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Full text of "La doctrine des moeurs : tiree de la philosophie des stoiques: representee en cent tableaux. Et expliquee en cent discours pour l'instruction de la ieunesse. Au Roy"

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L 1 C R. A R ^ 

OF THt 

UN1VER.S1TY 

or ILLINOIS 






«1; ULcyT^tc^. 



RARE BOOK R00« 



C \0 Ij 




L A 



DOCTRINE 



M oè V R S 

TIREE 

DE LA PHILOSOPHIE 

Des Stoiques : 

REPRESENTEE EN CENT 

TABLEAVX. 

ET EXPLIQVEE EN CENT DISCOVRS 
pour rinftrudion de la ieunefle. 

A V R O Y. 




A PARIS, 

De l'Imprimerie de LOVYS SEVESTRE, rue duMeurier, 

prés fainft Nicolas du Chardonnet. 

~' m.""d C~ X L V 1 

^uec Vrinilege du Roy. 




PRIVILEGE DV ROY. 

OVYS PAR LA GRACE DE DIEV, ROY DE FRANCE ET 
DE N AV AKRE : A nos amez 3c féaux les Gens tcnans nos Cours de Parle- 
mentj Maiftres des Rcqueftcs ordmaires de noflre Hoftel, Ballifs, Senefchaux, 
Preuofts leurs Lieutenans , èc à tous nos autres lufticiers Cn: Officiers qu'il appartiendra. 
Salut: noftre bien-amé Pierre DaretjnoflreGraucur ordinaire en tailles douces , Nous a 
fait tres-humblement remonftrer que pour l'vtihté publique , il s'eft occupé depuis dix 
ans en <jà,àgrauer & faire grauer en tailles douces vn Hure in folio, compoCé de près de fix- 
ringts Tableaux, & intitulé ZaJDoifrme des Mœurs ,o.uec les explications qui luy ont eftc 
donnez par le fieur de GomberuillCi lequel Liure ledit Daret dcfireroir mettre en lu- 
mière par noftre permiffion , qu'il nous a fait fupplier luy accorder. A CES C A V- 
SES defirant bien &. fauorablement traitter ledit Expofant , afin qu'il ne foit fruftrc 
des fruicls de Ton labeur , 6c mettant en conùderaciou qu'il a graué 6c graue encores de 
prefent , les Planches qu'il conuient mettre aux ouurages qui s impriment en noftre 
Imprimerie Royale du Louure , luy auons permis 6c oélroyé , permettons ôc octroyons 
par ces prefentes , faire imprimer ledit Liure , veucire 6c diftribuer en tous les lieux , 
pays , terres 6c Seigneuries de noftre obeyftance que bon luy femblera, par tels impri^ 
meurs qu'il voudra choilir , durant le temps 6c elpace de dix ans , à compter du iour 
qu'ils feront acheuez d'imprimer : faifant defFences à tous Libraires 6c autres personnes de 
quelque qualité 6c condition qu'elles foient, de faire imprimer, vendre, débiter, contre-fai- 
re ou pocher lefdites tailles douces 6c difcours, fans la permilîîon 6ccoilfentementdudit 
Daret, ou de ceux qui auront droid de luy durant ledit temps, fous quelque prétexte que 
ce foit, à peine de fix mil liures d'amende payable fans déport, nonobftant oppofitions ou 
appellations quelconques, pour lefquelles6cfanspreiudices d'icelles ne fera différé, appli- 
cable vn tiers à Nous , vn tiers à l'Hoftel Dieu de noftre bonne ville de Paris, 6c l'autre tiers 
audit Expofant, confifcation de tous les exemplaires contre- faits ^6c de tous defpens dom- 
mages 6c intercfts, à la charge de mettre deux exemplaires dudit Liure en noftre Biblio- 
thèque publique , bc vn d'iceluy en celle de noftre très. cher 6c féal Chcualier , Chan- 
celier de France , auant que de l'expofer en vente à peine de nullité du contenu. Def^ 
quelles nous voulons 6c vous mandotisi que vous fafliez iouyr piaillement ôcpaiftblement 
ledit Expofant, 6c ceux qui auront droicl de luy, fans foufFrir ny permettre qu'il leur foit 
donné aucun trouble ny empefchement. Voulons auffi , qu'en mettant au commencement 
ou à la fin dudit liure vn Extraicl des prelentesj elles foicnt tenues pour deucmentfîgni- 
fiées , 6c que foy foit adiouftée aux copies Collationnces parl'vn de nos amez 6c féaux Con- 
feillers 6c Secrétaires , comme à l'Original. Mandons au premier noftre Huiffier ou Sergent 
fur ce requis, faire tous exploits neceiîaires, fans demander autre permilîîon que cefdites 
prefentes: CAR TEL EST NOSTPvE PLAISIR , nonobftant Clameur de Haro Char- 
tre Normande, prife à partie 6clettrcs à ce contraires, aufquelles nous auons defrogé ficdef- 
rogeons par cefdites prefentes. 

Donné à Paris ie dernier iour de Décembre, l'an de grâce mil fixcens quarante-cinq , & 
de noftre Règne le troificfme. 

Par le Roy en fon Confeil , 

B ER A V D. 



Aeheuêd'inif rimer le quntorx^efme de Ma^ , mil^x cem quarante- fx 



uc 



UIUC 




teinoi, 
nnniorte/j; 
m: outre (ju ejfaiit du sa>i£ des Dieux^, ~^ Et pour leur hnsfir Jej-Juteb, 
Tu n'es vcint sut et a l Enfance . } Je me sers des mains de la jrlotre. 

Dans cette Peinture animée L 2ar mille auantures j^rosveres 

Z'oy niej grâces et inej attraitj:_y; .^J; Je i/eux acheuer ta grande 

Et sur la Joy de mej- jjourtraii^. -^ Et te donner vins de jylandeur. 

Fais c^ue ton jLme en joit channee. ^ ^le n'en ont iamais eu tes S>eres. 



■leur, 



^mtte Vil autre leune Jllcide, 
J^iiy lien loin de la Volupté'; 
Lî n'adorant que ma beauté' 
Jrend moy yourJ^Caulrejje et vourmiidi 

Ce SUIS celle mil yar jcj cliartnes. 
Aejne danj le Coeur dej jranlsJ\ois; 
Et oui Jais joujmettJT a leur/ lois, 
Ceu\ cpii ne crer^ncnt wirit leut7 mviej. 



Ce que ic creins ces? que le Vice 
Comme il eJT jlatteur et mn/jant; 
Jfe £ûi^ne ton Coeur innocent 
Et ne vueille qiiil me bannisse . 

J/Caisjenne loreille a ce traistre: 
Et de tenws en temps jouuien toy. 
Que c'eA bien peu d'eAre ne J\oy 
Si Ion ne mentte de l esîre . 



r 



ÉlÉd£ÉttÉ:É!lbfe 



=4; 




<èA LA REINE. 




A D A M E, 



Ayant fait de j[dn deprefenter cetouurage au Roy; & 
fçacham que fans la permijfion de Vojlre Maiejle , ie 
ne puis reçeuoircet honneur^ ie me ietteàfes pieds pour 
la fupplier très- humblement de me t accorder. Si îo- 
foù porter mes vœux plus haut ^ ie la coniurerois par 
cette merueiUeufe honte qui la rend la plus adorable 
des Reines , ctadioufler à la or ace que ie luy demande, 
celle de fa protections &fe déclarant enfiueurdemon 
liure ^ prendre elle mefme la peine de le faire voir au 
Roy y comme vne chofe dont il fe peut vtillement feruir 
en ïacquifîtion de la Vertu. lefçay , MADAME , 



quil ne peut rien partir de ma plume qui foi t digne 
dvnejïglorieufe recommandation. Mais iefçay bien 
auffi y quvne parole de J^ofire Maiefle peut donner à 
mon trauaily la perfection qui luy manque y & que s il 
a le bon-heur depajferparfes mains ^qui font les plus 
pures & les plus belles mains du Monde \ non feule- 
ment ilaurafuiet de prétendre à la plus auantageufe 
réception que lahonne fortune des lettres à iamais exir 
gee de la gêner ofî te des 1? rinces i mais il pourra fe van- 
ter que par la Vertu dvn atouchementfî diuin Jl aura 
ejlé nettoyé de ce quil au oit contrarie d impur ^parle 
vice defon origine. Les témoignages que Vojlre Maie- 
fle , MADAME y a daigne rendre de moy ^ me font 
efperer quen cette occafion^ elle me continuerales pren- 
nes de fa honte y & qù ayant reçeu auecla vie^ le grand 
cœur y de la magnanime Ijahelle^ & de Charles leviâlo- 
rieux _, el/e ne me fera pas moins fauorahle dans la 
fplandeur de fa Régence ^ quelle me la efle dans les 
folitudes defainâl Germain. Ce fut en ce lieu là ^ que 
ieus î honneur de luy dire quelle ejloit Mère d vn Fils 
dont les plus fçauans hommes de ï Europe auoientpre- 
dit de grandes chofes. le prends auiourdhuy la li- 
berté de taduertir que ces grandes prediâlions ne peu- 
uent efire accomplies que par vne grande probité ^ & 
par vne grande fufflfance. Il faut que ces deux ex- 
cellentes habitudes concourent réciproquement a la 
bien-heureufe naiffance du Roy vojlre Fils. Il faut 



quil foit vertueux , MADAME- Il faut quilfoit 
habile. Par l'vne de ces qualiteT^ il aura toujiours la 
volonté de bien faire, par l'autre il en aura t ou fours le 
pouuoir. Par tvne & pari* autre il fera tou fours bon 
Roy. Parlvne & par l'autre il fera toufiours bon Fils. 
Les foins que prend Voflre Aiaiefle pour l'infitution 
de ce leune Prince y & la merueilleufe Perjonne quelle 
a choife pour en auoir la fuperintendance ^ font bien 
paro'flre que ces importantes ventes, luy font particu- 
lièrement connues, le prie Dieu^ M AD A ME, que 
le fucce ^ refponde à [on attente. Mais il ne faut point 
douter qi/ lin y njpondc^puifquela mefme Prouiden- 
ce , qui pour la rétribution de voflre Pieté , a fait vn 
miracle de la naifance du Roy , sefl obligée d en faire 
vn autre de tout le cours de fa vie. Ce font les efpe- 
rances de tous les bons François y ce font les vœux de 
tom les gens de bien , & par confequent les plus ar- 
dans que peut faire dans texceXjlefon T^ele ^ celuy qui 
toute fa vie n a point eu de plus haute ambition que 
deflre 



MADAME, 



De Voflre Majefle, 



Le tres-humUe , tres-obeiffant ^7* tresfideUe 
feruiteur (ST f^^f^- 

GOMBERrïLLE. 




A MONSEIGNEVR 

LEMINENTISSIME 

CARDINAL MAZARIN. 




ONSEIGNEVR, 



«Mifc^^à*^ '' '' '' - y il:^ 



Defirant contribuer quelque chofe au plus grand 
Ouurage du monde , ie veux dire à rinftiruticn du 
Roy , i'ay fait vn abrégé de tout ce que la Morale a 
de plus héroïque &: de plus digne de ce ieune Princej 
& me fuis perfuadé qu'on ne pouuoit trop toft ietter 
dans cette ame Royale, les fondements dVne fcience 
qui ell la véritable fcience des Roys. Mais pour ce 

a 



que fon âge ne luy permet pas de s'appliquer à des ope- 
rations toutes intelleâ:uelles,ie me luis aduifé de luy 
toucher Fefprit en luy charmant les yeux 5 6c luy pro- 
pofant des diuertiffements qui luy plaifent , luy don- 
ner des inftruélions qui luy foient profitables. Cell 
cetrauail, MONSElGNEVR, que ie prends la har- 
dieffedeprefenteràV.E.afin qu'elle fe donne la peine 
de le confiderer , &: que parle iugement qu'elle en dai- 
gnera faire, ie connoille^s'il refpond comme il doit, à 
l'intention de fon Autheur. 11 n'y a peut eftre chofe 
plus importante en la nourriture des Princes , que de 
fçauoir bien choifir les premiers Hures qu'on leur met 
entre les mains. Il ne faut prefque rien pour les exci- 
ter à l'amour des belles lettres. Il ne fautprefquerien 
pour leur en donner le dégouft. Vousfçauez, MON- 
SElGNEVR, que le feu Roy auoit des inclinations 
fort h autes & fort fpirituelles. Cependant pour n auoir 
pas efté conduit par le chemin que fonefprit vouloir 
prendre 5 & pour auoir efpuifé fa patience dans la le- 
âure vtile, mais defagreable, des Antiquitez deFau- 
chet , il en conçeut vne auerfion pour toutes fortes de 
liures, fi generale&filongue qu'elle n'a peu eftre bor- 
née que par la fin de fa vie. Il faut que l'art fe férue 
iudicieufement des intentions de la Nature. Il faut 
que les préceptes fe conforment aux difpofitions de 
la naifrance5&: que la répugnance de l'âgdfoit infenfi- 
blement furmontée par la dextérité de la difcipline. 
Celaeftant,iln'yapointd'ame,foitdeparticuHer,foit 
de Prince , qui par la bien-heureufe neceCTité de fon 
origine , ne fe porte à la connoiflance deschofes,d'vn 
mouuement auffi naturel, que les Aigles s'attachent à 
lacontemplationdu SoleD. Mais,MONSEIGNEVR 
ie fuis bien effronté de parler à V. E. &: de parler de l'art 
d'inftruire les Rois : de vouloir former les Princes au 
gouuernement des peuples , àc de l'entreprendre de- 



liant le grand Cardinal MAZ ARlN , c eil à dire, dé- 
liant le fouuerain Maiftre de IVne & Tautre Morale , 
déliant ce meriieilleiix Génie, qui elb rinllriiment fa- 
tal, par la puiilance duquel nous voyons vn Entant de 
huid ans,difpenfer comme il luy plailt ,les auantures 
derEurope,6cle rendre l'arbitre abfolu de la fortune 
des Pontentats. Certes , c'ell auec beaucoup de lu- 
ftice que les ennemis mefmes de la grandeur Rom- 
maine ont regardé auec eltonnement tout ce qui a 
porté le caradere de Romme. Elle a toufiours elle 
ii haute qu'elle n'a iamais rien produit de bas 5 &:bien 
qu'elle ait perdu l'Empire du Monde, elle n'a pu toute- 
fois perdre lafaculté de donner des Mailtre au Monde. 
De temps en temps elle fort toute puillànte du milieu 
de fesprecieufes ruines. De temps en temps elle fait é- 
clatter cette vertu dominante, qui mit à fes pieds l'Eu- 
rope , l'Afrique , & l' Alie j &: malgré les années , confer- 
uant {on heureufe fécondité, de temps en temps elle 
donne la vie à de nouueaux Camilles,àde nouueaux 
Scipions, à de nouueaux Iules, à de nouueaux Pom- 
pées. S'il elloit befoin d'entrer en la preuue d'vne vé- 
rité fi généralement reconuë , d'où la pourroit-on 
mieux tirer, MONSEIGNEVR, que du grand de- 
Itin de voltrenaiilànce? il n'y arien d'admirable, il n'y 
a rien d'étonnant qui ne fe rencontre en la diipolition 
des Altres, fousla faueur defquels vous auez re(^eu la 
lumière. Le Ciel vous a regardé comme vn des Hé- 
ros de voltre ancienne Republique. Il ne vous à pas 
donné le loiiir d'eftre enfant. Il a commencé devons 
faire homme dés le berceau --, &c propofant à voftre 
plus tendre ieunelle , les plus illuitres trauaux&les e- 
xercicesles plus mal-aifez de l'âge viril, il vous a con- 
duit par des voyes toutes extraordinaires à cette au- 
thorité fouueraine que vous exercez fur la plus belle 
partie de la Terre. Il vous a , par manière de dire, pre- 



cipité dans la gloire. Mais , MONSEIGNEVR , ie 
nay pas refolu d'enfermer vne li valle ôc li noble ma- 
tière comme elt celle déroute vollrevie,danslepeu 
d'efpace que me donne la régularité d'vne lettre, l'y 
trouue li peu de place , qu'il faut que ie vous oublie en 
parlant de vous, &:n arrelte mon imagination que fur 
vne petite partie de vous-mefme. Celtpourquoyie 
vous fupplie tres-humblcm.cnt d'agrëer que iefaiïe le 
choix de cette belle partie, que ieremplilie la pi ace qui 
m'elt donnée, de ce qui me tcuche le plus 5 de ce qui 
me paroilt le plus beaujô^ que rcùniliant toutes mes 
connoiiïances à celle-là feule qui a pour fon obieélle 
bonheur de mon iiecle, 6>c le falut de ma patrie 5 ie ne 
commence à parler de vous qu'en ce moment fameux 
ou vous auez commencé d'eltre François. Que vous 
me paroijGTez bien Rommain, que vous me paroiflez 
digne du nom que vous portez , quand ie vous voy 
à l'âge de vingt-cinq ans , régner fouuerainement au 
milieu d'vne armée ennemie, ô<: dans le camp de tren- 
te mille Efpagnols, faire vne li haute & 11 magnanime 
déclaration contre l'Efpagne. Ce fut alors qu'encore 
vne fois Romme triompha de la plus indomptable des 
nations. Ce fut alors , MONSEIGNEVR, que vous 
confondiftes parla force de voltrèraifonnement, cet- 
te vieille fageife & cette fine Politique, qui fait nom- 
mer vnconfeil purement humain, vn confeil immua- 
ble, vn confeil éternel 5 & que vousimpofaftesàl'Ef 
pagne, cette dure loy de fe foufmettre aux volontez 
de la France. le parle d'vnchef-d'œuure que peut eftre 
vous nommez vn coupd'eifay. le parle de cette admi- 
rable conionélure qui changea la face de toute l'Euro- 
pe, le parle du iour de noltre gloire 5 du lourde la li- 
berté de l'Italie, du iourdeladeliurancedeCazal,du 
iour que vous nous donnaftes voftre cœur, Se que vous 
fiites voir , en nous fauuant , combien les fleurs de lys 

y 



y elloicnt profondément grjuces. Nous allions com- 
battre les elemcns &: les hommes. Nous marchions à 
la mort aulFi certainement qu'à la victoire. Nousde- 
uenions les viclimes de noltre foy &C de noltre gene- 
rolitc , lors que vous paruiles hors des retranchemens 
de Cazal 5 «S: que par vn art d'accommoder les diffcrens 
qui n'auoit iamais elle mis en viage, vous nous decla- 
raltes vidorieux auant que nous eulTions combattu > 
&: nous miitcs en poiîeirion de tout l'honneur de ces 
Superbes, qui le font nommerles Dompteurs des na- 
tions, & les Maiilres de la mer & de la terre. Vray- 
femblablcment ce miracle deuoiteltre la fin de voftre 
aéfion. Il n'en fut toutefois que le commencement. 
Car nous citions perdus dans noltre profperité, fivo- 
llre Prudence ne nous eût conferuc ce que voltre Pru- 
dence nous auoit acquis. Elle accourut de toute fa 
force, au fecours de noltre facilité circonuenuè" 3 Se 
nous tirant des pièges où nous citions tombez, nous fit 
connoiil:re que les Efpagnols ne font iamais plus à 
craindre que quand ils font réduits à la neceffité de re- 
ceuoirla loy de leursennemis. Ala vcrité,MONSEL 
GNE VR , ces Geans après auoir efté frapez des éclairs 
de voltre Eloquence, auoient cité renuerfez parla 
foudre qui les accompagne. Ces Anthées auoient 
éprouué voltre force. Ces Anthées auoient mordu la 
poudre , mais ces Anthées auoient au mefme inftant 
recouuert leur première vigueur. Ils s eitoient ren- 
du par leur cheute , cette hauteur d'ame qu'vne plus 
haute leur auoit fliit perdre. En vn mot, les vaincus 
vouloient encore vne fois tante r la fortune des armes. 
Ils vouloient encore vne fois difputer de la viétoire 
auec leurs vainqueurs5 &c enfeuelir fous les ruynes de 
Cazalja honte que Cazal leurauoitfaitreceuoir. Mais 
vous ne leurpermiltespas,MONSEIGNEVR, defe 
feruir heureufement de leur naturel indomptable. 

b 



Vous leur fiftes derechef tomber les armes des mains. 
Vous les rendiftes capables de fouffrir la fplandeurde 
nos fuccez 5 & de cordêntir quVne Ville que nous a- 
uions garantie de la feruitude , le fut aufli de la faim. A 
combien de nouuelles fueurs 5 a combien de nouueaux 
dangers 5 a combien d'efforts d'efprit fuftes vous en- 
gagé pour donner la perfedion à vnouurage li diffici- 
le ? Mais enfin ^ vous accompliltes cette glorieufe a- 
uanture malgré la refiftance de tant de nations coniu- 
rées5 &: paroiffant comme vn autre faind Elme dans 
le port de Crefcentin, vous annonçaftes à nos Mate- 
lots que Forage eftoit ceffé , que les vents du midy 
nempefch oient plus la nauigationduP6,quelaFran- 
ce eftoit obeye , que Cazal eltoit fauué. Aufsi toft nos 
armées abandonnent l'Italie deliurée. Nous laiffons 
le Monferrat fous la bonne foy des Traittez. Nous 
repaffons les Alpes j&c reuenons en France ^rendre les 
aélions de grâces , que le Dieu des armées nous deman- 
doit pour le repos de la Chreftienté. Mais bien à pei- 
ne a-t'elle eu quelques momens pour refpirer. Bien à 
peine, MONSEIGNEVR, auez vous eu le temps de 
reprendre haleine , que cette épouuentable raifon d'E- 
tat , qui fert d'ame au Confeil d'Efpagne , médite de 
nouueaux troubles, excite de nouuelles agitations, &: 
par les pernicieufes prattiques du Duc de Feria, com- 
me par vnefubtile poifon,r'alumevne fièvre mortelle 
dans tous les membres de l'Italie. Vous fuftes le pre- 
mier qui fiftes voftreprognoftic de ces émotions, bien 
qu'elles ne fuffent prefque pas fentibles. Vous recon- 
nuftes la grandeur du mal dont voftre Patrie eftoit de 
nouueau menacée 3 &: pour la garantir d'vn accident fi 
funefte , vous renouuellaftes vos trauaux & vos mé- 
ditations. Vous vous apperçeuftes que bien inutile- 
ment nous auions confommé tant d'armées, furmonté 
tant de diflRcultez, remporté tant de viéloires, linous 



eftions obligez de fendre les Rochers , &c d'ouiirir 
les entrailles des Alpes, toutes les fois que la faind:eté de 
nos alliances nous appelleroitaufalut de l'Italie. Apres 
auoir fait de longues ôc pénibles refled:ions fur cette 
maladie renaiflante, &c en auoir long temps eltudié les 
remèdes, vous les découurites genereufement â nos 
fouuerains Operateurs. le veux dire que vous apriltes 
a nos Mailtres, les moyens dont ils deuoientfe féru ir, 
pour fe conferuer le palFage qu'ils s'eiloientouuert5&: 
pou r arrefter tout cou rt, le débordement d Vne ambi- 
tion qui s'irrite fans cefTe, contre les bornes qu'on luy 
donne. Voflre propolition fut examinée dans le Con- 
feil du Roy , &: après y auoir reçeu vne approbation 
generalle , on demeura d'accord que pour faire rcùf- 
lir vne chofefi délicate &c li importante , il falloit qu'- 
elle fut exécutée par le mefme eiprit qui en eltoit 
l'Autheur. Le feu Roy vous enuoyatouslepouuoirs 
neceflaires pour l'entreprendre, &: vous embraliltes 
auec ioye , cette nouuelle occalion de feruir la Fran- 
ce , en feruant vollre Patrie. Vous fufpendites donc 
toutes vos autres fublimespenfées,pour vous attacher 
infeparablement à celle de gaigner feu Monfieur de 
Sauoye. Vous marchaltes hardiment à la conquefte 
de cet Efprit , qui pouuoit tout feul compofer toute 
la Politique ^ &: par des adreffes &c des conduittes in- 
ouyes, vous paruinltes à cette belle vidoire. Le Duc 
de Sauoye trouua bondenousvendrePignerol^&de 
partager auec vn puifTantvoifin, la fouueraineté de fes 
Eltats. M ais c'eltoit peu de chofe que ce peu de terrcj 
que ce morceau de Rocher. Ce Fort pouuoit eftre 
rendu inutile par vn Fort oppofé. On pouuoit ru yner 
en peu de temps , ce qui en peu de temps auoit elle éle- 
ué. Monfieur de Sauoye pouuoit fe repentir d'auoir 
engagé ù liberté, &c pour fe deliurerde fes inquiétu- 
des, r'entrer dans le party dont il nefaifoitquedefor- 



tir. Il s'agiffbit par confequent de nous conferiier fon 
cœur, aulfi bien que fa Ville, &c détachantles Princes 
de fonfang de l'ancienne affeélion qui leur tenoitlieu 
de la PrincefTe leur mère, faire bazarder àl'vnfa Fem- 
me Se fes Enfans 5 &c à Faurre fespenfions &c fes efperan- 
ces, pour fe donner tous entiers aux intereits de cette 
Couronne. Certes, ou ie fuis bien ignorant en cette 
fcience miraculeufe, par qui les hommes deuiennent 
les raaiftres des hommes, ou ie ne voy pas, qu'il fefoit 
iamais prefenté occafion en laquelle la raifon d'Eftat 
ait dû eitre plus puiffamment combattue parlarailon 
d'Eftat. Il fautauoùerauffiqu'ellelefutautantqu'elle 
le pouuoit eftre. Mais le Dcmon viélorieux , qui a- 
uoit preualu fur le Démon d'Efpagnc , ne deuoit pas 
eftre furmonté par celuy de Sauoye. Il gaigna la vo- 
lonté de cetix donc il auoic gaigné l'entendement. Il 
infpira vne ame toute Françoife, aux petits fils de Phi- 
lipp£s fécond, aux nepueux de l'Empereur Charles. Il 
eft vray que la mort précipitée de l'aifnéietta d'étran- 
ges confuiions dans fes Eftats 5 &:entraifna comme par 
force, les Princes fes freres,adeperilleufesnouueau- 
tez. Mais vos prudents aduis , MONSEIGNEVR, 
d>C voftre art infaillible de vaincre les Souuerains , les 
retirèrent pour iamais de l'extrémité où la fureur 
d'Efpagne les auoit portez. Ils reconnurent que tout 
leur bien leur eftoit arriué de la Maifon de France. 
Us reconnurent que tout leur mal leur eftoit arriué 
de la Maifon d'Auftriche. llsfermerent auffilesyeux 
à toutes les conliderations qui leur venoient du cofté 
d'Efpagne. Ils vous fuiuirent aueuglément où vous 
les vouluftes mener 3 &: fe repoferentde l'éuenement 
de leur voyage , fur la foy d'vn guide fi clair- voyant. 
Il faut que ie le die à noftre honneur, auffi bien qu'à 
celuy de ces Princes. Nous auons efté&les vns&les 
autres tres-fidelles obferuateurs de noftre parole. 

Nous 



Nous nous fommes trouuez également François. 
Nous auons conioindlementtrauailléàla deffence de 
la Monarchie 5 à l'extirpation des Vfurpateurs. Tou- 
tes ces mcrueilles, MONSHIGNEVR , font les œu- 
uresde voltre efpric. Toutes ces merueilles font vos 
filles 3 & filles bien plus légitimes que les batailles de 
Leudre 6^ de Mantinée n'ont elté les filles d'Epami- 
nondas. Mais bien que d'elles mefme elles foient tres- 
confiderables & tres-illultres j il y a neantmoins vnc 
circonltance qui leur donne vn éclat, &: y adioufte vn 
prixquin'aiamaiseudefemblable. Cclt, MONSHI- 
GNEVR ^ que vous auez rendu à la France, ces in- 
comparables preuues de voltre amour , en vn temps 
où vousneluy deuiez autre chofe, que l'amour mefme 
que vous auiez pour elle. Vous citiez libre. Vous eftiez 
indépendant. Vous eftiez tout à vous , fi vn véritable ' 
amant y peut eitre 5 & uns faire refie6lion fur le trai- 
tement que vous pouuiezreçeuoir de la chofe aymée, 
vous luy rendiez ces grands feruices , fans vousypro- 
pofer autre fin , que la gloire de bien feruir. Mainte- 
nant, MONSEIGNEVR, que voltre affedion a elté 
bien reçeuë. Maintenant que voltre fidélité &c voltre 
perfeuerance ont elté couronnées. Maintenant que 
vos trauauxont eu leurs recompences 3 & pour parler 
naifuement, à cette heure que tant de liens indilîblu- 
blcs vous attachent aux interelts de cette Couronne^ 
que vous en eltcs vne des premières parties, par le til- 
trc de Prince que vous luy deucz,&:par la qualité de 
fouuerainMiniitre qu'elle vous adonnée, quelles nou- 
uelles conqueltes , quels nouueaux triomphes , quel 
fiecle d'or , doit elle fe promettre de voltre recon- 
noiilance , &c de voftre generolité , de voltre efprit, 
& de voltre cœur ? Mais vous n'eftes pas, MONSEI- 
GNEVR, àluy tefmoigner vos reflTentiments. Vous 
auez fait des chofes qui font le digne payement de ce 

c 



que vous auez reçeu. Il fut commencé par cette in- 
croyable ôc auantageufe redition de Sedan, dont THi- 
ftoire fera vne de fes principales beautez. Il fut con- 
tinué par plulieurs aélions,finondecetéclat,aumoins 
de cette confequence , & nous auonsapris que dés les 
premiers iours de voftre Miniftere , vous refolultes 
cette prudente reformation, qui en fut comme le Pré- 
lude 3 & qui cojiuertit aux neceflitez de TEftat , des 
millions qui fe confommoienttous les ans, pour Fefta- 
bliffement odieux de plufieurs Commiffionaires inu- 
tiles. Cette aélion de iultice ne fut pas plutolt ache- 
uée , que par la fcience que vous auez de changer les 
cœurs, elle fut fuiuie de cette révolution inefperée, de 
ce changement tant deliré,de ce miracle d' Amniftie & 
de reconciliation, par qui les ialoufies furent éteintes, 
les fautes pardonnées, les prifons ouuertes, les bannis 
r appeliez 6c la nature écoutée. De là , MONSEI- 
GNE VR , comme dVne fource de benediélion , ont 
efté puifez tous les heureux fuccez que depuis quatre 
ans la iudicieufe conduitte de V. E. a comme attachez 
Fvnà l'autre. Mais il faut que nous le confeffions. Les 
chofes qui nous ont le plus viuement frappé les yeux, 
qui ont fait le plus de bruit &c que nous auons le plus ad- 
mirées, n'ont pas elle celles qui nousdeuoient donner 
le plus d'admiration. Vn grand Minilbeeft comme vn 
grand Ingénieur. Ce qu'il a de plus fpirituel dans fes 
ouurages. Cequ'iladeplusrrauaillé. Cequiluycoufte 
le plus,eittouriourscequiéclattelemoins, Laforme 
extérieure des machines qu'il compofe , peut auoir 
beaucoup de maiefté, peut donner beaucoup de ter- 
reur. Mais comme c'eft le labeur de plufieurs mains 
vulgaires , elle n'eft digne aufli que de recommanda- 
tions vulgaires. C'eft cette ame fecrette des reffbrts 
&: des roues. C'eft cette vie artificielle &: ce mouue- 
ment furnaturel que l'artizan infpire à des matières 



mortes , 6: à des membres inanimez, qui méritent nos 
applaudiiîcmens , nos louanges &c nos admirations. Il 
elt du corps Politique tout ainiique du corps humain. 
Les parties les plus nobles font les plus cachées. Lesfa- 
cultez intérieures , les difpolitions ocultes, & cette mi- 
raculeufe occonomie,par la vertu de laquelle fe fabri- 
que le iang, fe forme la chair, fecompofent les nerfs, 
ôcic fait la diilribution des erprits,font des opérations 
inconnues , des opérations inconçeuables , mais ce font 
des opérations qui rauilfent l'entendement de l'hom- 
me , d'autant plus qu'il fe connoifl incapable de les 
comprendre. le puis direaulîi, MONSEIGNEVR, 
que v^ous nous entrainez d'autant plus imperieufement 
à l'admiration de vos œuure^, que vous nous en don- 
nez moins de connoilîànce, & que c'elt principalement 
en la partie interieuredela Politique, que vous furpaf- 
1c z tout ce qu'il y a eu d'hommes extraordinaires ap- 
peliez à la conduite des peuples. Vous pénétrez iuf^ 
ques dans le centre des affaires. Vous defcendez iuf^ 
ques aux plus balles fondions des^charges. Vous auez 
decouucrt ce qu on a crû de plus imperceptible dans 
la cabale des gens de Finance. Vous fçauez le nom- 
bre &c la qualité de tous les nerfs de l'Eltar. Vousfc^a- 
uez tout ce qui s'employe , 6c tout ce qui fe perd du 
trtfor public. Il n y a recepte. Il n'y a dépence quié- 
chappe a l'aétiuité de voftre efprit. Vous agiiïez dans 
le fccret de toutes les negotiations. V ous méditez dans 
le Cabinet^ les voyes les plus honorables pour parue- 
!iir à la paix. Vous ordonnez dans le Cabinet des mo- 
vens les plus affeurez pourbienf^iire la guerre. Tout 
cela ce palfe entre vous &C trois ou quatre perfonnes 
muettes. La Renommée n'en ferait rien. Le monde 
n en peut parler. Vous n'en auez que la peine >&:moy 
ie commets vn facrilege , d'ofer rompre le lilence de 
ces myitcres. le vous demande aufîi pardon de mon 



crime, MONSEIGNEVR,& vouslaiffe dans voftre 
Sanduaire, pour faire comme le peuple, c'eit à dire, 
pour vous conliderer agiflànt en toutes les Cours de 
l'Europe , 6c agiffant félon toutes les reigles de l'Art 
ôc par tous les principes de la fupreme Raifon. Vous 
n'eiles point de ces Empiriques orgueill eux &: cruels, 
qui tirent leur gloire de leurs expériences perilleufes, 
qui prennent plailir de mettre tout au hazard j qui fe 
ioûent de la vie de leurs malades. Vous ne donnez 
rien à la fortune des armes. V ous ne donnez rien aux 
prodiges de la témérité. Vous ne dépendez point des 
euenemens. Il ell vray que les bons fuccez diminuent 
vn peu de la iuftice de vos craintes , mais ils ne retran- 
chent rien de l'affiduité de vos foins. Voustrauaillez 
le lendemain d'vne viéloire , auec autant de conten- 
tion d'efprit que vous faites la veille d'vne bataille. 
Vous voulez touliours élire le mailtre des affaires 3 ô<: 
pour imiter autant que noftre nature nous le permet, 
cette Prouidence incompreheniible , qui veille à la 
conferuation de l'Vniuers, vous abandonnez bien 
quelque chofe aux caufes fécondes , mais vous vous 
referuez éternellement les ordres fuperieurs&lesre- 
uolutions générales. Ces redoutables & vi6lorieufes 
armées qui couurent auiourd'huy la mer ôc la terre, 
font à la vérité de bien folides &: de bien puiffants reP 
forts pour donner le mouuement aux affaires, mais ce 
ne font ny les feuls n'y les plus forts que vous mettez 
en vfage. Voftre Efprit s'iniinuë dans les Confeils de 
tous les Princes Chreftiens. Il les meut : Il les agite: 
Il les force : Il y donne des combats fecrets , qui font 
les caufes des victoires publiques: Il y deftruit les viel- 
les erreurs d'Eftat : Il y eftablit vne nouuelle do6lri- 
ne 5 & rend les Allemands capables de cette difficile 
créance, qu'il y a vnenotablediftinélion à faire, entre 
lamaifond'Auftriche, &lamaifond'Auftriche. Mais, 

MON- 



MONSEIGNEVR , où vay- ie fans lumière & fans 
guide ? le m'engage dans vn pays dont Tignore la Car- 
te, le n ay point de Pilote ôc ie veux trauerfer l'O- 
céan, le teray bien mieux de retourner d'où ie fuis 
party. le feray mieux de parler à V. E. comme i'ay fait 
par le palfé ,c'eft à dire, par le filence&:parle refped:^ 
&: fans auoir l'audace de fonder la profondeur des 
caufes , entretenir mon étonnement par la conlide- 
ration des effets. Auffi bien mes veritez pourroient 
élire fufped:es aux âmes communes, puifque vous a- 
yantconftitué luge de mon ouurage, elles pourroient 
croire que ie me veux faire des foUiciteurs de vos 
louanges 5 &: que par vollre propre recommandation 
i'effaye de corrompre voltre iugement. Mais pro- 
noncez , MONSEIGNEVR , comme il vous plaira. 
Vous me ferez iulle , quand vous ne me ferez pas fa- 
uorable 5 ô.: quand vous m'aurez ordonné la fuppref 
iion de mon Liure , ie ne laifferay pas d'eftre toute 
ma vie. 



MONSEIGNEVR, 



De V.E. 



Le crcs-humbic &: trcs-obcïlTant 
fcruitcur, 
GOMBERVILLE. 




vVv>^V>.^Ai^?^>i?'.*JSii;g .g^.W^;yvj:SvrVv/^ %' -^n^S^ 



PREFACE. 




en ont con 



\Jidere U 



L ejl impojlibU d'aymer les Belles chofes,(^ nepasay- 
mer la Peinture. C'efi le dernier effort de i imagination 
^ de l'art. C'ejl la faur de U Po'éjie j ^ U féconde 
riuale de la Nature. C'ejl l' accompli JJe ment des Tem^ 
pies f^ des Palais: C'efi U pluf belle (çj* la plus inno- 
cente des erreurs de la 'veu'é. C'efi enfin^ la plus douce 
de nos paffions. Les plus fameufes Républiques ont 
couronné les Peintres comme les Conquerans ; (^ fait 
grauer leurs noms , dans le mefme bronze ou elles confer- 
uoient ceux de leurs Adagijlrats ^ de leurs Capitaines, 
es chefs-d'œuures , comme des tejmoignaves illuflres de la gran- 



deur de leur Domination ; ^r;* pour les rendre 'vénérables aux peuples ^ elles les ont fait 
entrer par vne ejf>ece de confecration , au nombre des Diuinitel^de l'Eflat. On a donne 
des Batailles pour la conquejle d'vn Tableau. On a fauué des villes ennemies pour fau~ 
uer vne belle peinture-^ (;<r pour mejeruir des paroles du plus délicat eJJ>rit de fon/iecle. 

Si numquam Vcncrcm Cois pinxiiTec Appelles, 

Mcrfa fub xquorcis illa latcrec aquis. 
Si les grans Peintres des fiecles pafjtXjuffent adioâtélapafsion â' injlruire à celle qu ils a- 
uoient de plaire, (^fr pui^é dans la belle Vhilofophte ^lesfuiets de leurs ouurages ^ils au- 
rotent eu leurs places entre les Socrates (^ les Zenons • ç^jr l'on eut eflè chercher dans leurs 
cabinets l'Vtile aufft bien que le Délectable. Adais ils ont ejle laplujpart des flatteurs lâ- 
ches ^ mercenaires ^ qui pour auoir du crédit dans laCour desTyranSyles ontprefque tous 
Deiffe^.^ donnant tantojl lafoudre d'vn lupiterànjn heureux Téméraire ■jtantojftl'ejj'ée 
d'vn Alars au plus lâche de tous les bourreaux; (^ tantojl la maJJ'u'é d'vn Hercule , non 
A vn dompteur de Monjlres , mais au plus horrible de tous les Monflres mejmes. Ce fa- 
meux infïituteur de l'ordre le plus feuere qui iamats a paru dans le monde. Cet ennemy 
delachair f^dufangy Zenon dj/-ie j s'ejlant apperçeude lafaute que ie reproche âpre f- 

orieux (^pfus 
A 



que tous les Peintres , voulut donner à vn art Ji important , vn plusglorieu 



leçjtime 'vfdçre. C'efl fourquoy ^ dès qutl eut commencé de puUicrJadocîrine ;tP*(jue 
U nouucAUté d'vne chofe f dijictle , luy eut acquis njn grand nombre defeÛateurs , il fit 
baftir cette fuPerbe Galerie , dont tous les Anciens ont parlé , comme d'ijn des plus grans 
ornemens de U 'ville d'Athènes. Ce ne fut toutefois ny U richejje de U matière, nj/U 
beauté de lafiruéîure, qui firent p a]] er cet édifice pour vne des merueilles delà Grèce. 
Le dehors njeritablemdnt eHoit magnifique. Mais cefloit peu de chofe à comparaifin 
des rareteT dont le dedans efioit enrichy. On montait par 'vn grand degré de Porphyre 
(t;*de Marbre y dans vne Galerie , où les plus fçauansVeintres du temps auoientépuifé 
leur imagination, tS^fait leurs derniers efforts. La 'voûte comprenait en huiilgrans Ta- 
bleaux y tout ce que la Religion la plus épurée de ce/iecle-là , enfèignott de U nature des 
Dieux. De chaque cofié, l'on 'voyait cent autres grans Tableaux, où comme dans des 
Cartes, efioit renfermée toute la feuere Morale des Stoiques. C'efloit-là,que Zenon 
changeait la nature de l'homme ■■, ^ que d''vn miferable ioiiet du Temps ^ de la Fortune y 
tl compofoit Tjn Héros capable de dif^uterauec lupiter mefmCy de la gloire çVr« de la félicite'. 
Ce lieu fainé} fut long-temps regarde par les hommes , aueclemefmereff>eâ qu'ils ont 
de coufiume d'auoir pour les Temples mefmes des Dieux. Mais la brutalité des Verfes 
^ l'ambition des Romains yfaifansgUire de commettre des facrileges; ^ de fouler aux 
fieds les chofes les plus fainfies , après auoirrenuerfèles Autels delà Grèce , mirent par 
terre la demeure facrée de la Vertu Difficile -^ie veux dire Ufuperbe (^ facrée Galerie 
de Zenon. Quelques curieux fe ietterent au trauers de laftamme ^ du fer pour en fau- 
uer quelques Tableaux. Mats le Temps a félon fa toufiume , acheuéce que le fer ^ le 
feu aUaient commencé ; ^ les Autheurs mefmes qui nous ont appris que cette fçauante 
Galerie s'apelloit U Variée , ne nous ont lai fié rien de particulier de ce qui efioit repre- 
fenté dans les Tableaux dont elle efioit embellie. Or comme il arriueprefque en toutes les 
chofes du monde, que le temps fait reuiure après de grandes reuolutions yCelles qu'il auoit 
fait périr y ileH aduenupar quelque bien-heureufe aduanture , qu'vn Voyageur fçauant 
f^ curieux, a rencontré des lames de bronze gra uées;(^auec beaucoup de raifontl a cru 
que ceHoient les deffeins des Tableaux ou Zenon auoit etallé toute la pompe ^ toute U 
hauteur de fan ame. Quoy qu'il en fait, ce curieux efi lokable d'auoir renouuellé la me- 
moire d''vne Galerie Ji deleâlable ^ fi neceffaire ; çjr 'voulant en imiter le premier Au- 
teur , non feulement il l'a fait belle , mais il l'a fait publique. Elle efi ouuerte a tous ceux 
que l'amour de la Vertu appelle à la cannoiffance defesmyfieres. Puifquevous aueT^ 
cette belle enuie y i^ que 'vous m'aue"! chai fi pour votre guide yie vous promets l'entrée 
dt ce lieufainéî. Le voila, qui comme fenfible a votre honneflecuriofité,fe prépare à 
vous bien receuoir. Entrons y tous enfemble. Mais pour en tirer le profit que nous en ef. 
peronSy entrons y tous entiers; çjr ne laiffons point nos efpritsparmy les volupte-^^ les 
molleffe s , pendant que nos yeux feront attache-;^ fur lesTableaux yoù elles font condem- 
nées y comme les plus mortelles ennemies de la véritable félicité. 



TABLE DES DEVISES. 



Première Partie. 

LA Nature commence, la nourriture acheuc. 
fol.i. 

• "Lj* nourriture furmonte la Nature. 2 
< \jt nourriture peut tout. j 

• \,a yertuprefuppofe lapuretêdctame. ^ 

• F«/r le vice ceji future la Vertu. f 
. \,aVertuprefuppofel'aclton. 6 

• Qwf,'"' commence urmais , nefcauroit rien acheucr. 7 

• 'E.ncourrantonarriueauiut. 8 
. L-< Vertu fuit les excez^ 9 
« i.nfuyant vn vice y C imprudent tombe en l'autre. 10 
. "La Nature règle nos dejirs. 11 
. Vourkiyrlcviceillefautcormoi/lre. 22 

• X^eflude de lu Vertu,eftlafin de l'homme. j^ 

• 'B.n toute condition on peut (jlrevtrtueuM. 14 

• l^a guerifondel'ameejlUpltiéneceffaire. jf 

• Kunc La Vertu pour l amour d'clle-mtfme. j6 
. Titeufeulnapotnt demaifire. 77 
. Tremble dcuant IcTrofne du Dieuviuant. iS 
' h' impiété' caufe tous les maux. /p 

• l^es mcfchants fepunijfent l'vn l'autre. 20 

• IJ homme efinay pour aymer. 21 
- 'i.n aym.mt on feretid parfait. 22 
» jlfautaymerpourefireaymî. 2^ 
t "U atnour des peuples efc la force des Ejî.tts . 2^ 

• Y^.ivr.iyc amitié cfldcfintereffee. 2j 

• XS.imy ne voit potntle défaut de l'jtmy, 26 
' Y'^efpccée ton amy d' prend garde à toy. 27 

• '\jefilenceejîlavie de l'amour. 18 

• \.'cnuieef}Lt mort de l'amour. 2^ 

• Ç^uialcncccffairenarienàfauhaitter. jo 
, \jtTempcranceefilefouucrainbien. ^t 
. Quiayme fa condition eji heureux. ^2 

• \.uvu des champs efîluvie des Héros. ^^ 

• "La vie cache'eeftla meilleure. ^^ 

• he;excez^^de la bouche font la mortdel'ame. j/ 

• Ofii achepte les voluptezjtcheptevn repentir. ^6 
. 2ln y a point de crime fans chaftiment. ^7 
. \^t vice eflvne famtude perpétuelle. 38 

• \^e deshauchè paffe d'vn crime ù l'autre. 39 
. C f /ffy /•« /^« /«y? "V/»tf ^«/ mefpnfe les richejfes . 4 o 
. I>* creinte de lamortefi la punitio de s ambitieux.^/ 

• L-t creinte efî la compagne de lu puiffance. 4 1 

• Par f o«/ Icfoucy nous accompayie. ^] 

• l^apauureté ejl plutofl bun ^uemal. ^^ 
' Lapauurett ne nuit par toufîours à Lt Vertu. 4/ 
'Tout cède au Démon des richejfes. ^6 

• S i Terftte e/l riche , on le prend pour Achille. 4 7 

• he defir des biens efi contraire aux chofcs henné. 

fies. ^<? 

• XJ argent corrompt teut. 49 
''La fortune ne fait point le mérite. /o 

• L'umeur des biens ejHnfup lue quitte finit point. // 



L 'auaricc eft vn grand mal. 

h'auare crc int tout ^ ne ci eint rien . 

h'auarice efimfatiabU. 

"L'auare efifon bourreau. 

V n aueuglemcnt efl fuiuy d'vn autre ^ 

\Sauare meurt comme il a vefcu. 

La malice de l'auarc vit après Ju mort. 

Les rie heffes font bonnes aux bons. 

L'homme bien faifant ejLtymé de toutlejnonde. 

Seconde Partie, 
Chacun doitfuiurefon tnclination. 
Le fotfe plaint toufîours defi condition. 
Tous nosdeff.iuts ont leur prétexte. 
Qutyitbien voyage hcureufcment. 
L'ejhide des lettres efi la félicité de l'homme. 
Lapareffe efi l.x mère des vices. 
Qùi^^tyme la Vertu mefprife tout le rejfe. 
Lefage feul efi libre. 
Le fige e/t incsbranlable. 
L homme de bien efi par tout enfeuretc. 
Quj^fouffre beaucoup gaigne beaucoup. 
La bonne confidence efi inuinciblc. 

Quiyitbien ne cache point fa vie. 

La vertu a p.ir tout fa recompence. 

L! éternité efi le fruit de nos efiudes. 

La vertu nous rend iirtmortels. 

L'efprita befoin de repos. 

Lefage n' efi pas toufîours ferieux. 

La ioye fait partie de la fageffc. 

Lefage rit quand il faut rire. 

La Vertu efil'obietdel'cmtie. 

L'enuie cède à la mort feulement. 

La Vertu triomphe de tous [es ennemit. 

R/Vn ne dure., afin que tout dure. 

Totis les fie des ont eu leurs vices. 

Jl faut s'accommoder au temps. 

N e regrete point le temps paffé. 

J In' efi rien (i court que Lt vie. 

Toutfepertauec le temps. 

V hilofophcr., c' efi apprendre à mourir. 

Li vieilleffe afesplaifirs. 

N e t' informe point de l'aduenir. 

La mort efi incuitable. 

Yiuons fans éteindre lu mort 

Le vieillard ne doit penferqu'j mourir. 

Jlny a point de prcuoyance contre la mort. 

La mort notu de fpo utile de toutes chofes. 

La mort notu égale tous. 

Kiea defi certain que la mort. 

Le chemin de la mort e/l comm.un ^ tous . 

La mort efi inexorable. 

L'homme ncfi quvnpeu de boue. 

La mort efi la fin de toutes chofes. 

F I N. 



J3 

// 

J7 
/8 
/9 
60 

^3 
64 

65 
66 

67 

68 
69 

70 

7» 
7^ 
75 
74 
75 
76 
77 
78 
79 
80 



8} 

84 
85 
86 

«7 
88 
89 
90 
9» 
9* 
95 
94 
9$ 
96 

97 

98 

99 

100 

lOI 

lOX 

10} 

104 

105 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 
EATPLICATJON T>V PREMIER TABLEAV. 




fj^ff OsTRE Peintre Philofophe iette en ce Tableau Icsfon- 
" '' ^ démens de fa dodrinc ; & nous ayans , par manière de 
dire , remis dans le berceau , nous donne vn nouueau 
fcntimenc des infirmicez de nôtre enfance; & nous fait 
faire vnc féconde efpreuuedesfoiblefles,auec lefquclles 
nous" fommcs venus au monde. Pour faire tomber fous 
nos fens , des connoifTances qui font purement intelle- 
d:uelies,il prefte des corp^ à des chofes qui n'en ont point; 
& reprcfente auec beaucoup d'art, cette puiflance fauorable & féconde que l'on 
appelle Nature. Il luy fait tenir comme par la main, l'inclination vertueufc 
qu'elle nous donne en nous donnant la vie ; & la prefente à cette fouuerainc dif- 
penfatrice des Mœurs , par les foins de qui cette inclination doit eftre foigneufc- 
ment cultiuce. La voyez- vous cette Nymphe , fi pleine de pudeur & fi Ample- 
ment habillée. Elle fait à la fagelTe , vne bien naïfue, mais bien louable déclara- 
tion de fon impuiffance; & luy confefle qu'il luy manque beaucoup de chofes 
pour la perfedion de fcs ouurages. Elle la follicite auÏÏi d'exercer fa charité cn- 
ucrs vn fuiet qui en cft bien digne; & de luy fournir cette nourriture folide& 
fortifiante, que toute bonne mère qu'elle eft, elle n'cft pas capable de luy don- 
ner. La Deeflc des Arts & des Sciences, comme elle toute gcnereufe , felaiffc 
toucher aux premières follicitations de la Nature. Elle fe baiife pour releuer de 
terre, cette tendre produdion de fon amie, & luy promet d'en auoir tout le foin 
qu'elle a coultume d'auoir de ceux qui luy laiflcnt la conduite de leur vie. Con- 
fidercz, ie vous prie, combien ingenieufcment nôtre Peintre a figure cette in- 
clination vertueufe auec laquelle nous naifson*;. Son vifage paflc, fes mains 
iointes, fon adion fuppliante , fon habit déchiré , & fes armes inutiles , font au- 
tant de tefmoins de fa foiblefse, de fon ignorance & de fa crainte. La Sagcfse qui 
connoift bien que cette innocente infortunée eft encore plus foiblc& plus im- 
puiffante qu'elle ne paroift , luy r'affeure l'efprit , luy échauffe le cœur , luy 
infpire la force , luy apprend l'vfage des armes que fa mère luy a données ; ôc luy 
promet de ne la point abandonner , qu'elle ne l'ait rendue viâiorieufe des Mon- 
ftres, qui de toutes parts s'afl'emblent pour la combattre. 



2JATVRAM MINERTA PERFICIT. 



Harat.lib. 4, 
Od. 4. 



Sent ne quid mens rite , quid indoles 
Nutrita faujlts fub fenetralibus 
Poffit. 



DoÛrJna nam lim promouet injïtmmy 
Keéiique cultus peSlora, roborant. 
Vt cumque defecere mores , 

Dedecorant bene nata culpa. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. i 

LA NATVRE COMMENCE : LA NOVRRITFRE ACHEVE. 




Ne te promets pas tout des foins de la Nature y 
Il f.xut que ton trauail accompagne le fien: 
Le ch.xmp le plus fertile a befoin de culture t 
Et f le Laboureur ne l'enfemence bien. 
Il nj recueille rien. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION T>V SECOND T A B L L AV. 

OiCY vn grand exemple de l'empire abfolu auec 
lequel laSagefle règne fur la Nature. NoftrePhi- 
lofophe miict nous le figure auec tout ce que Ton 
Art a de beau -, & pour nous le rendre plus fenfible, 
il renouucUe ce Ipedacle infl:ru6lif qui fut autre- 
fois reprefenté fur le plus fameux Théâtre de la 
Grèce. Voyez-vous cet homme fi plein de.Majc- 
llé, qui tient vne table de bronze où (ont grauces 
des Loix qui ne font gueres moins dures que le metail mefme \ C'efl: ce 
grand Lycurgusquiparvne politique plus qu'humaine, compofa d'vne 
Republique toute perdue de defbauches &: de luxe , vne focieté de Héros & 
dePhilofophef. Cet excellent Perfonnagcell encore aux premiers iours 
defonadminirtration i &les Lacedemonicns apprennent encore les pre- 
miers rudiments de cette haute vertu dont il veut les rendre capables. 
Aufli les traitte-t'il comme de nouueaux efcholiers, &pour parler ainfi, 
comme des Cathecumenesdefa feuere Philofophie. Non feulement il 
leur cnfeigne que la Nature ne fait que l'exterieurdel'hommej&que l'é- 
ducation eftant véritablement celle qui luy donne l'ame^ la cognoiflance, 
& la vie , acheue ce que la Nature a commencé i mais il veut aufTi leur 
faire comprendre que rinftruâiion peut reformer les defordres de lanaif- 
fance,& forcer imperieufement les mouuements & les inclinations qu'elle 
donne. Pour le leur faire auoiier à eux mefmes , & les conuaincre par 
leurs propre cognoiffancCjil fait lafcher deuant eux vn Mâtin qu'il auoic 
drefle pour la chaffe du lieurc j &vn Leuron dont il auoit corrompu la 
gcnerofité naturelle, en le tenant enfermé dans vne cuifine. L'vn& l'au- 
tre voyant leur proyc y courent auec la mefme impetuofité. Voila le mâ- 
tin après vnlieure qui paroift, & le leurier après la fouppe qu'on luyiette. 
Vous remarquez bien aux poftures & aux admirationsdont le Peintre ani- 
me fes figures , quel eft le fentiment de toute cette multitude eftonnée. Il 
mefemble mefme, tant le Peintre me trompe agréablement, que i'enrends 
parler Licurgus, & que s'adrefTant à ce peuple: Seigneurs Lacedemoniens, 
( leur dit-il ) vous voyez de vos propres yeux la confirmation des veritez 
que ie vous ay fouuant annoncées. Ces deux chiens font d'vne nature 
toute contraire à ce qu'ils viennent défaire. Cependant par lancceflité 
de cette obeïflance aueugle, que la nourriture exige des naturels les plus 
rebelles & les plus indomptables, ils ont efté forcez d'oubher leurs propres 
partions , pour fe reueftir de celles qui leur font directement oppofées. 
Cela eftant iugez vous mefmes combien la Nourriture eft puifTante ; & ce 
qu'elle doit obtenir fur des Animaux raifonnables , puis qu'elle caufe de ^i 
grands changemens en ceux qui ne le font pas. 

ET) VCAT I O MORES F A C I T. 

Virgii. 1. Adeo à, teneris ajjuefiere multum efl. 

Nmil ajjuetudine maius 



Ouid 



Quod maîe fers , aJJUefce ^ feres henè, multa vetuBas 
Lenit, 



LA DOCTRINE DES MOEV-RS. r 

LA N OVRRIT VR E SVR MONTE LA N A T V R E. 




Quiconque a des enfans au 'vice abandonne-^ , 
N^ a point d'excufes légitimes: 
Car fous fjuelcjue afcendam que ces monflres [oient ncT^ 
Sa feule no\ 



onchaUnce a caufe tous leurs crimes. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJiTPZI CATION T) V TROISIEME TABLEAV. 




E Peintre nous ayant fait voir vn grand exemple 
de la puifl'ance de l'éducation, & combien foigneu- 
fcment il faut que dés l'enfance nous foyons re- 
tirez du commerce des vices, ôcnetoyez de toutes 
les foijilleures, que nous apportons du ventre de 
noftre mère , nous reprelente cette excellente 
Inlhtution, &les follicitudes dont elle doit élire 
accôpagnée par vne comparaifon qu'il emprunte 
du iudicieux Horace. Il compare nos efprits aux vafes, qui retiennent 
prefque toufiours l'odeur Joit bonne, foit mauuaife des premières liqueurs 
dont ils ont cfté remplis. Mais d'autant qu'il a defl'ein de rendre nos yeux, 
les premiers juges de les penfées,il nous figure vne ménagerie, dans la- 
laquelle plulieurs femmes font occupées à nettoyer les vailTeaux donc 
elles fe fcruent pour conferuer leurs plus chères liqueurs. Regardez cette 
jeune fille qui verfe de l'eau dedans vne vaifl'elle de terre encore qu'elle 
n ayt lamais feruy. Elle vous enfeigne que c'eft ainfi qu'il faut nettoyer 
nos âmes du mauuais gouft qu'elles peuuent auoir receu ou de la corrup- 
tion du fang ou de celle de la nourriture. Le Peintre fait luy mefme l'ex- 
plication de fa figure par vn tableau qu'il a induftrieufement placé con- 
tre la muraille de cette mefme ménagerie. Nous y voyons plufieurs en- 
fans qui fous la conduitte & la verge d'vp maiftre fage & f<jauant, re- 
çoiuent peu a peu, comme vne terre toute neûue; les gouttes de cette 
rofée fpirituelle & féconde, qui fait germer dans les efprits, les femences 
des vertus & des fqiences. 



Hor. lib. T. 
Epift.z. 



;^/5 INSTITTTIONIS. 

Quofèmel efi imbuta recens , feruabit odorem 
Tefla iîiu. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA ISIOVRRITVKE P EVT TOVT. 




Succe mec le Uiâî ce noble fentiment , 
Que l'amour des 'vertus donne aux Ames bien nées. 
Nos cœurs font des vaijjèaux qui gardent conftamment 
Les premières pdeurs que l'on leur a données. 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 



E AT Lie AT ION BT QJ;^ yîT RI E S M E TABLE AT. 




Ovs les hommes ou n'ont pas cRé bien inftruics, 
ou n'ont pas toufiours confcrué la pureté de leur 
première inftitution. C'eil: pourquoy noftre Pem- 
tre eftallc cette féconde comparaifon pour appren- 
dre à fcs Efcoliers aucc quelle préparation il finit 
s'approcher de la Vertu. Il les confeille de purifier 
leurs âmes des foiiilleures qu'elles ont contractées 
dans la compagnie des vices ;& par vne abnégation 
volontaire des priuileges de la nature corrompue , déterminer leur vo- 
lonté à faire toufiours de bonnes adlions Pour donner plus d'euidencc 
& plus de force à fes fentimens , il nous reprefente plufieurs bons mef- 
nagers qui font defcendus dans leur Caue, pour cognoillre eux mefmes 
i^i les vaifleaux dont elle eft pleine, n'ont rien qui puifle gafter ce qu'ils 
veulent mettre dedans. Confiderez bien ces fages Occonomcs. Ils vous 
diront que c'eil: bien vainement que le Ciel nous enuoye fes grâces auec 
.profufion, puis qu'elles font ordinairement gaftées par l'impureté des vaif- 
feaux où elles font receuës. Ce bon vieillard qui lemble auoir efté con- 
ftitué juge de la qualité des vafes qu'on veut emphr, parle hautement 
à tous les percs, & leur enjoint par fon adion bien mieux qu'il ne fe- 
roit par beaucoup de paroles, de ne commettre linil:ru6tion de leurs en- 
fans qu'à des perlonnes qui par leur longue expérience & par leur pro- 
bité confommée,peuuent rendre aces jeunes âmes, cette innocence ori- 
ginaire que le premier péché leur olla long temps auparauant qu'elles 
fuficnt formées. 



Hor.lib. 
Epift. 1. 

Lib. 5. 
Od. 14. 



Val.Mar. 
Lib.9. CI 



ANIMVS PVRGANDVS. 
Sincerum efl nijî vas , quodcumque infundis , acejcit. 

Eradenda, Cupidinis 

Praui funt elementa: c^t^ tener^ nimis 
Adentes ajperiorihus 

Formanda fludiis. 

Cum renuntiatur 'vitijs ,ftattm adfcifcitur ojirtus; 
nam egrejjus ijitiorum, virtutis operatur ingrejjum. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 4 

LA I^ERTV PRESVPOSE LA PvRETE' DE L'AMB. 




Reformons nojlre vie-.efpurons nos penpes , 
Ajfn (jue les vertus fe plaifent dans nos caurs. 
Ces ejjences du Ciel comme d'autres liqueurs 
Prennent le gouïl du vaje où l'on les a verfees 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLI'CATION BV CINOTlESME TABLEAl^. 



OVS venons d'aprendre combien nous fommes 
foibles, combien nous fommes imparfaics,& com- 
bien facilement nous nous laifTons emporter à la 
corruption de noftre nature. Mais aufll nous auons 




vu qu'il ne nous eft pas impoflible de furmonter 
les infirmitez de noftre naiflfance; & que fi nous 
auons aflez de cœur pour nous fortifier contre 
noftre propre foible(re,nous paruiendrons infail- 
liblement au fommet de cette montagne fi pénible , mais fi defirable , 
d'où la vertu nous porte dans le Ciel. Voyons maintenant par quel che- 
min & par quelles difficultcz nous y deuons arriuer. Si nous confiderons 
bien ce tableau, nous y defcouurirons le fecret le plus important dont 
nous ayons befoin pour commancer ce fameux voyage \ &c nous y ap- 
prendrons non feulement à tirer auantage de noftre mifere, mais aulïi 
a Remporter par des retraiâ:es magnanimes, & par des ftratagêmes glo- 
rieux, vne vi<5toire que tout noftre courage nef(jauroit nous faire obte- 
nir. Remarquez bien cette trouppe audacieufe, infolente,& téméraire, 
qui en mefme temps nous caioUe & nous menace. Elle fe promet d'au- 
tant plus aifement de nous vaincre qu'elle eft bien afTeurée que les armes 
qu'elle porte, font de ces armes enchantées qui ne f(^auroient fi peu nous 
toucher qu'elles ne nous mettent hors dedeffence. Vous voyez aufti que 
cette prudente Condudrice que la nature nous a donnée, hé nous permet 
pas d'attendre de fi dangereux ennemis. Elle commande à noftre jeune 
& audacieufe inclination de fe contenter d'auoir vu la contenance de 
fes cruels aduerfairesj & de peur qu'ils ne l'engagent au combat, elle la fait 
marcher à grands pas, &luy déclare que par vnefuitte iudicicufc elle ob- 
tiendra des couronnes qu'elle ne doit pas efperer d'vne longue & opi- 
niaftre refiftance. Cette douce & difciplinable cfcholiere fe conforme 
d'abord aux fcntimcns de fa Maiftreffe. Elle marche à fon cofté de peur 
d'eftre furprife;^ mefprifant également les reproches artificieufes &les 
frauduleufes foHicitations dont fes ennemis elîayent d'empefcher fa rc- 
traitte,elle deftruitparvn regard dédaigneux, tous leurs charmes & toute 
leur puiflance i & leur retranche pour jamais l'efpoirdela mettre au nom- 
bre de leurs efclaues. 



VJTIVM FJ^GERE VIRTJ^^ EST. 

Virtui efl, 'vitium fuzere : (^ Japientia prima , 
Stultitia caruijje. 

Si fummopcre Japientia petenda ejl, fummopere Jlultitta, 
fugienda tP* "vitanda efi. 



Hor.lib.i. 
Epilt. I. 



Ciceio. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

rriR LE VICE C'EST srirRE za vertv. 




Si tu veux triompher du vice 
Quj combat iour (tp nuiSl peur te vaincre le cœur 
Fujy^mais comme le Parthe ;((;* pour eftre vainqueuri 
Ffe tAntoft de force ^ (sr tmtoft d'artifice. 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

E APPLICATION BT S I A' I E S M E TA B L EAV. 

A fagcffc ayant inftruit au Tableau prcccdcnt nô- 
tre icunc inclination, s'eft refolue de la quitter quel- 
le que temps, pour cognoiHre ce qu'elle eft capable 
[| d'entreprendre toute feule. Mais à peine cette au- 
dacieufe fe voit elle abandonnée du puifl'ant fe- 
cours de fa Condudrice que le courage luy man- 
que. Le moindre de fes ennemis l'cltonne. Elle 
tremble. Elle fuit. Elle fe cachet & croyant faire 
beaucoup de fe dérober à la violence du monftre qui la pourfuit, elle 
s'enfcuelit toute viue dans l'obfcurité , où cette peniture la rcprefente. 
Admirez, comme moy, i'indullrie dont noftrc Peintre s'eft feruy pour 
nous figurer cette inclination vertueufe, mais tremblante, mais oyfiue,- 
mais épouuantée. Sonvifage eftboufty. Sa tefte eft pefante. Ses yeux tout 
ouuerts qu'ils (ont, ne peuuent dirtingucrles objedts. Ses armes luy tom- 
bent preique des mains 5 & bref faute d'adion elle paroift fi débile & fî 
mal animée , qu'à peine fe peut elle fouftenir fur fon fiege. Le Peintre 
auroit bien voulu nous dire que cette lâche qui appréhende toutes cho- 
feSjvfurpe auec iniuftice,le nom&: la refemblance de la vertu j mais fça- 
chant que fa foibleflre& fa crainte nedoiuent exercer fur elle qu'vne cour- 
te tyrannie, il luy laifTe les marques & le nom de la vertu, & les luy laiffe 
auec beaucoup d'adreffe. Car il la place de telle forte qu'il n'y a qu'vne 
très eftroitte feparation entre elle &laFaineantifemefme,affinquepar la 
comparaifon de l'vne & de l'autre, les moins clairs-voyans connoilfenc 
qu'elles ne font prefque point différentes. En effet nous n'y remarquons 
rien de di{fcmblable,iinon que la première qui neft pas encore tout à fait 
léthargique, fe fouftient vn peu fur le refte de fes forces j & l'autre qui 
eft enfeuelie toute entière dans fon ordure, & dans fon infenfibilité,fem- 
ble dire par fon filence criminel, qu'elle fe reioùit en fon mal heur, & 
que c'eft auec volupté, qu'elle renonce à cette vie toute glorieufe, & tou- 
te diuine que nos âmes reçoiuent de l'adion. 

VIRTVS IN ACTION E CONSISTIT. 



HDr.iib.4. 

od.,. Cel 



Paullâm fepulu difîat inerti^e 



ata l'irtfis. 



chudian. Maior ^'vtilior faflo con/unéla potenti 

Vile latens 'virtus. ci^d enim fuhmerfa tenebris 
Proderiti obfcuro 'veluti fine remise puppis^ 
Vel Ijra qua reticet,'vel qui non tenditur anus 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA rERTy PRESyPOSE rACTI02J. 




Il faut Agir incejfammcnt 
Et tenir l'Ame en exercice 
Car par lj4â ion feulement 
La vertu dtjfere du vice. 



D 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION Dr SEPTIESME TABLEAr. 




OsTRE inclination cft enfin fortie de Tes ténè- 
bres & de fa folitude. Mais elle eft bien en peine 
du cbemin qu'elle doit prendre pour ne fc pas é- 
garer. Elle trouue d'abord de grands obftaclesi&: 
ces grands obll:acles l'ont d'abord arreftée. C'eft 
ce que le Peintre nous reprefente en ce tableau. 
LedefTein cft tiré de la penfée d'Horace, qui pour 
exprimer la naturelle fayneantife de quelques ef- 
pritsgroiîiers, impute à vn pauure homme des champs, vne ftupiditéqui 
n'eft pas vray-femblable. Nous voyons par ion art auili bien que par ce- 
luy du Poète Stoïque, vn Payfan que la neceiTité ayant chafle de chez 
luy pour gaigner fon pain à la Tueur de fon corps, rencontre vn fleuue 
en fon chemin. Mais au lieu de le pafler à nage ou à gué, il le confide- 
re attentiuement appuyé fur fa bêche i& bien que la faim le follicite, il 
eft neantmoins Ii timide qu'il attend pour acheuer fon voyage, ou que 
le fleuue remonte vers fa fource,ou qu'il ceiTe de couler. Mais fi fa bru- 
talité n'eftoit aueugle, l'exemple de fon voifin luy donneroit le coura- 
ge & l'adrelTe de vaincre cette difficulté. Car iugeant qu'il ne peut fans 
hazarder quelque chofe venir à bout de cet empefchement, il quitte har- 
diment le riuage, & trauerfe l'eau malgré toute Ion impetuofîté. Le Pein- 
tre aulïi pour faire voir, que ce commancement emporte auec foyfa rc- 
compenfe, a peint ce mefme homme dans vn lointain, attelant fes bœufs 
àfacharuëjpour nous apprendre que les premières difficultez eftant fur- 
montées les autres fe vainquent facilement i& nous mènent comme par 
la main à cet agréable repos qui ne fepeut acquérir que par vnhonnefte 
trauail. 



Hor. lib. 
Epirt. 1. 



INCIPIENDVM ALIQVAN BO. 

Dimidium facîi qui crépit baber ; Japere auâe. 
Incipe, viuendi qui reéré proro^at horam , 
Kuflicus exfpeâat dum defluat amniSy cit ille 
Lahiiur^ ^ lal;etur, in omne volubilis auum. 



Aufon. 



Incipe. Dimidium faéli eB apijje ifuperfit 
Dimidium. rurfum hoc incipe ^ ^ ejjiaes. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 7 

QVI NE COMMENCE lAMAlS, NE SCAVROIT RIEN ACHEVER. 




Coun après les trauaux où U vertu i appelle: 
Surmonte conflamment toute difficulté. 
Quand fn cœur généreux adore vne beauté" 
Eïl-tl quelque tourment qutl ne fouffre pour elle 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EA'PZICATION HV MVICTIESME TABLEAV. 

Es difiicultez que nous auons craintes font enfin 
heureufement furmontécs. Nous voicy dans la 
carrière. Nous commencions à courir, mais ce n'cft 
pas fans rencontrer de nouueaux obftacles. Nous 
fommes tous reprcfentez en ce tableau, fous la fi- 
gure de ce Coureur. Vous voyez comme il elt at- 
taqué de diuers Ennemis. D'vn cofté l'Amour & le 
Dieu des defbauches difputent auec luy la vi(5boi- 
re, tantoft par la force de leurs foilicitations,& tantoft par la puiflance 
de leurs voluptez. Mais ce fage nourriffon dePallas éuitantparla fuitte, 
les agréables furprifesde ces dangereux aduerfairesi&fedefrobantàleurs 
traits aufli bien qu'à leurs charmes, femble nous dire que c'cll principal- 
lement contre desperfecuteurs fi doux& fi aymables, qu'il faut fe feruir 
des inftru6tions qu'il a reccués de fa fage Conduâ:ricej que la fuitte eft 
bien plus honorable dans de femblables combats, que larcfiilancci&que 
le hazard qu'on y court, n'eftant que pour celuy qui veut difputer la vi- 
d:oire, il eft mefme dangereux de la remporter. De l'autre cofté il fem- 
ble que toutes les iniures du Ciel ayent confpiré pour la deffaitede no- 
ftre ieune Héros. Le froid, le chaud, lèvent, la pluye, la graille, le foleil, en- 
fin tous les obftacles qui pcuuent cmpefcher ou retarder fa courfe, fcm- 
blent s'eftre mis d'accord pour le forcer de fe rendre. Mais luy qui tef- 
moigne que fa fuitte eft vue preuue de la grandeur de fon courage, refi- 
fte fortement à tant de d'ennemis \ & s'animent de dcfpit & de colère, 
déifie toutes leurs puiffances , marche plein de refolution & d'efperance ; 
& s'afleure de cueillir bien toft le fruiâ: de tant de trauaux qu'il a fouf- 
ferts, & la recompenfe de tous les périls qu'il a courus. 



CrRRJTE^ VT COMPREHENDATJS. 



Horat. de 



Qui jltidet optatam curJU contmgere metam, 
Art.Poct. Aiulta, tulir , fecitque puer : fudautt ^ al fît : 

Jbfltnmt Venere ^ ^ino. qui^ Vj/thia cantat 
Tibicen, didtcit prius, extimuitque Magiflrum. 

0"i'^- ''•!• Dum njires annique Cinunt . tolérât e Uhores ■ 

Nam veniet tactto curua jenecta pede. 



EN 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EN COVRANT ON ARRIVE AV BVT. 




Fuy de la 'volupé les appas criminels ; 

Souffre les feux du Sud, (^ les glaces de fOurfe j 

Si tu veux acquérir les treforts éternels, 

Que les Dieux t'ont promis pour le prix de ta courfe. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EA'PLICAT JON BV I^EVFÎESME TABLEAV. 




ViscvvE nous auons appris que la vertu n'eft 
qu'a6lion,ilbuc neceflaircment rompre auec el- 
le, ou fc refoudre à ne plus fouffru' l'oifiueté. Le 
trauail doit eflre noftre repos-, &: nous ne pou- 
uons que dans nos fuifurs, trouuer noftre rafrai- 
chifl'cmcnt. AulTy lommes nous entrez dans la 
carrière auec cette refolution. Mais nousn'auons 
pas conlidcré quelle ert fon eilenduë, & quels 
(ont Tes limites. C'ell dcquoy le Peintre a delfein 
de nous inllruire en ce Tableau. Il nous y reprelente la vertu au milieu 
d'vn cercle, & par confequent renfermée dans la circonferance de cette 
figure. Il nous la monftrc fous le vifage de la libéralité, & la fait pa- 
roiftre pleine de maicftc jconftantej inébranlable ; ne regardant ny à 
droit ny à gauche ; & nous tefmoignant par fon ad;ion, que les deux 
femmes qui font à fes coftez,font égallementfes ennemies. La plus ieune 
fe peint, fe deguife, & fe pare pour eflayer d'efblouïr les yeux \ ôc fe 
faire prendre pour ce qu'elle n'eft pas. Mais la vertu qui ne peut eftrc 
trompée, luy reproche aufly bien qu'à l'autre , fes déreiglemens & fes fu- 
reursj & les accufe toutes deux, d'auoir rompu cette celeftc mefure auec 
laquelle elles font obligées de trauailler à la diftribution de leurs biens. 
Ces brutales s'offencent de la feuerité de fes reprehenfions ; ôc par vnc 
ridicule oftentation, veullent fe faire pafler l'vne &c l'autre pour la mcf- 
me vertu. La vielle comme la plus opiniaftre & la plus folle, luy fou- 
ftient que la mefure dont elle fait tant de cas, luy eft abfolument inu- 
tille;pource que n'ayant nulle intention de donner, elle n'a nul befoin 
d'vn inftrumenr, qui ne fert qu'à ceux, qui veulent partager auec les au- 
tres, les biens qu'ils poffedenf. Quant à la prodigalité, elle fait vne bien 
haute déclaration qu'elle n'a que faire de ce que fon ennemie luy prc- 
ientejpource qu'elle eft naturellement fi magnanime, qu'elle ne conte 
ny ne mefure. Mais nous luy pouuons reprocher auec iuftice, qu'au 
heu d'eftre naturellement magnanime, elle eft par la corruption de fa 
nature, incapable de magnanimité : puis qu'elle ne fait fes profufions 
que par le leul deffaut de ne pouuoir garder ce qu'elle trouue en fa 
poflcflion y de que bien qu'elle enrichilTe indiferemment ceux qui le 
mentent, & ne le méritent pasj elle n'oblige neantmoins ny les vns ny 
les autres. 



Hor. lib. 
Fpift. i8. 

Lib.i. 
Satyr.,. 



IN MED 10 CONSISTIT VIRTVS. 
Virîm ejl médium vitiorum in njîrumque rcduclii, 
Efi modus in rébus fum ccrti deniqiic fin€< , 



Qjtos vitra citraque nequit conjiflcre rectum. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA VERT y iriT LES EA'CEZ. 




Dans les extrémité^, touftours l'homme s'égare, 
UMare tjr le Prodigue ont le mefme défaut. 
Marche comme tu dois. Jamais le fol Icare 
Ne fut tombé f bas, s il n'euft vole f haut. 



LA DOCTRINE DES M OEVR S. 

EXPLICATION HV DIA'IESME TABLEAK. 




O S T R E fage Coiidudrice nous vient d'enfei- 
gner ce que la vertu nous oblige d'entreprendre. 
Maintenant elle nous monftre ce c]ue la plus part 
des hommes ont accouftumé de faire \ & pour 
nous donner de la honte de nos propres adions, 
elle expofe à nos yeux l'eftat infâme où noftre 
foiblelte nous réduit. Confiderez bien cette folle 
qui fe iettc au col d'vne autre folle, c'eft noftre 
Ame qui paroift prefque toufiours, incertaine, flottante, infcnfée,- &: 
qui ne f^achant à quoy s'attacher, fe porte tantoft à vne extrémité, & 
tantoft à vne autre. C'eft à dire qu'elle eft ordinairement où dans l'ex- 
cez ou dans le defFaut. Mais par ce que le vice nous eft odieux, toutes 
les fois qu'il n'emprunte rien de la vertu, il arrme fouuant que nous 
nouslaifTons tromper à l'apparence du bien j& par confequentque nous 
nous lettons du cofté de la prodigalité pour ce qu'elle nous femble ma- 
gnanime ;pluftoft que de celuy de l'auarice, à caufe qu'eftant toute hi- 
deufe & toute déchirée , elle fait horreur à quiconque n'a pas perdu le 
fcntiment de la nobleffe de fon eftre Toutefois puis qu'il eft conftant 
que la vertu eft égallement ennemye des extrêmes, conceuons de bon- 
ne heure cette importante vérité, que le crime eft toufiours crime j & 
bien que le temps, le Ueu,ou quelque autre circonftance y mettent de 
la difFerance, il eft vray ncantmoins qu'ils n'en changent point la Na- 
ture. 



IN VIT IV M SJEPE DVCIT CVLPJE FVOA. 



Hor. lib. I. 
Satyr. i. 



Lib. 1. 
Satyr. i- 



Dum njitant flulti 'vitU in contraria currunt, 

nam frujîra vitium nj italien' s- illuJ., 

Si te alto prauum detorferis. 



EN 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. u 

rOT^R HAYR ZE VICE IL LE F AVT CO^NOISTRE. 




Plus le 'Vice efl horriUe, (^ plus il a d'appas: 
Il 'va. toufiours en mafque ^ ^ nejl rien que fctntife. 
y^ujfi cefi au rochers qui ne paroiJJ'ent pas y 
Que le nocher Je trompe^ ^ la b arque [e brije. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EX P Lie AT 10 2^ Dr TREIZIESME TABLEAV. 

A fageffe humaine a fescaufes fécondes aufl^ bien 
cjueladiuine. Elle agit par leur cntrcmife; &: bien 
qu'elle opère éternellement, il femblc neantmoins 
qu'elle ferepofe quelque fois,& qu'elle fe defchargc 
^ furYneautre^dcrinlIrudiondefes difciples. Nous 
f, en auons vn exemple en ce Tableau, ou cette Sa- 
ge Condudrice après nous auoir fait toucher les 
bornes dans lefquelles les paffions doiucnt eftrc 
renfermées ; & cognoiftre que c'eft de leur feul dérèglement que les 
vices tirent leur naiflance, nous met entre les mains du Temps , & luy 
commande , qu'en fon abfcnce il contribue tout ce qu'il à de bon , à 
la conduicte de noftre vie. Le Temps obéît \ & cultiuant les premières 
femenccs que la Nature & la Sageffe , ont iettées dans nos âmes \ nous 
menne en ces lieux admirables, ou des lardiniersfpirituels font capables 
par leur culture & par leurs foins , de les faire fruâ:ifier. Ce font les 
Philofophes que nous voyons aflemblez au lieu le plus apparent de cet- 
te peinture. Ils fçauent def-ia le progrez que nous auons fait dans laDo- 
drme des mœurs \ & pour nous faire pénétrer plus auant, ils nous éta- 
lent les merueilles que leurs longues méditations leurs ont fournies. 
C'eft en vain que les vices nous parlent à l'oreille \ & nous propofent 
tout ce qui peut toucher lcfcns,pour nous arracher d'vnefi bonne écho- 
ie. Nous auons d'abord eftéconuaincusparles veritczquis'ycnfeignenc. 
NosDodeurs nous les feront voir bien toft lesvncs après les autres. Ce- 
pendant ils nous affûtent que tous les efprits font également capables de 
cetcftude; qu'il n'y a point de condition qui en foie exclufe; & que nous 
n'auons a faire autre effort fur nous mefme , qu'à rendre à la partie fu- 
perieure de noftre amc , l'empire que fon cfclaue luy a violamment 
vfurpé. 



Hor. lib. 1 
Epift. 1%. 



Petf. 



PHIZOSOPHIA VITAE MAGISTRA- 

Inter cunSla leges ; (^ percunéîahere , doâlos: 
Quâ ratione qu'éas traducere lent ter ituum : 
Ne te Jemper inaps agitet ^ 'vexetque Cupido : 
Ne pauor,(y* rerum medtocrtter njttlium fpes: 

Petite hinc iuuenejque fenefque 
Finem anima certum , miferifque viatica cams. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 13 

'L'ESTVDE DELA VEKTV , EST LA FIN DE L'HOMME. 




Dégage^, 'vos efprits de creinte ^ d'efperance. 
Soufre^ que la vertu lous rende U raifort. 
L'efclaueeji tnfenfe' qui cremtfa deliurancCy 
Et le malade efi fou qui hait fa guéri fon. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION Br QVATORziESME TABLEAU. 

Omme la fagefTe eft également neccffaire à tous 
les hommes , clic leur cil auiTi également fauora- 
ble. Elle a de l'amour pour le pauure comme pour 
le riche j pour le laid comme pour le beau ^ pour le 
Villageois comme pour le Prince. Quiconque la 
] dcfire,la polTcdcid: toutes les fois qu'elle échappe 
^^£^ à noftrc pourfuitc , ce n'eft iamais par fa rigueur 
'j^^Ù'^ ny par fa légèreté ; mais touiiours ou par noftrc 
négligence, ou par noftre perfidie. Les deux excel- 
lens Philofophes que vous auez deuant les yeux, font les chefs de deux 
fedes directement oppofées. Et toutefois comme deux Athlettes tres- 
hardis & tres-robuftes, ils marchent contre les vices auecque vne égale 
refolution; & nous demandent pour fpedateurs de leur combat, pour ce 
qu'ils font également affurés de laVidloire.D'vn cofté Diogeneennemy 
des grandeurs^ de la pompe, & des richeffes, paroift auffy glorieux à l'en- 
trée de fon tonneau , qu'vn Conquerrant dedans fon char de Triom.- 
phe ; & nous témoigne par fon adion , qu'il fe fent defia vi<î^orieux de 
la fortune , & qu'il foule aux pieds toutes les chofes pour qui feules, les 
crimes trouuent des adorateurs. D'autre part s'auance pompeux & bril- 
lant , le Philofophe courtifant Ariftippe, qui n'a pas laiffé de Remporter la 
vidoire , encore qu'il paroiife armé pour vn iour de Thriomphe, plu- 
ftoft que pour vn iour de bataille j & tout fuperbe de la gloire qu'il 
vient d'acquérir, raille agréablement la gueuferie deDiogene, ^l'accu- 
fc luy mefme de trahir la Majefté de la Philofophie, en la contraignant 
par fa mauuaife humeur, de n'auoir pour Throfne, que le fumier fur le- 
quel il eft couché. Mais n'entreprenons pas de les accorder. Voila le 
grand Alexandre qui s'eft conftitué leur luge \ & qui par les louanges 
qu'il donne à l'vn & à l'autre j témoigne qu'ils méritent réciproque- 
ment les Couronnes immortelles, aufquelles ils afpirentpar des voycs 
fi contraires. 



HT QVOCrNQV;E VITAE. GENERE PHILOSOPHARI LICET, 

Hor. iib. I. ^j pranderet olus patienter ^ regihus 'vti 

Epift. 17. Nollet Arijlipptts; fi fciret regibus iti , 

Fafiidiret olus , qui me notât. 



Arifbopli 
Ouid. 



F'irtuofiis hcne njtitur quihujcumque. 

Pecîoribus mores tôt fi'.nt , quot in orbe figura ^ 
Q^/àpit , innumeris moriht<< aptus erit. 



EN 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



H 



^NTOVTE CONDITION ON PEVT ESTRE VERTÎ^EV.Y. 




En tous lieux la vertu Je troHue, 
Chacun peut entendre fa voix ; 
Et bien foHuant on la dejcouurey 
Telle parmj les bruits du Louure, 
Qu'elle cjî au jilence des bois. 



H 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

BJsTPLlCATION Dr QJfJNZlF.SME T ABLF.AF. 

VisQ^E nous auons appris que nous femmes 
tous également appeliez a l'Echoie de la Philo- 
Tophie , & qu'il eft abfolumcnt neccfTairc que 
nous refpondions de noftre vocation , il faut 
que nousconoiffions noftre deuoiri&: que pour 
nous en aquitter dignement, nous f(^achions ce 
que la vertu exige de noftre obey (Tance. Le voicy. 
Elle veut que nous fortions de fa compagnie, 
meilleurs que nous n'y fommes entrez. Pour 
ce fubiet elle nous donne vne le^on fort com- 
mune, mais fortinftrudliuei & nous arrachant de l'efpritjvnc erreur qui 
à prefque infcdé tout le monde , nous fait confeffer que iufques àpre- 
fcnt nous n'auons efté fenfibles qu'a nos moindres maladies j& parcon- 
fcquant, que nous n'auonstrauaillé qu'à la guerifon de celles qui cftoienc 
les moins confiderables. Tous les perfonnages dont cette peinture eft 
compofée, font autant de témoins qu elle produit contre nos habitudes 
brutales i & qu'elle produit exprés, pour nous contraindre àfigner nous 
mefmc noftre condemnation. Nous voyons d'abord vn mifcrable,du 
nombre de ceux que le monde nomme bien-heureux , qui ayant l'ame 
mangée d'vlceres , le cœur rongé de tous les vers que les crimes y for- 
ment ; & l'efprit combattu de toutes les paftions les plus déréglées, re- 
fufe neantmoins les remèdes agréables & infaillibles, que le Temps & la 
Sageffe luy offrent. Il s'offencc impudamment de la generofîté, par la- 
quelle ils ont daigné preuenir fes prières 5 & les renuoye auec ce com- 
pliment orgueilleux , que s'il à iamais befoin de leur aftiftance , il ne 
manquera pas de les faire appeller. Cependant pour vnpeu de rougeur 
qui luy paroift à l'œil, il crie impatiemment après le fecoursdc tous les 
Oculiftes. Cette petitte inflammation luy ofte le repos \ Si luy faifant 
oublier ce grand nombre de biens qu'il s'eft acquis par vn plus grand 
nombre de crimes j luy perfuade, que toute fa félicité eft r'enferméeen 
la guerifon de fon mal. L'Operateur auffi trauaille auec toute l'induftric 
dont il eft capable ; & promet à cet aueugle volontaire , que bien toU 
il foulagera fa douleur. A la vérité l'œil extérieur peut eftre guery. Mais 
la veùe la plus precieufe ne le fera pas. AulTi eft ce d'vn art bien plus 
fubtil, & bien plus diuin, que n'eft la chirurgie ; qu'il nous faut atten- 
dre la guerifon de fes fcns délicats ,par qui feulement l'homme eft véri- 
tablement homme. 



Hor.Iib.i. 
Epift. i. 



HAJ3E27DA IN PRIMIS ANIMl CVRA. 

Qua Udunt oculos fefiinas demere : fi quid 
EJl Animum 5 diff^ers curandi tempts m annum. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. t; 

LA CTERIZON DE L'AME EST LA PLVS NECESSAIRE. 




Ai tu dans l'ojn des yeux quelque tache l'npeujcnwrc. 
Tu teux que VOculifle en arrefte le cours. 
Ton ame cepandant foufre des maux fans nombre^ 
Et tu la loh périr Jans luj donner fecours. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BV SEIZIESME TABLEAV. 




pouuons plus ignorer que la vertu n'cft 



Ovslie 

pas vertu , fi elle n'agit , fi elle ne combat , & fi 
malgré le grand nombre des ennemis dont elleeft 
attaquée , elle ne demeure viclorieufe. Voyons 
maintenant de quelle fierté elle doit agir ; &: par 
quel mouuement elle fe doit porter aux entrepri- 
fes les plus diftîciles. Le peintre nous la fait voir 
dans vn eloignemcnt , qui refufe en la perfonnc 
d'vn de fcs adorateurs , les Couronnes qui luy font offertes. Elle nous 
protefte par ce magnanime refus, qu'elle trouue fon prix en elle mefme \ & 
qu'elle feroit toufiours tres-fatisfaite de fa fortune , quand il n'y auroit 
ny tefmoins pour voir fes adions, ny Hérauts pour les publier, ny gloire 
poureneftrela recompenfc. MaislePeintre nes'cft pas contenté de nous 
monftrer cette beauté toute nue, pournous la rendre encore plusayma- 
ble, & nous embrazerpluspuiifammentdudefir de fa pofleffion , il luy 
oppofe tout ce qu'il y à de difforme , & de hayffable dans ces âmes lâ- 
ches & mercenaires , qui ne feroient iamais du party des gens de bien, 
sil y auoit de la feureté dans celuy des mechans. Confiderés cette 
trouppe d'hypocrites de toute condition ,&:de tout aage. Vous croiriez 
àleursgeftes, qu'ils font nés ennemis irreconciables de riniuftice,& de 
l'intereft. Cependant ils engloutiffent des yeux, ces vafes d'or, &rccs facs 
d'argent, qu'on leur prefente exprezpour les tanter j & bien qu'il feignent 
de les auoir en horreur, ils font toutefois intérieurement deuorez du dé- 
fit de les poffeder. Mais nous n'auons pas befoin dedeuiner qui leur fait 
faire cette violence fur eux mefmes. Nous voyons le frain qui les arreftc. 
C'eft cette Deeffe boiteufe qui les fuit. Cette implacable Nemefis, qui 
chargée de tous les inftrumens inuentez pour punir les crimes, les chaf- 
fe à grands coups de foiiet \ & les contraint de retirer leurs mains , des 
chofesouilsontdef-iamis tout leur cœur. 



VIRTVTEM QJ^A VIRTVS E ST , COZE. 



Hor. iib.i. .Oderunt peccare boni 'xjtrtutis amore. 

EpifL 16. Tu nthil admittei m te formtdine pœn^ 

Sit fpei fallendt : mifcebis facra prof unis. 



AIME 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 18 

TREMBLE BEVANT LE THROSNL DP' DIEl^ VIVANT. 




Ou reporte ta rage , homme digne du foudre? 
Crois tu chaffer ton Dieu de JonThrofne éternel f 
S'il nauott pour toj-mefme 'vn amour paternel , 
De/iafon bras vengeur t'auroit réduit enpoudrc. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXP LICATION BV B 1 .Y-N EVFV I ES M E TABLEAU. 

E fpc(î!l:acle qui nous a frappez d'vn iufte étonne- 
ment, n'cft cju'vne partie des calamitez dont l'im- 
piété cft fuiuie. Tous les fiecles , & toutes les na- 
tions en fourniflent des exemples. Celuy qui Te 
f)rercnte à nos yeux , n'a pas moins d'horreur que 
e premier ; & ne doit pas moins que luy , nous 
donner de la terreur des iugemcnts de Dieu. Non 
feulement c'eft vnc tragique reprefentation àts 
defolations paffces, c'eft aulTi vn fidelle aduertif- 
fement, & vn certain prefagedcs ruines, & des deftrudlions que le cour- 
roux du Ciel prépare pour le chaftiment de noftre impieté. Confi- 
dcrons ces Temples abbatus^, ces maifons bruflées , ces hommes efgor- 
gez , &: ces mifcrables femmes que le Soldat ne femble efpargncr, que 
pour leur faire achepter au prix de leur honneur, la feruitude qu'il leur 
deftine. Ce font autant de monuments de la vangeancc celefte, & com- 
me autant de prophéties qu'elle fait marcher deuant elle, pour annon- 
cer fa venue, & porter les hommes à la pénitence. C'eft pourquoy s'il 
nous refte quelque fentiment de nousmefmc, & quelque crainte de tant 
de miferes, commençons à trauailler ferieufement *à ce grand ouurage 
de noftre conuerfion , & croyons qu'elle cft la feule chofe qui peut de- • 
ftourner de deflus nos tcftes, la foudre dont nous fommcs menacez. 

NEGLECT^ RELJGI027IS POENA MVLTIPLEX. 

Hor.iib.j. Deliâa maiorum immeritus lues 

^'^- *• Romane^ donec tetnpla refeceris , 

Mdeifque Ubenteis Deorurriy (<^ 

Fada ni^ro Jimulacrafumo. 

virg. 6. /E. Difcite luflitiam monitt, (<^ non temnere Diuos, 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ip 

riMPIETi: CAVSE TOVS ZES MAVX. 




Si lej^UiufC<rl^_fîameyOnt les champs dcferti':^^ 
Les Temples abattus, tSt If s Filles brulecs. 
St tu 'Vois au tombeau , tes fils precipitel^ , 
Et traifrer aux cheueux tes filles ^défilées. 
Toy \par qui tant de loix ont efle 'violées, 
S cache que cefl le fruit de tes impieteX^. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EJirPLICATION BV VINT-2ESME TABLEAT. 



Ovs les mechans font punis. La iufticc éternelle 
'^*f n'en dirpenfe pas vn ; Si quand les bourreaux ont 
acheué de tourmenter les coupables , ils font à 
leur tour, condamnez auxfuplices, pour ce qu'ils 
ne font pas plus innoccns que les autres. Les hor- 
reurs de ce Tableau vous annoncent ces veritez. 
Voyez cette ville embrafée. Nombrez ces hom- 
mes, ces femmes, & fes enfans affalTmcz. Contem- 
plez ces gibets & ces roiics. Ils ne font pas moins le chaftiment que les 
effets, de nos crimes. La punition fuit le mal comme l'ombre fuit le corps. 
Bien qu'elle foit boittcufe , & qu'elle ne marche pas toufiours aullivi- 
fteque lemefchant, elle le fuit toutefois fansceflei& quand elle eftbien 
longue à venir, c'eft vne preuue certaine qu'elle a long-temps médité, 
fur le genre de fuplice,dont elle veut punir ces perfecuteurs inhumains 
qui ont elle les inftrumcns de laiuftice diuine. 




CVLPAM POENA FREMIT COMES. 



Hor.lib.j. 
Od. 1. 



Sœpe Diejpiter 



Negleéîus , incefio addidit integrum . 
Raro anrecedenrem fcelefium 
Defèruit j^ede ^ana claudo. 



Sequitur fuperhos à tergo Deus 



TibuU. 
Lib.i.el.j. 



Ah mijer, (^ Jt quis primo perîuria celât i 
Sera tamen tacitis pana venit pedihus. 



LES 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. zo 

LES MECHANTS SE PUNISSENT VVN VAVTRE. 




Trafiques injîrumens des njan^eances celefles, 
Monfires dont U fureur fe déborde Jur tous : 
Regarde? ces boureaux inhumains comme vous, 
Bien tojl vous fentire':^ leurs atteintes funejîes. 




i LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLJC^JTJON Dr VINGT-TN-JESME TABLEAV. 

E ChrirtianifiTie n'cft point le deftruâ:eur delà 
Philofophie. Il n'a pretendudczfon origine, que 
de luy rendre fes premiers beautez; & la porter à 
ce haut point de perfcdion, qu'elle re^eut lors que 
fon Autheur luy commanda de venir efclairer les 
hommes. Vous voyez aufîi qu'ils fe tiennent com- 
me par la main ; & que la Morale chreftienne 
n'cnfeigne rien, que la naturelle ne nous ordonne. 
L'vn& l'autre premièrement exigent de nos cœurs, l'adoration de Dieui 
& veulent en fuitte, que tous les hommes s'ayment auec autant de ten- 
diefTe , que fi effediuement ils eftoient fortis d'vne mefme mère. C'eft 
à cette importante & nccefTaire partie de la vie ciuilc que nous fommes 
arriuez. Ce Tableau nous prefente les deuoirs de l'amitié j & nous fait 
entendre combien doment eftre inuiolables & faintes , ces loix qui 
ont efté grauées du doigt mefme de la nature , dans le cœur de tous 
les hommes. Vous voyez aufli comme elles font religieufement obfer- 
uées par les deux amis , dont noftre Peintre nous donne les pourtraits. 
Ils font tellement conformes, & tellement vnis, qu'on pouroitdire que 
ce font deux corps qui ne font animez que d'vne ame. Ils quittent l'vn 
pour l'autre tout «e qai peut nuire à leur amour. Les honneurs, les ri- 
cheifes , les délices , nont point de charmes qui puiffent ny les feparer 
pour long-temps , ny mefme fufpendre pour vn feul moment, l'adiui- 
té de leur alfeâ:ion. Pourueu qu'ils fe pofledent l'vn l'autre, ilscroyent 
polleder toute-s chofès^ & trouuentdans leur contentement réciproque, 
vne plénitude de félicité que la fortune ny la beauté ne promettent que 
faucement. 



Hor.Ub.i. 
Sjtyr; j. 



HOMO HOMJNI DETS. 
Nil ezo contulerim iucundo fknus amico 

Omnia vincit Amor., 0* nos cedamus amori 



Eccicf. 19. Perde Pecuniam propter amicum. Amico iucundo ■ 

ma?is eçremus, qukm aqua vel i^né. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. a 

Vhomme est ne' rovR aymer. 




U Amour Anime de fesJÎAmesy 
Tous ceux qui font dignes du tour. 
Les hommes qut n'ont point d'amour. 
Sont des corps qui viuent fans âmes. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJ^P LICATION DV VI NGT-D Ef^^J ES M E TABLEAV 

OiCY vn des principaux dogmes de la Philofo- 
phie d'Amour, que le Peintre nous mec deuant les 
yeux , auec cette iudicieufc dextérité que nous 
auons def-ia tant de fois admirée. Ces deux hom- 
mes doiuent eftre véritablement femblables, pour 
eftre véritablement amis. Nous voyons cependant 
qu'il y à beaucoup de vertus d'vn cofté , & beau- 
coup de vices de l'autre. Si l'on met des chofes d'vne 
fi vifible difproportion dans vne balance iufte , on y doit rencontrer 
infailliblement vne notable differance. D'ailleurs il n'eftpaspofTibleque 
l'amitié puifle durer fi cette differance fubfifte. Que fait l'Amour. Ce 
qu'il doit. Eftant comme il eft tout ingénieux , & tout accomodant, 
Il vient au fecours du parti le plus foible j & fe met luy mefme du cofté 
de la balance qui eft le moins pefant. Ainfinon feulement par fon con- 
trepoids , il donne de l'égalité aux chofes inégales ; mais il fait que les 
imperfedions & les vices fe conuerciflent peu à peu en la nature des 
vertus qui leur font oppofées \ &c que par la puiflance de fes charmes, 
deuenant vne mefmc cliofe , elles compofent de différantes parties cet 
accord harmouicux , qui eft le lien indiffoluble des âmes. 

AMICITI^ TRVTINA. 

amicm dulcis , 'vt aquum efi, 

Hor.lib.i. Q^f^ ffjca compenfet 'vitiis hona , fluribus hifcCy 

Siïy»- 5- Si modo plura mihi hona funt, inclinet, amari 

Si volet : hac lege in trutina ponetur eadem. 

Zeno cittieus rogatus, quid reuera ejjet Amiens : rejpondit, Alter ego, 

CuPere eadem , eadem odtjje , eadem metuere , homines in njnum co- 
gunt ifed htec inter bonos amiatia efi , inter malos fiêîio efi^ 

Diccbat Hecaton. "Ego tihi monflrabo amatoriumfînemedicamentOy 
fine herba, fine 'vlius venefic^ carminé : fi 'vis amaris, ama. 



EN 



Liert. li.7. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



IL FAIT ArMHR, F P^ R ESTR 



E AYIiLE'. 




Les Amis àoiuent tour à tour 
Se tejmoi^ner leurdejferAnce. 
Ceux la nont pas beaucoup d'amour 
Q«/ nont guère s de compUifance» 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EXPLICATION Br riNGT-QV-ATRIESME TABLEAV. 

O VT ainfi que le Soleil ne regarde point de lieux 
^^ qu'il ne les rcmplifTe de lumière; de mefmc l'ami- 
^P tié n'eft iamais dans vne Republique , qu'elle ny 
produife la Paix, l'vnion, & la force.Noftre Peintre 
pafTant de l'amitié partiulicrc à la publique, philo- 
loplie ainfi dans ce Tableau; & prétend de montrer 
aux pères de familles , aufTi bien qu'aux Miniftres 
d'Eftat que le nombre de leurs ennemis, ne fera ia- 
mais capable de les perdre, s'ils n'y contribuent eux mefmes parleurs fe- 
crcttcs mes-intelligences , &: par leurs diuifions domeftiques. Mais ne 
fe croyant pas aifez cloquant pour prouuer cette grande vérité, il cm- 
pruntclevifage &rcfpritde Sertorius,afin que par la haute opinion que 
fa vertu luy a donnée, il luy foit plus facile de nous perfuader ; & pour 
rendre fcs perfuafions plus populaires , il fe fert de la familiarité d'vn 
exemple qui peut frapper indifféremment les fages , & les idiots. Il fait 
amener deuant vne armée, deux cheuauxjdontl'vn paroift ieune, & vi- 
goureux -y &c l'autre vjeil , foible , &c décharné. Il commande à vn vieil 
homme , cafTé de trauail , & fraifchement releué de maladie, de tirer poil à 
poillaqueiiedu beau cheual ; &àvnieune & robufte Soldat de prendre 
celle de l'autre cheual, & la luy arracher tout à la fois. Le dernier obeïti 
& abufant de fa vigueur , entraine le cheual tout entier , luy donne 
mille fecoufl'cs,&fe fait mille efforts. Mais autant qu'ils font grands, au- 
tant font ils inutiles. Cependant le vieillard tout débile , & tout exté- 
nué qu'il cft, oftc les poils du cheual fougeux, les vns après les autres; 
& vient aifement à bout de ce qui luy a eîté commandé. Voila, nous 
dit noftre Philofophe muet par la bouche du fage & vaillant Romain, 
la reprefentation de la vie ciuile. Tant que les peuples font bien vnis,&: 
bien affectionnez les vns aux autres , ils ne peuuent cftrc la proye des 
eftrangers , mais quand les 1-wiines & les partialitez leur ont fait autant 
d'ennemis domeftiques qu'ils font de particuliers , quelques foibles que 
foient ceux qui les attaquent, il leur eft facile d'en vfurpcr la liberté. 



CONCORDIA POPVLI I N ST^P ERAB ILIS. 
Quid non profit rerum ConcordU ? 
Boni amici , magnum boni Imperii infirumentum. 



Hor. 
Epift. r. 

Tacit. 
In Aiin. 

Saluft. 
In bell. 
lug. 



Kegnum y fi boni eritis y firmum \fin maliy imbeallum. 

Nam Concordia parute res crefi:unt y difcordiamaximadilahuntur. 



vjjdorK 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. i4 

L'AMOVR D£S P£rrZES, EST LA FORCE DES EST ATS. 




ArtiX^dns infenfex. des difeorJes ciuiles, 
N'aaiife^ point le Ciel y de i,'os calamité'^ 
V^os haines , l'os complots , vos partialité'^ 
Sont les premiers Tyrans qui dejolent vos l^tlles. 



N 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

BA^PLICATION B V V IN GT-C I N dV I ES M E TABLE AV. 

'Il ny auoit point de contraires , il n'y ciuroit 
point de combats \ ôc fi les combats ccfl'oient,cn 
mefme temps ccll'eroit l'émulation & la gloire. 
Ceft pourquoy il faut cju'il fc rencontre conti- 
nuellement des occafions de faillir , afin qu'incef- 
fammcnt il s'en prefente, pour donner de l'exercice 
à la vertu. En voicy vne bien grande & bien com- 
mune. C'efi: d'apporter en toutes nos amitiez, vne 
amc des-intcrclTée ; & ne point faire vn fale commerce , d'vne chofc qui ne 
doit iamais eftre ny achetée ny vendue. L'amour eft le prix de l'amour. 
Quiconque fe propofc en aymant, vne autre fin que d'aymer, viole les 
plus fainCtes lois de la nature; & comme vn facrilege abominable, pol- 
lue les fanduaires , renuerfe les autels , & employé à vn vfage profane, 
les chofes confacrées au feul feruice du Dieu de l'vnion , & de l'amour. 
Noftre Peintre qui n'ignore pas cette venté , & qui f(^ait auflï combien el- 
le eft auiourdhuy mefprifée, nous reproche noftre bafTefie , noftre cor- 
ruption , noftre lafcheté ; &c par la plus infâme de toutes les comparai- 
fons,nous veut obliger nous mefme, à con^euoir de l'horreur de noftre 
infamie. Il nous accufe que nous nefommes amis , qu'autant que nous 
femmes payez de noftre amitié. Que pour pofleder nos affc<5tions véna- 
les, il n'eft neceflaire que d'auoir vne bonne bourfej & queleshommcs 
vulgaires font plus incapables de la belle difcipline d'amour , que les 
beftes les plus lourdes, & lés plus ftupides ne le font du noble exercice des 
cheuaux. 



VVLGVS AMICITIAS VTILITATE PROBAT. 



Hor.iib.i. ^y cognatoSy nullo natura Ubore 



Satyr. 



Outd.i. 
Aç Ponto. 



Q«o5 tibi dat , retinere 'velis , Jèruareque amicos ; 
Infelix oferam ferdas ; 'vt fi quis ajellum 
în camjjum doceat parentem currere frenis. 

Tutfe quidem diéîu ifedfî modo verafafemur, 
V'ulgus amkitias vîtlttate prohat. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ij 

LA VK.AYE AMITIE' EST B ES-I NT ERESS EE. 




Le frofit efi i'ohiet de l'amitié 'vulgaire. 
Mais 'vncaur grand ^ noble , ay me fans intereji; 
Et te croy que l'Amour , eflant Dieu comme il ejl, 
N'efi 'vfuner ny mercenaire. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXP LICATION Dr V I N GTS I A' I ESM E T A B L E AV. 

ELVY-la cognoifToit bien la nature, ou pluftoft 
la fatalité de l'amour, qui s'eft pcrfuadé que l'amour 
ne pouuoit cftre véritablement amour , s'il n'c- 
ftoit priuc de l'vfage des yeux. Noftre Peintre nous 
l'enfeigne en nous faifant voir dans ce Tableau, 
vn Père qui tout infortuné qu'il eft en fa race , 
ne laiffe pas , par vn bien doux & bien necclTai- 
re aueuglement , de trouuer dans les difgraces de 
fa famille , non feulement dequoy fc confoler, 
mais dequoy rendre grâces aux Dieux. Il la voit au trauers de ce ban- 
deau trompeur, que l'amour luy a mis deuant les yeux. Il donne de beaux 
noms à des chofes difformes. Il corrige par fon afï"e6tion,les manque- 
ments de la nature. Il cherche en la beauté du vifage, dequoy oppofer 
à la difformité delà taille i & rencontre dans vne taille bien faite, de- 
quoy recompenfer la laideur du vifage. Ce que ce Père fait pour fes en- 
fans, lamy le doit faire pour fon amyj & croire qu'il viole les loix fon- 
damentales de l'amour, toutes les fois que fon iugement enuieux , luy 
fait remarquer quelque défaut en la perfonne qu'il ayme. 




Hor.lib. I. 
Satyr. 5. 



AMJCI VITIKM 27E FASTJBIAS. 

At , pater njt gnati^ fie nos debemus , amici 
S/ quodjît 'Vttium non faflidire. Strabonem 
Appellat patum pater : ^ pullum , mde paruui 
Si cui films efl: njt abortiuus futt olim 
Sifiphus hfincvarum , dtfiortis cruribus ■■, tHum 
Balbutit fcaurum y prauis fultum maie talis. 
Paraus hic 'viuit ; frugi dicatur ineptus , 
Et ianâantior hic pan lo efl : conciniis amicis 
Pojîulat vt videatur at efl truculentior ^ atque 
Plus aquo liber : fimplex , fortifque habeatur. 
Caldior efl : ac rets inter numeretur opinor, 
Hac res (^ iungit , iunélos ^ feruat amicos. 

a.7/;/i nemo fine nafcitur optimus tlle efl ^ 

Qui minimis vroretur. 



L'AMY 



LA DOCTRINE DES MOEVR S. zo 

VAMï NE VOIT POINT LE BEFFAVT BL V A M i'. 




L'Amour porte vn ùanJeau , feu l pareil à foy me[me. 
On ne voit au trauers ^ rien qui ne fcmlde l>t\in. 
Quiconque veut aymer^doit porter ce (bandeau ; 
F.r trouuer tout parfait en la chofe qu'il ayjme. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BV V I N GTS E P T I E S M E TABLEAV. 




E Tableau deuroitcftrctirédulieuouil cil, pour 
eftre attaché par tous les carrefours j dans les Palais 
de tous les Roys; &: en tous les autres lieux ou les 
hommes ont couftume des'afTemblcr. Cardctous 
les vices dont la focicté ciuilc cft infe6lée,leplus 
pernicieux &: le plus fréquent, cil ccluy que le Pein- 
tre nous reprefente fous le vilage malicieux de ces 
curieux impertinants. Cet amour propre qui nous 
ofte l'vfage des yeux toutes les fois que nous auons befoin de les tourner fur 
nous mermesj& qui nous rend des Afgiis lors que nous auonsà traitter aue- 
qicles autres i ell: l'irreconcihable ennemy de la parfaittc amitic. Vous 
voyez ces trois perfides amis qui pénètrent iufque dans le fond du cœur de 
leur amy , 'pour en arracher le plusfecret defescrnnes^cefontdes mon- 
rtrcs que la nature a formez en facholere ; & qui méritent d'eftre cruel- 
lement chaftiez , comme des violateurs de la Religion \ ou fi vous vou- 
lez, comme des traiftres, qui feignent les zélés pourla liberté de leur pa- 
trie , & qui cependant traittent auec les eftrangers pour les en rendre 
maiftres. 



DO MI T^XPA^ FOKI\ ARGVS. 

Cum tua peritideas oculis mala lif^us inun^is» 
Curin amicûrum 'viriis tam cernis acuttim, 
Quam aut mquild, aurjèrpens Epdmrius f at tihi contra, 
Euenity inàttirant vit ta, in tua rurfus (p* illi. 



Hot.llD.I. 

Satyr. j. 



Tcfcut. 
I leautonr. 



Ita compar4ta eft hominum natura. 

Aliéna melim vt'videant 0* iudicent , quamfua. 



Peif. 
Sit'jt.4. 



Sic nemo infefe tentât defcenderCy nemo: 
At pracedentis fpeflatur mmtica ter go. 



necuretis. 



Mdihus in nojiris qu/t praua aut reéïa gerantur. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 17 

kESPECTE TON AMY : ET PREIfD GARDE A TOY. 




Doux (^truij}res cenfeun. Amis à deux vifaga ^ 
Qui croye:;(^faucement , que tout 'vous eft fermis^ 
Co^noiJJe'^vos dejfauts : (^ Ji tous ejlesfa^es. 
Vous JereXjndMhea,nts a, ceux de 'vos amis. 



L A DO C T R I N E DES M OE V R S. 



EXPLICATION Dr Î^I N GT-H TI C T I E S M E TABLEAV. 




L cil: quelquefois iufte que l'amy parle librement 
à fon amy , mais il ne l'cft prclque iamais , que 
l'amy parle librement de fon amy. Si la premiè- 
re loy d'amour, c'cft d'aymer, & la féconde d'a- 
uoir boJnne opinion de fon amy ,latroilicfmeel]; 
infailliblement comme aux myitcrcs de ces an- 
ciennes Religions , voir , iouïr & fe taire. Car 
il n'y à rien qui foit fi propre à conferuer l'a- 
mitié , que ce refpcdlûeux ftlcnce , qui nous fait garder dans le cœur, 
tout ce que nous fçauons de nos amis. Le Peintre nous reprefente cette 
vérité , par la figure du Dieu du iîlence , qui toufiours muet , & touf- 
iours maiftre de ioy, commande à toutes les payions qui peuuent trou- 
bler , ou le repos des âmes , ou l'harmonie de la pàrfaitte amitié. S'il à 
des aifles , c'eft pour tefn^oigner qu'il emprunte fon aâ:iuité de l'amour, 
& quenous efleuant de l'affeâion des créatures à celle du Créateur , il peut 
porter nos cœurs iufque dans ce Temple Eternel , ou nous deuons deuenir 
les véritables adorateurs de ceveritableDieu, qui en toutes fes opérations, 
conferue vn filence perpétuel , ic veux dire le repos immuable de fa na- 
ture bien- hcureufe. 



jNIHIL SILENpÏQ VTJZrrS^AD SERI^ANDAS AMICITIAS. 



Hor.lib. 
Od. 1. 



Efl\^..fideli tmkpmtio Menés. 



Lib. I. 
Epilt. i8. 



Arcanum neque tu\fcrutaberis vUius vmquam: 
CommiJJiimque tegp , CT vino tonus ^ ^ ira. 



Cato lib.i. 
Dirtich. 



Virtutem frimam ejje puta^ compejcere lihguam: 
Proximus ille Deo efl^quifctt ratione tacen. 



LE 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

LE SILENCE EST LA VIE DE VAMOFR. 



z8 




Le fiUnce eji 'vn bien fuprème. 

C'eSl la l'ertu ciuja^e ; ^ celle d'vn amant : 

Q«: ne parle que rarement 

N'offence iamais ce au il ajme. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATIOKf Dr J^I N GT-N EJ^ F I E S M E TABLEAV. 




O ICY dans vnmefme Tableau deux fupplicesbien 
cruels. Mais c'eft ne pas conoiftrc la différence des 
peines, que de les comparer l'vn à l'autre. L'cxecra- 
ble inuencion de 1 inhumain PeriUc , eftonne les 
courages les plus aflcurez ■■> & c'eft tout ce que no- 
ftre philofophie peut faire , que de donner à fes 
Scdiateurs allez de fermeté , pour entendre fans 
effroy, les mugiflements, qui fortent par les or- 
ganes de ce Bœuf artificiel , des Innocents malheureux qui bru- 
lent tous vifs dans fon ventre. Cependant fi vous confiderez ce mon- 
ftre fi hideux , fi dcuorant , & fi ennemy de tout le genre humain qu'il 
eft contraint de fe manger le cœur , quand il ne peut trouuer fur qui 
afTouuir fa rage; vous auoûerez auec moy, que c'eft le plus redoutable, 
& le plus horrible des fuphces. En effet les ferpens qui feruent de che- 
ueux a ce démon, la faim enragée qui le deuore, & la cruauté qui en- 
fanglante fes leures noires & liuidcs, ne font que des crayons commen- 
cez, & des images imparfaites , des tortures que fouffrent ces âmes in- 
humaines & brutales , que les profperitez de leurs amis font entrer en 
fureur ; & qui portent le fer , & le feu dans toutes les familles bien- 
heureufes. 



Hor.Iib. I. 
Epift. ». 



GRANDE MALVM I NVIDIA. 

Inuiâm aherius marcefcit rehus opimis: 
Inuidiâ Siculi non innenere tyranni, 
Tormentum maius. 



Sil.Iib,l7. 



O dirum exitium ! o nihil vnquam 



Crefeere, necpatiens magnai exur^ere laudet 
Inuiditf 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

L'ENVIE EST LA MORT DE V AMOVR. 



i? 




UAYt à' aimer efl vn art le plm l^eau de la vie. 
Oui le Pratique bien peut fe rendre immortel. 
Mais pour deuenir tely 
Il faut auoir vaincu le montre de tenuie. 




LA D O C T P. I N E DES M OE V R S. 

EXPLICATION BT^ TRENTIESME TABLEAV. 

El V Y- là fuc vcritablcmenc digne de la gloire, 
que les meilleurs ficelés luy onc donnée, qui nous 
X le premier enfeignc, que la (oufrance falloir la 
moitié de la vertu , & que l'autre confiftoic en 
l'abftinence. Nollre Peintre inlhuit en l'école 
de ce grand Pliilofophc , nous ellale les images, 
& nous propofe les emblèmes de cette importan- 
te vérité. Il a iatisfaic aux deux grandes ic prin- 
cipales loix de la Nature : c'eft à dire qu'il nous a monlké ce que nous 
dcuons à Dieu , & ce que nous deuons à nos Icmblables. Maintenant 
il nous mftruit de ce que nous fommes obligez de nous rendre à nous 
mefme 5 & produit à nos yeux, le viiagc feuere , mais magnanime de 
l'abftinencc. Par la il veut nous faire cognoirtre qu'il ny à nen qui nous 
deftachc 'i\ puiflamment de la leruitude des vices, que la leliftance que 
nous apportons aux charmes , & aux follicitations dont ils ont accou- 
ftumé de vaincre hosames par l'intelligence de nos fens. Regardez bien 
ceSage, qui mefurant: à fa foif , ce qu'il faut pour l'eftcindre , porte vn 
petit vafe en vne petite foatainej &: yreceuant goûte à goûte la liqueur 
qu'elle verfc fans aucun mellange de fable «3^: de limon, fe dclaltere aufïi 
piaillement , qup -s'il aucfit bû dans les fources mcfme du Gange & de 
1 Eùfrate. Mais ne deftournèz pas fi vifte, les yeux dedeflus cette pein- 
ture. Vous n'en auez encordv^i qu'vne partie. Confiderez ce loingtain 
qui fe perd p^.my des precmices inaccefllbles , & des rochers effroya- 
bles ; & vousy^verr^yn en'Tiemy de l'abftinence, emporté par la vio- 
lance d'vn torrent, qlllpouuoit, s'il cuft voulu, facilement euiter. Mais 
ce panure fou, qui dans les écoles du monde a re(^eu cette pcrnicieufe 
dodrine, qu'il n'y a ^e ks petits efprits qui fe contentent d'vnc petite 
fortune , s'eft perfuadé qu'il luy falloir vn fleuuc tout entier pour eihe 
dehuré de fon altération. C'eft aulfi pour ce fuiet qu'il s'eft imprudem- 
ment engagé dans les périls ou il fe pert \ ëc pour ne s'eftre pas voulu 
contenter du peu qui fufifoit à fa conferuation. Il a recherche le trop, 
qui au lieu de luy ofter la foif , luy ofte l'efperance & la vie. 



(l^OD S Ans EST CVI CONTIGIT , NIHIL AMFLIl^S OPTAT. 

j^(^j ïyum ex paruo nobis tarttumdem haurire relinquas, 

Cur tua plus laudes aimcris gninaria noHrïs} 
atyr. i. ^^ ^ tiht jî Jït opus Uquidi non amplius njrna, 

yel cyatho : f^ d/cas, mdgno de flumine mallemy 

Quàmexhocfonticulo tantumdem fumere. eo fir^ 

Vlenior vt fi quos deleÛer copia luflo^ 

Cum ripa fimul auulfos ferat Aufidus acer. 

j4t qui tantuli eget , quanta efl opus , is neque limo 

Turbatam haurtr aquam , neque ^vttam amittit ih njndis. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 33 

LA VJ2 DES CHAMPS £ST LA VIE DES HEROL. 




yante qui 'voudra les Cite^j 

Ou les mortels comme enchanterai 

Tiennent pour des grandeurs , leur contraintes feruilles 

Pour moy i'ayme les champ. Car t'y voy des hauteT^ 

Que ion ne voit point dans les futiles. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS, ; 

E.rr LICATION DV T R E N T E-QJ^ AT R J E s M E TABLEAV- 

I c eftoit aflez d'eftre content , pour dire vraye- 
mcnt heureux, noftre Peintre n'adiouteroit pas ce 
Tableau aux quatre précédants. Mais il nous décla- 
re qu'en ccluy-cy,il achcue ce qu'il n'auoit qu'ef- 
bauché dans les autres. Il nous a communiqué les 
auantagcs , & les douceurs que gouftent les tempé- 
rants. Il veut maintenant leur apprendre , que 
pour eftre parfaitement heureux , ils doiuent co- 
gnoiftrc leur bonheur i&: le rcgouftant, s'il eft permis de parler ainfi, 
par la reflexion , & par la mémoire , faire de cet eftude , le principal, 
& le plus aflidu exercice de leur vie. C'eft pourquoy il nous peint vn 
parfait Tempérant dans le fond d'vne valée obfcure & folitaire. Par fon 
adlion arreftée & méditante , il nous tefmoigne les fpeculations de fon 
ame ; & lemble nous dire qu'examinant fa vie pallée , il tâche de decouurir 
dans le fond de fon cœur , s'il ne s'eft point égaré de ce milieu , qu'il 
s'eftpropofé, comme lctermedefesaâ:ions;&: fi cz^ mefmesadionsreC- 
pondent bien au niueau, par la luftefle duquel il à deflein de les régler. 
Pour nous autres qui ne fommes pas dans cet examen , portons nos 
yeux de tous coftez., & voyons foigneufement ce qui fe paffe au deffus 
de luy. Voicy des rochers bien haut efleuez. Mais ils font emportez 
par la violance des tonnercs. Voicy des tours d'vne excelTîue hauteur. 
Mais le fefte fera bien toft au deflfous des fondements. Voicy des 
Pins qui portent infolamment leurs pointes iufquedans le Ciel. Mais ils 
font arrachez par les racines ; & feruent de but à la cholerc des vents. 
Tous ces fpedacles fuperbes & funelles , font autant d'enfeignemens 
que la nature nous donne, pour nous faire euiter les excez,&pour nous 
obliger \ croire qu'vnc grande ambition eft vn grand mal j & que les 
intempérances d'efprit ne font pas moins criminelles que celles du corps. 



BENE QJ^I L AT VIT BENE VT.VIT 



Hor. lib 



Anream quifquis mediocritatem 
oi. lo. Diligit , tutus caret objoleti 

Sonlthus teâli, caret inuidencla 
Sobrius aulct. 

Sccpius ventis agttatur ingens 
Pinus y cr celftie grauiore caju 
Dccidunt turres y feriuntque Jiimmos 
Fulmina montes. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 34 

LA VIE CACHEE EST LA MEILLEVRI. 




Cejfe de te ronger de foins ambitieux i 
Foule aux pieds les grandeurs quen vain tu te propoJeSj 
Vj pauure ; mais contant. Ceux la font prefque Dieux 
Q«/ n'ont hefoin d'aucunes chofes. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EXP LICATION Dr T RENT E-CI N QJ^I ES M E TABLEAT. 

^v^i*OsTRE f^auant Deflignatcur emprunte du ma- 
lheur de quelque vertu foiblc , rin{lru<Sbion qu'il 
nous veut donner ; & tirant de la perte d'vn par- 
ticulier , vn aduertifTement capable d'en fauuer 
beaucoup, nous veut faire cognoiftre que nous ne 
faifonspasfifouuant naufrage par les grandes tem- 
pcftes qui trompent noftre conduite , que par l'i- 
gnorance , auec laquelle nous nous embarquons 
furvne mer qui nous eftinconuë. Les apparances du calme nous oftent la 
crainte de l'orage j & comme au commencement elle nous a rendu té- 
méraires, à la fin elle nous rend impuiflans & timides. Le miferable que 
vous voyez enfeuely tout viuant dans fon ordure, ne s'eft pas reprefen- 
té en faifant la defbauche, les incommoditez dont elle cft fuiuie. Il n'a 
lucre du vin que par le gouft \ & n'a penfé n'y a la force n'y a la mali- 
gnité de fes fumées. Aufli la telle fait à bon droit , la penitance de fa 
propre faute ; & pour n'nuoir pas donné de bons confeils, fouffre la 
peine qu'elle a méritée. Ne laiflez pas d'accorder quelque chofe à l'infir- 
mité de l'homme. Traittez cétyurogne plus doucement qu'il ne deuroit 
eftre -, & le confiderant comme vn nouueau foldat , qui pour n'auoir 
pas fceu bien combattre, eft demeuré eftendu fur le champ de bataille, 
auoûez que s'il fe fut ferui de fes armes, & de fon cœur , aufTi bien que 
fon compagnon, il auroit comme luy, triomphe des ennemis , qui luy 
ont fait mordre la poudre. Toutes ces figures ne nous reprefentcnt au- 
tre chofe finon, que la prudence, la fobrieté , & la vigilance, doiuent 
ei\re infeparables d'vne ame qui veut monter au temple de la vertu. 



Hor.Ub.i, 
Satyr. 1. 



CRAPVLA lUGENIVM OFFVSCAT. 

quin corpus onuflum 

Hejîernis njitiis animum quoque pr<egra,uat vnà, 
Atque affgir humo diuina particulam auViC, 
Mter , <vbi di6lo cttius curata fopori 
Membra dédit ^ njegetus pr^fcripta ad muntajurgit. 
Htc tamen ad mehus patent tranjcurrere quondam ; 
Siue dtcm fejlum rediens aduexerit annus, 
Seu recreare 'volet tenuatum corpus ; l'hique 
j4ccedent anni , (fj* trAflari molliàs atai 
ImbecilU 'voïet. 



LA DOCTRINE DESMOEVRS. 35 

LES EA^CEZ DELA BOVCHE SONT LA MORT DE V AME. 




Monïïrc qut l'on voir tuuftottrs yure , 

Pourceau dont le ventre rfî le Roy: 

A tort tu te vantes de vture 

Ceux qui font au tombeau, n'j font pas tant que tny. 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

E.YJ?LICATI0N DT^ T R E NT ES J .Y J E S M E TABLE AV. 

E ne m'arrelle pas. à vous expliquer les folies, & 
les dérèglements de ce Tableau. Il faut n'cftre pas 
du monde pour ne les pascognoiftrej&pourn'e- 
ftre pas perfuadé que le bal , le leu, le vin, &: l'amour 
font les plus ordinaires, & les plus délicates liai- 
fons delà conuerfationciuilifée. En cela les cours 
^v\^ ne font point diftinctes des villes. Les bourgeois 
(i^'4'4^fc^^J^«^^ enchérirent fur la galanterie des courtifans. Ils 
marchent tous également aux defbauches ; & l'auftcrité des anciennes 
mères de- familles , s eftant apriuoifée par la gallante comunication des 
coquettes , c'eft maintenant çftre du grand monde , que de voir les filles 
conduites par leurs mères vaines & ridicules, en ces marchez folemnels, 
ou la pudeur &: l'honefteré font prefque aufli rarement données , que 
fouuant elles font vendues. Mais que ces voluptez ne nous corrompent 
pas auili bien que les autres. Si nous ne iommes pas affez magnanimes 
pour aymer la vertu, à caufe d'elle mefme, au moins foyons prudants; 
& Taymons pour l'amour de nous mcfme. Voyons de quelles inco- 
moditcz les voluptez font fuiuies. Apprenons ce qui fe palfe , dans le 
cabinet des defbauchez \ & écoutons ce que difent ces gueux , & ces 
malades que noftre Peintre à cachez dans le fond de fon Tableau. l'en- 
tends leurs plaintes , ie voy leurs larmes , & apprends de leurs propre 
bouche^ que les douleurs, & la mandicité qui eil la plus grande de tou- 
tes , font les interefts épouuantables , que le temps exige de la ieuneffe 
perdue, pour les voluptez pernicieufes, que cet vfurier leur a preftées. 



Horat. 
Lib. I. 

Au!. G(.l- 
lius. 



KO LVPTATVM VSVKj^ ^ MORBI ET MISERIJE. 

Sperne 'voïn^tates, nocet emta dolorevoluptas. 



LaisCorinthid ob elegantiam venuflatemtjue forma ygrandem 
■becuniam demerebat : conuentujque ad eam ditiorum hominum ex 
omm Gracia célèbres erant : neque admittebatur, nijî qui dabat, 
quod popofcerdt. ^d hanc Demoftenes clanculum adit \ (^ y it 
Jibi fui copiant faceret , petit. At Lais fjuutJ^ct^ ^d^yjjjàis n TziAcum 
popofcit. Tali petulantiâ mulieris atque pecunia magnitudine 
iéîus expauidufque Demojlhenes auerttt; ^ difcedens, chc ùtifA.aj, 
inquity juvijim ^^a.yj^ {Mirt/juXuaui. 



QTl 



LA DOCTRINE DES MOEVR.S. 56 

QP^I ACHETTF. LES P^OLf^PTEZ ^ AC H ETTE VN REPENTIR. 




Baie, mafjue, hrelande,jyurogne ^faif l'amour. 

Sois tout aux voluptcl^ ; ^ les pojjede toutes. 

Bien tofl la pauureté , la ^rauelle you les joutes; 

Et mille autres douleurs (jui viennent à leur tour; 

Te feront par de longs fupltces. 

Payer à chaque heure du iour. 

Le cruel intérêt de tes courtes délices. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV T'RENTE-SEPTIESMF- T AB LEAJ^. 

^"^^ EvT eftrc n'auez vous pas remarqué ce que ic 
vay vous dire. C'cil que la peinture a cela dcco- 
mun aucque la pocfic dramatique , qu'en chaque 
Tableau, aulTi bien qu'en chaque pièce de théâtre , 
on y doit obferuer l'vnité de fuiet. Ne failons pas 
ce tort, ie vous prie , à noftre excellant Peintre , de 
croire qu'il air ignoré cette reigle fondamentale 
de fon art. Il les a toutes conues , & les a toutes 
iudicieufement pratiquées. Mais ayant deflein de 
nons donner en ce Tableau , vne inftrudion toute entière , il s'eft vo- 
lontairement difpenféde la feucritédeceslois,afindeioindre des chofcs 
qui eftoyent feparées de temps & de lieux -, & par cet artifice , nous 
monftrer comme tout d'vnc veue, la caufc & l'effet de nosincontinan- 
ccs. Vous voyez confufemcnt l'Europe ô^l'Afieila Phrigic &la Grccci 
Troye ôc Lacedemone. Ces hommes armez , & combattans , font les 
complices du ieune Prince de Troye, qui tousenfemble ont enleué cet- 
te fameufe Reine , dont la beauté fut fatale a tous les demy-Dicux de 
fon fiecle. Ses rauiffeurs la portent dans le vaifleau , qui la doit mener 
à Troye. Mais {I vous hauflez les yeux , vous l'y verrez défia arriuée; 
& vous la verrez bien diftin(SVement,à la lueur des fiâmes , qui confu- 
ment cette fuperbc &: malheureufe ville. Permettez moy, s'il vous plaift, 
de faire maintenant vne nouuellc reflexion , fur le fuiet de cette pein- 
ture; & dire à la gloire de mon Peintre, qu'il a très rehgieufement ob- 
ferué les myfteres de fon art. Car le rauiffement d'Hclene, ^l'embraze- 
ment de Troye ne font qu'vne mefme chofe, puis que Troye commen- 
ce à brufler dans Sparte mefme ; & que les Troyens font condamnez 
a la feruitude des Grecs , au mefme inftant que le voluptueux Alexan-- 
drc rauit la femme impudique du trop indulgeant Menelaus. 

SEQVITVR NOCENTES VLTOR DEP'S. 



Hor.lib. i 



Seditione ^ dolis ^fcelerCy atque libidinCy ^ ira, 
^^'^' ^ Iliacos intra muros peccatur , cir extra, 

^*'''- Pafior cùm traheret per fréta nanibus 

'^^- 'î- Id^eis Hélène» ferfidus hojpitam , 

Ingrato celeres ohruit otio 

Vent os , iT caneret fera 
Nereus fata, Mala ducU aui domum^ 
Quant multo repetet Gracia milite, 
Qoniurata tuas rumpere nuptias. 
Et re^num Priami letus. 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 37 

IL N*y A POINT DE CRIME SANS CHASTIMENT. 




Mil^rAhloTroyem , ^ar le; Dieux immole-^ 

A leurs l'dnveances légitimes : 

N' ACCU f-X. fini /« Grecs, fi VOUS ejies brulen^. 

Voflre Prince impudique^ f^ l'exce:^ de lo; crimes. 

Ont iilume h feu cfui 



(t ijous a (te Ole 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

EXPLICATION DV T R EN T E-HVICTI ES M F. TABLEAV. 

Ôvs vous fouucnez bien, comme ie croy, de l'cx- 
ccllancc méthode, dont fe feruoyent les Romains, 
pour détourner leurs cnfans , de ce chemin fatal 
que l'abord artificieux de la volupté, leur figuroic 
plein de délices. Plutarque raconte qu'autant de 
fois que ces grans hommes vouloycnt donner à 
CCS ieunes gens, horrcurdclyurognerie, ils auoient 
acouftumé de faire enyurer leurs cTclaues , &: les leur 
faifoienr voir comme noyez dans l'écume, & dans le vin qu'ils auoyent 
rendus. Nous auons trop bonne opinion de noftre Peintre ftoique, 
pour croire qu'il ayt changé de party \ & qu'il ayt quitté les galeries de 
Zenon, pour fe ietter fur le fumier de Diogene. Cela n'cft pas aufïi. 
Mais il s'cft perfuadé qu'il ne pouuoit faiUir d'im.iter la fagelfe Ro- 
maine \ & que pour imprimer bien auant dans les âmes, l'auerfion de 
ces defbauches, que l'honnefteté ne permet pas de nommer, il deuoit les 
reprcfenter, auec toutes les circonftances perilleufes & ridicules , donc 
elles font prefquc toufiours accompagnées. Il ioue donc icy la cata- 
flrophe d'vne comédie Italienne. Le Pantalon qiie tous les deftins co- 
miques condamnent , à la neceffité d'eftre touliours poltron , & touf- 
iours cocu ; ayant cfté aduerty par fon valet , que quelque Leandre , ou 
quelque Lelio eft aueque fa femme , entre la dague a la main, pour immo- 
ler rvn& l'autre, à la mémoire de fon honneur. Mais Marinctte,quieft 
faitte au badinage,n'a pas manqué d'aduertirlcs amants de la venue du 
bon homme. Leandre auffi n'a fait qu'vn faut du lit dans vn coffre j & 
s'eft imaginé que le cocu n'auroit pas le nez aifez fin pour fe mettre fur fes 
voyes. La fortune toutefois la trompé, car le vieux punais a fenty l'o- 
deur delà befte^ &VOUS le voyez courir a la vangeance,maisen vne po- 
fture plus propre à faire rire, qu à faire peur. Ifabelle cependant contrefait 
la defolée ■-, & reclame les Dieux aufquels elle ne croit point. Pour le galînt 
bien qu'il friche que le Pantalon eft vne mauuaife lame , il nelaifiepas 
de fe repentir de la dangcrcufe curiofité , qui luy a donné l'enuie de 
prendre parc aux plaifirs d'autruy \ & par de belles remonftrances con- 
iurc le Pantalon, de ne point trempe- fon glaiue, dans le fangd'vn hom- 
me plus malheureux que coupable. 



IMPROBrS NVMQÎ^AM LIBER EST. 

Horat.i.i. Quià rcfcrt , njri njirgis , ferroque necari? 

Aacloratus cas : art turpi cUufus in arca, 
Quo te demift peccati confcia herilii 
Contraclum , genibus tanças caput f 

palltda leéîo 

Dejilint mulJer : mijeram fe conjcia clamet, 

eSlne marito 

Aïarrona peccantis in ambos iujla potefias î 
^'"^'' '' In corruptorem vel iuflior? LE 



Satv 



Lib. >. 
Satyr. i 



Lib 



LA DOCTRINE DES MOEVR S. 38 

LE VICE EST rNÉ SERr/rrDE PERPETVELLE, 




Voleur d'vn bien fi cher a fon njray poJJeJJeMr 
MonSlre qunjn feu brutal incejjament confume. 
ConfeJJe ah trijîe obiet du glaïue puniffeur^ 
Que ton pUifir pajje na point eu de douceur. 
Que ton péril prejant ne change en amertume. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION DP^ T RENT E-N El^F I FS M E TABLEAV. 

E Pantalon n'auoit pas deflcin , comme vous 
voyez en ce Tableau , de pardonner l iniurc qu'il 
auoic receuë. Mais ayant pour le moins autant 
de peur que l'adultère, il luy adonné le temps de 
fe defembarafler de fon coffre , & de gaigner la 
campagne. Le voila qui fe coule le long de la rue; 
& qui (e rit des menaces que le Pantalon luy fait fur 
le feiiil de fa porte. Ceft aflez de cette Comédie. Ne 
nous diuertiflons pas d'auantage de ces folies criminelles \ & reprenant 
noftre ferieux , feparons le pur de l'impur. Voyez vous ce defbauché, 
qui a par manière de dire, le poignard a la gorge. Peut eftre vous figu- 
rez vous,qu'eftant deuenu fage par le péril qu'il a couru, ilfe retire chez 
luy, aueque vne ferme refolution d'abandonner le vice, & de ne cour- 
re plus de hazard, que dans les occalîons d'honneur. Nullement. Mais 
plus infenfible a'fa propre honte, & a fon propre danger, que le Lyon 
ou le Tygre ne l'eft à la cage, & aux fers, dont il eft efchappé, ilpaffc 
d'vne abyfme en l'autre i & va chercher chez vn fécond Pantalon, vne 
féconde Ifabelle. Que cette fidelle image de la corruption du fîeclenous 
doit fenfiblement toucher. Certes la vie de la delbauche, eft vne vie 
bien bafle, bien honteufe , & bien brutale. Il ne faut pas s'eftonner fi 
les fages font tous les iours de fi grands efforts fur eux mefmes , pour 
furmonter de fi grandes foibleffes ; & fi pour ny tomber iamais. Ils dé- 
clarent vne guerre fi fanglante , & fî mortelle a la malheureufe chair, 
qui toute efclaue & toute déchirée qu'elle eft, ne laifTc pas de nousfol- 
liciter continuellement à des ordures. 

IMPROBrS EA" SERVITT^TE AD SERriT^TTEM PRORVIT. 

Horat.i.i. EuA^t f cYcdo mctues doÛufquû cauebis : 

5^tyr- 7. QJ^^ yg^ quando iterum ^aueas, ùerumque perhe 

Pojfts. O ! totiesjeruus qu^e bellua mptis 
Cum femel effu^tt , reddit fe yrana ^ catrnis ? 



LA DOCTRINE DESMOEVRS. 3^ 

r.E DESBAVCHE' PASSE UVN CRIME A L'AVTRE. 




Qu'vn efprn impudique ejl efclaue du vice. 

Que l'homme efl malheureux, qui fi Uijfe emporter. 

He^arde ce perdu qui fort du précipice. 

lU'en eft efihappé que pour s'y reietter 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

E.rPLICATION BV qvarantjesme tableav. 

E n'eft pas aflez de vaincre vnc partie de nos en- 
nemis. Tant qu'il y en aura en cftat de nous atta- 
quer, nous ferons en danger d'cftre battus. Il faut 
donc acheucr de les dcffaire , afin de rempor- 
ter vne entière viiftoire. le me figure que nous 
auons profité des enfeignemcnsque nôtre Philo- 
fophc nous a donnez. L'amour , le icu , le vin, 
font poffible autant d'ennemis renucrfez à nos 
pieds. Mais l'ambition ne l'eft pas. Cet infcnfc defir des tiltres, des 
couronnes , & des richelTes \ nous ronge encore les entrailles , nous 
pique l'efprit , & tâche de triompher de nôtre tempérance. Voyons de 
quelles armes nous auons befoin , pour euiter cette hontcufe defFaitc, 
& nous arracher à vne fcruitude , qui cft d'autant plus ignominieu- 
fc, que les marques que nous en portons, eftant des marques fort efclat- 
tantes , font vifibles a tout le monde. Mais il ne faut pas que nous 
cherchions alheurs, l'inftrudion qui nous eft neccffaire. Nous la pou-- 
uons tirer de la magnanimité du demy-Dieu , qui eft peint en ce Ta- 
bleau. Confiderons ie vous prie, comme il fe conduit parmy les tenta- 
tions de la fortune , & les appas de l'ambition. Le Peintre nous le rc- 
prefcntè couuert de fa peau de Lion, & armé dVne mafle vi(florieufe de 
tous les monftres, dont il a efté combattu. Il foule aux pieds l'amour des 
richelfes ,• & par la victoire qu'il a remportée fur fes pafïions, doit inf- 
pirervn grand dcfir à tous les hommes, de mêprifer des biens qui oftent 
le feul bien de la vie. L'Oriant & le Couchant , le Midy & le Septen- 
trion : en vn mot , l'vn & l'autre monde luy offrent à l'cnuy des cou- 
ronnes. Mais il les refufe, auec plus de gcncrofité, qu'elles ne luy font 
offertes ; & ne prétendant autre gloire , que celle dont la vertu le fait 
eclatter , nous apprend que ccluy la feul qui foule aux pieds les grandeurs, 
eft digne de les pofTedcr. 



QVIS DITES ? QVI ^IL CVPJT. 



od 



Horat.i.i. Latius rcgncs auidum domando 

Spmtuntyquam/iLihyamremotis 

Gadihus iungas , cir 'vterque Penus 

Serniat njni. 



Senec 
Thveft. 



K.ex eft , qui pofuit metds , 
Et diri mala pcéîoris : 
Quem non amhitio impotens. 
Et nuntquam ftahilis fauor 
l^nlgi pracipitis mouet. 
Qui tuto pojitus loco, 
Infrafe videt omnia. 



CELVY 



LA DOCTRINE DES MOEVKS. 40 

CELrr LA SEVL EST RICHE dT^ MESPRISE ZES RICHESSES. 




Peuples de l'vn ^l'autre monde y 
l^ous tanre^ 'vainement , vn homme égal aux Dteux. 
Le globe ou 'vous marche-j^^ efl 'vn point a Ces jeux: 
Et bien loin de régner , fur la terre ou fur l'onde. 
Il médite i-n Empire, au jjl grand ijuc les Qieux. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV QVARANTE-VNIEZME TABLEAV 

O vs auez trop ouy parler du fameux & redouta- 
ble feftin , qui eft peint en ce Tableau , pour me 
pcrfuader que vous en foycz en peine. Neantmoins 
ie ne laifleray pas de vous en entretenir fuccinte- 
ment, puis qu'eftant encore extrêmement malades 
de la maladie de la cour , il eft nccefTairc de vous 
donner fouuant des contrepoifons, contre vn fi dan- 
gereux venin. Mais ie vous traitte trop fauorablc- 
mcnt, de ne vous confiderer que comme des malades ordinaires. Voftre 
mal eft furnaturel. Voftre amc en eft attaquée aufti bien que voftre 
corps ; & i'ozc dire, fans vous offcncer , qu'eftant poffedez par le dé- 
mon de l'ambition , vous eftcs de ces Energumenes infortunez,que les 
coniurationsj&lcsexorcifmes mcfmc ne font pas capables de guérir. Mais 
vous ne le ferez iamais , fi vous ne l'eftes par la vertu de l'exemple que 
ie vous propofe. Vous connoiffez bien cet ancien Tyran de Syracufe, a 
fa mine orgueilleufe & cruelle. Ne vous arreftez donc pas a le confide- 
rer ; mais tenez les yeux arreftez, fur l'ambitieux Damocles , aufti fixe- 
ment qu'il a la vcuë attachée , a la pointe du fer , qui luy pend fur la 
tefte. S'il n'eftoit efpouuanté comme il eft , i'aurois bien enuie de luy 
demander s'il fe fouuicnt des derniers vœux qu'il a faits i& s'il goufte 
bien le fuperbc & délicieux appareil , pour lequel il les a faits. Mais il 
n'a non plus d'oreilles pour nous; qu'il en ^, pour lamufique qu'on luy 
donne. C'eft pourquoy ic vous confeiUe de laifler ce timide, & ridicule 
courtifan , dans le fupplicc qu'il a mérité ; & rire de le voir à la table 
d'vn Tyran, aufti gefné, que s'il eftoit à la torture. Confeflez auffi que 
Denis eftoit vn habille homme , quoy qu'il fuft vn mefchant Prince, 
puis qu'il auoit vne fi parfaite cognoiffancc de fa condition ; & puis 
qu'il nous confefTc encore auiourd'huy , qu'il a toufiours cftc plus mal- 
heureux, que ceux la mefme qu'il a les plus tourmentez; & quoy que le 
monde infenfé fc figure , que la condition de bourreau , n'eft guercs 
moins funeftc, que celle des miferables qu'il eftend fur des rouifs. 



BEATVS ILLE NOJ^ EST , CVl SEMPER ALlQriS TERROR IMTENDIT. 



0(1 



Horat. I ,. Diflriâus enps cui fuper impiA 

Ceruice pendet , non fcuU dapes 
Dulcem eUboralfunt Japorem^ 
Non auium , Cytharaque cantus 
Somnum reducent. Somnus agreflium 
Lents 'virorum non humiles domoi 
Faftidit ; imhrofamque rip.tm. 
Non Zephyrif AgitAté Tempe, 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



4» 



lACRAINTE DE LA MOKT,EST LA PJ^NJTIQN 'ÙE'^. AMB.ITIt.rAr. 




Voyex, '^OHS ce Tantale au thilieu des feflins, 
Qui meurt à tous momens , pour trop aymer la l'ie* 
Sfachez yamlpttieux, quajarit la mejme enuie 
l^ous aurc:(_ les me^mes dejtins. 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

■EXPLICATION DP^ QV ARANT E-B El^ JCI ES M E TABLEAU. 

È voy bien l'intention, aucque laquelle noftre Pein- 
tre a formé le dcflein de ceTableau.il veut que nous 
foyons nous mefmes iuges en noftre propre cau- 
fe i & que nous confefTions noftre aueuglement, 
& noftre imprudancej puis que tous ce que nous 
fommes, nous cherchons noftre repos, ou iamais 
perfonne ne latrouué. Les vns fefont imaginez, 
que l'abondance, & les richefTes ne font defirées, 
qu'a caufe des aifes , & des contentements qu'elles donnent à leurs pof- 
feflcurs. Les autres ont cru que les grandes fortunes eftoient trop hau- 
tes, & trop refpeârées, pour appréhender ces petits démons familiers, 
qui fous le nom de foucis & d'inquiétudes , tuent les corps , & empoi- 
fonncnt les âmes. Mais le Tableau que nous regardons, eft vne belle & 
conuainquante réfutation de toutes ces erreurs \ & tout enfemble , vn 
excellant remède pour guérir les ambitieux. Confiderez leauecprefan- 
ce d'efprit, & vous y verrez comme entaflez les vns fur les autres ; tous 
les bie.ns dans lefquels chaque homme croit rencontrer, ce que tous dé- 
firent également. Voicy Tvn des Cefars aftis dans vn Throfne, d'où il 
règne fur tout le monde. Il eft vidorieux de mille peuples, chargé de 
mille lauriers, riche des dcfpouillesderOriant,&:du Midyj enfin adoré 
des peuples les plus efloignez de l'Italie. Il eft cepandant fi perfecuté àts 
bourreaux fecrets, qui font infeparables des grandes fortunes, qu'il ne 
confidere tous les auantagcs qu'elles luy donnent, que comme autant de 
cruels, & irréconciliables ennemis, quifuccedent les vns aux autres, pour 
remettre le fer de moment en moment , dans fcs playes toutes {ànglan- 
tes. Ce n'eft pas auffi cognoiftre l'excellence de la nature de l'homme, 
que de croire que fon bonheur foit attaché a des chofes qui depandent 
du caprice , &: de la brutalité dVn monftre qui a mille telles 5 & ne pas 
auoiier auec noftre fage , que les foucis, les foubçons, & les craintes, 
font les plus aftidus , comme les plus importuns courtifans , qui font la 
foule dans le cabinet des Princes. 



NEC ESSE EST VT MVLTOS TIMEAT , QJ^ÈM MVLTI TIMENT. 

Hor. lib. 1. j^Qyj gnîm gaza , neque confularis 

°^-*^- Sommouet li6lor miferos tumultus 

Mentis , t^ curas Uqueata circum 
TeBa volanteis. 

L'b.i: ^on domus ^ fundus , non aris aceruus , cir auri^ 

Epift. t. Mgroto domino deduxit corpore febres. 

Non animo curas : 'valea.t pojfejjor oportef , 

Si comportatis rébus , bene cogitât vti. 

LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 4* 

LA CREINTÉ EST LA COMPAGNE DE LA PVISSANCE. 




Ces gardes aux cafaques peintes y 
Dont Us liais font enuiraine:^; * 
Ne les licjfcndeut point des cremtes , 
A qitoy Dieu les a condamne-:^. 
C'eji en vain qu'ils o-:^ent Je pleindre^ 
D'vn Arrcft Jî iufle ^ïr fi doux. 
Celuji qui fe fait cremdre à tou? 
Doit ejire réduit à tout creindic. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJ^PLICATWN BV QVARANT-E^TROISItSME TABLEAV 

E T T E peinture n'eft que rexpiication d vnc pcn- 
fée du plus inftru£tif, & du plus moral des Poët- 
tcs Latins. Pour nous monftrcr qu'il ny à point de 
condition ou l'homme trouuc Ton repos , il nous 
propofe certaines perfonncs , dont les vncs chcr- 
chen-t leur clément dans la licence de laguerrei& 
les autres dans cette vie oyfiue & parcfleufe , qui 
compofe la félicité des matelots. Le Peintre nous 
reprcfente après luy des Soldats à pied& à cheual, armez pour l'attaque, 
& pour la dcfFence ,• & ncantmoins il nous les figure tellement frappez 
de terreurs paniques , & fi puiflamcnc combattus d'ennemis inuifioles, 
que bien qu'ils fuyent à toute bride , ils deferperent toutefois de pou- 
uoir échapper au fer qui les pourfuit. Les bleifcures > la feruitudc, &la 
mort ; enfin tout ce qu'on fc figure de plus effroyable , dans vnc con- 
dition extraordinairement malheureufc , Te prefentc à leur imagination; 
& par le redoublement de leurs craintes , leur fait payer auec vfure , la 
faufl'e ioye qu'ils ont gouftéc dansl'impunitc de leurs crimes. Ce n'eft pas 
alTezd'auoir vu ces malheureux. Voyons en d'autres, que la folle curiofi- 
té de pafl'erd'vn monde à l'autre, ou l'infatiableauidité des richefTeSjOnt 
fait inconfiderement embarquer fur l'Océan. A peine ont ils perdu la terre 
de veuë,& decouuert les premiers fignes de la tcmpefte qui fe forme, 
qu'ils fe repentent d'auoir cru leurs mauuais cpnfeillers; & fe trouuent 
cnuironnez de foucis bien, plus cuifans , & d'apprehenfions bien plus 
viues, que n'eftoient les incommoditez qui les ont chaffcz de leurs mai- 
fons. 



CVRJE INEVITABILES 

Horat.i.i. S candi t teratas 'vitiofa naueis 

^ '■*■ Cura : nec turmas equitum nlinquit, 

Ocyor ceruiSy ç^t* d^jinte nimyos 
Ocyor Euro. 

^^- '• timor <27* mhi£ 

0<L 1. 



Scandunt eodem quo dominus : neque 
Decedit arata triremi , <^ 

Po/? equirem fedet atra cura. 



LA DOCTRINE DES MOEVR.S. 45 

vAJi Torr LE sorcy Nors jiccompagne. 




Utie toy dam U Cour. Entre dans les affaires. 
Monte fur l'Océan. Cours les deux Hemifphcres. 
Demeure en l'autre monde. Habite ceUty-cy. 
Suy les arts de la Pai.K; ou l'horreur de la guerre-y 

Tant que tu viuras fur U terre^ 

Tu nepeuxviure qu'en foucy. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EXPLICATION DT^ QV AR A NT E-QV; AT RI ES M E TABLE AV. 

Entends vos murmurs fccrets ; & voy bien à 
vos actions, que vos fcntimcns ne font pas touf- 
iours d'accord aueque la Philofophie. Vous 
aiiouez aueque elle , que la Cour, que les ri- 
chefles , & que les conditions eminentes font ac- 
compagnées de grandes inquiétudes. Mais vous 
voulez aufli, qu'elle confefle, que la pauureté eft 
vn grand mal j&: que chagrin pour chagrin, fou- 
cy pour foucy, fupplice pour fupplice, l'abondance eft incomparablement 
plus fuportablc que la mifere. Noftre Peintre a preuenu vos obiedions-, 
& pour vous le tcfmoigner , il reprefcntc en ce Tableau , toute la rage 
& toute la tyrannie de la pauureté. Mais ce n'eft pas de la pauureté illu- 
ftre , de la pauureté volontaire , de la pauureté héroïque. Cette pauure- 
té barbare & inhumaine qu'il nous peint , eft vne pauureté populaire, 
vne pauureté forcée j enfin vne pauureté lâche , infâme, & corrompue, 
qui n'a autre père que le crime , ny autre obiet que le mal. En effet ï\ 
cette enragée rencontre vne ame foible, vne amc timide, vne amc igno- 
rante, il faut auoiier qu'elle exerce d'eftranges fupplicesfur elle i& quand 
vne fois, elle s'en eft rendue maiftreflcjelle dénient la plus cruelle des furies, 
& luy tient toufîoursdeuant les yeux fes fouets, & fes ferpents, pour luy 
imprimer le defefpoir. Si cette miferable pofledce refifteàcettc tentation, 
elle la fait fuccomber fous vne autre. Elle luy commande imperieufement 
de tout faire, & de tout fouffrir. La contraint de fe ietter les yeux fer- 
mez, dans les précipices qu'elle luy prefente. Elle efface peu à peu le ca- 
ractère diSin , que l'homme porte fur le front. Elle luy arrache les fenti- 
ments d'honneur, & de vertu, que la nature luy a grauezdans le cœur; 
& l'ayant détourné du pénible chemin, par lequel on monte aux Tem- 
ples de ces deux diuinitez , elle luy deffend mefme de hauffer les yeux 
vers la cime de la montagne , ou elles font adorées. 



rAVPERIES , NON TEMNENDA. 



Hotat. 1. j. 
Oà. 14. 



Senec. 

Conrol.ad 

hcluiani. 



Magnum pAuferies opprohriumy iubet 
Quiâ 'vis (^ facerCy (p* pati : 
F'irtHtifque njiam dejerit ardua. 

Inpaupenate nihil malt effe, quifquis modo nondum peruenit 
in injantam omnia fukuertentis auaritix^ atque luxuria ,intelti- 

LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 44 

LA P AVVRETB' EST FZrSTOST BIEN QV £ MAI. 




La ^ttMuretê neft pas indifférante ; 
Zenon a fort de la mettre en ce rang. 
Par fa 'vertu , l'ame la moins fuijjante^ 
Peut triompher de la chair ^ du Jang. 



\ 



LÀ DOCTRINE DES M C)£ V R S. 
EXPLICATION Dr QJ^ARANTE-CINQriESME TABLEAV. 




E voy bien que mes raifonsfont capables de vous 
vaincre , mais qu'elles ne le font pas de vous per- 
fuader. Vous n auez rien a repartir , &: toutefois 
vous n'eftes pas fatisfaits. Voicy nôtre Peintre 
qui vient à vôtre fecours. Il nous prefente vn 
Tableau , qui fcmble parler en vôtre faueur \ &c 
J\f nous montre iufqu'à quelle honteufe feruicude, 
^ l'homme eft réduit par la rigueur de la pauure- 
té. A n'en mentir point, cet obiet eft vne puifl'antc raifon, pour porter 
les efjprits à la recherche des biens de la terre. Mais ne triomphez pas de la 
confeflion qui m'eft efchappée. Vous ne conferuerez gueres l'auantage 
qu'elle vous donne. Qui penfez-vous , ie vous prie , que foit cet infi- 
me, qui pour vn bien imaginaire vend fon honneur, fa confciencc, &: 
fa liberté ? C'eft vn de ces miferables aueugles volontaires, qui par vne 
lâche & brutale intempérance, deshonorent lapauureté, &quifont vne 
cfclaue, vne caimande, vne proftituée,de celle dont les Philofophes ont fait 
vne Reyne, vne conquérante, vne Sainte. Le Ciel aufliqui s'eft toufiours 
déclaré pour elle, ne laifle pas long-temps cet ennemy de la vertu, dans 
l'impunité de fes crimes. Le Tableau que nous regardons, eft tout plein des 
fupplices,dont il eft diuerfement tourmenté i&: vous voyez que ceux la 
mefmes qu'il a choifis pour fes prote<S:eurs,deuiennent fes tyrans. Se fes 
bourreaux. En effet pour ce qu'il ne peut fupporter vne condition qui 
l'approche bien près des Dieux; il tient à honte ce dont les Philofophes, 
& les Héros ont fait toute leur gloire ;& proftituë tantoft fa liberté. Se 
tantoft fa vie, pour fe deffairc d'vn bien qui doit eftre acquis, aux def- 
pens de la liberté mefme, & de la vie. Mais détournez les yeux de cet 
obiet indigne de vôtre compaffion ; & regardez ce riche infolcnt qui 
s'eft fait vne monture du miferable, qui le croit plus heureux que luy.; 
C'eft vne furie vangerefl'e , que la iufticc du Ciel a infeparablement at- 
tachée a ce grand coupable, pour luy faire fentir combien eft horrible, 
&c combien digne de punition, cette baffelfe d'amc, qui le rend efclauc 
des richeflcs. 



P APPERT ATIS METVS V l RT TTI NON SEMPER NOXirS. 



Hot. lib. 1 
Epift. lo. 



Sic (jui pauperietn njeritus , potiore metallis 
Libertate caret y dominum vehet improbus , atque 
Seruiet aternum , quia, paruo nefciat vn. 



Mcnand. 



Paupertarem ferre non omnis , fed viri fapientis. 



LA DOCTRINE DES MOEVllS. 4; 

LA rAWRETE' N£ NTIT PAS TOKSIOJ^RS A LA riRTf^. 




Riche infumey il ejî "or^y : Leî ejiodei ingrates 
T'ont fait tyran du panure, ér l'ont mis fous ta luy. 
Mais s'il efi magnanime , il efl plus grand que toy , 
Et tel que fut Cafar au milieu des pirates , 
Bien nu il toit ton cfclaue\, il te commande en Roy. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION DT^ QV ARA NT E-S I X I E S M E TABLEAU. 




E Tableau dcuant lequel vous vous arrêtez , a efté mis en 
fuite du précédant , pour combattre mes raiions, & mes 
exemples. Aufïi me le montrez vdus pour tacher de me 
conuaincrc, àc me faire changer d'opinion. A la venté 
cette afTemblce me furprend \ & l'idolâtrie qui s'y exer- 
ce, me met prefque en colère contre la vertu que î'ay tant 
deffenduë. le voisicy vn mélange efpouuantabledccho- 
fes faintes & prophanes. le voy le démon eftropié des 
richclTes affis fur le thronc , ou doit régner la pauureté héroïque. Mais ce qui 
m'elpouuante le plus, c'elt que ie voy que la fagefle elle mefme, ployé les ge- 
noux dcuant ce monltre j &c que la Religion detruifant fon vfage tout spiri- 
tuel, employé fes Autels&: fon encens à l'adoration des idoles. La renommée, Ja 
liberté, la noblcfle , 1 honneur font du nombre de ces adorateurs. Mais leur lâ- 
cheté ne me met pas en peine. Ce font quatre mercenaires, qui ont couftume 
de fe proftituer pour vn peu d'intereft; àc qui fe vendent à vil prix , toutes les 
fois qu'ils rencontrent des acheteurs. Quiconque à de l'argent , trouuera cent 
Poètes , qui le porteront iufqu'à la table des Dieux; & autant deGenealogiftes 
qui indifféremment le feront defcendre dePriamou d'Agamemnon:des yEaci- 
dcs, ou des Cœfars. Mais que la fageffe , & la pieté fe foyent abaiffées iufqu'à 
l'adoration du vice, c'cftvn prodige qui peut eftrc mis au nombre de ceux, dont 
l'imagination rrop audacieufe des Peintres & des Poètes, peuple tous les iours, 
leur monde fabuleux. le ne puis toutefois meperfuader, que dans vne matière 
fi ferieufe, noftre Peintre quiell Ç\ fage, ait voulu abufer de faPhilofophie, &fe 
difpenfcr de fon ordinaire feuerité. En effet ie recognois le fecret de fon ame, 
dans les linéaments de fa peinture. Cette vertu qu'il peint a genoux, n'eft pas la 
véritable vertu qu'il adore. C'eft cette fauffe & pernicieufe vertu qui trompe les 
fimples, qui mefle les fourbes, & les trompeurs a la focieté des gens de bien 5 & 
qui fc tenant fur les leures des mefchants, leur eft vn mafqucfubtil& charmant, 
qui les fut toufiours prendre pour ce qu'ils ne font pas. Fendis autant de la pieté 
quil'accompagne. Ceftl'hypocrifie qui eflant, comme vous fçauez, toute impo- 
fture, & toute ambition , fe couure perpétuellement du manteau de la pieté, 
pour abufer les innocens, & leur couper la bourfe. Cela eftant, comme il eft, ne de- 
uez vous pas auoiier,que icn'ay pointfuiecdeme rendre, puis que tous ceux qui 
font armez contre moy, ie veux dire, contre la vérité que ie dcffends, font ces 
mefmes monftres , que défia tant de fois vous m'auezvii fouler aux pieds. Con- 
feffez doncingenuëment, que ce Tableau nedonne aucun auantage aux auares 
nyaux ambitieux , puilque nous ne voyons que des vices cachez, ou des vices de- 
couuerts , s'abaiffer deuant l'idole des richeffes. 



Horat. 1. 
Satyr. 3. 



PECKNI^ OBEBIKNT OMNIA. 

Omni s enim res^ 

l^irtMS,fumay decus, dtuina, humanaque pulcbris 
Diuinis parent : quas qui conjlruxerit , il le 
Clarus erit , fortii Juflusyfapiensetiam, (spRexj 
Et quidquid volet. Hoc y njeluti njirtute paratum, 
Sperauit magn^ Uudtfore. 



Torr 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 46 

rorr cède at démon des richesses. 




Monjlre de ^ui le front efl ceint d\n di^tdefme. 
Corrupteur des ef^ritSyJier tjran des Mortels! 
Qui peut te refjler ? puijque la 'vertu mcfme 
Oubliant ce quelle efl , fefleue des autels. 



Aa 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV OVARANTE-SEPTIESUE TABLEAU. 

RoiEZ VOUS que ce Tableau foit vne nouuelle réfutation 
des vcritez que i'ay deffenduës ? Si vous eftes de cette opi- 
nion , vous elles extrêmement abufcz \ car au lieu d'en tirer 
auantage, vous allez voir que les richellcs n'ont iamais eu 
le priuilege de rendre illullres,ceux qui les polTedentjOU 
pour parler plus régulièrement, ceux qui en font pofledez. 
le ne veux que vous faire la defcription du principal pcr- 
fonnage de cette peinture; afin que vous demeuriez a ac- 
cord, que maigre toutes fes richelTesmal-acquiles.c'ellvn monftrc qui a beau- 
coup plus de la bcfte que de l'homme ; & qui fans Toffenccr n'eft qu'vn fot, encore 
qu'en la pofture ou ileft,il contrefairel'hommed'importancej&paflepourtel 
parmy les flateurs qui l'enuironnent. Vous voyez Venus , les Grâces , l'A- 
mour , & l'Eloquence , qui par leurs cajoleries , & par leurs fauiTes louanges, 
perfuadent à ce camus, à ce punais,à cefingequiparle, qu'il n'y a rien de beau 
ny de grand , ou , auec iuftice , il n'ait raifon de prétendre. Mais vous f(^auez que 
ce font des fourbes &des railleufes, qui ontcouftumedcfediuertirauxdefpens 
des fots ; & qui pour fe mocquer adroittement de la vanité de celui cy , en fei- 
gnant de luy prefenter la coOtonne de la galanterie , le coiffent de celle qu'il a 
méritée. Regardez à fa main gauche , cette trouppe de Matrones hypocrites, 
d'Efcriuains mercenaires , & d'autres femblables affronteurs. Ils le traittent de 
Caton & de Fabrice. Ils l'éleuent plus haut que les Cèdres du Liban; & le font 
fortir dVne tige plus ancienne & plus fameufc, que celle des chefnes de Dodonc. 
S^auez-vouspourquoy tout cela fefait? C'eftpourluy faire prendre pour fem- 
me , vne belle & ieune gallante, quia befoin de fon argent , pour faire éclatter fes 
charmes, & enrichir d'honneftes gens incommodez. Ce Squelette animé, mefu- 
rant fon mérite à la hauteur de fes facs& de fes coffres; fe croit homme de bonne 
mine & de qualité ; & fouriant impertinamment à cette ieune merueilie, luy pro- 
met, que pourueu qu'elle fçache connoillre le bon-heur que fa vertu luy a pro- 
curé, il ne luy refufera pas l'honneur de fon alliance. Mais ce quieftplaifanten 
cette rencontre, c'eft que l' Vfurier fe figure qu'il n'y a rien au monde qui le vaille, 
& par confequent, qu'il eft affeuré d'ellre tout feul le poifeffeur de fa femme. 
Cependant, défia toute la ieuneffe de la ville fe poudre, fe frife, fe parc, & fait mil- 
le parties , pour luy affermirfurla telle, lacouronnequeVenusluyafiliberale- 
ment donnée. Aufli, ne fera-ce pas vne petite mcrueillc, s'il fctrouuevn feul 
iour de diftance, entre fon mariage, & fon infamie. 



PECrNIA DONAT OMNIA. 



Lib. I. Epift. 6. Scilicet vxorem , cum dote -yfidemque ^ amicos; 
EtgenuSi 0* formam regina Pecuniadonaty 
Acbenenummatum décorât SuadelU , Venujque. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 47 

SI TERSITE EST RICHE , ON LE PREND FOVR ACHILLE. 




! que tu fais d'outrage aux vertus héroïques, 

Dont ft fauffement tu te piques ; 

Homme fans honneur ^fansfoji. 

Tu flattes lâchement vn infâme Tantale-, 

Et le coeur embraie à'vneflame brutale. 

Tu fais de fon argent, ton Idole (ST ton Roy. 



LA DOCTRINE DES MOEVR.S. ; 

EXPLICATION BV QV ARANT E-HV ICri ES M E TABZEAT^. 




Oicy le premier des crimes importants , où nous fait 
tomber î'aueugle paffion des richcfles. D'abord qu- 
vn homme en eft poficdé , il perd cette grandeur da- 
me auec laquelle il cil né j &: fe précipitant de cette 
haute cleuation , dans tout ce qu'il y a de plus bas &c 
de plus infâme en la vie , il renonce publiquement à 
la vertu, & par confequant,à tous les auantages qu'il 
auoit reqeus de la libéralité delanaturc. Sivouseftu- 
diez bien ce Tableau , c'eft ce qu'il prétend de vous en- 
feigner. ç Ce ieune courage , qui poulie par les mouuemens de la grâce & de 
la nature , vouloir marcher fur les pas d'vn Alcide;&: comme luy, monter au 
Temple de la vertu , eft a peine entré dans vn ii pénible fentier , qu'à l'objet 
des richcfles que le vice luy prefcnte, il fe trouble : il s'arreftc : il confulte: il 
fe repend de fa genereufe refolution : il tourne le dos à la vertu ; & ayant a- 
bandonné lafehement les armes qu'elle luy auoit données , fe met auec fes 
femblables , a faire cas de chofes qui à proprement parler , au lieu d'crtrc les 
derniers efforts, &les chefd'œuures de la nature, comme les auarcsfc font per- 
fuadez , n'en font que les excremens & les parties hontcufes. 



PECT^NIA A BONO ET HONESTO ABSTRAHIT. 



Hor.Iib.i 
Epift. i6. 



Lib. r. 
Satyr.5. 



Lib.i.Sat.4. 



Perdidit armu , locum 'virtutis deferuit , q 
Semper in augenda fefiinat^ çvr ob 



ui 
ruttur re. 



Nimirum Infxnus paucis videatur , eo quod 
Adaxima pars hominum morbo ia.cl>itur eodem. 

Qjtemuis média ente turba^ 



A ut ob auarttum , aut mijer. 



LE 



LA DOCTRINE DES M OEVR s. 48 

ZE DISIR DES BIENS EST CONTRAIRE AJ^.Y CHOSES HONESTES. 




Homme auare 9^ hrutal , pourquoy murmures-tu 

Contre la Tupreme Ja^eJJe } 
Il n'en faut point douter. L'amour de la richejje, 

EJl il haine de la vertu. 



fib 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION DV QVARANT E-N El>^ F lES M E T ABLEAV. . 

I VOUS cftes aufTi fcnfucls que voftrc âge & voftre mine veu- 
lent me le perfuadcr , ienedoutepointc]uevousnetrou- 
uiczcn ce tableau, Vin grand fujecd'ay mer Icsricheflfcs. Le 
Peintre y fait cclattcr tout ce que l'or a de charmes j &:Ia 
fable qu'il reprcfente , eilvn grand exemple ou de la force 
de ce métal, ou delà foibleflc des femmes. La beauté que 
vous voyez voluptueufement couchée fur ce lid , eft cette 
fameufe Princefle , que la ialoufie de fon père enferma dans 
vne Tour d'airain; & fit garder par tout ce qu'il auoit d'hommes vaillans &: incor- 
ruptibles. Cependant ces demy-Heros, ces cœursde lion, ces âmes incapables 
de lafcheté , qui deffioient les Cieux & les Enfers, & qui demandoient tous les 
iours, qu'il fe prefentaft vne occafion où ils peuffcnt tefmoigner à leur Prince 
leur valeur &: leur foy, font éblouys au premier éclat de l'or qui brille fur leurs 
teftcs ; & pour le pofledetjils oublient leurs promefTcs, & abandonnent leur hon- 
neur & leurs armes. Toute leur fidélité cil: corrompue par ce dangereux metail. 
Ils trahiflcnt audi lattenre & ladeftméedeleur Prince i &hurenta. la mercy du 
corrupteur j la proye que fans fon or, il auroit vainement pourfuiuie. La fragile 
Danaé n'a pas plus de vertu que fes gardes. Elle prend pîaifir à voir tomber fur 
elle des gouttes d'vne pluye fi precieufe i & l'innocente qu'elle eft, fe décou- 
urant toute pour eftre rafraichie d'vne fi douce rofce , ne s'apper^oit pas de la 
perfidie qu'elle exerce contre foy-mefme. Mais il ne nous feruiroitdcrien de 
Juy donner cet aduis. Elle a défia reçeu le prix de fon honneur. Il faut par con- 
fequent qu'elle liure ce qu elle a vendu \ & que fon artificieux amant qui s'eft 
coulé dans fon Uct auec fon or , entre en poiTeflion de ce qu'il a fi bien a- 
chepté. 



QYIB NON ArRO P ERTirMi 

Inclufam Danaen turris aënea 
oT\i'^' Kobuflccque fores , (ri' "cigtlum canum 
Triples excubu munierant fatis 

No6lurnis ab adultem. 
Si non Acrijium , njirçinii abdit^e 
Cujlodem pauidum îupiter^ ç^r yenus 
Kijijfent : fore enim tutum iter, çjp patens y 

Conuerjo in pretium Deo. 
Aurum per médias irejatellires, 
Et pcrrumpere amaîfixa ^potcntius 

Ié}u fulmine 0. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 
L'ARGENT CORROMPT TOVT. 



49 




Beauté qui mets nos cœurs en cendre, 

Et qui mejme des Dieux , fais tes adorateurs-^ 

L'or efl le Roy des Enchanteurs, 

Ton cœur tout fier quilefl,nefçauroit s'en defindre. 

Et s'il trouue des acheteurs; 

Il na rien qui ne foi t à 'vendre. 



LA DOCTRINE DÈS M ÔÉ V R S'. 

EXPLICATION BV C I N QV A N T 1 ES M E TABLEAT. 

OvR peu que vous follicitiez macompl.ùfancejcUceft 
aflez vafte & allez facile, pour prendre vollrc party,con- 
tre mes propres fentimens. Afin donc de vous teimoi- 
gnercombieniefuis accomodant. ic vousconfcfTerayjii 
vous m'en priez, cjue les richelFcs donnent de la mme à 
vn faquin , & font au moins, quen apparence vn foc 
a quelque chofe d'vn lionnelte homme. Mais n'exigez 
pas dauantage de ma naturelle flicilité. Car fi i'allois 
plus auant ieferois contraint de me démentir moy-mef- 
mc; & vous expliquant le Tableau deuant lequel nous 
fommes arreftez , ruiner entièrement les agréables lUufions dont ma com- 
plaifance vous a flattez. Ne voyez vous pas que la Fortune qui pour faire enra- 
ger les gens d'honneur, prend plaifir à voiries fagesdanslabouë, &lesfots fur 
la pourpre, n'a pu toutesfois fi bien defguifer le Singe qu'elle a couronné, 
qu'au trauers des ornemens & des voiles dont elle l'a couuert , il ne paroifle touf- 
iours ce que la nature l'a fait. Tirez de là cette confequcnce neceflaire , quVn 
fot eft toufiours vn fot ; & que plus vn homme mal-fait cft paré, & plus Tes diifor- 
mitez fe connoifTent. Vous me direz que le ne vous tiens pas parole, & qu'à 
l'entrée de ce difcours, ie vous promettois plus decondefcendance. Il ne tient 
pasàmoy. Mais ie ne puis. La force de la raifon m'emporte, & bien que ie 
fois fort amy de mes amis, ie le fuis encore plus de la vérité. 




FORTVNA NON MVT AT GENJ^S. 



Hor.lib.i. 
Epift.iT 



Lampfon.' 



Senec. 
et rit. beac 



Naturam expellas furca , tamen vfque recurret 
Et maU prerum^et furtkm fafiigiu. viârix. 

Caca foue indignas Fora , 'Vt lubet , at tua, Jonas, 
Simia ne maneat fimia , nonfacient. 

Nonfaciunt equum meliofefn attreiftani : trf^uê hominem 
praftantiorem fortune ornamenta. 



LA 



LA DOCTRINE DES M OEVR s. ;o 

LA FORTTNE NE FAIT POINT LE MERITE. 




AiAn^e dejjous vn dais. Dors dedans vn lalujln 
Sois fils de mille Rois, (s^ pet ic fils des Dieux; 
Si tu n'as la njertu qui les mit dans les Cicux. 
Tu ne fieras qu'un fiot llluflre. 



C c 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV C IN QV ANT E-V N 1 ES M E TABLEAU. 

I la perte delà vcrcu n'auoic point de fuittesdangereufes, 
ic ne doute pas que la plufpait des hommes eftant lâches &c 
infenfibles comme ils font , ne fuflent aylément confolez 
de fa perte. Mais eftant réduits à la déplorable neceflitc 
de foufFrir tous les maux qui accompagnent le crime, au 
mefme inftant qu'ils ont abadonnc la vertu i ic m'eftonnc 
comme leur propre intereft ne les oblige point àfaircqucl- 
ques efforts pour tâcher de fe la conferuer. Il ell vray que le 
Ciel a refolu que les âmes baflcs foient toufiours mal-heureufcs. Il faut donc que 
leur deftin s accompliflc. En voicy deux qui pour s'enrichir, n'ont apprehédé ny 
les dangers de la Terre, ny ceux de la Mer,& qui pour alTouuir leur inlatiabie aui- 
dité, ont viole efgalemcntlesLoixdiuines& humaines. Nercfufezpasievous 
prie la grâce que le vous demande. Confiderczauec moy , quels font les fruidts 
de tant de trauaux& de tant de crimes. A la vérité, ces perlonnesfontilluftres 
par leurs grands biens. Leur ville eft orne e des Palais qu'ils y ont fait baftir. Les 
plaines les plus vaftes, ne font qu'vne partie de leur domame. Les montagnes 
&: les vallons les reconnoifl'ent pour Seigneurs. La Mer gémit fousle nombre 
des Vaifleaux qu'ils enuoyent d'vn monde à l'autre. Voila des choies qui paroif- 
fent fort éclattantes & fort belles. Mais elles le paroilOfent feulement, & ne le 
font pas en effet. Ces riches miferables , n'ont repos ny nuid ny iour. Leurs 
veilles sot troublées de mille fafcheux mefî'ages j 6l leurs fommes de peu de durée, 
font trauerfezpardesfonges&pardes phantofmesefpouuétables. Auiourd'huy 
ils craignent le defbordementdVneriuiere. Demain la grefle leur donc l'alarme. 
Le tonncre ne fc^auroit gronder, qu'ils netremblent, non depeur d'en eftrc fra- 
pcz , mais de l'apprehenfion que leurs moiffons nenfoientrenuerfées. Au feul 
nom de banqueioute ils palifTcnt; & le pcrfuadent qu'ils n'y a pas vn courtier 
de Change qui ne foit vn voleur defguifé. S'ils ofoientreftablirî'adorationdes 
Idoles, ils feroient de bon cœur des facrifîccs à Neptune & aux Vents, pour en 
obtenir le falut de leurs Vaifleaux:^ & adioullant lefacrilegc àl'vfurc , interef- 
f roient , s'il leur eftoit pofTible , Dieu mefrnc dans la conferuation de leurs biens 
mal acquis. Pouuez-vous maintenàntappcller ces gens, grands, illuftres , heu- 
reux. Si vous le faites, vousn'elicspasdufentimentd'vnhommequiapiidon- 
ner ialoufie au grand Alexandre. Vous le voyez dans fon tonneau, fans inquié- 
tude, fans crainte & fans douleur, pour ce qu'il efl fans richelle. Ilfemocquc 
des fouS; qui fe defefperent de leurspertes, & fe vanted'crtre véritablement grand 
Seigneur , puifqu'il eft au deflus des chofes que le monde eftime les plus grandes. 



ANA^IA BII^ITIARVM C T^ R A 
Hor.i.b.j. Dtfiderantcm (jucd fatï)t efl y neque 
• Ttimultuojlmfolliatat mare, 
Nec feuus Aréluri cidcnits 
Impetus j aut orient is Hadi: 
Non verberata grandir.e ^uintje^ 
Fundufque mendax , arbore nunc aqu^s 
Guipante , nunc torrentia agros 
Sidera , nunc hiemes iniquas. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

VAMOVK DES BIENS EST VN SVniCE Qyi NE FINIT POINT. 




Confulte, Jmhitieuxy ce que tu vok iij; 
Et ton cœur aura fait vn excellent ejîude. 
Le pauure lertueux 'vit fans inquiétude; 
Et le riche mefchant n'ejl iamau fam joucy. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EArPLICATJON BV CINQVANTE-B EV XJES ME TABLEAt^. 

Omme fi ce n'eftoic pas afTez des craintes & des foins dont 
les auarcs font tourmentez, toutes les fois qu'ils hazar- 
dcnt leurs biens, il le font encore des démons familiers 
qui habitent leurs cabinets & leurs coffres ; & qui les tien- 
nent continuellement dans l'apprehcnfion de perdre l'ar- 
gent qu'ils ont enferme fous cent clefs. Ces mifcra- 
blcs pafl'entd'vne inquiétude à l'autre ; & d'vn trouble 
eftranger à vn trouble domcftiquc. Les voicy reprcfcn- 
tcz, après nature, en la perfonnc de ce viel vfurier. Il tient d'vne main les bor- 
deraux & les regiflres de l'argent qu'on luy rapporte , auec les intereftsà cent 
pour cent ; & à l'inftant mefmc qu'il le reçoit, il cft intérieurement perfecuté 
de la crainte d'cftre vole. Il regarde fes propres enfans comme autant de 
Harpies qui veillent pour luy deuorer auec fon or fon bon-heur imaginaire. 
Il interprette leurs feruices & leurs demonftrations d'amitié , à des amorces 
& des pièges, où ils ont fait deffein de le prendre. Ses feruiteurs n'ont efté ad- 
mis au miniftere de fes threfors , qu'après qu'ils ont efté foufmis à toutes les 
cfpreuues qu'il a defirées. Cependant , quoy qu'il foit afleuré du refped des vns 
& de la fidélité des autres, il pâlit , il tremble , il fe defefpere. Ses yeux , fes 
pieds, fes mains, ^ fes foupçons, font d'affidus mais d'infidèles efpies , qui er- 
rant de chambre en chambre, &dc coffre en coffre, luy donnent iour & nuid, de 
fauffes & cruelles allarmes. 



GRANDE AT^ARJTI^ MALVM. 



Horat. 
lib.3.0. i«. 



Crejcentem feqiiUur cura, pecaniam 
Aïaiorumque famés. 



Interea pleno cum turget faccultis ore, 
iuuenai.sat.4. Crefcit amor nummi , quantum ipfa pecnnia crefa 

Et minus hanc optât qui non habet. 



L'AVARICE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

r Aî'^AKlCE EST VN GRAND MAL. 



y* 




Cet auare aux lèvres déteintes, 

Aîet Jon Ion-heur en fon arqcant^ 
Cependant le chagrin luy donne mill' atteintes, 
ht comme irt fier F'autourjes entrailles rongeant. 
Il meurt cent fou le lour , de foupçons (^ de cretntes. 



Dd 




Il LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV CJNQVANTE-T RO I S I ES M E T ABLEAV. 

*EST vn grand mal-hcurcjued'cftrccterncllemencdans 
la creinte & dans rinquictudc. Mais pour comble de 
mal heur , & pour le dernier chaftimenc des crimes de 
l'homme auare, il arriue quelquefois qu'ildeuientinfen- 
fîble à ce qu'il fouffre-, & que côme vn home letargiquc 
eft d'autant plus pcrillcufcment malade qu'il n'a plus de 
fcntiment de Ton mal. L'homme qui fembleferepofer 
dans ce Tableau , eft vn épouuentable exemple de ces pu- 
nitions diuines. Il a l'ame & les yeux tellement attachez fur fon argent -, & eft 
fi cxtraordmairemcnt frappé de l'infenfibilité de fon mal, qu'il n'a plus d'oreil- 
les pour ouyr, n'y d'yeuxpourvoirleshorriblesfupplicesquelcCiel&la Terre 
luy préparent. Tantoft fon bon Génie luy découure le fer fanglant des Voleurs 
qui le doiuent égoger. Tantoft il luy monftre les chaines que luy préparent les 
Corfaires qui font en mer, pour s'enrichir de fesdépoiiilles. Tantoft il luy pre- 
fente les cfcueils qui font cachez fous les ondes ; & tantoft il aifemblc tous les 
vents, &: leur fait exciter des tempeftes capables d'effrayer les Monftresmefmcs 
de la mer. ''^ependant , ce faux Philofophe demeure immobile parmy tant de 
fpcctacles d'horreur ; & fon auarice luy promettant vne vidoire générale fur 
tant de différents ennemis, il va au traucrs du fer & des flammes, aflouuirl'exe- 
crablc pafîion quiledcuore. 



^- ta. 
NI H IL AVRI CVT^BVM REFRENAT, 



Cum ts neque fertiidus afli 



Demoueat lucro chèque Iryems, igniSy mareyferrum, 
satvr. 1. ji-^.. A^/7 obfiet tihi , dum ne fit te ditior alrer: 
Sic feffinantf femper iocupletior obftat. 
Vt y cum canerihiis mijjos rapt 'unguU currus, 
Injtat equis auriga yjiios njincentibus y illum 
Pratentum temnens extremos inter euntem. 
Inde fit y vt raro , quife njixijje heatum 
Dicat ^ exaâo contentus tempore vita 
Cedat , vti confffua fatur reperire queamus. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ;, 

VAJ'ARE CREINT TOVT ET NE CREINT RIEN. 




Ce 'vieux uuare a tous momens, 

Soufft-e mille diuers tourmens. 
Il creint les Elemens , les démons y ^ les hommes. 
Il croit mal-ajjeure , ce au il a dans les mains. 
Et cepandant miferables humains'. 
VniU ce qui nous pluisl; voila ce que nous fommes. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION DV C IN QVANT E-QVATRI ESME TABLEAU. 







►^,/ N^^j» £ trouucz pas mauuais c]uc nôtre Peintre aitadioûtéccs 
^ malcdidionsa celles qui font deila tombées fur les auàrcs. 
j^ Il reprefente ces miferablcs , fouffrant le plus horrible iu- 
^i plice dont le iurtc difpenlatcur des chofes a de coûtu- 
m me de punir ces voleurs , que les Loix ciuilcs ont toul- 
35 iours condemnez&toufiourslaifïéviurc impunis. C'cft 
^ / \ ^^ f^i"i renaiffantc, & l'infatiabilité prodigieule qui les de- 

Ç&rs^^'Ji., .. ' jfe^ uore. Ils ne pcuuoient élire mieux figurez que par le 
pourtrait d'vn Hydropique. Les dclLauches &: la gloutonnie de ce brutal luy 
ayant galle les parties qui feruentàla fabrique du fang; & par confequantàla 
conferuanon de la lanté j il efl iullement châtié par les mcimes parties qu'il a 
iniullement offencées. Il ferait que fonetlomac n'a plus de chaleur qui ne loit à 
demy étouffée ; que fonfoycn'ell plus capable de fes fonctions; & que tout ce 
qu'il prend le conuertit en ferolîtez mortelles. Ccpendat le malheureux qu'il eft, 
il ell brûlé d'vn feu domellique qui ne peutcllrceft;;inf, & croit qu'à force de 
boire il receura quelque foulagement. Il boit donc ^ &: plus il boit & pluss'ac- 
croit le defir de boire. Le corps luy enfle iufques aux cxtremitez des pieds ^ 
des mains. L'eau luy regorge prefque par la bouche ^ &neantmoinsilelltouf- 
iours altéré. Il reprend auifi le verre , & boit fa mort , auec l'eau qui rend fon mal 
incurable. Faites l'application de cette fîniilitude. Confidercz l'auare , comme 
nous auonsconfiderél Hydropique j & vous verrez ou qu'ils font malades d'vnc 
femblable maladie, ou que s'il y a quelque différence, c'cflqueTHydropiquc 
n'eft pas fi cruellement puny de fes defordres , que l'auare l'eft de fes déreglemcns. 
Car l'Hydropique ne languit que deux ou trois ans au plus j & l'auare eft des 
trente & quarante années continuellement tourmenté des douleurs & des 
tortures , que fon infatiabilité renouuellc a toutes les heures du iour & de la 
nuicl:. 



Qvo rzrs svnt roTyE , pzt^s sitivntvr aos^. 



Hor.lib.i. 
Od.i. 



Lib.j. Od.24. 



Crefcit indul^ens fîhi diras hy drops 
Nec Jttim fellit , niji ca.ufa morbi 
Fugerit 'venis , (fp aquofus albo 
Corpore languor. 

Scilicet improha 

Crefamt diuiti^ ^ tamen 

Curtx nefcio quidjemper ahefi rei. 



L'AVARICE 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

L'.-fr^RICE EST INSATIABLE. 



H 




Retranche le defir qui l'agite f^ te trouble. 
Borne ta conuoitije où finit ton pouuoir. 
plus l'Hydropique boit , plus lafoiflujy redouble. 
Plus l'yiuare a de biens, plus il en veut auoir. 



Ec 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV C IN QJ^ANTE-CJNQTIESME TABLEAV. 

L manquoic deux grands maux aux auaies , pour eftre 
au comble de leurs miferes. Voicy le premier , qui cft le 
plus épouuentable fléau dont laiufticeduCielacouftu- 
mc de les châtier. Si iç vous demande pourquoy les ho- 
mes prennent tant de peine, pourquoy fifouuent ils ha- 
zardent leur vie, en vn mot, pourquoy ils dcuienncnt 
leurs tyrans & leurs bourreaux : Vous me refpondrez 
infailliblement, que c'eft pour acquérir parle trauaildc 
leur efprit, ou par ccluy de leurs mains, les richelTes quelanaiflance leurarc- 
fufées. Si ie poutfuis ma demande , & vous follicite de me dire quelle cft 
la fin de tous les trauaux que les hommes fouffrent pour acquérir des richelTesj 
ie fuisafifeuréque vous me répliquerez , que ces trauaux ont pour leur obiedl, 
la ioye, l'abondance, la bonne chère, & les autres délices, qui ne nous peuuent 
eftre données que par la pofTefTion des grans biens. Ol que fi vous auez cette 
créance, vous eftes dans vn grand' erreur. Tournez les yeux fiir cette pein- 
ture, & vous connoiftrez qu'il n'y apointdegueuferiefifordide&filâcheque 
celle de tous les riches. le dis de tous les riches, pour ce que c'eft vne vérité 
fondamêtale , quctous ceux qui fi^nt deuenus riches par leur trauail, fiDnten mcf- 
me temps deuenus extrêmement auares. Celuy que vous voyez , eft vn de ces en- 
nemis d'eux-mefmes. Ce gueux au milieu de tous Tes biens , meurt de foif & de 
faimiôc fi quelquefois il accorde à Ton ventre quelques mauuaisaUments, c'eft 
auec tant d'épargne & tant d'auarice, que dans vne générale fterilité de toutes 
chofes , il n'y a point de pauure honteux qui viue fi miferablement. Ce mon- 
ftre cependant, trouue des délices incomparables en cette forte de mifere, d'au- 
tant que viuant ainfi , il ne voit diminuer ny les monceaux de bled , ny le 
nombre des tonneaux de vin qui l'enuironnent. 



Harat.lit.; 
Satyr.5. 



AVARVS QJ^^SITIS FRVI NON AVBET. 



Qtà nummoSy aurumque recondit, nefeius vti 
Compo/ttiSy metuenfque njelut cont ingère facrum? 
Si quis ad ingentem frumenti Jèmper aceruum 
Porreéîus vigilet cum longo fufle j neque illinc 
jiudeat ejuriens dominus contingere granuniy 
j4c potiùs foliis parcus vefcatur amaris: 
Si po/ttii intus Chij , 'veterifque Falerni 
Aîille cadisy nihil ejl^ ter centum millibus^acre 
Potet ^cetum. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

L'ATARE EST SON BO^RREAr. ! 



ss 




li nejlpas hefoin d'inuenter infupph'ce 
)unir ce brutal de fort auidiré. 



Non. 

Pour punir ce brutal de foi 

Il seft fatt Jon bourreau par exce'^d'auaricci 

El f fait bien fe punir comme il a mente. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATIOxN BV C I N QP'A N T E SJ.YJESME T ABLEAV. 

I l'Auarc cft puny au dedans pai la crcintc qu'il a d'vfer de 
fcs richenTes, il ne reft pas moins au dehors, par le peu de 
connoifTancc qu'il a de fa brutalité. Il cft toufiours frap- 
pé de l'cfprit d'aueuglemcnt, &: comme certains foux qui 
iecroyent parfaittement fages , il fe figure d'eftre vn A- 
chille &: n'eft qu'vn Tcrfite. Quelques iniuftes & quel- 
ques opiniaftrcs partisas des richefles que vous foyez , vous 
ne f(jauricz voir le riche & ridicule Midas , que vous ne 
demeuriez d accord, qu'on peut eftre tout enfemblc extrêmement riche & ex- 
trêmement fot. Mais ce qu'il y a dcpis en cette auanture , c'eft qu'à proportion 
que le fot s'ellcue fa fottifc s'cfleue auffi. Elle môte auec luy fur le théâtre qu'il s'cft 
bâty de (es trefors ; & fe fait montrer au doigt, par tous ceux qui font aflez clairs- 
voyants , pour ne pas confondre vnc Marotte & vn Diadème. Nôtre Pein- 
tre veut que vous foyez de ces illuminez ; car il vous prefcntc en ce tableau 
la fottifc elle-mefme, qui coiffe bicnplaifamment le Dieu des richefles, du plus 
ample de fes bonnets ridicules 5 & luy met entre les mains le fccptregrotcfquc 
auec lequel elle commande à la plus grande partie de l'Vniuers. Tournez , ie 
vous prie, les yeux fur ce lointain , que ce Peintre a fi heuieufement prattiqué fur 
la cime d'vne montagne. Vous y verrez vnexéple bien fameux de la venté que 
ie vous annonce , en ce Prince impertinent, qui ayant demandé aux dieux de 
conuertir en or tout ce qu'il toucheroit; obtint fi mal-heureufement pour luy, 
l'accompUffement de fes vœux , qu'il fut irKapable de tout autre chofc que de 
faire de l'or. Mais en punition de fa demande criminelle , il perdit fi abfolu- 
ment l'vfagc de la raifon&des fcns , qu'il trouua plus d'harmonie au cornet en- 
roué d'vn Monftre, qu'à la lyre mefme du Dieu de la Mufique. 



VITIO yiTIVM ACCEDir. 



Hor. lA.i 



E^ft ïi.'' StkltitUm patiuntur opes 



Anftot.Rheth.i. ^'^j ^'Jur» TrK'^'ni '^. 

Areopag. 'TrK'écnili , \^ T S"iu/aLe^icCi ^oiA, Kj 



VN 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. ^^ 

FN .-irr^GLEMENT EST SriVY D'VK Aî^TRE. 




Ne te njAtite iamAis ny d'eff^ir ny d'a:îrejje. 
Pour auoir plus vole y que nom fait tes ayeux. 
Afidjts efloit tout d'or j (j;* malgré fa richejje ^ 
Il p^ijja pour ^7î y^fne au lugemertt des Dieux. 



F f 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJiTPZlCATJON DJ^ C IN QV ANTESEPTILSME TABLEAJ'. 

Velqves melancholiques que vous foycz, de vous voir 
fî éloignez de vos prétentions , il faut neantmoins que 
vous nez du plaifant TpccStaclc , que nôtre poëfie muette 
vous a prépare. Approchez donc, du miferablelicloii 
gift vn malade encore plus mircrab!cj& contemplez l'a- 
uare Opimius, contrauit par vn mal violent d'abandon- 
ner la gardedefcsfacs&de Tes coffres. Lecathcrerétouf- 
fe. La fluxion luy fait perdre l'vfage des fens. Il dort en 
dépit qu'il en ait, d'vn fom^Tie prefque mortel j & Ton ame qui veille encore vn 
peu , ne luy rcprefente autour de luy , que des troupes de voleurs , refolus de s'en- 
richir de fesdépoiiilles. Mais ces vifions ne font pas abfolument trompeufcs: 
car fes heritiersacharnez fur fon argent, comme des Vautours fur vne charogne, 
cngloutiflcnt des yeux &: de la penfée, tous les trefors que ce dragon a fi long- 
temps gardez. Ils en parlent comme s'il étoit defia mort. Ils fe raillent de la 
peine qu'il a prife à les enrichir \ & pour fe mocquer de luy , s'cntre-diient qu'afin 
que (a mort foit conforme à fa vie, il ne faut pas beaucoup dcpenfer à fes funé- 
railles. Le Médecin cependant , plus charitable que les héritiers, accourt au fou- 
lagement du malade. Il vient le remedeàlamain j Remployé toute fa faufle e-- 
loquence pour vaincre fon affoupiflem.ent. Comme il voit qu'il n'enpeut venir 
à bout , il tente le dernier & le plus puiffant moyen qu'il a de 1 eueiller. Opimius 
(luy crie t'iljouurez les yeux. On vous vole. Vos héritiers ont rompu vos cof- 
fres. Ils partagent voftre argent. Chacun enemportcfapart. Suis-ic encore 
en vie , s'écrie douloureufement l'auare ? Ouy, luy répond le Médecin ; & fi vous 
ne voulez faire grand plaifir à vos héritiers, prenez vifte le feul remède, par le- 
quel vous pouucz rendre la forceàla naturedefaillante. Combien coufte-t'il, 
demande bafTcment le mal-heureux auare? Peu, repart le Médecin. Mais encore 
combien, adioufte Opimius? Cinq fols, dit le Médecin. Ha lie fuis mort, s'écrie 
l'auare. Et quoy, n'eft-ce pas mefme chofe, que ie fois alfafîiné ou par la mali- 
gnité de mon mal, ou parle vol dcmesheritiers,ouparlarapinedes Apoticai- 
res .^ A cette belle confideration le Médecin fe met à rire aufïi bien que les héri- 
tiers, & laifle mourir très -iuftementceluy, quiàdirevray, mérite d'eftre alfaf 
fine par luy-mcfme. 



AVARVS NISI CrM MOKITVK NIHIL RECTE FACIT. 



Horat.Iib.i. 
Satyr.5. 



Pauper Opimius argent i pojïti intiis , ^ auri^ 
Qta njerentanum fejlis portare diehus 
Campana, Jolitus trula 'vappamnue profejhs , 
Quomdam lethar^o grandi ejl opprejjus. ^r. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

L'^rARE MEVRT COMME IL A VEScr. 



57 




Te 'voiU.yfauure auAre, à U fin de ravie. 
Implore à ton/ecours , l'or qui fut ton enuie. 
Voy s'il te peut tenir tout ce qu'il t'a promis. 
Aia:s au fort de ton mal ^ le traifîre t' abandonne-. 
Et pour ton defefpoir-, le voila qui fe donne, 
Aux plus grands de tes (nnemii. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS, 

E.YPLICATIO\N BV C l N (TPfA NT E-HJ^JCTJESAÎE TABLEAU. 

Ovs me reprochez par vôtre filence mocqueur, cjuemcs 
inue6tiues ont trouué leurs bornes ; & puifcjue l'auareeft 
mort, que ic ne fc^aurois aller au delà. Vous vous trompez. 
L auare eft mefchant iufcju après fa morci & vous allez voir 
vnc peinture, qui toute boufonnc quelle eft, ne laifTc pas 
d'eftre aufli inftrudtiue que les plus fcrieufes qui font en 
cette Galerie. Ce font les funérailles ridicules d'vne mé- 
chante vieille, qui toute fa vie auoit regardé fes héritiers 
auec les yeux de rauarice,c'cftàdire,aueclesyeuxlesplusiniuftes&lcspluscn- 
uenimez , que la haine puifle donner aux vindicatifs. Comme elle connût que 
fon heure eftoit fonnée ,• & que la mort l'alloit donner en proy eaux Corbeaux, 
qui depuis foixante ans attendoient facharogne, elle s'auiia d'vne malice digne 
d'elle, afin que mefme en cclîant de viure, elle ne put céder d'eftre ce qu'elle 
auoit toufiourscfté. Elle ordonna donc par fon tcftaroent , qu'après fa mort 
fon corps nu,feroit trempé dans vn tonneau d huile; & que tout dcgouftant 
de cette liqueur , il feroit par fon héritier auiritoutnu,portédefamaifoniuf- 
qu'au lieu de fa fepulture. Il fallut que ce digne héritier fe mit cette digne char- 
ge fur les efpaules; & que de peur de perdre lafucceflion,il cmpefchât que cette 
couleuure ne luy échappât des mains. Cent fois elle faillit à luy couler d'entre 
les ferres. Mais cet oyfeau de rapine f^auoit trop bien fon mcftier, pour quit- 
ter ce qu'il auoit fi ardemment pourfuiuy. Il la tient donc , comme vous voyez, 
fi ferme, qu'en dépit 4e toute l'huile de l'Attiquc, il ne l'abandonnera point 
que pour luy écrafer la tefte en la précipitant dans la fo (Te, que pour cette raifon 
il a fait creufer vne fois plus qu'à l'ordinaire. 



AVARVS ETIAM POST FATVM IMVTiOjBVS. 



Anus improha Thebis^ 



"tyr.; ^x teftamento fie eft elata. Cadauer 

Vnflum oleo largo , nHdis humeris , tulit hères: 
Scilicet elabi fi pojjet mortua. credo 
Quod nimiùm mfîiterar viuenth 



LA 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 58 

LA MALICE BE V AVARE VIT APRES SA MORT. 




L Au are (fi plein d'ire ^ à'enuie\ 

Le temps qui change tout , «V» change point le fort. 

Il fut méchant toute fa lie. 

Il l'efi encore après fa mort. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV C IN QVA NT E-N ErFIESME TABLEAV. 

Près tant d'exemples des crimes &: des mal-heurs, dont 
les richefles font accompagnées , nous Tommes réduits, 
me dircz-vous , à la neccÂîté d'eftre gueux toute nôtre 
vic,& de regarder les biens du monde, comme des mon- 
ftres &: des poifons. Nullement , mes chers amis , pour- 
ueu que les richefles ne vous pofledent pasi & ne vous 
portent point aux iniuftices & aux abominations oûfe 
plongent tous ceux qui font pofledez de lapernicieufc 
cnuie d'en auoir , il vous cft permis de les fouhaitter , de les acquérir , d'en 
vfer. Cette cruelle bcfte qui règne iufques dans le Sanftuaire, peut rencontrer 
fon vainqueur. Cette Idole des richeiïcs, deuant qui tant de peuples ployent 
honteufement les genoux, peut perdre fes Temples &fcs Autels. Voyez no- 
ftrc Sage, qui par les principes de fa Philofophie , eft le maiftreabfolu de tou- 
tes les chofes. Il change l'abus des richefles en vn légitime vfagc. Il a comme 
vn autre lafon , mis fous le ioug ce dragon efpouuantablc qui garde l'or j & 
l'ayant contraint de changer de nature ,1e rend docile à la voix de la vertu. Ce 
Tableau expofe ce beau fpcd:acle a nos yeux , & nous apprend que pendant 
que le peuple idolâtre & brutal , réclame la richefle comme vne diuinité, les 
gnmds hommes la gourmandent, l'enchaifnent , & la traittent comme vncef- 
claue rebelle. 



VARIVM PECVNI^ DOMINIVM. 



Hor.iib.i. Imperat , autjeruit colleéîa fecunU cutque: 

Tortum dignafequi Rotins y quàm ducere funem. 

Hor.iib.i. Quo meltor Ceruo, quo liberior fît auarus, 
Epift.K. f- . .. J \^ r j • / a 

In triviis Jixum cum je demtitit oh ajjem ; 

Non video, nam qui cupet , metuet quoque porro 

Qk/ metuens viuit , liber mihi non erit vnqaam. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. jp 

ZES RICHESSES SONT BONNES AVX BONS. 




La^lus part des Mortels font Ji feu généreux, 
Qu^tls flattent lâchement des montres trop heureux 
Que leurs biens mal- acquis font iohjeéî de l'enuie. 
Aîoy qui nay point comme eux , le courage abbattu; 

le leux toute ma lie 
Adef^rifer la fortune , ty* future la vertu. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATIO\N DV SOIXANTIESME TABZEAV. 

OsTRE Philofophc muet ne pouuoit mieux finir la ma- 
tière des richcflcs que par le Tableau qu'il nous prcfcnte. 
Apres auoir monftré les ordures & les mifercs de l'aua- 
ricc, il auoit à faire* paroiftre auec éclat, la vertu qui luy 
eft oppofée. le fcjay qu'il pouuoit par vn grand nôbre de 
tableaux, produire les beautez & les béatitudes de la Li- 
béralité. Mais n'ayant qu'vne place de refte, il y atres- 
iudicieufcment renfermé, tout ce qui eft de plus grand, 
de plus illuftre , &: de plus merucilleux en la vertu qu'il reprefente. En efifet, 
bien que ceux qui s'enrichiflent par des voyes innocentes, & qui le feruentge- 
nereufement de leurs richclTes, ne perdent pas vn fcul moment de leurs iours; 
& ne faflent toute leur vie que des adions héroïques i il n'y a toutefois rien de 
fi extraordinaire &de fiémerueillablequeleurfin. Ils quittent leurs biens auec 
plus de fatisfadion qu'ils ne les ont pofledez. Ils les difpenlcntlans regret & 
fans haine; & fe font tellement acquis le cœur de leursheritiers, que c'eildelà 
véritablement que partent les larmes qu'ils voyent refpandre. Efcoutcz,ievous 
prie , le difcours de nôtre Philofophe. le vous ay fait voir , vous dit-il , la fin é- 
pouuentable de l'Auare. Maintenant pour vous en faire perdre la mémoire, 
puis qu'il eft indigne qu'on fe fouuienne de luy , ie vous monftre l'eftac 
neureux, où fe trouue l'homme de bien, quand il rend les derniers deuoirsàla 
Nature. Vous ne verrez point autour de fon lid, cette troupe abayante & affa- 
mée de Chiens & de Corbeaux qui attendent laproye. le veux dire, les detc- 
ftables héritiers , d'vn deteftable Auaricieux. De tous ceux qui font dans la 
chambre de nôtre malade, il n'y enapasvnquipenfeàcrochetterfesCabinets, 
ny fcs coffres. Perfonne ne fe met en peine , s'il laiffe du bien ou s'il n'en lajffc 
point. Tous les fiens n'ont autre foin n'y autre penfée , que de le conferuer. 
Icy les larmes font toutes véritables. Icy les cœurs ne démentent point le vifage. 
La bouche n'eft que l'Echo des difcours de l'ame ; & bref, tous ceux qui enuiron- 
nent ce Saint homme, confpirent vnanimemcnt à luy prolonger la vie. Il n'y a 
point de remèdes qui leur femblent chers. Ils croyent que l'or & les pierres 
precieuies ne peuuent mieux cftrc employées , qu'à la conferuation d'vnc per- 
fonne encore plus prccieufe. 



LIBERALI HOMINI VOLVNT OMNES OPTIME. 

At Jî condoluit tentatum frigore corpus^ 
j4ut alius cafus leéîo te affixit : habes cjui 
Af/tdeat t fomenta paret y meclicum roget ^njt te 
Sujcitet , ad reddat natts, carifque propinquis. 



L'HOMME 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ^o 

rHOMXf!- BIEN r.llSAXT EST Ar:.rE' DE TOKT LE MONDE. 




Heureux ces hommes Innotcns^ 

Qui vainqueurs abjolus des féru ; 

Quittent auec plai/ir , cette ohfcuiC demeure. 

Qui partagent leurs biens auec iwrement; 

Et qui font ajjeure-::^ qu entrant au monument^ 

Leur digne juccejjeur les regrette (^ les fleure. 



H h 




r FIN DELA f I R^TIE 



^. 



^ 




PREFACE. 




=^> ' ^ Enageons nos forces puifque nous ne fommes qu'à 
la moitié de U carrière j ^jr par njne njtile méditation 
comme par vn agréable repos ^ préparons nous a finir 
glofieufement notre cour je» Nous auons vit tous les 
; tableaux qui enrichijfent le coflé droit de cette fameu- 
fe Gallerie-y ^ ie ferais tort a notre iujle (<;^vertueu- 
fe curiofite i fi ie doutais que de tous cequenousfom" 
mes , ilj en eût njnfeul^ qui n eût aparté a un fi beau 
; fpeflacle, les yeux de l'ame aujji bien que les yeux du 
corps. Cela eflant , nous auons tous également re- 
marqué les vertus ^ les vices dont toutes les condi- 
tions font accompagnées. Pour mon particulier , i'ofe croire fans faire le vain , que vous 
ayant tiré les rideaux dont tant de fçauantes peintures étaient couuertes ,t'ay fait voir 
diflinélement aux yeux mefmes les moins clairs-vayans , ce que l'art du Peintre fembloit 
enuier aux connoiffances vulgaires. Il ny a maintenant plus de pajfions riy de vices ^ 
quelque fard t^ quelque artifice qui les deguife , qui fiaient capables d'abu/èr ou de l'in- 
nocence ou de la mauuaifie veué de leurs fpeéîateurs. Leur malice nefi plus cachée. Leur 
fard efi remarquable. Chacun peut voir leurs pièges ç^t* les euiter. L'amoury efi repre- 
fente fi volage , (î cruel y ^ fi perfide , quil ny aura plus que des infenfe'^ volontaires , qui 
feruiront de butte à fies traits, ^ d' aliment a fies fiâmes. L\tmbttion qui paroi f oit illu- 
flrCj paurce qu elle paroi fiait genereu fie , a perdu les filtres pompeux quelle auoit iniu- 
fiement vfurpe7\ Nous luy auons arraché le mafique (fj* la pourpre qui la rendaient 
en apparence y la plus noble des pafiions\ 0* par la connoiffance que nous auons donnée de 
fia bafi'efife f^ de fa vénalité , nous croyons que déformais les âmes bafies (y* mercenaires 
feulement y enpourront efire touchées. La Colère , l'Enuie , l'^uarice , l'Orgueil : bref 

tous 



PREFACE. 61 

tous les crimesyont ejîé reprefentex^tds qu ils font, ils nous ont au fji fait également hor- 
reur (y* ont lette d.ins nos âmes, desftmences d'indignation (jr de haine^ aui doincnt infail- 
liblement fermer en leur fiifon -, f;^ produire des fruits dignes des foins (^ de Li culture 
de U Philofophie. Afais il ejl temps de continuer notre prome>iade y ^ retournant 
d'où nous fommes partis , donner à nôtre curtofîtè , lafitisfaâion nu elle attend de nos 
yeux ^ de nos oreilles. Toutes fois ^ auant que de les arrêter fur le premier des tableaux 
qui nous refle a étudier ; il ejl à propos , que le 'vous donne aduis de l'intention de notre 
Peintre Philofophe. Il nous a fait njoir iufques icy, toutes les conditions delà vit ^ ^ 
nous les a fait voir fins nous_y vouloir attacher. Aprefent , il nous les offre auec lapenfée 
de nous les faire embraffer^ mais il prétend que nous choif fions celles qui font les plus dignes 
de nous y cejl a dire y qui font les plus nobles y les plus ff>irituelles , ç^t» les plus propor- 
tionnées à la hauteur de notre origine, il ne nous en produira point d'autres dans ce fé- 
cond ordre de fes tableaux . (sr s'il s' en rencontre quelques-vnes qui vous paroi jj'ent hon^ 
teufes, (^ mécaniques y f^ache-z^ que notre nouueau Z.enon n efl p.is de vôtre fentiment. 
Car il croit qu'il n'y a point de méfier honteux ^quandl' homme le peut exercer auec in- 
nocence ; (^ que ceux que vous nommeT^ des yirts nobles ^ libéraux , deuiennent in- 
fâmes cr mercenaires , toutes les fois que ceu v qui les exercent , les exercent auec vne inten- 
tion fer uile (^ corrompue. Cependant ^ il n'a pas de fan que nous nous arrêtions k ces 
exercices. Il ne les expofe a notre veu'é , que comme des ieux ^ des diuertiffemens pour 
ceux qui font riches y ou comme des ay des 0* des fecours pour ceux qui font mal auec la for- 
tune. En effet , ils font comme autant de rudiments , ^ comme autant de premières le- 
çons , que la Vhilofophie nous donne y afin que peu a peu nous puifftons atteindre à Lcon- 
noiffance de ce grand art ^ de ce méfier diuin ^ de cet exercice continuel des Héros (^ des 
^ngeSy qui efi la pratique de la fouue faine figeffe. Tâchons donc de renouueller l'atten- 
tent ion de nos yeux {s'il m' ef permis de parler ainf) ^ de fuiure pas à pitsvn ffidelle 
conducîeur. Nous paruiendrons infalliblcment par faprudence , à lapofeffton du Trefor 
que le peuple cherche vainement .^ (<^ receuant la Vertu pour U compagne de toute nôtre 
vie^ nous ferons fi heureux , que mefme à, nôtre mort elle ne nom abandonnera pat. 



li 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EATTLICATION B V PREMIER 
de lit féconde Partie. 



T A B L E AV 




VE pouuoic choifir nôtre Peintre de plus charmant & de 
plus aymable, pour nous exciter a la pratique de la vertu, 
que la belle variété qu'il nous figure en ce tableau? Cer- 
tes, ie le confidere comme vneviue image delà gloricu- 
fe condition de nos efprits ; &£ fi i'cntcnds bien fi^n 
langage muet , il me du , que la Nature nous a trop 
aymez , pour vouloir que nous vécuflions vnevic d'ef- 
claues ; ou plutort pour nous auoir animez d'vne amc 
née à la fcruitudc. Ouy , mes amis, nous fommes nez libres. Nousfommes 
nez les arbitres, & les artifans de nôtre fortune. Nos inclinations ne font point 
contramtes. Elles fe portentlibrementàcequilcurparoiftleplusdigned'eftrc 
cmbrafle ; & auec la mefme liberté , elles nous choififlent nos emplois & nos 
exercices. Regardez ce Peintre qui fe laifle fi agréablement emporter à fon ca- 
price. Il règne dans fon trauail j&: ne feroit pas heureux comme il eft, fi au lieu 
defonpinceau, onluymettoitvnfceptreàlamain. Vous en deuez croire au- 
tant de fon voifin , qui trouuant dans fa belle melancholic , & dans fes ing€- 
nieufcsvifions, quelque chofe au delà des Empires & des conqueftes,eftime le 
laurier qu'il a fur la tefi:e , plus noble & plus glorieux que ccluy des Alexandres 
& des Cefars. Si vous iettez les yeux plus loin , vous découurirez vn Médecin & 
vn Mathématicien, qui ont rencontréleur element&leurioyedanslaconnoif- 
fance des chofes qui font conformes à leurs inclinations. Entrez , ie vous prie, 
iufques dans la boutique de ces Forgerons; & leurs vifages auffi bien que leurs 
chants, vous apprendrons que leur labeur eftant vn labeur volontaire, leur eft 
vn labeur dchcieux. De là , concluez que chaque homme compofe fa propre 
béatitude; & que pourueu qu'il apporte au choix de fa condition, tout le iuge- 
ment & toute la connoiflance qu'elle exige de luy , il cil impoffible qu'il ne 
fafle dés cette vie , vn eflay des félicitez de i'au tre. 



Hor. hb.i. 
Epift. I,. 



CVIQJ^E SrrM STVBIVM. 
Quam fctt iterque^ Ithens cenfebo , exerceat artem. 



Lib. 1. Epift. t. Nauem agere ignarus nauis timet : ahrotauum ifo-ro 

Non audet , nijîqui didiat , dare. Quod medicornm ej} 
Vromittunt medtci, traâantfahriiiafahn. 

Omi. jidde, quodingenuAS didiciffe fideliter artes , 

Emollit mores , nec finit ejje feras. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 63 

CHACf^N BOIT SVIJ^RE SON INCLINATION. 




yeux tu UiJJer de toy d'illuftres mouuementi\ 
Et^a^ner 'vne place au Temple de U Gloire. 
Suy les arts immortels des filles de mémoire y 
Et ne force lamats tes noirles fentimens, 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BV BEVA^I ESME TABLEAV. 




N vient de nous enfeigner, que nôtre bonne fcy:tune dé- 
pend de nôtre élcdion. C'eft donc à nous a faire vn bon 
choix , puifque c'eft luy feul qui nous peut rendre heureux. 
Mais d'autant que c'eft à vn pas figh liant que les hommes 
font ordmairemcnt de bien lourdes chcutes , nôtre Phi- 
lofophe nous en veut aducrtir , afin que finous venons à 
tomber , nous n'en accufions que nous mcfmes. Cette 
peinture nous reprefcnte par vnplaifant caprice, le peu de 
iugemcnt que nous apportons au choix de nos exercices \ &c le repentir qui 
comme le mal-heureux compagnon de nôtre imprudence, marche continuel- 
lement fur nos pas. Ce bœuf pcfant & poufTif, qui a quitté le loug pour la bride, 
& le labour pour la guerre , fc plaint du changement de fa condition ■■> & fe prend 
au Ciel , de ce qu'il s'eft lailTé tromper au faux éclat, & à la vaine pompe des orne- 
ments redoutables que les hommes ontinuentczpourlaferuitudedescheuaux. 
Mais laiffons ce bœuf dans la punition de fon orgueil ; Scconfeifons que la Na- 
ture comme vne bonne & charitable merc, porte également tous lesanimaux à 
la recherche de kur béatitude -, & que s'ils ne s'écartent point du chemin qu 
elle leur montre , ils arriueront infalliblcment à la bien-hcureufc fin qu'ils 
défirent. Il eft vray, que les hommes bien plus déraifonnables que les beftes 
mefmes les moins raifonnables , femblent affedier les occafions de fe dérober à la 
conduittc de la Nature, deromprelesborncsqu'elleleuraprcfcriptcsj défouler 
aux pieds fes règlements & les deffences ; & pour le feul plaifir du changement, 
s'ennuyer de la bonne auffi bien que la mauuaife fortune. 



S^A NEMO SORTE CONTENTAS. 



Horat.iib.i. Optât ephippia 'oosptgery optât arare ctéallu 



Epift.14. 



Cuiplacetalterius ,fua nimirum efl odiofors. 



Lib.i. Epift.io. ^"^ ^^^ conueniet Jita res , njt calceus ohf?/^ 

Si pecie maior er/t ,fuhnertet , f minor , 'vret. 



LE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. €4 

LE SOT SE PLEJNT TOVSIOVKS DE SA CONDITIPI^. 




Nous accufons les animaux 
Des dejîrs déreigle'X^dont nousfommes coupMes] 
Mats les hommes tous feuls ont de fi gr An s deffaux. 
Les bejies n en font f oint capables. 



Kk 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION Dy TRO ISI ESME TABLEAV. 




OiCY la confirmation des vciitcz , que nos inquiccudes 
ont fait inucnter à Tvnc & à l'autre poëfic. Nôtre Pein- 
tre a crû que la coniparaifon du bœuf &: du chcual , ne 
feroit pofTiblc pas fur nos âmes , toute l'impreilion qu'il 
i auoit deflein d'y laiffcr. C'cft pourquoy il propofe l'hom- 
me mcfmc , en exemple à l'homme ; éi luy mettant 
idcuant les yeux , les changements iniuftes &: deshon- 
neftes aufquels il eft fuiet,il prétend par fa propre confu- 
fîon,de le guerird'vne fi infâme maladie. Le Soldat veut eftre Matelot. Le Ma- 
telot veut eltrc Marchâd. Le Marchand veut eftre Laboureur. Le Laboureur veut 
eftre Hoftelier, c'eftàdire, que toute condition eft importune à celuy qui n'eft 
pas fage ; & que quoy qu'il choifififc , il fe trouue toufiours trompé dans fon 
choix. Il n'en eft pas de mcfme de l'homme prudent. S'il eft né libre, il fait 
éledlionde la fortune; & la fçait conduire auec tant d'adrelTe, qu'il ne s'en laffe 
ny ne s'en repcnt iamais. Si Dieu l'a fait naitre dans les fers , il fe conforme ma- 
gnanimement à la baflelTc de fa condition -, & fans murmurer contre l'ordre 
vniuerfcl des chofes , il adoucit par la Philofophie , les amertumes de la fer- 
uitudc. 



MVLTIPLEX CVRARVM VK^TEXTVS. 



Horat.Iib.i. 
SatjT. I. 



llle gmuem àuro terram qui 'vertit aratro^ 
Verfidus hic caupo ^ miles , nauuque per omne 
audaces mare qui currunt : hac mente Uborem 
Sefe ferre jfenes vt in otia tuta recédant ^ 
Aiunt ^ cum fibi fnt congefla ctharia : JtcHt 
Paruula,nam exemplo e§iy magni formica lahoriSy 
Ore trahit quodcumque potefl , atque addit aceruo, 
Quemfiruit , haud ignara^ ac non incarna futHri. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



TOVS NOS BEFFAVTS ONT LEVR PRETE A^TE. 




Le Nocher panure f^ viel veut fendre les guerets. 
Le Laboureur les quitte; (sr fe donne à Neptune. 
La guerre ejl à U fin au Soldat importune. 
Le Jot ayme le chancre. Il court toufiours après; 
Et changeant de mefiter, croit changer de fortune. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATI02J BV QVATRSIESME TABLEAV. 

Rrestons nous , s'il vous plaift , à confidercr ce payfa- 
gc. Bien qu'il scble n'auoir pas beaucoup de rapport auec 
les autres tableaux de cette Gallcrie , il n'en cft pas tou- 
tefois le moins vtile ny le moins inftrudif. Vous me 
demandez , que fignifîc ce pays fauuage. Quels font 
ces hommes n bigeares & fi mal-velhis qui l'habitent i& 
fous quel climat on trouue toutes les autres nouueautez 
qui vous ont furp ris. Sc^achez que ce tableau eft la car- 
te d'vne partie de ces grandes peninfulles, que l'oyfiueté de Colomb & l'ambi- 
tion d'Efpagac ont efté chercher au de là des bornes de la Nature. Nôtre Pein- 
tre nous les reprefente pour corriger nos inquiétudes naturelles; & nous re- 
procher que nous fommes prefque tous de ces voyageurs ambitieux & ridicules, 
qui ne trouuant pas dans le vieil monde , allez d'efpacepourle flux & le reflux 
de leurs dcfirs déréglez, voudroient qu'il y en eut autant, que l'vn de nos Phi- 
lofophes s'en eft imagine. Mais fi nous iommes fages , faifons auiourd'huy 
vne ferme refo^ution de choifir vne condition tranquille & durable; & pour 
trouuer du repos', de le chercher en nous mefmes , & nondansladiuerfîté ou 
des exercices ou des compagnies. Auffi bien ne f(^aurions nous faire vn plus 
beau ny vn plus neceflaire voyage, que de defcendrefouuent dans nôtre coeur, 
étudier ce qui fepaflc dans vn pays qui nous eft fi peu connu; &pardenobIes& 
fru(5bueufes occupations , confumer le plus agréablement qu'il nous fera poffi- 
ble, le temps que nous auons à languir hors de nôtre véritable patrie. 



CVM FRVCTJ^ PEREGRINANDKM. 



Hor.lib.i. 
Od. 16. 



Lib. I. 
Epift. II. 



Quid hreui fortes iaculamur <euo 
Aiulta ? quid terras alto calentes 
Sole mutamus? ^atriis quis exful 
Se quaquefngit ? 

Tuyquamcumque Dens tihi fortunauerit horaniy 

Grata fume manu y nec dulcia differ in annum: 

Vty quocumque loco fueriSy 'vixtffe Ithenter 

Te dicas. Nam fi ratio , (<;* prudent ia curas. 

Non locus ejfufi latè maris arbiter , aufert : 

Ctelum, non animum mutant ^ qui trans mare currunt. 



QVI 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 66 

QVI VIT BIEN , VOYAGE H E F R E F S r M £ N T. 




Nos inconfliinccs continues. 

Nous font errer par l'f^niuers ; 

Et fous mille climats diuers^ 

Voir mille terres inconnues. 

J\duis nous voyageons 'vainement. 

Nôtre ejprit inquiet nous fait tou/iours la guerre. 

^uffî pour njîure heureufement^ 

Il ne faut point changer de Terre ^ 

Il faut changer de fentiment. 



Ll 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EA'PLICATIO'N BV C I N QV I E S M E TABLEAV. 

E voy bien, mes chers amis, à quoy labcautc dcvôti 
inclination vous porte. A peine auez vous ietté les yeu: 
fur ce tableau , que vous vous trouucz rauis des merueil- 
les qu'il vous prefentc. Que vous elles heureux d'auoir 
fçeu vous conformer fi promptement à la noblefle de 
vôtre nature, & par vn fi digne choix rcfpondrc à laMa- 
iefté de vos âmes. En effet, il faut qu'vn homme renon- 
ce publiquement à la gloiredefonextradion,quand il 
eft ou fi mal-heureux , ou fi lâche, que d'embralîer vnc autre profeflion que celle 
des Lettres. Approchez-yous donc de cette Peinture; & confiderez la grandeur 
àç.% biens où vous eftes appeliez, par la genereufeéledion que vous auez faite. 
Les faueurs que vous receuez des beautez vulgaires, font des faneurs qui fe per- 
dent en les receuant ; & qui prefque toufiours perdent ceux quilesre<joiuent. 
Mais celles que les Mufes vous offrent de fi bonne grâce , font des faueurs du- 
rables. Sont des taucurs innocentes. Sont des faueurs qui vous éleuent en vous 
rauifiant; & qui vous faifantpafler de la condition des hommes à celle des Hé- 
ros, vous font comme autant de fouuerains prefcruatifs , contre toutes les poi- 
fons que la volupté vous prefentc. 



A MVSIS TRAN QJ^TLLITAS. 



Hor. lib.i 
Oi.ii. 



Mufis amicusy rriflitiam ^ me tu s ^ 
Tradam proteruis y in mare Cretkum, 
Von (ire njentis. 



\Utut 



^^^- Sunt opKSy (y* pacem mentis habere ^volunt. 

Anxia mens hominum , curis conféra dolore 
Nonpotis efl cantuspandere Vierios : 

Carminaproueniunt animo deduétapreno, 
TriHitia cum Utis non hene figna cadunt. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ^7 

rESTVBE DES LETTRES EST LA FELICITE' BE L'HOMME. 




Nouueaux ^généreux Orphêes, 

Qui loin de lafaueur des Rois, 

l^enCTi au filence des bois^ 

Confulter les neuf doctes Fées. 

Vous ignore-:^ les foins cuiptnSy 

Qui deuorent les Courtifans. 

La trijlejfe (p* la f eur ^nenjous font point U guerre. 

f^ous ejles ajfranchts des iniures duforty 

Et de tous les maux de la terre y 

Vous néfrouuez,t<irnAis queceluji de la mort. ^ 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION Z)^ SI.YIBSME TABLEAV. 




! que ce tableau nous fait bien connoitre les auantag) 
qu'on tire de l'amour <dc l'étude ; & de l'actiuité furnaturcllc\ 
qu'elle donne à nos efprits. La chambre qui nous y cft fi- 
gurée , fe peut proprement nommer la retraite de la Vertu, 
j^ l'élément de la Philofopliie , le temple des Mufcs , &: le lieu 
facré d'où les pallions font bannies. Aufll le Philofophc 
qu'il nous reprefentc , comme le Miniftre & le Preftre de ce 
^5^'^\i^^;éir temple, n'attend pas que le Soleil l'auertifle qu'il eft temps 
de facrifier au Dieu de toutes chofes. Le foin qu'il a de fon deuoir ; & l'ardeur 
qui le porte à l'adoration de la fouueraine SageUe, à laquelle ils'eftconfacré, 
l'éucillent auant que la Lune ait fait les deux tiers de fa courte. Elle eft encore 
bien haut fur l'Horifon. Elle illumine de fon éclat blanchillant les fencftres 
de fa chambre ; & le voila cependant debout. Il a luy mefme éucillé fon valet; & 
par vnc fi iufte folicitude, il nous adonné cet aduertiflement falutairc, que le 
Pilote n'a pas grand foin de fon Vaifleau , quis'enrepofefur la foy d'vn mifcra- 
ble Matelot. Nous voyons aufli les glorieufes vi6toires que ce Sage vigilant a 
remportées par la puiffanccdefes veilles & de fes foins. Car les paflions les plus 
fortes, les plus redoutables, & les plus artificieufes, comme fi elles tenoicnt de 
la nature des fonges & des fantômes , fe diffipent aucc le fommeil & les tcncbres; 
S: abandonnent ccluy qui veille , pour aller tourmenter ces amcs parcfleufes, 
qui font leur félicité de leur Htj & tâchent de continuer par vn art criminel, ce 
qu'ils ont innocemment commencé par le bénéfice de la Nature. 



BITTJ^RNA QjriES VlTIIS ALIMENTVM. 



Horat.lib.i. 
Epift.i. 



Plaut. 



Et, m 



Pojces ante diem Ithrum cum lumine , Jt non 
Intendes animum fludiis ^ rébus honejlis: 
Iniiidiâ, ijel amore njigil torquebere. 



'vigiUre decet hominem 



Qui vult fua tempori conficere officia. . 

Nam qui dormit at libenter ,Jine lucro , ^ cum 

malo quiejcit. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ^8 

LA PARESSE EST LA MERE DES nCES. 




L'âme efl 'vne machine a beaucoup d: rejjorts. 
L'oy/iuetè les rouille ^ les rend inutiles. 
Trauaille tnceffamment de l'effrit , ou du corps , 
Et ta, machine aurafes mouuement s faciles. 



Mm 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EArPLICATION T) V SEPTI ESME TABLEAV. 

Enerevse &: héroïque paffion , de fc^auoir ce qu'il faut 
|f<jauoir, c'cft à dire d'eftre vertueux , combien font hau- 
,rcs, & combien font diuincs, les rcfolutions que t», fais 
Iprcndre à ceux que eu poficdes véritablement f Cette iufte 
exclamation m'échappe en voyant ce tableau. Regardez- 
^le, ievousprie,dcs meimcs yeux que ie le coniidcre-, & 
j| vous auouërez auec moy , que la SagclTc & la Science, 
à comme citant les Anges tutelaires de nos cfprits, Icurin- 
fpirent des penfées dignes de la fubhmité de leur extraction. Elle leur font con- 
noitre qu'il n'y a rien de fi bas, que ce que le monde cftime de plus haut ^ n'y 
rien de iî vil, que ce que l'ambition &: les autrespaffions déréglées nous offrent, 
comme les chofes les plus precicufcsdelavie. Voyez vous le Philofophe ,que 
tant de démons enuironnent. Ils le tantent à la vérité, mais ils le tantent vai- 
nement. Icy l'ambition luyprefentevnThrône. Là vne Couronne deftinéc aux 
vainqueurs. Plus loin vncftatuëi& pour dernier effort j la pompe fuperbc du 
Triomphe. Cependant ilrefufeégallcmenttousfes prefens ; & leur donnant 
le iufte prix quilsdoiuentauoir,demeured'accordauecluy mcfme, quctoutcs 
ces chofes ne font que vanité. Qu^vn Thrône n'eft qu'vn peu de bois cnriçhy 
d'or & de pierreries. Que ces autres marques de grandeur &de pompe ne font que 
des branches de laurier phées enfcmble, des pièces de marbre taillé , des armes rô- 
puës & attachées confufément. Que le Triomphe mcfme , qui eft le defir de tous 
les grans courages , n'eft qu'vn meflange embaraffé & déplorable de plufîeurs 
innocents cnchainez, d Vn grand nombre de foldats infolcnts& criminels, de 
richeffes rauies à leurs iultespoffeffeurs, & d'acclamations brutales d'vne popu- 
lace infenfée. 



VIRTVTIS AMORE CETERA VILESCVNT. 



Zplrtli ^P ^j^oânam prodire tenus , fi non datur •vitra : 

Feruet auaritta , mtferoque cupidtne pecluO. 
Sunt njerba, (<;* njoces ,qmhus hunclcmre dolorem 
PoJJis , (^ magnam morbi deponere partent. 
Ldudis amore tûmes ? funt certa piacula ^ qua te 
Ter pure leéîo poterunt recreare lihllo. 

Lib. 1. satyr.4, _ quem 'VIS wediâ erue turlfâ: 

Aut ob auarftiam aut miferâ ambitione lahorar. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. c^ 

QJ^I AYME LA VEKTV, MESPRISE TOVT LE RESTE. 




L'homme de bien incejjàmment Joûpirej 
Pour la njertu , comme pour 'vn Trefor. 
S^il U pojjede il a ce qu'il defire ; 
Et par fa force feule j il obtient vn Empire^ 
Ç^uon cherche vainement dejjus vn Tr»ne Sor. 




LADOCTRINE DES MOÈVRS. 

EXPLICATION^ BV HVICTIESME TABLEAV. 

Ien que vous ayez ou afTez deconnoifTancCjOuaflczde 
difcretion, pour forcer les fcntimens que vous donne la 
Nature corrompue , ie les voy toutesfois qui paroiflcnc 
malcrré vous fur vôtre vifage; & qui me demandent quel 
eft le prix, &: quelle eft la fplendcur de la couronne que 
lesSciences&laVertu promettent à leurs adorateurs. Il 
eft iu fie que ie leur fatisfaflc; & qu'après vous auoirdcfia 
dit pluficurs fois , que l'amour des lettres eft vn remède 
fouuerain pour les maladies de l'ame, ievous montre la fa(^on dont ce merueil- 
leux baume doit eftre appliqué fur nos différentes blelTeurcs. Vous auez vu au 
tableau précédant , comme le Philofophe a foulé aux pieds , ces vaines images de 
gloire que le monde a pour l'obiet de fcsplusfcrieulesadions. Vouslc voyez 
maintenant , donnant la loy aux autresTy rans de l'ame \ ôc régnant aucc Empi- 
re fur les pafTions & fur la fortune. Qu'il fait beau voir les ornements qui parent 
fon triomphe. D'vn cofté, les palmiers luy prcfentcnt autant de couronnes 
qu'ils ont de branches; & de l'autre de vieux chcfnes inébranlables, luy font 
comme autant d'images viuantes de fa conftance6«: de fa fermeté. Cen'eftpas 
que fes ennemis foient abfolument vaincus, quoy qu'il les tienne dans les fers. La 
fortune toufiours rebelle & toufîours audacieufe, entreprend auec le refte de fes 
forces, de combattre encore vnc fois fon vainqueur. Pour en venir à bout, elle 
appelle les démons de l'ambition, de l'auaricej&desplaifîrs. Lapauuretéqui 
eft toufiours rauie des defordres & des confufions, accourt à la voix de la For- 
tune ;& produit aux yeux de nôtre Sage, tout ce qu'elle a de plus hideux. L'ef- 
clauage mefme, l'exil, & la mort qui eft réputée le malheur de tous les malheurs, 
fe hguent enfemble pour venir attaquer cette place, qui ne leur fcmble pas im?- 
prenable. Mais leurs attentes font vaines. Car l'ame de nôtre Sage eft fî régu- 
lièrement fortifiée, qu'elle ne peut eftre nyfurprife par l'artifice de fes ennemis, 
ny emportée d'affaut par toutes leurs forces affemblées. 



SAPIENT/yE LIB.ERT AS. 

"â'îyr.t' *' Qjiifnam igitur Ither^. fafiens fihi qui imferiofu^: 

Quem nequepauperies , neque mors , nequcvincula, terrent: 
Kefjonjare cupidtnibus , contemnere honoreSy 
Fort i s , ^ infeipfo totus teres^atque rotundus. - 
Externi nequid ijaleat per Uue morari: 
In quem manca ruit femper fortuna. 

Laect. Dionjjto récitant! verficulos tllos Sophoclii: 

Quijquis tjranni ad teêîa fe contulit, 

Fttferuus illi , liber ^ fi 'venerit : 
yiriflippus, arrepto pofteriore y ref^ondit: 

Haudferuus eH, fi liber illuc 'venerit. 
Quia, inquiebat, verè liber non eft:, nifimus animumj^e 
metûque Uberauit Vhilofophia. L E 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LE SAGE SEVL EST ZI£RE. 



/• 




Ce nefl ny lafaueur des Rois, 

Nj lesfuffra^es populaires , 

Qui peuuem foufmettre à. nos loif, 

Nos fiers ^ mortels aduerf aires. 

La V'ertu feule a ce pouuoir. 

Elle fait qu'vn efclaue efl libre dans fis chaînes. 

Quvn iufle mal-heureux , rit au milieu desgefnesy 

Et que mefme la mort ne le peut émouuoir. 



Nn 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

E.Y F Lie AT ION BV N EVFI ESML TABLE AV. 

% ES maladies de lame, & les autres maux de la vie, font 

"^^ aux pieds de nôtre Philofophe. Il a fait dcsefclaucsde 

fes Tyrans. Mais ce n'eil pas afTez pour la grandeur de 

ÎJjI fa vertu. Ilveuteftre misa déplus difficiles cfprcuucs; &: 
^^ nous montrer comme il ferait refifter aux iniures du Ciel, 
'^.i^.;^^ n^>'!\i»,f7 '-^' fe &'aux violécesdeccux qui font les exécuteurs de fa cho- 
^^J Mf j ^il iii^]' "i^. 1ère. Nous en auons des exeniples en ce tableau. En 
'ffi'^^SST^Ga^f^ fa plus haute partie, nous voyons la confufion qucpro- 
duiicntla qucrelle&lc conflit des deux plusliauts Eléments. Au deilbusja Terre 
ébranlée par leur impetuofité , fe détache de foy-mcfme, rcnuerfe ce quelle 
porte; & femble le vouloir enfeuelir fous fes propres ruines. Plus bas, paroif- 
fenc les dérèglements des paflions humaines, qui font encore plus redoutables. 
IcVjVnRoy menacci & pour fatisfaire à (on indignation, foit qu'elle foitiulte, 
foit qu'elle ne le foit pas , lance indifféremment la foudre fur la telle de ceux 
qui font au dcllous de luy. Plus loin , nous appcrccuons vn grand nombre 
de monftres couuerts delà figure d'hommes , qui nerefpirantsquclemaffacrc 
^ la uefolation, portent le fer & le feu dans vne ville forcée. Mais parmy tous 
ces defordres, que fait nôtre Philofophe ? Il eftaffis fur vnfiegc inébranlable. 
Ses parens &fes amis rafriegent,& par la ftupidité qui eilfi commune aux hom- 
mes , luy crient aux oreilles , qu'en fin il s'éueiUe après vn fi long affoupiflement; 
& qu'il commence à penfer à fa conferuation , & à celle des'^liens. Mais cet 
hom me véritablement homme , fait la fourde oreille à ces clameurs impertinen- 
tes. Il ne tourne pas mefme les yeux pour voir qui font ces importuns folici- 
teursi «Si perfiitant en fa diuine immobilité, s'attache tout entier à la confidera- 
tion de foy-mefme , pefe fcrieufement les mouuemcnts de fon ame ; & tenant la 
balance égale , attend auec vne profonde paix , tout ce que Dieu a refolu de fa 
dcftinée. 



Horat.Ii 
Od.j. 



MED US TRAN QVI LLVS IN VNDIS. 

îujîum 0* tcnacem propo/itt njirum. 
Non ciuium ardor praua iubentiunij 
Non 'vultus inflantis tyranni^ 
Mente quatit foltda , necjue AufleVy 
Dux inquieti turbiâus HadrUy 
Nec fulminante ruagna, louis manus : 
Si jracîus ilUbatur orbis, 
Impauidum ferient ruin^. 

vugiu.^neid. Acfidurafile.x nHtJlei Marpefia cautes. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 
LE SAGE EST INESBRANLABLE. 



71 




Lefa^e^rand comme les Dieux, 

Efl maipre de [es deflinéeSi 

Et de la fortune, çjr des deux. 

Tient les puijjances enchaînées. 

Il règne abfolument fur la terre f^fur l'onde. 

îl commande auxTyrans. Il commande au tirejj>aê' 

Et s'il vojyoit périr le monde ; 

Le monde fer ijjant , ne l'ejlonneroitpas. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV BIATIESAfE TABLEAP^. 

OVS voulez fc.iuoir ce que reprefencc cet homme, qui 
k^feulau milieu d'vndcfcrc plein de monftrcs , marche aufli 
tranquillemcnc que s'il ciloit dans l'allée de quelque beau 
iardin i & qui par vne magnanimité plus qu'hcroïquc, mé- 
prifc le fccours qui luy cil offert, &: les armes qui luyfonc 
miraculcufemcnt cnuoy ées. le vous le diray (î vous m en 
folicitez dauantagc. Mais , quel bcfoineft-il que ic vous 
die fon nom ? Vous iugcz bien à la defcription que ie 
vous en faits après le Peintre, que c'eft le mcfmc demy-Dieu, que ic vousay 
montré au dernier tableau. Là il cftoit aflis , pour ce qu il n'eftoit obligé que 
d'attendre le periI. Icy il eft debout , pour ce que ne voulant fe feruir d'autres 
armes que de celles de la vertu , il eft obligé de marcher fans creinLc au dcuant des 
périls. Jl ne fe détourne point de fon chemin , pour y voir des Dragons , des Ti- 
g;res & mille autres beftes furieufes, qui tiennent la gueule ouuerte pour l'englou- 
tir. Apprenez à ion exemple , a fçauoir bien vfcr de la vie j &: retenez comme 
le plus vtilc précepte que vous attendez de nôtre agréable étude , que celuy là eft 
à couucrt des outrages de lafortune.quis'eftfaitvnaziledelapurctcde^con- 
fcience , & de la connoiflancc des bonnes chofes. 



INNOCENTIA VBIQVE TVTA. 



Horat lib. 
Od.xi. 



Integer vit a ,fcelenfque purus, 
Non eget Mauri iacitlis, nec drcu, 
Nec ojenenatis gramdajàgittis, 

FufcCy pharetra. 
Siue per Sjirtes iter afluafas, 
Siue faSlurus per inhoJJ>itdlem 
Caucafum , vel qua loca fabulofus 

Lambit Hjc{ajj>es. 



L'HOMME 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

L'HOMME DE BIEN EST P.^R TOFT UN SEVRETE' . 



7A 




Vne Ame 'vrajment héroïque, 
Trouue par tout, des lieux de feurete ; 
Et vit mefme en tranquilttè , 
Parniy tous les monflres d'jéjfrique. 
Le Sage qui fçait que la i>ie , 
N'efl que le chemin de la mort -, 
Ne craint iamais d'aller au port. 
Oh fa natjjance le conuie, 
f 



Oo 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION DV VNZIESME TABLEAV. 




L ne refte plus au Sage qu'vnc vidoire à remporter, pour 
auoir tout foufmis a fon Empire. Cette peinture vous 
fait voir que cette dernière victoire luy cft afleuréc,& 
qu'il doit commencer fon triomphe. Mais elle vous le 
fait voir fous certaines figures qui poffible vous paroif- 
fent des énigmes, après le fcns defquelles, il cft bcfoin 
que vôtre cfprit fc trauaille beaucoup. Nullement. Il 
n'ert rien de fi clair ny de fi connu ,& fans mentir ie fais 
confcicncc de vous dire qui eft le vertueux quifouffreficonftammentlesiniu- 
res (S: les outrages d'vne méchante femme. Neantmoins,puifq.ue toute l'anti- 
quité nous a propofé cet exemple , comme le dernier effort d'vne vertu confom- 
mce, il neft pas à propos que nous paffions légèrement par deflfus. Sçachez 
donc, que ccluy que vous voyez au martyre, eft ceSocrates,fîconnûparfon 
propre mérite, & par les extrauagances de fa femme. Vous iugez bien aufli, que 
de tous ceux dont l'Hiftoire Grecque &: Romaine nous ont parlé, iln'yauoit 
que luy qui pût dignement reprefenter le perfonnage qu'il fait dans ce tableau. 
Confiderez comme il fouffre. Confiderez commcilmeditedcscholes très-dif- 
ficiles, & comme prattiquant ce qu'il médite, il nous cnfcignc que pour l'exer- 
cice des âmes héroïques, il cft neceffaire qu'il y ait de méchantes femmes, qui 
comme des furies domeftiques, ayent le foiiet à la main & lesblafphemcsàla. 
bouche, afin que les Sages falTcnt connoitrc iufqucs où doit aller la véritable 
patience, &: combien peut fouffrir la véritable magnanimité. 



VICTT^IX MALORVM PATIENTIA. 



Hor. lib. 1 
Od. 14. 



T>HrHm , fed leums fit patientia 
Qmdquid corrigere eH nefias. 



Lacrt. in vita. UîuflrepdtientU exempUr Sacrâtes, ah 'vxore 

contumeliispetitus : pênes te efl, inquit, maledicere; 
pênes me autem reéîè audire. 

l'rotd.iio. y4ltero duorum colloquentium indignante , 
Is qui fe non opponit ,pltu fapit. 



> 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 7; 

QJ^I SOUFRE B EA^COrr CAIGNE BEAFCOFP. 




On tient cjuvn homme doit pajjer 

Vour vn lâche (y pour im infame-j 

Quand il endure que Jà femme ^ 

Le coiff-e d'^vn pot à pijjer. 

Sacrâtes cependant ce docfeur authentique^ 

Soujlient publiquement que c'efl vne vertu. 

Quant à moj/ qui tou/îours ay craint d'eflre battu, 

le penfe que la chofe ejî fort problématique . 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV BOVZI ESME TABLEAV. 

Evx là fe trompent, qui croyent que le Sage afFcde la ré- 
putation aulli bien que les vertus j & qu'il ne s'abfticnc 
des chofes iniulles, que pour gagner les cœurs,& receuoir 
les applaudiflcments que les méchans mefmes n'ozcnc 
rcfufer au mérite. Pour faire paroitre Terreur de ces gens 
là, le Peintre nous propofe icy, le triomphe fecret de 
l'homme de bien, &: la gloire cachée qu'il re<joit des té- 
moignages de fa confcience. Il ne pouuoit nous le faire 
voir en vne acl:ion qui témoignât mieux ny la grandeur de Ton ame,ny le mé- 
pris qu'il fait & des iniures, & des faueurs de la renommée. Il elt a/fis fur vnfîe- 
ge fi ïblide & fi bas , qu'il ne peut craindre aucune cheute. Il cft appuyé fur des 
liures, c'eft à dire, fur les armes que la fagelîe fournit aux hommcspourcom- 
batre la fortune. Il eft appuyé contre vn mur d'airain, qui n'cft autre que le re- 
pos d'efprit, qu'on acquiert par lahaine des vices, & par la pratique des vertus. 
Voyez ie vous prie, auec combien d'art & d'efprit le Peinrre nous reprefentc 
auprès de luy, cette dangereufc vipère , qu'on appelle Renommée. Il la tait 
paroitre en vne poftureflatteufe, & auec vn vifage charmant. Elle montre a 
nôtre Sage, ces inftrumens pernicieux, ces organes deccuants, ces trompettes 
infidclles & intercflces, qui tantoft publient nos louanges & tantoft nous ac- 
culent de toutes fortes de crimes. Mais nôtre Philofophe qui en connoiftl'vn 
& l'autre vfage, &: qui les condamne tous deux égallement, fupplie cette folle qui 
parle toufioursjdechoifir vneplus noble & plus haute matière à fcs harangues, 
ik. de fe taire d'vne perfonne qui ne veut elbe connue que de foy-mefmc. En 
fuittcil luy protefte auec cette franchife,& cette fincerité qui luy eft naturelle, 
qu'il ne trauaille ny pour acquérir de la gloire , ny pour euiter la home \ &c que 
l'image des crimes qu'elle luy prefente, quelque difforme qu'elle foit, n'adioûtc 
rien àl'auerfion que laNatureluycnadonnéc. Enfin, pour la chaffer honnc- 
ftemcnt d'auprès de luy, il luy déclare que pourueu qu'il puiffe pcrfeucrer dans 
Tiniiocencc qu'il s'ell propofée pour la fin de toutes fcs adions, il tient pour 
indiffèrent , tout ce que le monde voudra dire de fa vie. 



CONSCIENTIA MILLE TESTES. 



• hic mur us aheneus ejlo: 

Epift. I."'" Nil confcire Jibi ^ nulla pallefcere culpa. 



Hor.lib. 



Ouid. 



Confcia mens or cjuique fua f/?, ita concipit tntra 
PeÛora , pro fa^o fpemque metumquejtto. 

Conjcia mens refli fama mendacia ridet: 
Sed nos in 'vitium credula turbufumus. 



L'INNOCENCE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 74 

L^ BONNE CONSCIENCE EST INV'JNCIBLM. 




L'innocence efl 'vn mur d'airain , 

Que nul effort ne peut détruire. 
Le cceur ou l'on la, 'voit reluire^ 
Ayant njn poMuoir fouuerainy 
Ne voit rien qui luy puijje nuire. 



Pp 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BV TREIZIESME TABLEAV. 




L eft vray , la véritable lagefle n'cft pas ennemie de la 
véritable gloire. Elle ne s'attache point fi fort à la con- 
noiflfance qu'elle a de foy, qu'elle ne fafl'c beaucoup de 
cas de la voix publique. Pour nous Ietefmoigner,vn de 
Tes adorateurs fe prcfcnte en ce tableau , aucc ce qu'il a de 
plus caché j &: le dccouurant à la Renommée, luy décla- 
re qu'il ne rcfufe ny fes recherches, ny Tes cenfurcs. Vous 
dcuez vous appliquer cette lc<jon d'humilité & tout en- 
fcmblc de luftice , & apprendre d'vn fi grand maiflre , que comme vous ne deuez 
point affeder les applaudifTcments & les loiianges, il n'cft pas auffi bien-feant 
de vous dérober les témoignages, qu'en vôtre perfonne, la vertu ameritcsdela 
rcconnoilTancc générale du monde. Exercez la donc pour l'amour d'clle-mef- 
me ; mais n'imitez pas ces ialoux & malicieux animaux , qui portant fur eux des 
chofcs qui nous ion t fort ialutaires , les perdent ou les deuorcnt , de peur qu elles 
ne ferucnt à la guerifon de nos maladies. Faites voir vos âmes toutes nues. Souf- 
frez que les hommes iettentlesyeux fur vôtre vie. Permettez leur de vouscon- 
fiderer dedans & dehors. En vn mot, contentez les curiofitez étrangères; & trou- 
uez bon que le peuple eftudic iufquà vos plus fecrctsmouuemcnts, afin qu'au 
moins vous faffiez cefTcr les inii^ftcs murmures de tan t d'ames oy fiues , qui foup- 
çonncnt du mal en toutes les chofcs, fur Icfquclles il ne leur cft pas permis d'e- 
xercer leurs iugements. 



HONESTE ET PTELICE. 



Hotat.lib. 
Epift.i<. 

Larapfoii. 



Tu reâè 'viuis ^f curas ejje quod audit' . 

Vir bonus, injj>ice, ait fodes , ô fuma , quod ante 
Veêlus , cïr* a tergo , mantica noflra gerit, 
Quin noftra tibi nulla demi 'volo claufa fenejlra, 
lanua nulla tibi y nulla Jtt arca tibi. 



Nihil opinionis caujjâ omnia confcientine factem. 
Populo Jpeâantefieri credam^ quidquid me confcio 
faciam. 



LA DOCTRINE DES MOE'VRS. 7; 

QJ-^I VIT BIEN ^ NE CACHE POINT SA VIE, 




L'homme de bien à l'ef^rit toufiours net. 
Il prend plai/ir de l'expo/er en veu'é \ 
Et ne fait rien au cabinet , 
Qj/;7 ne fujje bien dans la rué. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EJirrziCATION DV QJ'^ATORZI ESME TABLEAV, 

Aïs cen'cft pas aflcz que la vertu foit reconnue. Elle 
veut quelque chofe de plus cclattant; & trouue bon qu'on 
luy rende les honneurs qu'elle mérite. Nôtre Peintre luy 
faidl iuftice en ce tableau \ &c luy accorde ce que Tes nobles 
trauaux exigèrent de fa reconnoillance. C'cft pour- 
quoy,il reprefente vn de ces anciens Conquérants, qui 
entre en triomphe dans la ville de Rome , monté lur 
vn char d'or & d'yuoirc , couronné d'vn laurier que la 
vidoire de Tes propres mains luy amis furlatefte; & précédé d'vn graad nom- 
bre de foldats, qui portent auec pompe les dépoiiillesdescnneaais vaincus, & 
les marques glorieufes de la libéralité du Triomphant, Vn grand nombre de 
captifs enuironnent Ton char. Ils marchent (elon le rang qu ils tenoient en leur 
première conditio n. Les Rois y font diftingucz de leurs fubietls, par la differan- 
ce de leurs chaines; & rien ne leur refte de toute leur gloirepa(rée,quelc vain 
éclat de l'or, dont leurs fers fontcompofez. Le peuple eftrauy de tant de mer- 
ueillcs qui luy frappent la vcuë-,&quoy qu'il ne doiuc^ftre que le fpe6tateur des 
richefl'es qui entrent en foule dans fa ville, il ne laiHe pas neantmoins de les re- 
garder comme Hennés ;& tour impuiflant, tout miferable, & tout efclauequ'il 
cft , il fe perfuade que la vie & la mort , la fcruitudc &c la liberté des nations , font 
les ouurages de fon caprice, & l'exécution des confeils qui ont eftércfolus par k 
pluralité de fes fuffrages. 



n RT F T J S GLORIA. 



Hor lib. I. /^f^ gerere , 0^ captos oflendere ciuibus hoHes, 
Attinget folium louis, & caleflîa tentât. 

Lucii. Virtutem njoluére Dij fudore farari. 

Arduus efi ad eam lon^ûfque per ardua traêîus 
AJf>er (^ eH primttm :fed vhi alta cacumina tangcsy 
Fttfacilis qua dura prius fust incljta 'virtus. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 7^ 

LA VERTr A PAR TOVT SA RECOMPENSE. 




Qste tu produits , Vertu , dejruifls délicieux. 
Que les hommes par toy ,Jonr différents da hommes. 
Tu portes tes amants tuf qu'au de là des Cieux; 
Et faits que tout ce que nous fommes, 
Nous les nommons nosfauueurs , (jp* nos Dieux. 



Q.q 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION^ T>V QVllSlZlESME TABLEAV. 

fl^^^^^^i^ A Vertu n'cft pas fatisfaictc pour nous auoir clcuczfur 
,■ .?; j^ vn char de Triomphe. Elle {ç^XiX. que cet honneur eft 
, fv-v-,>~ S ;/;?^ trop vain , trop commun, & trop court ; pour eftre la 
'^^'0. ^>i€^ï recompcnfe de nos trauaux. Il n'efl bon que pour ces 
tiC"""^ ■ ^c heureux téméraires, qui apresauoirhazardélcurvieauec 
ȍ ', lucccz, & combattu quelques temps des ennemis ayfez 

''''^^À^'^'' ^ vaincre, attendent de leur Republique desreconnoif- 
?^p^P^ fanccs proportionnées à leurs labeurs. Mais pour des 
Héros, qui font toute leur vie, aux mains aucc des aducrfaires prcfqucinuinci- 
bles, comme font le vice & l'ignorance, il eft bien iufte qu'il y aicdcs honneurs 
extraordinaires; & que la gloire clle-mefme , les éleuant bicnhautaudclTusdc 
la tcftc des Conquérants , les porte fur fes propres ailles d'vn bout du monde à 
l'autre, & les montre aux nations auecvnc pompe qui terniflc l'éclat de tous les 
anciens triomphes. Ccft ce qu'elle fait en ce tableau, tlic contraint le Temps 
malgré fapuiflance&fonenuie, de luy prêter la main pour nous mettre au dcf* 
fus des chofes periffables \ & publiant de iiecle en ficelé le mérite des hommes 
Illuftres, annoncer qu'ainfi feront honorez tous ceux que la vertu iueera dignes 
de l'eftrc. 




A MVSIS ^T ERN IT A S. 



Horat iib.4. Dianum Uudc virum Mufa ^vftj.r mort: 
Crf/o Mufa beat. 

O Jacer^ (^ magnui v^tum labor, omnia fato 
Eripiiy ^ ^ofuits donAS mortalibH^ auum. 



Lib.v OJ.9. 



Vixere jvrtes ante Aj^amemnona 
Adulti ,Jed omnes illacrjmabiles 
Vrgentur , ignotaaue longa 
Noéîe, car en t qntA njatefacro. 

Nemo tant cîaro geniius parente^ 
Nemo tam clara probitate ful/îr, 
A<ïox edax quem non perimit 'vetuflas , 
Vate remoto. 



Qtad petitur facris ^ nifi tantum fama po'étii 
Ouid. Hoc votum noflri fumma, laboris habet. 

Qura ducum fuerunt olim^ regum(jne po'étœ, 
Pramiaqne antiqni magna tulere chori. 



LA DOCTRINE DES MOEVR.S. 77 

VETERNJTL' EST LE FRVJCT DE NOS ETVDES, 




Mufeî (jue vas facre^^ myfleresj 

Changent le dejlm des mortels. 

Que ceux cju'vn beau dejirconfacre a vos autels ^ 

Portent de puijjants carafleres. 

Leur nom a plus d'éclat que le Flambeau des Creux. 

LeTfivps rompt , pour leurplaire^ (^fafaulx, (^fcs ai/les; 

Et quand ils ont quitté leurs depoitilles mo rt elles, 

La gloire en fait autant de Dieux. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EXPLICATION DV HEIZIESME TABLEAV. 

ONNONs,icvousprie,i la fcienccou fi vous voulez à la 
vertu, car ic tiens que c'eft vnc mcfme chofe, toute la 
gloire qu'elle a méritée; & luy rendons cous lestefmoi- 
gnagesde reconnoiflance qu'elle doit iuftcment atten- 
dre de nos crocurs. Vous auez veu ce quelle a fait pour 
nous rendre l'admiration des autres hommes. Voyez 
maintenant ce qu'elle entreprend pour nous éleueriuf- 
qu'à la condition des Anges. Lavoicy, qui foulant aux 
pieds le monde; & s'cleuant au dcflus des chofes perifl'ables, s'enuoledansfon 
feiour natal, & dans ces lieux bien-heureux, oùTimmortalitc luy prépare vnc 
couronne plus brillante & plus durable que les eftoillesmefmcs. Maisellcn'eft 
pas decesbeautez qui fe plaifentauchangemétjou qui par vn volontaire man- 
quement de mémoire , enferment dans le tombeau de leurs amants , l'amour 
que durant leur vie, elles leur auoient tefmoignée. Celle-cy force les loixdc 
lancceflitc. Elle triomphe du pouuoirde la mort comme elle a fait de la Tyran- 
nie des vices. Elle arrache des mains du Temps , les dépouilles de fes adora- 
teurs. Elle defccnd dans leurs fepulchres-, & r'animant leurs cendres, elle les r'ap- 
pellc à vne féconde vie, d autant plus dcfirable qu'elle n'ertfuicttenyauxper- 
fecutions de la Fortune, ny aux foibleffes du corps, ny à cette rigoureufcloy 
qui impolela neccfïitc de mourir à quiconque re(-oit le priuilege de viure. Mais 
nôtre Peintre , pour ne pas donner à la Vertu , des amants qui fuflcnt indignes 
d'elle, les a choilis dans le meilleur fîecle,& parmy des peuples qui faifoient vnc 
particulière profelTion de la fuiure& de l'adorer. Il luy fait portcrau Ciel, deux 
de ces premiers Héros de la Grèce , qui par vne magnanimité digne du tilcrc 
d'enfans des Dieux, ont paffé d'vn bouc du monde àl'autre, pour en extermi- 
ner les plus cruels Tyrans & les monftres les plus effroyables, ie veux dire l'igno- 
rance & le vice; &qui loignant les armes aux lettres, & la Politique à la M ora- 
le, ont mérité que la Vertu elle-mefme, les mie en poffeilion de la gloire qu'ils 
s'ccoicnt acquife par deux fi belles & fi difficiles voycs. 



Hor.hb.}. 
Od. 4. 



V I RT V S I M MO RT ALI S. 

Virtus recludens immeritis mort 

Cœluniy ne^ara tentât iter via : 

Qœtufjue Vulgareis y ^ vdam 
Spernit humum fugiente pennà. 

Confulere patrU , parcere affltâiSj fera 
Cade abfltnere , tempus atque /ra dare, 
Otbi quietem ypcculo pacem fuoy 
Hac fumma virtus ^ petitur hac calum via. 

Numquam Stygias fertur ad vmbras 
Inclyta vtrtus: viuite fortes, 
Nec Letheos fana per amneis 
Vos fat a trahent: fed cum fùmma : 
Exiget horas confumta dtes, 
Iter adfuperos gloria pandet. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 78 

LA VERTV NOrS liEND J MMORTELS. 




La Vertu nous arrache a U fureur des Parques. 
Alcide en lafuiuant eft monté dans les Ci eux } 
Et fes chers nourrtjjons ,foit bergers fott Monarquesy 
Sont mis fans differance à la table des Dieux. 



Rr 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV B I XSl- PT 1 E S M E TABLE AV. 

ES Mufes nous ont beaucoup donne. Il leur reftc tou- 
tefois vnc libéralité à nous faire j &r comme c'cft leur 
^ couftumcde ioindrc aux rccompenccs publiques & im- 
'^, mortelles, des fatisfadions particulières & fecrcttes , elles 
veulent que le Philofophc fe délaflercfprit, &defccnde 
de fcs hautes fpeculations , pour s'abbaifTer iufques aux 
icux & aux diuertiflcmens des hommes vulgaires. Les 
voicy elles mefmes, qui pour nous en donner l'exemple, 
prennentlc frais dans leur agréable folicude. Le fçauant Dieu qui les conduit , 
a mis bas fon arc & fcs flèches; & endort ces neuf belles fœurs par Tharmoiiie 
& la douceur de fa lyre. Ne vous figurez donc pas, que reftude nous engage 
àvn trauail perpétuel; & que ce foit vnc gcfne qui nous pcrfecutc fans celle. 
Il veut des intermiflions, des reprifc5& des dmcrtilTcmens. Il veut que de temps 
en temps l'efprit fe dclaffe dcfèstrauaux, de peur qu'il ne vienne à fe rompre 
pour auoir efté trop tendu. Mais il ne faut pas que ce repos foit vne oylî- 
ueté vicieufe \ ou vn afloupiffement letargique. Ces dodtes Vierges le témoi- 
gnent aflez parleur adion. Car bien qu'elles paroiffent endormies , elles font 
neantmoins delicieulement touchées du doux chant de leur Condudeur -, Ôc 
méditent mefme dans leur fommeiljdeschofes dignes d'auoir place dans leurs 
plus nobles trauaux. 



POST MVLTA VIRTFS OPERA LAXAKI SOLET. 



Horat.lib.i 
Od. 10. 



Sperat infeflis , mstuit fecunâis, 
Alteramfortem henè pr réparât um 
Veâus, informes h terne s reducit, 
Jupiter, idem 
• 
Stimmouet , non/i malè nunc , (^ olim 
Sic erit, quondam cjthara tacentem 
Sufcitat Âiujamy neque femper arcum 
Tendit Apollo. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

rESPRJT A BFSOIN DE REPOS. 



79 




Vn nauail continu , nou( efl i-n lon^fuplice. 

Le Bal qut dure trop lajje le plus (iijfoi. 

Il faut ménager à propoSy 

Le temps qu'on donne à l'exercice, 

Et celujy qu'on donne au repos. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV DIX-H^ICTIESME TABLEAU. 

OVS VOUS fouuencz bien qu'vn grand homme delanti- 
quitéjfaifant vne agréable confufion des vertus & des vi- 
ces de Caton, en difoit ce paradoxe ; Que ce grand hom- 
me pouuoicrendre l'yurongnerie honorable, plucoll que 
d'en pouuoir cftrc déshonore. le ne diray paslamefine 
chofc de nôtre Sage, mais i'en diray vne qui en eft fort ap- 
prochante. C'eftque le Philofophe peut quelquefois faire 
le fol fans cefler d'cftrc fage. Le tableau que nous regar- 
dons, eft la confirmation de cette vérité. Car les trois figures,dontil eftcom- 
pofé, font comme trois figures hicroglifiques , qui ne lignifient autre chofe, 
fînon qu'en temps &c lieu vne parfaittefagell'e peut çftreaflociceauec vne cour- 
te folie, fans que cette communication puifle luy eftre prciudiciable. Regar- 
dez, ie vous prie, comme l'Occafion feprefcnteelle mefmeàla Sagefle ;&:luy 
amcinc cette petite cnioùée,qui déride les fronts, échauffe la froideurdelamc- 
lancholic , deJafTe l'cfprit trauaillc de longues méditations ; & fçait fi bien fe 
transformer en la chofc qu'elle ày me, que peu à peu elle deuient vne autre ver- 
tu. Ne creignons point après vne fi folemnclle pcrmifllon , de nous refionyr 
lors que l'occafion nous en fera offerte. Souuenons-nous que l'homme cfl; 
nomme j& que ces continuelles contentions d'efprit, qui nous efleuent au def- 
fus de la matière, ne font propres qu'à ces Intelligences bien heurcufes, qui en 
font entièrement fcparccs. 



AMANT ALTERNA CAMOENAE. 



Hor.hb.4. ^ij'ce fluhinam conflits hreuemi, 
Duke efl defifere in loco. 

Lib. i._ luuat interdum, ludere^ar, imj)ar, equitare in arundine longa, 

Ouia. 1. Otia corpus alunt, animus quoque pafcitur illis : 

' Immodicus contra carptt vtrumque labor. 



LE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. g© 

LE SAGE 2^' EST PAS TOVSIOVRS SEKlEVJr. 




La Vtrtu na rien de fauuage. 
Elle charme les cœurs far l'attrait de fes loix; 
Et permet iujlement que l homme le f lus Cage, 
FaJJe l'enioué quelquefois. 



Sf 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EArPLJCATTON BV D l A^-N EÎ^F I ES M E TABLEAF. 

L ne vous cft plus permis de douter, de la vcritéqucic 
viens de vous apprendre .pulCque laDeefï'emefmedela 
Ggeflc ne paroift en cette peinture , que pour en ren- 
dri: témoignage. Elle vous déclare par Ton action , qu'- 
elle n'entend pas que le Sage viued'vncvied'efclaucou 
d hypocondriaque. C'eftàdirc , qu'il ait toujours les 
rides fur le front, les larmes auxyeuxjesampoulesaux 
mains, & latrirtcfledansl'ame. Elle veut que nous nous 
abandonnions iudicieufement aux plaifirs honneftes,& aux débauches f^rieu- 
fes; & par manière de dire, que nous laiflant vaincre aux charmes innocens du 
Dieu de la ioye &dcs bons mots, nous fafTions pour quelquestemps diuorcc 
auecles foins, le trauail,& les cnnuits. Si vous confiderez bien ladiondontla 
Decfle des Sages nousoffrcfon philtre, vous, remarquerez qu'elle n'y meilc rien 
de lâche , rien de lafcif , rien de vicieux. On diroit mefmc, tant elle fait bien tou- 
tes chofes, qu'en nous foUicitant aux plaifirs, ô^: à la bonne chère; elle nous ex- 
citeàla modération, à la tempérance ,&: à vne facjon toute nouuelle de comba- 
tte la volupté. 



EAT VINO SAP lENTI VIRTVS. 

Horat.iib,!. JlHus 'Vt ohfcuro detergct nubiU cœlo 
Sape notus, neque parturtt imbreis 

Perpétuas : /ic tu fapiens finire mémento^ 
Triftitiam , 'vitaque Ubores, 

Molli , V lance , mero. 

Lib.i. Gd.i8. ^f(.çi^ omnia nam dura Deus propofuit : neque 
Mordaces aliter diffugiunt folltcitudines. 

Epod.od.ij. __ omne malum l'ino , cantûque leuato, 

Deformis agrimonta , 
Dulcibus alloquiis. 

Lib. 1. od.... ^'Jfp'^^ £«'«-^ 

Curas edaces. 



nunc vino pellite curai y 

Cras ingens iterabtmus aquor. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA JOYE FAIT PARTIE DE LA SAGESSE. 



Si 




Le Sa^efçait bien choijiry 
Le temps de rire , <^ de boire ■ 
Et no^e point a fx gloire 
Ce qu'il donne âfon plai/ir. 



LA DOCTRINE DES MOEVKS. 



EJCPLICATION BV VINGT lESME TABLEAT. 




ES pcrfonnagcs qui font rcprefentcz en ce tableau , exé- 
cutent ce qui Icurcft commandé parla fagefle. Mais ils 
ne font pas aflcz adroits pour fuiurc cxa6lemcnt la li- 
gne qui leur clt marquée. Ils montent ti dcfccndent 
inconfidcrémenf, & font voir qu'ils ne font pas encore 
bien gucris de leurs imperfections. En effet, les vifages 
extrauagants&les adions bizarres qui cômpofentcettc 
rpcinturejnoiisfcroient croire qu'il n'y a que des yuron- 
gnes cômuns en cette afi'emblcc ; fi les difcours ferieux 
qui s'y tiennent mal à propos, nenous apprenoientque 
cette compagnie eftbien plusyuredesfuméesderefpntquedeccllesdu vin. Au 
lieu que les tcftins ont eftc introduits pour donnerdii repos à rcfpriti& reparer 
les forces du corps , ceux-cy en font des exercices fcrieux , & n'y lafîcnt pas moi ns 
leurs entendements que leurs corps. Les vns fc querellent fur lesplusimpor- 
tanrs points de la Religion. Les autres fe font des armes des pots&: des plats, 
pour defïcndre le party des fe6bes qu'ils ont embralfées. Quelqu'vns décident 
les affaires des Eilats, & comme s'ils en auoient la fouueraineadminiftration, 
partagent les Empires aueclamcfme facilité qu'ils ont partage les meilleurs mor- 
ceaux du fcltin.- Tout cela eft pour nous apprendre , que chaque chofc afon 
teinpsv&: qu'il n'eft pas moins ridicule de faire le fcrieux dans la débauche &:par- 
my la licence des feilins , que de taire des contes pour rire dans l'cicholc des 
Plidofophcs, ou dans le confcil des Princes. 



APOCVLJS ABSINT SERIA. 



Hor.lib. 
Satyi. 1. 



Difcite non inter lances y menjafque nitemes 
Cum Jlupet injanis actes fulgori bus , tS^ cum 
AccUnis faljis animiu , meltora. recuptt: 
Verum hic impranji mecum difqmrite. cur hoc 
Dicam/t potero^ malé njerum examinât omni<i 
Corrupttis index. 



LE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LE S^ÎGE RIT Ol^^ND IL FAVT RIRE. 




Ne fais peint le Cenfeur des liberté:^ honnejles. 

Aymé les luths, les vers, lesfeftms^ ciT les feiies. 

Sois diuertijjknt. Sois iojyeux. 

L'enioué Dieu de U table, 

Achat [y le deleclable, 

L'njttle (^ l'important font tour les autres Dieux^ 



Tt 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION DV VIJSfGTI EZiME TABLEAV. 

Près que nôtre Peintre nous a charme les crprits,au(ri 
bien que les yeux , en nous cftalant les honneurs & les 
plaifirs qui font deftncz pour la Vertu; & nous propo- 
fanc cette couronne d'immortalité , qui eft la dernière 
&:la plus pompeufe de toutes celles qui luy font prépa- 
rées , il nous fait voir le reucrs de la medallc , &, com- 
me s'il auoit peur que nous l'accutations de nous auoir 
trompez, il nous reprcfente l'vniquc malheur auquel 
ceftc mefme Vertu cft fatalement afl'uiettie. Vous la voyez afTife fur ce Cube 
inébranlable, tenant le monde fous fes pieds i&: témoignant par cette maiefté 
héroïque qui éclatte dans izs yeux, qu'elle ell au defllis de toutes chofes. Ce- 
pendant, elle eft attaquée de tous coftcz. Icy , le Voluptueux l'accufe d'auoir des 
aufteritez barbares, &: le plusfouuént mal-hcurcufes. Là, le Concuffionnairc 
& le Partizan fe mocquent de ^ts fcrupulcs & de iz^ dcffences. Ils la nomment 
par rifcc , la DeefTc des hofpitaux & des gueux i& luy reprochent la miferable 
condition de tous ceux qui fuyent le change , les vfurcs , & les autres exé- 
crables , mais faciles moyens de fc tirer de la boue. Plus loing , vn Traitrc 
luy impute à crime , qu'auant qu'il fit commerce de fon honneur, defafoy, 
& qu'il vendit aux eftrangers fon Prince & fa Patrie; elle ne luy fournifloitpas 
mefme ce qu'il auoit bcfoin pour le faire languir dans famifere. Bref Jesmau- 
uais luges , les Vfurpateurs du bien d'autruy, les Tyrans, & mille autres peftes pu- 
bliques, font tous leurs efforts pour ébranler la conftancc de la Vertu ,& ren- 
uerfer la colomne fur laquelle elle eft appuyée. Mais fi toft quelle eft laffe de 
leurs blafphèmes, elle fc venge d'eux par eux-mefmes. La vieilleffe, les mala- 
dies, la recherche des larcins, en changeant la condition de ces Scélérats, chan- 
gent auffi leur langage. Ilscrient. Ils demandent mifericorde. Ils fe repentent 
deleur viepafTée. Enfin ilsinuoquentdansleurs malheurs, cellccontrelaquellc 
ils ont vomy tant d'iniures en leurs profpericez. Ils confeffent tout haut , que la 
Vertu eft le fcul trefor,pour l'acquifition duquel les hommes doiuenttrauailler 
toute leur vie. Ils maudiffent leurs lâcherez , leurs vols , leurs trahifons , leurs 
aflaffinats ; & tendant les mains vers le lieu où la Vertu s'eft retirée , la coniurcnt 
depreuenir leur defefpoir, ou du moins pour fa vengeance, d'affiftcr aux tortu- 
res dont leur mort eft accompagnée. 

VIRTVS INTIDIy^ SCOPrS. 

o°d.'i^^'^' ~ quatenus heu nefas 

Virtutem incolumem odimus : 

SuhUtam ex oculis quttrimus inuidi. 

ijlft" I. ^ '^'^^^ > ""^■^ > quarenda pecunia primum fiî, 

Virtus pojl nummos. 

oi'/. ^'^ '^^^'^ 'virtus , cum femtl excidir. 

Curât reponi deterioribus. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA T^ERTr EST V B I ET L- E V E N F I ^. 



8i 




jHui U f^ertu te tend proche des Dieux, 
Plus ton dejltn efl fuiet à l'enuie. 
Mats quand U Parque aura borné ta lie, 
Tes ennemis te voyant dans les Cteux 
De taj^lendeur auront lame rauie. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV riNGT-BEFA'lEMSE TABLEAV. 

E tableau qui eft la confirmation du prcccdent , nous 
afTcure , que la vérité qu'il enfeigne eft aufli vieille que le 
monde; & qu'au mcfme inftant qu'il y eût des hommes 
fur la terre, il y eût de l'enuie. Hercule ce Héros, qui 
dompta les monftres qui paroiflbient les plus indom- 
ptables, ne pût neantmoinseftre victorieux de ccluy qui 
l'obligea de tourner Ton propre courage contre luy-mef- 
me. Cela eftant , il faut croire qu'il n'y a qu'vn bras qui 
Toit capable d'écraler la tefte de ce ferpent; &: que de toutes les armes qui ont 
eftc employées pour le vaincre, la faulx de la Mort eft feule aflcz trenchante pour 
finir la deliince de cette Hydre renaiffantc. Nôtre Peintre a fort ingenieufe • 
ment exécuté cette penfée -, car nous faifant voir l'ancien Alcidc, qui foule aux 
pieds le ferpent prodigieux des marets de Lcrnc, il nous veut apprendre, que 
fi la Vertu cftoit afl'ezfortepourtriomplierde laragedcsEnuieux,iln'y ena.ia- 
maiseu qui dcut prétendre à cet auantage comme celle d'Hercule. Cependant, 
ce Libérateur du monde, ce prodige de valeur, auffibicn que de iuftice, tenta 
mille fois en fa vie, cette grande auanture, & la manqua mille fois 5 & femblc 
nous dire par fon aâ:ion,que fans le fecoursdcla mort , il n'cuft lamais conte 
l'Enuie entre les monftres qu'il a domptez. 



POST MORTEM CESSAT INVIDIA. 



"pTft';"''"*" — ^^'''*'» ^«' contudit Hydram, 

Notaque fatali portent^ Ubore fubegit j 
Comperit Inuidiam fupremo fine domari. 
Vrit enim fulgore Juo , quipr^e^rauat art es 
Infirafe pofitas : exHinÙus amabitur idem. 

de^Ponl' ^'ifiitur in njtuis linor ^ pofi fara qutefat. 

Tune fuus ex merito quemque tuetur honos 



L'ENVIE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

L'ENFIE CEDE A LA MORT SEULEMENT. 




le cruel AI onflre de l'Enuie, 
Suit les grans hommes pas à pas ; 
Et pour auancer leur trefj>aSy 
Hasarde inctjjamment leur ite. 
Mats quand par l'excès, de fa ra^e. 
Leurs tours ont éteint leur flambeau .^ 
Il arme contre foy fon perfide courage, 
Et tombe mort au pied de leur tombeau. 



Vu 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

EA^PLICATION T) V VI N GT-T RO T S I F. S M E TABLEAr. 

Omme ce n'cfl: qu'aprcs la courfericheucc, cjuc Ton cou- 
ronne le Vainqueur, ce n'crtaiïffi qu'après la fin de la vie, 
que le Vertueux reçoit fa véritable rccompenfc. Voicy 
comme vnpeticcrayon du glorieux triomphe que le Ciel 
promet à la Vertu confommée. Elle paroift victoricu- 
Te de tous Tes ennemis. Elle eft rcucftuc de Tes armes de 
parade. Elle eft enmronnced'autantde trophées qu'elle 
a deffàit de différents aducrfairesj&foulantauxpicds ce 
grand &: difficile obflacle que l'on nomme Fortune , elle cclatte de ioyc&:dc 
gloire. Vous la voyez auifi bien haut eilcuéc au dcfl'us de cette rcgiô mal-hcurcu- 
fe,où fon irréconciliable ennemie a pôle les bornes de fon Empire. Elle règne ab- 
folument dans le Ciel, &:dirporcfouueraincment des Couronnes, des Sceptres, 
&: des autres marques de cette iufte&iuprcme Grandeur, que nous ne pouuons 
acquérir que parla connoiilance des belles chofcs& par la pratique des bonnes. 
Excicons-nous les vns les autres , ie vous prie , à la méditation d'vne fi belle ma- 
tière. Voyons ce que les Rois mefmc font en terre. Confiderons ce que les 
Vertueux font au Cielj5c par la comparalEon des vns & des autres, appliquons- 
nous fericoiement àracquifîtion d'vn bien, deuant lequel, le trcfor de tous les 
Crcfus , & la puifTancc do tous les Alexandres , ne font que boue, vanité , foiblef- 
fei^c fumée. 



VIRTVS MORT ALI A DESPICIT. 



Hor. Ub.j. pr^^^^^ ^^^,^ /^^ ^^y^y^ fordida , in- 
contaminatis fulget hononbus: 
Necfumit , aut ponit Jecurets 

^rlnrrio î)opiili.îris aura. 

L'^' ■ — -■ poptiius nam ftiiltus honorei 

^ape dat mdignts, ^ janu jerutt meptus: 
Et Hupet in tnulis , ç^r* imaginibw. 

cuudian. in Ipfd quidcm Vntuspretiumfthi , folaque Utè f * 

Mâniijr" Fortunx fecura nitet , me fafciùhs vllis 

Erigitur , pUusHue petit clarefcere vulgi: 

Nil opis externee cuptens^ nihil indiga Uudis, 

Diuitiis animofa fkis , immotaque cunéîis 

CUdibus^ ex alto, mortaliit dej^icit arce. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 8; 

LA VERTV- TRIOMr HE DE TO^S SES ENNEMIS. 



i^ 




Jmdnts de la Vertu , di^nei en fans des Dieux 
A qui tous les viéchans ont de-cLve Li guerre. 
yous ne combatte::^ fur la terre ^ 
Que pour triompher dans les Cieux. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 




EArrzicATJON Bv vi:ngt-qi^atriesme table av. 

^^^^f^^^^ Aïs auant que d'arriucr à ce comble de gloire & de feli- 
^'^ ' ' ' ""' i ||\ cite; il faut que l'homme fedépouillcde ce qu'il a de tcr- 

Ù hx relire. Il faut qu'il abandonne rhabiUcmcnt qu'il a re- 
^cudela mortalité \^ qu'il accomplifTe la courfe qu'il cô- 
men(^a le lour qu'il vint au monde. C eft pourquoy nô- 
tre Peintre a mis immédiatement après le triomphe de la 
Vertu , celuy du Temps & de la Mort. Pour nous le rc- 
prcfcnter au naturel, il expofe d'abord à nos yeux ce ta- 
bleau de l'année ,& par confequant celuy de nôtre vie. Le Printemps paroiit le 
premier, comme le plus leune & le plus beau. L'Ellé le fuit, plein de vigueur 
&: de feu. L'Automne marche après , chargé de (es fruids, & de fesplaifirs de peu 
de durée. Finalement , l'Hyuer parefleux, foible , languillant, & accable de viel- 
IclTe, fait tous fes efforts pour ne fc pas éloigner de ceux qui le précèdent. Le 
Temps , comme vn petit démon qui vole iour & nuid , eft au dclTus de la 
telle de ces quatre différents affociez. Il marque leur courfe. Ilprefcriptleur 
marche i & les faifant retourner d'où ils eftoient partis, les condamne à des vi- 
cifîitudes qui ne finiront qu'aucc le monde, quoy qu'elles finiffent tous les iours. 
Cette reprefentation nous enfeigne, qu'il faut commencer dés nôtre ieuneffe à 
fuiurc la vertu, c'eft à dire, à ménager le temps qui vole inccflarament;& qui 
nous portant d'vn âge à l'autre, auecvncviteffe plus furprcnantc que celle mef- 
me des éclairs , nous conduit imperceptiblement à cet inftant horrible , ou fc 
faitladiflblutiondenous-mcfme. Soyons fenfibleàce grand aduertilTement; 
& efsayons autant qu'il nous eft pofTible, de ne pas perdre la plus pctitepartie 
d'vne chofe qui dure fi peu ; & qui nous eft (i importante , puifquc d'elle dépend 
la pofseffion de la gloire quivient de nous el^repropofée. 



VOLAT /RREVOCABILE TEMPVS. 



Hor.lib.4. 
Od.7. 



Immort aU A nejperes, monet annus , 0* almum 

Qua rapit hora dtem. 
FrivprA mitefcum Zepljyris: Ver proterit JEHxs 

Interitura , fmul 
Pomifer: Autumnus jruges e^uderit : f^ mox 

Bruma recurrh iners. 



Vifg.j.Gcorg. Optim quaque dies miferis mortalibus aui 

Prima, fu^it : fuheunt morhi, triflifque fene^uSy 
Et Ubor j (^ dura rapit tnclementia mortif. 



RIEN 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

RIEN NE DrRE AFIN QJ^E TOVT DFR£. 



U 




Le temps cjut produit lesfaifons, 

Les tient l'vne à l'autre enchaînées; 

Et le Soleil marchant par fes douT^ maifons^ 

Renouuelle les tours , les mots ç^r les années. 

Il n'en efl pas ain/i du dcjîin de nos tours. 

Quand la Vartjue en horne le cours. 

Nous entrons dans des nuicls qui ne font point borntei 



Xx 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXP LJCAT ION Dr yiNGT-CJNQjLSME TABLE AV. 

OlcY le Temps à qui nôtre Peintre a rendu fa première fi- 
gure. Il nous déclare en ce tableau , que volant d'vn fic- 
elé a l'autre, il cntreine auec foy tous les vices & tous les 
mal heurs qu'il rencontre dansla rapidité de fa cou rfc Les 
petits démons qui l'accompagnent , font bié aifes du chan- 
gement qu'il IcLit propofe; &i a voir leur contenance cn- 
ioiiée, on diroit qu'ils ontxjuelquc connoiflancc dci'ad- 
ucnir, & qu'ils font aficurcz que plus le monde vicllira& 
plus leurs forces renouucilcront. Mais bien qu'ils aycnt commence de régner 
dés le commencement des jfîcclcs, il cft toutefois au pouuoir du Vertueux, de 
leur arracher vn Empire ou ils fefont fi bien établis. Il faut que ce deray- 
Dieu pour remporter vne (i grande viâioire , fafî'e rclolution de combatrc inccf- 
fammcnr. Car encore que ces Tyranneaux foient fouucn t chaflcz de leur Trônci 
ils y remontent prcfqu'aufTi toft en defpit de leurs vainqueurs j&trouuent au- 
tant de complices de leur vfurpation, Sautant de dcfFcnfcurs, que la Vertu leur 
peut fufcitcr d'ennemis. Soyons du nombre des derniers. Prenons les armes 
fous la conduite d'vn fi digne General. Faifons voir au Temps & aux Vices, que 
nous auons allez de cœur pour les combatre tous enfcmble; & que malgré la 
trahifon de ceux mcfme qui nous deuroientcftre les plus fidelles, comme eilant 
vne partie de nous-mefmes, nous fortirons vidorieux du combat où ils nous 
ont engagez. 



TEMTORA MVT ANTVH ET NOS MVT AMV R. 



Horat. iib. 5. Danmofa quid non imminuit dies ? 

Od. 6. ■ . J 1 

~'^ttis parentum peior auis , tuiit 
Nos ne qui or es , mox daturos , 
Progeniem njitiojtorem. 

^""- HocmMoresnojîriquafli funt ^hocnos querimur J)oc pofleri 

noftri querentur, euerfos ejje mores , regnarc nequitiam , in 
deterius tes humanas (^ in omnenefai labi. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. «7 

TOyS LES SILCLIS ONT £r L F. r R S fJCF.S. 




En vain l'obtet affreux des tourmenti éternels^ 
Fait feur a tout ce que nous fommes. 
Tant que la terre aura des hommes^ 
Le Ciel verra des criminels. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATI027 DV VINGT-SIAri ES M E TABLEAV. 




NcoRE que le Temps foit le perpétuel ennemy de la 
Vertu , neantmoins nous ne dcuons pas toufiours le con- 
fîdcrcr comme tel. S'il l'engage dans de grands dangersj 
& l'cxpofe à la fureur de diuers Monftres, ilclîbondc 
croire que c'eft autant pour la couronner que pour la 
perdre. Cela eftant, il ne faut pas que nous foyonsin- 
cefTammeni aux mains auecluy; & que fans cefTc nous 
luy difions des iniurcs. Le Sage peut fort bien s'y ac- 
commoder. Il peut fe fcruir de luy contre luy-mefme , & s'il cft permis de le 
dire fans blafphcmc, il cft capable d'imitcrl'efprit Eternel qui rcfclaire,& tirer 
le bien du mal mefme. Pour en venir là, il n'eft bcfoin d'autre chofe que de 
faire vnc très- exadc diftin6lion du Temps & des Vices qui l'accompagnent. 
Car pourueu que nous ayons l'adrclTe d'arrefter ce Prothée, nous l'obligerons 
ayfémcnt, à nous accorder tout ce que la Vertu veut que nous exigions de luy. 
Nous luy ferons payer aucc vfurc , les droids de nôtre hofpitalité,&: le force- 
rons de nous porter en dépit qu'il en ait, dans le fciour éternel, où nous trouuc- 
rons nôtre conferuation & fa ruine. 



TEMPERA TE TEMPORl. 



Horit. lib. 5. 
Od. xj. 



quoi adeîl , mémento 



lummii 
lueo 



Componere aquus , cerçra flu 
Kitu ferimtur y nunc medio ak 
Cum pace dtUhentis Etrus- 
cum In mure : nunc lapides adejos , 
Stirpèjque rapras , ç^r pccus ^ domos 
yoluentis inà , non fine montium 
Clamore , vicinaque fylu^ ^ 
Cum fera dtluuies quiet os 
Irritât amneif. 



OuiJ. 6. Fart. 



Tempora labuntur^, tAtitifquefenefcimus anms. 



IL 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 
IL FAVT S'ACOlf MOBER AV TEMPS. 



88 




Les hommes levers (^ Jïottans , 
?erclent toujours leur aduama^^e. 
MJJi n appartient-il quau Sa^^e, 
Dejlauotr bien prendre [on temps. 



Yy 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXr LICATJON BV VINCT-SEPTIESME TABLEAT^. 

E vieillard qui nous cft figure dans cette peinture, a fait 
ce que nous venons de dire. Il a bicnvfcdu Temps i&: 
l'ayant rcc^eu pour fon lioftc, il en a tiré tout ce dont il a 
crû auoir bcfoin. C'eft aufïl de fort bon cœur qu'il le 
5 laifl'e fortir de fa maifon ; pour ce qu'ayant vcfcu plufieurs 
années, & par manière de parler, vicilly tous deuxen- 
fcmble, ils ont appris l'vn de l'autre, qucleurfocietcne 
pouuoit cftic cterncllei & que toft ou tard ils fe vcrroicnt 
réduits lia neceflitc de fe fcparer. Cet hoilc fige & courtois , voyant que Theu- 
rc de leur feparation cltoit fonncc, luy a de bonne grâce ouucrt la porte de fon 
logi&j & fans fe plcindrc de fon départ , i.c blc luy témoigner, en luy difant à Dieu, 
le côtentement qui luy rcfte d'auoirlogé vn fi docile & fi fidclleamy. Cecy n'cft 
fi artiftement reprefentc, que pour apprendre aux âmes foibles & timides àfc 
guérir de cette vainc répugnance , qu'elles font paroifttc, toutes les fois que le 
Temps leur redemande ce qu'il leur a preftc. Certes , il nous elt honteux , d'cftrc 
des dcpofitaircs dcmauuaife foy; de nolis faire chicaner pour rendre ce que l'on 
nous a baille en garde ; & vouloir, s'il nous cftoitpofiible, nous enrichir de ce 
qui n'eft pas à nous. Cependant, c'eft le mauuais procédé de ces infenfez, qui 
fe voyant à la fin de leur vie , importunent Dieu & les hommes , pour obtenir 
des délais , & différer le payement d'vnc debtc à laquelle ils font condamnez. 



TEMPKS RITE IMrilNSr^M NE REVOCA. 



2°^^''^-5- ille potens fui , 

Laîujque deget , cuilicet in diem 
Dixijje ^njtxi : cras vel aira 
Nube polum , pater y occupato^ 
Vel foie puro : non tamen irritum 
Quodcumque rétro efl , efficiet : neqtte 
Diffn^et , infe£lumque reddet 
Quod fugiens femel hora vexit. 



LA DOCTIUNU. DES MOEVRS. 

IL u\'£ST KILN SI COVT^T Çn' R LA Vit. 



5© 




FrAïic d'amhition f^ à' mute ; 
Piiuure mortel y pajfe l'Yieiie, 
Que la mort tallonne de J>res. 
Peu de chofefufft au Sage; 
El four faire njn petit l'oyage. 
Il ne faut pas de grands apreSls. 



Zz 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION Dr VlNGT-NEVFIESME TABLEAV- 

E Temps n'a fait que menacer dans les tableaux que nous 
auons vus. En celui-cy, il commence à exécuter fesme- 
^ naccs. Comme il voit que l'on ne veut pas le lai (Ter par- 
B tir de bonne grâce , il fait violence à fa prifon; & brizant 
tout ce qui l'enchcinc , il tourne fes armes cruelles & vi- 
(Sborieufes contre ce qu'il a le mieux aymé. Il fc fait au- 
tant de vidimcs qu'il y a de belles chofcs dans le monde. 
La force des Héros. L'Eloquence des Orateurs, La beau- 
té des Dames ont aufTi peu de charmes pour vaincre cetcnnemy public, qu'en 
ont les Diadefmes, les ÎTrônes & les autres obiets de l'idolâtrie des petites amcs. 
Tout ployé fous ce Tyran. Tout cède à fa cruauté. Les prières y font inutiles. 
La force n'y peut rien -, & comme fi ceneluy eftoitpasafTez de nous détruire, 
il adioute l'infolcnce de la mocquerie,à la fureur , auec laquelle il nous tour- 
mente. Il fait delcendre la vieilleffe à fon fecours fans qu'il en ait bcfoin j &: 
nous la prefentant comme celle qui ne nous doit quitter qu'auec la vie, il nous 
en parie auec vn (oufris mocqueur; &nousiure, que nous nous trouuerons fort 
bien d'vnc fi fage & fi diuertiJOfante compagnie. 




^TERN^M SVB SOLE NIHIL. 



^°l^ ^^ "'^ mortalia fa^a feribunt, 

Nedum fermonum fiet honos ^ gratia, viuax. 

ouid.jj. Met. Xempus edax remrri tucjue inuidiofa, vetufids^ 

FacundUm , elocfuentiam , grattArum omnegenuSy 
f^qualibet corporis bona, confumttis. 

Pfftpert.Lib.j. ^f ^^^ ingcnio quajttum nomen ab auo 

Excidet. Ingentff-fléit fne morte decus. 

ViuitHr ingénia y cetera mortis erunt. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

rOVT SE PERT AVEC LE TEMPS. 



91 




Rayon etvn Soleil inuifble i 

Pompe de la Nature: Enchantement des yeux; 

Beauté f^ui de l'amour rend le trait inumable. 

Il efl vray , ton Empir e efl^rand comme les deux. 

M.ais ne te flatte point du pouuoir de tes charmes: 

Ne vante point les feux : Ne vante point les armes. 

Dont tu dejoles i l^niuers. 

TupaJJ.ras vn iour par te cifeau des Parques; 

Et Ji de tes appas il rejle quelques marques ^ 

Ce ne fera que dans nos vers. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJTPLIC^TJON BV TRANTJESME TABLEAV. 

ES Sages vulgaires croiront auoir fatisfait au nom de 
Sage, s'ils confidcrcnt les rcuolutionsdcschofes comme 
nous venons de les confidercr \ & s'ils attendent leur der- 
I niere heure, fans fe donner la peine de la preuoir & de 
l'cfludicr. Mais le Stoïque, c'cft à dire le Sage parfait & 
confommé,, fe demande à foy-mefmc ou le mcinc la 
vieillcflcj & comme auec des lunettes d'approche va iuf- 
ques dans le Ciel, dêcouurir le fecrct dcfaDeftincc. Il 
fe familiarifc de bonne heure auec la mort. Il fe fonuient, qu'il a mille fois ouy 
dire au grand Zenon , qucla vie du Philofophe, ne doit eftrequ'vnc continuel- 
le méditation de la mort. Vous le voy ezauffi, qui paroiftfi attentif &fi cal me 
au milieu de tant de fuicts de troubles & d'agitations, qu'il ne s'abandonne ny à 
l'eiperance, ny à la crcinte. Il a l'efprit tout entier occupé à la contemplation 
de cette main iulle mais inflexible, qui du haut du Ciel tient les cifeaux dont le 
fil de notre vie doit eftre coupé 5 & pour éuiter toute furprife, il y tient les yeux de 
refprit continuellement attachez,afin de voir quand elle fermera hnftrument 
fatal, qui doit le deliurcr dclafcruitudedelamatiere. 




VERA P HILOSOPHIA M RT J S EST MEDITAT 10. 



Hor.lib.i. 
Epilt. 4. 



Ir.rcr (pcrriy cHramquc y timorés inîer (fj* irai^ 
Omnem crede diem tihi clihixijjefiibremum. 
Cratiiptyeruenietj (pu ricnJJ>enîl)iturhora. 

Aniûius aqtnis optimum efl cerumnx condimenttim. 

Tu quamcunique Deiis tihifortunauerit horam^ 
G rata fil me manu , nec dulcia dijj'erin annum. 

Qui cupit aut metuit , iuuat illumjic domns aut ?r5, 
F't lippumptcl^ tabuU , fomenta podagrum, 
Auriculas cythara colledas furie dolentes. 



PHILOSOPHER 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ,r 

PHILOSOPHER C'EST .APPRENDRE A MOURIR. 




Ce qui riejl pas en ta pmJJancCy 

Ne doit point troubler ton repos. 

Tu balances mal a propos. 

Entre la Crainte çjjt' l'Efperance. 

LaiJJe faire le Ciel. C'eJ} ton mature (^ ton Roj , 

Et Juporte auec conflance. 

Ce qu'il a refolu de toj. 



AAa 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJ^PLICATION BV TRENTE-VNIESME TABLEAV, 




OiCY donc la Vicillefle que le Temps a fubtilement in- 
troduite en la compagnie des hommes. Les vns s'en dcf- 
cfpcrent. Les autres y font infenfibles. Maislc Sagequi 
f(jait que par elle , il doitparueniràfcsplushautcsdigni- 
tcz, la reçoit de bonne grâce. Illuylaiiïelaconduittede 
fa famille. Il luy permet d'en chaiTcr ce quiluy déplaift, 
& d'y faire venir ce qu'elle trouuera bon. Vous voyez 
aufli la vieillefle, qui fcmbb caioler ce Sage décrépit i& 
qui luy remontre aucc adrefle, que déformais il ne doit plus penfer aux plaifirs 
du Gouil.duTadj&delaVcuc. Ellcluy fait auflîchaffcr de fa compagnie , ces 
Démons importuns &r voluptueux qui régnent furnospafriôsi& l'oblige de faire 
vn éternel diuorcc auec la cnair & le fang. Nôtre Sage qui connoiil fon artifice, 
eft rauy de s'y laiilcr prendre; & de renoncer pour lamais à des plaifirs qui font 
indignes de fon âge. Il tourne aufli volontairement la telle de l'autre codé s &: 
arette fa veuë débile fur des beautez, bien plus capables de le contenter que cel- 
les qu'il a perdues. Au lieu de l'amour des chofcs corruptibles , il s'attache à la 
pGurfuitte des éternelles -, & au lieu de prcfter l'oreille aux folicitations de la Vo- 
lupté, il n'écoute plus que la Prudence, que la modération & que les autres Ver- 
tus, qui peuuent d'vnc chair caduque &c d'vne matière toute vfée, en faire vnc 
toute nouuclle ôc toute immortelle. 



VARIA Sn-NECTJB. SVNT BON A. 



Volt ^' ""' -Mtdta ferunt anni ^venientes commocU fècumi 
Jl'lulta, rece dentés adimimt. 
Lenior 0* melior fis ^ accèdent e feneêîa. 

Scncca. Titm demumfaniC mentis oculus acutè cernere incipit , 

njbi corporis oculus incipit habefcere. 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 95 

LA P'ILILLESSE A SES PLAISIRS. 




Roy des auantures humaines, 

Qi4i fais nos amours (ST nos haines . 

TTmpsfius -7«/ les plus fort s font enfin abattus, 

Que tes bonteT^nous font propices. 

Quand tu nous oftcs les délices. 

Tu nous fais aymer les f^ertu<. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BV T RE NT E-D E^XI ES M E TABLEAV. 




OvR vn Sage que vous venez de voir, vous allez eftre 
cnuironnez d'vn grand nombre de fous. Le Sage a 
preuLi fa fin , &: en a confidero le moment aucc ioye. 
Voicy des infenfez qui (c dcrefperent au feulnom delà 
mort; &: qui pour tenccrles moyens de l'éuiter, s'aban- 
donnent à toutes les foiblefles & à toutes les fuperili- 
tions, que la fourberie &: l'erreur ont introduittcs dans 
le monde. Vous voyez au lieu le plus emincnc de ce ta- 
bleau, vn vieux Sacrificateur accompagné de fcs Officiers, &: orné des marques 
de fa Prelature. Ilconrultefcricufcmentles entrailles d'vn bœufj & prétend de 
voir dans le ventre d'vne befte , des fecrets que les Eftoilles mefme ne nous 
apprennent que fort confufément. Plus lomg, ell peinte vne de ces Cages fa- 
crces, dans Iclquelles les Romains tenoient enfermez les Interprettesdomcfti- 
ques de leur fortunées.: par vnaueuglement indigne de leur vertu jchcrchoient 
dans l'auidicé ou dans le dcgouft d'vn poulet, la relolutiondcschofes pour lef- 
quelles ils ne fe fioient pas à leur propre raifoû. Plus loing, paroilTcnt des Chal- 
deens, des Aftrologues iudiciaires,& d'autres fcmblables Charlatans; & pour 
faire rougir les curieux impertinents de leurs cxtrauagances, le Peintre a ingc- 
nieuferacnt place dans vn cloignement deuxdecesmiferablesaffroiueorSjqui 
fe niellent de dire la bonne auanture aux femmes & aux cnfans. Tous ces di- 
ucrs vilages ne font reprefcntez que pour détromper les petits efprits,&lcur 
ofterl'enuic de fçauoir les chofes futures. 



DE FVTVRIS NE SIS AN A^ II" S. 



Hor. lib.5. 

Oci.l9. 



Vruàens futur i tcm^ork exitum 
Caliginofa nocîe frémit Deus : 
Rjâetque y fi mortalis idira 
F as trépidât. 



Lib. 



od.ir Tu ne quaferis fcire ( nefas ) , quem mthi^quem tihi 
Finem Di dederint ^ Leuconoe : nejcBalrylonios 
Tentons numéros ^ ojtmelius ^ quidquid erit pati . 
S eu plures hjemes , feu trtbuit lupitervltinum. 



Lib.i. od.9- Qu^d ft futurum cras , fuge quarere : (^ 
Quem fors dierum cuninue dabit ^ lucro 



Lib.i.Od.ij. 



Appone. 



r 



id iiternis minorem 



Con/ihis /inimum fati^as f 



NE 



LA DOCTRINE DES MOEVîlS. 94 

NE T' INFO R ^ 1 n r 1 n t p ;■ l'yf d j- inif. 




Scrutateurs des chojès futures. 

Ennemis des fecrets diums; 

Ne confulte-;^ plus les DeuinSy 

Pour apprendre 'vos auantures. 

L'art ej} faux (^fr pernicieux , 

Q^fi dans les ^rans chtjfres des deux. 

Croit decouurir nos deSltnées. 

Dieu feul comme Roy des humains. 

Tient le conte de nos années ■ 

Et le défi m du monde efl l'œuure defes mains. 



BBb 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJTPLICATION BT^THANTE-TROISIESME TABLEAV. 




'AvANTVRE que Ic Pcintrc nous prcfcnte cncctablcauj 
n'cft pas moins étrange, qu'elle cil rare. Elle nous fait 
'f voir qu'il y a vne notable diffcrence entre vn Sage & vn 
Sçauant -, & qu'afTez fouuent toute la Rhétorique & toute 
la Poefic peuuent eftrc renfermées dans la teftcd'vn fou. 
Elle nous apprend auffi , que malgré les Predidlions con- 
traires, l'heure de nôtre mort dépend dvne horloge qui 
SSS»oT^câ^^^ ne peut comme les nôtres, eftre ny retardées par nôtre 
crainte, ny auancée par nos impatiences. Le bon vieillard tout chaaue& tout 
blanc, que vous voyez dans vne profonde méditation, eft ce grand ornement 
de la Grèce, qui a donne le commencement &: les beautçzà la Tragédie. On 
l'auoit menacé qu'il finiroit fes iours par la chcute d'vne voûte. Pourfemoc- 
quer de cette prédiction il quitta fa ville i& choifitpour fademeureordmaire, 
les plus agréables folitudes de la Sicile. Mais vn iour qu'il eftoit attentif à la 
production de quelque excellente pièce , vn Aigle qui auoit pris vneToituë 
fur le nuage prochain, & qui s'eftoit éleué bien haut en l'air, sarreftamalheu- 
reufement au deffus d'vne fi precieufe tefte ; & n'ayant pas desycuxd'Aigleen 
cette occafion , la prit pour vne pointe de rocher, & i'écraza en voulant ccrazer 
la Tortue. 



TyTE , SI RECTE VIJiTERIS. 



Hor. lib. 
Od. 13. 



Quid quipfue vitet , numquam honiini fat/s 
Cautum efl in horas. Nauita Bojphorum 

Panus perhorrefctt : neque ajltrk 

C^ca timet altunde fatd: 
Adiles fagittas , 0* celerem fugam 
Parthi : caterias Varthns , (y* ItJum 

Kohur: fed impromfa leti 

Vis rapuit , rapietque genres. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA MORT EST INEVITABLE. 



S>S 




Ne crois pas éuiter la mort, 

Qwf la loy diHine fapprejle. 

Car Jî ton propre toi fi ne t'ècra:(^e la tefte. 

Le tôt cl d'njn étranger accomplira le fort. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EATPLICATION BV TRENTE-QVATRIESME TABLEAV. 

ET infcnfc que vous ne pouiicz regarder sas rire, eftdVnc 
cfpcce différente de ceux que vous venez de voir. Celui- 
cy ne confultc ny les entrailles des bcltcs, ny laccrucllc 
des Dcuins. Il le conrulieluy-mefme,& demande à Ton 
miroir, railon de Ton changement. Il fe voit le vilagc cou- 
ucrt de rides, &: fe veut perfuadcr que ces rides procèdent 

_ de la malignité de la glace qui le rcprefcnte Illuy C'judiét 

i^F5u^î?^®f£^^^?? qu'il n'cft pas encore en Tâgc de la difformité \ ik que le 
temps lauroit trahy Ci ces rides eftoicnt véritables. Il sVfloit iii^urc • le pawurc 
homme qu'il cft, qu'ayant toute fa vielutté contre les pafhons , icfiifc à iésfcjis 
toutes les chofcsdeffcnduës-,ôc' atachc fonc(prit à la pratique des Vertus, il vicjl- 
liroit aijfli peu que les bcautcz qu'il auoit adorées. Mais voicy la Pieté qui fe lufti- 
fie des plaintes que cet homme de bien luy fait. Elle luy déclare, qu'elle ne retarde 
ny la vieilîefTe ny la mort. Bicnau contraire, qu'elle halle leur venue, afin que 
plutoft elle donne à ceux qui la feruent , cette ieuncll e perpétuelle qui ne fe trou- 
ue qu'au deflus des Cieux. Ce faux relfgieux, n'cft pas fatisfaitd'vne fi fainâ:e 
& fi raifonnable excufe. Il murmure contre le Dieu qu'il a (ifcrupulcufemcnc 
fcruyj &c tefmoignant fon intention mercenaire, & ion amour propre, femblc 
luy reprocher la fin de fa vie, comme la plus haute iniafticequiluy pouuoitia- 
mais cftre faite. Cela nous faitbienconnoillrc combien rhommeeltinteiefTc. 
Combien il eft hypocrite. Combien il eft amoureux de foy-mefuie j & com- 
bien peu il l'eft de cette Eternelle beauté , pour qui feule il doit auoir de 1 a- 
moLir. 



SIC VIVAMVS , VT MORTEM NON METVAMVS. 



Hor.lib.i. 
Od.I4. 



Eheu fugaces , VofihumeyPofihume 
Labantur anni : nec pietas morarn 

R,ugis aut infiarai fencfliC 

Ajferet , indomitieque morti. 

scnec. Mors poTtus cf} malofum , perfimum arumnope 'viu. 

Epilt.jo. « -^r -a ■ : 

SenejcentesannoSy cum rugis ^ pores mortts cogita; 

mortemfrtiéîumcjuietis. Mors requies arumnarum 

in luéiu atque mtferiis efi , ^ cunéT:a niortalium maU 

dijjoluit. NullumfinsexitHitereH. 



VIVONS 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. ^6 

rirONS S^NS CRAINDRE LA MORT. 




Tel pAr vnjcntiment brutal j 
Croit donnant tout à la Nature ; 
Eut ter le chemin fatal , 
Qui nous même à lafepulture. 
Tel penfe dans la Vietè , 
Trouuewn lieu defeuretéi 
Contre les trots Cœurs homicides. 
Ils Je trompent ézallement. 
Le trépas deuance les rides. 
Ou les fuit infailliblement. 



CC( 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION BV TRENT E-CINQJ^I ES M E TABLEAV. 

'Idiot que vous confidcrcz, efl: le portrait de la plufpart 
des hommes. C'eft vn vieux coulpablc , qui depuis lâgc 
de virgt ans, a fait également comercc de faconfcience 
& de fon argent." Il cft connu par toutes les places où 
l'vfure eft fouffcrtc. Il n'y a Banquier qui n'ait de fes 
billets. Il n'y a QuaifTc , où il n'ait part. Il n'y a Parti- 
zan qui ne (bit dans fes papiers. Il n'y a auanccs à 
faire , où fous le nom d'vn valet , il ne foit intcrefle. 
Par ces illuftrcs moyens , il eft paruenû au comble des biens qui le font in- 
iuftement pafTer pour homme d'importance. Mais il eft en mcfmc temps 
arrmé a cet âge mal-heureux oii ilncpeutfeferuirdcccsrichcflesmal-acquifes. 
Il eflaye neantmoins de retarder fa fin par des entreprifcs de longue durée. Il 
prend vne ieune femme; & la prend inutilement pour luy. Il tient vnc bonne 
table, &nevitquedclaiâ:d'Anefre. Il fait des A flemblées toutes les nui(Sts,& 
la goutte & la grauclle le mettent iour & nuict à la gefne. Enfin , il croit trom- 
per la mort en fe trompant foy-mefmci &: n'eftant plus qu'vn peu de boue def- 
feichée , que peut cftre l'humidité du premier Automne refoudracn fon premier 
néant, il ne laiflepasde commencer des Palais, que trente vies comme lafiennc 
ne fçauroicnt mettre en leur perfection. Il deuroit bien plutoft, pour l'expia- 
tion de fes crimes , faire trauailler à fon tombeau ; & par laconftrudiondccc 
dernier logis, fe préparer bien fèrieufementayentrer. 



BE ROGO SENEJT COGITET. 



ol'^^''" Truditur dies die , 

Nouceque fergunt interire Lunœ 
Tu Jecanda marmora. 

Locus fub ipfHm funus y ^fe^ulcri 
Immemor , Jlruis domos. 

Quid , (juod vfcjue proximos 

Reuellis agri terminas •■' t!7* "vltra 

Limites clientium 
Salis auarus ? 

Lib.r.Epift.t. Sic quia perpetuus nulli datur 'vfus , tS^ hères 

Heredem alterius velut 'vnda fuperuenit vndam 
Quid njici profunt y quidue horrea, quidue CaUbri 
Saltibusadieéli Lucani'i f metit Orcus 
Grandia cumparuis , non exorabilis 4uro. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 5,7 

LE VIEILLARD NE BOIT PENSER QV' A MOVRIK, 




Que te fert 'vieil ambitieux y 

De voler toutes nos Vrouinces ; 

Vour éleuer en mille lieux. 

Des Palais dignes de nos Vtinces ? 

J^nores-tu nue les deflins , 

Apres cjuelques fâcheux matins ^ 

Vont borner le cours de ta lie'i 

De/ia tes plus beaux tours ont e^emt leurjlambeau. 

Venfe donc a la mort. Ton a^e t'y conme; 

Etptu veux bajlir , va baflir vn Tombeau. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EJtrr LJCATION BV TRENTE-SIJsriESME TABLEAT, 

OiCY des hommes qui véritablement penfcnt à la mott. 
Mais cela n'empcfchc pas, que ce nefoientdcsfousd'vne 
cfpece différante des précédents. Comme ce baftiflcur 
du dcrnicç tableau, ils croycnt quelamortcftalTezcom- 
plaifante pour ne les pas fâcher, ouafTczdifcrctcpourne 
pas venir où elle n'efl; pas appelléc. L'vn n'ofe penfcràla 
guerre, pour ce qu'il croit que c'cfllà principalement, ou 
la mort ne confidereny le mente, ny l'âge. L'autre fc pcr- 
fuade, que Cfluy-là clt bien infenfc , qui fc hazardc fur la mer , qui fe fie àla 
plus infidclle de toutes les chofcsi &c qui vit enlieuoùiln'ellfcparédclamort 
queparrépcflcurdVnais. Le troificrme, quiccntfoisaoiiy dircquele vcntdc 
l'Automne, & rinconftance de cette faifon , font autant de Miniflrcs dont la 
mort fc fert pour dcpcuplerle monde , fc tient clos ôjcouuert dans fa chambre. 
Il y entretient par artifice, ce qu'il y a de plus fain dans la faifon la plus rcglécj 
&: fe retranche contre la mort par tous les Aphorifmcs delà Médecine. Mais ces 
robbes fourrées, ces callottcs à longues oreilles, &: toute fa PhilofophicGalcni- 
que, ne retarderont pas d'vn iour la prifc de cette place, qu'il croit fi bien dcf- 
fendrc. La mort trouue palîfgc au traucrs de fes doubles chaflis,defes para- 
vents, & de fes faulTcs portes i^ le tue aufïi bien que ceux qui lont tous les iours 
cxpofczaux périls ou de la mer, &i delà guerre. 



Hor. hb. 1. 
Oà. 14. 



iMPROriSA ZETHI VIS. 



FrujîrA cruento Ad art e carebimus, 
FraÛipjue rauct Jîuéiibus Adru, 
FruHra, per Autumnos nocentem 
Qorporihus mctuemus Aujlrum. 



Lib.i.sat.6 ■ neque 'vlla efi 

Aut magno aut paruo lethi fuga. 



Lib.9- Od 1. 



Mors 0* fugacem perj^equitur njirum, 
Nec parcit imbellis iuuenra 
VoplitibuSy timidoque tergo. 



seneca in Epift. l^tcertum efl , quo te loco mors exfpeéïat 
itaque tu iljam omni loco exjj)e6la. 



IL 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. $8 

IL iV'r A POINT DE PREVOYANCE CONTRE LA MORT. 




Ne tante iamais la fortune. 

Vj bien loin des périls de Mars , (^ de Neptune. 

Fuy le ferain des nuits ■■, ^ les chaleurs du iour. 

Tout ce foin f'eB fort inutïlle. 

Paris qui fut 'vn lâche , ^ ne ft que l'amour^ 

Ejl mort aujfi leune qu'Achille. 



DDd 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION Br TRENTE-SEPTJESME TABLEAV. 

A Mort commence à combattre ; & par confcquent à 
vaincre. Nous iommcs arriucz àraccomplifTcmentdes 
Prophéties. L'heure fatale cft fonnée. Il faut partir \ Se 
allei: au Heu ,oil vne lurtice incorruptible rend a chacun 
fcron fes œuures. Le galand homme que vous voyez 
dans ce tableau , n auoit iamais médité cette matière. 
Auilin'a-t'ildans Tameque la terreur de fa fin j &: dcuant 
les yeux , que l'obicû des pertes qu'il va faire. Il a de bel- 
les maifons, vne belle femme, & de beaux cnfans;&voudroitbienioùyrplu- 
fîeurs fiecles , des douceurs qu'il trouue en leur poiTefTion. Cependant , lors qu'il 
y penfe le moins, il fc voit contraint d'abandonner tant de différentes richelTcs. 
Il faut qu'il quitte fes maifons enchantées , ou la pompe des meubles dilpute auec 
les délices des promenoirs. Il regarde auec defe{poir,ces longues allées d'Hy- 
preaux, Ôc ces couuerts de Cyprez&de Phileries, fouslefquelsilfepromcttoit 
de trouuer d'agréables Hyuers au milieu desElléslesplus brûlants j de confon- 
dre l'obfcurité des nuits auec la lumière des iours ,& dans la rigueur dclHyuer 
trouuer la verdure des plus beaux Printcmp:. C'cil: bien vainement qu'il té- 
moigne le regret qu'il a de les abandonner. Il a rcc^eu le commandement de les 
laiflcr à fes Succefleurs. Il eft obligé de l'exécuter , & de s'arracher d'entre les bras 
d'vne femme qui n ell pofïible pas trop fafchée de pafl'cr en ceux d'vn plus 
ieune que luy. Les larmes qu'elles répand, vous font infailliblement accufer de 
calomnie, la liberté de mes foub<^ons. Mais ne foyez pas fi fort indulgeant aux ar- 
tifices d'vn fexe naturellement trompeur. Apres ce que nous auons vu de la 
Matrone d'Ephefe, il ne nous el1: plus'pcrmis de croire aux pleurs, aux gemiflc- 
mens , ny aux carefies mefme des fcm mes. 



MORTE LINQJ^EIJDA OMNI A, 



Hor. lib. 
Od. 14. 



LmauenciU tel lus ^ ^ domus y ^ pUccns 
y.xor ^ neijue harum , quas colii , arborum^ 

Te py^eter inuijks cuprejjos, 

F'ILi breuem dominum Jtqttetur. 
Abfumet hercs Cacuba diçryiior^ 
SeruAta centum cUuibiis : (^ mcro 

Tinget pauinscntitm fitpcrbo > 

Vonttjiawi potiore ccenii. 

Omd. 3. Scilicet omne [acnim mors importuna prof, ma t. 

Amor.d.8. -, ^ î r ■ ■ ■ 11 

Umnibus objcuras tnitctt tua m^nus. 

scncc. Sapiens ad omnem incurfum munit as cjl , yionji paupet ta<j 

*" ■ *' nonfi luclus , non. fi ignominia , non fimors impetiim 

faciat , pedem referet. Interritus contra illu tbit c^ 
tnter il la. y 



LA DOCTRINE* DES MOEVRS. «^9 

LA MORT NOVS TiESPOVILLE DE TOVTIS CHOSES. 




j^ymahlefolitucieou l'ay lame r^uie, 
Etgoujle le bon-heur que les deux montj^ïomii. 
Ltures qui nourriJJeT^les plaifirs de mavicy 
Et l'ous rare beauté que l'ay toufiours feruie, 
Aïalgré deux puijjants ennemis. 
Vn tour 'Viendra que la mort blefme ^ 
Aï arrachant moy-mefme à moj-mefmej 
Al'arrachera du cœur njos obtets amoureux, 
lepajjeray dtns l ombre éternellement noire y 
Et perdant la mémoire j 
leperdrajy malgré moy , l'amour que t'aj pour eux. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EJTP Lie ATJON DT^ TRANTE-HVICTJES ME TABLEAV. 




EvT cftrc que ccluyqncIaMortvicntd'arrachcr d'entre 
les bras de (a femme, auroitcfté mieux traittc, s'il eut pu 
produire contre fcs violcccs , les vieux titres de fa noblef- 
fc ou les marques de fa dignité. Nullement. Par tout où 
paroift la Mort , elle eft égalenrent audacicufc , égale- 
ment puiflantc , également abfoluë. Si elle oftc infol- 
lammentla vicauxmifcrablcs. Sicile a de l'orgueil con- 
tre les humbles i & de la force contre les foiblcs , elle at- 
taque auec les mefmes armes, les heureux, les fuperbes, les forts. La voicy, qui 
d'vn coup de pied enfonce la porte d'vne haute Tour , dans laquelle vn Roy 
s'cftoit renfermé pour éuiterfesatteintcs. Mais cette impitoyable contemptri- 
ce des couronnes, commande outrageufemcnt à ce Prince de defcendrc;& pour 
ce qu'il n'a pas aflcz toft obey, elle le précipite du haut de la Tour en bas, afin 
que par cette cheute, elle l'égale au pauureSauctier , qui tenoit fa boutique au 
pied de fes murailles. le voy fur vos vifages,des fîgnes de vôtre étonnement; 
& me perfuade que vous voudriez bien ne pas continuer vôtre promenade. 
Mais il vous faut de bonne heure accouftumer à vnechofe, que tôt ou tard vous 
elles obligez de fouffrir. Ceux qui nourriU'ent les Lions & qui viuentauec eux, 
les appriuoifent par leur communication. Il en ferademefme de la mort Si nous 
nous pouuons familianicr auec ellej & par l'accoullumance, nous deffairc de 
Ihorreur que fa dcformité nous donne , nous nous la rendrons fi agréable qu'elle 
nous fera con<jeu oir vn lufte mépris de la vie. 



CVIJCTOS MORS VNA MANET. 



Hor.lib.i 

Od,4. 



Lib.i.Oa.i 



Vallidéi mors aquo puljat ^ede pauperum tubernas 
Regumque turres. 

' ^^«4 tellus 

Pauperi recludttur 

Kegumque puerii : ne c fat elle s Ocri 
Caltdum Vromethea 

Reuexit aura captus. Hic ruperhum 
TÀntalum , atque Tantali 

Genus co'ércet : hic leuare funâum 
Vauperem Ubortbus , 

VocAtuSy atque non njocatus audit. 



LA 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LA MORT NOVS ECALh TOî^S. 




Toy de qut la tejle fe coaure^ 
De ce brillant Adetail qui fait future les Kfiis 
Ne croy pas que la mort t'exempte defes loix. 
Elle frappe aujji fort à la porte du Louure , 
Qii'k celle du moindre Bourgeon. 



EEc 




LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

EXP LICATION BV T REN T E-N EVF I E^M E TABLEAï^, 

ES Stoïc[ucs , cjui ^c pliifent à confidercr la More fous 
toutes fortes de vifiiges,afinc|ucdec]uclc|uefa(^on qucl- 
^S5 le fe prefcnteàeuXjilspuifrcnclavoirfansctonnemcnt, 
|^,f ont obligé nôtre Peintre, de nous la monftrer fous la fi- 
gure effroyable que vous voyez. Elle cft occupée àdi- 
ftribucrlcs billets, quiferucntdepjfl'cportauxamcsqui 
tt&^7 M^'>t^ '^TS>^! MU ^^^^ détachées de leurs corps, pour entrer dans les lieux 
^t^^SSSSP3^î7?caj^^^ que la Prouidcncc diuine leur a dcftinés. Chaque amc 
rei^oit fon palfe-porti ^ fefaifantvn palfage au trauers des épaiflcs ténèbres qui 
l'enuironne, geigne ce pénible & déplorable chemin, où l'aueugle marche auflî 
droit que les plus clairs-voyants. Mais à dire la vérité, ces imaginations melâcho- 
hqucs&cesfpcdacleshydeux, dont les Peintres elîayent d'effrayer nos âmes, & 
leur faire côccuoir de l'horreur pour la Mort , ne font capables de furprendrc que 
descnfans & des femmes. Vn homme fage, fe rit de ces mafques & de ces habits de 
balet ,dont la peinture couurc la Mort; &luy donnant en fa pcnféc, la véritable 
figure qu'elle doit auoir, la confîderc de la mefme forte qu'il regarde fon origme. 
Il voit qu'il a commencé. Il connoift qu'il doit finir. Il i^(^ait mefme, qu'il com- 
mencja de mourir à l'inftant mefme qu'il commenc^a de viure. Vous auczlcs 
mcfmes fcntimens, pour ce que vous auez le mefme efprit. Acheuezdcncde 
voir auec olaifir les autres portraits de la Mort i& par eux de vous difpofer à fou- 
frir l'Original. 



Hor.hb.: 

Od. 3. 



MORTJS C i.RTITVBO. 

Difiêfne prtfco uatus al? Inachoy 
Nil fnterefiy an pai^per , ^ injïma 

De gente Jlth dio morér^f, 

Vifiima nil mijei-antis Orci. 
Omnes codem covimur : Omnium 
Verfatur 'vrna : Ceriàs ocyiis 

Sors exitura , ^ nos in atcr»ism 

Exjîlium impoJitHra cymû^e. 

Hicferms, dmi'vixic^ erut .nuncmoHuus idem 
Non (juàm,tn Dari Magne ^ minora poteji. 

Eflt vt vira lir latins ordinei 
Arbiifla fulcis : hic generofior 
" Defcendat in campum petitor: 
. Aloribm hic y miliorque fama 
Conrendat: illi turba client ium 
Sit maior. JEqiia lege necejjltai 
Sortittir infignes , (<;< imos. 
Omne capax mouet njrnA nomen. 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 

AlEN DE SI CERTAIN QJ' E LA MORT. 




Toutes les fois quil plaifi *u fort , 
De nos iours incertains U courfe efl acheuèe. 
Quyjl deuenii Louys} U ejl auffi hien mort^ 
Que Pharamond CT Mcroitée. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 



EXPLICATION BJ^ Qî^ A R A N T I ES M E TAILLE AT. 




OsTRE fcauant Dcflignatcurfcmblc vouloir cpuifcr tout 
Ton art , &i route Ion imagination fur la maricrcdc la 
\^ Mort, tant U fc plaift à la reprelcnter fous diucrfes po- 
-M fturcs. Son Poëte luy a donné la pcnfce de ce palTage 
J\ fatal, qui fait peur aux plus grans courages; & où les ois 
eftant obligez de pcrJre les droits de leur fouuerainnccc, 
dcfccndent uifqu'à la condition du moindre de leurs fu- 
^jé^^ icts. Ccluy que vous voyez entrer dans Barque de Ca- 
ron, & payer triftemcnt les arrérages de fa mortalité, cil fuiuydVn nombre m- 
finy d'autres mortels, riches &c pauures, vieux & ieunes, doCt"cs & ignorants , 
qui par diucrs chemins fe font rendus à ce riuage ténébreux, où toutes les con- 
ditions deuicnnent égales, & toutes les connoiflances pareilles. Irusyparoiic 
auflî pompeux & aullî riche, que le fameux Roy de Lydie. Alexandre & Da-. 
rius y font également vid:orieux;& n'ayant plus de terres & de mers a partager, 
fe rient réciproquement de leurs conqueftcs 6: de leurs pertes. Ferdinand &c 
Gulliaue s'y promeiaent en paix ■■, &: s'cftant dcfpoiiillcz des fentimens quilcs ont 
fait périr dans leurs querelles, ils voudroicntbienrcpafler ducoltédcla vie;ou 
du moins pouuoir apprendre à leurs Succeffeurs, que de toutes les folies, il n'y 
en a pas vne fi eftrangc , que de courir au trauers des ftrsô.: des feux, àlapofTef- 
fîon d'vne chofe qu'on eft contraint d'abandonner, auantmefmequedcl'auoir 
poflcdée. 



COMMVN IS AD LETrM VIA, 



■^^•'">- Char ont i s 'vnàa fciliat omnibus 

Quicumaite terra niunere 'uefcimur ^ 
EnAuiganda, , fine I\eges 



Siue inopes erimus colon:. 



Ouid. 



Fata manent omnes, omnes exj^eéîat auarus 
Vortitory (t;< tttrba'vix fatis 'dna ratis. 

Tendimus hue omnes , metam properamus ad inam: 
Omnïa/uh leges mors rocat atrajuas. 



LE 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

LE CHEMIN DE LA MORT EST COMMVN A TOVS. 




Naijfom ou Bergers ou Monarques y 

Quand le fort à marnuè notre dernier moment y 

Nous tombons indijferemment , 

Sous la. main janglante des Vaiques. 

Nous descendons aux trtjles bords 

Où commande vn Nocher auarc) 

Er payons le tribut barbare. 

Que Pluton exige des morts. 



FFf 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EATPZICyîTlON BV QV'ARANTE-VNIESME TABLE AV. 

E commence à melaflermoy-mcfme de ce grand nom- 
bre de tableaux, qui ne reprcfencentquVnemcfmecho- 
fc. Nôtre Peintre toutefois ne les a pas faits fans raifon; 
& ie me pcrfuade, que f^achant l'horreur que nous auons 
du fouuenir de la Mort , il a crû qu il ne pouuoic trop de 
foisj nousrenouucUer cette importante vérité , qu'il n'y 
a perfonne exempt de la neccffitc de mourir. Voyez 
vous cet homme étendu mort fur fon lit, qui ne deman- 
de que le cercueil , fi la Pieté , l'Eloquence & la NoblcfTe pouuoicnt dehurer 
quelquVn de la tyrannie de la mort,il (croit encore dans cette grandeur cclattan- 
te, aucc laquelle il vouloir cbloiiyr les yeux de tout le monde. Mais foyons élo- 
quents ou barbares. Soyons Empereurs ou Bergers. Soyons ieunes ou vieux, il 
faut que nous rendions à la Nature ce qu'elle nous a prcfté. Il faut retourner d'où 
nous fommes venus. Il faut abandonner les biens, dont nous auons cftéd'vnc 
façon ou d'autre , mauuais dcpofitaires. Il fau t fe dépouiller de la pourpre , def- 
çendrc de deffus les fleurs de lis, deuenirSoliciteurs timides, après auoircfté lu- 
ges fouuerains , & peut-eftrc luges corrompus ^ & pour comble de douleur , rem- 
plir les tombeaux qui nous attendent. S'il fc rencontre quelque différence en 
nos auantures, elle con/ifte toute en quelque peu de marbre &de bronze, que 
la vanité de nos Succeifeurs font mettre en œuure, pour publier plus pompcu- 
fcment,rinfirmitédcla condition des hommes. 



INEATORABIZE^ F AT FM. 

Hot. i.b, 4. Qurn femel occideris y f^ de te fhlendida Minos 
récent arbftria : 
Non TorquAte , genus y non tefacundU, non te 

Keflituet petas. 
Cunâa manus auidasfugientheredis , amico 
Qua dederis aninio. 
'Infernu neque enim tenehris Diana pudicum 
Libérât Hippolytum. 

catuii. Soles occidere (^ redire pojjunt : 

P'gr- 2\Jobis cum femel ceci dit breuti lux 

Nox efi perpétua vna dormienda. 

liefd.'" ' Define fata Deiim Jîeâi Jperare precando. 

Statfuacuiquedies ; breue f^ irreparabile tempus 
omnibus eft vit^t. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 
LA MORT EST INEXORABLE. 



105 




Ce fameux Orateur dont le puijjant difcours 
rfarpafans (fort l'Empire de la Grèce-, 
Mamjua d'éloquence O* d'adrep , 
Quand la mort ojtnt trancher le filet defes tours. 

Cent Roii pleins de cœur O* de gloire , 

Ont perdu la clarté des Cteux; 

Et ledeuot Louis qui fut ficher aux Dieux, 

Ne njtt plus qu'en nôtre mémoire. 




LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

EXPLICATION DV QT^ARANTE-BEVX'ILSME TABLEAr} 

I robfciiriré de cette voûte effroyable vous permet de re- 
marquer ce qui y cil caché, vous n'y verrez que les vaif- 
fcaux funcilcs , ou lont confcruez les relies inutiles des 
fiâmes èc du temps. Lifcz les tiltrcs pompeux qui (ont 
grauez en bronze, au deifus de ces vrnes d'Agate, de La- 
pis , ou de Crillal ; ils vous apprendront , que les plus 
grans Monarques des ficelés paflcz ne font plus qu'vn peu 
déterre. Ils ont eflc Conquérants. IlsonteitéMaiilrcsdes 
Nations. Ils ont eftc adorez des hommes. Cela veut dire , qu'ils ne font plus ny 
conquérants , ny creints, ny ay mez. Voicy dans ccpetit vaifleau de verre jes cen- 
dres de la plus parfaite beauté de fon ficelé. Confiderez bien en ce racourcy, tou- 
tes les grâces, tous les charmes, toutes les mcrucilles pour qui vous roufpircZj& 
vous ferez vainqueurs de vos vainqueurs. Vous aurez honte de vôtre feruitudej 
vous rôprez les chaifnes qui vous arcttcnti puifquc vous fcjauez bien quclcs bcau- 
tcz , dont vous elles idolâtres, ne feront pas exemptes du dcflifi de leurs fembla- 
bles. Mais ic voy bien que ce feiour vous déplaît ^ & que vous n elles pas refo- 
lus de demeurer long- temps aucc les Phantômes & les Spectres qui l'habitent. 
Ce doit eftre toutcsfoislc heu de vos mcditatios & de vos retraittes. Ce doit ellrc 
l'écoUe , où vous dcucz apprendre ce qu'il y a de plus important en ce monde. 
Enfin, ce doit élire le Temple où l'Authcur de vôtre vie j veut que tous les lours 
vous luy en facrificz quelques moments. 



ECCE SVMVS rVLVIS. 



Hor.iib.4. Damna quidem cderes reparant c^IeBia Luna: 
Nos 'vbi decidimus^ 
Quo pius jEneas j cjho Tullus diues ^ (s^ Ancus^ 

Vuluts ^ l'mbrajumus. 
Qiiis Jcit , an adiiciant hodierme crajltna fumma 
Tempora DI fuperi} 

Lib.i. od. 4. Vitafumma hreuis fpem nos vetat incohare longam, 
lam te premet nox ,fai>uUque Aïanes 
Et domus exilis Vlutonis. 

Pindar. Q^^ O-Utem altquis ^quid autem nulles ? 

ymbra [omnium^ homo. 



L'HOMME 



LA DOCTRINE DES M OE V R S. 104 

L'HOMME N'EST RIEN QV'FN PEVBE BOVE. 




Tombeaux de lajf>e ^ de Porphire, 
Tilrres d'or , ^'ai^es précieux , 
• Ce cjue l'ous offre^ à nos jeux. 
Nous ejl in ^rand fuiei de rtre. 
Ces Cejars (^r ces j4!exandres , 
Ou t font vos plus riches trefors ; 
Que font-ils qu'vn refte des cendres j 
Que laflame a fait de leurs corps ? 



GGg 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. 

E.VV L ICATJON D^ çy^ARANTE-TROlSIESME TABLEAU. 

Vi^qvl: la More eft la borne de toutes choies , il cft iuftc 
qu'cllele foie de nos promenades &dc nos entretiens. Ar- 
rcttons-nous donc, puisqu'elle nous arrette. CScftclle 
qui bien plus iuftcment qu'Hercule, doit graucrfur les 
Colomncs qui font peintes dans ce tableau, qve person- 
|ne ne passe ovtre. Vous voyez auffi que tout demcu- 
rc-là. Ces Couronnes, CCS Tiares, & ces autres marques 
[de puiflance jfont mêlées auecles menottes & les fouets, 
qui font le partage desefclaues;&: vous cnfeigncntqu'cftantarriuczàcepoint, 
il fe fait vn mélange & vne égalité de toutes chofcs. Lcsqualitez y font con- 
fondues. Les dons de la Nature s'y perdent aucc ceux de la Fortune. Mais di- 
fons pour la gloire de la Vertu, qu'elle s'éleue au dclTus de fcs bornes fatales ; & 
que comme elle tire fon origine du Ciel, où la Mort n'a point d'Empire , elle 
triomphe aufli de cette infolente Victorieufe \ & luy apprend qu'il n'y a que la 
moindre partie dcThommc, quifoitfoufmifcàfa tyrannie. 




MORS VLTIMA LJNEA RBKVM EST. 



Non omnis moriar , multaque fars 
Lib.j. od.jo. Vitabit Lihitinam. 



Sit j modus UJfo maris , ^ viarum^ 

Pofî olhum henefaSlj, mènent, aternaque ytrtus 
Non metuir, Stj^itf ne rapaturaqttii. 

ntlnonmortale tenemui^ 



Veéîoris exceptis ingeniique bonis. 

Pofî labores , artium Hudia , dignitates , opes ,fequunîur 
jîagella, , dolures xliâqu: mAÏa , vitAmfugacem exercitantia, 
fola Virtus nianetjitperfles. 



LA DOCTRINE DES MOEVRS. los 

L.1 .^fORT EST LA I-IN DE T OVT ES CHOSES. 




yen tflfait. Tout efl confurnmé. 

l^oiLy l'acheuement des chofes. 

Aîort il faut que tu te rcpofes , 

Et brixes pour umati ton dard cnutn'.rn-. 

Mais ! qu'en vn moment ta fortune eft changé:. 

Tu cèdes à ton tour a ta fatalité-, 

Et U Nature humaine heurcufement^ vengée, 

S'e'cuepar ta mort à l'immortahré. 




T^ FIN DÉLAI D' 



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