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Full text of "L'affaire Dreyfus : Criminelle machination politique, religieuse, sociale et administrative"

LAffaire Dreyfus 



Criminelle machination 

politique, religieuse, sociale 
et administrative 



PAR 



B. NOURISSON 

(ancien conducteur des ponts et chaussées, révoqué sous 

méline) 



LAUSANNE 

IMPRIMERIE FRITZ RUEDI 
1909 



Dépôt légal effectué. 
Tous droits de reproductions et de traductions réservés pour tous pays. 



L'AFFAIRE DREYFUS 



ERRATA 



Page 8, ligne 1, lire: commise à Paris, au lieu de commises à 
Paris. 

Page 19, ligne 6, lire : néanmoins au lieu de maintenant. 

Page 22, ligne 26, lire : Révolution Française, au lieu de Révolu- 
tion française. 

Page 23, ligne 13, lire : Dogmes religieux au lieu de dogmes reli- 
gieux. 

Page 27, ligne 21, lire : saurait au lieu de serait. 

Page 36, ligne 8, lire : leurs dossiers au lieu de leur dossier. 
» ligne 23, lire : toute communication au lieu de toutes 
comm unica tions. 

Page 41, ligne 12, lire : 19 septembre 1906, au lieu de 17 septem- 
bre 1906. 

Page 42, ligne 11, lire: Vérité au lieu de vérité. 

Page 54, ligne 7, lire : en septembre et octobre ? ? au lieu de fin 
septembre ?? 

Page 56, ligne 29, lire : (29 décembre 1897), au lieu de (30 décem- 
bre 1897). 

Page 66, ligne 8, lire : pétitions, au lieu de expéditions. 

Page 70, ligne 14, lire : affaire là au lieu de affaire-là. 

Page 81, ligne 13, lire : 41 km. et 41 k. 400, au lieu de 4 km. et 
4 k. 400. 

Page 83, ligne 27, supprimer: et de son tâcheron Etaix. 

Page 116, ligne 3, lire : pénitent au lieu de pénitant 

Page 119, ligne 7, lire : auvergnat au lieu de Auvergnat. 

Page 132, ligne 20, lire : clermontois au lieu de Cfermontois. 

Page 170, ligne 17, lire : Vévèque au lieu de Pêvêque. 

Page 178, ligne 6, lire : l'épiscopat français se réunit au lieu de 
se réunissait. 

Page 182, ligne 6, lire: en 1894-95, au lieu de en 1894. 

Page 183, ligne 1, lire : mourut au lieu de mourait. 

Page 188, ligne 16, lire : demanda au lieu de demandait. 

Page 192, ligne 8, lire : mourut au lieu de mourait 



LAffaire Dreyfus 



Criminelle machination 

politique, religieuse, sociale 
et administrative 



PAR 



B. NOURISSON 

(ANCIEN conducteur des ponts et chaussées, révoqué sous 

MÉLINE) 



LAUSANNE 

IMPRIMERIE FRITZ RUEDI 

1909 



PRÉFACE 



J'ai écrit ce livre principalement pour le ci- 
toyen français ou étranger qui, tourmenté d'un peu 
plus de vérité et de lumière dans l'Affaire Dreyfus, 
voudra se documenter sur des points importants qui 
sont restés jusqu'à ce jour complètement ignorés du 
public. 

Je l'ai écrit encore pour le sociologue qui y trou- 
vera la trame du plus monstrueux crime contemporain 
qui ait été prémédité et en partie réalisé contre la Dé- 
mocratie laborieuse en marche vers le progrès social, 
car l'histoire de l'Affaire Dreyfus telle que l'ont écrite 
au jour le jour ou autrement quelques journalistes et 
écrivains français, M. J. Reinach notamment, n'est pas 
la vraie et complète histoire de c^tte Affaire. 

La prétendue erreur judico-militaire, telle qu'elle a 
été officiellement tambourinée par la presse à grands 
tirages et par les Pouvoirs Publics, n'est pas une er- 
reur, mais bien une criminelle machination ; et nos di- 
rigeants, journalistes, législateurs et ministres, se trom- 
pent ou mentent, mentent plutôt qu'ils ne se trompent, 
quand ils la baptisent ainsi. 

Je confesse ici ma parfaite naïveté pour avoir 
ajouté trop de confiance en eux en général et à la 
franc-maçonnerie en particulier, dans l'amour que je 



— 4 — , 

leur croyais avoir pour la poursuite et la manifestation 
intégrale de la Vérité sur cet événement historique ; je 
parle des républicains se disant sincèrement laïques et 
démocrates, car les autres étaient et sont toujours dans 
leur rôle habituel de comploteurs de coups d'Etat, de 
fauteurs de guerres civiles, religieuses et étrangères. 
C'est pénible à avouer, mais j'ai la conviction grande 
que l'Histoire internationale le dira bientôt avec moi, 
si ce n'est déjà fait, et m'en saura gré. Ce sera un peu 
de récompense pour moi qui ai tout perdu dans cette 
sinistre aventure : mon repos, mes faibles ressources, 
ma modeste situation de conducteur des ponts et chaus- 
sées, mon avenir et le meilleur de ma vie de 30 à 50 
ans, sans compter ce que me réserve l'avenir ! 

J'ai dévoilé cette criminelle machination politico- 
sociale pour la première fois à Clermont-Ferrand, en 
1894-95, ainsi que je l'expose dans le présent ouvrage ; 
et, comme à l'âne de la fable^ on me l'a fait payer cher ! 

J'ai indiqué à cette époque, contre cette souter- 
raine mine dirigée contre la Démocratie républicaine et 
laïque, le plan d'une contre-mine comprenant l'inter- 
vention révolutionnaire d'Emile Zola, que l'on a as- 
sassiné dans les circonstances et pour les raisons que 
je fais connaître plus loin. 

Ayant fait cela et bien d'autres choses encore et 
m'étant absolument dévoué pour cette œuvre de Jus- 
tice et de Vérité, dans l'unique intérêt de la paix de 
l'Europe et la sauvegarde de la République, pouvais-je 
ne point parler parce qu'il a plu aux personnages que 
je viens de stigmatiser de se taire ? 

Je ne l'ai pas cru. 

Dans tous les cas, je veux que l'on sache bien que 
je me désolidarise complètement avec eux : qu'ils me 
traitent de Prussien et d'antipatriote si cela sert leurs 



nouvelles et toujours malhonnêtes intrigues, je m'y 
attends. 

Et si je me trompe ou m'exprime mal quelque part, 
je ne demande qu'à confesser mon erreur, du sommet 
de la Tour Eiffel si on le désire, à la condition que 
les criminels et les faussaires en fassent autant de tous 
leurs forfaits, ce qui sera long, difficile et infiniment 
plus pénible pour eux que pour moi : j'en ai la cer- 
titude. 

J'ai honte pour nos gouvernants et nos hommes 
d'Etat se disant républicains, qui n'ont pas fait toute 
la lumière, non pas pour n'avoir pas su trouver la 
voie à suivre, mais pour n'avoir pas voulu s'y enga- 
ger, car ils ont parfaitement su escamoter la Vérité en 
l'entourant d'un « cercle légal », accompagné de toutes 
sortes d'amnisties plus scélérates les unes que les au- 
tres ! 

Ils n'ont pas voulu avouer la grande part de com- 
plicité de l'Armée dans ce complot de coup d'Etat et 
de guerre étrangère, afin de ne point se trouver dans 
l'obligation den châtier les principaux coupables. 

Ils n'ont pas voulu avouer que l'Affaire Dreyfus 
est tout particulièrement greffée sur mes affaires admi- 
nistratives et ma révocation de conducteur des ponts 
et chaussées, pour ne point en faire connaître les mo- 
tifs, les complicités, et, conséquemment, me rendre jus- 
tice. 

L'Homme au Panama étant à l'Elysée et le général 
André étant à la Guerre, ils n'ont pas voulu laisser 
connaître les relations existant entre le panamisme ha- 
bituel de nos administrations et l'Affaire Dreyfus, afin 
de n'être point obligés d'introduire un peu de mora- 
lité et de propreté dans nos travaux et dépenses publi- 
ques. Tout le monde connaît les scandaleuses malver- 
sations de la Marine et de l'Armée, mais ce que l'on ne 



— 6 — 

sait pas suffisamment, c'est que les ponts et chaussées 
et la vicinalité n'en valent pas mieux ! 

Ils n'ont pas voulu avouer la part de complicité 
de l'Eglise (celle de la croisade moderne clermontoise 
en 1895) et ont menti sur les véritables causes de la 
Séparation, afin d'en escamoter les conséquences poli- 
tiques et sociales. Il en est de même de la haute finance 
dont ils n'ont pas voulu démasquer le rôle et la com- 
plicité dans la préparation du coup d'Etat et de la 
guerre, afin de ne point attirer sur elle les justes re- 
présailles de la Démocratie en colère. 

Le Peuple français, sachant suffisamment tout cela, 
a laissé faire sans broncher, alors qu'il a fait révolu- 
tions sur révolutions, alors qu'il s'est battu et a vaincu 
pour la Liberté sur les champs de batailles ! 

Franchement, nous sommes des dégénérés indignes 
de nos ancêtres ! 

Nous relèverons-nous ? 

Peut-être : par la Libre Pensée et la morale scien- 
tifique, naturelle et évolutionniste. C'est ce qui nous 
retiendra sur la pente du précipice, et la France des 
Droits de l'Homme et du Citoyen pourra de nouveau, 
sans faiblesse et sans forfanterie, tendre sa fraternelle 
main aux autres Nations éprises comme elle de pro- 
grès social et de liberté ! 

Juillet 1909. 



NOTA. — Je n'ai jamais cru à la sincérité du gé- 
néral André dans le rôle qu'il a joué au sujet de la 
revision du procès de Rennes ; son principal objectif 
a été, à mes yeux, de cacher la grande part de com- 
plicité de l'Armée d'abord, dans le complot du coup 
d'Etat, mais aussi et surtout, celle de ses « chers ca- 
marades» polytechniciens civils et militaires. Je suis 
porté à croire qu'il a été fait Ministre de la Guerre des 
cabinets Waldeck-Rousseau et Combes pour cette uni- 
que raison, et on me comprendra facilement quand on 
aura lu les graves déclarations que je rapporte plus 
loin de l'ingénieur polytechnicien Boutteville, mon an- 
cien chef. On se rendra compte en même temps com- 
ment et pourquoi mes affaires administratives sont si 
étroitement mêlées à l'Affaire Dreyfus. 

N'a-t-il pas écrit, ce général, dans le journal le 
« Matin » , du 20 août 1906, alors que j'étais à Lau- 
sanne depuis peu, qu'il avait été « heureux que la tâche 
de faire la revision du procès de Rennes lui ait 
été dévolue au lieu et place d'un Ministre civil de 
la Guerre » ? Je le crois sans peine et je me demande 
pourquoi, dans le n° du 17 août précédent du même 
journal, désire-t-il ardemment le portefeuille de la 
Guerre pour M. Clemenceau ? Le savait-il compromis 
du côté polytechnicien et à mon endroit ? C'est bien 
possible, et je pense que si M. Bacconnet, notaire à 
Giat (Puy-de-Dôme), voulait faire sa confession, il 
pourrait peut-être répondre à cette question ; car c'est 
lui seul qui me servit d'intermédiaire en 1894-95, 
à Clermont-Ferrand, au sujet de l'Affaire Dreyfus. (1) 



1) Le présent ouvrage et sa préface étaient écrits avant la chute du 
cabinet Clemenceau, survenue le 20 juillet 1909. 



CHAPITRE PREMIER 



in 



La tentative d'assassinat commises à Paris, le 4 
juin 1908, sur la personne du commandant Alfred 
Dreyfus par un journaliste clérico-militariste de mar- 
que, Louis- Anselme Gregori, à la fin de la cérémo- 
nie de translation des cendres d'Emile Zola au Pan- 
théon, m'incite à donner dès maintenant la publicité à 
un certain nombre de documents et renseignements re- 
latant, dans une certaine mesure, le rôle que j'ai joué, 
à la fois volontairement et involontairement, dans l'Af- 
faire Dreyfus. 

J'ai assisté, navré et impuissant, à un trop grand 
nombre de catastrophes, de morts promptes ou assas- 
sinats de personnalités compromises ou que je pressens 
être compromises, tant dans mes affaires politico-ad- 
ministratives que dans celles de Dreyfus, ce qui est 
tout un, pour que je puisse garder le silence plus 
longtemps. 

Trop de fois, je me suis adressé en vain aux Pou- 
voirs Publics, pour qu'il me soit possible de douter de 
leur parfaite mauvaise volonté à l'endroit de la mani- 
festation au grand jour de la Vérité intégrale dans 
V Affaire Dreyfus. 



(1) Ce chapitre aurait dû être livré à la publicité depuis un an envi- 
ron, des considérations qui ne peuvent trouver place ici m'en ont env 
péché. 



— 9 — 

Un trop grand nombre de nos hommes politiques 
et de nos hauts fonctionnaires civils et militaires ap- 
partenant à toutes les nuances de l'opinion, depuis le 
réactionnaire le plus féroce jusqu'au socialiste révolu- 
tionnaire, sont malheureusement trop compromis et re- 
doutent comme la peste les conséquences politiques et 
sociales de la manifestation entière de toute la Vérité 
dans l'Affaire Dreyfus, pour qu'il soit permis d'atten- 
dre quelque effort, quelque chose de bon de leur part. (1) 

La franc-maçonnerie elle-même, qui affiche pourtant 
un certain civisme républicain en même temps que la pra- 
tique de la tolérance philosophique, et à qui j'avais tout 
particulièrement recommandé de s'adresser en 1895 pour 
démasquer les criminels du complot de coup d'Etat et 
de guerre étrangère, me laisse la pénible impression 
d'une organisation pratiquant admirablement, depuis 
plusieurs années, la tolérance du mensonge et de l'é- 
teignoir ; elle est paralysée, sans nul doute, par les 
compromissions d'un grand nombre de ses « manitous » 
qu'elle ne saurait sacrifier. Tout comme l'Eglise en sa 
Jeanne d'Arc, elle s'embourbe profondément à son 
tour avec M. Clemenceau, dans je ne sais quel milita- 
risme don-quichottisme qui n'a rien de commun avec les 
nécessités de la défense nationale ; si j'avais conservé 
quelque croyance au grand pourvoyeur de l'infernale 
chaudière des anciens et des modernes, je m'écrirais 
volontiers : que le diable l'emporte ! 

Je m'adresse donc au grand public aujourd'hui, 
principalement aux pacifistes intelligents et honnêtes de 
tous les pays, amis de la paix internationale et d'un 
peu plus de vérité sur ce sombre drame qui a déjà eu 
tant de répercussion sur nos affaires privées et publi- 



(1) A moins que la reprise amicale récemment décidée des relations 
maçonniques franco-allemandes modifie suffisamment la situation ? 



— 10- 
ques, et dont le contre-coup s'est fait sentir au-delà de 
nos frontières. 

Je préviens le lecteur que je me trouve dans l'o- 
bligation de parler beaucoup de mes affaires adminis- 
tratives qui, à ma connaissance, sont intimement liées 
à l'Affaire Dreyfus depuis sa toute première origine, 
si étourdissant que cela puisse paraître; et j'ajoute que 
la publication du présent ouvrage est considérée par 
moi comme une obligation morale d'un ordre supé- 
rieur, en même temps qu'une œuvre de vérité et de 
haute sincérité. 

Je me sépare complètement de tous les partisans de 
l'éteignoir quel qu'il soit, politique, religieux, patrioti- 
que ou non : la Vérité avant tout, qui du reste ne sau- 
rait être funeste ni à la France ni à la vraie Républi- 
que laïque et démocratique, ainsi qu'à son rôle social 
et civilisateur dans le Monde. 

Je me sépare de même de tout le personnel des 
deux administrations de la vicinalité et des ponts et 
chaussées auxquelles j'ai appartenu, en raison des gra- 
ves relations se rattachant à mes affaires politico-admi- 
nistratives et à la criminelle machination de l'Affaire 
Dreyfus. 

Je me sépare enfin et pour les mêmes raisons des 
quelques personnalités clermontoises et des environs 
avec lesquelles je me suis trouvé en relations en 1894- 
1895 et dont je parle plus loin. 

Enfin, je dois ajouter qu'il est une autre considéra- 
tion que celle de l'attentat commis sur la personne du 
commandant Alfred Dreyfus, qui m'invite à porter à 
la connaissance du public certaines choses touchant à 
la conduite de M. Clemenceau, chef responsable de 
notre Gouvernement actuel. 

En effet, dans un discours superbe comme il en a 
le secret, inspiré à la fois du plus beau en même temps 



— 11 — 

que du plus pur hellénisme, cet homme politique nous 
a entretenus du « miracle grec » à Amiens, vers la fin 
de 1907. Je demande la permission ici de lui dire, 
avec infiniment moins de talent que lui, mais au- 
tant de raison, je crois, quelques mots à mon tour du 
« miracle républicain » ; miracle accompli ou plutôt qui 
aurait dû s'accomplir entièrement par la connaissance 
complète de l'Affaire Dreyfus, si l'avachissement du 
Parlement et la vénalité de la presse des tripatouilleurs 
d'affaires, grands corrupteurs de la moralité et de la 
saine raison publique, ne s'étaient pas mis en travers. 

Car M. Clemenceau ne se souvient pas assez, à 
mon avis, de cette Affaire Dreyfus, de ses tenants et 
aboutissants et de ses conséquences sur notre politique, 
surtout depuis qu'il est premier Ministre. 

Il ne se rappelle plus, dirait-on, des relations, pas 
très lointaines pourtant et au château de pont-char- 
train, chez Dreyfus-Gonzulès, de cette paire d'amis qui 
travaillaient d'un commun accord, paraît-il, (l'amnis- 
tie scélérate notamment nous a édifiés sur ce point) au 
triomphe intégral de la Justice, de la Vérité et de la 
République laïque. J'ai nommé, d'une part : M. Wal- 
deck-Rousseau qui devait finalement s'éteindre dans les 
bras de l'Eglise, et de l'autre, cet « homme de Dieu » 
selon la propre expression de M. Clemenceau, avanta- 
geusement connu du public sous le vocable de R.P. 
du Lac. 

Et qu'a donc dit notre premier Ministre, à Amiens ? 

Ceci : 

Une nation, quelle qu'elle soit et quelle que soit la 
puissance d'expansion dans le monde de son génie, 
dans les arts et dans les sciences, ne doit jamais dé- 
tourner son clair regard de la Minerve casquée et cui- 
rassée. C'est pour avoir oublié cette vérité primordiale, 
affirme-Wl, que la Grèce antique ne se trouva un beau 



— 12 — 

jour plus maîtresse de ses destinées, parce que la force 
brutale de ses voisins qu'elle n'avait ni su ni pu re- 
pousser lui fit perdre son indépendance et éteignit con- 
séquemment en elle le foyer sacré de la civilisation 
dont la nature semblait lui avoir confié la garde. La 
France héritière de la beauté hellénique ne doit pas l'i- 
miter, etc., etc. 

'Et pour donner plus de force et de signification 
encore à ce patriotique et ministériel discours, il fut, 
peu après, distribué aux élèves des écoles primaires de 
Paris, réunis en une fête présidée par M. Guyot-Des- 
saigne, Ministre de la Justice et délégué du Gouverne- 
ment, lequel devait bientôt s'éteindre subitement dans 
les bras de l'Eglise, tout comme M. Waldeck-Rous- 
seau ! 

Quel est le citoyen français clairvoyant et conscien- 
cieux qui a dit le contraire ! 

Quel est le républicain qui consentirait à laisser 
nos frontières sans défense et à livrer la France, ses 
institutions et sa destinée aux appétits de ses voisins ! 

La question ne se pose pas ainsi, n'en déplaise à 
M. Clemenceau, et si, personnellement, j'ai fait tout ce 
que j'ai pu et su faire dans ma modeste sphère d'ac- 
tion pour éviter la guerre civile et étrangère dont l'Af- 
faire Dreyfus était le tison, c'est que j'ai très bien 
compris en 1894-95, que ce projet de coup d'Etat et 
de guerre était avant tout dirigé tout aussi bien contre 
le prolétariat allemand que contre le nôtre ; c'est-à-dire 
contre la montée toujours croissante des revendications 
sociales, économiques et de laïcité de la laborieuse Dé- 
mocratie de ces deux pays. 

Il ne s'agissait nullement de pousser la France 
sur l'Allemagne en tant que nationalité, mais bien de 
faire écraser l'une contre l'autre leurs armées de tra- 



— 13 — 

vailleurs manuels et intellectuels au profit de l'Eglise 
d'abord et des tenants du gros capitalisme ensuite. 

Voilà pourquoi je me suis dévoué, moi, petit pay- 
san ; je le dis respectueusement à M. Clemenceau. Et 
voilà pourquoi, aussi, on m'a martyrisé ! 

11 a écrit quelque part qu'il avait sursauté à la 
nouvelle que le R. P. du Lac disait ne s'être jamais oc- 
cupé de l'Affaire Dreyfus, pas même en compagnie du 
général de Boisdeffre, alors chef d'Etat- Major de l'Ar- 
mée. J'ai vivement sursauté à mon tour lorsqu'il nous 
a dit, sans broncher, dans sa déclaration ministérielle, 
« qu'à aucun moment de son histoire, notre troisième 
République n'avait menacé la paix de l'Europe », pas 
même, paraît-il, sous le règne de ces illustres républi- 
cains qui se nomment : Mercier, Félix Faure, de 
Boisdeffre, Cavaignac^ Méline et Cie. 

C'est tout simplement monstrueux, une honte pour 
lui, pour le Parlement qui l'a approuvé comme pour 
le pays tout entier qui n'a pas protesté. Car, à défaut 
de moralité politique, il aurait dû se souvenir tout au 
moins que les républicains consciencieux et honnêtes, 
ainsi que les étrangers qui savent, ne sont point at- 
teints d'amnésie incurable et n'entendent pas être trai- 
tés comme de parfaits imbéciles, pas même par M. Cle- 
menceau. 

11 n'est malheureusement que trop vrai que l'Af- 
faire Dreyfus et le nationalisme clérical qui l'enveloppe, 
imaginés et survenus après le boulangisme et « l'esprit 
nouveau » qui avaient échoués dans leurs entreprises, 
n'ont été qu'une formidable machine de guerre (la plus 
dangereuse de toutes) contre la Démocratie et la paix 
de l'Europe ; le nier, c'est nier l'évidence même, la lu- 
mière en plein soleil. Aussi je n'entends point, pour 
mon compte personnel, sombrer dans un pareil men- 
songe, libre à M. Clemenceau et à ses amis, un peu 



— 14 — 

trop militaristes peut-être, d'emboucher cette trompette 
fêlée ; mon patriotisme à moi n'a rien de commun 
avec le faux et l'éteignoir, seraient-ils étiquetés républi- 
cains. 

Je suis d'autant plus fondé à soutenir cette argu- 
mentation que, malheureusement pour moi, il est bien 
vrai que j'ai joué un rôle dans l'Affaire Dreyfus, rôle 
exceptionnel même, ainsi qu'on le verra plus loin, rôle 
que les différents Pouvoirs Publics qui se sont suc- 
cédé depuis 1894 n'ont jamais voulu avouer ! On a 
préféré me torturer moralement et aussi secrètement que 
jésuitiquement, un peu comme on l'a fait pour Drey- 
fus, et ainsi que cela se pratique généralement en pa- 
reil cas, bien que la torture inquisitoriale soit appa- 
remment supprimée à notre époque : la puissance du 
mensonge et du faux, du vol et du crime est encore 
trop grande de nos jours dits de grand progrès tech- 
nique et intellectuel, alors que notre vernis de civilisa- 
tion républicaine et pacifiste est trop mince. 

Aussi, quelques jours après l'arrêt de la Cour de 
cassation rendu sur l'affaire Dreyfus en juillet 1906, je 
pris la résolution d'aller demander pour mes vieux 
jours l'hospitalité à la Suisse, pour les raisons que 
j'ai très sommairement exposées dans le journal dit 
«Feuille d'Avis de Lausanne», du 19 septembre 1906, 
que je reproduis ci-après : 

« Affaire Dreyfus. — J'ai déjà dit dans ce journal 
que des raisons graves relatives à l'Affaire Dreyfus 
me poussaient à quitter la France ; j'espère pouvoir 
bientôt, grâce au concours de quelques bons citoyens 
de Lausanne et d'ailleurs, faire connaître ces raisons 
au public sous la forme d'un livre ; j'emploie ce moyen 
en raison de ce que je n'ai pas été autorisé, malgré 
mes demandes, à déposer devant la Justice de mon 
pays sur cette monstruosité. J'ai dévoilé en effet la 



— 15 — 

dite monstruosité dès 1894-95, à Clermont-Ferrand, avec 
intervention éventuelle et accusatrice d'Emile Zola, si 
stupéfiant que cela puisse paraître, non comme une er- 
reur judico-militaire, ainsi que cela a été officiellement 
déclaré du haut du fauteuil présidentiel du Sénat fran- 
çais, mais bien comme une abominable machination 
contre le progrès républicain laïque et démocratique, 
par le moyen d'un coup d'Etat et d'une épouvantable 
saignée entre la France et l'Allemagne comme le monde 
n'en a encore jamais vue. Je vais me consacrer à ce 
travail, toute autre affaire cessante. — B. Nourisson, 
26, Maupas, à Lausanne. » 

Aussitôt la note ci-dessus parue, je pris mes dispo- 
sitions pour la rédaction du livre annoncé, ce qui 
m'obligea à réintégrer mon domicile de Pèghes, en 
France, pour quelque temps. Je ne suis revenu provi- 
soirement chez moi que pour de simples raisons d'éco- 
nomie, et j'espère repartir aussitôt que mon manuscrit 
sera terminé ou sur le point de l'être. Le malheur est 
que ce travail me prend beaucoup plus de temps que 
je ne l'avais supposé en quittant Lausanne ; je le fais 
par pure obligation morale et sans savoir s'il sera édité 
de mon vivant, voire même porté à la connaissance du 
public un jour. La force qui me pousse et me guide 
dans tout cela est que, m'étant sacrifié à cette oeuvre 
républicaine de Justice, de Vérité et de Laïcité, depuis 
le jour où j'eus connaissance du complot en 1894, je 
ne veux pas, parce que je ne le crois ni honnête ni 
profitable à l'Humanité, risquer de descendre dans la 
tombe sans avoir mis survie papier tout au moins, 
quand, comment, en quels lieux et de quelle manière 
je suis parvenu à déchiffrer l'énigme de cette machina- 
tion de coup d'Etat et de guerre étrangère. Je pense 
aussi qu'il n'est pas mauvais de mettre quelque peu 
en lumière le long calvaire que l'on m'a fait gravir 



— 16 — 

depuis cette époque, car l'Affaire Dreyfus, greffée sur 
mes affaires administratives, m'a littéralement broyé, 
non pendant cinq ans de ma vie comme le capi- 
taine Dreyfus l'a écrit pour lui-même dans son livre, 
mais pendant près de vingt ans. Et si nos souffrances 
imméritées de l'un et de l'autre étaient susceptibles d'être 
évaluées à l'aide de quelque dynamomètre perfectionné, 
il n'est pas démontré que les miennes ne fussent de 
beaucoup supérieures aux siennes. Dans tous les cas, 
lui avait une grande fortune à son service, sa femme, 
sa famille et de nombreux amis dévoués et de valeur 
pour le soutenir ; il en a été tout autrement pour moi, 
car l'un de mes plus cruels adversaires, trompée bien 
entendu comme seule l'infâme jésuitière rouge et noire 
sait le pratiquer, a été ma vieille et maladive mère qui 
vivait avec moi : elle a été ma « double boucle » en 
quelque sorte, et j'en suis sorti absolument écrasé ! 

C'est à Clermont-Ferrand et à Royat, station bal- 
néaire voisine, que sont parvenues à ma connaissance 
les premières et très importantes indications du complot 
et de guerre étrangère, dans le courant des années 1894 
et 1895, ainsi qu'on le lira plus loin. 

C'est à Clermont-Ferrand également que d'autres 
faits excessivement graves s'accomplirent parfois au 
grand jour et en plein public, sous l'œil complaisant 
du Gouvernement et de nos représentants locaux soi- 
disant républicains en général et de notre vieux « bo- 
naparteux » Guyot-Dessaigne en particulier. 

Qu'en pense son ministériel patron, M. Clemenceau, 
qui y vint discourir en 1907 à l'occasion de la fête 
interfédérale des sociétés de gymnastique ? 

Les enfants de la loge de Gergovie ne lui ont-ils 
donc rien dit ? 

M. Marrou, président de cette loge et aujourd'hui 
député de Clermont, ne lui a-t-il donc jamais parlé de 



— 17 — 

certaine déclaration de guerre formelle, ostensible et 
publique, faite à la République et à l'esprit de la Ré- 
volution, à la fois par un moine et un évêque parlant 
au nom de l'Eglise et de la Papauté ? 

Cette déclaration de guerre ne fut-elle donc pas 
voulue et approuvée par la majorité de l'épiscopat 
français qui s'y donna rendez-vous en mai 1895, sur 
l'apparente initiative de l'évêque clermontois Belmont 
et sous le fallacieux prétexte de fêter le huitième cente- 
naire de la première croisade prêchée dans cette ville 
par le moine Pierre l'Ermite ? 

M. Guyot-Dessaigne, député du Puy-de-Dôme, ne 
présida-t-il pas, en réponse à celle des évêques, au mois 
d'août suivant et dans cette même ville, une contre-ma- 
nifestation à laquelle je pris part ? 

Le Gouvernement de l'époque, présidé par M. Ri- 
bot, M. Leygues étant Ministre de l'Intérieur, ne sut-il 
donc rien ? 

Si il sut, laissa faire, poussa à la roue même, et 
M. Clemenceau ne l'ignore pas. 

Alors? 

Alors l'aventure est compliquée, très compliquée et 
englobe l'Affaire Dreyfus que nos grands hommes 
d'Etat du maçonnique comme du profane (Dupuy, Fé- 
lix Faure, Loubet, Waldeck et Cie) ont étranglée et 
escamotée après l'avoir baptisée « erreur judiciaire » : 
ce n'est pas élogieux pour eux, évidemment, mais je 
n'en suis point la cause, au contraire ! 

J'ai dit plus haut que la rédaction de mon ouvrage 
me prenant beaucoup de temps, je ne suis pas sûr 
d'en voir la publication, quelque obstacle aussi im- 
prévu qu'infranchissable peut se mettre en travers. 
C'est cette idée qui, fortement renforcée par la conduite 
de M. Clemenceau et la récente translation des cendres 
d'Emile Zola au Panthéon, m'a poussé à jeter provisoi- 

2 



— 18 — . 

rement sur le papier les éléments du présent ouvrage. 
Je ne fais qu'effleurer, de ci, de là, quelques points se 
rattachant à l'ensemble du tout, mais assez néanmoins 
pour donner une idée suffisamment exacte de mon tra- 
vail. De telle sorte que s'il ne m'est pas possible de 
terminer entièrement cette œuvre (personne n'étant as- 
suré du lendemain), j'aurais du moins accompli une 
part de mon obligation morale, c'est-à-dire tout ce que 
de consciencieux citoyens, à quelque nationalité qu'ils 
appartiennent, sont en droit d'exiger de ma bonne vo- 
lonté et de mon dévouement. 

Je vais dire quelques mots maintenant, au chapitre 
suivant, sur le rôle que j'ai rempli à Genève en 1902. 



CHAPITRE II 



Il me faudrait tout d'abord reproduire entièrement 
ici le mémoire que j'ai apporté au Congrès internatio- 
nal de la Libre Pensée tenu à Genève en 1902, lequel 
doit se trouver actuellement au secrétariat général 
à Bruxelles, mais sa longueur s'y oppose pour le ca- 
dre de ce livre ; en voici maintenant quelques extraits : 

Après avoir parlé du banquet d'honneur offert à 
Paris au grand savant M. Marcelin Berthelot, le 5 
avril 1895 (1), en vue de protester contre la prétendue 
et tintamaresque « banqueroute de la science » formu- 
lée par ce vaticanesque porte parole Brunetière (2), je 
cite quelques noms des notabilités du savoir et de la 
politique qui y prirent part. Je termine cette énuméra- 
tion par le3 noms de MM. Brisson et Emile Zola(l), en 
ajoutant que « ces deux derniers ont une place mar- 
quée dans ma pensée, en raison de certaines considéra- 
tions relatives à l'Affaire Dreyfus qui sont quelque peu 
abordées plus loin dans ce mémoire... » 

Reproduisant à la suite quelques passages de la 
lettre pastorale du carême de 1895, de l'évêque Bel- 
mont à Clermont-Ferrand, l'un des principaux organi- 



(1) J'émettrai, au chapitre VIII, quelques réflexions sur la mort de 
MM. Berthelot et Emile Zola. 

(2) Le journal Le Moniteur du Puy-de-Dôme, du 23 février 1895, 
a publié une chronique sous ma signature, où je proteste contre l'opi- 
nion de M. Brunetière accusant la science d'avoir fait banqueroute. 



— 20 — 

sateurs de la croisade moderne qui se déroula cette 
même année dans cette ville, j'ajoute ceci : « A ce mo- 
ment, la presque totalité des citoyens français ignoraient 
encore que la criminelle condamnation du capitaine 
Dreyfus était une machine de guerre dirigée contre eux 
et que l'assaut depuis longtemps préparé contre la Ré- 
publique venait de sonner, M. Ribot étant chef respon- 
sable du Gouvernement. » 

Parlant plus loin du monument du pape Urbain II, 
érigé à Clermont-Ferrand, je dis encore ce qui suit : 
« J'ajoute que ce remarquable monument fut inauguré 
en grande pompe lors de la formation du Gouverne- 
ment Brisson-Bourgeois, comprenant aussi Cavaignac- 
rasoir, le 26 juin 1898 : l'Eglise se complaît aux sug- 
gestives coïncidences ! 

« Il aura, le Gouvernement de M. Brisson, une belle 
page dans l'Histoire, grâce à son chef principalement, 
pour avoir lutté à une heure et dans des circonstances 
exceptionnellement difficiles ; et surtout pour avoir lar- 
gement contribué à faire éclater la lumière dans cette 
terrible Affaire Dreyfus. Par son attitude courageuse, 
il a évité l'horreur de la guerre civile et religieuse à 
mon pays... Il a sauvé la République et, comme con- 
séquence inévitable en pareille affaire : la paix de l'Eu- 
rope ! Le nom de M. Brisson sera gravé en lettres 
d'or sur les tablettes de l'Histoire, à côté de ceux des 
bienfaiteurs de l'Humanité... » 

A la suite, je dis un mot du dossier intitulé : 
« Origine de l'Affaire Dreyfus et révocation de M. 
Nourisson, conducteur des ponts et chaussées », dos- 
sier remis par moi-même à M. François (1), secrétaire 



(1) M. François n'a jamais, dans la suite, répondu à mes lettres et ne 
m'a pas remis, malgré sa promesse et mes demandes écrites, une col- 
lection de journaux communiquée le même jour à titre de renseigne- 
ments complémentaires. 



— 21 — 

général de la préfecture du Puy-de-Dôme, le 11 mai 
1900, pour son grand chef, M. Waldeck-Rousseau, 
alors premier Ministre. 

Et plus loin, j'ajoute textuellement ceci : « Enfin j'ai 
appris que cette affaire de fusion des services de voi- 
rie (ponts et chaussées et vicinalité) fait indubitable- 
ment partie de la colossale et criminelle machination de 
l'Affaire Dreyfus contre la République démocratique et 
rentre conséquemment dans le grand complot politico- 
social qui a déjà fait tant de bruit ; MM. Mercier, 
Cavaignac et autres polytechniciens complices sont pour 
les ponts et chaussées, tandis que MM. Léon Bour- 
geois, Guyot-Dessaigne et leurs amis, sont pour la vi- 
cinalité. C'est ce qui explique le vote précipité de cette 
fusion par la Chambre des députés en 1895, fusion im- 
médiatement rejetée par le Séant (loi de finances). (1) » 

Et plus loin encore, je poursuis mon mémoire 
comme il suit : « J'ajoute d'autre part que l'affirma- 
tion de cette vérité primordiale (la reconnaissance de 
l'Evolution perpétuelle du monde organique et inorga- 
nique) sera le Décret de mort signé à Genève en 1902, 
par la Libre Pensée scientifique et mondiale, contre les 
dogmes religieux en général, la congrégation et le pa- 
pisme en particulier. 

« Ce Décret, si longtemps attendu, arrivera du reste 
à son heure et, personnellement, j'aurai la satisfaction 
de le rapprocher d'une deuxième lettre (je venais de par- 
ler d'une première lettre dans mon mémoire) écrite le 
10 avril 1901, à ce même évêque de Clermont-Ferrand 
(Mgr Belmont), où je me permets d'annoncer à son 
Eglise que son règne touche à sa fin et cela dans les 



(1) Les ingénieurs en chef des ponts et chaussées, résidant dans les 
départements, visitèrent personnellement les sénateurs à leurs domi- 
ciles, pour les engager à rejeter cette fusion. 



— 22 — 

termes suivants : «... Cette monstrueuse Affaire (l'Af- 
« faire Dreyfus) sera l'origine d'une Ere nouvelle, Ere 
« de l'Humanité enfin, par opposition à celle des Dieux 
« de sauvagerie et de torture, lorsque la France répu- 
« blicaine des Droits de l'Homme et du Citoyen don- 
« nera la première au monde l'exemple d'une organi- 
sation sociale procédant de l'esprit scientifique en con- 
tinuel développement, contre tout dogmatisme en gé- 
néral et celui de votre Eglise en particulier, laquelle 
recevra le châtiment qu'elle mérite pour toute la part 
qui lui revient dans cet incommensurable crime de 
« lèse-Humanité... » 

Et, d'autre part, comme je fus chargé de rapporter 
et de soutenir devant le Congrès la « Théorie générale 
de l'Evolution et des dogmes religieux », je m'exprime 
de la sorte dans un passage de mon rapport dont les 
conclusions furent adoptées à l'unanimité : « Enfin, je 
m'efforce de faire ressortir dans mon mémoire ce fait 
considérable, bien qu'encore ignoré ou incompris du 
grand public, à savoir que la gigantesque manifesta- 
tion de l'épiscopat français, approuvée par Léon XIII, 
qui eut lieu à Clermont-Ferrand en 1895, ne fut, avec 
la criminelle machination de l'Affaire Dreyfus compli- 
quée d'une question administrative, qu'une vaste et 
souterraine entreprise contre les principes de la Révo- 
lution française, la troisième République et la Pensée 
Libre... » 

Le lecteur doit se rendre compte déjà, par ce qui 
précède, que dès 1900, 1901 et 1902, j'étais bien au cou- 
rant des criminels dessous de l'Affaire Dreyfus, puis- 
que, chose suffocante sans doute, j'en étais le dénon- 
ciateur depuis 1895, à Clermont-Ferrand. 



CHAPITRE III 



Voici maintenant quelques extraits de ma « Note 
sur l'Affaire Dreyfus », note autocopiée dont j'ai dis- 
tribué les exemplaires à un certain nombre de membres 
du Congrès international de la Libre Pensée, tenu à 
Rome, en 1904 : 

«... A Genève, en 1902, j'ai soutenu de mon mieux 
mon mémoire sur le rationalisme en général et la cri' 
minelle machination de l'Affaire Dreyfus en particulier, 
crime intéressant non seulement la France, mais le 
monde civilisé tout entier. J'y ai eu le très grand hon- 
neur de rédiger et de faire adopter par le Congrès le 
rapport sur la « Théorie générale de l'Evolution et les 
dogmes religieux » ; j'ai profité de cet avantage pour 
déclarer du haut de la tribune, aux représentants au- 
torisés de la Libre Pensée mondiale, que cette Affaire 
Dreyfus avait été non une erreur judico-militaire, comme 
la presse française l'a répété à satiété, mais une crimi- 
nelle machination politico-religieuse, compliquée d'une 
question administrative pour laquelle on s'était servi de 
ma modeste personne, de 1890 à 1898, comme sujet 
d'expériences. 

« Je désire donc faire connaître de nouveau à la Li- 
bre Pensée du monde civilisé, en face du Vatican et de 
la Papauté^ que je sais être indubitablement l'un des 
principaux criminel et bénéficiaire éventuel de celte for» 
midable machination, les quelques renseignements sui- 
vants : 

« 1° Le 12 mars 1904, j'ai fait recommander au bu- 
reau de poste de Job (Puy-de-Dôme) une lettre accom- 



— 24 — 

pagnée d'une note autocopiée sur l'Affaire Dreyfus, 
adressée à M. le président de la chambre criminelle 
de la Cour de cassation, à Paris. J'ai expressément de- 
mandé dans ma lettre à être entendu sur cette affaire : 
pas de réponse jusqu'à ce jour ? ? 

« 2° Le 31 du même mois, j'ai fait une communi- 
cation semblable à M. le Ministre de la Justice, par 
une lettre également recommandée au même bureau de 
poste : pas de réponse non plus jusqu'à ce jour ? ? 

«Je rappelle ici que j'ai remis, le 11 mai 1900, à 
M. François, secrétaire général de la préfecture du Puy- 
de-Dôme, un dossier rédigé par moi et intitulé : « Ori- 
gine de l'Affaire Dreyfus et révocation de M. Nouris- 
son, conducteur des ponts et chaussées ». Ce dossier 
traite spécialement le côté de l'Affaire Dreyfus touchant 
à la fusion projetée des services de voirie ; il fait res- 
sortir en outre l'abus que l'on a fait de moi comme 
sujet d'expériences tant comme agent-voyer de la vici- 
n alité du Puy-de-Dôme, de 1890 à 1894, que comme 
conducteur des ponts et chaussées dans la Loire, de 
1895 à 1898. J'ajoute qu'en outre des renseignements 
fournis aux Pouvoirs Publics français jusqu'à ce jour, 
relativement à cette Affaire, // est absolument indispensable, 
à mon avis, que je sois longuement entendu par la Justice. 

« Et, d'autre part, je répète que c'est en novembre 
1895 (1), étant en résidence à Clermont-Ferrand (Puy- 
de-Dôme), qu'il m'a été possible de dénoncer pour la 
première fois le côté politico-religieux de cette Affaire ; 
et le 11 mai 1900 seulement que j'ai pu en faire con- 
naître le côté administratif, par le dépôt du dossier re- 
laté plus haut (2). Mais je m'empresse d'ajouter que le 



(1) J'ai employé M. Bacconnet, notaire à Ciat, conseiller d'arrondis* 
sèment, et lui seulement. 

(2) Ce dossier fut communiqué tout d'abord à M. Montigny, sous- 
préfet à Ambert, le 25 avril 1900. 



— 25 — 

10 juillet 1899, après avoir vu M. Etienne Charavay 
le 7 (l'un des experts du fameux bordereau) je m'é- 
tais assez longuement entretenu de l'ensemble de ce 
complot à M. Adrien Duvand, franc-maçon et vice-pré- 
sident de la Ligue française de l'enseignement, à son 
domicile de la place Vintimille, à Paris. M. Duvand 
me promit de s'employer de son mieux à la manifesta- 
tion de la Vérité : j'ignore jusqu'à quel point il a tenu 
parole. 

« Quant à l'amnistie scélérate de M. Waldeck-Rous- 
seau, auquel M. Duvand me donna confiance, le 10 
juillet 1899, je proteste aujourd'hui contre elle avec 
autant d'énergie que je l'ai fait dans mon mémoire ap- 
porté au Congrès de Genève ; elle a, à mon avis, en- 
travé la marche de la Vérité, sauvé du bagne les grands 
criminels de l'Affaire, et, sous l'apparence de corriger 
quelques moines, elle a tenté de sauver toutes les puis- 
sances de réactions sociales ayant à leur tête le catho- 
licisme romain. Je crois du reste pouvoir ajouter que 
sous les gouvernements Dupuy (1) et Méline, MM. 
Waldeck-Rousseau, sénateur, Audiffred et Krantz, dépu- 
tés, ajoutés à d'autres personnalités encore, ne devaient 
pas ignorer le véritable objectif de ce fameux complot con- 
tre la République démocratique et la paix de l'Europe.» 

(1) On se rappelle que c'est M. Dupuy, alors premier Ministre, qui 
fit modifier, en 1893 ou 1894, la loi de renouvellement de la Chambre 
des députés, en reportant de l'automne au printemps suivant la période 
électorale. }'ai la conviction que cet homme politique, ami des ingénieurs 
polytechniciens, fit cela en vue de faciliter le coup d'état projeté, afin 
de faire concorder autant que possible les élections législatives de 1898 
avec la période du confessionnal et des prédications des fêtes de Pâques, 
qui exerçaient alors, et encore aujourd'hui, une grande action dans les 
campagnes surtout. Aussi voulut-on en 1895, pour mieux me compro- 
mettre évidemment, me faire réintégrer les ponts et chaussées dans la 
Haute-Loire, son département. Je crois avoir parlé de cela, avec preuves 
à l'appui, dans mon dossier remis à la préfecture du Puy-de-Dôme, le 
11 mai 1900. J'ajoute que mon oncle Pélisson, dont je parle plus loin, 
dans cet ouvrage, s'était adressé à lui à mon insu, par je ne sais quelle 
voie (M. Barrière, sénateur, peut-être) au sujet de ma réintégration aux 
ponts et chaussées en 1895. 



CHAPITRE IV 



Voici encore quelques extraits d'une autre Note au- 
tocopiée, distribuée également par moi-même à un cer- 
tain nombre de membres du Congrès international de 
la Libre Pensée, qui eut lieu à Paris, en septembre 
1905 ; elle commence ainsi : 

« On sait que pour M. Méline, chef responsable 
du Gouvernement, il n'y avait pas d' Affaire Dreyfus ; 
moi, simple citoyen, je savais, depuis 1894-95, que les 
coalisés de toutes les « calottes » avaient déjà choisi M. 
Méline pour mener à bonne fin l'étranglement de la 
République, grâce à l'Affaire Dreyfus. Je l'avais très 
énergiquement fait connaître dès 1895, et sérieusement 
recommandé de prendre toute mesure de sauvegarde 
utile, intervention de M. Emile Zola comprise ». 

Et plus loin, après avoir développé diverses consi- 
dérations sur l'Affaire et affirmé de nouveau le con- 
tenu de ma note du Congrès de Rome en 1904, je 
poursuis de la façon suivante : 

« Cette monstrueuse machination appartient à la der- 
nière période d'organisation du projet de renversement 
de la République par tous les moyens : guerre civile 
et étrangère. 

« La Papauté est l'un des principaux auteurs de 
cette trop fameuse entreprise, ainsi que la congrégation 
et un grand nombre de prélats français, ceux notam- 
ment qui se réunirent à Clermont-Ferrand, en mai 
1895, sous le fallacieux prétexte de fêter le huitième 
centenaire de la première croisade prêchée dans cette 
ville par le moine Pierre l'Ermite. 



— 27 — 

« Et, puisque malgré tous les documents déposés 
par mes soins, malgré toutes les demandes faites que 
les Gouvernements de MM. Waldeck-Rousseau, Com- 
bes et Rouvier ne peuvent nier ; puisque, dis-je, il m'a 
été impossible de compléter mes renseignements et d'être 
entendu par la Justice de mon pays, contrairement à ce 
qui, pourtant, a été accordé sans de bien grandes dif- 
ficultés à d'autres personnes et particulièrement à M. 
Csernuski, je vais prendre moi-même la permission, M. 
Emile Zola étant mort empoisonné ou non, de formuler 
publiquement de nouvelles affirmations, dans l'unique 
intérêt de la Justice et de la Vérité : 

« Le Syndicat ou Société des agents de change de 
la bourse de Paris a été, lui aussi, concurremment 
avec la Papauté et notre vaillante Armée de coup d'E- 
tat, l'un des principaux auteurs du projet de renverse' 
ment de la République. 

« Je tiens essentiellement à faire cette déclaration 
bien en face de cette bourse, en présence de la Libre 
Pensée mondiale réunie en congrès dans cette ville. 

« Et comme il ne serait être mauvais, je pense, de 
préciser un peu, j'ajoute que les renseignements que je 
possède à cet égard me permettent d'affirmer que l'en- 
tente avec ce syndicat, ou ses principaux membres,, ne 
s'est produite qu'après le mois de juillet 1894, c'est-à- 
dire après mon départ de Pontaumur et mon arrivée à 
Clermont-Ferrand. Il en est de même du fameux « bor- 
dereau » gui n'a été écrit par Esterhazy et par ordre qu'a- 
près cette date: je me rappelle très bien avoir parlé de 
ce détail à M. Duvand, le 10 juillet 1899. 

« Est-il besoin de donner encore d'autres renseigne- 
ments que la Justice française, sourde comme un pot 
en pareille matière, n'a pas voulu connaître ??? 

« En voici quelques-uns ; je donnerai en clair les 
noms des personnages quand on voudra : 



— 28 — 

« Je venais de prendre congé de la vicinalité du 
Puy-de-Dôme avec l'intention bien arrêtée! de ne plus 
y rentrer et j'étais venu me réinstaller à Clermont-Fer- 
rand avec ma mère, quand j'eus quelques jours après 
la surprise de rencontrer M. X. (1) à proximité de 
cette ville (2). Je me plaignis à lui de mes chefs MM. 
Reynard et Faure, ainsi que de M. Guillot (israëlite, 
m'avait-on dit), inspecteur général de la vicinalité qui, 
à Riom, le 10 juin 1893, ne m'avait pas laissé parler 
malgré ma demande. Je me plaignis de la mauvaise 
organisation de cette vicinalité, ainsi que de l'infériorité 
de son personnel en général. Je me plaignis des conti- 
nuelles et systématiques malpropretés ou malversations 
de ce service. Je me plaignis enfin de l'impossibilité 
d'obtenir de M. Reynard, agent voyer d'arrondissement 
à Riom, des réponses datées et signées à mes notes, 
lettres et rapports (ce fonctionnaire m'avait déclaré, an- 
térieurement à l'inspection, qu'il était fait une guerre 
impitoyable aux adversaires de la vicinalité). J'ajoutai 
que je ne savais pas ce que je ferais pour corriger tou- 
tes les saletés de cette administration, hommes et cho- 
ses. (En entrant dans ce service en 1890, M. le préfet 
Bardon m'avait personnellement recommandé de mettre 
de l'ordre dans mon nouveau service, qui en avait 
d'autant plus besoin que mon prédécesseur, M. Chré- 



(1) M. Boutteville, ingénieur des ponts et chaussées, mon ancien chef 
à Clermont-Ferrand, de 1882 à 1889. 

(2) A Royat, station balnéaire voisine. Cette rencontre fut « manigan- 
cée» par MM. Boutteville et son beau-frère Chaussegros, ainsi que par 
les architectes clermontois Ponchon et Méridier, au bureau desquels je 
travaillais depuis quelques jours seulement. Ces deux derniers m'en- 
voyèrent à la villa du « Roc », à Royat, appartenant à M. Chaussegros, 
sous le prétexte mensonger de me faire lever le plan de cet immeuble 
et de ses dépendances, en vue de l'édification d'une construction nou- 
velle; en réalité pour me mettre en contact avec M. Boutteville qui y 
était venu en villégiature de Mantes à mon insu pour m'y rencontrer. 
M. Duron, entrepreneur, ainsi que ses ouvriers qui y travaillaient, doi' 
vent s'en souvenir ? (Voir l'annotation de la page 31). 



— 29 — 

tien, l'avait négligé pour s'occuper de travaux parti- 
culiers.) 

« Réponse : 

« Il n'y a rien à faire ; on le leur a dit et redit. 

« Une affaire d'espionnage ! 

« Le général Mercier (stupéfaction). 

« Il y en a un (un officier juif), à l'Etat-Major gé- 
néral de l'Armée qui trahit pour le compte de l'Alle- 
magne ; on le sait, mais on ne peut pas le pincer. Il 
s'en va en congé tous les ans dans son pays en Al- 
sace et il en profite pour trahir. C'est un officier de 
valeur et intelligent, mais il n'est pas sympathique. 

« Les espions se servent, pour leur correspondance, 
d'un papier spécial mince, afin que leurs lettres n'at- 
tirent pas l'attention à la poste par leur volume. On 
se procurera de ce papier assez rare, puis on cher- 
chera une écriture se rapprochant autant que possible de 
la sienne (celle de cet officier juif à l'Etat-Major) et puis... 

« La guerre avec l'Allemagne est inévitable ; il vaut 
mieux attaquer que de se laisser attaquer, on sait mieux 
ce que l'on fait. 

« Après une grande guerre succède toujours une 
période de grands travaux ; on a détruit, il faut re- 
construire. 

Il faut de l'argent, on le trouvera bien. 
On vous a surveillé, vous, d'une façon toute spé- 
ciale à Pontaumur ; on voulait savoir comment vous 
agiriez dans ce service. On ne laissera pas maintenant 
les choses comme ça, soyez en sûr. 

« On est prêt pour la guerre avec l'Allemagne au- 
tant qu'on puisse l'apprécier ; on y pénétrera par la 
Suisse, c'est défendu, mais on le fera quand même. 

« On n'aime pas la manière de faire des républi- 
cains. 

« Si la République dure encore quelques années, on 



« 
« 



— 30 — 

arrivera fatalement à l'impôt progressif sur le revenu ; 
on ne veut pas ça, car avec ce système on ne sait pas 
où Ton va. 

« On peut beaucoup, beaucoup, vous verrez. 

« Il y aura tellement de personnes compromises 
qu'ils n'oseront pas. 

« On tient comme il faut un certain nombre de dé- 
putés et on aura bien raison de la majorité, il ne res- 
tera plus ensuite que le Sénat qui cédera bien à son 
tour(l). On sacrifiera une certaine somme pour cela, 
mais il faut s'entendre avec les agents de change, chose 
indispensable ; quant aux autres banquiers ce n'est pas 
la même chose. 

« Il y en aura pour vingt ans, après ce laps de 
temps on trouvera bien autre chose pour contenir le 
mouvement démocratique (le nom de M. Krantz fut 
prononcé comme étant favorable à tout cela). 

« Ça sera tellement bien fait (complot, coup d'Etat, 
etc.), que si vous ne dites rien, ils ne le trouveront 
jamais. 

« On cherchera un homme pour le mettre à la tètQ 
du mouvement. 

« Quelques personnes seulement sauront cela et on 
ne le dira pas, soyez-en convaincu. 

« Vous, on vous surveillera de telle façon que vous 
n'en échapperez pas (stupéfaction). Moins vous parle- 
rez, mieux cela vaudra pour vous (nouvelle stupéfac- 
tion). 

« Ça viendra peu à peu, vous verrez ça, une fois 



(1) Ainsi que je l'ai dit, cette note fut distribuée aux membres du 
Congrès international de la Libre Pensée qui eut lieu à Paris en 1905 ; 
quelques députés français en reçurent, M. Ferdinand Buisson notam- 
ment, j'ai dans l'idée que l'exactitude du passage ci-dessus de cette 
note ayant été reconnue, il ne fut peut-être pas étranger au vote à 
l 'improviste et sans débat par ies Chambres du relèvement de l'in- 
demnité parlementaire qui fut portée de 9 à 15,000 francs. 



« 

« 



— 31 — 

ceci, une autre fois cela (l'action antirépublicaine et le 
coup d'Etat). 

« Ils nous ont fait pas mal de canailleries (le prince 
de Bismarck et le Gouvernement allemand : affaire 
Schnœbelé, etc., etc.), on leur rendra la monnaie de 
leur pièce. 

Vous, que voulez-vous faire ? 
Je veux chercher à gagner ma vie à Clermont- 
Ferrand, dans la vie privée, tout en conservant mon 
grade de conducteur des ponts et chaussées, si c'est 
possible ; pour le moment, je m'occupe d'architecture 
chez MM. A. et B. (1). 

« Vous irez chez M. C. (1), ou bien vous réin- 
tégrerez les ponts et chaussées (il m'offrit de magnifi- 
ques avantages pour aller chez M. C), mais comme 
cela entraînait ma démission immédiate de conducteur 
des ponts et chaussées, il ajouta que plus tard il me fe- 
rait bien rentrer dans l'administration comme il l'avait 
déjà fait pour un autre. 

« On peut beaucoup, beaucoup, répéta-t-il à plu- 
sieurs reprises. 

« A nous, il nous faut vos plus proches parents. (Stu- 
péfaction. — J'ai su et cruellement expérimenté plus 
tard que ma vieille mère était du nombre !) 

« Connaissez-vous M. Despalaines ? 

« Connaissez-vous M. Louis Taravant ? 

« Connaissez-vous M. Demars ? (Je crus qu'il s'a- 
gissait de M. Pierre Demars, qui avait été mon collè- 
gue de travail à Ambert et à Clermont-Ferrand). 

« Connaissez-vous les MM. Celeyron, banquiers, à 
Ambert ? 



(1) A représente M. Ponchon, fils de mon premier ingénieur à Am- 
bert et architecte de la congrégation clermontoise « La Miséricorde » ; 
B représente son associé, M. Méridier, également architecte et expert 
de la même congrégation. Quant à C, il représente M. Chaussegros- 
Clément, ingénieur-constructeur et beau-frère de M. Boutteville. 



— 32 — 

« Connaissez-vous M. Armilhon, à Ambert ? 

« Connaissez-vous M. Pinchaud, architecte, à Cler- 
mont-Ferrand ? 

« Vous, vous avez les aptitudes des ingénieurs et, 
en plus d'eux, vous savez mettre la main à la pâte. 

« Actuellement nous n'avons personne au Ministère 
de l'Intérieur, il faut que nous y mettions quelqu'un? » 

Ce dernier alinéa, ainsi que les deux précédents 
n'existent pas sur la note autocopiée distribuée au Con- 
grès de Paris, en 1905, mais ils figurent, pour y avoir 
été ajoutés à la main, dans celle qui fut adressée sous 
pli recommandé A.R., à M. Clemenceau, Ministre de 
l'Intérieur, le 29 mars 1906. Quant à la personne que 
M. Boutteville et ses amis placèrent au Ministère de 
l'Intérieur sous Méline, je me demande si cela ne fut 
pas le Ministre de l'Intérieur lui-même, c'est-à-dire M. 
Barthou, aujourd'hui redevenu Ministre des Travaux 
Publics ? 

« Je ne compris absolument rien à toutes ces ques- 
tions, je n'étais nullement au courant du jeu des dos- 
siers archi et ultra secrets des fonctionnaires ni des 
canailleries qu'ils renferment. Quant au reste, je pris 
M. X. pour un brasseur d'affaires et un hâbleur, comme 
il m'en avait laissé l'impression dans d'autres circons- 
tances et je pris congé de lui sous un prétexte quel- 
conque ; mais je ne tardais pas à constater, ce qui 
m'intrigua énormément, que la conduite de MM. A. et B. 
était excessivement singulière à mon égard et qu'ils avaient 
de fréquents et mystérieux entretiens avec MM. X. et 
C. ? Comme je savais que MM. A. et B. étaient les 
agents de la congrégation et de Pévêché de Clermont- 
Ferrand, je voulus savoir ce qu'ils faisaient en cachette : 
ils me répondirent qu'ils ne pouvaient pas me le 
dire?? (1) 



(1) C'est M. Ponchon qui me fit cette réponse. 



— 33 — 

« Quant à M. A., il me déclara à plusieurs repri- 
ses qu'ils feraient, lui et son associé, de réels sacrifi- 
ces pour « m'avoir »? ? 

« Enfin, je m'aperçus qu'ils rusaient pour se rensei- 
gner sur ma personne, mes aptitudes, ma famille et une 
foule de choses, à tel point qu'ils me déconcertèrent 
souvent ; je rusai à mon tour pour pénétrer leurs mys- 
térieuses intrigues qu'ils ne « pouvaient pas me dire », 
et je finis par savoir beaucoup de choses excessive- 
ment intéressantes, notemment ceci : 

« Qu'il se tramait quelque affaire exceptionnelle- 
ment grave que l'on me cachait rigoureusement. 

« Que ma mère était acquise au parti de « toutes les 
calottes» et que, le cas échéant, on s'en servirait con- 
tre moi, avec le concours d'autres personnes au besoin, 
parentes ou non. (Les événements ultérieurs, parfois 
tragiques à mon domicile, ne me l'ont que trop dé- 
montré.) 

« Qu'il me serait fait une « guerre au couteau » 
(menace de M. Méridier) avec révocation au besoin 
(menace de M. Ponchon) dans le cas où, étant rede- 
venu fonctionnaire, je me comporterais mal (lire répu- 
blicainement) au cours d'une période électorale, par 
exemple, sauf à me faire réintégrer après cette période. 
(J'ai entendu tenir un langage analogue à cette même 
époque, par mon oncle Pélisson, qui s'était déjà oc- 
cupé de moi de 1890 à 1894, alors que j'étais employé 
à la vicinalité du Puy-de-Dôme.) Il me fut demandé 
par M. Ponchon si j'étais franc-maçon et si, ayant été 
révoqué, mes ressources personnelles me permettraient 
d'attendre d'une période électorale à une autre. 

Enfin, j'appris ce qui suit, savoir : 
Que des précautions toutes spéciales seraient pri- 
ses pour le cas où je viendrais me réfugier ou simple- 



« 
« 



— 34 — 

ment en villégiature dans ma petite propriété de mon 
village natal, à Pèghes ?... 

« Qu'une grande démonstration de Pépiscopat fran- 
çais (véritable déclaration de guerre à la République à 
l'occasion de l'Affaire Dreyfus) se préparait activement 
pour le printemps de l'année suivante à Clermont-Fer- 
rand... » 

Il faudrait évidemment citer toute la Note, mais elle 
est trop longue et je me crois dans l'obligation de 
m'arrêter ici pour passer à d'autres renseignements un 
peu différents, bien que se rattachant toujours au 
même sujet. Il s'agit de mes affaires politicc^administra- 
tives auxquelles j'ai déjà fait allusion plus haut, mais 
je fais instamment remarquer au lecteur que les décla- 
rations de M. Boutteville qu'il vient de lire, ainsi que 
la singulière attitude de MM. Ponchon et Méridier à 
mon égard, m'ont puissamment aidé à me débrouiller 
dans cette sinistre aventure et ont largement, très large- 
ment même, contribué à dicter ma conduite dans mon 
rôle ultérieur de dénonciateur du complot de coup d'Etat 
et de guerre étrangère. 

Ces mêmes déclarations de M. Boutteville donnent, 
d'autre part, une idée exacte des étroites relations exis- 
tant entre l'Affaire Dreyfus, le complot de coup d'Etat, 
le projet de fusion des services de voirie en 1894, et 
mes affaires administratives dont je vais parler mainte- 
nant. 



A deux reprises différentes, en 1898 et en 1906, 
j'avais demandé la communication de mon dossier ad- 
ministratif de conducteur des ponts et chaussées, fonc- 
tions dont j'avais été révoqué le 7 mars 1898, sous le 
prétexte parfaitement faux à mon avis de manquements 
à la discipline ; je n'avais obtenu que deux refus ca- 



— 35 — 

tégoriques de la part de M. le Ministre des Travaux 
Publics à qui je m'étais adressé. 

Le 7 mars 1907 (neuvième anniversaire de ma ré- 
vocation), je me permis, par une pétition adressée à la 
fois à M. le Président de la République, à M. le Pré- 
sident du conseil des Ministres, à M. le Président du 
Sénat et à M. le Président de la Chambre des députés, 
de renouveler cette même demande de communication 
de ce dossier, lequel est pour le moins aussi secret 
pour moi que tous ceux qui ont fait condamner le ca- 
pitaine Dreyfus et vraisemblablement aussi canaille que 
les siens. 

Nouveau refus de M. le Ministre des Travaux Pu- 
blics Barthou, à qui ma pétition fut transmise à la 
fois par la Présidence de la République et par le Sé- 
nat. 

Car, de même que les lois protectrices des faussai- 
res et des criminels de nos Etats- Majors civils et mili- 
taires se sont opposées, tant qu'elles ont pu, à la réha- 
bilitation d'Alfred Dreyfus, de même elles s'opposent, 
paraît-il, à la communication de mon dossier de con- 
ducteur : je ne dois pas savoir personnellement s'il est 
aussi bourré de faux et conséquemment aussi malhon- 
nête que les siens ! 

Voici la reproduction intégrale de cette pétition du 
7 mars 1907. 



CHAPITRE V 



Après avoir donné mes noms et adresse, je conti- 
nue ainsi : 

« La presse locale m'apprend qu'un officier ayant 
été mis en disponibilité sans avoir reçu communication 
de son dossier, s'est pourvu devant le conseil d'Etat 
qui a récemment confirmé, paraît-il, que tous les fonc- 
tionnaires civils et militaires ont droit à la communi- 
cation de tous les documents constituant leur dossier, 
et a annulé la décision présidentielle qui avait mis cet 
officier en disponibilité. 

« Cette décision du conseil d'Etat peut m'intéresser, 
car il y a neuf ans aujourd'hui, c'est-à-dire neuf lon- 
gues années et plus de supplice moral et physique pour 
moi, que j'ai été révoqué (7 mars 1898) de mes fonc- 
tions de conducteur des ponts et chaussées, par M. 
le Ministre Turrel. 

« Le 3 août 1898, je me permis d'écrire à son suc- 
cesseur, M. Tillaye, pour lui demander communication 
de mon dossier, lequel me répondit lui-même par sa 
lettre du 26 du même mois, qui est entre mes mains, 
« qu'il lui était impossible de donner satisfaction à ma 
demande, l'administration s'interdisant rigoureusement 
toutes communications de ce genre. » 

« Je suis revenu à la charge l'année dernière sans 
plus de succès, car, par sa lettre du 31 juillet 1906, 
qui est également entre mes mains, M. le directeur du 
personnel et de la comptabilité au Ministère des Tra- 
vaux Publics, me répondant au nom du Ministre, dit 
textuellement ce qui suit : 



— 37 — 

«... Révoqué des fonctions de conducteur des ponts 
«et chaussées, le 7 mai 1898 (7 mai est une inexacti- 
tude, il faut lire 7 mars 1898, ainsi que le porte la 
décision ministérielle me révoquant, laquelle me par- 
vint directement par la poste, le 8?), vous avez invo- 
« que les dispositions de l'art. 65 de la loi de finan- 
« ces du 22 avril 1905, pour obtenir communication 
« de votre dossier. (Je n'ai précisé aucun article de loi 
« dans ma demande.) 

« La loi de finances du 22 avril 1905 n'a pas d'eî- 
« fet rétroactif et n'intéresse que les fonctionnaires qui 
« font actuellement partie des cadres de l'administration. 

« Votre demande n'est donc pas susceptible d'être 
« accueillie. » 

« Je ne demande pas aujourd'hui ma réintégration 
dans l'administration pour plusieurs raisons, dont la 
plus importante à mes yeux est que mes affaires admi- 
nistratives (service de la vicinalité dans le Puy-de- 
Dôme de 1890 à 1894 et des ponts et chaussées dans 
la Loire de 1895 à 1898) sont intimement liées à l'Af- 
faire Dreyfus, que j'ai dévoilée de mon mieux pour la 
première fois à Clermont-Ferrand en 1894-95, non 
comme une erreur judico-militaire, mais bien comme 
une criminelle machination contre le progrès républi- 
cain, laïque et démocratique, par le moyen d'un coup 
d'Etat et d'une guerre avec l'Allemagne ; et j'ai, si sur- 
prenant que cela puisse paraître, indiqué contre cette 
souterraine mine le plan d'une contre-mine, afin de dé- 
masquer les grands criminels : intervention éventuelle 
et accusatrice d'Emile Zola, etc., etc. 

« J'avoue m'être constamment employé et abso- 
lument dévoué dans ce sens depuis cette époque 
et je continue de même, dans l'unique intérêt de la 
Vérité, ainsi du reste que je l'ai fait connaître par une 



— 38 — 

note publiée dans le journal dit « Feuille d'Avis de 
Lausanne » (Suisse), du 19 septembre 1906. 

« Par contre, je demande de nouveau et avec la plus 
grande instance, l'autorisation de prendre connaissance 
de mon dossier d'ancien fonctionnaire ou de tous mes 
dossiers et documents quels qu'ils soient. Je demande 
encore, si cela est possible, de me laisser prendre co- 
pie ou de me faire délivrer copie conforme des dits 
dossiers et documents ; et, si cela entraîne des frais à 
ma charge, de vouloir bien m'en indiquer approxima- 
tivement le montant à l'avance. 

« Veuillez agréer, etc. » 

J'ai dit plus haut que ma pétition du 7 mars 1907, 
adressée à la Présidence de la République, fut trans- 
mise à M. le Ministre Barthou ; voici, à ce sujet, la 
communication que je crus devoir faire à la date du 
12 mars suivant à M. le Président de la République : 

« Monsieur le chef de votre secrétariat particulier, 
dont j'ignore le nom, m'a fait parvenir une lettre du 9 
courant, m'informant que la pétition que je me suis 
permis de vous adresser le 7 avait été transmise à M. 
le Ministre des Travaux Publics pour toute fin utile. 

« Je crois devoir vous déclarer que le passé politi- 
que de M. Barthou, actuellement Ministre des Tra- 
vaux Publics, ne me permet point de lui faire crédit de 
la moindre confiance, tant au point de vue de mes af- 
faires administratives que de celle du complot de coup 
d'Etat dans l'affaire Dreyfus. 

« Il se peut que cet homme politique ait, sur le 
tard, ainsi que je crois me souvenir de l'avoir lu dans 
la presse, plus ou moins libéré sa conscience maçonni- 
quement ou autrement, mais cela rie change absolu- 
ment rien à mes sentiments sur son compte, ainsi que 
je me suis permis de le lui exposer sommairement dans 



— 39 — 

une lettre recommandée à la poste A.R., que je lui ai 
adressée le 29 mai 1906. 

« Lorsque j'ai dévoilé le complot pour la première 
fois à Clermont-Ferrand, en 1894-95 (ici je cite en tou- 
tes lettres les nom et adresse de M. Bacconnet qui me 
servit d'intermédiaire), je n'ai point parlé de M. Bar- 
thou, je ne savais rien sur lui à cette époque ; mais, 
tout en conseillant l'intervention éventuelle de M. Emile 
Zola, j'ai très nettement fait connaître que les coalisés 
de ce coup d'Etat avaient déjà choisi son chef de file, 
M. Méline, pour accomplir une bonne partie de leurs 
desseins. Et vous n'ignorez pas ni moi non plus, M. 
le Président, comment s'est comporté le Ministre de 
l'Intérieur de cette époque et même plus tard. 

« Je pense même que si nous en étions à l'époque de 
nos ancêtres les conventionnels, qui ne plaisantaient 
pas toujours sur les questions de trahisons politiques, 
ils l'auraient envoyé depuis longtemps, en compagnie 
d'un certain nombre d'autres personnages, à sa der- 
nière demeure au lieu d'en refaire un Ministre, après 
l'avoir préalablement divisé en deux morceaux ! 

« Veuillez agréer, etc. » 

Quant à la Chambre des députés, ainsi que la Pré- 
sidence du conseil des Ministres, elles ne répondirent 
pas à ma pétition ; et le Sénat attendit jusqu'au 30 oc- 
tobre suivant pour la communiquer à son tour à M. 
le Ministre Barthou, ce qui me mit dans l'obligation 
d'adresser à cette haute assemblée, à la date du 12 no- 
vembre 1907, une nouvelle et longue pétition que je 
crois devoir reproduire ci-après : 



CHAPITRE V 



Je donne d'abord mes noms et adresse et je conti- 
nue ainsi : 

« Après lecture faite d'une note émanant de la troi- 
sième commission du Sénat, qui m'est parvenue le 31 
octobre écoulé, j'ai pris connaissance du « journal of- 
ficiel » du 30 octobre 1907, où j'ai lu ce qui suit me 
concernant : 

«Troisième commission (nommée le 12 mars 1907). 

«Pétition n° 46 (du 12 mars 1907). 

« M. Nourisson, ancien conducteur des ponts et 
chaussées, à Pèghes (Puy-de-Dôme), se plaint d'être 
victime d'un déni de justice. 

« M. Piettre, rapporteur. 

« Rapport. 

« Nous proposons de renvoyer cette pétition à l'exa- 
men de M. le Ministre des Travaux Publics, des Pos- 
tes et Télégraphes. (Renvoi au ministre des Postes et 
des Télégraphes.) 

« (Ma pétition ci-dessus rappelée est datée du 7 
mars 1907 et non du 12 ; elle fut déposée à l'adresse 
du Sénat, sous pli recommandé A. R., le même jour, 
au bureau de poste d'Ambert. Elle me fut retournée 
sous enveloppe ouverte le 10, pour défaut de légalisa- 
tion de ma signature. Cette formalité fut remplie le 1 1 
et, le même jour, je redéposai à l'adresse du Sénat et 
sous pli recommandé A.R., au bureau de poste d'Am- 
bert, la dite pétition reçue le 10.) 

« Au sujet de la communication de ma pétition à 



— 41 — 

M. le Ministre des Travaux Publics, je crois devoir 
faire toute réserve utile sur la personnalité de M. Bar- 
thou ; et pour cela je ne sais mieux faire que de co- 
pier ici pour le Sénat les observations que j'ai déjà 
fait parvenir à M. le Président de la République, à 
qui j'avais adressé, à la même date (7 mars 1907), la 
même pétition. 

« Voici ces réserves : » 

Cette lettre a déjà été reproduite au chapitre V, il 
est donc inutile de la recopier ici. Il en est de même 
de la note qui vient ensuite (publiée dans le journal 
dit « Feuille d'Avis de Lausanne », à la date du 17 
septembre 1906. Voir au chapitre premier). 

La suite de ma pétition continue par une lettre re- 
commandée à la poste A.R., adressée le 29 mars 1906, 
à M. Clemenceau, Ministre de l'Intérieur. Elle est ainsi 
rédigée : 

« Au sein d'une commission du Congrès internatio- 
nal de la Libre Pensée, tenu à Genève en 1902, parlant 
de la criminelle machination de l'Affaire Dreyfus, je 
donnai lecture d'un passage de mon mémoire où je 
m'exprime ainsi : «... Cette Affaire sera l'origine d'une 
« Ere nouvelle, Ere de l'Humanité par opposition à 
« celle des Dieux de sauvagerie et de torture... » Je 
crois, M. le Ministre, que l'aurore de cette Ere nou- 
velle est en train de se lever sur la France d'abord, 
les autres nationalités ensuite. J'espère que, étant l'un 
des meilleurs ouvriers du progrès humain, laïque et so* 
cial, vous aiderez de toute la puissance de votre pro- 
digieux talent. 

« Quant à moi, M. le Ministre, j'ai vainement at- 
tendu la Vérité entière et la fin de ce sombre drame 
mondial. J'ai ajouté, bien naïvement sans doute, quel- 
que créance aux républicains français qui, se frappant 
la poitrine, voulaient dire la Vérité, toute la Vérité ! 



— 42 — 

J'ai cru quelque peu à la sincérité des francs-maçons 
français qui, eux aussi, frappant encore plus fort sur 
tous leurs triangles, voulaient encore mieux la Vérité, 
toute la Vérité ! 

« Et aujourd'hui, je crois que ces mêmes républi- 
cains et ces mêmes francs-maçons ont fait tout ce qu'il 
fallait par toutes sortes de lois et de moyens pour la 
murer dans son puits, en assurant l'impunité aux 
grands criminels d'abord, paralysant sa manifestation 
ensuite. En un mot, ni les uns ni les autres n'en veulent 
plus de cette vérité qui les blesse si profondément et en 
si grand nombre. Qu'en pensa notamment votre collè- 
gue, M. Barthou, l'homme à Méline et au coup d'Etat ? 
« Ma modeste personne proteste une fois de nlus 
contre cet état de choses ; et j'ajoute que, s'il est d'un 
bon citoyen républicain d'obéir raisonnablement aux 
lois de son pays, à toutes ses lois bonnes et mauvai- 
ses, il est encore mieux, à mon humble avis, dans une 
Affaire aussi grave qui, malgré tout, sera peut-être in- 
tégralement connue un jour, d'obéir à la suprême loi 
de l'Histoire qui clouera impitoyablement à son pilori 
tous les bandits de cette incommensurable monstruosité. 

« En attendant cette suprême justice que j'ai aidée 
et que je veux continuer à aider de toutes mes faibles 
forces, je vous prie de vouloir bien retirer du présent 
pli deux notes autocopiées et annotées à la main par 
mes soins, notes distribuées à un certain nombre de 
congressistes libres penseurs réunis à Rome en 1904 
et à Paris en 1905. 

« Et comme ce qui se passe depuis une quinzaine 
d'années au moins autour de ma correspondance est 
plus que singulier, je me permets de faire recomman- 
der le présent pli afin de conserver une preuve écrite 
de son dépôt à la poste. 

« Veuillez agréer, etc. » 



— 43 — 

« A ce jour, je confirme entièrement ce que j'ai 
écrit ci-dessus le 29 mars 1906 à M. Clemenceau, sauf 
que j'ai perdu confiance en lui et en la franc-maçon- 
nerie. 

« Ci-après, à titre de renseignement encore, la copie 
textuelle de la lettre adressée à M. Sarrien, Ministre 
de la Justice et Président du conseil des Ministres, 
lettre recommandée A.R. au bureau de poste de Job, 
le 14 juin 1906. 

« Je soussigné (noms et adresse) ai l'honneur de 
vous communiquer respectueusement ce qui suit, au 
moment où, de nouveau, vont se rouvrir les débats 
sur l'Affaire Dreyfus, savoir : 

« Tout d'abord, la copie d'une lettre recommandée 
AR., adressée le 29 mai dernier à M. Louis Barthou, 
Ministre des Travaux Publics de votre choix. 

« M. le Ministre, 

« J'ai l'honneur de vous exposer respectueusement 
ce qui suit : 

« Je suis toujours pour vous, comme pour tous vos 
prédécesseurs, jusque et y compris M. Turrel, un par* 
fait malhonnête homme, puisque les décisions ministé- 
rielles des 11 octobre 1897, 19 janvier et 7 mars 1898 
me concernant, subsistent encore à ma connaissance et 
dans leur intégralité. 

« C'est par ces décisions, M. le Ministre, que vo- 
tre prédécesseur et collègue m'a mis en retrait d'emploi 
de conducteur des ponts et chaussées, déplacé d'office, 
envoyé dans le département du Cher et révoqué finale- 
ment, sous le prétexte que f avais « gravement manqué 
à la discipline d'abord, dirigé ensuite contre mes chefs 
(M. Rolland de Ravel, ingénieur ordinaire, à Roanne ; 
M. Delestrac, ingénieur en chef, à St-Etienne ; et M. 
Deloche, inspecteur général et ancien ingénieur en chef 
de la Loire) des allégations malveillantes et sans fon- 



— 44 — 

dément, et donné à mes attaques la forme étrange d'un 
procès-verbal pour contravention de grande voirie, 
adressé par moi au procureur de la République, à 
Roanne. 

« Vous êtes devenu député du « bloc républicain », 
paraît-il, et Ministre des Travaux Publics par dessus le 
marché, après avoir opéré à l'Intérieur sous Méline, 
l'homme au coup d'Etat, après avoir dirigé le préfet 
Grimanelli à St-Etienne et le sous-préfet Abeille à 
Roanne qui me firent prêter un serment rationaliste, le 
30 avril 1897, après avoir été l'ami du député Audif- 
fred qui, avec les précédents et bien d'autres encore, 
agirent contre moi particulièrement en 1897 et 1898 ? 

« Eh bien ! M. le Ministre, je vous déclare une 
fois de plus que plus que jamais je reste dans ma mal- 
honnêteté, qui est la vérité à ma connaissance, contre 
votre honnêteté, celle de vos prédécesseurs jusqu'à M 
Turrel et celle de vos ingénieurs qui est le mensonge ; 
mensonge que ni votre Administration ni celle de la 
Justice n'ont jamais consenti — naturellement — et 
malgré mes demandes, à examiner en ma présence ? 

« Je vous déclare encore que tout cela fait partie 
du complot de coup d'Etat et de la criminelle machi- 
nation de l'Affaire Dreyfus, complot que j'ai dévoilé 
de mon mieux dès 1894-95, afin d'aider à sauver la 
République et la paix de l'Europe. 

« J'ai fait cela tout en résistant à la haine et à la 
scélératesse de toutes les « calottes coalisées », et en es- 
suyant les saletés du personnel voyer cher à M. le dé- 
puté Guyot-Dessaigne ; j'ai résisté de même aux haines 
non moins grandes des ingénieurs « chers camarades » 
aux ex- Ministres Mercier, Cavaignac, Krantz, de Frey- 
cinet et Cie, vos anciens amis. 

« Veuillez agréer, etc. » 



— 45 — 

Je poursuis ensuite ma lettre à M. Sarrien de la 
manière suivante : 

« Je fais cette communication, M. le Ministre, afin 
de vous en laisser toute la part de responsabilité qui vous 
incombe, tant comme Garde des sceaux, Ministre de 
la Justice, que comme Président du conseil des Minis- 
tres, mais ce n'est pas tout. 

« Dans des notes autocopiées distribuées par mes 
soins à un certain nombre de congressistes français et 
étrangers, qui prirent part aux grandes assises de la 
Libre Pensée internationale tenues à Rome en 1904 et 
à Paris en 1905, j'ai fait ressortir que j'ai vainement 
demandé à être entendu par la Justice de mon pays 
dans l'Affaire Dreyfus: je formule de nouveau la même 
demande entre vos mains et j'ajoute qu'il est non seule- 
ment indispensable à mon avis que je sois longuement et 
publiquement entendu dans l'unique intérêt de la Jus- 
tice et de la Vérité, mais encore qu'il est nécessaire de 
procéder à une longue et minutieuse étude de faits qui 
se sont déroulés autour de moi depuis de nombreuses 
années. J'attendrai ici une réponse gouvernementale, 
mais jusqu'à la fin du présent mois seulement. (1) 

« Et si, par hasard, quelqu'un me faisait observer 
que les différentes lois d'amnisties, ainsi que la Sépara- 
tion des Eglises et de l'Etat ont pardonné, solutionné 
ou rendu impossible certains faits, certaines investiga- 
tions et que de nouveau et pour d'autres raisons il y 
a lieu de reprendre l'exécrable réponse (la question ne 
sera pas posée) du président Delegorgue au procès 
d'Emile Zola, je répondrais que je ne dois nullement 
en être rendu responsable, bien au contraire ; et que, 
dans cette colossale Affaire, je me place tout particuliè- 
rement en face de l'Histoire internationale qui, elle, 



(1) je n'ai reçu aucune réponse. 



— 46 — 

ainsi que vous ne l'ignorez pas, M. le Ministre, pose 
toujours la question en tout et pour tout et ne tient 
que médiocrement compte des arguties de la jurispru- 
dence de tous les temps et de tous les pays. 

« Quant aux raisons officielles tambourinées par 
toute la presse française sur les causas de la Sépara- 
tion des Eglises et de l'Etat, telle que la prétendue 
querelle du « nobis nominavit », la conduite ou Pin- 
conduite de la Papauté lors du voyage du Président 
Loubet en Italie, je vous déclare, M. le Ministre, que 
je tiens tout cela pour pure comédie concertée en vue 
de donner le change à l'opinion publique ; ou, si vous 
aimez mieux, intrigue maçonnique et gouvernementale. 
« Les véritables raisons de la Séparation (à pour- 
suivre) que pas plus les ministres que les républicains 
et les francs-maçons n'ont eu le courage d'avouer jus- 
qu'à ce jour sont les suivantes : 

« 1° Les dogmes religieux, antiscientifiques par na- 
ture, ne peuvent ni ne doivent, dans notre pays, à no- 
tre époque et à notre degré de civilisation, faire partie 
d'une institution d'Etat. 

« 2° Toutes les Eglises, la romaine particulièrement, 
ont toujours visé, combattu ouvertement ou non et 
criminellement intrigué, pour la domination politique 
et sociale sous prétexte de religiosité. 

« 3° Et surtout, la part prépondérante prise par 
l'Eglise romaine dans la dernière et longue préparation 
du complot de renversement de la République laïque, com- 
plot qui devait aboutir à la criminelle machination de 
l'Affaire Dreyfus en 1894, ainsi qu'à la publique décla- 
ration de guerre à la République laïque (avec appro- 
bation de la Papauté) faite par la majorité de l'épisco- 
pat français réuni à Clermont-Ferrand l'année suivante 
(mai 1895), sous le fallacieux prétexte de fêter le hui- 
tième centenaire de la première croisade. 



— 47 — 

« Tout le reste, Monsieur le Ministre, n'est qu'ac- 
cessoire, intrigue ou mensonge ; les républicains cons- 
cients, les francs-maçons et vous-même, ne l'ignorez 
pas. 

« Veuillez agréer, etc. ». 

« Je confirme de nouveau le contenu de cette lettre 
pour le Sénat. » 



« J'ai cité plus haut les décisions ministérielles me 
concernant des 11 octobre 1897, 19 janvier et 7 mars 
1898, ainsi que mon procès-verbal pour contravention 
de grande voirie dressé contre les ingénieurs, mes chefs 
de service, et mon assermentation rationaliste ; je vais 
reproduire ces documents à titre de renseignements 
pour le Sénat. 

« Ci-après, copie textuelle du procès-verbal de mon 
serment professionnel, formalité qui fut accomplie sur 
la proposition des ingénieurs, mes chefs (M. Rolland 
de Ravel, à Roanne, et M. Delestrac, à St-Etienne), 
après que je leur eusse déclaré que, contrairement à 
l'habitude, je n'avais jamais été assermenté, bien qu'ayant 
été nommé conducteur des ponts et chaussées en 1886. 

Sous-préfecture de Roanne. 
Roanne, le 30 avril 1897. 

L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, le trente 
«avril, devant nous, sous-préfet de Roanne, s'est pré- 
« sente M. Nourisson Benoît, nommé conducteur des 
« ponts et chaussées, en résidence à St-Germain- Laval, 
« par décision ministérielle en date du 3 décembre 1895. 
« Lequel, sur l'invitation que nous lui avons faite, a 
« prêté entre nos mains le serment de remplir ses fonc- 
« tiens avec zèle, exactitude et probité, nous l'avons dé- 
« claré installé dans ses fonctions et avons dressé le 



« 
« 

« 



— 48 — 

« procès- verbal, dont lecture a été faite au comparant 
« qui l'a signé avec nous. 

« Le comparant, 

« Signé : B. Nourisson. 

« Le sous-préfet, 

« Signé : Abeille. 

« Enregistré le même jour, à Roanne, fol. 46, C. 5. 
« Coût : vingt francs cinquante centimes. » 

« Au service vicinal du Puy-de-Dôme où j'avais été 
employé de 1890 à 1894, il m'avait été déclaré que, 
pour se conformer aux vues du conseil général et de 
l'agent voyer en chef Du lier, les agents voyers de ce 
département n'étaient pas assermentés. 

« Je fus envoyé dans la Loire en 1895, par M. 
Guyot-Dessaigne, alors Ministre des Travaux Publics ; 
il y a eu de ce côté des intrigues avouables ou non, 
relatives à la fusion projetée des services de voirie, la- 
quelle fut votée par la Chambre des députés fin 1895 
et repouss'ée aussitôt par le Sénat (loi de finances) (1). 
Je compte revenir plus tard sur cette question ; pour 
le moment, je me contente d'ajouter que je fus con- 
traint de me remettre à la disposition du Ministre des 
Travaux Publics. Je m'en consolai quelque peu en 
pensant que cette nouvelle situation me fournirait très 
vraisemblablement l'occasion de vérifier la culpabilité 
des ingénieurs mes chefs nouveaux et anciens, dans le 
complot de coup d'Etat et de l'Affaire Dreyfus, vérifi- 
cation qui s'est du reste parfaitement réalisée, pour M. 
Rolland de Ravel, notamment. 



« 



Ci-après, copie textuelle de mon procès-verbal pour 
contravention de grande voirie, relaté plus haut : 



(1) Voir au chapitre VIII la mort subite de M. Guyot-Dessaigne, sur- 
venue au Sénat le 31 décembre 1907 ? 



« 

« 



— 49 — 

« Ponts et chaussées. — Grande voirie. — N° 38 
« du registre d'ordre du conducteur : 22 septembre 
« 1897. 

« Procès-verbal pour contravention de grande voi- 
« rie. 

« Le vingt-un septembre mil huit cent quatre-vingt- 
« dix-sept, à cinq heures du soir, nous soussigné, Nou- 
risson, Benoît, conducteur des ponts et chaussées dû- 
ment assermenté, chargé de la subdivision de St- 
Germain- Laval, déclarons et certifions exact que 
« depuis notre arrivée dans le service, fin 1895, 
« mais notamment depuis le commencement de la pré- 
sente année, une longue discussion accompagnée d'une 
volumineuse correspondance s'est engagée entre M. 
Rolland de Ravel, ingénieur ordinaire, à Roanne ; 
M. Delestrac, ingénieur en chef, à St-Etienne ; M. 
Deloche (24 août 1897), inspecteur général chargé 
« de la sixième inspection, en résidence à Paris, et 
« nous, au sujet des fournitures de matériaux d'em- 
« pierrements faites par les entrepreneurs Prost et Boi- 
« chon, sur une partie des routes nationale n° 81 et 
« départementale n° 6, comprises dans notre subdivi- 
« sion. 

« Nous certifions absolument exact, ainsi qu'il serait 
« du reste facile de le vérifier, que depuis de nombreu- 
« ses années ces fournitures de matériaux ont été faites 
« dans des conditions notoirement inférieures aux pres- 
« criptions des articles 4, 6 et 19 des devis approuvés, 
« au grand détriment des deniers de l'Etat et de ceux 
« du Département, sous la surveillance de M. Rolland de 
« Ravel dirigeant le service. Au lieu de la bonne pierre 
« prévue par l'article 6 des devis, il en a été fourni de- 
« puis très longtemps de la médiocre et de la mauvaise, 
« laquelle a été payée évidemment au prix de la bonne, 
« c'est-à-dire aux prix des adjudications ; c'est contre 



— 50 — 

« cet état de choses que nous nous sommes efforcé de 
« réagir dès notre arrivée dans le service et contre le- 
« quel nous faisons toujours tous nos efforts, bien que 
« nous considérions que nos plus redoutables adver- 
« saires soient nos ingénieurs ci-dessus dénommés. Et 
«si la qualité de la pierre est susceptible de discussion, 
« ce qui du reste n'est pas notre avis, il n'en est pas 
« de même du cassage : toute cette pierre sans aucune 
« distinction, qu'elle doive être employée au rouleau à va- 
« peur ou non, doit être cassée de façon à passer en 
« tous sens dans un anneau de six centimètres de dia- 
« mètre (articles 4 et 19 des devis) et cela quelle que 
« soit sa dureté, elle a du reste été payée et le sera 
« encore en conformité de cet article. Mais, malgré tout 
« cela, M. l'ingénieur ordinaire nous a ordonné et nous 
« ordonne de nouveau, par sa lettre du 20 courant, 
« malgré toute notre correspondance et nos protesta- 
« dons, malgré nos observations verbales du onze de 
« ce mois, malgré notre procès-verbal pour contraven- 
« tion de grande voirie du quinze courant (enregistré), 
« de nous servir encore de l'anneau antiréglementaire 
« de sept centimètres de diamètre pour la vérification 
« de la pierre cassée, afin d'en consigner les résultats 
« au procès-verbal de réception. 

« En conséquence, nous avons dressé le présent pro- 
« cès-verbal, à l'effet de faire prononcer par, qui 
« de droit contre les dits ingénieurs dénommés d'autre 
« part, conformément aux lois et règlements. 

« A St-Germain- Laval, les jour, mois et an que des- 

* sus ' « Signé : B. Nourisson. 



Vu et affirmé par serment devant moi, Poyet, An- 
dré, maire de la ville de St-Germain- Laval (Loire). 
A St-Germain-Lav&l, le vingtrun septembre mil 
« huit cent quatre-vingt-dix-sept. c Si°né * Poyet 



« 

« 

« 



— 51 



« 



Visé pour timbre et enregistré. — St-Germain-La- 
« val, le vingt-deux septembre mil huit cent quatre- 
« vingt-dix-sept, fol. 55, case 8. — Débet : trois francs 
« soixante-dix centimes. « Siçné : Combaud. » 

« J'affirme de nouveau et pour toujours le contenu 
du procès-verbal ci-dessus reproduit par le Sénat. 

« Le 25 septembre suivant, M. de Ravel m'ordonna 
encore, sur les lieux, malgré mes protestations faites 
en présence des cantonniers et des entrepreneurs, de me 
servir de l'anneau antiréglementaire de sept centimètres 
de diamètre. (Cet anneau est resté entre mes mains.) 



« Ci-après, copie de la décision ministérielle me con- 
cernant, datée du 11 octobre 1897 et rappelée plus haut. 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 
Ministère des Travaux Publics, etc. 



«Paris, le 11 octobre 1897. 
« Monsieur, 
« Vous avez à plusieurs reprises gravement manqué 
c< à la discipline, soit en n'exécutant pas les ordres qui 
« vous étaient donnés, soit en dirigeant contre vos 
« chefs des allégations malveillantes et sans fondement. 
k Vous avez même récemment donné à vos attaques la 
c< forme étrange d'un procès-verbal pour contravention 
« de grande voirie, adressé par vous au procureur de 
« la République. 

« Ces faits appellent une répression et je vous ai 
« mis en retrait d'emploi pendant trois mois. Vous 
« conserverez dans cette situation les deux cinquièmes 
«de votre traitement à dater du 16 octobre 1897. 

« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite 
« considération. 

« Le Ministre des Travaux Publics, 
« Signé : Turrel. » 



« 



— 52 — 

* * 

Ci-après, copie conforme de la décision ministé- 
rielle me concernant, datée du 19 janvier 1898 et rap- 
pelée également plus haut : 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

Ministère des Travaux Publics, etc. 

« Paris, le 19 janvier 1898. 
« Monsieur, 
« En réponse aux lettres que vous m'avez écrites, je 
« vous adresse l'invitation formelle d'avoir à rejoindre 
« pour le 26 janvier 1898 (le chiffre 2 du nombre 26 
« est surchargé et gratté) le poste qui vous a été assi- 
« gné dans le département du Cher. 

« Je dois vous avertir qu'un refus d'obéissance en- 
« traînera votre révocation immédiate. 

« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite 
« considération. 

« Le Ministre des Travaux Publics, 
« Signé : Turrel.» 

« Après le 26 janvier 1898, je crus que j'étais ré- 
voqué, puisque je n'avais pas quitté St-Germain- Laval : 
je l'écrivis au Ministre. 



« Ci-après, copie conforme de la décision ministé- 
rielle me concernant, datée du 7 mars 1898 et relatée 
également plus haut : 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 
Ministère des Travaux Publics, etc. 

«Paris, le 7 mars 1898. 
« Le Ministre dts Travaux Publics annonce à M. 
« Nourisson qu'il est révoqué des fonctions de conduc- 
« teur des ponts et chaussées de IV me classe pour avoir 
« refusé, à diverses reprises, et notamment le 23 jan- 
«vier 1898, de se rendre au poste qui lui a été assi- 



— 53 — 

«gné dans le service ordinaire du département du 
« Cher. 

« Cette disposition aura son effet à dater du jour 
«de sa notification. Du 16 janvier 1898 à ce jour, M. 
« Nourisson sera considéré comme ayant été en congé 

« sans traitement. 

« Signé : Turrel. » 

« Dans ma lettre du 23 janvier 1898 adressée à M. 
le Ministre des Travaux Publics et ci-dessus rappelée, 
je demande : 1° Copie de la décision ministérielle du 
30 septembre ou du 2 octobre 1897 m'envoyant à 
Bourges (je ne l'ai jamais reçue) ; 2° Je continue à 
protester contre ce déplacement et contre la menace de 
révocation ; 3° Je proteste contre un nouveau déplace- 
ment de Bourges à la Guerche et je demande une co- 
pie de la décision me l'imposant (je ne l'ai jamais re- 
çue) ; 4° Je confirme mes deux lettres des 30 et 31 dé- 
cembre 1897, où je déclare notamment ne pouvoir ac- 
cepter de déplacement avant le 15 juillet 1898. 



« Voici maintenant quelques-unes des réflexions que 
me suggèrent les documents reproduits plus haut et 
sur lesquelles j'appelle toute l'attention du Sénat. 

« (Ces documents ont été publiés avec beaucoup 
d'autres, sous ma signature, dans le journal « Le Dé- 
mocrate de Roanne ». La collection complète de mes 
publications dans ce journal, accompagnée d'un dos- 
sier intitulé : « Origine de l'Affaire Dreyfus et révoca- 
tion de M. Nourisson, conducteur des ponts et chaus- 
sées », a été remise par moi à M. François, secrétaire 
général du Puy-de-Dôme, à son cabinet de la préfec- 
ture, le 11 mai 1900.) 

« Mon procès-verbal pour contravention de grande 



— 54 — 

voirie, du 21 septembre 1897, reproduit plus haut, fut, 
aussitôt après sa régularisation, adressé par moi à M. 
le procureur de la République, à Roanne : pas d'au- 
tre résultat obtenu si ce n'est celui de se débarrasser 
promptement de ma modeste et gênante personne, par 
un retrait d'emploi suivi d'un lointain déplacement 
d'office survenus fin septembre ? ? 



« Des copies conformes de mon assermentation du 
30 avril 1897, ainsi que de mon procès-verbal pour 
contravention de grande voirie du 21 septembre 1897, 
accompagnés d'autres pièces et renseignements, furent 
adressées à M. le Ministre de la Justice le 1 er décem- 
bre 1900. Cette communication donna lieu à la lettre 
reproduite ci-après, savoir : 

RÉPUBLIQ.UE FRANÇAISE 
Ministère des Travaux Publics 

Direction du personnel et de la 
comptabilité 

Division du personnel — 2me bureau 

« 



« 

« 
« 



Paris, le 27 décembre 1900. 

A M. Nourisson, Benoît, 

à Pèghes par Job (Puy-de-Dôme). 

Monsieur, 

Je vous accuse réception des pièces jointes à vo- 
tre lettre du 1 er décembre 1900, adressée à M. le 
Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. 

« Le Ministre des Travaux Publics. — 
Pour le Ministre et par autorisa- 
tion : Le Directeur du personnel 
et de la comptabilité. 

« (Signature illisible). » 



« 
« 
« 



— 55 



« Par une lettre du 22 juin 1903, j'ai rappelé à M. 
le Ministre de la Justice ma communication du 1 er dé- 
cembre 1900, en lui faisant observer que l'accusé de 
réception, parti du Ministère des Travaux Publics à 
mon adresse et dont je lui donne copie, n'était peut- 
être qu'une sorte de dessaisissement. 

« Ma lettre du 22 juin 1903 me valut d'être appelé 
au cabinet de M. le procureur de la République, à Am- 
bert (Girardot), le 29 juin suivant. Ce magistrat me 
rudoya beaucoup tout d'abord, me déclara ensuite que 
ma révocation était parfaitement méritée (?) et que le 
« charabia » de ma lettre du 22 juin 1903, ci-dessus 
relatée, en rendait la compréhension à peu près impos- 
sible, etc., etc. Puis ce fut tout. Mais j'appris peu de 
temps après, par la voie de la presse, que ce magis- 
trat avait été déplacé et fait chevalier de la Légion 
d'honneur sur la proposition du général André, alors 
Ministre de la Guerre. On ne m'a pas dit si cette dis- 
tinction honorifique fut quelque peu la récompense de 
la conduite de ce fonctionnaire à mon égard, mais cela 
serait exact que je n'en serais nullement surpris ! 

* 
* * 

< Etant conseiller municipal à St-Germain- Laval où 
j'étais en résidence, je me rendis à une réunion de ce 
conseil qui eut lieu le 10 octobre 1897 (j'étais le seul 
conseiller républicain laïque et radical-sociaiiste et j'a- 
vais constamment à lutter contre tous mes collègues : 
le maire Poyet ; M. Bourganèl, ancien maire et frère 
du sénateur, etc., etc., ainsi que le juge de paix Vérot 
qui, au su de tous les germanois, dirigeait en sous- 
main cette municipalité. De ce côté encore, comme de 
celui de mon administration, on voulait se débarrasser 
de moi par n'importe quel moyen). L'ingénieur du che- 



— 56 — 

min de fer départemental en construction de Boèn à 
Roanne, par St-Germain- Laval, y vint également. Il en 
profita pour nous faire des déclarations à tendances 
électorales et réactionnaires (les élections législatives ap- 
prochaient) que je trouvai absolument contraires à la 
vérité et je le lui fis observer, ce qui le gêna beau- 
coup, ainsi que tous mes collègues. Puis, la séance 
ayant été levée, je donnai lecture à mes collègues des 
principaux passages de mon procès-verbal pour con- 
travention de grande voirie du vingt-un septembre pré- 
cédent. Le lendemain, onze octobre mille huit cent qua- 
tre-vingt-dix-sept, le Ministre des Travaux Publics pre- 
nait contre moi la décision reproduite plus haut. 

« L'invitation « formelle » exprimée dans la décision 
ministérielle du 19 janvier 1898, déjà reproduite, était 
d'autant plus malhonnête à mes yeux que non seule- 
ment elle tendait à débarrasser St-Germain- Laval et les 
environs de ma modeste personne, afin que les malver- 
sations administratives que j'avais signalées ne fussent 
point reconnues, les personnalités compromises démas- 
quées et ma propagande républicaine et laïque suppri- 
mée ; mais encore, j'étais à ce moment garde-malade 
de ma vieille et maladive mère qui s'était cassé un bras 
et gravement blessé la tête vingt jours avant (31 dé- 
cembre 1897). Cet accident fut volontaire de sa part, 
ou plutôt, lui fut ordonné en raison de mon entretien 
avec M. Jolibois, président de la société des conduc- 
teurs des ponts et chaussées, à son domicile, à Paris, l'a- 
vant-veille (30 décembre 1897) et d'une lettre que j'avais 
adressée la veille (30 décembre 1897) au Ministre des 
Travaux Publics, dans laquelle j'affirme à nouveau mon 
procès-verbal du 21 septembre 1897 et où je déclare 
refuser tout changement de résidence avant le 15 juil- 
let 1898. J'avais parlé à M. Jolibois de mes affaires 
administratives et lui avais montré ce procès-verbal du 



— 57 — 

21 septembre 1897, en le confirmant également. Je sa- 
vais déjà que ma mère avait été habilement et secrète- 
ment compromise dans mes affaires avant mon arrivée 
à St-Germain- Laval et, par conséquent, dans celle du 
complot de coup d'Etat et de l'Affaire Dreyfus ; j'ai 
su dans la suite qu'elle s'était laissée compromettre en- 
core, à la fois par des promesses et par la peur de 
ma révocation, en même temps qu'on lui faisait pro- 
mettre le secret le plus absolu à mon égard ? On l'a- 
vait poussée notamment jusqu'à venir fouiller dans mes 
papiers administratifs et me moucharder, juste au mo- 
ment où je me débattais le plus fort contre mes ingé- 
nieurs et entrepreneurs. 

« Je fais remarquer encore qu'au lieu de me ren- 
dre à Bourges pour le 26 janvier au plus tard, je n'en 
fis rien et ne fus pourtant point révoqué à l'expiration 
de cette date, conformément à la menace nettement ex- 
primée dans la décision ministérielle précitée. Je me 
rendis à Clermont-Ferrand et à Royat, le 30 janvier, 
pour assister à la conférence politique de MM. Hub- 
bard et Léon Bourgeois, députés, et je réintégrai mon 
domicile à St-Germain- Laval aussitôt après : je n'ai ja- 
mais employé personne ni fait quoi que ce soit pour 
parer à cette menace de révocation. 

« Dans la péroraison que nous fit M. Léon Bour- 
geois à l'éden-théâtre de Clermont-Ferrand, je com- 
pris très nettement qu'il était au courant de tout ou 
partie de mes révélations sur l'Affaire Dreyfus comme 
affaire politique. 



« La décision ministérielle du 7 mars 1898, repro- 
duite plus haut, portant ma révocation définitive, m'ins- 
pire les réflexions suivantes : 

« La question des conférences républicaines, laïques 



— 58 — 

et populaires pour adultes et adolescents, m'a intéressé 
depuis très longtemps. Pendant mon séjour à Pontau- 
mur (Puy-de-Dôme), de 1890 à 1894, alors que j'étais 
employé à la vicinalité de ce département, j'avais déjà 
donné mon adhésion à la société des conférences po- 
pulaires présidée par M. Guérin-Catelain, à Paris. En 
1897 et 1898, j'étais adhérent à la Ligue française de 
l'enseignement et je m'étais rendu plusieurs fois au 
cercle parisien de cette Ligue, où j'avais entendu dis- 
courir quelques personnages, notamment MM. Gabriel 
Séailles, Ferdinand Buisson, Léon Bourgeois, Marce- 
lin Berthelot, etc. Ayant appris qu'une organisation de 
ce genre était en voie de formation à St-Etienne, sous 
la présidence d'un universitaire, j'avais demandé à en 
faire partie. Le 3 mars 1898. j'avais pria part, à la 
mairie du 2 me arrondissement, à Paris, à l'assemblée 
générale de la Ligue de l'enseignement. Le 6 mars au 
soir, veille de ma révocation, j'assistai à la conférence 
faite par M. l'instituteur Perrin, à St-Germain- Laval 
(A4 M. les instituteurs germanois avaient donné quel- 
ques conférences, sous mon impulsion évidemment, et 
aussi sous celle des articles que je faisais paraître dans 
le journal « Le Démocrate de Roanne » ; malheureuse- 
ment, elles étaient toujours conçues dans un sens ré- 
trograde). A la fin de cette conférence, je pris la pa- 
role pour annoncer au public que, bien que n'ayant 
pas été admis à la société de St-Etienne, je n'en étais 
pas moins en bonne compagnie au cercle parisien de 
la Ligue de renseignement, lequel comprenait des per- 
sonnalités telles que MM. Ferdinand Buisson, Léon 
Bourgeois et Marcelin Berthelot ; j'ajoutai que je me 
proposais de faire des conférences éducatives à mon 
tour dans la même salle (prétoire de la justice de 
paix). Je n'ai jamais pu, par la suite, obtenir du juge 
de paix Vérot et très difficilement du maire Poyet Tau- 



— 59 — 

torisation de parler dans cette salle. Ma déclaration 
parut contrarier énormément les projets où les instruc- 
tions secrètes de M. l'instituteur Perrin, qui, brusque- 
ment, annonça les dates de quelques autres conféren- 
ces à faire par lui et ses adjoints. Le lendemain, 7 
mars 1898, j'étais définitivement révoqué ? ? (J'ai parlé 
de cet incident, en même temps que de la machination 
politico-sociale de l'Affaire Dreyfus, à M. Adrien Du- 
vand, vice-président de la Ligue de l'enseignement, à 
son domicile de la place Vintimille, à Paris, le 10 juil- 
let 1899.) 

« Quant à l'illustre savant Berthelot dont je viens 
de citer le nom ci-dessus, j'en parle longuement dans 
mon mémoire envoyé au Congrès de Genève, en 1902; 
je parle en même temps et très avantageusement de 
MM. Henri Brisson et Emile Zola, à propos de la 
machination politico-religieuse de l'Affaire Dreyfus. 

« Etant à Paris, le 25 décembre 1903, pour le congrès 
national de la Libre Pensée, j'en profitai pour remettre à 
M. Marcelin Berthelot, à son domicile de la rue Ma- 
zarine, les pièces ci-après, savoir : 1° Copie d'une note 
sur l'Affaire Dreyfus, déjà remise le 9 octobre pré- 
cédent à M. Ferdinand Buisson, dans la salle du con- 
grès radical-socialiste de Marseille ; 2° Une deuxième 
note inédite où j'expose à ce savant comment et dans 
quelles conditions j'ai failli trouver la mort à Pèghes, 
dans une tentative d'empoisonnement (raisons politico- 
administratives et de l'Affaire Dreyfus). 

« Je compte émettre d'autres réflexions et faire cer- 
tains rapprochements bien suggestifs à mon avis, dans 
mon travail en préparation, au sujet de la mort ac- 
cidentelle ou assassinat de M. Emile Zola, mort sur- 
venue dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, alors 
que, le 27, j'avais prononcé un petit discours, le ma- 
tin, à la réunion de la première commission et le soir, 



— 60 — 

à l'assemblée plénière du congrès de la Ligue de ren- 
seignement, à Lyon. Je m'étais réclamé notamment, 
dans mon discours de la matinée du 27, du rôle qui 
m'avait été dévolu au Congrès international de la Li- 
bre Pensée, tenu à Genève quelques jours auparavant 
(14 au 18 septembre). 

« J'ai bien d'autres réflexions à émettre au sujet 
d'autres décès naturels, accidentels ou non. (1) 

« Et maintenant, il me reste à clore par ce qui suit 
cette longue pétition : 

« Puisqu'il est bien vrai qu'en 1894-95, étant en ré- 
sidence à Clermont-Ferrand, je me suis employé de 
mon mieux, pour la première fois, à la divulgation de 
ce complot de coup d'Etat contre le progrès républi- 
cain, laïque, démocratique et la paix de l'Europe ; 

« Puisqu'il est bien vrai que, à ma connaissance, 
ce complot est intimement lié à mes affaires adminis- 
tratives de la vicinalité et des ponts et chaussées et que 
cela remonte au moins à l'année 1890, époque de mon 
arrivée à Pontaumur (Puy-de-Dôme) ; 

« Puisqu'il est bien vrai qu'en 1895, j'ai prié avec 
la plus grande instance M. Bacconnet, notaire à Giat, 
conseiller d'arrondissement de Riom, et lui seulement, 
de s'employer de son mieux à faire connaître mes ré- 
vélations et recommandations pour déjouer ce complot : 
intervention accusatrice de M. Emile Zola ; inter- 
vention également de MM. G. Clemenceau, H. Ro- 
chefort, etc. (depuis longtemps j'ai reconnu m'être 
trompé à l'endroit de M. Rochefort et maintenant j'ai 
perdu confiance en M. Clemenceau) ; 

« Puiqu'il est bien vrai que, à ma connaissance, la 
franc-maçonnerie et le parti républicain de mon pays, 
dont quelques membres ont fait, je le reconnais, de 



(1) Voir le chapitre VIII. 



— 61 — 

louables efforts dans le sens de la Vérité intégrale, 
n'ont visiblement pas voulu laisser se manifester au 
grand jour cette criminelle machination politico-sociale; 

« Puisqu'il est bien vrai que, malgré mes deman- 
des et la distribution de mes Notes autocopiées sur 
l'Affaire Dreyfus, à Rome, en 1904 et à Paris, en 
1905, je n'ai pas été autorisé à déposer en justice sur 
cette Affaire (la Chambre des députés ayant du reste 
déclaré ne pas vouloir laisser sortir l'Affaire Dreyfus 
du domaine judiciaire ?)... 

« Je déclare ici formellement et pour toujours, de- 
vant le Monde et l'Histoire, que pour mon compte 
personnel je n'accepte aucune part de responsabilité 
dans ce que je crois être un immense escamotage de 
la Vérité intégrale dans l'Affaire Dreyfus, escamotage 
commencé au moins par MM. Dupuy en son « des- 
saisissement », Waldeek-Rousseau en son « cercle lé- 
gal » et son amnistie et continué sous leurs succes- 
seurs. 

« Et comme protestation suprême contre cet escamo' 
tage, j'ai pris la résolution, ainsi que je l'ai publié 
dans le journal dit « Feuille d'Avis de Lausanne », du 
19 septembre 1906, d'aller terminer mes jours à l'é- 
tranger. 

« Veuillez agréer, etc. » 

J'avais envoyé la pétition ci-dessus à sa destination 
depuis une quinzaine de jours, lorsque je reçus en 
communication du Sénat la réponse que M. le Minis- 
tre Barthou avait faite à cette haute assemblée ; je crus 
devoir répondre au Sénat, le 3 décembre 1907, par 
une troisième pétition que je vais reproduire ci-après. 
Cette reproduction apportera quelques éclaircissements 
supplémentaires sur les mystères de l'Affaire Dreyfus 
et des miennes, et le miracle républicain dont n'a pas 
parlé M. Clemenceau, à Amiens, ne pourra que s'é- 



— 62 — 

claircir un peu plus dans l'esprit du lecteur ; car c'est 
vraiment une chose extraordinaire que d'avoir pu sau- 
ver la République du coup d'Etat préparé dans de pa- 
reilles conditions ! 



Après avoir donné mes noms et adresse, je conti- 
nue ainsi : 

« J'ai reçu du Sénat, sous enveloppe ouverte, le 30 
novembre écoulé, une lettre sans date ni signature, avec 
en-tête du Sénat, portant collées à la première et à la 
seconde pages deux notes typographiées (sans dates ni 
annotations manuscrites), qui paraissent avoir été dé- 
coupées dans un numéro du «Journal officiel» (1). 

« Ces deux notes se rapportent à ma pétition du 7 
mars dernier adressée au Sénat, laquelle fut transmise 
à M. le Ministre des Travaux Publics Barthou qui, 
par sa réponse en partie erronée, me met dans l'obli- 
gation de formuler les nouvelles réserves suivantes : 

« M. le Ministre dit en effet ce qui suit dans sa 
réponse au Sénat : 

«M. Nourisson, né le 15 janvier 1860, a appartenu 
« à l'administration des ponts et chaussées, en qualité 
« de commis ou de conducteur, depuis le 1 er mai 1885 
« jusqu'au 7 mars 1898, date à laquelle il a été révo- 
« que pour manquements à la discipline. » 

« Tout d'abord, est-ce bien le 1 er mai 1885 que j'ai 
été nommé commis des ponts et chaussées ou le 30 
mars précédent ? 

« Quant aux « manquements à la discipline », 
ils sont parfaitement exacts, s'il s'agit seulement des 
refus de quitter St-Germain- Laval pour aller « dans le 



(1) Il est peut-être plus exact de dire: dans un rapport imprimé, car 
je n'ai rien trouvé de semblable dans le « journal officiel » que j'ai 
pourtant feuilleté avec soin. 



— 63 — 

service ordinaire du département du Cher », refus re- 
latés dans la décision ministérielle du 7 mars 1898 me 
révoquant. J'ai déjà dit ailleurs, notamment dans ma 
pétition du 12 novembre dernier adressée au Sénat, 
que la principale raison de ce refus réside dans l'Af- 
faire Dreyfus et ses annexes ; et j'ai ajouté que cette 
même raison me pousse maintenant (c'est déjà fait de- 
puis 1906) à demander l'hospitalité à l'étranger pour 
mes vieux jours. 

« Ensuite, M. le Ministre Barthou continue ainsi 
sa note : 

« Depuis cette dernière note, M. Nourisson a adressé 
« de nombreuses communications à l'administration des 



« 



Travaux Publics, à celle de la Justice, etc., etc., qui 
« ont toutes pour but d'obtenir l'autorisation visée 
« dans sa lettre du 7 mars dernier. » 

« Il est vrai, en effet, que j'ai fait de nombreuses 
communications aux Pouvoirs Publics depuis cette épo- 
que, Présidence de la République comprise, mais il est 
inexact ou mensonger (comme on voudra) d'affirmer 
que « toutes ces communications ont eu pour but d'ob- 
tenir l'autorisation visée dans ma lettre du 7 mars 
dernier ». 

« Mes communications à M. le Ministre de la jus- 
tice, par exemple, des 1 er décembre 1900, 22 et 30 
juin 1903, consistent uniquement à saisir la Justice 
(chose bien difficile) des affaires relevant de mes pro- 
cès-verbaux pour contraventions de grande voirie des 15 
et 21 septembre 1897, lesquels n'ont eu, je crois, au- 
cune suite ? ? 

« Et cela, M. le Ministre des Travaux Publics ne 
l'ignore pas, si j'en crois les termes de sa lettre du 27 
décembre 1900, signée en son nom par M. le direc- 
teur de son personnel (lettre reproduite plus haut dans 
le corps de ma pétition adressée au Sénat le 12 no- 



— 64 — 

vembre dernier), puisque celui-ci m'accuse réception des 
pièces jointes à ma lettre du 1 er décembre 1900 adressée 
à M. le Ministre de la Justice. 

«Cette communication du 1 er décembre 1900, à M. 
le Ministre de la Justice, fut faite en deux paquets sé- 
parés, savoir : 

« Un pli fermé contenant : 1° Copie de la décision 
ministérielle du 11 octobre 1897. — 2° Copie du pro- 
cès-verbal de mon assermentation du 30 avril 1897. — 
3° Copie de mon procès-verbal pour contravention de 
grande voirie du 15 septembre 1897. — 4° Copie de 
mon procès-verbal pour contravention de grande voi- 
rie du 21 septembre 1897. — 5° Copie d'une lettre ad- 
ministrative afférente aux malpropres affaires de la vi- 
cinaîité du Puy-de-Dôme, à laquelle j'ai appartenu de 
1890 à 1894. — 6° Une lettre explicative à M. le Mi- 
nistre de la Justice. 

Etaient contenus dans un deuxième paquet : 
Trois numéros du journal « Le Démocrate de 
Roanne » des 26 mars, 9 avril et 7 mai 1899, plus 
une copie d'une note de M. Rolland de Ravel, mon 
chef immédiat, du 3 septembre 1897 (cette copie était 
collée dans l'un de ces journaux). 

« Et, chose curieuse, ma lettre de rappel du 22 
juin 1903 à M. le Ministre de la Justice, me fut com- 
muniquée par l'intermédiaire de M. le maire de Job 
(docteur Coste), le 28 juin suivant. J'ai remarqué, écrit 
sur cette lettre, au-dessous du cartouche portant la 
mention « Ministère de la Justice, cabinet », les deux 
mots soulignés: «pas trace». M. le procureur de la 
République Girardot, à Ambert, que je vis le lende- 
main, parut fort contrarié de ce que M. le maire 
m'eût fait cette communication ; il me déclara qu'il lui 
« laverait la tëie d'importance » ? 

« Tout cela semble indiquer que les deux paquets 



« 

« 



— 65 — 

ci-dessus relatés furent retirés, enlevés ou subtilisés à 
la poste ou ailleurs (comme on voudra) sur des or- 
dres que, naturellement, je n'ai jamais connus ni exé- 
cutés ceux-là ! 

« Quant aux autres communications aux Pouvoirs 
Publics auxquelles M. le Ministre Barthou fait allu- 
sion dans sa réponse au Sénat, elles consistent, pour 
la plupart tout au moins, en la divulgation de l'Affaire 
Dreyfus comme criminelle machination politico-sociale 
et en demandes tendant à être autorisé à déposer en 
justice sur cette Affaire. De cela, M. le Ministre Bar- 
thou n'en parle pas dans sa note adressée au Sénat ??? 

« Enfin, puisqu'il est bien établi maintenant que 
mes secrets dossiers d'ancien fonctionnaire ne me se- 
ront jamais communiqués, je profite de cette circons- 
tance, après plus de dix ans d'attente (c'est horrible 
cela), pour demander très respectueusement au Sénat 
ce qui suit : 

« Quels sont donc « les ordres qui m'ont été don- 
nés par mes chefs hiérarchiques et que je n'ai pas 
exécutés » ? 

« Quelles sont donc les « allégations malveillantes 
et sans fondement que j'ai dirigées contre eux » ? 

« Ordres et allégations sommairement exprimés 
dans la décision ministérielle du 11 octobre 1897 de 
M. le Ministre des Travaux Publics, reproduite dans 
ma pétition adressée au Sénat le 12 novembre dernier. 

« Je demande précision et détails sur ces points-là ! 

« Je ne parle pas naturellement du contenu de la 
décision ministérielle du 2 octobre 1897 m'imposant un 
déplacement d'office de St-Germain- Laval à Bourges, 
puisque, malgré mes demandes adressées à M. l'ingé- 
nieur en chef du Cher d'abord, puis à celui de la 
Loire et au Ministre lui-même, je n'ai jamais pu en 
obtenir copie ? ? 

5 



— 66 — 

« Quant à mon procès-verbal pour contravention de 
grande voirie du 21 septembre 1897, j'ai déjà dit que 
je le maintiens plus que jamais, dans ma pétition 
adressée au Sénat le 12 novembre écoulé. 

« Veuillez agréer, etc. » 

Le 26 janvier 1908, j'ai adressé de nouveau au Sé- 
nat une carte postale recommandée à la poste où je lui 
rappelle mes deux expéditions des 12 novembre et 3 
décembre précédents. J'attire tout particulièrement son 
attention sur la demande de renseignements relatifs aux 
prétendus « ordres non exécutés et allégations malveil- 
lantes et sans fondement dirigées contre mes chefs». 

A ce jour, fin juillet 1909, je n'ai reçu aucune ré- 
ponse ni du Sénat ni d'ailleurs ? 



Je crois devoir expliquer au lecteur qu'il s'agit, 
dans ces affaires administratives qu'il vient de lire et 
que je vais développer encore plus loin, non seulement 
d'une question de propreté et de moralité publiques, 
tendant à faire cesser des malversations considérables 
qui compromettaient depuis longtemps le trésor pu- 
blic, mais encore, j'avais très bien compris que ces 
malversations avaient un autre caractère exceptionnelle- 
ment politico-électoral et servaient parfaitement, dans 
la circonstance, le projet de coup d'Etat par l'Affaire 
Dreyfus ; elles consistaient à payer en cachette (cela se 
pratiquait et se pratique encore malheureusement sur 
une vaste échelle dans toute la France. De ce côté 
nous n'avons pas grand'chose à envier aux mœurs de 
corruption de l'Empire. J'en dis autant de la vicinalité 
et de son personnel voyer que je connais bien égale- 
ment, trop bien même, puisque, après quatre années 
d'expérience de 1890 à 1894, je quittai définitivement 



— 67 — 

cette administration pour des considérations de ce 
genre) les services électoraux d'un certain nombre 
d'entrepreneurs et de tâcherons plus ou moins influents 
et aux dents plus ou moins longues, tous protégés de 
la réaction proprement dite, ou encore, ce qui était la 
même chose à cette époque, des mélino-cléricaux de la 
région, genre Audiffred, Bourganel et Cie. Il en étetit 
de même dans le reste du département de la Loire, 
sous l'œil paternellement bienveillant de notre uni- 
que grand homme politique Waldeck-Rousseau, qui ne 
se décida que plus tard et sur les instances de MM. 
Léon Bourgeois et Loubet à défendre la République. 
On sait du reste, et on le saura mieux encore dans 
l'avenir, qu'il ne la défendit qu'à la façon du mauvais 
pompier, c'est-à-dire en faisant la part du feu la plus 
grande possible par le trucage du procès de coup d'E- 
tat devant la Haute-Cour (MM. Déroulède, Marcel 
Habert et Cie), par l'emprunt des moines d'orient, par 
le concordat des congrégations, par son « cercle lé- 
gal » et l'amnistie scélérate, etc., etc. 



Voici maintenant un spécimen des discussions en- 
gagées avec mes chefs hiérarchiques au sujet des four- 
nitures de matériaux d'empierrements des routes de ma 
subdivision ; il s'agit tout d'abord d'une lettre of- 
ficielle envoyée à son adresse et à sa date, laquelle a 
déjà été publiée dans le N° du 9 avril 1899 du jour- 
nal «Le Démocrate de Roanne». 



« 

« 



St-Germain- Laval, le 26 juillet 1897, 
N° 143 du registre d'ordre du conducteur 
subdivisionnaire. 
« Le conducteur des ponts et chaussées à M. Rol- 
land de Ravel, ingénieur ordinaire, à Roanne. 



— 68 — 



« 
« 



Monsieur l'ingénieur, 

Les instructions verbales que vous m'avez don- 
nées à Balbigny, vendredi dernier 23 courant, instruc- 
tions qui ne sont du reste que le développement de 
celles contenues dans vos notes des 1 er mars, 16 et 25 
juin de l'année courante, relatives à la fourniture et à 
la réception des matériaux d'empierrements, m'inquiè- 
tent sérieusement. 

« Le but que je poursuis au sujet de ces fournitu- 
res, but que je vous ai exposé depuis longtemps, est 
d'exiger que MM. les entrepreneurs Prost et Boichon 
les fessent mieux que par le passé et qu'ils se confor- 
ment enfin raisonnablement aux prescriptions de leurs 
devis d'entretien. 

« Les points que je souligne ci-après et sur lesquels 
doivent, à ma connaissance, porter ces améliorations 
sont désignés aux devis de la façon suivante, savoir : 

« 1° Extraction des matériaux dans les meilleurs 
bancs des carrières ouvertes (art. 6). 

« 2° Purgeage de la pierre cassée à l'aide du râ- 
teau ou de la claie (art. 6). 

« 3° Cassage de la pierre à l'anneau de 0,06 m. 
(art. 4). 

4° Emmétrage régulier des matériaux (art. 10). 

Je ne sais trop si je puis compter sur votre ap- 
pui en vue d'obtenir ces améliorations, mais ce que 
je comprends bien, c'est que vous êtes résolument op- 
posé à exiger le cassage de la pierre à 0,06 m. desti- 
née aux rechargements cylindres de cette année, sous 
le prétexte que c'est un travail inutile et vous vous 
contentez de demander de la pierre cassée à 0,07 m. 
Je crois au contraire que la pierre cassée à 0,06 m. 
donne et donnera toujours de meilleures chaussées que 
celle cassée à 0,07 m.; et puis, la grosse question, à 



« 
« 



— 69 — 

mon sens, est que les entrepreneurs sont payés pour 
casser leur pierre à 0,06 m. et nous ne sommes pas 
libres d'accepter de la pierre plus grosse ; de plus, 
nous n'avons pas le droit de leur faire des gracieuse- 
tés, pas plus sur le cassage que sur d'autres articles 
de leurs fournitures. 

« En ce qui concerne le purgeage de la pierre cas- 
sée, vous m'avez exposé qu'il fallait, dans mes vérifi- 
cations, apprécier le volume de la terre et des débris 
en les passant à la grille et déduire ensuite par le cal- 
cul le cube trouvé de celui à faire figurer au procès- 
verbal de réception. Je pense au contraire qu'il faut 
absolument exiger une bonne fois pour toutes des en- 
trepreneurs qu'ils fassent le purgeage eux-mêmes, afin 
que cela leur serve d'indication et de leçon pour les 
années suivantes : un purgeage au râteau sera généra- 
lement suffisant (art. 6). 

« Cette manière de procéder est pratique et ration- 
nelle, elle est, de plus, conforme au devis (art. 6). 
Vous conviendrez certainement qu'apprécier, même 
d'une façon approximative, le volume de la terre et 
des débris dans un tas ou dans un cordon de pierres 
cassées est chose bien difficile, et je ne voudrais pas 
retomber, à cet égard, dans une affaire analogue à celle 
de la Croix-du-Lac de l'année dernière, affaire que tout 
le monde connaissait à l'avance, moi seul excepté? 

« Je vous avouerai, d'autre part, que mes entrepre- 
neurs ainsi que mes chefs cantonniers, voire même des 
cantonniers ordinaires, me font l'effet d'avoir été pré- 
venus directement de vos intentions, en raison de ce 
que les premiers me résistent réellement et que les se- 
conds me parlent dans votre sens depuis longtemps du 
cassage et du purgeage de la pierre. 

« En résumé, je vous demande si, le cas échéant, 
vous vous opposeriez à des propositions de mises en 



— 70 — 

demeure pour ces deux entrepreneurs, car il m'est im- 
possible de recevoir, en ce qui me concerne, leurs four- 
nitures actuellement approvisionnées, sans avoir fait 
tout ce qui dépend de ma surveillance et de mes attri- 
butions. Cela m'est d'autant plus impossible qu'à Bal- 
bigny, tout dernièrement encore, il m'est arrivé, au su- 
jet de ma réception des bois du pont suspendu, cette 
affaire surprenante que vous connaissez, à savoir que, 
personne n'ayant apparemment commandé de fourni- 
ture de bois pour le pont fixe, ni vous, ni M. Pru- 
naret, ni moi, l'entrepreneur Verchère en avait néan- 
moins fourni une, ce qui m'avait fait commettre une 
erreur dans mon procès-verbal. J'estime que cette af- 
faire-là, ajoutée à bien d'autres qui m'arrivent journel- 
lement, doit attirer sérieusement mon attention et me 
commande une extrême prudence. 

« Enfin, ce même jour, vous avez bien voulu m'of- 
frir votre protection au sujet de tout ce qui m'arrive 
ici ; je dois vous déclarer, tout en vous remerciant, 
que je ne puis l'accepter que dans la limite de nos 
rapports de subordonné à supérieur : c'est cela, sansj 
doute, que vous avez voulu me dire, nos idées per- 
sonnelles étant, je crois, trop différentes pour envisa- 
ger autre chose. 

« Veuillez agréer, etc. » 

Au-dessous, j'ajoute l'alinéa suivant, qui a été re- 
produit par ce journal : 

« Dès mon arrivée dans le service, fin 1895, je dé- 
clarai nettement à M. de Ravel, afin qu'il ne pût y 
avoir dans l'avenir ni équivoque ni surprise quelcon- 
ques, que mes opinions politiques étaient celles de la 
fraction républicaine relativement avancée. » 

Au-dessous, j'ajoute un autre alinéa où je parle 
encore de pierres cassées : 



— 71 — 

« Le 23 juillet 1897, vers le vingt-troisième kilomè- 
tre de la route nationale n° 81, M. de Ravel indiqua 
aux casseurs de pierres qu'il acceptait le cassage jus- 
qu'à 8 centimètres environ (échantillons choisis par lui 
devant eux et qu'ils me montrèrent). Nous ne pou- 
vions donc pas nous entendre, puisque je demandais 
l'application du devis, c'est-à-dire 6 centimètres, (A ce 
point là, la pierre était très dure et cette dureté rem- 
plissait les conditions prescrites par le devis.) » 

Voici maintenant un spécimen indiquant comment 
ce gentilhomme polytechnicien, chevalier de la Légion 
d'honneur et ami du général Mercier et de Freycinet 
dans l'Affaire Dreyfus, traitait un modeste petit paysan 
républicain et conducteur des ponts et chaussées placé 
sous ses ordres. Il s'agit d'une lettre officielle déjà pa- 
rue dans le n° du 26 mars 1899 du journal « Le Dé- 
mocrate de Roanne » ; les annotations correspondantes 
n'ont reçu aucune publicité jusqu'à ce jour, mais elles 
furent portées à la connaissance de M. l'ingénieur en 
chef Delestrac en même temps qu'une copie de la lettre 
de M. de Ravel, du 17 août 1897, reproduite ci-après: 

Roanne, le 17 août 1897. 

« L'ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, 
à M. Nourisson, conducteur, à 

St-Germain- Laval . 

Annotations inscrites sur la co- 
pie de la lettre ci-contre, laquelle 
copie fut adressée à M. l'ingénieur 
en chef Delestrac, le 19 août 1897. 



Monsieur, 

« Je vous retourne les 
ordres de service N os 158 
et 159 que vous m'avez 
renvoyés et je vous renou- 
velle Tordre de les notifier 
sans délai. » 



« Je demande des instruc- 
tions préalables à M. l'In- 
génieur en chef. Il n'y a là, 
je crois, rien d'incorrect. » 



— 72 



« Je ne veux pas donner 
suite à votre proposition de 
mise en demeure, que je 
considère comme injusti- 
fiée. 



» 



« Je vous ai adressé deux 
propositions de mises en de- 
meure les 12 et 14 août, 
une pour M. Boichon et 
l'autre pour M. Prost. Je 
pense qu'elles sont ample- 
ment justifiées. » 



« Je vous renouvelle 
d'autre part les instructions 
contenues dans ma lettre 
du 12 courant. Ce sont des 
instructions positives et 
claires ; je vous invite for- 
mellement à les mettre d'ur- 
gence à exécution, en com- 
mençant par les parties où 
les entrepreneurs ont fourni 
tout le cube prévu à l'état 
d'indication. » 



« Ces instructions ne peu- 
vent suppléer à mes propo- 
sitions de mises en demeure 
rédigées en vertu de la cir- 
culaire ministérielle du 25 
novembre 1895 et du devis; 
elles ne peuvent que faire 
perdre un temps précieux 
qui manquerait à la fin de 
Tannée. J'en adresserai des 
copies à M. l'Ingénieur en 
chef, s'il le désire. » 



« C'est moi qui veux faire 
la réception, après que vous 
m'aurez fourni les rensei- 
gnements précis que je vous 
ai demandés. » 



« Art. 14 du devis. — 
Nous devons régulièrement 
signer tous les deux le pro- 
cès-verbal de réception. Ma 
signature ne doit pas y être 
apposée par pure obéissance 
passive en vertu d'un ordre 
donné par un supérieur. 
Est-ce exact ? » 



— 73 — 



« Je vous ai, en effet, 
déclaré que dans la subdi- 
vision de St Germain-Laval, 
grâce à la succession rapide 
de plusieurs conducteurs 
qui n'ont pas eu le temps 
d'y faire acte utile, il s'était 
introduit, à l'égard des en- 
trepreneurs, une tolérance 
fâcheuse, et je vous ai dit 
que j'attendais de vous un 
concours efficace pour y 
mettre un terme. » 

« Cela ne veut pas dire 
que je m'en remettrai ab- 
solument à vous pour la 
conduite à tenir envers les 
entrepreneurs et que je 
m'engageais par avance à 
souscrire à toutes vos idées 
en matière d'entretien. » 



« J'ignorais d'ailleurs 
quelle expérience vous pou- 
viez avoir en pareille ma- 
tière. ?> 



« Ils n'ont fait que suivre 
les anciens errements et vos 
instructions. Pour ne citer 
qu'un cas, ils ont laissé ex- 
ploiter de mauvaises carrières 
depuis plus de vingt ans, 
qui ne figuraient pas au de- 
vis ; d'autres carrières, très 
bonnes et désignées au devis, 
n'ont jamais été ouvertes. 
Je compte faire le nécessaire 
l'année prochaine pour cor- 
riger cela, pas possible cette 
année. » 

« Je ne demande qu'à me 
conformer aux lois, règle- 
ments, instructions minis- 
térielles et devis d'abord, 
aux instructions de mes su- 
périeurs hiérarchiques en- 
suite. Est-ce là une mauvaise 
conduite ? » . 

« Je crois que votre ca- 
marade Boutteville a dû vous 
renseigner, puisqu'il vint me 
voir à Clermont-Ferrand en 
1894 et qu'il voulut abso- 
lument soit me faire rentrer 
chez son beau-frère Chaus- 
segros, soit me faire réinté- 
grer les ponts et chaussées. 
Je ne pense pas non plus que 
mon collègue Rigaud soit 
venu me trouver sans ins- 
tructions. » 



— 74 — 



« Or je trouve que vous 
voulez montrer des exigences 
que j 'estime ridicules et très 
nuisibles à notre service. » 

« Je ne vous laisserai pas 
appliquer ces exigences. » 



« Si vous n'entendez pas 
vous plier à cette façon de 
comprendre nos attributions 
respectives, je ferai le né- 
cessaire pour conduire le 
service sans vous. » 



« Il vous a plu de porter 
la question directement de- 
vant M. l'ingénieur en chef, 
et il vous plaît aujourd'hui 
d'en saisir M. le préfet, je 
m'en félicite, tout en me 
réservant d'apprécier ce pro- 
cédé comme il le mérite ; 
c'est le moyen le plus sim- 
ple de mettre un terme à 
une situation intolérable et 
préjudiciable au service. » 



« Mais cet appel ne vous 
exonère pas de l'obligation 
de vous conformer aux or- 
dres que je vous donne. » 



« S'il y a quelque chose 
de ridicule, ce que je ne 
crois pas, il faut le recher- 
cher dans les devis imprimés 
et signés par vous en 1894, 
avant mon arrivée dans vo- 
tre service. D'autre part, je 
ne pense pas que ce ridicule 
existe dans ma conduite. » 

« Ceci est une menace 
comme j'en ai reçu d'autres 
de vous. Je ne pense pas les 
avoir méritées. » 

« Rien de plus correct, ce 
me semble, que de m'adres- 
ser à M. l'ingénieur en chef 
après vous, et ainsi de suite 
lorsque cela est nécessaire. » 

« Situation intolérable, 
dites-vous ? » 

(( Mais alors pourquoi 
m 'offriez- vous gracieuse- 
ment votre protection à 
Balbigny, le 23 juillet der- 
nier, et cela après ma note 
du 18 juin et les affaires Boi- 
chon et Souchon du mur 
de Juré, etc., etc. i> 

« Ce n'est pas mon avis. » 
« Avant d'agir je demande 
et attends des instructions 
d'un ordre plus élevé. » 



— 75 — 



« Je crois que dans huit 
jours vous pouvez avoir re- 
cueilli les renseignements 
demandés par ma lettre du 
12 août. Je suis prêt d'ail- 
leurs, si vous le demandez, 
à allonger ce délai. » 

« Si, ce délai écoulé, je 
n'ai pas reçu votre réponse, 
je prendrai les mesures né- 
cessaires pour me passer de 
votre concours. » 



« 



Recevez, etc. 



« Je ne refuse aucun con- 
cours, » 

« Encore une fois, je crois 
indispensable de demander 
et d'obtenir des instructions 
d'ordre plus élevé avant d'a- 
gir, en raison de ce que je 
crois être dans la bonne et 
légale voie et vous à côté. 
Je regrette infiniment qu'il 
n'y ait pas eu encore cette 
année d'inspection géné- 
rale (i), j'aurais posé la 
question devant M. l'ins- 
pecteur comme je le fis 
l'année dernière au sujet du 
procès-verbal dressé contre 
l'entrepreneur Darcon, et 
comme je l'ai fait encore 
cette année devant M. l'in- 
génieur en chef au sujet du 
mémoire Boichon du mur 
de Juré. » 



« Signé : Rolland de Ravel. » 



Cette lettre est suivie des réflexions suivantes, pu- 
bliées dans ce même journal : 

« En ce qui concerne les réceptions de matériaux, 
je n'ai jamais contesté à ce que M. Rolland de Ravel 



(1) Il est probable que c'est ce paragraphe qui fit que l'inspection gé' 
nérale de M. Deloche eut lieu le 24 août suivant, laquelle me mit dans 
l'obligation de soutenir une lutte très pénible contre cet inspecteur, qui 
comprenant à la fin qu'il ne parviendrait ni à m'intimider ni à me 
faire céder, me menaça des « foudres de M. l'ingénieur en chef Deles- 
trac » ??? 



— 76 — 

les fît lui-même, c'est le règlement, ce qu'il n'avait pas 
fait, du reste, depuis peut-être plus de dix ans ? ? 

« Il n'y a pas que dans la subdivision de St-Ger- 
main- Laval où il s'est introduit des tolérances fâcheu- 
ses à l'égard des entrepreneurs', cela est vrai, à ma 
connaissance, pour tout le Département et pour la 
France entière, pour la vicinalité encore plus peut-être 
que pour les ponts et chaussées. 

« Je n'ai jamais voulu « diriger le service », selon 
l'expression de M. Rolland de Ravel ; j'ai simplement 
fait mes efforts pour me conformer à mon serment 
professionnel, observer les lois, les règlements et les 
instructions ministérielles, notamment la décision de 
novembre 1895 qui horripile les ingénieurs en don- 
nant la signature aux conducteurs subdivisionnaires et 
conséquemmenf, la responsabilité de leurs actes. 

« Je n'ai pas porté la question devant M. le préfet », 
le temps m'a fait défaut. 

« Enfin, les renseignements demandés par M. Rol- 
land de Ravel, dans sa lettre du 12 août, n'étaient à 
mes yeux qu'une diabolique machination à mon adresse; 
néanmoins, je m'y suis conformé autant et aussi vite 

que possible. 

« Signé : B. Nourisson. » 

Ci-après, la copie d'une autre note à moi adressée 
par ce même ingénieur, le 16 juin 1897, numéros 394 
et 61. 

« Dans votre lettre du 1 1 juin, vous me parlez des 
fournitures d'entretien de MM. Prost et Boichon. 

« En ce qui concerne le cassage pour les recharge- 
ments qui doivent recevoir 8 à 10 centimètres d'épais- 
seur, j'accepte volontiers un cassage un peu gros, à 7 
centimètres, par exemple, surtout quand la pierre n'est 
pas très dure. 



— 77 — 

« Mais, petit ou gros, le cassage doit être sensible- 
ment régulier. 

« La qualité de la pierre est une grosse affaire, je 
vous prie de veiller à ce que Ton tire dans les meil- 
leurs bancs, et aussi à ce qu'on ne mélange pas des 
pierres de qualités différentes. (1) 

« Signé : Rolland de Ravel. » 

Voici ma réponse à la lettre ci-dessus : 

« St-Germain- Laval, le 18 juin 1897, note n° 134. 

« Je fais et ferai tous mes efforts pour arriver cette 
année à la perfection dans la fourniture des matériaux 
d'entretien, autant du moins qu'on puisse raisonnable- 
ment l'exiger. 

« Je veillerai sérieusement à la qualité de la pierre, 
à sa propreté et à son cassage. L'année dernière, j'ai 
déjà obtenu quelque chose et cette année je compte 
obtenir mieux encore. L'année dernière, je n'ai pu ob- 
tenir, malgré tous mes efforts, un emmétrage suffisant 
des emplois partiels, les tas de 0,70 et 0,80 mètre cube 
pour 1 mètre cube étaient nombreux, ceux de 0,90 
mètre cube l'étaient bien davantage. Je me suis trouvé 
dans l'obligation de faire la déduction au jugé le jour 
de la réception ; cette année, je compte que tout ira 
mieux. 

« Mais, une question de principe m'inquiète : vous 
paraissez accepter le cassage à 0,07 m. pour la pierre 
destinée aux rechargements cylindres. Je crois que nous 
n'avons pas le droit d'user de. cette tolérance. La loi, 
en cette matière, est le devis, qui exige impérieusement 



(1) Je tiens cette phrase pour un modèle de jésuitisme. J'avais fait la 
triste expérience que mes entrepreneurs étaient d'accord avec mes in- 
génieurs pour n'en rien faire ; et quand j'eus verbalisé contre eux tous, 
puisque tout autre moyen était insuffisant, on se débarrassa de moi par 
un déplacement d'office, accompagné d'un retrait d'emploi et de ma ré- 
vocation ! 



— 78 — 

que toute la pierre cassée, sans distinction aucune, le 
soit à 0,06 m. Je ne crois même pas qu'il soit possi- 
ble d'user de tolérance sur ce point pour la reporter 
en sévérité sur la qualité qui, du reste, doit être par- 
tout bonne, autant du moins que le comportent les 
carrières. 

« Mon rôle consiste, à mon avis, à appliquer, dans 
l'espèce, l'esprit du devis dans chacun de ses? articles 
pris séparément, non d'une façon absolument rigou- 
reuse, car alors tout travail comme toute fourniture de- 
viendraient peu à peu impraticables, mais sérieusement, 
avec sévérité même. 

« Veuillez me dire, je vous prie, si je me trompe 
ou si j'interprète mal et, dans le cas contraire, veuillez 
adresser des ordres de service aux entrepreneurs Prost 
et Boichon, faisant nettement ressortir que non seule- 
ment ils doivent fournir de la bonne pierre tirée des 
meilleurs bancs des carrières ouvertes, bien purgée de 
terre et débris de toute nature, mais encore que cette 
pierre doit être cassée à l'anneau de 0,06 m. 

« Signé : B. Nourisson. » 

Voici la réponse à moi faite le 25 juin 1897 par 
cet ingénieur, note n° 64 : 

« Un ordre de service n'est pas nécessaire pour que 
vous puissiez refuser une fourniture ou un travail ; il 
suffit que la fourniture ou le travail, tout en ne répon- 
dant pas aux conditions utiles ne soit pas exécuté 
conformément au devis. » 

« Signé : Rolland de Ravel. » 

Ces trois notes des 16 juin 1897 (numéros 394 et 
61), 18 juin 1897 (numéro 134) et 25 juin 1897 (nu- 
méro 64) furent communiquées en copie, le 30 juillet 
1897, à M. l'ingénieur en chef Delestrac, et j'ajoutai à 



— 79 — 

la suite l'annotation suivante à titre de renseignements 

complémentaires : 

« Il résulte des instructions verbales qui m'ont été 

données par M. Rolland de Ravel, à Balbigny, le 23 

courant, ainsi que de celles données le même jour aux 

casseurs de pierres (entreprise Prost, route nationale 

n° 81, point 23,1 km.) que cet ingénieur ne demande 

même plus un cassage à 0,07 m., comme il est dit 

ci-dessus, mais bien un cassage à 0,08 m., ainsi que le 

prouvent les échantillons de pierres choisis par lui en 

présence de ces ouvriers. A ce point kilométrique la 

pierre est très dure. 

« Signé : B. Nourisson. » 

Qu'arriva-t-il à la suite de ces communications des 
30 juillet et 19 août 1897, à M. Delestrac ? 

Il arriva que M. de Ravel m'adressa, le 3 septem- 
bre suivant, la note ci-après, qui a été publiée dans le 
numéro du 19 mars 1899 du journal « Le Démocrate 
de Roanne » : 

« A M. Nourisson, conducteur. 

J'ai reçu votre dépêche. 

Je ne dis pas et n'ai jamais dit que votre pro- 
position de mise en demeure ne fût pas justifiée, mais 
qu'elle n'était pas accompagnée des justifications que 
le devis donne à l'entrepreneur le droit d'exiger. 

« Une mise en régie à la suite d'une pareille mise 
en demeure exposerait l'administration à des contesta- 
tions fondées. 

« Envoyez-moi les renseignements que j'ai deman- 
dés ; ensuite nous verrons. 

« Signé : Rolland de Ravel. » 

Voilà maintenant le compte-rendu des opérations de 
réception d'une partie — une partie seulement (?) — 



« 
« 



— 80 — 

des matériaux d'empierrements faites les 11 et 25 sep- 
tembre 1897 par M. Rolland de Ravel en ma présence, 
lesquelles donnèrent lieu à de nombreuses protestations 
de ma part, pour cause de violation des prescriptions 
réglementaires par cet ingénieur (ce compte-rendu a été 
publié sous ma signature dans le n° du 7 mai 1899 du 
journal « Le Démocrate de Roanne ») : 

«Réception de 11 septembre 1897. 

« Route nationale n° 81. 

« Cordon de pierres cassées déposées sur la route 
entre les points 41 k. et 41 k. 400. Terre et débris 
trouvés dans la pierre : 8 %. Pierres trop grosses au- 
dessus de 7 centimètres : 24 % . — Cordon de pierres 
cassées déposées sur la route entre les points 39 k. 800 
et 40 k. Terre et débris : 8 %. Pierres trop' grosses 
au-dessus de 7 centimètres : 12 %. — Cordon de 
pierres cassées déposées sur la route entre les points 
20 k. et 20 k. 332. Terre et débris : 18 %. Pierres 
trop grosses au-dessus de 7 centimètres : 18 %. 



« 



« 



« 



Réception du 25 septembre 1897. 
Route départementale n° 6. 



Cordon de pierres cassées déposées sur la route 
entre les points 6 k. 500 et 7 k. (fourniture de M. 
Etaix, à Grésolles). Terre et débris : 12 %. Pierres 
trop grosses au-dessus de 7 centimètres : 20 %. — 
Cordon de pierres cassées déposées sur la route entre 
les points 12 k. et 12 k. 800 (fourniture de M. Boi- 
chon). Terre et débris : 13 %. Pierres trop grosses 
au-dessus de 7 centimètres : 13 %. Cordon de pierres 
cassées, déposées sur la route entre les points 4 k. 265 
et 4 k. 700 de la route de St-Germain à Balbigny 



— 81 — 

(fourniture de M. Boichon). Terre et débris : % . (1) 
Pierres trop grosses au-dessus de 7 centimètres : % . (1) 
« Mais il y a lieu de remarquer que les vérifica- 
tions ci-dessus relatées furent faites, sur l'ordre formel 
de M. Rolland de Ravel et malgré mes protestations 
répétées, avec un anneau de 7 centimètres de diamètre 
au lieu de celui de 6, seul prescrit par les devis d'en- 
tretien. Il convient donc, pour ramener aux prescrip- 
lions de ces devis les pourcentages relatés plus haut, 
d'y ajouter les 30 % environ, dont j'ai déjà parlé dans 
ce journal. (2) 

« Ainsi, pour le premier cordon compris entre les 
points 4 k. et 4 k. 400 y il faut tout d'abord retran- 
cher de la fourniture totale les 8 % de terre qui ne 
comportent aucun paiement ; et, pour le paiement de 
la main-d'œuvre du cassage, il faut également retran- 
chée toute la pierre cassée au-dessus de six centimè- 
tres, soit : 8 + 24 + 30 = 62 %. 

« Pour le cordon compris entre 20 k. et 20 k, 332, 
il faut retrancher de tout paiement : 18 % de terre ; 
et, pour le paiement du cassage, il faut retrancher : 
18 + 18+ 30 = 66 %. 

« Un calcul analogue montre que la fourniture de 
M. Etaix, à Grézolles, doit subir, avant tout paie- 
ment, une réduction de 12 % pour la terre, et de 
12 + 20 + 30 = 62% sur le prix de cassage de la 
pierre. La fourniture de M. Boichon doit subir avant 
tout paiement, une réduction de 13 % pour la terre, 



(1) J'ai expliqué le 29 décembre 1897, à M. Jolibois, président de la 
société des conducteurs des ponts et chaussées, comment je m'étais 
laissé «rouler» dans ce cas particulier. 

(2) Ce nombre de 30 % ne figure ici qu'à titre d'approximation, je 
n'en certifie point la rigoureuse exactitude, puisque je ne pus faire l'ex- 
périence avec l'anneau de six centimètres, à cause de la défense de M. 
de Ravel ; il n'en est point de même des autres nombres, qui sont tous 
l'expression exacte des mesurages et vérifications. 



— 82 — 

plus une réduction de 13 + 13 + 30 = 56 % 
sur le montant de la main-d'œuvre du cassage. 

« Quant aux cordons de pierres situés dans les tra- 
versées des communes de Crémeaux et de Nervieux, 
M. Rolland de Ravel ne voulut pas, pour des raisons 
bizarres et très curieuses, s'en occuper les 11 et 15 
septembre 1897? 

« Je pense que ces quelques exemples sont suffi- 
sants pour donner au lecteur un aperçu de ce qui se 
passe sur nos routes en général et sur celles de St- 
Germain- Laval en particulier. 

« Jamais, j'en suis convaincu, les réductions rela- 
tées plus haut n'ont été faites sur les mandats de paie- 
ments de MM. Prost et Boichon ! 

« Jamais, que je sache, aucun conducteur des ponts 
et chaussées n'a eu le courage de signaler ces choses 
à l'attention publique ! 

« Pour moi, je ne puis me sortir cette idée de la 
tète, c'est le panamisme administratif dans toute sa 
beauté ! 

« Avec cet abominable système, il n'y a plus de de- 
vis, plus d'adjudications publiques que pour la forme, 
plus de lois, plus rien ! La volonté des ingénieurs et 
des mauvais politiciens en tient lieu. Les Pouvoirs Pu- 
blics devraient enfin y mettre ordre et dans toute la 
France. (1) 

« Signé : B. Nourisson.» 



(1) Je crois devoir donner quelques renseignements complémentaires 
sur les affaires ci-dessus exposées, lesquelles touchent de près aux 
mesures disciplinaires prises contre moi. 

Le 11 septembre 1897, jour de réception d'une partie des matériaux 
d'empierrements de la route nationale n° 81, réception faite par M. de 
Ravel, en la présence de l'entrepreneur Prost Gaspard et de ses tâche- 
rons, ainsi qu'en celle des cantonniers Bêche, Fleury, Rousset, Barraud, 
etc., et de la mienne, je me trouvai dans l'obligation de protester devant 
tout le monde, non seulement contre la mauvaise qualité de la pierre et 
l'emploi antiréglementaire de l'anneau de sept centimètres, mais encore 



— 83 — 

de rappeler à M. de Ravel les prescriptions de la circulaire ministérielle 
du 29 novembre 1849, donnant au conducteur une réelle responsabilité 
dans ces opérations comme comptable, puisque c'est à lui seul, une fois 
les fournitures reçues, d'en consigner les résultats sur ses livres de 
comptabilité dont il est responsable. Je donnai lecture des passages 
essentiels de cette circulaire à M. de Ravel, laquelle est rappelée dans 
le manuel du conducteur des ponts et chaussées Endrès. 

Ce même jour du 1 1 septembre, un autre de mes entrepreneurs 
(M. Boichon) déclara, paraît-il, devant plusieurs témoins, au café Simon 
à St-Germain-Laval, «qu'il savait, 15 jours avant ma candidature à la 
municipalité de cette ville (18 aoûti, que je devais prochainement rece- 
voir une autre destination » ?? 

Le 22 septembre 1897, sur l'ordre de M. de Ravel, je notifiai à M. 
Prost, Gaspard, pour la signature, le procès-verbal de ses matériaux 
reçus le 11. Ce procès-verbal, qui ne portait à ce moment aucune signa- 
ture, avait été rédigé en entier, minute et expéditions, au bureau de 
M. de Ravel, à Roanne, sur les imprimés réglementaires et, en outre de 
ceux-ci, sur d'autres états manuscrits imaginés par lui pour la circons- 
tance et intitulés : « procès-verbal des essais » ?? 

M. Vallas, notaire à St-just-en-Chevalet et conseiller d'arrondisse- 
ment, eut une singulière attitude à mon égard ce même jour : il s'était 
occupé des intérêts de M. Prost auprès du député Audiffred, paraît-il ? 
Ce qu'il y a de certain, c'est que je ne revis plus les pièces remises par 
moi à M. Prost, le 22 septembre 1897 ? 

Le 25 septembre 1897, M. de Ravel procéda à la réception d'une par- 
tie des matériaux d'empierrements de la route départementale n° 6, en 
la présence de l'entrepreneur Boichon et de son tâcheron Etaix, ainsi 
qu'en celle des cantonniers Colongeon, Nabonnant, Epinat, etc.. et de la 
mienne, je protestai de nouveau et devant tout le monde contre l'em- 
ploi de l'anneau antiréglementaire de sept centimètres, mais je ne pro- 
testai pas sur la qualité de la pierre qui, sur cette route, était sensi- 
blement équivalente à celle prévue aux carrières désignées au devis. 
M. de Ravel rédigea lui-même, sur les lieux, le procès-verbal sur des 
imprimés de son invention dits : « procès-verbal des essais » (j'en ai 
conservé un spécimen). 11 le signa et le fit signer par M. Boichon. Quant 
à moi, je fus chargé d'en faire des copies, de rédiger le procès-verbal 
sur les imprimés officiels, de faire les copies réglementaires, de sou- 
mettre le tout à la signature de M. Boichon et de les signer moi-même. 
Je m'acquittai de cette mission, mais j'eus la précaution, une fois que 
M. Boichon eût signé, de faire précéder ma signature de la mention sui- 
vante : « approuvé par le conducteur des ponts et chaussées soussigné, 
sauf en ce qui concerne l'application de -l'anneau antiréglementaire de 
sept centimètres, au lieu de celui de six, seul prescrit par le devis ». Je 
fis remettre par le cantonnier Epinat la minute signée par M. de Ravel 
qui revenait à M Boichon et j'envoyai les autres à M. de Ravel, à 
Roanne, pour signature et retour, afin que je susse ce qui me restait à 
faire : je ne les ai jamais revues ! 

Je confesse ici ma parfaite imbécillité pour m'être dessaisi de la mi- 
nute de ce procès-verbal signé sans réserves par M. de Ravel, que je 
fis remettre ce même jour à M. Boichon par le cantonnier Epinat. 

Quant à la singulière réception du cordon de pierres cassées dépo- 



— 84 — 

sées entre les points 4 km. 265 et 4 km. 700, où M. Boichon se fit 
remplacer par son jeune fils (?), voilà comment les choses se passèrent : 

M. de Ravel, venu en vélo le matin, manifesta une fatigue et s'assit 
sur ce cordon de pierres, dans le voisinage du point 4 km. 700. La vé- 
rification fut faite à ses côtés et je n'eus pas l'idée, sur le moment, de 
demander à la faire plus loin. Les résultats furent excellents : pas de 
terre et débris dans la pierre et les plus gros cailloux passèrent dans 
l'anneau de sept centimètres. 11 n'en aurait pas été de même évidemment 
avec celui de six centimètres, mais c'étaient des cailloux de rivière aux 
angles arrondis qui, bien qu'un peu gros, passèrent dans cet anneau de 
sept centimètres. Que m'apprit-on peu après? On m'apprit qu'à ce point 
spécial (4 km. 700) le cordon de pierres cassées avait été tout particu- 
lièrement soigné et purgé de terre et débris, la veille ou l'avant-veille 
seulement ?? 

Le 28 septembre, sur l'ordre de M. de Ravel, je notifiai à l'entrepre- 
neur Prost, Gaspard, un arrêté préfectoral qui avait été préparé par 
M. de Ravel en dehors de mon intermédiaire? Cet arrêté, fort incom- 
plet à ma connaissance, donnait néanmoins une certaine satisfaction 
aux prescriptious réglementaires et limitait à quinze jours le délai auquel 
cet entrepreneur devait avoir terminé ses fournitures et travaux. Ce dé- 
lai expiré, c'était la mise en régie à ses frais et c'était à moi à en faire 
la proposition, ce à quoi je n'aurais pas manqué si M. Prost ne s'était 
pas acquitté de ses obligations ; il en aurait été de même pour M. Boi- 
chon peu après. M. Prost ne tint compte que d'une insignifiante façon 
des prescriptions de cet arrêté, ainsi que je l'avais prévu et ainsi que je 
voulus le constater dans la suite ; mais alors je ne pouvais plus faire 
aucune proposition ni contre lui ni contre son collègue Boichon ; puisque 
j'étais en retrait d'emploi depuis le 1 1 octobre ! Cette décision ne me 
fut remise que le 21 octobre, à 7 heures et demie du soir seulement, 
par mon cantonnier Colongeon (?) et elle n'a été enregistrée ni au bu- 
reau de St-Etienne ni à celui de Roanne; mais une autre décision du 
12 octobre me fut notifiée le 13, registre A, n° 919 de l'ingénieur ordi- 
naire à Roanne, elle est ainsi conçue : 

« PRÉFECTURE DE LA LOIRE 

« St-Etienne, le 12 octobre 1897. 

«. M. l'ingénieur en chef, 
« j'ai l'honneur de vous donner ci-dessous copie d'un télégramme que 
je viens de recevoir de M. le Ministre des Travaux Publics : 

« M. Nourisson, conducteur "des ponts et chaussées est mis en retrait 
d'emploi pendant 3 mois, à dater du 16 octobre, avec les deux cinquiè- 
mes de son traitement. Il prendra possession de son emploi dans le dé- 
partement du Cher le 16 janvier prochain. 

« Pour le préfet, 
« Le secrétaire général délégué. 
« Signature illisible. » 

11 est inutile d'ajouter, je pense, que je n'ai jamais eu la moindre 
confiance dans les agissements de M. de Ravel et C ie dans toutes ces 
affaires : il manœuvra et ils manœuvrèrent en vue de se débarrasser de 
moi tout simplement, car le cas était trop embarrassant pour eux tous ; 
aussi, les 2, 3, 4 et 5 octobre, un grand nombre de mes cantonniers se 
donnèrent congé : ils avaient su, paraît-il, que j'étais déplacé ? 



— 85 — 

Je crois indispensable maintenant de passer rapidement 
en revue ma situation d'ancien employé de la vicinalité 
du Puy-de-Dôme, ce sera l'objet du chapitre suivant. 

Le 3 octobre, mon chef cantonnier Colongeon, le voisin du sénateur 
Bourganel, reçut directement du bureau de M. de Ravel, à mon lieu et 
place, les paquets administratifs ?? 

Le 6, je reçus directement par la poste (?) une lettre datée du 4, 
registre A, n° 2022, de M. l'ingénieur en chef Lecourt, à Bourges, me 
faisant connaître que j'étais nommé dans son service par décision mi' 
nistérielle du 2 octobre et m'invitant à prendre d'urgence mon nouveau 
service au bureau de l'ingénieur David, en remplacement de M. Humbert 
décédé? 

Je demandai en vain des explications de tous les côtés sur ce mal- 
honnête déplacement. M. le Ministre Turrel y répondit le onze octobre 
par sa décision que le lecteur a remarquée plus haut et M. l'ingénieur 
en chef Lecourt m'informa, par sa lettre du 19 octobre 1897, registre A, 
n° 2075, que la décision ministérielle du 2 octobre 1897 me concer- 
nant avait été transmise à son collègue Delestrac, lequel me répondit, 
le 27 du même mois, « qu'il n'avait pas d'autre dépêche ministérielle à 
me transmettre que celle du onze octobre » ci-dessus relatée ? Quant à 
M. Rolland de Ravel qui ignorait tout, m'écrivit-il, il fut nommé ingé- 
nieur en chef — naturellement — peu de temps après! 

Autre chose encore : j'ai appris plus tard que MM. les inspecteurs 
généraux des ponts et chaussées décidèrent à cette époque la modifica- 
tion des devis d'entretien des routes, dont les types étaient uniformes 
alors dans toute la France ; ils créèrent des catégories pour compliquer 
inutilement les choses et les embrouiller et ce travail fut terminé, je 
crois, à la fin février 1897. C'est peut-être à cause de cette « mirifique 
intrigue » que ma révocation finale, qui devait se produire aussitôt après 
le 26 janvier si je ne m'étais pas rendu dans le Cher, fut ajournée jus- 
qu'au 7 mars (?) c'est-à-dire après l'adoption des nouveaux devis ? 

Enfin une autre décision de M. le Ministre des Travaux Publics me 
fut adressée à cette époque; elle ne porte aucune mention d'enregistre- 
ment aux bureaux de MM. les ingénieurs Delestrac, Lecourt et Rolland 
de Ravel et elle est ainsi conçue : 

< Paris le 15 octobre 1897. 
« Monsieur, 

< Par décision du 11 octobre 1897, vous êtes mis en retrait d'emploi 
pendant 3 mois avec les deux cinquièmes de votre traitement. 

« Cette portion de traitement sera mandatée par les soins de M. l'in- 
génieur en chef du département du Cher. 

« J'ai d'ailleurs reporté du 1 er octobre 1897 au 16 janvier 1898 l'effet 
de la décision du 30 septembre dernier par laquelle vous avez été dé- 
placé et attaché au service ordinaire du département du Cher. 

« Recevez, etc. 

« Pour le Ministre et par autorisation, 
« Le Directeur du personnel et de la comptabilité : 
« Signé : Nobel. » 

Inutile d'ajouter que je n'ai jamais connu cette décision du 30 sep- 
tembre 1897! 



CHAPITRE VII 



Il me faut revenir en arrière d'une dizaine d'années 
environ pour montrer sommairement au lecteur com- 
ment et pour quelles raisons je quittai l'administration 
des ponts et chaussées en 1890, pour y revenir cinq 
ans plus tard après avoir séjourné quatre années à la 
vicinalité du Puy-de-Dôme, dans une situation toute 
particulière. Je l'avertis que c'est pendant cette période 
de cinq ans et à cause de la particularité de ma situa- 
tion que s'est noué autour de moi et à mon insu tout 
d'abord la criminelle intrigue de l'Affaire Dreyfus, 
greffée en partie sur la fusion projetée des services de 
voirie des ponts et chaussées et de la vicinalité, ainsi 
que je l'ai déjà donné à comprendre en reproduisant 
les déclarations à moi faites à Royat, en août 1894, 
par l'ingénieur Boutteville, déclarations insérées dans 
ma pétition du 12 novembre 1907, adressée au Sénat 
et reproduite au chapitre IV. 

Ci-après, la reproduction textuelle du rapport que 
fit sur moi ce même ingénieur Boutteville, sous les 
ordres duquel j'étais placé à cette époque. 

« Clermont-Ferrand, le 31 mars 1889. 
N° 3462 du registre A de l'ingénieur ordinaire. 
Demande présentée par M. Nourisson, conducteur 
des ponts et chaussées, tendant à être attaché au ser- 
vice vicinal du département de Puy-de-Dôme. 

« Par une pétition en date du 20 mars 1889, adres- 
sée à M. le préfet du département du Puy-de-Dôme, 
M. Nourisson, conducteur des ponts et chaussées de 
IV me classe, attaché à la résidence de Clermont-Fer- 



« 
« 



— 87 — 

rand au service de construction du chemin de fer de 
Mauriac à la ligne d'Aurillac à St-Denis, sollicite sa 
nomination au grade d'agent voyer du service vicinal 
du département du Puy-de-Dôme. 

« En raison de l'achèvement des travaux dont nous 
étions chargés, nous ne voyons aucun inconvénient au 
point de vue du service au départ de M. Nourisson, 
qui pourrait être mis dans la position de service dé- 
taché, ainsi qu'il en a été décidé pour plusieurs con- 
ducteurs précédemment attachés au service ordinaire 
du Puy-de-Dôme et qui remplissent maintenant les fonc- 
tions d'agents voyers cantonaux dans ce même dépar- 
tement. 

« M. Nourisson, maintenant âgé de 29 ans, est en- 
tré dans l'administration des ponts et chaussées en 
qualité d'agent auxiliaire, le 10 octobre 1875 ; il a été 
successivement attaché au bureau de l'ingénieur ordi- 
naire et à divers bureaux de chefs de sections chargés 
des études, puis de la construction des chemins de fer 
de Vichy à Ambert et de Mauriac à Aurillac. Il a 
ainsi collaboré aux opérations sur le terrain, à l'étude 
des projets, à la surveillance des travaux et enfin à la 
préparation des métrés et décomptes définitifs. 

« Déclaré admissible au grade de conducteur des 
ponts et chaussées à la suite du concours de 1882, il 
a été nommé, par décision ministérielle du 30 septem- 
bre 1885, agent secondaire faisant fonctions de con- 
ducteur, puis, par décision du 29 octobre 1886, con- 
ducteur des ponts et chaussées. Il a, depuis cette épo- 
que, été chargé de la comptabilité de l'ingénieur ordi- 
naire. 

« M. Nourisson est très sérieux, intelligent et actif, 
et il a rempli ses diverses fonctions à notre entière sa- 
tisfaction : nous estimons que le service vicinal du 
Puy-de-Dôme ferait en lui une excellente acquisition. 



-, 88 — 

« Nous avons en conséquence l'honneur de propo- 
ser de transmettre avec avis favorable à M. le préfet 
du Puy-de-Dôme la demande de M. Nourisson, qui 
pourrait être dès maintenant nommé agent voyer de 
IV me classe au traitement de 2000 fr. par an. 

« Signé : Boutteville. » 

Le rapport ci-dessus reproduit, accompagné de ma 
demande* fut adressé à sa destination mais n'aboutit 
pas : j'ai su plus tard que l'administration des ponts 
et chaussées ne voulait pas me laisser partir d'abord, 
ensuite que la vicinalité du Puy-de-Dôme ne voulait 
plus accepter d'agents des ponts et chaussées, à cause 
de la rivalité des deux administrations et en prévision 
de la fusion projetée des services de voirie. 

Je fus donc envoyé à Murât (Cantal) dans un ser- 
vice analogue au précédent et pendant une année en- 
viron, sous les ordres de l'ingénieur Malterre (1) ; je 
m'employai, pendant ce temps, mais en dehors de l'in- 
tervention officielle de mon administration, à me faire 
accepter par la vicinalité de mon département (Puy-de- 
Dôme), ce qui arriva le 6 juin 1890, date à laquelle 
le préfet Bardon me nomma agent voyer cantonal, à 
Pontaumur. 

M. le préfet m'expliqua, au cours d'une visite que 
je lui fis quelques jours après, que la vicinalité et le 
conseil général du Puy-de-Dôme n'acceptaient plus de 
conducteurs en service détaché, et que, pour me nom- 
mer agent voyer cantonal, il avait été obligé de pas- 



(1) Dans ce nouveau service, je fus chargé comme chef de bureau 
de M. Malterre, non seulement des affaires relatives à la liquidation de 
travaux de constructions de chemins de fer, comme précédemment, 
mais encore du service ordinaire des ponts et chaussées et de la vici- 
nalité, lesquels services sont fusionnés dans le département du Cantal. 
Je dois à la vérité de dire ici que je n'ai qu'à me louer de la conduite 
de cet ingénieur à mon égard. 



— 89 — 

ser outre aux propositions de l'agent voyer en chef 
Dulier qui m'étaient absolument défavorables ; il me 
recommanda expressément {M. Nicolet, son secrétaire gé- 
néral, doit s'en souvenir) de mettre de l'ordre dans 
mon nouveau service, qui avait été considérablement 
négligé, et me défendit absolument de m'occuper de 
travaux particuliers, comme l'avait fait mon prédéces- 
seur, M. Chrétien : je lui en donnai la promesse que 
je m'efforçai de tenir dans la suite, ce qui me pro- 
cura des ennuis insurmontables, tant du cpté du pu- 
blic et des maires des communes que de celui de mes 
chefs hiérarchiques. Enfin, il fut convenu entre nous 
que j'attendrais les événements relatifs à la fusion des 
services de voirie en voie d'être solutionnée, avant de 
donner ma démission de conducteur des ponts et chaus- 
sées, et que je demanderais des congés annuels renou- 
velables qu'il s'efforcerait de me faire obtenir de son 
côté. 

M. Bardon est mort, mais M. Nicolet est encore 
vivant, je crois, et il doit se souvenir de tout cela ; il 
doit d'autant mieux s'en rappeler qu'au moment de ma 
sortie de la vicinalité du Puy-derDôme, en juillet 1894, 
il me déclara, à ma grande surprise, que j'allais don- 
ner lieu à des choses aussi exceptionnelles qu'extraor- 
dinaires. A cette époque, je ne m'étais pas rendu exac- 
tement compte du rôle d'agent d'expériences que l'on 
m'avait fait jouer de 1890 à 1894, au sujet de la fu- 
sion projetée des services de voirie : je ne l'ai su que 
plus tard. 

Et ici se pose une question d'une réelle importance : 
il est certain que pendant mon séjour à Pontaumur 
comme agent voyer, de 1890 à 1894, j'ai servi d'agent 
d'expsériences et que j'ai été étroitement surveillé dans 
mes fonctions par différentes personnalités, qui avaient 
mission de se documenter tout particulièrement en vue 



— 90 — 

de la fusion projetée des services de voirie ; il m'a été 
dit que le général de Pellieux, alors chef d'état-major 
du 13 me corps d'armée, à Clermont-Ferrand, qui de- 
vint sous-chef de l'Etat- Major général de l'armée, à Pa- 
ris, et dont le rôle dans l'Affaire Dreyfus est bien 
connu, s'était occupé de moi dans ce sens. D'autres 
personnalités civiles et militaires en avaient fait autant, 
les unes étaient favorables à une fusion en faveur 
du personnel des ponts et chaussées, tandis que 
les autres l'étaient en faveur du personnel rival 
des agents voyers. Le capitaine Dreyfus, polytech- 
nicien et stagiaire à l'Etat- Major général de l'Ar- 
mée, ne s'était-il pas, lui aussi, occupé de moi dans 
ce même sens ? Et s'il s'en est occupé, ne servit-il 
pas les idées et n'était-il pas d'accord sur ce point 
avec MM. Guyot-Dessaigne et le préfet Bordon qui, 
l'un comme l'autre, étaient favorables à une fusion en 
faveur de la vicinalité ? Des incidents survenus à l'é- 
poque de sa condamnation, en 1894, et dont j'ai été 
à la fois quelque peu l'acteur et le témoin, tendent à 
donner une certaine consistance à cette hypothèse ; j'a- 
joute que quelques-uns de ces incidents se produisirent 
à l'époque où je quittai le bureau de MM. Ponction 
et Méridier (18 décembre 1894), laquelle époque coïn- 
cide exactement avec son procès et sa condamnation 
par le premier conseil de guerre (il fut condamné le 
22 décembre 1894, après quatre audiences). 

D'autre part, il est avéré qu'à cette époque un 
grand nombre de nos officiers complotaient depuis 
longtemps et de toutes leurs forces, pour le renverse- 
ment de la République ; le capitaine Dreyfus n'était-il 
pas de ce nombre? Je me souviens très bien avoir 
parlé de cela à M. Duvand, le 10 juillet 1899, à son 
domicile, à Paris. Et si ces choses sont exactes, mon 
ancien ingénieur Boutteville, très au courant de tout, 



— 91 — 

m'a dit vrai sur un point — un point seulement — à 
Royat, en 1894, et a menti sur tout le reste ; à savoir 
que le capitaine Dreyfus trahissait, non pas la France 
pour le compte de l'Allemagne, comme il me Paffirma, 
mais bien la République et la cause des ponts et 
chaussées dans cette question de voirie, le tout pour le 
compte d'une restauration ou d'une dictature. De telle 
sorte que M. Boutteville, le général Mercier? et leurs amis, 
tout aussi fauteurs de coup d'Etat que lui et connais- 
sant sa conduite antirépublicaine, auraient tout simple- 
ment tiré la couverture à eux en transformant ses agis- 
sements politiques en crime de haute trahison : d'où 
le « bordereau » écrit par Esterhazy et par ordre, etc., 
etc. 

Voilà un point qui aurait pu sans doute être élu- 
cidé, si la Justice et les hommes politiques de mon 
pays auxquels je me suis adressé avaient consenti à 
m'entendre et à faire leur devoir de citoyens républi- 
cains. Qu'ils en assument toute la responsabilité qui 
leur incombe ! 



Je vais dire quelques mots maintenant sur les di- 
vers congés qui me furent accordés comme conducteur 
des ponts et chaussées et qui me permirent de rester 
à la vicinalité du Puy-de-Dôme, de 1890 à 1894. 

Le premier congé d'un an, sous le prétexte d'« af- 
faires personnelles », me fut facilement accordé le 19 
juillet 1890, par M. le Ministre des Travaux Publics, 
ce qui me permit de prendre mon service à Pontau- 
mur comme agent voyer. 

Le deuxième congé annuel me fut encore accordé, 
sous le même prétexte, le 3 juin 1891, mais avec Pa- 
vertissement que voici : « Je crois d'ailleurs vous faire 



— 92 



« connaître que le congé dont vous jouissez depuis le 
«10 juillet dernier, ne pourra vous être renouvelé d'an- 
« née en année, et que, si vous restez définitivement 
« employé au service vicinal du département du Puy- 
« de-Dôme, vous devrez donner votre démission du 
« grade de conducteur des ponts et chaussées. » 

L'année suivante (1892), je renouvelai ma demande 
de congé annuel en faisant connaître au Ministre que, 
s'il ne pouvait me l'accorder, je demandai ma réin- 
tégration aux ponts et chaussées : il s'empressa de 
m'accorder un nouveau congé d'un an sans aucune 
observation, du 10 juillet 1892 au 10 juillet 1893. Cela 
devenait d'autant plus comique à mes yeux que la dé- 
cision ministérielle précédente avait été signée au nom 
du Ministre des Travaux Publics, par M. Sébillot, son 
« che? du cabinet du personnel et du secrétariat », tan- 
dis que celle de 1892 (la dernière), l'avait été par M. 
Gay, « conseiller d'Etat et inspecteur général chargé de 
la direction du personnel et de la comptabilité ». 

En 1893, je renouvelai purement et simplement ma 
demande de congé annuel et cette fois, je fus autorisé, 
par décision ministérielle du 30 août 1893, à entrer 
au service vicinal du Puy-de-Dôme pour y être placé 
dans la situation de service détaché : c'était la régula- 
risation de ma singulière situation, mais je constate 
que cette nouvelle décision n'est pas signée par M. 
Gay comme la précédente, mais par un autre conseil- 
ler d'Etat, inspecteur général et directeur du personnel 
et de la comptabilité également (nouvelle cocasserie ! ) 

Puis, par un arrêté du 5 janvier 1894, M. le pré- 
fet Bardon, au lieu de me considérer comme conduc- 
teur en service détaché et de mandater mon traitement 
comme tel, en conformité de la décision du Ministre 
des Travaux Publics du 30 août 1893, m'éleva de la 
cinquième à la quatrième classe d'agent voyer et porta 



— 93 — 

mon traitement à 2000 francs : je n'y compris absolu- 
ment rien et je remerciai tout de même par pure poli- 
tesse. Mais, comme ma situation était devenue absolu- 
ment? intenable pour plusieurs raisons dont je vais dire 
quelques mots maintenant, je demandai au Ministre 
des Travaux Publics, au mois de juillet suivant, un 
nouveau congé d'un an, avec l'intention bien arrêtée 
de le rendre définitif pour la vicinalité du Puy-de-Dôme 
tout au moins, lequel me fut accordé par décision mi- 
nistérielle du 27 juillet 1894, signée au nom du Mi- 
nistre par M. Doniol, c'est-à-dire un nouveau conseil- 
ler d'Etat, directeur du personnel et de la comptabilité 
également (stupéfiant!). 

Je viens de dire que ma situation étant devenue inte- 
nable, j'avais pris la résolution de quitter la vicinalité 
pour toujours. En effet, me conformant autant que possi- 
ble à ma promesse faite à M. le préfet Bardon, je m'é- 
tais appliqué à faire travailler raisonnablement mes 
cantonniers, ce qui n'était guère leur habitude, à ob- 
tenir un meilleur emploi et un rendement raisonnable 
de la prestation en nature, ce qui était très épineux, 
car les prestataires étaient électeurs et savaient très 
bien s'adresser à tort et à travers aux hommes politi- 
ques, leurs élus ; je m'étais appliqué de même à sur- 
veiller sérieusement les fournitures faites et les travaux 
exécutés par les entrepreneurs d'entretien des routes, 
ce qui était tout aussi difficile, toutes) choses qui avaient 
été reprochées à mon prédécesseur, M. Chrétien, prin- 
cipalement par le conseiller .général et le maire du 
chef-lieu de canton, MM. Petit et Morel. Ces messieurs 
s'étaient pris de querelle avec M. Chrétien pour les 
raisons avouées dont je viens de parler, en réalité pour 
ces mêmes raisons, mais aussi pour des considérations 
politiques : ils firent partir M. Chrétien et je fus 
nommé à sa place. 



— 94 — 

J'avais déjà obtenu au bout de deux ou trois ans 
des améliorations appréciables, tant dans le travail de9 
cantonniers que dans celui de la prestation en nature, 
mais je ne tardai pas à me rendre compte de la mau- 
vaise organisation de la vicinalité elle-même, des ha- 
bitudes vicieuses et de l'infériorité de son personnel, ce 
qui rendait ma tâche très difficile. D'autre part, mes 
chefs et collègues voyaient d'un très mauvais œil 
ma manière de procéder qui découvrait de plus en plus 
aux yeux du public leurs condamnables et malpropres 
procédés : une lutte souterraine se poursuivait du reste 
entre mon chef immédiat, M. Reynard. et moi, et je 
compris nettement que, pour rester à la vicinalité du 
Puy-de-Dôme, il fallait procéder comme lui, comme 
l'agent voyer en chef Faure et comme tous mes collè- 
gues, conséquemment mentir à ma dignité et à ma pa- 
role donnée à M. le préfet Bardon. Je demandai une 
inspection générale, ce qui ne s'était peut-être plus vu 
dans ce service ; elle eut lieu au bureau de l'arrondis- 
sement de Riom, le 10 juin 1893, par un membre du 
comité consultatif de la vicinalité au Ministère de l'In- 
térieur (M. Guillot, un Israélite, me fut-il dit). Je vou- 
lus m'expliquer à lui, devant mes chefs et devant tous 
mes collègues de l'arrondissement réunis dans la même 
salle : il me refusa la parole ? 

(Ainsi qu'on l'a vu plus haut, c'est le nom de ce 
M. Guillot, israélite, prononcé par moi à M. Boutte- 
vilîe, à Royat, en 1894, qui amena cet ingénieur à me 
parler du capitaine Dreyfus et de la confection du 
« bordereau », etc., etc. Je crois que M. Guillot fut mi9 
à la retraite par M. Waldeck-Rousseau, lorsque celui- 
ci était premier Ministre. — Voir au chapitre suivant.) 

Dans le courant de la même anrîée, un de mes en- 
trepreneurs d'entretien, trop habitué aux malpropretés 
de la vicinalité sans doute et qui m'avait été envoyé 



— 95 — 

par le nouvel agent voyer en chef Faure (M. Faure 
était la créature du député Guyot-Dessaigne, grand pro- 
tecteur de la vicinalité) s'évanouit dans mon bureau à 
Poccasion d'un règlement de comptes comportant l'em- 
ploi de la prestation en nature. Les choses devenaient 
réellement trop graves, je n'étais pas assez soutenu et 
j'avais trop d'ennemis : je ne pouvais réellement plus 
y tenir. Je voulus néanmoins tenter un nouvel effort et 
je profitai de la présence de M. le sousf-préfet à Pon- 
taumur, le 21 mai 1894 (jour du conseil de revision), 
pour prier ce fonctionnaire de vouloir bien intervenir 
auprès des maires du canton, en vue de faciliter ma 
tâche pour l'obtention d'un meilleur rendement dans 
l'emploi de la prestation en nature ; il s'y prêta de la 
meilleure grâce du monde, mais M. Morel, maire de 
Pontaumur, intervint brusquement contre ma proposi- 
tion et tous les autres maires du canton quittèrent la 
salle avec lui : c'était le coup de massue final pour 
moi ! 

A ce moment, je ne savais pas encore que j'étais 
secrètement surveillé pour des raisons dont j'étais loin 
de me douter; cependant, j'avais été prévenu qu'il se 
passait des choses anormales à la poste, relativement 
à ma correspondance. Et, d'autre part, un certain nom- 
bre de décès successifs et mystérieux de personnalités 
avec lesquelles je m'entretenais parfois d'affaires admi- 
nistratives et diverses, m'avaient fortement émotionné et 
inquiété. Je pris la résolution de quitter Pontaumur 
et la vicinalité du Puy-de-Dôme pour toujours et je 
revins à Germon t-Ferrand, où j'avais demandé du tra- 
vail à deux architectes de cette ville, dont l'un (M. 
Méridier) était un ancien employé des ponts et chaus- 
sées et l'autre (M. Ponchon) était le fils de mon pre- 
mier ingénieur lors de mes débuts dans l'administra- 
tion. 



— 96 — 

C'est à cette époque que j'appris à Royat, de la 
part de l'ingénieur Boutteville, 1e rôle que l'on m'avait 
fait jouer à mon insu à Pontaumur, au sujet de cette 
question de fusion projetée des services de voirie qui 
se trouve greffée sur l'Affaire Dreyfus. 

C'est à cette époque également que j'appris de lui, 
de MM. Ponchon, Méridier et d'autres personnes en- 
core, le projet du coup d'Etat et de guerre étrangère. 
Je quittai le bureau de ces derniers au bout de quel- 
ques mois (18 décembre 1894), mais je fus obligé, 
ainsi que je l'ai déjà dit, contraint par M. Boutteville, 
ma mère et d'autres personnes, de me remettre, à l'ex- 
piration de mon congé d'un an, à la disposition du 
Ministre des Travaux Publics, pour être réintégré aux 
ponts et chaussées le 1 er décembre 1895 et envoyé par 
M. Guyot-Dessaigne, devenu Ministre des Travaux Pu- 
blics du cabinet Bourgeois, au service ordinaire (en- 
tretien des routes) du département de la Loire. Cette 
nouvelle décision du 3 décembre 1895 fut signée par 
M. Henry, pas le colonel-rasoir de PEtat- Major géné- 
ral de l'Armée, mais par son homonyme, un nouveau 
directeur du personnel et de la comptabilité au Minis- 
tère des Travaux Publics (toujours de plus en plus 
stupéfiant !). On me fixa St-Germain- Laval comme ré- 
sidence, dans la circonscription électorale du méliniste 
député Audiffred et à proximité de la résidence 
du non moins méliniste sénateur Bourganel : inu- 
tile d'ajouter que je n'avais rien demandé ni fait de- 
mander à ces deux personnages politiques, pas plus 
du reste qu'à M. Waldeck-Rousseau, autre sénateur de 
la Loire qui, à ce moment, était aussi méliniste et ré- 
trograde que les premiers et qui sut très bien plus 
tard, une fois devenu premier Ministre, escamoter la 
vérité politique de l'Affaire Dreyfus par son «cercle 
légal » et son amnistie ? ? 



— 97 — 

Je vais consacrer maintenant le chapitre suivant à 
une série d'annotations prises au jour le jour et sur 
lesquelles je ne puis, pour le moment du moins, don- 
ner beaucoup de détails. Ces annotations relatent des 
faits et des coïncidences qui m'ont profondément im- 
pressionné, ainsi que le lecteur le comprendra facile- 
ment. 



CHAPITRE VIII 



Je crois utile de rappeler ici les instantes et confi- 
dentielles recommandations que je fis à M. Bacconnet, 
en 1894-95, pendant mon deuxième séjour à Clermont- 
Ferrand, en vue de déjouer le complot de coup d'E- 
tat et de guère civile et étrangère. 

J'ai déjà dit que mes relations avec M. Ponction, 
son neveu Bruyant, son associé Méridier, M. Boutte- 
ville, mon ancien ingénieur, et son beau-frère Chausse- 
gros, ainsi que M. Paul Chauvaissagne, ancien ingé- 
nieur des postes et télégraphes, dont la femme est d'o- 
rigine russe, m'avaient considérablement édifié sur cette 
criminelle entreprise. Je dois ajouter encore que d'au- 
tres relations se rapportant plus ou moins à ma situa- 
tion de fonctionnaire, ainsi que des renseignements 
divers se rattachant soit aux manifestations clérico- 
réactionnaires des croisades, soit à la visite que fit à 
Clermont-Ferrand à cette époque le Président Félix 
Faure, ne firent que contrôler et fortifier mon opi- 
nion. Je compris très bien que le plus redoutable ad- 
versaire de la République laïque et démocratique dans 
tout cela était l'Eglise romaine, en sa formidable or- 
ganisation officielle et occulte. Je recommandai donc à 
M. Bacconnet de faire comprendre à ses amis politi- 
ques qu'il fallait à tout prix s'efforcer de réunir en 
un seul faisceau toutes les forces sociales, toutes les 
organisations susceptibles de lui être opposées : la 
franc-maçonnerie, les différentes églises) protestantes et 
israélites, tous les groupements politiques républicains 
et anticléricaux, libertaires compris ; tout ce qui avait 



— 99 — 

conservé quelque énergie républicaine et anticléricale 
au milieu de l'avachissement général. Et comme je veux 
être sincère en tout et assumer toute la part de res- 
ponsabilité bonne ou mauvaise qui m'incombe, j'avoue 
que je ne lui parlai pas des relations que je savais 
exister entre ce complot et le rôle que l'on m'avait fait 
jouer à mon insu à la vicinalité du Puy-de-Dôme. Mon 
silence sur ce point a fait que mes révélations sont 
tombées, par son intermédiaire très vraisemblablement, 
entre les mains de mes ennemis ; et, d'autre part, si 
je lui en avais parlé, il est probable que mon projet 
de résistence au coup d'Etat n'aurait pas réussi pour 
des causes aussi multiples que diverses. La raison prin- 
cipale de mon silence sur ce point fut que je voulais 
vérifier la culpabilité des ingénieurs mes chefs, car je 
me rendais bien compte que, puisqu'on m'obligeait à 
réintégrer les ponts et chaussées, les criminelles paro- 
les que M. Boutteville m'avait fait entendre à Royat, 
en août 1894, seraient plus ou moins confidentielle- 
ment portées à la connaissance du « cher » ou des 
« criées camarades » sous les ordres desquels on me 
placerait de nouveau. C'est ce qui arriva notamment 
pour M. Rolland de Ravel, mon nouvel ingénieur or- 
dinaire à Roanne, à la fin de 1896, au cours d'une 
tournée faih en sa compagnie quelques jours après 
l'accomplissement d'une période d'instructions militai- 
res (13 jours), que je fis au 16 me régiment d'artillerie 
stationné à Clermont-Ferrand. J'appris de ce noble 
personnage qu'à ce moment certains coalisés du com- 
plot « ne voulaient plus marcher » et que lui, R. de 
Ravel, était furieusement partisan de la guerre avec 
l'Allemagne : « Plutôt la guerre, alors ! » s'écria-t-il 
sans aucune question ou demande d'explications de ma 
part. Cet incident, trop long à développer ici dans son 
intégralité, ne me permit plus de douter de la sinistre 



— 100 — 

vérité et je compris très bien qu'aux ponts et chaus- 
sées, mieux que partout ailleurs encore, j'étais tout 
particulièrement entre les griffes qui ne me lâcheraient 
pas des fauteurs de guerre civile et que, par tous les 
moyens aussi coupables que scélérats, on chercherait à 
me compromettre pour être plus sûr de mon silence. 

Ma situation était d'autant plus pénible et dange- 
reuse que j'étais moralement lié, même à l'égard de ma 
mère, par mes confidences clermontoises faites à M. 
Bacconnet, alors que l'Affaire Dreyfus était complète- 
ment ignorée du public qui, pendant plusieurs années 
consécutives, crut à sa culpabilité et hurla même à la 
mort contre tous les dreyfusards ; on ne saurait s'ima- 
giner combien j'ai souffert pendant cette sinistre pé- 
riode. 

Une autre raison encore qui fit que je n'exposai 
pas à M. Bacconnet les liaisons existant entre, l'Affaire 
Dreyfus et celles de mes administrations, est que j'a- 
vais su de M. Ponction, dans un défi qu'il me lança, 
que ma mère était terriblement compromise et qu'au 
besoin on s'en servirait contre moi, ce qui s'est du 
reste parfaitement réalisé. J'avais su enfin de son as- 
socié Méridier et en sa présence, avant de quitter leurs 
bureaux de la rue Sainte- Madeleine, à Clermont-Fer- 
rand, où je travaillais alors et cinq ou six jours seu' 
lement avant la condamnation du capitaine Alfred 
Dreyfus (22 décembre 1894), qu'une « guerre au cou- 
teau » me serait faite si je me comportais mal ? Je 
voulus essayer de sauver ma mère de cette intrigue tout 
en me dévouant pour la cause de la République laï- 
que, d'où mon silence sur ce point à M. Bacconnet. 

Enfin, une troisième et dernière raison me retint 
encore : je savais M. Bacconnet favorable à la cause 
vicinale dans le projet de fusion des services de voirie 
et je connaissais ses relations avec MM. Laville et 



— 101 — 

Guyot-Dessaigne, députés, ainsi qu'avec M. Gomot, 
sénateur. M. Laville était favorable aux ponts et chaus- 
sées, mais il était très modéré en politique, M. Guyot- 
Dessaigne était d'une opinion un peu plus avancée et 
avait de ce côté mes sympathies, mais il était féroce- 
ment hostile à une fusion en faveur des ponts et chaus- 
sées qui avait mes préférences, bien que je réprouvasse 
absolument l'esprit de corps des polytechniciens en gé- 
néral et des ingénieurs des ponts et chaussées en par- 
ticulier, ainsi que leurs tendances manifestement réac- 
tionnaires dans la très grande majorité. J'eus peur de 
me trop confier à M. Bacconnet qui pourrait me tra- 
hir, bien qu'il me manifestât à cette époque beaucoup 
d'intérêt ; la suite n'a que trop justifié mes craintes, 
car, le 11 mai 1900, lors de notre dernière entrevue à 
Clermoot-Ferrand, il ne voulut plus se souvenir de 
l'Affaire Dreyfus, pas même m'avouer avoir été chargé 
par moi de la divulguer confidentiellement comme cri- 
minelle machination contre la République et la paix de 
l'Europe. Le « cercle légal » de M. Waldeck-Rousseau, 
du R. P. du Lac, du général Mercier et Cie, avait 
déjà passé par là ! (1) 

Quant à M. Gomot, je n'ai jamais su exactement 
quelles étaient ses préférences à l'endroit des services 
de voirie. 

J'ajoute que j'entretins longuement M. Bacconnet du 
« bordereau », tant au point de vue de la forme calli- 



(1) Peut-être faut-il tenir compte aussi de ma lettre du 8 mai 1899, 
remise à M. Léon Bourgeois à son domicile à Paris, lequel a pu faire 
passer la consigne à M. Bacconnet de se taire, car j'ai cité son nom et 
les confidences que je lui avait faites sur l'Affaire Dreyfus dans ma 
lettre que je viens de rappeler. Dans ce cas, M. Bourgeois serait le 
principal auteur de l'escamotage de la Vérité dans l'Affaire Dreyfus, ce 
qui ne m'étonnerait pas le moins du monde, puisqu'il était déjà com- 
promis avec M. Guyot-Dessaigne dans l'affaire connexe des services de 
voirie. 



— 102 — 

graphique que du fond ; et, me rendant parfaitement 
compte que, pour arracher les masques aux bandits 
haut9 placés il fallait à la fois beaucoup de dévoue- 
ment uni à des moyens aussi nouveaux qu'exceptionnels, 
je recommandai instamment l'intervention révolutionnaire 
de M. Emile Zola comme accusateur. Par ce moyen, 
qui a le mérite d'avoir réussi en partie^ il les traîne- 
rait devant les tribunaux, ce qui lui permettrait d'en- 
gager une lutte terrible avec eux, au cours de laquelle 
il lui serait peut-être possible de faire éclater la Vérité 
en faisant ressortir à la fois, leurs mensonges et leurs 
faux, leurs félonies et leurs scélératesses ; et la presse 
républicaine restée libre et honnête — oh ! très peu — 
s'emparant du tout ferait le reste. 

Je déclare ici que si j'ai parlé de M. Zola en cette 
circonstance, je l'ai fait de ma seule initiative et dans 
un intérêt politique, en raison de ce que je lui recon- 
naissais un réel courage d'une part, et que de l'autre, 
je ne pouvais ignorer que ses ouvrages étaient très ré- 
pandus dans certains milieux, tant en France qu'à l'é- 
tranger. Je ne pouvais ignorer également que son nom 
à lui seul pouvait exercer une grande influence dans 
le résultat final de la bataille, bien que personnellement 
je n'eusse jamais été un enthousiaste de son style, au- 
quel j'ai toujours reproché, à tort ou à raison, un 
manque de décence. 

Quant à MM. H. Rochefort et G. Clemenceau, je 
connaissais tout le talent de violent polémiste du pre- 
mier, qui avait largement aidé, avec sa « Lanterne », à 
culbuter l'Empire et qui pouvait encore, s'il le voulait, 
combattre utilement pour le sauvetage de la Républi- 
que laïque : je me suis trompé sur son compte, ainsi 
que je l'ai reconnu et avoué depuis longtemps. Le se- 
cond, M. G. Clemenceau, occupait alors, comme au- 
jourd'hui du reste, une place enviée dans la phalange 



— 103 — 

avancée du parti républicain ; je le savais orateur 
étincelant et ardent polémiste, j'avais en lui, en son 
talent et son courage, une confiance presque illimi- 
tée que j'ai perdue dans la suite, ainsi que je l'ai avoué 
plus haut. 

Voilà, en quelques mots, quel était l'état de mon es- 
prit en 1894-95 ; et comme M. Bacconnet a sûrement 
parlé et écrit dans ce sens à plusieurs personnalités 
sans doute, il est probable que mes, révélations et di- 
res pourront être contrôlés un jour, bien que nous 
n'ayons eu aucune relation depuis le mois de ( niai 1900. 
C'est ce contrôle que j'appelle de tous mes vœux : il 
démontrera que ma conduite a été dans tout cela droite 
et loyale, en même temps que celle d'un bon citoyen. 

Enfin, je crois devoir déclarer ici que, depuis 1890, 
tout s'est passé comme si une lutte aussi atroce que 
ténébreuse s'était constamment déroulée autour de moi, 
entraînant tour à tour la disparition mystérieuse de 
telle ou telle personnalité compromise dans mes affai- 
res. 

Je ne puis douter d'autre part que la violation de 
ma correspondance privée et administrative à la poste, 
pendant mon séjour à Pontaumur, de 1890 à 1894, 
violation dont je fus prévenu du reste, avait pour prin- 
cipal objectif occulte les renseignements à fournir aux 
personnalités qui s'occupaient de moi et de mes agis- 
sements, en vue du projet de fusion des services de voi- 
rie. 

Le pharmacien de la localité, beau*£rère de la di- 
rectrice du bureau de poste, .mourut promptement ? 

Le percepteur et un jeune homme que je voyais 
souvent à son bureau et avec lesquels je m'entretenais 
de mes affaires administratives et diverses, se suicidè- 
rent ? 

Trois ou quatre autres personnes de mon voisinage, 



— 104 — 

à qui je m'entretenais parfois des mêmes affaires, mou- 
rurent promptement ou à peu près ? 

Je fus vivement impressionné par toutes ces dispa- 
ritions qui me parurent plus suspectes les unes que 
les autres, ce qui contribuera, dans une certaine mesure, 
à me faire quitter définitivement cette localité et lavici- 
nalité toute entière, de telle sorte que, le 3 juin 1894, 
je demandai du travail à M. Ponction, fils de mon 
premier ingénieur et architecte, à Clermont-Ferrand. (1) 

Le 5, j'informai M. Nicolet, secrétaire général de 
la préfecture du Puy-de-Dôme, avec qui j'avais quel- 
ques relations, de mon intention bien arrêtée d'aban- 
donner la vicinalité pour toujours. 

Le 19, je demandai un congé d'un an au Ministre 
des Travaux Publics comme conducteur des ponts et 
chaussées. 

Le 24 juin, j'adressai, par la voie hiérarchique, une 
demande de congé semblable à la vicinalité ; je lui 
avais précédemment fait connaître, dans une première 
demande, que si elle ne pouvait être favorablement 
accueillie, de vouloir bien la considérer comme entraî- 
nant ma démission. 

Dans la nuit du 24 au 25 juin 1894, le Président 
Carnot fut assassiné à Lyon par l'anarchiste Caserio ? 

J'ai parlé de cet événement, en même temps que de 
l'Affaire Dreyfus, à M. Duvand, le 10 juillet 1899. Je 
lui fis comprendre que ma situation ayant été excep- 
tionnelle à la vicinalité du Puy-de-Dôme, qui n'avait 
voulu m'admeMre comme conducteur en service déta- 



(1) M. Ponchon me déclara peu après mon entrée à son bureau, en 
août 1894, « qu'il ne savait pas que mes affaires étaient si com- 
pliquées » ? Ces complications, que j'ignorais moi-même du reste, 
avaient été portées à sa connaissance par M. Boutteville, qui était à 
cette époque chez son beau-frère Chaussegros, rue haute St'André, à 
quelques pas de distance seulement du domicile et du bureau de M. 
Ponchon. 



— 105 — 

ché que contrainte et forcée en quelque sorte, le Pré- 
sident Carnot, ingénieur des ponts et chaussées, était 
peut-être intervenu à mon insu contre M. Guyot-Des- 
saigne notamment, et que son assassinat n'était peut- 
être pas étranger à toutes ces choses ! 



Un autre décès, bien que de moindre importance, 
survenu l'année suivante, me bouleversa considérable- 
ment. Pendant mon premier séjour à Clerm ont- Ferrand, 
de 1882 à 1889, je m'étais fait un ami modeste mais 
sûr (M. Gâteau) qui obtint une petite décoration lors 
de la visite que fit à cette ville le Président Félix Faure, 
en mai 1895, à l'occasion d'un concours et de la fête 
des croisades ; il mourut presque subitement dix jours 
après ? 

J'ai quelque peu soigné cet ami, veillé la nuit, etc.; 
je n'ai absolument rien compris ou trop compris à sa 
mort ! 

Le 22 janvier 1895, j'adressai à mon ancien chef 
immédiat, à Riom, ma démission irrévocable d'agent 
voyer ; mon oncle Chebance mourut aussitôt» ? Mais 
alors, ma correspondance était donc bien surveillée à 
la poste, pensera-t-on ; en voici une nouvelle preuve 
prise entre mille : 

Le 28 juin 1895, j'écrivis au Ministre des Travaux 
Publics, ainsi qu'à M. Pluyette, son chef du person- 
nel des conducteurs, pour l'informer que je me met- 
tais à sa disposition pour un emploi de conducteur 
des ponts et chaussées (j'ai déjà dit que je fus con- 
traint de faire cette demande) ; le lendemain 29, je re- 
çus inopinément la visite de M. Clément Chaussegros, 
beau-frère de M. Boutteville, lequel m'offrit un emploi 
avantageux à l'usine à gaz, à Clermont- Ferrand ? 



— 106 — 

M. Boutteville avait déjà voulu m'envoyer chez M. 
Chaussegros, ainsi qu'il me l'avait dit à Royat, en août 
1894, sauf à me faire réintégrer l'administration des 
ponts et chaussées plus tard et malgré ma démission 
de conducteur (cette démission était de rigueur dans 
l'espèce), comme il l'avait fait pour un autre ? Voyant 
que je ne voulais pas aller chez son beau-frère, puis- 
que je me mettais à la disposition du Ministre après 
avoir quitté MM. Méridier et Ponchon, il me l'envoya 
pour me faire cette proposition de l'usine à gaz que 
je n'acceptai pas ; car, pour ne pas me compromettre 
dans le nouveau rôle que je m'étais tracé dans l'Af- 
faire Dreyfus, je ne voulais rien accepter ni de lui et 
de son beau-frère, ni de MM. Méridier et Ponchon, 
leurs amis et complices. 



Le 26 juin 1895, je fus avisé de l'organisa- 
tion d'une conférence politique et anticléricale pour le 
18 août suivant, sous la présidence de M. Guyot-Des- 
saigne, député du Puy-de-Dôme, en vue de répondre à 
la manifestation cléricale du mois de mai précédent 
faite par l'épiscopat français et Cie, avec la très haute 
recommandation de la Papauté (déclaration de guerre 
à la République) ; je m'empressai d'autant plus de 
donner mon adhésion et de prendre part à cette mani- 
festation qu'elle répondait parfaitement à mon rôle de 
dénonciateur de coup d'Etat par le moyen de l'Af- 
faire Dreyfus. Mais ici se greffe d'une très étroite ma- 
nière la question de la fusion des services de voirie, 
ce qui m'oblige à en dire quelques mots encore : 

J'étais partisan de cette fusion en faveur des ponts 
et chaussées, comme je l'ai déjà dit, mais j'étais par- 
tisan également de la démocratisation républicaine du 



— 107 — 

haut personnel (ingénieurs polytechniciens) et je de- 
mandai, pour le personnel secondaire des conducteurs, 
la signature de leurs projets et rapports, afin de les 
rendre responsables de leurs actes, signature qu'ils n'a- 
vaient pas à cette époque. J'avais parlé de ces choses 
à M. Bacconnet qui, comme on le lira dans un ins- 
tant, furent évidemment rapportées à mon insu à M. 
Guyot-Dessaigne, puisque celui-ci s'empressa de pren- 
dre une décision conforme aussitôt arrivé au Minis- 
tère des Travaux Publics, à la fin de 1895, époque à 
laquelle il me nomma conducteur dans le département 
de la Loire. Ce département comptait parmi ses prin- 
cipaux législateurs, M. Audiffred, partisan des ponts et 
chaussées et M. Waldeck-Rousseau, dont je n'ai jamais 
bien connu l'opinion sur ce point. 

Cette décision de M. Guyot-Dessaigne, donnant la 
signature aux conducteurs, reproduit pour ainsi dire 
mot pour mot, dans ses passages essentiels, les idées 
que j'avais exposées à M. Bacconnet ; mais si, sur ce 
point, j'étais d'accord à mon insu avec M. Guyot-Des- 
saigne, je ne l'étais pas sur la question de fusion des 
services de voirie, car lui était pour une fusion dépar- 
tementale en faveur du personnel voyer, ainsi qu'il le 
proposa et le fit voter par la Chambre des députés, à 
la fin de Tannée, avec l'appui de M. Léon Bourgeois, 
Président du conseil des Ministres (loi de finances) ; 
moi, je désirais une fusion nationale en faveur des 
ponts et chaussées, de sorte que j'appris avec satisfac- 
tion la résistance du Sénat qui rejeta le vote de la 
Chambre sur cette question quelques jours après ; c'est 
le Sénat également qui, exceptionnellement, força le 
Gouvernement à se retirer des affaires. 

Le Ministère Léon Bourgeois comprenant M. Guyot- 
Dessaigne aux Travaux Publics, fut formé le 1 er no- 
vembre 1895 et M. Kayser, conducteur à St-Germain- 



— 108 — 

Laval, mourut le 4 ? Il mourut étouffé en quelque 
sorte, me fut-il dit : il s'était acheté une machine à 
respirer ? C'est encore une mort qui m'a inquiété, ainsi 
qu'on le comprendra mieux par ce que je vais dire : 

Le 8 novembre, j'assistai au café russe, à Clermont- 
Ferrand et sur invitation reçue, à une réunion à la fois 
maçonnique et politique (contre-manifestation des croi- 
sades) présidée par M. le professeur Paul Girod, alors 
vénérable de la loge « les enfants de Gergovie ». 

Je dois ajouter pour l'intelligence de ce qui pré- 
cède que M. Bacconnet me savait nettement libre pen- 
seur, de telle sorte que c'est probablement sur ses in- 
dications et en vue de ma réintégration aux ponts et 
chaussées par M. Guyot-Dessaigne, que je fus invité à 
cette réunion maçonnique du 8 novembre. Ce qu'il y 
a de positif c'est que, peu de jours après, le journal 
« Le Moniteur du Puy-de-Dôme » parla de la signature 
donnée aux conducteurs subdivisionnaires des ponts et 
chaussées, par le nouveau Ministre des Travaux Pu- 
blics M. Guyot-Dessaigne ; et que, le 27 novembre 
suivant, je reçus de M. Bacconnet un télégramme m'in- 
formant que j'étais nommé conducteur dans la Loire, 
tandis que M. Delestrac, mon nouvel ingénieur en 
chef à St-Etienne, m'invitait peu après à me rendre à 
St-Germain- Laval pour remplacer M. Kayser décédé. 

J'avais formulé le désir, dans ma demande de réin- 
tégration adressée au Ministre le 28 juin 1895, de m'é- 
loigner le moins possible de mon pays d'origine, de 
telle sorte que la résidence de St-Germain- Laval me 
donnait ou paraissait me donner satisfaction sur ce 
point ; il n'en n'était pas de même évidemment pour 
tout ce qui se rattachait à l'Affaire Dreyfus et au coup 
d'Etat, ainsi que je l'ai déjà donné à comprendre. 

A peine installé dans cette nouvelle localité, je sus 
de différentes sources que l'on projetait mon mariage 



— 109 — 

et je dus résister même à des avances qui me furent 
faites avec ou sans le consentement de ma mère, la- 
quelle est morte sous mes yeux (22 novembre 1902) 
sans avoir connu mon rôle exact dans l'Affaire Drey- 
fus. Je ne pouvais d'autant moins songer à me marier 
que je me savais dans une véritable situation de galé- 
rien enchaîné, puisque les événements tragiques de l'Af- 
faire Dreyfus ne s'étaient pas encore produits et que 
l'innocence de cet officier n'était conséquemment pas 
reconnue. Je savais du reste depuis 1894 ma mère sé- 
rieusement compromise par les bandits de l'Affaire et 
je prévoyais, avec de grandes inquiétudes, des choses 
pénibles de ce côté pour l'avenir. Je me rendais très 
bien compte d'autre part que si j'avais eu le malheur 
de me marier, mes ennemis cachés n'auraient pas man- 
qué de compromettre ma femme à son tour dans le 
même sens que ma mère, par toutes sortes de moyens 
plus scélérats les uns que les autres, confessionnal 
compris, afin de mieux me ligoter moralement et ma- 
tériellement, voire même me pousser au suicide, ce qui 
a été tenté du reste à maintes reprises dans la suite. 
Enfin, je ne pouvais oublier que la veille de la mort 
de mon ami clermontois (10 juin 1895) dont j'ai déjà 
parlé, j'avais dû résister à une proposition de ce genre 
et pour les mêmes raisons. Une famille germanoise me 
causa également des ennuis de ce côté, d'autant plus 
pénibles que je ne pouvais exposer à personne la véri- 
table raison de mes refus qui, naturellement, étaient 
toujours mal interprétés ; aussi, je fus de nouveau lit- 
téralement saisi d'inquiétude et de stupéfaction quand 
j'appris, le 5 mars 1897, que M. Denis, féculier à St- 
Germain- Laval, était mort promptement? Ce décès fut 
à mes yeux un nouveau jalon de la sinistre tragédie 
qui se déroulait autour de moi, car, je le répète, la 
conduite de la famille Denis avait été tout particulière- 



— 110 — 

ment singulière à mon égard. J'ajoute que cette famille 
était parfaitement dans le mouvement clérico-nationa- 
liste de cette époque et que j'eus à combattre le fils 
sur ce terrain, au conseil municipal germanois dont il 
faisait partie en même temps que moi. 

Un autre décès inquiétant (j'en passe des quantités 
évidemment) : 

J'ai déjà fait connaître que je suis né sur le terri- 
toire de la commune de Job (Puy-de-Dôme) et que j'ai 
quitté la vicinalité de ce département en juillet 1894, 
pour de multiples raisons dont l'une fut que je ne 
voulus plus être mêlé aux continuelles! malversations 
qui s'y pratiquaient journellement. J'étais installé de- 
puis peu de temps à St-Germain- Laval lorsque je re- 
çus, un beau jour, la visite d'un cantonnier de la vi- 
cinalité de ce département qui, ayant un ou deux man- 
dats de paiements à la main, me fit comprendre que 
les affaires de ce service n'avaient rien à envier à son 
analogue du Puy-de-Dôme au point de vue des saletés 
et le reste. Le 2 mai 1897, cet ouvrier mourut victime 
d'un accident, suicide ou assassinat : il se nommait 
Dejob, c'est-à-dire un nom semblable à celui de ma 
commune d'oriigine (Job) ? Ce fut à mes yeux un nou- 
veau témoignage que la série rouge se poursuivait au- 
tour de moi avec une effrayante réalité. J'ajoute à ti- 
tre d'éclaircissements que depuis deux jours seulement 
(30 avril 1897) et sur la proposition des ingénieurs 
mes chefs (Rolland de Ravel à Roanne et Delestrac à 
St-Etienne) l'administration préfectorale de la Loire 
m'avait fait prêter un serment rationaliste que j'ai re- 
produit plus haut et que, bien que conducteur depuis 
de nombreuses années, je n'avais jamais été asser- 
menté ? 

Le 16 juillet 1897, St-Germain-Laval reçut, à ma 



— 111 — 

grande surprise, la visite de M. de Lanessan, ancien 
gouverneur de P Indo-Chine, qui nous fit une confé- 
rence politique à laquelle j'assistai en partie ; j'ai cru 
comprendre plus tard que ce personnage politique, 
membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de 
France, avait dû s'occuper, par je ne sais quel inter- 
médiaire, de ma situation menacée de fonctionnaire. Il 
devint député Pannée suivante et Ministre de la Ma- 
rine dans le cabinet de M. Waldeck-Rousseau ; il prit 
pour chef de son secrétariat M. Juttet, franc-maçon 
également, avec qui j'entretins des relations en 1898 et 
1899, relativement aux articles que je faisais paraître 
dans le journal « Le Démocrate de Roanne » et dont 
il était le directeur politique. M. Juttet mourut victime 
d'un accident ou d'un assassinat à Paris, le 13 sep- 
tembre 1905 ; il s'était occupé de moi également, pa- 
raît-il et à mon insu, alors qu'il résidait à Roanne et, 
particulièrement, lors de mon mystérieux et malhonnête 
déplacement de St-Germain- Laval à Bourges ? Je dirai 
encore un mot plus loin sur cette tragique disparition. 



Le 29 décembre 1897, étant à Paris, je fis une vi- 
site à M. Jolibois, président de la société des conduc- 
teurs des ponts et chaussées, à son domicile du quai 
de l'hôtel de ville ; j'avais demandé cet entretien la 
veille à M. Blancard, vice-président de la même société, 
entretien qui me fut mesuré (vingt minutes seulement). 
Je parlai à M. Jolibois des procès-verbaux pour con- 
traventions de grande voirie que je mutais trouvé dans 
l'obligation de dresser contre mes entrepreneurs et 
contre mes propres chefs, afin de mettre un terme aux 
malversations considérables qui se pratiquaient dans 
ma subdivision, et aussi, pour me conformer aux près- 



— 112 — 

criptions (zèle, exactitude et probité) contenues dans 
mon serment professionnel du 30 avril précédent. Je 
m'efforçai de lui faire comprendre que le déplacement 
qui m'avait été imposé, suivi bientôt d'un retrait d'em- 
ploi, n'avait pas d'autre but que de débarrasser St- 
Germain- Laval de ma modeste personne, afin d'esca- 
moter les malversations ressortissant de mes procès- 
verbaux. Je ne lui parlai pas de mon extraordinaire 
rôle dans l'Affaire Dreyfus, parce que je ne le crus 
ni prudent ni opportun, mais je me rappelle très bien, 
songeant tout particulièrement à M. Boutteville et Cie, 
avoir laissé échapper la phrase suivante : Ces gens-là 
sont capables de tous les crimes. Je crois savoir d'au- 
tre part que, M. Jolibois ayant été prévenu la veille de 
mon désir de l'entretenir, des personnalités furent in- 
troduites dans une pièce contiguë dont la porte de 
communication resta ouverte, lesquelles écoutèrent no- 
tre conversation qui ne dépassa pas une vingtaine de 
minutes. Je pris l'express le soir pour rentrer le len- 
demain matin à St-Germain- Laval où j'écrivis aussitôt 
une lettre à M. le Ministre des Travaux Publics, lui 
faisant connaître que je ne pouvais accepter de chan- 
gement de résidence avant le 15 juillet suivant (les 
élections législatives devaient avoir lieu en mai, ce qui 
aurait pu changer la marche des événements). 

En effet, je voyais bien que ce déplacement imposé, 
accompagné d'un retrait d'emploi temporaire, était non 
seulement une monumentale canaillerie dans laquelle ma 
mère s'était laissé compromettre de nouveau, mais en- 
core, qu'à Bourges mieux qu'à St-Germain peut-être, 
je me trouverais placé dans les griffes des bandits du 
complot du coup d'Etat et de l'Affaire Dreyrus. En un 
mot, je ne pouvais non seulement aller ni à Bourges 
ni ailleurs, mais encore pas même rester fonctionnaire 
d'aucune administration, puisque la fameuse Affaira 



— 113 — 

n'était pas éclaircie et que celles de mes administrations 
en faisaient partie intégrante. 

Ma situation était d'autant plus pénible que je ne 
pouvais pas même en parler sans danger pour la cause 
que je défendais (à qui d'abord ?), puisque j'avais 
chargé confidentiellement M. Bacconnet en 1894-95 de 
s'employer dans ce sens, et que des indices certains 
me démontraient à chaque instant qu'il avait fait quel- 
que chose dans la voie de mes recommandations. 

Le lendemain matin, 31 décembre 1897, ma mère 
fit une chute dans la rue des huguenots à St-Germain, 
se blessa sérieusement le front et se cassa un bras : 
j'ai déjà dit que cette chute lui fut imposée secrètement 
en vue d'un nouveau stratagème et à cause de ses 
compromissions dans mes affaires, et aussi, en raison 
de ma lettre adressée au Ministre la veille et de mon 
entretien avec M. Jolibois l'avant-veille. 

Que le lecteur y fasse bien attention, je lui déclare 
ici bien sincèrement que la série rouge se poursuivait 
toujours autour de moi, ne ménageant personne, pa9 
même une vieille femme toujours souffrante, laquelle 
était ma mère ! 



Le 14 juin 1898, le Ministère Méline fut renversé 
par la nouvelle Chambre (Ministère de préparation du 
coup d'Etat, M. Barthou étant Ministre de l'Intérieur). 

Dans la nuit du 16 au 17, mourut à Clermont-Fer- 
rand, M. Chardon, vicaire général et prélat romain à l'é- 
vêché de cette ville ? Ce prélat romain avait,, avec l'assenti- 
ment du Pape et de concert avec son évêque Belmont, 
pris une part active à la manifestation des croisades 
de mai 1895 qui, comme je l'ai déjà dit, ne fut pas 
autre chose qu'une déclaration de guerre à la Répu- 
blique laïque. D'autre part, je savais mon oncle Pélis- 

8 



— 114 — 

son compromis dans mes affaires depuis mon entrée à 
la vicinalité du Puy-de-Dôme en 1890, mais particuliè- 
rement lors de ma réintégration aux ponts et chaus- 
sées en 1895 ; cet oncle (catholique pratiquant et clé- 
rical) avait été le camarade d'école de M. Chardon, au 
petit séminaire de Verrière (Loire) et il s'était adressé 
à lui à mon insu, paraît-il, dans certaines circonstan- 
ces touchant à mes affaires? Je me suis demandé si 
la culbute du cabinet Méline qui gouvernait avec le 
concours ; et pour le compte de la droite comme on 
s'en souvient, n'accéléra pas le décès de ce prélat ro- 
main pour des raisons bien faciles à comprendre ? 



Le 30 juillet 1898, le prince de Bismarck mourut 
promptement à son tour. Ici, je n'ai qu'une simple ré- 
flexion à émettre, faute de renseignements précis qui 
se produiront peut-être un jour par une plume plus 
autorisée que la mienne. 

J'ai dit que l'Affaire Dreyfus fut une machination 
pour servir le coup d'Etat contre la République laïque 
et la Démocratie, le tout accompagné d'une guerre 
avec l'Allemagne. Je sais que les coalisés de ce coup 
d'Etat ont voulu cette guerre, non pour des raisons 
de vitalité et d'intérêt majeur purement national, mais 
pour éteindre dans le sang les revendications sociales 
de la Démocratie, revendications toujours de plus en 
plus pressantes, et cela pour une période de vingt ou 
trente ans pendant laquelle l'Eglise, grande bénéficiaire 
des cadavres des champs de bataille, le gros capitalis- 
me et l'armée prétorienne, auraient repris le dessus au 
grand avantage de leur esprit de caste et de domination. 

Ceci est vrai pour la France, mais l'Allemagne a 
aussi quelques points de ressemblance de ce côté, et 
nul n'ignore que le prince de Bismarck a vu non sans 



— 115 — 

inquiétude la montée toujours croissante du socialisme 
international en général et de la « sociale démocratie 
allemande » en particulier. N'a-t-il pas, lui aussi, été 
impliqué dans le complot de guerre avec la France et 
pour des raisons analogues ? Et s'il Ta été, ainsi qu'on 
le saura peut-être un jour, n'a-t-il pas manœuvré dans 
ce sens, même à l'insu de l'Empereur Guillaume II 
dont il ne partageait pas toutes les idées en matière de 
politique intérieure et extérieure ? Et-, cela étant sup- 
posé exact, le renversement du Gouvernement Méline 
ne hâta-t-il pas sa disparition de la scène de la vie ? 
Je laisse à d'autres le soin de répondre à cette der- 
nière question. 



Le 2 septembre 1898, un passage de troupes eut 
lieu à St-Germain- Laval se rendant aux grandes ma- 
nœuvres du centre, auxquelles le Président Félix Faure 
assista ; on me donna à loger le capitaine Brunaire du 
16 me régiment d'infanterie, dont la conduite à mon 
égard m'intrigua beaucoup. Il me demande à un moment 
donné, procédant à la façon de M. Boutteville à 
Royat en août 1894 et sans la moindre question ou 
allusion de ma part, si je « connaissais les Nourrisson 
de Montbrison » ? Je fus d'autant plus surpris de 
cette insolite question que j'ignorais absolument s'il 
existait des Nourrisson à Montbrison, et je me suis 
souvent demandé plus tard quelle pouvait bien être 
cette nouvelle manigance à mon endroit, car il dut y 
avoir manigance ? Ce qu'il y a de certain, c'est que le 
colonel Henry, arrêté la veille, se suicida ou fut assas- 
siné au Mont Valérien ce même jour ? J'ajoute que 
dans mes révélations faites à M. Bacconnet sur l'Af- 
faire Dreyfus en 1894-95, je n'ai jamais parlé de ce 
colonel que je ne connaissais pas. 



— 116 — 

Ce qu'il y a de certain également c'est que le géné- 
ral de Boisdeffre, chef d'Etat-Major général de 1' Ar- 
mée, ami et pénitant du R.P. du Lac, démissionna et 
fut remplacé par le général Renouard. 

Ce qu'il y a de positif enfin, c'est que le petit sé- 
minaire de mon voisinage à St-Jodard, reconstruit de- 
puis un an environ, devint la proie des flammes ? 

Ici je prie instamment le lecteur, dont les citations 
ci-dessus donneront matière à réflexion, de vouloir 
bien se reporter aux déclarations-menaces à moi faites 
en 1894-95, par MM. Boutteville, Ponchon, Méridier, 
etc., que j'ai sommairement reproduites plus haut : 
grand nombre de personnes compromises dans mes af- 
faires, guerre au couteau faite à ma personne si je me 
comportais mal, machination tellement bien faite qu'on 
ne la devinerait jamais si je ne disais rien, etc., etc. 



Le 8 mars 1899, étant en relations avec M. Juttet 
depuis quelque temps seulement au sujet de son jour- 
nal « Le Démocrate de Roanne », dans lequel je pu- 
bliais des articles touchant à mes affaires, il m'invita 
à dîner ce jour-là à la brasserie dite du « tonneau » 
à Lyon, en sa compagnie et en celle de M. Bernard 
Lazare, demeurant à Aix-les-Bains, me déclara-t-il. 11 
me demanda d'exposer en toute sécurité devant lui et 
son ami ce que je savais de particulier sur l'Affaire 
Dreyfus, car je lui avais dit que j'étais mêlé de très 
près à cette Affaire mais je me bornai à déclarer, en 
cette circonstance, que c'était une jésuitique machina- 
tion sans ajouter d'autres détails. 

Le lendemain, 9 mars, Mgr. Clari, nonce aposto- 
lique à Paris, mourut subitement ? ? 

Je rappelle ici que, d'après ce que j'ai su plus 
tard, ce fut M. Bernard Lazare qui prévint tout d'à- 



— 117 — 

bord M. Emile Zola de « l'erreur judiciaire » dont 
avait été victime le capitaine Dreyfus en 1894. Je ne 
sais si cela est exact n'ayant pu le vérifier, mais ce 
que je puis affirmer c'est que, cette révélation étant te- 
nue pour vraie, elle ne put venir que de moi par l'in- 
termédiaire de M. Bacconnet, lequel se décidera peut- 
être un jour, si ce n'est déjà fait, à dire comment il 
s'y prit. J'ajoute que je n'ai pas parlé d'erreur, mais 
bien de criminelle machination, ainsi que je l'ai déjà 
dit. 



Vers le 11 mars 1899, M. Chigot, ingénieur en 
chef des ponts et chaussées du Puy-de-Dôme, fut mis 
à la retraite. J'avais été obligé de m'adresser à lui en 
1895, au sujet de certaines formalités à remplir pour 
ma réintégration forcée aux ponts et chaussées ; je 
l'avais fait sur la recommandation écrite de M. Ri- 
gaud, conducteur principal à Paris, lequel m'avait été 
conseillé par M. Tavera, ingénieur ordinaire, à Cler- 
mont-Ferrand. J'avais su, au cours de mes relations 
avec cet ingénieur Chigot, que l'Armée et tout parti- 
culièrement le corps des officiers polytechniciens pou- 
vait beaucoup pour la question de fusion des services 
de voirie ? Il prononça le nom de M. Cavaignac sur 
lequel il comptait comme futur chef d'Etat? M. Chi- 
got était d'autant mieux renseigné sur toutes ces cho- 
ses, coup d'Etat compris, qu'il était le délégué auprès 
du commandant en chef du 13 me corps d'armée, pour 
tout ce qui concernait la situation militaire des agents 
des ponts et chaussées résidant dans le Puy-de-Dôme. 

Je viens de prononcer incidemment le nom de M. 
Cavaignac : on connaît son rôle d'une manière générale 
dans l'Affaire Dreyfus, mais ce que le public sait 
moins et qu'il est bon de lui rappeler à mon avis, 



— 118 — 

c'est l'énergique poignée de main qu'il échangea avec 
le général Mercier, à Rennes, aussitôt après la tentative 
d'assassinat de l'avocat Labori que la famille Dreyfus 
ne laissa pas parler au moment opportun, circonvenue 
qu'elle fut par les agissements de MM. Waldeck-Rous- 
seau et Loubet ? ? 



Le 20 mars 1899, M. Bardon, ancien préfet du 
Puy-de-Dôme, mourut à Nice. J'ai déjà expliqué com- 
bien ce préfet fut mêlé à mes affaires vicinales du Puy- 
de-Dôme et j'ai émis l'hypothèse que le capitaine poly- 
technicien Alfred Dreyfus, stagiaire à l'Etat- Major gé- 
néral de l'Armée, avait pu servir secrètement ses idées 
ainsi que celles de M. Guyot-Dessaigne, député du 
Puy-de-Dôme, dans le projet de fusion des services de 
voirie. Si cette hypothèse est reconnue exacte un jour, 
je déclare ici que je n'en ai jamais eu connaissance, 
n'ayant pas connu le nom de cet officier avant sa con- 
damnation, car, si M. Boutteville me parla de lui à 
Royat en août 1894, il ne me le nomma pas. 



Le 28 mai 1899, agacé par la continuelle réception 
de quantité de prospectus aux allusions presque tou- 
jours mystérieuses et blessantes, j'adressai une lettre à 
M. le Ministre des Travaux Publics, afin d'y mettre 
un terme, si possible ; je lui fis connaître que je n'a- 
vais pas l'intention de demander ni d'accepter ma réin- 
tégration aux ponts et chaussées. Le lendemain 29, je 
reçus par la poste une aimable petite brochure cléri- 
cale (oh ! combien), intitulée « Le Père Bonsens », ac- 
compagnée d'un non moins charmant petit flacon aux 
allures pharmaceutiques et portant l'inscription sui- 
vante : « Mixture efficace contre la folie »? ? 



— 119 — 

Inutile d'ajouter après cela combien ma correspon- 
dance était surveillée et violée à la poste et que la co- 
médie des prospectus continua de plus belle pendant 
plusieurs années encore ! 



Le 29 juin 1899, la femme Dauvergne,} ma vendeuse 
de journaux (pourquoi Dauvergne, alors que j'étais 
d'Auvergne, c'est-à-dire Auvergnat : singulière simili- 
tude de nom !) vint m'offrir un magnifique canard tué 
tout exprès pour moi, me déclara-t-elle ? Le lendemain 
30, le capitaine Dreyfus débarqua en France, venant 
de l'Ile du Diable. 

Mes ennemis connaissaient donc bien mon rôle 
dans son Affaire, puisqu'ils me faisaient du symbo- 
lisme. Qu'en pensez-vous, lecteur? 



Le 30 juillet 1899, la fanfare d'iune localité des en- 
virons (Neulize) visita exceptionnellement St-Germain, 
et, accompagnée par le maire Poyet, joua devant ma 
porte les deux plus tintamaresques morceaux de son 
répertoire ! 

Qu'avais-je donc fait la veille ? 

Voici : 

J'avais écrit une longue lettre à l'archevêque Couil- 
lié, à Lyon, dans laquelle je reproche à son Eglise 
d'être la cause principale, par l'immoralité de son en- 
seignement en matière fiscale et des droits de l'Etat, 
des turpitudes qui se passent journellement dans les 
administrations. 

Ce même jour du 30 juillet, la religieuse supérieure 
de l'école de la commune voisine (Nollieux) se cassa 
une jambe ? ? N'avait-elle pas, la malheureuse, été com- 
promise dans mes affaires ? 



120 — 



Le 14 août 1899, la femme Magnaud, à St-Germain- 
Laval, me demanda de me laisser apporter un nou- 
veau et magnifique canard tué tout exprès pour moi ? 
Ce même jour, un inconnu (?) tira deux coups de re- 
volver sur M. Labori, le défenseur de Dreyfus, à Ren- 
nes ? 



Le 19 septembre 1899, le conseil des Ministres dé- 
cida la grâce du capitaine Dreyfus, qui fut signée le 
lendemain par M. Loubet, Président de la Républi- 
que. Ce même jour, M. Guérin et ses compagnons 
rendirent le fort Chabrol, à Paris? 

Tout le monde sait depuis longtemps que la grâce 
du capitaine Dreyfus fut manigancée par MM. Wal- 
deck-Rousseau, Loubet et Cie, pour être finalement im- 
posée en quelque sorte à la famille Dreyfus. J'ajoute, 
sans crainte de me tromper, que cette manigance em- 
brassa la stupéfiante conduite du général Mercier à 
Rennes, ainsi que toutes les singularités de ce non 
moins singulier procès, verdict final compris, qui 
accorda les circonstances atténuantes pour un pré- 
tendu crime de haute trahison ? ? J'ajoute enfin que la 
livraison du fort Chabrol fit partie de la même mani- 
gance et le bon public français^ toujours jobard et tou- 
jours dupé (vive l'Armée !) n'y a vu que du feu. 



Le 1 er octobre 1899, M. Denis fils, féculier (celui 
du conseil municipal dont j'ai déjà parlé)' et ses amis, 
organisèrent à St-Germain une sorte de fête historique 
composée de trois chars allégoriques : un char enguir- 
landé représentait Bacchus à cheval sur son tonneau, 
un autre était monté par Cérès en compagnie de sa 



— 121 — 

gerbe de blé, etc., etc. M. Denis vint ensuite m' offrir 
le « gâteau traditionnel » : je refusai, n'ayant pris et ne 
voulant prendre aucune part à tout cela. 

Le lendemain, 2 octobre, M. Etienne Charavay mou- 
rut subitement ? 

On sait que M. Charavay, archiviste-paléographe et 
secrétaire général de la Ligue de l'enseignement à la- 
quelle j'étais adhérent, avait été l'un des premiers ex- 
perts du fameux « bordereau », et qu'après l'avoir at- 
tribué à Dreyfus, il reconnut son erreur plus tard, lors- 
qu'il eut pris connaissance de l'écriture du commandant 
Esterhazy ; mais ce que l'on ne sait pas, c'est que le 
7 juillet 1899, avant de voir M. Duvand et sur quel- 
ques mots de recommandation de sa part que je remis 
à ce dernier le 10, je l'avais entretenu, à son bureau 
de la rue Furstenberg à Paris, de ce même « borde- 
reau » et aussi, quelque peu, de mon rôle dans l'Af- 
faire Dreyfus. 

Ce n'est pas tout : 

Pendant mon séjour à Pontaumur, de 1890 à 1894, 
j'avais publié dans le journal « Le Moniteur du Puy- 
de-Dôme » des chroniques locales dont quelques-unes 
touchaient aux antiques divinités gallo-romaines de la 
région : Mercure-Duniate, Cérès, etc. Et, comme en 
1895 et même avant on m'enlaça dans d'inextricables 
intrigues en vue de me faire réintégrer les ponts et 
chaussées, M. Charavay ne fut-il pas compromis dans 
mes affaires, sous le prétexte que je m'occupais ou que 
j'avais l'intention de m'occuper de questions archéolo- 
giques tout en remplissant mes fonctions de conduc- 
teur ? Cette hypothèse me paraît d'autant plus vraisem- 
blable qu'il l'était déjà dans l'affaire du « bordereau », 
pour l'avoir attribué à tort au capitaine Dreyfus, en 
1894 ; et peut-être même proposa-t-il, à mon insu et 



— 122 — 

après ma visite du 7 juillet, ma réintégration aux ponts 
et chaussées /en la résidence de St-Germain- Laval. 

Je prie instamment le lecteur de bien se pénétrer, 
pour l'intelligence de ce qui précède, des déclarations 
qui me furent faites à Royat, en août 1894, sur l'Af- 
faire Dreyfus, principalement par M. Boutteville et dont 
il a pris connaissance dans le corps de cet ouvrage. 

Ne sont-ce pas ces compromissions que M. Denis 
et Cie furent chargés de vérifier à St-Germain- Laval, 
le 1 er octobre 1899, après mon voyage à Paris de juil- 
let précédent? Et comme l'expérience fut négative, la 
mort subite de M. Charavay n'en fut-elle pas la con- 
séquence ? 

Les secrètes notes de mes non moins secrets dos- 
siers d'ancien fonctionnaire, que l'on n'a jamais voulu 
me communiquer, malgré mes nombreuses demandes, 
permettent peut-être de répondre à ces différents points 
d'interrogation ? 



Le 21 octobre 1899, après en avoir parlé à ma 
mère une huitaine de jours à l'avance, je fis un 
voyage à Pèghes en vélo, où j'appris, à ma grande 
stupéfaction, le mariage de ma cousine Marie Chebance, 
qui avait eu lieu le matin même? Je remontai en vélo 
et je rentrai à St-Germain par Thiers, sans avoir vu, 
personne de ma famille. Je fus d'autant plus surpris 
de cette mystérieuse « cachotterie » que ce mariage avait 
été ajourné depuis le commencement de janvier 1899 
et que mon oncle Pélisson, frère de ma mère et de ma 
tante Chebance, y avait assisté, laquelle tante Chebance 
tenait beaucoup, m'avait-elle dit, à ce que j'y assistasse 
également ? 

Le 25 octobre 1899, nouveau voyage à Pèghes en 



— 123 — 

vélo ; cette fois, j'appris que cette même cousine Che- 
bance était très souffrante? 

Le 25 novembre 1899, j'écrivis à M. Waldeck- 
Rousseau, Président du conseil des Ministres, pour lui 
faire connaître que je retirais une demande d'emploi 
que je lui avais précédemment adressée. 

Le lendemain, 26 novembre, ma cousine Marie Che- 
banice disparaissait de la scène de la vie ? ? 

N'avait-elle pas été compromise à mon insu dans 
ces affaires de demande d'emploi adressée à M. Wal- 
deck-Rousseau et cette autre demande d'entretien adres- 
sée à M. Etienne Charavay ? 

Voici ce que j'en sais : 

J'ai dit plus haut que je vis M. Charavay le 7 juil- 
let 1899, à Paris. Eh ! bien : quelques annotations au 
crayon retrouvées dans ma chambrette, à Pèghes, pré- 
cédemment occupée par mes cousines Marie et Louise 
Chebance, laquelle était toujours à leur disposition, 
tendent à démontrer que la première tout au moins fut 
compromise dans mes affaires politiques et adminis- 
tratives, ce qui formait un tout inséparable. 



En février 1900, le commandant Esterhazy fit une 
déposition devant le consul de France, à Londres, au 
cours de laquelle il avoua avoir écrit le « bordereau » 
par ordre, ce qui concorde parfaitement avec les décla- 
rations déjà reproduites et qui me furent faites par M. 
Boutteville, à Royat, en août 1894. 

Le 22 février 1900, je vis M. Hublard, avocat et 
ancien député, à son domicile, à Paris, 3, rue Bocca- 
dor ; je lui avais demandé cet entretien par correspon- 
dance, en raison de ce qu'il était directeur du journal 
« Le Fouet » que je recevais, et aussi parce que c'était 
lui qui, à Clermont-Ferrand, le 30 janvier 1898 et 



— 124 — 

sous la présidence de M. Léon Bourgeois, avait fait 
une grande conférence politique à laquelle j'assistai 
contre le gouvernement Méline, alors au Pouvoir. 

Je lui parlai de mes affaires administratives et sur- 
tout je lui fis comprendre que je possédais des rensei- 
gnements tout particuliers sur l'Affaire, ce qui l'a- 
mena à me faire connaître à son tour que le Président 
Loubet allait nous « imposer l'apaisement »? ? 

Je crus remarquer que M. Hubbard se conduisit à 
mon égard et en cette circonstance, comme M. Jolibois 
l'avait fait le 29 décembre 1897, c'est-à-dire que de cu- 
rieuses oreilles me parurent avoir été soigneusement 
postées non loin de nous pour nous écouter, de telle 
sorte que je ne fus que médiocrement surpris de lire 
quelques jours après, dans mon journal le « Vol- 
taire », un article intitulé « Tout le crime » et signé 
« Benoni » ? Cet article mettait au compte du colonel 
Henry toute la criminelle machination de l'Affaire Drey- 
fus, ce qui n'était exact qu'en partie, car le colonel 
Henry ne fut assurément qu'un sous-ordre. 

Quant au pseudonyme de « Benoni », je fais remar- 
quer que c'est le nom que l'on me donne dans mon 
village de Pèghes, et je me rappelle très bien l'avoir 
dit à M. Bacconnet, en 1894-95, en même temps que 
je lui parlai de l'Affaire Dreyfus. Inutile d'ajouter que 
je n'ai ni écrit ni inspiré cet article de journal. 

J'ajoute enfin, et ceci est important, que c'est à 
partir de cette époque que MM. Loubet et Waldeck- 
Rousseau manœuvrèrent en effet vers « l'apaisement » 
ou, ce qui est plus exact, vers l'étouffement de la Vé- 
rité dans l'Affaire Dreyfus ; ils savaient bien qu'Ester- 
hazy avait dit vrai à Londres et ils n'ignoraient pas 
non plus mon entretien avec M. Duvand, du 10 juil- 
let 1899, à Paris. 



— 125 



Le 7 mars 1900 (2 me anniversaire de ma révoca- 
tion), j'adressai une lettre à M. Loubet, Président de 
la République, où je déclare que je repousse l'amnistie 
proposée par le Gouvernement, pour la raison que 
l'Affaire Dreyfus est non une erreur judiciaire, mais 
une criminelle machination jésuitico-poly technicienne 
dont j'ai eu connaissance à Clermont-Ferrand, en 1894- 
95, où je me suis employé à la dévoiler pour la pre- 
mière fois.J'ajoute que je ne demande rien à l'Etat, 
pas même ma réintégration dans une administration 
quelconque. 

Le lendemain, 8 mars, le théâtre français, à Paris, 
devint la proie des flammes et Mlle Henriot avec ? 

Je note encore que c'est vers cette époque que le 
R. P. Didon mourut subitement ? C'est cet homme de 
Dieu qui, à Arcueil, parlant devant le généralissime 
Jamont, qui ne protesta point (?) et devant tous ses 
élèves, reprocha aux comploteurs de guerre civile et de 
coup d'Etat de « n'avoir pas sauvé le pays livré à tou- 
tes les angoisses, même au prix du sang?? » 



Les 25 et 28 avril 1900, je fis une visite à M. 
Montigny, sous-préfet, à Ambert, pour lui donner con- 
naissance d'un dossier que j'avais préparé sur mes af- 
faires administratives et l'Affaire Dreyfus, intitulé : 
«Origine de l'Affaire Dreyfus et révocation de M. 
Nourisson, conducteur des ponts et chaussées». M. 
Montigny ne tarda pas à être déplacé et envoyé à Ajac- 
cio où il reçut, quelque temps après, la visite des deux 
Ministres porteurs de sabres ci-après : général André 
à la Guerre et de Lanessan à la Marine ? J'ai déjà 
dit que M. de Lanessan s'était occupé de moi pour 



— 126 — 

être venu à St-Germain- Laval, le 16 juillet 1897 et plus 
tard, par l'intermédiaire de M. Juttet. 

Le lendemain, 29 avril, la passerelle reliant le globe 
céleste à l'Exposition universelle, à Paris, s'effondra et 
fit de nombreuses victimes ? 

M. Boutteville m'entretint de ces sortes d'accidents 
à Royat, en août 1894, en même temps que du com- 
plot de coup d'Etat et de guerre avec l'Allemagne ; il 
le fit en des termes qui me laissèrent et m'ont tou- 
jours laissé la plus fâcheuse impression. 



Le 11 mai 1900, après avoir donné rendez-vous à 
M. Bacconnet à Clermont-Ferrand pour ce jour, je fis 
une visite à la préfecture pour y déposer le dossier 
que j'avais communiqué à M. Montigny, le 25 avril 
précédent ; je ne pus y rencontrer que M. François, 
secrétaire général, auquel je remis ce dossier en l'ac- 
compagnant d'une collection de journaux à titre de 
renseignements complémentaires. Cette collection com- 
prenait la série complète du « Démocrate de Roanne », 
où j'avais publié une trentaine d'articles touchant à mes 
affaires politico-administratives ; elle comprenait encore 
le numéro du « Voltaire » portant l'article déjà men- 
tionné et signé «Benoni». Il fut convenu que M. Fran- 
çois garderait le dossier pour son administration et 
qu'il me remettrait les journaux après en avoir pris 
connaissance : il ne m'a jamais rien remis, malgré plu- 
sieurs demandes écrites de ma part? 

Quant à M. Bacconnet, que je vis ce même jour, 
il se comporta très mal à l'endroit de l'Affaire Dreyfus 
et de la mission dont je l'avais chargé à cet égard, en 
1894-95 ; il ne voulut plus s'en laisser reparler?? 

Que de réticences et de mystères dans tout cela : 
deux jours avant, le 9 mai 1900, mon cousin Bouchet 



— 127 — 

était mort promptement ? Cette mort me surprit d'au- 
tant plus que, exceptionnellement, il était venu me voir 
à Germon t-Ferrand, en 1895, accompagné de sa femme 
et alors que je ne les connaissais ni l'un ni l'autre. 
Ne l'avait-on pas compromis dans mes affaires ? 

Qu'arriva-t-il ensuite ? 

Il arriva tout d'abord des histoires très curieuses 
à mon avis, dans la famille de mon oncle Nourisson, 
à Pèghes ? Et ici, je ne puis m'empêcher de me repor- 
ter à un passage de la déclaration de M. Boutteville, 
à Royat, à savoir « qu'il fallait mes plus proches pa- 
rents pour eux »? ? 

Et enfin, je songe encore à d'autres renseignements 
infiniment douloureux, échappés plus tard à ma mère 
mourante 

Le 15 mai 1900, le château-d'eau à l'Exposition 
universelle à Paris, devint la proie des flammes ? Cela 
a-t-il quelque rapport avec ce que je viens de relater 
ci-dessus ? C'est bien possible ! 

Le 18 mai 1900, la presse m'apprit que M. Adol- 
phe Guillot, juge d'instruction de longue date au tri- 
bunal civil de la Seine, fut admis à faire valoir ses 
droits à la retraite ; il était le protégé de M. Camille 
Bouchez, député, qui l'avait fait décorer malgré son 
Ministre ; il était l'ami également des assomptionnistes 
en général et du R. P. Bailly en particulier, à qui il 
envoya sa carte de visite après sa condamnation ? 

Ce M. Guillot, juge d'instruction, n'est-il pas le 
même personnage que M. Guillot, israélite et membre 
du comité consultatif des chemins vicinaux au Ministère 
de l'Intérieur, qui vint passer une inspection à Riom, 
le 10 juin 1893, et qui me refusa la parole? J'ai déjà 
dit que j'avais instamment demandé une inspection gé- 
nérale à cette époque. 

Et, si cela est exact, ne fut-il pas mis à la retraite 



— 128 — 

un peu précipitamment à cause du dossier dont je 

viens de parler, déposé entre les mains de M. Fran- 
çois, le 11 mai 1900? 



Le 27 mai 1900, j'adressai une nouvelle lettre à M. 
Loubet, Président de la République, pour lui rappeler 
celle du 7 mars précédent. Je lui fis connaître en ou- 
tre que, les 11 et 24 mai, j'avais déposé à la préfec- 
ture de Clermont-Ferrand des renseignements sur l'Af- 
faire Dreyfus en le priant de se les faire communiquer. 

Le lendemain, 28 mai, je constatai que MM. Du- 
claux, Louis Havet, Paul Meyer, Emile Zola, etc., écri- 
virent au Sénat pour protester énergiquement contre le 
projet d'amnistie proposé par le Gouvernement. Le 
commandant Esterhazy en fit autant pour son compte 
personnel. C'est à cette époque que le général poly- 
technicien André remplaça de Galliffet au Ministère de 
la Guerre, qui fut, à ma connaissance, comme je l'ai 
déjà dit, l'un des plus grands escamoteurs de la Vé- 
rité dans l'Affaire Dreyfus. 

Le 30 mai 1900, j'adressai une nouvelle lettre à M. 
Loubet, Président de la République, par laquelle je 
portai à sa connaissance ma lettre adressée à M. Bac- 
connet le 28 du même mois, dans laquelle je lui re- 
proche son inconduite au sujet de la mission dont je 
l'avais chargé dans l'Affaire Dreyfus. 



Le 18 mai 1900, j'écrivis une longue lettre à l'évê- 
que Belmont, à Clermont-Ferrand (celui des croisades 
de 1895), avec copie adressée à la préfecture du Puy- 
de-Dôme à titre de renseignements ; je reprochai vive- 
ment à ce général romain l'infâme conduite de son 
Eglise à mon égard, par l'intermédiaire de mes pa- 



— 129 — 

rents en général et de ma mère en particulier. Je lui 
déclarai en outre que « le capitaine Dreyfus était vic- 
time de la plus criminelle machination que l'Histoire 
aura à enregistrer », en ajoutant que je combattais dans 
ce sens. 

Le 29 mai suivant, une adoration perpétuelle fut 
organisée à grand fracas, à la Forie, localité voisine 
et dont le curé Pitavy avait été visé dans ma lettre ? 

Le 31 mai, mon voisin Cellier s'empressa de bou- 
cher subrepticement les trous existant dans la muraille 
séparative de son étable et de ma maison, au moyen 
desquels on surprenait ce qui se disait chez moi ? 

Je laisse un instant le lecteur à ses réflexions à ce 
sujet ! 

* * 

Le 5 juillet 1900, j'écrivis une nouvelle lettre à M. 
Loubet, Président de la République, pour lui faire con- 
naître que, le 16 juin précédent, j'avais informé le ca- 
pitaine Dreyfus, à Cologny, près Genève, que le 11 
mai de la même année, j'avais déposé à la préfecture 
du Puy-de-Dôme un dossier sur mes affaires et les 
siennes. J'avais en outre fait ressortir à cet officier, 
dans ma lettre du 16 juin 1900, qu'il avait été victime 
d'une criminelle machination politico-religieuse, en 1894, 
compliquée d'une intrigue administrative relative à la 
fusion des services de voirie, où étaient compromis 
certains ingénieurs de ma connaissance. 

Le lendemain, 6 juillet, M. Waldeck-Rousseau fut 
interpellé au Sénat, lequel vota l'affichage de son dis- 
cours ; et le sénateur Desmons, en prenant possession 
dv, fauteuil présidentiel de la gauche démocratique de 
cette assemblée, conseilla au Gouvernement de passer 
de la période défensive à l'offensive. 

Vers le 14 du même mois, mourait à Quimper, 



— 130 — 

muni de toutes les bénédictions et de tous les sacre- 
ments de l'Eglise (naturellement !) le général de Pel- 
lieux dit « la boucherie », qui s'illustra au procès Zola, 
ainsi que tout le monde le sait. Il s'agit bien du même 
de Pellieux que celui qui s'était occupé de moi à mon 
insu et de mes affaires administratives de 1890 à 1894, 
alors qu'il était chef d'état-major du 13 me corps d'ar- 
mée, à Clermont-Ferrand, et moi agent voyer cantonal, 
à Pontaumur (Puy-de-Dôme). 



Le 18 août 1900, j'écrivis une nouvelle lettre à M. 
Loubet, Président de la République, dans laquelle je 
lui déclare que je ne veux plus être fonctionnaire afin 
de pouvoir parler et écrire librement sur l'Affaire 
Dreyfus, dans l'unique intérêt de la Vérité. J'ajoute que 
j'ai été choisi comme sujet d'expériences de 1890 à 
1898, au sujet du projet de fusion des services de voi- 
rie comprenant la machination de l'Affaire Dreyfus, 
qui fut dirigée contre la République parlementaire et 
dans laquelle étaient compromis ingénieurs et officiers 
polytechniciens, en vue d'une dictature favorable à la 
fusion nationale de ces services de voirie. 

; Dans la soirée, s'effondra une passerelle à l'Expo- 
sition universelle à Paris : nombreux morts et blés- 
ses ? ? 

Dans cette même soirée également, le curé et les 
deux vicaires du chef-lieu de ma commune (Job), au 
bureau de poste de laquelle j'avais déposé ma lettre 
ci-dessus relatée, furent l'objet d'un étourdissant cha- 
rivari qui se renouvela chaque jour, jusqu'à ce que ces 
trois prêtres eussent quitté la localité ? ? 

La véritable raison, inavouée au public comme clans 
toutes ces ténébreuses affaires du reste, ne fut-elle pas 



— 131 



le dépôt au bureau de poste de Job de ma lettre ci- 
dessus rappelée à M. le Président de la République ? 



Le 11 novembre 1900, j'écrivis une lettre recom- 
mandée A.R. à mon journal « Le Voltaire » au sujet 
de son article dont j'ai déjà parlé, intitulé « Tout le 
crime » et signé « Benoni », pour lui faire connaître 
que cet article était un faux, puisque je ne l'avais ni 
écrit ni inspiré. 

Le soir eut lieu, à Choisy-le-Roi, près de Paris, un 
tamponnement de trains : nombreux morts et blessés ? 

Et, comme ma propriété de Pèghes était en vente, 
j'eus la stupéfaction de recevoir, le lendemain 12 no- 
vembre, la visite d'une jeune femme Fougerouse, an- 
cienne bonne de la maison Rotschild, à Paris, me dé- 
clara-t-elle (?), qui me proposa de l'acheter. 

Le 19 novembre suivant, soit huit jours après ma 
lettre ci-dessus rappelée, mon journal « Le Voltaire » 
changea prestement de propriétaire et de domicile ? ? 

Ma lettre recommandée du 11 ne l'avait-elle pas 

gène ? 

* 
* * 

Le 17 décembre 1900, M. Waldeck-Rousseau monta 
à la tribune pour repousser un amendement du député 
Vazeilles sur l'amnistie, amendement qui laissait la 
porte ouverte à la manifestation de toute la Vérité dans 
l'Affaire Dreyfus ; la Chambre des députés approuva 
M. Waldeck-Rousseau et vota, l'amnistie le 19, dans 
une séance de nuit. Elle en avait tant besoin pour elle ! 

N'est-ce pas le comble de l'infamie ? 



Le 1 er mai 1901, j'écrivis une lettre à M. Ernest 
Haeckel, le célèbre professeur de zoologie à l'Univer- 



— 132 — 

site d'Iéna (Allemagne) ; je lui parle de sa brochure 
sur P« Origine de l'Homme» et lui déclare que de- 
puis longtemps je suis d'accord avec lui sur cette ques- 
tion. Je profite de cette occasion pour porter à sa con- 
naissance mes démêlés avec l'évêque Belmont, à Cler- 
mont-Ferrand et je lui fais connaître, d'autre part, que 
je suis mêlé à l'Affaire Dreyfus que je sais être une 
criminelle machination politique, sociale et religieuse, 
compliquée encore par mes affaires administratives. M. 
Haeckel m'adressa le 22 juin, en réponse à cette com- 
munication, une carte postale qui me parvint le 25. 

Pourquoi choisit-il cette date du 22 juin plutôt 
qu'une autre ? Je l'ignore complètement, mais ce que 
je n'ignore: pas, c'est que le lendemain 23 eut lieu à 
Clermont-Ferrand l'inauguration du lycée de jeunes fil- 
les sous la présidence du général André, Ministre de 
la Guerre et de M. Mougeot, sous-secrétaire d'Etat 
aux postes et télégraphes ; ce que je sais bien encore, 
c'est que ce même général fit ostensiblement remar- 
quer, aux Clermontois qui l'écoutaient, que la nuit pré- 
cédente M. Waldeck-Rousseau avait fait précipitam- 
ment ( ?) voter par le Sénat la loi sur les associations ? 

Le surlendemain 24 juin, le Sénat s'érigea en Haute- 
Cour de justice pour juger de Lur-Saluces contumax ? 

Et ce même jour fut organisée à Royat, toujours 
sous la présidence de MM. André et Mougeot, une 
fête des pompiers dont M. Guyot-Dessaigne, député du 
Puy-de-Dôme, était le président d'honneur. 

Enfin, le 29 du même mois, la Chambre des dépu- 
tés vota à son tour la loi sur les associations. 

Que signifie au juste tout cela ? 

A-t-on voulu donner, par la concordance des dates 
du vote du Sénat, des fêtes clermontoises et de la ré- 
ception de la carte postale que m'adressa M. Haeckel, 
la signification que les congrégations religieuses (moi- 



— 133 — 

nés ligueurs et moines d'affaires) coupables de com- 
plot contre la République venaient de recevoir le com- 
mencement de leur châtiment ? 

Si oui, ce fut une grosse inexactitude, car toute 
l'Eglise, son Pape et ses évêques de la croisade cler- 
montoise de 1895, ainsi que toute la réaction avouée 
ou non et une foule de soi-disant républicains trempè- 
rent dans ce complot. 

Et les fêtes de Royat le lendemain, eurent-elles 
dans les régions gouvernementales une signification de 
ce genre ? 

Si oui, on eut le tort impardonnable de n'y point 
faire figurer M. Boutteville que j'y rencontrai en août 
1894 comme je l'ai déjà dit. Il aurait été convenable 
également d'y ajouter son beau-frère M. Clément Chaus- 
segros, et surtout le général Mercier, ce dernier au 
premier plan ; puis, en compagnie de l'évêque Bel- 
mont et de ses religieuses de « la Miséricorde », MM. 
Ponction et Méridier ; puis enfin, dans un autre coin 
bien en évidence, MM. Méline et Paul Chauvassaigne. 



Le 7 septembre 1901, après avoir eu un particulier 
et mystérieux entretien avec sa sœur, ma mère tint à 
mon égard, ma tante étant présente, une conduite ab- 
solument surprenante ? 

La nuit suivante, 8 septembre, un incendie dévora 
les ateliers en planches (?) de la ferblanterie Houpin 
et Cie à la Forie, lesquels avaient été construits l'an- 
née précédente seulement (peu après mon arrivée dans 
le pays) par les frères Houpin et Cie, venus de Cler- 
mont-Ferrand où ils étaient déjà établis. 

Le 7 novembre 1901, j'adressai' une lettre à M. 
Ferdinand Buisson à Paris, dans laquelle je lui narle 
de conférences populaires, d'éducation de la Démocra- 



— 134 — 

tie, etc., comme je l'avais déjà fait à MM. Léon Bour- 
geois et Ernest Haeckel. Ma mère eut de nouveau et 
dans la soirée une conduite des plus singulières à 
mon égard ; elle parla de « tout espoir perdu... pa- 
tience, etc. » 

Le lendemain, 8 novembre, je fus victime d'une ten- 
tative d'empoisonnement qui faillit me précipiter dans 
la tombe ! J'ai relaté cet incident dans une note re- 
mise par moi au savant chimiste Berthelot à Paris, à 
la fin de l'année 1903. 

Le 9 novembre 1901, les experts arrêtèrent enfin 
l'indemnité due par la compagnie d'assurance aux Hou- 
pin et Cie, lesquels s'empressèrent de retourner à Cler- 
mont-Ferrand d'où ils étaient venus. 

Pourquoi tout cela ? 

Voici ce que j'en sais : 

Le 15 janvier 1900, alors que je résidais encore à 
St-Germain- Laval, je fis une visite à M. Comte, à St- 
Etienne, pasteur, franc-maçon (?) et directeur du jour- 
nal « La Tribune » ; il insista beaucoup et me donna 
même sa foi maçonnique ( ?) pour me faire accepter 
la recommandation de l'ingénieur des ponts et chaus- 
sées Reuss de cette ville, lequel avait l'intention, disait- 
il, de m'envoyer au service d'entrepreneurs devant pro- 
chainement construire un grand barrage de retenue 
d'eau dont il avait rédigé le projet. Je refusai net, ne 
voulant plus accepter la recommandation des ingénieurs 
des ponts et chaussées en général et la sienne en particu- 
lier, lequel s'était quelque peu occupé de moi à ma con- 
naissance, lors de mon déplacement de St-Germain- 
Laval à Bourges et peut-être même plus tard. 

M. Comte répliqua : « si vous vous butez contre 
ces gens-là, ça sera très difficile » ! 

De quelle difficulté voulut-il parler? Je ne le sus 
point, mais je crus apercevoir quelques instants après 



— 135 — 

M. Ponchon qui lui avait fait vraisemblablement une 
visite également quelques instants avant ? Je me sou- 
vins alors de certaines paroles échangées en ma pré- 
sence entre MM. Ponchon et Mendier, à la fin de 
1894 et au bureau du premier où je travaillais à cette 
époque ; ils disaient avoir des relations avec un ingé- 
nieur de leurs amis (M. Reuss, peut-être) qui faisait 
ou projetait de faire exécuter de grands travaux. N'a- 
vaient-ils pas intrigué de ce côté à mon adresse, avec 
ou sans la complicité de M. Boutteville ? 

Puis, ayant réintégré le domicile paternel à Pèghes 
vers la fin mars 1900, quelques personnes s'employè- 
rent peu après à m'envoyer à l'usine Houpin nouvelle- 
ment construite ; et, le 1 er mai notamment, jour où 
j'écrivis à M. Haeckel à Iéna, mon voisin Tamisier 
qui n'avait eu connaissance de cette missive ni lui ni 
personne de ma part, insista pour m'envoyer à l'usine 
Houpin ? Je trouvai son intervention d'autant plus dé- 
placée de sa part, que nos relations étaient plutôt froi- 
des et que je ne l'avais jamais chargé de s'occuper de 
mes affaires. 

Le 28 août 1900, ayant eu, avec une vingtaine 
d'autres personnes du voisinage, une question d'intérêt 
à débattre avec ces MM. Houpin (irrigations de nos 
prairies) qui se termina avec accord de part et d'au- 
tre, nous prîmes ensemble une consommation à l'au- 
berge Béai à la Forie et j'en profitai pour parler libre 
pensée et anticléricalisme. La nuit suivante, ma mère 
fut victime de plusieurs accidents et tellement malade 
que je la crus perdue ? 

A son tour, elle avait manœuvré, ou, ce qui est 
plus exact, on l'avait fait manœuvrer pour m'envoyer 
à l'usine Houpin et Cie où je ne voulais pas aller, car 
je m'étais rendu compte qu'il y avait là-dessous quel- 
que nouvelle et malhonnête intrigue à mon adresse. Je 



— 136 — 

savais notamment que MM. Ponchon et Méridier en 
avaient été les architectes, ce qui était pour moi une 
raison de sérieuse méfiance, puisque je les savais com- 
promis dans l'Affaire Dreyfus et les miennes, j'avais 
même écrit dans ce sens à M. François, secrétaire gé- 
néral de la préfecture de Clermont-Ferrand, et j'avais 
attiré son attention sur le mystérieux incendie de la 
ferblanterie Houpin et Cie. 

De tout cela il en est résulté dans ma pensée que 
l'usine Houpin fut installée à la Forie, en raison de 
mon retour dans ce pays et à cause de certaines com- 
plications et compromissions dans mes affaires et pour 
m'y envoyer travailler. Et, quand on sut d'une façon 
positive que je n'irais point, on l'incendia tout simple- 
ment ; puis MM. Houpin retournèrent à Clermont- 
Ferrand où ils ne tardèrent pas à occuper une place 
importante à la section clermontoise de la Ligue des 
Droits de l'Homme et du Citoyen, présidée par M. 
Marrou, actuellement député de cette ville ? 



Le 15 décembre 1901, la presse m'apprit que l'on 
avait vu ensemble, dans le train rapide de Paris à 
Lyon, MM. les généraux Mercier et André. Ce détail, 
insignifiant en apparence, n'est pas de nature à me 
faire croire à l'innocence du général André dans la 
machination et les crimes de l'Affaire Dreyfus et du 
coup d'Etat. 



* 



Le 12 janvier 1902, M. Waldeck-Rousseau, chef du 
Gouvernement, prononça un grand discours politique 
à St-E tienne ; il se déclara contre la réduction du ser- 
vice militaire à deux ans, contre l'établissement de 



— 137 — 

l'impôt progressif sur le revenu et contre la séparation 
des Eglises et de l'Etat. 

Il n'est pas surprenant dans ces conditions que ce 
personnage politique ait étouffé l'Affaire Dreyfus qui, 
justement, avait été machinée pour éteindre dans le 
sang ces améliorations sociales constamment réclamées 
par la Démocratie. 

Il n'est même pas sûr, à mon avis, qu'il n'ait pas 
connu et approuvé le complot à l'origine, sauf à chan- 
ger son fusil d'épaule comme il le fit un peu plus tard. 

Et tout d'abord, ne s'occupa-t-il pas de moi dans 
la Loire à mon insu, alors qu'il était simple sénateur 
de ce département ; et n'est-ce pas à cause de sa pré- 
sence dans ce pays que M. Guyot-Dessaigne, devenu 
Ministre des Travaux Publics, m'y envoya en raison 
de la fusion projetée des services de voirie ? 



Les 20, 28 et 31 mars 1902, j'adressai trois nou- 
velles lettres à l'évêque des croisades Belmont à Cler- 
mont-Ferrand, où je lui reproche la part de responsa- 
bilité qui lui revient dans l'horrible conduite de ma 
mère à mon égard. Dans celle du 31, je lui fis con- 
naître que ma tante Chebance mariait précipitamment (?) 
sa deuxième fille Louise et j'ajoutai ceci : « que ce ma- 
riage n'ait point de machinales relations avec mes af- 
faires personnelles comme cela a eu lieu, je crois, à 
l'occasion de celui de sa sœur, dont la maladie et la 
mort m'ont profondément intrigué » ! 

Le 31 mars, M. Coste, banquier à Ambert et oncle 
de M. Far j on, député, mourut promptement ? 

Le 2 avril, M. Celeyron aîné, banquier en la même 
ville, mourut également (M. Boutteville prononça ce 
nom à Royat en ma présence en août 1894, ainsi que 



— 138 — 

je l'ai dit plus haut). Ces deux personnages n'étaient- 
ils pas compromis dans mes affaires ? 

Le 4 avril, le Pape Léon XIII reçut la visite de 
M. Ferdinand Brunetière qui avait lancé en 1894 di- 
verses publications sur la prétendue « banqueroute de 
la science » ? Je fais remarquer à ce sujet que, tout 
en m'occupant à cette époque de la divulgation de 
l'Affaire Dreyfus, j'avais protesté, dans la faible limite 
de mon savoir, contre cette bouffonne affirmation, au 
cours d'un article que je fis publier dans le journal 
« Le Moniteur du Puy-de-Dôme », au commencement 
de 1895. J'ajoute que M. Berthelot et ses amis, au 
cours d'un banquet parisien qui eut un grand reten- 
tissement dans la presse, protestèrent également contre 
cette brunetiéresque allégation qui fut d'autant plus in- 
solente qu'elle se produisait à la fin du dix-neuvième 
siècle. 

Enfin, le 5 avril, j'adressai une longue lettre de re- 
proches à l'archevêque Couillié, à Lyon, relative à mes 
affaires administratives et à l'inqualifiable conduite de 
ma mère à mon égard. J'ajoutai que je ne deviendrais 
plus fonctionnaire en raison de ces mêmes affaires et 
de mon rôle dans celle du capitaine Dreyfus. 

* 
* * 

Le 7 septembre 1902, plus que d'habitude encore, 
ma mère me fit une scène épouvantable : elle me dé- 
fia (?), m'injuria, lança son bâton de tous les côtés 
et quitta la maison finalement pour aller s'accroupir de- 
vant la porte de Pétable du voisin ? J'eus toutes les 
peines du monde pour la ramener à la maison. 

Pourquoi cela ? 

Elle avait su notamment que je me disposais à al- 
ler au prochain Congrès international de la Libre Pen- 
sée, à Genève. 



— 139 — 

Elle avait su également, paraît-il, que M. François, 
secrétaire général de la préfecture, à Clermont-Ferrand, 
entre les mains de qui j'avais déposé, le 11 mai 1900, 
le dossier dont j'ai parlé plus haut, était déplacé et 
envoyé à Lunéville ? 

Le 17 septembre, je donnai lecture au Congrès de 
mon rapport sur la « Théorie générale de l'Evolution 
et les dogmes religieux », au cours duquel je dis quel- 
ques mots de l'Affaire Dreyfus, que je savais être une 
criminelle machination ; cette assemblée approuva les 
conclusions de mon rapport sur la nécessité d'organi- 
ser l'éducation de la Démocratie par la voie des Uni- 
versités populaires, elle approuva également ces mêmes 
conclusions relatives à l'Evolution du monde organi- 
que et inorganique. 

Je fais remarquer que, dans le long mémoire que 
j'avais envoyé au Congrès, je m'efforce de faire res- 
sortir le rôle heureux joué dans l'Affaire Dreyfus par 
MM. Brisson et Emile Zola. Je parle également de M. 
Berthelot et de sa protestation contre la « banqueroute 
de la science». Les délégués allemands au Congrès, 
M me Ida Altmann notamment, durent en prendre con- 
naissance. 

Le lendemain 18, avant de quitter Genève, j'écrivis 
une lettre recommandée A.R., à M. Haeckel, à Iéna, 
dans laquelle je lui fis sommairement connaître ce qui 
s'était passé à Genève et le rôle qui m'y avait été dé- 
volu ; l'avis de réception de ma lettre me parvint à 
Pèghes quelques jours après. 

Le 20 septembre suivant,^ mourut promptement le 
petit garçon de mon voisin Fonlupt ? Ce même jour, 
ma mère me fit une scène inouïe, me menaça de son 
bâton, etc., etc. 

Que s'était-il donc passé ? 

Mystère ! 



140 — 



Le 24 septembre 1902, je me rendis au congrès de 
la Ligue de l'enseignement, à Lyon, présidé par M. 
Ferdinand Buisson et auquel assista M. Adrien Du- 
vand, dont j'ai déjà parlé. 

Le 27, je pris part aux travaux de la première com- 
mission où je prononçai un discours sur le rôle fu- 
tur des Universités populaires et je fis adopter un 
amendement dans ce sens qui figure au procès-verbal 
du congrès. Je me réclamai, au cours de mon dis- 
cours, du rôle qui m'avait été dévolu au Congrès pré- 
cédent, à Genève, et je poussai une charge assez vive 
contre la Papauté et renseignement de l'Eglise romaine. 
Je fis connaître également que j'étais un ancien con- 
ducteur des ponts et chaussées révoqué sous le gou- 
vernement de coup d'Etat de M. Méline. 

Le 29, M. et M me Emile Zola, après avoir séjourné 
quelques mois à la campagne, rentrèrent à leur domi- 
cile, à Paris, pour y être asphyxiés la nuit suivante ?? 

Il ne m'est plus possible aujourd'hui de douter de 
l'assassinat de M. Zola, à cause de mon rôle volontaire 
et de celui que je lui avais assigné en quelque sorte en 
1894-95 dans l'affaire Dreyfus ; et aussi en raison de 
celui que j'avais rempli quelques jours avant au Con- 
grès de Genève, ainsi que de mon discours de Lyon, 
dont je viens de parler. 

Je constate également que c'est à cette époque que 
M. Gasquet, ancien maire et député de Clermont-Fer- 
rand, remplaça M. Bayet à la direction de l'enseigne- 
ment primaire. Ce personnage ne s'était-il pas occupé 
de moi à mon insu ? 

Enfin, l'assassinat de M. Zola m'ayant pas mal 
bouleversé, je demandai à M. Furnémont, Secrétaire 
général de la Libre Pensée internationale, à Bruxelles, 



— 141 — 

la communication de mon mémoire et rapport de Ge- 
nève afin de les publier, si possible, ce qui aurait peut- 
être fait comprendre le véritable mobile de l'assassinat 
de M. Zola ; il me donna l'assurance, par sa lettre 
reçue le 20 octobre 1902, que le tout figurerait au 
procès-verbal du Congrès, ce qui n'a pas eu lieu, à 
ma connaissance, et il ne me communiqua rien mal- 
gré de nouvelles demandes de ma part ? 

Autre détail suggestif : 

J'ai dit plus haut que M. Méridier me menaça, à 
la fin de 1894, de la « guerre au couteau » qui me 
serait faite dans le cas où je me conduirais mal (1) ; 
le 22 octobre 1902, ma mère cacha son petit couteau 
d'origine thiernoise (?) dans son lit où je le trouvai 
après sa mort survenue le 22 novembre suivant ! 

J'ajoute enfin que le four des funérailles de M. 
Zola (5 octobre), M. Chaumié, Ministre de l'Instruc- 
tion Publique, prononça un discours sur sa tombe et 
il s'empressa (naturellement) de mettre au « compte de 
l'imbécile fatalité » la subite disparition du grand jus- 
ticier contemporain ? 

Le 1 er novembre 1902, ma mère voulut absolument 
se confesser de nouveau et son confesseur, venu de 
Job, alla chercher « Dieu » ensuite pour le lui porter, 
non à Jbb, mais à la Forie, paroisse voisine. 

Le 3 novembre, je reçus une carte postale de M. 
Haeckel, en réponse à, la lettre recommandée que je 
lui avais adressée de Genève le 18 septembre précé- 
dent. 

Je ne pus m'empêcher d?adresser une nouvelle let- 



(1) Il me déclara encore que tout ce que je pourrais faire ou dire 
pour ma défense serait immédiatement détruit ou annihilé, sauf une 
chose qui serait un peu plus difficile à combattre : les publications que 
je pourrais lancer dans le public. Son associé, M. Ponchon, ajouta qu'on 
(la réaction cléricale) ne laissait aucune ressource, rien, à ceux qui la 
trahissait, afin qu'ils ne puissent rien faire ! 



— 142 — 

tre de reproches, le 11 novembre suivant, à l'évêque 
Belmont, à Clermont-Ferrand, pour lui faire observer 
que je n'étais point dupe de toutes ces pénibles et 
mystérieuses comédies de son Eglise. 

Enfin,, j'appris qu'à cette même époque M. Wal- 
deck-Rousseau, le fameux « cercle légal » en même temps 
que « grand amnistieur », avait eu une opportune en- 
trevue avec le cardinal Rampolla, à Rome ? ? 

A cette époque également remonte la mystérieuse 
vente des grandes propriétés du comte d'Hautpoul, à 
Job, et bien des indices tendent à me démontrer qu'il 
y a eu, de ce côté encore, des intrigues inavouables 
relativement à mes affaires. 

Enfin ma mère mourut le 22 novembre 1902 et, le 
1 er décembre suivant, je fis une nouvelle visite à M. 
Duvand, à Paris. Je fais remarquer ici que ce 
personnage, inconnu de moi avant mon arrivée 
dans la Loire, avait paru me témoigner de l'intérêt ; 
mais il ne consentit jamais à répondre aux nombreu- 
ses lettres que je lui adressai dans la suite. Le 1 er dé- 
cembre 1902, il fit mieux, il me demanda de lui écrire 
encore, mais pour me lire seulement 1 Cette manière 
de procéder à mon égard a contribué beaucoup à m'é- 

loigner de lui. 

* 
* * 

Le 14 janvier 1903, je fis quelques communications 
à M. Haeokel, à Iéna, relativement aux œuvres d'ensei- 
gnements post-scolaires pour adultes et adolescents, par 
le moyen des Universités populaires, et je le priai ins- 
tamment de venir, lui et ses amis ès-sciences, au Con- 
grès international de la Libre Pensée de Rome, en sep- 
tembre 1904. J'en profitai pour lui parler encore quel- 
que peu de mon rôle dans la criminelle machination 
de l'Affaire Dreyfus, et le lecteur sait que je distribuai 
aux membres de ce Congrès, M. Haeckel compris, ma 



— 143 — 

Note autocopiée sur cette Affaire Dreyfus dans laquelle 
je reproche tout particulièrement à la Papauté et à son 
Eglise sa part de responsabilité dans le crime. 

On remarquera plus loin que cet illustre savant 
prit part aux travaux du Congrès de Rome et que, de 
mon côté, j'y remplis un certain rôle, bien que plus 
effacé. 

Le 4 février, M. Combes, Président du conseil des 
Ministres, monta à la tribune de la Chambre pour se 
rétracter ; il rejeta son récent spiritualisme et sa sym- 
pathie pour renseignement éducatif et moralisateur de 
l'Eglise, pour adopter à sa place celui de la Libre 
Pensée. 

Que s'était-il donc passé de grave pour le faire 
changer d'opinion sur une question de cette impor- 
tance, à quelques jours d'intervalle seulement ? Je ne 
sais, mais il est bien possible que ma lettre du 14 jan- 
vier écoulé à M. Haecke] y fut pour quelque chose. 



Le 17 mai 1903, eut lieu à Clermont-Ferrand une 
conférence politique et libre penseuse à laquelle j'as- 
sistai ; elle occasionna la suppression de la tradition- 
nelle procession de Notre-Dame du Port, et elle fut 
faite par M. Delpech, sénateur et grand dignitaire de 
la franc-maçonnerie. 

Cette conférence se rattache-t-elle par quelque côté à 
l'Affaire Dreyfus et aux miennes ? 

Si oui, je déclare que je n'en ai rien su. Tout ce 
que je sais, c'est que la personnalité de M. Delpech 
est intimement liée à l'Affaire depuis son commence- 
ment. 



Le 19 juin 1903, les clairons de la société de gym- 



— 144 — 

nastique de la Forie firent un ramage étourdissant dans 
la soirée, en traversant mon village ? J'ai constaté que 
cette comédie, qui s'est répétée plus de cent fois, coïn- 
cidait toujours avec quelque événement politique, libre 
penseur ou de l'Affaire Dreyfus ; ou encore avec quel- 
que correspondance y relative que je recevais le lende- 
main. 

Pour quelle raison m'a-t-on fait toutes ces clairon- 
nantes allusions, car il m'est impossible de douter 
qu'elles ne fussent point à mon adresse, d'autant plus 
que cette société de gymnastique ne s'était formée que 
peu après mon arrivée à Pèghes, par des ouvriers des 
fabriques de la Forie ? 



Le 22 juin 1903, j'écrivis une lettre à M. le Minis- 
tre de la Justice pour lui rappeler que, le 1 er décem- 
bre 1900, je lui avais adressé, avec d'autres documents 
à l'appui, des copies des procès-verbaux pour contra- 
ventions de grande voirie que j'avais dressés, lorsque 
j'étais fonctionnaire, contre mes entrepreneurs et mes 
propres chefs de service ; procès-verbaux qui avaient 
amené, en apparence du moins, mon déplacement, mon 
retrait d'emploi et ma révocation. Je lui fis observer 
que M. le Ministre des Travaux Publics m'accusa ré- 
ception, le 27 décembre 1900, au lieu et place de ce- 
lui de la Justice, des documents et renseignements qui 
accompagnaient ma lettre ; et j'ajoutai que c'était peut- 
être bien là un moyen d'en dessaisir la Justice. 

Le lendemain, 23 juin, des incidents violents se pro- 
duisirent à la Chambre des députés, M. Ferdinand 
Buisson, le même sous la présidence duquel je devais 
parler au Congrès de Rome, en septembre 1904, monta 
à la tribune et discourut sur la dissimulation et le men- 
songe enseignés dans les écoles congréganistes ? 



— 145 — 

Cela eut-il quelque rapport avec mes affaires ci-des- 
sus relatées ? 

C'est bien possible ! 

Le 30 juin 1903, j'adressai une nouvelle lettre à 
M. le Ministre de la Justice, dans laquelle je me 
plains de la conduite tenue à mon égard par M. Girar- 
dot, qui m'avait appelé à son cabinet au sujet de la 
lettre ci-dessus rappelée, adressée à son Ministre le 22 
juin précédent ; je lui déclare en outre que cette af- 
faire de voirie fait partie de la criminelle machina- 
tion de l'Affaire Dreyfus. 

Puis, je ne sus plus rien, si ce n'est que M. Girar- 
dot fut fait chevalier de la Légion d'honneur sur 
la proposition du général André, Ministre de la 
Guerre (?), lequel se fit attribuer pour son compte 
personnel (?) le grade élevé de commandeur de la 
même Légion. 

Tout cela eut lieu à l'époque de la fête nationale 
du 14 juillet 1903. 

Je note encore que le pape Léon XIII mourut le 
20 juillet et que les employés de la mairie de Rome, 
superlativement bien inspirés dans la circonstance, 
l'inscrivirent sur le registre des criminels ? Il est fort 
regrettable à mon avis que le Maire de cette ville et le 
Gouvernement italien aient cru devoir faire arracher ce 
feuillet du registre : le nom de Léon XIII, ci-devant 
Pecci, Pape de la croisade moderne clermontoise de 
1895 et de la criminelle Affaire Dreyfus, était infini- 
ment mieux là que partout aiHeurs. 

Puis, je note enfin que le 28 juillet suivant eut lieu 
à l'Eglise Notre-Dame à Paris un grand office funèbre 
pour le repos de l'âme de ce Pape, auquel assistèrent, 
pour leur compte personnel (?) MM. Delcassé, Minis- 
tre des Affaires étrangères, le général André, Ministre 

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— 146 — 

de la Guerre, et le Président Loubet, qui -s'y fit repré- 
senter par le général Dubois. 

Evidemment, on fait toutes ces choses sans rire et 
le plus naturellement du monde, dans les hautes sphè- 
res de l'Eglise et du Gouvernement ! 



Le 21 août 1903, je note dans le journal l'« Ac- 
tion » une « lettre ouverte » de M. Ferdinand Buis- 
son, professeur à la Sorbonne et ancien Directeur de 
l'enseignement primaire, à son collègue et ami Aulard, 
dans laquelle il plaide en faveur de la religion ; il dé- 
clare « ne pas vouloir détruire la religion et ne veut 
pas séparer la morale de la religion ». 

Evidemment, je ne suis pas du même avis que M. 
Buisson, je pense au contraire qu'il faut séparer la 
morale de la religion et des religions, les combattre 
toutes au même titre que l'erreur et le mensonge, pour 
le plus grand bien de la morale naturelle et évolution- 

niste. 

* 
* * 

Le 24 août 1903, j'adressai une lettre recommandée 
à M. Léon Bourgeois, député. Je lui rappelle, dans 
cette lettre, une précédente missive remise à son domi- 
cile à Paris, le 8 mai 1899, où je lui expose sommai- 
rement que l'Affaire Dreyfus est une criminelle machi- 
nation contre la République et qu'elle est greffée sur 
la question de fusion projetée des services de voirie. Je 
lui fais remarquer que si je lui ai remis ma lettre du 
8 mai 1899, c'est que j'avais compris, après l'avoir en- 
tendu discourir à Clermont-Ferrand, le 30 janvier 1898, 
qu'il avait été mis au courant de mes révélations sur 
l'Affaire Dreyfus, par l'intermédiaire de M. Bacconnet, 
lequel ne voulait plus absolument en entendre parler, 



— 147 — 

ainsi qu'il me l'avait avoué à Germon t-Ferrand, le 11 
mai 1900. Je lui déclare en outre avoir cru compren- 
dre que cette manifestation politico-clermontoise du 30 
janvier 1898, avait quelque rapport avec l'entretien que 
j'avais eu à Paris avec M. Jolibois, alors président de 
la société des conducteurs des ponts et chaussées, le 29 
décembre 1897. 

Je lui rappelle également que la question de la fu- 
sion des services de voirie faillit être solutionnée en sa 
faveur, sous son Ministère, à la fin de 1895, puisqu'il 
était Ministre de l'Intérieur en même temps que Prési- 
dent du conseil, M. Guyot-Dessaigne étant Ministre 
des Travaux Publics : 

Lui tenait le sac en cette circonstance et M. Guyot- 
Dessaigne mettait dedans ! 

Enfin, comme je lui avais demandé de bien vouloir 
s'intéresser à ma modeste personne dansi ma lettre du 
8 mai 1899, je le priai de ne plus s'en occuper. 

Cette lettre du 8 mai 1899 a peut-être plus influencé 
la politique de l'époque qu'on ne saurait le croire; elle 
a pu être le point de départ de l'escamotage de la Vérité 
dans l'Affaire Dreyfus, par l'intermédiaire de M. Wal- 
deck-Rousseau principalement, lequel ne put constituer 
son Ministère que sur l'intervention de M. Léon Bour- 
geois, venu tout exprès de la Conférence de la Haye,, 
d'où il en avait été rappelé par M. Loubet, Président 
de la République. 

Inutile d'ajouter que ce n'était pas un pareil résul- 
tat que je voulais atteindre en m'adressant à M. Bour- 
geois ! 



Le 2 septembre 1903, M. Bernard Lazare mourut. 
J'ai déjà parlé de ma rencontre avec son oncle à la 
brasserie du « tonneau », à Lyon, le 8 mars 1899, le- 



— 148 — 

quel était en compagnie de M. Juttet. J'ai dit que c'é- 
tait M. Bernard Lazare, paraît-il, qui avait parlé de 
mes révélations sur l'Affaire Dreyfus à M. Emile Zola. 
Cet incident de la brasserie du « tonneau », à Lyon, 
incident que je n'avais ni prévu ni recherché, me dé- 
montre clairement que M. Juttet, franc-maçon, connais- 
sait quelque chose de mon rôle dans l'Affaire Dreyfus ; 
il me démontre encore que les renseignements que M. 
Bernard Lazare donna à M. Zola venaient de moi et 
ne pouvaient venir que de moi, par l'intermédiaire de 
M. Bacconnet. 



Le 8 octobre 1903, j'assistai à l'ouverture du con- 
grès national du parti radical-socialiste, à Marseille et 
le lendemain 9, je remis une note à M. Ferdinand 
Buisson, relative à mon rôle dans l'Affaire Dreyfus, 
lequel s'empressa, je crois, de la communiquer à M. 
Louis Bonnet, dignitaire de la franc-maçonnerie, que 
j'avais connu autrefois à Clermont-Ferrand et particu- 
lièrement en 1889, à l'occasion des fêtes clermontoises 
du centenaire de la Révolution française, où j'avais été 
délégué par mes collègues des ponts et chaussées ha- 
bitant cette ville. M. Bonnet me rencontra quelques ins- 
tants après et j'en profitai pour lui faire connaître que 
c'était moi qui avais désigné M. Zola et son rôle à 
remplir dans l'Affaire Dreyfus ; j'ajoutai que je savais 
complice du général Mercier mon ancien ingénieur 
Boutteville, qu'il avait connu également à Clermont- 
Ferrand. J'eus ensuite l'occasion de prononcer un pe- 
tit discours devant le congrès sur les questions d'édu- 
cation de la Démocratie des campagnes, sur l'utilisa- 
tion rationnelle des forces hydrauliques de ma région 
du plateau central de la France, et sur l'organisation 
des syndicats agricoles et de toute nature. M. Bonnet 



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me proposa alors d'accepter une délégation (il en fal- 
lait six) au comité exécutif, à Paris, pour y représen- 
ter le département du Puy-de-Dôme ; il me proposa éga- 
lement de m'adjoindre cinq autres njms, dont l'un était 
celui de M. Guyot-Dessaigne, député de ce département. 
Je refusai ce nom en lui faisant observer que cet 
homme politique était impliqué dans l'Affaire Dreyfus, 
puisqu'il l'était dans les miennes et celles des services 
de voirie. Il le remplaça alors par celui de M. le doc- 
teur Blatin, ancien maire et député de Clermont-Fer- 
rand qui, bien qu'ancien « boulangiste », n'avait pas à 
mes yeux et à ce moment les mêmes inconvénients. 
Mon discours ainsi que les noms des six délégués du 
Puy-de-Dôme figurent au procès-verbal du congrès. 

M. Bonnet ayant su cela de ma part à cette époque 
et bien d'autres renseignements encore, puisque nous 
avions échangé une volumineuse correspondance pen- 
dant la campagne électorale de 1882, pourquoi n'a-t-il 
pas usé de toute son influence dans le sens de la ma- 
nifestation intégrale de la Vérité dans l'Affaire Drey- 
fus ? Je l'ignore, mais je déclare lui en laisser toute 
la part de la responsabilité qui lui incombe. 

En même temps que se tenaient à Marseille les as- 
sises nationales du parti radical et radical-socialiste, on 
inaugurait à Clermont-Ferrand un monument élevé à 
la mémoire du héros arverne Vercingétorix, qui, aux 
environs de cette ville, avait lutté victorieusement con- 
tre César, à l'époque de l'invasion des Gaules par les 
Romains. M. Combes, Président du conseil, présida 
cette manifestation patriotique assisté du général An- 
dré, Ministre de la Guerre ; le tout fut clôturé par un 
banquet monstre qui ne se passa pas sans incidents? 

Pourquoi fit-on coïncider les dates de ces deux ma- 
nifestations, celle de Marseille et celle de Clermont- 
Ferrand ? Il y a eu là, à mon sens, des raisons ma- 



— 150 — 

jeures que le Gouvernement et la franc-maçonnerie n'i- 
gnorent pas et qui ont été soigneusement cachées au 
public ? 

Je serais bien surpris si ces raisons ne se ratta- 
chaient pas, directement ou non, à la politique de l'épo- 
que en général et à l'escamotage de l'entière Vérité 
dans l'Affaire Dreyfus en particulier ! 



Le 20 novembre 1903, je note que M. Combes, 
Président du conseil, se trouva dans l'obligation de 
lutter contre M. Waldeck-Rousseau, lequel pensait déjà 
qu'il allait trop loin dans le sens démocratique et de 
laïcisation ; M. Combes ne put avoir raison de son 
adversaire que grâce à l'appui de M. Clemenceau. C'est 
au cours de cette séance, je crois, que M. Waldeck- 
Rousseau développa sa théorie fameuse du « cercle lé- 
gal », qu'il ne fallait ni dépasser ni élargir ? Ah ! que 
ceci fait donc bien comprendre la coupable conduite 
de cet homme d'Etat à l'époque du procès de Rennes ! 



Le 28 novembre 1903, le général André, Ministre 
de la Guerre, ayant transmis au Garde des sceaux son 
enquête sur l'Affaire Dreyfus, enquête qui avait été or- 
donnée par la Chambre des députés, un grand bal de 
la Libre Pensée fut organisé dans les salons du pa- 
lais d'Orsay, à Paris, et la nouvelle revision du pro- 
cès Dreyfus fut annoncée au milieu du bal ? 

Pourquoi toute cette dansante mise en scène aussi 
trompeuse que tintamaresque, car la sinistre comédie 
de l'escamotage se poursuivait plus que jamais dans 
l'ombre, et le bon public, toujours « gogo », laissa 
faire ! 



— 151 — 



Le 8 décembre 1903, je note la mort du philoso- 
phe anglais Herbert Spencer, transformiste et évolu- 
tionniste comme Darwin et Haeckel, mais adversaire 
de ce dernier en ce qui concerne la vulgarisation de 
l'évolutionnisme dans les couches profondes de la Dé- 
mocratie. 

Evidemment, je suis d'accord avec Haeckel sur cette 
importante question et je ne le suis point avec le phi- 
losophe anglais pour la négative. 

Le 15 décembre 1903, je présidai, 36, rue Blatin, à 
Clermont-Ferrand, à la formation d'une société libre 
penseuse qui s'intitula « l'Arvernie » et je reçus la 
mission de lui préparer ses statuts définitifs. M. Mar- 
rou, franc-maçon et aujourd'hui député de cette ville, 
y assista ; et, coïncidence curieuse, MM. Ferdinand 
Buisson, président de l'Association nationale des libres 
penseurs de France, dont je faisais partie, accompagné 
de M. Victor Charbon nel. qui en était le secrétaire-gé- 
néral en même temps que directeur du journal libre 
penseur « La Raison », auquel j'étais abonné, se rendi- 
rent également à une autre société libre penseuse, « La 
Raison », d'où s'étaient retirés le9 membres de « l'Ar- 
vernie » ? 

Au cours de cette réunion, je fis connaître le rôle 
qui m'avait été dévolu l'année précédente au Congrès 
de Genève, et je fus chargé de représenter cette société 
au congrès national qui eut lieu à Paris, à la fin du 
mois. 

Le lendemain, 16 décembre, M me Ferdinand Buis- 
son mourut promptement (?) dans sa chambre, à 
Paris, après avoir demandé des obsèques purement ci- 
viles ? 



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Voilà encore un autre décès qui me suffoque, mais 
je prie le lecteur de voir la suite, il prendra connais- 
sance d'autres renseignements ayant des points de liai- 
sons avec ceux-ci. 



Le 25 décembre 1903, étant à Paris pour le con- 
grès dont je viens de parler, j'en profitai pour remet- 
tre à l'illustre savant Marcelin Berthelot, président 
d'honneur de l'Association nationale des libres pen- 
seurs de France, la note que j'avais déjà communi- 
quée à M. Buisson au congrès radical de Marseille, le 
9 octobre précédent, plus une deuxième note inédite 
relative à la tentative d'empoisonnement dont je faillis 
être la victime et dont j'ai déjà parlé plus haut. 

Fit-il quelque chose ? 

Je n'en ai jamais rien su ! 

Le lendemain 26, j'assistai à la réunion de la com- 
mission chargée de préparer le Congrès international 
qui eut lieu à Rome l'année suivante ; M. Furnémont 
(député Belge) et Secrétaire général de la Libre Pen- 
sée internationale, se comporta à mon égard et jusque 
dans les moindres détails, comme l'avait fait l'israélite 
Guillot à Riom, le 10 juin 1893 : il ne me laissa pas 
parler ? 

Encore un autre mystère ! Toujours des mystères... 



Le 24 janvier 1904, je note que M. Victor Char- 
bonnel (ancien prêtre démissionnaire), précédemment 
chassé pour dix ans de la franc-maçonnerie à cause de 
ses démêlés avec M. le sénateur Delpech et Cie, est 
chassé encore du journal libre penseur « l'Action » 
qu'il avait contribué à fonder avec M. H. Bérenger et 
M me Marguerite Durand, laquelle en était la princi- 



— 153 — 

pale actionnaire. Ces incidents ne se rattachent-ils pas 
à mes affaires, car j'ai échangé une volumineuse cor- 
respondance avec lui, dans laquelle je l'ai souvent en- 
tretenu de mes affaires administratives ainsi que de 
mon rôle dans l'Affaire Dreyfus, alors que j'étais 
abonné aux deux journaux qu'il dirigeait « la Raison » 

et « l'Action » ? 

* 

* * 

Le 12 février 1904, je me rendis de nouveau à 
Germon t-Ferrand, invité par M. Marrou, pour la for- 
mation définitive de la société libre penseuse « PAr- 
vernie » pour le compte de laquelle j'avais préparé un 
projet de statuts. Cette réunion eut lieu le soir dans 
une salle de justice de paix située dans les bâtiments 
de Phôtel-de-ville ? Ce détail (salle de justice de paix) 
eut peut-être une signification se rattachant à ma révo- 
cation, car c'est également dans la salle de justice de 
paix de St-Germain- Laval (ornée d'un crucifix) que, le 
6 mars 1 898, je me mis à la disposition du public ger- 
manois pour faire des conférences éducatives pour 
adultes et adolescents, en ajoutant qu'au cercle pari- 
sien de la Ligue de l'enseignement, j'étais en la bonne 
compagnie de MM. Ferdinand Buisson, Léon Bour- 
geois et du sénateur en même temps que grand savant 
Marcelin Berthelot ; et c^est le lendemain, 7 mars, que 
le Ministre des Travaux Publics Turrel me révoqua ? 
Je me souviens d'avoir proposé à cette assemblée cler- 
mcntoise qui m'approuva d'adhérer à une résolution 
précédemment prise au congrès national à Paris en dé- 
cembre dernier, consistant à envoyer une délégation 
française aux fêtes commémoratives organisées à Koe- 
nigsberg (Allemagne) à la mémoire du philosophe 
Kant pacifiste. Je constate que M. Berthelot nublia 
aussitôt après, dans mon journal P« Action », un ad- 
mirable article sur Kant conçu dans ce sens. 



— 154 — 

J'ajoute enfin que si cette réunion clermontoise et 
libre penseuse du 12 février 1904 eut dans l'esprit des 
organisateurs des rapports avec celle du 6 mars 1898 
à St-Germain- Laval, à cause de ma révocation de con- 
ducteur, je n'en ai rien su. 



Le 21 février 1904, on organisa à Job, chef -lieu de 
ma commune, une réunion publique nettement réac- 
tionnaire et cléricale que je m'efforçai de combattre 
avec le concours de quelques amis ; M. Celeyron, 
banquier à Ambert, (l'un des noms que prononça de- 
vant moi M. Boutteville à Royat en août 1894) en fut 
l'un des principaux personnages. Contre tout droit, il 
me refusa lui-même l'entrée de la salle où se tenait 
cette réunion ? 

* * 

Vers les premiers jours de mars 1904, je constate 
que M. Berthelot se retira de la présidence d'honneur 
de l'Association nationale des libres penseurs de France ? 

Que s'était-il donc passé ? 

Complications dans l'Affaire Dreyfus et les miennes 

peut-être ! 

* 

* * 

Le 4 mars 1904, eut lieu le commencement des 
débats relatifs à la nouvelle revision du procès Drey- 
fus devant la chambre criminelle de la Cour de cassa- 
tion présidée par M. Chambaraud, laquelle prononça 
la revision et ordonna une nouvelle enquête. Je crus 
naïvement, à l'annonce de cette nouvelle enquête, 
que je serais enfin admis à déposer devant la Cour ; 
aussi, le 15 mars 1904, je me permis d'adresser une 
lettre recommandée AR., accompagnée de la note au- 
tocopiée sur l'Affaire Dreyfus précédemment communi- 



— 155 — 

quée à MM. F. Buisson et Berthelot, à M. le prési- 
dent de la chambre criminelle de la Cour de cassa- 
tion, où je lui demande expressément d'être entendu. 

Aucune réponse ? 

Je note en passant la mort de M. le sénateur Tra- 
rieux survenue à cette époque, lequel organisa comme 
on s'en souvient la Ligue des Droits de l'Homme au 
sujet de l'Affaire Dreyfus. 

Je note encore que le lendemain, 16 mars, le Pré- 
sident de la Chambre des députés dut lever la séance, 
en raison de l'absence à peu près complète des députés 
républicains qui, antérieurement, avaient si bien su 
« dessaisir, amnistier et ne pas laisser sortir l' Affaire 
du domaine judiciaire». Oh! non alors. 



Le 27 mars 1904, on organisa au théâtre de ma 
petite ville d'Ambert une réunion publique, politique, 
réactionnaire et cléricale, où je crus devoir me rendre 
accompagné de quelques amis, en vue d'y faire enten- 
dre au moins une voix républicaine. Je pensais que 
l'on n'oserait pas me brutaliser, d'autant plus que 
mon oncle Pélisson était depuis longtemps adjoint au 
maire de la ville, lequel maire était M. Farjon, député 
de l'arrondissement ; il n'en fut rien bien au contraire, 
et le lendemain 28, un ouvrier ébéniste disant se nom- 
mer « Dulac » (allusion sans doute au R. P. du Lac, 
l'ami du général de Boisdeffre et Cie) m'accosta dans 
la rue pour me faire remarquer d'une significative fa- 
çon que j'aurais à l'avenir à me souvenir de son nom? 

Ainsi qu'on le voit, je recevais à chaque instant et 
je reçois toujours des allusions plus ou moins bles- 
santes se rattachant toutes à mon rôle dans l'Affaire, 
ce qui prouve que mes ennemis le connaissent aussi 



— 156 — 

bien que moi-même et me le font sentir au besoin à 
coups de pieds et de poings. 



Le 31 mars 1904, j'adressai une lettre recommandée 
AR. à M. le Ministre de la Justice, lui répétant la 
même demande adressée le 15 à M. le président de la 
chambre criminelle et accompagnée de la même note 
autocopiée ; cette lettre se termine ainsi : 

« Je le répète, M. le Ministre, je demande de nou- 
veau et de toutes mes forces à être entendu par la 
chambre criminelle, avant la clôture de l'enquête qu'elle 
poursuit présentement. ** 

« J'ajoute que, à ma connaissance, rien ne peut et 
ne pourra jamais suppléer à ma déclaration, quelque 
soit le ou les services de renseignements occultes or- 
ganisés depuis longtemps autour de ma modeste per- 
sonne et de ma correspondance, et quelle qu'en soit 
la direction ou provenance. 

« Je veux qu'il soit entendu que je n'ai rien né- 
gligé et que j'ai fait toute demande utile, en temps 
utile, aux fins d'être entendu dans cette Affaire. 

« Je fais donc recommander ma lettre à la poste, 
afin de conserver trace de son envoi, après l'avoir dé- 
calquée sur mon copies de lettres. » 

Aucune réponse ne me fut faite ( ?), mais je cons- 
tate qu'à cette même époque, MM. les Ministres de 
l'Intérieur et de la Justice ordonnèrent la disparition 
des emblèmes religieux des prétoires des cours de Jus- 
tice, conformément à un vote de la Chambre des dé- 
putés émis au mois de décembre précédent. 

Quelle signification exacte le Gouvernement voulut- 
il donner à son acte ? Voulut-il dire que ma révoca- 
tion de conducteur du 7 mars 1898 était due unique- 



— 157 — 

ment à ce que, la veille, j'avais tenu un langage libre 
penseur dans une salle de justice où existaient des em- 
blèmes religieux (crucifix, etc.) et ne tenir aucun 
compte de mes procès-verbaux contre mes entrepreneurs 
et chefs de service en 1897, pas plus que de ma con- 
duite politique en général et de mon rôle dans l'Af- 
faire Dreyfus en particulier ? Si c'est cette signification 
qu'il voulut lui donner, je déclare qu'il se trompa ou 
mentit énormément. 



Le 10 avril 1904, je reçus intacte (je l'ai conservée) 
une lettre recommandée A.R. que j'avais adressée à 
M. Louis Bonnet, à Paris ; elle contenait notamment la 
note autocopiée déjà communiquée à MM. F. Buisson, 
Berthelot et Gie. Cette lettre lui fut présentée, ainsi 
que les inscriptions qui figurent sur son enveloppe le 
prouvent, à plusieurs adresses parisiennes où elle au- 
rait dû le trouver et où quantité d'autres de mes let- 
tres ordinaires l'avaient trouvé ; et s'il en fut autre- 
ment, c'est que, très vraisemblablement, quelque ma- 
çonnique et gouvernementale consigne le voulut 
ainsi. Je prie instamment le lecteur de se reporter, à 
ce sujet, à ce que j'ai dit plus haut, relativement à ma 
rencontre avec M. Bonnet au congrès radical-socia- 
liste de Marseille, en 1903. 



Le 29 juin 1904, le lieutenant-colonel Rollin et les 
capitaines François et Maréchal furent arrêtés ; on sait 
que ces trois officiers avaient été cités comme témoins 
dans l'affaire de faux et de grattages effectués dans la 
comptabilité de l'officier Dautriche ; on sait également 
que tout cela se rapporte à l'Affaire Dreyfus. J'ajoute 
que le capitaine François avait été officier d'ordon- 



— 158 — 

nance du général Pelletier à Riom, lequel s'était occupé 
de moi, paraît-il, lorsque j'étais agent voyer à Pontau- 
mur ? Si j'avais été admis à déposer, il aurait fallu 
sans doute examiner cette question dans ses rapports 
avec la fameuse Affaire. 

Enfin, j'ajoute que cet officier François était le pro- 
tégé de M. Clémentel qui devint, dans une région jus- 
qu'alors acquise au modérantisme clérical, subite- 
ment (?) député radical d'abord, puis Ministre des Co- 
lonies et même tintamaresquement libre penseur ? 

On sait encore que ce même officier François fit 
des efforts considérables (naturellement)' pour sauver le 
général Mercier, Esterhazy, Gonse et Cie ? ? 



Le 9 août 1904, je reçus ma carte de membre du 
Congrès de Rome et le lendemain 10, M. Waldeck- 
Rousseau mourait ? ? J'ai déjà dit combien cet homme 
politique pesa sur la famille Dreyfus pour obtenir le 
silence de l'avocat Labori, à Rennes (?) et l'on sait 
d'autre part que de sa loi de 1881 sur les congréga- 
tions religieuses, il voulut en faire une loi de garantie 
et de contrôle de l'Etat, mais non une loi de suppres- 
sion ; aussi posa-t-il son « cercle légal » au Sénat, lors- 
qu'il s'aperçut que M. Combes et ses amis allaient trop 
loin. Il ne voulait pas non plus séparer les Eglises de 
l'Etat, ainsi qu'il l'avait dit dans son discours de St- 
Etienne. 

Ah ! que voilà bien le grand homme encensé par 
toute la presse à grands tirages, dite républicaine, 
l'homme de Téteignoir, de l'escamotage et de l'amnis- 
tie des bandits de l'Affaire Dreyfus ! 

Et dire que M. Duvand me donna confiance en lui, 
le 10 juillet 1899 (?), ce qui me poussa à déposer mon 
dossier à la préfecture de Clermont-Ferrand, le 11 mai 



— 159 — 

suivant, dans lequel dossier je parle, ainsi que je l'ai 
déjà dit plus haut, des relations existant entre la fa- 
meuse Affaire et les miennes de la vicinalité et des 
ponts et chaussées. 

* 

* * 

Le 8 septembre 1904, le journal officiel annonça le 
déplacement de M. Décharme, sous-préfet d'Ambert, 
qui fut nommé secrétaire général du Calvados, je cons- 
tate à ce sujet que, de même que M. François fut 
nommé de Clermont-Ferrand à Lunéville à l'approche 
du Congrès de Genève, en 1902, de même M. Dé- 
charme le fut d'Ambert à Caen à l'approche de celui 
de Rome ? Ces deux fonctionnaires s'étaient sûrement 
occupés de moi et de mes affaires à mon insu, de sorte 
que leurs déplacements ci-dessus relatés en furent peut- 
être la conséquence ? 

Le 16 septembre 1904, je constate que M. Charbon- 
nel se vit refuser l'entrée du convent maçonnique au 
sujet de ses démêlés avec MM. Delpech, sénateur, Bé- 
renger, directeur de l'« Action », et Grosz, employé au 
même journal. Je constate encore que M. Henry Bé- 
renger se battit en duel avec M. Téry, professeur de 
philosophie en congé, lequel fut envoyé à Roanne plus 
tard (?) ; j'ai remarqué que dans cette circonstance M. 
Bérenger fut assisté de M. Louis< Bonnet (?), le même 
dont j'ai parlé plus haut. Quant à M. Téry, je l'avais 
aperçu pour la première fois au Congrès de Genève, 
en 1902, puis au congrès de la Ligue de l'enseigne- 
ment, à Lyon, quelques jours après, puis enfin à Pa- 
ris, dans un congrès également. De même que MM. 
Bonnet, Charbonnel et Bérenger s'étaient sûrement oc- 
cupés de moi et de mes affaires à mon insu, de même 
M. Téry dut s'en occuper aussi, à Roanne et ailleurs et 



— 160 — 

son duel avec M. Bérenger, survenu à la veille du 
Congrès de Rome, n'y fut peut-être pas étranger ? 

Le 17 septembre, je partis pour Rome et le lende- 
main 18, je fis la rencontre dans le train (?), entre 
Turin et Rome, de M. Maurice Charvot (le Chable- 
Suisse), que j'avais entrevu au Congrès de Genève, 
en 1902. Je lui fis sommairement connaître mon rôle 
de dénonciateur de la criminelle machination de 1' Affaire 
Dreyfus et je lui remis le premier exemplaire de ma 
Note autocopiée sur cette Affaire. 

Le 20 septembre 1904, j'assistai à l'ouverture du 
Congrès de Rome, sous la présidence de M. Ernest 
Haeckel et Cie et je fus surpris d'apprendre, par l'or- 
gane de M. Furnémont, Secrétaire général de la Libre 
Pensée internationale, qu'un article additionnel « Dog- 
mes et Science », venait d'être ajouté au programme 
des travaux du Congrès. 

Le lendemain, 21 septembre, je pris part aux tra- 
vaux de cette commission « N° 7 — Science et Dog- 
mes », sous la présidence de M. Ferdinand Buisson ; 
et, tout le premier, après avoir sommairement rappelé 
mon rôle au précédent Congrès de Genève, en 1902, 
je fis ressortir l'impossibilité scientifique de la descen- 
dance de l'Humanité du légendaire couple biblique 
Adam et Eve, puisque la préhistoire unie à la géolo- 
gie et à la paléontologie, etc., retrouvent des> traces cer- 
taines de nos ancêtres jusque dans les terrains tertiai- 
res, c'est-à-dire à une époque sûrement plus ancienne 
de cent mille ans que celle à laquelle la Bible fait 
vivre ce premier homme et cette première femme, direc- 
tement « façonné de limon par la main de Dieu » ? 
Ouf! 

Du reste, les beaux travaux des évolutionnistes La- 
marck, Darwin, Haeckel et Cie démontrent surabon- 
damment aujourd'hui que cette même Humanité n'est 



— 161 — 

qu'un rameau perfectionné du grand arbre de l'Anima- 
lité, qui a elle-même pris naissance dans le sein de 
Tonde encore tiède des océans primitifs de notre Pla- 
nète. 

J'ajoutai que, de ces données certaines, il en dé- 
coule forcément que la prétendue Mission rédemptrice 
de Jésus ne peut être q»u'une grossière erreur ou 
un incommensurable mensonge, comme il en existe tant 
à l'article des religions passées et présentes, puisqu'il 
n'y a jamais rien eu à rédemptorer par l'excellente 
raison que les hommes n'étant pas les enfants d'Eve et 
d'Adam, ne peuvent être les héritiers de leur préten- 
due faute dite du « péché originel » ! 

Le lendemain 22, je fus invité de nouveau à parler 
le premier dans le même sens et toujours sous la pré- 
sidence de M. Ferdinand Buisson ; je répétai purement 
et simplement mon discours de la veille et je déclare 
aujourd'hui que je n'ai jamais su pourquoi on me de- 
manda cette répétition. Ce même jour, je pris part au 
déjeuner champêtre qui eut lieu au « Mont Palatin », 
à Rome ; je conversai avec quelques collègues de la 
commission « Science et Dogmes », je pris la photogra- 
phie du groupe Haeckel et Cie et, sur leur demande, 
je me laissai croquiser par quelques jeunes gens in- 
connus. 

Quel usage fut-il fait de ce croquis? 

On ne me l'a jamais dit, mais il est très possible, 
eu égard à son dispositif, qu'il ait servi à la composi- 
tion de la vignette qui décora, l'année suivante, les car- 
tes postales et le calendrier libre penseur du Congrès 
international de la Libre Pensée à Paris auquel je 
pris part. Je fus, du reste, l'un de ceux qui donnèrent 
leur signature à M. Chauvelon, professeur français de 
philosophie, qui fut chargé de demander au Con- 
grès de vouloir bien décider que le suivant aurait lieu 

11 



— 162 — 

à Paris, en 1905, en vue de faire activer la Séparation 
des Eglises et de l'Etat, en France. 

Quant à la vignette dont je viens de parler (Eglise 
à louer pour Université populaire, musée, syndicats et 
fêtes laïques), je déclare qu'elle a eu et a toujours toute 
ma sympathie, mais je dois à la vérité de dire que je 
n'ai ni participé ni connu sa rédaction. 

Enfin, pourquoi fut-ce M. Ferdinand Buisson qui 
présida la commission « Science et Dogmes » et pour- 
quoi me donna-t-il la parole tout le premier ? Je n'en 
ai rien su, mais je présume que c'est peut-être à cause 
de mon rôle au Congrès précédent, à Genève, et aussi 
en raison de ce que j'avais été révoqué de conducteur 
des ponts et chaussées, le 7 mars 1898, après avoir 
prononcé son nom la veille dans les circonstances et 
pour les raisons sommairement rappelées plus haut. 

Le 26 novembre 1904, je reçus une petite brochure 
d'un jeune et fort aimable professeur de philosophie 
romain, évolutionniste comme moi (M. Emile Troilo), 
que j'avais vu à la commission « Science et Dogmes » 
et aussi au déjeuner du « Mont Palatin » ; elle est in- 
titulée « Roma pagana ». C'est à cette époque, je crois, 
que le général André, Ministre de la Guerre, fut 
frappé à l'improviste et en pleine Chambre des dépu- 
tés, par M. Syveton, député clérical et secrétaire général 
de l'association dite « la Patrie française ». 

Le 8 décembre suivant, ce député mourut subite- 
ment dans les conditions mystérieuses que l'on n'a pas 
oubliées : il devait passer aux assises le lendemain à 
cause de son agression contre le général André. 

Ce député Syveton, de même que le général André, 
ne furent-ils pas mêlés à mes affaires en général et à 
celles de mon voyage à Rome en particulier? 



— 163 — 

Le 15 février 1905, j'adressai une lettre recomman- 
dée A.R. à M. Rouvier, Président du conseil des Mi- 
nistres, dans laquelle je m'exprime ainsi : 

«J'ai l'honneur de vous adresser sous ce pli en la 
confirmant ma Note autocopiée sur l'Affaire Dreyfus, 
dont j'ai distribué un certain nombre d'exemplaires à 
diverses personnalités, tant françaises qu'étrangères, au 
cours de mon voyage en Italie, l'année dernière. 

« J'ajoute, à titre de renseignements complémentai- 
res, que j'attends toujours, mais avec une lassitude in- 
définissable, la fin de ce sombre drame, afin de savoir 
si je dois finalement aller demander pour mes vieux 
jours l'hospitalité à une autre nation, dans le cas où 
mon Pays et sa Justice, n'ayant pas voulu m'entendre 
publiquement, n'auraient pas su ou pas voulu faire 
éclater au grand jour toute la Vérité sur cette sinistre 
Affaire. » 



Le 26 mai 1905, j'adressai une lettre recommandée 
à M. le Ministre des Travaux Publics dans laquelle je 
lui parle de mes affaires administratives (ponts et chaus- 
sées et vicinalité) et de la criminelle Affaire Dreyfus 
qui en fait partie, en ajoutant que je l'ai dénoncée 
comme telle en temps utile. Je lui fais connaître encore 
que j'ai vainement demandé à être entendu par la Jus- 
tice sur cette Affaire et je lui déclare finalement que je 
lui laisse toute la part de responsabilité qui lui in- 
combe. 

Je note que ce même jour, le baron Alphonse de 
Rotschild mourut à Paris? Il était membre de l'Insti- 
tut et commandeur de la Légion d'honneur ! 

Je me demande si ce haut personnage de l'Institut 
et de la Finance s'était occupé de moi, en raison de 



— 164 — 

mes affaires administratives et de mon rôle dans l'Af- 
faire Dreyfus ? 



Le 29 mai 1905, j'adressai une lettre recommandée 
A.R., à M, Haeckel, à Iéna, dans laquelle je le prie 
instamment de vouloir bien venir à Paris en septembre 
prochain pour prendre part aux travaux du Congrès 
international de la Libre Pensée ; et, en même temps 
qu'une note détaillée sur de curieux incidents qui s'é- 
taient produits autour de moi au « Mont Palatin », à 
Rome, l'année précédente, je lui adressai un exemplaire 
de la photographie que j'avais prise à cet endroit de 
lui et de son groupe. Puis, je l'entretiens encore de 
mon rôle dans l'Affaire Dreyfus et je lui annonce mon 
intention de faire une nouvelle communication sur cette 
même Affaire au Congrès de Paris. 

je note en passant que, le 1 er juin suivant, le Roi 
d'Espagne Alphonse XIII et M. Loubet, Président de 
la République, faillirent être tués par une bombe anar- 
chiste ? 

Je note encore que c'est vers cette date que M. Del- 
cassé, Ministre des Affaires étrangères, donna sa dé- 
mission, ou plutôt se trouva dans l'obligation de se 
retirer des affaires,, en raison de ce que, à l'insu de 
M. Rouvier, Président du conseil, mais de concert avec 
le Président Loubet et le Gouvernement anglais, il 
avait dirigé les affaires extérieures de la France (Ma- 
roc principalement), de manière à rendre un conflit 
armé à peu près inévitable avec l'Allemagne. M. Rou- 
vier ne le sut que par l'intermédiaire de l'ambassadeur 
français à Rome, lequel le tenait du Gouvernement ita- 
lien, qui l'avait appris à son tour de l'Empereur Guil- 
laume II lui-même. 

L' Affaire Dreyfus n'ayant pas réussi à allumer la 



— 165 — 

poudre dans les Vosges, M. Loubet, l'apaiseur, et son 
lieutenant Delcassé, le cachotier, manœuvraient secrète- 
ment d'une autre manière pour aboutir à un résultat 
identique : l'écrasement de la Démocratie par le moyen 
d'une grande guerre et, conséquemment, arrêt pour 
vingt ou trente ans, de ses revendications sociales ! 



Le 4 juillet 1905 et jours suivants, fut organisée, 
dans les environs de Clermont-Ferrand, la course des 
voitures automobiles dite « courge de la coupe Gor- 
don-Bennett », sous la présidence de M. Clémentel, Mi- 
nistre des Colonies. Le lendemain 5, je reçus une carte 
postale de M. Haeckel en réponse à la lettre que je lui 
avais adressée le 29 mai précédent. 

Pourquoi cette coïncidence avec les fêtes clermon- 
toises ? Je serais bien surpris s'il n'existait pas de ce 
côté encore quelque nouvelle et inavouable intrigue se 
rattachant au côté clermontois de l'Affaire Dreyfus ! 

Le 8 juillet suivant, M. Lavigne, agent voyer d'ar- 
rondissement à Thiers et précédemment à Ambert, 
pendant que j'étais conducteur à St-Germain- Laval, 
mourut subitement ? Je l'avais connu à Riom, pendant 
que j'étais à Pontaumur et je sais qu'il s'était beau- 
coup trop occupé de moi : c'est encore une mort 
prompte qui m'a laissé rêveur ! 

Le lendemain 9, j'appris que j'étais admis à pren- 
dre part aux travaux du Congrès international de la 
Libre Pensée à Paris ; je constate à ce sujet que cette 
nouvelle coïncide avec la clôture du congrès radical- 
socialiste, à Paris, sous la présidence de M. Henri 
Brisson qui, comme je l'ai déjà dit dans mon mémoire 
de Genève relaté plus haut, fut l'un des principaux dé- 
fenseurs de la République pendant la période tragico- 
aiguë de l'Affaire Dreyfus ! 



— 166 — 



Le 3 .septembre 1905, je pris part, à Paris, à la 
grande manifestation internationale et libre penseuse or- 
ganisée en mémoire du jeune chevalier de la Barre, 
martyrisé par PEglise ; et, chose curieuse, je constate 
que l'autorité militaire, M. Etienne étant Ministre de 
la Guerre, fit) ' exécuter ce même jour et les suivants 
d'importantes manœuvres militaires dans' le voisinage 
d'Ambert et de mon village de Pèghes, ce qui ne s'é- 
tait peut-être jamais vu ! Il m'est difficile de ne pas re- 
connaître ici, comme dans bien d'autres circonstances 
d'ailleurs, une coïncidence voulue avec les manifesta- 
tions libres penseuses qui se déroulaient à Paris. 

Ce même jour du 3 septembre, l'ancienne munici- 
palité clermontoise ayant démissionné ( ? ?), la ville 
de Clermont-Ferrand procéda à l'élection de nouveaux 
conseillers municipaux parmi lesquels je relève les 
noms de MM. Chaussegros et Bruyant (M. Bruyant 
est le neveu de M. Ponchon). J'ai déjà dit comment 
et pour quelles raisons je savais M. Chaussegros mêlé 
à mes affaires qui, à la fin de 1894, était en relations 
suivies avec MM. Ponchon et Mendier au bureau des- 
quels je travaillais. 

Le 13 septembre suivant, je note la mort acciden- 
telle (?) de M. Juttet qui fut tué à Paris par la voi- 
ture automobile de M. Bardin ; il était franc-maçon et 
originaire de Riom où il avait fait ses études chez les 
frères maristes ( ?) de cette ville. J'ai dit plus haut 
que j'avais été en relations avec lui à Roanne d'abord, 
en 1896-97 (très peu) et à Lyon ensuite, en 1898-99, 
où il était directeur du journal « Le Démocrate de 
Roanne » en même temps que de celui de M. de La- 
nessan « Le courrier de Lyon ». J'écrivis dans le 
« Démocrate » une trentaine d'articles sur mes affaires 



— 167 — 

politico-administratives et M. Juttet, avec qui j'ai 
échangé une volumineuse correspondance, insista pour 
que je lui fisse connaître mon rôle dans l'Affaire Drey- 
fus ? Je résistai beaucoup, car son attitude maçonni- 
que ou non m'avait inspiré de la méfiance, et j'appris 
même à la fin qu'il était en relations avec M. Krantz 
que je savais compromis dans le projet de coup d'E- 
tat (voir plus haut la déclaration de M. Boutteville à 
Royat, en août 1894). Puis je sus qu'il s'était quelque 
peu occupé de mes affaires administratives à mon insu, 
même à l'époque de mon malhonnête déplacement de 
St-Germain- Laval à Bourges en septembre 1897, où 
ma mère fut compromise (comme toujours du reste). 
Je parle quelque peu de ces choses dans ma Note au- 
tocopiée dont je distribuai les exemplaires aux mem- 
bres du Congrès international de la Libre Pensée à 
Paris, en septembre 1905, où je reproche «aux ban- 
dits de l'Affaire » d'avoir compromis ma mère dans 
mes affaires administratives et autres. 

Enfin, j'attire particulièrement l'attention du lecteur 
sur le fait que j'ai reproduit plus haut, à savoir que 
M. Juttet manœuvra en vue de me faire parler de 
l'Affaire Dreyfus- à la brasserie du « tonneau » à 
Lyon, en présence de l'oncle de M. Bernard Lazare, 
demeurant à Aix-les-Bains ? Sa mort tragique n'eut- 
elle pas des rapports avec ce que je viens d'exposer 
sommairement ci-dessus ? J'ajoute qu'il avait été nommé 
le 8 septembre seulement chef de cabinet du Ministre 
du Commerce et avait occupé antérieurement à cette 
date le même poste dans le cabinet de M. Dubief ! 



Le 6 décembre 1905, le Sénat vota à son tour la 
loi de Séparation des Eglises et de l'Etat telle que l'a- 
vait précédemment votée la Chambre des députés. Cela 



— 168 — 

fut une bonne action sans doute, car l'Eglise com- 
mença à recevoir le châtiment qu'elle avait mérité et 
que j'avais annoncé à son évêque clermontois Bel- 
mont ; mais pourquoi n'avoir pas avoué publiquement 
que ce châtiment était la conséquence de sa culpabilité 
dans l'Affaire Dreyfus et le projet de coup d'Etat? Ce 
pourquoi est facile à comprendre : pour avouer une 
pareille chose, il fallait avouer tout le reste, toutes les 
complicités, reprendre l'Affaire Dreyfus en entier, y 
reconnaître mon rôle, me rendre justice et se préparer 
aux conséquences politico-sociales inévitables. C'est cela 
qu'on n'a pas voulu et c'est contre cela que je proteste de 
toutes mes forces ! 

Trois jours après, le 9 décembre 1905, mon oncle 
Pélisson, adjoint au maire d'Ambert, catholique prati- 
quant autant que clérical, mourut à son tour comme 
écrasé par cette loi de Séparation ? Il s'était occupé de 
moi, sur ma demande d'abord à l'époque de mon en- 
trée à la vieinalité du Puy-de-Dôme en 1890, et sans 
aucune demande de ma part en 1894-95, lors de ma 
réintégration aux ponts et chaussées. Il avait même 
reçu à mon insu à cette époque de singulières pro- 
messes à mon endroit que je n'aurais certainement pas 
acceptées si j'en avais eu connaissance, et, comme M. 
Ponchon à Clermont-Ferrand à la fin de 1894, il me 
fit comprendre que si je m'occupais de politique (lire 
politique laïque et républicaine), pendant une période 
électorale principalement, on me révoquerait,, sauf à 
me faire réintégrer après ? ? Je compris alors que, 
comme ma mère, il était compromis dans mes affaires 
et ne lui parlai point (je ne lui en ai jamais parlé) 
de mon rôle dans l'Affaire Dreyfus. 

Le 21 décembre 1905, j'écrivis une nouvelle lettre 
recommandée A.R. à M. Haeckel, à Iéna. Je lui fais 
remarquer que, conformément au vote émis sursapro- 



— 169 — 

position par le Congrès international de la Libre Pen- 
sée tenu à Rome Tannée précédente, la République 
française se séparait enfin des Eglises en général et de 
la romaine en particulier. Je lui expose sommairement 
ensuite les efforts que j'ai faits à la commission de 
l'Encyclopédie du Congrès de Paris, en vue d'obtenir 
un ouvrage conçu dans le sens essentiellement laïque, 
scientifique, évolutionniste, rationnel et édité sous une 
forme susceptible de permettre aux éducateurs futurs 
de la mondiale Démocratie, de s'en servir comme d'une 
inépuisable bibliothèque constamment tenue à jour. 
J'ajoute que, après avoir fait et donné à mon pays 
tout ce qu'un honnête homme et un bon citoyen peut 
faire et donner, je ne consentirai plus à devenir fonc- 
tionnaire français et que je laisse aux hommes politi- 
ques et autres la responsabilité de leur infâme con- 
duite à mon égard. 

Je lui adressai enfin un exemplaire de la Note au- 
tocopiée sur l'Affaire Dreyfus que j'avais distribuée 
aux membres du Congrès de Paris et je lui en recom- 
mande instamment la lecture. 

M. Haeckel me répondit par quelques mots de re- 
merciements contenus sur une carte postale portant sa 
photographie, datée du 24 décembre 1905 à Iéna et 
qui me parvint le 31 seulement ? ? 



Le 29 mars 1906, j'adressai une lettre recommandée 
A.R. à M. Clemenceau, Ministre de l'Intérieur, que 
j'ai déjà reproduite au commencement du chapitre VI 
du présent ouvrage ; je prie instamment le lecteur 
de s'y reporter. 

Que se passa-t-il ensuite ? 

Il se passa que trois jours après, le 1 er avril, je 



— 170 — 

pus me rendre utile à la cause républicaine et laïque 
dans mon pays, car nous étions à ce moment en pleine 
bataille électorale et M. Dumont, candidat-député de la 
réaction cléricale et soutenu par ses deux journaux, me- 
nait une campagne endiablée et d'autant plus dange- 
reuse dans l'arrondissement d'Ambert que personne 
n'osait l'affronter en réunion publique, pas même le 
député sortant (docteur Sabaterie) qui se représentait de 
nouveau : je le battis à plate couture au chef-lieu de 
ma commune (Job), ce qui fut certainement une bonne 
affaire républicaine, car la situation électorale avait été 
savamment troublée par l'agitation qui s'était produite 
à l'occasion des inventaires des biens des églises. 

A cette époque se rattache encore la mort prompte 
de mon voisin Artaud, survenue le 4 avril 1906, la- 
quelle me surprit d'autant plus que peu de temps avant, 
je l'avais mis au courant de mes démêlés avec l'êvêque 
Belmont de Clermont-Ferrand, relativement à la guerre 
infernale que l'on me faisait faire un peu par tout le 
monde en général et ma mère en particulier ? 

J'avais eu l'occasion, à St-Germain- Laval, de me 
jeter également dans la mêlée d'une réunion publique 
(2 mai 1898), cléricale et électorale, au cours de la 
mélinesque période des élections législatives de 1898. 
A ce moment-là, je venais d'être révoqué depuis deux 
mois à peine et j'étais le seul conseiller municipal 
n'emboîtant pas le pas au gouvernement Méline ; j'ap- 
pris que le candidat-député, le clérical Berthelier, flan- 
qué de son non moins clérical avocat Billet, avait or- 
ganisé une réunion électorale publique dans l'ancien 
couvent des « récollets ». Mes amis politiques ou se 
disant tels, qui m'avaient envoyé au conseil municipal 
(Romagny, Dufaut, Lièvre, etc.) n'osaient pas se mon- 
trer et voulaient laisser la voie libre à la propagande 
de ces messieurs, j'insistai d'autant plus auprès d'eux 



— 171 — 

que je connaissais toute l'exceptionnelle gravité des 
élections législatives de 1898 pour la République, puis- 
que, comme je l'ai dit et répété, j'étais le dénonciateur 
de la criminelle machination de l'Affaire Dreyfus ; je 
finis néanmoins par les entraîner de sorte que nous 
nous trouvâmes le soir, dans la salle des « récollets », 
divisés en deux fractions sensiblement égales en nom- 
bre, cléricaux d'une part, lesquels avaient tout le bu- 
reau pour eux et républicains de l'autre (3 ou 400 
électeurs en tout). La présidence fut confiée au chef de 
l'union nationaliste de Roanne, venu tout exprès à St- 
Germain pour cela ; à ses côtés prirent place M. Poyet, 
maire de St-Germain- Laval, Briéry, pharmacien, etc. Je 
remarquai dans la salle et du côté des cléricaux les 
trois curés de la localité en compagnie de M. Denis 
fils, etc., etc. La parole fut donnée tout d'abord à M. 
Billet, M. Berthelier étant muet comme carpe, lequel 
poussa une violente charge contre les francs-maçons et 
les républicains anticléricaux. Je l'interrompis parfois 
de ma place et je demandai la parole pour lui répon- 
dre à la tribune, ce qui l'amena à me lancer la flèche 
empoisonnée que voici : « nous sommes dans la mai- 
son et c'est à vous d'en sortir/ » j r ai parlé de cet 
incident à M. Duvand, le 10 juillet 1899, lequel a pu 
le faire vérifier. Je n'étais plus dans « la maison de la 
République », en effet, pour en avoir été récemment 
chassé, tandis que MM. Méline, Cavaignac, Audifîred, 
etc., etc., ainsi que les généraux Mercier, de Boisdef- 
fre, etc., etc., y étaient toujours en bon rang et mes 
ingénieurs, leurs « chers camarades », aussi ! 

Mon tour de parole étant venu, je me précipitai à 
la tribune où je faillis me disputer avec M. Michel, 
afin de savoir lequel de nous deux répondrait à M. 
Billet, car M. Michel avait été précipitamment appelé 
de Roanne à mon insu et ce jeune homme, rédacteur 



— 172 — 

au journal collectiviste « L'Avant-Garde », défendait la 
candidature non moins collectiviste de son patron, le 
maire de Roanne (M. Auge). Je finis par lui céder 
mon tour de parole, en raison de ce que je n'avais 
pas de candidat-député de ma nuance à soutenir (radi- 
cal-socialiste) ; je l'ai bien regretté plus tard, car M. Mi- 
chel ménagea beaucoup trop le cléricalisme de ces mes- 
sieurs. J'engageai ensuite mes amis à concentrer leurs 
voix sur M. Auge qui, bien qu'ayant à mes yeux le 
défaut d'avoir un programme collectiviste, était le seul 
à porter en la circonstance le drapeau du bloc répu- 
blicain, puisque le député sortant Audiffred, qui se re- 
présentait, était à ce moment le bras droit de M. Mé- 
line dans l'Affaire Dreyfus et le reste, alors que M. 
Waldeck-Rousseau était le président du « grand cercle » 
soi-disant républicain ! La réunion, divisée en deux 
fractions à peu près égales comme je viens de le dire, 
fut quelque peu orageuse, mais, grâce à la présence des 
républicains, les cléricaux ne purent faire voter aucun 
ordre du jour. 

Le 8 mai suivant, M. Audiffred fut réélu député, 
ainsi qu'il fallait s'y attendre, tandis que seule, après 
Roanne, la petite ville de St-Germain- Laval donna la 
majorité absolue de ses voix à M. Auge. 

J'ajoute que le 1 er mai je fus invité comme conseil- 
ler municipal, par M. Poyet, maire, à assister le 4 
suivant à une entrevue avec M. Audiffred à la mai- 
rie et, sur une observation de ma part, il me fit con- 
naître le 3 que cette réunion ne serait pas publique 
et n'aurait pas lieu à la mairie, mais dans un hôtel 
privé. M. Audiffred ne tenait pas, évidemment, à échan- 
ger des explications avec moi en présence du public, 
au sujet de ma révocation et de l'Affaire Dreyfus ! 
Oh ! non, alors... 

Inutile d'ajouter que je ne vis pas ce personnage 



— 173 — 

politique à l'hôtel Coudour-Couavoux, comme mes col- 
lègues du conseil municipal. 



Le 29 mai 1906, j'adressai une lettre recommandée 
A.R. à M. Barthou, Ministre des Travaux Publics et 
ancien Ministre de l'Intérieur du cabinet Méline, lettre 
que j'ai reproduite au chapitre VI précédent, je prie 
encore le lecteur de vouloir bien s'y reporter, car elle 
demande à être relue pour l'intelligence de ce qui va 
suivre. 

En enffet, je ne fus pas plutôt à mon domicile, de 
retour de la poste, que je fus invité à me rendre au 
chef-lieu de la commune voisine (Valcivières) pour as- 
sister un mourant nommé Boissadie, qui, le premier de 
sa commune, avait demandé, paraît-il, des obsèques pu- 
rement civiles (M. Boissadie mourut peu après, muni 
des sacrements de l'Eglise). 

Quelle était cette nouvelle comédie et pourquoi m'a- 
vait-on invité ce moment, alors que des instituteurs de 
l'endroit s'étaient déjà occupés de cet homme que je ne 
connaissais pas ? 

Il a dû y avoir, là encore, quelque mystère relatif à 
mes affaires et à mes dossiers secrets, quelque nouvelle 
et mirifique canaillerie comme on m'en a tanii fait. Tout 
ce que je sais pouvant se rattacher à cet homme ou à 
son nom, c'est que j'ai connu autrefois, chez les frères 
de la doctrine chrétienne, à Ambert, un nommé Bois- 
sadie, Jean, originaire de la même commune et qui, 
pendant mon séjour à St-Germain- Laval, de 1895 à 
1900, résidait à Roanne, chef -lieu dé cet arrondissement. 

Enfin, le 31 mai suivant, ma tante Chebance, sœur 
de ma mère, que je sais si gravement compromise dans 
mes affaires et qui joua un rôle si néfaste auprès 



— 174 — 

d'elle et de moi, de 1900 à 1903, fut atteinte d'une vio- 
lente hémorragie, dont elle ne se relèvera plus. 

Que signifie encore cette ténébreuse et saignante his- 
toire ? 

Je ne vois qu'une seule explication à ceci comme à 
tout le reste, explication qui m'est inspirée par les quel- 
ques paroles échappées en ma présence, en 1894, par 
MM. Boutteville, Ponction et Méridier, à savoir « qu'il 
leur fallait mes plus proches parents pour eux », dans 
l'opération de ma réintégration aux ponts et chaussées 
comme pour tout le reste ? 

Pour se servir de moi dans leur criminelle aven- 
ture des services de voirie et de l'Affaire Dreyfus, ils 
ont compromis mes parents par tous les moyens, reli- 
gieux et autres, ce qui du reste leur était: trèsi facile ; 
et, comme mon affaire s'est compliquée et que ^j 'ai man- 
qué de cette docilité à laquelle ils s'attendaient, les ban- 
dits, en parfait accord avant, se jettent maintenant dans 
l'ombre et réciproquement leurs criminelles saletés à la 
face et en font subir les conséquences à leurs victimes 
qui sont tantôt ma mère, tantôt ma tante, etc., etc. 

Et le public, le bon public, qui s'imagine que la 
torture inquisitoriale est depuis longtemps abolie en 
France, n'y voit que du feu, toujours du feu ! 

Pauvre public ! 



Le 14 juin 1906, j'adressai une lettre recommandée 
A.R. à M. Sarrien, Ministre de la Justice et Président 
du conseil des Ministres. Cette lettre, ainsi que celle 
adressée à M. Barthou, Ministre des Travaux Publics, 
a été reproduite au chapitre VI de cet ouvrage : j'y 
renvoie le lecteur qui y gagnera en la relisant. 



— 175 — 

Le 4 juillet 1906, le bureau du conseil général de 
la Ligue de l'enseignement fit une démarche officielle, 
paraît-il, auprès de M. Barthou, Ministre des Travaux 
Publics, pour l'inviter à présider la séance de clôture 
du congrès annuel de cette Ligue, à Angers, le 5 août 
suivant. J'avoue que je fus d'autant plus indigné de 
cette démarche faite auprès de M. Barthou que je sa- 
vais M. Duvand être le vice-président de la Ligue, et 
que celui-ci n'ignorait pas, pour l'avoir appris de moi, 
le 10 juillet 1899, le rôle que cet homme politique avait 
joué sous Méline dans l'Affaire Dreyfus et la prépa- 
ration du coup d'Etat. J'ajoute que peu de jours avant, 
j'avais été également indigné d'apprendre que le con- 
seil de cette même Ligue avait osé proposer le renou- 
vellement de leurs mandats au tiers sortant de ses mem- 
bres, au nombre desquels je relevais les noms de MM. 
Barthou et Adrien Duvand : je fis remarquer à mes 
amis qu'en raison de ce que je savais sur la conduite 
politique de quelques-uns des personnages proposés et 
en raison surtout de mon rôle dans l'Affaire Dreyfus, 
je ne pouvais voter pour une pareille liste. 

De ceci comme de bien d'autres choses encore, il 
en résulte que j'ai perdu confiance en M. Duvand au 
sujet des confidences que je lui ai faites sur l'Af- 
faire Dreyfus et ceci est très grave ! 

* 
* * 

Le 11 juillet 1906, j'appris que M. Martin, curé de 
ma commune (Job), était déplacé et envoyé à Mont- 
ferrand par son évêque Belmont. 

Je fais remarquer que ce curé quitta Job la veille 
de l'arrêt (12 juillet 1906) de la Cour de cassation an- 
nulant le jugement de Rennes et réhabilitant complète- 
ment le capitaine Dreyfus. 

Je fais remarquer encore que ce même curé 



— 176 — 

Martin avait remplacé M. Pitavy, lequel avait quitté 
cette localité à la suite d'un dharivari infernal qui 
avait été organisé contre lui et ses deux abbés, et 
qui prit naissance aussitôt après le dépôt à la poste de 
Job d'une de mes lettres relatives à mon rôle dans 
l'Affaire Dreyfus et adressée à M. Loubet, Président 
de la République (j'ai déjà parlé de ce charivari et de 
cette lettre, dans le courant de ce chapitre). 

Je fais remarquer également que ce même curé Mar- 
tin avait été le confesseur de ma mère à Pèghes dans 
les circonstances mystérieuses dont j'ai déjà parlé et 
que, préalablement à cette confession, j'avais cru de- 
voir lui écrire quelques mots pour lui faire connaître 
que je faisais expressément toute réserve utile à la 
Vérité et à la Justice dans l'Affaire Dreyfus ! C'est mon 
cousin Jean- Marie Reynaud qui lui apporta ma lettre. 

* 
* * 

Le 18 juillet 1906, j'écrivis une nouvelle lettre à M. 
Barthou, Ministre des Travaux Publics, dans laquelle 
je demande, pour la troisième et dernière fois, la com- 
munication de mon dossier d'ancien conducteur des 
ponts et chaussées. 

J'ai déjà fait observer, dans le courant du chapitre 
VI, que la réponse de ce Ministre fut négative en ce 
qui concernait la communication de mon dossier et par- 
tiellement erronée ou mensongère, en ce qui concer- 
nait les raisons développées dans sa lettre. 

Je note en passant que le commandant Alfred Drey- 
fus fut fait chevalier de la Légion d'honneur le 20 juil- 
let 1906 et que le lendemain 21, le général André, an- 
cien Ministre de la Guerre, écrivit à son successeur, 
M. Etienne, pour lui demander d'organiser une céré- 
monie militaire publique de réhabilitation de cet offi- 
cier ? 



— 177 



Le dimanche 5 août 1906, après avoir amené per- 
sonnellement mes bagages à la (gare d'Ambert la veille, 
je partis pour la Suisse avec l'intention bien arrêtée de 
m'y fixer pour le restant de mes jours, à cause de mon 
rôle dans l'Affaire Dreyfus, que je fis sommairement 
connaître au public par ma note insérée dans le jour- 
nal dit «Feuille d'Avis de Lausanne», du 19 septem- 
bre suivant ; je me dirigeai tout d'abord sur cette ville 
qui m'avait été conseillée peu de jours avant par M. 
Maurice Charvot, dont j'ai déjà parlé dans le présent 
chapitre, au sujet de mon voyage en Italie, en septem- 
bre 1904. 

Je constate que, le 4 août au soir, M. Clemenceau, 
Ministre de l'Intérieur, prit l'express de 19 heures et 
demie pour Carlsbad, où il séjourna quelques jours 
seulement et alla visiter Berlin en touriste peu de temps 
après ? 

Je constate également que, le mardi 7 août, mon 
voisin Rolhon, à Pèghes céda subitement (?), par voie 
de partage-donation, sa propriété à ses enfants ? Cette 
précipitation ne signifie-t-elle pas qu'il était compromis 
dans mes affaires et que ces compromissions le pous- 
sèrent à se dessaisir promptement de sa propriété en 
faveur de ses enfante? 

Enfin, je constate que ce même jour MM. les gé- 
néraux André, ancien Ministre de la Guerre, et de Né- 
grier, se battirent en duel à Paris, dans le parc du 
prince Joachim Murât ? 

Ce duel ne fut-il pas la conséquence de mon dé- 
part pour la Suisse et de quelques compromissions se 
rattachant à mes affaires administratives en général et 
à mon rôle dans l'Affaire Dreyfus en particulier ? 

12 



178 — 



Le 14 août 1906, j'appris, par la voie de la presse 
que le Pape repoussait la loi française de Séparation 
des Eglises et de PEtat, ainsi que l'organisation des 
associations cultuelles. 

Le 4 septembre suivant, le deuxième congrès natio- 
nal de Pépiscopat français se réunissait à Paris et les 
évêques s'empressèrent d'adresser un télégramme de re- 
connaissance et d'obéissance au Pape. 

Je crois devoir rappeler ici, à titre de renseigne- 
ments explicatifs sur les deux paragraphes précédents, 
que la Séparation des Eglises et de l'Etat en France, 
ainsi que les lois sur les congrégations religieuses et 
les associations, furent la conséquence de l'agitation 
produite autour de l'Affaire Dreyfus et la part de cul- 
pabilité évidente de l'Eglise. C'est là un point d'his- 
toire suffisamment éclairci aujourd'hui pour quiconque 
a suivi avec attention les événements de ces dix der- 
nières années ; mais l'Eglise a-t-elle été, en tant qu'or- 
ganisation religieuse et sociale, la seule instigatrice ori- 
ginelle du complot de coup d'Etat contre la Républi- 
que, par le moyen de la criminelle machination de 
l'Affaire Dreyfus ? 

Pour répondre à cette importante question avec le 
plus de netteté et de clarté possible, je ne sais mieux 
faire que de renvoyer le lecteur au chapitre IV, où je 
reproduis les déclarations de MM. Boutteville, Pon- 
ction, Méridier, etc., lesquelles lui feront aisément com- 
prendre que la question est complexe. Et, s'il est bien 
vrai qu'il incombe une bonne part de responsabilité à 
l'Eglise, il en existe certainement d'autres dont l'une se 
rattache tout particulièrement à cette question de fusion 
des services de voirie pour laquelle on s'était servi de 
ma modeste personne comme sujet d'expériences préli- 



— 179 — 

minaires, de 1890 à 1894 ; et cela MM. Ponction et 
Méridier, qui furent en relations avec M. Boutteville et 
son beau-frère Chaussegros en 1894, ne l'ignorèrent pas 
et, par conséquent, l'Eglise et la congrégation non plus 
dont ils étaient les agents. De telle sorte que, toute ré- 
serve utile étant faite sur cette question, l'Eglise est mal 
venue aujourd'hui à repousser cette Séparation et à se 
poser en victime des républicains. 

Victime ! Elle ne l'est point, bien au contraire, mais 
elle n'est pas? la seule coupable, comme je viens de le 
dire ; et c'est pour cela que j'ai demandé et que je de- 
mande plus que jamais que l'immense abcès de l'Af- 
faire Dreyfus soit complètement vidé : c'est le seul 
moyen de délimiter nettement toutes les responsabilités 
et d'en tirer les conséquences, toutes les conséquences ! 

* 
* * 

Le 25 août 1906, la garde républicaine visita Ge- 
nève où elle fut chaleureusement reçue par la popula- 
tion de cette ville. Le 29, elle en fit autant pour Lau- 
sanne, que j'habitais alors ; et, ce même jour, les en- 
fants du Voruit de Gand (Belgique) s'y rendirent éga- 
lement, ce qui me donna l'avantage d'assister à leur 
charmante représentation théâtrale. 

Mais pour quelles raisons toutes ces visites, et 
pourquoi avait-on choisi ces dates ? 

Encore quelque mystère ! 

Autre chose encore : le 26 du même mois, M. Bar- 
thou, Ministre des Travaux Publics, présida à la pose 
d'une plaque commémorative sur la maison où naquit 
à Aubeterre (Charente), M. Ludovic Trarieux, sénateur 
de la Gironde, lequel fonda la Ligue des Droits de 
lHomme et du Citoyen qui, comme tout le monde s'en 
souvient, joua un si grand rôle dans les revisions des 
procès du capitaine Dreyfus. 



— 180 — 

Il est inutile d'ajouter, je pense, combien je désap- 
prouve la participation de cet homme politique à cette 
manifestation, et combien je condamne les républicains 
ou se disant tels qui l'y appelèrent, puisque, l'Affaire 
Dreyfus ayant été à ma connaissance une criminelle 
machination contre la République, M. Barthou fut, 
sous Méline, le Ministre de l'Intérieur qui exécuta une 
bonne part de ce projet de coup d'Etat. 



Voici maintenant quelques extraits d'une nouvelle 
lettre recommandée A.R. que j'adressai de Lausanne à 
M. Haeckel, à Iéna, le 31 août 1906 : 

Je lui parle tout d'abord de ma lettre adressée à M. 
Clemenceau, Ministre de l'Intérieur, le 29 mars dernier; 
puis de trois autres, envoyées à MM. Louis Barthou, 
Ministre des Travaux Publics ; Sarrien, Ministre de la 
Justice et Président du conseil des Ministres, et M. Henri 
Brisson, Président de la Chambre des députés, les 29 
mai, 14 et 19 juin 1906. Toutes ces lettres ont été re- 
produites au chapitre VI du présent ouvrage, sauf celle 
adressée à M. Henri Brisson, qui n'est autre chose que 
la copie de celle adressée à M. Sarrien. Puis je conti- 
nue ma lettre dans les termes suivants : 

«Comme vous le verrez par la lecture de ce qui 
précède, il s'agit toujours de la fameuse Affaire encore 
très imparfaitement connue du public, et pour laquelle 
on n'a jamais consenti ni à me laisser déposer en jus- 
tice ni à donner la moindre publicité à mes renseigne- 
ments. 

«Je ne doute point depuis longtemps que l'on a 
voulu à tout prix étouffer le véritable objectif de cette 
sinistre Affaire, qui a été indubitablement un complot 
contre le progrès républicain, laïque et démocratique 
par le moyen d'une guerre avec l'Allemagne, soit Fin- 



— 181 — 

cendie de l'Europe, la boucherie générale et le recul de 
la civilisation pour un demi-siècle ! 

« Moi vivant et sachant ce que je sais sur ce com- 
plot, je ne crois ni honnête ni moral ni profitable à 
l'Humanité de laisser croire à qui que ce soit à ma 
participation, par faiblesse ou autrement, à cet étran- 
glement de la Vérité. Je me propose donc, n'ayant pu 
faire mieux, de réunir le plus tôt possible en un seul 
manuscrit tout ce que je sais sur cette Affaire... 

« Je déclare que je travaille dans l'unique intérêt de 
l'Humanité, de la Vérité, de l'Histoire et sans aucune 
acception de races ni de nationalités. » 



Le 16 septembre 1906, eut lieu à Lausanne le 
Jeûne fédéral annuel et je constate que les enfants de 
« la Ruche », de M. Sébastien Faure, visitèrent cette 
ville le même jour ; et, à l'exemple de ceux du Voruit 
de Gand, le 29 août précédent, donnèrent une repré- 
sentation théâtrale à la « Maison du peuple » de cette 
ville. 

Pourquoi cette visite à cette date ? 

Je n'en ai jamais rien su. Tout ce que je sais sur 
le compte de M. Sébastien Faure, de nature à se rat- 
tacher à mes affaires, c'est que lui et quelques-uns de 
ses amis assistèrent au Congrès international de la Li- 
bre Pensée, à Genève, en 1902 et que le 17 septembre 
(quatre temps), juste au moment où je montais à la 
tribune pour y donner lecture, de mon rapport sur la 
Théorie générale de l'Evolution et les dogmes religieux, 
les anarchistes, ses amis, proférèrent des menaces et fi- 
rent un tel tapage que je ne pus parler de quelques 
instants. Puis, une fois les conlusions de mon rapport 
adoptées, M. Sébastien Faure prit la parole pour adres- 
ser ses excuses ainsi que celles de ses amis à l'assem- 



— 182 — 

blée ; il lança même, dans une péroraison d'une fort 
belle envolée, un chaleureux appel à l'union et à la 
concorde de tous les libres penseurs, appel qu'il renou- 
vela du reste au banquet de clôture, le soir. 

J'ajoute que, lorsque je recommandai à M. Baccon- 
net, en 1894, de faire appel à tous les groupements ré- 
publicains laïques de gauche pour résister au clérical 
projet de coup d'Etat, je désignai aussi, en même 
temps que les francs-maçons, les libertaires ou anar- 
chistes. 



J'ai fait connaître plus haut qu'après le 19 septem- 
bre 1906, une fois ma note sur mon rôle dans l'Af- 
faire Dreyfus parue dans la « Feuille d'Avis de Lau- 
sanne », je réintégrai provisoirement mon domicile à 
Pèghes pour m'occuper du travail annoncé. 

Le 14 octobre suivant, j'assistai au théâtre d'Am- 
bert à une conférence athéiste faite par Mlle Alice 
Wirth du journal « l'Action », à Paris ; je prononçai 
même quelques paroles dans le même sens qu'elle à la 
fin de son discours. Mais pourquoi cette conférence 
fut-elle placée sous la présidence de M. Marsin, ancien 
agent voyer d'arrondissement, à Ambert ? 

Ce personnage ne s'était-il pas occupé de moi à 
mon insu ? 

Autre question encore qui depuis longtemps m'in- 
triguait d'autant plus que tout se passait autour de ma 
correspondance, comme si elle était régulièrement vio- 
lée par ordre gouvernemental. 

Pourquoi le bureau de poste d' Ambert avait-il été 
transporté dans l'immeuble de M. Marsin ? 

Je l'ignore absolument, mais je note que le lende- 
main, 15 octobre, M. Chartoire, instituteur à Chau- 



— 183 — 

riat et précédemment à la Forie, mourait prompte- 
ment ? 

Cette mort survenue à cette date m'intrigue d'au- 
tant plus que cet instituteur était secrétaire de mairie à 
la Forie, en même temps que M. Joubert en était le 
maire, et que tous les deux, paraît-il, s'étaient occupés 
de mes affaires à mon insu ? S'était quelque peu oc- 
cupé de moi à mon insu également, paraît-il, mon voi- 
sin Tamisier, Antoine, beau-frère de M. Joubert, clé- 
rical et réactionnaire comme lui. 

Enfin, je note que cinq jours après, le 19 octobre 
1906, soit exactement un mois après l'apparition de ma 
note sur l'Affaire Dreyfus dans la « Feuille d'Avis de 
Lausanne », le Ministère Sarrien démissionna et fut 
remplacé par celui de M. Clemenceau, avec MM. 
Guyot-Dessaigne à la Justice et le général Picquart à 
la Guerre ? 

Et, puisque je viens de citer le nom du général 
Picquart qui a tenu une si grande place dans le cours 
de l'Affaire, ainsi que tout le monde le sait, je dois à 
la vérité de dire que, étant mêlé moi-même à cette Af- 
faire depuis sa toute première origine et en ayant suivi 
les différentes péripéties point par point, il m'est im- 
possible de croire à la spontanéité du rôle de cet of- 
ficier, tout en rendant hommage à son courage et à 
sa vertu civique. J'ajoute qu'il avait été sûrement pré- 
venu à l'époque où il remplaça le colonel Sandher, à 
l'Etat- Major général de l'Armée ; et peut-être même 
que la mort de ce dernier se faisait trop longtemps at- 
tendre ! Je vais plus loin encore : je dis qu'il n'y a 
rien d'impossible à ce que l'arrivée au Ministère de la 
Guerre du « petit bleu » qui a tant fait parler d'elle, ne 
se soit produite qu'après entente préalable ; et je dé- 
clare que les renseignements qui ont permis de préve- 
nir ce colonel ne tirent leur origine que de moi par 



— 184 — 



f intermédiaire de M. Bacconnet, lequel pourra dire un 
jour, si ce n'est déjà fait, par quelle voie secondaire 
il les lui fit parvenir. 



Le 22 février 1907, le R. P. Monsabré mourut au 
Havre. Je remarque que sa mort suivit de près la troi- 
sième assemblée plénière de l'épiscopat français qui 
avait eu lieu le 15 janvier précédent à Passy, laquelle 
s'occupa de la dernière loi relative à la Séparation des 
Eglises et de l'Etat. C'est ce moine qui, en mai 1895, 
à Clermont-Ferrand, fut chargé de lancer au nom de 
l'Eglise, du haut de la chaire de la cathédrale de cette 
ville et en présence d'un grand nombre de prélats, la 
plus audacieuse en même temps que cynique déclara- 
tion de guerre à la République et à la Révolution 
Française ; il fut imité par l'évêque Turinaz de Nancy 
qui le fit avec une violence égale. 

A ce moment critique de l'histoire de la troisième 
République, le crime contre le capitaine Dreyfus était 
commis, la réaction cléricale savamment embusquée 
dans toutes les avenues du Pouvoir se croyait maî- 
tresse de la situation et ne se gênait plus pour parler 
et agir ; la campagne militariste, nationaliste et antisé- 
mitique allait commencer et la chute de la République 
parlementaire et laïque n'était plus l'affaire que de quel- 
ques années,, peut-être même de quelques mois ! 



Le 7 mars 1907, j'envoyai sous pli recommandé 
AR., à l'adresse de la Chambre des députés, du Sénat, 
du Président du conseil des Ministres (M. Clemenceau) 
et du Président de la République (M. Fallières), la 
pétition que j'ai reproduite au chapitre VI du présent 
ouvrage. Cette pétition ne parvint à Paris que le 9, 



— 185 — 

paraît-il, ce qui ne veut pas dire quelle ne fut pas 
annoncée là ou ailleurs le 7, jour de son dépôt au 
bureau de poste d'Ambert. 

Le lendemain 8, je constate que les électriciens pa- 
risiens se mirent en grève ? 

Le surlendemain 9, je remarque que le général Pic- 
quart, Ministre de la Guerre, nomma de Clermont- 
Ferrand au Mans le général en chef Bazaine-Hayter et 
le remplaça à Clermont-Ferrand par le général Percin, 
c'est-à-dire celui qui, sous le général André, Ministre 
de la Guerre, organisa le système des fiches avec le 
concours du capitaine Mollin et du Grand Orient de 
France. 

Ce même jour, il nomma le général Pelletier à la 
tète de la 26 me division (Roanne, Riom, Montluçon et 
Clermont-Ferrand) en remplacement du général d'En- 
traygues ? 

Je fais remarquer que c'est sous les ordres directs 
du général Pelletier, à Riom, que le capitaine François 
(celui de l'Affaire Dreyfus) avait travaillé autrefois 
comme ordonnance, à l'époque où j'étais agent voyer 
à Pontaumur. 

Je fais remarquer également que c'est à cette épo- 
que que remonte le scandaleux procès de M. Guyot- 
Dessaigne, Ministre de la Justice (affaire d'intérêts per- 
sonnels). 

Le 10 mars, M. Marrou, dont j'ai déjà parlé, de- 
vint président de la fédération du parti radical et radi- 
cal-socialiste du département du Puy-de-Dôme. Ce fut 
pour lui un acheminement voulu, maçonnique en même 
temps que républicain, vers la députation qui devait 
se réaliser deux ans après (7 mars 1909) ? 

Le 11 mars, M. Casimir Périer, ancien Président 
de la République, qui eut à lutter ainsi qu'on s'en 
souvient contre le général Mercier et Cie, à propos de 



— 186 — 

l'Affaire Dreyfus (nuit dite historique, etc.) mourut 
promptement et ses obsèques eurent un caractère reli- 
gieux ? 

Le lendemain, 12 mars, le vaisseau cuirassé Iéna fit 
explosion à Toulon, causant de nombreux décès et des 
pertes matérielles considérables ? 

Est-ce que cette explosion, due à la malveillance 
peut-être, n'eut pas de rapports avec mon rôle dans 
l'Affaire Dreyfus et ma correspondance avec M. Haec- 
kel à Iéna ? 

Le 18 mars suivant mourut promptement aussi le 
grand savant Marcelin Berthelot, dont les funérailles 
nationales (libres penseuses celles-là ainsi que celles de 
sa femme) eurent les honneurs du Panthéon ! 

J'ai déjà parlé à différentes reprises de ce person- 
nage dans le courant de ce chapitre, à propos de ma 
révocation (7 mars 1898) de conducteur des ponts et 
chaussées notamment. 

Voilà encore un ensemble de faits qui, bien que 
vus en raccourci, me paraissent être très suggestifs ! 

* 

Le 12 mai 1907, eut lieu à Paris l'inauguration du 
monument élevé à la mémoire du sénateur Trarieux, 
fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme et du 
Citoyen, laquelle fut, comme tout le monde s'en sou- 
vient, l'un des principaux instruments qui permirent 
d'aboutir à la revision des procès du capitaine Dreyfus. 

Je tiens à faire connaître ici que c'est moi tout le 
premier et de ma seule initiative qui ait parlé à M. 
Bacconnet, en 1894-95, de la violation de la Déclara- 
tion des Droits de l'Homme et du Citoyen dans la per- 
sonne du capitaine Dreyfus, illégalement condamné. Je 
lui ai parlé de cela en même temps que du « borde- 
reau » et de bien d'autres choses encore, de telle sorte 



— 187 — 

que les renseignements qui ont été fournis à M. Tra- 
rieux à ce sujet sont venus de moi seulement, par 
l'intermédiaire de M. Bacconnet, qui pourra dire à 
son tour, si ce n'est déjà fait, quelle voie il a employée 
pour les porter à sa connaissance. 



Le 20 mai 1907 eut lieu à Clermont-Ferrand la 33 me 
fête fédérale des sociétés de gymnastique, sous la Pré- 
sidence de MM. Clemenceau, Président du conseil des 
Ministres ; général Picquart, Ministre de la Guerre ; 
et Guyot-Dessaigne, député du Puy-de-Dôme et Minis- 
tre de la Justice. 

Parmi les nombreuses personnalités qui reçurent 
des décorations en cette circonstance, je remarque tout 
particulièrement M. Ponchon, architecte à Clermont- 
Ferrand, qui fut fait officier d'académie? Je fais ob- 
server à ce sujet que c'est lui et son associé Méridier 
qui, sous prétexte de me faire lever le plan du terrain 
nécessaire à l'édification d'une annexe à la « villa du 
roc » à Royat, appartenant à M. Chaussegros, me 
mirent en contact avec M. Boutteville, son beau-frère, qui 
y était venu en villégiature tout exprès pour m'y ren- 
contrer ? J'ai exposé tout cela dans le dossier remis à 
M. François, secrétaire général de la préfecture du 
Puy-de-Dôme, le 11 mai 1900. 

C'est M. Ponchon également qui, à son bureau de 
la rue Ste-Madeleine et peu de jours avant la condam- 
nation du capitaine Dreyfus, me lança le défi, au cours 
d'une discussion, qu'ils « avaient ma mère pour eux et 
qu'au besoin on s'en servirait contre moi » ; ce qui s'est 
réalisé atrocement dans la suite, ainsi que je l'ai déjà 
fait connaître ! 

Je déclare qu'il a une bonne part de responsabilité 
dans les criminelles intrigues qui se nouèrent autour 



— 188 — 

de moi à cette époque au sujet de l' Affaire Dreyfus et 
du projet de coup d'Etat ; il en est de même de son 
associé, M. Méridier, à un degré plus grave encore 
peut-être, car ce dernier me menaça de la « guerre au 
couteau » qui m'a été impitoyablement faite depuis cette 
époque et jusqu'à ce jour? 

Pourquoi le Gouvernement a-t-il fait l'ignorant en 
pareille matière ? 

Une seule réponse s'impose : lui-même est le pre- 
mier coupable ! 



Je note en passant que, le 6 juillet 1907, le géné- 
ral André, ancien Ministre de la Guerre et auteur de 
la dernière revision du procès Dreyfus, présida à l'ou- 
verture du congrès national du parti radical et radical- 
socialiste à Lyon. Deux jours après, le 8 juillet, le 
commandant Alfred Dreyfus demandait la liquidation 
de sa pension de retraite qui lui fut accordée le 22 

septembre suivant ? 



Le 4 octobre 1907, je constatai que la fille de ma 
voisine, veuve Gourbeyre, se disputa avec son mari 
d'une étrange et mystérieuse façon ? 

Ce même jour se suicida d'un coup de couteau à 
la Forie, localité voisine, un nommé Chevaleyre, dit 
« Pidansou », ancien garde-champêtre de la commune 
limitrophe (Valdvières). Cet individu avait habité la 
maison de la veuve Gourbeyre (autrefois Bégonin) à 
l'époque où ma tante Chebance habitait la mienne à 
Pèghes, et alors que nous résidions ma mère et moi à 
Clermont-Ferrand. La sœur de cet individu (Michale) 
m'avait avoué quelque temps avant qu'on avait fait 



— 189 — 

faire beaucoup de choses à son frèr^e à mon endroit, 
lorsqu'il était garde-champêtre à Valcivières ? ? 

Quelles 'étaient ces choses? 

Je n'en ai jamais rien su, mais il est probable que 
mes dossiers d'ancien conducteur doivent le mention- 
ner. Et dans ce cas, je me demande si ce suicide à 
coups de couteau ne fut pas quelque chose comme l'é- 
quivalent d'une mystérieuse exécution, en raison de non 
moins mystérieuses compromissions et surtout de la 
fameuse « guerre au couteau » dont j'ai parlé un peu 
plus haut. 

Autre chose encore sur le même sujet : 

Depuis mon retour à Pèghes, en 1900, j'avais cons- 
taté trois décès successifs dans cette maison dont mon 
autre voisin Tamisier était en quelque sorte le gérant ; 
ces décès appartiennent à trois familles différentes et 
me produisirent des impressions d'autant plus péni- 
bles que tout se passait dans cette malheureuse maison, 
devenue un abattoir de femmes en quelque sorte, comme 
s'il s'agissait d'un service de mouchardage organisé 
autour de moi ? 

Je signale en passant les discours de MM. Clemen- 
ceau à Amiens, le 6 octobre 1897 et de M. Guyot- 
Dessaigne à Paris, le 13 octobre suivant. J'ai parlé 
de ces deux manifestations oratoires dans le chapitre I 
du présent ouvrage, il est donc superflu d'y revenir. 



Le 29 octobre 1907, le Sénat communiqua ma péti- 
tion du 7 mars précédent à M. Barthou, Ministre des 
Travaux Publics. 

Je remarque que ce même jour, M. Guyoè-Dessai- 
gne, Ministre de la Justice, fut atteint d'une syncope 
en plein Parlement, laquelle fut attribuée à différentes 
causes toutes aussi fantaisistes les unes que les autres 



— 190 — 

probablement. La vérité réside peut-être tout simple- 
ment dans la communication ci-dessus relatée de ma 
pétition, car, j'ai déjà fait comprendre combien ce per- 
sonnage politique était compromis dans, mes affaires. 

Autre question encore : 

Pourquoi le Sénat attendit-il jusqu'au 29 octobre 
pour faire cette communication ? 

Je n'en sais rien, mais je remarque que le deuxième 
congrès national de la Libre Pensée s'ouvrit à Paris 
le 1 er novembre suivant et que M. Furnémont, dénuté 
belge et Secrétaire général de la Libre Pensée interna- 
tionale, y assista ; j'ajoute qu'il a en main mon rap- 
port et mémoire du Congrès de Genève en 1902, où 
je parle longuement de l'Affaire Dreyfus. Il n'y a 
donc rien d'impossible à ce qu'il y ait eu de ce côté 
quelque entente qui ait motivé ce retard. 



Le 12 novembre 1907, j'adressai de nouveau au 
Sénat la nouvelle et longue pétition que j'ai reproduite 
au chapitre VI de cet ouvrage, il est donc inutile d'y 
revenir ; mais je note que ce même jour tous 
les agents voyers de l'arrondissement d'Ambert 
furent invités à prêter leur serment professionnel de- 
vant le tribunal civil d'Ambert, ce qui ne s'était ja- 
mais produit malgré les prescriptions légales. Je fais 
remarquer que c'est la première fois que cette forma- 
lité leur fut imposée et je fais observer également que 
cette même formalité qui me fut imposée à moi-même 
le 30 avril 1897, le fut devant le sous-préfet de Roanne 
et non devant le tribunal civil ? 

J'ai déjà établi plus haut que c'est cette question 
d'assermentation qui me poussa à verbaliser contre 
mes propres chefs en 1897, ce qui amena mon retrait 
d'emploi accompagné de mon déplacement et de ma 



— 191 — 

révocation finale de conducteur des ponts et chaussées ; 
mais je dois à la vérité d'ajouter que si cette révoca- 
tion ne s'était pas produite, je me serais très vraisem- 
blablement trouvé dans l'obligation de démissionner 
par la raison que, aux ponts et chaussées plus que 
partout ailleurs peut-être, j'étais entre les griffes des 
machinateurs de l'Affaire Dreyfus, lesquels savaient 
déjà, dans une certaine mesure tout au moins, ce que 
j'avais fait pour la dévoiler. Ceci explique pour quelle 
raison majeure je ne crus pas devoir aller à Bourges 
où M. le Ministre Turrel des Travaux Publics m'avait 
envoyé. 

L'envoi de la pétition du 12 novembre ci-dessus re- 
latée, démasqua ce même jour l'un des nombreux pro- 
cédés d'embusquages qui étaient pratiqués autour de 
moi : mon ancien collègue Artaud, conducteur des 
ponts et chaussées à Ambert, averti très probablement 
par M. le docteur Coste, maire de ma commune (Job), 
à qui je m'étais adressé pour la légalisation de ma si- 
gnature sur cette pétition, m'offrit spontanément son 
emploi de conducteur sous le prétexte qu'il voulait se 
retirer pour raison de santé, et il m'invita à faire ma 
demande pour le remplacer. Je refusai net, ce qui con- 
tribua sans doute à le ramener promptement à la 
santé, car il a conservé son emploi ! 

Le 3 décembre 1907, j'adressai au Sénat une troi- 
sième pétition que j'ai déjà reproduite au chapitre VI 
du présent ouvrage : je prie instamment le lecteur de 
la relire afin de bien comprendre ce qui va suivre : 

Pour cette pétition, comme pour les deux précéden- 
tes, je m'adressai au maire de ma commune (Job) 
pour la légalisation de ma signature sur cette pièce ; 
et, n'ayant pas trouvé M. Coste, maire, je m'adressai 



— 192 — 

à son adjoint M. Viallard, lequel lut tout d'abord les 
dernières lignes de ma pétition et ne put légaliser ma 
signature pour avoir été surpris par une attaque de pa- 
ralysie qui amena sa mort, le 24 janvier suivant ? ? 

Voilà qui est encore de nature à faire réfléchir le 
moins prévenu, ce me semble, mais voici autre chose 
de tout aussi suggestif. 

Le 15 décembre suivant, mourait à Ambert, M. 
Far j on, ancien député de l'arrondissement et maire de 
cette ville, alors que mon oncle Pélisson était son pre- 
mier adjoint ; ce personnage, comme mon oncle du 
reste, s'était occupé de mes affaires à mon insu ? 

Ce même jour, le général Mercier, accompagné de 
l'amiral Bienaimé, dirigea une tintamaresque manifesta- 
tion sur la tombe du député Syveton, à Paris? J'ai 
déjà dit quelques mots sur ce défunt personnage dans 
le courant de ce chapitre, relativement à son agression 
contre le général André, alors Ministre de la Guerre, 
ainsi que sur sa mystérieuse disparition de la scène de 
la vie ! 

Je constate de même que ce même jour, M. Bar- 
thou, Ministre des Travaux Publics, des Postes et des 
Télégraphes, prononça un violent discours au banquet 
de « l'alliance républicaine et démocratique », à Paris : 
« Ce serait une criminelle trahison que de transiger 
avec ceux qui affirment l'internationalisme contre la 
Patrie ! etc., etc. » déclara-t-il. 

Modérez, modérez votre indignation, M. le Minis- 
tre ! Si ma modeste personne est visée dans votre dis- 
cours, je déclare que je n'ai rien affirmé de ce genre ; 
j'ai simplement affirmé et je renouvelle mon affirma- 
tion que je ne « transige » absolument rien avec vous, 
en raison du criminel rôle que vous avez joué dans 
mes affaires et dans celles du coup d'Etat à l'occasion 
de l'Affaire Dreyfus ; j'affirme encore que si la vertu 



— 193 — 

républicaine et laïque de la majorité de nos parlemen- 
taires valait seulement quatre sous, vous ne seriez pas 
Ministre ! 

Enfin, je constate que ce même jour, le général An- 
dré, ancien Ministre de la Guerre et candidat sénateur 
dans son département de la Côte-d'Or, fut battu par son 
concurrent modéré, grâce à une importante défection 
des voix radicales ? 

Puis, le 31 décembre suivant, M. Guyot-Dessaigne, 
Ministre de la Justice, murut subitement au Sénat (?) 
et ses funérailles eurent lieu à Clermont-Ferrand avec 
le condours de l'Eglise? 

Je rappelle ici que c'est ce même personnage, alors 
simple député du Puy-de-Dôme, qui présida la contre- 
manifestation anticléricale (orateur : Dequaire-Grobel) 
du mois d'août 1895, en réponse à celle des évêques 
et Cie, qui avait eu lieu dans la même ville, au mois 
de mai précédent. 

Le 2 janvier 1908, un individu m'apprit pour la 
première fois la mort de cet homme politique et me 
demanda, en présence de ma tante veuve Chebance, si 
je lui avais demandé quelque chose ? Ma réponse fut 
conforme à la vérité, c'est-à-dire négative, mais je com- 
pris très nettement, dans la manière où cette question 
me fut posée, que ma tante Chebance était impliquée 
dans quelque agissement de M. Guyot-Dessaigne à mon 
égard dont je ne l'avais nullement chargé. 



Le 4 février 1908, j'appris la mort prématurée de 
mon cousin Anatole Pélisson, avec qui je n'avais eu 
aucune relation depuis longtemps ; mais je me souvins 
alors que, dans le courant de l'année précédente, j'a- 
vais entretenu mon ancien professeur au collège d'Am- 
bert (M. Tribout) de mes affaires administratives et 

13 



— 194 — 

aussi quelque peu de mon rôle dans l'Affaire Dreyfus, 
lequel me posa, sans aucun préambule ni explication, 
la question suivante qui m'intrigua beaucoup : 

— Vous ne voyez pas votre cousin ? 

— Non. Il se conduit trop mal ! 

M. Tribout était évidemment au courant de cer- 
taines choses sur mon cousin à mon égard que j'igno- 
rais et que j'ignore encore ! 

* * 

La Chambre des députés vota la translation des 
cendres d'Emile Zola au Panthéon le 19 mars 1908 et 
le Sénat en fit autant le 8 avril suivant. Je remarque 
à ce sujet que M. Gomot, sénateur du Puy-de-Dôme, 
s'abstint, et MM. Audiffred et Bourganel, de la Loire, 
votèrent contre. Evidemment, j'étais bien placé dans la 
Loire, entre les griffes de ces deux mélinistes parlemen- 
taires, sans compter M. Waldeck-Roussieau qui, politi- 
quement, ne valait pas mieux qu'eux à< cette époque? 

Quant à M. Gomot, il pouvait très bien avoir été 
mis au courant, en 1894-95, de mes révélations sur 
l'Affaire Dreyfus par M. Bacconnet, qui entretenait des 
rapports avec lui. 

* * 

Le 22 mars 1908, j'appris par la presse que le 
F. * . Minot disait que la franc-maçonnerie, en tant que 
corps constitué, n'était venue que tard à l'Affaire Drey- 
fus, quelques-uns de ses membres exceptés, remorquée 
qu'elle fut par l'opinion publique. Cela est possible, 
mais ce qui est certain c'est qu'en 1894-95, je priai 
instamment M. Bacconnet die s'adressen à elle, ainsi 
qu'à tous les autres groupements anticléricaux de gau- 
che. 

Que îit-il ? 

C'est à lui à le dire ! 



— 195 — 

Le 3 mai 1908, le général André, ancien Ministre 
de la Guerre, après avoir échoué comme candidat sé- 
nateur le 15 décembre précédent dans son département, 
ne fut pas même élu conseiller municipal à Nuits, son 
propre pays ! 

Peut-être saura-t-on un jour que ce général polytech- 
nicien s'est abominablement mal comporté dans l'Affaire 
Dreyfus, pour avoir été l'un des principaux escamo- 
teurs de l'entière Vérité. 



Je note que, le 4 juin 1908, eut lieu à Paris la 
translation des cendres d'Emile Zola ; j'en ai parlé au 
chapitre premier du présent ouvrage et, par la même 
occasion, j'ai relaté l'incident y relatif des coups de 
revolver tirés sur le commandant Dreyfus par le jour- 
naliste militariste Grégori, il est donc inutile d'y re- 
venir. 

* 

Le 20 septembre 1908, j'adressai au « Moniteur du 
Dimanche », journal très répandu dans les campagnes 
du Puy-de-Dôme, une note à insérer où j'annonçai la 
mise en vente de ma propriété, à Pèghes, en ajoutant 
que j'étais un « ancien conducteur des ponts et chaus- 
sées révoqué sous Méline (Affaire Dreyfus) ». 

Ce même jour, à 9 heures du soir, un incendie dé- 
vora Phôtei des téléphones, rue Gutenberg, à Paris (?), 
ce qui suspendit pour quelques jours les relations té- 
léphoniques avec la province ^et l'étranger. 

Le 22 suivant, une mystérieuse explosion d'un ca- 
non à bord du « Latouche-Tréville », à Toulon, fit de 
nombreuses victimes ? 

Tout cela n'est-ce pas, encore une fois, de l'action 
directe à cause de mes affaires en général et de ma 
note ci-dessus en particulier ? 



— 196 — 



Le 4 octobre 1908, on inaugura à Nîmes un mo- 
nument élevé à la mémoire de M. Bernard Lazare, à 
cause de son rôle dans l'Affaire Dreyfus. 

Je n'avais point parlé de ce personnage à M. Bac- 
connet, en 1894-95, je ne le connaissais pas ; mais il 
est absolument impossible qu'il n'ait) pas eu connais- 
sance à cette époque de mes recommandations et ren- 
seignements, notamment ceux relatifs au rôle de M. 
Emile Zola dans l'Affaire, lesquels n'ont pu lui par- 
venir que par l'intermédiaire de M. Bacconnet. 

Ce même jour du 4 octobre 1908, se produisit au- 
tour de moi et de mes parents, à Pèghes, un petit in- 
cident bien suggestif. 



Le 24 octobre 1908, je fis rectifier et compléter ma 
note à insérer de nouveau dans le journal « Le Moni- 
teur du Dimanche », relativement à la mise en vente de 
ma propriété, à Pèghes ; je précisai davantage encore, 
dans cette note, mon rôle dans l'Affaire Dreyfus. Le 30 
octobre suivant, le conseil général du Puy-de-Dôme, 
brusquement convoqué en réunion extraordinaire, s'oc- 
cupa de la dévolution du petit séminaire, à Clermont- 
Ferrand, ainsi que des tramways départementaux, etc., 
etc.? 

Je suis porté à penser que quelque chose de la note 
ci-dessus motiva l'exceptionnelle réunion de cette as- 
semblée. 



Le 4 février 1909, la Chambre des députés vota 
sans débats (?) l'abrogation de la loi de dessaisisse- 
ment de la chambre criminelle de la Cour de cassa- 



— 197 — 

tion et le Sénat en fit autant, le 4 mars suivant. Il s'a- 
git, évidemment, de la loi votée par les Chambres sur 
la proposition du Gouvernement présidé alors par M. 
Dupuy, lequel le fit dans l'intention bien connue d'es- 
camoter la revision du jugement du capitaine Dreyfus, 
qui était alors soumise à l'examen de la chambre cri- 
minelle, laquelle en avait été saisie par le Gouverne- 
ment de M. Brisson. 



Le 5 février 1909, mourut hâtivement (?) M. Eu- 
gène Pingusson, industriel à Clermont-Ferrand. C'est 
lui qui fut l'un des principaux personnages dans l'ins- 
tallation de MM. Houpin et Cie, à la Forie, en 1900. 
J'ai déjà parlé de cela dans le courant de ce chapitre 
et j'ai dit quelques mots sur le mystérieux incendie qui 
dévora leur usine, le 8 septembre 1901 ? 

* * 

Enfin, le 7 mars 1909, onzième anniversaire de ma 
révocation de conducteur des ponts et chaussées, il fut 
procédé à Ambert et à Clermont-Ferrand, à des élec- 
tions législatives complémentaires et M. Marrou fut 
élu député de cette dernière ville. J'ai déjà fait connaî- 
tre dans quelles circonstances ce personnage s'était oc- 
cupé de moi et je serais bien surpris si ces élections, 
tant à Ambert qu'à Clermont-Ferrand, ainsi que la 
coïncidence des dates, n'aient pas quelques rapports 
avec mes affaires et celles du commandant Alfred Drey- 
fus ! (1) 

(1) Je ne dois pas terminer ce chapitre sans reproduire un autre docu- 
ment qui aurait dû trouver sa place plus haut : cela donnera quelque 
satisfaction aux cendres de ma mère encore mal refroidies. 

j'ai déjà fait connaître dans quelles circonstances particulières je 
m'entretins à Paris, le 29 décembre 1897, avec M. Jolibois, président 
de la société des conducteurs des ponts et chaussées, et j'ai dit que 



CHAPITRE IX 



CONCLUSIONS 



Je crois nécessaire maintenant de formuler dans ce 
dernier chapitre, d'une façon aussi concise que possi- 
ble, quelques accusations qui me paraissent découler 
tout naturellement de ce que j'ai dit dans le corps de 
cet ouvrage. 

Ce sera comme une sorte de revue incisive, faisant 



cet entretien mesuré roula principalement sur les procès-verbaux que 
j'avais dressés contre mes entrepreneurs et ingénieurs, je me plaignis 
en outre de ce qu'en m'envoyant à Bourges, au bureau de M. l'ingénieur 
David, on faisait de moi un agent de bureau et non un conducteur 
subdivisionnaire. Eh bien ! Je crois savoir depuis longtemps que cette 
plainte et l'accident imposé et survenu à ma mère, le 31 décembre 
suivant, ont des rapports avec la lettre ci-après : 

PONTS ET CHAUSSÉES 

_ «Bourges, le 7 janvier 1898. 

Département du Cher 

No d'ordre dû registre A (< L'ingénieur en chef des ponts et chaussées 

2075 à M. ISourisson, conducteur, 

à St-Germain-Laval (Loire). 
« Monsieur, 

« Comme suite à ma lettre du 4 octobre 1897, je vous informe que 
vous serez chargé, dans le département du Cher, de la subdivision de 
la Guerche et placé sous les ordres de M. l'ingénieur David, en rési* 
dence à Bourges. 

« Je vous recommande de prendre vos dispositions, afin d'occuper 
votre nouveau poste à la date du 16 janvier courant. 

« Recevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments dévoués. 

a Signé: Lecourt. » 

J'ajoute que je méprise autant cet ingénieur et Cie, au sujet de cette 
affaire, que ses « chers camarades » dont j'ai déjà parlé. 



— 199 — 

ressortir en raccourci ce qu'il importe le plus de ne 
point oublier. 

Ce sera aussi, peut-être, comme un commencement 
d'application de l'immanente et imprescriptible sentence 
de l'Histoire, retombant sur les épaules de tant de cou- 
pables des hautes sphères restés impunis. 

Ce sera enfin une nouvelle revanche de la Démocra- 
tie laïque, française et étrangère, contre ses éternels en- 
nemis qui ont voulu, par cette sinistre aventure, noyer 
dans le sang ses légitimes revendications de progrès 
social et de fraternité internationale. 

Donc, en tout premier lieu, j'accuse les bandits con- 
nus et inconnus de ce complot de coup d'Etat et de 
conflit armé avec l'Allemagne, de m'avoir fait faire une 
guerre impitoyable par l'intermédiaire de beaucoup de 
monde en général et de ma mère en particulier, qui en 
a elle-même énormément souffert ! 

J'accuse les fauteurs du coup d'Etat de s'être servi 
de moi à mon insu comme sujet d'expériences, alors 
que j'étais agent voyer à Pontaumur, de 1890 à 1894, 
et conducteur des ponts et chaussées à St-Germain- La- 
val, de 1895 à 1898, au sujet du projet de fusion des 
services de voirie à l'ordre du jour. 

J'accuse les continuelles malpropretés et malversa- 
tions des administrations de la vicinalité et des ponts et 
chaussées, auxquelles j'ai été mêlé et ' contre lesquelles 
j'ai combattu, d'être en partie la cause de la criminelle 
machination de l'Affaire Dreyfus. 

J'accuse le personnel polytechnicien des ponts et 
chaussées, aux tendances nettement réactionnaires dans 
la presque unanimité, d'avoir appuyé le projet de coup 
d'Etat. 

J'accuse la presse dite républicaine de l'époque, tou- 
jours prête à tambouriner à grands fracas quelque igno- 
ble crime ou quelque répugnante affaire de prostitu- 



— 200 — 

tion, de ne m'avoir pas soutenu contre mes chefs et les 
voleurs de tout acabit, presque toujours agents électo- 
raux des malpropres politiciens en quête de quelque 
nouveau coup d'Etat. 

Je l'accuse aussi de ne m'avoir pas fait rendre jus- 
tice et surtout, de n'avoir pas saisi l'occasion pour de- 
mander des éclaircissements sur les malversations con- 
sidérables que j'avais signalées et qui se pratiquent 
journellement aux Travaux Publics en général et à 
l'entretien de nos voies de communication en particu- 
lier (ponts et chaussées et vicinalité). 

J'accuse la population germanoise et des environs 
d'avachissement et d'improbité politique, morale et so- 
ciale, pour n'avoir pas protesté publiquement contre 
les malversations administratives que j'avais fait res- 
sortir sous ma signature dans le journal « Le Démo- 
crate de Roanne», dans le courant des années 1898 et 
1899. Mais je m'empresse d'ajouter que je lui accorde 
tout le premier les circonstances atténuantes, car 
ce qui se passait dans la région germanoise à cette épo- 
que se passait également et se passe encore dans tout 
le département de la Loire et dans toute la France, 
aussi bien à la vicinalité qu'aux ponts et chaussées. 

C'est tout le Corps social contaminé par l'Eglise et 
les malpropres politiciens à l'endroit de la chose pu- 
blique ! 

C'est l'éducation politique, morale et sociale de tout 
un peuple à refaire ! 

J'accuse M. Bacconnet, notaire et maire de Giat, 
en même temps que conseiller d'arrondissement du 
canton de Pontaumur (Puy-de-Dôme), de malhonnêteté 
politique et de trahison républicaine, pour m'avoir, à 
Clermont-Ferrand, le 11 mai 1900, déclaré qu'il ne se 
souvenait plus de mes révélations et recommandations 
sur l'Affaire Dreyfus et qu'il ne voulait plus en enten- 






— 201 — 

dre parler. Il ajouta que cette Affaire avait trop fait de 
mal à la République et qu'il avait « juré devant 
Dieu (?) de ne plus s'en occuper » ? 

Ceci étant dit, j'affirme qu'il s'en occupa sûrement, 
en 1894-95, et qu'il écrivit sans nul doute de nombreu- 
ses lettres à ce sujet. 

J'accuse la Chambre des députés de l'époque de fé- 
lonie républicaine, pour avoir déclaré ne pas vouloir 
laisser sortir l'Affaire Dreyfus du domaine judiciaire, 
alors qu'il était évident pour le moins prévenu que 
cette Affaire était essentiellement politique et sociale. 

J'accuse les Chambres et les Ministres responsables, 
ainsi que tous les élus républicains et la franc-maçon- 
nerie, mais particulièrement les Auvergnats, de lâcheté 
et de trahison républicaine, pour n'avoir pas organisé 
la défense du parti républicain, aussitôt après la vi- 
rulente déclaration de guerre à la République lancée 
par l'Eglise romaine, à l'occasion des fêtes clermontoi- 
ses du mois de mai 1895, dites fêtes des croisades. 

J'accuse les Chambres et les Ministres responsables 
d'avoir, par différentes lois de dessaisissement et d'am- 
nisties, etc., escamoté la Vérité dans l'Affaire Dreyfus, 
afin de sasuver les principaux coupables, de ne point 
reconnaître la connexité administrative existant entre 
cette Affaire et les miennes, de ne point reconnaître 
mon rôle et me rendre justice et, surtout, d'éviter les 
conséquences politiques et sociales qui en seraient iné- 
vitablement résultées. 

J'accuse l'Eglise et la Papauté d'avoir, longtemps 
avant 1894, préparé le renversement de la République 
laïque et d'avoir une grande part de responsabilité 
dans la criminelle machination de l'Affaire Dreyfus. Je 
l'accuse tout particulièrement d'avoir ostensiblement dé- 
claré la guerre à la République et à l'esprit de la Ré- 



— 202 — 

volution Française, à l'occasion des fêtes clermontoises 
du mois de mai 1895, dites fêtes des croisades. 

J'accuse mon ancien ingénieur Boutteville d'avoir, 
à Royat, en août 1894, tenu les propos que j'ai repro- 
duits plus haut au sujet de l'Affaire Dreyfus ; et, con- 
séquemment, d'être, avec le général Mercier et Cie, l'un 
des auteurs de la criminelle machination de l'Affaire 
Dreyfus, de complot de coup d'Etat et de guerre avec 
l'Allemagne. Je déclare que ce sont ces propos qui, 
dans une très large mesure, ont puissamment aidé à 
me faire reconnaître le fil directeur de l'Intrigue et qui 
m'ont poussé à me dévouer en vue d'éviter la guerre 
et d'aider à sauver la République laïque et parlemen- 
taire. 

J'accuse son beau-frère, M. Chaussegros, Clément, à 
Clermont-Ferrand, d'avoir une part de responsabilité 
dans cette Affaire, à cause de la conduite de M. Bout- 
teville à mon égard. 

J'accuse MM. Méridier et Ponchon, architectes, à 
Clermont-Ferrand, d'avoir une bonne part de respon- 
sabilité dans ce même complot, pour avoir été en re- 
lations à ce sujet avec MM. Boutteville et Chausse- 
gros, à cause de ma présence à leur bureau, et d'avoir 
agi plus particulièrement pour le compte de l'Eglise 
et de sa congrégation dont ils étaient les agents. 

J'accuse M. Paul Chauvassaigne, ancien ingénieur 
des postes et télégraphes, de m'avoir attiré à lui sous 
le prétexte mensonger de m' occuper à la rédaction de 
projets d'architecture. Je l'accuse d'avoir su, en 1895, 
et de l'avoir dit en ma présence, que les coalisés du 
coup d'Etat avaient déjà choisi M. Méline pour en réa- 
liser une bonne partie. 

J'accuse d'iniquité à mon égard les parlementaires 
et tout particulièrement les Ministres et Directeurs du 
personnel au Ministère des Travaux Publics qui se 



— 203 — 

sont succédé depuis M. Turrel, pour ne m'avoir pas 
fait rendre justice comme agent voyer et comme con- 
ducteur des ponts et chaussées, et cela depuis plus de 
onze ans que je suis révoqué ! 

J'accuse les officiers réactionnaires, cléricaux et an- 
tisémites de P Armée, d'avoir une bonne part de res- 
ponsabilité dans la criminelle machination de l'Affaire 
Dreyfus. Je les accuse d'avoir poussé au coup d'Etat 
et à la guerre, non pour la raison majeure de défense 
nationale, mais pour éteindre dans le sang les légiti- 
mes revendications de la Démocratie en marche vers le 
progrès social. 

J'accuse la haute Finance et particulièrement les 
agents de change de la Bourse de Paris, d'avoir prêté 
leurs concours aux hommes politiques de trahison 
charg'és de préparer le coup d'Etat et de provoquer la 
guerre avec l'Allemagne (M. Méline notamment). 

Enfin, je déclare que M. Emile Zola a été assassiné 
le lendemain de mon discours de Lyon en 1902, à 
cause du rôle que je lui avais assigné en 1894-95 dans 
l'Affaire Dreyfus, et en raison de celui que j'avais rem- 
pli au Congrès international de la Libre Pensée à Ge- 
nève et à celui de la Ligue de l'enseignement à Lyon 
la même année. 

J'invite ici tout particulièrement M. Bacconnet à 
dire ce qu'il fit en 1895, comment et de quelle ma- 
nière il s'y prit pour porter à la connaissance de M. 
Zola mes renseignements et révélations. Cela permettra 
peut-être de savoir par qui il a été assassiné et qui 
l'a fait assassiner ! 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 
Préface 3 — 8 



CHAPITRE PREMIER 

Translation des cendres d'Emile Zola au Panthéon. — Ten- 
tative d'assassinat du commandant Alfred Dreyfus. — 
Discours de M. Clemenceau à Amiens : « le miracle grec ». 
— L'Affaire Dreyfus, machine de guerre contre la Répu- 
blique laïque et la Démocratie. — Ma note sur l'Affaire 
Dreyfus publiée dans le journal dit Feuille d'Avis de 
Lausanne. — C'est à Clermont-Ferrand, en 1894-95, que 
j'ai eu connaissance du projet du coup d'Etat et de guerre 
avec l'Allemagne, par le moyen de l'Affaire Dreyfus . . 8 — 19 



CHAPITRE II 

Extraits de mon mémoire du Congrès international de la Libre 
Pensée à Genève en septembre 1902. — M. Marcelin Ber- 
thelot contre la banqueroute de la science de M. Brune- 
tière. — La manifestation des Croisades clermontoises en 
mai 1895 et la déclaration de guerre à la République par 
l'Eglise romaine. — M. Brisson sauve la République dans 
l'Affaire Dreyfus. — Le Décret de mort signé à Genève 
contre l'Eglise romaine 19 — 23 



CHAPITRE III 

Extraits de ma Note autocopiée distribuée aux membres du 
Congrès international de la Libre Pensée, à Rome, en sep- 
tembre 1904. — La Papauté impliquée dans la criminelle 
machination de l'Affaire Dreyfus. — L'Eglise pour le coup 
d'Etat contre la République et pour la guerre avec l'Alle- 
magne. — Mon dossier sur mes affaires administratives 



— 206 



Pages 



et l'Affaire Dreyfus, remis à la préfecture de Puy-de-Dôme, 
le 11 mai 1900. — L'amnistie scélérate de M. Waldeck- 
Rousseau 23 — 26 



CHAPITRE IV 

Extraits de ma Note autocopiée distribuée aux membres du 
Congrès international de la Libre Pensée à Paris, en sep- 
tembre 1905 (très important). — Les agents de change de 
la Bourse de Paris avec M. Méline pour le coup d'Etat et 
la guerre avec l'Allemagne. — L'Armée réactionnaire et 
antisémite pour le coup d'Etat et la guerre également. — 
Les déclarations de M. Boutteville, mon ancien ingénieur, 
(excessivement important). — Les intrigues clermon- 
toises nouées autour de moi au sujet de la fusion des 
services de voirie. — Mes demandes adressées à M. le 
Ministre des Travaux Publics pour obtenir la communica- 
tion de mon dossier d'ancien conducteur des ponts et 
chaussées 26 — 36 



CHAPITRE V 

Pétitions aux Pouvoirs Publics (7 mars 1907) où je demande 
la communication de mon dossier d'ancien conducteur des 
ponts et chaussées. — Ma réponse à M. le Président de 
la République qui avait communiqué ma pétition à M. Bar- 
thou, Ministre des Travaux Publics 36 — 40 



CHAPITRE VI 

Ma deuxième pétition au Sénat du 12 novembre 1907. — Ma 
lettre à M. Clemenceau, Ministre de l'Intérieur. — Ma let- 
tre à M. Sarrien, Ministre de la justice et Président du 
conseil des Ministres. — Copies de mon assermentation 
et de mon procès-verbal contre mes chefs. — Copies de 
décisions ministérielles sur mon déplacement d'office, mon 
retrait d'emploi et ma révocation. — Conclusions de ma 
pétition du 12 novembre 1907, disant que j'ai pris la réso- 
lution d'aller terminer mes jours à l'étranger à titre de 
protestation suprême contre l'escamotage de la Vérité dans 
l'Affaire Dreyfus. — Nouvelle pétition-réponse au Sénat 
du 3 décembre 1907. — Les inexactitudes de M Barthou, 
Ministre des Travaux Publics. — Extraits de ma corres- 
pondance administrative. — Comptes-rendus de réceptions 
matériaux, etc. — Notes diverses et décisions ministé- 
rielles sur mon déplacement, mon retrait d'emploi et ma 
révocation .... 40 — 86 



207 — 



CHAPITRE Vil 



Pages 



Copie d'un rapport du 31 mars 1889, rédigé par mon ancien 
ingénieur Boutteville, au sujet de ma demande tendant à 
entrer à la vicinalité ; mes visites à M. Bardon, préfet et 
à M. Nicolet, secrétaire général. — Le capitaine polytech- 
nicien Dreyfus a-t'il trahi la cause des ponts et chaussées 
et la République? — Mes congés successifs de conducteur 
des ponts et chaussées. — Ma situation d'agent voyer inte* 
nable. — L'inspection de la vicinalité à Riom, le 10 juin 
1893, par M. Guillot, israélite. — Ma rencontre avec M. 
Boutteville à Royat, en août 1894. — Mes relations avec 
MM. Ponchon, Méridier, etc 86—98 



CHAPITRE VIII 

Mes renseignements et révélations sur l'Affaire Dreyfus fai- 
tes à M. Bacconnet en 1894-95. — L'assassinat du Pré- 
sident Carnot par l'anarchiste Caserio, à Lyon. — Notes 
diverses sur toutes sortes d'événements classés par ordre 
chronologique et se rattachant à mes affaires, à celles de 
Dreyfus, au projet du coup d'Etat contre la République et 
à la guerre avec l'Allemagne (très important) .... 98—198 



CHAPITRE IX 

Conclusions et accusations (très important) 198 — 204 



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