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Full text of "La femme italienne à l'époque de la Renaissance : sa vie privée et mondaine, son influence sociale"

HANDBOIWD 
AT TH£ 



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3 f D^ 



LA FEMME 



ITALIENNE 



JUSTIFICATION DES EXEMPLAIRES DE LUXE 



Il a été tiré de cet OHi-rut/f quinze exemplaires sur papier 
Impérial du Japon nnmcrclés à la presse de i à j5. 



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À 



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yEANNE DARAQON. PAR LEONARDO DA PISTOIA 
ROME, GALERIE DORIA (PHOT ANDERSON) 




AlOTam AG OQHAVIOaJ HAq MODAHAQ 3HyiA3l 
(MO? ' TOHq AIflOa 3[«aJAÛ aMOH 



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E. RODOCANACHl 



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LA FEMME 

ITALIENNE 

A L ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE 



SA VIE PRIVÉE 

ET MONDAINE 

SON INFLUENCE SOCIALE 




LIBRAIRIE HACHETTE & C" 

PARIS _ 7,, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 

1907 



A/ 



AVANT-PROPOS 



LA Renaissance a été, en Italie, un des moments les plus curieux de 
l'histoire de la femme. Elle fut alors effectivement l'égale de l' homme. 
Si les lois, d'esprit tout romain, lui faisaient une situation inférieure, lui 
ôtaient toute indépendance, elle sut en rendre la rigueur vaine grâce à son 
Imbileté qui fut merveilleuse et à son charme qui fut incomparable. Comme 
le disait un proverbe toscan : « Les hommes font les lois, les femmes 
font les mœurs. » Or ce sont les mœurs qui toujours l'emportent finalement. 
Dans la vie privée ainsi que dans la vie mondaine, souvent même en 
politique et quelquefois à la guerre, le rôle de la femme égala, comme on 
verra, celui de l'homme. Cela ne s'est guère vu qu'alors. 

Toutefois,, cette égalité dura peu. Elle se défit d'elle-même. Et il y a 
peut-être là un enseignement. 

Histonquement aussi, le rôle des femmes italiennes fut important. Il 
n'est pas bien sûr que la Renaissance ne soit en grande partie leur œuvre; 
tout au moins contribuèrent-elles puissamment à l'amener; elles lut donnèrent 
un tour particulier. 

Leur action se dégage dès les premiers temps. Au siècle de Pétrarque, 
elles sont poètes, philosophes, jurisconsultes; elles occupent déjà toutes 
les avenues de l'esprit humain. On leur accorde une sorte de primauté 
intellectuelle. Boccace les fait présider à ses journées, comme plus tard 
Castiglione, Bembo, Dolce leur donneront la direction des entretiens plus 
graves où l'on décidait des qualités qui devaient réunir le galant homme ou 
l'habile homme et l'amoureux parfait. 



AVANT-PROPOS. 



Réserve faite de la tournure même du génie italien, l'humanisme, qui 
prépara la Renaissance, leur doit de n'avoir pas été une science aride, 
d'avoir su prendre dans l'antiquité ce quelle offrait de plus délicat et de 
plus vivant. Quelle différence entre la sèche et rogue érudition d'un Érasme, 
d'un Lipsc ou d'un Casaubon et l'aimable savoir des écrivains italiens qui 
ne voient dans l'étude des Anciens qu'une façon de mieux connaître leurs 
contemporains. Si Platon fut alors le maître préféré, la loi suprême, ce fut 
parce qu'il avait parlé de la femme et de l'amour avec infiniment de 
profondeur et de déférence. 

A l'époque de la Renaissance, les femmes italiennes furent, sans contredit, 
le centre de la vie intellectuelle. On ne voulut avoir de l'esprit, montrer de 
la science que pour elles, devant elles, à leur guise. Dans la vie de parade 
qu'on menait presque exclusivement, dans ces réunions, dans ces causeries 
où hommes de lettres et hommes de guerre, prélats, princes et artistes 
passaient le meilleur de leur temps, la femme jouait le personnage principal: 
elle donnait le ton. Les charmantes cours d'Isabelle d'Esté, de Jeanne 
d'Aragon, de la reine de Chypre, de Ferrare, de Florence et d'Urbin étaient 
des bureaux d'esprit, d'un esprit précieux sans doute et asseï superficiel 
mais subtil, brillant et parfois suffi sa inment avisé. 

Do ces aimables « disputations » sortit l'infinie quantité des Dialogues 
et des Traités en manière de dialogues qui forment une part considérable 
de la littérature moyenne. Le théâtre aussi et, en général, les productions 
de l'esprit subirent cette influence. Elle leut valut ce charme que donne la 
femme à toutes les œuvres qu'elle inspire. 

jamais on n'a parlé de l'amour avec autant de grâce, de profondeur 
ni d'éloquence, et il ne faut pas oublier que l'amour est le plus puissant 
moyen d'annoblissement des races élevées. On ne saurait donc attribuer aux 
femmes italiennes une part dans cette perversité profonde qui semble la 
caractéristique de l'époque et dont Machiavel lui-même s'étonnait. A vrai 
dire, elle se manifeste surtout dans les rapports des hommes entre eux, c'est 
fourberie plutôt que licence excepté dans le peuple, et elle a pour motif 
l'appétit de la puissance plutôt que le débordement des passions. Les 
femmes contribuèrent, au contraire, à rendre le vice plus discret et plus 



AVANT-PROPOS. 

élégant; elles tinrent en une certaine mesure aux bienséances. Si le parler 
fut parfois autour d'elle d'une liberté extrême, il n'en alla pas de même 
de leurs mœurs. Elles ne furent ni pires ni meilleures qu'en d'autres temps. 
Même, il n'y eut pas de grandes et fameuses pécheresses. Nourries des 
Belles-Lettres, il leur plut à l'occasion de rechercher dans les beaux 
exemples de l'Antiquité une règle de conduite et elles s'efforcèrent d'en 
imposer l'imitation aux hommes. 

Nul doute que les artistes n'aient dû beaucoup aussi à l'ascendant 
qu'exerçait la femme. Il y eut un sensible changement dans la peinture du 
iour oii ils se mirent à chercher la beauté autour d'eux. Et quels prestigieux 
modèles, au surplus, ce devaient être que ces Italiennes si élégantes par 
nature, si habiles et si occupées à s'embellir, qui assujétirent la mode à 
être, non quelque chose de conventionnel et de rigide, mais un auxiliaire 
complaisant de leurs avantages personnels. Jamais la parure et le vêtement 
n'ornèrent plus artistement le corps féminin. La somptuosité des étoffes fit, 
paiiiculièrement à Denise, l'éclat du coloris, de même qu'ailleurs la grâce 
des formes et l'harmonie des attitudes firent le charme du modelé. 

La femme fut donc l'inspiratrice charmante et un peu la créatrice de la 
Renaissance ilalienne. Aussi convient-il d'étudier la formation de son âme, 
le développement de son intelligence, sa sphère d'entendement, son rôle dans 
sa famille, dans_ sa maison et dans la .société, ses moyens de plaire et 
la façon dont elle entendait l'amour qui fut toujours la grande occupation 
des femmes, pour bien pénétrer l'esprit de cette époque et en goûter le 
charme. Tel est l'objet de cet ouvrage. 






LA FEMME ITALIENNE 



A L'ÉPOOUE DE LA RENAISSANCE 



CHAPITRE PREMIER 



ENFANCE ET ADOLESCENCE 



LA NAISSANCE ET LES RELEVAILLES — LE BAPTÊME ET SES CÉRÉMONIES — LE 
ROLE DE LA MÈRE — LES JEUX DE L'ENFANCE — L'ÉDUCATION AU COUVENT 
ET A LA MAISON — LES FEMMES SAVANTES — LA JEUNE FILLE. 



LA NAISSANCE ET LES RELEVAILLES 



LES VÉNITIENS étaient peut-être les seuls en Italie à penser que « dans la maison 
des gentilshommes, les filles doivent venir d'abord et les garçons ensuite »; 
encore est-ce là un proverbe, d'origine populaire comme tous les proverbes, et les 
gentilshommes ne l'acceptaient sans doute pas sans conteste". A vrai dire, le père 
à tout le moins, qui avait à pourvoir à la dot future, montrait, comme ailleurs, 
quelque déplaisir quand il lui naissait une fiUe^ tandis que la naissance d'un fils 
était considérée comme une bénédiction du ciel, dont les amis de la famille venaient 
se réjouir avec elle^. Le grand écrivain et morafiste du xv" siècle, Alberti, après 
avoir fait visiter sa nouvelle demeure à la femme qu'il venait d'épouser, lui ordonna 
de s'agenouiller sur u ^ prie-Dieu et de solliciter du ciel avec lui « des richesses, 
des amis et des enfants mâles »'». 

A Rome, dès les premiers mois de la grossesse, des paris s'engageaient sur le 



I. — In casa dei galantomeni. 
Nasse prima le femine e po i omeni. 
Ou encore : 

E i no xe vert galantomeni 
Co fiasse prima i omeni. 

De Gubernatis. Degli Usi Natalizi, 
Milan, 1878, p. 56. A Rome, mùme pro- 
verbe : « Donna di bb'ma razza fa pprima 
femmina e doppo er maschio. » Zanazzo, 
Proverbi Romaneschi, p. 80. Cf. Pla- 



CUCCI, Usi Natalizi dei coniadini délia 
Romagna, pubb. da A. d'Ancona, Pise, 
1878. 

2. — Non faceva, nascendo ancor paura 
Lajigliu al padre, ché'l îetnpo e ta dote 
Non fuggian quinci e qnituli la tnisnra. 
dit Dante, Paradis, ch. xv, v. 103. 

3. — Gautier, La Chevalerie, p. loi. 

4. — Le Tratiato dei governo délia Fa- 
tniglia, qui fait partie de l'ouvrage inti- 
tule La Cura dflla Famiglia, se trouve 



parmi les Opère volgari de I-. Batt. 
Alberti, Florence, 1843-1849 (pub. 
par .■Vscicio Bonuccil. On a longftenips 
doute s'il convenait d'en attribuer la pa- 
ternité à Pandolfini, mort en 1466, ou & 
Alberti (1403?-I47J) ; en tout cas, l'ou- 
\Tag-e fut achevé vers 1443. Voir à ce 
sujet Symonds, Renaissance, IV, 167; 
BuRCKHABDT, I, 167, note 1 ; ViRGINIO 
CORTKSI, // Governo délia Famiglia di 
Agnolo Pandolfini. Plaisance, iS8i. 



2 LA FEMME ITALIENNE. 

sexe de l'enfant à naître. Il existait, au xvi^ siècle, une catégorie de courtiers spéciaux, 
appelés di maschio e femina, qui s'occupaient exclusivement de faciliter les transac- 
tions de ce genre, et recevaient une rémunération proportionnée à l'importance de la 
somme engagée. Le Saint-Siège leur accorda même le monopole de leur industrie et 
fixa leur nombre à quarante ' ; mais ce jeu prit rapidement une telle extension qu'il 
dut y mettre un frein. Sixte-Quint, qui réforma tant de choses, réduisit le nombre des 
courtiers de quarante à trente par un bref daté du lo août 1588, puis décida, l'année 
suivante, qu'ils seraient tenus de déposer une caution de trois cents écus d'or, de ne 
jamais faire d'association avec une sage-temme, de ne point prêter leur intermédiaire 
aux paris engagés sur la naissance d'enfants nés de servantes ou de nourrices, de 
s'abstenir de toute négociation les jours fériés, et de contresigner les cédules d'en- 
gagement (31 juillet 1589). Le 5 décembre suivant, il interdisait la conclusion des paris 
durant la semaine sainte. Finalement, l'office de courtier fut suspendu ^ 

La même coutume existait à Gênes; on y appelait ce jeu redoglio; le vicaire 
archevêque l'interdit le 7 janvier 1588^. 

Ceux qui en avaient les moyens, interrogeaient les devins et les astrologues sur 
l'avenir de l'enfant''. Marguerite de France, femme de Emmanuel-Philibert de Savoie, 
se conforma à cette coutume mais voulut d'un Français; elle fit venir de sa retraite de 
Salons en Provence, le fameux médecin-sorcier Michel Nostradamus ou Notredame 
qui passait pour « fort instruit des secrets de la nature ». Il l'interrogea longuement 
sur les circonstances de la conception dont elle lui donna la date exacte, le 22 avril 
1561, l'examina attentivement, consulta les astres et conclut finalement que l'enfant 
serait du sexe masculin et ne le céderait point en valeur à son père, ce en quoi l'évé- 
nement ne lui donna pas tort puisqu'il s'agissait du prince qui devint Charles- 
Emmanuel l" et fut un temps comte de Provence. Il naquit le 2 janvier 1562'. 

Jusqu'au commencemeut du xvi'' siècle, les parents ne manquaient pas de noter 
la position des astres et particulièrement de la lune quand leur naissait un enfant^. 

Parmi les pratiques superstitieuses qui accompagnaient la parturition, il n'en est 
pas de plus curieuses que celles qui étaient en honneur en Sicile'. A Mazzara, la 



1. — Rome, Collez. Casanatense, Ban- 
di., vol. n, n" 65. Cf. notre ouvrage sur 
les Corporations ouvrières de Royne^ I, 

239- 

2. — Collez. Casanatense, U, n" 71, 12a. 

3. — Staglieno, Le Donne neW antica 
Società genovese, p. 39. 

4. — Déclaration contenant la manière 
de bien instruire les eyifans dès leur 
commencement (Sadolet), trad. par Sa- 
liat, Paris, 1537, fol. 6 : <• Le ventre 
arrondissant à leurs femmes, incontinent 
on appelle le devin. Les parens s'en- 
quièrent si ce sera fils ou fille; ils de- 
mandent sa destinée. » 

5. — A. CODEETO, l'Ulivo prodigioso. 
Turin, 1657, p. 7, E. RICOTTI, Stor délia 
Monarchia Piemontese , II, 321. Cf. Ga- 
BOTTO, Bart. Manfredi e l'Astrologia 
altacorte di Mantova, Turin, 1891, p. 4 



et suiv. En ce qui concerne les supersti- 
tions relatives aux conditions qui déter- 
minaient le sexe de l'enfant, et à la 
crainte de Vannodamento ou sortilèges 
destinés à produire la stérilité, voir DE 
GUBEBN.\TIS, Degli Usi Natalizi, p. 48, 
56. Le médecin Venetti propose une loi 
pour diagnostiquer le sexe, dans son 
Traité de Gynécologie. 
Un proverbe lombard disait : 

Quand la panza l'è griizza 
Cussin e gucia 
Quand l'è larga al Jianchett 
Nass un bel maschiett. 

Dans les statuts si amusants qu'il fit 
« Pour une compagnie de plaisir », Ma- 
chiavel conseille vivement aux femmes 
qui veulent avoir des enfants « surtout 
mâles 1' de toujours se chausser d'abord 



le pied droit. Une croyance, assez cu- 
rieuse et fort répandue, était que « celui 
des deux époux qui montrait le plus de 
penchant au mariage » donnait à l'en- 
fant un sexe oppose au sien. 

6. — Voir par exemple, les Mémoires de 
Andréa Saluzzo di Castellar cités p. 10. 

7. — PiTEÈ, i7sîeCosto»iî5îcî7!a«7, Pa- 
lerme, 1889, vol. II, p. 15. Cf. De Guber- 
natis, Degli Uzi natalizi et Placucci, 
Usi e Pregiudiz'i dei Contadini délia Ro- 
magna, Forli, 1885. Dans certains pays, 
la femme enceinte devait aller donner 
l'avoine à un cheval, à un âne ou 
à un mulet; ailleurs on choisissait le 
parrain le jour de la Saint- Jean; au 
moment de la première douleur la femme 
devait se tenir prés du foyer pour mon- 
trer que, même alors, elle ne le désertait 
pas. Quand l'enfant était ne, on lui rame- 



LA NAISSANCE ET LES RELEVAILLES. 3 

femme qui se sentait sur le point d'accoucher, mangeait cru un poulet plumé tandis 
que son mari mangeait le cou ; c'était pour éloigner de l'enfant les maladies et particu- 
lièrement les maux de gorge; ailleurs on cachait sous l'oreiller de la femme un dé à 
coudre, une pelote, une aiguille, des ciseaux; on coupait en sept une pièce d'étoffe de 
lin et on l'appliquait sur le ventre de la femme en gésine; on lui faisait boire de l'eau 
bouillie, réduite au quart de son volume. 

On admettait que les enfants mâles recevaient une âme quarante jours après la 
conception, et les filles seulement dans le quatrième mois. Une sage-femme impliquée 
à Rome dans une affaire d'infanticide (1541), déclare qu'elle n'a pas cru commettre un 
crime en jetant le cadavre aux latrines, car c'était celui d'une fille conçue depuis deux 
mois seulement, qui ne pouvait avoir encore d'âme'. 

Aussitôt après la naissance de l'enfant, la chambre de la mère devenait le lieu de 
réunion de tout le voisinage', aussi la décorait-on avec tout le luxe possible. 

Un prêtre milanais qui se rendait à Jérusalem, Pietro Casola, fut conduit, lorsqu'il 
passa par Venise, dans la chambre d'une accouchée comme à un spectacle curieux 
(1494), et ce qu'il vit méritait bien, comme il le dit, d'être relatée II s'agissait, il est 
vrai, d'une grande dame, de la famille Dolfini. « La reine de France, écrit-il, ou 
n'importe quelle autre grande dame, ne s'entourerait pas, en pareille occasion, d'un 
luxe aussi splendide. Les décorations de la pièce qu'elle occupait avaient dû coûter 
pour le moins mille ducats, et cependant cette pièce n'était pas grande, car elle 
mesurait environ douze brasses en longueur comme en largeur''. La cheminée était de 
marbre de Carrare qui reluisait comme l'or, et si délicatement ornée de feuillages 
entrelacés et de personnages, qu'on aurait dit l'œuvre d'un Phidias ou d'un Praxitèle. 
Le plafond était peint en or et bleu azur; sur les murs se voyait une décoration d'un 
travail achevé. Quant au lit, fixé au parquet à la mode vénitienne, il valait bien à lui 
seul cinq cents ducats, tant il était chargé de dorures et de figures qui semblaient 
véritables; il était couvert de draps fort riches, garni de six coussins et entouré de 
rideaux. Vingt-cinq demoiselles, plus belles les unes que les autres, entouraient 
l'accouchée; leur vêtement était des plus convenables, car elles n'étaient décolletées 
que de cinq à six doigts au-dessous des épaules; elles portaient une infinité de bijoux, 
de perles, de pierres précieuses, soit dans leurs cheveux, soit autour du cou, soit aux 



nait la peau du cou sous le menton afin 
de faire disparaître la pomme d'Adam ; 
on lui faisait avaler un morceau de 
pomme cuite comme préservatif de la 
fièvre. 

1. — Rome, Archivio di Siaio, Atti del 
Governatore, sec. XVI, vol. VII, fol. 14. 
Interrogatoire du 9 mars 1541. D'une fa- 
çon g:enérale, Cf. Del Tempo del Parto- 
rire délie Donne, dialo^e de Speroni 
dans ses Dialoghi, Venise, 155S. 

2. — On appelait « caquetoircs » à Pa- 
ris, les sièges sur lesquels s'asseyaient 
les dames « principalement si c'estet 
alentour d'une gisante •. Henri Es- 
TIENNE, Dialofrties du Nouveau Lan- 



gage français italianisé, I, 227. Dans 
un ms. de la Bibliothèque nationale de 
Naples, cote X, c. 21, intitulé Successi 
amorosi e tragici successi in Napoli 
scritti da Gio. Antonio d'Alessandro, 
1713, il est rapporté à ce propos (p. 172), 
une aventure plaisante dont toutefois la 
fin fut tragique. Elle eut lieu en 1501. 
Vittoria délia Tolfa avait eu un fils et, 
suivant la coutume (dit l'auteur), la 
chambre où elle était couchée était 
pleine de dames et de gentilshommes. 
Il s'y trouvait, entre autres, son beau- 
pére qui, étant vieux, s'appuyait sur un 
bilton et qui se tenait au pied du lit ; 
un autre seigneur, gros comme un bœuf. 



et un troisième personnage à qui sa bê- 
tise avait fait donner le surnom d',^ne. 
Le seigneur Rodcrigo de Sevillc étant 
entré à ce moment, se précipita à ge- 
noux devant le lit, baisa l'enfant que la 
mère tenait dans ses bras et se signa avec 
dévotion. Comme on lui demandait la 
cause de ces démonstrations, il repondit 
que ce spectacle lui rappelait la crèche 
de Bethléem. A quelques jours de là on 
le trouva poignardé dans une ruelle de 
Naples. 

3. — P. Casola, // Viaggio a Jertisa- 
lemme, pub. A Milan, 1855, p. 109. 

4. — Une brasse italienne mesurait en- 
viron o^Ss. 



4 LA FEMME ITALIENNE. 

doigts; il y en avait bien pour mille ducats. Leur visage, ainsi que ce qui se voyait de 
leur gorge, était admirablement bien fardé'. » 

Il en était d'ailleurs partout ainsi; les femmes de Paris, même de médiocre 
condition, déployaient, dans cette occasion, d'un faste aussi grand'. 

Cependant l'Italie devait l'emporter sur la France, car lorsqu'en 1495 le roi 
Charles VIII descendit en Piémont, on lui présenta à Chieri, à ce que rapporte Octa- 
vien de Saint-Gelais, entre autres spectacles qu'on crut devoir l'intéresser, la repro- 
duction d'une chambre d'accouchée. Le ciel du lit était de fin drap d'or vert; l'étoffe 
des rideaux, de damas peint; le reste, cramoisi. L'accouchée portait un vêtement 
violet et blanc, avec des manches de velours rouge doublées de martre zibeline; 
elle était ornée de quantité de bagues et de pierreries de toute sorte, gros diamants, 
turquoises, cornalines, perles de prix; elle avait à côté d'elle deux coussins en étoffe 
d'or, garnis aux coins de houppes et de boutons et frangés de perles. Tout autour se 
tenaient « dames sans nombre à faces angéliquos » habillées de drap d'or et de satin, 
/< le corps troussé frisquement de velours », ayant elles aussi de gros diamants et des 
saphirs ^ 

Les autorités s'émurent de ce débordement de luxe, qui ruinait les maris et par 
surcroît devait contrarier singulièrement le rétablissement des femmes en couches. 

Les statuts de Milan, dans la refonte qui en fut faite en 1498, contiennent une 
réglementation minutieuse sur ce point ''. Ils défendent les courtes-pointes de soie 
brodée ou travaillée d'or ou d'argent, les coussins recouverts de soie ou garnis de 
boutons d'or, d'argent, de soie, de perles, les ciels de lit en étoffe précieuse, les cami- 
soles de soie dont se revêtaient les accouchées, et permettent seulement des couver- 
tures de sole'. 

Le sénat de Venise publia, en 1537, un édit sévère par lequel il était défendu aux 
accouchées de recevoir d'autres personnes que leurs parentes, sous peine de 
trente ducats d'amende^. L'officier « des pompes », qui était le magistrat chargé de 
faire respecter d'une manière générale tous les règlements somptuaires, avait le droit 
d'envoyer le capitaine et les gardes qu'il avait sous ses ordres dans la maison des 
femmes nouvellement accouchées et jusque dans leurs chambres, afin de s'assurer si les 



I. • — Dans un tableau de Gentile da 
Fabriano (1370-1450) qui est au Louvre 
et qui représente la naissance de la 
Vierge, on voit une chambre d'accou- 
chée. La mère est non pas étendue mais 
à demi assise sur un lit fort élevé à bal- 
daquin, une femme tient l'enfant tan- 
dis qu'une autre prépare un baquet; 
dans un coin se trouve un homme qui 
tient un poulet par les pattes. Dans un 
tableau de Giotto, également au Louvre, 
l'accouchée est de même assise dans son 
lit. Les tableaux de ce genre sont nom- 
breux; on en a reproduit quelques-uns. 
La fresque d'Andréa del Sarto qui est à 
l'Annunziata de Florence montre, en 
même temps que le mobilier d'une 
chambre d'accouchée, comment on bai- 
gnait l'enfant. Deux femmes apportent 



à manger à la mère. Il en est de même 
dans le tableau de Lippi qui se trouve 
au palais Pitti. 

Mercuri a reproduit, vol. UL pi. 151, 
une miniature d'un ms. de la Biblio- 
thèque Barberini de Rome, représentant 
une femme en couches sur son lit : elle 
porte sur la tête une guimpe qui retombe 
de chaque côté en voile sur les épaules; 
la couverture du lit est écarlate, les cous- 
sins sur lesquels elle s'appuie sont brodés 
d'or et garnis de glands. 
Le lit était généralement le meuble le 
plus luxueux de la maison. Léo d& Roz- 
mital qui parcourut l'Italie à l'époque de 
la Renaissance, raconte qu'il visita à 
Venise la demeure d'un marchand. « Dans 
la chambre à coucher, dit-il, le sol est 
garni d'albâtre et les plafonds sont d'ar- 



gent doré. Sur le Ut, garni de draps tissés 
d'argent, sont placés deux coussins et un 
oreiller décorés de perles et de pierres 
fines ; au-dessus, pend une grande tapis- 
serie dont le travail, non compris la ma- 
tière, est estimé vingt-quatre mille du- 
cats... » BONAFFÉ, Voyages et Voyageurs 
de la Renaissance, p. 56. Voir Appen- 
dice, Luxe I. 

2. — Voir Appendice, Luxe I. 

3. — Voir Appendice, Luxe I. 

4. — Ettore Verga, Leggi suviuarie 
Milanesi, dans Archh^io Sfor. Lombar- 
do. fasc. XVII, vol. XXV (1898), p. 56. 

5. — « ... Excepiis celonis etiam ceta 
laboratis ». 

6. — MOLMENTI, La Storia di Venezia 
nella vila privaia, Turin, 1880, p. 247. 
Archiv. di Siaio, Pregadi, 15 oct. 1562. 















CHAMBRES D ACCOUCHÉES, 


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Klorcncc. I-Vlise S. Maria Novella. (Phot. Alinari.l 



LA NAISSANCE ET LES RELEVAILLES. 5 

volontés du sénat étaient obéies. Il y allait, pour ceux qui se seraient opposés à cette 
visite, de la prison, des galères ou, à tout le moins, d'une forte amende, variant 
suivant le rang de la personne. 

Le même édit enjoignait à la sage-femme de faire connaître dans les trois jours à 
la municipalité les naissances auxquelles elle avait assisté, ainsi que le nom et le 
domicile du père'. 

Depuis longtemps d'ailleurs (31 août 1506) un arrêté du Conseil des Dix imposait 
à tous les curés de Venise, sous menace d'exil perpétuel, de déclarer, dans le même 
délai, les enfants nobles qui leur auraient été présentés au baptême'. 

Les lois somptuaires ont rarement réussi à modifier les mœurs quand une néces- 
sité péremptoire n'en imposait pas le respect, et les mœurs dépendent du bon plaisir 
des femmes^ C'est pourquoi, dans ce cas, comme toutes les fois qu'on a voulu tou- 
cher au luxe féminin, les efforts des législateurs, même les plus déterminés et les plus 
sévères, sont demeurés vains. 

Sansovino", qui vivait dans la seconde moitié du xvi^ siècle (1521-1586), rapporte 
qu'on décorait les chambres des accouchées de tableaux, de statues, de tentures et de 
tapisseries, et qu'on y exposait tous les présents que les amis de la famille avaient 
envoyés selon la coutume; de nombreux visiteurs étaient conviés, afin que ce déploie- 
ment de richesses eût le plus de témoins possible; on leur offrait des friandises et des 
gâteaux sur des plats d'or ou d'argent. Plus tard encore, en 1665, Rinuccini, qui 
vivait à Florence, rapporte que les visites aux accouchées continuaient comme avant, 
avec cette seule différence que leurs mères, leurs sœurs, ou leurs belles-mères, n'ac- 
compagnaient plus les visites jusqu'à la porte de la maison comme jadis, mais seule- 
ment jusqu'au haut de l'escaUer. Il note qu'on visitait les accouchées surtout après la 
naissance des enfants mâles 5. 

Les femmes de la classe moyenne elles-mêmes, ne demeuraient pas en reste; 
Giantommaso Soranzo*' raconte dans une lettre adressée à sa fille (xvill" siècle), qu'on 
l'a conduit dans une maison modeste où il a vu, dans une très petite chambre, une 
accouchée vêtue de blanc, avec un bonnet garni de dentelles sur la tête et des bagues 
aux doigts; elle était sur un lit recouvert de toile blanche et s'appuyait sur des coussins 
de dentelle; les assistants échangeaient avec elle force propos divertissants; bientôt 
on apporta des biscuits, des confiseries et du café dans des aiguières d'argent. 

Les Génoises avaient à cœur d'étonner leurs visiteurs par l'opulence de leur mobi- 
lier et la finesse de leur literie ; au besoin elles se faisaient prêter draps et couvre-pieds ' . 

A Turin, les visites ne commençaient, il est vrai, que huit jours après l'accouche- 
ment, mais alors la chambre où se trouvait l'accouchée était décorée le plus richement 
qu'il se pouvait, et l'on y recevait nombreuse compagnie^. 

1. — MOLMENTI, La Storia di Venezia, les mœurs. Michelet a dit : « L'histoire 6. — Bernardi, Jac. , Affetti e Dolori, 
p. 248. dcsmœursestsurtout celle de la femme. » Pinerolo, 1860, p. 25. 

2. — MOLMENTi, La Sloria di Venezia, 4. — Fran'CESco Sansovino, Venelia, 7. — Bblgrano, Df/Za Viia privata dei 
p. 281. Cmà Kobilissima, Venise, 1581, De- Genovesi, Gùncs, 1S75, p. 83. 

3- — Unproverbe toscan disait : /..'Homo gli Habiti, Cosiumi e Usi délia Città, 8. — A. Zuccagsi-Orlasdini, Coro- 

fa le leg-gi, la donna i costumi. Les Lib. X, Parti, fol. 153. ^0/0... rfW/' //a/iu, Florence, 1837, vol. 

hommes font les lois, les femmes font 5. — Ricordi Storici, p. 284. IV, p. 889. 



e LA FEMME ITALIENNE. 

Il en était de même à Naples au rapport de La Lande'. « Les dames, dit-il, 
reçoivent les visites et les compliments de leurs amis le jour de leur naissance et sou- 
vent une amie donne une fête à celle dont on célèbre la naissance ; elles reçoivent aussi 
des visites le jour même qu'elles sont accouchées, la tête fort peu couverte et sans 
prendre de précautions pour se tenir chaudement ou pour ne pas être obligées de 
parler; le climat fait qu'il n'arrive aucun accident; on observe seulement le premier ou 
le second jour de ne pas rester dans la chambre du lit plus de cinq ou six personnes à 
la fois. » 

On faisait aux accouchées des cadeaux utiles ; Cino di Filippo offrit à la femme 
d'un de ses amis qui avait eu un fils, une douzaine de fourchettes d'argent qui lui 
coûtèrent huit florins = . 

C'était la coutume de se servir, pour apporter leur repas aux femmes en couches, 
de plateaux particuliers, nommés desci da parto, de forme tantôt circulaire, tantôt 
octogonale, entourés d'un cadre doré et ornés de peintures, soit sur une face seulement, 
soit sur les deux'. Ces peintures représentaient assez souvent des sujets religieux, 
parfois aussi des épisodes mythologiques ou des scènes de la vie domestique, le 
Jugement de Paris, l'Enlèvement d'Hélène, le Triomphe de l'Amour, l'Entrevue de 
la reine de Saba; sur un de ces plateaux qui faisait partie des biens de Laurent le 
Magnifique et qui est attribué à Masaccio, figure une Sérénade; sur un autre, qui se 
trouve au Musée de Berlin, des servantes portent à une accouchée des gâteaux 
et des friandises précisément sur un de ces plateaux, des sonneurs de trompe les 
précèdent. Le décorateur a, sans doute, un peu forcé la note, mais il est certain 
que le régime des accouchées n'était pas alors en Italie celui de la diète et de la 
tranquillité. 

Les plateaux d'accouchées étaient parfois, comme on le voit, des objets de grand 
luxe; aussi en trouve-t-on dans les corbeilles de mariage. L'usage semble s'en être 
perpétué jusqu'au xvi^ siècle. 

Les Italiennes étaient-elles prolifiques ? Cela semble vraisemblable en dépit d'un 
proverbe fort désobligeant pour les mères d'une abondante famille et que rappelle 
Brantôme''. Malgré les guerres incessantes, les effroyables épidémies du xiv^ et du 
xv^ siècle et l'émigration, la population alla toujours croissant. Au surplus, les auto- 
biographies telles que celles de Pitti, de Mihadusse, de Baldovinetti, de Guidoni, 
nous montrent leurs auteurs entourés de nombre d'enfants. Laurent de Médicis eut 
trois filles et quatre garçons; Guarini de Vérone, douze fils légitimes; son petit-fils 
Battista Guarini, l'auteur du Pastor Fido, trois fils et cinq filles; Filelfo, douze fils et 
douze filles de ses trois femmes; la femme de Guicciardini avait cinq sœurs et cinq 
frères'; la célèbre Isabella d'Esté eut trois fils et cinq filles^'; dans la fresque de 

1. — De La Lande, Voyage d'un Fraii- Eugène Piot, 1894. On a reproduit trois fants d'un dessin un peu moins soigné. 
fais en Italie, Venise, 1769, vol. VI, plateaux appartenant à la collection de 4. — Ed. Lalanne, IX, 363. 

p. 340. Voyage fait en 1765. M. Martin-Leroy. Ils sont décorés sur les 5. — Ricordi autobiografici, Opère ine- 

2. — Hicordi di Rinuccini, p. 2Si. deux faces. Au revers de l'un, deux dite, X, 71. Cf. Ricordi di Rinuccini, 

3. — MvsTZ, Les Plateaux d'accouchées enfants jouant au jeu de la chouette p. 258 à 265. 

et la peinture sur meubles aux xiv et très populaire en Italie. Au revers des 6. — Voir Svmonds, Renaissance, II, 

XV' siècles avec gravures. Fondation deux autres, des femmes nues et des en- 184, 203; VIII, 132. 



LE BAPTÊME ET SES CÉRÉMONIES. 7 

Poccetti qui est au cloître de San Marco, à Florence, Dante da Castiglione qui la 
fit peindre, se félicite d'avoir eu huit enfants en huit ans, sept fils et une fille. Les 
tables généalogiques de Litta font ressortir la nombreuse descendance, légitime et 
illégitime, des grands personnages. Nicolas III d'Esté eut tant d'enfants, légitimes et 
illégitimes, qu'on disait qu'il était véritablement le père de ses sujets. A Florence, les 
familles de sept enfants étaient en majorité'. Les lois génoises exemptaient de taxes 
les pères d'une nombreuse famille. Dans la supputation, on tenait compte des 
enfants illégitimes'. 



LE BAPTÊME ET SES CÉRÉMONIES 



La tradition du baptême par immersion se conserva longtemps en Italie, et le 
baptême par infusion ne devint la règle que relativement tard; la preuve en est dans 
le grand nombre de cuves qui existent encore dans les baptistères italiens^. 

Celui d'Ascoli, dans les Marches, qui date du viil'' siècle, montre la transformation 
dont les cuves, généralement creusées dans le sol, furent l'objet. 

Dante décrit un de ces baptistères primitifs dans le chant xix*" de V Enfer : « Je vis 
sur les côtés et dans le fond cette pierre livide percée de trous d'une égale largeur, 
et chacun était rond. Ils ne paraissaient ni plus ni moins grands que ceux qui sont 
dans ma belle église de S. Giovanni à l'usage de ceux qui baptisent; j'en brisai un il 
n'y a pas beaucoup d'années, parce qu'il y avait dedans quelqu'un qui s'y noyait-». » 

Dante fait ici allusion à un incident que l'on exploita violemment contre lui et que 
son commentateur, qui fut son contemporain, Benvenuto d'Imola, raconte de la façon 
suivante' : « Quelques enfants jouaient, selon leur coutume, dans le baptistère de 
S. Giovanni, quand l'un d'eux, plus turbulent que les autres, tomba dans l'un des 
trous destinés aux baptêmes et s'y engagea de telle sorte que ses camarades ne 
pouvaient l'en sortir; leurs clameurs attirèrent une foule de gens, mais personne ne 
se portait au secours de l'entant. Dante survint, comprit le péril et, avec une hache 
qu'il se fit apporter, rompit la cuve qui était de marbre. » Ce pourquoi, on l'accusa 
tout aussitôt de sacrilège. 

Il y a assurément quelque chose d'obscur dans le commentaire de Benvenuto, 
car, si les cuves baptismales étaient, comme il est dit, des puits creusés dans le sol, 
on ne voit pas comment Dante aurait pu en rompre la paroi à coups de hache pour 
délivrer l'enfant. 

La pratique du baptême par immersion existait naguère encore dans les 
Abruzzes^. 

On avait adopté en Italie la coutume, introduite dans la chrétienté vers le 

I. — C. GVKSTl,LeUere...di Alessandra ment du baptême, Paris, 1881, p. 113 et Fiorentino, Paria, i88l, p. 78. 

Mactnghi negli Strozzi, p. n6, 127. suiv. Archivio Stor. liai., aer. V, vol. X 5. — MfRATORi, Atitiq. liai., I, 1673. 

2- — Staglieno, Le Donne Genovesi, (1892), p. 88. Mol.menti, p. 347. Cf. 6. — A. de N:no, fsi> Cos/m»ii .4f'ruc- 
p. 39- Gautier, ia C/i«i'(i/e»-ie, p. 108. ««»", Florence, 1881, vol. II, p. i-. 

3- — J- CoRBLET. Histoire du sacre- 4. — Vers 13 et suiv. TraJ. Picr Angpelo « Immersions batlesimaie. • 



8 LA FEMME ITALIENNE. 

vi° siècle, de n'administrer le baptême qu'à certaines époques de l'année, à l'occasion 
des grandes fêtes, à la Noël, la veille de Pâques. Il en fut ainsi à Bologne, par 
exemple, jusqu'au xvil^ siècle; trois ou quatre mille enfants y recevaient ensemble le 
sacrement du baptême dans l'église cathédrale de S. Pietro'. Ce fut en vue de ces 
cérémonies que l'on édifia les vastes baptistères, distincts des églises, qui sont une 
des particularités de l'architecture religieuse italienne^. 

Toutefois, généralement, on en revint assez vite aux traditions de l'Eglise pri- 
mitive qui permettait de baptiser « à toute époque de l'année, au gré de chacun^ ». 
On voulait que l'enfant fût baptisé avant d'avoir mangé. Au moyen âge, dans bien 
des pays, les parents ne consentaient à voir le nouveau-né qu'après qu'il avait reçu 
une « âme nouvelle'' ». 

De même qu'en Espagne et en Portugal, l'office était dit en latin car le peuple 
lui-même l'entendait, ce qui n'était pas le cas dans les pays du nord'. 

Quelquefois le curé inscrivait une réflexion, un souhait en marge de l'acte consta- 
tant l'accomplissement de la cérémonie; celui de Castiglione qui baptisa Lodovico 
Gonzaga, écrivit sur le registre ces paroles naïvement touchantes : « Qu'il soit 
heureux, qu'il soit cher à Dieu, qu'il vive éternellement pour le bien des hommes. » 
La sage-femme, qui était souvent la seule femme admise à assister au baptême, 
contresignait l'acte. 

En Vénétie, on conduisait l'enfant au baptême sous un baldaquin ou bien dans un 
char doré''; en Sicile, on allumait des torches même en plein jour?. 

L'enfant était le plus souvent revêtu d'une petite tunique blanche à laquelle on 
attachait un bonnet garni d'une croix*. En 1362, les statuts de Lucques durent inter- 
dire que l'on ornât de pierres précieuses, de perles, d'or ou d'argent le drap de lin 
baptismal^. 

On célébrait les baptêmes, chez les grands, par des banquets et même par des 
tovirnois'°. Quand naquit, en 1474, Isabella d'Esté, que sa grâee et son esprit devaient 
rendre si fameuse, on donna un festin dans la grand'salle du palais ducal"; les parois 
en avaient été décorées de cent banderoles peintes aux couleurs et aux armes de son 
père, le prince Hercule 1". 

Au xvil'^ siècle, on tendait à Rome les églises de damas rouge frangé d'or et 
l'on chargeait l'autel de vases d'argent'^ 

Dans le nord de l'Italie, en Piémont, à Verceil, à Novare, à Aoste notamment. 



1. — A. Masini, Bologna perlusirata, 
Bologne, 1666, p. 212. 

2. — ViOLLET-LE-Duc, Dictionnaire 
d'architecture, V., 533; Corblet, p. 30. 

3. — « Per ioium annum sicut unicui- 
que vel nécessitas fuit vel voluntas. » 
Saint Augustin, cité par Viollet-le- 
Duc, ut supra. 

4. — L. Gautier, La Chevalerie, p. 106. 

5. — Corblet, Histoire du sacrement 
du baptême, p. 320, 488, 490. 

6. — MOI.MENTI, p. 247. 

7. — Pranimaticn sopra i vrstiti e le 



pompe in Sicilia, sec. XVI. ViNC. Di 
GIOVANNI, Nuove EJ/emeridi Srciliane, 
Ser. III. iasc. m, vol. II, p. 2S2. 
8. — Corblet, p. 421. 
8. — G. ÎAminoi.1, Documenii di Storia 
Lucchese Archiv. Stor. Ital., Ser. I, 
vol. X (1847), Doc, p. 103. 
10. — M. Tabarrini, Cronache délia 
ciità di Ferma, Florence, 1870, p. 86. 
« An. 1444 et die mariis XVII Mar- 
iii, Miig-""' Uns (ialeacius Jiiius comilis 
et Ilfme D'île Blanche, fuit buptizatus 
in Ecclesia sancte Marie Majoris per 



Dnin Anfonium Marini Priorem s. Sal- 
vatoris; et compatres (fneruni) Ambas^ 
ciatores Fïorentie Angélus de Anghiara 
et Uns Johannes Magistri Thome de 
Firmo et alii; in qua die fuit jostratum 
in girifalco per mitltos artnigeros. » 

11. — Gandini, Isabella Béatrice e Al- 
fonso d'Esté infanti, Modéne, 1896, 
p. 26, 40. Voir Appendice, Enfance I. 

12. — Awisi di G. G-ualtieri, Rome, 
Bibl. Angelica, Cod. Mss. 325 à la 
date du i"' janvier 1628. Awisi di Foli- 
gno, Rome, Bibl. Casanatense, 1691. 



i'i.Aj-/:.\r.\ DAccorc/fi/'s. — cost['mfs. //.v or xv siècle. 




l'LATI-.AV I) ACiCOl CUKi;. 

l'an's. CdIIccI. M art in -Leroy. 




ri,ATi;At' Il ACCdlCIlKli 

l'aris, Collect. Martin-Lcroj". 




LE BAPTÊME ET SES CÉRÉMONIES. 9 

les cloches sonnaient trois volées pour annoncer la naissance d'un fils, deux seulement 
pour une fille'. La sage-femme portait l'enfant à l'église à l'exclusion du parrain ou de 
l;i marraine; elle recevait un présent qui consistait en friandises, en vins, en liqueurs, 
et que lui envoyait le parrain; parfois même on lui donnait des bijoux'. 

Le goût de l'ostentation, qui fut si vif en Italie, fit que l'on se prit, dès qu'il y 
régna une certaine aisance, à échanger de nombreux et riches cadeaux à l'occasion des 
baptêmes. Les rédacteurs des premiers statuts de Pise cherchaient déjà, en 1286, à 
modérer cette mode', mais leur tentative étant demeurée vaine les réformateurs des 
statuts de 13 13- 1337 rendirent plus minutieuses et sanctionnèrent de peines plus 
sévères les prescriptions antérieures'*. Ainsi c'était la coutume que les parrains, les 
marraines et les personnes du voisinage s'unissent pour offrir des vêtements au nou- 
veau-né, le drap destiné à l'envelopper quand on le porterait à l'église, un. cordon de 
soie qui servait de ceinture; en retour, les parents donnaient des cierges et distri- 
buaient largement des friandises. Le nouveau règlement interdit ces générosités, et 
limita à vingt deniers la dépense totale autorisée pour un baptême. 

En 1449, la municipalité de Gênes s'élève contre l'habitude de plus en plus 
répandue, dit-elle, d'envoyer aux enfants nouveau-nés des berceaux coûteux; aux 
mères, des couvertures, du linge, des objets pouvant leur être utiles'. A Rome, on 
défendit en 1473 de donner aux parents, à l'occasion d'un baptême, des ornements 
d'or ou d'argent, des bijoux, des perles, des bagues, des vêtements de soie, des 
mets^. Il est bien certain toutefois que cette réglementation ne fut pas régulièrement 
observée, du moins par les grands. 

A Bologne, la comtesse Anna Campeggi, femme du comte Carlo Ranuzzi, reçut 
de son beau -père, lors du baptême de son premier-né, un éventail romain et une paire 
de pendants d'oreilles en diamants, plus une forte somme d'argent; de sa belle-mère, 
une garniture de perles et de diamants; de son beau-père, une boîte à gants en argent 
et un éventail; de sa belle-sœur, un reliquaire en filigrane d'argent; enfin de son 
mari, quatre-vingts doublons'. 

Au xvili^ siècle, la princesse de Castel Ginetti eut un coffre incrusté de corail, 
contenant une robe de brocart « à la chinoise », une paire de chaussettes et une paire 
de gants d'Angleterre, une montre d'or avec sa chaîne et sa clef, deux tasses à café ou 
à chocolat, avec deux soucoupes, un étui d'or^. 

Les parrains et marraines recevaient des dons ; ils offraient aux parents, en retour, 



1. — A Zuccagni-Orlandini, Coro- 
graphia... deW Ualia, Florence, 1837, 
vol. IV, p. 608. 

2. — Tbid., p. 137,332, 548. Ces bijoux 
consistaient en bracelets et en colliers de 
perles, qui étaient alors la grande fan- 
taisie des femmes mais dont le prix 
devait être parfois assez minime. 

3- — Fb. BoNAlNl, Siainti di Pisa, 
Florence, 1870, I, 435, Rub. L. 
4. - Ibid., II, 353, Rub. UX, De 
Curieriis et baptismis. Cf. Statuts du 



Capitaine, à Florence, 1355, Archivio di 
Staio. Défense de dépenser plus d'un 
florin d'or en friandises, cadeaux... Le 
texte de ce règlement se trouve à l'Ap- 
pendice, Vêtement XIV. Cf. Statuts de 
Lucqucs, 1362, cites plus haut. Voir 
Appendice, Enfance II. 

5. — Belgrano, Dclla VHa privala de 
Gcnovcsi, p. 501. 

6. — Règlement somptuaire faisant 
suite aux Statuts de 1473. Cf. Ettore 
Verga, Le Lcggi sttntiiaric milancsi, 



dans Archiv. Sior. Lombardo, Ser. III, 
an. XXV (1898), fasc. xvn. p. 64- Sta- 
tuts de 1498. Défense de donner autre 
chose à manger aux personnes qui vien- 
nent visiter les mères, que des fruits 
naturels et des g&tcaux de farine, d'en- 
voyer des cadeaux de plus de seize 
livres. 

7. — L. F8ATI, i<« ri7»i pritnta di Bo- 
logna, p. 58. 

8. — Diario del Chracas, adan., Il oc- 
tobre 173a. Cf. 17 juillet 1734. 



,o LA FEMME ITALIENNE. 

des dragées et des cierges dont le prix s'élevait, à Florence, jusqu'à neuf lires', voire 
aussi des cadeaux plus importants. Rinuccini note soigneusement combien de grossoni 
les parrains déposèrent dans le berceau de chacun de ses enfants". Lorsque Laurent de 
Médicis se rendit à Milan pour y tenir sur les fonts Gian Galeazzo, fils aîné du duc 
Galeazzo Maria Visconti (1476), il crut devoir, mandait-il à sa femme Clarice Orsini, 
donner à la duchesse un collier d'or avec de gros diamants, lequel ne lui coûta pas 
moins de trois mille ducats^ Aussi le duc insista-t-il pour qu'il baptisât à l'avenir tous 
les enfants qu'il pourrait avoir. 

Cette obligation n'empêchait pas les personnes qui jouissaient d'un certain crédit, 
d'accepter d'être parrains d'une infinité d'enfants. Ainsi l'historien Guicciardini, à ce 
qu'il rapporte dans ses Mémoires, tint sur les fonts, presque chaque année, un ou 
plusieurs enfants"». Il en fut de même de Rinuccini (1503, 1504, 1505....)'. 

En vue d'augmenter le nombre des cadeaux, on imagina d'augmenter celui des 
parrains, contrairement aux lois canoniques qui n'autorisaient qu'un parrain et une 
marraine, et contrairement même aux décisions des conciles du xill*^ siècle, qui avaient 
permis deux parrains et une marraine pour les garçons, deux marraines et un parrain 
pour les filles, en l'honneur de la Trinité^. Il en fallut toute une troupe. A Venise, oii 
l'on observait cependant assez exactement la règle du triple parrainage, il n'était pas 
rare qu'il y eût jusqu'à cent cinquante parrains et marraines pour un enfant. On dut 
même interdire ce genre de compérage aux gentilshommes et aux dames de qualité, 
afin que la règle qui empêchait le parrain et la marraine d'un même enfant de 
s'épouser n'entravât pas tout mariage parmi la noblesse. Au moment d'oindre l'enfant, 
l'officiant était tenu de demander à haute voix s'il n'y avait point de nobles parmi 
ceux qui se présentaient. A l'issue de la cérémonie, le père envoyait à tous les 
parrains et marraines des massepains, « en témoignage de la parenté conclue entre 
eux' ». 

A Florence, le nombre des parrains était généralement supérieur à deux*. Andréa 
Saluzzo di Castellar raconte ainsi, dans ses Mémoires^, le baptême de ses enfants : 

« Le lundi 5 septembre 1477, écrit-il, à dix-huit heures, la lune étant décroissante, 
ma femme eut un fils auquel je donnai le nom de Giovanni Ludovico. Il eut beaucoup 
de parrains : Michèle Antonio, le comte de Carmaguola, son oncle Carlo Domenico 
protonotaire, messire Pirro, le chevalier Bernardino et plusieurs autres gentilshommes. 
Il eut deux marraines. » En 15 13, Saluzzo eut une fille à laquelle il donna aussi quan- 



I. — Fb. Sahackno, Regesto (Regfistre 
des Princes d'Achaïe). Miscellanea Stor. 
Italiana, Ser. U, vol. XX, p. 276. An- 
née 1378. Et Mémoires de Luca di Mat- 
teo di Messer Luca daPanzano, Archiv. 
Stor. lialiano, Ser. V, vol. IV, p. 170, 
art. G. C.4.RNESECCHI, Un Fiorentino 
del sec. XV. Année 1418. 
a. — Ricordi Storici, p. 261, 262 et 264. 
Il semble qu'on ne faisait cette offrande 
que pour les enfants mâles. 
3. — G. Cai'poni, Storia dclla Rep. di 
Firenze, Florence, 1875, vol. H, p. 99. 



A. Fabroni, Laurenfii Medicis Magni- 
fia vita, Pise, 1784, H, 54. 

4. — Par e.\eniple, quatre en 1507, un 
en 150g, deux en 1510, deux en 1511, un 
en 1513, un en 1515... Il y avait toujours 
un ou deux autres parrains. 

5. — Ricordi storici di... Rinuccini, 
p. 259, 260. 11 lui en coûta à chaque fois 
une dizaine de ducas. 

6. — York, 1195; Salisbury, 1217; 
Trêves, 1227; Compiêgne, 1229; Wor- 
chcster, 1240; Cologne, 1281 ; Excester, 
1287; Cf. DuCANGE, Patrinus, Compa- 



trinatus. CoRBLET, p. 204. 

7. — Sansovino, Venezia, fol. 149'. Cf. 
M. Tabarrini, Cronache délia Città di 
Ferma, Florence, 1870, p. 86. 

8. — Ricordi de Guicciardini et de Fi~ 
lippo di Neri Rinuccini , loc. cit. L'un 
des fils de ce dernier eut neuf parrains ; 
l'aîne des fils de Alessandro di Neri Ri- 
nuccini en eut six. Cf. Appendice, En- 
fance III. 

9. — Memoriale di... Saluzzo di... Cas- 
tellar, dans Miscellanea di Stor. Patria, 
Ser. I, vol. VIII 1S69, p. 442, 553, 554. 



LE BAPTÊME ET SES CÉRÉMONIES. ii 

tité de parrains, et l'année suivante, le ii août, la lune, dit-il, étant dans son premier 
quartier, lui naquit un lils qui fut baptisé le 20 du même mois". Cette fois encore, il lui 
donna plusieurs parrains, et il note qu'il leur offrit lui banquet qu'il qualifie de splen- 
didc. Toutefois, comme c'était temps d'abstinence, le menu se composa de poissons et 
de « choses de Carême' ». 

Il existait en Italie comme en France une coutume toute différente : c'était de 
prendre, par esprit d'humilité, des parrains d'humble condition. On sait que Mon- 
taigne et Montesquieu furent présentés au baptême par des pauvres'; Buffon eut pour 
parrain l'homme le plus misérable de Montbart, et pour marraine une mendiante^. De 
même certains parents italiens emmenaient comme parrains et marraines les deux 
premiers pauvres qu'ils rencontraient en se rendant au baptistère'. 

On donnait à l'enfant le nom de son parrain ou de sa marraine; cependant, quand 
il y avait abondance de parrains, les parents se tiraient d'embarras en choisissant arbi- 
trairement un nom; c'est ce que fit Saluzzo, par exemple^. A Gênes régnait, au xV^ et 
au XYl*^ siècle, une coutume bizarre; les filles changeaient de nom arrivées à un certain 
âge; ainsi dans les actes de notaires se trouvent des mentions dans le genre de celle-ci : 
Agnesia nunc vocata PeUegrina'' . 

Par suite de l'influence espagnole, la mode s'introduisit au xvill'' siècle de multi- 
plier les prénoms. Le fils du comte Gio, Batta Campello en reçut quinze^. 

Les accouchées gardaient généralement le lit une vingtaine de jours; ensuite, elles 
se rendaient à l'égHse, mais sans l'enfant; le prêtre les recevait sur le seuil, couvert de 
l'étole et du surplis, et suivi de son clergé, les aspergeait d'eau bénite et leur tendait 
l'extrémité de son étole qu'elles devaient toucher à genoux; puis il les introduisait 
dans l'intérieur de l'église jusqu'à l'autel devant lequel elles s'agenouillaient. Après la 
récitation de VOremus, le prêtre donnait sa bénédiction par aspersion, et recevait 
l'oblation d'un cierge^. 

Rinuccini, comparant en 1665 les mœurs d'autrefois à celles de son temps '°, écrit 
que jadis le père invitait un gentilhomme et une gentille dame à servir de parrain et 
de marraine au nouveau-né, que ceux-ci allaient le prendre à la maison et que la sage- 
femme le portait, en leur compagnie, à l'église S. Giovanni (il s'agit de Florence). 
La cérémonie finie, le parrain et la marraine mettaient au cou de l'enfant un cadeau qui 
consistait généralement en un collier contenant des reliques, et revenus à la maison ils 



1. — On remarquera que Saluzzo ne 
marque l'âgée de la lune que quand il s'ag-it 
d'enfants mâles. 

2. — La multiplicité des parrains était 
chose fréquente ailleurs qu'en Italie. Par 
exemple, dans la Chanson de Roland, 
V. 3982, il est parlé des nombreux par- 
rains de la reine Braminade; le peant 
Fierabras en eut plusieurs aussi (Gau- 
tier, La Chevalerie, p. iio). Jeanne 
d'Arc eut trois parrains et trois mar- 
raines. Dans le Livre de Raison d'un 
bourgeois de Lyon au xiv» siàclc, publie 
par Guiçnes, 1882, p. 8, on lit : € En 



l'iaugfe leplonffierent parrina iotasses. • 
Il en fut ainsi jusqu'au concile de Trente. 

(COHBLET, p. 172). 

3. — Essais, II, 12. — ViAU. Histoire 
de Montesquieu , p. 15. 

4. — Nadault de Buffon, Corres- 
pondance inédite de Buffon, I. 323. 

5. — CORBLET, p. 185. 

6. — Saluzzo di Castellak, ilemo- 
riale, loc. cit. 

7. — Staglieno. p. 8. Il donne la liste 
des noms le plus fréquemment usités 
tels que Aide, Drude, Giulic, Richcldv, 
Oficie, et. comme noms pris ensuite : 



Bruno, Careta, Cesarea, Beneincasa. 
C'étaient presque, on le voit, des sur- 
noms. 

8. — // Chracas, Diario, 11 octobre 
171a .Archiv. Sior. Capit., Cred. XIV. 
vol. XX, p. 135. A. Zuccagni-Ori-an- 
DINI, Corografia... delV Italia, vol. IV. 
CoRBLET, p. 223. Gautier, p. 113. 

9. — MoRONl. Die. di Erudieione Sto- 
rica-EccIcsiastica, LVI, 98. CoRBLET, 
p. 498- 

10. — Consideracioni sopra l'usante mu- 
tât» nel passato secolo... Ricordi Sto- 
rici, p. 273. 



12 LA FEMME ITALIENNE. 

rendaient visite à l'accouchée, et prenaient part à une collation de confitures. Actuelle- 
ment, ajoute Rinuccini, on a renoncé à la coutume de faire un cadeau; toutefois les 
parrains riches remettent de l'argent à leurs filleuls pauvres; on prend souvent un 
parrain sans marraine, et c'est le père qui amène l'enfant à l'église. On continue 
à aller visiter l'accouchée. 



LE ROLE DE LA MERE 



La plupart des écrivains italiens qui ont traité de l'enfance conseillent aux mères 
d'allaiter leurs enfants'. « Le père doit obliger la mère à nourrir le nouveau-né, dit 
Sadoleto en 1530, tant à cause des liens du sang que de la vive affection qui est le 
résultat de cette pratique-. » Et Lodovico Dolce, donnant comme exemple que les 
bêtes nourrissent leurs petits, impose cette obligation aux femmes^. Cependant, aussi 
bien dans la bourgeoisie que dans la noblesse, les femmes se déchargeaient volontiers 
sur des nourrices des soins épuisants de l'allaitement. Aussi les avis, les recomman- 
dations touchant le choix des nourrices et la façon de les traiter sont-ils abondants 
dans les manuels consacrés à la vie de famille. 

Francesco Barberino, qui vivait au xiV^ siècle, détaille les conditions que doit rem- 
plir une bonne nourrice''. « Qu'elle ait de vingt-cinq à trente-cinq ans, dit-il, qu'elle 
ressemble autant que possible à la mère, que son teint soit clair, son encolure forte, 
sa poitrine ample, sa chair ferme, son haleine saine; qu'elle soit plutôt grasse que 
maigre, qu'elle ait les mamelles développées, mais sans exagération, et les dents bien 
propres. » Quant à son caractère, Barberino veut qu'elle ne soit ni hautaine, ni colère, 
ni mélancolique, ni folle, ni trop peureuse; et il ajoute, comme pour se résumer, qu'elle 
ne doit pas être rousse, car le roux était, au Moyen Age, en fort mauvais prédicament. 
Quant à son lait, Barberino demande qu'il ait « une couleur blanche et non pas verte, 
ni jaune, ni surtout noire, une bonne odeur et une saveur presque douce, ni salée, ni 
amère; qu'il ne fasse point d'écume et soit homogène ». Il conseille de faire manger aux 
nourrices, pour obtenir ce résultat, beaucoup de laitues, des amandes, des noisettes 



1. — L. B. Alberti, au xv siècle, fait un 
devoir aux mères d'allaiter leurs enfants. 
Traitato del Governo delîa Famigîia. 
Œuvres H, 54. 

2. — De Liberisrecte instituendis, com- 
posa en 1530, mais publie en 1533, à 
Venise, p. 103. 

3. — LoD. Dolce, Dialogo délia Insi. 
délie Donne, fol. 8, 9. Dans un autre 
traite qui, toutefois, est peut-être apo- 
cryphe, on lit : « Icelle n'est pas vraye 
mère de son fils qui prend une nourrice 
pour lui donner le laict et luy nie les 
siens tetins. Les deux mamelles ne sont 
données à la femme pour seul aorne- 
ment de la poictrine, mais aussi pour 
nourrissement de ses enfans. » Bonne 
responsc ù tous propos, traduit d'italien 



en vulgaire français, Lyon, 1589, p. 78. 
Vives, qui fit autorite en Italie, parle 
de même dans le Livre très bon... de 
l'institution de la Femme chrestienne, 
trad. Pierre de Changy, 1543, fol. 2 : 
« Car par ce est et sera plus grant 
charité et mutuel amour entre la mère 
et sa fille, quant autre ny aura mis soli- 
citude, car les nourrices sont acous- 
tumees destre appellees mères. » 
Cf. De Maulde, Les Femmes de la 
Renaissance, p. 102. 
4. — Fr. da Barberino, Del Rcggi- 
mento e de Cosiiuni dclle Donne, Rome, 
1815, p. 252. Parte XIII. Délia Balia. 
Autre édition, Turin, 1875, p. 305. Bar- 
berino, aux enseignements de qui il sera 
souvent recouru dans cette étude, fut 



un grand personnage; ambassadeur en 
France, il connut Joinville ; à Florence, 
où il exerça la profession de notaire, il 
fut l'ami de Boccace. Très instruit de 
toutes choses, il composa des contes qui 
sont des moralités, des Préceptes d'A- 
mour, et le Traité sur la conduite des 
femmes où il leur donne des avis pour 
toutes les circonstances de leur existence 
et s'occupe des femmes de basse condi- 
tion aussi bien que des princesses et 
des filles de barons. Ce traité qui est en- 
tremêle de contes destinés à illustrer les 
préceptes exposes rappelle, en quelques- 
unes de ses parties, la Cité des Dames de 
Christine de Pisan compose un siècle 
plus tard. Il fut rédigé vers 1300. Bar- 
berino était ne en 12646! mourut eu 1348. 



FO.V'AÇ BAPTISMAUX. 




FONTS BAPTls.MALX ^i5IIl. — CORRETO-GUIDI iPnjv. de Florence) 
Église de S' Léonardo. (Phot. Alinari.j 




l'oNTS BAPTISMAUX. — AscoH. Baptistère (viii» Siècle), (l'hot. .■\linari.t 



LE ROLE DE LA MÈRE. i3 

et « des soupes françaises au lait ». Il conseille aussi de faire beaucoup marcher les 
nourrices. Au xV siècle, Alberti recommande aux parents de s'assurer que la nour- 
rice n'est pas épileptique ou atteinte de la lèpre'. <:< S'il faut prendre une nourrice, 
dit Sadolet, elle doit être de mœurs chastes, et prévoyante par caractère... Le lait 
puisé à un corps que gouverne un esprit modéré apporte dans le naturel de l'enfant 
les qualités même de cet esprit'. » Tansillo (15 10-1568) fit un poème sur les nour- 
rices ^ Lod. Dolce recommande aux parents de s'occuper moins du pays d'où vien- 
nent les nourrices que de l'abondance de leur Veài''. 

Tommaso Garzoni, qui écrivait au xvr siècle, parle à peu près dans le même 
sens'. 

Au XVIII'' siècle, un médecin a consacré tout un volume au choix et au régime des 
nourrices^; il recommande de préférer celles ayant de vingt à trente ans, car on se 
mariait plus tôt alors qu'au temps de Barberino, traite longuement des qualités 
qu'elles doivent offrir et des conditions d'existence auxquelles il convient de les 
assujétir'. 

On employait assez volontiers des nourrices esclaves nègres, comme on le verra 
au chapitre relatif aux esclaves. La récompense de leur allaitement était souvent 
l'affranchissement. Les gages des nourrices libres étaient de six à seize florins d'or 
par an au xiv^ siècle, plus la nourriture. Plus tard, on leur donna trois florins par 
mois environ et un petit cadeau à la fin de leur nourriture^. 

Dans la classe moyenne, on mettait souvent les enfants en nourrice. Guido Antella 
rapporte, dans ses souvenirs domestiques écrits à la fin du xiii° siècle^, qu'il eut à payer 
cinquante solidi par mois à une femme chez qui il mit un de ses enfants en nourrice ; il 
dut, en outre, lui fournir une layette composée d'un berceau, d'un mantelet bleu, 
garni de seize boutons d'argent, d'une robe de couleur, de cinq langes, cinq pièces de 
laine, quatorze pièces de lin, une couchette de plume, deux oreillers avec leurs taies. 

Les Mémoires de Guidini (xiV siècle) sont particulièrement intéressants à ce 
sujet. Voici ce qu'il écrit : « Dans cette partie, moi S. Kristofano di Gano, je parlerai 
de tous mes enfants que j'ai mis en nourrice, je dirai lapension que j'ai payée et à qui'°: 

« D'abord j'ai mis en nourrice mon premier enfant, Francesco, le 7 novembre 
1380, payant cinquante solidi par mois. A la fin du mois j'allai le voir, et donnai à la 
nourrice deux florins. Le 31 du mois de mai, la nourrice me le rapporta, disant qu'elle 
était enceinte. Je soldai son compte. 

« Le 3 juin je l'ai donné à une autre nourrice à raison de trois lires par mois; 
elle le garda un an et ce fut ma mère qui la paya, puis étant devenue enceinte elle me 
le rendit, après quoi je ne le mis plus en nourrice. 

1. — Il faut aussi qu'elle soit . bona, non adoperar latte di Bulic una si il 8. — Voir Appendice, Enfance V. La 
onesta, e faccente ». Il sig^nale le danper suo in alimcnto del figliuolo. valeur approximative du florin était de 
des vins trop fumeux. Œuvres, II, 52. 4. — Dialogo, fol. 10. onze à douze francs. 

2. — Sadolet, Ubi supra. 5. — Tomaso Gakzoni, La Piaeea 9. — Canto, VII, 37. Antella com- 

3. — La Balia poemctto di Liiigi Tan- universalc, Venise, 1599, p. 837. mençn à écrire ses Mémoires en 1298. 
s<7/o, éd. Am. Raiiza, Vcrccil, 1767, suivi 6. — Ant. B krn a bki, dscorso... délie 10. — Ricordi di Cristoforo Guidini. 
de : Dissertaziùuc di Favorino Filosn/o balie, Rome, 170S, p. I à 41. Areliiv. Stor. Italiano, an IV (1843), 
nella qualc vsorHi una nobil Donna a 7. — Voir Appendice, Enfance IV. p. .14 et suiv. 



'4 



LA FEMME ITALIENNE. 



« Ma fille Nadda naquit le 14 juillet 1382; sa mère la nourrit jusqu'au 28 sep- 
tembre, puis je la mis en nourrice moyennant cinquante-cinq solidi par mois ; elle y 
demeura vingt-deux mois ; la nourrice fut intégralement payée et la garda en plus pen- 
dant deux mois pour rien. 

« Notre fils Galgano naquit le 22 octobre 1384; sa mère le nourrit jusqu'au 
14 novembre, puis je le donnai à une nourrice moyennant quarante-sept solidi par 
mois. Je le repris le 3 février 1385, parce que ma femme ayant eu deux jumeaux qui 
furent mis en nourrice, recommença à l'allaiter. » 

Il en fut ainsi des nombreux enfants que Guidini eut dans la suite, excepté le der- 
nier, que sa mère dut élever parce que la guerre venait d'éclater entre Sienne et 
Florence (1389). La pension varie entre quarante-cinq et cinquante-cinq solidi par mois. 

Le poète Barberino donne les instructions les plus minutieuses et les plus parti- 
culières sur les soins dont il faut entourer les jeunes enfants et, quand ses vers entrent 
dans un détail trop exact, il s'en excuse sur l'intérêt du sujet'. De fait, on est surpris 
de la compétence qu'avaient les gens de cette époque dans l'art d'élever les petits, de 
leur méticuleuse propreté, de leur connaissance des lois de l'hygiène enfantine. Barbe- 
rino* conseille les bains tièdes donnés dans la chambre même et dans lesquels, dit-il, 
on se gardera bien de mettre des herbes, du vin, de l'eau de rose, de lessive ou du 
soufre^. Ces bains devaient se renouveler, selon lui, deux ou trois fois par jour. 

C'est à grand tort, on le voit, que certains historiens ont affirmé qu'au 
Moyen Age on n'aimait guère à se laver et que l'un d'eux a dit : '■< pas un bain durant 
mille ans ». Ce ne fut que bien plus tard, après la Renaissance, que le bain devint, 
du moins en France, chose exceptionnelle, solennelle''. Il y avait en Italie nombre 
d'étuves, où les hommes et les femmes se rendaient volontiers, et qui étaient comme 
en France, des lieux de rendez-vous'. Pour les enfants, on ne négHgeait nullement 
leur propreté. Même les enfants trouvés, élevés ensemble en grand nombre, étaient 
baignés par les dames qui en prenaient soin, ainsi qu'on le voit dans un tableau de 
Domenico di Bartolo (commencement du xv'' siècle) qui se trouve dans l'hôpital 
S. Maria délia Scala, à Sienne, et qui représente l'Éducation des Enfants trouvés^ 

Barberino ne borne pas là ses conseils ; il enseigne que la mère ou la nourrice 
peut corriger les défauts physiques de son nourrisson; s'il a, par exemple, les doigts 
trop courts, elle les lui allongera en les étirant chaque matin doucement et réguHè- 
rement; s'il a les yeux louches, elle disposera le berceau de telle façon que la lumière 
les redresse; s'il a le nez de travers, elle le couchera d'un certain côté; ainsi son 
visage redeviendra régulier, grâce à ses soins. Qu'on évite de mettre les enfants trop 



1. — Chant XIII. r- 252 et suiv. Ed. 
1815. Tansillo parle également avec 
minutie des soins de propreté à don- 
ner aux enfants et Erasme lui-même 
s'explique aussi crûment dans son 
traite Christiani Matrimonii Institutio, 
Œuvres complètes, t. V, dédie à la reine 
d'Angleterre, Catherine, 1526. 

2. — Ui supra., p. 517. Cf. Salomone 
MORPUEGO, Ammaestramenii degli An- 



tichi su l'igiene e sulla prima educa- 
ztone de! fanciullo, Florence, 1892. 

3. — C'était la coutume au moyen âge 
de mettre dans les bains des plantes aro- 
matiques. Voir FiÉRABRAS, V. 2218, 
ÉLIE DE Saint-Gilles, v. 1465. 

4. — Ga.\, Glossaire d'Archéologie, art. 
Baignoire. Viollkt-le-Duc, Dict. du 
Mobilier, IV, 404. Toutefois il faut se 
souvenir que saint Gérûme défend le 



bain aux jeunes filles. Compayké, His- 
toire critique des Doctrines de l'Éduca- 
tion, Paris, 1S79, I, 350. 

5. — Les intrigues s'y nouaient et 
les moralistes durent mettre les femmes 
en garde contre le danger de s'y rendre. 

6. — « Si les femmes, dit Barberino, se 
lavaient l'esprit aussi souvent que le vi- 
sage, elles seraient des anges. » Voir 
Savi Lopez, Naples, l8gi. 



LE ROLE DE LA MÈRE. 



x5 



près du feu, car ils y pourraient tomber, et l'on dirait alors : <' C'est le chien noir ou 
c'est le loup quia fait le coup». Qu'on leur apprenne à parler devant un miroir car 
ils croiront causer avec un enfant de leur âge. Qu'on leur coupe les ongles de bien 
près, de peur qu'ils ne se griffent. Qu'on ne les fasse ni rire ni pleurer trop fortement. 
Qu'on leur fasse un capuchon, de façon qu'ils ne se blessent pas quand ils courent 
après les oiseaux. Qu'on les fasse dormir la bouche fermée, pour que les grillons 
n'entrent pas dedans, et les yeux fermés également, pour que les corbeaux ne les 
leur crèvent pas, comme cela s'est vu. Tansillo conseille d'habituer les enfants à se 
servir de leurs deux mains indifféremment". 

Le bercement était fort recommandé, ainsi que le chant des nourrices, « car ils 
réconfortent le corps et l'esprit des enfants, et arrêtent leurs pleurs qui sont causés 
par la sensation de tant de choses nouvelles^ ». 

Pour détourner l'enfant du sein de sa nourrice, le moment du sevrage venu, 
on l'enduisait d'une substance amère. L'allaitement durait de dix-huit mois à deux 
ans^ Le biberon était en usage en Italie comme en France; on en trouve mentionnés 
dans des trousseaux de mariage''. 

On emmaillottait généralement les enfants; les bandes extérieures du maillot, 
qui se terminait en pointe, étaient de couleur différente, comme on le voit dans une 
miniature d'un manuscrit que possède la Bibliothèque Nationale', et dans nombre de 
tableaux^. Barberino recommande de ne pas trop serrer les enfants, afin qu'ils ne 
crient pas^. Cette coutume d'ailleurs avait des adversaires. Au xviii^ siècle, un Père 
jésuite, Gio. Batta Roberti, composa tout un traité en beau style, sur les inconvénients 
du maillot; il est vrai qu'il en fit un autre pour en montrer les avantages*. 

Dès que les enfants sortaient du maillot, on les habillait de la même façon que les 
les grandes personnes et avec autant de luxe ; le trousseau de la princesse Isabella d'Esté 
quand elle avait un an (1476) comprenait une petite tunique (gamurre) de brocart 
d'argent avec des manches d'étamine cramoisie, un manteau long de velours vert 
garni de taffetas d'Alexandrie, deux manteaux, l'un couleur « rose séchée », l'autre 
de drap de Bologne ; on les avait confectionnés avec le reste de pièces d'étoffe qui 
avaient servi à faire des robes pour les demoiselles de la Cour. Il y avait, en outre, 
une pelisse de velours d'Alexandrie, une autre de brocart d'or^. 

Les enfants de la bourgeoisie n'étaient pas vêtus avec moins de recherche 
on leur mettait des robes de soie fourrées, un petit manteau, des chaussons pour 
sortir. On les voyait, dit Alberti, vêtus et ornés d'or et de richesses'". 



1. — ut supra, fol. 30. 

2. — Sadoleto, p. 9. Barberino recom- 
mande toutefois de ne pas bercer les 
enfants tout de suite après qu'ils ont 
mangé. Part. XUI. 

Les nourrices portaient parfois l'enfant 
sur une sorte de claie, comme on le voit 
dans Les Triomphes des Vertus, ras. 
français 144, du svi' siècle. C'est au sur- 
plus encore aujourd'hui la coutume dans 
les payu du midi, que de tenir l'enfant 



non pas directement dans les bras, mais 
couche sur un coussin. 

3. — Barberino dit deux ans. Tansillo 
également, p. 33. 

4. — Barberino parle fréquemment du 
biberon. Trousseaux de mariage, voir 
plus loin. 

5. — Ms. ital., 112, fol. 21. 

6. — Dans un triptyque de l'Ecole de 
Sienne qui est au Louvre, n" 1.667, par 
exemple; dans la Présentation de saint 



Jean de Ghirlandaio qui est dans l'égalise 
S. Maria Novelle à Florence (1490), le 
maillot est double, les bras sont enve- 
loppes. 

7. — Barberino, éd. 1815, p. 254- 

8. — G. B. Roberti, RaccoUa di varie 
opérette, Bolofrnc, 1767, vol. I, i'm fine. 

9. — Gandiki, Isabella, Béatrice, e 
AI/oHso d'Esté infanti, MoJéue, 1896, 
p. 21, 28. 

10. — Amiria, Œuvres. V. 273. 



i6 



LA FEMME ITALIENNE. 



Giraldi se plaint qu'en son temps (xvi^ siècle), on donne à Florence aux enfants à 
la mamelle des vêtements qui conviendraient à des mariés'. On avait pris des dispo- 
sitions spéciales pour empêcher les parents d'habiller leurs enfants avec tant de luxe; 
les gonelles et les manteaux valant plus de cinq florins furent interdits ainsi que les 
étoffes plissées (1355)'- Mais il ne fut tenu nul compte de cette prescription, car, en 
1360, le magistrat chargé de son application eut à sévir contre une fillette qu'on 
avait surprise portant un béret mi-parti vert et violet, orné de franges et de festons 
d'argent, et une « clamyde » ou manteau, rouge et gris agrémenté de passementeries 
d'or et de treize boutons d'argent doré^ 

Les berceaux étaient l'occasion d'une dépense excessive; on les dorait, on les 
garnissait de rideaux de soie; ils étaient surmontés de cerceaux d'or ou d'argent. 

Pour écarter le mauvais sort et « fortifier le cerveau », les mères suspendaient 
une émeraude au cou de leurs enfants''. 

Dante, dans le chant xv^ du Paradis, décrit ainsi une nursery florentine au 
xiV^ siècle : « L'une veillait aux soins du berceau et consolait l'enfant dans les mêmes 
termes dont avaient usé jadis son père et sa mère; l'autre, en tirant la chevelure de 
son fuseau, racontait quelque histoire des Troyens, de Fiésole ou de Rome. » 

La première éducation de l'enfant appartenait le plus souvent à la nourrice. 

On exigeait d'elle qu'elle enseignât aux enfants « l'obéissance et la discipline », 
et qu'elle se fît respecter d'eux « à l'égal d'une mère »; elle devait leur montrer les 
bonnes manières, et les initier aux soins du ménage, leur apprendre à cuire le pain, 
à vider un poulet, à faire la cuisine, à préparer le beurre, à piler, à coudre, « à tisser 
des bourses à la française », à couper les étoffes de laine, de fin, de soie, à ravauder les 
bas, à faire les lits'. En un mot, c'était à la nourrice ou, à son défaut, à la servante 
qu'il appartenait de mettre la jeune fille à même « de se tirer d'affaire, quand elle 
serait mariée, sans dépenser un sol de trop, afin qu'on ne pût dire qu'elle sortait 
d'un bois^' ». Elle demeurait à son service jusqu'au moment de son mariage, auquel elle 
participait comme on verra, et entrait même assez souvent avec elle dans sa nouvelle 
maison oii son rôle était parfois suspect. 



I. — ViNCENZO Giraldi, Di ccrte 
usanee délie geniildonne fwreniine 
nella seconda meta del sec. XVI, Flo- 
rence, 1890. 

Dans un triptyque de Gentile de Fa- 
briano (1370-1450), qui est au Louvre, 
on voit la Vierge enfant vêtue d'une robe 
fort longue, avec des manches étroites; 
l'étoffe d'une grande richesse est bleue 
et couverte de dessins réguliers en or. 
Au centre du tableau de Véronèse Les 
Pèlerins d'Emmails, sont deux enfants 
qui portent des robes semblables à celle 
de la femme qui se voit à droite; elles 
sont d'étoffe épaisse à dessins, les bras 
sont nus. Dans la Viia Nuova, cap. H, 
Dante voit Béatrice h l'âge de neuf ans, 
toute vêtue de rouge. Il est vrai que le 
rouge était une couleur symbolique. 



Mercuri reproduit, vol. I, pi. 18, l'ha- 
billement d'un enfant ; il est mi-parti 
violet et écarlate, avec bordures, brode- 
ries et ceinture d'or; les bas sont égale- 
ment mi-parti les couleurs étant in- 
verses; les bottines sont dorées. Cette 
représentation est prise dans une mosaï- 
que du portique de Saint-Marc et remonte 
au XIV» siècle. Vers la même époque, 
Giottino représente une enfant dans une 
Déposition de Croix qui est à la Galerie 
des Offices; elle est vêtue du surcot que 
portaient les femmes de ce temps, ses 
manches sont à boutons ; une ceinture 
ornée d'une afifique entoure les reins. 
La fille de Roberto Strozzi par le Titien 
(1543), qui est à Berlin, porte un cos- 
tume plus simple mais orne d'une cein- 
ture de bijouterie fort riche. 



2. — Voir Appendice, Enfance VL 

3. — Voir Appendice, Enfance VIL 

4. — Cardani Mediolanensis de pro- 
pria vita Liber, .\msterdam, 1654, p. 270. 

5. — T. Garzoni, La Piazza Univer- 
sale, p. 837. s. MORPURGO, Ammaestra- 
menti..., Forence, 1892, Conseils de 
Paolo di Mcsser Pace da Certaldo, 
p. 33, et Barberino, Parte I, éd. 1842, 
p. 48. Il cijoute, en donnant ces conseils, 
qu'on ne sait pas ce qu'il peut arriver et 
qu'il faut être prêt à tout car on a vu les 
plus hauts seigneurs tomber bien bas. 
O. Giraldi, Di certe usanze. S. Mor- 
purgo, p. 34. L. Dolce (xvi" siècle) 
regrette le temps où les fillettes appre- 
naient à travailler le lin et le chanvre. 
Fol. 13. 

6. — Morpurgo, loc. cit., p. 33, 35. 



so/xs no.wrs .ir.v /:nfan'i:s /■: r makiaci: dj-s iti'Ii i i s di: couvents. 




nOM. I)K DAKTOI.I). SIKNNK. l'KF.Sor K ilK l.'l.GI.lSIC S. .MAHIA UKLLA SCAULA. SAl.l.K. IMll-; 11. l'Kl.l.KUKIN A |(w.|l' 

(Phot. Alinari.) 



LE ROLE DE LA MÈRE. 



«7 



Bien des parents ne voyaient leurs enfants que deux fois par jour, et à peine quel- 
ques instants, quand ils se disposaient à sortir, ou bien le soir au moment du coucher; les 
enfants venaient s'agenouiller devant eux, recevaient leur bénédiction, et se retiraient'. 

Cependant il était des mères qui intervenaient dans l'éducation première de leurs 
enfants'; les moralistes leur en faisaient un devoir'; ils leur conseillent de les mener 
à l'église quand il n'y a pas trop de monde, afin de ne pas causer de trouble, et d'orner 
leurs chambres d'images représentant des saints dans leur jeune âge, et des vierges, 
de façon que, dès leurs premiers regards, ils aient devant les yeux un spectacle 
édifiant et aimable». Alessandra Macinghi apprenait à ses petits-enfants à lire (1468)'. 

Les coutumes de Naples imposent aux mères de s'occuper de l'enfant jusqu'à 
l'âge de trois ans^. 

Au XVI* siècle, Sadoleto' recommande aux mères d'empêcher que rien de 
honteux ou d'impie contre la Divinité n'arrive aux oreilles de leurs filles; elles 
doivent les porter ou les conduire aux offices, aux églises, aux réunions des dames 
de leur famille, afin qu'elles apprennent à les connaître et à les aimer, car 
« c'est par la vue principalement que les jeunes enfants s'initient aux choses qui les 
entourent ». 

D'une façon générale, il veut qu'on « ne montre aux jeunes enfants ne plusieurs 
et diverses ne toutes choses, mais seulement celles qui sont très bonnes et convenables 
à leur eage qui est plustost attyre par choses joyeuses que par subtiles* ». 

« La femme bonne et vertueuse, dit d'autre part Sabba Castiglione^, s'imposera 
de veiller attentivement à l'éducation de ses fils et plus encore de ses filles; elle y 
donnera tout son temps, tous ses soins, tout son zèle afin qu'ils sachent lire au moins 
les oraisons et l'office divin; elle les habituera à dire chaque jour le rosaire de la 
Madone et la couronne; quand elle se rendra à la messe, aux stations, aux autres 
fonctions religieuses, elle emmènera ses filles ornées avec modestie et vêtues confor- 
mément à leur condition. A la maison, elle leur apprendra à travailler de leurs mains 
et surtout à coudre; l'oisiveté est un grand mal. » Giraldi veut que la mère emmène sa 



1. — Préceptes de Giovanni Dominici. 
Regola del governo di cura familière, 
dans S. Morpurgo, Ammaeslramenii... 
Florence, 1893, p. 51. 

2. — Donato Velluti rapporte (année 
1548) que : " Monna Giovcnma, mia 
madré, fu savia e bella donna, molto 
fresca e vermiglia nel visa, e assai 
grande délia persona, onesta e con 
molta virtù. E tnolta falica e sollecitu~ 
dine dura in allevare me e' miei fra- 
telli; consideraio che si pua dire non 
avcssimo altro gastigamenio e spczial- 
mente di padre... » Cite par Del Lunço, 
P- 37- 

3. — Il est à noter, à titre de curiosité, 
que Lorenzino de Mcdicis (Lorenzac- 
chio) dit au commencement de la comé- 
die qu'il composa pour les noces de sa 
victime, VAridosia ; « Je vous asseurc 
que la plus parte des mœurs et coutumes 
de la jeunesse, soient bonnes ou mau- 



vaises, procedde de leurs pères et mères 
ou de ceux qui en ont la charge. » Trad. 
Pierre de Larivez, 1597, citée par 
P. Gauthiez, Lorensaccio, p. 9. 

4. — Morpurgo, Préceptes de Do.MiNici, 
p. 39. Ce n'étaient pas toujours des 
images de ce genre qu'on mettait sous 
leurs yeux; il est probable qu'en Italie 
comme en France, les parents méri- 
taient les objurgations dont Gerson les 
accable dans son opuscule : Adversus 
corruptionem juveniulis per lascivas 
imagines. Œuvres, t. HI, col. 292. Le 
chevalier De La Tour, pour instruire 
ses filles, leur conte de singulières 
histoires. Chap. xxxv, xxxvi. C(. 
JouRDAN, p. 499. Dolce défend qu'on 
prononce devant les enfants des paroles 
inconvenantes sous prétexte qu'elles 
sont amusantes. Fol. II v. 

5. — Lellirv. p. 587. 

6. — « In iducunJo piivrum amlio opv- 



raniiir nam mater educat triennio, 
deinde educat pater. > Consuetuedints. 
Naples, 1489. Naples, Biblioteca Natio- 
nale. 

7. — De Libcris rccte inslituendis, fol. 
106. Cf. Zarrabbaki da Cotignola, 
Délia Nobilià civile, Venise, 1586, p. 48. 
« Les mères doivent élever leurs enfants 
dans le respect de Dieu, veiller à leur 
éducation, faire qu'ils ne soient ni bftes 
ni peureux... » 

8. — Traduction Saliat, Déclamation 
tenant la manùVe de bien instruire les 
enfants... Paris, 1537, fol. iSo. 

9. — Kicordi overo Amttuifstrami^nii Ji 
Sabba Custigtionc, Venise, 1569, fol. 
261. Ricordo cxxviu : « Corne la moglie 
debbe esscrre verso il marito ». 
Pontanus tient & peu près le mime lan- 
gage. Ad uxorcm, de libcris cducandis 
dans De Amore conjugali, Lib. \, 
p. 450- 

3 



i8 



LA FEMME ITALIENNE. 



fille quand elle va se divertir honnêtement avec les femmes de son âge, afin de lui 
donner le goût des plaisirs convenables. 

Ces conseils étaient-ils suivis? La tendresse de certaines mères le donne à croire. 
Valentine de Milan faisait présent à ses enfants, pour les distraire, de livres d'images 
enluminés d'or, d'azur et de vermillon, couverts de cuir de cordouan vermeil, lesquels 
coûtaient soixante sols parisis; Catherine de Médicis s'occupait aussi de ses enfants 
avec une extrême sollicitude, choisissant elle-même leurs nourrices, donnant des recettes 
pour leurs bouillies, surveillant à leur habillement". De même Alessandra Strozzi. 

Les pères avaient leur part dans l'éducation des filles. « Aux mères de les nourrir, 
aux pères de les instruire », dit le Tasse qui semble s'inspirer des Statuts napolitains. 
Il ajoute que « le père doit encore s'occuper de la santé, du développement physique 
de ses enfants ° ». 

On enseignait aux enfants des langues étrangères dont la connaissance fut toujours 
fort en honneur en Italie ; au moyen âge on parlait couramment le français et le proven- 
çal. Saint François d'Assise composa en français ses premiers vers^, Pétrarque dut son 
surnom de François à son goût et à sa pratique de la langue française ; Villani fut accusé 
d'introduire des gaUicismes dans ses ouvrages, et il s'en trouve effectivement; c'est en 
français que Bmnetto Latini écrivit son Tesoro'* et que Marco Polo dicta la relation de ses 
merveilleux voyages dans l'Orient. Le provençal était la langue des jongleurs et 
des troubadours'. A l'époque de la Renaissance, le courtisan accompli comme la dame 
de cour étaient tenus de connaître parfaitement au moins l'espagnol et le français, et l'on 
verra que les langues étrangères étaient alors familières à la plupart des esprits dis- 
tingués^. C'est pourquoi Sadolet insiste pour qu'on les apprenne de bonne heure aux 
enfants. << Pour la congnoissance d'une langue ce sera grand profict, dit-il, si l'enfant 
est nourry parmi ceux qui la parlent bien. 11 apprendra mieux les fables et apologues et 
luy en souviendra mieux. Telle chose servira pour apprendre aussy les noms des 
arbres, herbes et animaulx avec leurs natures." » 

Les Italiens se conformaient assez volontiers aux conseils que Lycurgue, paraît-il, 
et saint Bernard avaient donnés touchant l'utiHté de traiter durement les enfants^. 
'< Leur montrer de la condescendance, ne serait-ce point être cruels envers eux, leur 



I- — p. Lacroix, Mœurs, Usages et 
Costumes au Moyen Age, p. 80. Buu- 
CHOT, Les Femmes de Brant'ime, p. 115. 

2. — T. Tasso, Opère, Florence, 1724, 
t. m, p. 192, 203. // Padredi Famiglia. 
— « Li pères est achoison d'engendrer 
et norrir ses ûlz et d'eus aprendre u dit 
B. Latini. Liv. H, P. l. cap. XLI, De 
Seignorie. 

3. — D. Ancona, Poesia Popolare, 
p. 11, note. Cf. Cabducci, Dello Hvol- 
gimenio délia Letteratura Nationale. 

4. — c Parce que la parleure est plus 
déletable, dit-il, et commune à toutes 
gens. » 

5- — Dans le Convito, Dante s'élève 



contre ceux qui abandonnent leur langue 
maternelle pour celle des étrangers. 
6. — Castiglione recommande l'étude 
de ces deux langues, qu'il maniait eu 
perfection. Voir traduction Chapuis, fol. 
90, 238. Il est même partisan de l'intro- 
duction, dans la langue italienne, de 
vocables empruntés aux nations voi- 
sines, contrairement à Henri Estienne 
qui fit un traité Dialogues du Langage 
français italianisé pour combattre la 
manie qu'avaient les Français de son 
temps d'emprunter leurs termes à la 
langue italienne. « Je voudroye, dit en 
eiïet Castiglione, que nostre courtisan 
parlast et escrivit de telle manière et 



priut les termes baux et elegans non 
seulement de toutes parts d'Italie mais 
aussi voudroy-je qu'il usast aucune fois 
d'aucuns des vocables François et Espa- 
gnols que nous avons déjà receuz et qui 
sont à nostre usage. » 

7. — Saliat, fol. 42. Cf. De Maulde, 
p. 105, note I. 

8. — Les statuts de Rome, entre autres, 
autorisent le père à frapper, « corrigere 
et veyberare » ses fils et ses petits-fils ; ils 
accordent le même droit au frère aîné à 
l'égard de ses frères putnés, à l'oncle à 
l'égard de ses neveux (Statuts de 1363, 
Liv. II, art. 77). Il en fut ainsi jusqu'en 
1580 (Liv. II, art. 86). 



LE ROLE DE LA MÈRE. 



«9 



préparer une série de malheurs? Le père qui voit son enfant tomber dans une rivière, 
doit-il hésiter à le retirer par les cheveux de crainte de lui faire du mal' ? » Les traités 
d'éducation sont catéo;oriques touchant la sévérité. '< Quand l'enfant est petit, dit l'un 
d'eux', il faut, s'il se montre indiscipliné, avoir recours aux semonces et au bouleau; 
après sept ans, on n'en peut venir à bout que par le fouet; après quinze ans, on doit 
employer le bâton, car seul il est efficace, et encore faut-il frapper jusqu'à ce que sa 
soumission soit bien complète et que l'enfant s'humilie^ ». Alberti blâme fortement les 
parents qui s'apaisent dès que l'enfant promet « qu'il ne le fera plus'' ». 

On a la preuve que la rudesse était d'un usage courant, dans l'anecdote que conte 
Cellini dans ses Mémoires' : « Vers ma cinquième année, écrit-il, mon père se trouvait 
un jour dans un cellier on l'on avait coulé la lessive. Il jouait de la viole et chantait 
seul auprès d'un bon feu. En regardant les tisons, il vit par hasard un petit animal 
semblable à un lézard, qui se livrait à de joyeux ébats au milieu des flammes les plus 
ardentes. Mon père, ayant reconnu aussitôt ce que c'était, appela ma sœur et moi, nous 
montra l'animal, et m'appliqua un rude soufflet qui me fit répandre un déluge de 
larmes. Il les essuya doucement et me dit : « Cher petit enfant, je ne te frappe point 
« pour te punir, mais seulement pour que tu te souviennes que ce lézard que tu aperçois 
« dans le feu est une salamandre, animal qu'aucune personne connue n'a jamais vu ». 
Là-dessus, il m'embrassa et me donna quelques quattrini. » 

Nul doute que si Cellini n'eût pas été là, c'est à sa sœur que se fût adressé cet 
appel à sa mémoire. « Quand les jeunes filles, dit Giraldi, n'apportent pas tout le 
travail qu'on leur a donné à faire, les soufflets pleuvent, et parfois le bâton leur enlève 
la poussière de la gamurre^. » 

Au reste, les coups étaient un moyen dont les hommes usaient volontiers envers 
les femmes, alors même qu'elles avaient dépassé leurs premières années. « Femme 
sage et mauvaise .femme veut également le bâton », disait un proverbe'. Les coups, 
assurait-on, les rendent sages, leur donnent le respect des devoirs^. 

Il arrivait quelquefois que les battus se révoltaient. Le petit Roland s'écrie, dans 
VOrlandino, que seuls les ânes veulent être battus et qu'il ne souffrirait d'être traité de 
la sorte que s'il était une brute''. 



1. — Lecov de La Marche, La Chaire 
Française, Paris, 1886, p. 464. 

2. — Antonio Pucci, dans S. Mor- 
purgo, Ammaestramenti, Florence, 1892. 

3. — « La matiezza è legata da natura 
col cuore del fanciullo ma la verga e lo 
basione ne le caccierano. » dit Albortano, 
Trattati tre di Albertano da Brescia, trat. 
I, cap. XXII, Dell' amore e disciplina de 
Jigliuoli. Brescia, 1824. Albertano écri- 
vait au xiv siècle. 

4. — Quand l'enfant dit : ' Nollo piU 
fare ». Délia Famiglia..., Œuvres, II, 
88. 

5. — Liv. I, cap. IV. 

6. — Ch. Dejob, Les Enfants gâtés en 
Italie, au XIV et XV" siècles. Nozze 
d'Ancona-Cardoso, Paris I904. La gà- 
murrc ou simarre ttait une sorte de 



manteau d'un usage très fréquent en 
Italie. 

7. — « Biiona femina e ntala vuol bas- 
tone. » Sacchetti, Nov. 86. Le Frère 
Cherubino de Sienne n'est pas tout à 
fait si absolu dans ses Règles de la Vie 
matrimoniale, ouvragée compose au 
XV" siècle. Il conseille au mari de ne 
pas hésiter à user du bâton, et même 
vertement, mais seulement si le motif 
est Cfrave, si par exemple sa femme a 
parle du diable ou médit des saints, si 
elle s'est plu à reg:arJer par la fenêtre, 
ou si elle a eu des entretiens avec de 
jeunes damerets. « Alors, dit-il, bats-la 
franchement, non pas d'un cœur irrité 
mais par zèle et ch.arité, parce que ce 
châtiment sera méritoire pour toi et pro- 
fitable pour elle » (p. 13). Les coups 



étaient aussi de réfjle dans les couvents; 
six coups à la sœur qui aurait parlé & 
table, ou coupé la nappe avec son cou- 
teau; six coups à celle qui aurait bu ou 
mangé sans demander la bénédiction; 
douze coups à celles qui manquaient à 
certaines pratiques, qui se prenaient 
par la main ; cinquante, si elles parlaient 
entre elles et se donnaient des conseils 
inutiles. S. Donati Vcstonensis Ep. 
Régula ad l'irgiiies, dans L. Holste- 
nius, p. 94 et suiv. 

8. — Sacchetti, Nov. 85, 86 et pmssim 
Perrens, III, 343. 

9. — Sol gli asini si possOHO bastonare 

Se una lai beslia fitssi, patirei. 

FOLKNOO (Merlino Coccaio), chant vu, 
st. 42. 



20 LA FEMME ITALIENNE. 

Mafifeo Veggio, dans son traité de l'éducation, soutient qu'il ne faut pas abuser 
des corrections manuelles, tout en faisant observer « qu'il vaut mieux frapper les 
enfants que les accabler de paroles tendres et doucereuses' ». 

Sadoleto est plus catégorique. Il commence par poser ce principe que les 
parents ne doivent être « ni trop rudes ni trop tendres », mais il leur recommande 
surtout de ne pas faire trop pleurer leurs enûints, et leur rappelle les paroles de 
Caton qui disait « que le père de famille qui bat ses enfants et sa femme n'est pas 
moins à détester que celui qui lève la main contre ses dieux* ». Au contraire, Lod. 
Dolce dit « qu'il est utile que la fillette pleure et s'attriste souvent afin qu'elle puisse 
rire et se réjouir étant femme ^ ». 



= LES JEUX DE L'ENFANCE 

Les petites Italiennes ne manquaient ni de jeux ni de divertissements; à un 
fonds très riche que leur avait légué l'Antiquité, elles avaient ajouté nombre d'amu- 
sements nouveaux. En Sicile, il n'existait pas moins de deux cent trente-trois jeux 
infantiles différents, quarante «passe-temps, divertissements et exercices », quarante- 
trois jeux d'esprif. Un poète en cite treize en quatre strophes'. Les enfants avaient, 
à Fabiano, cent manières diverses de s'amuser; à Bologne, cent vingt; à Venise, 
quatre-vingt-seize qui ont été décrites^. Dans les Abruzzes, si grande était la variété 
des jeux, qu'un auteur, ayant entrepris de les expliquer tous, confesse que, pour 
mener à bien son entreprise, un volume, et fort compact encore, ne lui aurait pas 
suffi; il se borne à citer les principaux'. 

Les éducateurs encourageaient d'ailleurs les enfants dans cette voie. « Profitable 
chose est as enfans joer en enfance mais que il s'estudient puis à avoir sens et à laissier 
ce que riens ne lor vaut », dit Brunetto Latini^. 

Barberino, au xiv" siècle, donne le conseil de laisser les enfants danser et 
chanter, rire et jouer à leur fantaisie, mais la raison de son indulgence est au moins 
singulière: « Que si une fillette, dit-il, fait éclater une joie débordante, il ne faut pas 
se récrier et dire: Ah! Ah! car en faisant cela, on montrera les dents, chose qui 
messied9. » 

Deux siècles plus tard on tenait, mais en l'appuyant d'autres arguments, le même 
langage. On voulait voir les enfants « s'épouffer de rire, se Hvrer sans contrainte 
aux amusements et aux jeux d'esprit, danser, courir, s'exercer les membres, s'aban- 



1- — De Educatione Liberorum. Lib. I, 
cap. 19. Cf. BURCKHAHDT, t. U, p. 354, 
Appendice, 5" partie, u» 5. Sur le rôle des 
coups dans l'éducation, voir entie autres 
A. Franklin, La Vie privée d'autrefois, 
Écoles et Collèges, 1892, chap. iv. 

2. — Sadolkto, De Liberis recte insti- 
tuendis Liber, Venise, 1533, fol. 163. 
Dans Saliat, fol. 33 et 39. 

3. — Ut supra, fol. la. v. 



4. — G. PiTRÈ, Giiiochi fanciulleschi 
Siciliani, Palerme, 1883. Du même, 
Bibliograjîa délie tradizioni popolari 
d'Italia, Turin, 1894, p. 663. 

5. — Perlone Zipoli (Filippo Lippi), 
n Malmantile racquistaio, Prato, 1815, 
c. II, et. 45, p. 33. Cf. G. BORRKLLO, 
Poésie, Catania, 1855, p. 4g. 

6. — Oreste IVlAKCOAi-Di, Le f/so»«e... 
del popolo fabrinnese, Fabriano, 1875. 



PlETRO Forn.\ri, Giuochi, uccelli efiori. 
Milan, 1873. Gasparo Ungarelli, De' 
Giuochi popolari... in Bologna. Archivio 
per lo Studio délie Tradizioni popolari, 
vol. XI, Palerme, 1S92, p. 513. Bernoni, 
Giuochi popolari Veneziani, VeiiisQ, 1874. 

7. — A. DE NiNO, Usi e Cosiumi Abruz- 
zesi, Florence, 1881, vol. II, p. 81. 

8. — Liv. II, p. II, cap. 62. 

9. — Barberino, éd. 1842, p. 43. 



MA//. LOI /■:/■ //.\/!//.i./:m/:.\ /■ /)/\/a\ /s. 




FKDKKICO liAKOCCÎO. — PORTRAIT DU i'HI.NLE lKKl>:-.kH. Ll L KBl.N KMA.ST ^^K EN IOO5) 

Flor^-nce. Palais Pitti. (Phiit. Brofji. i 




I-ICINK) DIT I'<HvlU Nt 'M . I \ I \ ■■. i iui:i\\l^ 1; 

Rome. Galerie Uorsfhc.M.-. d'hot. Alinari.) 



LES JEUX DE L- ENFANCE. 



21 



donner aux ébats qui conviennent à la jeunesse ' ». Quand le maître avait fini de 
leur apprendre à lire et à écrire, il devait, lui disait-on, les pousser à se divertir et au 
besoin les y aider, car l'enfance est l'âge du mouvement et de l'exubérance; le feu 
de l'activité la dévore, elle ne peut demeurer en repos, et le jeu est le meilleur emploi 
de cette surabondance d'énergie. 

A vrai dire, tous ces jeux n'étaient pas également faits pour les filles; il y en 
avait de brutaux, et même de sauvages. On permettait aux enfants de s'exercer à la 
cruauté, on les y poussait. A Florence, en 1478, on les laissa déterrer, trois semaines 
après son exécution, le cadavre du chef de la conjuration des Pazzi; ils le pendirent 
à la sonnette de sa maison, le jetèrent à l'eau, le repêchèrent pour le rependre'. A 
Bologne, à Sienne, à Rome, les jeux auxquels se livraient les enfants : petite guerre, 
tir à la fronde, ballon, étaient si violents et si dangereux, que les municipalités 
durent souvent les interdire sous menace du fouet, de l'estrapade, des galères 
ou de lourdes amendes ^ 

Mais il en était de moins sauvages. On jouait en Italie, comme jadis en Grèce 
et à Rome, à colin-maillard, à cache-cache, à la toupie, aux osselets, à la balle, au 
ballon, à ces jeux que Virgile a décrits et qu'Horace a chantés'' : « Construire de petites 
maisons, atteler des souris à un petit chariot, jouer à pair ou impair, monter à cheval 
sur un long roseau ». On jouait au jeu de la main chaude, qu'a vanté Bajordo', à pile 
ou face que l'on appelait « armes ou saint », à cause des empreintes qui se trouvaient 
sur l'avers et le revers des monnaies italiennes^'. La grande passion des fillettes était, 
comme dans tous les temps, les poupées que Dolce ne veut pas trop belles « pour 
qu'elles ne ressemblent pas à des idoles ». Elles jouaient également à la petite paume, 
laissant la grande paume aux hommes et aux garçons', ou bien au jeu de l'oie qui 
n'était pas celui des Grecs; on suspendait une oie par la tête, et il fallait, les yeux 
bandés, se diriger vers elle et lui trancher le cou avec un couteau. Ce même jeu existait 
naguère dans nos campagnes, et Lanjuinais y voyait même une marque de la haine 
persistante des descendants des Gaulois contre les oies^ ! Maintenant on le pratique 
encore; seulement le cou de l'oie est remplacé par une ficelle, et son corps par un 
bouquet. 

Dans le jeu de l'ambassade, qui était une ressouvenance des coutumes chevale- 
resques, les enfants se divisaient en deux groupes; l'un se présentait devant un châ- 
teau imaginaire, et demandait qu'on lui en ouvrît la porte : « Ouvre, ouvre, châtelaine, 
car voici le chevalier! » L'autre groupe répondait : « Entre, entre, car la porte est 
ouverte ». Alors, le chef du premier groupe déclarait qu'il était l'envoyé d'un seigneur, 



1. — Sadoleto... Liber, p. 31, 34, 41. 

2. — Dejob, Les Enfants giités en 
Italie, Paris, 1904. 

3. — VliG\RKl.hl, De' Giiioclii po/mlari. 

4. — Description du bouclier d'Kncc. 
Chant Vni. Horace, sat., iv, liv. II, sat. 
III, V. 247. 

5. — Orlando Innamorato, Part. I. 
c. XII, st. 7, 8, Milan, 1895, p. 79. 

6. — Archiv. perlo Studio délie traditio- 



nipopolari, VaXcrme, 1891, vol.X, p. 426. 
On fabriquait de petits objets en papier 
et l'on formait des figures avec de la fi- 
celle. PlTRii, tables. 

7. — Une des fresques de Michelino da 
Bcdozzo qui décorent les salles du rez- 
de-chausseedu palais Borromce, àMilan, 
et qui remontent au XIV" siiicle, représente 
une femme ou plutôt une jeune fille toute 
vêtue de blanc, munie d'une latte de 



bois et recevant une balle qu'elle ren- 
voie. On a reproduit cette fresque. 
8. — Voir notre ouvraj^e sur le Capilole 
Romain, p. 53. Une variéti de ce jeu 
consistait à suspendre une oie au-dessus 
d'une rivière; un nageur montait dans 
une barque et devait s'clanccr pour la 
saisir tandis que la barque filait ; souvent 
il tombait K l'eau ou bien l'oie ne se dt- 
tachait pas et il y lestait suspendu. 



22 LA FEMME ITALIENNE. 

et venait demander la main d'une des filles du châtelain. Et cela se disait en vers 
alternés. 

Dans le jeu zumpe zumpetti ou '' de la Roche », une fillette se plaçait sur une 
pierre ou sur un degré, allongeait le bras, faisait le moulinet, puis sautait en bas en 
récitant des vers; certaines règles, dont il ne fallait pas se départir, rendaient le jeu 
assez compliqué. 

Il y avait aussi, dans les Abruzzes, le jeu de Tata Milone ou du Père Milone, 
qui se jouait ainsi : une petite fille se mettait à genoux, les bras croisés sur la poitrine; 
ses compagnes l'entouraient, joignant leurs mains au-dessus de sa tête, et pronon- 
çaient certaines paroles que leur dictait la « directrice du jeu »; celle qui était au 
milieu se levait et le jeu se poursuivait suivant une méthode savante et compliquée. 
Un autre jeu : A Signura Donn' Anna Maria., lui ressemblait fort; on donnait autant 
de tapes à celle qui était au milieu, qu'elle s'était laissé poser de cailloux sur la tête". 

Les petites Vénitiennes s'amusaient à un jeu dans lequel deux des joueurs repré- 
sentaient le paradis et l'enfer'; les autres passaient en file entre elles, et, suivant la 
réponse qu'elles faisaient à une question qui leur était posée d'après une règle 
convenue, elles allaient en paradis ou en enfer. Une ronde terminait le jeu. Il y avait 
aussi le Gratin, le Pont du Rialto, la Piereta qui consistait à cacher une petite pierre 
et à crier eau, feu, suivant qu'on s'en écartait ou qu'on s'en approchait, bien d'autres 
jeux encore, des rondes, des simulacres des cérémonies dont Venise était si souvent 
le théâtre. 

Il est probable que les jeunes Italiennes, quand elles étaient lasses de s'ébattre, 
jouaient aux échecs et aux dés comme les jeunes Françaises; elles jouaient aussi, dans 
les dernières années du xiv'^ siècle, au jeu de hasard appelé naïbis, pour lequel 
on employait des cartes coloriées, représentant des sujets souvent symboliques, les 
sciences, les arts. Dieu, une cloche, des châteaux'. On a même vu dans ces images 
l'origine des cartes à jouer. Filippo Maria Visconti, né en 139 1, y jouait dans 
son enfance; le jeu dont il se servait, orné d'images de dieux et d'animaux, avait 
coûté quinze cents ducats-t. Parisina, la femme de Nicolas III d'Esté, qui eut la triste 
fin que l'on sait, donnait à ses filles des jeux de cartes ^ Une série de ces cartes 
imagées que possède la Bibliothèque nationale, est attribuée à Mantegna et paraît 
avoir été gravée en 1470^. 



1. — PiTRÈ, Giuochi fanciuUeschi, 
p. 250. 

2. — Bern'ONI, Tradizioni popolari, 
p. 22, 46, 59. 

3. — H. d'Allemagne, Les Cartes à 
jouer, Paris, 1906, I, 172. Dans une 
chronique écrite en 1393, il est dit : 
« Non ginocare a zara, ne ad altro gioco 
di dadi; fa de giuochi che usano fati- 
ciulli, agli aliossi, alla irotiola, a' 
ferri, a' naibi, a coderdone e simili. ». 
Chronique de Meeelli, dans la Sioria 
Jtorentina De Ricordano Malespini. 
Cf. Merlin, Origine des caries à jouer, 
p. 52, not» t. PiTRÈ, Giuochi fanciul- 



leschi, p. 89, jeu appelé A la A'uinin 
pigghia-cincu, qui se jouait avec un 
tableau contenant vingt-cinq fi/juies. 
4. — * Variis eiiam ludendi modis ab 
adolescentia usus est Philippus Maria; 
nam modo pila se exercebat, nuiic folli- 
cxdo, pierumque eo ludi génère qui ex 
imaginibus depiciis fit in quo prœcipue 
oblccîaius est adeo ut iniegrnm earum 
ludum viilleet quingenfis aureis emerit, 
auctore vel in primis Martianu Terdo- 
nensi ejus secreiario, qui Deoru.ii ima- 
gines subjectasque his animalium figu- 
ras et avium miro ingénia sumnuigue 
industria fecii. • Decembrio, Vita 



Philippi Mariœ Vi ecomiVî's, dans MURA- 
TORI, Rerum Italie. Script., XX, 1013. 

5. — Lettre du 18 septembre 1424 : 
I! Volemo che vai faciati comprare doa 
para de cartesclle de quelle du docena 
da giugare de spesa da iiij soldi el paro, 
o cinque, et mandatecele che le volemo 
pcr le nostre fiole et mundatele presto ». 
Accusé de réception, le 24 septembre. 
G. Campori, Le carte da Giuoco, Man- 
toue, 1875. 

6. — Giov. DOLCETTi, Le Bische, Ve- 
nise, 1903, p. 27, 65. LuD. Zdekauer, // 
giuocco in Italia nei secoli XIII e XIV 
Florence, 1886. 



LÈDUCATION AU COUVENT KT A LA MAISON. î3 

Ces cartes servaient autant à instruire qu'à divertir les enfants. Sadoleto en 
préconise l'emploi et propose des sujets instructifs". « Il y aura en ung tableau ung 
éléphant que le dragon ceingt de son entortillement et luy enveloppe les pieds de 
devant de sa queue. >/ Il ajoute, ignorant l'origine ancienne de ces représentations : 
'< Geste nouvelle manière de paincture plait au petit enfant ». 

=- L'ÉDUCATION AU COUVENT ET A LA MAISON 

L'utilité même de l'éducation des filles fut longtemps contestée en Italie comme 
ailleurs. Ne leur suffisait-il pas de savoir ce que la nourrice avait pu leur apprendre : 
vaquer aux soins du ménage, coudre, laver, ravauder, faire la cuisine, réciter quelques 
oraisons? Beaucoup le pensaient. 

Philippe de Navarre avait écrit, au xill^ siècle, dans les Quatre Temps de 
l'Homme- : « Toutes les famés doivent savoir filer et coudre, car la pauvre en aura 
mestier et la riche conoistra mieux l'ovre des autres. A famé ne doit-on apprendre 
letres ne escrire, se ce n'est especialment pour estre nonain : car par lire et escrire de 
famé sont maint mal avenue : car tiex li osera baillier ou envoier letres ou faire jeter 
devant li qui seront de folie ou de prière en chançon, ou en rime, ou en conte w 

Barberino, au xw*" siècle, fait siennes ces conclusions'. Il est d'opinion, lui aussi, 
que le rôle de la femme doit consister uniquement à surveiller au bon ordre intérieur 
de sa maison et il en donne la même raison : « Je ne prétends pas, dit-il, qu'on puisse 
garder la femme qui ne veut pas se garder elle-même, mais je pense que l'homme 
peut enlever à celle qui a un mauvais naturel les occasions de mal faire et écarter de 
l'âme de celle qui est bonne tout ce qui pourrait altérer sa pureté... Le meilleur parti 
pour atteindre ce but est selon moi d'apprendre aux filles toute autre chose qu'à lire et 
à écrire. » Barberino fait, comme Philippe de Navarre, exception en faveur des filles 
qui se destinaient à la vie conventuelle. En ce qui concerne les jeunes filles nobles, il 
ne sait trop à quel parti se résoudre. Toutefois, il concède que, si leur intelligence s'y 
prête, on peut leur enseigner à jouer de la viole ou de quelque autre instrument « hon- 
nête et beau », de la harpe surtout; mais il a soin de dire que, si l'on choisit pour maître 
une dame qui ne soit pas attachée à la maison, il faudra qu'une servante assiste à la 
leçon. La seule chose qui lui paraisse indispensable, c'est de mettre les filles à même 
de suivre l'Office de la Madone qui, ajoute-t-il, est fort bref. Pour le surplus, Barbe- 
rino est tout à fait d'accord avec le vieux dicton italien : « D'une mule qui brait et 
d'une fille qui parle latin, délivrez-nous Seigneur! ■• » Au XVI' siècle même, Trotto 
disait : « Que la femme sache lire, écrire, parler clairement et ce qui est utile de 
connaître pour le ménage et rien d'autre' ». 

D'autres, tout au contraire, tenaient que l'éducation n'est point chose si superflue 

I. — Trad. S.-iliat, fol. 42 v. Bibl. de l'École des Charles, I" série, 4. — H. Bouchot, Les Femmes de 

1. — Charlks Jourdain, Excursions t. I, p. i. Brantôme, Paris iSyo, p. 171. 

Iiisloriqties, p. 500. c:f. Article de Beu- 3. — Del Reggimenio e dei Coslumi 5, — Bkk.sakdo Tkoito, Dialoghi dtl 

giio sur Philippe de Navarre dans lu délie Donne, éd. lH4i, p. 50. Mairimonio, Turin, 158.V p. 193. 



H 



LA FEMME ITALIENNE. 



ni si nuisible, et Christine de Pisan, italienne d'origine et de pensée quoiqu'elle ait 
vécu toute sa vie à Paris, écrivait dans la Cité des Dames au chapitre intitulé' : « Contre 
ceux qui dient qu'il n'est pas bon que femmes apprennent lettres. — Je me merveille trop 
fort de l'oppinion d'aucuns hommes qui dient que ilz ne vouldroyent point que leurs 
filles ou femmes ou parentes apprensissent sciences et que leurs mœurs en empirent..., 
car il ne doit mie estre présumé que de scavoir les sciences moralles et qui enseignent 
les vertus, les moeurs en doivent empirer, ains n'est point de doubte que ilz en 
amendent et anoblissent... » 

Ce fut ce sentiment qui finalement l'emporta. Ludovico Dolce disait, en 1553, qu'il 
fallait instruire les femmes « parce qu'aucune femme instruite ne s'est montrée impu- 
dique- ». Aussi l'abbé Coyer pouvait-il écrire au xvill'' siècle^, « qu'un goût plus parti- 
culier aux Italiennes, plus répandu qu'en tout autre pays, c'est celui des lettres et des 
sciences ». Ceci était vrai dès le xiv^ siècle. D'ailleurs, l'instruction tout au moins 
élémentaire, la connaissance de l'écriture et du calcul, devint de bonne heure une 
nécessité pour les femmes italiennes des classes moyennes, de cette bourgeoisie com- 
merçante si nombreuse en Italie. Tandis que le mari courait les pays lointains pour 
trafiquer, pour brocanter et, au hasard des occasions, pour s'enrichir aux dépens des 
étrangers avec lesquels il entrait en relations, ou bien pendant le temps que duraient les 
innombrables magistratures municipales dont les communes italiennes imposaient 
l'accomphssement à tous les citoyens, c'était à la femme qu'il incombait de continuer 
le commerce et de tenir la comptabilité. Boccace, qui avait dû prendre son modèle 
autour de lui, fait dire à un marchand énumérant les qualités de sa femme, qu'elle 
savait '< lire et escrire et tenir un papier de raison (livre de compte) comme si elle eust 
esté un marchand'' ». 

Les statuts de Lucques, promulgués en 1362, imposaient à tous les membres 
de la corporation des tisserands, hommes ou femmes, d'être capables de tenir la 
comptabilité 5. 

Pour les femmes des hautes classes, elles avaient, comme on verra, d'autres et de 
très suffisantes raisons d'être instruites. 

Le plus souvent les filles recevaient leur éducation au couvent^ et cette coutume 
ne fit que s'imposer davantage avec le triomphe de l'Église au xvii'' et au xviii'' siècles. 



I. —Bibl. Nat., Mss. franc., 607, Liv. II, 

cap. 37, fol. 47 V. Ms. 608, Liv. II. 

cap. 36, fol. 84 V. Ce passage manque 

dans le Ms. 608 et dans les éditions 

imprimées. 

2- — Dialogo délia Insiiluzione délie 

Donne, Venise, 1559, P- M- Et il cite à 

l'appui de son dire, les femmes savantes 

de ce temps qui furent d'une grande 

vertu, Vittoria Colonna, Veronica Gam- 

bara, Cassandra Fedele. . 

3. — Abbé Coyer, Voyaf^es d'Italie et 

de Hollande, II, 182. 

4- — Traduction Le Maçon, 1545. 

Deuxième journée, nouv. IX, p. 238 r 



» Elle estoit de beau corsage, et encore 
fort jeune, dextre et agile de sa personne 
et n'estoit aucune chose qui appartins! 
à femme (comme besongner d'ouvrages 
de soye et semblables choses) qu'elle ne 
fist mieux que nulle autre, et ne se trou- 
voit escuyer ou serviteur qui mieux 
sen-ist, ne plus à droict à la table d'un 
Seigneur qu'elle faisoit, elle savoit 
très bien manier et picquer et chevau- 
cher un cheval, porter un oyseau, 
davantage lire et escrire et tenir un 
papier de raison comme si elle eust esté 
un marchand. » Guglielmetta Guicciar- 
dini, à ce que rapporte l'historien dans 



ses Mémoires de Famille {Opère inédite, 
X, 37) était de même; on faisait un peu 
de tout dans cette famille, de l'usure et 
des ambassades, et les femmes s'enten- 
daient aussi bien au commerce qu'en 
politique. « Ebbe buona notizia délie 
case dello Stato », dit-il, et il ajoute 
qu'elle calculait à merveille et jouait 
bien au trictrac et aux des. 

5. — CktiTV, Histoire des Italiens, VU, 
34. Obligation de tenir un registre pour 
inscrire les toiles reçues des marchands 
afin de pouvoir le confronter avec le 
registre de ces derniers. 

6. — Gregorovius, Lucrèce Borgial, 60. 



L'ÉDUCATION AU COUVENT ET A LA MAISON. 



23 



« Non seulement à Venise, dit Misson, mais partout ailleurs les filles sont envoyées 
dès l'enfance au couvent. Il n'y a que les filles de très médiocre condition qui demeurent 
dans la maison de leur père et aussi ont-elles assez de peine à trouver parti' //. Il en était 
ainsi depuis longtemps. On mettait les filles au couvent à l'âge de sept ans ou quelque- 
fois à l'âge de neuf ans seulement, et elles y demeuraient dix ans au moins'. Ce mode 
d'éducation était plus particulièrement en usage dans la bourgeoisie, toutefois les grands 
n'y répugnaient pas non plus. Maria, fille naturelle du roi Robert, que Boccace a chantée 
sous le nom de Fiamraetta, fut élevée au couvent de Bojano^ ; le duc Giuliano Cesarini 
plaça dans un couvent de Rome ses sept filles^; Caterina de Ricci passa sa jeunesse dans 
le couvent de S. Pietro in Monticelli près de Florence, où elle prit finalement le voile ^; 
Isabella, fille de Vespasiano Gonzaga, demeura sept ans au couvent et en sortit seule- 
ment pour se marier ''; Francesca Baglioni Orsini fut également instruite dans un 
couvent, celui de S. Bernardino de Sienne'. Catherine de Médicis erra de couvent 
en couvent, tantôt en Toscane, tantôt à Rome, selon les vicissitudes de la politique, 
jusqu'au jour où elle partit pour la France; il est vrai qu'il s'agissait plutôt de la 
cacher, que de l'instruire**. 

Saluzzo di Castellar raconte, dans ses Mémoires, qu'il mit au couvent toutes 
ses filles''; le cardinal Bembo fit de même pour ses deux nièces puis pour sa fille Elena 
dont il suivait l'éducation avec sollicitude '°. « Prends soin d'apprendre les Lettres, 
lui écrivait-il, ne perds point ton temps afin qu'en sortant du couvent tu aies 
conscience d'avoir profité de ton séjour (2 décembre 1542)". >/ Elena suivit le conseil et 
poussa fort loin, à ce qu'il semble, ses études, car son père lui envoya peu de temps 
après une grammaire grecque, la grammaire de Constantin Lascaris", imprimée 
quelque cinquante ans auparavant '^ Elle faisait de rapides progrès, et bientôt Bembo 
put la féliciter d'en savoir autant que son frère'''. 

Tous les pères n'étaient pas aussi soucieux de soutenir le zèle de leurs enfants. 
Pourvu qu'on leur enseignât « la vertu » et à tenir un ménage, peu importait le reste; 
quelques-uns même exigeaient qu'on bornât là leur éducation; ainsi le père de Cicci 



1. — Nouveau voyage d'Italie, 1702, 

vol. m, 61. 

2. — Ricordi di Cristofano di Galgano 
Gtiidini, Archiv. Slor. Ital., Florence, 
1843, IV, 25, 41. 

3. — La Vita Italiana ml Trecenio, 
Conferenze tenute in Firenze nel l8gi. 
Milan 1892 p. 412. Conférence de Adolfo 
Bartoli sur Boccace. 

4- — Attilio Zuccagni-Oklandini, 
Corografia dell'Italia, Florence 1844, 
V, 470, 471, 497, 502, 504. 

5- — Alessandro Gherardi, La Let- 
iere di s. Caterina de Ricci, Florence, 
1890, p. VIII. 

6. — Diario Sabbiaceniino , de NlcoLù 
DE Bondi, publié dans Raccolta di Cro- 
nisii... lombardi ineUiti, Milan 1857, 
vol. II, p. 321 : 

« A S Agosto (1584) di Domeiiica la 
Illina cl eccellentissima sigiiora donna 



Isabella figliola dell' Illme et Eccme 
Sig^. Vespasiano Gonzaga Dncha di 
Sabbioneia venne fnora dal ntonas- 
tero délie siiore di Sabbioneta, nel 
quale vi era stata sctte anni, e venne 
fnora perche era proniessa per moglie 
ail' Iltnio et Ecemo Don Aluigio Carajfa 
principe d'Astigliano. * 

7. — Genoroso Salmoni, Isioria délia 
Vita ed Azioni di Francesca Baglioni- 
Orsini fondatrice del Monnsterodi S . Ma- 
ria dell' Umilità di Roma, Rome, 1753. 

8. — A. Reu.mont. La Jeunesse de 
Catherine de Médicis, traduit, annote et 
aufifmenté par A. Baschet, Paris, 1866 
et Al.BERl, Relaz. digli Amb. Vencti, 
Ser. Il, vol. V (1529). Cf. Pasolinm, 
Caterina Sforsa, II, 330. 

9. — Miscellanca di Storia Ilialiana, 
Scr. I, vol. VIII (18(19). Memoriale di 
Giovanni Andréa Saluzzo di Castellar. 



10. — Elle était fille de cette Morosina 
avec laquelle il vécut jusqu'il sa mort 
(1525). Elle lui avait donné aussi deux 
fils : Lucilio et Torquato. Bembo ne fut 
élevé au cardinalat qu'en 1539. On sait 
sa passion pour les Lettres Kitines 

11. — V. Ci AN, Un Décennie délia Vita 
di Pietro Bembo, Turin, 1885, p. 220. 

12. — BKMBO,i<■^tl|(/o■., II,Liv.I,p.98. 

13. — Milan, 1476. 

14. — Éd. de Venise, 1729, IV, 237. Le 
4 juin 1527, il lui adressait une lettre 
dont le tour est charmant (vol. III, 235) : 
« Ho vcduta « letta ta tua bclla c lunga 
leltera molto vole» lier i, c parmi che 
tu sia già fatta valente assai seconda 
ta tua brievc e picciota età, e lottoti che 
hai ben poste la tue fanciullesche gior- 
natelle, c cbe oltra ehe sai scrivcrc lati' 
uanwntei, fai ancora assai bella c Jor~ 
mata lettcra. » Cf. p. 252. 



26 



LA FEMME ITALIENNE. 



Maria Luisa Pisana, en confiant aux nonnes sa fille âgée de sept ans, leur fit défense 
expresse de lui donner aucune instruction, mais elle trouva moyen, en se servant de 
bâtons de bois trempés dans du vin, d'apprendre à lire et à écrire; à dix ans, elle 
composait et publiait des vers qui trouvaient des admirateurs' ! 

A vrai dire, les études n'étaient pas poussées très avant dans les couvents, et 
la fille de Bembo apprenant le grec dans le sien est une exception; généralement, on se 
contentait de montrer aux jeunes filles la lecture, l'écriture, les éléments du calcul, 
la couture et la cuisine'. 

vSaint Charles-Borromée borne l'éducation donnée dans les couvents à la lecture 
des Livres saints, à l'enseignement de l'oraison mentale, à la pratique de l'examen de 
conscience, à l'écriture et au chant, réservant à celles des élèves qui montreraient 
de réelles dispositions, l'étude de la musique instrumentale et de l'abaque. Toutes 
devaient apprendre la cuisine^ 

Ce ne fut que plus tard, au xvil'' siècle, quand l'Église, devenue toute-puissante, 
eut soumis absolument les consciences à sa discipline, et qu'il n'y eut plus d'ensei- 
o-nement en dehors d'elle, que l'éducation devint plus complète et réellement 
sérieuse dans les couvents-'. On y professa non seulement la grammaire, la théologie, 
l'arithmétique, mais le latin, l'histoire, le français, l'allemand, la musique, du moins 
dans les maisons conventuelles réservées aux filles de qualités 

Chaque ville de quelque importance eut un couvent enseignant, certaines en 
possédèrent plusieurs*'; à Bologne, par exemple, il s'en trouvait quatre '. Toutefois 
le nombre des élèves n'en fut jamais très élevé; à la vérité, il ne devait pas dépasser 
la moitié de celui des sœurs ^ Le couvent de S. Luigi de Padoue, l'un des plus 
considérables d'Italie, comptait une soixantaine d'élèves'. 

A Rome, beaucoup de couvents donnaient l'enseignement; celui de S. 
Susanna, dont la création remontait à la fin du xvi'= siècle, et celui du Bambino 
Gesù, créé par Anna Moroni en l66i, en étaient les principaux '°. La règle y était dure. 
Celle du couvent de S. vSusanna défend de donner aux élèves de la viande « d'aucun 
animal à quatre pattes» à moins qu'elles ne soient malades, et enjoint de « battre forte- 
ment» celles qui paraîtraient incorrigibles". Il se forma aussi, vers la fin du xvi^ siècle, 
quantité de « maisons saintes ?/ dans lesquelles des dames qui n'avaient pas fait 



1. — Die. biografico universale , Flo- 
rence, 1842, n, 23. 

2. — Zuccagni-Ori-andini, Corog-ro/îœ 
dclV Italia, vol. V, 497 et suiv., VI, 167. 
Cf. Le Cose meravigliose di Romu, 
Rome, :572, p. 12. 

3. — Costituzioni e Regole del Monas- 
terio di S. Paolo di Milano formate da 
S. Carlo Borromeo, Milan 1626, p. 104 : 
Délia Macsira diilc figlie di educalione. 
Cf. Tambukinus, De Jure abatissartim, 
Lyon, 1668, p. I. 

4. — CANTC, VIII, 486; SlS.MONDI, ///S- 

toires des Républiques Italiennis, XVI, 
423- 

5. — Zuccagni-Oklasdini, Corogra- 
fia delV lialia, V, 499; Gabba, Délia 



Condizionc giuridica del V donne ^ Turin, 
1880, p. 554. Cf. La Gamologia, traité 
de Cerfool, sur l'éducation des filles 
qui se destinent au mariagfe, traduit en 
italien et publié à Turin en 1778, et 
L. Frati, La Donna italiana, p. 156 et 
suiv. 

6. — QUKRINI, La Beneficenza romana, 
Rome, 1892, p. 302; MOLMENTI, La 
Storia di Venezia, Turin, 1880, p. 469; 
Zuccagni-Orlandini, V, 502, 504, 506, 
512... GiuSEPPE Ceci, / reali educan- 
dati femminili di Napoli, Naples, 1900. 

7. — G. Pkiorato, Notizie di Bologna, 
Lucques et Florence, 1675, p. 53. 

8. — Régula délia madré s. Chiara fon- 
datrice délie monache niinori, Lucques, 



1712, p. 22, cap. II. § 7. Cette même près 
cription se retrouve dans d'autres règles 

9. — Zuccagni-Orlandini, v. 167, 171 

10. — Qv'B,'Rl^\.La Beneficenzaromana 
p. 302, 311. Cf. Baretty, Les Italiens..,. 
p. 212. 

En 1668 fut fondée la première école des 
Ursulines par la duchesse Martinozzi. 

11. — Regola del S'"" P. Benedetto con 
le Consiituzioni quali si debbono osser- 
vare nel Monasicrio délie Monache et 
Colle gio dclle zitelle di s. Bernardo in 
S. Susana in Roma. Rome, 1594. Art. 
XXX et XXXI. Cf. Regole per la Con- 
gregazione délie oblatc convittrici del 
S.S. Bambino Gesù in Roma, Rome, 
1725, p. 12 et seq. 



L'ÉDUCATION AU COUVENT ET A LA MAISON. 



■'-1 



de vœux définitifs mais s'étaient engagées à vivre chastement et saintement, 
les bizzoche, s'employaient à instruire des jeunes filles pauvres'. 

Le concile de Trente avait établi des règles très étroites pour les couvents où l'on 
élevait des jeunes filles'. Tout d'abord il fut décidé que ceux-là seuls où l'on avait 
accoutumé de s'occuper d'enseignement pourraient à l'avenir recevoir des élèves, 
dont le nombre fut d'ailleurs déterminé pour chaque couvent; elles devaient avoir des 
dortoirs séparés de ceux des nonnes et des novices, ne pas être accompagnées de leurs 
nourrices, ni vêtues contrairement h la modestie ou à la pudeur, ne pas avoir moins 
de sept ans, sortir avant vingt-cinq ans ou prendre le voile, respecter la clôture ; 
il leur était défendu, quand elles avaient une fois quitté le couvent, d'y plus rentrer. 
Si elles se fiançaient étant encore au couvent, la cérémonie ne pouvait avoir lieu qu'au 
dehors. Les parents étaient tenus de payer d'avance la pension de chaque- semestre. 
Les élèves dont les parents ne s'acquittaient pas en temps voulu, de même que celles 
qui compromettaient la réputation du couvent, étaient expulsées. 

Saint Charles-Borromée, en appliquant cette règle dans le diocèse milanais, 
la compléta sur quelques points; c'est ainsi qu'il décida que le costume des élèves 
serait ou tout noir, ou tout blanc, ou tout gris, qu'il n'y entrerait pas de soie, et qu'il 
ne comporterait aucun ornement ; en outre, il fixa à neuf ans au moins et à quatorze 
ans au plus l'âge d'entrée dans les couvents^ 

Ce règlement s'inspirait de très vieilles traditions. Quelque huit cents ans aupa- 
ravant, saint Benoît d'Aniano (mort en 821) avait énuméré, dans l'article XXIV de sa 
Règle, les soins dont il convenait d'entourer les filles qui faisaient leur éducation dans 
les couvents ; il recommande de les faire constamment surveiller par une sœur âo-ée 
qui les maintiendra dans la voie de la crainte de Dieu, dans l'amour de la Doctrine et 
le culte de la Religion ; de les faire manger au réfectoire à une table à part ; de leur 
lire des ouvrages de piété ^. 

Non seulement la pension était payée par anticipation chaque semestre, et cela bien 
avant que le Concile de Trente l'eût établi, mais parfois elle était exigée d'avance pour 
toute la durée du séjour; tout au moins, il fallait payer dès l'entrée une somme considé- 
rable. Lorsque Cristofano Guidini' mit sa fille dans le couvent de S. Bonda (1391), il 
eut à verser deux cents florins, et à fournir un trousseau valant cent florins. Au 
XV^ siècle, Luca di Matteo conclut avec les nonnes augustines de S. Baldassare, dont 
le couvent était à Coverciano, un accord en vertu duquel ses deux filles devaient être 
soignées et instruites moyennant dix florins par an pour chacune d'elles, plus 
deux florins pour les deux maîtresses auxquelles elles étaient confiées, celles-ci se 
réservant le droit de filer mais uniquement pour leur usage personnel. Luca ayant dû 

I. — QuERiNl, p. 221. Voir aussi Ca- 2. — Ferraris, Bibliotheca canoiiica, dalricc délia monaclie minori, Lucqucs, 

MILLO Fanucci, Trattaio di luth' le Rome, 1889, V, 578. 1712, p. 6. •< s*g. Relies sur l'admission 

Opère pie, Rome, 1601, p. 157 et MORi- 3. — Cosiituzioni e Regole... Part. I, et le régime des éliivcs. 

CHINI, Delli Istiiuti di carità in Roma, cap. XIX, p. 73. Cf. Costituzioni délie 4. — L. HoLSTKSius, RefftiUis S. S. 

Rome, 1870, p. 547. Dans le registre cite convittrici dellu sacra famiglia^dell Isti- Patrum Virginibus Satictintonialibus 

p. suivante note 2 relatif aux dépenses du tnto délie città di Setze, Urbin 1729, ^rn«icri^/as, Rome 1661, p. 124. 

couvent de S. Susanna on voit qu'un p. 154, Part. V, cap. vi, i)i'//<;«/Hi.(Hiii<t. $. — RicorJi di... GuiJini, Aictii:. 

grand nombre d'élcvcs priient le voile. t'.l. Rrgola drlln nmdre s. Chiiira fon- S/ur. liai., 1S13, IV, 43. 



28 



LA FEMME ITALIENNE. 



retirer ses filles au bout de onze mois, réclama la restitution de ses avances, ce qui lui 
fut refusé, et il s'ensuivit un procès dont les pièces ont subsisté'. 

Vers 1710, la pension était, dans le couvent S. Suzanna à Rome, de cinq écus 
par mois; plus tard, le prix de la pension semble avoir été abaissé à quatre écus seu- 
lement. Certaines élèves se faisaient servir par d'autres élèves qui étaient pauvres 
et dont elles payaient, en retour la pension; quelques-unes avaient une femme de 
chambre". En 1575, le prix de la pension était, pour deux élèves, chez les Bizzo- 
che de Rome, de cent dix écus par an, payables par trimestre et d'avance^ 



LES FEMMES SAVANTES AVANT LA RENAISSANCE 



Sans contredit, l'éducation donnée dans les couvents, pour solide qu'elle ait été 
quelquefois, laissait le plus souvent à désirer. Qu'on se rappelle les paroles de Fénelon, 
aussi vraies en Italie qu'ailleurs : 

«J'estime fort l'éducation des bons couvents, mais je compte beaucoup plus sur 
celle d'une bonne mère''. » Ce ne fut pas effectivement dans les couvents, à quelques 
exceptions près, que se formèrent ces femmes supérieures par l'intelligence et le 
savoir, qui ont donné à la société italienne un caractère si particulier et si attrayant 
de culture affinée, de distinction et d'élégance, et qui ont fait de leur pays la terre 
d'élection des fins esprits comme des beaux-esprits, la patrie du gentil savoir, brillant 
et creux, qu'elles excellaient revêtir de formes galantes, aimables mais frivoles^. 

On ne connaît rien de bien précis sur cette pléïade de poétesses : Nina Siciliana, 
Corapiuta Donzella, Gaja da Camino, Ortensia di Guglielmo, qui auraient vécu au 
temps de Dante et de Pétrarque^. Peut-être que les vers qu'on leur attribue furent 
composés par ceux-mêmes qui les publiaient et qui se flattaient de leur ménager, 
par cette supercherie dont il y a bien des exemples, un accueil plus favorable. 
Toutefois une femme au moins acquit alors une réputation littéraire incontestable : 
c'est cette Selvaggia dont parle Pétrarque dans le Triomphe cF Amour : 

Ecco Dante e Béatrice; ecco Selvaggia; 
Ecco Cin da Pistoja''. 



1. — Carlo Carnesecchi, Un Fioren- 
tino del Sec. XV, Archiv. Stor. Hal., 
Ser. V, vol. IV (iSgg), p. i6o. 

2. — Archiv. di Slato, Rome, Lib. I, 
Spese del Monasîerio di S. Sxisanna, vol. 
I, de 1704 à 1710; vol. H, de 1746 a 1772. 
Cf. Ibid., Monastero del Bambin Jesù 
Libro Mastro, 1719-1740, p. 23, 28, pen- 
sions de a écus. Les établissements cha- 
ritables où les filles pauvres étaient re- 
cueillies gratuitement et quelque peu 
instnjites, étaient nombreux, surtout à 
Rome. 

3. — Rome. Archiv. Stor. Not, Capit., 
Atti Noiarili orig., vol. 370, fol. 55. Le 
22 février 1575. Il s'agit du couvent de 



S. Francesco. Le Saint-Siège qui favo- 
risait ce couvent accordait un rubbio 
(280 kil. environ) de sel par an. Archiv. 
Seg. Vat., Divers. Cam. , vol. 227, fol. 10. 
4. — Avis de M. de Fénelon à une daine 
de qualité sur l'éducation de Mademoi- 
selle sa fille, qui fait suite au traité sur 
VEducaiion des filles. D'ailleurs cette 
même idée se trouve développée aux 
chapitres xi et xiii de ce traité. Le che- 
valier de La Tour Landry écrivait, au 
xiv siècle : « ... Pour ce que tout père 
et mère selon Dieu et nature doit eusei- 
g-nier ses enfans » (Prologue). Cf. Ga- 
briel CoMPAVRé, Histoire critique des 
Doctrines de l'Education, t. I, p. 352. 



5. — Cf. L. Frati, Lo Donna Italiana 
secondo i più récent i sttidi, Turin, 1899, 
cap. VI, p. 76. 

6. — A. BoRGOGNONi, Rimatrici ita- 
liane de priini ire secoli, Nuova Anto- 
logia, Ser. III, vol. IV (1S86), p. 209. 
G. TiRABOSCHi, Storia délia Letteraiura 
italiana, Modéne, 1775, vol. V, p. 464. 
Crescimbeni, Storia délia volgar poesia , 
Basegio, 1730, vol. III, p. 211. E. Ma- 
GLIANI, Storia letteraria délie donne 
ital., Naples, 1885. Vittoeio Rossi, 
Gior. St. Letter. Ital., vol. XV, p. 183. 

7. — / Trionfi Ed. de Venise, 1874, 
cap. III, col. 48, V. 31, 32. Cf. QuADRio, 
Délia Storiad'ogni poesia. \'o\. II, p. 176. 



ClIAMURF DACCOUCHÉE, Mil. IF 1' DU XV' SlFÇLI. 




1 ' I Ni 1 . I . 1 \ i 



. l.riMiDI. IJK LA VIE DE SAINT NICOLAS DE DARI ( VcIS I44O) 

Flurunct; Galerie, Bujiari)lti. iPliot. Alinaii.) 




IIAIMCILI) 1)1 MAKSIKll IKKDl IIATTILOKI. .S AÉS.-%AM-h. HIC LA \ ll'.Kuh 

S. GimiKiiaiio, Egalise S. Afroslino. d'hot. Alinari.l 



LES FEMMES SAVANTES AVAN7 LA RENAISSANCE. 



29 



Si Pétrarque a ainsi rapproché ces deux noms, c'est qu'en effet le talent 
poétique de Selvaggia lui avait valu l'admiration passionnée de Cino, et qu'elle était 
sa « dame poétique ». 

Au siècle suivant, Christine de Pisan peut être mise au rang des doctes 
Italiennes; elle est une des premières femmes de lettres qui aient vécu de sa plume. 
Elle cite la fille du jurisconsulte Giovanni d'Andréa, professeur à l'Université de Bo- 
logne, de qui la science était si solide qu'au besoin elle remplaçait son père dont 
elle avait suivi les cours. Seulement, comme elle était fort belle, elle mettait en 
chaire « une petite courtine devant son visage afin de ne point distraire les escou- 
tans ». Sa soeur Bettina était également très savante". 

Une autre femme, Maddalena Bonsignori, enseignait aussi le droit à Bologne 
vers 1330. Giovanna Bianchetti, dame de la cour du roi Charles de Bohême, professa 
vers le même temps; elle possédait une connaissance approfondie du droit romain et 
du droit italien, parlait l'allemand et le bohème, dissertait agréablement'. 

Il faut aussi citer sainte Catherine de Sienne (1347- 1380) qui fut en relation épis- 
tolaire avec tous les grands personnages de son temps". 

Il existait des écoles tenues par des femmes; ainsi on trouve mentionnée à 
Florence, en 1304, une maîtresse d'école enseignant aux petits enfants la lecture, 
la grammaire, les éléments de Donat-*. 

Le nombre des femmes qui atteignirent alors à quelque célébrité par leurs talents 
ou leurs connaissances littéraires ne laissait toutefois pas d'être encore fort restreint. 
Boccace cite à peine le nom de trois ou quatre Italiennes dans son livre sur les Femmes 
illustres; encore l'une d'elles est-elle la papesse Jeanne, de fabuleuse mémoire'! Il ne 
s'en trouve guère plus dans l'ouvrage du même genre que publia, en 1497, Agostino 
Jacopo de Bergame''; il est juste de remarquer qu'Agostino était un pauvre admira- 
teur du sexe féminin, car tout en distribuant quelques louanges aux femmes qu'il 
célèbre, il n'oublie pas de rappeler, en l'approuvant, cette sentence d'Homère, que le 
philosophe Pythagore trouvait lui aussi excellente : « La meilleure femme est celle 
qui file, et qui aime la couche de son mari.^ » 

Au contraire, un recueil publié au commencement du siècle dernier, par une 
femme, il est vrai, Ginevra Canonici Fachini, contient les noms de près d'un millier 
de femmes illustres dans les lettres^! 



1. — La cm des Dames, Paris, I497. 

2. — GiO.VAUTVZZi.NotisiedegliScrit- 
tori bologitesi, Bologne, 1781, t. H, 
p. 172. MURATORI, R. liai. Script. , XVIII, 
436 et Prospetto biografico délie Donne 
Ualiane di Ginevra Canonici Fachini, 
Venise 1824. 

3. — Capecel.vtro, Sioria di s. Cale- 
rinadaSiena, Florence, 1871. MiGNATY, 
Catherine de Sienne, Paris, 1886. 

4. — Giorn. Stor. délia Lctter. Italiana, 
vol. VI, p. 189. F. NovATi, Niiovi Studi 
su Albertino Mussato. « Domina Cle- 
meniia doctrix puerorum, docens légère 
Psalterittm. Doiiattim... ■> Il s'apit de la 



grammaire de Douât, si fort en honneur 
au Moyen Age malgré sa médiocrité; 
c'est Donat qui a publié une des meil- 
leures éditions du <i De claris Mulieri- 
biis » l'e Boccace. Voir P. Luigi Tosti, 
Naples, 1836. 

5. — Liber Johaiiis Boccacii de Cer~ 
ialdo de mulieribus claris. 

6. — JACOBUS Bergomen'SIS, De plu- 
rimis Claris Mulieribus, Ferrarc, 1497. 

7. — Fol. 189. C'est l'éloge que con- 
tiennent si souvent les anciennes épi- 
taphes: « Domum servavil,lanam fecit . • 

8. — Prospetto biografico délie donne 
ilaliane, Venise, 1824. Les recueils an- 



ciens sont rares. Outre Boccace et 
Jacobo, il n'y a guère que Vespasiano 
da Bisticci (1421-149S) qui ait donne la 
biographiij d'un certain nombre de 
femmes illustres dans Vite di Uo- 
mini illustri dct sccolo AT. Bologne 
189J. L. Doicccn donne une liste, fol. 18; 
il cite Hippolita Gall.\rata, Cicilia da S. 
Giorgio... Pour le xvi» et le xvil* siècles 
on a : Rimcdi cinquanta illustri poétesse 
di nuoxo date in luce da Ant. Buli/on, 
Naples, 1695. J.Ph.To.MASiNi, Elogia vir- 
orum... ilhislrum. Padouc, I<'m4- I' P^flc 
de Laura Carcta, Modesta a Putco... — 
Antonio Ca.mpo, Hist.dc VitedeDuchi 



3o 



LA FEMME ITALIENNE. 



A vrai dire, le nombre des femmes qui brillèrent par leur savoir, se multiplia 
considérablement à partir de la fin du xiV siècle. L'humanisme avait non seulement 
répandu en Italie le culte des littératures antiques, mais aussi indirectement réveillé le 
goût des autres connaissances, ainsi que la curiosité scientifique endormie au Moyen 
Age par la recherche obstinée de l'allégorie. 

Les femmes entrèrent dans le mouvement avec leur impétuosité coutumière; 
elles voulurent acquérir des lumières sur les sciences les plus diverses; on les vit 
partout assidues aux cours professés dans les Universités. Dorotea Bucca (1400- 143 6) 
fut savante en mathématiques, en philosophie, dans les langues anciennes; elle eut 
une chaire à Bologne. Laura Ceretta (1469-1499) cultiva avec éclat les sciences exactes 
et la théologie. Battista Berti (née en 145 1) s'occupa également de sciences. Battista 
Malatesti Sforza (1459-1472), qui eut pour maître son père, se rendit fameuse par 
ses connaissances scientifiques'. Toutefois, le premier enthousiasme passé, ce furent 
les belles-lettres surtout qui les attirèrent, et elles ne tardèrent pas à abandonner 
l'étude de la jurisprudence, de la métaphysique, de la théologie et des corps, afin de 
s'adonner exclusivement à celle des littératures grecque et latine, mieux faites pour 
les séduire, et où leur science pouvait éclater davantage. 

A partir du milieu du siècle, leur unique occupation fut de composer des vers, ou 
encore de traduire, de commenter, d'imiter, d'interpréter les classiques. 

Chose singulière, l'Italie, qui a produit tant d'hommes illustres dans les arts plas- 
tiques et dans la musique, n'a presque pas eu de femmes peintres, sculpteurs ou 
compositrices d'un talent dépassant l'ordinaire. On pourrait, à la rigueur, tirer quel- 
ques noms de l'oubli: Caterina de' Bigrei (1413-1463) qui fut, en même temps que 
poète et musicienne, miniaturiste et peintre de sujets religieux, et se fit nonne; Pro- 
perzia de' Rossi qui s'adonna à la sculpture, fut en grand renom à la Cour pontificale 
au temps de Clément VII, et décora de bas-reliefs qui existent encore plusieurs églises 
dont S. Petronio de Bologne-; Vasari dit d'elle que tout lui réussit excepté son amour'; 
il aurait pu ajouter que ce qui contribua le plus à sa renommée fut d'être morte avant 
son heure (1556); Sofonisba Anguisciola de Crémone naquit vers 1530; elle fit à 
Milan le portrait du duc d'Albe, et alla ensuite à Madrid où l'on prisa fort son talent; 
elle mourut en 1620''. Diana Ghisi, de Mantoue qui grava sur le cuivre ; elle naquit en 
1536. Onorata Radiani, de Crémone, qui vécut un peu auparavant, et peignit des 
tableaux fort prisés en son temps; Lavinia Fontana (1552-1612), qui travailla à la cour 



e duchesse de Milan, Milan, 1642. Les 
recueils modernes sont fort nombreux; 
on peut citer, entre autres : Bkrlan, 
Fanciulle celebri Italiane, Milan, 1878. 
Cantu, Il Lihro d'oro délie Illustre 
giovineite italiane. Milan, 1852. EuG. 
CoMBA, Donne illustre Italiane, Turin, 
1872. Federici, Ritratti di alcune 
donne Veronesi, Vérone, 1826. Gamba, 
Ritratti di donne illicstri délie Provincie 
Veneziune, Venise, 1826. RuMOR, Donne 
illustri Vicentine , Vicence, 1881. Fb. 
Serdonati, Alcune vite di Donne cele- 
bri, pub. du Piftro Ferrato, Padouc, 



1872. P. L. Fekri. Bibliotheca feinini- 
nile italiana, Padoue, 1842. 
Cf. L. Frati qui donne une biblio- 
graphie à ce sujet et Gabba, in fine 
(Séries de noms divisés en classes). Voir 
aussi Gio. Sabadino degli Arienti, 
Opéra nominata Gynevera délie clare 
donne, imprimé sous le titre Gynevera 
délie clare donne di Jeanne Sabadino, 
Bologne, 1888. Sabadino cite, entre 
autres, Theodora de Rodaldi, Maria Pu- 
teolana, Francesca Venusta, Isabella 
d'Aragon, reine de Naples, Bianca Ma- 
ria Viscouti.... 



1. — Prospitto biografico de Ginevra 
Fachini. 

2. — JANITSCHEK, p. 70. La pinaco- 
thèque de Bologne possède un tableau 
d'elle, datant de 1452 et qui représente 
sainte Ursule. 

3. — Finalmente alla pavera innuTno- 
rata giovane ogni cosa riuscé perfettis- 
sinuimente, ecceiio il suo infelicissinio 
amore. > Vasari, Vie de Propenia de' 
Rossi. Cf. JANITSCHEK, p. 70. Ant. Saffi 
a écrit sa vie, Bologne, 1832. 

4. — Baldinucci, Vita di Sofoni:,ba 
Anguissola, Milan, iSii. 



LES FEMMES SAVANTES AVANT LA RENAISSANCE. 



3i 



de Grégoire XIII; Plautilla, fille de Luca Nelli (1523-1583), peintre et miniaturiste, 
qui finit supérieure du covivent de S. Caterina de Sienne, à Florence', Irène de 
Spilimhergo (1541-1561), élève de Titien qui a peint son portrait, peintre et femme de 
lettres', et Maria Tintoretta (1560-1590), qui peignit exclusivement mais avec art des 
portraits'. Plus tard, vécurent Elisabeth Sirani (1628- 1665), que l'on dit empoisonnée 
par un rival', Galizia Fede, de l'École milanaise, et Rosa Alba Carriera dite la 
Rosalba (1671-1757)^ Au temps de la Renaissance, II devait exister une classe de 
femmes-peintres, faisant probablement des tableaux à bon marché^. 

Mais en littérature, les femmes firent merveille. Costanza Varano (1428-1447), 
débitait à seize ans un discours latin composé par elle à l'occasion d'une fête célébrée 
dans la petite cité de Gradara, et le lendemain elle prononçait une harangue éga- 
lement en latin, dans un banquet donné à Pesaro'. Sous la direction de sa grand'mère, 
Battista da Montefeltro*, elle étudia aussi bien les grands poètes du siècle précédent, 
Dante et Pétrarque, que les auteurs anciens et surtout Salluste, Tite-Live, Virgile et 
Quintilien. Le comte d'Urbino s'intéressait à ses travaux, et l'engageait « à entrer 
dans la voie des humanités »; Giacomo de Pesaro lui donnait le même conseil. Plus 
tard, elle aborda l'étude de l'astronomie, de la géométrie, de la logique. 

Après sa mort, un versificateur anonyme fit sur elle un poème où il disait' : 

Dès sa première adolescence 
Elle n'étudia que pour s'instruire; 
Bientôt elle n'eut plus d'égal. 
Elle connaissait, non les fables françaises, 
Mais la fleur de la langue latine 
Et la semence du grec, qu'ignorent tant de gens. 
Non seulement elle se plaisait aux vers du grand Florentin, 
Mais elle aimait aussi Cicéron et Virgile 
Et les histoires de Tite-Live 
• Et ton cher volume, ô docte Jérôme! 

Ippolita Sforza (1445- 1488) conversait en latin à quatorze ans et adressa une 
allocution latine au pape Pie II, à l'occasion du congrès de Mantoue (1459)'°. ^'^ sœur 



I. — Vasari, Vie de Properzia de' 
Rossi. 

1. — B. A.MANTE, Giulia Gonzagu, 
p. 163. B. Belgrado, Cenno biografico 
sopra la piitricc Irène di Spilimbergo, 
Padouc, iy30. 

Le porti'ait d'Irène de Spilimberpfo qui 
d.ite de 1560, se trouve à Maniago ainsi 
que celui d'Emilie Spilimbergo; voir O. 
Fischel, Titien, Stutt;jart, I906, pi. 157. 
3- — Charles Blanx, Histoire des 
Peintres, École Vénitienne. 

4. — A. BiANCHiNi, Prove legali suif 
aweleiiameiito di Elis. Sirani, Bologne. 
O. Mazzoni-Toselu, Di Elis. Sirani, 
pittrice bolognesc e del supposto vene- 
ficio onde credesi morta, Bologne, 1883. 
Tm Poesia muta celebrata dalla piltura 
loquace, Anoii., Bologne, i')65. 

5. — Ch. Blanc, Histoire des Peintres, 



École Vénitienne, app. p. 51. D'une 
façon générale, Marco Minghetti, Le 
Donne Italiane nelle Belle Arti al seco- 
lo XV eXVI, Florence, 1877. Anon., Le 
Donne piii Illustri del Regno Lontbar- 
do-Veneto, Milan, s. d. Voir aussi quel- 
ques noms obscurs dans G. Giordani, 
Notizia délie Donne pittrici di Bologna, 
Bologne, 1832. 

6. — Michel-Ange disait que « l'art de 
colorier à l'huile devait être abandonné 
nu.\ femmes et au.\ paresseux ». Lanzi, 
Histoire de la Peinture, trad., I, 218. 

7. — Feliciangeli, Notisie snlla lila 
e sugli scritti di Costanza Varano. 
Giorn.Stor. délia Leit. TIal., vol. XXUI 
(1894), p. I. 

8. — Battista était née en 1384. 

9. — Feliciangeli, p. 72. Ce poème se 
trouve A la bibliothèque communale de 



Perouse, sous la cote F. 30, c. 63, 67. 
10. — Burckhardt, I, 390. F. F1-A.MINI, 
Franc. Galcoto, gentiliiomo napoletano 
drl 1400. Giorn. Stor. Lett. Ital. , vol. XX, 
p. 14. Gabotto, Jofiano Pontano c 
Ippolita Sforza, Vita Nuova, H, 20. 
E. MOTTA, Ancoru di Elisab'tta e délie 
altre figlie di Francesco Sforza, Pisc. 
1886. Ou lit dans Philippi Argctali 
Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, 
Milan, 1745, t. U, pars altéra (in fine), 
p. 40 n : ^ Iinmo cum Graecam Gram- 
vialicam Mcdiolani condidissei Cons- 
tantinus Lascaris, difficilem provineiani 
aggrcssHS Mombritiiis, camditn latinis 
versibus expticavit inscripsitque Hyppo- 
litae, primogenitae filiae Francisci I, 
Mediolani Dticis, «/uaiti adhtic puellatH 
Alphonso Calabriae Dtici pat*'r dtSpOH- 
derat anno I4SS •*• 



32 



LA FEMME ITALIENNE. 



Battista avait la même facilité (1459-1492); telle était la pureté de son style quand elle 
avait huit ans, qu'on la comparait à Cicéron. Laura Benzoni composait à dix ans, en 
grec et en latin, des vers saphiques' et, à treize ans, une autre fillette, Gianlucido 
Gonzaga, élève de Vittorino de Feltre, célébrait dans un poème latin l'entrée de 
l'empereur Sigismond à Mantoue (1433)°. A dix ans, Cecilia Gonzaga écrivait à mer- 
veille en grec, et copiait fort habilement les manuscrits'. Margherita Scaravelli Solari 
(ou Solaro), alors qu'elle avait à peine douze ans, salua en latin le roi Charles VIII 
à son entrée à Asti, et de si aimable façon qu'il tomba amoureux d'elle à ce qu'on 
dit''. Cassandra Fedele (1465-1553), que Ange Politien déclarait '< l'honneur de l'Ita- 
lie' », et qui était en relations épistolaires avec tous les souverains. On raconte que 
la reine Isabelle d'Espagne ayant voulu l'attirer à sa cour, la République vénitienne 
lui interdit de sortir de son territoire « afin de ne pas priver son pays d'un de ses 
plus beaux ornements'' ». Quant à la célèbre Isotta Nogarola (1420- 1466), elle composa 
des Lettres et nombre d'écrits, dont un éloge de saint Jérôme; elle rédigea aussi une 
dissertation sur la question de savoir lequel, d'Adam ou d'Eve, était le plus coupable 
(1563)7. Margherita de Ravenne, quoique devenue aveugle à l'âge de trois ans, acquit 
des connaissances si étendues, qu'on la consultait dans les controverses de théologie 
et de morale^. En 1495, une enfant de dix ans parla durant deux heures devant la cour 
pontificale et le pape, sans trouble ni hésitation, dit Burckhardt, et avec autant de faci- 
lité, de cœur et de justesse dans les gestes qu'un orateur consommé^. Lorsque la future 
reine de Hongrie, Béatrice, princesse napolitaine, vint à Vienne, en 14S5, elle fut 
accueillie par une harangue latine et « arrexit dUigentissime aures domina regina 
saepe, cum placida aiidierat, suhridendo », dit le chroniqueur, « et la princesse dressa 
plusieurs fois les oreilles et écouta tranquillement en souriant'" ». 

Il y eut aussi abondance de poétesses au xv° siècle, entre autres Medea Aleardi 
de Vérone", Girolama Corsi Ramos qui vécut en Vénétie vers la fin du xV siècle", 



1. — L. Frati, La Donna Italiana, 

r- 92- 

2. — Rossi, // Quattrocento, Milau, 
1900, p. 41. Bayle, Dict., VII, 138. 

3. — Rossi. 

4. — G. B. Alderti, Storia d'Italia, 
Turin, lSy6, p. 62. Sa harang-ue se tiouve 
dans P. Lesnanderie ou Lesnandière, 
Le Livre de la Louange de Mariage, 
Paris, 1523. Les éditions suivantes ont 
pour titre : Louenge de Mariage et 
Recueil des Histoires des bonnes, ver' 
tueuses et illustres femmes. Ce qui 
donne mieu.\ la physionomie du livre. 
On a une autre Oratio ad Sigisinundum 
Imperatorem, Battista da Montefeltro 
Malatesti qui se trouve dans Bibl. Cad. 
Ms. Monasterii S. Michaelis Venetiarum 
prope Murianum, Venise, 1779, col. 701. 
5- — « Dec us Italiœ Virgo ». Archiv. 
Stor. Lombardo, Ser. III, vol. IV, p. 387. 
6. — Son talent de musicienne et de 
poète égalait, parait-il, son érudition. 
Bellini fit son portrait quand elle avait 
seize ans, et qu'elle était déjà univer- 



sellement connue, mais cette œuvre est 
perdue, il n'en reste qu'une copie mé- 
diocre. Voir Lettere e Orazioni postume 
precedute dalla vita délia signora Cas- 
sandra per cura di F. Tommasini , Pa- 
doue, 1636. Sa vie a été aussi racontée 
par SiMONSFELD, Zur Geschichte der 
Cassandra Fedele, Hambourg. 1894. Cf. 
Ferri, Bihliotheca /emniinile, p. l6o, qui 
donne la bibliographie de ses œuvres. 
La première, Oratio pro Bcrtuccio Lam- 
berto... liberaliuni artium insigna sus- 
piciente, fut imprimée à Modéne en 1487. 
Cassandra avait donc alors vingt-deux 
ans. 

7. — E. Aeei., Isotae Nogarolae Opéra 
curante E. Abel, Vienne, 1886. Giorn. 
Stor. délia Lctt. Italiana, vol. VI, 1885, 
p. 163, R. Sabbadini, Notizie sulla vita 
di alcuni umanisti del Sec. XV. Giorn. 
Storico delta Lett. Italiana, VI, p. 139, 
1885. L'abbe LuiGl Federici, Ritratti 
di alcune donne Veronesi, Vérone, 1826, 
compte sept femmes illustres dans cette 
famille : Laura, Giulia, Lucia, Antouia, 



Ginevra, Isotta, Angela. Isotta était très 
liée avec le poète Guarino ; ils échan- 
gèrent une correspondance fort intéres- 
sante au point de vue du mouvement 
littéraire (1537). 

8. — C.-iNTU, VII, 22. 

9. — Diarium, II, 529. Cf. III, 154. 

10. — AscHBACH, 11,10, cite p.ir Burck- 
hardt, II, 143, note 3, éd. fr. 

11. — TiRABOSCHi.Sfo»-. detla Lett., VI, 

11, 185. Cf. ViTTOEio Rossi, Di una 
ri matrice e di un rima tore del sec. XV, 
Giorn. Stor. delta Letteratura Italia- 
na, vol. XV, 1890, p. 183. Elle écrivait 
vers 1460. 

12. — Giorn. Stor. delta Lett. Ital., 
vol. XV, 1890, p. 183. Di una rimatrice 
del sec. XV. Elle était contemporaine 
de Sanudo, né en 1466. Ses poésies 
manuscrites existent à Venise, cod. 
Marciano, cl. IX, cod. 270, Rime di 
Girolama Corsi Toscana, raccolte da 
Marine di Leonardo Samito, Nob, Ven. 
Dans le cod. 74, cl. X, ac. 49 se trou- 
vent quelques poésies tirées du cod. 270. 



t/3 

a. 




3 5 

<3 0. 



< => 



LES FEMMES SAVANTES AVANT LA lŒNAISSANCE. 



33 



Battista da Montefeltro (1384-1448) la grand'mère de Costanza Varano', Cleofe de 
Gabriclli% Costenza Varano (1426- 1447), Antonia di Francesco Giannotti (1438- 1488) 
qui composa des tragédies : Le Fils Prodigue, Saint François, Sainte Guilleminc^ ; 
Monna Antonia, femme de Bernardo Pulci, auteur d'un drame sacré''. 

« A bien considérer ces temps-là, écrit Joly' parlant du xv*= siècle, on peut dire 
qu'ils furent plus féconds en femmes savantes que d'autres, quoique l'ignorance fût 
grande alors parmi les hommes. » 

Ce qui contribua considérablement au grand renom où on les tint, ce fut l'impor- 
tance qu'on donnait alors au style, à l'élégance du langage, indépendamment du fond 
qui comptait peu. Un peu plus tard, le cardinal Bembo conseillait au cardinal Sadoleto 
de ne pas trop souvent lire la Bible, de peur d'y prendre des tournures critiquables. 

La plupart de ces doctes femmes eurent leurs parents ou des hommes pour éduca- 
teurs: Christine de Pisan était l'élève de son père, astrologue de Charles V; la fille de 
Giovanni d'Andréa s'était formée en suivant les cours qu'il professait; Ippolita Sforza 
eut pour maîtres Constantin Lascaris, que le duc Francesco Sforza avait appelé à 
Milan, Guiniforte Barizza, fils de Gasparino, et Baldo Martorello, élève du fameux 
Vittorino de Feltre*". Celui-ci avait eu pour élève Cecilia Gonzaga^. Battista Sforza 
apprit « la grammaire et les beaux usages », d'un notaire de la commune de Pesaro, 
Antonio de Strullis da Codazzo^. Il y eut des exceptions. Elisabetta et Maddalena, 
filles du marquis Federico Gonzaga et de Marguerite de Bavière, eurent une gouver- 
nante qui fut Violante de Pretis. Elle adressait au marquis, le 4 août 1471, la lettre 
que voici : « Votre Excellence apprendra par celle-ci que les princesses sont en 
bonne santé, pleines de bonne volonté et très obéissantes; j'ai excellente opinion 
d'elles; elles se montrent désireuses d'apprendre, et même de travailler. Quand elles 
veulent se divertir, elles montent sur leur poney, l'une en selle, l'autre en croupe, 
moi les suivant dans une petite voiture, et un homme à cheval à côté d'elles^. » 

Quant au programme des études, Leonardo Bruni, surnommé Aretino (1369- 
1444), en a tracé un pour Isabella Malatesta : « Afin d'élever son esprit, il faut lire et 
méditer la vie de Cornélie, fille de Scipion l'Africain, celles de la poétesse Sapho et 
de la savante Aspasie; afin de s'instruire en théologie, il faut pratiquer saint Augustin, 



I. — Carlo Tonini, La Coltura lette- 
raria... in Rimini, Rimini, 1884, I, 79. 
Ses vers ont ete publiés par Zambrini, 
Laudi ed alire rime spirituali, Imola, 
1847. Annibale degli Abbati Oliviero, 
Notizie de B. da Moniefellro, Pesaro, 
1787. Cf. ci-dessus p. 32, note 4. 

2- — Elle célébra en vers le passage 
à Gubbio de Borso d'Esté, quand il se 
rendit, en 1471, à Rome, afin d'y rece- 
voir la couronne ducale. QuADRio, Délia 
Storia... Milan, 1749, IV, 193. 

3- — ROSSI, // Quatirocenio, p. 179, 
204, 208... Chiaitetti-Mk.stica, Viia di 
Costanza Varano, Jesi, 1871. N. Ratti 
Mmn. sulla vita di 4 Donne illiisl. délia 
Casa Sforza. Rome, 1785. On pourrait 
encore citer Alessandra Scala-Moreale, 



Domitilla Trivulzi, Anna Spina. Voir 
ZuccAGNi - Orlandini, Corographia, 
V. 379- 

Jacques de Bergame mentionne : Paula 
Gonzaga, cap. CLV , fol. 136', Isotla 
Nuffarola, cap. CLxni, fol. 143', Bona 
Lombarde, cap. CLXV, fol. 145, Bianca 
Maria, cap. CLXVI, fol. 146, Constantia 
Sforzia, cap. CLXVii, fol. 147, Baptisia 
d'Urbino, cap. CLXVHi, fol. 147', Cas- 
sandra Fedeli, cap. CLXXXi, fol. 156 

4. — Symonds, Renaissance, IV, 279. 

5. — Joly, Voyage fait à Afunsler, 
p. 163. Cf. Bayle, Dict., VII, 138, qui 
essaie d'identifier les personnages citis 
sous des noms erronés. 

6. — Carlo de' Rosmini, Idea deW 
ottimo preccttore, Bassauo, 1801, p. 487. 



L'auteur retrace la vie de Vittorino, et 
rapporte que son élève Martorello en- 
seignait à Ippolita la grammaire latine 
et la rhétorique, tandis que Lascaris 
l'initiait au grec. 

7. — Bayle, Dict., VII, 337. 

8. — Feliciangkli,A'o/ii!(<!«' Doc. îM//a 
l'ita di Caterina Ctbo-Varano, Camc- 
rino, 1891, p. 17. 

9. — A. Luzio, Maniova, p. 5. Les prin- 
cesses Isabella et Béatrice d'Estc mon- 
taient également h cheval dans leur 
enfance. On leur fit une petite selle qui 
coûta une lire et dix soldi. Gandini, p. 48, 
doc. 2. Le prix d'une selle de femme était 
de 21 écus. F. LiBKRATi,// Prr/Wfo .Vii«- 
trodi Casa. Lib.II, p. 200. donne IcdéUiil 
des fournitures neccs.<^aircs et leurs prix. 



3^ LA FEMME ITALIENNE. 

saint Jérôme et Lactance; en tant qu'auteurs profanes, on doit connaître Cicéron, 
Viro-ile, Tite-Live et Salluste'. » 

Dans son traité sur l'éducation des enfants, rédigé en 1491, et qui eut une grande 
autorité, Matteo Vegio (Mateus Vegius) déclare qu'il convient d'apprendre aux filles a 
connaître les lettres grecques et latines, à danser avec grâce, à jouer de la guitare, mais 
en évitant de pousser trop loin ces études afin de ne point leur donner de présomp- 
tion. Il recommande aux pères d'écarter des yeux de leurs filles les œuvres des poètes, 
car la lecture en rend les femmes lascives'. 

A dire le vrai, les femmes savantes du XV siècle sont plutôt de petits prodiges 
que des intelligences supérieures. Avides à l'excès de savoir et trop adulées, leur 
oro-anisme ne put supporter le travail prématuré et excessif qu'elles s'imposaient et 
presque toutes, comme on a vu, moururent jeunes. Ce ne fut qu'au siècle suivant que 
l'âme féminine, plus mûre, mieux préparée à recevoir la culture des lettres, eut son 
plein épanouissement. 



= LES FEMMES SAVANTES A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE 

LES PÉDAGOGUES 

Ce qui distingue surtout les Italiennes de la Renaissance, c'est le caractère essen- 
tiellement viril de leur éducation. 

Il n'y avait pas alors, surtout en Italie, cette profonde distinction de goûts, d'oc- 
cupations, d'idées, de caractère, qui s'est établie depuis entre les hommes et les 
femmes; les uns et les autres partageaient les mêmes divertissements, s'imposaient 
les mêmes devoirs, avaient les mêmes occupations; leur existence était beaucoup 
plus semblable, beaucoup plus mêlée qu'elle ne l'est maintenant où tout concourt à 
leur créer une vie distincte, une mentalité à part. C'est ainsi que les femmes 
jouaient un personnage important dans ces entretiens, dans ces conversations qui 
étaient un des principaux passe-temps de la société polie et où leur esprit plus avisé, 
plus souple, plus alerte, parfois aussi moins soucieux d'exactitude que celui des 
hommes, faisait merveille ; on y prisait fort les facéties, les pointes, les bons mots, et les 
femmes y semblaient plus habiles que les hommes. « Tout ainsi, dit Boccace, comme 
les estoilles (quand l'air est serain) sont l'ornement et beauté du ciel et les fleurs tant 
que le printemps dure embellissent les prez : tout ainsi les gracieux motz et plaisantes 
rencontres entre les louables passe-temps et plaisants deviz, sont l'accoustrement de 
toute personne : lesquels plaisans motz parce qu'ils sont briefz et courtz, sont trop 

ï. — H.GroiiietaliorKmDisserlationes 1448, à Foligfno. Litta, Fam. Malatesta, Guidon des parens en 1513. Disciple 

de Studiis inslituendis, Amsterdam, tab. VII. Bibl. Casanatense, V., 23, de saint Bernardin de Sienne et secré- 

1645, p. ^i^etseq. Isabella, aussi appe- I à 15. taire du pape Martin V, il exerça une 

lée Battista di Antonio da Montefeltro, 2. — Mafei Vegii, De Ediicatione libe- certaine action dans le mouvement 

première femme de Galeazzo Malatesta, rorum et eorum Claris moribus libri VI, humaniste. Il fut un des rares littérateurs 

à qui était dédié le traite de Bruni, na- Milan, 1491. Voir éd. Paris, 15:1, de cette époque qui prit le froc dans 

quit en 1384, fut mariée en 1405, et fol. 18, 29, 43, 49. Traduit en français l'âgre mur. Il ajouta un livre à l'Enéide, 

mourut après avoir pris le voile, en par Jean Lode de Nantes sous le titre Giovio a fait son éloge. 



LES FEMMES SAVANTES A L'ÉPOQUE DE LA RENAfSSAXCE. 



35 



mieux avenans aux femmes qu'aux hommes, d'autant que le parler beaucoup et 
longuement (quand il se peult faire sans cela) est plus mal séant aux femmes qu'aux 
hommes bien qu'aujourd'huy il ne nous soit peu ou point demeuré de femme qui 
entende quelque bon mot quand on le dit ou si bien elle (par fortune) l'entend qui y 
sache respondre'. » Au xvr" siècle, on les prisait plus encore'. 

Toutefois, comme toute controverse s'appuyait alors de citations, d'exemples tirés 
des auteurs classiques, il fallait aux femmes, pour ne pas rester coites, une culture 
sinon solide, du moins brillante. Antonio Galateo écrivait à Bona Sforza? de s'ins- 
truire du mieux qu'elle pourrait, « afin de plaire aux hommes »; et il ajoute ce commen- 
taire qui ne s'accorde guère avec ses prémisses mais sent son habile homme : « car 
la femme est née pour leur commander'' ». Sabba Castiglione parlait à peu près de 
même', ainsi que Délia Casa dans son traité sur l'éducation, qui fut fameux à 
l'époque (xvi° siècle)'', mais, comme Castiglione, ils auraient voulu que les femmes 
tirassent leur savoir plutôt de l'Ecriture et des Pères que des poètes « vulgaires » qui 
leur semblait une lecture « peu honnête et lascive ». 

Cette instruction devait en outre être très semblable à celle des hommes 7. Casti- 
glione écrit, dans la troisième partie du Cortigiano qui est consacrée à la Dame de cour 
accomplie : « Et pour redire en partie et en peu de paroles ce qui déjà a esté dit, je 
veux que cete dame ait congnoissance des lettres, de musique, de peinture et qu'elle 
sache danser et festoyer, accompagnant de cette discrète modestie et d'une bonne opi- 
nion qu'elle donnera de soye tous les advis qui ont esté enseignez au courtisan^ ». 
Ailleurs il dit encore : « attendu que les mesmes règles qui ont esté données pour le 
courtisan servent aussi à la dame de court "^ ». 

Inversement, faisant le portrait du courtisan, il demande « qu'il soit versé 
es poètes, es orateurs et historiens, qu'il soit duit à escrire et composer vers et prose, 
principallement en ceste langue vulgaire car, outre le contentement que luy mesme en 
recevra, n'aura jamais faute de propos pour entretenir les dames lesquelles ordinaire- 
ment ayment telles choses'" ». 

Lodovico Dolce" est d'avis que les hommes et les femmes doivent recevoir même 
éducation, avec cette différence cependant que celle des hommes ait pour but le bien 



1. — Journée I, Nouv. lo. Trad. Le 
Maçon. 

2. — Castiglione consacre à la science 
de dire des facéties toute la fin du Liv. II. 
Domenichi fit un volume sur le même 
sujet. Facétie, Motti, Venise, 1558. C'est 
une Italienne, la marquise de Ram- 
bouillet, dont le père était un Pisani 
et qui était née à Rome, qui institua 
des fameuses réunions de la Chambre 
bleue. 

3. — Elle épousa le roi Sigisniond de 
Pologne. 

4. — Spicileg. Rom., Rome, 1892, VIII, 
532. BURCKHARDT, II, 145, note 2. 

5. — Ricordi overo Ammaesiramenti di 
Mons. Sabba Castiglione, caval. yero- 
solimitano, Venise, isf)?, p. 217. Rie. 



CXXI, Cerca (sic) il maritarsi : • Et se 
a caso, conie giovane volenteroso et sen- 
suale vi dira, voleté voi che quesia fan- 
cittlla sappia ben leggere et scrivere, 
acciochè leggendo il Dante, il Petrarca, 
il Boccaccio, et altri simili autori vol- 
gari, non sia tenuta una goffa, una da 
poco, niia rustica, et maie allcvata dalle 
altre giox'atii, nobili, virliiesc, bi'n nate, 
assentite de nostri tempi, le quali uiti- 
versalmente si diletiatw molio di simili 
gentileaze et leggindrie ? Direte che voi 
assai laudate nelle donne il sapere leg- 
gere et scrivere, ma non gia per leggere 
gli soneiti et caneoni del Petrarca, o le 
cenio tiovelle, o la Fammetia, o il Filo- 
copo del Boccaccio, o la \'ita novella di 
Dante, et altre simili opère lascive et 



non molto honeste; ma per leggere la 
Biblia, l'Cfficio délia Madonna, le leg- 
gende delli Santi, le vite de santi Padri 
ed altri libri cattolici. • 

6. — Giovanni della Casa, 77 Gala- 
teo, Rome, 1560. Il fait dans ce traite 
une théorie à l'usage des femmes sur la 
façon de raconter. Cf. Cantu, VIII, 207. 

7. — BURCKHARDT, II. I43 ; GKKGOKO- 
VIUS, Lucrèce Borgia, I, 65 ; MlNGHETTI, 
La Donna Italiana, Xiiova Antologia, 
an. XII, 1877, vol. V; LuDovico Dome- 
nichi, La donna di Corte; De Mai'lde, 
Les Femmes de la Renaissance, p. 122. 

8. — Traduction, p. 378. 

9. — Pages 364, 367. 

10. — Page :i8. 

11. — Dialogo, fol. 201. 



36 



LA FEMME ITALIENNE. 



de la République ou du Prince; celle de la femme, le gouvernement de sa maison. 

C'est pourquoi, aux filles comme aux garçons, on enseignait également le latin, 
le français, l'espagnol, la grammaire, la musique ainsi que la danse'; ils avaient les 
mêmes maîtres et souvent, malgré l'avis des moralistes, travaillaient ensemble. Maria, 
fille aînée de Cosme l", et Caterina Sforza furent élevées conjointement avec leurs 
frères °. Vives recommande les professeurs plutôt que les maîtresses, même pour les 
jeunes filles '. 

Bona Sforza avait eu pour maître « un homme saint et, en même temps, très 
instruit », dont Antonio Galateo lui recommandait de recueillir précieusement les 
enseignements « au contraire des autres filles de son âge qui, le dimanche, passent 
leur temps à jouer au cerceau ou à lancer les dés, et, en semaine, ne savent s'occuper 
qu'à tisser le lin, la laine ou la soie. Que sous sa direction, ajoute-t-il, vous vous 
plongiez dans la lecture de Virgile, de Cicéron, de saint Augustin, de saint Chrysos- 
tôme et de saint Jérôme'' ». 

Isabella d'Esté (1474- 1525), qui fut si passionnée pour les arts et les lettres, eut 
pour premier maître Battista Guarino, le fils du célèbre humaniste, puis un certain 
Jacopo Gallino qui, plus tard, le 25 mars 1490, lui rappelait en ces termes le temps de 
ses études' : « Il me souvient encore de l'attention avec laquelle vous écoutiez les 
fables et les histoires que je vous contais, et du plaisir que vous y preniez. Que 
de soin vous mettiez à rédiger vos compositions ! Vous scandiez les vers de Virgile 
et vous vous appliquiez avec succès à reconstruire ceux dont j'avais interverti les mots. 
Vous mettiez en vers de belles sentences telles que celle-ci : 

O Dea quce summum m,eruisti ferre Thonantem (sic) 
Visceribiis, capiis annue, virgo, meis. 

« Quelle n'était pas votre mémoire ! Le samedi vous me récitiez toutes les Buco- 
liques de Virgile, le premier, le deuxième et une partie du troisième livre de l'Enéide, 
plusieurs lettres de Cicéron, presque tout l'Hérotimate^ et bien d'autres choses 
encore sur la grammaire. » Dans la même lettre, il lui annonce l'envoi d'un Virgile, 
des Règles de Guarino', de quelques recueils de lettres. 

Même après son mariage, Isabella conserva auprès d'elle un précepteur; ce fut 
d'abord Sigismondo Golfo délia Pergola* qu'elle avait dû connaître dans sa jeunesse et 



1. — Castiglione, p. 90, 238... et les 
auteurs cités plus loin. 

2. — GuglielmoEnricoSaltini, T>-«- 
gedie Medicie, Florence, 1S98, p. 5. Ma- 
ria parlait à huit ans l'espagnol, et tra- 
duisait Cicéron et Virgile. Son maître 
fut Pier Francesco Riccio, qui avait 
donné des leçons à son père. Pasoliui, 
I, 41. Valentine de Milan parlait le 
français et l'allemand. Camus, p. 5, 30. 
3- — De Institutione feminœ chris- 
iiance. Vives fut le précepteur des filles 
de la reine Isabelle de Castillc. 

4 — Spicileg. Rom, Rome, 1892, VIII, 



522. Dans une harangue adressée par 
Francesco Prendilacqua à Barbara de 
Brandebourg, épouse du marquis Ludo- 
vico Gonzaga, pour la consoler de la 
perte d'une fille, il dit, après avoir loué 
ses mérites : « Non haec ignoras, prin- 
crps opiima, qiiod latinis primum mari- 
bus ac liiieris ornari cupiens, Imnc tibi 
preceptorem sapientisshne dclegisii ; ad 
veratn omnia philosophiam, ad bonos 
mores, ad continentiam, ad pudicitiam, 
ad hiborem, ad vîrginiiaiem précipite 
referebat ». Prendilacqua fut le précep- 
teur des enfants du marquis; il était 



l'élève de Vittorino de Feltre. Carlo 
DE ROSMINI, Idea delV Ottimo pre- 
cetiore, Bassano, 1801, p. 269. 

5. — Alessandro Luzio, / Precetiori 
d'Isabella d'Esté, Ancône, 1S87, p. 11 et 
suiv. De Maulde, p. 508. 

6. — Chrysolaras Erotemaia (gram- 
maire), Venise, 1484 et 1491. De anoma- 
lis verbis, de formatione iemporum. 
Aide, 1512. Voir Brunet, I, 1S92. 

7. — Guarini Veronensis JRegr<!œ,l4yo. 

8. — Il était venu à Mantoue en 1478. 
Giorn. Sior., XIII, 438, XVI, 161. 
Francesco lui accorda le droit de cité. 






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LES FEMMES SAVANTES A L'EPOQUE DE LA RENAISSANCE. 3; 

qu'elle retrouva à Mantoue où il était devenu secrétaire et historiographe des 
Gonzague. Elle le donna comme pédagogue à sa fille aînée Leonora qui réussit assez 
bien, ce semble, car Gian Lucido Cattaneo disait d'elle au préfet de Rome : <■< qu'elle 
savait bien la grammaire' ». Pendant un temps, pour des raisons que l'on ignore, 
Golfo fut écarté. Aussitôt un autre précepteur se proposa, Cosmico, lequel se faisait 
fort de diriger les études d'Isabella -r sans nul auxiliaire >/, à la condition qu'elle eût été 
préalablement instruite des rudiments de la grammaire. Plus tard, elle se fit donner 
des leçons par le précepteur de son fils, Francesco Vigilio (1504), et, lorsque l'édu- 
cation du jeune prince et les leçons que Vigilio professait publiquement à Ferrare, 
absorbèrent tout son temps, elle eut recours à un autre érudit, Mario Equicola. 
Equicola l'accompagna quand elle vint en France, et demeura auprès d'elle jusqu'à sa 
mort, survenue le 13 février 1539'. Aussi eut-elle une réputation de science que nulle 
autre n'égala, et passait-elle pour manier la langue latine mieux que personne. 
Sachant bien lui plaire. Aide Manuce lui envoyait, en 1504, les éditions des auteurs 
grecs avec traduction latine qu'il venait de publier, puis l'année suivante Martial, 
Catulle, Tibulle, Properce, Horace, Perse et Lucain qu'elle refusa d'ailleurs, en 
trouvant le texte trop fautif et le papier mauvais'. 

Le traité d'Equicola, Libro de Natura de Amore^, dédié à Isabella et dans lequel 
il traite des diverses façons d'exprimer l'amour, dont ont usé les écrivains grecs et 
latins, les jongleurs provençaux et les conteurs italiens, les trouvères espagnols et 
les rimeurs français, est peut-être le résumé des leçons qu'il lui faisait sur ce thème. 

Lucrezia d'Esté eut pour maître Bartolomeo Ricci qui, dans une de ses lettres, 
explique sa méthode et en vante les résultats'. 

Les Pères de l'Eglise et principalement saint Jérôme tenaient, on l'a vu, une 
grande place dans l'éducation des jeunes filles, bien que les enseignements que 
renferment leurs écrits soient peu conformes à la règle de vie qu'on leur proposait, vie 
active, enjouée, toute de vanité et d'ambition^. Saint Jérôme, en effet, qui s'est occupé 
particulièrement d'éducation, considère les lettres comme dangereuses pour la femme, 
et veut qu'on la prépare uniquement à une existence de retraite et de contemplation'. 
C'est que leur lecture était moins un objet d'édification qu'un sujet de dissertations, et 
qu'on y cherchait non des leçons de morale, mais des exemples de rhétorique; c'est 
aussi, et cela tient à la nature même du caractère des Italiennes, qu'elles faisaient une 



1. — Luzio et Renieh, J/an<ot/a, p. 188. 

2. — « Il est beau de voir, écrivait Se- 
menza en 1512, avec quelle ardeur la 
marquise, quoique ses années soient 
déjà nombreuses, étudie, compose et 
traduit sous la direction d'Equicola. » 
A. Luzio, p. 43. 

3. — A. Baschet, Aldo Manuzio, 
Lettres et Documents, Venise, 1S67, 
p. l6, 26. Giorn. Sior. clc/la Lett. lia!., 
VI, 275, n. 4. 

4. — Venise, 1525 et 1536. Il débute 
ainsi : « Netla mia più fi'rvidu giovvnlit 
ritrovandomi in tacci d'amor invoUo, de 
miei verdi anni il tempo ntigliore in 



amor dispensai, scrissi dunque di quel 
che a Venere piacque. Amor me per- 
suase, m'insi'gnava Cupido, la eiù richie- 
deva, mia lieta sorte l'olse et commando 
mia Donna... » Gabriel Chapuis le tra- 
duisit en français en 15S4.. Les six livres 
de la Nature de l'Amour, tant humain 
que divin, Paris, 1584. 
5. — Episiolarum Fumiliarum libri 
VIII, Bologfne, p. 71. Dans l'epître par 
laquelle il dédie à Alfonso d'Esté l'édi- 
tion de l'Orlando Furioso qu'il publia A 
Venise en 1556, Girolamo Ruscelli dit, 
en parlant d'elle : « Que dans son a^e 
le plus tendre elle était si versée dans les 



langues grecque, latine et vulgaire et 
en toute science, que les plus érudits en 
demeuraient stupéfaits ». Les filles du duc 
de Mantoue, Federico Gonzajra, curent 
également des hommes pour maîtres. Lu- 
zio. iVantova, p. 6. 

6. — Carlo Tonini. La Coltura lette- 
raria in Rimini, Riniini, iSJv). Epistole 
di L. Bruni, Florence, 1871. FKI.ICIAN- 
GELi, Noiinie sulla Vita di Costancu 
Varano. 

7. — CCMPAYRÉ, I, 349. £/*ls/o/.l(Irfia•- 
/<Im de institutionejitiir: Epistota nddau- 
ilrntiam de Pacalutiv infantulir rduiatio- 
ne, SanctiHieronymi Opéra omniii, t. IV. 



38 



LA FEMME ITALIENNE. 



grande différence entre leur vie quotidienne et si j'ose dire pratique, et leur vie de 
méditation, elles suivaient assez librement leurs penchants et leurs caprices tout en 
pratiquant fort régulièrement les devoirs de la religion et en rendant fort sincèrement 
hommao-e à ses préceptes, ingénuement dévotes et hardiment frivoles. 

A côté des maîtres, il y avait les pédants. On en a un peu trop médit sans doute 
quoiqu'en fait ils aient souvent mérité les épigrammes dont on les accablaient. « Un' 
autre sorte de gens y a-t-il, dit Brantôme', qui a bien gasté les filles quand on les 
met à aprendre les lettres, sont estez leurs précepteurs. » Saliat, dans son adaptation 
du traité du cardinal Sadoleto sur l'éducation, semble s'être inspiré de ces paroles 
quand il écrit' : « Pense maintenant combien perdent et gastent de bons esprits ces 
bourreaux indoctes et qui neantmoins sont enflez d'une persuasion qu'ils ont d'estre 
savans, hommes fascheux et difficiles, cruelz et qui battent pour leur passe-temps et 
qui certainement sont d'une nature si cruelle qu'ilz prennent plaisir du tourment 

d'autruy. » 

Du jour où l'Arétin mit en scène, en 1533, dans le Marescalco, le pédant grotesque 
et fat, ce fut la mode de les ridiculariser. -"Que dire de leur sotte gravité, dit Garzoni^ 
de leur manteau pelé qui a vu cinq jubilés, de leur façon de chanter la prose comme si 
c'était des vers, de psalmodier ceux-ci, de saluer les gens en latin : Avete Domini et 
salvete, de faire des révérences exagérées, de prendre des airs affectés comme s'ils 
étaient autant de Cicéron, de se draper dans une attitude qu'ils empruntent aux 

paons! » 

Giberti, évêque de Vérone, recommandait aux parents la plus grande circon- 
spection dans le choix des pédagogues, car, disait-il, « il est à observer que les défauts 
contractés dans la jeunesse par la faute des maîtres, des précepteurs ou des parents, 
sont les plus difficiles à déraciner, et même croissent avec le temps-* ». 

Grâce aux érudits et malgré les pédants, les femmes de cette époque s'initièrent 
fortement aux études classiques, surent le latin mieux que l'italien; on vit des érudites 
comme Felicia Rasponi (1523- 1579) qui « fit sienne » la langue latine, commentait 
Platon, Aristote et les Pères de l'Église'; Lorenza Strozzi (1514-1591), qui savait en 
perfection le latin, le grec et la musique; Olympia Morata (1526-1555), que ses 
malheurs autant que son érudition merveilleuse ont illustrée'': elle écrivait élégamment 
en latin et en grec, traduisait sans peine Virgile et Homère, et on a d'elle des vers 
grecs qui sont une ingénieuse réminiscence de l'Antiquité. Curione, l'ami de son père, 
rappelait en ces termes, longtemps après, ses triomphes littéraires : « Alors nous 



1. — Édition Lalanne, IX, 570. 

2. — Traduction du traité de Sadolets, 
par Saliat ; Déclamation tenant la ma- 
nière de bien instruire les enfans... 
Paris, 1537, fol. 31. 

3. — Thomaso Garzoni, La Piazza 
Universaledi tnîieleProfessioni, Venise, 
■ 599. P- 91- f^f- A. Graf,/ Pedanti nel 
Cinqxiecentû, Nuova Antol., .Ser. lU, vol. 



VI (1886), p. 40: et suiv. 

4. — Jo. Matthei Giberti Ep. Vero- 
nensis Opéra, Vérone, 1733, p. 62. 
Consiiiutionum Gibertinartim Tiiulus 
Qtiartus, cap. xviil, an. 1542. De Pue- 
rorntn tnagistris et paedagogis et ne in 
scholis Jegantur tascivis atitores. 

5. — P.4SOLINI, Ment. St. délia Fam. 
Rasponi Iniola, 1876, p. 266. 



6. — G. Agnelli, Fitlvia Olimpia Mo- 
rata, Ferrare, 1892, J. Bonnet, La Vie 
d'Olympia Morata, Paris, 1850. La Vita 
di Olympia Morata, Florence, 1870, est 
une traduction arrangée de la biographie 
de J. Bonnet. Cf. E. Rodocanachi, Renée 
de France, p. 179. Elle avait été un en- 
fant prodige et, chose rare, elle re^ta 
une femme distinguée. 



LES FEMMES SAVANTES A i: EPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



39 



l'entendions déclamant en latin, improvisant en grec, répondant avec esprit à toutes 
les questions qui lui étaient adressées. On eût dit une de ces doctes vierges de la Grèce 
ou de Rome, auxquelles on pouvait justement la comparer. >, 

Lucrèce Borgia « parlait espaignol, grec, ytalien, françois et quelque peu très 
bon latin et composoit en toutes ces langues », dit le Loyal Serviteur'. Lorsque son 
père s'absentait de Rome, il lui confiait le soin d'ouvrir les lettres latines adressées 
à la Chancellerie, et d'y faire réponse'. Elle écrivait parfois au cardinal Bembo en 
espagnol. La poétesse Vittoria Colonna savait parfaitement le latin, comme sa corres- 
pondance le montre'. 

Les lettres des grandes dames, même de celles qui ne se piquaient aucunement 
de littérature, sont pleines de latinismes et de citations latines. Bien évidemment, on 
pensait en latin. L'italien était encore ou plutôt était redevenu, après un triomphe 
momentané dû à Pétrarque, Boccace et Villani, la « langue vulgaire », qu'on avait 
quelque scrupule, si ce n'est quelque honte, à employer pour exprimer les pensées 
relevées, les belles maximes de philosophie''. Souvent au défaut de l'expression exacte 
qu'on ne trouvait pas en italien, on avait recours au latin; certains mots, comme etiavi, 
étaient d'usage courant'. Caterina Sforza, dont l'éducation fut sommaire, entremêle 
ses lettres de latin; il en est de même dans la correspondance de Vittoria Colonna, de 
Veronica Gambara, de toutes les épistolières de ce temps. D'aucunes entendaient 
même le grec. Politien et Alessandra Scala, femme de MaruUo, échangeaient en grec 
des billets amoureux^. 

Les femmes même les plus frivoles pratiquaient couramment le latin. Alessandra 
Fiorentina intercale dans une de ses lettres l'aphorisme latin : « Regnum et amor 
non capit diios » ; Camilla Pisana cite Caton dans sa langue ; une autre traite son cor- 
respondant de '< Aninice nieœ dimidmm » ou de « Oculorum meorum lumen »'. 
L'Are tin, fort instruit en ce qui touchait les femmes de cette sorte, rapporte de l'une 
d'elles qu'on ne la voyait jamais sans un Homère ou un Virgile sous le bras; d'une 
autre, qu'elle savait tout Pétrarque et tout Boccace par cœur ainsi que nombre de pas- 
sages de Virgile, d'Ovide et d'Horace^. Tullia d'Aragona, dont les écrits furent célé- 



1. — Histoire de gentil Seigneur. Ed. 
de la Soc. de l'Histoire de France, 
p. 239. Cf. Gregorovius. Lucrèce Bor- 
gia, I. 74 

2. — BURCKHARDT, Diarium. t. III, 
année 1501, 30 juillet, 25 septembre. 

3. — Carleggio di Vittoria Colonna, 
Ferberoe Gius.Mulleh, Turin, 1889. 

4. — Le cardinal Bembo poussa vive- 
ment l'Arioste à écrire son Roland 
Jurimtx en latin. Au temps de Laurent 
de Medicis, les pères recommandaient 
à leurs fils et les maîtres à leurs 
disciples de bien se garder d'employer 
une langfuc aussi triviale que la langue 
vult;airc et aussi peu digne de servir à 
exprimer les hautes idées. C'est B. Var- 
chi qui rapporte le fait dans son dia- 
logue rifcrco/oHO, Florence, 1570, p. i2l, 



où il traite précisément de questions de 
lanç^ues. Cristoforo Landino assurait 
que, pour bien écrire le toscan, il faut 
préalablement connaître à fond le latin. 
Romolo Amaseo (1481-1552) s'efforça de 
pousser le pape et l'empereur à pour- 
suivre comme des hétérodoxes ceux qui 
écrivaient dans la langue vulgaire. 
GtJlNGUENK, X, 445. Symonds, I, 325, 
VI, 15a, 203. (Indication erronée en ce 
qui concerne VHercolano). Filelfo disait 
que c la langue étrusque est à peine 
connue de tous les Italiens, tandis que le 
latin est répandu sur toute la terre ■'. 
5. — Par exemple, on trouve dans la 
correspondance de Politien (Prose vol- 
gari, éd. par Del Lungo, Florence, 1867, 
p. 80), des phrases comme celle-ci : 
• Mi rispose sempre lagrimando et ul 



visum est, de ciiore, risotvendosi in 
questo, in te uno spem esse... Quel le- 
gato clie toriia da Roma et qui tecum 
locutiis est Florentiie, «011 è punto a 
loroproposito, ut aiuni. * Cf. Appendice, 
Enf.ince IV. Lettre d'une nourrice. 

6. — Del Luxgo, Lm Donna fiorentina 
p. l88. 

7. — Lettere di Cortigiane del sec. XX^l 
[L. A. Ferrai], Florence, 1SS9. 

8. — A.KKTIK, Ragionamento del Zoppi- 
110, p. 327. BURCKHARDT, II, I48. GaR20- 
NI, La Piaaca Universale, dise. LXXIV, 
p. 597. Croyat, parlant d'une célèbre 
courtisane vénitienne qu'il fut voir, 
rapporte qu'elle discourait « en rhétori- 
cienue > et jouait du luth à ravir. Co- 
ryafs Crudilics, Londres, 161 1, II, 44. 
Voyage accompli en 160S. 



_jo LA FEMME ITALIENNE. 

brés à l'envi de son vivant, entendait le latin, et en citait volontiers dans ses lettres'. 
Aussi les déclarations se faisaient-elles à l'occasion en latin'. 

Veronica Franco (1554-1599), cette « janti famé vénitiane » qui envoya ses 
œuvres à Montaigne lors de son passage', tenait pour la langue vulgaire. Son goût la 
portait vers les modernes; elle ne place que deux citations latines, d'ailleurs fort 
appropriées, dans toute sa correspondance. « Je ne puis entendre sans colère, écrivait- 
elle au Tintoret, ceux qui louent les Anciens et ravalent les modernes de parti pris, 
comme si la nature avait été pour les uns une mère, et pour les autres une marâtre. » 
Et elle finissait par cet argument persuasif : « Il y a actuellement des peintres qui 
éo-alent, s'ils ne les surpassent, les Apelle, les ApoUodore, les Teuxis, et tous les 
plus célèbres artistes de l'antiquité, et vous en êtes, seigneur Tintoretto. » Ceci ne 
l'empêchait pas de connaître Socrate, de disserter sur ses doctrines, et d'être fort 
instruite en mythologie "•. 

La bibliothèque d'une femme qui n'avait pourtant aucune prétention littéraire, 
Lucrèce Borgia, était ainsi composée' : un Donat, un Pétrarque, un Traité de Philo- 
sophie, les Épîtres de sainte Catherine de Sienne, une Vie de Jésus en espagnol, des 
Chansons espagnoles, un Livre de Prières, un Livre de Chroniques, tous au reste 
<■< fort bien reliés en velours ou en peau avec des garnitures de clous dorés et des 
fermoirs'' ». 

Les livres de compte de Renée de France, duchesse de Ferrare^ mentionnent les 
ouvrages suivants achetés pour l'instruction de ses filles : trois Rhétorique d'Aristote, 
deux Pomponius Mêla, deux Ptolemée, un Euclyde, les œuvres d'Ovide et 



1. — Tullia, née en 1508, morte en 1565, 
était fille naturelle de Giulia, courtisane 
ferraraise, et du cardinal Pietro Tag-lia- 
vina (card. en 1553) descendant illégi- 
time de la maison d'Aragon ou, d'après 
Gaspary (H, 509), du cardinal Lodovico 
d'Arag-ona. Son Traite, Injînità d'Amore, 
célèbre l'amour le plus pur (Venise, 
1547). Elle publia la même année un 
recueil de vers. Si me délia Signora 
Ttdlia d'Aragona, Venise, 1547. Cf. E. 
Celani, Le Rime di Tullia d'Aragona, 
Rome, 1891. Elle était en relation èpis- 
tolaire avec les plus grands personnages 
du temps, le cardinal Hippolyte d'Esté, 
Bembo, Arrighi, le Tasse... Molza fut 
son amant pendant vingt années. Spe- 
roni en fait une des interlocutrices de 
son dialogue sur l'amour (1558). 

2. — Par exemple les vers du poète 
Maddaleno à Imperia. Alcuni versi ine- 
diti di Fausto Evangelista Maddaleno 
de Capo di Ferro, Cod. Vat., 3351, 
p. 100, publies par O. Tommasini, Ar~ 
chiv. delta S. Soc. Romana di Sioria 
patria, IV, 196. Cf. article de Paolo Pi- 
ca sur Imperia dans L'Ualia Modcrna 
Illustrata, 1906, p. 361. 

3. — Journal du Voyage en Italie, p. 92. 
C'était peut-être une invitation discrète. 

4. — Née à Venise en 1546. Ses Lettres 
ont été publiées sous ce titre : Lettere 



familiari a diversi detla S. Veronica 
Franco, atl' Ut. et Rev. Monsig. Luigi 
d'Esie cardinale. La lettre de dédicace 
est du 2 août 1580. On trouve des va- 
riantes dans Lettere di Donne Italiane, 
Bart. Gamba, Venise, 1832, p. 195 et 
suiv. Ses poésies forment un volume sous 
le titre Terze Rime (e LHtere familiari) 
di Veronica Franco, 1575 {?). 

5. — GreGOROVIUS, Lucrèce Borgia, 
II, 423, app. 65. BURCKHARDT, II, 357, 
app. 3. Cf. Appendice, Luxe II. 

6. — Il est intéressant de rapprocher de 
ce bref inventaire l'énumération des 
ouvrages que propose Cardanus comme 
devant servir à une instruction com- 
plète : 

En poésie : Homère, Virgile, Horace. 
En grammaire ; Priscianus. 
En rhétorique : Ciceron, Ouintilien. 
En histoire : Xénophon, l'^Haftose; Sal- 
luste, la Conjuration de Catilina; Sué- 
tone ; les Navigateurs de l'Inde (soit 
l'ouvrage de Marco Polo, soit celui de 
Giovanni Ramusio, qui vécut de 14S5 
à 1577), les Vies de Plutarque, les Chro- 
niques de Carivius; Argentre, Histoire 
de Bretagne. 

En mathématiques : Euclyde, Appo- 
lonius, Archiméde, Vitnive, Ptolémèe. 
En médecine : Hippocrate, Galien, Avi- 
cenna, Rhasis pour son abondance, Dis- 



coride, Pierre Belon, Vésale, Gesnerus. 
En physique : Aristote, Théophraste, 
Plotin, Plutarque. 

Divers : Pausanias, Pline, Atheneus 
(De Machinis bellicis); Pierre Belon, 
les Singularités; Valérian (dit Pierius), 
les Hiéroglyphes; Natalis, Mythologie; 
Boccace, Fables, le Songe de Poliphile, 
Calcagninus; Cœlius Rhodiginus, An- 
tiqucs lectiones. 

Cardanus vécut de 1501 à 1576. 
Érasme dans son traite De ratione Studii 
(H. Grotii et aliorum Dissertationcs 
de studiis instituendis, Amsterdam, 
1695. P- 318 et suiv.) indique les ou- 
vrages qui lui paraissent les plus propres 
à former l'esprit de la jeunesse; il cite 
parmi les grammairiens grecs, Théodore 
Gazae, Constantin Lascaris; parmi les 
latins, Dioméde; parmi les modernes, 
Nicolaus Perothus. Il recommande Lu- 
cien, Hérodote, Démosthéne, Homère, 
Aristophane, Euripide, Terence, pour la 
pureté de sa langue. Plante si on a soin 
de choisir celles de ses comédies qui ne 
contiennent rien d'obscène, Horace, Vir- 
gile, Cicéron, Salluste, César, puis 
Laurent Valla le pamphlétaire « qui a 
écrit le plus élégamment sur l'élégance 
latine ■>. 

7. — Voir notre ouvrage, ife»éed« Fran- 
ce, rfuc/st'ssedei^tj'j-ore Paris 1896, p. 182. 



MEDAII I i:s. XV ET XVI' SIÈCLES. 




w 



Citlieriiit do .Mclicis l'Ioiiil. 



Fciunic inconnue p-ir Uonib.uJ.i 



Cecilia.filIcacG^ 



morte en 14 ;o, i .0 . ^ 
Mé.l ,1c l'i 



/,krel:re. 



l'AUIS. COI.LKIJTION li. DRKYIUS 



LES FEMMES SAVANTES A LÉPOQL'E DE /.A RENAISSANCE. 



4> 



d'Erasme. On fit venir de Venise, ù l'usage des princesses, quatre sphères de Proclus 
et une mappemonde'. Le tput, y compris la reliure des livres et les frais de transport, 
coûta 79 livres (avril 1542). 

Renée voulut d'ailleurs donner à ses filles, comme c'était la coutume pour toutes 
les jeunes princesses, une éducation complète. Elles eurent un maître à chanter. 
« A Milleville, chantre, tant pour sa peine d'avoir noté plusieurs livres de chansons 
pour le service et plaisir de Madame, que pour avoir enseigné la musique à mesdames 
les princesses, 14 livres 8 bolognini » (Octobre 1544). Elles recevaient aussi des 
leçons d'épinette; le salaire de leur maître était, en 1553, de 7 livres par mois. Sans 
doute, la duchesse fut satisfaite de leurs progrès, car elle fit présent à Lucrèce l'année 
suivante, d'une « grande épinette neuve » qui lui coûta quinze écus d'or. 

Castiglione recommande à la dame de cour de jouer d'un instrument et de 
chanter', et la musique entrait, on l'a vu, dans les programmes d'éducation des cou- 
vents^. Un des instruments dont les femmes se servaient le plus volontiers après le 
luth, était la harpe. Valentine de Milan de même qu'Isabeau de Bavière jouaient de 
la harpe''. C'est aussi l'instrument préféré de Parisina'. Il s'agit de très petites harpes, 
telles qu'on en voit dans les tableaux de ce temps''. L'intendant de Parisina lui fournit 
« un cordon avec un gland de soie pour suspendre à son cou une harpe ». Cette harpe 
était un objet précieux, car il est question de cadenas pour l'enfermer et de housses 
pour la protéger. Ses filles apprirent à jouer de cet instrument, car on leur fit l'acquisi- 
tion de deux harpettes qui valaient six écus (1424). Isabella d'Esté commandait en 
1493 une cithare, et la voulait « galante" ». A la fin d'une partie de jeu, elle dut, pour 
payer les gages qu'elle avait mérités, chanter avec un luth (1502)^. 

Les plus grands personnages s'intéressaient aux progrès des jeunes filles. Le car- 
dinal Bembo, on l'a vu, suivait les études de ses nièces et de sa fille; il écrivait à Cate- 
rina Lando, en 1526 : « Tes lettres m'ont réjoui au delà de toute espérance, parce que, 
à un âge si tendre, tu écris le latin avec pureté et élégance », et il disait au comte 
Agostino Lando (1529) qu'il aimait Caterina comme sa fille, parce qu'elle savait si 
bien le latin. Il parlait de même à Camilla di Simeon en 1527, la louant d'employer 
« ses loisirs enfantins à apprendre le latin*^ ». Le comte d'Urbino, Giacomo de Pesaro, 
et le cardinal Bessarione, encourageaient les études des érudites. 



I- — L'astronomie était assez fréquem- 
ment enseifi^nee. « Quand j'ai appris, 
écrit L. Gonzanfa au docteur Pico, que 
vous enseigniez l'astroloçic (astronomie) 
à votre fille, j'en ai tant ri que j'ai pense 
faire tomber toutes les dents que j'ai 
dans la bouche. Mais à la réflexion, la 
chose m'a paru moins risible, car c'est 
grâce à l'astroloffie que Périclés et Sul- 
picius Gallus ont guéri leurs contempo- 
rains de certaines superstitions. * (Par 
la prédiction d'une éclipse. )Z,p<t«re p. 50. 
Voir appendice, Luxe U. 
i. ^ Cor<i^/a»o, Liv.I,§§. XLVii-XLviii 
Trad. p. 126. t Je pense que la musique, 
avec plusieurs autres vanitcz, soit con- 
venable aux dames. » 



3. — » Je ne sais pourquoi vous me re- 
prochez d'apprendre la musique à mes 
filles, écrit Lucrezia Gonzag^a à Camena 
.Spinola, car cet art fut toujours en g^rand 
honneur chez les Grecs et l'on n'y esti- 
mait pas celui qui n'y était pas habile. 
On m'a assurée que la musique favorise 
l'étude de la science divine et aide à la 
contemplation. Il est certain qu'elle pro- 
voque nos sentiments et nous fait accom- 
plir des actes involontaires. Les tam- 
bours sont d'une grande utilité i la 
guerre... Non seulement elle nous dé- 
lecte, mais elle nous sert. » Leitere, 

P- Q3- 

4. — J. Ca.mus, Lu VcHUf ch France de 
Valentine l'iscoiili, Turin, lSy8, p. b. 



l^H.'iKLES Jourdain, Excursions liislori- 
gués, p.496. 

S- — Voir notre étude sur l'go et Fari- 
siiia, 1S96, p. 13. 

6. — Par exemple dans un tableau Je 
Dominique Bartoli, qui est ù Sienne et 
que reproduit Mercuri, pi. 90. 

7. — D'Ancona, Ori^"»i d*/ T«a<ro,II, 
36Î. 

8. — Lettre à son mari (Carlo d'Arco. 
Notiùie d'Isabella d'Esté, p. 1201 : • Dopo 
cetta /acvssiiMo il ballo : Il CapfH-',lo. Fi- 
iiito che fn, fier tante paglie et croei mi 
furono /acte, /ni necrssitata /are i miel 
ucti ncl cantare con cl leuto. > 

9. — Œuvres, édition de Venise, 1729. 
t. III, 235, ^S-"- < '\"- ï'T 



42 



LA FEMME ITALIENNE. 



Les plus récalcitrants s'avouaient vaincus; Érasme écrivait à Budée, en 1521' : 
« Il n'y avoit quasi personne jusqu'à présent qui ne fust très persuadé que les lettres 
sont inutiles aux femmes, et pour la chasteté et pour la bonne renommée. Et je ne 
m'étois pas moy-mesme beaucoup éloigné de cette opinion, mais Morus me l'a tout à 
fait ôtée de l'esprit". » C'était avec raison. 

Il n'est pas contestable que la fréquentation assidue des meilleurs écrivains donna 
aux Italiennes de la Renaissance le désir d'imiter les grands exemples qui s'y trouvent 
et l'énergie nécessaire pour y réussir^, ce style vif, ferme et précis, qui fait le charme 
de leurs écrits'', cet art consommé d'être spirituelles sans qu'on s'en avisât, et instruites 
sans qu'on le redoutât. On vit des femmes comme Jeanne d'Aragon qui dissertait 
sur l'art, la philosophie et la science, composait des vers et savait cependant être 
« éloquente sans emphase et sérieuse sans pédanterie ' »; des nouvellistes comme 
Giulia Bigolina de Padoue de qui l'Arétin vantait la fertilité et dont, au dire de Scar- 
deoni, les contes possédaient toutes les qualités qui donnent l'excellence''; des poé- 
tesses comme Gaspara Stampa (1523-1554) qui tira de sa douleur de si touchants 
accents, car « les plus désespérés sont les chants les plus beaux' »; comme Maria Sel- 
vaggia Borghini*; comme Tarqulnia Molza^, à laquelle le conseil communal de Rome 
conféra le droit de cité à cause de ses vers'°; comme Veronica Gambara" (1485-1550), 
l'amie de Bembo, de Molza, de Mauro, qui de même que Vittoria Colonna, dut sa 
célébrité à un veuvage éloquemment pleuré'^; Malaspina-Sodermi (morte en 1571); 
Lucia Nogarola, d'une famille qui avait donné déjà une femme de lettres à l'Italie; 
Torella Bentivoglio, dont le second mari périt dans une obscure aventure, ce qui lui 
inspira un sonnet fameux; Torella Castiglione, femme de l'auteur du Cortigiano,'^ à 



1. — Lettres Lib. XVH, ép. l6, citée 
par JOLY, Voyage de Hollande, p. 156. 
Page 150, il rappelle que Marie, fille 
aînée de Claude de Lorraine, duc de 
Guise, qui devint femme de Jacques V, 
roi d'Ecosse (1515-1560) soutint, devant 
un nombreux auditoire, la thèse « qu'il 
était séant aux femmes de scavoir les 
lettres et les arts libéraux ■>. 

Comme Zenobio Lanfranchi reprochait 
à Lucrezia Gonzaga sa trop grande 
application à l'étude de la rhétorique, 
elle lui repondit que la rhétorique était 
« l'ornemement des autres sciences ->, 
qu'elle occupait ■■ un rang honorable 
parmi les arts libéraux », et que, « de 
même que grâce à la grammaire on 
parle congrûment, de même grâce à la 
rhétorique on exprime sa pensée avec 
grâce et clarté ». Lettere, p. 53. 

2. — Dans le Christiani Matrimonii 
Institutio, Œuvres complètes, t. V, dé- 
dié à Catherine, reine d'Angleterre 
{1526), Érasme raille les jeunes filles 
qui ne savent que « faire la révérence, 
tenir les mains croisées, pincer les lèvres 
quand elles rient, boire et manger avec 
discrétion ». 

3. — De quel style Vittoria Colonna 
reprend son mari qui paraissait sur le 



point d'accomplir une feloniel Voir 
plus loin, le chapitre consacre à l'in- 
iUience morale de la femme. 

.|. — BURCKHARDT, H, I44. 

5. — M. Paléologue, Revue de Paris, 
1896, I" avril, p. 5gi. 

6. — L'Arétin, Lettere, Lib. V, lett. 
362, octobre 1549. Ed. Paris, 1609, p. Igi. 
Sardeoni, De Antiij. Urb. Patav., 
p. 368. « Insigni argumenta, ariificio 
wirabili, eveniii varia, et exitii inexpec- 
taio. » Ferri, p. 68. Quadeio, Délia 
Sioria e délia Sagione d'ogni Poesia, 
.Milan, 1741, vol. U, p. 271, dit qu'elle 
fut peut-être la fille d'un écrivain dont il 
ne subsiste qu'un seul ouvrage à l'état 
manuscrit (à l'Ambroisienne) et qui a 
pour titre : « Songe facétieux sur les es- 
carpins d'Aide Manuce », Sogno faeeto 
sopra le scarpe di Aldo Manusio. 

7. — Voir la B/oifrn/i/j/e que P. Mestica 
Chiappctti a mis en tête de ses poésies, 
Florence, 1S77 ; A. Borzelli, Una poe- 
tessa italiana, Naples, 1888. 

8. — G. D. Anguillesi, Discorso siilla 
vila... di M. Selv. Borghini, Pise, 1828. 
S1MONELLI, Elogio storico di M. S. Bor- 
ghini, Pise, 1731. 

y. — G. TiRABOSCHI, Stor. délia Letier. 
liai., VU, p. m, p. 51. 



10. — Archiv. Stor. Not. Capit. ,Cre<i. X. 
vol. XXXI, fol. 37. Séance du 5 décembre 
1600. 

11. — Fregonese, Vita di Vcronica 
Goniharu, Brescia, 1846. PUNGILEONI, 
Memorie interna alla vita... di V. Gam- 
bara, Brescia, 1827. 

12. — La bibliographie de Vittoria Co- 
lonna est nombreuse, son histoire reste 
à faire. Campori, Reumont, Luzio, Tordi 
surtout ont étudie sa vie, ou édite ses 
œuvres. La Nouvelle Bibliographie gé- 
nérale, XI, 294, porte que le cardinal 
Pompeo Colonna composa, sous le titre : 
De Luudibus Mulierum, un panégyrique 
de Vittoria Colonna, qui serait demeure 
manuscrit. 

13. — GuiNGUENÉ, Histoire Littéraire 
d'Italie, IX, 388, cite encore quelques 
poétesses : Isabella di Morra, Vittoria 
Accaromboni, Ersilia Cortese et d'autres 
car leur nombre fut grand et l'amour 
de rimer égala la facilite que les 
femmes y avaient, grâce à l'éducation 
qu'on leur donnait. Dans le recueil que 
publia LODOVICO D0MENICHI, en 1559. 
Rime diverse di alcune nobUissime e 
virttiosissime Donne, Lucques et Naples, 
se trouvent les œuvres de plus de cin- 
quante poétesses. Ce recueil est cité par 



LES FEMMES SAVANTES APRt^S LA RENAISSANCE 43 

qui elle adressa une élégie qui fit bruit, alors qu'il était ambassadeur à Rome, car 
l'amour conjuo;al fut le grand inspirateur des poésies féminines à cette époque où 
l'on s'imagine volontiers qu'il était en mauvais prédicament. 



=- LES FEMMES SAVANTES APRÈS TA RENAISSANCE 

Après cette période, il y eut encore des femmes savantes, mais elles le furent à 
la façon de celles de Molière; voulant étendre trop le champ de leurs connaissances, 
parce qu'elles tenaient par-dessus toute chose à éblouir leurs admirateurs, elles ne 
tardèrent pas à tomber dans le ridicule. Aux solides éducations des humanistes, suc- 
cédèrent les leçons superficielles de maîtres qui ne songeaient qu'à satisfaire la vanité 
de leurs élèves. Puis, les louanges exagérées dont on entourait les femmes qui se 
piquaient de littérature ou de science ne contribuèrent pas peu à fausser leur esprit et 
finalement à les perdre. Ce fut après le couronnement de la poétesse Corilla au Capi- 
tole (1775) que l'Arcadie et ses rites, les femmes de lettres et leurs fadeurs dispa- 
rurent progressivement. 

Gravina (1664-1718) a donné le plan d'une éducation telle qu'on la concevait en 
son temps, dans un ouvrage didactique dédié à la princesse Isabella Vecchiarelli 
Santa-Croce, l'une des membres de l'Académie des Arcadiens'. 

« L'objet des études étant, dit-il, de perfectionner les mœurs et de connaître la 
vertu pour la pratiquer, les femmes doivent, laissant aux seuls hommes les recherches 
sur la philosophie naturelle, s'efforcer d'acquérir la connaissance du grec, du latin et de 
l'italien, s'initier aux éléments de la philosophie morale telle que l'enseigne Cicéron, 
puis elles liront l'ouvrage de Délia Casa intitulé Galatée, qui les instruira dans l'art 
d'être aimables et de converser agréablement; ainsi Cicéron leur donnera les qualités 
intérieures et Délia Casa les qualités extérieures. Elles liront le Traité des Devoirs 
et celui de V Amitié et le discours d'Isocrate à Démonique. Il ne faudra pas négliger le 
Cor^/^j'ano de Baldassare Castiglione. Elles étudieront la sphère céleste et le globe 
terrestre, car l'histoire ne se comprend pas sans la connaissance exacte de la géogra- 
phie. Pour s'initier à l'histoire sainte, le meilleur auteur est Josèphe; pour l'histoire 
profane, Scaliger et Hérodote; pour l'histoire de la Grèce, Thucydide et Xénophon 
sans compter Hérodote; puis il faudra lire encore Tite-Live, Salluste, Tacite, Gui- 
ciardini.... Pour l'histoire des guerres civiles de France, Davila; pour l'histoire des 
Flandres, le cardinal de Bentivoglio; pour l'histoire universelle, à défaut de Tar- 
cagnota, Torcellino. Pour s'instruire en politique aussi bien qu'en morale, les Vies de 
Plutarque sont une excellente lecture. La poésie est nécessaire plus que toute autre 
chose, car elle est la science en mètre et en fantaisie; il faudra donc lire Esope, 

Francesco Haym, Bibliothecu Itulinnu da Ant. BuUfon, Naples. 1695 Cf. D.A. GALU. Poétesse italnme, s. 1. n. d. 

ossia Notizia di Libri rari italiani, Gaspary, Geschichie dcr Italienischin Symonds, Renaissance, V, J51. 

Milan, 1808, H, 117. Pour une époque Lileraiur, H, 498 et suiv. De Gl'BER- I.— Kegotamenio degli Studi di nohile 

un peu postérieure, Rime di cinquanta tiATls, Antologia di poétesse ital inné de! e valorosa donna D. Isabella Vecchia- 

illustri poétesse di nuovo date in liicc secolo XVI, Florence, 1882. L. BeB- rclli. cap. W.Coll. Calogerù, XX. IJ9. 



44 



LA FEMME ITALIENNE. 



Homère, si toutefois on peut se passer de traduction, les Métainorphoses d'Ovide 
traduites par Anguillara, Viro;ile traduit par Caro ou même par Beverini. On pourra 
ne lire que les passages les plus faciles et les plus agréables de Dante, mais il convien- 
dra de ne rien omettre dans Boiardo. Il sera bien de parcourir également Pétrarque 
et VArcadia de Sannazar où, avec une simplicité et sous des dehors champêtres, sont 
finement exprimés les sentiments les plus délicats; on ne négligera pas l'Arioste, le 
Tasse et Molza. » Gravina n'hésite pas à recommander aux dames la lecture du 
Décaméron de Boccace « bien qu'il ne soit pas en vers », et il leur recommande 
quelques tragédies, telle que la Sofonisba de Trissino, la Rosamonda de Ruccellai, 
celles de Giraldi, les comédies de l'Arioste, de Lasca, de Cecco d' Adria et même, malgré 
leur licence qu'il semble ignorer, des pièces telles que la Calandra et la Mandragore. 

Les femmes furent alors, en effet, universelles. Elena L. Cornaro Piscopia (1646- 
1684) parlait cinq langues, connaissait la logique et la morale, les mathématiques et 
la théologie, la musique'; Barbara Rizzi savait le français, l'anglais, le hollandais, l'es- 
pagnol, et était savante en toute chose; Maria Porzia Vignoli (1632-1687) étudia 
l'arithmétique, le latin, et fit des vers=. 

Le xviil^ siècle ne le céda pas au XVII^ Anna Morandi Manzolini, née en 1716, 
obtint en 1760 à l'Université de Bologne une chaire d'anatomie qu'elle conserva jus- 
qu'à sa mort en 1774; Laura Bassi-Verati soutint une thèse de philosophie en 1732 
devant d'illustres savants et deux cardinaux, et professa également à l'Université de 
Bologne (1722)^ Elle devint « l'orgueil de la cité, la merveille dont on réservait la 
surprise aux étrangers de distinction, le charme des Sénateurs, l'amour des Arca- 
diens », auxquels son nom de Laura donnaient occasion de pétrarquiser à l'envi. En 
1776, on lui attribua la chaire de physique qu'elle conserva jusqu'à sa mort survenue 
en 1778''. Francesca Manzonigiusto fit des tragédies : Esther, Debora, des oratorios, 
traduisit Ovide {Les Tristes), et rima plusieurs sonnets ^ 

Maria Gaetana Agnesi (1718-1799) parlait à cinq ans le français, à neuf le latin, à 
onze le grec; elle apprit ensuite l'allemand et l'espagnol; le pape Benoît XIV lui 
accorda une chaire à titre honorifique ; Gustave III et Marie-Thérèse ambitionnèrent 
de l'attirer à leur Cour^. De Brosses la vit et l'entendit étant à Milan : « Ce sera bien 
pis ce soir, écrit-il. Nous devons avoir une conférence avec la signora Agnesi qui est 
une polyglotte ambulante et qui, peu contente de savoir toutes les langues orientales, 
s'avise encore de soutenir thèse contre tout venant sur toute science quelconque à 
l'exemple de Pic de La Mirandole'. » 

Clotilde Tambroni, née en 1758, fut désignée par le Sénat bolonais, en 1794, pour 
succéder à son père Aponte dans sa chaire de littérature grecque. Elle poursuivit son 



1. — Bacchini, Vitd di E. Lucrezin Cor- 
naro, Padoue, 1688. A. Lupis, L'Eroina 
veneta, Venise, 1689. Deza, Vita di 
E. L. Cornaro Piscopia, Venise, l68g. 

2. — Fachini, p. 160, 161. 

3. — Fb. CAVAZZA,ir' Scuo!e delV antico 
studio bolognese. Milan, l8y6, p. 290. 
Pag-e 289 est reproduite une gravure 
représentant une leçon donnée par I.aura 



Bassi. La collection de Lady L. Ashbur- 
ton à Londres contient un portrait de 
B. Licino supposé représenter « Une 
femme professeur à l'Université de Bo- 
log-ne ». 

4. — MASi,S(Kd;en7r«<</, Bolog-ne, 188 1, 
p. 158. Elle fut •■ admirée non seulement 
de ses compatriotes, mais aussi des 
savants de toutes les autres nations », 



dit un autre auteur. 

5. — Fehri, Bibl. Femminile, p. 216. 

6. — A. LOCATELLI, Iconographia ita- 
liana, Milan, 1836, III, n" 22. Vitu di 
M. G. Agnesi di Chiapetti-Mestica, 
Imola, 1872. Bianca Milesi-Mojon, 
Vita di M. G. Agnesi, Milan, 1836. 

7. — Lettres familières écrites d'Italie, 
VIII, t. I, p. 94. 



BUSTE DE FEMME. 




,\i>\.\S\\ KlliNAMION'l, l'Ii.M.Mi; Dlî LOHKNZO, .M(.lKil; l\ IJj;. 111 l;l . I il 

Palis, Collect. U. Dreyfus. 



" I 111 I I OXAKLI 



LES FF.\r.\rF-:s sava.xtfs après la renaissance 45 

cours jusqu'en 1817'. Ruffina Bottoni, morte en 1794, était savante en algèbre, mais 
étonnait surtout par sa science du contre-point; Maria Luisa Cicci de Pise (1760-1794) 
composait des vers « avant de savoir exactement la différence entre la prose et la 
poésie »; elle fit des acrostiches, une ode anacréontique sur les Amours des poètes et 
des canzones dans le goût de Pétrarque'. Il y eut même une femme journaliste : Bet- 
tina Caminer'. Gorani donne, dans ses mémoires secrets, un portrait bien 
amusant d'une femme de lettres, Maria Pezzelli, à la fin du xviil* siècle : << Maria 
Pezzelli, dit-il, a reçu de la nature tout ce qui aurait pu la rendre chère aux lettres et 
aux arts, mais enseignée par des pédans, elle ne sait qu'ergoter et non discuter. L'étude 
des langues mortes lui a donné une roideur repoussante. Tous les soirs, elle est 
entourée de sa cour savante. Assise au fond d'un vaste sallon, guindée sur son siège, 
elle préside l'assemblée rangée des deux côtés. On y discute longuement, froidement 
et les sujets les plus intéressans y prennent une teinte soporifique.'' » 

Cependant on dissertait toujours sur le mérite des femmes et sur l'avantage de 
les instruire. A vrai dire, la controverse avait surtout pour but de permettre à leurs 
admirateurs d'exalter leurs qualités tout en faisant briller leur propre talent. En 1723 
Antonio Valisneri, professeur de médecine à l'Université de Padoue, soumit à l'Aca- 
démie de Ricoverati, dont il était alors président, la question suivante : « Les femmes 
devaient-elles être admises à l'étude des sciences et des autres arts nobles'? » 

A l'annonce de ce débat toute l'Italie fut en mouvement; mais, soit que les acadé- 
miciens fussent unanimes à reconnaître les aptitudes littéraires et scientifiques des 
femmes de leur temps, soit qu'aucun ne voulût encourir la disgrâce de leur déplaire, il 
s'en fallut peu que la discussion ne pût s'ouvrir, faute de contradicteurs. Pour décider 
Giovanni Antonio Volpi, professeur de philosophie, à se faire l'adversaire des femmes, 
on dut l'autoriser à déclarer dans son exode qu'il parlait contre sa volonté et contre 
son cœur et uniquement à la fin de provoquer un hommage éclatant et mérité en 
l'honneur du génie des femmes. La dispute s'engagea donc; on cita abondamment les 
textes classiques, on disserta de nouveau sur la distinction entre l'âme des femmes 
et celle des hommes pour conclure qu'il n'y en avait pas, on décida que le relèvement, 
la régénération de l'Italie ne s'accompliraient qu'autant que les femmes y contribue- 
raient et qu'il fallait, pour cela, qu'elles fussent à même d'instruire leurs enfants dans 
l'amour des belles-lettres et dans l'admiration des généreux exemples laissés par les 
Anciens''. 

Plus la valeur réelle des femmes diminuait, plus on leur prodiguait les louanges. 
C'est le train habituel des choses. 

Durant longtemps, la controverse se poursuivit sur ce ton galant; Aretofila Rossi, 
Savini et Maria Gaetana Agnesi composèrent des traités pour montrer que leur sexe 

I. — Pomba-Pacciiiotti l.iiiSA, L'Apos- a. — Ginf.vra Canonici Fachini.p. 183. Prohleitui ctril' Educosione délia donna 

tolato délia donna, Pineiolo, 1H8J. Vkrri, Bihl. femmii:ile, p. 115. "<•/ I73S, Xiiova Antol., vol. CXXIV 

L.Vll.L\m, Learned Women uf Bolognu, 3, — ViTTORio .Malamani, Una Gior- (1892), p. (189. E. Frati, p. 80. Discorsi 

International Ki-view, New-York, mars- nalisia Ilaliana, Venise, 1891. nccadem. di l'iiri nutori intomo agli 

avril 1878. Elle compos.-» des odes 4. — J. Gorani, .Vùnio/rcs, 1793, n,33i. studi délie donne, P-idouc, 1719. 

saphlques en grec, des ode» pind.iriques 5. — Gabba, Délia condisionii giiiridica 6. — Bibl. Casnnniense, Rome, Mite. 

en italien, des elcçics et des dédicaces. di'Un donna, p. 230; P. MaNTKOazza, // 4" 44S. 



46 LA FEMME ITALIENNE. 

était dio-ne d'être instruit'. Diamante Medaglia Faini annota et commenta la harangue 
de Volpi-, puis elle publia une apologie de l'éducation des femmes dans laquelle elle 
affirme que la culture de l'esprit développe la beauté du visage, préserve des vices et 
accroît le respect dont on entoure le sexe féminin; enfin elle s'élève contre le vieux 
préjuo-é qui subsistait encore, que l'instruction porte atteinte à la retenue et à la 
décence. On ergotait encore quand survinrent les événements de la Révolution. 

En 1799, parut à Venise, sous le titre significatif de : <■< L'Inipossibile », un ouvrage 
sur la réforme de l'éducation des femmes. Cette réforme était nécessaire, s'il faut en 
croire un auteur aussi suspect que Gorani, qui, parcourant vers ce temps le pays, 
écrivis : '< L'éducation est à Rome, comme dans tous les autres pays d'Italie, très 
mauvaise. Les riches abandonnent leurs enfants à des pédagogues sans mœurs, sans 
morale et sans talens, et qui ne conoissent de la vertu que le nom qu'ils ont toujours 
dans la bouche.... 

« Ils placent les filles dans des couvens dont les religieuses ne savent que rétrécir 
l'esprit de leurs élèves, quand elles ne pervertissent par leurs inclinations, en s'empa- 
rant et en égarant les premiers mouvemens de leur cœur. » 



= CONDITION DE LA JEUNE FILLE 

On tenait les jeunes filles dans une extrême contrainte. Il n'est point de précau- 
tions, de sujétions, de vexations qu'on ne leur imposât tant on jugeait leur innocence 
fragile et surtout exposée. « Quel jour, quelle heure passa jamais, dit Castiglione'', 
sans que la jeune fille soit sollicitée et poursuivie de l'amant par argent, par présens 
et toutes les choses qu'il peut imaginer luy estre agréables. » A tout prix il fallait 
éviter l'éveil prématuré de leur imagination et l'on n'aurait su trop tôt aviser à ce 
danger. Giraldi presse les mères de ne point laisser leurs filles jouer avec des garçons, 
même la porte restant ouverte, et il va jusqu'à exclure les frères de la compagnie de 
leurs sœurs. Ce n'est pas là une opinion isolée. Dans son traité de V Institution de 
la Femme chrétienne, qui fit loi en Italie comme ailleurs, Vives donne le même 
conseil' : 

'< . . . Ne doit la pucelle continuer ne hanter les enfans maies pour non se acous- 
tumer a soy délecter avec les hommes. Laffection croist entre les enfans nourris et 
souvent conversans ensemble, a laquelle tendent plus les femmes dautant quelles ont 
lesprit plus prompt a volupté et en tel aage juvenil qui ne scait encores juger entre bien 
et mal, Ion doit craindre mauvaise acoustumance. » 

Qui plus est, on donnait aux pères cet étrange conseil de toujours faire froide 

I. — Maria Agn'ESI, Oratio qua osten- 2. — Medaglia Faini, Degli Studi 3. — Mémoires secrets. II, 399. Cf. III, 

ditur artium liheralium siiulhi a femi- convenienti (ilh' donne, Salô, 1774. Orci- 223. 

neo sexH 7ie:Ui<jiKint abhorrere, 1727. sione sopra gli studi délie donne dans 4. — Traduction, p. 461. 

Agnesi n'avait que neuf ans quand elle Versi e poésie di diversi auiori. Salù, 5. — Traduction de Pierre de Chang-y, 

composa ce traite. 1774. I543> fol. 3. 






'i^ 



CONDITION DE LA JEUNE FILLE. 



47 



mine à leurs filles « afin qu'elles n'apprennent pas, en les voyant, à chOrir avant l'heure 
les traits masculins' »! 

D'après Barberino% les jeunes filles doivent laisser paraître un certain embarras 
toutes les fois qu'elles voient un visage masculin, sans rien exa<^crer pourtant; 
conserver dans la société une attitude modeste, et tenir les yeux à terre '< car les 
regards sont souvent des traits d'amour », ne jamais quitter leur mère soit de jour, 
soit de nuit ou bien leur gouvernante si leur mère n'a pas craint de se décharger sur 
quelque autre du soin de les surveiller. Que jamais elles ne se permettent de parler à 
moins que ce ne soit tout à fait indispensable et qu'elles s'étudient, dans ce cas, à s'ex- 
primer avec douceur et avec mesure, qu'elles ne se hasardent pas, non plus, à danser, 
ni à chanter, ni à sauter, si ce n'est dans leur chambre et en la seule présence des 
femmes attachées à leur service. Quand on leur adresse des propos osés; qu'elles 
feignent de ne les avoir pas entendus. Que si, enfin, par aventure, elles montent en 
croupe d'un cavalier, qu'elles gardent une contenance modeste et timide, tiennent les 
yeux baissés, et s'enveloppent bien dans leurs vêtements^ 

Vespasiano da Bisticci est, lui aussi, d'avis que les jeunes filles ne s'entretiennent 
qu'avec leurs servantes; si elles se rencontrent avec d'autres jeunes filles, que ce soit 
avec celles-là seulement dont la piété est notoire, et que la mère assiste à leurs conver- 
sations. Que jamais sur toute chose elles n'adressent la parole à un homme qui ait 
plus de sept ans! Afin qu'elles ne se désœuvrent point, qu'on les occupe sans cesse; 
là seulement est le salut. A cette fin, leur mère devra leur enseigner, si elles ne le 
savent déjà, tout ce qu'une ménagère doit connaître''. Dans la biographie d'Alessan- 
dra de Hardi, Bisticci insiste sur l'inconvenance qu'il y aurait pour une jeune fille à 
causer avec les femmes de service'. « Quand on supprime l'oisiveté, dit Lod. Dolce, 
l'arc de Cupidon ne lui sert plus de rien et sa torche s'éteint^. » 

Dans les sermons qu'il prêcha à Sienne, en 1427, saint Bernardino exige qu'on 
mène les jeunes filles aux services qui se célèbrent à l'aurore, et il tonne contre celles 
qui s'y endorment'. 

Le même langage se retrouve dans la bouche d'un prédicateur du xvil" siècle, 
le dominicain Girolamo Fazello*; il veut que les parents, s'ils ont réellement à cœur 
le bien de leurs filles, les tiennent éloignées de tout commerce avec les hommes, ne 
leur permettent ni les bals, ni les divertissements, ni les banquets, les empêchent avec 
soin de regarder par la fenêtre, leur défendent d'apprendre à chanter, à jouer des 
instruments, à danser, enfin les obligent à se conduire avec modestie et à s'habiller 
avec simplicité. Lui aussi exhorte les pères à leur montrer « un visage non souriant 



I. — s. MORPURGO, Ammaestramenti 

degli Antichi su l'igiene e suUu prima 

eductizione Uelfanciullo, Florence, 1892, 

Conseils de Fba Giovanni Dominici, 

p. 41, et Cosiitme délie Donna, st. XXIV, 

Florence, iSSg, pub. également par 

MoRPURGO. 

1. — Ed. 1842, p. 57, 67, 74. 

3. — Ihid., p. sa. Il ajoute même qu'elles 



doivent garder une semblable attitude 
quand elles sont en bateau! 
4. — Vesp. da Bisticci, Viitdi Homi- 
ni Illustri, éd. 1893, ni,30S, Quello si 
convengaa una Donna che abbia mariio, 
tire du livre t>e le Lode e comendanione do 
/(• lionne, publie précédemment en l8<)0. 
Cf. l'ANUOLiiNi, Agnolo, Trailato del 
Governo délia Famiglia, commentaire 



de Vesp. da Bisticci, P.\nne, 1S65. Et 
Ammoniminti a fanciulla che ta 11 
marito. Pcrouse 1S52. 

5. — Cf. Casanova, La Donna Senesa 
del Quattrocento, Sienne. 1901, p. II. 

6. — Lod. Dolck, Dialogo. fol. 14, »S. 

7. — Casanova, p. n. 

8. — GiROLA.MO Fazello, Prcdich» 
Qnadragesimali, Venise, ihgj, p. 301. 



48 LA FEMME ITALIENNE. 

mais sévère ». Lodovico Dolce et la plupart des moralistes parlent de la sorte et la 
raideur, la rudesse leur paraissent la suprême raison d'une bonne éducation'. 

Quant aux lectures, c'était chose trop dangereuse pour qu'on n'en interdît pas 
le divertissement aussi bien aux femmes qu'aux jeunes tilles; Vives avait exprimé un 
sentiment très général quand il écrivait- : 

« Femme pudique, ne sempeschera de lyre livres damours, ne de batailles et 
moins de les reciter et raconter : car c'est peste dapplicquer buschettes seiches pour 
corrompre les corps de la personne, ja ardens et fomentez de délectations et de vices. » 
Et plus loin : « Cest merveilles que les pères et mères ou marys permettent a leurs 
filles et femmes lire telles hystoires inutiles pour mieulx aguyser leur vouloir. /, 

Aussi les pères se donnaient-ils de garde, en Italie, de tolérer ce scandale. 

Guglielmo Ventura d'Asti défendit à ses enfants dans son testament (1310), 
l'usage des romans^. 

Ce n'était pas assez. 11 fallait arrêter, par avance, l'essor des passions, autrement 
tout était à craindre. Le jeûne, l'abstinence semblaient le seul remède sûr. « Les 
cratères de l'Etna, la caverne de Vulcain, le Vésuve, l'Olympe ne peuvent comparer 
leurs feux à ceux du tempérament d'une jeune personne enflammée par la bonne 
chère », dit encore Vives. Jeûner souvent et strictement était, au surplus, un conseil 
que l'on donnait volontiers aux dames dans tous les pays"*. Le chevalier de la Tour ne 
manque pas de recommander à ses filles de faire abstinence le vendredi et le samedi 
car « est moult bonne chose et moult noble de jeûner l'un des deux jours en pain et en 
gaune qui est grant victoire contre la chair et moult sainte chose'* ». Bien avant lui, 
saint Gérôme, traitant de l'éducation des filles^, avait dit qu'il fallait les priver de 
viande, de vin, les nourrir uniquement de légumes, de façon qu'elles eussent toujours 
faim. Christine de Pisan, dans le chapitre où elle traite : « De l'enseignement des jeunes 
filles et vieilles estant en Testât de virginité », les encourage à mettre largement de 
l'eau dans leur vin et à s'accoutumer « à boire petit », car « gloutonnerie à pucelle sur 
vin et sur viande et sur toutes choses est layde tache ». 

Ces prescriptions étaient très sérieusement observées en Italie. « Que la nourriture 
de la jeune fille soit sobre, dit Dolce, qu'on en écarte tout ce qui peut appesantir l'in- 
telligence et surexciter les sens, qu'on leur retranche surtout les vins délicats car il 
est préférable que le corps souffre plutôt que l'âme'. » Vecellio rapporte qu'un mari 
tua sa femme à Rome parce qu'elle sentait le vin, et en fut loué; qu'un autre laissa la 
sienne mourir de faim parce qu'elle mangeait trop^. Or, il fallait s'accoutumer de 
bonne heure à tant de sobriété. 



1. — Dialogo. Cf. Marcello Staglie- 
NO, Le Donne Genovese. Dans : El go- 
verno délia famigliu e la Malitie délie 
Donne, pub. par S. Morpurg-o, Florence, 
1893, il est dit p. 26. 

' E tu cite liai figliuole a itmiilare, se 
ne vuoi esser lieto e haver honore, non le 
far iroppo in vicinunzu undare, e sempre 
mai l'allieva con timoré; non le lasciar 
con Iroppi praiicare, se non ch'elle ca- 
dran in qtialche errore; e donne che 



sieno di maie affare in casa tua non le 

lasciare enirare 

Se non ti temono, opéra il bastone. » 

2. — Vives, Livre très bon... de l'insti- 
tution de la femme chrétienne, fol. IX. 

3. — « Fabulas scriptas in libris qui 
Ronianzi vocantiir vitarc debeant quos 
super odio habui. > Muratoki, R. Ita- 
lie. Script., XI, 228 A. Cf. Cantu, vu, 56. 

4. — De Maulde, Les Femmes de la 
Kenaiscance, p. 130. 



5. — Chapitre vu, . Cy parle comment 
toutes les femmes doivent juner », p. 14. 

6. — COMPAYRÉ, Histoire critique des 
doctrines de l'Éducation, I, 349, note i, 
et p. 350. 

7. — L. Dolce, Dialogo, fol. 27. II 
ajoute que le lit doit être propre, mai.'; 
non délicat, commode ni.-iis non somp- 
tueu.-;. 

8. — Vecellio. Habit., i^'P, fol. 27. 
Cf. fol. 124. 



cosiiw/js /)/• .//rxhs III. Il s. ii.\ ne .\\ i su eu:. 




JET'NF I M 1 I I ' ' I l_^ baissé. 

Rtcueil (iaii^nctcs 11570-15x^1. (.ihinet des Estampe 



Recueil ^I.ll^IlL^e^ I 1570- if,.s >;, (_;.ibtiiel de> h--t.iiiipe-^ 




jKi'M': Mi.i.K nr. tkrratîk 
Kecueil (iaiçncres 1 1570-1580). Cabinet des Estampes. 



.IKl'NE FILLE PE PAPOIK 

Recueil Gaigfncics (I570-15S0L Cabinet des Est.impcs 



L_ 



CONDITION DE LA JEUNE FILLE. 



49 



Que si l'estomac des jeunes filles souffrait du régime qu'on leur imposait, le 
remède était facile : il suffisait de leur faire boire beaucoup d'eau". 

Les institutions communales suppléaient, au besoin, à la sévérité des parents. 
A Rome, le conseil capitolin décréta, le 24 avril 1520, que les jeunes filles même 
fiancées '< ou sur le point de l'être », ne devaient sortir qu'accompagnées d'une ou de 
plusieurs matrones, et la tête couverte d'un voile'. Ce règlement était encore respecté 
deux siècles plus tard. '< Une jeune fille, dit de Lalande', va toujours avec sa mère ou 
une parente et elle ne marcheroit jamais avec un homme dans la rue à moins que ce ne 
fût son père ou son frère. » On poussait si loin le respect de la loi que les mères, à 
l'en croire, accompagnaient leurs filles quand elles se rendaient chez leurs galants. 

La même sévérité régnait à Venise où les jeunes filles devaient, pour se conformer 
aux édits, s'envelopper la tête et même tout le corps d'un voile noir qui Jes faisait 
ressembler à des veuves; ce voile était de soie pour les plus riches, d'étoffe plus 
grossière mais légère pour les autres*". Vers la fin du xvi*^ siècle, les choses changèrent; 
elles se montrèrent en public avec le cou et même la gorge à découvert. Leur isolement 
toutefois restait si absolu que leurs plus proches parents ne les voyaient qu'au jour 
de leurs fiançailles'. « Les gentils-donnes filles, dit le chevalier de Saint-Disdier'', ne 
voyent jamais le jour en public qu'à travers un grand voile blanc d'une gaze très fine 
et très lustrée qui leur descend par derrière jusqu'au bas de la jupe et les deux coings 
oià il y a des nœuds de rubans sont soutenus à fleur de terre par des cordons attachez 
à la ceinture; ce même voile abattu par devant leur couvre les bras et le visage dont 
elles ne l'éloignent avec les deux mains qu'autant qu'il le faut pour voir devant elles. » 
Il en était de même au xvill'' siècle. Le président De Brosses écrit en 1736 : « Dès 
qu'une fille, entre nobles, est promise, elle met un masque et personne ne la voit plus 
que son futur ou ceux à qui il le permet, ce qui est fort rare'. » 

La Pragmatique promulguée à Gênes, en 151 1**, décide que les jeunes filles qui 
vont à leurs plaisirs, soit à pied soit à cheval, devront toujours être accompagnées 
d'une parente d'âge avancé {di età senilé). Il est vrai qu'elles avaient pris l'habitude 
de se rendre dans les tavernes ou dans les jardins où se réunissaient les jeunes gens 
pour y boire et y manger ensemble. On les voyait aussi plus que de raison à leur 
fenêtre ou à leur balcon faire des agaceries ou des plaisanteries aux passants, leur 
lancer des fleurs, des fruits, des quolibets, échanger parfois des propos risqués sous 
l'oeil de leurs mères''. 



1. — s. MoRPURUO, loc. cit. 

2. — Archiv. Stor. Not. Capit., CreJ. I, 
vol. 36, fol. 77 : « Non licecit nec possini 
extra earum domos ire ciim pidissequis 
puelle nupte seti. de proximo nnbende 
nisi comitentur pro conserziatione honcs- 
iatis et pudicitie ab una vel plurihus 
inatronis Romunis. Quod non licfuit uli- 
ctii puelle tam nupte qnatn nnbende ex- 
tra domum propriant vel aliénant ire 
sine panne listato, zanzilis bombacie, 
aul Uni in capite ferendo seciindum 
melius, Itonestius ac venustius eis vide- 
bitur. 



Qnod non liceat nec possiiit in capite 
gestare Trocchitim perlurum, neijite uu- 
reum archinm, seii argenteutn citjusvis 
valoris et qnalitittis. » 

3. — Voyage d'un Français en Italie, 
1-Ck), t. V, p. 164. 

4. — Vecellio, fol. 90, 91, 124. Re- 
cueil Gaignércs. Pietro Casola, // 
Viaggio a Gerusalemine, Mil.Tn, 1855, 
p. 15. Il ajoute que, si dehors elles se 
couvrent à ce point qu'on ne sait com- 
ment elles y voient pour marcher, chez 
elles « elles ne redoutent pas d'être 
mordues par les mouches • et se laissent 



voir avec plaisir même des étrangers. 

5. — Vecellio, fol. 114 r. Cf. Mol- 
.ME.STi, p. 3CO, 455. 

6. — La Ville et la République d« Ve- 
nise, 16S5, p. 301. 

7. — Lettres, l, 157. 

8. — .,4rc7uï'. di Slalo, Cod. Dii'erso- 
rum, X, M 14. Bclgrano, p. 45t>. c" 
reproduit p.irticllemcnt le texte. 

9. — C'est ce que leur reproche le poète 
Antonio da AatI dans sa chronique 
rimce.cap. IX : ' Refirchendil Gfnufuses 
qui palianlur eorum J'tlias Hubilvs ex 
Jenestris pro libilo loqui iiim juuui- 



5o 



LA FEMME ITALIENNE. 



Une jeune fille qui, à Florence, se serait permis d'agir de même, aurait passé 
pour être de la dernière impudence, et se serait en outre exposée à des châtiments 
corporels". Il est vrai que, là aussi, ces rigueurs prirent fin avec le temps, et qu'il fut 
permis aux jeunes filles de se montrer quelque peu. Sans doute, les Italiens avaient 
fini par comprendre la vérité de leur proverbe que Brantôme a ainsi traduit : '< la 
vache court d'autant plus qu'elle a été plus retenue-. » 

Les enlèvements n'étaient pas punis de façon très sévère. Généralement, s'il n'y 
avait pas eu violence, le ravisseur en était quitte pour une amende; dans le cas 
contraire, il y allait pour lui de la peine de mort^ et même, à Castel Durante, du sup- 
plice du feu"*. Les statuts de Pise, dont la première rédaction remonte au xili" siècle % 
fixent l'amende à deux cents livres, mais les magistrats pouvaient la porter à mille 
livres et même au-delà suivant le rang du coupable et l'importance des biens de la 
jeune fille enlevée. Lorsque le coupable avait moins de dix-huit ans, la peine était 
réduite, même s'il y avait eu violence. A Florence, deux hommes qui s'étaient emparés 
d'une jeune fille, l'avaient jetée par terre et violentée, n'eurent à payer que cent livres 
d'amende chacun (1383)^. Toutefois un homme qui, pour rompre des fiançailles, avait 
propagé des bruits calomnieux sur une jeune fille, fut condamné à être promené par 
la ville la tête couverte d'une mitre de papier sur laquelle son crime était expliqué, 
puis enfermé dans une prison jusqu'à ce que le juge ordonnât sa mise en liberté'. 
Les statuts de 1415 fixent l'amende à cinq cents écus pour les riches et à cent écus pour 
les pauvres, mais déclarent que la jeune fille devra être ramenée chez ses parents; 
s'il s'agissait de la fille d'un noble, l'amende était de mille écus*. 



bus. « (MuKATORi, K. lialic. Script., Xl\, 
1017, C.) Antonio écrivait au milieu du 
xv^ siècle. Guyot de Merville, qui écri- 
vait, au commencement du xviii" siècle, 
dit : « C'est l'usagfe ici (à Gênes), comme 
dans toute l'Italie, qu'une heme ou deux 
avant le soleil couché les femmes et les 
filles se mettent à leur fenêtre pour voir 
les passans » (U, 582). On vit même, à 
Rome, des amourettes se nouer par la 
fenêtre. Arcliiv. Sior. Not. Capit., 
Cred. XIV, vol. IS, p. 228. 

1. — Barberino, Giealdi. 

2. — Ed. Lalanne, IX, loi. 

3. — Sioiuttt ciictiis Benez'enti, 1717, 
reimpression, p. 92, Lib. III, Rub. XVI. 
Siatuta Urbîs Ferrariae reformata an 
1567, Lib. III, Rub. C. Siatuta Firiiia- 
norum, I589,p. 109, Lib. IV, Rub. XLIV. 
Statuta civitatis Placentie, 1560, Lib. V, 
Rub. XLIII. Statuta terrœ Conegliani, 
1610, p. 102, Lib. III. Statuta Terrae 
Ccnii refurmuta , an 1607, imprimesàFer- 
rare, 1O09, p.282, Lib. VI, Rub. XXXVI. 
Stututi di RoncigUone, 1558, p. I07, 
Lib. III, Rub. XLIX. Statuta civitatis 
Brixiae, 1557, P- 167. Statuta crimina- 
lia, cap. Lxv. 

4- — Siatuta Terrai Duraniis, 1596, 
fol. 76, Lib. III, Rub. LV. 



5. — Statuts de 1286. Fr. BONAINl, .S/<(- 
tuti inedïti délia Ciitàdi Pisa, Florence, 
1854, vol. I, p. 361, Lib. III, Rub. III. 

i' De Rapiu Muiierum... Si guis in civi- 
taie pisana vel disirictu (feminam) ra- 
puerit... ipsum puniemus et condepna- 
bimus a libris ducentis usque in libras 
miile denariorimi et ultra, in avère et 
persona, nosiro arbitrio, personarmn 
qualitate inspecta nosiro arbitrio; et 
tuniuni plus, quantum plus r'alereni 
bona rapie niulieris. Et... rapientem... 
exbanniri faciemus. » 

6. — Florence, Archivio di Stato, Seii- 
Icnze del Capitano conte Gabrielli, Sen- 
tence du 20 août T383 : « Vifain Jiliufn 
Brandini Vite et quemlibet Cecchum 
inquisiti super eo quod dicti l'ita et 
Cecchus scienter et dolose ceperunt per 
personani Decchain puellam virgineni 
Jiliam Pieri Simonis honesie vite, fume 
et condiiionis et ipsam projecemni in 
terrain et cum contra ipsius Decclic 
pitelle voluniaieni. Etc. 

Nos Cantes... condemnanius viiani in 

libris centunt FI, par, 

Cecchum in libris centum FI. par. .» 

7. — Florence, Archivio di Stato, Ar- 
chivio dcl Capiiano, Filza 367, fasc. 14, 
an 1401. • Ad aures nosiras (Antonio 



de Comitibus) notitiam pervenil quod 
Andréas .'^ie plia ni de Carezio... coram 
pîuribus hominibus et divcrsis personis 
non semel tanium sed sepe sepius se 
jactavit, divulgavit, propalavit et diffa- 
mavit falso et contra veritutem quod 
ipse habuerat agere cum Lavineatn 
Jiliam Nicolay Maithey setajoli populi 
sancte Marie Novelle... Et haec omnia 
fecerat dictus Andréas ni turbaret ac 
anullaret promissionem matrimonialent 
et sponsalia fada inier diciam Ltiviniam 
et D. Leonarduni cui Leonardo dicta La- 
vinia fuerai promissa pro mutrimouio. « 
Ce pourquoi il fut condamne : 
- Dictuin Andream ducatuy et duci 
debeat per loca publica et consueta civi- 
tatis Floreniie cum quadam mitria de 
papiriû in capiie ipsius Andrée more in 
similibus consueto ita quod ab oynnihus 
in ipsius viiiiperium et ingnominiam 
videri possit et cognosci, fade disco- 
perta, et deinde dictus Andréas duci 
debeat ad carceres siincharum comunis 
Floreniie, et ibi sub fida custodia reti- 
tieri usque ad nosiram voluntatem et 
arbitriitin... » 

8. — Statuta Populi et Comunis Flo- 
rentiae (1415), Fribourg-, 1778, vol. I, 
p. 318, Lib. m, Rub. CXII. 



CONDITION DE LA JEUNE FILLE. 5i 

La législation romaine est moins débonnaire. Les statuts de 1363, confirmés par 
ceux de 146g et de 1523, condamnent le coupable à la pendaison'. Ils déclarent en 
outre que celui qui aurait frappé ou violenté une jeune fille ou une femme pour l'obliger 
à le suivre, aurait la main coupée. Ceux de 1580 prescrivent la mort, même si le 
rapt n'a été suivi d'aucune circonstance aggravante et irrémédiable'; ils exigent même 
le supplice du feu dans certains cas particuliers^ La même peine était applicable à 
celui qui aurait enlevé une courtisane! Toutefois elle pouvait être rachetée par le 
payement immédiat d'une somme de deux cents ducats. Au cas où la peine de mort 
n'était pas infligée, le sénateur avait pouvoir de condamner à son gré le coupable à 
être emprisonné, battu de verges, torturé, exilé. 

Les statuts de Césène, en Romange (1589), engagent les citoyens à s'emparer 
des ravisseurs et à les amener devant les autorités afin qu'ils soient châtiés'*; ils les 
autorisent même à les tuer, s'ils ne peuvent faire autrement. 

A Bologne, une ordonnance du cardinal Giustiniano (16 10), punissait les détour- 
nements de mineures de cinq ans de galères'. 

ANaples, le poète Marino, auteur de VAdotie, faillit payer de sa vie sa complai- 
sance envers un ami qu'il avait aidé à enlever une jeune fille''. 

Mais il était bien rare qu'on poussât à l'extrême la rigueur des lois. On pendit 
à Bologne, en 1549, un homme qui avait séduit une fille de qualité, mais ce fut une 
exception qui fit bruit'. Généralement, on trouvait moyen d'éluder la loi en admettant 
qu'il n'y avait pas eu violence. L'Arioste se plaint de cette indulgence qui explique 
assez l'exacte surveillance infligée aux jeunes filles. Dans une lettre adressée par lui, 
de Ferrare, au duc de Ferrare, le 17 avril 1523*, il raconte que les deux fils deSer Evan- 
gelista ont dernièrement pénétré de nuit dans une maison pour y enlever une jeune 
fille qui, à dire le vrai, n'avait pas trop bonne réputation, mais dont on ne pouvait pas 
dire non plus qu'elle était une courtisane. Elle appela et l'on vint à son secours. Le 
lendemain plainte était portée par elle devant le « capitaine ». Pour se venger, l'un 
des deux ravisseurs qui était dans les ordres, « chierico ordinato in sacris », et qu'on 
appelait le Prêtre Job, entra chez sa mère et lui donna sur la tête des coups d'une telle 
violence qu'on la crut morte. Le capitaine commença des poursuites. Mais le père du 
Prêtre Job ayant montré ses preuves de cléricature, et obtenu une lettre de l'évêque de 
Lucques, on dut laisser tomber l'affaire. « Si je ne craignois les censures ecclésiastiques 
parce que j'ai un bénéfice, dit en conclusion l'Arioste, je m'éleverois contre de tels 
abus, et je voudrois qu'on exilât ces misérables. A Votre Altesse d'aviser. » 

A Rome même, sous le Pontificat de Paul IV, de sévère mémoire, on pardonnait 

I. — C.Rc,Statuti délia CUtà di Roma, paroles inconvenantes contre une en- tiniano, legato di Bolo^a, tdjo. Bo\o- 

Rome, 1880, p. loi, Lib. II, Rub. XXV, fant ou une femme honnête soit cruelle- pne. p. 39. 

De Rapientibus puerutn vel jniellam. ment tourmente. S'il a frappe une femme 6. — Gio. Batt. Mahin'i, Poésie to- 

Statuts de 1469. Lib. H, art. 30 : « De ou un enfant, qu'on lui coupe la main fiche, Naples, 1888, I, p. v. Av\'enture 

Rapientibus puerum vel puellam. • droite. » gnlanti, Prato, 1868. Voir Appendice, 

Statuts de 1523, Lib. U, Rub. LIV. Ad- a. — Statuts de 1580, Lib, 11, Rub. LL Mariage I. 

dition confirmée par le pape Alexan- 3. — Liv. U, art. 52. 7. — Piario Bolo/^»s» di Jacopo Ra- 

drc VI et qui porte le nom de Liv. IV, 4. — Siatula Civitatis Cescttae, 1589, iiierr, Bologfnc, 1887, p. 164. 

divisé en deux parties. Part. II, art. ai. p. 14a. 8. — Leilere di L. Ariosto. pub. p.Tr 

€ Que celui qui aurait prononce des 5. — Bando générale del... card. Gins- Cappclli. .Milan, 1887, p. loi. 



52 



LA FEMME ITALIENNE. 



assez facilement. En 1557, Flaminio, fils de Troilo Savelli de Palombara, enleva la fille 
d'un homme considérable, un banquier; il fut condamné, à la demande du cardinal 
Gio. Batta Savelli, vicaire du pape, grand ennemi de ceux qui violaient la morale; mais 
le jeune homme ayant ramené la fille, le pape lui remit sa peine et annula les inca- 
pacités dont il avait été frappé, bien qu'il eût fait usage de fourberie et de violence'. 
En 1559, « M. de Coligne » enleva, dans la nuit de la Saint-Barthélémy, une jeune 
fille qui d'ailleurs n'opposa aucune résistance, et les magistrats fermèrent les yeux'. 
C'était chose commune et, même sans de très hautes protections, on pouvait se 
tirer d'affaire à bon compte'. 

Cependant, on montrait parfois quelque rigueur. En 1739, l'abbé de Bonvilier, 
fils de l'ambassadeur de France Paul-Hippolyte de Bonvilier, duc de Saint-Aignan, 
ayant enlevé la fille d'un dinandier, tous deux se présentèrent dans les environs de 
Viterbe devant un curé de campagne qui disait la messe, et lui demandèrent de les 
bénir, puis ils s'en allèrent à Florence où ils furent rejoints et emprisonnés''. 

A Bologne, deux jeunes gens de la noblesse pénètrent la nuit dans la maison 
d'un bourgeois, et enlèvent ses deux filles en les menaçant du poignard' ; à Gênes, 
Paolo Doria enlève une jeune Allemande en pleine rue, et l'emmène sur un bateau qui 
l'attendait, mais les parents firent tant qu'il consentit à la leur rendre; alors ils la 
marièrent à un de leurs domestiques^. 

Les enlèvements s'accomplissaient parfois galamment; le pirate Barberousse 
entreprit une campagne pour s'emparer de Giulia Gonzaga dont la beauté était 
fameuse'. Aux environs de Plaisance, dix cavaliers masqués entrent à l'heure de l'Ave 
Maria dans la maison de Gio. Antonio Guarneschelli où se trouvait Isabella, fille de 
Cristoforo de Codogno ; chacun avait vm fantassin en croupe ; ils descendent, se sai- 
sissent de la jeune fille qui pleurait, et s'en vont. Cependant, aux cris des gens de la 
maison, les paysans accourent, on sonne le tocsin; il était trop tard. Le ravisseur 
conduisit la jeune fille dans un couvent où il l'épousa, et il eut sa dot^. 

On aimait le fracas et l'ostentation jusque dans les enlèvements. Francesco 
Caffarelli vient avec vingt-cinq hommes armés enlever la femme du bouteiller du 
pape, en 15759. 



1. — Rome, ArcJiivio di Stato, Atii del 
Governatore di Rome sec. XIV, Prot. 38, 
fol. 306. 

2. — Ibid. Plût. 60, fol. 439. Cf. Ibid., 
Investi gationes, vol. 35, p. I. Archiv. 
Seg. Vat., Div. Cam., vol. 202, fol. 660. 

3. — O. Mazzoni-Toselli, Processi 
antichi. Bolog^ne, 1S66, vol. I, p. 5S3 et 



passim. Belgrano, Délia VHa privata de 
Genovesi, Gènes, 1875, p. 422. Cf. Pa- 
SOLINI, 7 Tiranni di Romagna, Imola, 
18S8, p. 153. 

4. — Rome, Archiv. Stor. Not. Capito- 
lino, Cred. XIV, vol. 20, p. 155. 

5. — O. Mazzoni-Toselli, loc. cit. 

6. — Belgeano, p. 423. 



7. — Paolo Giovio, Hist. Liv. XXXII. 
Brantôme, VIII, 93. Giulia a été chantée 
pal l'Arioste, ch. XLVI. 

8. — Rome, Archiv. di Stato, Atti del 
Governatore di Roma, sec. XIV, vol. VII, 
fasc. 21. 

q. — Cod. Vat. Urb., 1044. A la date 
du 24 mars. 






CHAPITRE II 



LE MARIAGE 



LES FIANÇAILLES - CONTRATS DE FIANÇAILLES ET CONTRATS DE MARIAGE - LES 
DOTS — LE MARIAGE - COUTUMES LOCALES — CÉRÉMONIES ET FÊTES - 
LES TROUSSEAUX - RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES - LE MARIAGE APRÈS LA 
RENAISSANCE. 



= LES FIANÇAILLES 

UN POÈTE italien du xvii'^ siècle, BartolomeoCorsini, instruit, paraît-il, par sa propre 
expérience, faisait observer à ses concitoyens, afin de les détourner du mariao;e, 
que le mot qui, en latin, désigne l'épouse, UXOR, est comme un symbole des dangers 
auxquels s'exposent ceux qui hasardent de prendre femme, car l'u figure un gibet 
renversé, l'x une croix, l'o une roue et I'r une hache, en sorte que l'on est prévenu 
pertinemment qu'en se mariant on court au gibet, à la croix, à la roue, à la hache : 

Che l'uom die prende moglie, a piè veloce 
Sen va per vie ben liinglie e ben sicure 

Alla força, alla croce. 

Alla rota, alla scure*. 

Avant lui, Roviglione avait dit qu'il est également dangereux de prendre une 
femme belle ou laide, parce que belle elle appartient à d'autres qu'à son mari, et laide 
son mari ne lui appartient pas; riche ou pauvre, parce que riche elle sera toujours 
hautaine, et pauvre elle sera hargneuse ; noble ou vilaine, parce que noble elle ne sera 
pas sans arrogance, et vilaine elle sera sans éducation ; jeune ou vieille, parce que jeune 
elle sera encline aux déportements, et vieille aux emportements; saine ou maladive, 
parce que saine elle sera trop hardie, et maladive trop larmoyante. Cependant il conclut 

I- — Ce sont les derniers vers d'un La mofflie da Latini vxoti fù delta. B. Corsini. dans le tSiornale slorico 

sonnet longtemps inédit, qui commence II a ctc public pour la première fois par délia Leileratura Italiana, vol. Il (1883), 

ainsi : GlUSEPPK Baccini. Gli scritti inediti di p. J35. 



54 



LA FEMME ITALIENNE. 



en disant qu'une belle femme donne le paradis dans ce monde, et qu'une laide le fait 
gagner dans l'autre'. 

Ceci n'est rien au regard de ce que Pétrarque dit du mariage dans son Traité des 
Remèdes de l'une et V mitre Forttine^. « Tu me dy que tu as épousé une femme de 
condition; c'est à ce coup que j'aimerois mieux que tu eusses à la maison non seule- 
ment des pies et des perroquets mais encore des orfrays et des hiboux car au moins ils 
chanteroient au lieu qu'elle ne fera que quereller; ils t'annonceroient peut-estre quelque 
chose de funeste, mais elle l'exécutera; il te seroit permis de les chasser où il faut que 
tu la gardes. — Le somme du lict conjugal est fort rare et fort léger, le repos n'y 
trouve jamais de place. — Si tu souris trop froidement à une femme qui rit, si tu 
viens à saluer une voisine, ou à louer la beauté d'une autre personne, si tu reviens 
tard au logis, bref si tu dis ou fais quelque chose qui te rende suspect du crime de 
leze-majesté d'amour, il faudra rendre compte le soir à un juge insuportable qui sera 
assis ou couché auprès de toy. Or si vivre de la sorte s'appelle vie, je ne sçay pas 
ce qu'on doit appeler mort. — Une femme impérieuse et qui gouverne les actions 
de son mary, est l'écueil des amitiez. — C'est une chose fascheuse à dire et plus 
encore à penser et très-fascheuse à souffrir qu'une hostesse non pas d'un jour, mais 
de toute la vie. — Aprends qu'avec l'amour, la jalousie, les soupçons et les plaintes 
entrent dans une maison; tu as dans la tienne un duel éternel à faire^. » 

Pétrarque va encore bien plus loin dans le chapitre que le traducteur de 1673 
intitule : Du Rapt et de la Tromperie. « Quand tu te plains de l'enlèvement de ta 
femme tu ne sçais pas combien tu es redevable au ravisseur. Peut estre que des grands 
soins ou des querelles qui ne se vuideroient jamais autrement, bref mille dangers qui 
te menaçoient, sont sortis de ta maison avecque ta femme. Au surplus, si ta femme 
s'en est allée par force, tu luy dois pardonner, si c'est de son bon gré, dans une seule 
action tu peux trouver une double vengeance pour toy. Sache qu'une rare pudicité 
rend les Dames impérieuses. >> Néanmoins, il estime comme on verra que les devoirs 
des deux époux sont égaux. 

Les Italiens n'en continuèrent pas moins à se conjoindre très volontiers. Il est 
vrai toutefois qu'ils redoutaient ce semble, plus qu'en d'autres pays, les fâcheuses 
aventures que narrent si complaisamment et si abondamment, sans doute pour en 
avoir été maintes fois les témoins égayés, Salicetti, Bandello, Firenzuola, Boccace et 
tant d'autres conteurs charmants et grivois; aussi prenaient-ils plus de précautions 



I. — RoviGLION'I. Discorso intoriio alla 
Dignità del Matrimonio, 1595. Cf. Fr. 
DA Barberino, Documenti d' A more, 
Rome, 1640, p. 238, € Quali donne si 
debbono eleggere per prenderle per 
tnoglie ». Trop belle, il faut trop la 
garder, trop laide, elle ennuie, trop 
bavarde, elle met le trouble dans le 
ménage... Cf. Traité sur la façon de 
prendre femme, ms. de la Bibliothèque 
de Naples, cote XU, F. 14, in-4", fauto- 
graphe?). Berna Lorenzo : Del poetico 
paraninfo, ossia di tutto ciù che riguarda 



il malrimonio sia per la scella delta 
tnoglie, sia per qunnio aliro in esso 
occorre. Voir chap. Beauté. 
2. — De Remediis uiriusque Fortunœ. 
Les < Dialogues » relatifs à la femme 
sont : Liv. I, Dial. Il, Déforma corporis 
eximia. — Lxv. De conjugie claritatn. 
— Lxvi. De lixore formosa. — LXix. De 
gratis amoribus. — LXXIII. De Jiliœ 
castitate. — Liv. H, Dial. XIX. De impor- 
tuna tixore. — XX. Deraptu conjttgis. — 
XXI. De impudica xixore. — xxiil. De 
filia impudica. La traduction de 1523, 



Delune et lautre fortune prospère et ad- 
verse est parfois bien obscure et souvent 
pesante, comme l'original : On lui a 
préféré celle de 1673 ; quoique un peu 
libre, elle rend bien l'esprit du texte. 
Tome II, p. aoi, 322. 

3. — Il est vrai que Pétrarque était un 
partisan convaincu du célibat. Dans une 
lettre à Pandolfo Malatesta qui lui avait 
demandé s'il devait prendre femme (Fam. 
Liv. XXII, let. I) il lui vante la vie des 
gens non mariés. », Nihil dulcius celi- 
batu arbitrer. » 



LES FIANÇAILLES. 



35 



peut-être qu'ailleurs pour s'éclairer sur les secrètes dispositions de celles dont ils 
comptaient faire leurs femmes'. 

La forme de l'épreuve était infiniment variée encore que le but en fût toujours le 
même. A Ascoli, toutes les fiancées de l'année se réunissaient sur la grand'place le 
jour de la fête de Saint-Emidio; soudain, tandis qu'un orchestre jouait, apparaissait une 
bande de mimes qui faisaient cent grimaces autour des jeunes filles; celles qui ne par- 
venaient pas à garder leur sérieux étaient réputées frivoles, dépourvues d'empire sur 
elles-mêmes, promptes aux dissipations et leur mariage s'en trouvait souvent com- 
promis. L'expérience se faisait de façon moins plaisante à Pérouse : on présentait une 
boulette à la future, si elle l'avalait sans difficulté l'augure était favorable, tandis que 
si elle y avait peine l'avenir du ménage semblait menaçant. A Pernate, le fiancé pin- 
çait à l'improviste sa promise; d'après la manière dont elle acceptait cette surprise, sa 
conduite future était jugée. A Riva di Chieri, lorsqu'au banquet des fiançailles le pre- 
mier plat était apporté, la fiancée devait se lever aussitôt; négligeait-elle de le faire, 
on plaçait subrepticement un réchaud sous sa chaise; c'était une façon de donner à 
entendre au fiancé qu'il aurait une femme froide et dont il lui faudrait se méfier, car la 
froideur est féconde en surprises'. 

On se mariait de bonne heure au Moyen Age. Comme dans la loi romaine, la 
fille était considérée nubile à douze ans. Villani assure qu'au xill*^ siècle, les jeunes gens 
s'unissaient à l'âge de vingt ans au plus'. Umiliana de Cherchi était épouse et mère à 
seize ans, veuve à vingt-*. Jacopo di Piero Guicciardini se maria à seize ans; sa femme 
était beaucoup plus jeune (1422)5. Au xvi" siècle, au contraire, on se mariait tard, à 
trente ans^; mais au temps où Piozzi visitait l'Italie, on avait repris les anciennes cou- 
tumes7. On fiançait des enfants dès leur plus bas âge; en 1481, on engagea un garçon 
de quatre ans à une fillette de trois ans*; à Gênes, en 1485, on fiança une fille d'un an 
avec un jeune homme de vingt-cinq ans'. Dans les familles princières, la plupart des 
enfants étaient fiancés dès le berceau. 

Les pourparlers s'engageaient généralement au moyen de courtiers, setisali, 
qui payaient patente et étaient tenus de notifier à la municipalité les mariages dont ils 



1. — MODio. Il Convito, Rome, 1554, 
p. 159, affirme que, pour plus de sûreté, 
dans certaines parties de l'Italie, on n'é- 
pousait que les femmes qui avaient 
beaucoup vécu. *' Anzi cottie s' usa in 
aicuni hioghi d'Italia, non Z'uol prender 
inoglie, la quale non habbi vagheggiaia 
grun tempo : e cosi prima le insegna ud 
esser mereirice, che doftna, e madré di 
famiglia. » 

2. — De Gubernati.s, Storia compa- 
rata degli Vsi nuziali in Italia, Milan, 
1878, p. 59. MICHELE PLACUCCI, Usi 
Nuziali dei contadini délia Romagna 
pubb. da A. d'Ancona, Pise, 1878. Voir 
ce qui est dit plus loin, au sujet de la 
coutume du serraglio qui, transformée, 
prit dans certains pays le même ca- 
ractère d'épreuve augiirale. Cf. Rev. 
H. N. HuTCHiNSON, Mariage Cusloms 



in many lands, Londres, 1897, p. 268. 

3. — G. Villani, VI, 70. Muhatori, 
R. Italie. Script., XIII, 202 c. Cf. R. .Ma- 
LESPI.NI, Hist. Fioreniina. Mckatdki, 
R. Italie. Script.. VIII, 986 : « Le piii 
délie pulcelle avevano an ni venti più 
anzi che andassono a marito. * 

4. — Del Lungo, La Donna Fioren- 
tina, p. 20. Umiliu mourut à vingt-sept 
ans en 1246. 

5. — Guicciardini, Ricordi di Fami- 
glia, Opère inédite, X, 36. 

6. — Cependant dans la correspondance 
de Alessandra Macinghi negli Strozsi, 
il est parle d'un mariage entre un garçon 
de dix-sept ans et une fille de quinze. 

Paec 395- 

7. — Observations made in ihe course 
ofajourney through France Italy and 
Germany (vers 17S0). CantU, VII, 20. 



On définit le mari.ige avant sept ans. 
8. — Florence, Arcliii'io di Siato, Otto 
di Pratica, Carieg. Rcsponsite, vol. II, 
p. J72. Lettera autografa da Roma die 
XXI Fcbruari 14S1 dell' Oralor Guidan- 
tonius l'tspuccius ogli Otto in Firenze... 
r Hieri si concluse il purentado ira 
il Prefetto che é fratello del P'' san 
Piero in Vincota et il Conte cioi chel 
primegvnito del Conte delà di anni 
ijuattro ha preso per donna la primogt- 
nita del Prefetto delà di anni tre : la 
dota da et Papa ducati dodici mila. Con- 
clusesi alla presentia del Papa et immé- 
diate posi il Conte et il Prefetto simut 
andarono advisare ta Prefettessa : et 
denium la Contessa. Noné percià opi- 
nione comitne habino a essere daltro 
animo sieno stoti iitjînohora. > 
y. — STAQLIENO, p. 13. Voir plus loin. 



36 



LA FEMME ITALIENNE. 



avaient amené la conclusion; du moins il en était ainsi dans les grandes villes, à Rome, 
à Florence, à Venise, à Gênes'. Les jeunes gens n'étaient guère consultés. « Je pris 
pour femme donna Clarice >/, dit Laurent le Magnifique dans ses Souvenirs ; et 
tout aussitôt se reprenant, il ajoute pour plus de vraisemblance : « ou plutôt on me 
la donna-. » Même il arrivait souvent, tant était rigoureuse la réclusion dans laquelle 
on tenait les jeunes filles, que non seulement le fiancé n'avait jamais eu occasion d'en- 
tretenir celle qui devait être sa femme, mais qu'elle le voyait pour la première fois le 
jour on ils devaient se lier l'un à l'autre pour toujours. Néanmoins il était du devoir du 
jeune homme, afin de ne point manquer aux lois de la bienséance, de passer et de 
repasser plusieurs fois chaque jour sous les fenêtres de sa future épouse, comme pour 
témoigner d'une violente passion et, à Venise, il devait lui donner la sérénade. C'était 
quelquefois une façon de faire connaissance ^ 

On raconte, à ce propos, qu'un gentilhomme vénitien, qui devait épouser une 
femme fort laide, à ce qu'il avait ouï dire, vit de fait, quand il se rendit sous ses 
fenêtres, « un visage fort déplaisant parmi plusieurs autres qui n'avaient pas beaucoup 
de charmes », et il avoua que si c'était celui-là qu'on lui destinait, il ne pouvait avoir 
pire. Mais il n'y avait là qu'une manœuvre; pour lui faire trouver moins laide la 
fiancée qu'on lui destinait, on avait réuni d'autres jeunes filles plus laides encore''. 

Les surprises de la première rencontre n'étaient pas toujours aussi heureuses. 
« L'usage veut encore, dit le chevalier de Saint-Disdier, que le nouveau marié ne 
rende aucune visite à sa future femme s'il ne lui porte le collier de perles qu'il est 
obligé de lui donner; cette première entrevue de personnes qui ne se sont jamais 
vues a souvent donné lieu à des accueils si extravagants qu'on aurait peine à s'ima- 
giner quelque chose de semblable; cela vient de ce que la plupart de ces demoiselles, 
vivant solitaires ou bien parmi des servantes grossières, sans pratiquer le monde, leur 
naturel sauvage n'a pu être poli ni par l'éducation ni par la conversation. J'en sais 
une, laquelle, dans une semblable rencontre, trouvant d'abord fort laid celui qu'on 
lui avait donné pour mari, lui dit naïvement en l'abordant: « Oh! le laid visage! 
Quoi! je dois vivre le reste de mes jours avec toi? Certes, je n'ai garde. — O che 
bruto musol Mi ho di star con ti? Ohibo! » 

Il en était de même à Padoue et dans toute cette partie de l'Italie. Le fiancé 
apercevait sa future épouse à travers les grilles du parloir du couvent oîi elle était 
élevée, et ne pouvait guère s'entretenir avec elle avant le jour de la noce'. Guicciardini 
raconte qu'il n'alla voir sa fiancée que lorsque les pourparlers étaient depuis longtemps 
engagés, et quand toute la ville savait leur union très prochaine''. Francesco Maria 



1. — Perrens, ni, 397; Stalginoe, 
p. i8. 

2. — lo Lorenzo tolsi donna Clarice 
Jîgliuoîa del Signore Jacoho Orsino 
ovvero mi fu data, di dicembre 1468 e 
feci le nozze in casa nostra a di 4 di 
Guigna 1460. (RoscoE, Vie de Laurent 
le Magnifique, trad. I, 397, app. XI, Cf. 
P- 137)- 

3. — Bernoni, Tiiutizioni popolari Ve- 
lieziane, Venise, 1875, Puntata IV, Usi 



nuziali, cite quelques-unes des chansons 
que repétaient les amoureux sous les 
fenêtres de leurs belles : 

Dago la bona sera a questa casa 
Al pare e mare e quanta gente siete.' 

Vieni, cara, a la finestra, 

Dal balcon buiite fora. 

4. — C'est le chevalier de Saint-Disdier 
qui rapporte l'histoire dans sa descrip- 
tion de La ville et la République de Ve- 



nise, La Haye, 1685, 4= éd., p. 312. Le 
chevalier avait séjourne à Venise de 1672 
à 1674, comme attache au comte d'Avaux, 
ambassadeur du roi de France. 

5. — Souvenirs de Camillo Gozzadini, 
cites par L. Frati, La Viia privata di 
Bologna, p. 57. 

6. — Guicciardini, Opère inédite, Flo- 
rence, 1867, vol. X, p. 74, à ladate du 22 
mai 1508. Il raconte comment on frauda 
lefiscen n'avouant qu'une partiedeladot. 



cosruMi: m-: la fis m w suc le. 




llHlliLANDAK), lOKTKAIT DE FLORENTINE. Paris, Collccl. Ci. UlfVlUS. 



CONTRATS /)/•; FI A. \Ç AILLE S ET COy TRAITS DE MARIAGE. bj 

délia Rovcrc, duc d'Urbin, ne vit sa femme que trois ans après leur mariage. Il avait 
dix-huit ans et venait de succéder à Guidobaldo comme duc d'Urbino quand, en 1508, 
il résolut d'aller faire la connaissance de Leonora, fille d'Isabella d'Esté et de Fran- 
cesco Gonzaga à laquelle il avait été uni par procuration en if^o^. I.e récit de l'en- 
trevue que conta à Isabella l'un des assistants, Federico de Cattanei, est curieux'. 
« Quand on apprit l'arrivée (à Mantoue) du duc, la confusion fut extrême au palais; 
on fit habiller en hâte de tabis blanc la princesse. On la mena dans la salle du soleil 
et le duc vint à sa rencontre et lui donna un baiser. Il ne parut pas aux assistants qu'il 
eut l'air très satisfait. Cependant le cardinal l'ayant encouragé, il passa le bras autour 
du cou de la princesse et l'embrassa sur la bouche ». Leonora avait quatorze ans. 

F'ilippo di Neri Rinuccini vit sa femme le jour où le contrat fut signé (1504)'. 

Pourtant, il y avait des pays où la jeune fille décidait par elle-même; c'était sur- 
tout dans les campagnes, et la façon dont elle manifestait son sentiment était aussi 
variée qu'imprévue. A Pignerol, si le prétendant lui plaisait, elle allait, pendant qu'il 
faisait sa demande, allumer le feu; à Valle di Adorno, elle laissait tomber son fuseau en 
manière d'encouragement, et lui offrait des noisettes en signe d'agrément; dans les 
Abruzzes, le jeune homme apportait un rameau de chêne au seuil de la maison : si la 
jeune fille le prenait et le portait à l'intérieur, c'est que sa demande était acceptée, que 
si elle le laissait il n'avait plus qu'à aller le reprendre le plus secrètement qu'il lui 
était possible; dans la campagne d'Albaro, le jeune homme lançait un mouchoir à la 
demoiselle, qui le laissait choir quand elle ne répondait pas à ses avances. A Arpino, 
c'étaient les jeunes gens qui faisaient connaître leur sentiment aux jeunes filles et ils 
employaient à cette fin le langage des couleurs : le jour des Rameaux, ils entouraient 
d'un ruban la branche d'olivier qui leur était donnée; un ruban jaune signifiait que la 
jeune fille leur semblait folle; un ruban vert signifiait qu'elle pouvait espérer; un ruban 
rouge, qu'il y avait guerre entre eux; un ruban blanc, qu'il y avait paix; un ruban bleu 
révélait une passion naissante, et un ruban bleu turquoise l'amour^. 



= CONTRATS DE FIANÇAILLES ET CONTRATS DE MARIAGE 

Il y avait trois actes constitutifs du mariage : les fiançailles, la signature du contrat 
ou subarrazione et l'acte d'union. 

Les fiançailles constituaient un engagement définitif et se contractaient devant no- 
taire. Pour plus de sûreté, l'acte qui les relatait était déposé entre les mains d'un moine^ 

Le jurisconsulte Ferraris' définit ainsi cet engagement : « une promesse déli- 

1. — Lettre en date du 26 août 1508. Acte du 21 novembre 1554. Le mariage verre, à la mode romaine. Rosa, DiVi- 
Luzio et Renier, Maniova, p. 187. eut lieu le 27 janvier suivant. Les fiances lelti, Costiimie Tradieioi.i nclle Provin- 

2. — RicoHDi, p. 259. étaient Tiberio Alberini et Cecilia, fille cie di Bergamo, Brcscia, 1870, p. 283. 

3. — De Gubernatis, Sioria compa- de Girolamo Giustini. /6;d., p. 370, ins- Sur les coutumes siciliennes qui sont 
rata degli Usi nuziali, p. 57. Dom trument de fiançailles entre Marzia Mar- innombrables, voir PiTRÈ, t/si c cos/ii- 
GlUSEPPE Bernoni, Tradieioni popo- gana, veuve, et Domenico dcl Vantagio, mi Siciliuni, iSSq, t. U. 

lari Veneziane, Venise, 1875, p. 97. ig octobre 1555. 5- — F- Lucn Ferraris, Bibliothcca en- 

4. — Arcliiv. di Slato, Rome, Aili Dans quelques pays, les fiances s'en- noiiica. jttridica... Rome, i8«ji. vol. VU, 
Curtius Saccoccius, Prot. 1512, p. 64. gageaient en buvant dans un même p. 288, 290. 

8 



58 



LA FEMME ITALIE.XNE. 



bérée et réciproque d'un futur mariage, manifestée par un signe sensible, entre per- 
sonnes habiles à s'engager ». Et il explique que ces personnes doivent être nubiles, 
libres de leur consentement tant dans leur for intérieur que dans leur for extérieur. Il 
ajoute que celui qui a ainsi promis sa foi ne peut, s'il prétend s'y soustraire, être 
contraint par la force « à proprement parler >/, mais qu'il est permis de peser sur sa 
volonté par la menace des censures ecclésiastiques'. 

Les fiançailles se concluaient par la remise de l'anneau. 

C'était devant le notaire et non devant le prêtre que le fiancé passait l'anneau du 
mariage au doigt de sa fiancée, et cette cérémonie était considérée comme l'acte essen- 
tiel qui rendait l'union irrévocable'. Les statuts de Rome de 1523 prescrivent que cet 
anneau soit orné d'un sceau et non d'une pierre'. Le fait de mettre l'anneau au 
doigt de la fiancée, Vimmisio annuli, équivalait à la subarrazione, c'est-à-dire au 
contrat de mariage, et pouvait en tenir lieu-*. On était lié du moment où l'anneau 
avait été échangé; la feinme devenait, par ce fait seul, l'héritière légitime de son mari^ 

11 était gardé procès-verbal de cette cérémonie qui s'accomplissait chez la fiancée 
el à laquelle devaient assister des témoins. Il y avait obligation, pour le fiancé qui 
rompait son engagement, de payer une indemnité à l'autre partie*". 

« Le jour oîi l'anneau se donnait, dit Rinuccini, on faisait une grande collation aux 
confitures blanches suivie d'un festin avec bal là où il y avait une salle assez vaste, ou 
bien l'on jouait au tricon, si c'était de saison de veiller'. » 

Lorsque Lucrezia Borgia fut unie suivant ce cérémonial à Giovanni Sforza, le 

12 juin 1493, les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-vSiège, tous les magistrats 
municipaux, les sénateurs, « cent cinquante dames de la plus haute noblesse avec leurs 
maris >/, onze cardinaux et nombre de prélats et d'évêques assistèrent à la cérémonie 
qui dura plus d'une heure**. 

A Naples, on devait demander au roi la rupture d'un contrat de fiançailles''. 

L'acte des fiançailles et le contrat de mariage, tous deux conclus devant un notaire, 
étaient parfois distincts et séparés par un intervalle de quelques jours, souvent 
confondus'". Il y était parfois stipulé, dans le premier cas, que la subarrazione aurait 



1. — Ibid., p. 300. L'Église punissait 
« d'infamie et de pénitence ecclésias- 
tique » celui qui contractait un deuxième 
engagement avant d'avoir été relevé du 
premier. Dict. encycl. delà Tliéol. catho- 
lique de Wetzer et Welte, XIV, 257. 
Cependant elle permettait aux fiancés 
d'entrer en religion. Concile de Trente. 
Sess. 25. C. 3. Kerraris, v, 591. 

2. — MuRATORi, Anliq. Ital., vol. II, 
col. Iio. C'était une vieille coutume 
dont parle TertuUien, Apol., c. 6. Le 
pape Nicolas I" (867), dans sa lettre aux 
Bulgares, y fait allusion. La iîancée 
passait la bague au quatrième doigt de 
la main gauche > parce que, pensait-on, 
de ce doigt part une veine qui revient 
au cœur ». {Sacerdotale rom. de Eccles. 
off., 1,3, c. 19. Dictionnaire encycl. de 
la Théol. cath. de Wetzer et Welte, 



I, 366.) Il fut d'abord de fer puis d'or. 
Dante fait dire à Pia Guastelloni, dans 
le chant v du Purgatoire, v. 134 : 
Saisi colui clie unanellata pria, 
Disposato ni'aveva con la sua gemma. 

3. — Liv. I, art. 77, fol. 22. <• Cum sigillo 
sine lapide «. Stat. de 1580, Liv. I, 
art. 135. 

4. Statuta civitatis Tuderiinœ, Lib. III, 
c. 99, Rub. 231. Cf. MuRATORl, Anliq. 
Ital., II, col. III, dise. XX. 

5. — Statuii di Rama, 1363, lib. I, 
cap. XLIV; Re, p. 31. 

6. — Voir Appendice, Mariage, II. 

7. — Souvenirs de Filippo de Cino Ri- 
nuccini, Florence, 1840. Cf. Cantu,IX, 
22S. 

S. — Infessura, éd. Tommasini, p. 286. 
GKEGOROVHJS,/,W(;)-éce Sor^ia, 1. 1, p. 120. 
9. — Voir Appendice, Mariage III. 



10. — .\rchiv. di Stato, Atti C. Saccoc- 
cias, Prot. 1520, fol. 247. Archiv. stor. 
Capitolino, Atti Originali, vol. 748, foi. 
43 et suiv. Cf. Starrabba, Consuetu- 
dini e Privilegii délia Città di Messina, 
Païenne, 1901, p. 175. « Privilegium. 
confirmacionis ordinacionum factarum 
per jitratos Messanac de vesiibtis mulie- 
ritni et de sponsis (I}8i). Qnod nullus 

l'ir sife mulier audeai portare perlas 

sru friseos sut pcna unciaruiti sex. Ex- 
ceptis inde sponsis quod in die qno ju- 
raninr seu subarrantur a viris earum 
et in die assignationis robbe sponsalicie 
viro, usqne ad diem quo dicte sponse 
vadunt ad ecclesiam causa nubendi viris 
earum, et in die in quo intrent in sancta 
(relevaillesj possint et licitum sit eis 
portare coronam, cliirchellos et buc- 
totia. • 



CONTRATS DE FIANÇAILLES ET CONTRATS DE MARIAGE. 



59 



lieu dans un délai déterminé, par exemple avant quinze jours, et une amende, qui attei- 
gnait jusqu'à cinq cents ducats, sanctionnait cette stipulation'. 

ha subarrazione restait l'acte principal; des traditions immuables en régissaient 
l'accomplissement; le notaire interrogeait successivement, sur leur volonté de s'unir, les 
deux fiancés, qui devaient répondre volo; cet échange de paroles pour ainsi dire 
rituelles constituait ce qu'on appelait alors, comme jadis, les verba de presenti ou, 
plus couramment, la question vis volo, qui était l'engagement formel; après quoi, 
le fiancé passait l'anneau nuptial à l'annulaire de sa femme, s'il ne l'avait déjà fait, tandis 
que le notaire prononçait la phrase : « qiiod Deus conjunxit, hoino non separet — 
ce que Dieu a uni, Thomme ne le séparera pas' ». Dans certaines villes, les statuts dé- 
fendent à celui qui a pris l'engagement avec les paroles «r verba de presenti » de se 
marier à une autre femme. L'engagement des fiançailles constituait les verba defiitiiro. 

Le Frère Cherubino explique sans ambages, dans ses Règles de la vie matrimo- 
niale, que durant le temps qui sépare la prononciation des verba de pitiiro de la 
bénédiction et qu'on nommait la desponsazione (les fiançailles), il n'est pas permis 
aux futurs époux de mener la vie commune ; mais les fiancés confondaient volontiers les 
verba defuturo qui constituaient l'acte des fiançailles, avec les verba de presenti, qui 
en étaient la ratification définitive. Les prêtres d'ailleurs s'y trompaient eux-mêmes, 
et il en naissait parfois des complications et des procès^. 

Les statuts de la petite cité de Gradara, rédigés au xiv* siècle, déclarent que celui 
qui s'est engagé de la sorte ne peut s'unir à une autre femme tant que la première 
serait vivante, à moins toutefois qu'un divorce n'eût été « célébré » devant un juge 
compétent et non excommunié; l'amende était de cent livres, et l'infracteur devait 
être à jamais « noté d'infamie ». Quant à la femme qui sciemment prenait un autre époux 
que celui auquel elle s'était liée, elle était bannie, et si c'était une personne de basse 
condition, humilis, on la chassait à coups de trique"*. 

Plus tard, lès statuts de Bologne (1532) imposèrent une amende de deux cents 
livres à la femme qui aurait épousé un autre homme que son fiancé'; les statuts de Todi 
infligent la même peine, « à moins que l'Église n'ait rompu le lien^ ». C'est ce qui a 
fait dire qu'en Italie le mariage civil avait existé au xV et au xvi'= siècle. En réalité, il 
y avait bien création d'un lien indissoluble mais le mariage n'était réellement reconnu 
qu'après la consécration religieuse. 



1. — Il sera parlé plus loin de la valeur 
des dots. 

2. — Archiv. di Stato, AIti C. Saccoc- 
cius, Prot. 1515, p. 64. 

« Jn presentia tnei notarii, etc., coïts- 
tiiutus Illnts Dûs Leliiis de Mfxximis, 
sponte, etc. subarrax'it, etc. lîlm DFiutti 
Mieroniniani de Sabellis presenti, et per 
verba dicti presenti videlicei volo ad in- 
terrogaiionem niei Notarii, et posiiit in 
ejusdem digito annulari annitlum me- 
diantibus verbis per me Notarium pro- 
latis. « Quod Deus conjunxit homo »o» 
separet », et aliis. Roguntes, etc. 
« Acttiin Rome in domo solite habita- 



tionis dicte Ilhnc Dne Hieronime in Reg. 
Trivii. • 

Cf. Prot. 1512, fol. 370; Prot. 1515, 
fol. 57, 83, 200; Prot. 1519, fol. 719, 823, 
850; Prot. 1520, fol. 275. Le troisième 
mariage de Lucrèce Borgfia s'accomplit 
avec cette formalité. Gregorovius, L. 
Borgia, t. I, p. 390. 

3. — Cherubino, p. 70. Cf. Leroy 
DE La Marche, La chaire française 
au Moyen Age, p. 431, et le Dict. en- 
cycl. de la Théol. catholique, cité plus 
haut, Vni, 493 et XIV, 229. Les fian- 
çailles constituaient le contrat au point 
de vue de l'Église; le mariafje un acte 



de donation réciproque des deux époux. 

4. — Slat. TerraeGrarfara*-, p. 51. Rub. 
CXII. Belgrano, ibid. Cf. Statuta Ter- 
rae Centi, Ferrare, 1609, lib. II, Rub. 
XIX, p. 157. Benvcnuto d'Imola, com- 
mentant le v. 103 du chant XXVIII de 
l'Enfer, parle d'un fiancé qui fut réputé 
justement assassiné pour n'avoir pas 
épousé la femme à laquelle il s'était 
engagé. MURATORI, Aniiq. Ital. Med. 
yEfi", I, col. Il35,c. 

5. — Statuta civilia civitatis Bononiae, 
Bologne, 1533, p. 137. 

6. — Statuta civitatis Tudertinar. 1551, 
lib. III. C.99, Rub. 231. 



6o LA FEMME ITALIENNE. 

Le jour de la subarrazione ainsi que le jour du mariage religieux, les fiancées 
pouvaient à Rome porter « des vêtements d'or ou d'argent tissés de perles et de 
diamants »; néanmoins, il était défendu au fiancé ou à ses parents de donner à la 
fiancée plus de dix ducats (1520)'. 

Vers la fin du xvi^ siècle, par suite des tendances qui se firent jour dans l'Eglise, 
après le concile de Trente, la cérémonie religieuse absorba peu à peu la cérémonie 
civile qui perdit toute importance'. Dès 1570, il est noté, pour la première fois, dans un 
acte, que les prescriptions imposées par l'Eglise ont été observées, et il semble même 
que l'acte n'aurait pu être rédigé sans leur accomplissement'. 

La cérémonie du mariage subsista seul, et la subarrazione disparut. 

A Pérouse, une loi fut portée en 1266 obligeant ceux qui voulaient se marier à en 
demander l'autorisation au podestat ou capitaine*. 

La fiancée, à Venise du moins, était vêtue de blanc, le cou et la poitrine décou- 
verts, les manches ouvertes au coude; elle portait les cheveux épandus sur les 
épaules^, trois perles serties d'or aux oreilles, un collier de pierres précieuses. Elle 
avait le droit de s'orner d'un fil de perles dont la valeur toutefois ne devait pas excéder 
quatre cents écus^. Dans beaucoup de cités, les règlements municipaux l'autorisent à 
porter une guirlande de perles sur la tête. 

De petits présents s'échangeaient comme il sied entre les fiancés; dans les 
campagnes, la nature de ces présents et l'ordre dans lequel on les donnait étaient régis 
par des règles dont il n'était pas permis de s'écarter. D'abord venait l'anneau, qui se 
donnait souvent dès le jour des fiançailles' ; puis, le jour de Pâques, une galette ; à Noël, 
de la pâte d'amande ou de la moutarde; le jour des Morts, certaine friandise appelée 
fave\ à la Saint-Martin, des châtaignes; à la Saint-Marc, un bouton de rose. La 
fiancée donnait des mouchoirs, de la soie. Dans la Romagne, la fiancée donnait au 
fiancé à Noël un pain parfumé d'aromates; durant le carême, des pommes et des 
lupins; le deuxième et le quatrième dimanche, des échaudés; à Pâques des œufs 
rouges. A la Saint-Jean, le fiancé lui donnait un bouquet lié d'un ruban; à la Sainte- 
Lucie, des châtaignes^. Il fallait bien se garder d'offrir des livres et images saintes, 
parce que cela porte malheur; des oiseaux, parce qu'ils servent aux sortilèges; des 
ciseaux, parce qu'ils signifient qu'on est mauvaise langue^. En Ligurie, dans le Mila- 
nais, en Piémont, à Pérouse, dans le pays de Pesaro, la fiancée donnait au fiancé une 
chemise qu'elle devait coudre et préparer elle-même. Dans les environs du lac Majeur, 
il lui fallait en donner autant qu'il y avait d'habitants mâles dans sa maison. Ailleurs, 
le fiancé recevait des pantoufles; la fiancée, un étui à aiguilles, un rouet, un couteau '°. 

1. — Archiv. slur. Ctipit. CrcJ. I, vol. 6. — Les perles devaient être estimées, main droite. La planche suivante repré- 
36, fol. 77. comptées et scellées par le ■• Magisirato sente la consécration relifi^ieuse. 

2. — Archiv. stor. Capit., Atti Origi- aile Pompe ». MOLMENTI, La Storia di 7. — Bernoni, Tradizioni popolari Ve- 
nait, vol. 748, fol. 398. Cf. Dict. encycl. Venezia, p. 315. On trouve dans Mer- neziane, p. 102. 

de Wktzer, art. Mariage, Fiançailles. curi, vol. I, pi. 7, la représentation de 8. — Placucci, Usie pregiudizi... For- 

3. — Archiv. stor. Capit., Ibid.,io\. 4^^. la cérémonie des fiançailles; la fiancée li, 1S18, p. 38, 52. 

4. — Voir Appendice, Mariage IV. est vêtue d'une robe rayée de bandes 9. — Mol.menti, p. 272. 

5. — Sansovino, p. 150; Vecellio, obliques vertes et roses, le fiancé est en 10. ^ De Gubernatis, Storia compa- 
Spose aniiche, fol. 88. bleu. Il place l'anneau sur l'index de la rata degli Usi nuziali, p. 96. 



COIFFURES DIVERSLS, I IX DU XVI' '^IFCIF. 




VKNITIENNE 

Varie Acconciature (,I(KX)). Cabinet des Estampes. 





FOLIGNO 

Varie Acconciature (1600). Cabinet des Estampes. 



X- 



VRBINAIA 









^h 



C 




Varie Aeeiinei.iture i [liooi. t;ahinct des Estampes 



-£ :. ^"%agr îK^' iC- 



VRnlNO 

\ uie AcciiiK-iature (KXXDt. f.abinet Jes Estampes. 



LES DOTS. 



6i 



Cette simplicité dura peu. Bientôt, dans les villes surtout, la richesse des présents 
dépassa toute mesure, et il fallut, comme on le verra, des lois pour en réprimer 
l'extravagance. 



LES DOTS 



Le montant de la dot et des biens paraphernaux était déterminé par le contrat 
appelé fidanzie ou sponsali. Lorsqu'il avait été signé avant que les mariés fussent 
nubiles, et l'on a vu que c'était parfois le cas, la dot n'était payable qu'au moment de 
la puberté. Les cadeaux étaient spécifiés dans le contrat; il y en avait de deux sortes, 
les dons nuptiaux, s/>o^îsa/îa, et les arrhes qui engageaient les parties". Les contrats 
mentionnent aussi assez souvent des donations de vêtements, de bijoux, d'ornements 
de toute sorte que l'on nommait, en Italie comme en France, les épingles, spille\ dans 
certains contrats, les épingles figurent pour douze mille écus'. 

Dante se plaignait déjà que les dots que l'on donnait à Florence fussent exces- 
sives^ et son commentateur Benvenuto d'Imola, constate qu'effectivement elles 
avaient augmenté dans des proportions considérables. On donnait jadis trois cents 
florins et, de son temps, plus de quinze cents''. 

A Padoue, au xii^ et au xiii* siècle, les dots variaient entre mille et trois mille 
livres ; un instrument daté de 1 207 reconnaît à la fiancée comme dot i 625 livres plus trois 
vêtements'. G. Villani dit qu'en 1259 les dots s'élevaient généralement à Florence à 
cent ou deux cents livres seulement; une dot de quatre cents livres était réputée extrême- 
ment forte^. En 1298, on trouve des dots de deux mille livres; le montant s'en accroît 
au siècle suivant; en 1304, il est fait mention d'une dot de trois mille cinq cents livres; 
plus tard, vers la fin du siècle, les dots furent de mille ducats d'or, soit quatre mille 
cinq cents livres environ?. M. Villani parle, en 1352, d'une dot de quinze cents florins''. 
Il faut se rappeler que l'épidémie terrible de l'an 1348 eut entre autres résultats celui 
d'enrichir démesurément les quelques survivants. Giovanni de Mussis dans sa chro- 
nique de Plaisance, dit que les dots s'élèvent en son temps (13SS) à quatre cents et 
même à mille florins qui sont entièrement dépensés en habillements pour la fiancée. 
A Bologne, les dots variaient, au xiir' siècle, entre vingt et cinquante livres. Le 
marié devait payer une taxe de deux et demi pour cent à la commune". Les statuts 



1. — Feerabis, Bib!. Canonica, vol. I, 
p. 417. Cf, Cknnari, g., fol. IX, X. 

2. — Avvisi di Foligno, nouvelle de 
Rome du 9 juillet 1695. Cf. Decisiones 
rotules (Coll. Casanatense), vol. XII, 
6 mars 1702. e Occasione mairimonii 
inter Anionium Marchesium cl Eluono- 
ram Goggiam promisit Raphaël pater 
sponsi solvere nurui meiiitrua scuta 
tria pro ornatu mulieris, ui vul^o Uici- 
tur, per le spille. » 

3- — Paradis, ch. xv, v. 104. 

... e te dote 
Non fuggian quinci e ijuindi la misura. 
4. — RicoRDANo Malf.spini, Histuria 



Florentina. — « Modica dote nubebant 
*'eininae quia earum cultiis erat tune 
pareissimus -j, écrit F. Pipino vers 1259. 
MuRATORi, R. Italie. Script., VIII, 986 
et IX, 66g D. Cf. Le Doit in Firenzc nel 
Dugento dans Miscellanea fioreutina di 
erudizione e storia de Jodoco de! Badia 
(an. I.n''7,an iS86),art.deLod. Zdckauer. 

5. — Gio. Antonio Baglioni, Degli 
Usi de' Padovani nel loro Matrintonj, 
Venise, i8oo, p. IX et suiv. 

6. — G. Villani, VI, 70; Muratori, 
R. Italie. Script., XIII, 202 G. 

7. — Gio. Antonio, Ibid. Cf. Rome, 
Archiv. di Stuto, .Mti C. Saccociiis. 



Prot. 1515, fol. 571, Prot. 1519, fol. 850 
et Prot. 1520, fol. 270. Cantu, VII, 20, 
.to. Arcliiv. Stor. Siciliano, nov. Ser. , 
an VIII (1883), p. 177. 

8. — M. Villani, II, 71; Muratori, 
R. Italie. Script.. .\IV, 151 B. 

9. — Muratori, R. Italie. Script.. .XVI, 
583. — L. Frati, p. 50. On lit d.ins les 
Souvenirs de Miliadusso BalJiccione 
que lorsqu'il maria sa tille Tcdda, en 
I359i ■' lu' donna neuf cents livres Je 
dot; en 1368, il donna à une autre fille 
deux cents florins d'or ce qui fait, dit-il. 
sept cents livres. {Arcliiv. Stor. Ital., 
App. vol. VIII, Florence, 1850. p. 33,45.1 



52 LA FEMME ITALIENNE. 

de Plse (1233) établissaient une singulière distinction. L'anneau, la ferronnière, la 
benda, la ceinture étaient considérés comme un cadeau du mari à sa future épouse 
quand la valeur n'en dépassait pas toutefois quarante solidi. Les autres cadeaux 
qu'il lui envoyait passaient pour n'avoir d'autre objet que de la rendre plus belle quand 
elle lui serait amenée et n'étaient compris dans la donation que s'il y avait eu en ce sens 
déclaration expresse de l'époux'. 

La correspondance d' Alessandra Macinghi negli Strozzi fournit d'assez nombreux 
renseignements sur l'importance des dots à Florence au milieu du xv'= siècle. Elle- 
même, quoique de situation moyenne, donna à sa fille, en 1447, une dot de mille florins 
plus une cotte de velours cramoisi, une robe de même étoffe fabriquée dans sa boutique, 
une guirlande de perles et de plumes valant 80 florins avec la coiffure du dessous 
composée de deux tresses de perles valant 60 florins. Alessandra parle souvent de dots 
de même valeur; il semble que, dans son entourage, ce fut un chiffre établi. Cependant 
elle dit ailleurs qu'une jeune fille « a reçu peu de dot, mille florins, une dot d'artisans ». 
De fait, la fille de Manfredi en reçut deux mille '< pour entrer dans la maison des Pitti' ». 
A Gênes, en 1488, un artisan fiança sa fille au fils d'un autre artisan avec cette condition 
que, pendant les quatre années qui devaient s'écouler avant le mariage, le jeune homme 
viendrait habiter chez lui; il s'engageait à le nourrir et à l'entretenir; de son côté, le 
jeune homme promettait de ne rien faire pour hâter ou rendre inévitable le mariage. La 
dot était de quatre cents livres y compris le trousseau?. A Naples, une dot s'élève, en 
1487, à huit cents ducats de carlins d'argenf. Quand Michel-Ange épousa, en 15 16, 
Bartolomea di Ghezzo délia Casa, elle lui apporta en dot cinq cents florins'. 

Guicclardini reçut deux mille florins de dot en se mariant; son père trouva que 
c'était peu (1506); sa sœur Costanza en eut autant (15 10); un membre de sa famille en 
avait eu trois mille cinq cents en 1438''. Rinuccini n'en eut que douze cents'. Le fisc 
percevait un droit d'enregistrement. A Bologne, en 1440, Lena Fantuzzi reçut en dot 
quatre mille écus. Son beau-père lui donna un bijou de corsage orné de trois rubis 
et de trois perles de la valeur de deux cents livres, une ferronnière représentant une 
colombe en or et en perles de cinquante-cinq livres^. La dot de la fille d'un jardinier 
est de deux cents écus à Rome en 1627''. Celle d'une fille noble de six mille plus 
une robe blanche, seize coiffures, douze paires de chaussures... (1628). En 1699 la dot 
d'Olimpia Cesarini fut de vingt-cinq mille écus'". 

11 existait à Florence un Mont des dots, sorte de caisse d'épargne et de dépôt. Elle 
avait été créée en 1425 alors que la Seigneurie était en grand besoin d'argent; elle 
comprenait deux caisses distinctes l'une pour les filles, l'autre pour les garçons. Pour un 
dépôt de cent florins, la caisse remettait au bout de quinze ans à l'enfant qui se mariait 

I. — BoNAiNi, Staiuii Pisani, Flo- 2. — Letteredt... Alessandra Macinghi, Ricordi auiobiograjici, p. 36, 71, 84. 

rence, 1870, U, 747, cap. xxiv. La benda Florence, 1877, 4, 106, 116, 395. 7. — Rinuccini, Ricordi, p. 255. 

ctait un ornement de tête. Muratori, 3. — Staglieno, p. 18. 8. — L. Frati, p. 50. 

Antiq.Al, 11530:1; Ex Binda seu Ben- 4. — Voir Appendice, Mariagpe V. y. — Archiv. Stor Capit., Sez. LVII, 

daetformarunt Mntinenses aliique Lom- 5. — Gaetano Milanesi, Le Leiiere vol. I, p. 157. 

hardi ad significandam parvulam vit- di Michelangelo, Florence, 1S75, p. 25, lo. — Archiv. Stor. Capit. , Sez. LVU, 

tant seu Jasciolam siricam, lancam, li- note 2. vol. I, p. 157, p. 86. Sez. XXXVU, 

neanwe quorum! ihet coloriim. » 6. — GuicciARDiNi, O/icrc iH«/i7p, t. X, vol. XI.U, Not. S. Perelli. 



LES DOTS. 



63 



cinq cents florins; s'il mourait auparavant, la somme était acquise à la caisse. Il semble 
toutefois que plus tard, le père reçut la moitié de la dot à laquelle son enfant aurait 
eu droit. Les dépôts qu'on y faisait étaient si élevés qu'en 1470, au cours de la guerre 
contre Volterra, le gouvernement y préleva cent mille florins. Acciajuoli, ambassadeur 
auprès de Louis XI, avait déposé dans ce Mont deux cents florins au nom de sa fille'. 
Dans le prologue d'une pièce de Giovanmaria Cecchi, intitulée La Dote, on dit : 
« Aujourd'hui quand on traite d'un mariage, c'est toujours de la dot que l'on parle. Pour 
le reste, on y songe peu. Quel est le caractère de la future? Quel fut son père? Res- 
semble-t-elle à sa mère? Avec qui a-t-elle été élevée? Quels sont ses principes, ses 
mœurs? Toutes ces questions oiseuses se résument maintenant en deux mots : La dot?.. 
Pourvu que la dot soit bonne, on s'inquiète peu du reste'. >> 

On voulut arrêter cette inquiétante progression. Le Conseil communal de Rome 
décréta, en 1471, avec l'assentiment du pape Sixte IV, que les dots ne dépasseraient 
pas huit cents florins de quarante-sept solidi, sous peine d'une amende de deux cents 
ducats d'or'. En 1520, la question fut de nouveau soulevée, car « les dots s'accrois- 
saient sans mesure, et toute la ville en parlait-" » (25 mars). Il fut décidé qu'on 
aviserait, et le 24 avril le Conseil fixa solennellement à trois mille cinq cents florins 
le chiffre que ne devaient pas dépasser les dots'. Toutefois, le Saint-Siège lui-même 
favorisa prçsque aussitôt les infractions à cette règle. Paul III permit par un motu 
proprio, en date du 21 novembre 1538, à Tarquinia, fille de Pietro Madaleni, 
d'apporter en dot quatre mille écus''. Le Conseil communal, comprenant qu'il ne 
pouvait maintenir ses anciennes prétentions, porta, en 1560, à quatre mille ducats 
le montant maximum des dots y compris le trousseau"; en cas de désobéissance, 
le surplus serait confisqué et, augmenté d'une amende de cent écus, servirait 
à l'ornementation du palais des conservateurs. Le notaire qui aurait rédigé l'acte, 
serait cassé et noté d'infamie à perpétuité. 

Terribles menaces, mais qu'on éludait aisément. La même année, en décembre, 
une « absolution >, fut accordée pour infraction à cette réglementation ^ Pie V intervint. 
Par la bulle Quoniam, du 24 mai 1564, il fixa à quatre mille carlins le chiffre le plus 
élevé que pouvaient atteindre les dots. Ce fut bien en vain; en 1579, un mé- 
decin fut autorisé à donner à sa fille une dot de quatre mille sept cents écus^. 
Presque en même temps, le Saint-Siège accordait le pardon pour une dérogation 
bien plus grave, car il s'agissait d'une dot de neuf mille écus'". Les « pardons » 



1. — G. Capponi, Storiu ilclla K'epu- 
blica di Firenae, Florence, 1875. I, 467 
n., n, 34, 10a, 130. Pag.nini, Délia décima 
délia moneia e délia mercalura dei Fio- 
rentini..., Lucques, 1765. 

2. — G. Maria Cecchi, Commedie, 
Milan, 1883, p. 17. Il tient le même lan- 
gage dans La Moglie, prologue. 
Cecchi écrivait au commencement du 
XVI- siècle. Lcon X fit représenter de- 
vant lui, à Florence, la plus libre de 
ses pièces, Assiuolo, en 1515, en même 
temps que la Mandragore de Machia- 



vel. Deux scènes avaient ete disposées 
de chaque côte de la salle, et l'on jouait 
alternativement un acte de chaque pièce, 
tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre. 
3. — Statuts de 146g, règ-lemcut statu- 
taire annexe. 

4- — Séance du 25 mars 1520. c Magiii- 
fictis Dus Prosper de Comilibus primiis 
Conservator... expositit cnipe immode- 
ralûrum ilûlimn c/iirt rliain inlioiiiilos 
mulierum Romaiiorum ornatus Jovet 
undf illc tristus sermo in loto orbe notns 
honesti et venerandi liabitus ipsarum 



denigrari cognoscitur et penitiis de- 
leri.... » Arcliiv. Stor. Not. Capit., 
Cred. I, vol. 36, fol. 75. 

5. — Ibid., fol. 76. 

6. — Rome. Archii: di Stato, Xot. SIcJ. 
de Amannis, Prot. 96, fol. 365. 

7. — Séance du n juin. Archiv. Stor. 
Capit., Cred. I, vol. JI, fol. 36. 

8. — Arcliiv. Seg. Vat. Div. Camer., 
vol. aoj, fol. 105. 

9. — Arcliiv. Seg. Vn/. , .4rm. 4J, vol. 38, 
fol. 189. 

10. — Jbid., vol. 40. fol. 598. 



64 



LA FEMME ITALIENNE. 



se mullipliaicnl'. Il y eut des dots qui atteignirent quarante mille écus-. De nou- 
veau, le Conseil, qui déjà en 1567 avait augmenté la limite de cinq cents ducats\ 
fit contre mauvaise fortune bon visage, et publia un nouveau règlement autorisant 
les dots de cinq mille cinq cents écus; le pape Sixte-Quint donna force de loi à ce 
règlement par le motu proprio du 21 novembre isSô"*. 

Dans les autres villes, les dots étaient également tort élevées au xvr' siècle. A 
Venise, le Conseil des Pregadi défendit, en 1505, qu'on donnât plus de trois mille ducats, 
y compris les bijoux, les robes, les coffres de mariage % ce qui n'empêcha pas, 
en 1533, que Giovanni Corner ne constituât à sa fille une dot de dix mille ducats, dont 
neuf mille ducats en terres, plus mille ducats de robes et d'argent comptant^. 

Les dots princières étaient de plusieurs centaines de mille livres. Blanche de 
Bourgogne qui épousa Edouard de Savoie reçut 668640 livres (1307). Marie de Savoie 
en eut 483 360 (1309). Caterina Sforza eut une dot de dix mille ducats (1473). Vanozza 
Catanei, la maîtresse du pape Alexandre VI, reçut en dot mille écus d'or et un office 
de solliciteur des bulles apostoliques quand elle épousa, en i486, Carlo Cavale. 
Lucrezia Borgia, quand elle épousa Giovanni Sforza en 1493, reçut trente et un mille 
ducats plus dix mille en vêtements et bijoux^. 

Outre la dot et conjointement avec elle, dans quelques cas, le futur mari s'engageait 
à remettre à sa femme un « morgincap ». L'usage de cette donation avait été introduit 
en Italie par les Lombards ; il subsista jusque vers le milieu du xiv*-' siècle. Une loi du roi 
Astolf (749-757) défend à l'époux de donner à son épouse plus du quart de son bien en 
morgincap*. Ce quart était souvent atteint. En looi, Domenico Sambolo, qui déclare 
vivre sous la loi lombarde, donne à sa femme le quart de ses biens, meubles et immeubles, 
et le quart de ses esclaves ; cette donation s'applique aux biens qui pourraient lui 
échoir dans l'avenir, aussi bien qu'aux biens présents ; elle avait été consentie non pas 
le lendemain du mariage, mais le jour des fiançailles : die illo qno te sponsavi. 

Dans un autre document, daté de 11 53, l'époux cède à sa femme, per cartulam 
de morgincap, le quart de tous ses biens présents et à venir; en outre il lui donne, 
proptcr nuptias, quinze lires et une pièce de terre. Ceux qui ne suivaient pas la loi 
lombarde donnaient parfois le tiers de leurs biens '^; en l'année 11 24, il fut passé à 



1. — Induits en date du 28 mai 1579, 
5 octobre 1579, du 2 avril 1580, du 3 août 
1580, Archiv. Seg. Vai. , Arm. 42, vol. 38, 
n" 31g; vol. 40, n° 9; vol. 42, n" 2i6; 
vol. 43, n" 420. 

2. — Bibl. V.-it., Cod. Urbinate, 1044, 
Avvisi, ad an. I2juin 1574. Ibid., dot de 
vine:t-deux mille ecus. Ibid., 1045, 19 dé- 
cembre 1576, dot de quinze mille ecus 
plus quatre mille ecus pour le trousseau. 
Cod. Urb. 1048, 16 mars 1580, dot de 
vingft mille écus. Cod. Urb. 1049, 
29 avril 1581, dot de six mille ecus. 
Archiv. Star. Capii., Atti Originali, 
vol. 750, fol. 302, 12 septembre 15S1, 
dot de cinq mille écus. 

3. — Séance du 3 mars. Archiv. Sior. 
Capit., Crcd. I, vol. 38, fol. 8. 



4. — Ibid., Cred. VII, vol. i, fol. 11. 
En 1628, une fille noble reçut six mille 
écus. Ibid., p. 86. 

5. — MOLMENTI, p. 262. 

6. — Sandto, Diari, vol. LVIl, col. 525. 
Il décrit en outre la cérémonie : « In 
quesfa sera fù faiUi una belfissima fesfa 
a casa Corner a san Polo per le nozze 
di la Jia di ser Zuan Corner con dote di 
X m. ducati ,videlicei Qm. conladi,e 1 ono 
ira robe e denari, in ser Piero Morexini 
ricchissime, et fo invidaie assà donne 
et balà iiitto hozi, unde II conipagni 
chiamati... azio se poicsse preparar le 
fai'ole jiel primo soler a hore 4 / '2 veneno 
con $0 done sut campo de Jan Polo, cl 
veneno di longo Jino a Riatto facendo 
chiaranzane con le done, le quai cazevano 



in fera, chi la sciifia le andn di capo, 
chi ave nno dano, chi un aliro, et poi 
tornorno a casa con le trombe et pifari 
et andorno a cena et ci sono siaii inco- 
gniti li cardinali Grimani et Ridolfi, et 
cenorno in una caméra desopra. » 

7. — CiBRARio, II, 377; Cf p. 381, 383 
plusieurs contrats dotau.x. — Pasolini, 
III, doc. 52, 54, 79, 85. — Gregorovius, 
Lucrèce Borgia, II, 286, Appendice 9. 

8. — MuHATORi, Aniiq. Ital., II, 115. 

9. — En 1129, Sibila vend certains 
biens lesquels « mihi ndi'etterunt per 
itnani carinhun dvnatiouis et per aliam 
cartulam terne portionis quam cartu- 
lam dotis appe.llani ». Baglioni, Degli 
Usi de' Padovani, p. v. Cf. Constitutio 
Morgincap, (1185) Murât. Ibid. 



lu.iorx. 




LES DOTS. 



63 



Venise un acte par lequel Milone promettait de donner sa fille à l'un des fils de 
Marcoardo avec une dot en terres et quatre de ses serviteurs, et Marcoardo s'engageait 
à donner à la fille de Milone l'un Je ses fils avec la moitié de ses biens et une dot de 
la tierce partie". Mais le morgincap perdait le plus souvent son caractère, et devenait 
une véritable dot. 

« En Italie, dit Laboulaye, le rnorgengabe eut à lutter contre les influences 
romaines; vainqueur dans certaines législations (Naples), il succomba partout où les 
lois romaines prirent le dessus, et se confondit dans la donation à cause de noces; dans 
le nord, il se perdit dans le douaire, ce qui dut arriver d'autant plus aisément qu'on 
prit de bonne heure l'habitude de constituer le rnorgengabe dès avant le mariage^ /^ 

Ce qui facilitait singulièrement le mariage des filles pauvres, c'était les dots que 
distribuaient en grand nombre les confréries religieuses, les œuvres pies et les corpo- 
rations ouvrières^. Cette générosité finit toutefois par engendrer de graves inconvé- 
nients que La Lande expose en ces termes (1765)-' : « Il y a des fondations dans 
plusieurs églises pour distribuer à chaque fête solennelle des dots aux filles pauvres 
soit pour prendre le voile, soit pour se marier selon leur goût; la somme est fixée, 
ainsi que le nombre des filles qui viennent en procession la recevoir... Quand une fille 
du commerce a la protection du bâtard de l'apothicaire d'un cardinal, elle se fait 
assurer cinq ou six dots dans cinq ou six églises et ne veut plus apprendre ni à coudre 
ni à filer.... La femme veut qu'on lui fasse sur son argent de beaux habits, et bonne 
chère à la noce. Tant que la somme dure, on n'a garde de songer à travailler. Quand 
elle est finie, on est aux expédients, mais c'est le mari qui est chargé de tout le 
ménage; la femme, élevée dans l'oisiveté, ne sait rien faire, pas même en ce qui 
concerne sa nourriture; elle se fait servir avec une morgue singulière, et ne manque 
pas de répéter souvent à son mari qu'il n'avait pas le sou quand il l'a épousée, qu'elle 
est bien malheureuse.... et, pour se consoler; elle passe son temps à la fenêtre à regarder 
les passants. Les marchandes mêmes ne sont pas plus actives; un Français est étonné 
de s'entendre dire dans une boutique lorsqu'il y demande quelque chose : « Monsieur, 
nous en avons, mais cela est placé si haut! Revenez une autre fois, s'il vous plaît. » 

Quoi qu'il en soit des défauts du système, il avait ses avantages, et nombre de filles 
trouvaient ainsi un époux, alors qu'autrement elles n'auraient jamais pu prétendre au 
mariage. 

Certains couvents, comme « l'archihôpital » de S. Spirito qui était fort riche (il 
avait trente mille ducats de revenu), recueillait chaque année trente filles abandonnées 



1. — Cartula lercie portionis. Baglio- 
NI, Degli Usi de' Padovimi. 

2. — E. Labollayk, Keclurches sur 
la condition des Jemmcs, Paris, :843, 
p. 127. 

3- — QuiRiNio QuERiNi,iaBe»c/ïce«sa 
Romana, Annexes, in fine. Il compte .lu 
xviii" siècle soixante-dix-sept confré- 
ries dont le but unique était de distri- 
buer des doth. La plupart avaient etc 



fondées au siècle précédent; la plus 
ancienne remontait à l'anncc 1488. En 
outre, dans beaucoup de corporations 
ouvrières, les filles des membres rece- 
vaient des dots. Le montant de ces dots 
variait entre vin^t-cinq et cinquante 
ecuB. Il était souvent stipulé que si la 
femme mourait sans enfants ou se con- 
duisait mal, la dot ferait retour ;\ la 
caisse sociale. Voir notre ouvrage sur les 



Corporations oitvrii-rt's de Ronu^. L'Ins- 
tituto délia SS. Annunziala qui existe 
encore constituait A la tin du wil' siècle, 
quatre cents dots i celles de ses pupilles 
qui se mariaient ou qui entraient en reli- 
gion. Chaque dot était de soixante ecus, 
plus une robe blanche et un florin pour 
l'achat de chaussures. (ZucRiNi, La Bf- 
nrfit't'itoa Roniami. Rome IS*>J, p. 202.) 
4. — Voyage d'un Français, V, 165. 

9 



66 LA FEMME ITALIENNE. 

qu'on mariait dès qu'elles étaient en âge. La cérémonie de la présentation aux maris 
se faisait en grande pompe. En l'année 15 19, dit Sanuto', le pape Léon X voulut 
qu'elle eût un éclat Inaccoutumé; il envoya aux filles qu'on allait marier des vêtements 
d'or et de soie ornés de perles et de pierres précieuses; elles quittèrent le couvent 
montées sur des mules prêtées par le pape et par les principaux habitants ; chacune avait 
un valet à son côté ; devant, quinze autres mules portaient des cofifres contenant 
leur trousseau et recouverts de housses aux armes de l'hôpital; des musiciens mar- 
chaient en tête. Entre les mules et elles, s'avançait un enfant costumé en dieu Hyméuée 
qu'escortaient trente jeunes gens portant une torche en main « à la mode antique ». 
Après les jeunes filles venaient des prêtres, les chefs du couvent et les « cubiculaires >/ 
pontificaux. Le cortège se rendit à la porte du Peuple où attendaient les époux qui 
étaient des campagnards; là, leurs futures femmes ayant déposé leurs ornements et 
leurs vêtements somptueux, revêtirent des habits d'étoife grossière, et chaque homme 
en prit une en croupe avec son trousseau, et l'emmena chez lui. 

Ailleurs, on s'y prenait autrement. Ainsi les nonnes du couvent S. Caterina délia 
Rosa ou de' Funari emmenaient en procession, le jour de leur fête patronale, à une 
église que l'on choisissait le plus loin qu'il se pouvait, les jeunes filles qui leur étaient 
confiées; les plus jeunes allaient devant, costumées en saintes ou en anges, les autres 
venaient ensuite vêtues de drap fauve, une coiffe blanche sur la tête. Elles traversaient 
la ville en chantant et à la lueur des torches, et il était bien rare que, parmi les jeunes 
gens qu'attirait ce spectacle, il ne s'en trouvât pas qui, troublés par cet appareil, ne 
se prissent de passion pour l'une des pénitentes. Des mariages s'ensuivaient. Il y eut 
même, ce qui compromit cette ingénieuse pratique, des enlèvements. Le scandale 
devint tel, qu'en 1610 la procession fut supprimée; mais les pupilles des nonnes ne 
trouvèrent plus à se marier et l'on dut, en 1640, en revenir aux anciennes habitudes". 



= LE MARIAGE, COUTUMES LOCALES 

La cérémonie même du mariage était souvent précédée ou entourée de pratiques 
plus ou moins étranges, dont quelques-unes étaient très vraisemblablement un legs de 
l'antiquité. 

En Vénétie, au moyen âge, le jour de la Sainte-Marie de février, c'est-à-dire à la 
Chandeleur, toutes les fiancées se rendaient à l'église patriarcale de S. Pietro di Castello 
apportant chacune leur trousseau et leur dot dans un coffre. Les jeunes gens arrivaient 
de leur côté avec leurs parents, entendaient la messe et, après que l'évêque avait fait 
un sermon sur le mariage, les couples dont on avait convenu l'union retournaient 
chez eux, on banquetait et Ton festoyait'. 

1. — Diari, Venise, iSgo, vol. XXVII, p. 547. Pour le fait de 1610, Cod. Vat., oinitis earum sufiellex cuin apparatu do- 
col. 468. 8717, fol. 4, 203, Diario di Gigli. tis delala publiée ostentaretur.... ' Cf. 

2. — Q. (.)UERIN1, L<i Beneficenza ro- 3. — M. Antomi Sabellici, Hi&i. Re- Veckluo, fol. SS, SpO!.e antiche. San- 
nianii, Rome, 1892, p. 251. Fanucci, riim Veiicliariim, Bàle, 1556, lib, I. soviNO, Veueeia Nobilissima, p. 152, 
Opère Pie, p. 157. Morichini, Délit p. 25. . Patrii mores fuisse ferunt ut Fabio Mutinelli, Del Costume Veiie- 
Jstituti di Carità in A'oma, Rome, 1870, virgincs in iemplo desponderciitur i/iio '-iaiio, Venise, 1831, p. 117, cap. VII. 



LE MARIAGE, COUTUMES LOCALES. 



67 



De cette coutume est venue la tradition qui imposait au doge d'aller sur le Bticen- 
tanre épouser chaque année, à pareille époque, la mer Adriatique. Toute trace n'en 
avait pas disparu lorsque l'Allemand Arnold de HarfF visita l'Italie, en 1477; il 
rapporte que le premier dimanche de carême, les femmes qui s'étaient mariées dans 
le cours de l'année se réunissaient dans un couvent de nonnes situé près de l'église 
S. Pietro di Castello, couvertes de leurs plus beaux atours et portant des joyaux et 
surtout des perles magnifiques; il estime à plus de six cent mille ducats la valeur 
des pierreries qu'il vit en cette occasion". 

Ailleurs, on retrouve dans les actes qui précédaient le mariage un ressouvenir 
évident des mœurs importées par les envahisseurs barbares. Le fiancé sarde se 
présentait, accompagné de ses parents, devant la maison de sa promise; la porte en 
était close; il frappe, nul ne répond; il appelle, même silence; alors les voisins lui 
indiquent complaisamment qu'une échelle se trouve précisément tout à proximité; elle 
est en mauvais état, qu'importe; il pénètre à grand risque par une fenêtre dans la 
maison, mais sa fiancée s'est cachée, il la cherche, il la découvre et, s'emparant d'elle, 
descend ouvrir la porte. Le père et la mère paraissent alors et s'écrient : '< Qui l'a 
trouvée la mérite. » Le père du jeune homme survient à son tour tenant à la main 
une cuisse de mouton qu'il présente aux parents de la fiancée avec ces paroles où se 
retrouve toute la rudesse des anciens temps : « Prenez cette chair morte en échange de 
la vivante. » Après quoi, on bénissait les époux'. 

Dans certaines parties de la Sicile, à Monpantero, la nouvelle mariée cherchait 
tout le jour à s'enfuir, et le mari montait la garde autour d'elle avec ses amis'. 

Une autre très vieille coutume, qui était peut-être le vestige de quelque droit 
féodal, consistait à tendre un ruban de soie en travers de la route que devaient suivre 
les époux pour aller à l'église et pour s'en revenir chez eux; il n'était abaissé que 
moyennant une redevance soit en friandises, soit en argent. On appelait cela : far il 
serraglioK Cette coutume, très en vogue à la fin du moyen âge dans le nord de l'Italie 
et dans plusieurs cités du sud napolitain, semble avoir pris naissance au Piémont, vers 
le XIII* siècle'. On la retrouve un peu plus tard implantée à Florence. Une troupe de 
jeunes gens barrait la rue avec une guirlande de fleurs; le plus beau, le plus jeune ou 
le plus noble adressait un compliment à la mariée, ou bien lui offrait un bouquet; en 
retour, il en recevait un bracelet ou un anneau, après quoi le marié avait le droit de 
rompre l'obstacle, mais c'était le chef de la bande qui donnait alors le bras ù la 
mariée. Le soir même, pendant le repas de noce, un enfant rapportait sur un plat garni 



1. — Ardiiv. Slor. Vetieto, vol. XI, 
par. I, p. 402, traduction du texte italien 
par de Reumont. 

2. — De GUBKRNATIS, Storia compa- 
rata degli Usi nuziali, p. 163 et, du 
même auteur, Storia comparata degli 
Uzi naializi. Milan, 1878, p. iHl. 

3. — PiTBK, Usi e Costumi SicHiani, 
II, U86. En ce qui concerne les coutumes 
en usagée au nord de l'Apennin, voir 
Nnova Antologin, ser. II, vul. .\IV(iS79), 
p. 693. PlCORlNI Bkki Catkrina. 



4. — On disait en Corse far la Ira- 
vata, ou far la barriera; à Pistoie, far 
ïaparata'y dans la Valteline./ar/a serra ; 
dans le pays de Tarente, far lo steccato ; 
en Piémont, far la barricata. Cette 
variété de dénominations marque, ce 
semble, qu'il s'agit d'une coutume qui 
était devenue pour ainsi dire locale dans 
chaque pays, mais sa généralité est la 
preuve que l'oripinc en est fort ancienne. 
GlIBEHNATls,S/c)f III comparata degli Usi 
Ti(i/«/ici, p. 185. Cet usagée existait encore 



 lafinduxvii» siècle. Pf.rrens.III. 34 q. 
Les exemples de coutumes semblables 
sont nombreux ; en Bretagne, les nou- 
veaux maries apportaient devant le chA- 
teau seigneurial un fagot, et devaient 
sauter par-dessus. 

5. — On lit dans les Registres des princes 
d'Achaïc, Misceltanea di storia liaJiafM, 
Turin, 1882. ser. Il, vol. XX, p. 277 : 
c ....dono graciosi' facto pfr l)nm<]uibus- 
dam niulit'ribus que Vno clausam tene- 
bantportamdicticastri,XVl s s. vien» • 



68 



LA FEMME ITALIENNE. 



de fleurs le cadeau, en échange duquel on devait lui remettre une somme d'aro;ent'. 
On se veno;eait de ceux qui n'avaient pas voulu payer le tribut, en cherchant dans la 
suite à enlever leur femme'. 

Ce tribut gracieux devint bientôt une redevance obligatoire. A Turin, au 
xvf siècle, la société ou « abbaye » des fous qui avait pour fonctions d'organiser et 
d'égayer les fêtes, les spectacles, les banquets, comptait le droit de serraglio parmi ses 
meilleurs revenus 5. 

Cette confrérie n'usait d'ailleurs pas toujours avec galanterie du privilège qu'elle 
s'était arrogé. Elle exploitait à son avantage la vieille coutume qui consistait à donner 
une aubade à ceux qui s'unissaient en secondes noces. Quand un veuf ou une veuve 
se remariait, elle leur ménageait un accompagnement musical de chaudrons et de 
poêles; il fallait, pour s'épargner cet appareil, offrir aux membres de l'abbaye en 
dédommagement un banquet ou des présents proportionnés à l'importance de la dot. 

Les fous ne s'en tenaient pas là et prétendaient même à l'occasion rétablir la 
bonne intelligence dans les ménages; s'ils venaient à savoir qu'un mari se laissait 
houspiller par sa femme, ils allaient en corps le saisir et le promenaient par la ville à 
califourchon sur un âne^. 

Sous une autre forme et devenu une sorte d'épreuve du caractère de la nouvelle 
mariée dans le genre de celles que nous avons déjà mentionnées, le serraglio se prati- 
quait également en Lombardie ; la future belle-mère de la fiancée disposait un balai 
en travers de la porte de sa maison; si la fiancée, par inadvertance, passait par- 
dessus, c'était qu'elle se montrerait mauvaise ménagère; il fallait qu'au contraire elle 
prît le balai avec soin et le mît à sa place pour que le mari fût assuré d'un tran- 
quille avenir ■*. 

Le serraglio n'était pas la seule tracasserie réservée aux nouveaux mariés; à 
Lucques, une loi dut défendre « de faire du vacarme et de sonner des cornes » au pas- 
sage des cortèges nuptiaux, de jeter des pierres ou des ordures contre la maison où 
s'était retiré le couple, de s'emparer du lit qui lui était destiné et de mettre la maison à 
sac « sans y avoir été autorisé'' ». Dans le pays de Novare, de telles facéties étaient 



1. — Cantu, IX, 22S, Mémoires de Ri- 
nuccini. Bersotti, Costumi ed nsi... in 
Firenze. Perrkns, Histoire de Florence, 
t. ni, p. 248. GuBERNATis, p. 165. Prose 
di Agnolo Firenzuola, Florence, 1562, 
p. 339, dans la huitième Nouvelle; il est 
dit, à propos du héros : « Sapendo cite 
un sïto arnica menava tnoglie, pensù su- 
bito, corne è usanza in queste contrade, 
di far fare un serraglio par avère quai- 
che cosa dalla sposa, et darne poi la 
baja al vtarifo. » (La scène se passe à 
Prato.) 

2. — Staglieno, p. 27. 

3. — RICOTTI, Storia délia Monarchia 
Piemontese, Florence, 1861-1869, t. I, 
p. 113. C'étaient généralement des asso- 
ciations de ce genre qui entreprenaient 
les rejouissances publiques ou même les 
divertissements privés; Venise en comp- 



tait plusieurs, les Valeureux, les Eter- 
nels ; l'une, celle des Contents, s'était 
constituée tout exprés pour fêter le ma- 
riage de l'un de ses membres. Sanuto, 
Diarii, vol. VI, 99, VII, 161, XXXVII, 

257- 

Ce fut précisément à cause de l'abus 
qu'on fit de cet usage qu'il disparut vers 
la fin du xvn" siècle. De Gubernatis, 
Usi natalizi, p. 185. 

4. — RicoTTi, Storia délia Monarchia, 
vol. I, p. 113. 

5. — De Gubernatis, lac. cit. 

6. — La loi spécifie que le père est res- 
ponsable pour son fils et le mari pour sa 
femme avec cette réserve que l'amende 
serait prélevée sur sa dot. Règlement en 
date de l'année 1362, Rub. xxviv, Ar- 
chiv. stor. Italiano, Vieusseux, ser. I, 
vol. X (1H47;, Doc, p. 102. On retrouve 



la même défense dans les statuts de Bo- 
logne, L. Frati, p. 274; dans ceux de 
Florence, Staiitti del Podestà de 1355, 
Liv. III, art. XXX, fol. 12,0 (Archii-io di 
Stato). « Délia pena di chi gitterà piètre 
al tempo délie noze. — Se alcuna per- 
sona gittera sassi nella casa o alla casa 
dalcuno nel tempo délie noze che si fa- 
cessero in cotale casa sia condannato 
per messeï-. Potestà in liv. X. picc. Et li 
cappellani del popolo nel quale gittati 
sieno li dctti sassi sieno tenuti e debbano 
denunziare a messer lo Potesiade quelli 
che giiieranao li deiti sassi.... Le pre- 
deite cose messer lo Potestiide le faccia 
bandire lo primo mese del suo reggi- 
mento. » Les statuts de 1415 reprirent 
cette prescription. Statiita Populi et 
Comnittnis Florentiae, vol. I, lib. III, 
rub. 167, ed. Fribourg, 177H, p. 371. . De 



BERCEAU ET COFFRE DE MARIAGE. 




BKKCKAU. 

Musée des Arts décoratifs. iPhot. Sauvanaud. 




COFPKK DE MARIAGE, DÉCORE TAR MONTEONA l?l 

Milan. Musoc Poldi-Pczznli. il'hul. .Vndcrsiin.i 



LE MARIAGE. COUTUMES LOCALES. 



69 



permises; c'était même le rôle de la promtba, de la marraine de l'épousée, de refaire 
son lit comme de la déshabiller ensuite'. 

Depuis longtemps ces pratiques existaient; en 750, le roi lombard Astolf dut 
interdire de jeter de l'eau sale et du fumier aux nouveaux mariés'. 

Dans certaines villes, on profitait de la nuit qui suivait une noce pour accrocher 
une branche de lierre ou bien une cage vide faite en corne de bouc à la porte des 
maisons dans lesquelles vivaient des ménages où l'on avait des raisons de croire que 
l'un des époux trompait l'autre'. 

Le mariage était quelquefois précédé, en dehors de la cérémonie des fiançailles, 
par un acte qui engageait définitivement les parties. Ainsi, au xV^ siècle, lorsqu'on 
concluait un mariage entre enfants, ce qui était souvent le cas, on faisait entrer pour 
un instant le garçon dans le lit de la fille ; c'était une marque de la prise de possession 
et un sûr moyen d'écarter pour l'avenir les prétentions de tout autre postulant. Giro- 
lamo Riario, neveu du pape Sixte IV, en usa ainsi quand il vint à Milan, en 1474, 
prendre pour femme Caterina Sforza qui n'avait que neuf ans-*. Parfois même cette 
formalité s'accomplissait par procuration. Le frère de Galeazzo Sforza, venu en France 
pour épouser en son nom Bonne de Savoie, prit place à côté d'elle dans son lit «: sui- 
vant la coutume du temps », afin que l'union fût réputée accomplie et indissoluble ^ 
Ordinairement deux ou trois des parentes de la fiancée étaient présentes. Au dire 
d'un ambassadeur milanais, la même coutume aurait existé en France^. Elle semble 
avoir été admise à Naples'. 

Un serrement de main était plus souvent le gage de l'union; le chroniqueur 
Nicola Spéciale parle de ce préliminaire en relatant la première rencontre entre Fré- 
déric l" d'Aragon, et Éléonore, fille de Charles II, roi de Naples, laquelle eut lieu à 
Messine en l'an 1303. « Dès que le roi aperçut la princesse, dit-il, il s'avança vers elle 
tandis que les gardes et ceux de ses gentilshommes qui l'avaient accompagné s'écar- 
taient, ainsi que ie veut l'usage. Éléonore tendit la main au roi, mais timidement et en 
rougissant beaucoup, et tout aussitôt la retira. Le comte Catanezarii intervint alors et 
la pressa avec déférence de toucher dans la main du roi comme il convenait; elle 
résista un temps puis, la séduction qu'exerçait le roi ayant triomphé de sa pudeur, elle 



poena proiiceniis lapides tempore nup- 
ttarutn.... ^ Cf. A. de Gubernatis, op. 
cU., p. 159. Les statuts de Città di Cas- 
tello, Bibl. Cas. A<s V. 17, Liber slal. 
(1538), portent : 1 .Staiutmus et ordina- 
mus qiiod nulhts audeat vel présumai 
projicere lupidcm vel putredinem (sic) 
iiliquum vel facere aliquem rumorem ad 
domttm itlicuius nuptias ceïebrantis de 
die vel de nocte. » 

1. — De Gubernatis, p. 206. 

2. — < Pervenit ad nos quod Unm (/iiitlam 
homines ad suscipiendam Spunstim cu- 
jusdamSponsi cum paranympha et troc- 
tingis ijongfleursl ambulareni, perversi 
homines tiquam sordidam et stercora su- 
per ipstimjactassent. • Loi VLMUBATORI, 
Antiq. Ital., vol. ïl, col. m D, Jiss. xx. 



3. — Bouc, becco, a un double sens on 
italien. Gabriele Rosa, Dialelti, Cos- 
tumi e tradizioni nelle Provincie di Ber- 
ffamoedi Brescia, Brescia, 1H70, p. 270. 

4. — PiER Desiderio Pasolini, Cate- 
rina Sforza, t. I, p. 45. Cf. P. Ghin- 
ZONI, Usi e Cosfumi nuziali prînci- 
peschi, dans Archivio stor. LombarJo, 
an XV, mars 1888, p. log. La consom- 
mation du mariagfe avait lieu parfois 
devant témoins, et témoins illustres 
quand il s'ajïissait de mariées de haut 
rang;. Ed. Thuasne, U, 16S. Aussi .■Eneiie 
.^ilvii Ep. Senensis Hist. Rcriim Fride- 
rici Tertii.... 16S5, p. 84. 

5. — Pasolini, ut supra, t. I, p. 33, et 
t. ni, p. 22, doc. 55, p. 27, doc. 61. On 
avait parfois la précaution de mettre une 



epee nue entre l'epousee et son mari 
par procuration. Les fiancées de certaines 
parties du nord de l'Italie recevaient 
dans les mOmcs conditions leurs futurs 
maris. L. Cibrario, Delta Economia 
politica, I, 389. 

6. — Lettre du résident milanais Zanonc 
Corio au duc de Milan, rapportée par 
Ghinzoni, ubi supra. La date qu'il 
donne pour cette lettre, le 19 décembre 
1465, est erronée, car il s'açit du ma- 
riage de Pierre II, duc de Bourbon, après 
la mort de son frcrc Jean, le sire de 
Beaujeu, avec Anne. Hlle de Louis XI, 
lequel eut lieu en 1474, alors qu'Anne 
avait douze ans. 

7. — MURATORI, Jî. Italie. Script. 
t. XXI, col. 1079 B. Année 14IS. 



7" 



LA FEMME ITALIENNE. 



lui abandonna sa main et le peuple se réjouit fort et poussa des cris demandant au ciel 
de bénir les époux. Pour le roi, après avoir pressé la main de la princesse, il se retira 
satisfait. Le mariage fut béni ensuite à l'église, et le cortège se rendit au palais. » Le 
chroniqueur ajoute que les vêtements portés en cette circonstance par le roi et la 
princesse furent donnés aux mimes et aux histrions qu'on avait convoqués pour 

divertir l'assistance'. 

La tradition de Vhnpalniamento, du serrement de main, se continua longtemps; 
on l'observait encore à Rome à la fin du xvii'^ siècle; Vimpalmamento avait lieu huit 
jours avant la célébration du mariage = . 

La tradiictio, c'est-à-dire l'entrée de la femme dans la maison de l'époux se 
faisait à Gênes comme dans bien d'autres villes, avec un certain apparat et était consi- 
déré comme la consécration de l'acte de mariage; quand cette cérémonie n'avait pas 
été accomplie pour une raison quelconque, mention en était faite dans l'acte notarié. 
A partir du xvr' siècle, elle donna lieu à un grand déploiement de faste que le 
règlement somptuaire de 1571 eut pour objet de modérer. Toutes les personnes qui 
y avaient pris part recevaient des bourses remplies de confetti'. 

Quant au baiser, d'antiques traditions en rendaient l'usage courant comme gage 
de la libre intention qu'avaient les époux futurs de s'unir. Constantin avait établi que, 
le baiser échangé, l'une des parties avait droit à la moitié des biens qui devaient consti- 
tuer la dotation^. La plupart des législations municipales, surtout dans le centre et dans 
le midi de l'Italie, où le droit romain demeura en vigueur, conservèrent cette coutume. 
A Naples, par exemple, la jeune fille qui avait reçu le baiser devait être mise en pos- 
session de la moitié des biens promis, « parce que, par le baiser, la chair était à moitié 
corrompue' w. Il en était de même à Rome. Dans les actes de mariage, il est presque 
toujours noté que l'union a été consacrée annula et osculo; il en fut ainsi dans le 
mariage de Caterina Sforza dont il a été parlé plus haut. Le baisement était une céré- 
monie que l'on entourait d'un certain apparat. Dans une chronique modenoise^, on lit 
qu'un certain Tirmingnan épousa Francesca et qu'auparavant le fiancé se rendit chez 
son père et là, ayant reçu la dot s'élevant à cinq cents écus, il lui toucha la main et 
l'embrassa en présence dudit père et de nombreux témoins. Elisabetta, fille du comte 
Pirro Malvezzi était promise à Cesare di Cristoforo Caccianemici; il vint la chercher 
dans la demeure de son père, accompagné de trois cents cavaliers; elle l'attendait, 
vêtue d'une robe cramoisie, toute garnie de passementeries d'argent, avec un collier 
de perles au cou et deux bijoux, l'un sur la tête, l'autre à la poitrine. Arrivé au seuil de 



1. — MURATORI, R. Italie. Script., 
vol. X, col. 1048. Lib. VI, cap. XIX 
et XX. 

2. — Mariage d'Egidio Colonna, duc 
d'Anticoli, avec Tarquinia, nièce du 
cardinal Faluzzo Altieri (1672). Ade- 
.MOLLO, Il Mairimonio di snor Marin 
Pulcheria, Rome, 1883, p. 35. 

3. — Staglieno. p. 26. Bf.lgrano, 
Giornate Ligustico, an. XIV, 1. XI-XIl, 
1887, p. 446. 



4. — Cod.Jusi., V. m, 16. Ed. Kruk- 
GER, Berlin, 1877, p. 194, col. 1. « Si ab 
sponso rébus sponsœ donatis îitterve. 
niente osciilo... » Même texte dans Cod. 
Theod., m, V. 5. Ed. Godefrov, Leip- 
zig I, 36, I. p. 307- 

Wirhsamkeit..., Berlin, 184S, p. 104, et 
l'article de Ta.viassia intitule Oscutum 
inttrvetiiens, dans Rivista Storia Ita- 
liiiua, Turin, 1885, II, 241 et suiv. Ci. 
Du Cange, IV, 1410. 



5. — Constietiidines Neupolitantr, Ve- 
nise, 1588, p. 255. 

6. — Cronaca Modenese di Tomniasino 
dei Biunchi delio di Lancellotti, dans 
Memorie di Storia putria délie Prov. 
Modenesi, Parme, 1865, vol. III, p. MOI. 
On lit dans Graevius, II, I, 513 : 
' EJus. Malacensis..., quibus rogatis, 
annulum viro porrexit quem digito spon- 
iue induit simtilque osculo uxorem aguo- 
vit. • Mariage de Gai. Sforza (.1489^ 



CÉRÉMONIES ET FÊTES. 



la maison, Cesarc l'embrassa publiquement, puis les réjouissances commencèrent 
{19 janvier 1472)'. Gio. Galeazzo Sforza voulut donner le baiser traditionnel à Isa- 
belle d'Aragon quand il se présenta à elle pour l'épouser, mais ils étaient à cheval l'un 
et l'autre et leurs montures ne le permirent pas'. Cette même coutume existait à 



Veni 



se 



Les mariages n'avaient jamais lieu un mercredi, car le mercredi était tenu pour 
un jour néfaste ainsi qu'en fait foi un dicton fort répandu en Italie ; on le retrouve 
dans chaque dialecte sous une forme un peu différente mais le fond en reste partout 
le même et il est partout aussi désobligeant pour la femme : 



Sposa mercorina è peggiore délia britia. 

Sposa mercorina fa andare il mariio alla ruina. 

La spiisa viajulina nu» se gode la cuvlina. 



ce qui veut dire 



L'épouse du mercredi est pire que la gelée blanche. 
L'épouse du mercredi conduit son mari à la ruine. 
L'épouse du mercredi ne jouit pas de la courtine 

(le lit nuptial ■•). 

A Venise, le dimanche était le seul jour où les jeunes gens pussent s'épouser, 
car les époux du lundi devenaient fous, disait-on, ceux du mardi tournaient mal, ceux 
du mercredi et du jeudi étaient également menacés d'un mauvais sort, ceux du ven- 
dredi mouraient avant qu'il fût longtemps, et le samedi était réservé aux veufs \ 

Le mois de mai passait également pour peu propice aux épousailles**; ce 
préjugé datait de loin, Ovide y fait allusion : 

Mense inalas maio nubere, 7'ulgus ait. 

< Les mauvaises femmes se marient en mai ". ï 



= CÉRÉMONIES ET FÊTES 

La solennité du mariage était entourée d'un grand apparat, surtout à l'époque de 
la Renaissance. Ce sont les plus brillants mariages, il est vrai, dont les chroniqueurs 
ont laissé la relation; des autres ils n'avaient cure, mais ceux-ci ne devaient en différer 
que par le montant de la dépense, et les traits généraux, le caractère, les circonstances, 
en étaient, selon toute apparence, sensiblement les mêmes. 

II est à remarquer, avant d'en donner la description, que la cérémonie religieuse 
y figure à peine, non pas qu'on n'y attachât point d'importance, mais parce que, durant 

'• — I- Frati, La Vita privula di Bo- Cf. De Gubernatis, Usi niitiali, p. 57. 7 — Le texte complet est : 

logna, p. 52. 3, _ MoLMKNTi, p. 458. Necvidtiaetaediseadem,necx-irginisapta 

*• — « Cum ea dtosciilimdne pairia 4. — DkGubernatis, t/sinucia/;', p. 194. Tempora; quae inipsit non diiilurna 

more manui inclinaret, os ori udiun- 5. — DoM GiusEPPE Behnoni, Tradi- [/"''■ 

iCere Princeps conatiis est, sed fero- zione po polar i V'enetiane, Venise, 1875, Hac quoque de causa, si le pra\frbia 

cieiile rquo sprs friislata. > Thésaurus Puntata IV, p. loS. [/<in^Hn<. 

Antii]. et Hist. Italiae, Jo. Gcorgr. 6. — HUTCHINSON, -Voir/oi'-i' Ciis/oiiis, .Hense iiwlas maio nubere, vul/rus ail. 

Gracvii, 1704, vol. H, part. I, col. 508. Londres, 1897, p. l'o. iFashs, V. v. 4HS-491.) 



72 



LA FEMME ITALIENNE. 



longtemps, elle ne servait pas de prétexte, comme les autres moments de la fête, à un 
o-rand déploiement de luxe ni à la réunion d'un nombreux concours d'assistants'. 

Dans le midi de l'Italie, la bénédiction nuptiale était donnée au lever du jour, puis 
on se transportait à la maison de l'époux; tout le monde s'y rendait à cheval, la femme 
en avant, entre les deux principaux membres de sa famille, le mari derrière^ Les 
fiancées de haut rang montaient un cheval blanc, tenu en main par deux pages vêtus de 
satin blanc; elles-mêmes étaient en satin blanc et couvertes de perles et de pierres 
précieuses, avec un diadème formé de feuilles d'or dans les cheveux'. Plus tard, 
au xvil'= siècle, le diadème fut remplacé par des coitïes en étoffe d'or ou par une 
barrette en velours noir. Le chemin était arrosé d'eau parfumée. Le banquet nuptial 
avait lieu dans la maison de l'époux; des récitations et des chants l'égayaient, ensuite 
on dansait. 

Le lendemain, les invités allaient féliciter les nouveaux mariés et leur portaient 
des présents, enxemianuptialia\ bagues, joyaux, vêtements. 

Quand il s'agissait de hauts personnages, les fêtes nuptiales duraient huit jours ; il 
y avait des joutes, des tournois, des luttes, des représentations théâtrales'*. 

En ce qui concerne Rome, voici de quelle façon le chroniqueur vénitien Sanudo 
décrit une noce à laquelle il assista en 15 18; la fiancée était nièce du pape régnant 
Léon X. « Elle fut conduite, écrit-il, à la maison de son futur époux sur une haquenée 
blanche, appartenant au pape et harnachée comme la sienne; ses yêtements étaient d'un 
luxe extrême, mais ce qui frappait surtout, c'était la grande quantité de perles et de 
bijoux qu'elle portait; cent cinquante personnes suivaient à cheval, en costumes écla- 
tants et somptueux ; ce n'étaient que des hommes et il n'y avait ni femmes ni servantes : 
six jeunes gens allaient devant, portant des manteaux très longs en peau de chamois 
rayés et marqués de points de la grosseur d'un grain de poivre. L'époux, entouré de ses 
parents et de ses amis, attendait à la porte de sa maison. La fiancée mit pied à terre : 
celui qui tenait la bride de sa haquenée reçut un ducat, une boîte de confetti et d'autres 



I. — La cérémonie religieuse avait 
même lieu parfois la nuit, à la lueur 
des flambeaux, surtout si c'était une 
veuve qui se remariait; toutefois le 
nombre des cierges était limité par un 
règlement (Naples). Ordinatiuues géné- 
rales de Frédéric UI établies à Messine 
en 1309, cap. xcviii. De solemnitatibus 
mtptiarum. « ....De nocie mttlus vadat 
ad niiptias vel honoretitr cutn blandoni- 
bus vel sine hlandonibus nisi niibenies 
sint vidnae ad qitas Uceitt ire cum eis ad 
ecclesias et deinde redire ad dortios sîtcis 
cum blandonibus usque ad sex qui sint 
sponsi et si'x sponsiie. a Ce qui est dé- 
fendu par ce règlement devait se prati- 
quer auparavant. Testa, Capitula Rc- 
gni Siciliae, Palerme, 1741, vol. I, p. 92. 
Si on rentrait aux flambeaux, il fallait 
les éteindre aussitôt le seuil de la mai- 
son franchi. 

Une lettre du pape Nicolas i" (S58- 
867), en réponse à la demande que lui 
avaient adressée les Bulgares au sujet 



des rites nuptiaux, fournit quelques in- 
dications sur la façon dont on procédait 
aux mariages à cette époque. On com- 
mençait par la cérémonie des fiançailles, 
qui était immédiatement suivie de l'é- 
change des anneaux et de la constitu- 
tion de la dot faite en présence des in- 
vités, puis on se rendait à l'église avec 
les présents qu'il était d'usage d'offrir à 
Dieu c par la main du prêtre », et alors 
les époux recevaient « la bénédiction et 
le voile céleste ». Ce n'était qu'à la sortie 
que l'officiant leur mettait la couronne 
qui était conservée dans l'église. Ces 
couronnes portaient des tours et étaient 
composées de fleurs. Muratori, Antiq. 
Ital., vol. n, col. 110, diss. XX, De Ac- 
tibus Mtilierum. Il rappelle que la cou- 
tume d'échanger des anneaux remontait 
au plus lointain passe. 
2. — A Lucques, les statuts de 1362 
défendaient aux femmes de monter à 
cheval dans la ville, les bourgs et fau- 
bourgs, excepte dans cette circonstance 



et lorsqu'elles se rendaient dans leurs 
demeures de la campagne. Minutoli, 
Archiv. iiior. Ital.. Ser. I, vol. X (1843), 
p. 103. 

3. — En 1440, Bianca. fille de Filippo 
Maria Sforza, vint à Ferrare au-devant 
du comte Francesco Sforza qu'elle devait 
épouser; quittant la barque qui l'avait 
amenée, elle monta un cheval blanc 
couvert d'une housse de drap d'or; elle 
portait un manteau d'étoffe flamande, 
couleur bleu, fourré d'armoisin. Mura- 
tori, R. Italie. Script., XXIV, 191, 
Diario Ferrarese, Cf. p. 246, an. 1473. 

4. — Du Gange, voir Encuenium et 
Excniitm. Cf. contrats rédiges à Palerme 
en 1293-1299 dans V Archiv. stor.Sicilia- 
no, nouv. ser., an VIII (1883), p. 178. 

5. — Salvatore Salo.mone-Marino, 
Le Pompe nuziali ed il Corredo délie 
donne Siciliane nei sec. XI V, XV e X VI, 
dans Archiv. storico Siciliano, Nuova 
ser., vol. I (1S76J, p. 2aj. Cf. Bagliom, 
Vsi de' Fadovani ne' luro Matrimonj. 



COSlf MJ-S Di: ll.WCFFS. DF FEMMLS MAliUlFS; FT DF VFfVFS. 



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I lANCKE AVKC I,K MAITRE A DANSF.K 

G. Franco, Habili. \'t;nise 1614. 



I-E.M.ME MAHIEE HOHS UE CHEZ ELLE 

G. Franco, Hahiti, Venise 1614. 




M-.M.MK MAKIKE CHEZ ELLE 

G. I-'ianco, Hahiti, Venise 1614. 



VKIVK 

G. Fianco, Hahiti. Venise 1014. 



CEREMONIES ET FETES. 73 

sucreries. Le « compère de l'anneau » ou paranymphe présenta alors à la fiancée une 
tasse de miel et lui en offrit dans une cuiller, ainsi qu'à son fiancé. Telle est la coutume 
à Rome. On connaît ce qu'il adviendra du mariage à la façon dont chacun mange sa part, 
aussi toute l'assistance montre-t-elle à ce moment beaucoup de curiosité et se livre-t-elle 
parfois à de plaisantes remarques. » 

Tandis que la fiancée mangeait le miel le plus adroitement qu'elle pouvait, on 
tenait au-dessus de sa tête une épée nue affilée, afin de lui rappeler les dangers auxquels 
s'exposent les femmes qui ne respectent pas scrupuleusement leurs devoirs'. Après 
quoi, elle se rendit avec les assistants dans une salle toute garnie de tapis et d'étoffes de 
soie, où une harpe, un tambour et des cymbales composaient un orchestre. On dansa, 
« non des danses vives et brillantes >/, mais des pas mesurés et tranquilles. Le banquet 
vint après'; on réserva à la fiancée la tête des oiseaux et des poissons qui furent 
présentés'. 

A Venise, ville qui l'emportait par le luxe et le goût des plaisirs sur toutes les 
autres villes de l'Italie, les mariages eurent plus de pompe et d'éclat que partout 
ailleurs. 

L'annonce en était faite dans la cour du palais ducal, oiî se tenait le fiancé pour 
recevoir les compliments de chacun; le lendemain il se rendait dans la maison de sa 
future et montait dans une salle du premier étage ; là, les hommes de sa famille venaient 
le rejoindre; quand il y en avait un nombre suffisant, le paranymphe, « le compère de 
l'anneau », dont le rôle était très important dans les mariages italiens, les faisait ranger 
contre la muraille et allait quérir la fiancée. Elle paraissait sous sa conduite, toute 
vêtue de blanc ou d'une étoffe couleur paon, avec les cheveux tombant sur les épaules 
et entremêlés de fils d'or, faisait le tour de la salle en adressant des révérences à tous 
les assistants, puis se mettait à danser tranquillement, ballava placidaniente, au son des 
fifres, des tambourins et des trompes. Après s'être ainsi montrée, de manière à faire 
valoir tous ses avantages, elle se retirait sans avoir dit une parole, ce qui était sans nul 
doute assez souvent une sage précaution. Quand d'autres parents ou amis du fiancé 
avaient remplacé les premiers arrivés, la même présentation recommençait-*. Parfois, 
c'était le maître à danser qui remplaçait le paranymphe \ 

Vers le soir, la fiancée reparaissait, entourée de toutes les femmes de sa parenté, et 
montait dans une gondole où un siège élevé, tout couvert de tapis, lui avait été préparé; 
sous peine d'être la risée du populaire, son gondolier devait porter un costume brillant, 
et avoir des bas rouges; d'autres gondoles suivaient, emmenant le cortège, et l'on allait 
de couvent en couvent visiter celles des parentes de la nouvelle épousée qui étaient 
nonnes. Or, il n'était point de famille qui n'en comptât plusieurs. 

I. — Cette portion de la cérémonie était 3. — Sanuto, Diurii, vol. XXVI, col. McJicis. Jbiii., p. iSj. 

rarement omise; on tendit l'épée sur la 253. Brantùme, IX, 93, parle d'un 4. — Sansovino, Veneeia Nobilissima. 

tête de Lucrèce Borgia lors de son détail particulier de la cérémonie en Venise, 1663, p. 401. Mutinki-U, Drl 

deuxième mariage, mais elle ne tira, ce ce qui concerne Viterbc et rapporte. Costume Veiieîiniio, cap. vu. Sanuto, 

semble, de cet avertissement qu'un loin- à ce sujet, certaine supercherie des Diarii, vol. VII, col. 161. On trouve 

tain profit. Grkgohovius, Lticrice Bor- femmes romaines. Il cite une singulière d'ailleurs dans Sanuto bien d'autres dcs- 

gia, trad. française, t. I, p. 209. précaution que prit à l'égard de sa criptiona de mariages, dont ou a cite 

a. — Usera parlé plus loin en détail des femme f.hristine, fille de f.harlesIII. duc plus loin quelques-unes, 

banquets nuptiau.\. de Lorraine, le duc Ferdinand 111 Je S. — Sanuto, Diarii, XXXVII, 445. 

10 



74 



LA FEMME ITALIENNE. 



La fête, dont le compère de l'anneau réglait l'ordonnance et payait les frais, avait 
lieu un peu plus tard; la partie essentielle en était un banquet pendant lequel on offrait 
aux convives force confitures, friandises et autres sucreries. La mariée était ensuite 
présentée au doge. Cette obligation fut toutefois remplacée, en 1501, par l'enregistre- 
ment du contrat de mariage dans le cas où la dot dépassait mille ducats'. 

Ce fut à partir du commencement du xvi<= siècle, à l'époque de la Renaissance, 
qu'apparut dans les fêtes nuptiales cette recherche habile, cette somptuosité délicate et 
merveilleusement chatoyante qui firent de toutes les manifestations de la vie élégante en 
Italie de si rares spectacles dont plus jamais l'humanité n'aura le charme. Certes, si la 
Grèce a possédé le sens de la grâce et de la beauté, l'Italie a eu le secret de la couleur. 

Témoin les noces de Paolo Contarini avec une nièce du doge Gritti (1525). Le 
fiancé, tout vêtu de noir, ainsi que ses frères, s'en fut chez sa fiancée après avoir reçu, 
suivant l'antique usage, les compUments des siens et de la plupart des patriciens dans 
la cour du palais ducal; elle parut, conduite par le paranymphe, mais ne dansa point. Le 
lendemain, on dansa, on écouta des poésies de circonstance, un banquet fut servi; il 
pleuvait; comme quelques-uns s'en chagrinaient, le doge expliqua que c'était signe 
d'abondance. Les divertissements durèrent jusqu'au neuvième jour quand eut lieu de 
nuit la bénédiction nuptiale; le cortège se rendit à l'église précédé de quatre hommes 
qui tenaient de grandes torches, de sonneurs de trompe et des fifres particuliers du 
doge; des soldats faisaient ranger la foule. La fiancée était en rouge; c'était, du moins 
à Venise, chose nouvelle et qui causa quelque surprise'. Cent femmes, appartenant 
à l'une et l'autre famille, l'accompagnaient; elles portaient pour la plupart de lourdes 
chaînes d'or et des rangs de perles. Après la cérémonie de la bénédiction, il y eut un 
nouveau banquet au palais du doge, à la suite duquel tous les convives montèrent sur le 
Bucentaure. On y dansa tandis qu'il conduisait les nouveaux époux au palais Contarini 
qui leur était destinée 

On fit mieux encore aux noces de Zilia Dandolo avec le doge Prioli (155 1). Le 
doge, escorté de soixante sénateurs revêtus de leur costume d'apparat, monta sur le 
Bucentaure après avoir passé sous plusieurs arcs de triomphe et se rendit au palais de 
son frère où l'attendait la fiancée. Dès qu'il parut, elle vint au-devant de lui. Elle portait 
un habillement « à la ducale >/, jupe de brocart, corsage d'étoffe d'or avec manches très 
amples, voile de Candie retombant sur les épaules; sa coiffure était composée d'une 
barrette en étoffe d'or, qui « avait la forme d'un croissant//. En raison du rang qu'elle 
allait occuper, elle dut jurer d'observer <" son capitulairo; après quoi, elle remit à 



I. — « Tout gfentilhomme, dit Mol- 
mcnti, op. cit., trad. franc., p. 270, était 
tenu de notifier son mariage dans le 
terme d'un mois devant les trois Avo- 
gadori di Comun, en produisant pour 
témoins deux de ses parents et deu.\ de 
la mariée, lesquels devaient déclarer la 
condition du père de cette dernière. En 
effet, les fils d'un patricien et d'une 
bourgeoise étaient inaptes à faire partie 
du grand Conseil, si, avant le mariage. 



leurs parents n'avaient pas fait examiner 
le contrat par VAvogheria qui devait 
s'assurer de la legimité de la mère, du 
père et de l'aïeule de la mère. Le noble qui 
épousait une esclave, une servante, une 
paysanne « ou toute autre personne de 
basse et abjecte condition ', était dé- 
chu, ainsi que ses enfants, de ses titres 
et prérogatives, et devenait un simple 
bourgeois. • 
2. — Lorsque Elisabeth, tille du comte 



Pirro Malvezzi, épousa, en 1472 (19 jan- 
vier), Cesare di Cristoforo Cacciane- 
mici, elle portait une robe rouge cra- 
moisi garnie d'argent. Le costume des 
mariées n'était fixe par aucune règle; il 
était parfois de brocart d'or. L. FraTI, 
La Vita privatii di Bologna, p. 52. 
(Mariage de Giovanna Ludovisi, en 
1471.) Tantôt il était blanc, comme il 
a ete dit plus haut. 
y — Sanuto, vol. XXXVH, col. 470. 



CÉRÉMONIES ET FÊTES. 75 

chacun des conseillers présents une bourse d'or. Cependant les gondoles et les barques 
arrivaient de tous côtés, couvertes de damas et de velours; chaque art avait envoyé les 
siennes à ses armes; l'art des orfèvres était représenté par quatorze gondoles. La 
nouvelle dogaresse prit place sur le Bucentattre, où un trône lui avait été dressé, et 
aussitôt il se dirigea, avec son cortège d'embarcations, vers la place Saint-Marc, qu'on 
avait entièrement tapissée d'étoffes blanches. Les représentants des arts descendirent 
d'abord, précédés de leurs massiers et de musiciens, puis vinrent les hauts personnages 
vêtus de soie, de velours ou de satin, et les femmes, au nombre de deux cent trente- 
cinq, entourées par les écuyers et les hérauts du doge; elles avaient des vêtements de 
tabis blanc et de velours, et étaient ornées de superbes bijoux; vingt et une matrones les 
suivaient en noir et voilées; la femme du procurateur de Saint-Marc, l'un des plus hauts 
dignitaires après le doge, marchait seule derrière elles; puis venaient le grand chan- 
celier, les parents du doge, ses sœurs habillées de blanc, enfin entre deux conseillers 
la dogaresse; son long manteau de velours était soutenu par un caudataire. Durant la 
cérémonie, on chanta « des chants d'hyménée et de grâce », la nouvelle épouse prêta 
une seconde fois serment; elle monta ensuite au palais par l'escalier Foscara' et reçut 
l'hommage des divers arts, dont les membres avaient pris place dans des salles sépa- 
rées; les barbiers lui offrirent une collation; les orfèvres et les tailleurs leurs vœux; la 
grand'salle, où elle se rendit ensuite, était pleine de gentilshommes et, chose singu- 
lière, « de masques bizarrement accoutrés ». 

La nuit venue, le palais fut illuminé; trois cent soixante hommes ayant un 
costume uniforme et portant chacun un plat d'argent chargé de confetti, firent le tour 
de la place accompagnés par cent enfants qui tenaient des torches allumées et par 
vingt-cinq hommes munis de bâtons « en signe de commandement » ; ils revinrent aux 
sons de la musique présenter les confetti aux invités qui avaient pris place autour de 
tables nombreuses, dans l'intérieur du palais, tandis que pour divertir le peuple et le 
dédommager des confetti qu'on avait promenés sur la place et dont il n'avait pas 
eu sa part, on tirait un feu d'artifice. Le banquet fut suivi d'un bal qui dura toute la nuit. 
Le lendemain, les bouchers organisèrent un combat de taureaux". 

Le même déploiement de luxe se retrouve partout à cette époque; à Bologne, une 
noce coûtait mille écus, voire six mille^; il en était de même à Palerme^ Lorsque 
Éléonore d'Aragon épousa à Rome, en 1473, le duc de Ferrare, Hercule I*', son 
parent, le cardinal de Saint-Sixte ' dépensa, pour lui faire honneur, une somme consi- 
dérable; le banquet surtout étonna par sa splendeur. « On n'aurait jamais imaginé, dit 
Infessura non sans quelque malice, que l'Église de Dieu possédât tant d'argenterie*". » 
Ce banquet dura sept heures, de huit heures du matin à trois heures de l'après-midi 

I- — Le dof^e Francesco Foscari fit à l'occasion des mariages, de faire Ubage lui avait donne Niccolo da Casola : 

restaurer le palais ducal et construire de tambourins, de trompes et autres ins- • Boloignc la grasse fu apcleï... » 

l'escalier qui porta son nom (1497). Il truments de musique. Fabio MuTiNKLLl, 4. — Arcltii: sior. Siciliano, Nuova 

fut détruit en 1602. Venezia e le sue Lu- Lessico Veneto, Venise, 1851, p. 322. série, vol. I, p.w. W. Année 156J, œa- 

gunt, sans nom d'auteur, et Antonelli, 3. — Diario Bolognese di Jacopo Ra- riage des deux filles du vice-roi Gio- 

Venezia, 1847, vol. H. part. H, p. 345. nieri, Bologne, 1887, p. 55; L. Frati, vanni La Cerda. 

2. — SaNSOVINO, Venezia Nobilissimu, La Vita privata di Bologna, p. 56. 5. — Pietro RIario appelé fraie Pirlro. 

1663, lib. X, p. 418. Un décret rendu en Années 1464, 1540, 1609. Bologne vou- Giacconio, Vila ponfif., UI. 41. 

1562 défendit de tirer de» feux d'artifice lait mériter le surnom de gT^assa que 6. Infessura, éd. O Tommasini. p. 7". 



76 



LA FEMME ITALIENNE. 



« bien sonnées ». Les veaux entiers, roulés dans du blanc-manger, succédèrent aux 
moutons dorés et à d'innombrables poulets, canards, faisans, puis parurent des pâtés 
gigantesques d'où sortaient des animaux vivants et des enfants'. 



LES BANQUETS 



Les banquets étaient, en effet, au temps de la Renaissance comme au Moyen Age, 
le luxe préféré des Italiens et celui pour lequel ils faisaient le plus volontiers des 
dépenses inconsidérées, et ce n'était pas tant peut-être à cause du plaisir de la table 
que pour les intermèdes, les divertissements variés dont ils étaient assaisonnés. Au 
début, ils furent simplement d'une incroyable abondance. 

Lors des noces du marquis Boniface avec la duchesse Béatrice, en 1039, on broya 
les arômes, non dans des pilons, mais dans des moulins, et on remplit de vin des puits; 
les mets étaient apportés par des serviteurs à cheval, sur des plats d'argent. Ce 
furent de vraies noces de Gamache. Il y eut fête pendant trois mois-. 

Plus tard dans les banquets, comme dans toutes les fêtes italiennes, la délicatesse 
remplaça la prodigalité, le goût l'emporta sur le faste. 

Au cours du banquet de noce de Catherine Sforza avec Girolamo Riario, en 1477 
(Rome), on amenait entre chaque service un char de triomphe d'où sortait un enfant 
qui débitait des vers ou bien faisait des drôleries pour empêcher les convives de s'en- 
dormir, et ce n'était point une précaution inutile, ajoute le narrateur". Il y eut des ban- 
quets mythologiques. L'un, entre autres, fut d'ingénieuse invention. Jason mit la 
nappe, car ce fut lui qui s'empara de la toison d'or et, tout en la déployant, il chanta 
cet exploit. Apollon offrit ensuite du veau aux convives en rappelant son voyage sur 
terre et comment il avait été gardien de bétail; Diane présenta un cerf qu'elle expliqua 
être le malheureux Actéon et elle ajouta qu'elle ne pouvait lui donner de plus belle 
sépulture que le corps de l'épousée; puis vint Orphée qui servit les oiseaux que sa lyre 
avait attirés; Iris, messagère de Junon, apporta des paons, et Hébé versa le vin, tandis 
que le Romain Apicius, que sa gourmandise rendit célèbre, portait le sel qui rend les 
mets délectables. Les pasteurs d'Arcadie faisaient circuler des vases pleins de lait, et 
Vertumne et Pomone des plats chargés de fruits ; Mercure descendit des cieux pour 



1. — Ce banquet, qui fut fameux en son 
temps, a été minutieusement et prolixe- 
ment décrit par l'académicien romain 
Emilio Boccabella, client du cardinal 
de Saint-Sixte (Cod. Vai. Urb., 707, 
c. 14) et par Porcella Pandone, égale- 
ment académicien (Cod. Vat. Oiioho- 
niano, 2280). Ces deux relations se 
trouvent dans l'article de Corvisieri cite 
plus loin II Irionfo Romano ili Eleo- 
nom d'Aragona. 

2. — MURATORI. E. Italie, script., vol. 
V, p. 353- DoNizONE, Vila Mathil- 
dis Comitissue, cap. IX. Uefendente 
Sacchi, Antichitù romanticlie d'italiu. 
Milan, 1828, t. U, p. 51 : 



Per menses ternos Jittnt conviviii, vero 
Non ibi pigmenta tritantiir, sed quasi 

[spelta 
Ad cïtrutn Untphae molendinaiitur ibi- 

[dem ; 
Gtirgiiede pitteipotus trahiiurtjtie Lyaei; 
Ex alio piiîeo rejluebai poiio vero ; 
Sitiila pendebai ex ar gentovr catena 
Cum qitibtts hauritur ditlcissima potio, 

[vinitm; 
Obbos vel lances ad mensani fert equiis, 

[aligne 
Argento splendent anro quoque vascula 

[niensae ; 

Tinipana lhwi cithoris, stivisque, lyris- 

[qne soutint hic 



Ac dédit insigtiis Ditx praemia maxima 

[nimis. 
3. — Pasolini, Cttierina Sforza, t. I, 
p. 83, et t. m, Doc. 105. On représenta 
aussi l'histoire de Médé, les travaux 
d'Hercule, la mort du Minotaure, et 
l'on dansa des Moresques, puis il y eut 
une représentation théâtrale. Sur di.v 
convives, dit le narrateur, il y en aurait 
bien eu neuf qui se seraient endormis 
sans ces divertissements. Aux noces de 
Lucrèce Borgia, il y eut également 
des intermèdes, dont quelques-uns fort 
lascifs, dit Infessura. Gregorovius, 
Lucrèce Borgia, trad. française, t. I, 
p. 223, et Infessura, p. 2S6. 



MÉDAILLES, A 17 SIECLE. 




Jftcob.x Coirigia. 



Faustma Sforza, 

par Pictro Paolo Ronuiio. 



bicuiiurc a Ar.t^on, aui.iic»>c Je Feniic, 

femme d'Hercule !•• (M7î). 



CATUNKT OK KKANCK 



LES BANQUETS. 



77 



annoncer aux époux que leur bonheur serait sans fin; la Foi conjugale, tenant dans le 
bras gauche un levreau et toute vêtue de blanc, offrit à l'épousée un collier de jaspe et, 
pour lui montrer l'avantage qu'il y avait à suivre la voie de la fidélité, Médée, Sémi- 
ramis, Hélène et Cléopâtre, les grandes pécheresses de l'antiquité, parurent sur son 
ordre et racontèrent leurs tragiques aventures'. 

Parfois on présentait entre chaque service les présents offerts par l'époux à sa 
fiancée'. 

Le menu se composait de viandes, de légumes, de friandises combinés et accom- 
modés des façons les plus étranges. On servait des porcs dorés' de la bouche desquels 
sortaient des flammes, des canards et des carpes ensemble, du bœuf et des esturgeons, 
des poulets et des tanches, des pâtés faits de viande mélangée de sucre et de fromage, 
de la gélatine, des lamproies, des chevreaux, des paons rôtis, des lapins, des pâtisse- 
ries". Il est vrai que, souvent, les convives contribuaient à l'abondance du menu; il 
fallut interdire par une loi, à Florence, d'envoyer plus de huit livres de veau ou bien 
plus d'un chapon et une oie par personne, mais chacun était libre de fournir autant de 
gélatine, de pâtes et de dragées qu'il lui plaisait'. Le veau passait pour une viande de 
choix; dans les règlements somptuaires, il est réputé être l'équivalent de deux viandes. 

Au point de vue de la chère qu'on y fit, le banquet qui eut lieu pour le mariage de 
Trivulce, l'allié de Louis XII et de François I", avec Béatrice d'Avalos d'Aquino 
(1488), peut servir de type. D'abord on apporta de l'eau de rose pour que les convives 
pussent se laver les mains, puis des pâtisseries composées de pigeons et de sucre, des 
massepains d'amandes et d'autres sucreries, le tout bien doré. Le deuxième service se 
composa d'asperges d'une grosseur extrordinaire et comme ce n'en était point du 
tout la saison, chacun s'émerveilla fort. Le troisième service fut de figues. Le 
quatrième de perdrix rôties garnies de sauces. Le cinquième de têtes de veau et de 
têtes de bœuf servies avec la peau, dorées et argentées. Le sixième de chapons et de 
pigeons, de porcs et de sangliers, accompagnés de potages. Le septième, d'un mouton 
entier rôti, arrosé de bouillon de bœuf. Le huitième, de tourterelles, de perdrix, de 
faisans, de cailles, de grives, de becfigues, entourés d'olives. Le neuvième, de poulets 
cuits dans du sucre et baignés d'eau rose. Le dixième, de cochons de lait dont chaque 
convive eut un. Le onzième, de paons assaisonnés de diverses manières. Le douzième, 
d'un gâteau fait de farine, de sauge, de sucre et de lait. Le treizième, de coings au 
sucre, d'artichauts et de cannelle. Le quatorzième, de pâtisseries au miel et au sucre. 



1. — Sacchi Dekendknte, Antichità 
romaniiche, Milan, 1829, t. U, p. 49, 
Mariasse de Gio Galcazzo Sforza avec 
IsabcUa d'Aragon (1489). Cf. Chronique 
de Tristano Chaici dans Graveii, Thés. 
Antiq. liai., vol. U, p. I, c. 49g et seq. 

2. — MUHATORl, Antiq. M. .-El;/, vol. 
V, col. 1187, cap. XLix. Mariage de Vio- 
lante, fille de Galeazzo U Visconti, 
avec Lionel d'Angleterre (1366). 

3- — On dorait volontiers les viandes 
au Moyen Age ou on les arpentait ; cette 
coutume subsistait à Rome à la tin du 
XV siècle. Banquet nuptial d'Élcunorc 



d'Aragon (1473). Archîv. soc. Koin. tli 
sloria pairia, vol. X, p. 649. 
4. — Mariage de Violante. Le chroni- 
queur était un poète, Aliprandi et peut- 
être en cette qualité .i-t-il cru devoir 
forcer la note. Muratori, Antiq., t. V, 
col. 1x87. Les relations de ces banquets, 
qui faisaient l'admiration des contem- 
porains se trouvent dans une foule 
de chroniqueurs. Voir, entre autres, IN- 
FKSSURA, éd. Tommasini, p. 77; Mura- 
tori, R. Italie. Seript., vol. XU, col. 
863, mariage de Marsilio da Carrara 
avec Béatrice da Corregio .^ Vérone 



(Ï334) j AUprandina sive ehronicon 
Maniuanum (.MuRATORl, Antiq. M. 
.lEvi, vol. V, col. 1169), cap. xxxv : 
« Corne I siffnori da Gonea^a 
fecero fiire una gran corte per tredonnf 
che nwnarono a marito. Corne furono 
faiti dont a quei sig-nori • (1340). Cf. 
Ihid., col. iaî7, pour le mariage de 
Francesco da Gonzagua avec Paola dei 
Malatesti. 

5. — Statuta Pop. et Com. Florentiae, 
an. 1415, publiés à Fribourg en 177S. 
Kub. VU : « De enseniis tion tnitiendia >, 
p. 371. 



7» 



LA FEMME ITALIENNE. 



Le quinzième, de dix espèces de tartes. Chaque service était apporté sur des plats d'or 
et d'argent et précédé de flambeaux et de cages contenant vivants des animaux de 
même espèce que ceux dont on allait manger". 

Les banquets étaient presque toujours accompagnés, soit de récitations, soit de 
représentations théâtrales entremêlées de chants. Quelle devait en être la fadeur, les 
titres seuls le laissent préjuger; aux noces d'Annibale Bentivoglio avec Lucrezia 
d'Esté, en 1487, on donna : « La lutte entre la Chasteté et l'Amour.' » A Rome, en 
1614, on joua, pour égayer un mariage, « l'Amour pudique' ». Fréquemment on choi- 
sissait des sujets mythologiques, le combat d'Hercule et des Centaures, les mésaven- 
tures d'Orphée, les noces de l'Olympe''. Quant aux déclamations, c'était le plus 
souvent le récit en prose grandiloquente, ou bien en vers, des hauts faits de la famille, 
auxquels le conteur entremêlait des incidents burlesques ou des saillies'. Quand on 
ne racontait pas ces hauts faits, on les représentait en scènes allégoriques peintes sur de 
grandes pièces d'étoffe qu'on plaçait devant la maison nuptiale*. 

Un des divertissements les plus curieux de ces fêtes consistait à enfermer dans 
une cage un homme et une chatte; l'homme, nu jusqu'à la ceinture et la tête rasée, 
devait agacer et exciter la chatte, puis la tuer sans faire usage ni des mains, ni des 
dents : ce jeu était fort en vogue au xv*^ siècle dans tout le nord de l'Italie ; on le nom- 
mait : « Le chevalier de la chatte — cavalière délia gatta », non sans quelque inten- 
tion badine'. On donnait ce spectacle aussi bien dans les mariages princiers que dans 
les mariages populaires et, plus le chevalier sortait mal en point de la lutte plus le 
plaisir des assistants était grand^. 

= CADEAUX ET TROUSSEAUX 

Les cadeaux de noces étaient fastueux; on a la description d'un trousseau 
composé en Sicile au xiv" siècle ; il comprenait des manteaux de fourrure, plusieurs 
robes dont une écarlate garnie de vair, une ceinture d'argent doré, de bijoux^. 



1. — Paolo Morigi, La NobiliU'i di 
Milano, Milan, i6ig, p. 353. 

2. — L. Frati, La Vita privata di Bo- 
logna, p. 53. 

3. — Le Cod. Vat. Urb., 1082, contient 
une description de cette pièce. Cf. F. 
Cerasoli, Diario di Cose Romane^ dans 
Docnmenti di Storia e Diritto, 1894. 
P 5- 

4. ■ — Dans certaines pièces, les divi- 
nités de l'Olympe jouaient des rôles co- 
miques; ainsi aux noces de Gio. Ga- 
leazzo Sforza avec Isabelle d'Aragon, 
que raconte le chroniqueur Tristano 
Chalci. Voir Graevii, Thés. Antiq. 
Ital., vol. n, p. I, c. 508 etsg., et Sac- 
CHI Defendentb, AnUchitàromantiche, 
Milan, 1829, t. II, p. 49; Cantu, Stor. 
Univers., huitième éd., Turin, 1858, vol. 

IX, p. 943. COSTANTINO CORVISIEBI a 

publié aussi une relation très étendue 
d'une de ses représentations dans son 



travail intitulé // Trionfo romano di 
Eleonora d'Aragoita (Archiv. R. di Sto- 
ria patria, t. I, p. 475-491 ; t. X, p. 629- 
6S7). D'ailleurs cette fête, dont il a été 
déjà parlé, a été racontée par plusieurs 
écrivains, car elle fit bruit. Infessura 
l'a décrite brièvement (éd. O. Tomma- 
sini, p. 77), Tu.mmulilus en a traite 
plus longfuement dans Noiabilia suor. 
Temp., publié par Cost. Corvisieri, Li- 
vourne, 1S90, p. 194, 203, ainsi que Co- 
Rio, Hisîoria di Milano, Venise, 1554, 
p. 417, et d'autres. 

5. — Cette mode se développa au xv 
siècle. Voir Bibî. Casaiiafense (Rome), 
Miscellanea, in-4, n. 666, 19, 23 et MoL- 
MENTI, La Vie privée à Venise, cap. vin. 
Sanuto, Diarii, vol. VII, col. 161. Ma- 
riage de Luca da Lecce (1507). 

6. — L. Frati, La VHa privata di Bo- 
logna, p. 52. 

7. — C. Ricci, Cronaca Bolognese di 



Pletro di Mattiolo, Bologne, 1885, p. 86; 
année 1401 ; M. Tabarrini, Descriziona 
del Convito e délie Feste faite in Pesa- 
ro.... Florence, 1870, p. 56; année 1475; 
A. LuziO et R. Reiner, liantova ed 
Urbino, Turin, 1893, p. 23; année 148S, 
mariage d'Elisabetta Gonzaga et de 
Guidobaido da Montefeltro. 

8. — A. Luzio et R. Renier, Mantova 
et Urbino, p. 23 rapporte une lettre, 
relative au mariage de Elisabetta Gon- 
zaga, où ce divertissement est raconté 
en détail. Le < chevalier » qui avait été 
sérieusement blessé, reçut un costume 
neuf et une pension de deux ducats par 
mois pour deux ans. Dans une autre 
lettre, il est parlé d'un « chevalier s qui 
eut la tête tout écorchée. Ibid., PuLCI, 
Il Morganie, Florence, 1574, p. 329, 
parle de cette coutume. 

9. — Archiv. Stor. Siciliano, Nouv. Ser. , 
an VIII (1883), p. 17S. 



CADEAUX ET TROUSSEAUX. 



79 



Au XV* siècle, la mode des trousseaux riches s'était encore exagérée. Un bour- 
geois de condition moyenne offre à sa fiancée une robe de damas blanc ourlée de 
martre, une jupe blanche bordée et garnie également de martre, une autre de drap 
blanc à manches étroites, une simarre de soie, blanc et azur, à manches de velours 
vert, une autre simarre, bleu turquoise, à manches de velours alexandrin, douze brasses 
de drap de Lucques, dix-sept chemises ouvragées, trente mouchoirs, dix petits 
mouchoirs à mettre dans la ceinture, une brasse de damas blanc, un bassin et une 
aiguière aux armes de sa maison, un livre d'heures, un collier de gros coraux, une 
ceinture grise garnie d'argent, six bérets de soie et quelques autres objets, le tout évalué 
par acte notarié à 165 florins. Il donne eu outre une perle de cinq carats évaluée 
quatre florins, un collier de perles avec des pendentifs d'argent doré, évalué quarante 
et un florins, un fermoir d'or enrichi de deux saphirs et de trois perles, évalué vingt-sept 
florins, des souliers, des bas roses, une image de la Vierge par Stefano Ji Francesco 
Mazuolini, évaluée cinq florins et demi, et finalement la couronne qui était une guirlande 
composée de plumes de queue de paon entremêlée d'argent et de perles (1448)'. 

Dans les mariages des grands seigneurs, tels que celui de Lionel d'Angleterre avec 
Violante dont il a été déjà question, les présents sortaient de l'ordinaire : c'étaient des 
selles dorées, des cuirasses, des éperviers de chasse, des faucons encapuchonnés de 
soie et retenus par des cordons d'or, et même des léopards". Le trousseau de Valentine 
de Milan fut estimé 68 858 florins ; la vaisselle plate pesait 8 marcs 5 onces ce qui 
représentait 8850 livres tournois'. 

En 1474, Francesco de Stampa, de Milan, donne deux cent soixante-quatre perles 
estimées huit cents écus d'or, quatre onces de perles disposées en cordons de vingt- 
quatre ducats, huit pièces de lin fin pour faire des chemises, avec de la toile grossière 
pour faire des bonnets, quatre pièces de toile à mouchoirs et dix-huit chemises, trente 
pièces de monnaie pour orner la coiffure, neuf livres et demie de fil de lin blanc, un 
grand et un petit miroir, trois peignes d'ivoire, un petit livre de prières avec sa garni- 
ture, un coffret, une ceinture d'argent doré avec un étui en argent doré, deux taies 
d'oreillers tissues d'or, six coussins verts en tapisserie, douze taies d'oreillers en fine 
toile de lin ornées de dessins, un vêtement de damas blanc avec une garniture d'or, un 
autre de drap noir avec des manches étroites ornées de perles, un autre en étoffe écar- 
late de Londres, avec des franges au collet, aux manches et dans le bas, une jupe de 
velours bleu et une autre de laine rouge, une paire de manches de brocart d'argent, une 



1. — G. GUASTI, p. 16. Lellere di Aies- 
sandra Macinghi ticgli Sirozzi, Flo- 
rence, 1877. 

2. — Le léopard était un .iiiimal de 
chasse comme le faucon ; on les élevait 
dans cette vue ; celui du prince Lodo- 
vico de Savoie, qui lui avait ete donne 
par le dogfc de Venise en 1418, avait un 
professeur attitré, mugister, dont les 
émoluments fîg'urent dans ses livres de 
compte. Le léopard était porte en croupe, 
sur un coussin, et tenu en laisse avec un 
cordon dt soie; ou lu lAchait au mo- 



ment opportun. 11 lui ai rivait toutefois 
de s'élancer hors de propos et de manger 
quelque chèvre qui broutait le longf de 
la route et dont il fallait rembourser le 
prix; et cependant, celui du prince de 
Savoie recevait 24 den. gr. de viande 
par semaine. « Libravit Calerine uxori 
Riiffini Burbery de Vigono pro emendo 
sue câpre per leoptirduin domini occise, 
j.fl. pp. ' — Ailleurs: • Pro ripara- 
ciotu: selle et cussigneti Iropardi... » 
cités par Vaccakonk, Bollethio del Club 
Alpinu liulianu, lyoi, p. 12. l'"inalcmcnt 



le léopard fut envoyé à Marie de Bour- 
gopne à Rumilly; comme on était en 
hiver, on lui confectionna pour la tra- 
versée des Alpes un vêtement fourre et 
un manteau vert. « Pro maniello et pro 
veste leopardi... pro factura vestis et 
iimutelli et p> o seplem pellibus de quibus 
fuit foderatu vestis leopardi. • Ibid. , 
p. 14. 

3. — J. Camus. La lVni«' <•« France de 
Valentine r/.<ci)n<i, Turin, i8«>S. L'inven- 
taire compte 213 numéros d'orfèvrerie, 
vaisselle d'or et d'arjjcnt dore, meubles... 



8o 



LA FEMME ITALIENNE. 



robe de soie bleue à manches serrées, brodée au collet ainsi qu'aux manches, une autre 
couleur de rose sèche, une autre d'étoffe couleur vert foncé'. 

Lucrèce Borgia reçut, lors de son premier mariage, une cuvette et un vase 
d'argent estimés huit cents ducats, des anneaux ornés de saphirs et de diamants, 
cinq pièces de brocart d'or, de la vaisselle en émail, un vase valant soixante-dix ducats, 
un vase de jaspe et d'argent doré'. Pour son troisième mariage avec le duc de Ferrare, 
elle eut deux cents chemises qui étaient garnies aux manches de franges d'or, et dont 
plusieurs valaient cent ducats, de l'argenterie pour plus de trois mille ducats'. Quand 
Rinuccini se maria, son père donna à sa femme une perle de neuf florins, son oncle un 
saphir de quatre florins, son frère un rubis balai de même valeur; un frère de Rinuccini, 
un autre rubis de huit florins... Elle reçut en outre huit anneaux d'or ornés de gemmes "i. 

En 1590, une noble Milanaise reçoit plusieurs garnitures de lit en damas cramoisi, 
en damas bleu turquoise avec franges d'or, en soie verte avec des lits à colonnes dorées, 
garnis de matelas de plumes et de coussins, des tapisseries de Flandre pour garnir 
deux chambres, six chaises de velours rouge et six de velours bleu, quatre tapis de 
table en cuir, trente tableaux, cinq candélabres, cinq coffres, dix caisses... ^ 

Maria Farnèse, qui épousa le duc de Modène en 1631, reçut entre autres choses : 
cent chemises de jour en toile de Flandre, ornées de dentelle au col et aux poignets, 
cinquante chemises de nuit de toile de Flandre, une matinée de batiste garnie 
de boutons d'or et de godrons à l'encolure et ornée de points de Gênes, quatre paires 
de chaussettes de coton, un voile pour communier orné de broderies d'or, des filets d'or 
« pour mettre la nuit quand on se lave la tête », six paires de chaussettes de soie, 
douze pièces de rubans de Milan brodés pour orner les tresses, douze cents pièces de 
rubans pour les chaussures; une robe de satin, bleu turquoise, avec manches à 
l'impériale tout ornée de broderies d'or et de parements également d'or, une paire 
de manches justes de tabis d'or brodées comme la robe, un capuchon de voyage 
en tabis à ondes,.... un coffret de corail avec clés de plomb et serrure, une chaise 
à porteurs, de bois ouvragée et argentée, une montre d'or ronde incrustée d'opales 
dans une bourse serrée par un cordon, une corbeille d'or toute pleine de pierreries, 
un vase de nuit en argent aux armes de la duchesse''.... 



1, — Cantu, VII, 20. I.e trousseau de 
Clara Sforza, qui se maria en 14S8, est 
naturellement beaucoup plus riche; les 
bijoux y sont nombreux et de prix, un 
collier de 317 perles de un ducat, une 
perle en forme de poire de ving-t et un 
carats, estimée mille ducats, une chaîne 
d'or à cinquante-quatre tours, du poids 
de quarante onces, Jhitt., p. 21. Cf. 
Trousseau de Elisabeîla Gonzagti (T488). 
R KNIF.R, Afun^oDa et Urbino, .•\ppendice I. 

2. — B'JHCARD, III, IH2. 

3, • — Gregorovius, Lucrèce Borgia, I, 

122, 37«- 

4. — Rinuccini, /^(CO»(i;, p. 254 (année 
I461). Le trousseau qu'elle apporta com- 
prenait : une cappe do damas g:arnie 
de perles et de frani,'es, une cappe de 
damas d'Alexandrie avec des manches 



ornées de fleurs, une cappe violette 
brodée de perles, une pamurre rose 
brodée de soie blanche avec des manches 
de satin cramoisi, une g-amurre de satin 
avec des manches de damas vert, une 
giornea de brocart blanc, douze che- 
mises, douze coiffes, vingt-cinq mou- 
choirs, deux grandes serviettes, une 
barrette de velours d'Alexandrie décorée 
de perles et de filigranes d'argent, une 
barrette de damas blanc, un fil de pater- 
noster, une ceinture de brocart violet 
garni d'argent, une paire de bas rouges, 
un bassin d'étain, un broc d'étain, une 
bourse d'or, un miroir.... 

5. — Milan, Archtvio di Stiito, Rcg. 
Panigarola, Lett. V, fol. i6i. 

6. — Naples. Arch.diSUito. ArcJi. Far- 
nèse Busta, 1328. Fas I. An. 1631. 



Matrimonie di Maria Farnese col Duca 

di Modena. 

" Parma. a Marco I631. 

< luventarit di tuile le robbe che la 
Srrma Sig"^ Principessa Maria Farnese 
ara Ducliessa di Moiliiia porta seco a 
marlto donateli da Madama Serma e 
Sermo Sig" Duca Odoardo Farnese siio 
fratello. >> 

Cf. Trousseau de Yolanda Margherita 
de Savoie, épouse de Ranuccio Farnese, 
28 avril 1660. Naples, Archiv. di Stato, 
Archiv. Farnese, Busta 1325, fasc. IX. 
— IMeubles : Tapisserie de velours cra- 
moisi à fond d'or, un lit à baldaquin 
garni de franges d'or et d'argent, six 
coussins du même velours que la tapis- 
serie; quatre grands plumets de plumes 
blanches pour garnir les coins du lit. — 



CADKAUX F.T TROUSSEAUX. 



8i 



Si l'on descend au xviu"' siècle, en 1764, on trouve des énumérations qui 
semblent d'hier. Ainsi la duchesse Enrichetta Gaetani reçut un coffret de porcelaine 
de Saxe, un carnet d'écaillé incrusté d'or, une bourse remplie de sequins, un '•' panier 
galant » dans lequel se trouvait de la blonde, une montre d'or coloriée à répétition 
avec une chaîne d'or, une breloque et une boîte en or et divers bibelots en or, des 
épingles ornées de brillants, une plume en brillants, un éventail orné de miniatures, 
des étofifes à fleurs d'or'... Un trousseau d'ouvriers était composé, à Rome, en 1581, 
de la façon suivante : Robe florentine, garniture moderne, avec ses manches, quatre 
paires de draps, huit chemises, une paire de serviettes, trois coiffures de soie rouge, 
un fil de petites perles, cinq anneaux dont trois avec des pierres fausses, une paire 
de chandeliers d'étain, deux coffres, un miroir, une robe de futaine ayant déjà 
servi, un simarre°. 

Ces présents étaient généralement offerts dans un ou dans plusieurs coffres ; 
c'étaient les coffres de mariage, cassoni ou forzieri, dont l'usage ne fut pas particulier 
à l'Italie, mais y prit une importance qu'elle n'eut pas ailleurs. Il n'y avait point de 
mariage sans coffre. Chaque région, chaque ville suivaient une mode particulière en 
ce qui les concernait; ils étaient blancs à Rome où, dans les contrats de mariage, il 
est sans cesse question de la capsa alba ; on y ajoutait généralement un bassin et 
un vase d'argent?. 

Dans le nord, ils étaient dorés et sculptés''. A Venise, on les couvrait de peintures 
souvent allégoriques, quelquefois grotesques; ceux qui en faisaient le commerce 
s'étaient établis, par faveur spéciale, sous les portiques de la place Saint-Marc ; un 
peintre fameux qui vivait au milieu du xvi'' siècle, Andréa Schiavone, travaillait 
pour eux'. A Gênes, l'industrie des coffres remontait fort haut; il existe un acte 
d'association conclu entre deux selliers en 1248, « pour fabriquer et orner les coffres 



Vêtements : Voir plus loin. — Argen- 
terie commandée à Paris : Douze chan- 
deliers, deux bassines pour la chaise 
secrète, un bassin pour cracher, un vase 
pour le bouillon, un urinoir, une bouil- 
lotte avec sa poignée d'ebéne. — Argen- 
terie ciselée : Une cassolette et un vase 
à parfum, une salière, quatre pots à 
poivre, à sucre, à huile, à vinaigre. — 
Vermeil : Vingt-quatre assiettes, quatre 
plats, un collier de trente-sept perles, 
une paire de gros diamants tailles de 
7458 carats, une paire de bagues, cent 
boutons en diamants, une selle de dame 
recouverte de velours bleu avec galon 
d'argent, une selle en velours ponceau 
brodée d'argent, une selle recouverte de 
peau de tigre, une selle en velours feuille 
morte. 

Autres inventaires de trousseaux : Salo- 
MONE Marino, Le Pompe nuziali e il Cor- 
redo délie donne Sicilianr ne sccolî XIV, 
XV, XVI. Archiv. Star. Siciliano, Niiova 
Ser., vol. I, Palermc, 1S76, fasc. II, 
p. 309, 212. A. SOLERTI. Gazeetia Lei- 
teraria, an. XII, Turin, 17 mars 1888, 
n. u. Trousseau de 1393. Mkkkkl, Tre 



Corredi Milanesi. Bulleiino delV Isti- 
txtto Storico lialiano, Rome, 1893, n. 13, 
p. 97. Trousseau de 1420, de i486 et de 
1493. Luzio et Renier, Manlova e Vr- 
bino, 1893, p. 293. Trousseau d'Elisabetta 
Gonzaga-Montefeltro, 1488. Fr. Bobo- 
LOTTi, Documenii Storici e Letterari di 
Cremona, Crémone, 1857, p. 41. Trous- 
seaux des Sforza, 57 actes de 1482 à 
1495. Archiv. Sior. Lomhardo, vol. Il 
(1875) p. 51. Trousseau de Bianca Maria 
Sforza. Cf. Ibid., vol. VII (l88o) p. 345- 
Roma, Archiv. di Staio. Not. Sief. de 
.^mannis, Prot. 96, fol. 206. Trousseau 
d'une Alberini, 1538. P. Ferrato, Cor- 
redo miziale di An. Cal. Gonsaga, 
Mantoue, 187(1. On y voit cites des robes 
de velours sur fond d'argent file valant 
cent ducats, une robe de velours bleu 
brode d'or valant 285 ducats, un caban 
de velours incarnat de 105 ducats, un 
manteau de satin tissé d'or et fourri 
de zibeline de 344 ducats, quantité de 
chausses valant 5 ducats, une ombrelle 
de 4 ducats... 

C. Pitre, Usi e Coslumi Siciliani, Pa- 
lermc, 1889, vol. passim. 



Em. Motta. Nozse Principesche 11*/. 
Quaitrocenlo, Milan, 1S94. M. Bicci, Fa- 
miglia BoccapaduU, Rome, 1762, p. 325, 
trousseau de Urusilla Boccapaduli, 1578- 

1. — Diario di Chracae, 1764, n° 7299. 

2. — Archiv. Star. Capil. Atti Originali, 
vol. 561, fol. 6. 

3. — Archiv. di Stato di Roma. Atti del 
Noiajo Saccoccius, Prot. 1512, p. 24. 
« Promessa di dare acconcio e donaeione 
per le nosee et cassa bianca con bacile 
e boccale d'argenio perché cosi si cos- 
tuma fra gentildonne romane... (4 août 
1554). » Archiv. st. Not. Capit., Atli 
Originali, vol. 748, fol. 398. Constitution 
de dnt : • ... absque aliquo acconcio et 
capsa alba (22 mai 1575). ' 

4. — La princesse Anna Sforza apporta 
à son époux, car le cadeau était souvent 
réciproque, « quatre cotïres à relief et 
dorés, plus douze autres dores et peints » 
(1491). E. Ml'NTZ. Les Plateaux d'Ac- 
couchées, fondation Piot, I. 211. 

5. — C. RiDOLFi, L» JUaraviglie dell' 
Arte, P.idouc, 1835, p. il\. Cf. Moi.- 
MKNTi, La Storia di Venitia nella vita 
privata, Turin, 1880, p. 20S. 

II 



82 



LA FEMME ITALIENNE. 



de mariao-e, tant vieux que neufs ». Quantité de peintres s'illustrèrent dans la 
décoration des coffres au xiV^ et au xV siècles : Georgio da Gaci, Adorno da Varese, 
Noe da Siena, Domenico di Vernio et Pellegrino son fils, Giovanni da Nervi, 
Domenico da Jacobo di Pisa, Benedetto di Gregorio di Colle di Val d'Eisa, Giovanni 
di Michèle da Valenza'. 

Pour les noces de Laurent le Magnifique, les coffres ofterts étaient ornés des 
Triomphes de Pétrarque, ils coûtèrent 25 florins\ 

L'Évangile n'a inspiré que rarement les artistes italiens chargés de décorer les 
coffres ; ils ne semblent pas y avoir trouvé de symboles appropriés à la circonstance ; 
on n'y voit guère que la Naissance et le Mariage de la Vierge, la Vierge 
remettant sa ceinture à saint Thomas; au contraire les scènes tirées de la Bible 
abondent; le fameux panneau du Musée Condé, représentant le Mariage d'Esther, 
provient d'un coffre de mariage. La mythologie est encore plus fréquemment mise à 
profit, et cela se conçoit à l'époque de la Renaissance, mais les sujets choisis ne 
le furent pas toujours judicieusement : c'est ainsi que l'on voit figurés les Aventures de 
Vulcain, de Mars et Vénus, l'Enlèvement d'Europe, l'Histoire de Pasiphaé et de 
Thésée, celle de Persée et d'Ariadne; en compensation, la vertu de Virginie y est 
parfois donnée en exemple aux jeunes mariés'. 

Les sujets modernes sont assez nombreux. 

Il y avait aussi des coffres en métal, en étain, en cuivre, argenté ou doré; cela 
ressort de l'interdiction d'en donner de cette sorte, que contiennent certaines légis- 
lations municipales''. 

Le prix en variait de quelques écus à plusieurs florins; deux coffres offerts à 
Florence par un bourgeois de condition moyenne furent payés trente florins pour la 
peinture et vingt pour la façon^; dans l'inventaire de Francesco Goddi (1496), une 
paire de coffres est évaluée neuf florins, une autre deux florins^'. Il semble que le plus 
souvent on les donnait par paire. Même dans les milieux les plus modestes, par 
exemple, pour le mariage d'un barbier et de la fille d'un coutelier, la dot étant de cent 
livres seulement, on donnait un coffre'. 

On plaçait dans un coffret spécial les joyaux, les ceintures ornées qui étaient une 
des parures préférées des Italiennes de la fin du moyen âge, les cordons de perles, 
les colliers, les pierres précieuses, de la nacre et des perles. Dans les grands coffres 
étaient enfermés les étoffes, les vêtements, les broderies, les passementeries, le linge^ 



I. — Belgrano. Im Vita privata dei 
Genovcsi, cap. XXI, p. 86. MUNTZ, les 
Plateaux d'accouchées et la peinture sur 
meubles au xiv» et au xv« siècles, donne 
la description de plusieurs de ces coffres. 
On en trouve des reproductions dans 
l'Art pour tous; notamment vol. XH 
(1873), p. 1207, se trouve un coffre en 
cuivre estampé; il est vénitien, et du 
xvi" siècle. 

3. — Ce devait être ces compositions 
traditionnelles dont a traité M. Martin 
et qui fig-urent dans beaucoup de copies 
du poème. Parmi les peintres qui ont 



orne les panneaux des coffres de mariage, 
on peut citer : Giorgio da Gavi (134g), 
Adorno da Vareze (1357), Noe da Siena 
(1398), Giovanni di Michèle da Valenza 
(1423), Greg-orio Carabello (1467,1. Bel- 
GBANO, p. 86. 

3. — MUNTZ, loc. cit., p. 211 et suiv. 

4. — Voir plus loin. 

5. — GUASTI, p. 20. 

6. — MuNTZ, loc. cit. 

7. — La corbeille de mariage de Lucrezia 
Orsini dell' Anguillara (156g), contenue 
dans quatre coffres, comprenait : 

Dans le premier coffre, des chemises, des 



essuie-mains, des tabliers, des coiffes, 
des mouchoirs et des draps ouvragés. 
Dans le deuxième coffre, des garni- 
tures de table « comme en ont les dames 
romaines », des pièces de toile fine, des 
serviettes et deux coussins de velours 
brode « suivant la coutume des épou- 
sées a. Dans le troisième coffre, deux 
courte-pointes, l'une de coton, l'autre en 
armoisine du Levant. Dans le quatrième, 
divers costumes, dont l'un jaune et noir et 
un couleur paon.Rome,Archiv.diStaio, 
Atii C. Saccoccius, Prot. 1518, p. 671. 
S. — Stagueno, Le Dontte, p. 17. 



RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES. 



83 



Des serviteurs les portaient en grand apparat et ouverts, afin que l'on pût voir 
au passage la richesse de leur contenu. La fiancée envoyait, en retour, des objets 
à l'usage de son futur époux. Il était fait une exposition de tous ces présents'. 



= REGLEMENTS SOMPTUAIRES 



Cette passion de paraître qui conduisait les Italiens à sacrifier leur bien-être 
quotidien afin de pouvoir éblouir quand l'occasion s'en offrait, fut cause que les noces 
devinrent le prétexte de dépenses excessives et qu'il fallut, pour parer au danger qui 
en résultait, édicter de bonne heure des règlements somptuaires dont l'étroitesse et 
la minutie surprendraient si l'on ne savait avec quelle obstination et quelle subtilité 
chacun cherchait à les transgresser. 

Les statuts de Bologne, qui sont parmi les plus anciens puisqu'ils datent 
de 1276 à 13 13, interdisent au fiancé, à moins qu'il ne fût comte, soldat ou docteur, 
de donner à sa future plus d'un anneau de mariage; la bénédiction nuptiale devait 
être célébrée au lever du jour, en présence de dix hommes et de six femmes seule- 
ment pour chaque famille; s'il s'agissait de nobles, il pouvait y avoir dix femmes, 
mais pas davantage. Douze femmes pour les plébéiens, vingt femmes pour les 
nobles étaient autorisées à aller complimenter l'épousée'. 

Les statuts de Pise, qui sont un peu postérieurs (13 13-1337), prescrivent que 
les femmes qui se rendent à pied à l'église ne doivent être accompagnées par aucun 
homme; si elles y vont à cheval, douze cavaliers peuvent les escorter; au retour, 
il est permis à quatorze hommes de les accompagner si elles sont à pied, à douze 
hommes si elles sont à cheval. Au repas de noce ne doivent assister que dix hommes 
du côté de la femme, outre ceux de sa famille; le mari ne peut amener que trois invités. 
A l'égHse, chacun des époux peut amener vingt-cinq personnes. L'amende imposée 
à ceux qui violaient ces prescriptions était, dans tous les cas, de dix livres?. 

La Grande Pragmatique, dite Statiiti del Capitano, qui fut promulguée en 1355, 
contient des dispositions fort minutieuses, touchant le luxe des noces''. Les cadeaux 
nuptiaux devaient consister en étoffes de lin ou de laine, et ne pas dépasser la valeur 
de trois cents livres; les courtiers qui avaient amené la conclusion du mariage, ou 



I. — Ordonnance du Conseil communal 
de Rome, en date du 3 mars 1576. « Non 
sara lecito alla sposa prima e dopo nui- 
riiaia mostrare le robbe che saranno 
nelle casse sposarecce sotto pena di 
se. 100. » Archiv. stor, Capii., Cred. I., 
vol. 38, p. H. Même coutume à Naples, 
GlUSBPPK PiTRÉ, Aniichi Uzi nuziali 
del Pop lo Siciliano, Palerme, 1889, 
vol. II, p. 105. 

Ordonnance du roi Charles I" (le 
frère de Saint Louis), à Messine (1272;. 
Privilégia Régis Karoli coniinens mul- 
tas ordinaiiones et multa statula ad uti- 
litaiem Messanensiuttt. i Quod robba et 
garnimenta data pro sponsis porlentur 



hoiieste m scrineis vcl occulte et non ita 
publiée et pompose ut hactenus fieri 
consuevit. » Starrabba. Consuctudini 
e Privilegii délia Città di Messina. Pa- 
lerme, 1901, p. 133. Cf. Salomone, Le 
Pompe nuziali ed il Corredo délie 
Donne siciliane. Arch. stor. Siciliano, 
nuova scr., vol. I., fasc. II (1876), p. 209. 
Cadeau d'un souverain à une demoi- 
selle d'honneur à l'occasion de ses 
noces : Naples, Arch. di Stato. Cancell. 
Aragonese partium. Vol. 5 fol. 102. 
An. 148c Rex Sicilie.., Nui havimo 
facta graiia como per la présente facimo 
ad Elconora l'icina doncclla délia Ser"" 
Regina nostra consorle de uno veslilo 



secundo costumano fare a le soe donne 
quando se maritano zné como donativo 
a la mogliere de Don Oasparo. Dat. in 
Castello novo Neapol XXI Augusti 14S9 
Rex Ferdinandus. 

2. — L. Frati, La Vita prii-ata di Bo- 
logna, p. 49. Cf. p. 37, note I. 

3. — F. BONAINI, Staluti inediti délia 
Città di Pisa, Florence, 1854-1S70, 
vol. II, p. 352, Rub. LVIIII. <i De Cur- 
teriis ». 

4. — Florence. Arcliivio di Stato. Lib. 
IV, cap. LXXVII-LXXViii. Ordinamenti 
intornoamogliarsie noaee. CI'. Pkrrkn.s, 
Hist. de Florence, III, 349. Voir Appen- 
dice, Vêtements XIV. 



84 



LA FEMME ITALIENNE. 



les personnes qui s'étaient entremises, étaient tenus d'en faire la déclaration la veille 
de sa conclusion, afin qu'on pût exiger des conjoints le serment habituel qui comprenait 
l'engagement de ne pas recevoir de dot supérieure à cent florins. Le jour 
où se prêtait le serment, ou bien celui où se donnait l'anneau, il était permis de 
distribuer des confetti ou des dragées mais en nombre limité; quatre personnes 
seulement pouvaient assister à la cérémonie. La fiancée ne pouvait se rendre 
à cheval chez son fiancé et en revenir à cheval: elle devait se contenter d'un seul 
trajet et faire l'autre à pied, à moins qu'elle ne vînt de la campagne. Il était permis 
d'inviter à la noce vingt-quatre dames: dix du côté de la mariée, et quatorze du 
côté du marié, non compris les femmes attachées à la maison, les fillettes, la mère, 
les sœurs, plus dix hommes et huit serviteurs que l'on ne devait pas habiller de 
neuf, deux trompettes, un timbalier et deux autres musiciens, sous peine de cent 
livres d'amende. Il était défendu de danser, soit de jour soit de nuit, en dehors de la 
maison où se célébrait la noce. 

Ces prescriptions étaient sérieusement appliquées. Tommaso Pantaleone fut 
condamné à cinquante livres d'amende, en 1360, pour avoir eu trop de musiciens 
à son mariage". 

Les statuts de 1415' décident qu'on ne pourra donner qu'un seul banquet de 
noce, le jour du mariage, et que ce jour-là seulement il sera permis de faire paraître 
des jongleurs et des musiciens, à savoir; joueurs de corne, sonneurs de trompette 
et cornistes, payés à raison d'un florin par homme'. La composition du repas est 
réglée dans le détail: on ne pouvait donner plus de trois viandes, dont une seule 
rôtie, et une tourte, ou deux tourtes et une viande; toutefois, il était permis de 
servir du fruit et du dessert à discrétion. L'amende qui sanctionnait ces prescriptions 
était considérable: les statuts la fixent à cent livres. D'autre part, le cuisinier chargé 
de préparer le repas était tenu d'adresser à la municipalité le menu avec la liste 
des convives, la veille du jour où devait avoir lieu la fête''. Il est également rappelé 
au cuisinier que les portions ne doivent pas être excessives; il faut toutefois 
reconnaître que, même en observant strictement les statuts, ces portions étaient 
amplement suffisantes. Qu'on en juge. C'était la coutume de présenter les viandes 
sur des plats de bois sur lesquels elles étaient découpées, et il y avait généralement 
un plat par deux convives; or les statuts autorisent un chapon et une tourte par plat, 
ou un pigeon et une tourte, ou deux perdrix et un canard, ou un canard et un chapon \ 



1. — Floruiice, Archîvio diStaio, Prani- 
tiutiku 1359-1360, fol. 31, 28 jan- 
vier 1360. « In domo habitaiionis nuptia- 
mm ipsiiis Thome die domenico XX VJ 
Jami. et die sequcnti posl dictas nuptius 
ires sonatores sive g-iocolarcs, vicelicet 
duos tubaiores sortantes titbas publiée 
in dicta dotiionupiiarum, et ununipiffer 
sonantcm piferam sive ciarameîlam 
publiée in domo predicia in populo S. 
Marie Majoris contra fortnam... » 

2. — Siatuta Populi et Conimunis Flo~ 
rentiae, publies à Frihourjj en 1778, 
vol. II, p. 366. 



3. — Leur salaire est fixé à une once à 
Naples. Testa, Capitula Regni Siciliae, 
1741, vol. I, p. 92, cap. xcviil, Ve solem- 
nitaiibus Nupiiarum. 

4. — Même prescription à Bologne, 
edit. de 1294. L. Fbati, p. 249, et à 
Venise dans l'ordonnance de 1663, 
10 avril, Proclama publicaio d'ordine 
de... Signori Proveditori. Le cuisinier 
ou l'aide qui n'aurait pas communique 
aux magistrats dans les trois jours, le 
menu des repas qu'il avait prépares, 
avec le nom des convives qui y avaient 
pris part, étaient passibles d'une amende 



de vingt-cinq ducats, d'une exposition 
de deux heures au pilori et de cinq ans 
de galères. Les mêmes peines attei- 
gnaient tous ceux qui auraient prépare 
un banquet non conforme aux règle- 
ments. Voir Appendice, Vêtements, 
XXXVIIL 

5. — Déjà en 1362, on avait édicté des 
dispositions semblables à Lucques; le 
plat à découper, place de deux en deux 
convives, ne pouvait contenir qu'un 
poulet et un pigeon, ou une demi-oie, ou 
deux perdrix, ou une perdrix et une pou- 
larde; il était permis de les entourer 



COFFRETS [)!■: MA /</.{<;/■:. 




IVOIRE. ART ITALIKN, XIV" SIKCLE. 

o'">2 sur o™i<i. 



(Pliol. Leroy.) 



IViHKK. AUX ITAI.IKS, \IV SIKi.ll 

Face antérieure. 




IVOIKI,. AKT ITALIEN, XV» SIECLE. 

0°>I7 sur o"'io. 



IVOIKE. AUr IT.iLlEN, XV' SIÈCLE. 

iPhot. Lerov. I Face antérieure. 



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PATE. AKT ITALIEN. XVI" SIKCLE 

o"'20 sur 0"'I3. 



.Musée de ( ; 
fPhot. Lerov. p 



Wl" SIECLE. 
Face anicrieurc. 



RÈGLE ME N TS SOMP TUA IRES. 



83 



Deux cuisiniers seulement devaient préparer le repas, et huit serviteurs le servir; 
quatre femmes pouvaient y prendre part outre celles qui habitaient la maison. Il était 
interdit d'envoyer aux mariés aucun cadeau de viande cuite ou crue, pendant les 
trois jours qui précédaient et les huit jours qui suivaient leur mariage. 

La durée du bal était réglementée tout aussi bien que la composition du cortège 
nuptial; au troisième coup de cloche du couvre-feu, tous les invités qui n'habitaient 
pas la maison, excepté les enfants âgés de moins de dix ans, devaient se retirer. 

11 était interdit au fiancé de donner plus de deux anneaux de mariage, et ils 
ne devaient pas valoir en tout plus de douze florins; d'autre part, la fiancée ne 
pouvait dépenser plus de seize florins pour le cadeau qu'elle offrait à son futur'. 

Mêmes précautions à Sienne où il est défendu de donner en dot plus de 
sept cents florins d'or de quatre livres y compris le trousseau'. 

A Lucques, la loi était plus sévère encore (1362); défense est faite d'aller féliciter 
les nouveaux époux chez eux; seuls, douze de leurs parentes peuvent le faire le premier 
jour, six les jours suivants; le beau-père et la belle-mère ne doivent donner aucun 
présent à leur gendre ; les coffres renfermant les présents nuptiaux doivent être trans- 
portés fermés, n'avoir d'ornements d'aucune sorte, ni sculptures, ni ciselures, n'imiter 
point l'or et valoir au plus sept florins d'or. 

On ne pouvait y mettre ni broderies, ni vair, ni passementeries, et seulement 
deux coussins de soie'. 

Les statuts romains de 1473 sont suivis d'une réglementation minutieuse des 
cadeaux et des dots. 

La couronne de la mariée ne devait pas coûter plus de quarante ducats. Nul ne 
devait donner à l'époux des bijoux, des vases d'argent, des étoffes.... Le père et la 
mère ne devaient pas donner à la fiancée de cadeaux. Il était même défendu d'oftVir 
des bonbons aux demoiselles d'honneur^. 

Une ordonnance du conseil communal de Rome, datée de 1520, interdit aux 
simples citoyens de constituer à leurs filles, quand ils les mariaient à des nobles, une 
dot de plus de trois mille cinq cents florins; elle renouvelle sa défense aux beaux- 
parents ou à toute autre personne de leur famille de donner au futur mari, directement 
ou indirectement, des cadeaux, vases d'or ou d'argent, perles, velours. Les vêtements 
qu'il était permis d'offrir sont minutieusement décrits, et les tailleurs ne devaient en 
confectionner aucun qui ne fût conforme au règlement et n'y appliquer que les passe- 
menteries autorisées, sous peine d'être tenus pour personnellement responsables. Les 
coffres de mariage ne devaient point, d'après ces prescriptions, coûter plus de trente 



d'autant de grives, de fromage cl 
r d'herbes » qu'on voulait. Les scr\-i- 
teurs n'avaient le droit de manger que 
la moitié de ce qui était accorde aux 
maîtres. Quatorze cuisiniers ou marmi- 
tons au plus pouvaient être employés à 
la préparation du banquet auquel vingt 
convives seulement étaient admis .'i par- 
ticiper. Règlement statutaire public par 
Carlo .'VlinutoU. Archiv. stor. ltal..i,tr. I. 



vol. X (1847), Doc, p. 97. 
I. — Cf. Perrens, Histoire de Florence, 
t. III, p. 348; G. Ferrario, // costutnf 
antico e moderno, Livourne, 183J, t. V, 
p. 308. Guicciardini rapporte {Oficreine- 
ilitv, Florence 1867, vol. X, nov. 1508) 
que sa femme vint chez lui à cheval, de 
nuit, sans lumière, et qu'on lit le lende- 
main un banquet auquel assistèrent seu- 
lement les parents les plus proches • f>er 



far nwtico festa e dimostroMione ». 

2. — CASANOVA,La£>omio5e««j«, p. 13. 
l.e trousseau dev.iit représenter nu plus 
le dixième de la dot. 

3. — RiglementsstatuLiires publies par 
Carlo Minutoli,.-lrc/iir. stor. //a/., ser. I, 
vol. X (1847), Doc, p. 100, 103, Rub. 
XXXUII, «lift. XXVII et suiv. 

4. — Cod. Ciis. litciim. IJ5, sans pagi- 
nation. 



86 



LA FEMME ITALIENNE. 



ducats. Quant à la bénédiction nuptiale, il est dit qu'elle serait donnée le dimanche, et 
que les fêtes dureraient du vendredi au lundi et pas plus longtemps'. 

A Coneo'liano. la valeur du trousseau offert au fiancé était limitée à trois cents 

livres'. 

A Gênes, dans un règlement qui fut promulgué en 1449, ^^ nombre des convives 
du banquet nuptial est fixé à deux! La somme consacrée à l'achat du trousseau ne 
doit pas dépasser le cinquième de la dot et, en aucun cas, être supérieure à cinq cents 
livres. Pendant un laps de trois ans, ni le père ni la mère de la nouvelle épousée, pas 
même son mari, ne pouvaient lui donner plus d'une robe; encore, si elle était de 
velours, il fallait qu'elle fût rouge ou violette. Toutefois les nouvelles mariées étaient 
autorisées à porter des colliers de perles pendant trois semaines sans payer la taxe à 
laquelle les autres femmes étaient assujetties (1402); cette tolérance fut dans la 
suite (15 12) étendue à une période de trois mois. La valeur des colliers, car on 
pouvait en porter plusieurs, ne devait pas dépasser deux cents ducats^. 

Parfois, c'est pour satisfaire à la mode qu'on se mariait sans faste; ainsi fit 
Guicciardini en 1508. Sa femme vint à cheval, sans torches, à la maison nuptiale et, 
le lendemain, il y eut un repas auquel assistèrent seulement les plus proches parents-*. 

Les parents faisaient aussi parfois des cadeaux temporaires. Rinuccini offrit à sa 
femme un agnns Dei en or, orné d'une belle perle et d'un saphir, qu'il devait rendre 
à son père quand il aurait jugé qu'elle l'avait suffisamment porté (1505)'. 

Au moyen âge et même un peu plus tard, la tradition imposait aux nouveaux 
époux, en l'honneur de la Vierge, une certaine réserve durant les premiers jours du 
mariage; le délai fut quelquefois porté jusqu'à vingt jours. C'était l'officiant qui rap- 
pelait ce devoir^. Pour tromper l'ennui de l'attente, on festoyait et l'on dansait', après 
quoi les hôtes offraient des confetti et du vin, ce qui est, dit Sacchetti, le signal du 
départ et, pour les époux, l'annonce que le moment de rompre leur jeûne est arrivé^. 



1. — Xrc/iî'r. s/or. Ca/'/ï. ,Cred.I,vol. 36, 
fol. 76 et seq. <■ Super ntoderatione do- 
tivm et ornaitis. » Délibération en date 
du 24 avril 1520. Le but du conseil 
communal en réduisant les dots était 
non seulement d'empêcher les bourgeois 
de se ruiner pour procurer des unions 
brillantes à leurs filles, mais aussi, 
comme il est dit dans le proème, de ia 
résolution d'accroître le nombre des 
mariages en les rendant moins coûteux, 
car la ville « se dépeuplait comme par 
suite de la peste à cause de la rareté des 
mariag-es ». Les conservateurs reçurent 
mandat de faire appliquer la loi. Ces 
prescriptions furent confirmées par Pie V 
et Sixte-Quint. Pie V, dans sa bulle 
« Quoniam nos pluries » du23 juin 1567, 
défend aux p.arents de constituer des 
dots supérieures à quatre mille cinq cents 
ducats, à la fiancée de faire l'exhibition 
ad pompant des présents qu'elle a reçus, 
au fiance de lui donner plus d'un cos- 
tume et d'accepter de ses amis ou même 
de sa famille des cadeaux d'aucune sorte. 



Sixte-Quint confirma par sa bulle « Ci:>n 
in unaqnaqiw >, du 22 décembre 1586, 
les dispositions contenues dans la bulle 
précédente. 

2. — Statuta... TerraeConegliani ,\(slo, 
lib. II, p. 63. 

3. — L. T. Belghano, Délia Vitu pri- 
vatii dei Genovesi, Gênes, 1875, p. 252, 
495. Presque toutes les cités italiennes 
adoptèrent des mesures semblables, même 
les moins importantes et celles où le luxe 
ne pouvait qu'être fort limite, comme 
Gradara, bourg de la Marche d'Urbin. 
G. Vanzolini, Statuta Terrae Gradarae 
(1363), Anclne, 1874, p. 53- Rub. CXVIII, 
<' Qitod niiltus mittat ad nupiias. » 

4. — Ricordi autobiograjici, Opère iné- 
dite, IX, 75. Il explique cette simplicité 
en disant : « Perché correva uno tempo- 
rale che tutti gli uomini da hene e savii 
faccvano malvolontieri /este. ^ 

5. — Rinuccini, Ricordi, p. 261. 

6. — c Denique a sacerdote monebantur 
ut, ob reverentiatn sacrainenti , ea die 
et sequenti nocie abstinerenl. Immo 



erant qui per biduum et triduum 
subsequens observandum inciderent 
contineniiarn qiiod sane durum car- 
nalibus nosirorum tempornm vide- 
tur. » Muratori, Antiq. Ital., vol. II, 
col. 110, diss. XX. Cf Placucci, Usi e 
Pregiudici, Forli, 1818, p. 58. Personne 
n'éteignait la lumière dans la chambre 
des nouveaux maries la première nuit 
de leurs noces, de peur d'en mourir. 

7. — De Gubernatis, Storia compa- 
raia..., p. 192. 

8. — Sacchetti parle de Gênes. Dette 
novelle di Franco Sacchetti, Florence, 
1724, p. II, p. 31, nov. 154. " Un gio- 
vane degli Spinola di Genova, non è 
gran tempo (Sacchetti mourut vers 1400), 
toise per moglie... una gentile gioviine 
genovese... Essendo le Nozse di Genova 
di questà usanza, ch'ellc durano quattro 
di e sempe si balla e si canta, mai non 
si proféra né vino ne confetti perocche 
dicono che profferendo il vino e confetti 
è uno accomiatare altrui, e Vultimo di 
la spoaa giace col marito e non prima. » 



LE MARIAGE APRÈS LA RENAISSAACE. 87 

Dans les environs de Bergçime, ville où cette règle était observée, on faisait tout le 
contraire ; après être demeurés huit jours ensemble, les nouveaux mariés se séparaient; 
la femme retournait chez ses parents pour une quinzaine de jours'. 

On consultait les astres pour commencer le voyage de noces'. 

Les actes de justice fournissent quelques cas de bigamie. Les statuts de Milan 
menacent les bigames d'une amende de cinq cents ducats d'or ou de trois coups 
d'estrapade. En 1531, le Sénat condamne un homme qui avait quatre femmes en 
même temps à la fustigation et à trois ans de galères. En 1570, il condamne un 
homme qui en avait épousé deux, à deux ans de galères et attribua ses biens 
comme dot à la seconde'. 



=-- LE MARIAGE APjRÈS LA RENAISSANCE 

Tommaso Rinuccini comparant, en 1665, les coutumes du temps passé avec 
celles de son temps, écrivaif : « Dès qu'un mariage avait été décidé, les parents de 
l'un et de l'autre côté en donnaient avis eux-mêmes aux parents les plus proches et, 
par l'intermédiaire d'un serviteur, aux parents plus éloignés. Le jour oiî la fiancée, 
en costume de mariage, devait sortir de chez elle pour se rendre à l'église, on convo- 
quait les parents jusqu'au troisième degré; à la porte de la maison attendait un groupe 
de jeunes gens qui faisaient le serraglio, c'est-à-dire qu'ils se réjouissaient avec 
l'épousée et faisaient semblant de l'empêcher de passer tant qu'elle ne leur aurait pas 
donné quelque chose : elle leur offrait un anneau ou un bracelet; alors, le chef de la 
troupe conduisait l'épousée jusqu'à son carrosse, ou marchait à ses côtés si on allait à 
pied; au retour, tous les parents invités prenaient part à un banquet; il n'en était pas 
de même de ceux qui avaient fait le serraglio. L'anneau se donnait un autre jour; on 
faisait, à cette occasion, une grande collation de confitures blanches, et l'on dansait. 
Quand on se mettait à table, un homme prenait le haut bout et, avec une bandelette 
à la main, indiquait à chaque invité sa place, les femmes d'un côté, les hommes 
de l'autre'. Pendant le banquet, un représentant du serraglio rapportait l'objet 
qu'avait offert l'épousée, et recevait en retour de cinquante à cent écus qui servaient 
à une bombance. 

« On a abandonné cette coutume du serraglio. On a également renoncé à ranger 
les parents dans leur ordre de parenté, parce que beaucoup d'entre eux ignorant leur 
parenté réciproque, il en résultait des contestations amicales sans fin. Au lieu de 
parents, on invite des amis qui se placent à la billebaude, et il arrive souvent que, 
comme les salles sont petites, il n'y a plus de place du tout pour les parents, ce qui 

ï. — G.RosA,Dia!eUi,Cosiumi,...nelle « Dim.inchc malin, le soleil ctant au- ^. — Considerasioni sopra l'usatict mu- 

Provincie di Brescia..., 1879, p. 298. dessus de la terre, il sera bon de com- taie net J>assaloseccolo...SicordiStorici, 

L'abbé Secondo Lanxelloti parle mcnccr le voyaçre de noces parce que le p. a-o. 

de cette coutume dans son curieux soleil signifie les corps seigneuriaux... » 5. — C'est ainsi que «ont assis lee ban- 
traité VHoggidè (Venise, l66a, p. 342). 3. — ConsiUutiones Dominii Mcdiola- quêteurs des Noce» de Cana, ceux du 
3- — Gabotto, Nuove Kicerchc..., Tu- ve»sii, cwronio, Gab. Vero, Milan. 1747, Tiiitorctto dans son tableau de l'église 
rin, 1891, p. 31. Lettre du 15 juin 1481 : p. 141, 130. Voir Appendice, A/ariage VL Hella Salule i Venise... 



88 



LA FEMME ITALIENNE. 



ôte de la familiarité aux banquets. On n'informe plus les parents personnellement des 
fiançailles, mais on envoie un quart de feuille sur laquelle est écrite la nouvelle. L'habi- 
tude s'introduit même de faire imprimer ces feuilles. 

« La « fonction de l'anneau » se fait à la maison, quelquefois seulement, par piété, 
à l'église. La fiancée s'habillait de blanc, avec des manches qui tombaient jusqu'à 
terre; maintenant, elle se met une robe semblable à celle des autres femmes. » 

Le Père Labat décrit ainsi les mariages au xvill^ siècle : « Le jour étant arrivé, 
le futur époux va prendre la future épouse chez ses parens, elle doit selon la coutume 
répandre quelques larmes en quittant la maison maternelle. L'époux accompagné de 
ses parens commence la marche. Les domestiques chapeau bas précèdent l'épouse qui 
est menée par les deux plus considérables de ses parens, soit par la proximité du sang, 
soit par leurs emplois, ou par des amis d'une distinction particulière. . . Elle est suivie de 
sa famille. En cet état on lui fait faire à petits pas une espèce de procession dans les plus 
belles rues de la ville avant de se rendre à l'église. L'époux lui présente l'eau bénite et 
après que toute l'assemblée a fait la prière devant le grand autel, ils vont à la chapelle 
de la paroisse où le curé les attend. Il leur fait un petit discours dans lequel il n'oublie 
pas de représenter aux futurs époux ce qu'ils se doivent l'un à l'autre. L'épouse 
écoute ce qu'on lui dit de la soumission qu'elle doit à son époux et n'en fait ni plus ni 
moins... Après la messe l'époux conduit la compagnie chez lui. C'est à la porte de la 
maison que ceux qui ont conduit l'épouse la remettent à l'époux qui lui donne la main 
et la conduit dans son appartement, où l'on trouve un festin proportionné au rang des 
personnes qui y sont conviées'. » 



1. — Labat, Voyage en Italie, 1705, 
VII, 200, chap. VI. On lit dans La Lande, 
Voyage d'un Français...^ V, 151 (176g) : 
« Les plus belles assemblées qu'on 
puisse voir à Rome sont celles qui ont 
lieu à l'occasion d'un mariaije. On choi- 
sit un jour quelque temps après la célé- 
bration. Tout le monde s'y rend sur le 



soir et un étranger peut y voir passer en 
revue tout ce qu'il y a de plus élégant 
dans la ville, tous les diamants de Rome 
et tout l'art des plus belles toilettes; 
c'est presque la seule circonstance où les 
dames portent des paniers car d'ailleurs 
elles se sont .-iffranchies de ce gênant 
attirail. > A Venise, les noces furent au 



XVII» et au XVIW siècles, l'occasion de 
dépenses insensées maigre tous les rè- 
glements des ProvvedHori et les décla- 
rations que devaient faire le danseur, 
le coiffeur et le tailleur de la mariée. 
Voir MOLMENTI, La Sioria di Venezia, 
p. 409. Cf. Ed. de Bergame. 1906, II, 
536 et suiv. 



t^ 



CHAPITRE m 



LA PARURE ET LE VÊTEMENT 



LE CONCEPT DE LA BEAUTÉ — LE FARD — LA TEINTURE DES CHEVEUX — L'HABIL- 
LEMENT JUSQU'AUX PREMIERS RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES — PREMIERS RÈGLE- 
MENTS SOMPTUAIRES, XIP, XIII" ET XIV SIÈCLES — NOUVEAUX RÈGLEMENTS 
SOMPTUAIRES, XV' SIÈCLE — L'HABILLEMENT DURANT LA PRExMIÈRE PARTIE 
DE LA RENAISSANCE — RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES — L'HABILLEMENT DURANT 
LA SECONDE PARTIE DE LA RENAISSANCE — L'HABILLEMENT AU XVIP ET AU 
XVIII" SIÈCLES. 



= LE CONCEPT DE LA BEA UTE 

LE TYPE de la femme désirable fut d'abord assez semblable en Italie à celui que le 
moyen âge avait consacré partout ailleurs; on la rêvait blonde, pâle, frêle, gracile, 
presque émaciée, sans poitrine ni hanches'. Ou peut-être était-ce ainsi que les poètes 
italiens pensaient -devoir, à l'imitation des autres poètes, célébrer leurs belles. 

Dans un poème d'amour du xiii'' siècle, inspiré très directement de Richard de 
Fournival, il est parlé des cheveux blonds d'une femme et ils sont comparés à des fils 
d'or, de ses yeux semblables à ceux du gerfault, de ses cils bruns en arc, de sa 
bouche, petite et rose, vermeille comme la rose du jardin, de son teint blanc, de ses 
mains plus belles que l'herbe palma-christi% de ses ongles fins et droits. Ce sont là 
les expressions qui se retrouvent dans toutes les descriptions des belles à cette époque 
et s'appliquent indistinctement à chacune. On se croyait obligé à cette terminologie. 
En Italie, comme en Provence, comme en France, comme en Allemagne, il n'est 
question que de visages semblables à du cristal, clairs, resplendissants, amoureux, 
roses; d'expressions gracieuses, suaves, plaisantes; les dents semblent des perles; les 
yeux ont un regard doux, souriant, éclatant et les cheveux sont blonds'. On se 
complaît dans le pompeux et dans le banal. Cino da Pistoia compose une caiizone 

I. — L. Gautier, La Chevalerie, p. 375. héroïne. Et dan» le roman de Flore et sance, p. 370. note I. 

« La taille en fut longfue, menue et Blancheflor : « Grailles les flans, basses a. — Sillicyprin ou ricin. 

droicfe, espauUe platte et par les flancs les hanccs... • 3. — Rodolfo Rknikr, / Tipo rslelico 

cstroicte, • dit Anne de Gravillc de son De Mai;lde. Les Femmes de la Renais- dclla Ponna, Ancùue, 1885, chap. V. 

Il 



90 



LA FEMME ITALIENNE. 



entière sur les yeux de sa maîtresse et n'en indique même pas la couleur. Pétrarque 

de même'. 

Soit respect des modèles classiques dont il était si passionné, soit plutôt qu'il 
subît l'influence des idées qui avaient cours en son temps, il loua abondamment 
mais ne définit jamais les beautés de Laure; on ne rencontre pas dans toute son œuvre 
un trait véritablement caractéristique. Il dit bien que son teint est blanc comme la 
neige dont elle a la froideur, que ses yeux sont noirs, rayonnants, honnêtes, suaves, 
sereins et parfois rieurs, ses sourcils noirs, que ses dents sont blanches, ses lèvres 
rosées, ses bras déliés et délicats et qu'ils ont des mouvements gracieux, ses mains 
fines, ses épaules belles, ses cheveux blonds, mais c'étaient là formules convenues et 
consacrées si bien que ses amis en étaient à se demander si sa passion s'adressait à 
une femme réelle ou bien à une « dame poétique » imaginaire, ce dont il se défend 
non sans un peu d'aigreur'. 

Dante, qui peut être si précis, qui sait peindre avec tant de vigueur, qui parfois 
se montre si réaliste, reste dans le vague quand il parle des grâces de Béatrice; pour 
peindre ses yeux, il se borne à dire « qu'il en sort des esprits enflammés^ ». 

Cette uniformité dans les descriptions et cette imprécision dans les termes 
viennent, ce semble, de ce que les poètes de la première époque ne chantèrent presque 
jamais leurs propres aventures, leurs passions mais les amours imaginaires de person- 
nages de fantaisie auxquels ils attribuaient un caractère de beauté déterminé par cer- 
taines formules; ainsi put s'établir un idéal de convention toujours le même, un type 
de beauté pour ainsi dire hiératique, dont les poètes pas plus que les sculpteurs et les 
peintres n'osèrent s'écarter. 

Ce qui montre d'ailleurs qu'on ne se préoccupait guère que de faire de la litté- 
rature et des jeux d'esprit quand on dépeignait les charmes d'une femme, c'est que, 
vers ce temps, on se prit à les ranger par catégories tout comme en scolastique, à en 
dresser des sortes de tableaux et à en fixer le nombre exact. La femme dut avoir sept 
beautés : être haute sans le secours de talons, blanche et rose sans fard, large d'épaules 
et étroite de ceinture, avoir la bouche belle et le parler charmant, des tresses blondes''. 
Il y eut, suivant les pays, des variantes de ces sept beautés; à Venise, par exemple. 



I. — Notamment sonnet XLVii « / begli 
occhi »; sonnet xciv « Né cosi hello », 
Cauzone \'l, « Perché la vila •>. Ginesto 
dé Conti composa un volume sur la 
belle main de sa dame. La Bella Matio, 
dans lequel il en vante la puissance et 
les beautés avec pompe et abondance, 
mais en demeurant obstinément dans le 
vague. Doni devait railler plus tard les 
cheveux d'or, les seins d'ivoire, les 
épaules d'albâtre des descriptions de 
belles. Voir Cantu. VHI, 32I. 
Ludovico Gandini fit un traite pour exa- 
miner pourquoi Pétrarque n'avait jamais 
loué le nez de Laure. Lezionc di Ludo- 
vico GdtidinJ aopi-a U7i Ditbbio, corne il 
Peirarca non lodasse Laitra espressa- 
meiitc dal Naso, Venise, 1581. Cl. QUA- 



11RIO. Délia Sloria... d'ogyii Poesiu. 
Milan, 174I, II, 364. Il en est de même 
dans les vers (Sermintcsc), que composa 
.Antonio Pucci en l'honneur des belles 
de Florence de l'année 1375. Ce sont 
trente-deux tercets. A. d'Ancona, La 
Vita Nuova, Pise, 1872, p. 71. 
2. — Réponse à une lettre, qui est per- 
due, de l'évêque de Lombez (Lettres 
Familiaires, éd. 1490, Lib. II, let. xx) : 
Simulatio esset : utinam .■ et non 
furor : sed crede mihi : nemo sine magno 
labore diu simulât : laborare antem 
gratis : ut insamis videaris insania 
summa est. 

Adde qtiod legritudinem gestibus imi- 
luri hene valentes possiimus veruin pal- 
lorem simulare non possumus. Tibi 



pallor : tibi labor meus notus est... " 
Cependant on discutait encore sur ce 
point au xvi* siècle. // Petrarca Spiri- 
luale da Hieroninio Maripetro, Venise, 

1536- 

3. — A. d'Ancona, La Vita Nuova di 
Dante Alighieri, Pise, 1872, p. 22. 
J. HOUDOV, La Beauté des Femmes 
dans la Littérature et dans l'Art, 
Paris, 1876, p. 41, parle de la » vertu 
altérative » qu'on accordait au moyen 
âge, aux « rayons des yeux ». Il faut 
rapprocher de ces vers le sonnet « Tanto 
gentile e tanto onesia pare », cap. xxvi, 
qui n'est pas plus explicite. 

4. — Renier, p. lao. A. d'ANCoNA, La 
Poesia popolare lialiana, Livourne, 
1S78, p. 24S. 



LE CONCEPT DE LA BEAUTÉ. 



9» 



il fallait que la femme marchât à petits pas et eût de beaux yeux; en Ligurie, on vou- 
lait que la femme fût large d'épaules, étroite de ceinture, galante et grassouillette, 
qu'elle eût des yeux noirs et des tresses blondes. Un peu plus tard, le nombre des beau- 
tés nécessaires est porté à neuf, à savoir : la jeunesse, une peau blanche, des cheveux 
blonds, abondants et fins, des bras et des jambes bien dessinés, des mains fines, des 
doigts longs'. Puis on exigea dix-huit beautés' et enfin trente que l'on groupa par 
trois; trois choses devaient être longues, les mains, les jambes et les cheveux, trois 
devaient être blanches, trois roses, trois rondes, trois étroites'... Cette classification 
servit de prétexte, comme dans les littératures grivoises ou amoureuses des autres pays, 
à des badinages et à des équivoques sans nombre; chacun renvia à l'envi sur les règles 
imposées à la perfection féminine et l'on en oublia complètement l'objet premier de ces 
descriptions'*. 

Est-ce à dire que les documents littéraires ou iconographiques, ne révèlent rien 
sur les préférences des Italiens touchant la forme féminine? A la vérité, ces préfé- 
rences n'étaient peut-être pas très libres. Les conventions comme les doctrines avaient 
alors beaucoup d'autorité. Toutefois, que ce fût de parti pris, pour obéir aux idées 
reçues, ou bien par inclination, il est hors de doute que certains goûts semblent avoir 
été alors très généraux. Ainsi le blond était la couleur que devaient de toute nécessité 



I. Poésie contenue dans le Dotfrhialedc 
JACOBO jVlighieri (XIV» siècle) citée par 
Renier, p. 172. 

a. — D'Ancona. Ibid.. cite un Rispetto 
OÙ elles sont enumer&es. 
3. — « Combien de choses doit avoir une 
femme pour estre belle en perfection? 
Trois noires, trois blanches, trois petites, 
trois longues, trois grosses. A scavoir : 
les blanches sont, la bouche, le nez, les 
aureilles; les longTies sont : les doigts, 
le bust et le col; les grosses sont les 
bras, les jambes et les cuysses; les trois 
noires... » DOMKNICHI, Facecies et mots 
a^ibtils, p. 40. 

Il y en a, d'ailleurs, presque toujours 
une qu'on ne peut dire. Brantôme cite, 
d'après une version espagnole, dans 
le 2* Discours des Dames galantes 
(Ed. Lalanne, IX, 255), une nomencla- 
ture des trente beautés qui est moins 
aventurée. Cf. Galba, Délia Condizione 
giuridica délie Donne, Turin, 1880, 
p. 394 et A. Debay, Physiologie des- 
criptive des Trente Beautés de la 
Femme, Paris, 1857. 

Dans son traite intitulé : Idéal del 
Giardino del Monda, Tojmmaso Tomai, 
assure après Scaliger, qu'Hélène possé- 
dait toutes ces beautés reunies, car elle 
était parfaite, non seulement de visage 
mais de corps, et il les enumére afin que, 
dit-il, lee femmes en se mettant au lit, 
après s'être dépouillées de leurs vête- 
ments, puissent savoir si elles les pos- 
aédent aussi. A savoir : 

Tri bianche : carne, d«nii * faccia. 



Tre nègre ; occhi, cigli e peli del pet- 
[tignone. 
Tre rosse : labbra, gitancie e nnghie. 
Tre longhe : persona, capelli e tmini. 
Tre corte .■ denti, orecchi e piedi. 
Tre larghe .■ petto, fianco e fronte. 

Tre strette .• bocca e cintura. 

Tre grasse : 

Tre sottili : capelli, labbra e diti. 

Tre piccole : bocca, naso e mammelle. 

4- — Ou voulut trente-trois beautés. S. 
MORPUBGO, El Costume de le Donne con 
un Capiiolo de le xxxiit bellezze, Flo- 
rence, 1S89, reimpression de l'édition de 
Brescia, de 1536. 

Egloga pastoral de Philibbo e Dinarco 
pastori, de le belezze che debbe haver le 
donne. 

Phi.— Per dar rispostaa la tua qiiis- 
tione, a far la donna bella nna sol cosa 
non hasta, ma di moite si cotnpone. 

{Le tre lunghe) La prima sia i capegli, 
[s'io non vario: 
e poi la tnano, e per la terza pone 
la gamba. 

(Tre corte) La prima, vo che sappi, sono 

i denti; 
la seconda l'orecchie; e le mamelle 
che sian la terza vo che te contenti. 
( Tre larghe) La prima larga, a cio che 
[si comprenda 
egli i la fronte, e la seconda il petto; 
la terza i Jianchi che'l traversa sienda. 
(Tre strette) La prima streita e dove la 

[cintura; 
l'altra le cosse; In lerta sia quel la 



dove ogni dolce pose la natura. 
(Tre grosse) Le tre grosse pero con sue 

[misure, 
sono le trezze, e poi le brasza oppressa, 
da poi le cosse, morbide e non dure. 
(Tre sutlili) Lr tre suttili, ben pero cor- 

[relte. 
son li capigli in prima, e poi le dita, 
la terza i lahri, che son cose elette. 
( Tre tonde) El colla in prima , e le brate 

[succède; 



(Tre piccole) lo tel dira, perche dal ver 
[non callo : 
la bocca, il mento, il piè, son le tre cose 
che voglion esser piccol', s'io non fallo 
( Tre bianche) La bianchezea a Ire parte 
[si convient- ■ 
de sopra agit altri i denti, e poi la gala ; 
terza é la man che bella la maniiene. 
(Tre rosse) Le gotle prima, che fia cosa 

[chiara ; 
le labre oppressa e poi le due cerese 
che ponta de le tette se ripara. 
( Tre nègre) I cigli in prima, e gli occhi 
[la seconda ; 
la terza tu dovresti da te iniendere... 

Plus tard, le potte-peintre Gibolamo 
Muzio (1528-1592), qui fut l'amant de 
Tullia d'Aragona, célébra en dix can- 
zoncs, sans grand relief, la beauté de sa 
dame (La bella donna), ses cheveux, son 
front, ses yeux, ses joues, sa bouche, 
son cou, son sein, sa main et, de nou- 
veau, sa beauté. / Fiori, i' partie, 
fol. 4, V. et «uiv. 



gj LA FEMME ITALIENNE. 

avoir ou acquérir les femmes qui prétendaient à être recherchées". D'autre part, une dé- 
licate éléo;ance, une manière de débilité, de finesse grêle jointe aune douceur qu'on vou- 
lait enjouée plaisaient aux hommes que les exercices violents, la pratique des combats, 
leur vie plantureuse et hasardeuse rendaient forts, endurcis et quelque peu grossiers, 
car l'amour jaillit le plus souvent du contraste extérieur bien qu'il ne se confirme ensuite 
que par une certaine harmonie intellectuelle. 

Cependant, se substituant aux imaginations des temps précédents, le concept de 
la beauté accomplie commençait à se préciser et à se dégager et le goût véritable des 
Italiens à se révéler dans leurs écrits et cela tient à ce fait que ceux qui en devisaient 
commençaient à exprimer alors leurs propres sentiments. Déjà dans un poème du 
xill^ siècle dont l'auteur est inconnu, on sent qu'il ne s'agit plus de figures irréelles'. 
Mais c'est à Boccace qu'on doit la première image d'une beauté plus vivante; il l'a pla- 
cée, non pas dans ses contes dont l'allure est trop rapide pour permettre une analyse 
détaillée, mais dans son roman VAmeto et c'est peut-être le portrait de cette fille natu- 
relle du roi René, Maria d'Aquino, dont il fut si fort épris'. 

Voici comment il la dépeint : « Ameto vit deux nymphes ; l'une avait des cheveux 
d'or avec des joues candides et rondes, des dents d'ivoire toutes petites, une gorge 
pure, un cou délicat, la poitrine large, les épaules droites et égales, les seins célestes et 
fermes, les mains délicates dont les doigts étaient très longs et fins. L'autre avait la tête 
accentuée'', des sourcils déliés auprès desquels les charbons sembleraient n'être pas 
noirs, une blancheur de neigea... » 

C'est surtout dans le Philocope que Boccace peint avec vérité les traits charmants 
de ses héroïnes : « Elles estoient très blanches et avoient au visage une petite et bien 
proportionnéecouleur rouge. Leurs yeulx sembloient estoiîles matutinales, et avoient 
petites bouches vermeilles comme la rose qui plaisoient moult en leur chant. Leurs 
dorez et blonds cheveulx crêpes environnoient les vertes feuilles de leurs chappeaulx 
et encore la pluspart de leur corps se manifestoit au travers de leurs riches et légers 



I. — Pétrarque insiste longuement et 
avec complaisance sur la couleur blonde 
des cheveux de Laure; leur louange 
revient à tout instant daus ses sonnets 
et il leur attribue une grande part dans 
la fascination qu'il subissait : 

Ses cheveux d'or étaient flottants 
Et m'enserraient de leurs liens. 

Dante dit de même : ^ -^ 

J'admire ces cheveux frisés et blonds 
Qui sont pour moi un reseau d'amour. 

Les femmes blondes par deux Vénitiens, 
Feuillet de Conches et Armand Bas- 
CHET, p. 29. E. MUNTZ, Iconographie 
de la. Laure de Pétrarque, Bulletin ita- 
lien, t. I, n. 2, avril-juin IQOI, p. 87, 
note I. Cf. GiDEL, Les Troubadours et 
Pétrarque, Angers, 1H57. 
Christine de Pisan disait {Cité des Da- 
mes, trad. 1526, XCI) : « Semblablement 



des atours de testes sont plus beaulx les 
leurs (des Italiens) car il n'est au monde 
plus gratieux atour à femmes que beaulx 
cheveulx blondy. » Barberino lui-même 
donne deux recettes aux femmes pour 
rendre leurs cheveux blonds et il les 
appuie de deux contes. (Ed. 1885, P.39A.) 
Fireiizuola n'admet pas d'autre teinte : 
« E voi sapeie cite de' capegli il proprio o 
vero colore é essere biondi. » Cf. Songe 
de Poliphile, éd. Claudius Popelin, pré- 
face, p. CLXXXiil. Tout au plus tolére- 
t-il des nuances. Les Femmes Blondes, 
p. 20. 
2. — Un des tercets dit, en effet : 

Arrendevoli e lunghe ha le sue braccia. 
Grosse l'ha di buon modo, e ben contento 
Puo esser quel che dentro vi s'allaccia. 

Cod. Magliabechiano, VI, 1066, cité 
par Renier, p. 112. 

Un poète de ce temps, Gallo ou Galletto 
Je Pise dit également : 



Le man vostre a la gala 
Cogli occhi mi dan gola. 

3. — Gio Boccaccii Opère minori, Milan 
1879, L'Ameto, p. 159. Cf. Bubckhardt, 
II, 76; HORTIS, Studi sulle opère latine 
del Boccaccio, Trieste, 1879, p. "o; 
HouDOY, p. 45. 

4. — « Spaziosa e distesa. » 

5. — Ailleurs, Venus a des cheveux d'or 
tombant sur ses épaules blanches et des 
yeux brillants; une autre femme, des 
sourcils noirs comme ceux d'une Ethio- 
pienne, des yeux clairs comme une étoile 
matinale, une belle stature. Ed. 1586 p. 
61, 165. Dans la Fiammette, éd. 1609, 
p. 42, il décrit ainsi la beauté d'une 
femme ; « La teste de ceste femme (de 
laquelle les cheveux passoyent d'autant 
l'or en clairte que l'or passe les plus 
blonds des nostres) estoit couverte d'une 
guirlande de verd myrte, sous l'ombre 
de laquelle je veis deux yeux de beauté 
incomparable. » 









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a; 

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a, 

:?: 

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u 




5 c 



LE CONCEPT DE LA BEAUTÉ. gS 

vestements. Elles estoient convenablement grandes et bien proportionnées en tous 

membres; brief c'estoient les plus beaulx corsages du monde'. // 

Cet éloignement nouveau pour les expressions sans couleur ni vérité, cette 

recherche du vrai dans la description paraît plus encore dans le roman, intitulé Euryale 

que composa dans sa jeunesse Œneas Sylvius Piccolomini qui fut pape sous le nom de 

PielP. 

Lucresse estoit assez haulte sur bout 
De stature estoit très avenante 

Cheveux avoit si copieux que tout 

Le corps couvroient par manière décente. 



Lucresse avoit le front bien spacieux 

Sans macule ne quelque ride avoir 

Ains estoit hault, frais, blanc et lumineux. 

Lucresse avoit a peu de poil noiret 
En manière d'arc tendu les sourcilles 
Par distance qui bien les separoit 
One plus belles n'eurent femmes ne filles 
Les yeux avoit si clers beaux et facilles 
Que des voians le regard hebetoit. 

Le nez avoit tractis comme ung fil droit 
Qui sesjoes par égale mesure 
Decentement et très bien divisoit. 
Petite bouche et lèvres coralines 
Plus merveilles que ne fut onc coral 
Lucresse avoit de estre baisées dignes 
Et doulcement morses sans faire mal. 
Petites dens plus blanches que cristal 
Entre lesquelz sa langue armonieuse 
Faisoit ung son plaisant et cordial 
Avecques chant et voix mélodieuse. 



Un peu plus tard, le sentiment de la réalité s'accentue encore au point que les 
descriptions de vaporeuses qu'elles étaient deviennent licencieuses. Le poète Cristotoro 
Fiorentino dit l'Altissimo (1480- 1520) composa un poème où il enseigne à l'homme et 
à la femme ce qu'il leur faut pour être parfaitement beaux^ « Tu dois avoir, dit-il à la 
femme, le front clair, les cils nets, comme tracés au pinceau, semblables à deux arches 
de pont, noirs comme le corbeau, le nez droit, se reliant bien aux sourcils, les dents 
d'ivoire et de perle entre lesquelles passe la langue, l'haleine délicieuse, sous le beau 
menton, une gorge de marbre qui se soulève quand la respiration ou la parole la gonfle, 
ceinte d'une seule chaîne d'or; les épaules égales, les bras sveltes et souples, les chairs 
semblables à de l'albâtre, la jambe déliée, droite, agile... » Le détail du nez « se re- 

1. — P/ii7oco/i«, fol. LXI V. /;t«s. Appendice II, p. 169. nation. Imprime k Florence en 1583. 

2. — Traduction de l'évSque OcTAViEN 3. — Bibliotheca Alcssandritxa (Uni- Reproduit incomplètement par Renier 
DB Saint-Gklais, 1493, reproduite dans vcraite, Komc), Catalogo Afisccllniicc ilvl en appendice. En outre, le poète décrit 
lua Finîmes Ulondes pur iJtiix Vciii- Cerroti, cote XVI, F. 3, I>S, I «an» pagi- les beautés du printemps. 



94 



LA FEMME ITALIENNE. 



liant bien aux sourcils » qui apparait ici pour la première fois, va devenir, comme on 
verra, la caractéristique de la beauté parfaite. 

Laurent le Magnifique veut qu'une femme parfaitement belle soit « blanche sans 
être livide, grave mais non superbe, ait des yeux vifs mais non inquiets et toutes les 
parties du corps bien proportionnées' ». 

Vers la même temps, le frère Francesco Colonna faisait d'une beauté qui ne fut 
pas, croit-on, tout à fait imaginaire, le portrait très engageant que voici' : « La tête 
fort blonde, à la libre chevelure dénouée, éparse sur le cou gracieux, apparaissait cou- 
verte de frisons brillants absolument semblables à des fils d'or. Sous son front joyeux, 
au-dessous de deux minces et très noirs sourcils arqués et séparés, luisaient deux yeux 
souriants et radieux. Auprès d'eux venaient les joues empourprées décorées de deux 
fossettes arrondies par le sourire ; au-dessous du nez droit une très jolie petite vallée 
arrivait jusqu'à la bouche d'une forme charmante, aux lèvres non épaisses mais 
moyennes. Elles recouvraient la rangée uniforme de dents petites et ivoirines dont 
aucune ne dépassait l'autre. » Colonna va plus loin et parle des perfections « couvertes 
et non voilées » de son héroïne en termes qui rappellent, en les accentuant, ceux qu'em- 
ployait naguère Boccace : « au-dessus des larges hanches, contre les seins mignons, 
une cordelette d'or strictement nouée retenait les plis de la très mince étoffe serrée sur 
la poitrine délicatement gonflée'... ». 

Pour malhabile qu'elle soit et sentant un peu trop l'architecture dont l'auteur était 
passionné'', cette description n'en montre pas moins que l'aspect sous lequel on se figu- 
rait la beauté avait sensiblement changé et qu'on ne s'en tenait pas plus aux goûts 
qu'aux banalités d'autrefois. 

Il en était de même en peinture. Avec Giotto, Taddeo Gaddi, Gentile da Fabiano et 
surtout Fra Angelico, les représentations de la femme se sentent de moins en moins du 
conventionnel. Si dans Plero délia Francesca, dans Plsanello, les lignes sont encore 
grêles et quelque peu raldes, elles prennent de la mollesse et de l'ampleur, elles devien- 
nent plus étoffées avec leurs successeurs immédiats. Aux figures inexpressives des temps 
précédents, succèdent des êtres que la vie illumine; la beauté devient Intelligente du 
même coup que le galbe s'en épure. Mantegna, Ghlrlandalo, Bellini, Filippo Lippi 
font de merveilleux portraits; alors même qu'ils peignent les images divines, une figure 
humaine, presque toujours la même, semble les obséder, s'imposer, comme on a dit, à 
leur vision. Quelle réalité et quelle grâce n'y a-t-11 pas dans la femme de Bottlcelli qui 
représente le Printemps et qui est à Florence? La figure est d'un ovale finement 
allongé, les narines sont minces et palpitantes, le col est fin et nerveux, les yeux 



1. — Poésie, Florence, 1859, Innomora- 
mento, p. 57. Cf. Selve, p. 171. 

2. — La première édition du Soitge de 
Poliphilc ou liypnérotomachie, du frère 
Francesco Colonna parut en 1499 et 
sortit de l'imprimerie des Aides. Une 
traduction « réduite à la brièveté fran- 
çaise » fut publiée par J. Martin en 
1546. Claudius Popepelin en a donne 
une complète en 1.S83. Paris, Lisieux, 



2 vol., 8". Voir I., CLXxxi, 237, 233, II, 
30, 94; I, 159, description d'une reine. 
3. — En France, on n'avait pas encore 
renoncé complètement aux anciens pré- 
jugés. « Les dames, dit VioIlet-le-Duc, 
cherchaient (à la fin du XV" siècle) à 
montrer une poitrine greslettc, les épau- 
les basses, le cou long et la taille haute 
et très fine, les arriére-bras délicats et 
bien détachés, le ventre saillant, le front 



haut et parfaitement uni. » (Dict. du 
Mobilier, IV, 291). Il en était de même 
dans les Pays-Bas. L'Eve de Van Eyck, 
et le portrait de Jeanne la Folle qui se 
trouvent au musée de Bruxelles en sont 
une preuve, ainsi que les tableaux de 
Cranach «t de Durer. 
4. — Il se complaît aux descriptions 
interminables de temples, d'arcs, de 
bosquets, de palais merveilleux. 



LE CONCEPT DE LA BEAUTE. 



95 



sont clairs'. Kt quelle expression, curieuse et un peu énigmatique, dans le regard 
oblique de cette figure de femme, de l'école florentine du xV^, qui est à Francfort! 

On comprit mieux le vrai de la beauté, on vit au delà de l'apparence extérieure'. 

Castiglione met la beauté presque au rang d'une vertu et fait prononcer par le car- 
dinal Bembo, au quatrième chapitre du Courtisan, ces magnifiques paroles qui en 
forment pour ainsi dire la péroraison et la conclusion' : <r. La beauté est une chose 
sainte.... Elle procède de Dieu... Elle est la face plaisante, joyeuse, agréable et dési- 
rable du bien tandis que la laideur est la face obscure, fâcheuse, déplaisante et triste du 
mal. La beauté extérieure est le vray signe de la beauté intérieure... comme es arbres 
desquels la beauté des fleurs porte témoignage de la bonté des fruicts^. » Et il termine 
en montrant que la contemplation de la beauté particulière d'une femme amène à la 
compréhension de la beauté universelle'. 

Or cette transformation dans la façon de concevoir le beau au point de vue phy- 
sique comme au point de vue moral, coïncide avec le temps oîi l'amour devint, super- 
ficiel ou profond, la passion sinon dominante du moins particulièrement à la mode, 
occupa tous les esprits, fournit tous les entretiens. 

Il s'ensuivit que la beauté fut plus que jamais un thème à dissertations. On fit des 
cours sur ce sujet. Firenzuola (1493- 1545) entreprit à Frato, vers 1540'', une série de 
conférences dans lesquelles il passa en revue toutes les parties du corps de la femme 
et expliqua quelles conditions elles devaient remplir pour être parfaitement belles. Il 
est à croire que ces conférences durent être d'autant plus assidûment suivies des 
dames qu'il choisissait toujours l'une des assistantes pour exemple des perfections dont 
il dissertait. Ami du cardinal Bembo, fort avant dans le monde des plaisirs, ce qui ne 
fut pas sans dommage pour lui, ce bénédictin était très préparé pour traiter un tel sujet 
et ses opinions firent loi. « La beauté, dit-il, est une sorte de concorde, d'harmonie 
secrète résultant de la composition, union et combinaison des membres, de leurs pro- 



1. — A. Dayot, L'Image de la Femme, 
Paris, 1899, p. 43 et suiv. A comparer 
La Bella Simonetta également de Bot- 
ticelli que l'on a reproduite. 
i. — BUHCKHARDT. II, 8l. 

3. — B. Castiglione, Il Cortesiano, 
Lib, IV, § Lvii, LViii ; trad. G. Chapuis 
(1580), p. 626, 646. Caïtiglione s'inspire 
dans ce passage comme plus d'une fois 
dans son traite, de Platon et de son ban- 
quet. Cf. Commentaire de Ficino au 
livre De PuîchrUudine de Plotin. 

4. — « Qu'est-ce que la beauté? C'est 
un don de Dieu, une splendeur du sou- 
verain bien » lit- on dans le Dialogo ncl 
quale si ragiona U'amore e degli effetti 
suoi intitule également // Raiera, de 
GuiSBPPE Betussi, Venise, 1544 et 
Milan 1864. Cf. Sabba Castiglione, 
Ricordi overo Ammarstramenti , Milan, 
1559. •R'co»'<io CVI, p. 107. A ses yeux, la 
beauté consiste dans la pudeur, l'honnê- 
teté, la continence et la gravite, mais il 
reconnaît que les opinions de» homme. 



sont très difîerentes sur ce point. 
DoMENiCHi, Dialoghi, p. 15, 17, 18, veut 
que la laideur soit généralement accom- 
pagnée de méchanceté et il adopte la 
théorie platonicienne qui fait de la beauté 
le corollaire du bien. < La beauté est 
comme un cercle dont la bonté et la vertu 
sont le centre. » La laideur, au contraire, 
passe aux yeux de Castiglione et de ses 
contemporains pour une marque de 
méchanceté : « Non e dubio che le belle 
sono più caste che le briitte », Liv. IV, 
§. LX. Pétrarque avait proteste par 
avance contre cette corrélation un peu 
dure aux disgraciées ; « La vertu ne se 
rebute d'aucune stature; elle s'ajuste à 
chaque taille. Elle demande plustost une 
bonne posture dans l'esprit que dans le 
corps. — Le Roy ne laisse pas d'estre 
grand pour entrer dans une hutte. (En- 
tretiens de la Bonne et de la Mauvaise 
Fortune, de la laideur, II. 4S7). Toute- 
lois il dit ailleurs (De la Beauté, p. 371) : 
• Quand la beauté s'allie A la vertu, il 



réussit un merveilleux accord de cette 
alliance, car celle-là tire du lustre de 
celle-cy et celle-cy a une montre plus 
douce en compagnie de l'autre. La mo- 
destie et la chasteté ont plus d'apparence 
sur un corps bien fait et plus de mérite 
de se conser\-er toutes pures dans les 
occasions de faire du mal qui ne leur 
manquent jamais. Les personnes laides 
sont en peine de les chercher, elles se 
présentent d'clles-mcsmes aux autres. » 

5. — Somma bellezza e somma bontà > 
dit Laurent le Magnifique dans son 
Commj^ntaire à ses sonnets. Œu\Tes, 
Ed. Florence, 1835, IV, Ji6. Laurent 
lui aussi s'inspire ici de Platon comme 
il le dit d'ailleurs. 

6. — Dans une lettre à l'Arctin, datée de 
Prato, 5 octobre 1541, il se plaint d'une 
maladie qui l'avait relègue en cette ville 
pendant onze ans. Nouvelle Biographie 
générale, XVII, 741. Ce fut vers la lin 
de sou séjour qu'il entreprit ses leçons 
sur 1;\ beauté. 



96 



LA FEMME ITALIENNE. 



portions et de leur adaptation à leur fin'. » On la connaît à ce fait que chacun en 
convient, autrement dit : La belle est celle qui plaît à tout le monde'. Après quoi, 
il détaille les qualités qui concourrent à former cet ensemble indiscutable. Le front 
doit estre grand, c'est à dire haut, large, doux et serain, comme celui de Bovinette 
lequel s'il estoit poisson à frire s'acheteroit un sol plus que les autres pource qu'il ne 
faudroit point l'enfariner. Les sourcils doivent être déliés, « le poil étant fort court et 
mol comme s'ils fussent de fine soye et de la partie du milieu vont diminuant jusqu'à 
leurs deux extrémités ». L'œil ne doit pas être parfaitement noir' et le blanc doit tirer 
« sur la fleur de lin », les paupières doivent être blanches et « reiglées de petites veines 
vermeilles qui à peine se puissent voir. Cette fosse laquelle entoure l'œil ne doit 
estre ne trop profonde ne trop large ne d'autre couleur que les joues. Pour ce 
regardent bien à soy les Dames quand elles se fardent car bien souvent ceste partie 
estant mal propre à recevoir la couleur du fard ou pour mieux dire de l'emplastre, 
fait une séparation hydeuse à voir. La voisine de Mad. Thosèle encourt souvent ceste 
faute. » Les oreilles doivent avoir plutôt la couleur du balai que du rubis, être plutôt 
roses vermeilles que roses rouges. Les joues « désirent une blancheur plus obscure et 
moins reluisante que celle du front et que tout autour elles soyent semblables à neige 
avec une enflure mignonne ». Il insiste surtout sur la forme du nez, « chose la plus im- 
portante qui soit sur tout le visage car qui n'a le nez beau en toute perfection, il est 
impossible qu'elle se montre belle de pourfil ». Le nez sera droit « avec un peu de 
relève, bien coloré mais non rouge », il montrera par une petite ligne presque invi- 
sible « la distinction qui sépare les deux narines lesquelles doivent un peu relever au 
commencement puis aussitôt finir s 'abaissant et diminuant en un trait égal ». S'il se 
trouve un léger renflement au milieu de l'arête du nez, « au commencement de la 
partie solide », sans que l'on puisse dire pourtant que c'est un nez aquilin, il sera « d'une 
grâce merveilleuse ». La bouche, « fontaine de toutes les doulceurs amoureuses », sera 
plutôt petite que grande, « ni pointue ni plate », les lèvres ne montreront que cinq ou 
six dents du haut et ces dents devront être petites mais pas menues ni pointues. '< Si 
de fortune il advient que la pointe de la langue se laissait voir, elle donneroit belle 
grâce''. » Elle doit être « rouge comme vermillon mais ny pointue ny carrée ». Le 
menton sera rondelet, « bien coloré en sa releveure d'une couleur vermeillette ». « La 
belle gorge sera ronde, droite, blanche sans tache aucune. » 



I. — Dialogo di M. Angelo Firenziiola 
Fiorentino délie bellezse délie Donne, 
Florence, 1548. Traduction : Discours 
de la beauté des Dames prins de l'italien 
du seigneur Ange Firenzuola par 
J. PaÀlet saintongeois, Paris, 1578. 
Il est en deux parties; dans chacune 
chaque trait de la physionomie, chaque 
membre est décrit à part; c'est dans le 
second dialogTje que sont cités les exem- 
ples. Dans les Contes Amoureux qui 
font suite, fol. 21, est décrite une beauté 
en laquelle se retrouvent toutes les per- 
fections énumérees dans les Dialogues. 
Flaminio Nobili, Trattato dell' Amore 



humano, Venise, 1580, p. 3, définit la 
beauté : « Une combinaison convenable 
des parties du corps et leur proportion 
intrinsèque et relative, avec une grâce 
dans la couleur et un charme dans l'ap- 
parence. » Equicola, Libro di Nalura 
d' Amore, 1586, p. 77, affirme que saint Au- 
gustin pensait de même et il partage cet 
avis. Cf. le traité de Luigini, // Libro 
délia bella Donna, publie en 1554 sur 
le même plan que celui de Firenzuola. 
2. — L. DO.'MENICHI rappelle le proverbe 
qui confirme cette assertion : « Non è 
bello il bello ma quai che piace », pour- 
tant il est d'avis, dans son Dialogue sur 



l'Amour, p. 13, que tous les hommes 
ne connaissent pas la vraie beauté. 

3. — Makinklli dit de même que la pupi lie 
ne doit pas être complètement noire (Gli 
Ornamenti délie Donne, Venise, 1562). 
GiROLAMO RUSCELLI, Lettura, fol. 55, 
veut que les yeux soient noirs ou clairs 
(blancs dit le texte), ou bleus. Il ajoute 
d'ailleurs qu'en realite les yeux n'ont 
pas de couleur car, s'ils en avaient, on 
verrait tous les objets de cette couleur. 

4. — C'est ce que faisaient certaines 
coquettes. « Telle sort du coin de la 
bouche un bout de langue », dit Raf- 
faella, dans La Raffaella, p. 117. 



// (:()\<:/:/T ni' i.\ iii:.\rii \r commknckmis r i>i ai/ siècle. 




i«)rTu:i;i.i.i. wissanck i'K vKNfs iVcrs i.|H(ii * 
I-'hncncc, Clalcric des OlTiccs. il'liui. Hi.iiii.i 



LE CONCEPT DE LA BEAUTE. 97 

Quant au corps, Firenzuola en définit ainsi les parties. « La main veut être blanche 
principalement au-dessus, grande, un peu potelée, la paume cave, des lignes claires, 
menues, bien marquées, bien distinctes, non entrelacées ne de travers. Les doigts 
sont beaux estant longs, secs, délicats et un peu bien s'amenuisant vers le bout mais 
si peu qu'ils trompent la vue. La taille, ajoute-t-il, doibt estre semblable à celle 
de Mad. Sonvag. Regardez-la tous et vous la verrez en toute perfection, grâce, 
honesteté et beauté infinie. Mademoiselle Sauvagine nous donnera sa jambe longue, 
estroite et sèche en la partie d'en bas mais en haut grossette, tant qu'il est besoing 
blanche plus que la neige et bien ovalée et non tant garnie de chair ne aussi trop 
remplie. » Quant au pied, il doit être « petit, allègre, non maigre mais toujours prompt 
à sauter au col (sic), la jambe longue, étroite, sèche en la partie d'en bas mais en haut 
grossette, la gorge ronde, droite, blanche, sans tache aucune et fera se tournant ores 
çà ores là certains plis qui enserre en soy les canaux de vostre ire. Le sein surtout 
veut être blanc. Les cheveux enfin seront abondants, soyeux, bouclés et blonds, relui- 
sants comme les rayons d'un clair soleil ». 

Les descriptions abondent à partir de ce moment. 

'< A notre sens, dit Equicola' après avoir rapporté l'opinion de Boccace, la beauté 
consiste en de longs cheveux, abondants, blonds, répandus sur de belles épaules, un 
front pur, des cils non hirsutes mais formant un arc très fin et pas trop espacés l'un de 
l'autre; dessous, non trop cachés ni trop apparents, doivent être les divines lumières 
des yeux, clairs comme le matin et scintillants comme des étoiles. Entre lesquels se 
trouve la ligne droite du nez, qui ne doit être ni aquilin, ni gros, ni bas, ni long. Sous 
le nez est la gracieuse bouche non trop large dans un acte de sourire perpétuel- 
lement... » 

Dans sa description de la peste de Florence, Machiavel ° que l'on s'attendrait 
peu à voir traiter d'un tel sujet, décrit ainsi la beauté féminine : «. Je ne dirai rien de 
ses yeux afin de n'en pas dire trop peu; elle les levait de temps en temps avec une 
telle grâce qu'on eût dit que le paradis s'ouvrait; son front était si pur et si brillant 
que Narcisse aurait pu s'y mirer; deux arcs le terminaient, déliés et purs, qui abritaient 
les beaux yeux; que dire de la bouche bordée de deux plages roses? de ses dents 
d'ivoire? Ses vêtements jaloux me cachaient un sein que les pommes des Espérides 
devaient orner. Sa main était longue, fine, rayée de petites veines claires et terminée 
par des doigts effilés. » 

Dans le traité intitulé La Célestine, qui raisonne des « déceptions des maîtres 
envers leurs serviteurs » et qui eut grande vogue en Italie, l'auteur place son sentiment 
sur la beauté parfaite; il ne l'admet qu'avec des sourcils déliés et hauts, des paupières 
longues, des dents menues et blanches, des lèvres vermeilles et « un peu grossettes », 
un visage « un petit plus long que rond », une « poitrine haute ^ ». 

I. — M. EQmcOLX, Di Natura d'Amore, science, nous voile la lumière... maisires, iratislasie dytalien en fran- 

153I1 P- 19- La première édition de ce a. — MACHIAVEL, Opère, Milan 1810- fois, Paris sans date, fol. 17. Le texte 

traite est de 1525. Ua soin de rappeler l8ia, VI, 93. Années 1522 A 1527. original est en espagnol; l'auteur de 

que, au dire de Platon, la be.iute cause J. — Celestinc en latiiielle est Irakte di's cette comédie cclibrc est Calisto y 

notre aveuglement, est un obstacle i lu déceptions des serviteurs ctHers leurs Mbubea. 

13 



98 LA FEMME ITALIENNE. 

Le poète Lulgini', faisant un portrait du parangon des femmes admirables, lui 
donne des cheveux dorés, frisés, longs, divisés en tresses, des yeux noirs comme une 
olive mûre, de velours, semblables à deux charbons, des lèvres tendres et pleines de 
morbidesse, ressemblant au lait par leur douceur et leur blancheur, mais ayant aussi la 
coloration d'une rose, des seins petits, gonflés, fermes, roses et en tout semblables à 
deux rondes et douces pommes, les bras dodus, les flancs bien marqués et relevés, le 
ventre peu saillant. 

Bembo donne de la souveraine perfection féminine la charmante description que 
voici dans son traité sur l'Amour, les Asolani''. 

« Belle chevelure plus ressemblante à or bruny qu'à autre chose laquelle estant 
également my partie sur la fontaine (sic) de la teste par une ligne droite et venant à 
descendre pardesus les espaules jusques aux piedz est troussée en plusieurs beaux 
cercles. Puis du long des tempes sur les joues les petits cheveulx branslans doulcement 
a l'air qui pendent comme petites houpettes de bonne grâce, en sorte qu'il semble que 
ce soit un miracle nouveau d'une umbre mouvante sur un amas de neige fraîche et 
blanche.... Front poly lequel en sa circonférence jolye tesmoigne que c'est la demeure 
de purité solide et ferme. Puis descendra aux sourcilz de fin hebène applanlez et tran- 
quilles soulz lesquelz verra luyre deux beaux yeux noirs et amples, muniz de gravité 
honneste, accompagnée de doulceur naturelle, estincellans comme deux estoilles en 
leur cours. Deux joues rondes et délicates, de la blancheur desquelles ne daignera 
faire comparaison avec celle du laict, sinon entant que parfois elles contendent avec la 
fraischeur vermeille des roses espanys du matin... La bouchette contenant bien petite 
espace bordée de deux rubiz d'autant beau lustre qu'il est possible souhaicter et qui 
ont force d'allumer en tout homme, pour froid et mortifié qu'il soit, grand désir de les 
baiser. » 

Pour Sannazaro, la beauté consiste en un visage plutôt oval que rond, en deux 
yeux qui brillent comme deux étoiles dans un ciel calme, dans une certaine pâleur, 
dans une bouche rose, dans une poitrine qui tend légèrement l'étoffe dont elle est cou- 
verte... « J'en advisay une, dit-il, merveilleusement belle et de bonne grâce qui por- 
toit sur ses blondz cheveux un beau cœuvrechief d'un crespe delyé soubz lequel deux 
yeux estincellans resplendissoyent aussi fort que claires estoilles par nuyt quand le ciel 
est pur et serain. Le visage de ceste bergiere estoit de forme parfaicte, un peu plus 
longuet que rond, entremeslé d'une blancheur non fade ou malséante mais modérée et 
déclinante sus le brun, accompagnée d'une gracieuse rougeur qui remplissoit d'extrême 
convoytise les affections des regardans. Ses lèvres estoyent plus fraîches et vermeilles 
que roses espanyes de la matinée et chascune fois qu'elle parloit ou soubzryoit, se des- 
couvroit une portion de ses dentz tant blanches et polyes qu'elles sembloyent perles 
orientales'. De là descendait la gorge délicate plus finement blanche qu'alebastre. » 



I. — Federigo LuiGlNl, Il Libro délia Martin, Paris, 1545, fol. 89 v. noble naissance dont Sannazzaro s'éprit 

bella donna, Venise, 1554, Milan, 1863, 3. — Arcadie, trad. J. MARTIN, 1544, passionnément et qui lui inspira le 

passim. p. 21. Description de Carmosina. Il meilleur de son œuvre. Ce fut pour la 

a. — Les Asolains traduiclz par Jehan s'agit de Carmosina Bonifacia, tïUe de fuir qu'il vint en France. 



LE CONCEPT DE LA BEAUTE. 



99 



Arioste, à son tour, décrit ainsi Alcine' : " Elle estoit de personne autant bien for- 
mée que paintres industrieux scauroient faindre avec cheveux blonds et longs et nouez. 
Il n'est or qui soit plus resplendissant ny de plus grand lustre. Une couleur meslée de 
roses et de lys se répandoit sur sa délicate face, et le joyeux front estoit d'un yvoire 
poly qui finissoit son espace avec juste fin. Sous deux noirs et très déliez sourcils 
estoient ses deux yeux noirs mais bien deux clairs soleils piteux à regarder et eschars 
au mouvoir, autour desquels semble qu'amour se joue et vole, et que de là il descharge 
toute sa trousse et que visiblement il desrobe les cœurs. De là aussi descend le nez 
parmy le visage en sorte que l'envie ne scauroit trouver où le reprendre. Dessous 
celuy, quasi entre deux petites valées, est la bouche esparse de nayf cynabre, et là sont 
deux fillets de perles lesquelles une belle et douce leure ouvre et clôt, d'où sortent les 
courtoises paroles pour amollir tout cœur gros et scabreux. Et là se forme ce gracieux 
ris qui à sa porte ouvre le paradis en terre. Le beau col est neige blanche et la gorge 
laict, le col est rond, la poitrine pleine et large ou deux pommes fermes faites d'yvoire 
vont et viennent comme l'onde à la première rive. Les bras monstrent juste mesure et 
souvent se voit la blanche main aucunement longuette et de largeur estroitte où n'ap- 
pert aucun nœud et où aucune veine n'excède. Et à la fin de sa personne se voit aussi le 
brief, sec et rondelet pied. » 

Dans la Jérusalem délivrée, Tasse célèbre ainsi la beauté triomphante d'Armide, 
quand elle apparaît dans le camp des Francs', et l'on remarquera qu'ici encore c'est 
sa chevelure que le poète admire d'abord : « Sa chevelure est d'or et son beau voile 
blanc tantôt l'enveloppe et tantôt la découvre; le vent la tord en boucles que la nature 
et non l'art a ondulées. Sur son beau visage la couleur de rose se mêle avec celle de 
l'ivoire mais dans sa bouche d'où sort une amoureuse haleine, la rose seule triomphe. 
Son beau sein montre ses neiges à nu; les mamelles âpres et dures^ sont en partie dé- 
couvertes et en partie cachées. . . » 

Niccolo Franco célèbre chez la femme la prestance « non grasse mais charnue », le 
sein « dans lequel à peine se laisse soupçonner la place de l'os, la carnation qui tire sur 
le brun et l'olive, les cheveux blonds et la grâce toujours changeante de la bouche-" ». 



I. — Chant VTI, st. XI et suiv. traduction 
anonyme 1582. On a pense que l'Arioste 
s'était inspiré, dans ses descriptions de 
beautés féminines, des conseils du Ti- 
tien dont il était l'ami. Voir Ch. Blanc, 
Histoire des Peintres. Dans plusieurs de 
ses sonnets et notamment dans les son- 
nets IX, X, XII, XIV, XXVI XXVIII, il loue 
les cheveux blonds de sa maitresse. 

SONNET XXVI 

Ce sont là les nœuds d'or, ce sont là les 

[cheveux 
Qui tantôt tresses, tantôt galonnés. 
Et tantôt enfermés dans les filets de per- 
[les et de diamants 
Ou bien épandue et flottants, sont tou- 
jours beaux. 



SONNET xx\aii 
Quel ivoire du Gange, quel marbre de 
Quel ébène sombre [Paros 

Quel argent fin, quel or si pur 
Quel ambre assez clair, quel cristal assez 
[transparent 

Pourraient servir à former un vase 
Digne de contenir les cheveux 
Qui furent ceux de madame [parer? 
Et dont, dure nécessité, elle dut se sc- 

SONNET xxv 

Admirable est sa bouche et douce sa 

[parole. 
Admirables sont ses cheveux d'or [pris, 
Dont l'amour a fait les rets où je fus 
Admirables sont et son col et son sein, 
Mais plus admirable est ma constance. 
Opère in versi,e in prosa, Venise, 1741. 



a. — Chant IV, st. 39. 

3. — « Acerbe e crude •. Arioste dit 

« Acerbe e d'avorio faite. • La Jéru- 
salem délivrée n'a pas eu de traducteur 
contemporain français. Il n'est pas sans 
intérêt de comparer cette description à 
celle d'Armide dans les bras de son 
amant : « Son voile ne couvre plus 
l'albâtre de son sein ; ses chevctix cpars 
sont le jouet des zéphirs ; elle languit 
d'amour; sur ses joues empourprées 
brille une sueur amoureuse qui l'em- 
bellit encore. Dans ses prunelles humides 
pétille le feu du plaisir. Tel brille un 
rayon de lumière sur le cristal des eaux. • 
Chant xvi, st. 18 et suiv. 

4. — N. Franco, Di<i/o,g-o dellc Bcllrtt<-, 
Casai, 154J, sans pagination. Pour lui 
le soleil, source de toute lumière, c«t 
source de toute beauté. 



itx) LA FEMME ITALIENNE. 

Ainsi le goût se transformait; les hommes plus élégants que robustes, plus enclins 
aux conversations légères qu'aux rudes labeurs, allaient en arriver à n'apprécier plus 
que les femmes « pleines de chair' ». « Les Italiens, dit Montaigne, la façonnent (la 
femme) grosse et massive'. » Les vêtements, d'autre part, au lieu de trahir comme 
autrefois ou de dessiner tout au moins les formes, commençaient à les alourdir; les 
étoffes trop somptueuses, lourdes et raides, donnaient aux femmes une apparence 
épaisse qui faisait toutefois ressortir la finesse de la tête; la taille n'existait plus. 
Aussi la beauté durait-elle plus longtemps. Un poète pouvait dire d'une femme de 
quarante ans qu'elle arrivait à son plus bel épanouissement '. 

La peinture, la sculpture, la glyptique fournissent les mêmes indications. Les 
peintres de l'école vénitienne, ces merveilleux interprètes de la beauté féminine, le 
Titien et le Véronèse surtout, de même que Palma, Bronzino, Bordone, imposent à 
leurs figures, à quelques nuances près, le type que décrivent Colonna, Firenzuola, 
l'Arioste, Luigini et Franco, le front très légèrement convexe, encadré circulairement 
par des cheveux blonds, le nez droit, un peu long, se rattachant par une courbe inter- 
rompue à des sourcils fins et arqués, séparés largement, la bouche un peu sensuelle, le 
menton peu marqué mais nettement séparé des lèvres par une ligne en demi-cercle. 
Auparavant Vinci s'était inspiré du même idéal dans ses tableaux, et ses dessins mon- 
trent l'importance qu'il attachait à la ligne déliée et correctement arquée des sourcils, à 
l'attache du nez et à sa forme, au tracé de la bouche et à la courbure du front. « Dans 
le portrait de la Fornarina, de Raphaël, dit Gruyer, le front de hauteur moyenne est 
large et bien proportionné; sous des sourcils noirs très nettement arqués, de grands et 
beaux yeux noirs bien ouverts et très lumineux, au regard limpide et franc, éclairent ce 
visage avec une vivacité singulière. Le nez, dont les narines semblent être dilatées par 
l'enivrement de la vie qu'elles respirent avec plénitude est la partie faible du visage. La 
bouche aux plis voluptueux est un peu grande. La carnation de la face, riche et chaude, 
dénote un sang ardent et fort ''. » (15 12- 15 14). 

Que l'on compare les Vénus peintes par Botticelli (1447-1515) et par L. de Credi 
(1459-1537), si peu gracieuses de formes, si inintelligentes d'aspect, assez semblables 
d'ailleurs à celles de Durer et de Cranach leurs contemporains, et la belle et fine 
courtisane du Titien qui est à la Tribune ou bien sa Flora, ses Vénus et ses Danées, 
et l'on verra à quel point l'âme et les yeux comprenaient mieux en son temps la 
réelle beauté et combien l'art savait mieux l'exprimer. 



I • — Donna formata e piena di carne » , 
dit Vecellio, fol. 89 V. delà i" édition, 
(73) de l'édition Didot. 
2- — Liv. II, chap. xn. Apologie de 
Raimond Sebond, éd. JoUAUST, II, 177. 
• Ils ont plus communément des belles 
femmes et moins de laydes que nous 
mais de rares et excellentes bcautez, 
j'estime que nous allons à pair .', dit- 
il ailleurs. (Essais, III, 5, éd. Jou.iuST, 
III, 325). Un dicton italien avait cours 
au XVI' siècle qui disait : « Hanches 
flamandes, épaules allemandes, pied ge- 
nevois, jambe slave, esprit français, 



démarche espagnole, profil de Sienne, 
seins de Venise, yeux de Florence, che- 
veu.\ d'or de Pavie, cils de Ferrare, peau 
de Bologne, petite main de Vérone, 
allure de la Grèce, dents de Naples, 
dignité romaine, grâce milanaise. » 
Taxini, Proverbi suïle Donne, Rome, 
1886, p. 44. 

3. — Ella era giunta al quadragesimo 

[anno, 
Ed era quasi allor più che mai bella », 
dit VINCENZO Brusantini dans son 
poème de Angelica Innamorata, chant 
XXIV, st. 27. 



4. — Raphaël, peintre de portraits, VtiTis 
1881, I, 66. Maintenant on voit plutût le 
portrait de la belle de Raphaël dans la 
Donna Velata qui est au Palais Pitti que 
dans celui qui a ete appelé La Fornarina. 
La beauté de la femme qu'il représente 
est certainement bien supérieure; l'har- 
monie des traits, la douceur du regard, 
le dessin pur du nez et du front, la courbe 
élégante de l'oreille, la grâce jointe à un 
peu de fermeté de la bouche, font de 
cette femme le type véritablement achevé 
de la beauté parfaite. A comparer la Léda 
du Vinci (?). 



COIFFURES ET COSTUMES. — TYPES DE BEAUTE. AT/' SIECLE. 




PAI.MA I.K YIF.I-X. FKVMK VÉN-TTIEN-NF. fCom. XVI' siéclel pBOTTirEI.LI. I.A TlFr.T. \ SIMONF.TTA, MAITRESSE DE JUllES 

Vienne, Musée. iPhiit. .Miethkle Verl.ijr, Vienne, i \^ de .mei)u:is il-'in du xv siècle). Florence, Palais Fini. 




PA1..M \ M', ji.i'M-:. I II 1)1. m II MMi ilin Jii wr sièclel 
Milan, Musée Poldi-Pezzoli. (Plii)t. .Mcint.ihnne.) 



I.i: TITM'N. l'ÎM'I'MV lM<Tr 15.M-I5,vvi 

Vienne. Hiifmuseum. O'''"'' '.•*>«'V ;i Vienne.) 



^1 



LE CONCEPT DE LA BEAUTÉ. loi 

Par une rare fortune, on possède la description d'une femme dont le portrait existe. 
Jeanne d'Aragon fut peinte par un maître que d'aucuns pensent avoir été Raphaël et 
dont l'oeuvre est au Louvre' et, d'autre part, Agostino Nifo a composé un livre sur sa 
beauté. Nifo était un personnage considérable; le pape Léon X lui avait accordé le 
droit de faire des bacheliers, des licenciés et même d'anoblir trois personnes. Il vint à 
Naples, s'établit à la cour et en devint « le philosophe familier >, en même temps que 
le médecin. La beauté de Jeanne d'Aragon, femme d' Agostino Colonna, grand conné- 
table du royaume, lui inspira d'écrire un traité sur la perfection physique et l'amour 
en la prenant comme modèle'. Imbus des théories classiques, il commence par démon- 
trer en citant Jamblique, Homère, Platon, Socrate, Vitruve, Varron et les péripatéti- 
ciens, que la parfaite beauté, qui se reconnaît au consentement unanime des hommes, 
réside uniquement dans la proportion des parties et il définit le canon de leurs rap- 
ports'; la longueur du nez doit être égale à celle des lèvres; les lèvres doivent être 
égales aux oreilles; les deux yeux réunis, égaux à la bouche; la hauteur du corps doit 
être égale à huit fois celle de la tête-*... Puis il enseigne qu'elle se compose de cinq 
éléments correspondants aux cinq sens, à savoir la Forme, l'Harmonie, la Suavité, la 
Douceur et la Mollesse'. Ceci établi, il décrit dans le détail les beautés de sa dame et, 
tout en vantant sa pudeur, n'omet aucun de ses charmes dont sa profession avait dû 
lui révéler le secret^. « Sa stature est moyenne, dit-il 7, et la proportion de ses membres 
admirable; elle n'est ni osseuse ni maigre mais succulente, elle n'est point pâle mais sa 
carnation tire vers le rouge et le blanc, ses cheveux sont assez longs et dorés, ses 
oreilles sont petites, rondes, de même grandeur que la bouche, ses sourcils, dont les 
poils sont courts et qui ne sont point touffus, ont la forme d'un arc de cercle, ses pau- 
pières sont colorées de noir et les cils en sont peu fournis, le nez est perpendiculaire, 
la bouche est mignonne, les dents sont petites, brillantes, ivoirines et bien rangées, le 
menton est coupé d'une fossette, la poitrine est ample, aucun os n'y paraît; la main est 
grassouillette, blanche à l'extérieur, d'ivoire à l'intérieur, les doigts sont ronds et longs. 



1. — Une réplique de ce portrait moins 
connue et qui cependant ne lui est pas 
inférieure, se trouve à Rome, dans la 
galerie Doria. Elle a ete reproduite au 
frontispice. 

2. Augustini Niphi Medicis Libri Duo, 
De Pulchro primus.De Amore secundus, 
Lyon, 1549. L'ouvrage est dédie à Jeanne 
d'Aragon. Cf. Art. de M. Palkologue 
dans la Revue de Paris, avril 1S96 et 
F. A. Gruyer, Raphaël, peintre de por- 
traits, Paris, 1881, II, 170. 

3. — Dans son Commentaire à ses pro- 
pres sonnets, LAURENT LE MAGNIFIQUE 
voulant faire l'éloge d'une femme insiste 
sur la belle proportion de ses formes. 
Œuvres, cd. 1525, IV, 47. De même, Pic 
de la Mirandole, parlant de la beauté, 
établit qu'elle a pour base l'harmonie 
des diverses parties du corps, lieniviini. 
Opère... col Commenta dello G. Rico 
itirandolano, Venise, 1523, fol. 21, 22, 
23 v. 



Un peu plus tard, en 1591, Gallucci 
traduisait en ilalien le traite d'Albert 
Durer sur les proportions du corps hu- 
main, publié en 1528. Délia Simmetria 
dei corpi humani, Venise, 1591. Equi- 
CALA, dans son traite Di Natura d'A- 
more, Lib. II, cap. Che Cosa Bellezza 
(éd. 1531, p. 77) réduit également la 
beauté à des proportions geometrales et 
mathématiques. « Le bras est au doigt 
dans la proportion subdupla scquialtera, 
c'est-à-dire deux fois et demi plus gros 
que le doigt, comme 5 est à 3; cinq 
contient deux fois deux et la moitié de 
deux qui est un... » Antonio Ruscklli, 
Leitura... fol. 53 v. déclare que « la 
hauteur et la largeur d'un corps ne doit 
pas dépasser huit pieds ni être inférieure 
à quatre, que le visage doit avoir une lon- 
gueur eg.Uc à trois lois celle du nez, que 
la bouche doit être égale aux deux demi- 
cercles des oreilles ou à ceu.x des sour- 
cils ; quand la bouche est ouverte, il faut 



que l'espace laissé entre les dents du 
haut et celles du bas soit égal h la pre- 
mière phalange du médium... » 

4. — Cf. Paul Richer, Anaiomie artis- 
tique. Paris, 1890. Des proportions du 
corps humain, ch. v, p. 252. 

5. - Fol. 37- 

6. — « Ce médecin n'a pas obser\'e le ser- 
ment qu'on lui (ît faire prenant ses degrés 
de médecine, entre autres préceptes, de 
ne convoiter les filles et femmes qu'il 
verra », dit Guyon, Diverses Leçons. 
vol. III, liv. III, chap. XII, cite p.ar Baylc 
au mot Nisus. « Je cuide, dil-il. qu'il fut 
amoureux de la princesse Jeanne d*.\ra- 
gon, attire à son amour pour l'avoir vue. 
touchée, palpée sûrement en diverses 
parties de son corps comme les médecins 
font coutumiérement par le privilège 
que leur donne leur art et que, passionne 
pour acquérir ses bonnes grâces, a mis 
ce livre en lumière qu'il lui a dédié. • 

7. — Cap. V, p. 8. 



102 



LA FEMME ITALIENNE. 



ornés d'ongles fins, convexes, d'une couleur suave. La poitrine a la forme d'une poire 
renversée mais un peu aplatie, dont le cône inférieur est étroit et rond et la base large 
se rattache au cou par d'admirables lignes. Les hanches sont amples et arrondies, la 
cuisse est par rapport au tibia et le tibia par rapport au bras dans le rapport du sixième 
comme il convient; les épaules sont également de justes proportions; les pieds, de 
longueur convenable, se terminent par des doigts admirablement rangés'. » 

Dans son traité de la vraie beauté, Betussi demande que les cheveux soient blonds 
et frisés, les yeux noirs, gais et brillants, les joues blanches, point trop saillantes, les 
lèvres rosées, les dents de nacre, que le front soit haut, la poitrine bombée, la main 
blanche, que les épaules soient larges, les doigts effilés et droits, les ongles de corail^ 

Le blond était à ce point la couleur que devaient posséder les belles que ce fut 
longtemps une disgrâce d'être brun. Les poètes réservaient cette couleur aux 
méchantes gans, aux traîtres, aux mécréants. 

On raconte que Godelive de Bruges fut de la part de tous les siens l'objet de 
cruelles avanies parce qu'elle avait des cheveux « couleur de corneille ». Elle les endura 
avec tant de résignation que ce fut pour elle le commencement de la vie de contrition et 
de pénitence qui la mena à la saintetés Ceci se passait, à vrai dire, dans un pays de 
blondes. En Italie, on se montrait moins exclusif ou moins sévère^ Francesco Colonna 
donne des cheveux noirs à la reine Éleuthérilide et les fait admirables. « Ses cheveux 
très noirs, plus lustrés que l'ambre de l'Inde, descendaient en un beau désordre, tout 
ondulés sur ses tempes blanches comme neige qu'ils recouvraient. A partir de l'occiput, 
cette abondante chevelure était séparée en deux nattes compactes, réunies une de ci, 
l'autre de là, et qui passaient au-dessus de ses petites oreilles qu'elles ombrageaient' ». 
Poliziano fit une canzone pour vanter les charmes d'une brune^. 



1. — DOMENICHI, La Nobiliià délie 
Donne, Venise, 1551, p. 241, déclarait 
qu'il ne parlerait pas de Jeanne d'Ara- 
gon, « pour ne pas se perdre dans l'am- 
plitude du sujet ». Giralamo Ruscelli a 
recueilli les vers qu'avait inspire la 
beauté de Jeanne aux poètes de son 
temps. Tempio alla divina Signora 
donna Giovanna d'Aragona fabricaio 
da tutti i più geniili spiriti e in tutte 
le lingue principali del mon.io, Ve- 
nise, 1555. Jeanne d'Aragon, femme 
d'Ascanio Colonna, grand connétable 
de Naples, mourut en 1575. 

2. — La Leonora, LucQUF.s, 1557, p. 30. 
Ce nom vient de Leonora, fille de Mons. 
délia Croce et femme de G. Giorgio, 
châtelain du château de Melazzo prés de 
Gênes où Betuzzi suppose qu'eut lieu la 
conversation sur la beauté qu'il rapporte. 
Il cite nombre de femmes célèbres pour 
leur beauté, Livia Torniella Borromea, 
Aida Torella Lunata... Page 17, il de- 
montre que la beauté vient de l'amour 
et l'amour de la beauté. Gio. Thomagni, 
Dell' Eccellenza de l'huotno, Venise, 1565, 
décrit la beauté en ces termes: page 21. // 
corpo délia donna é dclicatissimo, e a ve- 
derlo, e a toccarlo, la carne tenerissinia 



ip. 22J, il color chiaro,ei biancOjla pella 
pulita, et lucida, la testa bella, la chionta 
vagkissinta, i capelli delicati, et sottili, 
splendenti, et lunghi, il volto venera- 
bile, lo sguardo lieto, la faccia formo- 
sissima sopra tutte le case, il collo can- 
dido, la fronte spaziosa, et rilucente, 
gli occhi vivi et splendenti , et diamabi le 
letitia, et gratia adornati, oitre olle 
ciglia composte in giro sottilissimo, il 
naso uguale e ritirato a dritia misura, 
soito le qnali Jiarti è ta bocca bella, et 
gratiosa per le tenere labia uniforme, 
dalle qnali per picciol riso biancheggiare 
si veggono i denti tninuti, posti con 
ordine a gtiisa d'avorio, e di minor nu- 
méro dell' huonio, le mascelle tentre, et 
morbide corne rose colorite, il tnenio ri- 
iondcito, ci grato per la convenevole 
concaviià, il collo schietto, et alqitanto 
lungo dalle ritonde spalle elevato, la 
gola dclicaia et bianca, sostentaia da 
médiocre grossezza, la favella soave, il 
petto ampio et eminenie, vestito ugual- 
mente di carne con le mammelle sodé. 
On se plaisait à dresser des listes des 
beautés à la mode. Par exemple : La 
Nobiltà di Roma, Versi ni Iode di cenio 
gentildonnc Romane et le villnnelle 



(chansons) a ire voci di Gaspare Fiornio. 
Venise, 1573. {Bibl. Casanaiense, Cat. 
Musica, vol. 476). — Lettura di Giro- 
lamo Ruscelli. Venise, 1552. Liste pour 
toutes les villes, fol. 68 et suiv. 

3. — Acta sanctorum, 6 juillet. De 
Maulde, Les Femmes de la Renais- 
sance, p. 272. HOUDOY, p. 37. 

4. — G. Carducci, Cantilene e ballate 
nei sec. xm"-xiv», Pise, 1871. p. 59. 
Vers dédiés à une brune : « Brunetta 
ch'ai le ruose aile mascelle y 

5. — Songe de Poliphile, trad. Claudius 
POPELIN, n, 159. Les quatres dames qui 
prennent part au Souper de Grazzini 
(// Lasca) sont brunes. (Premier souper, 
6« nouv.) et il repète souvent qu'elles 
étaient parfaitement belles. 

6. — La Brunettina, Poésie Italiane. 
Milan, 1825, p. 96 : 

Elle ne porte ni guipures 
Ni coiffes ni gorgiéres 
Comme les grandes dames 
Ma douce brunette 
Elle semble une fleur d'épine 

Au printemps 
Ses deux mignonnes mamelles 
Semblent deux fraîches roses 

De mai. 



LE CONCEPT DE LA BEAUTE. 



io3 



Il y eut même, au xiV siècle, des poèmes où les mérites des brunes et des 
blondes étaient mis en balance'. « L'une est la blanche, fraîche et colorée plus que 
mai quand la rose paraît, munie de toutes les beautés ; sur la tête elle a une couronne 
de pierres précieuses et d'or fin, six mille perles valant chacune un florin et, de même 
que le soleil fait disparaître la lune quand le jour se lève, de même cette beauté efface 
les autres quand elle paraît. 

« L'autre est la brune au doux sourire, elle a la gorge belle et le visage délicat. 
Oh combien elle est charmante et éclatante. Elle était vêtue d'étoffes somptueuses 
garnies de rubis des pieds à la tête. Dans ses cheveux, elle portait une guirlande de 
pierreries qu'un Sarrazin fit à Alexandrie. » Toutes deux disputent sur leurs avan- 
tages et prennent pour arbitre un jeune florentin, lequel « sans nul fard // déclare qu'il 
aimera d'abord la blonde. Un combat s'ensuit entre elles sur la place de Sienne, la 
brune l'emporte et épouse le Florentin, tandis que la blonde trouve un qui l'épouse 
aussi. 

Pour ce qui est de la laideur, le poète Niccolo Campani, dit le Strascino, de 
Sienne, qui vivait au commencement du xvi" siècle, en donne une description, dans 
son traité de la beauté de femmes'; à l'inverse des autres descripteurs, il commence 
par le bas : « Elle avait, dit-il, en parlant d'une meunière, des pieds comme des mottes 
de terre, au-dessus deux grosses jambes droites et tendues comme des échalas, 
des genoux aussi gros que des oignons entiers ; son corps était grand et plat comme 
une natte et pendait comme une toile; les côtes semblaient un gril; les flancs étaient 
comme des soufflets; les bras étaient longs et grêles, les mains avaient l'air de râteaux; 
le cou était aussi élancé que celui de la cigogne; la bouche, large comme une caverne; 
les dents ressemblaient à des criquets ; le nez était long et courbé comme le bec de la 
bécasse; les yeux étaient des yeux de civette, chaque oreille avait Tair d'un berceau, y/ 

Le poète Francesco Berni disait également parlant d'une femme laide^ : « Elle a 
des cheveux blancs, emmêlés et hérissés, des yeux inégaux et pâles, des lèvres 
couleur de lait, une bouche à avaler le ciel, des dents d'ébène, rares et allant à la 
billebaude, comme des pèlerines errantes ''. >/ 

Le xvii^ et le xviii'= siècle n'ajoutèrent rien au concept de la beauté; les auteurs 
y tombent dans les redites, dans les platitudes et dans le fade. Ainsi, vantant la 
beauté de Claudia, fille de Caterina Médicis, femme de l'archiduc Léopold d'Autriche, 
Brongini s'écria : «Je ne saurai exprimer par quelles lignes souriantes, de splendeur 
corporelle, se dessine les jardins rosés de son beau visage, mais que celui qui désire 



I. — El Contrasta delta Bianca e delta 
Brunetta, qui fut imprimé en 1545 et est 
reproduit dans le Giornale Storico delta 
Letieratura Italiana, vol. VI (1885), 
p. 352. Cf. Contrasta calabrese tra la 
bruna e la bianca. Renier, Il Tipo este- 
lico, appendice, p. 182. 
a. — Capitolo dette Bcllczze delta donna. 
Il seconda tibro délie Opère burlcsche 
del Berni, det Malea e di Allri, Venise, 
1566, p. U2..\ux frens sages, on conseil- 



lait de choisir femme qui ne fut ni trop 
belle, ni trop laide : Si tu as belle 
femme tu seras en péril, et si elle est 
laide t'en repentiras : la moyenne forme 
est la plus seure. » Banne response à 
tous propos. Livre fort plaisant... tra- 
duit de la langite Italienne », p. 78. 
D'aucuns pensent que l'ouvrage est de 
Gilles Corrozet qui l'édita. 
3. — Fr. Bebni, Ritne, Florence, 1885, 
sonnet LIX, p. 137. 



4. - Maria Euuicola d'Aveto dit, 
dans Di Natura d'Amore, Lib. M, cap. 
Clic Casa Detlecia : « La beauté du corps 
de la femme réside dans la proportion 
de ses membres... la laideur consiste & 
avoir les pieds longfs, des flancs étroits, 
le nez grand et les yeux petits et blancs. 
La femme ardente a les cheveux crépus 
et courts, le corps droit, la parole aud.t- 
cicusc, le teint brun... > Ed. 1563, 
p. 145- 



104 



LA FEMME ITALIENNE. 



voir comment se meut l'or vivant et splendide, admire sa chevelure blonde qui s'entre- 
mêle et se dénoue, libre et enchaînée, gracieux trophées, lacs de l'âme. Et que celui 
qui veut savoir où l'amour a sa sphère et combien le soleil est beau, regarde ses yeux 
ardents qui sont de purs soleils. Que celui qui veut voir l'aurore s'emperler de roses, 
se fleurir de lis, admire les belles joues de la reine chérie, parce qu'il y verra con- 
fondues au milieu du lait, les violettes, au milieu des flammes, la neige, avec l'ombre, 
la lumière du soleil'... » 



= LE FARD 

La beauté n'allait guère sans le fard. 

De toutes les coutumes que l'antiquité transmit aux âges suivants, l'usage du 
fard fut chez les femmes, à n'en point douter, le plus fidèlement conservé, du moins 
en Italie. Quand l'écrivain arabe Mohammed Ebn Djobaïr visita la Sicile% en 
l'année 528 de l'hégire et 1 138 de notre ère, les femmes y étaient, à ce qu'il dit, aussi 
couvertes d'onguents que chargées d'ornements, à l'imitation peut-être des femmes 
arabes qui se trouvaient encore à cette époque en grand nombre dans l'île. 

Il en allait de même au nord de l'Italie. Dante cite comme une exception et un 
exemple l'épouse de Bellacione Berti qui pouvait « quitter son miroir sans avoir le 
visage peint ' », ce que le commentateur presque immédiat du poète, Benvenuto 
d'Imola, explique rudement en disant : « qu'elle n'avait pas le visage teint ou plutôt 
sali ». Benvenuto était, au reste, un grand ennemi de cette mode dont il ne voyait que 
trop d'adeptes autour de lui et il y a apparence qu'il ne donna cet aigre commentaire 
que pour avoir occasion de dire sa pensée aux femmes de Florence''; ailleurs il les 



I. — Bkonzini d'Ancone, De//a Virtùe 

valore délie Donne Hhtstri, Florence, 1632, 

septième semaine, deuxième journée, 

P- 94)- 

Dir non saprei gia qiiali 

Di corporeo splentlore linee ridenii 

Disiingiian del bel volto 

I rosaii giardini, i Jior celesti; 

Ma chi desia veder, corne si niove 

L'oro animato, e vago, 

E senst abhia di vita, 

Miri le bionde chiome 

De la Sposa chiarissima regale, 

Che su la intreccia, a scioglie. 

Le libéra, o incatcna, 

Sentpre eqiialmenie sono 

Graziosi trofei, lacci de l'aima. 

E chi saper ne brama 
Dov' ha sua sfera amore, 
O' corne il sole é belle 
Nel suo cerchio di gioja, ov' ha pici lume, 
Miri i suoi lumi ardent i, 
Ch' altro non son che soli. 

Chi veder vuol l'aurora 
Ingemmursi di rose, 
Infiorarsi di gigli, 
Miri le belle guance 



Dell' amante reina, 

Ch' ivi vedrà confuse 

Tra il latte le viole, 

Xra le flamme la neve 

Stare a l'ombra del sole. 

Battista Barbo, dans VOracolo (1616), 

parle dans le même ton (p. 12) : 

E n'vece d'occhi poi forma due stelle, 

Da cui raggio assassin scintillar vedi, 

E la fece si vaghe, e cosi belle 

Che beato colui, che move i piedi 

Per ritrarsi in sieur, che morte in quelle 

Pose, ov' agni tua pace albergar credi 

In prima vista, ahi poco canto fuggi 

Non vedi ch' a quel foco l'aima struggi? 

Quinci a la bocca scese, e la fe bella, 
E cara, e dolce da poter baciare. 
Ma laida lingua entro ci pose, e fella. 
Sol di bugie ministra, et in ciarlare 
Dotta, e a cosiumi buon cosi rubella, 
Ch'i segreti non mai seppe occultare; 
A le bcstemurie pronta, a gli scongiuri, 
A le maldicenze, a gli spergiuri 

Poi formol petto,el'una,cl'altramamma, 
E cosi bene seppe accomodarle 



Con rilievi si grati, che di fiamma 
Eccelsa fù cagione espressa il farle 
Tali, e quai occhio sia che miri infiamma 
Quella parte lasciva, et adornarle 
Dt bianco, e rosso attese il rozzo Dio 
Per ne cori destar sconciô desio. 

Cf. L. Mahinella, La Nobiltà et Eccel- 
lenza délie Donne co diffetti et tnanca- 
menti degli nomini, Venise, 1601, p. 13. 
— Lezione accademiche d'Ottavio Ma- 
gnanini sopragli Occhi délie Donne, Fer- 
rare, 1639, dédie au cardinal Barberini. 
Annibal Caro avait déjà compose une 
dissertation sur les nez, Diceria dé Nasi, 
en l'honneur du nez d'un de ses confrères 
à l'académie Délia Virtù, qui était d'une 
grandeur prodigieuse (1539; ^''^ fut 
imprimée à la suite d'un autre morceau 
de ce genre intitule Comento di ser 
Agresto da Jicaruolo sopra la prima 
Ficata del padre Siceo. Cf. GUINGUENÉ, 
VII, 358, note I. 

2. — M. Akari, BibliotecaArabo-Sicula, 
vol. I, p. 160, cap X. 

3. — Paradis, chant xv, v. 113. 

4. — MUKATORI, Aniiq. Ital, I, 1272. 



LI-: FARD. 



io5 



raille de leurs efforts pour « rendre pâle leur visage et blanche leur peau noire et rouge, 
pour colorer en fauve leurs cheveux et donner l'aspect de l'ivoire à leurs dents' d/. 

Les Florentines avaient, sur ce point, une réputation établie'. Dans son Ditta- 
mondo, composé vers 1360, Fazio degli Uberti', dit que les démons de l'enfer ne 
sont pas aussi noirs que les couleurs dont elles usent pour se farder. On se noircissait 
en effet, les yeux et, chose plus étrange, les dents. Fazio l'affirme en ce qui concerne 
les Génoises. Ce n'était pas toujours volontairement "i. C'est ainsi que Barberino 
met les femmes en garde contre les onguents « substantiels et gras qui rendent les 
dents noires et les lèvres vertes, vieillissent la peau et donnent l'air malpropre' ». 
Saint Bernardin de Sienne disait de même ; il conseillait aux femmes de ne point faire 
usage de fard surtout « parce qu'il ruine les dents ^ ». 

D'autre part, il se publiait déjà des traités sur les meilleurs moyens de se farder; 
on en trouve un, datant du xiv'= siècle, à la suite d'un ouvrage de Pierre de Padoue, 
professeur à Bologne dont le texte manuscrit existe à la Bibliothèque Nationale". Il a 
pour titre : De Ornatu muliertim et les différentes rubriques, qui sont en tête des 
chapitres, montrent que l'auteur connaissait son sujet dans le détail. De l'art de se 
laver. — De l 'ornement de la chevelure. — Des cheveux noirs. — De l'embellisse- 
ment du visage. — De la dépilation. — De l'embellissement des lèvres. — De la 
blancheur des dents. — De la manière de rendre l'haleine suave. — De la clari- 
fication du teint^. 

Dans son traité intitulé : VAmira'', Alberti, l'auteur du Traité du gouver- 
nement de la famille, donne des recettes pour colorer les lèvres, nettoyer les 
dents, entretenir la peau, rendre les cils noirs, laver utilement les yeux; il y entre les 
ingrédients les plus repoussants, limaces, excréments de cerf, méconium, sang 
d'anguille.... Pour faire pousser les cheveux, il faut se frotter la tête avec une mixture 
composée de poudre d'ailes d'abeille, de cantharide, de noix rôties et de cendres de 
hérisson. Toutefois, s'il fournit des recettes, Alberti ne les recommande pas; il 
conseille aux femmes de s'en tenir à leur beauté naturelle et vante la netteté des 
dents qui leur permet de rire sans irriter la vue d'autrui'°. 

Les femmes faisaient leur profit de ces enseignements et leur art à se trans- 
former était surprenant". Sacchetti qui, lui aussi, blâme «ces jouvencelles que des 
couleurs rendent plus belles », reconnaît qu'elles réussissent à merveille à s'embellir". 
« Si vous ne m'en croyez, ajoute-t-il, regardez autour de vous dans tout ce pays; 



1. — MURATOKI, AntifJ. Uni., I, fol. 1222. 

2. — Dans le Songe de Boccace, on lit, 
p. 246 : « Elle (une femme) B'occupoit 
souvent à distilcr et à faire des pastes. 
On ne voyait dans son cabinet qu'herbes, 
racines, feuilles, alambics, matras, cor- 
nues, fourneaux, et tout l'attirail des 
chymistes. Elle avoit plus de phioles et 
de boCtes qu'un apotliiquaire.... Quand 
elle alloit aux êtuvcs, dont je croyois 
qu'elle devoit revenir bien nette, je la 
trouvois à son retour, aussi fardée 
qu'auparavant. » Le Songe est un ou- 
vrage apocryphe du xvii- siècle, mais 



compose par un auteur très au courant 
des mœurs italiennes. 

3. — Lib. ni, cap. V. 

4. — Cf. FOGLIKTTA, Rime, p. 30. Bel- 
GRANO, Délia Vita privata, p. 247. 

5. — Il rappelle l'adage de l'Esclave (de 
Bari) : « J'aime en une femme la beauté 
qui dure et c'est beauté de nature. » 
Parte I. Ci.'VAtiSW.i.O, Staiiee di culiura 
sopra gli Horti délie Donne. 

6. — Casanova, La Donna Senese, p, 33. 

7. — Ms. latin 16089. Cf. QUICHEBAT, 
Histoire du costume, p. 195. 

8. — Barberino, Parte XVI (cd. 1842, 



p. 284) fait allusion à la teinture des 
cheveux, aux moyens employés pour 
rendre aux cheveux blancs leur couleur, 
pour effacer les rides et les cicatrices, 
pour rendre les dents blanches, 
i). — Amiria signifie myriade ; ce traite 
fait suite à V Ecalomfila , « la femme aux 
cent amants > qui traite du choix des 
amants et du traitement qu'une femme 
doit leur faire. 

10. — Albkhti, Œuvres, V, 176, 278. 

11. — A. FiRENZUOUA, Le Rime, p. 100. 
la. — Délie Novelle di Fr. Sacchetti, Flo- 
rence, 1724, part. I, p. 234. 



10b 



LA FEMME ITALIENNE. 



VOUS n'y verrez pas une brune. Ce n'est pas parce que la natiu-e fait naître toutes les 
femmes blanches sans exception, mais parce que les brunes ont su se rendre blondes. 
Celles même qui, par aventure, sont nées difformes ou tortues parviennent à paraître 
bien conformées. » 

Une femme n'aurait jamais osé se montrer sans fard. Le poète Pistoja, qui vivait 
au xv" siècle, place dans la bouche d'une mère attentive les conseils suivants à 
l'adresse de sa fille' : 

Ne sors jamais sans fard, fillette, 

Car tu es quelque peu noiraude. 

Ouvre la bouche que je te nettoyé les dents. 

Fais bien valoir tes seins. 

Mets ce voile blanc. 

Et répands sur ton visage ces parfums. 

Conseils ironiques assurément, puisqu'il s'agit d'un poète grand justicier de son 
temps, mais que bien des femmes suivaient avec exactitude. 

Les Romaines surtout avec un art consommé, réparaient les brèches de leurs 
dents, cachaient sous le fard et les rubans les rides et le teint douteux de leur cou, 
de leurs épaules, de leur poitrine, se refaisaient un visage\ Il n'était point de sacrifice 
que les Vénitiennes ne consentissent pour conserver à leur teint sa fraîcheur^, jusqu'à 
se couvrir le visage chaque soir, au moment du coucher, d'une tranche de chair de 
veau crue trempée préalablement pendant quelques heures dans du lait''. 

Ce qu'on demandait surtout aux onguents, c'était de rendre le visage brillant. 
« Ma mère me fit me laver le visage d'une eau quelque peu forte qu'elle connaissait 
laquelle le rendit aussi luisant qu'un miroir sans qu'elle y appliquât aucun fard ni 
drogue comme le font les autres femmes », dit une des interlocutrices de l'Arétin'. 

Vecellio^ rapporte que toutes les femmes de son temps voulaient avoir « le 
visage luisant et les cheveux blonds », sans s'inquiéter de savoir si ces pratiques ne 
leur gâteraient pas finalement le teint. 

Il en coûtait fort cher de se teindre d'une façon convenable, et plus d'une nou- 
velle épousée dissipa sa dot en achat de produits colorants ^ Encore fallait-il se bien 
farder, et ce n'était pas chose aisée. D'après l'Allemand Arnold de Harff (1497), les 
Vénitiennes employaient un fard qui passait trop vite en sorte que, le soir, elles 
devenaient livides, affreuses à voir^. Plus discret, de la Haye dit : « qu'elles 
affectaient une certaine rougeur sur leurs gorges et dans leurs visages'*. » 



1. — Gazzeita Leiieraria, an. XU (I8SS) 
n« 8, R. Renier, / Sonetti del Pistoja, 
Turin, 1888. Vecellio dira plus tard, 
fin du XVI" siècle (fol. 255), qu'on se serait 
moqué à Naples des femmes qui n'au- 
raient point usé de fard. 

2. — S. MoRPURGO, // Governo... e. le 
Malitie délie Donne, Florence 1893, 
p. 29. — Epigramme de Emilio Bocca- 
bella, citoyen romain, mai 1478. Cod. 
Vat. Ottob., 2280, p. 120. [marito 
Quiniia cum decimo nupsisset nigra 



Niliatum fractis dentibiis émit ebur : 
Et cerussato sparsit redimicula colla, 
Et medicata comas et -maie picia gênas. 
Oscula cum vario conjitx tutit illita sztco 
Irat-us dentés Jixit, abiiquc ihoro. 

3. — MOLIUENTI, La Storia di Venezia, 
p. 306. 

4. — ROSSI, Raccolta sut cosiumi dei 
Veneziani, Bibl. Marciana, Cod. ItaL 
Classe VII, vol. HI, p. 52. 

5. — Dialogues, p. 16. 

6. — Vecellio, fol. 100. Cf. fol. 93. 



7. — N. Franco, Le Pistole vutgari, 
Venise, 1539, c. XX. 

8. — Archivio Vencto, vol. XI, part. I, 
p. 402. 

9. — De La Haye, La Politique civile 
et tnilitaire des Vénitiens, Colog-ne, 
1669, p. 47. Cf. GEANGIER de LlVERDIS, 
Journal d'un Voyage..., p. 818, (1667). 
« Les Vénitiennes empruntent leur 
beauté du fard qu'elles mettent sur 
leur visag;e pour se donner de la blan- 
cheur. 1 



LE FARD. 107 

D'aucuns protestaient. Pandolfini, qui vivait au milieu du xv' siècle, suppliait 
les mères de famille de ne point se montrer « fardées, blanchies, peintes », car ce 
n'est point ainsi, leur disait-il, que l'on plaît aux hommes; ce qu'ils préfèrent, ce sont 
les femmes « ornées de leur simplicité et de leur honnêteté' ». Au surplus, ajoute-t-il, 
l'usage des onguents n'est pas seulement blâmable, mais il est aussi dangereux et il 
prend pour exemple une statue d'ivoire qu'on peindrait tous les matins et qu'on 
laverait tous les soirs pour en enlever la poussière que la peinture aurait retenue. 
Ne perdrait-elle pas à ce traitement sa beauté et son prix? Et, en citoyen d'une ville 
où l'argent était la chose importante, il insiste sur ce point et s'efforce à faire com- 
prendre aux femmes qui se mettaient dans ce cas, qu'elles subiront inévitablement 
une dépréciation sensible quand leurs dents seront gâtées, leurs gencives fendues, 
leur visage ridé, leur haleine corrompue. N'a-t-il pas pour voisine une femme qui 
paraît « la nourrice de sa mère » tant son visage est fané? 

Politien se contente de vanter, non sans malice, sa brunette qui, chaque jour, 
va, sans plus, laver à l'eau de la fontaine son front et son -r doux sein' ». 

Le peintre Andréa Cennini crut devoir, dans son traité sur la peinture, consacrer 
un chapitre spécial de la peinture du visage dans le cas oi!i l'on aurait recours à ses 
confrères pour cet office car il semble d'après ce qu'il dit, qu'on demandait parfois 
aux peintres, chose étrange, « de teindre et de peindre des chairs vivantes » (1437). 
A l'exemple d'Alberti, tout en fournissant quelques recettes, il recommande néan- 
moins aux femmes de s'abstenir des « eaux médicinales », dont il énumère les 
inconvénients et il se garde bien de donner trop de détails dans la crainte de se faire 
détester des dames « retenues » et de provoquer la colère de Dieu et de Notre-Dame. 
Aussi se borne-t-il à conseiller à ses lectrices de se laver avec l'eau de pluie, de fon- 
taine ou de rivière ^ 

L'Arétin fut un adversaire convaincu du fard. Il met dans la bouche de l'une de 
ses héroïnes, qui pourtant vivait dans un milieu où le maquillage était d'une pratique 
fort acceptée, la courtisane Nanna'', ces sages paroles à l'intention d'une fille qu'elle 
instruit de son expérience : « Ne t'enduis pas le visage comme les Lombardes, un 
soupçon de rouge suffit à cacher cette pâleur que laisse sur les joues une nuit agitée. 
N'imite pas celles qui se peignent et se vernissent comme des masques et se bar- 
bouillent les lèvres de cinabre. » 

Dans sa comédie du Marescalco, il reprend ce thème avec plus d'énergie encore 
et fait en ces termes le portrait des femmes qui se fardent' : « Pour te figurer leur 
visage au matin, quand elles se lèvent, sache que les poules qui mangent toutes les 
ordures du monde sont moins dégoûtantes ; les médecins n'ont pas autant de boîtes 

1. — Pandolfini, Traltato del Governo 2. — Poésie italiane. Milan, 1S25, p. 96. 4. — P. Arktino, Ragionamenti, Bcn- 

della FamigUa, Milan, 1802, p. 143. 3. — Cennini, // Libro detl' Arte, pub. gfodi, 1584, part. I, p. 72, P.irt. II, p. 9S. 

Vives parlant de la jeune fille s'exprime à Florence en 1821 et 1859. Trad. par 5. — Comédie, Milan, 1888, p. 43, acte II, 

de mCme (trad. Pierre de Chang^-, 1543, Vict. Mettez, Paris, 1858. Chap. CLXII : se. V. L. Dolck (1545) cite l'histoire 

fol. XVII) : « ... Tu es misérable si par ta ' Tu peux, dit-il parlant de la fai,on de d'une Vénitienne qui, pour faire piice à 

seule paincture tu attires a toy mary ou farder, tempérer des couleurs avec de ses amies, les obligea dans un jeu i se 

autre quant le fard sera passe, comme luy l'œuf ou couvrir avec de l'huile ou du laver la fiffure. Elle sortit seule victo- 

pourra«-tucomplalre?»Cf.DoLCE,fol.28. vernis liquide. » rieuse de l'épreuve. Fol. a8, 29. 



io8 



LA FEMME ITALIENNE. 



à droo-ues qu'elles de coffrets à couleurs'; elles passent leur temps à se couvrir 
d'emplâtres, à s'enfariner, à s'encrasser... et je tais bien des opérations. Elles 
s'enlèvent la peau à force de l'enduire de soude, elles cherchent en vain à effacer 
leurs rides; elles se mettent sur la figure tant de fard en plaques qu'elles semblent de 
vrais masques. » 

Arioste à son tour raille l'amant qui croit baiser les lèvres de sa maîtresse et 
n'embrasse qu'une couche de peinture « faite avec de la salive d'une juive » et si 
puante que c'est bien en vain qu'on la parfume avec du musc. « Pourquoi les femmes, 
ajoute-t-il en terminant, ne se contentent-elles pas du visage que Dieu leur a donné'? » 

Un siècle plus tard, Ferrini' qui prétendait redresser tous les torts, reproche aux 
femmes leurs cheveux frisés artificiellement, leur visage blanchi à la poudre, leur 
front peint, leurs ampoules à fard, leurs vases, leurs boîtes, leurs fioles remplis de 
mixtures diverses. « C'est ainsi, dit-il, qu'elles se flattent de transformer leurs traits, 
de changer leur teint, en un mot de surprendre le jugement d' autrui. Je doute 
si c'est en vue de plaire à leurs maris'' ! » 

Les prédicateurs tenaient le même langage. Le dominicain Girolamo Fazello' se 
plaint que les femmes ne viennent à la messe qu'après avoir perdu un temps infini à 
se laver cinq ou six fois au moins avec de l'eau pure, puis encore avec de l'eau par- 
fumée, s'être mirées cent fois et chargées d'ornements (1692)^. Reproche que faisait 
déjà aux filles la vieille chanson française qui dit : 



Quand Aeliz fu levée 
Et quand ele fu lavée 
Quant ele se fu mirée 



Bel vestie et mieus parée 
S'en furent les crois alees 
Jà la messe fu chantée'. 



Mais les femmes n'avaient cure, et c'était peut-être sagesse. Le fard était 
leur grande préoccupation. Dans la comédie intitulée Mircolo de Cassiodoro, une 
jeune fille jetée en prison se plaint surtout de manquer d'onguents et de teintures : 
« Oiî sont mes amants et les fêtes qu'ils me donnaient! Je n'ai plus de femme de 
chambre ni de fards, ni de couleurs, je ne puis me faire de chignons^. » Les femmes 



I. — C'est à peu près ce que dit l'Adver- 
saire dans le Champion des Dames de 
Martin Franc, Paris, 1530 (t. II. fol. 
cxviv). 

Va sercher toutes les aumaires 
Et dieu scet que tu y verras 
Et semble estre apoticquaires 
Tant de boîtes y trouveras 
Pas toutes ne les ouvreras 
Car il y peut et sont mal saines 
Trop bien celles descouvreras 
Qui sont de pleur de vignes plaines. 
a. — L. Abiosto, Rime e Satire, Flo- 
rence, 1824, Sat. V Ad Annibale Mala- 
guzzo, p. 227. COSMO Agnelli, Amore- 
vole Avviso aile Donne circa alcuni loro 
abust, Ferrare, 1592, reprend le même 
thème; il reproche aux femmes premiè- 
rement de donner artificiellement la 



couleur blonde à leurs cheveux, et en 
les frisant, l'apparence d'une crinière ; 
deuxièmement, de découvrir outre me- 
sure leur sein et de le rendre brillant et 
lisse au moyen de fard ; troisièmement 
de se grandir la taille avec de hautes 
semelles. 

3. — La Lima Universale, 161 2, p. 321. 
Cf. DOTTi Satire, Amsterdam, 1790, 
part. I, sat. VI, p. 87. 

4. — Zarrabini da Cotignola (Dello 
Stato Virginale, Venise, 1586, p. 82) 
assure que les femmes prennent dans 
saint Paul le secret de se faire un visag-e 
d'emprunt, car il leur dit (Timothée, 
ép. I, chap. II, § 9) : <! Similiter et mu- 
lieres in kabitu ornaio, cum verecundia 
et eobrietate ornantes se, et non in 
iortis crinibus, auf anro, aut marga- 



I 

riiis vel veste preciosa ». 

5. — Girolamo Fazello, Prediche 
Quadragesimali, Venise, 1692, p. 298, 
Abbate Nadal, Del Lusso délie gentil- 
donne romane, Venise, 1746, Diss. I 
(p. I, 9) DeW Acconciaiura del Capo e 
belletto. 

6. — Cependant Girolamo Ruscelli, 
dans son traité intitule Letliira (fol. 
56 V.) affirme que Moïse permit aux 
femmes de se teindre les cheveux et de 
se faire le visage. 

7. — On ajoutait quelquefois : « Diable 
l'en ont portée ». JACQUES DE VlTRY, 
Sermons, éd. Crâne, p. 114. Cf. 

L. Gautier, La Chevalerie, p. 397, 
note 4. 

8. — d'Ancona, Origini drl teatro ita- 
liano, I, 641. 



BIJOUX, XVI' SIÈCLE. 






Diane de Poitiers. 
Travail italien du xvi" s. 



La l'oiuainc des Sciences 

Travail italien du xvit- s 



Bataille de cavalerie. £niail. 
Travail italien du xvi* s. 




Vitiori.1 Colonna. 

Camée serti d'or. 

Travail italien du xvr s. 






Collier. Or ciselé. 
Travail italien du xvir' s. 



barbara bOTronicO. 

Camée serti d'or. 

Travail italien du \vr s 




AlfonsL- II, Juc de l'crrarc et 
I ucrècc de Mcdici- 




Roi tiégrc. Travail italien du \\\' s. 




André Doria. I^pts lazuli 

Monture en or émaillé 

1 r.ivail iijilicii du \vt« ^. 



t;ABINKT DK KKANtlK 



LE FARD. 



loq 



qu'on aurait crues les plus éloignées de ces frivolités y donnaient toute leur atten- 
tion'. C'est ainsi que Emilia Pia envoyait à son amie, Isabella d'Esté, '< un bois pour se 
polir les ongles »; il faut, écrivait-elle, frotter jusqu'à ce qu'on sente une certaine 
chaleur, cela fatigue d'abord, mais on s'y fait. Elle envoyait également une eau 
pour les dents « dont se servaient les reines de Naples », qu'il fallait garder dans 
la bouche un certain temps (lo mars 1505). Isabella lui faisait présent, en retour, 
de coffrets d'argent contenant des parfums qu'elle avait fabriqués elle-même et 
qu'appréciaient les plus hauts personnages, entre autres le cardinal Bembo'. 

Caterina Sforza, tout occupée à ce qu'on pourrait croire, à former ^ses soldats, 
à armer ses forteresses, à amasser des munitions dont elle tenait marché, s'appliqua 
cependant, avec une diligence étonnante, à réunir et à transcrire des recettes d'on- 
guents, à en inventer, à en essayer; elle était en relation avec des juives qui passaient 
pour posséder de secrètes préparations; son recueil d' Experimenti est un compen- 
dium de mixtures de toilette, un traité de parfumerie en même temps qu'une pharma- 
copée et un livre de magie. Il contient un nombre considérable de recettes « pour 
rendre la peau claire, les dents blanches et ivorines, pour colorer ou faire pousser les 
cheveux et la barbe, pour rendre beaux ceux qui les employaient ». Certains onguents 
sont à base de sels d'argent, d'argent pulvérisé ou de litharge et pouvaient, par con- 
séquent, donner quelques résultats, mais il en est d'autres d'une préparation plus 
étrange. Par exemple, dans certains cas, on doit prendre le lait d'une femme qui 
nourrit un enfant mâle, y distiller une hirondelle avec ses plumes et sans l'avoir vidée, 
prononcer des paroles cabalistiques; il faut distiller des vers de terre, du suc d'ortie, 
du sang. L'eau céleste ou eau de jeunesse ou de vie avait tant de vertu qu'elle faisait 
rajeunir celui qui s'en servait et « si une personne était si affligée de maladies que les 
médecins l'avaient abandonnée, dit Caterina Sforza, elle serait, en la prenant, ramenée 
aussitôt à la vie ». Aussi la préparation en est-elle très compliquée et très obscure^ 

A côté de ces recettes princières, il en était dont l'origine était plus vulgaire et 
que pratiquaient les femmes de condition médiocre ou bien les courtisanes. Le 
dialogue intitulé : La Raffaella dû à Alessandro Piccolomini, archevêque de Patras, 
coadjuteur de Sienne, en fournit de curieuses'' : 

« Je prends d'abord, dit Raffaella, une paire de pigeons, dont on a ôté les 
membres, puis de la térébenthine de Venise, des fleurs de lis, des œufs frais, du 
miel, des coquillages de mer, des perles pulvérisées et du camphre; j'incorpore le 
tout ensemble; je le mets dans les pigeons et je distille à feu doux dans le ballon 
de verre; puis je prends du musc, de l'ambre, de la limaille d'argent et ces derniers 



I. — Cf. Fkdehico Luigini, La Bella 
Donna, p. 49. 

a. — V. ClAN, Stor. délia Lelteratiira 
Ital., IX, 120. Cartwright, I, 269. Luzio 
et Renieh, Mantova, p. 167. 
3- — Voici une confection de Caterina 
Sforza pour rendre le visage lisse et 
brillant : « Mélanger z\ onces de car- 
bonate de plomb avec autant de tar- 
trate de potasse plus 5 onces d'un com- 



posé de sublimé et d'argent en poudre 
additionne d'adragant et de nitre de Sari 
pour 2J onces. Cette poudre bien tri- 
turée devait âtre mise avec le reste dans 
l'intérieur d'un pigeon de race pisanc 
soigneusement vidé et lavé à l'eau de 
source. Ensuite il fallait cuire le pigeon 
dans une casserole où l'on aurait verse 
au préalable de l'eau qui aurait servi à 
faire infuser de la coulcuvrec. Après 



ébullition, on devait distiller le reste de 
l'eau et s'en laver le visage le soir avant 
de se mettre au lit. Pour se blondir les 
cheveux, il faut les laver souvent avec 
de l'eau dans laquelle on aura dissous 
de la cendre de hitre décortiqué. • Paso- 
UNi, t. lU, p. 646, 691. Cf. p. 6j7, 630, 
636, 640, 645, 649. 

4. — Bella Crcanea délie Donn* (1539), 
trad. AlcidkBonnkau, Paris, lS84,p.87. 



,10 LA FEMME ITALIENNE. 

ino-rédients broyés finement au porphyre, je les mets dans un nouet de toile de lin 
que j'attache au bec du ballon avec un récipient dessous, puis j'expose l'eau à l'air 
du soir et elle devient une rarissime chose. » 

Voici une autre recette : 

« On prend de l'argent massif et du vif argent' on le broyé au mortier et on 
ajoute de la céruse et de l'alun de roche brûlée, puis le tout de nouveau broyé 
une journée entière, on le délaye avec de la salive en mâchant du mastic jusqu'à ce 
qu'il devienne liquide et on fait bouillir dans de l'eau de pluie; dès que l'ébullition 
commence, on verse le sublimé dans le mortier et, cela fait, à trois reprises en 
jetant l'eau; à la quatrième on la conserve avec les matières solides. De ce fard-là se 
servent habituellement les femmes qui n'ont pas le moyen de dépenser beaucoup'. » 

Néanmoins, la Rafifaella, qui a la pratique des choses, déconseille ces moyens. 
Parlant de certaines femmes, elle dit? : « Elles se mettent d'abord soigneusement le 
rouge, puis étalent par-dessus une légère couche de sublimé dont la blancheur produit, 
avec le rouge, cette teinte rose que tu vois. C'est une très fâcheuse pratique et tu 
constateras qu'elle durera peu. Il ne me semble pas que pour rien au monde une 
gentille femme ait à se peindre de la sorte. » Et, un peu plus loin'' : « des cosmétiques? 
— D'aucune espèce, qu'il y entre de l'antimoine, des plumes de poule, des blancs 
d'œuf ou autres semblables drogues; s'ils embellissent le teint, par la suite, ils 
gâtent les dents, corrompent l'haleine et altèrent la santé! » 

En 1562, Marinello publiait un long traité en quatre livres sur la matière'; 
le premier livre traite des rapports des membres et Marinello y enseigne comment 
on peut se faire grossir ou maigrir à volonté, comment on peut développer tel ou tel 
membre et amener une juste proportion entre les diverses parties du corps; tout le 
livre deuxième est consacré aux cheveux et aux manières de les colorer, et de les 
empêcher de tomber; dans le troisième il est parlé des procédés, des « remèdes » 
destinés à embellir le visage, dans le dernier de la beauté du cou, de la gorge, du sein, 
des mains 

Quelque quarante ans plus tard (1609), Fabio Glissenti publiait dans ses Discours 
moraux, une longue série de procédés « pour embellir le visage — effacer les rides — 
rajeunir les traits — colorer la peau — conserver aux yeux leur beauté — blanchir 
les dents et les raffermir — faire disparaître les pellicules. Il explique, en outre, 
comment s'y prennent les Vénitiennes et les Napolitaines pour ne pas maigrir. « Les 
premières, dit-il, se procurent des noix d'Inde {hyperanthera moringa), des amandes. 



1. — La SaffaeUa, p. 91. 

2. — Autre recette « Je prends de l'argent 
fin et du vif-argent passé à la peau de 
chamois; des qu'ils sont incorporés en- 
semble, je les broyé tout un jour du 
même côté avec un pou de sucre en 
poudre; puis je les retire du mortier, je 
les fais broyer au porphyre par un pein- 
tre et j'y incorpore de la limaille d'argent 
et de perles ; je fais de nouveau broyer 
au porphyre le tout ensemble, je remets 
dans le mortier et je délaye le matin à 



jeun avec de la salive de mastic et un 
peu d'huile d'amandes douces; le mé- 
lange ainsi rendu liquide et battu un 
jour entier, je le délaye de nouveau avec 
de l'eau de fraxinelle, je le mets dans 
une fiole et le fais bouillir au bain- 
marie; cela fait quatre fois, toujours en 
jetant l'eau, à la cinquième je la garde, 
je retire la fiole, je vide dans une coquille 
et laisse reposer; puis, vidant l'eau dou- 
cement, il reste au fond le sublimé au- 
quel j'incorpore du lait de femme et que 



je parfume avec du musc et de l'ambre ; 
je mêle le tout à l'eau et je conserve 
dans une bouteille bien bouchée. > 
On se servait souvent de guimauve pour 
les dents. Arktin, Dialogues, p. 95. 

3. — La Raffaella, p. 97. 

4. — Ibid, p. 99. 

5. — Gli Ornamenli délie Donne, Venise, 
1562, suivi d'une autre édition, 1574. 
La Lande, ï, 180, dit : « Les damet 
ne mettent point de rouge à Turin non 
pluB que dans le reste de l'Italie » (1765). 



LA TEINTURE DES CHEVEUX. 



III 



des pistaches, des pignons, de la graine de melon, de la chair de perdrix et de chapon, 
les pressent ensemble et ajoutent du sucre de façon à en faire une sorte de massepain; 
chaque matin elles en mangent une certaine quantité, puis boivent un doigt de vin 
de Chypre. Les dames de Naples emploient également la noix d'Inde avec de la 
farine de riz, de fève, d'orge, de lentille, de pavot, de froment, de sézame, cuite dans 
du lait et mélangée de sucre en quantité égale". >/ 

Glissenti instruit aussi ses lectrices des secrets par lesquelles la belle Arthémise 
maintenait ses seins fermes et nacrés ; elle les enduisait d'un mélange composé 
d'alun, d'huile rosée, de vinaigre et de camphre. Pour Phrynée, quand elle comparut 
devant ses juges, son triomphe vint de ce qu'elle s'était frotté la poitrine avec de la 
sève de ciguë, du camphre, de l'encens blanc, du cotylédon et du vinaigre. 



LA TEINTURE DES CHEVEUX 



Où l'artifice des femmes faisait surtout merveille, c'était dans la coloration des 
cheveux. 

La couleur blonde était, on l'a vu, fort prisée en Italie. C'était la couleur des 
belles, des héroïnes de romans, de Béatrix et de Laure. 

C'est pourquoi les femmes qui n'étaient pas blondes par une faveur spéciale 
de la nature, le devenaient par leur industrie. L'art d'être blonde « l'arte biondcg- 
giante » fut assurément l'un des plus pratiqués et des plus poussés vers la per- 
fection qu'il y eut en Italie'. Depuis le recueil anonyme du xill'' siècle, dont il a été 
question, et qui indique déjà quelques recettes, bien des traités sur ce sujet avaient 
paru quand Caterina Sforza publia ses Experimenti où se trouvent expliqués les 
procédés les plus réputés de son temps?; tantôt il faut mélanger du cinabre, du 
soufre et du safran, les faire bouillir et les filtrer avec de Teau, tantôt il faut cuire du 
cumin avec de l'alun ou employer du cerre, de la rhubarbe et de la racine de lierre 
distillée dans un alambic. Il y a des recettes pour faire pousser les cheveux « là où 
il n'y en a pas », pour les allonger, pour qu'ils deviennent frisés, pour les rendre 
dorés, couleur châtain, noirs, « blonds et beaux », « blonds pendant deux mois'' ». 



1. — Glissenti, Discorsi Morali, p. 402. 
Cf. Henki Estienne, Dialogues du Nou- 
veau Langage, I, 244 : t C'est qu'elles 
(les Vénitiennes) cerchent par tous 
moyens à eetre non seulement en bon 
poinct, mais grasses : (et on me disoit 
que pour cest effect elles usoyent fort 
entre'autres viandes de noix d'Inde.) Or 
vous sçavez que les nostres hayent et 
fuyent cela. » 

2. — D'ailleurs le verbe blondoyer eut 
souvent en France où le blond était 
aussi fort à la mode, la même significa- 
tion. ViOLLET LE Duc, Dict. du Mobilier, 
IV. 446. 

3. — Pasolini, III, 657. 

4- — Détail d'une recette. Eau pour 



blondir les cheveux : on prend quatre 
onces de centaurée, une livre d'alun de 
tartre, deux onces de cresson oriental, 
une once de sulfate d'alun et de potasse 
et sept livres d'eau puisée dans un puits ; 
on les place dans un récipient muni 
d'une bonde, puis on réduit l'eau à un 
tiers de son volume par évaporation, on 
filtre le liquide en le faisant échapper 
par la bonde et l'on obtient la teinture. 
Cependant, avant de s'en servir, il est 
indispensable de se bien laver la tSte et 
de faire sécher les cheveux aux rayons 
du soleil. T. III, p. 655, Cf. 653, 654, 
655, 657. 

Autre recette. Se laver la tête avec de 
l'eau dans laquelle on aura fait infuser 



de la cendre de hêtre décortiqué on bien 
des racines de noyer. Dans ce dernier 
cas, il faut recueillir l'eau qui tombe de 
la tête dans un pot où se trouvera un 
peu de vin; on réduira ce liquide au 
septième de son volume en ayant soin 
de garder le pot bien clos durant l'ebul- 
lition. Il est indispensable de conscr\'er 
le liquide un an avant de l'employer de 
nouveau, III, 691. Arnoldo da Villanova 
propose d'autres compositions dans les- 
quelles entre la centaurée, la ^omme 
arabique, le savon... Venise, J/us.Ck'ico, 
Cod. Cicogna, 1248. Marincllo fournit 
vingt-six recettes dans son traite Gli 
Ornamenti délie Donne. Venise, 1562. 
On y voit le moyen de donner aux chc- 



,,j LA FEMME ITALIENNE. 

Caterina a soin d'ailleurs d'indiquer aux hommes un certain nombre de moyens 
pour rendre la barbe noire'. 

C'est surtout à Venise que l'art de se blondir florissait. Les femmes consacraient 
plusieurs heures, une ou deux fois par semaine, à cette occupation'. On les voyait 
assises sur leurs balcons ou dans de petits édifices en bois de forme carrée, construits 
sur le toit de leurs maisons et qu'on nommait altana, se laver les cheveux avec une 
épono-e attachée au bout d'un bâtonnet, un miroir à la main. Puis passant leurs che- 
veux à travers un chapeau de paille sans fond, appelé solana, elles s'exposaient 
intrépidement toute une après-midi aux rayons du soleil, même au fort de l'été, car 
on pensait que sa chaleur non seulement séchait les cheveux, mais aussi les colo- 
rait en blond de façon presque naturelle. La chaleur était si grande que nulle servante 
ne voulait les accompagner et qu'elles devaient se servir elles-mêmes. Quand les che- 
veux étaient secs, elles les lavaient de nouveau'. C'était là pour les étrangers une des 
curiosités de la ville. « Tous les samedis dans l'après-midi, dit Coryat, qui fut à 
Venise en 1608, les Vénitiennes se teignent les cheveux pour les rendre blonds. 
Elles mettent uu chapeau à très larges bords et sans coiffe sur lequel elles étalent 
leurs cheveux en plein soleil après les avoir lavés avec certaines drogues. Une fois 
secs, elles les frisent au fer. » Et Lassels écrivait de même quelque soixante ans plus 
tard : « La plus part des femmes vont teste nue, mesme au plus fort de l'hiver; elles se 
lavent la teste toutes les semaines et pour cela elles ont des vaisseaux qui sont faits 
exprès, puis sèchent leurs cheveux au soleil afin de les rendre jaunâtres qui est une 
couleur fort agréable aux dames''. » Quand le ciel restait obstinément couvert, en 
hiver, les Vénitiennes s'asseyaient, les cheveux tombant, devant un feu ardent'. 

Le blond vénitien n'a pas d'autre origine. 

Les Vénitiennes avaient sur ce point une réputation bien établie. 

Donne che a farvi i capei d'or siefe use a dit un poète^. 

Elles n'étaient pas d'ailleurs les seules à en user ainsi. Les Florentines du temps 
de Giraldi (xvi^ siècle), passaient leurs matinées à se baigner les cheveux et à « leur 



veux tous les tons depuis le roux jus- 
qu'au blond le plus cendre. Recette n" i : 
« Faites bouillir dans de l'eau très claire 
de la cendre de vigne avec de la paille 
d'orge, du fusain, du bois de reglisse 
décortique et broyé avec un citron. Ta- 
misez la lessive qui en résulte dans de 
la toile, lavez-vous ensuite la tête, 
laissez les cheveux sécher d'eux-mêmes, 
renouvelez souvent cette onction et vos 
cheveux deviendront brillants et pareils 
à des fils d'or. » Recette n" s : « Cueillez 
des lupins et faites-les macérer deux 
heures durant avec du salpêtre dans une 
eau très chaude, frottez-vous les cheveux 
avec cet électuaire, peignez-les et ils 
deviendront très blonds. » Ces recettes 
se trouvent dans Les Femmes Blondes. 
Appendice. Marinello est le père de la 
femme écrivain Marinella, née en 1571. 
Leonabdo Fioravanti donne également 
plusieurs recettes dans // Compendio de' 



Segreti Eazionali, Venise, 1675, cap. xix. 
MOLMENTi, La Storia di Veneeia, p. 302. 
Cf. Aldobeandino da Siena, Del Con- 
scrvare i capelli e i denii, Imola, 1876. 
Ouvrage du XIV" siècle. 

1. — Les hommes se teignaient la barbe 
et les cheveux mais plus rarement ceux- 
ci. « S'il y a quelqu'un qui ait quelque 
peu de revenu, il le dépense en onguents 
et en odeurs pour la barbe » dit Laïs, 
dans un Dialogue de l'Aretin, p. 64. 
Cependant Cobelli parlant d'un magis- 
trat de Forli renomme pour sa belle 
chevelure, rapporte qu'il la rendait 
rousse ou noire à volonté. Pasolini, 
C Sforza. I, 210, note I. 

2. — C'est une chose surprenante, dit 
Vecellio,fol. 140 v., que le temps, la peine 
et l'art que les Vénitiennes employent 
pour se rendre blondes. 

3. — Vecellio, fol. 100, 140, 141, 144, 
145. Sansovino, Venezia, 1581, Lib, X, 



fol. 152. M. Ag. Firenzuola, Le Rime, 
Florence, 1549, p. loi. 

Et fatto ha cenno alV impigre persniie, 
Co i crin, ch'or Ostro, hor or soglion 

[parère, 
Che'l sol {orna le chiomc a rasciugarsi, 
Che hier ser sull' Occan senlio bagnarsi. 

CoRV.\T's Crudities..., \ï, yj. FOUENIER, 
Le Vieux Neuf, H, 216, 415. Yriarte, 
Un Patricien de Venise, p. 56. 

4. — Lassels, Voyage d'Italie, l, 72. 
Texte anglais, I, 15. Voyage accompli 
en 1670. De La Lande écrit, en 1765, 
VIII, 175 : « Les femmes sont fort belles 
à Venise; elles y sont très blanches et 
même un peu pâles; on y voit plus de 
blondes que dans le reste de l'Italie. » 

5. — Glus. Passi, I Donneschi Difetti, 
Venise, 1618, Disc, xxiii. 

6. — Tansillo (1510-1568). In Iode di 
tingere i capelli, Naples, 1S20. 



jj-.jxjiRj j)/:s (:in:vi:rx. — courtisanes, iix Dr xvr siècle. 





\hMilKNNE A SA Cl li l-l- IHK I A\ CC l;i ^<ii.in;i 

Bertelli, Padoue 1594. 



VKN[TIKN'NE A SA (.OIFKURK (AvcC i.l Mii, 111,11 

Vecellio, Habiti, Venise 1590. 




COURTISANE A SA TOII-F-TTE 
Franco, Habiti, Venise 1614. 



COCRTISAXE AU CI-AVECIN 
Francii. Ilahiii, Venise 1(114. 



LA TEINTURE DES CHEVEUX. 



ii3 



donner, dit-il, l'apparence des ondes de la mer, avec un fer qu'elles chauffent 
auparavant, et si, par aventure, elles découvraient, en se regardant au miroir, qu'un 
cheveu dépassât l'autre, c'étaient des scènes de larmes et de lamentations". » 
A Naples, les femmes se coloraient les cheveux de telle façon qu'ils parussent 
d'argent; elles mettaient en outre des fleurs à leurs oreilles ce qui leur donnait 
l'apparence de nymphes'. 

Dans le songe de Poliphile, Polia dit' : <" Je me tenais, ainsi que sont accoutu- 
mées les jeunes belles filles, à la fenêtre ou plutôt sur la terrasse de mon palais. Mes 
très blonds cheveux, ces délices de vierges, pareils à de l'or rutilant, pendaient de ma 
tête ambroisienne étalés sur mes toutes blanches épaules afin de se sécher aux rayons 
de Phœbus qui les ensoleillait; ma compagne les peignait avec orgueil et avec soin. » 

Lorsque Lucrèce Borgia se rendit à Ferrare auprès de son troisième époux, elle 
s'arrête à plusieurs reprises « pour se laver les cheveux », car, si elle différait trop 
longtemps, elle éprouvait, assurait-elle, des maux de tête. A chaque fois l'ambas- 
sadeur qui l'accompagnait informait son maître de cet événement''. 

Les Italiennes se teignaient les sourcils comme les cheveux, mais en noir 
puisque c'était cette couleur qui était à la mode, ou bien elles se les arrachaient'. 

Bref, le maquillage était pour la plupart des Italiennes la grande affaire et l'auteur 
des Malices des Femmes pouvait dire^' : 

Que dirais-je de leur teint, de leurs cheveux, 

Que chacun veut longs, et blonds, et très beaux. 

Mais il faut pour cela se mettre au soleil. 

Qu'importe? Toutes à ce soin 

Elles s'occupent fort peu de leur ménage 

Et passent trois heures à se mirer, 

A se sécher, à se friser. 

Un siècle plus tard, Joachim du Bellay qui fit un assez long séjour à Rome en 
qualité de secrétaire de son oncle le cardinal Jean du Bellay, parlait à peu près du 
même ton : 

... Quant au soing où chacun se fonde 
De se farder, de se faire la blonde, 
De se friser, de corriger l'odeur. 
Serrer la peau, réchauffer la froideur, 
Je n'en dy rien pour estre telle peine 
Commune encor à la Dame Romaine'. 



I. — GlBALDl, Di Cerie Usanze délie 
gentildonne florentine nella seconda 
meta del sec. XIV, Florence, 1890. Cf. 
BocCACE, II, nov. 10 : « Le samedi, les 
femmes ont coutume de se laver la tête 
et de se débarrasser de la poussière et 
de la malpropreté qui peut être survenue 
par le travail de la précédente semaine. » 
Laver, comme on verra ci-après, est une 
manière de parler qui a dure longtemps, 
du reste. 

a. — Veceluo, fol. 255. . Il y a vingt 
ans. dit-il .nillcura, que s'introduisit à 



Naples, la mode de frisures au.x oreilles 
et puis sur le front; on voulait avoir le 
visage luisant et les cheveux blonds. ^ 
Fol. 100. Saint Bernardin accuse les N.i- 
polit.iines d'.ivoir « plus de frisures que 
le diable ». Vol. III, p. 205. 

3. — Traduction Claudius Popelin, 
Paris, 1883, II, 390, Cf. Les Femmes 
blondes, p. 47. 

4. — Gregohovius, LiKrèce Borgia, II, 
13, 15. On conserve à la Bibliotlièque 
Ambroisienne de Milan une mcche do 
ses cheveux qu'elle avait envoyée au 



cardinal Bembo. Elle est restée blond 
cendre. 

5. — CASTiGLiONE.traduction de Gabriel 
Chapuis, tourangeau. Lyon 1580, p. 107. 

6. — Compose en 1475. MoBPURGO, // 
Governo e le Afalieir dellc donne, Flo- 
rence 1893, slancc XXI, p. 30, 33. Les 
cheveux de la Nanna, dit l'Arclin, res- 
semblaient .\ un echcveau entremêle d'or 
file. Ragionamenti, Bcngodi, 1584, 
part. I, p. 151. 

7. — />it'«-sy<'ii.ï A'Ms/igiws, Paris, 1560, 
l" p.ige du cahier R. 

15 



114 



LA FEMME ITALIENNE. 



L'HABILLEMENT DES FEMMES 



= JUSQU'AUX PREMIERS RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES 

Dante se plaignait qu'à Florence on changeât aussi souvent la forme des 
vêtements que le régime des lois, le taux des monnaies et le nom des magistrats". 
Franco Sacchetti qui vivait un peu plus tard, dans la seconde moitié du xiv^ siècle 
(1335- 1400), disait qu'il lui faudrait composer un ouvrage plus long que son livre de 
contes pour dire les modes qui s'étaient succédées à Florence de son temps'. 
Entîn l'auteur du poème sur les Malices des Femmes., écrivait pareillement au 
xv-' siècle (1475) : 

Leur superbe les rend si orgueilleuses 

Qu'elles voudraient chaque jour changer de vêtement 

Et en avoir de si magnifiques 

Que leur pauvres maris 

En seraient réduits à blanc estoc. 

Il leur faut toujours modes nouvelles 

Dans leurs chapeaux, dans leur décolletage, dans leurs ceintures, 

Elles veulent souliers pointus et hautes semelles, 

Voiles, résilles et bandelettes, 

Boutons d'argent, 

Peignes, miroirs et couteaux^. 

Il en fut toujours ainsi. A la fin du xvi'' siècle, l'habillement féminin, s'il faut en 
croire Cesare Vecellio, bien informé en la matière, « variait plus encore que la forme 
de la lune^ //. Il y eut même un temps où la mode elle-même disparut, et où le 
costume devint pour ainsi dire individuels 



1. — Purg., chant vi, v. 145. Cf. le 
Commentaire de Benvenuto d'Imola; 
MURATORi, Antiq. liai., I, col. 1172. 
Il attribue ces changements perpétuels 
dans les coutumes et dans les modes aux 
voyagcsdes Florentins dans les lointains 
pays. 

2. — Novella CLXXVUl. Il ajoute que, 
dans les autres villes, les modes ne 
changeaient pas si vite et cela ôte un 
peu du poids de son assertion. Cibrario, 
dans son traité sur l'Economie politique 
au moyen âge, parle de même. <■ Pour 
décrire, dit-il, les diiTerentes variétés de 
coiffures, de bérets, de capuchons, de 
coxivrechefs, de voiles et autres orne- 
ments de tête, il me faudrait un gros 
livre, j Ed. 185.1, P- 381. 



3. — MoRPURGO, El governo de Fami- 
glia e le Malizie délie Donne, Florence, 
1893, p. 28, st. xni. 

Semprv ccrcano avey foggic novelle, 
di capo, di scollaio e di cinttire, 
scarpe apunlate ci lor aile pianellc : 
perché soiHo) volubile poco dura; 
veleiti, rciicelle, et più bendelle, 
d'argento iuiia la boitoiiaiura, 
hor pettini, hora specchi et hor coltegli 
conaitntando e mariii meschinegli. 

4. — Vecellio, éd. 1590, fol. 140. Ce- 
pendant Christine de Pisan, qui écrivait 
au XIV siècle, dit : « Mais à présent que 
tout est desordonné car il n'y a es habitz 
ne es atours reigle tenue car plus on 
pcult faire de quelque estât que ce soit, 
soient femmes ou hommes, il leur semble 



qu'ilz besonguent le mieulx. Et cecy 
est quant aux Dames de France car es 
autres pays se tiennent plus longuement 
communément les coutumes. IWais encore 
comme il nous semble sont plus à priser 
les habillementz de Ytalie par especial 
et d'aucuns autres lieiLX car quoy qu'ilz 
soient de plus grande vue, couvertz de 
perles, or et de pierres précieuses, si ne 
coustent ilz point tant car c'est chose 
qui dure et se peult mettre de robe à 
autre. ;> Cité des Dames, cap. xci. « Les 
meubles comme les vêtements étaient 
faits alors pour l'éternité >, dit non sans 
raison Cantu, V, 369. 
5. - Burckhaedt, II, 107; A. Luzio 
et R. Re.sier, // Lusso d'Isabella d'Esté, 
Nuova Antologia, vol. 147 (1S96), p. 447- 



LHABILLEMENT DES FEMMES. 



ii5 



Aussi l'objet qu'on se propose est-il moins de décrire le costume des Italiennes 
aux diverses époques que de raconter les luttes qu'elles curent à soutenir contre les 
autorités pour se vêtir à leur guise. Elles y déployèrent à plein leur vaillantise, leur 
opiniâtreté, la finesse de leur imagination et la fécondité de leurs ressources, car 
elles étaient « passionnées pour l'ajustement », selon le mot de Fénelon. 

En pouvait-il, à vrai dire, être autrement dans ce pays où l'on s'occupait plus 
attentivement que partout ailleurs de l'apparence extérieure? S'habiller avec une 
recherche particulièrement étudiée et un luxe aussi grand que possible, était en Italie 
une façon de se distinguer qui semblait des plus louables. Les plus hauts personnages 
s'occupaient des toilettes des femmes et les ambassadeurs en faisaient souvent 
d'exactes descriptions dans leurs rapports, témoin la correspondance des envoyés du 
duc de Ferrare auprès de Lucrèce Borgia, celle des orateurs vénitiens, les Mémoires 
de Sanuto'... 

Le goût pour l'élégance des formes que possédaient alors les Italiens, et 
surtout leur passion pour les belles associations de couleurs, pour la richesse des 
étoffes aux teintes plaisantes à l'œil, étaient cause de l'importance qu'ils attachaient 
au costume et leur enseignaient, en même temps, l'art de bien se vêtir que les hommes 
comme les femmes eurent en perfection. 

L'habillement, intelligemment composé leur semblait, avec raison, le complément 
indispensable de la beauté et ils pensaient assurément comme Brantôme quand il 
disait : « Et pourquoy jadis Vénus fut trouvée si belle et tant désirée, sinon qu'avec 
sa beauté elle estoit toujours gentiment habillée et ordinairement parfumée, qu'elle 
sentoit toujours bon de cent pas loing=. » 

A vrai dire, pourtant, jusqu'au xii^ siècle, la recherche dans la toilette fut le 
privilège du petit nombre ; la généralité se contentait de vêtements simples et 
grossiers. En Italie, comme ailleurs, le costume masculin et le costume féminin ne 
différaient guère alors. Au vil® siècle, le pape Agatone, ému des inconvénients 
qu'entraînait cette ressemblance, avait même cru devoir imposer une distinction tant 
dans l'habillement que dans la coiffure'. Le pallium, la tunique, la pénule, surtout la 
dalmatique étaient en usage pour les deux sexes-*. « Le costume des femmes des 
châtelains de la Vénétie et de toute l'Italie, dit Vecellio', ressemblait à celui de leurs 
maris; elles portaient un manteau de couleur pourpre ou hyacinthe qui tombait 
jusqu'à terre et était orné de dessins et fendu de chaque côté; avec des demi-manches 
qui enveloppaient les bras et d'autres qui pendaient ouvertes; les premières manches 
étaient boutonnées ; la coiffure se composait d'un voile fait d'un tissu extrêmement fin 
et enveloppait complètement la tête; il était sans ornement. » 



I- — GhegOBOVIUS, Lucri-ce Borgia, I, 

388; BURCKHARDT, II, I07 ; COMPAYRÉ, 

Histoire critique des Doctrines de l'Edu- 
cation, I, 373. 

a. — Ed. Lalanne, IV, 253. 
3. — « Agathon papa LXXXI constituit 
ut distinctus sit habitus virorum et inti- 
lierum in vestibus et crinibus. ' Mar- 
TINO MINORITA. Floris temporum, dans 



Eccardo.Cor/iMS J¥is<. MediEvi, Leipzig^, 
1723, I, col. 1596. Cf. QuiCHERAT. His- 
toire du Costume, p. 192. 

4. — ViOLLET LE Duc, Dict. du Mobilier, 
IV, 458. Mabtino Minorita, loc. cit. 

5. — Fol. 53. Cf. fol. 25 V. Vecellio 
explique, fol. 50, qu'il a pris ce costume, 
de même que celui des châtelains, dans 
une chapelle dedicc il sainte Ursule qui 



se trouvait dans une très vieille enlise 
du pays située au-del de la Piave, sur 
les contins de l'AUemagine; il se peut 
donc, bien qu'il n'y paraisse guère, que 
l'influence allemande se fasse sentir dans 
ces costumes. En tout cas, le costume 
d'une dame romaine donné fol. 25 v., 
qui était porte, dit-il, dans toute l'Italie. 
est purement italien. On l'a reproduit. 



ii6 



LA FEMME ITALIENNE. 



Au XII* et au xiii* siècle, le costume des femmes se composa d'une houppelande 
qu'on nommait socca, et d'une cotte qu'on nommait sottana, parce qu'elle était 
portée sous les autres vêtements'; et elle était parfois taillée dans une étoffe unie 
mais le plus souvent cette étoffe était formée de bandes de lin et de chanvre de couleur 
différente juxtaposées °. Les jeunes filles portaient la soutane de même que les femmes, 
mais quelquefois par-dessus leurs autres vêtements; elle tombait jusqu'aux genoux'. 

A en croire les écrivains du siècle suivant, la discrétion des femmes dans leur 
habillement était merveilleuse alors. « A Florence, dit Villani'', les femmes se couvraient 
de draps grossiers et peu coûteux. Pas plus que les hommes, elles ne se paraient de 
bijoux. Elles se contentaient de gonelles^ très étroites faites de lainage d'Ypres et 
de Caen, et se ceignaient d'une ceinture à l'antique; elles avaient des manteaux 
fourrés de petit vair avec un capuchon qui leur couvrait la tête. Les femmes du peuple 
se revêtaient de peaux de bêtes. » Et Dante vantait cet âge « où les femmes ne portaient 
ni chaînes, ni couronnes, ni parures, ni ceintures attirant plus les regards que leur 
personne même^ ». 

Cette louange du passé marque peut-être surtout que Dante et Villani trouvaient 
que leurs contemporaines s'habillaient, à leur gré, avec une recherche excessive. Ce 
fut, en effet, vers ce temps que les femmes commencèrent à faire montre d'un grand 
luxe dans leurs atours. Elles profitèrent largement des richesses que le commerce et 
l'industrie amenaient en Italie, du considérable mouvement d'échanges qui commen- 
çait alors; mais il faut reconnaître que les hommes leur avaient donné l'exemple et 
qu'aux habitudes de sobriété, de parcimonie et de modération que leur imposait autre- 
fois la dureté des circonstances, ils préféraient une existence plantureuse et coûteuse". 

« A Padoue, dit un chroniqueur anonyme^, un peu avant l'époque oii Eccelino 
s'empara du pouvoir (1215), les dames de la ville commencèrent à se vêtir de tuniques 
plissées au métier; les hommes en eurent comme les femmes; elles portaient en outre 
des cottes de lin très fines d'une ampleur incroyable et des épitoges (surcots ou houp- 
pelandes) ouvertes sur la poitrine. » « Les femmes de Faenza, dit Gregorio Zuccolo^, 



I. — Chronique de RicOBALDO, 1234, 
MURATORI, R. Italie. Script., IX, 247; 
Antiq. Ital., U, 416 D; chronique de 
G. DE Mussis, S. Italie. Script., XVI, 
578; chronique de Fr. Pipini, Ibid., IX, 
669. 

3. — « Pignolato », voir du Gange. 
G'est le gfenre d'étoffe qu'on nomma plus 
tard lisiata et qui fut très à la mode au 
xiv et au XV» siècle. 

3. — MURATORI, Antiq. Ital., II, 423 B, 
D, diss. 25. On lit dans les Novelle Anti- 
che : « E feceli mettere un bel sottano il 
quale le dava a ginocchio. » Cap. 83. 

4. — MURATORI, R. Italie. Script., XIII, 
202. G. Villani, Hist. Lib. VI, cap. lxx. 
Il parle de mœurs antérieures à l'année 
1260. Cf. ce que dit Sansovino pour 
Venise, p. 152. « Les femmes se cou- 
vraient entièrement de manteaux de 
couleur foncée... » 



5. — La gonelle était un habillement du 
dessus porte par les deux sexes; sorte 
de cape sans manches couvrant le cou, 
munie habituellement d'un capuchon, 
ouverte par devant. Ailleurs, la gonelle 
ne couvrait souvent que la tête et les 
épaules, mais en Italie, c'était toujours 
un vêtement très ample qui enveloppait 
tout le corps; l'usage s'en maintint 
longtemps; tout au moins employait-on 
encore couramment le nom de gonelle 
au xvi' siècle, mais il s'agissait alors 
fréquemment d'une sorte de jupon. 
L'étoffe en était souvent le camelot ou 
le camelin, rarement la soie. Muratori, 
Antiq. Ital., II, 1217. E. Viollet-le- 
Duc, Diet. du Mobilier, III, 413, 41g. 

6. — Dante, Paradis, ch. xv, v. icx) ; 
Non aveva catenella, non corona. 

Non donne eoniigiate, non cintura 
Che fosse a veder piU cite la persona. 



Il s'agit de Gualdmda Bellincione. 
Cf. Commentaire de Benvenuto d'Imola. 
Muratori, Antiq. Ital., I, 1270 et Bar- 
berino, Parte I, qui recommande les pe- 
tites guirlandes en faisant observer que 
« ce n'est pas l'ornement qui fait valoir 
la femme mais la femme qui fait valoir 
l'ornement ». 

7. — Voir plus loin, p. 122. 
S. — Muratori, Antiq. Ital., II, 317. 
Cf. les passages cités précédemment, 
Ricobaldo et Villani. Aussi Muratori , 
Ibid, II, 416 B. 

9. — Cronica partieolarc délia case faite 
dalla città di Faenza cominciando dal 
DCC fino al Mccxxxvi. Bologne, 1575 
Cf. Gio. Ghinassi, Sopra tre Statut 
suntuari del seeolo XIV per la Città di 
Faenza, dans .itti e Memorie dilla 
R. Deputazione di Storia pairia per le 
Romagne, II, 16S. 



cosjTMKs 1)1-: fi:mmi:s di-: nrM.iri:, iis Dr xvi sikcu:. 




FEMME DE VICENCE 

Vecellio, Habiti, Venise 1590. 



FEMME DE SIEXXE 

Vccellit), Habiti, Venise 1590. 



l'EMMK MAKIKE 

Vecellio, Habiti, Venise 159O. 




. - . ■ W.l, . s.' 





■**»»:»^^^S-v 



FEMME NOBLE DE HOLOGXK 

Bertelli, PaJcuic I5t>.i. 



DOr.ARESSE 
Vecellio, Habiti, Venise 1590. 



FKMMK ROMAINE < DES ANCIENS TEMPS 
Vecellio. Habiti, Venise Ifgo. 



L'HABILLEMENT DES FEMMES. 



"7 



chroniqueur du xiii'' siècle, portaient sur la tête une guirlande de fils d'or et d'argent; 
elles avaient le cou décolleté et n'y mettaient pas d'ornements; leur corsage était serré 
à la taille par une ceinture d'or enrichie parfois de pierres précieuses; la jupe était 
de soie violette ou cramoisie; les manches, longues et ouvertes, tombaient jusqu'à 
mi-jambe; on les rejettait souvent par-dessus l'épaule; les bras nus étaient couverts 
de bracelets d'or. » 

Lors de la fête intitulée : Curia Solatii et Lœtitia qui fut donnée à Trévise 
en 12 14, par les soins du podestat, les douze femmes qui y participèrent et qui 
défendirent, dans une sorte de pantomime, le château confié à leur vaillance, avaient 
la tête couverte de couronnes d'or, de pierres précieuses, de perles; le château était 
garni de samite, de baldaquin, d'armoisin, d'écarlate, de cendal, preuve de la 
variété et de la richesse des étoffes qui étaient alors d'un usage courant'. Il est 
certain que les femmes portaient communément des étoffes de pourpre, de velours, 
d'étamine, d'écarlate, d'armoisin et du petit-gris. 

Les mosaïques du portique de Saint-Marc, qui remontent à cette époque', 
fournissent plusieurs représentations de costumes féminins d'une richesse extrême. 
Dans l'une de ces mosaïques, un manteau vert étoile d'or est posé sur une robe 
violette tombant à longs plis depuis le cou jusqu'à terre, véritable corset' dont les 
manches étaient garnies d'une broderie d'or; un voile rose formant guimpe entoure le 
cou et le haut de la poitrine qui est décolletée; il était retenu sur le haut de la tête 
par un chapel émaillé; la chaussure est rouge. Dans une autre, le voile de couleur 
violette est fixé de la même façon, le corset qui est rose est en partie recouvert par 
un surcot d'étoffe blanche, d'apparence souple, retenue par une ceinture jaune ; les 
manches du corset sont justes; à mi-bras est un brassard en broderie d'or; le surcot 
est retenu sur chaque épaule par une agrafe d'or. Dans l'une et dans l'autre repré- 
sentation, les cheveux tombent librement sur les épaules'*. 

Cette coiffure semble avoir été la plus fréquente', cependant on se prit aussi à 
enfermer les cheveux dans des résilles de fils d'or ou de soie ^ ou bien à les retenir par 



I. — Chronique de Rolandino, Lib. I 
cap ui. MURATOHI, R. Italie. Script., 
vm, 181 B. Cf. Antiq. Ita!., H, 416 B. 
Le samit ou samite, était une riche étoffe 
de soie qu'on a confondue à tort avec 
le velours quoiqu'on puisse induire le 
contraire du passage de Villani cite par 
MuRATORi,i4n</5.7<a/.,n,4i5 £,416 A : 
« panno di sciamiio vellitio vermiglio. •> 
Lib. I, cap. LX. Le baldaquin, baldekin, 
bandcquin était une espèce d'étoffe, ori- 
ginaire de Bagdad d'où son nom, et qui 
ne commença d'être employé que vers 
la fin du xii" siècle ; on le fabriquait avec 
de la soie mélangée de lin et de coton; 
on le rehaussait souvent d'or et il pas- 
sait pour une étoffe précieuse, du moins 
avant le xv" siècle. Il en venait beau- 
coup de Lucques. V,'armesino ou armoi- 
sin était une sorte de taffetas qu'on em- 
ployait pour les doublures mais dont on 
fit aussi fréquemment des robes et qui 



pouvait être de grand prix. A l'époque 
où l'ambassadeur Lippomano vint en 
France (1577), la bourgeoisie s'habil- 
lait, dit-il, d'armoisin. Relations. I, 556. 
Quant à l'ecarlate, c'était une étoffe 
presque aussi prisée que la pourpre 
surtout en Italie ; celle de Florence l'était 
particuliérement.MuRATORi,>'l>iiir/. Ital., 
II, 415 B, diss. 25. Francisque Michel, 
Recherches sur les Etoffes... 
2. — Le travail de décoration de la 
façade et du portique commença en 1070, 
toutefois les mosaïques ne furent placées 
que postérieurement, au xii» et surtout 
au xiu» siècle. Après la catastrophe de 
Constantinople survenue en 1204, nombre 
de mosaïstes s'étaient réfugies à Venise. 
La Basilica di s. Marco esposta net suoi 
tnusaici e netle sue sculiure, Gio L. 
Krkntz, Venise, 1S53. La Basilica di s. 
Marco illustra nella storia... Cam. 
BOITO et Bart. Ckcchetti, Venise, 



1878-1893, préface du tome III. Cf. 
Archiv. Stor. Ital., Ser. v, vol. XVI 
(1895), p. 307, analyse d'un travail de 
Stephan Beissel sur les mosaïques 
de Saint-Marc intitule Zeiischrift filr 
christliche Kunst, 1893. 

3. ^ Dans le sens qu'on lui donnait 
alors, vêtement très ample à manches. 

4. — Mkrcuri, pi. 6, 18. Cf. pi. ai. Le 
costume y est assez semblable aux pré- 
cédents ; le manteau est vert et double 
de rouge; le corset, blanc. On sent dans 
ces vêtements l'influence byzantine; 
plus tard, ce fut l'Orient qui donna i 
Venise le goût des étoffes surchargées 
d'ornement et de lourds joyaux. Voir 
T. BiNi, / Lucchcsi a Venetia, Lucques, 

ï853- 

5. — MurATORI, Antiq. Ital.. II, IIO 
Vcccllio, pi. 56, 206 et cd. 15S9, pi. 35. 

6. — Veckllio, fol. 94. V. gravure que 
l'on a reproduite. 



ii8 



LA FEMME ITALIENNE. 



des guirlandes, par des couronnes d'or garnies de perles'; plus tard même, comme on 
verra, il fut défendu et considéré comme licencieux de les laisser épars. 

Ce furent les femmes de Sicile et surtout celles de Messine qui donnèrent 
l'exemple, car les Arabes leur avaient enseigné le goût du faste ainsi que l'art des 
embellissements. Elles élevaient sur leurs têtes des sortes de tours et entremêlaient 
leurs cheveux de plumes, de rubans, de fils d'or ou d'argent (i309)\ Frédéric I" 
dut interdire ces coiffures trop dispendieuses, et seules les jeunes filles et les femmes, 
durant l'année qui suivait leur mariage, eurent le droit d'en porter". 

De Sicile et surtout de Messine venaient les somptueuses étoffes. On en fabri- 
quait qui étaient brodées d'or ou de perles et que l'on recherchait par toute l'Italie. 
« Une étonnante activité règne dans cette ville (Messine), dit le voyageur musulman 
Mohammed ebn Djobair qui y fut en l'année 1185''; on y confectionne quantité de 
vêtements épiscopaux à peu de frais et splendides; ici l'écarlate flamboie, là les 
couleurs les plus douces flattent la vue. Par l'industrie des ouvriers, l'or se mêle à la 
soie et les étoffes se couvrent de dessins compliqués. Des perles et de petits globes 
d'or sont enchâssés dans la trame ou bien, enfilés, composent des cordons et des 
guirlandes. Le quartier qui se trouve entre la ville et le port, et où s'entassent toutes 
les richesses du commerce, est habité par les Amalfitains qui fabriquent des vêtements 
de tout prix et de toute couleur aussi bien en soie qu'en laine française. » 

Dès le XIII'' siècle, cette industrie s'était propagée dans le reste de l'Italie. On 
a prétendu que les premières fabriques de soieries existèrent à Lucques et que ce 
furent des ouvriers lucquois qui portèrent leur art à Milan, à Venise, à Florence, 
à Bologne, après que leur ville eût été presque anéantie par Uguccione, en 13 15^ 



I. — Vecellio, fol. 58. Les statuts de 
Pise, rédigfès en 1288, font mention de 
ces ornements. Liv. lU, Rub. Lxv : 
« De coronis perlarum, et gherlandis 
mulierum... 

... Non permîctenius qiiod aligna niulier 
de civitate pisana vel districtu, déférât 
per civitatem aîiqiiani coronain, sive 
gherlandam ad modum corone de aura 
vel argento. seu de perlis, neque aliquam 
coronam, vel aliquam perîam super dorso 
suo aliquo modo, vel aliquod scagiale 
vel cintnram ultra îibram unani ar- 
gentin absque fecta, sive sit argenîitni 

dearatum, sive non contrafacienti 

lollemus pro singula 7>ice, libras decem 
denariorutn. Et mnrito ciijus iixor de- 
ferret in dorso,.. vel capite, predicia 
prohibita... toîletnus pro pena^ quolibet 
vice, libras XXV. denariorîim. ■> 
Statut! inediti di Pisa, pub. par Bonaini, 
Florence, 1854, I, 452. On verra plus 
loin de nombreuses réglementations 
semblables qui montrent que l'usage de 
ce genre d'ornements s'était beaucoup 
répandu. 

2. — NicoLù Spéciale, Ws/ormS/cw/a, 
1282-1327, Lib. I, cap. XV. Mukatori, 
R. Italie. Script., X, 934 
3- — F. Testa, Capitula Ecgni Siciliœ, 



Palerme, 1741, I. gi. 
Cap. Lxxxxiv. Quod nulla domina, sive 
mulier audeaf portare capellnm imper- 
latiim, sive smaltatum, sub poena un- 
ciarum duodecim : non tamen prohibetur 
quod ex superiori parte capelli, sive 
orlis sui,possint pont antifrisa, et quod 
illa pars interior quœ revolvitur, possit 
esse laborata de uuro antifrisa de seta 
sicut voluerit. 

Cap. LXXXXV. Uxores tantum miliium 
possint portare gerlandam imperlatam, 
et cïim gemmis et auro sicut vohterint , 
non tanun ultra tnensuram digitoruni 
dnoruni per latitudinem, et quod in 
gerlandis ipsis sint aliquae mergulae 
(videlicet pinnœ) sub poena unciarum 
duodecitn. Virgines vero possint deco- 
rari, et ornari ad libitum, usque ad diem 
quo nupserint,et ab inde usque ad annutn 
completum, et non ultra tamen; ordi- 
natione de faldis robbartim sublata, et 
gerlandis ut superius est expressum. » 
On le voit, les plumes s'employaient 
déjà dans l'ornementation des coiffures. 
Belgrano, J5e//a Vita privata..., p. 236, 
cite un cas de ce genre en 1248. 
4. — Relation du voyage en Orient de 
Mohammed ebn Djobair (1184-1185) tra- 
duit et annote par hN.\^l, Journal asia- 



tique 1845-1846. Cf. Francisque Mi- 
chel, Recherches sur le Commerce, 
p. 73. La fabrique de soie de Palerme 
avait été créée, disait-on, par le roi 
Roger grâce à des ouvriers musulmans 
faits prisonniers en Morée en 1149. 
Otto Frising. De gesiis Frederici 1, 
liber primus, cap. XXXIII. Cf. Muka- 
tori, Antiq. liai., IL 405 c, diss. 25. 
Cette industrie existait, ce semble, anté- 
rieurement et les ouvriers arabes pri- 
sonniers contribuèrent sans doute seu- 
lement à la développer. Wenrich, 
Histoire des Arabes en Italie, Leipzig 
1S45. Cf. Amari, Storia dei Musulmani 
in Sicilia, Florence, 1854-1872, vol. lU, 
part, n, p. 801. HUG. Falc.\ndi, De 
Calamitate Siciliœ, dans Carusii Bibl. 
Hist. Regni Siciliœ, Palerme 1723, L 
301,407. 

5. — Muratori, Antiq. Ital., H, 406. 
R. Ital. Script., xi, 1320, xni, 472. Il 
vint des ouvriers lucquois jusqu'à Paris; 
ils y formaient une association dés 1336. 
Francisque Michel, Recherches sur le 
Commerce, H; 270. Et jusqu'à Bruges 
où Van Eyck fit en 1434 le portrait de 
l'un d'eux, Pandolfini et sa femme, por- 
trait qui se trouve actuellement au 
National Gallery. 



L- HABILLE MENT DES FEMMES. uy 

Il est vrai que les étoffes de soie de même que les brocards de Lacques furent à cette 
époque et pendant longtemps en grande réputation ; Montaigne disait, au xv!"" siècle 
que « la ville est fort peuplée, notamment d'artisans de soie' //. Toutefois, on ne peut 
douter que l'art de la soie n'ait été importé dans d'autres villes d'Italie en même 
temps qu'à Lucques ; la preuve en est qu'à Venise une ordonnance fut promulguée, 
en 1248, c'est-à-dire avant la dispersion des ouvriers lucquois, défendant aux officiers 
chargés de percevoir la taxe imposée aux artisans qui fabriquaient de la soie d'exercer 
personnellement cette industrie; même avant cette date, il s'était formé à Florence 
une corporation des ouvriers de la soie (I225)\ 

Les peaux dorées, qui servaient à faire les chaussures, venaient de Sicile^ 

Quant à l'art de broder les étoffes, il n'avait pas, à ce qu'il semble, cessé d'être 
pratiqué en Italie'*. 

Ainsi, dès le commencement du xiv® siècle, on disposait en Italie de tous les 
éléments nécessaires à la fabrication et à l'ornementation des somptueux vêtements 
et l'enrichissement général permettait d'en user'. 

Les Italiennes, pour leur part, n'y manquèrent pas. 

Dans un contrat de mariage daté de juin 1299, il est fait mention de robes 
d'écarlate doublées de cendal transparent^ ou de cendal rouge plissé, d'un manteau 
de camelot' garni de cendal rouge, d'une ceinture d'argent doré et d'une paire de 
chaussures de drap écarlate^. Dans un autre contrat de la même époque, le fiimcé 
donne à la fiancée une robe d'écarlate et une robe verte doublées l'une et l'autre de 
cendal, une ceinture d'argent, un voile blanc orné de passementeries d'argent, un 
manteau garni de cendal rouge. 

« Les Milanaises, dit Galvano Fiamma, dans une chronique relative à l'an- 
née 1340'^, serrées dans leurs vêtements, le cou et la gorge découverts, mêlant la soie 
à l'or et ceintes de ceintures d'or, semblaient d'éclatantes amazones. » A vrai dire, 
les tableaux de Giotto (1276- 133 7) ne donnent pas cette impression. Dans une de 
ses fresques'" figure une Milanaise vêtue d'un long manteau bleu retenu par trois 



I. — Ed. d'Ancona, p. 397. Cf. G. 
GUALDO Priorato, Retaz. délie città ai 
Bologna... e Liiccu, Bologne, 1675 ; 
Relaz. délia Repnbl. Lncch. l'anno 15S3, 
dans Thesoro politico, Part. H, Milan, 
1601, p. 262; BONGi, Inventario del R. 
Archiv. di Stato in Lucca, Lucques, 
1872, n, 245. Les cadeaux princiers 
comprenaient fréquemment, au Xlir siè- 
cle et aux siècles suivants, du « drap 
impérial de Lucques ». 
Comte DE Laborde, Les Ducs de Bour- 
gogne, I, 171, 209, 210, 211, 274. 
a. — Cantu, vn, 83; Perrens, ni, 
250. Le chroniqueur florentin Benedctto 
Dei écrivait au XV" siècle : « Quant aux 
draps de soie et aux brocards d'or et 
d'argent, nous en faisons, en avons fait 
et en ferons toujours beaucoup plus que 
les cites de Venise, de Gênes et de Luc- 
ques toutes ensemble. » Cf. Francisque 
Michel. I, go; U, 27. 



3. — Amari, Storia dei Musiilmani, 
vol. ni, part, n, p. 804. 

4. — Ibid., p. 799. Conférence de Luijji 
Alberto Gandini faite à Rome le 23 mars 
1887, De Arte textrina imprimée la même 
année, p. 24. 

5. — Ce fut en 1252 que fut frappe i 
Florence, d'après Villani (Mukatoei, 
R. liai. Script., XIII, 191, E) le premier 
florin d'or; les dots augmentèrent aussi à 
cette époque, comme on a vu, et les vête- 
ments devinrent plus riches (Ibid. XIII, 
203 E). Del Valore e délia Proporzione 
de' Meialli nwnetali in lialia, diss. vu. 
(Délie Opère del Coin. Gianrinaldo 
Carli, Milan, 1785, t. vu.) 

6. — Etoffe de soie, la plus recherchée 
après le samit. On l'employait fréquem- 
ment en Italie dans les circonstances 
solennelles. « Fuit papa in civitale 
(Gênes) honorifice receptiis. Galea in 
Hua veiwrat et alice in quibus erant car- 



dinales, pallis cendatis et deauratis 
erunt coopertœ per totum. » Ml'RATORI, 
R. Italie. Script.. VI. 506 A, D. 
7. — Etoffe fabriquée primitivement en 
poil de chameau d'où son nom, puis en 
poil de chèvre, fort en usage des le 
l.\' siècle. Saint Louis portait des vête- 
ments de camelot. Il existait du camelot 
de soie. Venise établit des fabriques de 
camelot en Arménie. Il y av.\it des came- 
lots de toute couleur; c'était une étoffe 
coûteuse; vers 1366, clic valait autant 
que le cendal. Muratori, Antiq. ital., 
II. Diss. XXV. De Textrina. FRANCISQUE 
Michel, Recherches sur les Etoffes. 
8.— Archif. Stor. liai., Xiiova Ser., 
an. VIII (1883), p. 178. 

9. — Muratori, Antii]. Ital., II, 417, 
diss. XXV. 

10. — Reproduite par .Mercuri, pi. 58. 
Comparer les fragments de fresques 
reproduits. 



,20 LA FEMME ITALIENNE. 

lacets sur la poitrine, sans manches et recouvrant une cotte rose serrée à la taille 
par un cordon, à manches justes; la tête est couverte d'une guimpe d'étoffe blanche 
souple qui retombe sur les épaules; une gorgière enserre le cou et le menton. Il n'y 
a aucun ornement, aucune passementerie ni sur la cotte ni sur le manteau. 

A Rome, bien que la misère y fut extrême par suite de l'éloignement du Saint- 
Siège et des discordes intestines qui s'en suivirent, on fabriquait néanmoins des 
tissus de lin et de laine tramés d'or". ^< Les gens de ce temps, dit l'auteur inconnu de 
la Vie de Cola di Rienzo, commencèrent à changer beaucoup les usages en ce qui 
concernait les habillements. Les pointes de capuces devinrent longues, on porta 
des habits étroits à la catalane, des colliers, des escarcelles à la ceinture, de petits 
chaperons". » 

Une femme de Novarre reconnaît avoir reçu une houppelande garnie de plumes, 
une gonelle rouge, une gonelle brune et une pelisse « à l'usage et pour le dos » de la 
susdite (1367)^ 

Les Florentines se couvraient d'affiquets et d'ornements dont le prix épuisait 
leurs ressources, en sorte que Ludovico Adimari pouvait dire qu'elles portaient, comme 
des escargots, leur maison sur leur dos"". Le costume de l'une d'elles que l'on voit 
dans une fresque de Taddeo Gaddi (1300- 1366) qui est à Santa Maria Novella, à 
Florence, montre la richesse de leurs atours \ Un long manteau blanc retenu par une 
afique et bordé à l'encolure et au bas par une broderie d'or, recouvre un vêtement 
blanc très ample que ne retient ni ceinture ni cordon; une gorgière blanche entoure 
le cou et recouvre la tête. Dans un autre tableau de Gaddi qui est au Louvre {l'' Annon- 
ciation)., la Vierge est entièrement recouverte d'un manteau d'étoffe foncée et 
soyeuse, garnie d'une passementerie d'or. C'est le manteau qui, devenu pour ainsi 
dire hiératique, se retrouve dans tous les tableaux de sainteté des siècles suivants*". 

« En Toscane, dit Vecellio', les femmes portaient un vêtement ouvert par devant, 
mais retenu par des boutons-joyaux d'or ou de soie; l'étoffe en était de soie; il avait 
des manches larges, tombant jusqu'aux genoux et orné, comme la robe, d'une 
broderie ou passementerie de soie. Sous ce vêtement était une cotte qui tombait 
jusqu'à terre et qui avait une queue d'une demi-brasse en soie de couleur. Autour 
du cou était un collier en boules d'or ou en perles; les cheveux pendaient. // 



1. — Statuti dei Mercanti pub. par 
G.\TTI, 1885, p. 96. 

2. — CaNTU, VII, 5. 

3- — Chart. xxvi ad an. in Archiv. 
Cathed. Stat. Com. Novariœ, éd. A. Ce- 
niti, 1879, p. 375. 

4. — Perrens, III, 355. BiAGi, La Vita 
privata dei Fiorentini dans Vita Itor- 
liana nel Rinascimento, Milan, 1893, 
p. 103. L. Frati, La Donna Italiana, 
Turin, 1899, p. 39. G. Malagola, Ves- 
tiari e gioji d'una geittildonna bolo- 
gnese nel sec xiv. Bologne, 1894, p. 9, 
II, 14. 

5. — Mekcuri, pi. 28. Cf. Le costume 
représente pi. 98 et qui est également 



tire d'un tableau de Taddeo Gaddi ; le 
surcot, fendu à partir de la ceinture, est 
rose ; les bords de la fente sont fourres 
d'hermine et bordés d'un treillis d'or 
ainsi que les manches qui sont amples ; 
la cotte est blanche avec des manches 
rouges et amples comme celles du surcot ; 
le sein est recouvert d'un voile brode; 
sur la tête une toque. 
La chapelle des Espagnols de S. Maria 
Novella à Florence contient dans la fres- 
que qui représente un miracle de saint 
Dominique, une autre représentation d'un 
costume féminin, compose d'une cotte à 
manches justes de couleur jaunâtre; les 
manches sont piquées de points de cou- 



leur sombre ; les cheveux sont enfermes 
dans un voile. 

6. — Dans une Descente de Croix de Giot- 
tino (1324-1356) qui est aux Offices de 
Florence, on voit une femme agenouillée 
qui porte une cotte ajustée, décolletée et 
garnie d'une large broderie ; les manches 
sont justes et ornées d'une rangée de 
boutons à partir du coude. L'étoffe du 
vêtement est violet foncé. Une ceinture 
d'orfèvrerie passe sur les reins et tombe 
assez bas par devant. 

7. — Fol. 225. Habita antico da donna 
di Toscana. Cf. le costume des femmes 
de Gênes qui a beaucoup d'analogie 
avec celui décrit fol. 205. 



COSTUMES DU XI' ET DU XI V SlELLtS. 




MOSA-IJVr.S DE SAINT-M \l;<:. HAI'TISTKRK. LK P. \MJll"r IIIIKLM )ri|-. ixr Skclc 

(Ph.jt. C. Nav.i.i 




i£^ 



--•'*'" 



cîiorro. LKs noi;i:.-. i>k casa i ijio.wi.icxil 
l'ailouc, Fresques de riîfflisi; de la Madonna. (Phot. Alinari.) 



J 



LHABILLEMENT DES FEMMES. 



iti 



Les Vénitiennes, d'après Sansovino, se mirent vers ce temps à porter, à la 
mode française, de larges manches et des fourrures'. 

Même luxe à Venise. L'inventaire de la garde-robe de la femme de Giovanni 
Dandolo, nièce du doge Francesco Dandolo, dressé après sa mort en 1341, montre 
bien la variété et la richesse des vêtements en usage alors'; on y relève : une robe 
de serge blanche rayée, une tunique et une simarre, une tunique garnie d'agrafes 
ipirolos) en argent doré, une simarre doublée de cendal bleu (blavo); une épitoge en 
drap d'or onde et en drap rouge orné de passementeries d'argent avec un capuchon 
fourré de vair; une épitoge et une tunique de drap fauve et écarlate à rayures, une épi- 
toge garnie de vair et ornée de grands soleils d'argent doré, une tunique ornée de 
dessins en argent doré; une épitoge en drap d'or, fourrée de vair; une tunique 
d'écarlate garnie de perles; une tunique et une épitoge de drap vert, fourrée de four- 
rures grises; deux soutanes de cendal dont l'une est à ondes de cendal vert et rouge... 

La coiifure se composait de plumes de paon ou d'autres oiseaux (1388)^ de 
chapels''. Les souliers, le plus souvent rouges, étaient parfois ornés de perles; à Gênes, 
les femmes déshonnêtes en portaient de verts 5. 

On connaît le prix de ces vêtements, du moins en ce qui concerne la ville de 
Plaisance^. « Les femmes y portaient, dit un chroniqueur (1388), des vêtements longs 
et larges de velours de soie en graine (teint en graine)', de soie d'or, de drap d'or, 
de soie simple, de laine écarlate de graine, d'étoife violette, coûtant de vingt-cinq 
à cinquante florins la pièce. Les perles qui les ornaient, et dont il y avait parfois 
cinq onces valaient dix florins l'once; les ceintures d'argent doré incrustées de perles 
exigeaient au moins vingt-cinq ducats de matière première ; les barrettes et les anneaux 
dont elles portaient quantité représentaient de trente à cinquante florins à cause des 
pierres précieuses qui s'y trouvaient serties. » « Cependant, ajoute Mussis, ce sont là 
des vêtements honnêtes puisqu'ils ne découvrent pas la poitrine, mais il y en a 
d'autres, qu'on nomme cypriotes, dont on ne saurait en dire autant. Ils ont les mêmes 
manches et les mêmes ornements avec une rangée de gros boutons d'argent doré 
qui va du haut en bas, mais elles sont tellement ouvertes par devant que la gorge se 
voit fort bien^. Les femmes qui se drapent de cette sorte mettent dans leurs che- 
veux des couronnes d'argent doré ou bien même parfois d'or pur dans lesquelles 
sont enchâssées des pierres précieuses et qui valent jusqu'à soixante-dix florins. 
D'aucunes portent un ornement composé de trois rangs de perles dont le prix 



I. — Sansovino, p. 152. 
a. — Voir Appendice. Vêtements I. 
3. — Belgrano, Delln Vita privata ilet 
Genovesi, Gênes, 1875, p. 236. O. Maz- 
ZONI-TOSELLI, Processi Aniichi... di 
Bologna, BoloRne, 1866, I, 551, 549. Cl. 
A. Kretschnkr, Die Trachten dir 
Volker, Leipsig^, 1864, pi. 43. Arcliiv. 
Slor. Sicil., Nuova Ser., an. viii, 1883, 
p. 178. Starrabba, IJi alcunicontratti di 
Afatrimonio. Dante, Paradis, chant xv, 
V. loi ; Purgatoire, chant xxili, v. 104. 
Cf. Commentaire de Benvcnuto dans 



MurATORI, Antiij. Itul, I, 1323, 1370. Le 
chapcl de paon était une couronne ou 
coifte ornée de broderies et surmontée de 
plumes de paon. Le Livre des Métiers 
en fait mention. LOANDRK, I, 130. 

4. — A Bologne, on avait établi une 
taxe de cent solidi sur les femmes qui 
en portaient; ils furent interdits en 1301. 
L. Krati, Lu Vita privata di Botoffita. 

5. - - Ducina fovmina vagabiindn, tjuuf 
habitat in rcgione Caiitlicti, citata fuit 
ui soîvat pretium unius paris catigarum 
viridis in solidi^ XX Janiiensiuiii. 



Belgrano, Délia Vita privata, p. 251. 

6. — Mukatori, R. Italie. Script., xvi, 
580, chronique de Mussis. Cf. Aniii]. 
Ital., H, diss. xxv. 

7. — La teinture faite avec la g^raine 
d'ccarlatc était la plus estimée. 

8. — 'Je prévois un temps et il n'est 
pas loin, dit Dante, où il sera interdit, 
par de bons cdits sur parchemin, aux 
femmes si deshuntccs de Florence, d'aller 
moutiant ù tous leur poitrine et leurs 
seins. » Purgatoire, chant xsiil, v. 98 
et suiv. 

16 



122 LA FEMME ITALIENNE. 

s'élève quelquefois à plus de cent florins; on entremêle ces fils aux cheveux où 
ils servent à enjoliver un capuchon qui cache la chevelure. Les dames âgées ont 
adopté de longs manteaux tombant jusqu'à terre, ronds par le bas, entièrement 
plissés et ouverts par devant; on y met des boutons ou des perles; chaque femme 
a trois manteaux : l'un bleu, l'autre ponceau tirant sur le violet, le troisième rouge. 
Toutes les femmes se couvrent la tête d'un voile fin et blanc, le plus souvent de 
soie, mais parfois de coton. Les veuves s'habillent de même, seulement leurs vête- 
ments et même leurs boutons sont de couleur foncée. // 

Bien plus. On ne se contentait plus des modes et des étoffes italiennes, on 
recherchait déjà celles qui venaient de l'étranger et notamment de France. Dès 13 16, 
une femme de Bologne se plaignait aux autorités qu'on lui avait dérobé une cotte 
et un manteau de drap français doublé de soie avec des passementeries d'or'. En 
1336, une autre femme réclamait un manteau « mi partie rose et violet à la française^ ». 
On a vu que les étoffes d'Ypres et de Caen étaient depuis longtemps à la mode. 

Un poète contemporain, Giovanni Fiorentino, l'auteur du Pecorone^, disait en 
parlant des femmes : 

Elles mettent des manches et des capes à la française 
Qu'elles serrent à la taille comme des hommes, 
Les pointes en sont longues à la mode allemande ; 
Leurs capuchons sont ornés de visières; 
Elles ont des manteaux comme des chevaliers 
Leurs seins sont mal cachés à la mode anglaise V 

Comment les femmes se seraient-elles soustraites à cet engouement alors que les 
hommes y sacrifiaient eux-mêmes? « Les jeunes gens de ce temps, dit Galvano 
Flamma, en 1340% abandonnant l'exemple de leurs ancêtres, se composèrent des 
visages et des tournures d'étrangers; ils se serrèrent dans d'étroits vêtements comme 
les Espagnols, se tondirent les cheveux comme les Français; laissèrent croître 
leur barbe comme les barbares, adoptèrent d'énormes éperons comme les Allemands, 
parlèrent plusieurs langues comme les Tartares. » 

Villani accuse le duc d'Athènes, Gautier de Brienne, d'avoir importé à Flo- 
rence, les modes françaises et l'extravagance dans l'habillement'' bien qu'en réalité 



I. — Ott. .Mazzoni Toselli, Rucconli 

Storici, Boloçne, 1866-1S70, I, 323. 

1. — L. Frati, La Vita di Bologna, 

r. 32. 

3. — Le Pecorone fut composé en 1378. 

4. — Quanie leggiadre fogge trovan 

[quelle 
Che voglion suvra l'altre esstr più belle. 
Fan di tor teste belle tante cliiese 
Pcr esser ben dagli amanli giiardate, 
E fan ne vestimcnti si gran spese 
Per parer pin che l'altre iytnamoraie. 
Queste son quelle che son vagheggiate 
Perché negli utti lor son tanto snelle. 
Veston villani i- cappe alla francesca 
Cinte net mezzo ail' hso muscolino, 
Le punte grande alla foggia tedesca, 



Polite e blanche quanto un ermellino : 
Qtieste son quelle donne d'amor fmo, 
C'hanno lor visi più chiari che stelle. 
Portan a lor cappticci le visere 
E manteîline a la cavalleresca 
E capitzoli, e strette alla ventrière, 
Co petti vaghi aile guisa inghilesca. 
Qualunque donna é pitï gaja epiit fresca 
Più tosto il fa per esser fra le belle. 
Vanne, ballata, alla città del fiore 
La dove son le donne innaniorate : 
Di dove ti créai e per ciii atnore 
A vedove e a donzelle e niaritate : 
Di che le fogge che loro h an trovate 
Le fan parer più che le non son belle. 
G. Carducci, Cantilene e ballale, Pise, 
1S71, Lib. VII, p. 196. Dans une suite 



de tercets où il vante la beauté des 
femmes de Florence en 1335, Antonio 
Pucci dit de l'une d'elles que toutes ses 
façons, qui sont des plus élégantes, sont 
copiées sur les façons françaises. A.d'An- 
cona, La Vita Niiova di Dante Alighieri, 
Pise, 1892, p. 71. 

5. — MuRATORi, Antiq. Ital., II, 417 C. 

6. — G. Villani, Liv. XII, cap iv, viii. 
.MuRATORI, R. Italie. Script, XIII, 876, 
879. Gautier de Brienne gouverna Flo- 
rence en 1342 et 1343. 

Dans les statuts des Mercanti de Rome, 
rédigés en 1317, il est parle de draps 
français. Gatti, Statut i de Mercanti di 
Roma, Rome, 1885, p. 96. Molmenti, éd. 
190S1 II 246. cap. IX, Le Vesti. 



PREMIERS RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES. 



123 



il y eût beau temps que les Italiens s'ingéniaient "■ à contrefaire les coutumes de tous 
les autres pays >^, comme il le dit lui-même'. Et cette manie, qui gagnait toute 
la population, lui semblait d'autant plus inquiétante, que d'après lui, un peuple qui 
aime à changer souvent de façon de s'habiller, aime à changer aussi souvent de 



gouvernement ^ 



= PREMIERS RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES (1274- 1370) 

Les o-ouvernants avaient depuis quelque temps dans la plupart des cités italiennes' 
les mêmes préoccupations que Villani et, de plus, ils craignaient que l'excès de luxe 
n'amenât la ruine des familles. 

Au concile de Lyon, en 1274, Grégoire X, « entre autres prescriptions avan- 
tageuses aux fidèles » défendit aux femmes de se parer d'ornements trop coûteux^ 
En Î279, l'évêque de Velletri et d'Ostie, Latinus Malabranca, fît défense aux 
femmes d'ouvrir leur corsage par devant et de porter des traînes excédant la longueur 
d'une palme. Passé l'âge de dix-huit ans, elles ne devaient se montrer que la tête 
voilée. La même année l'ordonnance fut en partie rapportée par suite des plaintes des 
femmes des barons et des seigneurs habitant la campagne qui voulaient se vêtir à leur 
guise « afin que leur rang apparût ». Plus tard, en 1454, le pape Nicolas V abrogea 
complètement cette ordonnance en ce qui concernait Padoue « car, est-il dit dans le 
bref d'annulation, les femmes de cette ville ne s'y sont jamais conformées et il n'y a nul 
avantage à leur en imposer l'observation 5 ». 

L'effort le plus sérieux vint des municipalités. Ce fut à la fin du XIII* siècle 
que parurent les premiers règlements somptuaires, qui n'étaient peut-être que 
la codification de dispositions plus anciennes; leur minutie et leur prévoyance sem- 
blent prouver qu'ils avaient été dictés par une longue expérience. Ainsi une 
ordonnance de la commune de Ferrare, datée de 1279, au lieu de se contenter, 
précaution vaine comme l'événement le prouva, de prescrire une certaine limitation 
dans le luxe des vêtements, mit en cause les artisans qui fabriquaient les vêtements''; 
elle détermina le prix qu'on devait leur payer pour leur façon. Un tailleur ne devait pas 
recevoir pour la confection d'une soutane avec des garnitures crêpées plus de trois sols 
ferrarais'; pour la confection d'un vêtement de laine, de demi-laine ou de toute autre 
étoffe, sans les trois coutures, trois solidi, avec les trois coutures et des ornements 



1. — Le chanç-ement dans le costume 
fut général, tant en Italie qu'en France 
et en Angleterre vers le milieu du XIV siè- 
cle; il eut son origine sur les bords de 
la Méditerranée, peut-être en Catalogne. 
QuiCHKRAT,//i.s/oi>e du Costume, p. 227. 

2. — • On peut, dit Montesquieu, regar- 
der dans un Etat populaire l'incontinence 
publique comme le dernier des malheurs 
et la certitude d'un changement dans la 
constitution. > 

3. — On remarquera que, tant à Napics 
que dans la plupart des cites du midi de 



l'Italie, Amalfi excepté, les municipalités 
n'imposèrent aucune législation somp- 
tuaire. 

4. — <: Interdixit immodica fcminarum 
ornamenta. r Muratori, Atitiq. Jlal., 
II, 315. Au concile de 1290. on discuta 
sur la question d'imposer aux femmes 
une déclaration de leurs vêtements. Bru- 
netto Latini fut parmi le» personnages 
consultes. Dkl Litngo, Délia V'ita di 
B. Latini, Florence. 1884, p. 252. 

5. — MoHitmenta Hist. ad Prov. Par- 
mensem et Placenlinam ptriinentin. 



Parme, 1857, p. 222. Chron. de Fr. Sa- 
limbcne, ord. ifinor. Voir Appendice, 
Vêtements XXVI. 

o. — .Muratori, Antiq. liai., II, 424. 
7. — Douze/ifrarMi formaient un solido. 
Vingt solidi formaient une lire, monnaie 
de compte. Bologne et Ferrare décidè- 
rent, en 1205, de frapper des monnaies 
du même type. I.e ferrarino comme le 
boto^ino valait vingt denier». En 1441, 
le ducat d'or valait à Ferrare 1 li\TC(> et 
6 solidi, ViNCKNZO Bki.lini. Trattato 
1UII0 Motifte di Ferrara, Ferrare. 1761. 



,24 '-A FEMME ITALIENNE. 

crêpés, quatre solidi, si toutefois il était doublé de peau; s'il était doublé de cendal, six 
solidi. Pour les gonelles avec garnitures circulaires et boutons, les tailleurs ne devaient 
pas réclamer plus de huit solidi, voire dix dans certains cas; pour une simarre garnie 
de peau ou de cendal avec ornements de métal, huit solidi; pour les gonelles fourrées 
de peau six solidi; pour les gonelles doublées de cendal, sept solidi. Ceci s'entendait 
des vêtements d'adultes; en ce qui concernait les enfants les prix devaient être en 
proportion, dit le texte. 

Vers le même temps (3 juillet 1294), Bologne prenait également des mesures 
contre la trop grande richesse des vêtements; les résilles entremêlées de fils d'or et 
d'argent, les traînes mesurant plus de trois quarts de brasse, les voiles tissés d'or, 
furent interdits ainsi que les franges et les broderies valant plus de deux solidi. Mais 
ces prescriptions ne furent guère respectées, ce semble, puisque cette même année 
une femme qui habitait avec ses deux filles se plaignit aux magistrats qu'on avait 
dérobé dans leur maison une gonelle d'écarlate, une simarre d'écarlate fourrée de 
vair et ornée de boutons d'argent, une houppelande avec capuchon garnie de zibeline, 
de boutons joyaux et d'agrafes, des gants de samite et d'autres objets d'habillement 
tout aussi luxueux'. 

Venise s'efforça, en 1303, de réglementer le costume des femmes^ 

En 1309, Frédéric I" d'Aragon publia une ordonnance des plus sévères appli- 
cable à la ville de Messine oîi le luxe était si grand'. Défense était faite de confec- 
tionner et de porter des robes dont la traîne eût plus de quatre palmes de longueur; 
d'employer plus de sept boutons joyaux dont le prix ne devait pas dépasser vingt- 
deux tareni\ ou six boutons valant chacun un peu plus; de porter des bracelets de 
plus de cinq onces; l'amende était dans tous les cas de quatre onces. Un délai de 
deux ans était accordé aux femmes pour se défaire de ceux de leurs vêtements qui 
ne se trouvaient pas conformes à cette réglementation et encore fallait-il qu'ils ne 
fussent ornés ni de perles, ni de galons d'or ni de broderies. Frédéric défendait éga- 
lement aux femmes les selles trop richement ornées ; il ne devait y avoir désormais ni 
or, ni argent, ni feuilles d'or ou d'argent, ni perles, excepté aux arçons qui pouvaient 
être dorés; les mors d'airain ou de fer doré étaient autorisés. Défense était faite aux 
femmes de porter une cape de samite quand elles allaient à cheval'. A partir de cette 
époque, les règlements se succèdent rapidement. 

En 1325, Savone fit un édit déclarant que les femmes ne devaient désormais plus 
porter d'ornements d'or ou de pierres précieuses d'une valeur supérieure à trois cents 
lires ni posséder plus d'une seule tunique de brocard garnie de franges et de passe- 
menteries d'or''. 

En 1327, les statuts de Modène interdirent aux femmes de porter chez elles et 
liors de chez elles, des couronnes, des diadèmes, des fils ou des guirlandes de perles, 

J. — fRA-n.La Viiaprivatadi Bolognii. 5. — Les selles luxueuses restèrent d'ail- arçons étaient g-^rnis d'arg-ent, d'or et 

2. — Sansovino, Venezia, fol. 152. leurs fort à la mode dans toute l'Italie, d'email; les boucles, d'arofent dore. 

3. — F. Testa, Capitula Regni Siciliœ. mais surtout en Sicile. Dans un inven- Lanza di Scai.ea, Donne e giojelli in 
Palerme, 1741, I, 89. taire datant de 1393, il est fait mention Sicilia, Palerme, 1S93, p. 333 Cf. p. 392. 

4. — Monnaie sicilienne dont la valeur d'une selle de femme couverte de velours 6. — BelGBANO, La Vita privata... de 
est estimée à quarante centimes environ. vermeil toute bordée de galons; les Gs.iOfCj/, 187s, p. 2SI- 



COSTUMES AC X/]' /•/• AT XV' SIECLES. 




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COll-KURE A CHKiNON 

Pisanello-Esquisses (Com. XV" Siècle). Collcct. Mnlcohi 



MINIATURE DES STATUTS DE L'ORIIRE Di; SAINT-ESPRIT 

(N;iples 1352) Bibl. Nat., .Ms. I'iani,ais 4274. 




.Kw IM l.l.A I'KANt:i-.i\. I,É ^. . .N I i,,.. |.|. lA 1> I . I N / . |.|-. .-sAitA i.l \>\: SA 1.1 l.Mi i,\ ll.i^îlUMI \.l~ IjiM 

Arczzo. Egflisc S. Fianccsco. (l'hot. Aliiiaii.) 



PREMIERS REGLEMENTS SOMPTUAIRES. 



125 



d'or ou d'argent, des diamants, des ceintures ou des courroies ouvragées valant plus 
de dix livres, des collerettes. Il fut défendu aux servantes ainsi qu'aux femmes de 
'< petite condition », de posséder des robes longues, et à toutes les femmes, qu'elles 
fussent mariées ou jeunes filles, d'avoir des traînes de plus d'une brasse; un étalon 
fut placé sur la grand 'place pour les mesurer'. 

Pérouse édicta vers la même époque, 13 18-1342, un règlement interdisant aux 
femmes de porter des couronnes et des guirlandes sur la tête, des fils d'or ou d'argent 
dans les cheveux, des perles, des pierres précieuses, exception était faite pour les 
boutons d'or et d'argent et les pectoraux. Les vêtements des femmes aussi bien que 
ceux des hommes devaient être taillés dans une étoffe de laine d'une seule couleur ou 
de deux au plus; il était défendu aux femmes de se décolleter au-dessous de la gorge, 
d'avoir des soutanes qui ne fussent pas rondes, des capuchons, des vêtements de 
velours'. 

La commune de Pistoia fit de même en 1332 \ toutefois la réglementation qu'on 
y impose au luxe féminin n'alla pas sans des atténuations. Ainsi on prohiba les orne- 
ments d'or, d'argent, d'émail, de perles, de pierres précieuses, de verre, de nacre, de 
corail, de cristal, d'ambre et de toute matière dorée, argentée, émaillée, mais on autorisa 
les agrafes, les boutons d'argent non doré dont le prix ne dépassait pas quarante 
solidi"*, les guirlandes d'argent doré ou non doré valant deux florins, les garnitures 
de toute sorte valant quatre livres, les doublures de vair. Les costumes mi-partie étaient 
défendus ainsi que les étoffes de samite et de soie, mais il était permis de doubler les 
simarres et les houppelandes de zibeline, de petit-gris, d'étoffes à rayures. Défense 
était faite aux jeunes filles de porter chez elles ou hors de chez elles des perles, de 
l'émail, des pierreries, mais il leur était permis d'avoir un anneau. Les ornements et 
les vêtements ornés de lettres gravées ou peintes étaient interdits, mais les femmes de 
chevaliers, de magistrats, de docteurs et de médecins avaient droit d'en orner leurs vête- 
ments et, d'une façon générale, étaient exemptes de toutes les prescriptions somptuaires. 

Mantoue promulgua à son tour un règlement et, « comme les meilleures lois 
seraient inefficaces si on négligeait de les faire appliquer » dit judicieusement le 
préambule, une foule d'agents eurent mission d'opérer des visites domiciliaires, afin 
de constater si les citoyens s'astreignaient chez eux à l'observation de la loi, des espions 
furent chargés de signaler les contraventions'. 

A Milan, en 1340, il y eut une ordonnance sur les souliers à la poulaine". Il en 
fut de même à Lucques en 1362'; les bottiers ne pouvaient pas prendre mesure aux 
femmes ni les chausser à partir de l'âge de sept ans à peine de cent solidi d'amende. 



1. — Voir Appendice. Vêtements ii. 

2. — Statut! e ordinamenti intorno al 
vestt're. .. in Perugia^ pub. par Ario- 
DANTF. Kabketti, dans ileiiwrif ilellti 
R.Accad. délie Scienze di Tori'no, Turin, 
1888, ser. II, vol. XXXVIII, p. 156. 

3. — Sebastiano Ciampi, Staluli suh- 
tuarj, Pise, 1815. Antonio Zanklli, 
Arch.Storico Italiano, Ser. V, vol. XVI, 
an. 1895, p. 206. 



4. — La livre d'argent se divisait en 
vingt solidi. Un florin valut successi- 
vement une livre, I livre 17 solidi en 1301, 
1 livres 8 soliJi un I3I,î, 3 livres on 1331, 
3 livres 5 soliJi en 1344,3 livres 8 solidi 
en 1370. La valeur du florin, monnaie 
d'or, a ete estimée de 13 à 18 fr. La 
lire génoise, divisée en 10 solidi, pesait 
56 grammes et valait par conséquent, 
environ il frs. Le hologfniiio cquiv.ilait 



au solido et se divisait en il deniers ou 

bolognini piccoli. Le premier type fut 

frappe à Bologne en 1136. Cibbakio, 

i86i. II, 167, 2^3. RKroSATi, 177:. 1, 30. 

Bellini, 1701. 

5. - CANTI). V. 365. 

<i. MURATOHI, Antii]. liai.. II, 417. 

7 — Statuts, Rub. 3J. Archiv. Slor. 

liai., Ser. I. vol. X (1843), doc. Q?. lOi. 

A Plaisance, on portait des • patitcs 



I2fi 



LA FEMME ITALIENNE. 



A Venise, en 1340, le Sénat prit de nouveau des mesures contre le luxe excessif des 
femmes, toutefois il fit exception en faveur de la femme du doge et de celles de ses 
parentes qui habitaient au palais'. Vecellio assure que les femmes s'habillèrent plus 
simplement après la promulgation de cette pragmatique mais que cela durapeu\ Leurs 
robes avaient des traînes fort longues et fort larges; la cotte, juste au corsage et très 
large de jupe, était bordée autour du cou et en bas d'une riche broderie qui rappelle 
l'orfroi; les manches de la chemise étaient justes et venaient au poignet; celles de la 
cotte formaient cloche; un manteau d'étoffe de soie, parfois rattaché au-dessus de la 
tête, couvrait les épaules. Leurs cheveux étaient frisés et recouverts d'une petite 
couronne dite « à la ducale >/. Au cou, elles portaient des colliers de corail ou de boules 
d'aro-ent et souvent une bande d'or vrai ou faux selon leurs moyens \ 

On le voit, les Vénitiennes s'occupaient assez peu de satisfaire aux exigences 
des lois; d'ailleurs, dans le proème d'un des règlements somptuaires promulgués par 
le Sénat, le rédacteur désabusé a mis cette phrase : « Il n'a jamais été et ne sera jamais 
possible de réfréner les changements des modes parce qu'elles sont filles du génie si 
varié de toute nation civilisée et qu'elles suivent le sort de toutes les autres révolutions 

humaines''. » 

Mais ce fut à Florence, ville de richesse et d'élégance, que la lutte éclata la plus 
vive entre les magistrats inunicipaux et les femmes et que l'on vit d'une part le plus 
d'intransigeance, de l'autre le plus de subtilité, de persévérance et d'énergie. 

En 1323, au mois d'avril, les autorités avaient décidé que les femmes ne porte- 
raient plus leurs cheveux en nattes tombant par-devant de chaque côté de la tête et 
entremêlées de rubans ou de cordons de soie jaune et blanche, galonnés comme on 
disait au moyen âge, parce qu'une telle coiffure leur semblait ^< déshonnête et peu 
naturelle ». Les Florentines, qui tenaient à leurs nattes, circonvinrent tant et si bien la 
femme du duc que la malencontreuse ordonnance fut rapportée en décembre 1326, et 
ainsi dit Villani : " L'appétit désordonné des femmes triompha de la raison et du bon 
sens des hommes' ». Toutefois leur triomphe dura peu. < En l'année 1330 (au mois 
d'avril), les femmes de Florence, dit plus loin Villani ^ firent un tel abus de couronnes 
et de guirlandes d'or, d'argent, de perles et de pierres précieuses, de résilles de perles 
et d'autres ornements coûteux, de vêtements taillés dans les plus riches étoffes et ornés 
de franges, de perles, et de garnitures de soie, de boutons d'or ou d'argent placés 
souvent sur quatre ou six files même, qu'un édit dut être promulgué empêchant tout 
ce luxe extravagant. » Il fallut renoncer à porter des couronnes, même en papier peint, 



pointes =. Muratori, R. Italie. Script.. 
XVI, 581. Cette mode était due à l'in- 
iiuence française. Les souliers à la pou- 
laine furent à la mode en France au 
temps des premiers Valois d'après Qui- 
CHERAT, Hisl. du Costume, p. 235 et 
VlOLLET-I.K-Duc, Dict. du Mobilier, \\\, 
162; peut-être même avant. Lkcoy ue La 
Marche, Lu Chaire française, p. 483. 
I. — Sansovino, Venczia, p. 152. MoL- 
MENTI, éd. 1905, I, 267. MONTICOLO, /. 



Capitolari délie Art: Veneziane sotto- 
poste alla giustiziii... Rome 1896. Sur 
le luxe des etoflfes à Venise à cette 
époque, voir Urbain de Gheltof, Les 
Arts indu&trifls à Venise, Venise, 1885. 

2. — Vecellio, fol. 58 v. 

3. — Vecellio, fol. 46 v. Donna nobile, 
matrona venetiana antica. Fol. 47 v. 
Donna nobile ornafa et honesta Vene- 
tiana antica. 

4. — A. Bachet, Archives de la Sh'i- 



nissime République, p. 38. 

5, — G. Villani, Lib. IX, cap. CCXLIV 
et Lib. X, cap. X. Muratori, R. Italie. 
Script., XUI, 552 C et 609 A. Cf. G. C.AP- 
PONI, Storia délia Rep. di Firenze, 
Florence, 1875, 1, 173. 

6. — G. Villani, Lib. X, cap. CLii. .Mu- 
ratori, Ibid.. 695 C. C'est presque tou- 
jov^s au printemps, du moins à Florence, 
que des lois de ce g^enre devenaient 
nécessaires et étaient promulguées. 



PREMIERS RkGLEMENTS SOMPTUAIRES. 



127 



des boutons même de verre ou d'émail, des robes de samite ou de soie, des ceintures 
de cuir, des bagues; tout au plus autorisait-on deux anneaux et fort simples. Des 
magistrats appelés du dehors, selon la coutume, afin que leur sévérité fût mieux assurée, 
eurent mission de veiller à l'exacte application de ces prescriptions. 

Alors les femmes s'appliquèrent à les tourner, à les éluder, à les rendre vaines. 
Reprochait-on à une femme de porter dans sa coiffure un ruban à festons contrairement 
à la loi, elle montrait que le ruban, retenu simplement par une épingle, n'était qu'une 
guirlande, ornement autorisé. Y avait-il sur une robe plus de boutons qu'il ne fallait, 
elle expliquait que les boutons n'étaient pas des boutons mais de simples coupelles car 
ils n'avaient ni queues ni œillères. L'hermine dont une robe était fourrée était la peau 
d'une bête inconnue à laquelle on donnait un nom de fantaisie. « Mais qu'est-ce encore 
que cette bête? — Je n'en sais rien, mais c'est bien là son nom. » Et le prieur à qui on 
en réfère, de s'écrier découragé : « Passons à d'autres affaires, autant lutter contre 
des murailles ' ! » 

C'est Sacchetti qui parle ainsi dans une de ses nouvelles^. La scène qu'il rapporte 
a dû se passer maintes fois devant lui car les Florentines avaient fréquemment maille 
à partir avec la justice à propos de leur habillement, mais le dénouement n'était pas 
en général celui qu'il dit. Les archives de Florence contiennent des registres entiers 
de poursuites dirigées contre des femmes qui avaient contrevenu aux ordonnances; 
généralement, ces poursuites aboutissaient à des condamnations qui nous valent 
d'exactes descriptions des vêtements, objets de l'accusation, et sont d'autant plus 
précieuses que les données iconographiques sur l'habillement féminin à cette époque 
sont plus rares. Les acquittements sont l'exception, ce qui n'empêchait aucunement 
les Florentines de suivre le caprice des modes qu'elles-mêmes s'imposaient^. 

Ainsi les Florentines avaient la passion de garnir de fourrures l'ouverture de leurs 
surcots et les crevés de leurs manches ce qui était défendu; en vain les prévenues 
s 'efforçaient-elles de démontrer que c'est la doublure intérieure qui passait, il leur 
fallait payer l'amende qu'il plaisait au juge, au capitaine, de leur imposer; donna Alisa 
est condamnée à payer cinq livres d'amende applicables en partie à la reconstruction 
du Dôme pour avoir porté un surcot dont les « fenêtres >> n'étaient pas conformes au 
règlement (1343)''. Une autre dut débourser même somme parce que la doublure 
d'armoisin de sa cotte se voyait trop'. La femme de Bernardo Pierro est poursuivie 
pour avoir mis <' une ceinture d'argent doré avec des émaux /> par-dessus son manteau 



1. — « Si tu veux du mal à quelqu'un, 
envoie-le à Florence comme magistrat », 
disait un vieux dicton italien cite par 
Del Lungo, p. 37. 

2. — Sacchetti (1335-1400), nov. 137. 
Il se plaint ailleurs, nov. 178, que les 
Florentines de son temps se decoUctent 
« plus bas que les aisselles ". 

3- — Archivio di Siato, Prammaiica 
délie Vesti, 1343-134,1. Liber CunUemna- 
tionum Ser. Cicchi Severiiii de Sancto 
Severinu Officialia dannarum. « In Dei 
nomine Amni. Hiiec stiiil coiideinnu- 



tiones et seiiteniie condeninaiionis date 
late et sententialiter promulgate per 
sapientem et discrefum l'irunt Ser Ci- 
chiim Severini de Sancto Severino offi- 
ciaient super indecentibu-i ornanientis 
mulieriini et vironitn cotnmunis et po~ 
pHli civitatis Floreniie de infrascripiis 
hominibiis et personis. Etc. Sub anno 
domini millesimo tercentesimo quudra- 
gesimo tertio Indictione XI. » 
Chaque année le magistrat changeait et 
l'on ouvrait un nouveau registre. 
4. — Voir Appendice, Vêtements III. En 



France, on avait commence par fendre 
le surcot pour faire paraître la richesse 
de la cotte, puis on fendit la cotte pour 
montrer la chemise, finalement on fendit 
la chemise pour qu'on vit la peau : 

Une autre laisse, tout de gre 
Sa char apparoir au coste. 

dit un poète de ce temps. C'est pourquoi 
les prédicateurs appelaient ces fentes 
• des fenCtrcs de l'enfer •. Qvichkrat, 
Histoire du Costunw, p. 1S5. 
5. — Voir Appendice, Vêtements iv. 



,28 LA FEMME ITALIENNE. 

d'écarlate et Taddea pour avoir porté « une ceinture d'or ornée de perles et de dessins 
en perles » ' . Cecilia est condamnée à cinq livres d'amende pour avoir eu plus de deux 
bagues au doigt; Giovanna à dix livres, parce que « la longueur de ses manches 
dépassait sa main »' et Lisa, à vingt-cinq livres parce qu'elle portait « un surcot de 
laine couleur sang, tissé de fils blancs, dont les manches étaient plus longues qu'il ne 
convenait' ». Antonia est punie pour avoir porté une couronne d'argent doré''. Les 
amendes allaient parfois jusqu'au chitïre de cent livres; tel fut le cas d'Ermelina qui 
portait un manteau de soie blanche orné de dessins représentant des vignes et des 
pampres, doublé de soie blanche rayée de bandes jaunes et vermillon. Un tailleur 5 eut 
à payer une amende de douze livres pour avoir confectionné, au mépris des règlements, 
un manteau de laine mi-partie écarlate uni, mi-partie rayé de jaune, de blanc et de 
rouge avec des fleurs chargeant le tout''. 

Tout cela en vain ! Joint que ces condamnations manquaient quelque peu de justice 
puisque c'étaient le plus souvent les maris qui payaient l'amende et les femmes qui 
avaient eu la satisfaction de porter les vêtements. C'est pourquoi on eut recours à un 
autre système. Il fut décrété par les prieurs qu'à l'avenir les femmes ne pourraient se 
servir que de vêtements préalablement agréés par un commissaire désigné à cet effet et 
qui était d'habitude un religieux, décrits sur un registre et marqués d'un sceau de 
plomb. Les joyaux, chapels, couronnes, bagues, boutons, devaient être soumis au même 
contrôle. Les amendes sanctionnant cette nouvelle réglementation pouvaient atteindre 
la moitié de la valeur de l'objet'. 

La description des vêtements soumis au contrôle du commissaire était très minu- 
tieusement faite par le notaire chargé de ce soin. Ses procès- verbaux permettent 
de constater que l'habillement féminin était d'une grande richesse même pour les 
femmes de condition inférieure; il se composait le plus souvent d'une cotte, d'un 
surcot, d'un manteau ou d'une simarre; quelquefois il est question de gonelle; le surcot 
était fendu sur les côtés ou bien sur le devant et avait des crevés. Quant à l'étoffe, elle 
était à grands ramages, semée de dessins représentant des oiseaux, des fleurs, des 
lettres et aussi des armoiries ; une étoffe à fond vermeil tissée de soie blanche et de laine 
noire est ornée de têtes de cerf, d'étoiles et de lettres ; une simarre d'étoffe vergée, 
doublée de drap vert, est ornée de fleurons blanc et azur ; un manteau d'étoffe blanche 
est orné de pampres et de ceps de couleur rouge, la doublure en était de drap blanc à 
ondes ; une cotte d'étoffe rouge est ornée d'oiseaux, de roses rouges et de roses 
blanches, de figures de diverses couleurs ; une cotte bleu azur est semée d'étoiles d'or ; 
un manteau de drap jaune est décoré de pigeons, de perroquets, de papillons, de roses 
blanches et vermeil, de dragons, d'arbres jaunes et noirs, de lettres et d'autres figures 
vertes et rouges ; une cotte est parsemée de muffles de lion peints en blanc, et d'oiseaux 
entourés de lettres; un manteau d'étoffe jaune est agrémenté de roses, d'oiseaux ver- 
meil ou blanc, de papillons verts, de dragons, d'ours ; la doublure en était de drap 

■ ■ — Voir Appendice, Vêtements V. 4. — Voir Appendice, Vêtements viii, ix. 7. — Voir Appendice, Vêtements Xli. 

2- — Voir Arrcndice, Vêtements VI. 5. — Voir Appendice, Vêtements x. Mais jamais, du moins à Florence, on ne 

3- — Voir Appendice, Vêtements v:i. 6. — Voir Appendice, Vêtements xi. va jusqu'à la confiscation ou à la prison. 



COSTl'MFS Df AVI" KT Df A 1 7 Sf/.CLKS. 




H IM. IITiilll\ SIOKZA, IH.M.ME'; I>l-: HKXTIVOGLIO AVKC S. SCHI ll.ASTlOL'K, AtiM'.SK ET I.l'ClK JS^JI 

.Milan, iVlonastcrio iMag;giore. (Eglise S. Maurizio.) ^Phot. Aiidcrson.) 




i.hillo. UISidNll;! IM ■< MMIIIM 11 nK S. ANSR I I ,W.V I "iCX) I 

Padoue, Fresques de 1 Kglise de la Madonna. il'Iuit. Alinaii.) 



PREMIERS REGLEMENTS SOMPTUAIRES. 



129 



blanc ; une gonelle mi-partie en drap blanc est ornée de feuillages de vigne, motif 
que l'on rencontre fréquemment, et de grappes de raisin couleur sang. 

Parfois les manches étaient d'étoffe et de couleur différentes de celles du reste du 
vêtement. A propos d'un vol commis en 1369, il est fait mention d'un certain nombre de 
paires de manches et d'une simarre mi-partie écarlate et grise avec des manches de 
vair, de deux chemises, d'un manteau, d'une cotte... Cet usage se généralisa, au 
reste. Les femmes portaient volontiers des costumes mi-parties; ils étaient tantôt 
rouges et verts, tantôt armoyés d'un côté, unis de l'autre, presque toujours agrémentés 
de boutons joyaux d'argent ou d'argent doré. Les chapels étaient le plus souvent 
d'argent doré; il s'en trouve composés d'aigrettes en forme de feuilles de vigne que 
séparaient des boules d'argent et des pierreries couleur bleu et rouge, d'autres formés 
de feuillis entrelacés; ils atteignaient parfois la valeur de cent florins'. 

Les chaussures étaient en cuir ou en étoffe de couleur'. 

Défense était faite de porter les cheveux épars. Plusieurs femmes furent pour- 
suivies « pour s'être montrées les cheveux épars et non tressés et enroulés autour de 
la tête comme l'exigent les statuts» (13 janvier 1360)'. 

La coiffure était composée d'une sorte de calotte de velours ou d'autre étoffe enser- 
rant les cheveux, généralement assez épaisse'', ou bien d'un cscoffion à cornes, comme 
on le voit dans certains tableaux de Vanni^ 

Le costume des jeunes filles était semblable à celui des femmes mariées ; elles por- 
taient notamment des manteaux chargés de broderies et d'ornements divers. L'une, 
Piera, fille d'Orlandini Lippi, fut condamnée à une amende pour s'être montrée avec une 
cotte mi-partie de laine verte et de laine à carreaux dont l'ouverture du devant était 
bordée de passementeries d'or et garnie d'une rangée de boutons ; le capuchon en était 
également orné de passementeries. Papina avait une cotte mi-partie d'écarlate rouge et 
de laine bise, ornée de franges d'or et de boutons d'argent*'. 

D'après Sacchetti (1335-1400), les jeunes Florentines avaient des manches larges 
comme des sacs avec lesquelles elles renversaient en mangeant tout ce qui se trouvait 
à leur portée', « de ces manches qu'à table on voit tâter les sauces » dit Molière'^. 

Le système de contrôle et de poinçonnage n'ayant pas donné le résultat qu'on en 
attendait, on en revint aux ordonnances. En 1344, un nouveau règlement fut proclamé 
à son de trompe par la ville *^, mais la grande épidémie de peste noire de 1348 pro- 
voqua un redoublement de luxe, car comme il a été dit, les richesses s'étaient accumu- 
lées sur un petit nombre de têtes et, d'autre part, l'appréhension d'une mort prochaine 



I. — Voir Appendice, Vêtements vm et 
XXXV. Même costume à Venise; la jupe 
est p-iffois fendue sur le côté. Fresques de 
l'Église S. Alvise. 

a. — Voir Appendice, Vêtements xxill. 
3- — Voir Appendice, Vêtements XX, 
4. — On lit dans le Diario Velluti (Del 
Lungo), qu'une pierre très lourde étant 
tombée sur la tête d'une femme, monna 
Diana, ne lui fit aucun mal « per cagione 
dé moHi panni ch' aveva in capo » (1347). 



5. — ViLLERMONT, Histoire de la coif- 
fure féminine, p. 221, fig. 159. 

6. — Voir Appendice, Vêtements xill. 

7. — Franco Sacchetti, Novellc, Mi- 
lan, 1R96, p. 30S, Nov. CLXXVIU : « Le 
giovinetie chc solevano andare con ianitt 
onestà, avère ianio Icvata la foggia al 
cappuccio chc si hanno fatto bcretia, e 
imberctiate, corne le mondant vanno, 
portano al collo il quinsaglic, con diverse 
manière di bestie appiccatc al petto. Le 



maniche loro. o saccoiii più loslo si po- 
trebboiio chiamarc, quai più trista c più 
daiiitosa e disutile foggia fù mai? pote 
ncssuna iôrre o bicchicre, o boccone in 
su la n%ensa che non imbroHi e la manica 
e la tovaglia co bicchieri ch'ella fa ca- 
dere? Cosi fanno i gioi'ani, e pcggio 
che si fanno qucsii municoni a fancinlli 
che poppano. » 

S. — École des Maris, I, se. I. 
i). — Prammaiica, 1344. fol- LXi. 

17 



i3o 



LA FEMME ITALIENNE. 



poussait les survivants à en jouir sur l'heure', en sorte que le capitaine dut publier, en 
1355, un nouveau règlement qui contenait des dispositions minutieuses, à l'ordinaire 
des législations italiennes, et très sévères contre les excès de la dépense = . Défense 
était faite aux femmes de toute condition, mariées ou non mariées, de porter chez elles 
ou hors de chez elles des vêtements tramés d'or, d'argent ou de soie, ou bien ornés 
de perles, de « peintures précieuses » ou de passementeries valant plus de dix florins, 
de laisser dépasser autour du cou la doublure de la robe, de la border en bas d'une 
garniture de franges. Sur ce point toutefois il était accordé une exemption aux femmes 
de chevaliers. Il était interdit de porter des ceintures valant plus de quinze florins^, 
des chapels, des guirlandes, ou tout autre ornement de tête d'une valeur supérieure 
à dix florins; on ne pouvait en porter deux à la fois''. Le capitaine devait avoir des 
agents qui parcoureraient la ville pour s'assurer de Tobservation de ces prescriptions 
et qui, au besoin, feraient des visites domiciliaires'. Le quart des amendes lui appar- 
tenait; son pouvoir était discrétionnaire**. 

Les servantes et les nourrices ne devaient pas porter de robes traînant jusqu'à 
terre', ni des souliers de cuir, ni des barrettes sur la tête à la manière des dames*. 
On leur interdisait, comme aux dames de qualité, de se montrer sans coiffure, les 
cheveux épars**. 

Un tarif était imposé aux tailleurs pour la confection des divers vêtements et il 
leur était interdit, sous menace de peines sévères, de se mettre en grève ou même 
de s'entendre entre eux pour en obtenir la modification"^. Voici ce tarif : 

Pour la confection d'une gonelle ronde en camelot 20 solidi. 

— — — • — de tous les jours 25 

— — — simarre en camelot 30 — 

— — — — ou gonelle en écarlate 50 — 

— — d'un manteau de cheval 30 — 

— — de manches d'une gonelle faites à part 15 — 

— — de manches de gonelle ou de manteau 12 — 

— — d'une gonelle à traîne non fourrée 30 — 

— — — — doublée de petit-gris ou de drap 35 — 

— — — robe ronde de temme ou de jeune fille, non fourrée. . . 20 — 

— — — — fourrée 25 — 

— — — cotte 50 — 

— — — simarre à traîne « honnête » non fourrée 15 — 

— — — — ou d'une gonelle mi-partie 40 — 

— — d'un manteau en faille d'Irlande fourré de petit-gris 15 — 



1. — Matteo VlLLANl, Historié, Lib. I, 
cap. IV. MURATOBI. R. Italie. Script., 
XIV, 15. 

2. — Voir Appendice, Vêtements xiv. 

3. — Voir Appendice, Vêtements XV. 

4' — Vers cette même époque, la com- 
mune de Pistoia renouvela dans son 
sens libéral sa législation somptuaire 
(1360) ; elle accordait certaines faveurs 
surtout aux femmes de chevaliers, de 
médecins et de juges, le droit, entre 



autres, de porter des cottes d'armoisin, 
de vair et de drap ; elle permettait une 
ganse d*or au collet, une guirlande sur 
la tête, des boutons, pour\'u qu'ils ne 
fussent pas d'email. Antonio Zanelli, 
Archiv. Stor. Italiano, ser. V, vol. XVI 
(1895)1 p. 206 et suiv. Pour ce qui est de 
Crémone, voir RoBOLOTTI, Prammuticci 
overo oriïini sopra il vestire et banchet- 
tare di Cremona. Archiv. Stor. Lom- 
bardo, anno vi (1878), p. 725. A Venise, 



en 129g, ou avait défendu les ceintures Je 
plus de vingt ducats, les bourses brodées 
de perles, les coiffures d'or, d'argent, de 
pierreries. Mol.menti, I, 26S. 

5. — Voir Appendice, Vêtements xvi. 

6. — Voir Appendice, Vêtements xvii. 

7. — Voir Appendice, Vêtements xviii. 

8. — Voir Appendice, Vêtements XIX. 
y. — Voir Appendice, Vêtements xx. 
10. — Florence. Archivio di Stato, Sta- 
tutidelCapitanodel isss, Lib. n,Rub.84. 



NOUVEAUX RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES. i3i 

Dans ces prix était comprise la couture de dix-huit boutons à chaque manche et 
de dix-huit boutons sur le devant ' . 

Les condamnations se poursuivirent jusqu'à la fin du siècle, condamnation pour 
avoir porté des boutons d'argent de plus de deux onces, pour avoir mis des galons 
d'or aux manches...' 



= NOUVEAUX RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES (1370- 1470) 

Si les femmes de la bourgeoisie, voire du peuple, avaient tant de penchant pour 
la toilette, cela tenait, sans nul doute, à leur goût naturel, mais aussi à l'exemple qui 
leur était donné par les grandes dames. Comme le dit très judicieusement Montaigne : 
« La façon dequoy nos lois essayent de régler les foies et vaines despences des tables 
et vestemens semble estre contraire à sa fin. Le vray moyen, ce seroit d'engendrer 
aux hommes le mespris de l'or et de la soye comme de choses vaines et inutiles, et 
nous leur augmentons l'honneur et le prix qui est une bien inepte façon pour en 
dégouster les hommes car dire ainsi qu'il n'y aura que les princes qui puissent porter 
du velours et de la tresse d'or, et l'interdire au peuple, qu'est-ce autre chose que 
mettre en crédit ces vanitez-là et faire croistre l'envie à chacun d'en user?'. » 

Or il est certain que les princesses et celles qui les approchaient déployaient, dès 
lors, un luxe inouï. Le trousseau de Valentine de Milan peut servir d'exemple de la 
richesse des habillements à cette époque (i389)''. On y voit figurer une robe ornée 
de fleurs de bourrache et de feuilles de figuier, toute brodée de perles; une robe de 
drap noir peinte de fleurs et de feuillages ; une robe décorée de grappes de raisin en 
or et de roses en perles avec un capuchon et des manches d'une grande richesse; des 
robes de soie parsemées de feuillages en broderie d'or ou d'argent, ou bleu azur avec 
des franges d'or, des festons au cou et aux poignets, des garnitures de fourrures; des 
manteaux en quantité et un nombre incroyable de chapeaux, chapeaux de laine avec 
deux cordons et une aigrette de plumes % chapeau « à la tartare » avec une aigrette 
de petites plumes entourées de fils d'or et disposées de façon à représenter des arbres 
et des oiseaux, chaperon de laine orné de lettres faites de petites plumes et formant 
les mots : « Ave Maria gratia plena », chaperon garni de perles et de boules de verre. 

Les grandes dames s'efforçaient à rivaliser de luxe. Francesca, fille de Landozzo 
degli Albizzi, portait en certaine occasion une robe noire et or, décorée de repré- 
sentations d'oiseaux, de papillons, de roses blanches « et de bien d'autres sujets 
peints en rouge et en vert »; on y voyait aussi des lettres jaunes et noires formant 
des devises; la doublure en était blanche, rayée de bandes rouges et vermillon^. La 
marquise Giovanna Roberti Estense composa une garde-robe des plus luxueuses ;\ deux 

I. — Voir Appendice, Vêtements xxi. Milano, Padoue, 1646, p. 521.MURATORI. 5. — Un chapeau de ce genre est reprt- 

a. — Voir Appendice, Vêtements XXII. R. Italie. Script., xvi, Annales Medio- sente dans Vioi-let-le-Duc, Dict. du 

3. — Hv. I, chap. xuii. Des Lois somp- lanenses, cap. eu. J. Camus, La Venin' Mobilier, Ul, IJ8, iig. 13. 

tuaires. en France de Valentine riscon/i. Turin, 6. — BlAGi, La Vita privata dai Fio- 

4. — Bernardimo Corio, L'Historia di 1898. Voir Appendice, Vêtements xxv. rentini. Milan, 1893, p. 103. 



i32 LA FEMME ITALIENNE. 

de ses filles d'honneur quand elles se marièrent en 1393'; l'une eut deux manteaux 
de dix brasses chacun dont un était couvert de broderies représentant des oiseaux, 
une pelisse neuve, deux cottes de couleur, trente voiles, vingt-cinq chemises neuves, 
sept voiles de coton, neuf bourses en drap d'or ou en soie, une cotte d'écarlate et de 
velours de grain, une autre d'étoffe sombre, une autre en écarlate, une autre verte 
ornée de feuillages d'or, une autre à rayures rouges sur fond rouge, plus deux sacs 
pour mettre ces vêtements. Le trousseau de l'autre fille d'honneur valait celui-ci. 

La bourgeoisie, les marchands dont l'opulence dépassait souvent celle des grands, 
se piquaient d'imiter ces somptuosités. L'industrie des étoffes précieuses prit une 
grande extension. Vérone importait annuellement deux cents pièces de brocart d'or 
ou d'argent, Padoue autant, Vicence et Trévise, cent vingt; la Lombardie tirait de 
Venise pour deux cent cinquante mille ducats de drap de soie et pour trente mille 
ducats de soie à broder'. Quelques municipalités se relâchèrent de leur sévérité. 
A Pérouse, où jadis on défendait toute espèce d'ornement, on autorisa, en 1366, les 
guirlandes, les diadèmes, les fils d'or ou d'autre matière pourvu qu'ils n'eussent pas 
l'air d'une couronne et que le coût n'en fût pas supérieur à huit florins, l'amende aux 
contrevenantes étant de vingt-cinq florins. Il fut défendu aux iemmes, il est vrai, 
d'orner leurs robes de fils de perles comme c'était pourtant la coutume, mais en com- 
pensation, on permit les fils d'or ou d'argent valant trois florins, ainsi que les bracelets 
valant au plus neuf florins ou ne pesant pas plus d'une livre. On interdit les manteaux 
et les robes de velours ou de samite doré ou non doré sous peine d'une amende de 
vingt-cinq livres mais on autorisa les manteaux en camelot valant vingt-cinq florins 
ou bien garnis de taffetas, les gonelles de taffetas, les anneaux valant huit florins 
(amende cent solidi)^ 

Ailleurs, au contraire, les magistrats faisaient tout de leur mieux pour arrêter les 
abus, sans réussir toutefois. Les Bolonaises surtout opposèrent, à l'exemple des 
Florentines, une belle résistance qui finit par tourner à leur avantage. Le podestat 
Guidalotti, qui gouvernait Bologne en 1382, avait interdit aux femmes de porter sur 
leurs vêtements ou dans leurs coiffures des ornements d'or, d'argent, d'argent doré 
ou même de chrysocale d'un poids supérieur à douze onces''; sur les épaules ou sur 
la tête, des tresses d'or, d'argent ou de soie d'une valeur supérieure à cinq Hvres; de 
posséder des escarcelles d'or, d'argent ou de soie de plus de cinq livres, de mettre 
à leurs doigts plus de trois bagues, d'avoir des ceintures de plus de vingt onces ou 
enrichies de pierreries, des robes de velours tissé d'or ou d'argent, de faire des crevés 
à leurs robes (les fenêtres de Florence) ou de les orner d'images peintes, de doubler 
leurs manteaux d'hermine, de se servir de mouchoirs de dimensions exagérées et de 
se faire tailler des capes semblables à celles des hommes, de s'orner la tête de 
perles, de pierreries, de pierres précieuses, de tresses d'or ou d'argent. 

1. — A. SoLEETI, d'après les registres sur le commerce... des étoffes de soie, d'or Turin, 1888, ser. II, vol. XXXVIII, 
d'Alberic et de Nicolas ni d'Esté (1392- et d'argent, H, 261 et suiv. Villermont, p. 168. 

1396) dans la Gazîerta i(?«c)-ar»a, an. XII, Histoire de la Coiffure, p. Z2i. 4. — O. Mazzoni-Toseli-i, Processi 

(18H8), n- II. 3. — Article déjà cité de Fabretti dans Antichi... di Bologna, Bologne. 1866, 

2. — Francisque Michel, Recherches Memorie délia R. Accad. délie Scienze, I, 549. 



roiFlTRI-S A CIIICXONS ET COSTLMl.S l)L XV SIECLE. 



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i>'kste. Muscc du LouN'ic ^Coni. xV'^i iPlutt. V/i 




LftONAUl , \I:m.I Kl \ kliKiH.mil. 1 I-..M.M1. LSi .u . ,. l I .. 

Vienne. Galerie Liechtenstein. (Hanfstacngfl.) 



ii.i.i.v IRAN' 1 u>v. HE hakdi. i.||;o. 

Milan. Musée Poldi. il'hol. Andcrson, Rome.i 



NOUVEAUX RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES. i33 

Douze ans plus tard, en 1394, force fut de publier un '< cri » renouvelant l'ordon- 
nance de 1382, et rag;g^ravant sensiblement". Défense était faite aux femmes de se 
parer la tête de perles, le cou et la poitrine de colliers, de porter des robes de soie, de 
laine tissée d'or, de velours peint de figures. Les Bolonaises n'en eurent cure. Quatre 
années ne s'étaient pas écoulées (1398) qu'une nouvelle ordonnance devenait néces- 
saire'. On imposa aux veuves de ne porter que des manteaux ou des voiles dont la 
valeur ne dépasserait pas dix lires et de ne pas doubler leurs vêtements de vair, 
d'armoisin, ni de fourrures précieuses; pour le reste, cette ordonnance renouvelait 
les prohibitions des précédentes. 

11 ne semble pas que ce cri ait eu grand effet car presque aussitôt (1400) les magis- 
trats communaux se résolurent à avoir recours, pour modérer le luxe des femmes, aux 
mêmes procédés de contrôle et de plombage qu'à Florence. Chaque habitante dut 
apporter ses robes devant un commissaire assisté d'un notaire afin qu'elles fussent 
dûment contrôlées, inscrites et marquées du sceau; celles qui, plus tard, voudraient 
en porter des neuves, seraient tenues de renoncer à un nombre égal de robes 
anciennes qu'elles désigneraient au vérificateur et dont on enlèverait la marque de 
contrôle'. 

Les opérations commencèrent le 25 janvier 1401 ; la première femme qui vint, fut 
la femme de Giacomo Bonfili, bourgeois de situation moyenne; elle n'apporta qu'une 
robe d'étamine blanche décorée de figures peintes. La suivante, qui était de même 
condition, Camilla Lambertini, présenta une robe de soie et de brocart cramoisi ornée 
de grands fleurons d'or et une robe de laine vert foncé sur laquelle étaient brodés, en 
or fin, des arbres et des oiseaux. Giacoma Bove présenta une robe de velours noir 
rayée de rouge et garnie au col d'une frange, une cotte de toile d'or sur fond vermeil 
avec des manches bouffantes fermées par une série de boutons d'or, une robe mi-partie 
de drap bleu et de damas azur à volants avec une garniture de passementerie au collet, 
une robe de velours rouge doublée de baldaquin bleu avec des manches fourrées de 
vair et un collet de vair. Giovanna Boccadiferro présenta une robe de velours de grain 
cramoisi ornée de dessins et fort épaisse, une robe de drap d'or décorée de figures et 
d'arbres d'or, une autre en cramoisi blanc broché, une autre de velours vert garnie de 
menu vair, une autre de velours rouge à ondes couverte d'étoiles d'argent. Donna Goz- 
zadini présenta une robe de velours azur sur laquelle étaient brodées des licornes, une 
robe de drap bleu avec des passementeries d'or et des parements de vair aux manches. 
Donna Gilia présenta une robe de cramoisi brochée d'or et couverte d'oiseaux. La 
dernière femme qui se présenta était la femme d'un confrère du notaire qui enre- 
gistrait les robes; elle en soumit une rayée « à ondes » de velours rouge grenat, 
ornée de feuillages dorés et de dessins en velours écarlate, et le notaire d'inscrire en 
marge de son registre descriptif : « qu'il lui soit permis de naviguer dans cette robe 
et dans ces ondes, avec des vents favorables. » 

I. — L. Fkati, La Viia privnta di Bo- 3. — O. Mazzoni-Tosklli, I, 552. vol. VU. p. 1-4.) et nALLABt-GANDlNl, 

logna, p. 255. O. Mazzoni-Tosselli, Cantu, //is<oirc rfcs /M/iVhs, V, 367. U. LoSlalulosunliMrio liolog-nrsc dfl 1401 

Proccssi, I, S5I. Dallari, Atti o Memorie delta R. Pep. e il rigisiro dtlle vesti balt,ih\ Bolof^nc, 

3- — L. Frati, La Vila privata, p. 275. di Sloriapiilria per le Romagite,ScT.Ul, l»8g. 



i34 



LA FEMME ITALIENNE. 



Il fut soumis au contrôle, en tout, ce jour-là, deux cent dix rohes qui étaient à peu 
près toutes aussi luxueuses. 

L'exemple de Bologne fut suivi par Sienne, en 141 2, avec cette aggravation que 
chaque femme ne dut présenter qu'une seule robe; plus tard, en 1473, Lucques fit de 

même'. 

Les statuts de Milan, dont la première rédaction remonte à l'année 1396, mais 
dont l'orio-ine paraît plus lointaine, défendent aux femmes, les femmes de chevaliers 
exceptées, de porter des perles sur leurs vêtements; de même, les femmes de 
chevaliers et d'avocats pouvaient seules se vêtir de velours, de pourpre, de drap d'or 
ou d'argent, à peine de cent livres d'amende. Aux autres, on accordait le droit de 
faire doubler leurs vêtements d'étoffes rayées, de taffetas, de zibeline^. 

Toutes les villes édictaient tour à tour et sans relâche des règlements, mais il 
fallait inventer à chaque fois de nouveaux moyens pour en obtenir l'observation. 

Une ordonnance publiée à Venise en 1400 ayant, entre autres dispositions, imposé 
une certaine longueur pour les surcots et les manches, il en résulta de telles contes- 
tations qu'un officier spécial, « l'avogador », reçut mission d'aller par les rues, une 
aune à la main, s'assurer que la loi n'était pas violée. Les contrevenantes ainsi que les 
tailleurs qui avaient confectionné les vêtements prohibés étaient frappés d'une lourde 
amende ^ 

En 1402, Pérouse avait renouvelé sa législation somptuaire remaniée pour la 
dernière fois en 1366, car, à mesure que les modes changeaient, et on a dit qu'elles 
changeaient souvent, il fallait créer de nouvelles interdictions''. C'est ainsi qu'il devint 
nécessaire de faire une loi défendant, comme à Florence, que l'extrémité des 
manches dépassât le bout des doigts; la largeur en fut également limitée et la four- 
rure qui les doublait ne dut pas valoir plus de quatre florins. L'étoffe des vêtements 
ne dut porter aucune « impression », aucune incrustation, aucune broderie, mais 
être « simple et nette »; une bordure au bas était tout l'ornement qu'on pouvait y 
ajouter. Les manteaux fourrés étaient interdits. 

Mais à un abus en succédait un autre; en 141 6, « il parvint aux oreilles des 
conseillers qu'un grand scandale régnait dans la ville par suite de l'habitude honteuse 
qu'avaient les femmes de porter des clamydes sur la tête, car il devenait par suite 
impossible de reconnaître une femme mariée d'une femme veuve, et une femme de 
mauvaise vie d'une honnête femme ». En conséquence, une nouvelle Pragmatique fut 
promulguée supprimant l'usage des voiles, hormis pour les veuves \ 

A Gênes, la façon des tailleurs fut réglée par une ordonnance publiée en 1403^; 
il était défendu de payer plus de deux livres pour la coupe et la couture d'une robe de 

I. — Casanova, Lo Co«nrtSe«ese, p. 74. mes de la noblesse. Archiv. di Stato, meretrix ac diffaniata... vel concubina 

— Pour Lucques, Archiv. Sior. Ital.. Avog. di Comun. 1400-1401. alicujus presbiteri seit religiosi, sive 

Ser. I, vol. X, doc, p. 119. 4. — Art. Fabretti, dans il/emor/ecteZia etiam casaJenghe inhoneste vite... quae 

î. — Ettore Verga, Le Lcggi sxm- R. Accad. délie Scienze di Torino, Tnrin, audeat portare clamidem majoris lon- 

tuarie milanesi, dans Archivio Storico 188S, Ser. Il, vol. XXXVUI, p. 177. giliidinis iptamusque gentianec ultra... 

Lombardo.fasc. XVII, vol. XXV, an. 1898. 5. — Fabretti, p. 181. Cette ordon- nec clamidem portare possit in capite... 

3. — MoLMKNTl,p. 312. Cette ordonnance nance contient un passagfe assez sin- ad penam X libr. denar. » 

fut sévèrement appliquée même aux fem- «julier : Qtiod non sit aliqua mulier, 6. — Belgrano, p. 249. 



NOUVEAUX RÈGLEMENTS SOMPTV AIRES. 



i35 



velours; toutefois, s'il s'agissait de la robe d'une nouvelle mariée, la dépense pouvait 
s'élever à deux livres et demi. Pour la façon d'une robe en velours de Pise ou en 
camelot cramoisi, on pouvait dépenser une livre et quinze solidi et deux livres s'il 
s'agissait d'une nouvelle mariée. 

Un nouveau sujet de discorde avait surgi entre les femmes et les pouvoirs publics. 
La mode de porter des traînes, à laquelle ils avaient déjà tenté plus d'une fois de 
s'opposer, allait s'exagérant. Les magistrats de Modène pourvurent au danger. Dans 
une ordonnance promulguée le 13 février 1420, et qui renouvelait d'anciennes 
prescriptions, il était fait défense de posséder plus d'une robe en étoffe de soie, ou 
tissée d'or, ou brodée, d'employer comme garniture des fourrures, ce qui était le 
train ordinaire des choses, mais en outre il était déclaré que les femmes seraient tenues 
désormais de ne porter que des robes courtes! Il est vrai qu'on pouvait regagner en 
ampleur ce qu'on devait sacrifier en longueur car il était permis de donner aux robes 
douze brasses de tour". Même défense à Pise; la longueur de la queue ne dut pas 
dépasser une brasse, puis une brasse et demi\ On avait interdit complètement les 
trames à Venise en 1440, ce qui n'empêcha pas les femmes d'en avoir de si 
exagérées que les joailliers durent inventer des pinces pour les soutenir ^ 

Ce qu'on reprochait aux traînes, en Italie comme en France, c'était que non 
seulement elles occasionnaient une dépense inutile, mais qu'en plus, elles soulevaient 
la poussière et étaient une cause d'insalubrité''. C'est pourquoi à Sienne, par exemple, 
on défendait les queues du i" juin au 15 septembre; l'hiver il fallait ou les porter 
sur le bras, ou les attacher avec un cordon pour les relever. Mais que de fois le 
cordon cassait ou le bras laissait gHsser la traîne ! Une femme est traduite de ce chef 
devant le tribunal; son mari comparaît à sa place; il explique que, si sa femme a été 
vue avec une robe traînant à terre, ce n'est pas qu'elle méprisât la loi qu'elle ignorait 
au reste mais parce que l'anneau auquel était suspendue sa traîne et qui était fixé sur 
le côté de son corsage, s'était rompu mais dès qu'elle s'en était aperçue, elle avait 
saisi la traîne avec la main pour la jeter sur son bras. Il dut cependant payer vingt- 
cinq écus d'amende'. 

A Bologne, les officiers municipaux s'étaient toujours montrés particulièrement 
acharnés contre les robes à queue; un magistrat avaient été spécialement désigné, en 



1. — MURATORl, Antiq. Ital., U, 424 E. 
Cf. BELGRANO,p.276etMOLMENTl,p.IIO. 

2. — Voir Appendice, Vêtements xxiv 
et XVI. A Ancône, à Modéne, à Lucques, 
les statuts défendaient également les 
traînes. 

3. — En 1462, le camaldulc Mauro Lapi 
écrivait au dopfc Cristoforo Moro pour 
lui dire de veiller : « ne mulieres tain 
longas caudas in vestimcntis haheant, 
et pcr terrain traitant, qxtae res diabolica 
est ». MoLMENTi, p. 299, 318. 

4. — Saint Bernardin de Sienne (Œuvres, 
ni, 211) leur adresse ce reproche de 
même que les prédicateurs français. 
I Dans les églises, disaient ceux-ci, 
elles font voler la poussière jusque 



sur les autels et troublent les hommes 
qui prient; quand les femmes les re- 
lèvent, la décence en souffre car elles 
sont alors comme le paon : « Qui ctim 
caudas suas exiendunt, turpiludinem 
ostendunt. » A. Lecoy de La Marche, 
La Chaire Française, p. 440. 
5. — E. Casanova, La Donna Senese, 
p. 40. « Ses vêtements doivent être larpcs 
et amples, dit la Raffaella (p. 62), pas 
assez cependant pour que la personne 
en soit trop incommodée; cette ampleur 
importe beaucoup, car il n'est pire chose 
que de voir quelques-unes de nos élé- 
gantes se promener par la villcde Sienne 
avec certaines robes courtes oii il n'y a 
pas seize brasses d'Étoffe et de mantille 



qui ne leur descendent pas au\ reins; 
comme elles s'en mettent une partie au- 
tour du col et qu'elles en tiennent un 
bout dans la main pour se couvrir la 
ligure, elles ont l'air d'aller en masque 
par les rues; de l'autre main retroussant 
leurs robes par derrière de peur qu'elle 
s'use en traînant à terre, elles marchent 
avec une sorte de furie... et peut-être 
qu'elles se retroussent ainsi pour mon- 
trer un pied finement chausse et un peu 
de jambe bien attiffee! » La Kaffadla 
fut composée en 1539. A Venise aussi, 
pendant un temps, les dames attachèrent 
l'extrémité de leur traîne à leur ceinture. 
Veckllio, fol. 92. Habita riformato r. 
più modesto. 



i36 



LA FEMME ITALIENNE. 



1286, pour les faire raccourcir; les ordonnances à ce sujet se succédèrent en 1294, 
en 1301, en 1453, et durant tout le cours du xvi^ siècle. Or en 1580, donna Orsina 
délia Volta, femme d'Annibale Campeggi, se promenait dans les rues de la ville 
avec une traîne si longue qu'il lui fallait un petit esclave maure pour la relever'. 

La lutte continuait partout et sur toutes choses. En 1439, la commune de Pistoia 
porta un nouvel édit somptuaire, le troisième, défendant les fourrures, même d'ani- 
maux du pays, les manches mesurant plus de huit brasses de tour ou doublées d'une 
étoffe quelconque-, les ornements d'argent faits à l'imitation des perles car on avait 
trouvé ce nouveau subterfuge pour tourner la loi. 

Tout cet appareil de mesures restrictives n'empêchait guère, à ce qu'il semble, 
les Italiennes de se vêtir et de s'orner à leur guise. La preuve en est dans la richesse 
de leurs garde-robes. Caterina Milanaisi, florentine, femme de Pietro Pucci, 
possédait à la date du i'^'^ juin 1449, de l'étoffe de satin cramoisi pour quatre-vingt- 
deux florins, du damas blanc brodé de perles pour quarante florins, une gonelle rose 
brodée de perles estimée quatre-vingts florins, une cotte de velours vert estimée 
douze florins, une gamurre de drap vert avec manches de velours vert estimée cinq 
florins, une gonelle de couleur violette à manches justes de quatorze florins, une petite 
gonelle de peau de lion de quatre florins, un manteau de laine brune tirant sur le 
rouge de dix florins, une gonelle rouge à manches larges fourrée de martre et en 
partie doublée de peau, de quatre-vingts florins, une gonelle couleur bleu d'acier 
changeant garnie de putois, de huit florins, une petite gonelle rose, une autre beige, 
une verte, un manteau vert, un manteau azuré doublé de drap... Le trousseau de sa 
fille, était également bien fournie 

Le costume féminin de cette époque, tel qu'il apparaît dans les tableaux de Gentille 
daFabriano (1370-1450), de Vittore Pisano dit Pisanello (1380-145 1), de Fra Giovanni 
da Fiesole dit Beato Angelico (1387-1455), de Michelino da Bedozzo qui travaillait 
vers 1430, de Taddeo di Bartolo (1362-1422), de Masaccio (1402-1429), se compose 
d'un surcot et d'une cotte; le surcot est taillé le plus souvent dans une étoffe épaisse, 
à rayures, à ondes ou à ramages'' fendu sur le côté et barbelé sur les bords de la fente, 
avec des manches justes ou très amples, ouvertes sur presque toute la longueur'', 
parfois à pentes'', la cotte est ajustée, d'étoffe différente, à manches justes ornées 
d'une rangée de boutons et se terminant toujours au poignet par une broderie, 
une dentelle, une passementerie quelconque; quand il y a une ceinture, elle est le plus 



I. — MAZzoNi-ToSEi.u,Pj-oce.>îS!, 1,571. 
3. — Zanelli, Archiv. Stor. liai. , Ser. V, 
an. XVI, 1895, p. 206 et suiv. 

3. — C. Merckki., I Béni délia fami'irlia 
di Puccio Pucci, dans Miscellanea Nii- 
ziale, Berçame, 1897, p. 170 et suiv. 

4. — On voit des étoffes de ce g-enre 
représentées dans un tableau de Giov. 
Piemontese, i« Vierge à l'enfant, qui se 
trouve à Città di Castello, dans l'église 
délie Grazie (1456), et dans d'autres 
tableaux de ce peintre. On en voit des 
échantillons au Musée de Cluny, Col- 



lection d'étoffes. Isabelle Errera, Col- 
lection d'anciennes étoffes, Bruxelles, 
I901, donne d'intéressants spécimens. 
5. — Franco Sacchetti {1335-1400) se 
moque, on l'a vu, des manches des 
Florentines qu'il qualifie de «1 sacs ». 
I Ouelle mode plus inutile et plus dis- 
gracieuse, dit-il, pouvait-on imaginer? 
Les femmes ne peuvent manger sans 
renverser leurs verres sur la table. » Il 
se plaint aussi qu'elles soient décolletées 
« plus bas que les mamelles ». Novella 
cLxxvni. 



6. — Par exemple dans le tableau de 
Fra Angelico représentant Esther, ré- 
cemment entré au Louvre. La robe est 
violette, agrémentée en bas d'une passe- 
menterie d'or. Dans la Décollation de 
saint Jean, la robe est violette égale- 
ment. Dans la fresque de Poccetti qui 
est dans le cloître extérieur du couvent de 
S. Marco, à Florence et qu'on a repro- 
duite, on voit une femme en surcot bleu 
broche d'or, en cotte blanche, les man- 
ches sont ornées de fleurettes vertes sur 
fond blanc et bordées de dentelle. 



cosriM/s Dr comm/xc/wux r ni' ,\ i / siici.i:. c.oiii ri<i:s a iikuw. 




PAYSANNE 

\'ecellîo, Habîti. \'enise 1590. 



FEMME MAHIKE DES ANCIENS TEMl'S 

V'ecelliii, Mahiti. Venise 1500. 



VENITIENNE . DES ANCIENS 1 EMFN 

Vecellio, Habiti, Venise IjgO- 




-^- I 





1 1 \ M I M IIILE ANCIENNE 
Vecelliii, ll.ihili, Venise 151p. 



SKRVANTI': 
Vecclliu Habiti, Venise 15yO. 



I KM.ME DE PAIini'K < PKS ANCIKSSTKMrs 
Vecelliii Mahiti, Venise isqo. 



NOUVEAUX RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES. ,37 

souvent placée très haut, sous les seins, à la mode empire; les femmes de Pisa- 
nello' ont un surcot tuyauté avec un bourrelet à l'encolure et aux entournures; 
ce bourrelet, dans le portrait de la princesse d'Esté, est brun, marron clair et blanc; 
une large ceinture de cuir foncé entoure la taille; les manches de la cotte sont 
tuyautées; l'étoffe en est rouge brique et à dessins; celle du surcot est bleue. Les 
costumes que l'on voit dans le panneau qui représente les noces de Boccaccio Adimari 
avec Lisa Ricasoli (1420)' sont de même ; le surcot de couleur sombre ou d'étoffe 
brochée à grands dessins est ouvert, laissant voir le vêtement du dessous qui est 
plus clair, à manches étroites à boutons ; dans d'autres tableaux il a la forme d'une 
houppelande avec manches bouffantes'. Le cou, dans tous ces tableaux, est décolleté 
le plus souvent de façon circulaire mais très modérément; ni les épaules, ni la poitrine 
ne se voient. 

Le costume des jeunes filles était généralement identique à celui des femmes ^ 
souvent aussi la jupe est relevée par une cordelette de façon à faire un ample pli 
autour des hanches ; les manches sont ou bien justes avec mancherons, ou bien 
garnies d'épaulettes ; elles sont d'une étoffe différente du reste de la robe, par exemple 
rouge à dessins d'or avec une robe bleuet Décrivant deux jeunes filles que le 
vieux roi Charles I" (Charles d'Anjou, frère de saint Louis), vit dans son jardin et 
dont il tomba amoureux, Boccace dit qu'elles « portoient sur leurs chairs des vête- 
ments de lin très fins et blancs comme neige, très étroits au-dessus de la ceinture et 
de la ceinture en bas flottants et longs jusqu'aux pieds comme un pavillon" //. 

La coiffure varie infiniment. Ainsi dans le panneau représentant le mariage de 
Boccaccio Adimari et dans un autre panneau, provenant également d'un coffre à 
mariage et qui se trouve au musée civique de Venise', on voit des hennins simples, 
des hennins à bourrelets «, des hennins avec un voile 9; les tableaux et les esquisses de 
Pisanello, les fregques de Michelino da Bedozzo, les médailles et autres documents, 
montrent une coiffure étrange, une sorte de chignon volumineux disposé fort haut 
sur l'occiput et entremêlé de rubans de diverses couleurs destinés, sans doute à le 
soutenir. Parfois les cheveux étaient tirés en arrière comme cela se pratiquait en 
France. Une autre coiffure consistait en une sorte d'aigrette de bijouterie composée de 
tiges droites et plantée dans une natte de cheveux qui faisait le tour de la tête'°. 



1- — Louvre, princesse de la maison 
d'Esté; collection G. Dreyfus, esquisses. 
a. — Florence, if. Galleria Antica e 
Moderna. Coffre à mariape. 

3- — ViOLLET-LE-Duc, Dict. du Mobi- 
lier, IV, 458, fig. 34, reproduit, d'après 
un tableau du musée Correr de Venise, 
un costume compose d'une cotte et 
d'un surcot de brocart d'or à prand 
ramages, fendu sur le côte et barbelé. 

4- — Cela se voit notamment dans la 
Présentation du Temple de Gentile da 
Fabriano, dans la fresque d'Andréa da 
Fircnze. 

S. — Tableau d'Esther, de Fra Ang-elico ; 
fresques dans le couvent de San Marco 
à Florence; chapelle des Espaffnols 



dans s. Maria Novella à Florence. Le 
corsage de plusieurs jeunes filles est 
blanc, la jupe jaune, quelques-unes des 
jupes sont fendues. 

6. — Journée X, nouv. vi. Trad. Rey- 
NAHD, p. 595. 

7. — Ecole de Vivarini. 

8. — Cette même coiffure se retrouve 
dans les miniatures du ms. de la Bibl. 
Nationale, fonds français 133, Les No- 
bles femmes de Boccace. C'était une 
sorte de coussin ou escoffion, enrichi 
de passementeries ou de grains d'or, de 
verre et de perles, aplati au milieu et 
relevé sur les borda; il devint  la mode 
en France vers 1415. ViOLLET-I-K-Duc. 
Dict. du Mobilier, III, 329. Cf. Ibid., 



p. aij. QuiCHERAT, Histoire du Cos- 
tume, p. 189. ViLLEBMONT, p. 314- 
Vecellio, fol. 71, 76 V. 

9. — La mode en était venue de France 
où les hennins ornes d'un long voile ou 
d'un floquart furent surtout ;\ la mode 
au commencement du xv« siècle. 

10. — Florence, Musée National, collec- 
tion Carraud, Le Jugement de Paris. 
Le surcot est borde d'une broderie d'or 
aussi bien à l'encolure qu'au bas, les 
manches en sont fendues et laissent voir 
celles de la cotte, ornées comme tou- 
jours d'une rangée de boutons en forme 
de boules, l'iateau d'accouchée repré- 
sentant le même sujet. tC'.oll. M. Lcroy^. 
Reproduits l'un et l'autre. 



i38 



LA FEMME ITALIENNE. 



La coiffure la plus curieuse qu'eussent les Italiennes de ce temps et dont la 
mode devint générale vers 1400, était l'escoffion en forme de turban'; le corps en 
était d'une étoffe très riche, quelquefois de deux étoffes enroulées, de couleur et de 
nature différentes; des pierreries, des perles, des broderies l'enrichissaient; souvent 
un serre-tête cachait les cheveux^ Elle était d'origine assez ancienne car on en voit 
un exemple dans une fresque de Simone Martini (1285- 1344) qui est à la chapelle 
des Espagnols dans S.-Maria-Novella, et dura fort longtemps comme on verra'. 
L'usage du turban était réservé aux femmes honnêtes'*. 

« Les femmes anciennes, dit Vecellio', portaient sur la tête un boisseau, balzo, 
en fils d'or qui avait la forme d'une guirlande circulaire et entourait la tête à la manière 
d'un diadème. Le col était découvert et sans aucun ornement. Le corsage, générale- 
ment en étoffe de soie violette ou en cramoisi, était couvert d'or et de pierreries et 
serré à la taille par une ceinture d'or massif; les manches très larges'' tombaient 
jusqu'à mi-jambes; on les portait relevées ou jetées par-dessus le bras; la doublure en 
était l'été d'armoisin, l'hiver de fourrures. La cotte, sottana ou carpetta'^ était de soie 
très riche. » 

Le turban provenait peut-être d'une autre coiffure assez voisine et qui semble un 
peu antérieure, c'est une manière de couvre-chef ou de barrette formé d'une armature 
de cuivre recouverte d'une étoffe de soie ou d'or*. 

Dans le Corbaccio, Boccace nous fait assister à la coiffure d'une femme. « Après 
s'estre faite peigner et ageancer les cheveux les ayant troussez et mis autour de sa 
teste qu'elle enveloppoit de ne scay quelle tresse de soye, elle les enfermoit puis après 
avec un res fort subtil de fine so3'e, après ceci la guirlande et chapeau de fleurs^. » 

L'habillement des femmes du peuple se composait d'un surcot d'étoffe brune ou 
foncée, serré à la taille par une ceinture ou par une simple cordelette, laissant voir les 
manches de la cotte qui étaient justes sans être étroites comme celles des dames de 
condition, et souvent un peu bouffantes sur l'épaule; le surcot est toujours coupé de 
façon à dégager circulairement le cou; seules les servantes âgées portaient des 
gorgières. La jupe est longue et tombe en plis jusqu'à terre. Parfois le corsage est 
lacé par devant. Les cheveux étaient nattés derrière la tête en tresses que l'on ramenait 
sur le devant et qui entouraient le front, ou bien on les enroulait en une sorte de 
bourrelet circulaire qu'on entremêlait de rubans, ou bien encore, on les massait de 



1. — Le turban ne fut guère employé en 
France avant 1450. VlOLLET-LE-Duc, 
Dict. du Mobilier, IV, 457, 295. 

2. — Cette coiffure, très commune dés 
lors, se voit dans la plupart des tableaux 
que l'on a cités, notamment dans les 
fresques de Michelino da Bedozzo dans 
la Présentation au Temple de Gentile 
da Fabriano, dans les panneaux des cof- 
fres à mariage des musées de Venise 
et de Florence (Noces d'Adimari). Cf. 
Vjollet-le-Duc, Dict. du Mobilier, IV, 
37. MoLMENTI, nouv. éd. li, 431. 



3. — Le Guerchin (1590-1666), Domeni- 
chino (1581-1641), Romanelli (1617-1662) 
le reproduisent dans leurs tableaux. 
(Collection capitoline). 

4. — A. RiETi. Statuta Civitatis Seate, 
Rome, 1549, Lib. III, Rub. 60, fol. 50. 
Ces statuts paraissent la reproduction 
d'un règlement ancien. « Nitlla millier 
malae famae audeat... per civitatem 
déferre trochium in capite et pannos 
coloratos, nec scagiale (cingu.hun), ad 
poennm C soldi. » 

5. — Fol. 56 V., 213. Cf. fol. 95 V. Ve- 



cellio pense que ce costume était en 
usage en 1303, date manifestement trop 
lointaine. 

6. — A la Dogaline. Voir l'explication 
de ce mot. Vecellio, fol. 61 v., 62. 

7. — Vecellio, fol. 91. 

S. — Vecellio, fol. 58. On a d'autres 
exemples de cette coiffure dans les fres- 
ques de Michelino da Bedozzo et dans 
celle de Dom. di Bartolo qui est à l'hô- 
pital de Sienne (femme à droite). 
9. — Le Laberiiitlie d'Amour (Corbaccio), 
trad. 1571, p. 68 v. 



COMMENCEMENT DE LA RENAISSANCE. 



.39 



chaque côté de la tête et on les recouvrait d'un voile léger qui les enserrait étroite- 
ment ; quelquefois ils sont lissés et cachés par une coiffe blanche garnie de deux 
volants retombant de chaque côté du visage. Un petit fil de perles entoure la tête dans 
certains tableaux et forme demi-cercle sur le front'. 



=- COMMENCEMENT DE LA RENAISSANCE (1470-1494) 

Cependant les autorités n'avaient pas désarmé. En l'année 1473, '^ conseil 
communal de Rome dont l'autorité commençait à s'établir, élabora un long règlement 
somptuaire s'appliquant aux mariages, aux funérailles aussi bien qu'à l'habillement 
en général et il l'adjoignit, pour lui donner plus d'autorité, au nouveau code statu- 
taire promulgué quelques années auparavant (1469)'. « Nous voulons, disaient les 
conseillers romains, que les femmes ne possèdent qu'un seul vêtement de velours ou 
de soie (cape et manteau) et qu'elles s'en contentent, lequel vêtement n'aura d'autre 
ornement qu'une bordure sur le devant et ne devra pas coûter plus de quatre-vingts 
ducats, sans le galon, à peine d'une amende de cent ducats. Il sera permis toutefois 
de mettre un peu de passementerie d'or au cou et aux manches ainsi qu'on l'a fait 
jusqu'ici. Nulle femme, mariée ou fiancée, ne portera de rubans de brocard brodé 
sur les épaules ni sur la tête, n'employera des étoffes d'or ou d'argent... » Défense 
était faite de porter des colliers de coraux enfilés sur de la ficelle et valant plus de 
dix ducats; on pouvait y mettre toutefois une petite croix d'argent doré ; défense était 
faite aussi d'avoir des boucles d'oreilles et généralement pour plus de deux livres 
et demi de perles ; défense aux tailleurs de confectionner des vêtements qui ne fussent 
pas conformes au règlement. Les nouvelles mariées avaient droit à la couronne 
<i selon les anciennes coutumes >>. Deux citoyens furent désignés par le conseil pour 
estimer les robes ainsi que les ornements qui y étaient appliqués. 

La sanction du souverain pontife, Sixte IV, fut sollicitée mais il ne l'accorda pas 
sans quelques restrictions tant la rigueur des conseillers lui paraissait excessive ; 
ainsi il autorisa les femmes à posséder, outre l'unique robe de soie tolérée par l'édit, 
une soutane de soie de trente ducats ; il déclara que, puisque les gens riches pouvaient 
se payer des galons à leurs vêtements et que ces galons rehaussaient agréablement la 
toilette de femmes, ce qui était un ornement pour la cité, « il ne serait pas indiqué 
de peine pour celles qui enfreindraient l'ordonnance sur ce point //; il porta de quatre- 
vingts ducats à cent la valeur que ne devaient pas dépasser les robes de velours. 



I. — Tableau de Cosimo Tura (1406- 
1480). Ferrare, palais Schifanoia, Triom- 
phe de Minerve, Triomphe de Vénus; 
Dom. di Bartolo, hôpital de Sienne; 
Franccsco Pesellino (1422-1457), Flo- 
rence, galerie Buonarotti, Episode de la 
Vie de saint Nicolas de Iiuri\ fresque 
de Giovanni da Milano dans re(jli8e 
S.-Croce de Florence, chapelle de Rinuc- 
cini.Jésu» chez Marthe et Marie. Fresque 



de Benozzo Gozzoli au Campo Santo 
de Pise. 

L'inventaire des biens d'Alessandra Ma- 
cinghi negli Strozzi qui était, comme on 
a dit, une marchande florentine (Lctterc. 
p. 610) porte : cinq cottes noires, une 
Kamurrc, une autre gamurrc de cou- 
leur sombre, une autre de soie noire, 
une autre de satin noir, un manteau 
noir, huit chemises, trois paires de 



chaussettes, deux coiffes, deux barrette». 
2. — INCUSADLK Casanatknsk (Rome), 
125, et Paris, Bibl. Nat. Res. F. 280. 
Cf. Theiner, Codex diptom. S. Sedis. 
UI, 475 et MUNTZ, Les Arts à ta Cour 
des Papes. lU* partie, Paris, 18.S0, p. iSo. 
Le titre de ce riglement est : Ordina- 
/lOMi, statut! « Reformationi facii supra 
le dote, jocali overo acon^i. Xtxxe. 
Rechiesi r' exeijui. 



I40 



LA FEMME ITALIENNE. 



Le Saint-Siège dut intervenir également à Pérouse pour modérer l'excessive 
rigueur des autorités. En 1445, un édit avait été porté interdisant aux femmes d'avoir 
des simarres, des manteaux ou des robes en drap d'or, en brocart d'or ou d'argent, 
en velours, en soie, sous peine de confiscation et d'une amende de cinquante livres. 
Il leur était, il est vrai, permis de recevoir, au moment de leur mariage, deux robes 
un peu plus riches que ne le permettait l'ordonnance; mais l'une seulement de ces 
deux robes pouvait être de soie, de velours, de damas ou de camelot non lamé 
d'argent ou d'or, l'autre devait être de laine; une seule pouvait avoir les manches 
fourrées, et à la condition que ce ne fût ni en martre, ni en zibeline, et que la dou- 
blure n'en fût pas en armoisin. Il était interdit de les porter à la fois toutes les deux! 
Défense était faite de porter des ceintures valant plus de trois florins. Le prix total 
d'un vêtement était fixé à trois cents florins, ce qui, à vrai dire, représentait une 
somme relativement considérable' (trois mille cinq cents à quatre mille francs). Le 
cardinal Vitelleschi, qui représentait à Bologne le pouvoir pontifical, renchérit sur ces 
sévérités et promulgua, en 1460, une nouvelle législation défendant les traînes et les 
ornements dans la coiffure. Les Bolonaises résistèrent, s'obstinèrent et le cardinal en 
vint aux excommunications. C'est alors que le pape dut s'entremettre pour modérer 
son zèle. Il atténua la rigueur de ses décrets et leva toutes les excommunications'. 

Sixte IV ne pouvait guère se montrer très strict envers ses sujets, alors qu'il 
faisait preuve de la plus extrême indulgence envers les dames qui habitaient à sa 
cour. L'une d'elles possédait, quand on fit en 146 1 l'inventaire de ses biens, six 
coffres pleins de linge et de pièces d'étoffes propres à faire des robes et dix autres 
coffres contenant, entre autres effets, un capuchon à la florentine, une gonelle de 
velours noir, une robe cramoisie doublée de drap rouge, une robe rose doublée de 
drap vert, un manteau noir, une slmarre de soie, une autre simarre de satin blanc, 
une de velours blanc, plus un nombre considérable de manches, manches cramoisies, 
manches en velours d'Alexandrie, en damas blanc, tissées d'or, brodées^... 

Il en allait de même alors à Venise. Voici ce que rapporte Philippe de Voisins, 
seigneur de Montaut, qui passa par cette ville en 1490, se rendant à Jérusalem''. « Et 
le temps qu'ilz arrivarent a la dicte citté (lui et ses compagnons) estoict près de 
l'Ascention 011 les gens estoient en grand triomphe, especiallement les femmes 
nouvellement mariées qui portoient habillementz descouverts, mountrant toutes les 
espaulles, belles femmes et portoeynt piereries sur leurs robes demy pied de hault, 
vaillant chascune plus de trente à quarante mil ducatz^. Et cella fount deux ans au 



1. — Article de Fabeetti déjà cite. 
Memorie délia R. Accad. di Scienze di 
Torino. Turin, iSSS. Ser. II, vol. 38, 
p. 192. 

2. — a Brève apostolicum de absolutione 
mulierum. Cum plereque mulieres... » 
Article Fahretti cite plus h^iut. 

3. — Archiv. Se g. Vat., Div. Camer., 
vol. XXXII, fol. 232. 

4. — Voyage à Jérusalem, éd. par Ta- 
misy de Larroque, Paris, 1883, p. 17. 

5. — Arnold de Harff qui fut à Venise 



en 1477 estime à six cent mille ducats 
les bijoux qu'il vit portes par les dames 
vénitiennes un jour de fête. Die Pilger- 
fakrt des Ritters Arnold von Harff, 
Cologne, 1860, trad. Reumont, Archiv. 
Veneto, vol. XI, part. I (1876), p. 402. 
Décrivant le costume des « anciennes 
épousées vénitiennes », Vecellio dit, 
fol. 88, « qu'elles portaient une couronne 
sur la tète, charg-ée de perles et de pier- 
reries ; sous cette couronne était un voile 
très fin qui tombait sur les épaules ; les 



cheveux, non frisés, tombaient partie 
sur les épaules, partie devant les oreilles; 
aux oreilles elles portaient des pendants 
formes de trois perles serties d'or, au 
cou, un collier de pierreries et d'or orne 
de pendentifs; de ce collier pendait une 
petite chaîne d'or ouvrage qui se perdait 
sous le corsage entre l'une et l'autre 
mamelles, lesquelles étaient couvertes 
d'une étoffe d'or; le corsage et.-\it tout 
garni de perles et d'ornements de joail- 
lerie. Les manches, ouvertes au coude, 



COSITMI- ir COIll-lKI-. llMilIIJ:MF\-T DFNFAXI. //.V /;/• AT- S/FCLF 




I uwuruNc. HKNAr.i; :-. i.a vn:Kf;i; au tkone. phktkmt supposé dk iikatkick d'kstk (i.|i)6i 
Milan. Cialciic Bicia. (l'iuu. AiiJcrson.) 



COMMENCEMENT DE LA RENAISSANCE. 



141 



commancement qu'elles sont mariées, et après ses deux ans, se couvrent de habille- 
mentz noirs, que ne voit que le visaige; et les filles qui sont à marier se portent 
pareilhement couvertes, fors que l'ung des yeulx que l'on peult veoir. » 

Précisément vers ce même temps, en 1494, un prêtre milanais Casola, dont il a 
été déjà parlé', se rendant à Jérusalem, passa par Venise et il parle à peu près dans 
les mêmes termes des Vénitiennes, si ce n'est qu'il fut plus frappé, ce semble, de 
leur <■< espoitrinement » comme devait le dire plus tard énergiquement Henri Estienne', 
que de la richesse de leurs atours. « Les dames vénitiennes, dit l'abbé, s'étudient, 
quand elles paraissent en public, surtout les belles, à montrer leur gorge. J'entends 
leurs épaules et leurs seins, à ce point que je me suis souvent demandé par quel 
miracle leurs vêtements leur tenaient sur le dos. Leurs cheveux étaient ramenés sur 
leur visage, de façon qu'on ne pouvaient distinguer à première vue, si c'étaient 
réellement des femmes ou bien des hommes très moustachus, et la majeure partie de 
ces cheveux était achetée. Je le sais, car j'en ai vu quantité à vendre sur la place 
Saint-Marc^ Celles qui le peuvent et aussi celles qui ne le peuvent pas, se couvrent 
de bijoux, elles mettent des perles sur la tête, des colliers au cou, des anneaux aux 
doigts, des diamants, des rubis. J'ai dit celles qui ne le peuvent pas, car on m'a 
assuré que beaucoup louent leurs bijoux''. » 

On avait eu recours au patriarche pour triompher de ces abus et il s'était flatté 
d'y réussir « à l'aide de la confession et des édits » (mai 1480), mais le penchant 
pour les ajustements élégants et surtout pour le décoUetage excessif, ne tarda pas à 
prendre le dessus'. 

Jusqu'alors on s'était relativement peu décolleté en Italie''; dans les tableaux du 
début du siècle, le cou est dégagé en cercle de manière discrète comme on l'a dit. A 
partir de ce moment il en fut tout autrement. Dans le poème sur les Malices des 
Femmes qui venait d'être publié 7, il leur est reproché de se montrer dans les rues à 
demi nues, regardant à toutes les portes et à toutes les fenêtres s'il ne s'y trouvait 



étaient ornées d'une frange d'or; la robe, 
suivant la qualité de la personne et la 
noblesse du sang^, était d'or, d'argent ou 
de soie de couleur; une ceinture d'or 
tombait sur le ventre; elle était aussi 
grosse que possible. ^ 

1. — P. Casola, Il Viaggio a Gerusa- 
lemme. Milan, 1855, p. 14. 

2. — Dialogues du Nouveau Langage 
français italianizé, I, 274. 

3' — Les faux cheveux qu'on appelait 
alors « cheveux morts » parce qu'on les 
coupait seulement sur des cadavres, 
étaient fort employés en Italie. Un ar- 
ticle des statuts de Lucques défendit, en 
1587, d'en porter. Archiv. Stor. Italiano, 
Ser. I, vol. X, Doc. p. 130, 131. Saint 
Bernardin reprochait aux femmes de 
Sienne d'accroître le volume de leur 
chevelure en y mêlant du crin de cheval, 
du coton, de la soie, du fil de lin, la 
laine des moutons. S'il ne put persuader 
aux Siennoises de renoncer à cette mode, 



il réussit mieux à Rome où, à son insti- 
gation, on fit un grand bûcher sur la 
place du Capitole, le 21 juillet 1424, 
d'une quantité considérable de faux che- 
veux, de jeux de cartes, de tables, de des. 
Sermons de saint Bernardin (Luciano 
Banchi, Sienne 1880), I, 347, HI, 191; 
Jnfessura, éd. Tommasini, p. 25; .MORA- 
TORi, R. Italie. Script, XXin,S2i,D. Cf. 
ViOLLET-LE-DuC, Dict. du Mobilier, 
IV, 406. Francesco Buoninsegni raillait 
à ce sujet, en 1638, les Vénitiennes, 
dans sa satire Menippêe contre le luxe, 
(^est aussi vers la fin du XV" siècle que 
les W'nitienncs commencèrent àse friser, 
coutume qui ensuite se généralisa. Cate- 
rina Sforza indique une recette pour faire 
friser les cheveux. Vccellio remarque dans 
plusieurs de ces descriptions que les Vé- 
nitiennes aussi bien que les Romaines 
accommodaient ainsi leurs cheveux. 
L'Arétin raconte qu'au moment de se 
marier une jeune fille envoya acheter des 



cheveux frisés (Raginamenii, II, 259). 

4. — L'etofîe des manteaux était si riche 
qu'en mourant on les léguait aux églises 
pour en faire des parements d'autel. 
Ainsi lit le doge Cristoforo .Moro dans 
son testament en 1470; il lègue à une 
église son manteau et celui de sa femme 
qui étaient en drap d'or l'un et l'autre. 
Urbain de Gheltorf. Les Arts indus- 
triels à l'enise, p. 151. 

5. — MOLMENTI. p. 314. 

6. — Maigre ce qu'en dit Dante dans les 
vers déjA cites. 

7. — S. MORPURGO, El Govemo délit 
Donne. Florence, 1893, p. 30. 

Et ifunndo vanno a chicsa o a festa 
mostrano et pecio con foggiv scollale, 
strascinatido la coda délia vesta: 
et a capo rito vanno intiricale, 
riguardando ogni porta et finestra 
se d'alcuno amatore le son gnardate. 
Santé ail' andare per la via parete, 
in casa pot el trentadiafol siele. 



,,,2 LA FEMME ITALIENNE. 

pas quelque admirateur de leurs charmes, sages en apparence, mais faisant chez elles 
le diable à quatre. Un peu plus tard, Firenzuola devait composer, sur ce même sujet, 
des vers qui rappellent quelque peu le fameux blason de Marot : '< J'ai vu, très bien 
vu, deux fraîches et blanches mamelles, deux charmantes collines de neige pure, deux 
belles étoiles, deux rayons d'un clair soleil...' /> En 1472, la commune de Pérouse 
publia un édit défendant « la nudité et la vaine et honteuse exposition de la poitrine ï> 
et imposant une coupe de vêtements « sérieuse et honnête ». Les vieilles robes durent 
être remaniées et celles qu'on ferait à l'avenir, taillées de telle sorte qu'on ne verrait 
plus la poitrine « si ce n'est jusqu'à la fin des os du cou exclusivement ». Cette pres- 
cription fut renouvelée en T485-. Mais cette mode devait durer plus de cent ans 
encore. 

Cependant les modes étrangères tendaient de plus en plus à s'introduire en Italie. 
Un grand mouvement de voyageurs, de curieux, de trafiquants, de pèlerins, s'était 
alors établi entre l'Italie et les pays voisins, et les Italiennes, avides de nouveautés, 
empruntaient leurs modes à tous les pays. On trouve mentionnés dans l'inventaire 
d'une garde-robe^ : une robe à la française, une robe à l'allemande, une robe à la 
catalane, un chapeau en plumes de paon à l'allemande, une robe du matin à la fran- 
çaise. Les manteaux à la turque, turca, étaient très en vogue; c'étaient des man- 
teaux amples, fermés sur le devant par des agrafes ou par des cordons. Eléonora 
d'Esté en possédait de toute sorte, en velours, en étamine, en damas, en satin, 
fourrés de zibeline, de martre, de chat d'Espagne. 

On suivait déjà les modes de Paris : 

Laisse ta coiffe et prends ton voile. 
Mets ton collier de Paris. 

dit une mère à sa fille dans un sonnet plaisant de Pistoja ( 1 440-1 502) ^ 

Par suite de toutes ces influences, le costume s'était singulièrement transformé 
depuis le milieu du siècle. Il se compose alors le plus souvent d'une robe de dessus 
sans manches, ouverte sur le devant en pointe et laissant voir un corsage lacé; 
l'étoffe en est riche et ample; elle tombe en plis jusqu'à terre; la robe du dessous au 
contraire est serrée à la taille par une ceinture, les manches en sont larges, fendues 
par des crevés à partir du coude, laissant voir la chemise qui est blanche et bouffe à 
travers les ouvertures; les cheveux, séparés au milieu de la tête par une raie, forment 
deux nattes qui passent au-dessus des oreilles et entourent le front. Il en est ainsi 
dans les fresques de Ghirlandaio (1449-1498) qui décorent le chœur de l'égHse 
S.-Maria-Novella de Florence et qui furent peintes entre 1485 et 1490; dans le tableau 
représentant la Naissance de la Vierge, l'étoffe de la robe est à dessins et très chargée, 

I. — Ag. Firenzuola, Rime, Florence, Turin, 1888, Ser. 11, vol. 38, voir p. 84, 

1549, p. 20. Porta mudonna udunqne V- 205, 209. 

lo viddi, e viddi con mio gran ditetto Net bel sen Ira le candide mammelte 3. — L. A. Gandini. Isabella, Béatrice 

Uuover due freschee candide mamntelle, Laneve, il giorno, il sol, lalucee'l fiioco, e Atfonso d'Esté infanti, Modène, 1896, 

Anzi duo dolci colli Et le più belle chiare stelle. p. 18. 

Di viva neve, anzi due vaghe stelle, 2. — Ant. Fabretti, déjà cHe.Memorie 4. — Gazeetta Letteraria, an. XII (1888), 

Anzi duo raggi d'un piit chiaro sole. délia R. Accad. délie Scienze di Toritio, n" 8. 



COMMENCEMENT DE LA RENAISSANCE. 



143 



les manches sont en entonnoir aux poignets avec crevés aux coudes; une gorgière 
entoure le cou; le décolletage est circulaire; le corsage est lacé sur la poitrine; aucune 
ceinture n'entoure la taille; aucune passementerie ne garnit les bords de la robe ni 
des manches. Le corsage est d'étoffe jaune brochée'. Les femmes de Piero délia 
Francesca (1420- 1492) sont vêtues d'un surcot en forme de dalmatique qui semble 
d'une étoffe légère'; les manches sont à pentes; la cotte, d'étoffe plus épaisse, est 
serrée à la ceinture. Dans son portrait de Battista Sforza, femme de Federico de 
Montefeltro (1446-1472)5, le corsage est noir, les manches sont jaunes en brocart 
frappé, le voile est blanc, le cou est peu décolletée Le portrait de la fille de Laurent 
le Magnifique par Albanie qui est daté de 1487, donne des indications à peu 
près semblables. 

Béatrice d'Esté (1475- 1497) ou la femme inconnue représentée dans lé portrait 
de Bernardino dei Conti qui est à la galerie Brera, à Milan, porte un costume dont 
certains détails sont singuliers, mais qui rappelle dans l'ensemble les précédents; 
la robe au lieu d'être à ramages, est à rayures noires et bleues sur fond jaune'', 
dessinant les formes et laissant voir une gorgière rose bordée d'un fil de perles; les 
manches sont à crevés et agrémentées de noeuds de rubans roses dont les bouts sont 
flottants'. 

VioUet-le-Duc décrit ainsi le costume d'une Vénitienne qui figure dans le tableau 
de Gentile Bellini, le Miracle de la Sainte-Croix, (Venise, Accadeinia délie Belle 
Arte)^. « Cette dame est vêtue d'une robe d'or gaufré, bordée en haut du corsage, 
d'un rang de perles et d'un point de Venise. Les manches de même étoffe ont aux 
coudes un crevé bordé de bijoux qui laisse voir la chemise blanche. Par-dessus est 
un surcot de velours noir, lacé aisé à la taille par un lacet noir. Ce surcot, qui est 
bordé de joyaux, est ouvert jusqu'à la hauteur de l'estomac, n'a que des épaulettes 
qui laissent entre elles et le haut des manches passer la chemise. Une aiguillette 
retient l'épaulette du surcot à la partie supérieure de la manche; un collier de perles 
est croisé sur la poitrine, en partant du haut du corsage et faisant le tour du cou ; 
par-dessus est posée une torsade d'or dont l'extrémité s'attache au bout du corsage. 



1. — La plupart des personnages repré- 
sentes sont des portraits ; la femme 
qui se trouve en avant des autres et joue 
le rôle principal est Francesca Pitti, 
femme de Gio Tornabuoni qui paya le 
travail, une autre est l'une des plus belles 
Florentine» du temps, Ginevra de Benci. 
A comparer le iMiracle deSaiut-François. 
dans l'église S.-Trinità à Florence, cha- 
pelle de Sassetti, fresques datées de 1485 
et le tableau de Lorenzo Costa, la 
Vierge adorée par la famille Bentivo- 
golio (i486). Bologne, église de S.-Gia- 
como Maggiore. Tableaux reproduits. 

2. — Arezzo, église de S.-Francesco, 
Rencontre de la Keine de Saba avec 
Salomon. 

3. — Florence, Uffizi. 

4. — Autre portrait au musée Poldi- 
Pczzoli,à Milan ; la femme porte un cor- 



sage vert, ouvert, des manches rouges; 
les cheveux, partages en deux par une 
raie, sont maintenus parune ferronniere. 

5. — Rome, galerie Torlonia. 

6. — Les étoffes à rayures, lisiate. fu- 
rent en grande vogue en Italie et surtout 
en Sicile au xiv< et au xv* siècle. Il en 
est déjà fait mention dans un inventaire 
du XIII* siècle {1274) ; « Coopertoriumde 
vermegio et de hhiveto listatum. » I.c 
concile de Bergamc de 1311 défendit les 
vestes lislalas, (GllJLINI, Altmorie, VIII, 
.«79, 642). Dans le registre des robes de 
Bologne, il est également parle de robes 
rayées de bandes transversales. Dans 
l'inventaire du trousseau de Paola Gon- 
zaga, figure • una faldia (sorte de jupe 
soutenue de cerceaux) de raso turchinu 
con ta baleana de velttdo negro... e liste 
octo de veliuio nci,'ro, con li mancgiutli 



facti de liste, una de brocado e una de 
veludo negro 3 et * un vesîido rasado 
listado de velludo negro. > Elisabetta 
Gonzaga portait un vêtement à rayures 
horizontales et transversales, formant 
damier. .Motta, Noue principesche; 
Renier, // Lusso..., Ettore Veboa, Lr 
Leggi suntiiarie milanesi. Les etodcs 
rayées étaient d'un usage très répandu au 
moyen .Igc en France et en Angleterre. 
7. — Ce même ornement se trouve dans 
Vecellio, fol. iSi v. Ancien costume de 
Milan. La représentation d'un costuma 
très semblable se trouve dans la grande 
fresque de Gio. Donato Montorfano, 
chapelle Dette Grasie à Milan, eu face 
de la sccnc de Vinci. (Femme â dioite). 
S. — Vol. IV, 4bo, fig. 20. Ce tableau 
porte la date de 1500. Ch.vKI.ES Hu\nc. 
Hist. desPeinires, Ecole Viniticnne, p. 8. 



144 



LA FEMME ITALIENNE. 



Une chaîne d'or forme ceinture lâche au-dessous de l'ouverture du surcot. La coiffure 
se compose d'une sorte de diadème or et noir, enveloppant les cheveux enroulés 
autour du crâne, surmontant une couronne d'or avec perles. Un voile très transparent 
bordé d'une ganse noire étroite, couvre le front, les joues et descend par derrière 
jusqu'aux talons. Ses deux bords antérieurs sont retenus par deux ganses terminées 
par trois grosses perles. Des ganses d'or séparent les lés de la jupe de velours noir 
du surcot. » Et VioUet-le-Duc ajoute avec raison : « Il est difficile d'imaginer un 
costume plus riche, et cependant les formes naturelles du corps et de la tête sont 
respectées. » 

Ce costume était très généralement adopté; dans le tableau du Miracle de la 
Sainte-Croix d'où il est pris, presque toutes les femmes en sont revêtues. 

A Florence, la mode était, en 1494, aux simarres de drap d'or ou d'argent, aux 
manteaux courts; à Ferrare, aux manteaux d'or, d'argent ou de soie', qu'on 
nommait « hernies » ou « sbernies », ou « albernia » parce que, disait-on, le tissu, 
qui était épais, venait d'Irlande". 

On en rejetait un coin par-dessus l'épaule et on le portait en bandoulière. Une 
afique la retenait sur la poitrine; ce joyau devint de plus en plus un objet d'importance 
auquel les femmes donnaient un cachet personnel; Elisabetta Visconti en possédait 
une sur laquelle était une biche blanche entourée de perles et de rubis balais; Valen- 
tine de Milan en avait une ornée d'un daim blanc entouré de colombes, une autre sur 
laquelle était représentée une femme jouant de la harpe, d'autres sur lesquelles on 
voyait un tabernacle, un pélican, une tourterelle sur un rayon d'or, ou bien sa 
devise : <•< Plus hault^ //. 

Les ceintures étaient ornées de pièces d'orfèvrerie souvent d'un grand prix et 
« à la mode de Paris ^ ». 

Les souliers étaient de drap d'or ou de soie', parfois ornés de pierreries^. 

Le costume des jeunes filles qui rappelait généralement celui des femmes?, se 
composait aussi, assez souvent, de draperies dans la disposition desquelles on met un 
dessein évident d'imiter l'antique; les formes transparaissent sous l'étoffe souple et 
légère de la tunique serrée à la taille qui en était l'élément principal; c'est ainsi que 
Silvius Œneas drape son héroïne : « son vêtement de laine révélait sans fraude la 
forme de la poitrine et la cambrure des hanches^ ». 



1. — MURATORI, R. Italie. Scyipt.,xii.iv. 
297. Diario ferrarese. 

2. — Nuova Aniotogia, vol. 147, p. 455. 
La sberoie ou camora était en usage 
plus spécialement dans la vallée du Pô 
et la gamurra, la cioppa. lagiornea dans 
l'Italie centrale. Dans le trousseau de 
Bianca Sforza il y avait toute une série 
de sbernies. Isabella d'Esté écrivait en 
1490 à Zeiliolo qu'elle avait reçu <■ \'a\- 
bernie»etlamême année, le 12 novembre, 
elle demandait à Giorgio Brognolo de 
lui expédier une bonne fourrure de zibe- 
linepourdoubler un sbemie, dût-il courir 
tout Veuise cl la payer dix ducats. • 



3. — Archivio Storico Lombardo, xviii, 
329, H, 60. MOTTA, Noese prinvipesclu, 

P- 39- 

4. — RiNUCCiNi, Ricordi, p. 252 ; 
année 1466. 

5. — A Lucques, il fut ordonné en 1473 
aux jeunes filles et aux villageoises de 
porter uniquement des bottines de drap. 
Archiv. Stor. liai., Ser. I, vol. X, p. 119. 
Même défense à Rome concernant les 
jeunes filles. Il leur était interdit de porter 
des souliers de soie, de brocart ou de 
velours (1520). Archiv. Stor. Capit., 
Cred. I, vol. 36, fol. 76. 

6. — Teresa, mattresae du cardinal 



Pietro Riario avait des souliers brodes 
de pierres et Barbara, une autre de ses 
maîtresses, en possédait une paire qui 
avait coûté plus de huit cents ducats 
d'or (1473). FULGOSUS, De dictis... me- 
morabilibus collectanea. Milan, 1509, 
c.IX,p.270et.4»'c/i. Soc. Rom.St.Patria. 
vol. I, p. 478. 

7. — Ghirlandaio, Miracle de saint Fran- 
çois, Florence, église Délia Trinità. Voir 
Ch. Blanc, Hist. des Peintres, Ecole 
Florentine, p. 7. 

8. — « Erat Lucretia leni vestita palla 
quiv jncmbris absque ruga hœrebai, nec 
vel pectus vel mentiebatur... 



COSTCMFS or A'IV SIÈCLE. 




IIKK.NAKDIM) i'(_tC.lilM. lil.MUlKK LJL .sAl.\ 1 A.\i«>l:>l-. ,i,,, .^ w 

Florence, Ciiuvent de Saint-Marc. (Phot. Brogi.) 




U. UELl.lXI. l.l-; .MlUAl.l-L lU. LA iAi.M :. l.UUl.N. lljOOl 

Venise, Acadëmic des Beaux-Arts, i Phot. Aliiinri.) 



COMMENCIIMENT DE LA RENAISSANCE. 



■43 



Le luxe des étoffes croissait sans cesse en dépit des ordonnances'. '< On ne se 
servait, dit un contemporain, que de tissus de soie de diverses couleurs, de draps 
d'argent ou d'or prodigieusement travaillés ou encore d'étoffes diaprées. „ Il en était 
qui coûtaient jusqu'à quarante ducats la brasse soit, très approximativement, près de 
cinq cents francs le mètre. Les étoffes à figures, très chargées, étaient plus que jamais 
à la mode'. A Milan, qui devenait la cité la plus opulente et la plus industrieuse 
d'Italie, on en fabriquait de toute sorte', ornées d'aigles, de lions, de tigres, de 
faisans, de paons, de perroquets, ou bien encore de bêtes fabuleuses telles que les 
griffons et les licornes". Lorsque Anna Maria Sforza alla épouser Alfonso d'Esté à 
Ferrare, elle portait une robe sur laquelle était figurée quantité de lions; Nannina 
Médicis possédait une robe couverte d'oiseaux; le trousseau d'Hippolita Sforza 
contenait une étoffe violette brochée d'argent et ornée de colombes et' de raies, 
avec une passementerie d'or'. Parfois on brodait en perles sur les robes des lettres ou 
des emblèmes. Ainsi Hippolita avait une robe sur laquelle se voyaient ses armes, un 
pin et un chien; Béatrice d'Esté, lors de son entrée à Ferrare, portait une robe sur 
laquelle était représenté, en broderie, le port de Gênes avec les deux phares qui en 
marquaient l'approche et ces mots espagnols : « Tal trahajo m'es placer por tal 
thesaiiro no perder^. » Sur le devant de la jupe et sur le dos du corsage étaient 
brodées des tours. Anna Sforza qui l'accompagnait avait fait attacher de grosses 
lettres en or massif sur sa robe (1493)'. 

Les coiffures étaient des plus variées. On a dit la façon dont se coiffaient les 



1. — Sur la richesse des vêtements, 
voir aussi la description des trousseaux 
donnée au chapitre Mariage. 

2. — Voir Luzio et Renier, // Lusso 
d'Isabella d'Esté, Nuova Antologia, 
vol. 147 (1896), p. 443. Les tableaux de 
Carlo Crivelli (1440-1495) qui sont à la 
Brera à Milan, offrent des spécimens 
intéressants de ces étoffes ainsi que les 
tableaux des Véronése. Cf. la planche 
de Racinet, vol. IV in fine reproduisant 
une miniature, six femmes groupées et 
deux hommes. 

La fabrication des étoffes luxueuses 
était une des curiosités de Venise. Roz- 
mital, qui y fut en 1485, visita 1. les ate- 
liers des tisseurs de drap d'or, de damas 
et de soie, ensuite les boutiques des mar- 
chands où l'on montre des richesses 
inestimables, a Bonaffé, p. 57. 

3. — Les étoffes de Milan, le « petit 
taffetas »,Ie samite pourpre, le baldaquin, 
les pailcs étaient fort réputées depuis le 
moyen âge. Il y avait aussi des brodeurs 
fameux et une fabrique d'or filé. Il est 
fréquemment question, dans les docu- 
ments anciens, de bandes de Milan en 
broderie, de bandes de s.itin à broderie 
de Milan. • Une chasuble et deux tu- 
niques... en moire d'argent, l'orfroi 
brode d'or de Milan, figuré de l'arbre de 
Jessé nué. » — s Cinq chapes de drap 
d'argent, à fleurons d'argent frète, gar- 



nies Je passements d'or de Milan. » 
Cités par Francisque Michel, Recher- 
ches sur le Commerce, II, 368. Cf. Bran- 
tome, Les Dames galantes, i" discours. 
Luzio et Renier, Relasioni d'Isabella 
con Lodovico e Béatrice Sforza, Milan. 
1890, p. 62, 106. 

4. — G. A. Venturi, a. m. Sforza 
sposa ad. A. d'Esté, Florence, i88o,p. 29. 
L'aiglon, le lion, la licorne, étaient les 
animau-x le plus fréquemment repré- 
sentés ; on en voit sur des étoffes anté- 
rieures au XIV siècle. Les étoffes « ou- 
vrées à lions » de Lucques étaient 
fameuses au XV» siècle. Francisque 
Michel, Recherches sur le commerce, 
p. 14, 51, 35S. Cf. Marcotti, Un Mer- 
canle fiorentino c sua fatniglia, Flo- 
rence, 1881. C. Mazzi, h Tesoro d'un 
Re, Rome, 1892, p. 15. MOTTA, A'ozse 
principesche nel Quattrocento, Milan, 
1894, p. 76. 

5. — Marcotti, Un Mercante fiorentino 
e la sua famiglia, Florence, 1881. 
Gandini, Maniova e Urbino, Turin, 
1S93, p. 299. 

6. — Luzio et Renier, Relazioni d'Isa- 
bella... Milan, l8go, p. 78. Cf. Motta, 
Nozze principesche... Milan, l8<>4. « Les 
devises se font de deux couleurs, trois 
au plus, de l'une desquelles doit être 
l'ensemble de la toilette, dit la Raffaella 
(P- 73); 'es autres consistent en filets ou 



galons, tresses, franges, crevés et autres 
semblables ornements. >. 
7- — Nuova, Antologia, vol. 147, p. 451. 
Ces devises étaient parfois un avertisse- 
ment. On lit dans Branto.me, à propos 
d'une dame de Milan : « Cette comtesse 
parut, belle entre toutes les autres, pom- 
peusement habillée d'une robe de salin 
bleu céleste, toute couverte et semée, 
autant pleine que vuide, de flambeaux et 
papillons volletans à l'entour et s'y 
bruslans, le tout en broderie d'or et d'ar- 
gent, ainsi que de tout temps les bons 
brodeurs de .Milan ont sceu bien faire 
pardessus les autres. M. le protcnotairc 
de Foix, la menant dancer, fut curieux 
de luy demander la signification des 
devises de sa robbe, se doutant bien 
qu'il y avoit là dessous quelque sens 
caché qui ne lui plaisoit pas. Elle lui ré- 
pondit : «... Par les papillons volletans 
et se bruslant dans ces flambeaux, j'ad- 
vertis les honnestes hommes qui me font 
ce bien de m'aymer et admirer ma beauté 
de n'en approcher trop prés, n'y en dé- 
sirer d'avantage autre chose que la veuc, 
car ils n'y gagneront rien, non plus que 
les papillons, sinon désirer et bruslcr. » 
Tome IX, 138. Brantôme .ijoute que 
cette histoire est prise dans Paolo 
Giovo (Dialogo ditle Imprese militare, 
■559)- Cf. Ibid. p. 107 et AppcnJicc 
Vitcmcnts XXV. 

«9 



I4fi 



LA FEMME ITALIENNE. 



Vénitiennes. A Milan, la femme représentée dans le tableau de Bernardino dei Conti, 
a les cheveux lissés, couvrant les oreilles et réunis en une torsade entourée de 
bandelettes comme au moyen âge. On voit aussi, assez fréquemment, une coiffure 
formée d'un bourrelet de cheveux entremêlés de rubans et entourant la tête à la 
manière d'une couronne", ou la coiffure à cornes couverte d'un voile léger, ou le 
bonnet que les Vénitiennes appelaient « corno° » et qu'elles surchargeaient de pier- 
reries, sortes de chaperons hauts, en forme de boisseau, comme en portaient les 
femmes de France vers la même époque'. 

Dans le tableau de V Incoronazione de Lippi qui est à Florence'', les jeunes filles 
qui sont en costume de gala portent des guirlandes de plumes autour de la tête'; les 
cheveux sont partagés en deux par une raie, ramenés par-dessus les oreilles et tordus 
derrière la tête. A Naples, les jeunes filles étaient en cheveux, in capillo, expression 
qui équivalait à « non mariée »''. Toutefois la coiffure la plus habituelle était la résille 
ou crépine d'or qui semble d'origine assez ancienne'. Il y en avait de diverses sortes*. 
Le portrait de Béatrice d'Esté (?) par Léonard de Vinci qui est à Milan, en donne un 
modèle très précis^; la coiffure est complétée par une ferronnière garnie de perles et 
liée à la résille par un nœud. Les conseillers de Rome en interdirent l'usage lors de 
la réforme somptuaire de 1473 ; il fut fait exception seulement en faveur des fiancées '°. 
A Lucques, on la défendit aux filles dès l'âge de dix ans; les nouvelles mariées pou- 
vaient porter des résilles ornées de perles, durant l'année qui suivait leur mariage, à 
la condition que la valeur n'en dépassât pas trente ducats". C'était là sans doute une 
prudente mesure. Firenzuola devait dire, quelques années plus tard, que les mailles 
de ces résilles, quand elles enfermaient de beaux cheveux blonds, étaient des réseaux 
d'amour, de bien funestes rets". Les guirlandes continuaient à être très en faveur. Le 
père de Ghirlandaio qui en fabriquait, en reçut son surnom''. 

Parfois la coiffure était composée, comme au siècle précédent, de plumes de 
paon ou d'autres oiseaux; telle était la coiffure d'Eleonora d'Aragon, qui épousa le 
duc Hercule i" de Ferrare, quand elle se présenta devant le pape Sixte IV, le 



1. — Tableau de Piero dclla Francesca, 
La Reine de Salia, Arezzo. Dans les ta- 
bleaux Je Lippi (I457-1504) qui sont 
dans la galerie Pitti. La Vierge, La 
Madone, la coiffure est un voile d'etofTe 
très simple, formant da plis en abon- 
dance et tombant sur le cou ; il laisse 
voir la naissance des cheveux. Il en est 
de même dans le tableau de la coll. 
Dreyfus que l'on a reproduit. 

2. — Vecellio, fol. 80. Voir Racinet, 
t. IV in fuie, 

3. — Voir Villermont. 

4. — Galleria antica e moderna. 

5- — Dans le livre de compte de la 
famille Strozzi qui est rapporte dans le 
volume des Lettres de Alessandra Ma- 
cing-hi negli Strozzi, p. 15, on trouve 
mentionne comme cadeau à une jeune 
fille 1' une guirlande d'œils de paon gar- 
nie d'argent et de perles ». Plus loin il 
est question de l'achat de cinq cents œils 



de paon, moyennant 4 lires, 8 soldi, 
puis de trois cents œils de paon, moyen- 
nant 9 livres et 12 soldi. 

6. — Voir Appendice, Mariage I. Doc. 
de 1488. 

7. — Vecellio, fol. 95, 182 v., 261 v. 
Dans le trousseau de Bianca Maria 
Sforza (vers 1490), il est fait mention 
d'un nombre considérable de crépines, 
crespine, et de scuffi.e. Archiv. Stor. 
Lombarde, II, 65. Dans un autre trous- 
seau dont MoTTA {Nozze principescke, 
p. 10) donne la composition, il est parle 
de coiffes « ex vélo celesti recamatae, ex 
aura et argenîo ad nexus et foliamina, 
ex vélo leonaio recatnatae ad rose tas, ex 
auro et argento cum serico varioritm 
colorum, ex vélo viridi... » 



8. 



Cnffie abbiam di piii manière 
A bendoni ed a testiere. 



fait dire Politien à un chœur de jeunes 



filles dans une de ses ballades. Poésie 
lialiane. Milan, 1835, p. 112. 

9. — Les dessins de Léonard de Vinci 
qui sont à l'Ambroisienne, à Milan, et 
au musée de Florence donnent de nom- 
breux exemples de cette coiffure. 

10. — Reforme annexée au.\ statuts de 
1469. Incunable Casanatense, 125. 

n. — Statuts de Lucques, Archiv. Stor. 
Ital., Ser. 1, vol. X. Doc. p. 118. 

12. — M. Agnolo Firenzuola, Rime, 
Florence, 1549, p. 12. 

Deh conte ollre alV ttsato divien bella 
Madonna, alhor che le sue chiome bionde 
Una cuffia di lin semplice asconde. 

Tra qiiei merluzzi et quella reiicella 
Vi scor gérai mille amorosi lacci. 
Mille punie d'amor, mille quadrella. 

13. — Il s'appelait de son vrai nom Tom- 
maso Bigordi. 



COMMENCEMENT DE LA RENAISSANCE. 



'47 



3 juillet 1473'. '< Elle avait, dit le texte, un costume de velours noir avec des plumes 
blanches sur la tête et une infinité de perles et de bijoux, et semblait un ange'. // 

On roulait aussi les cheveux en épaisses torsades entremêlées de fils de perles et 
de bijoux, comme dans le portrait de Simonetta Vespucci par Pollajuolo (1429- 1498), 
qui est au musée Condé à Chantilly; les cheveux sont tirés sur le front et réunis en 
cinq ou six tresses, qui en partie forment chignon, en partie entourent la tête'. 
Rinuccini rapporte qu'il porta à sa fiancée, peu de jours avant leur mariage, un 
collier de cent huit perles avec un pendant de six perles et un rubis en table, plus 
un fil de deux cent soixante et une perles « qu'on nomme vespaio (guêpier) pour 
orner ses cheveux ». Quelques jours après, il lui donne encore trois onces de perles 
pour sa coitïure''. 

Presque toujours, on surchargeait la coiffure d'ornements. «Les petits chignons, 
comme on les porte aujourd'hui, dit la Raffaella (1539) enlèvent quelque chose de la 
prestance, mais ces énormes que l'on portait, il n'y a pas longtemps, étaient pires 
encore'. » 

Le costume que portaient les femmes du peuple était assez semblable à celui des 
femmes de qualité; la robe est à longue traîne, bordée d'une passementerie d'argent 
ou d'un treillis; les manches sont justes et à crevés, parfois le corsage est lacé sur le 
devant, laissant paraître la chemise; les femmes d'un certain âge portaient un voile 
qui recouvrait complètement la tête et tombait sur les épaules généralement nues^. 
Dans le tableau de Mantegna, la Vierge de la Victoire, qui est au Louvre, le costume 
est composé d'une robe verte à manches justes rouges; un cordon entoure la taille; 
un manteau lilas clair est jeté sur les épaules; un voile blanc cache les cheveux et 
couvre le cou; la tête est entourée d'une manière de turban d'étoffe jaune. 

Savonarole s'épuisait en vain à montrer aux femmes de Florence, qu'en provo- 
quant par leurs atours les passions charnelles, elles commettaient le péché mortel; le 
luxe des vêtements allait croissant'. 11 faisait partie du mouvement irrésistible de la 
Renaissance et y contribua sans doute. L'habit, quoi qu'on en dise, fait le moine, 
comme la plume fait l'oiseau^ Moins somptueusement parées, moins magnifiquement 
vêtues, les grandes dames de ce temps n'auraient pas eu peut-être ou affecté d'avoir 



1. — Lettre de Teofilo Calcagnini au 
duc de Ferrare. L. Gandini, Isabella... 
d'Esté, Modène, iSgô, p. lo. 

2. — Cette coiffure qui fut en vogue 
.issez lontemps, est figurée dans le tableau 
de Niccolo dell' Abate intitule : Le Jeu 
de Caries. Reproduit par Ch. Blanc, 
Histoire des Peintres, école Lombarde, 
p. 13. A Gênes, les coiffures de plumes 
étaient encore en honneur au xvi" siècle. 
Bizoni, le rédacteur du voyage de Gus- 
tiniani, en fait mention en 1606 II en vit 
également à Sinigaglia. Cod. Vat. Ol- 
tob. 2646. 

3. — Cf. Le tableau de Léonard de 
Vinci, Modestie et Vanité, Rome, Ga- 
lerie Sciarra et son portrait d'une jeune 



dame florentine qui est à Londres. 
Prints and Drawings in the British 
Muséum, Londres, 1S82. Cf. aussi les 
coiffures représentées dans le Recueil, 
Varie acconciature di teste (l6co) et la 
Leda, étude de Vinci. 

4. — Rinuccini, Ricordi, p. 154. Ces 
perles coûtèrent 10 florins l'once. Le 
prix du collier n'est pas indique. Plus 
tard, Rinuccini, qui ne ménageait pas 
les présents, donna encore deux onces 
de perles qui manquaient pour complé- 
ter une guirlande, puis encore six onces 
pour orner le filet que lui faisait une 
modiste. « Per mettere in sulta rete 
délie corna del cap/iuccio. » 

5. — Dialogue, p. 107. 



6. — DoM. Ghiblandaio. La naissance de 
saint Jean-Baptiste. Florence, S. .Maria 
NovcUa. La Visitation, au Louvre. Be- 
NOZZO GOZZOLI (1420-1497), Fresques du 
Campo Santo de Pise. Les Vendanges 
de Noé. 

7. — Confcssionale Rav. Fralris H. Sa- 
voiiarola-, Venise, 1595, p. bÇ. « De or- 
nalu mulierum. Circa ornatuin mulie- 
rum qui provocai aliquando viros ad 
luxuriant est sciendum, quod si hac se 
inteiitione ornent, ut tiros ad luxuriant 
provocent absquc dubio peccani morta- 
nier... > 

8. — « La vesta (sic) fa Ihitomo > lit-on 
dans La Bonne Response, cd. 1547. •""* 
pagination, lettre 4. 



148 



LA FEMME ITALIENNE. 



la noblesse d'allure et d'attitude, l'élégance un peu précieuse du langage, le raffi- 
nement des sentiments, qui constituent leur caractère particulier et ajoutèrent tant 
à l'éclat de cette époque'. 



= RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES A L'ÉPOQUE DE LA RENAIS- 
SANCE (1494- 1600) 

« Je veux qu'une jeune femme ne soit pas plus de quelques jours sans changer de 
robe, dit la Raffaella'; qu'elle ne laisse jamais passer de mode qui soit élégante; si de 
son propre goût elle sait en inventer de nouvelles, il serait fort à propos qu'elle en 
étalât souvent quelqu'une, mais son invention propre ne lui suffisant pas, qu'elle 
s'attache à celle des autres qui sont réputées les meilleures. » 

Le sénat vénitien s'étonnait de ces variations incessantes^. « Tantôt, lit-on dans 
une de ses ordonnances, les femmes portent des traînes sans fin et tantôt elles n'en ont 
pas du tout, tantôt leurs robes sont étroites et tantôt démesurément amples. » Il fit une 
loi pour mettre ordre à tout cela et d'abord interdit tout au moins les robes à l'al- 
lemande (15 octobre 1504). 

Mais la grosse affaire était alors d'obtenir des femmes qu'elles voilassent quelque 
peu leur gorge. 

On avait dû imposer aux Génoises, en 151 2, de fermer leurs corsages au moins 
de façon à cacher « les deux os qui sont devant la gorge »''. Le conseil communal 
de Rome prit une décision analogue le 24 avril 1520'. Celui de Todi fit de même en 
1551; le règlement s'appliqua même aux filles à partir de l'âge de douze ans^. Les 
statuts de Milan contenaient également une disposition à ce sujet que reproduisent 
les différentes rédactions qui en furent successivement publiées ; défense était faite 
aux femmes de découvrir leur poitrine et leurs seins'. 

Les étrangers se montraient quelque peu étonnés, on l'a vu, de ce décolletage 
excessif; quand il fut question en 15 10 que la reine Anne de Bretagne, dont on savait 
la pruderie, vînt en Italie, on s'inquiéta beaucoup, dans les cours princières, 
de ce qu'elle en penseraif, bien qu'à la vérité les Parisiennes ne se fissent pas 
faute de montrer, elles aussi, « robe large et ouverte'" ». 



1. — Dans la retraite qui suivit sa dis- 
grâce, Machiavel après avoir passé le 
jour à courir dans la campagne en habits 
grossiers, revêtait des vêtements « cu- 
rieux et splendides » au moment de se 
mettre à écrire. 

2. — A. PICCOLOMINI, La Rajfaclla, 
p. 59- 

3. — MOLMENTI, nouv. éd. II, 445. 

4. — Belgeano, Délia Vita privata... 
dei Genovesi, p. 257. 

5- — Voir Appendice, Vêtements XXVI. 

6. — Voir Appendice, Vêtements xxvii. 

7. — Siaf. di Milano,, vol. II. cap. 463, 
fol. 152. 



« NiiUa mulier cttjuscumque status vel 
condHionis existai debeat, audeat nec 
présumât poriare scu déferre, nec tenere 
aligitam vestem, nec giupppam, nec sco- 
iafuram taîiter quod vidire possint ma- 
millae nec pectns discopertum; nec 
etiam cuni caitda quae irahatur per 
ierram. » 

8. — On a lu ce que disait le prêtre Ca- 
sola des Vénitiennes en 1494. 
y. — Luzio et Renier, La gimrdaroha 
d'Isahella d'Esté, Nvova Aniologia, vol. 

147, P- 647- 

10. — Marot décrit ainsi le costume 

des Parisiennes de son temps : 



Elle vous avoit un corset 
D'un fin bleu, lace d'un lacet 
Jaune, qu'elle avoit faict exprés. 
Elle vous avoit puis après 
Mancherons d'escarlatte verte 
Robes de pers, larje et ouverte 
(J'entends à l'endroit des tétins) 
Chausses noires, petits patins 
Linge blanc, ceinture houppée 
Le chaperon faict en poupée 
Les cheveux en passe-filon 
Et l'œil gay en esmerillon. 
DialogiiedeDenxAmoureiix,xtiécci3.is-d,n\. 
partie des Opuscules. Œuv. de CLÉMENT 
Marot de Cahors. Lyon, 1544, I. 26. 



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RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



'49 



Ni les lois ni les exhortations des prédicateurs, ne vinrent à bout de cette mode". 
Finalement on se résigna : un casuiste de l'ordre des jésuistes, Alberti, entreprit même 
la défense du décolletage dans une dissertation qui a pour titre : '< Une femme 
qui montre son sein peut-elle être approuvée de son confesseur? // Et le père con- 
cluait que le confesseur pouvait très justement approuver sa pénitente si la mode lui 
imposait de paraître ainsi, car dans aucun texte sacré il n'est défendu de laisser voir 
cette partie du corps qui n'est pas plus honteuse que les autres'. 

D'autre part la question des traînes restait irritante, les femmes continuaient à en 
porter et les magistrats à les interdire ^ 

Les motifs d'antagonisme se multipliaient d'ailleurs, car aux anciennes fantaisies 
s'en ajoutaient de nouvelles. Les Vénitiennes et les femmes de tout le nord de l'Italie 
s'étaient avisées de porter des chaussures à semelles démesurément élevées, de deux et 
même de trois pieds de haut ! Elles semblaient ainsi des géantes et, '< pour ne pas 
embrasser la terre, leur antique mère », devaient marcher appuyées sur leurs femmes-». 

La mode datait d'assez loin, des premières années du siècle précédent; dans une 
ordonnance du sénat de Venise de 1430 il y est déjà fait allusion. En 1494, Casola se 
demandait si les femmes de Venise étaient toutes des naines pour avoir besoin de se 
chausser de la sorte et dit en avoir vues qui ne pouvaient se mouvoir que soutenues 
par leurs servantes'. C'est à partir de ce moment, en eifet, que la mode donna 
dans l'extravagance. Les semelles furent remplacées par des socles en bois que 
l'on peignait en bleu, en rouge, en jaune et que même l'on dorait parfois*. Une 
ordonnance les interdit le 8 mai 1512 et il en alla comme devant'. Bientôt l'usage s'en 
répandit dans les pays voisins. Un édit fut porté à Ancône, en 1560 pour défendre que 
les souliers eussent plus d'un pied de haut*; les femmes de Gênes, de Florence 
et d'Ischia'^ les adoptèrent ainsi que les Françaises'" et, plus tard, les Espa- 



1. — « Si elle a une belle g^drge, ce qui 
est de grandissime importance, dit la 
Raffaella dans ses enseignements à une 
jeune femme, elle doit chercher adroite- 
ment d'avoir le moyen de laisser voir, 
par quelque bel artifice et autant que le 
permet son honnêteté, qu'elle est belle 
naturellement et sans aucun secours de 
l'art -> (p. 127). 

2. — Albekti, ne à Trente en 1593, 
mourut à Milan en 1676. Son œuvre est 
restée manuscrite et se trouve dans la 
bibliothèque des Jésuites, actuellement 
Vittorio Emanuele, de Rome, Fonda 
Gesuili, n. 1016, ms. sans pagination. 
3- — Voir d'une part ce qui est dit plus 
loin, d'autre part les prescriptions 
relatives à cette mode, entre autres: 
Statuts de Milan, cites plus haut, p. 148. 
CoHstiiutiones sive Statuta... Civit. 
Anconœ, 1566, Lib, III, Rub. 54 : 
« Quod mulieres non possint portare 
coudas. .. ad pœnam XX V diicatorum • ; 
Statuta Civ. Mutinœ, 1590, Lib. III, 
Rub. 58 : « AHijucf mulieres non pos- 
sint ferre vestes quwtcrram tungant... » ; 
décisions du conseil communal de Rome 



en 1560. (Archiv. Stor. Noi. Capit., 
Cred. I, vol. XXI, fol. 34.) Défense de 
faire porter sa traîne ou de l'attacher à la 
ceinture. Même dispositions à Lucques, 
1587 et en 1670, Archiv. Stor. Ital., 
vol. X, Doc, p. 131. 

4. — A. Neri, Costumanse e sollazzi, 
Gênes, 1883, p. 178 cite Chiabrera ; 

... per non dure un crollo, 

E non gire a baciar la madré aniiea, 

Se ne z'a da man désira e da man manca 

Appuntellata su due servi. 

On voit dans un dessin de Franco que 

l'on a reproduit une femme marchant 

ainsi soutenue. Cf. Gaignéres, femme 

maintenue p.ar deux servantes, 

5. — // viaggio di Gerusalemme, p. 14. 
Cf. en ce qui concerne Pérouse, en 1485, 
l'article de Fabretti déjà cite. 

6. — MuTiNELLi, JDel Costume Veneeia- 
no, Venise, 1831, p. 94. Ch. Yriartk, 
Un patricien de Venise. Coryat's Cru- 
dities, II, 36. MOLMKNTI, nouv. éd.. Il, 
429 et p. suiv. Vkcellio, 143, 144. 146, 
206. On a reproduit quelques modelés de 
ces chaussures qui se trouvent au Munec 
de Cluuy. Il s'en trouve de tiéa curieux 



spécimens au musée civique de Venise. 
Molmenti II, 446, a reproduit deux bas- 
reliefs représentant des chaussures à 
talons élevés qui se trouvent sur des 
piliers de la Casa dei Caliohii Tedeschi, 
à Venise. 

7. — LepoéteCesareCaporali(l53l-l6oi) 
écrit, dans la Vita di Mecenate, X, 331 : 
Item lascio, ma in grnzia dci Romani, 
Certc par di pianellc aile lor donne, 
Da far lunglii parer gli stinchi nani, 
Ch'ancor fin oggi s'ahi lor le gonnr. 
l'edrai, ch' han sutto un palmo di misttra 
Alte le basi più che le colonne. 
S. — Conslitutiones sive Statuta... Civi- 
tatis Ancona^, 1566, Lib. III. Rub. S4- 

9. — Veceluo, fol. ao8, 260 v., aôt v. 
Vcsp. da Bisticci rapporte que Alessao- 
dra di Bardi n'en portait pas < parce 
qu'elle était grande > (milieu du XV* s.). 

10. — Le poète Coquillart (i42i-i.<;ioi 
disait : 

Nos migonncs sont si treshaulles 
Que pour sembler grandes et belles 
Klles portent panthoutics hautes 
Bien À vingtquatrc semelles. 
t.i. Charles d'Hkkicault, Paria, 1857. 



i5o 



LA FEMME ITALIENNE. 



gnoles". Ce fut en vain que Cosmo Agnelli dans son Amorevole Avviso aile Donne' 
voulut persuader aux Italiennes que l'usage de ces semelles était plein d'inconvénients 
car, quand elles s'asseyaient, les genoux leur remontaient au menton, quand elles mar- 
chaient, elles ne pouvaient faire quatre pas sans risquer de tomber, et, en outre, quand 
elles allaient à l'église, il leur était impossible de s'agenouiller, ce qui causait scandale; 
elles n'en persistèrent pas moins à user de ces incommodes chaussures qu'on ne 
leur défendait pas trop sévèrement à cause de leur incommodité même. 

« En plusieurs villes des Itales, dit Vivès^, pour réprimer les danses excessives 
furent donnez grans pardons et indulgences par le pape aux femmes et filles qui porte- 
roient soulliers de quatre doidz de hault, soubs le pied, pour cheminer et inceder en 
tous lieux par plus grant crainte. » 

Les maris aussi y trouvaient leur compte, aussi la mode dura-t-elle longtemps. 

« Ce qu'on dit de la prodigieuse hauteur des patins que les gentils-donnes Véni- 
tiennes portoient, il n'y a pas encore fort long-temps, dit Saint Didier (1685)'' est très 
véritable puisque les filles du dernier doge Dominique Contarini furent les premières qui 
s'affranchirent de cette incommode sujétion. Il y a grande apparence que la politique 
des maris avait introduit un pareil usage dont on dit qu'ils se trouvoient fort bien, car 
un ambassadeur discourant depuis peu avec le même doge tomba sur l'usage de ces 
énormes patins, lui disant à dessein que les petits souliers étoient sans doute incompa- 
rablement plus commodes, à quoy un des conseillers présents répondit avec une mine 
austère et répliqua deux fois qu'ils n'étaient que trop commodes, pitr troppo, pur 
troppoK w 

D'aucuns prétendaient que le véritable avantage de ces chaussures était d'empê- 
cher les dames de se crotter^. 

Arcangela Tarabotti entreprit de les défendre quand déjà elles passaient de mode" 
et Caroso fit un livre sur la façon de les porter^. 

Cependant on avait créé à Venise, au commencement du siècle (15 14) une nouvelle 
magistrature destinée à empêcher l'extravagance des modes; les proveditori aile 
Pompe, comme naguère les avogadori, avaient mission d'examiner les manteaux des 
dames vénitiennes, leurs capes de soie, leurs coiffures si elles y ajoutaient des joyaux. 



I. 157. Cf. Challamel, chap. viii. 
Brantôme se moque des « courtaudes et 
nabottes qui ont leurs grands chevaux 
de patins liegez de deux pieds » et 
Scaliger rai\le les maris qui ne retrou- 
vent au log:is que la moitié de leur 
femme. Brantôme, Autre Discours sur 
la Beauté de ta Belle Jambe, œuvres, 
ÏX, 313. QUICHEEAT, p. 396. Cf., p. 434. 
Les « mules de Venise » furent très à 
la mode en France à la fin du xvi' siècle. 
Ibid., p. 435- 

I . — Thomas Flatter qui visita l'Es- 
pagne en I599i rapporte que les Espa- 
gnoles portaient des patins si hauts 
qu'elles ne pouvaient guère marcher 
seuUs ; d'ordinaire elles se faisaient con- 
duire par un laquais marchant à leur 
droite et les soutenant des deux mains. 



Au bal elles quittaient leurs patins et 
s'en servaient en guise de tabourets. 
Voir BONAFFÉ, p. 159. Cf. Vecellio, 
fol. 283, 284. 
a. — Ferrare, 1592. 

3. ^ Livre très bon... de Linstitution de 
ta Femme Chrestienne, trad. Pierre de 
Changj', 1543. fol. xxxm. 

4. — La Ville et la République de Ve- 
nise, p. 303. Grangiek de Liverdis, 
Journal d'un Voyage, 1677, dit, p. 818 : 
n Les Vénitiennes sont pompeuses et 
magnifiques dans leurs habits, ce qu'on 
permet à la vanité qui est comme insé- 
parable de ce sexe, mais non pas aux 
nobles Vénitiens qui sont vêtus simple- 
ment et dont la dépense est réglée. Ces 
femmes, pour la plupart, empruntent 
leur beauté au fard qu'elles mettent sur 



leur visage pour se donner de la blan- 
cheur. Elles prennent leur bonne grâce 
de leurs habits qui ne leur donnent pas un 
petit éclat et leur belle taille des patins 
qu'elles portent si haut qu'elles sont 
obligées de s'appuyer pour marcher. » 
Cf. Garzoni iaP/oïïo universale, p. 823. 

5. — Henri Estienne dit, dans les Dia- 
logues du Nouveau Langage français 
italianizé, I, 24a ; <• Ne vous souvient-il 
plus de ces pantoufies appelées soccoli, 
hautes d'un pied, voire davantage, que 
portent les dames de ce pays-là? Prin- 
cipalement toutefois celles qui sont de 
petite stature. » 

6. — MOLMENTI, nouv. éd., U, 420. 
Sansovino. Venenia, fol. 152. 

7. — MOLMENTi, I" éd., p. 274. 

8. — Nûbilità di Dame, Venise, 1605. 



RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES A LÈPOQUE DE LA RENAISSANCE. ,m 

des cordons d'or ou d'argent, des tils de perles, leurs manches si elles étaient de 
dentelle, leurs boutons s'ils étaient ornés de diamants, leurs gants, leurs éventails, 
leurs bijoux'. Il arrivait qu'on sévissait contre les délinquantes. En 1533, l'un des 
provéditeurs confisqua une robe de satin noir qui ne- lui parut pas conforme aux 
prescriptions et l'envoya à l'hôpital de la Pietà non sans en avoir référé à un conseil 
chargé d'apprécier la légitimité des saisies; un peu plus tard, une courtisane fut 
également dépouillée d'une robe de satin blanc brodée d'or que le magistrat envoya, 
comme l'autre, à la Pietà. Dans les deux cas, les coupables eurent à payer une 
amende de quelques ducats ^ 

Milan avait renouvelé et amplifié, en 1498, la législation somptuaire établie par 
les statuts de 1396. Défense était faite aux femmes de porter des perles en broderie, 
des colliers d'or et de métal doré, des pierres serties ou non serties, des bagues, sous 
peine d'une amende égale au quart de la valeur de l'objet saisi. Exception était faite en 
faveur des femmes de sénateurs, de comtes, de marquis, de barons, chevaliers, juges et 
licenciés. On ne devait employer dans les vêtements, à la réserve des manches, ni 
brocart, ni drap d'or ou d'argent, ni broderies, ni soie^ Le 6 février 1539, parut une 
nouvelle ordonnance défendant aux femmes mariées ou non mariées d'employer dans 
leurs robes ou dans leurs vêtements de dessous des étoffes dans lesquelles entrait de 
l'or ou de l'argent. Les ornements d'or ou d'argent étaient également défendus à 
l'exception des colliers, anneaux, bijoux sertis d'or, fronteaux, boutons placés sur les 
manches, dans la coiffure, au cou ou à la ceinture. La soie était interdite^ 

Les femmes mêmes s'occupaient de faire rédiger des règlements somptuaires; la 
duchesse d'Urbin, Elisabetta Gonzaga s'en fit préparer un par un habile prédicateur 
« qui convertissait tout le monde' ». 

A Padoue avait eu lieu, en 1505, une discussion mémorable dans le conseil 
communal pour décider s'il convenait de maintenir ou d'abroger les règlements somp- 
tuaires. On les laissa en vigueur''. Pérouse édictait règlement sur règlement". Pistoia 
renouvela sa législation somptuaire en 1527 et 1529^ Vingt ans après (1547), on 
étendit aux enfants de plus de dix ans les prescriptions qu'elle contenait ; on défendit 
aux femmes de la campagne de porter des ceintures de velours ornées d"or ou 



1. — M. Sanl'TO, Diari, vol. I.VIII, c. 
465. 

2. — Ibid. 

},■ — Voir Appendice, Vêtements XXVIII. 
4. — Voir Appendice, Vêtements XXIX. 
Cependant entre ces deux ordonnances, 
la ville avait passé par les plus dures 
extrémités. Occupée, après Pavic, par 
les Impériaux et les Espag:nols, elle avait 
été mise à sac (1526). . Au lieu d'une 
foule de peuple que le commerce et les 
art6 faisoient circuler quelques tems au- 
paravant dans les rues, dit Guicciardini 
(III. 215), au lieu de l'abondance et de 
la délicatesse des tables, de la magnifi- 
cence des habits de l'un et l'autre sexe, 
des fêtes somptueuses et de la joye que 
rcspiroit ordinairement ce peuple natu- 



rellement porté au plaisir, régnoit par- 
tout une solitude affreuse, causée par 
les ravafjes de la peste et par la fuite de 
ceux qui s'échapoicnt chaque jour; tout 
le monde etoit couvert de tristes hail- 
lons ; on ne voyoit aucunes maisons ou- 
vertes ; le commerce, source des richesses 
de Milan, ne s'cxerçoit plus dans cette 
ville. » 

5. — Lettre de Emilia Pia à la marquise 
Isabella d'Esté en date du 10 mars 1505. 
Luzio et Renier, Mantova, p. 167. 

6. — Antonio Baglioni, Degli Usi de' 
Pndovtmi, Venise, iSoo, p. XVII. 

7. — Pérouse est peut-être In ville qui 
eut le plus de règlements somptuaires ; en 
1501, on défendit les traînes mesurant 
plus de deux pieds, les étoffes trop 



riches, le decolletage, les ceintures va- 
lant plus de qu.irantc florins, les colliers 
de plus de trente llorins. En 1506, en 
1508, nouvelles ordonnances: en 1536,00 
défend les souliers de drap d'or ou d'ar- 
gent, de velours... Article Fabrktti dans 
Hemorie tUlla R. Accad. dille Sciente 
di Torino. Turin, 1888, Ser. it, vol. 38, 
p. 229. 

8. — Défense était faite de porter des 
gants brodes, des perles excepte une au 
doigt, des coiffes d'or valant plus de 
trois ecus, de guirlandes ou autre orne- 
ment valant plus de six ecus, des boucles 
d'oreilles en or vrai ou faux, des bou- 
tons, des chaînes autour du cou si ce 
n'est une seule, /anklli, Archiv. Stor. 
liai.. Scr. v, an. xvi, 1895. 



02 



LA FEMME ITALIENNE. 



d'argent, des tabliers de taffetas, des gorgières et des collets de soie ouvragée, d'étoffe 
d'or ou d'argent. Et, comme de telles rigueurs demandaient une surveillance exacte, un 
conseil composé de citoyens âgés de plus de quarante ans, fut chargé de tenir la 
main à ces prescriptions ; en outre, on déposa par la ville des boîtes destinées à recueillir 
les dénonciations anonymes. Néanmoins dès T558, on dut renouveler les ordonnances 
somptuaires'. 

A Crémone, défense fut faite aux femmes, en 1547, de porter des perles, des 
bracelets et autres ornements en or sauf un médaillon de douze écus dans la chevelure 
et des anneaux aux doigts, des bijoux, si ce n'est un collier d'or de vingt-cinq écus et 
une chaîne de quinze écus pour retenir l'éventail; les gants brodés et les gants 
fourrés de zibeline étaient interdits ainsi que les bonnets, si ce n'est en voyage. On ne 
pouvait mettre sur les robes ni broderies, ni ganses, ni dentelles, ni garnitures 
d'or ou d'argent, ni '< découpures de soie »; on ne pouvait avoir plus d'une robe de 
cramoisi et trois de soie. Les jeunes filles ne devaient porter ni vêtements de soie, 
ni bijoux, ni ornements, sauf un collier de corail au cou de quatre écus au plus% 

A Lucques, une politique plus sage faisait la part de ce qui ne pouvait s'empêcher. 
Les femmes étaient autorisées à porter une frange d'or de trente écus, un coUier d'or 
de cent écus et un autre de trente, deux bracelets de trente écus, une ceinture de 
quatre-vingts écus; l'usage des pierres fausses était prohibée Une ordonnance de 
1587 (20 octobre) défendit les passementeries, les étoffes de couleurs variées, les 
plumes, les fleurs fausses, mais on dut bientôt revenir à moins de sévérité et, une 
ordonnance, rendue en 1592 (15 septembre), permit les vêtements en soie de couleur". 

Cette passion pour les atours rend plus admirable le sacrifice que firent les femmes 
de Pise de leurs « parures, affîquets et ceintures » pour contribuer au payement de ' . 
somme qui dut être remise à d'Antraigues, lieutenant du roi Charles VIII, quand il 
abandonna la forteresse'. 

A Rome, la situation des magistrats se trouvait d'autant plus difficile qu'en haut 
lieu on déployait un plus grand faste. Lors des fêtes qui précédèrent son premier 
mariage, Lucrezia Borgia portait un manteau de velours noir orné de galons d'or et 
dont les manches également noires en recouvraient d'autres plus étroites ; sa poitrine 
était couverte jusqu'à la gorge d'une gaze tissée d'or; autour de son cou elle avait un 
collier de perles; sur la tête, une résille verte semée de rubis. Un de ses vêtements 
favoris était la sbernie, qu'elle préférait de couleur éclatante. Ce fut elle qui, dit-on, en 
introduisit l'usage à Rome. Les manches de ses robes étaient de brocart blanc, serrées 
et lacées, ou bien très larges et tombant jusqu'à terre. Sa coiffure était le plus souvent 
une toque de velours vert avec une garniture de perles ou de grains d'or battu *>. Dans 



1. — Voir Appendice, Vêtements xxx. 

2. — c.iNTu, vni, 234; cf. vin, 461. 

MUNTZ, Histoire de l'Art, III, l6l. 

3. — Archiv. Stor. Ital., Ser. i, vol. X, 
p. 130. Cette dernière prescription se 
rencontre souvent, on l'a vu ; elle avait 
pour but évidemment d'empêcher les 
femmes de condition médiocre de faire 
trop de dépense pour se donner l'appa- 



rence, tout au moins, du luxe. 

4. — Archiv. Stor. Ital., Scr. I, vol. X 

(1847), p. 130. 

Faenza eut aussi une réglementation 

somptuaire fort minutieuse. Atti e Me- 

morie délia R. Deputazione di Storia 

patria per le Prov. di Romagna, an. v, 

Bologne, 1863, p. 167. Considerazioni 

sopra ire Siutuii suntuari inediti dc.l 



sec. XVI. Mêmes défenses que partout ail- 
leurs de porter des joyaux, des ornements 
d'or et d'argent battu ou filé, du corail, 
des vêtements trop riches... Cf. Const. 
Civil. Anconae, 1566, Lib. III, Rub. 54. 
5. — Histoires de P. Jovio, trad. De- 
nys-Sauvage, Lyon 1558, I. 159. 
(1. — BURCHARD, éd. Thuasne, III, 181. 
Gkegorovius, Lucrèce Borgia, I, 393. 



CHAUSSURES. 







Fatiii, Cuir découpe, xvr" s. 
Haut. O'" 10. Long, du picdon'22. 




Punellc ou paini venuieii. 

Garni de peau blanche, xvi*' s 

Vil de face. Haut. o"'40. 




Patin, Cuir incisé. ,\vi» s. 
Haut. o"'iS. Long, du pied g^iî 




Soulier. Cuir, lioullette en cuir. 
Cordon d'or, xvii'" s. 



^-/4\ 




Patin. Cuir découpe. KVi*> i. 
Haut. o'»i4. Long, du pied o'"!- 




riaiitilltf ou paiiu v£iiitiei). 

Garni de peau blanche xvr». VudecAïc 

Haut. o"*40. 




Soulier. Cuir 

BoulTeitc en cuir 

Cordon d'or, xvii* 



Soulier de Catherine de Médicis 
Cuir et broderie. 



Soulier. Cuir 4icoupé .ivec «pplicAtiou» 
Coninicnccniciit .lu wn- « 



.MUSKK PK CLINY 



REGLEMENTS SOMPTLAIRES A LEl'OQUE DE LA RENAISSANCE. 



i53 



une lettre adressée à Elisabetta Gonzaga, son amie Maria Pia lui rapporte que l'une des 
nièces du pape portait à une fête donnée au Belvédère, une robe de brocart d'or, 
couverte de velours cramoisi, avec des crevés, et une sbernie de tabis d'or, et que 
l'autre avait une robe noire et or et des perles au cou et sur la tête". 

Que pouvait contre de tels exemples le conseil capitolin ? Il n'hésitait pas cepen- 
dant à lancer des décrets. Un de ses membres lui ayant dénoncé << les honteux orne- 
ments » dont se paraient les femmes de Rome, il promulgua sur-le-champ un senatus- 
consulte (24 mars 1520) dans lequel il était dit qu'aucune femme, mariée ou non mariée, 
ne serait désormais admise à employer quand elle s'habillerait en << costume romain ' » 
des étoffes d'or ou d'argent à moins que la robe du dessous ne fût de velours de même 
couleur; nulle ne devait posséder plus d'une paire de manches en brocart d'or et une 
paire en brocatelle ; les manches de soie étalent autorisées à condition qu'elles ne dépas- 
sassent pas certaines dimensions déterminées. Défense était faite d'appliquer sur une 
robe pour plus de deux cents ducats de perles, d'employer dans la coiffure des fils d'or, 
des fils d'argent ou des cordons de perles, de se servir de souliers de brocart, d'avoir 
aux doigts plus de quatre bagues, de porter des bijoux ornés de perles, que ce fût dans 
un lieu public ou en privé?. 

Or, l'année même de la promulgation de ce règlement si minutieusement sévère, 
mourut à Rome la femme d'un droguiste (29 août 1521); elle possédait dans sa garde- 
robe, entre autres vêtements'' : « Une robe de drap bistre de Venise, une robe de laine 
légère, une cotte de camelot de lin, une paire de manches de damas blanc, quatre pièces 
de voile blanc propres à faire des coiffes, une ceinture d'or, deux ceintures de taffetas, 
l'une verte, l'autre jaune, cinq bagues d'or ornées de turquoises et d'autres pierres 
précieuses, quantité de résilles, de voiles, de coiffures'..» 

Les robes avalent des queues d'une brasse de long^. 

C'était bien en vain que l'historien, fameux alors, Paolo Partenopeo avait pro- 
noncé à Gênes dans une harangue, ces foudroyantes paroles : « Ou vous courberez la 



:. — Lettre en date du u juillet 1504. 
POLICARPO GuAiTOLi, Memorie storiche 
di Ccirpt\Letlere inédite dci Pio signori 
di Carpi, II, 297. 

2. — Le « costume romain » était réserve 
aux seules femmes de qualité; les cour- 
tisanes ne pouvaient s'en revêtir. Décret 
du 15 septembre 1522 : <• Contra nmlieres 
inhonesias ne portent habitum roina- 
num. « Rome, Archivio di Staio, Taxae 
Malejicioriim , Busta I, fasc. IV, p. 47. 
A Velletri, on l'imposait aux femmes 
qui se rendaient aux offices (1544). Vo- 
lumen Statutarum... Veliirarum, Vel- 
letri, 1752, Lib. V, cap. 67, p. 178. 
« Nulla mulier de cœtero audeat aliquo 
modo portare mantella prout haclenus 
vadHntadEcclcsius...sed in hubitu more 
Romano,vel ad tninits ctun panno listato 
incmlere teneantiir, ad poenam XXV 
librariim. Ad quam poenum solvendam 
tcneuntur... parentes projiliabus, mariti 
pro uxoribuset germani fraires pro itxo- 
ribiis simili liabiianiibus... Hoc tamen 



praesens statutiim non comprehendat 
tanttim mulieres scnes cxcedenies ac~ 
tafem XLV annorum-, qnibus liceat ince- 
dere ad eariim arbitrio. > 

3. — • Voir Appendice, Vêtements xxxi. 

4. — Rome, Archiv.di Stato,Atti Paci- 
fico de Pacificis, Prot. 11S9, p. loa. 

5. — n Les bourgeoises ou mieux les 
femmes des marchands romains, dit Ve- 
CELLio, fol. 32, V. s'appliquent à porter 
des vêtements pompeux et somptueux ; 
elles ont des corsages de brocart qui 
découvrent toute la poitrine sur laquelle 
pendent des colliers d'or massif à plu-^ 
sieurs rangs et des bijoux qui y sont 
attachés. Les vêtements du dessus, de 
damas ou de brocatelle, tombent jusqu'à 
terre et sont brodes de passementerie 
en brocart d'or. Par-dessous, elles por- 
tent des robes de moire antique ou de 
soie. Leurs bras sont couverts de man- 
ches en filet de soie sur lequel on aper- 
i^oit un tissu léger d'or ou d'argent. Elles 
frisent leurs cheveux autour du frODt et 



cachent le reste sous un long voile qui 
descend jusqu'à terre et qu'elles relèvent 
de la main en marchant. » Cf. fol. 34. 
Michel-Ange dépensa, en 1528, pour 
habiller sa nièce : S soldi pour une brase 
de toile, 6 soldi pour doubler une ga- 
murre, 24 soldi de toile de coton (6<i<- 
iana), 5 soldi pour le fil, 50 soldi pour 
la façon de la gamurrc, 35 soldi pour la 
façon d'une petite gamurrc, 2 soldi pour 
le galon. Lcttere di Michel Angelo, éd. 
G. MlLANESl, p. 599. 
Pietro Soderiui légua par testament, en 
date du 29 mai 1522, à Cnterina, fille du 
marquis de Fossanova, < unam veslem 
de damasco citermisino foderata de taf- 
feti'i carmisino ». Archivio CapHoliHO, 
Script. Rom. Curie, vol. 65, p. 98. 
6. — Vecellio, fol. 32. Mathckl'S 
Bassus, Do Immoderalo Cullii fatmi- 
narum, p. 327, niVirme cepend.int que 
Paula Malalcsta avait mis par son 
exemple les robes à traîne hors de mode 
à la tiu du XV siècle. 



i54 



LA FEMME ITALIENNE. 



morgue des femmes et réduirez leur faste et leur insolence, ou la République périra 
avant qu'il soit peu ' ! » 

Les courtisanes ne demeuraient pas en reste; le luxe et le nombre de leurs 
vêtements sont étonnants. Gleopatra, courtisane romaine qui mourut en 1550, avait 
dans ses coffres, une robe violette, une robe noire, deux robes de velours, l'une verte, 
l'autre bleu turquin, une robe de satin blanc à queue, une robe de satin blanc ornée 
de ganses d'or, une robe orange, une robe d'armoisin bleu bordée de rouge, une 
robe de satin cramoisi avec des franges d'or et le corsage ainsi que les manches à 
crevés, une robe de damas rouge, un habit d'homme bleu doublé de toile blanche et 
garni de passementeries blanches, un collet de satin doublé de renard, une robe « à la 
turque » de satin, une robe d'armoisin noir avec vingt-quatre rosettes d'or, une robe 
de velours cramoisi doublée d'hermine, une robe de velours noir doublée de fourrures 
noires, une robe d'armoisin violet avec passementeries d'argent, un vêtement 
de bure noire, une jupe blanche. Une de ses amies, Nina de Prato qui fut fameuse 
dans toute l'Italie, déposa au procès que souleva sa succession, que ses chemises 
valaient de trois à quatre écus chacune, qu'elle avait beaucoup de beau linge et une 
couronne d'une valeur de huit écus ainsi qu'un tablier de quatre écus^ 

Tullia d'Aragona, cette autre courtisane si fort en crédit pour son esprit cultivé, 
avait une garde-robe non moins bien fournie : robe de bure noire, robe de coton noir, 
robe de serge à la turque, robe de veuve, manteau de satin. . . onze pantalons de coton, 
six coiffes blanches, une coiffe de soie rouge'. 

J. du Bellay fait énumérer de la façon suivante à une vieille courtisane les atours 
qu'elle possédait jadis : 

... Les pendents, et les bracelets d'or, 
Les scoffions et les chaisnes encor, 
Gands parfumez, robbes et pianelles, 
Garnels, bourats, chamarres, caparelles, 
Licts de parade, et corames dorez 
Savons de Naple, et fards bien colorez 
Miroers, tableaux où j'estois en peinture 
Masques, banquets et coches de vecture...'' 

Ce n'est pas pourtant que les magistrats eussent renoncé à la lutte ; le conseil com- 
munal de Rome décréta, le 1 1 juin 1 560 que les femmes ne sortiraient plus que la tête 



1. — Le 26 février 1536, à l'occasion de 
l'entrée en fonctions d'un magistrat. Bel- 
GRANO, p. 263. Cf. p. 123, note 2. 

2. — Rome, Arch. di Stato, Investiga- 
tiones, vol. 33, p. 2. Ce fut une autre 
courtisane, nommée la Gallelta, qui 
acheta presque toute cette garde-robe. 
Cf. notre ouvrage sur les Courtisanes, 
p. :8o. Il sera parle plus loin des costu- 
mes d'hommes que portaient les femmes. 
Sur le signe diacritique imposé aux cour- 
tisanes, V. Appendice, Vêtements xxxiv, 
3- — Un poète de ce temps fait dire à 
une courtisane : « Mes vêtements sont 



de velours et de soie, entremêlés d'or, de 
perles et de pierres fines; j'ai plus Je 
cent chemises de soie frangées d'or, et 
des escarpins, des brodequins, des mules 
à profusion; au cou, je porte un collier 
qui vaut deux cents ducats d'or pour le 
moins; je possède du linge qui est plus 
blanc que neige et en telle quantité que 
celui qui le voit en demeure stupéfait; 
il est tout imprégné de rares senteurs, 
et moi-même j'aime à être' parfumée de 
musc et de civette dont m'ont fait pré- 
sent de riches seigneurs. Il ne saurait y 
avoir ni miasmes délétères ni contagions 



là où je suis, tant je répands autour de 
moi de suaves odeurs. » // Vaiiio délia 
Coriigiana. La première édition de ce 
curieu.\ poème remonte, ce semble, à 
l'année 1532 (Gio.BattaVerini, Venise). 
Ghaf l'a publie en Appendice dans son 
ouvrage intitulé II Cinquecenio, p. 355. 
4. — Divers Jeux Rustiques, Paris, 1560, 
feuillet Q, III. En note, il est explique 
que scoffions signifie coiffe d'or et 
gonnelle ou garnel, un « habit roma- 
nesque ». Les Bourats sont des epau- 
lettes (bourlcts); caparelles vient peut- 
être du latin caparo, chapron. 



RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES A LÈPOQVE DE LA RENAISSANCE. 



i55 



encapuchonnée d'un voile, ne porteraient plus, si ce n'est dans les circonstances solen- 
nelles, quand elles seraient en costume de gala, ni boucles d'oreilles, ni bracelets, ni 
gants parfumés, ni chemises ou mouchoirs tissés d'or ou d'argent, ni collerettes, ni 
gorgières d'aucune espèce à peine de vingt-cinq écus d'amende. Même en costume de 
gala, elles ne devaient avoir que des chemises blanches ou rouges, des ceintures de 
taffetas sans ornements, excepté si le manteau était de drap; dans ce cas les chemises 
pouvaient être de soie blanche et les ceintures d'or à condition que la valeur n'en 
dépassât pas cent écus. Toutefois les gants parfumés étaient permis dans ce cas". Les 
coiffes devaient être très simples. Les passementeries, broderies, tresses, galons, 
boutons, bref tous les ornements excepté les franges étroites, étaient supprimés, il 
en était de même des médailles, des barrettes, des souliers de soie ou d'étoffe d'or. Le 
vêtement des veuves était tout aussi exactement réglementé ; elles ne pouvaient pos- 
séder qu'une robe'. Les tailleurs ne devaient point consentir à livrer des vêtements non 
conformes à ces prescriptions'. 

Un article de cette pragmatique défend les bas brodés. Cette partie de l'habil- 
lement était, en effet, devenue aussi matière à folles dépenses. La variété et la 
somptuosité des bas étaient grandes. Dans l'inventaire d'un marchand de Bologne 
dressé le 7 mai 1509, on voit inscrits des bas noirs, des bas verts et noirs, des bas à 
l'espagnole, des bas blancs brodés à quartiers, des bas rouges, des bas verts^... 
Cleopatra, courtisane romaine, possédait des bas de soie blanche valant trois écus 
la paires L'Arétin parle dans une lettre adressée au duc de Mantoue d'une paire de 
bas ornés de broderies d'or et de soie cramoisie dont il avait fait don à sa commère 
Cecilia Livriera (1529)^. 

On parut disposé à appliquer la loi. La robe d'une courtisane, Isabellina, fut 
confisquée le 6 juillet 1567 par les sbires du Bargello et apportée devant le Conseil 
assemblé, parce qu'elle était de moire blanche et semblait n'être pas conforme 
aux règlements'. Il faut ajouter que le registre des confiscations et condamnations 
ne porte trace d'aucune autre opération de ce genre. 



I. — Les gants parfumés étaient un 
luxe fort recherche en Italie comme ail- 
leurs. On les donnait en prix dans les 
carrousels; par exemple à Bologne, en 
1540, le prix fut une paire de gants par- 
fumés de dix écus d'or et une epée. La 
même année, à l'occasion des noces de 
Lavinia Colonna, il y eut une course aux 
anneaux dont le vainqueur eut une paire 
de gants parfumes. (Raniebi, Diario Bo- 
lognese, Bologne, 1887, p. 51, 55.) Ve- 
CELLIO parle des « gants odoriférants » 
des Napolitaines. Fol. 249. Ils venaient 
de France et étaient brodes d'or et d'ar- 
gent, quelquefois jaunes, quelquefois de 
deux couleurs; ils étaient en peau de 
chien, ^rc/iiv. diStato, Attidel Governa- 
lore,Sec. xvi,Proi. 179, p. S59. Vol com- 
mis au préjudice du cardinal d'Esté, le 
31 juillet 1582. Autre vol commis en 
avril 1597 chez un marchand de gants : 
< gants blancs, gants noirs, gants par- 



fumés, gants lavés, gants à fleurs. » 
Ibid., Prot. 304, p. 499. Vecellio rap- 
porte, fol. 125, que l'hiver les Véni- 
tiennes nouvellement mariées portaient 
des gants • entiers », l'ete des gants 
coupes au milieu du doigt. 
2. — Fenzonio, Ad. in Statuta Urbis, 
Rome, 1636, Lib. I, cap. 136, fol. 285, dit : 
• Mortuo mariio... uxor de bonis viri 
habeai veston unam, et lineos pannos, 
quas appelîanl pannum listatitm, su- 
periectu'it, tinteamen, pectorale et cin- 
gulum, nec non et caligas et crepidas, 
juxta personartim et dotis qualitatem. * 
" Les veuves romaines de notre époque, 
dit Vecellio, fol. 28v., portent un vête- 
ment de serge florentine de couleur noire 
avec un voile blanc en forme d'ctole et 
une pièce d'étoffe jaunStre sur les 
épaules; mais les plus nobles ont le 
manteau d'etamine qui leur descend des 
épaules jusqu'à terre. Sur la tête, sous le 



voile, est une coiffe de gaze blanche 
qui cache leurs cheveux. Cf. fol. J36. 
Dans l'introduction au deuxième souper, 
Gk.\zzini dit : « Elle était vêtue à la 
mode des veuves de notre pays (Flo- 
rence) quand elles restent chez elles, 
avec un long voile sur la tête et un 
autre au cou. .Sur son corsage, elle por- 
tait une petite simarre noire du drap le 
plus fin. > 

3. — Voir Appendice. Vêtements xxxil. 

4. — L. Frati, /xi Vita... di Bologna, 
p. 241. Les march.inds italiens vendaient 
en France au xvf siècle pour huit cent» 
ccusdcbasdesoieparan. Ch. Loi'ANDRR. 
I, 215- 

5. — Rome, Archiv. di Stato, Invesli- 
gationes, \xi\. 33, fol. 56. 

6. — // Printo Libro delU Lettert, .Mi- 
lan, 1864, p. 23. 

7. — Archiv. di Stato (Rome), TiVMr 
Malrficiorum, vol. 1565-1568, ad. an. 



i56 



LA FEMME ITALIENNE. 



Parfois même on faisait ouvertement fléchir la loi en faveur de telle ou telle 
personne. Le cardinal Ascanio Sforza, camerlingue, accorda dispense de s'habiller 
et de se parer à sa fantaisie à une habitante de Foligno qui, il est vrai, était fille d'un 
membre du grand Conseil'. 

En 1563, on promulgua un nouveau règlement qui fut renouvelé en 1586. 
Défense de porter des gants parfumés, des chemises et collerettes travaillées d'or ou 
d'argent, des manches ornées de perles, des soutanes d'or, plus de deux anneaux, 
défense de porter des voiles ou des étamines transparentes sans vêtements par 
dessous'! 

Le commerce des étoffes et des vêtements les plus luxueux se faisait ouver- 
tement. En 1562, un certain abbé Bibiena, parent du cardinal de joyeuse mémoire, 
acheta d'un juif nommé Ehas de Corcos, car les juifs du Ghetto étaient les principaux 
marchands d'étoffes rares et d'objets de luxe 5, plusieurs robes les unes brodées d'or 
et d'argent, les autres en velours lamé d'or, avec leurs manches, pour le prix de 
deux cents ducats ''. Quelque vingt ans auparavant, en 1544;, l'architecte Antonio da 
San Gallo étant venu à Rome, y avait acheté pour sa femme une robe de velours 
noir au prix de trente-trois ducats, une robe de taffetas cramoisi de douze ducats, 
une robe de damas, deux robes en drap violet, deux sbernies, une robe de satin noir 
de vingt ducats, une autre de satin fauve de vingt-sept ducats, au total pour cent 
soixante-quinze ducats de vêtements'. 

Dans l'inventaire des biens d'une femme de moyenne condition fait en 
l'année 1569**, on relève, en ce qui concerne sa garde-robe : une ceinture de soie 
noire, une simarre de moire, une robe de velours blanc, une jupe d'armoisin, un 
tablier de coton blanc, une robe de damas jaune, une robe de drap violet, une 
collerette en voile d'or, une autre frangée d'or, une paire de manches en velours d'or 
ras (riccio), des revers jaunes, deux paires de gants, une paire de souliers de cuir 
blanc, un chapeau d'armoisin avec des tresses d'or, un autre garni d'argent, une 
couronne d'or, une couronne de lapis-lazuli montée en argent, seize paires de 
manches ornées de rangs de perles, une paire de manches d'étoffe d'or gaufré'! 



I- — '^ Indultiini et absolulio a censuris 
de geslandojoccdia, ornamenta et vesti- 
mcnta. Rome jo avril isOo. 
Dilecle nobis in CJiristo Due Placite filie 
Pétri Marinide Bernabovis civis Fulgi- 
natensis de Consilio cenium virorum 
dicte civitatis saluiem Etc. 
Humilibus nomine tiio porrectis precibus 
moti... auctoritate etc. Tibi ut aureos 
torques, annulas et alia hujusmodi, nec 
non vestiinenta etium in quantitatem et 
modiim a statutis istius civitatis per- 
missos excédant, déferre libère, licite et 
impune possis et valeas. » Archiv. Ses- 
Viit., Div. Camer., vol. 198, fol. 155. 
2. — La première de ces ordonnances 
se trouve, Rome, Bibl. Casanatense. 
Coll. Bandi, vol. I, n» 168; la seconde, 
Archiv. Stor. Noi. Capit., cred. VIT, 
vol. I, Bandi, n.Le texteen a été publié 



sans le préambule par Clementi, // 
Carnevale Romano, p. 225. 

3. — Voir Appendice, Vêtement xxxiii. 

4. — Home, Archiviodi Sfato, Atti Noi. 
Ciirtius Saccoccius, Prot. 1520, fol. 525. 

5. — BERTOhOTTi, Ntiovi documenti in - 
torno alV archiîetio Antonio Sangallo, 
p. 30. MUNTZ, Histoire de l'Art, HI, 161. 

6. — Archivio di Stato (Rome), Atti 
C. Saccocitis, Prot. 1532, fol. 271 et 
520. Prot. 1520, fol. 273, autre inventaire. 

7. — Il est juste de dire que parfois les 
femmes gardaient leurs robes fort long- 
temps car l'étoffe en était d'une admi- 
rable solidité. La Raffaella cite le cas 
de la femme d'un magistrat qu'elle raille : 
<- Sa robe, dit-elle (p. 69) qu'on lui fit 
quand elle allait se marier, était alors 
de damas blanc ; après qu'elle l'eût portée 
de longues années, elle la fit retourner 



et la porta ainsi cinq autres années, de 
dimanche en dimanche. Quand la robe 
fut tout à fait usée, elle la fit teindre en 
gingeolin ou fauve, comme nous disons 
pour paraître en avoir change. Or, quel- 
ques années plus tard, l'étoffe commen- 
çant à crever de partout, elle se décida 
à la mettre en pièces ; d'une moitié elle 
fit des franges pour une jupe violette, de 
l'auti'e une paire de manches. » 
L'inventaire d'une Romaine en 158S, men- 
tionne : « une paire de pantalons d'ar- 
moisin changeant, un éventail d'ar- 
moisin, six coiffes de soie rouge, un 
voile en filet d'or, une paire de chaus- 
sures de velours, une robe de bure à 
têtes de lions, une simarre d'armoisin 
gris tramé d'or et d'argent... » Rome, 
Archiv. di Stuto, Atti del Governatore, 
sec. XVI, Prot. 218, p. 1129. 



COSTUMES DE FEMMES XDHI /-S IF DE COURTISANES. 




.MATKONK NAPOLITAINE 

Vecellio, Hahiti, Venise 1590. 



COUKTISANK 

Recueil Gaiefnëies n570-I5>îoi. 



FEMME XODI.K MODKRNE 

Vecellio, Habiti, Venise i;oo. 




COURTISANE MODERNE 

Vccelliii, Il.ihili, Venise i5yo. 



COLiRTISASE 
Vecellio. H.ihili, Venise ISgo. 



COrHTISANK AI' TEMPS DE 1"IK V 
Vecellio, Habiti, Venise 1590. 



RÈGLEMENTS SOMPTUAIRES A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



i57 



Le duc Cosme I'"^ songea lui aussi à modérer dans ses États l'excès du luxe 
que l'inobservation des lois avait favorisé à Florence et dans toute la Toscane'. 
Le 19 octobre 1546, il lit publier un premier règlement qui devait être appliqué 
immédiatement dans la ville et après un délai de quatre mois dans le reste du pays. 
Ce règlement eut, à ce qu'il semble, le sort des précédents car, presque aussitôt, 
Cosme dut songer à en promulguer un autre. Un scrupule le retint quelque temps. 
Les moines avaient commencé dans les chaires une violente campagne en ce sens 
et le duc, comme il l'écrivait au jurisconsulte Francesco Vinta qu'il avait chargé de 
rédiger la nouvelle ordonnance, ne voulait pas, en se hâtant, donner à penser qu'il 
cédait à leurs sommations (g juillet 1562). Au surplus, il entendait se montrer cette 
fois très libéral et manda à Vinta d'autoriser dans son texte les femmes à porter des 
colliers de perles de cinq cents écus « car toutes en ont déjà » ajoutait-il. 11 voulait 
aussi qu'on leur permît de conserver leurs ornements d'or et d'argent à la condition 
qu'il n'y eût pas d'émail, « ces objets étant une sorte de placement de leur capital /y; 
il accordait également une paire de gants parfumés de dix écus. 

La loi, rédigée dans cet esprit, fut publiée le 3 décembre 1562 et proclamée 
par le héraut du duc, Barlacchia, qui était en même temps un poète populaire et 
l'auteur de plusieurs recueils de facéties-! Défense était faite d'employer plus de 
vingt-cinq brasses d'étoffe pour le surcot et vingt brasses pour la cotte; l'étoffe devait, 
en outre, avoir été fabriquée à Florence'; le velours était interdit ainsi que la soie; 
les chapeaux et les bérets pouvaient néanmoins être de velours à condition que 
la valeur n'en dépassât pas quatre écus; ils ne devaient être ornés ni de plumes, 
ni de pompons, ni de rubans, ni de médailles. Les gorgières et les manches tissées 
d'or ou d'argent, les coiffes en fils d'or et d'argent dont le poids ne dépassait pas 
deux onces, les boutons d'or sur une rangée étaient permis ; chaque femme 
pouvait aussi posséder un collier d'or de cinquante écus au plus, trois anneaux 
ornés de pierres précieuses vraies, les pierres fausses étant interdites, une ferronnière 
d'or de quinze écus et deux patenôtres de vingt écus au plus-*. 



1. — Le dernier règrlement somptuaire 
datait de 1527 alors que Florence était 
encore sous le régime républicain ; les 
grands conseils l'avaient délibéré le 
16 juin 1527 et la Balie le confirma le 
8 novembre 1530; le 28 novembre 1531, 
un nouveau règlement plus rigoureux 
fut promulgué. Voir Cahlo Cakne- 
SECCHI, Cosimo I e la sua legge sun- 
tiiaria, Florence, 1902, p. 6. 

Legge sopra ti ornamenti tt habiU degV 
homini et délie donne, fuita il di I<) d'ot- 
tobre i;46. Con la dichiaratione ntiova- 
mentc aggiunia. Bandita et publicaia il 
di }0 di dicembre. 

2. — Rifornia sopra il vesiire nnova- 
mente ricorretta e risiampata, Florence, 
GlUNTI, I5()2. « Prohihilione générale. 
Delta donna marituta. Délie donora over 
corredo. Dell' ornamento del battesimo. 
Delta funciulla non tnaritata. Detla 
donna coniadina. Delti liuomini. bel 



ptitto ovcr fanciîtllo di niinor età di do- 
dici anni. Del contadino. Dette ntere- 
trici. Del corieo e conviio. Eccetttiati e 
non compresi. Detla pena alli transgres- 
sori. Del tempo cite ha a incominciarsi a 
observare. » 

3. — C'est une des premières disposi- 
tions protectionnistes que l'on rencontre 
dans les lois municipales italiennes. 
Dans plusieurs villes, à Rome entre 
autres, on taxait les marchandises et sur- 
tout les ctotTes, à leur sortie. Plus tard, 
à Rome, les papes ne permirent les étoffes 
luxueuses qu'autant qu'elles avaient été 
fabriquées à Rome. Voir p. 181. 

4. — Il existe à Florence, au Musée 
Nationale, collection Carraud, un de ces 
objets compose de 53 grain» d'argent 
pour les Ave Uaria et de 7 grains avec 
pendentifs de filigrane pour les Pater 
Noster. On a reproduit un grand nombre 
de bijoux italiens conserves aux musées 



de Cluny, des Arts décoratifs, de Vienne, 
do Londres et de Florence. Il s'en trou- 
vait de très curieux dans la vente Spiticr 
qui ont été en partie reproduits dans le 
catalogue. Paris, i8gi, III, p. 150, 15J, 
153, 154, 162. Le portrait de Madd. Doni 
par Raphai-'l qu'on a reproduit, montre 
des bagues, une afique, des boutons; le 
portrait de Bianca Capelli par Broniino 
(dates extrêmes 1568-1572) donne un mé- 
daillon caractéristique; les deux portraits 
Je Lavinia p.ar son père le Titien (1565- 
1570), donnent des colliers, des cein- 
tures 1 grosses boules, des médaillou». 
(Musées de Dresde et de Vienne). Un 
certain nombre de bijoux ciselés par 
Ccllini ont été reproduits dans l'ouvrage 
d'EcoÈNK Plox, Cellini orfirrr. Pari», 
1882, pi. X, XI, XII, xiii. MrxTr donne 
également des spécimens de bijoux de 
ce temps d.in» VHistoirt de l'Art. Pari». 
1H9I, II, 822 et III, 8. 9. 176. 178, 278. 



i58 



LA FEMME ITALIENNE. 



Cette législation s'appliquait à toutes les femmes indistinctement aussi bien aux 
femmes nobles qu'aux roturières, parmi lesquelles étaient comprises les femmes 
nobles qui avaient épousé un roturier et les roturières qui avaient épousé un noble ; 
cependant, il était imposé aux roturières de ne porter des ceintures et des ferron- 
nières qu'en argent afin que leur condition fût apparente. 

Les jeunes filles ne devaient s'habiller ni de velours, ni de satin, ni de damas; 
leurs vêtements de dessous pouvaient néanmoins être semblables à ceux des dames; 
il leur était permis d'avoir une ferronnière de six écus, une rangée de boutons d'or ou 
de o-renat de douze écus mais sans émail, une paire de patenôtres de six écus. Les 
courtisanes ne pouvaient porter ni robes de soie, ni robes trop somptueuses mais 
« autant de bijoux qu'elles le voulaient' ». 

Il était défendu aux tailleurs de confectionner des vêtements contraires aux 
ordonnances à moins que ce ne fût pour les pays étrangers. 

Tant d'indulgence ne servit de rien; les Florentines firent mépris de ces dispo- 
sitions si larges comine des défenses rigoureuses de jadis; en juillet 1568, Cosme 
dut renouveler sa pragmatique et, après lui, ses successeurs eurent à légiférer de 
nouveau sur ce point (1593-1627)'. 

On appliqua à Pistoia, à Arezzo^, à Sienne, la réglementation florentine^ Le 
commissaire d'Arezzo toutefois chercha à se dérober au pénible devoir d'affliger ses 
administrées; il représenta au « prince de Toscane », Francesco Médicis, le fils de 
Cosme, que la loi qu'on voulait imposer aux femmes d'Arezzo était bien dure et qu'il 
aurait grand'peine à l'imposer, à quoi il lui fut répondu que son rôle n'était pas de 
complaire aux femmes, mais de faire respecter les décisions du pouvoir souverain. Il 
appartenait au prince d'accorder des dispenses s'il en avait le bon plaisir^. 

A Bologne, le Saint-Siège se montrait très tolérant (1596). Défense était faite 
aux femmes d'employer dans leurs vêtements de l'or ou de l'argent « même faux », 
mais on autorisait les colliers d'une valeur inférieure à cent cinquante écus, une 
paire de bracelets de quarante écus, un manche d'éventail en or sans émail. Les 
manteaux, les broderies, les voilettes ornées « d'un peu d'or », les boutons, les 
rosettes, les ornements de tête en or, étaient permis, mais les perles, les ornements 
d'ambre, les diamants, les parfums étaient interdits. Comme toujours, les tailleurs, 
brodeurs et autres artisans étaient tenus pour responsables des infractions commises 
avec leur concours''. 

Vers la fin du siècle (1580), les Vénitiennes se prirent à mettre des vêtements 



305> 317. 641- Voir aussi Lanza di Sca- 
LEA, Donne e Gioielli in Sidlia, Palerme, 
1892. II est certain qu'on accordait beau- 
coup plus d'importance à la ciselure 
qu'aux pierreries qui entraient dans la 
composition des joyaux; on recherchait 
les pierres et lee perles baroques pour 
en faire des motifs d'ornementation. 
L'AUemafrne et la France imitaient 
l'Italie. Parmi les bijoux reproduits se 
trouvent, à titre de curiosité, quelques 
bagues à poison. 



1. — Voir Appendice, Vêtements XXXIV. 

2. — LORENZO Cantini, Legislasione 
toscana, t. xiv, xvi. 

3. — Riforma sopra il vestire, habiti et 
ornamenti délie donne et huomini délia 
Cilià di Arezzo et altre cose superflue, 
fatta l'onno ISÔ^. 

4. — Carlo Carnesbcchi, Cosimo I e 
la sua legge siintuaria, Florence, 1902. 

5. — tAl Commissario d'Arezzo, 7 affosto 
IS70. La vostra du' 2 ci ha fallo non 
poco maravigUare,poichè havete piii ris- 



petto a non dispiacere a quelle gentil- 
donne che aU'officio vostro, il quale é 
d'osservare tutti H ordini nosiri; i quali 
son fatti da noi perché si osservino invio- 
labilmnte, et non perché siano negletii 
ad instanza d'alcuno. Perù fate quel che 
si convime aU'officio vostro, chè le gratie 
pot toccano a /are a noi. » 
b. — Provision! et ordini sopra le Pompe 
et vestire cosi di Donne conte degli Ho- 
mini, di ordiiw espresso délia Saiitttà di 
N. Sig. Bologne, 1596. 



REGLEMENTS SOMI'TU.MRES A LEPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



09 



noirs, non pas par esprit d'humilité, mais parce qu'elles trouvaient que cette couleur 
allait bien à leur teint qui était généralement clair et à leurs cheveux qu'elles 
rendaient fauves'. 

Dans les circonstances solennelles, lorsque la République voulait éblouir ses 
hôtes d'un moment, toutes les prohibitions étaient levées et même on invitait les 
patriciennes à paraître avec le plus d'éclat possible'. << Quand le roi Henri III fut reçu 
à Venise, dit Vecellio^, il fut complimenté dans la salle du grand Conseil par un 
cortège composé des deux cents plus nobles, plus jeunes et plus belles Vénitiennes. 
Toutes étaient vêtues de blanc, mais tellement parées que le roi très chrétien et sa 
suite en furent dans la stupéfaction. Elles passèrent deux à deux devant sa Majesté 
et elles lui firent les plus gracieuses révérences; elles avaient les cheveux, le front, 
le cou, les épaules, la poitrine et les bras couverts des pierreries les plus précieuses, 
magnifiquement montées en or et merveilleusement ciselées. Enfin elles avaient 
apporté tant de faste à leur parure que l'on a évalué à plus de cinquante mille 
écus la toilette de chacune d'elles (1574). » 

On en avait usé de même lors du passage du fils du roi de Pologne en 1428; 
plus de cent dames en robes de drap d'or, de velours et de soie vinrent le fêter^; 
et Ton traita aussi bien, en 1608, le fils du duc de Savoie'. 

Ce déployement de faste, cette somptuosité de parures et cette richesse dans 
les vêtements était ce qui frappait surtout les étrangers. Montaigne, qui vint à Rome 
en 1580, disait, parlant des « belles jantifames » qui assistaient aux divertissements 
du carnaval : « Il n'y a nulle comparaison de la richesse de leurs vêtemans aus 
nostres; tout est plein de perles et de pierreries*". » 

Le duc de Rohan décrivant la ville de Milan où il passa en 1600, dit que les 
habitants en étaient « fort somptueux en riches habillements' ». 

L'envoyé vénitien Girolamo Ramusio écrivait à la Seigneurie, en 1597 : « Dans 
leur habillement, les hommes emploient toujours des étoffes de soie et les femmes en 
font autant avec une magnificence d'apparat; on voit la femme d'un tailleur ou d'un 
bottier avec une cotte de velours et une soutane de satin frangée d'or, ornée des 
mêmes joyaux qu'une grande dame; on ne reconnaît celles-ci qu'à ce qu'elles ne 
vont jamais qu'en carrosse*. » Et l'on sait que c'était chose défendue! 



I. — Sansovino, Venezia, fol. 152; il 
parle aussi de leurs manches « pleines en 
travers et en long de boutons d'or », de 
leurs ceintures et de leurs chaussures. 
" Tous leurs vêtements, dit-il, aussi bien 
ceux de soie que ceux de lin, sont brodes, 
franges, travailles et amenés à un point 
incroyable de beauté à l'aide de l'ai- 
guille, de la soie, de l'argent, de l'or 
avec une délicatesse que chacun recon- 
naît. > 

L'inventaire d'une patricienne, dressé en 
1590, fait mention des vêtements sui- 
vants : une robe de tabis d'argent et d'or 
ouvragée, une robe de velours incarnat 
et blanc ouvragée, une robe de brocart 
de trois couleur^^, une robe d'armoisin 



jaune, une robe de brocart de quatre 
couleurs, une pelisse en zibeline doublée 
de velours avec douze boutons... MoL- 
MENTi, La Sloria di Venezia. t. ï\. In- 
ventaires, p. 630 et suiv. 

2. — A. Baschet, Les Archives de la 
Sérénissime République, p. 33; YriaRTK, 
L<i Vie d'un Patricien de Venise, p. 50; 
BURCKHART, H, I07. 

3. — Veceluo, fol. 131. 

4. — 1AVBAT0R\,R. Italie. Script., x\u, 
999. Vile dei Duchi di Veiuiia. 

5. — • Conveniendosi por publica ripu- 
tatioiie et per honornr maggioratnente 
le persane... si a deliberato che a ciat- 
cuna délie donne che snrunno invitale a 
dclld /esta sia pcrinesso il portnr qual- 



cungue sorte di vestimenti e g^ioie che loro 
parerameglioperornamentodelUtoroper- 
sone. . Reg. Capit. aile Pompe. Baschet, 
Archives de la S. République, p. 34. 
o. — Journal du Voyage en Italie, p. i^j. 
Montaigne dit, au même endroit : « La 
teste, elles l'ont sans comparcson plus 
avantageusement accommodée, et le bas 
audcssous de la ceinture. Le cors e«t 
mieux en France : car ici elles ont 
l'cndret de la ceinture trop lùche... Leur 
contenance a plus de majesté, de mol- 
lesse et de douceur >. 

7. — Voyage du duc de Rohnn, p. 38. 
Voir Appendice, Vêtements xxxv. 

8. — E. AlBERI. S*laM. degli Ambas 
Ventti, vol. XV, tlS(>3\ P- JIJO- 



i6o LA FEMME ITALIENNE. 

Une femme de condition médiocre, puisqu'elle vivait de son commerce 
d'étoffes, Alessandra Macinghi, pouvait s'écrier dans un moment de vanité, après 
avoir énuméré les présents de noces qu'elle faisait à sa fille : « Quand elle sortira, 
elle aura sur le dos pour quatre cents florins! » C'était l'équivalent de cinq à 
six mille francs environ'. 



= L'HABILLEMENT A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE (1496- 1550) 

Vers la tin du xV siècle, deux influences avaient surtout prévalu en Italie, en ce 
qui touchait à l'habillement, l'influence française et l'influence espagnole. A Ferrare, en 
1494, les manteaux étaient à l'espagnole, les chapeaux et les souliers à la française". 
Il n'y avait guère qu'en Piémont, à Turin, où la mode française l'emportât sans 
conteste ^ Généralement même les femmes préféraient les costumes espagnols quand 
elles devaient figurer dans quelque cérémonie publique car elles les trouvaient plus 
seyants et plus magnifiques que les costumes français dont la forme était fort étriquée 
depuis le règne du roi Louis XI. Lucrezia Borgia, espagnole d'origine et de goût, 
donnait l'exemple. Au mariage de Béatrice d'Esté avec Ludovic le More, en 1491, 
toutes les femmes portaient des costumes espagnols; leurs corsages étaient ouverts 
circulairement, et elles avaient la sbernie jetée, selon la coutume, par-dessus l'épaule 
droite, leurs cheveux, lourds de perles, pendaient en tresses sur leurs épaules'*. 

La venue de Charles VIII fit pencher la balance en faveur de la France. Lors de 
son expédition de Naples, il fit montre de magnificence, par politique autant que par 
goût, car il savait combien les Italiens étaient amoureux de faste et d'élégance; ses 
habits de guerre étaient couverts d'applications de brocart et le harnachement de ses 
chevaux était étincelant d'or; sur ses laquais, on ne voyait que velours et drap d'or; 
les hallebardiers de sa garde étaient en chausses de drap d'or'. Ses capitaines ne 
demeuraient pas en reste. L'armée française conquit l'Italie par sa belle prestance 
avant de la subjuguer pour un temps par sa bravoure. 

Chacun se piqua d'émulation. Les dames de la cour de Ferrare eurent, à l'exemple 
de leur duc, des costumes à la façon de ceux d'outre-monts (1500)^; partout on adopta 
les modes françaises en les modifiant néanmoins selon le goût national. On se frisa à la 
française; à Venise et dans tout le nord de l'Italie, on adopta les grands manteaux qui 
étaient en usage en Savoie et en France'. 

Réciproquement les femmes françaises empruntèrent aux femmes de Gênes, de 
Milan, de Venise et de Florence leurs toilettes, leurs coiffures et leurs ornements^. 

1. — Lettere di Alessandra Macinghi 4. — Grasvius, TAesaur. yl«i;g., vol. II. 7. — SOLERTI, La Vita ferrarese... des- 
negli Slrozzi,\t. 4 (Florence). p. i, col. $!(). Tristani Chalci Nupiiœ criitada A. Mosti, 'Bo\o%ae, lSi)i,p, 2<). 

2. — SoLERTi, Lu Vtta Ferrarese... des- Mediolanesium Diicum. Guicciardini, I, 71. 

crttia da A. Mosti, BolOHfne, 1892, p. 29. 5. — QUICHKRAT, Histoire du Costume, 8. — Challamel, La Mode, chap. vin; 

Cf. ]\IURATORi, R. Italie. Script., vol. p. 333. Delaborde, L'Expédition de Delaborde, L'Expédition de Charles 

XXIV, col. 297, 387, 399. Charles VIII en Italie, Paris, 1888. VIII en Italie; Bouchot, Les Femmes 

3- — Alnold DE Harkf. /IreAiti. Vene- 6. — Moratori, A'. Italie. Script., de Brant'>mc, \i. lo^eX. passim\QvicnK- 

to, vol. XI, p. I, p. 407. XXIV, 297, 387, 399. rat. Histoire du Costume, p. 339. 



CUSJLMJ-.S 1)1 XORI) 1)1. l.llM.Ii:. .V17 SlhCl.K. 




JEUNE FILLE NOBLE 

Vecellio, H.ihlli Ijc^). 



FK.M.ME NOBLE EN' HABIT DE GALA 

Vecellio, Habiti ijip. 



VENITIENNE 

Vecellio. Habiti, Venise 151x5. 




MILANAISE DES ANCIENS TE.MI'.S 

Vecellio. Habiti, Venise isyo. 



JEL'NE IM.I.E DE TIHIN 

Vecellio. Habiti, Venise i5yo. 



VI-.M 1 II- NM- 

Vecellio, Habiti. Venise ISÇO- 



LHABILLEMENT A f EPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



\(n 



De s'acoustrer ainsi qu'une Lucrèce 
A la lombarde ou la façon de Grèce 
Il m'est advis qu'il ne se peut bien faire 
Honnestement 



écrivait Jean Marot peut-être pour complaire à la reine Anne laquelle tenait fortement 
aux anciennes modes et aux vieux us et imposa aux dames de sa cour le chaperon 
court et la templette en dépit de l'engouement général pour les coiffures hautes de 
l'Italie'. 

« De guindé, incommode, étriqué, bizarre, le costume français devint léger, facile 
à porter, simple de coupe, aisé », dit Viollet-le-l)uc-. Le xvi" siècle ne fit que le gâter 
et le pousser au ridicule. On ne se contentait pas d'imiter la forme, on voulait se pro- 
curer la matière même des vêtements; des échanges s'établirent; on troqua les produits 
des ateliers d'Arras, alors si réputés, contre les bijoux de Gênes, les tissus de Milan, 
les passementeries et les dentelles de Venise, les broderies de Florence; on adopta le 
voile léger, les robes blanches, les franges d'or des Italiennes'. 

Toutefois, s'il était aisé aux hommes de copier exactement les modes qu'ils 
avaient vues au cours de leurs expéditions, les femmes, qui demeuraient dans leurs 
manoirs ou à la cour, se trouvaient fort empêchées d'en faire autant. Ce fut pour les 
tirer de cet embarras que le roi François I"' fit demander à Isabella d'Esté, comme à 
celle qui donnait le ton, de lui envoyer une poupée habillée à la dernière mode qu'elle 
avait imposée à ses compatriotes, « avec les vêtements du dessous et du dessus, les 
manches, la chemise, la coiffure ». C'était, disait-il, afin que les dames de sa cour 
pussent se mettre de même (19 novembre iSis)"*. A quoi la marquise lui répondit, 
non sans une pointe de fierté, qu'il avait dû voir à Milan toutes les femmes habillées 
de la sorte et que ce costume était bien connu mais que, néanmoins, elle ferait 
comme il le désirait 5. 

Les sujets du roi de France partageaient son admiration. Lorsque Isabella vint en 
France, deux ans plus tard^, chacun s'empressa pour la voir. « Tous les hommes et 
toutes les femmes des conditions les plus diverses, dit un de ses compagnons de 
voyage, se mettent aux portes et aux fenêtres et se tiennent dans les rues pour regarder 
avec émerveillement les modes de Madame, de ses filles et de ses femmes déclarant 
d'un commun accord que nos modes sont bien plus belles que les leurs » (Lyon, le 
4 juin 1517)'. 

Pour satisfaire cet engouement, quantité d'ouvriers italiens passèrent alors les 
Alpes et vinrent s'établir à Lyon, à Tours, à Paris^. 



1. — QUICHERAT, p. 339; ViLLERMONT, 
Histoire de la Coiffure féminine, p . 335 . 

2. — ViOLLET-LE-Duc. Dict. du Mobi- 
lier, IV, 307. 

3. — ViOLLET-LE-Duc, Dict. du Mobi- 
lier. IV, 459 ; QuiCHERAT, Hist. du Cos- 
tume, p. 417 428. 

4. — A. Luzio et R. Renier, Il Lusso 
d'Isabclla d'Esté, dans Nuova Anlolo- 
giii, vol. 147, p. 466. 

5. — Les princesses ne se contentaient 



pas de régler la mode des dames de la 
cour et de la ville, elles imposaient aussi 
leur goût aux hommes ; Isabella d'Estc 
faisait recouvrir de velours et de brode- 
ries à sa fantaisie, « al miomodo », un 
chapeau destiné <^ son mari. Gave, Car- 
teggio intdiio, II, 90. En 1518, Isabella 
envoya à la reine de France une douzaine 
de paires de gants et des filets fabriquis 
à Mantoue sur ses indications. Cart- 
WRIGHT, II, 366. 



<). — Pour faire un pèlerinage à la Sainte 
Beaumc, mais elle poussa jusqu'à Lyon. 
Equicola a décrit en style pompeux 
ce voyage. De Isabella Eslensis itcr in 
Nnrboneiisem Galliam, s. d. (vers 152]), 
7. — Lettre de Giovanni da Cremona nu 
fils de la marquise Federico IL A. Lf- 
zio et R. Renier, Nuova Antoloffia 
vol. 147, p. 466. 

S. — FranciscU'E-Michel, Recherchts 
sur le Commerce..., II, 177. 



,62 LA FEMME ITALIENNE. 

Le triomphe des armes espagnoles rompit le charme, du moins du côté des 
Italiens; on vit à Naples' et à Rome des costumes imités de ceux des dames espa- 
gnoles; les modes les plus diverses étaient successivement adoptées et Castiglione 
constatait avec chagrin (15 14) que chacun tâchait à copier les étrangers, à se donner 
l'air français, espagnol ou allemand, mais que personne ne se souciait plus de paraître 
italien'. 

C'est pourquoi il est malaisé d'établir un type du vêtement féminin pour le com- 
mencement du siècle, d'autant que les Italiennes s'appliquèrent alors plus que jamais 
à mettre de la personnalité dans leur habillement. Cependant on peut relever quelques 
caractères généraux; c'est ainsi que les fourrures, si appréciées aux siècles précédents, 
sortent d'usage en Italie comme dans les autres pays et ne sont plus guère employées 
que pour les bordures et les parements. Tout le luxe allait aux étoffes dont la variété et 
la richesse devinrent incroyables surtout vers la fin du siècle. On y sacrifia alors 
l'élégance du costume. 

Mais au commencement de la Renaissance et jusque vers 1520, la forme et 
Tornementation des vêtements féminins sont admirables et mettent merveilleusement 
en valeur la grâce souvent tenue des femmes de ce temps. Dans le portrait 
d'Elisabetta Gonzaga de Bonsignori' l'étoffe sombre du corsage soutachée de 
jaune fait ressortir la blancheur des chairs ; la forme carrée du décoUetage montre 
la pureté des lignes de la poitrine. Dans le portrait de la belle Simonetta de Botticelli 
(vers 1495), les manches sont encore justes, avec un crevé sur l'épaule et un autre au 
coude laissant passer la chemise; il n'y en a pas surabondance et l'on sent que, s'ils 
contribuent à l'embellissement du costume, ils en rendent en même temps, le port plus 
aisé; l'étoffe est sombre comme dans le précédent et n'attire pas l'attention au détri- 
ment des traits de la personne, ainsi qu'il en sera plus tard. Dans les tableaux des 
Bellini (1421-1516), de Léonard de Vinci (1452-1519), de Raphaël (1482-1520), de 
Carpaccio (1460-1522), de Borgognone (1440-1535), de Luini (1470-1532), de 
Lorenzo Costa (1440- 1535), se retrouvent les mêmes indications. La femme 
agenouillée du tableau de Saint-Pierre de Vérone de Borgognone porte un surcot 
noir ayant aux emmanchures et au col une frange d'or, la cotte est rouge ainsi que 
les manches qui sont lacées par des cordons rouges également. Le costume de la 
femme dans la Vierge au Bambin de Luini (1521), est également simple et harmo- 
nieux; la robe du dessus est jaune; les manches et la robe de dessous sont rouges. 
On retrouve un costume analogue dans le portrait de la femme inconnue de Beccaruzzi 
qui est à Bergame. La belle Ferronnière (la Crivelli, pense-t-on), la Joconde gardent 
cette pureté de lignes dans le costume qui sied si bien aux femmes, comme 
aussi la Maddalena Strozzi de Raphaël (1505); la robe est rouge, ornée de gros 
boutons, les manches sont bleues; il en est de même dans cet harmonieux tableau 

1. — ViLLERMONT, Histoire de la Coif- à Mantegna. II semble toutefois être Elisabetta ou Isabella naquit en 1475. 
ftire, p. 420. l'œuvre de Fr. Bonsig-nori ou de Lo- Ce portrait, qui la représente comme du- 

2. — H Cortigiano, éd. 1544, p. 62. Il en renzo Costa. h'Arle. au. III, Rome, 1900, chesse d'Urbino, doit avoir été fait dans 
fut ainsi durant tout le siècle. Sanso- p. 147. ."Vrt. L. Delaruklle intitulé : / les premières années du xvi» siècle. Eli- 
viNO, Lib. X. Ritralii di Gitidobnldo (la Montefeltrc t sabetta s'était mariée en octobre 1489, à 

3. — Ce portrait a ete long-temps attribue di EUsabelta (.lonzasa. l'âge de di.\-huit an» par conséquent. 



LHAniLLEMFNT A LF.POQUF. DF. /.A RENAISSANCE. 



i63 



de Lucrezia Pucci par Bronzino (i 545-1548) qui est aux Uffizi à Florence; la robe 
de velours rouge, les manches de satin brun, la gorgière blanche, la ceinture de 
joyaux, les colliers forment, avec la finesse de la silhouette, un ensemble incom- 
parable. On trouve une semblable harmonie dans la figure plus grave de Vittoria 
Golonna dont le portrait par Muziano [Gaîlcria Colonna) dut être peint dans les 
dernières années de sa vie, entre 1535 et 1547; la robe est verte, la coiffe blanche 
est retenue par un cercle de bijouterie, la guimpe ornée d'or ; les manchettes sont 
blanches'. Dans le portrait d'Isabella d'Esté du Titien, la coiffure encadre gracieu- 
sement la tête sans l'alourdir, le cou est gracieusement dégagé (1534-1536)'. 

Avec Lorenzo Costa apparaissent les premières modifications. Dans son tableau 
du Louvre représentant la cour de Mantoue, Isabella porte un ample manteau 
d'étoffe rouge à manches très larges comme au siècle précédent, de ces manches 
pointues par le bas et traînant jusqu'à terre que Mussati comparait à des boucliers 
catalans', la robe du dessous est bleue et découvre sur la poitrine une goro-ière 
blanche. D'ailleurs Isabella d'Esté était célèbre par ses manteaux de velours et de 
satin, doublés le plus souvent de velours noir^ 

Le costume de Caterina Cornaro dans son portrait par Bellini qui est à Buda- 
pest*, est caractéristique; les manches sont bouffantes; le corsage, ouvert sur la 
poitrme, est d'une étoffe somptueuse ; plusieurs colliers entourent le cou et tombent 
assez bas*^. 

On est bien près de l'exagération dans le portrait de Jeanne d'Aragon qui est 
au Louvre et que l'on a attribué à Raphaël (15 18); les manches du surcot, d'une 
étoffe lourde et épaisse de couleur rouge comme le reste du vêtement', ont une 
ampleur extraordinaire; celles de la cotte, d'une batiste souple, sont elles-mêmes 
très étoffées*; tout le vêtement forme des plis abondants et la taille, entourée 
simplement d'un cordon, se trouve à peine indiquée. C'est miracle que cette fine 
créature ne soit pas écrasée par une si lourde toilette '. 

Dans les tableaux de Jules Romain (1499- 1546), de Sebastiano del Piombo 
(1485-1547): de Sodoma (1479-1554) l'extravagance s'accentue. 



1. — Ce portrait peut se comparer pour 
la sobriété du costume, avec celui de 
Sebastiano del Piombo. 
3- — Au milieu du bandeau est un orne- 
ment, mais on n'y voit pas cet S mysté- 
rieux que l'Aretin propose comme sujet 
d'entretien au début du Cortigiano (I, 
IX) : « Que chacun dise ce qu'il pense 
que sig:nifie cette lettre S que madame 
la duchesse porte sur le front. Car com- 
bien que ce soit un voile artificiel pour 
pouvoir tromper, on luy donnera par- 
avanture quelque interprétation qu'elle 
ne pense pas. a Trad. CHAPUls.p. 33. On 
a reproduit la plupart des portraits cites. 
3. — MuBATORi, R. Italie. Script., XVI, 
580. 

4- — Luzio et Renier, La guardaroba 
d'Isabella d'Esté, Nuova Antologia, vol. 
147 (1896), p. 453. Gandi.n-i, Isabella... 
d'Esté. Modéne, 1896, p. i8, 50.. 



5- — On remarquera dans ce tableau les 
bagues dont l'une se trouve au deuxième 
doigt comme l'indique la Raffaella. Voir 
p. 164, note I. 

*î. — Cf. Mercuri, pi. 146. Costume un 
peu plus sobre d'ornements. 
7- — Le rouge est une couleur que l'on 
rencontre assez fréquemment dans les 
vêtements féminins de cette époque, ce- 
pendant la RafTaclla dit (p. 75) : • Le 
rouge est une couleur généralement 
odieuse et qui ne convient il aucune car- 
nation ; au contraire le blanc va bien à 
presque toutes les femmes. • Elle dit 
encore : « Qu'une femme qui a la peau 
blanche et le teint animé se garde des 
couleurs claires, sauf le blanc, c'est-à- 
dire du jaune, du vert, du gorge-pigeon 
clair et autres teintes semblables. Celles 
qui ont le teint pAle doivent se vêtir 
presque toujours de noir. > 



8. — Dans le portrait de Maddalena 
Strozzi par Raphaël qui est il la galerie 
Pitti, les manches sont remarquables A 
ce point de vue. 

9- — I-c costume d'une Florentine par 
Andréa del Sarto que reproduit Leche- 
vallier-Chcvignard, I, 107, montre une 
longue houppelande à manches très 
larges et à queue, d'étoffe brune, posée 
sur une robe verte tombant jusqu'aux 
pieds ; la tête est coiffée d'un voile bleu ; 
la poitrine décolletée. 
Dans les tableaux de Sebastiano del 
Piombo représentant Vittoria Colonna 
et Caterina Sforza. les manches sont 
étroites aux poignets avec des crèves 
laissant voir la chemise qui est blanche, 
et bouffante à l'épaule; c'est la mode 
qui s'imposera à la lin du siècle; une 
ganse les borde aux poignets. Vente 
Bourgeois à Cologne. 



164 



LA FEMME ITALIENNE. 



En même temps les femmes se couvraient comme on l'a vu, de joyaux, malgré 
tous les édits contraires'. Les ceintures étaient très souvent des chaînes de joaillerie". 
Les colliers étaient devenus un signe distinctif des femmes honnêtes, les courtisanes 
n'avaient pas le droit d'en porter, ce qui ne les em^pêchait pas de s'en charger comme 
de mettre à profusion des bagues et d'autres ornements. « Les courtisanes, dit Vecellio, 
qui portent aux doigts des anneaux comme des femmes mariées leur ressemblent à ce 
point qu'à moins d'être très habile connaisseur on y est très souvent trompé. » Et 
ailleurs : '< Les modernes courtisanes romaines s'habillent avec tant d'élégance 
que peu de personnes les distinguent d'avec les nobles dames". » 

Leur costume, du moins en ce qui concerne les courtisanes de Venise, est repré- 
senté dans un tableau de Carpaccio (1455-1525), Les deux Courtisanes au balcon; la 
robe, sorte de surcot à manches, tombe sans ceinture et dessine les formes ; elle est 
largement échancrée sur la poitrine et bordée d'une passementerie lourde et large, 
surchargée de pierreries et rappelant les orfrois du moyen âge, les manches sont justes 
sans être serrées, à crevés retenus par des lacets et bordés d'un galon; chez l'une elles 
sont en lacis de dentelle; sous la première robe qui ne tombe pas jusqu'à terre, une 
seconde apparaît, bordée d'une passementerie; la coitïure se compose d'un béret; les 
cheveux sont frisés tout autour du front et pendent de chaque côté des joues ; un collier 
composé de billes d'or ou de verre entoure le cou''. 

Dans le Piémont, une singulière mode s'était introduite qui allait gagner peu à peu 
tout le nord de l'Italie. « Les femmes de Turin, dit l'archevêque de Zara dans la relation 
de son voyage de Rome à Paris (1549), portent au-dessus de leurs vêtements un 
manteau de soie, sur la tête un chapeau de velours à la française ; depuis les yeux 
jusqu'au menton leur visage est couvert d'un voile qu'elles abaissent toutefois pour 
saluer \ » 

Quant aux vêtements de dessous, ils se composaient d'une chemise de toile 
blanche, d'une gorgerette en voile blanc travaillé qui souvent dépassait le corsage**. 
«Je veux qu'une gentille femme dépense beaucoup pour ses chemises, dit la Rafifaella', 



1. — « Je veux, dit la Raffaella(p. 113), 
qu'elle porte au cou un rang de perles 
transparentes, rondes et grosses, un tour 
de cou d'une quinzaine d'écus garni de 
jolis émaux et à l'index de la main 
gauche un diamant bien serti, valant 
quelque soixante écus; je ne veux pas 
qu'elle ait d'autres bijoux à l'exception 
d'un beau bracelet; je veux qu'elle mette 
des gants de grand prix. > 

2. — Ces chaînes se trouvent représen- 
tées sur maint tableau, entre autres dans 
le portrait d'EIeonora Gonzaga du Titien 
(1536), dans celui de Lucrezia Pucci de 
Bronzino et dans celui de Beccaruzzi qui 
ont été reproduits. 

3. — 'Vecellio, fol. 35 v, 136 v, 137 v. 
Cf. fol. 144. 

4- — « Les filles publiques, dit Vecellio 
fol. 146 v, ont un costume qui tient plu- 
tôt de celui des hommes que de celui 
des femnics, car il se compose d'un 



pourpoint de soie ou de toile, bordé de 
larges franges et rembourré de coton 
comme en portent les jeunes gens et 
plus encore les Français; d'une chemise 
d'homme aussi ornée qu'il leur est pos- 
."iible par-dessus laquelle elles passent en 
ete un tablier de soie tombant jusqu'à 
terre ; en hiver un manteau fourré ; leurs 
bas sont de soie brodée et leurs souliers 
à la romaine. Beaucoup ont des bragues 
comme les hommes. Elles se recon- 
naissent à leurs bracelets et à leurs col- 
liers d'argent » Cf. fol. 65 où il dit : 
- Les jeunes gens de jadis portaient 
un justaucorps ouvert par-devant, large 
du haut, étroit du bas, serre à la taille par 
une ceinture de soie, comme les dames 
de notre temps, a Parmi les médailles 
reproduites, celles dont la légende porte : 
Diva Fracia. — Pimpinella. — Non 
ABSQUE pluvia Dan.^e. — Grazia Ni- 
ciA. — B. F. LONGius VIVAT. — repré- 



sentent des courtisanes. 

5. — Miscellanea di Sioria Italiana, 
Turin, 1S62, vol. I, p. 74. Cf. Vecellio, 
fol. 204, gravure reproduite et 201 v. 

6. — Bandello, Novelle, Milan, 1860, 
11,60. nov. VU, costume d'une paysanne 
du Mantouan. 

^ Giunia che fù la Giitlia in casa, 
ella aperse un suo forziero^ ove temva 
le sue casette : dipô spogliaiasi di tutti 
queivestimenti che indosso havei'u, prese 
una camicia di bucato e se la mise. Poi 
si vesti il suo vahscio di boccaccino 
bianco corne nere, et una gorgiera di 
veto candido lavorato, con uiio grem- 
hiide di vrl bianco. che ella soleva portar 
sotamente le fesie ; et anco si messe un 
pajo di calsette di saja bianca. edue scar- 
pette rosse, et coiiciossi poi la testa più 
vaganiente che puotè, et al collo si av- 
volse uiia Jilza d'atnbre gialle. * 

7. — Page III. 



LHABILLKMENl A LEPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



i65 



ne portant que de la plus fine toile de lin très galamment brodée tantôt de soie, tantôt 
d'or et d'argent, le plus souvent de simple fil mais alors d'un travail parfait; les plissés 
à la main ont aussi beaucoup de distinction et de grâce ; au contraire, il est inélégant de 
porter des chemises montantes comme on le faisait il y a peu de temps ; c'est une mode 
bonne pour les filles d'auberge. >> 

Les cheveux, séparés au milieu de la tête par une raie et tombant de chaque côté, 
étaient soit lisses, soit ondes, soit le plus souvent frisés ' ; un cercle d'or, un fil soutenant 
une perle ou une pierre précieuse, les maintenait; il coupait le front'. Parfois cette fer- 
ronnière était remplacée par un chapeP. Ces chapels valaient des sommes considé- 
rables. Comines parle des chapels qu'il vit dans le trésor de Saint-Marc^; des 
brigands de l'Istrie avaient enlevé les femmes qui les portaient et leurs maris 
durent faire campagne pour rentrer en possession des joyaux et des femmes; c'est 
pourquoi on mit ensuite les joyaux en lieu sûr. 

Quand Alessandra Benucci, femme de Tito Strozzi, parut pour la première fois en 
1513, devant Arioste qui, séduit par sa beauté, l'aima longtemps et finalement l'épousa 
après la mort de son mari, elle portait une lourde couronne de laurier faite en joyaux; 
sa robe était de soie noire brodée de vignes et son abondante chevelure blonde réunie 
en deux tresses se partageait également sur le fronts 

On se plaisait à surcharger les coiffures. Voici comment est décrite dans le 
Vergier d'Honneur la coiffure de « Madame de Savoye », Blanche de Mont- 
ferrat** : 

De gros saphirs, diamans et rubys 
Estoit le brot du long de ses habis 
Et sur son chief ung grant tas d'affiquetz 
De pierreries, non pas de cailloux bis, 
Mais de fin or surbrunys et fourbis 
Plains d'escharboucles et de balais fricquetz 
Houppes dorées, gros fanons et boucquetz 
D'orfaverie, coliers à grans rocquetz 
De grosses rondes perles orientalles, 
Luisans coliers, braceletz, bicquoquetz. 
Riches bordures de si nobles conquestz 
Que tels n'en sont en toutes les ytalles. 

Souvent aussi on enfermait la chevelure dans une résille d'or, de soie ou bien 
d'étoffe comme jadis. '< Ils me menèrent à l'église, dit une des héroïnes de l'Arétin, la 
Nanna', la tête parfumée d'ambre odorant et couverte d'une résille d'or sur laquelle 



I. — « Les petits chignons tels qu'on les 
porte aujourd'iiui, dit la Raffaella en 
'539 (P- 107 fit suiv.), enlèvent quelque 
chose de la prestance et de la noblesse, 
mais ces énormes que l'on portait il n'y 
a pas longtemps étaient encore pires. 
Les femmes qui n'ont pas beaucoup de 
cheveux à elles, je ne veux pas qu'elles 
mettent sur la tCtc des cheveux morts. 
J'estime que les frisons donnent une 
grâce suprême, mais ils veulent être 



artistement fabriques. » 

2. — C'est la coiffure historique de la 
Crivelli, dans le portrait de Léonard de 
Vinci (La belle Ferronniére); on la re- 
trouve incessamment dans les tableaux 
de ce temps, par exemple dans le por- 
trait d'Elisabetta Gonzaga, et dans le 
recueil de Vcccllio. 

3. — P.ir exemple dans le portrait de 
Caterina Sforza par Sebastiano del 
Piombo; la couronne retient un voile 



léger qui tombe sur les épaules; il en 
est de même dans le portrait de Caterina 
Cornaro par le Titien qui est aux Uffiei. 

1543- 

4. — Liv. VU, chap. xviii. 

5. — Cantoni, I. Opcre in tcrsi e m 
prosa. Venise, 1741. IV, 653. 

6. — Entrée du roi Charles VIII ;\ 
Turin. 

7. — Ragionamenli, Bengodi. 15S4, 
Part. I, p. S. 



i(,b 



LA FEMME ITALIENNE. 



était la couronne de chasteté faite de roses et de violettes. » Ces coiffes étaient de 
prix et la preuve en est qu'on en volait souvent'. 

Les autorités essayaient vainement d'empêcher les femmes d'en avoir de trop 
luxueuses ; il y eut à ce sujet une ordonnance à Gênes en 15 12 et une autre à Venise 
en 1520 qui nous apprenneht qu'on les agrémentait de dentelles et qu'on en fabriquait 
en fils d'or pur. La valeur en atteignait dix ducats'. 

D'après Vecellio, les Vénitiennes portaient, vers 1530, en guise de coiffure des 
sortes de cages de cuivre recouvertes de filets d'or et ornées de pierreries, de joj'aux et 
de perles; on les nommait gabbie' . C'est la coiffure que l'on voit dans le portrait de 
femme du Tintoretto, Faustina, qui est au musée Carrara de Bergame. 

Toutes ces coiffures se portaient indifféremment''. 

Une coiffure assez singulière et qui fut, ce semble, fort à la mode, était celle qui, 
de prime abord, donne l'impression d'une perruque ; parfois elle paraît faite d'une 
étoffe tuyautée, parfois de faux cheveux roulés en boucles transversales'. 

Combien ces costumes si somptueux et si variés d'étoffe et de couleur ne 
devaient-ils pas donner d'éclat aux fêtes ! Qu'on se représente cette réunion mondaine 
qui eut lieu à Rome le 13 juin 15 19 et que décrit un anonyme^ : '< Martina Cesarina, 
dit-il, portait une robe de drap d'or, une sbernie de velours violet, une coiffe d'or 
ornée de perles; Coronata une robe de brocart à raies, une sbernie de taffetas chan- 
geant, une ceinture émaillée, une coiffe d'or avec un bandeau de fils d'argent et de soie 
à la moresque entremêlé dans les cheveux et passant sur le front; Concordia avait une 
robe de brocart d'argent, une ceinture d'or, une sbernie de velours cramoisi étoilée 
d'or et des manches couvertes de perles du coude à la main ; Portia avait une robe de 
damas blanc rehaussée de perles ; Comelia une robe de tabis bleu à franges d'or, une 
sbernie de velours quadrillée de cramoisi et d'or et une coiffe d'or... Sofonisba 
Cavaliera, avait une robe de camelot coupée de bandes de velours cramoisi, une 
ceinture garnie de médailles antiques ; Faustina une robe de velours vert avec plu- 
sieurs rangs de perles sur la poitrine, un collier d'or au cou et, sur le front, un dia- 
dème où étaient représentés les douze signes du zodiaque ; Armellina avait une cotte 
et un surcot de pourpre blanche, un réseau de fils d'argent sur les cheveux, un 
collier de belles perles; Imperia était en brocatelle cramoisie avec une frange d'or et 



1. — Par exemple, le 17 février 1551, 
furent dérobées neuf coiffes dont cinq 
d'or, deux de soie noire et jaune et deux 
de toile. Archivio di Siato (Rome), In- 
vestigaiiones, vol. 3a, fol. 109. Ibid , 
vol. 33, fol. 131 et vol. 34, fol. 109. 
Vecei.UO, fol. 28, dit : « Elles (les ba- 
ronnes et autres pentilles dames ro- 
maines) se couvrent la tète d'un filet do 
soie noire rempli d'ornements lejsfers 
(tremoli) d'or. • Racinet, Histoire du 
Costume, IV, pi. 252 reproduit cette 
coiffure d'après le portrait d'Eleonora 
d'Aragon par Vinci. 

2. — Belgkano, La Vila privata... 
p. 257. .MOLMENTI, p. 315. 

3. — Fol. 93, 97. » Le corflagfe. ajoule- 



t-il, commode et flexible, tombait sur les 
flancs; la robe n'arrivait pas sur le de- 
vant jusqu'à terre mais traînait un peu 
par derrière ; les manches loniE^ues et 
tailladées n'étaient pas de la même cou- 
leur que la robe. Une fourrure de zibe- 
line était retenue sur les épaules par une 
chaîne d'or. » 

4. — Voirparexemplele Sonnet d'Arioste 
rapporté p. 9g, note i. 

5. — Surtout dans la Vierge du Rosso 
(1496-154I) qui est au palais Pitti, dans 
le portrait de Costauza Bentivoglio de 
l'école du Titien et dans la Devota de 
Marco d'Oggiono (1470:540) qui est à la 
Brera 4 Milan. Cf. Mbrcuri, pi. 192 ; 
ViLLERMONT, Histoire de la Coiffure fé- 



minine, p. 210. L'usage des véritables 
perruques tarda à s'introduire en Italie 
tandis qu'il se répandit en France et 
en Angleterre au début du xvi» siècle. 
« On les fabriqua, dit Villermont (p. 376). 
en laçant les cheveux dans une étroite 
toile de tisserand, de manière à en faire 
une sorte de tissu àfranges, appelé point 
de Milan; ces toiles s'attachaient aux ca- 
lottes et aux escoffions. On en refrisait 
les cheveux chaque jour. Adrien Tur- 
nébe dit que toutes les dames de la cour 
de France portaient des perruques blondes 
et qu'il en était de même en Angle- 
terre. » 

f). — Gaye, Carteggio inedito. vol. I, 
app. CXCIV, p. 408. 



L'HABILLEMENT A LEPOQUE DE LA RENAISSANCE. 167 

des broderies très délicates, elle avait une ceinture de joaillerie sur laquelle étaient 
représentés en émail les quatre éléments. „ 

Même variété, même somptuosité dans les costumes à Naples. Le trousseau 
d'une Napolitaine mariée en 1492, se composait d'un manteau de soie rase de 
couleur bleue, d'une gonelle de velours de grain avec des revers de soie noire, d'une 
ceinture d'argent doré, d'une autre de couleur rouge garnie d'ornements en argent 
mat, d'un collier de perles et d'une paire de manches de soie jaune'. Lors des 
épousailles de Bona Sforza avec le roi de Pologne, on vit des jeunes filles vêtues de 
velours cramoisi avec des gonelles ornées de dattiers et de broderies d'or, des bar- 
rettes sur la tête également ornées de dattiers d'or, des femmes portant des gonelles 
de velours cramoisi, de brocart, de satin rehaussées d'ornements en or battu ou peintes, 
des sbernies de toute couleur, des chaînes d'or, des colliers ; Bona avait une gonelle 
de satin bleu turquin semée d'abeilles d'or et une barrette semblable dont on estimait 
la valeur à sept mille ducats (6 décembre 15 17)'. 

Le costume des jeunes filles eut d'abord la souplesse et l'élégance des siècles 
passés. Dans le songe de Poliphile, publié en 1499, Francesco Colonna décrit ainsi 
le costume d'une jeune nymphe qui ressemble, au reste, à celui que dépeignait, 
quelque cent ans auparavant, Œnas Sylvius Piccolomini' : « Elle avait revêtu son 
corps d'une robe d'un très léger drap de soie vert lamé d'or. Le vêtement de dessus 
était élégamment façonné en très petits plis et adhérait exactement au corps. Au- 
dessus des larges hanches, contre les seins mignons, une cordelette d'or strictement 
nouée retenait les plis de la très mince étoflfe serrée sur la poitrine délicatement 
gonflée. Par-dessus cette première ceinture était soulevé l'excédant d'un long- 
vêtement dont l'extrémité bordée fût tombée jusqu'aux talons charnus, s'il n'eût été 
soutenu encore une fois au-dessus de la première cordelette et gracieusement retenue 
par le ceste sacré. Cette étoffe formait un gracieux et onduleux arrangement autour 
de la taille et tombait agréablement sur les hanches. Le reste du vêtement flottait 
librement en menus plis et trahissait la pudique et belle forme, ce dont la jeune 
fille paraissait ne point se soucier. J'en conclus qu'elle n'était pas formée d'essence 
humaine... >/ 

Les femmes du peuple portaient souvent une sorte de surcot sans manches, 
retenu par un cordon à la taille et laissant passer le vêtement de dessous qui était 
d'étoffe souple et blanche. La femme appelée la nourrice des Médicis qui est au 
palais Pitti (Bordone)'' et la nourrice de Guido Reni, dont le portrait est à Bologne, 
ont un habillement qui rappelle en plus simple celui des dames de qualité ; la noumce 
des Médicis porte une robe rouge brique, lacée sur le devant, une jupe ample et 
froncée, une gorgière blanche, des manchettes de dentelles. 

Parlant de dames qui s'étaient travesties en paysannes, Pompeo Pace dit qu'elles 
avaient des robes de basin d'un blanc pur, des manches d'étoffe de couleur avec 

I. — Appeadice, Vêtements XXV. chronique. Sur la date du mariaKe, 3. — Traduction POPELIN, I, 333. 

3- — B. A.MANTE, p, 17Û. Il n'indique voir Ratti, Famiglia Sforaa, Rome. 4. — Il existe au British Muséum un 

pa» le nom de l'auteur ni le lilre de 1;\ 179.=;. paît II. p. (*). portrait de Bordone voisin de celui-ci. 



i68 



LA FEMME ITALIENNE. 



un crevé au coude suivant l'antique usage, des ferronnières, « ornement de la tête 
de nos belles paysannes » et une pièce d'étoffe formant voile qui, « fixé sur la tête 
à la naissance des cheveux, tombe jusqu'à la taille' ». 



= L'HABILLEMENT A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE (1550-1600) 

Dans la seconde moitié du siècle, la recherche de la somptuosité fit négliger 
l'élégance. Les étoffes de plus en plus riches, de plus en plus raides et épaisses, 
surchargées de dessins, d'ornements, de broderies, d'incrustations, forment une 
gaine rigide où la ligne du corps disparaît entièrement^; afin d'en mieux faire montre, 
on imagina des robes « en cloches » d'une ampleur démesurée, tendues par des 
cerceaux ou soutenues par des vertugales'; la taille s'alourdit, disparut; le corsage, 
maintenu par des lames de fer, déforma la poitrine''; Muralti compare les femmes de son 
temps à des tonneaux à vin^; les manches devinrent souvent énormes et rappellent 
les manches « à l'imbécile » du commencement du xix'' siècle^. On mit des galons 



1. — Lettre en date du 24 août (sans 
millésime) rapportée par Fr. Turchi, 
Letterefacete, Venise, 1601, Lib. 2, n. 353. 

2. — Vecellio, fol. 187, 197, 206, 218. 
Des échantillons de ces étoiïes sont con- 
servés au musée des Arazzi de Flo- 
rence, dans la collection Poldi à IWilan, 
au musée de Lyon, au musée de Cluny. 
Les tableaux de ce temps en fournissent 
maint exemple. 

Ce qui prouve l'importance que l'on atta- 
chait vers la fin du XVI" siècle à la qua- 
lité des étoffes, c'est le grand nombre 
de traités consacrés à leur fabrication. 
Triompha di lavori a fogliami da Hieron. 
da Ciudat de Frioli, Padoue 1555; Le 
Pompe, opéra nella quale si riirovano 
varie sorti di mostre per poler far cor- 
della... Venise 1559; // Monte, opéra 
nova nella quale si riîrova varie sorti 
di mostre... Splendore délie virtuose 
giovani... Venise 1563; Liicidario di re- 
cami... Venise 1563; Raccolta di fiori e 
disegni di varie sorte di recami, Venise 
1591. Corona- di nobili a virtuose doyine^ 
Venise 1593. Pour ce qui est de leur va- 
riété et de leur richesse, Henry Estienne 
en donne une idée dans la nomenclature 
qu'il fait des velours italiens : velours à 
ramages, velours à fond de satin pour- 
fiUé de Gennes, velours de toutes cou- 
leurs de Gennes renforcé, velours cra- 
moisi violet poil et demi de Gennes, 
velours cramoisi brun de Gennes, velours 
cramoisi haute couleur de Florence et de 
Lucques. Dialogues du Nouveau Lan- 
gage..., 1,260. D'Aubigne donne une no- 
menclature de noms de couleurs d'étoffe 
qui est curieuse par sa longueur mais 
surtout parce qu'elle montre à quel ma- 
niérisme on en était arrivé particuliè- 
rement en ce qui touchait au costume : 
couleur singe mourant, veuve réjouie. 



Espagnol malade, face grattée, bleu mou- 
rant... Ch. Loandbe, Les Arts somp- 
tuaires, Paris, 1.S52, I, 226. Ouicherat, 
p. 443. En 1535, le Conseil des Pregadi 
fit une loi à Venise pour interdire l'usage 
des étoffes à « stricke d'oro, d'argento 
hiitudo, Jilado atroncafilla\ il défendit 
les spalliere de veluto, raso, damas- 
cliin... » Urbain de Gheltof, Les Arts 
industriels à Venise, 1885, p. 141. 
Vecellio, fol. 139, parle avec admi- 
ration du génie d'invention de Bar- 
tholomeo Bontempele dal Calice qui 
fabriquait « des étoffes d'armoisin et de 
cendal, des brocarts tissés de cinq ou 
si.Y couleurs si bien dessinées que le pin- 
ceau ne saurait faire mieux. Sa boutique 
fournit, ajoute-t-il, les plus grands sei- 
gneurs et jusqu'au sérail du Grand Turc. 
Les gentilles femmes vénitiennes se ser- 
vent abondamment de ses brocarts d'or 
et d'argent et de certaines de ses étoiïes 
incarnat, violettes et verdàtres. » 
3. — Elles étaient connues en Italiesoua 
le nom âtfaldia. Muralti qui écrivait en 
1507, dit : Sub vestent de/erebant aliam 
vestem qtiœ vocabatur faldia, qnœ erat 
facta aut fustaneo aut bombaxina aut 
tellœ et circumquaque aderant circuli 
pleni siuppa aut bombace e de per se 
stabat latit ad instar dolii vint. {Annales 
Francisci MHralti,l\'ii\ar\,iibi.^.<)T,.) Les 
statuts de Milan de 1498 défendent ces 
vertugales. Cap. CCCCLXII : « Mulieres 
non possint portare faldias. » Ettore 
Vegra, Le Leggi, suntuarie Milanesi, 
p. 65. Ceux de Trévise, rédigés en 1507, 
défendent les sbernies et les vêtements 
avec cercles. L.-G. Pélissier. La loi 
somptuaire de Trévise en 1507. Nuovo 
Archivio Veneto, XIV, 52. Ceux de 
Perouse défendent les cerceaux mais 
autorisent les jupes soutenues par des 



cages de fil de fer (Article Fabretti, 
déjà cité, p. 231). Il est fait mention de 
ces cages dans le trousseau de Paola 
Gonzaga : « faldia de raso tnrchino con 
la balzana de veludonegro^con li niane- 
i^heiti facti a liste uiia de brocado e una 
de veludo negro, faldia dalmasco incar- 
nato con li gironi dalmasco verde e li 
cergi (cercles) de veludo negro e una 
fahla de raso niorello cergiado de veludo 
negro. • MOTTA, Nozze principesche, 
p. 17. 

Vecellio raconte, fol. 92, qu'il vit naître 
cette coutume destinée à donner plus 
d'élégance à la taille et il ajoute que les 
magistrats s'efforcèrent d'y mettre obs- 
tacle à cause des inconvénients qui en 
résultaient pour les femmes enceintes. 
Cf. fol. 224 où il parle de faldiglie gar- 
nies de cerceaux de bois. 

4. — Vecellio, fol. 195. Voir p. 170, n. 5. 

5. — • Erat lata vestis ita ut mulier vi- 
deretur esse ntaioris rotunditatis quant 
sit vas candiorum (mesure milanaise) 
vini VIII. » Anualia Muralti, p. 94. 

6. — Ces manches ne tardèrent pas à 
être adoptées en France mais avec cer- 
taines modifications, ce fut une combi- 
naison de l'ancienne manche en sac à 
retroussis de fourrure et de la manche 
italienne, serrée au poignet, divisée en 
gros bouillons dont l'étoffe était coupée 
en bandes longitudinales procurant des 
.ijourés par lesquels on montrait le 
linge fin de la chemise. On abandonna 
cette mode et généralement les façons 
italiennes de s'habiller au temps de 
Catherine de Medicis qui affectait de ne 
pas subir l'influence des usages de son 
paj's. La femme du connétable Anne de 
Montmorency passait pour surannée parce 
qu'elle conservait les vastes manches à 
l'italienne. ViLLERMONT, p. 251. 



COIFFURES ET COSTUMES DU coM' DU X\r SIECLE. 




I,K TITIEN. Dl-CHESSF. n'URBlN DEI.LA ROVERA (1536) A. nRONZlNO. I.ICKKZH iT<.<T. FEMME LE B. PANCIATICHI 

Florence, Galerie des Offices. ( I545-15-4SI. I-lorence, Galerie des Offices. (Phot. Broffi.) 




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GiORGioxic. ruinUArr I)'i\l:un.\lk iVcrs 1500) 
Rome, Galerie Bor^hese. (Phot. Andcrson.) 



I,U:l.\10 HI-.KNAKDi.M. lORlKAU Ill.N».. l.\.\l;K (i'-<'>ll. -Wl' 

Milan, Musée Brera. ( l'hot. Andcrson.) 



LHABILLEMENT A LÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



i6g 



à toutes les tailles, des passementeries à toutes les bordures"; la fantaisie bizarre 
tit place au goût raisonné; le désir d'étonner à l'ambition de plaire; on se prit à 
copier sans discernement les modes étrangères ^ Cette époque de goût éclairé et 
de classicisme méconnut totalement l'esthétique du corps humain ; de même que la 
préférence allait alors aux formes épaisses et aux femmes bien en chair, on admirait 
surtout la surabondance dans la toilette. 

« La transition entre le costume à la Raphaël et ce que l'on pourrait appeler 
le costume à la Bronzino', me paraît assez bien marquée, dit Muntz', dans les 
peintures d'Andréa del Sarto. Ses héroïnes portent une robe excessivement ample 
(en soie rouge doublée de soie verte) avec des manches très larges. Le corsage, 
coupé carrément et garni de galons de velours noir, est décolleté et laisse voir 
le haut de la chemise brodée; un jupon de soie grise apparaît sous la robe ; un voile 
bleu recouvert de gaze cache en partie les cheveux et un petit collier d'or orne 
le cou 5. » 

La collerette, qui était d'abord une simple bordure de la robe ou de la gorgière, 
devint une pièce distincte et très importante de l'habillement; tantôt tuyautée, tantôt 
plissée, souvent découpée en pointes, elle se développa jusqu'à devenir un objet 
de risée. A Florence, on appelait ces collerettes des « tuyaux de latrines » parce 
qu'en mangeant les Florentines y laissaient tomber « des cuillerées de soupe et 
des pois chiches'' >y. Elles n'atteignaient pourtant que rarement en Italie aux 
dimensions extravagantes que leur donnèrent en France les élégantes du temps 
de Henri IIL Le costume d'une Vénitienne reproduit par Lechevallier- et dans lequel 
on voit une collerette, attachée à la taille, se développer en éventail jusqu'à la hau- 
teur de la tête, est assurément une exception en ItaHe^; la robe de dessous est rose 
à grands ramages ; le corsage, très décolleté, est de même étoffe ; il est bordé d'une 
ganse verte qui forme épaulette; le cou et les épaules sont couverts d'une gor- 
gière blanche qui se termine en collerette; les manches sont justes. Une jupe très 
ample, de couleur brune, recouvre jusqu'au-dessus des chevilles, la robe de dessus. 

Vecellio décrit ainsi le costume qui était porté, dit-il, de son temps, c'est-à-dire 
à la fin du siècle, « dans presque toute l'Italie^ » : « La coiffure se compose de quelques 



I. — Sansovino, Venise, 1581, Lib. X, 
toi. 15a. « Tous les vêtements des Véni- 
tiennes, ceux de soie comme ceux de lin, 
sont brodes, chamarres, ouvrages, ornes 
de bandes grâce à l'artifice de l'aiguille, 
de la soie, de l'argent et de l'or avec une 
délicatesse et un art inimitables. > Dans 
le tableau de Carpaccio, La légende de 
sainte Ursule qui est à Venise, on voit 
un costume entièrement couvert de 
perles. Dans le portrait de la première 
femme de Cosmc I"" le Magnifique par 
Bronzino (collection Lindsai, Dor- 
chester House, Londres), les manches 
sont toutes garnies de rangs de perles 
ainsi que le corsage. Même profusion 
dans V Amour sacré et profane du Titien. 
Cf. Racinkt, IV, pi. asi, reproduction 
du ms. fr. 876. 



2. — Sansovino écrivait, en 1581 : •< Noi 
vediano clie gran parie de gli lialiiini, 
dimeniicatisi di esser nati in Italia, 
K seguendo le fatiioni oliramoniane, 
hanno co pensieri inulato lu habito 
délia persona, volendo parère qniindo 
Francesi e quando Spagnoli. P.igc 150. » 
j. — Cependant Bronzino a représente 
aussi, on l'a vu, des femmes vêtues de 
très sobre fa^on. 

4. — Histoire de l'Art pendant la Keiiais- 
sance, lll, 163. Une partie de cette cita- 
tion est empruntée à Lechevallier- 
Chevignard, I, 108. 

5. — c Vers la lin du siècle, dit Bcl- 
grano ( Vitaprivaia dei Genovesi, p. 365), 
les robes perdirent quelque peu de leur 
ampleur mais elle^ continuèrent à être en 
soie de diverses couleurs et serrées à la 



taille par une ceinture à laquelle pen- 
dait l'escarcelle, par-dessus on jetait la 
sbernie. » 

(). — Perrens, ni, 356. La collerette 
se retrouve, plus ou moins exagérée, 
dans la plupart des costumes de celte 
époque. Vecellio passim, Titien, Bron- 
zino, Véronése. 

7. — PI. 50, p. 100 et par Gaignierea 
dont on a reproduit le dessin. 

8. — Cette sorte de cape se porta en 
France au temps de la Ligue ; on lui 
donnait le nom de manteau. QuiCHKBAT, 
Histoire du Costume, p. 440. 

9. — Vecellio, fol. 1S6 v. Duchcssa di 
Parma et, dans l'édition de 159S, fol. 169, 
avec le titre : « Diichessa di Parma 6 
d'altre Sig^iore di tutta Italia. • Il décrit 
encore, fol. 23a, < le costume gênerai 

12 



lyo 



LA FEMME ITALIENNE. 



boucles de cheveux et de tresses disposées autour du front, entremêlées de bijoux 
et de fleurs très artistement faites. Un voile de soie tissé d'or, bordé de ganses 
d'or, est fixé par derrière à la chevelure et recouvre le vêtement de dessus; une 
des extrémités de ce voile est ramenée sous le bras gauche et attachée sur la poitrine 
par une agrafe. Le vêtement de dessus, de satin rayé ou de velours à dessins, est 
orné de galons d'or et descend jusqu'à terre. » 

La forme et l'ornementation de l'habillement féminin variaient suivant les 
régions; à Milan, par exemple, il avait quelque chose de la pesanteur allemande'; à 
Venise, de la somptuosité orientale'; à Naples, de la gaieté éternelle du lieu'; 
pourtant on peut, mieux qu'à l'époque précédente, y reconnaître certains traits 



généraux. 



Presque partout, excepté peut-être dans le Napolitain, le vêtement féminin 
se composait de deux parties : une robe de dessus, qu'on appelait gamurra, 
simarre, et qui était une transformation du surcot et de l'antique houppelande; 
une robe de dessous, sottana, toutes deux d'étoffes coûteuses, de brocart, de damas 
ou de velours, chargée de dessins, de broderies et d'ornementations •*. La robe de 
dessus ne recouvrait pas complètement l'autre; elle venait au genou, quelquefois 
elle descendait jusqu'au haut de la cheville; elle était constamment fendue par devant 
du haut en bas, mais retenue sur la poitrine soit par des lacets, soit par des boutons 
ou encore elle était très ouverte de façon à montrer le corsage du dessous; à partir 
de la taille, les bords allaient s'écartant afin de laisser voir la richesse de la jupe; 
le corsage se terminait en pointe pour allonger le buste et cambrer la taille. Parfois 
on portait des justaucorps \ La traîne était le plus souvent longue et relevée par 



des femmes pour la Toscane et la Lom- 
bardie ». — « Il se compose, dit-il, 
d'une simarre de drap d'or ou d'argent 
avec des manches pendantes à manche- 
rons ne couvrant les bras que jusqu'au 
coude, fermées par des boutons d'or ou 
de soie et couvertes de riches broderies 
faites de la même étoffe que les manches. 
Le cou est entoure d'une collerette à 
petits plis. La robe est également d'une 
étoffe imprimée, les cheveux sont enve- 
loppes d'une résille d'or sur laquelle 
s'attache par un nœud un long voile d'un 
tissu léger, t En ce qui concerne les coif- 
fures, voile, guirlandes, résille, voir 
fol. 30, 96... 

'• — Le costume des Milanaises en 1507 
est ainsi décrit dans les Annalia Fran- 
cisci Muraltiy caput XXI, p. 94 : « Les 
femmes avaient des vêtements royaux qui 
leur donnaient l'air de reines; des robes 
longues dont la queue traînait à terre, 
des manches ouvragées, très larges avec 
des chemises brochées d'or très amples; 
il fallait plus de dix brasses de toile de 
Reims pour l'étoffe des manches. Elles 
portaient des cerceaux (voir p. 168, 
note 3) et avaient la tête découverte et 
les cheveux epara comme des jeunes 
gens; elles enveloppaient leurs cheveu.\ 



de filets de soie de couleur. Elles se cei- 
gnaient la tête, pour maintenirleurs che- 
veux en place, d'un bandeau d'or qui 
passait sur le front et qu'elles enjoli- 
vaient de roses, de girofles ou de plumes 
(ferronnière). La poitrine était nue. Les 
vêtements étaient larges et longs; qua- 
rante brasses de drap d'or suffisaient à 
peine ; les perles et les diamants n'étaient 
pas en grand us.ige. » A Bologne, on 
suivait les modes de Milan. Vecellio, 
fol. 200. Cf. Lechevallier et Chevi- 
GNARD, I, pi. 16, p. 31 . Robe rose à larges 
bandes jaunes transversales, manches 
larges avec évasement au poignet, ou- 
vertes sur toute la longueur et retenues 
par des lacets, taille très haute. Vecellio, 
pi. 228 V. « Les femmes de Milan portent 
de longs manteaux ou soutanes et des 
robes de brocart fermées par des bou- 
tons jusqu'à terre. » 

2. — Racinkt donne t. IV, pi. 28S, 
d'après Veronése, le costume des Véni- 
tiennes dans les somptueuses et lourdes 
draperies qu'elles affectionnaient i cette 
époque ; le corsage est décolleté carré- 
ment et laisse voir une gorgiére d'un 
léger tissu d'or, les manches vont se ré- 
trécissant de l'épaule au poignet, la cein- 
ture tombe en pointe, la tête est cou- 



ronnée d'un chapel, d'une guirlande ou 
d'un fil de perles; l'étoffe de tous les vê- 
tements est à grands ramages. D'autre 
part, Henri Estienne dit, comme on l'a 
vu, dans les Dialogues du Nouveau Lan- 
gage, I, 244, que les Vénitiennes cher- 
chaient à être grasses comme les femmes 
orientales. 

3. — >i Les Napolitaines, dit VECELLIO, 
fol. 255, grâce à la douceur de leur 
climat qui est -un perpétuel printemps, 
s'ornent constamment de fleurs la tète, 
les cheveux et les oreilles en sorte 
qu'elles semblent des nymphes. Elles 
employent, dit-il eneore, la soie en 
grande abondance dans leurs vêtements 
qu'elles garnissent de ganses et de 
franges d'or et de perles ou bien de 
bijoux d'email. Le corsage est plus mon- 
tant qu'ailleurs, les manches sont à 
pentes. Vecellio, fol. 246 v, 250 v. 
251 v, 255 V, 257, 261 V. Cf. Beetelli, 
Padoue, 1594, Femme noble de Milan. 

4. — Vecellio, fol. 193 v, 195 v, 199 v, 
215 v, 223 V, 241 V, 247 V, 251 v... 

5. — Molmenti, nouv. edit., t. II, p. 423, 
a reproduit deux bustes en acier destines 
à donner à la taille la forme voulue qui 
font partie des coll. Dupont-Auberville 
et Lesecq des Touruclles à Paris. 



L'HABILLEMENT A LÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 



171 



un cordon ou un anneau attaché à la ceinture. Les manches étaient tantôt amples, 
bouillonnées aux entournures et à crevés, tantôt justes et garnies d'épaulettes ; 
il y a des exemples de manches à poches comme au moyen âge; dans ce cas, celles 
de la sottana étaient justes'. Une gorgière dépassant le corsage formait parfois 
simplement bordure, parfois montait jusqu'au cou comme une guimpe. Souvent 
la chemise était brochée d'or, comme on l'a vu pour les Milanaises'. Grâce à ces 
gorgières, aux collerettes et à l'ampleur des vêtements, le décolletage était devenu 
généralement moins outrageux qu'au commencement du siècle; pourtant, il y avait, 
surtout à Venise, des exceptions'. Un voile était le complément et souvent la pièce 
principale de ce costume-*. Ce voile, enveloppait tout le corps ou bien était rejeté 
en arrière % il était maintenu assez souvent par un diadème ou une couronne « à la 
mode de France ». Ainsi, en 1560, un orfèvre de Rome se plaint qu'on lui a dérobé 
« une guirlande comme celles dont les femmes de France s'ornent la tête, valant 
seize écus'' ». D'autre part, Brantôme rapporte que la reine Marguerite «'•' portait 
un voile de crespe tanné ou gaze à la romaine, jeté sur la tête ». 

Une ceinture de joaillerie passait au-dessus des hanches et tombait assez bas par 
devant ; des colliers de perles ou d'or entouraient le cou et pendaient sur la poitrine^. 
Une manière de petit écran ou de pavillon qu'on nommait /< une contenance* » était 
un complément très habituel du costume ; il était généralement d'étoffe ; Lucrezia 
Borgia s'en commanda un dont le manche était en or battu, le cadre en or également 
avec des filigranes et des émaux, le pavillon en plumes d'autruche". Souvent aussi 
les femmes tenaient un véritable éventail à manche orné ou bien une houppe de 
plumes d'autruche '°. A défaut d'éventail, elles avaient un mouchoir de linon très 
fin et bien ouvragé". 

Les portraits de Bronzino oifrent, comme il a été dit, des types très carac- 



1. — Par exemple, fresque n" 10 de la 
cour extérieure du couvent de S. Marco 
à Florence. La robe de la femme age- 
nouillée est bleue, brochée d'or, celle du 
dessous blanche, également brochée 
d'or, les manches sont à fond blanc ornées 
de Heurettes vertes et garnies de man- 
chettes de dentelles, le voile est blanc. 

2. — Cf. Ambrozio di Paullo, Cro- 
naca Milanese, 1476-1515, éd. par Ceruti 
dans Miscellanea di Storia patria, 1873, 
p. 199; parlant de fûtes que donna 
Trivulce au roi Louis XU lors de sa 
venue à Milan, il rapporte que le roi 
était entoure de demoiselles « qui por- 
taient des chemises d'étoffe très fine 
ornées de perles et de broderies d'or qui 
valaient cinquante ecus ». Le trousseau 
de Biauca Maria Sforza en contenait 
de semblables. Le trousseau d'Ippolita 
Sforza comprenait douze chemises -- de 
Cambrai » valant en, tout quarante-huit 
ducats, et cinquante chemises de toile 
de Reims valant cent vingt-cinq ducats. 
Paola Gonzaga avait dans son trousseau 
vingt chemises, Elisabctta Gonzaga 
vingt-quatre. les demoiselles d'honneur 



de la m.arquise Raiberti vingt-cinq cha-^ 
cune. MOTTA, Nozze Principesche, p. 19. 
So. Cf. Et. 'Verga, p. 26, 37. 

3. — fRAtico, HabHi délie Donne Vene- 
ziane, 1610. BoiSSAED, Habitus varia- 
rum orbis gentium, Paris, 1581. Dans 
bien des villes, on ne se décolletait pas, 
à Bologne, à Vienne, dans le Frioul. <à 
Conegliano (Vecellio). 

4. — Costume des Siennoises. Vecellio, 
fol. 239, 240 v, des Padouanes, fol. 215 v. 

5. — Vecellio, 31, 32, 96 v, 128, laS v, 
135, 212, 194, 197, 252. 

6. — Lettre du joaillier Cesare Alessio 
au capit.aine Alfonso Calcina de Bo- 
logne, en date du 6 septembre 1560. 
Mazzoni-Toselli, Processi, I, 560. Cf. 
C.-B. ROBERTi, opérette, vol. VII, Bolo- 
gne 1787. Quatre discours contre le luxe. 

7. — Vecellio, parlant d'une grande 
dame qu'il avait connue, dit, fol. 135, 
qu'elle portait sur la poitrine un fil de 
grosses perles « plus que choisies >, 
plus un collier de joaillerie de très grande 
valeur; à ses oreille» « petites et bien 
formées », deux perles superbes serties 
d'or et, à la taille, une ceinture d'or. 



■A Naples, les femmes avaient toutes, 
dit-il, fol. 256, des chapelets composes 
de grains d'or enfiles sur de la soie. 

8. ~ Henbi Estiknne, Dialogues du 
Nouveau Langage, I, 226. 

9. — G. Cajipori, Raccolta diCataJoghi, 
p. 36. MUNTZ, Hist. de l'Art, II, 177. 
On en voit fréquemment la représenta- 
tion dans les tableaux de ce temps, 
entre autres dans celui de Lavinia par 
le Titien, (1555), qui est à Dresde, dans 
celui de la femme de Veronése qui est à 
la villa Giaconelli, province de Trevise, 
dans les gravures de Franco de Vecellio, 
et dans le recueil dit i l'Herbier >. 
Bibl. Nationale, Estampes. 

10. — Vecellio, fol. 95 v, 132 v, 134 v, 
19a V, 193 V, 211 V, 246 V. Fol. 249, il est 
parle d'un éventail à manche d'ebène. 

11. — Vecellio, fol. 196 v. 231. Quant 
aux ombrelles, il en est parle dans l'in- 
ventaire de Girolama Signorelli dresse en 
1588 : une ombrelle d'armoisin doublée, 
une ombrelle de cuir, une ombrelle de 
toile bleue. Rome. Archivio di Siato, 
Atti dcl goverHatore, sec. ZVI, Prot. 3l8, 
p. I1S7- 



172 LA FEMME ITALIENNE. 

téristiques de ce costume, tel est le portrait de Bianca Cappelli, par exemple, qui 
est au palais Pitti, celui d'Eleonora di Toledo, femme de Cosme I", morte en 1562, 
dont le corsage est violet aubergine, la gorgière brune, les passementeries d'or, 
un autre de Bianca Cappelli, qui est à Lucques, dont le vêtement est d'étofife sombre 
chargé de broderies. Il en est de même dans la Bella du Titien qui est au palais 
Pitti et dans la Reine de Chypre qui est aux Uffizi., dans les portraits de Lorenzo 
Lotto (1480-1556), de Titien (1477-1576), de Moroni (1520-1572) ', dans le Mauvais 
Riche du Véronèse, et dans la scène de vie champêtre de Bonifazio, dont il a été 
déjà parlé et qu'on a reproduite-. 

Les deux portraits de Caterina Sforza qu'a reproduits Pasolini montrent com- 
bien différait le costume d'une femme suivant son âge; de la plus grande élégance il 
devient d'une sobriété austère, presque monacale; il est vrai que Caterina Sforza 
avait passé par de dures extrémités. 

« Dans leur intérieur, les femmes nobles et autres de condition honnête 
emploient, dit Vecellio, des vêtements de couleurs diverses surtout l'été où elles 
portent de l'armoisin, du cendal, des brocarts de couleur très belle; elles aiment 
à porter une longue queue. Elles s'enroulent les cheveux sur le milieu de la tête et 
les frisent avec des aiguilles d'or ou d'argent, laissant toutefois quelques boucles 
sur le front. Elles portent sur les épaules un voile transparent, des perles au cou et 
des bracelets aux poignets \ » 

Les cheveux étaient généralement frisés''. 

La coiffure à cornes était encore en usage; elle est représentée dans V Hérodiade 
de Palma le Jeune (1544-1628) qui est au Louvre, dans Vecellio et dans les Modes 
de Gaignères\ 

Ce fut vers le milieu de ce siècle que le chapeau de paille fut employé pour 
la première fois. Dans une lettre adressée à Maria Strozzi par sa fille (1577), elle 
la prie de lui envoyer « vm chapeau de paille comme on en fabrique depuis six ou 
sept ans valant de un à deux ducats, car, ajoute-t-elle, j'entends dire qu'à ce prix 
on peut en avoir de convenable*' w. Dans un inventaire dressé à Rome, en 1588, 



I. — Portraits de Pace Ri vola Spini et 
d'Isotta Brembati à l'Accademia Carrara 
à Ber^ame et d'une inconnue au British 
Muséum. Dans le portrait de femme, d'un 
inconnu, qui est au Louvre, la robe est 
rouge, la gorgière blanche, la ganse d'or. 
3. — L'étoffe de la robe de la femme 
qui est à gauche, couchée à demi, est 
rayée vert et jaune, la gorgière est 
blanche et jaune; la femme assise au 
milieu est en velours bleu vert, la gor- 
gière est jaune; celle qui est adroite est 
en rose avec une echarpe blanche. Cf. 
Lechevali.ier-Chevignard, I, 87, 103, 
107 et par Racinkt, IV, pi. 238 à 244. 
3- — Fol. 139. . Pendant l'hiver, dit-il 
encore (fol. 142) les femmes, dans beau- 
coup de maisons de la ville portent des 
pelisses longues ii la romaine lesquelles 
sont fort commodes et laissent la liberté 



des mouvements. Il y en a beaucoup qui 
les couvrent de satin, d'armoisin chan- 
geant ou d'autres étoffes et qui les gar- 
nissent de martre, de fouine ou d'autres 
peaux de prix. Quelques-unes portent 
sous ce vêtement une chemise et une 
carpetta (corps) de soie de couleur 
fourrée également, ouverte sur le devant 
et retenue par des cordons ou des bou- 
tons; ces robes sont galonnées de di- 
verses couleurs. La pelisse a des manches 
longues jusqu'à terre. La ceinture est un 
cordon de soie. Sur la tête sont des filets 
ou des voiles de soie. Tel est le costume 
des dames et plus encore celui des cour- 
tisanes. » La Carpetta était l'ete en bro- 
catelle, l'hiver garnie de fourrures. Ve- 
cellio, fol. 91, 130, 142 V. 
4. — Vecellio, fol. 140. Cf. fol. 32, 34, 
56, 140 V, 342, 244 V. 



S. MORPURGO, ElGoverno..., p. 33. Cf. 
MURATORI, Antiq. Ital., II, 417 D; pour 
l'année 1340. J. DU Bellay {Regrets, 
sonnet XCII) vit les Italiennes .< en mille 
crespillons les che\eux se frizer. " 

5. — Cf. Vecellio, fol. 128, 131, 132 v, 
140, 141 V. Fol. 130, il dit qu'elle avait 
la forme d'un « croissant renverse ». 
MERCURipl.52, 1^6, Modes de Gaignéres, 
Venise, pi. 29. Voir aussi ce que dit le 
seigneur DE Villamont, Voyages, 1607, 
p. 207, passage cité ci-dessous p. 174. 

6. — PlETRO Feerato, Leitere inédite 
di Donne Italiune, Padoue, 1S70, p. 10. 
Dans le volume 34 du fonds Gtiardaroba 
Medicea (Florence, Archiv. di Stato), il 
est fait mention en 1557 de l'envoi de 
quatre chapeaux de paille par la duchesse 
Eleonora de Tolède, femme de Cosme I" 
à la Cour d'Angleterre. Les chapeaux de 



COSTUMI s 1)F VEUVES ET DE DAMES DE QUALEEÉ, EL\ DE XVE SIECLE. 




/^ 



X. 




VEXîVE ROMAINE 

Recueil Gaijfnéies (1570-15S0). Cabinet des Estampe? 



FEMME DE QUALITE DE VENISE 
Recueil tJaiofnéres 11570-15X0). Cabinet des Estampes. 





Kccueil Gaiffneies (1570-1580). Cabinet des Estampes 



DAME DE U(ll.U<iNK 

Recueil Gaigniircs (1570-15.S01. Cabinet des Estampes. 



I:HARILLEMKNT a L'f:POQUE DE LA RENAISSANCE. 



.73 



il est parlé de chapeaux de paille à la florentine et de chapeaux de paille garnis 
d'armoisin". 

Les dames de Turin en portaient qui étaient, dit Vecellio, de paille très fine, 
travaillée avec grand soin et d'un prix élevé'. 

Ce n'était pas une coiffure réservée aux élégantes; les paysannes de la Marche 
trévisane en avaient aussi, ainsi que celles des environs de Venise'. 

A Gênes, les femmes portaient des chapeaux à plumes''. 

Coiffées de hauts chapeaux, de plumes frémissantes, 
Elles s'en vont, fillettes et femmes 
Heureuses et le front haut. 

dit plus tard un poète'. Ces chapeaux à plumes coûtaient environ deux florins; 
un chapeau en satin cramoisi en valait trois''. 

A Sienne et, en général, dans toute la Toscane les chapeaux de femme étaient 
de forme ronde et en velours'; ils ressemblaient à des chapeaux d'homme si bien 
qu'il était d'usage de les ôter au moment de l'élévation**. 

Dans un portrait du Véronèse appartenant à la collection Lindsai (Dorchester 
House), on voit figurer une sorte de hennin tout garni de perles; dans un portrait du 
Titien qui représente peut-être Laura de Dianti, femme du duc Alfonso d'Esté, on 
voit une manière de turban décoré de fils de perles''. 

Les costumes des femmes du peuple dans la campagne romaine et dans le Napo- 
litain se rapprochaient de ce qu'ils ont été depuis ; souvent ils se composaient, 
comme ceux des femmes de qualité ou de la bourgeoisie, d'une robe de dessus ou 
pelisse ouverte sur le devant et laissant voir la robe de dessous, tantôt d'une robe 
unique ornée d'une bordure au bas, à manches justes terminées en entonnoir et cou- 
vrant un peu la main, à Ischia les manches du vêtement de dessus étaient larges et 
barbelées, celles du vêtement de dessous étroites. Le voile est la coiffure la plus 
habituelle, tantôt il pend sur les épaules, tantôt il enserre la tête. Souvent le costume 
étonne par sa richesse'". 

Voici comment le seigneur de Villamont, qui traversa à deux reprises l'Italie en 
l'année 1589 et était fin observateur", décrit le costume des Vénitiennes. 



paille existaient donc avant la date que 
la lettre sus-mentionnée semble indiquer 
et il est possible qu'il y soit question 
d'une certaine forme de chapeaux. Néan- 
moins dans les documents antérieurs à 
celui que nous citons plus haut, ne figu- 
rent jamais de chapeaux de paille. 
I. — Rome, Archiv. di Slato, Atti del 
governatore, sec. XVI, Prot,2i8, p. 1157. 
Montaigne vit à Florence en 1580, des 
chapeaux de paille qui coûtaient quinze 
soldi, alors qu'on aurait payé les mêmes, 
dit-il quinze livres en France. FI vit 
aussi « une procession de moines qui 
avoient quasi tous des chapeaus de 
paille ». Ed. d'Ancona, p. 386. 
3. — Vkcellio, fol. lOT, V. 



3. — Vecellio, fol. 178 v, 180 v. 

4. — Cod. Vat. Ottob. 2646. Récit du 
voyage du marquis GlUSTINIANI en 1606. 

5. — Gaspabe Gozzi, Opère SCI He, Na- 
ples, p. 428. Gozzi naquit en 1713 a Ve- 
nise et mourut à Padouc en 1786. 

6. — C. Mkrckel, / Bcni della fami- 
glia di Puccio Pucci, Bergame, 1897. 
p. 172. 

7. — Vecellio, fol. 231 v, 239. Collec- 
tion Gaignéres, Mulier florentina. 

S. — Montaigne Journal du Voyage, 
Ed. d'Ancona, p. 186. 

9. — Ce portrait se trouve actuellement 
en la possession de sir Frederick CooU 
■\ Richeniond. On l'a reproduit. 

10. — Vkcelmo fol. 36 V, 17S V, 180 v. 



191 V, 222 V, 238. Montaigne fit présent 
aux paysannes des bains de Lucqucs de 
tabliers en taffetas vert ou violet ou en 
êtamine, de coiffes de gaze, de colliers 
de perles, d'escarpins et de mules et il 
assure qu'elles étaient < mises comme 
des dames ». Ed. d'Ancona, p. 433. 
II. — Les Voyages du seigiuur de Villa- 
mont, p. 207. La date du voyage est in- 
diquée, p. 137. Il est assez curieux que 
I.asscis qui fut à Venise cinquante ans 
plus tard, ne fut guère frappe que des 
patins des Vénitiennes (II, 2671. Il donne 
comme explication de cette mode, celle 
dont on a dcj<^ parle. « Les femmes sont 
bellcsetellessouhaitcntd'avoir la mesnic 
réputation de fidélité que leurs maris. 



,;4 LA FEMME ITALIENNE. 

« Quant à Thablt des dames Vénitiennes mariées, il est assez joly et leurs robbes 
sont busquées devant et derrière, elles ont leurs cheveux blonds pour la plus part 
treissez gentillement et eslevés au devant du front en forme de deux cornes hautes 
quasi de demy pied, sans aucun moule de fer, ny autre chose qui les tienne sinon 
l'entre-lasseure gentille qu'elles y font, ne portans rien sur leurs testes qu'un voile de 
crespe noir qui pend beaucoup plus bas que leurs espaules n'empeschant pas que l'on 
ne voye la beauté de leurs cheveux, de leurs espaules et seins qu'elles monstres jusques 
quasi à estomach. Elles paroissent plus grandes que les hommes d'un pied à cause 
qu'elles sont montées sur des patins de bois couverts de cuir qui sont pour le moins 
d'un pied de hauteur, de sorte qu'elles sont contraintes d'avoir une femme pour leur 
aider à cheminer et une autre pour leur porter la queue et cheminant avec gravité s'en 
vont montrans leur sein, ce que font aussi bien les vieilles que les jeunes. Mais les 
Romaines, Milanaises, Neapolitaines, Florentines, Feraroises et autres dames d'Italie 
sont beaucoup plus modestes pour ce regard, car leurs patins ne sont pas du tout si 
haut et aussi ne découvrent-elles leurs seins. Quant aux veuves, elles sont toujours 
voilées et couvertes jusques à ce qu'elles soient remariées et les filles ne sortent jamais 
de la maison de leur père depuis l'aage de quatorze ans, jusques à ce qu'elles soient 
mariées sinon le jour de Pâques. » 

Les jeunes filles se recouvraient d'un voile blanc, qu'adoptèrent un moment les 
courtisanes, au grand scandale des autorités'. 

Les courtisanes furent contraintes de s'habiller fort sobrement sous le pontificat 
du pape saint Pie V, qui se montra rigoureux à leur égard et les obligea à habiter 
dans un quartier particulier; elles portèrent un long manteau de serge noire sem- 
blable à celui des veuves, retenu autour de la taille par une bande de toile blanche; 
il était plus court que le vêtement de dessous lequel était de soie brochée ; un voile 
de batiste blanche couvrait la tête et une partie du visage-. Cette simplicité dura peu. 
A la fin du siècle, leur habillement ne se distinguait que par un peu plus de profusion 
de celui des dames de qualité. " Par-dessus leurs robes qui sont de satin ou 
d'armoisin et qui tombent jusqu'à terre, dit Vecellio-\ elles portent des simarres de 
velours tout ornées de boutons; le corsage en est si échancré qu'il laisse voir la 
poitrine entière et le cou qui est entouré de perles et de colliers d'or avec une 
collerette de toile blanche. La simarre a des manches formées de bandes étroites; 
le bras est couvert par les manches de la soutane qui sont étroites. /> 

'< M'estant beaucoup esmerveillé, dit le seigneur de Villamont dans la relation 
que nous avons citée, comme les courtisanes sont tant honorées et licentiées 
de porter robbes de toille d'or où l'argent et d'autres riches estofes, bien est vray 
que pour les discerner d'avec les honnestes femmes le pape Sixte a fait une ordon- 

mais leurs grands sciappini ou patins soit par politique et que c'estoit une voye 2. — Vecellio, fol. 35. Pie IV leur 

les défigurent; j'en ay veu d'une demie adroite pour faire demeurer les femmes avait interdit les vêtements d'or ou 

aulne de haut; vous diriez qu'elles sont au logis ou les empeschcr d'aller bien d'argent, les broderies, le velours, le 

montées sur des eschasses, ce qui fait loin ou seules et en cachette. » cramoisi, le satin. Édit. du 8 décembre 

qu'ellesnesortent gueresàpied quedeux i. — Rapport de Loredan. Prov. aile 1563. Bibl. Casanatense, Coll. Bandi, 

femmes ne les soutiennent et comme je Pompe, 1598, 23 sept, cite par MOL- vol. I, n. 168. 

m'en plaignois, on me dit que cela se fai- MENTI, p. 300, note 2. 3. — Vecei.lio, fol. 36. 



LHABILLEMENT A LÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 173 

nance qu'aucunes d'elles ne fut si hardie d'aller en coche sur peine de cent escus 
pour la première fois et dé la corde au carocher et de la vie à la seconde ' . // 

Coryat décrit ainsi le costume d'une courtisane de Venise auprès de laquelle il 
avait été introduit (1608)" : '< Elle était parée, dit-il, de chaînes d'or et de perles, des 
anneaux d'or et de pierres fines pendaient à ses oreilles, sa robe était de damas ornée 
d'une fratige d'or de deux pouces de largeur; la jupe était de soie rouge; les bas 
étaient de camelot ; son haleine et toute sa personne avaient une odeur délicieuse. Sur 
la tête elle portait une manière de petite pyramide'. ,, 

Les courtisanes italiennes et surtout les romaines avaient une prédilection mar- 
quée pour le costume masculin et presque toutes possédaient, comme la Cleopatra, 
un travestissement de ce genre dans leur garde-robe. Ce n'est pas que les Ipis ne leur 
en défendissent l'usage. Se fondant sur le verset du Deutéronome (XXII, 5) qui 
déclare abominable cette pratique, le Saint-Siège avait interdit aux femmes, en 1522, 
de s'habiller en hommes''. Néanmoins les courtisanes qui, jusqu'au temps de Pie V, 
eurent liberté d'en usera leur fantaisie à Rome, ne se faisaient pas faute de violer les 
règlements. La Nanna, dont l'Arétin raconte les aventures, sortait ainsi et montait à 
cheval en homme dans les rues de la villes Dans les interrogatoires de courtisanes 
impliquées dans des affaires de batterie, il est souvent question de ces vêtements mas- 
culins''; l'une d'elles poussa même la hardiesse jusqu'à se présenter en costume 
d'homme chez le magistrat qui l'avait convoquée"! 

Le costume était seyant, au reste, et l'on conçoit que les femmes qui faisaient 
métier de plaire, s'en vêtissent volontiers. Voici la description qu'en donne la cham- 
brière d'une courtisane** : " Ma maîtresse avait des pantalons et une casaque bleu 
turquin, relevés d'or et d'argent, des bas de soie verte, un manteau de drap madré 
et une toque de plumes. » Cet accoutrement cavalier était presque toujours agré- 
menté d'un poignard au côté, quelquefois un serviteur suivait portant l'épée'^ 

Il aurait été cruel de renoncer à se vêtir de la sorte, aussi les courtisanes 



:. — Les Voyages du seignettr de Villa- 
mont, éd. 1607, p. 88. 

2. — Coryat's Crudities..., U, 38. 

3. — Cf. Vecellio, fol. 201 : « Les pros- 
tituées de Bologne ont coutume de por- 
ter un manteau de satin blanc tombant 
jusqu'à terre avec une petite traîne et 
des manches fendues dans !a longueur 
et fermées par des cordons de soie. Ces 
manches, de même que le devant de la 
robe, sont fermées pardes boutons-joyaux 
d'or. Sur la tête, elles mettent une pièce 
d'armoisin noir qui est retenu sur les 
cheveux du front par une agrafe et se 
rejoint sur la poitrine où un bouton d'or 
en- retient les extrémités. Elles portent 
des perles aux oreilles et s'ornent le front 
de leurs cheveux frisés. » 

4- — Le texte de cette ordonnance a 
disparu mais il en est fait mention dans 
le registre des Taxa; Maleficiorum (Bus- 
ta I, fase. IV, p. 47). Deux giuli • pro 
ûaiinu blasfemiae et ludi, ni conlru iitii- 



lieres itthonestas... ne se vesiiani liabitu 
virili :. Vives, Dell' Ufficio del Marito, 
Milan, 1561, p. 85, traduction italienne, 
s'eléve contre cette coutume. A Bologne, 
le cardinal légat Giustiniano lit même 
défense. Banda générale, 23 juin-ij juil- 
let 1610. Bologne, cap. xxviii. Cette 
prescription fut observée apparemment 
car elle n'eut pas besoin d'être renou- 
velée; les edits suivant» ne la reprodui- 
sent pas. 

5. — Ragionamenti, Bengodi, 1584, 
p. 1:2, 156, 167, 174, 217. 

6. — Par exemple : Rome, Archiv. di 
Stato, Investigaliones, vol. ai, an. 1544. 

7. — « Examinata fuit in officio meo 

Angela hispana induta habitu virili • 
(30 mai 154S;, Rome, Archiviodi Stato, 
Investi gationes , vol. 28, p. 246. 

8. — Ibid., Atti del Governutore, Prol. 
222, fol. sio, sec. XVI. 

9. — Rome, Archivio di Stato. Selatione 
(lii Birri, vol. Vlll, 83, 84. yO, /i«SM»i. 



Cf. Belgrano, p. 457. Les dames fran- 
çaises, à dire vrai, etmême lesmoins des- 
honnètes, affectionnaient ce déguise- 
ment; Brantôme (Les Femmes galantes. 
3' discours, IX, 313), leur en fait un 
doux reproche : < Voilà pourquoi il n'est 
point séant qu'une femme se garçonne 
pour se faire montrer plus belle, si ce 
n'est pour se gentiment adoniser d'un 
beau bonnet avec la plume à la guelfe 
ou gibeline attachée, ou bien au devant 
du front, pour ne trancher ny de l'un 
ny de l'autre, comme depuis peu de temps 
nos dames d'aujourd'huy l'ont mis en 
vogue, mais pourtant à toutes il ne sied 
pas bien; il faut en avoir le visage pou- 
pin et fait exprés, ainsi que l'on a vcu 
à nostre reine de Navarre qui s'en acco- 
modoit si bien, qu'à voir le visage seu- 
lement adonise, on n'eust sceu juger de 
quel sexe elle tranchoit, ou d'un beau 
jeune enfant, ou d'une très belle dame 
qu'elle estoit. • 



176 



LA FEMME ITALIENNE. 



romaines se laissaient-elles infliger les plus sévères châtiments plutôt que de se plier 
aux ordres de l'autorité pontificale. L'Impéria fut fouettée de verges le 22 sep- 
tembre 1570 pour avoir été trouvée dans les environs de Rome en costume masculin': 
donna Bernardina, qui portait des pantalons et un béret, fut enfermée à la Torre di 
Nona (1598), donna Ginevra, donna Diamante eurent le même sort l'année suivante'. 
En 1604, un officier de police rencontra, près de la fontaine di Trevi un homme à 
cheval avec une femme en croupe, vêtue en homme. Il conduisit celle-ci, qui s'appe- 
lait Bellina, en prison, mais n'osa en user de même à l'égard de l'homme parce qu'il 
appartenait au cardinal Aldobrandini'. 

Les femmes honnêtes suivaient parfois l'exemple, telle la fille du Tintoretto, 
Marietta, née en 1560, que l'on prit même pendant un temps pour un garçon''. Une 
autre, orpheline et maltraitée des siens, s'habilla en homme et alla au loin gagner sa 
vie (1590)'. 

Les nonnes elles-mêmes ne résistaient pas à la tentation ; le goût qu'elles avaient 
de se mettre en homme était si fort qu'au xvi^ siècle elles trouvèrent moyen de tourner 
la défense qu'on leur en avait faite, en organisant des comédies où elles jouaient des 
rôles masculins''. Saint Charles Borromée s'opposa à ce caprice et interdit, dans sa 
réforme des règlements monastiques, que sous prétexte d'amusement les nonnes se 
permissent de danser, de s'habiller en homme ou de se travestir'. 

Hors des couvents à tout le moins la mode persista; un prédicateur du xvii^ siècle, 
le dominicain Girolamo Fazello, s'élève contre la manie qu'ont, dit-il, les femmes de 
son temps, de tailler leurs robes et leurs collerettes de façon à avoir l'air de soldats^. 
Au XVIII'' siècle, les femmes se rendaient dans cet accoutrement, au spectacle, voire 
même à la messe''. 



V HABILLEMENT AU XVIP ET AU XVII P SIÈCLES 



A partir du commencement du xvil^ siècle et jusqu'à la période révolutionnaire, 
le costume italien, du moins dans les classes élevées, n'eut plus aucune originalité ; 



1. — Cod. Vat. Urbinate, 1041, p. 488. 
Il ne faut pas confondre cette Imperia, 
avec la courtisane fameuse du com- 
mencement du siècle qui était morte en 
1511 à vingt-six ans. FORCELLA, Isc. di 
Roma, n, 104, n. 287. 

2. — Kome, Archivio di Slato, Taxas 
Maleficiorum, Busta II, fasc. VHI, p. 4 
et suiv. 

3- — Rome, Archivio di Staio, Relazio- 
ni dei Birri, vol. VII, p. 176. Les cour- 
tisanes se plaisaient à aller à cheval par 
les rues de la ville bien que ce leur fût 
interdit. Caterina, courtisane grecque, 
répond dans son interrogatoire (31 mai 
1544) : « Je me divertis comme les autres 
femmes; depuis vingt jours je sors à 
cheval, en selle et non en croupe, tantôt 
avec l'un, tantôt avec l'autre, avec Vitel- 



leschi, Benzoni et des gentilshommes 
que je ne connais pas. » Une autre fois, 
elle fit une promenade en croupe d'un 
gentilhomme et alla faire nargue à une 
de ses camarades. Rome, Archiv. di 
Staio, Investigationes, vol. 22. p. 104. 
Ibid. Relazioni dei Birri, vol. VII, p. 96. 

4. — Carlo Ridolfi, Le Meraviglie 
delf Arte, Padoue, 1837, II, 25g. 

5. — Rome, Archivio di Staio, Atti dcl 
Governatore, Sec. xvi, Prot. 237, p. 33. 

6. — « Moniales diebus bacchanaîium, 
nec unqiiam, utt debent habitu viriïi, 
neque arma ctijitsvis speciei traciare. 
Hoc est odibile Deo. » Ferearis, Biblio- 
theca canonica, Rome 18S9, V, 666. 

7. — Costituzioni e Scgole dei Monas- 
tère di s. Paolo in Milano formate da 
s. Carlo Borromeo, Milan, l6a6, p. iS, 



§ IV, Délia Castità. 

8. — Fazello, Prediche Quadragesi- 
mali, Venise, 1692, p. 221. Le poète Doti 
parle de même, mais avec plus de liberté. 
Satire, Amsterdam, 1790, Part. I, p. 59 
et 60. 

9. — Valesio, Diario, Archivio Stor. 
Naf. Capitolino, Cred. XIV, vol. 18, 
p. 226, à la date du 30 m.ii 1731. 

« E siato affisso Editio per il Drumma 
intitolato la Cleomene da recitarsi sabato 
nel Teatro Alibert, ttel quale si vieta aile 
donne di andare in platea vestiie da 
huomini. Inoltre non possano le dame 
tenere piii di un servitore fuori dei pal- 
chetto." Et, à la date du 25 juin 1731, 
p. 230. 

< Essendo costume délia principessa di 
Carbognano allorche c in villeggiatura 



COSTUMES DU XVI' ET DU XVII' SIECLES. 




ITALIENS IXVll» Siècle.) 

Cabinet des Estampes. Costumes de l'Italie septentrionale. 



<• .M.^NIKRK DE SK PRO.MESEH ' 

Cabinet des Estampes. Costumes de l'Italie centrale. 




UU.SSF. ....// MMSl < \li.l 1 111 I - 

A\-ec se^ lillcs et ses -cendres. (I.itla.» 



iNKi M iM il-.ih Cûlonna, morte en 1655.) 
Konie. Cïalcric Colonna. (Litla.) 



L'HABILLEMENT AU XVII' ET AU XVIII' SIÈCLES. 



•77 



c'est le goût français qui règne presque sans conteste'. On cessa de mettre des 
robes dont le corsage, les manches et la jupe étaient de couleur différente pour 
se vêtir d'une même étoffe comme en France'. Les femmes de Gênes adoptèrent, 
il est vrai, pour un temps les manteaux polonais, se coiffèrent à la turque, eurent des 
trames à l'espagnole^; à Naples, on voulut imiter les modes de Madrid, mais en 
fait, c'était la façon de s'habiller des Françaises qui l'emportait. 

« Du temps que Madame de Besançon était à Venise, dit de La Haye, les 
Vénitiennes s'étudioient fort à la copier et recherchoient avec soin toutes les modes 
qu'elle avoit apportées de France... Dans leurs maisons, dit-il encore, elles sont 
somptueusement vêtues de brocatel et d'autres riches étoffes et s'habillent et se 
mettent toutes à la Française. » (1685)''. 

Se délecter aux livres galants, se conformer aux modes françaises, se rendre au 
bal avec un chevalier servant, fréquenter peu les églises et assidûment les réunions, 
semblait aux Bolonaises être la suprême élégance', et Parini (1729- 1799) reconnais- 
sait avec amertume que ses compatriotes devaient aller prendre des leçons de goût 
et de toilette au delà des Alpes et qu'il fallait renoncer à entrer en rivalité avec le 
génie de la France du moins sur ce point*'. 

Toutefois il en coûtait cher de se conformer à ce goût. 

Toute mode parisienne 
Augmente les dettes et la dépense 
Et plus d'une se ruine 
Pour être à la française. 
Dame mode et dame élégance 
Sont deux sœurs jumelles 
Qui sont la cause funeste 
Que plus d'une a mal fini. 

disait Dotti (1642- 171 2)'. 

Mais comment se serait-on soustrait à la mode française? Elle s'imposait aux 
femmes même qui pensaient s'en affranchir. Voici ce que rapporte Lalande, lequel 
parcourut l'Italie en 1767 : 

« La fureur des femmes de condition (de Florence) est de prendre les modes 
angloises, mais comme elles ne les prennent que des Angloises qui viennent séjourner 
à Florence après avoir passé quelque temps à Paris, elles se trouvent avoir adopté 
dans le vrai nos modes parisiennes, travesties seulement par les Angloises*. » 



andare in abito da uomo^ ed essendo ora 
in Alhano il Vescovo Card. Pico, a 
tenore deffli antichi canoni, ha vietato 
che in iale abito sia ammessu in chiesa. 
Di ciô alla principessa gli è slato faiio 
anche precetio dalla Segreieria di Statu 
di Roma. a 

1. — « Les Italiens détestent les Fran- 
çais et s'habillent comme eux », disait 
au commencement du XVII" siècle Priuli 
(cité par MutincUi, p. 91). 

2. — Du moins, Rinuccini l'afTirme 



(p. 280). Il dit qu'on avait en son temps 
(1665) complètement abandonné les 
modes espagnoles pour les modes fran- 
çaises. 

3. — Bei.geano, Délia Vita Privata dei 
Genovosi, p. 277, 28g. 

4. — Lm Politique des Vénitiens, p. 47. 
Sur les modes au commencement du 
xvill* siècle, voir Relasione (1703) délie 
mode corrcnti, fatta ad una dama che 
ne fa istanza ad un cavalière pcr sua 
istriizionv. Publie par A. Albkrtazzi 



pour les noces Carducci-Masi. Bologne, 

1889, in-8". 

S. — Albkrtazzi, Relaeionedclle Mode, 

Bologne, 18S9. Fkati, La Donna Ita- 

liana, p. 47. 

(). — G. Parini, Opère... a cura di 

F. Rcina, Milan, 1825, I, 84. 

7. — Il r.iille aussi la coutume qu'avaient 

les femmes de montrer leurs seins. ,Sa- 

tire, Amsterdam, 1790, Sat, ix. Part. I, 

p. 133. 

s. — Voyage d'un Français, II, 363. 



1-jS LA FEMME ITALIENNE. 

On adopta successivement les gants glacés, les vertugadins, les falbalas et plus 
tard, les paniers'. Le portrait de Lucrezia Colonna par Van Dyck, celui de Marie 
Mancini Colonna par Netscher, de même, en ce qui concerne le siècle suivant, que 
celui de la princesse Rospigliosi par Maratta (1625- 17 13), montrent la grande similitude 
entre les vêtements des femmes italiennes et des femmes françaises. Le turban était 
encore de mode^ 

Les modes changeaient d'ailleurs en Italie à l'unisson de la France; chaque 
saison en voyait de nouvelles \ 

Tous les printemps à Venise, le jour de l'Ascension, qui était, on s'en souvient, 
celui où se contractaient les inariages, le tailleur en vogue exposait dans sa boutique 
une poupée envoyée de Paris et habillée à la dernière mode; on faisait queue pour 
la voir et chaque femme s'empressait d'en copier le costume^. Il en était de même à 
Bologne. La passion qu'avalent les Bolonaises de se vêtir à la française était si grande 
qu'elle durait encore à la fin du siècle'. 

« Quant aux femmes (de Bologne), dit Lalande, elles y sont jolies ; celles du 
premier rang sont habillées à la françoise; les bourgeoises portent des vestes 
boutonnées avec des manches en botte, à peu près dans le goût de nos dames 
lorsqu'elles s'habillent en Amazones; elles se couvrent outre cela, comme à Modène, 
d'un zendado dont elles se ceignent la taille, et qu'elles ajustent de manière qu'on 
peut encore entrevoir la physonomie... 

« Les femmes de la campagne, portent les cheveux nattés, avec un chapeau 
de paille et ont la gorge couverte d'une collerette de batiste dont le tour est garni 
d'une petite dentelle''. » 

Pourtant à Bologne même il existait certaines modes particulières ; celle, entre 
autres, de s'habiller tout de noir comme naguère à Venise'. « Les femmes du peuple, 
dit le président de Brosses*^, s'enveloppent de la ceinture en bas d'une pièce de taffetas 
noir et de la ceinture en haut, y compris la tête, d'un vilain voile ou écharpe de pareille 
étoffe qui leur cache le visage. C'est une vraie populace de fantômes. » 

En 1644, Buoninsegnl leur avait donné le conseil d'avoir des robes courtes ne 
dépassant pas les bottines, mais il ajoutait que les semelles des bottines pouvaient bien 
avoir une pique de haut. Les perles, dit-il encore, et le sel sont deux produits qui 



1. — Les vertug-ales ou guardinfante 
avaient disparu après la peste de 1657. 
Belgrano, p. 277. Louis Guyon, sieur 
delà Nauche, Les diverses Leçons, Lyon, 
1626, 1, 237, dit: < Les robbes des femmes 
estoient amples et plissées et les man- 
ches estoient si amples qu'un bouc eust 
bien entré dedans, et une queue à leurs 
robbes qui estoit constamment long-ue 
de six pas et assembloyent sous icelles 
quand elles les trainoyent dans les 
grandes sales ou enlise, force stercores 
ou crottes de chiens, poussière, fang-e et 
autres saletez. » 

2. — Portrait de la Sibylle de Cumes 
par le Dominicain (musée du Capitole). 

3. — Malamani, La Musa popolare Ve- 



neziana, giorn. Stor. délia LeUeraiure 
riulia-.ia, vol. XII (18S8), p. 155 : 

Ogni stagione, amici, 
Vien fora qitalcke tnoda 
Che la sia sbrica o soda 
Tute le vol ior su.... 

Rinuccini (p. 279) dit qu'il ne saurait, 
tant elles se succédaient rapidement, non 
seulement les décrire mais même les 
mentionner toutes. 

4. — Yriarte, Un Patricien de Venise, 
p. 58. MOLMENTI, LaStoriadi Venezia, 
p. 403. Au siècle suivant, comme on 
verra, le goût avait changé. 

5. — Le président de Brosses, parlant 
des femmes de Bologne en 1739, écrit 



(I, 229) : 1 On leur envoie journellement 
de grandes poupées vêtues de pied en 
cap à la dernière mode et elles ne por- 
tent point de babioles qu'elles ne les 
fassent venir de Paris. » Les modes de 
Bologne étaient celles de Paris, dit 
E. Masi, La Viia e i iempi di Fr. Alber- 
giiii, Bologne, 1SS8, p. 93. LAt,ANDE, 
II, 121, rapporte que l'art de faire le 
crêpe y était remarquable. 

6. — Lalande, Voyage d'un Français, 
II, 128. Voir Appendice, Vêtements 
xxxvi. 

7. — E. Masi, loc. cit. 

8. — Lettres familières , I, 229, 256. La- 
lande, parle de même. Voyage d'un 
Français, passage cité plus haut. 



LHARILLEMENT AU XVII' ET AU XVI II" SIÈCLES. 



'79 



ont une même origine, la mer; celles qui n'ont pas l'un se parent habituellement de 
l'autre'. » 

A Turin, les femmes devançaient les modes françaises, du moins pour la coiffure. 
Alors que les dames de la cour de Henri IV et de Louis XIII ne portaient sur la tête 
que des ornements très simples et se bornaient à onduler leurs cheveux, les Turinoises 
se composaient déjà les coiffures les plus compliquées ; elles accumulaient « les 
voiles, les fleurs et mille autre galanteries », comme l'écrivait en 1605 le peintre 
Zuccari'. « Leurs voiles, ajoute-t-il, sont retenus par des joyaux en forme de roses, 
composés de rubis, de perles, de diamants; ils sont couverts de je ne sais combien 
de mouches noires, grillons, papillons de verre ou d'autre sorte qui rappellent les 
amants dont on voit l'essaim voltiger autour d'elles. Les unes portent des voiles 
blancs, les autres des voiles azurés, ou jaunes ; parfois ils sont couverts de fleurs. 
Sur le front s'avancent deux autres voiles dont l'un dépasse l'autre. Autour du cou, 
elles ont la collerette accoutumée en cendal. 

« Du vêtement, je ne vous dirai rien, si ce n'est qu'il n'y a rien de si somptueux ; 
ce ne sont que brocart, soie, velours, toile d'or et d'argent, ganses et broderies d'or 
et de perles surchargés de chaînes, de bracelets, de fils de perles, de pendants; et je 
ne parle pas des fourrures. » 

Misson qui visita l'Italie en 1688, décrit ainsi le costume des femmes d'Ancône^ 
« Les petites bourgeoises portent une manière de toilete (sic) sur la tête avec une 
longue frange qui leur accompagne le visage et qui leur en chasse les mouches, en 
guise de caparasson. Le corps de robe est rouge ou jaune, lacé de quatre costez et 
chamarré d'un galon de livrée. La taille courte, la jupe de même et tout cela de cin- 
quante couleurs. Les grosses dames sont ajustées et enfontangées tant qu'elles 
peuvent à la françoise, mais pour dire la vérité, leur singerie a quelque chose de plus 
grotesque que la manière naturelle des autres''. » 



I. — Contro il Lusso Donnesco, Satiie 
Menippea delSiff. Franc. Buoniksegni, 
Venise, 1644, p. 35, 50. Et encore, même 
page: 

/ corpi délie donne, 

Che corrono alla /esta 

Con cosi ricche gonne, 

Con tante gioie in testa. 

Son cuppanne du fieno 

Coperte con bussissimo lavoro 

Di tegole, di perle, e docci d'oro. 
a. — Dans une lettre adressée à son ami 
Pierleone Casclla le 6 février 1606. Fe- 
derico Zuccari avait parcouru de 1603 à 
1605 toute l'Italie septentrionale. V. I,AN- 
CIARINI, Il Passaggio per l'Italia con la 
Dimora in Parma del Sig. Cav. F. Zuc- 
caro, Rome, 1893, p. 39. 

3. — Nouveau Voyage, I, 338. 

4. — Même luxe exagère à Naplcs. 
Trousseau de Jolanda Margherita de 
Savoie, fille de Victor Amédée, femme 
de Ranuccio Farnese, 28 avril 1660, Na- 
ples, Archiv. di Stato, Arch. Farnese, 
Biista 1325, fasc. IX: « Vêtements. Une 



robe de satin feuille morte frarnie de 
broderies d'or et d'argent représentant 
de grandes fleurs, une robe de satin rose 
garnie par devant de deux « chemins » 
de broderie d'argent, une robe de satin 
blanc à fleurs garnie par devant de six 
chemins de broderies avec des agréments 
noirs, une robe de moire bleue garnie 
par devant de huit chemins de broderies 
d'or et d'argent, une robe de brocard ar- 
gent et bleu à fleurs d'or et d'argent 
garnie d'ornements d'argent, une robe 
de brocard d'or et d'argent à fleurs de 
couleurs éteintes, une robe de brocard 
de soie à fleurs blanches. Une jupe de 
satin garnie d'une broderie large d'ar- 
gent. Une jupe de moire gris de lin à ra- 
mages garnie d'une broderie d'or et 
d'argent, une jupe de satin inc-irnat 
d'Espagne brodée de boules noires et 
blanches, une jupe de drap d'argent à 
fleurs garnie d'agréments or, argent et 
incarnat. Une robe d'intérieur de drap 
d'or à fleurs garnie de deux chemins de 
passementeries d'or et d'argent avec deux 



doublures, une de taffetas incarnat pour 
l'été, l'autre de panne de même couleur 
pour l'hiver, une robe de nuit de soie à 
fleurs incarnat toute fourrée et brodée 
d'hermine. Un justaucorjis de drap d'or 
et d'argent garni d'hermine pour l'inté- 
rieur, un justaucorps de satin blanc ou- 
vragé. Un manteau de satin blanc im- 
prime garni d'une frange d'or etd'argent, 
double et bordé d'hermine. Une brassière 
de toile à fleurs, garnie d'un ornement 
d'argent, un manteau de camelot gris à 
ondes avec galons, boutons gros et pe- 
tits et ganses d'or et d'argent, un man- 
teau de drap de Hollande gris cendré 
doublé de tahis avec des boutons d'or et 
d'argent, un manteau de satin de Calabrc 
avec doublure de tabis et boutons d'ar- 
gent, une paire de bas en soie d'Angle- 
terre, une paire gris perle, une paire de 
souliers brodes et garni de deux roses, 
une paire de pantoufles de brocart d'or 
garnie d'ornements, des collerettes gar- 
nies de points d'Angleterre, treite paires 
de gants avec galons d'or, d'argent et 



i8o 



LA FEMME ITALIENNE. 



A Rome, la lutte se poursuivait entre les femmes et les pouvoirs publics ; main- 
tenant que les magistratures populaires étaient diminuées, c'est au Saint-Siège 
qu'elles avaient affaire et la partie fut rude. 

Sixte-Quint, considérant que les ordonnances rendues par ses prédécesseurs, 
Clément VII en 1523, Pie IV en 1559 et 1563' et Pie V en 1567* n'avaient guère 
été observées, minime fiierant observatœ, enjoignit au conseil communal d'en 
rédiger une nouvelle (1586)5. Toutes les vieilles prohibitions se retrouvent dans cette 
pragmatique, interdiction de mettre des boutons, des cordons, des rosettes aux robes, 
de porter des soutanes en étoffes d'or ou d'argent, d'avoir des boucles d'oreille 
ornées de pierreries ; au bout de deux ans de mariage, les nouvelles mariées durent se 
mettre in panni c'est-à-dire renoncer aux étoffes de prix; les plumes, les plumets, 
les broderies, les dentelles, tous les ornements étaient supprimés. 

Les prescriptions du conseil communal, quoique sanctionnées par le souverain pon- 
tife, restèrent lettre morte. Bien plus, l'usage s'introduisit bientôt pour les femmes 
d'aller, comme à Florence ■*, les bras nus et la poitrine découverte ; elles soutenaient 
que c'était la mode de Paris ; Innocent XI résolut de mettre un terme à ce scandale et, 
à cette fin, il fit donner ordre aux sbires de saisir dans toutes les blanchisseries 
les chemises de femmes qui seraient trop décolletées ; le butin fut, paraît-il considé- 
rable (1679) \ Mais le pape avait compté sans la reine Christine qui se trouvait alors à 
Rome. « Une fois qu'elle alloit voir le pape, dit un de ses biographes, elle voulut lui 
faire pièce en faisant semblant de lui obéir ; elle se fit habiller, et toutes les dames 
de sa cour, d'une sorte de robe qu'elle appella Innocentiane ; c'estoit justement des 
vestes longues et traînantes jusqu'à terre, closes pardevant, avec des manches étroites 
qui arrivoient sur le poignet, et autour du col à peine y voyoit-on le collier de perles. 
On ajouta à ce bel habit quelques agrémens de plis et de dentelles; avec tout cela la 
Reine les ayant fait passer en revue aucune ne se pouvoit contenir de rire, mais les 
autres dames romaines qui les virent, en rirent comme des folles, et dirent que la 
Reine pouvoit faire le singe tant qu'elle voudroit, mais qu'elles ne vouloient point 
faire les guenons en l'imitant''. >/ 

La reine eut, ce semble, gain de cause car, lorsque Brooke visita Rome, 
vers 1800, il remarqua la beauté de leurs épaules et de leur poitrine et ajoute : 
« aussi ont-elles grand soin de les tenir à découvert' ». Mais il se peut que ce fût 
là le résultat des mœurs républicaines introduites depuis deux ans. 

On n'avait pas, d'ailleurs, cessé de bataillera En 1730, le pape Clément XII, 



de couleurs diverses, trente-un peignes, 
dont quatre d'ivoire, six d'écaillé, quinze 
de buis, six « dits en canne » ; six éven- 
tails d'ècaille et d'ivoire ouvrage; trois 
douzaines de chemises de Hollande de 
jour garnies de dentelle de Flandre. » 
I. — Bibl. Casanatense, Coll. Bandi, 
vol. I, n. 168, en date du 8 décembre 1563. 
3. — Bulle : « Quonhim vos phtrics » 
Grand BuUaire, VII, 596. 
3. — Bulle : « C«J« in unaqiioqite » du 



23 décembre 1586, Lxxvni. Bullaire, 
VIII, 819. Cf. MoRONI, Dis. d'Eriid., 
XL, 178. Innocent XII, dit Moroui, voulut 
modérer le luxe mais il en fut empêche 
par les étrangers qui vendaient leurs 
marchandises à Rome. 

4. — KmvccunMicordiStorici^CoHsidc- 
razioni sopra ï'nsfinze mntnte...,^. 2S0. 

5. — A. Ade.mollo, / Teatri di Roma 
tiel secolo XVII, Rome 1888, p. 158, 
note 1. Lettre de Paolo Negri au mi- 



nistre San Tommaso de Turin en date 
du 25 octobre 1679. 

6. — Histoire des Intrigues galantes de 
la reine Christine de Suéde et de sa Cour 
pendant son séjour à Rome. Amsterdam, 
1697, p. 290. 

7. — Brooke, Voyagea Naplcs... p. 73. 

8. — Clément XI publia un nouvel édit 
pour refréner le luxe le 1=' février 1703. 
Bibl. Casanatense, Coll. Bandi, vol. XX, 
n. 195. 




I 



LHABILLEMENT AU XVI l" ET AU XVII h SIÈCLES. 



i8i 



chargea le cardinal Albani « de modérer le luxe, cause de scandale et de perdition//. 
Il défendit tous les ornements en or, galons, passementeries, franges, broderies, den- 
telles, les chaussures trop riches', sous peine de confiscation et d'une amende de trois 
cents ducats . 

Six mois étaient accordés à ceux qui possédaient des vêtements contraires à 
l'ordonnance pour s'en défaire. A vrai dire, elle contenait une clause qui en diminuait 
singulièrement la portée ; elle n'était applicable ni à Rome, ni à Bologne, ni à 
Ferrare-. 

Le 20 février suivant (1731) fut publié un autre édit presque identique mais qui 
interdisait, en outre, les broderies de soie et n'autorisait les étoffes de velours et de 
damas qu'autant qu'elles auraient été fabriquées dans les Etats pontificaux'. 

Seules, les femmes de condition médiocre, celles que les couvents et les corpo- 
rations avaient dotées et qui n'avaient, comme on a dit, que trop de pente à dissiper 
en dépenses d'apparat, un avoir facilement acquis, étaient astreintes aux exigences 
de la loi-*; les ornements de toute nature leur étaient défendus, ainsi que les bijoux 
faux; on les obligeait à ne porter que des robes simples, d'étoffe grossière, « de 
couleur modeste » (1703). Ces ordonnances furent renouvelées et complétées par 
Clément XII (24-25 mai 1731)'. 

Chose assez curieuse, il fallut qu'au Ghetto, les chefs de la communauté fissent 
eux-mêmes une pragmatique pour empêcher les femmes de dépenser en vaines 
prodigalités l'argent si péniblement acquis par les leurs. La première loi somptuaire 
de ce genre qu'on connaisse est celle de 1661*'. Elle est d'une minutieuse et cruelle 
rigueur. Plus de bijoux précieux, de colliers à cinq et six rangs de perles, de bagues 
à tous les doigts ; un seul collier au cou, un seul bracelet au bras, un seul anneau 
sans chaton au doigt^, à l'éventail une chaîne d'argent fort simple; le tout ne 
dépassant pas la. valeur de quatre-vingts écus; plus de résille d'or ornée de perles 
dans les cheveux, ni d'épingles richement travaillées; un filet de quatre écus, une 
épingle surmontée d'une seule perle de six écus au plus; plus de perruques^, plus 



1. — La variété et la richesse des 
chaussures étaient grandes à Rome au 
x\^^ siècle, on en a la preuve dans l'in- 
ventaire d'une boutique de chaussetier- 
cordonnier, fait à Rome en 1642. Archiv. 
Stor. Capii., Sez. 8, Atti Franceschini , 
ad. an. 1642, p. 124. 

2. — Bibl. CsLS.,Coll.Bandi, vol. 32, n. 72. 
t La continua... vigilanza con eut X. S. 
procura di provvcdere al ptiblico bene 
dei suoi sudditi ha ecciiato la Santità 
sua a dure l'opporluno riparo ai gravi 
danni cagionaii dtiW eccedente lusse. 
Onde ci ha ordinato di publicarc il pré- 
sente Editto col (jualc d'ordiue espresso 
delta Suntità Sua proibiamo che dal I 
del futuro Marzo ly^I in poi ninna per- 
sona di qualsiasi grado o condizione... 
passa ritvni rc ni; pvr truffico e ncgozio, 
neper uso proprio dcnîro lo Siato EcclC' 
siastico, acccttnate Roma, Tiolngna e 
Ferrara... atcunacosa con oroo argento 



Jilato ne in Gallonio Merletti, o frangie, 
ne in Ricami o Broccati, o Sioffe o 
Drappi tessuti con oro o argento si nuovi 
che vecchi, ed inoltre anco merletti si di 
seta che difilo lavoraii fuori dello Stato 
Ecclesiastico, soito pena délia perdita di 
taie robe e scudi 300 per ogni contra- 
venzione... Sotfo le inedeshne pêne proi- 
biamo ai sartori di lavorare e ritenere 
nelle loro botteghe dette robe. ■-> 

3. — Bibl. Casanatense, Coll. Bandi. 
vol. 32, n. 148. « ... Ordiniamo ancora 
che niuno negti abiti passa usare ricami 
di seta, o contrat tagli o altro ornnmcnto, 
e che le vesti si di veltuto che di damasco 
o altro drappo debbono essere di robe 
lavorate dentro lo Slato Ecclesiastico... » 

4. — Édit du I" février 1703. Uibl. 
Casanatense, Coll. Bandi, vol. 20, n. 195 ; 
cet édit rappelle celui d'Innocent XI 
ayant le même objet. Cf. Diario dcl Va- 
lesio,k la date du 20 février l73i.^lri;/i/«'. 



Stor. Capit., Cred. XIV, vol. 18, fol. 210. 

5. — Voir Appendice, VOtements xxxvii. 
En 1769, parut un ouvrafjc anonyme in- 
titulé : Lettcra critico morale in ordine 
al lusso immoderato délie donne c dclV 
andare in chivsa col capo scoperlo. 

6. — Pragmatica da osscrvarsi dalli 
Ebrei di Roma. (Nella siamperia délia 
revcrenda Caméra apostolica, 1661.) 
Puis, on lit : Die aS maij 1661, affixum 
fuit in scolis solitis ffi brcorum Urbis 
per me Franciscum Afessolum Mandat. 

7. — Pour les femmes mariées seulement 

8. — « Les femmes couvrent leurs che- 
veux d'une perruque ou de quelque coif- 
fure qui ressemble à des cheveux natu- 
rels, g:.iTdant la mode du pays pour 
rcxtcricur, mais elles se précautionncot 
fort pour ne point l.tisser voir leurs 
propres cheveux. » dit LliON DE Mo- 
DÈNE, Paris, 1681, (!'• partie, p. 11). En 
cela la n^ode n'avait pas change. 



,82 LA FEMME ITALIENNE. 

de franges gracieuses sur le front, plus de plumes au chapeau ; des robes sans 
passementeries d'or ou d'argent, sans broderies, sans dentelles, ou très simples, 
en laine ou, à la rigueur, en soie, pourvu qu'on pût arguer que l'étoffe était de 
seconde main. Les vêtements du dessous ne devaient pas être plus luxueux. A ces 
règles, les femmes étaient obligées de se conformer dès l'âge de treize ans, où on 
les considérait comme nubiles. 

La pragmatique de 1661 devait rester en vigueur cinq ans; elle servit de 
prototype aux pragmatiques suivantes'; parfois même, on se contentait, lorsque 
la période quinquennale était expirée, de proroger la pragmatique précédente en lui 
faisant subir simplement quelques retouches'. Ce n'est que de nos jours, au commen- 
cement du siècle, que cette réglementation si vexatoire a été définitivement abolie. 
A Venise, les ordonnances s'étaient succédées avec une régularité qui montre 
leur peu d'efficacité : 1613, 1627, 1631, 1634, 1639, 1641, 1653, 1663'... On 
défendit les manches longues et pendantes, les queues aux robes, soit qu'on les 
laissât traîner sur le sol, soit qu'on les attachât aux vêtements, soit qu'on les portât 
sur le bras, les manchons faits de fourrures précieuses, les bas d'Angleterre, les 
éventails en dentelle avec un manche d'or ou d'argent ou même en métal doré au 
feu, les bijoux d'émail, les agathes, les cornalines; dans les cheveux les filigranes 
et les épingles trop luxueuses. On menaça de châtiments de plus en plus terribles 
non seulement les tailleurs mais les dessinateurs, les brodeurs et « tous les inventeurs 
de modes nouvelles » ; le pilori pendant deux heures, trois ans de « navigation » 
sur les galères avec des fers aux pieds ou, si le coupable n'était pas en état de 
supporter cette peine, cinq années dans une prison non éclairée. Quant aux femmes, 
on laissait au juge le soin de fixer leur peine, mais le pilori les attendait en tout cas. 
Enfin on s'en prit aux officiers chargés de veiller à l'exécution des ordonnances, 
dont on trouvait le zèle trop peu actif ou la complicité trop certaine ; ils furent avertis 
qn'on les surveillerait de près et secrètement et que les accusations anonymes seraient 
admises contre eux. L'introduction des étoffes étrangères fut prohibée et les mar- 
chands qui en possédaient durent s'en défaire dans les quatre mois. 

Au xviii^ siècle, on imposa à toutes les femmes de s'habiller en noir! Cependant 
Casanova de Seingalt décrit ainsi, à la fin du siècle, le costume d'une Vénitienne : 
habit de velours rose brodé de paillettes d'or, veste à l'avenant, culottes de satin 
noir, boucles en brillants ■*. 

En 1668, le Conseil des Dix prohiba les perruques dont l'usage s'était introduit 
à Venise trois ans auparavant ; comme il n'avait cette fois à se faire obéir que des 
hommes, il triompha et ce ne fut que bien plus tard que les perruques s'imposèrent. 
Alors, les femmes, n'entendant pas être dépassées en luxe de chevelure, adoptèrent, 
aussi bien dans le reste de l'Italie qu'à Venise, les savantes et volumineuses combi- 
naisons qui étaient en vogue à la cour de France et ce fut en vain que le Conseil 

1. - Bibl. Casanatense, Coll. Bandi, maticaeRegola daosservarsi daW Ebrei cédèrent presque chaque année. Voir 
t. IX, XIII, XVI. dimoraitii in Koma. Ibid., t. XXI. Appendice, Vêtements xsxvill. 

2. — Conferina e proroga délia Prag- 3. — Plus tard, les ordonnances se suc- 4. — Mémoires, II, 409. 



LHABILLF.MENT AV XVI h ET AU XVIII' SIÈCLES. 



i83 



des Dix protesta". Ainsi prévalut la mode du toupet, tupè, comme disaient les 
Italiens, qui prit, au milieu du xvil' siècle, de telles proportions qu'on pouvait 
dire que le visage « semblait la terre au milieu du ciel' ». On lui donnait les formes 
les plus extravagantes; c'était un château, un jardin fleuri, un rocher; à Venise, on 
en fît en forme d'oiseaux, de fleurs, de fruits. << On les cultivait comme des vergers », 
dit Businello'. Il fallait du temps pour disposer ces édifices; aussi hésitait-on à y 
porter le peigne et le poète Vittorelli était trop justifié à dire'' : 

Madame veut nourrir dans son toupet 

un bataillon secret 

Composé en partie de clievaliers errants. 

On voit à Rome des femmes aller en papillottes à l'église^. 

Le luxe des chaussures n'était pas moins grand alors à Venise qu'au siècle 
précédent; le trousseau de Pisana Corner Mocenigo (1739), comprenait une paire 
de bottines blanches garnies d'or estimées seize livres, une paire de souliers blancs 
garnis d'argent estimés seize livres, une paire de souliers en point d'Espagne, une 
paire garnie d'or et d'argent, une paire en drap brodé, une paire en drap d'or et 
d'argent, estimées de vingt à trente-deux livres''. 

Cependant Misson, qui fut à Venise en 1727, parle de l'extrême modestie 
et de la sobriété dans leur habillement des femmes vénitiennes'. A la fin du siècle, 
l'Anglais Piozzi confirme son dire (1786)^. « Le matin, écrit-il, les Vénitiennes 
qui sortent de chez elles, portent une robe de soie noire, traînant à peine par terre 
garnie de gaze de même couleur; elles ont sur la tête une armature de fil de fer 
qu'elles recouvrent d'un voile jeté légèrement par-dessus, le devant étant brodé 
d'une large dentelle noire; les extrémités de ce voile sont ramenées par devant 
de façon à ne pas couvrir toutefois la poitrine, puis nouées par derrière. Le costume 
du soir consiste en un chapeau de soie semblable à celui des hommes avec une 
bordure blanche et quelquefois une plume, un manteau noir doublé de blanc, un 
grand mouchoir de dentelle noire sur les épaules qui cache complètement les formes. 
On ne frise et l'on ne crêpe point les cheveux qui tombent autour du cou soit en 



1. — L. Fbati, La Donna lialiana, 
V- 45- 

2. — BusiNELLO, Satire, La Moda, 
Venise, Museo Civiao, Cod. Cicogfna 
633. S. Galerano, Lo Scudo di Rinaldo, 
Venise, 1646, cap. xix. 

3. — Ibid. 

4. — ViTTOKELLi,7Z Tupè, Stances, Bas- 
sano, 1772. Les coiffures furent de quatre 
sortes: de parade, au Tif^non (chignon), 
de nuit et Baltiloglio (Battant l'œil). 

5. — Bibl. Casanatense (Rome), Coll. 
Bandi, vol. 43, n" 147. Édit défendant 
cette pratique en date du 9 juin 1743 : 
« ... Essendosi vedtita in quaïche chiesa 
comparir» quaïche donna anche di rango 
nobile con i cap Ui conipii^gali in car- 



tiiccie e cost accosiursi ai Sacrainenti... 
cosi ordiniamo a lutte le donne di qual- 
siasi staio,grado e condizione non sola- 
mente la modestia del vestire, ma proi- 
biamo espnssamente sotto pena ad arbi- 
trio di comparire nctle chiese coi capeîli 
incartati. ■> 

6. — MoLMENTi, p. 404. On trouve dans 
MURATOEI, Antiq. Ital., lï, 427 E, ce 
passage curieux : « Tandis que j'écris 
ces choses (il parle des chaussures an- 
ciennes), nos jeunes gens, empresses à 
imiter les nouveautés et les légèretés 
ineptes de la France, ont adopte des 
souliers à pointes recourbées et relevées. 
Ceux qui raisonnent rient de ces choses 
mais elles plaisent à la jeunesse. » Mura- 



tori publia son travail en 1739. 

7. — € Je lisais, dit-il, dans une pré- 
face de H. EsticDne, que de son temps 
on avait mauvaise opinion d'une femme 
qui faisoit paroistre sa gorge, au lieu 
qu'en Italie et particulièrement à Venise, 
il en alloit tout autrement. Mais les 
choses ont bien change depuis ce 
temps-là. Présentement les femmes de 
qualités sont tellement resserrées qu'à 
peine en peut-on voir quelqu'une au 
visage dans les églises mesmes. Les 
femmes de médiocre condition se cou- 
vrent d'une grande echar]>e qui s'en- 
tr'ouvre seulement un peu devant le» 
yeux. » 

8. — Observations in a Jourtuy... 1, 184. 



,84 LA FEMME ITALIENNE. 

boucles, soit en mèches. Ni rouge ni poudre brune. C'est ainsi que, sans variété 
dans leur parure, les dames vénitiennes réussissent à séduire le regard. » 

LalanJe fut surtout frappé de ce que, de son temps, les femmes de Venise ne 
suivaient plus les modes françaises : « Les modes françoises et les ajustements de nos 
dames n'ont pas beaucoup pris à Venise; les femmes y portent toujours un corps, 
jamais de rouge, souvent les cheveux noués d'un ruban ou même en queue, rarement 
de bonnet sur la tête. Souvent on les voit en papillottes et nu-tête au spectacle, 
même en grande loge. Elles ne portent point de fichu sur le cou mais elles portent des 
caleçons pendant l'hiver. C'est de toutes les capitales que j'ai vues, celle où l'on rend 
le moins hommage à l'élégance de nos modes, quoique l'ajustement général soit celui 
de la France. 

« Les bourgeoises ou citadines portent des habits qui sont à peu près comme en 
France mais les manches sont en petites bottes d'hommes presque à la matelote ; lors- 
qu'elles sortent, elles se couvrent la tête d'une grande étoffe de taffetas qu'elles font 
aller derrière leurs bras comme les Bolonaises; elles appellent cette sorte de pièce 
d'étoffe Tabarincs; les plus jeunes portent leurs cheveux nattés, quelques-unes les 
laissent tomber par derrière de toute leur longueur ce qui fait une espèce de guêne, 
d'autres les tournent autour du chignon en natte et les arrêtent avec deux aiguilles 
d'argent; elles portent de grandes pendeloques aux oreilles. Les contadines ou 
paysannes portent de grands chapeaux de paille et mettent sur l'oreille une rose ou 
une autre fleur avec la branche à laquelle elle tient d'une manière assez galante. » Il 
ajoute : '< Les dames sont fort gênées par les lois somptuaires de Venise ; il n'y a que 
les étrangères, les femmes d'ambassadeurs, les princesses, telles que les nièces du 
pape, et les personnes de la famille du doge régnant, qui soient /Mori délie Pompe. 
Ce sont là les seules ta qui il soit permis de porter des étoffes riches, d'avoir des 
galons d'or et d'argent sur leur livrée et une portière à leur gondole'. » 

Naples est peut-être une des seules villes d'Italie qui n'ait jamais eu de légis- 
lation somptuaire'. Aussi le luxe des vêtements y fut-il extrême. Pontanus (1426-1503) 
se plaignait déjà que l'on ne pouvait distinguer les bourgeoises des femmes nobles, 
qu'il n'était de modes admises que celles de Paris et qu'on en changeait tous les 
trois mois'. 

En 1660, Grangier de Liverdis écrivait : « Les dames napolitaines ont pareil- 
lement une riche taille et ont un teinct assez beau si elles ne se fardaient pas 
si souvent. Leurs habits ont quelque chose de plus galant que ceux des dames 
romaines. Elles ont des cottes froncées, des manches tailladées, elles font relever 
la manche de leurs chemises au-dessus du poignet et pendre en arrière un grand 
scapulaire. Mais ce qui m'a semblé plus extraordinaire est leur coiffure. Elles 
font venir par devant deux moustaches'' nouées avec des cordons et, en arrière, 
elles font aller une partie de leurs cheveux qu'elles cordonnent. Elles paraissent 

1. — Lalandk, VUI, 180. î'cstes in deliciis habebamtts, nunc repu- Galiis nonfuerUadductum... » 

2. — BuRCKHARDT, U, io8, 109. diemus et tanquam veteratnenta abjicia- 4. — C'était aussi, on l'a vu, la coutume 
3- — De Principe, cité par Burckhardt, mus. Quodque tolerari vix potesl milhim des courtisanes à Venise. Cf. Lalandk, 
ÏVylcfi, noie 1. 'i Qiias quarto ante menée fere vestitnenti genus probaiur quod e VUI, iSo. 



/■/ .\/A//.s nous i)i: cm:/. i:ij.i:s. i is dl .viv- sircir 




liciulli, il.ibiu, l',ij,,ut l~ 




.MAMI.KIC DK CONIH'im-: INK DA.MI-: PK orAI.rri'. 

Alhuin dit l'Hcibicr (I-in XVI' Siècle). Cabine! dos Estampes. 



LHAKILLEMENT AL' Wlh ET AU XVIll' SIÈCLES. i8? 

graves en leurs discours et en leur démarche et vont toujours plusieurs ensemble 
quand elles marchent dans les rues". >> 

Au siècle suivant, les Napolitaines suivaient exactement la mode française, tout 
comme au temps de Pontanus. « La manière de s'habiller à Naples, dit Lalande', 
est absolument la même qu'à Paris; les dames qui passent pour avoir le plus de goût 
sont celles qui se rapprochent le plus de nos usages, et madame Fouquet, marchande 
de modes françaises, est la plus accréditée de la ville de Naples. // 

En ce qui concerne Florence et Gênes, voici ce qu'en dit Lalande' : 

« Les bourgeoises (de Florence) portent des casaquins qui leur serrent la taille et 
se boutonnent à commencer de dessous le menton jusqu'à la ceinture. Elles appellent 
cet habillement ttn casachino abbotonato alla vista. Quelquefois elles portent des 
robes qui se boutonnent de même et dont les manches finissent tout uniment sans 
bottes. 

« Ajustement des paysannes... elles ont de simples jupes, ordinairement bleu 
ou couleur d'écarlatte, et des corps sans manche, de sorte qu'on ne voit que les 
manches de leurs chemises. Tout autour des épaulettes de leur corps il y a quantité 
de longs rubans qu'elles laissent tomber et voltiger au gré du vent. 

« La coëffure des femmes, ajoute-t-il, est un cornette en papillon pointu par les 
côtés et outré dans sa longueur. C'est ce qu'ils appellent cufia di donna maritata. 
A l'égard des filles elles ne sortent jamais qu'elles n'aient une petite coëffure de 
gase noire transparente, rebattue sur le visage et qui tombe jusque au bas de nez. 
Ce sont ordinairement les filles à marier qui les portent, on nomme cette coëffure 
« uno scuffino »... Les paysannes ont les cheveux nattés en rond derrière le chignon. 
Quelquefois elles y mêlent des fleurs, elles s'attachent dessus la tête de très petits cha- 
peaux de paille qu'elles mettent un peu sur l'oreille et dont elles se servent plutôt 
comme parure que pour se couvrir. 

« A Gênes, toutes les femmes qui vont à pied, sont enveloppées pendant six 
mois de l'année d'un voile appelle mezzaro : ce sont deux ou trois aunes d'indiennes 
ou de Perse plus ou moins belles dont elles se couvrent la tête, les épaules et les 
bras, de manière à ne pouvoir être connues. Par cet usage elles sont garanties du 
froid, et sont plus libres dans leurs allures''. » Le président de Brosses rapporte que 
les femmes des nobles elles-mêmes ne pouvaient être vêtues que de noir sauf la pre- 
mière année de leur mariage. Elles ne se distinguaient des autres femmes que parce 
que leurs porteurs étaient à leur livrée tandis que les femmes de la bourgeoisie 
devaient en prendre de louage '. D'autre part, Lassels écrivait : « Les dames de 
qualité s'habillent comme les dames d'Espagne avec des garde-infante, c'est-à-dire 
avec de grandes vertugales qui ont autant de largeur que leurs bras se peuvent 
estendre et dont les jupes sont si larges et si boursoufflées qu'elles s'étendent presque 
autant en largeur qu'elles ont de hauteur... Elles ressemblent à ceux qui dançoient 

I. — BalthazarGrangierdeLiverdis, 3. — Ibid., II, 364, VIII, 502. 5. — Leiires familières, I, 53. Cf. Non- 

Journal d un Voyag-e de France,p. Si3- 4. — Les femmes mettaient un temps veau Voyage d'Ilalie, lyoï. lll, 41: • Les 

Cf. Piozzi, Joiirncy Ihrough lialy.U, 31. infini à se parer, sept heures dit un auteur Dames sont en corps de robe à la Fran- 

a. — Lalande. VI, 339. du XVII* siècle. Cf. Molmenti, p. 401. çaisc... > 

■«4 



i86 



LA FEMME ITALIENNE. 



autrefois avec un petit cheval de bois dans les mommeries. Aussi il arrive souvent que 
deux femmes se rencontrant dans les rues qui d'ordinaire sont fort étroites y font plus 
d'embarras que deux charettes chargées de foin qui se rencontrent de front sur le pont 
de Londres et elles sont extrêmement embarrassées quand elles veulent se mettre dans 
une chaise ou dans une litière parce qu'elles n'y peuvent entrer qu'à demy et la 
moitié de leur corps est dehors. » Il raconte qu'une femme fit évader de prison son 
fils en le cachant sous son vertugadin". 

Gozzi (17 13- 1786) parle dans une de ses nouvelles d'une couturière qui s'était 
acquis quantité de clientes en les habillant qui à la parisienne, qui à l'anglaise, qui à la 
française ^ On portait des mouches comme en France et il y en avait d'autant de 
sortes; la mouche sur le nez voulait dire effronterie et sans doute autorisait la réci- 
proque; la mouche au coin de l'œil marquait la passion, celle posée sur la lèvre était 
indice qu'on ne dédaignait pas les muguetteries ; quant à la mouche mise au coin de la 
bouche, elle passait pour assassine. Il était de bon ton d'avoir les ongles fort longs, 
de se charger de bijoux et de ne porter que des gants parfumés '< dont on sentait 
l'odeur à trois milles de distance » disait un poètes On les avait souvent en castor ■<. 
Et les autorités continuaient à réagir! En 1781, le grand Conseil de Venise suppliait 
le Sénat d'intervenir. A Rome, le Saint-Siège multipliait ses décrets; les autres villes 
suivaient l'exemple. Mais les femmes l'emportaient toujours. 



I. — Voyage d'Italie,!, 113, Grangier 
DE LiVERDIS écrivait en 1660, (p. 158) : 
c Les dames se monstroient à leur porte 
avec des habits somptueux. Quand elles 
marchent par les rues, elles prennent des 
compag^nes et vont d'un pas lent, grave 
et mesuré. Elles font g^raud estât des 



cheveux blonds ou roux et tascheut par 
toutes sortes d'artifices de leur donner 
cette couleur. Elles y mettent ou des 
feuilles ou de petites paillettes d'or et 
les entrelacent avec d'autres qu'elles 
acheptent, pour se donner cet éclat 
qu'elles désirent. » Cf. Coyer, Voyages 



d'Italie, 1775, n, 93. 

2. — Opère scelte, Milan, 1833, V, 168. 

3. — BUSINELLO, Sat. 

4. — MOLMENTI, p. 363. 

Racinet, I, 158, donne une bibliographie 
des ouvrages traitant du costume en 
Italie. 



m 



CHAPITRE IV 

LA VIE PRIVÉE 

LES DIVERTISSEMENTS — LES CONVERSATIONS — LES CARTES — LA DANSE — LES 
ESCLAVES — LES SERVANTES — LES NONNES — RELATIONS AVEC LE MONDE 
EXTÉRIEUR — LES PARLOIRS — LICENCE DANS CERTAINS COUVENTS — 
OCCUPATIONS DES NONNES — LES ENLÈVEMENTS. 



LES DIVERTISSEMENTS — LES « CONVERSATIONS » 



ET QUELLE sorte de plaisirs doivent être les nôtres ? demande Margarita à la 
Rafïaella. — De ceux qui communément réjouissent le cœur des jeunes femmes, 
comme serait de se trouver souvent aux fêtes, aux banquets, de se vêtir galamment, 
de se parer de joyaux, d'eau de senteur et de parfums, d'essayer toujours quelque 
belle mode nouvelle, d'être aimé de quelqu'un, d'entendre des sérénades, de voir des 
mascarades et déguisements faits pour l'amour de soi, et autres semblables honnêtes 
plaisirs du même'genre, convenables à des jeunes et gentilles femmes.' » 

A vrai dire, le plus grand plaisir des femmes italiennes fut de tout temps les 
conversations, les longs badinages. N'étaient-elles pas, au dire de Boccace, « babil- 
lardes et paresseuses comme des grenouilles' »? Laure se plaisait à passer de longues 
heures devisant avec ses compagnes sur le pas de sa porte, quand elle ne préférait 
pas rêver assise sur un banc, et les grandes dames de la Renaissance oubliaient toutes 
leurs préoccupations dans les subtils entretiens oii elles se plaisaient à montrer leur 
ingéniosité, leur esprit ou leur savoir. 

La Seigneurie de Gênes voulut, en 1442, réglementer ces réunions et le proème 
de l'ordonnance explique pourquoi elle eut à s'en occupera « Les jeunes gens de la 
ville, y est-il dit, au mépris de toute honte se plaisent à converser avec les femmes 
qui, pour se livrer à ce désordre, n'hésitent pas à veiller durant les heures nocturnes 
et les reçoivent sur leurs terrasses et même dans leurs logis. » En même temps, on 
défendait aux jeunes gens de se rendre, ainsi qu'ils en avaient pris l'habitude, de 

I. — Trad. A. Bonneau, p. 33. Cf. LtiD. coli XIII e XIV, Florence, 1886. 3. — Belgbano, Délia VHa privata <U 

Zdekauer, // Giiioco in Italia nei se- 2. — Ecloga XII cite par Cantù, V.370. Genoivsi, GCqcs, 1875, p. 448. 



iS8 



LA FEMME ITALIENNE. 



maison en maison, le visage voilé, car il en résultait, paraît-il, « toutes sortes d'abomi- 
nations //. 

Les conversations, les veillées n'en continuèrent pas moins et force fut à la 
Seigneurie d'atténuer son règlement pour arriver à le faire respecter'; elle déclara 
qu'il demeurait interdit aux jeunes filles aussi bien qu'aux femmes mariées et aux 
veuves de s'entretenir le soir dans leurs vestibules, sous leurs portiques, au rez-de- 
chaussée de leurs maisons, mais que la défense ne s'appliquerait plus dorénavant aux 
pièces situées à l'étage supérieur; toutefois les jeunes gens devaient, comme aupa- 
ravant, être exclus de ces réunions. Une réserve était faite en faveur des femmes de 
la campagne dont les maisons n'avaient qu'un étage et « qui veillent en commun, dit 
l'édit, pour filer et travailler » (1449). 

Au xvi" siècle, cette coutume existait encore'. « Depuis bien longtemps, dit un 
auteur de ce temps, les Génois retardent le moment de leur repas du soir, surtout 
durant les mois d'hiver, afin de consacrer le temps qui précède à se réunir en famille 
ou bien en public; les mères tiennent cercle chez elles ou bien s'en vont chez leurs 
proches voisines; cette habitude a l'avantage de créer des liens d'amitié et de concorde 
entre les citoyens et procure une distraction à ceux que leurs affaires, si accablantes 
dans une cité où le commerce a tant d'importance, ont absorbés tout le jour. » 

Les autorités n'en persistaient pas moins, sinon à empêcher, du moins à régle- 
menter de leur mieux ces assemblées et le pouvoir ecclésiastique les encourageait 
dans cette voie'. L'évêque Bosio, envoyé à Gênes en 1582 en qualité de visiteur apos- 
tolique par le pape Grégoire XIII, écrivait qu'il fallait à tout prix extirper une coutume 
d'où naissaient des maux infinis et les plus graves périls. 

Il faut avouer qu'en réalité, il se tenait souvent dans ces réunions des propos 
d'une extrême liberté dont les récits de Boccace, de Firenzuola, de Bandello et de 
CastiHione lui-même nous donnent la mesure. Dans les Cento Novelle Antiche, 
madame Agnesia de Bologne, ayant réuni dans sa cour quelques-unes de ses 
amies dont une nouvelle mariée, leur fait raconter les histoires les plus scabreuses''. 

A Bologne^, on discutait, entre autres choses, sur les qualités que devaient 
posséder les amants, sur les bons tours joués aux maris; c'étaient, dans la réalité, 
les conversations imaginées par Boccace, par Bembo et tant d'autres. Les jeux 
préférés s'appelaient : « Le jeu de l'Époux. — Le jeu des Vaincus. » 

Dans la compagnie la plus choisie, dans les maisons princières, les dames se 
plaisaient de façon toute particulière à ces entretiens dont l'esprit nous semble si 
fort apprêté, l'argumentation si pauvre, le fond si oiseux, mais que relevaient une 
grande finesse, une rare pénétration, un ton de gracieux badinage. 

« Aucune fois, dit Castiglione'^ parlant de la cour du duc d'Urbin, se 
faisoient quelques jeux d'esprit, au plaisir, ores de l'un, ores de l'autre, esquels souz 
voiles divers, les assistances descouvroyent par allégoire leurs pensées à qui leur 

1. — Belgrano, p. 502. 3. — Belgeano, p. 448. CosevotabilidiBologna, m, i46.FsATi, 

2. — BoNFADio, GH Annali di Genova 4. — Nov. LVH. ta Vita privata... p. 218. 

dal 7527 al isso, tradotii da B. Pas- 5. — Ringhieri, Cento giuochi libérait (\ — Ca-itifflione, Il Coriegiano. trad. 

cheiti. Gênes, 1586, fol. 83. e( d'ingegno, Bologne, 1551. Guidicini, G. Chapuis, p. 13- 



PLATS I) Accorciii i:s i:r pari//: di-: pai'mi:, xv sifci.i:. 





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I- lorcncf, .Muscc National, Collccl. CarrauJ. il'hul. Alinaii. 







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HÉ'.I.INO D.V lIKÉlw//." i ■. 111 !■■ 1 i |%- 

.Milan, Palaia Barromei;. (l'hot. Montabonc.) 



LES DIVERTISSEMENTS - LES CONVERSATIONS. 189 

plaisoit. Aucune fois naissoient autres disputes de diverses matières où l'on poignoit 
par mots subtils; souvent faisoient-on des devises, comme nous disons aujourd'huy 
et de tels discours l'on prenoit merveilleux plaisir. » 

Le cardinal Bembo, qui était un familier de ces réunions, y avait recueilli toute 
une série de motti dont quelques-uns ne sont que des coq-à-l'âne et qu'il publia'. 

Cellini qui nous mène dans un milieu un peu bohème à dire le vrai, parle d'une 
soirée dans laquelle chaque assistante racontait sa première faute'. Rares étaient sans 
doute les réunions telles que celle que décrit Sacchetti où on ne s'occupait qu'à chasser 
le grillon, à tresser des guirlandes, à folâtrer sous les bosquets jusqu'à en tomber 
épuisé sur la mousse^ 

L'écrivain Toralto se trouva dans un cercle de jeunes dames qu'avaient conviées 
les membres de l'Académie des Réveillés''; on s'assit en rond et l'une des dames prit 
une fleur et la passa à son voisin en lui disant : « Si le cœur n'est pas accompli, 
l'amour ne peut être parfait. » La fleur passait de main en main accompagnée des 
mêmes paroles; celui qui les répétaient distraitement était puni. Au second tour, on 
ajoutait un commentaire et ainsi de suite. Les phrases à mots couverts faisaient le sel 
du jeu. 

En Toscane et plus spécialement à Sienne où les assemblées de dames étaient fort 
en vogue, on les égayait de jeux dont l'un s'appelait le jeu des Amazones'. Toutes 
les dames s'avançaient ensemble; elles feignaient d'attaquer les jeunes gens. Alors le 
chef du jeu intervenait; il désignait un des cavaliers et une des amazones et, les 
plaçant au milieu de la salle, il leur demandait avec quelles armes ils voulaient 
combattre. Les réponses étaient le plus souvent des déclarations plus ou moins 
déguisées; l'un disait qu'il comptait attaquer avec l'épée de la fidélité et l'autre 
répondait qu'elle se défendrait avec le bouclier de la bienveillance; ou bien encore, 
il était parlé des rets de la jalousie et de la dague du désespoir. 

Dans un autre jeu, le jeu du Navire, une dame se plaçait entre deux jeunes gens 
au milieu de la pièce comme au centre d'un navire; survenait une bourrasque; il 
fallait jeter à la mer l'un des deux jeunes gens et la dame devait choisir lequel, en 
expliquant les raisons de sa préférence''. 

Le « sénat amoureux », l'un des divertissements qui se pratiquait le plus fré- 
quemment dans les assemblées féminines, était une résurrection ou une contrefaçon des 
anciennes cours d'amour qui avaient eu quelque vogue à Florence '. On y disputait 
sur l'amour, on y déplorait la décadence de cette passion et l'on y proposait des 
remèdes. 

L'amour jouait un grand rôle dans toutes ces réunions. Un jeu avait pour 
nom : '< J'ai perdu mon cœur », un autre : « Les disgrâces de l'Amour ». Il y 

1. — V. CiAN, Motti di Messer Pietro 3. - Franco Sacchetti, Caccia, Par- 1581, p. 120. 11 existe une édition an- 
Bembo, Venise, 1888. Cf. Solerti, Trut- nasso Italiano, Venise, 1784, VI, 212. térieure, datée 1575. 

tenimenti di Societd nel sec. XVI. Gaz- 4. — Toralto, La Veronica, Gênes, 6. — Barcagi.i, p. 98. 

»e«aie(/.,vol. Xn,n"48.Dumêine,n"49, 1589, p. 71. 7. — BargaGli, p. na. Cf. Cantd, V, 

n Bembo e i giuochiallaCorted'Urbinu. 5. —Toralto, La Veronica, Ibid., 377 et VlLLXNl, Lib. VH, cap. cxixi. 

2. — Liv. I, cap. XXX. Cf. Burckhardt, G. Bargagli, De Giuochi che nelleveg- Muratori, B. Italie. Script, vol. XIII, 
II, 84, 127. ghie suncsi .si usanu di fare, Venise, col. 330. 



igo LA FEMME ITALIENNE, 

avait : Les Figures de l'Amour, l'Enfer d'Amour, les Fourberies, les Vengeances, 
les Enchantements d'amour, les Epitathes, les Couronnes'. Il y avait un jeu qui 
consistait à dire le plus grand mensonge que l'on pouvait, un autre, qui consistait à 
placer sur la tête des joueurs des couronnes rappelant leur caractère... ° La variété 
des jeux était si grande que l'on en comptait plus de cent. 
Le poète Lasca disait^ : 

Maintenant il existe chez toi, ô Florence, 

Des fêtes aimables, des jeux variés et nouveaux 

Pour divertir les filles et les femmes. 

Les jeunes gens donnent des banquets et des réjouissances, 

Ils revêtent des somptueux costumes, 

Et s'en vont à la brune chantant et sonnant de la trompe. 

Mauro décrit, dans son voyage à Rome, sans en bien saisir le sens, un jeu 
auquel se livraient les dames de cette villci. « On se passait de main en main, dit-il, 
un objet long avec une tête large; un des assistants se levait, l'autre s'asseyait, on 
se parlait à voix basse; on s'amusait en silence, à la muette; on aurait dit un jeu 
de mélancolie. Cependant, on s'y livrait à des familiarités à la française ou bien à 
la lombarde, inconnues dans le pays romain. » 

En 1575, Bargagli' publia un traité sous ce titre : '< Entretiens dans lesquels 
sont décrits et représentés par de belles dames et des jeunes gens des jeux honnêtes 
et délectables... » Ces jeux honnêtes et délectables consistaient, par exemple, à se 
costumer en jardiniers et en jardinières et à échanger des propos galants, sous couleur 
de s'entretenir des fleurs et de leur culture. Un autre jeu, celui des Défis et des 
Rapprochements, s'il était également « délectable >>, ne laissait pas d'être aussi 
peu honnête; mais le jeu le plus scabreux était sans doute celui du Bain. Les hommes 
et les dames se divisaient en deux groupes et à l'insu les uns des autres, les dames 
décidaient de représenter chacune une source thermale, les hommes de se dire atteints 
de telle ou telle maladie; après quoi on se rassemblait et l'on cherchait quelle eau 
convenait à chaque malade et de quelle façon il s'en servirait. Bargagli proposait, en 
outre, quelques questions à débattre dans les salons : l'amant d'une noble dame doit- 
il chercher à se distinguer par les lettres ou par les armes? Lequel de l'art ou de la 
nature a le plus d'influence en amour?... 

Arioste donne un exemple de ce que pouvait être le résultat de divertissements 
de ce genre''. « On enlève les tables du festin, dit-il au chant vu du Roland Furieux, 
tous se rangent en cercle et commencent un jeu très amusant qui consiste à se 
demander mutuellement à l'oreille quelque secret à volonté. Ce fut pour les deux 
amants (Roger et Alcine) une occasion commode de se faire confidence de leurs 

1. — Bargagli, p. 120, 20S. 1586, p. 121, cité par Solerti. Cf. Il pri- sono honesti e dileitcvoU givochi, nar- 

2. — - LUD. Zdekauer, Il Gitioco in lia- mo libro délie Opère btirlesche di M. J. rate novelle e cantate alcnne amorose 
lia, Florence, 1886, p. 81, 41. Berni... del Mauro, Venise, 1564. (Mau- canzonette. Florence, 1587. Cf. MoL- 

3. — A. Grazzini, dit II Lasca, Rime, ro, Del Viaggio a Roma.) menti, p. 342. 

Florence, 1882, p. 423. 5. — Bargagli, Trattenimenti dove da 6. — Roland furieux, ch. vu st. xxi, 

4- — Cesabe Capoeali, iîi»te, Ferrare, vaghe Donne eda giorani rappreseniati trad. G. HffPEAU, p. 102. 



LES DIVERTISSEMENTS - LES CONVERSATIONS. 



191 



sentiments amoureux. Leur dernière résolution fut qu'ils passeraient la nuit 
ensemble. » 

L'exécution des gages que l'on imposait aux perdants fournissait à l'esprit 
malicieux ou grivois des joueurs l'occasion de se donner pleine carrière! Un auteur 
qui d'ailleurs n'osa pas signer son œuvre de son nom, composa un pamphlet à ce 
propos-. '< Celui qui choisit les gages, dit-il, les choisit perfidement; l'un doit ôter 
la jarretière d'une dame sans lui découvrir la jambe, l'autre lui prendre entre les 
dents une épingle sans lui toucher les lèvres... Il en résulte que la jeune fille, à peine 
est-elle sortie de l'enfance, montre une assurance étonnante, cause à table, babille, 
choisit d'avance son amant, son « milord », joue, danse, s'entretient avec lui en 
présence de son père qui s'en réjouit, de son frère et néanmoins sait garder un air 
d'innocence et demeurer accorte et prudente en apparence. » 

Cependant ces assemblées étaient partout acceptées sauf toutefois à Gênes=. Là 
les magistrats continuaient à vouloir les supprimer; en 1696, ils les défendirent durant 
le carême; quelques années plus tard, en 1706, ils ordonnèrent que les réunions se 
termineraient avant deux heures de nuit de mai à septembre; ensuite de Pâques 
à novembre. Ce qui n'empêcha pas les veillées génoises de demeurer célèbres; 
on y menait les nouveaux venus comme à une des curiosités de la ville et Lalande 
écrivait, en 1765 : « Les sociétés de Gênes sont agréables et brillantes. Les 
Quaranta Vigiliœ sont des assemblées qui se font trois fois la semaine dans 
une quarantaine de maisons, chacune leur semaine; on y voit beaucoup d'aménité, de 
profusion et de goût; les raffraîchissements et les illuminations y coûtent prodigieu- 
sement. A Venise, les dames se rassemblent au moins une fois le jour ou au café 
ou dans des casins où elles trouvent leurs sociétés, et quand il n'y a pas de théâtre 
ouvert, on y fait quelque partie de jeu; les étrangers sont admis et distingués. » 
Un peu plus loin,- Lalande explique le terme « casins ». « Les casins, dit-il, sont de 
petits appartemens autour de la place S. Marc, dans le dessus des cafés et dans 
les procuraties, composés de deux ou trois pièces; le maître du casin y va souper 
tous les soirs avec la dame qu'il sert et l'on y passe souvent une grande partie de 
la nuit. » 

En ce qui concerne Florence, voici ce qu'il dit^ : « Les sociétés de Florence sont 
agréables et aisées; il y a beaucoup de vivacité, de plaisanterie; on y fait des épi- 
grammes, des impromptus; l'on n'y voit point de jalousie, les étrangers y sont 
accueillis de tout le monde, les dames mêmes y observent des politesses et des 
égards dont elles se dispensent chez nous; elles donnent à un étranger la place 
d'honneur... J'ai assisté à des conversations brillantes... Les appartemens où Ton 
s'assemble sont ordinairement au niveau d'un jardin qui y répand la fraîcheur, le 
jardm est illuminé, une partie est couverte de tentes avec des sophas pour ceux qui 
veulent prendre le frais. On y voit pour le moins quarante ou cinquante dames 

I. — Satire diQuinto Settano (Lndovico F. Ferretti d'Ancône composa un recueil iiirni. Dialoghi. Ancône, 1580. 

Scrpardi, 1660-1726), Amsterdam, 1788, de discussions militaires comme thtmc i. - Belcîrano, p- 449.451- 

p. 345. En compensation, le capitaine de conversation» nocturnes. Diporii not- 3. — Lai.andk. VIII, 504 et 175, II, 301. 



iq-i 



LA FEMME ITALIENNE. 



parées avec goût, la plupart aimables et jolies, des tables de jeu, des conversations 
animées, des glaces de toute espèce. » 

Jadis on jouait même parfois, dans ces réunions, à la main chaude, s'il faut en 
croire Bojardo'. 

A Sienne, les dames prenaient non sans arrière-pensée, un plaisir particulier à 
lancer des boules de neiges. Voici ce que rapporte à ce sujet Guyot de Mer- 
ville^ : « Comme la plupart des Italiennes ne sont retirées qu'en apparence et 
seulement parce que l'usage du pays, qu'elles font semblant de suivre, l'ordonne, 
elles cherchent toutes les occasions favorables pour pouvoir paroître en public 
sans être exposées à la médisance, et c'est ce que la neige leur procure. D'abord 
qu'il y en a tant soit peu dans les rues, on voit incontinent quantité de filles et de 
femmes se mettre à leurs fenêtres et jeter sans distinction des balles de neige 
aux passans. On fait ces balles avec la main, mais elles sont si rondes et si bien 
faites qu'on dirait qu'elles sortent du moule. Elles sont encore si dures qu'à moins 
qu'elles ne tombent de fort haut, ou qu'on les jette avec beaucoup de force, elles ne 
se brisent point. 

'< Les hommes qui sont dans les rues en tout autant. Quelques-uns se contentent 
d'en jeter deux ou trois par galanterie mais d'autres moins discrets y passent des 
heures entières et se font aporter des balles par des enfants qu'ils payent pour cela. On 
diroit que c'est une espèce de combat et l'on voit autour des fenêtres les murailles 
toutes marquées des coups de balles. Je vous laisse à juger de la quantité des vitres 
qui se cassent dans cette petite guerre... 

'< Il ne faut pas que j'oublie de vous dire que ce divertissement renferme aussi 
un mystère. Le voici. Les dames se servent de ces balles de neige pour y enfermer 
des billets doux qu'elles écrivent à leurs amants mais elles les jettent avec précaution 
de peur de les blesser ailleurs qu'au cœur. » 



=- LES CARTES 



DIVERTISSEMENTS POPULAIRES^ 



Les Italiens avaient grand goût pour les cartes, pour les dés et pour les tables. 
c'est-à-dire les échecs, les dames, le trictrac, les houchets ou jonchets. Une chronique 
rapporte qu'en l'année 1340, les Milanaises occupaient leurs loisirs en jouant aux 



1. — Orlundo Innamorato, L. I, ch. xii, 
st. 7, 8. Kd. Milan, 1895, p. 79: 
Prasilo noinato era quel barone; 

Ed inviiato un giorno in un giardino, 
Dove Tisbina con alire persone 
Faceva un giuoco in aiio peregrino • 
Eraqnel giuoco dicotal ragione [chino; 
Chi alcun le teneva in grembo il capo 
Quella a l • spalle una palma voliava, 
Chi quella balte a caso, indovinava. 
Cf. Garzoni, La Piazea Universale, Ve- 
nise, 1599, p. 564. 

2. — Merville Voyage, I, 144. Ce jeu 
se pratiquait aussi .i Florence. Dans le 



Prologue de ses Contes, Grazzini repré- 
sente une troupe de jeunes gens jouanl 
au-X boules de neige dans une cour où il 
en était tombe une brasse de haut. La 
maîtresse de la maison monte sur le toit 
avec quatre jeunes dames et, aidées des 
servantes, elles préparent des boules 
dont elles remplissent des paniers et des 
vases; puis, de leurs fenêtres, elles en 
accablent les jeunes gens qui ripostent 
aussitôt et une bataille s'engage, si 
ardente, que toute la compagnie en est 
trempée jusqu'aux os; les uns se mettent 
au lit. les autres se sèchent devant le 



feu, tous « changent jusqu'à leur che- 
mise 2. Après quoi, pour se délasser, on 
commence à raconter des histoires. La- 
lande parle aussi de ce jeu et du but 
galant qu'il pouvait avoir (IL 6lo). 
Politien avait fait sur cette pratique le 
distique suivant : 

Nix ipsa est virgo et niz^e ludio. Lude 
[sed ante. 
Quant pereat candor, fac rigor ut pereat. 
Poésies Latines, p. I43. 
3. — D'une façon générale, pour le xvii* 
siècle, voir RiNUCCINI, Ricordi Storici 
p. 27S. 



ji:rx, cosrr.Mis i: r cou- 1- lues, com' di ai siècle. 




-MU.HKI.INO n.V BKIJUZZO . ? t. DANSK MVSTJijri-: M^Jlfri 

-Milan. Palais Boirùmee. il*hot. Montabone, Milan.) 




MICUFLIXO DA BKDUZZUt l.'I. l'AKlil-, LU-, uAKil-.* ^14,^^."» 

Milan. Palais Boiromcc. ^Phot. Monlabone. Milan.) 



LES CARTES — DIVERTISSEMENTS POPULAIRES. 



193 



tables et aux dés'. Les statuts de Lucques», rédigés en 1362, durent faire défense 
aux femmes de se livrer à des jeux dans lesquels on pouvait perdre ou gagner de 
l'argent à l'exception de trois jeux nommés palla, macchatelle et briîlaK Toutefois, 
quand elles jouaient à ces jeux, elles devaient tenir à trois mètres au moins de 
distance les enfants inâles de moins de douze ans, afin d'empêcher la contagion de 
l'exemple. L'amende était de quarante soldi. 

Dès que les cartes furent connues en Italie, et on a même prétendu qu'elles y 
furent inventées, elles devinrent la passion des femmes. Nicolas III d'Esté semble 
avoir cultivé ce jeu'<. Elisabetta Gonzaga rappelait à Isabella d'Esté, en 1493, ^e 
temps heureux où elles jouaient ensemble au scartino qui était, ce semble, une 
forme première de l'écarté'; elle ordonnait à un de ses messagers, Francesco da 
Bagnacavallo, qui lui apportait des Hvres, de lui procurer deux jeux de cartes. 
Un peu plus tard, en 1495, son mari la priait de lui choisir et de lui envoyer des 
jeux de cartes afin, disait-il, de tromper les ennuis de la vie de camp. En 1509, 
la marquise, que son goût pour les cartes n'avait pas abandonné, passait en y jouant 
les heures chaudes de la journée. Elle jouait à un jeu nommé flusso dans lequel on 
risquait des sommes considérables^ et, vers 1535, à la primiera'^ . 

Les cartes occupaient une place importante dans la vie des femmes. Béatrice 
Sforza avait ainsi réparti sa journée : le matin, elle montait à cheval, le reste du 
temps, depuis le dîner jusqu'au coucher, elle jouait soit au scartino, soit au Réveil 
des Morts, soit à Vimpériale (I493)^ Les deux premiers jeux étaient fort en vogue 
alors; on s'y adonnait passionnément à Ferrare. 

Laurent de Médicis y perdit six cents écus en quelques jours contre le roi de 
France qu'il était allé rencontrer à Milan. Il est vrai qu'il y avait peut-être de la 
diplomatie dans cette malechance. 

On jouait aussi au trente et un, au jeu des Quinze, à une infinité d'autres jeux 
et Politien conseillait dans une ballade d'apprendre « tous les jeux, les cartes, 
les tables et les échecs, parce que cela est très utile'' ». 



1. — MURATORI, Aniiq. liai.. H, 417. Ce 
jeu était interdit à Florence. Archivio di 
Staio, Seiiteiise de! Cafiiiano. 

Fas. II. p. IV. (Bitsta Ji4J-I}47) « Or- 
diiialion's de! Mag"" et potens vir An- 
gélus quondam nuii bo. nie. egregii viri 
Guidonis Marchionis de Mai chionibus 
S. Mariai: hon. Capitaneus custodie ci- 
viiaiis Florentie... 

Anne Ij4f>... ^'ullus de civiiate Florcn- 
iie Magntis vel popularis cujitscumqiie 
condiiionis existai audeut vri présumât 
ludere ad aliquod luditm taxillorum ve- 
titu7n. . . 

Et quod nullus audeat iiliquos ludentes 
ad dictumluditm in suis domibus retinerc 
ne ad vidcndum stare... 
Et quod nenw in eorum domibus ludal 
ad aliquod ludum Cnpulorum, aliarum 
et aliuriini iid poinam siutuloriim... » 

2. — C. MlNUTOLI, Doc. lU Sioria Luc- 
chese, Archiv. Stor. liai., «cr. I, vol. X 



(184g), Doc. p. 105. 

3. — Palla. Le jeu de la balle ou du 
ballon. Macchalelle ou Maccatelle. Jeux 
de devinettes et jeux d'esprits. Brilla ou 
Birilli. Jeu de quilles. 

4. — G. Campori, Le Carte da Giiioco, 
Mantoue, 1875, cite à l'Appendice une 
lettre de Nicolas d'Esté, datée du 23 mars 
1422, où il ordonnance le payement d'une 
somme de 6 livres « per faciuram de 
trexede cartexelle da xugare ». Cf. c;eci. 
Il Giuoco a Napoli, .irchiv. Stor. Nap., 
1896, p. 290, 327. G. BOCCAKDO Spelta- 
coli e giuocUi puhlici e privait, Milan, 
1856, p. 49. Troilo Pomeran da Cita- 
della, I Iriomfi compost! sopra li taroc- 
chi, Venise, 1534. 

Les jeu.\ de cartes étaient fort coâtcux. 
Le duc Filippo Maria Visconti s'en fit 
peindre un qui lui coûta quinze cents 
ccus : 
« Variis eiiam ludendi modis ab adolts- 



centia iisus es/, naiii modo pila se exer- 
cebal, nunc folliculo: pleriimque eo ludi 
génère, qui ex imaginibus depictis sil, 
in quo précipite oblcciatus est adeo, ut 
integrnm eorum ludum mille et quin- 
gentis aureics emerit, auctore vcl in pri- 
mis Martiano trrdonensi ej'us Secretario, 
qui Dcorum imagines, subieclasque his 
animalium figuras, et avium miro in- 
génia, sunimaque industria perfeccrit. • 
MURATORI, R. Italie. Script., XX, 1013, 
cap. LXI. 

5. — A. Luzio et K. Renif.r, Mantox'a 
et Urbino, Turin, Rome, 1893, p. 63. 

6. — A. Luzio, p. 64. Cf. Luzio, Pre- 
cettori d'Isabclla. Ancùne, 1SS7, p. 23. 
7- — Berni, Rime, Poésie latine e Let- 
tcre, Florence, 18S5, p. 365, 393. 

8. — MiiRAToui, R. Italie. Script., 
XXIV, 370 B. 

9. — G. C.ARDUCCl, Stanse di Politiano, 
Florence, 1863, p. 322. 



194 LA FEMME ITALIENNE. 

C'est ce que les Italiens persuadaient aisément aux voyageurs qui avaient visité 
leur pays. 

« Les cartes n'ont pas seulement la puissance de soustraire à l'ennui la portion 
oisive de la société, dit Baretty', mais encore de récréer les penseurs après s'être 
livrés à des méditations profondes » et il raille « ceux qui, faisant profession de 
mépriser tous les amusements frivoles se considèrent eux-mêmes avec vénération, 
parce qu'ils ont toujours détesté le jeu >>. 

On jouait chez les dames et surtout chez les courtisanes, le soir, après dîner, sur 
la table desservie'. En 1544, deux célèbres courtisanes, la Florentine Nannina et Nina 
de Prato, réunissaient à Rome dans leurs élégantes demeures, la jeunesse, des 
gentilshommes et de graves personnages ; les enjeux étaient élevés et atteignaient 
parfois à vingt-cinq ou trente écus par coup; on jouait dans plusieurs salles, par 
table de cinq ou six personnes, les hommes et les femmes ensemble, contraire- 
ment à ce qui se pratiquait ailleurs. De pauvres hères y venaient tenter la fortune 
et il s'y rencontrait aussi des escrocs qui s'appliquaient à en fixer les caprices. Aussi 
les magistrats eurent-ils assez souvent à intervenir. Certaines mères y amenaient 
leurs filles quand elles songeaient à assurer leur avenir. 

C'est peut-être en honneur de la passion des femmes pour les cartes que les 
artistes qui dessinaient les tarots se plaisaient à les représenter soutenant les figures 
allégoriques qu'on y faisait toujours figurer. 

Plus tard, la bassette devint le jeu favori des dames. On composa des volumes 
pour et contre ce jeu ; on répéta que ce n'était pas un jeu mais une sirène, un enchan- 
tement, une ruine. A Rome, en effet, on s'y livrait avec passion. 

Les valets et les serviteurs 
Apportent les tables de bassette 
Pour divertir les dames et les seigneurs. 
Admire celui qui voyant sa dame 
Gagner au jeu se réjouit et se dilate. 
Et celui qui se lamente si elle perd. 

écrivait ce même Lodovico Sergardi, dont il a été déjà question (1660-1726)'. 

On pratiquait également ce jeu à Venise; une proverbe disait : (r Le matin, 
une messe ; l'après-midi, une bassette; le soir, une femme"*. » Les femmes y jouaient, 
au reste, tout autant que les hommes \ 

« Sur les deux heures de nuit, dit Pôllnitz'', ce qui dans les grands jours de 
l'été, est environ à dix heures de notre horloge, on va dans les conversations. Or, 
celles-ci peuvent être divisées en trois classes, grandes conversations de jeu, conver- 
sations particulières où l'on joue et cotteries où Ton ne fitit que discourir... Il faut la 

I. — Baeeetty, Les Italiens..., p. 271, 3. — Le Satire di Quinto Settano, vol. XU (1888), p. 139. 

chap. XXVn. p. 344. Voir p. 191. 5. — Poésie ayant pour titre « Una 

2- — Rome, Archiv. di Stato, Investi- 4. — Proverbe vénitien cite par .Mala- partia a la Basseta » Ibid. 

n'a<)0«es, vol. V, fol. 55; vol. XX, p. 85. m^m. La Mtisa popolareveneziana,à:im 6. — Mémoires du baron Ch. L. de 

P. ARETiNO,V?o^;0HnmeH<i. I584,p. 176. Giornale Stor. délia Leiteratura Ital., PoLLNITZ. Édition 1734, H. 308. 



LES CARTES — DIVERTISSEMENTS POPULAIRES. 



195 



vie d'un homme pour apprendre à connaître les cartes; il y en a quatre-vingt-dix- 
neuf dans un jeu et des figures fort extraordinaires, des papes, des diables et souvent 
le diable emporte le pape'. » 

Cette passion coûtait parfois fort cher. « La princesse Spinola Borghèse 
mourut le 27 juillet 1731, dit une chronique', les cartes à la main à proprement 
parler, car elle avait joué la veille avec le cardinal Albani jusqu'à six heures du 
matin. Elle avait perdu dans sa vie pour plus de deux cent mille écus. » 

Les édits destinés à enrayer le mal se succédaient rapidement, ce qui montre 
leur peu d'efficacité. Défense était faite à Florence aux femmes d'organiser des 
jeux chez elles'. En 1742, défense fut faite à Rome de jouer au pharaon, à la 
bassette, au biribis, à la roulette-t; en 1750, on renouvela cette défense et on l'étendit 
au loto, aux dés, à la loterie'. Cependant De Brosses constate qu'à Rome on 
joue avec passion*^ et Gorani écrit, en 1787, que l'assemblée de la princesse 
Borghèse est « la moins triste de toutes celles que la haute noblesse tient à Rome » 
mais qu'on y joue « un jeu d'enfer' ». 

Parmi les divertissements populaires auxquels participaient les femmes, le 
plus répandu était la fête du i" mai, si chère aux gens de médiocre condition durant 
tout le moyen âge^ Ce fut à la fête du i" mai, à la fête de la Primavera que Dante 
rencontra pour la première fois Béatrice''. Dans certaines villes, on nommait ce jour-là 
une reine ou une comtesse qu'on plaçait sur un trône recouvert d'un dais orné 
de damas et de guirlandes de feuillage; sur sa tête était une couronne ou bien un 
diadème. A Bologne, en 1268, la foule qui se pressait pour la voir fut si grande 
que des larrons parvinrent à dérober la bourse de la reine. Ce fut un grand scandale. 
Le père accusa certains jeunes gens de l'avoir prise, les poursuivit et en blessa un; 
tout ce monde fut finalement arrêté et jeté en prison. C'est pourquoi, le « jeu de 
la comtesse » fut interdit en 1276, en 1294, en 1298'°. Il avait lieu dans la rue, 
sur une place publique ou quelquefois dans une maison, sous le portique, quand on 
l'mterdisait dehors. Mais ceci fut interdit également par un règlement somptuaire 
publié en 1289. Le podestat devait rappeler cette défense, à son de trompe, dans les 
rues de la ville, chaque année au mois d'avril. 



1. — Les traités sur les jeux de cartes 
sont nombreux. En voici quelques-uns. 
PlETBO Dl COBARRUHIA, Institittione 
de giuocatori, nella quale s'insigna a 
giuoccore scnza offesa di Dio... Venise, 
1562. A Fr.Saveeio Brunetti,G;'i(Oc/iz 
di Minchiate, Ombre, Scacclii... Rome, 
1747. Islruzioni necessarie per dit volesse 
imparareilgiuoco délit TarocchinidiBo- 
logna. Bologne, 1754. Cf. Giambattista 
LOLLI, Oiservazioni ieorcio praiiche so- 
pra il ffiuoco degli scacchi... Bologne, 
1763. Do.MENIco PONZIANI, Il giuoco in- 
comparabilidelli scacchi, Modéne, 17S3... 

2. — Vai.esio, i4rc/iiD. S/or. Not. Capit., 
Cred. XIV, vol. 18, fol. 246. 

3. — Florence, Archivio di Staio, Sen- 
tenee del Capitano Albcricus de la bor- 



della, Liber Inqttisitiomim, 1410, fol. 82, 
22 janvier. 

Margaritam Boni Mogiiay de Aretio 
habiiairicetnFlorentiae, in populo sancti 
Slephani in loco dicto al buclio.. . super 
eo quod ad noiiliam nosirain j>erx>enH, 
qiiod dicta Margarita de anno présent! 
mense Januarii animo et intentionc 
« contra gli stuttiti di Firenze •. Ludum 
aezardi cum tassellis ad ludcinluin ludum 
prohibiium et vctituin lenerit in doino 
propria. 

4. — Bibl. Casattatense, Bandi, vol. 43, 
n" 20. 

5. — Ibid., vol. 51, n» 195. 

6. — Lettres familicres, I, 224. 

7- — GoBANi, Mémoires secrets, Paris. 
1793, II, 148. 



8. — L. Krati, La Vita prirata di Bo- 
logna, Bologne, 1900, p. 143. Vincrnzo 
Gi.\cCHiROLO, Ragionamento piacevole 
intorno aile Confesse di Sloggio, Bo- 
logne, 1622. G. BORGHI, Il Maggio.ossia 
feste esollazzi popolariitaliani, .Modènc, 
1848. 

9. — Viia Nuova. Storia fiorentina 
Marchione di Coppo Stefani. Delicie de- 
gli Erudili, t. X, Florence, 1778, p. b. 
Lib. IV, Rub. 317. Prose di Dante, Flo- 
rence, 1723, p. 225. 

DiNO Co.MPAGNi parle de cette coutume. 
(Cronaca fiorentina. revue par Is. Dkl 
LUNGO, .Milan, 1870, Liv. I, cap. xxil, 
p. 66.) ViLLANi également. Mukatori, 
R. liai. Script., XIII, 330, 369. 

10. — L. Frati, p. 271. 



igô LA FEMME ITALIENNE. 

On célébrait de même le i*^"^ mai à Modène. Toutefois, en 1445, une ordon- 
nance déclara que la « comtesse >>, au lieu d'être durant toute la journée l'objet du 
respect des habitants et l'occasion de réjouissances, n'aurait qu'un règne éphémère, 
le soir, de quinze heures à vingt-deux heures'. 

Comme l'appareil dont on l'entourait coûtait fort cher, l'habitude s'introduisit 
de faire payer un droit pour la voir. On chantait devant sa maison- : 

Faites honneur à la comtesse 
Vous qui allez par les rues, 
Afin qu'elle soit vue. 
Nous l'avons mise là-haut 
Faites honneur à la comtesse. 

La tradition de cette fête s'était perdue au xvil" siècle. Un auteur de ce temps 
écrit : « Maintenant on a remplacé l'exposition de la reine par celle d'une image 
sainte placée sur un autels » 

On a parlé des cours d'amour qui se réunissaient à Florence au xill® siècle''. 



LA DANSE 



La danse était le divertissement habituel et favori des Italiennes, de même que 
le complément nécessaire de toutes les fêtes; les banquets, les spectacles, s'entre- 
mêlaient de danses. Aussi considérait-on cet art comme l'un de ceux dont la 
connaissance s'imposait aux jeunes filles. 

Qu'elles sachent sauter, 
Afin qu'on ne dise point 
Qu'elles sont dépourvues d'intelligence. 

écrivait Barberino au xiv^ siècle dans son traité sur les femmes ^ Bien danser 
marquait, en effet, aux yeux des contemporains qu'on avait l'esprit cultivé et l'on 
verra tout à l'heure que la déduction n'était pas alors aussi paradoxale qu'on le peut 
croire. C'était aussi la preuve qu'on avait de la grâce dans le train ordinaire de la 
vie. Alexandra Strozzi, dans une lettre qu'elle adressait à son fils Fihppo, le 31 août 
1465, pour le déterminer à un mariage, lui disait, après avoir vanté les attraits de la 
jeune personne'' : «J'ai demandé si elle était gauche et empruntée, on m'a répondu 
que non, qu'elle était au contraire fort adroite, car elle savait danser et chanter. S'il 
en est ainsi sur ce point, je ne doute pas du reste. >/ Castiglione exige que la dame 
de cour accomplie, comme le parfait courtisan, sache danser avec grâce et modestie^. 
Tous les traités relatifs à l'éducation placent au premier rang l'art de la danse 

I- — L. Frati, p. 144. C. BoRGHi, p. 14. Bologne, 1666, Part. I, p. 299. tere... di Alessandra MacingJii negU 

2. — O. Mazzoni-Toselli, Racconti 4. — Cantu, v, 337. Strozzi, Florence, 1877, p. 431. 
storici eslratti dair Archivio Criminale 5. — Fr. da Barberino, Del Reggi- 6. — Lettere di Alessandra M acinghi... 
di Bologna, Bologne, 1866, H, 514. menio e di Costumi délie Donne, Turin, p. 464. 

3. — A. Masini, Bologna perlustrata, 1875, Part. I, p. 30. Cf. C. Guasti, Le(- 7. — Lib. HI, cap. viii. 



/;.l.V.s7.s. //.V DU XV SI ECU-: 




.MlM.ViUlΠUK-XAM 1.1. lUAUt. DJL I.X UA^bt Ut G LL.1.U-.L.MO 

Ex. de 1.1 Bibl. Nationale, Ms. italien, 973 (1480). 




BENOZZI) HO/.ZOLI. NOCRS DV. JAc:O0 ET IIK RACIIKI. ( 1 ((«J- 1 1S5I 

Pisc, Camposanto. ^Phot. Alinari.j 



lA DANSE. 197 

avec celui du chant. A Sienne, les jeunes filles prenaient jusqu'à deux leçons de 
danse par jour au son de la harpe et du luth '. Toutefois ce fut à la fin du XV siècle, 
à l'aurore de la Renaissance, quand les arts plastiques furent sur le point d'atteindre 
leur plus haut degré de perfection, que la danse fut surtout en honneur. Jusque là, 
« on dansait et l'on sautait sur la mesure mais on ne faisait point de pas réglés » 
dit Magri\ 

En fait, il semble assuré qu'au moyen âge la danse devait avoir en Italie le 
même caractère qu'en France; les deux civilisations provençale et italienne s'étaient 
trop profondément compénétrées pour que, sur ce point, comme sur tant d'autres, il 
n'y ait pas eu imitation réciproque; d'ailleurs les quelques indications iconogra- 
phiques que l'on a pu recueillir indiquent une manière de danser, je dirais presque 
rituelle, conforme à ce qui se pratiquait ailleurs?. Il faut faire exception pour 
quelques danses populaires, d'une allure plus libre, qui subsistaient au xviir" siècle et 
qui sont peut-être une survivance des usages anciens. Quoi qu'il en soit, la danse 
n'était pas alors la science compliquée et savante qu'elle devint à la Renaissance. 

Le maître à danser fut dès lors un personnage important. Lorenzo Lavagnolo, 
par exemple, joua un rôle considérable dans les cours italiennes vers 1480-'. Il avait 
été attaché un temps à la cour de Milan après avoir appris à danser aux petites 
princesses de Gonzaga et la marquise Barbara disait de lui qu'il était « sans pareil 
dans le métier de danseur ». C'est pourquoi le duc de Ferrare le demanda pour qu'il 
apprit à danser à ses filles Isabella, Béatrice et Lucrezia d'Esté ; ses leçons plurent 
infiniment à ses élèves si l'on en juge par la lettre qu'écrivait, le 27 février 1485, 
Isabella, alors âgée de onze ans, à son fiancé, le prince de Mantoue : « Avec quel 
amour et quelle diligence, Lorenzo Lavagnolo, familier de votre Seigneurie, m'a 
montré l'art de la danse, je ne saurais le dire, mais ce que j'en sais et ce que mes 
soeurs en savent le montre assez. » Lavagnolo organisait aussi des ballets ; on lui 
compta cette même année 1485 une certaine somme « pour une fête composée par 
lui' ». En 1487, il fut mandé à Bologne afin d'y préparer un spectacle à l'occasion 
des noces d'Annibale Bentivoglio avec Lucrezia d'Esté, son élève. Il était même, à 
l'occasion, courrier de cabinet; à tout le moins son maître lui remettait-il des missives 
à porter. 

Le maître à danser faisait partie de l'équipage d'une princesse. Lorsque Eleonora 
d'Aragon quitta Naples pour aller à Ferrare épouser le duc Hercule I" (24 mai I473)> 
elle se fit accompagner par son maître à danser, Giovanni Martino. Margherlta, 
femme de Federico Gonzaga, emmena de Mantoue, lors du voyage qu'elle fit eu 
Allemagne auprès de ses frères, les ducs de Bavière, des musiciens, des chanteurs 
et des danseurs dressés à l'Italienne''. Quand la fiancée exécutait à Venise le pas de 

1. — Casanova, in Oon«aSe««se, p. 14. au Campo Santo de Pisc ou dans les 1878, p. 50. A. Luzio et R. Kkniek, 
Gentile Sehmini de Sienne, Novelle, fresques de Michelino da Bedozzo qui Mauto-.a e Urhino, Turin. 1803, p. 6. 
Livourne, 1874, p. 2S3. sont dans le palais Boriomee à Milan. 5. — Ferrare, Archivio Eslense, Conio 

2. — Gennaro Maghi, Trattato teorico Voir G. ROSA, Dialetti, costumi c Ira- Cenvrate, IH, 1485, cvm. 

/-ra«co rie/ iinHo, Naples, 1779, p. 9. <//aio»/..., Brescia, 1870. 6.— A. ScuiVKNOGLlA, Cronaca di 

3. — Par exemple, dans les Noces de 4. — P. Keruato, Uticre inédite di Muntova dal l.f.(S al 14S4. Milan 1857, 
Jacob et de Rachel de Benozzo Gozzoli, donne iiiantovane del sec. XI', M.xnlouc p. 173. 



igS 



LA FEMME ITALIENNE. 



danse que lui imposait la coutume, elle était conduite, à défaut du père, par son maître 
à danser qu'on choisissait généralement d'âge mûr, huonio attempato, dit Vecellio'. 

Un art si important devait avoir ses lois écrites; plusieurs traités furent, en effet, 
publiés vers ce temps. Rinaldo Rigoni donna le Ballerino Perfetto, en 1468, à Milan. 
Domenico da Ferrara composa vers la même époque un traité intitulé Trattato di 
Ballo, dont il existe une copie manuscrite à Sienne'. Mais l'ouvrage qui eut la plus 
grande vogue est dû au danseur Guglielmo; les copies en sont nombreuses et la 
Bibliothèque Nationale en posssède un exemplaire orné d'une miniature \ Guglielmo, 
qui était originaire de Pesaro, se proclame '< le disciple très dévoué et le fervent 
imitateur du très honorable chevalier Domenico de Ferrare dans l'art singulier et 
honnête de la danse ». 

Le succès du traité de Guglielmo s'explique par la réputation qu'il s'était acquise 
quand il le publia; il exerçait son art depuis trente ans et avait été l'organisateur des 
plus grandes fêtes qui se fussent données en Lombardie ; c'est lui qui régla le ballet 
par lequel on fêta l'entrée de Francesco vSforza à Milan, en 1450, qui présida aux 
danses destinées à célébrer à Ferrare les noces de Leonello et celles de Alessandro 
Sforza à Pesaro. Il fut envoyé à Bologne pour y préparer une réception princière. 

L'auteur de l'éloge qui suit son traité dans l'exemplaire de Paris, le compare 
tour à tour au roi David, à Salomon, aux Macchabées. « Sa danse, dit-il, n'est point 
d'un homme, mais elle marque un savoir céleste et il y a tant d'harmonie dans sa 
musique, tant de légèreté dans ses mouvements, qu'en le voyant danser, Caton serait 
tombé amoureux de lui ! /y Aussi Guglielmo se montre-t-il plein de mépris pour ceux 
« qui se croyent des maîtres et ne savent pas distinguer leur jambe droite de leur 
jambe gauche ». 

Dans le chapitre qu'il consacre aux femmes'», Guglielmo s'applique à leur 
recommander un maintien modeste et calme, un port « digne et souverain ». « Les 
mouvements du corps, dit-il, doivent être gracieux et doux; ceux des pieds, légers; 
que les gestes soient bien formés, que les regards des danseuses ne vagabondent pas 
et, exprimant l'admiration, ne se portent pas tantôt sur celui-ci, tantôt sur celui-là... 
La danse achevée, la dame quittera son cavalier avec un sourire qu'elle lui adressera 



1. — Vecellio, fol. 126 V. Sanuto, 
Diari, XXXVH, 445. 

2. — Biblioteca Comunale, Cod. L. V. 
29, c. 21 r, a c. 887. Le commencement 
est du maestro Guglielmo dont il va être 
parlé, le reste du maestro Domenico ; 
« IncipH liber Ballortim domini DonU- 
nici Ferrarensis. » Écrit en 1460. Pas 
de titre; petits ornements à la première 
page ; fol. 88 numérotés. 

3. — Bibl. Nationale, Ms, Ital. 973, in- 
titule : Guilielmi hebrœi pismtriensis de 
Prcdica seu Arte iripudii vulffare opus- 
cuhim. DedieàGaleas Visconti ; écrit en 
1463. Fol. 16-22 B : Dialogue intitule : 
Liber secundus incipii Argitmenintn dis- 
cipularum. Fol. 23 : « Qui comminciano 
la basse danse di Messer Domenico et 
di Giiiglielmo et prima ttna bassa dansa 



chiamaia Reale in doi di Messer Dome- 
nico. Fol. 44 : Canzon -morale di Mario 
Philelfo ad honore et lande di Maestro 
Guilielnio Hebreo. Ce ms. diffère quelque 
peu par l'ordre dans lequel sont décrites 
les danses des autres exemplaires; il en 
contient cinq de moins que l'exemplaire 
Magliabechiano : Bassa dansa chiamaia 
Principessa, — Pariita crudela, — Ve- 
nus, — Zauro, — Alis. (Sur la signifi- 
cation des mots : Danse basse voir plus 
loin.l 

Le Codice Magliabechiano, XXI, n, 88, a 
ete publie par Gaetano Komagnoli dans 
la Scella di Curiosità Letterarie, disp. 
CXSXI, Bologne, 1873. 
Un autre exemplaire se trouve à Modéne. 
Cod. Estense, VII, A, 82 ; un autre au 
séminaire episcopal de Foligno, B. V. 



14. Celui de Modéne a été publie sous le 
titre : 

Délia virtude et arte del danzare e di al- 
cune opportune e necessarie pariicelle a 
qttella pertinenti; trascrizione di un 
manoscriito inedito del XV secolo esis- 
tente nella Biblioteca Palatina di Mo~ 
dcna, corredata di note ed appiinti daW 
Ing^' Giovanni Messori-Roncaglia; Mo- 
dena, Tip. delV Immacol. Concezione, 
iSS; ; per nozze Tavani-Santucci . 
Et celui de Foligno, sous le titre ; 
« Otto basse danze di M. Guglielmo da 
Pisaro e di M. Domenico da Ferrara, 
puhlicatedaD. M. Faloci-Pulignani in 
Foligno, Sgariglia, iHSy ; per nozze 
Reiner-Catnpostrini. * 
4. — Fol. 14, Capitulum regulare mulie- 
rum. 



LA j)Aysf:. i'j9 

bien en face ; elle lui fera une révérence honnête et aimable en rapport avec le salut 
que lui aura adressé le cavalier et puis elle ira s'asseoir dans une attitude pleine de 
réserve. » 

On le voit, ce qu'on demandait surtout aux femmes dans la danse, c'était la 
o;râce, l'élégance ; on dansait lentement et fort souvent isolément, toujours ou presque 
toujours de façon compassée". 

Castiglione recommande aux danseuses de mettre dans leurs mouvements 
« une gaillarde douceur », quand il s'agit de paraître en public; dans le privé, il 
permet des danses un peu plus vives, les moresques et les branles, '< les passages 
redoublés et les souplesses de pied° ». 

C'est précisément parce que les danses avaient ce caractère de gravité, de 
mesure et de décence que les personnages les plus sérieux pouvaient y prendre part. 
Certains cardinaux furent des danseurs passionnés'; au bal que donna à Milan le roi 
Louis XII, figurèrent le cardinal de Narbonne et le cardinal San Severino. En 1518, 
un grand bal masqué fut donné à Venise en l'honneur du cardinal Cibo; deux autres 
cardinaux étaient présents qui dansèrent avec lui la danse du chapeau. Par son titre, 
cette danse semblerait fort appropriée aux personnages qui l'exécutèrent; mais il n'en 
était pas ainsi dans la réalité ■♦. Un auteur de ce temps, Simeone Zucollo a 
consacré deux chapitres de son ouvrage intitulé La Folie de la Danse, à démontrer 
l'extrême immoralité de la danse du chapeau^ Quoi qu'il en soit, les spectateurs n'y 
virent rien de choquant et Sanuto, en rapportant le fait, ne l'accompagne d'aucun 
commentaire. Il est vrai qu'il s'était trouvé à Rome du temps des Borgia. 

Lorsque le roi d'Espagne Philippe II, peu porté cependant aux dissipations, vint 
assister aux délibérations du concile de Trente, il dansa avec quelques-uns des prélats 
les plus élevés en dignité*^. 

L'art de la danse était régi par des règles et par des principes rigoureusement 
définis, divisés et classés conformément au goût du temps. Guglielmo pose six conditions 
pour bien danser, à savoir la mesure, la mémoire, la division du terrain, l'aérien, la 
manière et le mouvement corporel. L'intelligence de ces préceptes est un peu obscure 
malgré les explications qu'il en donne. La mesure, dit-il, consiste à se régler sur la 
musique ou sur la voix des chanteurs qui accompagnent les danseurs; la mémoire 
leur permet de se souvenir exactement des airs sur lesquels ils dansent afin d'y 
conformer leurs mouvements; la division apprend à se rendre compte de la dimension 
de la salle, du lieu où se trouvent les danseurs, pour que, en exécutant soit un ballet, 
soit une « danse basse », ils mesurent avec adresse leurs pas sur l'espace dont ils 
disposent; 1' « aérien » est la légèreté, la souplesse des mouvements dont il convient 
que le danseur ait le constant souci; dans les pas doubles et les pas simples, dans les 

I. — « Qu'elles dansent simplement et suite le danseur consomme. » Danse de l'Adultère. » Les femmes se 

chantent bassement » dit Christine de 2. — Castiglione, trad. G. Chapuis, coiffaient du chapeau des danseurs 

Pisan, Cité des Dames, 1536, fol. CXIII. 1580, p. 376 et 176. qu'elles dislinsuaient. 

Parlant des hommes, Castiglione dit, 3. — M. Sanuto, Diari. XXVII, 30; 5. — £n Pmoca de/ fl<i//o, Padoue. 1549. 

dans le Cortigiano, I, 18 : < Dans la Molmenti, p. 279; Castil Blaze, La \ .Ro%si,Lettere... di A. C<Wi»io, Turin, 

danse, un seul pas, un seul mouvement. Danse et les Ballets, Paris, 1832, p. 15. 1888, p. 117. n. p. Il8. 

gracieux et sans raideur, rcvelc tout de 4. — En effet, elle s'appelait aussi • La 6. — Castil Blaze, iifti supra. 



200 LA FEMME ITALIENNE. 

battus et les jetés, il donne l'air dégagé et relevé; la manière est l'art de mettre de 
l'ensemble dans les mouvements, de faire que tout le corps participe avec grâce aux 
pas que l'on accomplit; quant aux mouvements, c'est la danse en elle-même dont la 
connaissance semble avoir été la moindre des occupations du danseur. 

Après d'autres conseils du même genre et de longues recommandations sur 
l'importance de danser en mesure, Guglielmo conclut par un sonnet sur « le bel art 
de la danse ». 

Bien danser s'apprend avec effort, 

Mais donne de la joie aux âmes délicates, 

Contorte et exalte le cœur, 

Charme les yeux par un agréable spectacle. 

Pour ce qui est des danses en elles-mêmes, Guglielmo, ces principes posés, 
en décrit un certain nombre choisies parmi les « danses basses >>, c'est ainsi qu'on 
nommait les danses dans lesquelles les pieds quittaient à peine le sol, où l'on ne 
sautait pas, danses graves et dignes par conséquent, puis il explique quelques ballets. 
Voici, par exemple, comment il décrit la « danse royale » (danse basse) : « D'abord 
deux pas simples et quatre doubles, en commençant du pied gauche puis une reprise 
du pied gauche; on doit répéter deux fois ce mouvement; ensuite deux pas simples 
et un double en commençant par le pied droit; deux reprises Tune sur le pied 
gauche, l'autre sur le droit, deux pas simples et un pas double du pied gauche, 
une révérence sur le pied droit, un retour en arrière et deux pas simples en partant 
du pied droit, deux reprises sur chaque pied et une révérence sur le pied droit, 
enfin on envoie en avant la dame et l'on recommence seul le même pas. » 

La danse « Petit rose » (ballet), se dansait ainsi : d'abord seize mesures de 
cornemuse puis un silence pendant lequel le cavalier fait un saut très bas (sic) , 
auquel répond la dame, ensuite le cavalier fait une volte circulaire en commençant 
du pied gauche et la dame aussi, ils se prennent par la main et font trois pas doubles 
et, à chaque pas, ils reculent d'abord sur un pied puis sur l'autre, enfin on termine 
par deux pas de sauterie. 

Les trente- quatre danses décrites par Guglielmo avaient été composées par 
son maître Domenico de Ferrare, par lui-même et par un certain Giuseppe ; 
deux sont dues à Lorenzo di Piero, fils de Cosme de Médicis, car les plus grands 
seigneurs ne dédaignaient pas de s'occuper de ces choses'. Les unes comportaient 
deux danseurs et ce sont les plus nombreuses, les autres trois, '< à la file » et même 
parfois quatre. La danse nommée CoUonese, inventée par Guglielmo, demandait 
six danseurs. 

Guglielmo était juif ainsi que son émule Giuseppe ; il semble que les juifs 
aient eu alors une sorte de primauté pour l'enseignement et la pratique de la danse; 
le duc d'Urbin avait à son service un juif converti appelé Ambrosio qui était de 

I- — Laurent le Magnifique composa aballo, ballate, de même que des chants tour en est gracieux et la pensée en est 

un recueil de chansons .i danser, CaitîOMî de carnaval, Canii Carnascialeschi. Le parfois profonde. 



eus ir. mi: s irr miiii i)i:s dk daxseurs ft de danseuses, xvf siècle. 



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DAXSE DU ■ COMBAT D A.MOfR > 
Caroso, Il Ballerino, Venise 15*51. 



DANS!-; DU LIS FLEURI » 

Caroso, Il Ballerino, Venise 1581. 




DANSE DU ' SOI,E!L ARDENT ' 
C;aroso, Il Ballerino, Venise 15S1. 



DAXSE ' SQUILIXA CASCARDA » 
llaroso, 11 Ballerino, Venise 1581. 



LA DANSK. 20 1 

Pesaro de même que Gugliclmo'; il donna des leçons à Isabella d'Esté alors qu'elle 
avait six ans (1481). De même, au siècle suivant, en 1575, le Saint-Siège autorisa 
deux juifs d'Ancône à professer la danse et le chant'. 

Le traité de Guglielmo fut bientôt suivi d'un autre traité rédigé par Domenico 
di Piacenza et qui a pour titre : De Arte saltandi et choreas ducendiK Domenico 
était un contemporain de Guglielmo et de Domenico de Ferrare car dans l'exemplaire 
du traité de ce dernier qui est à Sienne, il est fait mention de danses inventées par 
lui'' et, d'autre part, il donne la description d'une danse dont le chant avait été 
composé par la fille de Guglielmo. La graphie du manuscrit indique qu'il fut écrit 
dans la première moitié du xvi'-^ siècle et les formes dialectales sont propres à 
l'Italie du nord. 

Domenico était, au surplus, un érudit; il se recommande d'Aristote' qu'il cite 
à plusieurs reprises, non pas vaguement et par ouï-dire mais en précisant les 
passages, par exemple le chapitre dixième de l'Ethique'. Ses préceptes généraux 
se rapprochent sensiblement de ceux de Guglielmo. « Pour se livrer de façon 
convenable au gentil art de la danse, dit-il, il faut connaître la mesure, avoir une 
mémoire grande et profonde, de l'agilité tout en se gardant de l'exagérer, car 
il ne faut jamais aller aux extrêmes. » Il définit la mesure « la grâce des manières 
et l'agréable maintien de toute la personne », il recommande de bien observer le 
terrain et rappelle que la mémoire est mère de l'expérience « qui s'acquiert par 
une longue pratique » et que « cette vertu fait partie de l'harmonie et de la 
musique ». Il divise les danses basses en cinq catégories dont deux diffèrent par 
essence et trois par accident. 

De même que Guglielmo, il s'occupe longuement de l'accompagnement 
musical. Guglielmo voulait qu'il se composât de quatre voix car l'harmonie du corps 
est le résultat de quatre éléments de même que l'harmonie morale est l'ensemble des 
quatre grandes vertus. Domenico explique que la mesure consiste dans l'équilibre du 
plein et du vide, du son et du silence et il impose au musicien d'attaquer son 
morceau plutôt sur la note du soprano que sur celle du ténor. 

Les deux arts de la danse et de la musique étaient considérés comme inséparables 
pour ainsi dire et enseignés, comme on l'a vu, par les mêmes maîtres. Guglielmo 
définissait ainsi la danse : « Ce n'est pas autre chose qu'un acte démonstratif 
concordant avec la mélodie rythmée des voix et des sons. » On composait une danse 



1. — A. Luzio, / Precetiori d' Isabella 
d'Esté, Ancônc 18S7, p. 12. 

2. — Archivio Seff. Vaticano, Divers. 
Camer., vol. 220, fol. 24. 

« Liccntia docendi ariem sonandi et alia. 
Dilectis nobis in Christo Peregrino alias 
grescion azziz et Einanuel de Rabi Jalo- 
macis ebreis anconilanis... » 
Les juifs exervaicnt aussi le métier de 
comédiens. Il y en eut une troupe à Man- 
toue vers le milieu du XVI" siècle qui re- 
présentaient soit des comédies compo- 
sées par l'un d'eux, soit celles des au- 



teurs en vofi-ue, ou bien donnaient des 
concerts. En 1563, ils jouèrent les Sup- 
positi d'Arioste devant les archiducs Ro- 
dolfe et Ernest. Un peu plus tard, en 
1568, ils donnèrent un spectacle à l'or- 
ganisation duquel coopéra Bernardo 
Tasso ; la pièce jouée fut Le duc Fulvie 
de Farone, pièce « approuvée par l'Aca- 
démie ». Leone, juif de Mantouc, écrivit 
des comédies et un Traité sur l'Art théâ- 
tral. D'Ancona, Origine del Teatro lia- 
liano, U, 286, note I. 
3- — Le sous-titre est : J)c lu Arte di 



bal lare et danaare. Bibl. Nat., Ms. Ital., 
972. 

A- — Fol. 16. Ms. de Sienne : Rttbrica 
dette basse danse di messere Donienico 
cai'aliere piasentino. 
5. — On a identifie, ù tort ce semble, 
maigre son classici.<nie, l'auteur de ce 
traité avec un auteur du même nom, 
Ludovico Domenichi de Plaisance qui 
mourut en 15(14 et qui a compose des 
recueils de facéties, de bons mots, de 
plaisanteries et traduit plusieurs ou- 
vrapcs grecs et latins. 



LA FEMME ITALIENNE. 



sur une mélodie"; la danse était alors la mise en action d'un chant de même qu'au 
moyen âge et dans l'antiquité. 

Dante fait s'avancer en dansant et en chantant en même temps les trois vertus 
théologales^ : 

sérieuses 

S'avancèrent alors les trois autres danseuses ; 

Sur un mode angélique, elles chantaient en chœur'. 

Il se constitua, du xill^ au xiv^ siècle, toute une littérature de chants, de « bal- 
lades » propres à accompagner la danse; l'origine en est généralement populaire. 
La ghirlandetta de Dante, de même que la ballade de Boccace intitulée <{ Il fior ch'l 
valor perde » sont des adaptations de vieilles chansons. Sacchetti puisa également à 
cette source dans sa ballade « O vaghe niontanine pastureUe^ ». Au XV* siècle, 
Poliziano, Giovanni de Florence, l'auteur du Pecorone, plus tard Montalcino, et bien 
d'autres ne dédaignèrent pas ce genre de composition. Carducci a réuni quantité de 
ces chansons composées vers cette époque; il en est de gracieuses, d'étranges'. 
Parfois le chant était une invitation, une promesse : 

Venez au bal, dames et jeunes gens, 

Entrez dans cette salle 

Où danse l'Espérance, 

La douce pensée des amants malheureux. 

OU encore : 

Je ne veux plus te quitter 
Car, plus je me cache, 
Plus je me sens perdu. 

Parfois les paroles étaient burlesques comme dans ce chant de Grazzini : 

Que chacun pleure tête inclinée, 

Car l'Ambraino est mort. 

Sachez que l'Ambraino était un cheval 

Ou plutôt une jument 

Qui jamais ne fauta'. 

Une des danses les plus populaires d'Italie s'exécutait sur une vieille chanson 
de la façon suivante : On formait un cercle où les hommes et les femmes alternaient 
également. Celui qui réglait la danse chantait : « L'acqua corre a la borrana et 
Vuva è nella vigna. — L'eau court sur la pente et le raisin est dans la vigne. » 



1. — E. MOTTA, Musici alla Corie degli 
Sforza, Milan, 1887, p. 40. 1 Ippolito 
Sforza, composa, dit-il, deu.\ danses sur 
des chansons françaises. » 

2. — Purg-atoire, ch. xxxi, v. 131. 

3' — « Quand les diverses danses con- 
duictes ores à la voix de quelque chantre 
et ores mêmes au son de divers instru- 
mcns... •> dit Boccace dans la Fiammelte, 
éd. i6oy. p. 219. 



4. — Brunet, VI, II. Symonds.iv, 226. 
s. — G. Carducci. Caniilene e ballate, 
Pise, 1871, p. 78, 113, 176; du même, Le 
Sianze di M. A. Poliziano, Florence, 
1863, p. 275, 296; Fr. Flamini, Ballate 
e terzine di Antonio Ua Montalcino, 
Bergame, 1S97, p. 396. P. Meyes, Ro- 
mania, t. XHI. an. 1894, p. 156. Des. 
cription d'un rôle de maître à danser, 
liste de timbre? de chanson? de danse? 



designées soit par le titre sous lequel 
elles étaient connues, soit par leur pre- 
mier vers. Une note finale écrite en latin 
apprend que cette liste a été dressée par 
un certain Stribaldi, le 27 décembre 1517. 
Ces chansons sont accompag-nees d'une 
notation spéciale qui indique les pas et 
les mouvements de la danse. 
6. — C. Verzonk, Le Situe hurlesvlie 
di (iidzzini Florence, 1S82, p. 159. 



LA DANSE. 



203 



Et tous répétaient ces deux vers en chœur. Alors le conducteur de la danse quittait 
sa place, allait vers la dame qui était à sa droite et, la prenant par la main gauche, il 
la plaçait à sa gauche, tandis qu'on chantait : « E datemi questa figlia... — Et 
donnez-moi cette fille. » Et ainsi des autres jusqu'à ce que toutes les dames se trou- 
vassent placées à la gauche du conducteur de la danse tandis que les hommes restaient 
à sa droite'. Boccace parle de cette danse'. 

La passion des Italiens pour la danse était générale. En Lombardie on dansait 
« tout le jour, au soleil », raconte Castiglione, et les gentilshommes ne croyaient pas 
déroger en se mêlant aux danses des paysans'. Montaigne, se trouvant aux bains de 
Lucques, fit danser ensemble des dames et des filles de la campagne et leur distribua 
des prix; les paysans, tout illettrés qu'ils fussent, improvisaient des vers'. Cependant il 
faut ajouter que les seigneurs de la cour d'Urbino que Castiglione met en scène 
trouvaient excessive cette familiarité dont usaient les nobles lombards à l'égard de 
leurs paysans'. Au xili* siècle, un plébéien eût été fort mal venu à vouloir se mêler 
aux danses qui se donnaient en présence des grands. Ce ne fut que beaucoup plus 
tard, quand on se piqua d'être simple et d'aimer ce qui était rustique, que les danses 
populaires furent introduites dans la société. 

A certains jours, on dansait dans les rues de Florence et des récompenses 
étaient attribuées aux plus habiles^; les filles recevaient des couronnes de soie ou 
d'argent; les jeunes gens, un bâton enguirlandé. Quand le fils du roi de Portugal fit 
son entrée à Venise, en 1428, il y eut un grand bal auquel assistèrent cent vingt 
femmes vêtues de drap d'or et couvertes de perles et cent trente femmes vêtues de soie 
cramoisie 7. 

A la fin de la première soirée d'entretien du Cortigiano, comme il se faisait tard, 
la duchesse commande « à madame Marguerite et à madame Constance Fregose de 
danser ». « Et pour cette cause, dit Castiglione, Barletta, qui estoit plaisant musicien 
et gentil baladin, entretenant tousjours la court en plaisir et feste, commença inconti- 
nent à jouer de ses instrumens : et par ainsi, s'estant pinses par la main, après avoir 
danse une basse danse, se mirent à danse plus gaiement avec une bonne grâce et 
plaisir singulier de ceux qui les voyoient. Et puis, quand une grande partie de la 
nuict estoit passée, madame la duchesse se leva sur pieds et par ainsi chacun, ayant 
humblement pris congé, s'en alla coucher^. » 



1. — D'Ancona, La Poesia Popolare, 
p. 40. Caeducci, Cantilene e ballale, 
Pise, 1871, p. 60, 342. JEANKOV, p. 40H. 

2. — Décameron, VIH, 2. 

3- — Traduction Chapuis, p. 174 v. 

4- — « C'est véritnblement. dit Mon- 
taigne (Jmtrnal du Voyage... Paris, 
1774, p. 241), un spectacle ag^réable et 
rare pour nous autres françois, de voir 
des paysannes si gentilles, mises comme 
des dames, danser aussi bien et le dis- 
puter aux meilleures danseuses, si ce 
n'est qu'elles dansent autrement. » Cinq 
fifres accompagiidient la danse. Cette 
impression de gentillesse que causaient 
les paysannes italiennes quand elles 



dansaient, était g;énérale. GUYOT DE 
MERVir.LE (Voyage hisioriijue et poli- 
tique d'/lalie), qui écrivait dans la pre- 
mière partie du xviii» siècle (1717-1721), 
disait : « Nous les écoutâmes chanter 
(dans la campagne de Sienne). Chacun 
de ces paysans prend une fille par la 
main et la mène devant celui qui joue de 
la guitare ou du violon ; là ils expriment 
par leur chant accompagne de ces ins- 
truments le sujet de leurs passions amou- 
reuses. .. » Et les paysannes répondaient 
en chantant et en dansant. A propos des 
paysannes florentines, il dit : € Elles 
sont sans contredit les plus belles et les 
plus aimables femmes que l'on puisse 



trouver. Leur propreté et leur manière 
de s'habiller est charmante. Elles parois- 
sent même quelque chose de plus que des 
simples paj'sannes. Elles sont surtout 
remarquables par leur extrême habileté 
à élever leurs enfants (I, 585). » L'abbc 
Coyer vit également danser « de jeunes 
villageoises bien lestes, couvertes de 
petits chapeaux de pnille, omecs de 
fleurs, colliers, bracelets, enfin mises 
dans le goût de nos paysannes d'Opera ». 

5. — .MURATORI, Antiq. liai.. H, 317. 

6. — .MiiRATORi, R. Italie. Script.. \\\. 
970, Historié di lirei-.ce, 1400-1 (3S. 

7. — MoLMKNTi, p. 370. 

8. — Cortigiano, I, 56. TraJ. p. 148. 



204 



LA FEMME ITALIENNE. 



Voici comment le prince d'Anhalt décrit la façon de danser des Italiennes. Il 
arriva à Florence en plein été, le 22 juin 1598; comme il faisait trop chaud pour 
monter à cheval ou s'exercer à l'escrime, il se résolut à étudier la danse italienne, 
bien différente, remarque-t-il, de la danse allemande. '< Les danseurs soulèvent peu 
le pied du sol, écrit-il, mais élèvent les bras de façon fort digne, ils tournent les 
épaules tantôt à gauche, tantôt à droite, se tenant droit et se réglant exactement sur 
la musique. Le maître à danser sonnait du luth et, les lunettes sur le nez, indiquait 
les pas'. » 

Lors du passage de l'empereur Frédéric III à Ferrare, en 1452, on lui donna le 
spectacle de danses auxquelles prirent part les dames de la ville et les gentilshommes. 
Il en fut de même en 1468; on fit venir au palais « de bonne grâce ou de force » 
cinquante demoiselles parmi les plus belles, qui dansèrent devant lui-. 

C'est vers cette époque, en même temps que la danse privée prenait tant 
d'importance, que les bals donnés en public se transformèrent en ballets le plus souvent 
allégoriques; on y fig;urait les hauts faits ou les vertus du personnage qui était le 
héros de la fête ou bien on symbolisait l'événement qui en était l'objet. Il y eut des 
ballets qui firent bruit; celui, par exemple, que donna Bergonza Botta à l'occasion 
du mariage de Galeas Sforza avec Isabella d'Aragon en 1489^; il représentait, comme 
on a dit, l'expédition des Argonautes et la conquête de la Toison d'or-^. En 1499, ^^^^ 
donné à Ferrare un grand ballet dans lequel on vit des paysans se livrer aux travaux 
de la terre, semer, récolter, engranger, battre le blé et le passer au van, et telle était, 
dit le narrateur, l'exactitude et l'ensemble de leurs mouvements qu'il semblait que tous 
étaient animés d'un même souffle que réglait la musique. Dans les entr'actes, des 
nymphes apparaissaient^. 

Léonard de Vinci composa un ballet qui représentait le système du monde''. 
Dans le Songe de Poliphile est décrit un ballet où les danseuses étaient les pièces 
d'un jeu d'échec'. 

Souvent, on entremêlait les danses de farces imaginées et jouées par des 
masques^. 

De même que les gentilshommes, les dames prenaient part aux ballets. Toute- 
fois, il existait à cette époque des ballerines, des danseuses attitrées. Déjà, au 



1. — Reise Be .threibung in deutsche 
Verse gebracht, trad. A. de Reumont, 
Archiv. Slor. lia!., Nuova Ser., vol. X, 
Florence, 1859, p. 104. 

2. — MuRATORi, E. Italie. Script, 
XXIV, Diario Ferrarese, col. 199, 214, 
217. En 1473, cent soixante-six jeunes 
filles « à marier » et femmes mariées, 
furent convoquées au palais du duc 
Ercole I, pour y danser dans une salle 
qu'on avait tendue, pour la circonstance, 
de draperies d'or et de soie. Plus tard, 
en 1499, le duc fit danser des danses 
appelées moresques, après qu'on avait 
joué des comédies de Plante, /bid., col. 
244, .-,6o. 

3- — V. Ki;rti.\ult, Histoire anecdoti- 



qne et pittoresque de la Danse, Paris, 
1854, p. 118. Cf. Dictionnaire de Danse, 
Paris, 1787, sans nom d'auteur. 

4. — Trist,\no Calco, De Niiptiis diicuni 
Mediolanensitim, dans Graevii, Thés. 
Aiitiq. liai., vol. H, part. I, col. 499. 

5. — Lettres de JANO (Giovanni) Pen- 
CHARO adressées de Ferrare à Isabella 
d'Esté Gonzaga dans Giorn. Stor. délia 
LeHeratura Italiana, vol. XI (1888), 
p. 177. Sur Peucharo, voir Luzio et 
Renier, Commedie classiche in Ferrara 
net 14QQ, p. 180 note 3. 

6. — Gebhart, Les Origines de la Re- 
naissance en Italie, p. 270. 

7. — Le Songe de Poliphilf, traduction 
t'.L. Popelin, I, 191. 



8. — Florence, Archivio di Stato, Otto 
di Pratica, Carieggio, Responsive, 
vol. VIII, p. 219. Lettre envoyée de 
Naples aux Huit par Nicole Michelozzi, 
le 10 mars 1491 : 

<■ Per resto délie /este di Grnnaia clie si 
fece domenicapassata in Castel Cupuano 
per il Duca di Cahibria nna fesia similê 
a quella di domenica innanzi di Castel 
Niiovo uno ballo solenne dove conven- 
nono iucie qneste pyinie baronesse et 
gentil donne assai ben ornate. El dan- 
z,:re /« intrcimesso da qiuu'che farsa di 
mtischere, et cantati più, vcrsi in laude 
dcl Rc di Castigtia et délia ca.sa di Ara- 
gona et cose simili con collaiioni reali 
lissai tielli' allô nso di qita. » 



jiuoi.w 





<f^^ 




Muscc Jcs Arts dccoraiifs, 

Peiid<4nt. 

Or ciselé et pisrtencs 



(^ 



tlorence. Cullcct. Carr^iid. 
Ag<tte. Aniphitritc. 



Musée 

des Arts décoratifs 

Ornement li'or en 

fili^ruiie. 




Musée dcb Ariâ dccoiAiitî, Colliei. Ot en 



Florence. 

Collection Carrand 
Camée. Diane. 









^^k 






>. 




Muïêc des Ans décoratifs. 

Pendant. 

Or ciselé et picrrcrîc». 




FtorciK'c. Pofte-parfun» 
avec émaux. 






FloreiKC. 

Collection Carrand. 

Agate. Aialantc. 



r 



)\ 



Musée des Ans décoratifs. 
Pendant. Or Ciselé et pierreries. 



Kensinf;ton. l^ 



I tavail lombard. 



Musée de» Arts décorants. 
Pendant. Or ciselé et fierrerie» 



LA DANSE. 



2o5 



Xll« siècle, l'empereur Frédéric II avait ramené de l'Orient une troupe d'aimées 
« instruites à danser et à faire des tours de souplesse dans la salle de festin' ». 
Richard de Cornouailles les vit en Sicile et, tout émerveillé, décrivit à l'historien 
Mathieu Paris leurs acrobaties, car c'étaient plutôt des acrobates que des danseuses, 
et Mathieu Paris s'empressa de faire mention de cette nouveauté dans son histoire'. 
Mais le concile de Lyon ayant reproché à Frédéric la présence de ces « jeunes 
Sarrasines », il dut les éloigner. 

Elles firent école néanmoins ; il y eut dès lors en Italie des femmes dont ce fut le 
métier de danser en public'; au XV siècle, les organisateurs de ballets faisaient valoir 
leurs mouvements gracieux ou provocants ; au xvi% les ballerines étaient nombreuses, 
tant à Rome que dans les autres cités italiennes, et donnaient souvent de la tablature 
aux magistrats judiciaires''. 

Vers le milieu du xvr siècle, après le sac de Rome et la prise de Florence, au 
temps où régnait le sévère pape théatin Paul IV, la danse fut un temps délaissée. 
Joachim du Bellay, qui se trouvait à Rome en 1558, écrit, dans ses Regrets' : 

La musique et le bal sont contraints de s'y taire. 
La paix et le bon temps ne régnent plus icy. 

Mais le goût pour la danse l'emporta bientôt. Quand l'Espagnol Vives parcourut 
l'Italie, il vit dans toutes les villes des maîtres à danser^; il s'en trouvait de fameux à 
Naples, à Florence, à Venise. Milan était devenu le centre des écoles de danse; on y 
venait de France, d'Espagne, comme de toute l'Italie, apprendre à danser'. 

La danse avait changé de caractère. « Il y a des danses qui vieillissent, dit 
Filippo degli Alessandri de Narni, beaucoup d'entre elles semblent avoir perdu leur 
grâce ^. » 

Caroso da Sermoneta, maître illustre dont l'ouvrage fit époque, posa les nouvelles 
règles de la danse; il s'était mis d'ailleurs sous le patronage de Bianca Cappello''. 



1. — HUILLARD BREHOLf.ES, Hist. di- 
plom. FredericiSecondi, Paris 1853-1860, 
p. cxcu, préface. 

2. — Mathieu Paris, Hist. Maj., Paris 
1644, p. 385, an. 1241. 

« Et post aliquot dies, de licentia Impe- 
ratoris et benevolentia , cnm sorore sua 
Impératrice Contes Richartius desiderata 
ad libitum protraxit colloijiiia. Etjiibente 
Impcratore, plures vidit et cum delecta- 
tione inspexit ludorinn iffnotortimet ins- 
trumentomm vtiisicortim, quae ad exhi- 
larandum Imprratricem parabantur, 
diversitaies. Inter qitas novitates obsiu- 
pendas, tinam magis laudavii et admi- 
rabatur. Duae enim piiellae Saracenae, 
corporibus élevantes, super pavimenti 
plajiitiem quatuor fflobos sphaericos 
pedibus ascendebant, plantis suis subpo- 
nenies, tina videlicet duos, et alia reli- 
ques duos, et super eosdem globos hue 
et illuc plandentcs Iransmeabant : et quo 
eas spiritusferebat, volveniibus sphaeris 
ferebantur, brachia tudenUo et canendo 



diversismode contorqtienies, et corpora 
secundum modules replicanter, cymbala 
tinnieniia vel tahi lias in maiiibus colli- 
dentus et iocose se gerentes et prodiga- 
liier exagitantes. » 

3. — JOH. Graevius, Thés. Antiq., 
vol. U, p. I, Lugf. Bat. 1704-1725, c. 519. 
Noces de Béatrice d'Esté avec Ludovico 
Maria Sforza (1491) : 

« ... Quo facto, initium saltationibus, 
ut pridie, feccre sponsae. Productis mox 
a personatis in horam choreis, subiii 
Tusca puella, magistro comitata ; quae, 
saltu Jlexuque corporis multifariam 
rotata, omîtes huvtanae agilitatis vcttus' 
tatisque ntivieros non tnodo referre de- 
center, sed supergredi ctiam admiran- 
tibits -t'isa est. > 

4. — Rome, Archivio di Stato, Investi- 
giitiones, vol. 16, p. 215, 238. Cf. Archiv. 
Stor. Capit., Cred. XIV, vol, 20, fol. 109. 

5. — Sonnet Lxxxviii, éd. Liseux, p. 56. 

6. — Dell' UJJicio del Marito verso la 
Moglie, Milan, 1561, trad. ilal. , p. 99. 



7. — Cesare Negri dit // Trombone, 
Grasie d'Amore, Milan 1602. Ferrario, 
// Costume, jMilan 1S23, vol. HI, p. Il, 
p. 854. Le duc d'Alburoquerque, gfou- 
verneur de l'État de Milan, . attendu 
les g^rands inconvénients et les délits > 
qu'occasionnaient les bals publics, les 
avait cependant interdits en 1569 sous 
peine des deux années de graléres à ceux 
qui en orgfaniseraicnt et de deux coups 
de corde à qui y prendrait part. Il dé- 
fendit ég^alement aux femmes d'aller 
masquées (1571). Milan. Arck. di Stalo, 
Reg. Panigarolu, Lett. T. fol. 260, 391. 

8. — F. DEGLI Alessandri da Narni, 
Discorso sopru il JJallo, Turin l6jo,p. 53. 
Castiglions rappelle que jadis on dan- 
sait sans se donner la main mais que cela 
a bien changé. Trad. Chapuis, p. 259. 

9. — Fabrizio Caroso da Ser.moneta, 
// B<i//(ir(»o (illustre par Franco), Venise 
1581 ; autre édition : Nobilità di Dame, 
libre ultra voila cliiamulo II Ballarino, 
Venise 1605. 



206 



LA FEMME ITALIENNE. 



Pour Caroso, la révérence était la base de la danse, aussi s'en occupe-t-il longue- 
ment ; il distingue la révérence grave de la petite révérence et celle-ci de la révérence 
féminine'. La révérence marquait la bonne éducation et les femmes n'avaient rien de 
si pressé que de s'y perfectionner. La première préoccupation des jeunes filles à 
Venise était d'apprendre à bien faire la révérence °. 

D'une façon générale, Caroso donne aux dames le conseil suivant : « Vous ne 
relèverez jamais la queue de votre robe parce que cela est d'un effet disgracieux à 
moins que l'espace où vous avez à danser ne soit si restreint qu'on ne puisse s'en 
dispenser, mais il est convenable de se donner du large au premier pas en arrière en 
repoussant la robe du pied et « en faisant le paon » avec la taille. » 

Il y avait alors quatre sortes de pas : le pas grave, le pas agile, le pas large à la 
gaillarde et le petit pas. 

La gaillarde, importée de France, était fort à la mode au temps de Bandello, 
c'est-à-dire au milieu du xvi^ siècle car le goût était alors aux danses très mouvemen- 
tées et aux danses étrangères; on y dansait à deux?. La moresque, fort pratiquée en 
France, l'était également en Italie et surtout à Rome"". Le branle, danse vive où une 
grande indépendance d'allures était laissée aux danseuses, plaisait particulièrement à 
ceux que leur gravité n'obligeait pas à des allures plus calmes. La danse de la torche 
s'exécutait encore en Italie alors qu'elle était depuis longtemps abandonnée en France; 
c'est par elle que se terminait la fête car celui qui tenait la torche avait le droit de 
l'éteindre et de donner par là le signal du départ. Il arriva à Rome en 1537 qu'un facé- 
tieux, s'étant introduit dans une salle de bal au moment où l'on dansait ce pas, s'em- 
para de la torche et l'éteignit, ce qui provoqua un grand tumulte et une bagarre et 
amena un procès'. Il y avait aussi la giga, sans compter les danses locales, la sicilienne, 
la florentine, la bergamasque, la romaine, la tarentule qui s'étaient répandues dans 
toute la péninsule et les danses symboliques, désignées par des appellations enga- 
geantes, telles que le Tournoi d'amour, l'Amour heureux, la Fidélité amoureuse, la 
Courtoisie amoureuse, ou encore Fidélité, Curiosité, Haine, Allégresse. On dansait 
aussi, comme en France, la Ruade. Dans le nord de l'Italie, on dansait la Niçoise qui 
était une danse dans laquelle, ce semble, il s'agissait surtout pour le cavalier de 
faire preuve de vigueur musculaire car il devait soulever sa danseuse en mettant son 
genou contre le sien et la faire pirouetter à plusieurs reprises autour de lui; après 
quoi, en récompense de sa peine, il avait droit à un baiser (1604)*'. 

A un tout autre point de vue, la danse s'était également transformée ; elle n'était 
plus, comme jadis, simplement prétexte à gestes harmonieux; s'il en faut croire Vives', 
on s'enlaçait et l'on s'embrassait immodérément dans les bals. 



1. — CzERNEVViG, Tanzktinsi. 
a. — Vecellio, fol. 126 v. 

3. — BANDELLO.A'oiW/e, éd. Milan 1560, 
fol. 63, vol. I, nov. VII. 

4. — Thomaso Gauzonj, La PiazBci Uni- 
versale, Venise, 1599, p. 452. On la dan- 
sait même dans les campag-nes. G. MUL- 
LKR, Esfralti del Diario Sabbiacentino 
di Nicoto de Bondi, Milan, 1857, p. 321. 



5. — Rome, Archivio di Siaio, Invesii- 
gationes, vol. X, p. 80. Tasse, dans une 
de ses poésies, se lamente parce que sa 
maîtresse a mis lin au bal en éteignant 
la torche. Rime, Brescia, 1593, Part. I, 
p. 78. 

6. — V. Lanciakini, Il Passaggio... di 
F. Ziiccaro, Rome, 1893, p. 40. Zuccaro 
raconte également un ballet qui fut orga- 



nisé par le duc de Nemours et dans 
lequel des valets dansaient en tenant des 
torches; quand ils eurent fini, les gen- 
tilshommes les remplacèrent. 
7. — Dell' Ufficio del Marito, Milan, 
1561, p. 99 et suiv. Scardeone, dans son 
ouvrage sur la chasteté (cap. XLi) com- 
posé vers le milieu du xvi» siècle, Ber- 
nardini Scardacomi Paiavini de Casti- 



LA DANSE 



207 



Aussi la danse eut-elle de bonne heure ses détracteurs. Dans son traité des 
Remèdes de l'une et l'autre Fortune, Pétrarque avait écrit : « Quel plaisir trouves-tu dans 
un divertissement qui lasse plus qu'il n'allège et qui est aussi ridicule qu'il est hon- 
teux?... Ce branslement des mains et des pieds, cette évagation et impudence des 
genoux, en un mot tous ces autres gestes aussi blasmables qu'ils sont risibles, montrent 
qu'il y a quelque chose dans l'intérieur qui répond aux déreiglements de l'apparence 
extérieure". » Les moralistes s 'inspirant de ces paroles remontrèrent que la danse 
était un divertissement plein d'embûches, servant à satisfaire la pétulance des jeunes 
gens, à provoquer les serrements de main trop tendres et les paroles déshonnêtes, à 
exciter les sentiments voluptueux, à perdre la jeunesse. « Dans sa course circulaire, 
dit Glissenti, elle détruit la vertu de ceux qui s'y adonnent'. » 

Un siècle plus tard, Bartolommeo Dotti, enchérissant sur ses prédécessurs, décla- 
rait dans deux vers qu'on ne peut traduire qu'approximativement, que mener une 
jeune fille à une sauterie, c'est la mener au saut?. 

Mais cette façon de concevoir la danse eut, d'autre part, des défenseurs de 
marque. Jean Tabourot dans son traité de l'Orchésographie publié à Langres en 1588 
sous l'anagramme de Thoinot Arbeau, s'exprime de la sorte'' : « Les danses sont prac- 
tiquées pour cognoistre si les amoureux sont sains et dispos, à la fin desquelles il leur 
est permis d'embrasser leurs maistresses affin que respectivement ilz puissent sentir 
et odorer l'un et l'autre, silz ont l'halaine souefve (suave), silz sentent malodorant de 
façon que de cet endroit, oultre plusieurs commoditez qui réussissent de la danse, elle 
se treuve nécessaire pour bien ordonner une société. » Et il ajoute un peu plus loin : 
« Si voulez vous marier, vous debvez croire qu'une maistresse se gaigne par la dis- 
position et grâce qui se voit en une dance car quant à l'escrime et au jeu de paulme, 
les dames ny veuillent assister de crainte d'estre endommagées. » 

Que la danse fût une institution nécessaire, même en ce qu'elle offrait de moins 
licite, c'était assez vraisemblablement le sentiment général en Italie et que partageaient 
les autorités, car les règlements municipaux, si sévères généralement contre toutes les 
manifestations du luxe, si rigides en tout ce qui concernait la morale, n'offrent presque 
aucune disposition contre la danse. Il n'y a que deux exceptions. La municipalité de 
Macerata décréta en 1554 que nulle femme n'aurait le droit d'aller danser dans un lieu 
public même si elle y était conduite par un homme, à moins que ce ne fût au palais des 
prieurs'. Les bals particuliers restaient permis. Quelques années plus tard, en 1566, la 
municipalité d'Ancône fit défense de danser, même dans les maisons particulières. 



tate Libri septein, Venise, 1522, se 
plaignait que les antiques traditions de 
reserve et de grâce se fussent déjà per- 
dues. « Les mouvements, dit-il, étaient 
naguère graves, modestes, pleins de pu- 
deur.» Cf. D0GI.10NI, Dei;li Usi de' Pado- 
vani, Venise, i8oo, p. xxi. S. ZuccoLLO, 
La Pazeiu delBallo, Padoue, 1549. 

1. — PÉTRARQUE, De Rcmediis utritis- 
que Forlunm, cap. xxiv, De Choreis. 
Trad. I, 21. 

2. — FabioGussenti, i(iscorsi)iior«>(, 



Venise, i6og, fol. 407. Trattaio degli 
Studi délie Donne di Joli. Nicolao Ban- 
diera Senensi, Venise, 1740, vol. H. 

3. — B. Dotti (1642-1712), Satire, Ams- 
terdam, 1790, Part. I, p. :34, sat. ix. 

4. — Fol. 2 V. 

5. — Volutnen Statiitorinn Civitatis Ma- 
ceratœ, Macerata, 1554, Lib. rV.Rub.l97, 
c. 60: 

i De lacis prohibilis mulieribus iripii- 
diare. Ut honestus ft pudicitia tnulirrum 
prueseivetur dispunimua niiltam mii- 



lierem nostrae cii'itatis possU ire cum 
aliquo ad aliquod palchum site domum 
alierius nec in eo nec ea iripudiare, ex- 
cepiis Palatio Dominorum priorum, et 
domibiis civiiim dictae cifitatis eoriim 
solitae habitationis, et si seciis facltim 
fuerit Potesias siiv Rector artis fel coh- 
ducens dictum tripuditim /'uniaiur quo- 
libet vice de facto in lib. X. denar... pro 
quolibet contrafaciente.. . et mulicr con- 
Irafaciens in solidis .V.Y. sitir diminu- 
tioiie. ' 



208 



LA FEMME rfAIJENNE. 



excepté pendant les jours gras et lors des noces et des banquets nuptiaux'. Au con- 
traire de ce qui avait été décidé à Macerata, cette défense s'appliquait au palais des 
anciens. Il était également interdit de danser dans les églises. 

C'était là, à vrai dire, une pratique fort répandue au moyen âge dans toute la 
chrétienté, car la danse ne fut considérée que très tard comme un exercice profane; les 
Pères de l'Eglise en recommandaient la pratique et ils avaient pour caution l'apôtre 
saint Paul qui déclarait que la danse « est utile au culte' ». Il fallut plusieurs décisions 
synodales pour empêcher les nonnes de danser dans les couvents et les laïques de 
danser dans les cimetières. En Italie, les cérémonies religieuses étaient encore accom- 
pagnées de danses au xiv^ siècle '; elles se perpétuèrent à Cana, dans les Marennes, 
jusqu'à l'année i486''. On a vu que les prélats dansaient. C'est pourquoi le Saint-Siège 
ne s'opposa jamais catégoriquement à la pratique de la danse, alors que les prédica- 
teurs la déclaraient coupable et que les écrivains ecclésiastiques la réprouvaient haute- 
ment?; tout au plus s'efforça-t-il et encore fort tardivement, d'empêcher que les danses 
ne nuisissent à l'observation des fêtes; Benoît XIV publia une bulle. Je i" janvier 
1748, pour rappeler aux fidèles qu'ils ne devaient pas danser trop avant dans la nuit 
du mardi gras afin de ne point s'exposer à profaner le mercredi des cendres ; il leur 
rappelle qu'il arrive trop souvent que les danseurs se rendent ce jour-là aux églises et 
s'approchent même de la communion dans les costumes de mascarade qu'ils portaient 
pour la fête de la veille et sans avoir pris soin de rentrer chez eux". Au reste, c'était 
là un vieux grief et l'Église avait plus d'une fois fait représenter dans des tableaux 
les danseurs et les danseuses du uiardi gras, obligés, pour s'être attardés, de danser 
sans relâche durant une année entière. 

Au xvii^ siècle, il n'y eut point de fête, de cérémonie qui ne comportât un diver- 
tissement chorégraphique'. Menestrier, qui décrit plus de cinquante ballets itaUens, 



I- — ConstHutiones sive Statiiia... Ci- 
vitaiis Anconœ, Ancône, 1566. Lib. HI, 
Rub. 75. « De non tripudiando. » 
« Nul! a persona audeat iri/mdiare tam 
de die quatn de nocle in cdiqiia ecclesiu 
civiliitis vel comUatus Anconae nec 
aliquo modo in aliqua domo retinere tri- 
pudiitin sub pocnci L. libr, pro quolibet 
tripiidianic, et pro quolibet qui tripv- 
dium in domo retiniierit ; exceptis illis 
tribus diebus carnisprivii, cic eiiam in 
nvpiiis et coHViviis, in quihus licitum sit 
retinere tripudium et unusquisgue possit 
in dictis locis et in dicta tempore tripu- 
diare tant de die quant de nocte, et quod 
in palatio Magnificorum Dominorum 
Anlianorum non possit ciliquo modo nec 
aliquo tempore tripudiari subpoena XX V 
duca. pro quolibet antiano pro qualibct 
vice. » 

2. — Castil Ijlazc, La Danse et les Bal- 
lets, Paris 1S32, p. 58. 
3' — Casanova, La Donna Seiiese, p. 14. 
4. — Le Parlement de Paris dut rendre 
une ordonnance le 3 septembre 1667, pour 
mettre un ternie aux danses sacrées qui 
se pratiquaient encore en France à cette 



époque. 

5- — Cependant quelques prédicateurs 
voyaient dans la danse le symbole de 
l'ordre universel et la comparent à « la 
danse des astres » conduits par le Père 
universel. Le frère dominicain Raffacllo 
délie Colombe, parle dans ce sens dans 
le sermon qu'il prononça pour le premier 
dimanche du carême, Prediche Quadra- 
gesimali^ Florence, 1622, I, 152. « Dieu 
fait danser les âmes et les tient par la 
main quand elles sautent parce que 
l'oraison est un saut vers le ciel. » 
« L'oraeione è un ballo spirituale, clie 
i'iglia per mano i santi, anzi il principe 
siesso Iddio; onde quel luogo délia Scrit- 
iura <' Ludens in orbeterrarum », legge 
Filone Ebreo, ^ Deus choreas ducens in 
orbe îerraruni >. Iddio mena in giro e 
fa una danza con le animp- oranti, e tien 
loro la inatio, qnando fanno il saltu^ 
perctiè l'orazione non è altro che unsalto 
che si spicca dalla terra verso il cielo... 
Chi balla ha del bue. « Vidit, dice la 
Scrittura di Mosè, vituluni et choros.. . » 
// ballo spirituale è opéra lodevole e 
savia, e dovreste donne lasciare quello e 



imparare quesfo, or procedendo innanzi 
nella coznizione di Dio, or indietro net 
conoscimento di se medesimo, adesso vol' 
ieggiando dalla destra senza appiccarsi 
alla prosperità, testé girando dalla si- 
nistra senza perturbar si délie avversiià : 
e sopratutto facendo il salio svelto e 
bene spiccato da terra. » 

6. — Magnum Bullarium, XXV, 233; 
cf. XXVI, 319. 

7. — Le peintre Zuccari, qui voyagea 
dans le nord de l'Italie en 1604 et 1605, 
dit qu'en Piémont on ne rêvait que 
danses, banquets et musique et rappelle 
le dicton : « aux Turinois, du pain, du 
vin et les tambourins. » On voit partout, 
ecrit-il, des berceaux ornés de colonnes 
de pierre où, toute l'année, le peuple se 
reunit pour danser et faire des ballets. 
Les grands aussi s'adonnent à ce plaisir; 
on rencontre dans une même salle jus- 
qu'à trente et cinquante dames et des 
mieux parées, surtout en ce qui concerne 
la coiffure; elles ont des filets, des 
plumes, des voiles, des fleurs; leurs che- 
veux sont flottants. > V. Lancurini, Il 
Passaggio del Sig. Zuccaro, Rome, 1893. 



cosirMi-: Il coii iiNi:. mii.hi i>i ai/- sifci.i:. 




SKliA.MIAM. lll-.I. l'I.i.MUO. IIIKIUAII Dl-: 1 I , M M ] . I I allc h .It -Al ll.-ci.-. U'il..l. Hl.alll. ClciUclU cl C .> 



LA DANSE. Ï09 

parle ainsi de ceux qui furent donnés à Turin, en 1653, à l'occasion du carnaval'. '< Le 
dernier jour du Carnaval, écrit-il, on dansa dans la cour du duc de Savoie un ballet dont 
le sujet étoit le Grisdelin qui étoit la couleur de M'"'' Chrétienne de France duchesse 
de Savoie. — L'an 1677 à l'occasion du mariage du duc de Parme avec la prin- 
cesse de Modène Marie d'Esté, les pensionnaires du collège des Nobles de la ville de 
Parme firent une action de théâtre accompagnée de cinq entrées de ballets à l'Italienne, 
chaque entrée à plusieurs figures. » Ailleurs il décrit la réception du duc d'Urbino à 
Florence, en 161 6, à l'occasion de laquelle on dansa la '< guerra di bellezza ». A 
Rome, les danses et les ballets étaient aussi fort à la mode; l'ambassadeur de France 
faisait danser ses laquais'. De Lionne se trouvant à Rome '< pour affaires de Sa 
Majesté », offrait à la reine de Suède, après une représentation de l'Héraclius de Cor- 
neille, un ballet « dansé à la française par des Savoyards très agiles' ». Lors du car- 
naval de 1690, le prince Ottoboni donna une fête que Coulanges, alors à Rome, décrit 
ainsi dans ses Mémoires'' : « Le prince Antonio Ottoboni donna aussi aux dames 
romaines une fête à la mode de son pays, c'est-à-dire de Venise; elle fut pour Rome 
un spectacle nouveau et qui réussit très agréablement. Le dernier jour du carnaval 
qu'on représenta sur le théâtre public de Tordinona', le grand opéra, le parterre, 
fermé au public, fut disposé en salle de bal. Aussitôt que l'opéra fut fini, toutes les 
personnes considérables qui voulurent danser descendirent des loges par un escalier 
à deux rampes qui avoit été pratiqué exprès, et qui ajoutoit encore à la beauté de la 
décoration. Dans le même moment il descendit insensiblement du plafond de la salle 
une infinité de bougies allumées dans des chandeliers de cristal, et l'on alluma encore 
des flambeaux de poing de cire blanche qui étoient diposés entre chaque loge depuis 
le haut jusqu'en bas. 

« La compagnie ne fut pas plutôt placée, que la toile du théâtre se releva, et l'on 
découvrit au fond une troupe de masques placés sur une espèce d'amphithéâtre 
qui se détacha et vint insensiblement jusqu'au bord du théâtre; il s'arrêta, et les pre- 
miers coups d'archet firent reconnoître la meilleure symphonie de Rome. Alors le 
bal commença par une marche lente et grave d'hommes et de femmes, deux à deux, 
qui dura assez long-temps, et qui avoit bien plus l'air d'une procession que d'un 
branle. Le prince de Turenne étoit à la tête; il donnoit la main à la princesse Otto- 
boni, femme de don Antonio. 

'< Ils étoient suivis de tous les seigneurs et dames, conformément au cérémonial 
romain. Tous les cardinaux, prélats, ambassadeurs, et ceux qui ne vouloient point 
danser, étoient restés dans les loges, d'où l'on voyoit à son aise cette belle assemblée. 
A cette première marche si grave en succédèrent d'autres un peu moins sérieuses qui 

I. — Claude Fr. Menesteibr, Des basciatori... La fesia ebbe principio con poi aliri balli, balUtti, masclieraie. » 

Ballets anciens et modernes, Paris, 1682, l'uscita di 72 lacclié vestiti du orsi con 3. — A. Ademollo, / teairi di Roma 

p. 56. torcie accese in mano che accompagna- ncl secolo XVII, Rome, 18S8, p. 5a, 74, 

a. — Cod. Vat. Urb. 1083, pour l'année vano una macchina sopra la quale era 76, 99. 

1615. Voici un de ces récits entre autres una dama Franccse che significava 4. — Mi-moires de M. de Coulangv^. 

(as février) : la luna, che cantii alciine otiave in publies par Mommerquc, Paris, 1820, 

« Domenica a sera l'Ambasciatore di idioma francese... Usai poi una mac- p. 175- 

Francia fece il festino nella sala di china significunie il sonno lirata da 5. — Ce théâtre fut brûlé en 1780, re- 

s. Marco, con intervento di dame, am- ijualtro puili vestiti da pipisirclli... construit en 1784. 

a? 



210 



LA FEMME ITALIENNE. 



se terminèrent par nos menuets français, qu'on dansa, tant bien que mal, en faveur 
de la duchesse Lanti', du prince de Turenne et des étrangers curieux de nos manières 
et de nos modes. Pendant le bal, on présenta grand nombre de corbeilles remplies 
de fruits et de confitures, et toutes sortes de rafraîchissements avec profusion. » 

On dansait dans la rue, au clair de lune. On lit dans la chronique inédite de 
Valesio, à la date du 4 août 1738 : « Depuis plusieurs soirs, à la faveur de la lune, 
des bals ont lieu sur les degrés de l'église de la Trinité des Monts auxquels prennent 
part des hommes et des femmes; ils portent tous des chapeaux de paille. Ce sont les 
musiciens du cardinal Acquaviva qui composent l'orchestre'. » Il en était de même à 
Venise où l'on dansait sur le pas de la porte de quelques maisons, à la lueur d'une 
lanterne enguirlandée de fleurs?. A Florence, on louait à son de trompe les salles de 
danse, « excepté en temps de peste »''. 

La contredanse et la furlana étaient alors les danses les plus en faveur, celle-ci 
parce que « la mesure en était vive et gaie ». On pratiquait aussi la SiciUenne « d'un 
rythme très accusé, dont l'air va en sautant et qui est au moins aussi gaie que la 
précédente »; la Volte, « dans laquelle le cavalier fait tourner plusieurs fois sa dame, 
en l'aidant à faire un saut en cabriole en l'air »; la Pecora, inventée par les pâtres 
calabrais, « dans laquelle, comme en un rigaudon vif, rapide et gai, les bras et la 
tête gesticulent aussi fort que les jambes »; le Saltarello, vieille danse italienne, 
populaire surtout dans les villages de la campagne de Rome, et «; qui était une vraie 
lutte d'agilité entre chaque danseur ; le cavalier y jouait de la guitare et sa dame du 
tambour de basque »'. 

La danse s'était, on le voit, singulièrement transformée; elle avait perdu tout à 
fait sa solennité d'autrefois et était devenue animée, agitée, presque tumultueuse, 
mais point encore tournoyante comme elle le fut seulement à partir du milieu du 
siècle dernier. 

Le Napolitain Gennaro Magri, maître de ballet du roi des Deux-Siciles, fut le 
descripteur des nouvelles façons de danser*'. Il a le même parler magnifique que les 
vieux maîtres'. « La pratique, dit-il, se base sur la théorie et sans la théorie on ne 
pourra non seulement jamais exécuter un pas mais à peine mettre un pied devant 
l'autre. » Et il rappelle que Lucien, dans son Dialogue sur la Danse, impose au 
danseur de connaître la poésie, la géométrie, la musique, la philosophie, l'histoire et 
la fable, afin qu'il sache exprimer les passions de l'âme, emprunter à la peinture et à 



1, — La duchesse Lanti avait inspire un 
sentiment à Coulang^es qui l'allait voir 
chaque jour et lui dédia des vers dans le 
gfoût de ceux-ci : 

Digne d'un empire, elle régne ici. 
Totis ses aïeux étaient gens d'importance 
Son cœur répond à sa grande naissance. 

2. — Valesio. Diario, Archivio Stor. 
Capilolino, Cred. Xiv. vol. 20, à la date 
du 4 août 1738 : 

« Sono più serf che col favore délia htna, 
nei ripiani délie seule délia Triuità dei 
Monii si fanno balli di uomini c donne 



che vanno abbigUate con cappelleUi di 
paglia, vi é il suono degli isiromenii 
del Card. Acquaviva. » 
Cf. Chronique de Chracaa, Rome, 1771. 

3. — MOLMENTI, 523. 

4. — Florence, Archivio di Stato, Tri- 
Imvale delV Orieslà, Kiforme dal 1577 
al 77/7, fol. 5, Rub. 12 : 

« Del modo del concedcre le scuole del 

ballo. 

Concederanno al suono di trotnba nlli 

più offerenti le scuole del ballo esis- 

tenii ne hioghi deputati, ed il ritraito la 

disiribuiranao seconda gli usi. . . Dichia- 



rando che tali concessioni non si possino 
ne devono fare se non in tempo di sani- 
ià, e quando cessa il sosprtto di peste. » 

5. — FERTiAtiLT, Histoire anecdotigue 
de la danse, p. 1 18, description des danses 
italiennes. A. Zenotti, Fanfulla délia 
Domeiiica, 1H80, n. 5. Art. sur le Branle. 

6. — Trailato ieorico pratico del Ballo 
di Gennaro Magri napolitano, Naples, 

1779- 

7. — Tout en reconnaissant dans sa 
préface qu'il ne sait pas exactement 
l'orthographe p. 17; néanmoins Magri 
écrit tantôt en italien et tantôt en français. 



LES ESCLAVES. 211 

la sculpture « les différentes postures et contenances, en sorte qu'il ne le cède ni à 
Phidias ni à Apelle pour ce regard ». '< Ce danseur, ajoute-t-il, doit savoir aussi 
particulièrement expliquer les corruptions de l'âme et découvrir les sentiments par 
les gestes; enfin il doit avoir le secret de voir partout ce qui convient (qu'on appelle 
le décorum) et, avec cela, être subtil, inventif, judicieux, et avoir l'oreille très 
délicate. » 

Lucien, à vrai dire, n'en demandait pas tant. Il lui suffisait que le danseur eût 
« une mémoire universelle et une connaissance parfaite de tout ce qui s'est passé 
depuis le chaos et la naissance du monde jusqu'à Cléopâtre, reine d'Eg^ypte, fût 
instruit en mythologie et habile à imiter' ». 

Passant en revue les diverses danses, Magri déclare que la Gaillarde est tombée 
en oubli et il se croit même obligé de rappeler qu'on la dansait à deux; elle a été 
remplacée, dit-il, par le menuet « d'origine rustique' »; quant à la contredanse, il 
explique qu'elle peut être dansée par un nombre quelconque de personnes qui se 
mettent en deux files « à la mode anglaise ». Tous les festins se terminent, ajoute-t-il, 
par une contredanse dite « à la reine », laquelle est une « figure à quatre composée 
de mouvements les plus variés »; en fait, c'est le quadrille. 

De son aveu, la danse italienne avait alors perdu tout caractère propre, excepté 
dans les campagnes' : les figures étaient imitées de France ou d'Espagne et les 
maîtres, quand ils n'étaient pas Français, se donnaient l'air français'. 



LES ESCLAVES 



Les femmes esclaves jouaient un rôle important dans les maisons italiennes et 
les ménagères devaient forcément avoir recours à leurs services ^ 

Le servage prit fin en Italie vers le milieu du xili* siècle; il ne s'y était jamais, 
à vrai dire, beaucoup développé même dans les provinces du nord car les habitants 
des villes, si nombreuses en cette région, cultivaient eux-mêmes leur banlieue-*. Dans 
le reste du pays, la culture était restreinte et, au surplus, il y avait peu de grands 
propriétaires terriens. Le régime agraire italien ne ressemblait en rien à celui des 
autres nations. 

La ville de Padoue décréta, en 1235, l'émancipation des serfs; la ville de Brescia 



l. — Guglielmo exigeait que le danseur 
fût « sobre dans le manger et dans le 
boire, honnête dans le parler et eût 
toutes les qualités morales ». 
2. — Alessandro MORONI, Il Minueilo, 
Rome, 18H0. 

3. — Zuccagni-Oklandini, Corogtafia 
d'Ilalia, Florence, 1837, vol. IV. 

4. — Voir, dans .Mercuri, 2° série, p. 117, 
la reproduction d'un tableau de Pictro 
Longhi, représentant une leçon de danse 
à Venise au xviii' siècle. Tiepolo a re- 
présenté la danse d"un menuet dans un 
tableau qui est dans la galerie du palais 



Papadopoli, à Venise. 
La Bibl. Naz. de Naples possède, sous 
la cote I. G. 33, un ms. in-4" du xvir 
siècle, intitulé : » L'art de dancer par 
des nouvelles contredances expliquées 
par caractères, tî^urca, et sigfnes démons. 
tratifs, par les quels un chaqu' un pourra 
apprendre l.a manieie de les exécuter 
avec sfrande facilité, etparfaitment bien.» 
Ouvrage de Jean Claude de la Fond. 
Maître de dance de S. A. S. au Ducal 
Collège de Parme. 

Parmi les danses décrites sont: l'Incons- 
tante, la Gigue d'amour, la Belle de 



Nuit, la Frénétique, la Polonaise, la Si- 
cilienne, le Rigodon. A la fin de la des- 
cription de la danse de la Fidélité, il 
est dit : « A la troisième reprise, on se 
fait une révérence et l'on se quitte. • 
Chaque description est accompagnée 
de la musique appropriée et d'un dessin 
marquant les mouvements des danseurs 
en bleu et en rouge. 
5. — J. Yanoski, De l'Abolitio» de 
l'Escltivat^e aucien au Moyeu A^r, Pa- 
ris, 1860, Appendices, p. I4I. Zanelu, 
A« SKhiate orientai! a Fircnse net sec 
XJV e .\r, Florence, 1885. 



312 



LA FEMME ITALIENNE. 



accorda, en 1239, aux serfs de l'Église tant de droits qu'elle en fit presque des 
hommes libres'; une ordonnance dut même être portée, en 1254, pour leur interdire 
l'accès des magistratures °. En 1256, la commune de Bologne racheta tous les serfs, 
hommes et femmes, qui se trouvaient sur son territoire moyennant le prix de dix lires 
pour les adultes et de huit lires pour les enfants de moins de quatorze ans. Leur 
nombre s'éleva à 5.807 répartis entre 403 maîtres dont quelques-uns possédaient 
jusqu'à cent et deux cents serfs '. On menaçait de la peine de mort tout homme qui 
consentirait désormais à devenir le serf d'un autre homme. Enfin, en 1289, le peuple 
florentin, assemblé dans l'église S. Pietro in Scheragio, vota que « nul citoyen, 
quel que soit son rang et sa dignité, ne pourrait acheter ou vendre, sous n'importe 
quel prétexte, des hommes de famille'* ou fidèles, des colons temporaires ou perpé- 
tuels »; en même temps, étaient abolies toutes les restrictions à la liberté et au statut 
des habitants de la ville et du district; l'amende infligée aux contrevenants était de 
mille lires; toutefois, la commune se réservait le droit d'acheter des colons'. Cette 
loi, contraire à la noblesse, fut sans doute une conséquence de la révolution 
populaire accomplie en 1282^. 

Le servage se conserva un peu plus tard au sud où les barons normands avaient 
apporté leurs coutumes'. En Savoie également on en trouve quelques traces à des 
époques plus récentes. Charles III dut rendre trois édits (1551) afin d'empêcher la 
création de nouveaux serfs. Un édit, publié en 1762, affranchit gratuitement les 
serfs de la couronne*. 

L'esclavage domestique, au contraire, prit une grande extension en Italie et 
s'y perpétua longtemps parce que l'Italie, de même que l'Espagne 9, la Provence'" 
et le Roussillon", où l'on employa également des esclaves, était en relations 
constantes avec les grands marchés de l'Orient. Seulement, en Italie, les esclaves 
n'étant utilisés que pour le service de la maison, on ne recherchait guère que des 
femmes, soit que leur docilité, leur activité, leurs qualités convinssent mieux aux 
travaux qu'on leur demandait, soit que l'on craignît d'introduire dans les familles les 
hommes à demi sauvages qu'on pouvait seuls se procurer'-. En fait, Masuccio (1476) 
parle dans sa vingt-cinquième nouvelle des esclaves « qui exerçaient le métier de 



1. — c Item quod servi ecclesiarum ad' 
mittuntiir ad agendum et defendenduni, 
et testijicandtiin, testamenta facere pos- 
sunt... » Statuts de Brescia publies par 
Odorici, Siorie Bresciane, VU, 131. Une 
des clauses de la convention conclue en 
novembre 1203 entre le peuple d'Assise 
et les comtes porte que le servage rus- 
tique sera maintenu. P. Sabatier, Vie 
de saint François d'Assise, p. 15. 

2. — CiBRARio, Délia Schiavitù e del 
Servaggio, Milan, 1868, I. 510. 

3. — Ghiraedacci, Storiu di Bologna, 
Bolog-ne, 1596, lib. VI, p. 190. Le texte 
de l'ordonnance se trouve dans Muzzi, 
Annali di Bologna, I. 479. Cf. Anto- 
nio Savioli, Annali Bolognesi, Bas- 
sano, 1784, vol. HI, part. I, p. 300. 

4- — « Vomini di masnada. » 



5. — Agostino Zanelli ie Schiave 
orientait a Firenze, Florence, 1885, p. i 
et suiv. 

6. . — ViLL.\Ri, La Republica fiorentina 
al tempo di Dante, 1869 (Nuova Aniolo- 
gia). Fk. Lanzani, Storia dei Comiini 
liatiani dalle origini al IjlS- Milan, 
18S2, p. 719. 

7. — J. Yanoski, loc. cit. 

8. — A. TouRMAGNE. Le Servage an- 
tique et moderne, Paris, 1879, p. 542. 

9. — Histoire de Philippe III, H, 143. 
GiL GONZALES Davila, Madrid, 1770. 
Une ordonnance de Philippe V, rendue 
en 1712, expulsa d'Espagne les Maures 
« libres ou châtrés », mais autorisa les 
maîtres qui possédaient des esclaves 
musulmans à les conserver. Cf. E. BiOT, 
De l'Abolition de l'Esclavage ancien 



en Occident, Paris, 1840. 
10. — Ducange, au mot Sclavis, cite un 
acte de vente passe à Marseille en 1358 ; 
Vcnditio de qitadam sclava nuncnpata 
Bona aetatis 28 ann. pretio 60 ftoreno- 
ruin auri fini de Florentia. 
n. — A. Brutails, Étude sur l'Escla- 
vage en Houssillon, Paris, i886. 
12. — S. Bongi, Le Schiave Orientait in 
Italia, Nuova Antologia, Prima Ser., 
vol. II (1866), p. 218. Lazari, Del Traf- 
Jico e délie Condizioni degli schiavi in 
Venezia nei tempi di mezzo. Miscell. di 
Storia Italiana, vol. I, Turin, 1862, 
p. 470. Et. Verg.\, /Irc/îiV. Lomb., 1905. 
Infessura, p. 29, 31, rapporte que les 
esclaves volaient et pillaient dans les 
environs de Rome; on en pendit un 
certain nombre (année 1433). 



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2q 




LES ESCLAVES. 



3l3 



portefaix et jouissaient de la faveur des dames' >>. Quoi qu'il en soit, il y avait à Gênes, 
en 1468, sur 1.5 18 esclaves, 63 hommes seulement. A Florence, sur 339 ventes, 
26 seulement concernent des enfants mâles et des jeunes gens'. 

D'abord, ce fut l'Italie qui fournit d'esclaves les autres pays méditerranéens. 
Au viii° siècle, des marchands vénitiens parcouraient le pays en quête d'esclaves des 
deux sexes qu'ils allaient revendre sur la côte d'Afrique ; le pape Zacharias racheta 
ceux qui avaient été achetés à Rome et leur rendit la liberté^; tout au contraire, le 
pape Jean XII (956-964) fut accusé par ses contemporains d'avoir livré pour de 
l'argent des chrétiens aux infidèles. Luitprand, ambassadeur du roi Bérenger, offrit 
à l'empereur de Constantinople, en 948, quatre esclaves italiens mutilés''. D'ailleurs, 
les Byzantins venaient habituellement en Italie acheter des esclaves. Les rois 
normands défendirent ce trafic en Sicile; ils ordonnèrent que celui qui aurait vendu 
un homme libre serait obligé à le racheter de ses deniers ou, si cela n'était pas 
possible, deviendrait l'esclave des parents les plus proches de celui dont il avait 
aliéné la liberté 5. 

Cela n'empêchait pas qu'il n'y eût déjà des esclaves en Italie. Une loi de Théodose 
donna le droit à tout propriétaire de prendre dans ses domaines des serfs pour les 
affecter au service de sa maison^. Il est assez fréquemment fait mention d'esclaves 
dès le xi^ siècle; un homme se donne comme esclave en 1018 à un sous-diacre de 
Ferrare parce qu'il ne peut lui rembourser trente lires"; en 105 1, saint Léon IX 
déclare que les femmes qui se seraient rendues les complices d'un prêtre deviendraient 
esclaves du palais de Latran^; au xiii'^ les actes de cession, les brefs pontificaux ayant 
trait à des esclaves, deviennent nombreux'^ En 1287, le sénat de Venise porta une loi 
contre les esclaves qui s'entremettaient en faveur de leurs maîtres. Le pape Célestin V 
décida, en 1294, que les enfants d'esclaves seraient esclaves quel que fût leur père'°. 

Toutefois, le- nombre des esclaves semble avoir été restreint antérieurement au 



1. — Ils passaient pour foncièrement 
vicieux. Voir Bandello, Part. IH, nouv. 
ai, éd. Londres, 1791. 

On n'était pas toujours très sévère à leur 
endroit. Trois esclaves qui s'étaient con- 
certes en 1535 pour enlever une jeune 
fille, n'eurent qu'une amende de cent 
florins à payer. Le jugfement ne dit pas 
toutefois ce qui devait advenir au cas 
très probable oîi ils n'auraient pu trou- 
ver cette somme. Florence, Archivio di 
Stuto, Principato, Sentenze dei>U Otto di 
Custodia, vol. 2.710, fol. 35, 28 décembre 
1535- 

2. — ZaNELLI, p. 43. CIBRABIO, VOl. I. 
BONGI, p. 042. 

3. — DUCHESNE, Liber Pontificalis, I, 
433- 

4. — Dari;, Histoire de la République 
de Venise, l, 107. Cf. Lazabi, Del Traf- 
Jico e délie Comlizioni degli Schiavi... 
Miscellanea di Sloriii Haliana, vol. I, 
1862, p. 467. 

M. le docteur Ettork Verga, l'érudit 
directeur des Archives milanaises, vient 



de publier dans VArchivio Lombardo, 
an. 1905, fasc. VII, une intéressante étude 
sur les esclaves orientales du Milanais. 
Dans le préambule de cette étude, il arrive 
à des conclusions, relativement à la con- 
dition générale des esclaves en Italie, sur 
lesquelles nous sommes heureux d'être 
d'accord avec lui. 

5. — Guillaume Libei, Histoire des 
Sciences Mathématiques en Italie, Paris, 
1838 t. I, p. 87, note x; II, 508. Cf. 
MURATORI, Annali d'Ilalia, VIII, S7, 
an. 960. Bouquet, Rerum gallicarum 
Script., Paris, 1738, vol. V, p. 588. 
Bossi, Storia d'Italia,tM\SLn, 1819, XII, 
25, XIII, 27, 486. 

6. — TouR.MAGNE, i'Êsc/ona^e, p. 213. 

7. — MURATORi, Antiq. liai. diss. XIV. 

P- 837- 

8. — Zajiboni, Gli Ezeelini, Dante e 
gli Schiavi, Florence, 1902, p. 254. 

9. — Za.mbONI en donne une liste chro- 
nologique, p. 144 et suiv. 

10. — TOUKMAGNE, i'Jîsc/ai'a^e, p. 217. 
A Florence tout au contraire, le fils ou 



la fille d'un homme libre et d'une esclave 
naissait libre. Statuts de 1415. Voir plus 
loin , page 227, note 3. Il semble que dans 
les guerres de ville à ville si fréquentes 
au xiv siècle, on réduisait en esclavage 
les prisonniers. Par exemple, Robert 
Guiscard vendit comme esclaves beau- 
coup de Romains qu'il avait captures 
lors du sac de la ville en 1083. « Multa 
millia Romanorum vendidit ut judeos 
quosdam tero captivas duxit nsque Cala- 
briam. (BONIZONIS... Lifccr ad amicorum, 
Lib. IX, an. 1083, dans And. F. Obfe- 
Lius, R. Boicarum Script. , Augsbourg, 
1763, II, 8i8.Cf. DUCHESNE, II, 3«>8). Cola 
di Ricnzo, après avoir mis li mort Mon- 
trcile, affinna qu'il avait vendu comme 
esclaves deux mille femmes. Vila di 
Cola di Reiieo. Bracciano, 1624, p. 253. 
Dans les Cento Xovelle Antiche qui re- 
montent pour la plupart au Xlll* siècle, 
il est dit que les trois enchanteurs qui 
se présentèrent devant l'empereur Fré- 
déric II étaient accompagnés de schia- 
vine. Conte XXI. 



214 



LA FEMME ITALIENNE. 



xiv" siècle, quand, par suite de l'aisance que le commerce commença à répandre et de 
la disette de bras qu'amenèrent les terribles épidémies de cette époque et surtout la 
peste noire de 1348', l'Italie se mit à importer abondamment l'élément servile. Les 
esclaves provenaient surtout des rives de la mer Noire, de l 'Asie-Mineure et de la 
péninsule balkanique, en petite quantité d'Arabie. Gênes possédait un comptoir à 
Tana ou Tanaïs, près de la ville actuelle d'Azof, 011 étaient amenées les femmes 
capturées en Circassie, en Géorgie, en Arménie, en Russie et surtout en Tartarie, 
car c'est de là qu'il en venait le plus'. Les actes de vente étaient passés devant le 
consul (acte de 1367). Kaffa, aujourd'hui Feodosia, dans la Tauride, était également 
un marché important'. 

C'était par Gênes, Venise, Ancône et Amalfi que les trafiquants introduisaient 
habituellement leurs captives. Venise ayant mis une taxe de cinq ducats sur chaque 
esclave importé, à la suite de la guerre malheureuse de Chioggia (1378-1381), en 
tira cinquante mille ducats par an, de 1414 à 1423; il arrivait donc en Italie par cette 
seule voie dix mille esclaves annuellement^. 

Les marchands d'esclaves étaient d'importants personnages; l'un d'eux, 
Agostino Davanzi de Modène, qui résidait à Ancône, vint à Florence en 1367 
pour régler devant un notaire, selon la coutume, la vente de quelques esclaves; il 
en profita pour conclure d'autres affaires; une fillette de neuf ans fut vendue par lui 
vingt florins; quelques jours après, il en vendit une autre, de neuf ans également, à 
un prix qui n'est pas indiqué, puis, il vendit à deux frères, moyennant soixante- 
quinze florins, deux femmes dont l'une avait vingt ans et l'autre trente^ A Gênes, 
Bartolomeo Amigi qui s'intitule mercator sclavarum, à Florence Schiosi, venditor 
sclavarum populi sancti Rernigii^^h Lucques, Nicola et Lando Lemmi, exerçaient 
le même trafic'. Au commencement du xV siècle, Averardo et Cosme de Medicis 
entretenaient des représentants attitrés à Venise et ailleurs pour se procurer des 
esclaves^. 



1. — Matteo Villaiu dit, Liv. I, cap. 4, 
que, à la suite de cette épidémie, tous 
les artisans abandonnèrent leurs anciens 
métiers. Barberino parle, Parie XIV, des 
esclaves mais ne dit rien qui mérite 
d'être rapporté. 1 Viene la Parte Deci- 
maquaria, — Che traita délia schiava, 

vero ancilla ; — Che alquanti chiaman 
serva. » Boccace fait assez fréquemment 
mention d'esclaves, notamment. Jour. II, 
nov. 6, Jour. V, nov. 6, 7. 

2. — Sur 339 esclaves vendues à Flo- 
rence en 1366 et durant les années sui- 
vantes, on en compte 259 Tartares, 
27 Grecques, 7 Russes, 7 Turques, 3 Es- 
clavoncs, 3 Circassiennes, 2 Bosniaques, 

1 Arabe, i Sarrasiue, i Candiote... Za- 
NELLl, p. 36. Cf. MûLLEH, Oocumcnii 
suite Relazioni délie Città Toscane colV 
Oriente, Florence, 1879, p. 475. G. Heyd, 
Le Colonie Commerciali degV Italiani in 
Oriente, trad. Muller, Venise, 1S66-68, 
II, 40. 

3. — G.\LEAZzo Caktauo, m. Pado- 



vane, MueatoRI, R. Italie. Script., XVIII, 
285. BoNGi, p. 241. 

4. — BONGI, p. 242. Daru, Hist. de la 
République de l'enise, III, 80. 

Dans le Merchant of Venice, Shakespeare 
fait dire à Shylock (acte IV, se. 1) : 
Yott hâve among you many a purchas'd 

[slave, 
Which, like your asses and your dogs 
[and milles, 
You use in abject and in slavish parts, 
Because you boitght thetn... 
En Angleterre, les vag-abonds étaient 
condamnés à être réduits en esclavage 
par une loi portée en 1547. 

5. — Zanelli, p. 37. 

6. — Populi sig-nifie : Du quartier, de la 
paroisse. 

7. — Zanelli, p. 38. 

8. — MOLMENTi reproduit, 2' édition, 
p. 601, un compte des frais occasionnes 
par un convoi d'esclaves. Le document 
porte la date de 1588 et le traitant était 
Giovanni Andréa Dernice, vénitien : 



Barques, nourriture et chevaux L. 73: 8 
24 sacs pour les chaînes. ... 28 
Nourriture et logement .... 3a 
Barques et nourriture depuis 

Fiume 16; 10 

A Trieste pour douze colliers et 

autant de menottes 63 

21 paires de chaînes à 30 solidi. 31 : 10 
Pour le port de ces objets à 

Cavale 9 

Au chancellier pour les actes 

d'achat • . . 21 

Au geôlier 2O 

Nourriture des traitants, gar- 
diens et esclaves 234 

Barques depuis Fiume, nourri- 
ture des esclaves et des gar- 
diens 30 

Achat de treize esclaves 
hommes et d'une femme à 
savoir; sept à 40 ducats, cinq 
à 35 ducats, un à 25 ducats 
et un garçonnet à 14 ducats 

A reporter. . . 563 : 28 



^£•5 ESCLAVES. ,,5 

Florence promulgua en 1366 un règlement destiné à garantir les trafiquants 
contre la fuite et « les fourberies » des esclaves'. La seule condition imposée était 
que les esclaves n'appartiendraient pas à la religion chrétienne; encore s'agit-il là 
plutôt d'une restriction de forme imaginée pour colorer d'un semblant de légitimité 
ce négoce que d'une véritable limitation du droit de trafiquer, car, même quand 
l'esclave devenait chrétien, il ne recouvrait pas pour cela sa liberté'. Il y a plus, le 
roi de Naples qui voulait, disait-il, que les juifs fussent bien traités et favorisés dLns 
ses États, leur avait accordé que les esclaves qui s'enfuiraient de chez eux sous le 
prétexte de se faire chrétiens, leur seraient restitués et qu'on ne pourrait leur 
accorder leur liberté même en remboursant leur valeur à leurs maîtres'. 

C'était une doctrine généralement admise que la conversion d'un esclave devait 
être tenue pour non avenue et Sacchetti assurait, en 1470, que l'incroyance première 
était une tache indélébile^ « Un esclave, dit-il, ne peut pas plus se faire chrétien 
qu'un prisonnier ne peut souscrire valablement un acte. Autant baptiser un bœuf. Ne 
serait-ce pas, au surplus, en lui Ôtant la peur du bâton, lui donner occasion de 
commettre toutes sortes de mauvaises actions? » Le roi d'Aragon, Alphonse I", 
déclare dans une Provision donnée à Naples, le 12 juillet 1445, que les Sarrasins et 
autres mécréants sont de par le droit naturel voués à la servitude^ Venise conclut 
avec le sultan de Constantinople un accord relativement au passage des esclaves 
chrétiens venant de la mer Noire (1554)''. 

L'Église ne mettait aucun obstacle à l'esclavage. De même qu'en Roussillon 
on voit des prêtres acheter des esclaves même baptisés', de même en Italie les 
ecclésiastiques ^ les moines et même les nonnes employaient des esclaves^. On a 
prétendu que durant la guerre que fit aux Florentins le pape Clément V à la suite de 
la prise de Ferrare, il autorisa la réduction en esclavage des prisonniers (1308)'". 

Au xv^ et au xvi'^ siècle, on trouve des esclaves dans presque toutes les villes 
d'Italie. A Florence, les consuls de la mer avaient bien interdit, le 21 juillet 1460, 
aux capitaines qui faisaient le commerce dans le Levant d'en ramener des esclaves, à 

Reporl. . . 563:28 libeiundecunquesit.et cujusciimquecou- 1857, p. 94. 

de 6 lires soit 494 ducats qui diiionis existai, liceat ducere libère, et 5. - « Servituti ex natura suhjecii. . 

^°"' 2964 impune in civitatetn, comitatum, et dis- Brutails, p. 6. Cf. Jovianus Pont anus 

Loyer de la chambre et des tricinm Florentiae sclavum. sclavos. (Pontano),Z)e06«d,e„/,a, Liv.HI.cap. L 

lits à Segna 24 servum, servos cujuscumgue scxus exis- 6. — W. Heyd, Histoire du Commerce 

A Trieste, pour nourriture et tant, qui non sint catholicae fidei, et II, 317. Cf. Saimto, II, 35 (iS avril 1554)! 

pour les cinq hommes pris chrisiianae, et ipsos tenere, Iwbere, et 7. — Brutails, p. 8, note 7, 8. 

comme gardiens 92 alienare quocumque titilla alienaiionis, 8. — MuRATOHI, Antiq. Ital. , I, J56 et 

Pour les cinq soldats pris et cuilibet liceat abeisrecipere, et habere. 164, diss. XIV et xv; il s'.igi't dans le 

comme gardiens à Segua, à et tenere. Et praedicia intel!i^ra„t„r de premier acte de serfs (année 1135); dans 

L. 12 par homme 60 sclavis et servis iiifidelibiis, ab orig-ine le second (iu>4) d'esclaves; il y est dé- 
Nourriture et deux chambres. 21: 8 suae nativitatis.seu de génère inMelium clare que leur descendance doit rester 
Donne pour l'ouverture de la natis, etiam si tempore quo ad dictam dans la servitude perpétuelle. 

V°^'^ I civitatem, comitatum vel districtum du- 9. — MOL.MKNTI, La Sloria di l'eiieria. 

Pain, vin, etc 19: 4 cerentur essent christianae Jidei, seu cap. lU, p. 293. Zamboni, p. 212, 247! 

Fraisde transport jusqu'à Goro 17.^:12 etiam si postea quandocumque fuerini 10. — Marcello, Vite de' Princîpi di 

Total. . . 3917:52 baptizati, que non obslante possint reti- Venesia, Venise, 1557, p. 65. Sabcllici 

suivent deux autres comptes semblables. neri, et alienari. Et praesumaiur ab O^era, B.lle, 1538, 11,195. Marini.S/ot-io 

1. — Zanelli, p. 24, origine fuiise iiijidelis si fuerit de par- civile e politica del Commerciode Vene- 

2. — Statuts de Florence de 1415, tibus. et génère itifidelis oriundus. * «V.»/, vol. V, lib. III, cap. I. La bulle 
Lib. m, Rub. 186 (vol. I, p. 385) -..De 3. _ Voir Appendice, Esclave.^ I. citée ne figure pas dans le gnuid Bul- 
sctav.s et servis et eorum materia. Cui- 4. _ Sermoni Evangelici. 1-lorcnce, laire et semble apocryphe. 



ai6 



LA FEMME ITALIENNE. 



peine de cent florins d'amende « pour chaque tête de femme' »; mais une ordon- 
nance du 15 juin 1526 dans laquelle les esclaves sont comprises parmi les marchan- 
dises qu'on ne pouvait assurer sans les spécifier, prouve qu'il avait été tenu peu de 
compte de cette prohibition'. D'ailleurs de nombreux exemples montrent que l'usage 
des esclaves fut général alors par toute l'ItaHe. 

Le prix des esclaves est connu par de nombreux documents. En IT56, vSibilla 
de Tassano lègue à son mari Bajamonte trente livres à charge par lui de donner la 
liberté à sa servante^; s'il s'y refusait, le legs devait être réduit de dix livres. Dans 
un contrat de vente daté de 1269, un peintre cède son esclave « de teint olivâtre », 
elle était apparemment tartare, au prix de seize livres genevoises. Dans son 
Menioriale, Baldovinetti-* rapporte qu'il acheta, en l'année 1376, au prix de 35 florins, 
une esclave dont il ne peut préciser le nom, Tiratea ou Doratea, dit-il, âgée de 
dix-huit ans et d'origine russe; afin de n'avoir pas à subir un droit de mutation trop 
élevé, il déclara l'avoir payée vingt-cinq florins seulement, en sorte que les frais de 
l'acte, taxe, commission au courtier, salaire du notaire, ne s'élevèrent qu'à un 
florin, mais l'esclave ayant été vendue « presque nue », il fallut l'habiller ce qui 
coûta quatre florins. Trois ans après, Baldovinetti la revendit trente-six florins. 

En 1380, il en acheta une blanche, venant de la Tartarie qui lui fut cédée pour 
la somme de quarante-cinq florins; le vendeur était un marchand vénitien; comme 
cette esclave était, elle aussi, à peu près nue, il fallut dépenser deux florins pour la 
vêtir. 

En 1388, autre achat; cette fois Baldovinetti se procure une Bosniaque de seize 
ans « presque nue ». Il dut la payer soixante florins, car sans doute, son aisance 
augmentant avec le temps, il se montrait de plus en plus exigeant sur le choix de ses 
servantes^. 

Miliadusso Baldiccione de Casalberti, citoyen de Pise, qui vivait vers le même 
temps, note dans ses Souvenirs'^, en l'année 1371, l'achat d'une esclave tartare de 
dix-huit ans nommée Verdina, qui lui coûta vingt florins, et il ajoute : « Moi, 
Miliadusso, j'ai juré entre les mains du prêtre Jacopo de ne jamais la vendre, et ce 
même jour, le prêtre Jacopo admit ladite Verdina comme catéchumène*. » Verdina 
fut revendue néanmoins '< parce qu'elle avait un caractère intraitable », non toutefois 
sans que son maître eût obtenu de l'archevêque de Pise d'être relevé de son serment; 
Miliadusso gagna même huit florins sur son prix d'achat. 

En 1368, Giacomo Rossi Bonaparte, exécuteur testamentaire de Baldichini, 



1. — MULLER, Documenti, p. 2g5, 

2. — Pardessus, Collection des Lois Ma- 
ritimes., IV, 436. 

3- — Zamboni, Gli Ezzelini... p. 411, 
415, 417, 440 et suiv. 

4. — Florence, Bibl. Naz., Mcmoriale 
de 1354 .^ 1389, en deux parties. Titre de 
la première: » Al nome di Dio Amen. 
Qiiestoé'l Memorialadi Nicholb d'Alesso 
Borghini de Baldovinetti faito di sua 
propria niatio di certe sue ricordanze 



segrete sicome in esso si contiene. » La 
seconde partie qui commence fol. 41, 
porte : « Al nome di dio e di Madonna 
Santa Maria Vergine 7nadre di Cristo e 
de beuii apostoli et di tutti santi e santé 
dellacorte di paradibio. Quesfo Quaterno 
e libro si è di m.eiser Nicholo d'Alesso 
Borghini de Baldovinetti matricolato a 
Varie del Canibio. Cette deuxième partie 
commence à l'année 1384 et s'arrête au 
30 mars 1389. On lit, fol. 30 que Nicolo 



Baldovinetti fut créé chevalier en grande 
pompe et mourut capitaine de Pistoia le 
12 février 1391. 

5. — Voir Appendice, Esclaves II. 

6. — Voir Appendice, Esclaves III. 

7. — Pub. par BoNAiNi, Archiv. Stor. 
Ital., Ser. I, App. vol. VIII, Florence, 
1850, p. 50. 

S. — Le texte porte « Insantœ » qui 
semble vouloir dire qu'elle fut introduite 
dans le saint lieu. Note de Bonaini, p. 60. 



BIJOUX. 




Kciisingion. Pendant. Ivoire monté 
en or et enrichi de pierres, xvi" s. 





^M 



Kensingion. Croi.\ reliquaire en or. 
xvi" s. 




Musée de Vienne. Médaillon. 
Camée sern d"or ciselé, xvi' s. 



Kensingion. Pendant. 

Or émaillc orné de [nerres 

précieuses. xvi« s. 



Musée de Cluny. 
Bague h. poison, nvi" s 



Colleci. Carr.ind. 
'i^!^ Florence. 

^ .' >-V Anneau de fiançailles. 

y - '.*» xvi"^ s. 






Kensingion. Pendant. Ivoire monté en or 
et enrichi d'émeraudes. xvi" s. 




Kensincton. Pendant. 

Or émaillé orné de pierres 

précieuses, xvi* s. 






y&^ 




Musée de Vienne. 
C.iinéc serti d'or ciselé. 



Kensingion. Croix reliquaire en or. 



Muïée de Vienne. 
Pendant. Ecck uoho. Or. 



LES ESCLAVES. 217 

donne au médecin qui l'avait soigné quarante florins pour ses honoraires dont trente- 
deux en numéraire et huit représentés par l'esclave du défunt. En 1379, à la suite 
d'un enlèvement on estime une esclave « de la nation des Tartares » à quarante 
florins que le séducteur dut rembourser au propriétaire. En 1387, une esclave tartare 
est vendue soixante-quatre florins'. Tels sont les prix à Florence. 

A Gênes, en 1389, une esclave de trente ans est vendue soixante-quinze livres; 
une autre, plus jeune, cinquante livres en 1371. 

A Venise, le coût d'une esclave variait vers la fin du xiV siècle, entre vingt et 
trente ducats d'or'. Dans le Véronais, une esclave « convenable et d'âge légitime » 
était évaluée cent petites livres véronaises'. 

A Bologne, un soldat habille une esclave d'une « clamyde et d'une capuce 
d'homme » et la vend quinze ducats''. 

Quelquefois, lorsqu'il s'agissait de femmes d'un mérite exceptionnel, de 
chanteuses sarrasines par exemple, le prix qu'on en exigeait devenait excessif; c'est 
ainsi qu'une esclave fut vendue à Palcrme, en 1387, « avec tous ses ornements, 
vêtements et autres ajustements », huit cents florins', c'est-à-dire près de dix mille 
francs. 

Au xv^ siècle, les prix augmentèrent; le port de Tanaïs avait été pris par les 
Mogols le 4 août 1410, Kaffa succomba un peu plus tard; en 1453, la chute de 
Constantinople ferma cet entrepôt qui avait succédé aux deux premiers et les Turcs, 
maîtres de la mer Noire, retinrent pour leur propre usage les esclaves qu'on amenait 
de l'intérieur sur le littoral. En 1429, une esclave russe de vingt-quatre ans ayant 
des cheveux blonds, ce qui en rehaussait sans doute la valeur, est vendue quatre- 
vingt-cinq florins''; en 1441, une autre esclave russe est vendue cent trente-deux 
florins. A Florence, en 1429, une esclave russe de dix-sept ans est vendue quatre- 
vingt-sept ducats; en 1435, une Tartare de seize ans est vendue soixante-quinze 
ducats; en 1469, une Circassienne de vingt-cinq ans est vendue soixante ducats'. A 
Bologne, le prix d'une Circassienne était de cent huit écus en 1426. Une esclave 
de dix ans valait quarante-cinq ducats en 1452^ A Florence, Cino Rinuccini paya 
soixante-et-un florins, trois livres, quatre soldi, une esclave de vingt-huit ans (1462) 
et soixante-quatorze florins, dix livres, cinq soldi une esclave russe du même âge, 
appelée Caterina, qu'on lui envoya de Venise**. 

A Venise, où le marché se tenait sur la place S. Giorgio in Rialto, les prix 
variaient entre quarante et soixante ducats '°. Un droit de cinq ducats était perçu sur 
chaque esclave importé" et il fallait, en tout cas, une autorisation pour faire sortir 
les esclaves du territoire vénitien". Enfin, une ordonnance, datée du 17 août 1458, 



1. — Florence, Archiv. di Staio, Sen- 3 
tenee del Capitano Canle de Gubriclli p 
1378-1379. Quad. VII, p. VI. BONGi, 4 
P- 22|. 5 

2. — Zanboni, p. 415. Vente d'une es- 6 
clave tartare âg-ée de moins de seize ans, 7 
as duc.its (1367); vente d'une esclave de 8 
seize ans à 32 ducats (1368)... 9. 



— Mabcotti, Donne e Monache, 10. — Molmenti La Sloria di Veiietia, 
408. p. 330. Une esclave russe de trente-trois 

— L. Fhati, La Vila privata, p. 105. ans fut vendue 60 sequins en 1428. Daro, 

— Zanelli, p. 47. Histoire de la Ri^publique de l'enise, III, 

— BoNGl, p. 226. 80. 

— Lazari, p. 473. n. — Décret du 3 janvier 1438. 

— Zanelli, p. 47. 11. — Autorisation accordée en l'année 

— Riccordi, p. 252. >45*>- Voir Appendice, Esclaves iv. 

28 



2l8 



LA FEMME ITALIENNE. 



défendit complètement l'exportation des esclaves, sous le prétexte que, dans les autres 
villes italiennes, à Florence, à Sienne, à Bologne, on les retenait esclaves toute leur 
vie ; en fait, Venise ne voulait pas se voir privée au profit des autres villes de sa domes- 
ticité servile'. 

L'emploi des esclaves était peu répandu dans le Milanais^. Les archives de Milan 
ne contiennent qu'un petit nombre de documents relatifs à des ventes. En 1367, vente 
d'une esclave tartare de vingt-quatre ans au prix de vingt- trois ducats et demi. En 
1373, vente d'une esclave grecque de vingt-deux ans nommée au baptême Marie, au 
prix de vingt-neuf ducats d'or. En 1377, vente d'une esclave tartare de vingt-huit ans 
nommée au baptême Bona, au prix de vingt-six ducats. Même année, vente d'une 
esclave tartare de dix-huit ans, appelée Caterina, au prix de trente-deux ducats. En 
1378, vente d'une esclave et de son fils nommé Radich; la mère âgée de trente ans, 
le fils âgé de huit ans, au prix de quarante ducats. En T398, un Lucquois vend 
trente ducats une esclave à un habitant de Padoue ; en 1434, un noble, Giacomino, 
fils de Luchino de Billlis, vend une esclave tartare de dix-neuf ans à un autre noble, 
Giovanni de Castelletto au prix de cinquante ducats d'or. Dans le testament de Pietro 
Ugleimer, libraire allemand résidant à Milan (16 décembre 1487), il est accordé 
l'affranchissement à deux esclaves achetées jadis par lui, mais à la condition 
qu'elles continueront à servir sa veuve, après le décès de laquelle il leur sera alloué 
à chacune deux cents ducats. 

D'après Muralti, au temps de Ludovic le Maure, le nombre des esclaves qu'on 
appelait d'une façon générique « maures », augmenta sensiblement à Milan, surtout 
dans les maisons des familiers du duc; il y avait dans cette mode une sorte de flat- 
terie basée sur le surnom du duc^. 

En l'année i486 eut lieu une vente dont on ne trouve pas d'autre exemple, 
celle d'un enfant « éthiopien » venant de Tunis, âgé de quatre ans. Le prix stipulé 
était de quatre ducats d'or''. Cette vente, en raison de son caractère inusité fut 
entourée de garanties particulières que l'acte relate longuement. L'enfant dut jurer 
qu'il était esclave et qu'il avait été acheté et l'acheteur se réservait de faire partout 
la preuve de la validité de son achat. 

Au XYii*^ siècle, les prix fléchirent parce qu'on ne voulait plus d'esclaves si ce 
n'est en Sicile. 

La flotte de Cosme P' ayant capturé à Prevesa en 1605, un grand nombre 
d'esclaves, les transporta à Messine où ils furent vendus'. Lato, femme de Ametto, 



I- — « Perché molli che condiixe, el fa 
condur a Venicxia de le anime de lislria, 
de dalmatia, de albania et de altri luogi, 
si commesse molle dexoneslade in ver- 
gogna et despriexio de la noslra Sigito- 
ria. I quai conduciori du et liioga le 
dicte anime a persane forestière, et ad 
altri che le conduxe, et fa condur fuor 
de Veniexia eoe a fioreiiza, a Siena, a 
Bologna, et ad altri luogi che non é so- 
toposii a la tiostra Signoria, ne i quai 
luogi le roman in perpétua servitù. » 



Venise, Archivio di Stato, SenatoMar., 
Registre n. 6. Carte 136 v. 

2. — C'est ce qui ressort du travail 
très documenté de M. Ettore Vekga. 
l'érudit archiviste milanais, auquel nous 
empruntons des indications citées dans 
le texte. {Per la Storia degli Schiavi 
orientali in Milano, Archiz'io Storico 
Lombardo, an. XXXVII, fasc. VII, 1905). 

3. — Muralti, Annalia, p. 59 : 

" Eo tempore in ducatu hi jnaicri, sett 
gens nigritorum, ita creverant, lit nul- 



lus esset aulicus qui unum eidein ser- 
vientem non haberet; eo quod Ludovicus 
Sforiia, Afediolani Dux, se cognominari 
fecerat Mauriim. Melius enimfuisset si 
christianus nuncupalus fuisset. » Cf. 
Archivio Lombardo, S.XXI, (1994), I, 461. 

4. — Archivio délia Fabbrica del 
Duomo, VII, 18, fasc. 49, n. 2. Voir 
Appendice, Esclaves v. 

5. — GIUSEPPE CoNTl. Da galeoiti iur- 
chi a marinai medicei. Il Secolo XX, an. 
U {1902), n. 13, p. 217. 



LES ESCLAVES. 



219 



âgée de vingt ans et sa fille Bechaa, trouvèrent acquéreur à soixante onces et 17 tareni. 
Cafea, femme d'Amanio Papasso, âgée de quinze ans, et son fils âgé de deux mois, 
furent achetés soixante onces également. Cane, femme d'Ali, âgée de vingt-deux ans, 
de race blanche, et son fils Sarino, âgé de trois ans, de race noire, furent achetés 
cinquante onces. On vendit également une femme de soixante-cinq ans qui avait les 
jambes torses et une autre de quatre-vingts ans'. Quelques esclaves seulement 
furent dirigées sur Livourne. 

L'âge avait une grande influence sur les prix; une esclave atteignait sa plus 
haute valeur vers seize ans puis elle diminuait, plus rapidement d'ailleurs pour les 
noires que pour les Circassiennes'. A vrai dire, il n'existe presque pas d'acte de 
cession d'esclaves âgées de plus de quarante ans, soit qu'elles fussent à ce moment 
devenues impropres pour le service, soit que la plupart eussent obtenu leur liberté, 
soit encore, ce qui devait être souvent le cas, que le changement de climat, les 
fatigues et les mauvais traitements les eussent fait mourir prématurément'. Le plus 
grand nombre de ventes se rapportent à des esclaves de quinze à vingt ans''. Les 
nourrices se payaient fort cher'. 

Les actes de cession étaient très explicites touchant l'état physique des esclaves; 
tantôt on les vendait « avec garanties », tantôt « sans garanties »; dans certains actes, 
par exemple, il est déclaré que l'esclave est « saine de tous ses membres, exempte 
d'infirmités et de tares tant apparentes que cachées » (1368)'', ou encore qu'elle 
est « pure et nette de tout vice et surtout du mal caduc et de tout défaut caché' »; 
d'autres contrats, au contraire, portent que l'esclave est vendue « avec toutes ses 
tares et toutes ses qualités patentes ou secrètes (1392) »^, ou « avec tous ses défauts 
et chacun de ses défauts, vices et infirmités visibles ou cachées... telle qu'elle 
est ». 

Quelquefois .même l'esclave est vendue « comme un sac à os », formule qui 
était de style notarial et que l'on rencontre assez fréquemment dans les contrats de 
louage d'hommes libres, d'apprentis. Le mal que l'on redoutait le plus était l'épilepsie 
auquel les esclaves paraissent avoir été assez sujets. Il est très fréquemment stipulé 
que l'esclave en est indemne'. En Catalogne, c'était un cas de rescision '°. 

On lit dans un acte que l'esclave est louche, dans un autre acte il est dit que 



1. — Le montant total de la vente des 
deux cent huit esclaves amenés à Mes- 
sine s'éleva à quatre mille sept cent vingt 
onces, soit environ soixante mille francs. 
Le prix moyen ressort à prés de trois 
cents francs par tête. 

2. — Zanelli, Appendice, p. 103. La- 
ZARI, p. 470. BoNGi, p. 234. 

3. — ClBRARIO, I, 199. 

4- — Zanelli, p. 45. Sur trois cent 
trente-neuf ventes faites à Florence, dix- 
neuf se rapportent à des esclaves de 
douze à quatorze ans, trente-huit à des 
esclaves de dix-huit ans, cinquante-six 
à des esclaves de vingt ans, vingt-trois 
à des esclaves de vingt-deux ans. Voir 
Appendice, Esclaves, vi. 



5. — MOLMENTI, p. 293. 

6. — « Sana omnibus suis tnenibriSf iit- 
Jirmitatibus et magagnis tain publiée 
quam occultis. » Le vocable magagna 
se rencontre dans les actes notariés de 
cette époque et même dans l'Enfer, ch. 
XXXIII, v. 152, et dans le Purg. ch. vi, 
V. iio; il implique une défectuosité, un 
vice. Zanelli, p. 48. Molmenti, p. 294, 
note a. 

7. — « Niiidd et nuiiicla ab oinni vitio et 
specialiter morbo caduco ci iilio vitio 
occulto ', ou encore c Sana a maie ca- 
duco, a maie capitis cl brachiarum cHi- 
biuriim et corporis. » Molmenti, p. 294, 
note 2. 

8. — • Cum omnibus et siugulis vitiis et 



magngnis et injïrmilalibus latentihus et 
manifesiis... et pro iali qualis est salvo 
quod de morb et infirmilate dicta il maie 
maestro. > Florence, Arch. di Stalo. 

9. — «... et specialiter a morbo caduco^ 
sccundum usum Venetiarum, » — «... spe- 
cialmente dalV infermità che si chiama 
il mate maestro. » ZANELLI, p. 4S. « Sana 
et intégra nwntc et cor pore et omnibus 
suis membris tnm occultis </imm matii- 
festis et maxime a morbo caduco secun- 
dum usuin terrœ. » LiHRi, U, 513. 

10. — Brutails, p. 26. On trouve dans le 
Corpus Inscriptionum latinnrum, t. lU. 
des contrats de vente contenant les mê- 
mes indications. Voir Appendice, Es- 
claves, VII. 



220 LA FEMME ITALIENNE. 

l'esclave vendue a un bras plus long que l'autre; cependant, le prix d'achat de cette 
dernière s'éleva à quarante-deux florins, plus cinquante solidi au courtier'. 

Dans une vente faite en 1269, il est rappelé que l'esclave est consentante'. 

Parfois même la vente est volontaire ; Maria de Scutari abdique sa liberté et 
s'impose « la servitude illimitée » pour la somme de dix ducats par an'. 

En 1338, la vente d'une esclave enceinte est conclue avec cette condition 
que ni le cédant ni aucune autre personne ne susciterait d'ennui à l'acheteur du 
chef « de la créature à naître'' ». Souvent, dans les ventes d'esclaves enceintes, 
il est stipulé qu'en cas de mort dans les quinze jours qui précèdent ou qui suivent 
l'accouchement, l'acheteur sera remboursé du prix payé par lui, à moins toutefois 
qu'il ne soit prouvé que l'esclave a succombé aux mauvais traitements de son 
nouveau maître'. Le fait de ne pas déclarer qu'une esclave était enceinte au moment 
de la vente, entraînait la nullité de la vente; ainsi un prêtre ayant cédé à un autre 
prêtre une esclave qui fut trouvée enceinte dut en rembourser le prix"". A Florence, 
en 1456, un marchand obligea un de ses confrères à reprendre moyennant le prix 
qu'il l'avait payée, soit trente florins, une esclave qu'il lui avait vendue en lui affir- 
mant qu'elle avait huit ans et qu'elle était « saine », et qui était accouchée au bout 
de trois mois ; le vendeur fut contraint, en outre, de payer six livres et treize solidi 
pour les frais de l'accouchement, après quoi on lui rendit l'esclave'. 

Parfois l'acquéreur s'oblige à faire baptiser l'esclave qu'il achète et à lui donner 
un nom déterminé; l'esclave tartare Tallomilech est vendue avec la condition qu'elle 
s'appellera au baptême Cristina (1367)^; la fille tartare Clocaton dut recevoir 
le nom de Marie (1396); dans un contrat de vente d'une famille entière moyennant 
la somme de cent vingt-deux ducats (1444), il est dit que le père Balaban, 
s'appellerait Graziano, sa femme Caterina, l'un de leurs fils Nicolô et l'autre 
Francesco''. 

Les cessions se faisaient souvent, comme on a vu, par l'intermédiaire d'un 
courtier ; sa commission était variable ; cinquante solidi sur trente-huit florins ; 
trente-cinq solidi sur quarante-deux florins. La commune percevait d'autre part 
un droit fixe sur les ventes; à Lucques, il était de un florin et le courtier était 
responsable du payement de cette somme; à Florence, la taxe était variable; 
il existait également une taxe de ce genre à Ferrare, en 1479'°; ^ Venise, à la suite 
de la guerre ruineuse de Chioggia (139 1), on dut imposer une capitation de trois 
livres d'argent par mois pour chaque esclave". 



1. — LAZARI, p. 4Q2. 

2. — € Janue 6 Aprilis 1269. 

Ego Johannes Ctirlasperus pincior 
vendo et cedo et irado tibi Lanfranco 
Pi^natario sclavatn nieam unam olive- 
<rnam numhic Beatricem présentent et 
volleniem... pro precio lihrarum sexde- 
cim Janue. > Dans : Appunti storici 
sopra Lcvunio. Lettere di Santo Varni, 
Gênes, 1870, p. ny, Joe. xxxv. 

3. — Lazari, p. 4S8. 

4. - Lazari, p. 472. Bongi, p. 227. 



5. — Dans d'autres cas, un dédit est sti- 
pulé en cas de mort, soixante florins par 
exemple. 

6. — MOLMENTI, p. 293. 

7. — Zanelli, p. 49 et doc. H, p. 104. 

8. — Ettore Verga, art. cite, p. 7 du 
tirage à part. 

g. — On rencontre les noms suivant'^ 
avant le baptême Cali, Cadobala, Sli- 
mati, Zoniaek, Crantri, Poconella, Cu- 
bada, Mulicana, Insi et après Lucia, 
Caterina, Maria, Marta, MaJdalena, 



Marg^herita, Giovanna, Cristina. Cali 
est évidemment le féminin de l'adjectif 
grec xa),ô(r, bon. Zanelli, p. 53. Lazari, 
p. 474. 

10. — Ricordi di Miliadusso Baldiccione 
de Casalberti Pisano, Archiv, Sior. 
liai., Ser. I, Ap., vol. VIII, Florence, 
1.S50. p. 50. Cf. Zanelli, p. 38. 
n. — Daru, Histoire de la République 
de Venise, III, 80. Gallezzao Cataro 
St. Pudovane, iluratori, R. liai. Script., 
XVII, 285. 



MF D AILLES, XVI' SIÈCLE. 




Bronze. 
Auteur inconnu. 



lilisabciia Oo.uj^.i, ju.i.t^st a UrbiK, 
femme de GuulubaUo. 



I&ottadi Kimini, femme Je Sig. MjIaicsu. 



r VK'ls < I 'M.KCTION C. OKKYI'IS 



LES ESCLAVES. 22, 

Gênes frappa d'un impôt le commerce des esclaves et, malgré les réclamations 
du sultan Boursbaï, cet impôt continua assez longtemps à être perçu (143 1)'. 

Les esclaves étaient une nécessité domestique; on les employait aux gros 
travaux du ménage, et il y en avait généralement une par maison'; à Gênes, en 1468, 
onze cent quatre-vingt-huit maîtres se partageaient quinze cent dix-huit esclaves; 
dans les pièces de procédure oià il est parlé d'esclaves, on trouve presque toujours 
cette mention « l'esclave », comme s'il était admis qu'il n'y en eût qu'une'; 
l'exemple de Baldovinetti montre qu'on les achetait le plus jeune possible et qu'on 
les revendait dès que leurs forces commençaient à décliner, ce qui généralement 
ne tardait guère. 

Dans toutes les classes de la société, on possédait des esclaves; les épiciers, 
les armuriers, les courtiers, les médecins, les changeurs, les lainiers en avaient, 
de même que les ecclésiastiques et les grands seigneurs''. On prenait une esclave 
en entrant en ménage; Alessandra Macinghi negli Strozzi écrit à son fils, en 1465 : 
« Comme tu vas te marier, j'ai pensé qu'il te fallait une esclave. J'ai Margherita 
qui est active...'» Parfois on les employait à la cuisine, souvent comme nourrices'". 
Il s'en trouvait toujours dans la suite des grands. Lorsque Eleonora d'Aragon 
s'en fut épouser le duc Hercule de Ferrare (1473), ^^le emmena « son esclave »7 
et il en fut de même d'Isabella d'Aragon, quand elle épousa, en 1488, Giangaleazzo 
Sforza*. Cette même princesse demanda, en 1491, à son agent à Venise de lui 
procurer une esclave '< plus noire que celles qu'il lui avait envoyées auparavant » 
et, en 1497, elle le charge de lui acheter une « moresque»'' de six à huit ans. Elle 
comptait l'offrir à la comtesse de Montpensier, Chiara Gonzaga, fille du duc de 
Mantoue, laquelle la voulait jeune afin de pouvoir la façonner à sa guise. On fit 
présent, en 1522, à Isabella de Mantoue d'une moresque de dix-sept ans arrivée 
depuis peu de Barbarie, assez agréable de visage, bien qu'elle eût la lèvre inférieure 
épaisse, ne buvant pas de vin et supposée vierge '°. 

Les chambres d'esclaves étaient fort pauvrement meublées; dans l'inventaire 

1- — W. Heyd, Histoire du Commerce, Arcliiv. de Stato, Invest. vol. 40, p. 201. (20 juillet I459). 

II, 557. Les mentions de ce g-enre sont fréquentes. 6. — Zanklli, p. 93. Marcotti, Donne 

2- — Excepté dans les maisons prin- On en retrouve une analofjue dans e Monache, p. 409. Le médecin lucquois 
ciéres; par exemple il y avait quatre es- Vesp. da Bisticci, Vie de Alessandra de' Jacopo Coluccini Bonaire loue son es- 
claves parmi la domesticité de Cosme de Bardi, éd. iSq3, ni, 261. clave comme nourrice à Simone Ridol- 
Mèdicis. 4. — Zanelli, p. 93. Gio. Maria Cec- fini moyennantdeux liorinsd'orparmois, 
Fabronius Angei.us, Adnotutiones et chi (151S-1587) dit dans le proloçuc de sa somme d'ailleurs fort élevée. BONGl, 
monumenta ad magni Cosmi Medicei comédie, La S^i'afa (Milan. 1883, p. 171): p. 230. 

vitam periinentia. Pise, 1788. Vol. « Qui peut mieux servir un homme qui 7. — Gandini, Isabella, Béatrice e 

II p. 336, n'« 141». aime ses aises qu'une belle et jeune es- Alfonso d'Esté Infanti, Modénc, 1S96, 

Ricordo di tutte te donne che furono clave? Le nom d'esclave ne doit pas p. 11. 

vestite per le dette exguie. épouvanter mais rassurer le maître, puis- 8. — Luzio et RENIER, âu^oni, A'unt « 

qu'il sera assure qu'elle sera à lui et qu'on .Sc/iiori, A^iiot'o .4f»<o/. , Ser. m, vol. 35, 

Cater.ebhepannobraccia. \o\ ne pourra la lui enlever comme il arrive p. 139. Elle emmena trois esclaves 

Crestina 10 / ^^^ servantes. » < maures blanches » et sept esclave» 

Caierina 10 1 ^"'^'""^ 5- — ^- Guasti, Lettere di Atcsaandra nèsrrcs. Carlo iik Ros.mini, Dell' /s/ori«i 

jgffi^ \ Strosii, Florence, 1877, p, 474. Cf. di Milano, IV, 350. 

p. 137, 274,280, 504. Page ISS, elle parle 9- — On a vu plus haut ce qu'il fallait 

3' — « L'esclave et moi nous étions à la d'une esclave très voleuse qu'on va entendre par maure et moresque, 

fenêtre ■ dit la chambrière d'une courti- envoyer de Florence A Naples pour la 10. — Luzio et Renier, Buffoni. Nani* 

sane romaine dont la maison avait été vendre et elle prévient son fils qui se Schiavi, Nuova Antologia, Ser. III, 

attaquée à coups de pierre (1553). Rome, trouvait à Naples de ne pas l'acheter. vol. 35, p. 145. 



222 



LA FEMME ITALIENNE. 



de Tune d'elles, dressé en 1445, ne figurent qu'un lit avec son sommier et une 
couverture; aucun siège, aucun ustensile n'est mentionné'. 

Le maître avait un pouvoir absolu sur son esclave, le nierum imperium. 

Les statuts de certaines villes reconnaissent expressément au maître le droit 
de châtier, de frapper son esclave % la législation des autres villes et les contrats 
de cessions l'impliquent. Au reste, la plupart des esclaves mises en vente portaient 
des cicatrices qui provenaient sans doute des mauvais traitements que leurs 
convoyeurs on leurs premiers maîtres leur avaient fait subira. Le maître pouvait 
faire incarcérer son esclave pour aussi longtemps qu'il lui plaisait''. 

Au surplus, les esclaves avaient mauvaise réputation : « Ma servante est une 
Circassienne et toutes sont vicieuses », lit-on dans une comédie'. 

Bandello, parlant de la sévérité dont il est nécessaire de s'armer contre les 
enfants et contre les serviteurs dit : « A l'égard des maures ou esclaves achetés, 
qu'on en use de même parce que c'est une mauvaise engeance ainsi qu'on l'a vu 
par l'exemple du maure de l'abbé Di Nigri, lequel ayant éprouvé une rebuffade de 
sa part s'en vengea en lui coupant la gorge la nuit suivante *". » 

Les ventes étaient faites « avec pleine autorité » pour le nouveau possesseur 
de « garder l'esclave, d'en jouir, de la donner, de la céder, de la vendre, de 
l'aliéner, de la donner en gage, de la louer, d'en disposer par testament » tant 
en ce qui concernait le corps qu'en ce qui concernait l'âme'. 

Le droit de location s'exerçait assez fréquemment; en 1422, un maître cède 
pour trois ans, moyennant vingt ducats d'or, une esclave qui lui appartenait avec 
faculté de la punir, de la frapper, de la sous-louer^ ; dans le cas oiî elle mourrait 
pendant le temps de la location, il ne devait être payé au propriétaire aucune 
indemnité. A Florence, en 141 5, « l'usufruit » d'une esclave de haute taille et 
ayant des cheveux blonds était payé la somme de trente-cinq florins pour quatre 
ans, mais avec la condition qu'à l'expiration de ce laps de temps, l'esclave 
recevrait sa liberté. 

Dans les relevés du cadastre, les esclaves étaient classées après les marchan- 
dises, sous la même rubrique que les bœufs, les chevaux et « autres bêtes ». 
Dans les saisies, on les séquestrait comme le reste des biens du débiteur 9. A 
Gênes, ceux qui cherchaient à s'enfuir étaient marquées à la joue'°. 



1. — C. Merkel, / béni délia Famiglia 
di Puccio Pucci fiorentino, Bergame, 
1897, p. l8«. 

2. — Statuta Civitaiis Gallesii, 1576, 
fol. 41. 

3. — On a vu de quelle façon on les en- 
chaînait dans le transport. Ce droit avait 
néanmoins des limites. En 1333, un ha- 
bitant de Venzoni (Vénetie) ayant frappe 
son esclave Anna d'un coup de couteau, 
deux chirurgiens furent appelés qui dé- 
clarèrent qu'elle n'était pas en péril de 
mort et l'affaire n'aurait pas eu de suite 
si la fièvre ne s'était pas manifestée. Il 
fallut une nouvelle consultation de deux 



autres chirurgiens qui affirmèrent que la 
fièvre ne résultait pas de la blessure 
pour que le maître ne fût pas poursuivi. 
Marcotti, Donne e Monache, p. 408. 
A Gênes, quand un esclave avait mé- 
rité une peine sévère, on le déportait aux 
îles Baléares où il était employé à porter 
du sel. Bandello, Part. IH, nov. 21. 
BURCKHARDT, U, 35O. 

4. — Registres florentins des Siinche 
cites par Zanelli, p. 77. Les incarcéra- 
tions durent de quinze jours à trois mois 
et la mise en liberté est souvent subor- 
donnée à la restitution d'un objet vole. 

5. — Fabula di Cœpulo, composée par 



Nicola da Correggio, 1496, U" acte. 
Campori. 

6. — Nouvelles, Part. HI, nov. 21. 

7. — Zanelli, p. 54. Cf. Zamboni, 
p. 413, texte d'un acte de vente faite dans 
l'île de Negrepont qui relevait de Venise 
(1448). Voir Appendice, Esclaves VUI. 
On peut rapprocher de ces actes ceux 
dont on trouve la teneur sur les tablettes 
des commissaires priseurs de Pompéi, 
par exemple (Corpus Inscrip. Latin..., 
IV suppl. Berlin 189S, n° CLV, p. 411). 
S. — BONGI, p. 230. 

g. — LiBRi, II, 514. 
10. — BONGI, p. 241. 



LES ESCLAVES. 



323 



La libération était souvent stipulée comme condition de vente ou par testament. 
Marco Polo accorda par testament la liberté à l'une de ses esclaves (1323)'. Plusieurs 
testaments rédigés dans la première moitié du xv' siècle contiennent des legs de 
trente, quarante ou soixante florins destinés à assurer la libération d'esclaves'. En 
1434, le marquis dal Portico accorda la liberté, du consentement de son fils, à une 
esclave, fille d'une ancienne esclave lui ayant appartenu, ainsi qu'aux enfants qu'elle 
avait et pourrait avoir, la dégageant formellement « de tout lien de servitude' ». 

Le cas que voici montre bien comment et pour quelles raisons s'accomplissaient 
généralement les affranchissements; un certain Nicola, citoyen de Florence, avait 
projeté de donner la liberté à son esclave en récompense des services rendus par 
elle à lui, à sa mère, donna Constanza et à toute sa famille, mais il mourut de la 
peste avant d'avoir pu réaliser son projet. L'esclave devint la propriété de sa mère 
qu'elle servit « fidèlement et avec sollicitude » pendant neuf années après quoi 
donna Constanza la loua pour quatre ans moyennant trente-cinq florins. Ayant ainsi 
avisé à son intérêt, elle songea au vœu de son fils et, le il octobre 1456, accorda 
la liberté à son esclave, « qui l'en implorait à genoux. — Gejiujîexam petentem et 
hoptantem^ ». 

Giulia Gonzaga, légua en 1566 son esclave Cintia à Vespasiano en lui enjoignant 
de lui rendre la liberté, de lui donner une dot et de lui trouver un mari à la condition 
toutefois que Cintia consentirait à dévoiler à Vespasiano un secret qu'elle n'avait jamais 
voulu lui révéler à elle-même. Giulia eut regret par la suite de cette curiosité posthume 
et, dans un codicille, annula toute clause restrictive'. A Florence, Lemmo di Balduccio 
délivrait deux esclaves par son testament^. 

La libération était parfois la récompense d'un bon allaitement'. En 1435, un 
acheteur s'engage à accorder la liberté à une esclave ainsi qu'à ses fils après qu'elle 
aura allaité puis soigné pendant quatre ans son enfant; en 1446, un acte de vente porte 
qu'une nourrice noire, cédée au prix de quarante ducats, sera libérée au bout de cinq 
ans*. L'évêque de Concordia, en Vénétie, accorda l'affranchissement à une esclave à 
condition qu'elle demeurerait à son service comme servante libre sa vie durant^. 

Les conservateurs romains s'étaient arrogés le droit d'accorder la liberté à tout 
esclave qui viendrait la solliciter au Capitole et le pape Paul III reconnut et confirma 



I. — Daru, III, 80. 

2- — On a déji cité un testament de ce 
genre, celui du libraire Ugleimer de 
Milan, p. 218. 

3- — Zanelli, p. 83 et suiv. Cf. Gaye, 
Carteggio, I, 360, affranchissement d'un 
esclave nègre par testament. Florence, 
1490. 

4. — Florence, Archiv. di Staio, Prov. 

5. Matteo, Atto Notarile rogato da Fi- 
Uppo Monteraspolo. Zanelli, p. 87. 

5- — J. Akfo, Memorie di tre Princi- 
pesse di casa Gonzaga, p. 46. 

6. — Testament publié à Florence en 
1822, p. 113. 

7. — BONOI, p. 238, J30. 



8. — Voici la confirmation d'un acte 
d'affranchissement apposée par le maître 
au-dessous du texte rediffc par le no- 
taire : 

a lo Antonio di Giovanni soprascritio 
libero la sopraditla schiava del vincolo 
délia perpétua servitudine « pcrb can- 
cello questa carta et donole la libertà e 
voglio chella sia libcra di sua persona 
eppero io qui scriiio di mia mono pro- 
pria. » (14 avril 1386). Zanelli, p. 51. 

9. — Marcotti, Donne c Monache, 
p. 407, cite d'autres exemples analogues, 
sans donner de dates ni de sources. 

10. — Coufirinalio antiqui pontificii et 
imper ialis priiilcgii Pop. Roman, quod 



mancipia seu servi coufugientes ad 
Urbis conscrvaiorcs libertalem accla- 
mant si christiant fuerint libertatem 
cotisequatitur et liberi sint... 
Archiv. Star. Capit., Cred. vi, vol. 51, 
fol. 8. Cf. Délibération du Conseil com- 
munal en date du 20 novembre 1544 
portant que : « Bencbé l'H_ffizio del sacro 
senato dtlla Caméra di Roma, 1 1 di essa 
citià e Conservalori ptr antiqua consue- 
iudiiie istiiuito o ver spécial privilégia 
tutti gli schiai'i di qualunque sesso con 
concederti il priviligio délia patria e li- 
bertà Romana dal nodo délia senitù... ■ 
Archiv. Slor. Capit., Cod. 1, vol. 36, 
fol. 458. 



224 



LA FEMME ITALIENNE. 



ce privilège par un bref daté du 27 juin 1535'°. Toutefois il est à présumer qu'on n'en 
usait qu'avec une grande réserve car autrement il n'y aurait pas eu d'esclaves à 
Rome et il y en eut presque toujours. Un bref pontifical daté du 20 juin 1481, 
autorisa les échanges et le trafic des esclaves". 

Le 3 février 1488, cent Maures esclaves, envoyés au souverain pontife par le 
roi d'Espagne, firent leur entrée dans Rome, tous revêtus d'un costume uniforme 
avec un anneau de fer au cou et une chaîne qui allait de l'un à l'autre. Le 4 mars 
suivant, ils furent présentés au pape qui les répartit entre ses cardinaux et ses 
familiers". 

En 1501, après la prise et le sac de Capoue par les Français et les soldats de 
César Borgia beaucoup de femmes furent vendues à Rome comme esclaves à vil 
prix'; les documents judiciaires montrent qu'il y eut des esclaves à Rome durant tout 
le XVI'' siècle''. D'ailleurs le pape revint lui-même sur sa décision en 1548^ en 
conséquence de quoi le conseil communal prit une délibération, le 12 janvier suivant, 
autorisant les habitants à acheter et à posséder des esclaves^. Le moment était 
favorable, en effet. Carlo Sforza avait récemment remporté d'importants succès sur 
les Turcs, il avait capturé bon nombre de prisonniers qui venaient d'être débarqués à 
Civitavecchia et les Romains tenaient à profiter d'une si bonne occasion". 

Cependant le pouvoir pontifical ne tarda pas à permettre de nouveau aux 
conservateurs de rendre libre tout esclave qui se présenterait à eux en protestant 
qu'il voulait se faire baptiser; la bulle « Digmim^ » du Pape Pie V reconnut le 
droit qu'avait le sénateur « par privilège pontifical et en vertu de son pouvoir 
impérial », d'affranchir les esclaves qui venaient à lui; le pape l'invitait même 
à leur conférer le titre de citoyens (1566)''. 

La manumission s'accomplissait de la manière suivante; l'esclave se présentait 
devant le premier des conservateurs qui, après avoir pris connaissance de son certificat 
de baptême, lui imposait la main sur la tête en disant : « Esto liber ^°. » 

Ces affranchissements se pratiquaient encore couramment au xvii'' siècle soit 
qu'il s'agit d'esclaves au service de maîtres italiens et résidant depuis longtemps 
dans le pays, soit plus probablement qu'il s'agit de captifs faits sur les Musulmans et 
amenés à Rome". 

Toutefois les affranchis ne constituèrent jamais en Italie une classe particulière. 



I. — Archiv. Stor. CapH., Cied. IV, 
vol. 88, fol. 181. 

a. — Diarium di Nnntiporto, MuRA- 
TORI, R. Italie. Script., IW, Iioô. 
Cf. Oeano, // Papaio e la Schiaviiù. 
Orano rappelle ce passade de Muratori ; 
« Ntillis canonibns legibiis siiblatus est 
servorum ustts. « En 1446, le Sénat de 
Venise promulgua une loi défendant de 
vendre des esclaves chrétiens aux Dal- 
mates et aux Ragfusins parce que ceux-ci 
les revendaient aux Musulmans. 
3. — Fb. Guicciardini, Historié, 1,411 
(V. 13), Jacopo Nardi, Liv. IV, p. 124. 
Burckhardt, trad. franc., II, 350. Ap- 



pendices, citant Études sur l'Allemagne 
d'autrefois, 1874, dissertation de Wat- 
lenbach, Le Commerce des Esclaves, 

p. 37- 

4. — Rome, Archiv. di Stato, Investi- 
gationes, vol. 38, p. 181, 16 mai 15A2. 
Atti C. Saccoccius, Prot. 1520, p. 472, 
même année, p. 771, id. 

5. — Le rédacteur du Grand Bullaire 
n'a pas reproduit cette bulle ni la précé- 
dente « uti otiosias » (t. VIII, p. 482, 
note i) ; elle se trouve dans Fenzonio, 
Adnotutiones in Siatuta Urbis, p. 706. 

6. — Archiv. Stor. Capit. , Cred. vu, 
vol. I, fol. -,. 



7. — P. Alberto Guglielmotti, 
Guerra di Piraii, Florence, 1876, t. II, 
p. I7S- 

8. — Bullaire. VII, 482. 

g. — Cf. Bulle <■ Licet omnibus * de 
1570. Bullaire, VII, 972. Il y avait com- 
pétition de pouvoir entre le sénateur qui 
alors était le représentant du pouvoir 
pontifical, et les conservateurs dont la 
nomination appartenait encore au peuple, 
c'est pourquoi le pape reconnaît au sé- 
nateur un droit qu'exerçaient effective- 
ment les conservateurs. 

10. — BONGI, 244. 

11. — Voir Appendice, Esclaves IX. 



coM/Mj.s 1)1-: ii:.\iMi:s m i'i:irii-. ii\ nr xvr'^ïFci i 



4 










I F..MME DE MARCHAND 

Vecellio, Habiti, Venise 1590. 




PAYSANNE DE BOLOGNE 

Bertelli, Padoue 1544. 



FEMME D ARTISAN 
Vecellio, Habili, Venise 1590. 




PAYSANNE DE TRÉVISE 

Vecellio, Habiti, Venise 15yo. 



PAYSANNE VENITIENNE 

Vecellio, Habiti, Venise isgo. 



PAYSANNE DE l. ILE 11 ISCHIA 

Vecellio, Habiti. Venise i5go. 



LES ESCLAVES. 



22 S 



Les esclaves ne pouvaient ni posséder, ni trafiquer, ni tester, ni hériter'; la 
capitis diminiitio existait pour eux dans toute sa rigueur; on ne leur reconnaissait 
aucune personnalité, aucune existence civile; leur témoignage n'était pas recevable 
en justice, excepté dans certains cas particuliers. Le fils d'une esclave naissait esclave 
si ce n'est à Florence, comme on a dit'. Défense était faite de les épouser. La 
preuve en est, en ce qui concerne tout au moins la Vénétie, que le grand Conseil 
dut prendre une délibération spéciale, en 1327 (12 mars), pour autoriser les mariages 
entre esclaves et vilains dans l'île de Candie'. A Gênes, un homme libre ne pouvait 
épouser une esclave que si son maître y consentait; si l'on passait outre, on avait à 
payer une amende de trois cent cinquante livres dans le cas où. l'esclave était blanche 
et de deux cent cinquante livres seulement si elle était noire. 

Rien n'empêchait, au contraire, les esclaves affranchies de se marier; parfois les 
maîtres leur constituaient d'avance une dot. Valisnieri reconnaît avoir reçu cin- 
quante florins comme dot de sa femme auparavant esclave, somme que lui avait 
léguée sa maîtresse à l'effet de faciliter son mariage (i444)'«. Il y a des exemples de 
maîtres fournissant à leurs esclaves un trousseau, manteau fourré de renard, deux 
paires de serviettes, deux paires de draps, deux manteaux'. Mais comme il y avait très 
peu d'hommes esclaves, les mariages ne pouvaient manquer d'être rares; d'autre part, 
leur situation exposait les esclaves à bien des complaisances et elles devinrent, 
principalement dans les classes moyennes, un élément de désordre dont les légis- 
lateurs eurent à s'occuper. Une loi vénitienne, datée du 10 août 1237 prononce la 
peine de la fustigation et de la marque contre les suborneurs d'esclaves^; une autre, 
moins sévère, portée en 1394, leur infligeait trois mois de prison'. A Florence, des 
sentences rigoureuses frappaient ceux qui avaient enlevé des esclaves. En 1372, un 
homme ayant détourné une esclave grecque « pour son usage et convenance », fut 
condamné à cinq cents livres d'amende et à restituer l'esclave. En 1376, trois 
complices s'entendent pour l'enlèvement d'une esclave qui résista et appela, selon la 
formule d'alors : « Acciiri homo »; cette violence est punie d'une amende de six cents 
livres, somme considérable^ La même année, le ravisseur d'une Tartare eut à payer 
deux cents livres. Parfois on entrait en composition. Lorenzo Luziano écrit dans ses 
Mémoires qu'il a obligé un homme qui avait rendu mère une de ses esclaves à lui 



1. — Cependant il y a des exemples de 
maîtres faisant des legs à leurs esclaves ; 
le doyen du chapitre de Cividale laisse à 
son esclave la rente de quatre boisseaux 
de grain et de six barils de vin, à condi- 
tion que le jour de sa mort elle visitât 
sa tombe et que durant la première an- 
née elle la fit encenser selon la coutume. 
Marcotti, Donne e Moiiache, p. 407. 

2. — Zanelli, 62. A Villalta, dans la 
Marche trevisane, un noble ayant ou un 
enfant d'une esclave, toute la noblesse 
se réunit pour obtenir que la mère et 
l'enfant fussent déclares libres, mais on 
dut consentir à enfermer à perpétuité 
l'enfant dans un couvent. Makcotti, 
Donne e Sfonache, Florence, 1884, p. 405. 



3. — BONGI, p. 238. 

4. — BONGI, p. 239. 

Cf. Naples. Arcli. di Staio. Cancell. 
Aragonese. Partium. Vol. i, fol. 44. 
.An. 14S3. Rex Sicilie... Mndamma Tra- 
secta Ursina me ha faito iiitendere che 
per maritare certe soe cri'iile e fantesche 
ha comperate in li lempi pussali de li soi 
propri denari le infrascriple robe qiiale 
lutte sone del valore di 20 onzie, videlicei 
un uliveto... 40 piedi d'olive, etc. siippli- 
candoce che volessimolussare decle rohbt 
e terrent per rimnncrazione e maritagio 
de dictr soe create e fantesche. Quale 
gratta siamo rimasti contenti farli corne 
per la présente facciamo. . . pcrcio ordi- 
niamocheconsegnatedi'ilHirreni l>iirche 



di quel valore di 20 oncie. Di più desi- 
dera i jOO ducati l'anno frutio délia sua 
dote... ordiniamo che paghiate a Ma- 
damma Trasecta doti )oo ducati. Dat 
Puieolis y Juanuarii 14S}. 

5. — Marcotti, Donne e Afonache, 
p. 407. Maestro Pietro « grammairien », 
affranchit son esclave et lui constitue une 
dot. Ibid. 

6. — Lazari, p. 481. 

7. — CiBRARlO, I, i8j. 

8. — Florence, Archivio di Staio, Sen- 
tense drl Capitano X. Ruflo dfl 1^72, 
fol. 42. Senlente del Capitano Gio. Ber- 
loti dfl 1376, fol. 4q, 83. SenienM del 
Capitano Cante di Jacobo d« Gahrielli 
del ;i7S, guad. VIII, p. VI. 

29 



226 



LA FEMME ITALIENNE. 



faire une reconnaissance de trente florins « non pour avoir la somme, dit-il, mais pour 
lui inspirer plus de retenue à l'avenir' ». Les statuts de 141 5 ordonnent que celui 
qui aura abusé d'une esclave payera à son propriétaire, en compensation de la 
diminution de valeur que la grossesse lui a fait subir, le tiers de ce qu'elle valait 
antérieurement-. 

Comme les enlèvements continuaient néanmoins, la Balia décida, en 1452, que les 
coupables seraient pendus « et obligés de restituer l'esclave »; toutefois s'ils ne 
l'avaient gardé, que deux jours, la peine était réduite à une amende de deux cents 
livres. Celui qui pénétrait dans une maison avec la pensée de détourner une esclave 
était passible d'une peine sévère. En 1435, le juge « collatéral », sorte de substitut 
du juge ordinaire, appliquant les statuts de 141 5 et les aggravant même, obligea un 
homme qui avait rendu une esclave enceinte, à verser à son maître le tiers de sa valeur 
plus cinq florins pour les frais d'accouchement. En 1539, une tentative d'enlèvement 
d'une esclave est punie de dix florins d'amende^. 

Les statuts de Lucques de 1372 ordonnaient que le suborneur devait subir une 
amende de cent livres et prendre pour lui l'esclave après en avoir payé deux fois le 
prix au propriétaire si celui-ci était disposé à la vendre''. Les statuts de 1526 portent 
l'amende à deux cents livres et déclarent que le suborneur payera au propriétaire 
trois fois le prix de l'esclave. On en croyait le serment du propriétaire s'il était 
homme de qualité et avait une bonne réputation'. 

Toutefois, les coupables s'en tiraient parfois à meilleur marché; ainsi un accord 
intervint dans un cas semblable entre le suborneur et le propriétaire qui accepta 
neuf écus dont trois pour les dépenses nécessitées par l'accouchement*'. 

A Ferrare, le coupable devait simplement rembourser au propriétaire le prix de 
son esclave, même s'il l'avait débauchée dans sa propre maison. Si c'était le maître 
qui avait abusé de son esclave contre sa volonté, il devait payer vingt livres d'amende'. 

Exception curieuse, à Florence comme à Ferrare on tenait comme suffisant 
le témoignage de l'esclave elle-même^. 

Toutes ces dispositions n'empêchaient pas la débauche des esclaves. Sur 
165 enfants apportés à l'hospice de Sienne dans les premières années du xv^ siècle, 
55 étaient nés d'esclaves, 16 de mères libres, 94 d'inconnues. En deux ans, il y eut, 
dans la famille Guinigi, sept naissances d'enfants ayant pour mères des esclaves^. 
Carlo de Medici serait le fils d'une esclave achetée à Venise, en 1427, par Cosme'°. 



1. — Zanelli, p. 66. 

2. — Statuts de Florence de 1415. Liv. 
ni. Rub. 186 : 

« Et quia es pariu. deterior efficHur ser- 
va, teneaiur idem ingravidans solvere 
dotniiw, vel jiossessori ejiisdem servae, 
tertiam partem ejus, qtiod antc parium 
prucdicium valehai. Et qiiod fuerit gra- 
vida ex aliquo certo termine, sietur as- 
seriione dictae sirvae, cum duohus tes- 
tibus de piiblica voce, et fama probanti- 
bus. " 

3. - Floience, Archivio di Slato. Seti- 



leiize degli Otto di Custodia, vol. 2710, 
fol. 187, 21 août 1539. Un complice est 
condamné à la même amende. 

4. — Zanelli, p. 61. 

5. — Voir Appendice, Esclaves X. 

6. — Zanelli, p. 61, 66, 107. 

7. — Statuts réformes en 1567, Rub. 104, 
fol. 154. 

« Si quis sclavam vel servam quae non 
sit liber i status violaverit autcurruperit, 
sive in dotno Domini sive extra, condem- 
netur ad practium sclaviie, quo empta 
fuerit, solve.ndum domino, et sclava 



nihilominus remaneat in potestate et 
servitute domini. Et si fuerit dominus, 
et cam contra ejus voluntatem cogno- 
verit, condeninetur in libris XX marc. 
Jisco npplicandis, et credatur sacra- 
fnento sclavae... » 

8. — Voir note ci-dessus. 

9. — BoNGi, p. 229. On comprend que, 
puisqu'il en était ainsi, les femmes es- 
claves se trouvaient à même de remplir 
fréquemment les fonctions de nourrices. 

10. — LiTTA, Fam. de Med., tav. VIII. 
Voir Appendice, Esclaves XI. 



LES ESCLAVES. 



-^7 



Il y a quelques exemples de pères demandant à reconnaître leurs enfants, ou 
bien leur faisant un legs. Rinieri Guicciardini lequel devint prêtre puis tourna 
mal. était fils de Luigi Guicciardini et d'une esclave nommée Margherita'. Un père 
légua, en 1443, quatre cents florins au fils qu'il avait eu d'une esclave'. Les statuts 
de Florence de 141 5 imposaient au père le devoir de subvenir à l'entretien de 
son enfant en même temps qu'ils déclaraient libre l'enfant d'une esclave et 
d'un homme libre'. 

Il ne faut pas attribuer à la beauté particulière des esclaves les entreprises si 
nombreuses dont elles étaient l'objet. Les descriptions qui figurent fréquemment aux 
actes de vente les représentent comme petites de taille, presque toujours marquées de 
cicatrices ou quelquefois de la petite vérole, de teint olivâtre et ayant des traits épais. 
Telle esclave, vendue à Florence en 1366, est dite : De hauteur moyenne, à peau 
blanche, avec une cicatrice sur le nez et deux autres plus petites sur la joue droite, 
les sourcils réunis, le nez gros, des tares aux doigts et des cicatrices sur l'épaule 
gauche. Telle autre, de dix ans, avait la peau olivâtre avec une grande cicatrice 
au-dessus du sourcil gauche, une autre cicatrice sur la joue gauche près du nez, le 
nez camus. Elle fut achetée vingt-neuf florins (1367). Une autre avait la peau olivâtre, 
une cicatrice sur la tempe droite, les yeux enfoncés et louches; une autre âgée de 
vingt ans, avait le nez épaté, les lèvres grosses coupées d'une cicatrice, le lobe des 
oreilles large, la peau brune et trouée de petite vérole" ; une autre encore avait 
un bras plus long que l'autre et les yeux louches. Et elles se vendaient bien 
pourtant'. 

Les représentations d'esclaves sont très rares en Italie. En marge de son 
Mémorial, Baldovinetti a tracé le profil des esclaves dont il faisait l'acquisition et ses 
esquisses montrent, quelle que soit la part qu'on fasse à l'inhabileté du dessinateur, 
que les descriptions des actes notariés rapportés plus haut ne faisaient pas tort aux 
esclaves^. 

Parmi les esclaves capturées à Prevesa en 1605 et envoyées à Livourne" l'une, 
âgée de vingt ans était blanche de peau, avait les yeux bleus et le nez fin; une autre 
de vingt ans également, avait de grands yeux avec une cicatrice sous l'œil gauche; 
une fillette de huit ans était « blanche et blonde ». Mais les autres étaient loin de 
posséder ces avantages et toutes ou presque toutes portaient des traces de violences. 
La beauté était tout à fait l'exception. Durant une période de plus de trente années, 
il n'est fait mention sur les registres des ventes faites à Florence que d'une seule 
esclave « belle de sa personne », pulchra corpore (1368)*. 



I. — Guicciardini, Ricordi di Fami- 

glia. Opère inédite, X, 57. 

î. — BONGI, p. 239, 236. 

3. — Lib. m. Rub. I86. 

« Et si qiiis servant alterius ingravida- 

verit tenratur agnoscere, et nutriri fa- 

cerepartumdiciaeservaestiissumptibHS, 

et txpensis, et etiani pro suntplu diciae 

scîavae in partu solvere domino ipsiiis 

florenos quinque. 



Et parlus natiis sequaiur conditioncm 
patris, et si ex pâtre libcro nascatur, 
talis nains liber efficiatur ipso fado, et 
sit in omnibus, et per omnia ac si ex li- 
béra Jatnula natus esset. » 

4. — Zanelli, p. 41,42, 43. 

5. — Voir les notes affcrcntcs aux ventes 
citées plus haut, 

6. — Dans le portrait supposé de Lu- 
crezia Borgfia ou de Laura Dianti par le 



Titien, qui a fait partie de la pralerie du 
Rcgfent puis de la collection Herbert 
Cookde Richemond, on voit à ses C(M4s 
un esclave d'une dizaine d'années, avec 
le type africain, cheveux crépus, lèvres 
épaisses. On voit aussi un enfant esclave 
dans les Noces de Cana, ji gauche. Le 
type est le même. 

7. — Voir aiS. 

8. — Zanelli, p. 43. 



228 



LA FEMME ITALIENNE. 



On cessa d'employer en Italie des esclaves vers la fin du xvi^ siècle'. 
Il est à remarquer que les statuts municipaux rédigés dans la première partie du 
xvi^ siècle contiennent presque toujours des dispositions relatives aux esclaves, 
schiave, tandis que ceux qui furent publiés après cette époque ne traitent plus que 
des servantes, famulce, témoin les statuts de Cesène (158g) et ceux de Modène 
(1590). Dans le prologue de sa comédie intitulée La Strega, la Sorcière, Grazzini 
(// Lasca) qui mourut en 1583, dit : « A Florence, on ne vit plus comme on vivait 
à Rome ou à Athènes; nous n'avons plus d'esclaves". » 

Lorsque le docteur Pagni fut reçu, en 1665, par le bey de Tunis, celui-ci lui dit 
qu'il honorait son maître le grand duc parce que, dans ses États, les esclaves 
musulmans étaient bien traités 5, mais il faisait évidemment allusion aux captifs faits 
dans les guerres barbaresques et auxquels, à Rome et en Toscane, on accordait la 
liberté après les avoir baptisés en grande pompe. Pour cette époque, on ne retrouve 
plus d'acte de vente et il semble bien qu'en effet, il n'y eût plus alors en Toscane à 
proprement parler d'esclaves attachés au service domestique''. 

Toutefois on continuait à employer des esclaves dans les ports de mer et surtout 
en Sicile, comme il a été dit''. 

Les statuts de Gênes, publiés en 1588, montrent qu'il s'y trouvait encore des 
esclaves *". 

Mais ce sont là les derniers indices que l'on ait de la persistance de l'esclavage 
en Italie. 



= LES SERVANTES 

Trotto recommande dans son Dialogue' aux maîtresses de maison de se montrer 
« dignement aimables // envers leurs serviteurs afin qu'ils l'honorent comme maîtresse 
et la chérissent pour sa bonté. Elles ne doivent pas se familiariser avec eux parce 
que les serviteurs en usent souvent comme les ânes qui donnent des ruades à qui les 
caresse, ni les traiter *'"op rudement ou de façon trop hautaine car ils ont la peau faite 
comme les porcs; elle pique si on les prend à rebrousse-poil. Il convient de se tenir 
entre les deux extrêmes et de n'ordonner que des choses possibles et convenables. 

Barberino trace leur devoir aux servantes^. Les femmes de chambre considéreront 
leur maîtresse à la fois comme une fille que l'on chérit et comme une mère que l'on 
respecte; elles regarderont tout ce qui lui arrivera de mal comme un malheur 



I. — Luzio ET Reniek, Niiova Atitolo- 
gia, ser. m, vol. 35 (1891), p. 137. Si les 
écrivains étrangers ont souvent parle 
d'esclaves dans les pièces dont l'action 
est en Italie, c'est que les comédies ita- 
liennes du xvi» siècle, en font men- 
tion fréquemment, par exemple la Cas- 
saria d'Arioste, la Talanta de l'Arètin; 
l'une des pièces de Giovannimaria Cec- 
chi a pour titre ; La Sliava. C'est dans 



Beltrame que Molière a pris sa pièce de 
l'Étourdi où il est parle de filles esclaves 
et de marchands d'esclaves. II ne craignit 
point d'étonner ses spectateurs, parce 
que, apparemment, l'esclavage était de- 
meuré aux yeu.\ des Français de son 
temps, comme un trait des mœurs ita- 
liennes. Cf. Zamboni, p. 515. 

2. — Gantu, VIII, 355. 

3. — Pagni, Lettere, Florence, p. iS. 



4. — Voir cependant Zamboni p. 455 et 
suiv. où il cite des cas d'esclavage au 
xvil" et au XVIII» siècle et même en l8l8 ! 

5. — Article G. Conti, secolo xx, 
année 1902, p. 219. 

6. — Pardessus, Lois Maritimes, IV, 
438-580. 

7. — Dialoghi de! Matritnonio e viia vc- 
dovile, Turin, 1583, p. 182. 

S. — Parte XI, XII. 



COSTUMES DE RELIGIEUSES. 





BÉNÉDICTINE DU MONASTÈRE DE S'-ZACHARIE A VENISE 

Hclyot (?), Hist. des Ordres Monastiques, Paris 1721. 



m MESSE 

Helyni i?i, ïîist. des Ordres Aïonastiqucs. Paris 1721 






l'I I li'll I ^1 l'i li)l;lii;i m s-iiw ii|. Il- ivi -^Ai |.;m 
Hclyut (:\. Hisl. des Ordres Monastiques, Paris 1721, 



Kl.l-l'.lia^l ■. !:..:. Pl.N Ml:K(il..s A M.MSl. 

Helyot (?i. Hist. des Ordres Rclig^icux. Paris 17J1 



LES SERVANTES. 



22g 



personnel, tiendront bien propres et en bon état ses bijoux et ses vêtements, auront 
elles-mêmes les mains, la poitrine et les vêtements propres, ne s'occuperont pas de 
ce que peuvent faire le mari et sa femme quand ils seront dans leur chambre et se 
garderont, s'il advient au mari de faillir, d'en rien dire; elles ne se répandront pas en 
éloges sur la beauté de leur maîtresse et supporteront avec humilité ses emporte- 
ments; elles aimeront, craindront et choieront les enfants de leurs maîtres. 

Pour ce qui est des autres servantes, Barberino leur donne des conseils 
de prudence et surtout celui de ne pas prendre de service chez un homme non 
marié. 

Dans ses Souvenirs^ Michel-Ange rapporte plusieurs contrats qu'il fit avec des 
servantes". En 1525, il en engagea une, Mona Lorenza, moyennant dix florins par an; 
elle n'habiterait pas chez lui mais viendrait chaque jour pour faire son ménage. En 
1527, il marque que sa servante l'a quitté sans lui donner congé et en le laissant sans 
serviteur. En 1548, il avait une servante à laquelle il donnait un écu par mois mais, 
comme elle tomba malade, il suspendit ses gages. En 1553, il possédait une servante 
à laquelle il donnait dix giuli par mois. 

En 1547, il signa, en due forme, un contrat avec une servante : « Qu'il soit 
connu et manifeste à qui lira les présentes que Mona Caterina, fille de Giuliano 
florentin, se place chez messer Michelangelo Bonaroto [sic) florentin au prix de dix 
carlins par mois; elle aura le droit de filer pour son usage personnel; messer Miche- 
langelo s'oblige à garder chez lui une enfant qu'elle a. Ledit Michelangelo a payé 
quatre écus d'or en or à Agnolo, voiturin qui a amené Caterina. — Lorenzo del 
Bene florentin a rédigé le présent acte à la demande des deux parties'. >/ 

A Plaisance, en 1388, les gages d'une servante étaient de sept florins par an'. 

Des lois sévères punissaient ceux qui avaient abusé d'une servante. Frédéric III 
les menaçait des -fers pendant un an (1296)''; les statuts de Lucques exigeaient des 
servantes qu'elles fussent mariées ou veuves'; ceux de Florence imposent à l'homme 
qui aurait rendu mère une servante de prendre à sa charge l'entretien de l'enfant*. 
Cette disposition fut insuffisante et la Balia « considérant que depuis quelques années 
nombre de servantes et d'esclaves ont été détournées de leurs devoirs... » condamna, 
en 1354, les coupables à être pendus jusqu'à ce que mort s'ensuive'. Ailleurs, la 
peine est une amende qui varie entre vingt-cinq et cinquante livres*. D'autre part, 
certains statuts défendent aux serviteurs de quitter leurs maîtres avant la fin de leur 



1. — Gaetano Milanesi, Le Lettere di 
Michel Angelo, Florence, 1875, p. 597, 
5q8, 605... 

2. — Il existe nombre de contrats de ce 
genre. Rome, Archivio di Stato, Atti 
C. Saccocciiis, Prat 1520. p. 472 ; 12 juil- 
let 1562. Brunetta, marchand d'eau, 
prend à son serv'ice pour huit ans « ho- 
nesia puclla Marglicrila » avec ençage- 
ment pour celle-ci de le servir exacte- 
ment et pour lui de lui fournir le vivre 
et le vêtement et de lui payer à la fin de 
son engagement trente ecus. Ibid, p. 741. 



3. — Chronique de Giovanni Mussi, 
MURATORI, Amiq. liai., U, 320. 

4. — Testa, Capitula Seg^ii Siciliœ, 
Palerme, 1741, I, 81. 

5. — Archii: Stor. Ital., ser. I, vol. X 
(1847), p. 93. Lib. III, Rub. LVI. 

« Nulla Millier que fuerit camarierti 
possit pvr se stare nisi z-irtim habeat vet 
habuerit ; et de pena datiUa caniareree 
portauti f^ursaiu de seta et aliis. 
« Qitod niilla tnulier que fuisset sert'i- 
tialis vel pro scrvitiali steterit, possit 
per se stare nisi maritiim hebeat l'et 



liabuisset. > 

6. — Lib. III, Rub. 186. Fribourg, 1789, 
I. 385- 

7. — Zanelli, La Schiave.... p. 107. 

8. — Volunu'ti Stiitittorum Civitatis 
Maccrataf, Maccrat.». 1554. cart. 38. 
Lib. m, Rub. gô. — Statuta Terrae 
Duraniis, 151^, fol. 76. Lib. III, Rub. 54. 
— Statuta Mutinae.lS90.r- 115. Lib. III, 
Rub. 57. — Statuta civitati.-i Cesenae. 
15S9, p. 141. A Rome, 1515, amende de 
huit ducats. Archivio di Stato, Taxât 
Malificiorum, vol. I, p. 7. 



23o 



LA FEMME ITALIENNE. 



eno-ag^ement sous peine de bannissement et d'une amende'. Les maîtres pouvaient 
frapper leurs serviteurs mais sans les blesser =. 

Leurs costumes, dit Vecellio', se composent d'une robe de soie couleur fauve ou 
bise ou bien violette foncée, d'un mouchoir posé sur la tête, d'un voile sans aucun 
ornement jeté sur les épaules. Les servantes chargées de la cuisine, du gros service, 
recouvraient leur vêtement d'un grand tablier d'étoffe blanche ou violette, la robe de 
dessous étant de même couleur. 

Les lois punissaient sévèrement les détournements commis par les servantes'*. 
Rinuccini fait remarquer, en 1665', que jadis on avait généralement deux 
serviteurs dont l'un, avec le titre de dépensier, faisait les achats nécessaires à l'entre- 
tien du ménage et tenait les comptes, et l'autre s'occupait de l'intérieur de la maison, 
accompagnait sa maîtresse quand elle sortait et faisait les courses. Quand on possédait 
une voiture, il fallait, en outre, un cocher. Celui-ci et le dépensier recevaient dix livres 
par mois; l'autre serviteur, huit, et ils s'habillaient à leurs frais. Actuellement, dit 
Rinuccini, la coutume s'est introduite de leur mettre une livrée; les dames sortent 
accompagnées de deux serviteurs, les hommes d'un. On leur donne, outre l'habil- 
lement, un écu par mois. 

Quant aux servantes, elles étaient au nombre de trois, l'une faisait la cuisine, une 
autre, qu'on nommait « donna di mezzo », accompagnait sa maîtresse lorsqu'elle 
sortait, balayait les chambres et avait la charge de tout le service intérieur; au besoin, 
elle aidait la cuisinière à préparer le pain; ces deux servantes recevaient un demi écu 
ou quatre livres par mois. La troisième était d'un degré un peu supérieur et s'appelait 
« matrone » ; elle tenait compagnie à sa maîtresse au dehors soit dans sa voiture soit 
quand elle allait à pied; au dedans, elle cousait pour elle, l'habillait et la coiffait; 
toutefois certaines dames avaient à leur service une fillette pour les aider à leur 
toilette; on donnait à la matrone six ou sept lires par mois et à la fillette, après 
qu'elle avait servi quelques années, une dot de cent à cent cinquante écus^ 

« Maintenant, ajoute-t-il, les dames n'ont plus de matrones parce que 
lorsqu'elles vont en carrosse, elles préfèrent être seules, et lorsqu'elles sont à pied, 
elles se font suivre d'un domestique à leur livrée'. » 

En 1675, dans une addition à ses Mémoires Rinuccini dit que les femmes de 



1. — Statuta Maceratae, cart. l6. Lib. H, 
Rub. 24. 

2. — Statuia Civitatis Gallesii, 1576, 
fol. 41, Lib. ni, Rub. 17. 

Piero di Giovanni Capponi, citoyen flo- 
rentin, est condamné à quarante livres 
d'amende pouravoir donne trop de coups 
de bâton à Mona Certanza sa servante. 
Florence, Archivio di Stato, Principalo, 
Senienze degli Otto di Custodia di 
Balia, vol. 2710, p. Il, 7 juillet 1535. 

3. — Fol. 149. 

4. — Condamnation de servante qui 
avait vole. Elle est promenée sur un âne, 
avec une mitre sur la tête et fouettée. 
L'exécuteur reçoit dix-huit lires pour 



l'avoir fouettée. Florence, Arch. di 
Stiito. Refiublica. Otto di Guardia e 
di Balia. Vol. 162, p. 21. An. 1515. 
« Spectabiles ocio viri... actento qualitcr 
Dorotea serva uxor Johannis de Medio- 
lano plura et plura et mulia furta 
domestica patronis suis commisit... con- 
demnaverunt... ipsam Doroleam servant 
uxorem Johannis de Mediolano qualiter 
crus de mane hora justiiie consueta pir 
justitie ministriim diicaiur et duci 
debeat per loca publica et consueta ins- 
tiiie viarum maioriim civitatis Flo- 
rentie, dnm modo dicta Dorotea diicatur 
per Burgtim sancti Jacobi... super asino 
cum mitria iit capitc et fustigetur et 



fustigari debeat per dictum justitie 
ministrum. Insuper confinavi runt Do- 
rofeant ad standuni extra jurisdictionem 
comunis Florentie tota ipsius vita du- 
rante, pena conftnatioiiis in carceribus 
Stincharum tota ipsius vita durante. 
A Maestro Lorenzo di Fiandra Ministro 
délia Justifia lire J_S_ sono per avère 
scopato Dorotea di Giovanni da Milano. 
Ed altre operazioni giudiziarie. » 

5. — Considerazioni sopra l'usanze mu- 
iate nel passato sccolo... Ricordi Storici, 
p. 276. 

6. — C'est ce que confirme Gkazzini, 
Nouvelles, Deuxième Souper, 10° nouv. 

7. — Pour Gènes, Lalande, VUI, 175. 



LES NONNES. 23 r 



commerçants, afin de ne pas aller seules à la messe le dimanche, donnaient dix lires 
par mois à un boutiquier pour les accompagner, ce qui valait à ces valets dominicaux 
le surnom Je « Dominique ». 



= LES NONNES 

Les femmes qui voulaient se consacrer à la vie claustrale, devaient, en Italie, 
fournir une dot. C'était là d'ailleurs une obligation qu'imposaient la plupart des règles 
monastiques, depuis celle de saint Donat'. 

Saluzzo di Castellar versa trois cents florins pour chacune de ses filles quand il 
leur fit prendre le voile (1523)-; en outre, il leur donna : une tasse d'argent avec une 
cuillère, deux costumes de drap blanc et deux pièces d'étoffe de lin, deux plats, 
deux soupières d'étain, une salière, un chandelier, un bassin de cuivre, quatre 
chemises et quatre tabliers, une paire de pantoufles et une paire de bottines, un 
bréviaire et un livre d'Heures. Il dut s'engager à fournir, quand elles feraient 
profession, un manteau de drap noir, un vêtement blanc, deux tuniques, deux voiles, 
un scapulaire. Durant le temps qu'elles restaient novices, il était tenu de leur payer 
les bottines, les bas et les médicaments dont elles auraient besoin, plus une pension 
annuelle de vingt-cinq florins. Les nonnes fêtèrent selon la coutume la profession de 
ses filles par un banquet dont il fit les frais, ce qui lui coûta dix florins, sans compter 
un mouton et une charge de vin qu'il offrit en plus. La supérieure, la « sous- 
supérieure » et la maîtresse reçurent des confetti^. Michel-Ange rapporte que, 
lorsqu'il conduisit sa nièce au monastère de Boldrone pour qu'elle y demeurât 
jusqu'à son mariage, il donna comme trousseau, deux paires de draps, deux serviettes 
de six brasses, huit grandes serviettes et quatre torchons, comme il avait été stipulé; 
il dut encore donner une paire de bottines et une paire de chaussettes coûtant 
vingt-six soldi, une brasse de toile pour un tablier (dix-huit soldi), trois brasses de 
soie noire (huit soldi), deux brasses de ruban noir pour la ceinture (dix-huit soldi)... 
La pension fut fixée à dix-huit ducats par an payable par tiers'. 

La donation de la dot se faisait parfois devant notaire. Ainsi on lit dans un acte 
en date du 19 janvier 1554 : « En présence de moi notaire, la supérieure et les 
nonnes ayant été convoquées à son de cloche, devant la croix de fer dans 
l'église S. Ambrogio, comme c'est la coutume, elles promirent de recevoir dans le 
couvent et de traiter comme sœur et nonne donna Teresa. Son frère Lelio promit de 
son côté de remettre en dot cent cinquante écus'. » 

I. — s. Donali Vestoniiensis episcopi Libtr Poiitijictdis, Paris, lS86, vol. I, salberli AfeliadiissoPisano.dinsArcItw. 

Régula ad Virgines, dans L. Holstk- p. 290,510; vol. H, p. 6, 312, f.iitmention Slor. lialiano, sér. I, vol. VHI (1S50I, 

Nius, Régulas ss. Puirum Virginibus de couvents de rclifrieuses à des époques Appendice p. 26. 

Sauctimonialibus prœscriptas, Rome, antérieures à celles qu'indique Mu- .}. — Ricordi, pub. par G. Milanesi, 

1661, part, ni, p. 75. Donat fut èvêque ratori. Le Letiere di Michelangeto. riorcnce, 

de Besançon de 624 à 660. 2. — Giovanni Andréa Saluzzo di 1875, p. sgç, 60t. Cf. Cino Rinuccini, 

Sur la fondation des premiers couvents Castellar, dans Misallanea di Storia Ricordi Slorici, p. 273. 

italiens, voir Mukatoki, Antii/. ital., Italiuna, ser. I, vol. VHI, p. 492, 577. 5. — Archivio di Sictto, (Romct, Atti 

vol. V, Diss. LXVI,col.495. DUCHESNE, 3. — Cf. Ricordi di Baldiccione de Ca- Cur. Saccoccius, Prot. 1511, p. 20. 



232 



LA FEMME ITALIENNE. 



Même pour être admise dans un couvent de femmes pauvres, il fallait 
apporter six pièces d'étoffe, six mouchoirs, six coiffes, six foulards de tête, une 
robe neuve et une robe usée, une jupe neuve et une jupe usée, deux paires de 
manches', deux paires de chaussettes, deux paires de chaussures, trois paires de 
sandales, une chaise de paille, une paire de fourchettes, une « couronne » pour 
prier et un voile blanc pour communier'. 

Les jeunes filles difformes ou atteintes « d'imperfections notables », les filles 
de courtisanes et les filles illégitimes n'étaient pas admises à la vêture. Les règlements 
prévoient également les cas les plus exceptionnels ^ 

L'inclination des enfants était rarement consultée. Il en avait toujours été ainsi. 
Simone Bufferio déclare dans son testament, rédigé le 30 mars 1206, que sa volonté 
est que ses filles entrent au cloître; il leur assigne cinquante livres de dot. Ses 
douze fils devaient également se faire moines; mais, en ce qui les concerne, Bufferio 
les laisse libres de rester dans le siècle s'ils le préfèrent et, dans ce cas, il leur 
reconnaît une part dans son patrimoine''. 

« J'ai envoyé ma fille Caterina au monastère di Rifredo », écrit Castellar dans 
ses Mémoires, à la date du 14 octobre 1509'. « Elle a six ans. J'en ai fait cadeau 
à l'abbesse. » 

Les parents se débarrassaient ainsi de leurs filles, et quel que fût le montant de 
la dot, il en coûtait encore moins de les mettre au couvent que de les garder à la 
maison. Plus le luxe grandit avec l'inaptitude au travail qui est la conséquence du 
bien-être, plus cette coutume se généralisa. Le chevalier de Saint-Disdier écrit, au 
xvil^ siècle'' : « Il seroit difficile de trouver une religieuse qui n'avoue ingénuement 
dans le particulier qu'elle n'est entrée dans le cloître que par la déférence qu'elle a 
eue à la volonté absolue de ses parents, ou bien qu'y ayant été mise dès son enfance, 
on ne lui a plus laissé la liberté de choisir, de sorte que si on leur parle d'en sortir, 
elles répondent ordinairement « magari », c'est-à-dire fort volontiers si cela était 
possible. 

« Si on dit à ces religieuses qu'elles ont fait des vœux qui les obligent à une 
manière de vivre bien diff"érente de celle du monde, il s'en trouve qui répondent 



1. — On a vu que les manches étaient 
une partie distincte, et qui se vendait à 
part, de l'habillement féminin; les in- 
ventaires mentionnaient séparément les 
manches. 

2. — Constiiutioni délia Compagnia 
délie Vergini miserabili di S. Caterina 
délia Rosa di Soimi, Rome, 1655, p. 61. 
Les femmes qui entraient en relig-ion 
continuaient à avoir la jouissance et la 
disposition de leurs biens, la preuve en 
est qu'on pouvait, dans certains cas, 
leur interdire ce droit: 
Infrascriptiis, Ducalis secrriarius de 
manda'o Mag^'et firaeslanlissimi D. Jti- 
lii Tusiini Ducalis Senatoris et Com- 
missarii contulit se ad monasterium 
monialium S. Dominici de Observantia 
sH:im in civitaie Mediolani in Porta ti- 



cinensi, et vocaîa Reverendissima sorore 
Diia Hieronima de Capitaneis Priorissa 
dicti Monasierii eani rogavit,.^ nomiite 
dicti Commissarii et delegati per R. Se- 
natum ut ostendcrei sibi Bernardinam 
de Cutinis Jitiatn O. de Cuiinis, qitatn 
intellexerat a paucis diebits infra esse 
in dicto nionasterio, Ipsa R. Priorissa 
iitssit eain pitellafn stafini venirc, eiqtte 
l'isae in faciem de mandato... D. Com- 
missarii et Senatus praecepit ne dcve- 
niretadaliquoscoiitractussivedisiractus 
ipso Comtnissario et Senafo inconsultis. 
Consignavitque puellam ipsatn dictae 
R. Priorissae exoriaviique ipsam... ne 
permitteret illant puellam devenire ad 
aliquos coniractus nec disiractits... id 
fiititrum irriium et nuîîum. » Milan, 
A rchivio di Staio, Sefiaio, Sentenze civil i 



del 1532, 24 janvier. 

3. — Costituzioni e Régale daosservarsi 
dalle suore dello Conservaforio. .. ereito 
nella citià d'Albano, Velletri, 1746, 
p. 72. Cosiitiizioni délia Compagnia délie 
Vergini di s. Caterina..., p. 28; Cos- 
iitiizioni e Regole del Monastero di 
S. Paoîo di Milano formate da s. Carlo 
Borromeo, Milan, 1626, p. 123; D. As- 
CANius Tamburinus, monachus, Z)e /«re 
Abbatissaritm et Monialium, Lyon, 166S; 
Disputatio VL Quaesitum VU ; « An 
hermaphroditus.., » 

4. — Belgsano, Délia Vita privaia de' 
Genovesi, Gênes, 1875, p. 140. 

5. — Miscellanea di Star. Ital. , ser. I, 
vol. VUI, p. 492. 

6. — La Ville et la République de Ve- 
nise, La Haye, 1685, p. 318. 



coiiirRrs 1)1 / I lis Dr .vr- s/ecu:. 




BoKGO;:ONIi. 



l'OKTKAITS DE FA.Ml l.l.l-, l I- U.U..Ml-.> 1 > IIK LA IIA.\Mi-.k|.. IIK i v i 1 1 u, . i. 

Londres. Natioiiul Gallon'. 



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l'A"' l'.M' 



LKS .\ON\ES. 



233 



qu'elles ne savent ce que c'est que des vœux et demandent si, dans le temps qu'on 
leur en a arraché de la bouche, leur cœur étoit capable d'en former de vcritables. 
Une personne prétendoit, un jour, à persuader une religieuse qu'en vertu de l'habit 
qu'elle portoit, elle étoit obligé à un genre de vie entièrement opposé à celui qu'elle 
suivoit : « Bon, dit-elle, je mets un habit de cette sorte ici parce que mes parents ne 
m'en donnent point d'autres, si j'en pouvois avoir du monde, j'en porterois tout de 
même que je porte celui-ci. * 

Le Père Labat, parlant des jeunes filles, dit de même : <k La plupart qui ont de 
la naissance et du bien sont élevées dans les couvents, on les y met de bonne heure 
et elles n'en sortent que pour être mariées. Beaucoup s'y fixent pour toute leur vie en 
prenant le voile. La dévotion qu'elles y ont succées les y porte. Souvent la raison fait 
ce que la dévotion n'a pu faire, c'est-à-dire que quand leur famille ne se trouve pas en 
état de les pourvoir comme elles devraient l'être, elles se donnent à Dieu ne pouvant 
se donner à d'autre. Car on ignore en ce païs là le milieu si fort en usage dans les 
autres païs de demeurer fille en attendant que le hazard fasse changer d'état. Cela est 
un peu trop scabreux et la garde de pareils oiseaux est un poids trop pesant pour une 
famille'. » 

Un auteur que l'on ne peut assurément soupçonner d'animosité envers l'Eglise, 
Ferrini, blâme, dans son ouvrage de la Lime universelle", cette coutume « qui 
plonge dans une vie d'amertume les filles et les amène à avoir en abomination leur 
père et leur mère pour les y avoir vouées »'. 

Il est certain qu'il y avait d'autre part nombre de vocations sincères; les règles 
monastiques défendaient de forcer les volontés -t, et le voyageur BarettyS qui visita 
l'Italie au xvill'' siècle, assure que de son temps on n'obligeait plus les jeunes filles à 
entrer au couvent ; cependant il cite le cas d'une enfant qui se pendit devant ses 
parents plutôt que.de prendre le voile. 

Les vêtures imposées ou prématurées étaient une des causes de la démorali- 
sation qui régnait dans la plupart des couvents d'Italie et Boccace disait avec raison 
qu'elles n'amenaient sans doute pas une âme à Dieu, mais grossissaient à coup sûr 
les milices de Vénus^. 

Cette démoralisation avait aussi d'autres causes. Bien des femmes cherchaient 



i . — Voyage en Espagne el en Italie. . . 
(1705), III. 288. 

2. — V. FEttmai, Délia Lima uiiiver.iale 
de Vitii, Venise, 1612, p. 1S6. 

3. — Cf. Lamentation d'une femme de- 
venue nonne par force. Bibl. nationale, 
Ms. ital., 650, fol. 249. 

4. — Elles sont formelles sur ce point 
et menacent d'excommunication celui 
qui aurait obtenu une prise de voile par 
la violence, mais elles permettent aux 
filles d'entrer au couvent dés l'âge de 
douze ans, mûme si les parents s'y oppo- 
sent. Tamburinus, 0/1. cit., Disputatio I, 
Quajsitum I\' : n Cogentes pucllaces ad 
ingressum Monacsterii. » p. 4. 

Lettre adressée à une abhesse ordonnant 



de laisser une jeune fille libre de de- 
meurer au couvent ou de s'en aller avec 
son père (1513) : 

Naples. Arch. di Staio. Collai. Partium. 
Vol. 10, fol. 157. An. 1513. 
i A bbatissac Sanctae Marine délie Moini 
che di Capua. 

Lo spettabilc conte di Noya ne ha fallu 
inte>tdere che in li di passait pcr lui e 
Marc, Antonio Gargano fil reconiendata 
in guesto Monasteri Jsabi'lla Gargana 
Jîglia del prcfato M. Antonio che la de- 
vessivo tenire ad loro instancia, al pré- 
sente dice che el decto Antonio cerca di 
cacciarlo dal deito monasterio contro la 
sua volontà supplicatione non vogliomo 
hermtlterlo. Verfiveesoriiamoche sedictu 



Isabella di sua sponlanea volonlà vorrà 
uscire de dette Monasterio et siquire il 
detto suo padre che la lassale andare ad 
suo piacere, quando non volesse uscirr 
lion la fonerete ad uscirr. 
Dat. Xtupoli iS Sctobris i;i2. 
Donbernat de Vilamari. Locumtenens 
Gencralis. > 

5. — Les Italiens ou Mœurs et coutumes 
d'Italie. Uad. pai Freville,, Paris. 1773, 
p. 217. Cf. Ade.MOLLO. // Mairimonio di 
suor Maria Pulcheria, Rome, 1883, 

P- ï/5- 

6. — De Claris mulieribus .■ Vie Je 
Rhea Silvia. vestale. 

.MOLMKNTI. La Vita privnta, cbap. VII, 
/ Monasterii. l.. Frati, La Vita privât». 



jo 



234 



LA FEMME ITALIENNE. 



simplement un abri dans les couvents, témoin cette courtisane, enfermée pour dettes, 
que son amant tira de prison en satisfaisant ses créanciers, et qui, redoutant d'autres 
aventures, entra dans un couvent où elle continua, au reste, sa vie passée'. Dange- 
reux et trop fréquent exemple. 



= RELATIONS AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR — LES PARLOIRS 

Toutefois, ce qui nuisait le plus à la régularité et à la pureté de la vie conven- 
tuelle, c'était le défaut de clôture'. Les avertissements et les prohibitions ne man- 
quaient pas cependant. 

Saint Gérôme avait dit que la voix de l'homme est, aux femmes vouées à Dieu, 
un trait du diable^. Un prédicateur du xvr siècle, qui, pour se conformer au goût de 
son temps, avait dressé une carte où les périls dont les nonnes sont entourées 
étaient représentés par des montagnes, donnait le plus de hauteur à celle du 
toucher, car, dit-il, elle est cause de chutes sans nombre; quant à la montagne 
de l'odorat, il la faisait aussi fort escarpée : « car les parfums sont des ferments 
de lascivité'*. » 

Les rigueurs de certaines règles furent, surtout après le concile de Trente, 
excessives sur ce chapitre, au point d'ordonner, par exemple, aux nonnes de ne 
parler que la tête couverte d'un voile et séparées du public par une grille qu'elles 
ne devaient pas même touchera Une sœur était réputée avoir violé ses vœux si elle 
était montée, par manière de jeu, sur un arbre dominant la voie publique, si, en se 
balançant, elle avait pu passer une partie de son corps au-dessus du mur d'enceinte, 
si elle avait accompagné quelqu'un jusqu'au seuil du couvent, si, « par curiosité ou 
par urbanité >>, elle était entrée dans un autre couvent, fût-il tout voisin**. 

Il fallait, même aux femmes, une autorisation du pouvoir spirituel pour avoir 
accès dans les couvents. 

A vrai dire cette faculté leur était facilement accordée. La princesse Giulia 



I- — Rome, Archi'v. di Siato, Investi- 
gaiiones, vol. XXXV, p. 67,4 août 1551. 
Parfois il arrivait, comme ce fut le cas 
à Florence, en 1515, qu'une femme de 
mauvaise vie entreposait dans un cou- 
vent une fille qu'elle destinait à la même 
profession. Florence, Archivio di Siato, 
Republica, Otto di guardia e di Balia, 
vol. 164, fol. 3, 5 janvier 1515 : . Spec- 
iabites domini octn viri... Attenta qua- 
liter Diia Lotira de Ferraria meretrix 
jam phires menses abdtixit de Ferraria 
ad urbem Flori-niie guandam pitiilam 
parvulam aetatis annorum decem vel 
circa et illam deposuit pênes moniiste- 
rium converlitanim Urbis... animo rcci- 
piendi et rehabendi in tnnpore puellam 
predictam... donec dictum puellam iam 
maluram a merelricio subiceret... Au- 
dita dicta domina I.aiira delibera-.ertivi 



eiconrlamnaverunt... i> 
Dnam Lauram- de Ferraria in forenis 
quinqiie auri in auro danies et solvcntes 
eortiin officio. Insuper obligavemnt 
D. Lauram in Jlorenis quatuor dandos 
et solvendos (pour la nourriture et l'ha- 
billement de l'enfant) dicio Monaslerlo 
et monialibus Convertiiarmn. 

2. — GlO. Battista Roberti, RaccoHii 
di opérette, Bolog:ne, 17S5, vol. IV, n. 4, 
p. 1-XIV. 

3. — Epistole di s. Girolamo, Venise. 
1562, p. 360, 369, cap. XX. 

4. — Prediche di varii soggetti spiri- 
iuali faiti aile sacre vergini nel Monas- 
terio di S. Cosimo et Dutniano in Brescia 
dal sîio confessore, D. Hilarion'-, Bres- 
cia, 1565, p. IIQ. Délia perfelia Virgi- 
nità. 

5. — Cosiituzioni e. Regole .. formate 



da s. Carlo Borromeo, Milan, 1626, 
p. 109. Cosittuzioni di s. Francesco di 
Sales, Naples, 1697, p. 80. Les conciles du 
XIV et du XV' siècles avaient pris de 
nombreuses décisions touchant la clô- 
ture : Synodus Bajocensis, 1300, cap. XCII ; 
Liicana Synodus, 1308, cap. LXXI, LXXIII ; 
Statutum Coloniense, 1310; Concilium 
Afoguntinum, 1310,... dans Mansi, Sacr. 
Conciliorutn... Collectio, Venise, 1782, 
vol. XXV. 

6. — L. HoLSTENius, Régulas ss. Pa- 
trum Virginibus Sanctinwnialibus prces- 
criptas et as. Benedicto Anianensi abbate 
collectas et suppletnento auctas, Rome, 
1661. F. L. Ferraris, Bihl. caiwnica, 
Rome, 1889, vol. V, p. 578 et suiv. Cf. 
Bulle CLIV de Pie V : . Decori et ho- 
nestate, » du 24 juin 1570 et Bullarium 
Ord. Prédicat. Rome. 1740, VIII, 412. 



RELATIONS AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR - LES PARLOIRS 



a35 



Orsini, par exemple, obtint ce privilège par un bref daté du 17 novembre 1535', elle 
avait le droit de visiter les couvents napolitains, d'y prendre ses repas avec les 
nonnes et de se faire accompagner, du moins dans celui de S. Martino, par " une 
honnête suite d'hommes ». La seule restriction consistait à interdire qu'on passât la 
nuit dans la clôture. Marie d'Aragon avait permission de visiter les monastères aussi 
bien que les couvents'. C'était pour beaucoup de grandes dames une distraction que 
de visiter les couvents. La princesse de Stigliano et sa nièce Anna Caraffa ayant 
reçu du pape l'autorisation de visiter celui de donna Regina, elles y firent porter 
pour le repas qu'elles comptaient y prendre avec les sœurs, trois sangliers, quinze 
chevreuils, douze coqs d'Inde, autant de chapons et des provisions de toute sortes 
Les hommes avaient eux aussi assez facilement accès dans la plupart des 
couvents et conversaient librement avec les sœurs. 

Pietro Casola, ce prêtre milanais qui, se rendant à Jérusalem, visita Venise 
en 1494, rapporte que les nonnes s'y laissent voir volontiers, et il note comme 
une particularité que le couvent Délie Vergini est fermé aux hommes^ Durant 
l'année 1509, une troupe de jeunes gens se rendait régulièrement chaque soir 
dans un des couvents de la ville avec des musiciens pour y danser en compagnie 
des nonnes au son des fifres et des trompes'. 

Les nonnes étaient en commerce quotidien avec le dehors. '< Croyez-moi, » 
écrivait en 1565 l'évêque de Vérone, Novagero, commentant la règle de son prédé- 
cesseur Giberti, « les couvents seraient en meilleure situation si les nonnes ne s'y 
livraient pas à tant de commérages ; on perd la tête lorsqu'on les voit sortir dans le 
monde pompeusement habillées et parler de leurs enfants, de leurs nourrices, de 
leurs cuisinières et de bien d'autres choses encore**. >/ 

Le chevalier de Saint-Disdier décrit ainsi les parloirs des couvents vénitiens" : 
« Rien n'est plus "fréquenté que les parloirs des religieuses, et, quelque rigoureux 
que puissent être les magistrats sur les monastères, les nobles qui y ont des habi- 
tudes y rendent de fréquentes visites, et, comme il n'y a point de religieuse bien 
faite qui ne soit courtisée par plus d'un cavalier, toute la vigilance des supérieurs ne 
sert qu'à faire trouver à ces filles plus d'expédients pour voir leurs amants. Pendant 
le carnaval, les parloirs sont le rendez-vous des masques; plus ils sont bouffons et 



I. — Archiv. seg. Vat., Minute Brevi, 
Armadio 41, vol. LUI, n° 131. Rome, 
17 novembre 1535 : 

■i Nobili mulieri Julie de Ursinis princi- 
pisseBisignani... licentia ingredi et cum 
monialibus spirituali et corporali ciho 
reflet. .. cunt sex aitt octo honestis mulie- 
ribits per te eligendis, Mona!>ieria ilo- 
nialium Jesu et S. Sebastiani Neapolis, 
S. Ctarae sui alierius ordinis quater in 
anno... Nec non scmel taiiium etiam 
Afonasterium S. Martini cariitsiensium 
propre et extramuros Neapotitane. . .Cum 
honesta virorum comitiva ingredi et 
licite possis et valeas, etc. ■ 

c HiERONIMUS CAKDINALIS GLORIEBIUS. • 

Autre autorisation : 



Ibid., n» 13a. Rome, 16 décembre 1535 : 
« Licentia dilec. tn Christo filiabus Jus- 
tinae Sfortiae de Bentivolis de Eugubio 
ac Baptistae ejus natae, nec non Fran- 
ciscae ex Marchionibus Moniis s. Mariae, 
et Elisabeth Uttonae de Bentivolis de 
Eugubio nostris secundum carnem affi- 
nibus.., Monasteria monialium quo- 
fumvis etiam S. Ctarae et Jnclusarum 
ordinum, ubicumque consistentium, cum 
sex aliis hunestis inulieribus pro quam- 
libet vestrum eligendis, sexies in anno... 
ingredi et cum eisdem monialibus col- 
loqui, conversari ac animi et cvrporis 
cibi rejici, dummodo inibi non ptrnoc- 
tetis, libère et licite possitis... » 
2. — Jbid., u' 133. 



3. — Cantu, IX, 333. 

4- — P- Casola, // Viaggioa Gerusa- 

lemme. Milan, 1855, p. lo. 

5. — MOL.MENTi, La Sloria di Veneeia, 
Turin, 1880, cap. vu, p. 416. 

6. — Décréta del S. Concilia tridcnlino 
sopra la Riforma délie Monache n«lla 
città e diocesi di Verona, Vérone, 1565, 
fol. 74. Cf. Praxis Sérum noiabilium 
Jo. Baptisiœ Ventriglia, Naples, 1649. 
p. 75; De Clausura Monalium, et Gio. 
Batta. Rodekti, Saccolta di operett». 
Bologne, 1785, vol. IV, n° 4, p. i-xjv 

« Il parlatorio rende la monoca torbida. 
ricercalrice di noveitle... • 
7 — La Ville et la Sépubligue U* Ve- 
nise, p. 311. 



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LA FEMME ITALIENNE. 



ridicules, et mieux ils y seront reçus. Les jeunes gentils hommes font des parties 
pour se déguiser le plus extravagamment qu'ils peuvent et vont de couvent en 
couvent divertir les religieuses par mille contes plaisants. Il y a des monastères où, 
les derniers jours du carnaval, on voit à la grille des religieuses déguisées en femmes 
du monde. J'en ai même vu de vêtues en homme avec un bouquet de plumes au 
chapeau. » Dans le prologue de la Cène, Grazzini {Il Lasca), dit : « Il n'est même pas 
défendu aux nonnes de participer à ces fêtes (du carnaval) ; elles peuvent ces jours-là 
se vêtir en homme, avec le béret de velours sur la tête, les chausses aux jambes et 
l'épée au côté". » Misson, qui voyagea en Italie en 1688, écrit : '< Il y en a plusieurs 
qui ont leurs galants qui les voient tous les jours à la grille, et généralement elles 
ont la liberté de recevoir les visites des étrangers \ » Les nonnes jouaient au jeu des 
boules de neige et souvent dans la même fin que les dames siennoises^ 

Les choses durèrent ainsi jusqu'au xviii" siècle. Un chroniqueur-* rapporte 
que, le 18 octobre 172g, le duc Conti de Guadagnolo alla, au matin, avec la 
duchesse Ruspoli sa femme et d'autres dames, dîner et passer tout le jour dans le 
couvent SS. Domenico e Sisto, où ils avaient une parente. Le pape en avait donné 
l'autorisation. 

Le costume des religieuses n'était pas pour diminuer leurs attraits; elles ne 
portaient, du moins dans tout le pays vénitien, ni voile ni bandeau, mais une petite 
gui