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La Cuisine anglaise et Américaine
SCEAUX. — LUPRIMERIE CHARAIRE
Alfred SUZANNE
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Cuisipe et pâtisserie
Anglaise et /liwicairçe
TRAITE DE L ALIMENTATION EN ANGLETERRE ET EN AMERIQUE
DEUXIEME ÉDITION
Illustré de nombreux dessins par Gérard TANTET et FROMENT
PARIS
L'ART CULINAIRE. 4, PLACE SAINT -MICHEL
ET CHEZ L'AUTEUR, 18, RUE MONSIEUR-LE-PRINCK
1904
Tous droits réservés.
A LA CUISINE
D'après le tableau de BERGERET, Salon de 1893
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UBRARY
PRÉFACE
Il est un fait indéniable, c'est que depuis quelques
années les usages et les coutumes anglaises se sont graduel-
lement intronisées en France. Les sports les plus en faveur,
tels quie le foot-balL le lawn-tennis, le golf, le rally-paper,
le polo, les courses et le croquet , ont été importés
d'Angleterre, et la cuisine anglaise elle-même tend égale-
ment à vouloir se populariser chez nous, ce dont on peut
se convaincre, en consultant les menus des bonnes tables
et les cartes des grands restaurants parisiens. Une preuve
flagrante de cette tendance à « festiner » à l'instar de nos
voisins, c'est que nous avons adopté et francisé, tout en leur
conservant leurs noms d'origine : le five o'clock, le lum-
cheon et le garden-party.
La visite officielle du roi Edouard VII à Paris en 1903.
ainsi que la splendide réception faite au Président Loubet à
Londres, n'aura pas peu contribué à établir la bonnes
entente entre les deux peuples et à leur faire oublier leurs
vieilles querelles d'antan.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Fiers de notre supériorité culinaire, incontestable du
reste, et dominés par un chauvinisme ridicule et i par
d'absurdes préjugés, nous n'avons jamais voulu admettre
qu'une autre nation pût produire de la bonne cuisine.
Cependant, et j'en appelle au témoignage de ceux qui ont
voyagé à l'étranger, on trouve dans chaque pays quelques
plats nationaux qui ne manquent pas- de mérite, et certaines
spécialités qui ne sont pas à dédaigner.
Est-il, par exemple, un potage plus onctueux que la
soupe à la tortue? Connait-on une friture plus délicate et
plus friande que celle du white-bait, un rôti comparable au
cochon de lait farci de sauge et d'oignon, et rien de plus
délectable qu'un pudding de beefsteaks ou d'alouettes ?
Le jambon d'York jouit d'une réputation universelle, et,
quant au lard fumé du Wiltshire. il n'en est pas au monde
qui égale son arôme et sa saveur.
Faut-il citer encore le curry de poulet à l'indienne, le
faisan grillé à la diable, le lapin braisé aux câpres et tant
d'autres mets savoureux dont la seule nomenclature fait
perler une larme au coin des lèvres ?
La cuisine a fait un pas immense en Angleterre depuis
une cinquantaine d'années, et aujourd'hui nous avons à
Londres des cuisiniers anglais qui peuvent rivaliser de talent
avec nos meilleurs chefs français.
Je ne viens pas de parti pris vanter les beautés ni les
bontés de la cuisine anglaise, ni même établir une compa-
raison avec la nôtre, comparaison qui serait tout au désavan-
tage de l'Angleterre ; je tiens seulement à constater un fait :
c'est qu'il y a dans la cuisine anglaise de fort bonnes choses
que je voudrais voir acclimater en France.
Les Français qui pratiquent depuis plusieurs années de
l'autre côté du détroit savent faire leur profit de ces bonnes
choses en y apportant du raffinement, en y appliquant ce
cachet de bon goût qui leur est propre ; en un mot, en les
francisant. Il ne s'agit pas ici de cuisine artistique ou orne-
mentale, je ne veux parler que de cuisine de fond, de cette
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAIN!: /
bonne, franche et saine cuisine que — je le dis tout bas —
on sacrifie un peu Irop au colifichet et à l'ornement. La
cause du progrès que je signale est facile à comprendre : la
facilité des communications et le bon marché relatif des
voyages font que les rapports entre Français et Anglais sont
devenus plus fréquenls, et les parents qui destinent leurs fils
à la profession de cuisinier n'hésitent pas aujourd'hui à les
envoyer en' apprentissage à Paris, tandis qu'autrefois ces
mêmes parents reculaient devant les dépenses du voyage et
les difficultés pour communiquer et correspondre avec leurs
enfanls. Le quart des apprentis formés par les pâtissiers et
les restaurants de Paris sont Anglais. Ces jeunes gens
rapportent dans leur pays les notions culinaires qui leur ont
été inculquées, et s'ils sont intelligents, travailleurs et persé-
vérants, ils arrivent en peu de temps à prendre rang parmi
les bons cuisiniers. D'un autre coté, les écoles de cuisine
abondent aujourd'hui en Angleterre et surtout à Londres, où
elles sont patronnées par l'aristocratie. Ces écoles, qui sont
dirigées par des cordons bleus expérimentés, sont fréquen-
tées par des jeunes femmes de la bourgeoisie et même du
grand monde qui viennent assister aux conférences culi-
naires. La conférencière, assistée de deux ou trois aides,
explique la théorie de la confection des différents mets que les
aides préparent séance tenante sous les yeux des spectateurs.
Ces Schools of Cookery, qui existent déjà depuis longtemps.
contribuent puissamment à répandre et à populariser la
cuisine française en Angleterre. En France, la femme n'a
pas besoin d'apprendre la cuisine. C'esl inné chez elle.
A peine insl allée dans son ménage, elle se met à la tâche
fout naturellement, en mettant en pratique les leçons qu'eus
a reçues de sa mère et qu'elle inculquera à sa fille. Il n'en
est pas de même en Angleterre, où le type de la ménagère
nexisle pas. La femme de l'employé ou du petit bourgeois
croirait déroger si elle s'occupait de cuisine. Quanl à
l'ouvrier, en rentrant chez lui après son travail, il trouve
invariablement sur sa table un morceau de yiande froide qui
o LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
a été cuit le dimanche et qui doit le nourrir toute la
semaine. Il ne peut espérer autre chose de sa ménagère,
dont les aptitudes et les connaissances gastronomiques se
bornent à savoir cuire des pommes de terre et à rôtir oiï
bouillir un morceau de viande. Les mystères de la poêle et
de la casserole lui sont inconnus.
Mais si l'Anglais n'est pas initié aux raffinements de la
cuisine française, s'il en ignore les principes économiques,
on doit admettre que sa manière de se nourrir est saine et
nutritive.
Lors de l'inauguration de l'École de cuisine de la rue
Bonaparte. Jules Simon, l'honorable -sénateur qui présidait
la séance, nous a vanté la force et la vigueur des Anglais
et il attribuait cet état de choses à la nature de leur
alimentation.
J'ai moi-même habité l'Angleterre pendant quarante ans
et j'ai été plus que personne à même d'observer et d'étudier
la manière de vivre de nos voisins et de constater que. si
l'Anglais ne sait pas manger, il sait du moins très bien se
nourrir.
Mon but en écrivant ce livre est de faciliter la tâche à
ceux de mes confrères qui seront appelés à aller grossir la
légion déjà si nombreuse des cuisiniers français disséminés
dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et dans ses
colonies.
Le gentilhomme anglais a toujours un penchant prononcé,
qu'il dissimule mal pour sa cuisine nationale ; aussi se fait-il
une règle d'y revenir à certains intervalles, non seulement
par goût, mais aussi par raison ; car son estomac robuste,
habitué dès l'enfance à une nourriture substantielle, s'accom-
moderait mal d'un régime essentiellement français, avec nos
potages légers et nos mets délicats.
Il arrive constamment qu'un cuisinier nouvellement
débarqué en Angleterre est obligé d'abandonner sa position
après un court séjour, souvent à cause des difficultés qu'il
éprouve à s'immiscer au langage et aux habitudes du pays.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMKUICAIXK
mais plus souvent encore parce qu'il ignore les plus simples
notions de la cuisine britannique.
Cet ouvrage qui traite exclusivement de la cuisine anglaise
et américaine sera donc d'une utilité incontestable entre les
mains des 'cuisiniers allant pratiquer en Angleterre et aux
Elats-Unis de même qu'il fournira à ceux de mes confrères
qui résident en France des recettes et des renseignements
qui leur sont inconnus, ce qui leur permettra de varier leurs
menus en y introduisant de temps à autre des mets qui,
quoique étant d'origine anglaise, n'en ont pas moins des»
qualités très appréciables.
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MëÊmà
CHAPITRE PREMIER
POTAGES.
SOUPS
En France, la soupe occupe la place la plus importante dans
l'alimentation. Outre ses qualités nutritives et hygiéniques, elle
possède un avantage apprécié, surtout des déshérités de la
fortune, c'est d'être économique en même temps que suhstan-
tielle. A quelque classe qu'il appartienne, un Français aime la
soupe et n'est satisfait de son dîner que s'il est précédé d'un
j>otage quelconque. Mais il n'en est pas de même en Angleterre,
où l'usage de la soupe est très peu répandu.
Notre pot-au-feu a une réputation universelle, et il est
une vérité reconnue, c'est que nulle part'on n'en mange d'aussi
succulent qu'en France; c'est que nulle part aussi on n'apporte
à sa préparation autant de soin, autant d'art, autant de
minutie.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 11
La question de savoir s'il était logique de servir du potage
avant le dîner a été le sujet de nombreuses controverses vers
le commencement du siècle. Deux gourmands célèbres, Grimod
de la Reynière et le marquis de Cussy, se mirent de la partie :
le premier se lit le champion du potage et le second s'en
proclama l'adversaire; Grimod prétendait qu'un dîner sans
potage serait comme un opéra sans ouverture ou comme un
édiiice sans portique. Selon lui, un potage léger réjouit l'estomac
et le prépare à recevoir et à digérer; c'était aussi l'avis de
Brillât-Savarin.
Le marquis de Cussy, de son cùté, comparait un dîner à un
livre dont le potage est la préface; or, ajoutait-il, un bon
ouvrage n'a pas besoin de préface. Loin d'envisager le potage
comme un apéritif, il prétendait que c'était folie de se surcharger
l'estomac d'un liquide substantiel et nourrissant, au commen-
cement d'un bon dîner.
Les arguments de ces deux grands mangeurs m'amènent à
tirer la conclusion que, dans un grand repas, on ne doit manger
que du potage léger et n'en prendre que modérément : assez
pour stimuler les organes digestif, mais pas assez pour en
entraver les rouages.
Les Anglais semblent se ranger de l'avis du marquis de
Cussy, car ils ne professent pour le potage qu'un amour très
modéré.
En général, la classe pauvre, en Angleterre, ('prouve pour
la soupe une répugnance marquée. On s'explique cette répu-
gnance lorsqu'on a vu l'espèce de breuvage sans nom préparé
par les ménagères ignorantes, dont les connaissances en
cuisine sont des plus restreintes et des plus élémentaires.
Les gens riches ont chaque jour de la soupe sur leur table ; le
bourgeois en mange quelquefois, l'ouvrier rarement et le pauvre
jamais.
Il est une particularité à noter, c'est que dans les potages
anglais proprement dits, l'usage veut qu'on serve des morceaux
découpés de viande, de volaille, de gibier ou de poisson, selon
la nature de ce potage.
12
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
Potage Tortue. — Turtle soup.
La liste des potages nationaux est très restreinte, mais,
parmi ceux-ci, il en est un que les Anglais ont en haute estime,
et cette préférence est pleinement justifiée; car, de l'avis des
connaisseurs, il réunit des qualités succulentes et nutritives
qui lui ont valu une réputation universelle. C'est le potage
aristocratique par excellence, celui qui se sert invariablement
dans les grands dîners diplomatiques et dans tout repas céré-
monieux : c'est le potage tortue. En France, il n'est guère connu
^ que de nom; mais en Angleterre et en
Amérique, il s'en fait une énorme con-
sommation.
La classe des cheloniens comprend
trois espèces : la tortue de terre, la tor-
tue de marais, et la tortue de mer ou
tortue verte. C'est cette dernière seule-
ment qu'on emploie pour confectionner
le potage qui nous occupe.
Deux fois par mois, Liverpool et
Londres voient débarquer dans leurs docks des cargaisons de
tortues qui sont réparties entre quelques grandes maisons
spéciales qui en font un commerce très lucratif. Elles sont im-
portées de l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l'Australie;
mais les meilleures et les mieux cotées sur le marché viennent
de l'Inde occidentale. — On importe aussi de ces contrées de
la viande de tortue desséchée au soleil, mais la soupe faite
avec cette substance est moins nutritive que celle obtenue par
l'emploi de la viande fraîche. Ses seuls avantages sont d'être
moins dispendieuse et d'une manipulation plus facile.
La tortue est amphibie et ovipare. On lui donne la chasse à
la marée basse, lorsqu'elle vient s'échouer sur le sable pour y
dormir ou pour y déposer ses œufs. Les chasseurs ne sont
armés que de longs bâtons et de cordages. Les bâtons leur
servent de levier pour retourner l'animal qui, lorsqu'il est sur
le dos, se trouve dans l'impossibilité de fuir. On lui attache
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 13
alors les nageoires avec la corde, et on le traîne sur le sable
jusqu'aux charrettes qui l'emportent à bord des navires affectés
à leur transport.
La manière la plus simple à employer pour tuer une tortue
est de l'attacher solidement avec une corde par les nageoires
de derrière et de la suspendre le dos contre le mur. Quand ce
moyen n'est pas praticable, on place l'animal sur une table le
ventre en l'air; et dans l'un ou l'autre cas, on lui enfonce dans
la mâchoire un crochet à l'extrémité duquel on suspend un fort
poids qui force la tortue à tendre le cou. C'est alors qu'on lui
tranche la tête. On la laisse saigner pen-
dant quelques heures, puis on commence
l'opération du dépècement.
Séparer d'abord la carapace infé-
rieure de la supérieure en glissant la lame
d'un couteau bien acéré entre les deux co-
quilles ; puis détacher le plastron, en
laissant les nageoires adhérer à la partie
tombée. Retirer ensuite les entrailles, en
ayant grand soin de ne pas percer la
poche qui contient le fiel. Ce point est de la plus grande im-
portance, car la puissante âcreté de ce liquide communiquerait
à la viande une amertume qui pourrait compromettre le succès
de l'opération. Jeter les intestins et conserver la viande de l'in-
térieur qui doit contribuer à faire le bouillon de tortue. Cette
viande a beaucoup d'analogie avec la chair du veau. Détacher
ensuite les nageoires, desquelles on retire la graisse verte y
adhérant; cette graisse (greèn fat), qui se trouve aussi autour
de la carapace, est très estimée des connaisseurs, plutôt à rai-
son de sa rareté, qu'à cause de son goût, qui est quelque peu
insipide. On la fait cuire à part.
La carapace ainsi que le plastron ayant été sciés en huit ou
dix morceaux, sont lavés à grande eau ainsi que les nageoires
et la tète, puis le tout est jeté dans une grande marmite d'eau
bouillante qu'on laisse mijoter pendant quelques minutes. On
retire alors les morceaux de tortue dont on enlève facilement
14 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
l'écaillé. Il faut avoir soin surtout de ne pas laisser blanchir les
nageoires trop longtemps, caria peau et les ('cailles adhéreraient
si fortement à la viande qu'il deviendrait presque impossible
de les enlever. Rafraîchir alors la tortue et la mettre
cuire à grande eau légèrement salée dans deux marmites :
Tune réservée aux nageoires et l'autre à la carapace.
Lorsque la viande est cuite, ce qui demande à peu près trois
heures pour les nageoires et quatre heures pour les autres
parties, on l'égoutte sur plusieurs grands plats. La viande,
qui se sépare alors facilement des os, est détaillée en morceaux
de quatre centimètres carrés qu'on met provisoirement dan&
l'eau froide.
Marquer une marmite avec un jarret de veau, douze livres
de bœuf, deux vieilles poules, deux pieds de veau et la viande
trouvée dans l'intérieur de l'animal. Mouiller ces viandes avec
la cuisson de la tortue, saler légèrement, garnir de légumes
et d'un fort bouquet de persil, et laisser mijoter en l'écumant
jusqu'à parfaite cuisson des viandes. Passer alors à la serviette
le bouillon qu'on remet dans une casserole avec les morceaux
de tortue; faire bouillir pendant vingt minutes et la soupe est
prête. Au moment de servir, ajouter une cuillerée d'essence
obtenue par l'infusion d'une égale quantité de basilic,
de marjolaine, de thym et de sarriette. Puis verser dans le
potage, en dernier lieu, un verre de madère réduit, ainsi qu'une
pincée de poivre de Cayenne. Ce potage se sert clair ou lié.
Si le potage doit être servi clair, on le clarifie avec de la
chair maigre de bœuf hachée, additionnée de la chair blanche
trouvée dans l'intérieur de l'animal.
Telle est la véritable formule du potage tortue, ainsi qu'on
le prépare en Angleterre et en Amérique. Certains cuisiniers
français, sous prétexte de raffinement, y ajoutent des truffes,
des quenelles et autres garnitures ; mais, outre que ces inno-
vations sont d'un goût douteux, elles ont pour résultat de
compromettre la nature et la qualité du potage aux yeux des
véritables amateurs.
Le poids des tortues importées varie de 25 à 150 kilos, mais
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE I?
on doit choisir de préférence celles du poids de 120 à 150 livres ;
elles réunissent les meilleures conditions; la chair est plus
délicate que celle des grosses et plus nutritive que celle des
petites. Le prix des tortues varie selon l'époque de l'année et
les fluctuations du marché; mais, au maximum, elle est coté^
, au prix de un shilling et six pence la livre (1 fr. 80). Le punch
que l'on sert avec la tortue se fait ainsi :
Préparez un demi-litre de sirop léger aromatisé avec du
zoste de citrou et d'orange: ajoutez une demi-houteille de
rhum, un verre de kirclrw asser et le jus de quatre citrons et de
quatre oranges. Lorsque le tout est hien mêlé, versez dans ce
sirop un verre de lait; remuez et laissez reposer pendant quatre
heures. Passez alors à travers du papier à filtrer. Le ntilk punch
se sert très froid, mais non frappé.
Il existe dans la Cité un établissement The shïp and turlle
fâvem, dont la spécialité est de préparer et de débiter la soupe
tortue. La réputation de cette maison date de loin, et la propriété
s'en est transmise de père en fils depuis sa fondation, il y a
près d'un siècle, par Georges Painter.
J'ai visité les caves de cet établissement unique en son
genre : là, dans d'immenses réservoirs, une cinquantaine de
ces énormes crustacés prenaient leurs ébats nautiques, en
attendant l'heure du sacrifice!... A côté, la chambre des exécu-
tions, puis la cuisine, où dix ou douze hommes sont constamment
occupés à confectionner cette soupe nationale, que l'on expédie
journellement en ville, en province et même à l'étranger, au
prix exorbitant de une guinée le litre pour le potage lié (2<> fr.)
et vingt-cinq shillings (31 fr. 25) pour le potage clair. Une
assiette de potage tortue servie dans ce restaurant est taxée
trois shillings, y compris le verre de punch qu'il est d'usage de
boire ensuite.
Parmi la viande qu'on trouve dans l'intérieur de la tortue,
il en est une partie qui ressemble, à s'y méprendre, à du veau.
On peut, à la rigueur, l'employer sous "forme de fricandeau, en
la faisant braiser après l'avoir lardée, et en la servant sur une
purée d'oseille avec accompagnement d'une sauce poivrade,
16 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
mais le résultat n'est jamais bien satisfaisant. La viande est
toujours un peu sèche et a conservé quand même un désa-
gréable goût de poisson.
Bouillon écossais. — Scotch broth.
Le scotch broth, plus communément appelé mut ton biùth,
est le pot : au-feu écossais — c'est le plus populaire des potages,
tout comme le potage tortue est le plus aristocratique : — le
mouton d'Ecosse et du pays de Galles est préférable pour faire
cette soupe au mouton anglais, sa viande a plus de saveur et
de délicatesse. Le bouillon de mouton n'est certes pas aussi
nutritif que le bouillon de bœuf, mais il n'en possède pas moins
des qualités très nourrissantes.
, Recette : Mettez dans une marmite une poitrine et un collet
de mouton dégraissés et coupes en morceaux, comme s'il
s'agissait de faire un navarin. Mouillez la viande avec quatre
litres d'eau et un peu de sel. Lorsque le liquide a atteint le
point d'ébullition, l'écumer, y ajouter des carottes, navets,
oignons et céleris coupés en gros dés, puis un bouquet de persil
et deux poignées d'orge perlé. Laisser mijoter pendaat deux
heures et demie, finir avec un peu de persil haché et la soupe
^st prête.
Tel est le nnitton broth, comme le prépare la ménagère
anglaise; mais, si l'on veut apporter à sa préparation un peu
plus de raffinement, on se sert de la viande du carré, que l'on
divise en côtelettes ou que l'on désosse et coupe en morceaux
égaux. On garnit la marmite de légumes comme ci-dessus,
mais on fait cuire à part, dans du bouillon, l'orge ainsi que
des carottes et des navets coupés comme pour un potage
brunoise. Le bouillon de la marmite est ensuite dégraissé, passé
à la serviette et ajouté aux légumes, à la viande et à l'orge
perlé. Au dernier moment, on jette dans le potage un peu de
persil haché et blanchi.
LA CUISINE ANGLAI8E ET AMÉRICAINE
17
Hochepot écossais. — Hodge podge.
Cette soupe est une espèce d'olla podrida, moins les sont
garbanços, qui remplacés par des pois frais.
Mettre dans une marmite un carré de mouton désossé et
coupé en morceaux de la grosseur d'un œuf de pigeon, ainsi
qu'un morceau de lard fumé, également divisé en gros dés.
Emplir la marmite d'eau froide légèrement salée, la garnir de
légumes tels que carottes, oignons, navets, laitues, choux,
céleri, haricots verts, thym, poireaux et orgejperlé. Laisser
mijoter pendant une heure et ajouter alors un k litre^de pois verts
et du persil haché. Laisser bouillir une heure de plus et l'on
obtient une purée indescriptible que les Écossais proclament
la meilleure soupe du monde.
On raconte que le roi Edouard VII, alors prince de' Galles,
chassant un jour dans les montagnes, entra dans la cabane d'un
Iiighiander dont la ménagère préparait le repas. L'odeur qui
s'échappait de lamarmite fumante mit en éveill'appétit du prince,
déjà aiguisé par une marche longue et fatigante, et il demanda
18 LA CàSHHE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
à goûter la soupe du montagnard, laquelle il trouva si bonne
qu'il en écrivit lui-même la recette sous la dictée de la bonne
femme. Le prince donna cette recette à son chef de cuisine,
avec l'ordre de servir du Hodge podge sur sa table pendant
toute la durée des chasses.
1ËS ^
751 %?-<^f^H
Soupe au lapin. — Rabbit soup.
Les lapins anglais sont tellement abondants dans le Royaume-
Uni qu'on les considère non comme gibier, mais comme vermine,
et qu'il est permis de leur faire la guerre toute l'année sans
pour cela se mettre en contravention avec les lois sur la chasse.
Grâce à leur prix minime, on peut, dans un restaurant popu-
laire, se faire servir une gibelotte sans crainte de voir substi-
tuer à cet animal rongeur un quadrupède de la race féline.
Recette : Enlever les filets d'un jeune lapin de garenne
qu'on coupe en escalopes épaisses. Désossez les cuisses et divi-
ser la viande en morceaux d'égale grosseur. Quant aux épau-
les, on les sépare en deux morceaux. — Marquer un consommé
avec les os du lapin, un morceau de jarret de veau et le foie.
Garnir de légumes et d'un bouquet de persil et de marjolaine.
Laisser cuire une heure et passer le bouillon, dans lequel on fait
cuire la viande découpée du lapin.
D'autre part faire blanchir une ou deux poignées de riz, le bien
laver à plusieurs eaux, et en achever la cuisson dans du con-
sommé clair. L'ajouter ensuite à la viande et au bouillon de lapin.
Ajouter en dernier lieu un verre de madère cuit.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 19
Potage aux abatis. — Giblet soup.
On emploie pour ce potage les ailerons, le foie, le gésier, les
pattes, la tète et le cou soit d'une dinde, soit d'une oie.
Divisez les abatis en morceaux à peu près égaux, et après
les avoir flambés, épluchés et bien lavés, faites-les cuire dans
du blond de veau; garnissez de légumes et d'un bouquet garni
composé de thym, laurier, basilic, marjolaine et persil.
Retirez du liquide les morceaux au fur et à mesure qu'ils
sont cuits ; ainsi le foie réclame moins de temps h cuire que les
ailerons, tandis que le gésier et les pattes demandent une cuis-
son plus prolongée que ces derniers. Les pattes doivent être
préalablementéchaudéespouren enlever la peau qui lesrecouvre.
Les abatis étant cuits, sont rafraîchis, égouttéset parés, puis
déposés dans un bain-marie. On dégraisse alors le bouillon, on
l'assaisonne et lui incorpore une liaison d'arrow-root. Finale-
ment on ajoute une pointe de cayenne, une pincée de persil
haché et blanchi, puis un verre de madère cuit.
On amène le liquide au point d'ébullition et on le verse
bouillant sur les abatis.
Potage d" abatis à l'irlandaise. — Giblet soup.
Irish style.
Procéder comme dans la recette précédente pour la cuisson
des abalis. Mais lorsque ceux-ci sont cuits, rafraîchis et égout-
tés, les placer dans un bain-marie au garde-manger jusqu'à
l'heure du dîner.
On clarifie le consommé au moyen de viande de veau hachée,
et on le laisse dépouiller en l'écumant pendant une demi-heure.
On le passe alors à la serviette et on le remet dans une casse-
role avec des légumes tels que carottes, navets et céleri coupés
en forme de brunoise. Lorsque les légumes sont cuits, on ajoute
les abatis au potage ainsi qu'une poignée d'orge qu'on a fait
cuire préablement.
20 LA CUISINÉ ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Potage de poulet au riz. — Chicken and rice soup.
Découper deux jeunes poulets, comme s'il s'agissait de faire
une fricassée. Les mettre dans une casserole avec de l'eau, du
sel, des champignons, carottes, oignons, céleri, bouquet garni,
clous de girofle et un peu de macis. Lorsque le poulet est cuit,
Tégoutter et en parer les morceaux.
Passer le bouillon du poulet à la serviette, le dégraisser et
lui adjoindre une ou deux poignées de riz lavé et blanchi. Lors-
que le riz est prêt, on l'ajoute au consommé ainsi que k chair
du poulet, qu'on aura préablement détachée des os et découpée en
petits morceaux.
Potage fausse tortue. — Mockurtle soup.
Les Anglais ont si bien compris que ce potage n'est qu'une
pâle imitation de leur fameuse soupe nationale qu'ils l'ont ap-
pelé Mockurtle (tortue pour rire).
Certains mangeurs prétendent que l'on peut obtenir, avec
une tête de veau habilement préparée, un
potage imitant la soupe tortue au point de s'y
méprendre. Ces mangeurs-là, plus économes que
connaisseurs, ne convaincront jamais dece fait
un cuisinier sérieux, pas plus qu'un vrai gastro-
nome anglais.
Le mockurtle se sert clair oulié. Dans l'un et
l'autre cas, on désosse une tête de veau bien blanche. Après
l'avoir laissée dégorger pendant au moins deux heures, on lamet
au feu à grande eau jusqu'à l'ébullition. On la retire alors pour
la plonger dans l'eau froide et la bien laver. Ensuite on la fait
cuire dans un bouillon blanc avec un peu de sel, poivre en grains,
clous de girofle, un bouquet de persil, quelques oignons, carot-
tes et céleri. [Lorsque la viande esttendre au toucher, onl'égoutte
pour. la mettre ensuite entre deux plats, après avoir enlevé préa-
lablement les oreilles, dont on ne se sert pas pour le potage.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 21
Quand la tête de veau est entièrement refroidie, on la coupe
soit au couteau, soit à l'emporte-pièce, en morceaux ronds ou
carrés, que Ton pare et qu'on met en reserve pour ajouter plus
tard au potage.
Préparez une marmite que vous beurrez et au fond de
laquelle vous étendez quelques tranches de jambon, un jarret
de veau et une vieille poule à moitié rôtie. Ajoutez un litre de
bouillon, faites partir à grand feu et laissez bouillir vivement,
€n ayant soin de retourner la viande de temps en temps avec
une fourchette.
Lorsque le bouillon est réduit à demi-glace, ralentissez le
feu du fourneau et laissez mijoter la viande dans son jus pen-
dant un quart d'heure en tenant la marmite hermétiquement
fermée. Lorsque la viande est d'une belle couleur dorée, on
emplit la marmite avec la cuisson de la tête de veau, on amène
le liquide à Tébullition, on écume, on garnit de légumes et on
laisse bouillir doucement pendant deux heures.
Passer alors le bouillon à la serviette et Je clarifier s'il y a
lieu. Si le potage doit être servi lié, la clarification n'a pas
raison d'être. Opérer la liaison dans ce cas simplement avec un
peu de roux ou d'arrow-root.
Il ne reste plus pour terminer le potage qu'à y ajouter la
tête de veau, une pointe de cayenne et une légère infusion
d'aromates composée de basilic, thym, laurier, persil, ciboule
et marjolaine. Avant de servir, on verse dans la soupière un
verre de madère et deux douzaines de petites quenelles de
volaille.
On envoie à part, sur une assiette, des quartiers de
citrons.
Purée de grouse. — G-rouse soup.
Causant cuisine avec un Anglais de mes amis, je lui vantais
les qualités gastronomiques de la caille et de l'ortolan. Cédant
à un sentiment d'orgueil national, je me mis à fredonner le
refrain connu de Pierre Dupont : « Ils n'en ont pas en Angle-
22 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
terre. » — « C'est vrai, me répondit mon interlocuteur en se dra-
pant dans son flegme britannique, c'est vrai, nous n'avons ni la
caille ni l'ortolan, mais nous avons la grouse. » Je n'y avais
pas songé.
La grouse est, en effet, un gibier incomparable qui tient à
la fois de la gelinotte et du coq de bruyère. Inconnue en France,
elle abonde en Ecosse et en Irlande. Sa cbair, d'une couleur
foncée, possède une saveur particulière que lui communiquent
la bruyère aromatisée et les genêts dont elle fait sa principale
nourriture.
L'ouverture delacbasse à la grouse, si impatiemment désirée
par les sportsmen et les gourmands, a lieu le 12 août de chaque
année. Cette chasse fort attrayante est aussi très pénible, car ce
gibier se plaît principalement sur le sommet des montagnes
souvent inaccessibles.
Recette : Faire rôtir quatre grouses, puis détacher des os
toute la viande, que l'on pile dans un mortier avec quatre cuil-
lerées de riz bien cuit. Ajouter graduellement à la viande pilée
un demi-litre de consommé et passer le tout à l'étamine à l'aide
de deux cuillers de bois, puis mettre la purée dans un bain-marie.
D'autre part, faire un fumet de gibier avec les carcasses de
grouses que l'on mouille avec un grand verre de madère et
autant de bouillon. Garnir de légumes et d'un bouquet d'herbes
composé de thym, laurier, basilic, marjolaine et persil.
Faire partir à grand feu, laisser bouillir pendant une demi-
heure et passer à travers une fine passoire. Ajouter ce fumet
au potage, que Ton assaisonne de bon goût, avec addition d'une
pointe de poivre de Cayenne. Faire chauffer en évitant de laisser
bouillir et envoyer à part des petits croûtons de pain frits au
beurre clarifié.
Consommé de grouse aux quenelles. — Glear
grouse soup.
Prendre quatre vieilles grouses dont on enlève les filets
qu'on met de côté.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE >3
Avec les carcasses et les débris de gibier rôti dont on peut
disposer, on prépare un fumet qu'on garnit de légumes et qu'on
mouille avec un grand verre de madère. Faire réduire à feu vif
et mouiller avec trois litres de bon bouillon. — Laisser cuire
pendant une heure en écumant et en dégraissant. — Passer
ensuite le bouillon, et. lorsqu'il est à demi froid, le clarifier
avec la moitié des filets hachés très fin avec le même volume de
maigre de veau et deux œufs entiers. Lorsque le consommé
est clair, on le passe à la serviette. Avec le reste des filets, on
fait des petites quenelles qu'on verse en dernier lieu dans le
potage. Lorsque les grouses sont jeunes, on peut faire pocher
les filets au four et les escaloper pour les mettre dans le potage
au lieu de quenelles.
Potage à la joue de bœuf. — Ox cheek soup.
Le potage de joue de bœuf, s'il est préparé avec soin, ne le
cède en rien comme succulence au pot-au-feu français.
Etant donnée la quantité de bouillon obtenue avec une tête
de bœuf qui coûte peu, ce potage a l'avantage d'être peu dispen-
dieux tout en étant d'excellente qualité.
Recette : On prend une tête de bœuf dont on détache la partie
charnue qu'on laisse dégorger, ainsi que les os, pendant deux
ou trois heures à l'eau froide. Marquer ensuite une marmite
comme s'il s'agissait d'un pot-au-feu ordinaire, écumer le liquide
lorsqu'il arrive à Tébullition ; une demi-heure après, garnir de
légumes et laisser mijoter jusqu'à ce que la viande soit cuite.
Égoutter alors les joues de bœuf et les mettre légèrement en
presse. Passer le bouillon et le dégraisser, puis le mettre dans
un bain-marie. La viande des joues étant bien refroidie, on la
pare et la divise en morceaux de 2 centimètres carrés qu'on
ajoute au potage.
Avant de servir, on mêle à la soupe, soit le blanc de quel
ques poireaux divisés en petits tronçons, soit une brunoise sem-
blable à celle dont on garnit les potages à la queue de bœuf.
24 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
En dernier lieu, on verse dans la soupière un demi-verre de
madère bouillant.
Les cuisiniers anglais ont le tort de mettre trop de vin dans
leurs potages ; je ne saurais trop recommander à mes collègues
français d'éviter de tomber dans cette même erreur.
Tisane de bœuf. — Beef tea.
Le beef tea est un potage de malade. Le bouillon de veau et
de volaille, que l'on prescrit en France aux personnes délicates
et aux convalescents, ne conviendrait pas aux robustes estomacs
anglais ; aussi leur faut-il un réconfortant plus substantiel et
plus nourrissant, lequ„el s'obtient ainsi :
Coupez en morceaux, de la grosseur d'une noisette, deux
livres de viande sans graisse que vous mettez dans une casserole
avec un litre d'eau froide et une légère pincée de sel. Amenez
le liquide à l'ébullition, écumez et laissez mijoter pendant deux
beures. Passez ensuite à travers une fine serviette.
Le beef tea se fait aussi de la manière suivante : Hacher deux
livres de viande de bœuf et la mettre dans un bain-marie avec
un quart de litre d'eau et une pincée de sel. Placer le bain-
marie dans une casserole contenant de l'eau bouillante et laisser
étuver pendant deux heures au coin du feu. On obtient ainsi un
bouillon très fortifiant. Aucun vestige de légume ne doit figurer
dans la confection du beef tea. On trouve dans le commerce des
petites marmites en métal, dites marmites américaines, qui sont
agencées tout exprès pour la préparation de ce genre de tisane
et dont la fermeture hermétique permet la concentration par-
faite de la viande qu'elle contient.
Potage au jarret de veau. — Knuckle of veal soup.
Marquer une marmite avec un jarret de veau et deux pieds
de veau. Laisser bouillir jusqu'à entière cuisson des viandes;
après toutefois avoir salé, écume et garni la marmite de légumes,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE 25
d'un bouquet de persil, de quatre clous de girofle et d'une vieille
perdrix dont on a enlevé les filets pour en faire des petites que-
nelles dont on agrémentera le potage. Détacher la partie glu-
tineuse du jarret et des pieds de veau, qu'on met à refroidir et
qu'on coupe en morceaux égaux. Le bouillon, ayant été bien
dégraissé, est alors passé à la serviette et remis au feu avec
une poignée de riz blanchi. Lorsque le riz est cuit on verse le
potage bouillant dans la soupière dans laquelle on aura déposé
les tendons de veau et les quenelles de perdrix.
Potage de pieds de veau. — Galf's feet soup
à la Windsor.
Mettre dans une casserole un jarret de veau, une demi-livre
de jambon cru coupé en gros dés, trois pieds de veau et une
vieille poule dont on a enlevé les filets, que l'on conserve pour en
faire des petites quenelles dont on garnira le potage. Ajouter deux
carottes, deux oignons, quatre clous de girofle, un bouquet de
céleri ainsi qu'un bouquet de persil garni de thym, de laurier
et de marjolaine. Faire suer la viande avec une demi-bouteille
de vin blanc pendant un quart d'heure, puis la couvrir de
bouillon blanc et laisser bouillir en l'écumant jusqu'à ce que
les pieds de veau soient entièrement cuits. On retire ceux-ci
avec une écumoire, on les rafraîchit et on les étale sur un plat.
Lorsqu'ils sont encore tièdes, on détache les tendons adhérant
à la peau et on les coupe en morceaux de deux centimètres de
longueur. On les place dans un bain-marie avec un peu de
consommé en attendant qu'on les emploie.
Le bouillon de veau, ayant été passé à la serviette, est remis
dans une casserole, et, lorsqu'il est bouillant, on l'épaissit légè-
rement avec un peu de roux et finalement avec une liaison de
crème et de quatre jaunes d'œufs. Saler modérément et assai-
sonner d'une pointe de cayenne. Ajouter en dernier lieu les
tendons des pieds de veau et quelques petites quenelles en forme
d'olives faites avec les filets de la vieille poule, qu'on avait mis
"26 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
en réserve, et une poignée de pointes d'asperges cuites préala-
blement.
Ce potage peut aussi se servir clair avec des légumes coupés
en forme de brunoise
Soupe à la tête de mouton. — Sheep's head soup.
Cette soupe, ainsi que le mutton broth, est essentiellement
écossaise et ne se sert que chez les fanatiques admirateurs de
la cuisine hibernienne. Une particularité à bien noter, c'est que
la tète de mouton qu'on emploie ne doit pas être échaudée, mais
flambée. La laine ainsi grillée imprègne la viande d'une certaine
odeur de roussi qui se communique au bouillon, et c'est ce
goût singulier qui est recherché par les amateurs.
Flamber une tête de jeune mouton et la mettre à tremper
pendant deux heures à l'eau froide. La racler avec un couteau,
la fendre*en deux, en retirer les yeux, la langue et la cervelle,
et la mettre dans une marmite avec un peu de sel et une poignée
d'orge perlé. Faire bouillir pendant trois heures. Ajouter alors
la langue, des carottes, navets et oignons coupés en gros dés et
laisser cuire une heure de plus. La tête se détaille en morceaux
carrés et s'ajoute au potage.
L'opération du flambage, afin d'éviter l'odeur et la fumée qui
envahiraient la maison, se fait généralement par le forgeron du
pays. — L'intervention d'un forgeron en matière de cuisine
paraîtra singulière à ceux qui ne sont pas initiés aux mœurs et
coutumes des montagnards hiberniens; mais quiconque est
familiarisé avec l'Ecosse sait que le forgeron y est un person-
nage important qui, non seulement ferre les chevaux, arrache
les dents et pratique la médecine, mais aussi remplit l'office de
boucher à l'occasion. — On lui reconnaissait même autrefois le
privilège d'exercer les fonctions d'officier municipal et de
célébrer les mariages; témoin le fameux forgeron de Gretna
Green, de légendaire mémoire.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 27
Potage à la queue de bœuf. — Ox tail soup.
Un écrivain humoriste, énumérant les noms des hommes et
des choses qui sont les gloires de l'Angleterre, cite, à côté de
Shakespeare et de Wellington, le potage à la queue de hœuf.
Ce potage possède en eifet des qualités nutritives remarquahles
qui lui ont fait prendre place au premier rang parmi les plats
nationaux anglais.
L'origine de l'introduction de ce potage dans l'alimentation
est assez curieuse.
Lors de la révocation de l'édit de Nantes, un grand nombre
de huguenots s'étaient réfugiés à Londres, où ils avaient formé
une espèce de colonie française dans un quartier de la Cité
occupé par la corporation des tanneurs. Ceux-ci, qui achetaient
aux bouchers les peaux de bœuf, ne faisaient aucun cas des
queues et les donnaient aux indigents de la localité, qui s'en
servaient pour en faire une espèce de pot-au-feu.
Un jour, un riche et gourmand philanthrope, visitant les
pauvres exilés, fut initié au mystère de cette excellente soupe
et en introduisit l'usage dans la société du high-life, où elle
devint bientôt k la mode, sous la désignation de soupe des
tanneurs.
Recette : Détaillez avec une petite scie deux queues de bœuf
en morceaux de deux centimètres de longueur, et laissez-les
tremper deux ou trois heures dans de l'eau froide. Mettez-les
ensuite dans une marmite contenant trois litres d'eau légèrement
salée, garnissez de légumes, d'un bouquet de persil et laissez
cuire jusqu'à ce que la viande soit tendre.
Retirez alors les morceaux de queue de bœuf, parez-les et
placez-les dans un hain-marie,
Passez la cuisson à la serviette et dégraissez-la pour la
clarifier ensuite à la viande de bœuf hachée.
On fait alors cuire, dans ce consommé, des carottes, navets,
haricots verts et céleri coupés en dés, et, lorsque ces légumes
sont prêts, on y ajoute la queue de bœuf, et, en dernier lieu,
un verre de madère.
38
LA CUISINÉ ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Potage cocky-leeky. — Cocky le eky soup.
Les mots écossais cocky lee/ïy signifient coq et poireaux.
Selon la recette traditionnelle, on ne doit employer, pour faire
ce potage, qu'un vieux sultan de basse-cour ou une poule ayant
abrité sous ses ailes plusieurs générations de poussins; mais les
cuisiniers modernes, rompant avec les préjugés, ont reconnu
qu'un jeune chapon bien gras ou qu'une poularde bien nourrie
fournit un bouillon tout aussi bon que celui obtenu avec une
vieille et coriace volaille.
Prendre un poulet de bonne qualité et le faire cuire dans un
blond de veau. Le retirer alors de sa cuisson, puis détacher la
viande des os pour la diviser en morceaux aussi égaux que
possible.
D'autre part, prendre une douzaine de poireaux, couper la
partie blanche en morceaux de trois centimètres que l'on divise
ensuite en quatre dans la longueur. Faire blanchir ces
poireaux, les égoutter et finir de les cuire dans le bouillon de
volaille préalablement dégraissé et passé à la serviette. Lorsque
les poireaux sont cuits, ajouter au potage les escalopes de
volaille.
On sert à part dans un ravier des pruneaux cuits dont
onaretiréles noyaux; mais cet accompagnement est facultatif.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 29
Ce potage est considéré par les Anglais comme un bon
réconfortant, aussi en font-ils une consommation usuelle, après
les grandes fatigues d'une journée de chasse.
Potage tête de daim à la Malmesbury. — Deer's
head soup.
Avant de donner la recette de ce potage, il est bon d'expliquer
que la chasse au cerf est un des principaux sports de l'aristo-
cratie anglaise. Ce gibier abonde en Ecosse, et, chaque année,
du mois d'août au mois d'octobre, des* sociétés de chasseurs
s'installent au milieu des montagnes, clans des maisons rustiques,
éloignées de quinze ou vingt kilomètres d'un misérable village
mal approvisionné, avec lequel on ne communique que par des
chemins escarpés, accessibles seulement aux ânes et aux poneys
écossais.
C'est dans ces parages déserts que les nobles chas-
seurs viennent,, après la saison de Londres, retremper leur
existence au grand air pur des montagnes et chercher, dans
les fatigues viriles, une diversion salutaire à la vie fiévreuse
de plaisirs et de fêtes au milieu de laquelle ils ont vécu tout
l'été.
Pendant six semaines que durent ces chasses, le cuisinier
est forcé de mettre en œuvre toute sa science et ses talents
culinaires, tout son esprit inventif, pour arriver à préparer des
dîners qui ne devront se composer que de venaison, de mouton
et de gibier de montagne.
Le bœuf, le veau et la volaille fine sont presque inconnus
dans ce pays à demi sauvage.
Quant au poisson, il est peu varié; le saumon et la truite-
sont les seules espèces qu'on puisse se procurer.
Comme dédommagement au peu de variété, il est vrai de
dire qu'on a la quantité et la qualité, car le saumon abonde
h cette époque de l'année dans les nombreux cours d'eau qui
sillonnent ces contrées, et chacun sait que le saumon d'Ecosse
est réputé comme le meilleur sur tous les marchés de l'Europe.
30 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE '
Recette : Choisir une tète de jeune daim, la bien laver et
1 échauder en ayant soin de mettre un peu de résine dans Peau,
ce qui rçnd l'opération plus facile. Racler la tête, la rafraîchir
et la désosser. La mettre ensuite dans une casserole avec de l'eau
froide et la faire blanchir. L'égoutter, la flamber et la remettre
à cuire dans de l'eau légèrement salée ; garnir de légumes et
d'un bouquet composé de persil, basilic, thym, laurier et marjo-
laine. Ajouter les os de la tête, un morceau de jambon fumé et
de la viande de venaison et de mouton.
Laisser cuire jnsqu'à ce que la tête soit devenue tendre. La
retirer alors du bouillon, que l'on passe à la serviette, puis
couper la viande en morceaux carrés que l'on tient au chaud.
Passer au beurre un oignon, une carotte, un peu de céleri
et quelques champignons émincés; ajouter une cuillerée de
fécule et mouiller graduellement avec le bouillon de venaison.
Remuer sur le feujusqu'àrébullition, laisser dégraisser et passer
à travers une mousseline. Ajouter les morceaux de viande et
deux douzaines de petites quenelles de gibier ou de daim.
Avant de servir, verser dans le potage un verre de porto
bouillant et une légère pincée de poivre de Cayenne.
Potage de pigeons. — Pigeon soup.
Mettre dans une casserole, avec quelques petits oignons
émincés, trois pigeons entiers et bridés — ajouter un peu de
jambon cru coupé en dés, et un bouquet de persil garni. —
Faire revenir dans le beurre à feu vif, puis égoutter le beurre,
saupoudrer les pigeons d'un peu de farine ou de fécule, puis les
couvrir avec du bouillon et ajouter un verre de porto. Lorsque
les pigeons sont cuits, lss égoutter, les dépecer et les ranger
dans la soupière. — Dégraisser le potage et le verser bouillant
sur les morceaux de pigeons dans la soupière. On ajoute au
potage du riz qu'on aura fait cuire préalablement dans du
consommé.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Purée de lièvre. — Hare soup.
Après avoir dépouillé le lièvre, le couper en morceaux.
Émincer ensuite deux carottes, deux oignons, une tranche de
jambon et un pied de céleri; ajouter 150 grammes de beurre,
puis le lièvre, que l'on passe avec des légumes jusqu'à ce que la
chair soit ferme. Saupoudrer alors avec une cuillerée de fécule
ou d'arrow-root et mouiller avec du bouillon.
Remuer sur le feu jusqu'à l'ébullition, ajouter un bouquet de
persil garni et laisser mijoter. Ëcumer, et, lorsque la viande
est bien cuite, la désosser et la piler dans le mortier avec un
peu de la cuisson. La passer ensuite à l'étamine en l'allongeant
avec un peu de bouillon. Ajouter à l'assaisonnement une pointe
de Cayenne et une légère infusion de basilic et de majolaine;
faire chauffer au bain-marie sans laisser bouillir, et, avant de
servir, ajouter un verre de porto bouillant et deux douzaines
de petites quenelles faites avec de la viande de lièvre qu'on
aura mis en réserve avant la cuisson.
Mulligatawney soup.
Les étymologistes ont en vain cherché à analyser ce nom
baroque. En désespoir de cause, ils lui ont assumé une origine
indienne, en raison de ce qu'il entre du curry dans sa composition.
Découper un poulet comme pour une fricassée, le faire cuire
dans un consommé blanc garni de carottes, oignons, céleri,
champignons et d'un bouquet de persil. Lorsque le poulet est
3^ LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
euit, le retirer de sa cuisson, le parer, le rafraîchir et le mettre
dans un bain-marie.
D'autre part, hacher deux oignons, les faire frire de couleur
blonde, puis y ajouter une cuillerée de fécule et deux de poudre
de curry. Délayer graduellement avec la cuisson du poulet,
laisser dégraisser un quart d'heure au coin du feu; écumer,
ajouter un demi-verre de crème bouillante et passer à travers
une fine passoire dans le bain-merie qui contient les morceaux
de poulet.
Servir à part du riz cuit à l'eau.
Potage Mulligatawney clair.
On opère pour confectionner ce potage de la même manière
que dans la précédente recette, mais on supprime la fécule. On
passe les légumes et la poudre de curry au beurre, puis on
mouille avec le bouillon de poulet qu'on laisse mijoter une demi-
heure, que Ton dégraisse et qu'on passe à la serviette.
Le riz, cuit à part, doit être bien lavé et égoutté après la
cuisson, afin qu'il ne trouble pas le potage. On le sert sur une
assiette ou on le met dans la soupière à volonté.
Bisque de crevettes à l'indienne. — Bisque of praws.
Laver les queues épluchées de six douzaines de belles cre-
vettes, les mettre dans un bain-marie contenant un peu de
bouillon et les y laisser jusqu'au moment de servir le potage
qui se fait ainsi :
Faire revenir dans le beurre un oignon émincé, une carotte
et un peu de céleri, et mouiller avec du bouillon et du vin blanc;
ajouter un bouquet de persil, un peu de sel, clous de girofle et
macis. Laisser bonillir vingt minutes et passer à travers une
passoire. Après avoir bien dégraissé le bouillon, le lier avec un
peu de roux ou d'arrow-root en y ajoutant les coquilles de cre-
vettes préalablement pilées au mortier et passées au tamis,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE b3
avec une forte cuillerée de poudre de curry indien et un peu
d'essence d'anchois.
Laisser cuire pendant une demi-heure, puis dégraisser et
passer à la passoire fine. On ajoute alors au potage les queues
de crevettes, un peu de crème et une pointe de cayenne.
On sert à part des croûtons frits au beurre clarifié.
Bisque de crabe. — Bisque of crab.
Les crabes anglais sont remarquables par leur grosseur. On
en voit qui pèsent jusqu'à cinq livres. Faire cuire un gros crabe
simplement à l'eau salée en lui donnant vingt-cinq ou trente
minutes de cuisson, puis Pégoutter et le laisser refroidir.
Émincer deux carottes, deux oignons, quelques champignons
frais, un peu de céleri, gros
poivre, thym, laurier et per-
sil. Frire ces ingrédients jus-
qu'àce que l'oignon commence
à jaunir, puis mouiller les lé-
gumes avec un verre de vin
blanc et un litre de bouillon.
Laisser mijoter pendant vingt minutes et passer à la pas-
soire fine. Faire cuire dans cette mirepoix trois poignées de
riz. Briser les pattes et les pinces du crabe et en retirer la chair
Ouvrir ensuite le crustacé en passant le couteau entre les deux
carapaces et mettre Je contenu dans un mortier avec la viande
des pinces et des pattes; ajouter le riz et piler le tout en mouil-
lant graduellement avec la mirepoix. Passer ensuite àTétamine
à l'aide de deux cuillères de bois. Faire bouillir le potage,
l'écumer. lui ajouter une pointe de poivre de Cayenne et lui
incorporer en dernier lieu un morceau de beurre d'anchois.
Envoyer séparément des croûtons de pain frit- au beurre.
On peut aussi réserver la chair des pinces qu'on effile au
moyen de deux fourchettes etqu'on jette dans le potage avant
de le servir, ainsi qu'une douzaine ou deux de quenelles de
merlanc.
3
34 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Bisque d'écrevisses à la Malmesbury . — Bisque of
crayfish à la Malmesbury.
Ce potage consiste en une bisque ordinaire, à laquelle on
ajoute, au moment de servir, deux douzaines de queues d'écre-
visses épluchées, la même quantité de queues de crevettes, trois
douzaines de moules cuites et ébarbées, et autant de petites
quenelles de merlans préalablement pochées dans du bouillon,
et colorées avec du corail de homard.
Purée de pois secs. — Purée of split peas.
Après avoir lavé à grande eau un demi-litre de pois secs, les
mettre dans une marmite avec 200 grammes de jambon cru
coupé en dés, une branche de céleri, une carotte, un oignon
piqué de deux clous de girofle et deux litres de bouillon. Mettre
au feu et laisser bouillir doucement en Técumant, et, lors-
que les pois sont cuits, on les écrase dans un mortier, puis
on les passe à l'étamine au moyen de deux cuillers de bois.
Remettre la purée dans une casserole et la délayer avec le
bouillon de la cuisson. Remuer sur le feu avec une spatule
jusqu'à ébullition, laisser dégraisser, assaisonner et terminer
en ajoutant un bon morceau de beurre frais. Envoyer à par^
dans une assiette creuse des croûtons de pain frits et, dans un
ravier, de la menthe séchée et passée au tamis de fer.
On donne de la couleur au potage avec du vert d'épinard.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 35
Soupe aux huîtres. — Oyster soup.
Faire blanchir dans leur propre liqueur trois douzaines de
grosses huîtres dites « pied de cheval ». Au premier bouillon, les
égoutter dans une passoire en conservant leur cuisson. Suppri-
mer les barbes et les tendons et ne conserver que la partie
délicate de l'huître qu'on nomme la noix. Déposer les huîtres
dans un bain-marie avec l'eau qu'elles ont rendue. Si elles sont
trop grosses, on les divise en deux.
D'autre pari, préparer deux litres de bouillon de poisson.
A cet effet, prendre trois merlans dont on enlève les filets, et le
même nombre de limandes. Hachez grossièrement le tout,
moins les filets de merlans, dont on fait des petites quenelles.
Les débris de poissons sont alors mis dans une casserole
avec une carotte émincée, un oignon coupé en rouelles, une
douzaine de grains de gros poivre, trois clous de girofle, quel-
ques branches de persil, un peu de thym, de. laurier et de macis.
Mouiller ces ingrédients avec un quart de litre de vin blanc et
faire bouillira grand feu pendant dix minutes. Ajouter alors un
litre de consommé blanc et laisser mijoter cette essence de
poisson pendant une demi-heure en l'écumant. Au bout de ce
temps, passer le liquide à travers une passoire très fine et le
remettre au feu pour l'épaissir avec un peu de roux ou d'arrow-
root. Au moment de servir, finir le potage avec une liaison de
quatre jaunes d'œufs et d'un décilitre de crème. Saupoudrez
d'une pincée de poivre de Cayenne, et en dernier lieu ajoutez
les huîtres et les quenelles de merlan.
Potage d'anguille. — Eel soup â la Richemond.
Après avoir levé les filets de deux belles anguilles, les cou-
per en tronçons de cinq centimètres de longueur. Les plonger
à l'eau bouillante pendant une ou deux minutes, pour les rai-
dir, puis les égoutter.
Faire revenir dans le beurre deux oignons hachés. Lors-
qu'ils sont d'une couleur blonde, leur adjoindre une carotle
36 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
émincée, un bouquet garni, deux clous de girofle, quelques
grains de poivre ainsi qu'une demi-douzaine de champignons
émincés, quelques poissons ordinaires et les arêtes des anguil-
les, pour composer un bouillon succulent. Mouiller avec du
blond de veau et une demi-bouteille de vin blanc, et laisser
mijoter pendant 20 minutes. Passer alors le bouillon à travers
une serviette et le tenir au chaud.
Lorsque les morceaux d'anguille sont cuits, on les place dans
la soupière avec un peu d'essence de poisson.
Épaissir le bouillon, après l'avoir dégraissé, avec un peu
d'arrow-root; l'assaisonner de sel, de muscade râpée et d'une
bonne pincée de cayenne; puis, au moment de servir, finir le
potage avec une liaison de six jaunes d'œufs et de la crème.
— En dernier lieu, ajouter un peu de persil haché et blanchi,
et verser le potage bouillant sur les morceaux d'anguille dans
la soupière.
Water souchet.
Ce nom dérive du mot hollandais ivaterzoolje. Quoiqu'il soit
d'usage de servir ce mets comme poisson, il peut être considéré
comme potage, car on l'envoie sur table dans une soupière et on
le mange à la cuillère.
Les poissons que l'on doit choisir de préférence pour le
water souchet sont : le saumon, la perche, la truite, la sole et
surtout la limande.
Couper en filets minces, tels que pour une julienne, la par-
tie rouge de deux carottes, et un peu de céleri et de racine de
persil. Faire cuire dans du bouillon léger auquel on ajoute un
verre de vin blanc. Égouttez ensuite les légumes dont on con-
serve la cuisson, dans laquelle on fait pocher le poisson que Ton
a préalablement coupé en filets ou en petits tronçons. — Cinq
minutes suffisent à cuire le poisson. On y ajoute alors les légu-
mes et une pluche de persil blanchi. On sert dans une soupière
ou dans un plat creux, et l'en envoie à part des tranches de pain
bis beurrées et coupées très mince.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Soupe aux moules. — Mussel soup.
Laver, quelques douzaines de moules à plusieurs eaux et,
avec un couteau, enlever la touffe de mousse qui adhère à la
coquille. — On les met alors au feu dans une casserole avec
sel, poivre, un bouquet garni, deux verres de vin blanc, et on
les saute constamment jusqu'à ce qu'elles s'ouvrent. — On les
retire alors des coquilles et on les tient à part dans un peu delà
cuisson tirée à clair. — D'autre part, émincer un oignon, une
carotte, un peu de céleri, deux clousde girofle etquelquesgrains
de gros poivre; faire frire ces ingrédients avec du beurre, puis
y ajouter un peu de farine pour en obtenir un roux que l'on
délaye avec la cuisson des moules. Faire bouillir et laisser écu-
mer pendant vingt minutes. Ajouter en dernier lieu quelques
cuillerées de crème, une pointe de çayenne et passer au tamis
fin. — Remettre la soupe dans une casserole pour lui donner
quelques minutes d'ébullition avec les moules.
Les moules, comme les huîtres et tous les coquillages comes-
tibles, ne sont vraiment bonnes que pendant huit mois de l'an-
née. Aussi est-il prudent de s'abstenir d'en manger pendant les
mois de mai, juin, juillet et août.
Il arrive parfois que des symptômes d'un caractère alarmant
se mauifestent pendant l'acte de la digestion des moules, sous
la forme de démangeaisons, de maux de cœur et d'une fièvre
intense.
En cas d'empoisonnement par ces mollusques, on recom-
mande de prendre de la limonade additionnée de quelques
gouttes d'éther. On n'est pas d'accord sur les véritables causes
de cet empoisonnement. On prétend que la contamination des
moules provient du cuivre des navires aux flancs desquels elles
se seraient attachées; mais il est probable que, si le bivalve
avait absorbé de l'oxyde de cuivre, il en aurait été la première
victime. On a prétendu également que la maladie des moules
était due à la présence dans le coquillage d'un petit crabe
imperceptible; mais le fait n'a jamais été prouvé.
38 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Potage d'esturgeon à l'américaine. — Sturgeon soup.
Se procurer trois livres d'esturgeon dont on détache un
morceau bien en chair, qu'on place dans une casserole. et qu'on
couvre d'une bonne mirepoix au vin blanc. Faire braiser le
poisson pendant une heure et demie.
Lorsque Je morceau de poisson est cuit, on le met refroidir
dans un endroit frais, et, lorsqu'il est froid, on le découpe en
escalopes d'égale largeur qu'on met en réserve dans un peu de
bouillon.
Pendant la cuisson du morceau d'esturgeon destiné à être
escalope, on prépare le potage avec le reste du poisson ainsi
qu'il suit :
Beurrer une grande casserole et la foncer avec trois oignons
en tranches, une carotte, un morceau de céleri, du thym, du
laurier, du persil, quelques clous de girofle, du poivre en grains
et une feuille de macis. Ajouter deux vieilles poules et mouiller
avec une cuillerée à pot de consommé et un grand verre de vin
blanc. Mettre à feu vif jusqu'à ce que la cuisson soit bien réduite
et le poisson tombé à demi-glace. Mouiller alors avec la mire-
poix et du consommé, et laisser mijoter, en écumant, pendant
deux heures et demie. Passer à la serviette et mélanger le
bouillon avec deux cuillerées de roux pour en faire une sauce
peu consistante qu'on laisse écumer et dans laquelle on amal-
gamera en dernier lieu un peu d'essence d'herbes à potage
tortue (voir chapitre des condiments), un peu de beurre d'an-
chois, une pincée de cayenne, de la muscade râpée, et en dernier
lieu les escalopes d'esturgeon, deux douzaines de petites que-
nelles de homard ou de saumon, et un demi-verre de madère.
Potage de perches à la Wastrefish.
Nettoyer et écailler cinq ou six perches et les faire pocher
dans une mirepoix au vin blanc additionnée de consommé. Laisser
les poissons refroidir dans leur cuisson, puis les égoutter et en
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 39
enlever les filets, qu'on divise en morceaux égaux et qu'on
dépose dans une soupière. Réserver le liquide dans lequel les
perches ont été cuites et qui doit servir à faire le potage. Faire
un roux blond qu'on délaye avec ce bouillon et remuer sur le feu
jusqu'à ce qu'il atteigne le degré d'ébullition. On le retire alors
du feu pour le laisser mijoter sur le coin du fourneau, après
l'avoir garni de quelques légumes et d'un bouquet de persil. On
le laisse ainsi pendant une demi-heure en l'écumant fréquem-
ment, puis on le passe à travers une mousseline ou une fine
passoire. Finalement, on ajoute au potage une julienne de
légumes qu'on a fait cuire préalablement, ainsi qu'une liaison
de quatre jaunes d'œufs. Yerser le potage bouillant dans la
soupière sur les escalopes de perches.
Soupe aux clam-chowders. — Clam-chowder soup.
Ce potage est américain. Les clam-chowders sont des coquil-
lages ressemblant un peu aux bucardes, et qui sont très com-
muns aux États-Unis.
Ouvrir une centaine de clams, en ôter la partie dure et hacher
le reste, que l'on place dans une casserole avec leur jus naturel.
D'autre part, couper en petits dés quelques pommes de terre
cuites à l'eau, deux tranches de jambon et deux gros oignons.
Faire frire dans le beurre le jambon et les oignons, et, lorsque
l'oignon est d'une belle couleur jaune, égoutter le beurre et
mouiller avec du bouillon et un grand verre de vin blanc. Garnir
d'un bouquet de persil. Assaisonner de sel, muscade râpée,
poivre de Cayenne et purée de tomates. Faire bouillir le liquide
pendant une demi-heure. D'un autre côté, on fait ramollir pen-
dant dix minutes, dans un peu d'eau, une poignée de biscuits
américains appelés crackers.
Un quart d'heure avant de servir le potage, on y mélange
les pommes de terre, les dams et leur jus, ainsi que les biscuits.
On laisse bouillir encore dix minutes, et finalement on incor-
pore à la soupe un bon morceau de beurre frais, après avoir
retiré le bouquet de persil.
40 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Soupe aux terrapines. — Terrapin soup.
(A Faméricaine.)
Plonger les petites tortues à l'eau bouillante et les y laisser
deux ou trois minutes seulement, car une plus longue immer-
sion nuirait à l'opération qui consiste à détacher l'écaillé de la
carapace et des pattes. Les écailles étant enlevées, on met les
terrapines à cuire dans un consommé léger pendant environ
une demi-heure. Les égoutter et séparer les deux carapaces
qu'on coupe en morceaux et que l'on garde au bain-marie avec
un peu de la cuisson.
Délayer un peu de roux avec la cuisson des tortues, et laisser
le liquide mijoter au coin du fourneau pendant une demi-heure
pour jeter son écume; puis terminer le potage en y ajoutant une
infusion de basilique, thym, laurier, marjolaine et sarriette ; et
finalement une pincée de poivre de Cayenne, un verre de madère
et la viande des terrapines. Laisser bouillir encore un quart
d'heure et servir.
. Soupe au bœuf. — Beef soup.
Couper en gros dés d'un centimètre carré une livre de
culotte de bœuf, qu'on fait revenir dans le beurre pendant trois
minutes, puis que Ton mouille avec un litre de bouillon léger.
Saler et garnir de légumes comme s'il s'agissait d'un pot-au-feu
et laisser mijoter jusqu'à ce que la viande soit cuite. Passer le
bouillon à travers un tamis de crin et retirer la viande qu'on
met à part dans une casserole. Préparer une brunoise de
légumes qu'on fait cuire dans le bouillon bien dégraissé ; et,
lorsque les légumes sont cuits, on y ajoute les morceaux de
bœuf mis en réserve.
CHAPITRE II
POISSONS
L'Angleterre est un des pays d'Europe les plus privilégiés
pour l'approvisionnement du poisson. Entourée par la mer et
sillonnée de nombreux cours d'eau, on y trouve en abondance
le poisson d'eau douce et la marée. Londres, par sa situation
géographique, offre un grand avantage aux pêcheurs qui vien-
nent débarquer leur butin jusqu'au cœur de la ville. Le légen-
daire marché de Billingsgate est en effet construit sur le bord de
la Tamise, et le poisson se trouve transporté sans transition du
pont du bateau jusque sur les dalles de la hnlle, où il est immé-
diatement vendu à la criée et emporté vivant encore, pour être
réparti chez tous les pourvoyeurs de la capitale ; car à Londres
on voit des boutiques de marchands de poissons disséminées
dans tous les quartiers, même les plus aristocratiques, et point
n'est besoin, pour le consommateur ou la ménagère, d'aller
jusqu'à la halle affronter le danger de s'entendre interpeller
dans un langage souvent par trop naturaliste. Ces marchands
42 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
sont amplement approvisionnés de poisson de toute espèce,
depuis le gigantesque esturgeon jusqu'au minuscule white bail,
et chaque soir, au moment de la fermeture de la boutique, le
poisson arrivé le matin qui ne s'est pas vendu dans la journée
est distribué aux pauvres gens à des prix très minimes, car tout
pourvoyeur qui se respecte ne vend pas à ses clients du poisson
de la veille. Le saumon, ce roi des poissons, pullule dans les
rivières de l'Ecosse et d'Irlande. On l'expédie en grande quan-
tité dans toutes les capitales de l'Europe, où il fait une sérieuse
concurrence au saumon hollandais, quoiqu'il soit inférieur à
celui-ci comme qualité. Autrefois, lorsque les communications
étaient plus difficiles et les lois sur la pêche moins draconiennes
qu'aujourd'hui, le saumon était en si grande abondance dans
certains districts écossais, qu'il composait la principale nourri-
ture du peuple. On raconte qu'à cette époque, les ouvriers et les
apprentis avaient introduit une clause dans leurs engagements,
stipulant que les patrons ne leur donneraient du saumon à leurs
repas que trois jours par semaine. Les temps sont bien changés,
car le saumon, qui valait alors 2 pence la livre, se vend aujour-
d'hui 2 shillings et plus. L'Anglais est très amateur de poisson.
Il est d'usage de le servir dans les dîners immédiatement après
le potage, et chaque espèce doit être accompagnée d'une sauce
spéciale. Ainsi, la sauce obligatoire pour le turbot est la hollan-
daise ou la sauce homard. La raie se sert avec une sauce aux
crevettes, tandis qu'avec le cabillaud la sauce aux huîtres est
de rigueur. Avec la merluche et la morue salée, il faut une
sauce aiux œufs durs, et avec le maquereau bouilli l'usage veut
qu'on envoie une sauce au fenouil. Quant au poisson frit, on
l'accompagne généralement d'une sauce à l'essence d'anchois.
White bait.
« Petit poisson deviendra grand », a dit La Fontaine. Si le
fabuliste avait connu le white bait, il aurait fait une exception
en sa faveur, car ce petit poisson ne grandit pas. Certains
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 43
s'obstinent à le désigner sous le nom de blanchaille, mais
c'est un tort, car il diffère essentiellement de ce qu'on est con-
venu d'appeler blanchaille.
Le white bail est un poisson spécial, qui se pèche principale-
ment à l'embouchure de la Tamise. Sa consommation est si
grande à Londres, durant la saison, que, pour suffire aux
demandes des consommateurs, on est obligé de le mélanger
avec du fretin de certains poissons, tels que le hareng et le
merlan, que l'on trouve dans les mêmes parages ; mais le whilc
bffit se distingue facilement de ceux-ci : il est blanc et transpa-
rent, tandis que les autres ont la forme et la couleur du hareng.
Ainsi que le potage tortue, c'est le complément obligé de
tout dîner diplomatique à Londres. 11 est même notoire que
chaque année, la veille de l'ouverture du Parlement, les minis-
tres de la reine, fidèles en cela à une vieille tradition, se réunis-
sent à Greenwieh dans un banquet où figure invariablement
cette incomparable friture.
Ce poisson est d'une si grande délicatesse que, s'il n'est
employé de suite, il perd toutes ses qualités; aussi les amateurs
qui veulent en faire un régal font-ils le voyage à Greenwieh,
où il se pêche, et où tous les restaurants en font leur principal
plat du jour. Là, plus que partout ailleurs, ce délicieux petit
poisson peut être réellement apprécié, car il saute pour ainsi
dire de la Tamise dans la poêle à frire.
La manière d'opérer pour faire frire les white hait exige
beaucoup de soin. Il est d'abord de toute nécessité que le poisson
soit excessivement frais; aussi le conserve-t-on, jusqu'au
moment de le faire cuire, dans une terrine contenant un gros
morceau de glace. On égoutte le white hait sur un tamis, puis on
<3n prend quelques poignées qu'on égrène dans de la farine
étendue sur une serviette. On les roule vivement dans cette
farine, et, s'ils sont très frais, ils se séparent facilement. Dans
le cas contraire, ils se collent ensemble et il devient impossible
de les séparer. Lorsqu'ils sont bien imprégnés, on les jette dans
un panier à frire que l'on secoue vivement afin d'enlever le
surplus de la farine; puis on les plonge « immédiatement » à
44
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
grande friture pendant deux ou trois minutes. Cette friture doit
être neuve autant que possible et ne doit être employée que très
chaude; autrement le poisson serait mou au lieu d'être crous-
tillant.
On se sert de saindoux ou de graisse de bœuf, mais cette
dernière est préférable.
Lorsque les white bait sont cuits, on les égoutte, on les sau-
poudre de sel, et on les envoie aussitôt sur table, accompagnés
de tranches de pain bis beurré et de quartiers de citron. Il est
d'habitude de faire suivre le premier plat de white bait d'un
second, fortement assaisonné de poivre de Cayenne et que l'on
désigne sous le nom de devilled white bail (white bail à la diable).
Pour qu'une friture de white bait soit bien réussie, il est
essentiel que le poisson reste blanc et soit croustillant. On le
saupoudre de sel avant de l'envoyer sur table, et on le dresse
en buisson sur un plat garni d'une serviette qui doit être chauffée.
Garnir de persil frit.
Les white bait ne sont en saison que d'avril à septembre.
Saumon. — Salmon.
Le saumon est à la fois poisson marin et poisson de rivière.
Il se plaît principalement dans les mers du Nord; mais, chose
étrange, on n'en trouve pas dans la Méditerranée. A l'époque
de la fécondation, il remonte les rivières et les fleuves pour
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 45
venir y déposer ses œufs. Après quoi, il retourne à la mer.
Durant son ascension, rien ne l'arrête, et on en voit franchir
des cascades de deux ou trois mètres de hauteur; mais ils ne
réussissent pas toujours dans ces exercices acrobatiques, et il
leur arrive souvent de se tuer sur les rochers ou sur les poutres
de fer employées pour la confection des barrages.
Dans les rivières d'Ecosse et d'Irlande, où le saumon
abonde, on rencontre fréquemment de ces chutes d'eau, et, pour
assister à ce curieux spectacle, les touristes affluent à ces
endroits, à proximité desquels sont installées des auberges qui
sont des endroits de rendez-vous pour les amateurs de plaisirs
champêtres.
L'espoir de voir un saumon exécuter son saut périlleux est
un prétexte à excursions, à promenades, à pique-nique et à
déjeuners sur l'herbe. Cet espoir est souvent déçu; mais on
est amplement dédommagé par le plaisir qu'on éprouve à contem-
pler le magnitique panorama qui se déroule sous les yeux, à tra-
vers ces contrées pittoresques ; et l'on se console en savourant
en joyeuse compagnie le déjeuner apporté par les excursion-
nistes ou préparé par l'aubergiste du lieu.
Saumon bouilli. — Boiled salmon.
Le saumon bouilli à l'anglaise se fait simplement cuire à
l'eau salée. On le met soit à l'eau froide, soit à l'eau bouillante.
Dans l'un ou l'autre cas, il faut avoir soin de bien saler la
cuisson. Mis à l'eau froide, il doit être placé sur un fourneau
ardent, et, lorsque le liquide arrive au point d'ébullition, il faut
le laisser mijoter doucement pendant une demi-heure. Mis à
l'eau bouillante, il demande trois quarts d'heure de cuisson s'il
est de grosseur ordinaire. Le saumon à l'anglaise se sert géné-
ralement accompagné d'une sauce homard, d'une sauce au
persil, d'une sauce crevettes ou dune sauce hollandaise.
Saint-Pierre. — John Dory.
Ce poisson, peut-être à cause de sa forme disgracieuse,
46 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
jouit de peu de faveur en France, mais il est très estimé des
Anglais. Sa chair est en effet ferme et de bon goût, et certains
gourmets la préfèrent à celle du turbot. On le sert bouilli ou
cuit au four, accompagné d'une sauce homard, hollandaise
ou crevette. Le nom de Dory, d'après les étymologistes,
lui viendrait de ce que la couleur de sa peau a une teinte
dorée.
Saumon ciselé. — Crimped salmon.
Le crimped salmon est ainsi dénommé à cause du traitement
quelque peu barbare qu'on lui fait subir après sa capture. En
effet, sitôt sorti de l'eau, on l'étend sur l'herbe, puis l'on procède
au martyr de l'animal, en commençant par lui faire une large
et profonde incision un peu au-dessous de l'ouïe. Les incisions
sont répétées sur toute la longueur du saumon en les espaçant
chacune de trois centimètres.
On retourne le poisson pour répéter l'opération de l'autre
côté, puis on le suspend par la queue pour le laisser saiguer
quelques minutes, et finalement, on l'immerge pendant une
heure dans l'eau très froide. Le saumon traité de cette façon est
fort apprécié des connaisseurs. La chair en est plus onctueuse
et plus ferme; cependant, cette qualité recherchée par les uns
n'est pas du goût des autres, et, pour ma part, je me range
dans cette dernière catégorie.
Le comble du raffinement, pour un véritable amateur
de saumon, est de le faire cuire et de le manger au bord de
l'eau aussitôt qu'il vient d'être péché et après l'avoir coupé
vivant.
Il faut croire qu'il est avec les sentiments humanitaires des
accommodements tout comme avec le ciel; sans cela, comment
expliquer ce fait, que la Société protectrice des animaux ne
proteste pas comre l'usage barbare qui consiste à écorcher vive
l'anguille avant de la mettre en matelote ; à plonger dans l'eau
bouillante le homard, le crabe et la crevette; à vivisecter enfin
le saumon, le turbot et le cabillaud?
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
47
Pourquoi cette société philanthropique, qui s'indigne contre
les combats de coqs et les courses de taureaux, et qui sévit sans
pitié contre les charretiers brutaux, se montre-t-elle si indul-
gente pour ceux qui, de gaieté de cœur, torturent impitoyable-
ment ces iuoffensifs animaux?
On me fera observer que les poissons ont très peu de
cervelle, et qu'il est avéré que, moins un animal est doué sous
ce rapport, moins il est sensible à la douleur.
C'est possible, mais il m'est difficile de croire que l'anguille
qui se tortille lorsqu'on la dépouille, que le saumon qui
fait des soubresauts désespérés sous le couteau qui tranche
dans sa chair vive, et le homard qui se débat dans la marmite
bouillante,, éprouvent des sensations agréables au moment
psychologique.
Peut-être l'indifférence de la société susnommée est-elle
motivée par la crainte àe soulever une tempête dans le mon<lie
gastronomique et de causer une révolution parmi les nombreux
adeptes de la bonne cuisine.
Pour cuire le crimped sahuon, comme le font les Anglais, on
le plonge à l'eau bouillante salée, et on le laisse bouillir pendant
dix ou douze minutes. On l'égoutte deux ou trois minutes
48 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
avant de le dresser sur un plat garni d'une serviette, et on
l'entoure de persil frais.
Il est bon d'observer que le saumon qui a subi le martyre
de la vivisection demande bien moins de temps à cuire que le
saumon ordinaire, car l'eau bouillante, en pénétrant dans les
chairs par les incisions, abrège et facilite l'opération de la
cuisson.
On sert, avec le crimped salmon, soit une sauce homard,
hollandaise, genevoise ou italienne, qu'on accompagne généra-
lement d'une saucière contenant de l'eau dans laquelle le
saumon a été cuit; car les vrais amateurs préfèrent cette eau
à toute autre sauce. — On passe, avec le saumon bouilli, une
salade de concombre.
Filets de saumon à l'indienne. — Filets of salmon
à 1 indienne.
Enlever l'arête et la peau d'une darne de saumon, puis
diviser la chair en filets égaux, coupés soit en biais, soit
transversalement. Les aplatir légèrement, les parer et les placer
dans un plat à sauter grassement beurré ; les assaisonner, les
recouvrir d'un rond de papier et les faire pocher quelques
minutes à four chaud. Lorsqu'ils sont cuits, les égoutter, les
dresser en couronne et les masquer d'une sauce curry.
Garnir le centre des filets avec du riz cuit à l'indienne.
Croquettes de saumon. — Salmon croquettes.
Cette recette pourrait être classée parmi celles qui consti-
tuent l'art d'accommoder les restes. Ce mets se confectionne
généralement avec du saumon cuit de la veille, et, quoique
économique, il n'en est pas moins excellent. On enlève la peau
et les arêtes du poisson, et l'on hache la chair en l'assaisonnant
de sel, d'un peu de cayenne et de muscade râpée. On met le
hachis dans une casserole pour le lier sur le feu avec des jaunes
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 49
d'œufs et un peu de sauce Béchamel réduite. On place ensuite
le saumon sur un plat à la glace. Lorsqu'il est entièrement
refroidi, on en confectionne des croquettes, auxquelles on donne
une forme quelconque, que l'on passe à la mie de pain d'abord,
et ensuite à l'œuf battu, pour les rouler une seconde fois dans
la mie de pain. Faire frire, dresser sur une serviette et garnir
de persil frit.
Si l'on donne à la croquette la forme d'une côtelette, on
peut lui faire un manche avec un morceau de patte de langouste
qu'on orne d'une petite papillote.
Ombre chevalier. — Char.
Ce poisson, qui est, à mon avis, le meilleur des poissons
d'eau douce, se trouve en abondance dans les lacs d'Ecosse,
mais il est d'une nature si délicate que le voyage lui fait perdre
beaucoup de sa qualité; aussi n'en voit-on
que rarement sur le marché de Londres. Il
n'est en saison que depuis juillet jusqu'en
octobre.
On en fait grand cas sous forme de con-
serve qui se prépare de la manière suivante:
faire cuire les chars dans une mirepoix et les
laisser refroidir dans leur cuisson. Oter alors
la peau et les arêles, et, après les avoir bien
égouttés, les ranger dans des pots peu profonds. Les recouvrir
de beurre clarifié et les mettre au four pendant un quart d'heure.
Lorsque les pots sont entièrement refroidis, on ajoute, s'il y a
lieu, un peu de beurre clarifié afin que le poisson soit entière-
ment couvert. Le potted char, tenu dans un endroit frais, peut
se conserver deux ou trois semaines. On le sert généralement
pour le déjeuner du matin.
Le char s'accommode de la même manière que la truite. Il
est excellent apprêté en « water souchet ».
50 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Escalopes de saumon aux concombres.
Détailler, dans une darne de saumon, des escalopes uniformes
d'un centimètre d'épaisseur, et les ranger dans un sautoir
beurré. Les assaisonner et les couvrir d'un papier huilé. Les
faire pocher légèrement au four, et, lorsqu'elles sont cuites, les
égoutter, puis les dresser en couronne. Les masquer d'une
allemande faite avec un fumet de poisson dans laquelle on
ajoute, au dernier moment, une pluche de cerfeuil blanchi.
Garnir le centre du plat d'un ragoût de concombres tournés en
olives et cuits au beurre.
Côtelettes de saumon à la Washington.
Préparer les escalopes comme dans la recette qui précède ,
mais en leur donnant une forme de côtelette. Les faire pocher
au four, puis les égoutter sur une serviette pour en absorber
l'humidité. Lorsque les filets sont froids, les enduire d'une sauce
Villeroy au cury, et les mettre à la glace ou dans un endroit
frais.
Les rouler d'abord dans la mie de pain, puis les paner une
seconde fois à l'œuf. Les faire frire à grande friture, puis les
égoutter. Former le manche de la côtelette avec un morceau de
corne de langouste; dresser les escalopes en couronne sur une
serviette et garnir de persil frit.
Cadgery.
Le cadgery se fait avec du turbot cuit de la veille et ne se
sert généralement que pour le déjeuner du matin. Après avoir
détaché la chair des arêtes, on la brise en morceaux que Ton
fait chauffer dans une sauce Béchamel avec des œufs durs
coupés en dés et du riz bien cuit. On dresse sur un plat creux
le mélange qui doit être tenu un peu épais et qu'on masque de
sauce blanche. Assaisonner de muscade râpée et d'une pincée
de poivre de Cayenne.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 51
Ce mets, tout bizarre qu'il paraisse être, forme un plat
excellent dont les Anglais et les Américains sont fort friands. On
y ajoute parfois un peu de poudre de curry.
Turbot étuvé à l'anglaise. — Steamed turbot.
Le turbot au naturel se prépare de trois manières : on le
met à l'eau froide, à l'eau bouillante, ou on le fait cuire à la
vapeur.
On a adopté ce dernier plan dans les grands hôtels et les
restaurants importants, à Londres. Le poisson est placé sur des
feuilles de fer étamés percée de trous, qui sont posées ensuite
sur des claies dans des étuves agencées pour faire cuire plusieurs
turbots à la fois. On frotte le poisson de sel et on le laisse ainsi
cuire plus ou moins longtemps, selon sa grosseur. Avec le
turbot à l'anglaise, on ne sert que trois sauces : la sauce
homard, la sauce hollandaise ou la sauce crevette.
Turbot bouilli. — Boiled turbot.
Les Anglais ne font jamais cuire le turbot au court bouillon.
Ils prétendent, non sans raison, que tout autre auxiliaire que le
sel lui est plus préjudiciable qu'utile, et que les aromates et les
légumes empêchent d'apprécier la véritable saveur d'un poisson
bien frais.
Le turbot, après avoir été frotté de jus de citron, est mis
dans une turbotière avec assez d'eau froide pour le couvrir.
Ajouter deux poignées de sel et placer la turbotière sur un feu
ardent jusqu'à ce que le liquide arrive au point d'ébullition.
L'éloigner du feu et laisser le poisson pocher pendant une demi-
heure. Lorsqu'il est cuit et égoutté, on le fait glisser sur un
plat garni d'une serviette. On l'entoure de bouquets de persil
et l'on envoie à part une sauce homard ou hollandaise.
52 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Filets de turbot à l'indienne. —Filets of turbot
à l'indienne.
Les turbots de moyenne grandeur sont les meilleurs pour
être servis en filets.
Après avoir détaché la viande des arêtes, oh enlève la peau,
puis on détaille le poisson en escalopes qu'on pare de même
grandeur et qu'on place sur un plafond beurré. On l'assaisonne
de sel, de poivre et d'un jus de citron, puis on le recouvre d un
papier humecté de beurre fondu. On met au four pucher pen-
dant dix ou quinze minutes, et on l'égoutte sur une serviette.
On dresse les filets en couronne dans un plat et on les masque
(Vu ne sauce indienne au curry. On garnit le centre du plat de
riz cuit à la turque.
Filets de turbot a la Windsor. —Filets of turbot
à la "Windsor.
Préparer les filets de turbot comme dans la recette précé-
dente, et les placer sur un plafond bien beurré. Les assaisonner
de sel, poivre et jus de citron et les arroser de beurre Irais légè-
rement fondu. On saupoudre alors les filets avec de la mie de
pain fraîche qu'on a fait brunir au four ou dans la poêle. Mettre
les filets au four pendant dix ou douze minutes, et les retirer
pour les égoutter et les dresser. On doit les dressera plat et non
en couronne, car la mie de pain se détacherait si les filets étaient
mis en contact, et cela nuirait à l'apparence du filet. Onserl une
sauce italienne à part. Cette manière de servir les filets de tur-
bot est une des meilleures que je connaisse. La mie de pain imbi-
bée de beurre frais s'imprègne en même temps de jus de poisson
et acquiert un goût délicieux. Une faut arroser les filets qu'avec
précaution pendant la cuisson pour ne pas faire glisser la mie
de pain qui n'adhère au filet que superficiellement.
Croquettes de turbot au curry.
Couper en petits dés d'égale grosseur les restes d'un turbot.
Préparer, d'autre part, une sauce Béchamel bien réduite et assai-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 53
sonnée de bon goût, qu'on lie avec deux ou trois jaunes d\eufs,
et à laquelle on ajoute une cuillerée de poudre de curry. Amal-
gamer à cette sauce le salpicon de turbot M laisser refroidir sur
un plat. Former des croquettes qu'on roule une première fors
dans de la mie de pain. On donne aux croquettes la forme que
Ton désire, puis on les trempe dans l'œuf battu pour les rouler
une seconde fois dans la mie de pain. Faire frire et dresser sur
une serviette avec une garniture de persil frit.
On peut donner aux croquettes la forme d'une poire en imi-
tant la queue avec des tiges de persil.
Saumon fumé. — Kippered salmon.
C'est à l'Ecosse qu'on est redevable de cet excellent mets de
déjeuner si apprécié des Anglais, mais peu connu en France. Le
saumon aussitôt pêche est fendu dans toute sa longueur du côté
du ventre, puis vidé, lavé, séché et mis au sel pendant douze
heures II est ensuite fumé dans des établissements consacrés à
cet usage.
Le saumon, préparé de la sorte, se sert pour le déjeuner du
matin et quelquefois pour le dîner. Dans ce dernier cas, il se
mange à la fin du repas en même temps que le fromage.
Pour l'employer, on le coupe transversalement en tranches
très minces; on trempe ces tranches dans l'huile ou dans le
beurre fondu et on les met pendant deux ou trois minutes au fo ur
ou sur le gril.
Lorsque le saumon est dressé sur son plat, on l'arrose avec
un peu de beurre frais fondu. On envoie à part des petites
tranches de pain grillé (dried toasts).
Cabillaud. — God fish.
Le cabillaud, qu'on désigne aussi sous le nom de morue
fraîche, est, de tous les poissons qui servent à notre alimenta-
tion, le plus vorace et le plus insatiable.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Ceux que l'on pèche sur les côtes d'Angleterre sont remar-
quables par leur grosseur, ainsi que par l'excellence de leur
chair. On fait subir à la plupart de ceux apportés sur le marché
le cruel traitement delà vivisection, afin de leur donner un regain
de qualité.
Ainsi traité, le cabillaud, semblable en cela au saumon, de-
vient plus ferme et plus onctueux, et on le désigne alors sous la
dénomination de crimped cod.
Sa voracité est telle qu'on a calculé qu'un seul cabillaud
détruisait plusieurs millions de harengs dans le courant d'une
année, et qu'il digère même sans inconvénient les crabes et les
homards.
On prétend même que les sucs gastriques sécrétés par ses
organes digestifs sont si puissants qu'un homard, après un court
séjour dans son estomac, devient rouge comme s'il avait été
cuit.
Les bateaux des pêcheurs de cabillaud sont agencés de ma-
nière que le poisson puisse être conservé vivant.
Ils sont apportés ainsi jusqu'à Gravesend, à l'embouchure de
la Tamise et à deux heures de Londres. Là, ils sont déposés
dans d'immenses réservoirs alimentas par l'eau de mer, et c'est
de ces réservoirs qu'on vient les chercher pour en approvision-
ner le marché de Billingsgate.
Ici une remarque dont les pourvoyeurs de marée devraient
bien faire leur profit :
Les pêcheurs anglais ont l'habitude d'égorger, de vider et
de nettoyer leur poisson aussitôt qu'il est pris, puis ils le rincent
à l'eau de mf", et c'est ainsi qu'il est apporté et vendu sur le
marché.
Un turbot, par exemple, traité de la sorte, est présenté à
l'acheteur sous un aspect plus blanc, plus propre et plus appé-
tissant que ceux que nous voyons exposés sur les dalles de nos
halles, suintant un limon grisâtre et nauséabond.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 55
Tête de cabillaud farcie. — Stuffed cod's head.
On remplit le vide de la tète avec de la farce à l'anglaise (veal
stufftng), puis on place la tête du poisson, ainsi farcie, sur un
plafond creux bien beurre.
On ajoute du vin blanc et un peu de bouillon, on l'assai-
sonne et on le met au four en l'arrosant de temps à autre
avec la cuisson. Dix minutes avant de sortir le poisson
du four, on le saupoudre de mie de pain frite ou de cha-
pelure fine.
On sert avec le cod's head une sauce aux œufs ou aux
huîtres.
On peut avantageusement remplacer la farce à l'anglaise
par une bonne farce de poisson assaisonnée aux fines herbes.
Sprats.
Ce poisson a beaucoup d'analogie avec la sardine, mais il
n'en a pas la délicatesse.
Une compagnie a tenté, il y a quelques années, d'en faire
des conserves, mais le résultat obtenu ne fut pas satisfaisant,
et l'entreprise fut abandonnée.
On pêche les sprats à l'épervier à l'embouchure des fleuves
en Angleterre et en Ecosse.
Les sprats se font frire dans l'huile ou dans la graisse à l'ins-
tar des éperlans, et se servent généralement pour le déjeuner
du matin.
Les Anglais et les Américains en sont très friands, surtout
lorsqu'ils sont salés et fumés.
Dans ce dernier cas, on les fait cuire sur le gril, après
les avoir préalablement trempés dans l'huile. Ils se servent
aussi à la fin du dîner, en même temps que le fromage,
accompagnés de quartiers de citron et de tranches de pain
bis beurré.
Dans tous les banquets de Guildhall présidés par le lord
Ô& LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
maire, il est d'usage de servir un plat de sprats. Cela fait
partie du programme, et c'est tout autant de rigueur que la
soupe tortue, les white bail et le toast à la santé du roi.
Soufflé de morue salée. — Saltiish soufflé.
Ge soufflé se fait avec les restes de morue de la veille.
Prendre une livre de morue cuite et la débarrasser des arêtes,
puis la hacher très fin.
D'autre part, faire cuire à l'eau six grosses pommes déterre,
puis les égoutteret les réduire en purée. Ajouter à cette purée
un décilitre de crème ou de lait, 60 grammes de beurre, un peu
de muscade râpée, une pincée de poivre de Gayenne, quatre
jaunes d'œufs, et finalement la chair du poisson. Après avoir
mélangé tous ces ingrédients, on fouette les quatre blancs
d'œufs bien ferme, et on les mélange légèrement avec la
morue. On dépose cette composition dans un plat creux
de porcelaine à feu, et l'on met à four chaud pendant à
peu près vingt minutes. Si, au bout de ce temps, la sur-
face du soufflé n'a pas pris de couleur, on emploie la salamandre
pour aider à la coloration. On envoie le soufflé sur un plat
garni d'une serviette.
Pudding de filets désoles. — Fillets of sole's pudding.
Dépouiller deux belles soles et enlever les filets qu'on détaille
en escalopes, puis qu'on dresse en couronne dans un plat à
pudding creux. Faire blanchir trois douzaines de grosses huîtres,
les ébarber et les parsemer sur les filets de soles. Préparer en-
suite, avec la liqueur dans laquelle elles ont été blanchies et de
la crème, une sauce légère liée à la farine ou à l'arrow-ruot, bien
assaisonnée et relevée d'une pointe de cayenne et d'un peu de
muscade râpée. Couvrir avec cette sauce les escalopes de pois-
son et les huîtres. Étendre sur la surface une couche de purée
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 57
de pommes de terre et mettre le plat au four pendant vingt
minutes. Si, au bout de ce temps, le dessus du pudding n'est
pas rissolé, on le colore à la salamandre.
Merluche. — Haddock a l'anglaise.
Le haddock est le poisson que nous appelons merluche ou
aigrefin. Il est très commun en Angleterre. Les plus gros et les
plus estimés se pèchent dans la baie de Dublin. La ménagère
anglaise ne connaît que deux manières de préparer ce poisson.
On le fait cuire au four, ou bouillir simplement à l'eau salée.
Dans l'un et l'autre cas, on le remplit avec une farce appelée
realstuffing (farce de veau). Cette farce est ainsi nommée, non
pas, comme on pourrait le croire, parce qu'il entre du veau
dans sa composition, mais parce qu'il est d'un usage rigoureux
que toute pièce de veau, rôtie, braisée ou bouillie, soit farcie
lorsqu'elle est servie sur une table anglaise.
Veal stuffing : Hacher très fin une livre de graisse de rognon
de bœuf, puis y ajouter la même quantité de mie de pain. Assai-
sonner de sel, poivre, muscade, cayenne et persil haché. Amal^
gamer le tout avec deux œufs entiers.
Merluche fumée. — Finnan haddock.
La ville de Finnan est un petit port de mer situé à six milles
d'Aberdeen.
C'est probablementde cet endroit, où les merluches abondent,
que le procédé de les fumer est originaire. Aujourd'hui, il est
pratique sur une grande échelle, non seulement à Finnanjmais
dans toute l'Ecosse.
Walter Scott, dans un de ses romans, donne la description
de ce poisson, qu'il qualifie d'incomparable. L'opinion de l'émi-
nent romancier est confirmée par tous ceux qui ont goûté du
finnan haddock, et je suis surpris que cette excellente manière
d'apprêter la merluche soit si peu connue en France. La ville
58 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cTAberdeen en fait un commerce considérable, et sa consomma-
tion dans le Royaume-Uni est énorme.
Le haddock, aussitôt péché, est ouvert par le ventre dans
toute sa longueur, frotté de sel et suspendu par la queue pour
être fumé pendant vingt-quatre heures. Ge court espace de temps
suffît à lui donner une saveur particulière et un goût d'une ex-
trême délicatesse. Il est vrai que le poisson ainsi préparé ne
se conserve que peu de jours, et c'est probablement pour cette
raison qu'on ne l'exporte en France qu'en petites quantités.
Pour le servir, on lp fait simplement griller quelques minutes
après l'avoir badigeonné d'huile et lui avoir coupé les nageoires,
et, lorsqu'il est prêt et dressé sur le plat, on l'arrose de beurre
frais fondu. On peut également le mettre à l'eau bouillante pen-
dant cinq minutes, au lieu de le faire griller. Le finnan haddock
se sert généralement pour le déjeuner du matin ou avec le thé
de cinq heures.
On le sert aussi quelquefois avec le fromage à la fin du
dîner. Dans ce cas, on le coupe en petits dés qu'on fait chauffer
dans un peu de sauce curry ou à la diable, et l'on en garnit de
petites croustades.
Morue salée. — Sait fish.
En l'année 1533, le navigateur Jacques Carlier fut envoyé
par François I er explorer les bancs de Terre-Neuve. Il y fut
suivi par quelques bateaux de pêcheurs, et ceux-ci peuvent
être considérés comme les préconisateurs de la pêche à la morue.
Au commencement de ce siècle, 300 ou 400 vaisseaux seule-
ment quittaient annuellement les ports d'Europe pour s'aventu-
rer dans ces parages lointains; mais aujourd'hui, cette pêche a
pris une telle extension que, chaque année, plus de 10,000 ba-
teaux de toutes nationalités vont à la recherche de ce poisson,
qui abonde dans les mers du Nord, et en rapportent dans leurs
ports plus de 30 millions de tonnes.
Ge n'est que grâce à la prodigieuse fécondité du cabillaud
que l'espèce doit de n'être pas depuis longtemps annihilée. En
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 09
effet, il a été démontré qu'un de ces poissons, pesant une
vingtaine de livres, produit par an 2 ou 3 millions d'œufs. Sa
gloutonnerie insatiable le porte à engloutir, dans. son énorme
bouche, tout ce qui se présente devant elle : coquillages, herbes
marines, épaves et autres objets réfractaires à la digestion. Or,
dans ce cas, lorsque ses fonctions digestives se trouvent entra-
vées par de trop copieux excès, la nature l'a doue de la faculté
de vomir son estomac, de le retourner, de le rincer dans l'eau
de la mer et de le remettre en place.
En Angleterre, la morue n'est obligatoire que deux jours de
l'année : le Vendredi Saint et le mercredi des Cendres, non pas
parce que cela est prescrit par les canons de l'Église, mais par
respect pour une vieille tradition. A ces époques,, les marchands
de poisson font ample provision de morue, qu'ils font dessaler
avant de la mettre en vente.
Le meilleur moyen de faire cuire ce poisson est de le mettre
à l'eau froide dans une poissonnière, et de le faire partir à grand
feu. Lorsque le liquide a atteint le degré d'ébullition, laisser
pocher pendant un quart d'heure sans bouillir.
On sert invariablement avec la morue une sauce aux œufs
durs et l'on garnit le poisson d'un entourage de panais cuits à
l'eau. (Voir chapitre des sauces.)
60 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Raie. — Crimped skate
Les marchands de poisson de Londres mettent une certaine
coquetterie dans l'arrangement de leurs étalages, qu'ils agré-
mentent de larges blocs de glace transparente, de forme pyrami-
dale. Les poissons de toute espèce et de toute provenance
sont exposés sur des tables, de marbre blanc disposées en gra-
dins. Ici, des saumons énormes, artistiquement groupés, entre-
mêlés de merlans et de soles ; là, des turbots alignés avec symétrie
et resplendissants de blancheur; puis des truiles encore vivantes,
mouchetées de points rouges, d'un si appétissant aspect; des
cabillauds entrelacés, se balançant dans l'espace; des anguilles,
des carpes, des limandes frétillant encore, et*, pour encadrer ce
séduisant tableau, des guirlandes de crabes, de homards, de
coquillages et de fleurs.
La raie, qui par sa forme et sa laideur nuirait à l'harmonie
de l'exposition, en est généralement bannie. On la voit cepen-
dant quelquefois sur le marbre du pourvoyeur, mais alors on
lui a fait subir une véritable transformation. On l'a coupée,
vivante encore, en bandes étroites, puis on Ta plongée dans
l'eau très froide. La raie, lorsqu'on la retire de l'eau, a revêtu
une forme nouvelle : ses chairs se sont resserrées, les bandes se
sont roulées en spirales, et c'est sous cet aspect qu'elle est pré-
sentée aux yeux de l'acheteur.
La raie au beurre noir, si populaire en France, n'est pas
appréciée des Anglais qui la mangent simplement bouillie à
l'eau salée, en l'accompagnant d'une sauce aux crevettes ou aux
anchois.
La raie se met à l'eau froide salée et acidulée, avec un ou
deux oignons en tranches et quelques branches de persil.
L'éloigner du feu au point d'ébullition et le laisser pocher un
quart d'heure sans bouillir.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 61
Raie frite. — Fried skate.
Après avoir retiré la raie de l'eau froide où on Ta laissée
séjourner pendant deux heures, on tourne chaque hande en
spirale et on régoutte sur une serviette.
Rouler ensuite chaque morceau dans la farine, puis dans
i'osuf battu et enfin dans la mie de pain. Faire frire et dresser
sur un plat avec garniture de persil frit. Envoyer une sauce aux
anchois ou aux crevettes.
Harengs fumés de Yarmouth. — Yarmouth bloaters.
La ville de Yarmouth, port de mer du comté de Norfolk,
jouit d'une grande renommée pour la préparation des harengs
fumés connus sous le nom de Yarmouth bloaters. On compte
dans cette ville 120 établissements où se prépare cet excellent
poisson. Aussitôt péchés, les harengs sont nettoyés et frottés de
sel dans le bateau même qui les transporte. On les laisse dans la
saumure deux jours seulement, puis on les embroche par les
ouïes dans de longues perches, et on les suspend dans d'immenses
fumoirs, où ils demeurent pendant vingt-quatre heures. Ils
sont alors débrochés et envoyés immédiatement sur les marchés.
Les bloaters sont d'une parfaite délicatesse et bien supérieurs
aux harengs salés ordinaires. Seulement, ils ont le désavantage
de ne se conserver que quelques jours. On les sert grillés,
accompagnés de pain beurré, pour le déjeuner du matin ou pour
le thé de cinq heures
Terrine de bloaters. — Potted bloaters.
Choisir six bloaters et les échauder pour en enlever la peau.
Détacher les filets et les mettre dans une casserole avec une
demi-livre de beurre clarifié, un peu de cayenne et de muscade
râpée. Laisser mijoter pendant dix minutes sur le feu, puis piler
le beurre et le poisson et passer la purée au tamis de crin. Tra-
62 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
vailler la préparation pendant quelques minutes pour en faire
une sorte de pommade lisse avec laquelle on emplit de petites
terrines. Aplanir la surface avec une cuiller, en réservant un
espace d'un centimètre du bord, que Ton remplit avec du beurre
clarifié. Couvrir les terrines et les garder au frais. Cette purée,
que Ton sert pour déjeuner, peut se conserver une ou deux
semaines. — Si l'on désire la conserver plus longtemps, il faut
la passer à la vapeur pendant environ une heure.
Kippered herrings.
On appelle ainsi les harengs qui ont été ouverts avant d'être
fumés. Ils ne ressemblent en rien aux harengs fumés ordinaires,
ni par la couleur ni par le goût. Par leur apparence, on pourrait
croire qu'ils doivent être très secs après la cuisson, mais il n'en
est rien et ils sont au contraire remarquables par leur délica-
tesse. Il y a deux manières de les préparer :
On peut les faire griller pendant quatre ou cinq minutes
seulement, après les avoir enduits de beurre fondu, ou bien on
les met à l'eau chaude et on leur donne deux ou trois bouillons.
On les arrose de beurre avant de les servir.
Harengs à l'irlandaise.
Après avoir nettoyé, lavé et essuyé des harengs frais, les
fendre parle dos et enlever les arêtes. Assaisonner les filets et
les tremper dans le beurre fondu. Les accoupler de nouveau de
façon que le côté de la peau se trouve extérieurement.
Placer les harengs sur un plafond beurré et les mettre à four
chaud. Lorsqu'ils sont cuits, les dresser sur un plat et les masquer
d'un beurre maître d'hôtel.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 63
Pâté d'anguille. — Eel pie.
Tous ceux qui ont visité la capitale des Iles-Britanniques
savent qu'il existe aux environs de Londres, sur les rives de la
Tamise, des sites admirables et de charmants villages, rendez-vous
habituels des canotiers et des amateurs de la pêche à la ligne. On
ne peut se faire une idée de l'étonnant spectacle que présente le
fleuve les dimanches et jours de fête pendant la belle saison.
Des milliers de canots et de bateaux de plaisance, montés par
des rameurs des deux sexes, sillonnent la rivière en tous sens ;
canotiers et canotières font assaut
d'adresse, de vigueur et de vitesse
dans ces courses à l'aviron, où les An-
glais excellent, et il n'est pas rare de
voir des embarcations dirigées par de
gracieuses et aristocratiques jeunes
ladies prendre part à ces tournois
nautiques.
Échelonnés sur les deux rives du
fleuve, les pêcheurs à la ligne, dont la
légendaire patience est doublée du
flegme britannique, se livrent à leur
délassement favori, et ils ont beau jeu, car le poisson abonde
dans la Tamise; aussi les restaurants champêtres de ces pa-
rages en sont-ils toujours amplement fournis. Dans ces éta-
blissements, il est un plat du jour qui ne varie pas, c'est le
pâté d'anguille. Plat national autant qu'indigeste et dont la dé-
nomination sert d'enseigne à la plupart de ces restaurants dési-
gnés sous le nom de Eel pie hoase (maison de pâtés d'anguille).
On va manger de ce fameux pâté à Kew et à Richemond, comme,
chez nous, on va se régaler d'une friture de goujons à Suresnes
ou d'une matelote à Chatou.
L'anguille a cela de particulier qu'on la trouve dans toutes
les parties du monde : aussi bien dans la zone torride que dans
les régions polaires; mais, chose inexplicable, on n'en a jamais
vu dans le Danube ni dans le lac de Genève. Ce mystérieux
64 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
poisson a toujours dérouté les recherches des naturalistes et des
savants qui n'ont pas encore pu découvrir où, quand et comment
il se reproduit; car il est avéré que jamais on n'a rencontré
d'anguilles chargées de laite ou d'œufs en maturité. Il est pro-
bable que la reproduction s'opère au fond delà mer, car chaque
année, à certaines époque, on voit des légions innombrables de
fretin d'anguille s'engager à l'embouchure des rivières et en
remonter le courant.
Le pâté d'anguille, tel qu'on le mange dans les restaurants
riverains, est le plus souvent apprêté par des cordons bleus de
deuxième ou troisième catégorie et n'a rien de bien appétissant,
pas plus au goût qu'à l'œil. Il est tellement assaisonné d'aromates
et de condiments de toutes, sortes, parmi lesquels le poivre rouge
domine, que, longtemps après l'avoir dégusté, le palais en con-
serve encore un cuisaut souvenir. J'en ai fait manger un jour à
un Parisien de mes amis qui ne me Ta jamais pardonné.
Cependant, préparé avec goût et discernement, le pâté d'an-
guille est une excellente chose :
Dépouillez deux anguilles et retirez-en les arêtes. Coupez le
poisson en tronçons de 4 centimètres, que vous faites blanchir
à l'eau salée. Égouttez alors les morceaux d'anguille sur un tamis
pour les laisser refroidir, et assaisonnez de sel, poivre, muscade
râpée et fines herbes.
Prendre unplat à pâté anglais et placer dans, le fond un lit
d'anguille, que l'on recouvre de tranches d'œufs durs assaisonnés
de sel, poivre et fines herbes. On étend ensuite une seconde
couche de poisson sur laquelle on place encore des tranches
d'œufs, et l'on continue de la sorte jusqu'à ce que le plat soit
plein. On ajoute un verre de consommé et autant de vin blanc.
Le pâté est ensuite recouvert d'une épaisse abaisse de feuille-
tage, doré et mis au four. Après une heure de cuisson, on retire
ie pâté dans lequel on infiltre une bonne essence de poisson
délayée avec une cuillerée de demi-glace. Ce pâté se mange
chaud ou froid.
Il est d'habitude de dépouiller l'anguille alors qu'elle est
encore vivante. Ce surcroît de souffrance peut être épargné à
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 65
l'animal en lui traversant la tête avec une fourchette en fer ou
la pointe d'un couteau. L'anguille meurt presque immédiate-
ment.
Anguille frite. — Fried eel.
Dépouiller une anguille, la bien vider, puis la laver et
l'essuyer. La mettre ensuite dans un plat après lui avoir coupé
la tète et les barbes et l'avoir légèrement frottée de sel. Une
heure après, la laver de nouveau et l'ouvrir dans toute sa lon-
gueur et lui enlever l'arête. La détailler ensuite en tronçons de
6 centimètres qu'on assaisonne de sel, poivre et persil haché.
Tremper chaque morceau d'anguille dans de la farine, puis dans
l'œuf battu et dans la mie de pain.
Plonger alors l'anguille en pleine friture et, lorsqu'elle est
d'une couleur dorée, l'égoutter et la dresser sur une serviette..
Garnir de persil frit et envoyer à part une sauce poivrade, tomate
ou italienne.
Ballotine d'anguille. — Collared eel.
Le mets ainsi dénommé est tout simplement de l'anguille
cuite dans un court bouillon ordinaire avec addition d'un bou-
quet de sauge.
L'anguille est d'abord dépouillée, puis l'arête en est enlevée
et l'anguille farcie d'une farc-^ de poisson. On l'enroule ensuite
dans une serviette comme on fait pour une galantine. Au bout
d'une demi-heure de cuisson, on la retire de la serviette qui
l'enveloppe et on l'envoie sur table coupée en tronçons La sauce
se fait avec la mirepoix bien dégraissée, dans laquelle l'an-
guille, a été cuite, additionnée de quelques gouttes « d'anchovies
sauce ».
L'anguille préparée de cette façon se sert aussi froide, accom-
pagnée d'une sauce tartare.
5
66 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Ragoût d'anguille. — Stewed eel.
A Londres, dans les quartiers populaires, et généralement à
proximité des public-houses, on voit des établissements ambulants
consistant en une charrette à bras sur laquelle sont installés
une étuve et un réchaud. Dans l'étuve sont des pommes de
terre cuites à l'eau, et sur le réchaud repose une marmite en
fonte contenant un ragoût d'anguille qu'un marchand débite au
prix modique d'un penny par portion; un supplément d'un sou
donne droit à deux ou trois pommes de terre.
Ces restaurants al fresco sont achalandés par une quantité de
pauvres diables qui font leur dîner de ce rata indescriptible,
d'où s'exhale une forte odeur de poisson, d'épices et d'oignon,
qui leur est servi dans des bols ébréchés d'une propreté dou-
teuse, et qu'ils mangent debout.
D après une statistique récente, on a calculé que la consom-
mation d'anguilles, à Londres seulement, était annuellement de
1,650 tonnes.
Anguille a la brochette. — Spitchcock eel.
Ce mot singulier composé de huit consonnes et seulement
de deux voyelles dérive, selon les étymologistes, du mot anglais
s pif (broche) et cock (coq) et correspond au terme français à
la brochette. Le mot s'applique aussi bien à l'anguille qu'au
pigeon, au poulet et aux rognons lorsqu'ils sont préparés pour
cuire à la crapaudine ou à la brochette.
Après avoir dépouillé l'anguille par le procédé ordinaire, on
la désosse et on la coupe en tronçons d'égale longueur. On
assaisonne ces tronçons de sel, poivre et fines herbes et on les
laisse mariner dans l'huile pendant une heure. Les égoutter
alors et les rouler dans la farine, puis les paner à l'œuf battu
auquel on aura mélangé du beurre fondu.
On les transperce ensuite à l'instar des rognons de mouton
avec de petites brochettes, afin qu'ils conservent leur forme à
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
67
la cuisson. Embrocher entre chaque tronçon d'anguille une-
tranche de lard un peu gras.
Faire griller sur un feu doux et servir avec une sauce t'ar-
tare fortement assaisonnée.
Wffpi^&ll&lW^
COQUILLAGES ET CRUSTACÉS
Calipash et Calipee.
Ces deux mots sont d'origine indienne et signifient carapace.
Le calipash est le nom que l'on donne à la coquille supérieure de
la tortue, tandis que le calipee est la viande qui adhère au plas-
tron de ranimai.
C'est cette chair qui, avec les nageoires, compose la soupo
de tortue que l'on considère comme le plus luxueux des potages.
La tortue ayant été tuée par le procédé décrit à l'article dii
potage, on étend l'animal sur le dos et i'on sépare la carapace
du plastron en faisant glisser la lame du couteau entre les deux
coquilles ; on le» divise au moyen d'une scie en plusieurs mor-
ceaux qu'on fait blanchir afin d'en enlever les écailles. On les
68 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
met ensuite à cuire dans une braisière avec du blond de veau
et une demi-bouteille de vin blanc. On y ajoute quelques
carottes, poireaux et oignons, un peu de céleri et un bouquet
composé de persil, thym, laurier, basilic et marjolaine.
On reconnaît que la tortue est cuite lorsque la viande se
détache facilement des os. On la met égoutter, puis refroidir
sur de larges plats. On la détaille ensuite en morceaux égaux
et on la sert comme entrée à l'instar de la tête de veau, arrosée
d'une sauce kalienne, madère ou financière, faite avec la cuis-
son de la tortue.
Nageoires de tortues. — Turtle fins.
Les nageoires de tortue se servent comme entrée et consti-
tuent un mets très recherché. On les échaude d'abord pour en
enlever les écailles, puis on les fait braiser avec une bouteille de
chablis et assez de bouillon pour qu'elles baignent entièrement.
On assaisonne de sel et l'on ajoute quelques carottes et oignons,
ainsi qu'un bouquet garni composé de thym, laurier, persil,
basilic et marjolaine. On laisse mijoter pendant trois heures. On
égoutte alors les nageoires, dont on détache les os, et que l'on
dresse sur un plat. On dégraisse la cuisson, que Ton passe à
travers une fine passoire et qu'on lie avec une cuillerée de fécule
ou d'arrow-root, pour en former une sauce à laquelle on ajoute
un verre de madère, et dont on se sert pour saucer les nageoires
en les envoyant sur la table.
Terrapines à l'américaine.
La terrapine est une petite tortue que Ton trouve en Amé-
rique, principalement sur les côtes de la Caroline. — Il y en a
de plusieurs sortes, mais l'espèce connue sous le nom de dia-
mond back (dos de diamant) est la plus estimée. — Les plus
grosses mesurent douze ou quatorze centimètres de longueur.
Pour les préparer,, on les plonge vivantes dans de l'eau bouil-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE 69
lante, jusqu'à ce que la peau des pattes et de la tête s'enlève
facilement au frottement, et que les écailles de la carapace se
détachent. On les remet à cuire dans l'eau salée pendant une
heure à peu près.
On égoutte alors les tortues, puis on sépare les deux cara-
paces. On jette le gésier, les intestins et surtout le fiel, qui se
trouve adhérer au foie et qu'il faut avoir soin de ne pas crever,
car la moindre goutte de fiel communiquerait au ragoût une
amertume que rien ne saurait enlever.
On conserve le foie et les œufs pour les ajouter plus tard au
ragoût.
Après avoir coupé la viande des terrapines en morceaux, on
la met dans une casserole avec du madère, du beurre, un bouquet
garni, du sel et du cayenne, et on laisse mijoter pendant trois
quarts d'heure.
On fait alors une liaison de six jaunes d'ceufs délayés avec
de la crème double et la cuisson des terrapines, qu'on a laissée
réduire à demi-glace.
On remue cette liaison sur le feu sans laisser bouillir et,
lorsqu'elle a atteint la consistance désirée, on y ajoute la viande
des tortues, ainsi que les œufs et Je foie, et l'on sert le ragoût
dans des coquilles d'argent ou même dans des caisses en
papier huilé. La terrapine constitue un plat très délicat et très
recherché par les Américains, qui lui assignent le titre de plat
national.
C'est surtout dans la capitale du Maryland que ce mets est
en faveur, et les soupers de terrapines de Baltimore ont une
réputation bien connue des gastronomes du nouveau monde.
70 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pâté de terrapines à la Baltimore.
Ëchauder et écailler les terrapines ; les cuire une demi-
fieure à l'eau salée avec une garniture de légumes et un bou-
quet composé de persil, thym, laurier, basilic et marjolaine.
Après avoir égoutté les terrapines, les ouvrir et en retirer le
contenu, que l'on jette, excepté les œufs qu'on écale. Couper la
tortue en morceaux et la faire revenir un peu dans le beurre.
L'assaisonner et la saupoudrer légèrement de farine, puis la
anouiller avec un peu de bouillon, un verre de madère et autant
«de crème bouillie. Assaisonner de sel, persil haché, muscade et
«cayenne. Remuer sur le feu jusqu'à l'ébullition et laisser bouil-
lir cinq minutes. Placer la viande des terrapines dans un plat à
pâté anglais, et y ajouter les œufs mis en réserve et le jus delà
cuisson. Laisser refroidir et lînir le pâté comme le pâté de
beefsteaks, c'est-à-dire en le couvrant avec du feuilletage à
irois quarts. Cuire au four environ trois quarts d'heure.
Huîtres anglaises. — English oysters.
Disons-le tout d'abord, les Anglais, quoique grands amateurs
<P huîtres, ne savent pas les manger!...
Cette affirmation m'a suscité une foule de protestations de
ia part de mes amis d'outre-Manche; mais, quoi qu'ils puissent
dire, je n'en soutiens pas moins ce que j'avance, et les véri-
tables amateurs de ce divin bivalve se rangeront de mon avis
lorsqu'ils sauront que les Anglais mangent les huîtres dans la
coquille plate, d'où ils les enlèvent avec la fourchette.
L'huître, j'en conviens, servie de cette façon, apparaît sous
un plus gracieux aspect et semble plus appétissante, plus blanche
et plus rebondie, mais ce système a le désavantage delà priver
<de sa précieuse liqueur, sans laquelle elle n'a plus aucun charme
pour le connaisseur, qui n'admet qu'une manière de la manger :
c>est de la faire glisser de sa coquille creuse, après l'en avoir
«détachée, directement dans la bouche.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 71
Pour comble de vandalisme, les Anglais remplacent par Taie
et le stout le sémillant chablis et le pétillant sauternes, accom-
pagnement obligé chez nous d'un régal d'huîtres.
Les huîtres anglaises connues sous le nom de native sont
les plus recherchées, mais leur prix élevé les rend inabordables
aux petites bourses. Il est vrai qu'elles sont d'une délicatesse
extrême.
L'huître verte, si appréciée chez nous, est en défaveur en
Angleterre, où on lui attribue des propriétés malsaines à cause
de sa couleur, qui fait supposer qu'elle provient du voisinage
d'un gisement de cuivre, tandis qu'en réalité cette teinte ver-
dâtre lui est communiquée par une certaine plante marine qui
croît sur les côtes d'Essex et d'Irlande où ces. huîtres abondent.
— Comme elles n'ont pas cours sur le marché anglais, elles sont
expédiées en Belgique pour être ensuite envoyées à Paris comme
provenant des bancs d'Ostende. — Les huîtres écossaises con-
nues sous le nom de « Pandore Oysters » sont très grosses et
de très bonne qualité et se prêtent admirablement aux besoins
culinaires. Celui qui le premier sut reconnaître et apprécier les
principes nutritifs de l'huître a bien mérité de la reconnais-
sance des gourmands du monde entier. Cette découverte est,
dit-on, due à un effet du hasard et remonte aux temps anti-
ques.
On raconte qu'un jeune Athénien, se promenant un jour au
bord de la mer, heurta du pied une huître qui bayait au soleil. Il
indroduisitsesdoigts entre les deux coquilles pauri'examiner plus
à son aise ; mais celles-ci, se refermant subitement, emprison-
nèrent le pouce et l'index de l'imprudent qui, après s'être dégagé
de l'étreinte, porta instinctivement à sa bouche ses doigts
imprégnés du jus de l'huître. Alléché par un goût exquis qui lui
était inconnu, notre homme prit une pierre et brisa la coquille,
dont il avala le contenu. Ce fut une révélation et, à partir de ce
moment, l'huître prit place dans l'alimentation.
Une remarque en passant, à propos du genre de boisson qui
doit être absorbée en mangeant des huîtres. Il a été constaté
qu'une huître, mise dans un verre contenant moitié eau et moitié
72 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cognac, devient, au bout de peu de temps, sèche et coriace,
tandis qu'une autre, immergée pendant la même période dans
dustout et de Taie, reste molle et a des tendances à se dissoudre.
De ce phénomène on tire la conclusion que le stout et l'aie sont
plus propres à aider la digestion des huîtres que le cognac et les
esprits en général.
Huîtres à la tartare. — Native oysters à la t art are.
Choisir une douzaine de coquilles d'huîtres creuses et autant
que possible de la même grandeur; les laver, les brosser et les
essuyer, garnir le fond des coqui Iles de cresson alénois sur lequel
on place quatre noix d'huîtres préalablement blanchies et ébar-
bées. Faire ensuite une sauce tartare relevée d'une pointe de
cayenne et en masquer les huîtres.
En Angleterre, les huîtres au naturel se servent généralement
au dîner. Onles mange avant le potageen guisedehors-d'œuvre
et il est essentiel d'envoyer en même temps de minces tranches
de pain bis beurré.
Huîtres à la diable. — Devilled oysters.
Faire pocher, dans leur jus, sans laisser bouillir, trois dou-
zaines d'huîtres; les égoutter en préservant la liqueur, puis sup-
primer les barbes.
Faire une béchamel maigre avec l'eau des huîtres et de la
bonne crème; assaisonner de sel, de muscade râpée et d'une
forte dose de poivre de Cayenne. Amalgamer les huîtres avec
cette sauce, qui doit être tenue un peu épaisse, et garnir une dou-
zaine de petites coquilles creuses en argent ou en porcelaine à
feu. Saupoudrer la surface de mie de pain frite et, un quart
d'heure avant de servir, mettre les huîtres au four pour les
chauffer seulement, en évitant de les laisser bouillir, car elles
perdraient leur arôme et deviendraient coriaces.
On attribue aux devilled oysters les mêmes propriétés qu'au
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 73
homard à l'américaine ; propriétés qui se résument dans ces
quatre vers que je copie dans le charmant volume de poésies
gourmandes d'Achille Ozanne :
Car plus d'une beauté rigide,
Au tête-à-tête familier
Succombe, après ce plat perfide,
En cabinet particulier.
Beignets d'huîtres. — Oysters fritters.
On prend deux douzaines de grosses huîtres dites (« pieds de
cheval » ; on les blanchit légèrement dans leur jus, on les ébarbe
et on les égoutte.
Faire une sauce allemande avec un peu de roux, le jus des
huîtres, de la bonne crème, un soupçon de glace de viande et
deux jaunes d'œufs; assaisonner de poivre de Cayenne et de
muscade râpée, puis, lorsque la sauce est bien liée sur le feu, on
y trempe séparément chaque huître que Ton dépose sur un plat
pour les mettre ensuite à la glace.
Lorsque les huîtres sont refroidies et la sauce qui les recouvre
bien prise, on les détache avec un couteau pour les rouler dans
la mie de pain, puis on les pane une seconde fois, après les
avoir trempées dans de l'œuf battu.
Faire frire et dresser sur une serviette avec garniture de
persil frit.
Une manière plus simple de servir ces beignets consiste à
tremper les huîtres dans la pâte à frire après les avoir ébarbées
et fait légèrement blanchir, puis on les plonge dans la friture
bouillante.
Anges à cheval. — Angels on horse back.
Choisir des huîtres dites « Pandore Oysters ». Après avoir été
préalablement blanchie et ébarbée, chaque huître, est enveloppée
74 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
dans une petite barde de lard coupée très mince et embrochée
par un hâtelet.
Les brochettes sont mises alors à four très chaud pendant
quelques minutes, puis on fait glisser les huîtres du hâtelet pour
les dresser sur des croûtons de pain grillé ou frit. On les sau-
poudre légèrement de cayenne et de mie pain frite avant de les
envoyer sur table.
Les angels on horse back se servent généralement à la fin du
dîner en même temps que le fromage, ou comme hors-d'œuvre.
Huîtres frites au naturel. — Fried oysters.
Choisir de préférence les huîtres dites « pieds de cheval » pour
ce mets.
Ébarber les huîtres et en supprimer la partie dure en ne con-
servant que la noix, qu'on égoutte sur un linge. Au moment de
les faire frire, on roule les huîtres dans la farine, puis on les
trempe dans l'œuf battu pour les recouvrir de mie de pain fraîche.
Faire frire à friture très chaude. Lorsque les huîtres sont prê-
tes, on les dresse en pyramide sur un plat recouvert d'une ser-
viette. Garnir de persil frit.
Petits soufflés aux huîtres. — Small oysters soufflés.
Se procurer une douzaine de grosses huîtres (sauce oysters).
Les blanchir, les ébarber et n'en garder que la noix, que Ton
divise en deux ou trois morceaux, selon que l'huître est plus ou
moins grosse.
D'autre part, délayer dans une casserole moyenne trois cuil-
lerées de farine avec la liqueur des huîtres et les deux tiers d'un
verre de lait. Assaisonnez de sel, muscade râpée et poivre de
Cayenne, et ajoutez 40 grammes de beurre et quatre jaunes
d'ceuf. Tournez l'appareil sur le feu jusqu'à ce qu'il épaississe
de la consistance d'une crème pâtissière ordinaire. Faire cuire
quelques minutes en remuant continuellement avec la cuiller
LA CUISTNE ANGLAISE ET AMERICAINE 75
pour empêcher la pâte de s'attacher, puis ajouter les huîtres et
en dernier lieu les hlancs d'oeufs fouettés. Après avoir mélangé
légèrement les blancs à l'appareil, on en emplit des petites
caisses à souftlé en porcelaine ou en papier et l'on fait cuire à
foui* modéré pendant un quart d'heure. Semer à la surface un
peu de chapelure fine.
Crabe. — Dressed crab.
On sait que les crabes pêches sur les côtes de la Grande-
Bretagne sont remarquables* par leur grosseur. Il n'est pas rare
d'en trouver qui pèsent trois ou quatre livres.
Il est à remarquer que la Providence semble avoir régle-
menté l'arrivée de la saison des homards et des crabes de ma-
nière qu'elle coïncide avec l'époque où les huîtres et les moules
cessent d'être bonnes. C'est donc depuis mai jusqu'en octobre
que ces crustacés sont en meilleures conditions pour être man-
gés. On distingue le mâle de la femelle aux pinces, qui sont
plus petites chez celle-ci, et à la largeur de la partie inférieure
de la carapace, qui est moins large chez le mâle. Mais, s'il y a
moins de chair dans les pinces de la femelle, on en est dédom-
magé par la largeur de son foie et par l'abondance de la subs-
tance crémeuse qui l'entoure.
On apprête, en Angleterre, le crabe d'une façon particu-
lière :
Après l'avoir fait cuire à l'eau bouillante et salée pendant
une demi-heure, on le laisse refroidir. Lorsqu'il est froid, on
lui détache les pattes et les pinces, puis, avec la pointe d'un
couteau, qu'on passe entre les deux carapaces, on enlève le
plastron de l'animal. On retire ensuite tout le contenu de la
coquille creuse, qui se compose d'une viande blanche filamen-
teuse et d'une substance molle et jaunâtre qui n'est autre chose
que le foie du crustacé.
On délaye ce foie dans une terrine avec du vinaigre, de
l'huile, de la moutarde anglaise, un peu de sel et du poivre de
Cayenne. On ajoute à cette sauce la viande de l'intérieur, ainsi
76 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
quela chair des pinces, qu'on effile au moyen de deux fourchettes.
Après avoir lavé et essuyé le côté creux de la carapace, on
le remplit avec la chair assaisonnée du crabe. On lisse la sur-
face avec la lame d'un couteau et on l'ornemente avec des jaunes
d'œufs hachés, du persil et du rouge de homard. On emploie
généralement la chair de deux crabes pour remplir une coquille.
Avec les pattes qu'on rentre l'une dans l'autre, on forme une
espèce de chapelet dont on entoure le crabe lorsqu'il est dressé.
On garnit de persil, et Ton sert à part de la sauce mayonnaise.
Les marchands de poisson à Londres fournissent sur com-
mande les crabes tout accommodés, et ils mettent une certaine
coquetterie à dessiner des rosaces et des écussons sur la surface,
avec du persil, du jaune d'œuf et du rouge de homard.
Crabe à l'indienne. — Crab à l'indienne.
Le crabe à l'indienne se sert chaud. On procède comme
dans la recette précédente, mais, au lieu d'assaisonner la chair
à l'huile et au vinaigre, on la mélange avec une sauce au curry.
On la fait chauffer, puis on en remplit la carapace. On sème de
la mie de pain frite sur la surface et l'on met au four pendant un
quart d'heure.
Homard à l'américaine.
Le homard à l'américaine n'est pas, comme on pourrait le
supposer, une importation du nouveau monde, pas plus qu'elle
n'est d'origine anglaise. La recette en est au contraire essentiel-
lement parisienne, et ce mets fit la vogue du restaurant Peters,
qui le mit à la mode vers la fin du règne de Napoléon III.
Si j'en donne ici la recette, ce n'est donc pas à titre de mets
anglais ou américain, mais simplement parce que sa dénomi-
nation lui donne droit de faire partie de la nomenclature des
plats étrangers.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
D'après la recette originale, on doit découper le homard
vivant, mais il est un moyen plus humain d'opérer sans nuire
à la réussite, et dont je recommande la recette qui a l'avantage
d'abréger l'agonie de l'animal, en même temps qu'il facilite
l'opération du découpage ; car on n'est plus gêné par les sou-
bresauts de la victime se débattant sous le couteau de son bour-
reau. Ce moyen consiste à introduire, dans la bouche du
crustacé, une aiguille à brider dans toute sa longueur. L'animal
expire immédiatement. On procède alors au découpage :
Après avoir coupé le homard en tronçons et brisé les pinces
avec précaution sans les
déformer, on le place
dans une casserole plate
dans laquelle on a mis de
l'huile, trois ou quatre
oignons coupés en ron-
delles, trois échalotes,
quelques branches de
persil, un peu de thym,
une feuille de laurier,
quelques champignons
émincés, une goussed'ail,
du sel, du poivre et une
pincée de cayenne. Faire
revenir le tout pendant dix minutes, puis égoutter l'huile que
l'on remplace par un quart de litre de chablis, un petit verre de
cognac, un peu de glace et deux tomates émincées. Laisser
mijoter pendant vingt minutes. Retirer alors les morceaux de
homard que Ton place dans un plat creux et que l'on tient au
chaud. Ajouter à la cuisson une liaison composée de jaunes
d'œufs qu'on mélange avec la substance visqueuse qui se trouve
dans la tète de l'animal et qu'on a recueillie lorsqu'on a découpé
le homard ou la langouste. Remuer la sauce sur le feu sans
bouillir, et, lorsqu'elle commence à épaissir, la retirer du feu.
Y ajouter un morceau de beurre frais, un jus de citron, et la
passer à travers une passoire sur les morceaux de homard.
78 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Homard grillé. — Broiled lobster.
Prendre deux homards de moyenne grandeur, et, après les
avoir tués en leur enfonçant une aiguille à brider dans la bou-
che, on les fend dans leur longueur. On enlève la poche et les
intestins, puis on les enduit d'huile, on les assaisonne de sel et
de poivre et on les fait griller sur un feu vif. Lorsqu'ils sont
cuits d'un côté, les retourner de l'autre. En les envoyant sur
table, on les dresse le côté ouvert en dessus et on étend sur cha-
que moitié de homard un beurre maître d'hôtel, additionné d'un
peu de glace de viande fondue.
Homard à la Newburg.
Si le homard dit t à l'américaine » est peu connu en Angle-
terre, en revanche on y sert fréquemment le plat national
new-yorkais qu'on nomme le « homard à la newbourg » et qui
se prépare ainsi :
Faire cuire à l'eau salée deux homards, puis laisser refroi-
dir. Briser la carapace de manière à retirer toute la chair d'un
seul morceau qu'on coupe ensuite en escalopes de l'épaisseur
d'un centimètre. Faire revenir les tranches de homard légèrement
au beurre dans un sautoir, puis les recouvrir de crème et les
laisser mijoter sur un feu doux, pendant quelques minutes, en
les remuant de temps en temps pour éviter qu'elles ne s'atta-
chent au fond du sautoir. Assaisonner de sel, poivre de Cayenne
et muscade râpée, ajouter un verre de madère et quelques tran-
ches de truffes. Finalement, lier le ragoût avec quatre jaunes
d'œufs délayés avec un peu de crème, et en dernier lieu
avec un morceau de beurre frais. Dresser dans un platàlégumes
creux ou au milieu d'une bordure de purée de pommes déterre.
LA CUIBINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
79
Curry de homard. — Curried lobster.
Retirer la viande d'un gros homard cuit ou d'une langouste,
la couper en tranches d'un centimètre d'épaisseur, et la placer
dans une casserole de moyenne grandeur. D'autre part, prépa-
rer de la sauce curry (voir au chapitre des sauces) et la verser
bouillante sur le homard qu'on laisse mijoter pendant dix mi-
nutes. La sauce doit être tenue un peu épaisse. Ce ragoût doit
être ensuite dressé dans un plat creux et entouré d'une bordure
de riz cuit à la turque.
Les Crevettes. — Shrimps and prawns.
Comment on les pêche. — Comment on les prépare. — Comment on les sert
et comment on les mange.
Quoi de plus appétissant à voir, sur une nappe bien blan-
che, qu'un ravier de crevettes, bien roses, garni de persil bien
vert et flanqué d'une assiette de beurre bien frais !
Ce hors-d'œuvre obligé de tout déjeuner fin attire l'œil tout
^4-
^ S-"
d'abord et séduit l'odorat, en attendant qu'il charme le palais.
L'exquise délicatesse de la chair de ce gracieux et mignon
cruslacé excite la gourmandise et stimule l'appétit le plus récal-
citrant.
80 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Il y a trois sortes de crevettes : la rose, la grise et celle dési-
gnée sous le nom de « bouquet », qui est plus grosse, plus rare,
et partant plus estimée que les autres.
Ce minuscule crustacé se pêche un peu partout, mais surtout
sur les côtes de Bretagne et de Normandie. La manière de les
prendre diffère selon que Ton opère sur une plage sablonneuse
ou dans des parages rocheux. La pêche sur le sable a lieu à
la marée montante. Le pêcheur pousse devant lui un filet à mail-
les fines, monté sur une armature mi-circulaire, emmanchée
d'un long bâton.
Il marche au-devant de la vague qui lui amène le poisson,
lequel est ainsi facilement capturé.
On pêche aussi la crevette dans les creux de rochers où Ton
suppose que le poisson, surpris par le reflux de la mer, est
demeuré prisonnier.
On emploie, dans ce cas, un petit filet en forme d'enton-
noir, fixé à l'extrémité d'une perche.
La crevette ou « salicoque » se fait cuire de préférence à
l'eau de mer. — Ou donne aux petites trois minutes de cuisson,
et aux grosses cinq ou six minutes.
On les sert de différentes manières, mais on les mange plus
communément comme hors-d'œuvre pour déjeuner, avec du pain
beurré. — La manière de les présenter sur table varie selon la
grosseur et selon l'espèce. — Le plus souvent on les met simple-
ment dans un ravier. Les grosses se dressent facilement dans
un moule à charlotte. Ce sont celles-ci qu'on nomme prawns.
On les place symétriquement par rangs séparés d'une
couche épaisse de persil, et, lorsque le moule est rempli, on les
renverse sur un plat garni d'une serviette.
Une autre manière originale et élégante de les envoyer sur
table est celle-ci, qu'on pourrait désigner sous le nom de « fon-
taine de crevettes » :
Il est essentiel que les crevettes soient belles et autant que
possible de même grosseur. On prend un verre à pied, sur
les bords duquel on accroche les crevettes par la queue en
laissant pendre la tête à l'extérieur. — On place alors le verre
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 81
sur un plat, sans serviette, en garnissant la base d'un peu de
persil. Au moment de servir, on emplit le verre d'eau jusqu'au
bord, et, comme le corps recourbé de l'animal a la forme d'un
siphon, il s'ensuit que l'eau s'écoule hors du vase et vient tom-
ber dans le plat en glissant le long des antennes en forme de
gouttelettes transparentes qui se succèdent avec rapidité, et pro-
duit un effet des plus pittoresques.
On doit autant que possible servir les crevettes le même jour
qu'elles ont été pêchées, car elles sont d'une nature si délicate
qu'elles perdent leur goût en perdant leur première fraîcheur.
La crevette est un auxiliaire précieux pour les garnitures
d'entrée de poissons, telles que la sole marguery où elle joue le
principal rôle. Elle apporte aussi son utile concours dans les
ragoûts à la normande, à la dieppoise, à la joinville et à la ma-
rinière. Quant à la sauce crevette proprement dite, qui accom-
pagne parfois certains relevés de poissons tels que turbot, truite,
brochet, etc., elle y règne eu maîtresse absolue.
La crevette trouve encore son emploi dans les zakouskis,
comme par exemple dans les tartelettes Souvaroff, qui sont gar-
nies de caviar et couronnées d'une rosace de crevettes éplu-
chées. Puis dans les barquettes nantaises, remplies d'un salpi-
con de crevettes mélangé de mayonnaise et parsemé de corail
de langouste haché.
Puis enfin dans les entrées suivantes : Bouchées de crevettes
— Croquettes — Rissoles — Coquilles — Timbales à l'indienne
et à l'américaine, et pour garnir et décorer des aspics et des
grosses pièces de poisson.
Terrine de crevettes. — Potted shrimps.
Choisir une livre de crevettes fraîches. Les éplucher et met-
tre de côté les têtes et les coquilles. Lever les* filets de six
anchois qu'on pile dans un mortier avec la viande des crevettes
et 30 grammes de beurre, un peu de muscade râpée et une
bonne dose de poivre de Cayenne. Passer la purée à travers un
tamis de laiton très fin.
6
3?£ LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
D'autre part, piler les têtes et les coquilles des crevettes avec
un morceau de beurre que Ton met ensuite dans une casserole.
On les laisse frire pendant quelques minutes pour en extraire
l'essence, qu'on passe à travers une fine passoire et qu'on délaye
^avec la purée de crevettes.
On remet le tout sur le feu en y ajoutant un peu plus de
beurre, si cela est nécessaire; on laisse cuire la purée pendant
quelques minutes sans cesser de la remuer, puis on la verse
dans de petits pots lorsqu'elle est presque froide. On égalise la
surface avec la lame d'un couteau à palette et, quelques heures
après, on recouvre d'un peu de beurre clarifié pour éviter le con-
tact de l'air. Cette purée se sert généralement au premier déjeu-
ner ou avec le théde cinq heures. On la mange étendue sur du
pain grillé ou sur des biscuits secs. On en fait aussi des sand-
wiches, sur lesquelles on sème du cresson alénois.
Une autre manière de confectionner les a potted shrimps »
est de faire revenir les crevettes dans le beurre clarifié après
les avoir épluchées. On les assaisonne fortement de poivre de
Gayenne, d'un peu de sel et de muscade, et on les verse dans les
petits pots où on les laisse ainsi refroidir. Le beurre doit être
assez abondant pour recouvrir les crevettes.
Bucardes ou Clovisses. — Cokles.
Ces coquillages, qu'on emploie rarement dans lacuisinefran-
^aise, ont pourtant un certain mérite que les Anglais savent
apprécier. On les mange crus, en les assaisonnant d'un peu de
vinaigre ou de quelques gouttes de jus de citron. On les emploie
-aussi comme garniture dans une matelote normande, en place
-d'huîtres et de nioules, lorsque celles-ci ne sont pas procurables.
A Londres, ce sont les huîtres du pauvre, et l'on peut voir
dans les quartiers populeux de la grande métropole quantité de
marchands ambulants installés devant des voitures à bras, autour
desquelles se presse une foule de gens du peuple qui, pour la
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 83
modique somme d'un penny, se payent le luxe de déguster une
soucoupe remplie de ces mollusques nageant dans le vinaigre,
et qu'on saupoudre de poivre noir oa rouge, au gré du consom-
mateur.
Clams.
Ce mollusque est plus connu en Amérique qu'en Angleterre.
C'est une variété du clovisse, mais il est plus gros que ce der-
nier. Il a beaucoup de ressemblance avec le coquillage que dans
le Midi on appelle palourde.
On accommode les clams de la même façon que les buîtres
et les moules, c'est-à-dire qu'on en fait des potages, des cro-
quettes, des garnitures, des coquilles au gratin, etc. On
les mange aussi crus, assaisonnés de quelques gouttes de
vinaigre et de poivre de Cayenne. On peut s'en procurer toute
l'année; aussi deviennent-ils précieux lorsque les buîtres font
défaut. Les Américains sont très friands de clams et les affec-
tionnent surtout en potage, qu'on trouve toujours inscrit entête
du menu dans presque tous les restaurants. Cette soupe s'appelle
Clam choivder. Mais la façon la plus usitée comme aussi la plus
simple de manger ces mollusques est de les faire cuire dans leur
coquille sur de la cendre rouge ou dans un four bien chaud.
A Washington, on vend les clams dans les rues comme à Lon-
dres on vend les clovisses et le ragoût d'anguille.
Le Roast-beef.
De tous ses plats nationaux, celui dont
l'Anglais est le plus fier, celui qu'il se targue
à bon droit de savoir apprêter, servir et
manger mieux que tous les autres peuples
de la terre, c'est sans contredit le bœuf rôti.
L'importance attachée à ce mets est telle, en Angleterre,
qu'on en a fait le motif d'un chant patriotique : the roast-beef of
old England (le roast-beef de la vieille Angleterre), qui è va de
pair avec le God save the Queen et le Ruîe Britannia.
Il est des personnes non initiées à la langue anglaise qui
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 85
écrivent le mot roast-beef tel qu'il se prononce, c'est-à-dire
rosbif, c'est un tort. Car, en dénaturant l'orthographe d'un nom
étranger, on s'expose ainsi à en dénaturer le sens. Carême lui-
même, quoique ayant habité l'Angleterre, ignorait la véritable
signification du mot roast-beef, puisque dans son livre il commet
la grotesque erreur d'appeler une longe de mouton rôtie roast-
beef de mouton.
Dans certaines grandes occasions, telles que la célébration de
la majorité d'un fils de famille, il était autrefois d'usage de faire
rôtir un bœuf entier ; mais cette coutume surannée tend de plus 1
en plus à disparaître ; et ce n'est guère que dans les réjouissances
publiques et nationales que cette extravagante et ridicule
manifestation culinaire est encore admise. C'est ainsi que, lors
du jubilé de la reine Victoria, les municipalités de plusieurs
grandes cités d'Angleterre et d'Ecosse ne trouvèrent rien de
mieux, pour faire preuve de loyalisme envers leur souveraine,
que de faire rôtir en son entier un représentant de la race
bovine.
J'ai eu la bonne fortune, à cette époque, d'assister à l'un de
ces festins gargantuesques, où cette monstrueuse pièce de
résistauce lut offerte aux loyaux sujets de Sa Majesté Britannique.
Un immense foyer avait été construit pour la circonstance,
ainsi qu'une broche énorme à quatre branches, sur laquelle le
bœuf avait été fixé. Cette broche était mise en mouvement au
moyen de deux poulies à engrenage, et des hommes se
relayaient d'heure en heure pour la faire évoluer. L'animal, dont
on avait supprimé les jarrets et la tête, avait été enveloppé dans
une muraille de pâte, faite de farine et d'eau, et recouverte
ensuite d'une triple couche de fort papier. Le tout, bien ficelé et
copieusement arrosé de graisse* fut placé à une grande distance
du foyer pendant une durée de douze heures. Il fut parfaitement
cuit à point et servi froid le lendemain.
Pendant le rigoureux hiver de 1690, la Tamise fut entière-
ment gelée et l'on raconte qu'une foire foraine fut installée sur
86
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
la glace. La principale attraction de cette fête improvisée fut
l'exhibition d'un bœuf entier que l'on fît rôtir sur la rivière gelée,
sous une des arches du pont de Londres.
«
On croit généralement en France que les Anglais se nourris-
sent de viande saignante; c'est un préjugé que rien ne justifie,
car, en Angleterre, on mange au contraire la viande plus cuite
que chez nous.
L'origine des mots shïoin of beef pour désigner l'aloyau
remonte à Henri VIII. Ce roi était
un grand mangeur et le roast-beef
avait pour lui un attrait particulier. Un
jour, transporté à la vue d'un double
aloyau bien cuit à point et des flancs
duquel s'échappait un jus succulent et
onctueux, il le proclama chevalier, pa-
rodiant en cela le geste de Caligula qui
éleva son cheval favori au rang de sé-
nateur romain. Le titre de nobility.
octroyé par la bouche royale à la longe
de bœuf a été sanctionné par l'usage
et, depuis lors, on ne désigna cette
Xr partie de l'animal que par les noms
fy de « Sir loin » et de « baron of
beef ».
C'est aussi à Henri VIII de gour-
mande mémoire qu'on doit l'institution du corps des beef eaters
(mangeurs de bœuf). Ces soldats, qui composaient une garde
d'élite, étaient soumis à un régime de nourriture très substan-
tielle, composé presque exclusivement de bœuf bouilli et rôti.
C'étaient les gardiens de la Tour de Londres.
Aujourd'hui encore, les hommes préposés à la garde du
donjon historique ont conservé le costume traditionnel.
Ce grotesque accoutrement, qui divertit les visiteurs étran-
gers, se compose d'un justaucorps écarlate à manches bouf-
fantes avec les armes royales brodées en or sur la poitrine. La
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 8TC
tête de ces hommes émerge d'une épaisse collerette tuyautée, et
leur chapeau plat est agrémenté de nœuds de rubans rouges et
biens. En outre, pour compléter le tableau, ils sont armés de
hallebardes.
Le cuisinier anglais a, comme rôtisseur, des aptitudes qu'on
se plaît à lui reconnaître, et on peut lui appliquer l'aphorisme
de Brillât-Savarin : il est né rôtisseur. Nul ne sait, en effet,
mieux que lui rôtir à point un morceau de viande, quels que soient
son poids et son volume, qu'il s'agisse d'une simple mauviette-
ou d'un bœuf entier.
L'Anglais professe une sorte de vénération pour le bœuf
rôti. Aussi dans toute maison bourgeoise, ainsi que dans les col-
lèges et dans les administrations où les employés sont nourris,
il est établi comme règle d'en avoir un morceau sur la table
deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche.
Cet usage est si bien admis, que j'ai vu des domestiques
quitter leur place plutôt que de se soumettre aux fantaisies d'un
chef réformateur qui voulait rompre avec la tradition.
Il ne faut jamais omettre de servir avec le roast-beef une
sauce au raifort ou simplement du raifort gratté. Cette racine
possède, paraît-il, des principes digestifs très appréciables.
La sauce au raifort (horse radish sauce) se fait ainsi :
Râper de la racine de raifort et y ajouter un peu de mie de
pain imbibée dans delà crème double; assaisonner de sel, de
moutarde anglaise, de quelques gouttes de vinaigre et d'une
pincée de sucre.
Il est aussi d'usage de servir, avec le bœuf rôti, un certain*
pudding appelé yorkshire pudding et qui se prépare de la
manière suivante :
Délayer dans une terrine cent vingt-cinq grammes de farine
avec trois œufs entiers, un demi-litre de lait, deux pincées de
sel et un peu de muscade râpée. Faire fondre de la graisse de
rôti dans un plat à sauter profond et, lorsqu'elle est bien chaude^.
y verser la pâte liquide. Mettre au four chaud pendant quelques-
88
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
minutes, puis placer le plat et son contenu sous le roast-beef de
manière qu'il se trouve arrosé par la graisse et le jus découlant
de la viande. Lorsque le pudding est cuit d'une belle couleur, le
retourner sur un plafond, le couper en morceaux de quatre ou
cinq centimètres carrés, dresser sur un plat et servir en même
temps que le bœuf.
Pudding de beefsteaks. — Beefsteack pudding.
Préparer en escalopes minces deux livres de filet de bœuf.
Faire une pâte à la graisse de bœuf. À cet effet, hacber très fin
trois cent cinquante grammes de graisse
de bœuf que l'on amalgame avec une
livre de farine, une forte pincée de sel,
et de l'eau en quantité suffisante pour
former une pâte ferme, avec laquelle on
fonce un moule en forme de dôme ou
simplement un bol de cuisine grassement
beurré.
Assaisonner les escalopes de sel, poi-
vre, oignon haché, champignons et per-
sil, puis les ranger dans le moule. Ajouter ^fS
un peu de bouillon ou d'eau et recouvrir
la viande d'une abaisse de pâte que l'on soude en l'humectant,
avec les bords du pudding qu'on enveloppe ensuite dans une
serviette beurrée, dont on attache solidement les extrémités
avec une ficelle,
Le pudding est alors plongé à l'eau bouillante et doit cuire
pendant deux heures et demie.
Au bout de ce temps, on retire le moule de l'eau, on l'égoutte
quelques minutes, on enlève la serviette, et on renverse le pud-
ding sur un plat. — Si au lieu de filet on emploie de la viande
prise dans toute autre partie du bœuf, il faut donner au pudding-
une demi-heure de plus de cuisson.
Verser autour quelques cuillerées de sauce madère.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 89
Pudding de beefsteak aux huîtres. — Beefsteak
and oyster pudding.
Ce pudding se prépare comme le précédent, seulement on
ajoute aux escalopes de bœuf trois douzaines de grosses huîtres
blanchies et ébarbées.
Les Anglais sont très friands de ce pudding que, pour ma
part, je n'admire pas. Les huîtres, après une si longue cuisson,
ne peuvent être qu'indigestes. De plus, je trouve illogique et de
mauvais goût ce mélange de viande et de poisson.
Pudding de beefsteak aux rognons. — Beefsteak
and kydney pudding.
Le moule ayant été foncé avec de la pâte à la graisse, on
dispose dans l'intérieur et alternativement les escalopes de bœuf
et les rognons grossièrement émincés et assaisonnés. On pro-
cède ensuite comme pour le pudding de beefsteaks ordinaire.
Pudding de rognons de bœuf. — Kidney pudding
On fait également des puddings composés exclusivement de
rognons de bœuf. — On émince les rognons en escalopes après
avoir enlevé l'épiderme qui les recouvre. On les assaisonne
d'oignon haché, ainsi que de persil également haché, puis on les
mélange avec le tiers de leur volume de champignons escalopes.
— Procéder ensuite comme pour les autres puddings. — Donner
trois heures et demie de cuisson.
Pâté du berger. Shepherd pie.
Il est essentiel pour faire ce pâté de se procurer un certain
moule en fer-blanc épais, auquel est adapté un couvercle per-
foré de même métal. — Couper en escalopes minces de la
00
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
viande de bœuf que l'on assaisonne de sel, poivre et fines
herbes. Ranger ces escalopes symétriquement, dans le moule
qui ne doit être rempli qu'aux trois quarts. Mettre assez de
bouillon léger ou d'eau pour couvrir la viande ; placer le cou-
vercle perforé du moule sur lequel on étend une épaisse couche
de purée de pommes de terre. Faire partir sur le fourneau et
mettre au four pendant deux heures. Là surface de la purée,
lorsque le pâté est cuit, doit être d'une belle couleur dorée. Ce
pâté est généralement envoyé aux rendez-Vous de chasse. Il a la
propriété de se conserver chaud très longtemps. — Lorsqu'on
le sert, on enlève le couvercle avec la purée qui le recouvre, et
que l'on dépose dans un plat séparé. Cette purée de pommes de
terre, se trouvant imprégnée du fumet qui, en s'échappant, tra-
verse les trous du couvercle, acquiert, on le conçoit, une saveur
particulière.
Beef steak aux huîtres. — Beafsteak and oysters.
Blanchir deux douzaines d'huîtres dans leur propre jus, les
égoutter et les ébarber en ne conservant que les noix. Avec le
jus qui provient des huîtres et un peu de roux, on fait une sauce
à laquelle on ajoute un peu de demi-glace ou de jus de viande.
On tient cette sauce un peu épaisse et au dernier moment on y
ajoute les huîtres.
Faire griller le beefsteak et, lorsqu'il est cuit, on verse
dessus la sauce aux huîtres.
Rump steak.
Le rump steak, ainsi que le multon chop, est un plat fonda-
mental de la cuisine anglaise. Il s'en consomme journellement
dans le Royaume-Uni des quantités incalculables. Il est vrai de
dire que le véritable rump steak, lorsque le bœuf est de bonne
qualité, est d'une succulence bien supérieure au filet. On le fait
cuire de trois manières : grillé, sauté ou braisé.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 91
Hump steak (jrillc. — Le rump steak se coupe dans la partie
du bœuf adhérant à la culotte. Il doit se faire cuire vivement et
assez près du feu afin que la viande, saisie superficiellement par
l'action de la chaleur, conserve bien tout son jus. On sert avec
le rump steak grillé du raifort gratté en copeaux.
Slewed steak and orrions (steak braisé aux oignons). — Le
steak ne doit pas avoir moins de 3 centimètres d'épaisseur. On
le fait braiser simplement dans l'eau ou dans un bouillon léger
pendant d^ux heures et demie. On le garnit d'un bouquet de persil,
de quelques carottes et d'une douzaine d'oignons. Lorsque le
steak est cuit à point, on le dresse sur un plat et on le garnit
avec les oignons.
Fried steak and onions (steak sauté aux oignons). — Le steak
ayant été frit dans la poêle, on le dresse sur un plat et on le
rouvre entièrement avec des oignons finement émincés en lames
et préalablement frits d'une couleur blonde. — Arroser le rump
steak d'un bon jus.
Les Anglais sont particulièrement friands de cette manière
d'accommoder les beefsteaks.
Pâté debeefsteak. — Beefsteak pie.
Détailler dans un filet de bœuf des escalopes de un centi-
mètre d'épaisseur; les assaisonner de sel, poivre et fines herbes.
Les ranger symétriquement dans un plat creux de fonte émaillée
ou de porcelaine à feu, en ayant soin de laisser un vide dans le
centre du plat pour y placer quelques pommes de terre tournées
de la grosseur d'une cerise. On ajoute ensuite de l'eau en quan-
tité suffisante pour atteindre le niveau des filets.
Faire une demi-livre de feuilletage à 3/4 auquel on donne
six tours. Mouiller légèrement avec un pinceau les bords du
plat et y appliquer une bande de pâte que l'on mouille égale-
ment. Couvrir la viande et bords du plat d'une abaisse de pâte
que l'on fait adhérer avec l'abaisse inférieure en pressant légè-
rement avec le pouce. On coupe ensuite le superflu de la pâte
92 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
au ras du plat, puis on gaufre la galerie avec la pointe du cou-
teau, et on ornemente la surface du pâté avec les rognures de la
pâte que Ton coupe à l'emporte-pièce. Au sommet du pâté, on
laisse une petite ouverture, que Ton ferme avec un petit tam-
pon de pâte découpé en forme d'artichaut. Dorer à l'œuf battu
la surface du pâté que l'on met à four gai pendant une heure et
demie.
En sortant le pâté du four, s'il est destiné à être mangé
froid, on retire le tampon de pâte qui en bouche l'ouverture
pour faciliter le refroidissement, après toutefois avoir introduit
dans le pâté quelques cuillerées de bon jus.
Pâté de bœuf et rognons. — On fait aussi des pâtés avec la
viande prise dans la culotte ou dans toute autre partie du bœuf.
On coupe cette viande en escalopes et on y adjoint la moitié de
son volume de rognon également escalope. On se sert indiffé-
remment de rognons de bœuf, de mouton, de porc ou de veau,
mais il est évident que Ton doit donner la préférence aux rognons
de veau et de mouton. — Donner au pâté une demi-heure de
cuisson de plus que lorsque la viande est coupée dans le
filet.
Le beefsteak.
Le filet de bœuf, lorsqu'on le détaille pour le faire griller ou
sauter, prend le nom de « beefsteak ». Le mot beefsteak est
d'origine anglaise : beef signifie bœuf et steak veut dire tranche.
J'ai rencontré de bonnes cuisinières, qui, ignorant Tétymologie
du mot, commettaient l'erreur d'écrire sur leurs menus : beefs-
teak de mouton pour désigner des filets de mouton grillés ; ce
qui est un non-sens, car, traduit en français, cela signifierait :
tranche de bœuf de mouton.
On prépare avec le filet trois espèces de beefsteaks : le cha-
teaubriand, le beefsteak proprement dit et le tournedos.
Le chateaubriand se coupe dans la meilleure partie du filet,
et, ce qui le distingue, c'est son épaisseur qui est au moins le
triple du beefsteak ordinaire.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 93
C'est Je restaurant Champeaux, de vieille renommée, qui
imagina ce mets et le mit à la mode à l'époque de la vogue de
Chateaubriand qui venait de publier son Génie du Christianisme.
Le véritable chateaubriand, d'après la recette primitive, doit
se faire cuire d'une certaine façon pour éviter qu'il ne brûle
pendant le temps relativement long- qu'il doit rester sur le gril.
On le place entre deux minces tranches de bœuf trempées dans
Thuile qui lui servent de plastron ; et c'est ainsi qu'on peut
impunément le faire griller à feu vif. Quand il est cuit à point,
on le débarrasse de ses deux cuirasses qui sont calcinées et
qu'on jette, puis on dresse le chateaubriand, sur lequel on étend
un beurre maître d'hôtel et qu'on entoure de pommes de terre
frites. Inutile de dire qu'on a abandonné ce mode de cuisson, et
que Ton fait très bien cuire aujourd'hui un besfsteak, quel-
que épais qu'il soit, sans avoir recours à cet extravagant
système.
Bœuf salé. — Sait beef.
Les Anglais excellent dans l'art d'apprêter le bœuf salé. Us
emploient à cet effet une saumure spéciale qui se prépare ainsi :
Dissoudre six kilogrammes de sel gris dans un demi-hecto-
litre d'eau. Faire infuser dans ce liquide six feuilles de laurier,
un fort bouquet de thym, vingt-quatre clous de girofle, du macis,
une poignée de poivre en grains, etajouter cent vingt grammes
de salpêtre et deux cents grammes de cassonnade.
Avant de mettre le bœuf dans cette marinade, on doit le
frotter fortement sur toutes ses faces avec du sel gris et le laisser
dans un saloir pendant douze heures, afin que le sel pénètre
dans les pores de la viande qu'on met ensuite dans la saumure,
où elle doit rester quinze bu vingt jours, selon la grosseur du
morceau.
Langue salée . — Pickled tongue.
Pour saler une langue de bœuf, il faut d'abord qu'elle soit de
première fraîcheur. On commence par la frotter fortement sur
94 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
toutes ses faces avec du sel de cuisine, et à lui faire une légère
incision en dessous.
On lalaisseainsi pendaut trois jours en la retournant chaque
jour,, puis on la plonge dans une saumure préparée à l'avance,
disposée, pour recevoir les viandes salées.
Au bout de quinze jours, la langue est assez salée pour être
employée.
On la fait simplement cuire à grande eau pendant trois heures.
La langue s'étant imprégnée de la saveur des aromates de la
saumure, il n'est pas utile d'en mettre dans la cuisson.
Poitrine de bœuf salée. — Salted brisket of beef .
La poitrine de bœuf, avant d'être employée, doit avoir
séjourné au moins pendant quinze jours dans la saumure. On la
fait cuire à grande eau, pendant quatre ou cinq heures. Elle se
sert avec une garniture de carottes et de navets et accompagnée
de suet dumplings (voir à l'article suivant, Rond de bœuf salé).
Rond de bœuf salé. — Salted round of beef.
Le morceau de bœuf employé pour ce mets pantagruélique
est la partie qui se trouve à l'extrémité supérieure du cuissot.
On coupe le rond de bœuf transversalement en lui donnant une
épaisseur de vingt centimètres environ. On détache l'os et on
roule la viande en ramenant la panoufle autour de la partie
charnue avec la graisse y adhérant. On maintient la forme du
rond de bœuf au moyen de brochettes en bois, puis on le met
mariner dans la saumure pendant environ trois semaines (voir
S &umure, chapitre XIII).
Lorsqu'on retire le rond de bœuf delà saumure et avant de le
mettre dans la marmite, on l'entoure d'une forte bande de toile
ou d'une corde solidement attachée qu'on enlèveaprèsla cuisson,
mais pas avant d'avoir fixé la partie qui constitue la panoufle et
la graisse avec de longs hàtelets.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAIN K 95
Le rond de bœuf salé se sert ordinairement dans les repas
de corps et les banquets, ainsi que dans les maisons où l'on
nourrit un nombreux personnel. Cette pièce de résistance par
excellence pèse de vingt-cinq à trente livres et se fart cuire à
grande eau pendant cinq heures. On l'envoie sur table avec une
garniture de carottes et de navets que Ton a fait cuire dans la
marmite avec le bœuf. On sert en même temps un certain pud-
ding à la graisse de bœuf qu'on appelle « suet dumpling » et
qui se fait de la manière suivante :
Hacher bien fin une livre de graisse de rognon de bœuf que
l'on amalgame avec une livre de farine et une forte pincée de
sel. Ajouter ensuite assez d'eau pour former une pâte ferme
dont on fait des boules de la grosseur d'un œuf et qu'on fait
bouillir avec le bœuf pendant une heure. On envoie dans une
saucière du bouillon delà cuisson, préalablement écume et légè-
rement coloré.
On emploie généralement la cuisson du bœuf salé pour
préparer la soupe des pauvres qu'il est d'habitude de distri-
buer aux indigents dans les familles anglaises en villégiature.
Bœuf pressé. — Pressed beef.
Prendre une poitrine de bœuf ayant séjourné au moins
pendant deux semaines dans une saumure bien aromatisée, la
faire bouillir pendant six heures, puis l'égoutter et la désosser
complètement. La mettre alors sous une forte pression dans un
vase de forme ovale ou carrée. Laisser refroidir dans un endroit
frais pendant vingt-quatre heures, puis on la pare et on en
glace la partie supérieure.
Ce mets constitue un excellent plat de lunch ou de
souper que certains amateurs préfèrent au jambon. Un Fran-
çais, M. Benoist, qui représente dignementà Londres depuisbon
nombre d'années l'art de la charcuterie parisienne, s'est acquis
une certaine notoriété pour le raffinement qu'il a apporté à la
préparation de ce bœuf épicé, qui est une des spécialités de sa
maison.
96 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Tripes aux oignons. — Tripe and onions.
On fait cuire les tripes dans du lait salé pendant quatre
heures. Il faut avoir soin de faire bouillir le lait avant d'y mettre
les tripes, afin d'éviter qu'il ne tourne. On cuit avec Jes tripes
une douzaine d'oignons coupés en tranches très épaisses.
Lorsque les tripes sont cuites, on égoutte les oignons qu'on
hache grossièrement et qu'on mêle ensuite à une sauce blanche
faite avec la cuisson des tripes. — C'est une excellente manière
de préparer les tripes, et les Anglais ne les mangent guère
autrement.
Tripes frites. — Fried tripe.
Les tripes qui ont été cuites à l'anglaisé font une excellente
friture. Il faut pour cela les laisser refroidir dans leur cuisson,
puis avec la lame d'un couteau enlever une partie de la sauce
qui les recouvre. On les roule ensuite une première fois dans la
mie de pain fraîche qu'on fait adhérer avec pression, et, après
avoir trempé chaque morceau de tripe dans l'œuf battu, on les
pane une seconde fois. Il ne reste plus qu'à les faire frire à
grande friture. On peut servir avec les tripes préparées de cette
façon une sauce piquante ou italienne, mais le plus communé-
ment on les assaisonne simplement d'un peu de sel.
Toadinthehole.
Ce mets est un de ceux qui peuvent figurer avantageusement
dans le livre qui traite de l'art d'accommoder les restes.
Toad in the hole signifie, en bon français, « crapaud dans
un trou )).
Le mot de crapaud, associé à une préparation culinaire,
semble d'autant plus bizarre qu'il n'entre dans sa composition
rien qui ressemble en quoi que ce soit au batracien susnommé.
Mais avons-nous le droit de nous montrer exigeants surl'étymo-
LA CUI8INE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 97
logie des termes culinaires étrangers, nous qui acceptons, sans
pouvoir non plus l'expliquer; la dénomination de pet de nonne
pour désigner un beignet soufflé?
Le toad in the hole est un mets économique fréquemment
confectionné par les ménagères anglaises et se prépare ainsi :
Prendre un plat profond semblable à ceux dont on fait
usage pour les pâtés à l'anglaise. Beurrer grassement l'inté-
rieur de ce plat pour y placer des tranches minces de viande
rôtie de la veille, assaisonner de poivre, sel et muscade râpée,
puis recouvrir la viande jusqu'au ras du plat avec la préparation
suivante :
Délayer soixante grammes de farine avec deux œufs entiers
et deux verres de lait légèrement salé et poivré. Mettre à four
chaud pendant une heure, et, lorsque la pâte est d'une jolie cou-
leur, servir sur un plat garni dune serviette.
Bubble and squeak.
Le bubble and squeak est un mets anglais. Il se prépare géné-
ralement avecdu bœuf salé cuit de la veille ou de l'avaut-veille.
On emploie de préférence la poitrine pour cette préparation.
Couper le bœuf en tranches très minces et le faire frire
vivement dans une poêle avec un peu de beurre ou de bonne
graisse et le dresser en couronne dans un plat creux qu'on tient
au chaud. D'autre part, on fait cuire des choux qu'on égoutte
parfaitement et qu'on hache ensuite en les assaisonnant d'un
peu de sel et de beaucoup de poivre. Ces choux étant hachés on
les fait frire dans la même graisse qui a servi à chauffer les
tranches de bœuf, en les remuant constamment pouréviler qu'ils
ne s'attachent à la poêle. On les dresse, lorsqu'ils sont bien
chauds, dans le milieu ou autour des escalopes de bœuf. Arroser
d'un bon jus.
Savory rolly pudding.
Prendre de la chair à saucisse bien assaisonnée et relevée
d'un peu de muscade râpée et d'une pointe de cayenne; y amal-
7
98 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
gamer quelques fines herbes hachées et l'étendre sur une abaisse
de pâte à la graisse de bœuf (suet paste).
Rouler ensuite la pâte sur elle-même comme s'il s'agissait
d'un pannequet garni. Envelopper le pudding dans une serviette
préalablement beurrée, et l'attacher aux deux extrémités avec
une ficelle comme on le fait d'une galantine. Le pudding, qui
doit être à peu près de la grosseur d'un rouleau de pâtisserie,
est alors plongé dans une casserole d'eau bouillante et salée, où
on le laisse mijoter pendant deux heures. On le retire alors de
son enveloppe et on le coupe en tranches de deux centimètres
d'épaisseur. On dresse ces tranches en couronne et on les
arrose d'une sauce espagnole claire ou simplement d'un bon jus.
Emincé de bœuf. — Minced beef.
On sert beaucoup d'émincé de bœuf pour le lunch et le
déjeuner. On emploie la viande du rôti de la veille qu'on
coupe en très petits dés ou qu'on hache bien fin. Lorsqu'on a
de la sauce espagnole, on fait simplement chauffer l'émincé dans
la sauce et on assaisonne de fines herbes hachées et passées au
beurre. A défaut de sauce, on en fait un peu en passant au beurre
de l'oignon. L'oignon étant frit, on y ajoute une légère cuillerée
de farine pour faire un roux que l'on mouille avec un peu de
bouillon en ayant soin de tenir la sauce épaisse. On y joint
l'émincé qu'on assaisonne et que l'on tient au chaud sans
bouillir.
Pour servir l'émincé, on peut le dresser dans un plat creux
et l'entourer de fleurons de pain frit, ou dans le puits d'une
bordure de riz préalablement préparée, ou bien encore dans une
croûte à flan ou dans une bordure de pommes de terre. Dans
certains cas, on dresse l'émince dans le fond d'un plat à légumes
creux et on pose sur la surface cinq ou six œufs pochés.
On sert également et de la même manière des émincés de
mouton, de veau, de volaille et de gibier.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 99
Pudding roulé à l'émincé de bœuf. — Minced beef
rolly pudding.
Préparer l'émincé comme dans la recette qui précède, mais
en tenant la sauce plus épaisse et en corsant l'assaisonnement.
Étendre au rouleau de la pâte ferme à la graisse de bœuf (suet
l>aste) de façon que rabaisse soit plus longue que lar^e, pu is
relever un des bords de l'abaisse du côté de la largeur et
rouler la pâte sur elle-même de manière à bien envelopper
l'émincé. Mettre le pudding dans une serviette beurrée ou
graissée qu'on attache aux deux extrémités avec de la ficelle.
Faire cuire à l'eau bouillante salée pendant une heure et demie.
Avant de dresser le pudding, on coupe les deux extrémités,
et, lorsqu'il est sur le plat, on l'arrose d'une sauce brune au
madère.
Miroton de bœuf aux os grillés. — Hashed beef and
broiled bones.
Le mot anglais hash n'a pas d'équivalent dans la langue
française. 11 constitue un mets assez semblable au miroton, mais
qui n'est pas le miroton proprement dit. Le plat qui nous occupe
se sert souvent au personnel dans les maisons bourgeoises. C'est
une manière simple et économique d'employer les restes de.
bœuf rôti.
Escaloper la viande en tranches très minces que l'on dégage
delà peau et des parties nerveuses. Quant aux os du rôti, on les
casse en morceaux en ayant soin d'y laisser adhérer un peu de
viande.
Faire frire dans une casserole deux oignons hachés fin aux-
quels on ajoute, lorsqu'ils sont d'une belle couleur, une cuille-
rée de farine pour faire un roux, que l'on délaye avec du bouil-
lon pour obtenir une sauce épaisse à laquelle on ajoute un peu
de ketchup et de harvey sauce. Assaisonner de sel et de poivre et
100 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
finalement mélanger la viande escalopée qu'on fait chauffer sans
ibouillir.
D'autre part, assaisonner les os de sel, poivre et d'un peu de
cayenne et les faire griller à feu vif ou dans un four très chaud.
Verser le ragoût dans un plat creux et dresser les os grillés
autour.
Bœuf de Hombourg râpé. — Grated Hombourg beef.
Dans certaines maisons, on sert pour le déjeuner du matin
ou pour le thé de cinq heures du bœuf fumé de Hombourtr. On
le râpe avec une râpe à larges trous et on l'envoie dans un
ravier. Les amateurs de ce mets le sèment sur du pain beurré
ou sur des biscuits à l'eau, également beurrés. A défaut de bœuf
de Hombourg, on râpe de la même façon du jambon fumé et
de la langue de bœuf salée.
Purée de bœuf en terrine. — Potted beef.
La viande de poitrine de bœuf ou de plate-côte qui a servi au
pot-au-feu de la veille, en raison de sa nature entrelardée, se
prête mieux que tout autre morceau pour la confection de ce
mets. On coupe la viande en morceaux et on la met dans un
mortier avec du sel, du poivre, une pincée d'épices, un soupçon
de cayenne, le quart de son volume de beurre et un peu de glace
de viande et de jambon cuit.
On pile le tout jusqu'à ce que le beurre soit bien mélangé à
la viande, que l'on retire ensuite du mortier pour le pass r
à travers un tamis à quenelles à laide d'une cuiller de bois.
La purée, après avoir été mélangée de nouveau pour lui don-
ner du corps, est mise dans une petite terrine consacrée à cet
usage. Si la purée doit être mangée tout de suite, il est inulile
d"e la faire cuire, mais, si l'on veut la conserver quelques jours,
il iaut la faire cuire une demi-heure au bain-marie ou au four.
Lorsque la purée est refroidie, on verse sur la surface du beurre
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 101
clarifié pour empêcher l'action de l'air sur la viande. Cette
purée, dont on fait une grande consommation en Angleterre, se
mange froide et se sert fréquemment avec le thé; on en fait
aussi des tartines et des sandwiches.
Terrine de langue de bœuf. — Potted ox tongue.
Lorsqu'on ades débris de langue de bœuf, on peutles employer
de la même manière que ceux de bœuf bouilli, en pilant les mor-
ceaux avec le quart de leur volume de beurre et un peu de graisse
de bœuf cuite. On assaisonne de poivre, decayenne et d'épices;
mais on omet le sel, car la langue est assez salée par elle-même.
Après avoir passé la purée, on procède pour la cuisson comme
pour le poUed beef.
Saucisses de bœuf — Beef sausages.
Hacher menu de la viande maigre de bœuf avec la même
quantité de graisse de rognon. Assaisonner de sel, poivre, épices
et d'un peu de sauge sèche passée au tamis de fer. Ajouter un
peu de mie de pain détrempée dans de leau, puis emplir les
boyaux avec la préparation. On espace les saucisses en leur don-
nant la longueur ordinaire. On les fait griller, cuire au tour ou
bouillir.
Cœur de bœuf rôti. — Oxheart roasted.
Bien laver le cœur de bœuf et le dégager du sang dont il est
imprégné, puis préparer une farce à la graisse de bœuf (voir
veal stuffing), avec laquelle on farcit le cœur dans toutes ses
cavités. On l'enveloppe alors dans du papier huilé ou graissé et
on le met à la broche ou bien on le fait cuire au four. Il faut deux
heures de cuisson. On l'envoie saucé d'une sauce brune aroma-
tisée d'un peu de ketchup ou de harvcy sauce ; servir aussi une
saucière de gelée de groseilles.
102 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Os à la moelle. — Marrow bones.
Les os à la moelle se servent au naturel, au second service.
Le moyen le plus pratique pour les faire cuire est de les étuver.
On les place perpendiculairement dans un potatoe steamer après
avoir bouché l'orifice de chaque os avec un linge que l'oo fixe
avec de la ficelle à la partie supérieure, ou bien avec de la
peau de vessie, puis on laisse éluver pendant deux heures.
Pour les servir, on enveloppe chaque os dans une petite ser-
viette et on les envoie sur table, accompagnés de tranches de
pain grillé bien chaudes. Les Anglais se servent, pour manger
les os à la moelle, d'une cuillère spéciale longue et étroite qu'on
appelle « marrow spoons ».
Les bouchers se chargent de scier et de parer les os sur
commande.
Joue de bœuf braisée. «~- Braized ox cheek.
Désosser une demi-tôte de bœuf et placer la joue, après
l'avoir parée, dans une braisière avec les parures et assez d'eau
pour la couvrir. Garnir de légumes comme pour un pot-au-feu
et assaisonner de sel. Faire partir à grand feu, puis laisser
mijoter pendant environ quatre heures. Lorsque la joue de bœuf
est cuite, on la pare, puis on la met dans une casserole plate
avec le jus dans lequel ellea cuit et qu'on a fait un peu réduire.
On l'arrose avec la cuisson et on la laisse glacer à four
chaud.
On sert la joue de bœuf avec une garniture de choux de
Bruxelles sautés au beurre, ou avec du macaroni à la milanaise
ou bien encore avec delà choucroute.
^i«fe
ÇŒBBW
CHAPITRE IV
MOUTON ET AGNEAU
MUTTON AND LAMB
Selle de mouton rôtie.
Roast saddle of mutton.
La selle de mouton rôtie
est la pièce de résistance
obligée de tout grand dîner
en Angleterre. On la sert
comme relevé après les en-
trées. Au contraire de ce
qu'on fait généralement en
France, on ne désosse jamais
la selle de mouton. En cela
les Anglais ont raison, car il
y a une différence de saveur
marquée entre une selle de
mouton désossée et une qui ne
l'est pas. La différence est
tout à l'avantage de cette
dernière, qui retient bien
mieux son jus et son arôme
en conservant ses vertèbres.
On a le tort en France de
manger le mouton trop frais.
La meilleure viande n'est
tendre et succulente que si
elle est suffisamment morti-
10 i LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
fiée. Les bouchers anglais, pendant les temps froids, ne dé-
bitent leurs moutons que huit jours après qu'ils ont été tués.
J'ai vu, en hiver, conserver le mouton trois semaines avant de
remployer.
Pâté de mouton. — Mutton pie.
Ce mets se confectionne soit avec une longe de mouton, soit
avec un carré. Découper la viande en côtelettes, dont on
retire la graisse et que Ton assaisonne de sel, de poivre, d'un
oignon haché et de fines herbes. Ranger les côtelettes en cou-
ronne dans un plat creux en terre à feu et garnir le centre avec
de petites pommes de terre nouvelles ou des vieilles tournées
de la grosseur d'une noix. Ajouter de l'eau en quantité suffisante
pour baigner la viande, recouvrir le pâté d'une abaisse de feuil-
letage à huit tours et terminer l'opération d'après la manière
décrite pour le beefsteak pie. Cuire à four vif pendant deux heures.
A la sortie du four, entonner dans le pâté quelques cuillerées
de bon jus.
Côtelettes à la Réforme.
Alexis Soyer, le fameux cuisinier qui a tant fait pour propa-
ger et populariser la cuisine française en Angleterre, fut pen-
dant plusieurs années chef du « Reform Club », un des cercles les
plus aristocratiques de Londres. C'est lui qui imagina les côte-
lettes à la Réforme, qui se préparent ainsi qu'il suit:
Après avoir paré et taillé des côtelettes de mouton, on les
trempe dans l'œuf battu, puis on les roule dans de la mie de pain
mélangée de jambon haché très fin. Après avoir fait sauter les
côtelettes dans du beurre clarifié, on les dresse en couronne
avec une garniture ainsi composée : couper en bâtonnets d'égale
longueur quelques cornichons confits, de la langue de bœuf, du
blanc dœuf dur et des truffes. Amalgamer ces divers ingrédients
avec deux ou trois cuillerées de sauce espagnole. On masque
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
105
l'entrée d'une sauce poivrade claire dans laquelle on a incor-
poré une pointe de poivre de Cayenne et un peu de gelée de gro-
seilles.
Côtelettes de mouton. — Mutton chop.
Le mutton chop, tel que les Anglais le comprennent, se tranche
dans la longe de mouton. Elle doit être coupée très épaisse et se
faire cuire sur un feu vif. Ce mets, malgré sa simplicité, ou peut-
être à cause de cela, joue un rôle important dans l'alimentation
anglaise. Il y a dans la Cité de Londres des restaurants spéciaux
où l'on ne sert au consom-
mateur que des côtelettes
et des beefsteaks accompa-
gnés de pommes de terre
et de légumes cuits à l'eau.
A Tune des extrémités de
la salle, on aperçoit un
large fourneau rempli de
coke chauffé à hlanc, au-
dessus duquel est suspendu
un immense gril d'acier
poli.
Il y a même des éta-
blissements où ce gril est
en argent massif; cela ne
veut pas dire que la viande soit plus tendre ou mieux cuite que
dans les maisons moins fastueuses : bonne renommée, comme
dit le proverbe, vaut mieux que ceinture dorée.
Devant ce gril, un cuisinier en costume d'ordonnance tourne
et retourne les côtelettes au moyen d'une pincette en aeier
nickelé.
Dans quelques restaurants, le cuisinier opère à l'entrée de la
salle. A sa gauche est le fourneau et à sa droite, sur de larges
plats, sont empilées des pyramides de côtelettes toutes parées et
106
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
prêtes à griller. Le client en passant choisit lui-même sa chop,
qu'il présente au bout d'une fourchette au chef, qui la fait cuire
selon les instructions qu'on lui donne et la renvoie au consom-
mateur, cuite à point, sur une assiette chaude.
En sortant de la salle, il est d'usage de déposer un penny
dans une sébile placée devant le cuisinier. Il est de ces établis-
sements où celui-ci fait ainsi des recettes de quinze à vingt francs
parjour..Ladexlérité de ces cuisiniers à se servir delà pincette,
et leur habileté pour griller à point un « steak » ou un « chop »,
est remarquable et fort appréciée des clients. Il est vrai que
c'est chez ces hommes une spécialité, et que là se borne leur
savoir-faire, car ils sont ignorants des plus simples notions culi-
naires; ce sont des grilleurs et non des cuisiniers.
Irish stew. — Ragoût à l'irlandaise.
Ce ragoût est le mets national irlandais. Quoique d'une sim-
plicité extrême, il constitue un plat substantiel et nourrissant,
grâce aux pommes de terre qui entrent dans sa composition et
qui en sont la base essentielle.
La classe pauvre irlandaise, on le sait, fait de ce précieux
tubercule sa principale nourriture. La qualité du sol du pays se
prête admirablement à sa cullure, qui est facile et peu dispen-
dieuse, deux qualités précieuses pour un peuple dont la pauvreté
est connue et la paresse proverbiale.
Lorsque les malheureux insulaires veulent améliorer un
peu leur régime, ils ajoutent aux pommes de terre des oignons
et quelques bas morceaux de mouton, et cela constitue le
irish stew dans sa forme primitive.
Le ragoût irlandais se confectionne d'une manière plus ou
moins raffinée, selon la table sur laquelle il doit être servi,
mais le irish stew (prononcer ariche stiou), tel qu'on le mange
dans la bourgeoisie, se prépare ainsi :
Prendre un collet de mouton et le découper en morceaux
d'égale grosseur. Mettre cette viande dans une casserole avec
quatre ou cinq gros oignons et une douzaine de pommes de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 107
terre coupées en deux. Assaisonner de sel et surtout de poivre.
Couvrir le tout d'eau froide. Faire partir à grand feu et laisser
mijoter pendant deux heures. A ce moment, le liquide doit se
trouver presque absorbé par la viande et les pommes de terre,
qui se trouvent être réduites en purée. On verse le tout pêle-
mêle sur un plat au moment de servir.
Le irish steio se sert aussi comme entrée. Dans ce cas, on
remplace la viande de collet par des côtelettes prises dans le
carré du mouton. On met un bouquet garni, on tourne les
pommes de terre en olives et l'on choisit de petits oignons de
même grosseur. Mouiller les côtelettes de consommé léger, et
lorsqu'elles sont cuites à moitié, y ajouter les oignons; un.
quart d'heure après, on joint au ragoût les pommes de terre.
Au moment de servir, dresser les côtelettes en couronne et en
garnir le centre avec les pommes de terre et les oignons. On
dégraisse la cuisson, qu'on lie légèrement avec un peu de purée
de pommes de terre ; on ajoute une pincée de persil haché et
blanchi, puis on verse cette sauce sur les côtelettes.
Scotch haggis.
Ce mets est un des plats nationaux écossais et n'est guère
mangé que dans la patrie de Shakespeare. Les Anglais en font
peu de cas, mais les Écossais en sont très friands et en font
leurs délices.
Il faut se procurer pour préparer un haggis la poche de l'es-
tomac d'un mouton, qu'on nettoie parfaitement et qu'on
retourne ensuite de manière que la paroi intérieure se trouve en
dehors.
Prendre le cœur, le foie et les poumons d'un mouton. Faire
bouillir le tout pendant une demi-heure à l'eau salée. Retirer la
viande qu'on émince très fin, à l'exception d'une partie du foie,
qu'on laisse bien refroidir pour pouvoir le râper. L'émincé est
alors étalé sur la table et assaisonné de sel, poivre, muscade,
cayenne, oignon haché. On ajoute encore le foie râpé, une poi-
108 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
gnée de farine d'avoine (oat meal) et une livre de graisse de
bœuf hachée.
On emplit alors la poche de l'estomac de mouton avec la
préparation, mais de façon à laisser un vide pour éviter que la
peau ne crève lorsque la viande gonfle par l'effet de la chaleur.
Ajouter un verre de bon jus, piquer la poche en divers en-
droits avec une forte aiguille et coudre l'orifice. Faire bouillir à
grande eau pendant trois heures.
Il arrive quelquefois que la poche contenant la viande crève
pendant la cuisson et que le contenu s'en échappe. Pour obvier
à cet inconvénient, on enveloppe le haggis dans une serviette,
comme s'il s'agissait d'une galantine, avant de le plonger dans
l'eau bouillante. — Le poète Burn a fait sur le haggis un
poème curieux, qui est très populaire chez les Highlanders.
Tête de mouton à l'écossaise. Sheep's head.
La tête de mouton, après avoir été flambée et nettoyée, est
séparée en deux et mise à dégorger à l'eau froide pendant deux
heures. On retire alors la cervelle, qui se fait cuire à part dans
de l'eau salée et acidulée. .Les deux moitiés de tête sont mises
ensuite à cuire dans de l'eau légèrement salée. On ajoute quel-
ques oignons, carottes et céleri. On laisse mijoter pendant trois
ou quatre heures, puis on égoutte la tête de mouton qu'on place
sur un plafond graissé. On la badigeonne de beurre et Ton sème
de la chapelure sur la surface. Mettre à four chaud pour
prendre couleur, et servir accompagné d'une sauce blanche
dans laquelle on a mélangé dft la sauge hachée et blanchie, et
la cervelle coupée en petits morceaux.
Gigot de mouton bouilli. — Boiledleg of mutton.
Les Anglais sont très friands de mouton bouilli en général,
mais ils ont un faible pour le gigot. On le fait bouillir à grande
eau salée pendant trois heures et on le sert avec une sauce
LA l'UISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 10U
blanche aux câpres. Il est d'habitude de l'accompagner de navets
bouillis dans la cuisson, entiers ou mis en purée. On passe les
navets à travers un tamis de fer, puis on met la purée dans une
casserole. On l'assaisonne de sel, poivre et muscade râpée.
On la dessèche sur le feu pendant quelques minutes et on y
ajoute en dernier lieu un bon morceau de beurre et un peu de
sauce blanche. Au moyen d'une cuiller à bouche on .moule la
purée que l'on dépose symétriquement autour du mouton.
Envoyer à part une saucière de jus.
Carré de mouton bouilli à la Soubise. Boiled neck
of mutton.
Parer un carré de mouton comme pour rôtir, le ficeler pour
lui conserver sa forme et le faire bouillir dans la marmite ou
simplement à l'eau salée. Deux heures de cuisson suffisent.
Dresser sur un plat, entourer de bon jus et servir à part une
sauce Soubise.
Garnir le carré de mouton de carottes et de navets gros-
sièrement tournés et qu'on aura fait cuire avec la viande.
Pudding de mouton. — Mutton pudding.
Désosser une longe de mouton et en supprimer une partie
de la graisse. Diviser la viande en tranches de l'épaisseur d'une
côtelette. Faire revenir légèrement dans une casserole de
moyenne grandeur 2 échalotes hachées et un oignon. Ajouter
les tranches de mouton qu'on fait sauter vivement pendant
quelques minutes, après les avoir saupoudrées de sel, poivre et
champignons hachés. Égoulter la graisse et mêler à la viande
une cuillerée de farine, puis un peu de jus et de ketchup pour
obtenir une sauce légère. Donner un bouillon et retirer du feu.
Beurrer et foncer un moule à dôme ou un bol de cuisine
avec de la pâte à la graisse (suet paste) et ranger les tranches
de mouton dans l'intérieur. Ramener les bords de la pâte excé-
110 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
dant la hauteur du moule vers le centre, de façon que l'orifice
soit parfaitement bouché. Beurrer une serviette dans laquelle
on enveloppe le pudding" en plaçant la partie beurrée sur la
pâte. Nouer les quatre coins de la serviette en dessous du
moule et plonger celui-ci à l'eau bouillante. Le faire cuire
pendant trois heures; le démouler, le dresser sur un plat creux
et servir.
Petits pâtés de mouton. — Small mutton pies.
Foncer de grands moules à tartelettes creux avec de la pâte
à timbale.
Couper en petits dés de la viande de mouton, moitié maigre,
moitié graisse. Assaisonner de sel, poivre et fines herbes (le
poivre doit dominer), puis emplir les moules. Recouvrir la
viande avec une abaisse de feuilletage à huit tours, dont on
mouille légèrement les bords pour faire adhérer à l'abaisse
inférieure. Dorer la surface à l'œuf battu, faire une petite
ouverture sur le sommet du couvercle avec la pointe du
couteau. Cuire à four modéré pendant trois quarts d'heure et, à
la sortie du four, entonner dans l'intérieur du pâté la valeur
d'une cuillerée à café de demi-glace légère ou de sauce brune.
Ces pâtés sont excellents froids et sont recherchés par les
chasseurs et les voyageurs. Ils remplacent avantageusement les
sandwiehes.
Curry de mouton. — Curry of mutton.
Couper le mouton en morceaux comme s'il s'agissait d'un
ragoût, et le faire revenir pendant un quart d'heure avec deux
ou trois oignons hachés. Saupoudrer la viande avec une bonne
cuillerée à bouche de poudre de « curry », et autant de farine.
Mélanger bien avec une cuiller de bois, puis mouiller avec un
bouillon léger. Assaisonner de sel seulement, et laisser mijoter
deux heures. Dresser dans un plat creux et envoyer à part du
riz cuit à la turque.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE Ul
Agneau. — Lamb.
L'agneau anglais est préférable à l'agneau de France. Il est
généralement plus blanc, plus gros et surtout plus gras. Il s'en
fait une très forte consommation en Angleterre depuis le mois
de mai jusqu'en septembre. Dans les grands dîners, on sert
souvent un relevé d'agneau rôti. C'est surtout la selle qu'on
emploie dans ces circonstances. L'épaule est très estimée
comme plat de luncheon. On la sert sans la désosser. Le carré
se fait quelquefois bouillir et dans ce cas on le masque d'une
sance aux câpres. Le « hind quarter » (quartier de derrière)
comprend le gigot, auquel on laisse attachée une des longes. Le
« fore quarter » se compose de l'épaule jointe à la poitrine et
au carré. L'agneau rôti et servi froid a de nombreux partisans,
mais à la condition expresse qu'il soit accompagné d'une sauce
à la menthe. L'Anglais, pratique en toutes choses, estime que
la viande blanche n'est digestive que si elle est arrosée d'une
sauce stimulante. C'est pourquoi il ne mange le porc qu'avec
de la marmelade de pommes, et l'oie qu'accompagnée d'une
purée de groseilles vertes ou de pommes et farcie de sauge.
Quant au veau, l'Anglais n'en mange qu'avec du lard ou du
jambon. Il ne faut donc jamais omettre de servir la sauce
menthe avec l'agneau — qu'il soit froid ou chaud. Un oubli
en ce sens constitue pour l'Anglais un crime de lèse-cuisine.
(Voir Mint sauce.)
Lamb chops.
Les chops d'agneau se taillent dans la longe. Elles doivent
être coupées d'une épaisseur de deux centimètres. On les
nomme chump chops lorsqu'elles sont prises dans la partie
épaisse de la longe qui se trouve rapprochée de la queue.
Envoyer de la sauce menthe dans une saucière.
112 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Tête d'agneau. — Lamb's head.
Retirer la cervelle d'une tête d'agneau qu'on a partagée en
deux. Cette cervelle est cuite à part dans un peu d'eau salée et
acidulée. Quant aux moitiés de tête, on les fait braiser pendant
deux ou trois heures, puis on les met à refroidir dans leur
cuisson, après avoir enlevé les os de la mâchoire. Pour les
servir, on les place sur un plafond beurré, on les arrose de
beurre fondu et l'on sème dessus de la mie de pain frite. On
met chauffer au four un quart d'heure, puis on dresse sur un
plat avec la cervelle comme garniture. Finalement, on l'en-
toure d'une sauce piquante, italienne, ou simplement d'un
bon jus.
Fressure d'agneau. — Lamb's fry.
Ce mets est très apprécié comme plat de déjeuner. Il se
compose du foie, du cœur, des poumons et des ris de l'agneau.
Faire blanchir les poumons pendant dix minutes, puis les
couper en tranches ainsi que les ris, le foie et le cœur. Assaison-
ner le tout et saupoudrer de farine, puis faire frire sur un feu vil
dans le beurre clarifié. Au bout de quelques minutes, le fry est
cuit. Les retirer de la poêle, dans laquelle on met une pincée de
farine, qui, mélangée avec le beurre, forme un roux que l'on
délaye avec un peu de madère et de bon jus additionné de
harvey sauce. Dresser la fressure sur un plat et saucer.
Tête d'agneau farcie. Stuffed lamb's head.
Après avoir échaudé la tête d'agneau par le même procédé
qu'on emploie pour nettoyer une tête de veau, on la désosse
entièrement et on en farcit l'intérieur avec une farce à l'an-
glaise (veal stuffing) faite de graisse de bœuf hachée et de mie
de pain, et bien relevée en assaisonnement. On mélange à
eette farce un gratin que l'on prépare avec le foie de l'agneau
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 113
et du lard qu'on fait revenir ensemble, et qu'on pile dans un
mortier avec un (euf entier.
La tête d'agneau étant farcie, on l'enveloppe dans une ser-
viette comme s'il s'agissait d'une galantine, en essayant de lui
conserver la forme primitive, puis on la met braiser dans du
bouillon. On garnit la casserole d'une carotte, d'un oignon,
d'un bouquet de persil et de quatre clous de girofle. On laisse
braiser pendant une heure et demie. On sert généralement,
avec la tête d'agneau farcie, une sauce Pascaline qui se fait
ainsi :
Hacher quelques champignons que l'on fait cuire dans le
beurre pendant deux ou trois minutes. On ajoute alors un peu
de vin blanc qu'on laisse réduire, puis quelques cuillerées de
sauce blanche. Finalement on lie la sauce avec deux jaunes
d'œufs et, avant de servir, on la termine avec une pincée de persil
haché et blanchi, le jus d'un demi-citron et une pointe de poivre
de Cayenne.
Blanquette d'agneau. — Lamb blanquette.
On prépare la blanquette avec de l'agneau froid qu'on coupe
en escalopes et qu'on mélange avec des tranches de truffes et
de langue à l'écarlate. On amalgame le tout avec de la sauce
allemande bien liée, et Ton dresse l'entrée dans une bordure de
riz ou de pommes de terre. — La langue doit être coupée à
Femporte-pièce ainsi que les truffes.
Epigrammes d'agneau à Pindienne.
Faire fraiser une poitrine d'agneau. Lorsqu'elle est cuite,
on en détache les os et on la met refroidir sous presse. Lors-
qu'elle est bien froide, on la détaille en forme de côtelettes que
l'on pane à l'anglaise pour les faire griller à feu vif.
8
114 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
D'autre part, découper dans un carré d'agneau le même
nombre de côtelettes qu'il y a de morceaux de poitrine. Après
avoir sauté ces côtelettes, on les dresse en les alternant avec
les tendrons.
Saucer d'une sauce au curry et garnir le puits de riz cuit à
l'indienne.
Porridge écossais. — Scotch porridge.
Le porridge, qu'on ne peut comparer à rien de mieux qu'au
fameux brouet noir des Spartiates, n'est autre chose qu'une
espèce de bouillie faite avec de la farine d'avoine, et constitue
la principale nourriture des paysans écossais. C'est à ce régime
sain et nourrissant, autant qu'aux exercices pédestres, qu'on
attribue la force physique et la prestance musculaire qui carac-
térisent les montagnards hiberniens.
Le porridge, outre ses qualités nutritives, est un mets écono-
mique; aussi est-il également populaire dans la classe ouvrière
en Angleterre.
Recette: Faire bouillir un litre d'eau avec 15 grammes de
sel, et, lorsque le liquide est en ébullition, y laisser tomber en
pluie à peu près 300 grammes de farine d'avoine. Remuer cons-
tamment avec une cuiller de bois jusqu'à ce que l'on obtienne
une bouillie compacte qu'on laisse mijoter pendant vingt minutes
en la remuant de temps en temps. Le porridge est alors prêt à
servir. Chaque convive en prend dans une assiette creuse, puis
l'additionne de lait frais ou de crème, et l'assaisonne à sa guise.
CHAPITRE V
VEAU — VEAL
Si la viande de bœuf et de mouton anglais est supérieure à
la nôtre, il n'en est pas de même de la viande de veau, qui est
loin d'atteindre la perfection qu'elle a chez nous. Nos voisins
ont une véritable antipathie pour le veau; aussi n'attachent-ils
que peu d'importance à son élevage pour l'alimentation ; ce qui
fait que la chair en est presque toujours rouge et molle.
Au contraire de la viande de bœuf et de mouton, celle du
veau ne gagne pas à être gardée et doit être employée bien
fraîche.
Filet de veau rôti. Roast filet of veal.
Couper dans le cuissot de veau, à l'endroit où il est le plus
large, une tranche épaisse de dix ou douze centimètres en y
laissant adhérer la partie qu'on nomme la tétine. Enlever l'os
qu'on remplace par de la farce (veal stujfing). (Voir au cha-
pitre XIII.) On donne au morceau de veau une forme ronde en
l'enveloppant avec la tétine qu'on assujettit avec des hatelets.
On met ensuite la viande au four ou à la broche. Lorsque le
veau est cuit, on enlève les brochettes de fer, qu'on remplace
par des hatelets d'argent. On sert avec le veau rôti une saucière
de bon jus et un morceau de lard ou de jambon.
116 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Escalopes de veau à l'anglaise. — Veal collops.
Escaloper une noix de veau ou un morceau pris sur la longe ;
donner aux escalopes la forme de côtelettes, les assaisonner de
sel et de poivre et les rouler dans la farine. Les tremper ensuite
dans l'œuf battu, puis les paner à la mie de pain fraîche. On
les range alors dans un plat à sauter dans lequel on a étendu
du beurre clarifié ou du saindoux, et on fait sauter les côte-
lettes jusqu'à ce qu'elles soient d'une belle couleur de chaque
côté. D'autre part, on fait frire des tranches de lard fumé
uniformément coupées, et, lorsqu'on dresse les escalopes, on
les alterne avec les tranches de lard frit. On garnit le centre du
plat d'une macédoine de légumes ou d'une purée quelconque.
Verser quelques cuillerées d'espagnole au madère ou de sauce
tomate autour de l'entrée.
Longe de veau rôtie. — Roast loin of veal.
Il y a deux choses qu'il ne faut jamais omettre lorsqu'on
sert du veau sur une table anglaise, c'est de le farcir et de
l'accompagner d'un morceau de lard, de jambon bouilli ou de
saucisses. La farce qu'on emploie en cette occasion s'appelle
veal stuffing et se prépare ainsi : hacher très fin une livre de
rognon de bœuf que l'on mélange avec la même quantité de
mie de pain fraîche passée au tamis à quenelle et à laquelle on
ajoute trois œufs entiers, du sel, du poivre, un peu de mus-
cade râpée et du persil haché. On étend cette farce le long du
filet mignon et on l'enveloppe avec la bavette du veau. On
entoure la longe d'un fort papier beurré qu'on maintient avec
de la ficelle, et Ton fait rôtir soit au four, soit à la broche. On
sert le lard, ou le jambon qui accompagne le veau, au naturel et
simplement parsemé de chapelure.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 117
Poitrine de veau bouillie. — Boiled breast of veal.
Désosser une poitrine de veau, puis étaler dans l'intérieur
une couche épaisse de farce telle qu'elle a été décrite dans Far-
ticle qui précède. Rouler la viande sur elle-même, la ficeler et la
faire bouillir à l'eau salée ou dans la marmite pendant deux
heures et demie. Lorsqu'elle est cuite, on l'égoutte et on la
dresse sur un plat, puis on verse dessus, au moment de l'en-
voyer sur table, une sauce au persil ou aux câpres, ou bien une
purée d'oignon. Quelquefois aussi on l'arrose d'une sauce brune
additionnée d'une ou deux cuillerées de harvey ou de ketchup*
On sert à part, comme accompagnement obligé, du lard bouilli
ou des tranches de lard frit.
Pâté de veau et jambon à l'anglaise. — Veal and
ham pie.
Découper des escalopes de veau ; les assaisonner de sel,
poivre et fines herbes, puis les placer en les superposant dans
un plat à pâté de faïence allant au feu. Placer entre chaque
escalope une tranche mince de lard fumé ou de jambon et pro-
céder ensuite comme pour le pâté de beefsteaks (chap. III). Ce
pâté est meilleur froid que chaud et se sert ordinairement dans
les pique-niques et les déjeuners de chasse.
Tête de veau à l'anglaise. — Calf s head.
La tête de veau à l'anglaise se sert par moitié et non désos-
sée. Ainsi qu'avec le veau rôti ou bouilli, on envoie à part un
morceau de lard bouilli ou de jambon. Quant à la sauce qui
accompagne la tête de veau, c'est une sauce blanche ordinaire à
laquelle on mélange du persil haché et blanchi, et un peu de
muscade râpée.
118 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Foie de veau. — Calfs liver à l'anglaise.
Couper le foie en tranches, couper également en tranches
très minces du lard de poilrine fumé; faire cuire le lard dans
une poêle, puis Tégoutter sur une assiette. Assaisonner les
tranches de foie, les tremper dans la farine et les faire frire dans
la poêle qui a servi pour le lard. Dresser ensuite sur un plat, en
alternant, les tranches de foie et de lard et tenir au chaud. On
retire la graisse de la poêle, dans laquelle on verse un peu de
bouillon et quelques gouttes de madère. Tourner sur le feu pour
•bien délayer le gratin qui s'est formé dans le fond de la poêle et
se servir de ce jus pour faire une sauce légèrement liée dans
laquelle on ajoute un peu de persil haché et blanchi, quelques
gouttes de citron et une cuillerée de harvey sauce, puis on en
masque le foie.
Pâté de tête de veau. — Calfs ne ad pie.
La tête de veau, après avoir été bien échaudée, lavée et
blanchie, est mise à cuire dans du bouillon léger avec un bou-
quet de persil, quelques oignons et carottes, 4 clous de girolle
et du gros poivre. Laisser cuire pendant deux heures et demie,
puis égoutter.
Lorsque la tête est froide, on la coupe en morceaux que l'on
assaisonne de poivre, sel et fines herbes hachées. Ou place ces
morceaux dans un plat à pâté anglais en les entremêlant de
tranches de lard de poitrine blanchi, et on les arrose de quelques
cuillerées de bouillon. Le pâté est ensuite recouvert de pâte
ainsi qu'il est dit pour le pâté de beefsteaks, puis mis au four.
Laisser cuire une heure et demie. A la sortie du four, on
entonne par le sommet du pâté un peu de gelée de viande. Ce
pâté ne se sert que froid. — Les fines herbes dont on assai-
sonne le pâté se composent d'échalotes, de champignons et de
persil.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 119
Poitrine de veau rôtie.
Détacher d'abord le tendron qu'on met en réserve pour
employer comme entrée, puis désosser complètement la poitrine
qu'on farcit de veal stu/f'<ng fortement assaisonné. On roule
ensuite la poitrine qu'on ficelle et qu'on met au four ou à la
broche. Lorsque la viande est cuite, on la sert accompagnée
d'un morceau de lard fumé et d'une sauce claire ou du jus de
sa cuisson.
Tête de veau à la diable. Calfs head à la diable.
Désosser une tête de veau. La faire blanchir et l'égoutter,
puis la remettre à cuire dans une casserole avec de l'eau légère-
ment salée. Garnir de légumes et laisser cuire pendant deux
heures environ. L'égoutter sur un grand plat et détacher les
oreilles. Mettre la tête en presse et, lorsqu'elle est complète-
ment refroidie, la découper avec un coupe-pâte du diamètre de
cinq centimètres. Paner les morceaux à l'anglaise, et à l'heure
du service les faire frire en pleine friture. Les dresser ensuite
en couronne sur un plat autour d'une croustade de riz ou de
pain frit, que l'on garnit d'une macédoine de mixed pickles à
l'indienne, et saucer d'une sauce piquante, rehaussée par une
cuillerée de ivorcestershire sauce.
Carré de veau rôti à la crème. Roast neek of veal
à la crème
Parer un carré de veau, couper l'os de la chaîne, enlever le
collet et écourter les os des côtes. Placer le veau sur un pla-
fond creux avec un peu d'eau et de graisse. Mettre à four chaud,
et lorsque la viande est presque cuite, la saler et l'arroser avec
de la crème épaisse à plusieurs reprises. Il se formera alors une
croûte dorée sur la surface du veau, qui lui donnera un aspect
des plus appétissants. Envoyer une sauce Béchamel au persil
120 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAIN K
haché et en verser également sur le plat. Servir, comme tou-
jours, un morceau de salaison quelconque : soit petit-salé,
jambon, saucisses ou langue écarlate.
Pudding de rognons de veau. Veal and kidney
pudding.
Après avoir énervé et épluché un rognon de veau, le couper
en tranches épaisses, l'assaisonner de sel, poivre de Cayenne,
échalotes passées au beurre, champignons et persil hachés.
Foncer un moule à dôme beurré avec de la pâte à la graisse de
bœuf. Placer, dans le fond, quelques minces tranches de lard
fumé, puis les rognons. Lorsque le moule est rempli, verser sur
la viande quelques cuillerées de sauce veloutée et rabattre la
pâte sur les rognons. Envelopper le moule dans un linge que
l'on attache avec une ficelle. Plonger alors le pudding à l'eau
bouillante pendant deux heures et demi. Le démouler sur un
plat et l'arroser d'une demi-glace.
Pain de veau et jambon. — Veal and ham cake.
Excellent plat de déjeuner inconnu en France.
Escaloper une livre du veau cru et à peu près de même quan-
tité de jambon également cru. Faire cuire cinq œufs durs et les
couper en tranches dans leur largeur. Hacher et passer au
beurre des échalotes, des champignons et du persil. Beurrer un
moule à charlotte et garnir le fond avec des tranches d'œufs
durs sur lesquelles on place des escalopes de veau préalable-
ment assaisonnées de sel, de poivre et de fines herbes. Étendre
«ur le veau les tranches de jambon qu'on recouvre avec des
œufs durs, puis on remet des escalopes parsemées de fines
herbes, et ainsi de suite jusqu'à ce que le moule soit presque
plein. On finit de l'emplir avec de la gelée de viande et on fait
cuire au bain-marie ou à la vapeur jusqu'à ce que la viande
soit bien cuite, ce dont on peut s'assurer au moyen d'une
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
121
aiguille à brider qu'on enfonce dans la viande. On laisse alors
bien refroidir le moule qu'on met en presse à la glace ou au
frais. Lorsqu'on veut le servir, on trempe le moule dans l'eau
chaude et on le retourne sur un plat. On l'envoie garni de gelée
^t de persil.
CHAPITRE VI
VENAISON
Hanche de venaison. — Haunch of venison
Le terme « venaison » s'applique au chevreuil, au daim et
au cerf.
Les Anglais sont grands amateurs de daim (buck) et de cerfs
(red-deer); mais ni le chevreuil, ni le faon, même marines, n'ont
pour eux aucun attrait. Ces animaux vivent à Pétat sauvage
dans les montagnes d'Ecosse, où chaque année d'aristocratiques
sportsmen vont leur donner la chasse pendant les mois d'août et
de septembre. Accompagnés de gardes-chasse écossais et vêtus
comme ceux-ci du costume traditionnel, ils vont se mettre à
l'affût dès l'aube, derrière des accidents de terrain dans la mon-
tagne, et passent des journées entières à guetter le passage du
gibier, dirigé de leur côté par des rabatteurs intrépides et intel-
ligents envoyés la veille à la découverte. Les daims et les cerfs
s'en vont par bandes et ne se laissent pas approcher; aussi
LÀ CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 123
n'est-ce qu'avec des précautions infinies et qu'en faisant usage
d'armes à longue portée qu'on parvient à les tuer. Inutile dédire
que les chasseurs reviennent très souvent bredouille.
Les daims sont plus estimés que les cerfs, surtout ceux qui
sont élevés et nourris dans les parcs. Il s'en fait une grande
consommation, et depuis juin jusqu'en octobre, dans tous les
grands dîners, un rôti de venaison est de rigueur.
La hanche et le carré sont les deux seules parties de l'ani-
mal que l'on sert comme rôti. Quant à l'épaule, on en fait
peu de cas; on l'emploie seulement pour des pâtés et des ra-
goûts, s
Pour bien rôtir la venaison, il est certaines règles auxquelles
on doit se conformer. Tout d'abord il est essentiel que la viande
soit bien mortifiée, autrement elle serait dure et dénuée de goût
Il faut donc la conserver le plus longtemps possible. Pour cela,
on la frotte de farine mélangée avec du poivre et on la suspend
dans un courant d'air. La farine a pour but de pomper l'humi-
dité, et le poivre d'éloigner les mouches que l'odeur de la
viande mortifiée attire. — Avant de mettre la venaison sur bro-
che, on la pare et on l'enveloppe dans une pâte commune très
ferme faite de farine et d'eau. — On l'enveloppe une seconde
fois dans du fort papier que l'on fait adhérer à la pâle au moyen
de ficelle. On fait rôtir quatre heures en ayant soin d'arroser
souvent. Il faut bien se garder d'enlever la graisse adhérant à la
venaison; plus l'animal est gras, plus il est recherché. Dix
minutes avant de débrocher le rôti, on le débarrasse de la pâte
et du papier qui l'enveloppent. On l'arrose alors de beurre fondu
et on le saupoudre d-e sel et de farine. On l'approche ensuite
plus près du feu pour lui faire prendre une couleur dorée.
Il y a à Londres des marchands spéciaux qui ne vendent que
de la venaison. Elle ne se vend pas au poids; elle est tarifiée
selon sa qualité et selon l'épaisseur de sa graisse. Le prix moyen
pour une hanche de venaison de bonne qualité est de cent à
cent vingt-cinq francs.
On sert avec la venaison rôlie des haricots verts cuits à l'eau,
et on envoie de la gelée de groseille dans une saucière.
124 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Emincé de venaison. — Hasli of venison.
Ce plat, dont on fait un grand cas en Angleterre, se pré-
pare avec de la venaison qui a été préalablement rôtie. — On
coupe la viande en escalopes très minces, que l'on fait chauffer
quelques minutes avant de servir dans une sauce ainsi préparée.
Hacher un petit oignon qu'on met dans une casserole avec
deux ou trois clous de girofle, quelques grains de gros poivre,
un peu de thym et deux verres de vin de Porto. Faire réduire le
vin et ajouter une cuillerée à bouche de gelée de groseille
délayée avec du consommé et du jus de venaison; lier avec un
peu de roux, faire bouillir, écumer et passer à travers une fine
passoire. Assaisonner de sel et d'une forte pincée de poivre de
Cayenne.
La graisse de la venaison coupée en lames doit se faire
chauffer à part dans la poêle. Lorsque le hash est dressé, on dis-
pose les morceaux de graisse de place en place sur la surface.
On garnit d'une bordure de croûtons de pain grillé. Envoyer à
part une saucière de gelée de groseille.
Côtelettes de venaison. — Venison chops.
Les venison chops se font griller ou sauter comme les muUon
chops. On les sauce généralement avec une sauce claire au porto,
et on les garnit d'une purée de pommes de terre ou de pommes
château. On envoie à part de la gelée de groseille. — On les
sert aussi panées et sautées.
Pâté de venaison. — Venison pasty.
Ce pâté se fait, comme tous les pâtés à l'anglaise, dans un
plat creux de porcelaine allant au feu. On emploie généralement
les parties de l'animal qui ne se font pas rôtir. L'assaisonne-
ment se compose de fines herbes et d'épices et doit être forcé en
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 12ê>
poivre. Lorsque le pâté est cuit, on y entonne un bon jus fait
avec les os de la venaison, auquel on ajoute un peu de glace de
viande. Donner deux heures et demie de cuisson.
Fressure de venaison. Venison fry.
Le mot fry signifie fressure et se compose du foie, du cœur,
de la rate et des rognons du daim, que Ton coupe en tranches
minces et que l'on fait frire à feu vif dans l'huile, après avoir
assaisonné et roulé chaque morceau dans la farine. Ce plat doit
être servi très chaud et simplement arrosé d'un bon jus.
Parmi la fressure du daim, on comprend le velours qui
recouvre les jeunes cornes. On sait que chaque année les cerfs
perdent leurs cornes, qui sont remplacées par de nouvelles
pousses; or, lorsque ces cornes sont jeunes, elles sont recou-
vertes d'une substance veloutée qui disparaît lorsque les cornes
grandissent. C'est ce velours qui, détaché des cornes et coupé
en petites lanières, constitue la partie la plus estimée du venison
fry. Quoique cela puisse paraître singulier, ce velours frit est
croustillant et d'un goût très délicat.
Civet de venaison — Civet of venison.
Couper la viande en morceaux de la grosseur d'un œuf de
pigeon et la mettre dans une casserole avec du lard de poitrine
coupé en gros dés et un morceau de beurre. Faire revenir cette
viande avec le lard pendant quelques minutes, puis é^outter la
graisse. Saupoudrer la venaison d'une cuillerée de farine, puis
mouiller avec du vin rouge et du bouillon. Ajouter une cuillerée
à bouche de gelée de groseille, assaisonner de sel et de poivre,
et garnir d'un bouquet d'herbes aromatisées, composé d'une
demi-feuille de laurier, d'une branche de thym, de basilic, de
marjolaine et de persil. Laisser mijoter une demi-heure et ajou-
ter deux ou trois douzaines de petits oignons. Continuer la
cuisson jusqu'à ce que la viande soit cuite. Ajouter alors deux
126 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
douzaines de petits champignons tournés et laisser cuire quel-
ques minutes de plus. Dégraisser le civet, retirer le bouquet
garni, et servir. On place autour du plat une bordure de croû-
tons de pain grillé et Ton envoie à part une saucière de gelée de
groseille.
Quenelles de venaison. — Venison quenelles.
Me tre dans un mortier 300 grammes de maigre de venaison
que Ton pile avec 200 grammes de panade et 200 grammes de
beurre frais. Lorsque tout est bien pilé, on ajoute du sel, du
poivre, un peu de muscade râpée et trois ou quatre jaunes
d'oeufs. Passer au tamis à quenelle et remettre la farce dans une
terrine, pour la travailler avec une cuiller de bois, et y incor-
porer une cuillerée de sauce blanche ou de crème. Mouler
ensuite les quenelles et les faire pocher à l'eau bouillante. Les
égoutter lorsqu'elles sont à point et les dresser en couronne.
Les garnir de petites pommes de terre en boules de la grosseur
d'une noisette et frites au beurre clarifié. Saucer d'une sauce
chevreuil.
Bouchées et croustades de venaison.
On fait un émincé de venaison tel qu'il vient d'être décrit à
l'article croquettes, et on en garnit des petites bouchées ou des
croustades à- la Monglas. On en fait également des rissoles et des
kromeskis.
Petits pâtés de venaison. — Small venison pies.
Couper en dés de la viande crue de cerf ou de chevreuil en
ayant soin de n'y laisser adhérer aucun fragment de nerfs ni de
peau. Couper également en des un peu de graisse de moulon.
Assaisonner de sel, cayenne et fines herbes composées de chanr-
pignons et de persil, ainsi que d'un peu d'échaioie hachée et
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 127
passée au beurre, puis mélanger à l'émincé une cuillerée ou
deux de sauce brune. Foncer en pâte fine quelques moules à
tartelettes creux, les garnir avec la viande et les recouvrir d'une
abaisse de pâte. Dorer à l'œuf et faire cuire pendant trois quarts
d'heure. A la sortie du four on introduit par une ouverture
réservée sur le couvercle un jeu de bon jus de venaison. Ces
pâtés se servent chauds ou froids.
Timbale de venaison milanaise.
Émincer en fines escalopes de la viande de venaison rôtie.
Émincer également de la langue de renne et quelques truffes.
Amalgamer le tout avec de la sauce espagnole additionnée d'un
peu de sauce tomate.
D'autre part, faire bouillir à l'eau salée du macaroni qu'on
égoutte lorsqu'il est cuit à point, et qu'on coupe en bâtonnets
de quatre centimètres de long, puis qu'on mélange àFémincé.
Finalement, on ajoute au ragoût une poignée de parmesan râpé
et autant de gruyère.
Décorer avec de la pâte à nouilles un moule à charlotte beurré
qu'on fonce ensuite avec de la pâte à foncer ordinaire et dont on
masque les parois intérieures avec des bandes de papier beurré.
On emplit alors le moule d'une subsiance quelconque telle que
riz, lentilles ou farine cuite, et l'on met au four à chaleur
modérée.
Lorsque la timbale est cuite, on la vide, on retire le papier
dont elle est garnie à l'intérieur et on l'emplit avec la prépara-
tion décrite ci-dessus.
Il ne reste plus qu'à la démouler dans un plat et à la servir.
Langues de rennes fumées. — Rein deer's tongues.
Ces langues, d'un goût particulier, sont importées de Russie
et de Norvège et sont fort estimées des Anglais. Elles sont,
paraît-il, fumées avec de la sciure de bois de sapin, et c'est ce
qui leur communique ce goût étrange qui les distingue.
128 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
On sert généralement ces langues froides pour déjeuner on
luncher; mais quelquefois on en fait des entrées chaudes qu'on
garnit d'épinards et qu'on accompagne d'une sauce poivrade.
Panade de venaison. — Venison panade.
Prendre une livre de viande de venaison rôtie, la dégager
de ses os et de la graisse, et la piler avec la mie d'un petit pain
qu'on a préalablement fait imbiber dans du bouillon. On assai-
sonne et on délaye la purée avec du jus de venaison. On passe
alors la panade à travers un tamis à quenelle. Cette purée est
un mets de malade et se sert rarement.
Purée, émincé et hachis de venaison
On sert aussi la venaison en purée, ou bien émincée en petits
dés, ou encore hachée très menue. On lui donne la consistance
désirée en y mélangeant de la sauce brune, et on l'aromatise
avec un peu de muscade râpée. Après avoir dressé sur un plat
la purée ou le hachis, on l'entoure de croûtons de pain frit et
Ton pose sur la surface quelques œufs pochés bien à point.
Croquettes de venaison. — Venison croquettes.
Ainsi que je l'ai dit au commencement de ce chapitre, lors-
qu'on se trouve appelé à suivre dans les montagnes d'Ecosse une
compagnie de chasseurs (shooting party), on se trouve souvent
privé pendant plusieurs jours de viande de boucherie. Il faut
alors s'ingénier pour y substituer la viande de venaison et
l'employer de toutes les façons imaginables, en les déguisant
sous toutes espèces de formes. On doit donc, pour en varier
l'emploi, en faire des potages, des hors-d'œuvre et des entrées.
On trouvera au chapitre des potages comment on peut em-
ployer la tète pour en faire un potage fausse tortue (dear's heacl
soup) et une purée à l'instar de la purée de lièvre. Pour préparer
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 129
des croquettes, on coupe en très petits dés de la viande de venai-
son rôtie ; on coupe également de la même manière quelques
truffes et champignons et on amalgame le tout avec une cuille-
rée ou deux de sauce brune, à laquelle on ajoute deux jaunes
d'oeufs et dont on relève l'assaisonnement d'une pointe de cayenne
et d'un peu de muscade râpée. On étend celte préparation sur une
assiette qu'on place dans un endroit frais, et lorsqu'elle est tout
à fait froide, on en fait des croquettes auxquelles on donne une
forme quelconque et qu'on roule dans la mie de pain, puisqu'on
trempe dans l'œuf battu pour les enduire à nouveau de mie de
pain. Faire frire à grande friture et dresser sur une serviette
avec une garniture de persil frit:
mclature des différentes espèces de ven;
Cerf.
—
Stag — Red deer
Renne.
—
Rein deer.
Daim.
—
Buck deer.
Daine.
—
Doe venison.
Biche.
—
Hind deer.
Chevreuil.
—
Roe buck.
Chevrette.
—
Roe venison.
Une remarque qui paraîtra singulière à ceux qui ne sont pas
inities à la langue anglaise est celle qui suit, concernant la viande
de boucherie :
Il est bon de savoir que l'animal change de nom lorsqu'il
passe de vie à trépas. C'est ainsi que le bœuf, qui de son vivant
se nommait un ox, devient beef en perdant la vie. Le veau, qui
était un calf lorsqu'il était sur pied, s'appelle veal sur l'etal du
boucher; le mouton, qui portait le nom de sheep de son vivant,
devient mutton après sa mort; et enfin le cochon abdique sa déno-
mination de pig, pour s'intituler pork.
CHAPITRE VII
Porc rôti. — Roast pork.
En Angleterre, le pore est excellent. La chair en est blan-
che et délicate et la graisse onctueuse. Du reste, l'éloge des jam-
bons d'York et du lard du Wiltshire n'est pas à faire. On con-
somme énormément de viande de porc, surtout sous la forme
de lard fumé. Les parties de l'animal qu'on ne convertit pas en
jambon ni en lard se- font rôtir et bouillir. Lorsque l'animal
est jeune, on le fait rôtir avec la peau, mais il faut avoir soin,
avant de le mettre à la broche, de le ciseler avec la pointe d'un
couteau : cette opération forme des sillons dans la peau, ce qui
facilite puissamment la cuisson. On enveloppe ensuite le rôt
dans du papier beurré et on le met à cuire. Un quart d'heure
avant de le débrocher, on enlève le papier qui l'enveloppe, atin de
permettre à la peau de sécher et de devenir croustillante. 11 est
d'usage de servir avec le porc rôti de la marmelade de pommes
passée au tamis de fer et une farce composée de sauge, d'oignon
et de purée de pommes de terre. En été, on emploie la sauge
fraîche, hachée, mais en hiver on remploie séchée. On la
passe au tamis de fer avant de la mélanger à la purée de pom-
mes de terre. Quant aux ornons, on les hache finement après
les avoir fait cuire à l'eau.
La sauce aux pommes (apple sauce) ainsi que la sauce à la
sauge {sage and onion sauce) se servent dans des saucières.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE , 131
Côtelettes de pore à, l'indienne. — Pork chops
a l'indienne.
Après avoir paré les côtelettes, on les trempe dans de l'œuf
battu mélangé d'un peu de beurre fondu, puis on les roule dans
la mie de pain fraîche. On les fait sauter dans le beurre clarifié
et, lorsqu'elles sont cuites, on les égoutte et les dresse en cou-
ronne. On garnit le centre avec du riz cuit à l'eau et on sauce
les côtelettes avec une sauce au curry dans laquelle on mélange
du piment rouge haché et des cornichons également hachés.
Porc bouilli. — Boiled pork.
Le porc que Ton fait bouillir doit avoir préalablement
séjourné dans la saumure de dix à quinze jours. On emploie
généralement, pour bouillir, le gigot et la poitrine. La tête elle-
même se sert également et est très appréciable, surtout servie
froide. Lorsqu'on sert du porc bouilli sur des tables anglaises,
il faut toujours Tentourer de panais que l'on fait cuire avec la
viande, et envoyer un pudding de pois secs, également bouilli
dans la marmite avec le porc. (Peas pudding, chapitre IX.)
Côtelettes de porc à la purée de pommes. — Pork chops
with apple sauce.
Faire griller les côtelettes, les dresser en couronne et garnir
le centre du plat d'une purée de pommes légèrement sucrée.
Arroser la viande d'un peu de- demi-glace claire ou d'un bon jus.
Boudin noir à l'anglaise. — Black pudding.
Le boudin noir anglais diffère du nôtre en ce qu'il entre dans
sa composition du gruau en grains ou du riz qu'on a fait cuire
avant de le mélanger au sang. Il doit être fortement épicé et
d'un assaisonnement relevé.
132 LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Cochon de lait. — Sucking pig.
Charles Monselet, de gourmande mémoire, professait pour le
cochon une admiration sans bornes, qu'il a célébrée dans un
sonnet demeuré célèbre. Un autre écrivain aussi gourmand,
mais plus gourmet, le raffiné gastronome Fulbert Dumonteil,
ce charmant chroniqueur dont le talent est si vivement apprécié
des lecteurs de l'Art culinaire et de bien d'autres revues scientifi-
ques et littéraires, a dit, en parlant du cochon de lait, qu'il n'y
avait pas de saveur comparable à celle de sa chair. Quant à sa
graisse, il affirme que c'est une « crème, une quintessence, une
substance ambrosiaque ».
Mon enthousiasme pour ce jeune pachyderme ne va pas si
loin, cependant je dois convenir que je lui reconnais des qualités
exceptionnelles. J'ai lu, dans un livre de cuisine anglais qui date
de deux cents ans, la curieuse recette suivante pour faire rôtir un
cochon de lait, et qui se résume ainsi: « Après avoir embroché
Tanimal, mettre dans la lèchefrite deux bouteilles de madère et
l'en arroser constamment pendant la cuisson. » L'auteur s'étend
ensuite sur la manière de préparer la farce et sur la façon de ser-
vir et de découper le rôti; mais, ce que j'ai trouvé sublime, c'est
le nota bene à la fin de l'article : « Si vous trouvez que deux
bouteilles de madère ne soient pas assez, ajoutez-en une troi-
sième ! » A cette époque, on le voit, le vin jouait un grand rôle
dans la cuisine anglaise. Aujourd'hui on remplace les trois bou-
teilles de madère par une demi-bouteille d'huile et le cochon de
lait ne s'en trouve pas plus mal.
Le cochon de lait est dans toute sa perfection à l'âge de
dix-huit ou vingt jours. Avant de le mettre sur la broche, on le
farcit avec la préparation suivante :
Hacher très fin deux gros oignons et une douzaine de feuilles
de sauge. Faire blanchir et égoutter. Mettre la sauge et les
oignons dans une casserole avec un bon morceau de beurre, du
sel et du poivre, etlaisser mijolersurle feu pendant dix minutes.
Retirer du feu et ajouter deux poignées demie de pain fraîche
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 183
et trois jaunes d'œufs. On introduit cette farce dans l'intérieur
du cochon de lait, dont on coud le ventre et qu'on fait cuire à feu
doux pendant une heure et demie, en ayant soin de l'arroser
constamment avec de l'huile. On sert à part une saucière de
purée de pommes et des raisins de Gorinthe dans un ravier.
Autrefois, paraît-il, il était d usage en Angleterre d'occire le
cochon de lait d'une façon des plus singulières. On le fouettait
avec des verges, sur tout le corps, jusqu'à ce que mort s'en-
suivît. Ce procédé avait, paraît-il, la propriété de rendre la chair
de l'animal tendre et délicate au delà de toute expression.
Depuis longtemps, on a renoncé à ce raffinement de cruauté
que désavoueraient nos mœurs actuelles, et le petit cochon de
lait est simplement égorgé comme le sont ses vieux parents.
A quoi bon, en effet, chercher à bonifier une chair aussi
succulente? Est-il besoin d'ajouter de la saveur à la fraise et du
parfum à la rose?
Cochon de lait farci à l'américaine. — Sucking pigà
l'américaine.
Désosser un cochon de lait, excepté la tête et les pieds, puis
le farcir d'une chair à saucisse aromatisée d'épices et de sauge
hachée. Coudre la peau du ventre du cochon, auquel on conserve
autant que possible la forme primitive. On l'entoure ensuite de
bardes de lard, puis on l'enveloppe dans une pâte à l'eau. Un le
met à la broche ou au four pendant deux heures et demie.
Lorsqu'il est cuit, on enlève la pâte et le lard, et on le place
devant le feu après l'avoir saupoudré de farine pour colorer la
peau et la rendre croustillante.
Pâté de porc à la Melton Mowbray. — Melton Mowbray
pork pie.
Le pâté de porc est une spécialité du comté de Leicester-
shire. C'est un mets peu digestif; aussi je ne le recommande ni
134 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
aux dyspeptiques ni aux estomacs délicats. Il s'en fait en Angle-
terre une énorme consommation, et dans tous les « luncheon
bars )) les pork pies partagent avec les sandwiches la faveur des
clients. La petite ville de Melton Mowbray, près de Leicester, a
la réputation de faire ces pâtés meilleurs que partout ailleurs:
aussi en expédie -t-on de cet endroit des quantités considérables
dans toutes les provinces du Royaume-Uni. Cet engouement
pour cette marque de fabrique est d'autant plus difficile à
comprendre qu'il n'existe aucun secret dans la confection du
pork pie, qui est d'une simplicité primitive.
La pâte se fait ainsi :
Prendre 500 grammes de farine, que l'on mélange avec de
l'eau chaude dans laquelle on a fait fondre 125 grammes de
saindoux et un peu de sel, pour en faire une pâte à foncer très
ferme. On laisse reposer cette pâte à l'abri de l'air pendant un
quart d'heure et on l'emploie avant qu'elle soit entièrement
refroidie, parce qu'elle est plus malléable. Pour dresser le pâté
on se sert d'un bloc de bois cylindrique sur lequel on moule la
pâte tiède, qui se raffermit en refroidissant. On enlève le man-
drin de bois et l'on garnit l'intérieur du pâté avec de la viande
de porc coupée en dés d'un demi-centimètre cube, gras et maigre
en égale proportion. On y met du sel, beaucoup d'épices et
énormément de poivre. Ce surcroît d'assaisonnement a pour
objet de combattre l'action indigeste de la viande de porc. Le
pâté est recouvert ensuite et décoré avec la même pâte qui a
servi à sa confection et mis au four pendant trois heures.
Lorsqu'il est cuit, on infiltre par le sommet du jus fait avec les
os, la couenne et les parures de la viande de porc. Plus le pâté
est gros, plus on lui donne naturellement de cuisson.
Pâté chaud de porc frais. — Hot pork pie.
Prendre, sur une longe de porc, des tranches de viande que
l'on pare et qu'on assaisonne de sel, de poivre et de fines herbes
hachées composées d'échalotes, de champignons et de persil.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 135
Masquer le fond d'un plat à pâté anglais de tranches de jambon
cru. Ranger sur le jambon une couche de pommes de terre
coupées en tranches qu'on assaisonne et sur lesquelles on place
les tranches de porc frais, saupoudrer légèrement la surface de
la viande de sauge hachée, et recouvrir d'une autre couche de
lames de pommes de terre. On verse dans le plat la valeur d'un
verre d'eau ou de consommé et Ton procède comme pour le
pâté de beef-steak, c'est-à-dire qu'on le recouvre d'une pâte
fine qu'on ornemente à la surface avec des feuilles coupées à
l'emporte-pièce dans une abaisse de feuilletage. Finalement on
dore le pâté qu'on met au four chaud en lui donnant deux heures
de cuisson.
Joue de porc fumée. — Bath chap.
Les joues de porc fumées se servent généralement froides.
Celles qui sont originaires du comté de Somerset ont une grande
renommée. On les nomme bath chaps. On les fait euire simple^
ment à l'eau.
Jambon d'York. — York ham.
La manière employée ordinairement par les Anglais pour
euire les jambons est des plus élémentaires. Ils les font simple-
ment bouillir à grande eau sans autre assaisonnement, estimant
qu'ils ont été suffisamment aromatisés lors de la salaison, sans
qu'il soit utile d'ajouter à leur saveur par l'adjonction d'une
mirepoix.
Choisir un jambon de douze ou quatorze livres, en scier le
bout du manche et parer la partie du dessous ainsi que l'os du
quasi. Mettre à dégorger pendant dix ou douze heures. On
l'égoutte alors et on l'enveloppe dans un torchon; puis on le
met dans une marmite contenant de l'eau froide et on le fait
partir à grand feu. Arrivé au point d'ébullition, on recule la
marmite au coin du fourneau pour la laisser mijoter pendant
136 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
trois heures. On la retire alors entièrement du feu et on la met
loin du fourneau avec le jambon, qu'on laisse refroidir dans sa
cuisson.
Lorsqu'on l'égoutte, on enlève le torchon qui l'enveloppe,
et le jambon est mis au garde-manger pour n'être paré que le
jour suivant, s'il doit être mangé froid; mais, s'il doit être
mangé chaud, on supprime la couenne et on remet le jambon
dans une braisière avec une bouteille de vin de Xérès (sherry),
puis, une heure avant de le servir, on le met au four. Le vin
dans lequel le jambon a été réchauffé, après qu'il a été dégraissé
et réduit, est mélangé à la sauce qui doit l'accompagner sur
table.
Jambon rôti. — Roast ham.
Après avoir paré le jambon comme il est dit plus haut, on
le fait bouillira grande eau pendant une heure, puis on l'égoutte
et on supprime la couenne, qui se détache facilement. Le jambon
est alors mis dans une terrine profonde et étroite et on le
mouille juste à hauteur avec une marinade de légumes au
madère. Au bout de douze heures, on retire le jambon du vase
et on l'enveloppe avec sa marinade dans de la pâte à l'eau chaude >
ainsi qu'on fait pour la venaison, puis on recouvre la pâte d'une
couche de papier de cuisine qu'on fait adhérer à la pâte au
moyen de ficelle. Lorsqu'il est ainsi enveloppé, on fait rôtir le
jambon au four ou à la broche. Dans ce dernier cas, il faut se
servir d'une broche anglaise, car en le transperçant on abîmerait
le jambon.
Lard bouilli et frit. — Boiled and irfed bacon.
Le lard tumé de Wiltshire est à bon droit fort estimé. On le
sert bouilli comme accompagnement obligé de certains mets ;
c'est ainsi qu'il faut toujours en envoyer un morceau avec le
veau, de quelque manière qu'on le serve, ainsi qu'avec la tête
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 137
de veau, les lapins bouillis, la dinde, les poulets braisés, les
fèves de marais, etc. Dans ce dernier cas, les fèves et le lard
doivent être cuits dans la même marmite. Pour le servir, on
enlève la couenne et on le saupoudre de chapelure fine. On
l'entoure généralement de choux cuits à l'eau. Le lard frit se
voit sur presque toutes les tables bourgeoises ou aristocratiques,
au premier déjeuner du matin. C'est surtout le plat de fondation
des hôtels et des tables d'hôte. On le sert le plus souvent dans
des plats spéciaux (bacon dishes). Ces plats ont un double fond
perforé, ou bien sont munis d'une fine grille en argent, afin
d'éviter que le lard ne baigne dans la graisse.
Lard grillé. — Broiled bacon.
Cette manière de cuire le lard est très appréciée des ama-
teurs :
On le coupe en tranches très minces qu'on roule sur elles-
mêmes comme des paupiettes et qu'on embroche avec des hâte-
lets très fins ; puis on place ces hàtelets ainsi garnis dans un
gril fermé devant un feu vif ou dans un four très chaud. Le lard
cuit ainsi devient très croustillant. On le sert sur des grillades
de pain (dried toasts).
Pudding de saucisses. — Sausage pudding.
Les saucisses anglaises, et notamment les saucisses de
bœuf, sont très grosses et très compactes. On les sert géné-
ralement grillées ou frites à la poêle, mais on les mange
aussi bouillies à l'eau et on en fait des puddings.
Prendre deux livres de saucisses et diviser chacune en trois
parties en les tordant, puis les blanchir à l'eau bouillante pendant
quelques minutes. Les égoutter et les rafraîchir dans l'eau
froide.
Foncer un moule à dôme ou une terrine de cuisine avec de
La pâte à la graisse de bœuf (beef suit paste). Hacher un oignon
138 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
et le passer au beurre. Lorsqu'il est frit, ajouter une cuillerée de
farine et mouiller avec du bouillon. Assaisonner de poivre, sel
et muscade râpée, et tourner la sauce sur le feu pendant
quelques minutes. Placer les saucisses dans l'intérieur du moule
par rangs superposés en arrosant chaque rang- avec la sauce;
recouvrir ensuite l'orifice du pudding avec une abaisse de pâte,
en souder les bords et envelopper le moule ou la terrine dans
une serviette. Entourer le bord d'une ficelle et réunir les quatre
coins de la serviette en les attachant ensemble. Faire bouillir
deux heures à grande eau.
Petits pains aux saucisses. - Sausage rolls.
Le sausage roll est très apprécié par les chasseurs et les
voyageurs. On le prépare ainsi :
On fait une pâte à pain ordinaire avec de la farine de Brownand
gruau. Lorsque la pâte a fait son levain, on la divise en petites
parties d'égale grosseur, et dans l'intérieur de chaque portion
on introduit une saucisse crue. On bouche hermétiquement les
issues, on laisse monter la pâte pendant une demi-heure environ
et l'on met à four vif. La graisse de la saucisse s'étend dans
l'intérieur du pain, mais la croûte lui interdit de s'échapper, ce
qui contribue à donner de la saveur au sausage roll.
On fait également des sausage rolls avec de la pâte feuilletée.
Dans ce cas, on fait cuire la saucisse avant de l'envelopper
dans la pâte. A celles-ci je préfère les premières.
Échine de porc. — Chine of pork.
L'échiné de pore est la partie de l'animal qui se trouve
entre le derrière de la tête et la naissance de l'épaule. On la fait
rôtir ou bouillir. Dans le premier cas y la viande doit être fraîche ;
mais, dans le second, elle doit avoir été préalablement mise au
saloir pendant une douzaine de jours. C'est un mets qu'on sert
rarement, quoiqu'il constitue une excellente pièce de résistance.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
139
C'est généralement le jour de Noël qu'on mange de l'échiné de
porc.
Saucisses anglaises. — English sausages.
Les villes de Cambrigde et d'Oxford ont une réputation
notable pour les saucisses de porc. Elles sont du reste excel-
lentes, quoique trop fortement assaisonnées; mais elles sont du
goût des Anglais qui affectionnent les épices et particulièrement
le poivre.
Dans presque tous les bars où le public va luncher, le plat
du jour principal est la saucisse chaude et froide. lien est de
même dans les « cook shops » des quartiers populeux, où les
saucisses se débitent à des prix de bon marché fabuleux. Seule-
ment, dans ces derniers endroits, la marque de 'Cambridge et
d'Oxford n'est pas garantie et la provenance des produits, de
même que la fabrication, est enveloppée de mystère!
Volaille et gibier. — Poultry et Game.
Il y a certaines dénominations pour désigner la volaille
selon son âge et sa qualité. En voici la liste en procédant par
ordre généalogique :
Le poussin.
Le poulet à la reine
Le poulet de grain.
Le coq vierge.
La poulette.
Le chapon.
La poularde.
La poule.
Le vieux coq.
La vieille poule.
— The infant.
— The spring chicken.
— The boy chicken.
— The young gentleman,
— The young lady.
— The capon.
— The fat pullet.
— The fowl.
— The old cock.
— The old hen.
Poulardes à l'anglaise.
Les poulardes à l'anglaise ne sont autre chose que des pou-
lardes braisées à blanc, dont on garnit la cuisson d'un bouquet de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 141
persil, quelques oignons dans chacun desquels on plante un clou
de girofle, une branche de céleri et quatre carottes.
On les dresse sur un plat long en les séparant avec une
langue à l'écarlate et en les entourant d'une garniture à la
jardinière. On les sauce d'une béchamel.
Poulet bouilli, sauce persil — Boiled chicken parsley
sauce.
Le poulet, ayant été bouilli ou braisé, est saucé et servi avec
une sauce béchamel dans laquelle on a mélangé du persil haché
et blanchi. On doit toujours servir du lard, du jambon ou de la
langue avec le poulet bouilli.
Poulet à la turque. — Chicken à la turque.
Faire bouillir ou braiser un poulet et le saucer d'une sauce
au curry. On envoie à part du riz cuit à la turque.
Sauce curry : Émincer deux gros oignons et les faire frire
d'une couleur blonde dans du beurre clarifié. Ajouter un peu de
thym, laurier et persil, ainsi qu'une cuillerée à bouche de curry
et une de farine pour en faire un roux. Délayer ce roux avec
du consommé de volaille ou du blond de veau et remuer sur le
feu avec une cuiller de bois jusqu'à ébullition. Laisser mijoter
sur le coin du fourneau pendant un quart d'heure, écumer et
dégraisser. Faire réduire ensuite et passer à travers une étamine
ou une fine passoire. On peut y ajouter une liaison de trois
jaunes d'œufs.
Curry de poulet. — Curry of chicken.
Il y a deux manières de faire le curry de poulet :
1° Préparer le poulet comme pour une fricassée ordinaire.
Lorsque le poulet est cuit, on fait une sauce au curry telle
qu'elle est décrite dans l'article qui précède, en se servant de la
cuisson du poulet;
J42 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
2° Après avoir découpé le poulet, on range les morceaux dans
un plat à sauter contenant du beurre clarifié ou de l'huile, et on
le fait légèrement revenir. On l'é^outte alors sur une serviette
pour le dégager de l'huile ou du beurre dont il est sature, et on
le meta cuire dans une casserole contenant une sauce claire au
curry. Lorsque le poulet est cuit, on fait réduire la sauce après
l'avoir bien dégraissée, on y ajoute une liaison de trois jaunes
d'eeufs, et après avoir passé la sauce à la passoire fine, on en
couvre le poulet.
On envoie à part un plat de riz à la turque.
Le riz Caroline est préférable aux autres espèces. On le fait
cuire à grande eau légèrement salée, puis on l'égoutte pour le
remettre immédiatement dans la casserole sans lui donner le
temps de refroidir. Alors on le place à 1 etuve pendant vingt
minutes en ayant soin de tenir la casserole hermétiquement
fermée.
Filets de poulet à l'indienne. — Filets of chicken
à l'indienne.
Parer les filets comme pour un suprême ; les sauter et les
dresser en couronne, puis les masquer d'une sauce au curry.
On garnit ie centre du plat avec du riz à la turque. Alterner les
filets de volailles aves des lames de langue à l'écarlate coupées
à l'emporte- pièce, non saucées.
Poulet sauté aux huîtres. — Chicken and oysters.
Découper un poulet et en ranger les morceaux dans un plat
à sauter avec de l'huile, deux oignons coupés en rouelles,
quelques branches de persil et des parures de champignons
frais. Faire partir sur le feu et couvrir, puis mettre à four
modéré jusqu'à entière cuisson. Égoutter le poulet. D'autre
part, faire blanchir deux douzaines de grosses huîtres, les
égoutter et les ébaiber. Retirer l'huile du plat à sauter, mais
y laisser les légumes, auxquels on ajoute une cuillerée de farine
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 143
que l'on délaye avec le jus des huîtres, un peu de bouillon et
de glace de viande. Faire bouillir la sauce quelques minutes, la
passera travers une fine passoire et finalement y ajouter les
huîtres. Cette sauce, qui doit être tenue un peu épaisse, se verse
sur le poulet lorsque celui-ci est dressé.
Poulet bouilli aux huîtres. — Boiled chicken and
oysters.
Trousser le poulet avec les pattes en dedans et le faire
bouillir ou braiser selon l'usage en le garnissant de légumes
et d'un bouquet de persil. On ajoute également les barbes des
huîtres dont on conserve les noix pour la sauce. Cette sauce
se fait avec le jus des huîtres additionné du bouillon du poulet
et de crème donble, mélangé avec du roux en quantité suffisante
pour obtenir une sauce épaisse à laquelle on ajoute en dernier
lieu les noix des huîtres, un peu de eayenne et un soupçon de
muscade râpée. Masquer le poulet avec cette sauce.
Si l'on emploie les grosses huîtres dites « pied de cheval »,
on devra les couper en deux.
Poulet effilé et grillé. — Pulled and grilled chicken.
Cette entrée, un peu bourgeoise peut-être, est peu connue
des praticiens français et mérite une mention spéciale :
Prendre un poulet froid, bouilli ou rôti. En enlever les
cuisses et les reins ; puis, au moyen de deux fourchettes, on
effiloche les filets aussi mince que possible. Ces filaments sont
ensuite mélangés avec une sauce béchamel bien réduite. D'autre
part, on place les cuisses et le dos du poulet sur le gril, après
les avoir préalablement roulés dans le beurre et assaisonnés.
Lorsque le poulet est d'une belle couleur dorée, on en dresse
les morceaux simplement sur ie pnlkd chicken.
144 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Poulet en charpie aux concombres. - Pulled chicken
with cucumbers.
Détacher toute la viande des cuisses et de l'estomac d'un
poulet rôti ou poêlé et l'effiler ainsi qu'il est expliqué dans la
recelte qui précède.
D'autre part, éplucher deux concombres verts. Les couper
en tronçons de trois centimètres de longueur que l'on divise en
quatre morceaux. Enlever la graine et parer les morceaux en
escalopes épaisses qu'on laisse dégorger pendant deux heures
dans une terrine avec une cuillerée de sel et quelques gouttes
de vinaigre. Au bout de ce temps, on égoutte les concombres,
on les lave et on les place dans une casserole à légumes, avec
75 grammes de beurre, deux cuillerées de consommé de
volaille, une pincée de poivre, une cuillerée à café de sucre en
poudre et un oignon entier (un bouquet d'oignons verts est
préférable).
Faire braiser les concombres pendant une demi-heure, puis
les égoutter sur un tamis. Prendre un peu de sauce allemande
bien liée et la mélanger au poulet effilé. Faire chauffer sans
bouillir, et au dernier moment, ajouter les concombres qu'on
mêle légèrement avec une cuiller de bois en évitant de les bri-
ser. Dresser dans un plat d'entrée sur lequel on a collé une
bordure de croûtons de pain frits. On peut rem placer les croû-
tons par une bordure de petites croquettes à la reine, faites
d'une purée de volaille.
Grillades à la diable. — Devilled dishes.
Tel est le terme employé par les Anglais pour désigner un
accommodement horriblement condimenté qu'aH'eciionnent
tout particulièrement nos voisins d'au delà da Pas de Calais.
Ces mets « endiablés », pour employer la traduction libre du
terme anglais, sont des spécialités des restaurants de nuit, des
clubs et des mess militaires, et sont consommés principalement
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 145
dans les repas nocturnes de viveurs, de sportsmen et d'ama-
teurs à outrance du poker et du baccara.
Il arrive un moment où les joueurs, étourdis par les liba-
tions fréquentes et par l'abus du cigare ou de la pipe, sentent
le besoin de chasser le sommeil et de ragaillardir leurs sens
engourdis. Il faut alors à ces palais blasés un stimulant éner-
gique, et à ces estomacs délabrés un aliment substantiel pour
ranimer l'ardeur de ceux qui faiblissent et Jes exciler à la
lutte, que les joueurs reprendront après souper avec plus
d'acharnement et d'entrain.
La dénomination de devilled donnée à cet accommodement
est pleinement justifiée, car, d'après l'assaisonnement diabo-
bolique qui le caractérise, on pourrait croire qu'il a été préparé
pour la dégustation des génies infernaux!
Ce sont généralement les débris du dîner que l'on emploie
pour les soupers à la diable.
On se sert de préférence des restes de volaille et de gibier
découpés en morceaux, puis des os de côtes rôties ou braisées,
de mouton, de veau et de roastbeef; mais il faut laisser adhé-
rer à ces os un peu de viande et de graisse. Ces débris sont
alors complètement enduits de la préparation suivante :
Mélanger dans un bol une cuillerée à bouche de moutarde
anglaise et la même quantité de moutarde française que Ton
délaye avec deux cuillerées d'huile d'olive, deux jaunes d'œufs
et une cuillerée de ivorcestershïrc sauce. Assaisonner de sel
et d'une demi-cuillerée à thé de poivre de Cayenne.
Faire griller à feu très vif et laisser prendre à la viande une
couleur bien bronzée. Servir très chaud arrosé d'un bon jus
additionné d'un peu de harvey sauce.
La purée à la diable (devilled mixture) dont on enduit les
viandes destinées à être grillées se combine de différentes
manières : c'est ainsi qu'on la prépare à l'indienne, en y mélan-
geant de la poudre de curry; à la portugaise, en substituant au
curry de la purée de tomates; ou bien encore à l'américaine,
avec une purée d'oignons.
H)
146 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pâté de poulet. — Ghicken pie.
Découpez le poulet comme pour une fricassée; assaisonnez
les morceaux et rangez-les dans un plat à pâté au fond duquel
on a placé quelques minces escalopes de veau. Semez sur le
poulet des fines herbes hachées et passées au beurre. Entremê-
lez les morceaux de tranches de lard fumé, et placez çà et là
quelques moitiés de jaunes d'œufs durs. Mouillez avec du con-
sommé de volaille ou de l'eau, et procédez ensuite comme pour le
pâté de beefsteak. On donne à ce pâté une heure et demie de
cuisson.
A la sortie du four, on entonne par le sommet du pâté
quelques cuillerées de bon jus.
Pâté d'abatis. — Giblet pie.
Nettoyez deux abatis d'oie bien dégorgés, que l'on fait
ensuite blanchir et qu'on égoutte. Les parer et les découper,
puis les marquer dans une casserole avec des légumes comme
s'il s'agissait d'une fricassée de poulet. Assaisonnez de sel et
de poivre en grains. Lorsque les abatis sont cuits, on les
égoutte, puis on les range dans un plat à pâté avec quelques
tranches de lard fumé, préalablement cuit.
Faire une sauce avec la cuisson des abatis, y mélanger
quelques fines herbes hachées, et verser cette sauce dans le plat
qu'on couvre ensuite avec du feuilletage à huit tours. Procé-
dez ensuite comme pour le pâté de beefsteak. Mettre au four
chaud pendant une heure.
Pâté de pigeon.
Prendre cinq jeunes pigeons que l'on coupe en quatre mor-
ceaux et que l'on assaisonne de sel, poivre et fines herbes.
Préparer également quelques escalopes de filet de bœuf et quel-
ques minces tranches de lard fumé. Placer les tranches de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 147
boeuf dans le fond du plat, puis les morceaux de pigeon entre
lesquels on intercale une lame de lard. Ajouter quatre jaunes
d'œuts durs coupés en deux ; mouiller avec un peu d'eau ou de
bouillon léger, et couvrir le pâté avec une pâte feuilletée telle
qu'elle est décrite pour le pâté debeefsteak. Donner une beure
et demie de cuisson, puis infiltrer quelques cuillerées de bon
jus à la sortie du four. Si le pâté doit être mangé froid, il est
préférable de désosser les pigeons.
Pâté de Devonshire. — Devonshire pie.
On confectionne, dans le comté de Devonshire, un pâté
d'un genre tout particulier et dont voici la recette :
Désosser une jeune oie, ainsi qu'un poulet. Farcir ce der-
nier comme une galantine avec une farce bien relevée en assai-
sonnement et dans laquelle on met de la langue de bœuf ou du
jambon coupé en gros dés. Étaler un peu de cette farce dans
l'intérieur de l'oie dont on enveloppe ensuite le poulet. Coudre
avec une aiguille à brider et de la ficelle la peau de l'oie, afin
de lui conserver sa forme, et faire braiser pendant une demi-
heure, puis laisser refroidir dans la cuisson. Foncez un grand
moule à pâté avec de la pâte à l'eau chaude à l'anglaise (un
quart de saindoux pour une livre de farine). Mettre dans le
fond du pâle de la farce comme celle dont on a garni le poulet,
puis placer la galantine dans l'intérieur du pâté. Remplir le
vide avec de la larce et recouvrir de pâte. Cuire à four chaud
pendant trois heures. A la sortie du four, on verse dans l'inté-
rieur, par un trou pratiqué au sommet, la cuisson de la galan-
tine qu'on a fait réduire et à laquelle on a ajouté un verre de
cognac.
Ce procédé de farcir une oie avec un poulet me fait songer
à l'anchois dont Alexandre Dumas donne la recette sous la
dénomination de : « Anchois à la Monte-Cristo ».
Metiez l'anchois dans une olive, l'olive dans une alouette,
l'alouette dans un perdreau, le perdreau dans un faisan, le
148 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
faisan dans une dinde. Faites rôtir trois heures, puis dépecez Je
tout jusqu'à ce qu'on retrouve l'anchois. Quant au reste, jetez-
le par la fenêtre !...
L'Oie. — The goose.
Palmipède ventru, honneur des basses-cours,
Qui parles lentement, marches et te dandines,
Comme un moine ventru qui va chanter matines,
Utile de tout temps, calomnié toujours,
L'homme prend ton duvet plus doux que le velours,
Il met ta chair en daube et ta graisse en tartines:
Le gourmand met ton foie en pâtés, en terrines ;
L'écrivain à ta plume a sans cesse recours.
Clément Privé.
De tous les animaux domestiques qui peuplent nos basses-
cours, l'oie est sans contredit celui que la nature a le moins
favorisé sous le rapport intellectuel. L'oie personnifie la bêtise,
et l'on emploie son nom comme terme de comparaison pour
désigner celui ou celle dont l'intelligence est quelque peu bor-
née. De làl'expression « être bête comme une oie ». Quoi de plus
grotesque, en effet, quoi de plus stupide et de plus disgracieux
qu'un troupeau de ces palmipèdes cheminant sur une route ou
dans un pré? Ils marchent en tas, dodelinant leur corps en
battant de l'aile, le cou allongé, l'œil fixe et le bec en lair.
De leur gosier s'échappe un son guttural et discordant qui
rappelle la note basse d'une clarinette.
La Providence, non contente d'avoir privé l'oie de qualités
physiques et intellectuelles, l'a de plus condamnée à un martyr
perpétuel pendant son existence éphémère. On la plumera toute
vive pour obtenir son duvet ; et, afin que son foie acquière les
qualités essentielles qui lui incombent, on fera subir au pauvre
animal mille tourments inimaginables.
Et pourtant, l'oie a droità plus d'un titre à notre reconnais-
sance. N'est-ce pas avec les plumes de ses ailes que nous avons
appris à tracer nos premiers jambages? N'est-ce pas son duvet
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE IV.)
qui nous aide à combattre les rigueurs de l'hiver? Et, outre que
sa chair est exquise, n'est-ce pas avec son foie qu'on confec-
tionne ces excellents pâtés dont la réputation est universelle?
Une chose digne de remarque, c'est que les oies ont joué à
diverses époques un rôle important dans maints événements
historiques. On sait dans quelles circonstances elles sauvèrent
le Gapitole, mais on ignore peut-être que c'est un de ces vola-
tiles qui fut la cause inconsciente de la captivité de Richard
Cœur de Lion, roi d'Angleterre. Ce monarque, revenant de la
Palestine en l'an 1192, fît naufrage sur les côtes de la Vénétie.
Accompagné de deux nobles chevaliers, il traversait l'Alle-
magne pour retourner en ses États, et tous trois, déguisés en
pèlerins, s'arrêtèrent un jour dans une auberge où on leur
servit une oie pour dîner.
Pendant qu'ils étaient à table, un ménestrel se présenta et
proposa au roi de lui chanter une ballade en échange d'un
morceau d'oie. Richard, qui était en appétit, refusa l'offre du
ménestrel, justifiant ainsi le proverbe qui dit que ventre affamé
n'a pas d'oreilles, et mit brutalement le chanteur à la porte.
Celui-ci, qui était Anglais et qui avait reconnu le roi, se vengea
en allant le dénoncer aux Allemands, qui s'emparèrent de
Richard et le conduisirent en captivité.
L'oie nous apparaît encore dans l'histoire d'Angleterre dans
une circonstance assez curieuse.
Il est bon de savoir qu'il est d'usage, le jour de la Saint-
Michel, de faire figurer sur les tables anglaises, depuis la tabîe
du souverain jusqu'à celle du simple bourgeois, une oie rôtie
farcie de sauge et d'oignon. L'origine de cette coutume, qui
remonte au xvi e siècle, est celle-ci :
Le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, est l'anniversaire
d'une grande bataille navale gagnée- par les Anglais sur les
Espagnols. La reine Elisabeth, qui régnait alors, était à table
lorsqu'on lui apporta la nouvelle de la destruction de la flotte
espagnole. La pièce de résistance était ce jour-là une oie rôtie
dont la reine, paraît-il, était particulièrement friande, et ce fut
alors que, dans un accès d'exultation patriotique et gourmande,
150 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
elle décréta qu'en commémoration de cette glorieuse journée, une
oie rôtie serait servie sur sa table chaque année à pareille date.
La noblesse fît naturellement comme la reine et les bourgeois
imitèrent les nobles. Et voilà pourquoi le 29 septembre est un
jour de deuil pour les habitants des vergers et des basses-cours,
mais en même temps un jour de réjouissance pour ceux qui.
fidèles à la tradition, fêtent joyeusement la Saint- Michel ense
conformant aux décrets de la grande reine Elisabeth.
L'élevage des oies exige des soins particuliers, et on doit
surtout s'attacher à ne pas les laisser manquer d'eau, car elles
sont constamment altérées : aussi les éleveurs de ces volatiles
ont-ils imaginé, dans les pays où l'eau fait défaut, de suspendre
au cou des oies réunies en troupeau de petits godets remplis
d'eau et dans lesquels elles viennent réciproquement se désal-
térer.
D'après Aristote, les oies auraient l'instinct de la prévoyance
plus développé que les autres animaux. Comme preuve à l'ap-
pui de cette assertion, il raconte que, lorsqu'une troupe d'oies
sauvages traverse le mont Taurus, repaire de leur plus cruel
ennemi, l'aigle, chaque oiseau a la précaution de tenir un caillou
dans son bec afin de ne pas trahir sa présence par son cri, qu'il
ne peut maîtriser autrement, tant la loquacité est naturelle chez
lui. Les Romains, on le sait, avaient pour les oies une grande
vénération; aussi, chaque année, à l'anniversaire du jour où le
Capitole fut sauvé par ces palmipèdes qui, par leurs cris, don-
nèrent l'éveil à la garnison, une oie était portée en triomphe
sur un coussin de velours, tandis que par derrière un chien cru-
cifié vif sur une planche était impitoyablement promené àtravcrs
les rues de Rome, en souvenir de ce que les chiens chargés de
la surveillance de la ville s'étaient laissé détourner de leur vigi-
lance par les assiégeants.
Deux grands mangeurs, que je soupçonne fort d'être deux
grands Gascons, discutaient des mérites gastronomiques de l'oie
et de la dinde, faisant valoir, chacun à son point de vue, les
qualités de ces deux volatiles. L'un vantait la saveur de l'oie et
l'autre la délicatesse de la dinde : « Une oie, disait le premier,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 151
est plus que suffisante pour une personne, mais pas assez pour
deux. — Quand je mange du dindon, observait le second, je
n'aime voir à ma table qu'un autre compagnon : c'estle dindon. »
Il est bon d'ajouter que l'admirateur de l'oie professait un pro-
fond dédain pour les cuisses et que l'amateur de dinde, à Pexem-
ple de Brillât-Savarin, n'en mangeait que les sot-l'y-laisse.
L'oie rôtie ne se sert jamais sansavoirété préalablement garnie
d'une farce très relevée en assaisonnement, dont la mission est
de contre-balancer les effets nuisibles que peut produire la chair
indigeste de ce volatile. Les Anglais, pratiques en toutes choses,
et surtout en matière de nourriture, ont soin d'accompagner
toutes les viandes réputées indigestes d'un stimulant sous forme
de sauce ou de farce, destiné à venir en aide aux sucs digestifs
dans l'accomplissement de leurs fonctions. C'est ainsi que le
porc rôti se sert non seulement farci de sauge et d'oignon,
mais encore accompagné de sauce aux pommes. Il en est de
même du veau, que l'on garnit d'une farce épicée ; du canard
sauvage, qu'on arrose de jus de citron; de l'agneau, qu'on ne
mange jamais sans sauce à la menthe et au vinaigre, et du
cœur de bœuf, qu'on assaisonne de gelée de groseilles.
La farce dont on garnit l'oie se fait ainsi :
Hacher séparément six gros oignons et une poignée de
feuilles de sauge fraîche ou sèche. Faire blanchir ces ingrédients
pendant cinq minutes, puis les égoutter sur un tamis. Les
mettre dans une casserole avec un morceau de beurre et les
faire frire pendant cinq autres minutes en les remuant avec une
cuillère de bois.
Ajoutez une poignée de mie de pain fraîche, du sel et sur-
tout beaucoup de poivr*e. La sauce aux pommes se sert dans
une saucière.
Dinde rôtie. Roast turkey.
Le dindon est originaire de l'Inde; aussi le désignait-on
autrefois sous le nom de coq d'Inde. Il fut introduit en Espagne
vers la fin du xvir 9 siècle par les jésuites, auxquels il sera
152 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
beaucoup pardonné pour avoir enrichi l'alimentation de ce
précieux volatile. On l'appela longtemps l'oiseau des jésuites et
il s'acclimata rapidement en Europe, où il supplanta bientôt
l'oie, qui jusque-là avait été la reine des basses-cours. Ce fut
aux noces de Charles IX que le premier dindon fut servi sur une
table française. L'élevage de cet oiseau prit rapidement un
grand développement et aujourd'hui il se pratique sur une
immense échelle et donne lieu à un commerce des plus lucra-
tifs.
La dinde, malgré son apparence robuste, est d'une nature
très délicate; aussi est-on obligé d'avoir recours à des soins
particuliers pour l'amener au degré d'embonpoint requis pour
lui permettre de figurer dignement sur nos tables. La femelle
commence à pondre vers l'âge de dix mois et elle fait chaque
année deux pontes de vingt à vingt-cinq œufs.
La dinde est certes la plus belle et la plus noble pièce de
volaille qu'on puisse servir dans un dîner. Qu'elle soit truffée
ou non, farcie de saucisses ou bourrée de marrons, elle cons-
titue un relevé des plus riches et des plus recherchés.
La dintle, comme sa camarade l'oie, a la réputation d'être
un animal stupide. Peut-être est-ce à cette allégation qu'il faut
attribuer le dicton populaire qui dit d'un homme victime de sa
bêtise qu'il est le dindon de la farce. Cette expression, paraît-il,
vient de ce qu'autrefois les acteurs qui jouaient les rôles de
dupes dans les comédies étaient appelés pères dindons, par
allusion à ces oiseaux dont on a fait le symbole de la
sottise.
Comme pour les poulets,, les faisans et les perdreaux, on
sert en Angleterre, avec la dinde rôtie, lie la sauce au pain. Il
est essentiel aussi, lorsqu'on sert une dinde à l'anglaise, de la
remplir d'une farce faite avec de la graisse de bœuf hachée
(deux cent cinquante grammes), de la mie de pain fraîche (deux
cent cinquante grammes), deux œufs entiers, sel, poivre, mus-
cade râpée et persil haché. On doit envoyer également à part
des saucisses ou un morceau de lard et de la sauce au pain
(bread sauce).
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE . 153
Dinde poêlée au céleri. Boiled turkey with eelery.
Farcir la poche de la dinde avec une farce semblable à celle
qu'on emploie pour la dinde rôtie. La brider avec les pattes
en dedans; la placer dans une braisière avec un bouquet de
persil garni, quelques carottes et oignons et un bouquet de
céleri. Couvrir la dinde avec du bouillon chaud de la marmite,
passé, mais non dégraissé. Laisser cuiro à feu modéré Au
moment de servir, débrider la dinde, la dresser sur un plat long
et la garnir de morceaux de céleri braisé au jus. Saucer la
dinde d'une purée de céleri.
Purée de céleri. — Prendre la partie blanche de six pieds de
céleri que l'on divise en morceaux de quatre centimètres de
longueur et que Ton blanchit à l'eau bouillante pendant cinq
minutes. Égoutter sur un tamis et remettre le céleri dans
une casserole avec 60 grammes de beurre, deux oignons, une
pincée de sucre, un peu de sel et du bouillon blanc. Faire mijoter
jusqu'à ce que le céleri soit bien cuit. On Pégoutte alors et on
le passe au tamis de crin ou à travers une étamine. D'autre
part, faire un peu de roux qu'où délaye avec la cuisson du céleri
et un peu de crème, afin d'en obtenir une sauce un peu épaisse
à laquelle on ajoute la purée du céleri.
On masque légèrement la dinde de cette sauce et Ton envoie
le reste à part dans une saucière.
Avec la dinde bouillie, comme avec la dinde rôtie, il faut
servir un morceau de lard fumé, du jambon ou une langue
salée.
Dinde sauce aux huîtres.
On sert également la dinde poêlée ou bouillie, avec une
sauce aux huîtres. On la fait cuire comme dans la recette pré-
cédente et on la masque d'une sauce aux huîtres (chapitre XIII).
La Chasse en Angleterre.
L'Angleterre est* - de tous les pays de
l'Europe celui où il y a de plus belles
chasses. Mais il faut se hâter d'ajouter,
pour consoler les chasseurs français, que
la chasse n'y est pas, comme chez nous,
un plaisir à la portée de tout le monde.
La chasse était autrefois en Angleterre comme
en France un privilège essentiellement aristocra-
tique. C'était même dans les temps les plus éloi-
gnés un droit réservé exclusivement au roi, qui
seul pouvait en autoriser l'exercice. Au commencement du
siècle, pour chasser, il suffisait d'être « Esquire » ou d'avoir
2,500 francs de rente.
En Angleterre, comme dans notre pays, le droit de chasse
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 155
était, quoique à un degré moindre, l'objet de revendications et
de discussions violentes.
Aussi une réforme ou s'opéra en 1831 et on accorda le droit
de chasse à tout citoyen anglais, sous la seule condition, déjà
suffisamment restrictive, qu'il payât l'impôt sur le revenu. Mais
cette faculté, concédée en principe, est en réalité singulièrement
diminuée dans la pratique.
Tout d'abord, la religion, les mœurs, la législation interdi-
sent de chasser les dimanches et le jour de Noël, prescription
qui éloigne toute la classe des gens qui travaillent, du haut en
bas de l'échelle sociale. Si une telle défense existait en France,
c'en serait fait de la chasse, qui n'existerait plus que pour quel-
ques richards... et pour les braconniers.
Pâté de corbeau. — Rook pie.
Le pâté de corbeau, en dépit des scepliques et des incré-
dules, constitue un mets qui n'est pas à dédaigner, s'il est judi-
cieusement assaisonné et convenablement préparé. Il faut dire
tout d'abord qu'on n'emploie pour confectionner ce pâté que les
oisillons qui n'ont encore vécu que dans les régions élevées qui
les ont vus naître. A peine la plume a-t-elle remplacé le duvet
sur le dos des jeunes corbeaux qu'ils quittent leurs nids, mais,
n'osant encore s'aventurer jusqu'en bas, ils se contentent, pour
essayer leurs ailes, de voltiger de branche en branche d'abord,
et d'arbre en arbre ensuite. C'est alors que les chasseurs,
embusqués au pied de ces arbres, font des hécatombes des
jeunes et imprudents volatiles.
C'est vers le mois de mai qu'a lieu lâchasse aux corbeaux.
Ce genre de sport a beaucoup d'attrait pour ceux qui s'y livrent,
à la condition toutefois de ne tirer le gibier qu'au vol. Tout
sportsman qui faillirait à cette loi serait conspué par les cama-
rades. Cela me rappelle une anecdote à propos d'un jeune novice
qui, se trouvant en compagnie de chasseurs émérites, ajustait
un perdreau qui courait dans un champ. Un des chasseurs,
indigné, l'interpelle en ces termes : « J'espère, monsieur, que
156 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
vous n'allez pas tirer sur un oiseau qui court? — Oh! non,
répondit l'inexpérimenté sportsman,ne craignez rien... J'attends
qu'il s'arrête! »
Revenons à nos corbeaux et à la manière d'opérer pour faire
ce pâté dont les Anglais font leurs délices.
Il est certaines règles qu'il est indispensable d'observer pour
arriver à un bon résultat. Tout d'abord, on ne plume pas les
corbeaux, on les dépouille et l'on ne garde que les estomacs.
Les cuisses sont dures et les carcasses amères.
Les estomacs ayant été bien lavés, on les laisse tremper six
heures dans du lait, puis on les découpe et on en range les
morceaux, que Ton assaisonne, en ne ménageant ni le poivre
ni les épices, dans un plat à pâté. Le fond du plat doit être
préalablement foncé avec quelques tranches de filet de bœuf.
On place sur les morceaux de corbeau quelques bardes de lard
fumé, et l'on pose de place en place des moitiés de jaunes d'œufs
durs. Ce pâté est ensuite recouvert d'une pâte feuilletée et mis
au four pendant une heure et demie. On y infiltre un peu de
bon jus additionné d'une légère dose de demi-glace à la sortie
du four.
Pâté de lapin. — Rabbit pie.
On procède de la même manière que pour le pâté de poulet.
Mais l'addition des tranches de veau dans le fond du plat est
facultative. On sert également en Angleterre des pâtés de toutes
espèces de gibier qu'on prépare de la même façon.
Le Lapin. The Rabbit.
Le lapin est originaire de Grèce. On le rencontre aujour-
d'hui dans toutes les régions tempérées, où il s'est facilement
acclimaté. Sa fécondité est tellement prodigieuse que, s'il n'était
constamment pourchassé, il deviendrait en peu de temps un
véritable fléau pour le pays qu'il habite. C'est ce qui est arrivé
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
157
en Australie, où la race s'est propagée si vite et si bien que les
lapins sont devenus pour la colonie une calamité publique.
Malgré les battues organisées sur une grande échelle, malgré
tous les encouragements donnés aux amateurs de sport, et malgré
même la mise à prix de leurs tètes, les lapins ont continué à
pulluler d'une manière inquiétante.
Ils dévastent les vergers et les jardins, s'attaquent aux racines
des arbres fruitiers et détruisent les récoltes. On en fait de véri-
tables hécatombes, on en confectionne des conserves de toutes
sortes pour l'exportation, on en nourrit les animaux domesti-
ques et on en fait même des engrais.
Le lapin est. paraît-il, bon époux et bon père, et c'est plaisir
de le voir folâtrer avee ses enfants lorsqu'ils commencent à
s'aventurer hors du terrier maternel. Il les caresse avec amour
et les regarde prendre leurs gracieux ébats, l'oreille au guet, le
nez au vent, et, au premier symptôme de danger, il les fait tous
rentrer au logis, où il ne pénètre lui-même que le dernier.
La nature, qui l'a dépourvu de moyens de défense, l'a doué
d'un odorat sensible, d'une ouïe fine et d'une vue perçante. La
subtilité de ces sens, jointe à la rapidité de sa course, lui sert
d'auxiliaire puissant pour échapper au chien qui ie poursuit,
au chasseur qui le traque, au braconnier qui l'appréhende au
collet. La Providence l'a de plus doué de la faculté de pouvoir
158 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
se creuser sous terre des repaires inaccessibles. C'est dans ces
terriers qu'il naît, croît et multiplie.
Quel est celui d'entre nous qui, habitant la campagne, n'a
pas, dans son enfance, élevé des lapins et qui ne se rappelle
avec quelle tendre sollicitude on allait leur porter la nourriture
journalière en les accablant de caresses et de baisers. Mais Pen-
fant est devenu homme, et l'intéressant animal n'a plus d'attrait
pour lui que sous la forme d'une gibelotte ou d'une fricassée.
Il y a deux espèces de lapins : le lapin de chou et le lapin
de garenne. La chair de ce dernier est moins blanche que celle
du premier, mais elle est plus estimée que celle du lapin domes-
tique et se prête mieux aux préparations culinaires à cause de
l'arôme qui la distingue.
En Angleterre, la femme du peuple, la compagne de l'ou-
vrier, n'a que des notions très élémentaires de la cuisine bour-
geoise.
On raconte à ce sujet une anecdote assez plaisante : un
ouvrier anglais nouvellement marié, allant à son travail, avait
acheté sur sa route un lapin qu'il envoya à sa femme pour qu'elle
le lui préparât pour dîner. A son retour à la maison, quelle ne
fut pas la surprise de l'homme en trouvant sa femme s'évertuant
à arracher le poil du lapin. Elle croyait, dans son ignorance,
que le lapin se plumait comme un poulet.
Lorsqu'on choisit un lapin, il faut s'assurer que ses griffes
sont flexibles et effilées, que son poil est doux, qu'il n'y a pas
de poil blanc dans sa fourrure, et que l'os de la mâchoire infé-
rieure se brise facilement sous la pression de la main.
Lapin rôti. Roast rabbit.
Lorsqu'on fait rôtir un lapin, on doit avoir soin de le farcir
avant de le mettre à la broche. On emploie à cet effet la même
farce dont on se sert pour la dinde et la longe de veau, farce que
l'on nomme en anglais veal stuffmg. On recouvre les reins du
lapin de bardes de lard, et, lorsqu'il est cuit, on le dresse sur un
platavec un bon jus; puis, on envoie à part une sauce faite ainsi :
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 159
Après avoir fait blanchir le foie du lapin qu'on avait mis en
réserve, on le hache et on l'ajoute à de la sauce béchamel bien
épaisse dans laquelle on met également un peu de sauge hachée
et blanchie, ainsi qu'un peu de muscade râpée et une pointe de
cayenne.
Lapin bouilli. Boiled rabbit.
Les Anglais mangent le lapin le plus souvent bouilli. Dans
ce cas, on le farcit de la même manière que lorsqu'on le fait
rôtir. On enveloppe bien la farce avec la peau du ventre que
l'on assujettit en la bridant avec de la ficelle, et on plonge le
lapin à grande eau légèrement salée, ou bien en pleine marmite.
Une heure de cuisson doit suffire. On dresse alors le lapin sur
un plat et on le masque d'une sauce soit au persil, soit aux
câpres, mais, le plus souvent, d'une sauce aux oignons. On
émince des oignons que l'on fait cuire dans du lait et un peu de
sel et de poivre. Lorsque les oignous sont bien cuits, on lie la
cuisson avec un peu de roux et de crème. Cette sauce doit
être tenue très épaisse. Cette manière de servir le lapin s'appelle
en anglais rûbbil smothered with onions (lapin étouffé sous les
oignons).
Pudding de lapin. Rabbit pudding.
On doit, autant que possible, n'employer que de jeunes
lapins pour la préparation de ce mets. On procède de la même
manière que pour le pudding de beefsteaks, c'est-à-dire que l'on
fait une pâte à la graisse de bœuf avec laquelle on fonce un
moule en dôme ou simplement un bol de faïence. Après avoir
découpé le lapin en morceaux égaux, on l'assaisonne de sel,
poivre et fines herbes composées de champignons, échalotes et
persil, le tout préalablement haché et passé au beurre. On place
les morceaux de lapin dans l'intérieur du moule, on ajoute deux
cuillerées de jus et on soude la surface de la pâte, afin que l'eau
ne puisse pénétrer dans le pudding, que l'on enveloppe dans un
160 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
linge assujetti au moyen de ficelle. On place le pudding en pleine
eau bouillante pour J'y laisser de deux heures à deux heures et
demie. On ajoute quelquefois au lapin des rognons de mouton
ou de veau, coupés très minces, ou des tranches de lard mais
cela est facultatif.
Curry de lapin. — Curry of rabbit.
Procéder exactement comme pour le curry de poulet. —
Pendant la cuisson du lapin, faire bouillir du riz à l'eau légère-
ment salée pendant vingt minutes, l'égoutter et le remettre
dans la casserole hermétiquement fermée. On place cette casse-
role à l'étuve pendant vingt minutes, pendant lesquelles le riz
finit de se cuire. Lorsqu'on est prêt à servir, on remue légère-
ment le riz avec une fourchette, on forme une bordure autour
du plat, et Ton dresse le curry de lapin dans le milieu.
Lièvre rôti. Roast hare.
Il faut avoir soin, lorsqu'on dépouille un lièvre, de lui laisser
toute la peau du ventre, qui doit servir à envelopper la farce
qu'on met dans l'intérieur. Cette farce est la même que celle
dont on garnit la dinde et le veau (veal stuffing). Le lièvre étant
bardé et troussé, on le fait rôtir soit au four, soit à la broche,
et on le sert en envoyant à part une saucière de gelée de gro-
seilles.
Coq de bruyère. — Black game.
Le coq de bruyère, dont la chair ressemble un peu à celle
de la grouse, est familier des sites montagneux d'Ecosse et d'Ir-
lande. On l'accommode comme la grouse. — La poule de
bruyère s'appelle en anglais inoof km*
Faisan rôti. — Roast pheasant.
Le faisan, le perdreau, la grouse et le poulet, lorsqu'ils sont
rôtis, ne doivent jamais se servir sur les tables anglaises qu'ac-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 161
compagnes d'une sauce au pain (bread sauce). (Voir le chapitre
des sauces.)
L'expression « manger de la viande faisandée » explique
suffisamment qu'il est reconnu que- le faisan n'est bon qu'à la
condition d'avoir été conservé un certain temps avant d'être
mis à la broche. S'il est mangé trop frais, sa chair est fade et
inoins délicate que celle du poulet; mais, s'il est mangé dix ou
douze jours après qu'il acte tué, il possédera les qualités voulues
pour être apprécié d'un vrai gourmet. On doit le conserver sans
qu'il soit plumé, car il est avéré qu'il perd de son parfum lors-
qu'il est exposé sans plumes à l'action de l'air. De plus, la sève
qui sert à nourrir les plumes se trouve insensiblement résorbée
par la chair de l'oiseau et contribue à lui conserver son arôme.
D'après un vieux préjugé, le faisan n'est bon à manger que
lorsque, en le suspendaut par la queue, les plumes restent dans
la main. Arrivé à cette période, l'animal est plus que faisandé,
il subit simplement un commencement de putréfaction; donc il
est évident que sa chair ne peut être qu'insalubre et malsaine.
Perdreaux. — Partridges.
On sert les perdreaux rôtis avec une sauce au pain (bread
sauce) ou braisés avec une sauce Soubise, ou bien encore on les
fait griller à la crapaudine. Dans ce dernier cas, on les ouvre
en deux après les avoir vidés et flambés, on les trempe dans le
beurre fondu, pour les paner et les faire griller à feu modéré.
Bécasse. — Woodcock.
Fulbert Dumonteil, le savant et gourmand naturaliste, a dit
en parlant de la bécasse : « On vénère tellement cet oiseau que
même ses déjections, religieusement recueillies sur d'onctueuses
rôties, sont mangées par ses admirateurs. >>
Empruntons à un autre naturaliste bien connu, M. Victor
Fatio, un exemple intéressant de l'intelligence de ces animaux.
11
162 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
La bécasse ne serait pas si bécasse qu'on veut bien le dire.
d'après les faits suivants : en effet, M. Falio, en chassant, a eu
l'occasion d'observer à plusieurs reprises que cet oiseau, blessé,
pratique sur lui-même, avec son bec et au moyen de ses plumes,
des pansements fort ingénieux ; il s'applique un emplâtre sur
une .plaie saignante, ou il opère adroitement une solide ligature
autour d'un de ses membres, brisé.
Il est un vieux proverbe qui dit :
A la Saint-Micliel.
Bécasse tombe du ciel.
Ce qui signifie que, vers la fin de septembre, la bécasse fait
son apparition chez nous ; mais ce proverbe comme bien d'autres
est erroné, car c'est un fait acquis et reconnu des chasseurs
quH le vrai moment de l'arrivée de la bécasse est en novembre
et en décembre. Certains gourmets proclament la bécasse comme
étant la reine du gibier à plume; quand à moi, je ne partage
pas l'estime qu'ils ont pour cet échassier, auquel je préfère un
perdreau bien en point; mais respectons les préjugés et ne dis-
cutons pas sur les goûts.
Sur certaines tables anglaises, et notamment dans les clubs
et les mess, lorsqu'on sert des bécasses ou des bécassines, les
têtes sont réservées et renvoyées à la cuisine, où on leur fait
subir l'opération suivante :
On les enduit de graisse de mouton fondue, puis on les
assaisonne de sel et de poivre. Ainsi préparées, elles sont ren-
yoyées sur une assiette dans la salle à manger à la fin du dîner,
et présentées, accompagnées d'une bougie allumée, à cbaque
convive qui la grille, ou plutôt qui la brûle à la flamme de la
lumière et la croque ainsi toute grésillante après l'avoir sau-
poudrée de cayenne.
Pudding de mauviettes. — Lark pudding.
Préparer une pâte à la graisse de bœuf ainsi qu'il en est
donné la recette pour le pudding de beefsteaks, et foncer avec
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 168
cette pâte un moule à dôme ou une terrine à fond rond. Après
avoir beurré la terrine ou le moule, on en garnit les parois avec
la pâte, qui doit être un peu ferme. Prendre douze mauviettes,
les vider, couper les têtes et les pattes, et les faire revenir dans
le beurre. Faire revenir également quelques escalopes de veau
et la même quantité de lard maigre coupé en tranches. Assai-
sonner de poivre, sel et fines herbes, et saupoudrer les
oiseaux de farine. Mouiller avec un demi-verre de jus et retirer
du feu au premier bouillon.
Emplir le vide du moule avec les mauviettes, en alternant
avec le veau et le lard. Recouvrir ensuite d'une abaisse qu'on
soude avec les bords du pudding, dont on replie le superflu de
la pâte vers le centre, de façon que la viande soit bien herméti-
quement enveloppée. Beurrer le centre d'une serviette et l'ap-
pliquer sur la surface du pudding, puis ramener les quatre pans
du linge qu'on attache solidement avec une ficelle.
Le pudding ainsi préparé est alors plongé en pleine eau
bouillante et doit cuire sans interruption pendant une heure et
demie. Au moment de servir, égoutter le pudding, ôter la ser-
viette qui l'entoure et le démouler dans un plat creux. Finale-
ment, saucer d'une sauce italienne.
Canards sauvages d'Amérique. — Ganvas back ducks.
Ce canard sauvage, que les Américains nomment le roi des
oiseaux aquatiques, est originaire de l'île de Carrol, située dans
la baie de Gliesapeake, entre la Virginie et le Maryland. Cette
île, qui mesure une surface de 1,200 acres et n'a pas moins de
dix milles de côtes, est le rendez-vous de toutes sortes d'oiseaux
émigrants de la famille des palmipèdes, et surtout de l'espèce
connue sous le nom de Canvas back cluck. Une particularité à
observer chez ces oiseaux, c'est qu'ils se nourrissent principale-
ment de céleri sauvage; or, comme cette plante croît abondam-
ment dans les îles de la Chesapeake, on s'explique pourquoi
ces volatiles affectionnent ces parages.
Cette chasse offre une grande attraction aux Américains et
164 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
aux Anglais, qui entreprennent de longs voyages pour se passer
la fantaisie de tuer quelques-uns de ces canards.
Aller à l'île de Carrol chasser le canvas back duck au moins
une fois daus sa vie est un des plus grands désirs du chasseur
yankee.
L'île de Carrol appartient à un syndicat de sportsmen qui en
est propriétaire depuis plus de cinquante ans. Autrefois, à l'ar-
rivée des hôtes ailés, les propriétaires de l'endroit s'embus-
quaient vers les côtes, armés de canons de long calibre qu'ils
chargeaient à mitraille, et il arrivait fréquemment qu'une simple
décharge abattait une centaine de pièces de gibier.
Cette chasse était si fructueuse et le massacre du gibier si
considérable, que les fermiers trouvaient de l'économie à rem-
placer, pour la nourriture de leurs employés, la viande par le
gibier.
Les Américains ont une façon originale de chasser le canard
sauvage : une boîte carrée, assez large pour contenir quatre
chasseurs confortablement assis, est enfoncée dans l'eau à une
cinquantaine de mètres du rivage. On y arrive par un pont volant
sur lequel on étend des roseaux, ainsi que sur le dessus de la box,
qui émergent de cinquante centimètres à la surface de l'eau. Des
ouvertures pratiquées à la partie supérieure de la boîte per-
mettent au chasseur d'ajuster le gibier qui voltige sans méfiance
autour de la cachette mystérieuse.
Les chiens qu'on emploie pour cette chasse sont d'une race
particulière et d'une sagacité rare. Elevés dans ces parages
giboyeux, ils ont un instinct naturel pour la chasse aux oiseaux
aquatiques. Leur poil est long et soyeux; mais sous cette four-
rure il en existe une autre courte et touffue qui les protège
contre l'humidité et leur permet de rester dans l'eau pendant
un temps indéfini, par les plus grands froids. Leur amour pour
la chasse est des plus remarquables, et à leurs démonstrations
de joie lorsqu'ils partent pour une excursion matinale on devine
qu'ils apprécient le sport tout autant que leurs maîtres.
Le canvas back duck est fort apprécié pour la délicatesse de
sa chair, et je suis surpris de sa rareté sur les marchés français.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 165
Le céleri sauvage, dont il se nourrit presque exclusivement,
communique à sa chair un goût particulier qui le distingue des
autres canards sauvages.
Pour le rôtir, on le farcit d'une farce à la purée de céleri et
on l'accompagne d'une salade de céleri. En Amérique, on sert
avec ce canard de la gelée de groseille.
Jeune cygne rôti. — Roast cygnet.
Gastronomiquement parlant, le cygne a peu de mérite ; mais
comme c'est relativement un oiseau rare, il est considéré comme
un mets princier. — Depuis le règne de Charles II, les étangs
des parcs royaux, et surtout ceux des parcs de Windsor et de
Richemond, sont peuplés de ces gracieux palmipèdes, et chaque
année, à l'occasion des fêtes de Noël, il est d'usage que le sou-
verain en fasse une distribution aux ministres et à quelques
grands dignitaires de la couronne. — Les privilégiés font un
grand cas <1u caleau royal, et, par respect pour la majesté du
donateur, il est convenu d'admettre que cet oiseau est excellent;
mais, comme je n'ai aucune raison de ménager la susceptibilité
royale, je proclame hautement que cet oiseau est détestable.
La bourriche qui contient le témoignage de la munificence
royale est toujours accompagnée d'une recette imprimée que je
copie textuellement :
« Après avoir plumé le cygne, le vider, le flamber et le trous-
ser pour rôtir. Faire une chair à saucisse composée de bœuf
haché et de lard de poitrine fumé en égale quantité. On ajoute
à cette farce, qui doit être fortement assaisonnée, trois échalotes
hachées et passées au beurre, et une pincée d'épices. — Après
avoir farci le cygne, on l'enveloppe d'une pâte faite de farine et
d'eau chaude, puis on recouvre le tout d'une feuille de papier
graissé que l'on fixe autour de la pâte au moyen d'une ficelle. —
Trois heures au moins sont nécessaires pour rôtir un cygne
enveloppé de cette façon. On doit l'arroser souvent pendant la
cuisson. On envoie à part une sauce au porto. (Voir chapitre des
sauces.)
166 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pâté du chasseur. — Hunter's pie.
Prendre un pain de mie carré dans lequel ou pratique une
ouverture sur Ja partie supérieure, en réservant le morceau de
croûte enlevé. Extraire toute la mie du pain en ne conservant
que la croûte.
On remplit l'espace vide soit avec une fricassée de poulet
froide, une salade de volaille, un chaud-froid de gibier, ou avec
une mayonnaise de homard ou de saumon.* Lorsque le pain est
rempli, on verse sur la viande ou le poisson de la sauce mi-froide
pour remplir les cavités et donner au pâté une surface unie. —
On bouche ensuite l'orifice du pain avec le morceau de croûte
que l'on avait préalablement enlevé pour pratiquer l'ouverture.
Ces pâtés sont fréquemment servis dans les rendez-vous de
chasse, les déjeuners sur l'herbe et les lunchmm sur le champ
de course.
Pâté de bécasse en terrine à l'irlandaise - Wood-
cock pie.
Cette manière de cuire les bécasses est des plus simples.
— Après avoir flambé les bécavsses et coupé les pattes et les
ailerons, on les fend en deux dans leur longueur. Retirer les
gésiers, mais laisser les intestins. Ranger les moitiés de bécasses
dans une terrine à pâté, les assaisonner de sel, poivre, épices
et fines herbes, et les couvrir entièrement de beurre clarifié.
Etendre sur la surface des bardes de lard, puis couvrir la terrine
avec une épaisse abaisse de pâte à l'eau, soudée hermétiquement,
et mettre au four modéré pendant deux heures. Lorsqu'on retire
le pâté du four, on le remplit avec du beurre clarifié après
avoir enlevé la pâte, qu'on jette. On lave l'extérieur et les bords
de la terrine qu'on laisse refroidir avant de servir.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 167
Terrine de purée de lièvre. — Potted hare.
Après avoir dépouillé et vidé un lièvre, on le coupe en mor-
ceaux comme s'il s'agissait d'en faire un civet. D'autre part, on
détaille deux livres de lard de poitrine fumé, en gros dés, que
l'on met dans une casserole et qu'on fait revenir sur un feu vif.
Lorsque le lard a rendu sa graisse, on retire les morceaux qu'on
dépose provisoirement sur une assiette et qu'on remplace dans
la casserole par la viande du lièvre que Ton fait revenir égale-
ment.
Cette opération terminée, ojq égoutte la graisse superflue,
qu'on met à part ; puis on ajoute au lièvre les morceaux de lard
frit, un quart de litre de madère et autant de bouillon, — un
bouquet ^rarni composé d'une branche d^ thym, de basilic et de
marjolaine, ainsi que d'une feuille de laurier.
Ajouter encore 4 clous de girofle, une gousse d'ail, 4 oi-
gnons, un peu de macis, une trentaine de grains de poivre,
une douzaine de champignons et une pincée de cayenne. Quant
au sel, il faut en mettre avec modération à cause du lard qui est
déjà salé.
On fait partir sur un feu vif et on laisse mijoter sur le coin
du fourneau pendant une heure et demie, à moins que ce ne soit
un vieux lièvre. Dans ce cas, on devra le laisser cuire plus long-
temps.
Lorsque les chairs sont devenues tendres au toucher, on
égoutte les morceaux de lièvre sur un tamis et on dégage la
viande des os. Cette viande est alors mise dans un mortier avec,
le lard et la graisse qu'il a rendue lorsqu'on l'a fait frire.
On ajoute à la purée la cuisson réduite, et Ton passe le
tout, avec l'aide d'une cuiller de bois, à travers. un tamis à
quenelle. — On remet la purée dans une bassine pour la
bien mélanger, puis on en remplit 'les terrines à pâté, qu'on
recouvre et qu'on met au four dans des plafonds creuxà moi-
tié remplisd'eau.
Une heure de cuisson suffit. — Lorsqu'on sort les pâtés du
four, on égalise la surface avec le dos d'une cuiller. Lorsqu'ils
168 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
sont froids, on les recouvre d'une couche de saindoux ou de
beurre clarifié d'un centimètre d'épaisseur, puis d'un papier
imperméable dont on huile la surface. — On replace alors les
couvercles sur les terrines qu'on range dans un endroit frais,
pour s'en servir au besoin.
Pâté de Yorkshire. Yorkshire pie.
A Noël (Christmas), la coutume est, dans les grandes familles
de confectionner un immense pâté composé de toute espèce
de viandes de volailles et de gibier. C'est ce pâté qu'on nomme
Yorkshire pie. Un vieil usage dont l'origine remonte à une
époque inconnue veut que chaque année le vice-roi d'Irlande
envoie au souverain régnant un énorme pâté comme présent.
Ce pâté est confectionné d'après la recette du Yorkshire pie et
se fait ainsi :
Désosser une dinde, une oie, deux faisans, quatre perdreaux,
quatre bécasses, douze bécassines, quatre grouses et quatre sar-
celles. Faire cuire un jambon d'Yoïk et deux langues de bœuf
salées. Garnir la volaille et le gibier de farce dans laquelle on
mélange du lard de poitrine coupé en dés, ainsi que les deux
langues également coupées comme le lard. Toutes ces galantines
doivent être cousues afin que la farce ne s'en échappe pas; puis
on les place dans une braisière foncée de bardes de lard et de
légumes, ainsi que de trois bouquets de persil garnis. On recouvre
les viandes de nouvelles bardes de lard et d'un rond de fort
papier. Ou mouille ensuite avec une demi-bouteille de vin blanc.
On couvre la braisière qu'on met à four modéré pendant quatre
ou cinq heures.
Pendant que cuisentles viandes, on prépare une pâte à dresser
à l'eau chaude avec douze livres de farine, trois livres de sain-
doux et une poignée de sel. On procède ainsi :
Mettre la farine sur le tour en forme de puits. D'autre part,
mettre le saindoux dans une casserole avec un demi-litre d'eau
chaude. Lorsque le saindoux est tondu et amalgamé avec l'eau,
on procède à la confection de la pâte qu'on laisse reposer pendant
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 169
vingt minutes avant de remployer, mais on doit avoir soin de la
conserver dans une casserole fermée pour éviter son contact avec
Pair afin de l'empêcher de sécher. Cette pâte ne doit pas être tenue
trop ferme au début, car elle devient ferme en refroidissant. On
doit l'employer tandis qu'elle est encore tiède. Elle est alors très
malléable.
Foncer avec cette pâte un moule assez grand pour contenir
tout le gibier et en garnir d'abord le fond et les parois qu'on
recouvre ensuite de chair à saucisses. On place alors les
plus grosses galantines qu'on recouvre de farce et de tranches
de jambon; on emplit ainsi le pâté en alternant les viandes, le
jambon et la farce, en réservant les plus petites galantines pour
le dessus. Finalement, on met une dernière couche de farce
ainsi que quelques bardes de lard, et on recouvre le pâté. Il ne
reste plus qu'à orner le couvercle avec des feuilles en
pâte amincie coupées à l'emporte-pièce et soudées avec de la
dorure. On met le pâté au four et on lui donne trois
heures de cuisson. A sa sortie du four, on enlève le couvercle
du pâté pour faciliter le refroidissement, et on le met dans un
endroit très frais, après l'avoir bien imbibé de jus préparé avec
les carcasses du gibier dans lequel on a mis un peu de gélatine.
La quantité de viande et de gibier employée pour la confection
de ce pâté paraît peut-être extravagante, mais il ne faut pas
oublier qu'aux fêtes de Noël l'abondance de victuailles est à
l'ordre du jour, et que chaque famille riche se fait une gloire, ce
jour-là, d'exhiber un buffet pantagruélique aux yeux de ses
invités.
Un pâté monstre.
La petite ville de Denby Dale, dans le comté du Yorkshire, est
célèbre pour ses pâtés dont la réputation est universelle... en
Angleterre.
A l'occasion du jubilé de la reine, en 1887, pour célébrer le
cinquantième anniversaire de son règne, la municipalité de la
170 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
ville eut l'idée, plus originale que pratique, de faire confec-
tionner par un des meilleurs faiseurs de la localité un pâté qui
devait surpasser en grandeur tout ce qu'on avait encore vu.
Un four énorme fut construit tout exprès pour Je cuire; cf.
pour le découper, un couteau de dimension formidable fut com-
mandé à Sheffield. La lame avait deux pieds et demi de longueur
et sur le manche d'ivoire on avait gravé une inscription commé-
morative.
Ce fantastique pâté, de forme ronde, mesurait deux mètres
cinquante centimètres de diamètre. On employa pour sa confec-
tion 3 sacs de farine, 1,000 livres de bœuf, 150 livres de veau,
200 livres de porc, 150 livres de mouton, 150 livres de saindoux,
100 lapins, 30 lièvres, 50 poulets, 100 pigeons, 20 grouses,
5 diodes, 5 oies, 12 faisans, 20 pluviers, 40 livres de jambon el
30 livres de lard.
Trois ouvriers travaillèrent pendant huit jours à la fabrica-
tion du géant. La viande avait été cuite à moitié avant d'être
mise dans le pâté dont le moule seul pesait 1,500 livres.
Le couvercle était décoré avec les emblèmes des trois
royaumes unis, c'est-à-dire la rose, le trèfle et le chardon. On y
voyait aussi les armes du prince de Oalles, ainsi que quelques
devises patriotiques.
Le malin du jour à jamais mémorable du jubilé de la reine,
le fameux pâté, placé sur un char richement orné et traîné par
10 chevaux enrubannés, fut transporté dans le parc, sous une
tente immense, où avaient été conviés tous les habitants du
comté. On peut se faire une idée du nombre de personnes pré-
sentes à la cérémonie par le chiffre de la recette des prix d'entrée
qui s'éleva à la somme de 240 livres sterling ( 6,000 francs).
Chaque billet d'entrée donnait droit à une tranche de pâté,
mais la stupéfaction fut grande quand commença la distribution
des parts; car, lorsque le couteau eut fait aune brèche dans le
flanc du monstre, il s'en exhala une si forte odeur de putréfac-
tion que les spectateurs se reculèrent épouvantés.
La déception fut grande pour tous ces braves gens qui
étaient venus la plupart de très loin afin de goûter au fameux
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE 171
pâté du jubile dont on avait préconisé les merveilles, mais que
le bon sens avait condamné d'avance.
Il était en effet difficile d'admettre qu'une telle quantité de
viandes de tant de natures différentes, entassées et surchauffées,
pussent refroidir sans fermenter, surtout quand l'on songe que
cela se passait au cœur de l'été.
L'odyssée du jubile pie se termina par un enterrement civil»
Il fut enfoui le soir même sous un lit de chaux vive.
Paonneau. — Pea cock.
Le paon, ce superbe oiseau qu'on s'est 'fatigué d'admirer par
la seule raison qu'il n'est pas rare, peut être considéré comme
le plus bel oiseau de la création. Il est originaire d'Asie, où on
le trouve à l'état sauvage. Ce fut, dit-on, Alexandre le Grand
qui, après sa conquête de l'Inde, l'introduisit en Grèce où il
s'acclimata facilement. De Grèce, il se propagea bientôt dans
toute l'Europe. En France, on considère le paon comme un
ornement de basse-cour plutôt que comme un oiseau comestible ;
mais en Angleterre il a des partisans, et on le voit assez souvent
figurer comme rôti sur les tables aristocratiques.
Le paon n'est mangeable que lorsqu'il est jeune. Sa chair
ressemble un peu à, celle de la pintade. 0n ne le sert jamais
autrement que rôti, et la poitrine couverte de lardons. Après
avoir plumé, vidé, flambé et lardé le paon, l'envelopper dans
du papier blanc et bien beurré, et le metire au four ou à la broche.
Lorsqu'il est presque cuit, le déballer et le laisser encore au feu
pour prendre couleur, puis le servir accompagné d'un 'bon jus
et d'une sauce au pain (Bread sauce, chap. XIII).
En Allemagne, on sert le paonneau avec une sauce à Ja
crème aigre. A cet effet, lorsque le papier est enlevé, on arrose
l'oiseau de temps en temps avec deux ou trois verres de crème
aigre et, finalement, on ajoute du jus ou du bouillon au fond de
cuisson qu'on fait réduire vivement jusqu'à ce que la sauce
devienne assez épaisse ; puis on la passe à la passoire fine et on
en masque le paonneau avant de l'envoyer sur table.
172 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Canard sauvage à l'américaine. - Wild duck à l'amé-
ricaine.
Faire rôtir un canard à la broche après lui avoir frotté l'es-
tomac avec son foie. Vingt minutes de cuisson suffisent, car
Poiseau doit être vert cuit. Lorsqu'il est débroché, on le découpe
en aiguillettes, mais sans détacher les tranches qui doivent res-
ter adhérentes à la carcasse.
On découpe ainsi l'oiseau pour en extraire tout le jus qu'on
réserve dans une petite casserole. On y ajoute un peu d'es-
sence d'extrait de viande, un demi-verre de porto, du sel et du
poivre et le jus d'un demi-citron. On fait chauffer, sans bouillir,
cette sauce à laquelle on ajoute encore un bon morceau de
beurre et on la verse sur le canard. Le canard sauvage arrosé
de la sorte est excellent froid.
Ailerons de poulets en tortue.
Désosser deux douzaines d'ailerons de poulet, depuis la pre-
mière jointure ; les flamber et les farcir d'nne quenelle de volaille
bien épicée et relevée en assaisonnement par une pointe de
cayenne. Foncer une casserole plate de tranches d'oignons, de
quelques branches de persil et de parures de champignons.
Ranger les ailerons à plat sur les légumes, les assaisonner de
sel et de poivre et les arroser d'huile d'olives. Faire partir sur
le feu, et au bout de quelques minutes retourner les ailerons,
puis couvrir la casserole et la mettre à four modéré. Laisser
mijoter pendant vingt ou vingt-cinq minutes, puis égoutter les
ailerons sur une serviette.
D'autre part, retirer l'huile de la casserole et la remplacer
par un verre de madère. Ajouter alors un peu de thym, de lau-
rier, de basilic et de marjolaine, et remettre la casserole sur le
feu jusqu'à complète réduction du madère. Mélanger aux ingré-
dients une cuillerée de roux, une de tomate et du consommé un
peu coloré. On obtient alors une sauce tortue, qu'on relève
LÀ CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 173
d'une pincée de poivre de Cayenne, et qu'on p^sse à travers une
passoire fine. Après avoir laissé dégraisser la sauce pendant un
quart d'heure au coin du fourneau, on l'écume et on la réduit,
afin d'obtenir la consistance et le velouté désirables.
Il ne reste plus qu'à faire chauffer les ailerons dans cette
sauce et à compléter le ragoût par l'addition de quelques truffes,
champignons et quenelles. Dresser l'entrée dans une croûte
de flan.
Soupe à la queue de kangurou. — Kangaro otail soup.
Ce potage est d'origine australienne et ce n'est que depuis
quelque temps qu'il a pris place dans l'alimentation anglaise.
Sa présence sur les tables aristocratiques, où il est surtout admis
à titre de curiosité, est encore assez rare ; mais il est très en
faveur parmi les gros négociants de la cité. Le marché de
Londres en est amplement approvisionné et, dernièrement
encore, un seul vaisseau frigorifique en a débarqué plus de cinq
mille.
Ce n'est pas seulement l'appendice caudal de ce curieux
spécimen de la famille des marsupiaux, qui est apprécié des
gourmets australiens, et l'animal entier a de fervents partisans
qui se plaisent à vanter la délicatesse de sa chair qu'ils compa-
rent à celle du chevreuil. Lorsqu'il est jeune, on en fait, paraît-
il, de délicieux civets et d'excellentes côtelettes, et, lorsqu'il
atteint l'âge de trois ou quatre ans, on le fait rôtir comme la
venaison, enveloppé dans de la pâte, et on le sert avec de la gelée
de groseille et une sauce « rœbuck ».
Grouse.
La chasse à la grouse est la plus attrayante que je connaisse.
L'ouverture de cette chasse se fait invariablement le 12 août et
ferme le 10 décembre. Cette date du 12 août marque la fin de la
saison de Londres, ce qui permet à l'élite des sportsmend'émi-
grer vers ies montagnes d'Ecosse et d'Irlande, où abonde cet
174 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
incomparable gibier. La grouse est peu connue en France, mais
elle est fort estimée des gourmets anglais, qui la préfèrent au
faisan et an perdreau, à cause de la saveur particulière que
communiquent à sa cbair la bruyère aromatique et le serpolet des
montagnes, dont elle se nourrit.
La grouse est de la famille des tétras et tient du coq de
bruyère et de la gelinotte. Son plumage est brun et a ceci de
remarquable, que celui du coq est en tout semblable à celui de
la poule, de sorte qu'il est impossible de reconnaître Je mâle de
la femelle. Les pattes sont recouvertes, jusqu'à la naissance des
ongles, de plumes blanches, fines et serrées.
Grouses rôties — Roast grouse.
Préparer les grouses pour rôtir en les enveloppant d'une
barde de lard. Les mettre à la broche en les arrosant constam-
ment. Lorsqu'elles sont presque cuites, les débrider, les saler et
les saupoudrer de farine, puis les dresser sur un plat et les gar
nir de crosson.
Envoyer à part une saucière de mie de pain cuite au four ou
du pain grillé pilé et passé au tamis de fer.
Côtelettes de grouses à la Victoria. — Grouse cutlets.
Choisir trois très jeunes grouses et les ouvrir du côté du dos
pour en détacher la carcasse, qui a l'inconvénient d'être très
amère.
On divise* les oiseaux en deux parties dans leur longueur et
l'on fait une entaille sous la peau du pilon pour faire passer la
patte.
Aplatir légèrement chaque moitié de grouse que l'on passe
d'abord à l'œuf, puis au beurre, et que l'on fait griller pendant
un quart d'heure en les retournant.
Envoyer à part une sauce Victoria. (Voir chap. XIII.)
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE Vf)
Pâté de grouses à l'écossaise. — Grouse pie à l'écos-
saise.
Lorsque les grouses sont plumées et flambées, couper les
pattes et le bout des ailes, et retirer la carcasse du dos qui pour-
rait, par sou amertume, compromettre la saveur du pâté. Prendre
un plat à pâle anglais, tel celui dont on se sert pour les pâtés de
beef'steaks. Étendre clans le fond du plat quelques escalopes de
bœuf qu'on assaisonne, ainsi que les grouses, de sel, poivre,
échalotes, champignons et persil hachés et passés au beurre.
Sur ces tranches de bœuf, placer les morceaux de grouse
(chaque oiseau ayant été divisé en quatre). Intercaler entre
chaque morceau de grouse une tranche de lard de poitrine ou
de jambon, et de place en place mettre une moitié de jaune d'œuf
dur.
Couvrir d'une pâte feuilletage à huit tours. Cuire une he^re
et demie.
Pâté de grouses à la Balmoral. — Balmoral
grouse pie.
Lever les filets de quatre grouses crues. Placer ces filets dans
un plat, les assaisonner de sel et d'épiées, et leur adjoindre trois
cents grammes de lard de poitrine fumé coupé en tranches ou
de jambon. Arroser les chairs de quelques cuillerées d'eau-de-
vie et les laisser mariner ainsi pendant deux ou trois heures.
D'autre part, prendre la chair des cuisses et la dégager des
nerfs et des os, l'assaisonner et la piler dans un mortier avec
les filets de deux poules et autant de viande maigre de veau, et
la mèmu quantité de lard frais qu'il y a de veau et de poule.
Ajouter à la farce, lorsqu'elle est bien pilée, une pincée d'épices
et une cuillerée de fines herbes composées d'échalotes, de persil
et de champignons.
Foncer avec de la pâte brisée un moule à pâté et en masquer
le fond et les parois avec une couche épaisse de farce. Emplir le
176 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
pâté en alternant la farce, le* filets et le jambon, et en semant
de place en place quelques belles tranches de truffes.
Couvrir le pâté d'une épaisse abaisse de pâte, en orner la
surface avec une rosace formée de feuilles coupées à l'emporte-
pièce, dorer à l'œuf battu et mettre au four chaud pendant deux
heures et demie.
Une demi-heure après la sortie du four, on infiltre dans le
pâté, au moyen d'un petit entonnoir, de la gelée de viande
mélangée avec une essence de gibier faite avec les carcasses du
gibier — moins les dos, qui communiqueraient un goût d'amer-
tume qu'on doit éviter. — On peut ajouter à cette essence la
marinade dans laquelle on a fait macérer les filets.
Grouse à la norvégienne.
Trousser les grouses et après les avoir flambées légèrement
pour raffermir la peau, les piquer avec du lard de poitrine, puis
les placer dans une casserole à braiser avec oignons, carottes et
bouquet garni. Mouiller avec moitié vin blanc et moitié bouillon.
Faire mijoter jusqu'à ce qu'elles soient cuites. On les égoutte
alors et on les met au four sur un plafond pour faire dorer le
lard qu'on arrose d'un peu de demi-glace.
Dresser les grouses et les garnir de choucroute et de petites
saucisses chipolatat. Faire une sauce avec la cuisson dégrais-
sée et réduite du gibier, et en saucer les grouses.
CHAPITRE IX
ŒUFS ET LÉGUMES
Œufs à la coque a l'américaine.
L'œuf à la coque tel que l'Américain le comprend est un œuf
à peu près dur qu'il écale lui-même et qu'il coupe menu dans
un verre. Il y met du sel, du poivre, du beurre et parfois de
la moutarde ; et, lorsque le tout est bien mélangé, il le
mange à la cuiller.
Œufs à la coque à l'anglaise.
Les Anglais ignorent l'usage de la mouillette de pain. Ils
mangent les œufs à la coque avec de petites cuillers spéciales
arrondies qu'on appelle egg spoms. Après avoir décapité
l'œuf, ils l'assaisonnent de sel, poivre et d'un morceau de beurre
12
1?8 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
frais qu'ils font fondre en le remuant avec la cuiller, et ils
mangent l'œuf accompagné de pain grillé ou de pain bis
beurré.
Œufs pochés à l'irlandaise.
Préparer une purée de pommes de terre bien beurrée et
crémeuse. Assaisonner de muscade râpée et d'une pincée de
poivre de Cayenne. Etendre cette purée dans un plat à gratin
et l'arroser de beurre fondu. Mettre colorer à four chaud.
Pocher six œufs frais qu'on dresse en étoile sur les pommes
déterre.
Œufs pochés en robe de chambre.
Choisir six grosses pommes de terre et les faire cuire au
four. Lorsqu'elles sont cuites, pratiquer sur un des côtés une
large ouverture et vider l'intérieur au moyen d'une petite cuil-
ler. Casser un œuf dans chaque pomme de terre, saupoudrer de
sel et de poivre et mettre pocher au four.
Servir à part des mouillettes de pain grillé.
Vol-auvent d'œufs.
Garnir un vol-au-vent avec des œufs durs coupés en tranches
et des champignons cuits émincés. — Mélanger avec de la
sauce allemande. — Dresser sur la surface du vol-au-vent des
quartiers d'œuts durs formant rosace.
Œufs frits jau jambon et au lard. — Fried eggs and
bacon.
Faites frire dans une poêle quelques tranches de lard ou de
jambon. Égnuttez-les et dressez-les sur un plat que vous tenez
au chaud. Remettez la poêle au feu et faites frire les œufs dans
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAIN H 179
la graisse bouillante, et, après les avoir séparés avec un emporte-
pièce, enlevez-les delà poêle avec une écumoire pour les dresser
sur le jambon ou le lard.
L'œuf frit au lard ou au jambon est très en honneur pour le
premier déjeuner du matin. On pourrait presque classer ce mets
parmi les plats nationaux anglais.
Les plats de légumes sur lesquels on sert les œufs frits au
lard sont agencés de façon à ce que la graisse filtre à travers
les trous percés dans une feuille de métal placée au fond du plat ;
de sorte que ni le lard ni les œufs ne sont imbibés de graisse.
Œufs pochés à la diable. — Devilled poached eggs.
Faites pocher des œufs très frais pendant cinq minutes dans
de l'eau salée et acidulée avec un peu de vinaigre. Lorsqu'ils
sont cuîfs, égouttez-les, mettez-les dans de petites cocottes que
l'on a fait chauffer, et masquez-les d'une sauce à la diable.
Sauce à la diable : Faites frire dans l'huile ou du beurre
clarifié trois ou quatres échalotes hachées. Lorsqu'elles sont
d'une belle couleur blonde, égouttez l'huile et remettez-le dans la
casserole avec une grosse pincée de poivre de Cayenne, un peu
de moutarde anglaise et une cuillerée à café de worcestershire
sauce. Mouillez ces ingrédients avec de la sauce béchamel bien
réduite. Donnez à la sauce un simple bouillon, passez-la à travers
une passoire fine et masquez-en les œufs.
Œufs pochés au lard. — Poached eggs and bacon.
Après avoir poché les œufs, égouttez-les et dressez-les sur
des croûtes de pain grillé que vous coupez à l'emporte-pièce
rond delà grandeur des œufs. Faites frire des tranches de lard
fumé coupées très minces et entourez-en les œufs.
180 LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Œufs farcis à l'indienne. — Stuffed eggs à l'indienne.
Faire cuire six œufs durs. Les écaler, les couper en deux
dans leur longueur, et en retirer les jaunes que l'on broie dans
une terrine ou dans un petit mortier avec deux jaunes d'œufs
crus, une cuillerée à café du curry, 60 grammes de beurre, un peu
de sel et une cuillerée de sauce béchamel bien réduite. Ajouter
à cet appareil deux ou trois cuillerées de riz bien cuit que l'on
mêle légèrement avec une fourchette, et remplir la partie de
Fœuf restée vide par l'absence du jaune. Il faut ensuite lisser la
surface, à laquelle on donne une forme légèrement bombée
avec un couteau trempé dans le beurre, et mettre au four pen-
dant dix minutes sur un plafond beurré. Dressez les œufs sur
une légère couche de farce à quenelle ou sur un peu de purée
de pommes de terre, et saucer d'une sauce au curry.
Omelette de Noël à l'anglaise. — Christmas Omelette
Entremets sucré
Cette omelette ne se aert guère en Angleterre que pendant les
fêtes de Noël, et se garnit avec la préparation connue sous le
nom de a mince méat » avec laquelle on confectionne les fameux
gâteaux appelés « mince pies ». (Voirie chapitre X.)
Après avoir cassé les œufs dans une terrine, on les bat avec
deux cuillerées de crème et autant de rhum et de cognac, une
pincée de sucre et un grain de sel. Procéder comme pour une
omelette ordinaire ; mais avant de Ja rouler sur elle-même, on
la garnit de trois cuillerées de mince méat. Lorsqu'elle est
retournée sur le plat, on l'arrose de rhum ou de cognac, on la
saupoudre de sucre fin, on y met le feu au moment de l'en-
voyer sur table.
Œufs de vanneau. — Plovers eggs.
On confond souvent le pluvier, le vanneau et le chevalier
gambette. Mis à la broche, bardés de lard et rôtis à point, on
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 181
peut s'y méprendre. Mais, si ces oiseaux se ressemblent par le
goût, ils diffèrent par le plumage.
Le vanneau est huppé et d'une couleur verdâtre ; le chevalier
gambette est marqué d'un collier de plumes brunes et le pluvier
a le plumage d'une teinte dorée et le ventre blanc.
Ces trots espèces d'échessiers hantent les bords des étangs,
des rivières et des marais, où ils s'ingénient à déterrer, dans les
fonds humides et limoneux, les insectes dont ils se nourrissent.
C'est vers le milieu du mois de mars que les pluviers et les
vanneaux commencent à pondre et, d'après une coutume antique,
les premiers œufs qui sont apportés sur le marché de Londres
sont envoyés à la reine.
Os œufs, lors de leur apparition, sont tellement recherchés
et l'engouement pour s'en procurer est tel, que l'on voit souvent
de riches amateurs les payer jusqu'à huit et dix shillings la
pièce.
Le vanneau fait son nid en pleine terre et l'abrile sous une
couche d'herbe, ce qui fait qu'on éprouve quelque difficulté à le
découvrir. On a remarqué que l'oiseau dérangé de ses œufs ne
s'envole pas immédiatement, mais se met à courir une certaine
dislance avant de prendre son vol comme s'il voulait par cette
tactique détourner l'attention des chercheurs. Le vanneau ne
pond jamais plus de quatre œufs, aussi, lorsqu'il s'en trouve
moins que ce nombre dans le nid, en peut en conclure que
l'oiseau n'a pas encore commencé à couver et par conséquent
ses œufs sont bons. On peut du reste s'en rendre compte en les
meitant dans l'eau froide. S'ils surnagent perpendiculairement
la pointe en bas, c'est que l'incubation a commencé; si, au con-
traire, ils s'enfoncent horizontalement, ils sont frais.
Les gardes-chasse, les laboureurs et les bergers tirent un bon
profit des œufs de vanneaux qui ne se vendent jamais moins de
trois shillings par douzaine.
Ces œufs sont de couleur verdâtre et mouchetés de taches
noires. Ils ressemblent, à s'y tromper, aux œufs de corbeaux ;
mais, lorsqu'ils sont cuits et écalés, il est très facile de les dis-
tinguer, car l'œuf de vanneau est bleuâtre, transparent et d'une
182 LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICA EXE
délicatesse extrême, tandis que l'œuf de corbeau est d'un blanc
mat, ferme au toucher et coriace sous la dent.
Les œufs de vanneau se mangent généralement durs, mais
on les sert aussi chauds comme entrées. Dans ce cas, on les
dresse dans une croustade de riz ou de pain frit garni dune
purée de volaille ou de gibier. Pochés dans de petites cocottes.
«Iles constituent un élégant plat de déjeuner.
Huit minutes suffisent pour cuire les œufs de pluviers.
On les sert plus communément dans leurs coquilles, dres-
sés simplement dans un nid de mousse qu'on se procure chez
les marchands de volaille. On sert à part des tartines de pain
beurré coupées très minces. On sert aussi les œufs de pluviers
en belle vue dans un aspic ou dans une croustade de riz. On
les emploie également pour garnir le tour d'un salade russe ou
d'une mayonnaise de homard. Ce genre de bordure est d'un
charmant effet sur un buffet de bal.
Coupés en tranches et placés entre deux tartines de pain
beurré, sur lesquelles on a semé du cresson alénois, ils font
d'excellentes sandwiches.
Œufs de mouettes.
Les œufs de mouettes sont moins estimés que les œufs de
pluviers et, comme ces derniers, se servent froHs. Ils sont dune
couleur bleuâtre et bizarrement marbrés de taches noires.
On les fait cuire à Peau bouillante pendant dix ou douze
minutes et s'emploient coupés en quartiers comme les œufs
ordinaires pour bordures de mayonnaise ou pour garnir la
salade, mais ils se servent plus souvent dans leurs coquilles,
dressés sur une serviette avec une garniture de persil.
Ces œufs se trouvent en abondance dans certaines lies
avoisinantles côles d'Ecosse.
On en voit peu sur les marchés anglais. Ils n'ont en réalité
rien de remarquable comme goût etleur prix relativement élevé"
le répond pas à ce qu'on pourrait en attendre.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 183
Œufs de pluviers en belle vue.
On trouve à Londres, chez les chaudronniers, des moules
fabriqués tout exprès pour cette entrée.
Ainsi qu'on peut le constater dans le dessin ci-dessous, il y a
six cavités dans ce moule, auxquelles on a donné la forme d'un
œuf. On place dans chacune un œuf de pluvier écalé qu'on
trempe dans de la gelée de viande,
puis on met le moule à la glace. On
verse d'abord un peu de gelée bien
claire, sur les œufs, et, lorsqu'elle est
assez épaisse pour que les œufs ne
puissent se déranger, on les en recouvre
entièrement, puis Ton remplit la bor-
dure avec des cœurs de laitues. Lorsque la gelée est assez
prise, on démoule l'entrée sur un plat et Ton garnit le puits
avec une salade italienne.
Tartelettes d'œufs de pluviers. — Plover's eggs
tartelettes.
Choisir des petits moules à tartelettes très creux. Les foncer
de pâte fine et les remplir de riz ou de lentilles afin qu'elles con-
servent leur forme à la cuisson. Lorsqu'elles sont cuites, on les
vide avec précaution, puis on les garnit avec une délicate purée
de gibier ou de volaille et l'on place dans chacune un œuf de
pluvier. — Servir bien chaud,
Omelette au curry. — Omelette with curry.
Hachez un petit oignon que vous faites frire dans le beurre.
Lorsqu'il est frit, mettez dans la casserole une cuillerée à café de
curry indien que vous faites cuire avec l'oignon -pendant deux
minutes et auquel vous ajoutez deux cuillerées de crème. Mêlez
184 « LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
le tout avec cinq œufs entiers bien battus et assaisonnez de sel
seulement, car la poudre de curry est assez poivrée par elle-
même. Faites fondre 30 grammes de beurre dans une poêle et
procédez comme pour une omelette ordinaire, mais, avant de la
renverser sur le plat, garnissez
l'intérieur de riz que vous avez fait
cuire d'avance de la manière sui-
vante :
Lavez une poignée de riz. Egout-
tez-le et épongez-le sur une ser-
viette pour en retirer toute l'humi-
dité. Remettez-le dans la casserole
avec 100 grammes de beurre; fai-
tes-le frire pendant quelques mi-
nutes en le remuant avec une
cuiller de bois. Mouil'ez ensuite
avec du consommé blanc et bouillant, garnissez d'un oignon
entier et assaisonnez de sel. Lorsque le riz est cuit, retirez
l'oignon et remuez avec une fourchette. Le riz à l'indienne
ne doit jamais être remué avec une cuiller. Versez autour de
l'omelette une. sauce claire au curry.
Légumes.
Les légumes sont en général très beaux chez nos voisins,
mais, à part le céleri, ils sont moins savoureux qu'en France. Il
en est certains qui sont obligatoires comme accompagnement de
mets spéciaux. C'est ainsi qu'il ne faut jamais omettre de servir
des petits, pois avec les canetons, et avec l'agneau ; des haricots
verts avec la venaison; des panais avec la morue; des carottes
et des navets avec le bœuf et le porc salé; de la purée de navets
avec le mouton bouilli; des concombres émincés avec le saumon.
Pommes de terre en robe de chambre. — Potatoes in
their jackets.
L'Angleterre est le pays du monde où l'on mange le plus de
pommes de terre. On en sert à tous les repas accommodées de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 185
différentes manières, et il est de rigueur d'en présenter aux
convives avec le poisson et le rôti, et même avec les entrées. En
un mot, elles font l'office du pain, dont nos voisins font une très
faible consommation.
Laver les pommes de terre à grande eau et, avec une brosse,
enlever la terre y adhérant. Mettez-les ensuite dans une casse-
role et couvrez-les d'eau froide : ajoutez une poignée de sel et
aites partir à grand feu en maintenant le couvercle sur la
casserole. Lorsque le liquide est au point d'ébullition, laissez
mijoter pendant une demi-heure. Lorsque les pommes de terre
sont cuites à point, ce dont on s'assure en les piquant avec une
aiguille à brider, égouttez-les complètement en renversant la
casserole et en se servant du couvercle pour retenir les légumes.
On les remet ensuite sur un feu doux pendant quelques minutes,
afin de les bien sécher. On ne doit jamais les laisser dans l'eau
lorsqu'elles sont cuites, et il faut éviter qu'elles bouillent trop
vivement. Si les pommes de terre sont de bonne qualité, elles
seront blanches et farineuses, et la peau se fendra naturellement.
On les sert sous une serviette pliée, ou bien dans un sébile de
bois blanc.
Pommes de terre pelées et bouillies. — Peeled and
boiled potatoes.
Il faut, lorsqu'on fait bouillir des pommes de terre, les choi-
sir autant que possible de la même grosseur.
Ce point est important si l'on veut obtenir une cuisson uni-
forme, car il est évident que les grosses mettent plus de temps à
cuire que les petites. Pelez les pommes de terre et lavez-les à
grand* eau. Mettez-les dans une casserole avec de l'eau salée,
et faites partir à grand feu, puis modérez la flamme du four-
neau pour terminer la cuisson. Egouitez l'eau de la casserole,
couvrez les pommes de terre d'une serviete, remettez le cou-
vercle et replacez la casserole pendant trois o.i quatre minutes,
sur un feu doux, pour enlever toute l'humidité, puis dressez
dans un légumier.
186 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pommes de terre cuites à la vapeur. — Steamed
potatoes.
On fait cuire aussi les pommes de terre à la vapeur, au lieu
de les faire bouillir.
A cet effet, on emploie un appareil appelé potatoes teamer,
très simple de construction, en même temps qu'il est très pra-
tique à l'usage.
Il consiste en une sorte de chaudron en fonte, muni d'une
longue poignée, et qui a pour fonction de contenir Feau bouil-
lante. A l'orifice de ce chaudron s'adapte un autre récipient
mobile, dont le fond est perforé de toutes parts. Le steamer,
placé sur un feu vif, produit bientôt une vapeur intense, qui,
passant par les trous du récipient supérieur, vient envelopper
les pommes de terre qui cuisent ainsi à la vapeur.
On les fait étuver soit à leurétatnaturel, c'est à-dire dans leur
peau, soit pelées. On les saupoudre de sel en 1<>s mettant au feu.
Cette façon d'opérer est préférable à la cuisson en pleine
eau, et la pomme de terre ainsi traitée est plus sèche et plus
farineuse.
Le steamer est peu connu en France, et pourtant il est d'une
utilité incontestable, car il sert non seulement pour les pommes
de terre, mais on lutdise encore pour faire cuire à la vapeur
tous les puddings français ou anglais, crèmes renversées, pots
de crème, etc., qui doivent être pochés au bain-marte.
Un de nos confrères a imaginé un steamer beaucoup plus
pratique et moins encombrant que le steamer anglais dont la
forme ronde et ventrue présente un obstacle à son admission
dans les petites cuisines.
Il se compose de trois pièces. Le compartiment inférieur est
destiné à contenir l'eau bouillante et la partie supérieure con-
siste en un tiroir perforé dans lequel la vapeur vient s'emmaga-
siner. A ce tiroir, qui contient les pommes de terre ou le pud-
ding, est adapté un couvercle mobile construit de telle sorte que
la vapeur, en se condensant sur les parois, retombe dans le
compartiment inférieur sans mouiller Le contenu.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAIN B 18?
Pommes de terre cuites au four. — Baked potatoes.
Lorsqu'on fait rôtir des pommes de terre au four, il est
essentiel de fendre superficiellement la peau ou de faire une
légère entaille à l'une des extrémités de chaque pomme de terre.
Cette précaution est utile pour éviter les explosions qui se pro-
duisent quelquefois chez les tubercules très farineux. Il arrive
souvent qu'au moindre choc ou sous la plus petite pression à
la main, la vapeur concentrée sous la peau éclate comme une
bombe, en projetant dans toutes les directions la pulpe brûlante,
qui produit parfois des brûlures sérieuses sur la figure et les
mains de celui qui les retire du four. Le même phénomène se
produit chez les marrons qu'on a omis de les fendre avant de
les griller.
Pommes de terre nouvelles à La menthe. — New
potatoes.
Lorsque les pommes de terre nouvelles sont fraîches, on ne
les pèle pas. On en enlève la peau en les grattant légèrement
avec la lame du couteau. Mais, lorsqu'elles ne sont pas fraîches,
il est préférable de les faire cuire ou étuver dans la peau et de
les peler lorsqu'elles sont cuites. On les sert au naturel ou bien
on les accommode à la sauce, au beurre ou à la crème. Les
Anglais ont l'habitude de mettre un bouquet de menthe avec les
pommes de terre nouvelles en les faisant cuire au naturel. Cet
aromate communique au légume un goût assez agréable.
Purée de pommes de terre gratinée. - Brown purée of
potatoes.
Préparez une bonne purée de pommes de terre. Ajoutez du
beurre et de la crème en quantité suffisante pour la conserver
un peu ferme. Assaisonnez avec discrétion et dressez la purée
en pyramide sur un plat en porcelaine à feu préalablement
beurré ; puis, avec le dos de la lame d'un couteau, imprimez sur
les flancs des lignes diagonales pour former des sillons assez
188 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
profonds. Arrosez la purée avec un pinceau trempé dans le
beurre fondu et mettez gratiner à four chaud, en ayant soin de
tourner le plat de temps en temps.
D autre part, faites frire au beurre clarifié des pommes de
terre coupées en boules ou en bouchons à Pemporte-pièce et
garnissez-en la base de la purée.
Pommes de terre en vermicelle. — Patatoes vermicelli
fashion.
La pomme de terre étant cuite, égouttée et séchée, la passer
à travers un tamis à quenelles sous lequel on a placé le plat dans
lequel la purée doit être servie. Cette manière de servir les
pommes de terre est assez originale. Il faut surtout éviter d'y
toucher; elle doit être servie telle qu'elle est. On essuie seule-
ment les bords du plat.
Pois à l'Anglaise.
Les pois dits « à l'Anglaise » sont simplement bouillis à l'eau
salée, puis roulés dans le beurre au moment de les servir. On
met généralement dans la cuisson un bouquet de menthe fraîche.
On cultive en Angleterre une espèce spéciale qu'on ne connaît
pas en France et qui sont d'une grosseur exceptionnelle. Ce
sont les " Marrow fat ". Ils sont d'une succulence extrême et
font d'excellents potages.
Croustades de pommes de terre à la Prince- Albert.
Choisir des pommes de terre de Hollande de forme oblongue
et de moyenne grosseur. Les peler et les placer dans un plat en
métal bien beurré, puis les saupoudrer de sel et les mettre au
four. On les arrose pendant la cuisson, puis, lorsqu'elles sont à
point, on pratique une ouverture sur un des côtés de la pomme
de terre en réservant la partie enlevée. On la creuse ensuite
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 189
avec une petite cuiller pour enlever la pulpe, que Ton met
dans une casserole pour en faire une purée légère, que Ton
assaisonne et que l'on délaye avec du beurre et de la crème et
à laquelle on ajoute un salpicon composé de truffes, langue ou
jambon, champignons et blanc de volaille; le tout coupé en petits
dés. Pendant que Ton fait ce mélange on a soin de garder les
pommes de terre au chaud. On les retire de l'étuve pour les
garnir avec la purée, puis on les recouvre avec la partie
qu'on avait mis en réserve. On dore le dessus avec un jaune
d'œuf mélangé à du beurre fondu et on met les croustades
colorer à four chaud.
Pommes de terre soufflées. — Soufflé patatoes.
Choisir dix pommes de terre de moyenne grosseur et les
faire cuire au four. Lorsqu'elles sont cuites, pratiquer sur un
des côtés de chacune, avec la pointe d'un petit couteau, une
large ouverture circulaire et, avec une cuiller à café, vider
entièrement la pomme de terre, en ayant soin de ne pas endom-
mager la peau. Passer la partie extraite à travers un tamis de
fer, et amalgamer à la purée ainsi obtenue un peu de crème, un
morceau de beurre frais, et quatre jaunes d'œufs dont on fouette
les blancs. Assaisonner de poivre, sel et muscade râpée, puis
mélanger les blancs fouettés. Remplir avec cet appareil la croûte
de la pomme de terre, que Ton met ensuite au four chaud un
quart d'heure avant de servir. Colorer à la salamandre si cela
est nécessaire et dresser sur un plat garni d'une serviette chaude.
Pâté du pauvre homme. — Poor man's pie.
Eplucher 3 livres de pommes de terre et les couper en tran-
ches. Couper en dés et mélanger avec les pommes de terre une
demi-livre de graisse de bœuf hachée, et la chair de deux ou
trois harengs saurs détachée des arêtes et coupée en morceaux.
Assaisonner de poivre, de muscade râpée, d'un oignon haché,
190 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
un peu de sel, et placer le tout dans un plat à pâté, ajouter un
verre d'eau. Recouvrir les pommes de terre d'une pâte au sain-
doux (une livre de farine pour une demi-livre de saindoux) et
cuire au four une heure et demie.
Pudding de truffes. Truffle pudding.
Faire une farce fine composée d'une livre de chair à saucisses
à laquelle on ajoute la même quantité de foies gras crus. Après
avoir bien mélangé la farce dans un mortier et l'avoir assaison-
née de haut goût, en ne ménageant ni le poivre ni les épices, on
la passe au tamis de fer.
Brosser et éplucher une livre de truffes fraîches et les couper
en lames épaisses. Les mettre dans une terrine et les assaison-
ner. Faire réduire un verre de madère avec les parures des
truffes et un peu de bouillon. Ajouter à cette réduction un peu
de beurre manié de farine, afin d'obtenir une sauce un peu
épaisse qu'on passe à îa passoire et qu'on mélange avec les
truffes émincées.
D'autre part, beurrer un moule à dôme, ou, à défaut de
moule, un simple bol de cuisine que l'on fonce avec de la pâte
à la graisse de rognons de bœuf (suet paste) et que Ton manque
intérieurement avec la farce préparée. On étend alors dans le fond
du moule un rang de truffes qu'on recouvre d'une couche épaisse
de farce, et sur la surface de laquelle on place de nouveau une
couronne de truffes escalopées. On continue de la sorte jusqu'à
ce que le moule soit plein. On recouvre la partie supérieure
d'une abaisse de pâte qu'on humecte pour la souder aux rebords
du pudding, qu'on enveloppe dans une serviette dont on attache
les quatre pans en dessous du moule. Plonger le pudding à
l'eau bouillante pendant une heure et demie; puis régoutter, le
déballer, le démouler, le dresser sur un plat et le masquer d'une
sauce Périgueux.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉBICAINE 10Î
Courges. Vegetable marrows.
La courge passe pour un légume très nutritif. Il en existe
une grande quantité d'espèces, mais la plus estimée est celle qui
a la forme d'un gros concombre et dont la couleur est jaunâtre
extérieurement. La chair intérieure est blanche.
Peler la courge et la débiter en morceaux de la grandeur et
de la forme de la moitié d'un gros œuf. Faire cuire à grande eau
légèrement salée, puis égoutter et dresser en couronne dans un
légumier. Au moment de servir, verser sur les courges une
bonne sauce au beurre à laquelle on a mélangé un peu de persil
haché et blanchi, et du jus de citron.
Oignons d'Espagne. — Spanish onions.
Ces oignons se servent après dîner avec le fromage. On les
fait cuire au four ou bien bouillir à l'eau salée. Ils demandent
deux heures de cuisson.
Pour faciliter la cuisson lorsqu'on les met au four, on enlève
le cœur au moyen d'un coupe-pâte à colonne. — Lorsqu'on les
cuit à l'eau, on les enveloppe séparément dans des linges de
mousseline.
Oignons farcis. — Stuffed onions.
Prendre huit ou dix gros oignons de même volume, les peler
et les faire blanchir pendant dix minutes. Les égoutter sur un
linge ou un tamis. Quand ils sont froids, enlever le cœur au
moyen d'un coupe-pàte à colonne, de 2 centimètres de diamètre,
et remplir le vide avec une farce de veau dans laquelle on a
mélangé une pincée de cayenne et des (ines herbes hachées et
passées au beurre. Placer ensuite les oignons d.»ns une casserole
à légumes beurrée et les assaisonner de sel, de poivre et d'une
pincée de sucre. Couvrir les oignons de bardes de lard et les
mouiller d'un peu de bouillon. Les laisser mijoter jusqu'à entière
192 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cuisson et les dresser dans un légumier. On dégraisse ensuite
la cuisson à laquelle on ajoute un verre de madère et deux ou
trois cuillerées de sauce espagnole. Laisser réduire et verser sur
les oignons.
Cresson alénois. — Mustard and Cress.
On aromatise toute espèce de salade avec le cresson alénois
qu'on emploie aussi pour garnir des sandwiches. On le sème
entre deux tartines de pain beurré ou bien entre deux tranches
de pain grillé et beurré.
Gingembre. — Ginger.
Le gingembre est une plante aromatique originaire de l'Inde
et que Ton cultive aussi en Chine et au Japon. — C'est la racine
de la plante seule que Ton utilise. Le gingembre de la Jamaïque
est surtout renommé. On en fait une sorte de confiture très
estimée des Anglais. L'odeur du gingembre est aromatique et
pénétrante; son goût est très épicé, acre et brûlant; ses qualités
sont astringentes. Séchée et réduite en poudre, la racine de
gingembre produit une espèce de farine avec laquelle ou fait
des puddings et des gâteaux secs délicieux.
Topinambours. — Jérusalem artichokes.
En Angleterre, on mange beaucoup de topinambours. On
les lave à grande eau et on les épluche en leur donnant la forme
d'une poire ou d'une olive, puis on les fait cuire dans du lait
additionné d'eau. Saler la cuisson, à laquelle on ajoute un
oignon entier piqué de deux clous de girofle. Lorsque les topi
nambours sont cuits, les égontter sur un tamis et les dresser
dans un légumier. On fait ensuite une sauce blanche a ec la
cuisson. Cette sauce, qui doit être tenue très épaisse, est vetsée
sur les topinambours au moment de les envoyer sur table.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 193
Topinambours frits.
Après avoir fait cuire les topinambours comme il est dit
dans la recette qui précède, on leSégoutte sur un tamis, puis on
les trempe dans une pâte à frire pour les cuire dans une friture
bien chaude. On les dresse sur une serviette et on les garnit de
persil frit.
Céleri. — Celery.
Le céleri est parfaitement cultivé en Angleterre. On l'obtient
très blanc et très croustillant ; aussi le mange-t-on principale-
ment à la croque-au-sel. On le présente ordinairement avec le
fromage, à la fin du dîner, et on en sert aussi avec le thé de
cinq heures. Pour le préparer, on le détaille en branches qu'on
laisse tremper une heure dans l'eau. L'eau a la propriété de
rendre le céleri friable. On le sert dans une coupe ou dans un
vase de cristal.
Concombres. — Cucumbers.
Il est d'usage de servir des concombres avec le poisson bouilli
et surtout avec le saumon. Prendre un beau concombre et l'éplu-
cher. On le coupe ensuite en tranches aussi minces que possible.
On met ces tranches dans une terrine avec quelques pincées de
sel. Au bout d'une heure, on égoutte l'eau, et on assaisonne les
concombres de poivre et de vinaigre, puis on les envoie sur table
dans une assiette à soupe.
Haricots verts. — French beans.
Les Anglais ont une manière particulière de préparer les
haricots verts. Ils les coupent en losanges allongés et les font
cuire à l'eau salée dans laquelle on fait dissoudre un petit mor-
13
194 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
ceau de carbonate de soude, qui a la propriété de les rendre plus
verts en cuisant. Lorsqu'ils sont cuits, on les égoutte et on les
dresse immédiatement sans leur faire subir aucune préparation.
Fèves. — Broad beans.
Les fèves se font cuire généralement avec un morceau de
lard fumé. C'est un des plats nationaux anglais. Lorsqu'elles sont
cuites à Feau salée, on les immerge dans l'eau froide et on les
égoutte. On fait ensuite une sauce au beurre à laquelle on ajoute
du persil haché, du sel, du poivre et un jus de citron. On laisse
mijoter les fèves pendant dix minutes dans cette sauce, et on les
sert autour du lard bouilli.
D'après une vieille coutume anglaise, il est d'usage que les
patrons donnent chaque année un dîner à leurs employés.
A ce dîner, le plat fondamental consiste en un jambon garni
de fèves préparées comme il vient d'être dit.
De là vient le nom de Beau feast (festin de fèves) qu'on donne
à ces agapes d'ouvriers.
Choux de mer. — Seakale.
Ce légume originaire d'Amériqueest très peu connu en France.
Il ressemble un peu au céleri par la forme et à l'asperge par le
goût. On le sert avec Une sauce blanche et on en fait des purées
pour potage.
Lavezunedouzaine de seakalesetbrossez-lesavec soin pour bien
enlever le sable qui se trouve entre les tiges. Coupez la partie noire
de la racine et liez les tiges en bottes comme des asperges ; jetez-
les dans une casserole pleine d'eau bouillante salée et laissez-les
bouillir jusqu'à ce qu'ils soient tendres au toucher. Égouttez-les
et dressez-les sur une tranche de pain grillé. La cuisson demande
environ trente à trente-cinq minutes si ce sont déjeunes pousses.
On masque les seakales avec une sauce blanche un peu épaisse
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 195
Peas pudding.
Laver à grande eau un quart de litre de pois secs et les
laisser tremper pendant deux ou trois heures. Les mettre ensuite
dans une casserole avec deux oignons et un litre de bouillon
léger. Mettre sur le feu et laisser mijoter jusqu'à complète cuis-
son des pois-, qu'on égoutte alors et qu'on passe par pression à
travers un tamis à quenelle. On remet la purée dans une terrine
et on la travaille avec une cuiller de bois, en y ajoutant un bon
morceau de beurre, de l'assaisonnement si cela est nécessaire,
et un peu de muscade râpée. Ajouter également deux œufs
entiers.
La purée de pois est alors mise dans un moule à dôme beurré,
puis attaché dans un linge à l'instar du plum-pudding et mis à
bouillir à grande eau pendant deux heures. Ce pudding se sert
avec le porc bouilli.
Pudding de choux a l'irlandaise. — • Galecannon.
Ce plat est essentiellement irlandais.
Après avoir fait cuire des choux, des épinards et des pommes
de terre, on égoutte ces légumes dans une passoire, et on exclut
toute Fhumidité par la pression, puis on hache tout ensemble.
Après y avoir mis l'assaisonnement nécessaire et un bon mor-
ceau de beurre, on met les légumes dans une bassine en forme
de dôme que l'on a préalablement beurrée. On met au four pen-
dant une demi-heure et on démoule au moment de servir.
Tomates en surprise à la Cadogan (entrée froide).
On trouve à Londres, chez les chaudronniers, des moules à
tomates de fabrication récente qu'il est essentiel de se procurer
pour faire cette entrée :
Masquer les deux parties du moule d'une purée de tomates
additionnée d'aspic et les remplir avec l'appareil suivant : piler
et passer au tamis à quenelle les chairs d'une volaille froide
(rôtie ou braisée), leur amalgamer deux cuillerées à bouche de
196
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
velouté, autant d'aspic et une demi-pinte de crème fouettée.
Réunir les deux parties du moule en les pressant pour les faire
adhérer, et les mettre à la glace pendant vingt minutes. Les
démouler ensuite et les servir soit sur une bordure de gelée, ou
simplement sur une serviette avec une garniture de persil.
Raifort. — Horse radish.
Le raifort est une plante dont la racine possède un goût amer
et très piquant. Ce condiment se sert avec le bœuf rôti. On le
gratte en copeaux et on l'envoie à part dans un ravier, ou plus
communément on le place sur le bœuf. On en fait aussi une
sauce. Dans ce cas, on le râpe et on le mélange avec de la crème
(voir Sauce raifort).
CHAPITRE X
PATISSERIE ANGLAISE
La réputation de la pâtisserie anglaise a, de tout temps, été
surfaite; car, à part les plum cakes et les biscuits secs, rien ne
justifie ce renom d'excellence qu'on s'est toujours plu à lui
accorder. Il faut admettre, cependant, la supériorité des Anglais
pour la confection des biscuits à base d'arrowroot et de fécule,
dont ils ont la spécialité, et je dois constater que, pour cette
fabrication, aucun pays du monde ne peut rivaliser avec eux.
La plus importante fabrique de biscuits anglais est celle de
Huntley and Palmer, dont la réputation est universelle. Elle fut
fondée en 1841 par les ancêtres de ceux qui l'exploitent aujour-
d'hui. A cette époque elle occupait de cent cinquante à deux
cents ouvriers; mais depuis lors sa fabrication prit une telle
extension qu'en ce moment le nombre des employés est d'en-
viron six mille.
198 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
J'ai eu la bonne fortune de visiter cet admirable établisse-
ment, et j'ai été émerveillé de voir la splendide organisation qui
préside à la fabrication que j'ai suivie dans tous ses détails avec
le plus vif intérêt.
Le pâtissier n'existe pas en Angleterre. 11 est remplacé par
les « confectioners », qui débitent quelques gâteaux spéciaux,
tels que les buns, cheese-cakes, bambury-cakes, plum-cakes,
etc., etc., ainsi que des sandwiches et des biscuits secs.
Il est à prévoir, cependant, que dans un avenir prochain,
les « confectioners » feront place à des pâtissiers sérieux,
grâce à l'initiative de Benoist, qui a adjoint à son splendide
magasin de comestibles de Piccadilly une annexe de pâtisserie
à l'instar de Paris. C'est une attraction nouvelle pour les
habitants du West End, qui se pressent en foule devant la
devanture de notre sympathique compatriote, non seulement
pour admirer ses séduisants produits comestibles et sa savou-
reuse charcuterie, mais encore pour contempler ses élégantes
pièces montées et ses appétissants gâteaux, qui peuvent riva-
liser pour la délicatesse avec ceux des meilleures maisons de
Paris.
Les établissements de « confectioners », ainsi que les bou-
langers, sont la providence des promeneurs qui, à l'heure du
goûter, viennent savourer un sandwich au jambon en dégus-
tant un verre de xérès ou de porto. C'est aussi le rendez-vous
des buveurs de thé à l'heure réglementaire de cinq heures (five
o'clock). On voit alors la foule envahir ces tea rooms et s'asseoir
autour de petites tables en marbre blanc qui garnissent la salle,
ou bien s'installer devant le comptoir où la bouillote fumante est
sans cesse en permanence, et derrière lequel s'agitent une
demi-douzaine'de jeunes filles proprettes et coquettement velues,
coiffées d'un élégant bonnet de tulle ou de dentelle.
Le goûter du five o'clock, c'est, pour l'Anglais et surtout
pour l'Anglaise, une opération solennelle. A cinq heures son-
nantes, toute préoccupation est reléguée, tout travail est aban-
donné, et, pendant une demi-heure au moins, l'ouvrier laisse de
côté ses outils, le banquier ne songe plus aux affaires, le mar-
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 199
chand quitte son comptoir et le commis son bureau, tandis que
l'enfant dépose ses jouets et le soldat lui-même met ses armes
au repos, pour aller se délecter devant une tasse de thé, qui se
déguste invariablement à cinq heures, à la caserne, à l'atelier,
à la nursery, au salon ou dans l'arrière-boutique.
Dans les familles aisées, le service du thé est tout un poème :
les tasses sont rangées sur un large plateau ovale, au centre
duquel figurent la théière en métal ou en porcelaine, et deux
sucriers, dont l'un est garni de sucre blanc et l'autre de sucre
candi. A chaque extrémité du plateau sont placés deux petits
pots en porcelaine contenant l'un du lait et l'autre de la crème;
puis un bol vide destiné à recueillir le dépôt du fond des tasses,
lorsqu'elles doivent être remplies une seconde fois. Sur la table
de côté, une élégante bouillote en argent ou en cuivre, d'un
brillant irréprochable, est constamment tenue en ébullition au
moyen d'une petite lampe à esprit-de-vin, et remplace avanta-
geusement l'antique samovar importé de Russie, qu'on a
relégué sur les planches de l'office.
Le plateau (the tea tray) est placé devant la maîtresse de la
maison, qui occupe le haut de la table, et à qui incombe la tâche
de remplir les tasses, ce dont elle s'acquitte avec un soin des
plus minutieux et une grâce parfaite, interrogeant chaque con-
vive à la ronde sur son goût; et selon sa réponse, elle prépare
la décoction forte ou faible, nuagée de lait ou de crème, et addi-
tionnée de sucre raffiné ou cristallisé.
Devant chaque convive est placée une petite assiette, et sur
la table, recouverte d'une nappe blanche immaculée, figurent,
symétriquement arrangés, des compotiers en cristal et en porce-
laine contenant des confitures diverses, des fruits, des sand-
wiches, des tartines de pain beurré, du cresson et les gâteaux
de circonstance tels que les muffins, les buns, les plum cakes,
tea cakes et autres cakes plus ou moins indigestes du répertoire
de la pâtisserie anglaise. Le thé de cinq heures est une coutume
que nous avons empruntée à nos voisins. Nous avons même
adopté le terme 9 five o'clock » qui est maintenant francisé.
Cela me rappelle l'erreur d'une dame du monde qui, ne sachant
200 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
pas que l'expression anglaise signifiait cinq heures, avait écrit
sur ses cartes d'invitation : « Le fïve o'clock aura lieu à quatre
heures. »
Plum cake.
Les Anglais excellent dans la fabrication de ce gâteau que
l'on peut classer parmi leurs mets nationaux. La recette en est
bien simple : une livre et demie de farine, une livre de sucre,
une livre de beurre, huit œufs entiers, un verre de rhum, une
pincée de sel, l'écorce râpée d'un citron, une livre de raisins de
Malaga, une de Corinthe, 500 grammes de Smyrne, un quart
d'orange confite et de cédrat, et autant de cerises sèches ; le
tout coupé en petits dés. Mettre dans une bassine le beurre
ramolli en pommade et le sucre en poudre. Mélanger avec une
spatule pendant quelques minutes, puis ajouter les œufs gra-
duellement. Travailler encore vigoureusement pendant dix
minutes, mêler à la pâte la farine et les autres ingrédients, et
30 grammes de Brown et Polson's paisley flour.
Beurrez un moule à charlotte qu'on garnit de papier de cui-
sine également beurré, puis y verser la pâte. Mettre à four
modéré, jusqu'à parfaite cuisson, ce dont on s'assure en enfon-
çant une aiguille à brider dans le milieu du gâteau. S'il est cuit,
l'aiguille, lorsqu'on la retire, est tout à fait sèche ; dans le cas
contraire, il faut remettre le plum cake au four. Le temps de
cuisson dépend naturellement de la grosseur du plum cake.
Punch cake.
Faire cuire à four doux, dans un grand moule à charlotte,
un appareil à biscuit de Savoie. Lorsqu'il est cuit, le démouler
et le laisser rassir pendant deux ou trois jours.
Le couper en trois tranches d'égale épaisseur, chaque tranche
devant représenter un gâteau, que l'on imbibe légèrement de
rhum, et que l'on masque de marmelade d'abricots.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 201
D'autre part, mettre dans une casserole 100 grammes de
marmelade d'abricots passée au tamis de laiton, avec un demi-
décilitre de rhum, quelques gouttes de curaçao et 100 grammes
de sucre en poudre; puis mélanger le tout légèrement avec six
blancs d'œufs fouettés bien fermes. Masquer le contour du
gâteau avec un peu de cet appareil dont on étend le reste sur la
surface en forme de dôme. Passer au four doux pendant dix
minutes pour sécher la meringue, que Ton colore à la sala-
mandre, s'il y a lieu de le faire. Décorer le dessus du gâteau
avec de l'angélique et des cerises sèches.
Le gâteau de mariage. — Wedding cake.
C'est avec la pâte de plum cake que l'on confectionne le
fameux gâteau de mariage qu'on voit figurer comme pièce de
milieu dans tout déjeuner de noces. On en fabrique de toutes
grandeurs, et le prix du gâteau varie depuis cinq francs jusqu'à
cinq cents francs. Il est ainsi mis à la portée de toutes les
bourses, depuis celle du plus humble citoyen jusqu'à celle du
lord richissime. Il existe à Londres des maisons spéciales pour
la fabrication de ces gâteaux, qui ont la propriété de se conser-
ver pendant un long laps de temps. Quelques jours avant le
mariage, les conjoints vont faire emplette du Wedding cake, qu'ils
choisissent à leur gré, et ce choix a pour eux autant d'impor-
tance que s'il s'agissait d'acheter un meuble ou un bijou.
Le temps de cuisson à donner au gâteau de mariage dépend
de son volume, et l'expérience seule peut servir de guide au
fournier. Lorsqu'il est cuit, on le laisse refroidir pendant un
jour ou deux, puis on le pare et on l'enduit d'une couche épaisse
de pâte d'amandes, autrement dit pâte à macarons. On masque
ensuite entièrement le gâteau d'une glace royale au blanc
d'œuf bien travaillée. On lisse la surface et les côtés avec la
lame d'un couteau mouillé, puis on laisse sécher pendant un
jour. Le wedding cake est ensuite élégamment décoré, orné
d'attributs appropriés à la circonstance, et agrémenté de ileurs
d'oranger, de nœuds de satin blanc et d'écussons symboliques.
202 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Quelquefois, le gâteau est surmonté d'un temple de l'hyménée,
sous la coupole duquel on entrevoit des figures allégoriques en
pastillage, reposant sur un socle, au pied duquel s'ébattent en
se becquetant les tourterelles traditionnelles.
A la fin du déjeuner, après les toasts de rigueur, le wedding
cake est découpé de la main de l'épousée, qui en offre une
tranche à chaque convive. Puis, le lendemain de la cérémonie»
le reste du gâteau est divisé en une infinité de parts, qui sont
envoyées par la poste, dans d'élégantes petites boîtes, à tous les
parents et amis qui n'assistaient pas au repas de noces. Une
omission dans cette distribution est considérée comme un
manque d'égards envers les intéressés.
Les jeunes filles superstitieuses attachent une grande impor-
tance à ce petit morceau de gâteau de mariage, qu'elles conser-
vent religieusement pour le placer sous leur traversin, avec la
conviction qu'elles verront en rêve l'image de celui qui devra
un jour leur offrir l'anneau nuptial.
Recette : Mettre dans une terrine 500 grammes de beurre frais
en pommade. Le travailler avec une spatule en y ajoutant
400 grammes de sucre en poudre et graduellement 10 œufs
entiers. Mêler à l'appareil 800 grammes de farine, 300 grammes
de raisin de Gorinthe, la même quantité de raisin de Smyrne et
de Malaga, et autant de cédrat et d'orange confits coupés en
petits dés. Ajouter un verre de cognac ou de rhum, 200 grammes
d'amandes hachées, une forte pincée de cannelle, le zeste râpé
d'un citron et une pincée de sel.
Beurrer un moule à Wedding cake dont on garnit les parois
de papier également beurré ; emplir le moule avec l'appareil et
cuire à four modéré. Le temps de cuisson dépend de la grosseur
du gâteau.
Ces gâteaux se servent aussi à l'occasion des baptêmes. On
les appelle alors Christening cakes. La composition de la pâte est
la même ; la seule différence consiste dans le décor et les attri-
buts allégoriques.
Le plus gros plum cake qui ait été fait fut présenté à la reine
Victoria lors de son jubilé.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 203
Ce gâteau gigantesque, qui figura sur la table royale au ban-
quet, avait trois mètres de circonférence et deux mètres cinquante
centimètres de hauteur, y compris la pièce montée qui la sur-
montait. Il pesait 250 kilogrammes. Celui dont je donne la
reproduction, dessiné d'après nature, parut sur la table du
déjeuner, lors du mariage du .duc d'York, le fils unique du
prince de Galles, avec sa cousine la princesse de Teck, et fut
fabriqué par le confiseur de la reine. La base, ornée d'un écusson
aux armes d'Angleterre, était entourée d'une couronne formée
de roses, de chardons et de trèfles, symboles de l'Angleterre,
de l'Ecosse etde l'Irlande. Six gracieuses cariatides supportaient
un vase Renaissance, duquel s'échappaient des guirlandes de
fleurs d'oranger. Le gâteau reposait sur un socle triangulaire,
autour duquel on avait placé, entre des amours artistiquement
groupés, des cornes d'abondance débordant de fleurs. Enfin, sur
le premier plan, et bien en évidence, l'inévitable lion britan-
nique et son inséparable compagne la licorne.
Au mariage de la princesse Béatrice, la plus jeune des filles
de la reine, les principales villes d'Angleterre envoyèrent cha-
cune un Wedding cake et le poids total de tous ces gâteaux
fut évalué à plus d'une tonne. Celui qui fut offert par la ville de
Windsor mesurait quatre-vingts centimètres de diamètre et
deux mètres de hauteur. Il était merveilleusement décoré en
pastillage et en glace royale, et orné d'écussons aux armes des
conjoints. Le sommet se terminait par un groupe d'Amours sup-
portant des médaillons sur lesquels étaient peintes des scènes
pastorales et des faisceaux allégoriques.
Buns.
Les buns sont des gâteaux qui tiennent lieu de brioches, les-
quelles sont inconnues chez nos voisins. D'une pâte plus com-
mune, elles sont plus légères que nos brioches ordinaires. Ces
gâteaux sont très en vogue, et se débitent chez les boulangers
etchez les « confectioners ». C'est surtout le vendredi saint qu'il
s'en consomme une grande quantité, car ce jour-là les buns sont
Gâteau de mariage du duc d'York. — Duke of Vork's Weddins cake.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 205
aussi obligatoires que les crêpes le mardi gras. Les Cross buns
se distinguent des buns ordinaires en ce qu'on les assaisonne de
cannelle et de carvi. De plus elles sont agrémentées d'une croix
(cross) faite avec deux coups de ciseaux lorsqu'on les moule.
Recette : Un décilitre de lait, un décilitre d'eau, une livre de
farine, 150 grammes de sucre, 100 grammes de beurre, trois
œufs, 200 grammes de raisins de Gorinthe, 15 grammes de
levure, une bonne pincée de cannelle en poudre et un peu de sel.
Mettre le quart de la farine dans une bassine et la délayer
avec l'eau et le lait légèrement chauffés ; y ajouter les œufs, la
levure, le sucre et le sel. Laisser revenir ce levain jusqu'à ce
qu'il ait doublé de volume. Mélanger alors le reste de la farine
avec le beurre et les fruits, puis avec le levain. On doit obtenir
une pâte légère qu'on laisse revenir de nouveau en la couvrant,
pour la préserver de Finfluence de l'air. Au bout d'une heure la
pâte est prête à mouler. On prend autant de fois 100 grammes
de pâte que l'on désire avoir de buns. Chaque morceau de pâte
est roulé en forme de boule et placé sur un plafond à quelques
centimètres l'un de l'autre, afin d'éviter que les buns ne se tou-
chent en cuisant. Mettre les gâteaux à revenir dans une chambre
chaude et, lorsqu'ils sont assez montés, ce qui ne doit pas durer
plus d'une demi-heure, on les met au four chaud. Quand ils sont
cuits, on les dore légèrement avec un peu de lait sucré dans
lequel on a amalgamé un œuf entier. On les remet une minute
au four pour sécher la dorure.
Cheese cakes.
Mettre dans une casserole de moyenne grandeur six jaunes
d'œufs, 200 grammes de beurre divisé en petits morceaux et
40 grammes de sucre en poudre. Placer la casserole au bain-
marie et remuer avec une cuiller de bois jusqu'à ce que la pré-
paration ait la consistance d'une sauce hollandaise. Ajouter
alors deux cuillerées de mie de pain fraîche, avec le zeste râpé
ainsi que le jus d'un citron. Avec cet appareil, remplir des moules
à tartelettes préalablement foncés avec du feuilletage. Placer sur
206 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
la surface un mince morceau de cédrat et cuire à four modéré-
ment chaud. On peut remplacer le cédrat par quelques raisins
de Corinthe.
Bambury cakes.
La petite ville de Bambury, située dans le Gloucestershire, a
le monopole d'un certain gâteau dont il se fait un énorme débit
dans tous les buffets de chemin de fer. Ce gâteau, lorsqu'il est
nouvellement confectionné, est des plus délectables et la répu-
tation dont il jouit dans les trois royaumes n'est nullement sur-
faite.
Recette : Une livre de farine, trois quarts de beurre, 15 gram-
mes de sucre en poudre, une pincée de sel. Délayer la farine et
le sucre avec assez d'eau froide pour en obtenir une pâte
ferme. Laisser reposer quelques minutes et l'étaler sur le mar-
bre. Appliquer le beurre préalablement manié sur la pâte. Rame-
ner sur la surface du beurre les côtés de la pâte, da manière à
ce que le beurre soit complètement enveloppé. On obtient ainsi
du feuilletage à trois quarts, auquel on donne six tours. On fait
alors des abaisses ovales de dix centimètres de long sur six de
large.
Au milieu de cette abaisse, on place une cuillerée à café
de raisins de Corinthe mélangés avec une demi-cuillerée de
cédrats coupés très mince. Ces fruits confits ont été préalable-
ment amalgamés avec assez de beurre mou, de sucre en poudre
et de biscuit émietté, pour en former une pâte consistante, qu'on
aromatise avec une bonne pincée de cannelle en poudre. Ces
raisins doivent avoir séjourné pendant vingt-quatre heures dans
le rhum. On les enveloppe alors avec l'abaisse de pâte en plaçant
la soudure du gâteau en dessous. Puis on les pose sur un plafond.
On les saupoudre abondamment de sucre en poudre et l'on fait
cuire à four chaud. Ces gâteaux doivent rester blancs, tels qui
les anciens gâteaux dits de Pithiviers.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 207
Maids of honor (Demoiselles d'honneur).
Ces gâteaux, dont le nom est assez bizarre, jouissent en An-
gleterre d'une grande réputation. Il y a même un certain mys-
tère attaché à leur fabrication, et le secret de la recette, qui
dans l'origine aurait été payé mille livres sterling, a été
transmis de père en fils depuis plusieurs générations.
D'après la légende, Anne de Boleyn, alors demoiselle d'hon-
neur à la cour d'Angleterre, confectionna ces gâteaux dans le
but de plaire au roi Henry V1IÏ qui, on le sait, était très gour-
mand. Le monarque les trouva fort à son goût, et faisant acte
de flatteuse galanterie à l'adresse de celle qui devait devenir
plus tard reine d'Angleterre, il les baptisa du nom de Maids of
honor (demoiselle d'honneur).
• *
Ce gâteau est une spécialité de Richmond, charmante petite
ville située sur les bords de la Tamise, à quelques kilomètres de
Londres. Cette ville possède un vieux château royal et un parc
magnifique, but de promenade des Londoniens les dimanches
et fêtes, et rendez-vous des sportsmen, des pêcheurs à la ligne
et des canotiers.
On ne va pas à Richmond sans manger des Maids of honor
pas plus qu'autrefois on ne pouvait passer par Saint-Denis sans
goûter à ses célèbres talmouses, ni par Nanterre sans acheter
un de ces gâteaux dont cette ville avait la renommée.
Un seul pâtissier de la ville possède le monopole et le soi-
disant secret de la recette [des Maips of honor, dont il expédie
journellement une grande quantité par toute l'Angleterre.
Ce gâteau ressemble un peu au mirliton, avec cette différence
qu'il est plus grossier de forme et moins délicat de goût.
Gâteau ivre. — Tipsy cake.
Le mot tipsy veut dire ivre et le mot cake signifie gâteau. Il
y a plusieurs manières de faire cet entremets ; mais la recette
suivante est celle que je préfère :
208 LA CUISINE ANGLAISE ET 'AMÉRICAINE
Cuire un gâteau génois dans un moule à charlotte et le lais-
ser rassir pendant deux ou trois jours.
Le couper en tranches de l'épaisseur d'un centimètre et bien
imbiber chacune de ces tranches de cognac, de rhum ou de
kirsch. Etendre sur chaque surface une couche de confiture
d'abricots passée au tamis, et redonner au gâteau sa forme pre-
mière, en superposant chaque tranche imbibée et garnie. Faire
fondre de la marmelade d'abricots avec un verre de xérès ou de
cognac, et la passer au tamis de fer. Masquer le gâteau avec
cette marmelade lorsqu'elle est encore chaude, et décorer le
Tipsy cake avec des amandes, des pistaches, des cerises sèches
et de l'angélique. On peut remplacer ce décor par une couche de
crème fouettée, aromatisée d'une essence quelconque. Au lieu
d'un gâteau génois, on peut avec avantage employer un biscuit
de Savoie rassis.
Trifle. — Trifle.
Couper, en morceaux à peu près égaux, du biscuit de Savoie
ou des biscuits à la cuiller cassés, qu'on place dans un plat et
qu'on saupoudre de macarons écrasés. Arroser légèrement le
tout de kirsch et de marasquin, et laisser macérer pendant
un quart d'heure. D'autre part, fouetter de la crème double
qu^on sucre légèrement et qu'on aromatise d'une essence
quelconque.
On fait ensuite, avec six jaunes d'œufs, une cuillerée d'arrow-
root, du sucre et du lait, une crème anglaise bien liée.
Prendre un compotier de cristal dans lequel on empile les
morceaux de biscuits et les macarons, en leur donnant une forme
conique. Masquer le tout de confiture de groseilles liquide, et
verser dessus la crème anglaise. -
Finalement, recouvrir le tout avec une couche épaisse de
crème fouettée sur laquelle on sème des pistaches hachées, des
raisins de Corinthe ou de la nonpareille de Verdun.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 209
Flemmery.
Le flemmery est un entremets qui se fait avec de la semoule
ou du sagou.
Faire bouillir un demi-litre de lait avec deux verres à bordeaux
de sherry (xérès) et laisser tomber dans le liquide bouillant cent
cinquante grammes environ de semoule ou de Sagou, en remuant
constamment avec une spatule pendant dix ou douze minutes.
Lorsque la pâte est bien lisse et assez consistante, on l'assai-
sonne de sucre et d'une pincée de sel, et on l'aromatise de sucre
de vanille, d'orange ou de citron. On retire la casserole du feu
pour la laisser tiédir un peu en la remuant afin d'éviter les
grumeaux ; puis on y incorpore quatre blancs d'œufs fouet-
tés.
Verser l'appareil dans un moule à charlotte ou à gelée humecté
d'eau, et mettre refroidir dans un endroit frais. — Lorsque le
flamery est tout à fait froid, il se démoule facilement. On le
masque lorsqu'il est sur le plat, d'une purée de fruits quelconque.
Crème de groseilles a maquereau.
Gooseberry fool.
On fait avec les groseilles, lorsqu'elles sont vertes, des tartes,
des puddings et des glaces. On en fait aussi un entremets qu'on
nomme gooseberry fool, qui est fort apprécié des dames anglai-
ses et des familiers de la nursery.
On fait cuire des groseilles vertes dans un poêlon d'office,
avec du sucre et très peu d'eau. Lorsqu'elles sont en purée, on
les passe à travers un tamis de crin, et on les mélange avec de
la crème double préalablement fouettée. On sert les gooseberry
fool dans les verres à punch. On envoie avec cet entremets des
gaufrettes, des palmiers, ou des biscuits à la cuiller. Cet entre-
mets se fait aussi avec de la rhubarbe ainsi qu'avec des fraises.
Dans ce cas, on le nomme Rubarb fool et Strawberry fool.
U
210
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Tarte de pommes à l'anglaise. — Apple tart.
Émincer les pommes dans un plat à tarte creux. Les recou-
vrir de sucre fin ou de cassonade et semer à la surface un peu
de zeste de citron haché. Mettre dans le fond du plat un demi-
verre d'eau. Faire une pâte ferme, dans la proportion de : une
livre de farine pour trois quarts de beurre, trente grammes de
sucre en poudre et deux jaunes d'œufs. Abaisser cette pâte au
rouleau, découper une
bande, qu'on fixe sur le
bord du plat humecté
d'eau, couvrir entière-
ment la pomme d'une
abaisse de pâte, souder
les bords, mouiller la sur-
face, et semer dessus du
sucre en poudre, mettre à four modéré et cuire trois quarts
d'heure. Pour varier, on dore quelquefois la tarte à l'œuf, et lors-
qu'elle est cuite on la saupoudre de sucre fin, et on glace à la
salamandre. Parfois aussi, on parfume la pomme de cannelle,
de clous de girofle ou de vanille.
Tartes de fruits en général.
On fait des tartes avec tous les fruits, même lorsqu'ils sont
encore verts. Ainsi on en fait avec les groseilles à maquereaux
avant qu'elles soient mûres. Il en est de même des jeunes
abricots et du verjus. Les cerises, les pêches, les abricots et les
prunes font d'excellentes tartes.
Tarte de rhubarbe, — Rhubarb tart.
La rhubarbe anglaise est préférable, pour employer comme
entremets, à celle qu'on cultive sur le continent et qui possède
une certaine âcreté que n'a pas celle qui croît en Angleterre.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 211
Choisir do jeunes tiges de rhubarbe; les éplucher, c'est-à-dire
enlever la peau filandreuse qui les recouvre, et les couper
en morceaux de 3 à 4 centimètres de longueur. Les ranger dans
un plat à tarte anglais, et les recouvrir de sucre en poudre ou
de cassonade blanche. Verser dans le fond du plat deux cuillerées
d'eau, et couvrir la tarte avec de la pâte fine, en procédant
comme pour la tarte de pommes; trois quarts d'heure de cuisson
suffisent. Cette tarte se sert chaude ou froide, mais elle est meil-
leure froide. On envoie avec cet entremets, comme avec presque
toutes les tartes de fruits, de la crème double dans un petit pot
à lait, ou de la crème fouettée dans un compotier.
Tarte de groseilles et framboises.
Mettre dans un plat creux des framboises et des groseilles
égrenées en égale quantité. Recouvrir les fruits de sucre en
poudre ou de bonne cassonade blonde et procéder comme pour
toutes les tartes de fruits en général. C'est-à-dire qu'après avoir
masqué les bords du plat avec une bande de pâte qu'on humecte,
on recouvre les fruits avec une large abaisse de pâte. Après
avoir soudé les bords par pression, on saupoudre la surface
de sucre en poudre et l'on fait cuire à four chaud pendant 43 mi-
nutes.
Compote de Rhubarbe. — Rhubarb compote.
Éplucher les tiges de rhubarbe dont on enlève la substance
filandreuse qui les recouvre, et les diviser en morceaux de
huit centimètres de longueur. On les fait cuire dans un sirop
dans lequel on fait infuser un peu de vanille ou de cannelle.
La rhubarbe ayant la propriété de fondre facilement, on doit
en surveiller attentivement la cuisson, afin de conserveries mor-
ceaux entiers, qu'on égoutte avec précaution sur un tamis lors-
qu'ils sont cuits. On les dresse ensuite dans un compotier
212 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Faire alors réduire le sirop au degré de la « nappe » et le
verser sur la rhubarbe lorsqu'il est froid.
Vol au vent de rhubarbe. — Rhubarb vol-au vent.
Faire un vol-au- vent d'entremets que l'on saupoudre de sucre
en poudre et qu'on glace à la salamandre, Lorsqu'il est cuit,
après avoir enlevé la partie pâteuse non cuite de l'intérieur.
Garnir le puits avec une compote de rhubarbe telle qu'elle vient
d'être décrite. On envoie à part dans un compotier de la crème
fouettée.
Tartelettes de groseilles vertes. — Gooseberry tartlets.
Faire cuire dans un sirop léger des groseilles à maquereaux,
qui ne doivent pas être beaucoup plus grosses qu'un noyau de
cerise. Lorsqu'elles sont cuites, les égoutter pour les remettre
ensuite dans le sirop lorsqu'on l'aura fait réduire à la nappe.
D'autre part, foncer des moules à tartelettes ordinaires avec
une pâte fine, ou avec des rognures de feuilletage. Mettre les
tartelettes à four chaud, après les avoir remplies de lentilles ou
de riz pour qu'elles conservent leur forme. Lorsqu'elles sont
•cuites, on les vide, on saupoudre les bords de sucre fin et on les
glace à la salamandre. Les garnir alors avec les groseilles.
Tarte de potiron. - Pumpkin tart.
Ce mets est plutôt américain qu'anglais. On enlève la peau
du potiron, puis on le coupe en morceaux qu'on place dans un
plat à tarte. On recouvre le potiron de sucre comme pour toute
tarte de fruits, on sème à la surface le zesle d'un citron haché
menu, et l'on étend ensuite une large abaisse de pâte qu'on soude
sur le bord du plat. Avoir soin de ne pas oublier de verser dans
le plat un demi-verre d'eau ou de vin blanc, avant de recouvrir
LA CUISINE AXdLAISK ET AMÉRICAINE 218
de pâte, afin d'empêcher que le potiron ne s'attache au fond du
plat. Humecter la surface de la pâte, la saupoudrer de sucre
fin et cuire à four chaud pendant trois quarts d'heure.
Gâteaux de Noël.
(Les Mince Pies.)
Les principaux gâteaux anglais, dans la préparation desquels
entrent les fruits secs et confits, sont le Plum-cake, le Balmoral,
le Currant-eake et le Greooa-cake.
Ils sont, depuis quelque temps déjà, connus et appréciés chez
nous, ce dont on peut se convaincre en observant les vilrines
des pâtissiers et des grandes épiceries parisiennes: mais un de
ces gâteaux exotiques est totalement inconnu en France, malgré
les indéniables qualités qui le caractérisent : c'est le Mince pie.
L'engouement des Anglais pour les fruits secs remonte à
l'époque où les difficultés des transports et la cherté des appro-
visionnements causaient la rareté des fruits frais et les rendaient
inabordables aux bourses modestes.
Le « Mince Pie » est particulièrement estimé et fanatique-
ment populaire en Angleterre. C'est le gâteau qui, avec le légen-
daire plum-pudding, préside en maître aux agapes pantagrué-
liques des fêtes de Noël, et son omission dans un repas de Christ-
mas serait considérée comme un manquement à toutes les règles
et coutumes de la tradition. L'importance attachée à sa prépa-
ration est telle qu'on s'en préoccupe un mois à l'avance, afin de
donner aux fruits le temps de bien s'imbiber de la liqueur spi-
ritueuse dans laquelle on les fait macérer.
Aujourd'hui que l'anglomanie lait rage, je m'étonne que parmi
les pâtissiers parisiens il ne se soit pas trouvé un initiateur pour
« lancer », sous une forme quelconque, cet excellent spécimen
de la pâtisserie britannique.
214
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Le jour de Noël, dans 10;. tes les familles anglaises, aussi
bien sur la table du lord omnipotent que sur celle du modeste
bourgeois ou de l'humble ouvrier, le Mince Pie est de rigueur;
aussi, la quantité qu'on consomme pendant la semaine de réjouis-
sances qui suit le jour de Noël est-elle formidable.
En un mot, un Cbristmas sans Mince Pies serait aussi inad-
missible que chez nous un Mardi
gras sans crêpes, ou qu'un jour
des Rois sans la galette tradition-
nelle.
Selon une antique croyance,
lorsque la jeune fille, en croquant
le premier morceau du gâteau,
formule tout bas un secret désir, le
prince charmant de ses rêves de-
vra se présenter dans le courant
de l'année qui s'annonce, et si son
souhait ne se réalise pas, on en
conclut que le merveilleux talis-
man n'a pas été préparé d'après l'exacte recette originale.
Cette recette, la voici :
Une livre de graisse de rognon de bœuf finement hachée.
Une livre de raisins de Malaga épépinés et hachés.
Une — de raisins de Smyrne.
Une — de raisins de Corinthe bien lavés et épluchés.
Une livre de pommes pelées et hachées.
500 grammes de cassonade blonde.
150 — de cédrats confits hachés.
100 — d'écorces d'orange confites également hachées.
30 — d'épices mélangées (cannelle, muscade, clous
de girofle, gingembre).
15 — . de sel.
Une demi-bouteille de cognac.
Un verre de rhum, un verre de madère.
Une livre de bœuf rôti haché.
Tous ces ingrédients doivent être hachés séparément, et la
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 215
viande de bœuf n'est pas obligatoire. Un moyen expéditif de
hacher les fruits consiste à les mélanger d'abord tous ensemble,
puis à les passer ensuite à la machine àhacher, excepté la graisse
qui doit être préparée à part, et les raisins de Corinthe et de
Smyrne qu'on se contente de bien éplucher et laver.
On place ces ingrédients, lorsqu'ils sont bien mélangés, dans
un vase en grès verni que l'on bouche hermétiquement, et on
les laisse macérer ainsi pendant environ un mois, en ayant soin
de les remuer tous les huit jours.
Lorsqu'on veut employer le Mince Méat (c'est le nom qu'on
donne au mélange), on fonce des moules à tartelettes avec de
la pâte à trois quarts, puis on les emplit avec les fruits.
On recouvre ensuite les tartelettes avec des abaisses de feuil-
letage à huit tours. Souder les bords, et après avoir doré la
surface à l'œuf battu, faire un trou au centre avec la pointe du
couteau pour faciliter l'évaporation. Cuire à four vif.
Les Mince Pies doivent être mangés très chauds, et on envoie,
en les servant, du cognac enflammé dans une saucière d'argent.
Rissoles de Mince Méat.
Le Mince Méat, grâce au vin et aux spiritueux dont il est im-
prégné, peut se conserver pendant plusieurs mois. On en fait un
excellent entremets sous forme de rissoles.
Prendre de la pâte brisée eu du feuilletage usé, et l'abaisser
très mince au rouleau sur la table farinée. Avec la valeur
d'une cuiller à café de Mince Méat, former chaque rissole,
qu'on doit espacer de trois centimètres. Humecter la pâte avec
un pinceau, et couvrir les rissoles avec une autre abaisse de
pâte. Souder la pâte en appuyant avec le pouce, et couper les
rissoles en forme de demi-lune, au moyen d'un coupe-pâte can-
nelé. Les tremper dans l'œuf battu pour les paner, puis les faire
frire à grande friture en les remuant constamment avec une
écumoire.
Lorsque les rissoles sont cuites, on les dresse en pyramide
216
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
sur une serviette ployée. Les saupoudrer avec de la glace de
sucre.
Bouchées de Mince Méat.
On peut également employer le Mince Méat pour en garnir
des petites bouchées et des tartelettes. Dans ce cas, lorsqu'on
sort les bouchées du four, on les ouvre et on enlève la partie
pâteuse; puis on saupoudre la surface de glace de sucre. On
donne le brillant avec la salamandre chauffée à blanc. Quant aux
tartelettes, lorsqu'elles sont garnies de Mince Méat, les coiffer
d'un petit couvercle en feuilletage tel qu'on en met sur les crous-
tades Monglas.
Omelette de Noël. — Christmas Omelette.
<r
Battre six œufs auxquels on ajoute une
cuillerée de rhum, [autant de crème et un
peu de zeste de citron râpé. Verser les œufs
dans une [poêle dans laquelle on fait fondre
75 grammes de beurrre. Remuer sur le feu jus-
qu'à ce que les œufs commencent à prendre.
Retirer la poêle du feu et garnir l'intérieur de
Mince Méat. Plier l'omelette et après l'avoir
retournée sur le plat, la
saupoudrer de sucre, l'ar-
roser copieusement de
rhum, et l'allumer au mo-
ment de l'envoyer sur table.
Cambridge cakes.
Faire une pâte ferme et
lisse composée de 500 grammes de
farine, 250 grammes de beurre,
^g^y 250 grammes de sucre en poudre,
30 grammes de Broivn and Poison ba-
king powder, autant de sel et deux œufs entiers. Travailler vigou-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 217
reusement cette pâte et l'abaisser de l'épaisseur d'un demi-
centimètre. La couper avec un coupe-pâte rond et uni, et pincer
les bords des gâteaux qu'on range sur une plaque. Les dorer et
les rayer en losanges avec la pointe d'un couteau. Cuire d'une
couleur blonde à four modéré.
Gâteaux au gingembre. — Gringer cakes.
Ingrédients : une livre de farine, 350 grammes de beurre,
350 grammes de sucre tamisé, 60 grammes de gingembre en
poudre, une pincée de sel, 8 jaunes d'oeufs..
Mélanger tous ces ingrédients ensemble sur le marbre ou
sur le tour à pâtisserie, et en former une pâte compacte qu'on
laisse reposer un quart d'heure, puis qu'on abaisse de l'épais-
seur d'un demi-centimètre.
Ensuite, avec un coupe-pâte d'une forme quelconque, on
découpe les croquets qu'on place sur un plafond beurré. Lors-
qu'ils sont à moitié cuits, on les saupoudre de sucre fin, puis on
les remet au four prendre couleur.
Cranberry tart.
Les cranberries sont des fruits qui ont l'apparence de gro-
seilles rouges, mais dont le goût est totalement différent. On les
récolte dans les montagnes d'Ecosse où ils poussent à l'état sau-
vage, parmi les bruyères. On les emploie pour en faire des tartes
et des puddings, des gelées et des confitures.
Ce fruit est très commun en Russie et on en expédie des
quantités considérables en Angleterre. >
Après avoir épluché et lavé les cranherries, les mettre dans
un plat à tarte et les sucrer. Procéder ensuite comme pour toute
tarte de fruits à l'anglaise.
Puff crackers américains. —Américain pufFs crackers.
Préparer une demi -livre de feuilletage dans les proportions
de trois quarts de beurre à la livre, et donner six tours à la pâte.
218 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
D'autre part, prendre des meringues et garnir chaque coquille
avec delà marmelade de pommes bien réduite. Abaisser la pâte
et la détailler en autant d'abaissés qu'on a de moitiés de merin-
gues. Chaque demi-meringue est ensuite placée, partie creuse
en dessous, sur une abaisse dont on humecte les bords. On
recouvre la meringue d'une abaisse circulaire et on soude les
deux parties en relevant les bords en torsade, ainsi qu'on le fait
pour les chaussons de pommes. On dore alors les gâteaux à
l'œuf battu et on les met cuire à four chaud. Lorsque les crackers
sont presque cuits, on les saupoudre de sucre fin pour les
glacer à la salamandre, si le four n'est pas assez chaud pour les
colorer.
On peut remplacer la marmelade de pommes par du Mince
Méat ou par de la crème pâtissière.
Seed cake.
Ce genre de gâteau se sert avec le thé de 5 heures.
Ingrédients : 3 livres de farine, une livre et demie de sucre
en poudre, une livre de beurre, 10 œufs entiers, 30 grammes de
graine de carvi (ou cumin), deux verres de lait, 120 grammes
de cédrat haché très fin, un peu de sel et un verre de rhum ou
de cognac, 30 grammes de (Brown and Poison paisley flour).
Mélanger le beurre ramolli avec le sucre et les œufs, puis y
ajouter la farine, le carvi et le cédrat. Le mélange doit s'opérer
graduellement pour ne pas former de grumeaux. Lorsque tout
est bien amalgamé, on verse la pâte dans des moules à char-
lotte unis, préparés à Pavance, c'est-à-dire beurrés et garnis de
papier à l'intérieur. Cuire à four chaud, et lorsque les gâteaux
sont cuits, les démouler sur un tamis et les laisser refroidir avec
le papier qui les entoure.
Balmoral cake.
Le Balmoral cake se sert également avec le thé.
Ingrédients : 2 livres de farine, 350 grammes de beurre,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 219
490 grammes de sucre en poudre, 4 œufs entiers, 4 décilitres de
lait, 20 grammes de graine de cumin ou d'anis,40 grammes de
cédrat confit coupé en très petits dés, un peu de sel.
Mélanger le beurre ramolli avec le sucre, les œufs, l'anis ou
le cumin, et le cédrat. Puis ajouter la farine et le lait graduelle-
ment afin d'éviter les grumeaux. Sitôt le mélange opéré, trans-
férer la pâte immédiatement dans un moule à charlotte beurré,
et garni de papier également beurré. Cuire à four modéré. Ce
gâteau doit être mangé frais, car il devient vite rassis, à cause
de la grande quantité de farine qui entre dans sa composition.
Madeira cakes.
Ingrédients : 500 grammes de farine, 375 grammes de beurre,
375 grammes de sucre en poudre, 8 œufs entiers, le zeste râpé
ou haché d'un citron, un verre de rhum, une pincée de sel.
Faire ramollir le beurre en le mettant au bain-marie quel-
ques minutes, sans que pour cela il devi enneliquide. Le placer
ensuite dans une terrine avec le sucre et le travailler dix minutes
avec une spatule. Ajouter les œufs un par un, en continuant de
travailler l'appareil. Lorsque la pâte assume une apparence cré-
meuse, ajouter la farine et le rhum. On ne doit plus travailler
la pâte après que la farine est bien mélangée. Ces gâteaux se font
cuire généralementdansdes cercles en fer-blanc de5 centimètres
de hauteur sur 4 de diamètre, qu'on a préalablement garnis de
bandesde papier beurré,
Queen's cakes.
Avec 250 grammes de farine, 6 jaunes d'œufs, une bonne
pincée de sel et 30 grammes de beurre, préparer de la pâte à
nouilles qu'on abaisse aussi mince que possible, puis qu'on divise
en bandes de 4 centimètres de largeur, pour les couper ensuite
en vermicelle. Faire sécher les nouilles sur un tamis pendant une
heure ou deux en les remuant de temps en temps puis
220 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
les mettre dans une casserole contenant deux verres de crème,
30 grammes de beurre, 200 grammes de sucre en poudre, un
verre de cognac, et laisser bouillir en remuant légèrement jus-
qu'à ce que les nouilles aient absorbé toute la crème. Retirer
alors du feu, laisser un peu refroidir et mélanger à la préparation
six jaunes d'œufs, et 13 grammes de « Brown and Poison Pais-
ley flour ».
Beurrer deux plaques d'office sur chacune desquelles on étend
la pâte qui doit être d'un demi-centimètre d'épaisseur. Mettre les
plaques au four et lorsque la pâte est cuite on la détache de la
plaque. On étend sur la surface d'une des abaisses, de la mar-
melade d'abricot qu'on recouvre avec la seconde abaisse. On
détaille alors les gâteaux en forme de demi-lune avec un em-
porte-pièce, et on les dresse en couronne. On peut se servir,
pour garnir ces gâteaux, de toute espèce de confitures, et même
de frangipane, et leur donner n'importe qu'elle forme. On
peut aussi les meringuer légèrement, et semer à la surface des
pistaches hachées et des raisins de Corinthe. Dans ce cas on les
met quelques minutes à l'étuve ou au four, pour sécher la
meringue.
Biscotes. — Rusks.
Ingrédients : 500 grammes de farine, 400 grammes de beurre,
200 grammes de sucre en poudre, 4 œufs entiers et 4 jaunes.
Une bonne pincée de sel, 15 grammes de levure et 3 cuillerées
de crème.
Mélanger tous ces ingrédients (excepté la levure) sur le
marbre, comme on fait pour la pâte à brioche. On doit avoir
mis en réserve une partie de la farine pour mélanger avec la
levure. Pendant que s'opère la fermentation du levain, on tra-
vaille la farine, le beurre et les œufs avec les mains, jusqu'à ce
que la pâte ait acquis une apparence lisse et élastique. On y mé-
lange alors le levain, puis on place la pâte dans des moules fari-
nés, de forme oblongue, qui sont affectés à cet usage. Ces moules
sont placés dans un endroit chaud, et lorsque la pâte est assez
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 281
revenue, on renverse les moules avec soin sur une plaque d'office
beurrée. On enlève les moules, on dore à l'œuf la surface des
gâteaux, et on les met à four chaud. Lorsqu'ils sont cuits et
refroidis, on les coupe transversalement en tranches d'un centi-
mètre d'épaisseur ; on les range à plat sur un plafond, et on les
remet au four chaud, jusqu'à ce que les rmks aient atteint une
couleur dorée de chaque côté.
Ces gâteaux secs se servent généralement pour le premier
déjeuner et avec le thé de cinq heures.
Mirlitons au lait caillé. — Curd cheese cake.
Mêler dans un mortier 250 grammes de lait caillé pressé
daus un linge pour en absorber le liquide superflu. Ajouter
loO grammes de sucre en poudre, 60 grammes de beurre,
6 jaunes d'œufs, un peu de muscade râpée, trois ou quatre
macarons secs, le zeste d'un citron haché très fin, et une légère
pincée de sel. Foncer des moules à tartelettes creux avec du
feuilletage et les emplir avec cet appareil. Saupoudrer de sucre
fin, laisser reposer quelques minutes, et mettre au four chaleur
modérée.
Pancakes.
Le mot pancake, est un mot anglais dont les dérivatifs pan et
cake signifient gâteau et poêle.
En Angleterre comme en France, l'usage exige que Ton mange
des crêpes le mardi gras.
L'appareil à pancake se prépare ainsi :
Délayer 120 grammes de farine, 10 grammes de sucre,
20 grammes de macarons écrasés, un peu de fleur d'oranger, une
pincée de sel, 4 œufs entiers, un demi-litre de lait et 30 grammes
de beurre fondu. Faire frire dans la poêle comme les crêpes
ordinaires. Les macarons ne sont pas obligatoires.
222 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pancakes soufflés.
Mettre dans une casserole 60 grammes de farine, autant de
sucre et délayer le tout graduellement avec un verre et demi de
lait. Ajouter 30 grammes de beurre, un grain de sel et le zeste
râpé d'un citron. Tourner l'appareil sur un feu ardent jusqu'à
ce qu'il épaississe, et le faire réduire pendant cinq minutes en
remuant constamment. Retirer l'appareil du feu, et, lorsque la
pâte est un peu refroidie, ajouter 4 jaunes d'œufs dont on fouette
les blancs bien ferme.
Faire fondre dans une petite poêle une cuillerée à bouche de
beurre clarifié et, lorsqu'il est bouillant, étendre dans la poêle
assez d'appareil à soufflé pour en couvrir le fond. Lorsque le
pancake est coloré d'un côté, on le retourne, et lorsqu'il est
cuit, de l'autre côté, on le fait glisser sur le plat dans lequel
il doit être servi, et qui doit être en porcelaine à feu ou en
argent.
On met le plat à four modéré, pendant qu'on prépare un
second pancake, lequel on fait glisser sur le premier, que l'on
a préalablement enduit de marmelade de pommes ou d'abricots .
On continue ainsi en alternant la marmelade et le pancake jus-
qu'à ce que Ton ait la hauteur désirée. Cet entremets ne doi^
sortir du four que pour aller sur table.
Pancakes au gingembre à la new-yorkoise.
Formule : 250 grammes de farine, 100 grammes de sucre et
poudre, 125 grammes de gingembre tamisé, 100 grammes de
beurre fondu, 5 grammes de sel, un demi-litre de lait, 4 jaunes
d'œufs, 4 blancs fouettés.
Diluer la farine, le sucre, le gingembre avec le lait et la tra-
vailler un peu pour en faire une pâte lisse, à laquelle on ajoute
en dernier lieu les blancs d'œufs fouettés. Procéder ensuite
comme s'il s'agissait d'une crêpe ordinaire.
Lorsqu'un pancake est cuit, on le saupoudre de sucre e t on
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 223
le roule sur lui-même, puis on le met à l'étuve, où les autres
viendront se ranger au fur et à mesure qu'ils seronts cuits. Cet
entremets demande à être servi très chaud. On peut, avant de
dresser les pancakes, les saupoudrer de sucre fin et les glacer à la
salamandre.
Turnover.
Le turnover est le gâteau qu'en terme de pâtisserie on appelle,
on ne sait pas trop pourquoi, un chausson. On le confectionne
le plus souvent avec des pommes; mais il peut se faire avec
toute espèce de fruits. Si ces fruits sont d'une nature délicate,
tels que les pêches et les abricots, on les emploie crus et émin-
cés; en se contentant de les rouler dans le sucre. Dans tout autre
cas, on réduit les fruits en marmelade avant d'en garnir le tur-
nover.
• Abaisser du feuilletage de l'épaisseur d'un demi-centimètre,
et le couper de la forme et de la grandeur d'une assiette. On en
garnit la moitié avec le fruit, puis on humecte les bords avec un
pinceau mouillé. Recouvrir ensuite la partie de la pâte garnie
avec la moitié qui ne l'est pas. Après cette opération, le gâteau
doit avoir la forme d'une demi-lune. Souder les bords qu'on,
relève en formant un tortil afin d'opposer une digue au fruit qui
s'échapperait sans cela; puis mouiller la surface avec de Peau.
Finalement saupoudrer le gâteau de sucre et le mettre au four.
Si l'on préfère obtenir une surface brillante, remplacer l'eau par
de l'œuf, et procéder comme pour les gâteaux feuilletés.
Gâteaux à la noix de coco. -- Gocoa nut pastry.
Préparer une demi-livre de pâte à génoise légère et la faire
cuire sur un plafond carré. Lorsqu'elle est cuite, la retourner
sur une feuille de papier et la laisser refroidir. On détaille alors
la génoise en bandes larges de six centimètres à peu près, que
l'on fend par le milieu pour la garnir de marmelade d'abricots à
laquelle on a mélangé de la noix de coco râpée. On réunit les
:22i LA CUISINE ANGLAISE et américaine
deux abaisses, et l'on glace la surface de la génoise avec une
glace à l'eau, ou avec une couche de fondant ; puis, avant que le
sucre ne soit tout à fait sec, on sème sur les gâteaux de la noix
de coco râpée. On détaille ensuite la génoise d'après la méthode
ordinaire.
Muffins.
Préparer une pâte molle avec une livre de farine délavée
avec un verre de lait tiède, 10 grammes de sel. Autant de s3P^
30 grammes de beurre et lo grammes de levure.
Placer la pâte dans une sébille et la laisser revenir pendant
trois ou quatre heures. La remettre sur le tour et y ajouter de
la farine afin de la rendre assez consistante pour pouvoir la
travailler. En former des boules de la grosseur d'un œuf, qu'on
aplatit et qu'on pose sur un linge bien fariné dans un endroit
chaud.
Lorsque les muffins sont revenus à point, on les fait cuire
sur la plaque d'un fourneau en fonte bien chauffée, et lorsqu'elles
sont cuites d'un côté, on les retourne avec un couteau à palette.
Quelques minutes de cuisson suffisent. On mange ces gâteaux
pour déjeuner, ou avec le thé de 5 heures. Les fendre en deux
lorsqu'on veut les servir et les faire griller comme des rôties de
pain ordinaire. On étend du beurre frais sur chaque tranche
qu'on rassemble ensuite en donnant aux muffins leur forme pri-
mitive.
Floating Island. — Ile flottante.
Prendre un biscuit de Savoie qu'on faire cuire dans un moule
à charlotte, et le laisser rassir pendant deux ou trois jours. On
le coupe alors en tranches d'un centimètre d'épaisseur qu'on
humecte de curaçao, de kirsch ou de marasquin. On masque chaque
tranche de marmelade d'abricot, qu'on parsème de raisins de
Corinthe et d'amandes hachées. On superpose les tranches de
biscuits jusqu'à ce qu'on ait atteint la hauteur d'un moule d'en-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 225
tremets ordinaire. On masque alors le gâteau de crème fouettée
légèrement sucrée et aromatisée. On égalise la crème avec un
couteau, et Ton sème sur la surface et sur les côtés du gâteau,
de? pistaches coupées en minces filets, et quelques raisins de
Corinthe. Placer ensuite le gâteau dans un compotier de cristal
et verser autour un sirop de framboises ou une crème anglaise
à la vanille.
Dwarf Cheese biscuits.
Ces biscuits, qui sont de la grandeur d'une pièce de 10 cen-
times, sont mis gratis à la disposition des clients dans les bons
public houses. Ce sont des biscuits secs et non sucrés qu'on
mange aussi avec le fromage en guise de pain.
Ingrédients : 500 grammes de farine de gruau, 150grammes
de beurre, un œuf, une grosse pincée de sel, un verre de lait.
Mélanger d'abord la farine et le beurre; puis, après avoir
fait un puits avec la farine, ajouter le lait et l'œuf entier. Amal-
gamer tous les ingrédients pour en' former une pâte très ferme
qu'on laisse reposer plusieurs heures enveloppée dans un linge
mouillé. On abaisse la pâte de l'épaisseur d'un demi-centimètre,
et l'on détaille les biscuits qu'on fait cuire à four chaud, après
les avoir piqués de plusieurs trous avec une fourchette. Lors-
qu'ils sont cuits il faut encore les faire sécher à l'étuve pendant
une heure.
Butter biscuits.
Ingrédients : uue livre de farine, 100 grammes de beurre,
un demi-verre de lait, une pincée de sel, autant de sucre et
10 grammes de levure. Former une pâte très ferme qu'on abaisse
et qu'on détaille avec un coupe-pâte uni, et qu'on pique ensuite
avec un ustensile appelé « tampon à clou ». Laisser revenir une
heure, et cuire à four chaud. A leur sortie du four, les humecter
légèrement avec un pinceau trempé dans du lait sucré et
mélangé avec de l'œuf battu.
15
226 LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
York biscuits.
Ingrédients : une livre de farine, 100 grammes de beurre,
100 grammes du sucre en poudre, 2 jaunes d'œufs, une pincée
de sel, et le tiers d'un litre de lait. Dissoudre le sucre et le sel
dans le lait chaud. Placer la farine sur le marbre, et avec le
lait et les autres ingrédients, faire une pâte ferme qu'on abaisse
de l'épaisseur d'un centimètre et qu'on découpe avec des emporte-
pièce de fantaisie. Cuire à four chaud.
Water biscuits ou hard biscuits.
Les boulangers et les pâtissiers anglais ont une supériorité
marquée pour la fabrication de ces biscuits secs appelés Water
biscuits (biscuits à l'eau).
Ils en confectionnent une infinité de variétés, comme forme
et comme, grandeur, et s'ils diffèrent par les ingrédients qui les
composent, leur manipulation est toujours à peu près la même.
Il faut d'abord, dans tous les cas, commencer par mélanger le
beurre et la farine, en les frottant ensemble jusqu'à ce que la
farine apparaisse comme sableuse sous la pression des doigts,
afin que le peu de beurre que contient la pâte soit également
distribué-
Ce n'est qu'alors qu'on ajoute les autres ingrédients, qui se
composent invariablement, en plus ou moins grande quantité,
de farine, de lait ou d'eau, et d'ceufs. La pâte doit toujours
être très ferme, et c'est avec une grande difficulté qu'on arrive
à obtenir un bon résultat. Aussi, les fabricants ont-ils recours à
un système de rouleau à levier, ou à une espèce dé cylindre en
bois sous lequel on fait passer et repasser la pâte jjusqu'à ce
qu'elle devienne parfaitement lisse.
Il faut alors l'envelopper dans un linge humide et la laisser
reposer plusieurs heures avant de s'en servir.
Après avoir détaillé les « Water biscuits » àl'emporte-pièce,
on les pique au moven d'un coupe-pâte auquel plusieurs pointes
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 227
sont ajustées. A défaut de cet instrument, on sesert d'une four-
chette de fer à pointes acérées.
Règle générale : ces biscuits doivent être cuits à four chaud
et laissés, après être sortis du four, dans une étuve, pendant
une heure ou deux.
Ce n'est qu'à cette dernière condition qu'on les conservera
secs. Il faut aussi avoir soin, lorsqu'ils seront bien refroidis, de
les préserver de l'humidité en les enfermant dans des boîtes en
fer-blanc, inacessibles à l'air.
Captain biscuits.
Le biscuit sec le plus en honneur est le Captain biscuit.
On en fait de deux espèces : le Captain biscuit épais (Thick
captain), et le mince (Thln captain); mais la manipulation et la
composition de la pâte est la même, sauf que, pour les minces,
on met un peu moins de beurre.
Ingrédients : 1 kilogramme de farine, 60 grammes de beurre.
\ œuf entier, 20 grammes de sel et un verre d'eau. Procéder
comme il est expliqué précédemment pour le Water biscuit.
On les détaille avec un coupe-pâte rond, de six ou huit centi-
mètres de diamètre.
Biscuits à la diable. — Devilled biscuits.
Ces biscuits, que l'on ne sertque dans certains dîners, notam-
ment dans les mess d'offlciers et les repas de chasse, se pré-
parent ainsi :
On étend du beurre sur les deux faces d'un « Captain bis-
cuit », qu'on saupoudre de poivre rouge. On le met ensuite sur
le gril pendant quelques minutes. Quelquefois, pour varier, on
ajoute au beurre un peu de poudre de curry, de la purée d'an-
chois ou de la moutarde anglaise. On sert les Devilled biscuits à
la fin du dîner ou du souper, lorsque, après avoir enlevé lanappe,
on apporte les vins de Porto et de Xérès.
Cette antique coutume qui consistait, en Angleterre, à manger
228 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
des hors-d'œuvre endiablés (Devilled) après le dîner, dans le but
de provoquer une soif artificielle, pour exciter les buveurs repus
à boire de nouveau, a, depuis long-temps, disparu des mœurs
anglaises; mais il fut un temps où, lorsque les dames avaient
quitté la table, on apportait un assortiment de mets fortement
épicés, tels que filets de harengs saurs, sardines et anchois rou-
lés dans le curry et le paprika; rôties de pain au fromage, sau-
poudrées de poivre de Cayenne; biscuits au gingembre, etc.,
enduits de condiments diaboliques. Un dîner n'était complet
qu'à la condition de voir figurer un de ces excitants au des-
sert.
En ce temps-là, le départ des dames donnait le signal de
Forgie. Le vin de Porto, le xérès, le Champagne et le vhisky
étaient apportés, et les bouteilles pleines succédaient aux bou-
teilles vides, avec un admirable entrain. Aujourd'hui, nos voi-
sins ne s'adonnent plus à ces excès d'intempérance; ou si, dans
certains cas, ils veulent encore faire revivre la vieille tradition,
ils le font avec plus de décence et de modération.
Scotch scones.
Ce gâteau est d'origine écossaise. C'est un biscuit sec, qui se
sert ordinairement avec le thé, surtout en province. On étend
du beurre frais dessus.
Recette : une livre de farine, 125 grammes de beurre, une
cuillerée à moutarde de bicarbonate de soude, un peu de sel et
assez de crème ou de lait pour former une pâte ferme. Abaissez
au rouleau et détaillez les scones de la torme triangulaire et de
la grandeur des « sablés » parisiens.
On doit mettre les scones au four à chaleur modérée aus-
sitôt qu'ils sont sur plaques. Quelques minutes de cuisson suf-
fisent.
Il est important de bien amalgamer le carbonate de soude
avec la farine avant d'opérer le mélange avec la crème ou le
lait.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 229
Ginger nuits.
Ingrédients : une livre de farine, un quart de beurre,
200 grammes de mélasse, 30 grammes de gingembre en pou-
dre, un peu de zeste de citron haché très fin, deux ou trois œufs
entiers, et 5 grammes de carbonate de soude. Mélanger ces
ingrédients, et en former une pâte ferme qu'on abaisse au rou-
leau de l'épaisseur d'un demi-centimètre. Détailler à i'emporte-
pièce mesurant 5 centimètres de diamètre et cuire à four chaud.
Crumpets.
Ces gâteaux, comme les muffîns et les scones sont très goû-
tés dans la classe bourgeoise. Ils doivent être mangés très
chauds.
500 grammes de farine, 30 grammes de beurre, 30 gram-
mes de Brown et Poison parsley flour, 10 grammes de sel, un
œuf et assez de lait pour que la pâte ne soit pas trop liquide.
Cuire à four vif dans des cercles à muffîns.
Devonshire Junket.
Chauffer à feu doux un litre de lait bien frais et non écrémé
auquel on ajoute une cuillerée à soupe de pressure ou caillette.
Surveiller le lait qui ne doit pas dépasser la température de
33 à 40 degrés centigrades. On le verse alors dans des plats à
puddings ou des compotiers de cristal. Le lait se caille en refroi-
dissant.
Telle est la recette du Junket naturel; mais on peut la parfu-
mer de vanille ou de toute autre essence, voire même de kirsch,
rhum ou cognac. Dans ce cas, il faut sucrer le lait modérément.
CHAPITRE XI
PUDDINGS
L'Amérique est le seul pays au monde qui puisse rivaliser
avec l'Angleterre, pour la diversité d'espèces de puddings qu'elle
possède à l'actif de sa cuisine nationale.
J'ai, dans ma bibliothèque culinaire, un livre américain, trai-
tant exclusivement des puddings, et qui contient plus de 1,000 re-
cettes. Je m'abstiendrai de les énumérer toutes, car il en est de
ces entremets comme des omelettes, qui peuvent être apprêtées
de 200 façons différentes, mais qui ne varient entre elles que
par l'assaisonnement ou l'addition d'une substance alimentaire
quelconque. Ces innombrables manières de confectionner des
omelettes pourraient se résumer en quelques lignes, comme les
mille recettes de mon volume de puddings pourraient être décri-
tes en quelques pages.
Je ne m'occuperai donc dans ce chapitre que des principaux
puddings anglais, en laissant de côté ceux que la fantaisie ou
l'originalité peut avoir suggéré à Fauteur du livre, et qui ne sont
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 231
après tout que des dérivatifs de ceux dont je donne les recettes.
Au moyen âge, le jour de Noël, un plum-pudding monstre
était servi en grande pompe sur la table royale. Son entrée dans
la salle du banquet était annoncée à son de trompe, et deux pages
babilles de brocart et de velours, avec, sur la poitrine, l'écus-
son du souverain, transportaient sur un brancard frangé d'or
le mets national surmonté de la branche de houx traditionnelle.
Après l'avoir promené autour de la table, on le déposait sur un
buffet où il était découpé et servi.
Le plum-pudding.
A tout seigneur tout honneur; c'est pourquoi nous nous
occuperons tout d'abord de celui des puddings qui constitue
l'entremets national par excellence et dont la réputation est
universelle.
A la fin du xvm e siècle, un humoriste français définissait
ainsi, d'un sarcastique trait de plume, la cuisine anglaise : —
« Cette nation a plus de 50 religions, mais ne connaît qu'une
seule sauce. » — Notre malin compatriote, qui faisait allusion
à la sauce au beurre, aurait pu également constater que les
Anglais ne connaissaient qu'un entremets sucré, le pudding.
Les puddings jouent, en effet, un grand rôle dans l'alimentation
de l'enfant à partir du jour où il a été sevré du lait maternel.
Ce sont d'abord des puddings légers à base de farines et de pâtes
alimentaires ; puis, graduellement, et à mesure que l'enfant
grandit, on lui en donne de plus substantiels dans la composi
tion desquels entrent la graisse de bœuf et des fruits frais ou con-
fits ; tels le pudding au raisin de Corinthe, à la mie de pain, aux
figues, aux pommes, aux marrons, etc. Mais il en est un entre
tous, adopté comme entremets national, et reconnu comme une
des gloires gastronomiques de l'Angleterre : c'est le plum-pud-
ding ! C'est en effet l'entremets anglais qui tient le record de
l'excellence chez nos voisins, celui qui, à bon droit, jouit d'une
popularité immense, et qui a, comme son camarade le roast
232 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
beef, l'honneur de figurer aux agapes et aux banquets corpora-
tifs, en un mot à toutes les importantes réunions où la table est
mise; mais c'est surtout le jour de Noël qu'il trône dans toute
sa gloire et sa splendeur.
Des chercheurs et des étymologistes ont prétendu contester
l'origine du plum-pudding, et tenté de prouver que sa création
remontait au temps des Grecs et des Romains ; mais les preuves
apportées par ces savants reposent sur des données si vagues,
qu'il est permis de douter de leur authenticité.
Il me revient à la mémoire une histoire de plum-pudding
assez plaisante : une dame française en avait donné la recette,
qu'elle avait rapportée de Londres, à sa cuisinière, et lui demanda
d'en préparer un d'après la donnée exacte de la prescription. La
recette disait bien que les ingrédients, après avoir été parfaite-
ment mélangés, devaient bouillir pendant cinq heures; mais on
avait omis de spécifier qu'il fallait envelopper la préparation dans
une serviette ou lamettredansunmoule; si bien que notre cordon
bleu, ne sachant comment servir ce bizarre entremets, qui, par
suite d'un long séjour dans l'eau bouillante se trouvait totalement
dilué, crut bien faire en l'envoyant dans une soupière. On juge
del'étonnementdes convives et del'ébahissement de la maîtresse
de maison.
L'anecdote suivante, dans laquelle le plum-pudding joue un
des principaux rôles, n'est pas moins amusante que celle qui
précède :
La scène se passe en Angleterre sous lerègnedeGeorgesIU.
Un éminent écrivain, le docteur Johnson, qui, outre des ouvra-
ges philosophiques, publia son fameux dictionnaire, qui estresté
le prototype de la langue anglaise, faisait un voyage d'observa-
tions scientifiques dans le pays de Galles en compagnie de son
ami Boswell, un autre savant presque aussi célèbre et tout aussi
gourmand. Tous deux s'arrêtèrent dans une auberge d'appa-
rence plus que modeste, et demandèrent qu'on leur préparât
pour dîner un poulet rôti et un plum-pudding. Après une longue
excursion danslamontagne, les deux voyageurs retournèrent à
l'auberge vers l'heure du dîner, et Boswell, avant de se mettre à
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 233
table, eutl'idée d'aller faire un tour à la cuisine, où il vit, couché sur
broche et devant un feu clair et pétillant, un superbe poulet, dont
les flancs, dorés par la flamme ardente du foyer, exhalaient un
suave et appétissant parfum. Assis devant la broche et dominant
le rôti, un petit paysan tout dépenaillé était installé avec la mis-
sion d'en surveiller la cuisson. Il s'acquittait d'ailleurs fort cons-
ciencieusement de sa tâche, et tandis que, muni d'une cuiller, il
arrosait la volaille d'une main, de l'autre il fourrageait sans
relâche une crinière hirsute, d'apparence suspecte, qui donnait
à penser que des myriades de parasites y tenaient garnison.
Boswell, à bon droit écœuré par ce spectacle, rejoignit son
camarade à la salle à manger, mais ne lui dit rien de ce qu'il
avait vu et se garda bien de toucher au poulet, alléguant
qu'il n'avait pas faim, et prétexant qu'il voulait se réserver
pour le plum-pudding dont il était très friand. Johnson, dont
la gloutonnerie était proverbiale, escomptant en perspective une
plus grosse part du rôti, attaqua la volaille qu'il dévora presque
entièrement ; si bien que lorsque l'entremets fut apporté, il
refusa d'y goûter et se contenta de tremper dans un verre de
porto un biscuit qu'il grignota en regardant son ami battre en
brèche le pudding dont il se régala à satiété.
Entre la poire et le fromage, Boswell raconta à son compa-
gnon la scène dont il avait été témoin. Johnson, que ce récit fît
bondir de dégoût, fit venir le gamin qu'il morigéna vertement,
et, bouillant de colère : « Pourquoi, lui demanda- t-il, petit misé-
rable, avais-tu retiré ton bonnet pour faire ta besogne? »
Alors l'enfant qui pleurait à chaudes larmes lui répondit entre
deux sanglots : « C'est parce que maman me l'avait pris pour
faire cuire le plum-pudding dedans. »
Cette réponse valut à l'apprenti rôtisseur deux formidables
taloches et ne fit qu'aggraver la fureur et la répulsion des deux
amis, qui durent faire appel à toute leur philosophie pour pou-
voir résister à une indigestion, mais qui se consolèrent de leur
mésaventure en essayant de se persuader que la chimie avait eu
raison, en décrétant que le feu purifie tout!
234 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Recette du plum-pudding.
500 grammes de graisse de rognon de bœuf.
- 250 — de farine.
250 — de mie de pain.
200 — de raisins de Malaga.
200 — de raisins de Smyrne.
200 — de raisins de Corinthe.
150 — de cassonade blonde.
150 — de cédrat.
100 — d'orange confite.
10 — de sel.
2 décilitres de lait.
; 4 œufs entiers.
15 grammes d'épices mélangées consistant en cannelle,
clous de girofle, muscade râpée et gingembre; le tout pulvérisé
et tamisé.
Le zeste haché d'un citron.
Un décilitre de rhum ou de cognac.
Telle est la recette originale du plum-pudding ainsi qu'on le
prépare communément en Angleterre et en Amérique ; mais
cela ne veut pas dire qu'on soit obligé de se conformer exacte-
ment à cette formule, et chacun peut à sa guise augmenter ou
diminuer les proportions des ingrédients, en ne s'écartant pas
trop cependant des données de la recette originale qui doit ser-
vir de base à celles qu'il plaît à la fantaisie de modifier. C'est
ainsi qu'on peut augmenter, diminuer ou même supprimer cer-
tains fruits; de môme qu'on peut ajouter d'autres ingrédients,
tels que pommes, amandes hachées, cerises sèches, abricots con-
fits, gingembre, etc.
On peut également varier la quantité d'œufs sans nuire à la
qualité du pudding.
Préparation et cuisson :
Hacher finement la graisse de bœuf après l'avoir énervée et
en la saupoudrant de farine pour faciliter l'opération. Ajouter
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 235
les raisins de Smyrne et de Gorinthe, après les avoir minutieu-
sement lavés et épluchés. Pour fairece travail, ilestbondemettre
chaque espèce de raisins à part dans un torchon avec une poi-
gnée de farine et de frotter vigoureusement avec la main gauche
en tenant le linge fermé avec la main droite. Mélanger ensuite
à l'appareil les raisins de Malaga entiers, après les avoir soigneu-
sement épépinés; puis le cédrat et les écorces de fruits confits,
le reste de la farine, le sucre, la mie de pain, les épices et le
zeste d'un citron. En dernier lieu, mettre les œufs, le lait et un
décilitre de rhum ou de cognac.
Beurrer simplement un bol de fonte émaillée ou un moule à
dôme que l'on remplit jusqu'au ras du bord. Beurrer également
le milieu d'un linge qu'on applique sur le moule à la surface du
pudding. Nouer les pans du linge en dessous du moule et ficeler
fortement.
A défaut de moule, le plum-pudding se fait cuire aussi dans
une serviette beurrée et farinée dont on attache les quatre coins
avec une forte ficelle. Dans ce cas, lorsque le pudding est cuit,
on l'égoutte sur le côté le plus creux d'un tamis; on ouvre le
linge et l'on retourne le tamis et son contenu dans un plat. Le
linge ayant été beurré, s'enlève facilement.
Plonger le plum-pudding à l'eau bouillante et le laisser cuire
pendant cinq heures, en prenant soin de ne pas arrêter l'ébulli-
tion. (Ceci est un point important.) Egoutter pendant quelques
minutes avant de démouler et envoyer dans une saucière, soit un
sabayon au madère ou au rhum, soit une sauce à l'arrow-
root au cognac, ou bien une anglaise parfumée d'une saveur
quelconque, ou enfin du beurre saturé de cognac (brandy
butter).
On peut aussi faire cuire le plum-pudding dans un moule à
cylindre beurré, qu'on emplit avec l'appareil. On le place dans
une casserole hermétiquement fermée, avec de l'eau jusqu'à
la moitié de la hauteur du moule et on le laisse cuire ainsi à la
vapeur pendant quatre heures. Lorsqu'il est démoulé sur un
plat, on l'arrose parfois de rhum ou de cognac qu'on allume
avant de l'envoyer sur table.
;236 LA CUISINE ANGLAISE en américaine
Beurre au cognac. — Brandy butter.
Faire fondre un quart de beurre en pommade, avec un peu
de sucre, et le remuer constamment avec un fouet, en y
ajoutant goutte à goutte un verre de cognac. Conserver le
beurre au frais et le servir sur une assiette en même temps que
le plum-pudding.
Pudding de pain bis à la Gotha. — Brown bread
pudding.
Ingrédients : 350 grammes de mie de pain bis, 150 grammes
de sucre en poudre, 6 œufs, un quart de litre de crème fouettée,
une pincée de sel, le zeste haché d'un citron et une demi-livre
de cerises fraîches. Mélangez dans une terrine la mie de pain, le
sucre, les jaunes d'œufs, la crème, le citron haché, le sel et en
dernier lieu les blancs fouettés. Beurrez un moule a charlotte,
et semez un peu de mie de pain dans l'intérieur. Étendez dans
le fond du moule une couche de l'appareil sur lequel vous semez
des cerises fraîches dont on a enlevé les noyaux. Ajoutez de
nouveau une couche d'appareil, puis des cerises, et ainsi de suite
jusqu'à ce que le moule soit presque plein. Mettez alors le pud-
ding cuire à four doux pendant une heure. Démoulez et saucez
avec un sirop de cerises ou une crème anglaise. (Custard.)
Ce pudding peut aussi se faire cuire au bain-marie.
La charmante pièce de vers qui suit est extraite des œuvres
de Achille Ozanne, le Berchoux moderne, et l'auteur de ce spi-
rituel recueil de « poésies gourmandes » que tout cuisinier ayant
quelque souci de l'art qu'il professe, devrait avoir dans sa biblio-
thèque. %
238 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
LE PLUM-PUDDING DE NOËL
Ainsi que le drapeau, symbole magistral,
Chaque pays possède un mets national,
Dont les divers destins les rendent respectables.
L'un s'illustre aux combats, les autres sur les tables î
Souverains, magistrats, femmes, vieillards, enfants
De la noble Angleterre
Chantent du fond du cœur les bienfaits triomphants
Du pudding légendaire!
Sa recette.
Raisins d'Espagne et d'Orient,
De l'Inde, gingembre et cannelle,
Cédrat, muscade à bon escient,
Ce sont les parfums qu'il recèle.
Farine, graisse, lait, des œufs,
Puis mouillez d'un arôme unique
Les produits. mélangés entre eux,
De bon rhum de la Martinique.
Dans un linge assez grand,' bien fariné, beurré,
Que le pudding se moule,
Modelé, façonné, ficelé bien serré,
Tout rond comme une boule.
Sachez que sa cuisson est simple en son effet :
Il cuit à l'eau bouillante.
On le sert entouré de bon rhum, dont on fait
Jaillir la flamme ardente!
Ses bienfaits.
D'un élan généreux, le bourgeois, le richard,
Pour les déshérités, d'avance ont fait la part.
Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre
Fête comme les rois ;
Et dans toute prison, la geôle qui s'entr'ouvre
Donne au pudding ses droits!
Voilà comment l'Anglais, en ce jour de Noël,
Comprend l'égalité par-devant l'Éternel !
Achille Ozanne.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
Pudding de pain beurré. — Bread and butter
pudding.
Ce pudding- est en grande estime chez nos voisins, non seu-
lement parce qu'iï est facile et peu coûteux à confectionner,
mais aussi à cause de son excellence.
Ingrédients : Pain, beurre, œufs, sucre et lait. Couper des
tranches de pain beurré très minces et les placer, superposées,
dans un plat à pudding (pudding dish), après avoir semé sur
chacune des tranches des raisins de Corinthe épluchés et bien
lavés.
Casser dans une bassine deux œufs entiers et deux jaunes;
ajouter du sucre en poudre, battre les œufs et le sucre, et
délayer avec un demi-litre de lait, parfumer l'appareil avec du
sucre de vanille, de fleur d'oranger ou de citron, et le verser sur le
pain beurré. Laisser le pain bien s'imbiber pendant 20 minutes
et mettre le pudding au four modéré pendant une demi-heure.
Lorsqu'il est cuit, on sème du sucre à la surface et on le glace à
la salamandre, s'il y a lieu.
Pudding de riz aux œufs. — Rice pudding.
Laver et faire blanchir 125 grammes de riz. — L'égoutter
et le remettre dans la casserole. Le faire cuire avec du lait
et 50 grammes de beurre frais, comme s'il s'agissait d'un
gâteau de riz; mais il doit être tenu beaucoup plus liquide.
Lorsqu'il est cuit à point, on ajoute au riz du sucre et un par-
fum quelconque, puis deux œufs entiers. Beurrer un plat à
pudding, l'emplir jusqu'au bord avec l'appareil, et le mettre
à four modéré; une demi-heure de cuisson suffit. Lorsque le
pudding est cuit, le saupoudrer de sucre fin et le glacer à la
salamandre, ou étendre sur la surface de la marmelade d'abricot.
Quelquefois on ajoute au riz, lorsqu'il est cuit, une poignée de
raisins de Corinthe.
240 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Crème anglaise. — Custard.
Jamais dénomination ne fut mieux appropriée que celle-ci;
car cette préparation est employée dans la cuisine anglaise comme
adjuvant à la plupart des puddings.
Délayer 6 jaunes d'œufs avec 125 grammes de sucre et
3 décilitres de lait ou de crème. Tourner sur le feu jusqu'à ce
que la liaison s'opère, mais en évitant de laisser bouillir.
On aromatise cette sauce avec des parfums variés, selon la
nature du pudding qu'elle accompagne. On peut aussi dans cer-
taines circonstances lui adjoindre une ou deux pincées d'ar-
row-root si on la trouve trop liquide.
Pudding de riz au naturel. — Plain rice pudding.
Le pudding de riz tel qu'on le prépare dans les familles qui
visent à l'économie se fait ainsi : Laver le riz et le mettre dans
le fond d'un plat à pudding préalablement beurré. Le recouvrir
de lait sucré, semer sur la surface un peu de muscade râpée
ou de la cannelle en poudre, et faire cuire à four chaud pendant
une heure.
Crème renversée. — Steamed custard pudding.
L'entremets qu'on appelle en anglais steamed custard
pudding ne diffère en rien de ce qu'on nomme, dans le vocabu-
laire de la cuisine française, crème renversée, et se compose
d'œufs, de sucre et de lait dans la proportion de 6 œufs entiers
pour 120 grammes de sucre et un demi-litre de lait. On aroma-
tise la crème d'une saveur quelconque, et on la passe à travers
une mousseline dans un moule beurré qu'on met au bain-marie
pendant une heure, en ayant soin de ne pas le laisser bouillir.
Démouler dans un plat creux, et saucer d'un sirop de fruits
ou d'une sauce à l'arrowroot.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE '241
Croûtes aux cerises — Cherry bread.
Piler dans un mortier une livre de belles cerises avec leurs
noyaux. On les met ensuite dans un poêlon de cuivre avec
200 grammes de sucre et un grand verre de vin de Porto.
Laisser cuire sur le feu pendant dix minutes, et passer la
purée à travers un tamis de Venise au moyen d'une cuiller
de bois.
Pendant que cuisent les cerises, on prépare des tranches de
pain de mie, ou mieux encore de brioche rassie, qu'on coupe
d'égale grandeur avec un emporte-pièce et qu'on fait frire dans
le beurre clarifié. Lorsque les croûtons de pain ou de brioche
sont d'une belle couleur dorée, on les trempe dans la purée de
cerises et on les place en forme de turban dans un plat à
pudding ou dans une caisse à soufflé en argent. Semer à la
surface un peu de poudre de cannelle, et mettre au four. Laisser
mijoter pendant une demi-heure. Les croûtes doivent avoir été
bien imbibées de sirop avant de les mettre au four, et il faut
avoir soin de verser un peu de sirop dans le plat, afin que les
croûtes ne s'attachent pas au fond.
Pudding de marrons. — Chesnut pudding.
Enlever avec un couteau la première peau de cinquante
marrons. Mettre de l'eau à bouillir dans une casserole pour
blanchir les marrons afin d'enlever la seconde peau. Lorsqu'ils
sont tous bien épluchés, mettez-les cuire avec une demi-gousse
de vanille, de l'eau, et 60 grammes de sucre. Lorsqu'ils sont
cuits, passez-les à travers un tamis de crin, et remettez la
purée dans une casserole avec 100 grammes de beurre et un
décilitre de crème. Remuez sur le feu pendant quelques minutes
en ayant soin que la purée n'attache pas au fond de la casserole.
Lorsqu'elle n'adhère plus aux parois, retirez-la du feu et laissez-
la refroidir un peu, puis mélangez aux marrons un œuf entier
et cinq jaunes. Fouettez les blancs, et amalgamez-les avec le
1(5
242 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
pudding lorsqu'ils sont bien fermes. Beurrez un moule uni, et
remplissez-le avec l'appareil. Mettre au bain-marie à étuver
pendant une heure et demie. Lorsque le pudding est cuit,
démoulez-le sur un plat, et saucez d'une sauce abricot dans
laquelle vous mélangez un verre de madère.
Pudding de riz aux amandes.
Laver 350 grammes de riz et le mettre dans une casserole
avec un quart de beurre, un quart de sucre, une pincée de sel,
120 grammes d'amandes hachées très fin et trois quarts de litre
de lait. Laissez le riz bouillir tout doucement jusqu'à complète
cuisson. S'il se trouvait trop épais, on ajouterait un peu de
lait. On mélange au riz, lorsqu'il est un peu refroidi, six jaunes
d'œufs et trois blancs fouettés.
Beurrer grassement un moule à charlotte, et semer autour
des parois des amandes coupées en filets. Emplir le moule avec
le riz et mettre au four pendant une heure. Lorsque le pudding
est cuit, on le démoule sur un plat et on le sauce d'une sauce
abricot, ou d'un sabayon.
Œufs au lait. — Custard pudding baked.
Le custard pudding n'est autre chose que les œufs au lait, et
se prépare soit dans un plat à pudding, soit dans des petits
pots ainsi, qu'on le fait en France. Ce pudding se fait cuire à
four doux, au bain-marie ou dans un « steamer ».
Pudding de figues. — Figg pudding.
Prendre une demi-livre de figues, une livre de graisse de
rognon de bœuf épluchée, et une demi-livre de farine. Hacher
ensemble les figues et la graisse et y ajouter la farine graduel-
lement, pour faciliter le mélange, ainsi qu'une pincée de sel et
deux œufs entiers. Déposer la préparation dans une serviette
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 243
beurrée dont on attache les quatre coins avec une ficelle, puis
plonger le pudding à l'eau bouillante et le laisser cuire à grande
eau pendant trois heures. Au bout de ce temps, détacher les
coins de la serviette, et dresser le pudding dans un plat creux. On
le sauce avec une sauce à l'arrowroot aromatisée d'un peu de
sucre de citron ou de vanille, ou mieux encore avec une sauce
anglaise (custard).
Nursery puddings.
Les puddings de tapioca, de semoule, de vermicelle, de
sagou, etc., se font de la même manière que les puddings de
riz. Ces puddings font partie de la diète des enfants; aussi,
dans les familles, il est d'usage d'en envoyer un à la « nursery »
tous les jours pour le repas des enfants qui a lieu généralement
à une heure.
Les nursery puddings se font aussi dans des moules à char-
lotte. Dans ce cas, on les tient un peu moins liquides et on double
la quantité d'œufs employés. On les fait cuire au four, au bain-
marie ou à la vapeur, et lorsqu'ils sont démoulés et dressés sur
le plat, on les entoure d'un sirop de fruits quelconque ou d'une
sauce à l'arrowroot, dans laquelle on ajoute du sucre et un verre
de cognac; ou bien encore, on masque le pudding d'une crème
anglaise bien liée, « custard sauce ».
Pudding à la Cobourg.
On doit se servir pour préparer ce pudding d'une brioche
rassise ayant été cuite dans un moule à charlotte.
Parer la croûte, puis couper la brioche en tranches horizon-
tales d'un demi-centimètre d'épaisseur. Masquer un des côtés
de ces tranches d'une couche épaisse de marmelade d'abricots.
Préparer une anglaise de deux œufs entiers, deux jaunes, et
d'un demi-litre de lait; sucrer cette anglaise suffisamment, la
parfumer à la vanille ou au citron, la verser dans un plat et en
:?44 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
imbiber les tranches de brioche, que l'on replace dans le moule
à charlotte préalablement beurré. Remplir le moule avec le
reste de l'anglaise, et mettre le pudding au bain-marie ou à la
vapeur pendant une heure et demie. Le démouler alors sur un
plat, et le masquer d'une sauce abricot dans laquelle on a mélangé
un verre de madère ou de kirsch.
Prince Albert pudding.
Ingrédients : 250 grammes de beurre, 250 grammes de farine,
150 grammes de sucre, cinq œufs, 200 grammes de raisins de
Smyrne, le zeste d'un citron râpé, une pincée de sel.
Faire fondre le beurre en pommade et y ajouter d'abord le
sucre, puis les jaunes des œufs dont on réserve les blancs.
Travailler cette pâte avec une cuiller de bois pendant dix minutes,
puis ajouter la farine et le zeste de citron, les raisins, et, en
dernier lieu, trois blancs d'œufs fouettés. Beurrer un moule
à charlotte, l'emplir avec l'appareil, et faire cuire à la vapeur
ou au bain-marie pendant uue heure et demie. Lorsque le pud-
dingle est cuit, démouler et le masquer d'une sauce à l'arrow-
root, aromatisée de sucre, de citron, ou d'un sirop de fruits
quelconque.
Pudding au gingembre. — Ginger pudding.
Ingrédients : 200 grammes de farine, 200 grammes de sucre,
un demi-litre de lait, 150 grammes de beurre, 6 œufs,
30 grammes de gingembre en poudre et 100 grammes de gin-
gembre confit. Délayer dans une casserole la farine, le sucre
et le lait, ajouter ensuite le beurre et une pincée de sel, et remuer
sur un feu vif, avec une cuiller de bois, jusqu'à ce que l'appareil
commence à épaissir. Oter alors la casserole du feu, et remuer
vigoureusement afin d'obtenir une pâte lisse. Remettre la casse-
role, et cuire la pâte pendant cinq minutes. La retirer alors
et ajouter la poudre de gingembre, puis les six jaunes d'œufs et
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 245
le gingembre confit, coupé en petits morceaux. Fouetter les
blancs d'œufs et les mélanger à l'appareil, qu'on verse dans un
moule à charlotte beurré. Faire cuire au bain-marie pendant
une heure et demie, et démouler sur un plat creux. Saucer le
pudding avec une anglaise dans laquelle on a mis des morceaux
de gingembre confit.
Batter pudding.
Mélanger dans une terrine 200 grammes de farine, une
pincée de sel, 25 grammes de sucre, un demi-litre de lait,
4 œufs entiers et le zeste râpé d'un citron ou d'une orange,
beurrer un moule à dôme, l'emplir avec l'appareil, et faire étuver
au bain-marie pendant deux heures.
Saucer d'une sauce au beurre parfumée au citron ou à
l'orange, et envoyer à part dans deux soucoupes, du sucre en
poudre dans l'une et du beurre frais dans l'autre.
Ce pudding peut aussi se faire cuire dans un linge comme le
plum-pudding. On attache les quatre coins du linge avec une
ficelle et l'on plonge le pudding à l'eau bouillante. On le laisse
cuire ainsi pendant une heure et demie.
Yorkshire pudding.
200 grammes de farine, 4 œufs entiers, un demi-litre de lait,
du sel.
Mélanger graduellement la farine avec les œufs et le lait, et
verser l'appareil dans un plat creux ou un plat à sauter, dans
lequel on a fait fondre de la graisse clarifiée. Il faut avoir soin
de ne verser la pâte dans le plat que lorsque la graisse est
excessivement chaude, afin d'éviter qu'elle ne s'attache. On
place alors le pudding dans la lèchefrite, au-dessous du bœuf
rôti, qui l'arrose de son jus pendant sa cuisson. Lorsqu'il est
coloré à la surface, on le retourne dans son plat, pour finir de le
cuire devant le feu.
246 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Lorsqu'il est cuit, on le démoule sur un plafond, on le
découpe en morceaux carrés d'égale grandeur, et on le dresse
sur un plat pour le servir avec le roast-beef dont c'est le com-
plément obligé aussi bien que la sauce raifort.
Pudding de citron. — Lemon pudding.
Ingrédients : Le zeste râpé sur du sucre ainsi que le jus de
trois citrons, un demi-litre de crème bouillie, 200 grammes
de macarons écrasés, 10 jaunes d'œufs et 4 blancs fouettés,
100 grammes de sucre en poudre et une pincée de sel, et
100 grammes de mie de pain fraîche.
Mélanger tous ces ingrédients, moins les blancs d'oeufs, dans
une bassine, et les travailler vigoureusement pendant dix mi-
nutes. Prendre un plat à tarte et en beurrer le fond, tandis
qu'on étend sur le bord une abaisse de pâte, qu'on fixe en
l'appuyant avec le pouce. Après avoir chiqueté la bordure avec
la pointe du couteau, on emplit le plat avec l'appareil après y
avoir mélangé les blancs fouettés, et on metle pudding au four.
Lorsqu'il est cuit, on sème à la surface quelques macarons
écrasés.
Pudding d'orange. — Orange pudding.
Ce pudding se fait de la même manière que le précédent en
substituant des oranges aux citrons. Cependant il est bon d'em-
ployer plus de jus et moins de zeste.
Pudding de mie de pain. — Bread crumbs pudding.
Ingrédients : 350 grammes de mie de pain fraîche,
175 grammes de sucre en poudre, 60 grammes de beurre, un
demi-litre de lait, 6 jaunes d'œufs et 2 blancs fouettés, une
pincée de sel et le zeste d'un citron.
Mettre la mie de pain, passée au tamis de fer, dans une bas-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 247
sine, avec le sucre, le beurre, le zeste de citron et le sel. Jeter
sur le tout le lait bouillant, et laisser reposer pendant dix mi-
nutes. Ajouter alors les jaunes d'œufs, puis les blancs fouettés,
et après avoir beurré grassement un moule à charlotte ou à dôme,
y verser l'appareil et faire étuver pendant une heure et demie.
Saucer d'une sauce à l'arrowroot faite ainsi : mélanger une
cuillerée à dessert d'arrowroot avec la même quantité de sucre
en poudre, le jus d'un demi-citron, un peu de muscade râpée,
un verre de cognac et un verre d'eau. Remuer sur le feu jusqu'à
ébullition.
Pudding a la moelle bouillie. — Boiled marrow
pudding.
Mettre dans une grande terrine :
350 grammes de moelle de bœuf hachée, 250 grammes de
farine; 250 grammes de marmelade d'abricots; 125 grammes de
pommes crues hachées; 150 grammes de cerises sèches;
120 grammes de sucre en poudre;
1 cuiller à café d'épices mélangées (cannelle, clous de
girofle et muscades pulvérisés);
150 grammes de cédrat et d'orange confite;
5 œufs entiers et une pincée de sel.
Bien mélanger ces ingrédients et les mettre dans un moule
à dôme beurré qu'on enveloppe dans une serviette à l'instar
du plurn-pudding et qu'on fait bouillir pendant trois heures.
Saucer d'un sabayon à l'orange ou au citron.
Pudding du sportsman. - Sportsman pudding.
Ingrédients : une livre de farine, une livre de graisse de
rognon de bœuf hachée, 6 œufs entiers, une pinte de crème,
120 grammes de sucre en poudre, une livre de raisins de
Gorinthe bien lavés et épluchés, une demi-livre de raisins de
Smyrne épépinés et hachés très fin, 120 grammes de cédrats et
248 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
d'orange confite, également hachés, de la muscade * râpée
ainsi qu'un peu de cannelle pulvérisée et un verre de rhum ou
de cognac.
Après avoir opéré le mélange de tous ces ingrédients dans
une terrine, on beurre un linge dans lequel on enveloppe le
pudding. On fixe une double ficelle autour du linge ainsi que
l'on agit pour le plum-pudding ordinaire, puis on laisse cuire
à grande eau pendant quatre heures en ayant soin que l'eau
bouille constamment. Lorsque le pudding est cuit, on régoutte,
on le débarrasse du linge qui l'enveloppe, et on le dresse dans
un plat creux. On verse dessus une sauce à l'arrowroot, au rhum
ou au cognac, ou simplement un sabayon au madère.
Pudding à la moelle cuit au four. - Marrow pudding
baked.
Nettoyer et hacher très fin une livre de moelle de bœuf, à
laquelle on adjoint une demi-livre de mie de pain fraîche. Mettre
le tout dans une bassine avec 150 grammes de sucre en poudre,
150 grammes de raisins de Corinthe lavés et épluchés, autant de
cédrat confit coupé en julienne mince, une pincée de sel, le zeste
râpé d'un citron, un verre de cognac ou de madère et trois
œufs entiers. Beurrer un moule à charlotte, et l'emplir avec la
préparation, poser le moule sur un plafond, et cuire à four
modéré pendant une heure environ. Lorsque le pudding est
cuit, le démouler sur un plat creux et l'arroser d'un sabayon au
xérès.
Ce pudding doit être servi très chaud.
Pudding Victoria. — Pudding Victoria.
Ingrédients : 350 grammes de biscuit de Savoie rassis et
émietté, 60 grammes de sucre en poudre, un demi-litre de
crème, 6 jaunes d'œufs et 2 blancs fouettés, une pincée de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE >49
sel, un peu de cannelle en poudre ou de muscade râpée, et une
poignée de raisins de Corintlie.
Jeter la crème bouillante sur le biscuit et le sucre et laisser
reposer pendant quelques minutes. Ajouter ensuite l^s jaunes
d'œufs et autres ingrédients, puis, finalement, les deux blancs
fouettés. Faire étuver dans un moule beurré pendant une heure
un quart, puis démouler et entourer la base d'une purée de fruits,
ou bien saucer d'une crème anglaise (Custard).
Dumpling ordinaire.
Le dumpling est une variété de pudding, et la composition de
sa pâte est la même qui sert à confectionner tous les puddings
de fruits. On appelle cette pâte isuetpaste et elle se fait ainsi: Hacher
très fin 350 grammes de graisse de rognons de bœuf bien éplu-
chée, que l'on mélange avec 500 grammes de farine, un peu de
sel et un peu de sucre. Mouiller ces substances avec de l'eau
froide, afin de bien les amalgamer et d'en former une pâte
ferme.
Les dumplings ordinaires sont simplement des petites par-
ties de celte pâte roulées en boules de la grosseur d'un œuf, que
l'on précipite à l'eau bouillante, et qu'on laisse bouillir pendant
une heure environ. Il est d'usage de servir ces dumplings avec
le bœuf salé et le porc bouilli.
Pudding mousseline.
Ingrédients: 120 grammes de beurre, 120 grammes de sucre,
12 jaunes d'œufs, 8 blancs fouettés, le jus et le zeste râpé d'un
"citron.
Mélanger d'abord dans une casserole moyenne le beurre et
le sucre légèrement chauffés, puis ajouter graduellement les
jaunes d'œufs et le jus et le zeste de citron. Mettre la casserole
au bain-marie, et faire prendre l'appareil en le tournant jusqu'à
ce qu'il ait atteint la consistance d'une sauce hollandaise. Le
250 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
retirer alors du bain-marie et, lorsqu'il est froid, ajouter les
blancs fouettés. Beurrer et sucrer un moule à charlotte à cylindre
et l'emplir avec l'appareil. Mettre une bande de papier autour
du moule et le mettre à pocher au bain-marie dans une casse-
role fermant hermétiquement. Lorsque l'eau est en pleine
ébullition, on ferme immédiatement la casserole qu'on
retire entièrement du feu. On laisse ainsi le pudding éloigné
du feu pendant une demi-heure sans le découvrir. Au bout
de ce temps il doit être cuit. On le laisse reposer quelques
minutes avant de le démouler et on le sert avec un sirop de
fruits quelconque. Ce pudding* est le plus léger et le plus délicat
que je connaisse.
Boiled apple dumplings.
Épluchez des pommes de moyenne grosseur, retirez le
trognon avec un coupe-pâte à colonne, et remplissez le vide
avec du sucre mélangé avec du beurre. Enveloppez chaque
pomme séparément dans de la pâte à dumpling. (Voir l'article
précédent.) On se procure des morceaux de mousseline épaisse,
mesurant à peu près 18 centimètres carrés, et dans chacun de
ces morceaux d'étoffe, on enveloppe une pomme. Attacher les
quatre coins de la mousseline avec de la ficelle et plonger les
dumplings à l'eau bouillante. Trois quarts d'heure de cuisson
suffisent.
Baked apple dumplings.
Préparer les pommes comme pour la recette qui précède ;
mais au lieu de pâte à la graisse de bœuf, on emploie soit de la
pâte brisée, soit du feuilletage usé. On les dore à l'œuf et on les
fait cuire au four vif au lieu de les faire bouillir. Lorsque les
dumplings sont cuits, on les saupoudre de glace de sucre, et on
les passe à la salamandre.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
251
Pudding roulé. — Rolly pudding.
Faire delapâte à dumpling, l'abaisser au rouleau de l'épais-
seur d'un demi-centimètre, et étendre sur la surface une couche
épaisse de confitures quelconque, soit marmelade d'abricots
ou de pommes, ou configures de fraises, framboises ou cassis,
en ayant soin de laisser sur les bords de J'abaisse un petit
espace sans confitures, afin de pouvoir souder les extrémités du
pudding. Rouler ensuite la pâte sur elle-même de l'épaisseur et
et delà forme d'un gros saucisson. L'envelopper dans un linge
beurré, le ficeler aux deux extrémités, le plonger à l'eau bouil-
lante, et le laisser cuire une heure et demie. L'égoutter alors, le
déballer et le dresser sur un plat. Le masquer de confitures
délayées avecdu cognac etdel'eau,oud'une sauce à l'arrowroot.
Pudding au pain d'épiée. — Ginger bread pudding.
Couper des tranches de pain d'épice et les faire sécher à
four doux jusqu'à ce qu'elles soient assez friables pour être
transformées en chapelure, soit en les pilant dans un mortier,
soit en les broyant dans une serviette. Tamiser les miettes à
travers une passoire à larges trous.
D'autre part, faire bouillir un demi-litre de lait avec lequel
252 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
on délaye la chapelure de façon à obtenir une pâte lisse et un
peu compacte qu on aromatise avec une forte pincée de cannelle
et la même quantité de gingembre en poudre, ainsi que du
zeste de citron gratté sur un morceau de sucre. Lorsque la pâte
est un peu refroidie, on y adjoint quatre jaunes d'œufs et quatre
blancs fouettés. Beurrer un moule à charlotte et Femplir avec
l'appareil jusqu'à deux centimètres du bord. Attacher autour
du moule une bande de papier pour empêcher le pudding de
déborder et faire pocher au bain-marie pendant une heure
un quart. Saucez d'une anglaise aromatisée au citron.
Dampfnudeln à l'allemande.
Quoique ce mets soit d'origine allemande, j'en donne ici la
recette parce qu'on le sert beaucoup en Angleterre :
Ingrédients : une livre de farine, 300 grammes de beurre,
5 œufs entiers, 30 grammes de sucre, deux cuillerées de crème,
un peu de sel, 30 grammes de levure et le zeste d'une orange
ou d'un citron frotté sur du sucre et râpé ensuite.
Tamiser la farine et en retirer le quart, dont on se sert
pour mélanger avec la levure et la crème pour faire le levain,
qu'on place dans un vase couvert dans un endroit chaud, pour le
faire lever.
Pendant ce temps formez une couronne avec le reste de la
farine qu'on a déposée sur le marbre, et mettez dans le centre le
sel, le beurre, le sucre et les œufs. Mélangez le tout, et travail-
lez la pâte vigoureusement avec les mains, jusqu'à ce qu'elle
devienne parfaitement lisse. Lorsque le levain est assez revenu,
c'est-à-dire lorsque son volume a augmenté du double de ce qu'il
était au début, on le mélange à la pâte qu'on enveloppe dans un
linge bien fariné, et qu'on place dans une terrine à une tempéra-
ture modérée. Trois heures après, si toutefois la pâte est assez
levée, on la renverse sur le tour et on l'abaisse au rouleau ; puis
onl'étend sur un plafond fariné qu'il faut mettre dans un endroit
froid. Une demi-heure plus tard, vous découpez la pâte avec un
emporte-pièce de 4 centimètres de diamètre, et déposez les
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 253
dampfnudeln dans un sautoir, que vous avez préalablement
beurré, en ayant soin de laisser entre chaque gâteau un espace
de deux centimètres qui leur permet de s'étendre en cuisant.
Versez alors un peu de lait tiède dans les dampfnudeln pour
qu'ils beignent, sans toutefois être couverts par le liquide, et
mettez-les à fourd chaud. Au bout d'une demi-heure, ils sont
cuits et légèrement colorés à la surface, et tout le lait devra
avoir été absorbé. Il faut les saupoudrer de sucre fin, et les gla-
cer à la salamandre. On les dresse dans un plat creux, et l'on
envoie à part, dans une saucière, un sabayon ou une crème
anglaise aromatisée à l'orange ou au citron. On verse un peu de
sauce dans le fond du plat.
Krapfuns à la viennoise. — Austrian puffs.
Procédez exactement comme dans la recette précédente, en
ce qui concerne la nature des ingrédients et leur manipulation.
Après avoir mélangé le levain à la pâte, laissez-la lever dans un
endroit qui ne soit ni trop chaud ni trop froid, et lorsqu'elle a
monté suffisamment, on l'abaisse sur le tour, au moyen du rou-
leau à pâtisserie, de l'épaisseur d'un demi-centimètre. Découpez
24 krapfuns avec un emporte-pièce de quatre centimètres de
diamètre et placez dans le centre de 12 de ces abaisses un peu
de confiture d'abricots ou de marmelade de pommes. Humectez
les bords et recouvrez les gâteaux avec les douze ronds de pâte
sur lesquels on n'a pas mis de confiture. Soudez les deux abais-
ses en appuyant légèrement avec le côté non coupant de l'em-
porte-pièce, et déposez les krapfuns sur une serviette bien
farinée. Couvrez avec un papier et laissez reposer une demi-
heure dans un endroit sec et à une chaleur tempérée. Au bout
de ce temps, les krapfuns sont prêts à faire frire.
Faites chauffer du saindoux dans lequel, lorsqu'il est bien
chaud, on dépose avec précaution les gâteaux, les uns après les
autres. On les voit gonfler à vue d'œil, mais on ne doit les
retourner que lorsque la partie qui plonge dans la friture est
colorée. On les retourne avec une fourchette. Lorsqu'ils sont
254 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cuits, on les égoutte sur un tamis, on les saupoudre de sucre de
vanille, et on les dresse en pyramide sur une serviette.
Pour qu'un krapfun soit bien réussi, l'endroit de la soudure
des deux abaisses doit conserver une ligne blanche après la
cuisson.
Pudding aux raisins de Corinthe, — Gurrant pudding.
Hacher très fin 350 grammes de graisse de bœuf que Ton
mélange avec 500 grammes de farine et 350 grammes de raisins
de Corinthe, une pincée de sucre et une de sel. Amalgamer ces
ingrédients avec de l'eau pour en former une pâte ferme, qu'on
roule ensuite de la grosseur et de la longueur d'un saucisson.
Envelopper le pudding dans un linge beurré qu'on attache
aux deux extrémités avec de la ficelle. Le plonger ensuite
dans l'eau bouillante, et le laisser cuire pendant une heure et
demie.
Démouler le pudding, le couper en deux ou trois morceaux,
le dresser sur un plat et le masquer d'une sauce au beurre
aromatisée de citron ou d'orange, ou de tout autre aromate.
Pudding d'amandes. — Almonds pudding.
Ingrédients : 200 grammes d'amandes hachées ;
120 grammes de sucre en poudre;
100 grammes de beurre;
2 œufs entiers ;
Une pincée de sel ;
Un verre de cognac, un verre de crème.
Mélanger le beurre et le sucre d'abord, puis les amandes,
les œufs et le cognac ensuite. Travailler vigoureusement pen-
dant quelques minutes, ajouter du sucre de vanille.
Prendre un plat à tarte sur les bords duquel on applique une
bande de pâte qu'on assujettit en pressant le pouce et l'index ;
puis on étend dans le fond du plat une couche épaisse de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 255
marmelade de pommes ou d'abricots. Remplir le plat avec
la préparation. Cuire le pudding à chaleur modérée, et étendre,
sur la surface, de la purée de pommes.
Pudding de pommes étuvé. — Steamed apple pudding.
Peler et émincer une douzaine de pommes, qu'on fait cuire
dans une casserole avec 50 grammes de sucre, le zeste d'un
citron, 30 grammes de beurre et un demi-verre d'eau. Lorsque
les pommes sont cuites en purée, on ajoute un peu de marme-
lade d'abricots et l'on passe la purée à travers un tamis de crin
ou de fil de laiton très serré. On remet alors la purée de pommes
dans une bassine, on y ajoute une poignée ou deux de mie de
pain fraîche et six jaunes d'œufs, dont on fouette trois des
blancs en neige. Lorsque les œufs sont bien mélangés, on verse
l'appareil dans un moule à charlotte bien beurré, et l'on met à
étuver pendant une heure et demie. Lorsque le pudding est
dressé sur son plat, on le masque d'un sirop d'abricots dans lequel
on a mélangé un verre de xérès. Il va sans dire que la purée
de pommes ne doit pas être trop liquide.
Pudding de pommes. — Apple pudding.
Faire une pâte à la graisse — suet paste — composée de
350 grammes de graisse hachée, de 500 grammes de farine et
d'une pincée de sel.
Avec cette pâte, foncer un moule à dôme grassement beurré
Remplir l'intérieur de pommes émincées, roulées dans du sucre
en poudre et aromatisées de zeste de citron haché. Recouvrir
l'orifice avec une abaisse de pâte, à laquelle on soude les bords
du pudding, qu'on enveloppe dans un linge et qu'on attache
fortement avec une ficelle à la partie supérieure. Plonger le
pudding à l'eau bouillante et le laisser cuire pendant deux
heures. Le démouler sur un plat creux. On ne sert pas de sauce
avec ce pudding.
S96 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Puddings de fruits en général.
On fait des puddings à l'instar du pudding de pommes, avec
toute espèce de fruits et même avec de la rhubarbe, des gro-
seilles vertes et du potiron. Les cerises surtout, ainsi que tous
les fruits à noyaux, sont de très bons entremets. Quand on
emploie des cerises et des prunes, il est préférable de ne pas ôter
les noyaux, car ils communiquent au sirop un goût très agréable.
Bakewell pudding.
Foncer un plat à pudding avec une abaisse de pâte fine sur
laquelle on étend une couche de marmelade d'abricots.
Mêler dans un mortier une demi-livre d'amandes moulues
avec 30 grammes de mie de pain, 250 grammes de heurre r
100 grammes de sucre en poudre, un verre de crème, un grain de
sel, un peu de poudre de vanille et trois jaunes d'œufs dont on
fouette les blancs bien fermes, et qu'on mélange en dernier lieu.
Emplir avec cette préparation le plat à pudding et mettre au
four pendant une demi-heure.
Pudding au pain rassis. — Stale bread pudding.
Ce pudding, malgré sa simplicité, constitue non seulement
un excellent entremets, mais il a davantage d'être un mets fort
économique:
Faire infuser le quart d'un bâton de vanille ou du zeste
d'orange ou de citron haché, puis, après avoir retiré la vanille,
jeter dans le lait bouillant des croûtes de pain rassis, brisées en
menus morceaux. Ajouter du sucre et 30 grammes environ de
beurre, et laisser bouillir le pain pendant environ 10 minutes.
Fouetter le tout vigoureusement pour le réduire en panade.
Retirer du feu, laisser un peu refroidir et ajouter deux œufs
entiers et deux jaunes, et une poignée de raisins de Gorinthe ou
de Smyrne bien lavés et épluchés.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE ~lbl
Beurrer un moule à charlotte et l'emplir avec la prépara-
tion. Faire étuver dans une casserole bien close pendant une
heure. Démouler sur un plat et saucer d'un sabayon ou d'une
purée d'abricots aromatisée avec du madère.
Amber pudding.
Beurrer un plat à pudding- creux et le foncer de pâte à tarte.
Préparer une marmelade de pommes pas trop sucrée et
aromatisée de vanille ou de citron. Y mélanger 30 ou 40 gram-
mes de beurre et 4 jaunes d'œufs. Emplir à moitié le plat à
pudding avec cette marmelade, et mettre à four chaud. Au bout
d'un quart d'heure, lorsque la surface de la marmelade aura
fait croûte, on verse sur le pudding une crème anglaise compo-
sée de deux œufs entiers battus avec 30 grammes de sucre en
poudre, et d'un verre de lait aromatisé de vanille et de citron.
On remet le plat au four jusqu'à ce que la crème soit prise. Le
pudding se sert froid ou chaud à volonté.
Pudding de tapioca. — Tapioca pudding.
.
Ingrédients : environ 300 grammes de tapioca, un litre de
lait, 20 grammes de sucre, six jaunes d'œufs et 2 blancs fouet-
tés, le zeste râpé d'un citron, 50 grammes de beurre et un
grain de sel. Mettre dans une casserole le tapioca, le lait, le
sucre, le sel et le zeste de citron, et le remuer sur le feu jusqu'à
l'ébullition. Couvrir la casserole et laisser mijoter pendant un
quart d'heure. Retirer la casserole du feu, et laisser refroidir
un peu le tapioca, puis ajouter les quatre jaunes d'œufs et les
deux blancs fouettés. Lorsque les œufs sont bien mélangés, on
verse le pudding dans un moule à charlotte uni et on le fait
pocher au bain-marie pendant une heure et demie. Au bout de
ce temps retirer le moule, le laisser un peu reposer, et le démou-
ler sur leplatqui lui est réservé. Servir une sauce anglaise ou un
sabayon.
17
258 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Gooseberry fool.
Pendant la saison des groseilles à maqueraux, et avant
qu'elles soient mûres, on les emploie pour en faire des tartes,
des puddings et des glaces. On en fait aussi un entremets qu'on
nomme gooseberry fool, qui estfort apprécié des dames anglaises.
On fait cuire les groseilles vertes dans un poêlon d'office,
avec du sucre et très peu d'eau. Lorsqu'elles sont en purée, on
les passe à travers un tamis de crin, et on les mélange avec de
la crème double préalablement fouettée. On sert les gooseberry
fool dans des verres à punch, On envoie avec cet entremets des
gaufrettes, des palmers ou des biscuits à la cuiller. Cet entre-
mets se fait aussi avec de la rhubarbe, ainsi qu'avec des fraises.
Dans ce cas, on le nomme Rubarb fool et Stnnvberry fool.
Pudding soufflé à la pâtissière. — Soufflé pudding.
Ingrédients : 120 grammes de sucre, 40 grammes de fécule,
4 jaunes d'œufs, 5 blancs fouettés, un verre et demi de lait,
30 grammes de beurre, de, l'essence de vanille ou un parfum
quelconque, un grain de sel.
Mélanger l'appareil comme une frangipane, en le tournant
sur le feu, mais en réservant les blancs d'œufs qu'on fouette en
neige, et qu'on mélange lorsque la crème est un peu refroidie.
Mettre au bain-marie et laisser cuire trois quarts d'heure.
Envoyer avec ce pudding un sabayon ou un sirop de
fruits.
Pudding soufflé. {Autre recette.)
Délayer dans une casserole 60 grammes de farine, 60 gram-
mes de sucre et un verre de lait dans lequel on a fait infuser de
la vanille; ajouter 30 grammes de beurre et une pincée de sel.
Tourner sur le feu jusqu'à ce que l'appareil épaississe, et Je
faire réduire sans le quitter pendant trois ou quatre minutes.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 259
Le retirer du feu, et lorsque la pâte est un peu refroidie, ajouter
4 jaunes d'œufs dont on fouette les blancs. Emplir alors avec
cet appareil un moule à charlotte beurré et sucré, qu'on entoure
d'une bande de papier fixé au moyen d'une ficelle, et mettre cuire
le pudding au bain-marie pendant trois quarts d'heure. Lorsqu'il
est cuit, le laisser reposer quelques minutes avant de le démou-
ler. Saucer d'un sabayon ou d'une sauce à l'arrowroot.
Pudding à la sefton. — Sefton pudding.
Ingrédients : une livre de beurre en pommade, une livre de
sucre en poudre, 8 œufs, une livre et demie de mie pain fraîche
passée au tamis de fer, le zeste d'un demi-citron râpé, un grain
de sel, un peu de crème.
Travailler le beurre avec le sucre dans une terrine et y ajou-
ter graduellement les œufs, le zeste de citron et la crème.
Lorsque le mélange est bien opéré, on ajoute la mie de
pain.
Beurrer un moule à charlotte, l'emplir avec l'appareil et
mettre cuire au bain-marie pendant une heure et demie.
Lorsque le pudding est démoulé sur le plat dans lequel il
doit être servi, on l'arrose d'un sirop d'abricots qu'on aura
fait chauffer, additionné d'un verre de madère ou de kirsch.
Pudding tôt fait. — Hasty pudding.
Le hasty pudding est simplement ce que les ménagères
françaises appellent un tôt fait. En voici la recette telle qu on le
le fait en Angleterre : Faire bouillir un demi-litre de lait, dans
lequel on a fait dissoudre 30 grammes de sucre, et infuser un peu
de cannelle ou de vanille. Puis, lorsque le lait est refroidi,
mettre dans une bassine 40 grammes de farine que l'on dilue
avec deux œufs entiers et le lait. Ajouter un grain de sel.
Beurrer un plat à pudding et y verser la préparation. Cuire à
four vif.
260 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Pudding monstre. — Monster pudding.
A l'époque de la guerre entre FAmérique du Nord et de
l'Amérique du Sud, le coton devint si rare que la plupart des
fabriques chômaient en Angleterre, et que des milliers d'ouvriers
des villes manufacturières se trouvaient sans ouvrage et mou-
raient littéralement de faim. Pour conjurer la famine, que
l'histoire désigne sous le nom de « Cotton famine », chaque
corps d'état s'unit pour venir en aide aux malheureux, et con-
tribua, chacun dans la mesure de ses moyens, à soulager par des
offrandes la misère générale. C'est alors que la Société des
cuisiniers anglais de Londres conçut l'idée d'envoyer aux
affamés du Lancashire un plum-pudding monstre qui pesait
900 livres.
Voici dans quelles proportions étaient les divers ingrédients
qui entraient dans sa composition:
d 30 livres de raisins de Gorinthe, 260 livres de raisins de
Malaga et de Smyrne, 210 livres de farine, 130 livres de graisse
de bœuf hachée, 80 livres d'oranges et de citrons confits ;
80 livres de sucre, 1,040 œufs, 8 gallons d'ale, 4 livres d'épices
fines, 1 livre de gingembre en poudre.
Le moule avait trois pieds de profondeur, 4 pieds de diamè-
tre et 12 pie<ls de circonférence. On le fît cuire dans une des
énormes chaudières du Workhouse de Mary-le-Bone. On le fît
bouillir pendant 14 heures. Ce plum-pudding pantagruélique fut
conduit en grande pompe à la cité, escorté par la musique d'un
régiment. Il fut exhibé pendant trois jours, puis expédié à
Lancaster pour être distribué aux ouvriers affamés.
Pudding de cabinet. — Cabinet pudding.
Le pudding de cabinet se fait avec des biscuits à la cuiller
rassis. On en garnit les parois d'un moule à charlotte préalable-
ment beurré et parsemé de raisins de Corinthe.
On prépare une macédoine de fruits confits, composée de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 261
raisins de Smyrne, Malaga épépinés, Corinthe, cédrat coupé en
dés et angélique.
On alterne les couches de fruits et de biscuits jusqu'à ce que
Je moule soit presque plein. On fait ensuite une crème anglaise
composée de trois œufs entiers et trois jaunes, 50 grammes de
sucre, un demi-litre de lait et un parfum quelconque. On emplit
le moule une heure avant de le mettre à cuire. On le met au bain-
marie pendant une heure et demie.
On le démoule dans un plat creux, et l'on sauce d'un sa-
bayon ou d'une crème à l'anglaise.
Gelée sucrée de pieds de veau. — Galfs foot jelly.
Dans les soirées et soupers de bal, on sert énormément
de gelées sucrées faites de pieds de veau ; mais le plus souvent,
par économie, on remplace les pieds de veau par de la gélatine.
Désosser et faire tremper pendant trois heures six pieds de veau.
Les faire blanchir et jeter la première eau. Les remettre au feu,
et les laisser cuire pendant cinq ou six heures. Passer alors le
bouillon à la serviette, le dégraisser et le mettre à refroidir.
Cette opération doit se faire la veille du jour où l'on doit clari-
fier la gelée. Lorsque le bouillon est tout à fait froid, on enlève
facilement le peu de graisse qui reste, en essuyant la surface avec
un linge imbibé d'eau chaude.
Mettre la gelée dans une casserole avec le sucre nécessaire,
un morceau de cannelle, le zeste de deux oranges et de deu .,
citrons, et le jus de six citrons et de quatre oranges. Casser six
ou huit blancs d'œufs, qu'on mélange en les fouettant avec un
peu d'eau froide, et que l'on verse dans la casserole contenant
la gelée. On continue à remuer jusqu'à ce que le liquide ait
atteint le degré d'ébullition. On retire alors la casserole du feu,
et on laisse reposer quelques minutes, pendant lesquelles on
apprête la poche que Ton suspend entre deux chaises, quand on
n'a pas de boîte à gelée ; mais il est rare qu'une cuisine n'ait
pas cette boite parmi ses ustensiles. La chausse ou la poche
ayant été bien rincée est alors utilisée pour filtrer la gelée qu'on
26"2 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
y verse. On la repasse une seconde fois, et si l'opération a été
bien faite, on aura obtenu une gelée des plus limpides. On doit,
avant d'opérer la clarification, mettre un peu de gelée à la glace
pour s'assurer de sa consistance afin de pouvoir, si elle n'était
pas assez forte, y ajouter de la gélatine.
Ces gelées se parfument de marasquin, d'orange, de noyau
ou de rhum, et se mettent dans des moules que l'on tient à la
glace jusqu'au moment de les démouler pour les servir. On les
garnit parfois de fraises, de pêches, d'ananas ou d'une macédoine
de fruits.
Gelée fouettée. — Whipped jelly.
Fouetter dans une bassine placée sur la glace de la gelée
sucrée et parfumée. Lorsqu'elle commence à prendre de la con-
sistance, on la verse immédiatement dans un moule à gelée.
Au moment de servir, tremper le moule à l'eau chaude et
démouler la gelée sur un plat d'entremets.
Gelée a la moscovite.
.La gelée employée doit être très faible. On la parfume soit à
la liqueur, soit à l'orange ou à un sirop de fruits quelconque;
puis on la met dans un moule que l'on sangle de glace et de gros
sel. Lorsqu'elle est prise, la gelée a perdu sa clarté transpa-
rente et a revêtu un aspect irisé très original. Pour la sortir du
moule, on trempe celui-ci dans l'eau chaude et on le renverse
immédiatement, après l'avoir épongé, sur un plat bien froid.
Pain d'orange.
Enlever, en les frottant sur un morceau de sucre, le zeste de
quatre oranges dont on exprime ensuite le jus. Ajouter le jus de
deux citrons et du sucre en quantité suffisante. Faire chauffer
légèrement sans laisser bouillir, et ajouter un peu de gélatine
fondue ou de colle de poisson. Passez le tout à travers une mous-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
263
seline, et mettre un peu de l'appareil à essayer sur glace, dans
un moule à dariole, pour s'assurer s'il est assez collé. Remuer
sur la glace jusqu'à ce que la gelée commence à prendre de la
consistance, et verser immédiatement dans un moule à gelée à
cylindre. Lorsque le pain d'orange est démoulé, garnir le puits
de crème fouettée.
Bavarois au Gingembre. Ginger Bavarois.
Préparer une crème anglaise avec six jaunes d'œufs et un
demi-litre de lait. Sucrer modérément et tourner sur le feu jus-
qu'à ce que la préparation commence à napper la cuiller. Retirer
du feu et ajouter deux cuillerées à bouche de gingembre en
poudre. Le mélange étant opéré, passer la préparation à Téta-
mine par friction au moyen de deux cuillers de bois, puis ajouter
un peu de gélatine fondue. On place alors la casserole conte-
nant l'appareil sur la glace et on le remue jusqu'à ce qu'il com-
mence à prendre de la consistance. A ce moment, on y mêle
trois décilitres de crème fouettée et on emplit un moule à bava-
rois qu'on met à la glace. Au moment de servir, on le trempe à
l'eau chaude et on le démoule sur un plat.
Le rêve du vieux chef.
CHAPITRE XII
Savouries et sandwichs.
Parmi les particularités quf distinguent le service des repas
anglais, il en est une très importante qui consiste à servir dans
les dîners un entremets de fromage ou de quelque autre nature,
mais non sucré. On désigne ce mets sous le nom de « savouries »,
qui dérive du mot anglais savour (saveur). Ce mot n'ayant pas
d'équivalent dans la langue française, on lui a conservé son
nom exotique.
Les savouries ne sont, en réalité, que des espèces de
zakouskis ou de hors-d'ceuvre, à cette différence près qu ils sont
servis chauds, pour la plupart, à la fin du dîner, au lieu d'être
présentés froids au commencement.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 265
On pourrait croire que les Anglais ont adopté ce système
par pur esprit de contradiction; mais s'ils agissent ainsi, c'est
parce qu'ils considèrent les savouries comme excellents digestifs
en raison de leur nature fortement condimentée, et qu'ils pré-
parent le palais à la dégustation, et l'estomac à l'absorption des
vins fins et des spiritueux de choix, qu'autrefois on apportait
sur la table après que, suivant l'antique usage, les dames
avaient quitté la salle à manger pour passer au salon, laissant
les messieurs attablés devant les trois carafons traditionnels
contenant l'un du vieux porto, l'autre du xérès vénérable et
le troisième du whisky de derrière les fagots, dont on se gor-
geait jusqu'à ce que la moitié des buveurs s'endormissent sur la
table, quand ils ne glissaient pas dessous. Hâtons-nous d'ajouter
que ces usages ont, depuis longtemps, disparu des mœurs
britanniques, et que la société anglaise n'a rien à envier sous
le rapport du savoir-vivre et de la galanterie aux nations les
plus policées.
Revenons à notre sujet :
Les savouries étant destinés à remplacer le fromage dans les
dîners cérémonieux, il est de toute nécessité que ceux qu'on sert
en ces occasions aient le fromage comme principal adjuvant.
La liste des savouries au fromage est innombrable; aussi
n'en citerai-je qu'un nombre limité de formules, laissant à
l'initiative des praticiens le soin d'en imaginer ou d'en combiner
d'autres.
Fromages anglais.
Les meilleurs fromages nationaux sont au nombre de quatre :
C'est d'abord le Stilton, que les Anglais proclament le roi des
fromages, et qui est originaire du comté de Leicestershire. Ce
fromage, qui a la forme d'un manchon, ressemble un peu par
l'apparence au roquefort et au gorgonzola; mais il en diffère
essentiellement par le goût. C'est le fromage aristocratique par
excellence. Son poids est en moyenne de huit à douze livres.
On le sert entier, entouré d'une serviette pliée de manière à
266 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cacher la croûte rugueuse et peu appétissante de l'extérieur. Au
retour de la salle à manger, pour empêcher le fromage de
sécher, on recouvre la partie supérieure entamée avec une ser-
viette imbibée de vin, de sherry ou de porto. Le Chadder cheese
est un fromage qui a la forme du gruyère et a comme lui une
apparence solide et blanchâtre; mais la pâte en est compacte
comme celle du fromage de Hollande. C'est avec ce fromage
qu'on fait les meilleurs Welsh rarebits.
Le chester est le fromage le plus en faveur parmi la classe
moyenne et la bourgeoisie. Quant au Edder cheese, c'est un
produit du Warwickshire. 11 a la forme et la grandeur du port-
salut^maisl'intérieurest mou et crémeux, au lieu d'être compact.
Tartelettes piémontaises.
Foncer avec de la pâte fine deux douzaines de moules à
tartelettes creux. D'autre part, casser dans une bassine trois
œufs entiers. Assaisonner de sel, poivre de Cayenne, muscade..
Fouetter ces œufs quelques minutes en y ajoutant graduelle-
ment une poignée de parmesan râpé et autant de gruyère, puis
un demi-litre de crème. Emplir les tartelettes avec cet appareil
et cuire à four vif. A la sortie du four, on les saupoudre de
parmesan râpé et on les envoie immédiatement sur table. Cet
entremets doit être servi très chaud.
Tartelettes soufflées au fromage.
Ingrédients : 50 grammes de farine, 50 grammes de fécule,
un verre de lait, 4 œufs, 30 grammes de parmesan, 30 grammes
de gruyère, sel, cayenne, 60 grammes de beurre, un peu de
muscade râpée.
Délayer la farine graduellement avec le lait, le sel, le cayenne
et la muscade. Tourner sur le feu jusqu'à ce que l'appareil
épaississe, mélanger vigoureusement avec la spatule, et laisser
bouillir encore quelques minutes en continuant de remuer;
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 267
retirer du feu et ajouter le fromage râpé; puis les quatre jaunes
d'œufs dont on fouette les blancs que l'on mélange légèrement.
Emplir deux douzaines de moules à tartelettes préalablement
foncés de pâte fine, et cuire à four vif. Lorsque les tartelettes
sont cuites, les démouler, les saupoudrer de parmesan, et servir
immédiatement. Colorer avec la salamandre s'il y a lieu.
Ramequins.
Préparer de la pâte à choux, en employant du lait au lieu
d'eau. Après avoir mélangé les œufs, on ajoute du sel, du
cayenne et du fromage râpé. Coucher la pâte sur un plafond, en
donnant aux ramequins la forme de petits choux ou de pains à
la duchesse. Parsemer sur la surface du fromage de Gruyère
coupé en petits dés, et cuire à four de chaleur modérée.
Biscotins au fromage.
Cet entremets de fromage a l'avantage de pouvoir être pré-
paré à l'avance.
Casser dans une terrine deux œufs entiers et trois jaunes.
Les délayer avec un demi-litre de crème, du sel, du poivre de
Cayenne, un peu de muscade, une poignée de gruyère râpé et
autant de parmesan.
Beurrer 12 moules à tartelettes petits, mais profonds, et les
•emplir avec l'appareil qui vient d'être décrit. Placer les moules
dans un sautoir avec un peu d'eau chaude, et faire pocher au
four modéré, en ayant soin que l'eau du sautoir ne bouille pas.
Couper à Temporte-pièce des tranches de brioche rassise, de
l'épaisseur de 1 centimètre et de même diamètre que les moules
à tartelettes, et les faire frire dans du beurre clarifié. Lorsque
les œufs sont pochés, les démouler et les placer aussitôt sur les
rondelles de brioche frite. On sème dessus un peu de fromage
râpé et Ton colore à la salamandre.
Cet entremets peut se, préparer le matin et se faire réchauffer
au four au moment de servir, sans perdre de ses qualités.
268 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Biscuits glacés au parmesan.
Faire une crème anglaise de huit jaunes d'œufs, qu'on assai-
sonne de sel, poivre de Cayenne et muscade. La prendre sur le
feu et la retirer lorsqu'elle commence à épaissir. Lorsqu'elle est
tiède, lui mélanger une poignée de parmesan râpé et la même
quantité de gruyère. Passer à l'étamine avec deux cuillers de
bois.
Lorsque l'appareil est tout à fait froid, lui incorporer un
demi-litre de crème fouettée bien épaisse, et remplir des petites
caisses à soufflé, autour desquelles on a attaché de petites
bandes de papier. Les ranger alors dans une cave à biscuits
glacés, et les sangler légèrement de glace et de gros sel. Avant
de les servir, enlever les bandes de papier et dresser sur une
serviette. Ces biscuits, n'étant pas sucrés, se congèlent très
vite ; aussi faut-il les surveiller afin qu'ils ne deviennent pas trop
fermes.
Pudding de fromage au pain. — Bread and
cheese pudding.
Étendre une couche de beurre frais sur des tranches de
pain rassis coupées très minces. Semer sur ces tranches de
pain du fromage de Parmesan et de Gruyère râpés en égale
quantité. Disposer alors régulièrement les tartines de pain
dans un plat à pudding, jusqu'à ce qu'il soit aux trois quarts
plein.
Préparer une crème anglaise avec six jaunes d'œufs délayés
avec du bouillon léger, et assaisonner de sel, poivre et muscade
râpée. Verser cette crème sur le pain rangé dans le plat, semer
sur la surface du parmesan râpé et faire cuire à tour modéré.
Colorer à la salamandre s'il y a lieu. ,
Laisser le pain s'imbiber dans la crème anglaise vingt minutes
avant de mettre le pudding au four.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 269
Bavarois au fromage.
Faire une anglaise de six jaunes d'œufs qu'on délaye avec
du lait, la remuer sur le feu avec une cuiller de bois, et lorsqu'elle
est prise, la verser dans une bassine, l'assaisonner de sel et d'une
forte pincée de cayenne, puis, lorsqu'elle est à moitié froide, y
mélanger une poignée de fromage de Gruyère râpé et la même
quantité de parmesan ainsi qu'un peu de muscade. On passe
ensuite cette crème à l'étamine au moyen de deux cuillers de bois.
Ajouter à l'appareil un peu de gélatine fondue, et tourner sur la
glace jusqu'à ce que la crème commence à épaissir. On termine
par l'addition de crème fouettée, puis on emplit vivement un
moule à bavarois ou bien des moules à darioles. Un point essen-
tiel à observer, c'est que dans tous les entremets de fromage
servis sur les tables anglaises, il ne faut pas ménager le poivre
de Cayenne.
Glace au fromage à la Cadogan.
Préparez une crème anglaise de six jaunes d'œufs et de lait,
comme pour le bavarois au fromage, et assaisonnez de même.
Mélangez le parmesan et le gruyère, et lorsque l'appareil est
presque froid, passez à l'étamine au moyen de deux cuillers de
bois. Sanglez la sorbetière, et mettez la crème anglaise dedans.
Remuez constamment avec la spatule et, lorsque le liquide
commence à épaissir, mélangez un demi-litre de crème fouettée.
Évitez de laisser trop prendre la glace. On la dresse en rocher
sur un plat garni d'une serviette.
Bécasse écossaise. — Scotch woodcock.
Il est un fait avéré, c'est qu'on ne trouve pas de bécasses en
Ecosse, quoiqu'elles soient assez communes en Angleterre et
surtout en Irlande. C'est probablement à cause de cette particu-
larité que, par dérision, on a donné le nom de bécasse écossaise
270 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
à ce mets qui n'a aucun rapport avec ce délicieux gibier.
Couper des tranches de pain, que l'on fait griller des deux
côtés, devant un feu bien clair. Faire un peu de sauce au beurre
bien épaisse, à laquelle on mélange une cuillerée à bouche de
câpres hachées et une cuillerée à café d'essence d'anchois
(essence of anchovy). Étendre cette préparation sur les tranches
de pain grillé, que Ton masque entièrement d'une couche de
fromage de Parmesan râpé. Colorer à la salamandre et détailler
le pain en forme de rectangle de la largeur de deux centimètres
sur six de longueur. Servir très chaud et bien poivré.
Pailles au fromaçe. — Cheese straws.
Ce savoury est très estimé des Anglais :
Préparer une demi-livre de pâte à feuilletage à laquelle on
donne une dizaine de tours ; mais entre chaque tour, on sème,
sur la surface de la pâte, du fromage râpé de Parmesan et de
Gruyère, ainsi qu'une pincée de poivre deCayenne. Lorsque la
pâte a dix tours, l'abaisser d'une épaisseur de trois millimètres
à peu près, et la diviser avec un grand couteau, en baguettes
fines de 12 centimètres de long, qu'on place au fur et à mesure
sur un plafond beurré. Les cuire à feu vif. En les sortant du
four, les détacher et les dresser sur une serviette chaude.
Condés au fromage.
Faire une pâte au fromage composée de 4 jaunes d'œufs
délayés avec un peu de crème, du sel, du cayenne et assez de fro-
mage râpé pour en faire une pâte compacte, qu'on étend sur des
abaisses de feuilletage, et qu'on détaille ensuite en bâtonnets de la
forme et de la grandeur d'un condé d'amandes. Cuire à four chaud.
Croquets au parmesan.
Ingrédients : une livre de farine, une livre de beurre, une
livre de parmesan râpé, sel, cayenne et deux ou trois cuillerées
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 271
de crème double. Mélanger le tout, et en faire une pâte que Ton
abaisse, et que Ton divise avec un coupe-pâte cannelé de 4 ou
5 centimètres de diamètre. Cuire à four modéré. Avant d'envoyer
sur table, saupoudrer les croquets de parmesan râpé.
Beignets au parmesan. — Parmesan fritters.
Préparer une crème frangipane avec 4 œufs entiers,
125 grammes de farine, un peu de sel, du poivre de Cayenne, de
la muscade râpée, 60 grammes de beurre, un demi-litre de lait.
Faire cuire et réduire en remuant constamment la frangipane,
à laquelle on ajoute, lorsqu'elle est réduite à point, une poignée
de parmesan râpé et une de gruyère. Beurrer un plafond, et y
verser la crème qu'on égalise avec la lame d'un couteau et qu'on
met refroidir. Lorsque la frangipane est tout à fait froide, on la
coupe avec un coupe-pâte rond de quatre centimètres de
diamètre. Avec un plus petit coupe-pâte on enlève le centre du
beignet, qu'on trempe dans l'œuf battu, et finalement dans la mie
de pain. Frire à grande friture, puis égoutter et saupoudrer légè-
rement de fromage râpé avant d'envoyer sur table. On dresse
les beignets en couronne sur une serviette.
Diablotins.
Préparer de la pâte à choux à laquelle on mêle une poignée
de parmesan râpé et autant de gruyère. Prendre une poche à
biscuits, munie d'une forte douille de forme ovale, et l'emplir
avec la pâte. Faire chauffer du saindoux dans une poêle, 'en
assez grande quantité pour que les diablotins puissent frire à
Taise. Lorsque le saindoux est suffisamment chaud, presser sur
la partie supérieure de la poche, et au moyen d'un petit couteau
dont on trempe la lame de temps en temps dans le saindoux,
trancher vivement la pâte au fur et à mesure qu'elle sort de la
douille. On obtient ainsi de petits beignets soufflés de forme
uniforme qu'on remue constamment avec une écumoire jusqu'à
272
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
cuisson complète. A mesure que les diablotins prennent couleur,
on les égoutte sur un tamis de fer, et lorsqu'ils sont tous cuits,
on les saupoudre de parmesan râpé et d'un soupçon de poivre de
Gayenne. Servir très chaud.
Petites fondues au parmesan.
Casser dans une casserole de moyenne grandeur six jaunes
d'œufs auxquels on ajoute 150 grammes de beurre frais, du sel,
du poivre de Cayenne et une pincée
de muscade. Mettre la casserole au
bain-marie et remuer avec une spa-
tule jusqu'à ce que l'appareil épais-
sisse ; la retirer du feu, et lui incor-
porer graduellement 300 grammes
de fromage râpé, moitié gruyère et
moitié parmesan. Chauffer légère-
ment, et, lorsque le fromage est bien
mélangé, ajouter deux blancs d'œufs
fouettés. Un quart d'heure avant de
servir, fouetter encore quatre blancs
d'œufs qu'on incorpore à l'appareil,
avec lequel on emplit deux dou-
zaines de petites caisses, soit en
papier, soit en porcelaine à feu. On
les cuit à four doux, et on les dresse sur un plat chaud garni
d'une serviette.
Darioles au fromage.
Foncer avec de la pâte à 3/4 une douzaine de moules à
darioles. D'autre part, casser dans une bassine deux œufs entiers
et quatre jaunes, que l'on délaye avec un demi-litre de crème.
Assaisonner de sel, cayenne et muscade, et ajouter une poignée
de parmesan râpé et une demi-poignée de gruyère. Bien mélanger
le tout avec un fouet, et remplir les moules avec cet appareil.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 273
Saupoudrer la surface de fromage râpé et cuire à four vif.
Il ne faut emplir les darioles qu'au moment de les mettre au
four. Si on les emplissait trop tôt, le fromage tomberait au fond
du moule.
Dartois au fromage.
Faire une frangipane au fro/nage telle qu'elle est décrite à
l'article des beignets au parmesan; mais on doit la faire un peu
plus délicate, et la réduire un peu moins.
Lorsque la crème pâtissière est tout à fait froide, on l'étend
sur une abaisse de pâte, puis on la recouvre de feuilletage à huit
tours. On procède ensuite comme pour les gâteaux Dartois
ordinaires; mais au lieu de les dorer à l'œuf, on les humecte de
crème avec un pinceau, on sème à la surface du fromage de
parmesan râpé mélangé à du gruyère, et Ton saupoudre de
poivre de Cayenne,
Soufflé au parmesan.
Mettre dans une casserole 200 grammes de farine tamisée
que l'on dissout avec un demi-litre de lait. Ajouter sel, poivre,
muscade râpée et 60 grammes de beurre. Tourner sur le feu
jusqu'à ce que l'appareil prenne de la consistance, et continuer
à laisser cuire pendant quelques minutes. Retirer alors du feu,
et ajouter 30 grammes de parmesan râpé et autant de gruyère.
Mêler à l'appareil six jaunes d'œufs, dont on fouette les blancs
en neige, et qu'on ajoute en dernier lieu. Pour cuire le soufflé,
on le met, soit dans un plat à tarte anglais, soit dans une caisse
en argent fabriquée exprès pour cet usage. A défaut de ces réci-
pients on peut cuire le soufflé dans une caisse en papier.
Rissoles au fromage.
Préparer de la crème pâtissière au fromage. (Voir beignets
au parmesan.) Lorsqu'elle est cuite, la laisser refroidir en
18
2/1 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
la remuant de temps en temps, afin de la conserver lisse.
Abaisser très mince de la pâte à feuilletage usée, etsur celle-
ci, déposer de place en place, en les séparant par un espace de
deux centimètres, des petites boules de frangipane de la gros-
seur d'une noisette. Mouillez le tour de la rissole qu'on recouvre
d'une abaisse de pâte. On soude les deux abaisses en appuyant
avec le pouce. Tremper alors chaque rissole dans de l'œuf battu,
et ensuite dans de la mie de pain fraîche. Faire frire à pleine
friture les rissoles, en les remuant constamment avec une écu-
moire, et lorsqu'elles ont atteint une jolie couleur dorée, on les
égoutte. Avant de les servir, on les saupoudre de parmesan
râpé. Dresser sur une serviette et garnir de persil frit.
Crème de Devonshire. — Devonshire cream.
On vend à Londres, dans les crémeries, de petits pots d'une
forme particulière, qui contiennent une excellente crème dontle
comté du Devonshire a la spécialité.
La « Devonshire cream » se prépare ainsi :
On emplit, jusqu'aux bords, une bassine en étain ou en terre
très évasée, avec du lait non écrémé qu'on laisse reposer dans
un endroit frais pendant douze heures en été, et vingt-quatre
heures en hiver. Au bout de ce temps, on place le vase sur un
trépied élevé posé au-dessus d'un feu de bois, pour le laisser ainsi
sans remuer, jusqu'à ce qu'une épaisse couche de crème se forme
à la surface. Il faut surtout avoir soin de surveiller le lait et ne
pas le laisser bouillir. Lorsqu'il commence à « frémir », on retire
la terrine avec précaution du feu, on la dépose dans la laiterie,
et lorsque le liquide est entièrement refroidi, on enlève la crème
avec une écumoire. Elle est alors prête à livrer au commerce.
Cette crème est excellente pour faire les mirlitons dits de Rouen.
Beignets soufflés au fromage. — Cheese puflfs.
. Faire de la pâte à choux dans laquelle on ne met ni sucre ni
aromates, qu'on remplace par du fromage de Gruyère et du par-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 275
mesan en quantités égale, avec de la muscade râpée. Beurrer
bien deux ou trois feuilles de papier écolier sur lesquelles on
couche, au moyen d'une poche à biscuit, de petits choux de la
grosseur d'un marron. Un quart d'heure avant de servir, on
laisse glisser les petits choux dans une poêle contenant du sain-
doux bouillant ; et on les fait frire en les remuant constamment
avec une écumoire, jusqu'à complète cuisson. On égoutte alors les
beignets sur une grille ou un tamis de fer, on les saupoudre de
parmesan râpé et on les dresse sur un plat garni d'une serviette.
Pulled bread.
Le pulled bread est un genre de pain que Ton sert en même
temps que le fromage à la fin du dîner, et qui se prépare ainsi :
On prend un pain qui sort du four et dont on enlève toute la
croûte. Pendant qu'il est chaud, on déchiquette la mie en mor-
ceaux du volume d'une grosse noix. Ces morceaux de mie de
pain sont alors mis à sécher à four chaud pendant un quart
d'heure. Ils prennent en séchant un aspect rugueux et une cou-
leur dorée, et deviennent très croustillants. Ce pain est excellent
mangé avec du fromage.
Sandwichs au fromage. — Gheese sandwiches.
Prendre un morceau de n'importe quel fromage sec, et le
râper. Le mettre dans un mortier avec son même volume de
beurre, un peu de moutarde aux fines herbes et une pincée de
poivre de Cayenne. Lorsquele fromage est bien mélangéavecle
beurre, on étend une couche épaisse de cette purée sur une
tranche de pain qu'on recouvre d'une autre tranche comme pour
lin sandwich ordinaire. Ces sandwichs sont excellents pour
goûter, avec accompagnement d'un verre d'ale ou de stout; mais
ils sont bien meilleurs encore si on remplace le pain ordi-
naire par une épaisse rôtie qu'on fend par le milieu et qu'on
garnit ensuite avec de la purée de fromage.
276 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Tartelettes à la Milanaise.
Faire cuire à l'eau salée un quart de petit macaroni (spaghetti)
Lorsqu'il est cuit à point, l'égfoutter, le rafraîchir, puis l'étendre
sur une serviette pour absorber toute l'humidité, et le couper
en morceaux égaux de la longueur d'un centimètre. D'autre
part, foncer des petits moules à tartelettes avec de la pâte fine.
Emplir le vide avec des lentilles, et faire cuire à four chaud.
Lorsqu'on retire les tartelettes du four, on retire les lentilles,
que Ton remplace par le macaroni, qu'on a préparé d'avance, en
le mélangeant avec un peu de sauce blanche, du sel, du poivre de
Gayenne, un peu de muscade râpée, et du fromage de Gruyère
et de parmesan en égale quantité. On saupoudre la surface de
pa*rmesan râpé, et on met quelques minutes au four. Avant de
les envoyer sur table, on les colore au moyen de la salamandre
chauffée à blanc.
Quiscli au fromage à la lorraine.
Cassez quatre œufs dans une terrine. Assaisonnez de sel,
poivre de Cayenne et muscade. Ajoutez deux verres de crème, une
poignée de parmesan râpé, et la même quantité de gruyère.
Emplissez avec cet appareil une croûte de flan qu'on a fait préa-
lablement cuire, ou bien de petites caisses en porcelaine à feu.
Mettez le flan et son contenu à four modéré. Quant aux petites
caisses en porcelaine, on les poche au bain-marie sans bouillir
pendant 20 minutes. Semez dessus du parmesan râpé et colorez
à la salamandre.
Petites croustades de Finnan haddock.
Ce mets se sert en même temps que le fromage. On appelle
finnan haddock la merluche fumée. Foncez de petites croustades
avec de la pâte fine et faites-les cuire à four chaud, en les
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 2/7
emplissant de riz ou de lentilles. Lorsqu'on les démoule, les vider
et les brosser intérieurement avec un pinceau.
Coupez en petits dés la chair du poisson que vous faites chauf-
fer dans une sauce au curry, et lorsque la préparation est bouil-
lante, garnissez-en les petites croustades, sur la surface des-
quelles on sème un peu de chapelure et de poivre de Cayenne.
Dresser sur un plat garni d'une serviette.
Welsh Rabbit.
Le véritable nom de ce mets est loelsh rare bit et signifie :
morceau de choix gallois ; mais on le dénomme plus communé-
ment welsh rabbit qui veut direct lapin gallois ». C'est la manière
de servir le fromage la plus connue et la plus en faveur en
Angleterre. Le welsh rare bit se mange dans toutes les classes
de la société : au club, au mess, au restaurant, à la taverne. Il
existe à Londres certaines maisons qui en ont la spécialité et où
l'on va le soir après le théâtre se faire servir un welsh rare bit,
comme à Paris on va manger la soupe à l'oignon et au fromage
qui se débite dans les brasseries de nuit. On prépare d'abord des
grillades de pain de mie, qu'on tient au chaud pendant qu'on
prépare le fromage.
Couper en morceaux carrés une demi-livre de fromage de
Gloucester qu'on met dans une casserole de moyenne grandeur
avec un verre de crème ou d'aleet un peu de moutarde anglaise.
Tournez sur le feu légèrement jusqu'à ce que le fromage se
liquéfie. A ce moment on le verse immédiatement sur les toasts
qu'on a enduits de beurre. Égaliser vivement le fromage avec la
lame d'un couteau, puis couper le pain en quatre ou six mor-
ceaux, et le servir sans plus altendre, après l'avoir saupoudré de
cayenne. Le welsh rare bit n'est bon qu'à la condition d'être
mangé très chaud. Dans certaines maisons, on sert le fromage
fondu de la sorte dans un plat d'argent à double fond, dans la
partie inférieure duquel on met de l'eau bouillante. Au moment
de l'envoyer sur table, on achève de le faire fondre à la surface
avec la salamandre. On sert à part du pain grillé et de Yale
278' LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
chaude. On donne à ce mets le nom de toasted cheese. Une
manière plus simple, pour faire un loelsh rabbit, consiste à éten-
dre sur des rôties bien beurrées une couche épaisse de fromage
de Gloucester râpé, et mettre quelques minutes au four. On
emploie ensuite la salamandre pour achever de faire fondre le
fromage; on sème sur la surface du poivre de Cayenne, et Ton
étale un peu de moutarde sur le tout.
Les sandwichs.
Un gourmet anglais. — Le marquis de Béchamel et lord Sandwich. —
Villeroy, Soubise et Monglas. — Les bals elles sandwichs. — L'homme
sandwich. — La boîte à sandwichs. — Le pain de mie.
Le mot anglais sandwich est depuis longtemps francisé, mais
ce n'est que depuis quelques années qu'on s'est mis d'accord pour
décider si le mot devait être masculin ou féminin. En dernier
ressort on est convenu de lui assigner le genre masculin; quant
au pluriel, on écrit indifféremment sandwiches ou sandwichs.
L'origine des sandwichs remonte au siècle dernier, et c'est
à lord Sandwich que nous sommes redevables de ce mets si
simple à préparer,* si facile à déguster et si utile à employer.
La célébrité, but de l'ambition de tant d'hommes de génie
méconnus, tient vraiment à bien peu de chose ; ainsi, pour ne
mentionner que deux exemples qui forment un curieux parallèle,
je citerai le marquis de Béchamel et lord Sandwich. Le premier
conçut la gourmande idée de faire ajouter par son chef un peu
de crème à une sauce blanche ; et le second, de son côté, peut-
être pour utiliser les restes d'une langue ou d'un jambon,
ordonna à son maître d'hôtel de lui placer une mince tranche
de viande entre deux mignonnes tartines de pain beurré, et
voilà deux hommes qui seraient restés à jamais ignorés, si les
gourmands reconnaissants ne leur avaient décerné un brevet de
postérité!...
Combien en est-il encore qui doivent leur renommée bien
plus à la cuisine qu'à leur génie; et Villeroy, Monglas, Duxelles,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE Ti ( .)
Soubise et bien d'autres seraient peut-être tout à fait inconnus
aujourd'hui, si leurs noms ne se trouvaient associés à quelque
préparation culinaire.
Les sandwichs se confectionnent d'une infinité de manières
et se préparent selon les goûts du consommateur et selon les cir-
constances qui motivent leur emploi. Ils s'assimilent à tous les
tempéraments, à condition toutefois que la nature de la sub-
stance dont ils sont garnis et leur assaisonnement conviennent
aux estomacs auxquels ils sont destinés. Pour les enfants et les
personnes délicates, on emploiera du poulet émincé ou de la
purée de volaille ou de gibier. Pour les appétits robustes, on
substituera au poulet ou à la purée, du bœuf, de la langue ou du
jambon. Pour ceux-là on modérera le sel et on supprimera les
condiments; pour ceux-ci, on ne ménagera ni la moutarde ni
l'assaisonnement.
Les sandwichs ont surtout du succès dans les bals et les
soirées. Cette faveur dont ils jouissent tient à la faculté qu'on a
de les manger sans retirer ses gants, sans avoir recours à l'as-
siette et à la fourchette, sans s'asseoir, en causant, voire même
en flirtant.
Le mot sandwich est aujourd'hui francisé et s'applique à
toute chose enfermée entre deux objets à surface aplanie. C'est
ainsi que parune ironie dusort les loustics parisiens etlondoniens
ont baptisé du nom d'homme sandwich le malheureux meurt-de-
faim, à la solde des agents de publicité, qui se promène mélan-
coliquement dans les rues de Londres et dont la tête et les jambes
émergent d'entre deux planches, sur lesquelles s'étalent des
réclames plus ou moins mirifiques, et dont le sujet attrayant
forme un constraste marquant avec l'aspect misérable et l'habil-
lement dépenaillé de ce martyr du pavé.
En Angleterre, il est d'usage et de bon ton de posséder une
boîte à sandwichs, et tout Anglais qui se respecte ne se met
jamais en voyage sans avoir dans son sac une sandwich box bien
garnie. Ces boîtes varient par leur forme et leur nature. Elles
sont ovales, oblongues ou carrées. On en voit en nickel, en
argent et même en or. Les unes, destinées à mettre dans la
280 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
poche, ressemblent à des porte-cigares, tandis qu'il en est d'autres
presque aussi grandes que des chaufferettes; ce sont des sand-
wich boxes de famille.
On emploie, pour faire les sandwichs, un certain pain préparé
tout exprès et cuit dans un moule de forme carrée. On le nomme
pain de mie (en anglais, tinloaf). On enlève la croûte supérieure
et Ton étend sur le pain une légère couche de beurre frais mé-
langé avec un peu de moutarde. On prépare ainsi deux tartines
de même épaisseur. Sur l'une d'elles on place la viande coupée
en minces escalopes qu'on assaisonne de sel et qu'on recouvre
ensuite avec l'autre tranche de pain beurré. On fait alors adhérer
la viande au pain en appuyant sur le sandwich avec le fond
d'une assiette, puis on le coupe de la forme et de la grandeur
désirée.
Sandwichs au pain grillé.
Faire griller une tranche de pain de mie d'un centimètre
d'épaisseur, et la fendre en deux dans toute sa grandeur pendant
qu'elle est encore chaude. Laisser refroidir et garnir l'intérieur
de beurre et d'une viande cuite quelconque, qu'on assaisonne
et sur laquelle on sèrne du cresson alénois.
Sandwichs de carême.
Préparer une tranche de pain grillé, ainsi que dans la précé-
dente recette, et remplacer la viande par des tranches d'œufs durs
qu'on assaisonne de sel et de poivre et qu'on parsème de cresson
alénois.
Sandwichs à lapurée de homard.
Ces sandwichs se garnissent avec une purée faite avec les
déchets d'un homard ou d'une langouste, qu'on a parés pour une
salade ou une mayonnaise. Ces déchets, après avoir été assai-
sonnés d'un peu de sel et d'une pincée de poivre de Cayenne,
LA. CDISINE ANGLAISE EN AMÉRICAINE 281
sont mis dans un mortier et piles avec un morceau de beurre,
deux anchois et l'intérieur du coffre du crustacé, y compris le
corail qui est nécessaire pour colorer la purée, qu'on passe
ensuite au tamis à quenelle et qui sert à garnir les sandwichs.
La garniture des sandwichs peut se variera l'infini ainsi que
je l'ai dit plus haut. Je ne m'étendrai donc pas plus longtemps
sur ce chapitre, laissant à l'imagination du praticien le soin d'en
combiner la nature, selon les moyens dont il peut disposer.
Sandwich du Bookmaker. — Book-maker Sandwich.
Ce genre de sandwich, patronné par les gens qui fréquentent
les courses, est des plus substantiels et, d'après l'énoncé de la
recette qui suit, on comprend qu'il peut à l'occasion tenir lieu
d'un repas.
On prend un pain de mie anglais carré, dont on détache les
deux côtés extrêmes qui forment la croûte, et à laquelle on
laisse adhérer un centimètre de mie, qu'on revêt d'une légère
couche de beurre.
D'autre part, on fait griller un beefsteak épais, bien assai-
sonné de sel et de poivre. Lorsqu'il est cuit, on le retire du gril
pour le laisser refroidir. Lorsqu'il est tout à fait froid, on sème
dessus du raifort râpé et on le sature de moutarde ; puis on le
place entre les deux croûtes de pain qu'on ficelle comme on le
fait dune galantine, et qu'on enveloppe dans plusieurs feuilles
de papier buvard. On place ensuite le paquet ficelé sous une
presse à copier dont on serre les vis graduellement et on laisse
ainsi le sandwich pendant une demi-heure. Au bout de ce temps,
on le retire. La partie intérieure des tranches de pain se trou-
vera, par le fait de la pression, saturée du jus de la viande,
que la partie croutonneuse du pain empêche de s'échapper.
On retire le papier buvard, et on emballe le sandwich dans
une boîte ou dans une ou plusieurs feuilles de papier parche-
miné.
CHAPITRE XIII
SAUCES ANGLAISES, AROMATES ET
CONDIMENTS.
Le prince de Talleyrand, au retour d'un voyage en Angleterre,
critiquait la manière de vivre des Anglais et disait ironiquement
qu'ils ne connaissaient qu'une seule sauce.
Si le grand diplomate revenait en ce monde, il aurait de nos
voisins une opinion toute différente et serait forcé d'admettre
que ses critiques n'auraient plus de raison d'être aujourd'hui,
grâce aux nombreuses écoles de cuisine qui ont surgi depuis une
vingtaine d'années dans les principaux quartiers de Londres et
dans les villes les plus importantes du Royaume-Uni.
Les principes fondamentaux de la cuisine française se sont
intronisés rapidement chez le peuple anglais, et nos sauces,
inconnues jadis,, ont acquis maintenant droit de cité chez nos
voisins.
Il existe cependant des sauces spéciales et essentiellement
nationales. Ces sauces jouent un grand rôle dans l'alimentation
anglaise et le nombre en est varié à l'infini.
Sur les tables anglaises et surtout dans Jes hôtels et restau-
rants, on trouve invariablement un ustensile à compartiments
qu'on appelle cruet-stand, et qu'en France on nomme ménagère.
C'est une espèce d'huilier supportant une demi-douzaine de
flacons de cristal, contenant chacun un condiment différent,
dont chaque convive use à sa fantaisie, en ajoutant la quan-
tité qu'il lui plaît aux sauces et aux mets qui lui son*
servis. C'est d'abord l'huile, puis le vinaigre, la sauce Harvey,
la sauce Worcestershire, la sauce anchois (essence of ancho-
vies), le poivre de Cayenne et le ketchup ou essence de cham-
pignons.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 283
Sur le dressoir sont rangés quelques bocaux qui contiennent
des choux rouges au vinaigre, des cornichons, des pickles, des
noix confites (pickled walnuts) et du chutney.
Ketchup ou Catsup.
Cette sauce, qu'il ne faut pas confondre avec le Soya, auquel
elle ressemble par la couleur, se prépare en faisant macérer
dans le sel des champignons lavés et émincés. On les dispose
par lits d'un centimètre d'épaisseur dans une terrine neuve ou
ne servant qu'à cette préparation. Chaque lit est saupoudré
d'épices et de sel fin, puis on laisse reposer pendant cinq ou six
jours. Après ce temps, on presse les champignons de façon à en
obtenir tout lejus, qu'on fait bouillir en l'assaisonnant de poivre,
de gingembre, thym, laurier et marjolaine. Laisser refroidir, fil-
trer et mettre en bouteillles.
Chutney. •
Le chutney, comme le curry, est d'origine indienne. On le
mange ainsi que les pickles avec la viande froide. C'est une
espèce de purée faite avec des raisins de Malagadonton a retiré
les pépins et qu'on a piles dans un mortier avec de l'ail, des
échalotes, des pommes, de la moutarde, des piments, de la cas-
sonade et du vinaigre. Ce mélange disparate n'est pas du goût
de tout le monde, et les vrais gourmets n'usent guère de ce con-
diment énergique, qui dénature complètement la saveur du mets
servi.
Aromates et condiments.
Les Anglais ont la fâcheuse habitude d'abuser des herbes
aromatiques et des condiments; aussi ne saurai-je trop recom-
mander à mes collègues français appelés à pratiquer en Angle-
284 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
terre, d'éviter de les imiter. Il faut en employer, puisque c'est
dans les goûts du pays; mais il faut en user modérément; car,
on le sait, l'excès en tout est un défaut, et j'ai souvent vu des
mets, préparés par des chefs anglais d'après les medleurs prin-
cipes culinaires, totalement dénaturés par la quantité d'aromates
et d'épices dont ils étaient assaisonnés.
Épices mélangées pour assaisonnement. — AU
spices for seasoning
Mélanger 50 grammes de clous de girofle, 50 grammes de
muscade râpée, 25 grammes de gingembre, 25 de poivre en
grains, 15 de macis, 15 de feuilles de laurier, 5 de basilic, 15 de
marjolaine. Toutes ces épices, après avoir été bien séchées à
l'étuve, sont pilées au mortier et passées au tamis de crin très
fin, puis étendues et enfermées entre deux feuilles de papier
blanc dont on replie les bords pour éviter l'évaporation. On les
remet de nouveau à l'étuve pendant une heure, et lorsque les
épices sont bien sèches, on les met dans des flacons pour s'en
servir au besoin.
Essence d'herbes pour potage tortue. — Essence
of herbs for turtle soup.
Les herbes aromatiques dont on se sert pour l'assaisonne-
ment du potage tortue sont le basilic, la marjolaine, le thym, le
laurier, la sarriette, la racine de persil et les oignons verts. On
fait de ces herbes une purée ou une infusion. S'il s'agit d'aroma-
tiser un potage clair, on fera infuser ces herbes pendant une
demi-heure dans du consommé ; mais si l'essence est destinée à
à un potage lié ou à une sauce tortue, on mouillera les herbes
avec delà sauce, et on les laissera cuire pendant une demi-heure;
puis on les réduira en purée en les passant àl'étamine au moyen
de deux cuillers de bois.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 285
Sauce princesse. — Princess sauce.
Râper dans une petite casserole l'écorce d'un citron et la
même quantité de raifort. Ajouter un peu de muscade également
râpée et deux cuillerées de vinaigre blanc. Laisser réduire
quelques minutes et ajouter un peu de sauce blanche. Donner
un bouillon et passer à la mousseline, dans un bain-marie. Au
moment d'employer la sauce, amalgamer un bon morceau de
beurre frais et du persil haché et blanchi. — Cette sauce se sert
avec le fritôt de poulet ou avec le poulet Villeroy. — On la sert
aussi avec les filets de soles ou de merlans dits à la « princesse » ;
dans ce cas, il faut ajouter à la sauce un peu d'essence d'anchois
(essence of anchovy).
Sauce raifort chaude. — Albert sauce.
Râper dans une casserole trois racines de raifort (horse radish)
qu'on fait bouillir pendant une demi-heure avec du consommé
blanc. Ajouter de la sauce blanche ainsi qu'un quart de litre de
crème épaisse et un peu de mie de pain fraîche. Réduire en la
tournant sur le feu et la passer à l'étamine comme une purée
avec deux cuillers de bois. Au moment de servir, faire chauffer
la sauce et y incorporer une liaison de deux jaunes d'œufs, du
sel, du poivre, et un peu de moutarde anglaise préalablement
délayée avec du vinaigre. — Cette sauce se sert généralement
avec le filet de bœuf braisé.
Sauce aux aromates. — Aromatic sauce.
Mettre dans une casserole une branche de thym, une de
basilic, une de sarriette, autant de marjolaine, de sauge et de
ciboulette, deux échalotes, un peu de muscade râpée et quel-
ques grains de gros poivre. Mouiller ces aromates avec du bon
consommé et faire bouillir vivement pendant dix minutes.
Passer à travers une fine passoire et remettre dans la casserole.
286 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Lier le jus de la cuisson avec un peu de roux. Laisser réduire
jusqu'à ce que la sauce soit de la consistance d'une béchamel,
et, finalement, y ajouter une liaison de trois jaunes d'œufs
délayés avec un peu de crème. En dernier lieu, finir avec un
morceau de beurre frais, un jus de citron, et un peu de cerfeuil
et d'estragon haché et blanchi.
Sauce crevettes. — Shrimp sauce.
Préparer une sauce béchamel maigre, à laquelle on ajoute,
en dernier lieu, une pincée de poivre de Cayenne, une poi-
gnée de queues de crevettes épluchées et lavées et un peu
d'essence d'anchois. Cette sauce se sert avec les poissons cuits
à l'eau.
Sauce homard. — Lobster sauce.
Faire fondre dans une casserole 125 grammes de beurre,
auquel on incorpore 12o grammes de farine. Délayer avec du
lait ou de la crème. Assaisonner de sel, de poivre de Cayenne
et de quelques gouttes d'essence d'anchois. D'autre part, briser
la coquille d'un petit homard cuit et en enlever la chair, qu'on
découpe en morceaux d'un demi-centimètre carré, et qu'on
mélange à la sauce au moment de l'envoyer sur table.
Cette sauce se sert communément avec le turbot et le sau-
mon. Dans les grands dîners, on envoie généralement deux sau-
cières avec ces poissons. Dans l'une on met une hollandaise et
dans l'autre une sauce homard.
Sauce aux huîtres. — Oyster sauce.
En Angleterre, on ne mange jamais de cabillaud frais
qu'accompagné d'une sauce aux huîtres. On en sert aussi avec la
merluche, mais avec cette dernière elle n'est pas indispensable.
On emploie généralement l'huîlre dite pied de cheval, qui est
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 287
abondante chez nos voisins, et qui a une saveur exquise.
Prendre deux douzaines d'huîtres, qu'on appelle huîtres à
sauce (sauce oysters). Les mettre à blanchir dans leur propre
liqueur, et lorsqu'elles ont donné un ou deux bouillons, les
égoutter en réservant la liqueur. On les ébarbe ensuite, en ne
conservant que les noix qu'on divise en deux ou trois morceaux,
selon qu'elles sont plus ou moins grosses. Le tendon de l'huître
doit être aussi éliminé, car il est coriace et n'a aucun goût.
Faire une sauce au beurre avec 60 grammes de beurre et
autant de farine, qu'on délaye avec la cuisson des huîtres, et
assez de crème pour former une sauce épaisse. Assaisonner de
sel et de poivre de Cayenne, et d un soupçon d'essence d'anchois.
Faire bouillir quelques minutes, et, en dernier lieu, passer la
sauce à la passoire fine, et ajouter les huîtres.
Sauce brune aux huîtres. — Brown oyster sauce.
Cette sauce se prépare comme la précédente; seulement on
remplace la crème par du bon jus, afin de lui donner une cou-
leur brune. On la sert communément avec des beefsteaks, des
pâtés et des puddings de viande, ainsi qu'avec des tranches de
cabillaud grillées.
Sauce aux moules. — Mussel sauce.
Éplucher et laver à plusieurs eaux quatre douzaines de
moules, et les placer dans une casserole avec deux oignons
émincés, quelques branches de persil, un verre de vin blanc, du
sel et du poivre. Couvrir la casserole et la placer sur un feu vif
en sautant les moules de temps en temps. Lersque celles-ci
commencent à s'ouvrir, les égoutter en réservant leur cuisson.
On procède alors à l'extraction des moules de leurs coquilles, et
on les place dans un bain-marie.
On fait ensuite un roux léger qu'on délaye avec le jus des
moules et de la crème, pour en faire une sauce épaisse à laquelle
288 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
on ajoute une liaison de trois ou quatre jaunes d'oeufs, et, lors-
qu'elle est bouillante, on y adjoint les moules, et en dernier
lieu, une pincée de poivre de Cayenne et un peu de persil haché
et blanchi. Cette sauce se sert généralement avec les merlans
grillés, les dorades, et avec le cabillaud, lorsqu'on ne peut se
procurer d'huîtres.
Sauce raifort froide. — Cold horse radish sauce.
Râper dans une petite terrine vernie deux ou trois racines
de raifort, y ajouter son même volume de mie de pain fraîche,
une pincée de sucre, du sel, de la crème double, un peu de
moutarde anglaise, et une cuillerée à café de vinaigre. Cette sauce
doit être tenue assez consistante. Elle se sert avec le bœuf rôti.
Le raifort, simplement gratté, se sert aussi au lieu de sauce
dans les repas ordinaires pour accompagner le roast-beef. Dans
ce cas, on le place sur la viande ou dans un ravier.
Sauce aux queues d'écrevisses. — Crayfish sauce.
Cette sauce se prépare comme la sauce homard; la seule
différence consiste en ce que l'on emploie des queues d'écre-
visses au lieu de homard.
Sauce persil. — Parsley sauce.
Cette sauce est très employée dans la cuisine anglaise. Elle
consiste simplement en une sauce au beurre, à laquelle on ajoute
en dernier lieu du persil haché et blanchi, et un jus de citron.
On s'en sert surtout pour la tête et les pieds de veau, le lapin
et le poulet bouillis, le veau braisé, le maquereau et le saumon.
Sauce aux câpres. — Gapers sauce.
Se compose d'une sauce au beurre, dans laquelle on mélange
deux ou trois cuillerées de câpres. Lorsque cette sauce est
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 299
destinée au poisson, on y ajoute un peu d'essence d'anchois ;
mais le plus souvent on la sert avec le lapin ou avec le mouton
bouilli. Dans ce cas, on omet l'essence d'anchois, et, on se sert
de la cuisson du mouton pour faire la sauce au lieu d'eau. On
assaisonne d'un peu de muscade râpée, et de poivre de mignon-
nelte. L'addition d'un peu de crème et d'une liaison de jaunes
d'œufs est facultative.
Sauce fenouil. — Fennel sauce.
Sauce au beurre à laquelle on ajoute du fenouil haché et
blanchi. Se sert généralement avec le maquereau bouilli.
.Sauce groseilles à maquereaux. — Gooseberry sauce.
Mettre dans un poêlon un litre de groseilles à maquereaux
épluchées, avec deux poignées de sucre en poudre et un peu
d'eau. Faire cuire à grand feu, et faire du fruit une purée, qu'on
passe au tamis de crin. On sert cette sauce rarement aujourd'hui,
mais c'est une vieille sauce du répertoire de la cuisine anglaise.
On la servait avec le maquereau bouilli et avec l'oie rôtie.
Sauce au pain frit. — Fried bread sauce.
Émincer dans une casserole de petite dimension 30 grammes
de jambon et une échalote hachée, un peu de muscade râpée,
une pincée de poivre, une de sel, et un verre de bon bouillon.
Laisser bouillir jusqu'à réduction de moitié, et passer par pres-
sion à travers une fine passoire dans une autre casserole, conte-
nant cinq ou six cuillerées de mie de pain frite d'une couleur
dorée, de persil haché et le jus d'un demi-citron. Remuer cette
sauce sur le feu jusqu'à ébullition, et servir dans une saucière.
On sert cette sauce avec les petits oiseaux tels que mau-
viettes, grives, ortolans. Avec le faisan et la grouse, on envoie,
outre la bread sauce ordinaire, de la mie de pain séchée et
brunie au four.
19
290 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Jus coloré. — Brown gravy.
Avec le veau rôli, il est d'usage d'envoyer une sauce assez
primitive. On fait une sauce au beurre, à laquelle on mêle du
jus de viande très coloré récolté dans la lèchefrite. L'assaisonner
de sel et de poivre, et y ajouter un peu de « ketchup » et de
« Harvey sauce ». A défaut de jus, on colore la sauce avec du
« Soy Indien ». (Cuisine bourgeoise anglaise.)
Sauce au curry — Curry sauce.
Le curry est une poudre importée de l'Inde, où elle est d'un
constant usage pour les préparations culinaires.
Mettre dans une casserole 60 grammes de beurre, une'
branche de thym, un morceau de macis, deux oignons émincés,
quelques racines de persil, un peu de céleri et quelques parures
de champignons. Faites frire ces légumes et, lorsque l'oignon
commence à jaunir, ajouter 30 grammes de farine et autant de
poudre de curry. Lorsque la farine et le curry sont bien mélangés
au beurre, ajouter graduellement un demi-litre de consommé.
Remuer jusqu'à l'ébullition, et laisser mijoter pendant à peu
près vingt minutes; passer à l'étamine comme s'il s'agissait
d'une purée, et remettre à mijoter sur le coin du fourneau pour
que la sauce écume. Après l'avoir bien dégraissée, on la met au
bain-marie en attendant qu'on l'emploie. Lorsqu'il s'agit d'un
poulet au curry, on se sert, comme de juste, de la cuisson du
poulet pour faire la sauce. Ne jamais omettre d'envoyer du riz
cuit à l'eau, avec les mets préparés au curry.
Sauce à la crème. — Cream sauce.
Lorsqu'on sert un carré de veau rôti, on l'accompagne quel-
quefois d'une sauce blanche qui se fait ainsi : Faire un roux
léger composé de 100 grammes de beurre et 60 grammes de
farine. Mouiller avec du consommé blanc, de la crème et de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 291
l'essence de champignons. Assaisonner de sel, poivre et muscade
râpée. Garnir d'un bouquet de persil, d'un oignon, et laisser
bouillir la sauce pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps ,
retirer l'oignon et le bouquet et servir la sauce sur le veau.
Sauce au beurre. — Melted butter sauce.
Cette sauce est la sauce fondamentale de la cuisine bour-
geoise anglaise. Autrefois, dans les hôtels et les restaurants, on
préparait le matin une marmite pleine de sauce au beurre
qu'on divisait dans deux bains-marie. Une moitié conservait sa
couleur primitive etdevait servir à confectionner toutes les sauces
dérivant de la sauce blanche. L'autre moitié était colorée avec
du caramel et servait de base à toutes les sauces brunes.
Recette : Faire fondre 125 grammes de beurre dans une
casserole, et lui incorporer la même quantité de farine tamisée,
en la travaillant avec une cuiller de bois. On obtient ainsi un
roux qu'on délaye avec la valeur de deux verres d'eau. Saler,
et, en dernier lieu, incorporer un bon morceau de beurre et
quelques gouttes de citron.
Sauce aux oignons. — Onion sauce.
La sauce aux oignons à l'anglaise est unesoubise simplifiée.
Moins raffinée, moins corsée que celle-ci, elle possède cependant
des qualités fort appréciables.
Cette sauce se sert généralement avec le lapin bouilli, le pou-
let, le gibier braisé, le mouton bouilli et les tripes. Émincez les
oignons, et faites-les bouillir dans du lait jusqu'à complète
cuisson. Le lait doit avoir été préalablement assaisonné de sel,
poivre et muscade râpée. Égouttez alors les oignons sur un
tamis, et servez-vous de la cuisson, épaissie avec un peu de
roux, pour en faire une sauce très épaisse, à laquelle on ajoute
les oignons, qu'on hache sommairement sur la table, avant
d'opérer le mélange. Les mets servis avec cette sauce doivent
en être entièrement recouverts.
292 LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Oignons frits. — Fried onions.
Emincer de gros oignons en rouelles minces, et les faire
frire dans une poêle avec de la bonne graisse. Les remuer con-
tinuellement afin qu'ils cuisent régulièrement, et lorsqu'ils ont
acquis une belle couleur dorée, égoutter la graisse, que l'on
remplace par un peu de bon jus de viande, additionné d'une
cuillerée de Harvey ou de Worcestershire sauce.
Les oignons préparés de cette façon se servent avec les
« rumpsteaks » grillés.
Oignons braisés.— Stewed onions.
Lorsque les oignons sont destinés à être servis avec un
beafsteak braisé, on les coupe en rouelles épaisses, et on les fait
cuire en même temps que la viande. Lorsque le beafsteak est
cuit et dressé sur son plat, on le recouvre entièrement avec les
oignons, qu'on étale soigneusement pour ne pas les mettre en
purée. La cuisson se fait alors réduire, et après y avoir ajouté
un peu de ketchup et de Harvey sauce, on la verse sur le
rumpsteak.
Sauce aux œufs. — Egg sauce.
Faire cuire trois œufs pendant dix minutes. Les rafraîchir et
les écalar, puis les couper en morceaux aussi égaux que possible
d'un demi-centimètre cube à peu près.
D'autre part, faire une sauce ainsi composée:
Mettre dans une casserole 60 grammes de beurre et 30 gram-
mes de farine, et lorsque la farine et le beurre ont formé un
roux, délayer avec du lait, et assaisonner de sel, poivre et mus-
cade râpée. Donner un bouillon, et mélanger les œufs à la sauce
qui doit être tenue un peu épaisse. Cette sauce se sert invaria-
blement avec la morue, qu'elle soit fraîche ou salée.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 293
Sauce aux œufs à l'écossaise.
Cette sauce se fait aussi d'une autre façon. Après avoir
rafraîchi et écalé les œufs, on les ouvre en deux et on retire les
jaunes. La partie blanche de l'œuf est alors coupée en petites
bandes et mise dans la sauce. Quant aux jaunes, on les passe
par pression à travers un tamis de laiton placé au-dessus d'une
assiette. Au moment de servir on enlève délicatement le jaune
d'œuf qui a forme de vermicelle et on le mélange légèrement à
la sauce.
Sauce Wastrefish. — Wastrefish sauce.
Couper en julienne : la partie rouge d'une carotte, un peu
d'écorce d'orange dont on a retiré le blanc, et de la racine de
persil. Faire bouillir ces ingrédients dans un peu devin blanc,
et lorsqu'ils sont cuits, les ajouter avec leur cuisson aune sauce
hollandaise. Ajouter en outre quelques feuilles de persil éplu-
chées et blanchies, et un peu d'essence de poisson. Cette sauce
se sert avec le poisson d'eau douce, tel que la perche, la carpe,
le gardon.
Sauce moutarde. - Mustard sauce.
Après avoir fait une sauce au beurre bien assaisonnée, on y
délaye un peu de moutarde anglaise mélangée de vinaigre. Il
faut avoir soin de ne pas laisser bouillir la sauce après le
mélange de la moutarde, car elle prendrait un goût d'âcreté
désagréable. Cette sauce ne se sert guère qu'avec les harengs
grillés.
Sauce Gumberland.
Hacher bien menu 2 échalotes, que l'on place dans une cas-
serole avec le zeste d'une orange et d'un citron coupé en
294 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
julienne. Faire bouillir dans de Feou pendant 20 minutes et
égoutter.
On place alors le zeste et les échalotes dans un bol avec
6 cuillerées de gelée de groseilles, 3 de porto, une pincée de
gingembre, une de cayenne, le jus d'un citron et celui d'une
orange. Cette sauce se sert froide, avec le sanglier ou le gibier
froid.
Sauce Victoria. — Victoria sauce.
Cette sauce se sert également avec la venaison :
Mettre dans une casserole de moyenne grandeur, trois cuil-
lerées de ^elée de groseilles avec 4 clous de girofle, une ving-
taine de grains de gros poivre, un morceau de cannelle, le zeste
d'une orange, deux décilitres de sauce espagnole et un verre de
porto.
Réduire sur un feu ardent pendant quelques minutes et pas-
ser à l'étamine. En dernier lieu, ajouter une pincée de poivre
de Cayenne et le jus d'une orange.
Sauce Cambridge. — Cambridge sauce.
(Sauce froide.)
Mettre dans un mortier six jaunes d'œufs durs, les filets de
quatre anchois, une cuillerée à bouche de câpres, une branche
d'estragon, autant de cerfeuil un peu de ciboulette, une cuil-
lerée à café de moutarde anglaise, la même quantité de mou-
tarde française, du sel, du puivre de Cayenne, puis délayer le
tout avec un peu d'huile d'olive et de vinaigre à l'estragon.
Lorsque tout est bien pilé, retirer la purée du mortier avec
un couteau à palette et la passer par friction à l'étamine au
moyen de deux cuillers de bois. Lorsque la sauce est entière-
ment passée, on la mélange bien dans une petite terrine qu'on
tient au frais jusqu'au moment de l'envoyer sur table.
Avant de la servir, on y ajoute un peu de persil haché. On
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 295
doit saler avec modération à cause de la présence des anchois
dans la sauce.
On sert cette sauce avec la viande froide et surtout avec la
tête de cochon.
Sauce à la Diable. — Devil sauce.
Hacher trois échalotes, et les mettre dans une petite casse-
role avec deux cuillerées de vinaigre et une bonne pincée de
poivre de Cayenne.
Lorsque le vinaigre est réduit, ajouter deux décilitres de
sauce espagnole, une cuillerée de sauce Harvey (Harvey sauce),
une de Worcestershire sauce, et deux de purée de tomate. Assai-
sonner de sel et passer à l'étamine.
Cette sauce convient aux viandes grillées à la Diable.
Sauce Réforme. — Réform sauce.
Cette sauce se sert avec les côtelettes dites « à la Réforme ».
On émince en julienne des cornichons, des truffes, de la
langue de bœuf salée, et du blanc d'œuf. (Pour plus de facilité
à émincer le blanc d'œuf, on le fait pocher dans un petit moule
à charlotte.) Ces ingrédients sont ensuite incorporés avec de la
sauce poivrade, et on en masque les côtelettes lorsqu'elles sont
dressées.
Sauce tortue. — Turtle sauce.
Mettre dans une casserole de moyenne grandeurune cuillerée
à bouche de purée de tomate, un verre de madère, une pincée
de poivre de Cayenne, quel ;ues parures de truffes et de cham-
pignons, et un peu de thym, de laurier, de basilique et de mar-
jolaine.
Laisser réduire en remuant avec une spatule pendant quel-
296 LA OUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
ques minutes et ajouter de la sauce espagnole en quantité suffi-
sante. Laisser mijoter sur le coin du feu jusqu'à ce que la sauce
ait rejeté sa graisse, qu'on écume soigneusement lorsqu'elle se
produit à la surface, puis, en dernier lieu, passer la sauce à tra-
vers une forte mousseline ou une étamine. Garder la sauce au
bain-marie, et au moment de s'en servir, ajouter un beurre d'an-
chois ou un peu de « anchovy sauce » et quelques gouttes de
jus de citron.
Cette sauce s'emploie pour la tête de veau et pour les entrées
de tortue telles que les nageoires, le « calipash » et le « calipee »
(viande du dos et du ventre de la tortue).
Sauce chevreuil. — Roe buck sauce.
Mettre dans une casserole un oignon émincé, ainsi que
60 grammes de maigre de jambon cru, un peu de thym et de
laurier, quelques grains de gros poivre, un peu de persil et une
petite carotte émincée.
Frire le tout dans du beurre, et mouiller avec un verre à vin
de vinaigre. Lorsque le vinaigre est réduit, verser sur les légu-
mes de la sauce espagnole et un verre de vin de Porto. Après
avoir dégraissé et réduit la sauce à la consistance désirée, ajou-
ter en dernier lieu une cuillerée de gelée de groseilles.
On sert cette sauce avec la venaison.
Sauce au pauvre homme. — Poor man's sauce.
Hacher très fin deux oignons qu'on passe au beurre jusqu'à
ce qu'ils soient d'une couleur dorée ; verser alors dans la cas-
serole une cuillerée de vinaigre et une pincée de poivre mignon-
nette. Laisser bouillir quelques minutes, et mouiller avec du
consommé. Après une légère réduction, lier la sauce avec un
peu de roux, assaisonner de sel et d'un peu de eayenne, puis au
dernier moment, ajouter du persil haché et blanchi, et une
cuillerée à café de câpres également hachées.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 297
Sauce au pain. — Bread sauce.
Faire bouillir un demi-litre de lait. Lorsqu'il est arrivé au
point d'ébullition, y jeter de la mie de pain fraîche en quantité
suffisante pour former une sauce épaisse dans laquelle on
ajoute du sel, du poivre, un oignon piqué de deux clous de
girofle, et 30 grammes de beurre frais. Laisser mijoter un
quart d'heure et envoyer dans une saucière, après avoir retiré
l'oignon.
On ne doit jamais omettre d'envoyer cette sauce avec le
poulet et le gibier à plume rôti, excepté cependant les oiseaux
aquatiques.
Sauce au porto. — Port wine sauce.
Faire bouillir un décilitre de vin de Porto avec une échalote
hachée, y ajouter le jus de deux oranges et d'un citron, ainsi
que le zeste râpé d'une orange et une branche de thym. Assai-
sonner de sel et de poivre de Cayenne. Lier cette sauce avec de
l'espagnole et passer à l'étamine.
On sert cette sauce avec le canard sauvage.
Sauce céleris. — Gelery sauce.
Nettoyer et lavez six pieds de céleris que vous coupez en
morceaux de dix centimètres de long, et dont vous enlevez les
feuilles vertes. Mettez le céleri à braiser dans une casserole,
avec deux oignons piqués de deux clous de girofle, et un bou-
quet garni. Mouillez avec du consommé blanc, et lorsque le
légume est cuit, retirez le bouquet et les oignons, et passez le
céleri par friction à travers une étamine au moyen de deux
cuillers de bois. Faites une sauce à la crème très serrée que vous
allongez avec le bouillon dans lequel on a braisé le céleri, et
ajoutez en dernier lieu la purée.
298 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Sauce aux pommes. — Apple sauce.
On sert invariablement avec le porc rôti, ou avec l'oie, une
sauce aux pommes. C'est simplement une purée de pommes
légèrement sucrée qu'on envoie à part dans une saucière.
Sauce Yorkshire. — Yorkshire sauce.
Coupez en julienne très fine l'écorce de deux oranges en
ayant soin de retrancher la partie blanche. Faites bouillir celte
écorce dans du vin de Porto. Lorsque l'orange est cuite, on
l'égoutte sur un tamis en réservant la cuisson, qu'on mélange
avec une cuillerée de gelée de groseilles fondue, de la sauce
espagnole, une pincée de poivre de Cayenne et une de cannelle
en poudre. Faites bouillir cette sauce quelques minutes, passez
à la passoire fine, et terminez en y incorporant le jus dune
orange ainsi que l'écorce. On sert cette sauce quelquefois avec
le jambon ou les canards sauvages.
Sauce à Parrowroot. — Arrowroot sauce.
Cette sauce s'emploie pour beaucoup de puddings d'entre-
mets sucrés. Délayer une cuillerée à bouche de farine d'arrow-
root dans une petite casserole avec un peu d'eau froide, et rem-
plir la casserole avec de l'eau bouillante. Remuer sur le feu
jusqu'à ce que la sauce prenne de la consistance, puis l'aroma-
tiser avec une saveur quelconque, soit vanille, citron, orange,
fleur d'orange, etc., ou avec de la liqueur sucrer modérément.
Sauce menthe. — Mint sauce.
L'agneau rôti ne se sert jamais en Angleterre sans être
accompagné d'une saucière de sauce à la menthe. D'après les
Anglais, l'acidité qui fait le fond de cette sauce ainsi que la
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE >0 ( .)
menthe qui l'aromatise, facilite l'assimilation de la viande
d'agneau qu'ils considèrent comme étant très indigeste.
Laver et égoutter des feuilles de menthe fraîches, et les
hacher très fin. Les mettre ensuite dans un bol avec une
cuillerée à café de cassonade blanche, et les délayer avec du
vinaigre rouge. Ajouter sel et poivre. Servir dans une saucière
avec l'agneau rôti, qu'il soit chaud ou froid. — Lorsqu'on ne
peut se procurer des feuilles de menthe fraîches, on emploie de
la menthe séchée, que l'on garde toujours en réserve dans les
cuisines anglaises, ainsi que le thym, le basilic, la sauge et la
marjolaine.
Sauce à la sauge. — Sage and onions sauce.
Faire bouillir à l'eau salée quatre gros oignons. Les hacher
avec une poignée de sauge préalablement blanchie, et mettre le
tout dans une casserole avec une poignée de mie de pain, du
sel, du poivre et un bon morceau de beurre. Faire frire cinq
minutes, et servir dans une saucière avec le porc rôti ou avec
l'oie.
Piccalilli.
On nomme piccalilli les macédoines de légumes confits
amalgamés avec une sauce jaune fortement épicée, qui a pour
base la moutarde anglaise. Après avoir préparé et roulé dans le
sel les légumes tels que choux-fleurs, haricots verts, petits
oignons, concombres, etc., on les met dans un grand vase de
terre muni d'un couvercle. On fait alors chauffer le vinaigre
qu'on verse bouillant sur les légumes. On recommence l'opéra-
tion deux jours de suite, et, le troisième jour, on met les
pickles en flacon. On mélange ensuite le vinaigre avec de la
moutarde anglaise, un peu de gingembre en poudre et une
pointe de cayenne, puis l'on verse cette saumure dons les flacons
qu'on bouche hermétiquement.
300 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Poudre de Curry. — Curry powder.
Le curry est un condiment exotique devenu populaire après
la conquête des Indes. Il forme la base des . préparations culi-
naires indoustanes, et est fort apprécié par les gourmets anglais.
Il en est de plusieurs sortes ; mais les curry les plus estimés
sont ceux qui sont expédiés de Madras, de Ceylan et du Ben-
gale. Tel que nous l'employons, c'est un mélange de gingembre,
graine de coriandre, graine de cumin, poivre noir, piment
rouge, tumeric et noix de coco. Tous ces ingrédients, piles
ensemble, forment une pâte que Ton fait sécher, puis qu'on
réduit en poudre, et c'est dans cet état qu'il est importé en
Europe, dans des boîtes et des bouteilles hermétiquement bou-
chées. Le riz cuit à l'eau est un accompagnement obligé de tout
mets dans la composition duquel il entre du curry.
Cannelle. — Cinnamon.
La cannelle est Pécorce d'un arbre de la famille des lauriers,
qui croît en Chine, à Ceylan et à Cayenne. Elle contient du tan-
nin, de l'amidon, et une huile volatile qui lui communique son
odeur et son arôme. Cette écorce, qui sert à aromatiser des
liqueurs et certaines préparations culinaires, possède des pro-
priétés excitantes et toniques. On l'emploie beaucoup dans la
cuisine anglaise pour aromatiser les gelées, les compotes et les
puddings. La cannelle de Ceylan est la plus estimée.
Pâte d'anchois. - Anchovy paste.
C'est un condiment qui s'achète chez les épiciers, et qui n'est
autre qu'une purée d'anchois mélangée de beurre, Cette pâte
d'anchois est conservée dans des pots et recouverte de beurre
clarifié. On l'emploie beaucoup dans les toasts aux anchois qui
se servent avec le thé. On fait griller des tranches de pain sur
lesquelles on étend, lorsqu'elles sont froides, cette pâte addi-
tionnée de beurre frais.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE '301
American ladie s' delight.
Ce condiment que par ironie on appelleLadies' delight (délice
de dame) est d'une nature un peu vulgaire et d'une force peu
commune. Il se prépare ainsi :
Hacher très fin une demi-livre de pommes, autant d'oignons
crus, et 50 grammes de piment rouge. Assaisonner de sel et
mettre la préparation dans un pot de gré. Verser dessus du
vinaigre bouillant. On peut employer le condiment deux ou
trois jours après, on le mange avec la viande froide.
Sauce aux anchois. — Anchovy sauce.
Cette sauce est d'une grande importance dans la cuisine
anglaise. C'est une purée d'anchois savamment combinée qui se
conserve presque indéfiniment. On s'en sert journellement pour
les sauces de poisson au lieu de beurre d'anchois si long à
préparer. Avec le poisson frit on bouilli, il est d'usage de servir
une sauce au beurre à laquelle on ajoute un peu de crème et
quelques gouttes de sauce anchois, relevée d'une légère pincée
de poivre de Cayenne.
Caviar et Vesiga.
Le caviar est un produit russe. Il se compose d'œufs de
sterlet et d'esturgeon, ces deux poissons monstrueux des mers
de la Russie orientale, Le commerce du caviar est d'une impor-
tance considérable, et c'est par milliers de livres que se chiffre
la quantité de ces œufs exportés de Russie dans tous les pays
du monde, principalement en Turquie, en Grèce et en Alle-
magne. On en expédie comparativement peu en Angleterre et
moins encore en France, où on commence seulement à en faire
usage. La préparation du caviar se pratique sur une grande
échelle dans d'importants établissements établis à l'embouchure
des grands fleuves, où viennent aborder les bateaux pêcheurs
302 LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
chargés du précieux comestible. La pêche de l'esturgeon se fait
principalement en automne. Aussitôt capturé, le poisson, amené
sur le pont du vaisseau, a la tête fendue à coups de hache, et on
lui ouvre le ventre, d'où l'on extrait immédiatementles œufs et la
partie nerveuse qui adhère à l'épine dorsale etqu'on nomme Vesiga.
11 y a deux espèces de caviar : le grenu et le compact.
Le grenu est le plus estimé; mais le compact a sur lui
l'avantage de pouvoir se conserver plus longtemps. La prépa-
ration du caviar grenu est des plus simples : on commence par
bien laver les œufs à grande eau, pour les dégager des fibres et
de la peau qui les enveloppe; puis on les mélange avec du sel
dans de larges récipients, où on les laisse macérer pendant une
heure. On les retire alors et on les étend sur des claies à plan
incliné, de façon à ce que tout le liquide salé puisse s'écouler.
On laisse ainsi égoutter les œufs pendant quelques heures, et
le caviar est prêt à mettre en pots.
La méthode, pour préparer le caviar compact, diffère de
celle qui vient d'être décrite, en ce que les œufs d'esturgeon, au
lieu d'être mis à égoutter sur des claies, après la salaison, sont
pétris avec le sel, puis, au bout d'une heure, on les met sous un
pressoir pdur en extraire toute l'humidité. Les œufs sont mis
ensuite dans de petits barils en bois, dans lesquelles ils sont
livrés au commerce.
C'est aussi de l'esturgeon qu'on tire principalement la sub-
stance gélatineuse connue sous le nom de colle de poisson.
Le vesiga est la partie nerveuse qui se trouve adhérente à
l'épine d'orsale du poisson. Cette substance, lorsqu'elle est des-
séchée, se conserve indéfiniment. On l'emploie beaucoup en
Russie où elle est fort estimée. On en fait des potages, on en
garnit des timbales, et l'on s'en sert pour confectionner des
rissoles et des kromeskis.
En Russie, on sert le caviar au commencement du dîner,
mais en Angleterre on le sert après le fromage. On l'envoie sur
table dans le petit baril qui le contient et qu'on place sur une
assiette couverte d'une serviette ; ou bien on en garnit des
petites croûtes de pain frit. On en fait aussi des sandwiches.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 303
Hareng saur au whisky à l'Irlandaise.
Lavez bien un hareng saur, essuyez-le avec un linge sec, et
après en avoir détaché la tête, fendez-le en deux dans sa lon-
gueur et placez-le ouvert, dans un plat à tarte ; puis couvrez-le
de whisky auquel on met le feu. Lorsque l'esprit est entière-
ment consumé et la flamme éteinte, le hareng est cuit et prêt à
servir.
Petits oignons au vinaigre.
Choisir des petits oignons blancs, qui soient autant que pos-
sible tous de la même grosseur. Les éplucher avec précaution,
les laver et les blanchir à l'eau bouillante et salée pendant cinq
minutes, Les égoutter, les rafraîchir et les éponger sur un linge
pour en enlever toute l'humidité. Les mettre ensuite dans un
vase en terre, Les couvrir de vinaigre blanc et froid, et les lais-
ser ainsi pendant dix-huit heures. On les retire alors de leur
saumure, pour les placer dans des bocaux en verre, avec un
peu de sel, quelques piments rouges, une feuille de laurier et
un peu de macis. Faire bouillir le vinaigre dans lequel les
oignons ont séjourné, le laisser refroidir, et lorsqu'il est
froid, le verser sur les oignons. Boucher hermétiquement les
bocaux.
Choux rouges au vinaigre.
Émincer les choux rouges un peu moins fin que pour la
choucroute. Les saupoudrer de sel, et les laisser ainsi pendant
quarante-huit heures, en ayant soin de les remuer de temps en
temps. Jeter l'eau que les choux ont rendue, puis les mettre
dans des bocaux, après les avoir assaisonnés de quelques grains
de poivre, d'un peu de cayenne, de quelques feuilles de laurier
et de macis. Couvrir les choux de vinaigre. Boucher herméti-
quement.
304 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Moutarde anglaise. — English mustard.
Ce n'est que depuis Tannée 1729 que Ton emploie là mou-
tarde en Angleterre comme condiment. Dans l'origine, le nom
anglais pour désigner cette graine était Srnapis, d'où dérive le
mot sinapisme. On remployait à l'état naturel, en la faisant
infuser dans du vinaigre bouillant.
L'invention de la farine de moutarde, telle qu'on l'emploie
aujourd'hui en Angleterre, est due à une vieille femme, mistress
Clément, qui habitait la ville de Durham. Elle eut l'idée de
moudre la graine, ce à quoi on n'avait jamais pensé, et se garda
de divulguer le secret de sa simple découverte. Grâce au patro-
nage qu'elle obtint du roi George I er , elle amassa une jolie far-
tune, et pendant de longues années la moutarde de Durham a
joui d'une réputation sans rivale. Pour préparer la moutarde
anglaise, il suffit simplement de délayer un peu de la farine avec
du vinaigre, ou même de l'eau jusqu'à ce qu'on ait obtenu la
consistance désirée.
Farce commune. — Veal stuffing\
Cette farce s'emploie pour farcir le veau rôti ou braisé, ainsi
que pour la dinde et le lièvre rôti.
Recette : Hacher très fin une livre de graisse de rognon de
bœuf, que l'on mélange avec la même quantité de mie de pain
fraîche passée au tamis à quenelle. On ajoute à la farce deux
œufs entiers, du sel, du poivre, une pincée d'épices et du persil
haché.
Véronique. — Laver.
La véronique aquatique, qu'on appelle laver en anglais, est
une herbe marine qui ne croît que sur certains rochers. C'est
une substance huileuse et peu appétissante à l'œil, mais dont
les gourmets anglais sont très friands. Cela se mange avec le
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 30^)
mouton. Pour le préparer, on le fait simplement chauffer dans
une casserole avec un peu de demi -glace, une pincée de poivre
de Cayenne et du jus de citron. On le sert dans une saucière
avec le mouton rôti.
Saumure. — Pickling Brine.
La culotte, la poitrine et la partie du bœuf qu'on appelle les
plates côtes se font généralement bouillir et braiser. Ces mêmes
morceaux ainsi que l'épaule, la joue et la partie de l'animal qui
s'étend depuis la pointe de la culotte jusque près du jarret, sont
ceux que l'on emploie pour la salaison.
On sale également la poitrine, l'épaule et le gigot de porc.
Les Anglais excellent dans l'art d'apprêter le bœuf salé. Us
préparent à cet effet une saumure spéciale qui se fait ainsi :
Dissoudre 6 kilogrammes de sel gris dans un demi-hecto-
litre d'eau bouillante. Faire infuser dans ce liquide 6 feuilles de
laurier, un fort bouquet de thym, 24 clous de girofles, une poi-
gnée de poivre en grain, 120 grammes de salpêtre et 200 grammes
de cassonade.
Avant de mettre le bœuf dans cette marinade, on doit le frot-
ter fortement sur toutes ses faces avec du sel gris, et le laisser
sur un plat pendant 12 heures afin que le sel pénètre bien dans
les pores de la viande, qu'on plonge ensuite dans la saumure*,,
lorsqu'elle est tout à fait refroidie, et qu'on laisse mariner pen-
dant une quinzaine de jours avant de l'employer.
Cornichons confits. — Pickled gerkins.
Il se fait en Angleterre une grande consommation de légumes
confits au vinaigre. Il faut admettre que les Anglais savent les
préparer d'une façon toute spéciale. Le mot pickled est le parti-
cipe du verbe « to pickle » qui veut dire mariner, et s'applique à
tout ce qui a été conservé dans le vinaigre. Les plus estimés sont
les mixed pickles et les piccalUli qui se composent d'un assors
20
306 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
timent de légumes mélangés, tels que petits oignons, choux-
ileurs, haricots verts, cornichons, etc. La saumure de ces pickles
est composée de vinaigre, gingembre, moutarde, curry, et forte-
ment rehaussée en assaisonnement par le genièvre etle piment.
Il est à présumer que la raison qui fait que l'on mange tant de
pickles en Angleterre est que Ton consomme énormément de
viandes froides.
La meilleure manière et la plus simple de préparer les corni-
chons consiste à les frotter de sel et à les laisser ainsi pendant
48 heures, en les remuant de temps en temps. On les lave
ensuite, et on-les met dans un pot de terre avec quelques feuilles
de laurier, du poivre en grains et du piment. Les couvrir de
vinaigre, les boucher et les garder dans un endroit froid. On
peut, si on le préfère, jeter le vinaigre bouillant sur les corni-
chons au lieu de le mettre froid.
and^MEfpf
CHAPITRE XIV
BOISSONS ANGLAISES
ET AMÉRICAINES
L'excentricité des Américains se rencontre jusque dans
leurs boissons; et c'est surtout dans les dénominations de ces
breuvages que cette excentricité se fait seniir, ainsi qu'on pourra
en juger dans l'énumération qui va suivre. La liste en est consi-
dérable, aussi ne donnerai-je les recettes que des principales, tant
anglaises qu'américaines. Ces boissons, qui ont presque toutes
l'alcool comme base, sont composées pour la plupart de mélanges
de liqueurs les plus diverses, assaisonnés et aromatisés avec des
produits de toute nature. Les bars américains eurent une grande
vogue à leur apparition en Angleterre il y a quelques années;
mais ce fut seulement une vogue de curiosité, et l'enthousiasme
fît bientôt place à l'indifférence, lorsque les secrets de la com-
position de ces mélanges furent dévoilés. Quelques-unes de ces
boissons ont cependant obtenu droit de cité chez nos voisins et
se débitent dans tous les bars anglais. Il en est même certaines
qui ont franchi le détroit, et dont on trouve les noms inscrits sur
la liste des consommations des cafés et des bars de notre capi-
tale.
La bière est la boisson nationale. Il en est de deux sortes : la
308 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
blonde et la noire. La blonde s'obtient par la fermentation du
houblon et de l'orge, et comprend deux espèces: la bière de table
(small béer) et l'aie.
L'aie s'obtient par une fermentation rapide, et acquiert de la
force en vieillissant, tandis que la petite bière fermente lente-
ment, et n'apasla propriétéde se conserver longtemps. Le stout
et le porter se brassent avec du grain coloré. Le porter est au
stout ce que la petite bière est à Taie.
D'après une antique coutume, il est d'usage dans les familles
riches, lorsqu'il naît un fils, d'emplir un ou plusieurs énormes
tonneaux d'ale brassée expressément à cette occasion. Ces ton-
neaux sont hermétiquement bouchés, et ne sont mis en perce
que le jour où l'héritier présomptif atteint sa majorité. Ce jour
mémorable, qu'on appelle le comingofage, est célébré avec grande
pompe, et tous les tenants, amis et serviteurs, sont conviés à un
banquet pantagruélique où, après le repas, la fameuse bière qui
compte vingt et un ans d'âge est dégustée à la ronde. Pendant
ce long laps de temps, l'aie a acquis une telle force, qu'on est
obligé par prudence, et pour éviter que la fête ne dégénère en
orgie, de rationner les convives.
On boit encore en Angleterre une bière excellente qu'on
appelle la « lager béer » et qui tient le milieu entre Taie et la
small béer. On appelle « ha lf and half » un mélange par moitié
d'ale et de stout.
Egg Flip.
Mélangez dans une casserole moyenne, en vous servant d'un
fouet à blancs d'œufs, deux œufs entiers, une cudlerée abouche
de sucre en poudre ou de cassonade, et moitié de cette quantité
de gingembre en poudre ainsi qu'un peu de muscade râpée.
Incorporez au mélange la valeur d'un demi-litre de vieille aie et
remuez sur le feu jusqu'au point d'ébullition, sans cependant
laisser bouillir, afin de ne pas cuire les œufs. Ce breuvage doit
être bu très chaud. On le recommande comme un remède contre
]e rhume..
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 309
Toast and aie.
C'est une boisson d'hiver qui se sert après dîner en même temps
que le fromage, et qui se prépare ainsi : faire chauffer en l'ame-
nant au point d'ébullition un litre de vieille aie dans laquelle on
a fait dissoudre une cuillerée à café de gingembre, et la verser
presque bouillante dans une cruche anglaise, munie d'un cou-
vercle en métal, et dans laquelle on a préalablement déposé une
épaisse tranche de pain bien grillée de chaque côté. On laisse un
peu tiédir Pale avant de la servir.
The loving cup. (Coupe d'amour.)
Dans certains repas de corps, et même dans les réunions
aristocratiques, le toast and aie est
servi dans une immense coupe d'or
ou d'argent massif, qu'en anglais on
nomme tankard. Ce vase est pré-
senté à chaque convive qui boit à
même, et le passe à son voisin. La
coupe fait ainsi le tour de la table,
et ce serait faire une injure au
maître de la maison, que de refuser
d'y tremper les lèvres.
C'est une antique coutume qu'on
remet en usage en certaines occasions, comme par exemple au
jour de Noël et dans les fêtes de famille.
Ginger béer.
Le ginger béer est une espèce de limonade effervescente à
base de gingembre qui se vend dans de petites bouteilles de grès
contenant la valeur d'un verre à boire. Cette boisson, très rafraî-
chissante, malgré le goût épicé que lui communique le gin-
310 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
gembre, est consommée surtout par la classe ouvrière à cause
de son prix modique.
Pour faire le ginger béer, on procède ainsi :
Faire bouillir, pendant un quart d'heure, quatre litres d'eau
avec deux livres de sucre et 80 grammes de gingembre écrasé.
Écumer le liquide et le verser, tandis qu'il est chaud, dans un
vase contenant un citron coupé en tranches, et dix grammes de
crème de tartre. Lorsque le liquide est entièrement refroidi, on
y ajoute un peu de levure de bière. Laisser fermenter pendant
trois ou quatre jours, puis décanter et mettre en bouteille. Il
faut avoir soin de ficeler les bouchons, et d'employer des bou-
teilles très résistantes.
Champagne cobbler.
Cette boisson se prépare comme le sherry cobbler; seulement
le Champagne remplace le xérès, et on met un verre de cognac
au lieu de curaçao. Quelques fraises mises en dernier lieu rem-
placent la tranche d'orange ou de citron.
Glaret sangaree.
Le claret sangaree se compose de glace pilée, à laquelle on
ajoute une cuillerée à bouche de sucre en poudre, un verre de
bordeaux, un de bourgogne ou de porto, et une tranche de citron.
Bien mélanger le tout, ajouter quelques gouttes de cognac, et
en dernier lieu cinq ou six fraises. Servir dans un grand verre
avec un chalumeau.
Glaret cup.
On emploie le mot claret pour désigner le vin de Bourgogne
ou de Bordeaux.
Le claret cup se boit beaucoup dans les réunions de courses
et de garden parties. On le prépare ainsi :
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 311
Mettez dans une cruche anglaise (jug), pouvant contenir
deux litres de liquide, une bouteille de vin de Bordeaux, un
verre de porto, un verre du curaçao, trois cuillerées de sucre en
poudre, la valeur d'un grand verre d'eau de Seltz (soda water)
et le jus d'un citron. Ajoutez un peu de muscade râpée. Tenir
la cruche à la glace jusqu'au moment de servir.
Telle est la recette du claret cup comme le préparent les An-
glais. Les Américains y ajoutent des fraises entières.
Badminton claret cup.
C'est une variété de claret cup. 11 se compose des mêmes
ingrédients que le précédent, dont il diffère par l'infusion qu'on
y fait de bourrache et de pelures de concombres.
Avant de le servir, on retire naturellement la bourrache et
le concombre, au moyen d'une passoire ou d'un filtre.
Mulled claret.
Le mulled claret se compose de vin de Bourgogne ou de vin
de Bordeaux, qu'on fait chauffer dans une casserole avec du sucre
et dans lequel on fait infuser de la cannelle, quelques clous de
girofle etdu macis. C'estune boisson d'hiver recommandée contre
le rhume, et qui n'a de vertu que servie très chaude.
Port wine negus.
Le port wine negus se prépare de la même manière que le
mulled claret. La seule différence est qu'on emploie du vin de
Porto au lieu de vin français.
Champagne cup.
. Le Champagne cup se prépare ainsi : Mettez dans un jug
(cruche anglaise) une bouteille de Champagne et un grand verre
312
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
d'eaude Seltz, un verre à bordeaux de marasquin, un de cognac,
le jus d'un citron et sucrez modérément. Faire infuser, dans la
préparation, la pelure d'un concombre pendant une heure envi-
ron. Servir dans de grands verres. On frappe le Champagne cup
à la glace non salée.
Coffee cocktail.
Mélanger, dans un shaker, deux jaunes d'œufs avec une
cuillerée de sucre en poudre, qu'on amalgame avec un grand
verre de café et un verre de cognac. Ajouter deux cuillerées
de glace pilée, agiter vigoureusement le shaker et servir dans
un grand verre. Saupoudrer la surface d'un peu de muscade
râpée et envoyer avec un chalumeau de paille.
Prince of Wales' punch.
Mettre dans un vase :
Une demi-bouteille de Champagne, une demi-bouteille de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE .Jlô
hock, un verre de cognac, un verre de curaçao, un demi-verre
de rhum, une bouteille de Sellzer water, une de soda water,
un verre à liqueur de sirop de framboises, la moitié d'un jus de
citron et autant de jus d'orange. Mettre le punch à la glace et le
servir très froid, mais non frappé.
Egg nogg (pour soirée).
En Amérique on sert le egg nogg dans les bals et les soirées.
Gela remplace l'orgeat qu'on considère comme un breuvage
insipide. Le egg nogg se prépare ainsi, lorsqu'on veut en faire
une grande quantité :
Cassez dans une terrine dix jaunes d'œufs dont vous réser-
vez les blancs. Travaillez ces jaunes d'œufs avec une demi-livre
de sucre en poudre, en vous servant d'un fouet à blanc d'œufs,
et lorsque l'appareil est devenu mousseux, ajouter graduelle-
ment le quart d'un litre de rhum, et un litre de bon cognac.'
Aromatisez avec du zeste de citron frotté sur un morceau
de sucre qu'on fait dissoudre ensuite dans le liquide, auquel on
ajoute en dernier lieu deux litres de lait. Bien mélanger la
préparation en se servant du fouet à blanc d'œufs, et la mettre à
ia glace dans une sorbetière. Au moment de servir le egg nogg,
mélangez au breuvage les blancs d'œufs pris en neige.
Tom and jerry.
Cette boisson diabolique est très en faveur dans la basse
classe en Amérique
Mélanger,, dans un bol à punch, six jaunes d'œufs avec
120 grammes de sucre (in et une bonne pincée de cannelle eupoudre,
314
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
une de clous de girofle piles, une de gingembre et autant de mus-
cade râpée. Travailler cette préparation avec un fouet à blancs
d'œufs pendant quelques minutes, et la délayer avec une demi-
bouteille de cognac, et autant de rhum, qu'on a fait chauiïer préa-
lablement. En dernier lieu, ajouter les six blancs d'œufs fouettés.
Faire chauffer en fouettant constamment jusqu'à ce que le liquide
soit bien chaud; mais il faut avoir grand soin de ne pas le laisser
bouillir, car les œufs qui entrent dans la préparation cuiraient,
et le breuvage perdrait tous ses avantages et se décomposerait.
Punch au thé à l'anglaise. — Tea punch.
Mettre dans une casserole une demi-bouteille de rhum,
autant de cognac, 60 ou 80 grammes
de sucre ainsi que l'écorce pelée d'un
citron dont on retire la partie blanche
intérieure, un morceau de cannelle, et
quatre clous de girofle. Lorsque le liquide
est bien chaud, le retirer du feu, et y
ajouter quelques tranches d'orange dont
on a retiré les pépins. En dernier lieu,
on mélange au punch un litre d'une forte
infusion de thé. Servir très chaud.
Brandy flip.
Le mot anglais brandy signifie co-
gnac. Ce qu'on appelle brandy flip n'est autre chose qu'un grog
au cognac bien chaud, à la surface duquel on place un petit
biscuit sec, saupoudré de muscade râpée.
Punch au lait chaud. — Hot milk punch.
Sucrer modérément un litre de lait bouillant, dans lequel on
a fait infuser un petit morceau de cannelle ou de zeste de citron.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 315
Mélanger au lait une demi-bouteille de cognac et autant de
rhum. Servir bien chaud.
"Whisky.
Le whisky est une liqueur alcoolique extraite du grain, et
surtout de l'orge. Il y en a deux espèces : l'irlandais (irish
whisky) et l'écossais (scotch whisky). Ce qui les distingue, c'est
que le whisky écossais possède un goût de fumée assez prononcé.
Le whisky est considéré, par certains docteurs, comme antidote
contre la goutte et les rhumatismes, à condition pourtant de ne
pas en faire un abus.
Gin.
Le gin est une espèce de genièvre obtenu par la distilla-
tion du seigle et de l'orge, et aromatisé avec des baies de
genièvre. D'immenses quantités de cette boisson alcoolique sont
produites en Hollande et surtout à Amsterdam et à Scheidam.
Le véritable gin anglais qu'on appelle « oid tom » provient, la
plupart du temps, de résidus de la distillation du whisky, rec-
tifiée et aromatisée avec diverses substances, telles que l'huile de
térébenthine, de genièvre, de coriandre. C'est la liqueur pré-
férée de la classe pauvre à cause de son bas prix.
Gin toddy.
Le toddy est un grog chaud dans lequel on met une tranche
de citron. Le whisky toddy est préparé avec du whisky.
Gin fizz.
Mettez deux cuillerées de glace pilée dans un grand verre
(tumbler) , sucrez modérément avec du sucre en poudre, et ajoutez
le jus d'un demi-citron, un verre de « old tom gin », et remplir
316 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
avec de l'eau de Seltz (Seltzer water). Servir avec un chalumeau
de paille.
Gin daisy.
Mettez de la glace pilée dans un shaker avec une cuillerée
d'orgeat et de sirop de gomme, le jus d'un demi-citron, un verre
à liqueur de marasquin et un verre de gin. Secouez le shaker
pour bien mélanger tous ces ingrédients, et versez dans un grand
verre que vous remplissez avec de l'eau de Seltz.
Gin sling.
De la glace pilée, le jus d'un demi-citron, un peu de sirop de
gomme, un verre de gin et de l'eau de Seltz. Au moment de servir,
poser une tranche de citron ou d'orange sur la surface du
liquide. Se boit avec un chalumeau.
Cocktail.
Le cocktail (traduction queue de coq) se fait au whisky, au
gin ou au cognac. On met l'esprit dans un grand verre conte-
nant deux cuillerées de glace finement pilée, trois ou quatre
gouttes d'angostura bitters, un peu de sirop de gomme et un peu
de zeste de citron. Remuer vivement avec une cuiller, et servir
dans un verre à bordeaux, après avoir filtré à travers une
passoire.
Boston flip.
Mélanger dans un shaker de la glace pilée, un peu de sucre
en poudre, et un œuf frais battu. Ajouter un verre de scotch
whisky et un peu de muscade râpée. Bien secouer et verser à
travers une passoire dans un verre à bordeaux.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 317
Tonnerre. — Thunder.
Remplir à demi un grand verre de glace pilée; y adjoindre
une cuillerée à thé de sucre en poudre, un demi-verre à bor-
deaux de cognac, une pincée de gingembre et une de poivre de
Gayenne. Agiter et passer à travers une passoire. Servir dans
un verre à vin.
Julep à l'ananas. — Pine apple julep.
Mettre dans un bol à punch le jus d'une orange, la valeur
d'un petit verre de sirop de framboises, autant de marasquin,
la même quantité de gin, une demi-bouteille de Champagne ou
de sauterne, et un demi-ananas épluché et coupé en tranches.
Ajouter une demi-livre de glace pilée, et mélanger bien le
tout.
Servir dans de grands verres, et garnir la surface avec quel-
ques framboises. Se boit avec des chalumeaux.
Le" lait de ma mère. — Mother's milk.
Deux cuillerées à bouche de glace pilée, un peu de sirop de
framboises et un verre de cognac. Mélanger le tout dans un
shaker avec du lait non écrémé. Servir dans un grand verre
avec un chalumeau.
Absinthe cocktail.
Mettez dans un shaker de grandeur moyenne une cuillerée
de glace pilée avec un petit verre d'absinthe, quelques gouttes
d'anisette et une goutte d'angostura-bitters. Mélangez avec un
peu d'eau, et, après avoir recouvert le shaker, secouez vigou-
reusement, et servez dans un verre à bordeaux.
318 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Bombay cocktail.
De la glace pilée, deux ou trois gouttes d'angostura-bitters,
un verre à liqueur de curaçao, une légère cuillerée à café de
sirop, un verre de cognac et un zeste de citron. Bien mélanger
et servir dans un verre à bordeaux.
Bosom caresser.
Mélanger dans un shaker de la glace pilée, une cuillerée à
bouche de sirop de framboises, un petit verre de cognnc,autant de
lait et un œuf battu. Secouer bien pour opérer le mêla ige, qu'on
filtre àtravers une passoire, et qu'on sert dans un verre à bordeaux.
Chest protector.
De la glace pilée, un petit verre de cognac, un de rhum,
une cuillerée à café de sucre, quelques gouttes de jus de citron,
un œuf entier et un peu de muscade râpée. Mettre tous ces
ingrédients dans un shaker, secouer vigoureusement et passer à
travers une passoire. Servir dans un verre à sherry.
Whisky daisy.
Le whisky daisy se compose d'un verre de whisky écossais
mélangé avec une cuillerée à café de sirop de gomme, autant
de sirop d'orgeat, le jus d'un d^mi-citron et de la glace pilée.
On opère le mélange dans un shaker, puis on passe le liquide
dans un grand verre qu'on remplit avec de l'eau de Seltz.
Pick me up.
Dans un grand verre à limonade, mettre trois cuillerées de
glace pilée avec le jus d'un citron passé à travers un tamis
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 319
Ajouter une demi-cuillerée à café d'angostura-bitters et un
verre à liqueur de curaçao. Remplir le verre d'eau de Seltz.
Bien mélanger le tout, et servir avec un chalumeau de paille.
Stone fence.
Mettre dans un shaker de la glace pilée, un peu de sucre
en poudre, du sirop de groseilles, le jus d'un demi-citron,
quelques gouttes d'absinthe et un verre de gin. Secouer le
mélange, et, après l'avoir passé à travers une passoire, le ser-
vir dans un verre à bordeaux, avec une tranche de citron sur la
surface du liquide.
Milk punch.
Le milk punch se sert après le potage tortue et se fait
ainsi :
Zestez deux citrons et deux oranges, que vous faites infuser
dans un sirop léger, auquel on ajoute une demi-bouteille de
rhum, un verre de kirschwasser, et le jus de quatre oranges et
de quatre citrons. Lorsque le tout est bien mélangé, versez
dans ce sirop un verre de lait. Laisser reposer pendant quatre
heures et filtrez au papier. Le punch doit être limpide et se sert
très froid, sans toutefois être frappé.
Mint julep.
Mettez dans un grand verre (soda water glass) une cuille-
rée de sucre en poudre que vous faites dissoudre dans un peu
d'eau. Mettez également dans le verre trois ou quatre feuilles de
menthe fraîche, qu'on presse avec la cuiller pour en extraire
toute la saveur. Ajoutez un verre à vin d'eau-de-vie, un verre
à liqueur de rhum et la même quantité de chartreuse. Remuer
bien le mélange et le passer à travers une passoire dans un
autre verre contenant de la glace pilée. Décorez le dessus du
320 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
julep avec une tranche de citron sur lequel vous placez un petit
bouquet de menthe et que vous entourez de quelques fraises et
framboises.
Punch à la romain e<
Ce punch se sert dans les grands dîners, après le rôtî.
Râpez le zeste d'un citron et d'une orange que vous faites infu-
ser dans un demi-litre de sirop à 20 degrés. Ajoutez à ce sirop,
lorsqu'il est froid, une bouteille de Champagne, un verre de
rhum et le jus de trois citrons et de trois oranges. Faire glacer
le punch à la sorbetière, et, lorsqu'il commence à prendre de la
consistance, mélanger la valeur de trois blancs d'œufs de
meringue italienne. Ce punch doit avoir la consistance de la neige.
Rhum au miel. — Rum and honey.
Mettez dans un verre une cuiller à café de miel, que vous
délayez avec un verre de rhum de la Jamaïque, en remuant avec
une cuiller. Ajoutez un morceau de glace et une tranche de citron.
Leave it to me.
De la glace pilée, mélangée dans un moyen shaker avec une
cuillerée à café de sucre en poudre, une de sirop de framboises
et une de gin, le jus d'un demi-citron, et un verre à liqueur de
marasquin. Bien remuer le tout et servir dans un verre à vin.
Locomotive.
Mélanger dans un gobelet un œuf battu avec une cuillerée
à thé de miel, trois gouttes d'essence de clous de girofle et un
verre à liqueur de curaçao. Ajoutez à cette préparation le quart
d'une bouteille de bourgogne presque bouillant. Servir dans
des verres à xérès.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 321
Eau d'orge. - Barley water.
Le barley water est une boisson rafraîchissante très en usage
chez nos voisins.
Lavez à plusieurs eaux deux poignées d'orge perlé, qu'on
fait bouillir pendant deux heures avec un litre d'eau. Au bout
de ce temps, passer le liquide à travers une mousseline au-
dessus d'un vase contenant un peu d'écorce de citron et
400 grammes de sucre. Ajouter le jus de quatre citrons et lais-
ser refroidir dans un endroit frais.
Orange brandy.
Mettre dans un vase de terre deux litres de cognac. Ajouter
une livre et demie de sucre en poudre, le zeste de six oranges
et le jus de douze. Mêler alors un demi-litre de lait bouillant,
bien remuer le liquide, couvrir le vase hermétiquement et le
laisser ainsi pendant six jours, en ayant soin de le remuer
chaque jour Passer ensuite la liqueur à travers une poche et
mettre en bouteille.
Aie posset.
Mettre chauffer dans un vase un litre d'ale, assaisonnée
d'un peu de sucre, d'une pincée de gingembre en poudre, et
autant de muscade râpée. Faire bouillir un litre de lait non
écrémé, et le mélanger tout bouillant avec l'aie.
Prince Albert hishoff
Mélanger, dans un bol à punch, une bouteille de porto avec
une demi-livre de sucre en poudre, un quart de litre d'eau, le
zeste de deux oranges et le jus de quatre. Ajouter six clous de
girofle. Laisser infuser pendant une demi-heure et passer le
21
9ZS LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
breuvage à travers une mousseline. Tenir à la glace jusqu'au
ornent de servir.
Boisson aux framboises. — Raspberry drink.
Mélanger un litre de sirop de framboises, pas trop sucré,
avec une bouteille de bourgogne ou de bordeaux. Frapper légè-
rement à la glace en remuant de temps en temps avec la spa-
tule. Servir dans des verres à puncb.
Apricot drink.
Se prépare comme le raspberry drink. On remplace seule-
ment le sirop de framboise par un sirop d'abricot et le vin
rouge par une bouteille de madère.
Shandygaff.
On nomme ainsi le mélange, par moitié, de bière ou d'ale et
de gingerbeer. Cette boisson est très rafraîchissante.
Shaker.
Dans les bars américains, on se sert, pour opérer les
mélanges de la glace avec les autres ingrédients, d'un appareil
appelé « Shaker » (du verbe « to shake » qui veut dire secouer).
C'est un gobeleten argent ou en nickel sur lequel on retourne
un autre gobelet plus petit, dont les bords emboîtent herméti-
quement ceux du plus grand. Après avoir opéré le mélange
dans le shaker, on le recouvre, et on le secoue avec force de
haut en bas pendant quelques secondes, puis on découvre le
shaker, et l'on verse le contenu dans le verre destiné à le rece-
voir. Il y a des shakers de différentes grandeurs.
Les petits, qui sont destinés à servir à mélanger les short
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 323
drinks, sont simplement munis d'un couvercle en métal, s'adap-
tant hermétiquement aux bords du gobelet.
Moulin à glace. — Ice crusher.
Cet appareil, construit en fer, ressemble par sa forme à
linstrument dont on se sert pour faire le cidre. C'est un moulin
à broyer les pommes, en miniature. La glace est mise en mor-
ceaux dans l'entonnoir, et le shaker, qui doit la contenir lors-
qu'elle est moulue, est placé sous l'appareil. Deux ou trois tours
imprimés h la manivelle suffisent pour écraser la glace, qui
tombe en miettes dans le récipient chargé de la recueillir.
Sherry cobbler.
Les Américains divisent leurs boissons en deux catégories,
sous la dénomination de « long drinks » et a short drinks »,
selon qu'on les boit dans de grands ou dans de petits verres :
ainsi, par exemple, le sherry cobbler, depuis longtemps natu-
ralisé chez nous, est un long drink, tandis que le cocktail est un
short drink.
Le sherry cobbler se prépare ainsi. Mettez dans un grand
verre deux cuillerées à bouche de glace pilée, une cuillerée de
sucre en poudre, un peu de curaçao et un verre de xérès. Ajou-
tez une tranche de citron ou d'orange sans pépins. Servez
accompagné d'un chalumeau de paille.
Summer drink. — Moselle eup.
Versez une bouteille de moselle ou de vin de hock dans un
bol où l'on aura mis un gros morceau de glace. Ajoutez deux
bouteilles d'eau de Seltz, du sucre en quantité suffisante et un
grand verre de sirop fait avec une infusion de fraises des bois.
Gardez la boisson à la glace.
324 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Sorbet à l'ananas. Pineapple sherbet.
Boisson saine et rafraîchissante : après avoir pelé un ana-
nas, le couper en tranches et enlever la partie dure de Tinté-
rieur du fruit. Hacher finement le reste de la chair. Ajoutez un
demi-litre d'eau, une demi bouteille d'eau de Sellz, du sucre
et le jus de quatre citrons. "Mettre à la glace.
Bacchus cup,
Ce délicieux mélange a le désavantage d'être un peu dis
pendieux.
Il se compose d'une bouteille de Champagne;
Une demi-bouteille de madère;
Un quart de bouteille de vieux cognac ;
Deux bouteilles de soda water;
i25 grammes de sucre;
Un grand verre de noyau ;
Une poignée de glace bien claire et pilée.
Gider cup.
Une bouteille de cidre mousseux;
Une bouteille de Champagne ;
Une bouteille de soda water;
Un verre à bordeaux de cognac;
60 grammes de sucre en poudre;
Le zeste râpé d'un citron.
Le thé. — The tea.
Le thé est originaire de Chine, et, quoiqu'on le cultive éga-
lement dans l'Inde et au Japon, celui que l'on récolte dans le
Céleste-Empire jouit d'une réputation universelle; réputation
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 325
justifiée, du reste, par l'énorme importation de ce produit dans
tous les pays du monde.
La récolte du thé se fait à trois époques de l'année : au mois
de mai, au milieu de juin et à la fin de l'été ; mais la troisième
récolte est inférieure aux deux autres. La préparation du thé,
avant de le livrer au commerce, n'est pas aussi simple qu'on
pourrait le croire : après avoir séparé les espèces, les feuilles
de thé sont d'abord plongées dans une large chaudière d'eau
bouillante, pendant vingt ou trente secondes, puis vivement
retirées du liquide, et, après avoir été bien égouttées, elles sont
étendues sur de larges plaques de tôle placées sur un fnyer
ardent. Le thé est alors remué constamment jusque ce qu'il ait
atteint un certain degré de chaleur, puis on l'enlève des plaques
pour l'étendre sur d'immenses tables recouvertes de nattes
finement tressées, où des ouvriers les roulent vivement entre
leurs mains, tandis que d'autres sont occupés à agiter de larges
éventails, dans le but de faciliter l'évaporation. Cette opération
est continuée jusqu'à ce que les feuilles de thé soient complète-
ment refroidies entre les mains des ouvriers chargés de les
rouler.
Les feuilles de thé de première qualité sont roulées séparé-
ment; quant aux qualités inférieures, elles sont traitées avec
moins de soin.
Plus l'opération du refroidissement aura été prompte, et
plus les feuilles se rouleront facilement. En dernier lieu, le thé
est mis à sécher à l'air, et lorsque toute trace d'humidité a
disparu, on le met en boîte.
Il n'y a en réalité que deux espèces de thé : le noir et le
vert; mais chaque espèce est subdivisée en une infinité de
variétés dénommées selon leur provenance. Le meilleur thé
noir est le « Liang-Sin » et se vend en Chine douze francs la
livre. La première qualité de thé vert est le « Koo-Lang-fyni »,
qui vaut jusqu'à trente francs.
En France, on consomme relativement très peu de thé.
Dans la classe ouvrière, on en ignore absolument l'emploi, et
bien des gens n'en ont jamais goûté et seraient fort embarrassés
3/26 &4 cuisine anglaise et américaine
d'avoir à le préparer. C'est cette ignorance qui inspira jadis
H. Monnier, Fauteur de cette pièce désopilante du Palais-Royal,
Le Thé de Madame Gibon. Cette brave femme, préposée à la garde
d'un immeuble, invite une autre concierge, sa voisine,
M me Pochet, à venir .passer la soirée dans sa loge, où elle se
propose de lui offrir une tasse de thé. Ni l'une ni l'autre n'ont
jamais goûté au breuvage exotique; mais, comme M mc Gibou se
pique d'avoir de l'imagination et quelques talents culinaires,
elle espère se tirer d'affaire. Après avoir fait bouillir le thé
pendant une demi-heure, on le goûte, et les deux commères
sont d'accord pour trouver que la décoction a un goût acre et
insipide. C'est alors qu'elles s'évertuent à y ajouter divers
ingrédients, afin de lui donner de la saveur et du montant. On
y met du sel et du poivre, puis de la cannelle, un jaune d'œuf,
du vinaigre, etc.. Elles finissent alors par tomber d'accord en
déclarant, comme conclusion, que le thé est un breuvage exé-
crable ! . . .
Pour préparer le thé d'une manière parfaite, il est certaines
règles auxquelles les ménagères se conforment avec un soin
des plus minutieux : on doit, en premier lieu, échauder la
tbéière qu'on rince avec un peu d'eau bouillante et qu'on égoutte
ensuite avant d'y placer le thé, dont la quantité se mesure
d'après le nombre de tasses à remplir, et qui doit être d'une
cuillerée à café par personne. On ajoute même une cuillerée
supplémentaire que l'on appelle la part de la théière. On emploie
du thé noir de diverses provenances, mélangé avec quelques
feuilles de thé vert dont l'arôme est très puissant.
Pour opérer l'infusion, on verse d'abord une légère quantité
d'eau bouillante, puis on attend deux ou trois minutes avant de
remplir la théière. On laisse infuser cinq minutes encore, et le
thé est prêt à servir.
Le succès de l'opération dépend surtout de la manière d'em-
ployer l'eau bouillante. Non seulement il est de la première
importance que l'eau soit à l'état d'ébullition lorsqu'on opère
l'infusion, mais encore faut-il ne pas laisser bouillir l'eau plus
de deux ou trois minutes avant de s'en servir. L'eau qui bout
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
tm
longtemps perd ses qualités nutritives et dissolvantes qui
s'échappent avec la vapeur, et le thé fait avec cette eau prend
un goût désagréable. Il ne faut pas non plus- que l'infusion
dure plus de cinq minutes, parce qu'alors le tanin que contient
la feuille de thé se délaye, et communique au breuvage une
amertume et une couleur noirâtre que ne doit pas avoir le thé
convenablement préparé.
Une question importante, qui n'a pas encore été parfaitement
résolue, consiste à savoir si le lait doit être versé dans la tasse
avant le thé, ou bien si c'est le contraire qui doit avoir lieu.
D'après les amateurs de thé, la façon de mélanger le lait ou la
crème exercerait une influence flagrante sur la qualité du breu-
vage. En attendant la solution de cet important problème,
chaque ménagère agit à sa guise, et adopte celui des deux
systèmes qui lui semble être le meilleur.
Soyer. — 1809-1858.
CHAPITRE XV
LA CUISINE FRANÇAISE
EN ANGLETERRE
Origines, 1683-1793. — Dde. — Francatelli. •— Soyer. — Le Symposium. —
Un rôt eyclopéen. — Le premier fourneau à gaz.
Deux événements politiques importants : la révocation de
Fédit de Nantes et la Révolution de 1793 favorisèrent l'intro-
duction de la cuisine française en Angleterre, eu ce sens que
nombre de familles nobles, en émigrant, emmenèrent leurs
cuisiniers dans leur exil. Les talents de ceux-ci, l'excellence
et le raffinement de leurs préparations, furent vite appréciés
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 38!
des Anglais, qui voulurent à l'envi posséder un chef français.
C'est donc de cette époque que date la faveur dont jouissent
nos compatriotes de l'autre côté du détroit; depuis lors, leur
nombre a continué de s'accroître, et, aujourd'hui, on compte
plus de dix mille cuisiniers français disséminés dans les maisons
princières et seigneuriales, les clubs, hôtels et restaurants du
Royaume-Uni. Parmi ceux de nos compatriotes qui se sont
particulièrement illustrés par leurs travaux gastronomiques, et
qui ont le plus contribué à répandre l'instruction culinaire par
leurs écrits, il faut citer Entache Ude, Fraucatelli et le fameux
Alexis Soyer,
Soyer naquit à Meaux, en 1809. Il débuta chez Douix r le
restaurateur bien connu du boulevard des Italiens, où il devint
premier chef, n'ayant encore que vingt ans. En 1830, il était
aide au ministère des Affaires étrangères, lorsque éclata la
Révolution. La cuisine fut envahie par le peuple souverain, qui
malmena le personnel de la cuisine; mais Soyer eut la présence
•l'esprit de monter sur la table de cuisine, et d'entonner la
Marseillaise en battant la mesure avec une cuiller de bois. Cet
acte lui valut d'être porté en triomphe par la populace; mais,
l'année suivante, ses tendances républicaines le rendirent
suspect, et il se vit forcé de quitter Paris et de se réfugier à
Londres. Il y occupa plusieurs places importantes, et, en 1840,
il entra au Reform Club, — le cercle le plus aristocratique de
Londres en ce temps-là. — De cette époque date l'origine de
l'extraordinaire renommée de Soyer.
Ayant obtenu carte blanche des membres du club, il fit
démolir la cuisine de fond en comble, et la fit rebâtir selon ses
plans et ses idées. Sans respect pour les préjugés, il rompit
avec la tradition et la routine, et construisit une cuisine modèle
dont l'originalité fit sensation à l'époque, si bien que la cuisine
du Reform Club fut citée comme une des curiosités de Londres,
et les architectes en adoptèrent le type pour leurs constructions
futures.
En 1848, lors de la famine en Irlande, Soyer crut avoir
trouvé un moyen infaillible de combattre le fléau, et sollicita du
330 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
gouvernement l'autorisation d'établir des cuisines populaires
dans les grands centres où la misère se faisait le plus sentir.
Investi de pleins pouvoirs, il partit pour l'Irlande et se mit
immédiatement à l'œuvre; et, au bout de quelques jours, une
cuisine spacieuse fut installée dans un des principaux squares
de Dublin. L'inauguration eut lieu au milieu d'une affluence
considérable de monde. L'archevêque et le vice-roi d'Irlande
présidaient à la réunion, à laquelle tous les habitants de la ville
avaient été conviés. Une table circulaire, garnie d'écuelles de
faïence et de cuillères d'étain, était disposée autour de la cuisine,
au milieu de laquelle huit marmites énormes, contenant huit
espèces de potages, mijotaient, chauffées par la vapeur en
exhalant un délicieux arôme qui se répandait dans les rues
environnantes. Un large écriteau, suspendu au-dessus de chaque
marmite, indiquait la nature de la soupe qu'elle contenait. On
pouvait lire sur les pancartes les noms suivants : soupe aux
choux — purée de pois — mutton broth — joue de bœuf —
soupe à l'oignon -^- soupe aux haricots — purée de lentilles —
panade.
Tous les assistants furent invités à goûter les soupes, qui
furent trouvées parfaites. Le lendemain et les jours suivants, les
malheureux affamés, munis de cartes distribuées par les soins
de la municipalité, vinrent en foule se restaurer à la cuisine de
Soyer. C'était une procession sans fin de misérables à la mine
hâve et souffreteuse, vêtus de guenilles comme seuls les Irlandais
savent s'en vêtir. Tous défilaient en ordre, et se rangeaient
autour des tables où la soupe leur était servie,
Pendant un mois environ, Soyer fut le lion du jour; on lui
donna des banquets, et lord Besborough, qui était alors vice-roi
d'Irlande, l'invita même à sa table. Les pauvres le bénissaient,
le regardant comme un messie envoyé pour les sauver de la
famine. La question d'établir des cuisines municipales dans les
comtés les plus ravagés par le fléau allait être décidée par le
Parlement, lorsque tout à coup Soyer, quoique comblé d'hon-
neurs et amplement rétribué par le gouvernement, eut la
malencontreuse idée de publier une brochure à bon marché sous
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 331
le titre de la Cuisine du pauvre. Ce livre traitait de la cuisine
économique au point de vue général et s'étendait particulière-
ment sur les soupes distribuées aux indigents. Dans les recettes
qu'il donnait pour la confection de ces soupes, il expliquait qu'il
n'entrait que très peu et, même dans certains cas, pas du tout
de viande.
Aussitôt mise en vente, la brochure fut en butte aux critiques
des docteurs irlandais qui, par esprit d'opposition au gouver-
nement, plutôt que par conviction, engagèrent dans les journaux
une polémique acharnée. Les uns prétendaient que de la soupe
faite dans de telles conditions, loin d'être nutritive, ne pouvait
que produire des désordres dans l'organisation, et engendrer
des maladies sérieuses, voire mortelles. D'autres esprits plus
grincheux allèrent jusqu'à prétendre que l'Angleterre avait
imaginé cette nourriture meurtrière pour pacifier l'Irlande,
en se débarrassant d'une manière honnête des milliers de
misérables turbulents, dont l'existence était sans cesse une
cause d'auxiété pour sa politique, et un fardeau pour son
budget.
Ce fut un toile général. Celui qui, la veille, était l'idole du
peuple, devint le lendemain son mauvais génie et le complice
des agissements criminels d'un gouvernement oppresseur; si
bien qu'un soir, Soyer fut obligé de s'embarquer clandestinement
pour échapper à la fureur des forcenés qui ne parlaient rien
moins que de le lyncher sur place.
Lors de l'Exposition internationale de Londres, en 1851,
Alexis Soyer imagina de bâtir un restaurant colossal à quelques
pas du Palais de Cristal.
Ce caravansérail culinaire, que l'audace seule d'un Soyer
pouvait concevoir, fut construit sur l'emplacement d'une maison
seigneuriale, Gore House, propriété de lord Blessington. Soyer
donna à son établissement le nom de Symposium. On ne saurait
se taire une idée du luxe déployé dans cet extravagant palais
de la gastronomie.
Les murs du vestibule, peints à fresques, représentaient les
principaux monuments de toutes les nations du globe. On y
33- LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
voyait une salle turque, une salle japonaise, une salle mau-
resque et une russe. On arrivait ensuite au salon du Soleil»
constellé de rayons d'or, et dans lequel le jour fi lirait à travers
des vitraux couleur d'ambre, projetant une lumière éblouissante.
Puis on passait dans le salon de la Lune, frangé de lames
d'argent, où le jour, tamisé par des verres azurés, reflétait une
lueur blafarde semblable à celle d'un clair de lune. On se
trouvait ensuite transporté, par le seul fait d'ouvrir une porte,
dans le salon de Mercure, de Jupiter, de Neptune, etc.
Dans le jardin, une grotte factice, tapissée de mousse et de
fougère, était disposée pour recevoir les amateurs de glaces et
de boissons frappées. Des stalactites artificielles pendaient à la
voûte de toutes parts, et produisaient un effet des plus pitto-
resques. Soyer avait fait, en outre, élever dans le jardin une
tente pouvant contenir deux miJ'c couveris, laquelle tente abrita
plusieurs banquets monstres, entre autres le banquet offert à la
presse de toutes les nations.
Enfin, pour compléter la description de ce féerique
restaurant, j'ajouterai que les arcbitectes avaient déployé le
même luxe et la même extravagance dans l'installation des
cuisines.
Malheureusement, cet établissement monumental fut un
immense fiasco, qui ruina complètement Soyer et tous ceux qui
s'étaient associés à l'entreprise du barnum culinaire.
Malgré ses excentricités, Soyer était doué de qualités
émérites, et le plus grand service qu'il ait rendu à la profession
culinaire est d'avoir, le premier, préconisé l'usage du gaz
appliqué à la cuisson des aliments. Outre les fourneaux à gaz
qu'il avait installés dans les cuisines, il avait fait construire
dans le jardin un four immense, chauffé au gaz, et qui était une
des principales attractions du Symposium.
Dans ce four, on faisait rôtir uu bœuf entier une fois, par
semaine sous les yeux du public. Lorsque ce gigantesque rôti
était cuit à point, on le sortait du four au moyen d'un ingénieux
mécanisme, puis on le transportait en triomphe à travers le
Jardin jusqu'à la salle où s'opérait le découpage, au son de la
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE o33
musique qui jouait l'air national, et aux applaudissements de la
foule dont l'enthousiasme éclatait à la vue de ce roast-becf
ey dopée h.
Lors de la guerre de Crimée, Soycr lut chargé, par le
gouvernement de la reine Victoria, d'aller faire l'application
d'un système de cuisine de campagne à l'armée anglaise, qui
manquait de vivres par suite de l'incurie de son intendance
militaire; puis il revint à Londres, après avoir brillamment
accompli son mandat.
Malgré les faveurs dont il fut comblé, et en dépit de toutes
ses grandioses entreprises, Soyer ne fit pas fortune, et il mourut
relativement pauvre, le 5 août 1858, à l'âge de quarante-neuf
ans.
Il publia plusieurs ouvrages, entre autres un petit volume
de cuisine populaire à bon marché écrit dans un style original,
et qui fut tire à 60,000 exemplaires. 11 publia également un
livre remarquable sur la cuisine des anciens, The Pantrophéon ,
ainsi que le Gastronomie regenerator, dont 2,000 exemplaires
furent vendus dans l'espace d'un an, au prix d'une guinée le
volume.
Aujourd'hui, Soyer est presque oublié. Il n'est guère connu
de la génération présente, que par une boisson de son invention
qui porte son nom (Soyer's nectar), et une sauce de sa compo-
sition dont on trouve encore quelques bouteilles parmi les
rossignols des vieux magasins d'épiceries. Sur ces bouteilles,
on voit le portrait de l'inventeur, coiffé d'une toque en velours
écarlate d'une forme particulièrement originale, qu'il avait
l'habitude de porter dans sa cuisine.
Louis-Eustache Ude est le premier de nos compatriotes
qui initia les Anglais aux préceptes de la véritable cuisine
française.
Dans un livre très intéressant publié récemment à Londres
par un de nos confrères, Herman Senn, The practical gastronomy ',
je trouve la biographie et le portrait d'EusIache Ude, avec
des détails très intéressants sur les vicissitudes de la carrière
aventureuse de celui qui devait se couvrir de gloire un jour, en
33i LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
apportant un élément nouveau dans la manière de vivre des
amateurs de bonne chère, dans un pays où l'ignorance des
premières notions culinaires était proverbiale.
Ude, après avoir été cuisinier à la cour de Louis XVI, était
entré au service de Lcetitia Bonaparte, qu'il avait quittée après
deux ans, pour entrer comme chef chez lord Sefton, aux
appointements, fabuleux pour l'époque, de 7,500 francs. "
Ce richissime seigneur, qui passait pour le roi des épicu-
riens anglais, sut si bien apprécier les talents de son cuisinier*
pendant les vingt années qu'il fut à son service, qu'il lui laissa
à sa mort une pension de cent livres sterling. — Ude, après la
mort de lord Sefton, devint le gérant du Grockford's club, le
cercle le plus fréquenté par l'élite de la société londonienne;
C'est alors qu'il publia son fameux livre en langue anglaise*
qui eut un si énorme succès. C était la première fois qu'un
ouvrage traitant de la cuisine française faisait son apparition en
Angleterre; aussi fut-il tiré à un grand nombre d'éditions, et
rapporta, dit-on, une petite fortune à son auteur,
The French Cook, tel était le titre de cet ouvrage rare aujour-
d hui, mais dont la vogue fut inouïe au moment de sa publication.
Cet ouvrage, écrit dans un style brillant, mais quelque peu
prétentieux avait le mérite de la nouveauté; et l'audace avec
laquelle Ude proclamait la supériorité de l'art qu'il professait*
sur tous les autres arts, causa un étonnement mêlé d'admiration
naïve parmi les Anglais. L'ancien chef de Louis XVI et de la
mèredeNapoléonfut dès lors considéré comme le régénérateur
de la cuisine en Angleterre. • \
Le père de Ude était un chef subalterne dans les cuisines de
Louis XVI, et sa mère exerçait l'état de modiste. — L'enfant
débuta d'abord comme apprenti avec son père; mais, ne se
sentant pas les aptitudes nécessaires pour la profession que ses
parents lui imposaient, il quitta la maison paternelle et mena
pendant plusieurs années une existence assez accidentée. On le
voit successivement apprenti chez un bijoutier, puis chez un
graveur et chez un imprimeur. Plus tard, on le retrouve dans la
boutique d'un, mercier, et enfin il devient commis-voyageur
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 335
pour une maison de soieries de Lyon. Comprenant qu'il n'avait
pas de vocation pour la vie mercantile, il abandonna le<
commerce, et c'est ainsi qu'après avoir été commis chez un
agent de change, il en vint à occuper une place d'inspecteur,
d'une des maisons de jeu autorisées à cette époque. — Mais, là
encore, la fortune se montra rebelle, et Eustache Ude, fatigué
de tant de déceptions, mais non découragé, résolut de continuer
la « struggle for life » en embrassant la profession qu'il avait
autrefois dédaignée.
Grâce à des protections puissantes, il parvint à entrer comme
maître d'hôtel chez la princesse Lœtitia Bonaparte, qu'il quitta
au bout de deux ans, pour aller en Angleterre prendre la direc-
tion des cuisines de lord Sefton.
L'existence aventureuse de cet homme extraordinaire lui
valut le surnom de Gil-Blas culinaire, que lui décerna un
écrivain humoristique de l'époque.
Francatelli contribua, dans une grande mesure, à « accli-
mater » la cuisine française en Angleterre. Il naquit à Londres
de parents italiens, et fut envoyé en apprentissage à Paris, où
il eut la bonne fortune de travailler sous les auspices de Carême,
à l'époque où celui-ci était au pinacle de sa gloire.
Ce fut Francatelli qui introduisit à Londres le système des
dîners à la Russe, à propos desquels il a dit fort judicieusement
dans son livre :
« Le plaisir qu'on éprouve à avoir devant soi, pendant
plusieurs minutes, des plats appétissants artistiquement dressés,
et desquels émane un arôme délectable, est loin de compenser
l'impression désagréable que cause la vue de ces mêmes plats,
lorsque, après les avoir dégustés à satiété, on se trouve condamné
à en contempler piteusement les débris informes et à en respirer
l'arôme affadi. »
Faisant allusion à la cuisine anglaise proprement dite,
Francatelli dit encore :
« La simplicité en matière de décoration en cuisine est aussi
essentielle qu'en matière d'art, quel que soit cet art. Gardez-
vous donc de tomber dans ferrement .des Anglais, qui abusent
336 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
du décor au détriment du bon goût, comme ils abusent des
épices et des condiments dans leurs assaisonnements. »
Francatelli était d'un caractère emporté et peu sociable;
aussi fut-il souvent obligé, malgré son talent incontestable, de
résigner ses fonctions en maintes occasions, dans plusieui^
maisons seigneuriales importantes.
Charles-Elmé Francaleili. — 1805-1876.
C'est ainsi que, dans un moment de fâcheuse humeur, il
abandonna son poste de chef de cuisine, qu'il occupait, depuis
plusieurs années, au palais de la reine Victoria. Plus tard,
nommé gérant du fameux restaurant de la Cité connu sous le
nom de « Freemason's tavern », il contribua puissamment à la
vogue dont a joui longtemps ce célèbre établissement.
Francatelli publia plusieurs ouvrages, parmi lesquels il faut
citer le Modem cook, qui fut tiré à plus de quarante mille exem-
plaires. Il écrivit aussi un livre dédié à la classe ouvrière, The
icorkingmarf scookerybook . Il mourut hl'kge de soixante et onze ans.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 337
LES SOCIÉTÉS CULINAIRES A LONDRES
Le Club culinaire français fut fondé le 15 mars 1845.
Dans l'origine, ce cercle, malgré son titre, n'était pas
exclusivement culinaire, car, en consultant les archives de la
société, j'y ai trouvé, parmi les fondateurs, non seulement des
cuisiniers, mais aussi des coilfeurs, des maîtres d'hôtel et des
représentants de divers autres corps d'état.
En 1888, le club fut entièrement refondu, et de nouveaux
statuts remplacèrent les anciens.
En 1904, le comité du Cercle culinaire était ainsi composé :
Président : 0. Lamarre;
Vice- Président : F. Mathé;
Trésorier: P. Raffaitin;
Secrétaire : A. Tridon ;
Curateurs :
J. Ménager;
F. Bohers.
En 1885, cette société inaugura les concours de cuisine
sous la présidence de Pouard, le mess master des gardes de la
reine.
Le succès de ce concours, qui eut lieu à Williss' rooms
Saint-James, dépassa les espérances des organisateurs, et le
profit réalisé par les entrées et les dons fut de plus de
10,000 francs, qui furent distribués à des œuvres de chanté.
Société internationale culinaire et alimentaire.
(Gookery and food association.)
Cette florissante association fut fondée en 1887, à une
réunion présidée par M. Roberts, avec le concours de
MM. Senn, Ménager, Benoist, Coste, Berlini, Edmunds,
Grostephan, Rope, Pouard, Wood et Jones.
La société avait pour but, en se constituant, d'encourager
338
LA CDISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
et de propager renseignement de la science culinaire et de
l'économie domestique en Angleterre.
Grâce à la persévérante initiative de son dévoué directeur,
M. Herman Senn, grâce aussi au concours du roi et de la
reine, alors qu'ils étaient prince et princesse de Galles, et à
l'encourageante sollicitude de l'honorable W. Coutts, de la
baronne Burdett Coutts, ainsi que d'un grand nombre de membres
influents de la haute aristocratie an-
glaise, l'association s'organisa rapi-
dement sur desbasessolides et stables,
autour des membres fondateurs,
vinrent bientôt se grouper de nom-
breux adhérents, parmi lesquels on
comptait des cuisiniers de nationalités
diverses, des propriétaires d'hôtels et
de restaurants, et d'autres personna-
lités appartenant à des professions se
rattachant à l'alimentation. Aujour-
d'hui, la société continue à prospérer
et compte plus de quatorze cents
membres.
Depuis quinze ans, la société a
entrepris la continuation des concours
culinaires, auxquels le club français
avait renoncé, et ces expositions an-
nuelles n'ont pas peu contribué à
faire connaître et à populariser la bonne cuisine en Angleterre.
Parmi les créations originales imaginées par H. Senn et les
membres du comité, il faut citer l'ordre du « Cordon rouge »,
qu'on décerne aux chefs qui se distinguent particulièrement
dans l'exercice de leur profession; aux auteurs de livres de
cuisine recommandâmes; aux inventeurs ou créateurs de mets
inédits, et aux professeurs des deux sexes qui ont fait preuve
de talent dans leurs conférences et démonstrations gastrono-
miques.
Une autre conception des plus heureuses de M. Senn es
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
330
l'institution du Challange trophy. C'est un vase d'argent d'une
valeur de cent guinées que détient, pendant une année, le
lauréat du prix d'honneur au concours culinaire.
C'est l'hôtel Cécil qui a l'honneur de détenir le « Challange
Cup », depuis la dernière exposition.
$M1 ^ ' ifàl
Cuisiniers français
A Londres
Pendant presque toute
la durée de son règne, la
reine Victoria eut des cui-
siniers français à
son service : Morel
Francatelli , Aber-
linet Thiou, eurent
l'honneur d'occuper
à tour de rôle ce
poste enviable, de-
puis 1 846, et au
jourd'hui encore,
les cuisines
royales sont
sous le con-
trôle de ré-
minent chef Ménager, qui occupa les mêmes fonctions j endant
quinze ans à Malborough-house, alors que le roi Edouard
n'était encore que prince héritier.
LÀ CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 341
Les gros bonnets de la finance qui, à Londres comme
ailleurs, sont épicuriens par la force des circonstances, et
gourmets par nature, ne dérogent pas à la coutume et n'admet-
tent dans leurs cuisines que des praticiens de nationalité
française. On peut en juger par rénumération suivante :
Le roi Edouard Vil a pour chef J. Ménager, et ses princi-
paux collaborateurs sont : Pelletier, Ferny et Stempfer.
Henri Cedard dirige la cuis ne du prince de Galles;
Robert, celle de lord Rothschild;
Bladier, celle du baron Léopold de Rothschild;
Bonnard, celle de lady Alice de Rothschild;
E. Biziou est chez l'impératrice Eugénie;
Corblet est depuis vingt-cinq ans chez M. Bisschoffsheim;
Deschamps est, depuis autant d'années, chez lord Calthorpe;
De Lucas est placé chez le duc de Westminster;
Carpentier occupe, depuis un quart de siècle, son poste chez
le duc de Norfolk;
Béguinot aîné, un chaud partisan de la bonne et vieille école,
est depuis quinze ans chez lord Spencer;
Demoncey régit la cuisine de lord Ashburton;
Ferrand, celle du marquis de Landsdown;
Heuline, celle de lord Leigh;
Guéraid esta l'ambassade de Russie; • -
Briand, à l'ambassade de France.
Citons encore, parmi nos compatriotes, ceux qui occupent
des postes importants dans les principaux hôtels de Londres :
C'est d'abord A. Escoffier, l'auteur du guide culinaire, qui
s'est acquis une réputation mériiée par ses talents admînis
tratifs, autant que par ses capaci.és culinaires;
A. Coste, l'éminent praîicien qui régit ^i intelligemment les
cuisines de l'hôtel Cécil depuis plusieurs années;
E. Fétu, le cuisinier distingué et érodit engagé n'cemment
au Langham, le plus ancien des grands hôtels de Londres.
Thouraud, au Savoy;
Granvilliers, auPrincess;
Maître, au café Royal;
el2 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Herpin, au Claridge, le plus sélect des hôtels aristocratiques
de Londres.
Mentionnons aussi, parmi les princes du fourneau qui,
depuis nombre d'années, représentent dignement la cuisine
française en Angleterre :
Thoumire, Béguinot jeune, Verger, Cabuzet, Burlet,
Lecomte, Boisseau, les frères Jamet, Arnaud, et enfin le vétéran
Alphonse Gouffé, qui vient d'atteindre sa quatre-vingt-onzième
année, après un stage de quarante ans comme chef pâtissier à
la cour de la reine Victoria.
Les clubs eux-mêmes emploient, pour la plupart, des
cuisiniers français :
Le University club a pour chef Boizot;
Le Saint-James, Papillon;
Le Naval et Military, Gudefîn ;
Le Gonservativë, Bertrand ;
Le Reform club, Nicoleau ;
Le Brook's club, Béor;
Le Wellington, Bazot;
Le Junior constitutional, Eberlé;
Le Army et Navy, Gassignol,
Le Junior united service, Gossart;
The Union, Espezel;
The Turf, Gondolo.
il M) '
la cursixi: anglaise et américaine 343
UNE MAISON SEIGNEURIALE
Le personnel de la cuisine. — Le chef. — Les aides en jupons. — Les
extras. — La hiérarchie domestique. — L'aristocratie des gens de mai-
son. — Le déjeuner. — Le lunch. — Le dîner. — Le service à la russe.
— Les repas des serviteurs.
Les hôtels seigneuriaux diffèrent essentiellement des nôtres,
et si les riches Anglais possèdent des châteaux splendides et
des parcs immenses, leurs maisons à Londres, à quelques excep-
tions près, sont d'apparence modeste. Dans certains squares,
tels que Saint-James, Berkeley, Cavendish, etc., les maisons,
bâties en briques, noircies par le temps et la fumée, sont
empreintes d'un cachet lugubre et d'une tristesse navrante. Les
jours de brouillard surtout, ces squares, avec leurs longues files
de maisons entourées de grilles noires à l'aspect sépulcral,
ressemblent à une nécropole.
Le premier déjeuner a lieu à dix heures du matin, et se
compose de thé, de café et de cacao, accompagné de plusieurs
plats chauds tels que poissons, rognons, saucisses, œufs et lard
frit. En outre, la table est garnie de fruits, et, sur le buffet, sont
alignés plusieurs plats de viande froide, tels que jambon,
galantine, langue et pâté.
Le lunch est servi à 2 heures, et le dîner à 7 heures i/2.
Le lunch correspond à notre déjeuner à la fourchette, et le
dîner est servi à la russe; mais la manière de présenter les
plats diffère de la nôtre, en ce sens que le poisson se sert
toujours immédiatement après le potage, et les relevés de
boucherie après les entrées. Dans aucun cas, on ne sert d'entrée
de poisson. Au second service seulement, on risque parfois une
salade de homard, une mayonnaise de saumon, ou des coquilles
d'huîtres au gratin.
ïl est d'usage, dans les grands dîners, de servir, après les
entremets, un relevé de fromage et un hors-d'œuvre quelcon-
que fortement épicé, ayant pour but de stimuler l'action
344
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
digestive, et de préparer le palais à la dégustation des vins
de dessert.
Les appointements fixes d'un chef de cuisine de grande
maison varient depuis trois jusqu'à cinq mille francs par*
an.
Les rôles d'aide, de garçon de cuisine, d'entremetier, sont
tenus par des jeunes filles importées du domaine seigneurial,
où elles sont recrutées parmi les familles de paysans tenanciers.
Elles sont classées dans leur emploi selon leurs capacités.
La première, en l'absence du chef, prend la direction du travail.
La seconde s'occupe des repas des domestiques; la troisième
prépare les légumes, et la quatrième, qui est une femme de
journée, remplit l'office du « plongeur ».
Ces filles, il faut le dire à leur louange, sont très travail-
leuses et d'une propreté exemplaire. Elles sont généralement
dociles, honnêtes, intelligentes et dévouées. Après un stage de
deux ou trois ans avec un Français, elles trouvent facilement à
occuper, comme cuisinières, des places de premier ordre.
Seulement, ces cuisinières ne restent pas longtemps en condition.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE oi-J
Elles sont vite recherchées en mariage par les valets de chambre
et maîtres d'hôtel, qui trouvent en elles des ménagères expé-
rimentées qui pourront leur être utiles plus tard, lorsqu'ils
seront à la tète d'un public house ou d'une auberge de province,
but de l'ambition de tous les domestiques anglais.
Dans les jours de grands dîners et de réceptions, le chef
s'adjoint un ou plusieurs extras, qui sont payés à raison d'une
guinée par jour (26 Ir. 50). Il y a des cuisiniers à Londres dont
la spécialité est de faire des extras, et qui ont une clientèle qui
leur procure un travail très rémunérateur.
Le nombre des domestiques dépasse de beaucoup celui des
maîlres. Il y a d'abord, dans une maison bien montée, le
« steward », maître d'hôtel, la « house keeper », femme de charge
et les femmes de chambre. Puis le « butler », sommelier; le valet
de chambre, auquel est reste l'appellation française, et le
« groom of chambers », ou officier d'annonce, qui a la charge
des salons, et ses entrées dans les appartements et les boudoirs.
Ces gens ne portent pas la livrée, font table à part, ettiennent
le reste de la domesticité à une distance respectueuse, égale au
moins à celle qui les sépare de leurs maîtres.
Vient ensuite la livrée qui comporte le « under butler », ou
argentier, qui a la charge et le soin de l'argenterie; le portier,
les « footmen », ou valets de pied, hommes choisis qui montent
derrière l'équipage armés de longues CHnnes à pommes d'or;
le cocher, toujours gros et gras, à figure imberbe, qui porte la
perruque à marteau poudrée et le tricorne galonné. Enfin les
pages, les filles de chambre, les bonnes d'enfants, et le menu
fretin du service.
Cette seconde classe de domestiques ne fraye pas avec la
première et prend ses repas dans une salle à part.
J'ai omis de parler de la gouvernante lorsqu'il y a des
enfants. Elle déjeune et prend le thé avec les parents, mais son
dîner lui est servi dans sa chambre.
Quant au chef, il est maître absolu de sa cuisine et jouit
d'une considération exceptionnelle. Une chambre située près
de la cuisine lui est allouée, et cette chambre lui sert
346
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
de bureau et de salle à manger. Chaque matin, il monte
au salon, présente son menu et reçoit ses ordres pour la
journée.
L'accès de la cuisine est interdit à tous les domestiques,
excepté lorsqu'ils y sont appelés par l'exigence du service. Les
serviteurs d'une maison anglaise bien ordonnée ne doivent
avoir aucun rapport avec le personnel préposé à la préparation
des aliments.
Les serviteurs font, comme leurs maîtres, quatre repas par
jour. De plus, il leur est alloué une pinte de bière et un
morceau de fromage à onze heures du matin et à sept heures du
soir.
Avec un pareil régime, on ne doit pas s'étonner de la bonne
mine et de la santé florissante des serviteurs anglais.
La perspective d'être bien nourri, bien logé et bien habillé,
sans la crainte d'être surmené, est un attrait séduisant pour les
hommes peu soucieux de leur position sociale; aussi la domes-
ticité est-elle élevée à la hauteur d'une institution, par ces gens
qui se font une gloire de porter une riche livrée, et de parader
derrière un carrosse armorié.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 3'±7
UNE CUISINE LONDONIENNE
La description d'une cuisine à Londres n'apprendra rien de
nouveau à ceux qui ont habité l'Angleterre, mais pourra paraître
intéressante à ceux qui n'ont pas traversé le détroit, et que le
hasard ou leur bonne fortune obligera quelque jour à entre-
prendre le voyage.
Les difficultés à surmonter, en arrivant dans un pays dont
on ne connaît pas la langue, sont un peu atténuées, lorsqu'on
connaît les habitudes de ce pays et la manière de vivre de ses
habitants.
Que ceux-là donc que la chose intéresse veuillent bien me
suivre, et je les conduirai dans la maison d'un noble lord quel-
conque, et leur ferai la description complète de l'intérieur de la
cuisine.
Point de ces portes cochères monumentales, telles que celles
qui ouvrent les demeures de l'aristocratie parisienne. Point de
ces grandes cours, au fond desquelles s'élève un majestueux
perron, surmonté d'une élégante véranda. Au lieu de cela, des
maisons sans style architectural bien défini, alignées symétri-
quement autour d'un grand square; un portique, flanqué de
deux colonnes, donne accès dans la maison qui est entourée
d'une grille. Cette grille s'ouvre sur un escalier d'une vingtaine
de marches, conduisant au sous-sol où sont installés les com-
muns. Au bas de l'escalier, un long couloir mène aux cuisines,
qui sont généralement un peu sombre, mais toujours remarqua-
bles par l'éclat brillant de la batterie et la blancheur des nappes
qui couvrent les tables.
Les garde-manger sont généralement bien compris, et sont
pourvus d'un timbre à glace de grande dimension, dans lesquels
on peut tenir au frais tout un souper de bal.
Ces timbres sont indispensables, car la saison des réceptions
et des grands dîners ayant lieu pendant l'été, ce n'est que grâce
348
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
à une surabondance de glace que l'on parvient à conserver les
provisions et les victuailles.
Mais retournons à la cuisine. Le tournebroche offre celle
particularité qu'il est mis en mouvement par un volant à hélice
placé dans l'intérieur de la cheminée. C'est le cournnt de fumée
qui, en agissant sur ce volant, lui fait opérer son mouvement
de rotation. Il est bon d'ajouter que Ton ne brûle que du charbon
de terre. Le feu, retenu par une forte grille placée perpendicu-
lairement, chauffe en même temps un réservoir d'eau construit
derrière Pâtre, et, devant la cheminée, est placé une immense
armoire doublée de zinc, qui sert à la fois d'étuve et de réper-
cuteur de la chaleur. On l'appelle screen.
Les grillades faites sur la braise ne sont appréciées que par
quelques rares connaisseurs; aussi n'en fait-on qu'un usHge
fort restreint. On se sert de grils doubles à fermoirs, qui se
suspendent devant le feu de la cheminée. Ce système a l'incon-
vénient de presser la viande et d en extraire le meilleur de son
jus. Cependant, dans les grands hôtels et restaurants, on lait les
grillades sur un gril horizontal placé sur un feu de coke; mais
on n'obtient pas ce goût particulier inhérent à la grillade faite
sur un feu de braise.
7 ' t -J^£^~
LES RESTAURANTS DE LONDRES
Le Café Royal. — Gatti.
bars. — Grill rooms,
Bcnoist.
Spiers et Pond.
The Critérium.
The horse Shoe. — City
Painter. — Simpson. —
A Londres, les restaurants proprement dits n'existent que
depuis une cinquantaine d'années. Avant 1850, on ne connais-
sait, en fait d'établissements de ce genre, que les tables d'hôte
à prix fixe des « public houses »; les « bars », où l'on mangeait
debout le plat du jour garni de légumes cuits à l'eau; les
« chop houses », où Ton ne servait au client que des chops et
des beefsteaks, et les « cook shops », ou boutiques de charcu-
tiers, où l'on ne pouvait se procurer que de la viande rôtie ou
bouillie.
La boutique du cook shop servait de salle à manger; pour
sièges, on avait des bancs dénués de coussins, et les tables,
350 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
séparées entre elles par de hautes cloisons, vous cachaient
à la vue de vos voisins. Non seulement on mangeait horri-
blement mal dans ces établissements; mais le service y était
déplorable et laissait beaucoup à désirer sous le rapport de la
propreté.
L'origine des restaurants à la française est curieuse et assez
près de nous pour qu'on s'en souvienne. En 1850, un Italien,
nommé Carlo Gatti, s'installa dans une petite boutique à l'entrée
du pont Hungerfort, et imagina de débiter des glaces à un penny
le verre. Jusqu'alors, une glace était considérée comme chose
de luxe et se payait très cher. Or, comme celles que confec-
tionnait Gatti étaient excellentes et que la boutique du marchand
se trouvait dans un endroit très passager, la renommée de
l'Italien s'accrut rapidement, et il réalisa en peu de temps une
assez jolie fortune. L'engouement pour les glaces de Gatti était
tel, qu'on se bousculait pour arriver à se faire servir, et qu'on
avait souvent recours à l'intervention de la police pour faire
circuler la foule.
La petite boutique du fortuné glacier ayant été expropriée
pour la construction de la station de Gharin Cross, Gatti s'éta-
blit un peu plus loin, dans le strand, et adjoignit à son commerce
de glaces un café-restaurant. Il continua à prospérer, et,
aujourd'hui, -ses fils sont propriétaires de plusieurs hôtels
et restaurants importants. L'exemple de Gatti fut bientôt
suivi par bon nombre d'Italiens qui ouvrirent des établissements
à l'instar du sien, dans tous les quartiers de la capitale.
Le Café Royal.
A cette époque, un de nos compatriotes, M. Nicol, entreprit
de fonder dans Régent Street un restaurant essentiellement
français. Nicol eut à surmonter des obstacles sans nombre, à
combattre des difficultés inimaginables; mais, grâce à son éner-
gie, à sa persévérance et, j'ajouterai même, grâce à son audace,
il sortit victorieux de la lutte et, aujourd'hui, le Café Royal est
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE 351
cité comme un des plus somptueux restaurants de Londres;
quant à sa cave, elle peut rivaliser avec celles des meilleures
maisons de Paris.
M. Nicol est devenu millionnaire, et, outre son splendide
établissement de Régent Street, il devint possesseur d'un des
principaux théâtres de Londres : « the Empire théâtre ».
Spiers and Pond.
Quoique Nicol ait beaucoup aidé, par son initiative, à popu-
lariser le système de restaurant à la française, on est forcé
d'admettre que MM. Spiers et Pond ont contribué, plus puis-
samment encore, à propager ce système en Angleterre.
Stimulés par le succès de M. Nicol, ces deux hardis inno-
vateurs ouvrirent des restaurants aux terminus des grandes
lignes de chemins de fer, et obtinrent le monopole des buffets de
toutes les stations de la Grande-Bretagne.
Bref, grâce à la libérale et opulente association de ces deux
hommes intelligents et entreprenants, Londres possède main-
tenant des restaurants qui peuvent rivaliser avec ceux de Paris
pour la richesse, le confort et la bonne cuisine.
Les Restaurants du West End.
Quittons la Cité et revenons dans le West End y en passant par
Tottenham Court Road, où se trouve un restaurant en renom :
le Horse shoe (le fer à cheval). Là, on dîne à prix fixe ou à la
carte. Le dîner à prix fixe se compose de viandes rôties ou
bouillies dont on peut manger à discrétion.
Les pièces de résistance sont dressées sur des tables à
réchaud et à roulettes; et, lorsque le consommateur a fait son
choix, un chef, en costume traditionnel, arrive auprès de lui en
roulant la table contenant le rôti sous cloche, qu'il découpe
devant lui.
o5"2 LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
Dans le strand, se trouve le restaurant de la Gaiety, attenant
au théâtre du même nom et appartenant à MM. Spiers et Pond.
Ce restaurant est surtout remarquable par la situation de sa
cuisine, qui est installée tout en haut de la maison.
Plus loin, c'est le Tivoli nù, comme chez Gatti, l'on déjeune
et Ion dîne en musique. Puis apparaît Simpson, une des plus
anciennes maisons de Londres, dont. la principale clientèle
consiste en preneurs de thé,. de café et de chocolat; en mangeurs
de sandwiches, de gâteaux et de fruits. C'est la maison par
excellence du lunch et du five o'clock.
Au Régent Circus, où viennent converger cinq grandes
voies, s'élèvent le Critérium, le London Pavillon et le Trocadéro,
trois grands théâtres doublés chacun d'un restaurant et d'un
bar.
Enfin, un peu plus loin, on voit le Saint-James et le fameux
café Monico.
Puis, dans Coventry Street, la maison typique de Scott,
exclusivement consacrée aux mangeurs d'huîtres et aux ama-
teurs de homards. A la sortie du théâtre, il est de bon ton
d'aller souper chez Scott.
Le Potel et Chabot de Londres.
C'est ainsi qu'on désigne l'important établissement de notre
compatriote Benoist, dont la maison, située au centre d'un des
plus aristocratiques quartiers de Londres, ne le cède en rien
aux plus grands marchands de comestibles et pourvoyeurs
parisiens.
Benoist débuta, il y a une vingtaine d'années, dans Wigmore
Street, où il tenait un modeste établissement qu'il quitta
pour agrandir son commerce, et vint s'établir dans Wardour
Street; mais là encore, grâce à l'affluence des affaires, et
à l'extension de sa renommée, il se sentait trop à l'étroit, et,
comprenant qu'une lacune existait à Londres dans le système
d'alimentation d'ordre supérieur, il n'hésita pas à fonder le
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 353
splendideétablissementqu'onadmireaujourd'huidansPiccadillv.
Benoist, eo exposant dans sa vitrine un assortiment de
pièces froides artistiquement dressées, de primeurs de premier
choix et d'affriolante pâtisserie, a inauguré à Londres un genre
encore inconnu; aussi a-t-il vite conquis une nombreuse
clientèle parmi l'aristocratie, et obtenu le patronage de la
famille royale.
Ce qui n'a pas peu contribué à donner à la maison le
renom qu'elle possède, c'est la création d'une spécialité de
bœuf salé et pressé (pressed beef) dont elle fait un débit colossal.
On en jugera lorsqu'on saura que la maison emploie, pour la
préparation de ce mets, jusqu'à six tonnes de bœuf par
semaine.
Il s'en expédie, non seulement dans tout le Royaume-Uni,
mais encore en Amérique et jusqu'en Australie.
J'ai visité en détail l'établissement luxueux de Piccadilly, et
j'ai été émerveillé de l'ordre qui règne dans le travail et de la
promptitude avec laquelle les commandes sont exécutées.
Soixante ou quatre-vingts ouvriers et commis, militairement
enrégimentés, agissent sous les ordres de deux chefs intelligents
et capables.
Les cuisines, situées dans le sous-sol, sont spacieuses, et
réunissent les conditions d'éclairage et d'hygiène qu'on serait
heureux de rencontrer dans toutes les cuisines de restaurants,
qui laissent tant à désirer sous ce rapport.
La manutention s'opère avec le concours des trois puissants
agents que la science moderne a mis au service de l'industrie :
le gaz, la vapeur et l'électricité. Enfin, une chambre frigorifique,
permettant de conserver les viandes et les comestibles, vient
compléter l'ensemble de cette cuisine modèle.
City bars.
On trouve encore, dans la Cité, d'immenses « bars » consis-
tant en un comptoir circulaire où les clients viennent s'attabler
sans s'asseoir. Là, ils se font servir à leur gré des tranches de
23
354
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
viande rôtie ou bouillie, des portions de volaille ou de gibier;
de la viande froide, des sandwiches, du fromage, ou même un
simple biscuit, accompagné d'un verre de porto ou de xérès, ou
d'une pinte d'ale ou de stout.
Entre midi et une heure, heure du lunch, tous les employés
des maisons de commerce, des banques et des bureaux de toutes
sortes, font irruption dans la rue, et se précipitent vers les
établissements où ils ont coutume de prendre leurs repas.
Rien de curieux comme l'aspect de ces bars à ce moment.
Les places sont littéralement prises d'assaut, car les premiers
arrivés sont les premiers servis. Là, point de privilège : le plus
petit employé est servi avant le chef de bureau s'il l'a distancé;
la hiérarchie perd ses droits devant la tranche de roast beef et
la pomme de terre en robe de chambre. L'habitude du bar est
tellement passée dans les mœurs des gens de la Cité, que j'ai vu
de gros négociants et de riches banquiers s'attabler sans L scru-
pule à côté de leurs plus infimes subalternes.
'"êr^ -
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 355
LES DINERS DE POISSONS
Greenwich. — L'hôtel Trafalgar. — Les dîners de poisson. — Politique et
gastronomie. — Les white bait. — Diables noirs et diables rouges. — •
Les restaurants de Billingsgate à Londres.
Le « Trafalgar » est un splendide hôtel, auquel on a conservé
l'ancienne dénomination de taverne, par respect pour la tradi-
tion. Construit sur le bord de la Tamise à Greenwich, non loin
du majestueux hôpital de la marine, cet établissement fut,
pendant un temps immémorial, le rendez-vous habituel de la fine
fleur de la société britannique; mais, depuis quelques années,
le public avait délaissé Greenwich, et la vogue, inconstante et
capricieuse, avait émigré en des endroits plus modernes, plus
accessibles et moins dispendieux; en un mot, plus en rapport
avec les goûts et les idées du jour.
Cet établissement avait acquis une réputation universelle,
pour l'ancienneté de sa cave et l'excellence de sa cuisine.
Mais ce qui avait contribué à faire la fortune de ses proprié-
taires, c'était la spécialité originale d'un genre de dîner que
l'hôtel avait inauguré lors de sa fondation, et dont il a conservé
longtemps le monopole. Ces dîners étaient presque exclusive-
ment composés de poissons d'espèces différentes, accommodés
de toutes façons, depuis le majestueux saumon jusqu'à l'infime
white bait. Pour complément, on servait ensuite une pièce de
résistance, quelques entrées, f>t plusieurs entremets.
Un dîner dont le Trafalgar ne faisait surtout gloire, était le
grand banquet annuel, offert la veille de l'ouverture du Parle-
ment anglais, par le président du conseil, à tous les ministres et
hauts fonctionnaires du gouvernement.
Cette coutume, qui remonte à une époque indéterminée,
existe encore aujourd'hui, et c'est dans la grande salle du
Trdfalgar tavern, qu'entre la poire et le fromage, entre le Cham-
pagne et le chambertin, on élabore le programme des travaux
parlementaires, et les lois que le premier ministre se propose
de présenter à la Chambre, pendant le cours de la session qui
doit s'ouvrir le lendemain.
3-)<) LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Ce dîner, désigné sous le nom de « white bait dinner », est
considéré comme un événement politique très important, et
l'annonce en est faite officiellement dans les journaux. Quant
-au menu, il ne varie guère, car la coutume exige que certains
mets nationaux figurent dans le dîner. C'est d'abord l'inévitable
soupe tortue, potage obligatoire de tout grand dîner anglais.
Après quoi, on sert un a Water Souchey », qui n'est autre qu'un
consommé de poisson dans lequel nagent quelques limandes et
des légumes coupés en julienne. Ensuite, on place devant les
convives des croquettes de homard et des filets de merlans
frits; puis une matelote d'anguille, du saumon grillé à la tartare,
du turbot bouilli sauce crevettes, une salade de crabes et des
filets de soles en curry à l'indienne. Enfin, pour clore la série,
on apporte en grande pompe les « white bait », ces incompara-
bles petits poissons qui ne se pèchent que dans les parages de
Greenwich. Des pyramides de pain bis beurré, coupé mince
comme des crêpes, les accompagnent.
Les white bait sont d'abord servis au naturel, c'est-à-dire
simplement frits et saupoudrés de sel; puis un second plat
contient les irhite bait dits diables noirs (black devih), c'est-à-
dire assaisonnés de poivre ordinaire; et enfin les diables rouges
(red decils) où le poivre de Cayenne vient ajouter sa note énergique.
Après ce défilé de poissons, on sert du roast beef, ou de
l'agneau, de la volaille rôtie, des entrées diverses et des entre-
mets variés.
11 existe à Londres des établissements plus modestes où Ton
fait aussi des dîners de poisson à l'instar de ceux de Greenwich.
Là, pour la somme modique de deux shillings (2 fr. 50), on
peut se donner la satisfaction de manger à discrétion huit ou dix
sortes de poisson, y compris les white bait, plus une tranche de
roast beef et un plat de pommes de terre.
Ces restaurants typiques ne se trouvent qu'aux abords du
fameux marché aux poissons de Billingsgate.
Les restaurants avoisinants sont à même de s'approvi-
sionner à bon compte, grâce à la faculté qu'ils ont d'acheter le
poisson aux pêcheurs, qui viennent décharger leur butin
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE 00/
jusqu'au pont de Londres et tout près du marché. C'est ce qui
explique le prix relativement modique des dîners de poisson de
Billingsgate.
Le garçon de restaurant. — The Waiter.
La célérité dans le service est une chose qui laisse beaucoup
à désirer dans les restaurants de Londres, et il en sera ajnsi
tant que ce service sera fait par des garçons anglais, auxquels il
manque le je ne sais quoi qui est le propre du garçon de salle
français.
Un chef d'établissement ne saurait se montrer trop difficile
dans le choix des gens de service préposés à la salle à manger.
L'allure, la prévenance, le tact et même le physique du garçon,
ont une grande influence sur l'esprit du client, qui trouvera
souvent son dîner mauvais, parce qu'il lui aura été servi par un
homme dont la compétence n'est pas à hauteur de sa fonction,
ou par une servante laide ou de mauvaise tenue.
On trouve, dans les restaurants et les hôtels, des garçons de
toutes nationalités. L'Allemand est recherché parce qu'il est
polyglotte, mais, à part cet avantage, il a le défaut d'être brusque
et souvent impoli. L'Italien est très obséquieux, trop bavard et
trop tlâneur. Le Français seul réunit les qualités désirables : il
est actif, empressé, obligeant, propre et poli. Quant à l'Anglais,
il n'a pas le génie de l'emploi. C'est un type à part : il est d'une
politesse excessive, mais d'un aspect flegmatique, raide et
guindé, et d'une lenteur sans pareille. Pour rien au monde on
ne lui ferait changer son allure, et quelles que soient les
épithètes dont on le gratifie, sa figure conserve la même séré-
nité, le même calme, le même contentement; comme costume,
il porte la cravate blanche, l'habit à queue de morue et un
pantalon de drap noir dont on aperçoit la trame. Il se distingue
surtout par la structure de ses pieds. A force de monter et de
descendre l'escalier, les ligaments du talon se sont relâchés, la
courbure en a disparu, et la plante du pied est complètement
358
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
devenue plate : c'est ce qui fait qu'il marche en se dandinant
à la façon des palmipèdes.
Pourtant, pour rendre justice au Waiter, on doit reconnaître
qu'il est incontestablement supérieur à ses collègues étrangers,
lorsqu'il fait son service dans les grill rooms, les bars et les
chop-houses de la Cité. Là, il est dans son élément. Il porte le
même costume que les maîtres d'hôtels du West End, seulement
la cravate et le plastron sont d'un blanc douteux, et l'habit et le
pantalon sont déformés, graisseux et râpés.
Il ne porte jamais de tablier, et c'est ce qui explique l'aspect
luisant de son habit, et les taches innombrables dont son gilet
et son pantalon sont émaillés.
Dans les restaurants de premier ordre, un garçon habile
doit avoir une certaine érudition culinaire. Il doit connaître non
seulement le nom et la nature des plats qu'il est chargé de
placer sur la table, mais encore il doit être initié aux mystères
de la cave. En un mot, un garçon qui connaît son métier doit
être à la fois dégustateur et gourmet. Ces qualités ne sont pas
requises pour un waiter de grill room, car ici le menu ne varie
pas, et il suffit que le garçon sache faire la différence entre un
LA CUISINE ANGLAISE ET AMERICAINE
359
mutton cliop, un rognon et un beefsteack, pour satisfaire et le
public et le patron.
La principale étude de ce « waiter » consiste à chercher à bien
connaître ses clients, qui sont pour la plupart des habitués. Il
sait que celui-ci désire sa viande saignante, et cet autre, au
contraire, l'aime bien cuite; il épie la cuisson derrière le chef,
et veille à ce que chacun soit satisfait et servi selon son goût.
Aussi, est-ce avec un sentiment d'orgueilleuse fatuité qu'il
place l'assiette fumante devant le client, qui le remercie d'un
coup d'œil et d'un sourire, en atttendant le pourboire de
rigueur.
c&v>, JEëSt* v ;
LES RESTAURANTS DU PAUVRE
A LONDRES
Londres est peut-être la ville du monde où la loi des con-
trastes se fait le plus sentir. Plus que partout ailleurs, le vice
y coudoie la vertu, et le luxe la misère. C'est ainsi que dans les
quartiers aristocratiques, près des vastes squares, des splendides
avenues et des rues spacieuses, on voit aboutir des ruelles
étroites et immondes. A proximité des maisons seigneuriales,
on trouve des masures sordides. Ici, la richesse et l'élégance;
là, la pauvreté et les haillons. Et, non loin des somptueux hôtels
et des cabarets à la mode, le modeste restaurant, non moins
typique, du déshérité de la fortune.
Ces établissements, ce sont les restaurants du pauvre. Il y
en a de plusieurs sortes : les uns sont en plein vent; les autres
sont en boutique. L'installation des premiers est peu coûteuse.
Elle consiste en une charrette à bras sans ridelles, sur laquelle
trois ou quatre récipients en zinc laissent échapper, à travers
leurs couvercles, une vapeur suspecte qui choque un peu le
sens olfactif des délicats, mais qui allèche et séduit les affamés
qui, pour un penny, se passent la fantaisie de manger à leur
choix un tronçon d'anguille étuvée, une portion de tripes, ou
une tranche de porc salé.
La cuisine anglaise et américaine ^>1
Pour un autre penny, on a droit à une ou deux pommes de
terre bouillies, de sorte que, pour la petite somme de vingt
centimes, on peut faire un repas qui, s'il n'est pas luxueux, est
du moins substantiel.
Ces établissements ambulants s'installent ordinairement à
proximité d'une fontaine publique, de sorte que le client peut
se désaltérer à discrétion et à peu de frais. Inutile d'ajouter
qu.'on ne met, à la disposition du consommateur, ni tables, ni
sièges, et que les fourchettes et les couteaux brillent par leur
absence. Une écuelle de terre est le seul ustensile confié aux
clients. Les autres restaurants de bas étage se divisent en deux
catégories : les « fîsh shops » et les « sausage houses ».
Dans les fîsh shops, on ne mange que du poisson frit et des
pommes de terre également frites. Aux heures des repas, les
boutiques sont littéralement assiégées par la populace, que
trois ou quatre « fritteurs » ont peine à servir.
Le poisson qu'on débite ainsi, quoique de qualité inférieure,
a l'avantage d'être excessivement frais. Découpé en morceaux
égaux, il est fariné, frit, et distribué en sortant de la friture aux
nombreux clients, qui l'emportent ou le mangent sur place,
assis sur des bancs rangés dans la boutique.
11 existe, dans Shafsbury Avenue, un des quartiers les plus
populeux de Londres, un établissement de ce genre, agencé et
exploité par un Piémontais, qui fait annuellement de splendides
affaires. Dans les « sausagehouses », on mangedebout, devant un
comptoir crasseux et reluisant de graisse, des saucisses problé-
matiques, et des tranches de bœuf à mine suspecte, qu'on décore
du nom pompeux de rumpsteaks.
On peut voir, dans la boutique de ces restaurants, de larges
plats carrés en fonte, dans lesquels mijotent continuellement
des saucisses et des oignons nageant dans la graisse. Pour
quatre pence, on a droit à deux saucisses et à une énorme platée
de purée de pommes de terre.
Quant au liquide, ces établissements n'ont pas le droit d'en
débiter; il faut que le client, pour étancher sa soif, aille à la
fontaine voisine ou au public bouse du coin.
362 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
LES TOASTS ET LEUR ORIGINE
Les Grecs et les Romains professaient, pour l'art de
boire, un enthousiasme sans limites, et, dans leurs agapes'
qui dégénéraient en orgies, on se portait des défis jusqu'à
ce que Pivresse bestiale vînt mettre un terme à ce tournoi
bachique.
C'est de cette époque que date la coutume «le porter des
santés. On buvait à la religion, à l'amitié, à la patrie, aux dieux
de l'Olympe, aux hommes célèbres, et aux événements
glorieux. Quand on portait la santé d'une maîtresse, il était de
bon goût de vider autant de coupes qu'il y avait de lettres en
son nom.
Plus tard, les premiers chrétiens burent à la sainte divinité,
puis aux saints du Paradis. C'est ce qu'on appelait boire
aux anges. Cette coutume donna naissance à tant d'ivrognerie
dans l'armée, que Charlemagne, pour y mettre un frein,
défendit à ses soldats de boire à la santé les uns des autres.
C'est surtout en Perse que l'usage du vin était en honneur,
et, d'après Aristote, les Scythes élisaient pour chef celui qui
buvait le mieux. On raconte que Darius I er avait ordonné en
mourant qu'on gravât ces mots sur sa tombe : « J'ai bu, et j'ai
pu bien boire. »
En Pologne, plus d'un roi électif a dû sa couronne au
courage qu'il montra en tenant tête aux Palatins, qui étaient d'in-
trépides buveurs. De là le dicton « ivre comme un Polonais ».
Il est une chose digne de remarque, c'est que les habitants
des pays qui produisent les meilleurs vins sont en général d'une
sobriété exemplaire ; témoins les Espagnols, les Italiens et tous
les Orientaux.
Aujourd'hui, nous buvons avec plus de modération et de
discernement que les anciens; mais, malgré la propagande de
l'armée du Salut et des sociétés de tempérance, jamais on
n'arrivera à introduire, dans un pays civilisé, l'habitude de
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 363
trinquer avec de la limonade, ou à se porter des « toasts » avec
de l'eau claire.
Le mot « toast », employé communément,a été emprunté aux
Anglais, qui ont une manière particulière de porter une santé :
Après avoir vidé leurs verres, tous les assistants entonnent en
choeur le traditionnel couplet, qui se chante sur un air ressem-
blant à s'y méprendre à celui de Malborough :
He is a jolly good fcllow( ter) *.
And so say ail of us.
Après quoi, la compagnie se lève comme un seul homme, et,
le verre en main, pousse à trois reprises différentes, un formi-
dable hip! bip! bip! Hurrah!
D'après certains philosophes, le degré de civilisation d'un
peuple serait proportionnel à la quantité et à la qualité du vin
qu'il consomme. Pour réfuter leurs arguments, il suffît de
regarder l'Angleterre et l'Allemagne, où l'on ne boit que de la
bière, et qui, cependant, ne sont pas plus en retard, comme
nations civilisatrices, que les pays essentiellement vinicoles. La
décadence et l'affaiblissement d'un peuple sont causés par l'abus
des boissons, quelle que soit leur nature; et l'homme qui se
grise de vin n'est pas plus intéressant que celui qui se grise de
bière ou d'alcool.
Des cuisines en général.
Le système mis en pratique par tous les grands hôtels de
Londres, d'avoir les cuisines construites à l'étage le plus élevé,
a le double avantage de ne pas incommoder le public par l'odeur
émanant des fourneaux, et de rendre la cuisine plus suppor-
table aux cuisiniers qui ont, de cette façon, de l'air et de la
lumière à profusion.
1. C'est un parfait bon vivant,
Nous sommes tous d'accord pour le proclamer.
30 i LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Quand donc verrons-nous adopter à Paris ce système amé-
ricain et anglais, que l'humanité réclame et que l'hygiène
prescrit? Quand donc le conseil municipal se décidera-t-il à
agir sérieusement et ordonnera- t-il la suppression de ces
ignobles cuisines qui sont la honte de certains hôtels et restau-
rants de la capitale?
Quand donc construira-t-on des cuisines en rapport avec
l'importance de l'établissement, et supprimera-t-on les nom-
breux inconvénients, mille fois signalés, qui existent dans la
plupart des hôtels et des restaurants de la capitale? Dans des
caves privées d'air et de lumière, de malheureux ouvriers sont
entassés, exposés à la chaleur d'un immense fourneau chauffé
à blanc, et forcés, pendant toute la journée, de subir les
émanations du gaz, de la braise et des marmites, auxquelles
vient se joindre la nauséabonde vapeur de l'eau grasse du
cylindre.
Et, pour combler la mesure, ce local séduisant n'est aéré,
la plupart du temps, que par quelques infîmes soupiraux qui
déversent sur la tête des travailleurs des bouffées d'air glacé.
Doit-on s'étonner, après cela, que d'après le dire des
médecins et des hommes compétents, la profession de cuisinier
soit une des plus pénibles, et la classe d'ouvriers de Paris chez
laquelle la mortalité fait le plus de ravages?
Les Mets nationaux
Chaque peuple a ses coutumes, ses mœurs, ses lois et sa
religion. Chaque pays a son chant, son costume et son mets
national.
Le Russe a, comme mets préféré, son caviar; l'Allemand, sa
choucroute; l'Espagne, son olla podrida; l'Italie, son macaroni;
l'Inde, son curry; la Turquie, son pilafF; la Chine, ses nids
d'hirondelles; la France, son pot-au-feu, et l'Anglais son roast
beef.
L'adoption d'un mets populaire s'identifie dans l'espèce avec
LA. CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 365
le climat du pays, ainsi qu'avec la nature et la production du
sol, et les aptitudes des habitants. C'est ainsi que les peuples du
nord réclament une nourriture plus riche et plus substantielle
que les peuples méridionaux. La sobriété de ceux-ci ne s'accom-
moderait nullement avec le tempérament de ceux-là, de même
que l'intempérance des uns ne conviendrait pas à la nature des
autres.
En France, il y a des mets spéciaux originaires de certaines
villes ou de certains départements, tels que les pâtés de Pilhi-
viers et d'Amiens, les poulardes du Mans, les saucissons de
Lyon: les rillettes de Tours, etc.
11 en est de même en Angleterre, où chaque comte a une
spécialité à son actif. C'est ainsi que le comté de Wiltshire est
renommé pour son lard fumé; le Yorkshire pour ses jambons;
le Leicestershire pour ses pâtés de pore. Le mouton le plus
estimé vient du pays de Galles; le meilleur bœuf vient d'Ecosse,
et les volailles grasses sont élevées dans le Surry. Chester
produit un fromage renommé; Bristol un chocolat très estimé;
Yarmouth des harengs fumés; Cambridge des saucisses excel-
lentes; Norwich des oies superbes; Dublin du a stout », et le
Devonshire du cidre délicieux.
Tels sont les mets dont les Anglais s'enorgueillissent, et
dont, selon moi, ils ont raison de se montrer fiers.
LE JOUR DE NOËL EN ANGLETERRE
Christmas cornes but once a year
But when it cornes, it brings good cheer.
11 est un jour de l'année où la cuisine anglaise déploie toutes
ses bannières, et se montre essentiellement nationale. Ce jour,
si impatiemment attendu parles gros mangeurs comme par les
petits, c'est le jour de Noël. Pour ceux-ci comme pour ceux-là,
cet anniversaire n'est mémorable que parce qu'il évoque pour
eux des hécatombes de dindes, d'oies et de gibiers de toutes
espèces, des massacres de bœufs gras, de porcs et de moutons;
36Q LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
ils entrevoient des guirlandes de boudins, de saucisses et de
cervelas, des montagnes de plum-puddings et des fournées de
mince pies.
Un spectacle, unique dans le monde entier, est celui que
présentent les boutiques et les étaux de bouchers et de marchands
de volaille, Favant-veille de Noël. Chacun cherche à éclipser son
concurrent par la quantité et la qualité de la marchandise expo-
sée aux regards avides et curieux de la foule, qui se presse et
encombre les rues comme un soir d'illuminations, et qui vient
admirer les innombrables victimes immolées sur l'autel de la
goinfrerie. Des hourras enthousiastes saluent les boutiques les
mieux garnies de victuailles et les plus somptueusement ornées.
Il n'est pas rare de voir, chez certains bouchers du west end,
une douzaine de bœufs entiers accrochés symétriquement autour
de la boutique, et escortés de cinquante à soixante moutons.
Chez les marchands de volaille, le spectacle n'est pas moins
curieux. Le plafond de la boutique semble tapissé de plumes,
tellement est entassé le gibier qu'on y a suspendu. — A l'étalage,
trois ou quatre cents oies et dindes, toutes plumées, resplendis-
santes de graisse et de blancheur, excitent la convoitise des
affamés et charment les regards des gourmands. Puis des poulets r
des lièvres, des lapins en profusion, tapissent la devanture de la
maison depuis le deuxième étage jusqu'à la base. Le tout entre-
mêlé de fleurs, de rubans et de branches de houx, dont les
feuilles vertes et les baies rouges forment un cadre charmant
à ce séduisant tableau.
Noël arrive enfin. Personne, en Angleterre, ne doit jeûner ce
jour-là; chacun est tenu de faire bombance, selon ses moyens,
bien entendu. Les philanthropes et les âmes charitables se coti-
sent pour offrir le repas de Noël aux déshérités de la fortune et
aux misérables intéressants. On alloue même, m'a-t-on dit, une
légère amélioration à la pitance des condamnés dans certaines
prisons.
Chez le petit bourgeois, comme chez le lord richissime, on
se réunit en famille, et, sur chaque table, le même menu régit
le repas. Un roastbeef, une dinde ou une oie figurent généra-
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 36?
lement comme pièce de résistance, qu'accompagnent un jambon,
des saucisses et du gibier; puis l'inévitable plum-pudding
et les fameux mince pies, dont j'ai donné la recette au cha-
pitre X.
Dans les grandes familles, tous les employés et serviteurs
sont conviés à prendre place au banquet du jour de Noël. 'Le
personnel, outre les familiers de la maison, comprend les jardi-
niers, gens d'écuries, garde-chasse, etc., et forme un total de
cent à cent cinquante personnes. — La quantité de victuailles
et de liquides absorbés dans ces agapes pantagruéliques, où le
punch et la bière coulent à profusion, est quelque chose de
monstrueux; aussi, lorsqu'à minuit le majordome commande la
retraite, tous les festoyeurs quittent le château en titubant, et
bon nombre d'entre eux, incapables de regagner leurs demeures,
sont retrouvés le matin, parsemés dans le parc, où ils ont passé
le reste de la nuit à la belle étoile.
PLATS DU JOUR
La plupart des restaurants de Paris, et surtout les maisons
de second ordre, ont adopté la coutume, pour allécher le
passant en quête d'un déjeuner ou d'un dîner, d'afficher à leur
porte, ou sur les carreaux de leur établissement, un menu en
tète duquel figurent un ou plusieurs plats du jour, recommandés
comme ayant été préparés d'une façon spéciale. Cette tactique
ne manque jamais son effet, et il est bien rare que le client ne
se fasse pas servir le plat désigné.
Le plat du jour rappelle le truc de prestidigitation qu'on
nomme la carte forcée. On connaît ce tour qui consiste à faire
choisir, à une personne de la société, une carte dans un jeu
étalé en éventail. Celui qui présente le jeu a eu soin, préa-
lablement, de placer une carte connue, de façon à ce qu'elle
dépasse un peu l'alignement des autres. Or, il arrive, presque
toujours, que c'est sur cette carte que se portera le choix de
celui ou de celle à qui le jeu est présenté.
i
368 Là. CUISINE ANGLAIS]-: ET AMÉRICAINE
Le plat du jour consiste souvent en un mets populaire
apprécié des gens qui se contentent d'un seul plat pour leur
repas. Ici, ce sera un bœuf à la mode ou un haricot de mouton ;
là ligurera, en évidence sur le menu, un macaroni au gratin,
un civet de lièvre ou une sole au vin blanc.
Quelques établissements des boulevards ont imaginé d'affi-
cher, comme plats du jour, des mets étrangers, pour tenter la
curiosité des gourmets non initiés à ces préparations exo-
tiques.
C'est ainsi qu'ils annoncent, chaque jour de la semaine, un
ragoût différent, tel qu'un cassoulet, une bouillabaisse, une
brandade de morue, un curry à l'Indienne, un potage tortue, etc.
Cette innovation a beaucoup de succès auprès des étrangers
qui ont la nostalgie de la cuisine du pays natal, et aux yeux des
Parisiens qui, pour la plupart, ne connaissent ces mets délicieux
que par les récits des voyageurs.
Chaque pâtissier à la mode, chaque confiseur en renom,
chaque restaurant bien coté a un plat du jour qui ne varie
jamais. C'est une spécialité de la maison; et ce mets unique et
consacré par la vogue a fait souvent la fortune du propriétaire
de l'établissement. Je citerai pour mémoire :
Les filets de soles de Marguery; les pommes de terre Maire;
l'entrecôte Bonnefoi; les pieds de mouton d'une maison des
Halles; la timballe Bontou; les tripes à la mode de Caen de
Jouanne; les pâtés de Lesage; la croustade de foie gras de
Charvin; les babas de Sthorer; le homard à l'américaine de
Peters; le moka de la maison Quillet; le cussy de chez Bo'ur-
bonneux; le Saint-Honoré deChiboust; les timbales de crevettes
de chez Boot; la choucroute des brasseries; la soupe à l'oignon
des tavernes, etc.
Si, des grands boulevards, nous dirigeons nos pas vers les
quartiers excentriques, nous trouvons encore, dans les guin-
guettes de barrières, le plat du jour immémorial qui ne varie
jamais non plus. C'est la mystérieuse gibelotte, d'où s'échappe
un parfum d'ail, d'échalote et de vin suret, si cher aux gourmets
populaires; ragoût suspect dans lequel le consommateur cherche
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 2G&
avec angoisse à découvrir la tête révélatrice, qui doit le rensei-
gner sur la nature du gibier qui le compose.
Les restaurants des bords de la Seine et des rives de la
Marne ont également leurs plats du jour : c'est l'appétis-
sante friture de goujons et la traditionnelle matelote d'an-
guille, que les canotiers parisiens, les pécheurs à la ligne et
les touristes, viennent savourer en chœur les dimanches et fêtes.
La renommée de cette matelote des restaurants riverains
est, il faut le dire, amplement justifiée; car, outre qu'elle est
généralement préparée par des mains habiles et expérimentées,
l'anguille, pêchée du jour et de la veille, est conservée dans l'eau
courante, et n'a pas le temps de pàtir et de dépérir comme celles
que l'on conserve dans les viviers d'eau dormante. Elle est
vivace et saine lorsqu'on la tue, et frémissante encore lorsqu'on
la plonge dans la mirepoix bouillante.
L'entrecôte Bercy, avec son beurre aux échalotes et ses
pommes de terre soufflées, est le plat du jour de l'entrepôt et
de la halle aux vins.
Les escargots sont la spécialité des marchands de vins, où
on les voit constamment exposés tout farcis et prêts à mettre au
four. C'est le plat du jour de l'ouvrier qui peut se payer le luxe
d'un supplément. Quant à l'ouvrier pauvre, son plat du jour
consiste en une miche de gros pain, sur lequel il étend une
couche de fromage ou de charcuterie de seconde catégorie.
Le marchand de marrons, de son côté, est la providence du
trottin qui va faire sa course, et de l'écolier sortant de la classe.
ce Marrons chauds et bons », voilà leur plat du jour.
Celui du misérable, c'est cette platée de victuailles innom-
mables qui se débite dans un coin des halles, et si bien définie
sous le nom d' « arlequin », que lui a décerné quelque gouailleur
philosophe en haillons, à cause de la diversité des mets qui le
composent. Et, puisque nous sommes aux halles, n'oublions pas
la soupe des malheureux qui se débite, tous les matins, autour*
du grand caravansérail de l'alimentation. N'oublions pas surtout
le lard frit, la saucisse et l'andouillette, qui rissolent dans de
grandes poêles sous des auvents, dans les petites rues adja-
24
370 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
centes des halles. Ce sont les plats du jour des marchandes, des
porteurs, des forts, des gardeuses, etc.
Toutes les fêtes carillonnées ont aussi leurs plats du jour.
Ainsi, le premier de l'An, ce sont les dragées, les fondants et
les marrons glacés. Le jour de l'Epiphanie, c'est le gâteau des
Rois, avec la fève de rigueur cachée dans les plis de sa pâte
feuilletée. Le mardi gras, ce sont les crêpes et les beignets
soufflés; et le vendredi saint, le plat du jour n'est-il pas la
morue salée? tandis qu'à Pâques, ce sont les œufs rouges de
légendaire mémoire. Noël arrive à son tour, accompagné de
son cortège de dindes truffées et d'oies aux marrons, mais
précédé de la nuit du Réveillon, que notre confrère et ami
Achille Ozanne a si spirituellement décrit dans «son livre de
poésies gourmandes.
Cette nuit-là, c'est le Cher Ange de Monselet qui est le plat du
jour. Pour fêter les grands saints du Paradis, n'a-t-on pas adopté,
comme plat du jour, l'antique nougat d'amandes orné de son
pompon en sucre filé, et le classique biscuit de Savoie,
surmonté de l'éternel petit amour en pastillage émergeant du
sein d'une rose en papier de soie. Et dans les repas de noce,
n'est-il pas d'usage de servir invariablement un potage à la
bisque? et la pièce du milieu, n'est-elle pas toujours une double
corne d'abondance d'où s'échappent deux avalanches de fruits
glacés, de bonbons et de petits fours? Le choix de ce motif de
pièce montée semble bizarre, et fait la joie des loustics de la
noce, qui trouvent un sujet de plaisanterie dans l'accouplement
de ces deux cornes; tandis qu'en réalité on ne doit voir, dans
ces attributs de Cérès, qu'une allégorie à l'adresse des héros de
la fête, et que cette profusion de gâteaux, de fleurs et de fruits,
symbolise les bonheurs et les félicités sans nombre, qui doi-
vent embellir et charmer l'existence des deux époux.
Mais quel est ce bruyant clic-clac qui se fait entendre du côté
du jardin public, et pourquoi ces bébés quittent-ils subitement
leurs jeux pour courir à la rencontre d'une bonne femme, chargée
d'une boîte en forme de tambour, que surmonte un cadran sur
lequel se meut une aiguille mobile?
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
371
C'est que c'est l'heure du goûter des enfants, et que le clic-
clac qui accompagne le refrain connu de la marchande d'oubliés :
Voilà le plaisir, mesdames, voilà Je plaisir! annonce aux joyeux
bébés l'arrivée de leur plat du jour.
L'enfant qui vient de naître, ainsi que le vieillard qui touche
au terme de sa carrière, ont aussi leur plat du jour. Pour ce
dernier, ce sont les panades, les purées, les cervelles, les œufs;
enfin, tous les aliments d'assimilation facile et de mastication
peu laborieuse. Quant au nouveau-né, c'est le lait maternel qui
est son plat du jour, nourriture sublime et mystérieuse qu'un
pourvoyeur céleste a préparée, et que la nature, selon ses lois
impénétrables, a prescrit comme l'aliment divin qui réunit les
qualités nutritives nécessaires à l'existence de l'enfant, à qui ce
régime unique convient et profite, et que nul autre aliment ne
saurait remplacer,
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
LE COUVRE CHEF
La dénomination de t toque », qu'il eût été plus logique
d'appeler " couvre-chef ", s'applique à la coiffure du cuisinier.
Non seulement il existe plusieurs espèces de toques, mais la
manière de s'en coiffer varie à l'infini, selon le caprice, la fan-
taisie ou les aptitudes de celui qui la
porte.
Dans toutes les cuisines de l'Europe,
le costume du chef est partout le même :
c'est la veste blanche traditionnelle.
Seule, la coiffure subit des transforma-
tions.
L'Anglais s'affuble du bonnet écos-
sais fortement empesé, comme toute sa personne.
L'Espagnol se coiffe du béret de laine blanche ou de coutil,
qui tend à devenir à la mode à Paris. La forme en est gracieuse,
et, comme le Scotch cap, ne manque pas d'élégance.
Je n'en dirai pas autant de l'espèce de bonnet de police dont
se parent les cuisiniers allemands, et qui, malgré le gland dont
il est orné, est laid et incommode.
La toque est la coiffure la plus en usage chez les cuisiniers
français. Elle se compose d'une bande de toile ou de couti!, qui
s'adapte au contour de la tête, et de laquelle émerge une calotte
de même étoffe, plissée sur les bords. La nature flexible de l'étoffe
la rend susceptible d'une foule de transformations plus ou moins
gracieuses, plus ou moins excentriques.
On peut généralement juger du caractère d'un chef par la
manière dont il se coilïe. Celui-ci, par exemple, qui se plaît, à
porter la toque légèrement ballonnée et penchée en arrière, en
coup de vent, est presque toujours un homme autoritaire, violent
et emporté. Celui-là qui la pose crânement, inclinée sur le coin
de l'oreille, en ilambard, est un poseur. C'est le loustic du
fourneau, et l'on reconnaît à son accent qu'il est originaire des
rives de la Garonne.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE 373
Cet autre, qui la met négligemment et simplement aplatie
sur le sommet, dénote un insouciant ou un philosophe, tandis
qu'il est notoire que la toque, placée en avant et rabattue sur les
yeux, abrite le crâne d'un penseur, à
moins que ce ne soit celui d'un pares-
seux, d'un sournois ou d'un boudeur,
La toque dite « tour Eiffel », allongée
perpendiculairement, est la coiffure favo-
rite des gens de petite taille, qui cherchent
à se grandir aux yeux de leurs subal-
ternes. Cette coiffure a un aspect vulgaire
et fait songer à la légendaire casquette à trois plates-formes.
Il n'y manque que la visière.
La toque de l'apprenti a son cachet particulier : frippée et
rendue mollasse au contact de la manne que l'enfant a portée
sur sa tête, on devine qu'elle n'a pas passé par les mains de la
blanchisseuse, et qu'elle a été simplement lavée par l'apprenti
économe sous la pompe de la cour, et séchée à la bouche du
four, au mépris de l'amidon et du fer à repasser.
La toque a subi, à diverses époques, les
caprices de la mode. Sous Louis-Philippe, elle
était d'une grande ampleur. Fortementempesée
et tendue au moyen d'une baleine circulaire
introduite dans la doublure, elle produisait
l'effet d'un nimbe tel que les peintres en
mettent autour de la tête des saints.
Sous le second empire, le bonnet grec orné d'un gland était
en vogue. Les gens chauves le portaient en velours ou en drap;
les chevelus, en toile ou en filet.
N'oublions pas, pour compléter cette étude, de mentionner
l'ancien casque à mèche, qui était l'unique coiffure adoptée pa'
nos anciens.
Ce n'est que depuis 1830 que la toque, telle qu'on la porte
aujourd'hui, a remplacé le classique bonnet de coton. Ce bonnet,
aussi ridicule qu'incommode, ne se rencontre plus que sur la
tête de quelques vieux cuisiniers d'hôtel de province.
374
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Le bonnet de coton se portait aussi de différentes manières,
et je me souviens qu'étant apprenti, nous savions pronostiquer
avec certitude des dispositions d'esprit de notre chef d'après la
façon dont il se coiffait; et, selon qu'il avait essuyé des reproches
ou reçu des éloges, ou bien quand il
avait un peu trop pactisé avec Bac-
chus, il mettait son bonnet en avant,
en arrière ou de côté, le rabattait
sur les yeux ou l'enfonçait sur ses
oreilies. Dans ce dernier cas, on
n'avait qu'à bien se tenir, car il y
avait de l'orage dans l'air.
Pour des raisons d'hygiène et de
confort, plus encore que pour satisfaire aux exigences de la
mode, on a tout à fait abandonné le bonnet de coton, et tel
cuisinier qui s'en affublerait aujourd'hui paraîtrait ridicule et
s'exposerait à la risée de tout le monde et particulièrement de
ses confrères.
Cependant, je ne puis m'empêcher de penser que cette coif-
fure, qui nous semble grotesque, a été portée par Carême,
Laguipière et tant d'autres célébrités culinaires dont nous hono-
rons la mémoire. Aussi, rien qu'à ce titre, nous devons, sinon
admirer, du moins vénérer le bonnet de coton.
LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE O
SOUPER DE BAL POUR 800 PERSONNES
Servi par M. J. Corblet chez M. Bischoffsheim, Londres.
Consommé de volaille en tasses (froid)
CHAUD
Côtelettes d'agneau aux petits pois.
Cailles rôties sur canapés.
Poulets rôtis au cresson.
ENTRÉES FROIDES
Petits paniers de soles ShouvalofT.
Salade de homard.
Saumon à la Francfort.
Suprême de poulardes à la Nemours.
Chaud-froid de cailles à l'impériale.
Dartois de volaille à l'amphitryon.
Côtelettes de canetons Beauvilliers.
-Mauviettes à la Grosvenor.
Poulets froids à la gelée.
Poulardes à lécarlate.
Asperges géantes sauce mousseuse.
Sandwiches variés.
Petits pains à la française.
RELEVÉS FROIDS
Jambon d'York à la gelée.
Langues de bœuf dressées, découpées.
ENTREMETS
Pâtisserie variée.
Bavarois au riz.
Charlottes viennoises.
Compote de fruits à la gelée.
Bavarois aux framboises.
Gelées macédoines de fruits au Champagne.
Gâteau Monte-Carlo.
Gelées au Dantzick.
Chartreuses de fraises au marasquin.
GLACE
Vanille pralinée, cerises, citrons, café à la Chantilly.
376 LA CUISINE ANGLAISE ET AMÉRICAINE
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MODÈLES DE liUHCHEOflS
Carré d'agneau rôti sauce menthe.
Pâté de pigeons à l'anglaise.
Filets de bœuf Châteaubriant.
Curry de mouton à l'indienne.
Poulet grillé à la tartare.
Œufs de pluviers au nid.
Pommes de terre au naturel et en purée.
Haricots verts à la poulette.
ENTREMETS
Tartes de pommes.
Pudding soufflé à la vanille.
Pain d'orange Chantilly.
Dartois d'abricots.
^>^%^e^
Longe de veau rôtie et langue salée.
Poulet braisé au riz.
Pudding de beefsteaks.
Perdreaux bardés sauce au pain .
Mutton chops.
Lapin en curry.
Croquettes de homard.
Blanquette aux concombres.
Chaud-froid de cailles.
Aspic d'œufs de pluviers.
Pommes de terre Anna.
Purée de pommes de terre.
Pois à l'anglaise.
ENTREMETS
Bread and butter pudding.
Tipsy cake.
Pain de la mecque à la crème.
Strawsberry fool.
TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER
POTAGES ANGLAIS — ENGLISH SOUPS
Bisque de crabes (Bisque ob crabs) 31*
Bisque d'écrevisses à la Malmesbury (Bisque of cray fisli) Wi
Bouillon écossais (Scotch broth) 16
Hoche-pot à l'anglaise (Hadge podge) 17
l'otage d'anguille (Eel soup) 35
— d'abatis (Giblet soup) : 19
— — à l'irlandaise (Giblet soup à Virlawiaise) 19
— d'esturgeon à l'américaine (Sturgeou soup) 38
— fausse tortue (Moc 1,1 util <>) 20
— aux huîtres (Otjster soup) 35
— au jarret de veau (Knuckle of cent soup) 18
— à la joue de bœuf (O.r check soup) 23
— Mulligatawny clair (Mulligatawny clear) 32
— A[ulligatawny lié {Mulligatawny thick) 31
— au lapin (Rahbit soup) IX
— au pigeon (Pigeon soup) 30
— de perches à la Wastrefish (Waslrefish soup) 38
— aux poireaux (Cockg leeky 28
— do pieds de veau à la Windsor (Galfs [cet soup) 25
— à la queue de bœuf (O.r luit soup) . . 27
— à la tête de mouton (Sheep's head soup) 20
— à. la tête de daim (Dcr's head s>u ) 29
•382 TABLE DES MATIÈRES
Potage à la tortue (Turtle soup) ]2
— de poulet au riz (Chicken and rice soup) , 20
Porridge à l'écossaise (Scotch porridge) 17
Purée de grouse (Grouse soup) 21
— de pois secs (Peas soup) ;ji«
— de lièvre à la Saint-Georges (Hare soup à la Saint-George) M
Soupe au clam-chowders (Clam-choteder soup) 39
— aux moules (Mussel soup) :\~
~— aux terrapines (Terrapine soup) 40
Tisane de bœuf (Beef tea) 24
Water souchet de poisson (Water souchet of fish) 36
Soupe au bœuf. 30
CHAPITRE II
POISSONS
Anguille frite et ballottine d'anguille 05
Anguille en ragoût (collared eel) 06
Anguille à la brochette (Spitchcock eel) 66
Cabillaud (Cod fish) &3
-Cadgery (Cadgery) 50
("roquettes de saumon (Sa I mon croquettes) 48
Croquettes de turbot au curry JS
Filets de saumon à l'indienne (Filets of salmon à l'indienne) 48
Filets de turbot à l'indienne (Filets of turbot à l'indienne) 52
Filets de turbot à la Windsor (Filets of turbot à lu Windsor) 52
Harengs fumés de Yarmouth (Yarmouth bloaters) 61
Kippered herrings (Kippered herrings). 62
Merluche fraîche et morue salée (Haddoch 1 ) 56
Merluche fumée (Finnan haddock) 57
( )mbre chevalier (Char) 49
Pâté d'anguille (Eel pie) 63
Pudding de filets de sole (Filets of sole's pudding) 56
Raie (Crimped skate) ; . 60
Raie frite (Fried Skate) ; 61
Saint-Pierre ( John dory) 45
Saumon ciselé (Crimped salmon) 46
Saumon fumé (Kippered salmon) 49
Sprats 55
Soufflé de morue salée (Sait fish soufflé) 56
Tète de cabillaud farcie (Stuffed cod' s head) 55
Turbot à l'anglaise (Turbot) 50
AVhite bait (White hait) 42
Escalopes de saumon aux concombres « 50
Côtelettes de saumon à la Washington 50
y TABLE DES MATIÈRES 383
COQUILLAGES ET CRUSTACÉS
Anges à cheval (Angels on horse bock) l'.\
ÏJucardes ou Clovisses (Cocktes) 82
< lalipash et Calipee 07
Clams K)
i irabe (Dressed ûrab) 75
Crabe à l'indienne (Crab à l'indiehne) 76
Crabes mous 83
Crevettes (Shrimps and Prawné) 79
Curry de homard (Curried lobster) 7!)
Homard à l'américaine {Lobster à l 'américaine) 7b'
Homard grillé (Broiled lobster) 78
Homard à la Newburg (Lobster à la Xe/rbur<j) 78
H ni très anglaises (English oi/sters) 70
I lui très à la diable (Devited oystçrs) 72
I lui très en beignets (Oi/sters fritters) •. 73
Huitres à la tartare (Native oysters à la tartare) 72
Huîtres frites au naturel (Ffied oysters) 74
Petits soufflés aux huitres. 7'j
Nageoires de tortue (Turtte fins) 68
Petits souillés aux huitres (Small oysters sou/flés) 1\
Terrapincs à l'américaine 68
Terrine de crevettes (Potted shrimps) 81
Pâté de terrapine à la Baltimore 70
CHAPITRE III
BŒUF — BEEF
Bœuf (Beef) 8o
Beef-steak au\ huitres (Beef-steak and 01/ S ter s) 90
Beef-steak (Beef-steak) 93
Bœuf pressé (Pressed beef) • 9o
Bœuf rôti (Boast-beef) 84
Bœuf salé (Sait beef) 93
Bubble and squeak (Bubble and sijueak) 97
Cœur de bœuf (Ox heart) 101
Émincé de bœuf (Minced beef} 98
Bœuf de Hombourg râpé (Grated Hambourg beef) 100
Miroton aux os grillés (Hashed beef and broil/ed bones) 99
Os à la moelle (Manoir bonts) 102
Pâté de beef-steaks (Beef-steak pie) 91
Pâté du berger (S/iepherd pic) 89
Pâté de beef-steaks aux rognons (Beef-steak and kidney pie) 89
Pudding de beef-steak (Beef-steak pudding) 88
Pudding de beef-steak aux huîtres (Beef-steak and oijster pudding) 89
Pudding de beef-steak aux rognons (Beef-steak and kidney puidinij . . . 89
;384 TABLE DES MATIERES
Pudding de rognons (Kidney puddinij) 89
Pudding roulé à l'émincé de bœuf (Minceil bref rolly pudding) 99
Poitrine de bœuf salée (Salted breast of bref) %
Purée de bœuf en terrine (Potted beef) 100
Purée de langue de bœuf (Potted oxtongue) loi
Rond de bœuf salé {Round of beef) 94
Rump-steak grillé (Broiled rump-steak). 90
Rump-steak braisé aux oignons (Sieweê steak antl onions) 91
Rump-steak sauté (Fried rump-stéak) • 92
Savory rolly pudding 97
Saucisses de bœuf (Beef samages) loi
ïoad in the hole 96
Tripes aux oignons (Tripe and onions 96
Tripes frites (Fried tripe) 96
Langue de bœuf salée 9)5
Joue de bœuf braisée 102
CHAPITRE IV
MOUTON ET AGNEAU — MUTTON AND LAMB
Agneau (Lamb) 111
Rlanquette d'agneau (Lamb scollops) IL'i
Épigrammes d'agneau à l'indienne 113
Carré de mouton bouilli (Boiled neck of mutton) 109
Côtelettes à la Réforme (Côtelettes à, la Reform) 104
Curry de mouton (Curry of mut ton) 1 10
Fraissure d'agneau (Lamb' s fry) 112
Cigot de mouton bouilli (Boiled leg of mutton) * 108
Lamb chops (Lamb chops) 111
Mutton chops (Mutton chops) Î03
Pâté de mouton (Mutton pie) 104
Petits pâtés de mouton (Small mutton pies). 110
Pudding de mouton (Mutton pudding) 109
Ragoût de mouton à l'irlandaise (Irish sieir) 10(>
Selle de mouton rôtie (Roast saddle of mutton) Iê3
Scotch haggis (Scotch haggis) 107
Tète de mouton (Sheeps' head) 108
Tête d'agneau (Lamb' s head) 112
CHAPITRE V
VEAU — VEAL
Escalopes de veau à l'anglaise ( Veut rollops) 116
Filet de veau rôti (Roast filet of veal) 1 1 •'
TABLE DES MATIÈRE? S 385
Foie de veau (Calfs liver) 118
Longe de veau rôtie (Roast loin ofveal) 116
Pâté de veau et jambon ( Veal and ham pie) 117
Pâté de tête de veau Calfs head pie) 118
Poitrine de veau rôtie (Roast ed breast of veal) 117
Tête de veau à l'anglaise (Calfs hea l) 117
Pain de vean et jambon (Veal and ham cake) 120
Carré de veau rôti à la crème 119
Pudding de rognons de venu 120
Tête de veau à la diable 119
CHAPITRE VI
VENAISON
Bouchées et croustades de venaison 128
Civet de venaison (Civet of venison) 125
Croquettes de venaison (Venison croquettes) 128
Côtelettes de venaison (Venison chops) 124
Fressure de venaison ( Venison fry) 125
Hanche de venaison (Haunch of venison) 122
Émincé de venaison (Hash of venison) 124
Langues de rennes (Rein d'eer's tongues) 127
Panade de venaison (Venison panade) 128
Pâté de venaison (Venison pasty) 124
Petits pâtés de venaison (Small venison pies) 126
Quenelles de venaison 126
Timbale de venaison milanaise 127
Pure, émincé et hachis de venaison 128
CHAPITRE Vit
PORC — PORK
Bath chap 135
Boudin noir à l'anglaise (Black pudding) 131
Cochon de lait rôti (Roast sucking pig) . 132
Cochon de lait à l'américaine (Sucking pig à l'américain") 133
Côtelettes de porc (Pork chops) 131
Côtelettes de porc à l'indienne (Pork cutlets à l'indienne) 131
Échine de porc (Chine of pork) 138
Jambon d'York ( York ham) 135
Lard bouilli et frit (Boiled and fried bacon) 136
Lard grillé (Broiled bracon) 137
25
386 TABLE DES MATIÈRES
Pâté de porc (Pork pie) ' ... 133
Pâté de chaud de porc frais (Hot pork pie) 134
Petits pains aux saucisses (Sausage rolls) 138
Porc rôti (Roast pork) 130
Porc bouilli (Boiled pork) 131
Pudding de saucisses (Sausage pudding) 137
Saucisses anglaises (English sausages). 139
Jambon rôti 136
CHAPITRE VIII
VOLAILLE ET GIBIER — POULTRY AND GAME
Bécasse (Woodcock) 161
Coq de bruyère (Black game) 160
Canard d'Amérique (Canvas back duck) 163
Canard sauvage à l'américaine (Wild duck). 172
Curry de lapin (Curry of rabbit) 160
Curry de poulet (Curry of chicken). 141
Cygne rôti (Cygnet) 165
Dinde à l'anglaise (Turkey) 151
Dinde braisée aux huîtres (Braized turkey oyster sauce) : 153
Dinde au céleri (Braized turkey céleri sauce) 153
Faisan (Pheasant) 160
Filets de volaille à l'indienne (Filets of chicken à V indienne) 142
Grousse rôtie (G rousse) 174
La chasse en Angleterre (Shootiny in England) 154
Le lapin (Rabbit) 156
Lapin bouilii (Boilea rabbit) 159
Lapin rôti (Roast rabbit) , 158
Lièvre rôti (Hare) 160
Oie rôtie (Goose) 148
Grouse norwégienne 176
Pâté d'abatis (Giblet pie) 146
Pâté du chasseur (Huniers' pie) 166
Pâté du corbeau (Rook pie) ■ 155
Pâté de lapin (Rabbit pie) 150
Pâté de pigeon (Pigeon pie) 146
Pâté de poulet (Chicken pie) 1 4(i
Pâté de Devonshire (Devonshire pie).. : 147
Perdreaux (Pardridges) . . -, 161
Poulardes à l'anglaise (Poulard) 140
Poulet bouilli à l'indienne (Chicken à l'indienne) 141
Poulet bouilli sauce persil (Boiled chicken parsley sauce) 141
Poulet bouilli aux huîtres (Chicken oyster sauce) 142
Poulet sauté aux huîtres (Chicken sauté ivith oysttrs) 148
Poulet effilé et grillé (Pulled and grilled chicken) 143
TABLE DES MATIÈRES 887
Poulet eJîilé aux concombres (Pulled chicken with cncumbers) ,.. , . . 144
Poulet grillé à la diable (Devilled chicken) 144
Pudding de lapin (Rabbit pudding) 159
Pudding de mauviettes (Lark pudding) 162
Pâté de Yorkshire (Yorkshire pie) , 109
Pâté monstre du Jubilé (The Jubilee monster pie) 169
Pâté de bécasses en terrine (Woodcock pie) 166
Terrine de purée de lièvre (Potted hare) 167
Paonnaux rôtis (Peacock) 171
Pâté de grouse à la Balmoral 175
CHAPITRE IX
ŒUFS ET LÉGUMES — EGGS AND VEGETABLES
Croustades de pommes de terre 188
Céleris (Celery) 193
Choux de mer (Seakale) ; 194
Choux rouges (Red Cabbages) 194
Concombres (Cucombers). • . 193
Courges (Vegetable marrow) -....- 191
Cresson Alénois (Mustard and cress) ►, 193
Fèves de marais (Broad beans) 194
Gingembre (Ginger) 192
Haricots verts (French beans) 193
Oignons farcis (Farced onions) 191
Oignons d'Espagne (Spanish onions) ; 191
OEufs à la coque (Plain boiled Eggs) 177
OEufs farcis à l'indienne (Farced Eggs) 180
OEufs de pluviers (Plovers Eggs) 180
Omelette de Noël (Christmas omelette) 180
Omelette au curry (Curried omelette) 183
Pâté du pauvre homme (Pour man's pie) 189
Pommes de terre en robe de chambre (Potatoes in their jacket) 184
Pommes de terre soufflées (Soufflé potatoes) 189
Pommes de terre bouillies et rôties (Potatoes roasted and boiled) 185
Puddings de pois secs (Peas pudding) 195
Pudding de choux (Cabbage pudding) 195
Pudding de truffes (Trufjle pudding) 190
Pommes de terre à la vapeur (Steamed potatoes) 186
Pommes de terre au four (Baked potatoes) 187
Popmes de terre nouvelles (New potatoes) 187
Pommes de terre en vermicelle (Vermicelli potatoes) 128
Purée de pommes de terre gratinée (Purée of peas au gratin) 187
Raifort (Horse radish) .- 196
Topinambours (Jérusalem Artichokes) 193
Topinambours frits (Fried artichokes) 192
388 TABLE DES MATIÈRES
OEufs pochés à l'irlandaise 1 78
OEufs pochés en robe de chambre 178
OEufs à la diable 179
OEufs pochés au lard 178
OEufs frits au jambon 178
OEufs de pluviers en bellevne 183
OEufs de mouettes 182
Tartelettes d'œufs de vanneau* 183
Pois à l'anglaise 188
CHAPITRE X
PATISSERIE — PASTRY
Balmoral cake 218
Banbury cake 206
Biscottes (Rusks) 220
Bouchées de mince méat 210
Buns 203
Butter biscuits 235
Cambridge cake 216
Cheese cake 205
Captain biscuits 227
Cheese biscuits 225
Compote de rhubarbe 211
Curd cheese cake {Mirlitons) 221
Cranberrj tart 217
Devilled biscuits 227
Floating Island : 224
Gâteaux à la noix de coco 223
Ginger cake 217
Ginger nuits , 229
Madeira cake 219
Maids of honour 207
Mince pies 213
Muffins 224
Omelette de Noël ..... 216
Pancakes 221
Pancakes soufflés 222
Plum-cake 200
Puff crakers 217
Queen's cake 219
Punch cake 200
Flemmery 209
Junket 229
Pancakes au gingembre 222
Mirlitons au lait caillé 221
TABLE DES MATIÈRES 389
Crumpets 229
Rissoles de mince méat 215
Scotch scones 228
Seed cake 218
Tartes de fruits en général 210
Tarte de groseilles et framboises 211
Tarte de pommes 210
Tartelettes de groseilles vertes 211
Tarte de potiron 212
Tarte de rhubarbe 210
Turnover 222
Tipsy cake 207
Trifle 208
Vol-au-vent de rhubarbe 212
Water biscuits 226
Wedding cake 201
York biscuits 226
CHAPITRE XI
PUDDINGS
Bavarois au gingembre 262
Amber pudding 257
Apple dumpling bouilli (Boiled apple dumpling) 230
Apple dumpling au four (Baked apple dumpling) 230
Bakewel pudding 256
Batter pudding (Batter pudding) 245
Beurre au cognac (Brandy butter) k . . . . 235
Crème anglaise (Custard) 240
Crème renversée (Steamed custard pudding) 240
Dampfnuden à l'allemande (German dumpling) 252
Dumpling ordinaire (Dumpling) 249
Gelée sucrée de pieds de veau 261
Gelée fouettée 262
Gelée à la moskovite 262
Krapfens à la viennoise 253
Nursery pudding (Nursery pudding) 243
OEufs au lait (Custard puddinq baked) 242
Pain d'orange •. 262
Pudding de Noël 238
Plum pudding (Plum pudding) 230
Pudding au citron (Lemon pudding). 246
— à l'orange (Orange pudding) 246
— à la mie de pain (Bread cnimbs pudding) 246
— à la Prince Albert (Prince Albert pudding) 244
— de fruits en général (Fruit pudding in gênerai) 256
390 TABLE DES MATIÈRES
Pudding à la pâtissière 258
— à la moelle (Marroio pudding) 247
mousseline (Muslin pudding) 249
— soufflé (Soufflé pudding) 258
— roulé (Bolly pudding) 251
— de pain bis (Brown bread pudding) 235
— de pain beurré (Bread and butter pudding) 239
— au pain d'épices 251
— au pain rassis 256
— de tapioca 257
— de pommes 255
— d'amandes ■ . 254
— monstre (Monster pudding) 260
— de marrons (Chesnut pudding) 241
— Victoria 248
— de riz au naturel (Plain rice pudding) 240
— de riz aux œufs (Bice pudding) 239
— au raisin de Corinthe (Currant pudding) 254
— de pain aux cerises (Cherry bread) 241
— à la Gobourg (Cobourg pudding) 243
— au gingembre (Ginger pudding) 244
— de figues (Fig pudding) 242
— de tapioca (Tapioca pudding) . . . 257
— de cabinet (Cabinet pudding) 260
— de riz aux amandes 242
— àlaSefton 259
Steamed apple pudding 255
Tôt-fait (Hasty pudding) 259
Yorkshire pudding 245
Pudding du sportman (Sportsman pudding) 247
CHAPITRE XTI
SAVOURYS ET SANDWICHES
Bavarois au fromage 269
Beignets au parmesan 271
Beignets soufflés au fromage 274
Biscotins au fromage 267
Biscuits glacés au parmesan 268
Gheese straws ' ' 270
Gondés au fromage 270
Croquets au fromage 270
Diablotins au parmesan ' 271
Devonshire cream 274
Darioles au fromage 272
Dartois au fromage 273
TABLE DES MATIÈRES 391
Etymologie du mot sandwich 278
GJace au fromage 209
Quiche à la lorraine , 270
Petites croustades de finnan haddock 276
Pulled bread 275
Ramequins 267
Rissoles au fromage 273
Sandwiches au pain grillé 281)
Sandwiches à la purée de homard , . ^80
Sandwiches de carême 280
Sandwiches du bookmaker 281
Scotch woodeock 269
Sandwiches au fromage 275
Petites fondues au parmesan 272
Pudding de fromage au pain 268
Soufflé au fromage 273
Tartelettes piémontaises 266
Tartelettes milanaises 276
Tartelettes soufflées au /romage 266
Welsh rarebit 277
CHAPITRE XIII
SAUCES ANGLAISES, AROMATES ET CONDIMENTS
Caviar et Vesiga (Caviar and Vesigà) , 301
Cannelle (Cinnamon) * 300
Chutney et Ketchup : 283
Choux rouges (Pickled cabages) 303
Curry . -. . . 300
Cornichons confits (Gherkins) 305
Essence d'herbes pour tortue (Essence of herbs for turtle).. >284
Epices composées (AU spices) 284
Farce commune (Veal stufftng) 304
Harengs au whisky (Herring ivith whisky) '. 303
Ladie's delight 301
Moutarde anglaise (English mustard) . . . « .\ . . . 304
Oignons frits (Fried onions) 292
Oignons braisés (Braized onions) 292
Pâte d'anchois (Anchowy paste) 300
Petits oignons confits (Pickled onions) 303
Piccalilly (Piccalilli) \ ' 299
Sauce anchois (Anchowy sauce) 301
Sauce arrowroot (Arrowroot sauce) 297
— à la diable (Devilled sauce) ., 295
— aux aromates (Aromate
392 TABLE DES MATIÈRES
Sauce au beurre 291
— Cambridge (Cambridge sauce) 294
— câpres (Caper sauce) 288
— céleri {Celery sauce) 297
— à la crème (Cream sauce) 290
— crevettes (Shrimp sauce) 286
chevreuil (Roe buck sauce) 296
— Curry (Curry sauce) 290
— Cumberland (Cumberland sauce) 293
— à la crème (Cream sauce) 290
— homard (Lobster sauce) 286
— blanche aux huîtres (White oyster sauce). 286
— brune aux huîtres (Brown oyster sauce) 287
— fenouil (Fennel sauce) 289
— Groseille verte (Goosberry sauce) 289
— moutarde (Mustard sauce) 293
— menthe (Mint sauce) 298
— moules (Mussel sauce) 287
— aux œufs (Egg sauce) 292
— aux œufs à l'écossaise. 293
— au pain frit (Fned bread sauce) 289
— aux oignons (Onion sauce) 281
— au pain (Bread sauce) 297
— au pauvre homme (Poor man sauce) 296
— au persil (Parsley sauce) 288
— aux pommes (Apple sauce) 298
— au porto (Port wine sauce) 298
— princesse (Princess sauce) 285
— aux queues d'écrevisses (Crayfish sauce) 288
— chaude au raifort (Horse radish sauce hot) 285
— froide au raifort (Cold horse radish sauce) 288
— réforme (Reform sauce) 295
— à la sauge (Sage sauce) 299
— tortue (Turtle sauce) 295
— Victoria ( Victoria sauce) 294
— Wastrefish ( Wastrefish sauce) 293
— Yorkshire (Yorkshire sauce) 208
Saumure (Pickling brine) 307
Véronique (Laver) 304
CHAPITRE XIV
BOISSONS FRANÇAISES ET AMÉRICAINES
(ENGLISH AND AMERICAN DRINKS)
Aie. 308
Absinthe cocktail ; 317
Aie posset 321
TABLE DES MATIÈRES 393
Apricot drink 322
Badminton cup 311
Barley Water 321
Bosom caresser 318
Bacchus cup 324
Bombay cocktail 318
Brandy flip 314
Claret cup 310
Glaret sangaree 310
Champagne cup 311
Champagne cobbler 310
Chest protector 318
Coffee cocktail. 312
Cider cup 324
Bière 308
Boston flip 316
Egg flip 308
Egg nogg 313
Egg nogg simple ■ 313 ,
Julep à l'ananas 317
Gin 315
Gin toddy 315
Gin daisy 316
Gin sling 316
Ginger béer 309
Ice crusher- 323
Lager béer 308
Le thé 324
Milk punch (froid) 320
Milk punch (chaud) 314
Mulled claret 311
Mint julep 319
Mothers' milk. 317
Orange brandy 321
Pick me up 318
Prince Albert bishoff 321
Pine apple julep 317
Prince Alberts' bishoff 321
Punch au thé à l'anglaise 314
Port wine negus , 311
Prince of wales' punch 312
Raspberry drink 322
Moselle cup 323
Shandegaf 322
Stout :....' 308
Shaker 322
Stone fence 320
Sherry cobbler 323
Thunder 317
Tom and jerry 315
Toast and aie 309
Thelovingcup 309
304 TABLE DES MATIÈRES
Whisky 315
Whisky daisy . . . 318
CHAPITRE XV
City bars 353
Cookery and food association 337
Cuisines en général 383
Cuisine londonienne 347
Le eaft Royal 350
Francatelli 336
Le Club culinaire 337
La cuisine française en Angleterre 328
Les cuisiniers français à Londres 340
Le couvre-chef 370
Le Potel et Chabot de Londres 353
Les dîners de poisson 355
Le garçon de restaurant 357
Le jour de Noël 355
Les restaurants de Londres 349
Les restaurants du West End 351
Les restaurants du pauvre à Londres 360
Les toasts et leur origine 362
Mets nationaux 364
Les sociétés culinaires 337
Plats du jour 367
Soyer 329
Spiers and Pond 351
Une maison seigneuriale 343
Ude 333
brown & polson's
Patent Corn flour
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Il est universellement admis que les aliments préparés
avec la farine de maïs (Corn flour) sont sains, nutritifs et
appétissants ; mais il est également reconnu que la meilleure
et la plus recommandable de ces farines, et la seule qui pos-
sède au plus haut degré les qualités digestives, est la farine de
Brown and Polson
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