermes boi deseverez*. » Aoi. 



* Preux. 
' Lances, 
ton. 



' Eriis à boK- 



* Lui put souvenir. 



' L'c. de Charles n'ij vou- 
lut pas. 



* Unissez. 

'Serons aujourd'hui sé- 
parés. 



CXLVIIL 



Rollans reguardet Oliver al visage : 
Teint fut e pers*, desculuret e pale. 
Li sancs tuz clers parmi le cors li raiet* ; 
Encuntre tere en cheent les esclaces* : 
« Deus! dist li quens, or ne sai-jo que face. 
Sire cumpainz, mar* fut vostre barnage**! 
Jamais n'iert hume* ki tua cors cuntrevaillet. 
E! France dulce, cun hoi remeudras guasto*, 
De bons vassals cuufundue e chaiete*! 
Li emperère en avérât grant damage. » 
A icest mot sur sun cheval se pasmet. Aoi. 



* JUeu, livide. 

* Découle. 

* En tombent les Jlots. 



* J 1 1 malheure. 
voure. 

" Xe sera homme. 

* Désolée. 

* Prii'ée. 



Bra- 



CXLIX. 



As-vus* Rollant sur sun cheval pasmet, 
E Oliver ki est à mort naffret* ; 
Tant ad seiuet ki li oil* li sunl trublet, 
^e loinz ne près ne poet vedeir* si cler 
Que reco[nojistre poisset* nuls hom mortel. 
Sun cumpaignun, cum il l'at eucuntret. 
Si 1' liert* amunt sur l'elme à or gemet**; 
Tut li detrenchet* d'ici [josjqu'al nasel**; 
iMais en la teste ne l'ad mie adeset*. 
A iccl colp* l'ad Rollans reguardet, 
Si li demandct dulcement e suef * : 
« Sire cumpain, faites-le -vos de gred'? 



* roiià. 

* Blessé. 

* Saigné que les yeux. 
*.Ye peut voir. 

* Puisse. 

* Il le frappe. '* Le heau- 
me décoré de pierres Jines 
avec de l'or. 

* 7 Vfl nche. ** \asa l . 

* Atteint . 

* A ce coup. 

* Suavement. 

* De (bon) gré. 



ti-2 



LA CHANSOIS 



(v, 1999.) 



Jà est-ço Rollans lu tant vos soelt* amer; 
Par mile guise ne m'aviez desfiet. » 
Dist Oliver : « Or vos oi jo parler, 
.lo ne vos vei ; veied-vus danne-Deu*! 
Férut vos ait : car le me pardunez. » 
Rollans respunt : « Jo n'ai nient de mal ; 
Jo r vus parduins* ici e devant Deu. » 
A icel mot l'un ad l'altre clinet*; 
Par tel amur as-les-vus desevered*. [Aoi.] 



'A coutume. 



* Le seigneur Dieu vous 
voie. 

* Je vous ai frappé. 

* Pardonne. 

* L'un -à l'autre salué. 

* Les voilà séparés. 



CL. 



Oliver sent que la mort mult l'angoisset* : 

Ansdous les oilz* en la teste li turuent, 

L'oïe pert e la véue tute ; 

Descent à piet, al tere se culchet*, 

Durement en hait si recleimet sa culpe*; 

Cuutre le ciel ambesdous ses* mains juintes, 

Si priet Deu que paréis li dunget* 

E béuéist Karlun* e France dulce**, 

Sun cumpaignuD Rollant sur tuz [les] humes. 

Falt-li le coer, le helme li embrunchet* , 

Trestut le cors à la tere li justet*. 

JMorz est li queus, que plus ne se demurel; 

Rollans li ber le pluret, si 1' duluset*. 

Jamais en tere n'orrez plus dolent* hume. [Aoi. ! 



''Le presse. 
'Les deux yeux. 



* Se couche. 

* En haut confesse sa 
faute. 

*Ses deux. 

* Paradis lui donne. 
'Et bénisse Chu ries. 
"Douce. 

* Le cœur lui manque, le 
heaume lui tombe {.sur les 
ijeux). 

* Lui joint. 



* Et le plaint. 

* Affligé. 



eu. 



Or veit Rollans que mort est sun ami, 

Gésir adeuz*, à la tere sun vis**, 

Mult dulcement à regreter le prit : 

« Sire cumpaign, tant mar* fustes hardiz! 

Ensemble avum estet e auz e dis*; 

Ne m' fesis* mal , ne jo ne V te forsfis. 

Quant tu es mor[z], dulur est que jo vif*. » 

A icest mot se pas met li marchis 

Sur son ceval que cleimet * Feillantif, 

Afermet* est à ses estreus d'or lin; 

Quel part qu'il ait, ne poet mie chair*. [Aoi.] 



* Les dents contre le sol, 
'* Usage. 

*Tant à la malheure. 

* Jours. 

* M (tu) ne me fisses. 

* Je vis. 

* Qu'il appelle. 

* Attaché. 

* Aille, ne peut pas choir . 



2033.) 



DE ROLAND. 



63 



CLII. 



Ainz* que Rollans se seit apercent, 

De pasmeisuns guariz nerevenuz, 

Mult grant damage li est aparéut : 

Morz sunt Franceis , tuz les i ad perdut. 

Senz l'arcevesque e senz Gualter del Hum. 

Eepairez* est des muntaignes kà-jus**, 

A cels d'Espaigne mult sï est cumbatuz. 

!Mort sunt si hume, si's* unt paiens vencut; 

Voeillet o nun, desuz cez vais* s'enfuit; 

Si reclaimet* Rollant qu'il li ajut** : 

« E! gentilz quens, vaillanz hom, ù ies-tu? 

Unkes n'en oi pour* la ù tu fus, 

Ço est Gualter ki conquist IMaelgut, 

Li niés* Droùn, al vieil e al canut**. 

Pur vasselage suleie*estre tun drut**. 

^la hanste est fraite*, e percet mun escut, 

E mis osbercs desmailet* e rumput; 

Parmi le cors une lance férut*. 

Sempres* murrai; mais cher me sui vendut. » 

A icel mot l'at Rollans entendut, 

Le cheval brochet*,si vient poignant** vers lui. Ao[ 



* Avatit. 



* Revenu. ** Là-bas. 

* Et les. 

' ï'eville ou non, dessous 
ces vallées. 

* Et il prie. ** Aide. 

* Jamais je n'en eus peur. 



* Le neveu de. *' Le 
vieux, le chenu. 

* J'avaiscoutume. ** .-imi. 

* Ma lance est brisée. 

* Et mon haubert dé- 
maillé. 

* Un coup de lance. 

* Bientôt. 



* Il pique. *''A toute bride. 



CLIIL 



Rollans ad doel*, si fut maltalenlifs**. 

En la grant presse cumencet à ferir*; 

De cels d'Espaigne en ad get[et] mort .w., 

E Gualter .vi., e l'arcevesque .v. 

Dieut paien : « Féluns humes ad ci * ; 

Guardez, seignurs, qu'il n[e s']eu algent* vif. 

Tut par seit fel ki ne "s vait* envair, 

E recréant ki les lerrat guar[ir]*! » 

Dune recumencent e le hu* e le cri; 

De tûtes parz le revunt envaïr. Aoi. 



* Douleur. 

* A frapper. 



Animé. 



* Il y a ici. 

"Aillent. 

' Tout soit félon qui ne 

les va. 

* Et vaincu par son aven 
qui le s la isse rase sauve r. 

* Huée. 



CLIV 



Li quens Rollans fut noble guerre[e]r, 
Gualter de Hums est bien bon chevaler, 



fii 



LA CHANSON 



2066.) 



' Prud'homme, brave. 

* Nullement. 

* Frappent . 



Li arcevesque prozdom* e essaiet; 

Li uns ne volt l'altre nient* laisser : 

Kn la grant presse i lièrent* as paiens. 

iMil Sarrazins i descendent à piet, 

E à cheval suut .xl. * millers. 

Men escientre, ne 's osent aproismer*; 

11 lor lancent e lances e espiez* 

AVigres e darz, museras e gieser'; 

As premers colps i unt ocis Gualter. 

Turpiiis de Reins tut sun escut percet, 

Quasset sun elme, si l'unt nal'fret el chef*, 

E sun osherc rumput e desmailet*, 

Parmi le cors naiïret de .iiii. espiez*; 

De desuz lui ocient sun destrer. 

Or est grant doel quant Tarcevèsque chiet*. Aoi.*ch»it, tombe 

Cl.V. 



* Quarante. 

' Mon escient, ne les osent 
approcher. 
' f'^pieux. 

'Wigres, gieser, espèces 
d'armes. — Le Ms. tr Ox- 
ford ajoute e agiez. 

"* lilessé à la tète. 

* Démaillé. 
Épieu-v . 



Turpins de Reins quant se sent abatut , 

De .iiii. espiez* parmi le cors férut, 

Isnelement le ber* resailit sus; 

l\oliant reguardet, puis si li est cunit* , 

E dist un mot : » Ne sui mie vencut; 

Jà bon vassal n'en ert vif recréut*. » 

Il trait Almace s'espée* de acer brun , 

En la grant presse mil colps i fiert* e plus; 

Puis le dist Caries, qu'il n'en espairgnat* nui; 

Tels .iiii. cenz i troevet* entur lui, 

Alquanz nafrez, alquanz parmi férut*, 

Si out d'icels* ki les chefs unt perdut : 

Ço dist la geste* e cil ki el camp fut, 

Li ber Gilie por qui Deus fait vertuz*, 

E fist la chartre el muster de Loùm*. 

Ki tant ne set ne l'ad prod* entendut. [Aoi.] 

CLVI. 

Li quens Rollans genteme[n]t* se cumhat; 
Mais le cors ad tressuet e muit chalt*, 
En la teste ad e dulor e grant mal , 
Rumput est li temples* por co que il cornât; 



* Blessé de quatre épieux. 

* Prompt ement le baron. 

* Puis à lui est couru. 

* Jamais bon guerrier ne 
sera vif réduit à s'arrêter. 
' It tire A . son épée. 

* Frappe . 

* Épargna. 

* Trouve. 

* /ucuns blessés, aucuns 
à travers frappés. 

* Et (il) y eut d'iceux. 

* La chronique. 

* Miracles. 

* Au monastère de Laon. 

* Prou, assez. 



* Noblement. 

'En sueur et très-chaud. 



* Lu tempe. 



(> 



DE ROLAND. 



65 



i\Iais saveir volt* se Charles i vendrat, 
Trait l'olifau*, fieblemeat lesunat. 
Li eniperère s'estut*, si IVscultat : 
« Seignurs, dist-il, mult nialement nos* 
Rollaus mis niés hoi cest jur nus défait* 
Jo oi al corner* que gua[i]res ne viverat 
Ki estre i volt*, isneleuient chevalzt**. 
Sunez voz gra[i]sles tant que en cest ost 
Seisante niilie en i cornent si hait*, 
Suuent li munt e respondent li val ; 
Paieu l'entendent, ne l' tiudrent mie eu 
Dit Tun al altre : « Karlun averum-nus 
[Aoi.] 



vait 



ad*. 



gab*; 
jà*. >. 



Foulut. 
*Tire le cor. 

* S'arrêta. 

* Mal. 

* Mon neveu aujourd'hui 
nous manque. 

* J'entends à la manière 
de corner. 

' f'eut, promptement che- 
i-auche. 

* Clairons tant qu'en cette 
armée il y a. 

* Si haut. 

' l\e le tinrent pas en plai- 
santerie. 

* Charles aurons - nous 
bientôt. 



CLVÏI. 



Dieut paien • « L'emperère repairet*. 
(De ces de France oent suner les graisles*.) 
Se Rollans vit, nostre guerre novelet* ; 
Perdud avuns Espaigne, nostre terre. » 
Tels .iiii. cenz s'en asemble[nt] à helmes* 
E des mt'illors ki el camp quieut* estre, 
A Kollant rendent un estur* fort e pesme** : 
Or ad li quens* endreit sei asez que faire. Aoi. 

CLVIII. 

Li quens* Rollans, quant il les veit venir. 
Tant se fait fort e tiers e maneviz*, 
Ne lur lerat*, tant cum il serat vif; 
Siet el cheval qu'om clcimet* f'eillatitif, 
Brochet-le * bien des esperuns d'or fin , 
En la grant presse les vait tuz envaïr, 
Ensem[b]rod lui* arcevesques Turpin. 
Dist l'un al altre : « Çà vus traiez*, ami. 
De cels de î'rance les corus avuns oït; 
Caries repairet*, li reis poestéifs**. » [Aoi. 

CLIX. 

Li quens Rollans unkes n'amat cuard 

ISe orguillos ne hume de nialo* part. 



* Revient. 

* Clairons. 

* Renouvelle. 

"Avec heaumes. 

* Qui au champ croient. 

* Combat. ** Terrible. 

* Maintenant a le comte. 



*Le comte. 

* Prêt. 

* A'e leur laissera . 

* Appelle. 

* Il le pique. 

* Avec lui. 

* Ici vous tirez. 

* Revient . ** Puissant. 



* De ma ni aise. 



66 



LA CHANSON 



(v. 2133.) 



Ne chevaler se il ne fust bon vassal ; 

Li arcevesques Turpin en apelat : 

« Sire, à pied estes , e jo sui à ceval ; 

Pur vostre aniur ici prendrai estai*, 

Ensemble auriins e le ben e le mal, 

Ne vos lerrai * pur nul hume de car**. 

Encui* rendruns à paiens cest asalt ; 

Les colps des mielz* cels sunt de Durendal. » 

Dist l'arcevesque : » Fel* seit lu ben n'i ferra*' 

Caries repairet*, lu ben nus vengerai. » [Aoi.] 



Position. 

* Laisserai. ** Chair. 

* Aujourd'hui. 

* yfieux, meilleurs. 

! Félon. ** Frappera, 

* Kevient. 



CLX. 



Paien dient : « Si mare* fumes nez! 
Cum pes[mes] jurz nus est hoi ajurnez* ! 
Perdut avum noz seignurs e noz pers. 
Caries repeiret* od sa grant ost, li ber**; 
De cels de France odum les graisles * clers : 
Grant est la noise de Munjoie escrier. 
Li quens* Rollant est de tant grant fiertet , 
Jà n'ert * vencut pur nul hume carnel ; 
Lançunsà lui, puis si l' laissums ester*. » 
E"il si firent darz e wigres* asez, 
Espiez* e lances e museraz** enpennez; 
L'escut* Rollant unt frait e estroet**, 
E Sun osberc rumput e desmailet* ; 
Mais enz el cors ne l'ad mie adeset* ; 
Mais Veillantif unt en .xx. lins nafret*, 
Desuz le cunte si li unt mort laisset. 
Paien s'enfuient , puis si l' laisent ester'. 
Li quens Rollans i est remés* à pied. Aoi. 



* Tant à la malkeure. 

* Comme terrible jour 
s'est levé pour nous! 

* Revient. ** Le brave. 

* Entendons les clairons. 

* Le comte. 

* \e sera pas. 

* Être (tranquille). 

* Javelots . 



Carreaux. 
*" Brisé, et 



Épieux. 

* L'écu de. 
U-uué. 

* Démaillé. 

* Touché. 

* Trente lieux blessé. 

* Rester (tranquille). 
' Resté. 



I P.n 
I El 



CLXL 



Paien s'enfuient curuçus e irez *, 
Envers Espaigne tendent del espleiter*. 
Li quens Rollans ne's ad dunt encalcer*, 
Perdut i ad Veillantif sun destrer; 
Voellet nun, remés* i est à piet. 
Al arcevesque Turpin alat aider, 



* Courroucés et chagrins. 

*Tendent de leur marche. 

* i\'e es a donc pas pour- 
suivis. 

* feuille ou non^ resté. 



(v. 2167.) 



DE ROLAND. 



67 



Sun elme ad* or li deslaçat del chef, 

Si li tolit* le blanc osberc léger, 

E Sun blialt* liad tut détrenchet, 

En ses granz plaies les pans li ad butet*, 

Cuntre sun piz * puis si l'ad enbracet, 

Sur Tcrbe verte puis Pat suet culchet*. 

Mult dulcement li ad Rollans preiet : 

« E! gentilz boni, car nie dunez cunget. 

Noz cuinpaignuns, que oiimes tanz chers , 

Or sunt-il niorz ; ne"s* i devuns laiser. 

Jo es voell* aler [e] querre e entercer**, 

De devant vos juster e enrenger *. » 

Dist l'arcevesque : « Alez e repairez*. 

Cist camp* est vostre, mercit Deu [e le] mien ! 

[AOL] 



Son heaume avec. 
^ Et lui enleva. 

* Son hliaul, vétemenl. 

* Bouté, mis. 
Poitrine. 

L'a doucement couché. 



*Ae les. 

'.Ve les veux. ** Recon- 
naître. 

* Assembler et arranger. 

* Revenez. 



* Ce champ. 



CLXII. 

Rollans s'on turnet, par le camp vait tut suis*, 

Cercet* les vais e si cercet les munz, 

Iloec* truvat Gerin e Gérer sun cumpaignun, 

E si truvat Bérenger e Atuin , 

Iloec truvat Anséis e Sansun , 

Truvat Gérard le veill * de Russillun ; 

Par uns e uns les ad pris le barun, 

Al arcevesque en est venuz atut*. 

Si 's* mist en reng de devant ses genuilz. 

Li arcevesque ne poet muer n'en plurt*, 

Lievet sa main, fait sa bé[né]içun* . 

Après ad dit : « Mare fustes*, seignurs! 

Tûtes vos anmes ait Deus li glorius ! 

En paréis* les metet en se[i]ntes flurs! 

La meie* mort me rent si anguissus, 

Jà* ne verrai le riche empereur. » [Aoi.] 

CLXIIL 



* Va tout seul. 

* Cherche , parcourt, 
fouille. 

* Là. 



' f'ieux. 



*Avec eux. 

*Il les. 

* Ne peut s'empêcher d'en 
pleurer. 

* Bénédiction. 

* A la malheure fûtes. 



* En paradis. 

* Mienne. 

* Jamais. 



Rollans s'en turnet*, le camp vait recercor** ; 
Sun cumpaignun ad truvet Oliver, 
Encuntre sun piz* estreit l'ad enbracet; 
Si cuni il poet al arcevesque en vent* , 



*Iietourne. ' 
de nouveau. 



'Fa fouiller 



* Contre sa poitrine. 

* Fient. 



(i8 



LA CHANSON 



(v. 2201.) 



Sur un escut l'ad as altres culchet* ; 

E l'arcevesque les ad asols e seignet*. 

Idunc agreget* le doel e la pitet**. 

Ço dit RoJlaus : « Bels cumpainz Oliver, 

Vos fustes (ilz al [bon] duc Renier 

Ki tint la marche del val de Riviers 

Pur hauste l'reindre*, pur escuz peceier**, 

Pur orgoillos [e] veiutre e esmaier*, 

R pur prozdomes tenir e cunseiller, 

E pur glutuu[e] veintre e esmaier, 

En nule tore n'ad meillor chevaler. » [Aor.] 

CLXIV. 



* L'a avec les autres cou- 
ché. 

Absous et signés. 

* Alors augmente. ** Pi- 
tié. 



* Pour lances briser. 

' ' Dépecer, mettre en mor- 
ceaux: ■ 

* Faincre et tourmenter. 



Li queus Rollans, quant il veit mort ses pers 
E Oliver qu'il tant poeit* amer, 
ïendrur* en out, cumencet à plurcr. 
En sun visage fut mult desculurer', 
Si grant doel ont que mais ne pout ester* : 
Voeillet* u nun , à tere cliet** pasmet. 
Dist Tarcevesques : « Tant mare fustes, ber* 
[AOI.] 



Pouvait. 

* Tendresse . 

* Décoloré. 

* Se tenir debout . 

*I'euille. ** Choit. 

' I la maleure fûtes, ba- 



CLXV. 

Li arcevesques , quant vit pasmer Rollant, 

Dune out tel doel , unkes mais* n'out si grant; *Oncques mais, jamais. 

Tendit sa main, si ad pris l'olilan*. 

En Rencesvals ad un ewe* curant : 

Aler i volt*, si'n durrat** à Rollant. 

Sun petit pas s'en turnet" cancelant. 

Il est si fieble qu'il ne poet en avant, 

N'en ad vertut*, trop ad perdut del sanc; 

Einz* que om alast un sul arpent de camp**, 

Falt-li le coer, si est cjiaeit* avant; 

La sue* mort li vait mult angoissant. [Aoi] 

CLXM. 



* Le cor. 

* (Ily) a une eau. 
' roulut. "Et [il 
donnera. 

* Retourne. 



* Force. 

* Avant. **Champ. 

' Le cœur lui faillit, et {il \ 
est chu, tombé. 
'La sienne m. lui va cau- 
sa ut beaucoup d'angoisses. 



Li quens Rollans revient de pasmeisuns. 
Sur piez se drecet, mais il ad grant duUir: 



(v, 2232. 



DE ROLAND. 



m 



Guardet* iival e si guardet aiiiunt, * Regarde. 

Sur l'erbe verte, ultre" ses cumpaigiums ; * Outre. 

Là veit gésir le nobilie* baruu : * \obie. 

Ço est l'arcevesque que Deus mist en sun num : 

Cleimet* sa culpe, si reguardet amunt, ' it pruciame. 

Cuntre le ciel amsdous ses mains* ad juinz, *Ses deux mains. 

S[i] priet Deu que paréis li duinst*. "Paradis l<d donne. 

Par granz batailles e par rault bels sermons 

Cuntre paiens fut tuz tens* campiuns : * Toujours. 

Deus li otreit* la sue béneiçun! Aoi. *Octroie (subj.)- 

CLXVIL 



Li quens Rollans veit* rar[ce]vesque à tere, 

Defors* sun cors veit gésir la buele*, 

Desuz * le frunt li buiiiit la cervele; 

Desur sun piz*, entre les dous furceles**, 

Cruisiedes* ad ses blanches [mains], les beles; 

Forment le pleignet à la lei * de sa tere : 

« E! gentilz hom, chevaler de bon aire*, 

Hoi te cumant* al Glorius céleste; 

Jamais n'ert hume* plus volenters le serve, 

Dès les Aposties ne fut hom tel propliète 

Pur lei tenir e pur humes atraire*. 

Jà la vostre anme n'en ait [nulej sufraite*! 

De paréis* li seit la porte uverte! >■ [Aoi.] 



CLXVIIL 



> 



Ço sent Rollans que la mort li est près, 
Par les oreilles fors se ist* la cervel; 
De ses pers priet Deu que 's apelt*, 
E pois de lui al angle* Gabriel. 
Prist l'olifan*, que reproce n'en ait, 
E Durendal s'espée en l'altre main ; 
D'un arbalcste ne poet traire un quarrel ' ; 
Devers Espaigne en vait* en un guaret**, 
Muntet sur un tertre desuz* un arbre bêle; 
Quatre pcrruns i ad de marbre faite; 
Sur l'erbe verte si est caeit* envers , 
Là s'est pasmet; kar la mort li est près. 



'Les boyaux. 
'* Clavicu- 



* Foit. 

* Dehors. 

* Dessous. 
' Poitrine, 
les. 

* Croisces. 

* Façon. 

* De bonne race. 

* Aujourd'hui (je) te re- 
commande. 

*.Ye sera homme qui. 

* Attirer. 

* Souffrance. 

* Paradis. 



* Dehors sort, 

* Que les appelle. 

* Et après lui à l'ange. 

* Le cor. 

* Tirer tm carreau. 
*S'en va. **Guéret. 
*Sur. 



*Chu, tombé. 



70 



LA CHANSON 
CLXIX. 



(v. 22G7.) 



Hait sunt li pui* e mult hait les arbres, 

Quatre perruns i ad luisant de marbre. 

Sur l'erbe verte li quens Rollans se pasmet; 

Uns Sarrazins tuteveie l'esguardet*, 

Si se feinst mort, si gist entre les altres, 

Del sanc luat* sun cors e sun visage, 

Met-sei en piez e de curre s'astet * ; 

Bels fut e forz e de grant vasselage*. 

Par sun orgoill cnmencet mortel rage , 

Rollant saisit e sun cors e ses armes , 

E dist un mot : « Vencut est li niés Caries*. 

Tceste espée porterai en Arabe*. » 

Enceltirères li quens* s'aperçut alques **. [Aoi.] *.^y^ "'""'""' '' '"''"'• 



* Montagnes. 



* Cependant le regarde. 

* Du sang souilla. 

* De courir se hûte. 
Bravoure. 



* Le neveu de Charles. 
Arabie. 



CLXX. 

Ço sent Rollans que s'espée li toit*, 
Uverit les oilz*, si li ad dit un mot : 
« Men escientre, tu n'ies mie des noz*. » 
Tient l'olifan, que unkes perdre ne volt*, 
Si r fiert eu l'elme ki gemmet fut à or*, 
Fruisset* l'Acer e la teste e les os, 
Amsdous les oilz* del chef li ad mis lors**. 
Jus à ses piez* si l'ad tresturnet ** mort ; 
Après li dit : « Cum fus unkes si «s 
Que me saisis ne à dreit "ne à tort? 
Ne l'orrat hume ne t'en tienget* por fol. 
Fenduz en est mis olifaus el gros*, 
Çà-juz*en est li cristals e li ors. » [Aoi.] 



peu. 



Son cpée lui enlève. 

* Ouvrit les yeux. 

* Von escient, tu n'es pas 
des nôtres. 

* f'oulut. 

* Et le frappe dans te 
heaume qui fut décoré de 
pierres fines avec or. 

* Froisse. 

' Les deux yeux. ** De- 
hors. 

'A bas. ** Il ra renversé. 
' Comment fus{-tu) onc- 
ques si osé. 

* Ve l'ouïra (nul) homme 
qui) ne t'en tienne. 

' Dans le gros. 

* Ici-bas. 



CLXXI. 

Ço sent Rollans la véue ad perdue, 

Met-sei sur piez, quanqu'il poet* s'esvertuet ; *Tant qu'il peut 

En sua visage sa culur ad perdue. 

De devant lui ad une perre byse*, 

.X. cols i fiert par doel * e par rancune. 

Cruist li acers, ne [ne] freint [ne] n'esgruignet* ; 

E dist li quens : « Sancte Marie, ajue* ! 



Il y a une pierre grise. 

* Par douleur. 

* L'acier grince, ni ne se 
brise ni ne s'ébrèche. 

* Aide, à l'aide. 



DE ROLAND. 



71 



E! Durendal bone, si mare fastes*! 
Quant jo n'ei prod* , de vos n'en ai mes cure. 
Tantes batailles en camp * en ai vencues 
E tantes teres larges escumbatues* 
Que Caries tient, ki la barbe ad canue*! 
Ne vos ait bume ki pur altre l'uiet*. 
Mult bon vassal vos ad lung tens tenue ; 
Jamais n'ert tel en France la solue*. » [Aoi.J 

CLxxn. 

Rollans férit elperrun de sardonie*; 

Cruist* il acer, ne briset ne n'esgrunie**. 

Quant il ço vit que n'en pout mie freindre*, 

A sei-méisme la cumencet à pleindre : 

<> E ! Durendal, cura es e clere e blanche ! 

Cuntre soleill si luises e reflambes"! 

Caries estait es vais* de Moriane 

Quant Deus del cel li mandat par sun [ajngle* 

Qu'il te dunast à un coule cataigne*. 

Dune la me ceinst* li gentilz reis, li magnes**; 

Jo Ten cunquis [e] JNamon e Brelaigne, 

Si l'en cunquis e Peitou e le Maine, 

Jo l'en cunquis Normendie la franche, 

Si l'en cunquis Provence e Equitaigue * 

E Lumbardie e trestute Rormaine", 

Jo l'en cunquis Baiver* e tute Flandres 

E Burguigne e trestute Puillaiiie*, 

Costentinnoble, duut il out la liance*, 

E en Saisonie * fait- il ço qu'il demandet; 

Jo l'en cunquis e Escoce, Guales, Islonde, 

E Engleterre que il teneit* sa cambre ; 

Cuuqu is l'en ai pais e teres tantes 

Que Caries tient , ki ad la barbe blanche. 

Pur ceste espée ai dulor e pesance*, 

Mielz voeiil mûrir qu'entre paiens remaigne*. 

Deus père, n'eu laiseit* huuir France î » [Aoi.J 

CLXXIII. 

Rollaus férit en une perrebisc *, 
Plus en abat que je ne vos sai dire. 



* A lamalheurc tant J'ùtvs 

* -vous). 

* Quand je n'ai profit. 

* En champ . 

* Disp idées en corn bal tan t . 

* Chenue, 

Qui pour outre fuie, 

*Libre. 



' Sardoine. 

'Grince, ** Nes'éhrcche. 

*.A"e put la briaer. 



" Flamboies. 

* Dans les vallées. 

*Ange. 

^Capitaine. 

''Ceiynit, ** Le yrand. 



* Aquitaine . 

' liomagne, campayne de- 
Rome. 

* Bavière. 

* Fouille. 

* L'hommage. 

* Saxe. 

* Sous-enleadez pour. 



"Chagrin. 
' Reste. 
' Laissez, 



' Grise, 



72 



LA CHANSON 



(v. 233G.) 



L'espée cruist , ne fruisset* ne ne brise, 

Cuntre [le] ciel ainunt est ressortie. 

Quant veit li quens que ne la freiiidrat* mie, 

Mult dulcemeut la pleinst à sei-raéisme : 

<i E ! Durendal, cum es bêle e seintisme *! 

En l'oriet punt* asez i ad reliques : 

La dent seint Pore * e del sanc seiut Basilie, 

E des chevels mun seignor seint Denise. 

Del vestemeut i ad seinte iMarie ; 

Il n'en est dreiz que paiens te baillisent* : 

De cbrestiens deverez estre servie. 

Ne vos ait bume ki facet* cuardie! 

Mult larges teres de vus avérai cunquises 

Que Caries tent*, ki la barbe ad flurie*' ; 

E li emperères en est [e] ber * e ricbes. » [Aoi.] 



* Grince, ni ne (se) froisse. 

Brisera. 

' Très-sainte. 
En la poignée dorée. 
' De Saint-Pierre. 



* Possèdent . 

* Fasse. 

^ Tient. 

che. 

*Maltre. 



'"Fleurie, blan- 



CLXXIV. 



Çosent Rollans que la mort le tresprent', 

Devers la teste sur le quer * li desceut ; 

Desuz * un pin i est alet curant. 

Sur l'erbe verte si est culcbet adenz*; 

Desuz* luim et s'espée e l'olifau, 

Turnat la teste vers la paiene gent, 

Pur ço l'at fait que il voelt veireraent * 

Que Caries diet e trestute sa gent * 

Li gentilz quens* qu'il fut mort cunquérant ; 

Cleimet sa culpe* e menut e suvent, 

Pur ses pecchez Deu puroffrid lo * guant. Aoi. * *A Dieu présente le. 



* L'enveloppe. 

* Cœur. 
' Dessous. 
^ Les' dents contre terre. 

* Sous. 

* Feut vraiment. 
''Dise et tout son mojide. 
' Le noble comte. 
''Confesse sa faute. 



CLXXV. 



Ço sent Rollans de sun tens* n'i ad plus ; 
Devers Espaigne est en un pui agut*, 
A l'une main si ad sun piz* batud : 
« Deus! meie culpe* vers les tues** vertuz, 
De mes pecchez, des granze des menuz, 
Que jo ai fait dès l'ure que nez fui 
Tresqu'à cest jur que ci sui consoiit *. » 
Sun destre guant* en ad vers Deu teudut; 



Sa vie. 

* Montagne aiguë. 

Poitrine. 

* {C'est) ma faute. 
*• Tiennes. 



* Atteint. 

*Son gant droit. 



(v. 2370.) DE ROLAND. 

Angles del ciel i deseendeut à lui. Aoi. 

CLXKvr. 

Li quens Rollans se jut* desuz uu pin, 
Envers Espaigne en ad turnet suu vis* ; 
De plusurs choses à remembrer li prist : 
De tantes teres cume li bers* cunquist, 
De dulce ï"rance, des humes de sun liga*. 
De Carlemague, sun seignor, lu V nurrit '. 
Ke poet muer n'en plurt e ne suspirt* : 
Mais lui-méisme ne volt* mettre eu ubli, 
Cleimet sa culpe, si priet Deu mercit* : 
« Veire Pate[r]ne* ki unkes ne mentis, 
Seint Lazaronde mort resurrexis*, 
E Daniel des lions guaresis', 
Guar[is] de mei* l'anme de tuz périlz 
Pur les pecchez que en ma vie iis. » 
Sun destre guant à Deu en puroffrit', 
Seint Gabriel de sa main Tad pris. 
Desur sun braz teneit le chef enclin*, 
Juntes* ses mains est olet à sa fin. 
Deus [li] tramist' sun angle chérubin 
E seint Michel [iceloi*] del Péril, 
Ensemble od els* se[i]ut Gabriel i vint : 
L'anme del cunte [eujportent en paréis *. 
IMorz est Rollans : Deus en ad l'anme es ccls^ 
[Aoi.] 

CLXXVII. 

Li emperère en Renceval parvient. 
11 n'en i ad [ne] veie ne senter. 
Ne voide* tere ne aine** [ne] plain pied, 
Que il n'I ait o* Franceis o paien. 
Caries escriet : « [J estes-vos, bels nies*? 
U est l'arcevesque e li quens Oliver? 
U est Gerins e sis cunipainz Gercrs? 
U est Otes e li quens Bérengers, 
Ive e Ivorie, que jo aveie tant chers? 
Que est devenuz II gascuinz* Engeler, 
Sansun li du\ e Anseis li bers*? 

L\ CnVNSON" Di; noLA.ND. 



73 



* Coucha. 

* f'isagc. 

* Le preux . 

* l.irjnarji-, iiarcvlé. 

* Kfri'ti. 

* "\e peut s'emiiéclier d'en 
pleurer et d'en soupirer, 

* J'oulut. 

'Proclame sa faute, et 
prie Dieu {de) miséricorde. 

* frai Père. 

* Resmcifas. 

* Garautis. 
^ Moi. 

" Prcseuta. 

' Baissé. 

* Jointes. 

* Transmit. 
' Celui. 

* Ensemble urec cuit 
" Paradis. 

! * Aux deux. 



f idr. 

'Ou. 
' \eveu , 



**A, 



Le U'iri'ii; le briirct 



LA GHAiNSON 



'i05.) 



* Le vieux. 

Laissés. 

* Qu'Importe, puiaqt.c nul 
lie répond. 

* Me i)uis lournteiilir. 

* Combat. 



U est Gérard de Paissillun li veilz *, 

Li .xii. per que jo a voie laisct*? » 

De co qui chelt, quant nul n'en respuudiet*, 

« Deus, dist li reis, lauJ_mej)oiS-esmaer " 

Que jo ne fui al estur* cuniencer! » 

Tiret sa barbe cum hom Ki est iret*: *citayriii. 

Plurent des oilz * si baron cbevaler, * Des yeux. 

Encuntre tere se pasment .xx. millers, 

Nairaes li dux eu ad multgrant pitet. [Aoi.] 

CLXXVlll. 

Il u'eu i ad cbevaler ne barun 

Que de pitel mult durement ne plurt * ; 

Plurent lur fllz, lur frères, lur nevolz 

E lur amis e lur lige-seignurs; 

Encuntre tere se pasment li plusur. 

Kaimes li dux d'iço ad fait que proz*, 

Tuz premereins l'ad dit* l'empereur : 

<< Veez avant'' de dous liwes** de nus, 

Veer'puez'ies granz chemins puidrus**, 

Qu'asez i ad de la gent paienur *. 

Car chevalchez, vengez ceste dulor. » 

— « E Deus! dist Caries, jà sunt-il jà si luinz; 

Cunseilez-raei e dreit[ture] e bonur; 

De France dulce m'unt tolud* la flur. » 

Li reis cumandet Geluun e Otun, 

Tedbait de Reins e le cunte INIilun : 

« Guardez le champ e les vais e les munz, 

Lessez gésir les morz tut cun il sunt, 

Que n'i adeist* ne beste ne lion, 

Ke n'i adeist esquier ne garcun*; 

.ïo vus défend que n'i adeist nuls boni 

losque Deus vociic*que eucestcamprevengum.* : 

E cil rt'spuudent dulcemeut par amur : 

« Drciz emperèrc, cher sire, si ferum*. » * Aiu.si ferons. 

Mil cbevaler i reteuent des lur. Aoi. 

CLXXIX. 

Li empérèrcs fait ses graisles' suner, 
Puis si cbevalchct od sa grant ost li bcr*. 



?\c pleure. 



* y. le duc en cela s'est 
i-ouduit en preux, 

* Tout d'abord {il) l'a 
dit à. 

* foi/e:. ** Lieues. 

* Pouvez. ** poudreux. 

* Car assez y a du monde 
puieu. 



Enlevé. 



"Louche (subj.). 
* Garçon, valet. 



^ * Jusqu'à ce que Diell 
'veuille. *\Cluimp reve- 
nions. 



* Clairons. 

* Pu is elle va u eh e a vec s(i 
y ni II de année le baron, le 
preux. 



V. 2141, 



'L^ 



DE ROLAND. 



De cels d'Espaigne imt lur les doz turnez, 
ïenent l'enchalz, tuit en sunt cunuinel*. 
Quant veit li reis le vespres* décliner, 
Sur l'erbe verte si descent en un pred ; 
Culciiet-sei à tere, si priet damne-Deu* 
Que li soleilz facet* pur lui arester, 
I,a nuit targer* e le jur demurer. 
Ais-li un angle ki od lui soelt* parler, 
Isnelement si* li ad comaudet : 
« Charle, chevalche; car ne faudrad clartet' 
La flur de France as perdut, ço set Deus; 
Venger te poez * de la gent criminel. » 
A icel mot est l'emperèro muntet. Aoi. 



* Tiriincnt la poursuit < 
/ans 1/ jironfut part. 



* Le scif/iipur Dieu. 

* Filssr. 

TuriliT. 

* roiri un (lur/r qui urcr 
lui a r/uibiluùc (le. 

* Prompiement il. 

* Car la clarté uc man- 
quera pas. 



* Te peux. 



CLXXX. 

Pur Karlemagne fist Deus vertiiz* mult granz ; 
Car li soleilz est reniés en estant*. 
Paien s'enfuient, ben les [enjclialcent* Franc; 
El* Val Ténébrus, là les vunt ateignant. 
Vers Sarraguce [benl les enchalcent Franc, 
A colps pleners les en vunt ociant, 
Tolent-lur* veies e les chemins plus granz. 
L'ewe de Sèbre* el lur est de devant, 
Mult est parfunde, merveill[us]e e curant; 
Il n'i ad barge' nedrodmuud** ne caland*** ; 
Paieus recleiment* un lur deu Tervagant , 
Puis saillent euz * ; mais il n"i uut guarant. 
Li adubez* en sunt li plus pesant; 
Envers les funz s'en turnèrent alguaijz * ; 
Li altre en vunt [lut] cuntreval* flotant, 
Li miez guariz* en uut boiid itant**, 
Tuz sunt neiez par merveillus ahan*. 



* Miracles. 

* Resté immobile, 

* Poursuivent. 

* J)aus le. 



* Leur enlèvent. 

* L'eau cl'Ebre. 



' F.spi'Cfi de 
• Clialauil. 



* Harque. 
vaisseau. 

* Invoquent. ' 

* Sautent dedans. , 
J:j.&!i~frrmcs. Ce.< dc^^eJki^i-l <^^ 

* ()uelq)(cs-uns. 

* Kn luis. 

* (iara)itis. ** Hu tant. 

* Peine. 



Franceisescrient : " Mure fustes *, Pvollans ! » Agi. * A ta malheure jùtc 



CLXXX L 



Quant Caries veit que tuit sunt mort paiens, 
Al(|uanz' ocis e ii [)lusur neiet*', ' ,,','rs'"' 

Alult grant escliec * on mit si clievaler, ' isutiu. 



" La plupart 



•6 



LA CHANSON 



T. m-, 



Li gentilz reis * descendut est à piet ; 
Culclict-sei* à tere, si'n ad Deu graciet**; 
Quant il se drecet, li soleilz est culchet. 
Dist l'emperère : » Tens est del herberger*, 
En Rencesvals est tart del repairer*. 
Noz chevals sunt e las e ennuiez ; [chefs** ; 

Tolez-lur*lesseles,le[s] freins qu'il unt es 
E par cez prez les laisez refreider*. » 
Respundent Franc: « Sire, vos dites bien. ■» Aoi, 



* Le noble roi. 

* Couche-soi, * ' 
a remercié Dieu. 

De s'héberger . 

* Revenir. 

** Aux féfes. 

* Enlevez-leur. 

* Bâfra ichir. 



Et il en 



CLXXXll. 



Li emperère ad prise sa herberge*. 
Franceis descendent en la tere déserle, 
A Itir chevals unt toleites* les seles, 
Les freins à or, e metent jus* les testes, 
Liverent-lur prez, asez i ad fresche herbe, 
D'altre cunreid* ne lur poent plus faire. 
Ki mult est las il se dort cuutre tere; 
Icele noit n'unt unkes escalguaite *. [Agi.] 



* Son lof/ement. 

Enlevées. 
*En bas. 

Soin, traitement. 



* Cette nuit n'ont onrques 
sentinelle. 



CLXXXIIL 



Li emperère s'est culcct* en un prêt**, 

Sun grant espiet* met à sun chef li ber** ; 

Icele noit ne se volt* désarmer, 

Si ad vestut sun blanc osberc saffret*, 

Laciet sun helme ki est à or gemmet, 

Ceinte Joiuse, unches* ne fut sa per, 

Ki cascun jur muet .\\\. clartez*. 

Asez savum de la lance parler 

Dunt Nostre-Sire fut en la cruiz naffret*. 

Caries en ad l'amure*, mercit Deu! 

En l'oret punt* l'ad faite manuverer**. 

Pur ceste honur e pur ceste boutet, 

Li nums Joiu.se l'espée * fut dunet. 

Baruns franceis ne 1' doivent ubiier, 

Enseigne en unt de Mimjoie crier : 

Pur ço ne s' poet nule gent cuntrester *. ( Agi. 



* Couché. **Pré. 

* Épieu. **Le baron. 

* J'ouhit. 

* Haubert damasquiné. 

* Lace son heaume qui est 
orné de gemmes avec de 
l'or. 

" Oncques, jamais. 

* Change trente {fois de ) 
riartés. 

* Blessé. 

* La lame. 

* En la poignée dorée. 
** Travailler, enchâsser. 

* Le nom de Joyeuso à l'é- 
pée. 



-1 * Pour cela ne leur peu 
1 vent nulles gens résister. 



(v. 2M8.) DE ROLAND. 

CLXXXIV. 

Clere est la noit e la lune luisante. 
Caries se gist; mais doel* ad de Piollant, 
Ede Oliver li peiset mult forment*, 
Des .xii. pers e de la franceise gent. 
En Rencesvals ad laiset morz sa geuz* : 
Ne poet muer n'en plurt e ne s' desment*, 
E priet Deu qu'as aumes seit guarent*. 
Las est li reis, kar la peine est mult graut; 
Eudormiz est, ne pout mais eu avant*. 
Par tuz les prez or* se dorment li Franc. 
JN'i ad cheval ki puisset estre en estant * ; 
Ki herbe voelt*, il la prent en gisant : 
Mult ad apriski bien conuist ahan *. [Aot.I 

CLXXXV. 



77 



* Char/rin. 

* Ilhii pèse très-fortement, 
il a hcaticoup de chagrin. 

* A laissé mo>-t son monde. 
*.\e peut s'e7iipé(lii'r d'en 
jifenrcr cl de s'en lamenter. 
' Qu'aux cimes soit protec- 
teur. 

*yen put plus. 

* Maintenant. 

* Se tenir sur son séant. 

*rcut. 

* Beaucoup a appris qui 
bien cannait {la; peine. 



Karles se dort cum hume traveillet*. 
Seint Gabriel li ad Deus enveiet. 
L'empereur li cumandet à guarder; 
Li angles est tutenoit à sun chef*. 
Par avisiun* li ad anunciet 
D'une bataille ki encuntre lui ert*, 
Senefiance l'en démustrat mult gref. . 
Caries guardat* amunt envers le ciel, 
Veit les tuneires e les venz e les giels* 
E les orez*, les merveillus tempez**, 
E fous e flambes i est appareillez* ; 
Isnelement* sur tute sa gent chet*'. 
Ardent cez hanstes * de fraisnes e de pumor, 
K cez escuz jesqu'as* buclesd'or mier'* ; 
Fruisent cez hanstes' de ceztrenchaiizespiez* 
Cruissent osbercs* e cez helmes d'accr. 
En grant dulor i veit ses chevalers; 
Urs e leuparz les voelent puis manger, 
Serpenz e guiveres*, dragun e averscr**, 
drifuns i ad plus de trente millers : 
N'en i ad ccl* à Franceis ne s'agiet** ; 
E Franceis crient : « Carlemagne, aidez! » 



'Fatigué. 



* Toute la nuit à sa li'Ie. 

* Par vision, par songe. 

* Qui contre lui sera 

* Signification lui en dé- 
montra très-griève. 

* Regarda. 

* Gelées. 

* Orages. ** Tempêtes. 

* Et Jeu et .flamme ij est 
préparé. 

* Rapidement. ** Choit , 
tombe. 

' lirùlent ces lances. 

*.hisqu'au.v. **Pur. 

* Il ri sent ces bois. " E- 
lùcu.r. 

* Grincent hauberts. 



*Guicres. ** Çiables. 



' !\''en i/a nul. " Af l'at- 
tache. 



78 



LA CHANSON 



(V. 25'.3.) 



Li reis en ad c duliir e pitet, 
Aler i volt*; mais il ad dc-sturber**. 
Devers un gualt* uns grauz léous li vint, 
IMult par ert pesmes * e orguillus e fiers; 
San cors méisme i asalt e requerl*, 
E preuent sei ambesdous por loitier*; 
Mais ço ne set quels abat ne quels chiet* 
Li emperère n'est mie [r]esveillet. [A.01.] 



* J'ouhil. 
ment. 

* Bois. 



' Empêche- 



* Terrible. 

* Assaillit et attaque. 

* Tous deux pour lutter. 

* Choit, tombe. 



CLXXXVL 



Après icel li vien[t] un altre avisiun * : 

Qu'il ert* en France ad Ais, à un perrun , 

En dous chaeines si teneit un brobun*; 

De vers Ardene veeit* venir .xxx. urs, 

Cascun parolet altresi* cume [un] bum; 

Diseient-li : « Sire, rendez-le-nus; 

Il n'en est dreiz que il seit mais od vos*. 

Nostre parent devumestre à sueurs*. » 

De sun paleis vers les altres acurt. 

Entre les altres asaillit le grcignur* 

Sur l'erbe verte ultre* ses cunipaignuns. 

Là vit li reis si merveillus estur* ; 

Mais ço ne set liqiiels veiut ne quels nun * : 

Li angles Deu ço mustrel* al bariin. 

Caries se dorttresqu'aldemain*,al clerjur. [Aoi.] 



* fiston. ~~ 

* Qulf était. 

* Doyue. 

* foijait. 

* Parle de même. 

* Il n'en est droit qu'il .wit 
plus avec vous. 

*.-/ )iotre parent devons 
être à secours. 

* Le plus grand. 

* Outre. 

* Combat. 

* M. ce ne sait lequel est 
victorieux ni lequel non. 

* L'ange de Dieu cela 
montre. 

* .lusqu'au lendemain. 



CLXXXVII. 



Li reis AKarsilie s'enfuit en Sarraguce , 

Siiz un olive* est desceudut en Tumbre; 

S'espée rent e sun elme e sa bronie*, 

Sur la verte berbe mult laidement se cuicct* 

La destre main * a perdue trestiile, 

Del sanc qu'en ist* sepasmete augoiset**; 

De devant lui sa nuiiller* Bramimunde 

Pluret e criet, mult forment se doluset*. 

Liiscmbrod li* plus de .xxx. mil bûmes : 

Si maldient* Carlun e France dulce, 

Ad Apolin curent en une crute*, 



Sous un olivier. 

* Son heaume et sa ctii- 
rasse. 

* .Se couche. 

* La main droite. 
*Sort. ** S'inquiette. 

* Sa femme. 

* Se lamente. 

* I-'nsemble avec elle. 

* Et )naudissenf. 

* Grotte. 



25-6.) 



DE ROLAND. 



79 



Tencent à lui*, laidement le despersiinent ** : '^''rTiî'Ti'ivnf'^''' 
« E ! malvais Deiis! porquei nus fais tel hunte? 
C'est nostre rei : porquei [l'J lessas cunfundre? 



Ki mult te sert, malvais luer* l'en dunes. » 
Puis si li tolent* se sceptre e sa curune, 
Par les mains le pendent sur une culumbc*, 
Entre lur piez à tere le tresturnent*, 
A granz bastuns le bâtent e détruisent*, 
A Tervagan tolent* sun escarbuncle*, 
E Mahumet enz en un fosset butent *, 
E porc e chen le mordent e defulent*. [Aoi.] 



Loyer, rêcomiiense. 
*EiiL'n>nl. 

* Colonne. 

* Tournent. 

* Froissent. 
*Oteni. 

* Boulent, mettent. 

* Foulent (aux pieds). 



CTXXXVIII. 



De paismeisuns* en est venuz Marsilies, 
Fait-sei porter en sa cambre voltice * ; 
Plusurs culurs i ad peinz e escrites; 
E Bramimunde le pluret la reine, 
Trait* ses chevels,si se deimetcaitive**, 
Al altre mot mult haltement* s'escriet : 
« E ! Sarraguce , cum ies oi * desguarnie 
Del gentil rei ki t'aveit en baillie* ! 
Li nostre Deu i unt fait félonie , 
Ki en bataille ui* matin le faillirent. 
Li amiralz * i ferat cuardie** 
S'il ne cumbat à celé geut bardie 
l\i si sunt fiers, n'unt cure de lur vies. 
Li emperère od la barbe flurie* 
^'asselage* ad e mult grant estultie**; 
S'il ad bataille, il ne s'enfuirat mie. 
Wult est grant docl* que n'en est ki l'ociet. » 
[Aoi.] 



* Pâmoison. 

* f'oûtée. 



* Tire. "''Et se prorlo me 
mise rallie, 

* J (une) autre parole trè.^- 
hautement. 

* Comme tu es aujour- 
d'hui. 

* Pouvoir. 



* Aujourd'hui. 

* Émir. ** Couardise. 



* Avec la harbe blanche. 

* Bravoure. ■ ** Hardies- 
se, témérité. 

* Douleur. 



CLXXXIX. 



Li emperère, par sa grant poestet*, * Pui.'<sance. 

.vii. anz tuz pleins ad en Espaigne estct; 

Prent-i cbastels e alquantes* citez. * Quelques. 

Li reis IMarsilic s'en purcacet* asoz, * Préoccupe. 

Al prenier an fist ses brefs seieler*, ' * Ses lettres sceller. 



80 



LA CHANSON 



2610.) 



Kii Babilonie* Baligant ad mandet : 
Ço est l'amiraill* le viel d'anliqiiitet, 
Tut survesquiet* e Virgilie e Orner; 
Kn Sarraguce ait sucurre li ber*; 
K, s'il ne 1' fait, il guerpirat* ses deus 
E tuz ses ydeles* que il soelt** adorer, 
Si receverat saucte chrestientet, 
A Charlemagne se vuldrat acorder. 
E cil est loinz, si ad mult demuret, 
Mandet sa gent de .xl. régnez*, 
Ses granz drodmunz* en ad fait aprester, 
Eschiez e barges e galies* e nefs. 
Suz Alixandre ad un port juste* mer, 
Tut sun navilie* i ad fait aprester. 
Ço est en mai, al premer jur d'ested*, 
Tûtes ses oz ad empeintes* en mer. Aoi. 



* Au Caire. 

* C'est l'émir. 

* Tout survécut. 

* Aille secourir le baron. 

Déyuerpiia , délaissera. 

* Idoles. **,/ coutume. 



* De quarante royaumes. 

* Espèce de vaisseaux. 

' Esquifs et barques et ga- 
lères. 

* Près de, juxia. 

* Flotte. 

* D'été. 

' Toutes ses troupes a mi- 



cxc. 

Granz sunt les oz * de celé gen avers-/ *, 
Siglent à fort e nagent* e guvernent. 
En sum* ces maz e en cez altes vernes*' 
Asez i ad carbuncles* e lanternes ; 
lia sus amunt pargetent tel luiserne *, 
Par[mi] la noit* la mer en est plus bêle; 
Ë cum il vienent en Espaigne la tere. 
Tut li païs eu reluist e esclairet. 
Jesqu'à jMarsilie en parvunt* les noveles. Aoi. 

CXCI. 

Gent paienor* ne voelent cesser unkes : 
(ssent* de mer, venent as ewes** dulces ; 
Eaisent Marbrose e si laisent IMarbrise , 
Par Sèbre * amunt tut lur navires turnent. 
Asez i ad lanternes e carbuncles *. 
Tute la noit mult graut clartet lur dunent. 
A icel jur venent à Sarraguce. Aoi. 

cxcn. 



* Troupes. ** Diabolique. 

* Cinglent à force et navi- 
guent. 

'En haut de. ''Hautes 
vergues. 

* Escnrboucles. 

'Là haut amont (elles) 
jettent tel éclat. 

* Nuit. 



* Parviennent. 



' La gent des païens. 
Sortent. ** Eau.v. 



' Ehre. 

' E.'icarboucles. 



Clers est li jurz e li soleilz luisant. 



(^ 



DE ROLAND. 



81 



Li amiralz* est issut del calan **, 

I^spaneliz fors le vait adestraot * : 

.wii. reis après le vunt siwant*, 

Cuntes e dux i ad ben ne sai quanz* ; 

wSuz un lorer*, ki est ennii un camp*, 

Sur l'erbe verte getent un pâlie* blanc, 

U[n] faldestoed* i unt mis d'olifan**; 

Desur s'asiet li paien Baligant; 

Tut li altre sunt reniés en estant*. 

Li sire d'els premer parlât avant : 

« Oiez ore, franc chevaler vaillant; 

Caries li reis, l'emperère des Francs, 

Ne deit manger se jo ne li cumant*. 

Par tute Espaigne m'at l'ait guère miilt grant; 

En France dulce le voeil aler querant*, 

Ne finerai en trestut mun vivant* 

Josqu'il seit mort u tut vif recréant*. » 



L'émir, ** Chaland. 
Hors va à sa droite . 

* Suivant. 

* Combien . 

* Champ. 

* Étoffe de prix, palliiim. 

* Fauteuil. ** D'ivoire. 

* Restés debout. 



Commande. 

* Je veux l'aller chercher. 

* En toute ma vie. 

* Las de guerroyer. 



Sur Sun genoill en fiert* sun destre guant. [ Aor ] * Frappe, 



CXCIll. 

Puis qu'il l'ad dit, mult s'en est afichet* 
Que ne lairat* pur tut l'or desuz** ciel 
Qu'il ait ad Ais, o Caries soelt plaider *. 
Si hume li loent, si li unt cunseillet*. 
Puis apelat dous de ses chevalers, 
L'un Clarifan e l'autre Clarien : 
« Vos estes filz al rei IMaltraien, 
Ki messages soleit* faire volenters. 
.lo vos cumant qu'en Sarraguce algez* ; 
Marsiliun de meie part li nunciez*, 
Cuntre Franceis li sui venut aider. 
Se jo iruis 6*, mult grant bataille i cri**; 
Si l'en dunez cest guant ad or pleiet*, 
El destre poign si li faites chalcer*; 
Si li portez cest uncel* d'or mer**, 
E à mei venget* pur reconoistre sun feu ** 
En France irai pur Carie guerreier. 
S'en ma mercit ne se culzt* à mes piez 
E ne guerpisset* la lei de cbrestiens, 
.To li toldrai* la corune del chel'*. » 



* Entêté. 

* Laissera. 



' Dessous. 



* Qu'il aille à Aix, oit 
Charles a l'habitude de 
tenir ses plaids. 

* Ses hommes l'ij exhortent 
et lui ont conseillé. 



* Avait coutume de. 

* Aillez. 

' A Marsilie de ma part lui 
annonciez. 

* Si je trouve où.. **Ysera. 

* Donnez-lui-en ce gant 
plié avec or. 

* Chausser, 
*Once. **Pur, 
*rienne. ** Fief, 

* Couche. 

* Déguerpisse , délais:<e. 

* Enlèverai. * * De la tt'Ie. 



82 LA CHANSON (v. 2G8t.] 

Paienrespundciit : « Sire, mult dites bien. « [Aoi.] 

CXCIV. 



Dist Baligant : « Car clievalchez, bar.un; 
L'un port* le giiant, li all[r]e le IjosUin. » 
E cil respundent : « Cher sire, si ferum*. » 
Tant chevalchèrent que en Sarraguce sunt, 
Passent .x. portes, traversent .iiii. piinz, 
Tûtes les rues ù li burgeis estunt"^. 
Cum il aproisment* en la citet annint, 
Vers le paleis oïreut grant fromur*; 
Asez i ad de celé gent paienur*, • 
Plurent e crient, demeiuent grant dolor, 
Pleignent lur deus* Tervagan. e lAIahum 
E Apollin, dunt il aïe* n'unt. 
Dit un al altre : « Caitifs*! que devendrum? 
Sur nus est venue niale* coufusiun : 
Perdut avum le rei Marsiliun , 
Li quens * Rollans li trenchat ier le poign ; 
Nus n'avum mie de Turfalen le Blunt. 
Trestute Espaigne iert hoi en lur baiidun*. » 
Li dui message* descendent al perrun. [Agi.] 



* Que Von porte. 

* Ainsi Jeions. 



* Se tiennent. 

* Approchent. 

* Frémissement. 
Païenne. 

* Leurs dieux. 
'* Aille. 

* Misérables. 

* Mauvaise. 

* Le comte. 

* Sera aujourd'hui ù leur 
disposition. 

* Messagers. 



CXCV. 

Lur cbevals laisent de desuz un olive* ; 

Dui* Sarraziu par lesresnes les pristrent, 

E li message par les mantels se tindreiU', 

Puis sunt muntez sus el paleis altisme*. 

Cuni il entrèrent en la cambre voltice*, 

Par bel amur malvais saluz li firent : 

« Cil IMabumet ki nus ad en bailiie*, 

E Tervagan e Apollin, nos sire, 

Salvent le rei e guardent la reine! » 

Dist Bramimunde : « Or oi* niult grant Iblie. 

Cist nostre deu sunt eu recréanlise*, 

En Rencesval mauvès[es] vertuz firent, 

Noz chevalers i unt lesset oeire, 

Cest * mien seianur en bataille lailiireiU. 



Dessous un olivier. 

* Deux. 

* Tinrent. 

* Élevé, alUssinuis. 

* Chambre voûtée. 

* Pouvoir, autorité. 



Maintenant j'culi'udx 
l'.ta! de J'aliijue. 






DE ROLAND. 



83 



Le (lestre poign ad pcrdut, n'en ad mie ; 
Si li trenchat li qiiens Rollans li riches. 
Trestute Espaigne avérât Caries en baillic*. 
Que devendrai, duluruse cailive*? 
E! lasse! que n'ai un liume ki m'ociet! » Agi. 



'En (son) jwuvoir. 
'Misérable. 



CXCVL 



Dist Clarien : « Dame, ne parlez mie itaiil*. 
]Messages* sûmes al paien Baligant; 
]Marsiliun*, ro dit, serat guarant**, 
Si l'en enveiet* sun bastun e sun guant. 
Eu Sèbre* avum .iiii. milic calant**, 
Eschiez e barges e galées* curant; 
Drudinunz* i ad ne vos sai dire quanz**. 
Li amiralz* est riches e puis[s]aut, 
En France irat Carlemagne quérant , 
Reudre le quidct* u mort o recréant**. » 
Dist Braminiunde : « INLnr eu irat itant*! 
IMus près d'ici purrcz truver les Francs; 
Li emperère est ber* e cumbatant, 
En ceste tere ad estet jà .vii. auz. 
iMeilz voel[t]* mûrir qucjà fuiet de camp**; 
Suz ciel n'ad rei qui 1' prist à* un entant. 
Caries ne creint nuls boni ki seit vivant. » [Aoi 



* Tanl- 

* Messagers. 

* A Marsilic. ** Protec- 
teur, 

* Il lui en envoie. 

* En Èhre. ** Quatre 
mille rlidl/nuls. 

* Esquifs et l>arques et ;/a- 
lères. 

* Espèces de navires. 
** Conibien, 

* L'cniir. 

* Croit. ** Ou vaincu. 

" A lu mulheure [il) en ira 
ainsi. 



'' Brave. 



* Mieux vent, 
laie. 

* Qui le prenne pour 

] 



Ou'/t 



CXCVIL 



-^-K Laissez ço ester* », dist Marsilies li reis; 
Dist as messages* : « Seignurs, parlez à mei. 
Jà veez-vos que à mort sui destreit*; 
Jo si n'en ai filz ne (illc ne beir*. 
tjn en aveie , cil * l'ut ocis hcr-seir. 
Mun seiguur dites qu'il me vieugc* veeir. 
Liamiraiir ad en Espaigne dreit; 
Quite li cleim*, se il la voiilt** aveir; 
tuis la dél'ondet encuntre li Franceis. 
Vers Carlemagne li durrai* bon conseill; 
Cunquis l'averat d'oi ccst jur* en un meis. 
De Sarraguce les clefs li portcrciz , 



Laissez Cela. 

* Messagers. 

* Réduit. 

* Héritier. 

* Celui-là. 

* riennCi 

* L'émir- 

* Uc)la lui laisse sans re- 
tour. **/ eut. 

* Donnerai . 

* D'aujourd'hui, dès ce 
joun 



81 



LA CHANSON 



2719.) 



Pui[s] li dites il n'en irat, s'il me creit. » 

Cil respundent ; « Sire, vus dites veir*. » Aoi. * frai. 

CXCVllI. 



Ço dist Marsilie : « Caries l'emperère 

Alort* m"ad mes homes, ma tere déguastée**, 

E mes citez frailes* e violées; 

Il jut anuit sur cel ewe de Sèbre* ; 

Jo ai cuuté n'i ad mais que .vii. liwes*. 

L'amirail* dites que sun host i ameiu**; 

Par vos li mand*, bataille i seit justée**. » 

De Sarraguce les rlefs li ad liverées. 

Li messager ambedui l'enclinèreut', rwcronr. 

PrenentcuDget*,àcelmots'enturnèrent**. [\o\.]* (^'oufji:. ** Retourné- 

rc'/il. 



"Tué. " Gûice , raua- 
fiée. 

* Ji risées. 

* Il coucha roitc nuit sur 
cette eau cVÈljrc. 

* Lieues. 

*./ l'émir. " Anuéc ;/ 
amène. 

* Je lui niamlc ** Li- 
vrée, 

'Les deux messagers le 
saluèrent, lui firent une 



CXCIX. 



Li dui message es* chevals suiit muntet, 

Isnelement issent* de la citet. 

Al amiraill* en vunt esfreedemeut**. 

De Sarra[gu]ce li présentent les clés. 

Dist Baligant : « Que avez- vos truvet? 

U est Marsilie que jo aveie mandet? » 

Dist Clarien : « 11 esta mort naffret*. 

Li emperère fut ier as porz passer, 

Si s'en vuolt* en dulce France aler; 

Par grant lionur se fist rèreguarder*. 

Li queus Rollans i fut reniés, sis niés*, 

E Oliver e tuit li .xii. per, 

De cels de France .xx. mille adubez*. 

Li reis Marsilie s'i cunibatit, li bers* ; 

Il e Rollans el camp furent remés*. 

De Durendal li dunat un colp tel, 

Le désire poign li ad del cors severet* ; 

Sun (ilz ad mort* qu'il tant suleit** amer, 

E li baron qu'il i out amenet; 

Fuiant s'en vint, qu'il n'i pout mes ester'; 

\a emperère l'ad cnchacet* asez. 

Li reis vos mandet que vos le sucurez *, 



* Sur les. 

* ilapidenienl sortent. 

* Émir. ** Avec effroi. 



* JJlcssé. 



* f'oulut. 

' .icconiiHif/uer d'une ar- 
rière-garde. 
*I{esté, sim neveu. 



* I inijl mille armés. 

* Le preux. 

"Restés sur le champ [de 
bataille). 



Séparé. 

* Tué. " Jvait coutume, 
solebat. 

* Plus rester. 

* Chassé , poursuivi. 

* Secouriez . 



(v. 



783. 



DE ROLAND. 



80 

Déclare. ** Roijaume. 



Quite vus cleimet* d'Rspaigne le régnet**. » 

E Baligant cumencet à penser, 

Si grantdoel ad, porpoi qu'il n'est desvet*. Aoi-'J/j-j'"'^""^ î"''' "" 



ce. 

« Sire amiralz*, cist Clariens [li bers**J, 
Eu Rencesvais une bataille out* icr. 
Morz est Rollans e li quens* Oliver, 
Li .\ii. per que Carie aveit tant cher: 
De lur Franceis i ad mort xx. millers. 
Li reis IMarsilie le destre poign i perdit, 
E l'emperère asez l'ad cnchaleet*. 
En ccste tere n'est remés" chevaler, 
Ne soit ocis en Sèbre neiet ; 
Desur la rive sunt Franceis herbergiez* ; 
En cest pais nus sunt tant aproeciez , 
Se vos volez, li repaires ert grefs*. » 
E Baligant le reguart eu ad fiers , 
En Sun curage eu est joiis e liet*; 
Del faldestod* se redrecet en piez, 
Puis escriet : « Baruns, ne vos targez*, 
Eissez* des nefs, muntez, si chevalciez. 
S'or ne s'en fuit, Karlemagne li veilz', 
Li reis IMarsilie enqui* scrat vengct; 



*i-:mir. * 

* (II) y eut. 

* Le comte. 



* Poursuivi. 

* Resté . 



Le preux. 



' Hébenjés , loijés. 



* Le retour sera rude, dif/i- 
cile. 



* Joyeux et y ai. 

* Bu fauteuil. 
iVc tarde: pas. 
Sortez. 

* Le vieux. 

* Aujourd'hui. 



Pur sun poigu destre l'en liverai le chés*. » [ A.01.] * Cluf, tète. 



CCL 



Paien d'Arabe* des nefs se sunt eissut**, 
Puis sunt muntez es chevals e es muls*, 
Si clievalchèront : que fereient-il plus? 
Li amiralz*, ki trestuz les csmut, 
Si'n apelet* Gemalfin , un sun drut'* : 
« Jo te cumant de tute mes oz l'aiinade*. 
Puis en un sun destrer est munté Brun; 
Enseiiibrod lui* emnicinot .iiii. dux. 
Tant chevalchat qu'en Sarraguce (ut; 
A un perron de marbre est descenduz, 
E quatre cuntes l'estrcu * li uut tenut. 



* D'Arahie. ** Sortis. 

* Et sur les mulets. 



* L'émir. 

* En appelle. ** Uu sien 
ami. 

' .Je te recommande de tou- 
tes mes troupes laréunion. 

* Enscmhle avec lui. 



*I/ctricr, 



LA CHANSON 



(v. 2817.) 



Par les degrcz el palcis muntet sus*; 
E Braniidamfi vieut curant cuiitre lui , 
Si ii ad dit : « Dolente! si mare fui*! 
A itei huute niun seignor ai perdut ! ' 
Cliet* li as piez, ii aniiralz** la reçut. 



/;■/( liant . 



Mnllieiireuse que je suis. 



*C/ioil. **L'einir. 



Sus en la cliambre ad doel* eu sunt veuut. \oi.* Avec douleur 



CCIl. 



Li reis IMarsilie cum il veit Baligant, 

J)uuc apelat dui Sarrazin espaus* : 

« Pernez-ni'as* hraz, si me drecez eu séant. « 

Al puign senestre * ad pris un de ses guanz; 

Ço dist IMarsilie « Sire reis amiralz , 

Trestutes ci rengnes vos rend e mafn]s*, 

E Sarraguce e l'onur qui apeut*. 

Mei ai perdut e [tresjtute ma gent. » 

E cil respunt : « Tant sy-jo plus dolent* ; 

Ne pois à vos* tenir lung parlement. 

.Fo sni asez que Caries ne m'atent , 

E nepurquant de vos receif * le guant. » 

Al doel' qu'il ad s'en est turnet** plurant, 

Par les degrez jus* del paleis descent, 

Muntet el* ceval , vient à sa genl puiguaut**, 

Tant chevalchat qu'il est premers devant, 

De uns ad altres* si se vait escriant : 

« Venez, paien, car jà' s'en fuient Franc! » Aoi 



* EspaijUdls. 

* Prenez-moi aux, 

* Au jioiu'j tjauche. 



' Tous les jvi/aume.t ici 

vous reud et mande. 

* Et le Jief qui en dépend. 



Chaijrin. 

* Je ne puis avec vous. 

* El néanmoins de vous je 
rerois. 

* Avec la. douleur. ** Re- 
tourné. 

* En bas. 

* Vonte à. ** l loule 
bride. 

* Des uns aux autres, 

* Déjà. 



CCIIL 



Al matin, quant primes pert li albe*, * D'abord paraît l'anbe. 

Esveillez est li f[m]perère Caries. 

Sein[s] Gabriel, kide part Deu le guarde, 

Levet sa main , sur lui fait sun signacle*. * siijne. 

Li reis descent, si ad rendut ses armes. 

Si se désarment par tute l'ost* li altre, * L'armée. 

Puis sunt muntet, par grant vertut* chevalclient * f igucur. 

Ces veiez lunges* e cez cbcmins mult largos; *Ces voies longucf. 

Si vunt veeir le merveillus damage 

En Rencesvals là o fut la bataille. Aoi. 



285r,) 



])E ROLAND. 



CCIV. 



Eu Rencesvals en est Caries venuz , 

Des morz qu'il troevet' cumencet à plurer, 

Dist à Franceis • « Segnu[r]s, le pas* tenez ; 

Kaf* mei-méisme estoet** avant aler 

Pur mun ne[v]ud* que vuldreie truver. 

A Eis* esteie à une leste anoel; 

Si se vantoent mi vaillant chevaier 

De granz batailles, de forz esturs* pleuers; 

J)'une raisuu* oï Rollant parler : 

Jà ne murreit en estrange régnet* 

Ne trespassast* ses hume[s] e ses pers, 

Vers lur pais avereit suu chef turnet', 

Cunquerrantment si flnereit li bers*. » 

Plus qu'en ne poet un bastuncel* jeter, 

Devant lesaltres est eu un pui* muntet. [A.01. 



* Qu'il trouve. 
" Passage. 

*Carù. ** (II) faut. 
' \eveu. 
*A Ai.v. 

* Combat s. 

* Chose . 

* En royaume étranger. 

* \e passât. 

* Sa tête tournée. 

* En conquérant mourrait 
le preux. 

'Plus qu'on ne pfitl vu 
petit hûton. 
I 'Montagne. 



ccv 



Quant l'emperères vait querre sun nevold*, 
De tantes' herbes el pré truvat les Hors 
Ki sunt vermeilz del sauc de noz barons; 
Pitet eu ad, ne poet muer n'eu plurt*. 
Desuz* dous arbres parveuuz est li reis, 
Les colps* Pvollant conut en treis perruns, 
Sur l'erbe verte veit gésir sun nevuld : 
N'en est merveille se Karles ad irur* ; 
Deseent à pied, aled i est pleins curs* 
Entce ses mains ansdous le priest suus*, 
Sur lui se pasmet : tant par est anguissus. [ 



Aoi. 



\eveu . 

* Tant de. 

* .Ve peut s'ji 
pleurer: 
'Dessous. 

' Les coups de 



* Chagrin. 

* Pleine course. 

' Entre ses deux mains le 
prit en haut, le leva. 



CCVI. 



Li emperères de pasmeisuns revint. 
Nairaes li dux e li quens* Acelin, 
Gefrei d'Anjou e sun frère Henri 
Prenent le rci, si I' dreeent siiz* un pin. 
Guardet* à la tere, veit sun nevod gésir, 
Tant dulcement à regreter le prist : 



* Et le comte. 

* l\t te dressent sous. 

* liegardenl.^ ^^ 



88 



LA CHANSON 



« Ami Rollaus, de tel ait Dcus mercit ! 
Unques nuls hom tel chevaler ne vit 
Por grauz batailles juster e défenir*. 
La meie honor* est turnel en déclin! » 
Caries se pasmet, ne s'en pout astenir. Aoi. 



* Livrer et finir. 

* La mienne terre 



CCVH. 



Caries li reis revint de pasmeisuus. 

Par les mains le tienenl .iii. de ses barons. 

Guarde* à tere, ves** gésir sun nevuld : 

Cors ad gaillard, perdue ad sa culur ; 

Turnez ses oilz* , mult li sunt ténébros. 

Caries le pleint par feid* e par anuir • 

.< Ami Rollans, Deus mctet fnnmc* en flors 

Kn paréis*, entre les glorius ! 

Cum en Rspaigne venis* mal, seignur! 

Jamais n'ert jur* de tei n'aie dulur. 

Cum décarrat* ma force e ma baldur*'! 

Ne n'aurai jà ki sustienget m'onur*, 

Suz ciel ne quid* aveir ami un sul; 

Se je ai parenz, n'en i ad nul si proz. » 

Trait ses crignels* pleines ses mains amsdous'*. 

Cent mille Franc en uni si grant dulur, 

N'eni ad cel ki durement ne plurt*. Aoi. 



* Reijarâe. ** fait. 

* Yeux. 
*Foi. 

* Mette ton urne. 

* Paradis. 

* fins. 

*J. ne sera jour que. 

* Décherra , tombera. 
** Joie, 

* Soutienne mon honneur., 

* Sous ciel je ne crois. 

* Tire ses cheveux. 
*' Ses deux mains. 

* Pleure. 



CCVIIL 



« Ami Rollans, jo m'en irai en France, 

Cum jo serai à Loiin*, en ma chambre, * Laon. 

De plusurs règnes* vendrunt li hume estrange** ; '^^•s.'""""'''' 

Demanderunt ù est li quens cataignes*. 'Capitaine. 

Jo lur dirai qu'il est morz en Espaigne ; 

A grant dulur tendrai puis mun reialme*, 'Royaume. 

Jamais n'ert' jur que ne plurnen'enpleigne.[Aoi.] *-Ve sera. 



Etran- 



CCIX. 



« Ami Rollans, prozdoem, juvente* bêle, 
Cum jo serai à Lis*, en ma chapele, 



* Prud'homme , jeunesse. 

* A .iix. 



(v. 29ri.) 



DE ROLAND. 



89 



Vendrunt li hume*, demanderunt noveles; 

Je 's* liir dirrai merveilluses e pesnies** : 

iMorz est mis uiés* ki tant me fist cunquerc. 

Encuutre mei revelerunl li Seisne" 

E Hungre e Bugre* e tante gent diverse, 

Romain* , Piiiilaia e toit cil de Palerne **, 

E cil d'Affrike e cil de Ca'iferne * ; 

Puis encrerrunt* mes peines e mes suffraites 

Ki guierat mes oz à tel poeste*, 

Quant cil est [Qiorz] ki tuz nos cadelet* ? 

E! France [dnlce], cum remeines* déserte! 

Si grant doel ai que jo ne vuldreie* estre. » 

Sa barbe blanche cumencet à detraire*, 

Ad ambes mains* les chevels de sa teste. 

Cent milie Francs s'en pasment cuntre tcre. [ 



' f'iendront les hommes. 

* Je les. ** Terribles. 
' Mou neveu . 

* Se révolteront les Saxon s. 

* Et Hongrois et Buhjares. 

* Gens de la Ponille. 
" Pa terme. 

* Du pays des khalifes. 
k* 'Croîtront. '"Souffran- 

■ ces. 

' Qui f/iiidera mes troupes 
avec telle puissance. 

* Conduit, commande. 

* Eestes. 

* Je ne voudrais. 

* Tirer, arracher. 

* A deux mains- 
AOI.I 



ccx. 



« Ami Rollans, de tei ait Deus niercil! 
L'anme de tei seit mise en paréis * ! 
Ki tei ad mort", France ad mis en exill**. 
Si grant dol ai que n'i voldereie vivere* , 
De ma maisnée* ki pur mei est oeise. 
Ço duinset* Deus, le filz sancte Marie, 
Einz que jo vienge as maistres porz de Siiie' 
L'anme del cors me seit oi départie", 
Entre les iur aluée* e mise, 
E ma car * lust delez els** enfuie! » 
Pluret des oilz*, sa blanche bar[b]e tiret ; 
E distdux Naimes : « Or ad Caries grant ire* 
AOI. 



' Paradis. 

*T)ic. ** Ravage, mine. 

* fondrais vivre. 

* Maison . 

* Ce donne. 

* Avant que je vienne aux 
maîtres ports de Cise. 
'Me soit aujourd'hui sé- 
parée du corps. 
'Allouée, allocala. 

* Chair. ** Près d'eux. 

* Pleure des yeux. 
> * Chayrin. 



CCXI. 



— « Sire emperère, ço dist Gcfrei d'Anjou, 

Ceste doior ne démenez tant fort ; 

Par tut le camp * faites querrc les noz'* * Champ. 

Que cil d'Kspaigue en la bataille unt mort*, *Tués. 

En un carne! * cumandez que hom les port. » * Charnier. 



** Nôtres. 



90 LA CHANSON 

Ço dist li rois : « Siinez-en vostre coru, » Aor. 

CCXIl. 

Gefreid d'ÀDJou ad sun greisle* suuet : 
François descendent, Caries l'ad comandet. . . 
Tuz lur amis qu'il i unt morz truvet, 
Ad un carner scmpres* les unt portât. 
Asez i ad évesques e abez, 
Muiues, canonies, proveires coronez*, 
Si 's unt asols e seignez* de part Deu ; 
Mirre e tinioine* i firent alumer, 
Gaillnrdeinent tuz les unt encensez, 
A grant lionor pois* les unt enterrez, 
Si ' s * unt laisez : qu'eu fereient-il el * ? Aoi. 
^>. 

CCXIII. 

Li empèrerefait Rollant costéir* 

L Oliver e l'arcevesque Turpin , 

Devant sei les ad fait tuz uverir, 

E tuz les quers en paile* recuillir. 

Un blauc sarcau de marbre sunt enz* mis, 

E puis les cors des barons si unt pris. 

En quirs de cerf les seignurs [si] unt mis; 

Ben sunt lavez de piment* e de vin. 

Li reis cumandet ïedbalt e Gebuin, 

I\Iihui le cunte e Otes le marchis; 

En .iii. carettes très-ben les [unt] guiez*. 

Bien sunt cuverz d'un pâlie gaiazin*. Aot. 

CCXIV. 

'Venir s'en volt * li emperère Caries 
Quant de paiens li surdent les enguardes'. 
De cels devant i vindrent dui messages ', 
Del amiraill i nuncent la bataille * : 
« Reis orguillos, n'en est fins que t'en alges* 
YeizBaligant lu après tei chevalcbet; 
Granz sunt les oz* qu'il ameinet d'Arabe**. 
Encoi • verrum se tu as vasselaee**. » 



(v. 204 G. 



* Clairon . 



* Siir-le-cliamp. 

* Prêtres tonsurés. 

* Ils les ont absous et si- 
f/nés. 

* Myrrhe et antimoine. 

* Puis. 

* Et les. ** Autrement. 



* Embaumer. 



* Étoffe (le prix. 

' En un blanc cercueil de 

m, sont. 



* Espèce de liqueur. 



* Guidés, conduits. 

* D'une étoffe de Galatz. 



* S'en voulut. 

* Lui arrivent les ai-aut- 
ijardes. 

' y vinrent deux 7nessa- 

f/ers. 

'JJc l'émir y annoncent 

le bataillon. 

* i\'cst pas beau que t'en 
ailles. 

* Tro upes . ** D'Arabie. 
'Aujourd'hui. '"Bra- 
voure. 



(v. ou/s.) DE ROLAND. 91 

Caries li veis en ad prise sa barbe, 

Si li remembret* del doel e [ del] damage, * fa h lui souvieni. 

Mult fièrement tute sa gent reguardet, 

Puis si s'escriet ù sa voiz grand e halte : 

« Barons franceis, as cbevals e as armes ! » Aot. 

ccxv. 

Li emperères tiiz premereins s'adubet*, * s'arme. 

Isnelemeut* ad vestuc sa brunie**, r/XT"""'"'' ' * ^"" 

Lacet Sun helme*, si ad ceinte Joiuse, * Heaume. 

Ki pur soleill sa elartet n'en muet* , * Change, perd. 

Peut à Sun col un escut de Biterne *, *Du bout du monde. 

Tient sun espiet*, si 'u fait brandir la hanste**, * Épieu. ** Hampe, bois. 

£n Tencendur sun bon ceval puis muntet ; 

11 le cunquist es * guez desuz Marsune, * Dans les. 

Si ' n* getat mort ^Malpalin de Nerboue; * Et en. 

Laschet la resne, mult savent Tcspcronet, 

Fait sun eslais* véant cent mil[ie] humes. * Élan. 

Recleimet * Deu e Tapostle de Rome **. Aoi. * invoque. *' Le Pape. 

CCXVl . 



Par tut le cliamp cil de France descendent, 

Plus de cent mil s'en adubent* ensemble, "Arment. 

Guarnemenz * unt ki ben lor ataleute[n]t * * , *,f,^"'S'''''''''' " ^""'' 

Cevals curanz elur armes mult gentes; 

Puissuntmuutez e unt graut [ejscicnce. 

Si r troveut oi', bataille quident rendre. * Anjourd'iiui. 

Cil gunfauun sur les helmes * lur pendent. LSTL.Ï! """''"' """ '" 

Quant Caries veit si Leles cuntenances. 

Si 'n * opelat Jozeran de Provence, * // m. 

Naimon liduc, Antclme de IMaience : 

En tels vassals deit hom aveir fiance, 

Asez est tels* ki cntr'els se déme[n]t[e]** : * Félon. ** Se lamente. 

a Si Arrahi/ de venir no se repentent, 

La mort Rollant lur quid* chèrement rendre. » * (Je) pense. 

Respunt dux Neimes : « F Deus le nos consente ! » Aoi . 



92 LA CHANSON (v. 3010.; 

CCXVJI. 

Caries apclet Rabe e Guineman ; 

Ço dist li reis : « Seignurs, jo vos cumanl* * Cummamle. 

Seiez es liuS* Oliver e Rollant. *Aiix lieux </<'. 

. L'un port* l'espée e l'altre rolil'ant, * Porte (subj.\ 

Si chevalcez el premer chef* devant, * A la premih-e me. 

Ensembr od vos* .xv. miles de Francs, * Ensemble avec vous. 
De bachelers de noz meillors vaiiianz . 

Après ieels en avérât altrctant*, *ii y en aura autant. 

Si 's guierat* Gibuins e Guinemans, * fa lesyuidera. 
Naimes li dux e li quens Jozerans. » 

Icez escbieles * ben les vunt ajustant*' ; ''^jlh^nant ''' '''^"'^'■'" 
Si l'troeventoi*, bataille i ert**multgrant. Aoi.* Aujourd'hui. ** Sera. 

CCXVIIL 

De Franceis sunt les premères escheles* , * Bataillons. 

Après les dous* establiseut la terce'* : ''Deux. ** Troisième. 

Kn celé sunt li vassal de Baivere , 

A .XX. [ miies ] chevalers la preisèrent. 

Jà devers * els bataille n'ert lessée. * fis-à-ris de. 

Siiz cel* n'ad gent que Caries ait plus chère, *Sous le ciel. 

Fors cels de France ki les règnes* cunquerent. * Royaumes. 

Li quens Oger li Daneis, li puinneres*, * Le combattant. 

Les guierat*; kar la cumpaigne** est fière. Aoi.* Guidera. '♦ Comiingnie. 

CCXIX. 

Treis escheles * ad Temperère Caries, * Corps de bataille. 

Naimes li dux puis establist la quarte* * Quatrième. 

De tels barons qu'asez uut vasselage* ; * Bravoure. 

Alemans sunt e si sunt d'Alemaigne. 

Vint mille sunt, ço dient, tuit li altre* ; *Tous les autres. 

Ben sunt guarniz e de chevals e d'armes, 

.là por mûrir ne guerpirunt* bataille; * Défjuerpiront, quiit,-- 

*■ »^ i 1 vont. 

Si 's guierat* Hermans li dux de Trace, * Et les guidera. 

Einz* i murât que cuardise i facet**. Aoi. * Auparavant. ** Fasse. 



(v, 3011 



DE ROLAND. 
CCXX. 



93 



Naimes H dux e li qiicns* Jozerans 

La quinte escliele* utit faite de Normans : 

.\x. milie sunt, co dient tuit li Franc; 

Armes unt bêles e bons ceva!s curauz, 

Jà pur mûrir cil n'erent recréanz*; 

Suz ciel n' ad gent kl plus poissent' en camp. 

Richard li velz* les guierat el camp**, 

Il i ferrât* de sun espiel*' trenchaut. Aoi. 



* Y. Je duc et le comte. 

* Le cinquième corps. 



* Pour mourir ceux-là ne 
renonceront pas . 

* Puissent. 

' rieii.r. ** Guidera dans 
la campagne. 

* Frappera . ** Épieu . 



CCXXL 

La siste * eschele unt faite de Bretuns, 

.XXX. milie clievalcrs od els* unt. 

Icil chevalchent* eu guise de baron, 

Peintes lur hanstes*, fermez** lur gunfanun; 

Le seignur d'els est apelet Oedun. 

Lil cumandet le cunte Nevelun, 

Tedbald de Reins e le marchis Otun : 

« Guiez* ma gent, je vos en faz le dun. » Aoi. 



La si.rième. 
' Avec eux. 
' Ccux-ld chevinichent . 

Lances. ** Attachés. 



Guidez. 



CCXXIL 



Li emperère ad .vi. escheles faites. 
Naimes li dux puis establist la sedme* 
De Peitevins e des barons d'Alverne*. 
•xl. milie chevalers poeent estre, 
Chevals unt bons e les armes mult bcles. 
Cil sunt par els* en un val suz un tertre, 
Si's bénéist* Caries de sa main destre. 
Els guierat* Jozerans a Godeselmes. Aoi. 

CCXIIL 

E roidme eschele* ad Naimes establie , 
De Flaniengs est [e] des barons de Frise; 
Chevalers unt plus de .xl. milie : 
Jà devers els n'ert bataille guerpie *. 
Co dist li reis : « (^ist fereint* mun servise. 



* Septième. 

* Auvergne. 



* A côté d'e^ix. 

* Et les bénit. 

* Les guidera. 



* El h' huitième corps de 
tniiipes. 



* Déguerpie, délaissée. 

* Feront. 



9i 



LA CHANSON 



Entre Renibalt e Hamon de Galice 

Les guierunt* tulpar clievalerie. » [Aoi.] 



'Guideront. 



CCXXIV. 



Kntre Naimon e Jozeran le cunte 
La noefine eschele unt faite de prozdomes*, 
De Lûhcrengs* e de cels [de] Borgoigne; 
.L. niilie* clievalers unt par cunte**, 
Helmes* laciez e vestues lor bronies** ; 
Espiez* unt forz, e les hanstes** sunt curtes. 
Li Arrahiz* de venir ne denuirent**. 
Cis les ferrunt* , s'il à els s'abaudunent. 
Si 's guierat* Tierris li dux d'Argone. Aoi. 



* Le neuvième hataillon 
un t fait de preux. 

* De Lorrains. 

* Cinquante mille, 
*• Compte. 

* Heaumes. **Cuirasses. 

* Épieux. ** Bois. 

* Arabes. ** Tardent. 

* Ceux-ci les frapperont . 

* Et les guidera. 



ccxxv. 

La disme* escliele est des baruns de France, 
Cent mille sunt de noz meillors cataignes* , 
Cors unt gaillarz e fières cuntenances, 
Les chefs fluriz* e les barbes unt blanches. 
Osbercs vesluz e lur brunies dubleines*, 
Ceintes espées franceises e d'Espaigne, 
Escuz unt gcnz de multes cuiioisances*. 
Puis sunt munlez, la bataille demandent, 
IMunjoie escrient. Od els* est Carleinagne. 
Gefreid d'Anjou portet Torie flambe* , 
Seint Piere fut*, si aveit num Romaine; 



* La dixième. 

* Ca2yitaines. 

* Les tcles blanches. 

* Cuirasses doubles. 

* De beaucoup d' a rmoi ries. 

* Avec eux. 

* L'oriflamme. 

* /^llefi't de Saint-Pierre. 



IMais de Munjoie iloec* out pris eschange. Aoi.*i/(. 



CCXXVL 



Li emperère de sun cheval descent , 
Sur l'erbe verte se est culchet adenz * , 
Tiu'net su[n] vis * vers le soleill levant , 
Recleimet Deu mult escordusemeut* : 
« Veire paterne, hoi cest jor* me défend 
Ki guaresis Jonas tut veirement * 
De la baleine ki en suu cors Faveit , 
E esparignas le roi de Miiiven, 



* Couché sur les dents. 

* f'isar/e. 

* De tout son cœur. 

* frai Père, aujourdltui. 
' Qui f/arantisj, tout vrai- 
ment. 



(v. 3100.) DE HOLA NI). Oo 

E Daniel del merveilkis turmcnt 

Edz en la fosse des léons o fut eiiz*, * Dedans. 

Les .iii. enfanz tut en un fo[r]n* ardant. * Four, foumaisc.' 

La tue amurs me seit lioi* en présent. ;,Sv'',T"'" "'" '''"' "'" 

Par ta mercit, se tei plaist, me cunsent 

Que mun nevold poïs* venger, Rollaut. » [Aoi.] * Puisse. 

CCXXVIL 

Cum ad oret si se drecet en estant* , LjIZ ' «^«'«1f '' '" '''"''" 

Seignat sun chef de la vertut poisant* ; * Pui^sanic. 

IMuntet li reis en sun cheval curant, 

L'estreu * li tindrent Neiraes e .locerans , * L'étricr. 

Preut sun escut c sun espiet* trenchant; * Épieu. 

Gent ad le cors, gaillart e ben séant , 

Cler le visage e de bon cuntenant*; * Conienaurc. 

Puis si chevalcliet mult afichéement*. * liésoiàmcnt. 

Sunent cil greisie* e derère e devant ; * Clainin. 

Sur tuz les altres bundist* li olifant. * Rcsonnc. 

Plurent Franceis pur pitet* de Reliant. [ Aoi.] ' Pur puic 

CCXXVIIL 

Mult gentement* li emperère chevalcliet. 'Tirs-iinhiemeni. 

Desur sa bronie fors* ad mise sa barbe; *jj,ll'"" '" ''"'""'' '^'- 

Pur sue amor altretel* funt li altre : "Pour .^on amour p/nrii- 

... „ -11 icinciit. 

Lent milie trancs en sunt reconoisable; 

Passent cez puis* e cez roches plus haltes *Ces uuniiannes. 

E cez parfunz valées, cez destreiz anguisables*;*Ccs ârjués pénibles. 

Issent des porz et de la tere guaste*, * stérile. 

Devers Espaigne sunt alez en la marche * , * Froiiticres. 

En un emplein* unt prise lur estage**. * Plaine. **Posiii<m. 

ABaligantrepairentsesenguardes*, lardes!"""^ '" '"'"'"' 

Uns Sulians* li ad dit sun message : * r>i Syrien. 

« Vend avum* li orguillus reis Caries. */'« avons. 

Fiers sunt si hume, n'unt talent* qu'il li faillont;* />(W;-, intention. 

Adubcz-vus : seraprcs avérez * bataille. » '^^rnicz.vous;incnntinrni 

Dist Baligant : « Or oi grant vasselage*. 'Maintenant fentcnds 

. . . , ^ , grand'pronesse. 

Suncz voz graibles, que mi païen le sace[njt. » 
[AOI.] 



9G 



LA CHANSON 
CCXXIX. 



(v. 3133. 



Par tute l'ost fiint lur taburs* suuev 

E cez buisines* e cez greisles** mult cler. 

Paien descendent pur lur cors aduber*. 

Li aniiralz ne se voelt demurer*, 

Vest une bronie* dunl li pan sunt saffrel**, 

Lacet Sun elme lu ad or est gemmet * ; 

Puis ceint s'espéc al senestre* costet, 

Par Sun orgoill li ad un num truvet 

Par la spée Carlun* dunt il oit parler : 

Ço ert s'enseigue en bataille camper ; 

Ses chevalers en ad fait escrier. 

Peut à Sun col un socn* grant cscut lel** : 

D'or est la bucle* e de cristal listet** , 

La guige' en est d'un bon pâlie roet**; 

Tient sun espiet * , si T apelet Malte/ ** ; 

La banste* [fut] grosse cunie uns tinel", 

De sul le* fer fust uns muiez trusset. 

En sun destrer Baligant est muntet ; 

L'estreu li tint IMarcules d'ultre mer. 

La forchéure* ad asez grant li ber, 

Graisles es flancs e larges les costez, 

Gros ad se piz* , bêlement est mollet, 

Lées* les espalles e le vis '* ad mult cler, 

Fier le visage, le cbef recercelet*, 

Tant par ert blancs eu me flur en estct ; 

De vasselage* est suvent esprovet. 

Deus! quel baron , s'oiist* chrestientet ! 

Le cbeval brochet*, li saucs en ist** tuz clercs 

Fait sun eslais*, si tressait** un fosset; 

Cinquante pez i poet hom mesurer. 

Paien escrient : « Cist deit marches tenser*. 

N'i ad Franceis, si à lui ventjuster*, 

Voeillet o nun n'i perdct sun edet*. 

Caries est fols que ne s'en est alet. » Aoi. 



Tambours. 

* Trompettes. ** Clai- 
rons. 

* Armer. 

* Tarder. 

'Cuirasse. ** Damasqui- 
nés. 

* Lacxtson heaume qui avec 
or est orne de pierresjiiics. 

Son cpce au gauche. 



Hjjcc de Charles. 
* C'était Sou enseigne en 
bataille rangée. 



** Large. 
*A listes, à 



i'n sien . 

* Bouton, 
lia u des. 
'L'attache. '* Étof Je or- 
née de ronds. 

' Épieu. ** Méchanceté. 

* Bois. ** Gourdin. 

' Seulement du. *' Char- 
ge. 



* Poitrine. 

''Sa. poitrine. 

* Larges. ** f'isage. 

* Bouclé, frisé, 

* Prouesse, bravoure. 
' S'il eût. 

, "Pique. **Sort. 
"Élan. **Saule. 

* Celui-ci doit protéger 
[des] frontières. 

* rient combattre. 

' Tienne ou non n'y perde 
la vie. 



CCXXX. 

Li amirals* ben resemblet barun, 



* L'émir, 



(v. 3168.) 



DE ROLAND. 



97 



Blanche ad la barbe ensement cume* flur, 
E de sa lei mult par est saives* bom, 
E en bataille est fiers e orgoillus. 
Ses filz Malpramis mult est chevaleriis, 
Grauz est e ibrz e trait as ces anceisurs*, 
Dist à sun père : « Sire, car cevalchum*. 
Mult me merveill se jà verrum Carlun*. » 
Dist Baligant : « Oïl , car mult est proz, 
En plusurs gestes* de lui sunt granz honurs; 
Il n'en at mie de Rollant sun nevold*, 
N'averat vertut que s' tieuget* cuntre nus. 
Aoi. 



Ainsi que. 
* Bien est saye. 



Tire de ses ancêtres. 

* Chevauchons. 

* Fort m'émerveille 
{nous) verrons Charles. 



* Chroniques. 

* Neveu. 

* IS' aura force qui se tint- 



CCXXXI. 



« Bels filz Malpramis, ço li dist Baligant, 
Li aUr'er*fut ocis le bon vassal RoUaus 
E Oliver li proz e li vaillant, 
Li .xii. per qui Caries amat tant, 
De cels de France .xx. mille cumbatauz : 
Trestuz les altres ne pris-jo* mie un guant. 
Li emperères repairet vcirement*. 
Si r m'a nunciot mes niés li Suliaus*. 
.X. escheles* eu vunt mult granz. 
Il est mult proz ki sunet rolilaut, 
D'un graisie cler racatet ses cuinpaiguz*, 
E si cevalcet el premier chef* devant 
Ensembl'od els .xv. mille de Francs, 
De bachelers que Caries cleimet* en/ans; 
Apres icels en i ad bien altretanz*. 
Cil i ferrant* mult orgoillusement. » 
Dist Malpramis : « Le colp vos en déniant*. 
Aor. 



L'autre jour. 



* Prisé-je. 

* Revient vraiment. 

* Le m'a annoncé moit 
mcssinjvr te Si/ricii. 

* Dix corps de troujies. 

* D'un clairon éclatant 
surpasse ses compagnons. 
' Et chevauche a ta pre- 
mière tète. 

* Appelle. 

* Autant. 

* Ceux-là II frapperont. 

* Demande. 



CCXXXIL 



« Filz Malpramis, Baligant li ad dit, 
Jo vos otri quanque* m'avez ci quis** 
Cuntre Franceis sempres* irez férir, 



• Octroie tout ce que. 
** Demandé participe de 
quérir I. 

* Tout de suite. 

'J 



98 



LA CHANSON 



(v. 3190 / 



Si i mcrrcz * Torleu le rci peisis** 

E d'Apamort un altrc rei Icutis*. 

Le grant orgoill se jà puez matir*, 

Jo vos durrai* un pan de mun pais 

Dès Cheriaut entresqu'en* Val-Marchis. « 

Cil respunt : « Sire, vostrc mercit! » 

Passet avant, le duu en requeillit : 

Ço est de la tere lu fut al rei Flurit. 

A itel ore UDclies* puis ne la vit 

Ne il n'en fut ne vestut* ne saisit [Aoi.] 



* l^ty mènerez. *' Persan. 

* Letton , tithuankn . 
Pouvez mater. 

* Donnerai, 

* Juaqu'en. 



A telle heure oncques. 
'Investi. 



CCXXXIII. 



•Li amiraillchevalchct par cez oz*; 

Sis fiz le suit, lu mult ad grant le cors, 

Li reis Torleus e li reis d'Aparaort; 

.XXX. cscheies* establisseut mult tost, 

Chevalers unt à nicrveillus esforz*; 

En la nienur .c. niiiie en out*. 

La premère est de cels de Butenlrot, 

E l'altre après de Micenes as chefs gros* 

Sur les eschiues qu'il unt en mi les dos. 

Cil sunt seret ensement cume'' porc. Aoi. 



* L'emir elievauchc par 
ces troupes. 



Trente corps de troupes. 
Force. 
* Il y en eut. 

Aux iètcs (j rosses. 

Garnis de soies ainsi que. 



CCXXXIV. 



E la terce* est de Nubles e de Bios, 

E la quarte est de Bruns e d'Esclavoz , 

E la quinte est de Sorbres e de Sorz>/ 

E la siste est d'Lrmines * e de IMors , 

E la sedme est de cels de Jérichû,4_ 

E l'oitme est de Nigres, e la noefme de Gros , 

E la disme est de Balide la fort : 

Ço est une gent lu unches ben ne volt*. Aoi. 



Z7 la troisième. 



* Et lu sixième est d\Ir-' 
nié nie ns. 



* Qui jamais bien ne vou- 
lut. 



CCXXXV. 



Li amiralz en juret quanqu'il poet* 

De Wahumet les vertuz e le cors : 

t< Karles de France chevalchet cume fols; 



* L'cmircnjurc tant qu'il 
peut. 



(v. 0230.) DE ROLAND. 99 

Bataille i ert*, se il ne s'en destolf* ; * Y sera. ** Désiste. 

Jamais n'averat el chef coroue d'or. » [Aoi.] 

CCXXXVI. 

Dis escheles establiseut après : 

La premère est des Canelius *, les laiz ; ]f'ca!!c'iu'.' '"'"' "" "''"" 

De Val-Fuit siin[t] veuuz eu travcr[s]; 

L'altre est de Turcs, e la tarée de Pers*, * Perses, Persans. 

E la quarte est de Pinceueis e de Pers, 

E la quinte est de Solteras e d'Avers, 

E la siste est d'Ormaleus * e d'Eugiez , * Peuple d'Ormus. 

E la sedme est de la geut Samuel , 

L'oidme est de Bruise *, et la noefme d'Esclauers, * Brousse. 

E la disme est d'Occian la désert : 

Ço est une geut lu danue-Deu* ne sert, * Le Seigneur Dieu. 

De plus féluns n'orrez parler jamais ; 

Dur uni les quirs eusement cume* fer : * Ainsi que. 

Pur ço n'unt soign * de elme ne d'osberc ; * Pour ce n'ont cure. 

En la bataille sunt féluu e engrès*. Aoi. * Apres, acharnés. 

CGXXXVIl. 

Li amiralz .x. escheles ad justedes* : * Assemblées. 

La premère est des Jaianz de .Malperse, 

L'altre est de Hums e la terce de Huugres*, * Hongrois. 

E la quarte est de Baldise la lunge, 

E la quinte est de cels de Val-Penuse , 

E la siste est de [la geut de] ^L^ruse , 

E la sedme* est de leuse d'Astrimonies, * Septième. 

L'oidme * estd'ArgoilIcs, e la noef **de Clarbone, * La h uiiiéme.**.yeuvihne. 

E la disme* est des barbez de Fronde : * Di.riime. 

Ço est une gent lu Ueu n'en amat unkes. 

Geste Fraucor* .XXX. escheles i numbrent. *fnuics ^'"'"""^"^^ ''''•' 

Grauz sunt les oz ii cez buisincs * suncnt. * ^^ troupes oit ers trom- 

Païen chevalchent en guise de produme. Aoi. 

CCXXXVIIL 

Li amiralz mult par est riches hoem, 
Do davant sei lait porter sun dragon 



100 



LA CHANSON 



(v. 3-2e-2.) 



E l'estandart Tervagan e IVIahum 

E un ymagene* Apolin le félun. 

Des Cauelius chevalehent enviruu , 

INIult haltement escrient un sermun* : 

« Ki par noz deus voelt aveir guarison*, 

Si 's prit e servet* par grant afflictiun. « 

Paien i bassent* lur chefs e lur nientuu , 

Lor helmes clers i suzclinent enbrunc*. 

Dient F[r]anceis : « Sempres * murrez , glulun •^''Toiit de suite. 

De vos Seit hoi maie' COnfusiun! * Aujourd'hui mauvaise 

Li nostre deu, guarantisez Carlun. 

Geste bataille seit juicget* en sun niuii. » Aof. *. ruade. 



El une image de, 

* Un discours. 
*Salut. 

* Qu'il les prie et serve. 

* Baissent . 

* Inclinent sur leursyeux. 



CCXL. 



Li amiralz est mult de grant saveir, 

A sei apelet sis fiz e les dous reis : 

« Seignurs barons, devant chevalchereiz , 

Mes esclieles tûtes les guiereiz* ; 

Mais des meillors voeill-jo* retenir treis : 

L'un ert de Turcs e l'altre d'Ormaleis*, 

E la teree est des Jaianz * de Malpreis. 

Cil d'Ociant ierenl e[n]sembrot* mei, 

Si justerunt* à Charles e à Franceis. 

Li emperère , s'il se cumbat od mei, 

De sur le bue* la teste perdre en deit : 

Treslut seit fiz*, ni avérât altre dreit. » Agi. 



* Guiderez, 

* feux-je. 

* De fjens d'Or mus. 

* Géant. 

* Seront ensemble avec. 

* Et s'uniront. 

* Buste. 

* Assuré. 



CCXLI. 



'Les armées et tes batail- 
lons beaux. 

* Montagne. 

* Foret. *' Cachée n'ij 
peut. 



Granz sunt les oz e les escheles bêles*. 

Entr'els n'en at ne pui* ne val ne tertre, 

Selve* ne bois, asconse n'i poet** estre; 

Ben s'entre- veient en mi la pleine tere. 

DistBaligaut : « La meie gent averse*, * Diabolique. 

Car chevalchcz pur la bataille quere*. » * Chercher. 

L'enseigne portet Amboires d'Okiferne. 

Paien escrient, Préciu.se l'apelent. 

Dient Franceis : « De vos seit hoi* grant perte! »* Aujourd'hui 

Mult haltement Munjoie renuvelent. 



(v. 329G.) 



DE ROLAND. 



101 



lii emperère i fait siiner ses f^reisles* * Clairon. 

E l'olifan ki trestuz les esclairet*. * Réjouit. 

Dient paien : « La gent Carlun * est bêle. * De Charles. 

Bataille averum e adurée e pesme*. » Aor. * Lniujue et terrible. 

CCXLIL 



Grant est la plaigne e large la ciintrée. 

Luisent cil elme as perres d'or gemmées* 

E cez escuz e cez bronies safrées * 

K cez espiez, cez enseignes fermées*. 

Sunent cez greisles, les voiz en sunt malt clercs, 

Del olifan haltes sunt les menées*. 

Li amiralz* en apelet sua frère : 

Ço est Canabeus li reis de Floredée, 

Cil tint la tere entresqu'en* Val-Severée ; 

Les escheles Charlun li ad mustrées* : 

« Veez l'orgoil de France la loée. 

Mult fièreaient chevalchet li emperère, 

Il est darère od* celé gent barbée**; 

Dcsur kir bronies* kir barbes unt gelées 

Altresi* blanches cume neif ** sur gelée. 

Cil i ferrant* de lances e d'espées : 

Bataille averum e forte e adurée *; 

Unkes nuls hom ne vit tel ajustée*. » 

Plus qu'on ne lancet une verge pelée 

Baligant ad ses cumpaigiies trespassées*, 

Une raisua* lur ad dit e mustrée'*. 

n Venez, paien, kar jo n** irai en l'estrée** 

De Sun espiet la hanste* en ad branlée, 

Envers Karlan l'amure* en ad lurnée. Aoi 



* Ces hommes aux piern s 
enchâssées dans de l'or. 

* Ces cuirasses damasqui- 
nées. 

* Attachées. 



* Fanfares. 

* L'émir. 



* Jusqu'en 

* Les troupes de Charles 
lui a montrées. 



* Derrière avec. "Bar 
hue. 

" Cuirasses, cottes de mail- 
les. 
" ./ussi. . ** Meiffe. 

Ceux-là ij frapperont. 

* Longue. 

* Rencontre, 



* Compagnies passées. 

* Chose. ** Montrée. 

* .lie m 'en. ** La chaus- 
sée, le chemin. 

* Épieu, le bois. 

* f.e fer, la lame. 



CCXLIIL 



Caries li Magnes, cum il vit l'amiraill* 
E le dragon, l'enseigne e l'eslandart, 
De cels d'Arabe* si grant force i par ad**, 
De la contrée unt purprises les parz*. 
Ne mes que tant scire l'emperères en ad. 
Li reis de France s'en escriet mult hait* : 



* L'émir. 

* Arabie. ** (II) y a. 

* Investi les parties. 

* Très-haut. 



102 



LA CHANSON 



3330.] 



« Barons Fwnceis, vos estes bons vassals, 

Tiintes batailles avez laites en camps*, 

Veez paien, félun sunt e cuart, 

Tûtes lor leis un dener ne lur vait. 

S'il uut grant geut , d'iço, seignurs, qui calt * ? 

Ki errer voelt*, à mei venir s'en valt **. » 

Des espérons puis brochet* le cheval , 

E Tencendor li ad fait .iiii. salz*. 

Dient Franceis : « Icist reis est vassals*. 



* Cluniij)s. 



* Qu'importe ? 

* Qui marcher 
*• feuille. 

* Pique. 

* Quatre sauts. 

* Brave, preux. 



veut. 



Chevalchez,bers*,uuldenusnevusfalt**.»[Aoi.]*iïrtrû«s. ** Manque. 



CCXLIV. 



Clers fut li jurz e li soleilz kiisauz, 

Les oz' suiit bêles e les cunipaignes** granz. 

Justées* sunt les eschelcs** devant. 

Li quens* Rabels e li quens Guinemans 

Lascenl* les resnes à lor cevals curanz, 

Brochent à cil*, dune taisent curre Francs, 

Si vunt férir de lur espiez* treuchanz. Aot. 



* Troupes, 
f/uies. 
** R'juuics. 
d'armée. 

* Le comte. 

* Lâchent. 

* Piquent vivement, 

* Èpieux. 



Campa- 
'* Corps 



CCXL^^ 



Li quens Rabels est chevaler hardiz, 
Le cheval brochet des esperuns d'or fin , 
Si vait férir Torleu le rei [.'crsis* : 
N'escut ne brouie* ne pout sun colp tenir; 
L'espiet ad or li ad enz el cors mis 
Que mort l'abat sur un boissun petit. 
Dient F[r]auceis : « Dannes-Deus nos ait * ! 
Caries ad dreit , ne li devom faillir. » Aoi. 



* Persan . 

* Cuirassi, 



* Le seifjneur Diett nous 
aide. 



CCXLVL 



E Guineman justet à un rei* leutice, 
Tute li freint* la targe ki est flarie, 
Après li ad la brouie* deseuufite, 
ïute l'enseigne ad enz el* cors mise 
Que mort l'abat, ki qu'en plurt u ki 'n riet*. 
A icest colp cist de France s'escnent : 



* Joint un rui lithmniitn. 

* Brise. 

* Cuirasse, cotte de mail- 
les. 

* Dans le. 

" Qui en pleure on qui en 



(v. 33GI.) 



DE ROLAND. 



lo:} 



«Ferez, baron, ne vos targez mie*. * Ne tardez pus. 

Carlos ad dreit vers la geat resnie*. * Renùjaie. 

Deiis nus ad mis al plus verai juise*. » Aoi. * jiKjeinini. 

CCXLVII. 



Malpramis siet sur un cheval tut blanc. 

Cunduit sun cors en la presse des Francs, 

Devan[t] les sltres granz eolps i vait férant* , 

I/un mort sur l'altrc suvent vait trescevant* 

Tut premereins* s'oscriet Baligant : 

« Li mien baron, nurritvosai lung temps, 

Veez* mun fdz, Carluu levait quérant, 

A* ses armes tanz** barons caluniant***, 

Meillor vassal de lui jà ne demant* : 

Succurez-le à vos espiez * trenchant. » 

A icest mot paien veuent avant. 

Durs coips i fièrent : mult est li caples* granz.* r<j)H6((<. 

La bataille est merveilluse e pesant , 

iNe fut si fort enceis ne puis* cel tens Aoi. * Aupann-ant ni dqmis 



* Frappant . 

* J'a renversant. 

* Pronier. 



* f'oijez. 

* Jvec.*' Tant de. 
pu tan t. 

' Meilleur vassal que lui 
vp demandez pas. 
' Épicnx, 



Dis- 



CCXLVIIL 



Granz sunt les oz e les cumpa'ignes* lières, 

Justées sunt trestutes les escheles*, 

E li paien merveillusemont ûèrent*. 

Deus! tantes hanstos* i ad par mi brisées, 

Escuz fruisez e bronies* desmaillées! 

Là véisez la tere si junchée , 

L'erbe del camp ki est verte e delgée*. 

Li amiralz recleimet sa maisnée * : 

« Ferez*, baron, sur la gent cbrestiene. » 

La bataille est mult dure e alichée*. 

Une einz ne puis* ne l'ut si fort justée**, 

Josqu'à la [mort] u'en ert (lus otriée*. Aoi. 



* Lis armées et les compa- 
gnies. 

" Réunis sont tous les ba- 
lai lions . 

* Frappant. 
Tant de lances. 

* Froissés et cuirasses. 



* Délicate. 

* L'émir apostrophe sa 
maison. 

* Frappez. 

* Acharnée. 

* Jamais auparavant ni 
depuis. "Livrée. 

* Octroijéc. 



CCXLIX. 



Li amiralz la sue gent apelet* : 

« Ferez, paien, por el veuud n'i estes *. 



* L'émir ses (/eus appelle. 

* Frappez, pai/cns, pour 
antre chose veiius n'ij êtes. 



104 



LA CHANSON 



(v, 3392.] 



.lo VUS diirrai muillers gentes e bêles, 
Si vos durai feus e honors* e teres. « 
Paien respundent . « Nus le devuns ben fere. 
A colps pleuers de lor espiez* i perdent, 
Plus de cent milie espées i unt traites*. 
Ais-vos le caple* edulurus e pesnies**. 
Bataille veit* cil ki eiUr'els volt** estre. Aoi. 



* fous donnerai fiefs et 
domaines. 



* Epieiix, 

* Tirées. 

* l'oici le combat, 
rible. 

Toit. ** f'eut. 



' Ter- 



CCI.. 



Li emperère rccleimet* ses Franceis : 
'< Seignors barons, jo vos aim, si vos crei ; 
Tantes* batailles avez faites pur mei , 
Règnes* conquis e desordenet**reis : 
Ben le conuis que gueredun* vos en dei 
E de mun cors, de teres e d'aveir. 
Vengez voz fiz, vos frères e voz heirs* 
Qu'en Rencesvals furent morz l'altre seir. 
Jà savez-vos cuntre paiens ai dreit. » 
Respondent Franc : « Sire, vos dites veir * 
Itcls. XX. * miliers eu ad od sei, 
Cumunément l'en prametent lor feiz. 
Ne li faidrunt pur mort ne pur destreit*. 
Ne n' i ad cel* sa lance n'i empleit. 
De lur espées i fièrent demaneis*. 
La bataille est de nierveillus destreit*. Aoi. 



* Appelle. 



* Tant de. 

* Royaumes. * * Détrôné. 
'Reconnais que récom- 
pense. 



Héritiers, 



* frai. 

* Tels vintjl. ** Avec soi. 

* Trihulation. 

* ISi [il) n'y a nul qui. 

* Sur-le-champ 

* Acharnement. 



CCLI. 



E Malpramis par mi le camp cbevalcbet, 
De cels de France i fait mult grant damage. 
Naimes li dux fièrement le reguardet, 
Vait le férir cum hume vertudable*. 
De sun escut li freint la pêne balte*, 
De sun osberc les dous pans li desaffret*. 
El* cors li mettute l'enseigne jalnc**. 
Que mort [l'abat] entre, vu. c. des altres. 



* Fo7-t, vigoureux. 

* Bordure haute. 

* Prive de ses ornements. 

* Dans le, ** Jaune. 



(v. 3423.) 



DE ROLAND. 



103 



CCLII. 



Reis Canabeus, le frère al aniirnill*, 
Des esporuns ben brochet* sun i-lieval, 
Trait* ad l'espée, le punt** est de cristnl, 
Si fiert rsaimun eu l'elme principal* , 
L'une meitiet l'en fruissed* d'une part, 
Al brant* d'acer l'en trencbet .v. des laz**. 
Li capelers* un dencr ne li valt; 
Trcnchet la coife entresque à la char *, 
Jus' à la tere une pièce en abat. 
Granz fut li colps: li dux en estonal*, 
Sempres caïst* se Deus ne li aidast; 
De Sun destrer le col en enbracat : 
Se li paiens une feiz recuverast*, 
Sempres* fust mort li nobilies vassal. 
Caries de France i vint ki V succurrat. Aoi. 



* A l'émir. 

* Pique. 

*Tiré. ** Poignée. 

* Princier. 

* Froisse. 

* Avec la lame ** Lacs. 

* Le combat. 

* Jusqu'à la chair. 

* En bas . 

* En fut étourdi. 

* Sur-le-champ 'il'-, tom- 
bât. 

* Revint à la chanje. 

* An même instant. 



CCLIII. 

Nalnies li dux tant par est anguissables* , 

E li paiens de férir mult le hastet*. 

Caries li dist : " Cuvert, mar le baillastes*! > 

Vait le férir par sun grant vasselage*, 

L'escut li freint*, cuntre le quoer li quasset, 

De sun osberc li desrumpt la ventaille* 

Que mort l'abat. La sele en remeint guaste *. [\ ou] */?«?<? gâtée. 

CCLIV. 



'Leduc tant est dans la 
perplexitéi 

* Se hâte. 

* ÏMclie, à la mnleure vous 
en devîntes maître ! 

* Courage, 

* Brise. 

* f'isière. 



]\Iult ad grant doel* Carlemagues li reis. 
Quant Naimun veit nafret* [de] devant sei. 
Sur l'erbe verte le sanc tut cler caeir*. 
Li emperères li ad dit à cunseill : 
« Bel sire >'aimes, kar chevaiccz od mci *. 
Morz est li gkiz ki en destreit* vus teneit, 
El* cors li mis mun es[)iet ** une feiz. » 
Respunt li dux : « Sire, jo vos en crei. 
Se jo vif alquos*, mult grant prod** i aureiz. 
Puis sunt justez* par annir e par l'eid, 



* Deuil, douleur. 

* Blessé. 

* Choir, tomber. 

* Avr moi. 

* Le glouton qui en peine. 

* Dans le. '* ^.pien. 

' Sijevis un peu. *' Pm/'l- 

* Réunis. ** Foi . 



lOG 



LA CHANSON 



(v. 345Ô.) 



tnseinbrodels tel .xx. mille Franeeis. 

IN'i ad celoi que n'i lierge o n'i capleit\ Aoi. 

CCLV. 



* Y'// a util gui n'ij frappe 
et it'ij combatte. 



Li amiralz* chevalchet par le camp**, 
Si vait férir* le cunte Guneiiian, 
Cuntre le coer li friiissct Tescut blanc, 
De Sun osberc li dérumpit les pans, 
Les dous costez li deseiveret* des flancs 
Que mort l'abat de sun cheval curant; 
Puis ad ocis Gebuin e Lorain 11, 
llicbarl le veill* li sire des Normans. 
Faien escrient : « Préciuse est vaillant. 
Ferez, baron, nus i avom guarani*. » Aoi. 



* L'cmir. ** Champ. 
Et il va frapper. 



* Sépare. 

* rieii.v, 

* Protecteur. 



CCLVL 

Ki puis vt'ist li chevaler d'Arabe * , 
Cels d'Occiant e d'Argoillie e de Bascle*. 
De lur es.piez * bien i lièrent e caplent**. 
E li Franeeis n'unt talent que s'en algent*. 
Asez i moercnt e des uns e des altres. 
Fnlresqii'al vespre* est mull fort la bataille. 
Des francs barons i ad mult gran[t] damage. 
Doel i avérât enceis qu'ele departed*. Aoi. 

CCLVIL 



* D'A rallie. 

* Du pai/s basque. 

* Épieux. ** Frappent cl 
combattent. 

* Aillent. 



* Jusqu'au soir. 

* Deuil 1/ aura araul 
qu'elle cesse. 



IMult ben i fièrent Franeeis e Arrabit, 
Frnissent cil hanste* e cil espiez** furbit. 
Ki dune véist cez escuz si malmis* , 
Ces blancs osbercs ki dune oïst frémir, 
E cez escuz sur cez helmes cruisir* ; 
Cez chevalers ki dune véist caïr*, 
K humes braire, contre tere mûrir, 
De grant dulor li poiist suvenir. 
Ceste bataille est mult fort à suffrir. 
Li amiralz recleimet* Apoliu 
E Tervagan e Mahumet altresi* : 



Lances. ** Épieux. 
Maltraités. 

' Grincer, 
* Cheoir. 



' Invoque. 
' ^.ijalenieut. 



'.RO. 



DE ROLAND. 



iOT 



« Mi damne deu*, jo vos ai miilt servit ; 

Tûtes tes ymogcnes* ferai [faire] d'or fin » 

As-li devant un soen drut* Gemalfin , 

JMales* nuvcles li aportet e dit : 

« Baliganz sire, mal este[s]oi baillit*, 

Perdut avez Malpramis vostre filz, 

E Canabeus vostre frère est ocis. 

A dous Franceis bêlement en avint; 

Li emperèrcs en est l'uns, ço m'est vis ' , 

Granz ad le cors, beu resenblet marchis* , 

Blanc[e] ad la barbe cume flur en averill. » 

Li amiralz en ad le helme enclin*, 

E en après si'u enbrunket sun vis*, 

Si grant doel ad, serapres (]Mi[d]ad * mûrir ; 

Si 'n* apelal Jangleu ruhre-mariu. [Aoi] 



* }fes sci.jiicurs diciir. 

* Iinar/es. 

* fond (levant lui un 
sien ami. 

* Mauvaises. 

* Traite, loti. 



*Avis. 

* VarquiSjeomle des mar- 
ches. 

Baissé. 

* En baisse son visage. 

* Sur l'heure crut. 

* Et en. 



ccLvin. 



Dist ramiraill* : « Jangleu, venez avant; * L'émir. 

Vos estes proz, e vostre saveir est grant. 

Vostre conseill ai-jo evud* tuz tens. 

Que vos en semblet d'Arrabiz e de Francs.^ 

Averum-nos la victorie del cbamp? » 

E cil respunt : « Morz estes, Baligant. 

Jà vostre deu ne vos erent guarant*. 

Caries est fiers, e si hume vaillant; 

Une ne vi geut ki si fust cumbatant; 

Mais réclamez les barons d'Occiant, 

Turcs e Enfruns, Arabiz e Jaianz. 

r,o qucestreendeitne 1' alezdemuraut*. » [Xoi.]* Ihiarciani. 



* Ai-je eu. 



* ]\e vous seront protcc 
leurs. 



CCLIX. 



Li amiraill ad sa barbe fors* mise * Dehors, 

Altresi* blanche cimie llur en espine; * Aussi. 

Cument qu'il scit, ne s'i voelt* célcr mie, * i eut. 

Met à sa bûche une clere buisine *, * Trompette. 

SuDCt-la cler que* si paicn l'oïrcnt. * Tellement qw 
Par tut le camp ses cumpaigucs ralient ; 
Cil d'Ociant i braient c bénissent, 



108 



LA CHANSON 



(^ 



Arguille si cume cheu i glatissent*. 
Requerent* Franc par si grant estultie**, 
El plus espès s'e s*rumpent e partissent**, 



'Ainsi que chiens ij aboient 
*AUaquent. ** Furie. 
* Il hs. ** partagent.. 



A icestcolp* eu jeteut mort. vit. milie. [Aoi ] * A ce coup. 



CCLX. 



Li quens Oger cuardise n'ont unkes 
Meillor vassal de lui ne vestit brouie*. 
Quant de Frauceis les escheles* vit runipre, 
Si apelat Tierri le duc d'Argone, 
Gefrei d'Anjou e Jozeran le cunte, 
Mult fièrement Carie eu araisunet* : 
« Veez paien , cum ocient voz humes. 
Jà Deu ne placet qu'el chef* portet corone, 
S'or n'i ferez* pur venger vostre hunte! » 
N'i ad icel* ki un sul mot respundet, 
Brochent ad eit*, lor cevals laissent cure , 
Vuut-les férir là o il les encuntrent. [Aoi.] 



* Cuirasse, coite de mail- 
les. 

* Les bataillons. 



* Leur parle. 

* A Dieu ne plaise qu'en 
tète. 

* Si maintenant vous n']i 



frappez. 

* N'i/ a nul. 

* Piquent à l'envi. 



CCLXI. 



Mult ben i liert* Carlemagnes li reis, 
Naimes li dux e Oger li Uaneis, 
Geifreid d'Anjou ki l'enseigne teneit; 
IMult par est proz danz* Ogers li Daneis, 
Puint* le ceval, laisset curre ad espleit** , 
Si vait férir celui ki le draguu teneit 
Qu'ambure cravente* en la place devant sei 
E le draguu e l'enseigne le* rei. 
Baligant veit sun gunfanun cadeir* 
E l'estnndart Mahumet remaneir*, 
Li amiralz alques s'en aperceit * 
Que il ad tort e Carlemagnes dreit. 
Paien d'Arabe s'en turneut plus c. * 
Li emperère recleimet* ses parenz : 
« Dites, baron, por Deu, si m'aidereiz. » 
Respundent Francs : « IMar le demandereiz' 
ïrestutseit fel ki u'i fierget à espleit*. » Aoi 



^Frappe. 



*Sire. 

* Point, pique. ** A toute 

bride. 



' Que tous deux renverse. 
"Du. 
Tomber. 

* De Mahomet rester. 

* L'cmir que /que peu s'en 
aperçut. 

* D'Arabie s'en retournent 
plus de cent. 

* Appelle. 

* /'ous aurez tort de le 
demander. 

' Tout soit félon qui n'i/ 
frappe fort. 



(v. 3653.) 



DE ROLAND. 



109 



CCLXII. 



Passet li jurz, si turnet à la vesprée*. 
Franc e paien i fièrent* des espées. 
Cil sunt vassal lu les oz ajustèrent*, 
Lor enseignes * n'i unt mie ubliées. 
Li amiranz * Préciuse ad criée, 
Caries Mimjoie renseigne renumée. 
L'un conuist Taltre as haltes * voiz e cleres. 
En mi le camp amdui* s'entr'encuntrèrent , 
Si s' vunt férir *,granz colps s'entre-dunèreut 
De lor espiez* en lor targes roées"* , 
Fraites* les unt desuz cez bucles lées**, 
De lor osbercs les pans en deseverèreut*, 
Dedenz cez cors mie ne s'adesèrent*; 
Rumpent cez cengles, e cez seles versèrent : 
Cheent* li rei, à tere trabechèrent*', 
Isnelement* sur lor piez relevèrent, 
Mult vassalment unt traites* les espées. 
Ceste bataille n'en.ert* mais destornée , 
Seinz* hume mort uepoet** estre achevée. Aoi 



* Et tourne au soir. 

* y frappent. 

" Qui les années mirent 
en présence. 
Leurs cris de guerre. 

* L'émir. 



*L'nn connaît l'autre au.t 
hantes. 

* Tous deux. 

Et se vont frapper. 
" Êpieux. '* Ornées de 
ronds. 

* Brisées. ** Dessous ces 
boucles, ces houtons larges. 

* Séparèrent. 
Touchèrent. 

* Choient. ** Trébuchè- 
rent. 

* Promptement, 

Très-bravement ont tiré. 
Sera. 

* Sans. ** Peut. 



CCLXIIL 



Mult est vassal * Caries de France dulce , 
Li amiralz il ne 1' crent ne ne dute*. 
Cez lor espées tûtes nues i niustrent*, 
Sur cez escuz mult granz colps s'entre-dunent, 
Trenchent les quirs e ces l'uz* lu sunt dubles. 
Cheent* li clou, se peceient** les bucles; 
Puis fièrent-il nud à nud sur lur bronies* : 
Des helmes clers li fuus en escarbunet*. 
Ceste bataille ne poet remaneir unkes* 
Josque li uns* sun tort i reconuisset. Aoi. 



Brave. 

* L'émir, il ne le craint ni 
ne redoute. 

* Y montrent. 



Bois. 

* Choient- *" Mettent en 
pièces. 

* Cuirasses, cottes démail- 
les. 

" Le feu en sort en charbon -. 

* .'Ne peut cesser jamais. 

* Jusqu'à ce que l'un. 



CCLXIV. 



bist l'amiraill : « Caries, kar te purpenses*, * Kejiéchis. 

Si pren* cuuseill que vers mei te repentes. * Et prends. 

Mort as niun filz, par le men escient[r]e*; * Par mon escient. 

LX CH^NSOM DE UOLA.ND. 10 



HO 



LA CHANSON 



(v. 



A niult grant tort mun pais me caleiiges* : * Disputes. 

Deven* mes liom, en fed el te voeill * rendre, *iJiTveux. ** ^" "^'""^ "" 

Ven-mei servir d'ici qu'en Oriente. » 

Caries respunt: « Multgrantviltet* me sembl[et].*/'ae»ie, honte. 

Pais ne amor ne dei* à paien rendre. * Je ne dois. 

Receif* la iei que Deus nos apréseutet, * Reçois. 

Chrestientet; e pui[s] te amerai sempres*; * Tout de suite. 

Puis serf* e crei le Rei omnipotente**. » * Sers. ** Tout-puissant. 

Dist Baligant : « Malvais sermun cumences. » 

Puis vunt férir* des espées qu'unt ceintes. Aoi. * Frapper. 

CCLXV.- 



Li amiralz est mult de grant vertut*, 
Fier[t]* Carlemagne sur l'elme d'acer brun , 
Desur la teste li ad frait* e fendut, 
IMet-li l'espée sur les chevels* menuz, 
Prent de la carn* grant pleine palme** e plus : 
Iloec endreit renieiut li os* tut nut. 
Caries cancelet, por poi* qu'il n'est caiit**; 
Mais Deus ne volt ' qu'il seit mort ne vencut. 
Seint Gabriel est repairet* à lui , 
Si li demandet : « Reis magnes*, que fais-tu.^ 
[aoi.] 



* Force. 

* Frappe. 

* Brise. 

* Cheveux. 

* Chair. ** Paume. 

* Là même reste l'os. 

* Chancelle, peu s'en faut. 
** Tombé. 

* Ne voulut. 

* Revenu. 
> * Grand. 



CCLXVI. 



* Anfjc. 

* Crainte. 

* Revient-lui. 

* Frappe Vernir. 

* Le heaume lui brise oit 
les pierres Jiues flamboient. 



Quant Caries oit la sainte voiz del angle*, 

N'en ad poiir ne de mûrir dutance*. 

Repairet-Ioi* vigur e remembrance, 

Fiert l'amiraill* de l'espée de France, 

L'elme lifreint o li gemme reflambent*, 

Trencliet la teste pur la cervele espandre, 

[E] tut le vis* tresqu'en la bsrbe blancbe, 

Que mort l'abat senz nule recuveranee*; 

Munjoie escriet pur la recouuisance. 

A icest mot venuz i est àn\ Neimes , 

Prent Tencendur; muntet-i li reis magnes* 

Paien s'en turnent, ne volt Deus qu'il remainent * ■'restent"." ^"^ ^"^" *'"'* 

Or unt Franceis iço que il demandent. [aoi.J 



* Tout le visage. 

* Ressource. 



^ Grand. 



DE ROLAND. 



m 



CCLXVII. 

Paien s'eufuientcum damnes-Deus le vo[e]lt*, ;'/S"'' ^'^ '"'o»'^'"- D'eu 

Encalcent* Franc e Temperère avoec**. "Poursuivent. *'* Avec. 

Ço dist li reis : « Seignurs, vengez voz doels*, * Fos douleurs. 

Si esclargiez voz talenz* e voz coers; * Satisfaites vos passions. 

Kar oi* matin vos vi plurer des oilz. » * Hui, aujourd'hui. 

Respondent Franc : « Sire, ço nus estoet*. « *Ce nous est nécessaire. 

Cascuns i fiert* tanz granz colps cum il poet, * Chacun y frappe. 
Pois'enestoerstrent* d'icelskisuntiloec**. [aoi.]* Échappèrent. ** Là. 

CCLXVIll. 



* Chaud, chaleur, 
dre. 

* Pressent. 

* Poursuite. 

* En haut de. 
' Ensemble avec 
** Ses chanoines. 

* Fausse. ** N'aima 

* Tonsures. 



Pou- 



elfe. 



Granz est li calz*, si se levet la puldre**. 

Paien s'enfuient, e Franceis les anguissent*; 

Li enchalz* duret d'ici qu'en Sarraguce. 

En sum* la tur muntée est Bramidonie, 

Ensembl' od li* si clerc esi canonie** 

De false* lei, que Deus n'enaniat** unkes; 

Ordres n'en unt ne en lor chefs corones*. 

Quant ele vit Arrabiz si cunfundre, 

A halte voiz s'escrie : « Aïez-nos*, Mahum[e]. * Aide-nous. 

E! gentilz reis, jà sunt vencuz noz humes, 

Li amiralz* ocis à si grauthunte. » * L'émir. 

Quant l'ot* Marsilie, vers sa pareit** se turnet;^'''j|;/;/'''"'''"''' **■'"'" 

Pluret des oilz, tute sa chère cnbrunchet*, * S'assombrit. 

Morz est de doel. Si cum pecchet Tencumbret*, coS/pL^f //'Srj'^: 

L'anrae de lui as vifs diables dunet. [aoi.] 



CCLXIX. 



Paien sunt morz, alquaut' turneten fuie** , 

E Caries ad sa bataille vencue; 

De Sarraguce ad la porte abatue, 

Or set-il ben que elle n'est mais* défendue. 

Prent la citet, od sa gent i est venue ; 

Par poestet icele noit i jurent*. 

Fiers est li reis h la barbe cauue*, 

E Bramidonie les turs li ad rendues ; 



* Quelques-uns. ** Fuite. 



* \'est jilus. 

* Par force cette nuit 
couchèrent. 

* Chenue, blanche. 



112 



LA CHANSON 



V. SOIO.) 



Les dis sunt grandes, les cinquante menues. 

Multben espleitet quidannes-Deusaiuet*.[A0i.],''„4?"' ''" *"^"^'"' ^'"' 

CCLXX. 



Passet li jurz, la noit est aserie*, * Devenue sombre. 

Clere est la lune, e les estoiies flambient. 

Li eniperère ad Sarraguce prise. 

A mil Franf'eis fuut ben cercer' la vile, 

Les sinagoges e les mahumeries*; 

A mailz* de 1er e à cuignées qu'il tindrent, 

Fruissent les jMiiagenes e treslutes les ydeles* 

N'i remeindrat ne sorz ne t'alserie* : 

Li reis creit Deu, faire voelt* sunservise, 

E si * évesque les eves** bénéissent, 

Meinent paien ent[rjesqu'al baptisterie*. 

S'or i ad cel* qui Carie voillet*' cuntredire, 

Il le fait prendre o ardeir* ou oeire. 

Baptizet sunt asez plus de .c. mille 

Veir* chrestien, ne maissul** la reine; 

En France dulceiert* menée caitive**. 

Ço voelt* li reis, par amur cunvertisset. [aoi.| *fe rcut 



* Fouiller. 

* Mosquées. 

* Avec maillets. 
'Froissent les imar/es et 
tontes les idoles. 

* yi fausseté. 

* f'eut. 

* Ses. ** Eaux. 

* Jusqu'au baptistère. 

* Si maintenant [il] y a 
nul. " J'enille. 

* Brider. 



* frais, 
tement. 

* Sera. 



" Sice n'est .feu- 
** Caiitive. 



CCLXXL 



Passet la noit, si apert' le clerjor. 

De Sarraguce Caries guarnist les turs, 

IMil cbevalers i laissât puignéurs*; 

Guardeut la vile à oés* l'empereor. 

IMandet li reis e si bume trestuz*, 

E Bramidonie, qu'il meinet en sa prisun; 

3Iais n'ad talent que li facet se bien nun*. 

Repairez sunt à joie e à baldur*. 

Passent Nerbone par force e par vigur, 

Vint à Burdeles la citet de [vakir]; 

Desur l'alter seint Severin* le baron ' 

INIetFoliphan plein d'or e de mauguns*; 

Li pèlerin le veient ki là vunt. 

Passet Girunde à* mult granz nefs qu'i sunt, 

Kntresque à Blaive* ad cunduit sun ncvold, 



* Ft apparaît. 

* Combattant. 

« ./ la disposition, ad usiim, 

* Et tous ses hommes. 

* Mais n'a désir que lui 
Jasse sinon bien, 

* Allégresse. 



* Dessus Vautel de Saint- 

Scurin. 

•Pièces de monnaie. 

' Avec. 

*. Jusqu'à Blai/e. 



3683. 



DE ROLAND. 



113 



1/ 



K Oliver sun nobilie* cunipaignun, 

E l'arcevesque, ki fut sages e proz ; 

En blancs sarcous* fait mètre les seignurs 

A Seint-Romain, là gisent li baron. 

Francs les cumandent* à Deu e à ses nuns. 

Caries cevalchet e les vais e les munz*, 

Entresqu'à* Ais ne volt prendre sujurn" ; 

Tant chevalchat qu'il descent al perrun. 

Cume il est en sun paleis haltur*, 

Par ses messages mandet ses jugeors*, 

Baivers e Saisnes, Loherencs* e Frisuns; 

Alemans mandet, si mandet* Borguignuns 

E Peitevins e Normans e Bretuns, 

De cels de France des plus saives* qui sunt. 

Dès ore cumencet le plait* de Guenelun. [Aoi.] 



*yobk. 

* Cercueils. 

Becom mandent.' 

* Ftparmontset pnrvaxx. 

* Jusqu'à, ** Séjour. 

* Élevé, 

* Juges. 

* Bavarois et Saxons, Lor- 
rains. 

' lit if mande. 



* Sages. 

* Dès à présent commence 
le procès. 



r. 



CCLXXII. 



Li emperères est repairet* d'Espaigne 

E vient à Ais, al meillor sied* de France, 

Muntet el palais, est venut en la sale. 

As-li* Aide venue, une bêle damisele; 

Ço dist al rei : « est RoUans le catanie*, 

Ki me jurât cume sa per* à prendre? » 

Caries en ad e dulor e pesance *, 

Pluret des oilz, tiret* sa barbe blance : 

« Soer*, cher'amie, de humemort me demandes*' 

Jo t'en durai mult esforcet* eschange : 

Ço est Loewis, mielz ne sai à parler ; 

Il est mes filz e si tendrat mes marches *. » 

Aide respunt : « Cest mot mei est* estrange. 

Ne place* Deu ne ses seinz ne ses angles**. 

Après Rollaut que jo vive remaigne*! » 

Pert la culor, chet as piez* Carlemagne, 

Sempres * est morte : Deus ait mercit de l'anme ! 

Franceis barons en plurent esilapleignent. [A 01. 

CCLXXIII. 

Aide la bel[e] est à sa fin alée ; 
Quidet* li reis qu'ele se seit pasmée, 
Pitet en ad, si 'n* pluret l'emperère ; 



* Revenu. 

* A II meilleur siège. 

* Foici. 

* Capitaine. 

* Compagne. 

* Douleur et chagrin. 

* Pleure des yeux, tire. 

/Sœur. *" Sous-entendez 
'des nouvelles. 

* Je t'en donnerai très- 
avantageux échange. 

* Frontières, 

* M'est. 

* ye plaise à. ** A nges. 

* Reste, 

* Choit aux pieds de, 

* Sur-le-champ. 



* Pense, croit. 

* Et en. 

10. 



lU 



LA CHANSON 



(v. 3719.) 



Prent-la as* mains, si l'en ad relevée; 
Sur les espalles ad la teste clinée*. 
Quant Caries veit que morte l'ad truvée, 
Quatre cuntesses sempres* i ad mandées : 
A un muster* de nuneins est portée; 
La noit la guaitcnt entresqu'à l'ajurnée*, 
Lune un alter* bêlement l'enterrèrent; 
Mult grant honur i ad li reis dunée. [Aoi.J 

CCLXXIV. 

Li emperère est repairet ad Ais*. 

Guenes li fels en caeines* de fer 

En la citet est devant le paleis; 

A une estache * l'unt ataehet cil serf, 

Les mains li lient à curreies* de cerf, 

Très-ben le bâtent à fuz e à jamelz * : 

JN'ad deservit* que altre ben i ait; 

A grant dulur iloec atent sun plait*. [Aoi.] 

CCLXXV. 



* Dans ses. 

* Iitclinée, baissée. 

* Sia-'le-champ. 

* Monastère. 

* La nuit la i^eillent JiiS' 
qu'à Vauhe. 

* Le long d'un autel. 



* lievenu à Aix. 

* Félon en chaînes. 

* Poteau. 

* Avec {des) courroies. 

" Avec (des) bâtons et [des) 

jougs. 

*i\'a mérité. 

* Procès. 



II est escrit eu l'anciene geste* * Chronique. 

Que Caries mandet humes de plusurs teres. 

Asemblez sunt ad Ais à la capele. 

Halz est li jurz*, mult par est ** grant la feste, *Haut. '* Bien est. 

Dient alquanz*, del baron seint Silvestre. * Disent quelques-uns. 

Dès or cumencet le plait* e les noveles * Procès. 

De Guenelun, ki traïsun ad faite. 

Li emperère devant sei l'ad fait traire*. [Aoi.] *E.vtraire. 

CCLXXVL 



Seignors barons, dist Carlemagnes li reis, 
De Guenelun car. me jugez le dreit : 
Il fut en l'ost tresque* en Espaigne od mei. 
Si me tolit .xx. mille* de mes Franceis, 
E mun nevold, que jamais ne verreiz, 
E Oliver li proz e li curteis; 
Les .xii. pers ad trait por aveir*. » 
Dist Guenelon : « Fel seie, se jo I' ceil*! 
RoUans me forfist* en or e en aveir, 



* En l'armée jusque. 

* Et il m'enleva vingt 
mille. 



* Pour de l'argent. 

* Félon soie, si je le cèle. 
Manqua, fit tort. 



(v. 37:...) 



DE ROLAND. 



il3 



Pur que[i] jo quis* sa mort e sun destreit**; 

Mais traïsun nule n'en i otrei*. » * Octroie. 

Respundent Franc : «■ Ore en tendrumcuuseill. » [Aoi.] 



* C'est pourquoi je cher' 
chai. "'•Mal. 



CCLXXVII. 



Devant le rei là s'estut* Guenelun : 

Cors ad gaillard, el vis * gente color; 

S'il fusl leials*, ben resemblast banni. 

Veit cels de France e tuz les jugéurs, 

De ses parenz .\xx. lu od lui sunt, 

Puis s'escriat haltement à grant voeiz : 

« Pur amor Deulcar m'entendez, barons. 

Seignors, jo fui* avoec l'empereur, 

Serveie-le par fcid* e par amur. 

Rollans sis niés me coillit en liaiir *, 

Si* me jugat à mort e h dulur. 

Message fui* al rei Marsiliun, 

Par mun saveir vinc-jo à guarisun *, 

Jo desfiai Rollant le poigneor* 

E Oliver e tuz lur cumpaignun; 

Caries l'oïd e si nobilie* baron. 

Venget m'en sui, mais n'i ad traïsun. » 

Respundent Francs : « Aconseill en irums. v [Aoi.J 



* Se tint. 

* Au visage. 
Loyal. 



* Je fus. 

* Foi. 

* Son neveu me prit en 
haine. 
*Et. 

* Je fus messager. 

* Fins- je à salut. 

* Combattant. 

* L'ouit et ses nobles. 



CCLXXVIII. 

Quant Guenes veit que sesgranzplaiz* cumencet,*/'rocès. 

De ses parenz ensemble i out* trente. * if y eut. 

Un en i ad h. qui li altre entendent : 

Ço est Pinabel del castel de Sorence, 

Ben set parler e dreite raisun rendre, 

Vassals est bons por ses armes défendre. [Aoi.] 

CCLXXIX. 



Ço li dist Guenes : « En vos, ami [ ,me fie]. 
Getez-mei hoi* de mort e de calunie**. » 
Dist Pinabel : « Vos serez guarit sempres*. 
]N''i ad France[i]s lu vos juget* à pendre, 



* H>ii, aujourd'hui. **Ré- 
clamalion, accusation. 

* Sauvé tout de suite. 

* Juge, condamne. 



116 



LA CHANSON 



U l'emperère noz dous* cors en asemblet, *Deux. 
Al brant' d'acer que jo ne l'en desmente. » * A la lame. 
Gucnes li quens* à ses piez se présente. [Aoi.] * u mmie. 



CCLXXX. 

Bavier e Saisnes* siintalet à conseill, 
E Peitevin e Norman e Franceis ; 
Asez i ad Alemans e Tiedeis*. 
Icels d'Alverne* i sunt li plus curteis, 
Pur Pinabel secuntienent plus quei*. 
Disl l'un al altre : >i Bien fait à remaneir 
Laisum le plait *, e si preium le rei 
Que Guenelun cleimt* quite ceste feiz, 
Puis si li servet par amur e par feid*. 
Morz est Rollaoz, jamais ne i' revereiz, 
N'ert recuveret* por or ne por aveir. 
Mult sereit fols lu jà se cumbatreit. » 
N'en i ad cel ne 1' graant e otreit *, 



* Bavarois et Saxons. 

* Thiois. 

* Auvergne. 

* Cafmes. 

* Doit cesser. 

* Procès. 

* Déclare. 

* Foi. 

* :\e sera recouvré. 



* Il n'y a. personne qui ne 
raccorde et ne l'octroie. 



Fors sul* Tierri, le frère dam** Geifreit. FAoï.] '•^'f' n'est seulement. 

** Dom, sire. 

CCLXXXI. 



A Charlemagne repairent* si barun, 

Dient al rei : « Sire, nus vos prium 

Que clamez* quite le cunte Guenelun, 

Puis si vos servet par feid* e par amor. 

Vivre le laisez, car mult est gentilz hoem*. 

IMorz est Rollanz, n'en ert véud gerun*, 

Ne por aveir jà ne 1' recuverum*. » 

Co dist li reis •. « Vos estes mi* félun. » [Aoi.] 



deviennent. 

* Déclariez, proclamiez. 

* fous serve par foi. 

* Un homme. 

* Sera une moustache. 

* Recouvrerons. 

* Fous m'êtes. 



CCLXXXII. 



Quant Caries veit que tuz li sunt faillid, 
IMult i'enbrunchit ela chère e le vis*; 
Al doel qu'il ad si se cleimet caitifs*. 
Ais-li* devant uns chevalers [Tierris]. 
Frère Gefrei à un duc angevin ; 
Heingre* ont le cors e graislee eschewid*' 



* Fort lui assomhiit et la 
figure et le visage. 

* An chagrin qu'il a se 
proclame malheureux. 

* J'oici. 



Maigre. * Mince. 



DE ROLAND. 



i\l 



Neirs les chevels e alqiies* brun [le vis]; 

JN'est guères granz ne trop nen est petiz. 

Curteisement al eraperère ad dit : 

« Bels sire reis, ne vos desmentez* si. 

Jà savez-vos que muit vos ai servit : 

Par anceisurs dei-jo tel plait* tenir. 

Queque* Rollanz à Guenelun forsfesist**, 

Vostre servise l'en doiist* bien guarir*. 

Guenes est fels d'iço * qu'il le trait, 

Vers vos s'en est parjurez e nialmis* : 

Pur ço le juz-jo* à prendre e à mûrir 

E Sun cors mètre [el champ par les mastins], 

Si cume fel ki félonie fist. 

S'or* ad parent ki m'en voeille desmentir, 

A ceste espée que jo ai ceinte ici 

Mun jugement voel sempres* guarantir. » 



* Un peu. 



* Lamentez. 

* Par ancêtres {je) dois tel 
procès. 

* En quoi que. *' Man- 
quât, péchât. 

* Bût. ** Garantir. 

* Félon de ce. 

* Et mis dans nn mauvais 
cas. 

* Pour cela lejugé-je. 



* Si maintenant. 



*(Je) ven.v sur-le-champ . 



Respundent Franc : « Or avez-vos ben dit. » [Aoi.J 
CCLXXXIII. 



Devant lu rei est venuz Pinabel ; 

Granz est e forz e vassals e isnel*. 

Qu'il flert à colp*, de sun tens** n'i ad mais; 

E dist al rei : « Sire, vostre est li plaiz*; 

Car* cumaudez que tel noise ** n'i ait. 

Ci vei * Tierri ki jugement ad fait; 

Jo, si li fais*, od lui m'en cumbatrai. >- 

Met-li el poign de cerf le destre guaut. 

Dist li emperères ; « Bons pièges* en déniant. 

.XXX. paienz li plevissent leial*. 

Ço dist li reis : « E jo 1' vos recr[e]rai*. » 



* Leste, prompt. 

* Celui qu'il frappe d'un 
coup. ** .Sa vie. 

* A vous est le procès. 

* C'est pourquoi. ** Bruit ■ 

* (Je) vois. 

* Lui manque. 



»* Cautions. 

* Le cautionnent loyale- 
ment. 

* El je vous en tiendrai 
I 1 * ■• 1 • .^compte. 

tait celsguarder tresque* li dreizen serat. [ Aoi. ]*./„.«/« vi ce que. 



CCLXXXIV. 



Quant veit Tierri qu'or en ert* la bataille, 
Sun destre guanten ad présentet Carie*. 
Ei emperère le receit* par bostage, 
Puis fait porter .iiii, bancs en la place. 
Là vunt sedeir cil* ki s' deivent cumbatre, 
Ben sunt mal.'/.* par jugement des aitres. 



* Que maintenant en xera. 

* A Charles. 

* Reçoit. 

* Seoir, s'asseoir, crur. 

* Asscnttilés. 



\\H 



LA CHANSON 



Si r purparlat* Oger de Deneraarche, 

E puis demandent lur chevals e iur armes. [Aoi.] 



(v. 3840.1 
Et Je négocia. 



CCLXXXV. 

Puis que il sunt à bataille justez *, lombauL ^''''""' ^°"'' 

Ben sunt cunfès e asols e seienez* : ' Confessés et absous et si- 

Oent lur messes e sunt acumuiiez , « Communiez. 

Mult granz ol'freudes metent par cez musters*; * Églises. 

Devant Carlun andui sunt repairez *, * Tous deux sont revenus. 

Lur esperuns unt en lor piez calcez*, * Chaussés. 

Vestent osberc[si* blancs e forz e légers, * Hauberts. 

Lur helnies * clers unt fermez** en lor chefs, *Heaumes, ** Assurés. 

Ceinent espées enheldées* d'or mier**, * A la garde. ** Pur. 

En lur cols pendent lur escuz de quarters*, * Écarteiés. 

En lur puinzdestres unt leur trenchanz espiez*, * Épieux. 

Pm's sunt muntez en lurcuranz destrers. 

Idunc* plurèrent .0. milie chevalers, * Alors. 

Qui pur Rollant de Tierri unt pitiet. 

Deus set asez cument la fins en ert*. [Aoi]. ' Sera. 

CCLXXXVL 

Dedesuz* Ais est la prée mult large. * Au-dessous de. 

Des dous baruns justée* est la bataille; * Assemblée, ajustée. 

Cil sunt produme e de grant vasselage*, * Bravoure. 

E lur chevals sunt curanz e aates* ; * impatients. 

Brochent-les bien, tûtes les resnes lasquent*. * Liichent. 

Par grant vortut* vail férir 11 uns Taltre, * Force. 

Tuz lur escuz i fruissent e esquassent*, * Cassent. 

Lur osbercs rumpent e lur cengles depiècent. 

Les alves * turnent, les seles cheent à tere. * Arçons. 

.0. niil[ie] humes i plurent ki 's* esguardent. Aoi. *Qui les. 



CCLXXXVIL 

A tere sunt ambdui li* chevaler, * Tous deux les. 

Isnelenieut* se drecent sur lur piez. * Promptement. 

Pinabels est forz, isnels* e légers. _ "Prompt. 

Li uns requiert* l'allre, n'untmie des destrers, * Attaque, entreprent. 



(v. 388U. 



DE ROLAND. 



119 



** Pur. 



De cez espées enheldées* d'or mer** 

Fièrent e caplent* sur cez helmes d'aeer. 

Granz siint leseolps* as helmes détrencher; 

Mult se démentent* cil franceis clievaler : 

« E Deus! dist Caries, le dreit en esclargiez* ! » * Manifestez, rende- clair 

[AOI.] 

CCLXXXVIII. 



* A la ijarde. 

'Frappent et donnent des 
coups. 

* Coups. 

* Lamentent. 



Dist Pinabel : « Tierri, car te recreiz* : 

Tes hom serai par amur e par feid*, 

A tun plaisir te durrai* miin aveir; 

Mais Guenelun fai acorderal rei. » 

Respont Tierri : « Jà n'en tendrai eunseill. 

Tut seie fel *, se jo mie l'otrei ; 

Deus facet hoi* entre nus dous le dreit! » Aoi. 



* Avoue-toi vaincu, 
*Foi. 

* Donnerai. 



* Félon . 

* Fasse anjourd'liui. 



CCLXXXIX. 

Ço dist Tierri : « Pinabel, mult ies ber* ; * £s brave. 

Cran/ ies e forz, e tis* cors ben mollez; *Ton. 

De vasselage* te conoisscnt ti per, * Prouesse. 

Geste bataille car la laisses ester*, *Tomijer. 

A Carlemagne te ferai acorder. 

De CTuenelun justise ert* faite tel, * Sera. 

Jamais n'ert jur que il n'en seit parlet. » 

Dist Pinabel : « Ne placet damne-Deu* ! 

Sustenir voeill * trestut mun parentet, 

N'en recrerral* pur nul hume mortel, 

Mielz voeill mûrir qu'il me seit reprovet*. » 

De lur espées cumencent à capler* 

Desur cez helmes ki sunt à or gemez*; 

Guntre le ciel en volet li fous* tuz clers : 

11 ne poet estre qu'il selent désevrez*. 

Seinz hume mort ne poet estre afinet'. Aoi. 



* i\e plaise au sire Dieu. 

* (Je) veux. 
(Je) ne nie rendrai. 
Reproche . 
Frapper, 

* Décores de pierres Jines 
avec de l'or. 

* Feu. 

* Sépares. 

* Fini. 



GGLXC 

Mult par est* proz Pinabel de Soreuce, * Fort est. 

Si flert* Tierri sur l'elmc dé Provence : * Ft n frappe. 

Salt-en li fous, que* l'crbe en fait espreudre; *Sort-en le feu, qui. 



1^20 



LA CHANSON 



Del brantd'acer Fainure* li préseutet, 

[DJesiir lefrunt li ad faite descendre, 

[E]n mi le vis* li ad faite descendre : 

[LJadestre joe* en adtute sanglente, 

[L'Josberc desclot josque par sum le* ventre. 

Deusleguarit*que mort ne l'acraventet**. Aoi. * Garantit. ** Le terrasse. 



(v, :i>jii.) 

* DeVvpée d\t(ier la lame. 

* Au milieu du visar/e. 

* La joue droite. 

* Jusque par la haut du. 



CCXCI. 

V.o veit Tierris que el vis est lérut*, 
Li sancs tuz clers en chiet el pred * herbus ; 
Fiert* Pinabel surTelme d'acer brun, 
Jusqu'al nasel li ad f[r]ait * e fendut ; 
Del chef* li ad le cervel espandut. 
Brandit sun colp*, si l'ad mort abatut. 
A icest colp est li esturs* veucut. 
Escrieut Franc : << Deus i ad fait vertut*. 
Asezest dreiz que Guenes seit pendut, 
E si parent lu plaidet uut pur lui. » Aoi. 



Au visage est frappe, 

* Choit dans le pré. 
*Frapjje. 

* Brisé. 

* De la tcle. 

* Son coup. 

* Combat. 
Miracle. 



CCXCIL 



Quant Tierris ad vcncue sa bataille, 
Venuz i est li enipcrère Caries, 
Ensembrod * lui de ses baruns quarante ; 
Naimes li dux, Oger de Danemarche, 
Geifrei d'Anjou e Willalme de Blaive *. 
Li reis ad pris Tierri entre sa brace* , 
Tert-lui le vis od ' ses granz pels** de martre. 
Celés met jus*, puis li afubleut altres, 
JMult suavet* le chevaler désarment, 
[iMunter l'unt] fait en une mule d'Arabe*; 
Repairet-s'en à joie e à barnage* ; 
Vienent ad Ais, descendent en la place ; 
Dès or* cumencet l'ocisiun des altres. [Aoi ] 

CCXCIIL 

Caries apelet ses cuntes e ses dux : 
« Que me loez* de cels qu'ai retenuz? 



* Ensemble avec lui. 

* Blayc. 

* Ses bras. 

* Essuie-lui le visaije avec. 

*' Peaux. 
*nas. 

* Doucement. 

* D'Arabie. 

* Retourne-s'en avecjoiedl 
avec sa suite de barons. 

* Dès à présent. 



' Conseilies-voili. 



(\. y.i.i.) DE 11 GLAND. Ui 

Pur Gueneluu erent à plait* veuuz, * Éiaicni au proci;,. 

Pur Pinabel en ostage renduz. » 

Respundent Franc : «:Jà mar en viverat uns*.» l!i^r vivrlmJm! '''"' 

Li reis curaandet un soen veier* Basbrun : 'foyer. 

« Va, si 's* pent tuz al arbre de mal fust**. ]J^^ '^ '''■ ** ^^""™" 

[Par cjeste barbe, dunt li peil sunt canut* ! * Poil sont chenu. 

[S'Juns enescapet*, morzies** e cunfunduz. » *;''^-,;"", ''" ''''"P'"-'' 

[C]il li respunt : <^ Qu'en fereie-jo plus ? » 

Od .c. serjanz* par force lescunduit; * f'aieis. 

.XXX. en i ad d'icels lu suut pcndut. 

Ki hume traïst, seiocit e altroi*. Aoi. * Anirui. 

CCXCIV. 

Puis sunt turnet Baiver* e Aleman *netoiirnés Bavarois. 
E Peitevin e Bretun e Norman. 

Sor tuit li altre l'unt otriet* li Franc S^""' ''*' ""'''' ^'""^ 

Que Guenes moerget par merveillus ahon*. "Meure par merveilleux 

„ supplice. 

Quatre destrers funt amener avant. 

Puis si li lient e les piez e les mains; 

Li cheval sunt orgoillus e curant, 

Quatre serjanz les acoeillent* devant * Accueillent, reçoivent. 

Devers un' ewe ki est en mi un camp*. *r«.'s ««« «"« 9"' «*< «« 

, ,. . milieu a un chawp. 

Guenes est turnet a perditiun grant ; 

Trestuit si nerf mult li sunt estcudant, 

E tuit li membre de Sun cors dérumpant*; * Rompant. 

Sur l'erbe verte eu espant li cler sanc. 

Guenes est' mort cume fel recréant *. * Félon vaincu. 

Ki traist altre*, n'en est dreiz qu'il s'en vaut**. "Autre. ** f ante. 

[AOl] 

ccxcv. 

Quant li empereres ad faite sa venjance, 

Si 'n* apelat les évesques de France, * il t}ii. 

Gels de Bavière e icels d'Alemaigne : 

« Va\ ma maisun ad une caitive* franche, * Captive. 

Tant ad oït e sermuns e essamples, 

Creire voclt* Deu,chrestientet demandet. * f'eut. 

Baptizexla pur quel * Deus en ait l'anme. » * Pour que. 

Gil li respundent : « Or seit fait par marrcnes, 



122 



LA CHANSON DE ROLAND. 



Asez cruiz e enlinées* dames. » * Croyant et nobles. 

Asbainzad Aismultsuntgranz lesc[umpaignes]* ;* Compagnies. 

Là baptiz[èr]ent la reine d'Espaigne, 

Truvée li unt le num de Juliane. 

Chrestieiie est par veire* conoisance. [aoi.] * f'mic. 

CCXCVL 



Quant l'emperère ad faite sa jiistise, 

E esclargie*est la sue grant ire, 

En Bramidonie ad chrestientet mise. 

Passet li jurz, la nuit est ascrie*, 

Culcez s'est li reis en sa cambre voltice*. 

Seint Gabriel de part Deu li viut dire : 

« Caries, semun les oz* de tun empire, 

Par force iras en tere de Bire ; 

Reis Vivien si succuras en Imphe, 

A la citet que paieu unt asise*. 

Li chrestien te recleiment* e crient. » 

Li emperère n'i volsist* aler mie : 

« Deus! dist li reis, si penuse* est ma vie! » 

Pluret des oilz*, sa barbe blanche tiret. 

Ci fait la geste que Turoldus declinet*. 



Dissipée, éclaircie. 

''Assombrie. 

* f'oûtée. 

* Convoque les armées. 



* Assiégée, 

* Réclament . 
*P'oulût, voudrait. 

* Pénible. 

* Pleure des yeux. 

* Ici finit l'histoire que 
Turotd chantait. 



FIN DE LA CHANSON DE ROLAND. 



LE ROMAN 

DE RONCEVAUX 



LE ROMAN 



DE RONCEVAUX 



I. 



Challes li rois à la barbe grifaigne* 
Sis anz toz pleos a esté en Espaigue, 
Conquist la terre jusque la mer alteigne* ; 
En meint estor* fu véue s'enseigne; 
ISe trove bore ne castel qu'il n'enpiaigne*, 
Ke mur tant aut qu'à la terre n'enfraigne*, 
Fors Saragoze, au chief* d'une montaigne : 
Là est Marsille, qui la loi Deu* n'en daigne ; 
IMahomet sert, mot fait folle gaaigne'. 
^'e poit* durer que Challes ne le taigne**; 
Car il n'a hom qu'à lui servir se faigne , 
Fors Guenelon que il tint por engeigne*. 
Jamais n'ert* jor que li rois ne s'en pleigne. 



Hérissée. 

* La grande mer, 

* Combat. 

* Qu'il ne rase. 

* iYe renverse. 

* Si ce n'est S.,nii snmmel. 

* De Dieu. 

* Fol gain . 

* ISe peut . ** Xe le tienne. 

* Trompeur. 
' Ne sera. 



IL 



En Saragoze ert ^larsille li ber*; 

Soz une olive* se sist por déporter**, • 

Environ lui si demeine* et si per. 

Sor un peron que il fist tôt lister', 

Monte li rois; si comence à parler : 

« Oyez , signor, que* je vos vel** moslrcr, 

Consiliez-moi cornent porai csrer, 



* Etait M. le baron. 

* Olivier. ** Se récréer. 

* Ses seigneurs. 
Décorer de barres, 

' Ce que. *' feux. 

11. 



i26 



LE ROMAN 



(v. 21.) 



Desfendez-moi de honte et d'affoler*. 
Bien a* set anz , ne sont mie à paser , 
Li emperères c'on puet tant redoter, 
En cest pais entra por conquister*; 
Ars* a mes hors, mes terres fait gaster; 
Cité n'avons qui vers lui peust" durer. 
Mais à vous toz consel vel* demander 
Par quel enging* porai vers lui aler. -> 
Mal soit de cel* qui ousast mot sonner, 
?je qui levassent son seignor conseiller, 
Fors Blankandin; cil ne se volt* celer. 
En tôt le mont, si com orez* uomer, 
N'en verez hom tant sage mesajer. 



* De hJessiire. 

* Il y a bien. 

Conquérir. 

* Brûlé. 

* Pût. 

* Je veux. 

* Moyen. 

* Celui. 



* Si ce n'est B.; celui-là 

ne se voulut. 

' En tout le monde , ainsi 

qu'oirez. 



III. 



Quant Blankandinsoit païens couseillier, 
De vassalage fist assez à proisier* 
(Prodome iert* por son seignor aidier); 
Dist à Marsilje : « Ne vous quier esmaier* ; 
Mandez Cliallon * l'orgoillos et le fier, 
Foi et salu par vostre mesajer; 
Trametez-li meint auferant destrier*, 
Faucons muez por aler rivoier* ; 
Meuites de chiens li donez por chachier, 
Ours et lions por ii esbanier * ; 
Cinquante chars li faites caroier *, 
Qui comblé soient de fins bezatis d'ormier*, 
Dont il pora loer meint soldoier* : . 
Aut-s'en * en France , bien se doit repairier** 
Vos le sirez à leste saint Michier* 
Ses hom* serez, s'il le veit otroier; 
Trestote Espaigne en tenrez à bailler*. 
S'il veIt ostajes, faites-li envoler 
O XV. vint por lui miex afaitier* ; 
•l'i trametrai* le fil de ma moillier**, 
Por non d'ocire, sans autre recovrier* ; 
Mex vel* 11 rois les face détrenchier** 
Que nos sofrons d' Espaigne cel dangier. » 
Païen escrient : « Bien fait à otrier*. i> 



* En fait de bravoure fui 
assez dif/ne cVéloye. 

* Prudhomnie était. 

* A'e vous veux fatiguer. 

* A Charles. 

* Envoyez-lui maintdes- 
trier d\^frique. 

* F. qui ont passé la mue, 
pour chasser en rivière. 

* Pour s'amuser. 

* Charroyer. 

* D'or pur. 

* Soldat. 

* Qu'il s'en aille. ** Bien 
s'en doit retourner. 

* .4 la f été de Saint-Michel. 

* Son homme. 
Tiendrez à gouverner. 

* Arranger. 

* .l'y transmettrai, 
** Femme. 

* Sous peine de mort, sans 
autre recours. 

' .J'aime mieux que. 
** Couper en morceau.r. 

* C'est bien à octroyer. 



DE RONCEVAUX. 



427 



IV. 



Dist Blankandins li proz et li senez* : 
« Par men poing destrè* que vos ici véez, 
Et par ma barbe dont li pels* est meslez, 
L'est* des François lors desfaire verez : 
Chascun ira el reigne* dont fu nez, 
Challes à Ais et ses riches barnez*, 
Ou à Estampes ou à Paris delez*. 
A Saint-Michel en soit-li jors donez; 
Trespassera li termes qu'iert* donez, 
JN'osra* de nos novelles ne vertez*". 
Li emperère est de si grant fiertez, 
Que nos ostages auroit lors dogolez*; 
Assez est mex* que vos les i perdez 
Que nos perdons d'Espaigne les reigncz *, 
Ne qu'i sufrons les doz ne les lastez*. » 
Dient païen : « Bon conseiller avez. » 



* Le sensé. 
" Droit. 

* Le poil. 

* L'armée. 

Au royaume. 

* Sa puissante noblesse. 

* Tout près. 

* Qui en sera. 

* N'oira.** L'érité. 

* Décollé. 

* Il vaut beaucoup mieux. 

* Les roijaumes. 

* Les chagrins et les mi- 
selles. 



Li rois Marsille son conseil fait finer. 

11 en apele Clarin de Balaguer, 

Et Priamus, Gualane etBabuer, 

Et Stomarin et Orebe, son per. 

Et Leonel et Marprenant de mer, 

Et Blankandin, por sa raison mostrer. 

Ce dist Marsille : « Or, baron , del errer* ! 

El séje* à Cordes porez Rallon trover. 

Branches d'olives devez o vos* porter: 

Pais senefle, se 1' voleit créanter*. 

Se m'i poez par enging' acorder 

Terres et fiez* vos ferai mot doner. 

Argent et or quanque* porez mener. « 

Païen respondent : « Bien s'en doit hom pener.»' 



• Maintenant, 
en, roule.' 



seif/neurs 



* .iu siège. 

* Avec vous. 

' S'il voulait y donner 
créance. 

* Pur adresse. 

* Fiefs. 

* Autant que, 

* liicii s'y doit on em- 
ployer. 



VL 



Li rois Marsille a ses conseax fine//; * Fini ses conseils 

Dist à ses homes : « Baron, or* atendez. * Maintenant. 



i28 



LE ROMAN 



Al séje à Cordes* sera li rois trovez ; 

Branches d'olive en vos mains porterez : 

Pais senefie, ço est la véritez. 

De moie* part Temperaor direz 

Por le suen deu* qu'il ait de moi pitez; 

Qu'à lui irai o mels de mes casez*, 

Crestiens serai batisez et levez. 

.Tontes mes mains serai siens comandez", 

Servirai-le tant que serai (inez*. » 

Dist Blankandins : « Bons messajes arez. » 



(v. 00.) 
* An siège à Cordoue. 



De ma. 

* Pour son dieu. 

* Avec les meilleurs de 
mes vassaux. 



Sou recommandr. 
Fini. 



VII. 

Dis blanches mules fist amener li rois 
Que li tramist un amiral* cortois ; 
Freins ont à or, les resnes sont d'orfrois , 
Seles d'argent, li estrier d'or grézois*. 
Cil i montèrent qui sajes* sont des lois; 
Branches d'olive portèrent, ce fu voirs* : 
Pais senefie entre païene lois. 
Por ce fu Challes coreceus et destrois*: 
Dex ! que dolors en France crut le mois , 
A Monleon*, à Chartres et à Blois, 
Et en Anjou et par tout Hurepois ! 

VIII. 

Li emperères qui Frans doit justisier*, 
Lez fut et bauz* et tôt si chevalier; 
Cordes out prise, s'en* l'ait les murs brisier, 
A ses perères* abatre et dépicier; 
Tel gain out fait que nus n'i puet prisier *, 
Or et argent et meint garniment* chier. 
Les Sarrasins a fait toz détrenchier*. 
S'il ne vost* croire , et faire batisier. 
Challes li IMaines estoit en un vergier, 
Ensemble o lui* Rolans et Olivier, 
Sanses li dus* et Anséis li fier, 
Gui de Guascogne et Anceume et Garnier, 
Jofroiz d'Anjou qui ert gonfanonier*. 



* Transmit vu émir, 

* Grec. 

* Savants. 

* Frai. 

* Perplexe. 

* A Laon. 



* Gouverner. 

* Fut gai et joyeux, 

* Cordoue eut pris, et il eu. 

* Avec ses pierriers. 

* Nul ne peut l'estimer. 

* Fétement. 

* Tailler en pièces. 

* reut. 

* Avec lui, 

* Le duc. 

* Qtii était porte-drapeau. 



(v. (2i.) DE RONCRYAIIX. 129 

Ensemble o lui ot* meint autre princier, " n >j eut. 

De cels de France plus de .vii. millier. 

Sus par les rens qui sistrent ou * gravier * Qui furent assis sur le. 

A tables joent, por aus esbauoier*, * Pour se divertir. 

Et auquant* d'eus joent à l'escachier**; 'é£'''.'^"'"""'' *' '''"'' 

Et escremissent* cil baceler légier, * S\-srrimeut. 

Lancent et gitent por lor cors essaier. 

Desoz un pin, dejoste' un olivier, * Prrs de. 

S'asist li rois qui France a à bailicr*. * Gouverner. 

Cler ot le vis *, le cors grant et plenier, * Le visage. 

Blanc ot le poil come flor de lorier. 

Ses fiers samblans fait mot à resoignier % '■ ^^',^1^; -f"''. ^''^""^ >'' 

Cel qu'il regarde ne li 'stuet enseignier*. * ^''''!'' 9"''' regarde il 

. . ne lui faut montrer. 

Atant* descendent tuit ii .x. mesagier; * Alors. 
Le roi salue Blancandins tôt premier. 



IX. 



Blancandins fist mervelles à loer ; 

Devant le roi s'en est venuz ester*, * Se planter. 

Mot docement le prist à saluer : 

« Beau sire roi , cil Dex * vos puist garder * Ce Dieu . 

Qui fist le ciel et la terre et la mer , 

En ceste crois laissa son cors pcner* * Supiilirier. 

Et el sépoucre cocher et repouser , 

Et au tiers* jor de mort résusciter, * Troisième. 

Por cels qu'il volt* ensemble o** lui mener. * l'ouiut. ** Aver. 

Par moi vos mande Marsillion le ber* * Le .-seigneur. 

Qu'enquis avons la loi por nos sauver ; 

As crestiens se voudra assembler, 

De son. avoir vos voudra mot* douer, * Heauroup. 

Chevaus de pris que mot porez amer , 

Set cens muez ostors*, por rivoier, mpl']Zn-'chZU'7n 1^^^ 

Ours et lions et ventres por vener*. 

Cinquante cars que vos ferez mener; 

De ses besans que vos fera raser*, 

Bien en porez vos soldoiers loer. 

En cestpaïs ne clamez plus ester*, *Nedrmnnde:pius/i être. 

En France , à Ais poés bien reposer ; 

IVInrsiliions voudra vers vos aler. 



' Chiens pour rlias.'ter. 

* Pleins de Itesûns à me- 
.ivre rase. 



430 



LE ROMAN 



(> 



Crestiens ert , si s'aura * fait lever, * Sera, et se sera. 

Jontes* ses mains se veit** à vos livrer ; * Jointes. ** Se veut. 

De vos tenra* Espaigne à governer ; * Tiendra. 
Servira-vos tant com pora durer. » 

Ot-le li rois*, soi prist à merveiller, * Le roi l'entend. 

Clina son chief , si* comence à penser. * Baissa la tète, et. 



X. 



Li emperère un petit se pensa * ; 
Sa costume ert* que par loisir parla. 
Dist as messages : « Bien le savez peça*, 
IMarsillions aine' gaires ne m'ama. 
De ceste couse que il mandée m'a, 
Com faitement m'en asicurera*? » 
Dist li païens : « Sire, bien le fera. 
Par bons ostages que il vos livera , 
O .XV. o .XX. tant com vos plaira. 
Por non d'ocire* , un mien fil i ara , 
Jà plus gentis de lui un soûl* n'en a. 
Bien a * set ans vostre gent i entra , 
En France, à Ais aler vos conveudra*. 
Marsillions après vos eu ira 
As boins* à Ais; là les recevera, 
Crestiens ert*, si se batisera, 
Jontes* ses mains à vos se livera , 
Servira-vos tant com il vivera. « 



* Un peu réfléchit. 

* Sa coutume était. 

* Il y a longtemps, 

* Jamais. 

* Comment m'en assurera. 



* Sous ptine de mort. 

* Jamais plus gentil que 
lui un seul. 

* Il y a. 

* fous faudra. 

* Aux bains, 

* Sera. 

* Jointes. 



XL 

Beaus fu li jors, si prist à décliner, 
Et li solaus se prist à esconser*. 
Li rois comande les mules establer , 
Douze serjans' les livra por garder, 
Et les messages comande à osteler*. 
El grant vergier a fait son tref * lever, 
Et l'aigle d'or sus el pomel fermer*. 
Vers Saragoze en fet le chief* torner : 
Ce senefie ne s'en voudra aler. 
Hoc* au jor se voudra osteler**. 
Li eniperères ne velt* mie oblier, 



* Cacher. 

* A douze .<!en'iteurs. 
" Héberger, loger. 

* Sa tente. 

* Au pommeau fixer . 

* La tcte. 

* Là. ** Loger. 

* A> veut. 



(v. IC6.) 



DE RONGEVAUX. 



131 



Misse* et maitines s'en ala escouter , 
Ses barons mande por consel demander 
Par cels de France voloit tôt jor esrer*. 



Messe. 



Toujours se couduirc. 



XII. 

Beaus fu li jors ; li sols est esclariz*. 
Kalles li Maines, qui tant parfu * liardiz, 
En est assiz desoz un pin floriz; 
En faudesteu* qu'est de fin or masiz, 
Li rois de France demanois* est assis. 
Puis fait mander de ses barons esliz*. 
Ogiers i vint, li pros et li gentiz, 
Et Tarcivesques qui mot estoit norriz*, 
Sauses li dus* et ses frères Terriz, 
Jofroiz d'Anjou et li cuens* Enmauriz , 
Acars li Mors et ses frères Almiz , 
Guis de Gascogne et :\Iiles lijoïZj 
Li cuens Rolians qui mot fu ses norriz*, 
Et s'i fu Guenes * qui toz les a traiz. 
Dez or comence te\ paroles et tex diz*, 
Dont douce France torna en grant essiz*. 



Le soleil est cclairci , 

* Fut. 

* Eu un fauteuil. 

* Pendant ce temps-ln 

* ir élite. 

* Qui Hait très -instruit, 

* Lr duc. 
Le comte. 



Son familier, 

* El G. y fut. 

* Tels discours. 

* Désastre. 



XIII. 

Ce dist li rois : « Baron , or entendez , 
Consiliez-moi au mex* que vos savez. 
Marsille m'a tramis* de ses privez, 
Par aus me mande , ne sa! s'est véritez , 
De son avoir m'envoiera assez : 
Ors et lions, ventres* enchaînés, 
Cbevaus de pris corans et abrivez*, 
.vii. cens chamels et mil ostors muez*. 
Cinquante cars d'or et d'argent rasez. 
Quant je serai en douce France alez, 
Il me sivra o mil de ses casez* ; 
Crestiens ert batisez et levez , 
Jontes ses mains fera les comans Dé*. 
De nus tenra Espaigne en quietez*. 
Servira-moi tant com ert* en sautez ; 
Mais je ne sai qnés est li suens pensez*. ' 



Au mieux. 
Transmis. 



* Chiens, 

Dressés, 
" ^/ulours qui ont liasse la 



' Avec mille de ses vas- 
sau.r. 

* Les commandements de 
Dieu. 

* En repos. 

* Tant qu'il sera, 

* Sa pensée. 



13^ LE ROMAN 

Respout Rollans : « Certes inar le crerez*. 

XIV. 

Li emperere a sa raison* fenie. 

Li cons Rolans o la chiere* hardie 

En piez se drece, bien dist que ne l'otrie* : 

« Drois* emperere, por Deu le 1)1 iMarie, 

Jà mar crerez que Marsille vos die*. 

Bien a set ans, vostre grant ost banie* 

Kn ceste terre entra par aatie* ; 

Pris avons Nobles et Merinde * saisie , 

Tote Vauterne est prise la garnie ; 

Li rois Marsille i fist mot grant bodie*, 

Qui ses messages, por dire félonie, 

Vos envoia à mesnie escherie* ; 

Branches portèrent, qui la pais senefie. 

Par vos barons en fu raison cueillie*. 

Deus de vos contes de plus grant seignorie 

Li tramesistes* : ce fu mot grant folie. 

L'uns fu Basius e li autres Basie. 

Li rois Marsille fist mot grant desverie*. 

Les chiés* en prist el pui** soz Autevile. 

Sonez vos graisles*, ne l'entrobliez mie; 

A Saragoze menez vostre ost banie *, 

Tenez le sége à tote vostre vie; 

Si vengiez cels cui * joie il a fenie. » 

XV. 

Li emperere en tint le chief enbrous*, 
Tuce* sa barbe, son chief et son grenon**, 
Toz coiz se tint j ne dist ne o* ne non. 
Trestot selaisent, ne mais que* Ganelon. 
11 sail en piez*, si vinst devant Callon : 
« Droiz emperere, jà mar crerez bricon*, 
]\Ioi ne autrui, se de vostre preu non*. 
Quant ce vos mant* li rois ]Marsiliions, 
.Tontes ses mains, devendra vostres bous*, 
Et recevra la loi que nos tenons, 
Trestote Espaigne tendra par vostre non; 



^v. 231.) 



* f oiis aurez lurt de le 
iniire. 



* Sou discours- 

* Le comte Roland à la 
iniiie. 

Que ne l'octroie pas. 

LcyitimC' 

* fou s aurez tort de croire 
ce que Marsille vous dit. 

* Convoquée. 

* Avec viyueur. 
Merida, 



Fourberie. 
Avec peu de suite. 
Lemessarje reçu. 
Fous lui transiuites. 



* Folie. 

* Les têtes. ** En la 
hauteur. 

* Clairons. 



* Convoquée. 

* A qui. 



* Lu Itle basse, 

* Touche. "'Satétcctsa 
tnoustarhct 

* _"\t oui. 

* A l'exception dd 

Il se lève. 

* fous aurez tort de ctvire 
coquin. 

* Si ce n'est de votre profit. 

* Mande. 

* fotre homme. 



(v. m;.) DE RONCE VAUX. 133 

Qui ce vos loe ' que ceste refusou , ' ^ ous conseille. 

Il n'en a cure de quel mort nos inoron. 
Conseil d'orguel ne vaut mie un boton : 

I ■ .. ■. , ^r X ■ -,.** * nue Tuu laix^e. " Que 

Laist-on* le fou, aus sages se teigne-on *. » /',j„sc tienne. 

XVI. 

Devant le roi est dus* Naimes venuz, * Le duc. 

Klance ot la barbe, toz fu li poils chanuz*, " ciitnu, blanc. 

Rleudres* vasaus ne fu en cort véuz. * Meilleur. 

Et dist au roi : « Or* ai bien entenduz * â préseni. 

Les moz que Guenes nos a ci responduz. 

Savoir i a , se bien est entenduz. 

Li rois Marsille est mors et confonduz, 

Vos li avez toz ses castiaus toluz *, * Enlevé. 

0* vos engiens ses donjons abatuz, * Avec. 

Et ses citez, dont mot est iraSCUZ *. * Dont fort est chaijrin. 

Quant ce vos mant* qu"il est à vos reuduz, * Mande. 
Grans torz seroit se li ert* desfenduz; * Si lui était. 

S'il vos en livre ostages bien créuz , 
Ceste grant guère ne puet mes durer pluz. » 
Respondent Franc : « Bien a dit li chanuz *. » * Le vieux. 

XVIL 

Ce dist li rois : « Conseillez-moi, baron. 

...^..■•i ^ .* * Quel est celui nue nous 

Liques est cil liquel nos tramelron* enve7-rons. 

A Saragoze au roi.Aiarsillion? » 

Respont dus JN'aimes : « Et jo irai vostre lion*;* Comme votre homme. 

Or me baillez le gant et le baston. » 

Li emperère en hauce le menton , 

4 \- A- ,. iTi » •„!,.,,* ■* J'ous êtes fort sage 

Apres 11 dist : « Mot estes saives non*. homme. ■ 

Alez seoir, car je vos en semon *. '^ Je vous en sommt-. 
Par ceste barbe dont je tieng le menton. 

Vous n'irez pas, laissez vostre raison*. » * f'<)ire di.tconrs. 

XVIIL 

Ce dist li rois : » Qui sera envolez ? « 

Respont Rollans : « Donez-moi le oongiez*. " * Im i,ermission. 

Dist Oliviers : <■ N"i porterez les piez. 

l5 



134 



LE ROMAN 



298. 



Vostre talanz est mot pesmes et griez*; 
Si doteroie que vos ne mesliez*; 
Mais je irai, s'entre vos Totriez. 
A Saragoze irai joios et liez*. 
Sempres* sera vostre drois desrainiez **. » 
Li rois l'entent, aval est enbronciez*; 
Après lor dist : « Anibedui* vos taisiez , 
Que nus* de vos n'i portera les piez. 
Par ceste barbe dont li poils est meslez, 
Des douze per mar* serez-vos jugiez. » 
François se taisent, ès-les vos acoisiez*. 



* Foire désir est très-mau- 
vais et fâilicKx. 

* Je craiudrais que vous 
ne vous dis/tutassiez, 

* Gai. 

* Tout de suite.* * Discuté. 
Il a baissé la tète. 

* Tous deux. 

* Car mil. 

* A tort. 

Les voila en repos. 



XIX. 

Turpios de Reins, li proz et li valauz*, 

Devant le roi est venuz toz erranz *; 

Il li escrie à sa voiz qui fu granz : 

c( Droiz* emperère, lassez-en** toz vosjanz. 

Car assez ont et pênes et ahanz*. 

En cest pais avez esté set auz , 

Moi soit douez li basions et li ganz. 

En Saragoze irai liez et joianz*. 

Dirai Marsille auques de mes talanz* , 

Si couostrai ses mors* et ses semblanz. » 

Ce dist li rois: « Soiez cois et taisanz; 

Par ceste barbe dontli poils estferanz*, 

Alez seoir, n'i serez pas alanz; 

N'en parlez plus, se n'est li mes comauz*. » 



* Le preux et le vaillant. 

* Sur-le-champ, 

* Légitime. ** Laissez-en. 

* Peines et fatigues. 



* Gai et joyeux. 

* A Marsille un peu de 
ce que je veux. 

* Et je connaîtrai ses 
mœurs. 

* Gris. 



* .Si je ne vous le com- 
mande. 



XX. 

Li emperère se dresse en son estage *, 
Grant ot le cors et mot fier vassalage*. 
« Seiguor François, entendez moncorage*, 
Ensegniez-moi un borne de bernage* 
Qui à IMarsille voust* porter mon mesage; 
Se mestier* est, qu'il puist doner son gage, 
Et desraisnier * vers lui mon éritage. » 
Rollans responl, mais ne dist autre otrage* : 
« Guenelon , sire , par son fler vassalage. » 



* Sur son séant. 

* Et très-fier courage. 

* Mon idée. 

* De qualité. 

* feuille. 
Si besoin,. 

* Et défendre. 

* Énormitc. 



(V. 



DE RONGEVAUX. 



135 



Dient François : « Nos n'i savons plus sage ; 
Se il i vait, bien ert fais cist* message. » 



Bien sera fait ce. 



XXI. 

Ce dist li rois : « Guene, venez avant ; 
IN'en oez-vos * que François vont disant? 
Il tuit* le jugent, et je le vos cornant, 
A Saragoze irez à l'amirant * ; 
Recevez-en le baston et le gant. » 

— « Sire, dist Gueues, te\* est l'orguel Rollant, 
Ne l'amerai en trestot mon vivant *. 

Je le desli, sire, vos els véant *, 
Et Olivier le proz et le vaillant, 
Les douze per qui le parament tant*. 
Par cel apostre que quierent pénéaut*, 
Jà ne verrez cest premier an passant, 
Tex m'a irié, jà n'en ira riant*; 
Chier li vendrai, par le menesciant*; 
Rollant ferai coreceus et dolent*. » 

— «Certes, distChalles, trop avez mal talant*, 
Or vos hastez* , n'alez mie atarjant**. « 

— « Voire*, dist Guenes, carne puis en avant; 
Or i serai-je ; n'aurai autre garant 

Qu'en ot Basile et ses frères* Basant. 

Mal gueredon lor en fu apparant* : 

Si ert-il mois*, se Deus n'eu est garant. » 

XXII. 



* l\'oyez-rous pas ne. 

* Eux tous. 

* A l'émir. 

* Tel. 

* Eli toute ma vie. 

* Sous vos yeux. 

* Qui l'aiment tant. 

Pénitents. 

* Tel tn'a chagriné qui 
n'en rira. 

* A mon escient. 

* Courroucé et triste. 

* Mauvaise humeur. 

' Hritez-vousdonc. ** Ne 
tardez pas. 

* En vérité. 



* Son frère. 

* Mauvaise récompense 
Icui en apparut. 

* Ainsi en sera-t-il pour 
moi. 



Li emperère à la barbe florie * 

Voit Guenellon , forment le contralie * : 

« Cuvert*, dist-il, li cors Deu** te maudie! 

Je t'ai prové de mainte félonie. 

Par cel Seignor qui tôt a en baillie*, 

Se je te preu à ren de quiverie* , 

Tôt l'or del mont ne te gariroit* mie. 

Gardez bien soit ma besoigne fornie. » 

Guenes l'entent, de mal talent* s'escrie : 

« Deus, dist li cons*, dame sainte ÎSIarie, 



A la harhe Manche. 

* Fortement le gour- 
mande. 

* Lâche. *" Le corps di 
Dieu. 



* En son pouvoir. 

* Trahison. 
Garantirait . 

* De colère. 

* Le comte. 



130 



LE ROMAN 



Tant a aie que li rois me castie*; 
Mais par Celui qui a tôt en baillie*, 
Ne verrai jor de la Pasque florie , 
Se truis* Reliant en bataille fornie , 
Tel * li donrai de m'espée forbie , 
D'autrui doumage ne li prenra envie. » 
Oliviers l'ot , tôt li vis* li rogie , 
Irez saut sus*, jà l'ferist lez l'oïe"*, 
Quant François saillent qui font la départie* 

XXIII. 

Guenes li cons* devant le roi s'esta** : 
« Droiz* empercre, fait-il, entendez çà. 
A tes messages aler à mi estra *; 
Cil qui là va jamais n'en tornera*; 
O velle* non, aler m'i estovra**. 
L'orguel Rollant no jent mar acointa*. 
Por le suen vuel n'en repairerai jà*. 
J'ai vostre suer qui un fil de moi a , 
Ne cons ne dus plus gent de lui n'en a* : 
C'est Baudoin; s'il vit, mot proz* sera. 
Gardez-le bien, que mais* ne me verra. » 
Respout li rois : « Trop vos desmeutez jà*. 

XXIV. 

Guenes fu mot coreceus et irez*. 
De peus* de martre est li cons afublez; 
Il se desfuble, s'est en bliaut* reniez. 
Gent ot le cors, si fu mot* bien molez, 
Gresles les flans , et par espaules lez * ; 
Les bras ot gros et les poins bien carrez, 
Vairs ot.les els*, si fu bien colorez; 
,Por sa beauté fu assez esgardez*. 
Dist à Rollant : « Corn es ores desvez* ! 
Dedens ton cors est entrez li maufez *. 
François ont droit, se par els* es blasmez; 
Car mot les as travailliez et penez* , 
Et cbascuu jor de lor armes lassez. 
]Marte crera* Challos, nostre avoez**, 



* Réprimande. 

* En sa puissance. 

* Si je trom-e. . 

* Tel coup. 

* L'entendit , tout le vi- 
sa ge 

* iirité il s'élance. ** Il 
lefrappâtprèsde l'oreille. 

* La séparation. 



* Le comte. ** Se tint. 

* Légitime. 

* Il me faudra. 

* Ne s'en retournera. 

* Que je le veuille. ** Fau- 
dra. 

* Mal accommoda nos 
f/ens. 

' Par son vouloir je n'en 
reviendrai jamais. 

* Il n'y a ni comte ni duc 
plus noble que lui. 

* Tris-preur. 

* far plus. 

* fous vous lamente: 
déjà. 



* Courroucé et chagrin . 

* De peaux. 

* Vêlement de dessus. 

* Et fut fort. 

* Large. 

* Il eut les yeux de cou- 
leur changeante. 

* Regardé. 

* Comme tu es mainte- 
nant fou ! 

* Le diable. 

* Si par eux. 

* Fa tj g nés. 

* .4 tort te croira. " Dé- 
fenseur. 



V. 40T.) DE UONCEVAUX. 137 

Et ton coraee qui est desmesurez*; 'Et ta volonté qui est 

™ ,. ^ , •* ^ j » •"'«"S mesure. 

Tu il tols moi* et des autres assez. * j„ le prives dr moi 

J'ai vostre mère, que mot* bien le savez. * far fort. 

Jugé m'avez par vos grant cruautez 

Que par moi ert cis* messages portez * Sera ce. 

Au roi IMarsille, qui tant est desioez*. * Déloyal. 

Nus* n'i ala qui en soit retornez ; * Mil. 

Se j'en repaire*, grant doumage i aurez, * 5/ j'en reviens. 

Qui durera en trestot vostre aez*. » *j'ie. 

Respont Rollans : « Vos dites fausetez'; 

V^os savez bien, et si est* veritez , * Et c'est. 

Aine* por menace ne fui trop esfréez; * Jamais. 

Nus sages hom* ne doit estre esgarez. * Aui sage homme. 

Se li rois velt, j'en sui toz aprestez* , 'tout'%ét' ^"'*' ^'^ '""' 

Je irai là, et vos ci remanrez * » * Et vous resterez ici. 

XXV. 

— « Certes, dist Guenes, por moi n'iras-tu mie : 

Tu n'es mes bons*, sor toi n'ai seignorie. * Mon homme. 

Challes me rove* qui France a en baiiiie**, nlu"''""'''' *" ^°"^"^^'"'- 

Et son barnage* li juge et li otrie** , * Ses barons. ** Octroie, 

Geste besoigne sera mot tost* fornie. * Bientùt. 

A Saragoze irai sans compeignie, 

Nus ne vait' là qui n'en perde la vie; * ,Vm/ ne va. 

Ains en ferai auques de légerie* ' Vaisjejerni un peu de 

' " trahison. 

Vers trestoz celz qui ceste m'ont bastie. « 

Rollans l'entent , ne poet muer n'en rie *. ^-^f f"'"' ^''-'"'P^cher d'en 

XXVI. 

Quant ce voit Guenes que Rollans rit forment*,* Beaucoup. 

Dist à Rollant : « Ne vos aui de nient*; ,'^;/;;/"' '-'"'"' "'"'^ ""''''- 

Sor moi avez doné faus jugement. 

Drois* emperère, véez-moi en présent, * Liijitime. 

Or me donez le baston et le gant, 

Si emplerai* vostre comandement. * Et je remplirai. 

Por cel Seignor qui forma tote gent. 

Se Deus de gloire repairer me consent *, * Consent que je revienne. 

Tels m'a jugié ne m'i tenra* por lent. * Tiendra. 

Malbailliez soie* se je chier ne li vent! >> * Que je sois maltraité. 

12. 



438 LE ROMAN 

— «Certes, distChalles, tropavez mal talent*. 
XXVII. 



(v. 43G.) 



* Mauvaise humeur, co- 
lère. 



« Beau sire Giiene, dist Challes, entendez. 

En cest message sai bien que vos irez. 

De nioie part Marsilion* direz, 

.Tontes ses mains , que soit mes comandez*; 

Demie-Espaigne quite li clamerez*, 

De moie part li soit li dons donez; 

De l'autre part sera Rollans chasez*. 

S'il ce ne fait, onques ne li celez, 

Cest grant barnage* que vos ici véez, 

A Saragoze ert * conduiz et menez , 

Tenrai le sége à trestoz mes aez*. 

Pris et liez sera par poestez*, 

Et ars en fou corne 1ère* provez. 

Ensi mora à duel et à viltez*. 

Par jugement sera desfigurez. 

Tenez ces briés qui sont enséellez*. 

Eus ou * poing destre au païen les metez. » 

Le bras li tent où li briés* fu posez. 

Guenes li cons* en fu mot esfréez; 

Quant le dut prendre, ce li est cseampez* ; 

Chéus li est, à poi n'est forsenez*; 

Tele honte ot, tôt en fu esfréez. 



* De ma part à Marsille. 

* Qu'il xoil, les maius 
jointes, mon vassal. 

* fous lui ahandonnerez 
la moitié de l'Espagne. 

* Apanage . 

* lîaronnacje, assemblée 
de barons. 

* Sera. 

* .Je tiendrai le siège toute 
ma vie. 

" De force. 

* Et brûlé en feu comme 
larron. 

* Avec douleur (t ignomi- 
nie. 

* Ces lettres qui sont scel- 
lées. 

* Dans le. 

* La lettre. 

* Le comte. 

* Échappée. 

* Peu s'en est fallu qu'il 
ne perdit la l'aison. 



XXVIII. 

Li empercre ot sa gent assemblé 
Et uns et autres à Cordes la cité. 
Or est Guenes mot mal eutalenté*, 
Rollant esgarde,* si l'a araisonȔ : 
« Cuvert*, dit-il, tu as le sen desvé**; 
A grant martire as mon cors délivré* , 
Quant sor moi as le messaige torné. 
Or irai là, jà n'eu ert trestorné*. » 
Nostre emperères l'a un poi* regardé : 
« Guene, dist-il, trop en avez parlé. > 
Un arc li tent, et Guenes l'a cobré*, 



* De fort mauvaise hu- 
meur. 

* Il regarde Roland. 

* Lâche. ** Perdu le sens. 

* Livré. 

* Cela ne sera paschangé. 

* Un peu, 

* Reçu. 



V. 470, 



DE RONCEVAUX. 



139 



D'un ehief en autre* l'a froissié et cassé : 
« Hé Dex! dist Challes, par ta sainte bonté, 
For cest félon somes toz tormenté. 
Par cel Seignor qui primes* me fit né, 
Je ne lairoie chier ne soit comparé*; 
Car Guenelons est mot de mal* pensé. 
De félonie le voi mot escaufé*. 
Vers traïson a tôt son cors torué. 
Li rois IMarsille, se il le sert à gré, 
Toz nos vendra por sa grant cruauté. 
Terre de France hui chiet * en grant vilté. » 



D'un bout à Vautre. 



* Premièrement. 

* .le ne laisserais pas que 
cher ne soit payé. 

* Mauvais. 



Échauffé. 



Aujourd'hui choit. 



XXIX. 

Guenes s'acline devant les pies Cliallon", 
Tendi ses mains, si reçut le baston. 
11 prist les briés o tôt le qiarelon*. 
En une boiste le mist por garison*; 
Puis pria Deu qu'il doinst maléiçon* 
A toz icels qu'el jugièrent par non* : 
« Par cel Seignor qui forma Lazarou , 
Se Dex ce donc qui sofri passion , 
Que j'en repaire à ma sauvation*, 
Jà ne ferai onques de mesprison* 
Que de Rollant n'en prenge vengeson*. » 



* Devant les pieds de 
Charles. 



* Les lettres avec le sceau. 

* Pour le conserver. 

* Qu'il donne malédiction . 

* Qui le désif/nèrent no- 
minativement. 



* Que j'en revienne sain 
et sauf. 

* De méfait. 



* l'engeance. 



XXX. 



Li emperères li tent son destre gant* : 

Guenes li cons s'en vait moll esmaiant*; 

Quant le dut prendre, as pies li chiet devant. 

Dient François : « A, Dex! par ton cornant*, 

Ço senefie dolor et perte grant. » 

— « Certes, dist Guenes, vos en serez dolant *. 

Par cel apostre que querent pénéant*, 

Tex m'a jugié , jà n'en ira riant. » 

Lors prist les briés*, ne va plus demorant. 



* Son (jant droit. 

* G. le comte s'en émeut 
fort. 

* Commandement. 



* fous en aurez du cha- 
grin. 
' Que cherchent pénitents. 



Les lettres. 



XXXL 

Guenes fu mot coreceus et irez*, 



* Courroucé et chagrin. 



\w 



LE ROMAN 



(v. .00.) 



Et dist au roi : « Donez-moi vos congez *; 
Si m'en irai, car trop me sui tarjez*. » 
Dist i'emperére : « A Dame-Deu soiez* ! » 
Guenes s'en torne* quant fu apareillez. 
Après lui vont de ses amis proisez*, 
De cels de France des mex* emparentez ; 
De son seignor est chascuns mot irez *. 
Des espérons fu ses chevaus brochez*, 
Tresc'à son tref* ne s'est pas atargiez*'. 
Guenes li cons* à son tref est alez, 
Com messager est mot bien conréez*. 
Espérons d'or a en ses piez fermez*, 
Ceinte l'espée à son sénestre lez*; 
Et vest sa broiue*, sor destrier est montez; 
L'estrier ii tint uns ses amis* privez: 
Ce fu ses oncles, Favien fu nouiez. 
Dient si home* : « Sire, car nos menez. » 
Ce respont Guenes : « Por nient* en parlez 
Par cel Seignor qui Rex est anommez*, 
Je n'el feroie por quanque* vos avez. 
Mex est que muire* que vos soiez damnez. 
Se sui ocis , vous l'orez* dire assez. 
En douce France, seignor, quant vos irez, 
De moie part ma mollier* saluez , 
Et Pinabel mon neveu n'obliez , 
Et Bauduiu mon fils , que vos savez. 
Celui aidiez, et s'onor* li gardez. 
Por la moie ame misses canter* ferez. » 
Sa voie acoille *, puis est achaminez. 
Là fu por lui meint chevalier troblez , 
Tant poing détors * et tant chevez tirez. 
Tresc'à cel jor* fu mot bien honorez, 
A cort de roi et serviz et loez. 
Par cels estoit riches cons * apelez. 
Plorent et crient chascuns de ses casez* , 
« Guenelon, sire, mar fustes encargez*. 
Qui là t'envoie jà n'ert de nos amez*. 
A! cons* Rollant, porquoi fus si osez? 
.Ta estes-vos de si grant parentez , 
Vos n'i serez garantiz ne tensez * 



* foire permission , 

* Attardt- 

* Adieu. 

* S'en va. 

* Prisés. 

* Mieux. 

* Chagrin. 

* Son cheval pique. 

* .Tusqn'àsatente. **-//- 
lardé. 

* Le cotnie. 

* Très-bien équipé. 

* Fixés. 

* Coté gauche. 

* Cuirasse. 

* Un sien ami. • 

* Disent ses hommes. 

* Pour néant. 

* Qui Roi est nommé . 

* Tout ce que. 

* Mieuxvaut que je meure. 

* Uoire:. 

* De ma part ma femme. 



* Son fief. 

* Mienne (hue m 
chanter. 

* Prend son chemin. 



* Tordu. 

* Jusqu'à ce jour. 

* Comte. 

* Fassaux. 

* A tort fûtes chargé. 

* .Jamais de nous ne sera 
aimé. 

* Comte. 

* Protégé. 



(v. r.12.) DE RONCIi:VAUX. 

Ne soiez mors et à honte livrez. » 



141 



XXXIl. 

Guenes chevauche, qui mot a fier corage ; 
Ensemble o* lui li sarasin message**, 
Rère* chevauchent cil qui furent mot sage. 
Li Sarasins dejoste lui s'entrage*, 
Por amor dist l'uns l'autre son corage*. 
Dist li païens : « Por coi 'stez en pensage*? 
Vostre emperère est de mot grant bornage*; 
Rome a conquise par son fier vassalage*, 
Puille et Calabre tient en son éritage , 
Constântinoble et Sassoigne* la large. 
Çà devers nos porprendrons * de sa marge. » 
~ « Certes, dit Guenes, or vos fera damage, 
Chier comperrez son estout vasalage*, 
.Jamais n'ert* rois de si grant seignorage. « 

XXXIII. 

Guenes chevauche, s'a son chief* incliné. 
Une aiguë* trove, le pont a trespassé **. 
Granz quinze liues a fort esperoné. 
Home ne feme n'a li gloz* apelé, 
"Fors Blancaudin, qui à lui est josté*. 
Dist li païens : « Gehis-moi * ton pensé. 
Par Mahomet , François sont desfaé *; 
Li dus*, li conte sont toz de grant fierté. 
Qui le roi ont si fait* conseil doné. 
Els et autrui ocirons à vilté *. » 
Guenes respont, li traitres renoié* : - 
« Ce fait Rollans, oui Dex doinst mal dahé * ! 
Li emperère estoit en mi un* pré, 
Desoz un pin menuement ramé, 
Por la calor qui est grans en esté ; 
Environ lui grant part de son barné*. 
Vint-i Rollans, son aubert endossé*; 
Conquis avoit , por sa grant pocsté *, 
Estranges terres et de lonc et de lé*. 
Et Carcassone, une boue cité. 



* Arec. ** Messagers, 

* Derrirre. 

* Prrs de lui s'approche. 

* Sa pensée. 

* Pourquoi éles-rous pen- 
sif? 

* Puissance. 

* Courar/e. 

* Saxe. 

* Prendrons. 

* Cher vous pai/erez son 
courar/e téméraire, 

* Ne sera- 



* Et, il a sa ti'te. 

* Une eau. ** Passé. 

* Le fripon. 

* S'est joint à lui. 

* Apprends-moi. 

* Mécréants. 

* Les ducs. 

* Un tel, 

* Filemeiit. 

* Renégat. ' 

* A tjui Bien donne mal- 
heur .' 

* Au milieu d'uu. 



* De sa nolilesse. 

* Son haubert endossé. 

* Puissance. 

* Et eu lart/e. 



442 



LE ROMAN 



(V. 577. 



Tint une pome par grant nobileté* ; 
Dist à son oncle son cuer et son pensé : 
« De toz roiames devez estre casé* ; 
Et tuit li roi seront déshireté. 
Et les corones !or toliirai* de gré. 
Mot* par nus a travaillié et pené, 
Moi sor toz autres a nialement grevé;* 
A cest message sui-je par lui torné. 
S'il est qui croire velle ma volenté , 
Ains que l'an past* en serons délivré. » 



* Noblesse, 

* Maître. 

* Enlèverai. 

* Beaucoup. 

* Méchamment. 

* Avant que Van passe. 



XXXIV. 

Dist li païens : « Cruel hom est RoUant, 

Qui tant bon roi velt faire recréant*, 

Et tante terre sor son oncle apendant *. 

E par quel gent esploit-il issi* tant? » 

Guenes li cons * li respont en riant : 

« Par les François, qui pros* sont et vaillant; 

Ne lor est mie de noient* prometant 

Argent et or, dont sont riche manant*. 

Li eniperère fet tôt le suen cornant*. 

A Saragoze fera maint cuer dolant*, 

Parmi Espaigne s'en ira conquérant , 

Ne finera de ci qu'en* Baligant, 

.fà n'en garrez nés* en Inde la grant. » 

Dist li païens : « Qu'alez ici disant ? » 

N'i ot message* qui n'en ait poor** grant. 

XXXV. 

Li Sarasins esgarde Guenelon : 
Cors ot bien fait et clère la façon*, 
Le ncis ot bel et chière* de baron , 
Proece ot* grant et regart de félon. 
Li cors li tremble aval* jusqu'al talon; 
Isneknient li a trait* un sermon : 
« Sire, dist-il , entendez ma raison. 
Quidez-vos prendre de Rollant vengeson* ? 
Par IMahomet, s'en faites traïson, 
l\Fot* est cortois li rois Marsilion, 



* f'aincu. 

* Dépendant de son oncle. 

* Jîcussif-il ainsi 

* G. le comte. 

* Preux. 
?icant, rien. 

Propriétaires. 

* Tout son commande- 
ment. 

* Affligé. 



Ne cessera jusqu'en. 
* fous n'' échapperez pas 
mime. 



Messager. 



Peur. 



* La face claire. 

* Fisage. 

* Eut. 

* En bas. 

* // lui a vite débité. 

l'engeance. 

* Fort. 



(^ 



DE RONCEVAUX. 



143 



Tote sa terre vos mettra à bandon* ; 
De sou avoir aurez grant partison*, 
Or et argent, pailes et siglatoti*, 
Muls et chevaus , charnels, ors et lion. » 
Guenes l'entent , si baissa * le menton , 
D'une grant pièce* ne dist ne o ** ne non. 



fous abandonnera. 

Part. 

Étoffes et écurlate. 



Et baissa. 
Pendant 
' I\'i oui. 



longtemps. 



XXXVI. 

Quant ont parlé Guenes et Blancandis , 
Li uns et l'autre , et bien séurs et fis * 
Que il quesront* que Rollans ert ocis. 
Ses grans orguels abaissiez et niaumis*, 
Tant ont esré par mons et par larris * 
Qu'en Saragoze sont venus au tiers dis*. 
Des blanclies mules se sont à terre mis, 
A un peron qui fu de marbre bis * ; 
Un faudestué* d'or fin i ert assis. 
Là sist li rois qui d'Espaigne ert baillis* ; 
Entor lui ot plus de mil Arabis. 
Nus n'i parole, ne nus n'i ert bais*, 
Que del message ne soient entrepris. 



* Certains. 

* Qu'ils chercheront {les 
moijens). 

* Mis à mal. 

* Bruyères. 

* Au troisième jour. 

* Gris. 

* Fauteuil, 

* Était maître. 

* Ni nul n'y était ébahi. 



XXXVII. 

Blancandins vint devant Marsilion, 

Mot fièrement commence sa raison * ; 

« Beau sire rois, sans* soie/- de Mahou 

Et d'Apolin, de cui la loi tenon *. 

Vostre message fu bien fait à Challon* , 

Ses mains tendi par grant afliction. 

Vers le suen deu* en fit une oreisou. 

Çà vous envoie un suen noble baron , 

Bien est de France, mot par est riches hoii*; 

Par lui saurez se aurez pais o non. » 

Respont Marsille : « Dont die, et nos Toron * 



* Son discours. 

* Sauvé. 

* Dont nous tenons la loi. 

* A Charles. 

* fers le sien dieu. 

* Il est fort riche homme. 



* Qu'il parle donc, et nous 
Voirons. 



XXXVIII. 

Guenelons fu cortois et enparlez *, 
Au roi a dit, com jà oïr porez 



* Éloquent . 



14 i 



LE RU M AN 



(v. (Ai.) 



« Marsilions , ma raison* entendez : 
Cil .Ihésu-Cris qui en crois lu |)enez% 
Et el sépulcre cochiez et repousez, 
Oarisse* Clialle, le fort roi coronez, 
Et si confonde trestoz tes parentez, 
Se ne créez mes diz que vos orez*, 
Et les escris que je ai aportez ! 
Challes vos mande , gardez n'el trépassez^ 
Que vos soiez balisez et levez; 
.fontes vos mains soiez ses comandez*, 
Demie- Espaigne à vos en retenez. 
De l'autre part sera Rollans chasez * ; 
Mot vertuous parzoner* i aurez. 
Se ceste acorde otrier* ne volez, 
A Saragoze venra o ses barnez*; 
Jà est li séjes et plevis* et jurez. 
Pris et liez serez par poestez* 
Et à Paris com chaitis* amenez ; 
Là morerez à deul et à viltez* , 
Par jugement serez tôt desmembrez. » 
INIarsille l'ot, par poi n'est forsenez*; 
Tel duel* en ot que toz en est desvez**, 
Et ses viaires* teinz et descolourez; 
Dou faudesteu saut jus*, tôt aïrez**. 
Par mal talent* fu Gueues esgardez ; 
Il tint un dart qui fu d'or enpanez*, 
Jà l'en férist* s'il n'en fust destornez. 



* Mon (lisrouris. 

* Siipp/irir. 

Prolrijc. 

' Mes paroles que vous 
oirez. 

' Gardez-vous il'!/ tiian- 
i/ucr. 

* Hou vassal. 

* ApaiHKjé. 

* Très-brave associé, 

* Accord octroyer. 

* Avec sa noblesse. 

* Le sicf/e en est di'jà ar- 
rêté. 

* De force. 

* Captif. 

* ,^vec douleur et vile- 
ment. 

' L'ouït , peu s'en faut 
qu'il ne perde le sens. 
^Douleur. ** Devenu fou. 

* risarjc. 

* Saute ù bas du fauteuil, 
*' En colère, 

* Mauvaise humeur. 

* Empenné. 

* Il l'en eût frappé. 



xxxix. 



Marsilions a la color muée *. 

Guenes li cous * mist la main à l'espée, 

L'une moitié l'a dou foire* getée; 

Après il dist : « Bêle este et bien letrée*. 

Par maint pais vos ai mot lonc* portée. 

Ne dira-hon en France la loée 

Que sens i moire * en estrange contrée. » 

Païen li dient une raison membrée* : 

« Guenelon, sire, laissiez vostre meslée; 

Cor SCU6* i estes, si seroit tost liuée. 



* Chanyéc. 

* Le comte. 

* Du fourreau, 

* Ornée d'inscriptions. 

* Fort lon<i1emps. 

* Que seul y meure, 

* Un discouis mémorable. 

* Seul. 



(v. 681.) • DE RONCEVAUX 

Por ce volons qu'ele soit apaiée*. » * Apaisée. 



145 



XL. 

Marsilions fu nîot maltalantis* ; 
Tût a perdu la color de son vis ;* 
Tant fu biasmés de ses meillors amis , 
Que il s'en r'est el faudestuc* assis. 
Dist l'angalie* : « Mal nos avez baillis**, 
Que cest François avez ici scheruis*, 
Bien déust estre escoutez et oïs. » 
Ce respont Guenes : « Ne sui si eslorniis* ; 
Car par Celui qui en la crois fa mis , 
Je ne lairoie* por home qui soit vis**, 
Ne por tôt l'or qui est en cest pais , 
Que ne lor die, s'en dévoie estre* ocis, 
Si come* Challes, li rois de Saint-Denis, 
Mande par moi ses mortez enemis. » 
Afublés ot un petit mantel gris , 
Ed Alexandre* en fu li dras faitis**; 
IMist-le arère, s'el reçut Blancandins. 
Guenes remest en un bliaut* de pris, 
Aine de s'espée n'i fu li poins guerpis*. 
En sa main destre fu l'oripun asis*. 
Dient païen : u Cis cons* est mot ardis. » 



* Fort en colère. 
Fisagc. 

* Au fauteuil. 

* Le calife. ** Traités. 

* Bafoué. 

* Étonné. 

* Laisserais. ** Fif. 

* Dussé-je en être. 

* Ainsi que. 

* Alexandrie.*'* Fabriqué. 



* Vêtement de dessus. 

* Jamais de son épéc u'y 
fut la poignée abandon- 
née. 

* La poignée dorée mise, 

* Ce comte. 



XLI. 

Guenelons fu vers le roi aprosmiez*, 
En haut li dist : « A tort vus corociez. 
Se duel * avez, por vos soûl ** le taisiez; 
Moi ne caut* gaires se vos estes iriez**. 
Challes vos niant, li proz et li senez*, 
Que vos soiez levez et batisiez*. 
Demie- Espa igné en sera vostre fiez* ; 
L'autre tenra Rollans, ses niés proisiez * 
Cel perzoner* qui est fors et aitiez**. 
Se ce ne faites, de verte* le sachiez, 
A Saragoze en serez aségiez. 
Par poesté * serez pris et liez ; 

LE liOMVN DE RONCEVAUX. 



* Approché. 

* Si douleur, iliar/rin, 
** Seul. 

' Il ne m'importe. ** Cha- 
grin. 

'* Charles vous mande , le 
preux et le sensé. 

* Baptisé. 

* Fief. 

* Prisé, estimé. 

* Cet associé. ** A rdent. 

* ré rite. 



* Par force. 



13 



d46 



LE ROMAN 



?15 ) 



Se Franc vos teuent, vos serez coreciez. 
De ci à Ais ne serez herbergiez , 
Contre cheval vos i menrous nus piez. 
Jà n'i aurois ù vos monter poissiez , 
Fors un sommier* qui toz est redossez** 
Là monterez, quanque talent* aiez. 
Cis briés* vos est de Challou enveiez ; 
Fetes-le lire , toz est aparilliez*. » 
En la main destre fu au païen fichiez*. 



* Cheval fie rliaryc.*'' JJc- 
chariié. 

* Quelque désir. 

* Cette lettre. 

* Elle est toute prête. 

* ^fise. 



XLIL 

Marsilles sot* des ars bien la maistrie** : 

Escoler fu en la loi paénie*. 

De duel qu'il ot a la chière* rogie; 

Les briés* desploie, s'a la letre scosie**; 

Plore des oils, trait sa barbe florie *, 

En pies se drece , à haute vois escrie : 

« Oez, seignor, com mortel estoutie* 

De Challemaine qui France a en baiilie *. 

Or li est mot sa grant ire estormie * : 

C'est por Basiu , por son frère Basic ; 

J'en pris les chiés* es prés soz ** Hautehoïe, 

Se de mon cors veus* aquiter la vie, 

ïost li envoie mon oncle l'angalie* ; 

Et se ce non*, n'en acorderai mie, 

Ne li caut* gaires se ma vie est fenie. « 

IN'i a païen qui en jot* ne en rie. 

Fors son neveu , ne lassera n'el die * : 

« Beau sire rois , Guenes a fet folie \ 

Tant vos a dit, la mort a déservie*. 

Livrez-le moi; proz sui de l'aatie*. » 

Guenes li cons * a s'espée brandie , 

Marsilion esgarde par rustie*. 

Par devant lui n'iert point de coardie*. 



* Sut. ^* Maîtrise. 

* Païenne. ' 

* Du chagrin qu'il eut à 
la figure. 

* Les lettres. ** Secouée. 

* Blanche. 



* Folie. 

* Sous son autorité. 

* Maintenant sa grande 
colère lui est émue. 

* Les tètes. ** Sous. 

* Je veux. 

* Le calife. 

* Et sinon. 

* !S'c lui importe. 

* Joue. 

* Se laissera pas de le 
dire. 

* Méritée. 

* Je suis bien pressé. 

* Le comte. 

* D'un air sauvage. 

* I\e sera point de couar- 
dise. 



XLin. 

A Saragoze mènent mot grant fréor^. 
iloc* avoit un noble pognéor**i 
De haut parage , fil à un aumazor*. 



^Frayeur. 

* Là. ** Combattant. 

* Émir. 



(V. 7.0.) 



DE RONCEVAUX. 



147 



Mot richement * parla por son seignor : 
« Beau sire rois, ici n'as-tii poor*. 
Voiz del félon com il mue* color. 
Mais hastez-vous à force et à vigor, 
Ocis en ereut meint gentil poguéor* ; 
D'ambedeus* pars i aura grant dolor. » 



* Très-cneryiqucment . 

* Peur. 

* Change, 

* Comhottants. 

* De deux. 



XLIV. 

Marsilions fu mot sajes* de lois , 

Vit la raison* qui n'est mie à son chois; 

Les briés* comande ardoir au feu gréjois, 

Dist au païen : « Par foi , cis mar est grois * , 

A los de vos ert tenuz mes consois*. » 

Soz une olive s'en va seoir li rois 

Desor un paile* qui fu blans come nois**, 

Et l'angalie* ses oncles li cortois, 

Et Fausirons ses frères de Limois , 

Et Giféus ses fiz qu'est de grant pois , 

Et Valebrons et Bréuz Taraorois*, 

Et Cliboïns et Clarius li Baudois *. 

Si dist iNIarsille : « Apellez le François, 

De nostre preu m'a plévie * sa foi. » 

Dist l'angalie : « Vos le humelierois. » 

Li Sarrasins acort à grant esfrois, 

Guenelon prist par la main et le dois, 

Puis li a dit : « A Marsille venrois*. » 

Li cons s'en torne , li consaus * fu estrois ; 

Huimais* commence la traïsou entr'ois**. 



* Savant. 

* La parole. 

* Les lettres. 

* Ce mal est grave. 

* Avec votre agrément 
sera tenu mon conseil. 

* Étoffe. *" JSeige. 

* Le calife. 



* L'émir. 
*De Bagdad. 

* De [servir) notre intérêt 
il m'a engagé. 



* Fous viendrez. 

* Le comte s'en retourne, 
le conseil. 

* Désormais.** Entre eux. 



XLV. 

Ce distMarsilles : « Guene, ne vos poist mie*. 
Vers vos ai fel auques de légerle * , 
Sans férir- vos mostrai grant estoutie*. 
Ces peax de martre vos doins par ameudie * , 
Cent livres vaut li orles*, sans folie; 
Hui premiers* est l'ovre fête et fenie. » 
Au col le conte les peut, cil le otrie*. 
« Guene, or me di, ne me celer-tu mie , 
Et garde c'aies la parole esbaudie*. » 



* Xe vous chagrine: pas. 

* Un peu d'étourderie. 

* Folie. 

* .le vous donne en dédom- 
magement. 

* La bordure. 

* aujourd'hui première- 
ment. 

* Celui-là l'octroie. 

* flaisunte. 



148 



LE ROMAN 



(v. 785.) 



Guenes respont que volentiers l'otrie. 
Après a dit une grant desverie * : 
« De ceste cache*, com l'ai bien establie, 
Grant part ferai de vostre coniandie*. » 

XLVl. 

Ce dist Marsilles : « Guene, por voir créez*, 
En talent* ai de moi serez amez. 
Nostre consals doit estre bien privez*; 
De* Challemaine serez araisonez**. 
Viels est et frailes, mot est grans ses aez* ; 
Mon escient, deus cens ans a passez. 
Par meinte terre se r'a le cors penez*, 
Tant gentiz rois a veincuz et ma lez , 
B orne conquise par ses grans poestez * , 
A Ais en France s'en déust estre alez ;' 
Tant séjoruast que il fust trespassez. » 
Et respont Guenes : « Por noient * en parlez. 
N'est hom si viels que n'el conesse asez; 
Je ne di mie pros ne soit et senez*, 
De grant baruage* est mot enlumenez. 
Tant n'ert par moi proisiez ne alosez * , 
Que plus ne vaille d'onor et de bontez ; 
Et li suen don et li ses largitez* 
Ne vus diroit nus bon* de mère nez. 
JMex vuel * morir qu'estre de lui sevrez**. » 



* Folie. 

* Chasse. 

* Commandement. 



* Croyez pour vrai. 
En désir ai. 

* Secret 



* Sur le compte de. ^ * Queti- 
lionne. 

* Son (Uje, 

S'est fatigué le corps. 

* Sa fjrande puissance. 



* Séant , rien. 

* Sensé. 

* Puissance, valeur. 

* Prisé ni loué. 

* Et ses largesses. 

* yul homme. 

* J'aimemieu.v.*'' Séparé . 



XLVII. 

Dist li païens : « Mot en sui merveillanz, 
De Challemaine qu'est chenuz et i'eranz*; 
Mon escient, passé a deus cens anz. 
Tant gentis rois a fait les cuers dolanz* : 
Diex! n'est-il jàd'osteler* recrêanz? » [lanz.] 
— « Non, ce dist Guenes, tant com vivra Rol- 
Meudre de* lui n'est en cheval montanz, 
Et Oliviers est mot proz et vaillanz. 
L'angarde font à* vint mil combatanz 
Li doze per dont Challes est poissanz*. 
Qui porroit faire tel orguel qu'est si granz 



* Gris. 

* Tristes. 

* De se reposer. 

* Meilleur que. 

* L 'ava nt- garde /. u vec 

* Puissant. 



(v. 820.) 



DE RONCEVAUX. 



449 



Fust abatuz , j'en seroie aïdanz ; 
Et Challemaines eu sera mot dolauz * 
Perdu ara le destre de ses ganz* , 
Jamais nul jor ne sera gueroiaiK. » 



^Trùs-chaijri». 
^ Son fjaitt lirait . 



XLVIIl. 

— « Beau sire Guene, dit Marsilles li rois, 

Je ai tel gent, plus bêle ne verrois; 

Quarante mil en ai as bons conrois* •. 

Bien puis combatre au roi et as François. « 

Ce respont Guenes : « Non vos, à ceste fois ; 

Se vos jostez as crestiens deslois*, 

Mon escient, vostre en ert li sordois*. 

Créez mon loz*, si ferez que cortois ; 

L'emperaor ferez 'ster à son cois * , 

Nus bom n'el voit* ne soit en grant esfrois; 

Por vint ostages que li envoierois 

S'en ira Clialles en France, ce est voirs* , 

S'enmènera l'orguel et le bofois', 

Son nef* Rollant qui mot est de grant pois, 

Et Olivier sor l'auferant norois*. 

S'il est qui 1' face chéoir en li bofois, 

Tant en ertCballes coreceus et destrois*. 

Que en Espaigne ne tenra* mais des mois. 



* liien équipés. 



* Déloijàux. 

* En sera le dommage. 

* Croyez mon conseil, 

* Rester en repos. 

* yiil homme ne le voit. 

* frai. 

* La bouffissure . 

* Neveu. 

* Sur le destrier de Nor- 
ioéf/r. 

* T. en sera C. courrouce 
et tourmenté. 

* IS'e tiendra. 



XLIX. 

« Mais qui fera que Rollans i soit mors 
Et Oliviers qui tant a gent* li cors. 
De Challemaine remanra li esfors*, 
Jamais d'Espaigne ne passera les pors ; 
Ne la corone dont en reluist li ors 
N'en portera, bien l'eu me dist li cors*. 
El col* l'en baise Marsille; si fist tors. 
Puis si comande ad ovrir ses trésors. 



* Gentil , noble. 

* Cessera lu force. 



'Le cœur. 

' Au cou. 



« Beau sire cons*, se Dex vos bénéie, * Comte. 

Corn faitement* perdra Rollans la vie? » * Commint. 



Vi. 



ISO 



LE ROMAN 



— « Sire, dist Guenes, ne vos cèlerai mie, 

Li emperères qui France a en bailiie * , 

As pors de Cipre ert sa hebergerie*, 

S'arrère-garde ert après lui bastie. 

Ses niés* Rollans, en cui il mot se fie, 

Et Oliviers à la chiere* hardie, 

Vint mil François auront en compaignie. 

Et vos, aiez vostre grant ost banie* ; 

Cent rnil païens de grant chivalerie, 

Lors i métrez à bataille establie. 

La gent de France si ert* morte et feuie. 

N'el di por ce , ce seroit grant folie, 

Autre bataille lor envolez bastie ; 

De vostre gent ert grans la desconfie*. 

Desquels que soit, n'estoira* Rollans mie : 

Adonc * aurez vostre guère fenie , 

Jamais por lui n'aurez broine* vestie. » 

Ce dist IMarsilles : « Dex me soit en aïe* ! > 



* En son pouvoir. 

* De Cize sera sa halte. 

* Sou neveu. 
*A lafif/ure. 

* Armce convoquée . 



*Sern. 



* Déconfiture. 

* IS'échappera. 

* A tors. 

* Cuirasse 
*Ai(te. 



LI. 



IMarsilles rueve* un livre point** avant, * Demande. 

Soz une olive* , sor l'erbe verdoiant , * Olivier. 

Sor un escu de fin or reluisant. 

La loi IMabom i tu et Tervagant, 

Et de cel deu qu'aorent* li Persant. * Qu'adorent. 

Desor eus jurent li païen mescréant. 

Se Rollant trovent rère-garde* faisant, * Uarriire-garde. 

Si corn il dient*, u'ara de mort garant. * Ainsi qu'Us disent. 

Et respont Guenes : « Tenez-me convenant*, * Parole. 

Li doze per n'i seront remanant*. » *N'ij resteront pas. 



'* Peint. 



LIE 



Atant ez-vus* un païen , Valebron; 
En tote Espaigne n'en ot* un plus félon. 
Cil adouba* le roi Marsilion, 
Il li cauclia* son premier esperon. 
ïresc'à l'oreille li bâtent li grenon*; 
Sire est en mer de quatre cens dromon*, 
N'i a galie qui soit se par lui non*. 



* Alors voici. 

' Il n'y en eut . 

* Arma. 

* Chaussa. 

* Moustaches. 

* Espèce de bàtimenl. 

* Galère qui ne soit à lui. 



887.) 



DE ROXCEVAUX. 



dol 



Jersalem prist par sa grant traïson , 
Jusque il fust au temple Salemon ; 
Le patriarche ocist sans raençon : 
« Tenez m'espée, si bone ue vit-hon; 
Entre le heut et le pont qu'est en son* , 
De Tor d'Espaigne vaut dis mille maugon ; 
Por amitié vos en faiz ci le don. 
Se m'aïst* Dex de Rollaut le baron, 
En Roncivaus quant nous le troverou, 
Desor ma loi le vos affieron*, 
Se je nM mur, que nos les ociron. » 
Puis li baisa la boche et le menton , 
Toz ce fist-il 11 gioz* par traïson. 



* La garde et la poif/iié 
(pli est en haut. 



*Si m'aide. 
* Certifierons. 



* Le fripon . 



LUI. 

D'autre part fu uns païens , Cliboïs , 

Clers et rians et de joie rogis ; 

Et dist à Guene : « Vos estes mes amis. 

Tenez mon eume * qui est à or floris , 

Aine n'ot si buen en trestot* cel pais. 

Eu nasel a un escarboncle* assis, 

Por cel vos doins* que il est de grant pris. 

Si m'aiderez de RoUant le raarchis, 

Cornent il soit enconbrez et ocis. 

Ses grans orgueus abaissez et maumis *. » 

Ce respontGuenes : « Bien est, ce vos plevis*. 

Il s'entrebaisent li uns l'autres ou vis*. 



* Heaume. 

* Jamais il n'i/ eut si bon 
en tout. 

* .4u nez, il i/ a uneescar- 
liouche. 

* Je vous le donne parce. 



* Mis à mal. 

* Je vous garantis. 

* Au visage. 



LIV. 

Et Brans de iMore ne se volt atargier * , 

A Guenelon se voudra acoitier* ; 

Il li dona un mervellos destrier. 

Lors saut en piez Braimonde, sa moillirr* : 

« E Guenes, sire, je vos ai forment chier*, 

Et Brans me sire *, et tôt si chevalier ; 

De moie* part ne poez abaissier. 

Deus nosches* ai qui mot font à proisier, 

De moie part donez* vostre moillier : 

Pierres i a de précious mestier *, 



* Ne se voulut tarder. 

* Accointer. 

* Sa femme. 

* Très-cher. 

* .Monseigneur, mon mari. 

* De ma. 

* Deux bracelets. 

* De ma part donnez[-les] . 

* Travail. 



152 



LE ROMAN 



(V. 



Qui valent mex de mil livres d'ormier*; 
Vostre empereres qui Frans doit justisier*, 
IN'ot aine* si bones que je vos vel doner. 
Jamais u'ert jor ne me doiez* amer. » 
Guenesrespont: « Por noient m'en prier*. > 



* QuemiUe livres d'or pur. 

* Gouverner. 

* N'eut jamais. 

* Neserajournemedcviez. 

* Inutile de m'en prier. 



LV. 

Marsilions fu droit en son esté*, 

Guenelon tint, si l'a motesgardé*. 

« Amis , dist-il , mot es de grant bonté , 

Tien cest anel à cristal noelé *. 

Je te conjur por ta crestienté. 

Que or me dies* ton cuer et ton pensé. 

De mon avoir aras à grant plenté*, 

Dis muls cargiez de fin or esmeré*; 

Tant t'en donrai com toi venra * en gré ; 

James n'ert jor en trestot ton aé* 

Que de moi n'aies tôt à ta volenté. 

Prenez les clés de ma large cité , 

Cest grant trésor donez vostre avoé ' , 

Que mi message li ont acréanté *; 

De moie* part li soit aprésenté 

Cil vint ostage qu'ici sont amené. 

L'arère-garde n'i soit pas oblié : 

Fiez -la moi sor Rollant l'aduré*. 

S'as pors le truis, jà n'en ert trestorné* 

Que ne l'ocie à l'espié noelé * . » 

Et respont Guenes : « Trop avons demoré. 

Es destriers montent, si sont acheminé. 



* Lofjis . 

* Regardé. 

* Niellé. 

* Qu'à présent me dises. 

* Abondance. 

* Epuré. 

* Comme te viendra. 

* En toute ta vie. 



* A votre protecteur. 

* Promis. 

* De via. 



* Le robuste. 

*Si aua- ports je le trouve, 
il ne sempas empéclié. 

* De mon épieu niellé. 



LVI. 

Li empereres qui Frans doit justisier*. 
Se part de Cordes o tôt si * chevalier. 
Droit à Valence se prist à repairier*. 
Rollans l'ot prise, s'en fist les murs froier*; 
Puis fu set ans acompli tôt entier 
Qu'ele fu gaste por le grant dcstorbier*. 
Hoc esta* Challemaine au vis** fier, 
Por Guenelon dont a fait messagier; 



* Gouverner. 

* Avec ses. 

* Revenir. 

* Ruiner. 



'Déserte par suite du 

grand sac. 

* Là se tint. ** fisugc. 



(v. 957.) 



DE RONCEVAUX. 



453 



Il quiert* consel , se li voudra noncier * il cherche. 
Se pais aporte ou voudra gueroier. 

Au matinet, quant il dut esclarier*, * Faire jour. 

Vint as hesberges* Guenes sor son destrier. *Au.r logements. 

LVII. 



Li solaus* luist, si fu et bel et cler, 
jNlesse et matines ot fait li rois canter; 
Rollans i fu et Olivier li ber*. 
Devant son tref* se sist por déporter**, 
Naimes li dus qui mot fist à loer, 
Et tant des autres que nus n'es poet esmer*. 
Guenes i vint, que Dex puist* mal doner! 
Mot doucement si comence à parler : 
« Beau sire rois , cil Dex vos puist sauver 
Qui fist le ciel et la terre et la mer, 
En sainte crois laissa son cors pener*, 
Et dou sépucre cochier et repouser, 
Et au tiers* jor de mort résusciter, 
Por pécbéors qu'il volt* à lui torner! 
De Saragoze vos puis les clés mostrer ; 
Mot grant avoir vos en faz* aporter. . 
Marsilles mande et si vos vuelt prier 
De l'angalie*, ne l'en devez blasmer. 
Mille païens en vi o lui * aler ; 
Si le lassèrent, n'i voldrent plus ester*, 
S'el convoïrent* jusc'à l'aiguë de mer. 
Por ce le firent, n'el vos quier à celer *, 
Ne se vont* pas bautiser ne lever. 
Tant i estui* que je n'el vi errer; 
Ançois* qu'il veist [près d']une li£ue alcr 
Le prist uns ores , si com oï * conter. 
Là sont noiez, n'en poés plus doter. 
IMarsiiions, por lui mex * conforter, 
Venra en France, o* lui mil baceler**, 
Tôt de grant pris por lor armes bailler*. 
Par tote France voudront lor cors mostrer, 
Par vo commant eu Espaigne torner*. 
De vos tenra * la terre à governer, 



* Le soleil. 

* Le haroh. 

*S(i tente. **Se divertir. 

* Compter. 

* A qui Dieu puisse. 



* Supplicier. 

* Troisième. 

* l'oulut. 

* Fais. 



* Du calife. 

* Avec lui. 

* Et ils le laissèrent, ji'y 
voulurent plus rester. 

* Et ils raccompagnèrent. 

* Je ne cherche pas à vous 
le celer. 

* ye se voulut. 

*rij fus. 

* Avant. 

* Orage, ainsi quej'ouis. 

* Mieux. 

*Avec. ** Jeunes hommes. 

* Gagner. 

* Par votre commanile- 
meut en E. retourner. 

* Tiendra. 



134 



LE ROMAN 



Servira-vos tant com pora durer. » 

Et respont Challes . « Dex eu vel* mercier ; 

Bien l'avez fait, mot* vos en doi amer. » 

Par toute l'ost font les gresles* soner; 

Franc se deslogent, lor somiers font trosscr*. 

LVIII. 

Li emperère a Espaigne gaslée, 
Les castiax fraiz* , mainte cité brosée**. 
Ce dist li rois : « Saragoze est fermée. » 
Vers douce France a sa grant ost* tournée. 
Va-s'en li jors, si rsvint la vesprée*, 
Li cons Rollans a s'enseigne escriée*. 
François herbergent aval par la contrée , 
Près a* deus lieues ù s'est l'ost establée. 
Li Sarrasin issent à recelée* , 
Elme* lacié, broine cà or** endossée; 
Là véist-l'en tante targe roée*, 
Tant fort escu, tante lance acérée. 
IMot près des pors a * une grant valée , 
Quatre cent mile atendent l'ajornée*. 
A ! Dex de gloire , com maie* destinée. 
Quant or* n'el savent nostre gent honorée! 

LIX. 

Va-s'en li jors, si vient la nuit série*; 
Et Callemaines à la barbe florie*, 
Droit en son tref, à mesnie escherie*, 
Sonja un songe qui grant duel* senelie : 
Qu'il ert as pors o sa grant ost banie *, 
ïeuoit sa lance dont li fers respleudie. 
Gueues li cons* l'avoit soz lui froisie; 
Por sa vertu l'a crolée* et brandie, 
Qu'entre ses poinz li est fraite* et brisic. 
Contre le ciel est la clartez saillie*. 
Challes se dort, il ne s'esveille mie. 

LX. 



* Dieu J'en veux. 

* Beaucoup. 

* L'armée f. les clairons. 
*Charijer. 



* Fracturi. ** Brisée. 

* Armée. 

* Le soir. 

* Le comte R. a lancé son 
cri d'armes, 

* Il y a près de. 

* Sortent à la dérobée. 

* Heaume, ** Cuirasse do- 
rée. 

* Là aurait-on vu tant de 
larges ornées de roues. 

* Il y a. 

*La venue du Jour. 

* Mauvaise. 

* Maintenant. 



* Sereine. 

* Blanche. 

* D. en sa tente, avec peu 
de monde. 

* Douleur. 

* Qu'il était aux ports , 
avec sa grande armée con- 
voquée. 

* Le comte. 

* Secouée. 

* Fracturée. 

* Sautée. 



Li emperère autre vision sonja : 



I 027 . ) 



DE RONCEYAUX. 



loo 



Qu'il ert en France, à Ais, où il esta* ; 
Tenoit un ors, qui mot le coreça 
Et ens ou bras durement le navra '^ : 
Deci qu'à l'os la car li endampna*. 
Devers Espaigne uns leupars escampa*. 
Droit vint à l'ors, que pas n'el refusa. 
Atant uns veltres* dou palais avala** , 
Devant à l'ors li veltres si josta* , 
Por soie* amor grant assault li dona, 
I^a destre* orelle au félon ors trcncha. 
Quant il l'ot mort*, al leupart repaira** , 
Mot fèrement envaïr le ala. 
Challes se jut, deci qu'il ajorna*. 
Quant il s'esveille, as François le conta ; 
Mais il ne sevent mie où se tornera. 



*Se tint. 

* Blessa. 

* La chair lui cnclomma- 
fjea. 

* S'échappa. 

* ^4 lors un chien. "Des- 
cendit. 

* Se joignit. 

* Pour son. 

* La droite, 

*Tuc. ** Revint. 



*Se coucha, jusqu'à ce qu'il 
Jil jour. 



LXI. 

Va-s'en la nuit, li jors est aparanz*; 

Li oiseus lèvent , si comencent lor canz*; 

Monte li rois et ses bernages grauz*. 

Mil graisles* soneut par merveillos samblanz. 

Li emperères s'en apelle ses janz : 

« Seignor, dist-il, entendez mes comanz*. 

Vez les destroiz* merveillos et pesanz; 

Car jugiez ore qui sera remananz* 

A rère-garde de ci c'as pors passanz*. » 

— « Sire, dist Guenes, je l'afie* de RoUauz, 
N'i a baron qui tant soit redotanz*. » 

Li rois l'entent , si fu grains et dolanz * : 
« A! gloz*, dist-il, com es outrecuidanz! 
Qui me doit donc mes angardes faisanz * ? » 

— « Sire» dist Guenes, Ogiers li combatanz; 
IS'i a vassal qui plus i soit vaillauz. » 



* Paraissant. 

* Chants, 

* Et ses grands barons. 

* Mille clairons. 

* Commandements. 

* Défilés, 

* C'est pourquoi juge: 
maintenant qui restera. 
"A faire Varricre-garde 
jusqu'au passage des ports. 

* Je le garantis. 
"^ Redoutable ■ 

* En colère et chagrin. 

* Fripon . 

"^ Faire mes avant-gardes. 



LXIL 

Quant Rollans oit Guene si desrainier* , * Ainsi parler- 

L'arère-garde desor lui si jugier*, * Ainsi adjuger. 
Respondu a à loi de chevalier : 

« Sirë parastre, mot* vos doi avoir chicr. * neaucuup. 



156 



LE ROMAN 



(v. 1062.) 



N'i perdra Challes qui vaille un soûl denier, 
Ne mur ne mul c'on péust chevachier, 
Que à l'espée n'el coveigne apaier*. » 
Guenes respont : « Bien i poez aidier. » 

LXIII. 

Rollans se cline* devant les piez Challon**, 

Il l'en apelle par grant afliccion : 

« Droiz* eniperère, entendez ma raison. 

Tôt sont vendu li douze compeignon. 

Donez-me l'arc, le gant et le baston, 

Je vos plevis*, ne me 1' provera-l'on , 

Qu'ici m'escampe* corne a fet Guenellon , 

Quant il ala au roi Marsilion. 

Je vos plevis qu'il a fait traïsou. » 

Li emperère en baissa le menton, 

Tire sa barbe dont blanc sont li grenon', 

Plorant li done le gant et le baston. 

LXIV. 

Devant le roi vint li dus INeime estant* ; 
Blanche ot la barbe, si ot le poil ferant * ; 
Meillor vassal ne monte en auferant*. 
« Droiz* emperère, entendez mon taUint**: 
Ne créez pas consel de soduiant*. 
Par cel apostre que querent pénéaut * , 
Tôt sont traïz, par le men esciant. 
Avez oï que Guenes va disant? 
L'arère-garde a mise sor Rollant ; 
Il est mot fel*, cruel et soduiant ; 
Bien conoisiez qu'il a mot fier talant, 
N'i a François qui sor lui soit alant. 
Douez-li l'arc, n'i alez plus tarjant*, 
Mais comaudez qu'il ait aiue* grant. » 
Li rois li done, irez * et eoroçant; 
Li cons* laprent, doucuer liez et joianl**. 

LXV. 

Li emperère ot mot le cuer iré* ; 



*Qu^avec l'épée il ne le 
faille pai/er. 



'' S'incline. ** De Charles. 
* Légitime. 



*Je vous garantis. 
* Me dérobe. 



''Moustaches. 



En présence. 

* Gris. 

* Cheval d'Afrique. 

* Légitime. ** Intention. 

* Fourbe. 

* Pénitents. 



Félon. 



* Tardant. 
"Aide. 

* Chagrin. 

''Le comte. " Gai et 
joyeu.v. 



Chagrin . 



(^ 



1096. 



DE RONCEVAUX. 



157 



Il se dreça amont en son esté*, 
Rollantapelle, et dist-li son pensé : 
« Biau sire niés*, entendez-moi por Dé. 
Dire vos vuel*, ce sachiez de verte, 
L'arère-garde ferez de mot bon gré. 
De mon bernage tôt le mex alosé* 
Tenrez o* vos; si serez plus doté**. » 
Respont Rollans : « Jà ne sera pensé ; 
Mex vuel* morir que face tel viité**. 
Mil chevalier me remenront * armé, 
Ségur* de cuer et vassal aduré**. 
Passez les pors à droite* séurté, 
Mar douterez* home de mère né. » 



En son séant. 

* Neveu. 

* Je vous veux. 

' De mes barons tous les 
mien.v famés. 

* Tiendrez avec. ** Re- 
douté. 

* J'aime mieu.V."^nicnie. 

* Resteront. 

* Sûrs. *'' A Vépreuvc. 

* En parfaite. 

* fous aurez tort de crain- 
dre. 



LXVI. 

Desor un mont est Rollans ndobez*, 
Vest son haubert qui lu à or safrez*, 
Et lace l'eume* qui si fu dur trempez, 
Jà par cop d'arme ne sera entampnez*. 
Ceint Durandart dont li pons* fu dorez ; 
Hanste * ot mot fort, li fers fu acérez, 
Ses gonfanoDS fu blaus, à or listez '. 
Monte un cheval, mot fu bien acesmez*, 
Bien sembla prince de bataille adurez* 
Qui de ses armes fu forment* redotez. 
Sor Velantif, son cheval, est montez; 
A haute vois li cons* s'est escriez : 
« Or* verai-je qui sera mes privez. » 
Dient François, de cui il est amez. 
Que par eus iert* secoruz et gardez. 



* Équipé. 

* Damasquiné d\>r. 
Le heaume. 

* Entamé. 
La poignée. 
Hampe. 

* Rayé d^or. 
''Caparaçonné. 

* Endurci à la bataille. 

* Fortement. 

* Le comte. 

* Maintenant. 

* Sera. 



LXVII. 

Li cons* Rollans fu orgeillos et fiers, 
Joste li fu ses compcius* Oliviers, 
Vint-i Gérins, si est venus Gériers, 
Otes li quens et li dus* Bérengiers, 
Et fu Hunez que li rois ot tant chiers. 
Si est venus li Gascons Engelicrs, 
Estoz de Lengres i est venus premiers. 



* Le comte. 

* Près de lui fut son coni- 
paijniin. 

''Le comte et le duc. 



14 



158 



LE ROMAN 



Dist l'arcivesques, qui est pros et ligiers : 
« .là ne lairoie*, por tôt l'or de Poitiers, 
Que ceste jor ne soie earpentiers. » 
— « Ne je, beau sire, ce dist li cous * Gautiers ; 
Aneui verrez mes cox* grans et pleniers. 
S'or * n'en aïe mes fers et mes aciers, 
Ne pris * mon cors vaillant quatre deniers, 
Joste* Rollant, qui tant est bon guerriers; 
De lui secorrc est illcc grans mesliers*. » 
Entre als sont bien vint mile chevaliers. 



* Je ne 

ItU'Ill,. 



laisserais nulle- 



* Le comte. 

* -Itijourd'lini verre: mes 
coups. 

* Si maintenant. 

* Je ne prise. 
Près de. 

* Là rjrand besoin. 



LXVIII. 

Li cons* Rollans fu chevaliers eslis**; 
Dist à Gautier : « Non ferez, mes cosis*. 
Porprenez-moi ces puiz et ces larriz*. 
N'est drois qu'i perde li rois de Saint-Denis. » 
Respont Gautiers, qui proz est et hardis : 
« Bien le doi faire, car je sui ses plevis *. » 
Le destrier broce, si fu l'espiés* brandis, 
A* deus cens homes est de Rollant partis; 
Monte les tertres, les puiz et les larris, 
N'en descendra por home qui soit vis", 
S'en* aura trais set cens brans coiéis**. 
Uns rois païens qui ot non Amauris 
Et de Biterue ert sire poestis*. 
Le jor les a détrenciés* et ocis. 
Fors souI Gautier qui s'en est départis*. 

LXIX. 



* Le comte. ** D'élite. 

* Mon cousin. 

* Occupez-moi ces han- 
leurs et ces brui/ires. 



* Son vassal. 

* Éperonne, cl fut répieu. 

* Auec. 



* Et il en. 
rés. 



'Sabirs acé- 



Etait seiyueur puissant. 

* Taillés en pièces. 

''A l'e.vccjition seulement 

de G. qui est parti. 



Envers les pors prist li rois à passer. 
L'angarde fait li dus Ogier li ber* : 
De celé part u'estuet-il rien doter* ; 
Et par derères, por les autres garder, 
Remest* Rollans, qui mot fait à loer, 
Et Oliviers et tôt li douze per. 
De cels de France ot* vint mil chevalier, 
Bataille auront. Dex penstdel délivrer*! 
Guenes le set, que* Dex puist mal doner! 
N'a tant de cuer que jà s'en puist* celer. 



* L'avant-(/arde f. le duc 
O. le preu.Vk 

* Ne faut-il rien crain- 
dre. 



* Reste. 



* Il y eut . 

* Que Dieu pense à la dé- 
livrance, 

* A qui. 

*Qu'il s'en puisse. 



(v. 



DE RONCEYAUX. 



159 



LXX. 

Haut sont li pui et li val ténébror *, 

Les roches dures et puis de grant hautor; 

François passèrent le jor à grant dolor, 

De quatre liues oïssiez la rumor. 

Quant il aprochent vers la Terre-major*, 

Virent Gascoigne , la terre lor seignor, 

Reniembre-lor des fiez et des onor *, 

De lor enfans et des gentis usor* ; 

N'i a celui qui de pité n'en plor. 

Sor tos les autres a Challes grant dolor, 

Cas pors d'Espaigne a laissié son nevor*. 



* Les mon ta fj nés et les val- 
lées ténélirenses. 



* La f/rancle Terre, la 
France. 



* Des fiefs et des terres. 

* Nobles épouses. 



* Neveu. 



LXXI. 

Li doze per sont reniés * en Espaigne : 
Vint mile Frans avoit en lor compaigne* ; 
N'i ont poor* ne de morir dosdaigne. 
Li emperères s'en repaira* en France, 
Plore des oils*, tire sa barbe blance , 
Sor son mantel en fait sa conoisauce*. 
Derière lui chevauche li dus * Nayme, 
Si dist au roi : « De cui avez pesance*? » 
Challes respont : « Tort a qui le demande. 
Tel dolor ai, ne puis muer ne plange*. 
Por Guenes ert* déserte tote France; 
C'anuit* me vint par la vision d'un angle**. 
Entre mes poinz me débrisoit * ma lance. 
Grant poor ai mes niés Rollans remaignc *, 
Dex ! se j'el pert, jà n'en aurai escaigne*. » 



* Restés. 

* Compagnie. 
*Peur. 

* S'en revint, 

* Des yeux. 

*Son signe de reconnais- 
sance. 
' Le duc. 

* Chagrin. 

* .Te ne juiis m'empèclier 
de me plaindre. 

* Sera. 

* Car aujourd'hui. **•/«- 

* Brisait. 

* Quemon neveu I{. reste. 

* Échange, compensation . 



LXXIl. 

Challes li Maines ne puet muer ne plor* 
De ses François en ot mot grant dolor, 
Et de Rollant mcrveillouse poor. 
Guenes li fel * en a fet traïsor. 
Don roi païen a pris mot grant trésor, 
Or et argent, pailes et ciglator*, 
Muls et camels*, hevaus, lions et ors. 



S'empêcher de pleurer, 



* Le félon. 

*lîlol'fes de pri.v cl écar- 
ta le'.' 

* Cluuncau.r. 



160 



LE ROMAN 



(v. II08.) 



Marsilles mande en Espaigne la flor, 
Contes et dus h mot grande fuisor' ; 
Quatre cens mil i assembla le jor. 
En Saragoze fait soner tel froor* 
Et iMahomet lever sus en hauzor*; 
Puis chevauchèrent par mot grande fréor 
Tertres, valées, environ et entor. 
De cels de France percevent l'oriflor*, 
L'arère-garde des doze pognéor* ; 
Eus ne lerront* por bataille n'estor**. 



Foison. 



Alarme. 
* En haut. 



* Aperçoivent l'oriflamme. 

* Combattants. 

* Laisseront. *''i\icombat. 



LXXIII. j 

Li niés* Marsille li est venuz devant, 
Sor un mulet, un baston en sa niant * ; 
Son oncle apelle, par mol bel contenant* : 
« Beau sire rois, je vos ai servi tant, 
J'en ai eu grans peines et torment , 
Faites batailles, s'ai vencuz esraraant*; 
Un don vos quier*, c'est le cors de Rollant. 
Je l'ocirai o* mon espié trenchant. 
Se Mahomet me velt estre garant*, 
Aquiterai d'Espaigne pièce grant. 
Dès les pors d'Aspre deci qu'à * Durestant. 
Là sera Challes, Franc erent recréant*, 
IN'arez mais guerre à tôt vostre vivant*. » 
Li rois Marsille en a doné son gant. 



* Le neveu de. 

* En sa main. 

* Contenance. 



* Promptement. 

* Demande. 

* Avec. 

* Protecteur. 

* Jusqu'à. 

* f'aincus. 

* En toute votre vie. 



LXXIV. 

Li niés* Marsille tint le gant en son poug , . 
Son oncle apelle par moult lière raison : 
« Beau sire rois, mot m'avez fet grant don ; 
Car m'eslisiez unze de vos baron , 
Si combatrai les doze compaignon. » 
Tôt primcraius* respondi Falsagon, 
Cil estoit frère au roi Marsilion : 
« Beau sire niés*, je et vos i seron; 
Ceste bataille, voirement* la feron ; 
L'arère-garde de la grant ost Challon *, 
Tuit sont jugié* li doze compaignon. » 



*Le neveu de. 



* Tout le premier. 

* Neveu. 

* f'raim^nt. 

* Armée de Charles. 
' Coudamuts. 



(V. 1233.) 



DE RONCEVAUX. 



161 



LXXV. 

Un amoraive i ot * de Balaguer, 
Cors a galant et le vis* bel et cler. 
Puis* que il est sor son cheval corsier, 
Mot se fet fier de ses armes porter ; 
De vassalage fet mot* bien à loer. 
S'en Deu eréust, bien féist à douter* : 
« En Ronchivals voudrai mon cors guier*; 
Se truis RoUant, vis* n'en puet escaper, 
Et Olivier et tôt li douze per. 
François moront, bien le puis afier* : 
Challes li rois ne fait mot à doter, 
Recréans ert* de la guerre mener. 
Encor aurons d'Espaigne le régner*. » 
Li rois Marsille mot l'en fait mercier. 



* Un émir il y eut. 

* Le visage. 

* Depuis. 

* De vaillance fait très. 

* Il eût bien été à crain- 
dre. 

* Guider. 

* Si je trouve R., vif. 

* Assurer. 

* Fatigué sera. 

* Le royaume. 



LXXVI. 

Un amiral i ot* de Barcareigpe, 
N'ot plus félon en la terre d'Espeigne; 
Si dist au roi : » Unques n'aiez reseigne*. 
En Roncivals guierai ma compaigne*, 
A* vint mil homes, ou escu ou enseigne. 
Se truis* Rollant, de mort lifas estreigne; 
François moront, s'en ert France breheigne*, 
Jamais n'ert* jor que Challes ne s'en pleigne. » 

LXXVII. 

D'autre part est Torchis de Torteloze, 

Ce fu uns cons, seue* est la cité soûle, 

Grant demi-pié a baée la goule* ; 

Des cristiens vont* faire tel dévore **. 

Cil dist au roi : « jN'e vos esmaiez ore", 

Plus vaut Mahom que saint Pierre de Rome ; 

S'a lui servon, l'ouor dou camp arôme*; 

De mort n'auront garisou* por nul home. 

Véez m'espée*, qui mot est longue et bone 

A Durandart je la métrai encontre, 

Asez orez * laquele ira desore. * Ouirez. 



Tn émir il y eut. 

* Souci. 

* Compagnie, 

* Avec. 

*Sije trouve. 
' El France en sera sté- 
rile. 

* i\'e sera. 



* Comte, sienne. 

* La gueule béante. 

* Voulut. ** Carnage. 
*Xe vous émouvez main 
tenant. 

* Aurons. 

* Garantie. 

* f'oyez mon épée. 



14. 



162 



LE ROMAN 



(v, I20G.) 



François moront, s'il à moi s'abandone. 

Challes li rois i aura duel* et honte, * Douleur. 

Jamais ou chief * ne portera corone. « * En trte. 



LXXVIII. 

D'autre part est Estormis de Vallerne, 
Sarrasins ert*, riches hon en sa terre; 
Devant les autres il s'escrie en la presse : 
» Eu Ronchivals irai l'orguel desfaire. 
Se truis* Rollant, n'en portera la teste, 
Ne Oliviers qui les autres chaele*. 
Li douze per sont hui* torné à perte. 
Des bons vassaus aura Challes soferte*. » 

LXXIX. 

D'autre part est uns païens, Estorgant*, 

Et ses conipains* qui ot non Estramant; 

Cil sont félon, traïtor soduiant*. 

Si dist Marsille : « Seignor, venez avant. 

En Roncivals irez as pors passant. 

Si aiderez à conduire ma gent. » 

— '( Volentiers, sire, tôt à vostre comant^ 

Je vel aler par les rens sermonant , 

Nos asaurons * Olivier et Rollant. 

Li douze per n'auront de mort garant; 

Car nos espées bones sont et tranchant. 

Nos les ferons vermelles de lor sant. 

Terre-major* vos métrons eu présant : 

Venez-i, roi, vos Tarez voirement*; 

L'emperaor vos rendrons recréant*. » 

LXXX. 

Corant i vint Margaris de Sebie * ; 
Cil tint la terre de ci* en Samarie, 
N'i a païen de tel chivalerie. 
Por sa beauté dames li sont amie ; 
Feme n'el voit, li els * ne li elarie**, 
veulle non talent* a qu'ele rie. 



* Était. 



* Si je trouve. 

* Guide. 

* Aujourd'hui. 

* Dommage. 



* D'Astorga. 

* Sou compagnon. 

* Fourbes. 



Commandement. 
* Nous assaillirons. 



* La grande Terre. 

* Fraiment. 

* Faincxi. 



*Seville. 
* Jusque. 



* L'œil. Devient clair. 

* Désir. 



(V. 



1-298. 



DE RONCEYAUX. 



463 



En la grant presse sor les autres escrie, 
Et dist au roi : « Ne vous esmaiez raie. 
En Roucivals Rollant vueil que Tooie*, 
Ne Oliviers n'en portera la vie. 
Li douze per sont reniés* à inartire. 
Véez m'espée qui d'or est enhaltie*, 
Tramist l'usor li amirals d'Ongrie*, 
Je vos plevis que ert* en sanc bagnie. 
Clialles li Maines à la barbe florie* 
Jà n'ertmais* jor que n'en ait dolosie**. 
Gésir* porons au bore de Saint-Denie. » 
Li rois méismes durement * l'en mercie (l). 



Je veux tuer lioUtud. 



* Restés. 

* A une poignée d'or. 

* L'épouse de l'émir de 
Hongrie {me) l'envoi/a. 

* Je vous garantis que 
sera. 

* Blanche. 

* Jamais ne sera. *' Dou- 
leur. 

* Coucher. 



* rivoneul. 



LXXXI. 

is noz a fait moult pener; 

i par Celui qui tout a à sauver, 

[Si Di]ex en France me donne retorner. 
Moult chièrement li cuit guerredonner * ; 
A roncins .iiij. * le ferai traîner. » 
Aprez cest mot font la messe cbanter ; 
Li cuens* R-ollans i vait por escouter. 



* Je lui pense revaloir. 

* A quatre chevaux. 

* Le comte. 



LXXXIL 

Quant Karlemaines ot son ost devisée*, 
Vers douce France a sa voie tornée : 
L'arrière-garde ot Rollant commandée*, 
Et cil la fist, ne l'a pas refusée , 
A .XX. M. homes dou raieus de la contrée. 
Vait-s'en la nuis , si est l'aube crevée ; 
Riaus fu li jors, clere la matinée, 
Li solaus * luist qui abat la rousée , 
Cil oisel chantent en la selve* ranimée. 
Li arcevesques a la messe chantée : 
Li cuens* Rollans l'a de cuer escoutée, 



* Disposé son armée. 

* Recommandée à Roland. 



* Le soleil. 

* Forêt. 



* Le comte. 



(l) Nous laissons, à parUr d'ici, le texte conservé dans l'ancien manuscrit de Ver- 
sailles, aujourd'hui possédé par M. Bourdillon, qui l'a sui\i de préférence dans son 
édition de Rondsvals. La suite du poëme nous est fournie par le beau manuscrit 
de l'ancienne bibliothèque Colbert, aujourd'hui conservé dans la Bibliothèque im- 
périale, n" 7227.^- Nous le reproduisons très-exactement. 



d64 



LE ROMAN 



(v. 1328.) 



D'unne once d'or l'a li ber honorée , 

Saingna son chief , s'a* l'ymaige auclinuée; 

Ist don moustier, s'a sa corpe clammée*. 

Vint au perron, si demanda s'espée; 

Cil lui aporte cui il l'ot commandée", 

Et cil la ceinst*, qu'en donna grant colée** 

A maint païen sera aneui privée*. 

Sor Veillantin, à la crope truilée*, 

Sailli li cuens* sans nulle demorée; 

Pas avant autre, a l'angarde* montée. 

Soz son vert elme* a sa teste anclinnée, 

Contre son pis* a sa targe sarrée. 

Vit de païens moult grant ost aiiuée*, 

.Lx. mile en a premiers esmée*; 

Par .iiij. sens ont porprins* la valée. 

Il les maudist de la Virge honorée : 

« Dex! dist Rollans, qui fis la mer salée! 

Mien anciant, ma mors est porparlée*. » 



* Signa sa tête , et a, 

* Smi de l'église, et a con- 
fesse sa faute, 

* Donnée en garde. 

* Et celui-là la ceignit, 
** Accolade. 

* Avec m. p. fera aujonr- 
d'hni connaissance . 

* Arrondie. 

* Sauta le comte. 

* Le tertre. 

* Heaume, 

*C- sa poitrine. 

* Très-grand armée assem- 
blée. 

"A en.ooo il les a d'abord 
estimés. 

* Investi, 



* A mon escient, ma mort 
est sur le tapis. 



LXXXIII. 



Li cuens I\ollans vint en l'angarde en son*. 

Et vit aval maint Sarrazin félon ; 

Crans .iiij. lieues, que de fi* le seit-on , 

Orent porprins* entor et environ • 

El premier chief* le roi Marsillion; 

Bien le connut Rollans, li niés Charlon*, 

As garnemens* qu'il ot et au dragon. 

A une lieue ierent* jà li glouton. 

Et porpreunoient* les terres environ, 

Quant li niés Karle commensa s'orison* : 

« Dex ! dist li cuens, par ton saintisme* non , 

Qui en la Virge préis annuncion*, 

Saint Daniel délivras dou lion 

Et saint Jonas du ventre d'un poisson, 

Et suscitas* de mort saint Lazaron, 

Et tu saint Pierre posas en pré-Noiron*, 

Et convertiz saint Pol, son compaingnou; 

Et ton saint cors livras à passion , 

Por péchéors venir à raenson ; 



* Le comte R, v, sur le 
tertre en haut. 

* De source certaine. 

* Investi, 

* Tout à fait en tète. 

* Le neveu de Charles. 

* Au costume. 

* Étaient. 

* Investissaient, 

* Son oraison. 

* Très-saint. 

* Annonciation , 



Résuscitas, 
* Aux prés de JSéron (à 
Rome ). 



(v. 1363.) 



DE RONGEVAUX. 



165 



Sainte Suzanne garis dou faus tesmong*, 

Et desrochas * Simon IMatefelon , 

Et à Marie féis-tu le pardon 

Quant à vos pies se coucha à bandon*, 

Merci cria, moult parfus* dignes hom : 

Tu li lëis gente rédemption ; 

Et ses péchiés pardonnas au larron 

Quant vos pendirent Gieu, [ii ] cuivert* félon. 

Si voirement* com noz ice créons, 

Vengier me lais dou conte Ganelon; 

Vendus noz a par maie* traïson. » 

A ces paroles descendi li frans hom. 



* Du faux témoin. 

* Précipitas. 

* Complètement- 

* Tu Jus très. 



* Traîtres. 

* Aussi véritahlement, 

* Mauvaise, 



LXXXIV. 



Li cuens Rollans et s'orison* finée ; 
L'iaue dou cueu li est as iex montée. 
Vers ceus de France a sa resne tirée, 
Droit à son tref* a sa voie tornée, 
Et vit Fransois qui s'arment par la prée ; 
.XX. M. furent à l'enseigne dorée : 
« Franc, dist Rollans, bonne gent honorée, 
Sor toutes autres crémuo* et redoutée, 
Com voz voi hui* de seignor esgarée! 
ïuit vendu lestes par maie* destinée. 
La traïsons ne puet iestre celée. 
INIouIt chièrement sera guerredonnée* : 
Bataille en iert plennière et adurée * ; 
Ainz mais* par home ne fu tex esgardée**. 
Dex ! c'or n'el seit li ost* qu'en est alée ! 
Mar i entrarent celle gent desfaée*; 
Mais, par .(hésu qui la m'a commandée*, 
li'arme* dou cors que Dex m'i a donnée, 
Ainz qu'elle soit de mou cors dessevrée* , 
1 ferrai* tant de Durandart m'espée, 
Desci as poins* sera cnsaiuglantée. 
Aprez ma mort en ierl* France doutée. » 



'•Le comte R. eutsouorai- 
son. 



* A sa tente, 



* Crainte. 

* Comme je vous vois au- 
jourd'hui. 

* Mauvaise. 



* Récompensée. 

* Acharnée. 

* .lumais. ** Telle rer/ar- 
(lée. 

' Que maintenant u'ij soit 
l'armée. 

* Mécréante. 

* Recommandé c. 

* L'dme. 

* Séparée. 

* J'y frapperai. 

* .fusqu'à la poignée. 
*Sera. 



LXXXV. 

Li cuens* Rollans descent dou tertre aval , 



■ Le comte. 



IGG 



LE ROiMAN 



1400.) 



En mi la presse des Fransois rent estai * ; 
Adom lor conte d'un angoissez jornal* , 
Don roi Marsille, lor annenii mortal : 
« Ben i ferez, à la guise champar. 
As cops donner soienz tuit paringal*, 
Qu'aprez no mort nus* n'i puist dire mal. 
En la grant presse m'orroiz* crier Roial, 
L'enseingne Karle, mon seingnor natural. 
Li cuens* Rollans a moult le cuer loial^ 
Desoz son elme* a regart de vassal , 
A haute vois escrie son cheval. 



*S'ari-ite. 

* D'édu' journée ■pénihle. 

* Comme en champ de hâ- 
ta il h: 

* Soyons fous égaux . 

*Nul. 

* M' ouïrez. 

* Le comte. 

* Dessous son heaume. 



LXXXVI. 



Li cuens ïiollans n'ot soing de detriier*. 
Marsillions (,cui Dex donst enconbrier*!) 
Chevauche à force, qu'il* les vueult correcier. 
« Dex! dist Rollans, qui tout as à haillier*, 
Geste bataille ne puetnus respitier*. » 
A vois escrie : » Arraez-vos, chevalier. 
Vezci paiens, Dex lor doinst encombrier' ! » 
Au pié dou mont, par desoz un lorier, 
Là ont armé le cortois Olivier. 
En son dos vest un bon haubert doublier, 
Fort et espois* et serré et entier ; 
Querriaus* ne lance n'en puet maille percier. 
En son chief* lace .i. vert elme d'acier. 
Et coinst l'espée qui moult fist à prisier. 
Desor Viane*, enz* en l'isle premier, 
L'ot li cuens ceinte , si li ot grant mestier* 
El grant estor* et merveillouz et fier. 
RoUant le conte en fist agenollier, 
Prinst .i. escu grant et fort et plenier, 
El front desore ot .iii. bandes d'ormier*, 
La guiche*eu fu d'un vermeil paile chier; 
Enseigne ot large et l'anste* de pomier. 
En Ferrant monte, Rollans li tint l'estrier, 
Trestout le fait desoz lui arsoier*. 
Torpin encline, son chief li fait saignier*, 
Oultre s'en passe le trait à .i. archier. 



* Retarder. 

* Donne embarras, 
*Car il. 

* Gouverner. 

* .\i(/ retarder. 

* Leur donne malheur .' 



* Epais. 

'Carreau Irai! d'arba- 
lète. 

* En sa ti'te. 



* Dedans. 

* Et elle lui fut bien utile. 
*Au ijrand combat^ 



* D'or pur. 

* Le' baudrier. 

* La hampe. 

* Caracoler. 

*Sa ti'te lui fait signer. 



DE ROXCEVAUX. 



167 



LXXXVII. 



Grant bruit demainent païen et Sarrazin. 
Lez* une coste, soz l'ombre d'un sapin, 
Ont adoubé* l'arcevesque Turpiu. 
En dos li vestent .i. baubert doubleutin* , 
El cbief li lacent .i. elme* poitevin. 
Lors ceinst Tespée dont li poins * fu d'or 1 
A son col pent .i. escu biauvoisin* ; 
On li amaine .i. destrier morentin* , 
Torpins i monte à loi de palazin*; 
Dedens son elme porte le cbief enclin*, 
Lès* Olivier s'acoste le mescbin**. 
En ces .ii . orent païen mauvais voisin. 



"Près de. 

* Armé. 

* Doublé. 

* Heaume. 
La poiynée. 

* De Beauvais. 

* De Mauritanie, 

* Comme paladin . 

* La té te baissée. 



* Près 
homnu 



de. 



' Le jeune 



LXXXVIIL 



Estouls de Lengres comensa à parler : 
« Sire RoUans, faites-moi escouter. 
Vers moi se tienent trestuit* li .xii. per, 
Armes déniant* pour mon cors conraer**. 
.i. blanc haubert li ont fait aporter, 
Querriaus* ne lance n'en puet maille fausser 
Puis lace l'iaume où li ors reluit cler, 
Une topasce ot fait devant fermer * ; 
Et ceinst l'espée au senestre * costé. 
Devant lui fait sou destrier amener, 
Estouls i monte à loi de bacheler*; 
A baute vois comensa à crier : 
n Sire RoUans , faites vo gent baster. 
Païen cbevaucbent, n'el poez plus celer; 
Parmi ces tertres les voi esperonner, 
A ces destrois* nous vuelent encontrer. » 
L'escu au col lait* le cheval aler, 
Tant que Torpins ne se volt'.arrester. 



* Tous. 

* Je demande. 

* Carreau. 



** Armer, 



* Fixer. 

* Gauche. 

* Comme chevalier. 



''Déjdês. 
Laisse. 
*.Ve se voulut. 



LXXXIX. 



Après celui adoubèrent* Haton, 

Et acesmèrent* à guise de baron-, 

Eu dos li vestent .i. haubert fremillon' 



' Armèrent. 
^ lîquiiièrent . 
''De mailles: 



168 



LE ROMAN 



(v, 1470.) 



Par grant maistrie sont ouvré li giron , 

Batu en or, entor et environ. 

Nus cops de lance qu'on i fière à bandou *, 

N'i forfera vaillissant .1.* bouton. 

Fais fu ses elmes par grant devision *, 

Une topasce i ot el chief en son*; 

Il li lacièrent par grant affliction. 

Puist ceinst l'espée au sénestre* giron; 

A son col pent .i. escu à lyon , 

Hanste * ot de fresne à vermeil confanon. 

On lui amaine .i. aufferant" gascon , 

De plaine terre est saillis * en l'arson. 

Atant* se torne à coite d'esporon**; 

Et li destriers li cort par tel randon* , 

Poi vait mains tost* que ne volent bozon**. 

Acostez est delez le fil* Oedon. 

Dist l'arcevesques : « Entendez ma raisou*. 

Qui couars est n'i vauldra .i. bouton; 

Mais chascuns face sa vie garison*. 

Tendez vos mains, par grant affliction, 

Envers Celui qui souffri passion , 

Qu'il nous garisse* de mort et de prison. » 

Torpins de Rains, par grant dévotion , 

Lor fait de Deu gente assolution; 

Après se saignent*, lier sont corne lyon , 

Et envers Deu fist chascun s'orison *. 



* Qu'on 1/ frappe de Unité 
sa force. 

* La valeur d'un. 

*HabUe/ê. 

* Une topaze;/ eut au som- 
met en haut. 

* Gauche. 



Lance. 

* Un cheval (jris, 

* Sauté. 

* Alors. *" .4 pointe d'é- 
peron. 

Fitesse. 
'Peu va moins tôt. ** Flè- 
ches. 

* Près du fils de. 
Mon discours. 



Sacrifice de sa vie . 



* Garantisse. 



* Siynenl. 
Son oraison. 



xc. 



Gérins s'adoube*, qui fu de grant puissance; 
Il vest Taubert par la reconnuissance , 
Et lace l'iaume où moult ot grant fiance * : 
As Sarrazins fera ancui perance * ; 
Et ceinst l'espée à la guise de France. 
Puis prent l'escu , s'a* saisie la lance , 
Eu destrier monte à force sans doutaucc * ; 
Puis proie Deu, où il a sa fiance, 
Qu'il li otroie , por vraie repentance , 
D'jcelle gent qui n'ot nulle créance, 
Férir i puist por sa resvigourance*; 



S'arme. 

* Confiance. 

* Aujourd'hui chagrin. 

* Et a. 

Sans crainte. 



* Frapper ;/ puisse par sa 
vigueur. 



(V. 



DE RONGEVAUX. 



169 



De lor amis i fera grant pezance*. 
Atants'en tome*, s'a brandie la lance, 
Acostez s'est delez les* pers de France. 



* Chagrin. 

* Alors il s'en retourne. 
Il s'est rapproché des. 



XCI. 

Seignor baron , ceste n'iert* mais celée, 
Li per de France flrent lor aiinée*. 
Gérins s'en torne, c'est véritez prouvée, 
L'escu au col , la ventaille fermée* ; 
Et Oliviers a dit raison menbrée* : 
« Sire, dist-il, dites vostre pansée. 
Parmi ces tertres voi celle gent desvée* ; 
, Iceste chose ne puet iestre celée , 
Bataille aurons et forte et adurée*. » 
Atant s'en torne , s'a sa raison finée *. 
Chascuns soz l'elme a la color muée* , 
Puis prient Deu qui fist la mer salée , 
Que droit lor face de la gent desfaée*. 
RoUaus l'entent , s'a la coulor muée : 
« Baron, as armes ! n'i ait mais demorée * 
La gent iMarsile ai très-bien avisée, 
■là nos sont près à demie-lieuée*, » 
Geliers l'entent, s'a la coulor muée, 
De mautalant a la char tressuée*. 
Lace son elme, si a ceinte l'espée , 
A son col pent sa grant targe dorée , 
El destrier saut, sa lance a recouvrée; 
Puis laisse corre toute une randonée" , 
Lez une broille* , par desoz la ramée. 
Des cleres armes resclaircit la contrée; 
Geliers s'ajouste à la gent honorée. 



* Ne sera. 

* Jxéunion. 

* La visière baissée. 

* Remarqnable. 

* Insensée, 



* Acharnée. 

* Alors il s'en ristourne, et 
il (I fini son discours. 

* Sons le heaume a changé 
de couleur. 

* Mécréante. 



* Plus de retard. 

* A une dcmi-Vicuc. 

* De colère a la chair en 
sueur. 



* Un temps de galop. 

* Près d'un taillis. 



XCH. 



Biax fu li jors et li solaus* levez. 
Des .xii. pers i ot .vii. * aprestez; 
Moult hautement s'est Rollans escriez : 
« Seignor baron, or tost si vous hastez*. 
Marsillious nos est près, ce savez. » 
Dist Bérangiers : « Mes armes m'aportez. « 



' Le .soleil. 
''Il y cul sept. 



*A présent hdlez- vous 
vite. 



15 



170 



LE ROMAN 



Et on si fait par vives poestez*. 
Moult tost li fu ses haubers endossez , 
Et eu sou cliief ses vers eluies fermez* , 
Et ceinst Tespée à son sénestre lez*; 
Saisi l'escu, ou destrier est montez, 
Bone ot la hanste* , li fers fu acérez, 
Li confanons fu par maistrie* ouvrez; 
Affichiez s'est es estriers noelez*, 
Le destrier broche par ans .ij. les* costez. 
Efilaissié l'a* .ij. arpens mesurez, 
Liève sa main, si s'eSt saigniez de Dé *, 
Reclaimme Deu et les soies * boutez : 
« Pères propices, qui en crois fus penez* , 
Pensez de m'arme, que li cors est alcz* ; 
Se je i muir*, Sire, aiez-eu pitié. « 
Atant* s'en vait, l'escu au col toruez. 
Lez Olivier s'est li cuens acoutez*. 

XCIIT. 

Païen chevauchent, que n'i firent séjor. 
Li arcevesques s'escria par amor : 
« Franc chevalier, soiez bon poignéor*, 
Hui se démonstrent ii bon coubatéor ; 
Bataille aurons, ainques ne vi greignor*. 
Qui ci morra, s'arme entera en flor*, 
En paradis, devant le Creator. » 
Ez-vos* Girart .i. noble poignéor**, 
De Rochefort ot à garder l'onor* ; 
11 s'escria par moult ruste* vigor : 
« Or tost as armes, por Deu le créator ! 
Marsillions chevauche par vigor; 
Grans est li bruis de la gent pnïenor*. » 
A lui armer s'en corent li pluisor. 
Vest .1. haubert, nus hom* ne vit meillor ; 
.i. hiaume agu li lacent par amor, 
Uns estopasces* li sist el cercle entor; 
Puis ceinst l'espée au sénestre flanchor*, 
A son col peut .i. escu point à llor*. 
On li amaine .i. destrier corréor; 
Saisi l'espiel * , puis monte sans demer *-* : 



(V. ,542.) 
Et on le fnii vivemeiU. 

* Son vert heaume fixé. 

* Côté (jauclie. 

* La liampe. 

* Fut habilement. 

* Il s'est affermi sur tes 
rtricrs nielUs, 

* Par les deux. 

* Il l'a laisse aller. 

* Sir/né (le Dieu. 

* Et les siennes. 

* Supplicié. 

'Pensez à mon ùme, car 
le corps n'est plus. 

* Si j'y meurs. 

* Alors. 

* Prés d'O. s'est le comte 
accoudé. 



* Combattants. 



''Jamais ne vis plus gran- 
de. 
* Son dmeentrera en fleur. 



* foici. ** Combattant. 

* Le fief. 

* Rude. 

* Des païens. 

* Nul fwmme. 

* Une topaze. 

* Au Jlanc gauche. 

* Peint à fleurs. 

*L'épieu. ** Retard. 



V. 1680., 



DE RONCEVAUX. 



171 



.iii. cops le hurte, si saut* par grant vigor, 
Soz ciel n'a beste qui si tenist plain tor*. 
A Olivier s'est tornez à cel jor. 

XCIV. 

Après Girart s'est Sanses fervestus * : 
D'armer se haste , car moult fu irascus* , 
Et moult li poise que cops n'i a féruz*. 
Il lace riaume qui à or fu batus , 
Et par maistrie* fu ses vers brans fondus , 
Bons est li brans*, vermeuls fu ses escus; 
Tost li fu près ses aufferans quernus* : 
De plaine terre est es arsons saillus* , 
.iii. copâ'le hurte, si fait les saus menus, 
Plus tost li eort que querriaus* destendus. 
Après Fransois ez les eslais venus*. 
Rollans escrie, si que bien fu oiiz : 
« Or as chevax! lor homes ai véus! » 
Sor tous les autres fu Marsiles cremus*. 



* Et saule. 

* Qui tint aillai plein 



* rétii de fer. 

* Furieux. 

* Le cluKjrineque coup u'ij 
a frappé. 

* Habilement. 

* Bonne est ta tame. 

* Son destrier à l'épaisse 
crinière. 

* Sauté sur tes arçons. 

* Carreau, trait d'arbalète, 

* Lesvoilàvenus à la Jidte. 



'Craint. 



xcv. 

Grans fu li bruis de la gent paienie*. 
Dist Anséis : « Dame sainte Marie, 
Vertu" me donne vers celle gent haïe; 
Ganes li cuens, oui Jhésus maléie* ! 
Nos a vendus par sa grant félonie. 
Cil nos ait qui tout a en baillic *. « 
Couche s'adens * , doucement s'umclie, 
Puis saut en pies, s'a la broigne * vestie. 
Et lace l'iaume oîi li ors reflanbie. 
Au flanc sénestre ceinst* l'espéc forbie , 
A son col peut une targe florie. 
On li aniaine .i. destrier d'Orquenie* ; 
Es arsons saut, s'a sa lance brandie , 
Il laisse eorre tout une praérie. 
De son espée a la hauste* brandie. 
Puis proie Deu qui tout a en baillie* , 
Que droit li face de celle gent haïe. 
Disl Oliviers : « Ce ne laira-il mie* , 



Païenne. 

* Force. 

* G. te comte, que ,/. mau- 
disse ! 

''Que Celui-là non» aide 
qui tout a en sa puissance. 

* Sur le rentre. 

* El a la cuirasse. 

* Ganclie ceiqnit. 

* Des Orcades. 



* La hampe. 

* Puis prie Dieu qui tout 
a en puissance. 

Il n'ij manquera pas. 



472 



LE ROMAN 



(v. T6IÔ.) 



L'enseigne Karle iert ancui esbaudie*. » 
Li Franc s'estraignent par moult grantahatie* 

XCVI. 

Hues s'arma com hom de grant aïr * ; 
Son bon haubert li aident à vestir 
Si home liège*, et painnent dou servir. 
Sor son chief * fait .i. vert elme asséir, 
Son cheval fait enseller et couvrir ; 
N'i ot crupière ne cendal ne samit*. 
Lors ceinst* Tespée, puis vait l'escu saisir; 
Es arsons sault com hom de grant aïr. 
Ez-voz* les .xii. Dex les puisse garir ** ! 
Mais ne plot Deu* qui tout a à baillir**; 
Par grant dolor les convenra* morir. 
Ses compaignons fist Rollans départir * ; 
A vois escrie : « Baron, j'es voi venir, 
Peignons à euls*, si les allons férir. » 
Par mautalent* vont lor escus saisir. 

XCVIL 

Li cuens* Rollans ne fu pas esfraez, 
Devant lui fu Viellantius amenez , 
Li cuens i monte com vassaus adurez*. 
Dist Oliviers li preus et li senez * : 
» Sire compains* , envers moi entendez. 
Maintes fois fui essaiez et prouvez , 
De couardie ne fui onques restez * ; 
Vostre olifans se il estoit sonez , 
Karles l'orroit*, li fors rois coronez , 
Je vos plevis* jà seroit retornez , 
Secorroit-nous par vives poestez* 
Kt li Fransois qui les pors ont passez. » 
Respont Rollans : « Ce seroit foletez*, 
Jà Deu ne place', (qui en crois fu penez , 
Et ou sépulcre et couchiez et posez , 
Et au tiers* jor de mort résuscitez. 
Droit à enfer fu ses chemins tornez. 
Si en gieta de ses amis privez , ) 



*Sera aujourd'hui exaltée. 
* Hâte. 



* De rjrande vigueur. 

* Ses vassaux. 

* Sur sa tète. 

* Ai taffetas ni satin. 

* Ceignit. 

* f'oilà. ** Garantir. 

* A> plut à Dieu. " Gou- 
verner. 

* Il leur faudra. 

* Séparer. 

* Piquons vers eux. 

* Par colère. 



Le comte. 

* Endurci, 

* Sensé. 

* Compagnon. 

* Accusé. 

* L'ouïrait. 

* Je vous garantis, 

* Puissance. 

* Folie. 

* A Dieu ne plaise, 

* Et au troisième. 



(Y. 1650. 



DE RONCE VAUX. 



173 



Que mes parastres soit j à par moi grevez! 
Ainz i ferai * de Durandart assez , 
Ma bone espée qui me pent à mon lez* ; 
Tous eu sera mes bras ensainglanlez. 
Félon paien tous nous ont enchantez . 
Miex aini morir que face tex viltez*. » 

XCVIII. 

Dist Oliviers à la chière raembrée* : 

« Sire compains*, car sonez la menée 

Que je vous ai hui* autre fois rouvée**; 

Si l'orra * Karles de France la loée, 

Secorra-nousenestrange* contrée. 

La gent d'Espaigne ne vient pas esfraée, • 

Chascunz soz l'iaume a la teste encliuée ; 

Se Dex m'ait* et la vertus nomée , 

Bien sanblent gens de bataille aprestée. » 

Respont Rollans, quant celle ot escoutée : 

Ke place* à Deu qui Dst ciel et rousée, 

Ne à Marie , la pucelle senée*, 

Que por païens i face jà cornée* ; 

Ains i ferai ' de Durandart m'espée. 

Félon païen mar virent la jornée*; 

Miex voil* morir que France en soit blasmée. 



* Mais j'y frapperai. 

* Côté. 



* Telle vilenie. 



* A la figure mâle. 

Compafjno)i. 
' Aujourd'hui. "* Deman- 
dée. 

* Et l'ouïra. 

* Étrangère. 



* Si Dieu m'aide. 



* Xe plaise. 

* Sensée. 

* Sonnerie. 

* Mais j'y frapperai. 

* Un jour néfaste se leva 
pour les païens. 

* Mieux Je veux. 



XCIX. 



— « Sire compains*, encor vos voil rouvcr**, 
Vostre olifant que le faites sonner; 

Si l'orra Karles*, qui France a à garder. 
Je vos plevis s'ost* fera retorner. » 

— « Ne place à Deu*, ce dist Rollans li ber ** 
Que por païens comence luii à corner, 

Ne de ma bouche en doie estureter * , 
Ne mon parastre doie-on por moi blasmer, 
Ne douce France le doie-ou réprouver. 
Quant je serai en la bataille entrez, 
Adont m'orrois* Monjoie réclamer; 
Par bon coraige hautement escrier. 
Plus de mil cops ferai à l'assambler* 



* Compagnon, 
vous prier. 



**Je veux 



* Et Charles l'ouïra. 

* Je vous garantis que son 
armée. 

* A Dieu ne plaise. '* Le 
brave. 



En doive moduler. 



* Alors m'ouïrez. 

* Frapperai à la rencontre. 

15. 



474 



LE ROMAN 



(V. 1G85.) 



De Durandart qui tant fait à loer ; 

Tost en verrez le branc* ensainglanter. * La lame. 

Franc, se Deu plaist, voidront ainsi errer. 

Jà cil d'Espaigne ne s'en porront vanter, 

Parmi les mors les convendra* passer. » * Les faudra. 



Dist Oliviers : « [N'i] doit avoir hontaige*. 
Je ai véu d'Espaigne le barnaige*; 
Couvert en sont li mont et li valaige *, 
Etli larris* environ le boisehaige, 
D'icelle gent qui tant par est* sauvaige. 
Ce m'est avis, selonc le mien pensaige*, 
Fust-i li rois, n'i eussiez damaige. 
En cor corner n"éust pasgraat outraige*. » 
Respont Rollaus : « Ne me vient en coraige*. 
Jà Deu ne place* qui fist chascun laingaige! 
Assez voil miex* devancier mon eaige, 
Qu'en cest païen aient Franc réprouvaige * 
Que nous perdons par euls nostre hcritaige. a 



CI. 



RoUans fu preus et Oliviers li ber*, 
Pariugal * furent et compaiguons et per ; 
Puis* que ce vient à lor armes porter, 
Miex aiment mort que bataille eschiever*. 
Preu sont li conte, haut prisrent à parler ; 
Païen chevauchent, si font lor ost* serrer. 
Dist Oliviers : » Or les povez mirer*, 
Tant en i a , nus ne les pnet esmer *. 
Vostre olifant ne deingnastes sonner. 
Loins nous est Karles, tart iert douretoriier*. 
Fust-i li rois, ce os bien afier*, 
Jà cil païen ne l'osaissent penser. 
Envers Espaigne devriez esgarder, 
De grant dolor vous porroit ramembrer * ; 
L'arrière-garde fait moult à redouter. 
Cist nous feront les coraiges troubler. 
Jamais cest jor ne porrons trespasser* ; 



* Honte. 

* Les barons. 

* Les vallées. 

* Et les bruyères. 

* Tant est. 

* Ma pensée. 

* Énormité. 
*A l'idée. 

* Ne plaise. 

* Jeveux beaucoup mieux. 

* Blùme. 



* Le brave. 

* Éijaux. 

* Depuis. 

* Esquiver, éviter. 



* Et font leur armée. 
"Maintenant vous pouvez 
les regarder. 

* Aulne les peut compter. 

* Il sera tard pour retour- 
ner. 

* J'ose bien l'afjirmer. 



* Souvenir. 



* Passer. 



DE RONCEYAUX. 



475 



a De\ penst*des autres, qui tout a à sauver! » 
— « Tais , Olivier, ne te chaut d'espérer* ; 
Fel soit li cuens* puis qu'il vueult coarder; 
Quant ce venra as ruistes * cops donner, 
INous demorrons à estai por chapler*, 
JNoustrouverontmaintdemaine* etmaintper. » 



Cil. 



* Que Dieu pense. 

* Il ne te faut espérer. 

* Félon soit le comte. 

* Quand le temps viendra 
des rudes, 

*AoHS resterons fermes 
pour combattre. 

* Seigneur. 



Quant voit Rollans que la bataille aura, 
Tant par fu * fiers que lyon resanibla. 
A vois escrie ■. « Olivier, que feraz ? » 
— « Sire compains, mais ne le dire i a*. 
Li emperères qui François nous laissa, 
Mien anciant*, coart home n'i a. 
Pour son seignor, quant on bien l'amera, 
Doit-on souffrir ce que li avenra*. 
Et endurer le mal qu'on trouvera, 
Le cuir, le poil et la char qu'on perdra. 
Fier* de t'espée, et je de Durandart, 
Ma bone espéeque Karles me donna : 
Se je i muir*, dire puet qui l'aura, 
Iceste espée, vassaus hom* la porta. » 



* Tant fut. 

* S. compagnon, il n'a a 
plus H dire, 

* A mon escient. 

* Adviendra. 



" Frappe. 

* Si j'y meurs. 
^ Brave homme- 



cm. 

Li arcevesques, qui preus fu et eslis*, 

A bien ces mos entendus et oïs. 

Le destrier broche, si* monte eu .i. laris** 

Fransois après, gent sermon lor a dit : 

tt Seignor baron, Karles vos a norris*, 

Por vostre roi devez bien iestre ocis. 

Or soiez preu, por Deu de paradis , 

Crestientez n'ait de vous mauvais cris. 

Bataille aurez, bien en soit chascun fis* ; 

Car à vos iex véez* vos anemis. 

Tendez vos mains, si proiez Deu mercis*. 

Gardez chascuns ait ses péchiés jéhis* ; 

Quant vous aurai absols et bénéis, 

Cil qui morra de Deu soit très-bien fis. » 

Fransois descendent des destriers arabis. 



* Homme d'élite. 



* Pique, et. ** liruyire. 



Elevés. 



* .Si(>-. 

* De vos yeux voyez. 

* Et priez la miséricorde 
divine. 

* Confessés. 



176 



LE ROMAN 



(v. 1755.) 



Torpias de Rains, qui preusfu et eslis*, * Homme d'élite. 

De Deu lessaingne* qui en la crois fu mis : * Signe. 

« Por pénitauce ferez * sor Sarrazins, * Frappez. 

Qui ce ne croient que Dex fust surrexis *. » * Ressusdié. 



CIV. 

Fransois se drescent, si se maiteut sor piez, 
Bien sont absol*, cuite de lor péchiez. 
Li arcevesques de Deu les a saingniez , 
Puis remontarent par lor dorez estriez 
Sor les chevax corrans et affaitiez*. 
Rollans escrie : « Olivier, frère, où iez? 
Or sai-je bien, vérité vous disiez, 
Que Ganelons nous a tous engingniez*. 
Prins en a l'or qui mar* en fu bailliez. 
Li emperères eu iert moult correciez * ; 
Et li Fransois, cui Dex a tant aidiez, 
Nous vengeront as fers de lor espiez*. 
Li rois INIarsilles a fait de nous marchiez ; 
Mais as espiés iert aucui esligiez *, » 



Absous. 



Dressés. 
*Oàes-ttiP 

* Fait toraher dans un 
piège. 

* A tort. 

* Sera très-courroucé. 

* Avec les fers de leurs 
épieu.v. 

* Sera aujourd'hui décidé. 



cv. 



Fransois montarent, ne s'i voldrent targier* ; 

Li arcevesques les prinst à chastoier * : 

« Seignor baron, franc nobile guerrier, 

Une parole vous voldrai acointier*, 

Qui au férir vous aura bon mestier*. 

S'i a Fransois qui perde son destrier, 

Maite la main à l'espée d'acier, 

Si s'en desfeude à loi de chevalier. » 

Estouls de Laingres commensa à plaidier : 

« Seignor Fransois, ne vous chaut esmaier*, 

Je vous voi moult enz elmes embrunchier*. 

Et vos coulors et muer et changier ; 

Hui me verrez lërir et chaploier*. 

Desor païens nous convient eslaissier ' ; 

Bien i porrons nos lancesemploier. 

Et nos chevax trestous en sanc baingnier. 

Mais conquérez au fer et à l'acier. 



•A'e s'!/ voulurent attar- 
der. 
'Les prit à haranguer. 



* Adresser. 

* Fous servira bien. 



* Ne vous inquiétez pas. 

* fous cacher sou^ t'os 
heaumes, 

* Frapper. 

* Fous abandonner. 



(v. 1790.) DE RONCEVAUX. 

Que nous dou roi n'en aions réprouvier *. » * Reproche. 

m 

CVI. 



177 



Si corn li ranc * se furent encontre, 
Ez* Engelier le Gascoing abrevié**, 
Sor .i. destrier richement atome* ; 
Cors ot gaillart et espié noélé*, 
Soz son vert elme a son chief * encline : 
« Seignor baron, entendez mon pansé. 
De ceuls d'Espaigne ai bien l'orgoil miré*. 
Li arcevesques descent enmi le * pré , 
Vers oriant a son vis* retorué ; 
Estroitement a Jhésu réclamé * : 
« Dameldex* pères, por la toie** bonté, 
En sainte crois laissas ton cors pener*, 
Et ou sépulcre et couchier et poser, 
Et au tiers* jor de mort ressusciter; 
Si com c'est voirs*, par ta grant digneté 
Si garis hui Rollant, nostre avoé*, 
Et Karlemaine, le fort roi eoroné , 
Que de nos cors ne chiete hui en vilté*. » 
Après ces mos, a son cheval crié. 



Quand Iss onr/es. 

* J'oici. ** Prompt, leste. 

* Caparaçonné. 

* Épieu niellé. 

* Sa tête. 

* Considéré. 

* Au milieu du . 

* Visage. 

* Invoqué. 

* Sire Dieu. **Tienne. 

* Supplicier. 

* Troisième. 

* Ainsi que c'est vrai. 

* Garantis aujourd'hui li. 
notre défenseur, 

* i\V tombe aujourd'hui en 
état vil. 



CVII. 

« Seignor baron, ce dist Torpins de Rains , 
De vasselaige * vous voi hardis et plains: 
Car tendons ores vers Dameldeu* nos mains, 
Qu'il nous garisse de ces cops premerains *, 
Et repairier* nous laist et saus et sains; 
Que Karlemaines n'en voise fox reclaims*. 
Combatons-nous vers ces (iuls à putains ; 
Panre nous cuident* corne mastins soutains. 
Mien anciaut*, se les aviens aus plains**, 
Bien croi par Deu nostre en iert li gaains*. » 

CVIII. 

Grans sont les os* de la gent souduiant**. 
As pors d'Kspaigne s'en est entrés Rollans 



* De bravoure. 

* Maintenant vers le sei- 
gneur Dieu. 

* Garantisse de ces pre- 
miers coups. 

* jReveuir. 

* .\t' s'en aille proclame 
fou. 

* Prendre nous croient. 
*A mon escient.** Plaines. 

* En sera le gain. 



* Les armées. ** Perfide 



178 



LE ROMAN 



Sor Viellantin qui fu fors et corrans. 
Porte ses armes, moult li sont bien séans, 
Moult par iert fiers*, mains roisot faitdolans' 
Ses elmes* fu clers et reflamboians. 
Et ses haubers fu saffrez jazerans*. 
Ses escus fors moult li fu bien tenans ; 
Espée ot ceinte dont bien tranche li brans*, 
Et banste* roide dont li fers fu trancbans. 
En son* fu mis .i. confanons moult grans; 
Les laingues* d'or li sont as poins batans. 
Cors otgaillart, les iex vers* et rians. 
Toz ses barnaigcs est* après lui sivans 
Et cil de France dient : « C'est lor garans. » 
Vers Sarrasins fu fiers et redoutans*, 
Et vers Fransois fu douz et souzploians * . 
Il lor a dit .ii. mos moult avenans : 
« Seignor Fransois, ne vous tenez pas lans. 
Cil païen vont lor martires quérans*; 
Aucui ferons .i. gaain issi grant*, 
Pvus rois de France ne fist ains* si vaillant. » 
A ces paroles sont lor os ajoustans*. 



'. * Était trcs-Jirr. "'Tristçs. 

* Son heaume. 

* Et son h. Jut damasquiné 
et (le mailles. 

* La lame. 

* Et hampe. 

* En haut. 

* Les lanQues. 

* De couleur changeante. 
*Tous ses barons sont. 

* Redoutable. 

* Souple. 



* Cherchant. 

' A njo u rd 'hui f. u n f/aln 
si f/rand que. 

* Jamais. 

* Leurs armées se rencon- 
trent. 



CIX. 



Dist Oliviers : « N'ai cure de gaber* ; 

Vostre olifant ne deingnastes sonner. 

Loins nous est Karles, tart iert dou* retoruer, 

Il n'i a corpes*, il n'en seit mot li ber**; 

Cil qui là sont ne font pas à blasmer. 

Seignor baron, pansez dou retorncr*. 

L'enseingne Karle n'i devez oublier ; 

De la mort Deu vous doit hui ramembrer*, 

As cops férir etresoivre* et donner. » 

A ces paroles font lor graisles* sonner. 

Qui dont oïst là IMonjoie escrier, 

Cors et buisines* et ces graisles sonner, 

A grans merveilles les poïst * escouter. 

Les destriers brochent * , moult les font tost aller , 

S'en vont férir*, n'i voelent demoror : 

Frans et païens orrez huimais* mesler. 



* Je n'ai pas enviedc rire. 

* Il sera tard pour nous 
en retourner. 

* Fautes, ** Le brave. 



* A vous en retourner. 

'Aujourd'hui souvenir. 

* Frapper et recevoir. 

* Leurs clairons. 

* Buccins, trompettes. 

* Les put, 

* Éperonnent . 

* Frapper. 

* Fous ouïrez désormais 



(v. IS59.] 



DE RONCEVAUX. 

ex. 



171 



Si corn les os * se durent aprochier, 
Li cuens RoUans, o* le coraige fier, 
Onques le jor ne volt * croire Olivier: 
Ains qu'en issist, le compera* moult chier. 
Roiclist la jambe, si s'afliche* en Testrier, 
Venu i sont à force el sans dougier*. 
Près sont païen le trait à .i. archier; 
RoUans escrie : « Or à euls, chevalier ! ;• 
Là véist-on tante lance empoingnier, 
Tant espié* fort branler et paumoier. 
Grans fu la noise* as lances abaissier, 
Les maistres rans font de .ii. pars ploier. 
Li niés Marsille laist* corre le destrier ; 
Devant les autres le trait à .i. archier, 
Vait querre jouste por son pris essaucier*. 

CXI. 

A Tajouster fu la noise esbaudie*. 
Li niés Marsille ne s'asséura mie; 
Tous primerains* devant sa compaignie, 
Vait demandant pris de chevalerie. 
Moult fièrement à haute vois escrie : 
« Félon Fransois, ^lahomès vous maudie ! 
Fel * est moult Karles et plains de tricherie, 
Trais vos a Ganneions par envie; 
Tuit i morroiz et perderez les vies. » 
Rollans l'entent, li cuers li atenrie*, 
Point* Yiellautin, des espérons l'aigrie, 
Brandist la hanste, s'a* l'enseingne baissie, 
F'iert* le glouton sor la targc florie, 
D'unchief en autre li a fraite et croissie*, 
La vielle broigne* desrompt et dépiecie**, 
Parmi le cors son roit espié li guie*. 
Mort le trébuche, Parme* s'en est partie, 
rt Oultre, cuivers*, li cors Deu te honnie ! 
Prcus est nos rois et de grant seiguorie ; 
Onques n'ama traïson ne boisdie*, 
La douce France n'iert hiais* par vbus gastic. 



* Comme les armées. 

* La comte R., avec. 

* Ne voulut. 

* Avant qu'en sortit, 
panera, 

* Et s'affermit. 

Hésitation . 



Tant d'épi eux. 
^ Le bruit. 



* Le neveu de Marsilc 
laisse. 

* fa chercher joute pour 
sa gloire exhausser. 



* A la rencontre fut le 
bruit élevé. 



* Tout le premier. 



* Cruel. 



* Lui devient tendre. 

* Pique. 

* La hampe , et a. 

* Frappe. 

* D'un bout à Vautre lui 
« brisée et mise en éclats. 

* Cuira.sse. ** Dépecée. 

* Sonroide épieu lui guidé. 

* L'âme. 

* Loin d'ici, traître; 

* Fourberie. 

* .Ve serajamait. 



180 



LE ROMAN 



Ferez *, Fransois, Jhésus vous béuéie ** ! 

Ed l'onor Deu, le fil sainte Marie, 

Cest premier cop vous doius-je et vous otrie*. 

CXII. 

Un Turc i ot * qu'apellent Fousseron, 

Frère ÎMarsiile, si fu moult riches hon ; 

En toute Espaigne n'en ot .i. * si félon ; 

Entre .ii, iex ot si large le front, 

Grant demi-pié mesurer! puet-on. 

Quant son neveu vit mort enz ou sablon*, 

Ist* de la presse, niait son cors à bandon, 

Vers Fransois broche* par fière ahatison**; 

11 s'escria clèrement a haut ton : 

'< Hui perdra Karles de sa gent grant parson *. 

Oliviers oit celle foie raison , 

Le destrier broche par fière contenson* ; 

Par tel vertu* vait férir le glouton, 

Escu ne broingne* ne li fist garison**; 

El cors * li mait le pan dou coufanon , 

Mort le trébuche sans nule autre ochoison '. 

Une ranposne li dist en sa raison* : 

« De vos menaces ne donroie .i. bouton. » 

Puis escria : « Monjoie la Charlou! 

Ferez, Fransois; très-bien les vaiuteron. » 

CXlll. 

Corsaprins fu .i. rois de grant' aïr *, 
De Barbarie duit * la gent maintenir; 
Païens apelle, corn jà porrez oïr : 
« Geste bataille bien la porrons souffrir. 
De ceuls de France poés moult poi véir * ; 
Hui cstli jors qu'es esteura* morir. » 
Torpins l'entent, le sens cuide marir*, 
Soz ciel n'a home qui tant les puist* haïr. 
Le destrier broche, si fait l'espié* brandir ; 
Par tel vertu vait* le païen férir, 
Escu ne broigne* ne le pot garantir ; 
Parmi le cors li fait l'espié croissir*, 



(v. I89Ô.) 

* Frappez . * * Bén isse . 

* Je vous donne et octroie. 



* lly eut. 

* Et fut homme très-puis- 
saut. 

* Il n'y en eut un. 



* Dans le sable. 
*Sort. 

* Éperonne. ** Rapidité. 

» * Partie. 

* Effort. 

* Force. 

* Cuirasse. ** Protection» 

* Dans le corps. 

* Occasion . 

* Un sarcasme lui dit en 
son discours. 



* Énergie. 
*Dut. 



* Pouvez très-peu voir. 

* Qu'il leur faudra: 

* Perdre. 

* Puisse. 

* Éperonne, et fait l'cpieu. 

* Par telle force va. 

* I\'i cuirasse. 

* Grinccf. 



1930. 



DE RONCE VAUX. 



181 



Empoiût-le bien, si l'a fait jus chair *. 
Garde* à la terre, vit le glouton jésir, 
Dist tel parole qui bien fait à oïr : 
« Oultre, cuivers* ! trop savez bien mentir : 
Preus est nos rois, s'el* devons bien servir, 
Nostre Fransois n'ont cure de* fuir; 
Vos compaignons ferons les cuers partir, 
iNouvelle mort lor convient assentir*. 
Baron Fransois, pansez dou bien férir* ; 
Cist premier cop sont nostre, à Deu plaisir! 



* L'atteint bien et l'a fait 
tombera bas. 

* Regarde. 



" Hors d'ici, traître: 

* Et nous le. 

* .Ye soiujent pas à . 

* Il leur faut s'attendre à. 

* A bien frapper. 



CXIV. 



Estouls de Laiugres fu moult de graut vertu' 
Moult ot le cuer dolant et irascu*, 
Quant voit les rans qui si près sont venu. 
« Hé Gane, fel, cest plait nous as méu* ! » 
Dont laisse corre à plain frain estendu, 
Brandist la hanste dou roit espié molu * , 
Fiert l'aumassor* devant sor son escu; 
De chief en outre H a fraint* et fandu, 
L'aubert dou dos dessart* et desrompu. 
Parmi le cors li mait le fer tout nu , 
Plaine sa lance Tabat mort estandu. 
« Oultre, dist-il, cuivers*, mal aies-tu ! 
Je ne dis pas Karles n'i ait perdu ; 
Par grant envie sonz* traï et vendu. » 
Li ranc estraignent, tost ont fait li chéu*. 



* Force. 

* Irrité. 

*Hé G., félon, cette affaire 
nous as soulevée ! 

* La hampe du roide épicu 
émoulu. 

* Frappe l'émir. 

* D'outre en outre lui a 
brisé. 

* Déchiré. 



* Loin d'ici, dit-il, coquin. 

* Nous sommes. 

* Les tombés. 



cxv. 

Geliers fu preus, si ot * le cuer loial , 
Il laisse corre tout le pendant d'un val ; 
Brandist la hanste* au penon de ccndal**, 
Si vait férir* Malprijiie de Murgal. 
Ses bons escus ne li vault .i. cendal *, 
Toute li fant la boucle* de cristal, 
L'aubert li fausse : après li fist tel mal, 
Le cuer li perce, mort l'abat dou cheval ; 
Diable [en] ont l'arme, s'en font grant baptestal*. 
Geliers escrie : « Monjoie la roial l 

LE ROMAN DE HO.NCEVMX. 



' Et eut. 

La hampe. ** Taffetas. 
' Et va frapper. 
L'n taffetas. 
Le boulon. 



* L'dme, et en font (jrande 
dispute. 

16 



i82 



LE ROMAN 



1965.) 



Ferez, Fransois, tuit sommes communal '. » 
Dist Oliviers : « Moût sont Franc bon vassal. 



* Ensemble. 



CXVI. 

Grant bruit démainent !i baron chevalier ; 
Et Sarrasin, cui De\ doinst enconbrier*! 
S'en sont parti jusques .\xx. millier, 
As Fransois firent .i. estor * moult plenier. 
Ce dist Géris : « Or me tieng por lanier* ; 
Se or n'i fier, ne me pris* .i. denier. » 
Le destrier broche* des espérons d'ormier*' 
Brandist la hanste * au fer tranchant d'acier, 
Fiert l'ammuat'fle* en l'escu de quartier**. 
Tout le porfentj ne li vaut .i. denier; 
Son confanon* li fist cl cors baignier, 
Mort le trébuche par delez .i. * sentier ; 
L'arme* de lui emportent aversier**. 



* Embarras, malheur. 

* Un combat. 

* Lâche, mou. 

*S« maintenant je n'ij 
frappe, je ne me prise. 



Pique. 
'La hampe. 
' L'émir. 



D'or 



pur. 



Ecarlelc. 



* Enseigne. 

* Près d'un. 

* L'âme. ** Diables. 



ex VIL 

L'estors* fugrans, fors fu à endurer; 
Par grant dolor les estut dessevrer*. 
Auséys fîst moult forment* à loer : 
Le destrier broche*, si le list tost aller ; 
Brandist la hanste* dont li fers luisoit cler 
.i. roi i otqui moult ist à douter*, 
De Tortoulouse se faisoit roi clamer* : 
Sor son escu li vait grant cop donner ; 
Aius li barons ne le pot coutrester*, 
JNe li haubers garantir ne tenser*; 
Parmi le pis* fait fer et fust** passer, 
Mort le trébuche dou cheval où il ert*. 
L'arme* s'en va eu enfer osteler**. 



* Le combat. 

* Les fallut séparer. 

* Très- for t. 

* Pique. 

* La hampe. 

* Redouter. 

* Appeler. 

* Ne lui put résister. 

* Protéger. 

*A travers lu poitrine 

* * Bois. 

* Il était. 



* L'dme. 



' Loger. 



cxvin. 

Ez* Engelier le Gascoing de Bordeile ; 
Il point et broche* le destrier de Castelle, 
Fiert .i. * païen qui sire iert de Tudelle , 
L'aubert li fausse par desoz la mamelle. 



* foilà. 

* Il pique et éperoun'e. 

* Frappe un. 



1097.) 



DE RONCEVAUX. 



183 



Le cuer li perce, mort l'abat de la selle. 

Dont descent Othes le fons d'une vaucelle * , * D'une vallée. 

Li cuens Rollans le conduist et chaielle *. * Guide, 



CXIX. 

Othes fu preus et bons vassaus vaillans , 

Le destrier broche, moult le vait semonnant ; 

Brandist la hanste dou roit espié* tranchant, 

Si vait férir .i. païen Estorgant*, 

Sor son escu en la penne* devant; 

Ains* li haubers ne li valut noiant**, 

Ne la cuirie la monte * d'un bezant. 

Eu* cors li mist l'enseigne flamboiant, 

Mort le trébuche de son cheval corrant. 

Une parole li dist moult avenant : 

« Oultre, cuivers ! jà n'eu aurez garant*. » 



*La hampeduroide cpieu, 

* D'Astorga. 
'La bordure. 

* Mais. ** Néant. 

*.Vi la cuirasse le mon-i- 
tant. 

* Dans le. 



'Loin d'ici, traître! vous 
V 'en aurez pas de protecteur. 



cxx. 

Bérangiers fu coraijoux et hardis : 
Brandist la hanste de l'espié* qu'est brunis, 
Fiert .i.* païen, non ot Estomaris, 
Grant cop li doue sor son escu voltis*, 
Tout l'en estroe la taint* et le vernis. 
Faussez liestli haubers doubletins*. 
Son confanon li niait parmi le pis*, 
]\Iort le trébuche entre .m. Arabis ; 
Puis dist parole dont très-bien fu ois : 
« Outre, cuivers* ! de Deu soies maudis! » 
Les .X. des pers ont-il si malbaillis* 
Que puis par euls n'en fu uns assaillis. 
Ts'i a que .ii. qui moult nous ont haïs , 
Ce est Corsubles et li rois IMargelis. 
Dex les confonde, qui en la crois fu mis! 



* La hampe de l'épieu. 
Frappe un, 

* Romhé . 

* Lui en troue la pein- 
ture. 

* Doublé. 

* La poitrine. 



* Loin d'ici, coquin. 

* Si maltraité. 



CXXL 

En IMargclin ot* moult bon chevalier, 

Et bel et fort et isnol * et légier. 

Le destrier broche des espérons d'ormier* , 



* Il !i eut. 

* Prompt . 

* Pique des éperons d'or 
pur. 



im 



LE ROMAN 



■ (v. 2029.) 



Sor son escu vait férir Olivier ; 

Brandist la hanstc * au fer tranchant d'acier. 

Lez le costel * li fist le fer glacier** ; 

Dex le guari *, que n'el pot empirier; 

Sa lance brise, ne le pot desrochier*; 

Oultre s'en passe, que n'i ot encombrier * ; 

Le graisle* sonne por sa gent rallier. 



La hampe. 
*Prés (lu couteau, 
ser. 

* Le garantit. 

*Terrasser 
*Mal. 

* Le clairon. 



Glis- 



CXXIL 

La bataille est miravillouse et dure. 
Li cuens* Rollans mie ne s'asséure, 
Fiert de l'espié tant com lianste* li dure; 
Puis traist* l'espée, d'or fu l'enheudéure**; 
Fiert .i. païen de moult grant estature ; 
Non ot Cornubles, nez d'une terre dure. 
Tout le porfeut jusqu'en la forchéure*; 
Et le cheval, onques n,'i quist* jointure, 
Tout abat mort el pré sor la verdure. 
Une ramposne*li dist à desmesure : 
« Oultre, cuivers* de mauvaise estature ! 
Dex qui tout fist te doinst* maie aventure ! 
Jà de bataille n'auras mais nul jor cure. » 



* Le comte. 

* Frappe de l'cpieu tant 
que le bois. 

* Tire. ** Lu poirpu'e. 



* La poitrine. 

* Chercha. 

* Un sarcasme. 

* Loin d'ici, coquin. 



* Te donne. 



CXXIIL 

Rollans fu preus et moult de grant coraige. 

Tint Durandart par moult fier vasselaige*. 

De Sarrasins i fait moult grant damaige, 

Cel jor monstra moult bien son vasselaige*; 

Qui l'atendi ne fist mie que saige : 

La teste en prinst, n'i laissa autre gaige, 

Sanc et cervelle fait voler par l'erbaige ; 

Tout a son cors sainglant et son visaige. 

Et Oliviers de férir ne se targe *, 

Li .xii. per resont * de grant baruaige **, 

Et liFransois jà n'i auront hontaige*, 

Fièrent et chaplent* sor celle gent sauvaige; 

Muèrent païen à duel et à hontaige*. 

Dist l'arcevesques : « Nostre gent est moult saige, ' 

Bien se desfendeut à cest estroit passaige ; 



Bravoure. 



Sa valeur. 



* De frapper ne se tarde. 

* Sont de leur côté. *' ^'o^ 
blesse. 

* Honte. 

* M art client. 

* Arec douleurethontc. 



(v. 20Gi.) 



DE RONCEVAUX. 



185 



Car pléust Deu qui fist oisiaus sauvaiges, 
Ci fust li rois cui* avons fait homaise! » 



*A 



qui. 



CXXIV. 

Oliviers fu cortois et afnitiez*, 

Et de bataille hardis et resoiugniez*. 

Sa lance est frainte*, moult en est aïriez** : 

Entre ses poins remest * l'unne moitiés, 

Fiert*Nabigaut sor Telme qu'est vergiez**, 

Fors* de la teste li fist les iex glacier**, 

Et la cervelle abati à ses pies. 

Quant il l'ot mort , s'en fu joians et liez*. 

Après ocist .ij. autres renoiez* : 

C'est Estorcins qui mal fu veziez *, 

Et Lucanors, uns autres pautonniers * ; 

Ses tronsons brise, se li est escliciez *. 

Voit-le Rollans, moult s'en est merveiliiez : 

« Sire compains*, iestes-vous enraigiez, 

Qui de bastou en estor* voz aidiez? 

Aciers et fers i fusl plus resoingniez*. 

Oii'st Hauteclère? por quoi ne la traiez*? » 

Dist Oliviers : <c N'en sui pas aaisiez*. 

Carde férir* sui trop encoraigiez. » 

— «Voir*, dist Rollans, ce estdiaus**et pitiez. 

Ha! Ganelons, com noz as engingniez* ! 

Par traïson noz i as-tu boisiez*. « 

Atant s'en tornepoingnant, toz eslaissiez*. 

Oliviers s'est vers Pvollant aprochiez. 



* Bien élevé. 

* P^-udent. 

* Brisée. ** Eu colère. 

* Reste. 

* Frappe. ' * Eai/é. 
*Hors. ** Glisser. 

*Ilenfutj(njeuxet gui. 

* Renégats. 

* Qui méchant fut et rusé. 

* Scélérat. 

* Il lui est volé en éclats. 

* Compar/non. 

* En bataille. 

* De saison. 

* Tirez. 

* A mon aise. 

* Frapper. 

* J'rai. ** C'est douleur. 
' Trompé. 

* Dupé. 

* Hors s'en retourne, pi- 
quant des deux, en toute 
hâte. 



cxxv. 

La bataille est pionnière et adurée* : 
Grans fu li chapics de la gent deffaée*. 
1^'anibes .ij. pars* fu forment esgarée 
La grans bataille qui là fu aiinée* ; 
N'i a baron n'ait la coulor muée *. 
Cuens* Olivier tint la teste endinnée. 
l*ar mautalent* mist la main à l'espée, 
Que ses compains* r.ollnns ol demandée; 
Si vait férir* Justin de Nalfondée, 



* Acharnée. 

* Le com bat des mécréa nts. 

* De deux cités. 

* Livrée. 

* î\''aitchanr/é de couleur. 

* Le comte. 

* Colère. 

* Que son compaijnon. 
" Et va frapper. 

IC). 



186 



LE ROMAN 



(v. 2099. 



ïrenche-lui l'iaume, la ventaillft* dorée, 

Tout leporfant desci en la corée*. 

Li brans coula en la selle affautréc*, 

Au bon destrier a l'eschine copée, 

Tout abat mort devant lui en la prée. 

Lors a s'espée au duc Rollant raonstrée : 

« Sire Rollans, vez ici Hauteclère, 

Que vous m'aviez désorains* demandée. » 

Voit-la Rollans, merveilles li agrée, 

A Olivier a dit raison membrée * : 

« Li emperères de France la loée 

Por itez cops* vous a s'ammor donnée. » 

De toutes pars fu IMonjoie escriée : 

Païenne gens fu lors espoantée*, 

Arrier se traient* plus d'une aubalestrée**; 

Malprins s'enfuit parmi une valée, 

Marsillion* la nouvelle a contée. 

Li rois l'entent, s'a la couler muée*, 

IMoult tost commande que sa gens soit armée. 



* Tm visière. 

* Jusqu'au cœur. 

* Garnie de feutre. 



* Désormais. 



* Mémorahle. 



'Pour (Je tels coups. 



* Epouvantée. 

* Se tirent. 
iV arbalète. 



Portée 



* A Marsille. 

* // a changé (te couleur. 



CXXVL 

Marsillions, cui toute honors souffraingne*, *j],^y ^ ^"' '""' '^ '"'•/* 

Prinst .XX. m. Turs m lais et de pute gaingue*; * De vile e.vtraction. 

Ne croit en Deu ne la soie compaingne*. * Ni sa compagnie. 

Par .i. destroit* merveillouz et estraiugnc * Défilé. 

Vait à Gautier, qui garde la montaingne. 

Rois Amaurris porta le jor l'enseingne. 

Il les ajouste* par devers la champaingne; * // les rejoint. 

Les destrois garde devers les pors d'Espaingne. 

<; Dex! dist Gautiers, sains Malos de Bretaingne ! 

Gaues li cueus *, cui toute lionors souffraingne, 'G. le comte. 

De nous a faite dolirouse bargaiugne*. » * Douloureux- marché. 

Sa gentescrie, que chascuns d'euls s'estraingne *. * S'écarte. 

CXXVIL 



Rois Amaurris est sor le mont venus, 
lui* .XX. M. de païens mescréus. 
Fransois assaillent à force et à vertus * 
Far graut aïr * les ont le jor férus**, 



* Arec lui 

* Et rigoureusement. 

* J'iolcnce. ** Frappés. 



V. 2134. 



DE RONGEVAUX. 



187 



Touz les ont mors, ocis et confondus. 

Sor touz les autres fu Gantiers irascus*, * En colère. 

L'escu embrace, si fu trais ses brans * nus , *Et fut tiré son sabre. 

Vers iesrans niaistress'en vient, iessaus menus, 

A euls jousta, ne lor rant pas salus. 

ISi ot celui qui nul point fust ses drus*, * Son ami. 

Ainz les haoit* si que ne pooit '* plus. '^Maishs haïssait. *" Pow 



CXXVIII. 

Si corn* Gantiers fu à eul^ajoustez, 

Païen l'assaillent environ, de tous lez*. 

Ses fors escus li est frains * et quassez , 

Ses blans haubers desromps et dépanez * ; 

.iij! espiés* ot parmi le cors coulez, 

Touz ot perciez les flans et les costpz ; 

Li cuers li faut*, que .iij. fois s'est pasmez. 

IS'es pot souffrir Gantiers li alosez* ; 

Ou voille* ou non, s'en est dou cbamp tornez ; 

Mais moult s'en va corresouz et irez*. 

Grant aléure est le mont avalez*, 

Car moult redoute les cuivers deffaez *. 

Rollant escrie * : « Où iestez-voz alez? 

Fiuls à baron , et car me secorrez. « 



* Quand. 

* Côtés. 
Brisé. 

* Rompu et déchiré. 

* Épieux. 

Le cœur lui manque. 

* Le vanté. 

* Ou veuille. 

Chatjrin . 

* Grand pas est descendu 
de la monta;! ne. 

* Les coquins mécréants. 

* A Roland il rrie. 



CXXTX. 



Gantiers costoie delez .i. tertrissel*; 
Desor l'arson li gisent li boel*, 
Et Fransois font des Sarrasins maisel*. 
Li cuens* Géris sist ou cheval isnel**, 
Et ses compains* Geliers sor .i. moult bel ; 
Ambedui poingnent le pandant d'un vaucel*. 
Si vont férir* .i. paien, Tbymotel, 
L'uns eu l'escu, enz el premier chantcl', 
L'autre en l'auberc, dont d'or sont li clavel ' j 
El cors li maitent lor espiés à noel *, 
Mort le trestornent très enmi le prael*. 
Esprevaris i fu, li fiuls Aboi ' ; 
Celui ocist Engeliers de Rordel. 
Torpins de Rains gieta mort Gloriel, 



* Près d'un petit tertre. 

* Lesboyau.v. 

Boucherie. 
' Le comte. ** Hur le che- 
val rapide. 

* Et son compagnon. 

* Tous deux descendent au 
fjatop lecôté d'une vallée. 

* Et vont frapper. 

* Chanteau, quartier. 

* Les clous. 

* Leurs épécs niellées. 

* M. le renversent juste 
au milieu du prc. 
*LeJilsd'Abel. 



Il 



LE ROMAN 



(v. 2169.) 



L'euchantéor qui par son grant revel* 

Fu en anfer por faire son avel*; 

Par droite voie l'i couduist .Tupitei. 

Dist l'arcevesques : (^ Ci a riche chembel*! 

Respont Rollans : « Bien lièrent no donzel' 

Olivier, frère, cist cop me sont moult bel ! » 

cxxx. 

La bataille est miravillouse* et grans, 
Mesléément lièrent* païen as Frans; 
Se l'uns assaut*, l'autres est deffeudans. 
Là véist-on tans vers elmes* luisans, 
Et tans eseus à or rellamboians^ 
Tans bons haubers saffrez et jazerans*. 
Et tans destriers ior resnes traïnnans. 
Dont li vassalgisent mort par les champs. 
Dexl tant prendon perdi iluec son tans* , 
Qui puis ne vit ne famé ne anfans. 
Ne Ior amis qui sont as pors passans. 
Karles li Mainnes en sera moult dolans*; 
Cui chaut de ce*, jà ne Ior iert aidans. 
Li maus traîtres Ganes li soudoians*, 
Mauvais service Ior fist à icel tans, 
Qui les Fransois vcudi as mescréans. 
Puis en morut par merveillouz ahans*, 
Ensamble o lui de ses apartenaus*; 
.XXX. en i ot, tex fu liroi commans*. 
En la bataille sor la païene jant 
Fiert-i* Rolians par moult grant mautalanl 
Et Oliviers monstre son hardement*, 
Li arcevesques plus de .IM. cops i ranf . 
Li .xij. per ne se targent noiant*; 
Et li Fransois fièrent communément, 
Muèrent païen comme chaitif dolanf. 
Qui ne s'enfuit, tost i pert son jovant*. 
Fransois i perdent tant riche garnemaiU*, 
Tant bon espié noélé à arjaut*, 
Et s'i perdirent tant chevalier vaillant; 
De Ior espées sont tuit sainglant li brant*. 
Cui chaut de ce*, jà ne Ior vault noiant**; 



* Diveiiissemcnt . 
' Plaisir. 



* Ici il y a belle joute. 

* Nos jeunes gens frappen l 
bien. 



Merveilleuse. 

* Frappent. 

* Attaque. 

* Heaumes. 

* Damasquines et rtrmail- 



* Tant (le preux perdirent 
là la vie. 



* Cliagrin. 

* Quoi qu'il en soit- 

' Le mauvais traître G. le 
perfide. 



* Peine, supplice. 

* Aveclui de ses parents. 

* Tel fut le commande- 
ment du roi. 

* y frappe. ** Colère. 

* S<i hardiesse. 

* Xe s'attardent pas. 

* Pauvres malheureux. 

* Sa jeunesse. 

' Equipement. 
' h'picu niellé avec ar- 
gent. 

* Les lames. 

* Quoiqu'il en soit. 

* I\cant, rien. 



(v, 220: 



•) 



DE RONCEYAUX. 



189 



Ne verront mais* ne amis ne parans, 
Ne Karlemaine qui as pors est passans. 
En France en ot moult dolirouz tormant*. 
Qui apparut de tonnoirre et de vant ; 
Pluet et grézeille* desmésuréément , 
Chient-i* foudre et menu et souvant, 
Et terremeute* i est communément 
De Bezanson jusqu'as pors de Wissant; 
DèsS.-^lichiel jusqu'à Rains ausiment *, 
IS'i a cité dont li murs ne cravant*, 
Home n'i a qui ne s'en espoant * ; 
Dient qu'il est li jors dou jugement, 
La fins dou siècle qui lor vient en présanl*. 
11 ne le sevent ne dient voir noiant*, 
Ainz* est dolors por la mort de Rollant. 
Fort sont li signe et li oraige grant, 
En France en a mainte chose apparant* ; 
Dès le matin jusqu'à soleil couchant 
Jors ne solaus* n'i vait clarté faisant , 
Home n'i a ne cuit morir atant*. 
Bien pueent ieslre en cel règne dolant * : 
Car li bon muèrent, à cui sont ateudant. 
A Saint-Denis, cui Dex parama tant*, 
Là treuve l'on ceste estoire lisant* : 
Ce est dolors por la mort de Rollant. 
Mieudres de lui* ne ceindra jamais brant**, 
Por chevalier ne chaï d'aufferrant*. 



*Plus. 

* Douloureuse tourmente . 

* Grêle. 

* Tombent-y. 

* Tremblement do terre. 

* Pareillement. 
*Ne croule. 

* Épouvante.. 



Présentement . 
* Savent ni ne diitcnt nul- 
lement vrai. 
" Mais, 



* Apparaissant. 

r\t soleil. 

* Qui ne croie mourir 
alors. 

*Chafjrins. 

* Que Dieu aima tant. 

* A lire cette histoire. 

* Meilleur que lui. ** Sa- 
li re. 

* i\e tomba de destrier. 



CXXXH. 



La bataille est plennière et adurée* 
D'ambes .ij. pars fu forment* redoutée; 
Fièrent * Fransois au tranchant de l'espéc, 
N'i a celui* ne l'ait ensainglantée. 
IMonjoie escrient, l'enseingne renommée. 
Là véist-on tante broingne saffrée* , 
Tant pié, tant poing, tante teste copée; 
Tant destrier vont lor resne traïnnée, 
Dont H vassal gisent mort par la prée. 
Païen s'enfuient par toute la contrée, 



* Acharnée. 

' Des deux cotés fut for- 
tement. 

* Frappent. 

Il ii'ij a nul qui 

* Tant de cuirasses da- 
masquinées. 



190 LE ROMAN 

Frauc les enchauceDt*de la terre sauvée. 



(v. •22i4.) 
' Poursiiivenl , chassent. 



CXXXII. 

Païenne gent, dolante et irascue*, 
Devers Espaingne ont lor voie tenue, 
Franc les enchaucent de la terre absolue*, 
Mainte chière arme* i ont le jor perdue ; 
Païenne gens est morte et confondue. • 
Li cuens Rollans durement les argue* ; 
Là véist-on tante targe fandue. 
Tant elme fraint, tante broingne* rompue , 
Et tant destrier lor resne desrompue, 
Dont li vassal gisent sor l'erbe drue. 
Geste bataille ont li Fransois vaincue; 
C'est la première qui lor estoit venue. 
Dex! puis lor est si grant painne créue, 
En grant dolor en ert* France chéue. 



* Chagi-ine et irritée. 

* Affranchie. 

* Ame. 

* Les Ivresse. 



* Tant de heaumes brisés, 
tant de cuirasses. 



* Sera. 



CXXXIIL 

Nostre Fransois ont féru à baudor* : 

Païens ont mors* par force et par vigor. 

De .c. milliers n'en sont ,ij. en retor *. 

Dist l'arcevesques : « Nos gens ont grant valor 

TNus rois* en terre n'en ot onques meillor. 

Jl est escript en la geste francor*, 

Drois est à iestre en la Terre major*, 

Que vassal soient avec l'emperéor. » 

Vont par les champs, si recercbent les lor. 

Quidontoïst le duel et la clammor*. 

Es-vous* Marsille et d' Espaingne la flor ; 

Li augalie* chevauche par vigor. 

Voit-le Oliviers, si mue la coulor*, 

RoUant appelle, si li dist par amor : 

« Sire compains *, por Deu le criator, 

No* compaingnie partira à dolor. 

Jà moi et voz n'isterons d'ui cest jor*. 

Ganes li fel , cui Dex doinst* déshonor, 

Nous a vendus à la gent païenor*. » 



* Ont frappé riremenf. 

* Ont tué. 

* Deux revenus. 

* \ul roi. 

* Dans l'histoire de 
France. 

" La grande Terre (l'Es- 
pagne). 



* La douleur et les cris. 

* Foici. 

* Le calife. 

* Et il change de couleur. 

* Compagnon. 

* I\'otre. 

* IS'e sortiwns d'aujour- 
d'hui. 

* C. le félon, à qui Dieu 
di.nne. 

* Aux païens. 



DE ROiNGEVAUX. 



191 



CXXXIV. 

Ll cuens Rollans s'est forment desmentez ' 
Mains ruistes* cops a férus et donez. 
Et Oliviers li preus et li senez*; 
Li .xij. per resont* de grans bontez, 
Et Franc i fièrent par ruistes poestez *, 
Sarrasins ont à martyre livrez, 
De .c. milliers n'en est c'uns eschapez : 
C'est Margaris, qui mar* fu engendrez. 
Se il s'enfuit, n'eu doit iestre blasraez; 
Car il estoit de .iiij. espiés navrez*. 
Ses brans d'acier iert* tous ensainglentez, 
Etseshaubers desi'omps* et descirrez; 
Envers Espaingne est ses chevax* tornez, 
De la bataille s'en est fuiant tornez ; 
Se il s'enfuit, n'en doit iestre blasmcz. 
Le roi* Marsille a touz les fais contez. 



* Fort lamenté. 

* Rudes. 

* Le sensé. 

* Sont de leur coté. 

' Y frappent par rude 
puissance. 



Ma Iheureusemcn t . 

De quatre épieux blessé. 

* Son sabre d'acier était. 

* Rompu. 

* Son cheval. 



Au roi. 



cxxxv. 

Rois Margaris seuls s'en est repairiez*, 
Sa lance est frainte* et ses escus perciez, 
Et ses haubers desromps * et desmailliez , 
Et ses bons brans est de sanc vermoilliez *, 
Et il-méismez de quatre espiés plaiez*. 
Il vint dou champ qui mar* fu comenciez , 
Le roi* IMarsille touz les fais a nunciez** ; 
Hastivement li est chéuz* as pies : 
n Bons rois d' Espaingne, erramnent* chevaucliiez, 
Les Frans de France trouverez auoiez * 
Des cops férir*, de nos cors martyrier ; 
Touz les pluisors trouverez ensaingniez ; 
Perdu i ont maint chevaliers proisiez*. 
Et de lor gent prez de l'unne moitié. 
Li remanans* est moult affoibloiez** , 
Il n'en ont armes dont se puissent aidier ; 
Bon sont à vaincre, de verte * le saichiez. 
Légièrement* aurez les nos vengiez. » 
A ces paroles se drescièrent en piez; 
Frausois escrient : « Sire Rollaut, oùiez*.^ 



^Revenu. 

* Brisée. 
" Rompu. 

* Rendu vermeil. 

'' De quatre épieux blessé. 

* Malheureusement. 

* Aurai. ** Annoncé. 

* Tombé. 

* Promptement. 

* Ennuyés. 

* Frapper. 

* Prisés. 

* Le reste. ** A/faibli. 

* En vérité. 
'^Facilement. 

* OU est- lu. ^ 



192 



LE ROMAN 



(v. 2314. 



Li .xij. per, por Deu car nous aidiez ! » 
Li arcevesques parla com afaitiez * : 
« Li home Deu, or ne vouz esniaiez*, 
Sains paradis noz est appareilliez*. 
Dex noz donra coronnes en nos chiez * . » 
Fransois en ont les cuers atenroiez*, 
L'uns pleure l'autre, par moult grans amistiez. 
Par charilé se sont entrebaisié, 
Torpins de Rains, qui moull fu veziiez*, 
De Deu les saingne* qui fu crucefliez. 
Rollans escrie : « Baron, ne voz targiez*. » 
Li rois Marsilles chevauche tous rengiez*. 



* Comme instruit. 

* Maintenant ne vous in- 
quiétez pas. 

* Préparé, 

* Chefs, têtes. 

* Attendris. 



Avise. 

* Signe. 

* Ne vous attarde: pas. 
*En rang de bataille. 



CXXXVL 



Marsilles vint parmi une valée, 
Et sa grans os* que il ot assamblée, 
Par .XX. eschielles '^ l'a li rois ordonnée. 
Là véist-on tante targe roée*, 
Tant point escu*, tante selle dorée, 
Tant fort espié*, tante lance acérée ; 
A .vij*^ graisles font sonner la menée*, 
Trestoute en font retentir la valée 
Et la contrée , de loius quatre lieuées*. 



* Armée, 

* Bataillons, 

* Ornée de roues- 

* Tant d'écus peints, 
*Tant de forts épieux. 

* La charge, 

* Lieues. 



CXXXVIL 



Li cuens Rollans s'est forment desmeutez* : * Lamenté. 

Mains ruistes* cops a férus et donnez, * Rudes. 

Et Oliviers li preus et li senez*. * Sensé. 

Li .xij. per resont * de grans bontez, * Sort de leur côté. 

Et li Fransois se sont bien esprouvé : 

Dex ait des armes* et merci et pité, * Ames. 

Car li cors sont à martyre livré ! 

Li cuens Rollans devant lui a gardé*. * Regardé. 

Et voit venir Sarrasins bien armez ; 

Tant en i a, nus ne les puet* numbrer. * Nul ne lesijeut. 

11 les maudist de Deu de majesté, 

Et les putains qu'euz cors les ont portez, 

Et les gloutons qui les ont engendrez. 



(v. 2348.) DE RONCEVAUX. 

Li rois Marsilles chevauche toz irez*. * Chagrin. 



193 



CXXXVIII. 



Marsilles vint par une grant valée , 
Et sa grans gens que il ot assamblée. 
Dex les confoude qui fist ciel et rousée ! 
Tant en i a que ne puet estre esmée*. 
Sa grant bataille a JMarsille ordonnée. 
Là véissiez tante enseingue fermée*, 
As fers des lances atachie et levée , 
Tant bon hauberc dont l'euvre estoit saflrée* 
Et tant bon elme*, tante targe roée**, 
Tant bel escu, tante selle dorée, 
Tant fort espié*, tante lance acérée. 
A .vi]*^. graisles* font sonner la menée, 
Trestoute eu font résonner la contrée. 
Fransois Toirent, mie ne lor agrée. 
Li cuens Rollans dist parole raeubrée * : 
<- Hé ! compains*, sire, c'est véritez prouvée, 
La traïsons ne puet iestre celée 
Que Ganelons a vers noz porparlée *. 
Se Dex m'ait* et la vertus nommée, 
Bataille euiert et fors et adurée*; 
Ainz mais par roi ne fu tele ajoustée* ; 
Quant vendu sommez par maie* destinnée, 
Si faisons tant, nostre oevre soit loée ; 
Aprez nos mors eu soit chansons chantée ; 
Et nus qui l'oie ne puist dire à celée * 
Que coardie i aionz jà pansée. 
Miex ainz * raorir en iceste contrée, 
Maie* chansons que de nous fust chantée. 
Je i ferrai* de Durandart m'espée, 
Desci as poins* sera ensaiuglentée. 
Et vous, compains*, do la voslre loée. 
Dex! tante terre eu avons acuitée*, 
Tante bataille vaincue et aOuée * ! 
Cerchiez* les mons, et g'irai la valée : 
Or i parra laquculs iert * mieus loée, 
En Ronscevax cromue * et redoutée. » 



* Esliinée, comiilée, 

* Fixée. 



Damasquinée. 
' Et tant de bons heau- 
mes. '* Ornée de roues. 



* Épieu. 

* Avec sept cents clai- 
rons. 



* Mémorable. 

* Compagnon. 

* Machinée. 

Si Dieu m'aide. 

* li. en sera et forte el 
acharnée. 

* Rencontre. 

* Mauvaise. 



En cachette, 

* J'aime mieux. 

* Mauvaise. 

* j'y frapperai. 
Jusqu'à la poignée. 

* Compagnon. 

* Affranchie. 

* Finie. 

* Fouillez. 

'Maintenant il g paraî- 
tra laquelle sera. 

* Crainte. 

17 



194 



LE ROMAN 



CXXXIX. 



Grans fu li bruis de la gent Apolin * ; 

Si coin il viennent, démainueut grant liustin*. 

Biaus fu li jors, moult orent cler matin. 

Par ces montaingnes jupent* cil Sarrasin ; 

Moult reflamboient cil bon brant acérin*. 

Rollans laist* corre en travers d'un chemin , 

Lez* mie haie où il ot** maint sapin, 

Et tint la range* de l'escu biauvoisin; 

Desoz son elme* porte sou chief enclin**; 

Avec lui mainne et Gelier et Gérin. 

Devers Espaigne laist * corre Viellantin , 

Des Sarrasins vait sievant le train. 

La gens Marsille mainne moult grant hustin * ; 

Crient et braient et huslent com mastiu ; 

Dex les confonde , qui de Tiaue fist vin ! 

Marsillions apella Blanchandin 

Et Sorbarré de la cit * de IMontfrin ; 

N'a en la terre si vaillant Barharin*. 

Li Sarrasins lor dist en sou latin* : 

« Prennez le bruit de la gent Apolin, 

S'alez* véoir Fransois en cel chemin ; 

Férez-les bien, si trairont maie* fin. » 

Li cuens* Rollans, quant vit les Sarrasins, 

Arrière torue le destrier Viellantin , 

Desci as* Frans ne prinst-il onques fin. 

Il en apelle Olivier le meschin* : 

« Sire compains*, foi que doi saint IMàrtiu, 

Nuncier vous voil* .i. dolirouz destin; 

Or dou bien faire, gentiz cuens palazins * ! 

Dex ait nos armes*! prez sommez de la fin. » 

Dist Oliviers : « Deu en puist * souvenir ! » 



* Du peuple d'Apollon, 
païens. 

* Fracas. 



Jappent. 

* Sabres d'acier, 
" Laisse-. 

* Près de. ** Il ij etil. 

* La courroie. 

* Dessous son heaume 
** Tête baissée. 



*Laisse. 



P'acarme. 



*Cité. 

* Berbère. 

* En sa langue. 

*Et allez. 

* El ils auront mauvaise. 
Le comte, 

* Jusqu'aux. 

* Le jeune homme. 

* Compagnon. 

* Annoncer vous veux. 

* Songez maintenant à 
bien faire, noble comte pa- 
latin. 

" -Imes. 

* A Dieu en puisse-t-il. 



CXL. 



Li cuens Rollans ot moult le cuer dolant ' 
Car trop parvoit* de celle maie jant; 
Fransois se vont jouste lui estraingnant*. 
Quant ont véu des païens i a tant, 
Couvert en sont li mont et li pandant*, 



* Le comte R. eut le cœur 
liî'S-chaijrin. 

* Fait . 

* Près de lui serrant. 

* Les versants. 



(v. 2421,) 



DE RONCEVAUX. 



19S 



Donques réclaimment * Olivier et Rollant : 

« lA .xij. per, car noz soicz aidant. « 

Li arcevesques parla par avenant* : 

a Li home Deu, ne soiez esmaiant* ; 

Bon chevalier, ne soiez mal pansant, 

Que nus preudons maie* chanson n'en chant. 

Assez vault miex que morons combatant , 

Que moult vilment soionz prius en fuiant. 

Proumis vous ai, bien eu soiez créant*, 

Jà par cest jor * ne serommez vivant ; 

En paradis serons touz jors manant* , 

.Thésus de glore nous fera bel samblant. » 

A ces paroles se vont resbaudissant*, 

Les destriers brochent*, si se maiteut avant, 

]N'i a celui bataille ne demant*. 



* Appellent. 

* Comme il fatil. 

* En souci. 



*Que nul pruclhomme 
mauvaise. 



*Croyaiits, certains. 

* A partir clccc jour. 

* Restant. 

* Ranimant. 

* Eperonnent. 

* Il n'y a nul qui bafrrille 
ne demande. 



CXLL 



Fut bien digncde louan- 



f/e. 



Marsillions fist forment à loer* ; 

Les Sarrasins en priust à apeller : 

« Seigneur, lait- il, à moi en entendez. 

Vez-là Fransois que je ne puis amer. 

Li cueus* Rollans fait moult à redouter : 

Qui le veult vaincre, il s'en doit moult pcner. 

Par .ij. batailles se le poonz mater, 

.iij. en ferai, se 1' volez créauter *. 

Les .X. eschielles* en iront por jouster, 

liCS autres .x. remanront* por garder. 

Hui perdra Karles l'orgoil qu'il sieult* mener ; * Qu'il a coutume. 

A grant dolor verrez France torner. » 

.j. confanon qu'il ot faitatorner* * Arrnmjer. 

Donna Grandoinne, pour les autres guier*. * Guider. 

Et cil le prinst *, qui moult se volt pener * Et celui-là te prit. 

De nos Fransois honnir et vergouder * . * nupender. 



' Le comte. 



* Consentir. 

* Bataillons. 

* Resteront. 



CXLIL 



Desor .i. mont laissa ]Marsillion- 
Va-s'enGrandoinnes, il et si compaingnon, 
Parmi un val par lière contauson ', 
A .V. clouz d'or lacié le conl'anon ; 



"Effort. 



d96 



LE ROMAN 



V. 2450. 



A vois escrie : « Car chevauchiez, baron. » 

.M. graisles* sonnent, molt en sont cler U ton. * Clairons. 

Dient Fransois : « Dex pères, que ferons? 

Si mar* véismez le conte Ganelon; 

Vendus nous a par maie* traïson. » 

Li arcevesques a parlé par raison : 

« Li home Deu , hui* recevez grant don, 

En paradis aurez bénéison*; 

Mais li coart n'i auront jà pardon. » 

Respondent Franc : « Communaunient l'aurons, 

Car por sa loi essaucier* conibatous. 

.Ta Deu ne place * que cel péchié faisons 

Dont nous son règne perdons par retraison*. » 

ïorpins de Rains, par bonne entencion, 

De Deu lor fist gente absolution. 

Là ot restraint maint aufferrant* gascon. 

Puis remontarent par fière contanson * ; 

Vers païens brochent, irié * comne lyon. 

A vois escrient : « Monjoie la Charlon ! » 



SI maUieureusemcnl , 
* Mauvaise. 



* Hommes de Dieu, au- 
jourd'hvi. 

* Bénédiction . 



ExaUer, 

Qu'à Dieu ne plaise, 

1\''iraite. 



* Là il >i eut sanglé m. 
destrier. 
'Emulation. 

* Eperonnent,fur>euï, 



CXLIIL 



ÏÀ rois Marsilles anz .ij. les fait partir;* 
Les .X. eschielles* en fait tôt quoi tenir; 
.M. graisles* sonnent, si les firent oïr. 
Dient Fransois : «Dex! où perrons gûrir*.^ 
Li .xij. per. que porrons devenir.^ » 
Li arcevesques ne se pot plus tenir : 
« Li home Deu, ne vous chaut d'esmarrir* ; 
Dex voz fera coronner et florir, 
En paradis richement asséir ; 
ftlais li coart ni porront pas venir. » 
Respondent Franc : « JN'i devons pas faillir; 
Car chascun jor penons* de lui servir. 
Poi* avons gent, mais il ont fier air**; 
Comment qu'il soient esmaié* au venir, 
.Ihésus de giore, qui tout a à baillir*, 
Lor a touz fait tel hardcmeut coillir *, 
.Tamais por home ne les verrez fuir. >- 
A ces paroles se porrent bien véir*. 



* Tous deux les fait par- 
iar/er. 

* Bataillons. 

* Clairons. 

* Être en sûreté. 



* ?\e vous inquiétez pas 



* Nous prenons 
peine. 

* Peu. ** Energie. 

* Inquiets. 

* Gouverner. 

* Prendre courage 
point que. 

/ oir. 



de ta 



(v. 2i03.) DE RONCEVAUX. 

CXLIV. 

Nostre Frausois voient lor annemis. 

Por la Deu grâce qui en la crois fu mis, 

Fu chascuns preus, corraijouz et hardis. 

Les destriers brochent, s'ont les espiés* brandis, 

Hardiement vont païens envaïr , 

Grans cops lor donnent sor les escus voltis* ; 

Desoz les boucles les ont frains* et malmis, 

Les blans haubers desromps et dessartis*; 

Parmi les cropes des destrers arrabis 

En ont .vij. c. abatus ou larris*. 

Mais d'unne chose soiez-vous très-bien fis*, 

Qu'à l'ajouster ot tel noise et tex* cris, 

Desoz les pies est li nions* retantis ; 
Moult fu vassaus* qui ne fu esbahis. 
Li estors est durement esbaudis*, 
Commenciez estli diaus et li estris*, 
Sans grant dammaige ne sera départis* ; 
Ainz* i morra mains chevaliers hardis, 
Tante pucelle an iert gaste* de lor amis, 
Et tante damme veve de lor maris, 
Et tant autant de lor père orphelins. 
Quant iert séu ou règne* saint- Denis, 
IMoult i aura grans dolors et grans cris. 
Li Franc de France , dou seignori* pais , 
Bien se deffendent o les brans couloris', 
Que chascuns d'euls volsist iestre garis * . 
IMais en cel champ les convient* iestre ocis. 

CXLVL 

Un Sarrazin de Sarragoco i a , 
Sa volenté font cil* qu'il commanda ; 
Quant il commande, la seiugnoric en a. 
De Sarragoceà l'empire jousta*, 
AGanelon icil* s'acompaingua, 
Etli plévi* que Rollant tuera; 
Par aniislic la bouche li baisa , 
En guerredon .i. elmc* li donna : 
Aprez li dist et très-bien li jura 
Terre major* à honte metera, 



197 



* Z*'s épiai.v. 

* Bombés. 

* Ilriscs. 

* Rompiix et démaillts. 

*Sur la bruyère. 

* Certains. 

* Qu'en la rencontre il ij 
eut tel bruit et tel. 

* Le monde. 

* Brave. 

"Le combat est durement 
anime. 

* Le chagrin et la lutte. 

* Séparé. 

* Mais. 

* En sera privée. 



* Quand sera su au 
royaume de. 



* Seigneurial. 

* Jvcc les lames de cou- 
leur. 

* Foulût être sauvé. 

* Il leur faut. 



*Ceux. 

* Se joignit. 

* Celui-ci. 

* Et lui promit. 

" En récompense un hcau- 



* l.n grande Terre, l'Es- 
nannc. 

17. 



198 



LE ROMAN 



L'emperéor de France chascera, 

Et la coronne dou chief*li ostera. 

Sist ou destrer*, Barbamor l'apella ; 

Très-bieu le broche*, la resue li lascha, 

Fiert* Angelier là où il rencontra, 

Cel de Gascoingne, cui* Karles moult amo ; 

L'escu li perce et l'auberc li faussa. 

Parmi le cors son espié li guia*, 

Plainne sa lance dou cheval l'esloingna. 

Mors est li cuens*, de son tans plus n'i a. 

Dient Fransois : « Dex pères, que sera? « 



* De la tète. 

* Fut assis sur le des- 
trier. 

* L'éperonne. 

* Frappe. 

" Le seigneur de Gascogne, 
que. 

* Sonépieu lui ijuida. 



'Le comte. 



CXLVI. 



Li cuens Rollans apella Olivier : 
« Sire compains, ci a grantdestorbier*. 
Perdu avons le vaillant Angelier, 
Cel de Gascoingne, cui '* Karles a tant chier 
IMoz n'aviienz nul meillor chevalier. « 
Dist Oliviers : « Dex le me laist* vengier ! » 
Le destrier broche des espérons d'ormier*, 
Tint* Hauteclere, dont li brans** fu d'acier; 
Desor son elme qui à or fu vergiez* 
Fiert* le glouton, ne le volt** espargnier, 
Tout le porfant desci en hanepier*; 
Trenche le cors, si ocist le destrier, 
Tout abat mort en .i. gaste* sentier, 
.j. en r'ocist qui moult fist à proisier : 
C'est Apadains, qu'il n'avoit gaires chier. 
.j. autre encontre c'on apelle Turfier, 
De Hauteclere isnellemeut le Hcrt*, 
S'en prinst la teste sans autre recouvrier*. 
Les armes* d'euls emportent adversier**. 
Errant refiert* li frans cuens Olivier, 
.vij. Arrabis l'ait les arsons Avisdier*; 
Ne sont mais preu por estor* comniencier. 
Ce dist Rollans : « Sire cuens Olivier, 
Moi est avis que voz voi moult irier *, 
Ainz* à nul autre ne volz** acompaingncr; 
Encontre moi devez appareillier. 



' s. compof/nnit, ici // a 
ijrand désastre. 

* Le seigneur de Gasco- 
gne, que. 

* Le me laisse. 

* D'or pur. 

*Tire. *" La lame. 

* Rayé. 

* Frappe. *"" .Se lei-oulut. 

* Jusqu'en la poitrine. 

* Rompu. 



* Rapidement lefrappe. 
"^ Ressource. 

* Les (imes. * * Diables . 
*T(iut de suite refrappe, 

f'ider. 

* Camhat. 

* Ftre chagrin. 
*^fais, * .Vf voulus. 



2507.) 



DE RONCEVAUX. 



199 



Li emperères qui France a à baillicr*, 
Il a droit certez s'il vous aimme et tieut chier : 
Por tex* copsrandre vous doit-ou bien prisicr. > 
— « IMoujoie! crient por lor gens raliior, 
Ferez*, Fransois; Jhésus nous voille aidicr!,> 

CXLVII. 

La bataille est miravillouse et grande; 

Moult sont Franc las, n'i a cel ne se plaingne. 

Marsillions à la cbière grifaingne* 

Fu au destroit devers* les pors d'Espaingne. 

Dist Oliviers : « Ci a foie gaaingne*; 

Ancui ferons dolirouse bargaingne*, 

Tuit i niorrons sans nulle demoraingne* 

Compains* Piollans, dou bien férir te painne. » 

Marsillions prinst sa gent d'Aquiteaingne, 

Frans les envoie, n'i a cel ne s'estraingne*. 

Parmi .i. val lor sort celle compaingne : 

.XX. M furent, chascuns ot entrenseingne *. 

Piniax les guie à* une vert enseingne. 

Il est escript as .vij. sains en Bretaingne, 

Cil qui requièrent* saint Jaque en Espaingne, 

Voient les cops ou perron * de Sartaingne, 

Si com Piollans parti de sa compaingne 

Por Durandart, que il volt qu'elle fraingne*. 

CXLVIII. 



* Gouverner. 



Pour tels. 



* Frappez. 



* JS'ij a nul qui. 

* Figure hérissée. 

* Fut au- défilé vers. 

* Gain déraisonnable. 

* Aujourd'hui ferons dou- 
loureux marché. 

* Retard. 

* Compagnon. 



* Il n'i/ a nul rjui ne se 
serre. 



* Guidon . 

* Guide avec. 

* Ceux qui vont en pèleri- 
nage à. 

* Hocher. 



"Car il voulut qu'elle se 
hrisùt. 



Grant bruit demaiunent les gens Marsilion * 
« Dex, dist Rollans, qui souffris passion, 
Et suscitas de mort saint Lazaron , 
.Moult m'a fait Ganes doliroz gueredon*. 
Vendus noz a par male*traïson 
Au roi Marsile, qui ait maleïson * ! 
Hé, Karle, sire, com grant perdicion 
Tu resois hui dou miex * de ta maison ! » 
Dist Oliviers : n Baissiez votre raison*, 
Par celle foi que je doi saint Simon, 
.Te n'en donroie vaillant .j. esperon. » 
Le destrier brocbe par grant aïrison*, 



* Dp Marsile. 



* Douloureuse récompense . 
Mauvaise. 

* Malédiction. 

* Du mieux. 

* Discours. 



Furie. 



200 LE ROMAN (v. 2002.) 

Et il li cort par morveilloiiz raudon *. * Rupidiié. 

Kn la grant presse niist son cors à bandon ; 

Cui il ataiut n'a de mort garisoii*. * saïui. 

« Dex! dist Rollaas, secor mon compaingnon ! 

Se il i muert, ne me pris* .j. bouton. » 'Je ne me prise. 

A CCS paroles a baissié sa raison*. * Son tUscovrs. 

Ez-vous ataut la maisnie Mahom * ; ]^f^/;i^ 7"MahoZfr'' 

Devant les autres vint poinguant* Valebron , * Éperoiuuuit. 

Sist en destrier qui Marmoiret ot non , 

Très-bien le broche par fière contanson *, * Effort. 

Sor son escu ala férir Sanson, 

Un duc de France qui moult fu riches boni. 

Escus ne broingne ne li fist garison*, 'namnifu ^"""^'^^ '"^ '"^ 

En cors li met le pan dou confaiion, 

Mort le trébuche sans nulle autre ochoison \ " On;,s}i,n. 

A vois escrie : « Tuit i morroiz, glouton. 

Ferez, païen ; très-bien les vainterons. » 

Dient Fransois : « Dex pères, que ferons? 

Or vont li nostre à grant perdicion.» 

CXLIX. 

Rollans esgarde , si vit Sanson morir : 

T.ors ot tefduel, dou sens cuida issir*. '.if^n'a-i^'^Hir!'"^'" 

Le destrier broche par merveilloiiz air*, * /'ifiuenr. 

Si qu'il li fist bien .xxx. pies saillir * ; * sauter. 

Tint Durandart, Conques ne volt guerpir *; ;,S/ ^ùS/iJnen'' "" 

Desor son elme, qui fu à or sartirs*, ' Dessifxsmi iigmime, (ju! 

„. . , 111 1 . . ^i fntddinasquiiniVor. 

riert* le païen, n el voit pas meschoisir**. * Frappe. ** Manquer. 

De son bon braut* qu'il ot bien fait bénir * Sabre. 

Toute la teste li fist en .ij. partir*, * Partager. 

Et de son front anz .ij. les iex saillir* ; \saater les deux i/enx. 

Anz .ij. les fist à la terre jesir. 

Dient païen : « Cist fait moult à haïr. » 

Tiollans respont : » Ne vous puis chier tenir. » 

Monjoic escrie por sa gent resbaudir*. * nanimer. 

« Ferez*, Fransois, Dex vos puist garandir! » * rra/ipe:. 

CL. 

D'auffrique i est uns Auffriquans venus; 
C'est Malcuidans , li fils au roi IMaudus. 



(v. 2636.) 



DE RONGEVAUX. 



201 



Contre soleil flamboie ses escus*, 
N'a garnement* ne soit à or batus ; 
Sor touz les autres est en l'estor* véiiz, 
wSist el destrier qui ot non Saus-perduz-, 
Broche-le* bien des espérons aguz , 
Fiert* Anséys par desor son escu. 
Contre l'acier ne pot durer li fust*; 
Li haubers est faussez et desrompus , 
Li cuers dou ventre li est en .ij. fandus. 
L'arme* s'en va, li cors s'est estenduz. 
Dient Fransois : « Bons vassaus, mar* i fus; 
En tant estor* as esté connéus! » 



Son écii. 
Pièce d'armure. 
* Dans le combat. 

* Pique-le. 

* Frappe. 

* Le bois. 



* L'ame. 

* M alheureusemen t . 
*Eh tant de combats. 



CLL 



Poingnant* i vint li arcevesques ber **; 

Tex coronnez* ne pot messe chanter, 

Qui de son cors leist tant à loer. 

Dist au païen : « Dex te puist* mal donner ! 

Tel as ocis qu'il t'estuet comparer*. 

S'or* ne le venge, moult m'en doit-on blasmer, 

Baisse la lance , si la fait bien bransler, 

Fiert* le païen, ne le volt** refuser, 

Sor son escu qui fu à or listez* ; 

Tains ne blazons ne le pot contrester*, 

Ne li haubers garantir ne tanser*. 

Parmi le cors fist fer et fust* passer, 

Mort le trébuche sans plus de demorer '. 



* Au galop. **Brave. 

* Tonsuré. 

* Dieu te puisse. 

* Te faut payer. 

* Si maintenant. 

Frappe. * J'oulut. 

* A bandes d'or. 

* Peinture ni blason ne 
lui put résister. 

* Protéger. 

Bois. 

* Retard. 



CLIL 



Ez-vous Grandoinne brochant' à espérons, 
Fiz fu Gadoinne, un roi si très-félon ; 
De Capadoce tint la religion. 
Sist el destrier qui Marmorins ot non. 
Vers Fransois broche, n'a cure de sermon 
Et flert * Garin sor l'escu au lyon. 
Que il li perce le taint* et le blazoïi ; 
Parmi le cors li mait le conl'anon *, 
Qu'il li desrompt* le ioie et le pormon , 



* f'oilà G. piquant. 



* Et frappe. 

* La peinture. 

"Lui met le drapeau. 

* Qu'il lui rompt. 



202 



LE ROMAN 



(t. 2670.) 



Lez * une roche l'abat mort de l'arson. 
Après ocist Gelier son compaignon, 
Et Bérangiers et Guion le Gascoing; 
Puis vait férir Anthiaume d'Aveingnon, 
Qui tint Valence et la terre environ. 
Ses blans liaubers ne li fist garison *, 
Mort le trébuche sans nulle arrestison* ; 
A vois escrie : « Tuit i morrez, glouton. 
Ferez, païen ; très-bien les vainteronz. » 
Dient Fransois : << Dex pères, que feronz ? » 
Or vont li nostre à grant destruction. » 



* Près de. 



* Ne le protégea pan. 

* Arrêt, retard. 



CLÏII. 



Cuens* Oliviers tint Fespée sainglente. 
Dex ! en tant lieu la liève et la présente ; 
Distau païen : « Dex te doinst maie* entente! 
Tel as ocis dont mainte arme iert dolente*. 
Plorer feras mainte belle jouvente* ! » 
Le cheval broche*, qui de corre s'avance ; 
Au Sarrasin fera duel * et tormante. 
Liquex qui muire*, bataille i aura gente. 



* Le comte. 

" Dieu te donne mauvaise. 

* Mainte âme sera cha- 
f/ rine. 

* Jeunesse. 

* Pique. 

* Douleur. 

" Quelqu'il soit qui meure. 



CLIV. 



En Grandoinne ot* etpreudomme et vaillant, 
Et vertuouz * et hardi combatant. 
Enmi sa voie trouve Olivier le jant* ; 
Ainzmais n'el vit, s'el* connut au samblaut. 
As bêles armes et au cheval corrant , 
Et as iex vairs * et au cors avenant, 
P^t à l'espée dont li brans* fu sainglaus ; 
Moult volentiers s'en fust tornez fuiant. 
Li cuens le flert* par moult fier mautalant**, 
De Hauteclere sor son escu devant. 
Escus ne broingne ne li firent garant*, 
•lusqu'ensespaulles le va tout pourfandant ; 
Tranche le cors, si ocist l'aufferrant*. 
Tout abat mort enz an pré* verdoiant; 
Dient Fransois : « Ce n'est pas cops d'anfant. 



* Il II eut. 

* Fort. 

* Le noble. 

* Jamais ne le rit, il le, 

* De couleur rliauf/eante. 

* La lame. 



"Le comte 
' * Colèi-e. 



le frappe. 



* lieu ni cuirasse ne le 
(jarantirent pas. 

* lit tua le destrier. 

* Dans le pré. 



(v. 2702.) DE RONCEVAUX. 

CLV. 



203 



Par la bataille ot* moult grans euvaïes. 
Dex ! tant i ot testes par mi tranchies , 
Haubers rompuz et broingnes dessarties*. 
Fraingnent* ces lances sor ces larges flories , 
Fièrent Fransois par lor chevaleries : 
« Félon païen , tuit i perdrois les vies. » 
Païen les oient ; li cors Deu * les niaudie ! 
A vois escricnt ; « iMarsil , car noz aïe* ! » 

CLYl. 



II. ij cul. 

* Cuirasses démaillées . 
Brisent. 



* Le corps de Dieu. 

* Aide-nous donc- 



* Le bruit. 



Grans fu la noise* et li cris de la gent. 

Félon païen fièrent hastivement ; 

Et li Fransois ne se targent noient*, 

Païens enchaucent* moult enforciement. 

Là véist-on .i. si fier chaplement*, 

Tant chevalier abatu mort sainglant , 

Dont li cheval gisent mort par les champs, 

Et li auquant* vont lor fraius traïuuant; 

Muèrent païen comme chaitif dolaut *. 

Jusqu'à Marsille n'ont fait arrestemeut. 

Franc les enchaucent* par lor grant hardement. * Poursuivent 



* i\e s'attardent pas. 

* Poursuivent. 

* Combat. 



Et quelques-uns . 
* Pauvres malheureux. 



CLV il. 



Y frappe. 



Fiert-i* Rollans qui tant a gent le cors; 

Et Oliviers qui fu et preus et fors. 

Toute lor gent n'ont séjor ne repos. 

Les chevax brochent bruns et baucens et sors " \* Et alezans et dorés 

Cil qui les ont en ont les cuers plus gros. 

Treuchent païens, testes et bras et cors. 

Païen escrient : « Mar* venismez à pors; 

La greingnors perde au est toruée as nos*. 

Jusqu'à Marsile est li trains des mors. 

CLVIIL 

Jusqu'à Marsile fuient païenne gent. 

Franc les enchaucent* mainte etcommunaumont.* Poursuivent. 

Sor Sarrasins fièrent* hastivement -, * Frappent. 



Malheureusement. 
* La plus grande perte en 
est tournée sur les nôtres. 



^204 



LE ROMAN 



(v. 2733, 



Dou sanc as Turs qui de lor cors descent 
N'i a celui qui n'ait le corps saingleut. 
Muèrent et braient Sarrasin durement, 
Et vont criant à lor vois hautement : 
« Marsile, sire, secorrez vostre gent; 
Tuit sommez mort et livré à torment. » 
Li rois roït,s'eu ot tel mautalent*, 
Por .i. petit* que li cuers ne li fent. 
Il prinst .i. cor virole à argent, 
Met-le à sa bouche, si corne durement ; 
Aprez en sonnent plus de .m. et .v. cent. 

CLIX. 



' Et en eut telle colère. 
* Que peut s'en faut. 



Li rois Marsiles a fait son ban crier. 

Là véissiez tant conroi ajouster*, 

Devant Marsile venir et assamblcr. 

« Seiguor, dist-il, moult devroie desver* 

De ces gloutons qui si me fout pener ; 

Mais par Mahon cui je doi aourer*, 

Toz Tors dou mont* ne les porroit tenscr ** 

Que ne les face de maie mort user. 

Ce qu'il m'ont fait lor ferai comparer* : 

A moult graut honte font ma gent atoruer 



* Tant de troupes se réu- 
nir. 



* Enrayer. 

* Que Je dois adorer. 

' Dumonde. ** Défendre 



* Payer. 

* Arranger. 



CLX. 

Marsiles voit sa gent si malbaillie* : 
Sonnent cil cor entor, à la bondie * ; 
Puis chevaucha, et sa graus compaingnie 
Mais par devant sa grande baronnie 
Vint .i. païens de molt grant seingnorie. 
Non ot Abismes, siquiert* chevalerie; 
Ainz* n'amma Deu le fil sainte IMarie, 
Ainz* ama mieus traïson et boisdie** 
Que il n'ammast trestout l'or de Roussie. 
Sachiez de voir*, moult fu plains d'estoutie^ 
Dou roi Marsile porte la seingnorie , 
Son dragon porte à* quoi sa gent ralie; 
Mais plus que pois li est la chars* noircie. 
Li arcevesques ne s'asséura mie : 



Maltraitée. 
'A la i.haryc 



* Et il cherdie. 

* Jamais. 

"Mais. ** Perfidie. 

* De vrai. ** De folie. 

* Avec. 

* La chair. 



(v. 27.37.) DE RONGE VAUX. 205 

« Dex, dist-il, pères, qui lestez fiuls Marie*, *Qui êtes lejUs de. 

.le n'animai ouques traïson ue boisdie*, * M perfidie. 

Et cil païens est plains de tricherie. 

Se Deu plaisoit, n'en devrolt aler mie ; 

Miex voil* morir que il emport la vie. -> * Mieux veux-. 



CLXI. 

Geste bataille est molt fière et estraingue *. 'Étrange. 

Parmi .i. val lor sort une compaingne* ; * Compagnie. 

Gel jor les guie * Malprimes de Sartaingne , * Les guide. 
Uns sarrazins cui toute houors souffraingne*. * Toute terre obéit. 

Gelui féri Turpins de maie* anseiugue ^il'^muvah^''''' "'"'"'" 

Si très-forment qu'el cors* le fer li baiugne, "Si fortement que dans le 

-.T 17 1 • -1 * 11- coi-ps. 

Alort 1 abatit iluecques* en la plarague. *ifi. 

CLXIl. 

Li rois Marsile chevauche tout .i. val, 

En sa compaingne* maint nobile** vassal ; * Compagnie. ** Noble. 

Et li Fransois, li poingneor ioial*, * Les combattants logaux. 

Vers lui chevauchent tuit mainte et communal *, *Tous ensemble. 

En Ronscevax lor livrèrent estai * . * Bataille. 

Al ajouster i ot grant baptestal *, y."//ar«r'°"''''' '' " "" 

Sonnent buisinnes* d'arain et de métal. "Trompettes. 

Gil escu luisent à pierres de cristal, 

Et cil vert hiaume à or et à esmal. 

Fièrent Fransois por Deu l'esperitar, *Le spirituel. 

Que ne s'en gabent* li félon desloial. *Que ne s'en moquent. 

Li arcevesques lait* corre le cheval, * Laisse. 

L'espée trait* dont d'or sont li seingnal, *Tire. 

S'ala férir .i. Turc, cui Diex doinst* mal * A qui Dieu donne. 

(Non ot Aboiraes, flz ,i. roi principal). 

Tout le portent eufresci qu'au * nazai, * Jusqu'au. 

Mort le trébuche par delez un rochal*; * Prrs d'un rocher. 

L'espée a prinse au félon desloial, 

Le destrier broche, tint l'escu en chantai*, * En chanteau. 

Mon joie escrie à guise de vassal : 

„, ,, . . ,, ' Frappez, Français; au- 

« ferez, transois; ancuiauronz oslal jourd'hui aurons loge- 

En paradis o Dieu l'esperital *. » T^;^ ^. /, w/».?. 

18 



206 



LE ROMAN 



(v. 2800. ) 



CLXIII. 



Li arcevesques recommence l'estor*, 
Sist el destrier qui est de grant valor, 
En Dannemarche le couquist par vigor 
D'un renoié de Dieu nostre seignor. 
Li destriers cort plus tost ne vole ostors* ; 
Tant par est biax*, soz ciel n'eu a meillor. 
Turpins de Rains va devant par vigor ; 
Fiert Malcuidaut, vers cui n'ot nulle amor, 
Desor la boucle qui fut gemmée à llor*. 
Pierres i a de diverse coulor 
Et escharboucle de diverse luor; 
Contre soleil ont moult grant resplendor. 
El val Mortoi, ce dient li pluisor*, 
Uns des diables li donna par amors, 
Si le tramist ' Galaffre sou seignor. 
Torpins de Rains i lérit par vigor *, 
Tout le porfent, onques n'i ot retor *. 
Le cuer li a tranchié par moult malc* savor, 
Mort l'abatit voiant .vi]*^. des lor ; 
Monjoie escrie hautement par amor. 
Dient* Fransois de la Terre major : 
« Cist arcevesques vault .i. emperéor. 
Car pléust Deu , le père criator, 
Que nos fuissons tel .iij. mil féréor * ! » 



* Le combat. 



* Aulour. 

* Tant il est beau , 



* Ornée de pierres pré- 
cieuses disposées enjleurs. 



* Ce disent la plu pari. 

* Et lui trausmit. 

* y fraïqui. 

Il n'y eut plus a revenir. 

* Mauvaise , 



* Visent. 



* Fraj'j'curs, combattants. 



CLXIV. 



Li cuens* RoUans apella Olivier : 
« Sire compains*, s'el volez otroier, 
Li arcevesques fait forment à prisier* ; 
Por les sainz Deu car li alonz aidier. » 
Respont li cuens : « Bien fait à otroier *. 
A icest mot laissièrent le plaidier. 
Chascuns brocha son autferrant destrier 
En la bataille vont l'estor* commencier. 
Grant sont li cop, et li chaple sont fier. 
Là véissiez un estor commencier, 
Taot escu fraindre *, tante lance brisier 



* Le comte. 

* Compagnon. 

* Est bien di'jne d'éloge. 

\ 
'C'est bien chose à oc- 
troi/er. 

*Son destrier d'Afrique. 

* Le combat. 



Mettre en pièces. 



(v. mr,.) , DE RONGEVAUX. 207 

I^t tant haubere desrompre et desmailler, 
Tait pié, tant poing, tante teste tranchier, 
Dont li vassal gisent mort en l'erbier*. * Dans l'herhc. 

Devers Fransois torna li eneombriers* : *Le désastre. 

Dex penst des armes*, qui tout a à jugier ! *QueDieupenseaiix(imes. 

Jà de cest jor n'istront * sain ne antier ; * 3> sortiront. 

Mais ainz qu'il muirent, se voldront * bien ven- le^!t'te7omiron'i'''^ '"^"" 

[gier. 
CLXV. 

La gent de France, de la terre absolue*, * LUire. 

Mainte bêle arme i ont le jor perdue ; 

Mais encor tient ohascuns s'espée nue, 

Fièrent et chaplent* sor la gent meseréue. * Marteiient. 

Dex ! tante targe i ot parmi fendue , 

Tant elme frnint *, tante broingne ** rompue, '^^cZiaLe "'"'"''' '"""''''' 

Tant pié, tant poing, tante teste tolue*. * Enlevée. 

Païenne gens est morte et confondue ; 

Droit à Marsile ont lor voie tenue, 

A vois s'escrient : « Bons rois, car nos ajue*. » * Aide-nous donc. 

Et quant Rlarsile a sa gent entendue, 

« Hé Mahom sire, dist-il, et car m'ajue. 

La gent de France ont la moie* vaincue; * La mienne. 

J-i emperères à la barbe chenue 

Romme a conquise , Calabre a retenue, 

Constantinnoble et Saissoingne* la drue. *Saxe. 

Miex ainz* morir desor celé herbe drue * j'aime mieux. 

Que sa fiertez ne soit hui chier vendue. 

Se PioUans muert , moult sera bien chéue , 

En grant \ ilté en iert * France venue , * A baissement en sera. 

Jà par Rarlon n'en iert mais * deffandue. » *N'en sera plus. 

CLXVI. 

Félon païen par lor ruistes vertus* * rxudcs forces. 

Fièrent des lances et des espiez molus*, *i)es épieux émoulus. 

Fransois requièrent qui tiennent les brans * nus : * Sabres. 
Adonques fu li cliaplos* maintenus, * Le combat. 

Fendent ces elmes, et croissent* ces cscus, * Craquent. 

Faussent ces broingnes * où li ors est batus. * Cuirasses. 



208 



LE ROMAN 



(v. 2860.) 



Dex ! tante teste i ot sevré don bus* ! 
Tant pie , tant poing i ot le jor tolus * ! 
Tant bons chcvax fuians par ces palus*, 
Selles tornées et ces resnes chaùz * ! 
Li cuens Rollans fu forment irascus*. 
Quant voit morir ses amis et ses drus% 
De pitié plore li vassaus counéuz ; 
Mais de son oncle Karlon li est-il plus, 
Par cui il est amez et chier tenuz. 
Le cheval broche * des espérons agus, 
En la grant presse des païens est venus, 
Molt fièrement s'est li cuens* maintenus ; 
Ses mautalens* sera jà chicr vendus. 



* Séparée du htitite. 

* Il y eut ce jour enlevé. 

* Marais. 

* Tombées. 

* Fortement irrité. 

* Camarades. 



* Pique. 



* Le comte. 
'^ Sa colère. 



CLXVH. 



Li cuens Piollans est en la presse entrez , 
De bien férir est moult entaleutez*. 
Tint Durandart dont li brans fu letrez* ; 
Cui il ataint, tost est à mort livrez. 
Dex! tant vers elmes i a esquartelez*, 
Et tanthaubers desromps et dessaffrez*, 
Et tant escus et perciez et troez, 
Et tant païens i a les chiés copez*. 
Tex .c. païens lors i a mors gietez, 
N'i ot celui ne fust moult alosez*, 
De .ij. roiaumes ne fust rois coronnez, 
Cuens* ou marchis, princes ou amirez** 



* Désireux. 

* Dont la lame porta une 
inscription. 



Mis en f/uartiers. 
* Dépouillé de ses orne- 
ments 



* Les têtes coupées. 



*Il n'ii eut nul qui ne fût 
trrs-vànté. 



* Comte. ** Emir. 



CLXVIU. 



Grans fu l'estors* qui gaires ne cessa; "Le romhat. 

Dou sanc des cors la terre roujoia. 

Bien se requièrent* et de sa et de là. * S'attaquent. 

El ranc à destre * Oliviers resgarda, * A droite. 

Envers Rollaut doucement s'aclina, 

Tint Hauteclere que moult forment* ama, * Fortement. 

.C. tans* vault d'or que elle ne peza ; *Cent fois. 

Sans* Durandart , soz ciel meillor n'en a. *Sau/, exeeiiié. 

Rollans li cuens Olivier appella : 



(^ 



2003. 



DE H ONCE VAUX. 



209 



« Sire compains, traiez-vos-en enzsà*. 

Jà II miens cors de vos ne partira, 

Se graut essoingne* entre noz .ij. n'en a. 

Or i parra* qui grans cops i ferra**. » 

Et dist li cuens : « Fel* soit qui vos faudra'*. 

En la grant presse chascuns férir ala, 

Pvollans tint traite* Durandart qu'il porta. 

Hé Dex! tant elme* et tantescu persa, 

Et tant hauberc rompit et desmailla , 

Tant pies, tant poings, tantes testes copa. 

Li sans vermaus* jusqu'as poings eu coula ; 

Et dist Rollans : « Olivier, enten sa. 

Nostre ammistiés hui cest jor partira, 

Nostre ammistiés à par main* linera. 

Li emperères quant il noz trouvera, 

Bien sai tel duel* li bons rois lors aura, 

En douce France jamais tel duel n'aura. 

Dex li doinst* bien qui por nos proiera! » 

Le cheval broche*, la resne li lascha, 

Et Oliviers le sien forment* hasta. 

En la grant presse R.ollans férir* ala. 

Dist l'uns à l'autre : « Traiez-vos-en enzsà'. 

Jà l'uns sans l'autre, se Deu plaist, n'i morra. 



*S. compcifjnnn, tirez- 
vous à Vécarf. 



Excuse. 

* Maintenant il paraîtra. 
*' Frappera. 

* Félon. ** Manquera. 



Tirée. 
* Heaume. 



* /'ermeil, roar/e. 

Bientôt. 

* Douleur . 

Dieu lui donne. 

* Pique. 
Fortement. 
Frapper. 

* Tirez-vous de côte. 



CLXIX. 



Grans fu l'estors*, et li chaple** sont fier. 
Qui dont oïst Rollant et Olivier 
De lor espées férir et chaploier*. 
Li arcevesques s'est à euls aprochiez. 
Cil que païen ont mors, les ont bien empiriez. 
Il est escript au Saint-Denis monstier*, 
Ce dist la geste*, qu'il furent .\x. millier, 
Que moult i ot de la gent l'adversicr* ; 
Ainz* tant li nostre n'en sorent détranohier, 
Que il les puissent de riens amenuisier*. 
Grant sont li chaple, et li estor* plennicr. 
Ez-vos poingnant* Estorgant d'Alijer, 
Sist cl destrier qui bien fu aaisiez* , 
Onques enz pies n'ut ne fer ne acier. 



* J.e comijat . * * Les coups, 

* Marteler. 



* En l'abbai/ede S.-Dciiis. 

La chronique. 

* /)«. diable. 

* Mais. 

* Diminuer. 

T^es coups et le combat. 
' l'oici piquant {des épe- 
rons). 
'Aisé, docile. 

IS. 



210 



LE ROMAN 



Lors dist Rollaus au preii conte Olivier: 
« Sire compains*, parDeu le droitiirier, 
Geste gent font forment à resoingnier*. 
Or* cornerai , s'el volez otroier. 



* Conipaf/noiis. 

* Fortement à ohserver, 

* A présent. 



CLXX. 



« Sire compains, ce dist li cuens* Rollans, 
Or cornerai, s'il vos vient à talent*. 
Si l'orra* Karles, qui est as pors passans; 
Je vos plevis, sempres iert* retoruans, 
Ensamble o lui li uarnaiges* des Frans. ^) 
Dist Oliviers : « Vos en serez blasmaus*, 
Reprouvansi ert* à toz nos barons frans. 
Quant g'cl rouvai*, onques ne fus cornans, 
Ne jà par moi n'i serez mais cornans; 
Car li corners n'est or mie avenans, 
Puis que sainglens en est li vostres brans*. « 
Respont R.ollans : « Encor est avenans, 
Te n'en doi iestre par nul homme blasmaus. 



Le comte. 

* Si vous le (Icsircz, 

* Et Voira. 

* .Je vous garantis, tant 
de suite sera. 

* Avec lui la noblesse. 

* Blûmr. 

* Ce sera un reproche. 

* Quand Je le demaudui . 



* Stahrc. 



CLXXl. 

« Sire Olivier, dist Rollans li senez *, 
Nostre bataille est moult fors, ce savez. 
Je cornerai, se vos le me loez*. >- 
Dist Oliviers : « Voz en serez blasme/,, 
Vostres lyugnaiges en sera mains* amez 
Et par Celui qui en crois fu pencz, 
Se venir puis el règne* dont fui nez. 
Ma seror* Aude jamais nul jor n'aurez, 
Entre ses bras jamais nuit ne gerrez*. » 
Et dist Rollans : « Par Deu! tort en avez. 
Dex! aidiez-moi par bonnes volentez. » 



* Le sensé. 

* 57 i-ous me le conseille: 

* 3Ioins. 

* Au rot/aume. 

* Ma sceur. 

* Xe coucherez. 



CLXXII. 



Li cuens Rollans à la chière* hardie 
Voit Olivier qui moult le contrarie, 
Par grant raison li dist sans félonnie : 



* Figure. 



(v, 2971.) 



DE RONCEVAUX. 



211 



« Sire compains*, par Deii le fil Marie , 
Vos me portez ranscunne et félonnie. « 
Dist Oliviers : « Vos l'avez déservie*. 
Fransois sont mort par vostre légerie*. 
Fust ci ii rois, drois est que g'el vos die*, 
Prins fust Marsilles et si perdist la vie : 
Geste bataille fust piesa départie*; 
Vostre proesee iert hui* toute fenie, 
Jamais 11 rois n'aura de vos baillie*. 
Vos i morrez, France en iert abaissie 
Et je-méismez n'en porterai la vie. « 
Li unspor l'autre plore par compaingnie. 



* Compafjncm. , 

* Méritée. 

* Faute. 

* Juste est que je vous le 
dise. 

* Terminée depuis lonr/- 
iemps. 

* Sera aujourd'hui. 

* Possession. 



CLXXIIl. 



Li arcovesques les oit contralier*, 

Celle part broche* son bon corant destrier, 

Vint jusqu'à euls, s'es prinst h chastoier* : 

« Por Deu vos proi* qui tout a à jugier, 

Que ne voschaille* ensamble à correcier. 

•Ta li corners ne nos aura meslier*, 

Que* hui cestjor morrous sans recouvrier**. 

Loins nos est Karles, tart iert au repairier * ; 

Et nonporquant*, se vos pocz aidier, 

Jà cil d'Espaingne n'en iroient entier. 

Nostre Fransois, li baron chevalier, 

Nos trouveront à moult grant destorbier*, 

Ploreront-nos, que n'el porrons laissier; 

Panront* les mors, si les feront coucliier 

Dedens la terre sans point de detriicr*. 

Et metront-nos à œvre de monstier *, 

Que nulle beste ne nos puisse meugler. » 

Dist Oliviers : « Bien fait à otroior*. 



* Se disputer. 

* Pique. 

"Et les prit à gourman- 
de r. 
*Prie. 

* Qu'il ne vous importe. 

* j\c nous servira. 

* Car. **Sans ressouree. 

* Il reviendra tard. 

* Néanmoins. 



* Avec très-qrand mal. 

* Prendront. 

* San<i nul refard. 

* Da)is une église. 

* C'est bien chose à or- 
Irotjer. 



CLXXIV. 



« Sire Piolians, se sonnez est li cors, 
Karles l'orra*, qui est passansas pors. 
Si ramenra sa goût et ses cffors* ; 
Trouveront-nos et abatus et mors, 



* L'oira. 

* Ses forces. 



212 



LE ROMAN 



(V. 3005 



Plorreront-nospor les délis* des cors. 
Je sai de voir* que mains poins en iert tors* 
Et maint chevel esraigié dou chief fors * ; 
N'en porrontmais, perdu auront lor los* : 
Et car sonnez*, par Deu! tout le plus gros. 



* Phiisirs, 

* Devrai. ** Tordu. 

" Arraché hors de la li'Ie. 

* Gloire. 

* Sonnez donc. 



CLXXV. 



Li cuens Rollans, cui la raisons* agrée 

Que l'arcevesques li a dite et contée, 

De rolyfant la lumière* dorée 

IMist à sa bouche, si sonne la menée*. 

Puis i'oït Karles de France la loée, 

As barons dist: « Nostre gens est meslée, 

Vers Sarrasins ont bataille ajoustée*. » 

Ganes respont, quant celle a escoutée, 

Et dist au roi : « Geste avez conlrouvée; 

S'el déist autres, mensonge fust prouvée. « 



* A qui la parole. 

* L'embouchure. 

* La charge. 



Enf/ayêe, 



GLXXVI. 



A moult grant painne et à moult grans ahans' 
Et à dolor sonna sou cor Rollans, 
De sa cervelle li temples* est rompaus , 
Parmi la bouche li ist fors* li clers sans. 
Dou cor qu'il sonne en est li sons si grans, 
Karles l'oit qui est as pors passans. 
Kayrames l'oit, qui est avec les Frans ; 
Et dist au roi : « Cil cors estconnoissans*; 
Rollans le sonne : ce est ses olyfans. 
Jà n'el sonnast, s'il ne fust combatans 
Et apressez de la païenne gent. » 
Ganes respont, li cui vers soudoians* : 
« Jà lestes- vos et chenus et ferrans*, 
Et vostres poils est touz chenus et blans, 
Et vos paroles resamblent bien d'anfant. 
Assez savez quez* est li siens saniblans : 
Piollans est moult et cointes * et puissans 
Et fel et fiers, orgoillouz et prisans ; 
Jà prinst-il Nobles sans le vostre commant * . 



Souffrance.^. 

'' La tempe. 

* Lui soil dehor.^. 



Connu. 



* Le vil traître. 

* Gris. 



' Quel. 
Brillant. 

' Commandement. 



3039. 



DE RONGE VAUX. 



213 



Li Sarrasins s'enfuirent as champs, 
11 les ocist à l'espée* tranchant. 
Là nos mena par les prés verdoians ; 
Por. i. seul lièvre va toute jor cornant. 
Chevauche, rois, De te va délaiant* : 
Terre de France, qui par est tant* vaillans, 
Loins est encor, trop nos va détriant*. 
Vos n'i serez anipièce* séjornans. " 



A vec son épée. 



.\e tarde pas, 

* Qui est tant. 

' Nous présente trop (Volt- 
t actes. 

* Longtemps. 



CLXXVII. 

Li cuens * Rol lans son olyfant sonn a 

Par tel vertu, li temples* li faussa 

Et la cervelle li frémist et raesla, 

Parmi la bouche li sans clers li raia* 

Et le menton trestout ensainglanta. 

Tint l'olyfant, autre fois le sonna, 

Que* savoir weult se Karles reveura. 

Bruieut li mont, et li vauls* résonna. 

Bien . xv. lieues li oie en ala*. 

Fransois l'oireut et Karles l'escouta , 

Et dist li rois : « Cil cors grant alainne a. » 

Respont dus ^'aymes que fors hom le sonna. 

Li cuens Piolians ou cor se desmenta% 

De grant vertu l'oïe s'en ala. 

Tsaymes li dus hautement s'escria : 

« Drois* eraperères, je n'el cèlerai jà, 

Rollans, vos niés*, jamais ne vos verra. » 

Respont li rois : « Se Deu plaist, si fera*. 

Criez ^lonjoie, chascuns s'arrestera : 

Si secorrons nos amis qui sont là. 

Assez oez, Rollans mestier* en a. » 

CLXXVIIL 



* Le comte. 

* La tempe. 

* Lui coula. 



*Car. 

* La vallée. 

* On l'entendit lien de 
quinze lieues. 



* Se lamenta dans le cor. 



* Légitime. 

* Fotre neveu, 

* Il le fera. 



* fous entendez bien 
que R. besoin. 



Nostre eniperères a fait ses cors sonner ; 
Chascuns se painne de son cors adouber'. 
Qui donc véist ces liaubers endosser, 
Elmes* lacier et ventailles'* fermer, 
Les escus panre* et ôs chevaus monter. 



.') rmcr. 

Heaumes. ** fisUres. 
* Prendre. 



214 



LE ROMAN 



Qui tlontoïst Monjoie réclammer* 

Por venir \h où est Uollans li ber*; 

Ainz qu'il i maire*, voldra granz cops donner; 

Tant i ferra à son brant * d'acier cler, 

,Tà cil d'P^spaingne ne s'en porront vanter. 

Cui cbaut de ce *, trop est nuiz por esrer'*. 



" Crier, 

* Le brave. 

* AvatJt qu'il y meure. 

* '/'. Il frappera de son sa- 
bre. 

* Quoi qu'il eu soit, 
** Marcher, 



CLXXIX. 



Li rois chevauche à force et à bandon, 
Et ses grans os à coite d'esperon*. 
La nuit aproche , li jors vait à escons *, 
La nuit list Dex miracles por Karlon; 
Li jors lors esclarci, que de fl* le seit-on. 
Karles chevauche à force et à bandon. 
Là véissiez tant riche confanon, 
Et Rarles pleure por Rollant le baron ; 
Puis a lait panre * le conte Ganelon, 
Garder le fait par tel devision*, 
S'il lor eschape, n'i a si haut baron 
Que il n'en face justice et vengison *. 
Li rois chevauche à force et à bandon, 
Vers ceuls s'en vont qui croient en Mahon. 
« Dex, dist li rois, par ton saintisme* nom, 
Garis ma gent de l'ost jMarsilliou *. » 



* El sa grande armée à 
pointe d'éperon. 
" ï'a se cacher. 



* En vcrUé, sûrement. 



* Prendre. 

* Plan, ordonnance. 



*f 



cnycance. 



Trè.s-saint, 
' Carantis mes gens de 
l'armée de Marsillc, 



CLXXX. 



Charles chevauche correciez et dolans*, 
Sa blanche barbe vait souvent détirant, 
Plore des iex, souvent vait sozpirant : 
« Dex, dist-il, pères, vrais rois omnipotens. 
Par Ganelon me croist ci painnegrant; 
Et li Fransois sont en sozpeson grant. 
En vielle geste* le treuve-l'on lisant, 
Que ses lingnaiges est fel et souduians* 
Et traïson firent fort et pezant. 
El Capitoile de Romme, est-il lisant*, 
Li vieuls César, qui tant par fu vaillans. 
Celui murtrirent à lor espiés* tranchans. 



* Affligé, 



* Chronique, 

* Félon et ])er/lde. 

* Peut-on lire. 

" Massacrèrent av c leurs 
épieu.v. 



3107 



DE RONCEVAUX. 



215 



Puis en monirent assez vilaiiiDement. 
D'euls est estraiz Ganes li souduians*, 
Qui ce juja que remansist* Rolians 
L'arrière-garde de mes homes faisans. 
Las! c'est par mol, de fi en sui saichans*, 
Jamais uMert* jors que ne soie doians**, 
Desor mon cliief * mais coronue portans. » 
Ainz* que li rois fust parvenus au champ, 
Sera vaincue la bataille RoUant. 
Li rois Marsille .xxx. mil Auffriquant 
S'en fu fuis matez et recreanz ; 
Et li Frausois tinrent toz nus les brans*, 
Tains et vermeuls et toz noirs de lor sauc. 



Le perfide. 
" Kesldl. 

Je le sais st'i.nmeiil. 

* -\c sera. '* Trislc. 
Ma tète. 

* Avant. 



Les sabres. 



CLXXXL 

Rolians esgarde es mous et es larris* , 

De ceuls de France en i vit moult jésir, 

Il les regretecom chevaliers jentiz : 

« Baron fransois, pansez de Deu servir; 

Toutes nos armes* metra en paradis, 

En saintes flors nous fera touz florir. 

Longuement ai esté de vos servis, 

Meillors barons u'ot ne cuens * ne marchis. 

Le roi* avez maintes terres conquis. 

Biaus compains Olivier, por vos suimaibaillis* 

Li emperères tant mar * nos a norris. 

Terre de France dou seignori païs, 

Hui es sevrée des barons de haut pris. 

De duel morrai, tant sui mautalentis *, 

Se par autrui ne sui avant ocis; 

Mais ainz* alous desor païens férir. » 



* Dans fes monts et les 
brai/ères. 



* Amet: 



* V 'eut ni comtes, 
^ Au roi. 

* Maltraite. 

* Malheureusement. 



Furieux. 



Auparavant. 



CLXxxn. 



Rolians resgarde euz puis et eus valees, 

Voit de païens moult très-grant aiinée * ; * Rassemblement. 

Li cuens Rolians a la couler muée, 

A Olivier a dit raison membrée* : * Parole mémorable: 

« Ce m'est avis, c'est véritez prouvée, 



216 



LE ROMAN 



(V. 3T4I.J 



Eusamble as Frans vos ai m'amor donnée. 

Por vos remeiz' en estrauge contrée. 

Terre de France, corn iez déshéritée, 

De bons barons confondue et matée! >' 

Au duel * qu'il a mist la main à l'espée, 

Viellantil' broche tout une randonnée* , 

Et vait férir Justin de Valfondée; 

Tout le porfant dès ci en la corée*, 

Le cheval tranche très* parmi l'eschinnée, 

Tout abat mort devant lui en la prée ; 

Dont a Monjoie hautement escriée. 

Dex 1 tante hanste et là frainte et troée*, 

Et tante enseingne desrompte et descirrée*. 

Escus perciez et broingnes dessaffrées*. 

Tant bon vassal lejor i dévièrent*, 

L'erbe dou champ en fu ensainglentée. 

Li dus RoUans l'a Olivier monstrée :^ 

« Compains*, dist-il, par Deu et par sa mère, 

Ensamble certez devons morir, biaus frère. 

Par vos amis fu faite l'acordée* 

Dou duc Girart à la chière membrée* 

Et dou bonroiKarlon, nostre emperère. 

Ha douce France^ com iez à dolor livrée ! 

De bous vassax iez hui désertée ; 

Moult grant souffraite* en aura l'emperère. « 

Au duel* qu'il a a la coulor muée**, 

Par .iiij. fois a Monjoie escriée. 

Le cheval broche toute une randonnée*. 

Si vait férir* dou tranchant de s'espée. 



Je restai. 



* De la douleur. 

* Eperoune un temps de 
galop. 

* Jusqu'aux entrailles. 

* Droit. 



* Dieu, tant de lances il ;/ 
eut là brisées et froissées.' 

* Rompue et déchirée. 

* Cuirassestirivées de leurs 
ornements. 

Y moururent. 



* Compagnon. 

* L'accord, la réconcilia- 
tign. 

* Au visage mule. 



* Faute, perte. 

* Au chagrin.*'' CUan//ée. 

* Un temps de galop. 

* Et va frapper. 



cLXxxin. 



Li cueus Rollans est ou champ repairiez *, 
Fiert* de l'espée comme hom correciez. 
Maubruus dou Pui i est parmi tranchiez, 
Et .xxiiij. de touz les miex prisiez. 
Moult durement s'i est li cueus* vengiez. 
Contre son cop fuient li renoié* 
Si com li cers fuit devant le lévrier. 
Fuient païen les cops que RoUaus fiert*. 



* Revenu. 

* Frappe. 

* Le comte. 

* Les renégats. 

* Fmppe. 



iI78. 



DE RONCEVAUX. 



217 



Dist l'arcevesques : « Bien fiert li Karle niés^ 

Itel valor doit avoir chevaliers; 

Ou se ce non * , ne vault .iiij. deniers. » 

Rollans s'escrie : « Ferez, por Deu don ciel ! 

Ferez, Fransois, gardez ne vos targiez*.» 

Et il si firent de grez et volentiers, 

Mains sarrasins ont mors et détranchiez'. 



'Le neveu de Charles. 



Ou sinon. 



* Gardez-vous de tarder. 



* Tués et taillés en jnèces. 



CLXXXIV. 



Seignor, oiez, franc chevalier baron. 
Puis que hom seit qu'il n'aura raenson 
Ne en sa vie ne metra garison*, 
Fait en bataille moult grant ocision : 
Por ce sont fort et fier comme lyon. 
En la bataille fièrent par contanson* ; 
Cui il ataingnent n'a de mort garison. 
Ez-voz Marsile brochant à espérons 
Sor .i. cheval qui Graimons avoituon, 
Broche-le bien des trenchans espérons, 
Lasche la resne, si va férir Buevon. 
Cil estoit cuens* de Biausne soz Dijon. 
Escus ne broingne* ne li vault .i. bouton, 
L'escu li fant et l'auberc li desrompt ; 
El cors li niist le fer et le pennou, 
Que mort fabat sans autre raenson. 
Aprez oeist et Yvoire et Yvon, 
Et en aprez Girart de Roussillon. 
Rollans le voit, si fu en grant frison* : 
Lors a tel duel, si grant n'en ot nus hom *. 
Dist au païen : « Dameldex mal te doinst*! 
A si grant tort m'ocis mes compaingnons. 
Jà en auras, se Deu plaist, guerredon* 
Dont tu seras à grant perdicion. 
Vengié seront ainz que nous départons*, 
Et de m'espée sauras conment a non. » 
Viellantif broche et lait corre à bandon * ; 
En sor* le hiaume oii il ot .i. charbon*', 
Ala férir le roi Marsillion ; 
Pierres et flors en volent en sablon. 

LE ROMAN DE RONCEV\rX 



IS'aura de salut. 



* A l'envi. 



Comte. 
Cuirasse. 



* Effroi. 

Nul homme. 
' Que le Seif/ncur Dieu, 
mal te donne.' 

Récompense. 



' .Ivanl (pie nous par- 
lions. 



''Et laisse courir à taule 

bride. 

"En haut sur. ** Oit il ;/ 

eut une escarboucle. 



19 



218 ■ LE ROMAN (v. -.mo.) 

Li cercles d'or ue li vault .i. bouton ; 

IMais en la teste n el toucha n'en meulon. 

Li cops dévale par delez le* blazon, 'oifda'"'' ''""'"' '""' 

De son escu li trancha .1. trousou 

Et le poing destre au roi Marsilliou ; 

A tout le brant* li vola en sablon. * Acte te sabre. 

Puis fait voler la teste Esclarion, 

Et prinst le chief * de Girfaut le lyon : * La me. 

Cil ierent* (il au roi Marsillion. * Ceux-ia éiaieiu. 

Et puis ocist 3Iarroi et Esclaboni 

Et Cliborain, Claris et AValebron 

Et Estorgant, Butor et Luciou 

Et Samuel, Cornicas et Coroni 

Et bien .c. Turs dou liugnaige félon. 

Païen escrient : « Aidiez, sire Mahoni. 

Li nostre deu, vengiez-nos de Charlon, 

Qui en Espaingne nos a mis tel tanson *. * Telle querelle. 

Eu ces Frausois avons maus* compaingnons.'* ' Maurah. 

Dient Fransois : « Tuit i niorrez, gloulou; 

Jà por morir le champ ne guerpirons*. » * .^ 'abandonnerons. 

Dient païen : ic Et car noz enfuious, 

Car de la mort n'auronz deffaucion. » 

A icest mot s'en vint à esporon , 

Chascuns d'euls broche son aufferrant* gascon ; * Destrier. 

Jamais par euls n'auront Frausois prison. 

CLXXXV. 

Quant voit Marsiles le poing destre a perdu, 

3Iolt Ot le CUer dolaut et irasCU* ; * Chayrin et irrité. 

Encontre terre a gieté son escu, 

La resne torne de l'aufferrant quernu *, * Du barbe a la crinicre. 

Le cheval broche des espérons agus, 

Droit vers Espaingne a son chemin tenu, 

En sa compaiugue .xxx. M. iiiescréu", * Mécréants. 

]N"i a celui qui ait poiut de vertu. 

Psostre baron , li Fransois conuéu , 

Souvent i^r monstrent les brans* d'acier toz nus.* Les sabres. 

Païen s'enfuient à force et à vertu ; 

Dist l'uns à l'autre : « Li niés Ivarle* a \ aincu. » * Le neveu de Cliarki. 



(v. 3252.) DE RONGEVAUX. 219 

CLXXXVI. 

Li rois Marsile ne s'asséura mie , 

Droit vers Espaingne a sa voie acoillie * * Pris sa rouie. 

A * .XXX. M. de celle gent haïe. * Arn\ 

De ce que chaut*, li cors Deii les niaiidie ! * Quoi qu'il en soit. 

Por lui remaint ses oncles l'augalie*, ' lieste son om-ie ir cnJifc 

Qui por combatre de lui* pis ne vaut mie. * Que lui. 

Cil tint Cartaige, Eufanie et Nubie 

Et Éthyope, une terre haïe. 

La noire gent avoit en sa baillie*; ' * Sous sou autorité. 

Plus que n'est pois lor est la chars* noircie; * La chair. 

.1. mille sont d'unne compaingnie, 

Estroit chevauchent par moult grant aatie*. * Ardeur. 

Quant Rollans a icelle gent choisie* : * Aperçue. 

«■ Hé Dex! dist-il, dame sainte IMarie, 

Or voi-je bien moult est corte ma vie ; 

I\Iais, se Deu plaist, ainsiz n'en iront mie, 

Que g'i ferrai à* m'espée forbie. ' Car j'u frapperai arec. 

Chascuns preudom doitchalongier* sa vie, * Disputer. 

Que nus * mauvais soz son mantel n'en rie. * Afin que nul. 

Quant i veura li rois et sa maisuie* * .Sa suite. 

Et des païens verra tel discipliune* * Carnafje. 

Que mort gerront* en ceste praerie, * Seront courhés. 

Ne lairoit Karles por tout l'or de Hongrie 

Que il nos armes* de cuer ne bénéie. » * Ame.^, 

Turc escrièrent l'enseingne païenie. 

Rollans les oit, touz li sans li frémie; 

Et dist as Frans : « Hui recevronz martyre. 

Or voi-je bien, petit * avons à vivre. * Peu. 

Moult est mauvais qui nes'i vendra primes*. * D'aiwrd. 

Férez-i, Franc, des espées forbies, 

Si chalengiez* et vos cors et vos vies, * ht dispute:. 

Que* douce France ne soit par noz honnio. * Afin que. 

Quant en cest champ venra Karles mes sire? 

Et des païens verra tex desceplines *, ' Tet ramar/e. 

Contre .i. des nos trouvera des lor. xv. » 

CLXXXVH. 

Quant Rollans voit la contrefaite gent 



220 LE ROMAN (v. 3288.) 

Qui sont plus noir que pois ne arremeut* * Encre. 

Et n'ont de blanc que les iex et les dens : 

« Dex, dist li cuens*, or sai veraienient * Le comte. 

Que hui morrai , par le mien encient; 

Mais ainz que muire*, plus en morront de .c. » * ^^' '^^""^ '^'"'J'^ meure. 

Dont s'escria à sa vois hautement : 

« Ferez, Fransois, ne vos targiez noient*. » * Se tardez pax. 

Les destriers brochent mainte et communaument, 

Sor païens fièrent par moult fier mautalent*, * CoUre. 

Et Oliviers i fiert iriéement*, * Furieusement. 

A maint païen a fait le cuer dolent *. * Affligé. 

Dist Oliviers : « Dehais* ait li plus leus.» * Malheur. 

A icest mot Fransois se fièrent enz*. * S'élancent dedans. 

CLXXXVIIL 

Quant païen voient Fransois amenuisiez*, * Amoindris. 

Chascuns est fel * et est outrecuidiez. * Téméraire. 

Dist l'iujs à l'autre • « Tort a li Karlon niés*. » * Le neveu de Charles. 

Sor Fransois poingneut,moult les ont angoissiez * . 'raméTel\unioisses. "'' ' 

Et l'augalie* fu bien appareilliez, * Le calife. 

Sist ou destrier qui bien fu aaisiez *, * Aisé, doux. 

Souvent le broche des espérons des pies, 

Brandist la hanste, moult s'est bien affichiez*, * Assuré {sur sa selle). 

Fiert * Olivier contre le dos derrier, * frappe. 

Son haubert fist fausser et desmailler, 

Dedens le cors li fist l'espée baingnier. 

Parmi le pis* li fist le^sanc raier**; * La poitrine. ** Couler. 

Puis li a dit : « A mort iestez jugiez, 

De vostre cors avons les nos ^ vengiez. ' Les nàires. 

Karles, vos rois, fu moult mal euseingniez, 

Qui vos avoit desà les pors laissiez. 

Duel vos a fait, por vos iert* corrouciez . * Sera. 

Jamais n'iert jors por vos ne soit iriez 

Et por Rollant qui est outrecuidiez , 

Qui à mes cops n'est eucor acointiez*. * Familier. 

.Ta nus de vos ne s'en r'ira haitiez *. » LS'i/«/«/!''" "'''""''"''" 

Lors s'escria por sa gent rallier. 

CLXXXIX. 

Quant païen voient que Fransois i a pou *, * Peu. 



(v. 3321.) 



DE RONGEVAUX.' 



221 



Entr'euls en ont grant joie et grant confort. 
Dist l'uus à l'autre : « Li emprères a tort. » 
Et l'angalie sist sor .i. cheval sor*, 
Broche- le bien des espérons à or, 
Fiert* Olivier par de derrier au dos, 
Le blanc hauberc li a cousu au dos. 
Parmi le pis* d'autre part li mist fors**; 
Aprez li dist : «Vos avez mortel cop; 
Karles de France mar* vos laissa au port; 
]Mal nos a fait, n'est droit que il s'en lot*. 
De vos tout seul ai bien xentné les nos*. " 



* Roiu-. 

* Frappe. 

* Poitrine. ** Dehors. 

* Malheiireiiaemenl . 

* Qu'il s'en loue. 

Les nôtres. 



cxc. 

Quant Oliviers se sent à mort féru*, 
De lui vengier ne fu mie esperdus, 
Tint Hauteclere dont li brans letrez* fu, 
Le cheval broche, si se joint en l'escu, 
Fiert l'augalie desor sonelme* agu, 
Pierres et Hors en a jus* abatu, 
Jusqu'au nazal l'a tranchié et fandu, 
Estort* son cop, si l'a jus** abatu : 
« Outre, dist-il, maleois* soies-tu! 
.Te ne di pas Karles n'i ait perdu 
De ceuls de France, de ses meillors escus. 
Ne diras pas el règne* dont tu fus 
Que Rollant aies ne Olivier vaincu. 
Ne Karlemaiue* .i. seul denier tolu**, 
JXe fait dammaige ne de moi ne d'aulrui, 
Dex te confonde qui en ciel fait vertu ! » 
Kollans appelle son ami et son dru* : 
« Sire compains*, por le saint non .Ihcsii 
Vendons-nos chier, ni serons secorru. » 



* Frappé. 

* Orné d'une inscription . 

' Le calife dessus son 
/tenu me. 

* Bn bas. 

* Évite. ** Et Fa en bas. 

* Maudit. 

* Au royaume. 



* Ni à CItarlemafjnc. 
*" Enlevé. 



Camarade. 
Compagnon. 



CXCL 



Oliviers sent n'en porra eschaper. 
De la grant plaie que li estuet* porter 
Par hardement* vait la mort endurer, 
De lui vengier fu bien entalcntez* ; 



* Qu'il lui j'aul . 
l'ar liardicstie. 

* Désireux. 

li). 



'2'29 



LE ROMAN 



,'. 33!)R.) 



Dedens la presse de païens vait ester*, 
Bien s'i contint comme geutiz et ber*, 
De Hauteclere lor vagranz cops donner. 
Qui li véist sarrasins décoper 
Et pies et peins, espaules et costez, 
T/un mort sor l'autre trébuchier et verser, 
L'enseingne Karle moult souvent escrier. 
De gentil home li poïst ramembrer* ; 
Monjoie crie et hautement et cler, 
Rollant apelle, oui il pot* tant amer. 
Li uns por l'autre conmensa à plorer. 
Dist Oliviers : « Compains, laissiez ester*; 
Venez vos sa jouste moi ajouster*, 
C'ui de cest jor* ne povous eschaper. 
Parmi la mort nos convenra* passer, 
Par grant dolor nos convient dessevrer*. » 
T.i uns vers l'autre conmensa à aler. 



* Se Icnir. 
^ohJi; et hnron. 



Lui pùl re.iROtirenir. 

* Qu'il jntt. 

' Restez tranqiiiUe. 

* Près de moi comballre. 

* Car iVaiijourd'lnii. 

* Il nous faudra. 

" Il nous faut nous scpa- 



CXCII. 



Li cuens Pvollans à la chière membrée* 
Voit Olivier, la coulor a muée*, 
Sou elme hnm en la teste enclinée. 
Li sans de lui espant aval parmi la prée*, 
Que l'erbe vers en est eusainglantée. 
« Dex ! dist Rollans, com maie* destinnéc ! 
Sire compains, c'est véritez prouvée, 
Mieudres de vos * ne ceindra mais ** espéo. 
Vostre vertus n'iert jamais esprouvée. 
Hé, douce France, com iez hui désertée ! 
De tant preudomme lestez hui dessevrée*. 
Jamais nul jor ne seras recouvrée, 
IMoult grans dolors en iert au roi contée, » 
Au duel * qu'il ot mist el l'uerre** l'espée, 
.iij. fois se pasme tout une randonnée*. 



* A la mnh' fif/ure. 
Cliaufjce. 

* Sou saur/ roule par h' 
pré. 

Mauvaise. 



* Meilleur que vous 
'* Plus. 



* Êtes aujourd'liui sépa- 
rée. 



* De la douleur. *' .^u 
fourreau. 

* Sans interruption. 



CXCIIL 



Rollans esgarde Olivier ol* visaige. 
Tout li vit taint, descoloré et paile. 



*Au. 



(v, 3392.) 



DE RONGEVAUX. 



22.'} 



Li sans vermeuls hors de sou cors li raie ' : 
« Dex ! dist Rollans, orne sai-je que faire. 
Sire corapains, or faut vostre barnaiges*; 
Jamais n'iert hom * qui encontre vos vaille. 
Ha ! douce France, com devez iestre mate* ! 
De tel baron avez perdu l'angarde*. 
T.i emperères i aura grant daniniaige. » 
Duel ot Rollans, .iij. foies* se pasme. 



Lui coule. 

* Mainienant fait difinil 
votre valeur. 

* Ne sera homme. 

* Ahatluc. 
L'iiviiiit-gardf. 

Trois fois. 



CXCIV. 



Or fu Rollans sorViellantiii pasmez, 
Et Oliviers qui à mort fu navrez * ; 
Tant a saingnié, que toz en est tourblez. 
Ne prez ne loiug ne puet mais esgarder* ; 
Il ne voit mais ne luor ne clartez, 
Ne connoist mais home de mère né; 
Dou sanc de lui en vermoillist* li prés; 
Broche ferrant par ans .ij. les* costez. 
Tint Hauteclère dont li poinz * fu dorez, 
Entre païens est Oliviers entrez; 
Cui il consieult,* touz est à mort livrez. 
Rollans le voit, li vassaus adurez*, 
.XV. païens i'avoit mors gietez; 
Et Oliviers en a .c. mors ruez*. 
Li genliz hom fu forment adolez *, 
Enmi la presse fu Rollans eucontrez; 
Mais d'Olivier n'i fu pas avisez. 
Li cuens tint trait le brant qui fu letrez*, 
Devant Rollant s'est li ber* arrestez, 
Fiert sor le hiaume qui fu à or genuiiez*, 
Le maisti'C cercle en a jus avalé*, 
Jusqu'au nazal li a esquartelé. 
Ne fust la coiffe dou blanc hauberc saffrez' 
Jà fust Rollans et mors et afolez. 
J)ex le gari*, que pas ne fu navrez**. 
Voit-le Rollans, si s'est haut escriez. 
Moult doucement fu li cuens* apellez : 
" Sire Olivier, dist Rollans li senez*, 
Biaus sire, ditez porquoi féru* m'avez. » 



* Blessé. 

Xc peut ]ilus rer/arder. 



* Devient vermeil. 

* Pique le destrier )Mr les 
deux, 

* La poiijnéc. 

* Celui qu'il tilleiuf. 

* Endurei. 

* Terrassé. 

* Fortement rliat/riii. 



* f.e sahre qui fut 01 né 
d'une inscription, 

* Le baron. 

* Décoré de pierres pré- 
cieuses. 

Descendu en bas. 



* llamasquiné. 

* Garantit. ** lllessé. 

* Le comte 
Le sensé, 

* Trappe. 



224 



LE ROMAN 



3429.) 



Oliviers l'oit, s'a* deus sozpirs gietez, 

Ne pot mot dire , tant fu fort adolez * ; 

Desor le col dou cheval est clinnez * : 

« Olivier sire, dist RoHaus l'adurezt, 

De vostre cop dui iestre* mors gietez. 

Sire compains*, iaitez-le-voz de gré? 

De vos n'estoie pas encor deffiez. 

Je sui Rolians, dont vos iestez* amez. » 

DistOliviers : « Compains, or entendez. 

Je ne vos voi, voie-vos Danieldez*. 

Je douz' moult, sire, ne soiez aiolez** 

Et ne soiez très-morteulment navrez*. 

Por Deu vos proi, de moi aiez pitez. » 

A icest mot se sont entr'acolez ; 

Par tel vertu les a Dex dessevrez*, 

L'uus ne vit l'autre tant qu'il tu mors gietez. 



Et il a. 

* Accablé de doulexr. 

* Penché. 

* Le robuste. 

* Je dus être. 

* Compagnon. 

* ï'ous êtes. 

* Le seigneur Dieu. 

* Je crains. ** Blessé. 

* Blessé. 



Séparés. 



cxcv. 



Oliviers voit, la mors le vait hastaut*, 
Andui li oil dou chief* li vont tornaut, 
Desceut à pié dou destrier aufferrant*, 
Sor son escu se gist contre Oriant, 
De Hauteclère mist desoz lui le brant*, 
D'eures en autres va sa corpe* bâtant: 
Puis joint ses mains, si va Deu dépriant* 
Que paradis li doinst par son commant*, 
Puist bénéist" Karlon,le roi puissant, 
Et douce France , la contrée vaillant, 
Desor toz homes son compoiuguon Bollaiit. 
.iij. peuls* a prins de l'erbe verdoiant, 
En l'onnor Deu les usa maintenant , 
Tout son cors vait contre terre estendant. 
Li angre Deu* descendent maintenant, 
T^'arme dou conte emportent en chantant. 
Mors est li cuens *, n'i a plus de son tans, 
Dex en ait l'arme par son dingne commant * 
Rolians souzpire,qui le cuer ot dolaut*; 
Jamais nul hom n'o rrez plus démentant*. 



Pressant. 

* Les deux i/eux de la fête. 

* Du destrier d'Afrique. 

La lame. 

* Sa poitrine (littérale- 
ment safnute). 

* Priant. 

* Commandement. 
Bénisse. 



* Brins. 



* Les anges de Dieu. 

* Le comte. 

* Commandement. 

* Chagrin. 

* N'oirez plus lamen- 
tant. 



(v. 3465.) ' DE RONCEVAUX. 223 

CXCVI. 

Moult fu Rolians correciez et marris 

Quant voit celui qui tant fu ses amis 

Mort à la terre, contre Oriant son vis* ; * Son visage. 

Ne puet muer que ne nlort et soznirt *; ' Ne peu/, s'empêcher que 

^ ' ' 1 ^ iie pleure et soupire, 

Mouit doucement à regreter le prinst, 

Et prie Deu qui en la crois fu mis 

Qu'il mete s'arme * en son saint paradis. * Son âme. 

« Ensamble o soi soit la moie toz dis*. ]ofiJours" ''""'' """"" 

Mal ne m'a fait, ne je ne li forfiz. 

Quant iestez mors, à moult grant tortsui vis*. » * ï'ivaut. 

Au duel * qu'il a s'est pasmez li marchis * De la douleur. 

Sor son cheval qui ot non Fiellantins ; 

Tant fort s'affiche* sor les estriers brunis, * s'uffermu. 

Quel part qu'il tort, n'est jus * dou cheval mis. ],^!,feu^Z' ''""' '""""'' 

CXCVII. 

Ainz * que Rolians se fust appercéuz, "Avant. 

De pasmisous garis ne revenus, 

Grans encombriers * li est devant venus : * Malheur. 

Mort sont Fransois, touz les i a perdus 

Sans l'arcevesque et sans Gautier son dru*. * Son ami. 

Repairiez est li cuens* de là desuz, * Revenuesi le comte. 

De celle part où il s'iert* combatus ; * s'était. 

Mort sont si home, toz les i a perduz ; 

Ou voille ou non, est aval descenduz. 

Rollaut apelle, dolans et irascus* : * Rn colère. 

« Hé gentiz hom, qu'iestez-vos devenus? 

OuqueS mais n'oi paor * là où tu fus. * Jamais je n'euspeur. 

Je sui Gautiers qui conquist Malarsus, 

lii niés Artus , qui est vieulz et chenus. 

Par vasselaige soloie iestre vos drus*. 

Ma lance est frainte*, et perciés mesescus, * /iri 

Et mes haubers dcsmaillicz et rompus ; 

Parmi le cors sui eu .vij. lieus férus*; * Frappé. 

En mains lieus est mes haubers desrompus, 

Sempres* morrai; mais chier m'i sui vendus. » * iHmiot 

Ces mos a bien ois Uollans li dus *, * /.-• dur. 



J'avais routuiuc d'être 
Ire anii . 



226 



LE ROMAN 



Le cheval broche* des espérons agus, * Pique. 

Isnellement* esta Gautier venus. * Rapidement. 

CXCVIII_ 



« Sire Gautier, dist Rollans li senez*, 
Moult est vos cors et plaiez et navrez *. 
Ditez-moi, sire, gardez n'el me celez. 
Comment vos iestez de mes homes tornez * - 
Et dist Gautiers : « A parmain* le saurez, 
Tuit sont ocis, jamais ne les verrez. 
En la montaingne où je m'en fui alez, 
Trouvasmez Turs plus de .xx. M. armez. 
]\IouIt grans cstors' i fu par uoz monstrez. 
Tant i férismez de nos brans acérez, 
Encor en sont li champ ensainglenté. 
Mort sont mi home que j'avoie menez, 
Et je-méismez sui plaiez et navrez* 
Parmi le cors de .vij. dars afilez, 
Et je m'en sui et venus et tornez*. 
Por Deu vos proi * que vos ne m'en blasmez, 
Car bien voz di et si est véritez, 
Chier sui vendus, jà mar* en douterez. 
.Te charrai jà*, se voz ne me tenez. » 
A icest mot chaï Gautiers pasniez, 
Rollans l'enliève, si pleure de pitez: 
De son bliaut* avoit .i. pan copé, 
Gautier* en bande les flans et les costez. 



Le sensé. 
* Cotivert (le 
lilessé. 



Retourné. 
* Bientôt. 



plaies et 



Très-fjrand combat. 



* Couvert 
Itlessé. 



de phi i es et 



Retourné, 
.Je vous prie. 

A tort. 

Je tomberai. 



* Habit. 

* A Gautier. 



CXCIX. 



« Sire Gautier, ce dist li cuens Rollans, 
Bataille as laite por Deu le roi puissant; 
Bandez vos ai les costez et les flans. 
Si m'ait Dex % de vos sui moult dolans**. 
Car preudons iestez*, et chevaliers vaillans. 
Moult as esté hai'dis et combatans. 
Je voz charjai *.M. chevaliers vaillans, 
Randez-les-moi, li besoins en est grans. » 
— «N'es verrez mais*, ce dist Gautiers li frans: 



* Si Dieu m'aide.*^ Peiné. 

* Car prudhomme êtes. 

* Je vous confiai. 

* / ous ne les verre: plus. 



DE RONGE VAUX. 



2^7 



G'es ai laissiez eu tant dolirouz chans 
Là oùj'alai par le vostre couQiaiit'. 
Tant i trouvasmez Sarrasins et Persans , 
Sortrez et Gadres et Grizois et Husians, 
Turs et Hermins*, Arrabis et Persans 
Kt Esciavons et les Ameudians 
Et ceiils de Lude* et touz les Augoulans. 
Une bataille nous vint fors et pezans, 
Ainz nus el siècle* ne vit onques si graut. 
Tant i férismes o les acérins brans*, 
Que par costez en issi* li clers sans. 
Bien le voz di el s'en soiez créans , 
>'i a païen qui jà en soit vautans. 
.1. mille en i a mors gisans. 
Mort sont mi home, griez en sui et dolans*; 
Vendu se sont envers les mescréans ; 
De mon hauberc m'ont rompu toz les pans, 
Kt plaiez* ai les costez et les flans : 
Trestouz li cors m'en est affoibloians*. 
Je sui vostre hom , vos iestez mes garans *, 
Ne m'en blasmez se je m'en sui fuians. 
Moult ai eu, sire, de graus ahans*. » 
D'ire et de duel* est tressuez Rollans. 



Coinmandeuienl. 

Arméniens. 

De Lilhiutnie. 

' Jamais nul dans le siè- 
cle. 
Avec les sabres d'acier. 
* En sortit. 



C/iaijrin cnsiùsel peine. 



* Couverts de plaies. 

* Affaiblissant. 

" Mon protecteur. 

* lourments. 

' De chaf/rin et de dou- 
leur. 



ce. 



Rollans ot duel, si fu mautalentis*; 

Tint Durandart, dont li poins* fu brunis; 

Eu la grant presse s'est li cuens ademis* : 

Gui il ataint, touz est de la mort fis*. 

En petit d'eure eni a .xx. ocis, 

Et Gantiers .xv. et l'arcevesques .\. • 

De ceuls de France i ot mais moult petit* ; 

Mais ceuls d'Espaingne font-il griez* et marris. 

Païen s'escrient : « Ci avons maus * amis. » 

Dist l'uns à l'autre : « Pesmcs homes a ci*. 

Ferez, païen, que il n'eu aillent vif. 

Tant noz ont fait, ne doivent iestre prins, 

Mais trestuit iestre detrauchié et ocis. 

Toillir* nos welent d'Espaingne le pais. 



* Chayrin. 

* La poiijnée. 
Lancé. 

* Sûr. 



Il n'y eu cul que très-peu . 
C/uif/rins. 

* Mauvais. 

• Très-mauvais hommekit 
!/ a ici. 



Lu lever. 



228 



LE ROMAN 



(V. 3571.) 



Mal sons bailli se nus d'euls estort vis*; 
Car fel * est Karles li rois de Saint-Denis , 
N'i garirienz* jusqu'à la mer des Griz **. 
Adontrefu li estors resbaudis*, 
Moult fièrement ont les nos envaïs. 



' Mal sommes tombes si 
nul d'eus échappe vif. 

* Cruel. 

* N'i/ échapperions. 
** Grecs.. 

*.4lorsfut le combat ra- 
nimé. 



CCI. 



Li cuens * Rollans fu moult hardis et fiers , 
Gantiers de Hui fu moult bons chevaliers, 
Et l'arcevesques fist forment à prisier*. 
Félon païen, cui Dexdoinst encombrier*, 
.XX. M. descendent por lorcors dammaigier', 
Et à cheval sont bien .xxx. millier. 
Demaintenant n'es* osent approchier. 
Lancent lor dars por lor cors dammaigier, 
Guivres, juzarmes qui font à resoingnier*. 
A ceste empointe* nos ont ocis Gautier, 
Turpin de Rains font son escu percier, 
Son elme fraint, là ot grant encombrier * ; 
Et si li firent une grant plaie au chief *, 
Qu'en la coronne* l'orent-il fait sainguier. 
Son hauberc firent fausser et desmaillicr, 
De .iiij. espiés li fout le cors plaier* 
Et .iiij. dars li font en cors baingnier, 
Et desoz lui ont ocis son destrier. 
Dex! quel dommaige quant l'estut* trébucbicr 
Or en panst* Cil qui tout a à jugier, 
Que de sa vie n'i a nul recovrier*. 



y.e comte. 

* Fat bien diyne ct'rlof/c. 

* .4 gui Dieu ilonnc mal- 
heur. 

* FAulommager. 

* Maintenant ne les. 

* auxquelles il faut faire 
attention. 

* Charge. 

* Son heaume se brise là , 
il y eut grand mal. 

* A la tète. 

* Tonsure . 

* Blesser. 



! * // lui fallut. 
* Maintenant eu pense. 
Ressource. 



CCIL 



Torpins de Rains quant dou cheval fu jus* 

De .iiij. espiés parmi le cors férus*, 

Et .iiij. dars ot el cors embatus*, 

Isnellement li ber resailli sus * , 

Rollant esgarde, celle part est venus, 

A vois escrie : « Ne sui mie vaincus. » 

Tint Aigredure, dont li brans* dorez fu; 

En la grant presse en fiert* cent cops ou plus; * Frappe. 



* A bas . 

* Frappe. 

* Enfoncés. 

* Fivement le baron res- 
sauta. 



La lame. 



(v. 



DE RONCEVAUX. 



229 



Tex cliaples* fu environ lui randiis 

Que* .c. paiens i a les chiés tolus**, 

Qui gisent mort parmi les prés herbus. 

Puis dist li rois , quant il i fu venus : 

« Cisl arcevesques s'i est moult chier vendus. 

Tex .iiij. cens ot entor lui venus, 

Moult daramaigiez, parmi les cors férus *. 

Qui ce ne croit, fox* est et esperdus ; 

N'est pas merveille s'il en est mescréuz. 

Li ber* sains Gilles, qui por Deu fait vertus**, 

En fist l'estoire, encor est bien créuz ; 

Enz el* raonstier deLoon est véuz. 

Qui ce ne croit n'a les mos entendus; 

N'est pas merveille s'il en est mescréuz. 



*Tel combat. 

* Qu'à. ** Y a enlevé les 

tètes. 



Frappés. 

* Fou. 

* Le baron . * * Miracles. 

* Dans le. 



CCIII. 



Li cuens Rollans cel jorne reposa, 
Sor païens fiert *, ainz nul n'en espargna. 
De grant air touz les cors tressua*. 
Tint l'olyfant , durement le sonna ; 
Car savoir weult se Karles revenra. 
Une autre fois Rollans le cor sonna 
Par tel vertu que la terre eu trambla , 
Et la cervelle li tramist* et mesia, 
Et de son cuer .ij. vainnes rompu a. 
Grans fu li sons qui dou cor dessevra *, 
Parmi les vauls li sons bruians s'en va. 
Bruientli mont, chascuns en résonna. 
Karles l'oït si comme* au port passa. 
Li emperères s'estut*, si s'arresta ; 
Et puis a dit : « Moult malement noz va. 
Rollans, mes niés.hui cestjor finera*, 
Bien oi* au cor que gaires ne vivra, 
Qui iestre i weult, haster leconvenra*. 
Sonnez ces graisles, chascuns s'adoubera'. 
Dou retorncr* moult grant dolor i a, 
.1. mille cor i sonnent sa ; et là 
Kt Fransois dient tuit ; « Fel * soit qui vos fau- 

[dra *'. >: 



* Frappe. 

* De grande force tout son 
corps sua. 



* Fit sortir. 



Sortit . 



* Quand. 
*Se tint. 

'Mon neveu nionrra au- 
jourd'hui. 
" /lien entends-j)'. 

* Lui faudra. 
'Trompettes, chacun s'ar- 
mera. 

* Au retour. 



' Félon. 
'* Manquera. 
20 



230 



LE ROMAN 



(v. 3640. 



A. icest mot toute l'ost s'arrouta *, 
Pour mieus haster chascuus esperouna. 
.Ix.M. de graisles i sonna, 
lestre* les cors , dont merveilles i a. 
Bruient 11 mont et résonnent 11 val, 
Tel bruit i a que la terre en trambla. 
Païen roïrent, chascunss'en esmaia*, 
Dist l'uus à l'autre : «Karlemaiue auron/Jà* 

CCIV. 



* Toute l'armée se mil 
ruittc. 



* Oulrc. 



* S'en émut. 

* Bientôt. 



Quant païen oient le son des olyfans , 

Dist l'uns à l'autre : « Karles est repairans * , * Revenant 

De ceuls de France oiez les cors sonnans. 

Se Rollans vient, nostre painue est moult graus. 

Perdu avons d'Espaingne touzies pans; 

Plus de .c. M. de touz les niiex vaillans 

Sont assaniblé as vers elmes luisaus. 

Molt fièrement lu assaillis Rollans : 

Or a li cuens, endroit lui , grans ahans *. 

Cil le regart* qui sor touz est puissans! 

A Durandart, dont li brans * est tranclians, 

A fait tel place des cuivers mescréans, 

Que les javelles* eu gisent par les cbamps. 

ccv. 



* Maintenant u le comte, 
quant à lui. i/randes pei- 
nes. 

-Que celui-ci le reyarde. 

* La lame, 

* Débris. 



Dient païen : «L'emperéres repaire*, * Revient. 

De ceuls de France poez oïr les graisles*. * Les trompettes. 

Se Karles vient, duel * i auronz et perde ; * Douleur. 

Se Rollans vit, nostre guerre est nouvelle. 

Perdue avons Espaingne, la grant terre. » 

Lors se rassamblent la pute gent adverse *, * Malfaisante. 

àij.c. des mieudres* qui el champ porentiistrc; * Meilleurs. 

A Rollaut font .i* assaut fort et pesme*. * Très-mauvais. 

11 se deffant com chevaliers houestes, 
Et lor décope et les bras et les testes. 

CCVL 



Rollans li dus moult très-bien se défiant, 
A * Durandart va la presse rompant , 



Avec. 



DE RONCEYAUX. 



231 



Tant en ocist à l'espée tranchant 
Que li moncel en gisent par les champs . 
Et Karles vient correciez et dolans*, 
Dou chevauchier se painne durement. 
Sonnent cil graisle* et derrière et devant ; 
Païen l'entendent, si en ont paor* grant. 
Dist l'uns à l'autre : « Or nos va malemaut , 
Car Karles vient à grant force de jant. 
Se il nos treuve, n'auronz de mort garant*; 
Sor nos voldra vengier son mautalaut*. » 
Rollans li dus oit les olyfans, 
lîien seit que Karles li rois est repairans* : 
A grant merveilles l'en crut ses hardemans *. 



* Chcif/rin. 

* Ces clairons. 

* Et ih en ont peur. 



* Proterieur rontre la 
mort. 

* Son ressentiment . 



Revenant. 
Sa hardiesse. 



CCVII. 

Li dus Rollans oit son oncle venir ; 

Tant par estfiers et de si grant air *, * Animation. 

M\e\ weult morir que ildeingnastfuir. 

Ses espérons fist au cheval sentir; 

Par grant aïr * vait Sarrasins férir, * rigueur. 

Proz de lui fist l'arcevesque fenir; 

Kt li bons clers ne le volt pas guerpir *, * AJjamtonner. 

Hardiement vont païens envaïr. 

Dist l'uns à l'autre : « Or pansons dou férir*. *.4 frapper. 

De ceuls de France poez les cors oïr. 

Karles chevauche qui France a à baillir * : * r.ouvemer. 

Jhésus de gloire le puisse garantir ! « 

Lors fièrent Turs et frapent par aïr*, * Avec rif/neur. 

Plus de .1\. eu font à duel fenir. 

« Sire arcevesques, dist Rollans li gentiz, 

Je ne puis mais .i. seul des nos véir* ; * roir. 

Mais je cuit* bien qu'il soient bon martyr, * Je crois . 

Et moult me fait mon coraige esbaudir" ' Moncœur rêjouii 

Que j'oi * Karlon et sa grant gent venir. » * J'entemis. 

ccvin. 



En Reliant ot* bien preudomrae et loial , 
De coart home n'ot euro en Rousceval , 



// Il eut . 



232 



LE ROMAN 



(V. 3707.) 



Ne chevalier, s'on n'el tint à vassal *. 

Li arcevesques c'on tient à chardounal*, 

Eu apelle Rollant, le comte natural : 

« Sire, dist-il, por Deu l'esperital*, 

Je sui à pié, vos iestez à cheval. 

Por vostre amor prins lez vos mon estai *, 

Ensamble auronz et le bien et le mal, 

Ne nos faudrons* por nul home charnai. 

Encui* verront cil païen desloial 

Cops d'Aygredure et cops de Durandal. » 

Et dist Rollans : " Fel soie se voz fail*. 

Encor auront cil païen criminal 

Perte et dammaige en icestui jornal*. 

Andui* morrous, n'en passerons par al**, 

Aprez cestui n'auronz huimais assal*. 

Hui resoit Karles si grant perde mortal, 

.là n'iert mais jor * et sans painne et sans mal 

Manois* escrient li paien desloial, 

Et se rassamblent et font grant baptistal*; 

Tiu'pius et dus* Rollans lor livreront estai*. 



* Si Von lie li; tient yiniir ' 
brave. 

* Cardinal. 

* Le splriliiel. 

*Près de vous ma place. 

* Nous ne nou.^ man(/i(c- 
roii.s pas, 

* Aujourd'hui. 

* Félon, sois si /e vous 
manque. 

* Kn ce jour. 

* Tous les deux, ** Par 
autre chose. 

* Désormais assaut, 

» * .Jamais ne sera, 

* A r instant. 

* J'acarme. 

* Le duc.** Combat. 



CCIX. 



Li Sarrazin soient maudi de Dé ! 
11 ont le duc Rollant avironné. 
Lui et ïurpin, le gentil ordonné*. 
Qu'il ne s'en pueent ne guenchir* ne torner. 
Lors fu li niés Karlon forment irez*, 
Fiert et refrape environ de toz lez * ; 
Et ses grans cops ne puet Turs endurer, 
Et Karlemaiues fait ses graisles sonner*. 
Païen les oient , n'ot en euls qu'aïrer * ; 
Dient entre euls : « Franc ont les pors passez 
Sachienz de voir, or torne à l'empirer *. 
Oiez les cors, corn il les l'ont sonner. 
Moult pezans jors nos est hui ajornez, 
Car li Fransois pansent dou retorner*. 
Karles retorne et ses riches barnez * ; 
Moujoie crient, bien oïr les poez*. 
Or perdrons-nos d'Espaingne le régnez* 



Dans les ordres. 

* Peuvent jeter de côté. 

* Le neveu de Charles fur 
lement chagrin. 

* Côtés. 



* Clairons. 

' Il n'y eut en eux que co- 
lère. 

' Sachez en t-érilé , que 
maintenant il tourne au 
pire. 

* Le duc, 

* Au 7-e tour, 

* Ses puissants barons. 

* Pouvez. 

* Le royaume. 



(> 



3744. 



DE RONGEVAUX. 



233 



Et nos avoirs et nos grans héritez*. 
Li cuens RoUans est si durs et t'aez*, 
Jà n'iert* vaincus par home qui soit nés. 
Lansous à lui nos espiés acérez, 
Puis les laissonz, si soit l'eslors remez * ; 
De nos pansons et de nos sauvetez *. » 
Et il si font dars et guivres assez 
Et grans juzarmes* et faussars acérez. 
Si grans estors* lor font li deffaez**, 
L'escus RollanL tu perciez et troez. 
Ses elmes fu frainz * et esquartelez, 
Et ses haubers desromps et dépanez*; 
Ses chevax fu en .xx. lieus assenez*, 
Entre ses cuisses fu soz lui mors gietez. 
L'arcevesque ont à la terre anversé : 
Lors s'enfuirent dolant et trespausé*. 



* HérlUif/cs. 

* De Vespi'ce des fées. 
.Iiiiiiiila ne sera. 

* El (lUC le lornhnt sail 
abaiiaonnc. 

* Et de notre satiit. 

* Haches d'armes. 

* Combats. **Mécrcanls. 

* 77 me. 

* Rompu et déciiirè. 

* Atteint. 



' Chut/rins et pensifs 



ccx. 



Païen s'enfuient moult eiïraéemeut*. 

Dist l'uus à l'autre : « Or nos va malement. 

ïrestouz nos a vaincus li cueus Rollans ; 

Ainz mais* uns* hom ne vaiucui tant de gent. 

Karles revient moult eflorciement*, 

Fransois o lui qui nous heent forment*; 

Sornoz voldront vengier lor mautalens *. 

Qui l'atendra, mal li iert convenant*; 

Car il sera livrez à grant torment : 

JN'i garira* li pères son anl'aut. 

A ceuls d'Espaingne feront maint euer dolant*. 

En fuie lornent , li cors Deu les cravent* ! 

Rollans les voit, si eu ot* joie grant; 

Car moult l'avoient angoissié* lièrement. 



* /;'/( trrs-f/rand effroi. 



.Inmais un. 
' A ree beaucoup de forces. 

* Haïssent fortement. 

* Leur ressentiment . 

' // lui arrivera mal/itur. 

* N '// j>rulégera. 
1 * Cliar/riii. 

* Les extermine. 

* // ('(( eut. 

* Mis dinis les an froisses. 



CCXI. 



En fuie* tornent li Sarraziri félon. * /.// faite. 

D'iluec s'en part Piollans li gontiz hom , 
Vait par le champ , si vit* mort n)aiiit baron ; * /./ rit. 
11 treuvc mors et Vvoire et Yvon, 



•).o. 



2.3i 



LE ROMAN 



Le preu Gelier et Gérin et Hugon , 

Le duc Girart, Anséys et Saiison , 

Et avec euls Eogelier le Gascon. 

Li dus Rollans , qui fu moult gentiz hom, 

Entre ses bras a prins cliascun baron, 

Devant Turpin en fist assamblison*. 

Li arcevesques, cuiDex* misten son non, 

Tout en plorant lor fist béuéison* ; 

Aprez lor dist une gente raison* : 

« Cil qui son cors livra à passion 

Maite vos armes * avec saint Symion , 

Et la moie arme maite à salvacion*! 

Mais* ne verrai l'empereor Charlon. » ^ 

CCXIL 

Li dus Rollans vait le champ recercliier * 
Desoz .i. pui, delez .i.* aiglentier. 
Là trouva mort le cortois Olivier, 
Contre son pis* le prent à embracier, 
A l'arcevesque se prinst à repairier*, 
Puis si le mist devant lui el * sentier, 
ïorpins le prinst de sa main à saingnier * ; 
Dont conmensa li diaus* à enforcier. 
Et dist Rollans : « Riaus compains * Olivier, 
Vos fustez finis* au bon conte Renier 
Qui tint la marche et l'onnor à baillier*. 
En nulle terre n'ot* meillor chevalier 
Por hanste fraindre* ne por escu percier, 
Ne por hauberc desrompre et desmailler, 
Ne por preudomme tenir ne essaucier* ; 
Et fustez frère Audain qui tant fait à prisier, 
Cui je dévoie et panre et nosoier*. 
Ce mariaige me convient à laissier*, 
IMorir m'estuet, n'i a mais recouvrier*. 
Icil ait m'arme* qui tout a à jugier! 
Ahi ! belle Aude, com voz avoie chier! 
De vostre amor n'aurai mais recouvrier. » 

CGXIH. 

Li cuens Rollans fist forment à loer *, 



* Axacmhlfir/f. 

* (hic Dieu. 

* liéiiédiction. 

* Une noble pu rôle, 

* Ames. 

* SaJiil. 

* Plus. 



* Explorer. 

'Sous iine liaiileiir, ]irr 

d'un. 



Sa poitrine. 

* Revenir. 

* An. 

* Sif/iicr. 

* Le deuil, le ehrif/riu. 

* ('(imparjuon. 
^ Fils. 

* Et lu terre ù gouverner. 

* Il n'y eut. 

* Pour lance briser. 

* F.ralter. 

* Et iirendre el épouser. 

* Il me faut laisser. 

* Il n'ij a plus de res- 
source. 

* Mon lime. 



* Fui bien diijne de louan- 



V. 3811, 



DE RONCEYAUX. 



23 o 



Voit qu'cà la terre gisoient mort li per 
Et Oliviers qui tant fait à loer : 
Pitié en a, si conmence à plorer, 
Tel duel en a que le convint* pasmer. 
T.i siens viaires prinst' à descoulorer; 
Si fu menez, ne pot * .i. mot sonner. 
Li sois * qu'il a le fist molt agrever. 



* Qu'il lui faillit se. 



Son visaye prit. 
* Il fui si ému , qu'il ne 
put. 
" La soif. 

Dist Tarcevesques :« Tantmar*i fustez,ber**. »**^'y^'^îJ.;^;f''"^''""'"'' 



CCXIV. 

Li arcevesques ot moult le cuer dolant* 
Quant vit pasmer le gentil * duc RoUant, 
Bien seit li sois l'angoisse moult forment. 
Li arcevesques a saisi l'olyfant. 
En*la valée ot* .i. ruissel corrant • 
Li arcevesques i va moult bêlement. 
Quant ot aie la monte* d'un arpant, 
La soie mors le vait moult angoissant*, 
A terre chiet*, qu'il ne puet en avant; 
La mors l'angoisse, li cuers li va serrant. 

ccxv. 

Li dus Rollans revint de pasmison , 
Sor pies se mist à painnes li frans hom 
Sor l'erbe vert et sor le confanon ; 
Là vit jésir* le nobile baron 
Turpin de Rains, ainsiz avoit à non. 
]Morsest illuec ou service Karlon* : 
Jhésus de gloire li face voir' pardon ! 
Ne fera mais * as crestiens sermon. 
S'il vesq'iist auques*, il préist vengison 
De (ianelon, le traïtor félon 
Qui porcbassa * la mortel traison 
Dont lurent mort tant cbevalicr baron. 
Sainte Marie li doinst maléison* ! 



* Triste. 

* Le noble. 

" Bien sait que la soif le 
presse très- fortement. 

* Il 1/ eut. 

* La relieur, 
Toiiriiiiuliiul . 

* Tomhr. 



* Lire f/isaut. 

* T.ù iiu serriee île Cluir- 
les. 

* f'riii. 

* Plus. 

* Un peu, 

* Mufliluii. 

* Lui donne maltilirHon . 



CCXVL 

Quant voit Rollans l'arcevesque morant. 
Lors ot tel duel*, onques mais n'ot si giant 



Douleur. 



236 



LE ROMAN 



(v. 3847. 



Fors* d'Olivier que il parama tant. 
Or dist .i. mot que moult va désirrant : 
« Chevauchiez, rois; qu'alez-vos délaiant* ? 
En Ronscevax avez dammaige grant. 
Perdu avez maint chevalier vaillant. 
Li rois JMarsiles en i a perdu tant, 
Contre .i. 'des nos en i a perdu, c. 
Voire* ij.c, parle mien auciant; 
Jà reprouvier* n'en auront no parant. « 

CCXVII. 

Quant voit Rollaus l'arcevesque niorir 

Et de son cors la boelle saillir* 

Et de son chief fors* la cervelle issir**. 

Dont a tel duel, le sens cuide marrir * ; 

Il le regrete, com jà porrez oïr : 

« Hé bons vassax, fraus hom de grant air*, 

Humbles et prouz, bien vos doit biens venir. 

Li emperères qui France a à baillir*, 

.Tamais n'aura tel clerc por lui servir, 

Ne por la loi essaucier * ne tenir. 

Puis l'apostoile ne fu mais tex niarchis *. 

lùisamble o lui* vos face Dex séir **, 

De paradis la sainte porte ouvrir! » 

ccxvin. 



* Si ce ii'rsl. 

* Idrilanl . 



* Ivn V!érité. 

* NuUemeut reproche. 



* Les boyaux sortir. 

* De sa tête de /lois. **Sor- 
lir. -' • 

* ()// '// croit jierdre le sens. 



De (jrainle c'nerijie- 



/■^.vlia lisser. 
' Depuis le pape ^le fut 
jjIiis tel marquis. 
'Avec lui. ** Asseoir. 



Rollans voit bien sa mors va aprochant, 
Que sa cervelle li chiet as iex* devant : 
Ses pers commande* au cors saint Abrahant , 
Et la soie arme* à Deu le tout puissant ; 
l'rinst Durandart et le bon olyfant. 
Que reprouvier * n'en aient si parant ; 
Devers Espaingne s'en va tout .i. paudaiil 
Plus qu'aubaleste ne traist quarrel* tranchant : 
lluec desoz .i. aubre vert et grant, 
Desoz .i. pin foillu et verdoiant, 
.iiij. perron sont ikiec en estant*. 
Là vint li ber* sor l'erbe verdoiant, 
Chaït à paumes*, la mors le vait hastaut. 



* Lui tnmhe au.v yeux. 

* Recommande. 

* Et son âme. 

* Hejiroc/ic. 

* .\c tire carreau. 



* Quatre pierres sont là en 
place. 

* Le baron. 

''Tomba sur les mains. 



(v. 388i>.) • DE RONGEVAUX. 237 

CXIX. 

Grans est H puis*, li aubre grant et large, * La hautnir. 

Quatre perron i sont en lor estaige : 

Là jut* .i. Turs de merveilloz corage. * Fut (lisant. 

Entre les mors fu repos* en l'erbaige. . * Caché, tapis. 

Rollans l'esgarde , qui fu de fier coraige. 

Li Turs parole à loi * d'omme mal saige ; * En f/uif>e. 

« Par Mahomet qui fait croistre l'erbaige, 

•Te vos trairai les grenous * de la barbe. » *Les moustaches. 

Celle part va, moulî parfist grant outraige 

Quant par la barbe prinst Rollant le très-saige. 

Durandart trait, moult el cors l'araige*. * L'arrache. 

Ptollans le sent, duel ot en son coraige*. *Douienrevtenson cœur. 

ccxx. 

Rollans sentit que cil li traist* s'espée , *Cchii-ci lui tira. 

Oevre les iex, si dist raison membrée * : * Parole mànorahk. 

» Mien ancient, n'ies pas de ma contrée. » 

Rollans se dresce en pies enmi la prée * : * Au milieu du pré. 

«■ Cuivers*, dist-il, vostre vie est alée**. » * Perfide. **Fin!e. 

De l'olyfant li a tele* donnée * Tel coup. 

Amont sor l'iaume dont la teste est armée, 

Froisse l'acier, s'a* la teste quassée. * Et a. 

Andui li oil* li volent en la prée; * Les deux ijenr. 

Mort le trébuche, l'arme* s'en est alée • "L'unie. 

Car desverie ot li glouz empansée*, lal^é/"'''' '"'" ''' "'''"'" 

Quant il au conte ot sa barbe tyrée ; 

Par sa folie a la mort conquestée. 

Icelle chose li fu à mal tornée. 

« Don cor me poise quant l'euvre en est quassée , 

Devers le gros ai fandu la baée*. » * Haie, ouverture. 

CCXXL 

Quant Rollans voit que la mors si l'argue*, * Ainsi le presse. 

De son visage a la coulor perdue , 

llesgarda, une bosne *a véue , '// regarda., une imme. 

Durandart hauce, si l'a dedens férue*, * Frappée. 



238 



LE ROMAN 



(v. 89l:i.) 



Et li espée l'a par milieu fandue. 
Rollans l'an trait , à cui la mors argue*. 
Quant la voit sainne, touz li sans li remue; 
Kn une pierre de grez si l'a férue, 
Si la portent jusqu'au l'erbe menue. 
Se bien ne la tenist, jamais ne fust véue. 
« Dex, dist li cuens, sainte Marie, ajue! 
Hé Durandart, de bonne connéue*, 
Quant je vos lais^ grans dolors m'est eréue. 
Tante bataille aurai de voz vaincue, 
Et tantes terres en aurai assaiilue 
Que or tient Karles à la barbe chenue. 
Jà Deu ne place* qui se mist en la nue, 
Que mauvais hom vos ait au flanc pandue ! 
A mon vivant ne me serez tolue *, 
Qu'an mon vivant vos ai lonc tans eue. 
Tiex n'iert * jamais en France l'absolue**. » 



* Uen t'nr 
presse. 



fpte la mort 



Aide. 

* Connue comme bonne, 

* Laisse. 



A Dieu lie plaise. 



Enlevée. 



Telle ne sera. 



La li- 



CCXXIl. 



Li dus Rollans voit la mort qui l'engraingne*, 
Tint Durandart, pas ne li fu estraingne *, 
Grant cop en fiert* ou perron de Sartaingne, 
Tout le porfant et depièce et degraingne*. 
Quant Duraudars ne ploie ne mebaingne *, 
Sa dolors tote li espant et engraingne* : 
K Hé Durandart ! com iez de bonne ouvraingne ! 
Dex ne consent* que mauvais hom la teinguc ! 
Rollans estoit enz el val * de Moraingne : 
L'angres li dist sans nulo demoraiugne* 
Qu'il la donnast au prince de Chastaingne. 
Il la me ceinst*, n'est drois que il s'enpiaingnc-. » 
Et dist Rollans * à la chière grifaingne* : 
« J'en ai conquis Anjou et Alemaingne, 
S'en ai conquis et Poitau et Bretaingne, 
Puille et Calabre et la terre d'Espaingne, 
S'en ai conquise et Hongrie et Poulaingne*, 
Constantinnoble qui siet en son demaingne'', 
Et IMonbrinne qui siet en la montaigne. 
Et Bierlande prins-je et ma compaingne*, 



* Le gagne, 

* Etrangère. 

* Frappe. 

* Réduit en grains. 

* yest endommagée. 

* S'exhale et s\iccroit. 

* Consente. 

* Dedans le val, 

* \ul relard, 

* Il ma la ceignit , 

* A u visage fier. 



Pologne, 
Domaine, 



Compagnie. 



(v. S950.) DE RONGE VAUX. 239 

Et Engleterre et maint païs estraiogne *. * Éinurger. 

Jà Deu ue place*, qui tout a en sou règne**, **>'Roi!aumv '"^ /''"'*'^- 

De ceste espée que nicuivais hom la ceingne ! 

IMieus voil morir qu'autre païens remaiugue*, * Reste. 

Et France en ait et dolor et souffraingue *. * Privation. 

Jà Deu ne place que ce lor en avaiugue * ! » * Advienne. 

CCXXIII. 

Quant Rollans voit que la mors si l'aigrie, 

Tint Durandart où li ors reflambie; 

Fiert el * perron, que ne l'espargne mie ; * Fmppe. 

ïresqu'eu milieu a la pierre tranchie. 

Fors est l'espée , n'est frainte* ne brisie. * Fracturée. 

Or la regrete et raconte sa vie : 

K Hé Durandart, de grant sainte* garnie, * Sainteté. 

Dedens ton poing* a moult grant seingnorie : * Ta poignée 

.']. dent saint Pierre et dou sanc saint Denise, 

Dou vestiineut i a * sainte Marie. * H u a de. 

11 n'est pas drois païens t'ait en baillie* ; * Eu {son) pouvoir. 

De crestiens dois iestre bien servie. 

Mainte bataille aurai de toi fornie. 

Et mainte terre conquise et agastie* * Ravagée. 

Que or tient Karles à la barbe florie. 

Li emperères en a grant manandie*. * Richesse. 

Hom qui te porte ue face coardie, 

Dex ne cousante que France en soit honnie! » 

CCXXIV. 

Quant voit Piollans de son tans* n'i a plus, * De son temps, de sa vie. 

Devers Espaiugne es couchiez estejidus; 

A une main fu donc ses pis* batus : * Sa poitrine. 

« Dex, dist-il, sire, à voz rant-je sakis. 

Ma corpe* ranz-vos et à vos vertus * Ma faute. 

De mes péchiés, des grans et des menus. 

Que je ai fais puis que je fui nascus * * Ac. 

Jusqu'icest jor que sui ci mors chaùz *. » * Toml)c. 

Ses destres gans eu lu à Deu tendus, 

Angre * dou ciel eu descendireut jus **, * Anges.** En bas. 



UQ 



LE ROMAN 



(v. 8984,) 



Des mains fu li gaiis recéuz {sic). 

ccxxv. 

Quant Rollans voit que la mort l'entrepieut , 

Desoz .i. pin est alez erranment*; 

Sor l'erbe vert là s'est couchiez as dens* : 

Por ce l'a fait que il weult voirement * 

Que Karles die et trestoute sa gent 

Dou gentil* conte qu'il soit mors conquérant. 

Claimme sa corpe* et menu et souvent, 

Por ses péchiés vers Deu son gaige tent ; 

Li angre Deu le prinrent erramment. 

CCXXVL 

Rollans se gist soz .i, aubre f'oilli, 
Devers Espaingne a retorné son vis*, 
De maintes choses à porpanser* se prinsl, 
De tantes terres comme il a conquis, 
De douce France , de ceuls de son païs 
Et des Fransois par cui il a tel pris ; 
Ne puet muer que ne plort li marchis*; 
Et lui-méismez ne puet maitre en oubli , 
Claimme sa corpe*, si prie Deu mercis : 
" Ahi , voirs pères qui onques ne mentis, 
Saint Lazaron de mort résurrexis*, 
Et Daniel dou lyon garantis, 
Dex, resoif m'arme* en ton saint paradis. 
Sire, ma corpe*, se je onques menti, 
De mes péchiés que je ai fais touz dis*. » 
Ses destres gans en fu vers Deu offris : 
Desoz son bras estoit ses elmes * mis ; 
Jointes ses mains l'a la mors entreprins; 
Dex li tramist ses angres* bénéis, 
Saint Gabriel et bien des autres .x. 
L'arme * de lui portent en paradis. 

CCXXVIL 

Mors est Rollans, n'i a plus recovrier* : 
Dex en ait l'arme, qui tout a à jugier ! 



* Tout (k sidlc. 
*Si(r la face. 

* Vraiment . 

' Du noble. 
*ConJessc sa faute 



Son visaije. 
Penser. 



* Le marquisne peu t s\ni- 
pécher de pleuren 

Confesse sa faute. 

Ressuscitas. 

lierais mon dinc. 
C'est ma faute. 

* Toujours. 

Son heaume, 

* Dieu lui transmit ses 
auf/es, 

* L'a me. 



De ressource. 



(V. S0I7.) 



DE RONCEVAUX, 



En paradis le face harbergier ! 
Karles li rois panse dou chevauchier, 
Dés ci el champ ne se volt atargier* 
Où il reciut le mortel encombrier; 
A haute vois commensa à huchier* : 
« Biax niés Rollant, à dolor vos requier, 
Et l'arcevesque qui tant fist à prisier ; 
Qu'avez-voz fait dou cortois Olivier? 
Las! perdu ai et Gérin et Gelier, 
Estoult le conte et le pros Bérangier, 
Yve et Yvoire que j'avoie tant chier, 
Sanson le duc ne Hernay le fier; 
Et de Girart me puis fort merveillier : 
Tout Roussillon avoit à justicier*. 
Des .xij. pers que avoie tant chiers^ 
De toutes pars me puis moult esmaier' : 
Ci les laissai, mort sont sans recouvrier*. 
Hé, Dex ! dist Karles, comme puis enraigier 
Ce m'a fait Ganes, que je fiz messaigier : 
De cest grant duel * me convient-il vengier : 
Forment me poise* par Deu le droiturier 
Quant je n'i fui à l'estor * commencier.n 
Tyre sa barbe et fait .i. duel plennier, 
Plore des iex, et li franc chevalier. 
Naymes li dus le prinst à chastoier* : 
« Drois emperèreS; trop vos poez irier*; 
Diaus sor doloir* ne vault pas .i. denier. » 



* Jusqu'au champ ne se 
voulut tarder. 



A crier. 



Administrer, 

Affecter . 
Ressource. 



Cha'jrin . 

Fortement me pèse. 
Au combat. 



* A lui faire des représen- 
tations. 

* Cliagriner. 

* Peine sur peine. 



CCXXVIII. 



En Ronscevax fu moult grans la dolors. 
Il n'i a prince de tant fière vigor 
JNe chevalier qui tant ait grant valor. 
Qui de pitié moult tenrement ne plort*. 
Plaingnent lor frères et lor liz par tristor, 
De lor uevouz ont auques grant iror*, 
Lor amis pleurent et chascuns son seignor ; 
Encontre terre se pasmeut li pluisor. 
Naymes li dus a parlé par amors , 
Tôt prcmcraius*dist à l'empereor : 



ll-ndronent )ie pleure. 
Un peu grand chagrin. 



Tout le premier, 



2-42 



LE ROMAN 



0U4.) 



« Gardez avant "" à .ij. lieues entor ; 
Prez de vostre ost*, s'el vos disans faussor **, 
Veoir poez el chemin grant poudror*; 
Assez i a de la geut païenor*. 
Car chevauchiez a. force et à vigor, 
Vengiez les contes de la gent traïtor* 
Par cui sont mort li douze poingneor *. » 
~ «Hé Dex, dist Karles, biaus père criators, 
Trop me sont loing, si s'en vont à vigor! 
Dameldex père, par la toie dousor * 
Consentez-moi et droiture et honor. 
De douce France m'ont tolue* la florr» 
Li rois appelle Guibuin par amor 
Et puis Hoedon, le noble poingneor, • 
Thiébaut de Plains, le noble jousteor * : 
« Gardez le champ à vostre sens meillor, 
Que nulle beste n'i adoist hui cest jor*, 
Garson à pié ne fil de vavassor, 
Tant que Dex voille dou champ aienz Tonnor. 
Cil li respondent, chascuns par grant amor : 
a Parcel apostre quequièrent* pécheor, 
N'en tornerons por criminal estor*, 
S'auronz veugié Rollant le poingneor. » 
Autretel* dient .c. chevalier des lor. 



* lieyardez en avant. 

* Armée. ** Fausseté. 

* Poussière. 

* Des pa'iens. 

* Des traîtres. 
Comluittants. 



* Dieu le pcre, par la 
douceur. 



Enlevée. 



Jouteur 



* Ne s'ij arrête anjour- 
d'fnii. 



Prient. 
Combat. 



La même chose. 



CCXXIX. 



Li emperères fist ses graisles* soner, 
Et puis chevauche o sa grant ost li ber*. 
Des Sarrazins ont les esclos mirez*, 
Adont chevauchent sans plus de demorer 
Ses graus os* fait et conduire et guier** ; 
Mais li solaus se prinst à esconser *. 
Quant Karles voit le soleil décliner, 
La nuit venir et le jor trespasser, 
Sor l'erbe vert se prinst à acouder. 
Descendu furent o lui * maint bacheler, 
Vers Oriant commencent à torner. 
11 bat sa corpe *, et moult ont à panser. 
Contre le ciel prinst Karles à garder* : 



* Clairons. 

* ^Ivec sa fjrande armée 
le baron, 

* Fu les traces • 

* Sans iilus de retard. 

* Armées. ** Guider. ■ 

* Le soleil se prit à ca- 
cher. 



* Avec lui. 

* Il dit son mea culpa. 

* Regarder. 



V. 9091. 



DE RONCEVAUX. 



243 



« Gloriouz Dex qui tout as à sauver, 
En sainte crois laissas ton cors pener *, 
Et el sépulcre et couchier et poser, 
Et au tierc* jor de mort résusciter. 
Judas li fel * vos fist assez pener, 
Qui voz vend!, onques n'el pot celer. 
Félon Gieu * furent al achater, 
.XXX. deniers voldrent* por vos donner. 
Cil les reciut* qui ne vos pot** amer : 
Por ce, biaus sire, qu'el vistez despérer* 
Ne il ne volt à voz* merci crier, 
Et les deniers que il ne pot amer 
Gieta el temple por lui à délivrer. 
Si grant péchié le voldrent * encombrer. 
Son ceint il prinst * eutor son col noer; 
Isnellement* se corrut estraingler. 
Merci éusl, s'il la volsist rouver*; 
Mais despérance*n'el laissa retorner. 
La Magdelainne volsistez* pardonner 
Touz ses péchiez , ce seit-on de verte*, 
Quant de ses larmes vos volt * les piez laver. 
Enz el* sépulcre volsiz ton cors poser. 
Les .iiij. Maries t'alèrent visiter, 
Et au tierz* jor deingnas résusciter ; 
Anfer brisas sans point de demorer *, 
Touz vos amis en volsis-tu * gieter. 
Et puis volsis an terre converser * 
Dès ci qu'au * jor que tu volsis monter 
En ton saint ciel, que tu déus clammer.* 
A tes apostres volsiz-tu commander 
Saint Evangille par le monde monstrer. 
Si corn c'est voirs * que trestout pues sauver, 
Si fai vertus* por moi à démonstrer, 
Que solaus* luise et face biau jor cler, 
La nuit targier*, et que je puisse esrer 
SorSarrazins qui tant m'ont fait pener : 
Mors ont mes homes, que n"i puis recouvrer. 
Se je n'es puis ocirre et desmenbrer, 
Morte est ma vie, je ne puis plus durer." 
Ez-vos .i. angre* qui vint à lui parler; 



* Supplicier. 

* Et au troisième. 
Le félon . 



* Juifs. 

* Foulurent. 

* Celui-là lef! reçut, 
*" Put. 

* Désespérer. . 

* Ne voulut H vous. 



* foulurent. 

* Sa ceinture il prit pour 

* Rapidement 

* S'illa voulût implorer. 

* Désespoir. 

* Foulûtes. 

* Férité. 

* Foulut. 

* Dedans le. 

* Troisième. 

* Sans retard. 
Foulus-tu. 

* Hahiter. 

* .Tiisqu'au , 

* Appeler. 



* Ainsi que c'est vrni. 

* Fuis miracles. 

* Soleil. 
Tarder. 



Foici un ange. 



244 



LE ROMAIN 



(v. 9I3I.) 



Isnellement * le prinst à commander : 
« Karles, chevauche, panse d'esperonner. 
La flor de France ne puez mais recouvrer;" 
Venge ton duel* de la gent criminel. » 
Quant l'oit Karics, n'i volt* plusdemorer; 
A iccst mot fait ses homes monter. 

ccxxx. 

Por Karlemaine (ist Dex miracles grans, 
Soleil et lunue fist ester en estant* 
Dès le midi jusqu'à nonne sonnant; 
Onques n'ala arrière ne avant. 
Païen s'enfuient, si les enchaucent* Franc, 
Laissent les voies, si se prennent as champs ; 
De prez les vont li Fransois enchausant, 
As cops pleniers les vont moult escriant, 
Toillent-lor voies * par merveilloz samblaus ; 
Fors des chemins s'en vont li plus fuiaut. 
L'eve de Sorbre*, celle lor fu devant, 
Qui tant par est ravinouse * et corrans 
Qu'elle ne porte navie * par nul tans, 
Ne on n'i treuve ne barge* ne chalant. 
Païen escrient Mahom et Tervagant 
Et Jupiter, qu'il tiennent à garant*; 
Puis saillent enz à espérons brochant*. 
Li adoubé* furent li plus pezant. 
Cil vont aufons sans nul arrestement*, 
Et li légier vont contreval flotant. 
Li mieus gari en aie r eut baiugnanl*; 
Tuit sont noie, n'i a nul eschapant. 
Karles escrie : « ]Mar* véistez Reliant 
Et Olivier le hardi combatant. 
Les .xij. pers dont nos sommez dolant *. » 

CCXXXL 

Quant Karles voit que tuit sont escillié*, 
Li Sarrazins ocis et détranchié. 
Et li auquant* sont en Sorbre noie, 
Moult grans richesces ont Fransois gaaingnié, 



* Promptemen t. 



* Charjrin. 

* N'y voulut. 



* Arrêta. 



* Poursuivent. 



* Leur (iiupf)it les che- 
mins. 

* L'eau (le l'Èbre. 

* Rapide. 

* Bateau. 

* .V< barque, 

* Protecteur. 

* Piquant. 

* Les armés. 

* .Sans nullement s'ar- 
rêter. 

* Les filus heureux en fu- 
rent quilles pour vu bain. 

* Malheureusement. 

* Ch'Jf/rins. 



Perclus. 



El quelques-uns. 



(V, 9165.) 



DE RONCE VAUX. 



245 



Et li païen sont forment mehaiugnié*. 
Li emperères est descendus à pié, 
11 s'agenoille, si a Dieu graciié*. 
Quant se redresce, voit le soleil couchié; 
Distà ses homes : « S'estiiens* herbergié, 
Li jors estbiax, jà sera anuitié *. 
En Ronscevax serons tost repairié*, 
Et no cheval sont las et anoié * : 
Ostez les selles, n'i ait plus atargié*, 
Li freins es chiés* ni soient plus laissié; 
Parmi ces prés soient tuit eslaissié*.» 
Franc li respondent : « Tuit à vostre congié 

CCXXXIL 



* Miiltraités. 

* Et a rendu rjràces à Dieu . 

* Si nous étions. 

* Il fera bientôt nuit. 
Bientôt revenus, 

* Ennuyés . 

* Tardé. 

* Aux têtes. ■ 
Liic/tés. 

* Tous à vos ordres. 



Nostre emperères a prins harbergement*, 
DesoreSorbre a son efforcemeut*. 
Franc se herbergent à son commandement , 
Ostent les selles tost et isnellement', 
Font refroider les bons destriers au vent, 
Les fraius des chiés * estèrent ausiment, 
Parmi les prés les maitent erramment*. 
Celle nuit ont Terbe vert en présent, 
D'autre conroi ne lor fu tant ne quant * ; 
Et Franc s'endorment à loisir voirement * , 
.INI. eschargaites*les gaitent eu voillant. 



* Halte, campement. 

* Ses forces, 

Rapidement. 

* Des têtes. 

* Tout de suite. 



* D'antre provende ils 
n'eurent ni peu ni prou. 

* f'raiment. 

* Mille sentinelles. 



ccxxxin. 



Li emperères se gist enmi le* pré, 
INlist à son chief son fort escu bouclé* ; 
Icelle nuit ot son cors tout armé, 
Il ot vestu son blanc hauberc saffré *, 
De son chief oste son vert elme gemé *, 
Dejouste* lui l'a li bons rois posé, 
Ceinte ot Joiouse à son senestrc lez*. 
Auquant* vos ont de la lance parlé 
Dont nostre Sires ot le sien cors navré * 
Karles en ot par la Deu volenté 
L'amore o soi*, ce sachiez par verte, 
F.nz an s'espée enz el poing saielé *, 



* A u milieu du . 

* liombé. 

Damasquiné . 

* Décoré de pierres pré- 
cieuses. 

* Près de. 

Côté ijanche. 

* Quelques-uns . 

* Blessé. 

* Le fer avec lui. 

Eii la poifjnée scellé. 
21. 



246 



LE ROMAN 



(v. or99.) 



Moult par doit iestre de très-grant dignité, 
Puis qu'au cors Deu ot toucliié n'adesé *. 
Celles reliques ot Karles saielé*, 
Dedens le poing* de Toiouse fermé : 
Por celle honor et por celle bonté 
Out à Joiouse si riche non trouvé. 
Li Franc de France ne l'ont pas oublié; 
Puis que il sont en lor escus moslé*, 
Monjoie escrient, moult eu sont redoté; 
Jà par nul home ne seront contresté *. 



* FA ndhéré. 

Eut Charles sci-llé. 

* La )ioi(/née. 



* Monlrs. 

* Teniia cil échec. 



CCXXXIV. 



Clére est la nuis et la lune luisans. 
Karles se gist ; niaisgrainz est et dolans*. 
Por son neveu fu tristes durement, 
Et d'Olivier fu grevez moult forment*; 
Des .xij. pers a merveilloz ahans*, 
Ensanible o euls .xx. m. conibatans; 
Et li fel * Ganes, li cuivers souduians**, 
Touz les veudi as païens niescréans ; 
Et Karlemaines en est moult demenlans ' 
Si prie Deu qu'as armes soit garans. * 
Là est li rois dedens le cuer dolans*, 
Endormis s'est enz el pré* verdoiant ; 
N'i a Fransois ne soit iluec dolans*. 
Nus des chevax ne remest en estant *, 
Gisant menjuent li destrier auf ferrant*. 
Là fu prisiez qui plus ot hardement *, 



* Triste el ehaqriii. 

* Jrrs-fiirlemciil. 

* Totiriiieiils. 

* Le félon. ""Le pn/ide 
Irnilre, 

* S'en lamenle forl, 

* Qu'aux dmes. 
C/iayriiis iirnleeleiir. 

* Dans le pré. 

* Il a chayrin. 
*iYe 7-este clehout, 
*D'Afrique. 

* Hardiesse, râleur > 



CGXXXV. 



Charles se dort, qui moult fu traveilliez *. 
Sains Gabrieuls fu à lui envolez, 
Karle commande ke il soit bien gaitiez. 
Li angres* s'est en son tref ** aprochiez; 
Par avision li fu cist plais nunciez *, 
Senefiance* li monstre, ce saichiez. 
Karles resgarde contremont* vers le ciel, 
Voit les tonnoires et les vens enforcier 



* Fatiyué. 



* L'ange. ** Tente. 

* Par vision lui fut cette 
affaire annoncée. 

* Sii/nification. 

* Lu liant. 



V. 0233. 



DE RONCE VAUX. 



247 



Et les oraiges et merveillouz tempiers*, 

Et feus et flamme i est appareilliez; 

Sor sa gent chiet*, Karles en est iriez **. 

Ardent* ces lances, dont diaus** est et pitiés, 

Et ces escus ont bruslez et brisiez. 

Froissent ces elmes* , Karles en est iriez , 

Par ire faite est droit saillis* en pies. 

De vers Espaingne, parmi les guez d'unbiez*, 

Vint .i. lyons qui estoit enraigiez : 

Avis li fu qu'il avoit .iiij. chiés*; 

Grans iert et baus. de loins ot .xv. pies. 

Envers son cors lu li siens essaiez, 

IMoult fu par lui penez et traveilliez*; 

INlais Karles est envers lui aïriez *, 

Au brant * li a touz les membres tranchiez. 

Aprez cest fait li vint painne moult griez*, 

Voit sonhauberc rompu et desmaillié, 

Ses bornes vit à graut dolor plaiez *; 

Puis vit venir contreval .i. * rochier, 

Ors et lyons et serpans enraigiez, 

Dragons et wivres* et lieupart qui sont grief**, 

Qui Fransois ont durement enchauciez*. 

Et cil escrient : « Karle, car nos aidiez. » 

Li rois en a et dolor et pitiez. 

Karles vint là, mais moult fu aïriez * : 

Dou gaut * li est .i. lyons adresciez, 

Grans est et fors et merveilloz et fiers. 

Li emperères s'en est moult corrouciez, 

Durement fu dou lyon traveilliez , 

As bras le pront, moult s'en est enforciez* ; 

Mais il ne seit liquex * est trébuchiez. 



Tnnpi'tes. 

* Tombe. ** Chaffrin . 

* Brûlent. ** Douleui 

* Heaumes. 

* Sauté. 

* Bief. 

* Qiiciire tries. 



* Lnssr. 

* Irrité. 

Avec te satjre. 
*nure. 

* Blessés. 

* En bas d'un. 

* (iidvres. *''Crnelt. 

* Poursuivis. 



* Contrarié. 

* Du bois. 



Il II a mis tonte sa force . 
* Lequel. 



CCXXXVI. 



Aproz li vint une autre avisions , 
Que il estoit à Ais en sa maison : 
En .V. cbaainnes tenoit .i. grant lyon. 
Viennent .c. ors à force et à bandou*, 
Chascun parloit par moult grant contenson*. 
Cil ors crioit hautement à haut son : 



En courant . 
'A l'envi t'ini de l'antre. 



248 



LE ROMAN 



(V. 9-270.) 



*A'oi(s le (jamnlissoiis de 
Iclle sorte. 

* Occasion . 

* De sorle t/iie le. 

* Protection. 

'Près d'un, pillais, par 
f/rande vivacité. 

* Plus irrité qunn. 

* Rapidité. 

* Le plus grand, a qui que 
cela déplaise ou non. 

* Un combat. 

* Lequel vaincra: 

* L'ange de Dieu. 

* Songe. 



« Seiguor Fransois, randeznos le bastou. 

Nos Taplejons par tel devision* 

Que s'il uieft'ait d'aucunue ochoison *, 

Droit en aurois qu'el * verront ii baron. 

A nos parens portons garandisou*. » 

Lez .i. palais, par grant aatison*, 

Eu cort .i. autres plus irez d'un* lyon , 

Kntre les ors par merveilloz raudon* ; 

Prent le greignor, cui qu'an poist ne cui non *. 

Là vit li rois .i. estor* si félon ; 

Mais il ne seit liquex vaintra* ou non. 

Li augres Deu* se montra à Karlon. 

Karles se dort, qu'iert eu grant songison*, 

Jusqu'au matin que le cler jor voit-on. 

CCXXXVIL 

Marsillions estoit en Sarragoce , 

S'espée rant, si a osté sa broingne*, 'Cuirasse. 

Soz une olive est descendus en l'ombre , 

Sor l'erbe qui verdoie moult laidement se couche; 

Et li bras li destraint"", si fu copés tout outre. * Lui fait mal. 

Dousanc qui de luicbiet* sepasme par angoisse. * Tombe. 

Devant lui est venue sa moillers* Braidemondc, ^ Sa femme. 

Si plore et brait et forment se dolouse * ; * Et fortement se lamente 

Ensamble o lui* avoit plus de .xxx. m. homes, *Avec lui. 

Qui tuit maudieut* Karlemaine et ses homes. 

Cui chaut de ce*, car Dex n'el haït onques , 

A lor dex vont qui sont en une croûte*, 

Batirent-les et fort les déshonourent : 

« Hé, mauvais deu, porquoi nos l'aitez honte? 

iS'ostre bon roi porqu'as* laissié confondre? » 

Tantost li toillent* son cesptre et sa corouue, 

Et puis par terre tout maintenant le boutent, 

A grans bastons li toillent s'ouor toute; 

Et Tervagant brisent tout et défoulent, 

Mahomet le chenu eu .j. fossé jus* boutent, 

El li porc et li chien li dévorent la goule. 



' Maudissent. 
'Quoi qu'il en soit. 
'■ Grotte. 



' Pourquoi as-tu. 
Enlèvent. 



' Ln bas. 



CCXXXVllL 

Devant Marsille en vint Irestoutdroit sa moillers *;*A( femme. 



(v. 9305.) 



DE RONCEVAUX. 



249 



Et plore et crie, le sens ciiide cbaugier 
Por son seiguor que si voit mehainguié * : 
« Lasce, fait-elle , corn j'ai le cuer irié ! 
Ahi ! bons rois, de vos ai grant pitié. 
Ha Karlemaine , traîtres renoiez *, 
.Jamais nul jor n'iert* mes cuers esclairiez 
Se de vos n'est Marsillions vengiez ! » 



* Blessé, estropié. 



* Renégat. 
*iYe sera. 



CCXXXIX. 



En la roïnne n'en ol* joie ne ris, 

Plore des iex et dégrate son vis* : 

a Ha! Apoliu, li liens cors soit honnis , 

Et jMahoramès, li traîtres faillis! » 

D'ileuc s'en torne la roïnne au cler vis, 

Et avec li plus de .xxx. Arrabis; 

Là sont venu où IMahom fu assiz 

Et Jupiter, Cahus et Apolins. 

Jus * les trébuchent de là où turent mis, 

Entre lor pies les abatent souvins *, 

De grans basions les baient com mastius. 



*// /(';/ eut. 

* Des yeux et r/ rat te son 

visai/c. 



En tjus. 
* Sur te ventre. 



CCXL. 



A Tervagant ont tolu son charboucle*. 
Et Mahomet démenèrent à honte. 
En une fosse demainteuant le boutent, 
Et porc et chien iluecques les défoulent*; 
Onques mais deu ne lurent à tel honte. 



Enlevé son escartioucle . 



* Là les foulent aiivjjieds. 



CCXLl. 



De pasmison revint li rois Marsille, 
Fait soi porter en la chambre voltice* ; 
Et la roïnue s'est clammée chaitive*, 
A l'autre mot moult hautement s'escrie : 
« Hé! Sarragoce, com or iez* desgarjiie 
D'un vaillant roi qui t'avoit en bail lie* ! 
Li nostre deu ont fait grant t'éloiuiic , 
Qui en bataille luii matin li l'ailliront. 



* f oiUéc. 

* Proclamée malheureuse. 

* Comme viaintenaut lu 
es, 

* En sa puissance. 



250 LE ROMAN (v. ossc.) 

Li amiraus* fera grant félonnie 

S'il ne combat vers celle gent haïe. * L'émir. 

Qui pert son fié*, il n'a cure de vivre ; * Fief. 

Et Karlemaines à la barbe florie * * iihinchc 

De vasselaige a moult grant seingaorie . 

En la bataille sai bien qu'il ne fu mie : 

Moult ai grant joie que il n'est qui l'ocie. » 

CCXLII. 

Charles li rois par sa grant poesté* * Puissance. 

Bien a .vij. ans enz en Espaingne esté, 

Conquiert la terre environ et en lez * , * En c'iiés. 

Prent les chastiax et gaste les citez ; 

Mais or oiez, por Deu de majesté. 

Marsillions ot Baligant mandé : 

C'est .i. païens qui onques n'ama Dé * ; * Dieu. 

Mande ses homes de par tout son régné *, * Royanme. 

Tant que bien furent .xxx. m. assamblé. 

A Karlemaine se voldra ajouster*. * Mesurer. 

Vers Sarragoce se sont acheminné. 

Se Dex n'en panse qui en crois lu penez*, * Supplicié. 

A Karlemaine fera le cuer iré. 

CCXLII I. 

Grans est li os* de celle gent adverse , * L'armée. 

Vers Sarragoce ont acoilli lor voie *. * Pris leur route. 
Au roi Marsille est venue nouvelle 
Que Baligans est entrez en sa terre , 

Son ost* amainne, ainz ne lu véu telle. *Son armée. 

.xvij. roi environ la ehacllent *. * Commandent. 

Or gart Dex Karle et la voire Paterne* ! * Kt le vrai Père. 

Bataille auront et dolirouse et pesme*. ""frcs-manvaise. 

CCXLIV. 

Clers est li jors et li soiaus* luisans. * Soleil. 

Li ammiraus en vient à tout sa jant* ; * Avec tout son monde. 

.xvij. roi le vont aprez sievant*, * Suivant. 



(^ 



9367. 



DE RONCEVAUX. 



251 



Contes et dus i a je ne sai quans*. 

Soz ,i. lorier qui est enmi .i. champ*, 

Gietent païen .i. paile* verdoiant; 

.j. l'audestuef* gietent desus esrant**, 

Desus assiéent le païen Baligant, 

Et tuit li autre sont reniez en estant*. 

Li amiraus a parlé tout devant* : 

« Or m'entendez, IVauc chevalier vaillant. 

Karles de France , qui le cors a puissant , 

Ne doit mengier se je ne li commant. 

Parmi Espaingne a fait dammaige grant : 

Or voil* aler en France à tout** majant; 

Tant querrai Karle, le traïtor pulleut*, 

Ne finerai jà jor de mon vivant 

Tant que l'aurai et mort et recréant*. » 

A IMahommet en a tendu son gant . 

Or ont grant joie li païen souduiant * ; 

Mais puis en furent corroucié et dolant*. 

.j. Turs se dresce et dist à Baligant : 

« Sire, dist-il , entendez mon samblant^ 

Faitez mander à Marsille erramment* 

A Sarragoce, la fort cité vaillant. » 

Et il respont : « Tout à vostre commant *. 

Puis en apelle .ij. Sarrazins esrant*. 



Cuinbieii, 

* Au inilicud'ini chaiiiji. 

* Lue étoj'/c. 

* Un faiiieni/. '* l'oiil 
de uni te. 

* Restés debijul. 
Auparavant. 



'^ Maintenant je veux, 

** Avec. 

*Le traître puant, 

* Kendu. 

* Perfides. 

* Chagrin. 

* Ce qu'il nie semble. 

* Tout de suite. 

Commandement. 

* Tout de suite. 



CCXLV. 

Dist Baligans : « Entendez -moi, baron. 

Vos en irez au roi Marsillion , 

Ditez-lui bien sans nulle arrestison * * Retard. 

Que de moi teingne sa terre et son roioii *. * Royaume. 

Ce qu'a perdu conquerrai vers Charloii '. » *.s/^/- Charles. 

Et cil respondeut : « Volentiers li diroiiz. » 

CCXLVI. 

Dist Baligans : « Seignor, or m'entendez. 

Je vos commanz qu'à Sarrag[oc]e aioz, 

Ditez Marsille, gardez ne li celez. 

Que de moi teingne sa terre et s'éritez* *Son bien. 



252 



LE ROiMAN 



Par tel couvent* comme vos li direz, 

Que se truis* Karle , le fort roi coronné, 

Vengerai-le, tex* est ma volentez. « 

Et cil respoudeDt : « Sire, moult bien ferez. 

A icest mot s'en sont li roi torné , 

Es chevax montent qui furent ensellé. 

De l'ost s'en tornent*, ne sont plus arresté; 

Dont chevauchièrent les destrois* et les guez 

Qu'à Sarragoce vinrent à l'avesprer*; 

Parmi la porte entrent en la cité, 

Et ont oï le grant duel * démener 

Por lor seignor qui estoit afolez*. 

Dist l'uns à l'autre : « Comment porrons durer? 

Perdu avons no seignor naturel. 

Li dus* RoUans li a le poing copé, * Le duc 

Toute Espaingne iert à Karlon l'aduré*. » *SeraàCharieskrohusic 

Li dui messaige* ont bien tout escouté. * Les deux messagers. 



* A telle condition. 
*Que si je trouve, 

* Telle. 



* De rarmée s'en retour- 
nent. 
Les défilés. 

A II soir. 



Douleur. 
Blessé. 



CCXLVIL 



Li dui messaige n'i vont plus atendant, 

Soz une olive* s'appareillent errant **; 

Puis sont monté chascuns sor aufferrant*, 

En Sarragoce si s'en vont maintenant, 

Soz .i. olive descendent ai tant*. 

.ij. Sarrazin i sont aie corrant, 

Les palefrois résolvent li Persant ; 

Et li messaige vont el palais plus grant, 

Les degrez montent tost et isnellement *, 

En la sale entrent qui est pointe à argent , 

Le roi trouvèrent enz en son lit gisant , 

Et la roïne fu devant lui plorans. 

Li messaigier li sont venu devant , 

Si la saluent et bel et gentement : 

« Cil Apolins en cui nos sons créant*, 

Et Mahommès et Jupiter li grans. 

Cil saut* INIarsille et son baruaige** grant 

Et la roïne qui a le cors vaillant ! » 

Dist la roïne : « Or oi* folie grant. 

Ci deu sont si mauvais et recréant , 



* Sous xin olivier. **'T<iut 
de suite. 

* A cheval. 



* A ce moment. 



^Rapidement . 



* yous sommes croyants. 

' Celui-ci sauve. ** Ba- 
ronage, ensemble de ba- 
rons. 

* J'entends à présent. 



(v. 9i:?s.) DE RONCE VAUX. 

Il n'ont de force ne* que -niastin puant. » * Pas plus. 

CCXLYIII. 



2o3 



Dinit li mes : « Or a* si grant folie. 
Biaus sire rois, ne vos cèlerons mie. 
Sains vos mande Baligans , vostre oire , 
Eu tel manière com vos noz orrez dire : 
Que de lui tengnies ta terre et ton empire. 
11 t'aidera à vengier ta grant ire*. 
Se Karlon treuve à la barbe florie*, 
JN'en parlira, s'aura* perdu la vie. » 

CCXLIX. 



* Dise ni les me f sa/ ers 
« Mainlcnanl il ij a. 



* Ressentiment. 

* Blanche. 
Sans avoir. 



Dist la roïnue : « Or le laissiez atanl*. 
Karles ne doute* ne roi ne amirant**, 
11 ne vos prise la monte* d'un bezant. 
Honnis noz a lAIahom et Tervagant, 
V.n la bataille furent au roi faillant ; 
Le destre* poing a perdu voirement**, 
Se li copa * li preus contes Rollans. 
Trcstoute Kspaingne iert à Karle aclinans*. 
Tel duel en ai, a poi mes cuers* ne fant. » 
Dient li mes* : «< Dame, ne parlez tant. 
Messaigier sommez au fort roi Baligaut. » 
Dist la roïne : « Je n'en donroie .i. gant, 
ftloult prcz de vos porrez trouver les Frans ; 
Kn ceste terre ont-il esté lonc tans. 
Karles est prouz , hardis et combatans; 
Mieuz weult morir que il fuie de champ , 
Soz ciel n'a home qu'il prist* vaillant .i. gant. 
Karles ue doute* ne roi ne amirant. » 

CCL. 

— « Laissiez ester*, dist Marsillcs li rois; 
IMessaigier frère, parlez cncor à moi. 
.là vcez-vos que de mort sui destrois*; 
Wai fil ne fille de quoi lace mou oir*. 
.j. en avoie qui ocis fu ar-soir. 

I.E r.OMVN m IIONCF.VAUX. 



* Laissez ce propos. 

* \e craint. ** Émir, 

* f.e montant. 



* Le droit. ** f'raiment . 

* L^e lui coupa. 

* Se rendra à Charles. 

* T. char/rin en ai , peu 
s'en faut que mon cœur. 

* Disent lesmessafjtrs. 



' Qu'il prise. 
* -Ve redoute. 



* Uriscz-ln. 



* A uxjjriscs avec la mort ; 

* Héritier. 



254 



LE ROMAN 



(v. 9470.) 



IMon seignor ditez qu'il me vcingue vooir. 
lÀ amiraiis* a eu Espaingne droit, 
Cuite li clairaz *, si la tciugne de soi. 
Vers Karleniaiue li dourai bou consoil, 
Conquis l'aura ainz* que passe li mois. 
De Sarragoce les clés li porteroiz. « 
Dieut li mes * : « Corn vos plaira si soit. > 



* L'emir. 

'Je la lui ahandoniic eu 
entier. 

* Avant. 

* Disent les messagers 



CCLI. 



— « Ahi , rois Rarles, dist ^Marsilles li ber *, 

iMors as mes homes, mon pais fait gaster, 

Mes citez arses*, mes chastiax craventez ** ! 

Seignor raessaige , por Mahom entendez. 

Baligant ditez, gardez ne li celez, 

Karles est prouz, et il et ses barnez*; 

Par voz li niant* que ses est ** soit montez, 

Et si ait Lieu ses conrois * aprestez, 

Que par Fransois n'en iert jà * retornez, 

Car il sont moult traveillié* et pené. » 

De Sarragoce lor a livré les clés. 

Dist Baligans, quant furent retorné : 

« Seignor baron, que avez-vos trouvé? 

Où est ^larsilles que j'avoie mandé? » 

Dist Clariés : « Il est à mort navrez*. 

Karles fu ier outre les pors passez, 

Si s'en voloit en France retorner. 

Par son orgoil s'en fist arrier-garder. 

Là fu Piollans, li vassaus adurez*, 

Et Oliviers et tuit li .xij. per; 

Des Frans i ot .\x.3i. d'adoubez *. 

Li rois ^larsilles s'i corabati assez, 

Il et Rollans furent en champ armé; 

De Durandart li donna .i. cop tel. 

Le destre bras li fist dou cors sevrer*. 

Ses fiz est mors qui tant ot de boulez. 

Et tuit icil qu'il ot o lui * menez. 

Fuiant s'en vint , car n'i pot demorer. 

lii rois vos mande que voz le secourrez, 

Cuite vos claimmc* d'Espaingne le reguez**. » 



* Le noble. 

* Brûlées, ** Renversés. 



' Et lui et ses barons. 
"Je lui mande. '■"Son 
armée. 

* Armés. 

* N'en sera jamais. 

* Fdti'jués. 



* Blessé. 



* Le brave à Véprcuve. 



* Il ]i eut vingt mille ar- 
més. 



' Séj)ardr. 



* Et tous ceux qu'il eut 
avec lui. 



* Il vous abandonne enlit - 
renient. " Le royaume. 



(v. 9507.) • DE RONCEVAUX. 

Baligaiis l'oit, si commence à plorer; 
Si grant duel ot*. le sens cuicle desver**. 

CCLII. 

« Sire amiraus*, ce a dit Clariés, 
En Ronscevax ot * moult grant bataille ier; 
Mors est RoUaus et li preus Oliviers, 
Li .\ij. per que Rarles ot tant cliiers ; 
Des Franz i a mors plus de .\\. miliers. 
De desîre bras Marsille i perdi ier. 
En cest pais ne remest* chevalier 
■Ne soit ocis ou en Sorbre* noiez. 
Desore Sorbre sont Fransois harbergié. 
]".u ceste terre nos ont moult aprocliiez : 
Se vos volez, lor repaires iert griez *. » 
Baligans l'oit, qui tant fu fors et (iers; 
En sou coraige en fu joians et liez * ; 
Dou faudestuef * s'estoit levez eu pies, 
Puis s'escria : « Baron, ne voz targiez* ; 
Gardez moult tost soiez appareillié, 
Que ne s'enfuie Karlcmaines li viez *. 
INIarsillions en sera bui vengiez, 
A cesle espée li iert copez li chiés*. » 

CCLIII. 

Arrabi sont armé et fervestu*, 

Puis saut chascuns sor son cheval quernu*. 

Li amiraus en appelle .i. sien dru* : 

« Conduis mes os, que n'i atnrges phis*. » 

— « Voleutiers, sire, » cil li a respondu. 

L'amiraus monte, n'i a plus ateudu; 

Aprez montarent si privé et si dru *. 

Tant chevaucha qu'à Sarragoce fu , 

A .i. perron de maubrc est descendu, 

El .iiij. conte li ont l'eslrier tenu. 

Par les degrez est cl palais venus , 

Et la roïnne encontre lui corrut : 

« Hé, gentiz* sire, j'ai mon scignor perdu. 



9r».'î 



Croit 



'Douleur eut. 
perdre. 



* Émir. 
*Il y eut. 



* Ne reste. 
*Èhrc. 



* Leur retour sera pénible . 

* Joyeux et gai. 

* Du fauteuil. 

* \e fardez pas. 

* Le vieu.v. 

* Lui sera coupée la tcle. 



* Fétus de fer. 

* A crinière. 

* Un sien ami. 

* Mes troupes .'ians tarrier, 



* Ses intimes et ses amis. 



* \nhl,- 



256 LE ROMAN (r. 954r.) 

Li niés Karlon* Piollans l'a niorl et confondu. ^* Le neveu de Charles. 
As piez li chiet*, Baligans la reciiit; * Aux pieds ua tombe. 

Enz en la chambre sont ambedni* venu, *Tou.'i les deux. 

Là où IMarsilIc en un riche lit fu. 

CCLIV. 

Dedens la chambre est entrez Baligans 

Là où Maroilles fii en .i. lit gisans. 

Quant il le voit, si fu liez et joians* ; * Kful >jiii et joijcuv. 

Au miex qu'il pot s'est dresciez en séant , 

Au poing séneslre* avoit saisi .i. gant : * Gauche. 

« Sire amiraus*, Espaingne vos présant * Émir. 

EtSarragoce et l'onnor qui apant*. * Le fief qui eu dépend. 

Touz ai perdus mes homes et ma jant. » 

Dist l'amiraus : « Tant sui-jc plus dolans*. * Chaijrin. 

Ne puis tenir ici lonc parlement. 

Honnis serai se Karies ne m'atent. » 

Congié a prins , d'iluec s'en torne atant', * Delà s'en va alors. 

Par les degrezjus* dou palais descent, *Enbus. 

„, , . ^ . , . . "Monte à eheral , et s'en 

El destrier monte, SI S en torne pouiguanl*, retourne piquant (des 
Si chevaucha el premier chef* devant. '•'^To'iiTu fait en tète 

D'eures en autres s'aloit haut escriant : 
<i Venez, seiguor, que ne s'enfuient Franc. « 

CCLV. 

Or lairons * ci des païens mescréables, *ruus(apart^rr' ^""'" 

Si dirons de Karlon à la chenue barbe. 

La nuit se jut tresqu'au* matin à l'aubfe]; * Fut couché jusqu'au. 

Esveilliez est li emperères Charles, 

Sa main leva, si a fait son siuguacle*. * Son signe de croix. 

Karles se licve , aprez tiestuit li autre * ; J,.,;,^/"'''*' ^-''"' '""' '" ""■ 

Si sont entré en lor chemin plus large, 

Si vont veoir le dolirouz dammaige 

En Ronscevax, là où fu la bataille. 

CCLVL 

En Ronsceva.v en est Karles entrez, 
Dos mors qu'il voit est li rois esplorez; 



(v. 9573.) DE RONCEVAUX. 237 

Il distas Frans : « Seignor, le pas venez, 

Car je voldrai devant par tout aler 

Por mou neveu que voldrai esgarder*, * neganJ^r. 

Se je le puis entre les mors trouver. « 

Adont* s'en va devant sans arrester, * Alors. 

Son neveu quiert*, mais ne le puet trouver; * Cherche. 

Dont a tel duel qu'il cuide Ibrsener * : 'devenir fol,':"'' ^"''' "'°'^ 

« Hé Dex, dist Karles, qui te laissas pener 

En sainte crois por ton peuple sauver, 

Là me menez où je puisse trouver 

Le mien neveu que tant soloie amer*. » * Avais coutume ci'diiner. 

Lors va avant, .i. poi* s'est arrestez * in peu. 

Desoz .i. aubre, enz* en milieu d'unsprés : * Dedans. 

Là voit RoUaut jésir* mort et versé ; * Être gisant. 

Sor l'ierbe vert iere* esteudus li ber**, * Était. ** Le baron. 

Devers Espaingne avoit son vis * torné. ' Son visage. 

Li rois descent, celle part est alez; 

Sor le baron s'estoit ii rois pasmez. 

CCLYH. 

De pasmison Karlemaines revint. 

Ez* duc Naymon et le preu Joscelin , * Foici. 

Joiffroi d'Anjou et son frère Thierri ; 

Le roi confortent, corn jà * porrez OÏr : * Consolent, comme vous. 

« Hé gentiz* rois, por amor Deu merci**; * ^'oble. ** Miséricorde. 

Confortez-vos por Deu qui ne menti. >' 

Karles respont : « Moi le convient souffrir*. » *// meie/ani sonffrir. 

Garde* à la terre, voit son neveu jésir, * Regarde. 

Moult doucement à regretter le prinst : 

« Amis Rollans, Dex ait de voz merci*! * Miséricorde . 

Onques nus hom tel chevalier ne vit. » 

Karles se pasme, ne s'en pot plus tenir. 

CCEVIH. 

Quant Karlemaines revint de pasmison , 
Garde* à la terre, voit jésir son nevou , * Regarde. 

Les iex ot * tourhles qui li siéent el front. * Les yeux eut. 

Karles le plaint, qui en avoit dolor : 

22. 



258 



LE ROMAN 



(v. 9CÛ7 



« Ahi Rollans, nobiles poingneors *, * Nohie combattant. 

Vostre arme * soit avec Nostre Seignor ! » * Jotrc ûmc. 

Lors trait* sa barbe par force et par vigor : * Tire. 

IN'i a celui qui de pitié ne plort*. * Ne pleure. 



CCLIX. 

« Amis Rollans, je m'en irai en France. 
Quant je serai à Paris, en ma chambre, 
Adont venront* toute la gent dou règne**; 
Demandront-moi où est li cuens chntaingne*; 
Je lor dirai que mors est en Espaingne. 
Jà n'i aura .i. seul qui ne vos plaingue. 



* .Hors viendront, * 
roi/aume. 

* Le comte capitaine. 



l)n 



CCLX. 

" Ahi, Rollans amis, jouvente* bêle. 
Quant je venrai* à Ais à la Chapelle, 
Venront mi home, demanderont nouvelle ; 
Je lor dirai dolirouses et pesmes * : 
Mors est Rollans qui tant soloit * conqucrre. 
Encontre moi lèveront cil * lor testes 
Et Hungre et Bougre* et tante gent** adverse, 
Rommain, Polain* et tuit cil de Palerne, 
Qui me voldront toute coillir * ma terre. 
Qui tenra mais mes grans os par poeste*. 
Quant cil est mors qui estoit ma mains destre? 
Hé, douce France, coni or iestez * déserte ! 



* .Teunesse. 

* ï'iendrai. 

* Très-mauvaises . 
' Avait coutume, 
"Ceux-là. 

* Bulgares. ** Tant de 
t/ens. 

' Gens de PouiUe. 

* Prendre, 

* Mes f/randes troupes 
par puissance, 

* Comme à présent vies. 



CCLXL 

« Amis Rollans, perdu avez la vie. 
Qui mort* vos a, bien a France honnie. 
Or proi* à Deu, le fil sainte Marie, 
Que ainz que veingne * en France la garnie, 
Soit la moie arme* de mon cors départie. » 

CCLXIL 

Et dist Joiffrois, qui estoit cuens * d'Aujo : 
« Biaus sire rois, or demorez-vos trop. 



* Tue. 

* Maintenant Je prie. 

* Qu'avant que je vienne. 

* Soit la ynienue ûme. 



Comte 



(v. 9636.) DE RONCEVAUX. 2o9 

Parmi le champ nions qnerre les nos* * Chercher les nûires. 

Que cil d'Esi{)aingne nos ont ocis et mors. 
En .i. charnier commandez c'on les port. » 
Dist Karlemaines : « Cornez dont vostre cor. » 

CCLXIII. 

.Toiffrois d'Anjou a lors son cor sonne. 

Fransois l'entendent, Karlcs a commandé 

Tiiit lor ami soient prins et trouvé ; 

Et il si firent, nus* n'i a arresté. * Ainsi jireuf, vni. 

En .i. charnier les ont fait aporter. 

Assez i ot évesques et abés, 

Clers et provoires* et chanonnes riuglez'* ; * Préires. ** nffpiJiLrs. 

IMirre et encens i ot moult alumés, 

A grantdolor là les ont enterrez. 

CCLXIV. 

Quant Karles ot fait enterre[r] son barnaigo *, * Ses barons. 

Fors que* Rollant et Olivier le saige , * Excepté. 

( Ceuls voloit-il porter tresques à Blaivies* ), * niaye. 

Venir s'en volt* li emperères Charles, * Fouiut. 

Quant li païen li vinrent des angardes*. * Arant-f/m-des. 

A Karlemaine en vinrent dui messaige*, * ncut messagers. 

Qui li huchièrent* par merveillouz coraige : * Lui crièrent. 

« Rois orgoillouz, n'est pas drois que t'en ailles. 

Vois Balignnt qui aprez toi chevauche; 

Granssont les os* qu'il amainne d'Arrabe. * Les armées. 

Hui weult veoir le vostre vasselaige*.» * Bravom-e. 

Quant Karles l'oit, a poi d'ire * n'euraige. Vf" ''"' I'""' '?'"' '''' "'- 

Lors liramcmhre* desnn très-grant dammaige, *yl/o?-,s' il lui smirinii, 

INIoult fièrement sa grant gent en resgarde, 

Puis lor escrie : « Baron, correz as armes.» 

CCLXV. 

Li emperères premerains s'adouba*, , * Le premier s'arma. 

Hardiement son liauberc endossa, 

Etceiusl* S'espée, et son elmc** Insa. * Ceignit. ** Heaume. 

Bonne est l'espée, moult bon meslier li a*, * Trh-bon service lui fait. 



260 



LE ROMAN 



(v. 9GG8. 



Aiiiz* por soleil sa clarté ne mua**. 
Par ses enarmes* son fort escu combra**. 
Tint son espié, .iiij. fois le bransia ; 
Sor Cantador, sou bon destrier, monta. 
Despz Marsonne li rois le conquesla, 
.j. Sarrazin de Nerbonne en tua : 
Ce fu Malprime, qui ainz * Jhésu u'ama. 
Lasclie la resne et si l'esporonna , 
Jbésu de gloire doucement réclama*. 
Aprez ce mot fièrement s'aflicha* ; 
]N'a paor* nulle, hardement** recouvra. 
Fransois le voient, cliascuns d'euls s'escria 
« Prouz est nos rois*, la coronne sauva. 
A, douce France ! qui à lui la donna, 
Uccréans* soit qui por mort li faudra! » 



* Jamais. ** Changea. 

* Courroies.** Enipoif/na. 



Jamais. 

* Invoqua. 
S'affermit . 

* Peur. ** Hardiesse. 

* y (lire roi. 

* Qui s'avoue vaincu. 



CCLXYI. 



Parmi la plainne li barnaigcs * desceut 
Por douce France tenir communément; 
Ne sont armé par lorfier hardement; 
Garnemens ont chascuns à son talent*. 
Lances sor fautres* chevauchent fièrement, 
Chascuns soz l'iaume a moult de hardement; 
Et li solaus sor les aubres resplant*. 
S'il treuvent Turs, il les feront dolans * ; 
De grant bataille s'aflichent durement* , 
Chascuns s'enseingne a desploïe au vent. 
Quant Karles voit le bel atornement*. 
Il enapelle tost et isnellement * 
.j. Prouvencel Josserant de Clerveut, 
Naymon apelle et Anthiaume ausiment*; 
Maïence ot cil* à son commandement. 
Li emperères cui douce France apent*, 
En touz ses homes se fie durement. 
Assez est fox qui a despoiremeut*. 
Ps'us* hom en terre n'ot^onques tant de gent. 
Se Baligans de venir ne repent, 
Franc i lerront moult efforciement*. 
La mort Rollant lor vendront durement. 



* V assemblée des barons. 



A sou souhait. 

* Lance eu arrêt. 

* Et le soleil sur les arbres 
resplendit. 

* Chagrius. 

*Ils se préparent énergi- 
qucmeutù livrer grande b. 

* La belle ordonnance. 

* Promptemeut. 

* Pareillement. 

* Eut celui-là. 

* Dont d- F. dépend. 

* Fou qui a désespoir, 

* .\ul. 



* Frapperont très-vigou- 
reusement. 



(v 



DE RONCE VAUX. 



261 



As brauz* to:.z nus en panront ** vcngement. ,;,,,^^^ 

<i Voire*, dist Naymes, se De\ le uoz consent. » * f'raiment, 

CCLXVII. 

Quant Karlcs voit lor fière contenance, 

Il opelia Josseraut de Prouveuce 

Et le duc Nayme,,.Toscclin de INIaïence : 

« Seijinor, dist Karles, por les sains de Plaisence, 

Por Deu vos proi* qu'aiez bonne espérance * ./<= vous prie. 

Que de Roiiant soit prinse la veujnncc. » 

Etcilrespondent: « Dexnoscndoliist* puissance!"* Donne, 

CCLXVIII. 



Charles apellc Sanson et Guinemant : 
<i Seignor, dist-il, por Deu le vos conimnnt ', 
En lieu serez Olivier et* Rollant; 
L'uns port* l'escu et l'autres Tolifant, 
Si* chevauchiez el premier front devant; 
Et avec vos seront .xx. mille Franc, 
ïuit bacheler, hardi et combatant; 
Et aprcz ceuls en aura autretant ', 
S'es* conduira Joiffrois et Joscerans, 
Naymes li dus et li cuens* Anjorrans. 



' Commande, ni omman- 
dc. 

* D"0. cl de. 

* Que l'an porte. 

* Et. 



* Autant. 

* Et les. 

* Et le comte. 



CCIXLX. 



Les .ij. eschielles* par moult grant seingnoric * Corps de troupes. 



Devisa Karles à la barbe (lorie*, 
Aprez les .ij. a la tierce * rangie : 
En celi a * une gent si hardie, 
Li dus Ogiers li poingnierres les guie*; 
Ceuls de Baivière a en sa coiiipaingnie. 
.XX. M. furent de celle gent hardie, 
Jà par icculs n'icrt* bataille faillie, 
Soz ciel n'a gent plus soit amencvie* : 
(À' sont la gent (]uc Karles a plus chic'rie 
De ceuls de France, de la grant baronnie 
Eu tex* vassaus Karleinaines se lie. 



nianclie. 

* La troisième. 

* En celle-là il y a. 

Le combattant Icsrjnide. 



* .\e sera. 
Prom/j/e. 



En tels. 



£G2 



LE ROMAN 
CCLXX. 



La quarte cschielle * l'a moult bien ordonnée, 

Naymes H dus et Karles l'ont menée. 

Celui ama moult Karle l'emperère. 

Alemans orent, gens moult desmesurée'; 

A .XX. M. furent de geut bien aesmée *. 

Celle compaingne fu forment aïrée*. 

Là véissiez tante broiugne saffrée*, 

Tant bons escus, tante lance acérée 

Et tant destrier à la crope triulée*. 

De clères armes luist toute la contrée, 

Jà u'iert * par euls bataille refusée. 

Li dus Hermans à la chière menbrée* 

Les guiera vers la gent deffaée* ; 

Mieus weult morir en terre désertée , 

Que par lui soit coardie pansée. 

CCLXXL 

Naymes li dus et li cuens Josserans 

La quinte eschielle* ont faite de Normans : 

C'est une gens orgoillouse et puissans, 

.\\x. M. furent as verselmes luisans, 

Armes ont clères et bons cbevax corrans ; 

Jà por morir n'en sera uns fuians, 

Soz ciel n'a gent qui puissent tant d'ahans *. 

Ricbars li Viex les guiera* en champ; 

Cil i ferront* des espées tranchans 

Desor païens, les cuivers * mescréans. 

Des gens adverses charrabui li bobans*, 

Ancui* sera vengié la mors Rollant 

Et Olivier*, le hardi combatant, 

Li .xij. per dont Karles est dolans *, 

Et li ,xx. M. de la fransoise jant 

Que vendi Ganes, li cuivers souduians*. 

CCLXXIL 

La sixte eschielle* Ost faire de Bretons, 
A .XXX. M. csmon* lor confauons. 



.'V. 973G.) 



• Le qnalrième corps de 
liûiipes. 



* ComjHéfi. 

* Fortement excitée. 

* Tant lie euh a esc s 
nmsquinces, 

* Arrondie. 



* Jamais ne sera. 

* A la ftgure mâle. 

* Sans foi. 



da- 



* Le cinquième corps d'ar- 
mée. 



* Si durs à la jieine. 

* Guidera . 

* Ceux-là y frapperont. 

* Perfides. 

* Tombera aujourd'hui 
Varrogancc. 

* Aujourd'hui. 

* De li. et d'O. 

* Chagrin. 

* Le perfide traître. 



* Le si.vièmc bataillon. 

* jVoMS estimons. 



9760. 



DE RONCEVAUX. 



203 



Cil chevauchièrent à guise de barons, 

Droites lor lances vers le ciel contremout*; * En lumi. 

Hues les guie* vers Sarrazius félons : * Guide. 

Cil n'amnia onques cnging* ne trahisons. * Fourberie. 

Avec celui les guie >'evelons, 

Thiébaus de Pvains et Miles et Hâtons : 

« Seiguor, dist Hues, entendez mes raisons. 

Vez-ci mes homes, je vos en fas le don. » 

Li troi respondent: <- Vostre comment* ferons; * Commandement. 

Jà, se Deu plaist, rcprouvier* i auronz. » * Reproche. 

Atant* chevauchent à coite** d'esperous. * Alors. **A point';. 

CCLXXIII. 



Li emperères ne s"i volt atargier*; 

La'sepme eschielle* a fait appareillier, 

Au duc Xaynion qui le visage ot fier, 

De Poitevins qui moult font à proisier* ; 

Ceuls de Valence fait avec chevauchier. 

Celle compaingnefait moult à resoiugnier *. 

On les aesme*^ tant les oï proisier, 

Que en la compaingne* furent bien .\.\. m., 

Hardi et prou et vaillant chevalier. 

IN'i a celui n'ait aufl'errant corsier*, 

Bausant ou brun, por sou cors aaisier *. 

Moult resplandissent cil bon hauberc doublicr, 

Etciiescu à ces boucles d'ormier*; 

Grant clarté gietent cil vert elme* d'acier. 

Droites lor lances portent envers le ciel. 

Cil sont par euls euz* en .i. val plennier. 

Karles li ^lainnes, qui France a à baillier*, 

A apellé Josserant le guerrier 5 

Il et Josselmcs vinrent sans délaier*, 

Iceuls avoit Karles à jousticicr. 

Celle compaingne * lor avoit fait baillier. 



* Pu' larder. 

* Le sciiticme corps. 

* Priser. 

* Remarquer. 

* On les estime. 

* Compo'jnie. 

* Coursier (/ris. 

* Tenir à l'aise. 

* Avec ces boulons d'oï 
pur. 

'Ces verts heaumes. 

* Dedans. 

A gouverncri 

* Sans délai. 

* Cette compagnie. 



CCLXXIV. 



I/uitisliie dschiellc* fait Karles aprester : 
C'est de Flamans, moult font à redouter ; 



* Le hiiilicmc corpii. 



264 



LE ROMAN 



(v. 9803.) 



Et oculs de Frise fist avec ajoustcr. 

Celle compaingne iïht forment* à loer, 

.Ix. M. lespoïst-on nombrcr. 

Cil ne fuiront por les membres coper 

De nul estor * où il puissent entrer ; 

Jà de bataille n'en verrez .i. torner*, 

Ou mors ou vis les porra-on trouver. 

Qui dont oïst ces destriers braidonner*; 

Contre soleil luisent cil elme* cler. 

Dist l'uns à l'autre : « Cil font bien à douter*. 

Car très-bien sevcnt lor armes gouverner-, 

Bien les doit-on cliiers tenir et amer. » 

A dan* llyaumont les a-on fait livrer; 

Toute Galice avoit à gouverner. 

Ceuls command'on celle cschielle à garder. 



* Fortcmcnl. 



* Combat. 

* S'enfuir. 

* Hennir. 

* Ces heaumes. 

* licdouler. 



*A sire. 



CCLXXV. 



Naymes li dus, qui moult fu gcntiz* hom, 

Fist la nuevisme par droite élection. 

Là sont preudomme et maint ricbe baron, 

De Loliorains i a moult grant fuison*; 

Lt avec culs furent li Borgoinguon ; 

.xl. mille cbevalicr sont par non, 

A * clères armes, à maint destrier gascon. 

Cil cbevauchièrent par moult grant contenson '. 

Luisent cil elme*, cil escu à lyon, 

Roidcs ont lances à tout* les confanons; 

Espiés ont fors, les fers tranclians en so;i * , 

Et jurent Deu qui souffri passion , 

Se Baligans ne vient tout à bandon*, 

Qu'il le sieurront ù coite* d'esporon. 

Li dus Tbierris, qui moult fu gentiz hom, 

(Trestoute Argonne tient don conte Naymon.) 

Cil les guia vers la çeste Mabom*. 



A(?6/t' 



Foison . 



''Avec. 

* Emulation , 

* Ces heaumei 

* Avec. 

A a bout. 



* _Ve se rend. 

* Poursuivront à pointe. 



* Celui-là Jesrjuida vers 
les rnahométans. 



CCLXXVL 



La disme escbielle* fu des barons de France, 
.c. M. furent à * moult fèrc puissance; 



* Le dixième bataillon, 

* Avec. 



(V. 9837.) DE RONCEVAUX. 26o 

Cors ont gaillars et lièrc contonance, 

Les ciliés Iloris*, chascuns a barbe blanche, * niaucs. 

Ilaubers vcstiis et broingnes par doublance*, * Cuirasses doubiccs. 

Ceintes espées à lor sénestres hanches; 

Il enferront*, par moult fières puissances, * liscnfraiipcrunt. 

Sor Sarrazins , qui en Deu n'ont créances. 

Escus ont bons, de maintes connuissances* ; * Armoiries. 

Espiés ont fors et maintes roides lances. 

Riches enseingnes ont de maintes semblances, 

Dès ci as ongles sont armé sans fai! lance*. *S(nis manquer. 

Fransoise gent par grant coiitrecuidauce 

iMonjoieescrient, et chascuns d'euls s'avance 

Vers Sarrazins, oi!i il ont grant irance*. * Coicre. 

Li emperères, cui hardemens* avance, * Hardiesse. 

Porte l'enseingne par moult fière bobancc*, * Assurance. 

Fransois i ont merveillouse fiance'. "Confiance. 

CCLXXVII. 

Fi emperères de son cheval descent, 

Sor l'erbe vert se coucha maintenant, 

Deu réclamma* le père omnipotent : * Invoqua. 

« Yoire Paterne*, hui cest jor me deffant, * frai pire. 

Moi et ma gent, s'il vos plaist, de lormeut. 

Vos garisistes* Jonas tant doucement * f'nus garanincs. 

De la balainne oîi prinst harbergenient *; * Lof/cmcni. 

Koé sauvastez enz el délivrement* *Ah refuse. 

Là dedens l'arche, lui et toute sa gent, 

Et garisistes* Daniel dou torment * Garantîtes. 

Dedens la fosse où il fu longuement. 

Enz en la crois fusîez mis voirement *, * f'roimeni. 

La mort soutïristez por no rachatemcnt, 

Enz el* sépulcre Tustez mis bonnement, * Dans le. 

Et au tiers jor siirrexis * vraiement ; * iiessuscitàtcs. 

Ant'er brisastez sans nul délaiemenl*, * Délai. 

Fors* en gietastez vos amis bêlement * Dehors. 

Les .iiij. anl'ans sauvastez ausimeiit * * l'arvilluncnt. 

Eu la fornaise que ma * n'orent noient. * Mal. 

Dex, com c'est voirs*, par ton commandement ' Dieu, comme c'est vrai. 

La voslre amors me soit hui en présent. 

23 



200 



LE ROMAN 



Pnr ta merci *, se toi plaist, me consent 
Que paure* puisse de Roliant veDgenieut. » 
Puis s'est dresciez amont en son estant*, 
Saingna son chief * de la vertu puissant. 
Et puis monta li rois iriémcnt*, 
L'estricr li tint Josseraus de Clorvent; 
Et li dus Naymes, que li rois ama tant , 
Prinst son escu et à son col li pant; 
L'espié saisi moult acesméement*; 
Gent a le cors et assez fort et grant, 
Cler a le vis* et bel contenement**. 
Puis chevaucha moult acesméement. 
Sonnent cil graisle* moult merveilleusement, 
Sor tou7. les autres bondist moult durement 
Li olitans hautement en oiaut*, 
Et li Fransois ploroient tenrement*. 
Tôt por la mort le preu* conte Fiollant. 



* Mitèricorcle, 

* Prendre. 

* Séaitt. 

* Sir/ Il a sa (etc. 
Arec chagrin. 



* Élifjammoil. 

* risa'je. ** Contenance. 

* Ces clairons. 

* Ut se fait entendre. 

* Tendrement. 

* Bu prenx. 



CCLXXVIIL 



Li emperères qui France a en baillie*. 

Moult doucement o* sa grant compaingnie 

A chevauchié o sa grant barounie. 

Tout por s'amov et por sa seingnorie, 

Ont ausi fait sa riche baronnie. 

.c. M. en ont la lor voie acoillio* ; 

Passent les terres toute la compaingnie, 

Les vauls parfons et la terre enherniic* 

Et les destrois par moult grant euvaïe. 

Devers Espaingne ont la marche* saisie, 

Enmi .i. champ ont lor gent estabiie ; 

Et les angardes de la geiit païenuie* 

A Taniiraut* ont lor voie vertie '*. 

iji Suriiens* li a conté la vie 

Que cil Franc viennent de la terre joïe *, 

Et Karlemaines et sa grans baronnie : 

« Fort sont si* home et sa chevalerie. 

Icil Fransois , ce croi , ue fuiront mie. 

Versnoz chevauchent par moult fièrearramniie' 

Adoube«-vos sans nulle coardie. 



* En {son ) pou »ir. 
*Avcc. 



* Pris leur chemin. 

* Déserte. 

* Frontière. 

* Kt les avant-r/ aidai des 
païens. 

*A Vànir. ** Tournée. 

* In Syrien. 

* Jai,euse,' f/a(c. 

*Ses. 

.* Ardeur. 

* Armez-vous. 



99II.) 



DE RONCE Y AUX. 



56: 



Ancui* auronzgrant balaille et foruie. » 
Dist Baligans : « Ci a grant estoutie*. « 
Chascuns des gardes a la hroingne * vestie 
Et Baligans à haute vois lor crie : 
« Sonnez ces graisles* en haut à la bondie^ 
Que ml* païen en entendent roïe. » 



* AnJourcVliiii. 

* ht II y a f/niinlf folie. 

* Cuirasse. 



' Clairons, 
*Mes. 



Char^je 



CCLXXIX. 



Par toute l'ost * font lor tymbres sonner, 

Cors et buisines* et graisles moiener**. 

Païen s'esploitent * de lor cors adouber**. 

Li amiraus ne s"i volt* demoi'er 

Vest une hroingne* qui moult flst à loer : 

ïrestouz les pans ot fait à or ouvrer. 

En son chief * fist .i. vert elme ** fermer, 

Et ceinst l'espée dont volt* grans cops donner, 

Par son orgoil li flst .ij. nons trouver : 

Por la* Rollant dont a oï parler, 

A fait la soie* Préciouse apeller. 

Son bon cheval fist avant amener, 

Son fort escu li fist-on aporter; 

Et il le prinst , u'i volt plus demorer*. 

La boucle d'or fist desus saieler *, 

l.a guiche* d'or fist forment'* à loer, 

Tint son espié*, si l'apellent Mater. 

Hanste* avoit roide et bonne por jouster 

Ou* fort destrier va Baligans monter; 

L'estrier li tint JMalaquins comme ber*. 

Sa fière chère* fist moult à redouter; 

S'il créist * Deu , moult féist à loer. 



* U armée. 

* nucciii. ** Moduler. 

* Se hâtent. ** Armer. 
L'émir ne .s'y voulut . 

* Cuirasse 

* En sa tète. ** Heaume. 

* J'ouhit. 

* Pour celle de. 

* La sienne. 



* IS'ij voulut plus tarder. 

* Sceller. 

* Poir/née, anse. ** For- 
tement. 

* Epieu. 

Bois, hampe. 
*Sur le. 

* Baron. 

* Ficjure. 

* S'il crût en. 



CCLXXX. 

Li amiraus* ot le cors figuré, * L'émir. 

Graisles par flans, le cors geut et moslé*; * Moulé. 

Gros ot le pis * et large le costé , * La i>oitrine. 

Fier le resgart, le poil rancercelé*, * Frisé. 

Et le vis ot* moult riant et moult cler ; * Et le visage eut. 

Plus l'avoit blanc que flors n'iert* eu esté, * wtait. 



268 



LE ROMAN 



'. dois) 



De vasselaige Ta- ou forment prouvé*. 

Dex! quel vassal, s'éust crestiauté! 

Le cheval broche, bien Ta esperoniié, 

Si * esperon eu sout ensnlugleuté. 

Fait .i. eslais, si tressaut* .i. fossé. 

.\1. pies i ot* bieu mesurez. 

Païen escrieut : « Cist* est de grans fieriez. 

N'i a Fransois , se i! Fa encontre, 

Ou voille ou non, le couvcura* verser. 

Ivarles est l'ox * quant tant i a esté. » 



* De bravoure Fa-l-onfur- 
temeitt cpruavé. 



*Ses. 

* Fait un huiid, cl saute. 

* Il II eut. 

* Celui-là. 

"Il lui faudra, 

* Fou. 



CCLXXXL 



Li amiraus * fu moult de grant valor. 
Blanche otla barbe ausiz.com* une flor, 
Saiges hom iert* de la loi païenor*' 
Et eu bataille est moult de grant fieror*. 
Ses liz* jMalprimes iert plains de grant vigor ; 
Dist à son père : » Chevauciiiez par baudor *. 
IMoult m'esmerveil dou maiue' empereor, 
S'il nos vcnra veoir hui en cest jor*. » 
Dist Baligans : <> Mar * eu auroiz paor, 
Que uoz requièrent li Franc hui de cest jor * ; 
Mms u'i a mie dou gentil poingneor* : 
C'est dus Rollans, dont au cuer ont dolor ; 
JN'auront vertu vers la geut païenor*. 



* L'émir. 

Ainsi que. 

* Savant homme éhiit. 
** Des païens. 

* Fierté. 

* Son fils. 

* Avec allégresse. 

* Du grand. 

* ficndra voir aujour- 
d'hui. 

* Mal. 

* Que les F. nous allaquenl 
d'aujourd'hui. 

' Vaislc noble combattant 
n'tj est plus. 

* l'ers les païens. 



CCLXXXIL 



« Biax fiz* Malprinies, ce a dit Baligans, 
Bucr* IVist ocis li bons vassauls Rollans 
Et Oliviers li nobles combatans , 
Li .xij. per dont Frausois sont dolant*. 
De ceuls de France .xx. mille combalanl; 
Trestouz les autres ue pris-je* pas .i. gant. 
Li emperères est vers nouz repairans* : 
Ce m'a noncié Blasmez liSurians*, 
Que .X. cschielles* a devisé moult grans. 
Cil est moult prouz et vistes et vaiilans , 
Par cui alainne bondist H olii'ans*, 



* Beau fils. 

* Heureusement. 

* Chagrins. 

* \eprisé-je. 

* Revenant. 

* Le Syrien. 

* Corps d'armée. 



* Par l'haleine de qui n 
il II lit le cor. 



(v. 9979.) DE RONCE VAUX. 269 

Li cuc-ns* Rollans et Oliviers li fraus, * Le comte. 

Cil .ij. estoient de fiers conteuemans*. * Contenances. 

Karles vient là qui nos iert* sus corrans, * Était. 

Devant les autres est premiers chevauclians. 

En sa compaiugne a * .w. mille Frans * i:h sa compagnie il \i a. 

De chevaliers que Karles claimme* an/ans. * Appelle. 

Aprez iceuls en veuront autretant*. * J'ieudmiit autant. 

Cil i ferront ruistes* cops et pezans. » ',,£'.'"'"'" '' ^"''''"''""^ 

Ce dist Malprimes : « Moult i a mors des Frans. 

Le premier cop voil*, je vos le déniant. « * Je veu.v. 



CCLXXXÎII. 

— « Bia\ Hz Malprimes, dist Baligans li rois , 

Le premier cop vos otroi* des Frausois, * Je vous octroie. 

Encontre ceuls ferez tout demanois*; * A rmstant. 

O* vouz menez Tulis et Preciois, * Arec. 

Et si menez l'orgoil et le bouffois* * f'acarme. 

A' l'olifant qui lentist tante **. fois. ],^:l''''''- " * ^'•''■'"'' '""< 

De mon pais .i. grant pan i meurois* * i' mènerez. 

Dès Serveutée dès ci* à Val Morois. » * Jusque. 

Respont Malprimes : » Grans mercis , sire rois. » 

Passa avant com chevaliers cortois , 

Le gant reciut , si le prent demanois *. * Tout de suite. 

CCLXXXIV. 

Li amira\ * se sist sor son destrier, * L'émir. 

Devant sa gent commence à chevauchier ; 

Ses fiz le sieult*, qui le visaige ot fier; *Son fis le suit. 

Grans fu et fiers et s'ot* le corsplénier. *Etii eut. 

Et Clapamors, qui tant fist à proisier, 

En sa compaingne * ot Tukim le guerrier, * Compagni". 

Qui .\x\. eschii'lles* corrut appareillier; '^ Corps de troupes. 

En la nienor* furent quatre millier. * Moindre. 

De Butancor furent tuit li premier. 

Judas i fu , qui fist iceids guier*, * Guider. 

Qui traï Deu , ce ne pot-il iioier*; * Mer. 

Et si i fu ^lucemcns li guerriers. 

Les iex ot rouges plus (pie n'a adversicrs*. * Déumn. 

23. 



270 LE ROMAN (v. 10013.) 

Et les chevox que il ot par dcrrier, 

Plus sont pelu que mastin ne lévrier : 

C'est la seconde que TMucemens li fiers 

Mainne sor Frans. Dex li doinst encombrier * ! * Dieu lui donne muilieun 

De Blondernie font la tierce* ranger. * Troisième. 

Li Esclamor s'i voldront* avancier; * S'y voudront. 

Ceuls de Roussie font avec chevauchier. 

.iiij. eschielles ont fait : Dex lor doinst encombrier ! 

CCLXXXV. 

La quinte escbielle* chevaucbe par effors, î,S,pei'"'"'''"^ '''"''" ''' 

Nommée fu de la gent Lycanor : 

C'est une terre qui gist en .i. regort*, * Golfe. 

De mer est ferme, et de roche est li pors; 

Ne redoute home, tant soit de grant effors. 

Karlon menacent qui a passé les pors , 

Lui et ses homes renderont-il touz mors. 

Raligans disti « Geste compaingne* est fors. » *Compaf/nie. 

La sisme eschielle * a mandé Maligors : ^ronpeï'''"'" ''"''" '^' 

C'est .i. païens qui nos a fait mains tors, 

De nos Fransois nos a mains vassauls mors , 

C'est uns de ceuls qui assailli as pors 

Gautier le conte qui gardoit par del'ors* * Dehors. 

Devers la mer .i. des maistres regors, 

A icel jor que Oliviers fu mors, 

Li cuens* Rollaus qui tant ot gent le cors, * Le comte. 

Et .XX. M. home qui morurent à tort. » 

CCLXXXVL 

Et la septisme firent li Amoraive *; * Aimoravldes. 

Fort sont douté , si vient de lor tresaive *. ufntàlltx! '''" '"""' ^' 

A l'amiral s'en viennent comme gent deputaire \*nie. 

De Mahom le saluent trestuit* en lor langaige, *Tous. 

Ne welent arrester, parolent par outraige* , * Outrageusement. 

Demandent le congié,dient que trop lor targe* :* Disant q. t. leur tarde. 

Fransois voldront ocirre par lor fier vasselaige *, * Bravoure. 

Et le roi Karlemaine li randront en ostaige. 

L'uitisme ont jugié sor le" roi de Cartaige : * Adjugée au. 



(v. 10047.) DE RONCEVAUX. 271 

jMouItestferdurenientetplainsdegrantoutraige**. *7„^/^"'''" ** Ouirenn- 
11 dist à Baligant : « De f ransois ne vos targe*, * Ne vous tarde. 
La coronne de France auroiz sans nulle faille *. " *Sans faute. 

CCLXXXVII. 

La nuevisme ont ordie la gent de Valtornée , 

Chevauchent par effors, richement est armée. 

La disme eschielle^ fude Valfonde ajoustée'* : ;,«,^ef"''""'LeXv.''' 

C'est une gens qu'est chenue et barbée, 

Dex les confonde qui fist noif et jalée* ! *yehje et gelée. 

A .XXX. eschielles ont celle gent esmée*. * Estimée, comptée. 

Nostre Fransois ont celle gent mirée *. * Regardée. 

Païen chevauchent sans nulle demorée*. * Retard. 

Tantes buisines* i ont le jor sonnées *Tant de trompeties. 

Et ces grans cors à moult grans alenées*. * Haleines. 

Moult retentist par ces vauls la cornée*. * Sonnerie de cors. 

Païen chevauchent par moult très-grant posnée *" ; * Orgueil. 

Ainz si grans gens ne fu mais aiinée*, *Jamais... réunie. 

Grans .vij. lieuées est la terre peuplée. 

CCLXXXVIII. 

Li amiraus par est* moult riches hom; * L'émir est. 

Par devant lui fait porter son dragon 

Et l'estandart Tcrvagant et IMahom* * De T. et de Mahomet. 

Et une ymaige d' A poilu le félon. 

.XX. chevalier environ le roi vont, 

Trestuit s'escrient hautement à .i. ton : 

« Qui par nos dex welt avoir sauvison*, * jreux veut u. salut. 

S'es proit* et serve par grant affliction. » * Qu'il les })rie. 

Chascuns païens en baissa le menton , 

Et chascuns d'euls enclinèrent * Mahom. * s'inclinèrent devant. 

Dient Fransois : « Hui morront à bandon*, * Sans retour. 

D'euls feront hui maie confession. 

Hé ! vernis Dex, garissiez hui Karlon*, rKïf'^ aujourd'hui 

Geste bataille est nommée en son non. » 

CCLXXXIX. 

Li amirax* démena grant baudois ** ; * L\mir. '* iiruit. 

Il en apele ses fcilz * et les .ij. rois . *Sesftdéies. 



272 



LE ROMAN 



(v. 10080.) 



« Seignor baron, devant chevaucherois, 
Kt mes eschielles* toutes me giiieroiz** ; 
Mais des meillors en retenrai-je trois : 
Linine de Tertres* et l'autre de Valois; 
Et la tierce est de chasains * et de rois. 
Cil d'Ocidant, qui sont preu et cortois , 
Veiugueut o moi, si ferront demannois*. 
Moult vivement jousterons as Fransois 
Et à Karlon, qui est de grans boffois*. 
Se je le truis en broil Sarragousois *, 
Sa teste aurai , n'i nietera delfois*. 
Jà crestien ne tenront mais* lor lois. » 
Païen respondent : « Bien ditez par nos lois. 



' Corps de iruupes. 
* Guiderez. 



* Tari (ires. 

* C(lpil<(ines, 

* f'ieiinenl avec moi , cl 
frapperont Unit de suite. 

* Hauteur. 

*Si Je le trouve eu taillis 
de Saraf/osse. 

* Empéchcmeul. 

* Xe ticndrout plus. 



ccxc. 



Grans sont les os et les compaingnes* fières. 
Félon païen orent maintes banières , 
Devant les Fraus viennent à Teneontrière*. 
Entr'euls n'ot tertre ne nulle val plennière, 
Forest ne bois, ne marois ne rivière. 
Bien s'entreviennent parmi une bruière. 
Desusces elmes*resplendist mainte pierre. 
Li solaus luist, si lieve la poudrière*. 
Dist Baligans à la hardie cliière* : 
« Franc Sarrazins, ci n'a mestier* proière. 
La gens de France est forment loseugière*, 
Et l'emperères d'orgoillouse manière , 
Et par ses armes et fors et fiers poingnières* ; 
ISe laira pas que il ne me requière*. » 



* Troupes cl les compa- 
gnies. 

* A la rcncoulre. 



* Heaumes. 

* Et lève la poussière. 

* Figure, 

* Besoin. 

* Fortement trompeuse. 



* Combattant. 

' Il ne laissera pas que de 

vi'attaguer. 



CCXCI. 



Dist Baligans, qui le cors ot vaillant : 
« Car chevauchiez, à espérons brochant*, 
Desor Fransois, trestuit par mon couimanl *. 
Ditez Ambroine, le preu conte vaillant. 
Qu'il port m"espée,se lui vient à talant*. » 
Et cil la prinst, s'en ot le cuer joiant*. 
Li amiraus vait* sa gent estraingnant**. 



* A toute bride. 

' fous par mon coinman- 
deincnl. 

* S'il en a envie. 

* El celui-ci la prit et en 
eut le cœur joyeux. 

* L'émir va. ** Serrant. 



(v. lOIIi.) 



DE RONCEVAUX. 



273 



Delez lui* mist le dragon flamboiont. * Pns de lui. 

Païen s'escrieut, H petit et li grant, 

La Préciouse, qu'il traient à garant ^ 'iSècL, !"'"""'"' ^"""' 

Fransois s'escrieut, cist mainuent grant bobant* -.Tararme. 



Aucui* auront une perde moult grant. 
Se .Thésu plaist*, nostre père puissant , 
IMonjoie escrient, vont soi resbaudissant*. 
Karles li eraperères va sa geut apcllaut : 
<■ Sonnez ces graisles*, n'alez plus atarjant**. » 
Et il si font par lor hardemens* grans. 
.Ix. M. sonnent en un tenant*. 
" Sor touz les autres bondist * li olyfaus. 
Fransois l'oïrent , si s'en vont tuit ranjant. 
Païen s'escrient ; « Ci a gent* avenant. 
Fier sont Fransois, moult ont grant bardement * . 
Geste compaiugne à cest cbief * sa devant, 
ISIoultva chascuns sonespié paumoiant*. 
Bataille auronz por la mort de Rolkmt. » 



* Aujourd'hui. 

* S'il jilait à Jésus. 

* Rrjouissant. 



Tardant. 



* Clairons. 

* Hardiesse. 

* A la fois. 

* Retentit. 



* Ici il 1/ a (jens. 

* Hardiesse. 

* A cette tète. 

* Son épieu maniant. 



CCXCII. 



Scellées. 

*Ju.v heaumes ils ont 
m. p. fixées. 

' Tant de cuirasses da- 
masquinées. 
*Au bout de. 

* Clairons. 

* Retentir. 



Grans est et large et plainnc la contrée , 

Sor ces vers elmes* a moult pierres saielées*' ; * Heaumes. 

Tost a li uns l'autre la teste armée. 

Enz elmes ont maintes pierres fermées*, 

Là véissiez tante broingue saffrée*, 

En son ' ces lances mainte enseigne posée. 

Sonnent cil graisle* par toute la contrée. 

Li olyfans fait bondir * la valée , 

Païenne gens en est moult effraée. 

Li ammirax* a la teste croslée**, * L'émir. ** Braniée. 

Son frère apelle sans nulle deraorée* * Retard. 

( C'est Canabars , li rois de Forsonnée; 

Cil tint la terre dés ci qu'an' ^'al-serrée), * Jusqu'en. 

Et Syngnadel qui est rois d'Al yée. 

Icil li a mainte cbicrc* monstrée. * fisaye. 

L'empereor de France la loée, 

Vcoir pools l'orgoil et la posnée*. * L'arrayaure. 

Si faite* gent est de France tornée * Telle. 

Karks 11 JMainnes à la cliière membréc* *Au visaye nuHe. 



21A 



LE H OMAN 



IMoult fièrement chevauche par la prée, 

Il et sa gens qui moult est honorée ; 

Chascuns sa hroingne* avoitbien endossée, *Ci(ira.<!se. 

Cil i ferront* comme gent aprestée, 'Frapperont. 

Bataille auront et fort et adurée*. * Acharnée. 

Onques mais hom ne vit tele aiinée*. * Assemblée. 

Le lonc d'un trait à une aubalestrée * *Coiip o'arhah'te. 

A Baligans sa compaingue * passée, * Compaynie. 

Une raison lor a dite et contée : 

« Venez, païen, car je suis à festrée*. » *Au chemin. 

De son espié a la hanste* levée, * Desonéplenaielois. 

Vers Karlemaine a sa chière* tornée. * Figure. 

CCXCIIL 



Quant Karlemaines a véu l'amiral* 
Et le dragon et l'enseingne roial. 
Et cil d'Arrabe mainncnt grant baplistal* ; 
lluec ont entreprins la contrée d'un val 
Li bon Fransois, linobile vassal, 
Qui sont venu de France la roial. 
Dist Karlemaines : « Oui ferons parygal* ; 
^Laintcs batailles aurai faitez champal*. 
Veez païens, qui moult sont desloial ; 
11 ont grans gens, bien lor livrons estai*. 
Se vos volez, or commensons Tassai. 
Ne laisserai ne face ,i. duel* mortal 
Vers Sarrnzins, cui Dex tramete * mal ! » 
A cest mot broche rois Karles son cheval. 
Sentir li fait ses espérons poingnal * ; 
Et li destriers se lance contreval*, 
.j. sault li fait, onques hom ne vit tal. 
Fransois s'escrient : « ParDeu l'esperllal*! 
11 n'a en terre meillor home eharnal, 
Bien doit porter la coronne roial. » 



* L'émir, 



' f'acarme. 



* JiijnvrcVhui frappons 
ensemble. 

* Ran'jées. 



* Bataille. 

* Douleur. 

* A qui Dieu transmette. 

* Piquants. 

* En bas. 

* Le spirituel. 



CCXCIV. 



Clers est li jors et li solaus luisnns, 

Les os* sont bêles et les compaingnes** grans, *Troupes. *'Compagnics. 



DE RONCEVAUX. 



275 



î'Histées* sont les eschiellcs** prisans. 
Li cuens* Rabiax et li cucns Guioemans 
T-aschent les resnes des bons destriers corrans, 
Brochent as ïurs, ez-les-vouz* deffians. 
l'ranc laissent corre les bons chevax corrans, 
S'es vont férir* des bons espiés tranchons. 
Sor Snrrasius, les cuivcrs* mescréans. 
Li cris eufforce, car fors est li bobans*. 
« Franc Sarrasins , dist li rois Baligans, 
Or dou bien faire , mar * en rira nus î>ans 
Karles li viens est fiers et combatans. » 



' Issemblcfs. 
Iiviipes. 
* Le comte. 



* Les voilà. 



**Coriis de 



* Et ils les voit frajipcr. 

* Perfides. 

* L'uiyaei! , la J'anjanni' 
iKide. 

* Mal, à tort. 



ccxcv. 



Li cuens Rabiax fu chevaliers eslis*, 
Le destrier broche* des espérons massis, 
Si va férir Milain .i. roi persis* ; 
Tel cop li donne sor son escu voltis*, 
Sa bonne boucle li frainst enmi le vis*, 
Li haubers est faussez et dessartis*, 
l'^l cors li raist Tenseingue de samis*. 
Li ber l'empoint*, qui fu anianevis**; 
Dou chief* li vole li vers elmes** burnis, 
Sainglans remest* li destriers arrabis. 
Dont li païens a les arsons guerpis*, 
Del seignor est laidement desgaruis. 
Fransois s'arguent*, si commence licris, 
Fièrent* des lances et des espiés forbis. 
Fiers est l'estors* et grans li féréis**. 
Dient Fransois : « Jhésus li postéis* 
Xos soit garans par la soe merci** ! » 



* D'élite. 

* Pique. 

* Persan, 

* Bombé. 
Le visa /je. 

* Déboîte. 

* Ds satin. 

* Le baron le pousse. 
'* Dispos. 

* De la tête. *'^Heaiimc. 

*Jli'slc. 

* ridé. 



S'anime)if . 

Frappent. 
"Le combat. ** .letton 
de frapper. 

* Le pnissaut . 

* Protecteur. ** Par sa 
miséricorde. 



CCXCV L 



Al ajouster* de la fransoise gent 

Et des païens, cui li cors Dcu cravenl* ! 

De grant angoisse chascuns crie souvent ; 

« Or dou férir*! alez séurement. » 

Li bruis des lances espoissc* dureuient, 

Il se requièrent moult aïrécment* 



* .1 /(( rencontre 
Uni ne. 

* Allons , frappez. 

* Lpaissit. 

' Ils. s'attaquent Iris-viik- 
ment: 



276 LE ROMAN (v. 10219.) 

Li brant * d'acier font tel reluisement * Les sabres. 

Coin li solaus* quant sa grant clarté reiit, * Le soleil. 

ÎMoult reflamhoient cil vert elmc* hiisant. * Heaumes. 

Li enipercres cui douce France apant*, Hml'' ''""'' ^^""^'-' '''" 

Dist à ses homes : « Ferez hardiement. 

Or sui-je prez de panre* vengement. * r rendre. 

Se Dex, li pères dou ciel, le me consent, 

Je vengerai moult grant duel durement. 

IMort sont mi home à duel* et à torment. » "Aree duaieur. 

Et cil respondent : -- Vostre commandement 

î>rons-noz tuit sans nul délaiement *. * ndai. 

Qui voz faudra, li cors Dea le cravent * ! » * L'éerase. 

Si corn quarriax* d'aubalesfre descent, * Carreau, trait. 

Se fièrent * Franc eiitre païenne gent. *iv lanc-ii. 

CCXCVII. 

Bien fièrent Frans de la terre joïe*. * .loiicuxc, gaie. 

Grans est li bruis de la gent païeuie *. * Des païens. 

Elynans fu de moult grant seingnorie, 

Il laisse corre par la lande euherniie * 'Déserte. 

Dcsor Fransois a la hanste* brandie , "^ Le bois rie lance. 

Et fiert .1. Turc de moult grant seingnorie; 

Jantiz otnon, dou resne' d'Esclaudie. * lioijanmc. 

Grant cop li donne sor la large Horie , 

D'unne oevre en autre li a fraite* et froissie. * Fraeinn-e. 

La vielle broingne ne li vault une aillie', * Saacc à Vaii. 

Toute li a rompue et dessarlie*; * Dessoudée. 

Parmi le cors son fort espié li guie*, * Épicu lui fjuidv. 

IMortle trébuche enmi la pracrie. 

La selle a cil moult laidement wisdie*. * f'idée. 

Adont desrangent* la grans chevalerie, * Alors se débandent. 

A moult grant joie fu Monjoie escriie : 

« Ferez, baron, sor ceste gent haïe 

Qui Deu ne croient, le fil sainte ]\Iarie 

Karles a droit, à !a barbe florie; 

Si vainquerons, que .Ihésus nos aie* ! >' * .\ous aide. 

Ceste parole fu de Franc bien oïe. 

CCXCVIIL 

IMalprimcs sist sor un cheval corrant, 



(^ 



.) 



DE RONGE VAUX. 



277 



Entre Fransois va son cors déduisaut, 
Souvent lor va misiez cops départant*, 
De nostre geut va moult acraventant *, 
L'un mort sor l'autre vers terre trébuchant, 
r.aligans crie .iij. mos en .1. tenant* : 
« I.i miens amis, jà vos aimmé-je tant. 
Veezmon fd, Karlon vait conquérant; 
Meillor vassal de lui je ne dcmanî. 
Secorrez-le as espérons brochant". 
Emploie soient cil bon espié tranchant. » 
Et il respondent: « Toutàvoslrecommant*. 
A icest mot vont païen desranjant*, 
En l'estor lièrent li cuivert* mescréant. 
Fier sont li cop , et li chaple* sont grant. 
IMalprimes sist sor .i. cheval corrant, 
il resgarda vers le soleil couchant , 
Et voit Bertran et Ogier le vaillant ; 
.w.M. furent li hardi combatant. 
Commandé orent Olivier et Piollant 
Bien à garder ceuls qui sont remanant* 
En Ronscevax sor l'erbe verdoiant. 
Celle part vint xMalprimes acorrant 
A* .c. M. homes de fier conteuemcnt** ; 
Eu Ronscevax en est venus poingnant*. 
Là ot estor* mervcilloz et pesant; 
Nus hom de char * ne vit onques plus grant. 



* Distribuant de rudes 
coups. 

* Écrasant. 



D'un seul coup. 



* Piquant de Vépcrou. 



» * Commandement. 

* Sortant des rangs. 

* Dans le combat frappent 
les perfides. 

* Coups. 



Restant. 



* Avec. *'' Cdulenance. 

* Piquant {des éperons), 

* Combat. 

* Xul homme charnel. 



CCXCIX. 



En Ronscevax est Malprimes entrez, 

En sa compaingne * .c. m. païen armez; *C(>mparjnie. 

Et dist Malprimes : « Seignor, or* m'entendez. * Maiuteuaui 

Se poïst iestre li cors Rollant tro;:vez, 

Et Oliviers qui tant fu redoutez, 

A Baligaut seroient présenté. 

Veez cel aubre * qu'est foillus et ranimez : 

Se là ne sont, jamais n'es* trouverez. » 

.\ ces paroles ont Irschevax lia.^lez, 

Dcsci qu'as aubres n"i ont rcsiies lyrez. 

Iluccques* sont li douze per trouvé ; *J.à- 



* foi/ez cet arbre, 

* .\e les. 



?.'» 



278 



LE ROMAN 



(V. 



IMais ne sont mie tout à lor voloiitez. 

Woultfiers chalonges * lor fu ansoiz** moustrtz ; * Dàj. 

Car Clarabiax, î^orques et Yzorez 

Et Alyaumes et Cascaus li membrcz* 

Et bien .x. mille de Fransois honorez 

Gardent les contes des païens detïaez *. 

Païen lor viennent corrant tuit abrievé*. 

Nostre Fransois n'es * ont pas redoutez, 

Vont les férir de lor espiez quarrez, 

Crans cops lor donnent en lor escus listez. 

Là fu li chaples * moult fors et adurez, 

De nostre gent i ot moult afolez * ; 

Car de païens fu moult granz la plentez*. 

Par droite force ont nos Frans reculez 

Le trait d'un arc, et arrière menez. 

Lors a IMalprimes ses païens escriez : 

« Vcz ci* les contes; baron, or les prennez. 

Et il si firent par moult grans poestez*. 

Là fu Rollans sor un cheval levez, 

Et Oliviers et Torpins li membrcz* ; 

Les autres laissent, n'es ont pas remuez*. 

Fransois les voient, les cuers en ont irez * ; 

Dist l'uns à l'autre : « Or ait cil mal dehez * 

Qui or n'ira férir sor païens deffaez * ! » 

Lors laissent corre les frains abandonnez. 

Ez-vos* Fransois as Sarrazins meslez, 

En petit d'eure les ont acra veniez * . 



AiiiKiravaiil . 



* Le iinUc. 

* Sans foi . 
' Tuus H la lidic. 

* Xe les. 



Le ODubat. 

* Il ?/ cul beaucoup de mal- 
traités. 

* La multitude. 



* Puissance. 

* Le mule, 

* Enlevés. 

* Cliarjrins. 

'Maintenant ail celui-là 
malheur. 

* Sans foi. 

* Toi là. 

* Lcrascs, 



CCC. 



Nostre Fransois fièrent communément 

Sor Sarrazins moult airiéemeut* ; * Trrs-/iir!euscmcut 

Dou bruit qu'il mainnent i ot noise ' moult grant. * // y eut bruit. 

Grans fu la noise, si que Ogiers l'entent; 

Dist à ses homes : « Poingniez* hastivement 

En Ronscevax oi-je noise moult grant. 

Ce sont païen, g'el sai veraienient. » 

Les chevax poiugnent moult efforciement*, 

L'uns avant l'autre des espérons brochant*; 

As Sarrazins, cui li cors Deu cravant * ! 



' Pique:. 



*Avcc beaucoup de force. 

* Piquant. 

* Que le Corps de Dieu 



(v. 10329.) DR RONCEVAUX. 

Se sont meslé trestuit communément. 



279 



ceci. 

Li dus Ogiers a IMonjoie escriée : 

« Ferez, baron, sor la gent deffaée*. » 

Et il si firent, u'i firent demorée*. 

Aprez lor lances a prins chascuns s'espée, 

Dou sauc as Turs sont tost ensainglentées. 

.XX, M. en versent, les goules ont baées*. 

Malprimes vit la chose est agrevée , 

Que Sarrazins n'ont vers Fransois durée ; 

Pvollaut a prins par la broiugne saffrée*. 

Puis point avant delez une rainmée*, 

Repont-le bien soz un aubre à celée* ; 

11 le cuidoit porter en sa contrée , 

Quant il auroit la bataille Année. 

Rollans gist mors sor l'erbe enz* en la prée , 

Droit vers Espaingne otsa cliière * tornée. 

Préciouse a IMalprimes réclammée*, 

A icest mot a sa gent rassemblée. 

Grans fu l'estors* et fière la meslée. 

Piiïenne gens est morte et affolée*, 

l'',t la compaingnc* des Turs desbarretée**. 

Tnrpins de Rains fii gletez en la prée. 

Et Oliviers delez* une ranimée. 

jMalprimes voit sa gent desbarretée. 

En fuie torne* parmi une valée. 



* Sans foi. 

* Reianl. 



* Dean les. 



* Par la cuirasse (hnnas- 
quinée, 

* Près d'un f narré. 

* // le lof/e bien sous an 
arbre en rachelle. 



* Dedans. 

* Eul sa face. 

Criée. 

* Le combat. 

* Maltraitée. 

* Compagnie. *^ Mise en 
déroute. 

* Près de. 

* En fuite s'en va. 



CCCII. 

Fuit-s'cn Malprimes à espérons brochant*, 
Ettuitsi home sont vaincu et recréant* ; 
De .c. M. Turs n'en sont .xx. eschapant. 
Malprimes proie son pèreBaligant 
Por j\Iahommet que il li soit aidant. 
Li dus Ogiers le vient aconsievant*, 
Grant cop li donne de Certain en alant, 
Tout son escu li oopa par devaut. 
.iinz n'arrcsta li païens tant ne quant*. 



* Piquant des éperons. 

* Hors de combat. 



* Poursuivant. 



* Le païen n'arrêta ni peu 
ni prou. 



280 



LE IIOMAN 



(v. 103G3.) 



En la grant presse s'est tost alcz pliinjaut, 
Moalt souvent va Précioiise escriant. 
Entor lui vont San-aziu raliant. 
Lors se desreugeut Sarrazin et Persant , 
Et lor eschielles ralient erraniment* ; 
En petit d'ore* <?n ramassèrent tant, 
ÎS'cl porroit dire nus jouglères* qui cliant. 



* Siir-lc champ. 

* En peu de temps. 

* Nul Jongleur. 



cccin. 



Grans sont les os* de la gcnt de Persie. 
Gel jor i ot* mainte espée forbie 
Et maint espié, mainte targe florie ; 
D'arabes .ij. pars* s'ont la geiit raliio. 
Grans fu l'estors* et moult grans l'aatie**. 
Dex ! tante lance i ot * le jor froissie, 
Et tante targe etfroée* et percie. 
Des abatus est la terre joinehie ; 
L'erbe des prés , qui est vers et dougie*, 
Dou sanc des cors est toute envermoillie*. 
Liamirax. réelaimme sa maisnie* : 
>' Ferez*, baron ; la guerre est commencie. 
Crestientez soit hui adammaigie*. 
Et nostre lois levée et essaucie *. 
La bataille est et fière et enforcie, 
Jusqu'à la nuit n'en fu lias otroïe*. 



* Les troupes. 
*Jly eut. 

* Des tli-iix (■(ifcs. 

*Lc combat. **L\inJcur. 

* Il U eut. 

* Rompue. 

Délicate. 

* Bout/in. 

' L'émir appelle son mon- 
de. 

* Frappez. 

* Endommagée. 

* Exaltée. 

* Oclroi/ée, nrciirdi'c. 



CCCIV. 



Li amirax s'escrie en son latin* : 
« Que faites-vos, païen et Sarrazin? 
Ramembrez-vos de no deu* Apolin , 
Qui tout vos donne et le pain et le vin. 
Yeez Fransois qui sont prez de lor lin : 
Ferez sor euls, qu'llz uoz sont mal* voisin. 
Riche serez anuit * ou le matin : 
Trop vos donrai et argent et or fin. » 
Païen escricut et Turc et Barbarin*, 
Husient, glatissent* et font moult maie lin: 
Grans cops i donnent li païen de put lin*, 



*£■» sa langue. 

* Souvcnez-i'ous de notre 
dieu. 



* Mauvais. 

* Aujourd'hui. 

* I>arlMire.squcs. 
Aboient. 

* De rit lignage. 



1O307, 



DE RONCKVAUX. 



281 



Et Frausois poingiient, qui ne sout pas frarin'. 

€hascuns i fiert* de l'espié poitevin. 

Grans fu la perde de la geste Jiipiu*. 

.Ix. M. en gisent mort souvin*. 

Dient païen : « Cist nos trairont à fin*. » 

Ausimeut luisleut* com ce fussent niastin. 



* Misérables . 

* Frappe. 

* De la race de Jt/pin, des 
Sarrasins. 

* Sur le rentre. 

* Ceux-là nous feront pé- 
rir. 

* Ils hurlent ainsi. 



cccv. 



Kostre empcrères de France la loial 
S'est escriez touz armez à cheval : 
« Seiguor baron de France la loial , 
Je vous ainz* plus, par Deu Tesperital, 
Que ne fait famé nésun* home charual. 
Por moie amor* avez souffert maint mal, 
Et enduré grant painne et grant travail 
Eu pluisors liens par puis et par costal*. 
Conquis m'avez mainte terre loial. 
Bien le connois, par Deu l'esperital*, 
Qui touz vos doinst guerredon* communal ! 
Vengiez-vos tost de la gent criminal 
Qui vos amis ont mors eu Pioncesval. 
Cens vos ont mors cist * annemi mortal : 
Dex les confonde, li Père esperital ! 
Perdu avonz par euls maint bon vassal. » 



* Je vous aime. 

* Sul. 

* Pour mon amour. 

* Par monts et par côtes. 

* Le spirituel. 

* J'o.is donne récompense! 



* Mis à mort ces. 



CGC VI. 



Li emperères fièrement se gai mente*, 
Proie* ses homes que nus ne s'en démente*' 
.vij. mil Frausois de moult bêle jouvente * 
S'en affichicrent*, et moult bien li créantent* 
Ne li l'audront tant qu'el cors aient arme*, 
Ainz i auront mainte espée sanglente. 
Chascuns i fiert *, ne firent autre entente. 
Li emperères ot compaignie gente, 
Blaint Sarrazin feront ancui' dolente. 
Karles proie Jhésu c'ui cest jor * li présente 
Panrc* venjance de celé gent dolante'*. 



' Se lamente. 

* Prie. *' iSul ne s'en 
plait/nc. 

' Jeunesse. 

* S'enjirent forts. *' ./t- 
surent. 

* Qu'au corps aient dme. 



* Y frappe. 



* A uj ourdit ni. 

* Que ce jour-là. 

* Prendre. " Triste, cha- 
grine. 

2'4. 



282 



LE ROMAN 
CCCVII. 



(v. 10430. 



Rois Karlemaines apelle ses Fransois : 
« Seignor baron, je vos aiiiz* moult et croi. 
Tantes* batailles avez faites por moi, 
Rennes* conquis et désordonnez rois; 
Rien reconnois que guerredon* vos doi 
Et de mon cors et de terre et d'avoir. 
Rangiez ici vos amis et vos oirs* 
Qui sont oeis en ces champs dès ar-soir. 
.Ta avons-nos contre païens bon droit. » 
Dient Fransois : « Sire, vos ditez voir*. 
Tex* .c. M. homes a Karles avec soi, 
Ne li faudront * por mort à recevoir. » 



* Je l'ous aime- 

* Tant (le. 

* Boy a II mes. 

* Récompense. 

* Héritiers. 



* frai. 

* Teh. 

* Ne lui manqueront. 



CCCVIII. 

Malpriamus parmi le champ chevauche , 
De Fransois fait moult dolirouz damaige. 
Naymes li dus fièrement l'en esgardc*, 
Vait le férir par merveillouz coraige, 
L'escu li perce et l'auberc li desmaille ; 
El cors li mist le bon espié qui taille. 
Mort le trébuche entre la gent sauvaige ; 
Monjoie escrie, si que bien l'oï Charles. 



* Le regarde. 



CCCIX. 

Li fiers Malprimes pas ne s'asséura , 
Parmi l'estor* fièrement clicvaucha, 
Et fiert* Fransois que nul n'en espargua; 
Par son orgoil assez destruiz en a. 
En païenie meillor vassal n'i a , 
Fors* Raligant, celui qui l'engendra. 
Li rois Malprimes le bon cheval brocha', 
Vint as Fransois , hautement s'escria : 
« Se truis* Karlon, jamais n'i garii-a**. > 
JNaymes li dus*fièrement l'esgarda, 
Vait le férir*, que pas ne l'espargna, 
Par grant vertu ruiste cop* li dona 



*Ah milieu du combat. 
* Frappe. 



* Si ce n'est. 

* Éperonna, 



* Si je trouve, 
échappera. 

* Le duc. 

* ï'a le frapper. 

* Rude coup. 



**A'y 



(v. I04C2.) 



DE RONGEVAUX. 



283 



Sor son escu que tout li estroua *, 

Le blanc haubert rompi et desmailla, 

Parmi le piz * son espié li passa , 

3Iort l'abati, que Karles véu Fa. 

« Dex , dist li rois, quel chevalier ci a*! 

Onques nul jor mauvaistié ne pansa. » 

Naymes repaire* quant Malprime mort a' 

En la bataille Monjoie s'escria : 

« Ferez*, Fransois, car Dex nos aidera. 

Por voir vos di* que rois Karles vaiiitra. 



Lui troua. 

* La poitrine. 

* Il ij a ici. 

* Revient, 

Frappez. 

* En vérité Je vous (tis. 



cccx. 

Rois Canabars, li frères l'amiré*, 
Des espérons a son cheval hurté , 
Traite* a l'espée dou senestre** costé, 
Duc îs'aymon fiert*, ne l'a pas redouté, 
Sor l'iaume à or li a un cop donné, 
L'unne moitié li a parmi copé, 
Et l'im des las* a tranchié et razé : 
N'i vault la coiffe .i. denier monnaé; 
Tranche les mailles dou blanc hauberc saffré^ 
Dès ci que* l'os li a le cuir razé. 
Se Dex ne fust par sa sainte bonté , 
Jà éust mort Naymon et craventé *. 
Grans fu li cops, le duc a estonné. 
Tantost chai, car moult l'avoit grevé. 
Son destre bras a contremont* levé, 
Le col embrasse dou destrier séjoriié*. 
Se li païens éust son cop hasté 
C'un autre cop il éust recouvré, 
Tantost l'éust ou mort ou afolé*. 
Karles le voit, moult ot le cuer iré *, 
Par mautalent* a sa barbe juré : 
« IMar* le touchastez, jà iert guerredonné**. 
Le destrier broche, s'a* l'escu acolé; 
Secorra Naymon par vive poesté *. 

CCCXL 
Naymesli dus* fu avalombronchirz**, 



* De l'émir. 

' Tirée. ** Gauche. 

* Frappe. 



* Lars, cordons. 

* Damasquine. 

* Jusqu'à Vos. 

* Écrasé. 



En l'air. 
Reposé. 



* Dlessé. 

* Chagrin. 

* Par colère. 

*.i tort. ** Il sera bientôt 

pai/é. 

" Pique le destrier, et a. 

* Force. 



A', le duc. 



Baissé. 



28i 



LE ROMAN 



Moult durement fu enz el cors plaiez*. 
Li Sarrazius iert* vers lui approchiez, 
.]'. cop li donne, dont li dus n'est gaitiez*, 
Sor le bras destre* dont s'estoit apoiez. 
Karles le voit, enfin cuide * enragier, 
Sou cheval broche* des espérons des pies , 
Vint au païen^ oui Dex doinst encombrier * ! 
Bien li nionstra qu'il estoit corrouciez. 
Il tint Tespée au poing d'or entaillié *, 
Tel cop li donne sor Tiaume qu'est vergiez, 
Jusques enz dens fait re[s]pée glacier*, 
IMort le trébuche devant lui à ses pies. 



* Blessé. 

* Était. 

* Le duc n'a pus pris 
fjarde. 

"Droit. 

* Pense. 

*Pique. 

* A qui Dieu dunne mal- 
heur! 



A la poignée d'or cise- 



lée. 



Glisser. 



CCCXII. 



IMoult ot grant duel * Karlemaines li rois 

Quant le duc Ps'ayme vit navré* devant soi. 

Parmi le hiaume li clers sans li paroit; 

Et Karlemaines li a dit en consoil : 

« JN'ayme, dist-il, traiez-vos jouste* moi. 

JMort ai celui qui si vos malmeuoit, 

El cors li mis mon espié* une fois. » 

Dist Kaymes : « Sire, grans mercis en aioiz*. 

Puis s'accompaiugneut par amors et par foi, 

Et avec euls .xv. m. Fransois; 

N'i a celui qui son cop n"i emploit. 



*Eul Irês-f/rnndc 

leur. 

* Blessé. 



dou- 



* Tirez-vous près de. 

* Épieu. 

* En aiez. 



CCCXII I, 



Rois Ealigans chevauche par le champ. 

En son poing porte son roit espié * tranchant , *Son raide épien. 



Si vait lérir* le conte Guiuemant , 
Contre le pis li froisse l'escu blanc, 
Et de sa broingne li desrompi .i, pan; 
Parmi le cors li mist l'espié tranchant, 
Mort le trébuche par devant lui el* chauip, 
Et puis ocist Girbertet .fosserant. 
Tvichars le vit, li sires des Normans; 
Païen escrieut IMahom et Tervagant : 
« Ferez *, païen; n'en ira nus ** avant. » 



* El va Jrajiper. 



* Sur If., 



Frappez. 



Aul. 



(v. ro53i.) ■ DE ROXGEVAUX. 

CCCXIV. 

Qui dont véist les Arrabis d'Arrabe; 
De lor espiés bien i lièrent et chaplent*. 
Dès ci au vespre* i est grans la bataille, 
Des Fraiis i otmoult dolirouz* dammaige. 



283 



* Y frappent et martel' 
lent. 

* Jusqu'au soir. 

* II;/ eut très-douloureux. 



cccxv. 

Bien i férirent Fransois et Arrabi , 
Froissent ces lances et cil espié bruni. 
Qui dont véist ces chevaliers chéir*, 
Sarrazins braire, contre terre morir, 
De grant deloi* li poïst souvenir; 
(;ar la bataille est moult fort à souffrir. 
Baligans huche* son fort deu Apolin 
Et Tt-rvagant, Mahommet et Jupin : 
« Hé riche deu, je vous ai tant servis, 
VA vos yniaiges fis-je faire d'or fin. 
Contre Karlon me donnez garantir*. » 
Atant ez-vos* .i. païen de put liu*'; 
Devant li vient, si li crie à haut cri : 
« Baligant sire, or sommez malbailli*. 
Perdu avez Maiprime, vostre fil ; 
Et Canabart, vostre frère , ont ocis, 
A. ij. Fransois telement i avint : 
Karlcs en fu li uns, ce m'est avis. 
Grant a le cors , bien resamble marchis , 
Blanche a la barbe comme flors en avril. 
Baligans l'oit, a poi u'enraige vis*; 
Si grant duel* a, a poi qu'il ne s'ocst. 
Dont en apelle Juglaat d'Outremarin, 



* Choir, tomber. 

* Désastre. 

* Invoque. 



* Protection. 

' 1 ce moment voici. 

*' De vil lignage. 



* Maltraités. 



* Peu s'en faut qu'il n'en- 
raf/e vif. 

* Douleur. 



cc:xvi. 

Dist Baligans : « Juglant^ venez avant. 
\os lestez saiges , et vostre sen sont grant. 
^■ostre conseil ai otroié lonc tans : 
Que vos en samble d'Arrabis et de Frans? >• 
l^t cil respont : « Mors iestez, Baliguit; 



286 



LE ROMAN 



(v. I05G3. 



Jà vostro deu ne vos seront garant *. 
Karles est fiers, et sa gent sont vaillant. 
Ne vi mais geut qui si fust combatans. » 



* Protecteur. 



CCCXVII. 

Rois Baligans a sa barbe hors mise, 

Ausiz est blanche com est flors d'aubespinc ; 

Comment qu'il aille, ne se veult alcr mie; 

A son col pant une targe florie *, 

Lors corne .i. cor qui a moult longue oïe*, 

Si sonna cler que li païen l'oïrent : 

Por ce le fist que sa grans os* ralie. 

Cil bon destrier braidoient et hennissent, 

Et li païen si comme chien glatissent*, 

Requièrent Frans que point ne resortissent. 

Les plus espois rompent et départissent*. 

A icest poindre* en i a mors .vij. mille. 



* Blanche. 

* Que l'un entend de très 
loin. 



* Année. 

* Aboient comme chiens. 

* Attaquent Francs sans 
rccuter. 

* Séparent. 

* A cette pointe. 



CCCXVIIL 



Ogiers chevauche, qui coars ne fu onques ; 

Quant des Fransois vit la compaingiie* rompre, * Compagnie 

Thierri apelle à cui proesce habunde, 

Joiffroi d'Anjou et Ammauri le conte. 

]\Ioult fièrement Karlemainne arraisonnent : 

n Vez des* païens com ocient vos homes. 

Jà Deu ne place qu'en chief * portez coronne 

Sen'i ferez* por vengier vostre honte. » 

Lors n'ot pooir que .i. seul mot responde. 

Laschent lor resnes, lor chevaus csperoiment 

S'es vont férir* là où il les encontrent. 



* f'oye: les. 
' / J)ieu ne plaise qn'cn 

trie. 

* Si n'ij frappez. 



* Et ils les vont frapper 



CCCXIX. 



Bien i féri Karlemaines li rois 

Et li dus* Naymes et Ogiers li Danois, * Et le duc 

Joiffrois d'Anjou qui l'enseingne portoit. 

Baligans vit son compaingnon chéoir. 

Et Aubertin mort jésir* devant soi , * Être gisant. 



(v. I0.-.9'..) , DE RONCEVAUX. " f>87 

Et Mahommet cnz el champ remanoir* ; * Rester. 

Et Baligans adonques* s'apersoit * Alors. 

Que il a tort et Karlemaiue a droit. 

Karles a dit à ses barons fransois : 

« Ferez*, baron ; car noslres est li droit. » * Frappez. 

Et cil respoudent : « IN'eu soiez en effrois. 

Touz soit honnis qu'an cest besoing recroit * ! » * Recule. 

cccxx. 

Passe U jors, si revint la vesprée * , * La soircc 

Franc et païen i Aèrent* des espées ; * Frappent. 

Mais lor enseignes n'eu ont pas oubliées. 

Rois Baligans avoit Perse escriée, 

Karles Monjoie., l'euseingne renommée; 

L'uns connut l'autre à lor vois qu'orcnt clères , 

Enmi le champ ambedui* s'encontrèrent, * Tons deux. 

Vont se férir*, grans cops s'entre-donnèrent "Frapper. 

De lor espiés sor les boucles dorées. 

Fraint sont errant* sans phis de demorée'*, l^netard!" '"'" '^'' '"'''' 

Et de lor broingues* touz les paus dépannèrent; * entrasses. 

Dedens les cors mie ne s'adésèrent*, ' .Vc s'arrêtèrent. 

Rompent les ceingles, les lances tronsonnèrcnt , 

Jus* des arsons andui*' il se versèrent, * Fn bas. ** Tons deux. 

Isnellement* sus en pies relevèrent. * Rapidement. 

Ceste bataille u'iert jamais dessevrée*, * séparée. 

Sans home mort ne puet estre finée. 

CCCXXI. 

Bons vassaus lu Karles de France douce^ 

Et Baligans n'el crient ne ne redoute : 

« Mon lil as mort, dist Baligans adonques*, * Alors. 

Et à grant tort nostrc païs chalonges *, * Revendiques. 

Devieu mes hom, en (lef le te randrommez. » 

CCCXXII. 

Charles a dit : » Trop m'as dit grant viltauco*, * / Uenit. 
Pais ne omor ne doi à païen randre ;"■ 



288 LE ROMAN (v. 10025.) 

Mais croi en Deii, le père oiimipotante*; *Toiit-]niiss,nu. 

Crestiiens soiez , et je t'ammerai sempres*. » *Toiit de suiie. 

Dist Tîaligans : « IMaP sermon me présentez ; * Mauvais. 
Miex voil niorir de l'espée qui tranche. » 

CCCXXIII. 

Baligans fu de moult très-graiit vertu * ; * Force. 

Férir va Karle desor son elme* agu, * Heaume. 

Que Hors et pierres en a jus* abatu ; * En bas. 

Prinst de la char bien plaiune paume, ou plus. 

Iluec remest * Il os tout nu à nu. * Là reste. 

Karles chancelle , a poi* que n'est chaiiz** ; * Peu s'en faut.** Tombe. 

JNlais Dcu ne plot * qu'il onques vaincus fust. ** A Dieu ne plut. 

Sains Gai)riel est repairiez * à lui, * Revenu. 

Qui li a dit : « lié Karles! que fais-tu? » 

CCCXXIV. 

Charles oï la sainte vois de l'angre*, * De l'angc. 

Qui li dist : «Karle, n'aiezde mort doutance*.» * Crainte.' 

Lors li revint vertus et ramcmbrance*, * Farce et mémoire. 

Fiert* Baligant de l'espée qui tranche , * Frappe. 

Fent-lui la teste, fait la cervelle espaudre; 

Toute li tranche jusqu'au la barbe blanche, 

Que mort l'abat iluec sans remuance*. * Là sur place. 

Moujoie cscrie por sa reconnoissance *. naul'e '"'' '^"'"^ recon- 

Aicest mot i est venus dus Naymmes. 

Païen s'enfuient, que n'i font remanance *. * Scjour. 

Or ont Fransois tout ce que il demandent. 

cccxxv. 

Païen s'enfuient ainsiz com Dex le weult ; 

Franc les ànchaucent*;, et Karles avec cuis. * Poursuivent. 

Dist Karlemaines : « Seignor, vengiez-vos d'culs. 

Ci esclairons nos taleus* et nos cucrs, ^nêtn"' ''''""' '" ""* '"'* 

Car hui matin vos vi plorer des ieuls. » 

Oient Fransois : « Aiusiz le noz esteult*. » * Ainsi le nous faut-il. 

Chascuns i fiert* si graus copscom il puet. * Frappe. 



(v. lOGOG.) DE RONCEYAUX. 

CCCXXVI. 

Clers fu li jors, et graus leva la poudre*. 
Païen s'eufuient, et Fransois laissent cône. 
Li enchaus dure tresques* en Sarragoiice. 
Desor la tor est montée Braïdomnie, 
Bien a véu les Arrabis confondre ; 
Le roi iMarsille en apella adonques '. 
Elle li dist et ne li cela onques : 
« Gentiz rois sire , jà sont vaincu voslre home, 
Et Baligans si est ocis adonques. » 
Oit-la Marsiles, vers la damnie se torne, 
Plore des iex, la teste aval embroncho * ; 
Mort est à duel*, car ses péchiés rencombre. 

cccxxvir. 

Mors est li rois , païen toruentj en fue *, 
Et Karles a la bataille vaincue ; 
De Sarragoce a la porte abatue ; 
Or seit-il bien que n'iert mais* deffendue. 
Preut la cité, la gens est confondue ; 
Et par lor force, que De\ lor a créue *, 
Nostre Fransois icelle nuit i Jurent*. 
Bor* est li rois à la barbe chenue; 
Et Braidamonde, qui paor' a eue, 
Li a la tor délivrée et randue. 



289 



La ])oiissicre . 



La iha.sscdiU('ji(;^qiic. 



'Alors, 



Baissé. 
* Avec douleur. 



* Fuite. 



* Ae sera })lits, 

* Arcrue. 
Couchcrcnl. 

* /'alllunt. 
*Peur. 



CCCXXVIIf. 

Passe li jors et la nuis est série *, 
Et luist la lunne , les estoiles flambicnt \ 
Et li rois Karles a Sarragoce prinse. 
A. iij. RL homes a fait cerchier* la ville, 
Les sygnaguës et les mahomineries * 
Ont abatues et en .i. mont* Iroissies, 
Débrisié ont Mabommet et les ydies*. 
Braidamonde à Karlou a la fort tor baillie 
Li rois a une église en la cit* establio. 
Et .vij. évcsque li ont bien bénéic, 

LE UOMAS DE KONCEVXUX. 



* Fouiller. 

* Mosquées. 

* Eu nu mouccaii. 

* Idoles. 

* Cité. 

25 



2!;() LE ROMAN (v. io3hH.) 

Pciiens incDarent a la baptizerie : 

S'il i a cel* qui Karlou ost** desdirc, "S'il y en « nu. ""Ose 

Tout crranimcnt* li lait perdre la vie. * Tmit de snitc. 

Là se baptisent cel jor plus de .vij. M. 

Im) France an ierf menée la roinne. ''En sera. 

CCCXXIX. 

Passe la nuis, clers ap|)arut li jours. 
De Sarragoce a li rois prins les tours ; 
Dou sien barnaige*, qui est chevalerouz, ' .yablcssc. 

Mû chevaliers i laissa des plus prou/: , 
Gardans la ville avec rcnipcreour. 

Et Karles monte et si bon poingneour* , * El ses bons ijnerrk-rs. 

Et la roïnne enmainnent avec ouz; 
En Rouscevax en vinrent, là mainiicnt granl 

dolor.] 
CCXXX'. 

Grans fu li diaus* la nuit en r«.ousccvauls, * La donUur. 

La clartez luist qui part des estavauls* ; * Ten'es. 

Nus* n'i fait joie, ne clicvelus nechaus**; *^«^ *''Chanve. 

Ne n'i menjue palefrois ne chevax, 

S'erbe sanglante ne paist par ces terraus : 

IMors fu llollans, li uobiles vassauls. 

Sor Olivier jut uns cuens* de Frontauls. *Fut conrhê nn comie. 

Cil fu ses oncles et ses amis cbarnaus* ; * Charnel, iniimr. 

H en fist duel, ainz nus hom* ne fist tauls ** : I/'j^''^ ""^ '"""""■ 

« Bias niés*, dist-il, de vostremort estdiauls**. *ncanneren. ** Danh-nr. 

Laissié m'avez vaslez et jovcnciauls. 

Moult miex en iert* mcsire sains Marciauls, *nien mienr en sera. 

Touz ses monstiers en iert* fais à quarriaus. *Toiiic sun église en sera. 

Li ors des tables ne sera mie faus , 

Bien iert assiz à pierres précianls, 

A clouz d'argent i iert mis li cristauls. 

.iiij. c. moinnes i métrai générauls, 

Qui chanteront les messes mortuauls; 

Je ferai .faire .ij. maisons monniauls * ; ''En romnuinann'. 

.ij. M. povres i métrai communauis, 

* La grande lettre qni conunri.cice c'Jiijilel indiijiie Une uunvBllc branelw. 



(v. 10721.) ■ DK UONCKVAUX. Sîjl 

Oui tuit auront et miches et meriaus* " ^f(-■rcau.v, jv:o)is de pn- 

VX proici'ont por les barons loiauis 

Nostre Seignor que il les face sans* ; * Savfs. 

Kn paradis, qui tant est clers et biaus, 

Là les conduie li Père esperitauls* ! *Spiriiii(i. 

Karles esgarde et les mons et les vauls, 

Lors vit jésir * les nobilcs vassauls : * Être gisanis. 

Tel dueP en fist l'emperères loiauls, 'Telle douleur. 

De sou mantel desrompi les tassiaus*, *Ar,rafes. 

Et vint avant desouz .ij. aubrissiaus. 

On ii affumble unes hermines piaula*. * Des peaux d'hermine. 

Ogier apelle et le conte Douraus , 

Naymmon le duc qui touzjors fu loiaus : 

« Baron, dist Karles, cist deuls* nos est nou- *Cc chagrin. 

[viaus. 

Faisoramcz bierres de verges et de i auls*, * Pieux. 

Où nous mctronz ces nobiles vassauls*. * Nobles guerriers. 

Demain à l'aube, quant chantera li gauls* , * Le coq. 

Et lèveront ces estoilcs jornauls *, * De jour. 

Si wisderons* les tertres et les vauls : * Xous évacuerons. 

Oster voidrai cest duel* de Ronscevax. » *Ce deuil, cette douleur. 

CCCXXXL 

Nostre empcrèrcs va forment* souzpirant , * Fortement. 

Duel ot et ire* de son neveu Rollant * j)ouieureut et chuririu. 

Et d'Olivier, le hardi combatant, 

Des .xij. pers qui tant par ièrent * franc ; *Qui tant étaient. 

IMoult par les vait doucement rcgrolant : 

« Biax niés, dist Karles, coni niar vosamai tant * ! ^„*^'^''î, 

Ahi! fel Ganes, porquoi traïz Rollant, 

Rlon bon neveu , le hardi combatant 

Qui onques fust ne jamais soit vivans. 

Le plus fort membre qui m'aloit souztennnt , 

Qui me faisoit dormir séurement? » 

Tel duel* ot Karles, ne pot aier avant; * Telle douleur. 

Sor une pierre s'est tornez en séant. 

Ans .ij. ses poins vait* li rois détordant. *Ses deu.v poings va. 

Sa blanche barbe vait li bcrs ' délyrant. * i.e brave. 

Li emperères vait tel duel démenant, 



vous aimer. 



•>92 LE ROMAN (v. 10707.) 

Tuit li baron s'en vont moult merveillant. 

Ogiers et Naymes en sont venu avant : 

« Sire, font-il au roi, que vos démentez* tant? * Pourquoi vousiamentpr. 

Perdu avez vostre neveu Rollant 

Kt Olivier le hardi coinbatant , 

Les .\ij. pers treslouz communément. 

Par Ganelon, le cuivert souduianl", * Le perfide traitrc 

Qui les vendi à la païenne jant. 

Au roi INIarsilIe en a fait marchié grant, 

Il en a prins et or (in et arjant. 

Sire, l'ont-il, por Deu le tout-puissant, 

Car nos livrez le euivert souduiant* : * Le lâche perfidn. 

Nos en ferons la justice si grant, 

Jamais n'iert* jors en tout vostre vivant "Ne sera. 

Que n'en paroillent* chevalier et serjant. " * Parlent. 

— « Baron, distKarles,àtoutvoslrecommant*! »* A vos ordres. 

Aprez le duel* va ii rois sommeillant. * Le chagrin. 

Lors le couchièrent à la terre gisant. 

Au chiefMi ploient .i. mantel auffriquant **. *A la tùte. ** Africain. 

Desor lui tendent .i. pavillon si jant, 

Por la chalor qui l'aloit aproehant. 

Li rois se dort, puis se liève en estant*, * Sur son séant. 

Que la cbalors le vait si eschauft'ant; 

Ramembre-lui* de son neveu Rollant. * // lui sourient. 

Li emperères s'est dresciez en estant, 

Entre les mors va son neveu quérant; 

Quant il n'el trouve, moult a le cuer dolant*. *C/iagrin. 

11 s'est tornez par devers orianl, 

Fist sa proière soef * en sozpirant : * Doucement. 

« Danielde)i Père qui formastez Adan, 

Evain féistez, sa moillier ausiment*, * Sa femme pareillement. 

D'unne des costes de Pomme voirement*, * Traiment. 

Por ce est-elle en son commandement. 

Terre féistez et le ciel ausiment*, * Pareillement. 

Soleil et lunne reluire clèrement, 

Et en mileu pozas le firmament. 

Et saint iMicbiel feiz ocirre le serpent, 

Et de la Virge nasquis certainement, 

Et fustez né>, biaus sire, au Rotlileant ; 

.\xxij. ans alastez vos amis porcliasanl *. * nechcrchant. 



DE RONCEYAUX. 



293 



^'ostres niirncles furent apparissans : 

De .V. pains d'orge et d'un poisson noant* 

Furent peu* .xxx. millier de jant; 

Et en la crois vos pandirent tyrant * , 

Kt el sépulcre fustez couvers en rcponnant* 

llésuscitas au tiers jor voirement* , 

Anfer brisastez sans nul demoremenl* , 

Touz vos amis en gietastcz ersant*. 

Dameldex * Pères, tout ausi voirement 

Com ce fu voirs*, g'el croi à escient, 

Si me donez ice que désirré ai tant : 

Ce est le cors de mon neveu Rollant. 

Dex , aiez s'arme* par le vostre commant**. « 

Li emperères s'est dresciez en estant* , 

Saingna* son cliief par merveillouz ahan**, 

Vint au destrier, si monta en plorant; 

L'estrier li tint ^'aymnies qu'il ama tant. 

Souvent resgarde et desrière et devant; 

l'^t Fransois plorent par l'ammor de Rollant. 

Karles esgarde* vers Espaingne la graut ; 

Desoz .i. aubre foillu et verdoiant, 

Là jut* li cors que il désirre tant. 

Li emperères i est venus esrant* , 

'fresques au cors ni ala arrestant, 

Descent à terre dou bon cheval corrant , 

Si s'agenoille lez* lui en souzpirant, 

Devers les pies toucha le cors devant, 

Touz frois les sent, lors ot le cuer dolant ', 

Enz en la bouche li mist son doit plus graut. 

Par grant dolor li ala estraingnant : 

« Biax niés*,dist Karles, por vozvoifoloiant** ; 

A poi li cuers ne me va partissant*. » 

rsostre emperères est chaiiz en pasmant, 

Por soie amor en i pasmèrent .c. [faut, a 

« Hé Dex! distNaymmes, or voi-jo sous d'an- 

Et si baron li vont tuit escriant : 

« Porquoi t'ocis, bons rois, nos iex volant* ? 

Veez quoi gent vos traient à garant*. 

Se il voz perdent, que feront en avant* ? » 

— « Baron, dist Karles, por noient parlez tant, 



* gageant. 

* Repus. 

* Bourreaux 

* En cachette. 

' Le troisième jour vnii- 
mrnt. 

* Retard. 

* Sur-le-champ. 

* Dieu le. 

* frui. 



* Son âme. 
dément. 

* Sur son se mit, 

* Signa. 



Commnn- 



"Effnrt. 



* Regarde. 

* Fut couché. 

* Tout de suite. 



* Près de. 

* Oiagrin . 



* lieau vcveu. '* rai.i, 
fiiisanl folie. 
' l'eu s'en faut que le 
cœur ne me parle. 



* Maintenanl. 



* Sous nos T/eux. 

* Comptent sur votre pro- 
tection. 

* Dorénavant. 



2 5. 



2!)i. 



LE ROMAN 



I0S:i7.) 



.là veez-vos le dammaige si grant, 
^^^urai mais* joie en trestout mon vivant. 



* l'IllS. 



CCCXXXII. 

Nostre emperères et ii franc poingneor* * Comhattants. 

En Ronscevax vinrent à grant dolor 

Dès ci qu'au main* que clers parut li jors. * Malin. 

Li solaus luist qui donne grant clialor, 

Moult reluist clers enz loriers et enz flors. 

T.ors s'esvoillièrent li prince et li contor*, * Et 1rs comtes. 

Les .xij. oompaingiions enterrèrent le jor, 

ïMais que* Rollant, le bon combateor, *.s7 re n'est. 

Lt Olivier, le hardi féreor * : * Frappeur. 

Mener les volt* li rois de grant valor * /'ouint. 

Dès ci qu'à* Blaivies, sa cité, par amor ; * Jusqu'à. 

Là les fera enterrer à lionor. 

Lor palefrois cnscllèrcut pluisor, 

Chargent les hierres, dont au cuor ont dolor. 

Li emperères à la fière vigor 

Rollant embrace par foi et par amor. 

Li cors fu roidcs, n'i ot point de chalor; 

]\[ais en la face ot un poi * de coulor. * Un peu. 

Plainne ot la bouche de sanc et de suor, 

Les iex dou chief* tornez en léuébror** : 

« Baron, distlvarles, or voiez grant dolor. » 

Lors recommancent li grant et li menor*. 

Par toute t'ost ot tel noise* et tel plor, 

Nus hom* de mère n'oït onqucsgreingnor*' 

Le roi apellent li baron vavassor : 

« Chevauchons, rois, n'i ait point de séjor *. 

En douce France ont de nos grant paor* 

Serors et frère et nièces et nevou ; 

Qu'il ne nos virent passé a jà * maint jor. *// ;/ a di'jà. 

Dedens Espaingne avons eu dolor, 

Perdu avons maint vassal poingneor*, ' Comhaiiant. 

Dont douce France sera en ténébror. » 



l.'s yeux de la tctr 
' Obscnritc. 



El les moindres. 

* // ?/ eut tel hruit. 

* \nt homme. " 
ijrand. 



* ira m 

* Peur. 



CCCXXXII I. 

— « Seignor, dist Karlos, por Deu le fil INLnrie, 



(v. I0S72.) 



DE RONCE VAUX. 



Tant sui dolans et plains de desveric *, 

A poi que l'arme* ne m'est dou cors parlie. 

Où est la mors, que ne me toit* la vie, 

Quant j'ai perdu ma douce baronnie, 

Les .xij. pers qui sont mors par envie? 

Mes niés * Rollans, qui la chière ot ** hardie, 

Et Olivier ne puis oublier mie : 

Lor armes* soient en célestial vie! 

Alii, Girart! com grans diaus vos envie* 

La mors des contes dont vos ne savez mie! 

Vostre nièce Aude, la preus et rescbavic', 

L'ammors d'euls .ij. est toute départie* : 

Ce m'a fait Ganes, qui sa foi m'a mentie , 

Qui les vendit à la gent païenie; 

Honte en aura aiuz l'ore* de complie. » 

Karles a pelle Ricliart de ?sormendie 

Et '.\ Aymeri qu'ierl* sires de Pavie : 

« Gardez-moi Gane, qu'il ne vos eschnp mie; 

H sera ars* ou pandus por s'anvie**, 

Sa traïsons li sera bien mérie*. » 

Quant li rois ot sa raison défenie*, 

.j. poi plora, car li cuers li souplie* ; 

Li cuers li faut*, la parole li lie. 

Lors s'est assiz soz l'aubre qui verdie , 

Dcsus IS'aymmon à la barbe florie* 

S'est ai)oif z voiant sa l'arounic. 



*nepu. 

* Peu s'en faut que Viime- 

* M'enlève. 



* Mon ncven. ** La fiqnrc 
eut. 



Leurs âmes. 
* Comme f/7-au(l (Jdulni 
vous envoie. 



* L'accomplie. 

' Se parce. 



* Avant l'heure. 

* Et sire A . qui était. 

* Brûlé. ** Son envie. 

* Récompensée. 

* Finir. 

* Devient souple. 

* Le cœur lui mauqur. 

* niaur/u- 



CCCAXXIV 



Duel ot* li rois qui s'apuie à îsaymmon; 
Devant lui gisent li douze compaingnon, 
Cbascuns couvers d'un vcruioil syglaton*. 
Karles apelle et Joifroi et Guion : 
« Seignor, dist-il, par Deu, quel là ferons? 
Mal m'a bailli li fel cuens* Ganelons. 
Li siens services me tome à mesproison* : 
Jhésus de gloire l'en rande gucrredon* ! 
Si aura-il, se longuement vivons, 
l-'aisons-le bien, nos amis enterrons. 
Que n'es menjussent* ne liepart ne lyon , 



' Douleur rut. 
' Kiofle de prix. 



* Traité le félon ronitc . 

* A crime. 

* Récompense. 



* Pour que ne les inan- 
(jrnt. 



296 



LE ROMAN 



Ne ors sauvaigc ne serpent ne grifon. » 

Et cil respondent : « Comment les averon*? 

Tant i sont mort païen et Esclavon, 

Turc et Persant et Bédiiin félon. » 

Karles respont : « Voz ditez voir*, baron; 

Car nos metons trestuit* à orison. 

Chascuns proitDeu', selonc s'enteiicion, 

Qu'il nos en face voire* démonstrisoa 

De ceuls de France, dont tel dammaigc avonz. 

En son service sont ocis li baron. » 

Atant* se maitent trestuit à orison. 

Li rois méismez en llst affliction : 

« Dameldex Pères, par ton saintisme* non, 

Terre féiz et mer par devison , 

Et le saint ciel à vostre élection*, 

Et barberjastez enz en l'ostaT Simon 

Quant à Marie féistez le pardon , 

Qui mist ses iex sor vos piez à bandon *. 

Iluec plora par bonne entencion , 

Vos pies lava entor et environ , 

Vos l'an levastez amont par le menton , 

De son service ot moult bon guerredon * : 

En ton saint ciel, en ta commandison*, 

Emportas l'arme*, si que bien le seit-on. 

Sains Esperis , si com nos le créons , 

Faitez sevrance*, que ma gent connuisons, 

Ainz* que m'en aille enterrer le puist-on. » 



Les aurons- nous. 



* J'rni. 

* Mettons-nous donc tous. 

* Prie Dieu . 

* fraie. 



Alors. 

* Très-saint. 

Cfioiv. 

* El logeûlcs (hnis la mai- 
son de. 

Entièrement. 



* Récompense. 

A ta recommamlation . 
Lénine. 

* Sf'paralion. 

* Avant. 



CCCXXXV. 



Nostre empcrèresora le cliief enclin*, 

Et li viel home et li jone mescliin* 

Et li Normant, IMansois et Angevin, 

De maintes terres li conte palazin. 

Sor touz les autres ora li finis* Pépin : 

« Dameldex Pères, qui iestez vrais devins*. 

Le jor féistez et la nuit autresiz* 

Et mer et terre dès ci qu'au IMarmorin , 

Et convertis saint Pol et saint Fremin, 

Et je sui vostres dès ci que* en la fin , 



* Pria la tète basse. 

* Les Jeunes garçons. 



* Pria le fils de. 

* Dieu. 

* Pareillement. 



* Jusque, 



(v. toniG.) DE RONCE VAUX. 297 

Faitez sevrance* don lyngnaige Caym, *Scparation. 

OiH', crestien netornent à déclin 

La nois* du ciel i tramist sains IMartin, *La neige. 

Qui en sevra le lyngnaige Caym; 

Car sor chasciin fist croistre .i. aubcspin. 

Kncor les voient li gentil pèlerin 

Qui à Saint-Jaque en vont le lor chemin ; 

Si feront-il dès ci que* en la fin. i- * Et ils feront jusque. 

Karles se dresce , si tint le thief enclin *, ' La tHc baissée. 

Ses iex essue au pan de son hermin. 

CCCXXXVI. 

Charles se dresce , si a fait .i. souzpir, 

Voit toute l'ost à une part jésir*; * Être couchée. 

De Sarrazins ne pot .i. seul choisir*, * f'oir, distinguer. 

Car Dex les fist espines devenir 

Poingnans* et aspres, si ne porent florir. * Piquantes. 

« Baron, dist Karles, bien devons Deu servir, 

Nus ne se doit esmaier* de morir. * Émouvoir, préoccuper. 

Vez vos an)is à la terre jésir : 

Franc chevalier, pansez de l'enfoïr. » 

Et il si* firent, que n'el voldrent guerpir**. 

A piz * agus fout les charniers ouvrir, * A pics. 

.1. cens font en .i. lieu couvrir : 

<> Ha Dex ! dist Karles, or devroie morir 

Quant tex* barons voi en terre porrir * Tels. 

Par oui soloie* reposer et dormir, * ./'tirais contume. 

Qui me soloient mes grans os esbaudir *, 1^';;^ grandcstrouprs ani 

Et mes batailles sor Sarrazins fornir, 

Et la loi Deu essaucier* et tenir. * Gratter. 

Or m'estevra * les grans painnes souffrir, * Maiutinaniit uiefauiim 

Porter mes armes et mon escu tenir. 

Moult ai dur cuer quant il ne puet partir-, 

Mais nostre Sires ne le weult consentir. 

Mon boiseor* faitez avant venir; * Fourbe. 

Voiant vos touz le forai jà saisir, 

A grans chaaines et fermer et tenir, 

Qu'il ne s'en puisse esebaper ne fuir, 

Ne nus' de vos n'el devroit consentir; *M nul. 



* .linsi. •*.Ve le voulu- 
rent laisser. 



298 



LE ROMAN 



(»•. I0CS3.) 



IMais par la barbe dont j'ai !c poil flori*, 
M'i a celui, s'il s'en ose aliatir*, 
Don rcspitier* ne don plus retenir, 
Qu'ensamble o lui n'el conveingne* morir. 



Blnnc. 

* Mrh-r. 

*J)'ij apporter ihi rrpil. 

* Avec lui ne lui faille. 



CCCXXXVII. 



Noslrc emperères se dresa en estant*, 

Le ciel esgarde* par merveillouz sambiant, 

Vit la clarté et les angres* chantant 

Qu'en vont les armes* a grant joie menant. 

T.es cors enterrent Borgoignon et Normant. 

Ainz*qu'an partissent, i fist Dex vertu ** grant 

Parmi les tombes vont les corrcs* naissant, 

Bêles et droites, fresches et verdoiaus, 

Qui à touz jors i seront apparans. 

Copent les branches escuier et serjant 

Por bierres faire, dont trestuit sont dolant*. 

Desus levèrent Olivier et RoIIant 

Et l'arcevesque cui Dex parama* tant, 

As fors sommiers' les font porter avant. 

De Ronscevax sont issu a'itant*. 

Là plora Karics et Naymmes li vaillans, 

VA li Danois qui ot le cucr dolant*. 

lluec* refont la criée si grant, 

Nus hom de char * n'i oïst Deu tonnant. 



* Sur son séant- 

* Regarde. 

* Les anijes. 

* Les dmcs. 

* Avant. ** Miracle. 

* Cormiers, 



* Charjrins. 

* Que Dieu aima. 
Chcrau.r de cJiar//e. 
Sortis ù ce moment, 

* C II a y ri n. 
*Là. 

* .\iil homme de rluiir. 



CCCXXXVIIL 

Quant Karlemaine ot sa gent enterrée 
Et la compaingne * qui fu bonne et onrée**. 
Qui à duel * fu eu Ronscevax trouvée, 
Chascuue bierre fu moult bien atornéc*, 
Sor les sommiers et chargie et troursée. 
Des .xij. pcrs fu moult France avillée*. 
Plora li rois à la barbe meslée , 
Souvent se pasme sor la selle dorée. 
Les pors passèrent .i. poi ainz l'ajoruéc *, 
A Saint- Jehan vinrent à la vesprée * : 
Là harberja* la gens qui fu bssée. 



"Compagnie. " Et ho'i- 
norce. 

* Avec douleur. 

* Arrangée. 

* Décime. 



* Un peu avant le jour. 

* En la soirée. 

* Logea . 



V. 1117.] DE UO.NCEVALX. * 5UiJ 

JN'i véissiêz ne tertre ne valéc 

]\e tombe nulle, tant par fii grans nubléc *, * nnvii/iard . 

Où feu n'cust' ou cliandeille alumée. *.>'</ aU. 

l">ntor les bicrres fu moult grans la criée, 

Par toute l'ost est la noise * levée. * Varmcc c\-t le hruii. 

CCCXXIX. 

La nuit i jut* nostre emperères ber*'. *Cni«i,„. *' ruiUani. 

V.x\ son les* lances font cierges alumer. 'An bout des. 

Ikiec fist Karles .1. monstier estorer*, ' Élever une cgUsc 

Por son neveu Saint-Jehan apelicr, 

Au pié des pors si com* on doit passer. * Auih que. 

IMaiut bon vassal i véissiez plorer, 

Lor poins détordre et lor clievex tirer, 

Lor dras de soie desrompre et dcscirrcr. 

Li emperères n'en puet .i. conforter' ; * Consoler. 

West pas merveille, nus* ne l'en doit blasmer, ' \ui. 

Quant cil est mors par oui sieult* reposer : * Avait coutume de. 

Ce est Rollans, qui moult fait à loer, 

F^t Oliviers, qui tant par estoit ber*, *Tant était brave. 

Qui faisoient souz euls terre trambler, 

Païenne genl baptizier et lever. 

Trestouz li nions* devroit por culs plorer. * 'foui le monde. 

Quant Karles vit au matin ajorner *, * Foire jour. 

Ganelon fist devant lui amener, 

Girart d'Oriiens, Guion de Saint-Omer, 

Joiffroi d'Anjou, que il puet tant amer : 

n Baron, dist Karles, je voz ai fait mander. 

.j. mien service vos voldrai commander : 

.c. cbevaliers me faitez conraer *, * Équipei'. 

Par la gastine* voz convient à aler * Désert, solitude 

Droit à Vianc à dant Girart le ber* ; * A sire Girard le brave. 

Ditez au duc que veingne* à moi parler * fiennc. 

Va m'amaint * Aude qui tant a le vis ** cler. * M'omi-ne. ** nsu<jc. 

.le la cuidai* à mon neveu donner ; * Je la crus. 

ÎNIais Ganelons les a fait dessevrer*. » * Séparer. 

Lors se repasme Karlemaiucs li ber*. * Le bravi-. 

Naymmcs le l'ait desor lui enclinner, 

I t sor son cors .i. petit* reposer. *//; /"•" 



300 



LE llOxMAN 



(v. 11054.) 



Li rois revint, ceiils priust à rcsgardcr : 
« Baron, dist-ii, puis moi en vos fier? 
1! vos estuet trestouz sor sainz' jurer, 
Et touz iceuls que vos devez mener. 
Que vos ferez ceste dolor celer 
Tant que je puisse au duc Girart parler 
Va à bêle Aude, que voldrai conforter. 
Se je lor puis icest graut duel embler*, 
Plus en auroie le cuer et sain et cler. 
S'ainsiz n'el faitez, je n'i porrai parler, 
Ainz* li verrai le cuer dou cors crever. » 
Lors fist li rois reliques aporter. 
Quant ont juré, si s'en vont adouber*; 
Es chevax montent, si pensent del esrer * ; 
Et l'emperères fait ses graisles * sonner, 
Tout droit à Blaivies fout les bierres porter. 
Lors se pasma li rois, qui tant fu ber*. 

CCCXL. 

Quant l'emperères revint de pasmison 
Et duc et conte qui furent environ, 
Karles apelle Bazin le Borgoingnon , 
Garuier d'Auvergne et Guion et jMilou : 
« Baron, dist Karles, entendez ma raison. 
De mon service vos proi-je et scmoing* 
Que me faiciez sans nulle contanson*. 
Je vous voil ci deviser .i. sermon : 
Vos en irez à la cit* de Jtlascon 
l'or ma suer Gille h la clerc fasou*. 
Celle fu famé au riche duc jMilon ; 
Puis la donnai au conte Ganelon. 
Randu m'en a .i. mauvais guerredon*. i> 
Et cil respondent : « Faillir ne vos devons. » 

CCCXLL 

■— n Franc chevalier, cncor vouz dirai àl *. 
De chevauchicr ne vos soit mie mal. 
En chascun lieu où vos panroisostal*. 
Celez moult bien le dammaige mortal ; 



* Il vous faut tous sur re- 
liques. 



>• Eulevcr celle gronde 
douleur. 



Mais. 

* Armer. 

* Et pensent à cheminer, 

* Clairons. 

* Brave. 



Somme. 

* Conh'slalwn. 

* La cité. 

* Face, /it/urei 



* Récompense. 

* Autre chose. 

* Prendrez logement i 



(v. iio«9.) DE RONCE VAUX. 301 

Ditez ma suer*, qui a le cucr loial, * Dites à ma sœur. 

De grant lionor oiiques ne pansa mal. 

.le la donnai au traïtor mortai 

Qui m'a tolu* maint uobile vassal * -Enlevé. 

Et, a bien prez, ma coronne roial. 

Jhésus l'en rende .i. si fier baplistal*, * Châtiment. 

Que touz ii mous l'en esgart communal* ! » * En suit instruit. 

CCCXLII. 

Li .V. baron que rois Karles semont*, ^Convoque. 

Congié demandent, puis montent, si s'en vont. 

Tel duel * ot Karles, que mol ue lor respont ; * Douleur 

Apoi* que il por la dolor ue t'ont. ''Peu s'en faut. 

Et cil chevauchent quant de l'ost* parti sont ; * De Varméc. 

Une redoutent ne val, ne plain ne mont, 

Prochiennement arrière revenront , 

La seror Karle* avec euls amenront. * La sœur de Charles. 

Ha Dex, quel duel* quant il assamblerout ! * Quelle douleur. 

Quant Aude et Gille ensemble i euterront. 

Tel duel auront, jà .i. mois ne vivront. 

CCCXLIII. 

Li rois chevauche, qui est mis el rctor, 

Par la gastinue* en la Terre major**. l^nd/l^ni^ia r*ranff. 

Fransois regretent durement lor seignor : 

« Hé Rollaut sire , quel duel* et quel tristor! * Douleur. 

Qui doura mais* ne chastel ne houor** ' Qui donnera désormais. 

Ne arméure ne destrier missodor * ? « * De pri.v. 

Mcnnent à Sorges, la harbergent* le jor * Logent, campent. 

Sor la rivière qui est de grant va'.or. 

Là vint au roi grans diaus* et grans irors **, * chafjrin. ** Humeur. 

Car li traîtres li eschapa le jor : 

Ce est fel * Ganes par cui vint la dolors * Le félon. 

Dont toute France est mise an téncbror. 

Ganes s'adoube* com hom de grant vigor, * S'arme. 

El destrier monte Garin de IMonsaor, 

Kn fuie tome , n'ot cure de séjor '. * De s'arrêter. 

Quant la nouvelle vint à l'empereor : 

« lia De.x ! dist-il, se pers * le traïtor, * Si je perds. 



30-> 



LE IKIMA.N 



.là en ma vie u'avcrai mais Iioiior. 
Or i parra *, se j'ai nul poingneor*' 
Qui le panra*, je licroistrai s'ounor** 
Et en sa vie iert* saisiz de m'amor. » 
Fransois entendent le dit* de lor scignoi-, 
.M. i saillirent * à force et à vigor. 
Avant sont trait maint destrier missoudor* 



* Mainleudiil il y païui- 
tra. "' Comhdiiiiiit. 

* Prendra, **Soii bien. 

*Scra. 

* La parole. 

* S'ij claiicèroit. 

* De 2'rix. 



Dès ci qu'au vespre* ne prinst nul d'euls séjor. * jusqu'au noir. 



CCCXLIV. 

Fuit-s'en fel Ganes sor .1. destrier noroiz % 

R'aler s'en cuide enz ou règne espaignois* 

Ou à Toulouse ou à Chastel iMonroil. 

Par grant vertu se lièvent li Fransois, 

Plus de .ij. M. l'en enchaucent manois*. 

Dans Otlies sist enz ou * destrier norois , 

ïouz eslaissiez* s'en va devant Fransois, 

Forment l'enchauce* parmi les vaus d'Orgois, * Fortement le poursuit. 

Et li esclot* de son chevcrl sont frois. * Les sabots. 



* De Morwcr/c. 

* Il croits'eii rctournerau 
roi/aumc d'Espagne. 



* Poursuivent à Vinslanl. 

* Sire O. est assis sur te. 

* Bride abattue. 



CCCXLV. 

Par la gastine * s'en va Ganes fuiaiit 
Vers Sarragoce, la terre à l'ammirant*-, 
Passa .i. tertre et une eve * corrant. 
Lez .i.* chemin vit une gent esrant : 
Marchcant sont, si vont foires quéranl*. 
Il les salue tout premerainnemcnt*, 
Si lor demande quel part il sont esrant 
Et des chemins comment sont acuitanl ' ; 
« Sire, moult bien, » dient li marclieant. 
Et a dit Ganes : « A Jhésu vos comn.aiil' 
Seiguor, dist-il, alcz séurement. 
rs'a home eu terre n'eu cest siècle vivant 
Qui jà vos loille* .i. denier vaillissaut. 
Passez les pors, n'alez mie doutant*. 
Les chemins gardent Oliviers et llollans ; 
Mais une gent me vont ci enchausant*. 
Je lor ai mort* .i. chevalier vaillant ; 
Je n'en [ oi * mais, car moi fu defl'andant. 



* Par la solitude 

* L'émir. 

* i ne eau. 

* Près d'un. 

* Et V. f. cherchant. 

* Tout d'abord. 

^Comment ils les quittent 

* Je vous recommande. 



* Enlève. 

* Craignant. 

* Poursuivant . 
'Tue. 

*Pus. 



DE RONCKVAUX. 



.30 



S'il vos orraisnent*, si lor ditcz itant 
Que bien puis iestre .v. lieues en avant. « 
Kt ciirespoudent : «Tout à vostrecomuianl 
Outre s'en passe Ganes li souduians*, 
Atant* s'en vait sor son destrier corrant; 
Et cil s'en vont tout lor chemin chantant, 
L'eve* passèrent elle tertre pendant, 
Othon encontrent desor son aufferant*. 
11 lor demande : « Biau seignor marchcant, 
Véistes-vos .i. chevalier esrant ? ■> 
Et cil respondent : « Folie alcz quérant *. 
S'ainsiz[s"en vait* corn il fait le semblant, 
]N"iert mais* atains par nul home vivant, 
.v. lieues grans, sans mensonge conlant, 
A jà passé la rivière corrant. ■> 
— « Hé Dex, dist Olhes, qui fus en Ik'lhleant, 
Que porrai dire l'empereor* vaillant? » 
Li solaus baisse, li jors vait déclinant : 
N'iert mais atains par nul home vivant. 
Arrière torne à ceuls qu'el vont sievaiit*, 
Si lor conta le dit* des marcheans. 
Cil retornèrent courroucié et dolant *. 



Adressent la parole. 

« * Cdinmundemeiit. 

* Le perfide. 

* Alors. 

* L'eau. 

* Destrier. 



* Cherchant. 

* Si ainsi il s'en va, 
*.\c sera plus. 



A l'empereur. 



* Suivant. 

* Le dire. 

* Tristes. 



CCCXLVI. 



Tout droit arrère sont Fransois ropairié *, 
Relorné sont, si ont i'enchaus* laissié; 
Devant le roi en vinrent tuit irié*. 
Karles les voit, si les a arraisniez * : 
" Où est fel * Ganes? est-il prins et loiez? 



* Rcrenus. 

* La poursuite. / 

* Chagrins. 

' El leur a adresse lu p;-- 
role. 

* Le félon. 



— «Sire, dist Olhes, moult l'avons enchaucié * ; * Poursuivi. 
Si m'ait Dex*, ne puet iestre bailliez**. 
Enquis avonz forment dou renoié * 
A marcheans qui en vont as marchiez. 
Cil noz ont dit, conté et enseingnié, 

Que bien puet iestre .v. lieues esloingniez. 

Bien a son cors en un bois desvoié. » * /u/arc. 

— « Hé Dex ! dist Karles, quel duel' et quel * Douleur. 

[péchié! 
Sainte Alarie, com ai mon cors irié* *Chuf/rinr. 



* Que Dieu m'aide. 

" Pris. 

''Fortement au sujet du 

reuifjat. 



304 



LE ROMAN 



(V. III95.] 



Quant je n'en ai tout le monde veugié ! » 

— « Othes, dist Karles, vers moi avez boisié*, * Agi en fourbe. 

Comme coars avez l'enchaus* laissié : * La poursuite. 

Ne devez iestre en nulle cort prisiez. 

Alez-voz-ent, car je vos doins* congié; * Je vous donne. 

J5 de ma terre ne tenrez* mais plain pic. » * Tiendrez, 

CCCXLVII. 



Dolans fu Karles, iriez et abosmez*, 
Por Ganelon qui li est escbapez. 
De ce fist Olbos que cbevaliers membrcz* : 
Ist de la cort coiement* h celé, 
ïresqu'à sa tante ne s'est pas arrestez; 
Devant lui ière* Sanses et Yzorez : 
« Seignor, dist-il, moult par sui adolez*, 
.Jamais en France ne serai bonorez, 
Eu ricbe cort servis ne a peliez , 
Por Ganelon qui noz est escbapez. 
Alez, seignor, andui si vos armez*. 
Li cucrs me dist que jà sera trovez. » 
Estez-les-voz* andeus tost conraez.** 
Otbes méi^mez s'est moult bien atornez*, 
IMonte el morcl* qui fu al amiré ** : 
Issentde l'ost coiement* cà celé. 
La lune luist qui lor donne clarté; 
, Lor cbevax ont forment* esperonnez. 
Touz les galos s'en fu Ganes alez ; 
Passèrent l'iaue et les pons et les guez. 
D'un paï'^ant fu Otbes encontrez : 
Li païsans vit bien que Otbes fu armez , 
Moult bêlement li est as piez alez : 
« Sire, dist-il, povres boni sui assez, 
.Te n'ai d'avoir .ij. déniez monnaez ; 
Ainz sui coliers*, maint fardiaus ai portez. 
De .ij. larrons fui lassus* desroubez. » 

— « Amis, dist Otbes, soiez asséurez*; 
Mais d'unne chose me ditez véritez : 
jNuI cbevalicr avez-voz encontrez ? » 

— « Ncnil , biax sire, par sainte Cbarité! 



* Clinr/riii fut Cliarics, rn- 
tiui/r et ubtillu. 

* En cela (Kjit O. comme 
preux chevalier. 

' Sort de ta cour tranquil- 
lement. 



* Était . 

* Attristé. 



* Tous deux armez-vous. 

* Les voilà. ** Équijiés. 

* A7-mc. 

* Cheval noir. *' Émir. 
* Sortent de l'armée Iran • 
quillemcnt. 

* Fortement . 



* Mais suis portefaix . 

* Là-haut. 

* Rassurez-vous. 



(v. 11-232.) 



DE 11 ONCE VAUX. 



305 



Mais d'unne cliose me .siii or opansez. 

Resgardez, sire, soz ces aubres ramez* 

Que voz veez en son cel pui * plantez : 

Iluec* se dort .i. chevaliers armez. 

Ses escus est desouz son chicf * posez , 

Et ses destriers an son bras arresncz*. « 

— « Hé Dex, dist Othes, par les vostrcs bontcz! 

C'est H traîtres, g'el sai de véritez. » 

Broche * Morel des esporons dorez : * Pique 

Dex ne Ost beste , tant fust cers * effraez, * Cerf. 

Qui s'i tenist .ij. arpans mesurez. 



* Arbres touffus. 

* ^-iu sommet de cette hau- 
teur. 

* Là . 

" Sa ti-tc. 

* ^-litarhc parla n'ne à son 
hras. 



CCCXLVIII. 



Or s'en vait Othes le pandant d'un coslal ^ 
Desor Morel qui fu al amiral*. 
Forment* redoute le traïtor mortal , 
Que s'il s'esvoille et se prend au cheval *, 
IN'iert mais * atains par nul home charoal ; 
Car de ses armes i a si prou* vassal, 
Se il fust si* com autres hom loial , 
JN'éust meillor en France la roial. 
Li destriers Gane* voit venir le vassal. 
Si hennist cler, tout fait teutir* le val. 
Par grant vertu sailli sus* li vassal, 
L'espée traite*, tint l'escu en chantai**. 



* DUine cote. 

* A l'émir 

* Fortement . 

* Monte à rlieral. 

* \e sera plus. 

* Si })reux , 

* Ainsi. 

* Le destrier de Ganelon. 

* Retentir. 

* Force s'élança- 
Tirée. ** En profil. 



CCCXLIX. 



Grant fierté mainne li destriers missodors' 
Cil saut en pies qui de mort ot paor*, 
L'escu embrace com hom de grant vigor : 
« Ahi traîtres, dist Othes, boiseors*. 
Vos n'alez pas com hom de grant valor, 
Ainz* enfuiez com lerres*' traïtors. 
Par moi vos mande Karles l'empereors, 
ïorucz arrier, si croistra vostre honor. 
Moult se fioit en vostre grant baudor*. 
Quant el messaige vos tramist* l'autre jor 
Au roi Marsille l'éistcz grant folor* 



* De prix. 

* Peur. 

* Perfide. 

* Mais. ** Larron. 



* Contentement . 

* Fn amhas.sade fO)ix cn- 
roi/ti. 

* Folie. 

26. 



300 



LE ROMAN 



Dont toute France iert* tornée a dolor, 
Et la roïnne vos en donna s'nramor. » 
Oit-le fel Ganes, trait le branl* de color, 
L'escu embrace qui estoit poius* à flor. 



Sera . 

* Le félon G., tire la lame. 

* Peint. 



CCCL. 



« Othes, fait Ganes, vient-cn i mais que vos*? 
De moi laidir vos voi moult talentouz* : 
Car le fai ores* corn liom chevalerouz. 
Souffrez-moi tant, se ferez que voisouz*, 
Que soie armez et montez sor le rouz. 
Combatons-noz par nos cors ambedouz* , 
Si monstrcrons de nos lances les trouz. » 
Et respont Othes : « Trop estez boiseors*. 
S'estiiez ores montez el missodour*, 
Jà enfuiriez parmi ces vauls herbouz ; 
Je en seroie vers le roi vergoingnouz*. » 
Puis dist aprez corn hom de grant valor : 
« Mal debaiz ait qui jà en iert doutouz *. 
Prennez l'escu, si montez à estrouz*. 
Se vos fuiez, vos ferez que boisouz*. 
De l'enchaucier serai mautalentouz* 
Devant Morel, ne là durra* li rouz. » 
Por le congié est Ganes an baudor*. 



* y'eit yvicnl-il qui vous. 

* Désireux. 

* Comporte- toi donc. 

* El l'ous aijirez hahilr- 
ment. 

* Tous Jes deux. 



* Trompeur. 

* Sur le destrier de prix. 

* Honteux. 



" Mnliieur ait qui c)i sera 
peureux. 

* Sur-le-champ. 

* Fous agirez en trompeur. 

* .Je serai mal disposé à 
poursuivre. 

* Durera. 

* F n joie. 



CCCLI. 



Por le congié est Ganes esbaudis * , 
Il prinst l'escu, el cheval est saillis* ; 
Car de ses armes fu bien amanevis* , 
S'il ne fust si vers son seignor faillis. 
El cors Olhon est hardemens coillis*, 
Broche * IMorel des espérons brunis , 
De son fort bras fu ses espiés* saisiz , 
Et dist en haut : « Cuivers*, je vos dcfli : 
Arsoir au vespre fui bien por vos laidis*. 
Et respont Ganes : « Jà m'as-tu aati* 
Quant je me sui de mes armes garnis, 
Et sui montez el " bon cheval de pris. 



* En Joie. 

^ S'est élancé à cheval. 

* Dispos. 

* La hardie.'ise s'est j»/'a 
au corps d'O, 

* Pique. 

* Son épieu. 

* Perfide. 

* Honni. 

* E.vcité. 

* Sur le. 



(v. 11300.) . DE RONCEVAUX. 307 

Ta deffiance* dès or soit com lu dis. * Ton défi. 

Petit durras, car trop t'iez esbaudis*. » * Rcjoui. 

Lors le requiert dans* Othes 11 gentiz, * Uentrepremi sire 

Ganes 11 cuens* n'en fu mie esbahis. * Le comte. 

Grans cops se donnent en lor escus voltiz* , * Bombés. 

Les lances froissent, lor escu sont malmis*, * Maltraités. 

Chascuns haubers fu desromps* et faillis, * Rompu. 

Et chascuns d'euls dedens le cors blêmis *. * Meurtri. 

Othes trébuche, et Ganelons ch.Vit* ; * cimt, tomba. 

Dou redrescier u'est nus* d'euls esbahis. * .v»/. 

CCCLIL 

Li dui baron pansent dou relever, 

Si s'entrefièrent* com porrent randonner**, )!^'^ua!nS"^^""'"''^' 

Que les escus font percier et quasser, 

Et les vers elmes fendre et esquarteler, , , 

" Rompre et priver de leurs 

Et les haubers desrompre et desattrer*. ornements. 

Bien se requièrent andui* li bacheler ; ^^s^e>>trepre„„ent to„s 

Car moult sont fort por lor armes porter, 

Et très-bien sevent les bons destrier hurtcr. 

Te ne cuit* pas qu'il doivent dessevrer** * Jenecrois. *''Seséparcr 

Tant que li uns face l'autre mater. 

CCCLITl. 

Or sont ensamble li dui* vassal armé , *Les deux. 

Plus se requièrent que lyon abrievé*. * Élancés. 

Ganes li cuens tint le brant entezé* , * Le sabre levé. 

Et fiert * Othon sor son elme gemmé **, \Sr{es^cieZe?''''"' ''" 

Que flors et pierres en a jus craventé*. * Abattu. 

Ne fust la coiffe dou blanc hauberc saffrc*, * Damasquiné. 

Jà nos éust Othon tout mort gieté; 

Et uonporquant* l'a-il si estonné, * Et néanmoins. 

Grans .iiij. toises est el champ cliaucolcz, 

Ainz qu'il séust quel part il lu tornez. 

Othes le voit, s'a .Thésum réclamé* : * 1:1 il a invoqué Jésus. 

« Gloriouz Pères de sainte majestez , 

Aiez de moi et merci* et pité, * Miséricorde. 

Que ne m'ocie cil traîtres prouvez. » 



308 



LE ROMAN 



(v. II33'i.) 



A icel mot a son ciicr recouvré, 
Puis trait* i'espée au poing d'or noclé** 
Et en fiert* Ganc sor son elme gemmé** 
Pierres et Hors en a jus oraventé *. 
Sor le hauberc en est li brans coulez, 
.1. mailles par force en a faussé, 
Enz en l'espaule l'a un petit navré*. 
Si s'entreliurtent li vassal aduré*, 
Qu'ambedui sont chaii cnmi le* pré ; 
Dou redrescier ne sont pas oublié. 



*Tire. *''Au-llé. 

* Frappe. ** Hcriiimc dé- 
core (le pierres précieuses. 

* Abattu. 



* Blessé. 

* A f épreuve. 

* Que tous deux sniil /om- 
îtes au milieu du. 



CCCLIV. 



Or sont ensamble el pré li .ij. baron. 
Plus se requièrent* que lieupart ne lyon. 
IMoult par fu prouz li tel cuens* Ganelons; 
Se il fust si com uns autres preudons, 
l\[cillor vassal ne vit onques nus boni *. 
11 tint Tespée, mit l'escu h bandon*. 
Moult fièrement a appelle Olbon : 
« Amassai, dist-il, entendez ma raison. 
Nos sommez ci à pié enz el sablon : 
Bataille samble de mauvais champion. 
Faisonz-le bien, sor nos clievax montons; 
Si combatons en guise de barons , 
Tant com li uns en ait confondison. » 
— « Et je l'otroi, « dist li cortois Othous. 
Las ! ne seit pas la mortel traïson 
Qu'ot empansé* li tel cuens Ganelofnjs. 
Isnellement vint au cheval Othon, 
De plainne terre est sailliz enz * arsons , 
En fuie torne à coite* d'esporons. 
Othes remesl* à pié enz an sablon , 
Devant lui garde*, si a véu le rouz 
Dont fu chaiiz li cuivers* Ganelons. 
Li bons chevax ne connut pas Othon, 
En fuiez torne* en aprez le glouton. 
Othes remest* à pié enz an sablon, 
Deu réclamma* par bonne entencion : 
« Gloriouz Pères," par ta bénéison * 



* S'attaquent. 

* I n félon comte. 

* .V/(/ homme. 

* I.àche l'écu. 



* Complotée. 

* Sauté aux. 

* En fuite s'en va à pointe. 

* Reste. 

* Regarde, 

* Tombé le perfide. 

* Il prend la fuite. 

* Reste, 

* Invoqua. 

* Bénédiction. 



V. II37I. 



DE RONCEVAUX. 



309 



La mort me donne orendroit à baudon*. 
Las ! n'oserai repairier * à Karlon. » 

CCCLV. 

Fuit-s'en fel* Ganes sor IMorcI le corrant 
Parmi la roclie, delez le desriibant*; 
11 ne doute * home en cest siècle vivant. 
Ses bons destriers va après lui corrant, 
Et li traîtres le vait contr'atcndant. 
Porquoi le fait, c'est ses encombremans*. 
Car oiez ores *, franc et cortoise jant. 
Corn Dex de gloire consent le souduianl* 
Son encombrier et son dammaige grant. 
Li uns destriers vint l'autre aconsievant' , 
Que tuit li tertre en vont retentissant. 
Li bons destriers qui fu al amirant*, 
Ce fu Moriaus as resnes Galafant. 
Los pies devant va forment sozlevant, 
Sor ceuls derricr s'est dresciez en estant*. 
Ganes trébuche, li cuivers souduians*. 
Li .i. destriers vint à l'autre corrant : 
Estez-les-vos * an la bataille grant. 
Othes les voit dou grant tertre pendant , 
Deu réclamma*, le père omnipotent : 
« Gloriouz Pères, qui formastez A dan, 
Kvain sa lame féistez ausimant*. 
Et de la Virge nasquis en Betlileant, 
Les vos miracles furent apparissans , 
Corn ce fu voirs*, biaus Pères, raiemans**. 
Lai- moi* venir au traïtor à tans 
Ainz* que remont sor son cheval corrant. » 
A icest mot est sailliz en estant*. 
Volt s'en aler par delez .i.** pandant. 
Ihiec* fist Dex nne miracle grant : 
Tant alégièrcnt Othon si garnement*. 
Que ses baubcrs ne ses elmes* luisans 
Ne peza pas la monte * d'un bezant. 
Isnellement* vint à Gane corrant, 
Si l'en appelle par moult ruiste* samblant : 



* A présent tout à fait. 

* Revenir. 



* Le félon. 
*Prfs du défilé. 

* Il ne redoute. 



* Sa mine. 

* Maintenant. 

* An perfide. 

* Poursuivant. 
*A Vémir. 

*Tonl droit. 

* Le traitrc perfide. 

* Les voilà. 

* Invoqua. 

* Pareillement. 



*J'raie. ** Rédemption , 

* iMisse-moi. 

* A vaut. 

* S'est élancé dehout. 

* l 'ouliil. **Parc6té d'un. 
*Là. 

* Ses armes. 

* A< sou heaume. 

* Le montant. 

* Rapidement. 

* Par tris- rude. 



310 LE ROMAN (v i-ts) 

« PorDcu! traîtres, or* vos va nialement. * Muinienani. 

Vos lestez prins, or n'irez en avant, 

Se plaist à Deii, le Père oninipolcnt; 

Alnz en venrez* avec moi volrement'% *^Maiscnvic)uircz.''i nu- 

Si vos randrai à Karlon le vaillant , 

Cui tu toillis* son bon neveu RoUant *A qui in ravis. 

Et Olivier le hardi oonibatant. 

Les .xij. pers 11 toillis ausiment*, * Purviiicment. 

Et les .XX. M. méls-tu à torment. 

La toie fois t'iert hui* apparissans. . ,V[;;,;^"' ^' '"" ""J"'" 

Ganes l'entent, si traist* tout nu le brant **, * Tira. ** Le sahre. 

Isnellement* vint vers Othon corrant : * napidewcni. 

Estez-les-vos* an la bataille grant. * Les voilà. 

CCCLVÎ. 

Or sont ensamble ambedui * 11 vassal, *Toiis deux. 

Cbascuns tint trait* le bon branl** natnral. *Tiré. ''*S(ibfe. 
Fier sont li conte, moult font grant baptestal*. *Comhat. 

Li .i. fiert l'autre sor son elme à esmal *, * Heaume émailU. 

Enmi le champ furent en lor estai * ; * A leur place. 

N'en partiront si aura* li uns mal. * Jusqu'à ce qu'ail. 

D'autre part sont ambedui* li cheval , * Tous deux. 

Si fort hennissent que tentir* font le val; * Retentir. 

Mais 11 cuens Ganes o * le cuer dcsloial * Le comte c. 

De quant qu'il pot se mist lez .1. costal*, * Prrs d'une côte. 
Por ce qu'il weult Othon torner à mal. 

Ta li menra .1. si fort baptistal*, * Combat. 
S'il onques puet, que li torucra mal. 

CCCLYII. 

Grans fii l'estors* et fière l'auvaïe * Le combat. 

1. .. , , , ■■ t • Près de la j-oclie natu- 

Des .ij. vassax lez la roche naie . ,.../^^,_ 

(iauelons tint en poing destre Murgie , 

Le brant* d'acier qui luist et rellamhie; * Le sabre. 

Bien se deffent, paor * a de sa vie , * Peur. 

Deu réclamma*, le fd sainte Marie : "invoqua. 

« Gloriouz Pères qui fus en Béthanie , 

Quant tu le Ladre traisis* de mort à vie, *s. Lazare tiras. 



V. iii.i.) DE iiuX(:i-:vAUx. .iii 

En .Thui-salen fuz à Pasqucs l'Ioiie; 

I,à V07. veiidi Judcis par féloiinie. 

De ton cler sanc fu la crois esclarcie. 

Com ce fu volrs * et g'el croi sans folie, * l'rni. 

Garissiez-vos* mes membres et ma vie , * Garantissez-vous. 

Que cil vassax qui là est ne m'ocie. 

A vos otroi *, vrais Dex, sans tricherie ' J'octroie. 

Que jamais jor ne ferai boiserie*, * FourJxric. 

JNe traïson vers liome, ne boisdie*. » * PerfuUc. 

S'il s'en tcnist, Dex li fust en aïe*; * En aide. 

Mais li diables l'a si en baillie *, * En son pom-Mi-. 

Que il ne puet faire que son service. 

.là savez-vos, bêle gentseiuguorie*, * Beaux sciijncurs. 

Qu'à .ij. seignors ne puet-on servir mie, 

Que l'uns ou l'autres n'ait plus en sa baillie'. * Pouvoir. 

Li queuls que soit, ne s'en loera mie. 

La traïsons et la grans félonnie 

Li fu el cuer, que n'en pot issir* mie. 'sortir. 

1 1 fu à pié ennii la praerie , 

^ i s'apuia sur sa targe florie , 

Oihon apelle, envers lui s'umelie. 

CCCLVIIL 

Ganelons fu à pié enmi les prés , 

Sor son escu est iluec * acostez ; * Là. 

Olhon apelle , si l'a arraisonné : 

« lié Othes sire , frans chevaliers m?mbrcz * , * fitjr.urcux. 

Por amor Deu aiez de moi pité. 

Ber*, tien m'espée au poing d'or noelé ** , 'n'r'nu'iicl'. '^ '"^'"■''"'''•' 

Puis l'ai de moi toute ta volenté. » 

Olhcs l'entent, si l'en prinst grans pitez ; 

Riais ne seit pas dou félon le pansé. 

S'il prent l'espée , malement a ouvré : 

.Ta li aura Gancs le cliief * copé. * i.a irir. 

11 le féist , jà n'en fust trestorné *, * Drioitm,'. 

Quant li ramenibrc * de la granl cruaullé * Quand lui sourient. 

Que li fisl ("janes dcsoz l'ailbre ranu?, 

Quant eumeua son destrier abrievé*. *-U/'l<', rapide. 

Puis icelie bore ne s'est asséurez, 



312 



LE ROMAN 



(v. 



Aiuz tniit* Tespée au poiug d'or uoelé; 
Gaue eu apelle, si l'a arraisouoé. 



* Mais tire. 



CCCLIX. 

Ollies apelle le conte Ganelon : 
« Vassal, dist-il, entendez ma raison. 
Par cel apostre c'on quiert eu Pré Noirou* , 
Ne t'en croiroie por l'or de Beseusou, 
Quant me ramembrc * de la graut traïson 
Qu'à moi féiz desoz l'aubre reont * 
Q^iiaut eumenas mou destrier arragon. 
Là me féiz une grant traïsou. 
Se de mou cors sveuls avoir garison *, 
Dont mait l'espée devant moi el sablon , 
Et ton vert elme , ton hauberc frcmeillou* ; 
Puis va monter sor ton cheval gascon , 
Si t'en veuras* avec moi à Karlou. » 
Ganes l'entent, si tainst comme charbon , 
Moult fièrement a respondu Olhou * : 
« Mal dehais* ait el col et el menton 
Qui ce me loe* comme mauvais glouton ! 
As -me-tu prins comme lièvre an buisson ? 
De la bataille sui o toi à bandon*. 
Autant i ai comme voz , sire Othou. 
Par cel apostre c'on quiert en pré Noirou*, 
De ceste espée qui me pant au giron 
Te porfandrai dès ci que en * talon. » 
A icest mot mist l'escu à bandon*. 
Lors s'eutrevienuent ambedui * li baron 
Plus fièrement que licupart ne lyou. 
Au rassambler i ot grant coutauson* , 
Car il se hurtent par tel devisiou* 
Que ambedui chaïrent el sablon. 



* Qi<'(iii va cltcivld'i- diiiis 
le jjic de i\civn, à Iluinc. 

* Quand il me souvient. 

* L'arbre rond. 



* Protection. 
A mailles. 

* Et tu t'en viendras. 

* A Othon. 

* Malheur. 
Conseille. 

* Prêta me battre avec loi. 
*Pie de Néron, à Rouie. 

* Jusqu'au. 

* En avant. 
^ Tous deux. 

"Lutte. 

* De telle manière. 



CCCLX. 

Li dui baron pansent dou relever, 
Chascuus tint trait* le bon brant d'acier cler; 
Amont es elmes * s'en vont grans cops donuer. 



' Tiré. 

' En haut sur les heaumes. 



(v. 



DE PiONCEVAUX. 



313 



Que Hors et pierres eu font jus avaler*. 
Atant ez-voz * Sauson et Yzoré , 
A haute vois commenceot à crier : 
« Lerres*, traîtres, n'en poezeschaper. » 
Quant voit fel" Ganes ne s'en pora aler, 
Par nul engieng* sor son cheval monter, 
S'espée rant, merci* lor va crier ; 
Et cil le fout trestout nu désarmer. 
Aprez corrureut les chevax dessevrer*, 
Isnellement* le font sor l'un monter, 
Sor le plus lent que il pueent * trouver, 
Et .ij. escuz li vont au col pozer, 
Et .iij. haubers font desrier lui trousser*, 
Qu'il ne s'en puisse fuir ne eschaper. 
Jusques à l'ost* pansent dou retorner 
Où Karlemaines fait les bierres garder. 
Quant voit fel* Gane, si commence à plorcr 
« Hé Othes sire, gentiz iestcz et ber*. 
For amor Deu qui se laissa peuer. 
Gel traïtor où poïstez* trouver? 
A moult grant tort vos fiz arsoir * blasnicr. 
Tenez mon gaige por le droit amender. » 
— « Sire, dist Othes, ice laissiez ester*. 
Vos iestez rois, je suis uns bachelers; 
Quant vos plaira , le porrez amender*. » 



* Descendre , 
Alors voilà. 

* Larron. 

* L'i félon . 

* Ruse , artifice. 

* Miséricorde. 

* Séparer. 

* Proniptcincnt. 
Pcnvent. 

* Charfjcr. 

* Jusqu'à Ciirmée. 

* Le félon . 

* ^l'ohle clés et brave. 

* Pùles-vous .^ 

* Hier au soir. 

Laissez cela tranquille. 

* Réparer. 



CCCLXI. 



(' Drois emperères , ce li a dit Othous, 
Je vos rans prius le conte Ganelon ; 
Por lui ataiudrc me mis en grant randoa*. » 
— « Othes, dist Karles, cuer avez de baron 
Vos en cuit* randre moult riche guerredon** 
Ogier apelle et le preu duc Naymmon, 
Huon de ]\Iès et le conte llaton, 
Thiébaut de Troics et Herbert de Bordon , 
Et le vidame qui fu nés de Chalon : 
« Je vos commanz le prison* Ganelon; 
Gardez-Io-moi par tel devision*, 
S'il vos eschape, n'i a tant haut baron 



* Course. 

* ,1e vous en pense, 
compense. 



* Pei-nnnnande 
nier. 

* Slipulalion, 



II' jiriion- 



27 



;jii 



LE HO.MAN 



( Por tant c'on puisse chauciei' mon cspcron , 
,1e ne panroie* de sou cors raenson) 
Que n'el pandisse en haut com .i. larron. 
Quant de Girart revenront mi baron 
Et la belle Aude avec euls amenront, 
Fière venjance iert prinse* dou glouton; 
S'el* jugeront tuit mi meillor baron. » 
Et cil respondent : « IMoult bien le garderons 
Tresqu'à celle bore* que nos le vos randrons. 
Lors se repasme li riches rois Karloii , 
Si s'apuiu desor les bras Naynmion *. 

CCCLXIl. 



./(.' lie prciulruis. 



Sera jirisc. 
*EI le. 

' * Jusqu'à eetle lictiie. 

De yai/me. 



Quant li rois est de pasmison venus, 

Par .i. petit* que n'a le sens perdu; ' Pck s'en faut. 

IN'est pas merveille se il fu esperdus , 

Piollant csgarde sor .i. paile* où il fu : * Luc éioffe de prix. 

« Biaus niés* , distlvarles, com je vos ai |)erdu * ycvcu. 

Et la bêle Aude qui de vos fist son dru! 

Des noces faire me sui-je trop tenus. 

Ganes traîtres, quel duel m'avez méu * 

De mon neveu qu'as Marsille* vendu, 

Las ! dont je sui et souffraitouz et nus ! 

Ne puis el* faire, del tout l'avonz perdu. « * Antre cliosc. 

Gascoiugne passe à force et à vertu * , * Et avec vigueur. 

Dès ci qu'à Blaivies* sont ensamble venu. "Jusqu'à lUaye. 

CCCLXIIL 



• Quelle douleur 
m'avez causée. 

* A Marsile. 



A Blaivies est li rois et ses empires. 

Là véissiez et tel duel* et tel ire**; 

Sonnent li saint*, et vont la messe dire , 

Chantent vegiles et font les sauticrs * lire. 

Plore li rois, sa blanche barbe tire, 

Et son bliaut* desrompt tout et dcscirre. 

Des messaigiers vos doi huimais bien dire 

Qui à Viane ont lor voie acoillie* , 

.c. chevalier ; mais moult furent plaiu d'ire' 

Dou duc Rollant et d'Olivier, lor sire, 

Des .xij. pers qui sont mort à martyre. 



* Douleur. ** Uumcui'. 
Les cloches. 

* Psautiers. 

• VOlement de dessus. 

'^ Pris leur route. 

* De ctiaijrin. 



DE IlONCEVAUX. 



M 15 



Fax RoDSCcvax les desconfist ^Lnrsille : 
Jamais n'ierl* jors que France n'en soil pire. 

CCCLXIV. 

Li .c. messaige ont lor oire esploitié*; 

Les tertres passent, moult se sont traveillié , 

Tant que il vinrent à Viane le fié*. 

Icelle nuit sont moult bien harbergié*. 

Lors à Yiane fu Girars repairiez* 

Devers la Sainne où il ot ostoié* -, 

Assez en ot ocis et détrancbiez*. 

Karles li ot icel règne* laissié, 

Tant que il fust d'Espaingne repairiez*. 

Quant vit les mes*, moult ot le cuer liailié**. 

Assez les a acolez et baisiez. 

Il lor demande par moult grans amisticz : 

« Que fait mes sires ? est-il sains et baitiez* ? 

A-il moult bien eu Espaiugne esploitié*? « 

CCCLXV. 

— « Sire Girart, ce dient li messaige*, 

Salus vos mande Karles au fier coraige. 

Prouz est li rois et de moult graut baruaige*. 

Toute Espaingne a conquis par vassclaige ■*, 

Et d'Aumarie recéu le treuaige*. 

Li rois IMarsilles pensa moult grant outraige* 

Avoir cuidoit Tonnor* et l'éritaige , 

En llonscevax voz volt* faire dammaige, 

Sor lui tornèrent li duel et li folaige*. 

Ocis i furent li Sarrazin ombraige '. 

De toute Espaingne avommez * le passaigc. 

Ber* est li rois, drois est que on le saiche; 

Forment* vos aimme et tout vostre paraige**, 

Croistrevos wcuit d'onnor* et d'éritaige. 

CCCLXVf. 



* I\'e sera. 



* Accompli leur voijar/û. 

* Le M. 

* Hébergés. 

* Revenu. 

Saxe, ou iletil guerroyé. 

* Taillé en pièces. 

* Royaume. 

* Revenu. 

* Messagers. * * C(i)i fen I . 



* Bien portant. 

* Réussi. 



* Les messagers. . 

* yohlesse. 

* Par sa bravoure. 

* Tribut. 

* Eir^rmité. 

* Croyait te fief. 

* Fous voulut. 

* La douleur et la folie. 

* Jlommes (homb^o^). 

* Avons. 

* raillant. 

* Fortement . *" Xoblessc. 
*Defuf 



« Sire Girart , dient li messaigier, 

Salus vos mande Karlomaine au vis* fier. * fisagc. 

Forment* vos aimme eu son cuer et lient chicr; * Fortement. 



310 



LE ROMAN 



(v. II6I8.) 



Sa genf a fait d'Espaingne repairier*, 

Et sor Gironde à Blaivies harbergier. 

Iluec se font ventoiiser et saingnier, 

Et les malades respasser* et baingnior. 

Entre Rollant et le conte Olivier, 

Cil vont el bois souvent esbanoier*. 

Par nos voz mande Karlemaine au vis * fier 

Qu'alez à lui , pansez de l'esploitier *. 

Et la bêle Aude qui est suer* Olivier 

N'i volons pas, ce sachiez, oubliier : 

Karles la weult à Blaivies nosoier*, 

Trestoute Espaingne li weult li rois laissier; 

Et marier weult le conte Olivier, 

Gel cuide croistre et d'onnor et de fié*. « 

— « Dex, dist Girars, toi puisse merciier ! « 



* Revenir. 



Guérir, 



* S'amuser. 

* Fisage. 

* A cheminer. 

* Sœur de. 

* Marier, 



* Celui-là penne arcroilrc 
et de bien et dejief. 



CCCLXVII. 

Quant Girars sot que Karles Fa mandé, 

Anz .ij. ses mains* en 'a tendu vers Dé : ''Ses deux mains. 

« Gloriouz Pères, toi puisse mercier! 

Je ière* riches, or* serai plus assez * J'étais. *' Maiutmant. 

Quant mes sire a faites ses volentez. 

Dame Guiborc, oiez la vérité : 

Quant mes linguaiges sera au sien meslez, 

Où est bêle Aude au gcnt cors honoré ? 

Li dus Pxollans l'aura à son costé , 

A touz jors mais en serai honorez. » 

PvespontGuibors : « Buer* fustdontRollansnés ; * Heureusement. 

Por son seignor est vassaus redoutez. » 

CCCLXVIIL 



Dame Guibors a la nouvelle oie, 
Dou mariaige s'est forment* csjoïe; 
Vint à la chambre, ne s'asséura mie : 
« Belle fille Aude, or vos croist seingnorie 
Dou meillor conte qui onques fiist en vie. 
Ce est Rollans, cui* vos iestez amie. 
Cil vos requiert la vostre druerie*, 



* Fortement. 



* A qui. 

* Amour . 



(v. ITC52.) 



DE RONCE VAUX. 



317 



Cist mariaiges ue puet demorer mie*. » 
Lors Ta Giiibors moult richement vestie: 
Elle ot chemise de soie d'Aumarie*, 
Kt par dcsuz un paile* de Pavie. 
Li dus Girars Tacheta en Hongrie. 
Qui H vendit, moult ot grant manantie*. 
I\Ioult fil bêle Aude corn elle fut vestie ; 
Soz ciel n'a rose qui tant soit coulorie , 
Qui à sa face ne fust toute amatie *. 



' I\'e peut tarder. 

Jlmcria, en Andalousie, 
^Manteau, étoffe. 

' Jîichesse. 



Devenue mate. 



CCCLXIX. 



Moult fu bele Aude quant el fu conraée*, 
Très-grans clartez li est el vis* montée; 
Soz ciel n'a rose , qui tant soit coulorée, 
Qui sa biautez n'ait toute trespassée. 
Lors l'a Guibors enz el* palais menée : 
La sale en fu trestoute enluminée. 
Fransois l'esgardent *, chascuns l'a saluée. 
Joffrois d'Anjou l'a premiers appellée : 
« Gentiz puceile, buer fussiez-vos ainz* née! 
Or serez-vos richement mariée 
Dou meilleur conte et d'anel espousée , 
Qui portast armes ne férist cop d'espée : 
Ce est Rollans à la chière menbrée*. » 
— « Oncles Girars, dist Aude la seuée*, 
Quant vos plaist, sire, que soie mariée, 
Congié demant* àGuiborc la senée , 
La meillor damme qui de mère soit née, 
Qui m'a norrie* en sa chambre pavée 
Com se m'éust dedenz son cors portée. » 



* Parée. 

* Au visage. 



* Dans le. 

La re/jardeiit. 

' Heureusement fussiez 
vous auparavant. 



* A la figure imposante. 

* Sensée. 

* Je demande. 

* Élevée. 



CCCLXX. 



— « Bele nièce Aude , dist Girars li guerrier.<;, 

\os fustcz fille au preu conte Renier, 

Si iestcz* suer au preu conte Olivier; * f:t vous êtes. 

En nulle terre n'a meillor chevalier. 

11 et Rollans me firent apaisier* * Faire la paix. 

Quant je fui mal à Karlon au vis* fier. * fixage. 

•27. 



318 



Î.K IIOMAX 



(v. ircs.-!.) 



Dès icelle bore vos i fis acointier*. 
IMctez les selles, serjant* et escuicr ; 
Tost et isnel* pansez del esploitier **. » 
Lors ont grant joie tuit li .c. chevalier. 



* Mettre en rapport, 

* Serrif.eitrs. 

* nie. *" A cheminer. 



CCCLXXI. 

Girars opelle Joiffroi et Amaiigis, 

i-i uns fu dus et l'autres cuens* marcliis : 

<• Faitez monter la gent de mou païs, 

.M. chevaliers armez et fervestis* ; 

N'eu i ait nui qui n'ait pelison gris , 

IMantcl de paile* et bon destrier de pris; 

Et la bêle Aude, qui moult a cler le vis*, 

Chevauchera le murl* qui lu Clargis**, 

Desoz Valou en bataille conquis, 

Le Sarrasin à mon espié* ocis. 

I.i muls est blans plus que n'est flors de lis ; 

Conduira-vosFIoiresli fiuls* Paris. 

Cil seit la terre et trestout le païs. 

Quant nous venronz au roi de Saint-Denis, 

Moult volontiers i verroiiz nos amis, » 



* Comte. 

* /'l'tiis de fer. 

* D'étoffe précieuse. 

* Le visage, 

* Le mulet. *'.■! Clargi-i 

* Epieu. 

* Le fils de. 



CCCLXXII. 



r.i dus Girars ne s'asséura mie, 
Lendemain monte par son l'aube csclarcie*, 
De Viane ist à * grant chevalerie ; 
Ft Aude sist sor le murl de Su rie * ; 
Yestue fu d'un bliaut d'Aumarie *, 
Plus bcle damme ne fu onqucs en vie. 
lîn sa main destre, qu'elle a amanevie* , 
Ot .i. anel où durement se lie, 
Que li donna Rollans par druerie*. 
Moult i éust cuens* Pvollans bonne amie , 
Se il durast et éust longue vie. 
Las ! quelle amors à duel est départie * 
En Ronscevax entre la gent haïe ! 
Mais la bêle Aude ne le seit encor mie. 
Li dus Girars, qui souef l'ot norrio*. 



Au lever de Vuuho. 

* Sort avec, 

* Mulet de Syrie. 

* Habit d'Almeriu. 

* Leste. 

* Par amour. 

* Le comte. 

* A vcc douleur est séparé 



* Doucement Veut élevée. 



(v. II720.) DE RONCE VAUX. 319 

IJ tint la resne, et Uichars de Pavie, 

CCCLXXÏII. 

Cirars chevauche, H hardis combaîans ; 

A Karlemaine vait, le riclie roi puissant : 

Là trouvera le damniaige pezant. 

Fière est la roche, et la valée graus. 

Et Aude sist sor un mulet ambiant*. * Marchant ù l'anihic 

Girars apelle Bérart et Guinemant : 

Li uns fu cuens* et l'autres dus* puissans ; * Comte. ** bue. 

De pluisors choses vont toute jor parlant. 

Et la belc Aude va forment sozpirant ; 

Girart apelle, se H dist en plorant : 

« Oncles, dist-elle, moult ai le cuer dolant *, * chaijrin. 

Et tous li cors me vait affoibloiaut *. * Affaihii.ssant. 

INIaistre Amaugis m'amenez ci avant : 

Aunuitsonjai .i. songe merveillant. » 

Dist Girars : « INièce, tout à vostre commaut*.» *Co)nmanclemeiii. 

Li clersi vint sor .i. mulet ambiant : 

« Biaus sires maistres, dist Aude la vaillans, 

Or escoutez .i. poi de mon samblant* * De ce qu'il me scmbi, . 

Que il m'avint anuuit* en mon dormant. * Cette nuit. 

Parmi moi vint .i. fauconciaus* volant. * Un petit faucon. 

Dcsoremoi me vint eu mon dormant*. * En mon sommeil. 

Li giet* des pies ièrent** moult avenant, * Les liens. ** Étaient. 

En petit d'ore* me furent moult pezant. * En peu de temps. 

Entre ses pies me saisi maintenant. 

Si m'emporta eu son .i.* pin volant; * Au sommet d'un. 

Là me gucrpi*, que n'en vi puis samblant. * Quitta. 

Aprez celui en venoit .i. plus grans, 

Trestoute Espaingne ert vers lui apendans*. * Était drpeudanie de lui. 

De Sarragoce venoit li cuens* Rollans * Leeumte. 

V.t Oliviers, li hardis combatans ; 

Chascier estoient en une l'orest grant, 

.j. cerf esmurent parcréu* et corrant; * Énorme. 

Si le chascièrent contreval .i. pandant*, *Au bas d'une mitine. 

I-ez* une roche, prez d'un pré verdoiant. *A raté de. 

Lors trestorna* et arrière et avant; * Tourna. 

Plus de .XX. -porc* li furent secorrant, * s,ini,iiers. 



320 



LE ROMAN 



V. 11757. 



Qui touz lor chiens lor vont toz eslrainglant; 
N'en eschapa ne mais .i.* seuls fuians. 
.j. lyons fiers vint vers Rollant corrant, 
De lui mengier fist merveilloz samblant; 
Et Rolians traist* Durandart la tranchant, 
I.e destre pié* li trancha maintenant. 
Bien l'éust mort , quant s'en torna fuiant. 
Je mescroi*, lasse! que n'aient perde grant, 
Forment eu douz *, Deu en trai** à garant, 
De Ganelon, le cuivert* mescréant, 
Qui le messaige porta par mautalant* 
Au roi JMarsille, qui en Deu n'est créans. 
Vendus les a, par le mien enciant*, 
Il en a prius rouge or et argent tant, 
.XXX. sommiers chargiez par avenant, 
.là tresque* là n'aurai mon cuer joiant** 
Que je aurai les mcssaiges créans* 
Par cui saurai où il sont séjornant. » 



'Pas mhne nn. 



*Tira. 

* Le pied droit. 

* J'appréhende. 
"Fortement j'en rcdnulc, 
'* Produis. 

* Perfide. 

* Mauvais voilloir. 

* A ma connaissance. 



* Jamais jusque.** Joyeux. 

* Mcrilant créance. 



CCCLXXIV. 



Girars chevauche o* sa gent honorée, 

Et Aude sist sor la mule affautrée*; 

Sor la sambue* est la bêle acoudée, 

Envers le clerc s'est un poi enclinnée : 

« Maistres, dist Aude, forment* sui csgarée 

Et por le songe traveillie* et penée ; 

Tel ne fist mais famme de mère née 

Com il m'avint par songe à l'ajornée*. 

Si com je lui ensom le pui* portée 

Où li faucons m'ot guerpie* et posée. 

Lors vint une aygle hisdouse et emplommée; 

Sor moi s'assist, si ni'éust craventée' 

Com se je fuisse dcdenz la mer entrée. 

Quant s'en parti, si m'ot forment* grevée. 

Que ma mamelle sénestre* en ot portée; 

Puis retorna, s'en ot l'autre portée*. 

.le reméiz seule dolante* et esgarée. 

Quant Karlemaines à la barbe meslee 

I vint poingnant, si m'otiluec* trouvée; 



* Avec. 

* A la selle de feutre. 

* Sur la housse. 

* Fortement. 

* Tourmentée. 



* Au point du jour. 

* Quant je fis au sommet 
de la hauteur, 

* Laissée. 



Brisée. 



* File m'eut fortement. 

* Gauche. 

' Et eut emporté l'autre. 

* Je l'cstais seule dans la 
douleur. 

* Piquant [des éperons), 
et m'eut là. 



(v. II794.) 



DE RONGEVAUX. 



321 



Entre ses bras m'en ot sus relevée. 

11 m'eiist vengié se l'aygle i fiist trouvée. 

Aprez me dist que ne fuisse adolée*. 

Il et sa gent d'Espaingue est retornée. 

Devers Espaingne sailloit* une nuée 

Qui plus iert* noire que n'est une fumée. 

En Ronscevax, celle terre gastée, 

Là a sa gent tant fort acouvetée* 

Com s'elle fust en terremer* entrée. 

Desor lor pies vi la terre crevée ; 

Tant i perdit, n'iert* jamais restorée. 

A feu grizois * vi la terre alumée 

Que toute ardoit jusqu'an la mer Betée*. 

A Karlemaine à la barbe mesiée 

Vi-je l'espaulle fors dou cors dessevrée*, 

A tout* le bras essaigie** et ostée. 

Jà cuit-je, lasse!* qu'il ait perde encontrée 

Por Ganelon qui fu en la contrée 

Au roi Marsille d'Espaingne la desvée*. 

Parole i ot, mar i fust porpansée*. 

Li .xij. per l'ont moult chier achatée. 

La traïsons ne puet iestre celée ; 

Je l'ai songié, c'est vcritez prouvée. 

Dex ! tenez-moi, car jà charrai* pasmée. » 



* Chagrine. 

* Sortait. 

* Était. 

* Comblée. 

* Tremhl'!mcnt de terre. 

* Ne sera. 

* Grisou. 

* Rouge. 

* Hors du corps séparée. 
'Avec. ** Arrachée. 

* Je crois, hélas .' 

* La folle. 

*Mal y fut pensée. 



* Car je vais cheoir. 



CCCLXXV. 



Aude la belle fist forment à prisier*, 

IMoultfu dolante*, n'i ot que corroucier; 

Car li fiers songes la (ist moult esmaier*. 

Grant paor ot* de son frère Olivier 

Et de Piollant, son ami, le guerrier, 

Qui en Espaingne estoient ostoier* 

Envers païens, cui Diex doinst encombrier 

Le clerc apelle qui sot* de son mestier; 

Aude parole, que ne s'i pot taisior" : 

« Biaus sire maistrcs, ce dist Aude au vis* cler, * risage. 

Si m'ait Dex*, moult me puis mcrveiHier. * ;V ?^/''" '"'"/f/e. 

' ' * .1 ai taut d('pcine,quc ne 

Si sui dolaate, mais ne puis* cbevauchier. 7""'''' plus. 

•.♦ • 1 •• I, 1 . ^^ " lujiiurdliui. *' Mal- 

Annuit*me vuirent.ij. moultgrautencombricr** : heur. 



* Fut très-digne d'éloge. 
Fui trrs-peiuée, 

* Uémutfort. 

* Grande peur eut. 

* A combattre. 
" / qui Dieu donne mal- 
heur! 

* Sut. 

* Put taire. 



322 



LE 11 OMAN 



Avis nie fu que g'ièrc* en un vergicr, 

En i. grant val, par deloz* un sentier, 

Trestoutc nue par dclez le vergier, 

Fors ma chemise que ne volz* despoillier. 

Plus de .XX. ours me voloient meugler. 

Lors oï cors sonner et graisloier*. 

Li ors s'enfuient, si me* firent laissier. 

Dont vi venir .i. vaillant chevalier 

Qui me levoit sor le col d'un destrier, 

Si me portoit de desus .i. rochier. 

Là a voit moinnes eu .i. petit monstier, 

Iluec chantoient por Dameldieu proier*. 

Lonc .i. autel, delez * un ayglenticr, 

Gisoient mort .ij. moult bel chevalier. 

Ce m'est avis que c'estoit Oliviers, 

De delez lui Rollant, cui* j'ai tant chicr. » 

— « Sire Girart, dist Aude o le vis* fier, 

.Nus hom de ch^r* ne se doit merveillier 

Se je m'esmai , car li songe sont fier. 

A mienuit, quant me dui * csveiilier, 

Le mauvais songe déguerpir et laissier, 

Dont m'iert avis g'ière en .i. gaut* plennier 

Trestoute seule delez * un ayglentier : 

Là me guerpi * Karlemaines au vis** fier. 

A haute vois comniensai à huchior * : 

« Olivier frère, car me venez aidier. 

« Sire liollant , voiez-mc-vos laissier? » 

0:Urc passèrent audui sans délaier*, 

Onques nus d'euls ne me volt arraisnier*. 

Desoz Rollant li chaï' ses destriers, 

VA soz mon frère Ferrans qu'il ot tant chicr, 

Desoz culs vi fondre tout le rochier, 

Que l'un d'euls .ij. ne pooit l'autre aidier. 

Dont m'iert avis que g'ière an .i. monstier* : 

lÀ vi Rollant et mon frère Olivier 

Ans .ij. les contes * vers la terre enibronchier 

Quant de la bouche m'issi * uns esperviers ; 

Il prinstson vol , qu'ainz ne se volt targier' 

.Jusqu'à Rollant et jusqu'à Olivier. 

Dont m'esveillai , si guerpi le songier*. 



J'clais. 

* Pur calé (h<. 

* foui IIS. 

* Relentir. 

* Et -mn. 



* Prier le seigneur Dieu. 

* A cote de. 



"Que. 

* Avec le visage. 

* \ul homme charnel. 

* Dus. 

* J'étais en un bois. 

* Pris (le. 

* Laissa. ** f'isage. 

* Crier. 



* Tous (leu.v sans délai. 

* \iil d'eux ne me voulut 
«dresser la pcrolc. 

* Tomba. 



* QueJ'élais en une église. 

** *Les deu.v comtes. " .'> 
' baisser. 

* Me sortit. 

', * Sans vouloir se retarder. 

* El je cessai de songer. 



DE IIU.NCEVAUX. 



:û3 



Je mescroi, lasse* ! que ii"i ait cucomb-.ioi-".» IfZuitur"'^' ' '"'"' ' 



CCCLXXVI. 



— a Dev, (list Girars, ci a fière doutance*. » 
Li clers fu saiges dès qu'il issi* d'aufanc^', 
Et hi iiorris enz ou règne* de France, 
Et sor touz clers sot-il de ningremance*. 
Il prinst .i. livre, si a lit sans doutaace*, 
La mort des contes i vit et la pezauce * 
Et corn tel * Ganes les vendi en balance 
Au roi jMarsille qui en Deu n'ot créance. 
Des .XX. milliers n'eu torna* uns en France. 
El clers fu saiges, u'el tint pas à enfance; 
Mais por bêle Aude fist bêle contenance. 
Dist à Girart : « Chevaucbiez à lîanec*, 
De vos amis ne faitez effréance*; 
Ainz demain vespre* en orrez la samblance , 
Dont il aura dolor ou duel* en France. « 



* Ici il 1/ a/, craiiilf. 

* Sortit. 

* Elevé cil le royaume. 

* Sut-ii de nécromancie. 

* Sans hésitation. 

* Chagrin . 

* Le félon . 

*-Ve s'en retourna. 



* En conftiincc. 

* Effroi. 

* Avant demain au soir. 

* Deuil. 



cccLxxvn 



Li clers fu saiges, qui la dolor cela ; 
11 prinst son livre, isnellement* Tosta; 
Dou cuer sozpire et .i. petit plora , 
En autre sen le songe trestorna*, 
Dist à bêle Aude : <^ Ne vos esmaiez jà*, 
Car por le songe nus maus ne vos venra*. 
Sachiez de voir * ma bouche vos dira 
Que li faucons qui el pui ' voz porta , 
Ce qu'est à dire, quel seucfiance* a : 
C'est Karlemaines qui ar-soir vos manda , 
Et Taygle fière qui iluec* vos trouva, 
Qui les mamelles dou cors vos dessevra * ; 
C'est une damme que Rollans amera, 
Por sa biauté laissier \oz en voldra ; 
^lais Oliviers pas ne l'olroiera. 
Fière bataille li cuens* en soutïerra. 
Et l'esperviers qui dou cors vos vola, 
Ce est .i. anfès* qui de voz uaistera ; 



* Promptement. 

* Tourna. 

* Xe vous émouvez pas. 
*.\ulmal ne vous viendra 

* En vérité. 

* Sur la hauteur. 

* Signification. 

*Im. 

* Sépara, 



* l.c comte. 

* Un enfant: 



324 



LE ROMAN 



(v. 11005.) 



Girars vostre oncles moult bieo le norrira *, 

Et Karlemaines grant terre li donra. » 

Et dist belc Aude : « Si iert coin* Deu plaira. 

Girars l'entent, durement sozpira, 

De ce qu'il oit touz li cors li sua ; 

Puis icelle hore mie ne s'arresta. 

Et la bêle Aude forment * en sozpira ; 

ïost et isnel* la bêle esperouua 

Des ci* à Blaivies, où la dolor trouva. 



* U clivera. 



* Il en sera ainsi comme ù. 



* Forlcment. 

* file. 

* Jusque. 



CCCLXXVIII. 



Séparer. 



* Jusqu'à. 



* Avec. 



Girars chevauche, et o lui si privé*, 

A Karlemaiue , le roi qui l'a mandé. 

Si com il sont parmi Saiuue* passé, 

Joiffrois d'Anjou n'est pas asséurez ; 

.ij. barons va de la route sevrer*, 

Touz les meillors que il i pot trouver. 

Dès ci à* Blaivies en sont devant aie, 

A pié descendent, el palais sont monté , 

Le roi saluent, puis si li ont conté : 

« Ci vient Girars, o* lui sont si privé , 

Et la bêle Aude au gent cors honoré ; 

Mais l'aventure lor avonz bien celé. » 

— « Baron, dist Karles, moult bien avez esré*. * foyarjc. 

De cest grant duel ne sui pas esgarez. 

Dont nos avonz maintes larmes ploré, 

Que il n'el saichent ainz le vespre avespré *. 

Hé! Naymmes sire, de bon conseil privez *, 

Por amor Deu qui eu crois fu penez*. 

Par quel manière serons-nos porpansé * , 

.c. baron soient de cest duel assorte* ? 



* El avec lui ses intimes. 



* Avanl le soir tombé. 

* Intime. 

* Supplicié. 

' Tiéjlécldrons-nous. 
Pour que cent barons 



soient tirés de cette dou 
leur. 



CCCLXXIX. 



« Ëiax sire Naymme, ce dist Karles li ber *, * Le brave. 

Por amor Deu laissons cest duel ester*. * Tomber ce chayrin. 

Parmi celle ost* faitez mon ban crier * Dans cette armée. 

Que joie faceut, laissent le desmenter *, * Les lamentations. 



Les damnies faicent treschier et caroler * 



* Danser et faire desrondes. 



V. ÏVXid,] 



DE IIONCEVÂUX. 



325 



Et CCS anfans par ces rues joer, 

Les chevaliers par les champs behorder* ; * Joder. 

Kt je irai au duc Girart parler 

Et à bele Aude, que voldrai couforlcr*. 'Cox.^nicr. 

S'ainsiz u'el faz*, je n'i porrai parler; * Jr iw ic/tnu 

Ainz * li verrai le cuer ou cors crever. » * )/ai.^. 

Lors se pasma uostre emperères ber*, * r aiiiani. 

Et li dus Naymmes s'en est alez moutcr. 

CCCLXXX. 



JVaymmes a fait le duel par l'est* laissier, 
Les damnies fait caroler et treschier*, 
Et les anfaus par Tost esbanoicr*, 
Et behorder* fait chascuns escuier ; 
Et Karlemaiucs se fait appareillier*, 
Isnellement * monta sor .i. destrier, 
Et avec lui ot Naymmon et Ogicr 
Et tant des autres que bien sont .ij. millier. 
De l'ost* se partent li dolant** chevalier. 
Cil point* avant qui avoit bon destrier, 
Por ce que il weult faire Girart lié *. 
Nostre emperères chevauche touz premiers. 
Granz .iiij. lieues, onques ne volt targier*. 
Enqui encontre dan* Girart le guerrier 
En .i. vaucel, delez * un aygleutier; 
Là descendi por son cors refroidier. 
Girars et Aude chevauchièrent premier, 
Tant que il vinrent à Karlon au vis* ûer. 
Girars descent, si va le roi baisier, 
Delez lui ièrent* et Naymmes et Ogier. 
Rarles voit Aude, si la cort* embracier 
Et elle lui, s'el commence à baisier 
Plus de .c. fois , ainz ne le volt* laissier : 
n Sire, dist-elle, et où est Oliviers, 
Li dus Rollans qui me doit nosoier* ? 
IMoult m'aura fait en Vianne laissier. 
Tant sui dolante*, n'i a que corroucier. 
.lemescroi, lasse* ! que n'i ait encombricr ** 
Lors plora Rarles, si rcsgarda Ogicr. 

LE noMV.N du: IlONrEVMX. 



/,(' rliiir/ni) pfir l'armcc. 

* .SV; livrer à des rondes et 
à des danses. 

* S'amuser. 

* Jouter. 

* A rmcr. 

* Prompleui-nl. 



* De ranncc, *♦ C/ta- 
ç/rins. 

* Pique, 

* Joijcux. 



* f'ouhit larder. 

* ■iujuurd'hui il rencontre 
sire. 

* Kii un petit vallon, près 
de. 



* risage. 

* Près de lui étaient. 

* FA la court. 

* Elit: ne voulut nulle- 
ment, 

* Epouser. 

* Trisle. 

* J'upprriirndc , hélai.' 



Mallicur. 



2S 



J_6 LE II OMAN 

CCCLXXXI. 

Li rois ot duel*, je ne nren mervoil mie : 

« Par foi ! bêle Aude, ne lairai ne vos die*, 

11 sont de moi parti par félonnie, 

S'es* ai laissiez entre gentpaïennie**, 

Batailles font contre la gent haïe. 

Par Deu, bêle Aude, ne vos en poist-il mie*, 

D'anz .ij. les* routes laissiez la druerie** : 

Je vos donrai le duc de Normendie, 

]Moult par est prouz et de grant seingnoric. » 

— « Sire , dist Aude, ice n'otroi-je mie *. 

Si mVit Dex * li fiz sainte IMarie, 

S'uns autres liom déisl tel lécherie*, 

.le le tenisse à moult très-grant folie. 

11 sont aie en la grant est banie *. 

Li pezans songes qui m'a espaourie*, 

]Me dira voir ainz* l'ore de compile. » 

Lors plora Karlesà la barbe florie*. 

Et .c. des autres; mais Aude n'el seit mie. 



(v. ii:r;r..) 



Chcifji'ui . 

* Je ne laisserai pas que 
de vous (lire. 

* Et je (es, *' Entre 
païens. 

* .Vc vous en chaç/rinez 
pas. 

* Des (Irii.i . ** Vainiinr. 



" Ce H 'oclroijc-je pas , 

* Si Dieu m' aide. 

* J ilenie. 

* En la f/rande armée con- 
voquée. 

* Effraijée. 

* Frai nient avant. 

lilinirlic. 



cccLxxxn. 

« Damoiselle Aude, dist Karles et sa gent , 
Laissiez ester* les amors de Rollaut 
Et d'Olivier, le hardi combatanl : 
11 sont de moi sevré par mautalant*. 
El mois de may, quant cil jor* seront grant. 
Passèrent l'eve* c'on apelle Noisant\ 
En Babiloinne s'en iront ostoiant*; 
Cuens* Oliviers en sera amirans**, 
Etpanra* famme la seror** Baligant. 
Une pucelle a prins li cueus* Rollans, 
Fille Flohaire, le roi de Val- Dormant. 
Por sa biauté vait la vostre chanjant. » 
— « IMerci, biax sire, dist Aude la vaillaas, 
Por amor Ucu ne m'alez délaiant*. 
K'a* famme en terre n'en cest siècle vivant 
Qui me partist* de l'amor de Pvollant. 
Je l'ai perdu , g'el sai à enciaat * 



Laissez en repus. 

* .Séparés par colère 

* Ces jours. 

* L'eau. 

* €iicrroi/anl. 

* Le comte. 

* Et picndra 
de. 

* Le cutnte. 



* Grâce. 

* Retardant. 

* Il n'y a. 

* Séparât. 

* A escient. 



* Émir. 
** La sœur 



(V. lioii.) 1)K KONCEYAUX. 327 

Qui qu'en ait joie, g'en ai le cuer dolaiit *. » * Trhie 
Lors plora Karles et IVaymnies !i voiilaiis. 

CCCLXXXIII. 

Quant voit li rois que jà n'el cèlera 

Ne la bele Aude conforter * ne porra, * Consoiir. 

De cuer sozpire et un petit* plora; * in peu. 

Au bon Danois la pucelle livra, 

Vint à Girart, envers lui s'enclinna , 

.j. seul petit* des autres s'esloingna; * Scuirmciit un peu. 

rse puet parler li rois, ainz* se pasma. *M(iLs. 

Lors sot* Girars que grans dolors i a. *5«/. 

Karles revint, au duc merci cria; 

Tout le dammaige et le duel* li conta, * Lu (louieiir. 

La traïson que Ganes fait li a. 

Girars l'entent, a poi ne desvia *, ,'£ni''" '^"''"' ''" *' *"" 

Par vasselaige son coraige* cela, ' Par jonc d'dme sa pot- 

Et son seignor moult bien réconforta. 



sec. 



CCCLXXXIV. 

Grans fu li diaus * et bele l'assamblée. l S^'/fJ'iv,^ besoin de ca- 

Or voit li rois n'i a mestier celée*. '>'<-'': 

, ^ , ^ . j.^ ' .-/lots foili't uti measaoer. 

Atant ez-vos .i. mes* de mer Betee *, «• soitr/e. 

A Karlemaine a sa raison* contée : *.Son uf/aii-e. 

« Ici vient Gille, vostre suer honorée. » 

Karles l'entent, s'a la coulor muée ', * Ef a chattçjé de couleur. 

Va-li encontre aval parmi la prée 

Sor une mûrie* qui forment li agrée ; * .Mule. 

Baisier la vait, quant il l'ot saluée : 

" Bele suer Gille , savez-vos la dolée *? * La douleur. 

Mots est Rollans, n'i a mestier celée *, */' "'''"■ '"''"'" ''" '^ ''«• 

Et Oliviers à la chière menbrée *, * a la Mniejiyure. 

Li .xij. per par rnale* destinnée. * Mauvaise. 

.\x. M. Franc qu'avoie en ma contrée, 

La mieudre * gent que j'avoie amenée, * Meilleure. 

INIort sont trestuit sans nulle demorée* : * Retard. 

Ce (ist fel* Ganes, qui sa foi m'a faussée * r.c félon. 

Quant les veudi à la gont deffaéo*. » * sans foi. 



328 



LE ROMAN 



(v. i-inir>.) 



Oille l'entent, de dolor cstpasniée; 
]\Iais Karlemaines Tan a siiz relevée, 
INloult doucement l'an a réconfortée. 

CCCLXXXV. 



Gilles se pas/ne , grant dolor démena ; 
Mais Karlemaines très-bien la conforta*, 
Kt vient arrière là où Aude laissa. 
Puis s'en trespassent*, mais cliascunne plora; 
Jamais nus hom * si grant duel** ne verra. 
Aude li dist, qui forment* souzpira : 
« Ma damme Gille, traiez-vos-en enz-sà; 
Où est Rollans qui s'amor* me donna? 
Se le savez, por Deu u'el celez jà. « 
— « Aude, dist Gille, ne vos mentirai jà : 
Rollans mes fiz, qui tant jor vos ama, 
Por voir" vos di que laissies uouz a. 
Jamais dou cuer li diaus nem'istera*. » 
Aude l'antent, de dolor se pasma , 
Guide mors soit, por le duel* sozpira, 
Et Karlemaines amont la releva. 



* Conso]a, 



* Pm^aetit plus loin. 

* Nul homme. " Dou- 
leur. 

* Fortement. 



* Son amour. 



* Pour vrai. 

* Le( lidijrin nemcsortira. 

* Cltii'jriii, 



CCCLXXXVI. 



Li dus Girars fu forment abosmez*, 

Par vasselaige son coraige* a celé 

Kt son seignor moult bien réconforté. 

Viennent à Blaivies , là dedens sont entré; 

Grant joie mainnent cil jone bacbelier, 

Les dammes ont treschié et carolé *, 

Et li anfant par ces rues joé , 

Li cscuier par ces cbamps bebordé*, 

Si qu'au monslier * n'ot onques sains ** sonné, 

Ainsiz com Karles l'ot JVaymmon* commandé. 

Karles descent dou murlet affautré*, 

11 et Girars sont el palais monté, 

Et duc et conte et chevalier chazé* 

Viennent encontre, le roi ont salué 

Et la belle Aude au gent cors bonoré ; 



* stupéfait. 

* Par bravoure sa pensée. 



* Formé des danses et des 
rondes. 



* Jouté. 

* Tellement qu'à l'église. 
"Cloche. 

* L'eut ù Naijme. 

* Du mulet harnaché de 
feutre. 

* Propriétaires. 



(v. 12079.) DE RONCEVAUX. 329 

Mais de Roliant n'i ont mie trouvé 

Ne d'Olivier, le vassal adiiré*. * Énfnjiqnp. 

Dont plora Aude , s'a le roi esgardé* : * Et a Je n>i reijnnlé. 

« Drois* emperères, merci por l'amor Dé**, * Làiiihnc. ** j)e Dieu. 

De ceste lasse * or vos prciugue pité ; * Mniheuretiso. 

Car plus voz aimme c'omme de mère né. 

Dou duc Pvollant me ditez vérité 

Et d'Olivier, mon frère, le séné*. » *£>' sensé. 

— " Bêle, dist Karles, ne puet icstre celé, 

Andui sont mort li vassal aduré*, * nien irempcK. 

Et moi et vos ont-il tout oublié. » 

CCCLXXXVII. 

« Damoiselle Aude, s'el vos osaisse dire , 

Mors est Rollans, li frans cuens*, nostre sire, * Cowte. 

Et Oliviers, dont douce France est pire, 

Li .xij. per à duel* et à martyre. » * Avec chmienr. 

Là véissiez si grant duel* et tel ire ** , * Douleur. ** Hinnem: 

11 n'i a home qui talent * ait de rire ; * Envie. 

Ainz a chascuns enz en son cuer grant ire. 

Aude se pasme et durement souzpire. 

Quant el revint, plus fu jausne que cire ; 

Deu réclama, le fil sainte Marie, 

La mort li doinst*, car li cuers li empire : * Lui donne. 

« Oncles Girars, ci a* moult fort martyre. * i<i u ;/ a. 

Ce sont mes noces, vos en aurez grant ire*. » *Cha<irin. 

CCCLXXXVIIL 

— « Damoiselle Aude, mais celer n'el puet-on*, * Pinscéierneieju-ui-on. 
Trestuit sont mort li douze compaignon ; 

En Rouscevax les traï Ganelons, 

Si les' vendit au roi Marsillion, * Et left. 

]\Ioult en a prins grant avoir li félons. 

En orphcnté m'ont guerpi mi * baron ]ai^6^f"'^'"'^"' "'*""' 

Si com* la beste l'ait el bois son faon * Ainsi que. 

Quant a choisi* ou lieupart ou lyon. » * Aiierçu. 

Aude l'entent, ne dist ne o * ne non , * Ai oui. 

Souvent se pasme entre les bras Karlon*. * De Charles. 

28. 



330 



LE ROMAN 



[V. I21i:{.j 



INIoult estiit* Aiide en longue pasmison, 
Nus boni de char n'en pot traire raison* 
]N'e clers ne prestres donner confession. 



* Lo/u/temps resta, 

' Nul homme charnel n'en 

put tirer parole. 



CCCLXXXIX. 

Charles tint Aude entre ses bras ainsiz 

Que ne parole ne les iex n'en ouvri ; 

Kt quant revint, si a laissié le cri : 

« Drois* emperères, por les sains Deu merci*^V^J'J,^jj!|''-**^^^'^''''''"' 

Car nie monstrez le cors de mon ami 

El d'Olivier, mon frère, le hardi. 

Li cuens Pvollans m'avoit sa foi plevi* 

Qu'il me panroit*, et je lui autressi**. 

Iceste amors se départist * ainsiz. 

Ainz* me sera li cuers el cors** partis, 

Puis m'en irai avecques mon ami 

Et à mon frère, qui la dolor souffri. » 

— « Bêle, dist Karles, tout i avez failli. 

Et moi et vos ont- il mis en oubli. » 



* Eiif/of/c. 

* Prendrait, 
ment. 

* Se sépara. 

* Auparavant, 
cœur dans le corps. 



Pareille 



Le 



CCCXG. 

Aude se pasnie, son cuer prinstà cliangier, 

Entre ses bras la tint li bons Ogiers ; 

Au roi parole, moult par ot * le cuer fier : 

« l^rois* emperères, por Deu vos voil proier 

Que vos me faitez délivrer le monstier* ; 

.le i voil iestre por Dameldeu proier*, 

Si proierai à mon frère Olivier. 

Se ma dolor me porroit alégier, 

Tost me verrez ancui eslaiecier *. « 

Karles apelle et Naymmon et Ogier : 

« Faitez-moitost délivrer le monstier, 

Que n'i remaingne* serjans ne chevaliers. » 

Et il si firent sanz plus de délaier* ; 

Et Aude i entre, moult le fist volentiers. 



* Il eut fort. 

* Légitime. 

* Livrer l'église. 

* ./';/ veux être pour le Sei- 
gneur Dieu piier. 



* A ujourd'hui dissiper. 



* Reste. 

* De retard. 



CCCXCI. 

JVaymmes tint Aude, qui moult ot le vis* cler ; * fisuge. 



DE ItUXCKVAUX. 



331 



Girars les fist enz el monstier* entrer. * Dans l'tgiise. 

-Aude resgarde de delez .i. * piler, 'Prés d'un. 

Moult voit chaadeilles et cierges alumez, 

Et voit les Lierres , si commence à plorer : 

Ce fu Rollans et Oliviers. 

Aude i eorrut, que ne se pot celer;' 

Desus Roilant se commence à torner, 

Trestouz ses dras li fist désore' oster 

Et le suaire por la char esgarder^, 

Qu'il ot blecie des grans cops endurer 

Et ot noircie por ses armes porter. 

Aude se pasme , si commence à crier : 

« Sire Rollans , dist la bêle au vis* cler, 

Por araor Deu qui se laissa pener*, 

Jà sui-je Aude, cui tant soliez amer* 

Ne por vos iex veoir ne esgarder 

Ne vostre bouche à la moie parler. » 

Lors se repasme , ne pot sor pies ester*; *Se tenir. 

IVIais Karlemaines la eorrut relever, 

Puis fist les bierres couvrir et ratorner*. * Rajuster. 



* Dès ce moment. 

* Pour la chair rcr/arder. 



* fi sage. 

* Supplicier. 

* Que tant aviez coutume 
d'aimer. 



CCCXCII. 

Aude se pasme, moult durenient s'escrie, 

Desor Roilant a sa chère guenchie *, 

Leva le paiie de soie d'Aumarie * 

Et le cendal * qui fu fais an Nubie, 

Et voit la char qui fu tainte et noircie, 

Sa blanche bouche dont la lèvre est partie* : 

N'est pas merveille , car grant soif ot soufl'rie* 

En Ronscevax entre la gent haie. 

Aude se pasme, moult hautement s'escrie : 

« Sire Rollans, jà sui-je vostre amie. 

Por amor Deu, avez-me-vos guerpie*? 

.le me fi tant en Deu le fil Marie 

Que je ière hui o* vostre compaingnie. » 

Lors se repasme, si s'est esvanuie. 

CCCXCIIL 

Desus Roilant se jut* bêle Aude enclinne, 



* Tourné sa figure. 

* D Alméria, 

* Taffetas. 

* Partagée . 

* Souffert. 



* Abandonnée. 

* Que j'étais aujourd'hui 



Se coucha. 



332 



LE ROMAN 



(v. F2I80. 



Plore des iex et sa face esgratinne; 
Li sans li cort aval sor la poitrinne, 
Qui plus est blanche que n'est (lors d'aubes 

[pinne 
« Sire Rollans, dist Aude la meschinne*, 
Parlez à moi, frans cuens* de bonne orinne'*; 
Car m'amniors est vers la vostre plevie*. 
Olivier frère, com or sul orpheninne* ! 
Lasse! mar * vi celle gent sarrazinne. 
Qui qu'en ait joie, j'en sui lasse, frarinne*. » 
A icest mot r'est chaiie souvinne *. 
Li dieuls * des contes et cil de la meschinne ** 
Font là plorer maint lil de palazinne *. 



* Lo Jeune JUJe. 

* Comte. ** Origine. 

* Maintenant suis orphe- 
line. 

' Hélas ! malheureuse- 
ment. 

Misérable, 

Tombée sur la face. 

* Le chagrin. *' Jeune 
fille. 

' Palatine. 



CCCXCIV. 



Grant joie ot Aude quant ot l'otroiement*, 
Envers le roi s'inclinue bonnement. 
Li emperères entre ses bras la prent, 
Puis li a dit moult amiablemeut : 
« Or faitez, bêle, vostre commandement. » 
— « Sire , dist Aude , .c. mercis vos en rent. 
Li rois de France s'en ist* premièrement. 
Et l'autres peuples trestouz communaumcnt. 
Aude remest el monstier * seulement, 
Ferma les huis et serra durement ; 
Onques mais famme ne fist tel hardement *. 



* Voclrui, la concession. 



*.Sort. 



* Reste dans l'église. 



* Chose hardie. 



Quant vint as bierres,anz .ij. les contes* prent, * Les deu.v comtes. 

S'es afaita par tel devisement ' /„fo«!''* ""'""'^''' ''' "^'' 

Que Tuns ne l'autre ne ciinne* ne ne peut. 

A Grisons la bêle Aude se prent, 

Deu réclama*, le roi omnipotent** : 

« Gloriouz Pères, par ton commandement 

Terre féiz et la mer ausimeut', 

Des .iiij. abismes féiz issir le vent 

Qui par le mont* cort par devisement** ; 

Le ciel féiz. Sire, tout dignement, 

Ne jà traîtres n'i panra chasement*, 

Ne li félon n'auront harbergcment*; 

Ne li Gieu* n'i seront tant ne quant**, 



M'incline. 



* Invoqua, 
sant. 



'De mime. 



* Monde, 
d'autre. 



" Tout-puis- 



De coté et 



Possession , 

* Logement. 

* Juifs. ** Nullement. 



(v. l-22Ifl.) 



DE RONCEVAUX. 



333 



Qui (le vos, Sire, firent rachatemcnt, 
Qui vos pendirent par tel enehantemeut 
Enz en la crois sans point d'arrestement. 
Longis i fist moult fier afermement*, 
Quant de la lance vos lëri* durement. 
Il ière* aweugles, sans point d'alumoment : 
Quant senti l'aiguë et le sauc avalant *, 
Par ta vertu ot enluminement*, 
Merci cria par bon repentement ** ; 
Et vos, vrais Dex, biax Pèreomnipotens*, 
Là perdonnastez sans point de faussement*. 
Si voirement* com lus omnipotens**, 
Saint Joseph fist riche demandemeut : 
Por ses soudées ne volt* autre présent 
Fors* vostre cors, qu'il reciut doucement, 
Et el sépulcre éuz reposement. 
Les .iiij. IMaries vos quistrent* doucement, 
Qui aportarent le saint chier oingnement*. 
Résuscitastez Lazaron de moinient *, 
Anfer brisastez sans nul demoremeut *, 
Touz vos amis gietastez* dou tonnent. 
Aprez tenistez le verrai parlement, 
Quant as apostres donnas confortenient*; 
Chascuns avoit por vos le cuer dolent*. 
Dex, qui vos sert, bon guerredon* atent. 
En paradis en sont 11 Innocent , 
Et g'el croi bien sans point d'arrestement. 
Faitez, vrais Dex, ancui * démonstrement 
A moi chaitive* qui el monstier atenz, 
Que Oliviers me die son talent*. » 
A ces paroles , li sains angres* descent 
Que nostre Sires i tramist* bonemcnt : 
De la clarté touz li monstiers resplent*. 



* Hardiesse. 

* Frappa. 

* Il était. 

* Tombant. 

* Eut retour ù la lumicre. 

* Miséricorde. ** liepcutir. 

* Tout-puissant. 

* Fausseté. 

* f'raiincut. •* Tout- 
puissant, 

* Soldes ne voulut. 

* Sinon. 

* Cherchèrent. 

* Li aiment. 

* Du monument. 

* Retard. 

* Otntes. 

* Consolation. 

* Chagrin. 

* Récompense. 



* Aujiiurdliui . 

* Malheureuse. 

* Me dise ce qu'il veut. 

* Ange. 
Trans)nit. 

* Imite réijlise resjiliudit. 



cccxcv. 



Grantjoie otAude, la clarté a choisie *, "Aperçue. 

Encor n'a pas s'orison défenie ' : * Fini son oraison. 
« Dex, jà croi-jc que fustez (iz Marie , 

Résuscitaz saint Ladre* en Bétlianie; * saint Lazare. 



33i 



LE ROMAN 



(v. I2-2r.3.) 



Très lo quart* jor a voit la char pnrrie. 

La IMagdelainne traisiz* au ta partie, 

Qui terst* vos pies, de grâce raemplio. 

En Jhursaleu fiiz à Pasques fiorie : 

Là vos vendit Judas par félonnie , 

.XXX. deniers eu reciiit par envie. 

De ton cler sauc lu la crois vermoillie *, 

Et el sépulcre éustcz mort et vie. 

Si voirement* com fustez en Galysce **, 

A ta maisiiie*, qui por vos fu marrie, 

Appariiistez loiaumcnt, sans boisdie*, 

Et g"el croi bieu sans point de tricherie. 

IMetez, vrais De\, en Olivier la vie, 

Tant que il m'ait sa voleuté jéhie *. » 

Et li vrais Dex la pucelle n'oublie , 

Car li sains angrcs* a la parole oie, 

Prez d'Olivier s'apuia lez* l'oie. » 

Aiiisiz [)arla com se il fust en vie : 

« Bele siior Aude, ne vos esmaiez* mie ; 

moi veniez* en la Deu compainguie, 

Lassuz el ciel, où joie est esbaudie*. 

Toute biautez t'i ierl amanevie*, 

Poi priserez la terrienne * vie : 

Elle ne vault la monte d'unne aillie*, 

Ors ne argens une pome porrie. 

Cil qui sert Deu conquiert grant mauanlie* 

Avec les angres*, en la Deu compaingnie. » 

L'angres s'en torne*, et Aude est sus saillie *' 

« Ha Dex, dist-elle, com or sui garantie * ! 

Jamais por duel * ne serai esbahie. » 



* Depuis le quatrilme. 

* 7V/',<s. 

* Kssmja. 



* Rendue vermeille. 

* Aussi n-iii. '*Ci(lilee. 
Miiisiiii , siiile. 

* 'J'roiiiiieiie. 



* Fait connaître. 

* An (je. 

* Près (le. 

* Emouvez. 

A ver moi viendrez. 

* Là liant au ciel, où ré- 
y ne la joie. 

* T'y sera à portée. 

* Terrestre. 

* Le montant d'une sauce 
à l'ail. 

* liichcsse. 

* Anycs. 

* Itelourne. ** Sautée. 

* Protégée. 

* Cil a y ri H. 



CCCXCVL 



Aude se dresce, s'orison a finée , 
Puis vint arrière comme famé adolée* : 
« Sire Olivier, com dure destinnée ! 
Sire Pvollant, voz m'aviez afiée*. 
Se Dex volsist* que fuisse mariée, 
Sor toutes dammes fuisse de vos privée* 
Oncles Girars, n'i ait plus demorée* : 



* En proie u la douleur. 

* Fiancée. 

* Eût t-ouhi. 

* Avec vous intinif. 

* De retard. 



(v. i2.',.u., DE RONCEVAUX. 333 

La mors me vient que tant ai désirrée. 

Sor toutes dammes soit Guibors saluée, 

La mieudre* damme qui de mère soit née, * La tueUicun:. 

Qui me norri* en sa chambre pavée * M'Hem. 

Com se m'éust dedens son cors portée. » 

A ces paroles s'est Aude porpansée*, * A njiéch/. 

Saingna son chief *, à Deu s'est commandée**, \numié^^'^ ''^''^' **^'''''''""''' 

Karles la prinst, contre lui l'a levée, 

Et de ses piauls .i. petit* aft'umblée. * Fourrures un peu. 

Li cuers li part, l'arme* s'en estalée; * L'a me. 

Li angre Deu* l'an ont el ciel portée, * Les auges de Dieu. 

Devant Jhésum de gloire présentée. 

Karles l'esgarde*, cuide que soit pasniée; * Lai regarde. 

Quant la redresce, si l'a morte trouvée. 

Lors raucommence li diaus * et la criée ; * Le ehagriu. 

Jamais n'ierttox * por famme qui soit née. * \e sera telle. 

CCCXCVII. 

Or sont li cri* Karlemaine enforcié ; ^^^yin.nienani sont les cris 

Audain tint morte, moult ot le cuer irié ', * Chagrin. 

Contre son pis* tint le cors embracié ; *P»iirinc. 

Si durement a le roi angoissié, 

Par .i. petit* ue l'a tout trébucbié : * Oar peu s'en jaui <]uc. 

« Girars, dist Karles, moult ai le cuer irié*. " Chagrin. 

Véistez mais tel duel* ne tel pitié ? * Douleur. 

Dou mariaige m'estoie trop targiez *. » * Tardé. 

.ij. arcevesque ont le cors atirié* * Arrangé. 

Entre .ij. bierres en un paile ploie * ; * Étoffe de prix. 

Là ont le cors moult bêlement couchié. 

CCCXCVIIL 

Morte est bêle Aude, moult fu grans la dolors ; 

Ne fu mais* famé tant féist par amors. * Jamais . 

.ij. arcevesque la conrèrent * le jor, * L'hahiUércnt. 

Qui l'ont couverte d'un paile* de coulor. * D'une étoffe. 

Entre .ij. bierres d'ans .ij. les poingneors* * Des deux combattants. 

La font couchier el non dou Criator. 

Là plorent prince et mainnent graut dolor 



33G 



LE ROMAN 



(v. Iïi2t.) 



Kt clerc et lai, chevalier, vavassor. 

En la cité orent tel ténébrcr*, 

L'uns ne vit l'autre, tant fu lors la dolors, 

Ne il ne savent se il est nuis ou jors. 

Crans fu li diaus* au roi empercor, 

Tire sa barbe qu'est plus blanche que flors : 

« Sire, dist Naymmes, bons rois de grant valor, 

Veez* quel gent voz traient à** scignor. (ûrJuii' 

lîer, ne plorer*, recuevre ta vigor. » * naron, sire, ucpkurc pas. 

Si les conforte * à loi d'empereor. * Ainsi il les nmsnk. 



* Tciirhrcs, obscurilc. 



' Doidciir. 



/ oiis roiisi- 



cccxcix. 



« Drois* emperères, ce dist Girars li ber**, 

Por amor Deu, laissiez celduel ester* ; 

Vos n'i poez nulle riens conquester*. 

Faisonz les cors maintenant enterrer. 

Car cest barnaige ne puez mais restorer*. » 

Ktrespont Karles : « Bien fait à créanter*. » 

Moult richement fait Rollant conraer*, 

Et Olivier et Audain au vis * cler, 

Puis les commande ensamble à enterrer ; 

IMais Olivier, qui tant fist à loer, 

Prez de Rollant ne voldrent* ajouster. 

Là voissiez .i. duel* renouveler, 

Lor poins détordre'' et lor chevex tirer, 

Lor drasde soie desrompre* et descirrer. 

Li dus Girars de Viane li bers* 

Audain sa nièce prist fort à regreter, 

Et Olivier qui moult fist à loer : 

a Biax niés,dist-il, bien devroiedesver*. 

A moult grant duel nos estuet dessevrer*. 

Bêle nièce Aude, que pourrai-je conter 

A la diichoise qui tant vos sieult* amer*? 

Cest mariaige ne li porrai celer. 

Jù Deu ne place que je voie avesprer * ! » 

Qui dont véist le duc Girart pasnier, 

De grant dolor li poist ramcubrcr*. 

Karles ne puet si grant duel* endurer, 

Dedens sa chambre se fist tantost mener ; 



* LiijiliiHc. **/,(• lirave. 

* Faites Irvvcù ccclia'jrin. 

* Caijncr. 

* Ilcntiiirchr. 

* Cest bien à y avoir foi 

* Eiisei-elir. 

* risarje. 



* Ne voulurent. 

* Une douleur. 

* Tordre. 

* Rompre. 

* Le brave. 



* Perdre la raison. 

" ./ très-grande douleur il 
lions faut séparer. 

* Avait coutume de. 



• J Dieu ne plaise que je 
voie venir le soir.' 



* Lui pût ressouvenir. 

* Douleur. 



r. 123.31.) DE RON'CEVAUX. 337 

• ij. jors i tu nostre emperèrcs her*, * raiilauf. 

Onques ne pot revenir ne parler. 

Quant au tierz * jor se prinst à porpanser**, *" TroUiànc. **nijicchir. 

Dès or * VOldra ses barons conforter *' * Désormais. ** Consoler. 

Kt sa grant ost partir et deviser* ; * Partager et diviser. 

Par les harberges' a fait son ban crier, * Campements. 

Qu'en douce France pensent dou retorncr, 

A ses barons la nouvelle conter 

Por la venjance de Ganelon parler. 

n G'el ferai pendre, ou noier en la raor. « 

cccc. 

— « Drois* emperèrcs, dist Girars li guerriers, * Légitime. 
J"ai enterré mon neveu Olivier 

Et ma nièce Aude qui f'j fille Renier. 

Ber*, car chevauche et fai cel duel ** laissier. *Sirc. ** Celle douleur. 

En douce France ont de vos grant mestier*. * Besoin. 

Yenront* les damraes, n"el voldrontpas laissier * riendrout. 

Ceuls desmenter* que noz a fait laissier. * Se lamenter. 

Gane li fel* qui nous mut l'encombrier'*, * Le félon. **Le malheur. 

S'il ne s"en puet deffendre ou desraisnier*, * Justifier. 

Voiant trestouz là le faitez jugier. » 

— « Ahi Glrart, dist Karles au vis* fier, * J'isage. 
En nulle terre n"a meillor chevalier 

Por escu fendre ne por lance brisier, 

>"e qui mains* saiche de mauvais encombrier. « * .Moins. 

cccci. ; 

Va-s'cu li rois, en terre lait* Reliant * Lal-se. ' 

Et Olivier, le hardi combatant, 

Et l'arcevesque, que De\ par ama* tant, *Aima. 

Les .xij. per qu'orent tant hardement*, * ilardie^sei 

Et les .XX. mil qui sont mort à torment. 

Karles apelle dant* Richart le iXormant : *Sire. 

a Faitez crier mon ban et mon commant ', * Commandement . 

Qu'il s'en retornent moult grant joie faisant. 

A Montloon, enz au palais [)lus grant, 

Ferons jostice dou félon sou'luiant* , • *Per/ide. 

29 



338 



LE ROMAN 



(V. 1230.-,.) 



S'el* jugerout li petit et li grant 
Comment porra morir pins malement. » 

CCCCII. 



Va-s'en li rois , et sa grant compaingnie ; 
D'or et d'argent oreut grant manantie* , 
Chevax d'Espaingne et mûries de Siirie * ; 
Passent Poitou et Couloingne et Hongrie , 
Et droit vers Chartres ont lor voie acoillie* 
A Bonival, une bone abéie , 
Là loja Karles en mi* la pracrie, 
11 et sa geut, qui lu triste et marrie. 



* El le. 



* Richesse. 

* Mules fie Sijrie. 

Pris leur c/icniin. 

* A II niilicii de. 



CCCCIIL 



La nuit i jut* nostre emperères ber**, 
Li autres peuples pensa de Tosteler*, 
En son les* lances font cierges alumer. 
Au matinnet , quant Karles diut monter, 
Isnellement* l'ont son muri amener. 
Le duc rsaymmon fist li rois apeller : 
« Faitez mon ost * en cest val arrester, 
Car je voidrai à mes homes parler, 
De Ganelon grant conseil demander ; 
G'el ferai pendre ou ardoir* eu feu cler, 
Sa traison li ferai comparer*. » 



* CoKclia. ** Hnn 

* A se loijcr. 

* En lidui des. 

Pniinptemcnl . 

* Armée. 



* Briller. 
Pitijer. 



CCCCIV 



Nostre emperères son grant duel* n'oublia ; 

Mais en son cuer durement sozpira. 

Naymmes chevauche, puisqu'il le commanda. 

Trestoute l'ost* enz el val arresta : 

R Baron, distNaymmes, traiez-vos-en auzà*. 

De Ganelon jugement ferez jà , 

Et sachiez bien que nus * n'eu partira 

Devant* celle bore que il jugiez sera 

Et de sa bouche trcstout fors jéhira* 

La traïsou si comme faite Ta. « 



'Chagrin. 



* L'armée. 

* Tirez-vous de mon coté, 

*yui. 

* Avant. 

* Confessera eomj'lélemcnt. 



(v. um.) DE HONCEVAUX. 339 

CCCCV. 

Va-s'en li rois por faire la justice, 

Aiiiz ne (ina, si' vint à Saint-Denise : * Sans s'arrêter il. 

Cliiers est li liens, si est digne l'église. 

INIoult riche offrande i a sor l'autel mise, 

A Deu se claimme et au ber* saint Denise : Hiiè"^'"^"" ^"'" ""' '' 

De Ganelon , qui sa gent a maumise * , * Maltraitée. 

A ^lontloon en iert* faite justice , *A Laon en sera. 

Si qu'el verront la gent de mainte guise , 

Cil de Bretaingne, de Flandres et de Frise. 

CCCCVI. 

rs'ostre einperères ot moult le cuer dolant* * Afjiif/c. 

Et jure Deu , le père oranipotant*, * Tout-puissant. 

.Ta li siens cors n'aura reposement 

.Tusqu'cà celle hore qu'en ait prins vengenient 

De Ganelon, le cuivert souduiant*. * Le iiU-he perjiiie. 

.Mais ainz iert* Karles corrouciez et dolans , * Mais aiq.araruni sera. 

Car li traîtres a maint riche parant 

Qui par effort viennent au jugemaut; 

De lui deffendre se metront en présant *. 'J/eS.'""'""^ '"""' ''' 

CCCCVII. 

Charles chevauche et o lui son barné*. * Et avec lui su noblesse. 

A ^lontloon* s'en vint à la cité, * A Laon. 

Anfans et famés a assez encontre, 

Et cbascuns a son ami demandé. 

Cil a grant joie que le sien a trouvé. 

An Montloon eu sont trestuit entré; 

Riais li traîtres est de grant parenté. 

Tuit sont de lui privéement* mandé. * fn particulier. 

CCCCVI II. 

A Montloon vint Karles de Paris 

Et li baron des estranges pais*. * ncspansétranf/ers. 

Li empe[rèjres, qui maint règne * a conquis, * iioyaume. 



3iO LE ROMAN (v. 12455.) 

El palais est assiz, ce m'est avis. 

Blanche ot la barbe et les grenons* floris, * Mouaiaches. 

Affumblé ot .!.* riche mantel gris; * // &efiit ti/fnhié (Vun. 

Il en apelle ses dus* et ses marchis : *Dtirs. 

« Baron, dist Karles, conseil vos ai requis 

Que me donnez por Tamor saint Denis. 

Conquerre alai d'Espaingne le païs, 

.Jusqu'à Saint- Jaque ai les chcminz assiz'. * Assuré. 

Vos me charjastez vos fiz et vos amis : 

I^aissiez les ai détranchiez* et ocis, * Taillés enpUccs. 

C'est par l'el* Gauequi cest mal nos a quis**. » * Le félon. ** Cherché. 

Chascuns l'entent qui iluec* fu assiz, * Là. 

ïrcstuit en plorent des biax iex de lor vis*. * Usage. 

CCCCIX. 

« Drois* emperères , ce a dit Archoer *Lé<jUime. 

Qui tint chastiax et Boloingne-sor-Mor, 

Or faitez * Gane devant vos amener, * Faites donc. 

S'il ce connoist * que voz oi ci ** conter, /S /r;'!'"""" ""■ " '^"" 

Don respitier* ne doit nus hom** parler, * De répit. **yui homme. 

Maïs de son cors à martvre livrer. 

On ne doit mie son baron afoler *, */,^^'" ''" '""^ " '''" '"'" 

Se on n"el puet de traïson prouver. » 

Dist Gondrebuef : « Jà ne sera tant ber*, * Brave. 

Por tant c'om puisse sor mon cheval monter. 

Se il le noie*, je sui près dou** prouver. « * Me. ** Prit de le. 

Dist Karlemaines.: « Faitez-le amener. » 

Et cil i corrent qui le doivent garder, 

Sus * au palais le l'ont avant aler. * En haut. 

ccccx. 

Ganelons fu el palais eu estant* , * Dehout. 

Toutes les gardes le menèrent avant. 

Premiers parla dans * Bichars li Normans : * Sire. 

« Par ma foi! Ganes, vos avez blasme grant. 

Li rois vos rete* de son neveu Bollant. « *f'(>us accuse. 

— a Bichart, dist Ganes, il dira son talant* : *Ce qui lui plan. 

Je sui por voir * dou tout en son commant'* ; 'J',Zu'''''- " ^'""""""- 



(v. i2iso.) DE UONCEVAUX. 341 

Mais par l'apostre que quièrent peuéant* , * Pcniiivits. 

Il n'a* en Fronce baron, tant soit vaillans, * Ji n'ij a. 

S'encontre moi sou gaige niait* avaut , * Mei. 

ISe m'en deffeude à m'espée tranchant. >> 

Dist Goudrebués : « Taisiez-vos, souduiaus*. » *P"i/i(le. 

— » Or me ditez, emperères vaillaus, 

Quant nos venimmez' en la bataille grant, * .v-/«s linmes. 

V.n Ronscevax delez les* pors passanz, *Prcs des. 

De l'ost* Marsille préismez .i. Pensant. * De l'urmée de. 

Cil nos conta le duel * et le tormant * La douleur. 

Comment fel' Ganestraï le prou Reliant *L€fvU>n. 

Et Olivier, le hardi combataut. 

Se il le noie', sire, vez-ci mon gant. *.V/V. 

Ainz* qu'il soit vespres** ne li solaus couchaus, "Avant. **Suir. 

Le vos randrai vaincu et recréant*. » * Rindu. 

Dient Fransois : « Ci a* parole grant. » *lci n y a. 

CCCCXI. 

>'ostre emperères estut en son estaige*, * Logis, palais. 

Et Ganelons li a donné son gaige 

Vers Gondrebués de Frise la sauvaige. 

Karles li rois en demanda ostaiges : 

Ganes i mist ceuls de sou parentaige, 

Et il i entrent sans faire demoraige *, * Retard. 

Car prou le savent et de grant vasselaige*. * Bravoure. 

Armer l'emmainneut icil de son paraige*; * Sa famille. 

Ancui* auront .i. si hontouz dammaige, * .iujuurdliui. 

Dont parleront et li fol et li saige. 

CCCCXII. 

Armer l'emmainent li parent Ganelon 

Aval el bore* chiés .i. oste félon. * En bas au bourg. 

Chances de fer blanches et auquetons* * Hoquetons. 

Li ont chaucies enz jambes environ. 

Ses espérons li ferma * Salemons , * Lui jixa. 

Et vest Tauberc Clarembaut de Mascon , 

Et lace l'iaunie Chiborin le félon, 

Qu'il li donna quant fist la traïsou, 

29. 



.'î/r2 LE ROMAN (v. I25-.3.) 

Puis li amaiunent .i. noir destrier gascon. 

Par son estrier i monta Ganelons , 

A son col pent .i . escu à 1 yon * ; J;!;'//' ''''i""^ ^'^"'^ /'^'"' *'» 

D'armes porter resamhia bien baron, 

Mais de combatre n'a talent se poi non*. * y'n que peu (Venvie. 

Or se porpanse où qiierra earison * : 'Maintenant il som,e où 

ri 1 h t If rlienhera protection. 

Les grans galos est issiiz* de Loon. * Sorti. 

Quant il tïi fors *, fuit-s'en à esperon. "Dehors. 

Quant le voit Gondebués , a poi d'ire* ne font. ]Zmf''"^""' ''"' ''''"' 

CCCCXIII. 

Quant li traîtres fu fors* de la cité, * Hors. 

ïorna en fuies *sor son cheval armez; * Prit tu fuite. 

Touz ses ostaiges a laissiez encombrez* ; * Bans reminirras. 

Mieuz weuit qu'il soient à martyre livré. 

Qu'il ne conduie son cors à sauveté *. * En sûreté. 

Gondrebués l'a véu, si en a sozpiré; 

Karlon appelle, si l'a arraisonné * : '.^j,^ '"' " '"'''''''' ^" ''"■ 

" Drois* emperères, ne soiez esgarez; * Lét/itimo. 

Aucui* sera li miens cors esprouvez, ' AnjourcViini. 

Qui por grans cops ne lu onques lassez. 

Ainz qu'il soit vespres ne solaus esconsez*, * M soleil carhc. 

Le vos randrai et vaincu et maté. » 

CCCCXIV. 

Va-s'en lel* Ganes, grant paor a de soi ; *Le félon. 

Touz ses ostaiges a laissiez en effroi. 

De prez l'encbaucent* les genz de bonne foi ; * Le iwnrsnivent. 
Mais Gondrebués, qui de Frise fu rois, 

_ , 1 • 1 .11.^ * Le suit tout le long (I une 

Devant les autres le sieult tout .i. herbois . prairie. 



Ne revenra, si faura prins li rois*. ni! nrfait"^i7"'^"'^'' 

ccccxv. 



Or s'enfuit Ganes par le val d'Aubejois , 

Aler s'en cuide enz ou règne* espaiugnois * Dans le royaume. 

Ou à ïhoulouse ou au cbastel Monrois; 

Mais Gondrebués, qui preuz fu et cortois , 



V. I2l.j'i. 



DE HONCEVAUX. 



343 



Par mautalent le sieiilt touzles esclois*, 
Que li escloz* de son cheval sont froiz. 
Par .i. petit queu'el fiert demanois* ; 
jMais tost s'enfuit li cuivers maleois *. 
Et Gondrebués, qui de Frise fu rois , 
Li escria : « Traîtres, retornois*. » 
Et respont Ganes : « Ce ne sera des mois*. 
Car vostre force vos vient et si vos croist. » 
Dist Gondrebués : » Encor sont loing Fransois. 
Ainzaveronz*jouste qu'il veiugnentprezde moi. 
Et respont Ganes : « Volentiers, par ma foi. » 
Lors s'entrefièrent enz escus demanois*, 
Plainnes lor lances s'abatent el chaumois*. 
Jà fust li chaples as bons brans* vienois, 
Quant s'escria Richiers de Yermendois, 
Hues li Mainnes et cuens* Guis li Nonrois. 



'Par hinneur fuit toules 

M's truies. 

''Jusqu'à ce que les sabotx. 

* Peu s'en faut qu'il ne le 
Jrappe snr-le-cltmnp. 

* Le perfide maudit. 



' Retourne. 

■ De Ion (/temps. 



> * Encore durons. 



* Suj--le-cliamp. 

* Sur le guéret. 

'Le combat aurait lien 
avec les bons sabres. 

* Et le comte. 



CCCCXVL 

De toutes pars sont li baron venu, 

Ganelon ont et prins et retenu. 

Gondrebués sist sor son cheval quernu* : * A crinière. 

» Baron, dist-il, trop lestez tost venu. » 

Dist li traîtres, qui touz plains de mal fu : 

« Vos ont gari' et moi ont confondu. » * Protégé. 

A pié descent Gantiers de IMontaigu 

Desus Ferrant qui lassez auques* fu ; * lu peu. 

Puis retornarent tout lor chemin batu, 

Au roi Karlon sont ensambic venu. 



CCCCXVIl . 

Prins fu fel* Ganes, par cui mut la dolors * Le félon. 

Dont douce France est mise en tel tristor * ; * Tristesse. 

A Montloon, sus el palais hautor*, * Élevé. 

Là l'ont livré au bon empereor, 

Qui en son cuer en avoit grant dolor. 

Touz ses ostaiges ot fait maittre en la tor : 

« Haron, dist Ivarles, mi duc et mi contor*, * .Vp5 contes. 

Tost me jugiez cest félon traïtor ; 



341 LE ROMAN (\. i25S8.) 

Car la venjance en ferai liui cestjor*. u * Anjinadluii. 

CCCCXVllI. 

Charles commande Ganelon à jugier. 

Atant ez-vos poingnant* .i. messaigier * Alors voici piquant. 

Sor .i. cheval qui moult fist à prisier*. * Qui fut d'un y rund prix. 

A pié descent dou bon corraut destrier, 

Puis est montez sus el palais pleunier*, /£',/'""' "" '' '""■'"" 

Chances chaucics, qui sont de fer doublier; 

Ceinte ot Tespée dont li poins fu d'orniier*, * La poif/nccfui d\ir pur. 

Bevant fel* Gane s'en vait ajenoillier, * u- félon. 

Enz eu roreille li prinst à conseillier : 

« Biaus sire Ganes, faitez-vos baus et liez*. * Joijeux et gai. 

Secors vos vient dou meillor chevalier 

Qui soit en France por ses armes baillicr* : 'Gouverner. 

C'est Pinabiax de Sorence li fiers, 

Fiz ta seror*, qui moult fait à prisier ; * Fih de ta sœur. 

Et jure Deu, qui tout a à jugier, 

Qu'il n'a en France si hardi chevalier, 

S'a cort vos juge, n'el compère* môult chier. » * .\e if patje. 

Ganes l'entent, moult en fu baus* et fiers * Joyeux. 

Plus que li cers quant voit le loiemier; 

Charlon apelle, prinst-l'en à arraisnier*. * A lui parler. 

CCCCXIX. 

Ganes parole, qui se volt* délivrer : * Voulut. 

« Par ma foi ! rois , trop me poez blasmei*. 

Or sui louz près por sor sainz* à jurer * Reliques. 

Que n'oi talent* de foïr ne d'aler, * Que je n\-us envie. 

Por quoi laissaisse mes amis encombrer*; * Dans l'embarras. 

Ainz m'en issi* mon cheval esprouver. * Mais je sortis pour. 

Por ma bataille voloie retorner. 

Fait m'avez paure*, si m'en doit moult peser. » * Prendre. 

— « Uex, dist li rois, qui te laissaz pener* ! ''Supplicier. 

Si grant mensonge où puet cil or* trouver? » *Celui-ià maintenant. 

CCCCXX. 
Charles apelle Girart, le franc guerrier 



(v, I-2G-20.) 



DE RONCEVAUX. 



3-i5 



Qu'est de Viane (oncles fu Olivier), 
Tïoedon le conte et le hardi Garnier, 
Jolffroi d'Anjou et Salemon le fier : 
« Baron, dist Karles, nobile chevalier, 
Touz vos commanz* Gancion à jugier. 



A /-'/'.s vous cnmmi%)u1e. 



CCCCXXI. 



Li jngeniens fu mis sor maint baron. 

Ainz qu'il soit vespres,croistragransdia\Rarlon* 

Car Piuabiax descendi au perron , 

Oui por son oncle fu mis en grant randon*, 

Et Ammaugis et ses frères Sausons, 

Et Bérangiers et li niés Haguenon, 

Et Ambuins et ses frères Milons 

(Fiz fu Marcaire, père Herviu de Lyon), 

Et Auloris et Thiébaus d'Aspremout, 

Qui les puisons* envolèrent Karlou**; 

Mais preus Thierris, qui ot cuer de baron. 

L'en fandi puis enfresci qu'an* talon. 

En la bataille fu apellez Gaydons. 

Grans fu la route* là oi^i vont li glouton ; 

.iij. M. furent des parens Ganelon, 

Qu'il u' a cel* n'ait chastel ou donjon; 

Mais trestuit furent reté* de traïson. 

Chascuns chevauche bon murlet arragon , 

Et portent toit armes d'une faison , 

Haubers et elmes et escus à lyon*. 

Des escuiers ne sai dire les nons, 

Tant en i a que nommer n'es' savonz; 

Par la cité ot grant esgardison ' . 

Pinabiaus jure le cors saint Syméon , 

Ansoiz qu'il isse* de la cil de Loon 

Voldra-il muevre tel contraire* à Karlou, 

S'il ne li rant le conte Ganelon, 

•là roiautez ne li iert garisons* 

Que n'el porfande enfresci qu'an* talon. 

Parmi les rues s'en passent li glouton , 

Devant la sale descendent au perron. 



* .S(//;', rniilrii r/nilid cliu- 
(jriii à Chuiir^. 

* Secousse. 



* lîreurafics. "''A Charles. 

* Jusqu'au. 

* La troupe. 

* Qu'il n'ij a nul qui. 

* Accuses, 



* Heaumes et écus à 
fiijure (le liou. 

* .\e les. 

* Aclioii de regar(^i<^•. 



* Avant qu'il soiie. 

' /'oU(lra-t-il s<.',(/<(v/- tel 
embarras, 

* f.d roi/auli ue le ij,iiun- 
tira jias. 

* .hisqu\iu. 



34(> 



LE aOMAN 
CCCCXXIl. 



Don jugement se sont cil nrfichié*, 

IMais or cuit bien qu'il sera respilié* ; 

Car Piuabiax est descendus à pié. 

lui sa conipaingne* fu ses couzins Hungers, 

Qui por soii oncle fu forment traveilliez*. 

Par grant orgoil sont el palais puic*. 

Pinabiax a son mantel deslacié , 

VA remest saingles el bliaut eiitaillié*. 

Devant le roi s'estut moult afiichiez*, 

l'as n'cl salue, ainz l'a contrariié : 

" Par ma foi, rois, tort faitez et pécliié. 

ÏMon oncle avez et prins et laidengié * ; 

IMais n'a en France si hardi chevalier, 

S'il voloit dire qu'il vos éust boisié*, 

INe l'eu deffenile à cheval ou à pié. » 

Fransois se taisent, ez-les-vos embronchiez*, 

Mal de celui (]ui son gaige ait baillié. 



* Ccii.v-là ne Sfintarrctéxau 

jllfJf>IIC)lt, 

' lietardé. 



* En sfi (■iiiiipa(j)iie. 

* Tourmenté. 

* Montés. 

* Et resta simple dans le 
vétrincntfartinné. 

* Se tint bien campé. 



* /'ilipendé. 

* Trompé. 

* Les voilà la tète baissée. 



CCCCXXIII. 



* Fut en liant au palais ma- 
f/nijiqne. 



ye se voulut tarder. 



* Prisonnier. 

* Gouverner. 



Pinabiaus fu sus el palais plennier *, 

Environ lui iij. M. chevalier 

Qui sont venu por Ganelon aidier ; 

Mais Pinabiaus ne se volt atargier", 

Devant le roi se prinst à apuiier : 

« Trop vos poez, sire rois, esveillier, 

Qui tenez prins* le meillor chevalier 

Qui soit eu France por ses armes baillier*. 

Par celui Deu qui tout a à jugier, 

H n'a* en France si hardi chevalier, 

S'il voloit dire qu'il vos éust boisié*. 

Ne l'en deffende à* m'espée d'acier. » 

— « Hé Dex, distKarles, oru'ai-je mais mestier *, *./(' n'ai donc plus besoin 

Quant je si voi mes barons embronchier * * /iaissrr la tète. 

JNe nus n'en lieuvepor mon droit desraisnier*. » * Défendre. 

Fors plora Karles l'emperères au vis* lier. * risa;/c. 

Fn pies se dresce li bons Danois Ogiers 

l'.t dans * Girars de Viane li liers ; * Et sire. 



* Il n'y a. 

* Trompé. 

* Avec. 



(v. 1 -.;;.!.) DE HONCEVAIX. ,'] ',7 ' 

Devant le roi se vont ageuoillier. 

Et volt* cliascuns son gage desploier, * fouinf. 

Quant .i. vasiet les en fist redrescier : 

Thierr/s ot non, moult par fist à prisier *, *i/.fiii ins-dii/nr irriir/cs. 

Fiz fu Joiffroi l'Angevin le guerrier : 

« Baron, dist l'anfès*, ne vos doit annuler, ^L'cii/fni/jrjriiiic/inwinn. 

Alez avant, laissiez-nioi desraisnier*. * Jiistijicr. 

Escuiers sui Ilollant, s'el doi * vengier *Etjc le dois. 

Contre fel* Ganequi en fist l'eneombrier**, * Le félon. **Le mal. 

Qui a vendu mon seignor droiturier * , * Lcgitimc. 

Le duc Rollant qui moult fist à prisier. 

Ensemble o lui* le preu conte Olivier ; * Avec lui. 

jMais par Celui qui tout a à jugier, 

Jà ses menaces ne li auront nieslier* *;Vc lui scn-inmi. 

Que ne li face son guerredon* paier. » * Salaire. 

CCCCXXIV. 

Pinabiaus fu sor ses pies en estant ' ; * Debout. 

Oii voit Karlon, s'el * va c&ntrariant, * Ji te. 

Quant .i. vaslès en est saillis' avant : *.sv.s^ élance. 

Tlderris ot non, si ot* le cuer vaillant, * /;/ eut. 

Fiz fu Joiffroi le hardi combatant : 

« Tenez mon gaige, emperères puissans, 

Vers Pinabel de Sorence la grant 

Que Ganes est traîtres souduians '. * Fnm-be. 

En Ronscevax traï le prou Rollant 

Et Olivier le hardi combatant ; 

Li .\ij. per furent mort à torment 

Et li .XX. M., sachiez, certainement, 

Que li fel* Ganes vendi à Pamirant ** * Félon. *'' L'émir. 

(Marsille ot non, rois d'Espaingne la grant j, 

Qui en donna or et argent moult grant. 

Se il le noie*, vez-moi ci en présant. * .s'/7 le nie. 

Ainz quil soit vespres * ne li solaus couclians, * Avant qu'il soit soir. 

Le vos randrai vaincu ou recréa. it*. » *A bout de force. 

Pinabiaus l'oit, touz tainst de mautalant*; * Tout rougit de œUrc. 

Il s'escria sor ses pies eu estant* : * Debout. 

« Mar* en parlastez, léchcres souduians**. * Mai. ** Perfide coquin. 

Hui voz aurai vaincu ot recréant*. *A bout de forces. 



348 



LE UOMAN 



;.s.) 



ccccxxv. 



Lor gaiges donnent, ez-les* en pics levez. 

Pinabiaus a ses ostaiges livrez, 

Karles les a à garder commandez, 

Et Herviex a son oncle demandé. 

Li rois en a sa coronne juré 

Qu'il sera ainz * par le champ délivré. 

Dist Pinabiax : « Dont en aiez maiigrez* ! » 

Par mautalent* est de la cort tornez, 

Et si parent sont aprez lui aie; 

rs'el guerpiront, si l'auront* bien armé. 

Va Karleniaiiies a Thierri resgardé, 

Joue le voit et de petit aé*; 

Mais grant cors ot et proesce et bonté : 

« Baron, dist l'anfès*, ne sciez esgaré; 

Ancui* sera nostre grans drois mostrc/, 

L'orgoil aurai de Pinabel maté. » 

— « Fiz, dist Joiffrois, tu soiez commandez* 

A Jhésu-Crist qui en crois fu peuez*. » 



' Les voilà . 



A iipuniiiiiil, 

* Mauvais ijrà. 

Pur mauvaise humeur. 

* Ils ne rabandoiincriinl 
pusjusqu'ù et qu'ilst'aicnt, 

*Aije. 

* L' e Il/an I. 

* Aujourd'hui. 

* Reeommaiulc. 

* Su2H)licic. 



CCCCXXVI. 



Thierri armèrent el palais à bandon *, 
A lui servir ot * maint noble baron. 
Chances de fer blanches corn auquctons* 
Li ont lacies enz* jambes environ. 
Ses espérons li ferma* Salemons, 
Et vest hauberc Amaurri * le baron 
Qui fu jadis Girart* de Roussillon 
(11 l'ot vestu quant fist pais à Karlon), 
Et lace l'iaurae Gondrebuef le Frison; 
Dex ne fist arme ne brant* d'acier si bon 
Qui l'empirast vaillissant un * bouton. 
Or est armez Thierris, à Deu bénéison* ! 



* Complètement. 
*Il y eut. 

* Colon . 
*Au.v. 
*Fi.va. 

* D'Amaur\i. 

* A Girard. 



* Sabre, epéc. 

* La valeur d'un. 

* Dieu soit béni. 



CCCCXXVIL 



Thierri armèrent sus el palais pionnier, * 
Puis li ont ceint .i. riche brant* d'acier : 



•/r« haut au palais ma- 

(juîjique. 

* Sabre, cpce. 



(v, I27GO.) 



DE RONCEVAUX. 



349 



C'est Hauteclère , qui fu conte * Olivier, 

Conques ne pot * en bataille empirier; 

Et bon cheval ont fait appareillier, 

Ferrant li baillent qui fu au duc Renier, 

En nulle terre n'avoit cheval tant chier. 

S'il voit cheoir nul armé chevalier, 

Il cort aprez por son cors dammaigier*. 

Thierris i monte, qui le weult essaicr ; 

Sor les estriers se prinst à affichier*, 

Grant demi-pié les a fait aloingnier. 

« Baron, dist Tanfès, meillor de cestne quicr 

CCCCXXVIII. 

Piuabel arment tost et isnellement* 
Aval, el bore*, chiés son oste Florent; 
Chances de fer blanches com bel argent 
Li ont lacies es jambes esrammenl*. 
Ses espérons li chausa Guis, d'argent, 
Fiz sa seror* et moult prez son parent; 
Il vest l'auberc dont la maille resplent*. 

CCCCXXIX. 

Pinabel ont moult richement armé , 
Ceinte a Tespée au poing d'or noelé*. 
llerviex li a son escu aporté 
Et .i. espié* moult très-bien acéré, 
•j. noir destrier li orent amené. 
Par son estrier est Pinabiaux montez, 
A son col pent .i. escu d'or listé*, 
Prinst par la hanste* son espié noelé, 
Fait .1. eslais*, puis s'en est retorncz. 
Desoz Loon aroit .i. moult bel pré, 
Karles i a .i. son champion mené ; 
Chières reliques i a uns clers porté ; 
Qui les parjure ne puet iestre honorez, 
Kc soit honnis aiuz qu'il soit avespré*. 

CCCCXXX. 

Li dus Cirars se sot bien porpanser* 



* Ail romtc. 
* yc piil. 



* Eii(l"ininii</rr. 

* Ajjcnnir. 

, » * Que celui-là ne veux. 



* Promitlemciit, 

* Eu irt.v, au bourij. 

* Sur-le-champ. 

* Fih (le sa sœur. 

* Resplendit. 



*A lapoiijnéed or niellée, 
* Épieu . 



* Orné de bandes. 

* Hampe. ** Mellé. 

* Lu ijalop. 



* Avant qu'il soit nuit. 



* Sut bien réfléchir. 
30 



350 



LE KOMAN 



■V..) 



Et li Dannois qui moult fist à loer, 

Etii dus Naymracs qui geutiz est et her*, 

Car lor maisnies* firent moult bien armer. 

.c. chevaliers a fait chascuns monter, 

Se Herviex Aveult son grant orgoil monslrer, 

S'il l'encommence, tost le puist comparer*. 

Et Karlemaines a fait son ban crier 

Que tuit s'en issent* la bataille esgarder. 

Cliières reliques a fait el* champ porter ; 

Qui s'i parjure, ne puet le jor passer 

Ne li conveingne * son cors à mal torner. 

Pinabiax dist, si commence à crier : 

« Je ferai ma bataille , cui qu'en doie pezer *. >• 

Et respont Karles : « Touz sui prez dou livrer. 

Le duc de Loherainne fist li rois apeller, 

Richart de Normeudie et le conte Othoer, 

Salemon de Bretaingne qui tant fist à loer : 

« Baron, touz voscommant * la bataille à garder. » * .4 lau.s funsconniiainir 



lirarr, 
' Maison, sniles. 



* l'in/cr. 

Siirlciil pour. 

* Sur U: 

* Qu'il iir lui Jaillr 



* Qui i/n'cn doive 
lin clidijriii. 



CCCCXXXI. 



Charles fist faire et son ban et son cri 

Que n'i remaingne nus hom*, tant soit hardis, 

Fors* seulement ceuls qui sont anuemi. 

Cil se descendent qui ont lor loi plevi*. 

Richars et Othes ont lor chevax saisiz , 

Les reliques aourent*, et chascuns i offri 

.v. bezans de fin or que li clers recoilli; 

Et Salemons, qui le cuer ot hardi, 

Lor a les sairemens devant euls eschavi*, 

Et dist au dammoisel : « Venez avant, Thierri. 

Vos jurrerez premiers dou champ qu'as arrami ' 

Devant dirai, tu diraz aprez mi. » 

Et dist Thierris : « Biaus sire, et je l'otri*, 

Si m'ait Dex* et li saint qui sont ci 

Et tuit li autre qui por Deu sont sainti', 

Que li fel* Canes le duc Rollant traï 

Et boisa* Karle et sa foi li menti. 

Les .xij. pers li bous rois en perdi 

Et les\xx. M. des Fransois autressi *, 



*Qi(c ii'ij rcsle nul humilie. 

* Si ce n'est. 

* Enijaijé. 

* Adorcul . 



* DHcnniné. 

* De la balai lie qu'an cii- 
tjaf/ée. 

* Je Voctroie» 

* Si Dieu m'aide, 

* Canonisés. 

* Le félon. 

* Trompa. 

* Pariillement. 



fv. lisDu.) DE RONGEVAUX. 3ol 

Et Olivier qui ot le cuer hardi. 

Si m'ait De\*, n'i ai de mot menti. » *.S7 ])ir,( m'aide . 

— « Hé, glouz, dist Pynabiax, vos i avez menti; 

A'os iestez parjurez, ancui* serez honnis, » * Anioiiydiiui. 

CCCCXXXII. 

Pynai)ia\ s'agenoille, et Thierris se leva , 

Salemons de Bretaiugne le sairement dita : 

" Or jurez, Pynabel, sur les sains* qui sont là, * iidiqurs. 

Si t'ait* Jhésu-Cris qui en crois se peua*% 'cié! "'''''' " ''"' "'''^'" 

Que li tiens oncles Ganes vers Karlon ne boisa*, * ^l> si: rendit cuiijmbie de 

»- ^ .. - . . , tromperie. 

ÎNe Piollant ne trai, ne avoir prins n en a, 

La traïson ne fist, ne porpansé* ne l'a. » * Prémédité. 

Lors jura Pynabiax quant qu'il li devisa*; * Tmit ce qu'il lui dicta. 

Baisier volt* les reliques, maisonques u'i tocha. * l'uutnt. 

Nostre Seignor ne plot, tôt tramblant s'en leva ; 

Puis a prins sou escu, sor son cheval monta. 

Thierris li Angevins vers le ciel esgarda*, * llefjarda. 

lléclainnne' Ihésu-Crist, qui les biens estora**, * invoque. ** Créa. 

Que li envoit honor si com seit que droit a ; 

Puis a prins son espié*, sor sou cheval monta. * /•.//;<?«. 

CCCCXXXIH. 

Thierris est sor Ferrant, li danmioisiaus loial ; 

Prinst l'escu par l'enarme* et broche le cheval, * L'anse. 

Et dist à Pinabel : « Je vos deffi, vassal. 

Quant vers moi deffendez le traitor mortal*, 

Se Deu plaist et je vif, je vos mctrai à mal. » 

Et respont Pinabiaus : « Ansoiz ira tout al*. » l,l//ia'i\'Z"nt.'^ '" "" 

Lors laissent corre tout le pandant d'un val ; 

Grans cops se donnent enz escus à cristal , 

Qu'il en ont ahatu tout l'azur controval * ; */;'/( bas. 

Lor lances pesoièrent, outre vont li cheval. 

Bien se tiennent andui*, moult sont preuli vassal. * Tous deux. 

CCCCXXXIV. 

Chasciui lyre sa rosne et sou lor a reprins : 
« Thicrri, dist Pynabiaus, moult par m'as bien 

[re(iuis*; * Attaqué. 



3o2 LE ROMAN (v. nsc-i.) 

jMoult iez de graiU proesce quant tel chose as 

[emprinS* *E ni repris. 

Dont tu seraz ancui vorgondez* et honnis. * Couvert de honte. 

Car guerpis* la hataille , si t'en vien avec mi : * Abandonne donc. 

Je te donrai Sorence, Besenson autressi *, * Pareillement. 

Et pren ma fille qui tant a cler le vis ; * Le visage. 

Elle fii née en may, si a non Flors de Ijjs. » 

— « Dehaiz aitquVl me loe*, ce li respont Thier- '.Sl^con^iilë! ""'''' 

fris. 
I\Ioult me fi en Jhésu qui en la crois fu mis; 
Ainz* vengerai Rollant et mes autres amis, * Auparavant. 
S'en* aurajoieKarlesqu'est rois de Saint- Denis. » *f/ en. 
Lors laissent corre les destriers arrahis, 

Il s'entrefièrent' des hous cspiés l'orhis * ils s'entre- frappent. 

Par si très-grant vertu*, ce vos di et plevi[s] **, * Force. ** r.arantis. 
Que les cspiés pesoient*, les fers en ont malmis. * Mettent en pièces. 
Li cheval s'entre-hurtent devant enmi le pis*, *Au milieu delà poitrine. 
Que IMoriaus li destriers, qui tant par fu hardis, 
Fu tant forment* hurtez, ce m'est avis, * Fortement. 

Que li cols li pesoie*, maintenant fu ocis. * Que le cou lui brise. 

Pynahiax est versez , outre s'en va Thierris 
Sor le ftrrant* qui fu au duc marchis. * Sur le cheval d\ifri'ine. 

ccccxxxv. 

Dolaiis* fu Pynahiax quant vit cheoir Morel, * Chagrin. 

Il est saillis* en pies desor l'erbe an prael *. * Sauié. *' Au pré. 

Quant vit mort son cheval, ne li fu mie bel ; 

Il a traite* l'espéedont tranchent li coutel. * Tirée. 

Dont torne l'aufferrant* Thierris li dammoiscl. * Le cheval d'Afrique. 

Amont parmi sou elme* va férir Pynahiel. l^n>m""""'"^'"' ''"""' 

Li destriers le consieult*, qui fort fu et isnel*, * Poursuit. ** Rapide. 

Tout envers l'abati dejouste le prael*. * A côté du préau. 

Au relever qu'il fist le fiert si* Pynabiel, * Le frappe tellement. 

La jambe li trancha par delez le trommel*, * Pris de la cuisse. 

Lors trébucha Ferrans , qui tant par fu isnel * : * Prompt. 

« Hé! De\, dist Karlemaines, qui formas Daniel, 

Maintenez liui mon droit; vaincus soit Pynabiel. » 

CCCCXXXVL 

Or* est des .ij. destriers la bataille finée. * Maintenant. 



(v. I-2S9C.) DE RONCEVAUX. 333 

Thierris sailli * en pies sor l'erbe aosainglantée , * Sania . 

La bonne large devant son pis* toruée; * supoUrine. 

Tint Hauteclère qui tant fu redoutée : 

Jà sera la bataille as .ij. barons nionstrée. 

Adont* a Pvnabiaus s'espée recouvrée, * Ainrx. 

Si est saillis en pies sor Terbe, eumi la prée * ; "Au milieu du pn-. 

INIais forment* ot la cliar batue et défoulée, * Forii-meut. 

Et dou faus sairenieut la véue trourblée*. * Troublée. 

ceccxxxvH. 

Icel jor fist moult cbant et li jors fu seris ' ; * Serein. 

Fièrement se requièrent* Pynabiax et Thierris, * S'eut n-preunent. 

Des bons chevax prisiez sont venu à la fin , 

Kt les lances brisies qui furent de sapin. 

Pyuabiaus fu moultgensdesoz souelme enclin*, *Sous sou heaume hui.t.té. 

Il tint traite* l'espée dont li poins** fu d'or (in, *Tirée. '* La poignée. 

Et vait férir Tbierri sor Tiaume poitevin; 

Mais n'el pot empirier vaillant .i. angevin*. * Fm voleur cVun denier a. 

Li cops coula aval sor l'aubcrc doublentiu*, * Douih'. 

Par force li trancha et copa son hermin*, * Hermine. 

Dou sanc li traist* dou cors tout ryé** .i. bacin. ' Luiiira."' Tuuicomhic. 

« Thierris, dist Pynabiax, de prez vos sui voisins. » 

— « Je ne sai, par ma foi ! ce dist li Angevins ; 

Mais li vilains le dist et note en son latin* : * Langage. 

n Par félon losengier* a-on bien mal** matin. » *perjide. ** .Vi/Hia/i-, 

CCCCXXXVIIF. 

Moult annula Tbierri quant se senti navré', * niensé. 

Et li sans et li chaus l'avoit forment grevé; 

11 a trait* Ilauleclère au poing d'or noelé*, ',/"'"''•. '* ^ '" P'^'f/"'^ 

• ~ ' rt or niellée. 

Vait férir l^ynabel sor son elme gemmé*, *()rné de pierresprécieuses 

Que flors et pierres en a jus avalé*. * Aiaiiu. 

Lez le cors et l'escu est li cops avalez*, * Deseendu. 

.iiij.c. mailles en a jus craventé* * Abattu. 

Sor la jointe dou bras où il l'a assené*, * fisé. 

Et le poing et la jointe a ensamble copé. 

A la terre chai* li fors escus bandez : *citut, tomba. 

« Ha! Dex, dist Is.arleraaines, qui en crois fupenez*,*.s»;)/.;/a>'. 

30. 



354 LE ROMAN (v. 12.30.) 

Blointcnez liui* mon droit par la vostre bonté. » * Anjouririmi. 

CCCCXXXIX. 

— « Thierri, dist Pynnbiaus, bien tronche vostre aciers, 
Diable l'ont ouvré qui la liront forgier, 

Quant de bras ne de poing ne me puis plus aidier. » 

— « Pinabel , dist Tbierris , loi que doi Deu don ciel, 
Tout ainsiz doit-on faire de traïtor lanier*. -> * Liicite. 
Et res|)ont Pynabiax : ■> Par le cors saint Piichier, 

Se vertus ne me faut, vos le comperrez ' cbier.» l^l^fflUSà'! """"'"''' 

Fièrement le requiert *, qu'il se cuide vengier, * L'attaque. 

Et va férir* Thierri sor son olme d'acier, * Frapper. 

De l'escu de son col li abat .i. quartier. 

].i cops fu moult pozans, et li vassaus fu fiers. 

Par .i. poi* que Thierri n'en a fait trébucbior. * Peu s'en/ani. 

CCCGXL. 

Li fiz .Toilfroi d'Anjou recouvra sa vertu*, * sa force. 

INIoult vraioment a réclammé .Fbésu, 

Fiert* Pynabol desor son elme aigu, * Frappe. 

Le nazal tranche où l'escbarboucle lu, 

Desus la face li a le nés laudu 

Et la ventaillede l'auberc qu'est menus. 

Cil se cuida vengier, si trébuche estendus : 

« Hé Dex ! dist Karles, merveilles ai véii. » 

Thievris li cort , quant le voit jus chaii * . * Tombé <) ha'!. 

CCCCXLL 

T • 1 * .^ 1 1 1-1 • 1 • *» ' Le Iriiioii. ** /l( milieu 

Li gloz* trébuche sor 1 orbe enmi la pree , ,/„ p^.^,' 
Fors * de son poing li eschapa l'espée, * Hors. 

Tbierris li cort à la cbiere menbrée*, *A la wàlejujnre. 

nr 11 I ï- t I • 11- ir ■ * * La, (■idrasse daiiiusqui- 

IMoult le bert bien sor la bronigne salfree , „^?^ ' 

De sa poitrine vit .i. poi* désarmée : * lit peu. 

Lors i a Hauteclère par tel vertu * boutée, * Force. 

Tant com fu longue li est el cors* entrée. * Dans le corps. 

Mors est li gloz*, la bataille est finée. * Le fripon. 



DE RONCEYAUX. 



335 



CCCCXLTI. 



Un cein * li font entor le col noer 
Et d'une corde moult Oèrement fermer, 
L'escu au col ; n'el voldrent* désarmer. 
Ainsiz le firent sus*as forches lever, 
C'aprez sa mort eu poist-on parler. 
Karles est liez *, qui moult fait à loer ; 
Les barons fait devant lui apeller. 



* Inr Ceinture. 

*Ne le voultireiif. 

* En /ni lit. 

* Joi/riix. 



CCCCXLIII. 

<• Seignor, dist Karles, baron de grant vaillance , 
De\ m'a fait grâce par la soie* puissance. 
Destraitors abatrai la bobance*. 
Cist gioz * est mors par sa desmesurance **, 
INIar vit ainz* son orgoil et sa fière puissance. 
Gauelons a traï le barnaige* de France, 
Dont doi avoir bonne reconnuissance. 
Dou traitor qui m'a fait tel viltance*, 
Panrai aucui*, se Deu plaist, la veujance ; 
Tuit si parent en auront esmniance*. 
Ganes en iert* traînez sans doutance, 
Que à touz jors en sera mais parlance*. » 

CCCCXLIV. 

Li jors s'en va et la nuis vint série*, 

.Moult par fu grans la joie et esbaudie* 

Des dus, des contes, de la cbevalerie. 

Au perron revint Karles, o lui* sa baronnie. 

Devant vit Tbierri, cui .Ibésus béncie ; 

La cbar a moult et navrée* et blécie. 

Karles l'apelle, envers lui s'umelie : 

« Congié aiez, plus ne demorez mie, 

.lusqu'à demain que l'aube iei't* csclairie. » * Smi. 



* L(i sienne. 

* L'iirrof/(ince. 

* Ce fripon. ** Ouïra 
(lance. 

* Miil vil aupavin-ant. 

*L(I Udblcssi'. 



* Honte. 

* Prendrai iinjannlliiii. 

* Emoi . 
*Ser<i. 

Désornifiix jinrié. 



Sereine, tranquille. 

* Éeldtunle. 

* Aree lui. 

* Eulinnée. 



CCCCXLV. 

I>a nuit jut* Karles sus au palais liaiitor**, 
Enz an sa cbambre qu"t.'st pointe de color. 



*/•"/// eouvliè. *''Élerc. 



3oG LE ROMAN (v. i-'ooo.) 

I.à ont couchié Thierri par graiit amor. 

Au matinnet, quant apparut li jors, 

S'est levez Karles qui tant a de valor; 

Venu i sont li prince et li contor*. * /.« romiex. 

Karles apelle dant* Girart de Monflor * .sirr. 

Et le Danois Huon de Vaucoulor : 

« Amenez-moi, baron, mon traïtor, 

Cel qui de France m'a tolue * la flor. i- * Enlevie-. 

CCCCXLVI. 

lii baron corrent, Karles l'a commandé; 

Cianelon ont de la tor amené ; 

Grant forchure * ot et le cors bien mosié. * Encolure. 

Quant le vit Karles, dou cuer a sozpiré : 

« Vassax, dist-il, por voz sui adolez*. » *cii<if/ri)i. 

— « Sire, dist Ganes, malement* ai ouvré : * Vui, iixniraisfnimt. 
Par moi est mors Rollans , n'el puis celer, 

Et Oliviers et tuitli .\ij. per. 

Se g'el vendi, n'en doi iestre blasmez : 

Il me juja messaige outre* mon gré. * j' «'''"^J"!/'" -"''''"n^ 

l'or ce que il me voloit afoler*. » * Dcinin-e. 

CCCCXLVI r. 

— « Baron, dist Karles , ostez de devant moi. 

ïreslouz tressue* quant de mes iex le voi, *Jc suis tout en eau. 

Conques vers moi ne vers Deu n'en ot foi ; 

Ma gent a mort* et si ne seit por quoi. Tii<!. 

Aiii ! Rollant, quel souffraite* ai de toi , *.Maii(jue, pritaiion. 

De servir Deu et d'essaucier * sa loi ! * Exhausser, propager. 

Comment morra, baron, dites-le-moi. 

CCCCXLVIIL 

« Seignor, dist Karles, por Deu vos voil proier *, * fous veux. 
De maie * mort le me faitez jugier, * Mauvaise. 

VA le faitez morir, ice je voz requicr. » 
Aprez parla dans * Girars li guerriers, * Sire. 

Cil de Viane qui fu oncle Olivier : 



(v. i;iu2i.) 



DE RONCEVAUX. 



357 



a Par ma foi! sire, bieu vos sal conseillier. 

Crans sont vos terres et longues por chasicer 

Kn .ij. grans cordes le faitez bien Hier, 

Et puis mener à pié com ors laniers *, 

Et de corgies* le t'aitez angoissier ; 

Et quant venra qu'il devra harbergier *, 

.ij. de ses membres li faitez dépiecier*, 

Par .1. et .i. fors dou cors esraigier *. » 

— « Baron, dist Karles, ci a* jugement fier ; 

IMais n'el voil pas nul fuer tant respitier *. a 

CCCCXLIX. 



* Lâche. 

* Courroies. 

* S'arrèler. 

* Mettre en pièces. 

* IIois du corps arracher. 

* /(■/ il II a. 

* yiiUemeiittant relarJir. 



— « Par ma foi! sire, dist Bueves li vaillans , 
Je vos dirai .j. jugement plus graut : 
D'aubes espines faitez .i. feu ardant , 

Puis i giete-on le cuivert soudouiant*, * Le t. a ire perfide. 

Si qu'anviron soit toute vostre jant; 

I/arnie * an ira par merveillouz samblant, » * L'Ame. 

— « Hé Dex! dist Karles, cestui teing* à pe- *(eiii.-'.à je tiens. 

[zan'. 
Cestui panrons*, se ne trouvonz plus grant. » * Prendrons. 

CCCCL. 



Aprez parla Salemons li Bretons : 
« Plus aspre mort esgardé* nos avons. 
Faitez venir .i. ors et .i. lyon, 
Si lor livrez le conte Ganelon ; 
Il le menront à grant destruction, 
Et l'ocirront par moult grant conteuson*, 
N'i remanracbars* ne osnebraon**; 
Car ainsiz doit-on faire de traitor félon. » 
— « Seignor, dist Karles , moult dist bieu Sale- 

[mons ; 
IMais n'ai coraigc* que plus rospit li dons**. » ^intention. **Lmdonne. 



* Iinaijiné' 



* Effort. 

* ^'l| restera chair. 
*• Gras du derrière. 



CCCCLI. 



— « Sire emperéres , dist Ogiers li vassals , 
Autre joise* vos ai trouvé [)Ius mal **. 



'.htstice,]siii>plicr. •' Mau- 
dis. 



3o8 LE UOMAN (v. nor.i.) 

Faitez-le maitre on celle tor aval *, * En bas. 

Où il ne voie ne clarté ne solail, 

Fors la vermine qui istra dou torrail *, J/J^ ^^ huenr!' ''"' ^'"' 

De toutes pars, es flans et et costal * ; * Au rdtr. 

Si l'assaudront et li feront moult mai. 

]N'i boive ne menjut* por nul home charual, * M ne nuuKje. 

INIoult i aura et grant honte et grant mal. 

Puis l'amaingne-on el palais principal. 

Li biaus mengiers li soit touz communal *. * A discrétion. 

Bien conreez * et de poivre et de sal ; * Asmisonné. 

De vin ne boive ne de l'iaue autretal * : * Pareillement. 

De soif morra d'unne angoisse mortal, 

Corn fist Pioilans li ber * en Konsceval. » * Le brare. 

— '( Hé De\, dist Karles, quel esgart* de vassal ! * Jiniujinatioii. 

j\lais ne li voil * plus prester mon ostal. * Mai-f ne lui veux. 

Seiguor, dist Karles, franc chevalier loial, 

Cist-ci* me plaist ; mais encor sai plus mal ** : * Celui-ci. ** Muunii.i. 

C'en le détraie à coe* de cheval. * tire à queue. 

Voisent * monter mi conte et mi vassal, * Aittent. 

FA istront fors* mi baron conuiiunal , * sortirout (leliars. 

Et verront dou félon le baptestal *. » * Le supplice. 

Lors prennent Gane prévost et séneschal. 

CCCCLII. 

(Iharles li rois a fait son ban crier 

Que tuit s'en issent par defors* la cité. * Sortent par dehors. 

Karles méismes sor un murl alfautré , 

Li vaillans rois s'en est isnel montez ; 

Et li borjois qui tant l'ont désirré, 

Si comme Karles l'ot dit et commandé, 

Gaiie menèrent de det'ors la cité. 

Fors de la ville sont tuit aprez aie , 

Tout ainsiz l'ont mené le parjuré. 

Ne sai quant* bon cheval i ont mené, * Combien. 

.iiij. yeii^ves* grans, ce saichiez par verte**, * Juments. ** rérité. 

Qui sont sauvaiges et de grant cruauté. 

EtKarlemaines a dit et commandé 

Que sor chascune ait .i. garson monté. 

As .iiij. coes* ont pies et mains noé, * Queues. 



(v. iiiiiss.] 



DE ROiNCEVVUX. 



aoO 



Kt puis a fait chasciins osporouiior. 
Qui dont véist (lanelon tressuer*, 
Bien poist dire qu'à maie* hore tu ues. 
Ce fu bons drois, qu'il traï le barné * 
Dont douce France fu eu grant orphenté *. 
Et li garsoii sont si bien porpansé *, 
Les chevax font aler de trestouz lez * 
l^or le glouton niorir à grant vilté*. 
Que vos diroie? tant l'ont detraïné *, 
L'arme * s'en va, si l'emportent maulV **. 
Karles le voit , si en a Deu loé : 
« Dex. dist li rois, vos soiez aourez *, 
Quant j'ai vengié Rollaut le trcs-senc * 
Et Olivier et touz les .xij. pers. 



* S„rr. 

* Mauvaise. 
La uiiblcssc- 
niai iVorplic/in, 

* Oui, ai bien iinayiné. 
De Ions i-i'tlés. 

* Houle. 
I raïue. 

* L'dme- ** Dcmous. 

Soyez-vous bcni. 

* Le Irés-sensé. 



CCCCLIIL 

— a Baron, dist Karles, or ai quant que je voil*, * Toui ,t nurjereux. 

Quant cel ai mort qui m'a tolu * l'orgoil, ;,.^f """"''■ ''"' '"'« '"■ 

Rollaut et Olivier par cui reposer soil*; * J\ivnis rouiumc. 

Les .xij. per a mis en mal aquoil*. * L'u mauvais état. 

Por tant com vive n'es verront mais mi oil * ; * Plus mes i/eux. 
Par euls conquis Joue et Tyre et IMarsoil. 

J'ai laissié la columbe etrescbarboucle à foil*, *A fcuiiif. 
Bien le puet-on veoir jusques cl val de Doil. » 



FIN. 



«^vo 



PQ Chanson de Roland 

1517 La Chanson de Roland 

M6 



V 
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