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Full text of "La chlorose; recherche de ses causes & de ses remèdes"

- 




: ^4 THi 



BIBLIOTHEQUE DU PRQGRES AGRICOLE ET VITICOLE 



ETUDE COMPARES 

DE LA TAILLE 



DANS LES 



DIFFERENTS VIGNOBLES 



PAR 



(Joseph.) 

. 

Stagiaire agricole 






MONTPELLIER 
Aux BUREAUX DU Progres agricole et viticole 

Rue Albisson, 1 (Maison Batigne) 

1890 



Sb 











ETUDE COMI'AUEE 

DE LA TAILLE 



DANS LES 



DtFFfiRENTS VIGNOBLES 



Considerations generates. 

La taille est une des operations les plusimportantes de la culture de la vigne 
elle a pour but : 

1 D'assurerla production, de la regularises et aussi de 1'augmenter; 

2 D'obtenir des fruits plus gros, de meilleure qualite et plushatifs; 

3 De dormer aux ceps une.forme etun developpement determines, en repur- 
tissant la seve le plus egalement possible entre toutes les parties ; 

4 De faire fructifier les pieds qui y sont peu disposes ; 

5 De permcttre la pratique des differentes fagons culturales le plus econo- 
miquement possible. 

Pour la vigne plus que pour tout autre arbre, la taille est indispensable, car 
elle a une grande propension a pousser en bois et ses produits spontanes sont 
presquenuls. 

La vigueur d'une vigne peut etre en relation directe ou inverse avec la pro- 
duction. Alnsiplus il y a de rameaux verts, plus il yade materiaux elabores, 
et par copsequent plus les fruits en ont a leur disposition ; mais quand ces 
materiaux sont en exces ils se portent sur les bourgeons et sont ainsi perdus 
pour les fruits : il y a chloranthie. II faut done laisser assez de rameaux pour 
que la vigueur -soit suffisante, mais non exageree. 

372062 



Lorsquo,"au coiitrair.e, ia vegetation d'une vigne est tres faiblc ii y a produc- 
tion exageree de fruits ; cette remarque porterait done a croire qu'il faut di- 
minuer la vigueur le plus possible afin d'avoir le plus grand nombre de fruits, 
mais on sait qu'une forte production affaiblit ce vegetal et plusieurs do suite 
finiraient par le.faire perir: il faut done se maintenir dans un juste milieu. 

Mais comment savoir, au moment de la taille, si une vigne est trop faiblc 
ou trop yigoureuse ? 

Dans tous les cas, lorsqu'une vigne est trop vigoureuse, il pousse sur les 
bras ou letronc des bourgeons adventifs appeles gourmands ; lorsqu'une sou- 
che est trop faible tous les bourgeons laisses a la taille precedente ne se deve- 
loppent pas. Ge sont la des indices aussi simples que surs. 

.D'une fagon general e la direction des rameaux influe sur leur vigueur. Les 
rameaux verticaux sont les plusvigoureux et ceux aussi qui donnent le moins 
de fruits; ceux, au contraire qui sont plus ou moins inclines sont les plus fai- 
bles et les plus fructiferes. 

Sur un meme rameau, ce sont les bourgeons les plus eloignesdu centre dans 
le sens vertical q'ui se developpent le plus activement. 

II existe des procedes artiftciels* qui permettent de ralentir la vigueur d'un 
rameau et par suite d'augmenter la production : 1'arcure qui entre, comme 
nous le verrons, dans la pratique de certains systemes de taille, et la torsion 
des garments qui n'est pas usitee. 

II decoule de ce procede que, dans un systeme de taille quelconque, lorsque 
Ton aura sur une mme souche des rameaux trop vigoureux et d'autres trop 
faibles pour retablir 1'equilibre, il suffirade placer verticalement les rameaux 
les plus faibles et d'incliner les autres. 

La vigne porte ses fruits sur les rameaux de 1'annee produits sur les bois 
de 1'annee precedente. 11 est done indispensable de faire produire du bois 
nouveau chaque annee; d'ouresulte la necessite d'obtenir en meme temps 
que des fruits des sarments pour remplacer ceux qui ont fructifie. Les 
rameaux qui poussent sur vieux bois ne portent generalement pas de 
fruits: cependant, pour certains cepages tres fructiferes, tel (jue 1'Aramon, 
on trouve des raisins sur des gourmands encore appeles sauvageons ou 
sagattes. 

Si on laissait sur la souche tous les vieux bois sans les soumettrea la taille, 
on obtiendrait un nombre considerable de rameaux et de fruits tres peu de- 
veloppes II est done necessaire de supprimer chaque annee un grand nombre 
de sarments et de raccourcir ceux que Ton conserve. 

Si Ton considere plusieurs cepages, on s'apergoit que certains comme 
1'Aramon, la Carignane, le Morrastel ne portent de fruits que sur les rameaux 
devt'loppes a la base des sarments de 1'annee precedente; pour ceux- la, on 
a intereta ne conserver que les bases de sarments; d'autres tels qne la Sy- 
rah, le Cabernet, le Pinot, la Mondeuse donnent du fruit sur les /fets qui 
poussent aux extremites : ici une taille longue s'impose. Quelques-uns ont la 
propriety de donner des rameaux fractiferes sur tous les bourgeons ; dan^ce cas 
on taillera long ou court sans s'occuper de cette consideration. 

On peut done distinguer, en se plagant a ce point de vue, 2 types de taille : a 
court-bois et a long-bois ; mais le choix de Tun ou de Tautre de ces types 



n'est r s ^ J^ us souvcn * arbitruirc, 11 depend des aptitudes specifies do 
chag- cepage. 

Q. appelle court-bois, courson, cot, etc., un rameau aoute sur lequel on 
} a jse au plus 3 yeux francs et lo faux-oeil on bourrillon. 

Le long-bois est un sarmcnt qui porte au moins 4 ou 5 yeux francs ; on 
1'appelle encore aste, playon, courgee, etc. 

II existe encore desbois speciaux appeles oreilles de lievre : ce sont deux 
sarments partant du memo point ; dans la taille en gobelet, ils permettont 
de bien etablirla symetrie des bras. 

D'une fac,on generale, les longs-bois sont, pour tous les cepages, plus fruc- 
tiferes que les courts-bois ; mais ils donnent toujours naissance a des fruits 
relativement peu volumineux et a des rameaux peu vigoureux. Les court s- 
bqis^au contraire, donnent moins de production et plus de vigueur. 

Une vigne toujours taillee a long-bois, fmirait par s'affaiblir. II faut done, 
m6me dans la taille a long-bois, conserver des coursons destines a fournir 
successivement les rameaux; les longs-bois destines a donner des fruits sont 
supprimes 1'annee suivante. Dans des systemes de taille combines, on re- 
courbe generalement les longs-bois et on donne aux jets qui poussent sur les 
coursons, une direction verticale afin d'activer lour developpement. 

D'apres ces principes, on peut pratiquer des tallies uniquement a court bois, 
des tallies combinees a coursons et long-bois, mais jamais o\es tallies exclu- 
sivement a long-bois. 

Connaissant la vigueur d'une souche et le systemc de taille a lui appliquer, 
gucls sarments doit-on conserver? Au point do vue de la fructification, on 
doit choisirles rameaux de moyenne vigueur, les sarments les plus forts pro- 
duisent surtout du bois et les plus chetifs n'assurent pas une vigueur suffi- 
sante. Ilfautaussi que les rameaux conserves soient sains et bien aoutes. 

On doit veiller, dans une souche, au maintien de Tequilibrc dans la vege- 
tation de ses differentes parties. On peut augmenter la vigueur d'un bras fai- 
ble en le relevant; mais ce moyen n'est employe que dans certains cas. On y 
arrive encore en laissant sur ce b*ras plus de coursons que sur les autres ; on 
obtient ainsi plus de surface elaborante et il arrive par consequent dans cette 
partie plus de materiaux nuiritifs. Mais si on continuait ainsi plusieurs 
ann6es de suite sur le m6me bras, il ne tarderait pas a prendre, au detriment 
du reste de la souche, une vigueur exageree : do la, on conclut que sur une 
vigne normalemerit etablie, il ne faut jamais laisser sur un bras plus de cour- 
sons que sur les autres. Cependant, on peut laisser sur un bras plusieurs 
coursons, a condition que chaque bras en supporte a son tour un meme nom- 
bre. 

On peut encore augmenter la vigueur d'un bras en ne lui laissant qu'un seul 
courson que Ton taille tres court sur un seul oeil par exemple, et qui donnera 
un jet tres vigoureux. 

Comme la seve tend toujours a se rendre vers les parties les plus elevees 
du vegetal, il en resulte que dans tous les systemes de taille, les bras ont une 
tendance a s'allonger: c'estlaun inconvenient nu'il fauteviter. 

En effet, a mesure qu'un bras s'allongc il devient tortueux, les matieres 
absorbees circulent difficilement et la seve n'arrivant plus jusqu'aux bour- 
geons de I'extremite, ils meurent. 



- 6 - 

Pour eviter Fallongement excessif dcs bras, on doit, chaquo fois qu\i' on 
taille, prendre le courson le plus rapproche du vieux bois. 

Quand un bras cst trop long, pour le raccourcir, on fait ce quo Ton app} 
unc taille de secours. On ne laisse sur le bras qu'un courson taille tres coul 
et dont les rameaux ne sufliront par consequent pas a utiliser toute la seve ; N 
par suite, les yeux latents places sur le vieux bois se developperont,et Fannee 
suivante on ravalera le bras au-dessus du rameau adventif lemieux situe. 

Contrairemcnt a cesprincipes, dans certaines regions, comme laBourgogne 
et la Champagne, le courson est choisi loin de 1'origine, mais les provignages 
frequents que Ton execute dans ces contrees, font disparaitre les bras sous 
terre. 

Le sarment qui fournit le courson ou le long-bois est coupe, si le merithalle 
n'est pas trop long, sur le noeud immediatement superieur au dernier bour- 
geon reserve ; on taille ainsi sur une cloison ligneuse qui preserve la moelle 
de la penetration de 1'eau et de la pourriture. 

Dans le cas ou le merithalle est tres long, on le coupe obliquement sur sa 
longueur de fagon a ce que la section soit du cote oppose au dernier oeil : Feau 
s'egoute ainsi facilement. 

La taille peut se faire pendant toute la duree du repos de la vegetation, du 
15 novembre a fin mars. On ne doit cependant pas tailler au moment des 
grands froids, caj> les sarments sont alors cassants et les sections ne sont 
pas regulieres". 

Les tallies precoces ou tardivesne doivent pas etre faites indifferemment. 
En effet, les bourgeons se developpent d'autant plus rapidement qu'il en reste 
unjnoins grand nombre sur la souche, par consequent il faut tailler le plus 
tard possible dans les milieux ou Ton craint les gelees. 

Cependant dans les grandes proprietes on est oblige de se soumettre aux exi- 
gences de la culture ; on prend alors uri moyen terme : on commence a sup- 
primer tous les sarments qui ne doivent pas servir a former les coursons, et 
les dernicrs sont coupes a 0,30 c. ou 0,40 c. pour les rabattre plus tard a la 
longueur voulue. Cette premiere taille porte* dans le Midi le nom d'Espou- 
dassage. 

Hauteur et forme que Ton donne aux souches. 

Plus les raisins sont pres de terre, et plus ils absorbent les rayons calori- 
fiques reflechis, et par consequent plus parfaites seront la qualite et la ma- 
turite. Dans les regions septentrionales on aurait done inter^t de rapprocher 
les souches le plus possible de terre. Mais il faut tenir compte d'uneautre con- 
sideration : en effet, Faction du rayonnement, qui en etc se manifeste par une 
emission de chaleur, setraduit en hiver et au printemps parun refroidissement 
quelquefois tres intense. 

Dans les regions ou les gelees sont a craindre, les souches devront done 
atteindre une hauteur assez considerable pour les soustraire autant que pos- 
sible a Faction du rayonnement. 

Dans le midi, au contraire, ou la quantite de chaleur esttoujours suffisante, 



7 

dndevraittenir les vignes hautes, mais alors les rayons solaires frappant 
directement les fruits pourraient produire le grillage ; comme d'autre part les 
froidsne sont pas trop a redouter, lessouches sont tailleesleplus bas possible. 

Les nombreuses formes de tallies -quo Ton fait subir a la vigne peuvent se 
ramener a 3 types : 

Formes en gobelet. 
en espalier. 
. en cordon. 

La forme en gobelet est celle dans laquelle tous les bras de la souche rayon- 
nent autour d'un centre commun en suivant les generatrices d'un c6ne ren- 
verse plus ou rnoins ouvert. 

Cette forme, usitee dans le Languedoc, la Provence, le Beaujolais, le Rous- 
sillon, etc., presente de nombreux avantages. Elle assure une egale reparti- 
tion des rameaux tout autour de la souche, ce qui permet, dans le midi, d'a- 
briter le sol contre la dessiccation et les raisins centre le grillage. 

Le gobelet employe avec un e~chalas, comme dans le Beaujolais, rend fa- 
cile le relevement des rameaux et 1'exposition des grappes au soleil. 

II a encore 1'avantage de pouvoir 6tre conduit a taille courte ou longue, et 
de permettre les labours croises. 

^'espalier comprend diverses formes usitees dans Test et 1'ouest de la 
France (Gironde, Jura, Isere, Savoie). Ici les bras sont disposes autour d'un 
nidme centre mais symetriquement et dans un seul plan. 

Cette disposition a 1'inconvenient de supprimer les labours eroises, et en 
pays chaud, d'exposer les raisins au grillage. Mais elle convienf aux regions 
ou le raisin a besoin, pour arriver a bonne maturite, d'etre expose directement 
a 1'ardeur du soleil. 

D'autre part 1'espalier demande, pour le maintien de 1'equilibre de ses 
bras, une taille soignee. 

Le cordon comprend tous les systemes dans lesquels les bras suivent une 
direction unique (Bourgogne, Ermitage, systemes Guyot, Cazenave, etc.) 
C'est cette forme, qui, au point de vue de la conduite de la taille, presente les 
plus grands avantages; la seve se portant du me"me c6te, il n'y a pas a se 
preoccuper de I'tiquilibre, 

Apres ces considerations generales, nous allons etudier, aussi complement 
que possible, les difterents systemes de taille usites dans les diverses regions 
viticoles. Nous nous proposons, dans cette etude comparee, de prendre la 
Vigne des sa premiere annee de plantation et de la suivre jusqu'a son complet 
developpement. 



8 



La taille dans le Languedoc. 

Cctte region, dans laquelle nous comprendrons les departements de 1'He- 
rault, de FAude, du Gard et la Carnargue, est caracterisee par la culture de la 
vigne en souche basse, taillee en gobelct, a coursons et sans echalas. 

L'anneemmecie~la plantation, le sarmcnt unique du jeune plant est ra- 
battu a deux yeux au-dessus de terre ; mai souvent on laisse un bois plus 
long, enayantsoin d'eborgner les bourgeons superieurs, afin de rendre plus 
apparent le jeune plant au moment des labours. Dans les terrains bas qui 
craignent 1'humidite, on eleve la souche a 0,20 ou 0,25 centimetres ; on laisse 
dans ce cas trois yeux au sarment au lieu de deux et on le soutient avec un 
tuteurles premieres annees. 

Dans les c6teaux et en terrains sees, on donne aux souches une hauteur de 
0,10 a 0,15 seulement. 

Sile jeune plant pouwse vigoureusement, on peut asseoir la taille des la 
premiere annee . Quand Foeil le mieux place pour la naissance des bras donne 
deux sarments (ou bien que sans partir du me"me point, les deux sarments 
sont assez rapproches), on les taille sur deux ou trois yeux francs : on a ainsi 
deux coursons. 

Mais si la souche est trop faible ou les rameaux mal situes, on ne laisse 
qu'un seul sarment, le plus droit que Ton coupe a une longueur variable. En 
effet, il faut que les deux yeux extremes forment la ttHe de la souche : si done 
les deux boflrgeons de base sont a la hauteur voulue, on taille au-dessus, 
mais quand la souche doit etre plus elevee, on coupe le sarment sur cinq ou 
six yeux, en ayant soin de ne laisser que les superieurs 
et d'eborgner les autres. 

Quand la souche est trop faible, on 
taille sur un seul bourgeon, on ob- 
tient ainsi un rameau plus vigou- 
reux. 

Au commencement de la deuxie- 
me annee, c'est-a-dire apres la pre- 
miere taille qui precede la seconde 
feuille, la jeune plante presente 
1'aspect de la figure \ ou 2. 





Fig. 1 et 3. Souches tail!6es au commencement 



de la 2 m ann6e. 

Au commencement de la troisieme annee, c'est-a-dire, 
avant la troisieme feuille, on opere la deuxieme taille. 
On laisse au cep deux, trois ou quatre coursons, suivant 
la puissance de vegetation et on les taille sur deux ou trois 
yeux francs. Cette annee, la vegetation est exuberante 
et le decollage des jeunes rameaux est a craindre ; cet 
inconvenient est evit< en laissant un grand nombre de 
bourgeons. 

A cette taille on ne doit encore se preoccuper que de la F . 3 _ Souche taill(5 
formation de la souche et ne pas tenir compte de la fruc- 
tification. 





- 9 - 

A cotto deuxiome taillo, on doit laissor quatre coursons toutes les fois qu'on 
le pout, mais la chose est assez rare. , 

A la troisieme taille, au commencement de la qua- 
trieme annee7 la vigne pout etre consideree comme 
adulte : les sarments sont gros et vigoureux, la mem- 
brure est formee. On supprime souvent un des qua- 
tre coursons laisses preeedemment et on coupe les 
autres a deux yeux francs et le bourrillon, on obtient 
ainsi six rameaux vigoureux, qui, I'anne.e suivante, 
pourront former six coursons bien etablis ; mais 
quand la vigueur est suffisante, on conserve quatre 
bras. 

.: M , . ,, Fig. 4. Souche taill<e au com- 

Comme on le voit, il faut quatreians pour bien for- mencement de io 4- ann6e. 
mer un gobelet quand la vegetation est belle et qu'il n'arrive aucun accident. 
Mais souvent, quand la vigueur nVst pas suffisante et que les rameaux sont 
mal disposes, on met 5 ans et quelquefois 6 ans avant d'avoir une souche de- 
finitivement etablie. 

La charp^nte une fois formee, on continue tous les ans la taille 
en laissant sur chaque bras un courson que Ton taille sur deux 
yeux francs et le faux ocil. 

Le nombre de bras et de coursons varie naturellement avec 
la force de vegetation de chaque souche et la richesse du terrain. 

En terrain pen fertile, on laisse de trois a quatre bras et, sui- 
vant la vigueur, de quatre a cinq coursons. Mais, comme nous 
1'avons fait remarquer en insistant sur ce point dans les con- 
siderations generates qui precedent, ilne faut jamais laisser deux 
annees de suite les coursons supplomontaircs sur les mthncs bras. 
De plus, quand on veut conserver deux coursons sur un bras, il 
faut, toutes les fois que la chose est possible, choisir ceux qui 
partent du m^me point (oreilles de lievre). 'd'uncimson e 

Dans Iks terrains de nmyenne fertilito, on laisse quatre bras et de cinq a 
six coursons. Dans les terrains riches on conserve cinq bras, et de sept a huit 
coursons. Mais quelle que soil la fertilite du sol, ii ne faut pas, autant que 
possible, laisscr aux souches plus de six 
bras et de sept a huit coursons. 

Regie generale, on doit eviter Taccumu- 
lation du vieux bois et l'allongement des 
bras. Pour cela on choisit pour former les 
coursons les sarments vigoureux les plus 
rapproches du bois de TannSe precedente. 

On veille aussi a conserver a la souche 
l^i regularite et I'equilibre dans ses difl'6- 
rentes parties. Les coursons sont ainsi 
sym6triquement places sur des bras re- 
gulieremenr espaces. 

Ce syste,me convient tres bien au climat meridional ainsi qu'aux cepages 
qui y sont cultives ; il presente en effet Tavant^ge, dans cette region, de per- 




Fig. 5. Choix d'un courson. 



- id - 

mettre le recouvf ement complet du sol par les rameaux qui 1'abritent centre 
la dessiccation. 

Les raisins sont ainsi dans un milieu relativcmont humide et a 1'abri du 
grillage si frequent en etc. D'autre part tous les cepages meridionaux demandent 
une taille courte, car tous ont la propriete d'etre fructi feres sur les yeux de la 
base du sarment. 

Au point devue economique ce systeme jouit aussi de grands avantages; 
en effet il supprime les echalas, les tallies en vert et de plus rend facile les 
labours croises au moyen d'instruments atteles, assure aux ceps une longue 
dur6e et une production abondante. 

Le gobelet peut aussi e"tre taille a long bois. Ainsi quand on a de vieilles 
vignes tres vigotlreuses, on laisse des longs boisde deux sortes : des coursons 
quel'on taille sur cinq ou six yeux et quel'on appelle pisse-vin, a cause du 
nombre considerable de raisins qu'ils peuvent porter, <u blendes rameaux 
tallies sur 10 yeux que Ton plie en cerceaux. 




Fig. 7. Vieille souche taille 
avec deux longs bois. 



Fig. 8. Souche 
avant le rabaissement. 



La taille en gobelet dans le Midi comporte encore une operation que Ton 
designe sous le nom de rabaissement. Quand, malgre'toutes les precautions 
que Ton a pu prendr e, la vigne est trop chargee de vieux bois, ce qui affaiblit 
beaucoup la vegetation, il faut, si on vent lui rendre sa vigueur, coupor les 
vieux bois au-dessus des sarments adventifs qui poussent sur les parties 
vieilles de la souche. Nous avons vu comment on pouvait provoquer artifi- 
ciellement la poussee de ces rameaux par les tallies de secours. On rabaisse 
ainsi le cep sur du jeune bois qui peut lui rendre sa fertilite premiere. 



- 11 - 

Taille des'vignes submergees et exposees aux ge!6es. 

Dans les terrains humides, exposes aux gelees et en meTne temps fertiles 
on donne aux souches Line hauteur de 0,25 a 0,35 ; de plus, on la charge de 
coursons cton conserve des longs bois appelespfl^7/es, tallies a quatre ou cinq 
yeux. Ces pailles doivent e"tre supprimees chaque annee et remplacees par de 
nouvelles tant quo la vigne ne parait pas fatiguee. Les pailles diminuent con- 
siderablement les desastreux effets des gelees du printemps et permettent 
d'obtenir certaines annees d'abondantes recoltes. 

Dans les vignes submergees, la taille subit aussiquelques modifications. On 
peut tailler indilforemment soit avant, soitapres la submersion, sans aucun 
inconvenient pour la souche. II est me"me preferable de supprimer tousles 
sarments qui ne doivent pas donner de coursons avant la submersion et de 
tailler les autres apres. On taille sur deux yeux etle bourillon et on donne a 
la souche la forme en gobelet. 

II y a lieu de distingucr les souches hautes et les souches ordinaires. 

Le systeme de vignos hautes s'impose pour les parties basses des vignobles 
et les rangees avoisinant les bourrelets, la vigne ayant dans ces situations a 
soufTrir bcaucoup de Texces d'bumidite. Pour cette raison, on met de prefe- 
rence dans ces m^mos positions le Petit-Bouschet beaucoup plus resistant 
que TAramon aux maladies cryptogamiques et a la pourriture. 

On (ToTmelT ces souches une~TTauteur de 0,50 a 0,60 que Ton obtient faci- 
lement a 1'aidc d'uri systeme de taille praticulier. On opere de la fagon 
s uivtmte : au moment de la premiere taillo, on ne laisse a la souche qu'un seul 
sarment de 0,50 de long, que Ton attache a un piquet, afin d'eviter les insectes 
et les gelees qui sont plus a craindre dans les voisinages des bourrelets 
enherbes que partout ailleurs. Ce sarment donne pendant 1'ete des bourgeons 
qui peuvent porter des fruits. Les Petits-Bouchet ainsi conduits arrivent a 
produire 50 hectolitres de vina la 2 feuille. 

A la deuxieme taille on conserve trois ou quatre coursons au sommet de la 
tige. Ala quatrieme laille la souche est definitivement 6tablie en gobelet a 
0,50. Ce systeme donne d'execellenls resultats. 

Dan;s le Languedoc, on ne pratique ordinairement aucune operation de taille 
en vert; hi Glairett^fceule estparroissoumiseauxpincements. Onebourgeonne 
jiussi I res raivment dans 'quelques milieux lorsque la vigne dej^, trop feuillue 
est souniiso a des con litions atmospheriques speciales, propres a favoriser 
son developpoment herbace. 

En somme la taille on gobelet telle qu'on la pratique dans le Languedoc est, 
comnn- on voit, (Vune grande simplicity et donne pleine satisfaction aux viti- 
culteurs, a tons points dc vue : elle assure aux ceps unetres longue duree et 
permetd'obtenir le plus economiquement possible, suivant les milieux et les 
cepages, des recoltes d'une abondance exccptionnelle. 



La taille en Provence. 



Jusqu'a ce jour, dans la Provence, on ne trouvait pas de vastos surface* 
r6gulierement plantees en vignes comrne dans le Languedoc. Ley anciennes 
plantations appelees manouilleres, comprenaient des lignes simples, doubles 
ou quadruples de ceps, melangees parfois d'oliviers et separees par des 
planches de cultures intercalaires. Aujourd'hui on plante le plus souvent sans 
cultures intercalaires, mais presque toujours en ligne et non en carre ou en 
quinconce, comme dansle Languedoc. 

D'une fac.on generale, le taille provengale est trop courte. La souche est 
formce en gobelet a trois bras au plus qui portent chacun un courson unique 
taille sur un oeil franc etle bourrillon. A.VCC un systeme de taille aussi severe, 
tantque les souches sont jeunes, on voit se devclopper sur le vieux bois des 
drageons et des rameaux adventifs. Ces productions, on le sait, sont infertiles 
et demandent pour 1'abondatice d<; la recolte a tHre supprimees. II est evident 
que Ton a interet a faire reporter des materiaux qui sej'aient utilises en pure 
perte sur les bois fructiferes. 




Fig. 9. Souche de Provence portant des rameaux odventifs. 



Dans le Var, toutes les vignes sont tonucs ft snuchos tres basses et portent 
deux bras la troisieme annee et trois bras la tjiiatfifcrae oU la ciuqnieme, 
suivant la puissance de vegetation. 

La vegetation est generalement forte les premieres annees, miiis la taille 
trop courte qu'on pratique 1'arrete bientot. 

La premiere annee on taille le sarnieut sur deux yeux francs et le bour- 
rillon. On obtient ainsi des rameaux excL-ssivement vigoureux. La 2 e ariee 
quelques vignerons taillent ces rameaux sur le bourrUlon en a au lieu de les 



13 

tailler en b ou en c sur deux ou me"me trois yeux, vu leur grande vigueur ; les 
rameaux d et fsont supprimes. 




Fig. 10. Taille d'une jeune souche 




Fig. 11. Souche de "2 ans 



On mutilcainsi la souche, et les rameaux Jaisses ne pouvant uliliser toute* la 
seve au priri temps suivant, ilse developpesur la souche plusieurs gourmands 
qui 1'epuisent en pureperte et que Ton doit supprimer. La troisierne annee on 
etablit deux bras (fig. 11) et la quatrieme ou la ciriquieme, 
on en laisse un troisieme, tres rarement quatre(fig. 12). 
Dans les Bouches-du-Rh6ne, on laisse souvent la pre- 
miere pousse sans la tailler et quelquefois la dpuxieme, 
de sorte que Ton est oblige, la troisieme annee, de tout 
supprimer au niveau du sol pour former une souche 
reguliere. Ce precede deplorable retarde d'un an ou de 
deux toute production. La vigne est 
ensuite etublie sur trois bras quel- 
quefois deux, tres rarement quatre. 

Dans le Vaucluse une souche for- 
mee presente I'aspect de la fig. 13. 

On voit combien ces systemes de 
taille s'ecartent des principesration- 
nels que nous avons etablis au debut 
de cette etude. 

En Provence on recherche avant 
tout la symetrie de la souche; en Languedoc, au contraire,on recherche la 
production. Aussi les vignes provengab'S vivenl jusqu'a 100 ans en donnant 
regulierement leur petite recolte; en Languedoc, au contraire, a 50 ans une 
vigne est sur le point d'etre fcpuisee ; mais pendant ce temps elle a donne 
plus de produit qu'une vigne provengale .narquant le double d'age. 

Aujourd'hui cependant les anciens precedes de culture "tendent de plus en 
plus a disparaitre et sont avantageusement remplaces par les pratiques Lau- 
guedociennes. 





Fig. 1-2. Souche de 3 



Fig. 13. -- Souche form6e 
de Vaucluse. 



- 14 - 



La taille en Roussillon. 




Fig. 14, 45 et 16. Souches a la 1, 2- 
plantation 



et 3 mc ann^es de 



Ici encore les vignes sont conduites en souches basses, en gobelet, le plus 
souvent a trois bras. Chaque bras porte un courson presque toujours taille 
sur un seul oeil franc. Comme dans le Languedoc et J:i Provence, les vignes 
ne sont pas echalassees. 

La plantation en Roussillon 
se fait par boutures quo Ton 
enfonce profondementdans des 
trous creuses au pal. A la se- 
conde annee de plantation, ,on 
coupe le plant au ras du sol, 
de fagon a obtenir un rameau 
vigoureux sur lequel on assied 
ensuite la taille (fig. 14 et 15). 
La troisieme annee, la souche 
presente Taspect de la fig. 16. 
Les annees suivantes, le cep est dresse sur deux ct trois bras, mais sans 
aucurie regularite (Fig. 17). 

On nelaisse a la souche sur chaque bras qu'un cour- 
son taille le plus souvent a un seul oeil franc, a deux 
parfois; aussi la vegetation et la production sont elles 
faibles dans ce vignoble. 

Aucune opera- 
tion de taille en 
vert n'est prati- 

Cette 

region. Ici encore 

la taille est trop courte et ne se fait pas 
suivant les principes de physiologic et 
d'economie qui doivent plus que jamais 
guider le viticulteur. 

Outre que le nombre de bras de 
chaque souche est trop faible, la taille 
annuelle de chaque courson est trop 
courte. La pousse de gourmands et de 

forts sarments prouve qu'une taille aussi severe favorable a la production du 
bois, mais contraire a la fructification, restreint dans des limites insuffisantes, 
les conditions de la vegetation. On pourrait atteindre une production supe- 
rieure tout en augmentantla vigueur desceps, enapportant plus de soin dans 
la taille et la conduite de la vigne. 




Pig. 17.- Souche 

la tallle - 




Fig. 18. Souche formic avaiit la taille. 



- 15- 



La taille dans les Charentes 



La region viticole des Charentes pourrait &tre caracterisee par la diversite 
des systemes de taille et de conduite de la vigne qui y sont usites . Ainsi, bien 
que la taille en souche basse et a coursons soit la regie gen6rale, suivant 
IPS milieux que Ton considere, la vigne affecte des formes qui varient depuis 
le gobelet ordinaire jusqu'a la souche.aplatie sur le sol, en forme de champi- 
gnon, de 1'Aunis. 

La plantation dans cette contree se fait a la haque, qui est une sorte de pal, 

avec desboutures laissees en stratification jusqu'au moment oul'on apergoit 

de petites rackies ou bien les tubercules qui indiquent leur sortie prochaine. 

Une fois mises en place, les boutures sont rabattues soit au niveau du sol, 

soit sur deux ou trois yeux. 

Dans ces conditions, la reprise est bonne ; mais la vegetation, au debut, est 
toujours tres faible, 

On ne taille generalement pas la premiere annee, ni mme la seconde ; c'est, 
le plus souvent, au commencement de la troisieme annee seulement. que Ton 
applique la premiere taille, rarement au commencement de la denxieme. La 
jeune souche prSsente ainsi une tdte en buisson. 

Pour cette premiere taille, on opere de deux fagons : on conserve sur la 
souche une, deux ou trois branches les mieux disposees, que Ton taille a deux 
noeuds, et on supprime tout le reste ; ou Men on conpe fi roz terre la t&te 
tout entiere. Ce dernier procede, qui mutile le ccp, est'evidemment a rejeter. 
La quatrieme ou la cinquieme annee, on laisse trois ou quatre coursons 
pour former des bras. 

A Cognac, les souches ont quelquefois de 8 a 9 bras, mais le plus souvent 
de 5a6, rarement 4. Mais, dans les autres vignobles, le nombre de bras est 
moins considerable ; ainsi, a Barb6zieux, ou Ton trouve encore des souches 
de 7 a 8 bras, la plupart n'ont que 3 bras, et aux environs d'AngoulSme, on 
voit beaucoup de souches a 2 bras et quelquefois mme a un seul. 

A Cognac, chaque bras porte un seul courson dc i a, 5 yeux pour la Folle 
et de 2 a 3 yeux pour le Balzac. La figure 19 repre- 
sente le type de taille de la frolle blanche a 6 bras 
et 6 coursons. C'est la une taille genereuse qui ex- 
plique le fort rendement que Ton obtient dans ce vi- 
gnoble. 

A Barbezieux, la taille est moins g6n<reuse et 
plus irreguliere. Nous avons vu, en effet, qu'on 
laissait moins de bras sur les souches et, de plus, 
quand on donne deux coursons au m6me bras, on 
les taille plus court qu'a Cognac, sur 3 yeux pour la 
p ig 19 Folle etsur 2 yeux pour le Balzac. (Voirfig. 20 et 21. 

d Cognac ^ Angouleme, les ancienncs vignes n'ont le plus 




sotivent que deux bras et quelquefois un seul. (Voir fig. 22 et 23.) Aujour- 
(f hui, dans les nouvelles plantations, on s'applique a imiter, aveo raison, ce 
qui se fait a Cognac. 




Fig. 20. Souche avant la taille A Barb6ziem. 

Dans 1'Aunis, on applique a la vigne un systeme de taillo tout a fait parti- 
culier, on pourrait dire local ; car, nulle autre part, on ne retrouve des vignes 
ainsi conduites. 





Fig. 21. Souche toill<5e a Barbt'ziout 



Fig. 22 et 23. Souches taillees a Angoul^me. 



Dans cette region et quolques parties de la Saintonge, on donne au gobelet 
une forme aplatie, et lat(He ducep, formee parlareunion des bras, constitue un 
disque irregulier place a la surface du sol, presque sous terre, si ce n'etait les 
billons que Ton forme entre les rangees de ceps. 

Pour obtenir une pareille souche, on tailie tres court tous les sarments qui 
sortent du collet m&me de la vigne. 




17 

On obtient ainsi 5 ou 6 bras tallies a un oeil, qui deviennent bientdt de gros 

tifbercules, finissent par se toucher 
et former une sorte de plateau ru- 
gueux et irregulier. De ce plateau 
sortent de courts moignons qui por- 
tent les sarments, dont les uns sont 
supprimes et les autres tallies tres 
court, sur un ou deux yeux, suijpant 
la force de vegetation du cep. 

Pour remplacer un bras qui ne pro- 
duit plus, on taille a un ou deux yeux 
Fig. 24. Souche taiiiee dans rAunis. les gourmands qui sortent souvent 

de dessous cette tete de champignon ; au bout de deux ans, ce sarment est 
devenu un bras producteur de sarments fructiferes ; c'est ainsi qu'on entre- 
tient la production. 

C'est la une taille barbare, a laquelle laFolle et le Colombar se pr&tent a peu 
pres seuls. 

La taille a coursons a un ou deux y*eux n'est pas exclusivement appliquee : 
on reserve souvent au moment de la taille un ou deux longs bois, que Ton 
recourbe en argon et que Ton rattache a la souche. 

La taille tres courte que Ton applique aux vignes de la Charente-Inferieure 
determine, les premieres annees, une vegetation ligneuse considerable et, par 
centre, une faible production. C'est la un inconvenient auquel il serait facile 
de remedier, en laissant a la base du cep beaucoup d'yeux fructiferes. 

Cette production exageree du bois aff'aiblit d'ailleurs beaucoup la souche 
qui, vers Tage de 20 ans, a deja perdu beaucoup de sa vigueur. 

Mais ce que Ton perd en bois on le gagne en fruit, et vers 40 ans, alors que 
la production ligneuse est tres faible, les recoltes deviennent plus abondantes. 
La taille s'effectue, dans les Charentes, du milieu de decembre a la fin de 
mars ; on la pratique souvent en deux fois, comme cela a iieu dans THerault. 
La premiere operation, appelee fianc.ailies, se fait en d6cembre ou Janvier: 
on 'supprime a ce moment tous les sarmenta qui ne doivent pas servir a la 
formation des nouveaux coursons. 

Les diverses operations de taille en vert ne sont pas pratiqu6es dans les 
Charentes et les vignes sont conduites sans echalas. 

Dans la Vendee, Tlndre, la Loire- 
Inferieure, le Loiret, la conduite 
de la vigne offre beaucoup d'ana- 
logie avec la culture des Charentes. 
Ainsi, dans ia Vendee, le Pinot 
est conduit en gobelet gen6rale- 
ment a 4 bras, quelquefois 5 avec 
un long bois. 

La Folle blanche est taill6e en 
t6te d'osier a 15 cent, de terre avec 
*4 ou 5 coursons a un oeil et un long 

Fig. 25. Souche de Folle blanche apres la taille uois flottant (fig* 25) 

en Vended. 




- 18 - 

Dans le Gatinais (Loiret), la vigne pr6sente Faspect de celle de TAunis, mais 
avec quelques differences qu'il est iwteressant de signaler. Dans cette region, 
les vignes, tres r6gulierement distancees, sont toutes en t6te d'osier, en boule 
plate ou en champignon centre terre. 

De ces te"tes partent, sans bras, tons les sarments fructiferes. 
La taille a un ceil engendre sur ces tetes les formes les plus bizarres. 
Toutes les souches sont obtenues en laissant, la premiere annee, un seul sar- 
ment taille sur un oeil ; la seconde annee, en taillant toujours a un 021!, tous 
les sarments pousses ; les ann6es suivantes, en taillant encore sur un ceil, de 
quatre a six des sarments les plus vigoureux et en supprimant a ras tous les 
autres. 

Cette taille a une raison d'etre comme la taille des osiers et des saules en 
t6tard ; on obtient ainsi une base fixe et large portant une multitude d'yeux, 
d'oii partent toujours des sarments pouvant se maintenir sans 6chalas. 

Mais cette economic se traduit finalement en perte ; car, avec un tel systeme 
de taille, la vigne est loin d'atteindre son maximum de production. 

La taille dans le Gatinais est invariablement a coursons a un osil ; aujour- 
d'hui, cependant, on taille sur deux yeux. 

Cette conduite de la wgne du Gatinais offre sur celle de 1'Aunis cette supe- 
riorite que les sarments sont releves et attaches au-dessus de 
la souche, les raisins sont ainsi mieux exposes au soleil, mais 
les bourgeons fructiferes, places trop pres du sol, n'en restent 
pas moins exposes aux gel6es. 

Nous en aurions fini avec l'6tude si int^ressante de la con- 
duite de la vigne dans cette r6gion de la France, si nous ne 
voulions dire quelques mots encore du vignoble d'Orleans. 
Mais le mode de culture de la ^vigne dans cette partie du Loiret 
est trop curieux pour ne pas 6tre signale a Inattention de nos 

Fig. 26. - Souche lecteurs. 

du Gfltinais. La t 3 te fe gaule esi encore la base de la culture dans TOrlea- 
nais, mais les systemes de taille appliques different completement de ceux 
que nous venons de voir. 

Ici, chaque souche est munie d'autant d'echalas qu'il y a de bras a soutenir. 

Les plantations sont generalement faites en quinconce a 0,80 centim. L'in- 





pTOWw 

Fig. 27. Conduite de la taille dan* I'0rl6anais, d'aprg J. Guyot. 



- 19 - 

tervalle qui separe deux rangees de ceps est relev6 en billon plus oumoins 
bombe, suivant l'6poque de la culture. 

Sur la te"te de champignon, dressee comme dans le Gatinais, on laisse 
plusieurs sarments : un cot a 1 oeil, un cot a 2 yeux ; puis un long bois (demi- 
viette) de 5 ou 6 yeux et enfln un autre long bois (viette) de 0,60 a 0,80 de 
longueur. 

Au debut, les longs bois sont le plus souvent attaches ensemble au grand 
echalas et I'extremit6 de la viette est en outre fixee sur un petit echalas plante 
au milieu de 1'ados. 

Souvent il y a deux viettes sur un m^me cep, quelquefois trois ; ordinai- 
rement, les nouvelles viettes sont prises sur les anciennes, ce qui fait que les 
bras s'allongent indefinitivement, soutenus cha*cun par un echalas. 

Pour dresser ainsi la vigne, on netaille generalement pas la premiere annee ; 
la deuxieme et la troisieme annee, on taille sur 1 ceil seulement pour obtenir 
lat^te de saule ; la quatrieme annee, on laisse 1 ou2 coursons a 2 yeux et un 
long bois de 4 ou 5 yeux. Cette demi-viette n'est souvent conservee que la 
cinquieme annee; 1'annee d'apres, suivant lavigueurdu cep, on laisse une 
demi-viette et une viette. 

A 7 ou 8 ans, la souche est completement formee de ses deux coursons et 
de ses deux longs bois. 

Ce systeme de taille a I'inconv6nient d'accumuler, avec le temps, du vieux 
bois sur le cep et par suite de lui faire perdre de sa fertilite. Aussi, dans 
quelques endroits, a-t-on modifie un peu ce systeme en supprimant ses plus 
graves inconvenients. 

A Chateauneuf, par exemple, la vigne est 
conduite, comme nous venons de le voir, jusqu'a 
quatre ou cinq ans. A ce moment, chaque cep 
porte un courson a deux yeux, une demi-viette 
et une viette que Ton recourbe en anneau et qui 
deja porte a son pied un courson de retour. 

De cette fac,on, un seul'echalas suffit pour sou- 
tenir toutes les pousses. 

Dans 1'Indre, la premiere annee, on rabat la 
jeune vigne sur un ceil; la deuxieme annee, on 
taille encore sur un ceil les 3 ou 4 sarments qui 

Fig 28 Souche taillee & Chfiteauneuf. Ont pOUSSC. 

La quatrieme ann6e, on choisit 4 ou 5 
sarments les mieux situes pour les tailler 
sur 2 yeux ; les autres sont supprimSs. Ces 
coursons forment des commencements de 
bras tres irreguliers partant de la te"te de 
saule que Ton a ainsi formee. 

Tous les ceps ontle plus souvent un long 
bois de 5 a t> yeux (fig. 29). 

A La Chatro, la vigne est conduite diffe- 
remment; latete de sauie n'existe pour 

Fig 29. Souche taillee dans 1'Indre, 





- 20 - 

ainsi dire plus. La premiere annee, on rabat le sarment sur un oeil ; mais, 
les annees suivantes, on s'applique a conserver a la souche 3 ou4bras, qui 
portent chacun soit un courson a 2 ou3 yeux, soit2 coursons. 

D'une fagon generale, les Charentes out 6tendu leur influence sur la plus 
grande partie des regions avoisinantes : la Vendee, les Deux-Sevres, la Loire- 
Inferieure, la Vienne, 1'Indre, etc., en y propageant, avec leurs principaux 
cepages, la Folle et le Balzac, la plupart de leurs pratiques viticoles. 




La taille dans le Beaujolais et les cbtes du Rh6ne 

Dans le Beaujolais, la vigne conduite en souche basse et en gobelet est 
dressee sur 2, 3 ou 4 cornes. 

Chaque corne porte en general un courson taille 
a 2 yeux francs. 

Les souches sont echalassees pendant les pre- 
mieres annees; mais, vers Sou 10 ans, on sup- 
prime les echalas, jugeant, a tort, que les vignes 
sont assez fortes pourse soutenir d'elles-m6mes. 
Mais le plus souvent, cependant, lorsqu'on ne met 

Fig.- Souche taillee du Beaujolais. plus d ' echa l aS) leg SOU cheS SOnt attaches deUX a 

deux outrois a trois par le sommet des rameaux. 

C'est la une pratique regrettable sous un climat pluvieux et relativement 
frais; car les raisins enfouis sous un ibuillis de verdure, prives de'air t de 
solei^ ont de la peine a bien murir et sont sujets & la coulure ainsi qu'a la 
pourriture. 

La premiere annee, la souche est taillee sur 1'oeil le plus rapproche de terre ; 
la deuxieme annee, sur un ceil encore et, latroisieme annee, la t<He est formee 
de 0,10 a 0,20 ou 0,25 du sol, suivant les situations. 

Sur les coteaux, en effet, les souches sont etabliesle plusbas possible ; dans 
les parties basses, au, contraire, on leur donne une hauteur superieuro afin 
d'eviter, dans une certaine mesure, 1'action des gelees. 

La troisieme annee, on laisse a la souche 2 ou 3 rameaux, les mieux disposes, 
que Ton taille sur 2 yeux francs. 

Les bras ou cornes sont ainsi form5s. 

LesannSes suivantes, si la vigueur du cep le permet,on ajoute une qua- 
trieme corne. 

On laisse ensuite sur chaque bras un courson, tres rareinent deux, que Ton 
taille sur deux yeux francs. Les cornes s'allongent ainsi chaque annee et on 
ne cherche nullement a empcher cette accumulation du vieux bois sur le 
cep. 

Ainsi, a Lachassagne, il n'est pas rare de trouver encore de vieilles souches 
portant des bras atteignant jusqu'a 1 metre de longueur. 

C'est la certainement une pratique a rejeter, car la vegetation se trouve 
affaiblie et la vigne perd beaucoup de sa fertilite par suite dej'allongement 
excessif de sesbras. 

Pour lui rendre sa vigueur, on pourrait faire avautageusement Foperation 



- 21 

du rabaissement que nous avons vu appliquer aux vieilles souches dans le 
Languedoc. 

Mais cette pratique entrera peut-6tre difficilement dans les habitudes du 
vigneron beaujolais; car, pour lui, vieux bois produit bon vin> ; un moyen 
cependant pour concilier les choses serait d'etablir un roiilement periodique 
dans le renouvellement des cornes; de cette fac,on, la souche auraittoujours 
2 ou 3 vieux bras, qui n'atteindraient jamais les grandes dimensions que Ton 
rencontre quelquefois. 

Dans le vignobl^ des c6tes du Rhone, la vigne est conduite d'une fac,on tout a 
fait differente de celles que nous avons vues jusqu'ici. 

L'ancienne taille de cette region comprend pour chaque souche une branche 
a bois et une branche a fruit. 

Chaque cep porte un courson ou crochet taille a 2 yeux francs et un long 
bois ou argon qui ost attache sur un petit echalas appele engarde, pique obli- 
quement en terre et qui est fixe au grand 6chalas qui va lui-me'me se reunir 
par son sommet avec deux autres echalas semblables. Le tout constitue une 
sorte de pyramide triangulaire. 




Fig. 31. Souches taillges et 6chalasses dang les cfites da Rhdne, d'aprt-s le D r Guyot. 

Les coursons sont destines a donner des rameaux vigoureux qui servent 
1'annee suivante a former les argons. 

Les longs bois, qui ont 8 ou 10 yeux, sont inclines lapointe en bas et fixes centre 
Fengarde; destines a porter des fruits, ils ne donnent que de frSles sarments. 

Tous les rameaux qui se developpent sont releves et attaches le long du 
grand echalas et trois souches sont ainsi reliees ensemble par leur sommet. 

C'est 1 une charpente compliquee et couteuse, mais qui n6anmoins a son 
utilite, dans cette region, ou le vent souffle souvent avec violence. 

En resume, dans le Lyonnais, noustrouvons deux systemes de taille bien 
differents : Tun, le systeme beaujolais, caracterise par la conduite de la vigne 



- 22 

en gobelet tres has, & cornes et a coursons, et par Temploi temporaire des 
echalas qui sont plus tard supprimes; Fautre, le systeme des C6tes-Roties, 
qui admet la branche a fruit et la branche a bois. 

Cette derniere taille est int6ressante a signaler, elle est conforme aux prin- 
cipes de la physiologic de la vigne ot elle permet de concilier avec une fructi- 
fication abondante, au moyen de la taille longue, une bonne production de 
bois de remplacement au moyen da courson. 

Tous les vignobles que nous venons de passer en revue pr6sentent, au 
point de vue de la conduite de la vigne, de grandes analogies. 

Aussi M. Foex, 1'eminent Directeur de TEcole de Montpellier, dans son 
Cours de Viticulture, les a-t-il rassembles pour en former le groupe meri- 
dional, bien qu'ils s'etendent jusque vers le Centre et 1'Ouest; car la vigne, sur 
cette immense surface, est cultivee d'une fagon presque invariable en souche 
basse taillee en gobelet et a coursons. 

La taille dans le vignoble Girondin. 

Le vignoble girondin a et<5 depuis longtemps divise en plusieurs contrees 
viticoles, bien que presentant dans son ensemble des caracteres generaux 
communs dans les precedes culturaux, les produits et les conditions de sol et 
de climat. 

En nous plagant a notre point de vue special, nous trouvons neanmoins des 
differences assez notables dans les divers systemes de taille usites dans cha- 
cune de ces regions. 

D'une faon generate, les vignes de la Gironde sont conduites en souches 
basses ou moyennes, suivant les situations qu'elles occupent. Dans le Medoc, 
elles sont formees en espalier, a 2 bras symetriques, inclines a 45 centim. en 
forme de V; chaque bras se termine par un long bois ou aste et porte pres de 
son extr6mite un courson a 2 yeux appele cot. Le cot est destine & donner les 
bois servant au remplacement des astes. 

Quelquefois on substitue au cot des sarments verticaux appeles tirants, 
coupes assez longs pour etre fixes aux traverses hurizontales de la charpente 
et dont on eborgne tous les yeux, 1'exception des deux de la base. 

Cette modification a certainement son iriter6t, car les jets donnes par le ti- 
rarit, poussant verticalement, deviendront plus vigoureux que danstoute autre 
position et formeront ainsi d'excellents bois de remplacement. 

La conduite de la vigne dans le Medoc est tres simple. Les souches sont 
etalees sur de petits treillis formes par des piquets appeles carassons, de 
40 cent, de hauteur, a la partie superieure desquels on attache horizontalement 
des tiges minces et droites auxquelles on donne le nom de lattes. 




Fig. 33. Vigne du Medoc avec astes et cots d* retour. Fig. 32, Vigne du Medoc avec nstes et tiranti. 




_ 23 - 

A trois ans on forme la souche sur deux bras a a" ; les deux bras sont termi_ 
nes chacun par un sarment de I'annee, auquel on laisse 2, 3 ou 4 yeux, sui- 
vant la vigueur de la souche ; maia on conserve le prolongement du sarment, 
dont on supprime les yeux, afin de pouvoir Fattacher a la latte. Pour eviter 
Fallongement de ces bras, on conserve un sarment pousse en b &', que Ton 
taille pendant un an ou deux sur 1 ou 2 yeux ; a la deuxieme annee, les 
bras sont coupes au-dessus de b et de b' et les coursons constituent les nou- 
veaux bras. 

Quandles souches sonttrop vieilles, on pratique un ravalement plus radi- 
cal, on conserve le bourgeon qui sort une annee ou Fautre sur le pied de la 

souche ; le bourgeon est tail!6 sur un ceil, 
qui donne pendant Fannee un sarment vi- 
goureux que Fon taille au printemps sui- 
vant sur deux yeux ; la vieille souche est 
alors rabattue immediatement au-dessus 
de ce courson qui doit former la nouvelle 
tete. 

Fig. 34. Souche a ravaier. Dans les Graves (fig. 35), la taille ne dif- 

ere pas beaucoup en principe de celle chi Medoc. 

Tandis que dans le Medoc les souches atteignent de 15 a 20 centim. tout au 

plus de hauteur, dans les Graves les 
souches sont formees sur un pied dont 
la hauteur varie de 35 a 40 cent. 

Quand elles sont agees, elles atteignent 
50 et 60 cent. Chaque cep porte egale- 
ment deux bras en V se terminant cha- 
cun par un aste, dont on attache Fextre- 
mit6 a un echalas de 1*50 a 2 m de hau- 
teur. 

Les eunes rameaux de Fann6e sont 
aussi egalement accoles contre les 
echalas. 

Dans les Palus, les vignes, beaucoup 
plus vigoureuses que partout ailleurs, ont generalement 3 bras. Elles sont 
taillees quelquefois a un ou plusieurs crochets et a un long bois par chaque 
bras. Le plus souvent, elles sont conduites comme Findique la fig. 36. 

Deux des bras sont etendus horizontale- 
ment et chacune de leurs astes est H6e a un 
echalas de 2 m 30 a 2 m 70 de hauteur. Un troi- 
sieme echalas, place au milieu, soutient la 
souche et souvent la troisieme aste qui y 
est fixee en forme d'argon. 

A Sauterne, les vignes sont formees en 
espalier habituellement sur 2 bras, quelquefois 
sur 3 ou 4 disposes en eventail dans le m6me 
plan ; chaque bras porte un courson a 2 ou 3 
yeux francs, sans aste. 

Fig. 36 Vigno des Palus 




Fig. 35. Vigne dos Graves. 





- 24 - 

Les souches ont de 0,20 0,30 centimetres, ot un grand echalas de 2 m 30 de 
hauteur, place aupied de chacune d'elles, sert a soutenir les rameaux de Fan- 
nee qui y sont attaches. 

Quelquefois aussi, les rameaux sont palisses sur 
des treillages en fil de fer formes de deux fils, Pun 
a 0,60, i'autre a I m 30 au-dessus du sol. 

A Saint-Emilion, la vigne est conduite d'une 
fagon un peu diff6rente. 

Les deux ou trois premieres annees (fig. 38;, on 
taille sur un seul sarment & trois yeux que Ton 
attache a Fechalas ; gen^ralement, ce n'est que la 
quatrieme ou la cinquieme annee que la te"te est 
dressee a 25 ou 30 centimetres de terre a un, deux 
ou trois bras et ct coursons pour le Cot et a une, 
deux ou trois astes avec ou sans cot de retour 
pour le Merlot et le Cabernet. 

Autrefois, a Saint-Emilion, les vignes 6taient le plus souvent formees par 
un tronc unique sur- 
monte d'une aste avec 
cot ou sans cot de re- 
tour. 

Lesfig.39et40repre- 
sentent les types les 
plus communs. 

La disposition que re- 
pr6sente la fig. 40 avec 
un cot de retour a deux 
yeux, est evidemment 
Fig. 38. jeune meilleure que Tautre, 

souche a St-Emi- ,, 

lion. en ce qu elle donne d a- 



Fig. 37. Vigne de Sauternc. 





Fig. 39. Fig. 40. 

Types de souches A St-Emilion. 



bord plus de develop- 
pement et surtout parce qu'elle permet de reprendre, Fannee suivante, le cot 
de retour sur I'oeil le plus bas du courson et Taste sur le sarment sorti de Tceil 
superieur du courson; Tancienne aste est ainsi completement supprimee et 
la t&te de la souche s'eleve tres peu chaque annee. 

Dans la conduite, de la vigne sans cot de retour, lanouvelle aste est toujours 
prise sur 1'ancienne, de sorte que, en 10 ou 15 ans, la souche atteirit 1 metre 
et plus (fig. 41). II faut alors mutiler la souche en recepant au-dessus d'un 
courson conserve sur vieux bois. 

II est a remarquer que les souches a plusieurs astes et a coursons de retour, 
non seulement s'elevent tres lentement, mais encore ne pr<sentent pas les 
enormes difformations que Ton trouve sur la generalite des souches a une 
seule aste. Aussi, aujourd'hui, donne-t-on plus de developpement a la taille 
en conservant sur chaque souche plusieurs bras avec aste et cot de retour 
(fig. 42). 

Le vignoble girondin offre, comme on vient de le voir, une association in- 
telligente de la taille longue et de la taille courte. 



- 25 - 

Le Medoc, les Graves, les Palus, les Cotes, sont tallies a aste et a cot de 
retour. 

Le systeme de taille bilateral pour toutes les vignes pali^sees, offre Fincon- 
venient d'etre difficile a conduire ; c'est, qu'en effet, il arrive tres souvent que 

la seve ne se porte pas egalement 

dans les deux bras ; Tun des bras 

devient languissant, tandis que 

Fautre prend un developpement 

exagere. Aussi, les vignerons du 

Medoc eprouvent-ils de grandes 

difficulte~s & bien maintenir leurs 

vignes avec des bras egaux. . 
Cette difficulte serait moindre 

si comme dans FIsere et la Savoie, 

la vigne etait montee en treilles et 

atteignait de grandes dimensions; 

conduite en souche basse, elle est 

plus disposee & s'emporter dans Fig. 42. Nouyeiie taille & 

un sens ou dans 1'autre. st-Emiiion. 

La forme en espalier, sur echalas ou treillages, adoptee 
dans la Gironde, repond parfaitement aux conditions 
speciales de ce climat. 

Fig. 41. Ancienne taille A 

st-Emiiion. En effet, elle permet une bonne aeration, necessaire 

dans un milieu souvent trop humide, et d'autre part, les raisins bien exposes 
recoivent directement Faction du soleil, ce qui est tres utile sous un ciel sou- 
vent couvert. 

En resume, le vignoble Girondin se distingue par la conduite des souches 
en espalier et par Femploi general de la taille a long bois, avec coursons pour 
le remplacement. 





La taille dans ie vignoble pyreneen 



Gette region, danslaquelle nous comprendrons les departements.de TAriege, 
Haute-Garonne, Hautes-Pyrenees, Basses-Pyrenees, Gers, Landes, Tarn-et- 
Garonne et Lot-et-Garonne, constitue un groupe viticole bien caract6rise 
dans son ensemble par son climat, ses precedes de culture et ses cepages. 

La partie la plus meridionale de cette vaste region est aussila partie la plus 
froide ; en effet, occupant le versant nord de la chaine pyreneenne, elle est 
exposee aux froids intenses de Fhiver et aux gelees prin'tanieres, la gr61e y 
est aussi frequente et y commet souvent de terribles d6gats. 

A part quelques rares situations privilegi6es, ou la temperature est plus 
chaude et plus constante, quelques cepages speciaux et les cepages du centre 
et du nord de la France conviennent seulsa cette region. 



- 26 - 

Nous aliens voirque dans toute cette vaste contree, la viticulture, bien que 
presentant un caractere special, s'est inspirec des pratiques girondaines qui 
dominent en quelqi^ sorte la culture du sud-ouest. 

Les desastres causes par les gelees et par la gre"le out beaucoup restreint 
Fextension dela vigne dans la zone pyreneenne des departements de 1'Ariege, 
de la Haute-Garonne, des Hautes et Basses-Pyrenees. 

Dans tous ces departements pyreneens, la culture de la vigne presente des 
dispositions des plus diffe~rentes et parfois des plus bizarres. On y trouve, en 
effet, des vignes en ligne sur souches basses, sans echalas, des vignes en 
treilles ou en espaliers, sur echalas a O m 60 ou "I m 20 dc terre, des vignes en 
hautains et sur fourchauts a I m 80, et enfin des vignes sur arbres 2,3 et 
jusqu'a 5 met. de hauteur. 

Les vignes les plus hautes se trouvent dans la partie sud, qui est en m6rne 
temps la plus elevee etla plus froide, ou les gelees de printemps sortt le plus 
a craindre. On sait, en effet, qu'une vigne redoute d'autant moins la gelee 
qu'elle est plus elevee au-dessus du sol. 

En suivant un ordre geographique,nous commencerons par le departemcnt 
de 1'Ariege, qui occupe la partie sud-est de la region. 

UAriege offre un climat de plus en plus froid a mesure que Ton approchp 
davantage des Pyrenees ; il est plus temp6re", au contraire, du cote de 1'Aude 
et de la Haute-Garonne. 

Dans 1'arrondissement de Pamiers, on cultive la vigne comme dans la 
Haute-Garonne et dans 1'Aude ; mais, a mesure 
qu'on s'approche de Foix, les vignes en souches 
basses sans echalas disparaissent, et la taille au 
lieu d'etre a coursons est toujours a long bois. 
t Les fig. 43 et 44 represented une souche taillee 
et non taillee des environs de Pamiers. Chaque 
. bras porte un courson taille & un seul ceil ; cette 
taille, beaucoup trop courte, occasionne la sortie de 
gourmands qui epuisent la souche en pure perte. 
La fig. 45 donne le croquis d'une vigne apres la taille aux environs de Foix. 
Ici les souches sont montees sur un trcillis en bois dont la hauteur varie de 




Fig. 43. Souche taillee 
Pamiers. 




Fig. 44. Souche arant la taille. 

O m 50 a 2 met. au-dessus du sol. Les plus hautes se trouvent dans les bas-fonds 



- 27 - 

humides et froids, etles plus basses dans lescoteaux et dans les lieux elev6s 
ou les gelees printanierss sont moins a redouter. 




Pig. 45. Taille do la vigne a Foix. 



Ce treillis se compose essentiellement de petits en bois, de hauteur varia- 
ble, comme nous venons de le voir,.supportant, attachees aleur sommet, des 
lianes ou des lattes placets horizontalement. 

Ces traverses servent a maintenir les bras de la souche disposes en espalier. 
Chaque cep est 6galement fixe a un echalas. A la taille, on laisse deux bran- 
ches a fruit aa bb, de O m 50 & \ met. de longueur -chacune, ainsi qu'un cro- 
chet cc. 

(Test a tortqu'on ne laisse pas toujours autant de crochets de remplacement 
quMl y a de branches a fruit a renouveler. L'etablissement de la vigne est 
egalement beaucouptrop long; on met en effet de 10 a!2ans pour la monter 
sa hauteur definitive, alors qu'on pourrait la dresser, suivant sa vigueur, de 4 
a 6 ans ; jusqu'a ce moment, on ne laisse que des branches a fruit, les crochets 
n'apparaissent que lorsque la souche est completement formee. 

Ce sont assurement la des pratiques que Ton pourrait avantageusement 
modifier en formant la souche d'un seul sarment des que sa vigueur le per- 
mettrait, et en laissant des les premieres annees, avec les branches a fruit, 
des cour? ons de remplacement. 

Le departement de la Haute-Garonne est, au point de vue viticole, beau- 
coup plus important que le precedent. La conduite de la vigne, dans ce depar- 
tement, presente assez d'analogie avec celle de 1'Aude et de FHerault. On la 
cultive en effet sur souches basses a bras et a coursons sans echalas; mais 
on la dresse le plus generalement sur trois bras en 6ventail, suivant la 
ligne des 6eps, au lieu de la former en gobelet sur 4, 5 ou 6 bras; on facilite 
ainsi les labours & la charrue, D'autre part, lesplantations sont leplussouvent 
disposees en lignes distantes de l m ,80, les ceps etant de 1 metre al m ,20 les 
unsdes autres. 

On ne taille pas la seconde annee, on rogne tout simplement les jeunes 
pousses ; la troisieme et la quatrieme annee on dresse la souche en e"ventail a 
2, 3 et 4 bras, ^ 10 ou 15 cent, au-dessus du sol. 

Ici la taille se fait a deux reprises differentes : pendant le cours de 1'hiver on 
precede au moyen de la serpe et de la scie a une taille prcparatoire qui ne 



- 28 - 

laisse qu'un sarment sur chaque bras ; en mars et en avril, on pratique la 
taille definitive qui consiste a rabattre avec le secateur les sarments lalsses. 




Fig. 46. Souche de la Hante-Garonne avant la [taille. 



Cette taille provisoire rappelle 1'operation que Ton designe dans THerault 
sousle nom ftespoudassage et dans les Charentes sous celui de fian^ailles. 

Aux environs de Saint-Gaudens, la vigne etait, aulrefois surtout, cultivc'e 
d'une fac,on tout a fait differente de celle que nous venons de voir pour le 





Fig. 47. Re'sultat de la taille prSparatoiro . 



Fig. 48. Cop tail!4. 



reste du departement. Les souches basses disparaissent pour laisser la place 
a des vignes dressees sur des arbres soit en bordure, soit en plein champ. 
Ces vignes, a 3,4 et 5 met. du sol, forment de veritables vergers. L'arbre sur 



- 29 - 

lequel elles s'etalent estdresse en gobelet a la hauteur voulue,etchaque annee 
touteslesjeunespousses,^l'excep- 
tion d'une seule destines a entre- 
tenir la vitality sont rabattues sur 
le vieux bois, on obtient ainsi un 
tetard a I'extremite de chaque 
branche. L'erable est 1'arbre que 
Ton choisit de preference pour 
ce genre de culture (fig. 49). 

Le plus souvent on plante en 
meme temps 1'arbre et la vigne ; 
quand 1'arbre est suffisamment 
eleve, on forme un gobelet avec 5 
ou 6 de ses branches; ace moment, 
la vigne, que Ton avait maintenu 
pendant une dizaine d'annees, est 
dressee sur aut&nt de bras atta- 
ches a chacun des supports for- 
mes par 1'arbre. On laisse a cha- 
que bras un ou deux longs bois de 
O m ,50 a O m ,80, et, apartir de!2ans, 
chaque arbre peut produire, annee 
moyenrie, de 10 a 15 kil. de raisins. 

Aujourd'hui, on a re'nonce pros- ^~ , ~ijj , , - 

que partout a cette conduite des 
vignes sur arbrcs ; on leur a subs- 
titue des vignes sur souches bas- 
ses qui presentent des avantages incontestables. A part les grandes difficul- 
tes que Ton eprouvait pour 1'execution des operations de culture (taille et 
vendange), on n'obtenait toujours qu'une recolte dont la qualite laissait a d6si- 
rer, parceque, a travers les feuilles et a cette hauteur, le raisin n'arrivait 
jamais qu'a une imparfaite maturite. 

Dans le departement des Haules-Pyren&es, la vigne est conduite suivant 
trois modes bien differents : 1 sur arbre, 2 en hautains et en espaliers, 3 en 
vignes basses. 

Les vignes sur arbre sont menees comme celles que nous venons de voir 
dans 1'arrondissement de Saint-Gaudens, sous des formes exactement sem- 
blablcs; nous n'y reviendrons pas. Comme ailleurs, elles disparaissent. 

Pour eviter les inconvenients^ des feuilles d'arbres sur la 
bonne maturite des raisins, on leur a substitue dans beau- 
coup d'endroits, notamment sur les coteaux de Madiran et 
de Jurangon, des poteaux de 3 a 4 metres de hauteur, sur 
lesquels on fixe a 1 m. 80 ou a 2 metres de terre un ou 
deux echalas en croix Je 1 metre environ de longueur 
(fig. 50). Ce sont-la des charpentes un peu couteuses, vu la 
valeur des poteaux, mais qui neanmoins sont bien prefe- 
rables aux arbres; en offet, ils n'ont point de feuilles et 
permettent de dresser de suite la vigne a la hauteur voulue ; f . 50 _ Su ort 
d'autre part, ils n'epuisent pas le sol et ne necessitent pas de vigne d Madiran. 




Fig. 49. Conduite de la vigne sur arbre A Saint-Gaudens 
d'apres le D r J. Guyot. 




- 30 - 

Souvent des echalas croises sont relies los uns aux autres par des lianes 
tendues et fortement attachees. 

On plante au pied de chaque poteau des ceps que Ton 
eleve jusqu'a la hauteur de 1 m. 70 a 1 m. 80. On met huit ans 
pour leur faire atteindre cette hauteur, au lieu de quatre ou 
cinq qui devraient suffire. Us sont alors tailles chacun a deux 
branches a fruit et a deux cordons do remplacement, (voir 
fig. 51). Dans la culture en espalier, les ceps sont places a 
1 metre les uns des autres et les lignes sont espacees de 
1 m. 80 a 2 m. 80. 

Les lattes horizontales sont a une hauteur variant de 0,60 
aim. 10. Les souches sont taill6es generalement a un 
Fi &- 51 - Ha " ta , iade8 ou deux longs bois et un a ou deux coursons de remplace- 

Hautes-Pyrenees, 

d'apre* D' j. Guyot. nient, (voir fig. 52). Les astes sont recourbees en forme 
d'archet et leur extremite est fixee a la traverse a 1'aide d'un lien. 



il 





Fig. 5?. Vignes taillees en espalier. 

La culture en vignes basses sur souches en lignes sans echalas, coinme dans 
la Haute- Garonne, 1'Aude, THerault, tend aujourd'hui a se generaliser dans 
toutes les conditions favorables. 

Ces souches sont le plus souvent dressees sur 2 ou 3 bras, rarement sur 4 et 
quelquefois sur un seul. Chaque bras porte un courson taille sur un ou deux 





53. Vigne basse taill^e 
avec un pissevin. 



Fig. 54. Vigne basso tail!6e 
avec un long bois. 



yeux ; beaucoup de souches presentent, en outre, un pisse-vin (fig. 53) et 
d'autres sont munies d'un long bois (fig. 54). 

Dans certains milieux, on n'adopte que le pisse-vin ; dans d'autreSjque la 
branche a fruit. Le pisse-vin est pris sur un ceil sorti du vieux bois au dehors 
de la taille r^guliere de la souche. 

Au sujet de ces differentes tailles, nous ferons quelques observations inte- 



ressantes. Nous avons deja enoncr les inconverients que presentait la 
culture de la vigne sur arbres vivants, nous ne saurions trop insister sur ce 
point : le precede usite dans plusieurs parties de FItalie ne se trouve plus 
guere represente chez nous qu'a Saint-Gaudens. 

Le plus grand reproche que Ton puisse adresser a ces arbres vivants, c'est 
d'enlever aux raisins de la lumiere et de la chaleur, et a la vigne elle-meme 
une partie de ses aliments. 

En effet, 1'arbre plante en meme temps que la vigne enle\e a cette dcrniere 
une grande partie des principes nutritifs qui lui etaient destines. Ceux dont 
la tete sera la plus reduite, qui porteront le moins de braset offriront par suite 
les plus grands intervalles pour le passage de la lumiere et de la chaleur, 
seront les moins pernicieux. 

Cest aussi a tort que Ton a pretendu que ces arbres, plantes de 4 metres en 
4 metres, ne nuisaient pas auxrecoltes cultivees dessous et ne diminuaient en 
rien leur production. 

Mais, aujourd'hui, les vignerons ont reconnules funesteseffets de cette cul- 
ture et y ont renonce partout, me" me a Saint-Gaudens. 

La culture sur hautains, comme elle se pratique dans le Jurangon, evite ces 
inconvenients et est a tous points de vue plus avantageuse. 

Les vignes ainsi elevees a 2 metres ou plus au-dessus du sol ont l^ur rai- 
son d'etre dans les pays ou Ton redoute Faction des gelees printanieres. Les 
gelees de printemps attaquent en effet d'autant moins les vignes qu'elles sont 
tenues plus hautes au-dessus du sol. 

Dans un pays ou la maturite est toujours plut6t excessive qu'insuffisante, 
cette grande elevation remplit bien son but. Mais dans les climats plus froids, 
ou le* raisin, pour arriver a parfaite maturite, a besoin d'utiliser toute la cha- 
leur del'ete, il n'en serait pas de m6me, car il est demontre que plus le raisin 
est pres de terre et mieux il murit. 

II faudra done dans ces regions choisir un juste milieu qui permettra aux 
fruits de bien murir tout en preservant la souche,dans la mesure du possible, 
de Faction des gelees. Nous reviendrons plus loin, en traitant des vignobfes 
de FIsereet de la Savoie, sur cette interessante question. 

Quant a la conduite en vignes basses, telle qu'elle se pratique dans les Hautes- 
Pyrenees, elle n'est certainement pas parfaite. Dans la plupart des cas, la 
taille est trop courte, ce qui engendre la sortie de gourmands steriles. On 
devraitlaisser davantage de coursons ou de longs bois et supprimer les pisse- 
vins qui sont despoussesanormales et ne sont pas toujours fertiles ; d'ailleurs, 
contrairement a Fopinion generale des vignerens de ces pays, le pisse-vin 
epuise davantage la souche que ne le fait une branche a fruit normale . 

Le dSpartement des Basses-Pyrenees possede un climat tout specialement 
favorable a la vigne. A Jurangon, les vignes soat, comme nous Favons vu 
elevees a 2 metres sur de grands poteaux portant des echalas en croix ; cha- 
cune d'elles esttaillee a deux branches a fruit eta deux coursons de deux yeux 
chacun. 

A part les vignes hautes, on trouve dans ce departement des vignes en es- 
palier. Ces vignes, montees a environ 60 centimetres de terre, sont dressees sur 
un ou deux bras. Chaque souche est munie d'un echalas qui soutient satige; 



sur les cehalas en travers sont fixees deux lignes de lattes horizontales, Tune 
a O m 60 et 1'autre a l m ou I m 20 de terre. 

Chaque bras porte un courson et un long boisde O m 50 a O m 70 replie en archet 
et attache aux traverses horizontales (fig. 55). Les echalas ont de 2 m 20 a 




Fig. 55. Vignes tailless en espalier dans les Bassos-Pyrenees. 

2 m 50 de hauteur et servent a soutenir les jeunes rameaux que Ton y attache 
pendant la vegetation, 

Du cdte d'Orthez, la vigne est conduite d'une fagon differente ; les souches s 
disposees en lignes, sont dressees sur un, auelquefois deux bras, a 25 ou 
30 centimetres de terre et sontmunies.d'un grand echalas de 2 m de hauteur. 
Le bras j3orte un courson et un archet replie en cercle et attache a Pechalas ; 
quelquefois 1'archet n'existe pas (fig. 56). 

En approchant des Landes, on rencontre encore des vignes en souches bas- 
ses un, deux ou trois bras et a coursons a un ou deux yeux, sans archet ni 
echalas (fig. 57). 

Dans le departement des Landes, la vigne vient bien partout ou le sol est 
cultivable. Dans les sables purs sur alios, on ne rencontre pas de vignobfes a 
cause du niveau des eaux qui affleurent le sol dans presquetouteson etendue ; 
si ce niveau etait I m 50 sculement au-dessous du sol, la vigne y pousserait 
bien partout. 





Fig. 56. Taillede la yigno ft Orthez. 



Fig. 57. - Autro taille sans archet dans les 
Basses-Pyrenees 



On rencontre dans ce departement des vignes hautes et des vignes basses ; 
des vignes avec echalas, des vignes sans echalas ; des vignes a longs bois 
et a coursons ; des vignes a coursons sans longs bois, et reciproquement. 

Depuis plusieurs siecles on a plante la vigne dans les sables mouvants des 
dunes, t sur les versants opposes a 1'action directe des vents marins. On y a 



33 



6tabli, a cct effet, des cnclos au moyon de haies en bruyeres de I m 50 de haU- 
tour fortement fixees; en divisant cnsuite ces enclos en petits compartiments 
de 1 a 2 ares, on a reussi a fixer les vignes qui ontainsi line bonne vegetation. 
Dans chacun de ces compartiments, les vignes sont disposes en lignes a 
O m 50 environ d'intervalle et les sarments sortent du sable a la distance de 
25 a 30 centimetres les uns des autres. 

Les souches sont enterrees chaque annee : la moiti6 des rangees par du 
sable apporte de 1'exterieur de la vigne et Pautre moitie par le couchage dans 
un fosse creuse le long de la ligne ; on met un peu de fumier et on achieve de 
remplir avec le sable extrait. On laisse a la soucbe un seul sarment et on tasse 
le sable avec les pieds. La souche que Ton recouvre de sable conserve deux 
sarments. 

Cette operation terminee, on taille en mars tous les sarments laisses sur 
quatre ou cinq yeux, et au mois d'avril, on met 
au pied de chaque souche un echalas de I m 50 
de hauteur (fig. 58). Ces vignes des sables don- 
nent de bons et forts produits. 

Dans la region des Chalosses, on trouve des 
vignes munies d'echalas et d'autres cultivees 
en souches basses a 2, 3 ou 4 bras, a coursons 
et sans echalas, comme le represente la fig. 57; 
les vignes echalassees sont tantot a coursons 
ot archet (fig. 56), tant6t sans archet. 

Dans le department du Gers, on retrouve 
tous los modes de culture usites dans les de- 
partements que nous venons de passer en re- 
vue. Ainsi, dans 1'arrondissement de Mirande, 
on voit des vignes sur arbre, mais surtout des 
vignes hautes, en espaliers, avec ou sans echalas; mais les vignes basses 
sans echalas dominent partout. On rencontre encore des souches basses avec 
archet replie comme le represente la fig. 56. 

On pratique aussi dans ce d6partement un mode special de conduite de la 
vigne connu sous le nom de vignes basses tendues. Chaque souche dresse 
suivant ce systeme porte un courson et un long bois. Ce long bois est dis- 
pose horizontalement et attache au long bois de la souche voisine ou bien 
relive par un sarment intermediate de fagon a former une ligne continue. 




Fig. 58. Taille de la vigno dans les 
sables des Landes. 




Fig. 59. Taille des vignes basses lendues. 



Quelquefois, aulieu d'un courson, le cep a deux longs bois. Ces vignes sont 
echalassees et plantees a \ metre environ en tous sens (fig. 59.) 



t)u c6te" d'Auch, les vignes sont le plus souvent conduites en souches bas- 
ses, dressees a un, deux, trois, quelquefois quatre bras en eventail (fig. 60). 
Quand il y a plusieurs bras,chacun d'eux porte un courson taille a un ou deux 
yeux au plus ; quand il n'y a qu'un bras, on laisse deux coursons, Tun a deux 
yeux, 1'autre a cinq ou six yeux. 

Dans le departement de Tarn-et-Garonne, les souches sont dressees de 15 
a 30 centimetres au-dessus du sol, sur deux, trois ou quatre bras en eventail, 
dans les vignes cultiv<es a la charrue, et engobelet dans les vignes travaillees 
a la main. 

La souche est eiablie des que la vigueur des sarments le permet et elle est 
munie d'un tuteur pendant les premieres annees. 





Fig. 60. Souche taillee en e>entail. 



Fig. 61. Vigne en espalier 
a coursons et a asies. 



C'estla la pratique la plus communement employee dans lepays, mais on 
retrouve ici encore les tailles a astes. 

Les vignes conduites suivant ce systeme presentent 1'aspect de la fig. 61. 
Chaque souche porte deux astes et trois ou quatre coursons et est palissee en 
espalier. 

Un autre systeme donne a la souche la disposition suivante, representee 
par la fig. 62. Chaque cep porte generalement quatre bras munis chacun d'un 
courson ; deux des bras portent, en outre, une aste d'environ dix yeux. Les 
astes sont portees chaque annee et a tour de r61e par des bras differents. 

Le chasselas est I'objet d'une culture speciale aux environs de Montauban 




Fig. G2. Souche taill^e d quatre bras 
dont deux portant des astes. 



Fig. 63. Souche de chasselas conduite en espalier 
aux environs de Montauban. 



et sa conduite offre quelques particularity s que nous allons signaler. On le 
cultive soit en souche basse, soit en espalier. 



- 35 - 

Les souches basses sont en gobclot a quatre ou cinq bras portant chacun uri 
courson taille sur deux yeux. Chaque cep a un echalas auquel sont attaches 
les sarments au moment de la vegetation. 

Les souches en espalier ont generalement trois bras munis chacun d'une 
aste et d'un courson a deux yeux. Ces vignes sont palissees contre un treil- 
lage fort simple compose d'echalas et d'un fil de fer (fig. 63). 

Com me on pourra en juger quand nous aurons decrit la conduite de la 
vigne, devenue classique, quo Ton pratique pour les raisins de table a Tho- 
mery, on fait subir a ces chasselas une taille trop rigoureuse ; un plus grand 
developpement serait 6videmment favorable a la production. 

Nous ne nous arre"terons pas au departement du Lot-et-Garonne, qui ne 
prescnte aucun mode dc culture qui lui soit propre ni aucun systeme de taille 
qui n'ait etc decrit pr6cedemment. 

Par ce que nous venons de voir, la taille qui domine dans le Tarn-ct-Ga- 
ronne, Lot-et-Garonne, Gers et Haute-Garonne estla taille courte sur deux 
ou trois bras; mais dans les Basses et Hautes-Pyrenees et dans TAriege, la 
taille longue s'observe sur les vignes basses, moyennes et hautes, ainsi que 
sur les vignes on arbro. Dans la plupart de ces vignobles, on pratique la taille 
en fevrier et mars, rarement en novembre, decembre et Janvier. 



La taille dans le Maconnais 



Avec le groupe pyreneen, nous avons termine la revue de tous les vigno- 
bles delapartie meridionale de la France qui offre, sauf sur quelques points, 
le climat le plus favorable a la vegetation de la vigne, ainsi qu'a sa production. 
Nous aliens etudier maintenant les differents systemes de taille pratiques 
dans les vignobles septentrionaux jusqu'a la limite extreme de la culture de 
la vigne. 

Le Maconnais doit sa reputation et sa position elev6e, dans le commerce des 
vins,ala culture, on peut dire exclusive, de trois cepages seulement : le Gamay, 
le Pinot noir et le Pinot blanc. 

Chacun de ces cepages comporte un mode de conduite et de taille diffe- 
rent. 

Les Pinots blancs sont dresses sur deux ou trois cornes, terminees par un, 
souvent par deux, parfois par trois longs bois encore appel6s queues dans le 
pays, avec ou sans courson de retour. Ces longs bois sont replies et attaches 
deux fois a des echalas dont sont munies les souches pendant les quinze pre- 
mieres annees, puis fixes ensuite a la soucheelle-meme. 

Les Pinots noirs sont tailles a-un courson de retour, a deux, trois et quatre 
yeux, et a un long bois ou verge de cinq a dixyeux. Ce long bois est aussi 
recourbe et attache deux fois a un echalas plac6 a une certaine distance de la 
souche; on met parfois, au pied de la souche, un autre echalas pour le cour- 
son de retour. 

Les Gamays sont, au contraire, conduits en souches aussi basses que pos- 



36 - 

sible, avec deilx, trois ou quatre corncs, portant chacune un courson taille 
deux yeux, rarement a trois. 
A Romaneche-Thorins et dans tout le canton de la Chapelle-de-Guinchay, 




Fig. 64. Premiere taillo. 



Fig. 65. Deuxieme laille. 



qui fait suite au Beaujolais, la vigne est conduite suivant un systeme qui 
rappelle beaucoup celui quo nous avons d6crit pour ce dernier vignoble. La 
vigne est taill6e surla premiere pousse, et on etablit des cornes au nombre de 
trois ou quatre, aussitot quo la force des sarments le permet, des la deuxieme 
et la troisieme annee. 

A la premiere taille, on coupe les sarments, le plus pres de terre, sur deux 
yeux, et on laisse souvent le faux oeii du sarment superieur (fig. 64). A la 





Fig. 66. Premiere taille dans le Maconnais. 



Fig. 67. Deuxieme taille. 



deuxieme taille, on peut ainsi conserver trois cornes (fig. 65). Les jeunes sou- 
ches sont soutenues par des echalas jusqu'a la sixieme annee, epoque ou ils 
sont supprimes. 

Dans le Maconnais proprement dit, on dresse la jeune vigne suivant deux 
systemes differents. D'apres Fun de ces systemes, on taille la pousse de pre- 
miere ann6e sur le sarment le plus bas un ou deux yeux (fig. 66) ; & la 
deuxieme taille, on laisse encore un ou deux coursons rabattus & deux yeux 
(fig. 67). 

Ala troisieme ou a laquatrieme taille, on choisit le meilleur sarment et le 
plus central, que Ton coupe a 40 ou 60 centimetres de hauteur, et que Ton 
attache a un echalas ; on supprime ensuite tous les autres sarments a rez- 



- 37 - 

souche, ou bien on laisse encore un ou deux coursons a deux yeux (fig. 68). 
Le long bois, que Ton appelle baguette, est attache le long d'un 6chalas 
(fig. 69). 





Fig. 68. Troisieme ou quatriemo taille. Fig. 69. Souche taillde avec une baguette. 



D'apres Tautre systeme, qui doit conduire aux monies resultats, on ne taille 
pas la premiere ni meme la seconde annee ; on abandonne ainsi la vigne a 
elle-mdme pendant deux et quelquefois trois ans ; c'est ce qu'on appelle la 
conduite en peloussier. 





F'g. 70. Taille (Tune vigne conduile en 
peloussier. 



Fig. 71. Resullat de la taille precedento. 



La figure 70 represente une vigne ainsi conduite, qui, taillee aux points in- 
diques, donnera Pannee suivante la figure 71. 

Gette taille a pour but d'obtenir sur le courson r6serv6 en a un sarment 
vigoureux; cette souche ainsi etablie est tail!6e I'ann6e suiyante en a, a, et 
e sarment b est rogne en cpour former la baguette . 

Ces deux systemes poursuivent done par des voies differentes le me"me but ; 



- 38 - 

obtenir, la quatrieme anne"e, une baguette qui ne doit exister qu'une seule 
annee pour ne plus reparaitre. 

Cette baguette, que Ton forme dans le but de fortifier le cep et d'obtenir 
beaucoup de produits, est supprimee totalement 
Fannee suivante. On conserve seulement deux ou 
trois coursons pris sur les sarments les mieux places 
qui ont pousse sur la souche. Ces coursons tallies & 
deux yeux formeront les cornes de la souche qui sera 
ainsi definitivement etablie (fig. 72). II est preferable 
de former les cornes avec des coursons conserves 
1'annee me"me de la baguette (fig. 69). 

La baguette est un des traits caracteristiques de 
la viticulture maconnaise. 

Dans tout le departement, la taille des Pinots differ e 
essentiellement de celle des Gamais. 

Le Pinot noir est dresse sur deux membres, 1'un 
qui portera le courson et Tautre la couronne, plaine 
ou archelet (fig. 73). 
Le plus souvent on laisse de deux a quatre yeux au courson et de 8 a 12 a la 
couronne. 




Fig. 72 

Taille definitive supprimant 
la baguette.; 




Fig. 73. Souche de Pinot taillee. 



La couronne portee par un prolongement de la souche, appetee traine, est 
courb6e en forme de cercle et attachee a un echalas ainsi eloigne du cep. 

Dans quelques localites, la branche-courson est elle-m^me munie d'un 
echalas. 

La traine se forme successivement par des reprises annuelles faites a 
chaque taille sur le sarment de la couronne en a ou b . Elle s'allon^e ainsi 
chaque annee jusqu'au moment ou, faute de beau bois a son extremite, on 
reprend la couronne surle courson c, on la supprime alors en d. 

C'est la une taille bien severe qui mutile les souches tout en diminuant 
beaucoup leur duree. 

Les Pinots blancs ou Chardenets sont conduits d'une fagon diff6rente. On 
ne taille pas la premiere pousse (fig. 74) et on obtient, laseconde anm'-e, une 
vigne presentant Taspect de la fig. 75. A la fin de cette mfime annee, on taille 



- 39 - 

en #et6, ct au commencement de la quatrieme annee, on ne laisseque le 
sarment c d(Rg. 76) s'il cst assez vigoureux pour former un long boisou queue; 





Fig. 74 Premiere annee. Fig. 75. Deuxieme anne"e. 

on le recourbe en fixant son extremite dans la terre comme le represente la 




Fig. 76. Troisieme annee. 

)fig. 77), sinon on le rabat sur deux yeux, et ce n'est que I'annee suivante que 
Ton etablit la queue sans courson de retour. 





Fig. 77. Souche taillee avec queue piquee 
en terre. 



Fig. 78.- Souche taillde l'anne"e sui- 
vante avec courson et queue 



Sur le long bois on conserve a la taille qui suit un courson a 2 yeux pris sur 



40 

le sarment Ic plus bas ct la queue nouvelle prise sur le sarment superieur ; on 

obtient ainsi une souche offrant I'aspect do la figure 78. 

Plus tard, quand la souche a plus 
de vigueur, on lui donnedeux que ue 
et deux cdts de retour. Chaque ceps 
est alors muni, generalement, de 
deux echalas enfonces obliquement 
et -attaches par leur sommet qui ser- 
vent a fixer les queues et les jeunes 
rameaux qui y sont accoles enjuin 
(fig. 79). 

Dans la Sa6ne-et-Loire , on trouve 
encore des vignes conduites en hau- 
tains entre les coteaux et les bords de 
la Saone : Cette disposition est mo- 
tivee par la nature des lieux baset 
humides, ou les gelees sont plus a 
redouter. 

Le treillage destine a soutenir ces vignes est constitue par de forts piquets 
places a 4, 5, 6 metres au plus les ims des autres, s'elevant a I m 40 au-dessus 
du sol, ou ils sont solidement fixes. Ces poteaux supportcnt 2 ou 3 lignes de 
fils de fer, la plus basse a 0,20 ou 0,30 du sol et les autres respectivement a 
0,50 centimetres de distance (fig. 80) . 




Fig. 79 

Vicille soucho taill^e A deux coursons et deux 
queues. 





Fig. 80. Taille et conduite de la vigne en treillage dans le M&connais. 

Les vignes sont en general & I m 80 de distance. .La premiere annee, on taille 
sur le sarment le plus bas, & deux yeux ; la deuxiemeon laisse deux coursons, 
sur chacun desquels on conservera deja Fannee suivante un courson et une 
queue s'il y a lieu. A la troisieme taille, on laisse toujours au moins un long 
bras par souche (fig. 80). 

Les annees suivantes on donne a chaque vigne 4ou 5 bras qui portent autant 
de longs bois, que Ton recourbe, en les attachant aux fils de fer. On reserve 
des coursons sur les bras de fac,on a pouvoir les rabattre des qu'ils sont 
trop longs. 



- 41 

Le ill de for superieur sert a maintenir les jeunes pousscs dc I'annce. Les 
vignes ainsi conduites donnent de bons rendements ; mais le vin est de qualite 
inferieure a celui recolte sur les vignes basses en coteaux avec le m6me 
cepage. 

La taille dans le vignoble du Centre 

Nous passerons en revue dans ce groupe qui, en continuant Fordre geogra- 
phique que nous avons suivi, trouve ici sa place, les departements de 1'Allier, 
de la Nievre, du Cher et du Puy- de-Dome, qui n'offrent, au point de vue viti- 
cole, qu'une importance secondaire. 

Dans le departement de YAllier, aux environs de Moulins, les vignes sont 
conduites tres pros de terre, sur deux ou trois petites comes, quelquefois 
quatre, portant chacune un seul sarment taille a un, deux ou trois yeux pour 
les cepages rouges. On ne met que rarement des echalas. Parfois on laisse 
cinq et six cornes et, plus rarement encore, une verge piquee en terre. Les 
ceps sont en lignes distantes de l m ,30 environ et a O m ,50 ou O m ,60 dans la 
ligne. 

Les c6pages blancs subissent une taille plus expansive, on leur donne qua- 
tre, cinq et six cornes, et on laisse en plus une ou plusieurs verges. Chaque 
ct p comporte alors deux 6chalas destines a recevoir les archelets disposes a 
v .< ite et & gauche du cep. 

Dans ccrtaines localitesdu departernent, on trouve une conduite originale 
des vignes a vins blancs. 

Les ceps sont plantes en planches d'environ 2 metres de largeur, separees 
par des sentiers. Quelle que soit d'ailleurs la largeur des planches, de chaque 
cote sont plantes des cepages qui devront garnir les bords, ainsi que le dessus 
des planches reconvert par des especes de tonnelles. 

Ces tonnelles sont constitutes par deux rangs d'echalas places dans Fali- 
gnement des ceps et relies par une latte fixee a environ 70 centimetres 
du sol. 




Fig. 81. Tonnelle de 1'Allier ponr la conduite Jos vignes. 

La figure 81 represente la disposition deces tonnelles, ainsi que les rangees 
de ceps. 



42 

Entravers des planches et attachees auxlattos, on dispose dos traverses qui 
sont soutenues dans leur milieu par une troisieme ranged d'echalas relies 
egalement par une longrine. 

Afin iaugmenter la resistance de ces traverses, qui flechiraient sous le 
poids des pampres et des raisins, on les incurve I6gerement vers leur milieu 
en les fixant a la longrine centrale. 

Suivant la largeur des planches, on peut placer plusieurs longrines inter- 
mediates. 

La conduite de la vigne sur ces especes de berceaux se rapproche, comme 
le fait remarquer M. le D r Jules Guyot dans sa magnifique Etude des vigno- 
bles de France, de la culture en Kammerbau de la Baviere rhenane. 

Des que la jeune vigne donne un sarment assez long, on 1'attache a la per- 
chette sans eborgner aucun osil. Aussit6t que cette tige,destinee a former une 
maitresse branche, est etablie, on reserve pros de sa base un petit membre 
appele boulet, qui doit porter tous les ans un courson a deux ou trois yeux 
pour produire des archelets. 

La figure 82 montredes vignes ainsiconduites. 




Fig. 82. Taille des vignes en tonnelle. 



Ces archelets, renouveles chaque annee, garnissent de raisins les flancs et 
les extremites des tonnelles. 

Successivement, on ajoute d'autres membres au premier qui, comme lui, 
sont attaches a la traverse. A la taille, on reserve sur chacun d'eux un long 
bois de O m ,60 a 1 metre. Ces verges sont attachees aux longrines ou bien ten- 
dues par un osier qui les prolonge et va se fixer a la traverse opposee. Ces 
longs bois de 1'extremite des membres couvrent le dessus des tonnelles qui 
sont ainsi completement enveloppees de verdure et de raisins. 

Les archelets des flancs sont parfois recourbes et leur extremite est plantee 
en terre ; chaque annee, ils sont supprimes et renouveles par de nouveaux 
garments pris sur le boulet. Ces sortes de versadis s'enracinant peuvent 



43 - 

servir, quand il cst besoin, au remplaccment do vicux ccps on a de nouvclles 
plantations. 

Nous avons tenu a signaler ce curie ux precede de culture quo nous n'avons 
encore rencontre nulle part et qui donne a la fois une vegetation luxuriante 
et une fructification abondante. 

Dans le d6partement de la Nievre, la viticulture, assez peu developpee, 
pourrait prendre une plus grande extension, le sol et le climat 6tant tout spa- 
eialement favorables a la vigne. 

Dans la plus grande partie de ce departement, les vignes sont etablies en 
ligne, sur une seule t6te avec deux coursons, le plus bas taille sur deux yeux 
et le superieur sur trois ou quatre yeux (fig. 83). 




Fig. 83. Souches tallies ,d'apr6s la m4thode ordinaire. 



Le provignage est usite pour le remplacement des vieux ceps. La plantation 
se fait en fosses avec des sujets de deux ans racines ou de simples boutures 
que Ton coude au fond des fosses. 

Vers la troisieme annee, les ceps sont echalasses. Pendant le cours de la 
vegetation, on 6bourgeonne et on releve les pampres par un lien contre les 
echalas. 

A. c6te de cette culture ordinaire, on trouve les precedes originaux prati- 
ques dans les vignobles de Riousse et de Pouilly . 

A Riousse, les vignes sont plantees au milieu d'un billon en lignes dis- 
tantes de 1 met. 60 environ; elles sont & 50 centim. les unesdes autres et por- 
tent chacune deux longs bois de 10 a 15 yeux, recourbes symetriquement dans 
un plan perpendiculaire a la direction da billon ; chacun d'eux est fixe un 
echalas. 

Chaque bras porte en outre un courson de retour a deux ou trois yeux. Les 
courgees sont remplacees tous les ans par un sarment pris sur le courson ou 
bien a la base des anciennes courgees. La fig. 84 reproduit cette disposition. 

Ce systeme de taille se rapproche beaucoup de celui que nous verrons pra- 
tiquer dans 1'Auvergne aux environs de Clermont-Ferrand ; on pourrait m^me 
le considerer comme en etant un perfectionnement. 



- 44 - 

Dans ce vignoble, on cbourgeonne, on pincc ct on releve les sarmcnts quc 
Ton attache aux echalas. 

A Pouilly, les vignes ont une disposition tout a fait differente. Ala premiere 
taille on ne conserve que le sarmentle plus has que Ton rabat sur deux yeux. 
A partirde la deuxieme, on laisse autant de cornes qu'il y a de sarments bien 




Fig. 84. Vigne de Rioussc aprds la taille. 

places, de fagon a avoir quatre meinbres la quatriemc annee. On etablit jus- 
qu'a six et sept bras, portant chacun un courson terminal de 3 ou 4 yeux. La 
figure 85 repr6sente une de ces souches. La vigne possede ainsi une grande 
arborescence. On ne provigne pas; les souches mortes seuiement sont rein- 
placSes par marcottage. 




Fig. 85. Souche taille a Pouilly. 



Le departement du Cher offre un climat et des terrains des plus favorables 
a la viticulture, et cependant la vigne n'y recouvre qu'une faible'partie de la 
surface qu'elle pourrait avantageusement occuper. 



45 

A Sancerrn, les vignes sont taillAos a doux ou trois coursons; In plus ('-love 
a 3 ou 4 youx ot los inferiours a 1 ou 2 yeux. 

Cette taille, uniformement employee, n'nst dcfinitivement 
etablie que vers la quatrieme annee, epoque ou chaque 
cep est muni d'un echalas (fig. 86). 

Les tailles en vert sont ici soigneusement pratiqu^es; on 
releve et on attache les pampres & 1'echalas, on les rogne 
ensuite & sa hauteur amesurequ'ils grandissent. 

Vers I'epoque de la maturite, on decouvre legerement les 
souches afin de mieux laisser penetrer la chaleur et la lu- 
miere . 

La vigne est entretenue par le provignage et compte jus- 
qu'a 40,000 pieds & Thectare sans aucun alignement. 

A Vierzon, au contraire, les vignes demeurent align6es; 
on plante en fosses distantes de 1 met. 40; on ne met ainsi 
que la moitie des ceps avec lesquels on fera vers laquatricme ou lacinquieme 
ann6e, par le provignage, des lignes intermediates tons les TOcontim.; la 
vigne n'est done complete que vers cinq ou six ans. 

Chaque souche est ensuite munie, des qu'elle est assez forte, d'un echalas. 
Ici aussi 1'entretien se fait par le provignage. 

On pratique encore une taille dite en pistolet, expression qui rappelle la 
formede la souche: chacune d'elles porte en effet un courson inferieur a 2 yeux 
ctun courson superieur a 4 ou 5 yeux (fig. 87). 

Les cepages blancs sont tailles avec une verge de 1 m. a 1 m. 20 de 
longueur que Ton recourbe en cercle et qui est fix6e a Techalas (fig. 88). 




Fig. 86. Vigne tail. 
14e A Sancerre 






Fig. 87. 
Taille dite en pistolet 



Fig. 88. 
Taille arec long bois 



Fig. 89. 
Conduite de ChAteaumeillan 



Comme dans la taille precedente, qui ne differe que par la longueur du 
sarment sup6rieur, on conserve un courson a 2 yeux. On ne taille pas en 
vert, on releve simplement les sarments. 

A Cateaumeillant, les souches, au nombre de 20,000 & l'hectare,sont tenues 
2, 3 ou 4 cornes surmontees chacune d'un courson a 2 ou 3 yeux (fig. 89). 

Dans le canton du Chatelet, on trouve aussi des vignes conduites suivant la 
methode du Puy-de-Ddme, avec une verge. 



- 46 



Aux environs de Bourges, on pratique generalement deux systemes de 
taille suivant les plants : dans Pun, la souche est monte"e sur 3 comes sur- 
montees d'un courson a 1, 2 et quelquefois 3 yeux; dans 1'autro, on ajoute a 
Tune des cornes, suivant sa force, une demi-verge a 4 ou 5 yeux ou une 
verge a 7 ou 8 yeux. 

Aux deux premieres tailles, on ne laisse que le sarment inferieur que Ton 
coupe sur un oeil ; a la troisieme on laisse gen6ralement trois sarments 
disposes en gobelet et portant chacun deux yeux (fig. 90) ; a la quatneme on 




Fig. 90. 




Souches tailless des environs de Bourges 



en ajoute souvent un nouveau, comme le represente la fig. 91. 

A la cinquieme ou la sixieme annee, on reserve d'abordla demi-verge sur 
les cepages qui l'admettent[(fig. 92). puis plus tard la verge est recourbee et 
attachee a T6chalas (fig. 93). 





Tallies A longs bois 

Les rameaux de Tannee sont relev6s et attaches plusieurs fois pendant le 
cours de la vegetation. 

Dans Tetude des vignobles precedents, nous avons fait souvent allusion aux 
m6thodes usitees dans le departement du Puy-de-Ddme, ou la vigne joue un 

oleimportant. 



- 47 - 



Lc fond de cos methodes, d'aillcurs tres rationnelles, consiste invariable- 
mont en I'emploi d'une branche a bois appolee coutel etd'ane branche a fruit 
denommee arquet ou vinouse. 

La plantation se fait le plus generalement avec des boutures bien selec- 
tionnees choisics parmi les sarments les plus fructiferes, ce qui est une 
precaution que Ton devrait nejamais omettre. Onplanteenligne, soit dans de 
petites fosses, soit a la cheville, de 10 a 13,000 pieds a 1'hectare. 

Dans le Puy-de-Ddme, on connait et pratique depuis longtemps la strati- 
fication des sarments, ce qui les entretient dans les meilleures conditions de 
reprise. 

En outre, les plantations se font pleines, c'est-a-dire que Ton met en place 
autant de boutures que la vigne doit contenir de ceps et on les maintient de 
franc pied jusqu'au moment de les remplacer. Dans quelques parties seule- 
ment, on ne plante que le tiers ou la moiti6 des ceps et on garnit ensuite par 
le couchage des sarments ; on retarde ainsi la production. 

Mais, dans la generality des cas, le provignage n'est employe, dans ce de- 
partement, que pour remplacer les ceps manquants. 

A la premiere taille, on rabat sur le sarment, le plus bas que Ton taille, de 
deux a cinq yeux, suivant sa force. La figure 94 repre"sente la disposition de 
cette taille. 







Fig. 94. 



Fig. 95. Fig. 96. 

Tallies successives de formation. 



Fig. 97. 



L'ann6e suivante, on obtiendra la vegetation indiquee par la figure 95; on a 
ainsi souvent des sarments assez vigoureux pour permettre de dresser la sou- 
che la troisieme ann6e. 

Dans les milieux bien exposes, ou le froid n'est pas a craindre, on conserve 
a la troisieme taille le sarment le plus bas pour former la branche a bois appe- 
lee coutet ou chevillon que Ton coupe sur deux ou trois yeux. Le sarment 
median constitue la branche a fruit nomm6e arquet quand elle est courbee en 
dcmi-cercle, et vinouse quand elle reste droite. Le sarment le plus elev< est 
supprime. La figure 96 montre le resultat de cette taille. 

Dans les milieux ou Ton redoute les gelees, les souches sont dressees 



- 48 - 

m 30; dans ce cas, on conserve pour coutet le sarmcnt median, et pour arquet 
le sarment superieur; on supprimc le sarmont le plus has (fig. 97). 

Choisir pour branche a bois le sarment inferieur et pour branche a fruit le 
sarment superieur, est le principe sur lequel repose I'etablissement de toutes 
les tallies suivantes. Quelquefois on laisse deux ou trois coursons ou deux ou 
trois verges sur la m3me souche. 

Les branches a fruit de six & quinze veux sont generalement laissees, avec 
beaucoup de raison, plus longues dans les milieux bas exposes au froid. On a 
soin aussi, dans le but egalement d'eviter les gelees de printemps, de les lais- 
ser verticales et flottantes jusqu'apres laperiode critique : ce sont 1& d'excel- 
lentes pratiques. 

Generalenient apres la plantation, chaque cep est muni d'un grand echalas 
de 2 metres de hauteur. Pendant les premieres annees, on reunit ensemble 
quatre echalas que Ton attache fortement et qui forment ainsi une pyramide 
qui resistera a 1'action des vents. 

Des que Ton etablit les verges ou vinouses, chaque cep est muni de deux 
echalas reunis par leur sommet, dont Tun est plante au pied m6me de la sou- 
che et Tautre incline par rapport au premier, destine a fixer la vinouse ou 
Tarquet. Les figures 98 et 99 rendent ces deux dispositions. 





Fig. 98. Taille a vinouse. Fig. 99. Taille A arquot. 

Toutes ces vignes sontd'une regularite parfaite pendant leur jeunesse ; mais 
& mesure qu'elles vieillissent, on leur donne parfois des formes bizarres qui 
font contraste. 

La figure 100 represente une souche dej& vieille ayant un faisceau de trois 
echalas et deux arquets. D'autres en ont trois; d'autres ont un, deux et trois 
coutets places sans symetrie. 

Dans ce departement, le Gamai, quise contente d'une taille courte, & bras et 
a cours'ons, est dresse suivantlamethode ordinaire avecde longs bois. 

Le principe de ce systeme de taille est identique, comme on le verra, a celui 
du systeme Guyot que nous decrirons dans un chapitre special. II consiste en 
quelque sorte a obtenir separ(?ment et simultanement une belle production de 
bois, ainsi qu'une recolte abondante ; de la les denominations de branche a 



49 

fruit et de branche a bois donnoe aux rameaux conserves suivant leur desti- 
nation. 




Fig. 100. Ancionne souclio avec deux arquets. 

La branche a bois ou courson doit donner de beaux sarments de rempla- 
cement, parmilesquels on choisira les nouvelles branches a fruit pour 1'annee 
suivante. 

D'autre part, en prenant un courson de retour au-dessous de la branche 
fruitiere,on empSche a la souche de s'elevertrop vite. Mais par la negligence 
du principe dans ses applications, le vigneron reprend trop souvent la nou- 
velle branche a fruit sur Fancienne au lieu de la choisir sur le courson qui 
perd ainsi sa veritable attribution. 

En prenant vinouse sur vinouse, on obtient bientot une souche trop elevee 
et une fertility de plus en plus reduite, le vigneron est alors oblige de rabat- 
tre le tout au-dessus du courson inferieur qui formera la nouvelle t6te; il perd 
ainsi les avantages de la taille rationnelle qui a pour but d'assurer une fecon- 
dite constante. 

A part 1'ebourgeonnage, que Ton pratique d'ailleurs assez irregulieremen , 
danslePuy-de-D6me, on fait soigneusement une autre operation appelee cha- 
bannage. Cette operation, qui se pratique egalement dans le Beaujolais et dans 
d'autres vignobles, consiste a r6unir^au second relevage, a 1'epoque de la ve- 
raison, tous les pampres en faisceaux au-dessus de l'6chalas et de nouer en 
les tordant ensemble en forme d'arc, les faisceaux de deux ceps voisins. Quel- 
quefois on reunit simplement en les contournant les pampres de chaque cep 
en formant des faisceaux separes. 

Ces operations, tout en permettant a la chaleur et a la lumiere de p6netrer 
plus facilement, remplacent en quelque sorte le rognage et ont pour but de 
refouler la seve sur les parties inferieures de lavigne. 

En resume, la viticulture du Puy-de-D6me est caracterisee, d'une fagon ge- 
nerale, par 1'emploi de la taille longue, par 1'absence du provignage qui ne se 
pratique que pour le rcmplaccrnent, par la plantation en ligne et un grand 
luxe d'echalas. 

Dans une partie de laNi-'-vre, lesvignes sont 6galement maintenues en ligne 
et de franc pied. Au contraire, le Cher et 1'Allier, en imitant les cultures de la 



- 50 - 

C6te-d'Or et de TAube, les entretiennent par le prcvignage et presque partout 
en foule. Les vignes y sont echalassees; dans une partie de 1'Allier cependant, 
elles ne sont Schalassees que vers 7 cm 8 ans. Dans ce departement, nous 
Pavons vu, les vignes blanches sont conduites & taille longue et les rouges a 
taille courte. 



La taille dans le vignoble de 1'Est 

Nous comprendrons dans ce groupe viticole, si bien caracteris6 par ses 
systemes de culture, ses cepages et son climat, les d<partements de Flsere, 
de la Savoie et de 1'Ain, qui en constituent la partie originale, auxquels nous 
adjoindrons le Jura et le Doubs. 

DEPARTEMENT DE L'lSERE 

Dans ce departement, la viticulture a pris une grande importance, grace a 
la valeur remun&ratrice des produits et la nature du sol qui, sauf sur les 
parties escarp6es des montagnes et les versants sans soleil de quelques 
profondes vallees froides et humides, est des plus favorables a la vegetation 
de la vigne. 

C'est une des regions viticoles les plus complexes par le nombre etlavarie"t6 
des methodes culturales qui y sont usit6es. 

Aux environs de Grenoble, dans la vallee du Gresivaudan qui s'etend en 
suivant 1'Isere, presque aux portes de la Savoie, les modes de culture sont 
analogues a ceux suivis dans cette derniere region et les principaux cepages 
identiques. 

Suivant la situation des lieux, les vignobles presentent des dispositions 
differentes. 

Les coteaux et les terrains situes sur les rampes des montagnes sont 
converts de vignes basses, en foule, soutenues par des echalas plantes a 
demeure. 

Dans la plaine et les parties basses, on a pr6fere le systeme des souches 
moyennes et des treillages elev6s craignant moins les gelees de printemps 
quiy sont beaucoup plus sensibles que sur les coteaux. 

A Bourgoin, la Tour-du-Pin, on trouve les treillons de Belley, ainsi que les 
cepages de 1'Ain. 

A Vienne, la vigne est conduite en partie commedans le Lyonnais,avec un 
echalas, mais surtout a la fac,on des G6tes-R6ties, avec la pyramide d'echalas 
et les cepages de ce vignoble. 

A Saint-Mar cellin, on trouve les cepages de la Drome avec ses precedes 
de culture. 

A Grenoble, les plantations se font sur defoncement a 60 ou 70 centimetres 
et on les entretient par le provignage. Pour planter, on emploiedes plants 
enracines ou rajus ou bien des boutures, generalement en crossettes, que Ton 
met en place soit au pal, soit en fosse a 80 centimetres de distance, le plus 
souvent en lignes, qui sontbientot detruites par le provignage. 



51 

On trouve dans 1'arrondissement de Grenoble des vignes basses, des vignes 
en lisses etdes treillages. 

Les vignes basses sont dressees a 25 ou 30 centimetres, sur 2 bras ou cornes 
quelquefois 3. On laisse sur chaque bras un courson a 1 ou 2 yeux francs, 
comme le represente la fig. 101. 

Certains plants cependant, ceux conduits ordinairement en treillage, 
exigent, pour dormer des fruits en vignes basses, un argon a long bois. 

Ces argons ontde 6 a 8 yeux etsont fixes aux echalas apres lataille, comme 
le represente la fig. 102. 

Ges vignes ne sont pas rares aux environs immediats de Grenoble. 

Chaque soucho est munie d'un echalas plante a demeure, del m 80de hauteur, 
en chataigner, en sapin ou en saule ; ces deux dernieres essences sulfatees 
font un aussi long service. 

A peu pres partout, on ebourgeonne et on releve ; ce sont les seules opera- 
tions en vert que Ton pratique. 

On remplace les vieilles souches ou celles qui disparaissent pour toute 
cause par le provignage. 

Les lisses sont des vignes disposees en espalier sur une charpente en bois 
etalbie seulement a 50 ou 60 centimetres du sol. Ces sortes de treilles sont 
constitutes par de forts pieux, contre lesquels on cloue de longues traverses ; 
la plus basse, de 50 a 60 centimetres, et la deuxieme a 80 centimetres ou 
1 metre plus haut; sur ces perches suivant la verticale, on attache solidement 
des echalas appeles palissons. 





Fig- 101. Fig. 102. 

Souches basses, apres la taille, aux enrirons de Grenoble 



Les vignes sont plantees en fosses, puis elevees jusqu'& la hauteur de la 
traverse inferieure, mais apres 2 ou 3 ans seulement ; ' des sarments qui con- 
stituent les bras de la souche sont ensuite etablis droite et a gauche du 
tronc ; tousles 25 ou 30 centimetres, on laisse un brassecondaire & demeure que 
Ton monte et que 1'on attache le long des palissons. Cliacun de ces bras porte 
un long bois ou archet de 80 centimetres, quelquefois un metre et plus, que 
Ton attache en le recourbant. 



- 52 - 

La fig. 103 represente les dispositions de ces vignes, ainsi que la construc- 
tion des treilles en bois destinees a les supporter. 

JL L_J! I 

^V'T- : =sfc^^^i=iijjijF-. 




Fig. 103. Vignes en lissos aux environs de Grenoble. 

Chaque annee, aux tailles successives, on conserve le plus beau sarment 
sorti du premier, du deuxieme et me"me du troisieme ceil, pour former le nou- 
vel archet. 

En prenant ainsi des sarments eloigne"s de la base, le vigneron neglige un 
point important: celui de conserver le moms possible de vieux bois sur les 
souches. Aussi les portants atteignent-ils, en peu d'annees, des longueurs 
considerables, ce qui diminue d'autant la fertilite de la vigne. La souche de 
gauche de la figure 103 represente le r6sultat de cette taille. 

Ilest aremarquer que plus les vignes sont jeunes, moins les archets sont 
recourbes etplus ils se rapprochent de Fhorizontale; plus les bras secondai- 
res s'elevent, et plus ils sont recourbes et se rapprochent de la verticale pour 
1'atteindre souvent sur les vieux ceps. 

Ces divers degres d'inclinaison des archets, depuis 1'horizontaie jusqu'a la 
verticale, pratiques par le vigneron a peu pres d'une fagon graduelle, sui- 
vantl'age des souches, ont assur6ment leur raison d'etre qui a 6t6 consacr6e 
par une longue observation et dont on peut donner, croyons-nous, une expli- 
cation'rationnelle . 

En discutant, au commencement de ce travail, les principes generaux de 
cette operation si importante de la taille, n'avons-nous pas, en effet, etabli 
que, pourdiminuer la vigueur d'une partie quelconque du vegetal, il suffisait 
de lui donner une position se rapprochant plus ou moins de I'liorizontale. 

Eh bien, les pratiques que nous venons de signaler peuvent serattacher a ce 
principe et n'en sont en quelque sorte que des applications. D'autre part, nous 
1'avons dit aussi, ramoncellement du vieux bois sur une souche est a la fois 
pour elle une cause d'affaiblissement et de sterilite. 

Par une inclinaison variable et bien comprise des rameaux, on pourra done 
contrebalancer, jusqu'a un certain point, les effets dus a Famoncellement du 
vieux bois sur les bras d'un cep ; c'est ce que les vignerons ont observe. 

La souche, pendant les premieres annees, n'a que des rameaux portes par 
de jeunes bois, elle est alprs danstoute sa vigueur, que Ton se trouve dans 



53 

I'obligation de moderer, pour la production des fruits, par une forte inclinai- 
son des rameaux conserves. 

Maispeuapeu, surtout avec 1'allongement excessif, le vieux bois s'accu- 
mule et la vigueur diminue ; les beaux rameaux, d'abord abondants, devien- 
nent de plus en plus rares et le choix des bois de taille de moins en moins 
facile. Le moment de parer Ji ce resultat, qui risquerait de devenir prejudi- 
ciable, est arrive ; c'est alors que le vigneron eleve verticalement les sarments 
pour les recourber ensuite brusquement en archet et donner a leur extre- 
mit une direction parallele a leur base ; car s'il semble ignorer les conse- 
quences facheuses de rallongement des bras, il salt fort bien que la partie du 
sarment conserve, situee verticalement en dega de la courbure, lui donnerade 
beaux bois qui assureront le remplacement pour Tannee suivante. 

Si cette conduite des vignes peut subir des variantes suivant les conditions 
de milieu, de vegetation ou des caprices du tailleur, les principes et les resul- 
tats restent sensiblement les monies. 

Les travees de lisses sont generalement placees a 3 ou 4 metres, souvent 
davantage, quand on fait des recoltes intercalaires. Nous discuterons plus 
loin les modifications avantageuses que Ton pourrait apporter dans ce sys- 
teme de culture. 

Dans les bas-fonds et les plaines, ou Ton craintles gelees de printemps, et 
ou Ton fait des cultures en joualles, on a preTere le systeme des treillages 
Sieves qui constitue un mode de conduite que Ton retrouve dans la Savoie et 
le Bugey, et qui caracterise nettement ces regions. C'est dans la vallee du 
Gresivaudan que nous allons etudier le type de cette culture. 

Ce n'est pas sans etonnement que Ton voit, pour la premiere fois, ces vignes 
immenses plantees enrangees paralleles, distantes en moyenne de 7 a 8 me- 
tres, souvent plus, avec ecartement dans la ligne de 4 et 5 metres. 

Et on se demande pourquoi des corps de souches de 1 met. 20 a 1 met. 40 
de hauteur ; pourquoi une charpente aussi elevee et aussi dispendieuse ? La 
reponse, on la trouve, d'une part, dans la crainte, malheureusement trop 
justifiee, des gelees printanieres ; d'autre part, dans la pratique des cultures 
intercalaires soumises a un assolement regulier, comme dans une terre 
completement nue. On comprend alors que Ton demande a un sol privilegie 
un double produit : Tun aerien, 1'autre superficiel. 

Les rangees de treillages sont soutenues tous les 4 ou 5 metres par de forts 
piquets appeles fourchauts. Contre les fourchauts, qui ont de |4 a 5 metres de 
hauteur, on cloue de longues perches, la premiere a la hauteur ou Ton veut 
etablir le corps de la souche, c'est-a-dire de 1 met. 20 a 1 met. 40, et la 
deuxieme, 1 met. ou 1 met. 20au-dessus, ce qui donne au treillage une hau- 
teur totale de 2 met. 60 environ. Sur ces perches, verticalement, se placent, 
tous les 25 ou 30 centimet., des echalas ou palissons que Ton y attache soli- 
dement. La fig. 104 montre une souche ainsi etablie. 

Dans les anciens treillages, on voit quelquefois encore les fourchauts 
remplacespar desarbres vivants, erables ou merisiers, qui sont arrdtes a 2 
ou 2 met. 50 et formes sur 6 ou 8 maitresses branches, largement ouvertes 
en gobelet et dont les pousses annuelles sont regulierement supprim<es. Des 
sarments de vigne ployes en arc sont attaches a chacune dalles. 



- 54 - 

Dcpuis longtemps deja, dans les vignobles de I'lscre, on ne plante plus 
d'arbres vivants, et ce genre de culture designe sous le nom de hautain ne se 
retrouveplus aujourd'hui que dans quelques cantons de la Savoie. 




Fig. 104. Yieillo souche conduite en treillago apres la taille. 



II n'est pas rare de rencontrer des treilles de plus de 150 ans d' existence et 
des ceps mesurant 25 centimet. et plus de diametre et 10 metres d'envergure 
avec de nombreuses branches & fruit. 

Chaque annee on remplace dans les treillages un certain nombredesouches 
mortes ; pour cela, on plante generalement & 1'avance un jeune plant pres du 
cep dont on pr6voit la fin. 

Pour mettre en perche, selon le terme consacre, c'est-a-dire pour former 
le corps de souche et lui faire atteindre la hauteur du treillage, on met de 6 a 
Sans; pendant toute cette periode, la recolte est insignifiante ; ce n'est que 
vers la 9 me ou 10 me annee qu'elle devient abondante. 

Le systeme de taille usite pour les treillages est le meTne que celui que nous 
avons decrit pour les lisses, nous n'y reviendrons pas. 

A c6t6 des avantages que presente ce systeme des grands treillages et que 
nous avons fait ressortir, il offre de grands inconvenients. 

Vula hauteur qu'atteignent ces souches, la taille et la vendange sont ren- 
dues difficiles et nepeuvent plus s'effectuer qu'a 1'aide d'echelles. 

C'est laun desavantage auquel on pourrait facilement remedierenabaissant 
les treillages jusqu'aportee de la main, c'est-a-dire en 6tablissant des lisses 
telles que nous les decrirons plus loin. 

On pourrait acesujet, cependant, presenter une objection : c'est que les 
cultures intercalates mal comprises et a grand developpement seront plus 
prejudiciables aux vignes en lisses qu'& cellesen treillages. II est aujourd'hui 
admis par tout le monde que deux cultures etablies sur le me" me terrain se 
nuisentmutuellement; mais les monies espacements etant conserves dans 
Tun et Fautre cas, les conditions resteront les m6mes au point de vue de 1'ali- 
mentation. 

Uinconvenient resultera done de ce fait que les lisses basses, dont la hau- 
teur totale ne depasse pas 1 met. 80, seront en partie cachees si Ton cultive, 
ce qui n'est pas rare, des cereales ou d'autres plantes elevees et que les vignes 
ne pourront pas beneficier, jusqu'a Fenlevement de ces recoltes, de Faction 
directe et bienfaisante du soleil. 



55 

Mais la recolte de ces plantes se fait de bonne heure et les champs se troti- 
vent decouverts juste au moment ou le raisin exige le plus de lumiere etde 
chaleur. On aura soin egalement de n'ensemencer que jusqu' une distance 
convenable des rangees de vignes, afln d'eviter autantque possible lesincon- 
vSnients precites et de permettre en outre la circulation de chaque c6t6 des 
treilles pour 1'execution des diverses operations a effectuer (relevage, sulfa- 
tage, etc. ) C'est la un point important, jusqu'ici trop neglig6 par le vigneron, 
auquei il en coute de laisser unproductive une partie de ses terres, si minime 
qu'elle soit. Mais cette improduction sera largement compensee par la plus- 
value en quantite et qualite des recoltes pendantes. 

Nous voyons done que dans les milieux a cultures intercalaires, qui ne 
constituent point un systeme rationnel, Finferiorite que semblaient presenter 
les lisses sur les treiilages n'existe pas en r6alite, mais qu'au contraire, comme 
nous allons le montrer, elles offrent de serieux avantages. 

En effet, chacun sait que plus le raisin est pres de terre, plus il murit vite 
etplus ilacquiert de qualites. Pourquoi ne pas profiter deces avantages tout 
en les conciliant avec les conditions que Ton doit observer pour se preserver 
des gelees? 

Les treiilages donnent avec les monies cepages des vins juges inferieurs 
a ceux des vignes basses. Ces differences de qualite dans le vin tiennent 
essentiellement aux differences de position des raisins. 

Les treiilages sont parfaitement exposes au soleil, mais etant eloignes de 
terre ils ne jouissent pas directement de la reflexion calorifique et lumineuse 
qui joue un si grand rdle dans la perfection des fruits et des bois m^mes, par 
suite leurs raisins rmirissent mal et tardivement. 

D'autre part, les raisins des treilles se trouvent a des altitudes bien diffe- 
rentes et la maturite ne s'opere jamais simultanement pour tous les fruits, 
parfois m6me on remarque de grandes differences. 

Ges difficultes peuvent disparaltre en rapprochant les treilles de terre, 
autrement dit en adoptant d'une fagon generale le systeme des lisses qui 
permettra une maturity meilleure et plus uniforme. 

Comme nous le faisions remarquer en etudiant le vignoble des Hautes-Py- 
renees, qui offre un systeme de culture a peu pres analogue dans un pays ou 
Ton redoute les gelees priritanieres, mais ou la maturite est toujours suf- 
fisante, les vignes elevees &- 2 metres et plus au-dessus du sol remplissent 
bien leur but. 

Mais dans un climat plus froid comme celui de cette region , ou le raisin 
pour bien murira besoin d'utiliser le mieux possible la chaleur de Tete, il est 
essentiel de se tenir dans un juste milieu qui, tout en preservant la 
souche autant que faire se peut de 1'action des gelees, permettra une bonne 
maturite. 

Les lisses repondent parfaitement a. ce desiderata. 

D'autre part, les treilles hautes sont d'une construction compliquee et 
toujours tres couteuse, et les lisses basses se present admirablement au sys- 
teme beaucoup plus simple etplus economique qui consiste a substituer aux 
traverses en bois des fils de fer, et aux fourehauts des piliers en ciment ou en 
fer corniere. 



- 56 - 

Cos colonnes en ciment, plus grosses a la pavlie inferieure qu'a la partie 
superieure, sont a section octogonale a diametres inegaux, et au moment 
du moulage on introduit a leur centre dans toute leur longueur un ou plu- 
sieurs fils de fer galvanises qui en augmentent lasolidite. 

Cos treillis, dont la hauteur totale ne depasse pas 1 metre 80, tres apprecies 
a cause de leur economic, de leur solidite et de leur duree, sont deja nom- 
breux aux environs de Grenoble, et il est vraisemblable que dans un avenir 
prochain ils auront completement et avantageusement remplace les 
treillards actuels. 

Au point de vue de la treille elle-m6me, nous ferons pour les hautains les 
me"mes objectionsque cellesexposeespr6c6demment pour les lisses. Onlaisse 
trop accumulerle vieux bois, cequidonne tres rapidement des bras secondaires 
de"charnes d'une longueur demesuree ; on n'oubliera done pas que le renou- 
vel lenient des'vieux bras et leur allongement repete cbaque annee sont les 
causes principales de la fecondite des souches. 

Les archets et les rameaux de 1'annee sont palisses sur des treillages a 
mesure du developpement de la vegetation. 

Dans beaucoup de points, le systeme de taille ordinaire a ete remplace par 
la me"thode Sylvoz, qui en est en quelque sorte un perfectionnement et que 
nous etudierons avec detail dansun chapitre special. 

Dans Tarrondissement de Saint-Marcellin, la conduite des vignes basses 
diff6re de celle de Grenoble et rappelle surtout la culture del'Hermitage. La 
vigne est dressee sur une t6te et un seul sarment qui est taille, les premieres 
ann6es,sur 2 ou 3 yeux francs. Plus tard on laisse 6 yeux a ce sarment, qui est 
alors courbe et attache a 1'echalas qui soutient la souche. Comme les souches 
s'elevent rapidement, on reserve le plus souvent un courson d'attente pour le 
renouvellement de la souche par rabattage. 

Les fig. 105 et 100 representent deux souches d'ages diff6rents qui montrent 
Tanalogie de conduite avec 1'Hermitage. 





Fig. 106 
Taille des vignes basses a Saint-Marcellin. 

On trouve aussi a Saint-Marcellin des souches dressres a 2, 3 et 4 bras. Les 
vignes y sont entretenues par le provignage. 



57 
egalement conduite* 



Lcs vignes en lisses sont egalement conduites d'une i'agon differente de 
celle que nousavons vue a Grenoble. Ainsi, a Tullins, les bras de la souche, au 
lieu d'etre etendus sur la traverse inferieure, sont dresses sur la traverse 
^uperieure et les archets sont courbes de haut en bas (fig. 107). 




Fig. 107 
Lisse de Tullins (d'apres le D r 



Guyot) 



De plus, on laisse a la base de chaque branche a fruit un courson de rem- 
placement, ce qui evite Fallongement indefini des bras. 

Dans le vignoble de la Cote-Saint-Andre (arrondissement de Vienne), on 
trouve surtout des vignes basses dont la culture rappelle encore celle de la 
Drdme. 

Les vignes basses qui dominent sont d'abord plantees a 80 centimetres au 
carre, mais les lignes sont bient6t brisees par suite du provignage qu'on y 
pratique. 

Chaque souche, munie d'un grand echalas plante a demeure, est montee a 
30 ou 40 centimetres sur une seule tige terminee par un seul sarment de 6, 7 
ou 8 yeux que Ton recourbe et dont on attache I'extremite a 1'echalas au- 
dessous de la tete du cep, comme le montre la fig. 108. 

On ne conserve pas de courson de retour ; mais, d'une 
fagon generate, a la Cote-Saint-Andre, c'est le premier ceil 
de 1' argon qui donne toujours le sarment del'annee suivante ; 
la souche monte ainsi moms rapidement le long de 1'6- 
rhalas. 

Pendant le courant de la vegetation on releve les pampres 
et on les attache 2 et meme 3 fois le long du grand echalas, 
avant et apres la fleur, et aussi en aout. 

A Yienne, la vigne est conduite comme a Condrieu et a 
C6tes-R6ties. Les ceps sont munis de grands echalas que 
Ton reunit par leur sommet en faisceaux de trois ; on a ainsi 
des series de pyramides triangulaires (voir vignoble des 
C6tes-R6ties, Lyonnais). 

Les souches ont chacune un courson & deux yeux et une 
branche a fruit attachee un petit echalas obliquementfixe 
au grand et que Ton appelle erigarde ; ce systeme de taille 
s'applique surtout au Vionnier. 



Fig. 108 

Taille de la C6te- 
Soint Andr6. 



58 

On trouve aussi a Vienne le Gamai du Beaujolais, conduit, comme dans ce 
vignoble, en souches basses a 3 ou 4 comes, avec un courson et munies d'un 
echalas pendant les premieres annees. 

On trouve aussi des treilles a RoussilLon. 

Dans 1'arrondissement de la Tour-du-Pin, les souches sont en lignes dressees 
sur 3 ou 4 comes et taillees a coursons g6neralement a un seul ceil franc. 
Certains plants cependant, tels que la Mondeuse et le Pulsart, conserventun 
argon, chaque souche estmunie d'un e~chalas. 

A Bourgoin, centre viticole important, les vignes hautes sont enlisses, dont 
la premiere traverse est a la hauteur du genou et la seconde a la hauteur de 
i'epaule; des fils de fer tendus remplacent generalement les palissons de 
bois. Les rangers sont distantes de 3 metres seulement; malgre ce faible 
espace, on fait partout la culture intercalaire. Les vins recoltes aux environs 
de Bourgoin jouissent d'une bonne reputation dans la region. 



DEPARTEMENT DE LA SAVOIE 



En Savoie, 1'aspect general du vignoble oftrede grandes ressemblancesavec 
celui de 1'Isere. Les vignes occupent surtout les rampes inferieures des 
hautes' montagnes, ainsi que les mamelons ; mais on en trouve aussi dans les 
alluvions du fond des vallees. La vigne, sous ce climat, morite jusqu'a 
400 metres et plus d'altitude aux bonnes expositions. 

La vigne basse est la forme dominante, mais les souches sont conduites 
tres irregulierement a un, deux, trois ou quatre bras et a des hauteurs variant 
de 20 a 50 centimetres. On trouve me"me des souches en te"te de saule en 
Maurienne. 

Le provignage d6truit tout alignement dans les plantations, et la distance 
moyenne entre les ceps est d'environ 70 centimetres. 

On plante soit au trou, soit au pal, des racines ou des boutures ; quelquefois 
aussi, on plante en fosses distants de 6 pieds et, pour garnir la vigne la troi- 
sieme ann6e, on recouche des sarments a droite et a gauche a 2 pieds de 
distance. 

Cette methode exige moiris de plants, mais, par suite du recouchage, elle 
devient plus cotiteuse et retarde la recolte ; aussi, doit-on lui preferer la plan- 
tation pleine. 

Dans les vignes basses, chaque bras porte un seul^courson a deux yeux 
francs et souvent a un seul. En Maurienne, sur les vignes en te"te de saule, on 
laisse 2 ou 3 crochets, quelquefois, quand la vigueur est suffisante, un archet 
de 7 a 8 yeux que Ton recourbe. 

Cette taille trop cou^te ne convient pas a la plupart des plants de ce pays, 
qui sont d'une grande vigueur et exigent, pour produire, la taille longue. 
L'exemple, pour les vignerons de ce pays, est cependant saisissant, car, a 
cote de leurs vignes basses, relativement ste~rilisees, ils possedent leurs 
grands treillages d'une fecondite admirable. 

Aux environs de Chambery, la ou Ton recolte de bons vins, a Montmeillan, 



- 59 - 

Saint-Picrre-cTAlbigny, chaque souche rnunie d'un echalas est dresscc sur 
un, deux ou trois bras de 20 a 30 centimetres du sol. 

A part les vignes basses, on rencontre a peu pres partout des vignes en 
espalier sur fils de fer de l m a I m 50 du sol, puis des treillages eleves, absolu- 
ment semblables a ceux que nous avons decritsprecedemment. Ces treilles. 
v6ritables charpentes, sontsupportees & 2 metres et plus par de forts piquets; 
des arbres vivants sont intercales de loin en loin pour assurer la solidite. 

Puis, on trouve aussi des arbres isoles, plantes en ligne ou en quinconce, 
destines a supporter de grands ceps qui les recouvrent bientdt. Ces vignes en 
arbres sont communes aux environs de Chambery et d'Aix-les-Bains. On les 
trouve surtout dans les bas-fonds humides, mais aussi ailleurs. Quelquefois 
les arbres sont relies les uns aux autres par des guirlandes de ranieaux, d'un 
effet vraiement feerique, qui ont maintes fois attir6 1'attention et excite la 
curiosite des voyageurs se rendant a Aix-les-Bains. 

Nous ne nous arr^terons pas sur ce systeme de culture, dont nous avons eu 
pr6cedemment Toccasion de montrer Iesinconv6nients. 

Les vignes en treilles offrent ici les dispositions les plus variees, mais celle 
que nous avons decrite pour Flsere est la plus repandue. Les rang6es sont de 
7 a 12 metres les unes des autres et permettent, par consequent, les cultures 
intercalaires. 

Gen6ralement ces treilles sont formees par un cordon ou bras principal, 
toujours tres long, qui porte, a des distances souvent inegales, des bras 
secondaires, terminus chacun par un sarment qui a jusqu'a l m ,20 de long ; ce 
sarment est inclin6 en trajectoire ou recourbe" en demi-cercle avec son extre- 
mite attached suivant la perpendiculaire. 

Ces treillages produisent beaucoup et on cherche a leur faire donner davan- 
tage encore en 6tablissant des sorties. On dresse pour cela, perpendiculaire- 
ment au treillage, des traverses sur lesquelles on couche horizontalement, a 
peu pres au niveau de la partie infe'rieure de la treille, un beau sarment de 
Fannee, un par cep le plus souvent. Ces sarments ou sorties que Ton renou- 
velle generalement tous les ans, se couvrent de raisins. 

Parfois, vers le mois dejuin, on 6bourgeonne eton effeuille au-dessous des 
raisins, mais on ne pince que rarement. UextremitS des pampres, toujours 
tres longs, retombe de part et d'autre de la treille en formant des berceaux. 
Aujourd'hui cependant, de mme que dans Flsere, on pratique le rognage dans 
beaucoup de points. 

C'est par ce temps de maladies cryptogamiques une bonne operation qui, 
avec celle du relevage, sont recommandables, surtout la ou Ton fait des cul- 
tures intercalaires & grand d6veloppement. En effet, sous ces rideaux de 
verdure, les champignons parasites trouvent une atmosphere humide et 
chaude tres favorable & leur developpement. En supprimant Fexces de vege- 
tation, on favorisera -Iteration, excellente a tous les points de vue, et on 
facilitera, d'autre part, Tapplication des remedes a donner a la vigne. 

La Mondeuse et le Persan, cepages a vegetation exuberante, forment le fond 
de ces vignobles. 



- 60 - 



DEPARTEMENT DE LA IIAUTE-SAVOIE 

La Haute-Savoie, vu 1'altitude do scs montagnes ct de scs plateaux, le 
voisinage des glaces eternelles et sa situation septentrionale, offre des sur- 
faces moins etendues et moins favorables a la vigne que la Savoie. 

Les bords du lacLeman, Evian et Thonon, les bords du lac d'Annecy, 
Saint-Julien et Seyssel,sontles centres vignobles du d<partement. On trouve 
encore d6sseminees quelques vignes, mais de peu d'importance. 

La caracteristique de la viticulture de la Haute-Savoie sont les cultures 
en crosses d'Evian que nous allons d6crire. 

Ces crosses sont constitutes par de grands arbres morts auquels on a 
laisse toutes leurs branches et qui sont recouverts du sommet jusqu'a la base 
par les ramifications des vignes qui poussent a leur pied. 

Ces arbres qui representent d'immensesechalas ramifies ontde 30 a 40 centi- 
metres de diametre et de 8 a 10 metres de hauteur; ils sont ecorces avec soin 
dans la fortH puis amenes sur place, redresses et enfonces d'un metre et demi 
en terre, on en met environ 150 par hectare. 

G6neralement on place trois ceps au pied de chaque crosse, parfois un seul 
et quelquefois 4 ou 5. On choisit de preference des plants enracines de deux 
ou trois ans. Ces vignes sont surtout destinies a la production des vinsblancs 
et le plant prefere est le Pendant ou Chasselas. 

Le ou les jeunes plants une fois enterres sont tallies a trois yeux au-dessus 
du sol (fig. 109). Si les trois bourgeons poussent bien, on conserve de pre- 
fe"rence, a la premiere taille, le superieur afin de monter la tige plus rapide- 
ment. On coupe rez souche les sarments inferieurs et on taille le plus eleve 
sur deux ou trois yeux (fig. 110 et 111). 






Fig. 109. Fig. 110. Fig. 111. 

Premieres tailles pour la formation des vignes en crosse. 



A la troisieme taille, le serment le plus eleve sera encore seul conserve et 
taille comme les precedents a deux ou trois yeux. S'il est tres vigoureux 



- 61 

on lui laisse 4 yeux et la souche ce moment presente 1'aspect de la fig. 112 ; 
apresla vegetation elle aura 1'aspect de la fig. 113. 

A la quatrieme taille (4 e annee), on reserve souvent (fig. 113) sur 1'oeil le 
plus has, un courson a un oeil rarement deux. Les rameaux intermediates 
sont supprimes et le plus eleve taille" encore a trois ou quatre yeux ; mais, si 
la souche est vigoureuse, on lui laisse de six a huit yeux (fig. 114). 






Fig. 112. 



Fig. 113. 
Troisigme et qaatridme taille. 



Fig. 1U. 



A la cinquieme taille, on continue le premier courson a un osil et on en r6- 
serve un deuxieme la base du rameau de 1'annee pr6cedente (fig. 115) ou 
bien on laisse & la m6me place un bois long. Tous les autres sarments au- 
dessus sont encore supprimes, & 1'exception du plus haut que i'on taille 
long et qui est attache a 1'echalas comme le represente la fig. 115. On 
reserve souvent encore un troisieme courson en dessous de cette nouvelle 
taille. 

Apartirde la cinquieme ou sixieme annee, on monte lavigne de O m 40 a 
un metre par an, en laissant des coursons tous les 30 centimetres environ dans 
le but de fortifier la tige. Quelques vignerons m6me ne la montentquede trois 
a quatre noeuds par an, il faut alors de 20 a 25 ans au cep pour atteindre le 
sornmet d'une crosse. La fig. 116 represente, d'apres le D r Guyot, un cep 
ainsi conduit. 

Quelques viticulteurs, cependant, vont plus vite et operent de la fagon sui- 
vante : ils prennent le sarment le plus fort de la troisieme pousse, et le 
dressent de suite a I m 50 et meme 2 metres, jusqu'a rembranchement de 
la crosse, en. supprimant tous les autres sarments (fig. 117). Mais on ne 
conserve que les trois ou quatre yeux du sommet et on eborgne tous les 
autres; c'est un precede beaucoup plus rapide pour former la souche et 
obtenir des produits. 

G6n6ralement les jeunes vignes sont montees lo long de la crosse, mais 



- 62 - 

quolquefois on les guide le long d'un echalas voisin en attendant qu'on lesfixe 
a Farbre. 



Fig. 115. Fig. 116. 

Cops & la cinqaidmo taille. 



Fig. 117. 
Longue taillapermettant rlvntion rapide duce.p 



Des que la tige de la vigne est a la hauteur de la premiere branche de la 
crosse, on lui laisse a ce point un courson a deux yeux (fig. 118), on conti- 




Fig. 118. Prmi&re romifleati a d uno vieno en crosie. 



63 - 

nue a faire monter la tige par un long bois et 1'annee suivante on conserve un 
courson de ramification au point de bifurcation. 

Le role de chaque courson, laisse ainsi, a lanaissance d'une branche, est de 
donner une ramification de la souche que 1'on etendra par des tallies longues 
et qui fournira a son tour des coursons partout ou il est necessaire de subdi- 
viser, et aussi a 1'extremite de chaque bras pour y reproduire successivement 
le courson a un ceil et la branche terminate. Les branches a fruit sont recour- 
be"esen archet et attachees a la crosse, comme le montre la fig. 119, repre~sen- 
tant une crosse en voie de developpement. 




Fig. 119. Crosse en formation. 

On comprend quelle puissance de vegetation atteignent ces souches et on 
se figure la quantite 6norme de raisins qu'elles peuvent produire, 

Les souches basses d'Evian n'offrent rien de particulier, sinon le contraste 
le plus Evident avec les vignes en crosse. Elles sont planters a 75 centimetres 
et munies chacune d'un Schalas. 

A la taille de premiere annee, on conserve de preference le sarmentsup6rieur 
quand il a v6get< pour former latete de la souche a 15 ou 20 centimetres du 
sol. En mars, on coupe le sarment superieur a un oeil et on supprime 1'autre. 

Tous les sarments sortis de la te"te sont taill6s pendant 3 ou 4 ans a un ceil 
seulement (fig. 120 A); on obtient ainsi une.couronne sur laquelle serontassis 
Sou 4 bras que Ton taillera a un oeil (iig. 120 B). Plustard, les coursons de 
chaque bras seront tallies & deux yeux (fig. 120 C). 

Au mois de mai on ebourgeonne ; a la fleur, fin juin et fin juillet, on releve 
et on attache les pampres a 1'echalas, en aout ou pratique un rognage. 

Le remplacement des ceps se fait par provignage ; mais ici, g6neralement, 



64 

on enfouit completement line souche qui donne un sarment & sa meme place 
et un autre ik la place du manquant. On mainticnt 1'alignement dans les plan- 
tations. 






A B c 

Fg. 120. Tallies successives des souches basses. 

La culture des vignes basses est pour ainsi dire divise"e en deux camps 
Tun s'est inspire des mSthodes savoisiennes et 1'autre des methodes suisses. 

Sur la limite existe la confusion qui fait place a des methodes franchement 
dominantes, a mesure que Ton se rapproche davantage de 1'un de ces pays. 

Ge n'est point la un fait exceptionnel, car nous avons vu et nous verrons 
dans la suite de ce travail, maintes regions, surtout celles ou la vigne ne joue 
pas le grand r61e dans la production agricole, epouser ou copier avec quelques 
variantes les systemes de culture^des pays voisins qui presentent des types 
pour la viticulture. 

Sur les frontieres de la Suisse, les deToncements se pratlquent comme dans 
ce pays; les vignes sont alignees & O m 80 en tous sens et chacune d'elles est 
munie d'un echalas. 

Les tallies en vert, les fac,ons et les fumures se font soigneusement. Enfin 
le cepage principal est celui du canton de Vaud. le Pendant ou Chasselas. 

Du c6te de la Savoie, au contraire, on ne defonce pas profondement ; les 
vignes sont p6le-mele, quelquefois sans echalas ; les operations en vert ne s'y 
pratiquent pasd'une fagon aussi rigoureuse et les plants savoisiens dominent. 

DEPARTEMENT DE L ? AIN 

La viticulture, dans ce departement, n'offre pas de traits caract6ristiques 
qui lui appartiennent en propre. Ses methodes de culture sont emprimtees 
un peu a tous les vignobles environnants. Suivant les milieux que Ton con- 
sidere, on retrouve les procedSs ainsi que les cepages du Jura, du Maconnais, 
duBeaujolais oudu Lyonnais ; Gex et Nantua ont copie la Haute-Savoie ; le 
Bugey avec ses vignes en foule sur lescoteaux et ses treillages danslaplaine, 
presente, en tout points, les cultures de I'lsere et de la Savoie. Ge sont ces 
derniers traits les mieux caracterises qui permeltent de rattacher ce vignoble 
au groupe viticole de TEst. 

Sauf les Dombes et la Bresse, le climat et surtout le sol de ce departement, 
conviennent a la vigne ; les gelees de printemps font parfois du mal, mais, 
malgre cela, les recoltes se tiennent dans une bonne moyenne. 

L'arrondissement de Belley, qui est le centre vignoble le plus important, 
comprend les 3 systemes de culture que nous avons etudies dans I'lsere : 1 
des vignes basses avec ou sans echalas, a 2 ou 3 bras irre~guliers tallies a 2 
yeux francs; 2 des vignes en treillages dont les lignes distantes de 10 a 12 



- 65 - 

metres comprennent entre elles les cultures intercalaires les plus variees ; 
3 des vignes en treillons qui sont de bas treillages representant les lisses de 
1'Isere. Le palissage et la conduite de ces vignes sont peu pres identiques & 
cellesdes grands treillages, avec cette difference, cependant, que les rangees 
sont rapprochees a 1 met. 50 environ et sans intervalle de culture. 

Ges treillons, formes de deux traverses paralleles, sont soutenus par des 
piquets distants de 1 met. a 1 met. 50 environ. Les ceps portent 3 et 4 longs 
bois avec des coursons de remplacement & deux et trois yeux. Les longs bois 
sont courbs par dessus la perche superieure et attaches par leur extremite 
a la perche inferieure. C'est la une pratique que nous avons dej rencontree 
dans le vignoble du Jurangon. 

Les treilles occupent gen6ralement les plaines, bien qu'aux environs 
immediats de Belley Ton rencontre des treillons sur les coteaux oii se trouvent 
generalement les vignes basses. 

Dans le Bas-Bugey, les vignes sont encore dressees sur deux ou trois bras 
portant chacun un ou deux crochets tallies un ou deux yeux francs. L'an- 
cienne habitude est de planter, comme dans le Haut-Bugey, en fosses de 4 
metres de distance ; c'est vers la troisieme ann<e seulement que Ton garnit 
la vigne par provinage en etablissant des ceps a chaque metre environ. 

Ici, chaque cep est muni d'un grand echalas auquel on attache, a deux et 
trois reprises differentes, les pampres de 1'annee. 

Nous citerons encore, a titre de comparaison, les vignes en perchettes du 
Revermont. Dans ce vignoble, on cultive aussi la vigne basse sans echalas 
en laissant a chaque souche un courson de remplacement a 2 yeux et un 
long bois de 8 a 10 yeux que Ton courbe en archet et dont I'extremitS est 
piquee en terre. 

Les vignes en perchettes sont etablies comme dans le Medoc, sur une tra- 
verse fixee horizontalement 0,30 ou 0,40 cent, de terre. Les ceps sont 0,80 
ou 1 met de distance dans la ligne, et portent, comme les vignes basses, un 
courson a 2 yeux et un long bois de 0,50 a 1 met. attach^ a la perche. Les 
vignes ainsi conduites sont tr&s fertiles. 

DEPARTEMENTS DU JURA ET DU DOUBS 

Le departement du Jura est relativement peu important au point de vue vi- 
ticole, en tant que surface occup6e, bien que la vigne y pousse bien partout 
oii elle existe et qu'elle y donne des produits tres varies. Sa taille et sa con- 
duite offrent des traits remarquables et caracteristiques que nous allons signaler. 

Les ceps sont a 0,80 ou 1 met. de distance, et vers 3, 4 ou 5 ans, lorsqu'ils 
sont assez hauts et assez forts, on etablit des courgees, qui sont des longs 
bois, au nombre de 1, 2 ou 3 par cep suivant leur age et leur vigueur. 

Nousrepresentons, dans la fig. 121, une souche ainsi conduite avec deux 
courgees. Le tronc se bifurque en deux bras terminus chacun parun long bois 
de 10 a 15 yeux. Chaque cep est muni de deux 6chalas qui servent & fixer 
chacune des courgees que Ton replie en archet ; leur extremit6 inferieure est 
attachee a 0,25 ou 0,30 centimetres du sol. Quelquefois les souches n'ont 
qu'une courgee. 



Dans les plaines et les milieux has et humides, les courgees sont mainte- 
nuesplus hautes quo sur les coteaux et les'lieux Sieves, ou Ton a moins a 
redouter Faction de 1'humidite ou du froid. A mesure que les souches pren- 
nent de 1'age et de la vigueur, on augmente lenombre de bras et de courgees. 




Fig. 121 Taille A courg<es da Jura. 

Chaque annee la courgee est supprimSe a 2, 3 et qaelquefois 4 yeux a 
partir de sa base et c'est ainsi le 2 me , le 3 mc ou le 4 me sarment qui formera la 
nouvelle branche, et c'est le seul que Ton conserve, tous les autres sont 
abattus arez bois. 

Pour avoir de beaux sarments de remplacement, apres lafleur, on rogne les 
derniers bourgeons de la courgee a 2 ou 3 feuilles au-dessus du raisin, on 
emp^che ainsi la seve de se porter en pure perte sur les rameaux de 1'extre- 
mite. 

Cotte taille presente pour cette region de pr^cieux avantages: d'abord elle 
assure la fertility de plants qui produiraient beaucoup moins a la taille courte, 
puis elle permet d'eviter en partie les effets de la gelee. Mais, a c6te" de cela, 
elle a rinconvenient d'allonger les bras de la souche tres rapidement. En effet, 
la m<thode qui consiste a prendre, comme bois de remplacement, le 2 me , 3 me 
ou 4 me sarment de la courg6e precedente, accumule forcement chaque ann6e 
plusieurs centimetres de vieux bois sur chaque bras, et auboutd'une periode 
assez courte, on a des souches d'une grande etendue. 

Quand la chose est necessaire et qu'on le peut, on conserve sur les bras un 
sarment sorti du vieux bois. On taille ce sarment, destine a former le nouveau 
bras, pendant un an ou deux et, des qu'il est assez fort pour donner la courgee, 
on supprime immediatement au dela tout 1'ancien bois. La souche est ainsi 
renouvelee. On voit dans la fig. 122 une vieille souche portant sur ses bras 
deux jeunes sarments qui permettront de les raccourcir. 

Quand la souche est trop vieiile, contournee et couverte de cicatrices, on 
prepare son ravallement. 

Pour cela, lorsqu'il sort sur letronc un gourmand, on le conserve et on le 
taille pendant un an ou deux, et, des qu'il est assez vigoureux, on coupe au- 
dessus la souche entiere que Ton forme avec du nouveau bois (fig. 122). 

Un moyen simple pour eviter cet allongement excessif des bras serait de 
conserver, a la base de chaque courgee, un courson a 2 yeux, par exemple, 



67 

qui donnerait deux vigoureux sarments, bien propres a fournir Fannee sui- 
vante et la nouvelle courgee et le nouveau courson. 




Fig. 12-. Vioille souche pr6par6e pour le ravallcmont. 

Dans le Jura, tous les plants ne sont pas conduits d'apres le systeme que 
nous venons de decrire, et ceux qui produisent a la taille courte sont conduits 
a cornes et a coursons. 

L'ebourgeonnement et le pingage sont pratiques partout avec soin. 

Dans le departement du Doubs, qui comprend un petit vignoble, on apporte 
un grand soin a la vigne. C'est par provignage que se fait son entretien. 

Le Pinot, le Pulsart, qui demandent de Texpansion, portent generalement 
un long bois de 8 a 15 yeux, ainsi qu'un courson de renouvelleme^t a 2 yeux. 

A Besangon, les vignes sont conduites suivant plusieurs modes. Le plus 
souvent elles sont isolees, munies chacune d'un echalas a demeure , parfois, 
une traverse horizontale relie les echalas a O m 60 de terre; dans ce cas, les 
vignes sont dites en perches. Quelquefois aussi, les echalas d'une ligne sont 
relies par leur sommet aux echalas de la ligne voisine etuneperche reunit les 
sommets entre eux, alors elles sont dites en chevalet. 

Suivant le mode d'echalassage, qui ne change rien au principe de la taille, 
on donne a la courgee differentes positions. Quand les ceps sont isoies, elle 
est attachee droite le long de Techalas ; quand ils sont en perche ou en 
chevalet, elle est attach<e obliquement ; quelquefois aussi elle est reployee 
en demi cercle. 

Comme dans le Jura le plus souvent, au lieu de garder un courson de rem- 
placement, la nouvelle courgee est prise sur celle de 1'annee precedente; mais 
aussi la souche s'eleve-t-elle tres rapidement, ce qui explique les modes de 
palissage employes. 

On trouve aussi dans le Doubs des vignes conduites en souches basses a 
deux ou trois cornes et a coursons a deux yeux francs. 

En resume, le vignoble de 1'Est presente des caracteres nettement tranches 
par sa topographic, sa climature et ses methodes culturales. Chacun des de- 
partements que nous avons examines offre les sols et les climats les plus op- 
pose's suivant les situations et les expositions. 



- 68 

De telles conditions ont n^cessairement conduit a adopter pour chaque 
point des cepages speciaux repondant aux exigences du milieu et des sys- 
temes de culture offrant des garanties possibles. 

Dans cette vaste region on trouve les trois systemes de conduite de la 
vigne: en souches basses, en souches moyennes, lisses et treillons, et en 
souches hautes, treillages et hautains. 

L'Isere et la Savoie renferment tous les types de ces cultures. Ces differents 
modes ne sontpas disposers au hasard,mais occupent griieralement des situa- 
tions identiques. 

En effet, Faire de la culture de la vigne dans cette vaste region peut dtre 
comparee a un immense amphitheatre dont les parties superieures seraient 
occupees par les souches basses; les parties moyennes, par les lisses oupe- 
tits treillages; enfin lepied desgradins, ou les bases des montagnes et des 
plaines, par les grands treillages a vegetation luxuriante. 

D'une fagon generale on pourrait dire que la hauteur des souches est en rai- 
son inverse de 1'altitude des lieux. 

Nous avcns montre prccedemment, en nous reppsant sur des donnees ra- 
tionnelles, qu'il serait avantageux a tous points de vue de diminuer la hau- 
teur des treillages pour ne faire que des lisses plus ou moins elevees, suivant 
les cas, mais toujours a la portee de la main, sans que les chances de securite 
pour la vigne ne soient en rien diminuees. G'est done d'apres ce systeme, 
beaucoup plus simple et plus 6conomique, qu'il sera preferable d'etablir la 
reconstitution dans tous les milieux ou les ceps doivent atteindre une cer- 
taine hauteur. 

Dans toute la region, les plantations se font soit sur defoncement general, 
soit sur defoncement partiel, en fosses. Le provignage est partout pratique 
parfois pour completer les plantations, toujours pour Tentretien, aussi, 
excepte quelques points, les vignes sont pe~le-me~le sans aucun alignement. 

Les souches basses sont 6chalass<5es et les vignes a grande extension sont 
paliss6es avec luxe et le plus grand soin dans 1'Isere, la Savoie et le Bugey. 
On a vu que les crosses d'Evian etaient Tobjet d'un travail complique ; quant 
a la culture sur arbres vivants, qui constituent a prpprement parler les hau- 
tains, elle tend a disparaitre partout ou elle est encore pratiquee. 

Les vignes a grand developpernent portent en grand nombre des longs hois 
de 60 centimetres a un metre et plus avec ou sans courson de retour. Les 
vignes basses sont taillees a coursons a un ou deux yeux francs. Ce n'est pas 
indifferemment que Ton pratique 1'une ou 1'autre de ces tallies, car on sait 
distinguer parmi les nombreux cepages cultiv6s ceux qui demandent la taille 
longue ou la taille courte. 



- 69 - 

La taille dans les vignobles & provignage perpetuel 

(ERMITAGE BOURGOGNE CHAMPAGNE) 

Ce litre g6n6ral que nous adoptons pour designer ce chapitre nous permet 
de grouper, ensuivant la classification de M. Foex, les vignobles de laBour- 
gogne, de la Champagne et de FErmitage, en plagant en Evidence le caractere 
commun le plus saillant, au moins au point de vue qui nous interesse. 

La Cdte-d'Or et la Champagne offrent en effet des procedes culturaux et un 
ensemble de conditions a peu pres analogues; le vignoble de 1'Ermitage, 
quoique meridional par sa situation, presente avec elles de grandes ressem- 
blances. 

A part 1'usage constant du provignage comme pratique culturale, ce 
groupe peut 6tre caract6rise encore d'une fac.on generale par la culture en 
coteaux des cepages fins, le nombre considerable de ceps dans les plantations 
et la taille pratiquee sur une tige unique. 

Dans la phase nouvelle que traverse la viticulture, la question de reconsti- 
tution est evidemment la plus grave que Ton ait a resoudre. A ce point de 
vue encore, ce titre embrasse des regions qui se presentent dans des condi- 
tions absolument identiqueset exigent, en tant que culture, la m6me solution. 

VIGNOBLE DE I/ERMITAGE 

Le vignoble' de 1'Ermitage, d'une faible etendue, ost compris dans Le depar- 
tement de la Dr6me ; il donne des vins dignes de figurer parmi les premiers 
crus de France. C'est grace a son sol, a son climat et surtout a son cepage 
special, la petite Syrah, que ce vignoble a acquis sa grande et legitime repu- 
tation. 

11 est caracterise par les defoncements profonds que Fon y pratique et qui 
atteignent et depassent souvent 1 metre. Pour les plantations quise font tres 
rarement, on pratique, a Faide d'un pal de fer, un trou de O m 80 a 1 metre de 
profondeur, ou Fon enfonce une bouture de O m 70 a O m 80. On tasse tout autour 
du terreau ou du sable et on laisse sortir deux yeux au-dessus de terre. Ce 
mode de plantation, d'ailleurs irrationnel, ne donne les premieres annees que 
des vignes tres irregulieres, par suite d'un grand nombre de manquants. Les 
plants qui reprennent poussent tres faiblement et ce n'est que la quatrieme 
ou cinquieme ann6o que Fon obtient des sarments assez longs pour 6tre pro- 



Le provignage est ici une operation essentielle. II se pratique d'une fagon 
speciale. Leprovin est creuse a O m 70 de O m 75 de profondeur et la souche que 
Fon y couche est ainsi a peu pres completement d6racinee. De 1& Ian6cessite 
vicieuse de planter les boutures profondement. 

La fig. 123 re presente Foperation. La souche est abattue au fond de la fosse 
et on releve de chaque cdt6 les sarments qu'on lui a conserves en leur lais- 
sant 3 ou 4 yeux au-dessus de terre. La fosse est ensuite remplie aux deux 



- ro - 

tiers en ayant soin d'interposer entre deux terres environ 20 kil. de fumier 
par provin. 

La petite Syrah demande, pour donner suffisamment, une taille longue, et 
cette premiere annee de provignage, par lalongueur des sarments provignes, 
repond parfaitement a cette necessite : aussi les bourgeons que Ton reserve 
exterieurement sont-ils tres fructiferes. La seconde annee etles annees sui- 





Fig. 123 Fig. 124 

vanteson ne laisseplus qu'un sarment ou argon de trois yeux francs (fig. 124). 
Quelquefois on reserve le plus bas possible un courson, au-dessus duquel on 
ravalle la souche quand elle est trop elevee. Les souches sont munies d'6cha- 
las contre lesquels on releve et on attache les rameaux de 1'annee. On ebour- 
geonne et on effeuille quand la chose est necessaire. En somme cette taille 
de la Syrah, al'Ermitage, presente d'etroits rapports, comme on verra, avec 
celle qui est appliquee au Pinot, en Bourgogne et en Champagne; la diffe- 
rence consiste seulement & choisir le plus souvent pour argon le sarment le 
plus bas, au lieu de conserver pour cet objet le sarment superieur, comme on 
le fait dans ces contrees; on evite ainsi rallongement trop rapide de la souche. 

Cette taille subit parfois de petites variantes. Cest ainsi qu'on \aisse quel- 
quefoisun sarment de4 yeux et au-dessous un courson de ^emplacement de 
2 yeux, qui donne Tann6e suivante la nouvelle branche a fruit et le nouveau 
courson (fig. 125). De cette fagon la souche ne s'eleve que tres lentement. 

En suivant la methode ordinaire, malgre les precautions, le cep s'eleve 
rapidement, et au bout de peu d'annees il faut le rabattre ou provigner. 

Les figures 126 et 127 montrent la difference des resultats que Ton obtient 
par ces deux systemes de taille. On concoit ais6ment qu'en conservant 
comme nouvelle branche a fruit le deuxicme ou troisieme sarment de la 
fig. 126, la souche aura bien vite atteint le sommet de 1'echalas, tandis que la 
souche de la fig. 127, rabattue chaque annee sur le courson, ne s'61evera que 
tres lentement. 



71 



Le provignage sort & computer les plantations, mais on le pratique en outre 
chaque annee dans la proportion de 800 fosses par hectare pour remplacer les 
pieds les moins vigoureux. 






Fig. 125 



Fig. 126 



Fig. 127 



Les precedes culturaux usites a I'Ermitage off rent, comme onle verra,une 
grande ressemblance avec ceux de la Bourgogne : les ceps sont formes d'une 
seule tige portant un seul sarment et le provignage s'opere par couchage de la 
souche. 

Ce vignoble etant au sud de ceux qui, par analogic, peuvent 6tre rattaches 
a ce groupe viticole, il presente avec eux, dans les precedes de culture, quel- 
ques differences dues aux conditions climateriques et dont la principale con- 
siste en la plus grande profondeur des defoncements et provins. 



VIGNOBLE DE LA HAUTE ET BASSE- BOURGOGNE 

Le fond du vignoble de la C6te-d'Or est forme par deux cepages et leurs 
sous-races : le Pinot et le Gamai. Le Pinot est I'Slement de qualite et se 
trouve exclusivement dans les grands crus ; le Gamai, au contraire, fournit la 
quantite. Ges deux cepages ont donne lieu a deux modes de culture differents 
que nous aliens etudier separ6ment. 

Le climat de la C6te-d'Or convient a la vigne, mais elie y redoute les gelees 
du printemps, lacoulure et aussi la gr61e ; c'est d'ailleurs ce qui s'observe 
sous la meme latitude dans la plupart des contrees voisines des montagnes. 

La C6te-d'Or doit la reputation de ses grands vins au choix et a I'unit6 de 
son cepage, le Pinot, qui trouve la les conditions qui permettent le develop- 
pement parfait de toutes ses qualites. 

On peut dire qu'en Bourgogne, les Pinots sont eternises sur le m^me sol 
par les provignages annuels. Gette operation, bien connuo des vignerons, 



72 - 

consiste a coucher completement dans des fosses, pratiquees en des points 
determines, les souches les plus vigoureuses et les plus fertiles, que Ton a 
soin de marquer de preference avant la vendange pour en faire deux et trois 
ceps nouveaux par autant de sarments qu'on a laisse sur la souche enterree. 
On laisse sortir au-dessus de terre les extremites de ces sarments, que Ton 
taille a deux, trois yeux, suivant la vigueur. On fait de 400 a 700 fosses par 
hectare. 

On rajeunit ainsi la vignepar quinzieme en moyenne; les ceps environ- 
nants sont engraiss6s par une partie de la terre sortie des fosses, qu'on fume 
et qu'on remplit completement la seconde annee. 

Ce provignage constant a eupour grand merite de conserver eternellement 
sur les monies terrains le cepage par excellence de la Bourgogne ; mais il a 
aussi pour consequence d'entrainer des depenses superieures a celles ne- 
cessitees par un arrachage complet et une replantation operee tous les 40 ou 
60 ans. 

Le provin coute environ 10 centimes par quatre saillies oupointes, c'est-a- 
dire & peu pres 200 fr . par hectare et par an. 

Mais, d'une fac,on g6n6rale, rien ne donne a supposer que le vin obtenu de 
la vigne franc pied ne serait pas aussi bon que le vin obtenu de la vigne pro- 
vignee. A ce sujet, il est m6me des considerations qu'il ne sera pas superflu 
de rappeler a une epoque ou le phylloxera est venu jeter le trouble dans nos 
anciennes methodes culturales, considerations que le D r Guyot a signalees 
dans ses magnifiques Etudes des vignobles de France. D'abord on peut 
etablir que dans la plupart des cas, sinon to uj ours, les faits le prouvent en 
maints endroits, qu'un cep a deux et trois membres au lieu d'un seul et tallies 
de la me"me fagon que le membre unique donne une qualit6 de vin parfaite- 
inent identique. II serait d'ailleurs facile et utile de s'en assurer dans les grands 
crus. D'autre part, on admet g6neralement que lesproduits des pro vins, nota- 
bles la premiere annee et abondants la seconde, sont des produits inferieurs. 
Done, la vendange ou entre le produit des provins d'un an et de deux ans est 
de qualite inferieure a celle qui resulterait de francs pieds a partir d'un cer- 
tain age. On a done la une cause d'abaissemcnt dans la qualite, cause qui 
n'existe pas dans le franc pied. 

Ces quelques considerations permettent d'envisager 1'avenir avec plus de 
surete, et les vignerons bourguignons n'ont nullement a redouter, pour la re- 
putation de leurs vins, les consequences des modifications qu'ils pourraient 
6tre amenes a introduire dans leur systeme de culture par suite de la recons- 
titution de leur vignoble. 

Les vignes de la C6te-d'Or sont done entretenues par le provignage et les 
plantations sont tres rares. Quand on en fait, on plante en fosses transversaux 
a la pente de 0,35 de profondeur en plants enracines ou en chapons coudes. 
Les fosses sont a 1 m. 60 de distance pour d<uix rangs; le second rang est 
garni par le couchage des premiers plants vers 3,4 ou 5 ans, des qu'ils sont 
assez vigoureux. 

Dans tousles cas, le jeune cep est conduit a un seul sarment taille a trois 
ou quatre yeux pour les Pinots et dedeux ou trois yeux pour les Gamays. On 
choisit toujours le plus vigoureux et souvent le plus haut (voir fig. 128). La 



73 - 

figure 129 represente une souche de 6 a 7 ans, et la figure 130 une souchc de, 
15 ans que sa grande hauteur, ainsi que sa maigreur, vont bientot obliger a 






Fig. 128. 



Fig. 129. 



Fig. 130. 



provigner. La figure 131 donne 1'aspect d'ensemble d'une vigne de Bour- 
gogne. 

Contrairement a ce qui se fait dans le Midi,le coursonest pris sur le sarment 
le plus eleve du cep, ce qui entraine un allongement tres rapide de la souche, 
dont il faut frequemment attenuer les effets par le provignage. 




Fig. 131. 

On taille ainsi en fevrier et mars toutes les souches une seule tige excepte 
celles que Ton doit provigner et auxquelles on laisse autant de sarments qu'il 
estnecessaire. Dans les vignes de Pinots, on fait chaque annee de 450 & 600 
provins par hectare, avec 1,200 2,500 saillies. Ce nombre est depasse d'un 
tiers environ pour les Gamais. 

Apres la taille, les souches sont attachees a un echalas de l m ,30 al m ,50 de 
hauteur que Ton plante avant le debourrement. Des qu'il est possible de dis- 
tinguer les ranieaux fructiferes des autres, on precede & Tebourgeonnage. 



- 74 - 

Des que les sarments sont assez longs (O m ,40 environ), on les attache a Tccha- 
las et en juillet on les rogne au-dessus de son extremite. 

Le Gamai, qui est le soul plant que Ton trouve a cote du Pinot dans la C6te- 
d'Or, constitue specialement les vignes de plaine et des bas de cdte ou Ton ne 
peut obtenir des vins de premier choix. 

Les plantations de Gamai se font aussi avec de simples boutures (chapons) 
ou des plants enracines soigneusement selectionnes. Ces plants sont cou- 
ches au fond de la fosse et releves le long de la paroi la mieux expos6e. 

Cette disposition, contraire a celle adoptee dans le Languedoc, le Beaujo- 
lais et d'autres contrees oii Ton plante verticalement, n'est pas favorable au 
developpement de racines vigoureuses et profondes, mais elle determine la 
naissance de-nombreux faisceaux de radicelles presque superficiellement. 

La premiere annee, on taille le Gamai sur un seul sarment a deux yeux ; 
1' annee suivante, sur deux coursons egalement a deux yeux. 

Chaque cep de Gamai porte generalement deux coursons, mais souvent on 
n'en laisse qu'un seul. Get unique courson est taille le plus souvent, contrai- 
rement au Pinot, sur deux yeux seulement. 

Ge plant, qui a la propriete de donner plusieurs bourgeons fructiferes du 
m<me nceud, peut s'accommoder de cette taille bien severe. 

Les lignes distantes d'abord de l m ,30 sont generalement doublees par le 
provignage latroisieme, quatrieme ou cinquieme annee ;plus tard, les lignes 
sont brisees, mais on conserve entre les pieds des distances a pen pres 
egales. 

A Semur, les vignes sont regulierement disposees en lignes a O m ,70 de dis- 
tance. Les plaines et les plateaux sont plantes en Gamais qui, malgre le pro- 
vignage d'entretien. commence a 12 ou 15 ans, ne durent que 30 ans environ ; 
sur les coteaux, on cultive en perches le Pinot qui est 6ternellement entre- 
tenu par le provignage. 

On defence generalement a O m ,50 ou O m ,60 deprofondeur et on met tous les 
ceps a leur place sans avoir recours au provignage, qui n'est employe que 
pour le remplacement. 

Les souches de Gamai sont dressees des la seconde annee sur deux comes 
ou bees avec un courson a deux ou trois yeux ; plus tard 
on ajoute parfois un troisieme et un quatrieme membre 
(fig. 132). 

La culture en perches se pratique de la fac,on suivante : 
de la tige provignee qui a trois yeux hors de terre, on 
prend d'abord deux coursons que Ton taille sur trois ou 
quatre yeux (fig. 133) ; le plus haut arrive a la perche. Les 
annees suivantes, on conserve successivement trois, qua- 
tre, cinq et m6me six membres qui portent chacun un 
sarment taille sur quatre, cinq et six yeux. Ces membres 
deviennent tres longs et sont attaches aux supports des 
. 9 perches. II est remarquable de voir le Pinot, 6ternellement 

provigne, donner au bout de la branche unique de provi- 
gnage autant de bras portant chacun trois et quatre yeux. 




- 75 - 

Cete methode de culture contraste ayec la taille rigoureuse que ce m6me 
plant subit a la Cote-cTOr et se rattache aux pratiques de 1'Yonne. 




Fig. 133. 

Quant a la culture des Gamais, elle offre la plus grande analogic avec celle 
usitee dans le Beaujolais. 



DEPARTEMENT DE L'AUBE 

On trouve dans ce dtfpartement un important vignoble, notamrnent dans 
I'arrondissernent de Bar-sur-Seine, qui possede le climat, les terrains et les 
cepages de la Basse- Bourgogne dont il fait partie relativement a la viticul- 
ture. 

A Bar-sur-Aube, on plante de preference a O m ,40 les uns des autres des en- 
racines en fosses distants de l m ,20 a l m ,50. 

Pour les Gamais, & la premiere taille on rabat le sarment le plus bas sur un 
ceil ou deux ; a la deuxieme taille, on conserve deux ou trois yeux sur un seul 
sarment; a la troisieme, trois yeux et quatre & la quatrieme. On ne reserve 
toujours qu'un seul sarment; on allonge la souche de 30 a 40 centimetres en 
laissant sur la tige un courson de rabattage (fig. 134). 





Fig. 134. 



Fig. 135. 



Les Pinots, ainsi que quelques autres plants, portent a leur extremite un 
long bois replieen couronne et surle tronc un courson de retour (fig. 135). 



- 76 - 

Ces ceps s'allongent tros vite, car on prend la nouvelle couronne sur le 
deuxieme et mme le troisieme sarment de la couronne precedente. Ici encore 
la vigne est entretenue par le provignage. 

A Bar-sur-Seine, on pratiqae un genre special de provignage qui consiste 
a etaler sous terre de trois a cinq bras pris sur une m6me souche. 

Les vignes sont plantees en trous isoles, generalement a 1 metre de dis- 
tance, de preference en plants enracines que Ton recourbe au fond des fosses. 
Ces fosses ne sont remplis qu'a-moitie et les plants sont rabattus a deux yeux 
au-dessus du sol. 

On taille generalement la premiere annee, quelquefois cependant on attend 
la deuxieme ; on laisse un seul sarment a un ou deux yeux. La troisieme an- 
ne, si Ton -a plusieurs rameaux on les taille a deux ou trois yeux et on les 
ecarte dans le but de former les membres. On cherche a obtenir de beaux 
sarments, que 1'on enfouit sous terre la quatrieme ou la cmquieme annee, ou 
ne laissant sortir que 1'extremite des rameaux. Onaainsiune souche souter- 





Fig. 136. Fig. 137. 

raine comme 1'indique la fig. 136. Chaque saillie est ensuite conduite comme 
un pied isole avec un echalas. G'est ainsi que 7 a 9,000 pieds plantes donnent 
de 28 a 30,000 ceps par hectare. 

On trouve aussi des souches franc pied a 3, 4 et 5 bras quand on ne les en- 
fouit pas sous terre des le debut (fig. 137). 




Fig. 138. 

A Troyes, on rencontre des vignes en foule,entretenues par le provignage, 
qui donnent en certains points des ceps portantun seul courson a 2 ou3 yeux, 



77 - 

avec tin cot de retour'dans le milieu, et ailleurs, des souches dress6es & 2 
3 ou 4 mombres, portant chacun un courson a 2 ou 3 yeux. 

Mais la vigne entreille est la caract6ristique de cevignoble.On latrouveen 
plaine et au has des coteaux. On plante en fosses de Imet., dans lesquelles on 
place un plant racine a chaque extremite. Chaque fosse donne deux treillons 
qui, par le provignage, donnent chacun, a droite et & gauche, untreiilon sem- 
blable. Les treillons sont formes & 4 ans ; on place alors un echalas de l m 50 
entre deux ceps et on attache une traverse a 0,70 de terre ; plus tard, on en 
met un tousles 33 centimetres (fig. 138). Aujourd'hui on. tend & remplacerle 
bois par le fil de fer. Chaque cep donne 3 ou 4 membres qui peuvent se bi- 
furquer et qu'on attache a la traverse. Chacun d'eux porte un courson de 
2 ou 3 yeux pour le Gamai et de 4 a 5 pour le Pinot. Lorsque les membres 
sont vieux, ils sont rabattus sur un courson reserve. 

DEPARTEMENT DE I/YONNE 

Les vins de 1'Yonne jouissent, depuis fort Jongtemps, d'une bonne r6puta- 
tion et sont connus sous le nom de vins de Basse- Bourgogne. Dans cette con- 
tree, le principe est de tenir les coursons producteurs aussi rapproch6s du sol 
qu'il est possible de le faire pour que le raisin touche a terre. 

Aussi, la pratique dominante est-elle de laisser trainer les bras issus de 
chaque souche, au nombre de 3, 4 ou 5, sur chacun desquels on laisse un 
courson a 2, 3 ou 4 yeux que Ton attache a un echalas. 

Dans VAuscerrois, a la premiere taille, on ne laisse qu'un sarment rabattu 
sur un oeil. A la seconde taille, on laisse deux sarments & deux yeux, et a 'la 
troisieme, on reserve trois sarments qui forment les membres 
(fig. 139). A la troisieme ou quatrieme annee, on place des 
echalas a demeure. Cette disposition rappelle celle qui a ete 
d6crite pour le Beaujolais et constitue un caractere qui marque 
une sorte de passage du groupe septentrional au groupe medi- 
terraneen. 

A Chablis, la vigne est cultivee d'une fac,on particuliere ; on 
ne pro vigne pas : les lignes sont a I m 30 environ et les ceps & 
0,75 dans la ligne. A la premiere taille, on laisse un sarment 
rabattu a un oail; & la deuxieme, on ne conserve encore qu'un 
sarment, le plus has, a 2 yeux. A la troisieme taille on opere 
de mSme; on ne conserve que le plus beau sarment le plus pres de terre, au- 
quel on laisse la longueur de 3 yeux en eborgnant le dernier ; le sarment est 
alors incline et attache a 1' echalas (fig. 140). A la quatrieme taille, on sup- 
prime tous les rameaux qui ont pousse en grand nombre, sur le bras, au- 
quel on laisse un courson a 2 yeux destin6 a former un second membre ; le 
premier porte un courson taille a 2 ou 3 yeux (fig. 141). 

A la cinquieme taille, sixieme annee, on donne 4 yeux au .premier courson 
et 3 au deuxieme (fig. 142) ; si on trouve un nouveau sarment convenable, on 
le taille a 2 yeux pour en faire un troisieme membre. On laisse jusqu'a 4, 5 et 
6 membres. Comme Tindique la fig. 143, la vigne prend ainsi une 




- 78 - 

tbrme en eventail, et chacun des bras, qui trainent sur le sol, est pourvu d'un 
echalas a son extremite. 





Fig. 140. 



Fig. 141 



Commele fait remarquer M. Foex, dans son Cours complet de viticulture, 
cette disposition est interessante en ce qu'on jpeut la regarder comme reali- 
sant, apres celle qui est adoptee en Champagne, ou Ton ne laisse sortir du 
sol que la taille de Tannee, un des types de vigne basse les mieux caracteri- 
ses. Les raisins etant trespres de terre, ils peuvent acquerir un degr6 glu- 
cometrique eleve. 

Mais ce syst6me de taille a pour effet de retarder beaucoup la premiere re- 
colte qui ne compte reellement qu'a la 5 e ou 6 e annee. 





Fig. 142. 



Fig. 143. 



AJoigny, les vignes sont enlignes aO m ,80 environ de distance. Onlesdresse 
d'aborda deux coursons, puis a trois et quatre en 6ventail ou en gobelet, 
avec deux echalas par souche. 

La fig. 144 donne Taspect d'une souche de 3 ans avec deux coursons, et la 
fig. 145 celui d'une souche de 5 ans avec quatre coursons, ce qui est la r<>gle 
g6nerale. La fig. 146 represente une ^ieille souche de Joigny, 

Dans le Tonnerrois, la vigne est plantee en bouturees que Ton glisse dans 
une fente pratiquee obliquement et simplement avec une pioche. On a 'ainsi 



79 

beaucoup de manquants a la premiere reprise et des sujets tres faibles les pre- 
mieres annees. 






Fig. 144. 
Vigne taillee a 3 ans. 



Fig. 145. 
Vigne taill<e a 5 ans. 



Fig. 146. 
Vieille souche a Joigny. 




Fig. 147. 



Fig. 148. 



On ne laisse, jusqu'a 3 ans, qu'un sarment a 2 ou 3 yeux et un courson & un 
oeilsur chaque souche (fig. 147). La 5 e annee, on laisse 2 ou 3 yeux au cour- 
son destine a former un 2 e membre Tann6e sui- 
vante (fig. 148) ; on laisse alors un nouveau cour- 
son qui donnera a son tour un 3 e membre ; on en 
etablit ainsi 3 ou 4 en ayant soin de reserver des 
coursons de retour pour les rabattre lorsqu'ils 
sont trop longs. Chaque membre qui ne porte 
qu'un seul courson a 2 ou 3 yeux regoit un echalas. 

La region que nous venons d'etudier et qui comprend la Gdte-d'Or, 1'Yonne, 
la Haute et la Basse-Bourgogne, est a la fois une de celles que Ton place~au 
premier rang du vignoble francais et une des mieux caract<5risees par ses.sys- 
temes de culture. 

La vigne y est partout cultivee en souches basses, a 1'exception des treil- 
lons de 1'Aube. Dans une partie de 1'Yonne, les vignes sont en lignes et de 



? ^*^ur r; ^ i-1' "'"^ji" --"^" 




franc pied ; partout ailleurs elles sont entretenues par le provignage et pres- 
que partout en foule. 



La taille courtc a 2 yeux, quelquefois 3, est appliquee au Gamai, qui, a part 
quelques exceptions, est dress6 & deux coursons sur un m6me membre, tan- 
dis que dans le Maconnais et le Beaujolais, il est etabli en gobelet a 3 ou 4 
bras. 

Le Pinot, au contraire, est taille a 3 et 4 yeux. 

En somme, dans la Botirgogne, le but poursuivi, tant par la taille que par 
les autres operations culturales, semble etrede reduire la vigne aune faible 
vegetation, afin de favoriser le developpement des qualites des produits. 

Dans la C6te-d'Or, 1'Aube et 1'Yonne, les vignes fines sont conservees par 
un provignage perpetuel. * 



VlGNOBLE DE LA CHAMPAGNE 

La region qui donne les merveilleux vins de Champagne est comprise dans 
les arrondissements de Reims et d'Epernay. 

Dans ce vignoble on ne trouve que les races d'un seul plant, le Pinot. Ici 
encore on a su faire le choix judicieux des cepages qui pouvaient profiter le 
mieux du sol et du climat. 

C'est 1 un des problemes les plus importants qu'aient a resoudre les viti- 
culteurs et cependant jusqu'a ce jour, en maints endroits, on n'a pas paru 
s'en soucier. C'est ainsi qu'a chaque pas on rencontre sous les climats diffi- 
ciles ou froids, des cepages qui n'amvent jarnais a parfaite maturite, alors 
que des plants precoces devraient seuls exister.En ce temps de reconstitution, 
on ne saurait done trop insister sur le choix que Ton doit faire dans chaque 
region, parmi les nombreuses varietes de cepages, car de la depend evidem- 
ment la qualite des vins produits. 

On trouve dans la Champagne des methodes culturales parfaitement 6ta- 
blies et uniformement suivies. Quand on plante une nouvelle vigne, c'est sur 







Fig. 150. Vigne champennoise avant la taille. 



un sol defonc6 de O m ,35 ^ O m ,60, le plus souvent par suite de 1'arrachage d'une 
ancienne vigne . 



81 

La plantation se fait generalement en fosses de 30 a 40 centimetres de pro- 
fondeur avec des plants enracines de deux ou trois ans ou des marcottes d'un 
an, au nombre de 16,000 a 20,000 qui, plus tard, donneront par le provignage 
de 40,000 a 60,000 broches par hectares. Jusqu'ala troisieme ou quatrieme an- 
nee, les ceps restent en lignes distantes de O m ,80 ou 1 metre ; mais a partir de 
ce moment, on complete la plantation par le provignage. 

En Champagne, chaque annee, apres le premier bSchage, en mars etavril, 
on enterre tout ie bois de deux ans, de fagon a ne laisser en dehors que le sar- 
ment de Fannie. 

La fig. 150 represente une vigne avec tous ses sarments et ses echalas que 
Ton enleve en automne. On taille en fevrier ou mars tous les sarments inutiles 
et on n'en laisse a chaque souche qu'un ou rarement deux. C'est alors qu'on 
fait la becherie, sorte de culture generale a 15 ou 20 centimetres, qui degage 
les racines poussSes sur le bois de deux ans et permet de coucher ce bois dans 
la jauge ouverte comme le represente la fig. 151. 




Fig. 151. Bachage des vignes. 



C'est apres le couchage que Ton taille les raineaux sortant de terre a trois 
yeux francs pour les cepages noirs et a quatre yeux pour les cepages blancs. 
Ces rameaux sont choisis parmi les plus forts et les plus haut places sur les 
souches. C'est a ce moment que Ton place les echalas. 

La multiplication des ceps se fait en Champagne par 6cart et avance; c'est 
ce que Ton appelle assizeler. 

On laisse aux ceps que Ton veut avancer ou ecarter deux sarments a la taille 
precedente. Pour ecarter, on choisira sur chacune des deux broches le sar- 
ment le mieux dispos6, et au moment du bdchage, on ecarte ces sarments en 
en fixant un a 1'aide d'un crochet a la place voulue pendant que Ton enterre 
Tautre. La fig. 152 indique cette operation. 

Pour avancer, on conserve sur une. des broches le sarment le plus has que 
Ton couche dans 1'alignement transversal des ceps; sur 1'autre broche, au 



contraire, on conserve le sarment le plus 61ev6 que Ton enterre jusqu'au rang 
sup6rieur, point ou on le fait sortir pour le tailler. 

Par ces 6cartements et ces avancements successifs, tout alignement est 
rompu etla vigne compte de 40,000 a 60,000 ceps a 30 ou 50 centimetres envi- 
ron les uns des autres. 

Le plus souvent, on ne laisse qu'une broche a chaque souche souterraine; 
quand elle est forte, cependant, on lui en laisse deux. Chaque souche a ainsi 
sous terre un d6reloppement considerable; formee de longues tiges portant 
de nombreux faisceaux de racines peu developpees, mais vivant a la surface 




I -^ - ^_ r S*Z -% - ^^'--^ * : ~r^ -^ -. "^ 

-'- 1 * b^~^ ~V^^^T---rd^l- if >| --Vf . 

Fig. 152. Assizelage des vignes en Champagne. 

et par consequent tres accessible a Fechauffement, elle puise sa principale vi- 
gueur des racines meres ; d'autrc part, les rameaux fructiferes 6tant tres pres 
du sol, les raisins sont parfaitement exposes a Faction de la chaleur rayonn6e 
et refle'chie. 

Dans ce provignage annuel, on n'enterre le vieux bois que tres peu profon- 
dment, de fac,on a ce quo tout Ip bois de la broche a trois yeux destine a 
donnerles rameaux de Fannee soit hors de terre. 

Quelquefois, cependant, dans le but de parer dans la mesure du possible 
aux d6gats que peuvent causer les arelees printanieres, on laisse a la bran- 
che un ceil de plus qui est enterre et que Ton sort dans le cas ou les bourgeons 
ext6rieurs sont d6truits. 

C'est aussi par le provignage que Ton remplit les vides quand ils viennent 
a se produire. Pour cela, on reserve au b^chage, pres de Tendroit a garnir, 
une forte souche a laquelle on laisse autant de sarments qu'il en faut pour 
remplir le vide. Au mois d'avril ou mai> on enterre la souche et on'releve les 
sarments aux points voulus. 

Dans quelques communes de Farrondissement de Reims, on plante r6gu- 
lierement a O m ,40 sur des lignes distantes de O m ,60. Les vignes restent de franc 
pied et Valignement est conserve ; Fentretien se fait par plants rapporte~s et 
chaque cep est muni d'un 6chalas. 

On distingue les vignes basses taillees a deux coursons a deux uu trois yeux 
et les vignes hautes qui portent un coursona deux yeux et une verge de dix a 
quinze yeux. 




Fig. 153 

Taille particultere pra- 
tiqueeenquelques points 
de I'arrondissement de 
Reims. 



La fig. 153 indique une de ces souches dontla verge 
recourbee est fixee a 1'echalas. Le plus souvent on 
conserve en outre sur le cep un courson a un ceil au- 
dessus duquel on rabat la souche lorsqu'elle est trop 
haute. Comme partout les vignes sont relevees et ro- 
gnees. 

Toute cette vaste region viticole est, comme on voit 
caracterisee par 1'usage habituel et constant du provi- 
gnage comme procede cultural. 

Mais, a premiere vue, cette pratique du provignage, 
telle que nous venons de la faire connaitre, ne semble- 
t-elle pas incompatible avec celle du greffage de nos 
cepages sur pied americain ? L'experience a demontre 
qu'il n'en etait rien et que des souches greffees et pro- 
vignees depuis plusieurs annees conservaient, jusqu'a 
present, une resistance suffisante a la condition que 
reparation n'ait lieu que deux ans au moinsapres le 
greffage. 

M. Foe"x, mon savant maitre, directeur de 1'Ecole de Montpellier, poursuit, 
depuis 1877, ces tres interessantes recherches. Des essais de provignage 
de vignes de Champagne greffees sur Taylor se sont maintenues en bon etat 
depuis cette epoque jusqu'a ce jour. 

Dans une lettre adressee au Journal de Vagriculture (le 14 fSvrier 1891), 
M. Foex dit, en parlant de ces vignes : Jusqu'ici, effectivement, les racines 
primordiales americaines les ont bien nourries et leur ont assure une belle 
vegetation. L'experience semble done confirmer cette opinion que les racines 
primordiales jouent dans la vie de la plante le rdle principal et que la des- 
truction des racines franchises des provins ne peut avoir sur la vigne qu'une 
influence secondaire. C'est la un fait d'une importance d'autant plus grande 
qu'il est permis d'esperer que ce probleme, si ardu, de la recherche des porte- 
greffes pour les terrains crayeux, aura bientdt une solution satisfaisante. 

Des experiences que poursuit M. Ravaz au Comite de viticulture dans les 
terrains crayeux de la Champagne de Cognac, il resulte, en effet, que si le 
Berlandieri, quand il est greffe et que les circonstances sont tout a fait defa- 
vorables, jaunit parfoia, les greffes sur les hybrides de CabernetXBerlandieri 
N os 333 (Tisserand) et 329 de 1'Ecole de Montpellier ne se chlorosent pas jus- 
qu'a present, meme dans les plus mauvais sols de Cognac. 

On est done cndroit de compter sur des precedes certains pour la reconsti- 
tution des vignobles dont le sol a etc jusqu'ici refractaire a la vegetation des 
vignes americaines. 

D'ailleurs, nous 1'avons discute precedemment en nous reposant sur nos 
connaissances actuelles,les viticulteurs n'ontpas a craindre les consequences 
des modifications qu'ils pourraient faire subir a leur systeme de culture, par 
suite de la reconstitution sur pieds americains. 



La taille dans le vignoble du Nord-Est 

Dans cette region, placeea 1' extreme limite de la culture de la vigne, nous 
comprendrons les interessants vignobles des ancienne^ provinces d' Alsace et 
de Lorraine. 

LA TAILLE EN ALSACE 



Les departements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, qui constituaient 1'an- 
cienne province franchise, produisent des vins, surtout en blanc, qui posse- 
dent de reelles qualites. 

Le climat de 1'ancien departement du Haut-Rhin, comme celui du Bas-Rhin, 
est tres favorable a la vigne, a 1'exception de quelques points moins privile- 
gies; ainsi les gelees blanches ne s'y font presque pas sentir. 

La vigne y est dressee et taillee suivant une methode originale que le 
D r Guyot a justement denommee culture en quenouille a cause de son aspect' 

La fig. 154 represente une souche ainsi conduite. 
Au pied de chaque cep est plante a demeure un 
fort echalas de 2 m 50 a 3 metres de haut. Autrefois 
surtout on plantait dans le m6me trou, les uns a 
cdte des autres, 2 ou 3 ceps ; aujourd'hui on n'en met 
qu'un le plus souvent ; ce ou ces plants donnent 
trois troncs que Ton eleve en moyenne de O m 60 a 
1 metre et que Ton attache a Techalas. L'extremite 
de ces membres est ployee horizontalement en de- 
hors et chacun d'eux porte un long bois de O m 75 a 
un metre que Ton recourbe et dont on attache la 
pointe au tronc a O m 20 du sol. 

Ces longs bois doivent pourvoir & la production 
du bois et a la production du fruit. Les rameaux de 
la partie moyenne et inferieure ne devant produire 
que des fruits, on les pince en j uin et j uillet ; au con- 
traire, les bourgeons de la base etant surtout des- 
tines a fournir les bois de remplacement sont atta- 
ches le long de 1'echalas. 
Vigne en g quenouilie II est a la fois rationnel et avantageux de ne 

mettre qu'un plant par echalas et de prendre sur le tronc les trois membres 
destines a former la quenouille. 

Dans certaines localites on ne laisse de longs bois que sur deux membres et 
letroisieme, a tour de rdle, est taille a cou^son ; dans d'autres, au contraire, 
on laisse jusqu'a deux courbes par bras. 

L'abaissement horizontal de la t6te des membres est une bonne pratique, 
quelquefois delaissee, qui evite Tallongement des bras de la souche. Le cep 
s'etendra simplemont en largeur, ce qui facilitera Taeration et par suite la 
maturite, j Ton a soin, 1'annee suivante, de tailler le premier garment sorti 




- 85 - 

a la base sur un ou deux yeux, qui donneront de vigoureux rameaux, on 
pourra ensuite raccourcir 1'epaule. 

De cette fagon on evite 1'allongement exager6 des membres et on a des 
souches regulieres. Dans la plaine, ou les gelees de printemps sont plus & 
craindre, la tete des souches est etablie & O m 90 ou 1 metre ; sur les hauteurs 
on la tient O m 60 environ. 

Autrefois la vigne se garnissait par provignage ; aujourd'hui on plante en 
plein. La premiere taille se fait & deux ou trois yeux, la seconde a O m 30 
et la quatrieme a C m 80 ; la quatrieme annee, souvent lacinquieme, on laisse 
la courbe. 

Les tallies en vert se font avec soin. On ebourgeonne avant lafleur; en 
juin on releve et on attache, puis on rogne les rameaux a fruit le long des 
courbes deux ou quatre feuilles au-dessus du dernier raisin. Les vignes 
restent generalement de franc pied et on les remplace qnand elles sont 6pui- 
sees. 

Outre les vignes en quenouille, on trouve a Thann des vignes dites en tra- 
verses. 

Gette methode consisto a attachor ade petits echalas, places a 1 metre les 
uns des autres, des traverses- horizontales aO m 50 dusol. La fig. 155 represente 
cette disposition. 




Fig. 155. Vigne en traverse a Thann 

Au pied de chaque echalas sont .deux ceps qui montent presque & la perche 
ou ils sont fixes. Chaque cep porte unlongbois dont rextr6mite est attachee a 
la perche et un courson derenouvellementpres duquel onraccourcit les mem- 
bres lorsqu'ils sont trop allonges. Ces vignes prodtiisent moins que les vignes 
en quenouilles, mais donnent nn vin superieur, parce que les raisins sont 
pres de terre et ont une maturite egale et plus complete. 

Dans le Bas-Rhin, sauf quelques details, la culture de la vigne est lameme 
en principe que celle du Haut-Rhin. D'une fagon generale, la vigne en que- 
nouille caracterise la viticulture de Tancienne Alsace. 

A partir de Vissembourgcependant, on trouve un systeme de conduite par- 
ticulier, la culture en kammerbau de la Baviere. Cette methode est incom- 
mode et dispendieuse : nous allons la decrire pour en faire connaitre 1'ori- 
ginalite. 

Le kammerbau, qui est une chambre a vigne, consiste en une seric de 
chassis, portes par des pieux, surlesqueis la souclie doit s'etaler absolument 
commesurles tonnelles clejardin, 



- 86 - 

La fig. 156 represente ce mode curieux de culture; les pieux depassent le 
sol de 0,50 a 0,80 et portent des longrines. Les pieux sont a 0,80 dans un 
sens et & I m 50 environ dans 1'autre. On congoit aisement quetoutes les ope- 




Fig. 156. Gonduile en kammerbau. 



rations de culture sont rendues tres difficiles par ce mode de palissage. 
Le vigneron doit ramper sous les chassis pour cultiver le sol et ne peut pe- 
netrer dans la vigne que par enjambees. 

Pendant les deux premieres anne~es, la vigne n'est pastaillee; latroisieme, 
on la coupe sur terre ; la quatrieme annee, la tige estattachee a la longrine du 
kammerbau et son extremite est courb6e et fixee horizontalement a cette 
longrine. 

L'annee suivante, on etablit deux branches a fruit disposees en espalier 
et.portant chacune & leur base un courson de- remplacement. Quelquefois, les 
vignes ont trois bras. 

Les tallies en vert sont negligees. Dans le mois de septembre, on supprime 
i'extremit< des rameaux que Ton fait consommer en vert aux vaches ou que 
Ton fait secher pour Thiver. Les ceps sont de 60 cent, a 1 metre de distance et 
les rangs sont generalement a I m 40, groupes par trois, quatre et cinq, en 
formant des planches s6parees entre elles par un fosse ou un espace libre 
d'un metre au moins. 

Dans les intervalles et les carrcs, on cultive de 1'herbe de prairie et d'autres 
plantes fourrageres, de sorte que la vigne est exploitee presque autant pour 
la production de fourrage que pour la production du vin. 

Le principe de cette taille & long bois et coursons de retour est tout fait 
rationnel ; mais les mauvaises pratiques usitees en detruisent tous les bons 
effets. 

D'ailleurs, retablissement d'un pareil palissage est tres couteux et d'autre 
part les fac,ons a donner au sol ou a la vigne sont rendues trs difficiles. 



-.87 - 

frien neerait plus facile quo de stibstituer cette methode un systeme de 
conduite qui, en conservant les quelques avantages du kammerbau, suppri- 
merait ses nombreux inconvenients. 

LA TAILLE EN LORRAINE 

Le vignoble lorrain differe essentiellement par le palissage, la taille et la 
conduite des vignes de celui d' Alsace. 

Nous venons de voir, en effet, dans cette derniere contree, que la conduite 
en quenouille et en kammerbau donne a chaque cep une grande arborescence 
et que la taille a longs bois et coursons est partout genereuse. 

En Lorraine , au contraire, les ceps sont tres rapproches , d'apparence 
chetive et ne portent que de petits bras avec des coursons de deux a quatre 
yeux. 

Dans le departement des Vosges on ne rencontre que peu de vignes. Presque 
partout on plante en fosses distants de I m 25 environ ; on met une rangee de 
plants de chaque c6te du fosse. A la troisieme ou quatrierne arinee on double 
les rangs deceps en garnissant par provignage Fmtervalle des fosses. 

La vigne ainsi peuplee a environ 40,000 ceps a Fhectare. Ghaque souche 
est dress6e a deux bras tres pres de terre portant chacun un courson a deux 
ou trois yeux (fig. 157). Pour les Pinots cependant, un des bras porte un long 
bois de cinq a huit yeux, qui quelquefois est 
replie en couronne (fig. 158). 

En mai on precede a un s6rieux ebourgeon- 
nage, qui consiste jeter bas tous le bour- 
geons qui n'ont pas de raisins, al'exception 
de deux qui sont montes centre T6chalas et 
destines gen6ralement "k etablir la taille de 
Tannee suivante ; ceux qui ont des raisins 
sontpinces deux feuilles au-dessus du plus 
haut fruit. 

Dans les Vosges, la gelee de printemps est 

le plus terrible fleau de la vigne; aussiest-on Fi s- 157 - Fi S- 

en droit de s'etonner que sous un climat aussi Taille de la vl s ne dans les Vosges 
redoutable on ne cherche pis a beneficier des avantages de certaines m6tho- 
des de conduite, ni a tirer parti des plus grandes garanties que procurent 
les tallies a long bois. 

Ghaque bras est ensuite taille comme s'il s'agissait d'un cep isole suivant 
la methode ordinaire : pour les plants communs, chaque bras porte generale- 
ment un courson a deux yeux et un a quatre ;pour les plants fins, un courson 
de renouvellement a 2 yeux et un long bois de 7 a 8 yeux ; quelquefois, le 
courson n'existe pas. La fig. ISQ'donne Faspect d'une souche en cuveau avec 
ses longs bois recourbes. 

Le long de chaque 6chalas on eleve le rameau pris sur Tosil le plus bas des 
coursons, quelquefois, des courbes ; toutes les operations, on le voit, sont 
pratiquees sur les vignes en cuveau comme sur les autres vignes. 

Le departement de la Meurthe jouit d'un climat moins rigoureux que celui 





des Vosges ; cependant les gelees de printemps y font encore beaucoup de 
mal. 




Fig. 159. Taille en cuveau. 

Ici encore on suit la methode lorraine qui consiste en I'etablissement d'une 
petite souche a deux bras, tres pres de terre, portant, pour les plants ordi- 
naires, chacun un courson a deux ou trols yeux ; pour les]plants fins, 1'un des 
bras porte un long bois de sept a huit yeux que Ton recourbe en cercle. Comme 
dans les Vosges, deux des bourgeons les plus bas sont dresses et attaches a 
1'echalas ; tous les autres, a 1'exception de ceux portant des fruits, qui sont 
pinces a une ou deux feuilles au-dessus des raisins, sont supprimes. Les 
contre-bourgeons sortis apres 1'ebourgeonnage et le pinc.age sont a leur tour 
jetes bas. 

Ge sont la les traits caracteristiques de la methode lorraine. 

Le departement de la Moselle offre encore un des climats les moins favo- 
rables a la bonne production de la vigne; les gelees printanieres, la cou- 
lure, une imparfaite maturite, y sont a redouter; neanmoins, il donne des 
vins d'une finesse et d'une perfection remarquables. 

Ce vignoble se distingue aussi par la variete et 1'intelligence des cultures 
qui y sont pratiqu6es. 

La conduite la plus generate est la memo que celle des Vosges et de la 
Meurthe, avec cette difference generalement observee que la plantation se 
fait par trous isoles et que la vigne est garnie de franc pied des le debut, sans 
avoir recours au provignage : c'est la un avantage. 

La souche est le plus souvent dressee sur deux bras, pres de terre, portant 
1'un un courson de deux yeux, 1'autre un courson de quatre yeux ; pour les 
cepages fins on laisse a ce dernier de sept a huit yeux et on 1'attache a 
1'echalas tout droit, ou bien en le recourbant en cercle. 

Dans tous les cas le rameau le plus beau est eleve verticalement le long de 
1'echalas et constitue le sarment de renouvellement; les tallies en vert se pra- 
tiquent comme dans les departements precedents. 

Les vignes sont entretenues par provignage, ce quidetruit toutalignement. 



- 89 - 

A cote de cette taille, generalement pratiquee, on trouve, dans la Moselle, 
d'autres conduites speciales, dont la principale est celle dite en cuveau. 

Pour Tetablir, on met dans de petites fosses deux plants que Ton laisse pen- 
dant deux ans sans 6tre tallies. Au commencement de latroisieme annee, on 
recepe les souches au niveau du sol ; ii sort alors de nombreux sarments. 
A la taille suivante, on en choisit quatre par souche que Ton coupe sur quatre 
yeux chacun ; tous les autres sont supprimes ; on coucheles sarments gardes 
et on les dispose en cercle tout autour des troncs. Chaque rameau ou bras est 
muni d'un echalas et le cuveau est ainsi constitue par 8 echalas. 

La l re annee de son etablissement, le cuveau a un diametre de 60 centim. 
environ, mais il s'agrandit successivement jusqu' prendre plus d'un metre 
de diametre. 

Dans le departement de la Meuse, les pratiques de la viticulture sont ab- 
solument les memes que celles que nous venons d'etudier pour les troisdepar- 
tements precedents . 

On fait les plantations pleines ou bien par moitie avec 1'intention de lescom- 
pleter a 3 ou 4 ans par le provignage. Les souches sont encore tres basses et 
le principe dominant est d'elever le long de 1'echalas un ou deux sarments, 
de supprimer tous les bourgeons sans fruit et de pincer les autres. Le plus 
souvent ici on ne conserve qu'un sarment; dans ce cas, il est pris sur le 2 ou 
3 e bourgeon de la couronne et les ceps s'elevent tres rapidement ; on reserve 
alors un courson sur le tronc de la souche pour le rabattre lorsqu'il sera trop 
haut. 

Quand il y a deux sarments, le plus eleve sert a f aire la couronne et le plus 
bas le courson de remplacement 2 yeux qui donnera le courson et le long 
bois de Tannee suivante. Ce'dernier systeme donne des ceps a la fois plus vi- 
goureux et plus fertiles. 

Dans la Meuse, les vignes sont entretenues par le provignage. 

Dans cette region de TextrSme Nord, malgre les rigueurs du climat, la vi- 
gne est encore une culture qui assure de forts revenus. 

II faut evidemment rapporter ce resultat a 1'adoption de bons principes 
et de bonnes pratiques viticoles. On y trouve Tassociation de la taille 
courte et de la taille longue et la distinction parfaite des plants auxquels 
elles conviennent le mieux respectivement. Les tallies en vert, pratiquSes 
partout avec soin et en temps voulu, sont une des caracteristiques de la viti- 
culture de cette region. 



90 



La taille dans le bassin parisien et la region limite de la vig-ne 



La region qui nous reste a etudier forme en France I'extrSme limite de 1'aire 
de culture de la vigne. Nous allons voir queis sont les systemes de taille et de 
conduite adopted sous ce climat extreme, ou Ton trouve encore, dans quel- 
ques parties, des vignobles d'une certaine importance. 

Dans la Seine-et-Marne, aux environs de Melun, on cultive la vigne en 
planches de 3 a 5 rangs et en billons. Lcs ceps, munis de petits echalas, sont 
dresses & 15 ou 20 centim. de terre sur 2 ou 3 bras portant cha- 
cun un coursona 2 yeux, quelquefois 3. La figure 160 repre- 
sente une souche ainsi conduite apres la taille. 

A Provins, les vignes sont disposees en rangees rappro- 
Fi jgQ chees et accouplees deux par deux. Les ceps sont a 50 centim. 

Souche apres la entre les rangs et a 80 centim. dans la vigne. Chaque couple 
taille aux en- . . , , 

vironsde Me- es ^ separe de son voism par un ados de 1 metre. 

lun - Le systeme de taille usite rappelle celui du Gatinais et d'Or- 

leans. On forme sur chaque cep une te"te de saule a 10 ou 15 centim. du sol en 
rognant pendant les trois premieres annees chaque sarment & un seul ceil. 
Ensuite on laisse 3 coursons & 2 yeux, ou bien, ce qui se fait generalement, 
un court a 2ou 3 yeux, un a 4 ou 6, et un troisieme de 80 centim . a 1 metre de 
long appelee nouee qui reste libre jusqn'apres les gelees de printemps. La 
figure f61 represente une vigne ainsi taillee. En mai, la nouee est recourbee 
et le coude est mis en terre ; on laisse sortir verticalement 5 ou 6 yeux. Ces 
sarments ainsi enterres forment des racings que Ton peut utiliser, mais c'est 
comme branche a fruit qu'ils jouent le principal r61e. 

La figure 162 represente une variante decette taille. 

A Fontainebleau, les vignes sont egalement dressees en tete de saule avec 
1, 3 et jusqu'a 4 cornes, comme dans le Gatinais, mais on ne conserve jamais 
2ed ongs bois, comme a Provins. 






Fig. 161. Fig. 162. 

Conduile de la vigne a Provins. Autre taille a Provins. 

On ebourgeonne, on rogne et on lie partout avec soin. C'est la que se trouve 




Fig. 163 

Souche tail lee a 
Coulommiers. 



- 91 - 

Thomery, celebre par la culture des raisins de table qui m6rite un examen 
special et dont nous parlerons plus loin. 

A Coulommiers, la viticulture est caracterisee par ce fait qu'on laisse cha- 
que cep deux courgees la 3 e ou 4 e annee ; Tune est enterree pour donner un 
jeune plant et Fautre est repliee en raquette et attachee a 1'echalas dont est 
inunie chaque souche. 

Gette double courgee n'est donnee que quand on a besoin 
de plants. La fig. 163 represente une souche taill6e a 
Coulommiers. 

Dans la Seine-et-Oise, les souches sont generalement 
tres basses, dressees a cornes et a coursons. La taille est 
en general trop restreinte et trop courte. 

A Mantes, les vignes, d'abord plantees a 1 metre, sont 
garnies par le provignage la troisieme ou quatrieme 
annee. Les ceps en foule et munis d'echalas sont tailles a 
cornes et a coursons a deux yeux. Les vignes sont entre- 
tenues indefiniment par provignage et subissent les ope- 
rations de tailles en vert. 

A Etampes, les vignes sont moins Men soignees ; ellos 
sont rarement munies d'echalas, on lie ensemble les ra- 
meaux de deux ou trois souches voisines. Les quatre ou cinq premieres annees 
on taille a un oeil pour former la t6te du cep, ensuite on laisse deux ou trois 
crochets deux yeux, rarement a trois. Les plantations se font a plein et le 
provignage n'est employe cpie pour le remplacement des manquants. 

A Corbeil, les vignes, garnies des le dSbut, sont munies d'echalas et dispo- 
sees en billons. Pour former la te"te, on tailie & un osil les premieres annees ; 
on laisse ensuite trois ou quatre coursons taill6s a deux yeux. On ebourgeonne 
en mai, on releve en juin et on rogne en juillet. 

Aux environs de Rambouillet, on trouve encore des vignes conduites a peu 
pres de la mSme fa^on ; cependant, a Meudon et a Montmorency, on rencontre 
parfois, sur quelques eepages, un long bois de 60 a 80 centimetres que Ton 
pique en terre ou que Ton attache au cep voisin. 

A Argenteuil, si connu pour la production de ses fruits, on cultive aussi la 
vigne. Generalement, apres la taille, les ceps sont recouches comme en Cham" 
pagne. Chaque souche estmunie d'un echalas. 

Dans le d6partement de la Seine, on trouve aussi quelques vignes ; suivant 
les eepages, elles sont conduites a cornes et a coursons ou bien a crochets 
avec un long bois dont I'extremite est piquee 
en terre ou attachee au cep voisin. La fig. 164 
represente une souche avec long bois piquee 
en terre comme Ton en trouve aux environs 
de Paris. 

Dans VEure-et-Loir, la vigne est rabattue . 

Fig. 164. Taille de la vigne dans 
pendant les premieres annees sur un seul la Seine. 

sarment a un ou deux yeux . 
La quatrieme ann6e, si le plant est vigoureux, on lui laisse deux sarments 




- 92 - 

tallies a deux yeux chacun. Ges garments sont destines a former les membres 
les annees suivantes. 

La fig. 165 repr6sente en trois croquis les tallies successives de 3, 4 et 5 ou 
6ans. On voit egalement que les souches sont munies d'echalas plantes obli- 
quement. 

A partir de ce moment, plus tot ou plus tard, suivant la vigueur des ceps, 
lavigne est conduite differemment. 

Ainsi, a Chartros, des que la vegetation est suffisante, on laisse au cep un 






Fig. 165. Tallies successives des premieres annees dans l'Eure-et- Loir. 




Fig. 166. Taille d'une souche 
Stabile a Chartres. 



crochet etun long bois. L'archet qui est toujours pris au-dessous du courson 
a six ou huit yeux, on le recourbe et son extremite est enfoncee en terre 
comme le represente la figure 166. Quand la souche a deux bras, on dispose 

naturellement le courson sur Tun d'eux et 
I'archet sur 1'autre . 

Mais sous ce climat, ou les gelees printa- 
nieres sont tres a redouter, on dispose sou- 
vent I'archet d'une fagon differente, afin d'en 
eviter en partie les funestes effets. 

On lui donne de douze a quinze yeux au lieu 
de six ou huit et on le laisse libre jusqu'en 
mai, epoque a laquelle on 1'enterre vers son 
milieu. 

A part sa grande fertilite, ce long bois joue 
le ro~le des sarments de precaution que nous avons vu conserver dans THe- 
rault; c'est la un avantage dont on ne saurait trop tirer parti dans les vigno- 
bles septentrionaux, ou les gelees causent tant de degats. 

Dans ce pays, il y a lieu de distinguer les vignes en riots et les vignes meres 
qui presentent, au point de vue des fagonsculturales, des differences notables, 
mais le cadre que nous nous sommes trace ne nous permet pas d'insister sur 
ces pratiques originales. 

Dans le departement de YEure, le climat est tres peu favorable a la v6geta- 
tion de la vigne qui n'y peut faire esperer que des produits trop incertains; 
tant par laqualite que par la quantite. Aussi ne trouve-t-on dans ce departe- 
ment qu'un vignoble tout a fait restreint. Les quelques vignes plantees son- 
entretenues par le provignage et cultivees suivant des principes analogues a 
ceux du departement precedent. 



- 93 - 

Les plantations se font en fosses & deux metres de distance les uns des au- 
tres; les plants courbes au fond des fosses sont coupes trois yeux au-dessus 
du sol. 

La deuxieme annee, si la vegetation le permet, on laisse deux sarments que 
Ton taille a deux yeux ; a la troisieme ou quatrieme annee, des que les sar- 
ments sont assez longs, on forme 50 centimetres de la ligne de plantation 
un rang de provins. Les annees suivantes, on continue les provignages et on 
etablit ainsi trois nouveaux rangs de ceps entre les rangees primitives. Ce 
n'est qu'a 7 ou 8 ans et meme plus tard que la vigne est complete. 

Quand les plants sont jeunes, on les conduit deux coursons, le plus bas a 





Fig. 167. Taille des premieres 
anne"es dans 1'Eure. 



Fig. 168. Taille des vieilles 
souches dans 1'Eure. 



deux yeux et I'autre & trois ou quatre comme le montre la fig. 167. Plus tard, 
quand les ceps sont en pleine vigueur, on ne laisse qu'un courson et on etablit 
une courgee de dix douze yeux que Ton recourbe et que Ton fixe & 1'echalas 
(fig. 168). 

Le d6partement de la Sarthe offre un climat beaucoup plus favorable a la 
vigne ; cependant son vignoble n'occupe qu'une surface peu etendue. Presque 
partout, la vigne est conduite en souche basse avec un ou deux bras portant 
chacun un courson a un ou deux yeux francs. Queiquefois, cependant, les ceps 
portent quatre, cinq et six bras munis d'autant de coursons. 

Le plus souvent on ne met pas d'echalas et les plantations perp6tuees par 
le provignage sont en foule. On rencontre aussi, quelquefois, dans les parties 
basses, des vignes en rangees ou lisses taillees & plusieurs coursons et a 
verges. 

II est evident que la viticulture de ce pays aurait tout a gagner de modifier 
son systeme de taille beaucoup trop reduit et d'adopter des cepages repon- 
dant aux exigences du climat. Cette derniere observation peut s'appliquer a 
toute la region que nous venons d'etudier, car a peu prf3 partout on trouve 
des cepages maturite trop tardive et dont les fruits n'atteignent jamais la 
perfection que possederaient ceux des plants bien appropries. 

L'abaissament de la qualite des vins de ces contrees est du a 1'adoption de 
cepages choisis dans des climats plus chauds, alors que Ton devrait toujours 



94 

demander aux pays plus froids les plants qui doivent entrer dans la constitu- 
tion d'un vignoble. 

II est probable qu'en empruntant au Nord-Est les bons cepages qu'il pos- 
sede, on pourrait reculer la limite de la culture de la vigne dansle Nord-Ouest 
ou tout au moins permettre son extension sur les points ou elle existe dej& en 
assurant des recoltes lucratives. 



TABLE DBS MATIERES 






Considerations generates Page 3 

Hauteur et forme que Ton donne aux souches 6 

La taille dans le Languedoc 8 

Taille des vignes submergees et exposees aux gelees 11 

La taille en Provence 12 

La taille en Roussillon 14 

La taille dans les Charentes 15 

La taille dans le Beaujolais et les cotes du Rhone 20 

La taille dans le vignoble Girondin '. 22 

La taille dans le vignoble Pyreneen 25 

La taille dans le Maconnais 35 

La taille dans le vignoble du Centre 41 

La taille dans le vignoble de 1'Est 50 

Departement de 1'Isere 50 

Departement de la Savoie, 58 

Departement de la Haute- Savoie 60 

Departement de 1'Ain 64 

Departements du Jura et du Doubs. 65 

La taille dans les vignobles a provignage perpetuel 69 

Vignoble de 1'Ermitage < 69 

Vignoble de la Haute et Basse-Bourgogne 71 

Departement de 1'Aube 75 

Departement de T Yonne 77 

Vignoble de la Champagne 80 

La taille dans le vignoble du Nord-Est , 84 

La taille en Alsace 84 

La taille en Lorraine , 87 

La taille dans le bassin parisien et la region limite de la vigne 90 



Extrait du Progres agricole et viticole 



Monlpellier. Iraprimerie Serre et Ricdme, rue Vieille-Iutendance* 




r 4 ^f "&*-" 



^, 

ESSAI 






SUR 



L' HYBRIDATION DE LA VIGNE 



PAR 



A. MILLARDET 

PROFESSEUR A LA FACULTE DES SCIENCES DE BORDEAUX 

Correspondan t de I'lnstitut 



Extrait des Mtmoires de la SocitU des Sciences physiques ct natiirelks de Bordeaux, 

t. II (4<> Serie). 



PARIS 

G. MAS SON, EDITEUR 
120, boulevard Saint-Germain. 



BORDEAUX. 

FERET ET FlLS, LIBRAIRES 

15, GOUTS de I'lntendance. 



1891 



SUR 



I/HYBRIDATION DE LA VIGNE 



i 

Considerations generates. 

On salt ce qu'est un hybride : c'est le produit du croisement 
de deux especes differentes. Le mulet, issu de la jument et du 
baudet, en est Texemple le plus universellement connu peut-etre, 
et, pour cette raison, on designe frequemment les hybrides sous 
le nom de mulcts. 

Par le terme de metis on de'signe le produit du croisement non 
plus de deux especes distinctes, mais de deux races de la meme 
espece. Ainsi deux varietes de chiens, deux races de poules 
appariees ensemble produisent non des hybrides, mais des metis. 

A ces deux phenomenes differents correspondent des termes 
differents, ceux d'hybridation et de metissage. 

D'une maniere generale, Thybridation est un phenomene rare 
dans les deux regnes a Tetat de nature, tandis que le metissage, 
a 1'etat de domestication ou de culture, est frequent. 

Une propriete extremement remarquable distingue en general, 
sauf de Ires rares exceptions, les hybrides des metis. Tandis que 
chez ces derniers la sexualite reste normale, chez les hybrides 
die est presque toujours serieusement atteinte : le inulet par 



4 

example est incapable de procreer, de meme les hybrides de 
serin et de chardonneret, etc. 

Les exemples precedents onf ete tires du regne animal, de 
preference, parce qu'ils sont connus de tout le monde. Le regne 
vegetal n'en fournirait pas moins. Les saules, ronces, rosiers, 
glaVeuls, etc., laissent reconnaitre au botaniste une foule d'hy- 
brides. La plupart de nos races de cereales et de legumes ne se 
mainliennent pures qu'a la condition d'etre isolees : lorsqu'elles 
sont rapprochees, elles ne tardent pas a degenerer par le metis- 
sage. Les melons sont un exemple classique pour ce dernier cas. 

Ces donnees elementaires ctaient necessaires pour s'entendre 
au prealable sur ce qu'on doit entendre par un bybride de vigne, 
et pour faire appre'cier Tinteret considerable qu'offrent ces by- 
brides au point de vue purement scientifique. 

D'apres cela, en effet, les vignes designees communement sous 
le nom ^Hybrides Bouschetj etant le resultat du croisement de 
diverses races (Tcinturier, Aramon, Alicante, etc.) d'une seulc 
espece (V. vinifera), constituent des metis et non des by brides. 

Quant a I'inter6t scientifique qui s'attache aux bybrides de 
vignes, il provient de Fexception remarquable, unique m6me en 
tant qu'etant portee a ce degre, que font les hybrides en question 
a la loi d'alteration de la sexualite enoncee plus haut. Non setile- 
inont le croisement a reussi jusqu'a present entre toutes les 
especes de vignes que j'ai tente d'bybrider (quinze especes du 
Nouveau-Monde et deux de TAncien), mais tous les hybrides, 
quelle que soil leur complexite, meme les hybrides quaternaircs 
(formes par le concours de quatre especes), se laissent croiser a 
leur tour soit cntre eux, soit avec leurs parents, soit meme avec 
d'autres especes et sont pleinement feconds. En un mot, ces 
hybrides se conduisent comme des metis ( l ). 



( l ) L'ubservation suivante peut servir a montrer combien 1'hybridation est facile 
dans les vignes. 

Sur un pied de Chasselas, cultive dans une orangerie, je cueille en septembre 
quatre grappes {A, B, C, D) de grandeur et d'aspect moyens qui avaient ete 
tecondees naturellement. Ja compte, pour chaque grappe, le nombre de grains 



- 5 

Cette promiscuite sans pareille s'exerce aussi bien a Fetal 
sauvage que sous Tinfluence de la culture. II m'en a coute 
quelque peine pour faire admettre ce fait par les botanistes ( ! ). 
M. Viala, au cours de sa mission en Amerique, en a reconnu la 
parfaile exactitude ( 2 ). 

L'hybridation de la vigne merite done d'etre eludiee au point 
de vue purement scientifique. Quant a son importance pratique, 
deux mots suffiront a la faire apprecier. En effet, non seulement 
rhybridation artificielle nous a deja dotes, en dix ans, de porte- 
greffes superieurs a tous ceux qif on connaissait jusqu'ici, mais 

qui ont atteint une grosseur normale; j'en extrais les pepins et jette ces derniers 
dans un vcrre d'eau. Les pepins capables de germination tomberit seuls aa fond 
de 1'eau; j'en fais le compte. 

Sur ce meme pied de Chasselas se trouvaient trois grappes (E, F, G) qui, en 
mai, avaient ete castrees et fecondees par le pollen d'un meme pied de V. riparia. 
Je compte de la m6me facon leurs baies de grosseur normale et les pepins bien 
constitues de ces dernieres. 
Voici les resultats de ces denombraments : 

A pour 39 baies, fournit 64 pepins normaux, soil 164 0/0 

B 17 29 1700/0 

G - 26 39 1500/0 

D 33 52 1540/0 

Soil pour les quatre grappes non hybridees une moyenne de 160 pepins pour 
100 baies. 

E pour 39 baies, fournit 45 pepins normaux, soit 115 0/0 

F - 21 33 1570/0 

G - 29 50 1720/0 

Soit pour les trois grappes hybridees une moyenne de 148 pepins pour 100 baie;-:. 
Les differences entre ces moyenne? sont si faibles qu'elles peuvent etre regar- 
dees comme nulles, et cela avec d'autant pins de raison qu'on trouve d'une grappe 
a l'aut;-e, aussi bien dans le cas de fecondation naturelle que dans celui d'hybri- 
dation, des differences de fecondite beaucoup plus considerables (grappes E et G 
surtout, 115 0/0 et 172 0/0). 

On peut done dire qu'il n'y a pas de difference notable dans la puissance fecon- 
dante du pollen du F. riparia applique au Chasselas comparee a celle du pollen 
du Chasselas lui-meme. 

Ce fait curieux m'a amene dernierement a rechercher si le pollen d'une espece 
americaine ne serait pas favorise en quelque maniere dans la fecondation d'un 
cppage europeen. Je donnerai quelque jour le resultal de ces essais, s'il en vaut 
la peine. 

(!) Millai'det, Histoire des principales vanetes et especes de vignes d'oriyine 
americaine^ p. 153 et suiv. 
( 2 ) P. Viala, Une mission viticole en Amerique, 1889, p. 170 et suiv. 



6 

encore elle nous a fourni des producteurs qui, a une resistance 
complete au phylloxera et au mildiou, joignent une abondance et 
une qualite de fruits a peu pres satisfaisantes. Or 11 est extreme- 
ment remarquable qu'un resultat aussi complexe ait pu etre 
atteint en si peu d'annees. II semble par consequent qu'il n'y ait 
aucune variation desirable qu'il soit impossible d'obtenir avec le 
temps, si Ton reflechit conibien est grande la variabilite de la 
vigne-, combien extraordinaire sa faculte d'hybridation et la 
fertilite de ses bybrides. L'hybridation constitue, on le sait, la 
cause la plus puissante de variation. Si par la culture seule lo 
V. vinifera a pu nous dormer les innombrables varietes actuelle- 
ment cultivees, quels merveilleux resultats ne devons-nous pas 
attendre, lorsqu'a la culture nous joindrons Thybridation! 

Pour aujourd'hui je me bornerai a trailer presque exclusivement 
de la technique de Thybridation. 



II 



Constitution de la fleur de la vigne. 
et f^condation. 



Floraison 



Considerons, en premier lieu, la constitution de la fleur de la 
vignc et la facon dont se font naturellement la floraison et la 
fecondation chez cette plante. 

Toutes nos vignes cultivees sont des plantes fertiles, et leurs 
fleurs, offrant a la fois les organes males (etamines) et femelles 
(pistils), sont appelees, pour cette raison, hermaphrodites 
(fig. \ a, b). 

A Tetat sauvage, il n'en est point ainsi. Le V. vinifera, qui est 
la souche de toutes nos varietes cultivees, com me tons les autres 
Vitis, presente en effet deux sortes d'individus : les uns fertiles, 
ont des fleurs hermaphrodites (fig. 1 c.); les autres, steriles, ont 
des fleurs males, c'est-a-dire dans lesquelles on ne trouve que les 
organes males completement developpes; les organes femelles y 




Fig. 1. 

a, fleur hermaphrodite de Chasselas a elamines longues. b, id. d'Allanillo bianco Jt 
examines courtcs. c, id. de Rupestris-Cinerea a 6tamines courtes. d, fleur male de 
Rttpcstrix-Ganzin. 

t sont plus on moins atrophies (fig. 1, d). Le pistil n'y est repre- 
sente que par un globule plus ou moins gros et plus ou moins 
dissemblable quant a la forme et la structure a un pistil normal, 
et sur lequel se trouve raremcnt un rudiment de style. 



D'apres cela, on pout considerer les fleurs males comme 
derivant de fleurs hermaphrodites, dans lesquelles le pistil, ainsi 
qu'on Fa vu precedemment, aurait ete frappe d'une atrophie plus 
ou moins complete. On trouve frequemment, en elTet, parmi les 
plantes males (surtout chez le V. rupestris), tous les degres 
dans le developpement du pistil depuis sa disparition a peu pres 
complete jusqu'a son developpement presque normal. Aussi ne 
faut-il pas s'etonner si, en certaines annees, dans certaines 
conditions qui sont favorables au developpement du pistil, celui-ci 
arrive a tout son accroissement dans des fleurs habit u el lenient 
males, et si celles-ci deviennent fertiles. J'ai vu, par exemple, 
une fois en dix ans, le Cordifolia nipestris de Grassel, plante 
habituellement sterile, porter une- petite recolte. Le greffage 
produit quelquefois le meme effet sur les plantes males : il 
provoque le developpement du pistil, et ces plantes deviennent 
fertiles. J'ai constate ce fait deux fois; dans un de ces cas, sur la 
plante que je viens de nommer; mais je nc saurais dire si cette 
fertilite produite par le greffage est persistante, 

II y a encore entre les fleurs hermaphrodites et les fleurs 
males une difference extremement curieuse et importante, ainsi 
quon va le voir : les etamines des unes et des autres ne sont pas 
semblables. 

On sait que Tetamine est constitute par deux parties distinctes : 
Tanthere, petit corps renfle, bilobe, qui contient la poussiere 
fecondante (pollen) et qui est au sommet de Tetamine; et le filet, 
mince filament translucide, de cinq a huit millimetres de long, 
qui supporte Tanthere (fig. 2, a). Or, dans les fleurs males, les 
filets sont a peu pres deux fois aussi longs que dans les fleurs 
hermaphrodites, et de plus, tandis que dans les fleurs males, 
pendant la floraison, les filets restent droits, dans les fleurs 
hermaphrodites ils se recourbent en dehors et meme au-dessous 
de la fleur, de maniere a eloigner autant que possible les antheres 
du stigmate (fig. 1, c, d). 

Ceci a Fetat sauvage. 



9 

Nos plantes cultivees ont toutes, comme on Ta vu plus haul, 
des fleurs hermaphrodites (fig. 1, a et b\ fig. 2, a); et ceci se 
comprend facilement,rhomme n'ayant pas manque deselectionner 
les plantes fer tiles seules, a Fexclusion des autres. Mais si les 
fleurs des varietes cultivees sont toutes pourvues d'etamines, ces 
dernieres ne sont pas toujours semblables. Chez la plupart de nos 
cepages, chose curieuse, les elamines ont des filets longs et 




Fig. 2. 

a, coupe longitudinale d'une fleur do Malbec au moment de la chute de la corolle. Une seuie 
examine a e"t6 figured. a', coupe transversale de 1'ovaire de cette fleur un peu au-dessus 
du point d'insertion des ovules. b, examine frlsabelle vue par le dos. I', lamfime; 
le filet est vu de c6t6, 1'anthere par la face ventrale. Les loges de cette derniere viennent 
de s'ouvrir et laissent (Schapper le pollen. c, coupe longitudinale d'une fleur hermaphro- 
dite de V. cordi folia donl la corolle est en place. c' coupe transversale de 1'ovaire de la 
meme fleur un peu au-dessus de 1'insertion des ovules. d, fleur de V. cestivalis encore 
ferme"e. d' coupe longitudinale d'une fleur hermaphrodite de V. cestivalis un peu avant 
son e"panouissement ; la corolle a e"te enleve~e. et. = etamine. an. = anlhere. 
fi = filet. ovr. = ovaire. ovl. = ovule. sty. = style. stg. = stigmate. 
d. s. = disque superieur ou nectaires. d. i. = disque infe'rieur. ca. = calice. 
co. = corolle. re". = receptacle de la fleur. 

droits comme dans les fleurs males des plantes sauvages (fig.l,cr, 
et fig. 2, a et 6), tandis que chez un plus petit nombre les 



10 

etamines sont courtes et recourbees sous la fleur, pendant la 
floraison, comme cela a lieu dans les fleurs hermaphrodites a 
1'etat sauvage. Le Chasselas, le Malbec, VAramon, par exemple, 
ont des etamines longues et droites; tandis que le Muscat 
cTAlexandrie, le Damas blanc, le Bakalor, la Pause jaune> 
VAlbanillo bianco, le Schiraz, etc., possedent des etamines 
courtes et recourbees. 

Ge dernier fait, mentionne deja par quelques auteurs, mais 
presque oublie, a ete remis dernierement en lumiere par 
M. Rathay ( 1 ), professeur a Tecole de viticulture de Klosterneu- 
burg, qui 1'a examine plus attentivement que ses devanciers et 
en a tire des consequences d'un grand interet pratique. 

Get auteur, en effet, ayant examine comparativement le pollen 
contenu dans les antheres des etamines a filets longs et droits et 
celui des antheres a filets courts et courbes, a constate qu'il y a 
entre les deux sortes de pollen, en outre de differences remar- 
quables de forme et de constitution, des differences essentielles 
au point de vue du fonctionnement. Tandis que le premier pollen 
ernet tres facilement des tubes dans Teau pure ou sucree, celui 
des etamines courtes n'y subit aucun changement. II en tire cette 
conclusion que ce dernier pollen ne germe pas sur le stigmate et 
n'est pas apte a operer la fecondation. La fertilite generalement 
beaucoup moindre, la coulure plus frequente des cepages a 
etamines courtes et courbes, corroborent singulierement ces 
conclusions. 

J'ai repete ces observations sur le pollen de plusieurs fleurs a 
etamines courtes soit sauvages, soit cultivees (Rupeslris-Cinerea, 
Rupeslris-jEstivalis, Scuppernong, Albanillo bianco) , et deux de 
mes hybrides fertiles franco-americains, et les ai trouvees 
exactes ( 2 ). Mais si Tobservation semble vraie, au moins jusqu'a 
plus ample information, les conclusions qu'en tire 1'auteur ont 



Emerich Rathay, Die Geschlechtsverhaeltnisse der Reben. Wien, Wil- 
helm Frick, 1888. 

( 2 ) Le pollen de Scuppernong seul, plac dans 1'eau sucree, a pr^sente un com- 
mencement de germination bientot arretee. 



11 

besoin <f&tre restreintes. De ce que le pollen des etamines 
courtes ne germe pas dans Teau sucree, il ne re*sulte pas n6cessai- 
rement qu'il ne germe pas sur le stigmate. De fait, je possede 
environ trois cents hybrides obtenus par le pollen de ces fleurs a 
etamines courtes nominees plus haut (Rupestris-Cinerea , Rupes- 
tris-jEstivalis, Scuppernong) qui ne germe pas dans Teau sucree, 
et qui sont la preuve certaine quc ce pollen est capable de germer 
sur le stigmate et d'operer la fecondation. On voit qu'un 
supplement ^information est necessaire pour elucider complete- 
ment le point interessant dont ii s'agit. 

On comprend maintenant comment se produit la fecondation 
de la vigne soit a Tetat sauvage, soit dans nos vignobles. A I'e'tat 
sauvage, les plantes a fleurs males se trouvent melangees aux 
plantes a fleurs hermaphrodites, et le plus souvent, parait-il, elles 
sont en plus grand nombre que ces dernieres. G'est par elles que 
la floraison commence et par elles qu'elle se termine, de fac.on 
que leur pollen ne manque jamais a la fecondation des plantes 
fertiles. Mais comment parvient-il a ces dernieres? 

Les insectes, qui sont les agents les plus habituels du transport 
du pollen d'une plante a une autre, n'inlerviennent pas ici ou 
seulernent d'une fac.on exceptionnelle. Les fleurs de vigne sont 
petites, sans apparence, sans nectar, et ne sauraient les atlirer : 
aussi ne sont-elles visitees que tres rarement par eux. II fautdire 
cependant qu' elles ont un parfum tres penetrant donl la fonction 
nous echappe encore. 

G'est le vent qui transporte le pollen des planles males aux 
fleurs hermaphrodites. Sous son influence les pampres s'agitent, 
les feuilles battent doucement les grappes et, a chaque secousse, 
le pollen, devenu libre par Touverture des antheres, s'egrene 
dans Tondee aerienne qui le depose au passage sur les stigmates 
.des fleurs hermaphrodites. II y a sans doute une enorme propor- 
tion de pollen perdue, mais la fecondite des plantes males est 
tellement prodigieuse qu'il en reste encore suffisamment pour 
assurer la fecondation. 



12 

Le port dresse des etamines des fleurs males favorise la disse'- 
mination du pollen. Dans cette position, en effet, les etamines 
donnent plus de prise au vent et le pollen est plus facilement 
eniporte par lui. Au contraire, dans les fleurs hermaphrodites, 
ainsi qu'on 1'a vu plus haut, les filets sont courts et, de plus, en 
quelques secondes, des que la corolle est tombee, ils se recourbent 
et amenent les antheres au-dessous de la fleur. Ge mouvement 
a pour effet d'eloigner Jes antheres du pistil, de prevenir d'une 
maniere plus ou moins complete la fecondation de la fleur par 
son propre pollen et, par consequent, d'en favoriser la fecondation 
par le pollen d'une plante male qu'apporte le vent. On sait du reste, 
depuis Darwin, que le croisement des individus dans la fecon- 
dation est un cas tres frequent, le plus frequent probablement. 

II y a done tres frequemment, sinon le plus souvent, a Tetat 
sauvage, croisement des individus dans la fecondation, les fleurs 
hermaphrodites se comportant a peu de chose pres comme des 
fleurs femelles. A quoi et dans quelle mesure leur servent leurs 
etamines ; quelle peut bien etre au juste la fonction de ce pollen 
qui germe si difficilement? Encore deux questions qui ne 
pourront etre resolues que par une experimentation attentive. Ce 
qui est certain pour moi des maintenant, c'est que les plantes a 
fleurs hermaphrodites, enl'absencede plantes males, sont frequem- 
ment ou completement steriles ou du moins tres peu fertiles( 1 ). 

Ainsi s 1 opere la fecondation de la vigne a 1'etat sauvage. On 
voit combien les conditions sont favorables a la production des 
hybrides. 

(*) Je poss.ede, dans mon jardin, un pied hermaphrodite de V. cinerea et un de 
V. Berlandieri, mais pas de pieds males de ces deux especes. Ces deux plantes 
ileurissent quinze jours au moins apres les autres vignes du jardin, de sorte que 
leurs fleurs n'ont pas de pollen etranger a leur disposition. Ghaque annee elles 
sont couvertes de fleurs. Or, le V. Berlandieri m'a donne une seule fois une 
douzaine de fruits; quant au V. cinerea, il n'a jamais porte qu'une seule grappe, 
a savoir une grappe dont j'avais opere la fecondation artificiellement, a 1'aide de 
pollen etranger. 

J'ai vu chez M. le D r Davin, a Pignans (Var), un individu hermaphrodite tres 
.ancien et d'un grand developpement de V. Berlandieri dont toutes les grappes 
avaient coule, sauf deux dont il avait opere 1'hybridation, en accrochant a chacune 
d'elles, regulierement pendant plusieurs jours, une grappe en fleur de Cabernet- 



13 

A 1'etat cultive, les phenomenes gene'raux de la fecondation 
sont essentiellement les mernes, a part toutefois cette difference 
que, dans nos vignobles, il n'y a pas de planies males et que 
toutes les fleurs par consequent sont hermaphrodites. Mais nous 
avons vu que parmi ces dernieres, suivant les cepages, les unes 
ont des etamines longues et droites a pollen germant facilement, 
les autres des etamines courtes et recourbees a pollen ne germant 
que tres difficilement ou pas du tout. 

II est certain que le pollen des premieres est aussi apte a 
operer la fecondation que celui des plantes males sauvages; quant a 
celuides fleurs a etamines courtes, il est infiniment probable que 
s'il jouit de la meme propriete (ce qui parait certain) ce n'est 
qu'a un degre infiniment moindre ou dans des conditions 
particulieres. 

Ici se posent quelques questions. Puisque dans les planies 
cultivees a etamines longues le pollen jouit de ses proprietes 
fecondantes^dans toute leur plenitude, il peut y avoir fecondation 
du pistil d'une fleur par son propre pollen. Cette fecondation 
a-t-elle lieu? si elle se produit, est-ce plus ou moins souvent que 
la fecondation croisee (c'est-a-dire par du pollen etranger a la 
fleur ou meme a la plante) et quels sont les effets de ces deux 
fecondations directe et croisee? A toutes ces questions il m'est 
impossible de repondre d'une maniere absolument precise et 
satisfaisante. Cependant je ferai remarquer, avant de passer outre, 
que beaucoup de ceps de vigne en treille, absolument isoles et 
solitaires, fructifient regulierement et abondamment. Si done ici 
il y a croisement, ce ne peut etre qu'entre fleurs du meme 
individu, ce qui, nous le savons d'une maniere generate, est sans 
influence notable sur la fructification. 

J'ajouterai que le croisement dans la fecondation des fleurs a 
etamines longues est hors de doute. G'est par des croisemenU 
subspontanesde ce genre qu'ont ete produits les hybrides Bouschet, 
Plusieurs autres fails prouvent encore leur existence. Ayant caslre, 
un jour, une grappe de Chasselas, dans une treille, cette grappe 
fournit encore un nombre presque normal de grains. Dans ce cas, 



14 

la fecondation des fleurs castrees avait ete ope'ree par du pollen 
provenant des autres fleurs qui s'epanouissaient en meme temps 
sur la treille. 

Ainsi, pour les fleurs a etamines longues, il y a ou il peut 
y avoir croisement dans la fecondation entre les individus. On 
peut ajouter qu'il est presumable, d'apres les lois de la physiologie, 
que si ce croisement n'est pas n6cessaire a ur.e bonne fructification 
chez un grand nombre de cepages a etamines longues, il peut lui 
Sire occasionnellement tres utile. Peut-etre aussi remplit-il 
d'autres fonctions dans les phenomenes si complexes de la 
reproduction. 

Quant aux cepages a etamines courtes, les observations citees 
plus haut de M. Rathay me semblent avoir demontre quMls ne 
fructifient convenablement que lorsqu'ils sont plantes a c6te de 
cepages a etamines longues fleurissant en meme temps, dont le 
pollen supplee a Timpuissance plus ou moins grande de leur 
pollen propre. 

A 1'etat cultive comme a Tetat sauvage, c'est Pair qui est 
Tagent principal du transport du pollen. Je dis principal et non 
exclusif, car il nVarrive tous les ans, dans le Midi, d'observer sur 
les fleurs de la vigne deux petits coleopteres, le Dasyles griscus 
Kiister et le Scraptia fusca Latr., en grande abondance, le Dasyles 
surtout^). Ces deux bestioles sont extremement frequentes au 
moment de la floraison. Tres familieres, elles volent d'une souche 
a Tautre et courent sur les fleurs pendant la castration, sur les 
pinces et les doigls de Toperateur qu'elles genent souvent. Ce 
sont des mangeuses de pollen : elles le devorent sur les antheres 
et vont le chercher jusqu'a la surface des sligmates. Elles sont 
tellement couvertes de poussiere pollinique qu'elles ne peuvent 
manquer d'en deposer frequemment sur les stigmates. De fait, il 
m'est arrive cinq ou six fois de voir des grappes castrees, mises a 
Tabri du pollen apporte par le vent, dans des cornets de papier, 

(i) Je dois la determination de ces deux insectesal'obligeance de M. Perez, rnon 
collegue a la Faculte des sciences de Bordeaux. 



15 

etre fecondees par ces insectes qui s'introduisaient paries fissures 
du cornet. En outre de ces deux amateurs de pollen, je n'ai guere 
rencontre sur les fleurs de la vigne qu'une petite Cetoine brune, 
commune, et seulement tres rarement. 

Revenons maintenant a la floraison. Je prendrai pour type le 
Chasselas, que j'ai etudie d'une maniere plus speciale. 

Les fleurs d'une grappe de Chasselas s'epanouissent successive- 
ment suivant Tordre de leur developpement. La floraison complete 
d'une grappe dure plus ou moins longtemps, suivant la grandeur 
de cette derniere et diverses autres circonstances, trois a cinq 
jours en moyenne, si le temps est favorable. 

L'epanouissement des fleurs est subordonne essentiellement a 
la temperature. A 15 c., on voit deja quelques fleurs s'ouvrir de 
temps en temps; mais ce n'est qu'a partir de 17 que la floraison 
se fait d'une maniere normale. De 20 a 25, elle marche tres 
rapidement. ia lumiere solaire est sans action sur Tepanouisse- 
ment, en tant que lumiere : elle n'agit que par le calorique quj 
Taccompagne. En effet, les grappes placees dans Vobscurite com- 
plete epanouissent tout aussi completement et rapidement leurs 
fleurs que celles qui sont placees a la lumiere diffuse ou meme 
aux rayons solaires directs, pourvu que les temperatures, dans 
les trois cas, soient les memes ( l ). Si, dans les grappes placees a 

( A ) Voici un exemple : 

Chasselas cultive dans une orangerie. 

Le 15 mai au soir, je fais entrer dans une grande boite en carton mince un 
rameau de Chasselas portant une grappe qui a commence a fleurir le matin meme 
et dont j'ai supprime, aux ciseaux, toutes les fleurs epanouies. Dans la boite 
est suspendu un thermometre. Celle-ci se ferme facilement et a peu pres herme- 
tiquement. 

Le 16, a 7 heures du rr/atin, le soleil donne sur la boite, qui est fermee. La 
temperature de 1'interieur de celle-ci est de 22c. Dix fleurs viennent de s'epanouir. 
La boite est refermee. 

A 10 heures 15, cinquante fleurs sont epanouies. II est remarquable que pour 
toutes ces fleurs 1'epanouissement est complet : toutes les corolles sont tombees. 
Temperature dans la boite , a ce moment, 32 c. La boite est refermee. 

A 3 heures du soir. il n'y a pas d'autres fleurs epanouies. L'epanouissement a 
done cesse a partir de 10 heures 15 au plus tard. 

Le lendemain, 1'epanouissement continue. 



16 

Tombre ou sous les masses du feuillage, les fleurs s'epanouissent 
habituellement d'une fac,on incomplete, cela tient sans aucun 
doute a une nutrition insuffisante de ces fleurs amenee par un 
commencement d'etiolernent. 

La floraison du Chasselas commence de bonne beure, vers sept 
heures du matin, lorsque la chaleur de la nuit a ete normale, si 
le temps est beau, et des que la temperature atteint 15 c. Pen- 
dant une heure environ, c'est-a-dire aussi longtemps que la chaleur 
n'atteint pas 17c., quelques fleurs seulement s'ouvrent; mais des 
que la temperature devient plus elevee, Tepanouissement se fait 
plus rapide : vers neuf heures, on peut voir les fleurs s'ouvrir 
de minute en minute, souvent plusieurs a la fois sur la meme, 
grappe. Puis le nombre des fleurs qui s'ouvrent diminue rapide- 
ment, et de dix a onze heures du matin Tepanouissernent est 
presque lermine. G'est tout au plus si, dans Tapres-rnidi, une ou 
deux fleurs s'ouvrent encore sur des grappes ou, dans la matinee, 
quarante a cinquante fleurs se sont epanouies. 

Ainsi lorsque le temps est beau et chaud. Mais si la nuit prece- 
dente a ete froide, si la matinee est fraiche, le ciel couvert, le 
temps humide ou pluvieux, Tepanouissement est retarde jusqu'a 
Tamelioration des conditions exterieures, c'est-a-dire jusqu'a ce 
que la temperature atteigne 15 a 17. Dans ces conditions, il peut 
ne commencer que tres tard dans la matinee ou meme tre 
reporte a Tapres-midi. 11 peut^ aussi se faire tres lentement et 
irregulierement durant toute la journee et meme, si la tempera- 
ture reste insuffisante, tre retarde jusqu'au lendemain. Si ces 
conditions defavorables se prolongent deux ou trois jours de suite, 
Tepanouissernent complet n'a plus lieu : la corollene tombe plus, 
elle est seulement detachee a sa base et soulevee a un ou deux 
millimetres de hauteur. Alors elle reste definitivement sur la 
fleur comme un capuchon qui enferme les antheres et le stigrnate 
(sensiblement comme en a, fig. 3). 

Ge mode d'epanouissement entraine generalement une coulure 
considerable chez tous les cepages, surtout chez le Malbec, le 
plus coulard de tous dans le Sud-Ouest. On pourrait designer les 



17 

fleurs qui le presentent sous le nom de fleurs encapuchonnees , 
pour les distinguer de celles ou la corolle lombe, c'est-a-dire ou 
Tcpanouissement est normal. 

En observant avec attention une fleur qui s'epanouit, on voit 
d'abord la corolle se separer du receptacle de la fleur par une 
fissure circulaire etroite (fig. 3, a). Cette dechirure est determined 
par Tallongement rapide des etamines qui soulevent la corolle. 
L'accroissement des etamines continuant peu a peu, la corolle 
rernonte de plus en plus le long de leurs filets. Puis les petales 
s'ecartent les uns des autres de la base au sommet, tout en restant 
coherents par ce dernier, ce qui lui donne la forme d'une etoilc 
a cinq rayons (fig. 3, 6); enfin elle oscille et tombe (fig. 3, c). 
L'ensemble de ces phenomenes dure le plus souvent de cinq a dix 
minutes. 

Au moment de la chute de la corolle, les antheres se trouvaient 
un peu au-dessus et a c6te du stigmale. Des que la corolle est 
tombee, elles s'ecartent lateralement du centre de la fleur, fuyant 
pour ainsi dire le stigmate, d'un mouvement assez rapide qui 
devient plus lent peu a peu (fig. 3, d). II dure de cinq a dix mi- 
nutes, apres lesquelles on constate que les antheres sont eloignees 
de trois a quatre millimetres du stigmate et que les filets font 
avec le pistil un angle de 40 a 50 (fig. 3, e). Bientot les antheres 




c d e 

Fig. 3. 
Epanouissement dc la flour du Chassclas suivant 1'ordre des lettres , b, c, d, e. 

oscillent sur leur point d'attache de maniere a tourner en dehors 
la face qui etait primitivement accolee au stigmate et sur laquelle 
se produisent les fentes qui donnent issue au pollen (fig. 3, e, et 
fig. 1, a). Ces mouvements des antheres, comme ceux des filets 
des etamines, ont pour effet de prevenirla fecondation du pistil 
par le pollen de In meme fleur et de favoriser la fecondation par 
du pollen elranger. 



18 

Au moment ou la corolle tombe, les antheres sont encore fer- 
mees et on n'apergoit pas de traces de pollen sur le stigmale. 
G'est seulement pendant le mouvement des etamines en dehors, 
deux, trois, cinq minutes, ou plus, apres la chute de la corolle, 
que les antheres s'ouvrent. Le pollen parait au bord des fentes, 
se detache a la moindre secousse ou meme tombe par son propre 
poids(fig. 1, a; fig. 2,6'; fig. 3,*). 

ALnsi le pollen n'est pas depose sur le stigmate, sous la corolle, 
avant la chute de celle-ci, comme le disent quelques auteurs, au 
moins dans les cas de floraison normale. Ccci n'a lieu que dans 
les fleurs que j'ai appelees encapuchonnees ( 1 ). 



(*) II semblerait, a premiere vue, que dans les fleurs encapuchonnees ou les 
antheres et les stigmates sont proteges d'une maniere durable par la corolle, la 
fecondation devrait etre plus assuree que dans les fleurs a epanouissement com- 
plet. C'est le contraire qui est la verite, et 1'encapuchonnement des fleurs est une 
des causes les plus frequentes de coulure. Je 1'ai dit plus haut deja a propos du 
Malbec. Voici, pour le Chasselas, quelques exemples precis : 

A. Le 15 juin, la floraison d'une grappe A de ce dernier cepage, cultive en 
serre, vient de se terminer. Je compte et marque les fleurs qui sont completement 
epanouies et celles qui sont encapuchonnees. J'enferme la grappe dans un sac de 
crin. Le I" aoiit, les fruits sont murs; je les recolte et les compte. 
Voici les nombres : 

Fleurs completement epanouies sur la grappe A... 88 
Nombre de baies normales fournies par ces fleurs. . 55 
Coulure, 38 0/0. 

Fleurs encapuchonnees sur la grappe A 24 

Nombre de baies normales fournies par ces fleurs. . 4 

Coulure, 84 0/0. 

B et C. Le 15 juin (m6me plante qu'en .4), sur une grappe B qui termine 
sa floraison, je retranche toutes les fleurs a epanouissement complet et conserve 
seulement les fleurs encapuchonnees. Celles-ci sont au nombre de 132. Je mets 
un sac de crin. 

Le meme jour (toujours sur la mme plante), sur une grappe C qui termine sa 
floraison, je supprime toutes les fleurs encapuchonnees et ne garde que celles a 
epanouissement complet, au nombre de 116. Mis la grappe dans un sac de crin. 
Le l er aout, les fruits sont murs; je les cueille et les compte. 

Fleurs encapuchonnees de la grappe B 132 

Nombre de baies normales fourni par ces fleurs . . 40 

Coulure, 70 0/0. 

Fleurs a epanouissement normal de la grappe C.. 116 
Nombre de baies normales fourni par ces fleurs . . 49 

Coulure, 58 0/0. 

Il'semblait naturel d'attribuer cetle coulure au manque d'action du pollen sur 
les ovules de la meme fleur : du moins les travaux de Darwin donnaient a cette 



19 

Au moment ou la corolle tombe, le stigma te possede son 
developpement definitif: il est frais, non humide et retient 
facilement le pollen. Peu apres, on peut le voir devenir humide; 
puis generalement apparait a son extremite une petite perle de 
liquide qui persiste souvent plusieurs jours, diminuant ou meme 
disparaissant aux heures les plus chatides de la journee pour 
reparaitre le soir et le matin. Lorsque, pendant plusieurs jours, 
le temps est sec et chaud, cette secretion ne se produit pas, au 
moins dans la journee. En general, mais non toujours, Tapport 
du pollen sur le stigmate determine la disparition complete de 
cette perle liquide apres douze a vingt-quatre heures. L'humidite 
du stigmate est evidemment favorable au developpement du 
pollen apporte sur cet organe. Cependant elle ne parait pas 
indispensable, car il m'est arrive bien souvent, dans le Midi, par 
des temps tres sees, de deposer du pollen sur des stigmates sans 
trace apparente d'humidite et d'obtenir d'excellents resultats de 
ces hybridations. Je dois dire toutefois que, dans cescas, 1'absence 



explication une certaine vraisemblance. Mais une recherche plus attentive m'a 
demontre 1'inexactitude de cette interpretation. 

En effet, ayant compte comparativement d'une part le nombre de baies prove- 
nant des fleurs completement epanouies et celui des pepins fournis par ces baies, 
et d'autre part le nombre de baies proVenant des fleurs encapuchonnees, ainsi 
que le nombre des pepins contenus dans celles-ci, 1'avanlage dans la fecondite des 
baies a etc pour les fleurs encapuchonnees. Voici les chiffVes : 

Total des baies provenant des fleurs completement epanouies 

x (grappes A pro parte et C) 104 

Total de leurs pepins 105 

Total des baies provenant des fleurs encapuchonnees 

(grappes A pro parte et J5) 44 

Total de leurs pepins 60 

C'est-a-dire que 100 baies provenant de fleurs completement epanouies ont 

fourni 100 pepins. 

Tandis que 100 baies provenant de fleurs encapuchonnees ont 

fourni 136 pepins. 

Or, j'ai remarque, en examinant les stigmates des fleurs encapuchonnees, apres 
avoir enleve la corolle et les antheres avec precaution, que tous ces stigmates 
portaient bien du pollen, surtout sur leurs bords, mais qu'ils etaient absolument 
sees et que le pollen fie semblait avoir germe nulle part. 

D'apres cela, c'est a la sccheresse du stigmate et au manque de germination du 
pollen dans la plupart des fleurs encapuchonnees qu'il faut attribuer leur coulure 
habituelle. 



20 

de 1'humidite dans la journee ne prouve pas que Thumidile 
manquat egalement pendant la nuit. 

Les details qu'on vient de lire sur la floraison du Chasselas 
me semblent devoir s'appliquer, en ce qiTils ont d'essentiel, a 
toutes les vignes cultivees qui ont des etamines longues. Us s'ap- 
pliquent egalement, mutatis mutandis, aux fleurs males des 
plantes sauvages. Quant aux vignes cultivees a etamines courtes, 
j'ai x>mis de suivre Tepanouissement de leurs fleurs; mais il 
semble probable que ce dernier offre de Tanalogie avec celui des 
fleurs hermaphrodites des vignes sauvages. Chez ces dernieres, 
on constate, comme caractere special, une tres grande rapidite 
et une grande amplitude dans les mouvements que font les eta- 
mines pour s'eloigner du pistil. Tandis que dans les fleurs a 
etamines longues, les filets des 6tamines n'arrivent a former avec 
le pistil qu'un angle de 45 a 60 seulement; dans ces dernieres, 
ils se recourbent jusque sous Tovaire (fig. 1, b et c), et au lieu 
d'employer pour ce mouvement, conune chez les premieres, 
plusieurs minutes, ils Texecutent en quelques secondes seulement. 
On dirait quelquefois, tellement ces mouvements sont rapides, 
que les filets sont de veritables ressorls. 



21 



III 
Technique de 1'hybridation artificielle. 



Nous voici arrives a Fhybridation artificielle. 

Une premiere et tres grande difficulte resulte de la difference 
des epoques de floraison des diverses especes de vignes ameri- 
caines et de nos varietes europeennes. Ainsi, le V. riparia fleurit 
quinze jours au moins avant nos cepages et le V. rupestris huit 
jours. Les V. cestivalis et cor di folia commencent a peine leur 
floraison quand la vigne europeenne vient de terminer la sienne. 
Ce n'est que huit a dix jours apres que cette dernidre a passe fleur 
que le V. Berlandieri d'abord et le V. cinerea ensuite commencent 
a fleurir. Les V. rubra et rotundifolia terminent la serie, et il y 
a entre leur floraison et celle de nos cepages un intervalle de 
trois a quatre semaines. 

Heureusement que chez quelques especes , le V. rupestris surtout, 
la floraison des plantes males vigoureuses dure tres longtemps. 
Lorsque les grosses grappes sont defleuries, on voit apparaitre 
une foule de grappillons qui, pendant une quinzaine de jours, 
fournissent encore du pollen en quantite suffisante. II m'est arrive 
frequemment aussi, pour les hybridations les plus tardives, d'uti- 
liser les fleurs que mWraient les boutures mises de bonne heure 
en pepiniere. 

Mais ces ressources sont habituellement insuffisantes, et, pour 
faire coincider les epoques de floraison, on est oblige de la retar- 
der chez les plantes precoces, de Tavancer chez les tardives. 

II y a divers moyens de retarder la floraison. Le meilleur, je 
crois, consiste a conserver sur la souche que Ton veut retarder 
un long sarment que Ton couche dans un fosse rempli ensuite de 



22 

terre, ne laissant sortir que le dernier ceil. Au moment favorable, 
on le retire de terre, on pince la pousse terminate, et les rameaux 
qui se developpent successivement fournissent pendant longtemps 
des fleurs a divers degres de developpement. 

On peut aussi laisser les longs bois comme ceux dont je viens 
de parler a Fair libre. Quinze jours avant la floraison, on pince 
toutes les pousses a 6 ou 8 centimetres au-dessus de leur base. 
II s'en produit d'autres qui, quinze jours ou trois semaines apres 
la floraison normale, presentent des fleurs en bon etat. 

Lorsqu'il s'agit de plantes males que Ton ne craint pas de 
fatiguer, des que leurs pousses ont 15 a 20 centimetres de long, 
on les pince toutes a 6 ou 8 centimetres de leur base. Un mois 
a six semaines apres, ces plantes sont chargees de fleurs. 

Enfin on peut encore se servir de marcottes en pots que Ton 
aura preparees des Tannee precedente, en ayant soin de faire sur 
la marcotte, au niveau du fond du pot, une ligature au fil de fer, 
pour forcer les racines a se developper a 1'interieur du pot. A la 
fin de fevrier, on d6tache les marcottes de la plante mere, on 
met les pots dans une cave ou une glaciere d'ou on les retire au 
moment opportun pour les mettre a 1'air libre. Ge precede donne 
de tr&s bons resultats pour les plantes males, qui fournissent 
ainsi d'excellent pollen. 

Pour avancer la floraison, on enferme la plante dans une caisse 
vitree. On peut meme prendre la precaution de mettre de temps 
en temps sur ses racines une couche de O m 25 de fumier frais. 
Avec beaucoup de soins, on peut avancer la floraison de huit a 
douze jours par ce moyen. 

Les marcottes en pots,mises a temps en serre chaude,donnent 
aussi de bons resultats. Mais je dois dire que, jusqu'a present, ces 
deux derniers precedes ne m'ont reussi que pour les plantes 
males. Les fleurs fertiles ne supportent pas ces differentes 
manipulations et tombent invariablement apres la floraison. 

Les plantes qui doivent servir de pere et de mere etant 
supposees pretes pour Toperation, nous avons maintenant a nous 



23 

occuper des fleurs qui doivent etre fecondees. On choisit, sur la 
plante destinee a servir de mere, une ou plusieurs grappes dc 
grandeur moyenne, bien nourries, qui aient deja une dizaine dc 
fleurs epanouies. Avec des ciseaux Ires fins on detache toutes ces 
dernieres fleurs aussi bien que les fleurs les plus en retard, les 
plus petites par consequent, qui ne fleuriraient que quatre ou 




Fig. 4. 

Castration d'une fleur de vigne. En a et fc, la piuce prend la corolle obliquement, successive- 
ment des deux cote's, afin de ne pas blesser le stigmate. 

cinq jours plus tard. On peut aussi employer pour cette operation 
la pince fine qui sert a castrer : avec les mors on saisit le pedicelle 
des fleurs que Ton veut re( rancher, on serre et on tire a soi. 

Les pinces a castrer sont de fines pinces en acier de 8 a 
10 centimetres de longueur, a mors longs et aigus, de 1 milli- 
metre d'epaisseur au plus a Textremite ( l ). Avec les mors, 
Foperateur saisit Textremite de la corolle soit transversalement 
(fig. 4), soit un pen obliquement (fig. 4, a et b). II imprime a la 
pince un leger mouvement de torsion et tire a lui. Le plus souvent 
la corolle tout entiere et quelques antheres se trouvent arrache'es 
ainsi du premier coup. Quelques coups de pince supplementaires 

(!) On les trouve chez les fabricants d'instruments de chirurgie, sous le nom de 
pinces fines d dissection. 



24 

sont ensuite necessaires pour arracher les autres antheres. Une 
fleur castree, on passe a une autre, et ainsi de suite jusqu'a la 
derniere. On examine ensuite avec attention la grappe tout 
entiere pour voir s'il n'y reste pas quelque anthere, ce qtii arrive 
frequemment. 

La castration est en general une operation tres simple. II faut 
seulement un peu d'adresse et d'habitude pour ne pas ecraser ou 
blesser le stigmate, qui souvent n'est guere qu'a un millimetre 
au-dessous du sommet de la corolle, quelquefois moins encore. 
Tout stigmate blesse devient incapable de ft3condation. 

La castration peut se faire a toute heure de la journee et par 
tous les temps. 




Fig. 5. 

Grappe castr<5e recouvertc d'un sac de gaze, tendu par une spirale do laiton inWrieure 
et retcnu a une feuille par une 6pingle. 

Des qu'elle est terminee, on applique le pollen ou, si on ne 
doit le faire qtfapres quelque temps, on enveloppe la grappe avec 



25 

precaution dans un sac de papier huile (15 a 20 centimetres de 
haut sur 10 a 12 de diametre) ou un sachet de gaze fine conte- 
nant un fil de laiton roule en spirale qui sert a le tendre dans tous 
les sens. L'ouverture en est assujettie a la queue de la grappe par 
un fil ordinaire ou un fil mince de fer ou de laiton (fig. 5). Cette 
precaution est indispensable pour empecher la fecondation par 
un pollen autre que celui quon veut employer. Je me sers aussi 
souvent, pour plus de commodite, de simples triangles en papier 
resistant (fig. 6, a), que j'enroule comme un cornet autour de la 
grappe et de la tige, assujettissant les extremites du triangle avec 




Fig. 6 

Giappe castr<5e enfcrm<5e dans un cornet de papier. a, forme du triangle de papier. 

des epingles, ainsi que le montre la figure 6, de maniere a ne 
laisser que des ouvertures aussi petites que possible. Ges cornets 

3 



26 

suffisent contre le pollen que transported vent, maisils permettent 
Ten tree du sac aux insectes dont il a ete question precedemment. 
Nennmoins, je les regarde comme suffisants an point de vue pra- 
tique et n'emploie les sacs de papier ou de mousseline que lorsque 
loute cause d'erreur doit etre ecartee et quand Fapport du pollen 
doit etre retarde plusieurs jours. 

Reste a considerer Fapplication du pollen. 

La grappe destinee a fournir ce dernier doit offrir plusieurs 
fleurs fraichement epanouies. On cherche parmi ces dernieres une 
fleur dont les antheres soient ouvertes. S'il n'y en a pas en cet 
clat, on expose la grappe au soleil pendant quelques minutes. 
Sous Tinfluence de la dessiccation, les antheres s'ouvrent et le 
pollen se presente entre leurs valves, sous forme d'une fine pous- 
siere jaunatre ou blanchatre (fig. 2, b'). Avec la pince on saisit 
une de ces fleurs par la partie superieure du pedicelle, on Farra- 
che et on touche legerement et successivement,avec ses antheres, 
les stigmates dont on veut operer la pollinisation. Une fleur male 
suffit a en polliniser une dizaine. On continue la meme operation 
jusqu'a ce que tous les stigmates de la grappe qu'il s'agit d'hy- 
brider aient recu du pollen. On enferme alors et sans tarder la 
grappe pollinisee dans un sac de papier ou de mousseline ou dans 
un cornet de papier, ainsi qu'il a ete dit plus haut, pour prevenir 
Tapport du pollen etranger. Huit a dix jours apres, on enleve ces 
abris et on les rem place par des sacs de crin destines a proteger 
les fruits contre les oiseaux et les insectes. L'ope*ration est ter- 
mine'e. 

Grace a toutes ces precautions, on obtient a peu pres un grain 
de raisin pour deux ou trois fleurs castrees et pollinisees, et il 
est excessivement rare que tous les pepins obtenus ne soient pas 
hybrides. Ce cas se presente a peine quatre a cinq fois sur mille 
et s'explique par quelque castration incomplete. 

A ceux qui trouveraient ces operations trop delicates, je pro- 
poserai le precede suivi par Bouschet de Bernard et, plus re"cem- 
ment, par le docteur Davin. 



27 

Au moment ou la grappe que Ton veut feconder artificiellement 
commence a fleurir, on y accroche une ou deux grappes en pleine 
floraison de Tespece qui doit servir de pere. Chaque matin on 
repete la me 1 me operation, apres avoir enleve la grappe de la veille, 
jusqu'a ce que la floraison soit terminee. Sur tous les pepins que 
fournira cette grappe, festime qu'il peut y en avoir de un tiers a 
la moitie qui sont reellement le produit de I'hybridation. Je sais 
que le docteur Davin a obtenu par ce precede une plus forte pro- 
portion de graines hybridees, mais il ne faut pas oublier que 
dans ses essais la plante mere 6tait un V. Berlandieri fertile, par 
consequent a etamines courtes. 

On peut appliquer le pollen sur les fleurs Castries ou imme- 
diatement apres la castration ou seulement quelques jours plus 
tard. D'une maniere generate, aussi longlemps que les stigmates 
ne sont pas desseches, de couleur brune, ils sont capables de 
fecondation. J'ai conserve des stigmates en bon etat pendant huit 
a neuf jours. 

Puisque les stigmates gardent leur vitalite pendant plusieurs 
jours, on peut se demander quel est, pendant ce laps de temps, 
le moment le plus opportun pour Implication du pollen. LTexpc- 
rience rn'a appris que c'est le quatrieme ou le cinquieme jour 
apres la castration ( l ). Gela tient vraisemblablement a ce que, par 



(*) G'est ce que prouve 1'experience suivante : 

Le 9 juin,je castre six grappes d'Aramon et immediatement apres j'applique 
(a 2 heures du soir), sur une de ces grappes (A), le pollen du Rupestris de Fort- 
worth. Toutes ces grappes sont aussitot renfermees dans des sacs de gaze fine. 

Le lendemain (10 juin), je passe en revue avec attention les fleurs de toutes les 
grappes castrees la veille et supprime toutes celles dont les ovaires ou les stigmates 
ont ete leses par les pinces pendant la castration, ce qui se distingue facilement 
a la couleur brune des parties blessees. Les grappes sont renfermees de nouveau 
dans leurs sacs. 
Apres cette operation, il reste : 

Sur la grappe A, 212 fleurs en bon etat. 
B, 87 
B', 155 
G, 140 
C', 98 

D, 88 

Le 11 juin, a 2 heures, application du pollen du meme Rupestris defortworth, 



28 

cetle derniere operation, on ouvre prematurement une foule de 
fleurs qui ne se seraient epanouies que quelques jours plus lard. 

Dans ce qui precede, j'ai suppose* quc Toperateur employait, 
pour la fecondation, du pollen frais pris sur des fleurs fraiches. 

par le m3me precede que pour la grappe A, sur les grappes B et B'. Remis les 
grappes dans les sacs. 

Le 14, a 2 heures, meme operation avec le mme pollen pour les grappes C et C'. 

Le 16, a 2 heures, meme operation avec le meme pollen pour la grappe D. Je 
remarque que sur cette grappe un grand nombre de stigmates sont bruns (morts) 
et que la plupart ont perdu leur fraicheur. Les stigmates humides constituent a 
peine un quart du nombre total des fleurs. 

Pendant ces huit jours et meme apres, le temps a ete exceptionnellement sec et 
chaud. 

Le 20, les sacs de gaze sont remplaces par des sacs de crin. 

Fin septembre, les grappes sont cueillies et examinees avec soin. Leurs bales 
fertiles, de grosseur normale, sont comptees; de merae les millerandees, steriles. 
Les pepins en sont extraits et nettoyes, puis jetes dans un verre d'eau. Ceux qui 
vont au fond du verre (fertiles) et ceux qui surnagent (steriles) sont comptes a part. 

Voici les chiffres : 
Grappe A. 

212 fleurs ont fourni 109 baies normales, fertiles, et 12 baies millerandees, 
steriles. 

Ces 109 baies ont donne 127 pepins fertiles et 7 steriles; 

C'est-a-dire que 100 fleurs ont produit 51 baies fertiles et que 100 baies fertiles 
ont produit 116 pepins fertiles, 

Ce qui fait 59 pepins fertiles pour 100 fleurs fecondees, 
Grappes B et B'. 

2i2 fleurs ont fourni 113 baies normales, fertiles, et 12 baies millerandees, 
steriles. 

Ces 113 baies ont donne 157 pepins fertiles et 27 steriles; 

C'est-a-dire que 100 fleurs ont produit 46 baies fertiles et que 100 baies fertiles 
ont produit 138 pepins fertiles, 

Ce qui fait 64 pepins fertiles pour 100 flenrs fecondees. 
Grappes C et C'. 

238 fleurs ont fourni 134 baies normales, fertiles, et baie millerande"e, sterile. 

Ces 134 baies ont donne 263 pepins fertiles et 39 pepins steriles; 

C'est-a-dire que 100 fleurs ont produit 56 baies fertiles et que 100 baies fertiles 
ont produit 196 pepins fertiles, 

Ce qui fait 110 pepins fertiles pour 100 fleurs fecondees. 
Grappe D. 

88 fleurs ont fourni 21 baies normales, fertiles, et 1 baie millerandee, sterile. 

Ces 21 baies ont donne 23 pepins fertiles et 2 pepins steriles; 

C'est-a-dire que 100 fleurs ont produit 23 baies fertiles et que 100 baies fertiles 
ont produit 19 pepins fertiles, 

Ce qui fait 26 pepins fertiles pour 100 fleurs fecondees. 1 - 

C'est done la fecondation du 14 juin, c'est-a-dire au cinquieme jour apres la 
castration, qui a produit le resultat le plus avantageux au point de vue du nombre 
des graines. 



29 

11 est important desavoir s'il est possible de maintenir les fleurs 
fraiches pendant plusieurs jours et d'utiliser le pollen sec. 

Pour conserver en bon etat les fleurs sur lesquelles doit etre 
pris le pollen, il faut avoir soin d'abord de ne s'adresser qu'a des 
grappes sur lesquelles il n'y ait encore qu'un petit nombre de 
fleurs epanouies. Apres les avoir cueillies par un temps sec, on 
en roule une a quatre ensemble, suivant leur grosseur, dans une 
ou deux feuilles de vigne bien secbes, sans les comprimer, et on 
met ce petit paquet dans un etui de papier, que Ton ferme en le 
froissant a chaque extremite. Letout est depose dans un lieu frais 
et sec. Apres trois jours, on examine les grappes. S 1 il y a des 
traces d'humidite sur les feuilles (buee plus on moins forte), on 
ouvre le papier a chaque bout de I'etui pour faciliter Faeces de 
Fair et prevenir la moisissureet la fermentation. De cette fac, on , les 
fleurs se conservent de cinq a sept jours en bon e*tat. Elles s'ou- 
vrent successivement dans le paquet, detelle fac.on qu'au moment 
ou on en a besoin on en trouve toujours qui sont fraichement 
epanouies. Si alors les antheres n'etaient pas ouvertes, quelques 
minutes d'exposition au soleil suffiraient a determiner la rupture 
de leurs loges et la mise en liberte du pollen. 

Ce precede reussit admirablement avec les fleurs males. Lors- 
qu'on ouvre le paquet, la plupart des corollessont detachees; elles 
tombent au moindre choc et les antheres s'ouvrent. Dans ce cas, 
au lieu de prendre peniblement avec la pince et une a une les 
fleurs en question, pour toucher successivement, avec leurs 
antheres, les stigmates des fleurs a feconder, je me contente de 
promener la grappe male a la surface de la grappe castree; le 
pollen s'echappe en veritables nuages, couvrant tous les organes, 
les stigmates com me les autres. 

On peut aussi, a Taide des grappes (males surtout) qui sont 
dans Tetat dont je viens de parler, preparer une grande quantite 
de pollen pur. Pour cela, on fait tomber avec precaution toutes 
les corolles qui tiennent encore, puis on place la grappe sur une 
feuille de papier dans un lieu sec. On la secoue de temps en 
temps; le pollen sort des antheres et tombe sur le papier. Apres 



30 

vingt-quatre heures de sejour a Fair libre dans uri lieu sec, on le 
verse dans une boite ou un petit tube de verre court, ou il se 
conserve tres bien. Ge pollen est d'un emploi tres commode. On 
en prend de petites quantites sur un pinceau a aquarelle sec, et 
on touche 16gerement avec ce dernier les stigmates que Ton veut 
polliniser. II faut avoir autant de pinceaux que de sortes de pollen, 
ou avoir soin, pour ne pas melanger ces derniers, lorsqu'on veut 
changer de pollen, de plonger le pinceau dans Palcool et de le 
laisser se'cher. 

On a vu tout a 1'heure qu'il est possible de conserver fraiches 
des fleurs pendant six a sept jours. Passe ce temps, elles sont 
generalement envahies par la pourriture, el le seul moyen de 
conserver plus longtemps le pollen est alors de laisser secher le 
tout. Pour cela, vers le sixieme jour on ouvre definitivement les 
etuis de papier doubles d'une feuille de vigne dans lesquels se 
trouvent les grappes frniches, et on secoue ces dernieres sur une 
feuille de papier. Les fleurs se detachent ainsi que la corolle, les 
etamines et les antheres, et tombent sur le papier ou on les etale 
en couche mince. II ne reste entre les mains de Toperateur que la 
grappe, qui est jetee. La feuille de papier est mise dans un lieu 
sec, aere*, ou tous les debris qui la couvrent se dessechent 
completement en trois ou quatre jours. On conserve cetle 
poussiere dans une boite. Elle est d'un usage tres commode pour 
rhybridation. On peut en preparer facilement de tres grandes 
quantites. Pour polliniser les grappes castrees, d'une main on 
ticnt sous ces dernieres une feuille de papier, tandis que de 
fautre on verse doucement la poussiere de la boite sur les 
differentes parties de la grappe qu'il s'agit de feconder. On verse 
de nouveau la poussiere recueillie sur le papier dans la boite et 
on recommence. Apr&s deux ou trois operations, on peut etre 
certain que la fe*condation est assuree et on met de c6te la boite 
pour d'autres hybridations. 

Nous avons reussi, M. de Grasset et moi, plusieurs bybridations 
par ce precede, avec des fleurs cueillies depuis quinze jours et 
dessechees depuis neuf a dix. II est clair qu'avec la poussiere de 



31 

debris de fleurs doni je parle, on pourrait hybrider au pinceau 
comme avec le pollen pur dont il a ete parle plus haut. En effet, 
lorsqu'on examine a la loupe les debris de toutes sortes, antheres, 
corolles, etamines qui la constituent, on voit qu'ils sont absolu- 
ment couverts de pollen qui s'attache facilement et en quantite 
au pinceau. 

Cette derniere methode offre plusieurs avantages : une grande 
facilile de preparation du pollen, la rapidite de la pollinisation 
des stigmates, et la possibilite de conserver du pollen utilisable 
pendant deux semaines. Ce serait la, d'apres Wichura, Nietner et 
divers auteurs, la longevite maximum du pollen dans les saules, 
les rosiers, etc. Je n'ai pas essaye de pollen plus vieux; mais 
M. P. Castel, ancien president de la Societe d'Agriculture de 
TAude, nVaffirmaH, en septembre 1890, que depuis plusiewrs 
annees il fait couramment, sur une grande echelle, des hybrida- 
tions de vignes au pinceau avec du pollen de Tannee precedente. 
C'est la un fait extremement interessant tant au point de vue 
botanique qu'a celui de la pratique. 

Le pollen (des etamines longues) de la vigne germe facilement 
et presque immediatement dans 1'eau pure et Feau additionnee 
de 1 a 10 0/0 de sucre. Dans Teau pure ou sucree a 4 0/0, en 
vingt-quatre heures, au mois de juin, par une temperature nor- 
male, les tubes polliniques du Cliasselas atteignent une longueur 
de un demi-millimetre a un millimetre. Je me suis assure que 
dans YAramon pollinise par son propre pollen, par une tempera- 
ture normale, quarante-huit heures apres que le pollen a ete 
depose sur le stigmate, on trouve deja des tubes polliniques dans 
Tinterieur de Tovaire, au voisinage du micropyle; huit heures plus 
tard (c'est-a-dire apres cinquante-six heures), on en voit qui out 
penetre dans Tendostome. Mais comme la papille mucellaire est 
epaisse et constitute par une douzaine de couches de cellules, il 
faut au boyau pollinique un assez long temps pour la traverser, 
et ce n'est que le cinquieme jour apres le depot du pollen sur les 
stigmates (dans le Chasselas) que j'ai ete a meme de constater la 



32 

fecondation de 1'oosphere. Au huitieme jour (Chasselas), 1'em- 
bryon est constitue par une petite boule d'une trentaine de cellules. 
A ce moment, Tendosperme est forme; Tovaire et Tovule com- 
mencent a grossir rapidement, et, du dixieme au douzieme jour, 
alors que les ovaires et les ovules non fecondes n'ont pas change, 
on voit dans ceux qui sont fecondes les proportions doublees : les 
ovules ont alors deux millimetres de long. 

On salt qu'en general, apres la fecondation d'une fleur par le 
pollen soit d'une race, soit d'une espece distincte, rien, ni dans 
les fruits ni dans les graines qui sont le resultat du croisernent, 
ne peut servir a reconnaitre ce dernier, les fruits et les graines 
restant conformes a ce qu'ils sont habituellement dans la plante 
mere. II y a cependant quelques exceptions a cette regie et juste- 
mentdans le genre vigne. Ainsi, Henry Bouschet et son pere ont 
observe plusieurs fois, au cours de leurs croisements entre VAra- 
mon, \' Alicante, la Corignaneei \e Teinturier (ce dernier fonction- 
nant comme pere), qu'un certain nombre de fruits, au lieu d'avoir 
le jus incolore comme il Test naturellement dans ces cepages, 
Tavaient colore en rouge comme dans le pere (Teinturier) . Cette 
particularity etait pour eux la preuve que le croisement avait 
reussi, et les graines provenant des fruits ainsi modifies etaient 
semees a Texclusion des autres ( ! ). II existe encore sur celte 
question d'autres donnees que Ton pourrait discuter ( 2 ). Mais 
comme les fails bien etablis seuls doivent etre pris en considera- 
tion, je crois plus utile de passer outre et d'en rapporter deux 
bien certains, dont je dois la connaissance au baron Antonio 
Mendola,un des ampelographes europeens actuels les plus emi- 
nents. II m'ecrivait, a la date du 7 fevrier 1883 : J'ai obtenu 
de helles varietes par la fecondation artificielle selon la methode 
de M. Bouschet... Dans divers croisemenls, quoique rarement, 
j'ai observe un changement de coloration sur la grappe fecondee. 



(*) Bulletin de la Societe d' Agriculture de VHerault, 1865, p. 39 et 40. 
( 2 ) Mdme recueil, 186i, p. 339, et 1865, p. 123. 



33 

Ainsi, ayant feconde le raisin blanc Sanginella de Naples par le 
pollen du Sabalkansko'i rouge de Grimee, plusieurs baies de la 
grappe fecondee montrerent la couleur rouge du Sabalkansko'i. 
J'ai vu les memes phenomenes sur les Muscats blancs fecondes 
par les rouges; maisje n'ai jamais observe Tinverse, c'est-a-dire 
la decoloration de raisins noirs par Faction du pollen des varietes 
a fruits blancs. 

La modification de la couleur normale du fruit par le croise- 
ment est done un fait bien etabli. Mais il est a remarquer que, 
jusqu'a present, il n'a etc constate que dans le metissage. Malgr 
les tres nombreuses hybridations que nous avons faites M. de 
Grasset et moi, jamais un cas de ce genre ne s'est presente a nous. 
Jamais non plus nous n'avons observe de variations dans la forme 
des graines qui sont le resultat direct de Fhybridation. Nous les 
avons toujours vues offrir uniquernent les caracteres de celles 
de la plante mere. Une graine tfAramon conserve toujours les 
caracteres d'une graine tfAramon et n'en presente pas d'autres, 
qu'elle soit le produit de la fecondation normale de YAramon ou 
de son croisement avec les V. riparia, rupestris ou autres. La 
reciproque est egalement vraie. 

Je disais, au commencement, que toutes mes tentatives 
d'hybridation ont reussi avec la plus grande facilite. II y a cepen- 
dant a cette regie une exception que je dois signaler parce qu'elle 
est unique et qu'elle presenle de curieuses particularit^s. 

En 1884, je pollinisai cinq grappes castrees de V. rupestris 
par YAramon-Teinturier-Bouschet, plante a etamines longues et 
qui n'offre rien d'anormal dans sa fructification. La coulure fut 
presque generale, et je ne recoltai que cinq pepins bien constitues 
en apparence, mais dont aucun ne germa. 

L'operation inverse donna le merne resulat. Une grappe tout 
entiere ft Aramon -Teinturier (ces grappes sont tres grandes) 
pollinisee par un Rupestris male ne produisit que quelques baies 
dont aucun pepin ne leva. 

En 1885, je pollinisai une grappe entiere de ce rnerae cepage 



34 

par un Rupestris-Cinerea a etamines courtes. Une autre grappe 
fut aussi pollinisee par un Rupestris-sEslivalis a etamines 
egalement courtes. (Je savais par cTautres essais que le pollen de 
ces deux plantes jouit d'une activite sinon entiere, du moins a 
peu pres normale.) Sur chacune de ces grappes, il se developpa 
de vingt a trente bales normales. Mais presque tous les pepins 
furent tres petits et creux. II n'y en eut que quatre de grosseur 
normale, dont Irois etaient creux; 1'unique qui fut bon en 
apparence ne germa pas. 

L'operation inverse fut faite avec le meme Rupestris-^Estivalis, 
c'est-a-dire que ce dernier fut pollinise par YAramon-Teinturier. 
II en resulta un nombre normal de baies et de graines (74), 
bonnes en apparence, mais dont neuf seulement germerent. 

Une grappe de ce me'me Aramon pollinisee par un Riparia- 
jEstivalis male dont le pollen est tres actif, produisit un petit 
nombre de baies fertiles dans lesquelles se trouverent tres peu de 
graines (12) normales en apparence, mais dont aucune ne germa. 

Et cependant une derniere grappe du me'me cepage pollinisee 
par le Rupestris-Ganzin male, plante a pollen tres actif, produisit 
une ample recolte de baies bien developpees. Celles-ci fournirent 
soixante et un pepins sensiblement normaux, mais tombant assez 
lentement au fond de Teau. Sur ce grand nombre de graines 
trois seulement ont germe*. 

Voila done un cepage qui ne se laisse hybrider que tres dif- 
ficilement et d'une maniere lout a fait irreguliere et capricieuse. 



35 



IV 

Principales combinaisons dans le oroiseinent. 



II resterait a discuter un point tres important : celui des com- 
binaisons les plus favorables au but que Ton se propose par 
Thybridation. Faute d'une experience suffisante, je me bornerai 
pour aujourd'hui a quelques rapides indications. 

Un hybride tfAramon et de Rupestris pent etreproduitdedeux 
fagons : ou bien en fecondant le Rupestris par VAramon ou bien 
par Poperation inverse. Ce dernier cas presente lui-meme deux 
variantes, YAramon pouvant tre feconde par des fleurs males (a 
eta mines longues) ou bien par des fleurs hermaphrodites (a eta- 
mines courtes) de Rupeslris. 

Bien que la possibilite de ce dernier genre d'hybridation soit 
niee par M. Rathay (op. cil.), elle existe cependant, ainsi que je 
Fai fait remarquer plus haut. Mais je manque d'observations pour 
dire au juste si Fhybridation avec ce pollen est plus ou moins 
facile qu'avec le pollen des fleurs males; ce dernier cas toutefois 
me semble plus probable. II m'est egalement impossible de deter- 
miner d'urie facon exacte les resultats de ce mode d'hybridation 
pour les plantes qui en sont le produit. Tout ce que je peux dire 
aujourd'hui, c'est que les deux cent cinquante a trois cents hy- 
brides de ce genre que nous possedons actuellemenl, M. de Grasset 
et moi, sont en general notablement inferieurs comme vigueur et 
resistance aux memes hybrides faits avec du pollen de fleurs 
maMes. Ce dernier mode d'hybridation est celui qui nous a donne 
les meilleurs resultats au point de vue de la vigueur et de la 
resistance au phylloxera, et celui que nous avons pratique sur la 
plus grande echelle depuis 1880. 

La comparaison des hybrides obtenus en fecondant une variete 



36 

europeenne par le pollen male (Tune espece americaine ou inver- 
sement en fecondant la plante americaine hermaphrodite de la 
meme espece par le pollen (provenant d'etamines longues) de la 
me'me variete europeenne, nous a amenes depuis quelque temps, 
M. de Grasset et moi, a la constatation d'un fait general Ires 
curieux et des plus importants : ^influence preponderate de la 
plante qui fonctionne comme pere dans ces croisements. 

Nous possedons, en effet, des cenlaines de chaque sorte de ces 
hybrides, par exemple Aramon X Rupeslris ( l ) et Rupestris 
X Aramon, Alicante-Boiischety^Eupeslris et RupestrisX Alicante- 
Boiischet.etc.j d'une maniere generale et sauf de ra res exceptions, 
les hybrides dans lesquels le Rupestris est le pere sont plus resis- 
tants au phylloxera, a grappes beaucoup moinsgrandes et a fruits 
beaucoup plus petits que cela n'a lieu dans les hybridations 
inverses. En hybridant Teuropeen par Famericain, on obtientune 
tres haute resistance au phylloxera, mais la fructification est 
insuffisante. Par Toperation inverse, la fructification est bonne, 
mais la resistance a disparu en grande partie. Cette loi, qui semble 
ne souffrir que tres peu ^exceptions, a, on le concoit facilement, 
une importance considerable au point de vue pratique. 

II est vrai que Darwin ne Tadmet pas comme loi generale, mais 
pour le genre vigne elle existe certainement, et il est bien pro- 
bable que ce n'est pas la un fait isole. On en connait d'autres, 
sinon identiques, du moins analogues. Ainsi, dans un ouvrage 
recent ( 2 ),.M. Nietner nous dit (p. 4-09) : ^experience a appris 
que dans les hybrides artificiels de rosiers, la fleur a plus d'ana- 
logie pour la forme avec celle de la plante mere, tandis que le 
feuillage et le port general se rapprochent davanlage de ceux du 
pere... [/influence du pere se fait sentir surtout dans Fhabitus 
general de Thybride, mais elle est egalement preponderante dans 
la couleur de sa fleur. Aussi conseille-t-il de choisir pour meres 
les varietes a fleurs doubles et d\me belle forme et pour peres 



(1) Le signe X signifie feconde par. 

( 2 ) Th. Nietner, Die Rose. Berlin, 1880. 



37 

celles a belle vegetation et dont la fleur est remarquable par un 
coloris brillant, lors mme qu'elles seraient peu doubles. 

Je n'ai pas fait de recherches bibliographiques sur ce sujet,, 
ma is je ne doute guere qu'on ne puisse trouver dans la litterature 
botanique d'assez nombreux exemples de cas ou 1'influence tant6t 
du pere, tant6t de la mere, sur certains organes de Thybride, se 
monlre preponderate. 

Tous les hybrides fails jusqu'a present par M. de Grasset et moi 
ne conliennent du sang europeen et americain que dans deux 
proportions differentes : ou bien un demi de chaque ou trois quarts 
de Tun centre un quart de Tautre. 

Parmi les premiers, les plus simples sont constitues par un 
cepage europeen seulement et une seule espece americaine 
(Aramon X Rupestris). D'autres sont un peu plus complexes et 
formes d'un seul cepage europeen et de deux especes americaines 
(Aramon X Cordifolia-Rupestris) . Enfin il y en a qui sont cons- 
titues par deux cepages europeens et deux especes americaines 
(Aramon-Rupestris X Carignane-Riparia) . L'^tudedecesdiverses 
combinaisons ne nous a encore revele aucune particularite im- 
portante. " 

Quant aux hybrides a trois quarts de sang, s'ils contiennent 
trois quarts de sang americain (Chasselas-Riparia X Riparici) , 
ils sont tellement semblables a Tamericain et leur fructification 
par consequent est tellement rudimentaire, quils ne peuvent 
servir que de porte-greffes. 11 est permis d'attendre des hybrides 
a trois quarts de sang europeen (Chasselas-Riparia X Chasselas 
ou inversement) une fertilite notable, mais leur resistance au 
phylloxera et au mildiou sera-t-elle suffisante? Deux a trois annees 
seront encore necessaires pour repondre a cette question ('). 

(*) J'ai deja traite brievement ce sujet dans une notice inseree au volume du 
Congres international d 'agriculture, tenu a Paris en 1889, p. 714 : Notes sur les 
resultats de I' hybridation de la vigne. 



38 



V 

Education des Hybrides. 



Cette notice serait incomplete si je n'indiquais les precautions 
a prendre pour la conservation et le semis des graines obtenues 
par 1'hybridation aussi bien que les soins particuliers qui sont 
necessaires aux hybrides pendant leur jeune age. 

On laisse les grappes fecondees artificiellement aussi longtemps 
que possible sur les souches, afin d'en parfaire la maturite. Apres 
les avoir cueillies par le beau temps, on les suspend en tin lieu 
sec, puis, en decembre ou Janvier, lorsque la pourriture y apparait, 
on separe avec precaution les pepins des rapes, pulpes, etc. On 
les lave et on jette ceux qui surnagent et sont creux. Ceux qui 
tombenl au fond de Teau sont essuyes dans un linge fin, et 
quand ils ne presentent plus de traces d'humidite, mis dans une 
boite en lieu sec. 

Au premier printemps, un mois avant Tepoque du semis, les 
pepins sont immerges pendant cinq a six jours dans Teau pure 
en faible epaisseur (un centimetre a deux) pour que Tairs'y renou- 
velle facilement. Durant cet intervalle on change Teau deux ou 
trois fois. 

On les retire alors. On remplit de tres petits pots a fleurs 
de terre de jardin ou de bruyere humide jusqu'a un centimetre 
du bord. On tasse la terre et on depose dessus les pepins sortant 
de Veau. On recouvre d'un centimetre de sable fin humide. Les 
pots sont places dans des assiettes ou on maintient un peu d'eau 
et reconverts d'une lame de verre. Ils sont conserves a une 
temperature basse ou moderee. 

Celte stratification dure trois semaines ou un mois. Ellea pour 



39 

effet de rendre les germinations plus nombreuses ct la levee plus 
rapide et plus reguliere. 

On peut semer en plein air ou sur couche chaude. Dans ce 
dernier cas, sous Tinfluence d'une temperature comprise entre 
vingt et trente-cinq degres centigrades, suivant les heures de la 
nuit et de la journe'e, vers le quinzieme jour paraissent les 
premieres plantes, et au trentieme la germination est terminee. 
Lorsqu'on obtient, en moyenne, quatre-vingts germinations pour 
cent pepins semes, on a lieu d'etre satisfait. 

En plein air, la germination dure deux ou trois fois plus 
longtemps. Un bon tiers des graines ne germe pas ou trop tard 
ou seulement Tannee suivante. 

Nous avons Phabitude, M. de Grasset et moi, de semer les 
graines les plus precieuses sur couche chaude et sous chassis, en 
pots de sept a huit centimetres de diametre, dans de la terre de 
bruyere qui a ete purgee prealablement de toute espece d'insectes 
par le sulfure de carbone. Dans les premiers jours de mai, lorsque 
le danger des gelees n'existe plus et que les jeunes plantes ont 
une hauteur de cinq a sept centimetres, elles sont depotees en 
plein air, soit dans des grands pots de vingt-cinq centimetres de 
diametre, soit en pleine terre, a la meme distance les unes des 
autres. II est bon, dans Tun et 1'autre cas, de purger prealable- 
ment la terre des pots ou le sol des insectes qui peuvent s'y 
trouver, par une energique application de sulfure de carbone. 
G'cst le seul moyen de se mettre a 1'abri des larves de noctuelle 
qui exerccnt quelquefois de grands ravages sur les jeunes plantes, 
pendant les deux ou trois premiers mois de leur existence. On 
arrive ainsi, si le sol est de bonne qualite* et bien prepare, et en 
ayant soin d'aider a la vegetation par quelques engrais liquides 
(floral), a obtenir, a la fin de la saison, des tiges de 1 metre a 
I m 50 de longueur et par consequent des plantes bonnes a etre 
mises en grande culture des Fannee suivante. 

On pourrait, des la premiere annee, au moment du de'polage, 
introduire le phylloxera dans les pots ou dans le sol ou vegetent 
les jeunes planles, de maniere a juger rapidement de la resistance 



40 

de ces dernieres. Pour diverses raisons, nous avons jusqu'ici suivi 
un autre procede, M. de Grasset et moi. 

Au mois de mars de Tannee qui suit le semis, toutes les plantes 
les plus vigoureuses sont transplanted en plein vignoble, apres 
un bon defoncement, aux distances habituelles; et, a partir de 
ce moment, la plantation est traitee comme une vigne ordinaire. 
Comme elle a ete etablie sur une vieille vigne morte du phylloxera 
et arrachee des la seconde annee, toutes les plantes se trouvent 
envahies par Tinsecte. A la troisieme annee, les racines des plus 
belles sont visitees avec attention, et si Vexamen n'y fait pas 
reconnaitre la presence de I'ennemi, elles sont empoisonnees par 
des poignees de racines phylloxerees. La meme operation est 
repe'tee une seconde fois, Tannee suivante, pour les pieds ou le 
phylloxera n'a pas encore paru, de telle sorte qu'a la qua trie me 
ou cinquieme annee il est possible de juger exactement du degre 
de resistance a Tinsecte, tant par le developpement des plantes 
que par Tetat de leurs racines. 

Des Tannee qui suit celle du semis, quelques plantes males se 
mettent a fleur, un plus grand nombre a la suivante, la plupart a 
la troisieme annee. Les plantes fertiles fleurissent plus tardive- 
ment; je dois dire cependant que nous avons obtenu deux fois, 
sur sept a huit mille hybrides, quelques baies des Tanne'e apres 
le semis, malgre la transplantation par consequent. Mais ce sont 
la de tres rares exceptions, et, en general, les plantes fertiles ne 
commencent a fleurir qu'a la troisieme ou a la quatrieme annee, 
et ce n'est guere avant la sixieme ou la septieme que la grappe 
presente ses caracteres defmitifs. 

Tous les hybrides, meme ceux qui seront presque cornplete- 
ment refractaires au mildiou lorsqu'ils seront arrives a Tetat 
adulte, sont extreraement sensibles a cette maladie dans leur 
jeune Sge et jusqu'a la fin de la premiere annee. On n'arrive 
souvent a les sauver que par des traitements repetes a la bouillie, 
les hybrides a trois quarts de sang europeen surtout. Pour ces 
derniers, urie application de bouillie tous les dix jours est 
indispensable pendant la premiere annee. 



41 -- 

II faut dire encore que parmi les hybrides americainsaussi bien 
que dans les franco-americains ou Pespece sauvage americaine 
a fonctionne comrne pere, la moitie aux deux tiers environ des 
plantes sont males; il y a en outre pas mal de plantes coulardes 
et seulement un quart a un cinquieme de plantes d\me fertilite 
normale (hermaphrodites). Parmi ces dernieres, les deux tiers 
environ sont a etamines longues, et le reste a etamines courtes. 
Toutes ces proportions varient dans des limites assez larges d'une 
hybridation (cest-a-dire suivant la nature des parents) a 1'autre. 

II en est de meme pour la resistance au phylloxera : il y a de 
tres grandes variations d'une hybridation a Fautre. Cependant, au 
milieu de toutes ces irregularites, 1'influence de Theredite se 
revele de la facxm la plus frappante, de sorte qu'on pent aflirmer, 
en these generate, que la resistance des hybridesest d'autantplus 
grande que la somrne de celle des deux parents Test da vantage 
elle-meme. Lfinfluence preponderate du pere, dont il a ete 
question, masque ou contrarie quelquefois cette loi, mais ne la 
delruit pas. Et, a ce propos, je dois ajouter que c'est vraisem- 
blablement a la preponderance du pere qu'est du ce fait si 
remarquable chez quelques hybrides de rimmunite" phylloxerique 
complete : la resistance du pere passant integralement dans ses 
descendants sans se laisser affaiblir en eux par la non-resistance 
de la mere. 

Mais je irfaperc.ois qu'au lieu de me borner, com me je le voulais 
d'abord, a faire connaitre la technique de 1'hybridation et la 
culture des hybrides, je me suis laisse entrainer plus d'une fois a 
des considerations d'un ordre different, relatives a Teffet des 
di verses combinaisons que pent realiser rexperinientateur. Or, 
c'est la un sujet encore bien obscur, qui ne pourra etre aborde 
avec fruit que lorsque plusieurs annecs d'observations seront 
venues cornpleler mon experience actuelle. 

15 Janvier 1891. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Henry BOUSCHET. Collection de vigncs a jus rouge obtenucs par lc 
semis, apres croisemcnt des cepages mcridionaux avcc lc Tcinturicr. 
(Bulletin de la Societe d' Agriculture de I'Hcrault, 1864, p. 339.) 

V. GANZIN. De I' Hybridation artificielle. (Revue scientifiqae, 30 juillet 
1881.) 

MILLARDET. Notes sur les vignes americaincs, 1881, chapitre V. 
P. VIALA. Les Hebrides Bouschet, 1886, introduction. 

G. COUDERC. Etude sur I' hybridation artificielle de la vigne. (Congrcs 
viticole de Mdcon, 1887.) 

G. DAVIN. Hybridation des vigncs. (La Provence Iwrticolc, mars 1888.) 



. Imp. G. GouNnuiuiou, rue Guiraudc. il. 




LA CHLOROSE 



RECHERCHE DE SES CAUSES & DE SES REMEDES 



MA<;O.\, IMPRIMER1E 1MJOTAT FRERES 



LA GHLOROSE 



RECHERCHE 

DE SES CAUSES & DE SES REMEDES 



PAH 



Ingenieur 

>1emlnv des Connies phylloxeriques departementaux de la Gironde et do la Loire 

ol de I'arrondissement de Roanne (Loire) ; 

rriTiaiiv ilc la set'tion de viticulture de la Societe des Agriculteurs de France: 

Laiireat du Conseil general de la Gironde ; 

Proprietaire-Viticulteur. 



Prix 1 Fr. 5O 



BORDEAUX 

CHEZ FERET ET PILS, EDITEURS 
CotiRS DH L'INTENDANCE , 15 

1888 



LA GHLOROSE 



RECHERCHE DE SES CAUSES & DE SES REMEDES 



Dans une recente communication & la section de viticulture 
de la Socie'te des Agriculteurs de France, relative a 1'adapta- 
tion et incidemment a la chlorose, je rappelais l'importance 
de cette derniere question et insistais sur rutilite* des 
recherches relatives ses efiets et aux conditions dans les- 
quelles elle se produit, pour pouvoir de ces faits remonter aux 
causes, fixer celles-ci, et en deduire le remede. II me semble 
que cette question des causes reste controversy plus qu'elle 
ne devrait 1'etre. Les faits d'observation et ceux d' experience, 
bien qu'en quantite moindre, sont assez nombreux pour qu'on 
puisse, avec des chances de certitude, y chercher une lumiere 
qui semble vouloir deserter la question. 

Dans le coarant de 1886, jepr^cisai, dans une note inse*ree 
au compte rendu du Congres de Bordeaux, une thSorie de la 
chlorose que m'avaient suggeree des observations anterieures, 
et dont je retro uvais la confirmation dans 1'examen d'un cas 
qui me parut typique au point de vue du raisonnement. 
Lors du Gongres, je ne rencontrai guere 1'echo net de ces vues 
que chez le docteur Despetis, qui n'he"sita pas voir dans 
1'ordre des phenomenes respiratoires des racines, la cause 
immediate de la chlorose, sans toutefois degager aussi nette- 
ment qu'il nous apparaissait, la theorie de son me"canisme 
des influences accessoires encombrantes telles que celle de la 
chaleur. 



Ge point de vue dut passer inapergu, car on attribua alors, 
et depuis, a Men des causes autres que celles que nous avons 
dites. des insucces plus ou moins permanenls de plantations 
ame'ncaines, faits pour de'courager, surtout en 1'absence de la 
connaissance precise de leur origine et des consequences pra- 
tiques qa'elle peut dieter 1 . 

(1) CAZEAUX-CAZALET ET GOMIGE DE CADILLAC. 

(Congres viticole de Bordeaux, 1886, f' 179.) 

Tout le monde est d'accord pour attribuer la cause de la jaunisse du 
> printemps a Texces d'eau, au moment de la vegetation, soil que cette 
eau agi^se directement sur la plante, soit qu'elle agisse indirectement 
en moditiant I'etat physique du sol sous 1'action de la temperature exte- 
rieure. Le remede est connu : il sufh't de drainer le sol. 

La cause de la chlorose permanente es>t moins connue; tout au plus 
peut-on aflirmer qu'elle est localisee a un genre de sols. On peut aussi 
rappeler : que les cepages americains non grefles y sont beaucoup moins 
sensibles que les memes cepages grelFes ; que sur les pieds les plus ages 
elle apparait rarement et avec moins d'intensite; que les pieds qui 
1'eprouvent n'ont de racines qu au talon. 

(i' 26'*.) J'attribue la chlorose au manque des conditions necessaires 
dans le sol pour L'EMISSION DES RACINES; c'est aussi, au plus haut de^re, 
urie mauvaise adaptation des cepages au sol qui permet a cette alfec- 
tion de se produire. 

II est pen probable que les faibles differences de chaleur qu'on a con- 
statees soient 1'unique cause d'insulnsance des racines... Je crois plutot 
a une influence d'atiratiun et a une insuf'fisance de fmiclieur durable, 
par consequent a une influence d'etat physique du sol. 

(Journal du Cornice de Cadillac, Janvier 186S. Rapport sur 1'adaptation 
de la jaunisse, par Cazeaux-Cazalet, secretaire.) 

Vous avez toujours pense, dans ces etudes, que la jaunisse venait d'un 

DEFAUT DE DEVELOE'PEMENT DES RACINES, SOit 8. CaUS6 de YeXCeS d kumi- 

due, soit a cause du de/aut d'ameublissement du sol, soit a cause d'im- 

pression recue de Yatmosphere par le feuillage. Faits venant a 1'appui, 

etc... 
DESPETIS. 

(Cong res de Bordeaux, 1886, f 219.) 
Le tassement du sous-sol, I'liumidite stagnante au printemps, une cer- 

taine quantite d'eau en exces, empechant le RECHAUFFEMENT du sol des 

terres de couleur foncee, la lenteur de 1'absorption de la cfiaieur solaire 

dans les terres blanchdtres, sutfisent pour empecherles racines de respi- 

rer et pour amener la production de la chlorose. 
Ce n est que quand la temperature a acquis un certain degre que les 

radicelles commencent a absorber des matieres organiques et surtout de 

1'acide carbon ique. 
Si la chaleur penetre autour des racines, la vegetation reprend. Si au 

cpntraire les circonstances meteorologiques defavorables persistent, la 

vigne se chlorose, se rabougrit de plus en plus... 
FOEX. 

(Congres de Bordeaux, 1886, f 223.) 

La chlorose se manifesto plus specialement dans un sol froid (mais je 
ne crois pas que ce soit le defaut d air pour la racine qui en gene le f'onc- 
tionneinent) Les terres appelees J'errugineuses ont un pouvoir absorbant 
plus grand pour les RAYONS CALORIFIQUES que les terres culorees. La 
coloration du sol permet (probablement) aux terres d'absorber des 
quantites d'elements nutritils plus considtirables que lorsqu'ils ne sont 
pas colores. Dans les terres rouges ou colorees, les jeunes racines qui 
sont les agents actit's de 1'absorption paraissent beaucoup plus natives 



3 

J'estimequ'en examinant les faits d'observations ou d'expS- 
rience acquis, il est facile d'y trouver la confirmation d'une 



que dans les terres grises. G'est probablement la cause la plus ge"ne"rale 
de la chlorose. 

(f 226.) La vigne s'alimente mal lorsqu'elle ne possede pas les radl- 
celles qui constituent ses organes d'absorption souterraine. Les radi- 
CRlles apparaissent dans les parties chaudes, pen apres le d6bourrement; 
dans les parties froides, au contraire, 1'apparition des radicelles n'ar- 
rive que longtemps apres ce ph6nomene; la plante depense pour creer 
son appareil ext6rieur et ne pent pas absorber de quoi renouveler ses 
reserves; de la, un e"puisement qui se traduit par la disparition de la 
chlorophylle. 

MENUDIER. 

(Congres de Bordeaux, 1886, f 228.) 

On peut attribuer au MANQUE DE CHALEUR le d6veloppement de la chlo- 
rose. J'engagerais a transporter des terres rouges, argilo-siliceuses, 
foncees en couleur, sur des teFres de champagne ou terres calcaires. 
Vous diminueriez ainsi considerablement la chlorose. 

SAHUT. 

(Congres de Bordeaux, 1886, f 238,) 

Attri'bue la chlorose a des causes DIVERSES : Perturbations atmosphe 1 - 
riques, soudure incomplete de la greffe, plantation dans des sols se re'chauf- 
fant mal, manquant de permeabilite, de profondeur ou d'oxyde de fer 
directement utile (f 241.) Dans les terres blanches qui, par consequent, 
n'ont pas ete colorees avec de 1'oxyde de fer, dans le.3 sols fortement 
argileux ou calcaires, pas assez ferrugineux, peu profonds et trop imper- 
meables, les vignes araericaines, d'une maniere generate, ne peu vent 
vivre longtemps et finissent par depe"rir. 

DUCHESSE DE FlTZ-jAMES. 

(La Vigne americaine, en 1887, f XIII.) 

Admet la theorie de M. Foex qui attribue en grande partie la chlorose 
a Yecart de la temperature dtt sol et de celle de I'air, autrement dit : entre 
les conditions inverses presidant aux evolutions radiculaires et foliacees, 
et Tefficacite du sult'ate de fer centre la chlorose. 

(f32.) Groit pouvoir conclure des 6tudes et rapports de MM. Sahut et 
Cazeaux-Cazalet : Dans tous les terrains argilo-calcaires, les racines 
trouvent les facilites necessaires a leur existence pendant la dur6e 
(variable selon les terrains) des bons effets du defoncement. Mais une 
fois le terrain revenu a sa compacit6 premiere, ces racines subissent des 
pressions entravant a des degr^s dilf^ronts la circulation de la seve, 
depuis celui qui se traduit par une chlorose passagere lorsque 1'exces 
d humidite ou de secheresse exagere moinentanement 1'eiret de la com- 
pacite, jusqu'a celui ou, apres une 911 phlsieurs anne"es de rabougrisse- 
ment, la vigne ineurt. Certaines varietes, a produit direct, ont de grosses 
racines charnues, a la fois compressibles, eiastiques et flexibles, que ce 
melange de force et de souplesse arme pour la Jutte contre les pressions 
exterieures. Leur cas se rapproche de celui des vignes fraiicaises qui 
s'accommodaient des sols compacts. 

(f 45.) Meme explication par la COMPRESSION des racines par le sol. 
(f 73.) Meme explication par la Compression, en y joignant : les effets de 
la chaleur variables suivant la coloration du sol (f 75), les effets du fer 
(f 70), les effets de la direction des racines sur le cube nutritif dispo- 
nible : De 1 angle forme par les racines avec la souche resulte un de"iaut 
de volume du cone nutritif qui se fait remarquer au bout d'un nombre 
d'annees variable pour s'accentuer jusqu'a ce que la transformation par 
la greffe amene un systeme radiculaire plus large ou jusqu'a la mort du 
cep, a defaut. 

(f 34 et 78.) Propose comme remedes le racinage superftciel obtenu par 
la surgreffe (affranchie), le bouturage a un ceil, le choix des ce"pages, etc. 



the"orie, prcieuse, si elle est exacte, en raison de la simplicite 
de sa formule et de la netted de 1'objectif qui s'en d6gage (1). 
G'est ce que nous allons essayer de faire, au fur et a mesure, 
en les passant successivement en revue. 

Les points que j'ai nettement specifies sont particulierement 
les suivants : 

La chlorose a une origine souterraine. 

La composition chimique d'un sol n'est qu'une cause 
d'ordre primaire, lointaine. Elle est I'origine d'un certain 
etat physique. 

Vetat physique n6 de cette cause reste seul considerer. 
Selon cet etat, cause secondaire* un sol retient d'une fagon 
differente Fair sou terrain qui lui vient de 1'exterieur et 1'eau 
qui lui vient du sous-sol oti des pluies. 

MlLLARDET. 

(Note sur les vignes americaines : Journal d Agriculture pratique et 
Feuille vinicole, 22 dec. 1887.) 

Les terrains blancs ou de couleur pale n'absorbent que tres difficile- 
merit la clialeur solaire en raison meme de leur coloration et restent 
froids. Quant a ceux qui, limites par un sous-sol impermeable, ou en 
raison de leur nature argileuse ou marneuse, retiennent une forte quan- 
tite d'eau; ce n'est que tardivement, quelle que soit du reste leur cou- 
leur en juin, juillet ou meme aout, qu'ils arrivent a une temperature 
compatible avec les racines de la vigne. Gelles-ci restent rudimentaires 
pendant un temps plus ou moins long et la partie aerienne du vegetal 
subit dans son accroissement un arret correspondant. Le feuiilage reste 
etiole, chlorose, et les pampres rabougris jusqu'au moment ou la cha- 
leur ayant penetre jusqu'aux racines, provoque leur developpement. 
Dans les plus mauvaises conditions, 1'etiolement et le rabougrissement 
durent toute la belle saison et se renouvellent chaque annee, jusqu'au 
jour ou la plante finit par p6rir. 

II m'est malheureusement impossible d'en dire plus sur ce sujet qu'ii 
y a trois ans. Le seul remede reellement efficace centre la chlorose. par 
exces d'humidite, c'est le drainage. Encore faut-il savoir que toutes les 
vignes americaines sont infmiment plus sensibles a I'humidite du ter- 
rain que celle qui Test le plus, etc. 

Apres la FROIDEUR DU SOL, il convient de mentionner parmi les 

obstacles qui s'opposent a la reconstitution des vignobles par les vignes 
americaines , sa trop grande COMPACITE, etc. 

En resum6, les auteurs cites donnent surtout comme cause de la chlo- 
rose : 

LE DEFAUT DE DEVELOPPEMENT DES RACINES (Cazeaux-Cazalet et Cornice de 
Cadillac.) 

UNE CHALEUR INSUFFHANTE DU SOL Despetis, Focx, Menudier, Millardet). 

DES CAUSES MULTIPLES, fer, chaleur, etc. (Menudier, duchesse de Fitz- 
James, etc.), en particulier la compression par le sol et sa durete ou com' 
pacite (duchesse de Fitz-James, etc.) 

Nous nous bornons a ces citations; la chlorose a ete attribuee a oYautres 
causes, moins plausibles que celles-ci, dont plusieurs orit leurs c6tes vrais. 

(1) Voir : Gompte rendu in-extenso du Congres viticole de Bordeaux, 
Feret editeur, 1886, f GXX a GXXVII; et Feuille vinicole de la Gironde, 
Kerig, ^fliteur, n du 13 Janvier 1887. Voir : f 43, Annexe. 



, cause tertiaire, agit mecaniquement. Ses effets se 
traduisent par la desaeration du sol. 

La desaeration du sol, cause quaternaire, est contraire aux 
besoins normaux, respiratoires, des racines. 

L'asphyxie, qui en re'sulte, reste finalement la cause cin- 
quieme et immediate des phenomenes physiologiqaes qui 
entrainent la nutrition insuffisante et Taspect languissant du 
vegetal. 

Les may ens a opposer a la chlorose, qu'il s'agisse d'agir 
sur lesol. le cepage, ou de rechercher les cepages susceptibles 
de s'accommoder des sols en vue, doivent surtout s'inspirer du 
besoin d'air des racines. 

La sensibilite*, ge"neralement plus grande, des vignes 
greffees, & cette affection, doit tenir a 1'obstacle mecanique 
apport par la greffe a une circulation favorable, en particulier, 
k la formation du chevelu. 

II est bien entendu que cette the'orie vise les circonstances 
les plus ordinaires des cas de cfcilorose grave, dite ge'ne'rale, 
c'est-a-dire ayant un caractere d'etendue et de duree, qu'on 
constate pour certains ce'pages, certains sols ou certaines 
conditions de sols; la chlorose pouvant aussi se manifester 
sous Finfluence de causes, telles qu*e Textreme secheresse, 
dans certains sols, et, plus generalement, de toutes celles qui 
peuvent entrainer un deTaut de nutrition du cep (1). Nous ne 
voyons rien a en retrancher. ni d'essentiel ^ lui ajouter. 

Examinons maintenant la serie des principaux faits 
acquis, relatifs a Faction des divers elements en jeu dans la 
vegetation et susceptibles d'influencer la tenue de la vigne 
au point de vue de la chlorose. Pour plus de facility, nous les 
grouperons, autant que possible, par nature de cause. 

(1) L'dtat chlorotique est susceptible de se fixer corame tous les accidents 
vegetaux. De meme qu'en prqpageant des boutures ayant coule on peut 
constituer une iamille d'intertiles, on arriverait, en selectionnant des bou- 
tures chlorosees, a avoir une iamille d'anemiques, coristitutionnellement 
chlorotiques. On ne peut guere qu'en conclure que la chronicite du mal 
constitue un 616ment deTavorable a ajouter aux autres. 



LUMIERE. 

La lumiere est un agent utile a la ve'ge'tation. Son influence 
sur la nature chimique des phe'nomenes respiratoires dont 
les organes des plantes sont le siege, est connue. 

Le manque de cet element nuirait a I'accomplissement 
de fonctions reductrices necessaires a la nutrition, et produi- 
rait, entre autres resultats apparents, le blanchiment des 
parties vertes, par suite de la disparition de leur chlorophylle. 
Ces effets cesseraient avec son retour. 

Pratiquement. il n'y a pas a s'occuper de 1'exces de ses 
variations, d'effet general sur unvignoble. Les accidents dits : 
coup de soleil, grillade, qui tiennent plus specialement a 
1'action calorifique des rayons solaires. sont non moins 
distincts de la chlorose qui nous occupe. 

CHALEUR. 

Plus encore que la lumiere, la chaleur est, par des raisons 
multiples, un agent essentiel a l'accomplissement des fonc- 
tions v6gtales. 

Un de"faut de chaleur, en entravant la nutrition du cep, 
est favorable a la production de la chlorose. 

Un exces de chaleur a 1'exterieur peut entrainer accidentel- 
lement des effets de dessication ou de disorganisation etran- 
gers, nous venons de le dire, au cas qui nous occupe. Ges 
faits sont exceptionnels. 

Sur les sols, les effets d'une chaleur, m&ne excessive, sont 
differents suivant qu'il y a exces ou manque d'eau. Dans le 
premier cas, ils sont favorables. Dans le second, ils sont 
defavorables et susceptibles, plus specialement pour certains 
sols, d'entrainer la chlorose par un arr6t de nutrition dii a 
leur dessication par evaporation trop complete du fait de 
cette chaleur, sans parler du durcissement qu'entraine leur 
dessication. Mais ce second cas n'est pas le plus habituel ; 
generalement, au contraire, on voit, a 1'arrivee des chaleurs, 
la chlorose s'atte'nuer par suite de la situation meilleure 



que cr^ent aux racines, parallelement, F^chauffement et la 
dessication du sol, favorables, pourvu qu'il n'y ait pas exces 
de ce dernier cote. Dans les deux cas, on le voit, c'est specia- 
lement en agissant sur 1'eau, plut6t que directement sur le 
vegetal, que s'exerce Faction de la chaleur, envisaged au 
point de vue de la chlorose. 

Ajoutons que, toutes choses egales, I'echauffement des sols 
sous 1'influence des rayons solaires varie en intensite suivant 
leur nature et leur e"tat cultural, les plus tasses et les plus 
dess^ches s'echaufiant plus durant 1'ete que les autres , ce qui 
s'explique facilement par la difference de conductibilite des 
couches formees d'elements continus ou discontinus, et la 
difference des quantites de chaleur latente absorbees par 
1' evaporation suivant la quantile d'eau a evaporer et le plus 
ou moins d'activite de cette evaporation. (Par des raisons 
semblables, 1'hiver, ces memes sols se refroidissent moins que 
les sols meubles; les pluies uniformisent la temperature des 
sols.) La couleur des sols entraine force"ment des variations 
de leur pouvoir absorbant, mais on ne saurait, malgre' 
Timportance des conditions calorifiques, trouver dans ces 
differences, I'experimentation et 1'observation semblent le 
prouver, la clef des'effets observes, si ce n'est exception- 
nellement. 

En resume, la chaleur est un agent indispensable a la 
vegetation. Son action, soit sur le vegetal a 1'exterieur, soit 
surtout sur le sol qu'elle echauffe et desseche avec re"percus- 
sion sur le vegetal, generalement favorable, peut en oertains 
cas etre defavorable. On peut la regard er comme n'ayant, sur 
la chlorose, qu'une influence d'un caractere accidentel et 
surtout indirect. 

II n'en est pas de ineme de 1'eau. 



EAU. 



L'utilite* de 1'eau, Element constituant et ve*hicule, est non 
moins grande pour la vegetation que celle des agents prece- 
dents. 

L'air en contient les quantity's les plus variables de sa 



8 

teneur possible sans, ge"ne"ralement, constituer pour cela, un 
obstacle a une vegetation normale. 

II en est autrement du sol. Gelui-ci ne saurait etre impu- 
nement ni sature" de toute Feau qu'il peut contenir, ni sec. 
Une certaine teneur moyenne lui est necessaire pour que les 
racines d'un vegetal donne puissenty puiser de quoi satisfaire 
aux besoins des organes qu'elles ont a servir (Feau et les 
mineraux qu'elle transporte, 1'air oxygene indispensable). 
Aussi voit-on les racines de la vigne s'etablir dans Fetage 
du sol ou elles trouveront, avec les autres elements qfli lui 
sont utiles, particulierement la quantite d'humidite dont elle 
a besoin. 

Comprise dans ces limites, Fhumldite favorise le grossis- 
sement et F elongation normaux des racines de la vigne et le 
developpement parallele de ses organes exterieurs. 

Un deTaut de cet element, contraire aux besoins d'absorp- 
tion du vegetal, entrave ce developpement des Taeines et du 
cep et favorise le durcissement de leurs tissue. Ges effets, 
susceptibles de se traduire par la chlorose, vont s'aggravant 
jusqu'a la secheresse extreme, specialement dangereuse pour 
certains sols pourvus de proprietes capillaires speciales et sus- 
ceptibles en se de'sse'chant d'un durcissement qui ne peut 
qu'etre nuisible(l). Us peuvent, dans les cas extremes, aller 
jusqu'a la cessation de Fabsorption souterraine, voire meme, 
finalement, la mort par inanition et dessication du vegetal 
appauvri(2). Us seront e'videmment d'autant plus accentuesque 

(1) Les extremites de leurs radicelles protegees par 1'eperon utile a leur 
allongement (qui se fait en un point tres yoisin) portent late"ralement, sur 
une certaine longueur, les nombreux poils radicaux dont les jeunes cel- 
lules sqnt, avec celles des couches epidermiques de la racine, actuellement 
regardees comme constituant les organes essentials de 1'absorptiou. On 
conceit (juelle est la delicatesse de cet organisme et Taction nuisible pos- 
sible, soit d'un durcissement capable de s opposer a son avancement, soit 
de mouvements susceptibles de I'alteYer. 

(2) L'eau du sol est, nousl'avons dit. en particulier le vehicule necessaire 
des molecules utiles a la constitution du vegetal (provenant du sol, a 
Fexception du carbone qui resulte de la decomposition de 1'acide carbo- 
nique de 1'air par la chlorophylle des organes qui en sont pourvus, tels que 
les feuilles). La possibilite des phenomenes d endosmose et de capillarite 
d'ou r^sultent I'aosorption souterraine et la circulation interieurc du veg6- 
tal, est done subordonnee a 1'existence d'une couche d'eau suffisante au 
contact des particules terreuses et des cellules absprbantes des racines. 

S'il n'y a pas en meme temps dessication, 1'inanition se traduira par la 
chlorose. 

Ces effets se produisent suivant les sols et les cepages. 
Voir note suivante c. 



9 

les cepages auront des organes exterieurs dotes de besoins 
de nutrition ou de facultes d'evaporation plus considerables, 
etdes organes souterrains moins aptes a 1'absorption (parleur 
nature leur e"tendue ou leur situation). Si ces effets, au lieu 
d'etre graduels et limites, sont trop rapides et trop intenses, 
la pe"riode d'inanition pourra etre ecourtee par 1'arrivee de la 
dessication. 

D'apres cela, en dehors du choix du cepage ou de la modi- 
fication du sol, 1'arrosage serait, dans ces cas-la, un palliatif. 
Mais le precede semble a priori d'autant plus difficile a realiser 
avec precision que ce sont, comme nous le verrons, ces 
memes sols (argileux par exemple) susceptibles de se dessecher 
le plus dangereusement , pour lesquels le moindre exces 
d'eau a le plus d'inconvenients au point de vue de 1^ chlorose 
possible, et que, d'ordinaire, ce sont, comme on va le com- 
prendre, les effets de 1'eau, plus que ceux de son defaut, qui 
les rendent nuisibles. (On risquerait, en particulier, a defaut 
d'un sondage qui renseignerait sur l'6tat precis du sol, d'ag- 
graver la situation qu'on voudrait amender.) 

Un exces d'eau amene la chlorose. G'est, en effet, plus 
particulierement apres la saison humide qu'on voit la chlorose 
se produire dans certains sols, et a la suite des chaleurs qui 
ont pules assecher qu'elle disparait ou s'amende. 

Dans un sol ordinaire, compact surtout, noye par des eaux 
exterieures ou souterraines, la chlorose peut se manifester 
d'une fagon variable selon la nature du sol et la phase de la 
vegetation. Mais cette chlorose accidentelle disparait avec 
1'egouttage du sol et le retour des chaleurs. (Exemple : les 
plantations americaines des alluvions limoneuses de la 
Garonne a Preignac, a la suite des debordements de 1886.) 

Si dans ce second cas 1'eau ne peut qu'agir comme nous 
1'avons dit(l), on peut aussi concevoir, bien qu'a premiere vue 

(1) (a.) Les radicelles d'un meme vegetal nees dans un milieu aere" ne 
peuvent vivre dans 1'eau, et sont remplacees par d'autres d'une constitu- 
tion differente, lorsqu'on les submerge, et r6ciproquement en ce qui con- 
cerne ses racines aquatiques. II est, a priori, probable que les unes et les 
autres ont pour 1'eau et 1'air des pouvoirs absorbants differents, placees 
dans un meme milieu, et que leurs effets d'absorption changent lorsqu'on 
intervertit leur milieu, c'est-a-dire, en particulier, que les racines ter- 
restres de la vigne ne peuvent fonctionner normalement dans 1'eau. 

(ft) Une humidite excessive du sol entraine un defaut d'absorption des 
racines. Faut-il, en cette action du changement de milieu, voir seulement 



10 

ce soit moins saisissable, qu'il en est de meme du pre'ce'dent 
(celui de certains sols se comportant d'une fa^on spgciale en 
presence de 1'eau, cas de la majeure partie des fails de 
chlorose). Expliquons-nous. 

En 1'espece (c'est-a-dire dans le second cas, celui d'un sol 
non refractaire, rendu tel par suite d'accidents hygrome'- 
triques). le mal vient moins encore de 1'eHat hygrometrique 
du sol que des variations de cet etat. II est palpable, en effet, 
que des racines etablies dans un 6tage moyennement conve- 
nable, s'il existe, ne peuvent voir les conditions d'humidite" 
de leur milieu se modifier desavantageusement d'une fac,on 
sensible, sans en souffrir avec repercussion sur le vegetal. 
L'assechage est evidemment le remede a cette situation. 

les effets pnysiologiques du defaut d'air oxygene sur les racines? Peut 
etre conviendrait-il de ne pas oublier le cote chimique ou physique de 
cette meme action : par exemple, la dilution plus grande des elements 
mine'raux utiles dans un sol gorge d'eau, ou me'me la modification apporte*e 

Sar la saturation au rapport des actions capillaires du sol et du vegetal? 
je botaniste allemand Sachs, dans son traite de physiologic, imagine, 
pour I'ex-plication des phenomenes d'absorption par les racines, un grou- 
pement des elements solides, liquides et gazeux des sols, absolument 
plausible. On peut concevoir que la saturation, c'est-a-dire la disparition 
plus ou moins complete des vides qui occupent le centre des interstices 
des parcelles solides mouillees, et la substitution plus ou moms complete 
de 1'eau au gaz qui les remplissait, puisse changer les conditions d'absor- 
ption, non seulement du fait de la difference du fonctionnement des cel- 
lules absorbantes dans un milieu insuftisamment oxygSne, mais encore du 
fait de la ditference des proprietes capillaires d'un sol humide ou sature , 
absorbant, plus ou moins contractile.) Nous ne mentionnons ce dernier ordre 
d'id^es que pour memoire, a titre d'hypothese a examiner. La difference 
de permeabilite d'un milieu p^oreux pour 1'air et 1'eau, suivant son etnt de 
mouillage (sec, humide, gorge), est un fait. Mais a priori Faction consideree 
semblerait devoir 6tre favorable. 

(o) fl en est-aiitrement des cas de dessication. La, 1'influence de la modi- 
fication de la resultante des forces capillaires en jeu, dans un sens deTavo- 
rable au vegetal, apparait nettement. Au fur et a mesure que la dessir-ation 
vient amincir la couche liquide, dont les particules qui composent les con- 
duits capillaires du sol sont recpuvertes, i intensity de 1'action capillaire du 
sol augmente necessairement, jusqu'a tenir en echec la force d'absorption 
du v6gt3tal pour des teneurs en liquides d'autant plus grandes, evidem- 
ment, que le pouvoir d'attraction capillaire, inherent a la constitution de 
ce sol sera plus considerable. (Ge fait qii'une meme quantite d'engrais pro- 
duit des eHets moindres sur un sol argileux qu'avec un terrain sableux, 
doit tenir de meme, particulierement, a des causes capillaires.) 

Ainsi peut s'expliquer que les faculte's chlorotiques des sols , qu'il 
s'agisse de la chlorose par humidite ou par siccite, marchent parallelement- 
Les actions immediates (desaeration, defaut d'apports liquides) spnt diffe. 
rentes, mais procedant de la meme cause (capillarity), les facultes qui les 
engendrent vont de pair. 

Et si les memes cepages sensibles a la chlorose par humidite le sont 
aussi aux effets de la secheresse extreme, ce serait, en particulier, par suite 
d'une puissance d'absorption moindre , sans parler des conditions qui 
peuvent resulter des niveaux d'etablissement de leurs racines, (soit mdme 
de besoins superieurs.) 



Mais ce n'est point 1 le cas le plus ordinaire des vignes 
chlorose'es par Fhumidite*. 

Un sol peut n'4tre en aucune de ses parties un milieu 
suffisamment convenable. Tout au plus, ses couches super- 
rieures, plus facilement assechables et aerables, seront-elles 
dans des conditions moins mauvaises. 

Deux cas peuvent se presenter. 

l e Le terrain chlorotique constitue la totalite de la masse 
cultivable. 

2 e Le terrain chlorotique en constitue une portion souter- 
raine. 

Dans la premiere hypothese, malgre rinsuffisance du milieu, 
le cep a pu pousser dans les couches superficielles avec moins 
de difficult^ que par la suite. A defaut de conditions moyen- 
nement bonnes, il aura choisi les moins mauvaises. Seule- 
ment il aura, dangereusement mais fatalement, eHendu son 
domaine, de plus en plus, dans les parlies profondes de ce 
sol pendant lesperiodes favorables, pour en souffrir sitot que 
les variations de son etat hygrometrique, en auront fait un 
mauvais milieu. Gette situation est d'autant plus dangereuse 
que les memes sols qui se comportent mal en presence de 
Feau sont aussi, nous Favons dit, generalement ceux qui, par 
leur essence, seront eusceptibles de se comporter le plus 
de"savantageusement en cas de secheresse extreme. La tenue 
du cep dans ces conditions de moins en moins favorables 
sera graduellement de moins en moins bonne. Sa situation 
peut se comparer & celle d'un animal qu'a la faveur d'un 
appat on attirerait dans un piege; en Fespece, Fappat serait 
constitue par les conditions favorables, le piege par celles 
defavorables. 

Le cas de la seconde hypothese, d'apparence plus bizarre, 
est au fond analogue et resteje plus typique au point de vue 
de lachlorose (1). 

Nous supposons, Men entendu, que le niveau superieur 
du sol chlorotique n'excede pas la profondeur limite du raci- 



(1) Le cas invoqu^ a Pappui de cette theorie (Gompte rendu du Gongres 
de Bordeaux 1886, f GXX) comprenait, a la fois, les diverses situation 
des ceps en terrains difficiles. 



nage; autrement il ne pourrait, tout au plus, agir que comme 
sous-sol, indirectement. 

Tout d'abord, le cep s'est developpe normalement. Get gtat 
dure jusqu'au moment ou les ratines atteignent la couche 
refractaire. II se developpe dans celle-ci pendant la premiere 
pe'riode, m6me courte, durant laquelle ses ratines y trouve- 
ront un milieu possible, surtout si la constitution chimique 
de cette couche est favorable. Que Feau vienne modifier la 
convenance de ce milieu, si cette atteinte, portee a une 
partie du systeme radiculaire absorbant, embrasse une frac- 
tion suffisante de sa to tali te, la chlorose se manifestera pour 
s'amender lors du retour de ce milieu a un e*tat meilleur; et 
ainsi de suite, a chaque succession de periodes favorable et 
defavorable, le pied s'y engageant de plus en plus jusqu'a etre 
aussi chlorose" que s'il etit ete plante en un sol chlorotique 
dans toute sa profondeur, malgre que celui-ci ne le soit qu'a 
la base et que ses racines aient assez de bon terrain pour 
pouvoir s'y suffire. 

A voir un cep devenir chlorotique a toucher certains sols, 
alors qu'il a a sa disposition une epaisseur suffisante d'un ter- 
rain qui lui convient et qu'il est palpable que s'il eut rencontre' 
a leur place un bloc de granit, par exemple, il fut reste sain, 
on est tente de croire a une sorte d'empoisonnement du a la 
nature du sol. Ge que nous venons de dire Fexplique. Ce 
n'est pas a un poison mais a une souriciere, que ses racines 
ont a faire. 

Dans ces deux cas, 1'action de Feau en jeu sur 1'aeration, 
et de 1'aeration sur le cep, seraient ce que nous avons dit. 
J'estime que la the'orie de la chlorose est la tout entiere. 

On concoit, dans ces conditions, que les variations de 1'etat 
hygrometrique du sol et i'importance de ces variations soient 
un facteur capital de la chlorose, plus important encore a 
considerer que le quantum de cet etat hygrometrique. . 

Les causes dont depend 1'etat hygrometrique d'un sol sont : 
non seulement les circonstances exterieures climateriques 
telles que le regime des pluies, de la chaleur, des vents, ou 
les autres influences (telles que 1'evaporation due a la vegeta- 
tion voulue ou parasitaire), susceptibles de lui apporter ou 



13 

de lui enlever de 1'eau; mais encore, et surtout, la fagon 
dont ce sol est susceptible de se comporter vis vis de ces 
elements, en raison de Fetal physique inherent a sa nature 
ou qui lui a ete cree par des conditions fortuites ou voulues. 

Les terres formees d'elements tenus, compactes, calcaires, 
marneuses, argileuses, sont celles qui absorbent le plus d'eau 
et dessechent de la fagon la plus dangereuse. Celles formees 
d'elements plus grossiers ou susceptibles de conserver leur 
division en particules, graves, argiles fortement cimeritees et 
ameublees, presentent des proprietes in verses. Lelassement (1) 
naturel aux premiers de ces sols accentue ces effets; un e"tat 
cultural meilleur, rameublissemeht, Fegouttage les attenueut 
au contraire. La raison de ces faits qui git principalement 
dans une difference de capillarite est palpable. On congoit, en 
effet , que les sols composes d'elements tenus et rapproche's 
forment un vaste reseau capillaire susceptible d' effets 
d'emmagasinement et de retenue, plus intenses que ceux 
dont sont susceptibles les sols dont les interstices facilitent 
Fegouttage et qui ne peuvent rester gorges. 

Si Ton considere que ces memes causes climateriques ou 
relatives au sol, dont nous venons de dire Faction sur Fetat 
hygrometrique, agissent paralellement sur la chlorose, il est 
difficile de meconnaitre le lien qui les rattache et de ne pas 
voir dans les variations de cet etat hygrometrique un facteur 
essentiel de Faffection qui nous occupe. 



AIR. 

Les vegetaux, Fexterieur, sont baignes d'un air dont le 
role est connu. II est impossible d'admettre que Fair qui 
impregne la terre dans les couches superficielles n'ait pas 
aussi le sien. La disposition des racines, les effets qui se 
produisent sur les ve'getaux suivant qu'on exhausse ou qu'on 

(1) Le tassement des sols results non seulement des effets mecaniques 
de leur poids et des actions exterieures auxquelles ils sont soumis, mais 
encore et surtout de ceux de 1'eau susceptible d'agir, soit en vertu de son 
poids, directement et par aspiration capillaire, soit comme lubriflant en 
Facilitant le mouvement relatif de leurs elements. II est favorisS, par 
consequent, par toutes les conditions susceptibles de maintenir dans le sol 
un exces d'eau jusqu'a la periode active d'evaporation : nature du sol, 
impermeability du sous-sol, tassement ant^rieur. 



14 

abaisse le niveau du sol, ceux des fagons culturales dont 
1'infiuence sur Taxation est palpable, cette consequence 
obligee du fait de 1'adaptation des racines a leur milieu : 
qu'on ne doit paspouvoir leur en creer un autre impunement, 
sont autaut de raisons d'admettre Tatilite de 1'air pour les 
racines, et pour celles-ci la ne*cessite de ne point les priver 
de cet element (1). 

La vigne ne saurait echapper a cette loi commune. II 
faut done admettre que les gaz du sol jouent dans sa culture 
un role trop m6connu, indispensable com me celui de la 
lumiere, la chaleur, Teau et Fair exte>ieur. 

D'une facon generate, Inexperience semble montrer qu'un 
sol n'est jamais trop acre". 

Par centre, un defaut d'aeration se traduit finalement tou- 
jours par la souffrance, qu'il s'agisse de la vigne ou d'autres 
vegetaux (2). 

(1) L'atmosphere du sol est un air dont I'oxygenation decroit avec la pro- 
fonueur, charge d'acide carbonique produit, en particuiier, par la decom- 
position et la fermentation des matieres organiques. Les racines des vge- 
taux ontbesoin d'oxygene, car elles perissent dans 1'azote, 1'hydrogene et 
surtout 1'acide carbonicjue purs (Saussure). On admet g6neralement qu'elle 
n'absorbent pas d'acide carbonique (Gorewinder), mais en excretents 
comme le font les autres organes depourvus de chlorophylle, par suite de 
leur absorption d'oxygene et de la combustion interieure qui s'opere au 
depens de leur substance. (Dans les organes a chlorophylle, ce phenomene 
est double du phenomene inverse. L'observation ne percoit que la resul- 
tante.) 

(2) S'il fallait entrer dans le detail de quelques faits d'observation ou d'ex- 
p6nence, nous pourrions entre autres citer ceux-ci : 

(a) Les racines reglent leur niveau suivant la nature, 1'etat physique des 
sols et 1'exigence des vegetaux, a une distance r6guliere de la surface 
aeree. la meme a conditions 6gales et sous un meme climat. 

(b> L'etat chetif des plantations d'arbres des villes, qui n'ont a leur dis- 
position pour s'etendre que des sols tasses. paves ou bitumes, est assez 
typique pour que chacun ait pu le remarquer. Au fur etamesure que leur 
developpemeni. les force a s'eloigner des parties respirables, les elfets d'une 
aeration insuffisante peuvent se constater. 

Si i'on plante de la vigne, par exemple, trop profondement dans un sol 
recemment ameubli, ses racines se relevent, et elle souffre a mesure que 
le tassement se produit. 

Les effets depressifs des inondations de duree en cours de vegetation 
s'expliquent, en particuiier, par le defaut d'aeration qu'elles entrainent. 

Nous connaissons deux plantations, Tune de platanes, a Lyon, 1'autre 
d'ormeaux et charmes, a Vichy, qui furent remblayees de quelques deci- 
metres; elles devinrent uniformement rabougries. chlorotiques et durent 
disparaitre en partie. Dans 1'un ni 1'autre cas, les conditions d'assainisse- 
ment n'avaient ete aggravees ; la diminution d'aeration m'avait paru pal- 
pables. J'ai vu de 1868 a 1870 pratiquer des arrachages dans cette derniere; 
on y trouvait des racines avortees a ecorce nori adherente, noiratres, en 
voie de decomposition ou putrfiees, analogues a celles que j'ai pu consta- 
ter depuis sur des vignes de la Loire ou du Bordelais souffrant surtout a 



15 

Sur la vigne, on constate que Ta^ration favorise la division 
des ratines, la formation du chevelu, son grossissement et la 
lignification. 

Si 1'abondance duchevelu(effet d'abord et cause ulterieure), 
indice d'une vegetation active, marche toujours, pour les 



la suite des saisons humides, et localisees sur certains points ou probable- 
ment la vigne americaine se montrera non moins susceptible. 

(c) Dans les cultures en pots ou en caisse, on trouve toujours au contact 
de ces recipients, c'est a-qire dans la zone la plus aeree, le racinage le 
plus abondant et le plus divise. Dana une culture de vigne faite dans une 
meme caisse remplie de sols varies, M. Cazeaux-Cazalet a constate des dif- 
ferences dans le developpement des racines suivant ces sols ; le plus grand 
avait eu lieu soit au contact des parois, soit dans les terres permenbles : 
terreau, sable; le plus petit dans la marne. Evidemment, ce sont la des 
faits dans lesquels I'aeration joue un role predominant. 

L'allure superiicielle et les menues dimensions des racines des vegelaux 
qui surmontent les tranchees argileuses ou marmeuses, est facile a obser- 
ver. II en est de meme de leur tendance au developpement et a la ramifi- 
cation dans les conditions ou avec une humidit6 suflisante, regne une sura- 
bondance d'air. 

Partbis on rencontre des racines d'une norme longueur. Presque tou- 
jours on peut constater qu'a cote d'autres causes auxquelles on est tente 
d'attribuer cet effet, existent ou ont existe des causes d aeration exception- 
nelles. A Saint-Maurice en Brionnais (Sa6ne-et-Loire), dans une tranchee 
de carriere calcaire, j'ai vu des racines de vigne de plus de dix metres, 
verticales. poussees dans une fissure a6ree. Dans la Gironde, j'ai fait 
suivre une racine de tilleul pendant une vingtaine de metres sans en trou- 
ver la fin. Elle etait dans une tranch6e remplie originairement d'un sol 
rapporte, certainement favorable, mais qui n'en avait pas moins ete pourvu, 
lui-meme, d'un ameublissement non moins favorable. 

Des tranchees trans versales a des series de drainages de sarments m'ont 
montre des racines de vignes qui s y etaient developp6es et les suivaient, 
des lors sans interruption, sur une grande longueur. II n'est pas rare de 
trouver dans les drains en poterie ou cpule une eau aeree des racines 
semblant s'y complaire. Ces faits sont Evidemment des tails d' aeration. 

II en est de meme de 1'accroissemeut de pousse et de verdeur que j'ai eu 
1'occasion de constater au dessus de certains drainages. 

Le d<veloppemerit des radicelles et du chevelu au contact des fumiers, 
ou des amendements (tels que la marne) diyises, differents de celui que 
doanent la marne en bloc ou les engrais mineraux employes avec suite 
sans apport de matures vegetales, ne peut-il pas tenir, non settlement a 
leur action chimique, mais encore a leur action physique; et si certains 
elements en masse compacte semblent refractaire a la vegetation, si 1'em- 
ploi continu des seuls engrais mine'raux semble, au moins pour certains 
sols, moins favorable que leuremploi comme complement ou adjuvant des 
fumures vegetales, n'est-ce point, en particulier, a cause des necessites 
d'a6ration? 

J'ai eu occasion de faire enlever une tranche, variant de a 40 centi- 
metres sur un jardin d'environ 1 hectare, contenant d'anciens arbres 
d'essences diverses; sur aucun d'eux Teffet n'a ete det'avorable. II m'a 
semble, au contraire, reconnaitre sur plusieurs un accroissement de 
vigueur. Sur deux cedres notamment, cet accroissement etait palpable. 
(Je constatai toutefois que, sur deux autres places de meme en apparence, 
Tun restait relativemeut en retard et languissait, laissant tomber ses 
feuilles et perir son menu branchage. Graignant un elfet de s^cheresse, 
je IH fis arroser, sans succes. Un sondage m en montra la cause dans une 
difference de terrain, jointe a une petite perte de canalisation d'eau. A 
sa portee se trouvait une veine de terrain argilo-marneux, dans lequel il 



16 

cepages qui en ont, de pair avec I'ae'ration, les ce'pages qui en 
ont pen ou point s'accommodent mieux des profondeurs. G'est 
toujours superficiellement qu'on le retrouve. L'allure plon- 
geante des racines de certains cepages indique en particulier 
des besoins moindres d'air. Leur constitution molle, leur 
peu de ramification, la rarete* ou F absence de chevelu, sa 
tenuite*, sont evidemment lie's a leurs besoins et a leur fonc- 
tionnement respiratoire. 

La chlorose, qu'on observe plut6t sur les cepages a chevelu, 
est toujours amendee par les causes qui ont pu amener Fae'ra- 
tion. Elle se produit gene'ralement, dans les sols et pour les 
ce'pages defavorables, sous I'influence des variations sur 
lesquelles nous nous sommes expliques des deux elements : 
chaleur et eau ; mais il ne faut pas oublier les actions, dont 
nous avons par!6, de la chaleur sur 1'eau et plus particuliere- 
ment de 1'eau sur Fair. 

Que conclure de tout cela, sinon qu'en Fespece, 1'air est 
Men le facteur predominant a viser, que notre theorie de 
1'asphyxie doit etre exacte, qu'on peut, pour 1'explication de 
Faction des differents agents en jeu sur la chlorose, consi- 
derer surtout leur action directe ou indirecte sur Fair du sol, 
et s'inspirer du meme point de vue dans la recherche de ses 
remedes. 

Les causes susceptibles de modifier I'ae'ration du sol sont, 
comme pour Feau, les influences exterieures climateriques et 
Fetat physique qui derive de sa nature ou de conditions acces- 
soires tel que son e*gouttage et son etat cultural. (Elle dimi- 

avait pousse" ses racines ; le filet d'eau avail contribue a en faire un milieu 
irrespirable d'autant plus fatal que, pour compenser la destruction de 
quelques-unes , il lui fallait tous ses moyens. 11 fut , des lors , ais6 d'y 
remedier. 

Ges exemples, qu'il serait facile de multiplier, suffiront pour mettre en 
lumiere, si besoin est, 1'action favorable et necessaire de 1'air oxygene sur 
les racines, qu'il s'agisse de la vigne ou d'autres ve^etaux 

(II ne faudrait point croire que Ja chlorose soit speciale aux vis;nes ame- 
ricaines, ni chose nouvelle. On peut se convaincre, non seulement qu'elle 
a existe de tout temps sur les vignes du genre vinifera, mais encore qu'on 
rencontre sur des arores ou v^getaux divers des accidents analogues, evi- 
demment dus a un defaut de nutrition imputable certainement, dans la 
plupart des cas, aux memes causes que celles auxquelles nous rapportons 
fa chlorose de la vigne, particulierement a celles d'ordre respiratoire. II 
suffit pour cela d'examiner avec quelque attention les conditions (jui sont 
celles des vegetaux etiol^s qu'on peut rencontrer, plus particulierement 
dans certains sols.) 



17 

mie necessairementavec la proforideur des couches qu'on peut 
oonsiderer.) Les m&mes sols qui semblent avoir pour 1'eau 
une capacite on, plus exactement, une affinite plus grande, 
qui font eponge, et perdent le plus de leur volume en se 
dessechant, sont evidemment ceux dans lesquels les reduc- 
tions d'aeration sont susceptibles d'etre les plus considerables. 
Pareillement, les meraes causes telles que la nature siliceuse 
des sols, Fegouttage (naturel ou artificiel), les pratiques cul- 
turales ^defoncage, fac.ons courantes), leur perfection, leur 
profondeur, contraires a Feau, sont favorables a Faeration. 

Si les elements contraires a Faeration favorisent la chlorose, 
alors que ceux doues de proprietes opposees au point de vue 
dc 1'eau et de Fair sont contraires a cette affection, si les 
deux actions marchent de pair, n'est-ce point que Fetat 
chlorotique qui nous occupe a bien sa source dans le manque 
d'un air necessaire aux fonctions des racines. 



SOL. (CONSTITUTION CHIMIQUE.) 

L'influence que la composition chimique d'un sol exerce 
sur Fattitude des vegetaux est incontestable. 

Sa richesse en Elements utiles et la ponderation de leurs 
quantites relatives constituent des elements favorables, sinon 
indispensables. Sa pauvrete ou le defaut relatif de certains 
elements exergent, par contre, une influence nuisible a une 
bonne tenue. Mais on arrive bien vite a reconnaitre que. s'il 
est incontestablement des sols qui predisposent a la chlorose 
et d'autres dans lesquels on ne la rencontre point, c'est moins 
le defaut d'elements indispensables a la vegetation qu'une 
composition speciale qui entrainent a leur suite la chlorose 
de caractere permanent. 

Les premiers sont generalement des calcaires crayeux, 
marneux ou argiieux, les seconds sont plutbt sableux et sili- 
ceux. 

En examinant la question de plus pres, on arrive aise"ment 
a reconnaitre : que les premiers sont souvent loin d'etre des 
sols pauvres, et que leur famille comprend des types de com- 
position differente ; par contre, que leur constitution physique 



18 

pre"sente des caracteres coinmuns de spongiosite et d'iniper- 
meahilite inverse de ceux que presentent les seconds. D'autre 
part, on constate aussi que les memes sols qui, dans certaines 
conditions physiques, engendrent la chlorose de certains 
cepages, leur restenr favorables dans des conditions opposees. 
Enfin, 1'experimentation et Tobservation montrent, parti- 
culierement, rinsuffisance des substances inspirees d'un defaut 
de composition chimique : engrais, composes ferrugi- 
neux-, etc. (1) 

On ne saurait qu'en conclure : que la nature chimique des 
sols, facteur capital de la vegetation, est tout au plus un 
facteur secondaire au point de vue de la chlorose ; qu'elle est 
a ce point de^vue, surtout 1'occasion d'une certaine consti- 
tution physique speciale ; et que c'est dans des influences 
exterieures, favorisees par 1'allure physique qu'entraine cette 
constitution, qu'il faut rechercher la cause de la chlorose 
qu'on serait, comme nous Favons dit, tente a premiere vue 
de rapporter a une sorte d'empoisonnement par le sol. 



SOL. (CONSTITUTION ET ETAT PHYSIQUE.) 

II en est autrement de 1'etat physique des sols. 

II y a des terrains chlorotiques, d'autres non chlorotiques, 
et c'est, nous venons de le dire, dans 1'e'tat physique de ces 
sols qu'il faut rechercher, Toccasion des phenomenes de 
chlorose qu'entraine 1'eau dont nous avons explique le mode 
d'action. 

Tout ce que nous revelent Tobservation et rexp6rimentation 
vient confirmei 1 ce point de vue. 

Les classifications des sols par nature, etablies au point de 

(t) Sauf quelques cas speciaux, ces agents sont rested inefficaces. II n'en 
faut pas moins considerer que, s'il taut rechercher la cause du defaut de 
nutrition qui constitue la chlorose, ailleurs que dans un defaut d'elements 
utiles, leur richesse ne peut qu'influencer favorablement le vegetal au 
point de vue de la chlorose. Le fer merae joue un role utile, bien que 
secondaire, dans les phenomenes relatii's a la nutrition. L'emploi du sullate 
de fer se traduit, en particulier, par un accroisseraent de teneur en acide 
phosphorique et le developpement de la chlorophylle des organes verts. 
J'ai constat6 cet effet de verdissement sur des vignes traitees au sulfate de 
fer contre 1'anthracnose. 



19 

vue de latenuedesce'pages (1), se resument en fait a. deux cat6- 
gories, comprenant necessairement des degre's interme'- 
diaires : 

L'une , des sols qui gardent mal I'ameublissement , ou 
sont mal egouttes ; 

L' autre de ceux qui le gardent et sont sans ex ces d'eau. 

L'examen montre qu'on trouve dans les premiers des 
racines necessairement d'allures variable suivant les cepages, 
mais generalement moins ramifiees pour un meme cepage et 
d'une ramification moins precoce. (Le chevelu ne s'y deve- 
loppe souvent qu'a la pousse d'aout.) G'est dans ceux-la que 
se produit la chlorose. Dans les seconds, pour un meme 
cepage, on trouve des racines generalement plus ramifiees et 
plus dures, un chevelu plus abondant et plus precoce. 

11 est palpable que cette division, basee sur le seul examen 
des faits, sans aucun parti pris de theorie, confirme absolu- 
ment ce que nous presumons des effets combine's de 1'eau, de 
1'air et de Failure des sols eri presence de ces elements. Si 
partant de nos vues, on eut voulu a priori remonter a une 
classification hypo the' tiqufi, il parait difficile de concevoir 
comment on 1'eut presume'e autre. 

L'experience directe montre, d'ailleurs, qu'on peut agir sur 
cet etat d'un meme sol et que, parallelement aux differences 
physiques apporte'es. les resultats se modifient. La profon- 
deur, le tassement, engendrent des effets differents de ceux 
qu'on peut constater a la superficie des sols ou dans des sols 
ineubles et bien egoutte's. Le caractere, la grosseur, la divi- 

(1) Les observations relatives a 1'adaptatiqn, faites par le Cornice de 
Cadillac, 1'ont conduit a definir comme il suit les terrains envisages au 
point de vue du tassement et classes selon la tenue des cepages. (Bulletin 
du Cornice de Cadillac, Janvier 1888. Rapport de la commission d'adapta- 
tion.) 

On voit dans les sols arables . une categorie de terrains capables 
oY absorber et de retenir dans leur masse une tbrte quantity d'eau, et dont 
le tassement est energique sous deux formes dilferentes : tassement 
avec fendillement et tassement dans toute la masse sans fendillement. 
(G'est dans ceux-la que se produit la jaunisse ou chlorose); et une autre 
categorie de a Terrains qui contiennent moins d'argile et moins de calcaire 
mais plus de silice, dont le tassement se produit toujours sous les 
memes apparences, sans fendillement, et avec rt'autarit plus d'iritensite' 
que le sol est plus pauvre, moins argileux, deja plus tasse et a sous sol 
impermeable. Dans ces terrains, on ne rencontre jamais de vignes ehlo- 
ros6es. 



20 

sion, la precocite des racines se modifient desavantageusement 
dans le premier cas, avantageusement dans le second ; a teJ 
point que la chlorose peut apparaitre dans un terrain rebel le 
a la vegetation d'uncepage, ou en disparailre, du seul fait de 
ces modifications physiques. 

Ainsi, on obtient par le tassement : des racines charnues 
plus grosses, des radicelles plus fines et en moindre quantite ; 
avecl'ameublissement, des racines plus lignifiees, dediametre 
moindre, des ramifications extremes plus abondantes et plus 
developpees. Parallelement, des effets sur la vegetation exte- 
rieure se manifestent, necessairement variables et meme 
differents selon 1'intensite des causes et les besoins des 
cepages, mais generalement, nearimoins, dans un sens defa- 
vorable dans le premier cas, favorable dans le second. (Dans 
une mtoe argile, M. Gazeaux-Cazalet a vu des Riparias se 
chloroser ou non suivant le tassement. J'ai eu 1'occasion de 
faire etablir des drains en branchages et de constater sur les 
parties qu'ils traversent, specialement, une difference de colo- 
ration qui permettait d'en rnarquer la place. Get accroissement 
remarquable de verdeur etait certainement, en particulier, un 
effet de 1'aeration.) 

Les actions susceptibles de modifier 1'etat physique des sols 
sont. particulierement : le tassement naturel ou accidentel 
produit par le poids du sol, le 'travail cultural ou la circula- 
tion, 1'eau, les pluies; 1'etat cultural et les precedes d'egout- 
tage, drainage, etc. 

L'eau est 1'agent me'canique par excellence du tassement. 
Lorsqu'on veut comprimer un sol, 1'effet des actions me'ca- 
niques : charge, percussion, auxquelles on peut le soumettre 
sont, quelles qu'aient et6 leur energie, toujours 1'occasion 
d'un nouveau tassement lorqu'on les renouvelle apres un 
mouillage qui facilite le mouvement relatif de leurs parcelles. 
De plus, Feau par elle-meme agit mecaniquement, sinon en 
vertu de sa vitesse, du moins par son poids et par capillarite, 
ass'ez energiquement pour que, sans 1'intervention d'autres 
actions exterieures, le tassement ait lieu. G'est surtout pen- 
dant la periode d'e'gouttage ou d'evaporation qu'il se produit. 

L'aptitude des sols au tassement depend de la capacite 



pour 1'eau qu'entrainent : soil leur nature calcaire ou argi- 
leuse, soit un tassement anterieur. Ge que nous venons de 
dire de Faction de 1'eau Fexplique. Ge sont la des effets 
obliges d'une capillarite que favorise leur nature plastique 
egalement favorable au glissement de leurs parties. Un 
mauvais egouttage facilite done le tassement. L'enlevement 
des eaux par le drainage ne peut, par suite, qu'e'tre avanta- 
geux. 

Les pratiques culturales ameublissantes telles que les defon- 
cements et facons, 1'emploi des fumures vegetales ou de cer- 
tains amendements, agissent non seulement directement sur 
1'aeration , mais encore , on le voit , indirectement ( en 
rompant la capillarite), par leur action sur 1'eau agent du 
tassement (1). 

(Les effets imme'diats de rameublissement sont multiples : 

An point de vue de la chaleur, i) diminue sa transmission. 
Au point de vue de 1'eau, il augmente 1'egouttage et diminue 
Fevaporation. Au point de vue de Fair, il augmente Faera- 
tion. Au point de vue de ses consequences sur le vegetal, 
nous venons de dire qu'elles etaient, en regard des effets, 
inverses, du tassement. 

Dans 1 'ensemble, on s'explique ainsi ses effets et on voit 
qu'il ne peut qu'e'tre favorable & la vegetation des racines 
qui ont besoin, non seulement d'une certaine temperature, 
mais encore d'humidite sans exces et d'air. 

L'ameublissement n'est jamais trop parfait. II peut 6tre 
excessif sans risquer d'etre nuisible.) 

Dans cette analyse des effets d'actions diverses sur les sols 
et Fetat physique des sols, il est facile de voir qu'ils aboutissent 
a des modifications de leur etat d'aeration (1'eau agissant 
parallelement), la compacite des sols et F exces d'eau agissant 

(1) Nous pourrions, a ce que nous venons de dire de cette action de 
rameublissement sur 1'aeration et le tassement ult6rieur, ajouter que cette 
action ne peut qu'etre favorable, au cas ou, dans les memes sols, une 
secheresse extreme serait de nature a entrainer 1'etat chlorotique. La 
diminution de 1'activite capillaire des couches suierficielles, produite par 
leur division, retarde necessairement la dessication par evaporation. 

D'une maniere generale, on peut considerer que rameublissement agit 
comme un regulateur sur I'humidite du. sol. Si ses eiFets durant la saison 
humide n'auront pu qu'etre favorables a 1'egouttage, ils seront, dans la 
saison seche et chaude, plus utiles encore en ralentissant I'ovaporation. 



deTavorablementsur cette aeration, alorsque Fameublissement 
et Fegouttage la favodsent. 

En resume, on voit quelle est 1'importance des quality's 
physique des sols, leur role dans la bonne tenue des cepages, 
et on ne saurait douter que leur action ne se resume plus 
specialement en un effet sur Fair, facteur principal a consi- 
derer dans la chlorose qui nous occupe. 

PENTE. EXPOSITION. CLIMAT. 

Ces elements sont & considered dans la question de la 
chlorose comme facteurs susceptibles d'influencer Fe'tat phy- 
sique des sols. 

L'influence de la pente ne peut qu'6tre favorable. 

L'influence d'une exposition chaude est plutot favorable 
que nuisible, Nous avons dit a propos de Faction de la 
chaleurque, sauf lescas accidentels ou la chlorose derive d'un 
exces de secheresse, cet agent est favorable. 

Les climats chauds seraient. par la meme raison, plut6t 
favorables. II en est de me'me des sees par rapport aux 
humides. Mais c'est surtout Ja Constance de leur regime qu'il 
importe de conside'rer. Les plus reguliers au point de vue de 
la chaleur et surtout de Feau, sont certainement les meilleurs 
au point de vue qui nous pr^occupe. 

Les raisons en sont, d'apres ce que nous avons dit, faciles 
& concevoir. 



La nature des cdpages exerce une influence varied sur leur 
tenue et leur propension la chlorose. 

A priori, il etait facile de presumer que tous ne doivent 
pas se comporter de meme. II en est effectivement de plus ou 
moins facilement chlorotiques, et d'autres qu'on peut qualifier 
de refractaires. L'expe'rience acquise en Europe Favait montre, 
les re'centes recherches de M. Viala en Amerique Font con- 
firm^ et et ont mis en lumiere des varie'tes susceptibles d'etre 
conside're'es comme indemnes, (Ginerea, Gordifolia, Berlan- 
dieri). 



23 

Si la chlorose vient du sol, on doit trouver a ces cepages 
des racines d'une nature differente de celle des ce'pages 
chlorotiques. G'est en effet ce qui a lieu : leurs racines out 
une constitution speciale aux cepages qui s'accommodent des 
sols non aeres, sur laquelle nous reviendrons. D'autre part, 
les cepages doivent se comporter suivant les sols. G'est aussi 
ee qui a lieu. 

Selon les ce'pages et selon les sols, on a ou non la chlorose. 
Certains sols convieuuent a certains cepages et moins a 
d'autres. Pareillement un meme cepage ne se plaira pas 
e'galement dans tous les sols. 

Le choix des ce'pages susceptibles de s'accommoder d'un sol 
determine, ou des sols susceptibles de convenir a un cepage 
donne, I 1 adaptation, en un mot, des cepages aux sols est de 
la plus haute importance, puisqu'une mauvaise adaptation 
peut engendrer la chlorose ou, pour parler plus exactement, 
en e"tre Foccasion. 

Les nombreuses observations de cepages et de sols faites 
par le Cornice de Cadillac et son rapporteur, M. Cazeaux- 
Cazalet, ont fourni, relatiyement a la constitution des racines 
et la tenue des cepages, une serie d'inte'ressantes donnees qui 
se rattachent a notre maniere de vor , la confirment, et que 
voici(l) : 

L' allure des racines (variable, en particulier, suivant 1'espece 
et 1'e'tat du sol) et cet etat du sol, sont les facteurs essentiels 
a considerer en matiere d'adaptation. 

L'examen des racines des cepages permet de les classer 
comme il suit. (Nous avons dit plus haul comment on peut 
classer les sols.) 

l re se'rie (types : Riparia et Rupestris). Gette serie com- 

(1) Voir : Bulletin du Cornice de Cadillac, 1" vol., n' 7, fevrier 1886, 
Enquete sur la jaunisse d'un vignoble americain, f 197 2 e vol., n 1, 
Janvier- fevrier, 1887; Communication sur 1'adaptation, f ; 35; n 2, mars- 
ayril 1887; Rapport de la commission d'enquete sur 1'adaptation et la jau- 
nisse, f 73; n 4, juillet-aout, 1887; Notes sur la formation des nouvelles 
racines de la vigne. f 152 a 163; Journal du Cornice de Cadillac, n 12, 
decembre 1887 et 13, Janvier 1888; Nouveau rapport de la Commission 
d'enquete sur 1'adaptation et la jaunisse; (Cazeaux-Cazalet, secretaire du 
Cornice). Bulletin de la Societe des agriculleurs de France, session de 1888, 
section de viticulture, seance du 11 feVrier 1888 : Communication relative 
aux observations du Cornice de Cadillac, relatives a 1'adaptation, par 
E. Petit (membre du Cornice), secretaire de la section, f 327. 



24 

prend les cepages dont les racines sont les plus faibles de 
diametre, les plus rarnifiees, et ont le chevelu le plus gros et 
le plus abondant. Eiles ont leur corps ligneux central d'un 
diametre relativement considerable et 1'enveioppe exterieure 
non lignifiee peu epaisse. 

2 e serie (types : Solonis, Herbemont, Vialla, Jacquez, etc.). 
Les cepages de cette serie ont leurs racines d'un diametre 
plus considerable, moms rarnifiees, un chevelu espace d'autarit 
plus grele que la racine est plus grosse. 

3 e serie (types : Gordifolia, Ginerea, Berlandieri). Ges cepages 
ont encore, plus que les precedents, leurs racines d'un fort 
diametre, a chevelu grele et a enveloppe non lignifiee tres 
epaisse. 

Ges caracteres (susceptibles de se modifier suivant les sols 
pour un mme cepage ou pour un merne cepage et un mtae 
sol, selon les influences exterieures susceptibles de modifier 
Fetat physique du sol, telles qu'un climat sec ou chaud 
susceptible d'abaisser le niveau de la zone humide) sont 
la physionomie-type que presentent generalement les cepages 
dont la bonne tenue prouve la bonne adaptation. Si, au 
contraire, 1'adaptation est mauvaise, on trouve dans leurs 
racines des caracteres differents. 

Les cepages de la premiere serie exigent done des conditions 
favorables a 1'emission precoce et continue des radicelles 
nouvelles, n'amenant pas trop vite leur lignification (de la 
fraicheur sans humidite) ; les cepages de la seconde serie et, 
surtout, ceux de la troisieme sont moins exigeants a ce point 
de vue. 

L'observation montre que ces conditions favorables se 
trouvent plutot dans les etages superieurs que dans ceux 
inferieurs des sols arables , meubles , susceptibles par leur 
nature et leur 6gouttage d'offrir une certaine resistance an 
tassement, c'est-a-dire : d'abord dans les terrains sablonneux, 
puis dans les terrains moyennement argileux, sans fendil- 
lement, profonds et Men egouttes, et dans les terrains argi- 
leux susceptibles de se fendiller, bien ameublis et bien 
egouttes. Ges cepages se de'veloppent mal, au contraire, dans 
les sols dont le tassement est considerable tels que les sols 



25 

moyennement argileux a sous-sol impermeable et peu pro fond, 
et surtoutles sols argileux a fort fendillement, mal ameublis, 
et les sols calcaires. 

Les cepages de la 2 e serie s'accommoderont mieux de ces 
derniers terrains. Ceux de la 3 e convenablement. 

La chlorose est le fait d'une mauvaise adaptation. Les 
cepages de la l re serie y sont les plus sensibles ce sont ceux 
de la derniere qui la favorisent le moins. 

Tel est tres approximativement le resume des donnees 
fournies par les observations du Cornice de Cadillac, que 
nous avons communiquees a la Socie'te' des Agriculteurs de 
France, (section de viticulture, seance du 11 fevrier, 1888). 

En somme : 

1 Chaque cepage aune allure speciale de racines normale. 

2 Elle veut, pour se produire, des conditions physiques 
speciales de sol. A une allure speciale des racines correspond 
une certaine constitution du sol (ainsi, aux racines ramifiees 
a chevelu developpe et abondant, minces, fibreuses, a enve- 
loppe corticale non lignifiee de peu d'e"paisseur, correspondent 
les couches superficielles et les sols meubles et egouttes ; aux 
racines peu ramifiees, a chevelu grele espace ou nul, grosses, 
molles, montrant une forte epaisseur d'enveloppe corticale 
non lignifiee, correspondent plutot les couches profondes et 
les sols asseches rnoins meubles ou moins sains), et vice 
versa, c'est-a-dire que la nature du sol tend a engendrer la 
constitution de racines correspondante. 

3 Si le rapport qui convient entre 1'etat physique du sol 
et la nature du racinage n'est pas observe, le cepage peut 
souffrir et la chlorose apparaitre (plutot sur les cepages a* 
chevelu que sur ceux a grosses racines, et avec certains sols). 

11 nous semble difficile de ne pas voir en toute cette ques- 
tion de 1'adaptation, comme influence predominante sur la 
tenue des cepages, celle de 1'aeration ; les cepages les plus 
sensibles a la chlorose (ceux a chevelu) seraient ceux dont les 
besoms respiratoires seraient les plus considerables, les 
cepages refractaires (ceux a grosses racines) ceux dortt les 
besoins respiratoirs seraient moindres (1). 



(1) Ajpiitons une remarque a ce que nous venons de dire des cepages 
considers d'apres leur tenue : 



26 

Les vignes franchises ne sont pas indemnes de la chlorose. 
Si on a moins parle de leur chlorose que de celle des vignes 
americaines, c'est beaucoup parce que Taitention n'etait pas 
jusqu'ici appelee sur cette affection, moins a craindre pour 
elles, et que les observations manquaient. II est facile d'en 
constater 1'anciennete et 1'allure analogue a celle des vignes 
americaines. Si elles sont relativement rebeiles a la chlorose, 
ne faut-il pas Tattribuer aussi particulierement a des besoins 
respiratoires moindres. L'etude comparative des genres doit 
eclairer la question. (Les examens microscopiques de racines 

(a) Les plus enclins a la chlorose sont de reprise, par bouture, facile. 
(Riparia, Rupestris, par exemple.) Les plus refractaires (Cinerea, CordHolia, 
Berlandieri) sont de reprise difficile. Ceux intermediaires sont de reprise 
variee, plus ou moins facile. 

II est probable que ce n'est pas la une simple coincidence, mais 1'effet 
oblige de la meme constitution qui les rend moins sensibles a la chlorose. 
D'une facon generate, les vegetaux a racine pivotantepeu ramifige, rebeiles 
an bouturage, supponent diftMlement la transplantation (a moins que le 
pivot, n'ayantete coupe, la racine nese soil ramifiee lateralement.) J'estime 
qu'il y a un lien, non seulement entre leur constitution plus ou moins 
ramifiee, leur nature fibreuse ou molle, leur allure superficielle ou pro- 
fonde et leurs besoins respiratoires plus grands ou moindres, mais encore 
entre ces elements et leur plus ou moins de facility a la reprise. 

(b) Chez les ce~pages de bouturage relativement difficile (tels que le 
Gynthiana, 1'Herbemont, le Jacquez, etc.), la tete a plus d'avance sur le pied 
que chez les autres. Sur le Cynthiana, par exemple, on voit partir les 
yeux sans le plus souvent qu'aucune racine se montre au talon : leurs 
pousses ne tardentpas a se fletrir, on s'apercoit alors du defaut de reprise. 

On pent constater, d'autre part, qu'en retardant la tete de ces cepages 
par rapport aux racines (et vice versa), on augmente les reprises. Ainsi, en 
plantant des Jacquez par exemple, couches et recouvrant la tete relevee 
d'un peu de terre, on reussit mieux. On peut observer aussi que la reprise 
de ces especes greffees, c'est-a-dire plantees sous la forme de greffes bou- 
tures avec une tete etrangere qui met obstacle au depart de leur vegetation 
exterieure, est meilleure. (On sait aussi que sur couches chauffees leur 
reprise est meilleure.) 

Cette faculte d'emissipn des racines et celle du depart des parties 
aeriennes seraient-elles inverses et n'y aurait-il pas la une quantite de plus 
liee aux prec^dentes? Cela me parait possible. 

(c) II en est probablement de meme de 1'^poque de ce depart. Les cepages 
les moins chlorotiques : Cinerea, Cordifolia, Berlandieri, semblent relati- 
vement precoces. (Je dis semblent, car, en comparant mes observations 
de dates des debourrage, floraison, aoutement et maturation , entre elles 
et avec d' autres, j'y trouve des contradictions telles qu'il me parait difficile 
de classer, au point de vue de la precocite, les cepages d'une facon fixe. 
Dans ces conditions, je n'oserais rien en conclure avec certitude. Norma- 
lement, les cepages a racinage superficiel doivent et semblent en general 
acGomplir, plus rapidement que les autres, le cycle annuel de leurs 
fonctions.) 

Tout cela n'indiquerait-il pas qu'ils exigent moins de leurs racines, et 
plus de leurs reserves? (L'analyse chimique fournirait sur ce point d'inte- 
ressantes donnees.) 

Par centre, leur floraison semble notablement plus tardive crue celle des 
Riparias. Cette quantite ne serait-elle point liee a la nature et a la profon- 
deurde leurs racines? 



faits au point de vue du phylloxera a Fecole de Montpellier, 
les observations comparatives de cepages faites au point de vue 
de 1'adaptation par le Cornice de Cadillac, n'infirment en rien 
ce point de vue. Les premieres le confirment plulot par les 
differences de structure qu'elles ont revelees, les deuxiemes 
en montrant Failure de leurs racines intermediates entre les 
cepages les plus enclins a la chlorose et ceux qui lui sont 
reTractaires. 



CONDITIONS 

Les conditions d'e"tablissement d'une plantation sont suscep- 
tibles d'influer sur sa tenue ulterieure. 

En ce qui concerne le sol, il faut considerer son ameublis- 
sement originel a une profondeur plus grande que celui 
cultural, courant, plus superficiel. Cette preparation 'du sol 
ne saurait jamais etfe trop parfaite. 

Certaines natures du sol gardent plus facilement les effets 
de rameublissement originel. Ce sont les plus compacts et les 
plus sees (les argiles fortement cimentees et drainers, par 
exemple). Mais il faut observer que pour ces sols rameublis- 
sement est indispensable, et qu'avec ses effets Fae"ration 
cfisparaissant plus completement que pour d'autres, ce sont 
ceux pour lesquels il faut se preoccuper le plus des effets ulte- 
rieurs. (Peut-e"tre y aurait-il lieu de se demander s'il ne 
vaudrait pas mieux, dans ces sols surtout, attendre pour 
planter, un commencement de tassement qui rende le milieu 
suffisamment stable, de telle sorte que les racines du cep 
soient, tout d'abord, moins sollicitees durant leur periode de 
jeunesse de plonger vers les couches profondes ou elles pour- 
raient se trouver plus tard dans des conditions inferieures au 
point de vue de Fair et de Feau (1). 

(1) II nous est arrive de planter avec succes sur des prairies defrichees 
superficiellement. 

J'ai trouve, dans la Loire, une opposition syste'matique au defoncage 
profond de certains terrains, basee sur 1'experience, de la part d'un vieux 
vigneron. En examinant ces terrains, j'ai constate leur tassement. Cette 
pratique serait done susceptible d'etre motivee. 

La duchesse de Fitz-James espere de la bouture a un oeil ou du sur- 
greffage affranchi un racinage plus superficiei. Ge resultat, s'il etait r4el 
serait g^n^ralement plutot favorable que deTavorable. 



28 

La profondeur de la plantation importe aussi. Le talon, 
point de depart du racinage doit etre forcement au-dessous du 
plan de culture, mais il vaut mieux planter superficiellement 
queprofondement; cela s'explique de meme. Lesracines pour- 
ront descendre et s'etablir dans la couche favorable si Ton 
a plante trop haut. Si Ton a plante tropbas et qu'il leur faille 
remonter pour la trouver, ce sera evidemment pourellesune 
situation anormale. 

CONDITIONS DE CULTURE. 

L'ameublissement cultural courant, plus superficiel. n'est 
jamais trop parfait ni trop frequemment renouvele. (Nous 
avons dit qu'un defaut d'ameublissement pouvait entrainer la 
chlorose.) 

Ses effets durent moins que ceux du defoncement, sous 
^'influence des actions mecaniques exterieures (pietinement, 
pluie, action des successions de secheresse et d'humidit6, etc.), 
par suite de leur action plus immediate. 

Les fagons peuvent etre plus ou moins profondes, et meme 
superficielles ; les necessites de sol et de climat guident et 
peuvent imposer certaines formules. Le principal est d'eviter 
les changernents du niveau de la sole. Les racines se consti- 
tuent dans une zone, la plus convenable, dont on ne peut 
changer impunement Fequilibre. 

Rien en tout cela qui ne s'accorde avec ce que nous pre- 
sumons de Faction de Fair et 1'eau. 

LESIONS. 

On a vu des lesions produire la chlorose. 

La cause n'en peut qu'etre le ralentissement qu'elles occa- 
sionnent, d'une circulation qui devient insuffisante pour la 
nutrition. 

Ges cas sont distincts de ceux qui nous occupent (1). 

(1) M. Dezeimeris a fait sur 1'inconvenient des lesions dues a la taille 
d'interessantes remarques. II en conclut au ro^na^e des gros bois en deux 
annees, eta 1'emploi de la serpe conjointement a celui du secateur L'imita- 
tion des procedts de coupe et d'enduits employes par la sylviculture ne 
pourrait certainement qu'etre avantageux a 1'attenuation des mauvaiscdtes 
de cette operation obligee. 



29 



GREFFAGE. 

On peut dire que, d'une facon generate , le greffage predis- 
pose a la chlorose. 

J'ai vu a 1'origine attribuer ce fait & un defaut de soudure 
qui ne saurait tre general, ou une carie que des sections 
longitudinales de pieds chioroses ne m'ont que rarement 
montre'e, alors que les me'mes especes (Riparia par exemple), 
non greffees, dans Jes memes conditions de sol et d'eau, 
n'etaient pas chlorosees. 

La greffe peut done entrainer la chlorose. Mais si on refle'- 
chit qu'elle constitue urie entrave mecanique a la circulation 
(dont le bourrelet et la difference de grosseur tlu porte greffe 
et du greffon sorit des manifestations), variable suivant la 
correlation des vaisseaux des deux cepages et la perfection de 
la soudure, de meme ordre que les ligature, incision annu- 
laire, inclinaison ou arcure du branchage, etc., on comprend 
que les effets de procedes, en apparence dissemblables, au fond 
analogues (1), soient pareillement analogues (fructification 
plus abondante, maturation plus precoce, titre gleucome"trique 
plus eleve, etc.). On congoit ainsi que. dans ces conditions, 
le fonctionnement des racines privies d'une seve utile a 
leur developpement ne puisse suffire a alimenter le vegetal 
et que la chlorose en reste facilitee. 

Neanmoins. puisque la chlorose atteint les cepages non 
greffes, on ne saurait evidemment voir dans la greffe autre 
chose qu'une influence possible; d'autant mieux que son 
resultat, non seulement n'est pas toujours nuisible au point 
de vue de la chlorose, mais meme peut-etre favorable (2). 



(1) Ces divers procedes tendent plus particulierement a creer un obstacle 
a la circulation de la seve descendante, elaboree par le feuillage et pro- 
voquer ainsi un engorgement relatif favorable au fruit. 

(2) (a) En greffant des Aramons sur des Herbemonts chlorosis, M. i'oex 
a vu disparaitre la chlorose. (II attribue ce resultat a la puissance veg6ta- 
tive plus active de 1'Aramon dont les feuilles transpirent plus que celles de 
lllerbemont.) 

Dans son traite des vignes ame>icaines, M. Sahut envisage avec raison 
F influence du porte-gretfe sur ie grelfon et du grelfon sur le porte-greffe. 
En observant ce qui se passe au point de vue de la vigueur, chez les pieds 
greftes, selon les varietes. on est trappe par 1'evidence de fails sur lesquels 



30 



GHLOROSE. 

Les effets apparents de la chlorose sont en particulier le 
jaunissement des feuilles et le ralentissement de la croissance. 
Sur les racines, on ne trouve pas de chevelu re'cent. Avec le 
rctour du cep a 1'etat normal, on constate la pousse des radi- 
celles. ,(Gotte -consequence est, a la fois, 1'indice d'un meilleur 
e*tat de la couche du sol ou elles ont pousse, et 1'effet force" du 
re'tablissement des fonctions et d'une circulation normale, 
consequence de cette amelioration (1). 

Tout cela n'est que conforme a I'idee que la chlorose 
(quelle qu'en soil la cause imme'diate) consiste en un trouble 
de fonctions relatives a la nutrition (respiratoires et de cir- 
culation nutritive) qui aboutit a un defaut de nutrition et se 
traduit visiblement par 1'aspect languissant du vegetal. 

A priori il semble qu'on doive presumer de ce defaut de 
nutrition un manque d'elements utiles chez les pousses de 
ceps chloroses. 

L'analyse chimique consultee a ce sujet a donne des resul- 
tats qui ont surpris (2). Alors qu'il semblait qu'on dut s'at- 
tendre a un deficit des elements chimiques essentiels, il se 
trouve, au contraire. qu'il y a d'une faQon ge"nerale, sinon 
absolue, un exces de ces elements dans la pousse de I'anne'e. 



il serait long de s'6tendre, et on ne peut que rester, sur ces points, d'ac- 
cord avec lui. 

(&) M. Dezeimeris a pu constater, dans une plantation de Rupestris greffes, 
que les rejets americains des ceps chlorosis 1'etaient aussi. On ne peut 
qu'en conclure, une fois de plus, a 1'origine souterraine de la chlorose. 

(1) Si on considere que les cellules absorbantes des poils radicaux et 
des couches epidermiques des jeunes racines sont vivantes, c'est-a-dire 
soumises aux lois devolution qui sont celles de 1'or^anisme vegetal et ani- 
mal, il faut bien adraettre que leur role ne peut qu etre temporaire. Elles 
ont done besoin d'etre renouvelees, et ne peuyent i'etre qu'autant que le 
vegetal qui les engendre sera dans des conditions d'alimentation et de 
circulation convenables et que le sol leur constituera un milieu propice. 

De la : la necessite de 1'avenement et de 1'elongation continue des radi- 
celles qui portent pres de leurs extremites ces organes absorbants, cette 
consequence de leur non developpement dans 1'etat chlorotique, 1'indice 
qu'est leur pousse ou son defaut de 1'etat du sol et du vegetal, et la ten- 
aance au maintien de 1'etat chlorotique ou a sa disparition, suivant 1'allure 
de cette pousse. 

(2) Voici des moyennes calculees d'apres quelques chiffres trouv^s par 
M. Joulie (Bulletin de la Societe des agriculteurs de France, 1888, f 77) : 



31 

A premiere vue, cet e*tat plgthorique est fait pour sur- 
prendre. En y reflechissant, on voit qu'il n'infirme en rien 
les notions acquises, ni notre thgorie. Nous croyons que la 
chose doit pouvoir s'expliquer comme il suit. 

(a) Dans les cas de chlorose (quelle que soit d'ailleurs la 
cause qui agisse me les racines), la vegetation exterieiire 
se ralentit. Si Ton veut bien observer que les chiffres indi- 
ques sont, non des teneurs absolues , mais des teneurs 
pour cent, on voit que les pourcentages ont pu augmenter 
sans que pour cela la teneur totale ait augmente. (Gelle-ci, a 
priori, ne peut qu'etre moindre.) 

(b) Dire que le pourcentage a pu auguienter, c'est, il est 
vrai, dire qu'il y a plethore a poids egal. Mais, si Ton y refle- 
chit, on voit que cette plethore semble plutot obligee, qu'elle 
n'a lieu d'elonner. 

II ressort en effet, non seulement de ce qu'on peut pre- 
sume^ de 1'observation de ce qui se passe au depart de la 
vegetation pour les boutures, ou pour la vigne racine'e alors 
que ses racines, dans un sol a peine tiede, n'ont pu lui 
fournir encore que des apports insignifiants, mais encore de 
1'analyse chimique, que : 1 Durant la premiere partie de la 
vegetation, les parties aeriennes se forment aux depens des 



DIFFERENCES POUR CENT DE LA TENEUR EN ELEMENTS UTILES DE PIEDS DE VIQNE 


CHLOROSES ET NON CHLOROSEB. 




i 


o 


f 


f 


f 


I 




* 


H p 
Q 9 


* 


PH 


04 


B = 


















H 


< o 


P 





Q 


O g 




3 


I 


g 


2 


i 


. O 






g 










Trois cepages : H. Bouschet (greffes), 


+ 19 


4- 32 


4- 94 


4- 73 


+ 120 


4- 260 


" 














Jacquez ( non greffe ) . . 


2,78 


+ " 


+ 86 


+ 72 


+ 33 


4- 43 





Nous avons s^pare a dessein les chitfres qui coneernent le Jacquez. On 
y remarquera que les diiferences sont plus faibles. Ce cepage n'est pas 
des plus chlorotiques; d'autre part il n'etait pas grefie, deux raisons pour 
qu'il ait et6 moins atteint. L'etat plethorique moindre qu'accuse le pourcen- 
tage des differences s'explique ainsi. 



32 

reserves clu cep (souches et racines); 2 que, de la floraison 
a la maturation, ce mouvement se continue pour se traduire 
par une diminution de teneur pour cent en elements utiles ; 
3 que ces reserves se ^constituent de la maturation du fruit 
a la chute des feuilles. 

Voici ci-dessous des chiffres extraits de recentes analyses 
d'echantillons de Se'millon et Sauvignon du vignoble blanc 
du chateau de Suduiraut, a la floraison et a maturation en 
sols de grave et d'argile, suffisants pour donner ide"e du 
phe'norneiie (1), 



(1) En comparant les huit analyses faites par M. Joulie, dont quatre a la 
floraison et quatre a maturation, calculant les pourcentages moyens, et les 
differential j'en ai deduit le tableau approximatif qui suit. Le signe 4- 
indique un gain, le signe une perte, de la floraison a la maturation. 
Ses chiffres sont rapportes a la floraison (de teneurs $). 



VARIATIONS MOTENNES POUR CENT DK LA FLORAISON A LA MATURATION DE LA TENEUR 


EN ELEMENTS UTILES DE SEMILLON ET SAUVIGNON BLANCS EN SOLS DE GRAVE ET 


D'ARGILE (chateau de Suduiraut-Sauternes, 1883. 






o 


5. 

















d 


fc 




, 


5" 















OH 


s% 


W* 

p w 




cC 


fc 


* 


0; 




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W 






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S 


8' 


H 


>< 


Ed 




o 


n 


^ 3 


p 


H 


^5 


o 





O 




< 


I 




g 


O 
4 


o 


co 


M 

o 


g 








a 




M 


p^ 












Q-l 


CO 














Souches et racines .... 


22 


4-3 


34 


21 


10 


+ 9 


1 


36 


72 


Sarments 
Feuilles 


36 
14 


17 
9 


34 
b 


+ + ,L 


fT 


47 
24 


4- 150 

+ 1 


4- 2 

^ __ 2 


4- 2 
82 






















Fruit 


4- 


4- 


4- 


+ 


+ 


4- 


4- 


4- 


4- 






















Sarments , feuilles et 




















fruit 


39 


23 


39 


4- 74 


6 


31 


6 


34 


92 






















Pied entier 


19 


4- 7 


26 


21 


4- 10 


4- 17 


+ 0.1 


39 


96 





Ces chiffres mettent en evidence 1'importance des reserves du cep 
(souche et racines) anterieures a la pousse, et celle du transport des ele- 
ments utiles qui s'opere successivement dans 1'interieur du vegetal au fur 
et a mesure de son accroissement. (Des analyses de cepages du Midi 
montrent des r^sultats analogues.) 

Ces faits ne sont point particuliers a la vigne. Us semblent devoir etre 
une loi commune pour les veg^taux. (Sur le me, M. Isidore Pierre a etudie 
les migrations de 1'acide phosphonque qui quitte successivement les 



33 

On congoit que si la vegetation exterieure, entravee par le 
mauvais fonctionnement des racines, subit un ralentissement, 
le cheminement de ces reserves puisse amener une concen- 
tration qui se traduise par un accroissement de pourcentage 
malgre que la teneur totale reste moindre que si la vegeta- 
tion eiit suivi son cours normal, et qu'il y ait chez le vege- 
tal atteint dans sa nutrition, plethore, la ou Ton pouvait s'at- 
tendre a 1'inverse en oubliant ces phenomenes de transport. 

II n'y a done en tout cela, non seulement rien d'anormal, 
mais meme rien qui ne fut oblige. 

Si les racines eussent pu fonctionner normalement, la 
vegetation exterieure eiit continue sans que cette accumula- 
tion se produise et le developpement des extremites des 
racines (consequence de la circulation de la seve elaboree par 
les feuilles, effet et indice d'abord, cause ensuite) eiit dote la 
vigne d'organes de nutrition qui 1'eussent, a leur tour, ai'dee 
dans 1'accomplissement du cycle de ses fonctions. 



CONCLUSIONS. 

La vigne exige, comme tous les vegetaux, certaines condi- 
tions (chimiques et physiques) de milieu. 

Ges necessites ne sont pas exactement les memes pour 
toutes les varietes de cette plante. 

Ou ces varietes viennent ces conditions existent, puisque 
ce sont elles qui ont du presider a 1'adaptation ; c'est la qu'il 
faut rechercher les elements favorables. Reciproquement, ou 
elles existent ces varietes doivent venir, les memes causes 
engendrant les memes effets ; c'est la qu'il faut etudier leurs 
effets normaux. Inversement, ou ces varietes souffrent, ces 
conditions doivent faire defaut ; c'est la qu'il faut rechercher 
les elements defavorables et en apprecier la valeur. Et reci- 



parties basses pour se concentrer finalement en majeure partie dans la 
graine.) 

Des analyses successives de pousses de vigne au fur et a mesure de leur 
croissance qnt montr que la teneur des plus jeunes e"tait la plus conside- 
rable (Joulie). Ge fait est connexe du precedent. II est naturel que les 
pousses avortees ties pieds chloroses offrent une concentration analogue, 
plus grande que si leur developpement eut ete normal. 



34 

proquement, ou ces conditions manquent, ces varietes doivent 
souffrir et on y pent etudier les effets pernicieux de Jeur 
defaut. 

L'examen de ces effets favorables et defavorables fait au 
point de vue de la chlorose semble conduire aux conclusions 
suivantes (conformes a celles que nous avions emises ante- 
rieurement). 

L'insuffisance de certaines de ces conditions de milieu peut 
entra'iner le trouble des fonctions de nutrition qui se traduit 
plus particulierement par le ralentissement ou 1'arret de la 
pousse et la decoloration du feuillage. 

Get etat peut avoir un caractere, soit temporaire, soit plu- 
tot permanent, qu'on serait tente de rattacher dans le premier 
cas a des influences temporaires. telles que celles exterieures; 
dans le second, a des influences permanentes, telles que 
celles souterraines. 

L'examen conduit a ecarter Fidee exclusive d'une cause 
exterieure et a ne voir, dans la generalite des cas de chlorose 
que les effets d'une meme action souterraine de causes tant 
exterieures que souterraines. 

Un defaut dans les conditions chimiques du sol, le manque 
oula surabondance de certains elements, ne parait, en 
Fespece, exercer qu'une action faible ou nulle. Si des sols de 
certaine composition penvent etre consideres comme chloro- 
tiques, on peut considerer aussi que les sols chlorotiques sont 
de composition variee. L'insuflisance des agents chimiques, 
contre cette etat, confirme ce point de vue. 

On ne peut qu'en conclure soit a un defaut ou exces d' ele- 
ments physiques, soit a un vice dans les conditions physiques, 
susceptible d'entrainer une action speciale de ces elements : 
chaleur, eau, air. 

Le defaut ou 1'exces dans le sol de certain de ces agents, 
nuisible a Ja vegetation souterraine, peut entrainer la chlorose. 
Tels sont : le defaut (ou 1'exces) de chaleur, et plus speciale- 
ment, 1'exces d'eau (ou son detaut qui resulte, en particulier, 
de Fetat calorifique). Mais il faut se convaincre que 1'effet de 
ces agents depend specialement des conditions de sol suscep- 
tibles de les aggraver (ainsi que de la sensibilite relative des 
cepages). 



35 

En Fespece, en dehors des cas ou nne secheresse excessive 
du sol est la cause palpable de Far-ret des fonctions d' absorp- 
tion souterraine d'ou resulte le defaut de nutrition dont 
1'etat chlorotique est a la fois la consequence et 1'indice, 
1'action du second de ces deux elements (1'eau) n'est qu'indi- 
recte. G'est surtout 1'atmosphere du sol qu'il faut consi- 
derer (1). 

Les racines respirent (elles absorbent de Foxygene et 
expirent de 1'acide carbonique a la lagon des autres organes 
vegetaux depourvus de chlorophylle ou prives de lumiere). 
Si 1'atmosphere immediate des racines, confinee, est de 
volume trop restreint, elle se vicie d'autant plus, et il y a 
asphyxie relative des racines; si elle est supprimee, il y a 
forcement suppression de leur fonctions respiratoires, 
asphyxie complete. Tout porte a croire que la cause imme- 
diate de la chlorose git dans cette asphyxie. 

Ces conditions de 1'atmosphere oxygenee des racines et, 
en particulier, son manque plus oumoins absolu, sont 1'effet 
des actions superposees, favorables ou defavorables, des autres 
agents, particulierement la chaleur et surtout 1'eau, suscep- 
tibles d'agir : la chaleur par son action sur 1'eau, 1'eau par 
son action directe sur 1'atmosphere du sol. 

L'intensite de -cette action varie suivant le sol. Son effet 
nuisible (ou utile) varie en proportion de deux facultes des 
sols qu'on peut denornmer : capacite pour Fair (contenance et 
facilite de circulation); affinite pour Feau (aptitude a Fabsor- 
ber et a la conserver). L'accroissement de la premiere, la 
diminution de la seconde sont favorables. 

La premiere est un effet de capacite relative (rapport des 
vides au plein); quant a la facility de circulation, elle est faci- 
litee par la grandeur des interstices. La deuxieme est moins 
un effet de capacite que de spongiosite ou capillarite. (Le 
maximum de capacite est, pour des raisons d'ordre geome- 
trique, obtenu avec des elements egaux en grosseur. La 



(1) Le cas ou Ton pourrait imputer au seul defaut de la chaleur du so 
la nutrition insuflisante du cep vegetal sollicite a Texterieur par des con- 
ditions favorables et une vegetation active, nous semblent tout au moins 
rares. G'est dire que, dans 1'ordre des palliatifs, la voie qui viserait cette 
cause nous parait devoir etre infeconde. 



36 

capillarite, par des raisons de meme ordre irait plutot en 
augmentant avec 1'inegalite de ces elements. Elle depend 
surtout de la tenuite des elements favorable a la multiplicity 
et 1'exiguite des conduits capillaires, sieges des phenomenes 
d'attraction capillaire.) La premiere serait plutot independante 
de leur nature, la seconde serait plutot liee a leur consti- 
tution . 

G'est la plus importante a considerer et, parmi ses facteurs, 
la constitution physique qui resulte de la nature chimique des 
molecules. On concoit, en effet, que du sable pur, me'me forme 
d'elements inegaux et tasse au maximum, jouisse de pro- 
prietes capillaires moindres qu'une pate liante formee d'ele"- 
ments moleculaires d'une tenuite extreme, de caractere 
plastique, et susceptible, par suite de sa capillarite plus 
grande, d'etre, sous sa forme compacte, a la fois, d'une pene- 
tration par Fair plus difficile et d'un pouvoir absorbant pour 
1'eau d'autant plus considerable que sa ftuidite permet un 
accroissement de volume qui en favorise Tabsorption. 

Nous estimons done que la cause des differences d'intensite 
qu'offrent. suivant les sols (toutes autres influences egales), 
les phenomenes de chlorose, c'est-a-dire la cause de la diffe- 
rence entre le pouvoir chlorotique des terrains, git dans la 
difference des facultes capillaires de la substance qui les con- 
stitue (proprietes physiques inherentes a la constitution 
moleculaire speciale qui derive de leur nature chimique.) 

Ainsi, un sol de nature chlorotique sera non seulement 
celui qui offrira, tasse, un rapport moindre du vide au plein 
et une tenuite d'elements defavorables la circulation de Fair, 
mais encore, et surtout, devra a sa nature, au plus haut 
degre, des facultes capillaires susceptibles de se traduire par 
une aptitude au remplissage le plus complet de ses vides 
moleculaires par 1'eau, et une plus grande facilite a devenir 
dans cet etat fluide et susceptible, par suite, de gonflement, 
c'est-a-dire celui qui sera apte a mal conserver Fair, a absorber 
1'eau et a la retenir. (Ajoutons que ces memes sols, dont la 
puissance d'attraction capillaire, antagoniste de celle de 
1' absorption ve'getale, est susceptible de la tenir en echec a un 
certain degre de, dessication, sont ceux qu'atteignent force- 



37 

ment le plus les secheresses extremes susceptibles d'engen- 
drer Fetat que nous pourrions appeler Morose par siccite 
(ou seche] . 

La chlorose qui nous occupe (et qu'on pourrait, par 
opposition, appeler Morose par humidite ou humide) varie, 
non seulement selon le sol, mais encore suivant les quantites 
d'eau et, surtout, suivant le regime de Fapport et de la 
disparition de cette eau. 

Pour un regime regulierement constant, il s'etablirait un 
etat d'equilibre. L'etat d'aeration des divers sols et des 
diverses couches, different pour chaque, resterait sans varia- 
tions ; les racines s'etageraient, et sauf le cas, bien entendu 
defavorable, ou la profondeur de la couche suffisamment aeree 
serait trop faible pour le libre developpement des racines, la 
vigne pousserait sans accident respiratoire et nutritif. Mais il 
n'en peut etre ainsi. Les moyens de depart par egouttage 
(sous-sol permeable, drains, pente) fussent-ils parfaits et 
susceptibles d'un debit quelconque, le depart par evaporation 
(suivant la temperature, le rayonnement solaire, Fetat 
hygrometrique de Fair, le vent, la vegetation parasitaire ou 
voulue), et surtout Fafflux d'eau, varient. II en resulte 
forcement des contenances en eau et air tres differentes, tout 
specialement pour les materiaux d'une constitution mole- 
culaire telle que leur pouvoir capillaire et leur faculte de 
retenue, par suite, sont considerables. 

Tandis que les uns (ceux non plastiques), facilement 
egouttables. ne seront que faiblement influences defavorable- 
ment par la traversee de Feau qui (agissant en particulier 
comme piston) sera pour eux une occasion de rentree d'air, 
ceux plastiques, au contraire, se comporteront comme une 
eponge, se remplissant d'eau et se dilatant comme elle, en 
meme temps que, se vidant d'air, Feau se substituant a Fair. 
Mais, quel que soit Fegouttage, ils ne la rendront que lente- 
ment, par apport du centre a la surface en se contractant a 
mesure, conservant ainsi pendant une longue periode le sol 
qu'ils constituent, prive d'air. On concoit que les racines qui, 
durant la periode favorable, avaient pu se loger, tout au 
moinssuperficiellemeiit, dans ces sols (qui se fendent d'autant 



38 

moins qu'ils sont en sous-sol), sont alors dans des conditions 
d'asphyxie incompatibles avec la vie vegetale et leurs besoins 
normaux, que le vegetal en souffre, et que 1'etat chlorotique 
puisse en resulter. 

On s'explique ainsi la chlorose, non seulement dans les 
terrains on les couches refractaires sont superficielles, mais 
encore dans le cas ou elles sont en sous-sol, et ce fait que des 
pieds, qui ont pourtant a leur disposition une epaisseur de sol 
non chlorotique suffisante, puissent s'y chloroser a mesure 
qu'ils atteignent la couche refractaire qui se comporte d'une 
faQon qui a pu faire croire a un veritable empoisonnement 
du cep. 

Si, par suite d'une periode chaude et seche assez longue, les 
conditions redeviennent favorables. la vigne, s'accommodant 
d'un milieu souvent tres bon chimiquement, y poussera de 
nouveau des racines destinees a redevenir pour elle, avec le 
retour de la periode humide, 1'occasion de nouveaux troubles 
susceptibles de se traduire par une nouvelle chlorose. Cette 
lutte d'elements opposes, dont le resultat sera, selon les cas, 
dans un sens ou dans 1'autre, constitue pour le cep une per- 
petuelle souriciere. 

Ainsi, etant donne un sol chlorotique, c'est moins 1' existence 
ou 1'intensite des causes de mbuillage, ou que celle de leurs 
variations et Finconstance de leur regime qu'il importe de 
considerer. (Nous appelons 1'attention sur ce point de vue dont 
on peut, en particulier, conclure qu'il faut, dans les observa- 
tions relatives a rindemnite des sols ou des cepages, tenir 
compte, du regime de leur climat.) 

Les effets de cette asphyxie, absolue ou relative, se tra- 
duisent par une circulation , une nutrition et un develop- 
pement moindres. Pendant ce temps, le vegetal vit des reserves 
du tronc et des racines qui s'accumulent dans se's pousses 
(branchage et feuilles) en quantite relativement plus grande 
par suite de leur elongation moindre. 

Dans ces conditions, tant par suite de ce trouble fonction- 
nel general que de Finsuffisance de leur milieu, les racines 
ont leur developpement entrave et sont d'autant moins aptes 
a concourir a la restitution de nouveaux elements. 



39 - 

L'epuisement qui s'en suit peut aller jusqu'a la mort du 
cep. 

Les causes disparaissant, I'apparence chlorotique cesse, et 
on constate la pousse des jeunes racines. C'est la, a la fois, une 
consequence etun indice (mais non une cause); reciproquement 
cette pousse sera d'un effet favorable, contraire a la chlorose. 
(Dire que la jaunisse vient d'un defaut de developpement des 
racines, serait prendre un effet pour la cause qui 1'a produit.) 

Si ces effets des modifications du milieu varient suivant les 
sols, ils varient aussi suivant les cepages. 

Les uns semblent refractaires a la chlorose, les autres y 
sont sensibles, d'autres le sont a un degre intermediate. 

L'allure differente de leurs racines, les variations d 'allures 
de ces racines suivant les sols et les climals, leurs facultes 
d'enracinement differentes sont de nature a faire presumer 
pour les premiers des besoins moindres de 1'air du sol. A 
1'inverse, les seconds, plus exigeants, auraient des besoins 
respiratoires plus considerables. Leur tenue dans des condi- 
tions favorables on defavorables suffit a le prouver. 

G'est en particulier dans la difference de structure de leurs 
racines (pour les premiers plutot grosses et plongeantes, pour 
les seconds plutot fibreuses et a chevelu), qu'il faut vraisem- 
blablement chercher la clef de leur difference de tenue, et ce 
sont elles qu'il faut consulter pour avoir la meilleure adapta- 
tion, un mauvais choix de sol pouvant'etre pour les cepages 
les pins sensibles une occasion de chlorose. 

Ges considerations s'appliquent aussi bien aux especes du 
genre Vinifera qu'a celles americaines. 

Si la greffe favorise generalement la chlorose, cela ne peut 
que tenir a 1'obstacle mecanique qu'elle cree a une circulation 
riecessaire au developpement du cep et des racines. 

Les plantations faites en plants greffes (sur boutures ou 
mieuxsur racines), soudes en pepiniereset selectionnes, sont, 
a priori, mieux constitutes au point de vue des inconvenients 
de soudure que celles greffees sur place. (Et Ton peut esperer 
pour elles un racinage satisfaisant si Ton considere qu'il se sera 
produit dans des conditions plus en rapport avec leur etat 
definitif.) 



40 

Les moyens a opposer a la chlorose ne peuvent qu'etre : le 
choix du c6page ou du sol, et les actions susceptibles d'agir 
sur Tun ou Tautre. 

Si notre theorie est exacte, ils devront s'inspirer des pro- 
prietes capillaires des sols et des besoins d'eau et d'air (d'air 
sur tout), des racines. 

II importe avant tout de choisir pour un sol donne un 
cepage qui s'y plaise, et pour un cepage dorme un sol qui 
lui canvienne, en un mot d'avoir la meilleure adaptation. 
Pour trouver le cepage susceptible de s'accommoder de cer- 
tains sols qu'on pent qualifier de chlorotiques, il faut choisir 
a 1' extreme de la classification qui derive de Fexamen des 
racines, la categoric des cepages les moins exigeants, qu'on 
peut conside'rer comme indemnes (en se disant toutefois, non 
seulement qu'il est bon de connaitre les sols dont ils s'accom- 
modent, mais encore qu'il ne faudrait pas perdre de vue les 
conditions de climat et particulierement le regime hygrom6- 
trique des regions ou on les a le plus observes jusqu'ici). 

On est moins maitre du sol ; chacun a celui qu'il peut. Si 
on a le choix, 11 sera bon de ne pas oublier qu'aucun vegetal 
ne s'accommode de tous les milieux, et de ne pas vouloir 
planter partout de la vigue. Rien n'oblige a en etablir. Us s'en 
va faire assez, probablement meme plus que ne le voudraient 
la consommation et la prosperite de ces entreprises si le mou- 
vement actuel, universel, provoque par 1'invasion phylloxe- 
rique, se poursuit comme il semble probable. 

Agir directement sur les cepages auxquels on peut tenir a 
un point de vue special, tel que celui de la chlorose, n'est 
pas absolument impossible, bien que difficile. En outre de la 
selection, des moyens relatifs a la greffe ou au bouturage et a 
la plantation (susceptibles de viser le meilleur accouplage et un 
racinage plut6t .superficiel que profond). on a a son service, 
pour les modifier, les hasards du semis et les chances de 
1'hybridation. 

Agir sur le sol est plus aise et plus pratique. On peut entre- 
prendre d'en modifier la masse par des apports, en particulier 
siliceux. susceptibles de modifier son etat capillaire, de le 
rendre moins plastique et plus permeable (sable siliceux, 



41 

graves, terres assechantes, enfouissage de plantes, debris et 
engrais vege'taux, etc.). Forcement parfois, cestravaux seront- 
ils susceptibles d'un cout superieur a la valeur du resultat a 
obtenir et faudra-t-il y renoncer. II suffira, le plus souvent. 
des moyens tendant a 1'egouttage et 1'aeration : pentes, fosses, 
drains, (en poterie, pierres, vegetaux : branchages, sarments, 
etc.), sansparlerde rameublissement originel et cultural (1). 

En resume : 

La chlorose est a la fois la consequence et 1'indice d'un 
defaut de nutrition. Gelui-ci resulte generalement, soit des 
effets de la dessication du sol, soit le plus souvent de leur 
mouillage. 

Dans le premier cas (chlorose par siccite) , les effets de 
cette dessication sur les liquides nourriciers ou les organes 
d'absorption suffisent a 1'expliquer. Dans le second (chlorose 
par humidite), le plus a considerer, la cause immediate de 
ces effets de 1'eau reside surtout dans Fasphyxie qu'entraine 
1'expulsion, par 1'eau, de Fair du sol. 

Les proprietes capillaires (variees) des sols, les besoins 
d'humidite et d'aeration des ce'pages (varies aussi), sont 1'ori- 
gine de ces effets. 



(1) TABLEAU DES PRINCIPAUX MOYKNS POSSIBLES CONTRE LA CHLOROSE. 



ELEMENTS. 


PROCEDES 


OBJECTIF 
POUR 


IMMEDIAT. 
CONTRB 


EFPETS. 




Bacinage superficial 


Aeration .... 








Adaptation (des porte-greffes et 
greffons) 


Circulation. . 


I 


Durables. 


Gep. 


Bonne soudure , etc 


Circulation.. 




Durables. 




Selection 


Tenue 





Durables. 




Portes-greffes refractaires (s'il 
y a lieu ) 


Tenue 




Durables. 












Gep et sol . 


Adaptation (des ce pages et des 
sols ) . . .... 


Tenue 




Durables. 














Ameublissement 


Aeration 




Temporaires. 


Sol 




Aeration 


Humidite 


Durables. 




Egouttage 




Humidit6 . . . 


Durables. 













42 

Les moyens opposer a la chlorose sont surtout preventifs. 

Qu'ils visent le sol ou les cepages, ils ne peuvent que 
deriver de ces vues. 

Ou, s'il fallal t conclure en deux mots : 

La cause immediate de la chlorose la plus a considerer est 
1'asphyxie des racines ; ses remedes doivent surtout s'inspirer 
de cette idee. 

EMILE PETIT. 

30 mars 1888. 



43 



ANNEXE 



NOTE RELATIVE A UN GAS DE GHLOROSE 



II m'a ete donne d'observer un cas de chlorose frappant par certains 
cotes ; les conclusions qu'il suggere m'ont paru de nature a pouvoir etre 
rapportees utilement. 

Chez M. Dezeimeris, a Loupiac, se trouve une vigne, greffee sur Riparia, 
chloros6e. Le sol de cette piece offre, en certaines places, la m6me terre 
calcaire, blanchatre, d'aspect crayeux qu'on retrouve a Sainte-Croix-du- 
Mont et sur d'autres points de cette rive de la Garonne. 

Partout ou on 1'y voit, il y a de la chlorose. Elle en est done la cause 
ou Toccasion. 

Ailleurs, le meme fait s'observe par endroits. II faut done supposer que 
cette meme formation calcaire y existe en sous-sol. Des tranchees de drai- 
nage montrent effectivement qu'il en est ainsi. 

Parmi celles-ci, il en etait une, moitie en vigne chlorosee, moitie en 
vigne d'aspect normal, dont voici la figure ci-contre. 

A B ' G D 



(2) . \ E (1) F 



G 



ADD : Surface du sol. 

BG : Plan de separation des deux terrains, normal a droite (n 1), 
crayeux a gauche (n 2). 

EF etage inferieur des racines ; ce plan est parallele a la surface du sol 
BD et rencontre en E le plan BG. 

AB est chlorose. BG est chlorose". CD ne Test pas; en G la chlorose cesse. 
Tels sont les faits. 

AB est chlorose. Le milieu constitue par le terrain n 2 est done impropre 
a la vigne. 

GD ne Test pas. Le milieu n 1 lui convient done. 

BG est chlorose\ Done un sol (tel que celui n 1), reposant sur un milieu 
refractaire (n 2), est susceptible d'entrainer les memes inconve"nients 
que ce dernier ameurant a la surface. 

A droite de G (en GD), pas de chlorose; a gauche (en GB), chlorose. 
G'est montrer que des pieds qui poussent normalement dans un sol nor- 
mal, se chlorosent a mesure qu ils atteignent la couche anormale qui leur 
constitue un milieu impropre. 

Et cependant en C, le premier pied chloros6 a une profondeur sumsante 
pour son libre d^veloppement. Evidemment s'il se fut trouve en E, au lieu 
du sol n 2, une matiere inerte et dure (granit, marbre, poterie, m6tal, 
etc.), 1'accident n'existerait pas ; il y a la 1'action bien defmie d'un milieu 
(le n2) de constitution chimique differente de celle de son voisinle n 1. 
En faudrait-il conclure a une sorte d'empoisonnement produit par le 
defaut, 1'existence ou la surbondance de certains elements dans cette 
couche, puisque maintenant que ce pied 1'atteint, il en souffre etpeut-etre 
en mourra? 



44 

Mais continuous 1'examen. 

Quelques radicelles du pied en G et de ceux en CB existent, il est vrai, 
superficielles et faiblement developpe"es, incrustees dans ce sous-sol ou 
elles puisent la mort. En AB, c'e"tait oblige, puisqu'elles n'avaient pas le 
choix, mais en G? Le milieu (n 2) etait done partiellement favorable. 

Et cependant nous conslatons qu'il est impropre, a en juger par le resul- 
tat en AB. On ne peut qu'en conclure que ce milieu qui ne pent etre a la 
fois refractaire et propice, est Tun ou 1'autre selon les moments. 

Sa composition chimique est fixe ou peu variable. G'est done dans les 
conditions physiques cm'il faut chercher ces variations, causes secon- 
daires, dont la nature physique du sol, consequence elle-meme de sa con- 
stitution chimique, entrame la possibilite. 

Quelles sont les causes physiques dont les variations, influencant le sol, 
sont su'sceptibles de modifier amsi son etat physique? Un sol, parmi les 
agents physiques, subit surtout 1' action de la chaleur, de 1'air et de 1 eau. 
L air reste le meme, la quantite de chaleur et d'eau qu'il recoit varie. Evi- 
demment, ce n'est point 1'air. G'est bien peu, ou point non plus, la chaleur; 
son action, relativement reguliere et lente, s'exergant en G chlorose, de 
m&me qu'en CD non chlorose'. 

Serait-ce 1'eau? Tantot cet element fait defaut, tantot il arrive abon- 
dant, brusquement, de la couche permeable (n 1 ), qu'il traverse avec faci- 
lite, a la couche (n 2) refractaire. Evidemment, c'est surtout elle qu'il 
faut, en I'espece, considerer. 

II faudrait done en conclure a une permeabilite moindre de la couche 
refractaire jointe a une certaine spongiosit6 ? Tel semble etre, en effet, 
le caractere du sol observe. Le n 1 parait plus siliceux et plus meuble ; 
le n 2, mouille, est d'un autre aspect; il doit agir vraisemblablement a la 
facon d'une eponge gluante. Ce caratere semble commun a la marne et 
aux argiles refractaires aux vignes americaines, greffees surtout. 

Mais cette eau, comment agirait-elle ? Un homme qui se noie, le 
phylloxera qu'on submerge, une plante dont on tient, en cours de vegeta- 
tion, les racines plongees dans une eau, stagnante surtout, perissent non 
empoisonnes, mais asphyxias. Nous ne respirons pas seulement par les 
poumons, un vegetal n exige pas seulement de 1'air pour sa ramure feuil- 
lee ; ses racines respirent aussi, 1'inverse serait plutot etonnant. Adaptees 
a leur milieu comme tous les etres anciens le sont au leur, elles ont besqin 
de 1'air qui s'y trouve, comme le poisson demande a reau la faible quantite 
de ce gaz qu'il peut dissoudre, et meurt si, par un artifice quelconque, on 
interrompt le renouvellement de son aeration. 

Du reste, ce fait reconnu de la respiration des racines n'est-il pas tan- 
gible? Si 1'etage inferieur des racines s'arrete suivant EF, parallelement 
a la surface du sol dont il re"pete les ondulations, si ces racines sont des- 
tinees a s'arreter a une distance limite de la surface meme dans un sol 
profond, si tous les v^getaux se comportent de meme, si plantes trop pro- 
fond ils souffrent et poussent des racines qui se relevent, si on les tue en 
les enterrant outre mesure, n'est-ce point parce que ces organes souter- 
rains ont besoin non seulement de chaleur et d'humidite, mais encore 
d'air? 

La vigne en C (et ABC) souffre done d'asphyxie. En temps sec, elle a 
pu trouver dans le sous-sol (n 2) un milieu favorable et y a pousse des radi- 
celles. Noye d'eau, ce milieu est devenu impropre, alors que dansle sol n 1 
facilement egouttable, 1'air. un instant partiellement chasse, est rentre, 
aspire par la descente de 1'eau vers ce sous- sol qui fait eponge, la recoit, 
raJbsorbe vite, et ne s'en separera qu'avec lenteur. 

Ce qui montre, d'ailleurs, que les sols refractaires doivent agir moins en 
vertu des elements qu'ils contiennent que par les proprietes physiques qui 
re"sultent de la nature de ces elements, c'est le fait que ces memes terrains, 
les marnes par exemple, dont les banes compacts sont hostiles a la vege- 
tation, n'en restent pas moins susceptibles d'etre utilement meles a 
d'autres sols ingrats, voire meme a des elements inertes, pour en faire un 
tout meilleur. Dans un sol marne, 1'examen montre attachees aux parcelles 
de cette meme marne, et y penetrant par ses fissures comme la recher- 
chant, ces memes radicelles dont elle favorise le developpement alors qu'en 
masse elle leur e"tait refractaire. 



45 

Du reste, ces vues sur 1'action du sol ne me sont point particulieres : 
elles se rattachent a I'importance qu'attribuent a 1'etat physique du sol 
divers auteurs, en particulier le docteur Guilbert, M. Cazeaux-Cazalet, 
M. Vassiliere. 

Un point reste a examiner. 

Pourquoi les vignes greffees (comme il arrive pour les Riparias) sont- 
elles plus sujettes a la chlorose que non greffees? Vraisemblablement ne 
serait-ce point parce que la reconstitutiqn du chevelu, dont la vie et le 
developpement ont souffert pendant la periode defavorable, est, pendant la 
periode favorable, entravee par Faction (egalement physique) de la sou- 
dure qui gene la circulation de la seve descendants, et que cet effet, cause 
a son tour, entraine une nutrition insuffisante du cep dont 1'anemie se tra- 
duit par la chlorose ? 

Conclusion. Tous les cas de chlorose rentrent-ils dans cette categorie? 
Pour d'autres, sans doute, le defaut de nutrition qui entraine 1'anemie du 
vegetal est du a d'autres causes, mais il me parait probable que ce sont-la 
les inoins nombreux, et que 1'explication qui precede est admissible pour 
la plupart. 

Si elie etait exacte, qu'en conclure, sinon que c'est dans la voie de nom- 
breux drainages, de melanges dft terres assechantes perme"ables (siliceuses 
surtout pent-etre) sur une epaisseur superieure a la profondeur maximum 
que pourront atteindre les racines, et plus generalement de tous les pro- 
cedes susceptibles de favoriser 1'egouttage du sol et Iteration des racines, 
qu'il faudrait chercher le remede, plutot que dans 1'addition de substances 
inspirees d'un defaut de composition, alors que la nature physique du sol 
serait surtout en jeu? 

Peut-etre encore, si on pense agir sur le ye'getal, pourrait-il convenir 
d'attendre pour planter que le sol ainsi remue se soit tasse de telle sorte 
que les racines n'y descendent point trop vite, de planter superficiellement 
plutot que profondement (peut-etre meme, si on greffe sur place, d'at- 
tendre pour le faire d' avoir un pied bien installe). Cela n'empechera pas la 
recherche des porte-greffes- susceptibles de s'accommoder mieux que 
d'autres de conditions defavorables, moyen commode assurement, mais 
sur 1'efficacite possible duquel il ne faudrait pas se reposer d'une facon 
trop absolue. 

II y aura certainement, malheureusement, des cas ou le prix de revient 
trop eleve des travaux a faire pour la transformation du sol en un milieu 
favorable sera un obstacle et conduira a renoncer a la culture de la vigne. 
Mais n'en est-il pas ainsi de toutes les autres cultures? Aucune ne s'ac- 
commpde de tous les milieux. Les difficultes de cet ordre n'infirment en 
rien, evidemment, la valeur technique d'un principe et les precedes qu'on 
pent deduire de la connaissance des causes. 

En 1'espece, ces causes sont-elles celles que nous presumons? G'est la 
surtout ce qu'il importe de fixer. G'est a ce point de vue que la serie des 
deductions qui precedent nous a paru susceptible d'interet. 

(II serait non seulement utile de comparer les compositions des sols 
refractaires, mais encore d'experimenter, entre autres essais, leur capacite 
pour Fair et 1'eau. Peut-etre y trouverait-on la confirmation de ces vues). 

(Communication faite au Congres viticole de Bordeaux, 1886, 
par M. Emile Petit, ingenieur civil, proprietaire au chateau 
de Suduiraut par Preignac (Gironde). Extrait du compte-rendu 
in-extenso : f CXX.) 



46 

TABLEAU DE I/ACTION, RECIPROQUE ET SUR LE CEP, DBS PR1NCIPAUX ELEMENTS 
EN JEU DANS LA VEGETATION ET PLUS SPEC1ALEMENT DANS LA CHLOROSE. 









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