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LAFRIQVE 

D E 

M ARMO L 

DE LA TRADVCTION 
de Nicolas PERRorfieurD'A blanc ovrt. 

DIVISEE SN TROIS VOLVMES, 

£t enrichie det Cartes Geografhufues de M.. Sanfon , 
Géographe ordinaire du Roj. v. I 

Avec l'Hiftoire des Chcrifs.traduite del'Efpagnol deDiE'co 
TORB.E's,par le Duc d'AngoulefoielePere. 
Rfveuë & retouchée f*r T. R. ji. 



Chez Thomas Iolly.cdU petite Salle in Palais, i la Palme, 
&aux Armes de Hollande. 



M. DC. L'XVIL 
AJ^EC PRIVILEGE DV RÙY; 






• • • 



• • « 
1 • 









• • • • 
• • • • • 



• • • 



A V ROY 



S. 



RE. 



Si tHiîtoiu efi la fiience des Roù,feu C^l- 
ii^Uncourt , après avoir donné au public Us 
AHions les plus éclatantes des Grecs & des Ro- 
mains, ne powuoit rien mettre au jour déplus digne 
ie V. M. tfue t Empire des Caljfes, & les révolu- 
tions d^ Afrique. Il finit fiuUment à (ôuhaiter, four 



E P I s T R E. 

ces Princes Arahes, torjqne V. M.» lira leurs exploits, 
qnSUe oubliât les viéioires que les Chreltiens ont 
remportées far eux: f^ que four louer leurs mœurs & 
leurs provinces , 'EUenefifiuvinfifoint delà poli- 
tefie de fa Cour, ni des délices de U France, fD» moins^ 
SIRE, ayeTJa bonté de ne pas regarder ces Conque- 
rans , famplement comme des barbares, qui Je font ré- 
pandus dans t Europe , afrés avoir inondé vne des 
plus ^afies parties du monde : mais de les confide- 
rer , s* ilvous plaiH , comme vne faite de grans Hom- 
mes y qui ont fondé des Principautez, f0 des 
'B4>yaumes,fans que rien ait fû arrejter le cours de 
leurs conquêtes , que la valeur des François, Vef- 
froy que produifit la fiuU Journée de T^ours y fut tel, 
que les Francs , encore aujour£huj , malgré la révo^ 
lution de tant d'années , fint la terreur du Levant, 
JMais depuis que V, M., avec vne poignée d'hom- 
mes , a fauve fSmpire chancelant s ces Infidèles 
fint bien perfaadez» que les Jeules armes de V.M, 
fint plus redoutables pour eux y que ne te furent au- 
trefois pour leurs Pères , ni les Q:^artels , ni toute 
cette foule de Héros , qui fi dévouèrent fourlefalut 
de la PaleSîine, jiùfi peut-on dire qu'à ^âgi de 
vingt-huit ans , V, AI. a vu tout ce que fis Pré-^ 
déceffeurs ont pu voir, (^ qu' Elle a fait tout ce qu'ils 
Tiont pu faire j pmfqu'il neft rien arrivé dans les 
douzje ou treizje fiecles de noftre Monarchie^ qui ne 
fi trouve dans le commencement de vofire Regne^ 



E P ï s T RE. 

Tout ce que des guerres étrangères , traverjees far 
des guerres civiles , ont pu faire naifire enfemhle ou 
fifarément y d'incidens bons & mauvais ^ fendant 
w afrés vne longue Aîinorités vous les ave^ e'frou- 
veZj' ^* autre ^ cofié , quelle faix a jamais fro^ 
duit des fruits plus doux , que ceux quon goujte 
fius voSire domination ? Vous écoutez^ les antigel^ 
Vous difiinguezjle mérite j Vous donnez, vne nou- 
velle face aux chojès, La Jujtice Je reforme s les dettes 
de tîfFat font aquitées j tEfargne [è remflit s les 
jirts fleurijfènt} le Commerce sefiendfar tout, Snfin 
en voyant reùpr ces glorieufes entreprijès^dont lesfeuls 
dejfetns ont attiré tant de louanges avos jinceftresyon 
vous regarde, SIRE, comme Cvnique Prince qui a 
fû accomflir les bonnes intentions de tous nos Rois. Que 
fi ces fremiéres aâtions de V, M., lujont aquis tant 
de gloire y quelle doit efire l'attente des Peu fies fd des 
Nations -, flton conjidéreja réfutation, fis forces , 
fon afflication aux affaires , fa fénétration dans 
t avenir , & toutes ces vertus éclatantes , qui vous 
rendent Fefionnement & F admiration de ÎVnivers ? 
Il ne faut donc plus que fouhaiter de vivre autant 
que V ' 3f . pour voir tout ce que l'efprit humain efi 
capable de concevoir , £ entreprendre f0 £ exécuter. 
Cependant , V. M, me permettra, s'il luy p lai fi , de 
mettre Jousjaproteétion ce dernier ouvrage de feu Aï, 
é^zAhlancourtm le ne diray rien de T excellence de cette 
Tradu^ion > ni des divers talens du l'radu^éur, 

^ • • • 



E P I s T R E, 

farce -qtiefiant fin Neveu, je foùrrois ehrejU- 
fie£t. il fùfft que V, M.* ait la bonté de fifiuve- 
nir , qu'elle îuy a donné fendant fit vie ajfez, de 
marques de fin efiime , four éfire ferfitadée afrés 
fa mort , que cepoit vn Homme\dvn rare mérite , 
& qui na rien mis au jour qui ne ré fonde à fi 
réfutation, <*Au^i ce qui augmente le regret de fi 
ferte , ceft quil nait pas ajfeZj vefiu four tra- 
vailler à vofire Hifioire* Car il nj avoitferfinne 
qui fufi mieux que Iuy raconter a la fofierité , ce 
que vous fèul avez^ fu faire. Mais le Ciel ne Iuy 
ayant pas fe'rmis de vous donner ces marques 
de fin Xele , ni ce dernier témoignage défi reconnoifi 
fance : je le fréfinte à V. M, avec les mefines fin- 
ùmens quil avoit j & je firay comme Iuy toute ma 
vie , avec vn tres-fropnd reffeât , 



SI RE y 



\ 



Voftrc très- humble ) très- obeïtTant, 
& tres-fidéle iujet & ferviceur 

FUEMOKT. D*A3L ANCOVRT* 



^ 



I -^^ 











AVERTISSEMENT. 

I on eud mis à là tefte de céc ouvrage 
vn abrégé de la vie de feu Monfieur 
d' Ablancôurt, comme on en avoir eu 
iapenfée^il n'euft pas efté neceffaire 
de vous avcrrir , que voicy la dernière de fes: 
Traduâions j puifquc vous eufliez appris dans 
ion Hiftoirej qu*il eft mort avant que d*avoir 
achevé celle-cy. Mais ce qu'il n'a pu faire , Ces 
meilleurs Amis 1 ont fait ; &c je puis afiurer 
qu'ils n'ont épargné ni leur temps, ni leur pei- 
ne pour rendre cette pièce' accomplie ; quoy 
qu'il ait falu vne grande patience pour revoir 
vn fi long travail, ëd beaucoup de perfévéran- 
ce pour n'eftre pas rebuté d'vnc impreflion 
de quinze mois. le ne nomme point ceux 
qui ont pris ces (oins , parce - que tant de 
gens Ce font intereffez en cette affaire , qu'il 
faudroit pafTer les bornes des Averti^cmens &C 
des Préfaces , fl on vouloit feulement rap- 
porter ce que les vns Se les autres ont dit &: 
fait pour retirer cet ouvragé de la Cour , où 
fon deflin l'avoit enlevé après la mort de fbn 
Auteur. l'ay donc crû qu'il valoir mieux que 
la Renommée publiafl le mérite de ces véri- 



tables Amis , que d'en rapporter icy fimplë- 
ment les Noms ; puifqu'aulTibien ce qu'ils en 
ont fait , n'a pas eftc pour s'attirer des louan- 
ges du Public , mais feulement pour fatisfairc 
à l'amitié qu'ils auront toute leur vie pour k 
mémoire de leur Ami. Et comme en imitant fa 
modeftie ils ont caché ce qu'ils ont fait pour 
luy, j'ay crû que je devois les imiter en cachant 
leurs Noms.En effet.il n'y a perfonne qui après 
avoir lu cette Hiftoire, ne {bit perfuadc que 
&u M. d'Ablancourt y avoir mis la dernière 
main.tant ils ont bien feu garder fon Caraâcre 
Se fon.Genic. le ne dis rien de l'Auteur Efpa- 
gnol,parce-que faPccface contient fes avan> 
tures èc fon delTein, E£ que ion Eloge fe voit 
dans M, de Thou &C autres célèbres Hiftoriens. 





PREFACE 

DE MARMOL 

TRADVITE PAR P. RICHELET. 

/ nous confiltons Us Hifioires Us 
plus éloignées de nôtre JiecU , nous iv- 
connoifirons que la fuiffance des Gofz»» 
des Cartaginois , & des Romains , 
B*a point Jurpajse la fffijance des e^abes. Ces 
'Barbares firtirent de Uur fais fins la conduite 
de Q:PlfCahomet , Uur faux Prophète , d^oAbube-. 
chre, ^ Omar a JlAU , £Odman » fS^ des autres 
frinâfaux auteurs de leur Se£te : lUfirendi- 
nnt maifires £vn nombre prejqu infini de peu^. 
fUs , qu'ils forcèrent en recevant Uur joug > de. 
prendre leurs coutumes , & £embraffer Uur Re- 
ligion, ^'abord ils enlevèrent aux Romains Us 
trois Arahies, occupèrent la Syrie , la Perfe , & Us 
Indes, défilèrent t Empire des Lettres qui feu- 
rijfoient alors , t^ mettant tout à feu & à fang » 
ils remplirent de malheurs tjifU, P<iAfriquej& 
1^ Europe* Ajoutez, à ces defbrdres la defirù- 
ai on des .TempUs, la profanation des chojts, 

c 



PREFACE. 

purées , àf ks erreurs dom ils infeUérent les 
Nations : car leur SeBe n^efant fondée que fur 
V ignorance four objcurcir la gloire de Dieu , ils 
tafekoient de répandre par tout les ténèbres dont 
ils efloient aveuglez^* chjùite ^ambition de ces 
Infidèles s* augmenta s ils s'imaginèrent que rem- 
porter 'vne viétoire ceftoit s* ouvrir le chemin k 
vne autre , & quHs acheveroient de ruiner la 
doétrine de lejus Chrifi , & d* établir dans le mon- 
de Chreftien leurs ■ dete fiable s maximes. Cejl- 
fourquoy ils tournèrent leurs armes contre la 
Grèce y fltalie, VEJfagne & la France : ils les 
attaquèrent far mer t0 far terre, & répandirent 
àe telle firte le bruit de leur valeur , qu'ils far- 
tèrent l'épouvante far tout , & firent trembler 
tOHs ks Princes de la terre. 

Leur Empire dura trois fiecles entiers, (^ ne s* af- 
fbiblit qu'acaujê que ^ambition & la dijcordeje 
mirent farmi eux. Cependant le calme des Na- 
tions Catholiques nenfutfasflus afuré , farce- 
qUe les H'urcs qui font frofefiion de la mejme Se- 
hey & qui ne f rirent leur f lace que far la force 
des armes y jetterent CSgUfè dans de nouveaux 
troubles. Mais commeTAfie commença à rejfi^ 
rer y et la puijfànce deJ oArabes a sy affoihlir,ces 
Infidèles qui efioient faffet, en Afrique & en 
Efface au tems de Rodrigue ^Je joignirent aux 
Jifricains qui avoiem déjà embraffé leur ^li- 



PREFACE, 

^on ,& travaillèrent de concert à la J^firn^hn 
de toute t Europe, Cette guerre dura en Efiagne 
feft cens fiixante ià dix-huit années , fendant 
lejquelleie la fortune balança toujours entre Uf 
deux fortis , jufyuà ce que le Ciel fi déclara en 
faveur de Ferdinand & d^J/àbelle , qui chaffé^ 
rent cet tyrans des terres qu'ils avoient v/ur- 
fées c^ remplies d horreur fendant vn fi long efi 
face de tems, ^iMais il efi certain que l'Efpa^ 
gne n'a eFté agitée de tant de msux , quacaufi 
du voifinage de C Afrique > dont les frovinces 
ontefte confkcrées far le fisng d^vn nombre fref- 
que infiny de Aïartyrs, 3\eantmoins jujqu*icy 
ferfinne na écrit ÏHiftoire de cette f ortie Jus 
monde , encore qu'il foit de noftre interef den 
avoir vne entière connoiffance ,fiitfour ta faix, 
acaufi du Commerce iOu f ourla guerre , afin de 
la faire avec avantage^ Il efi vray que nos 
Coûtmnes , nofire Religion ^ & noftre langue 
ont fi feu de rapfort avec la Langue , la Eeligiou 
& les Costumes d Afrique 5 ^ nos auteurs 
les plses excellens fi feu de communication avec 
ces ^arharu » qu'il ne faut pas s'efionner fi 
nosês nen avons point encore de Relation parti- 
culière^ 

Peur moy , fefiois fort jeune lorfo^tu: jeforty 
de la ville de Grenade , qui efi le Ueu Je ma 
naiffanee : mais, je nenfirty que dans le deffein 

cij 



PRE FACE. 

âe me trouver à la fameufe entrefrife de Chaf* 
'^^ * les-Quint contre U ville de Tunû *. La f lace 
eftant rendue je fuivù les enfeignes de cet Sm^ 
fereur far toute C Ajric^ue durant le cours de 
vingt ans , i0 me rencontray à tout-ce qui fipaf- 
fi de grand t0 de memorable:mats la Fortune me fit 
tomber entre les mains des ennemis qui me tinrent 
Jeft ans & huit mois en captivité dans le Royaume 
de AîaroCi ^arudant, ^remejfen , FeT^ \runit. 
Ce fui en ce tems-la que je traverfiy à la faite de 
Q^ahamet les dejerts de la Libye jujquà vne 
flace que l'on appelle jiçequia el-hamara aux 
confins de la Gutnée : & que ce Chérif portant 
fis armes viBorieufis par CaAfrique , /e rendit 
maifire des provinces du Couchant. ïay encore 
fait d autres voyages par mer & par terre , pen- 
dant lejquels fefiois tanto/t en liberté ts) tantofi 
en firvitude. J*aj couru toute la Barbarie & 
toute î Egypte , où fay remarqué plufieurs chofès 
tres-confiderables , ^ dont il rna femblè que la 
connoiffanee feroit fiuhaitée des honnefies-gens 
dE (pagne. Outre-cela ycomme toute ma vie fay 
efié porté d inclination à écrire l*HiBoire , fay 
fait de longues i^ deferieufis réflexions fir les ou- 
vrages les plus achevezj que nous ayons de cette 
nature 3 tant des Grecs que des Latins , des Ef- 
pagnols & des Nations voifines :& ceH de ces 
iUufires monumens que f ay tiré ce qui rna paru le 



PRÉFACE. 

fbti propre à mon dejfein. ajoutes, à cela , au€ 
poffeiant affez^ sxa&ement la Langue Arabe & 
^ africaine qui ont peu de rapporttvne avecPau- 
tre, fay leu avec beaucoup a application tout ce 
e^ue leurs o/Éuteurs ont écrit de leur Pajs , tjt^ en- 
faite fay fait la dejcription générale de l^nAfriqua 
le tout en dou'le Livres, que fay divijèx^ en 
deuxparties. 

La première, parce quelle e^ ample & efien- 
dite aura fix Livres , qui feront deux Volumes. 
Le premier Livre enferme vne idée générale de 
toute cette dejcription , où je difiours en particu- 
lier de 11 Afrique y dejes Royaumes , de fis Tro- 
vinces, deJes Villes , de fis diverfès peuplades i 
fy parle des mœurs des habitans y fà des mœurs 
des Arabes auSi bien que de leur origine &dçleur 
entrée dans ces pays :fyparle des animaux Us plus 
rares , des rivières les plus fameufis j en vn mot» 
de tout ce qui s'y trouve de plus recommanda- 
bu. Le fécond Livre contient le récit des guer- 
res que Us Chrefiiens ont eues avec Us InJidéUs, 
id Us divifions qui Je font excitées entre ces mé- 
creans , depuis que Mahomet efiabltt Jkfiâc, 
dont ce Livre comprend au fi Us commencemens. 
On pourra voir par là , combien il ajèrvy à 
lagbire de plufieurs grans perjonnages (0 de plu- 
fours Souverains , d'attirer ta bienveillance des 
Peuples^en s* accommodant à Uurs inclinations .Car 

e iij 



PREFACE. 

€e Barhare <{m eftoU inconnu , dont l*extraêHm 
frf fi bsfie & la famine fi ohfiurè , a régné 
far cette conduite fier 'une des plus fuiffan' 
tes Nations de la terre* Von connoifira aufi 
quil sefi élevé de certains Tyrans ^ quifius appa" 
rence defiiinteté & les, armes à la main ontfiur' 
nj aux feupUs les occafions de fi plonger dans 
les débauches ^ flj de s* abandonner aitx vices , 
td quainfi ils ont fiu gagner taffeéîion^ de 
leurs fiijets 3 fÈf porter la crainte parmi les Etrah-' 
gers» En effet , fi mut confiderons les Hiftoi" 
res des plus anciens "Royaumes , nous trouve^ 
tons que les Princes qui ont fleuty le plus long" 
tems , nont affermi leur Trône quefitr l*amour 
de leurs fit jets » & en /accommodant à leurs 
coutumes 5 & qu outre cela perfenne ne fat ho" 
noréde Haugufte^nomde Roy, que dans la veue^ 
auil ejtoit de tintereSt des peuples quil corn" 
mandat fà quon luj donnaftvne qualité fi W-^ 
nérahle, aAinfi rvtilité publique obligea Us Na" 
fions à choifir des Souverains. Car lor/que per^ 
finne neftoit retenu par le rejpeâ de la Religion, 
lorfque ton ne connoiffbit point encore de Loix aui 
tinffènt les hommes dans vne égalité raifinnable >* 
•& que îa^onvoitifi pourfi /âtisfiiire eUe-me/mCj 
employoitfis forces contre la raifon , l*on eftabUt 
des Rois quipuffent retenir les hommes dans t^o^. 
ireïffance , •& faire 'uivre ave€ quelque forte 



PREFACE. 

de folin ceux qui erroient comme des befies far* 
mi les forefis, Q^ais ces Princes ne lès ont re- 
dnits que par la figejfe & par la jufiice, & les 
faveurs qu'ils ont répandues Jùr eux leur ont ga^ 
^é Cefiime & le cœur des peuples , qu'ils ont en- 
jtêite portés a s' 'unir £aWeâion fd à chercher a*vec 
ardeur les chofis vtiles & honnefies. Je laijfe à 
f art, qu avec ces maximes ^Saturne qui je tt a les 
premiers fondemens de la fortere^e de Rome , ré- 
gna le premier en Arménie , & que malgré les 
emhufibes des Babyloniens ^f^ les forces de Jupi- 
ter, il conquit en Italie vn nouveau 'B^jaume. 
^âf cette conduite Romulus, cet autre fondateur 
de Rome , devint Roy , de Berger qu'il eftoit au- 
paravant s & Numa Pompiltus W Tarquinius 
Prifcus , qui eftoient étrangers & des perfbnnes 
ivne condition ordinaire montèrent fur le ^ro^ 
ne» Alexandre par la feule amitié des M.acédo- 
mens ,a fùbjugué î Aflè i & tandis que les guer- 
res civiles n'ont pas déchiré tSmpire des Grecs , 
dus Cartaginois , ou des Romains , leur gloire tt) 
leur fortune fè font augmentées , & ils ont aquis 
le titre de Maiftres de l'Vnivers, Ainft Maho- 
met fuivant ces exemples éblouit les eArabes par 
les apparences £vne fauffe (ainteté, & fèfervant 
de leur inclination pour régner il ouvrit la porte 
MU libertinage, & gagna entièrement leur amour; 
de forte q» ils J^honorérent comme vn grand Prin* 



y. PREFACEi 

ces, ^^ le ré*vèrérent comme *unferfinna^ ttijnë 
fiinte *vie* jiufi ces Nations conduites & ani- 
mées far ce faux- Prophète , de foibles cruelles 
cftoient devinrent tres-f m jfantes , & s*emfaré' 
rent prefque de toutes les Provinces qui eRoient 
fiumifes aux Romains. Il efi *vrajque la dijcor- 
de Je glifa farmy ces Barbares , quils exercè- 
rent entre eux de cruelles tyrannies , c^ que le 
defir de commander efiant devenu leur fapon 
frincipale, ils tournèrent leur fureur contre eux- 
mejmes , & tombèrent enfin au pouvoir de leurs 
ennemis. C'eft ainfi que la divifion a défilé Us 
flus puijfans Royaumes , ruiné les Républiques 
les plus fiorijfantes & les mieux fondées , & tranf- 
porté i Empire des Caldeens aux oA^yriens , des 
jifiyriens aux Médes , des Q^édes aux Per/es , 
& des Per/es aux Aiacédoniem. Elle a détruit 
les EBats ét^Uxandre le Grand , & atméps 
fitccejfeurs les vns contre les autres pour la A/^- 
narchie, au lieu défi contenter du partage quils 
en avaient fait. Diray-je quelle a ébranlé lapuifi 
fance des Grecs., ruiné la République des Carta- 
ginois , aboli la domination des Romains , & quen 
livrant Confiantinople aux Barbares , eUe a ache- 
vé de renverfir l'Empire de la Grèce. Snfin , la 
■ difiorde a triomphé des arabes fucce^eurs dt 
Âîahomet , dont les conquefies fint particulière- 
ment traitées dans cette Hifloire , & ell€ a fait 

pajfer 



PREFACE. 

fâfftr kt^ émfire émx Turcs qui n^mmjouT'^ 
/o»j4vee tant dt tyrannie^ Mais nous e/pe^ 
nus que lé Qielficondtra nos 'vœuxyfd quehïen- 
tofnous terra ffirons l'orgueil de ces barbares. 
Et cette fiinte ligue où font entrez^ tant de 
grâns Princes , ne nous promet-eUe fas que nous 
refrendrons JerufiUm i Conftantinofle a*uec tou- 
te la Grèce y & que nous redonnerons la liberté à 
CCS peuples qui gemijfent dans 'vne déplorable 
Jervitude? Les Chreftiens touche^^ decomfapon» 
&animezjparl* exemple de leurs Sowuerains n'ont 
pas moins de x^le pour cette illufire expédition j 
qu'ils en eurent autrefois , lorfquà la perfùaflon 
de Pierre Lhermite ils prirent les armes aunom^ 
bn de trois cens mille hommes , entre le/quels é- 
toient flujteurs perjônnes de grande nai£ance,qui 
fajferent en Levant & firent de prodigieufês a- 
âions de valeur contre ces infolens ennemis du 
nom Qhrefiien. 

Four les quatre autres Livres de cette pre- 
mière Partie, ils traitent des "Royaumes de Aîa- 
roc , Tremécen , Fez» & Tunis , avec vne de- 
fiription fres-exaBe des villes , des châteaux, des 
rivières ,& des diverfis peuplades qui s'y ren~ 
contrent. Nous rapporterons en chaque Livre 
les Janglantes batailles que l'on a données , f0 les 
mémorables viBoires que l'on a gagnées en cha- 
cun de ces Royaumes* Et encore quil ftmble 



P R E F A O E: 

qu*$t efioit flus à propos de parler de ces ^uerrei 
att _ Livre Jècondi qui comprend les annales dtt 
pays s fay crû neantmoins que d^en faire men-- 
tion où elles efioient arrivées cefioit m attacher 
davantage à mon fijet. Je nay point tu 
d* autre veuè dans toute cette Hiftoire que den-- 
courager les nations Catholiques à prendre les 
armes contre ces Infidèles, qui ravalent avec in- 
Jolence la gloire du nom Chrefiien, & ne ceffent 
de nous faire la guerre , & de chercher les oc- 
cafions de ,noui détruire» Q^iiCais il nous fera 
plus facile de les perdre que de conquérir fur eux 
^ Ul^erre Sainte iparceque nous c annotions main- 
tenant leurs forces , & que ï orgueil qui Us ani- 
me y& la joye quils reçoivent de nos maux avec 
la pafion quils ont de s'enrichir de nos dépouil- 
les, les pouffent à faire tous les jours de nouvelles 
courfèsfur nos terres y f0 à fè livrer eux-mefmes 
en proye à nos armes. 

. La féconde Partie aura fix Livres; fy corn- 

prens tout ce qui manque dans la première, la 

Numidie, la Libye, t Egypte, la baffe & lahau- 

• On «'» p^ te Ethiopie avec les Ifles * qui font à l*entour de 

incî. l'Afrique , & qui en relèvent, defqkelles fay fait 

vne exaBe defcription félon tordre que fay fuivi 
dans la première Partie, touchant les guerres ^ 
les chofèsles plus confiderables' Au refie,je fkpplie 
ceux qui liront- cet ouvrage de fongerà la peine 



PREFACE. 



\»tf/n lui pour le comfofir. Et /t far malheur 
j'ay manque contre tHiBoire ,je les conjure £y 
fiifflter fa'vorahlement , en reconnoi^ance de ce 
^uefay entreprit pour fintereft de toute l'E/pa- 
gne, & le bien de la QireBienté. 



» ') 






EXTRAIT DV PRIVILEGE DV ROY. 

PAr Grâce & Privilège du Roy en datte du zo. jour d*0- 
dobrc 1tf57.il cft permis àNicoLAs Peb.ko T,Efcuyer 
Sieur D'A blancovut , de faire imprimer par tel Im- 
primeur & Libraire qu'il luy plaira choifîr, toutes les tra- 
duâions par luy faites^ & ce pendant le temps de vingt an- 
nées , à compter du jour que chaque pièce, ou Volume fe- 
r a achevé d'imprimer pour la première fois : avec defFenfes 
à toutes perfonnes de quelque qualité qu elles foient d'en 
imprimer, vendre ni débiter aucune chofe en pas-vn lieu de 
fon obe'lfTance^ ibus prétexte d augmentation, correction» 
changement de titre , raufTe marquC)Ou autrement, en quel- 

2ue manière que ce foit^fans {on confèaccmcnt^ exprés & par 
crit^ encore qu^ellcs ayenc efté imprimées. cy-devant,& 
que le temps des Privilèges accorde?, poot icelles foit ex- 
piré, à peine de trois mil Uvres d'âtnciidc^ confifcation des 
exemplaires , & de tous defpens^ dommages, &interefts, 
ainfi qu'il eft plus amplement porte pârlcTditcs lettres de Pri* 



vilcge. 



Regtjlrtfmr h Uwtf éf U Çêmmmnamtc des Libraire f^ 
fmivAHt CArrejt éê ImCmrde Parlement du 8. Avril 
1^55. F ait le 16. OS^brè i6kj. 

Signé, B B c H B T Syndic. 

Et ledit Sieur Nicolas Perrot, Efcuyer Sieur d'A- 
BL ANC ovRT a traité avec Thomas IolIy,& Louys Bil- 
laine. Marchands Libraires à Paris, de la Traduftionpar luy 
faite de l'Afrique de itf^r»»^/, fuivant l'accord fait entre eux. 



Le Libraire au Le^cur^ 

MO NSIEVR S AM so N ^émtbien voulu fre^ite 
U peine de dijpojer 'des Carter Geon^aphiques four 
ïomewient 0" four tinttUi^oe de Mdrmol ; il ne m^ a pas 
fadement fiumy celles qui font necejpùres aux defcriptiom 
des Provinces de t jijrique\que ton trouvera placées en leur 
lieu 'y mais aujji quantité d'autres qui contiennent la défais 
ption de plufeurs pays tant de Ijifie que de t Europe ^ ou les 
Succejjeurs de c^^hàmet ont étendu leurs conquêtes ; O^ 
et four tintelligence du Uvre Jecond du premier Tome^ ou 
ejl amplement déduite thijfoire dudit Mahomet^ ^ de ceux 
(\ui luy ontjùccedéf lefquelles Cartes tonamifès àlajin du- 
St Livre Jeamd pour y avoir recours. 



^^^•^mÊm^mmmtg^^ 



Avis four le Relieur touchant les endroits ou il 

faut placer les Cartes. 

DANS LE PB^EMIEK TOME. 

L'Afriqve. ^ ,. . '■■■;'■ . V •'• . • fiï: ^j 
L'Afrique og Libye Vltcrieurc' du font le Sîfara 

L'Arabie. "^ . . 

L'Empire du Sophi des Perfcs. ! 



Les faut mettre de 
faitte a U fin du 



La Sorie ^ Diarbcck. 

La Turcomanic. 

L'Anatolie. {premier Tome , de- 

La Hongrie. j vantU Table,ifol. jjx. 

Pmie de Turquie en Europe. 

L'Italie. 

La France. L*Elpagner 



1 nj 



Suite de l'Avis au Relieur^ 

bjNS L'E TOME SECONDl 

RÔ YA V M B. de Maroc. fil. i 

Rovaume de Fez. I37 

partie de Barbarie, oit eji le Royaume d*Algcr. ' 319 
P4rtie deBsLibsLiiCfOÙ fint les Royaumes de Tunis Cf 
Tripoli. 431 

DANS LE TOME TKOISIS'MS, 

A R T I E iv Biledulgerid, où font Tcflct &C./9/. $ 

Royaume Ct dejèft de Barca. 55 

Iflc du Cap Verd , cofte&pays desNegres. 7; 

La Guinée & pays circonvoifins. %$ 

Royaume de Congo. 53 

Ides Canaries. 109 

pays tp* cofie des CafFres. M onomotapa&c. 115 

ide de Madagafcar. uy 

Partie de Zanguebar. 119 

Prefqu Ifle de l'Inde décile Gange. 165 

Partie de la Haute Ethiopie. xes 

UEgyptc. ^ i4j 






AFRIQVE 



D E 



M A R M O L. 



TOME 



I. 



*^ 













TABLE 



DES CHAPITRES 



CONTENVS 



DANS LAFRIQVE DE MARMOL. 



L I V R E I. 

Oefcfipdoa généitlecle l'Afrique , de &s Royau- 
mes j <lc les Piincipautez , des peuples qui fbnc 
venus l'habker , de de tout co qu elle a de me. 
morablc. 

Chap. 1. ï"^*0^ wnt àe t Atrium, mt il eft far- 
te nom U Je deux dfoims de mm- 




d'Afrique^e^ comme r/« t<^ife/ , cju'om nêmtne le 

lep nemmoit dt^étrétvant^ p^^ Cf le peut Jtlét. 8 

pag. 1 chap. 6. DefàiptJoH de U 

Chap. 2.. De/mpHM de f^- Barbarie « atti efi U fre-^ 

fn^e , filon Pteiemée, z miere fértie de tjifiu^ue, 

Chap. 3. Defcrifùmde tA* ^ 

fnepte félon les Aitnurs Chap. 7. De U BArbdrifi, ix 

AJncdns. 3 Chap. %.Des ftifons ij^ des 

Chap. 4. DefiriftioH de l*A^ aikditeTde l'année en 'Bar^ 

fnque filon t Auteur. 4 héone. .. 13 

Chap. 5. Divifan générale Chap. 9. Des plus fameufif 

6 ij 



TA 
»-^ 

. rivières de U ^artfarie. 
16 

Chap.io. Dh Bilcdulgcrijd, 
^ue les jincïens nonir 
OTwVwrNumidico» Gc- 
tulie. 14 

Chap. IL De U qualité du 
pais. x6 

Chap.iz. Des principales ri- 
vières eiuty font. 17 

Chap. îj. Delatroifiémepar'^ 
rie de l' Afrique /^ ^«'<"» 
nomme Saraha , & des 
peuples qui l'l?akitent. x8 

Chap. 14. De U qualité Ju 
pdyt.^ ' rjo 

chap. 15. Defcriptiondu Be- 
led-ala- Abid , ou pays 
des Nègres , qui efl . U 
quatrième partie de tA- 
frique , c2r des Royaumes 
^ Provinces quiy /ont. 

Chap. \6. De la qualité du 

pays des Nègres. 33 

Chap. 17. Dufeuve Niger. 

34 
Chap. \%.Dejcription deX^*^ 

gypte^/^nr des principales 

; villes , que des provinces. 



BLE 
Chap. 19. De la qualité Aê 

Chap. lO. Dejcriptîon de U 
haute Ethiopie , & des 
E fiât s qu'elle contient, j? 

Chap. 11. De la qualité du 
pays y f0 des chofes re- 
marquahles qui s'y ren- 
contrent. 42. 

Cha^. 11. Du fleuve duN\\s 

^ de ce quil a de mer^ 

' veilleux. 45 

Cha p^z3. Des animaux £A* 
Jrique , differens de ceux 
de l Europe , & des au- 
tres particularité^ du pays. 

chap. 14. Despltfs ancien^ 

• nés habituions de Ijifri • 

que , O" de t origine des 

peuples de Barbarie. 67 

chap. 15. Des Azuagacs^ 

peuples d'Afrique y tir de 

leurs habitations f0 de^ 

- meures. 7I 

Chap* 16. Des autres Afru 
cains qui vivent dans 
les dejerts de Libye. 7 3 

Chap. 17. Des Arabes qui 
font leur demeure dans les 
villes , tSr que les A fi- 



DES CH 

« 

ottHi éppeSent par repro^ 
(£rl7aaara , cefi s dire 
C<mrtijâns, 74 

Chap. ti. De l'origine de tous 
Us Arabes engénéraU f^ 
àt ceux qui vivent d U 
câu^éffiefous des tentes, 

7S 
Chap. z^. Des habitations 

des t^r^es i Jfrique; 
it leurs Cqmmunaute:;^^ de 
leur nombre » ^ premiè- 
rement de la principale 
Trihu d'entre eux^ nommée 
£r<juequin. 77 

Chap. 30. Dest^rabes delà 
Tri^M d'Hilela , ^ de 
leurs habitations C^ de- 
meures. 80 

Chap. }i. Des Aràfes de U 
Tribu de Mahguil, &de 
fis habitations. 81 

Chap. 3z. De la vie fj^ des 

coutume s de s Arabes d^A- 

Jf^fte j^ de leur façon de 

combatre. 86 

Chap. 33. Du Ungare des 



APITKES. 

Africains. ^t 

Chap. 54. Des anciens cara- 
ékresJes Africains, fj^ de 
ceux dont ifs fe fervent a»- 
JMrd'huy. ' 94 

chap. 35. Des anciennes cou- 
tumes ^ fitperfhtions des 
peuples tt Afrique. pj 

Chap. 36. Comme t Infant 
de Portugal T>om Henry 
commença la découverte 
& la navigation des CO" 
fies Occidentales de l'A- 
frique cîT des Indes. 97 

Chap. 57. Lettre tt Hélène 
Reyne des Abyfitns Z 
Dom Manuel Kfiy de 
TortugaL loi 

Chap. 38. Lettre Patente dts 
Roy de Afonicongo aux 
Princes voifins de fin 
Royaume , qu^U ilfe con- 
vertit dta Foy de Iesvs 

Christ. 104 

chap. 39. Lettre Jt obédience 
du Roy de ty9£onicongo 
au Pape. lop 



i^ 



o llj 



T A B L E 






> — - ■ 



LIVRE II. 

» 

De la Ccât de Mahomet i & des progrez de les luc- 
ccflcurs en Europe , en Afie & en Afrique. 

Chap. I. TX B Imgine U mort £Al{ ,&f»tle 

\ M de Maho-- quaniéme Céuife; avec Us 

mtt ytj^ defifeêie. lu chofes (^ui arrivèrent de 

Ç\iSi^.t.DesdiJfenJtons qu'il fin tems, 141 

j eut entre Us %Mrahes Chap. 7. De Ie:(ld , fis de 

après la mort de Maho- Mcavia, ànquiéme Cal't- 

. met , ^ comme ils éleu- fe; ^dece qui arrima de 

rent Jbuhe^er pour fin fin tems. H 9 

ficçejfeur. m Chzi^ t. D*Mhala,Jtxime 

Chap. ^.Oela itwrftté des Calife ; & des chofes qui 

feéles du Mahometifme , arrimèrent de fon tems. i;o 

^ de leur origine, Itj Chi]p.9'D'yihdulmalic,fe' 

Chip,^„Ty Omar fécond Ca^ ptiéme Calife ; qt de ce 

lifi ^ou fuccejfeur de Ma- 4^i fi pafSa fous finre^ne, 

homett^deschofisarri' 151 

vées de fin tems. 135 Chap. 10. VHalid • M- 

Chap. 5. DVdman , fils Cualidyfils ttJbdulma^ 

d^Jfan troiftme Califi, lie, & petit- fils de Mar- 

f0 dece quiarriva de fin "uan^huitiéme Caïtfi \ & 

tems. 1J9 de ce qui arrima pendant 

Chap. 6. D'Jli c2r de Moa • fin règne. 15^ 

mia qui régnèrent en mefi Chap. 11. De Soliman Haf 

me tems: e2r comment ce- cien , neufiéme Califii 

luy-cy demeura paifible f0 de ce qui. arrima de me - 

pojfiffeur de tEmpirepar morable fous fon règne. 170 



DES C 

Chap. u. D'Omar f II. du 
nom ; dixume CaMi ; §f 
Je ce qui érri'va de rtmar, 
(fiable fius jôn rtffie. 171 

Chap. 13. De Ie7^d,fecond du 
nom , en:^iême Calife; f^ 
de ce oui arriva de remar- 
ûuahufats fon règne, 174 

Cbap. i^.DeGualtd y fécond 

du nom , douzième Calife ; 

^ de ce qui arriva fins 

Jon règne, 175 

Chap,i5. De leT^d el Getid, 
trtSÇ^ime Qalife i f^dece 
qui arriva de plus remar- 
mtaUe fins fin ngne. j86 

Chap. 16. 'De Hechen ,qua. 
tàrxiéme Calife; & de ce 
qui arriva de remarquable 
tous fin règne. 187 

chap. I y.DeAâarvan fécond 

du nom , quinTiéme Cali~ 

fè;Crde cequififaffafius 

Jonre^. 188 

Chap. 18. D' jibubabaSeîT^ic^ 
me Calife ; &* de ce qui ar^ 
riva fous fon renie, l p 1 

Chap. 19- D'Abdala , fis de 
Aiahomet , dixjêptitme 
Califé-y^dece qui arriva 
defintemsn 193 



HAPITRES. 

Chap. lo. De Mahomet le 
Mehedi ^ dixhuitiéme Ca- 
Itfii tSf des (hofes qui ar- 
rivèrent fius fonregne. 198 

Chap. II. T^Aron R/ichid, 
dixneupme Cahfè ; ^ de 
ce qui arriva fins fin re - 
gne. ioo 

Cnii^.xt, De MahametiVin^ 
tiéme Calife; C^ de ce qui 
arriva fous fin règne, iio 

Chap. ij. D'ImbraHy vinn- 

vniéme Caîifi, Cf des cho~ 

fis qui arrivèrent de fin 

tems. iio 

Chsip.i^.De Memon,vingt~ 
deuxième CalifiyO' de ce 
qutfe pajjfa fous jon règne. 

Chap. i$.D'OZmenyVingt- 
troijtème CaUfe; Cf de ce 
qui fi paffa fous fin règne. 

Chap. i.6.De Caym^^dàm, 

vingt - quatrième Calife j 

, &* des chofes arrivées de 

fin tems, . Z33 

Cnap. xj.De Coflar^vingt^ 
dnquième Calife-y ^ de ce 
qui arriva de fin tems.x/^o 

Chap. 18, De l'origine des 



TABLE 



,L- : : — ^ 



L I V R E I I. 

■ 

De ia fe4ac de Mahomet ; & des progrez de fcs fuc- 
ccfTeurs en Europe, en Afie & en Afrique. 

Chap. I. TX E l'origine la mort £Ah, & ft*t l^ 

\ M de Maho^ ^atriéme Cdife; avec les 

met ,f0 defifeSle. lu chofes <[ui arrivèrent de 

Chsi^'t'OesdiJJenfions qu'il fin tems, H^ 

j eut entre les ^rahes Chap. 7. De Ie:(id , fiU de 

après la mort de Maho- Moaiàa^ cinquième Cali- 

, met , fà comme ils èleu- fi; ^ de ce qui arriva de 

rent jibulfenter pour fin fin tems. H9 

ficcejfeur. m Chzç. Z.D"Mhala,Jhciém^ 

Chap. }.Dela iiverftté des Célife ; & des chofes qui 

fiéîes du Mahometifme, arrivèrent de fon tems. i$o 

' ^ de leur origine, 1*3 Chiç.9'D'Jhdulmalic,fe^ 

Chip,4,VOmarficondCa^ ptiéme CaUfi i cr de ce 

lifi^ou/meffeur de Ma- ^uifipafSafiusfinregne, 

homa^^deschofisarri' 151 

vées dTfintems, 135 C\xzi^, 10. V'Halid'Ahul- 

Chap. 5. DVdman , fils Cualidjls dîJhdulma^ 

iAfan troifiéme Calife, lie, (sr petit-fils de Mar- 

^ decequiarrivadefin van^huitiéme Cahfi s & 

tems, ^^ de ce qui arriva pendant 

Chsi^. 6. D* A liO* de Moa. fon règne. 1$^ 

via qui régnèrent en me fi Chap. 11. De Soliman Haf- 

me tems: e2r comment ce- aen , neufiéme Calife i 

luy.ty demeura paifthle f^ de ce qui. arriva de me - 

pojfeffeur de l'Empire par morablefiusfonregne. 170 



DES CHAPITRES, 
diap. II. D'Ovur, II. du Chap. zo. De Mahomet le 
nom , dixième Califi ; ^ Mehedi, dixhuinéme Ca- 
dece nui éniva de rtmar^ Itfii ^ des éo/esqmar- 
ftalfU fins fin rtffie. 171 rivèrent fius fin règne. 198 
Chi^A^.T)eIe7^d/econddu Chap. «. q^j^ron Rachid, 
nom , onzième Calife; ^ dixneufiême Califi ; ^ de 
de ce oui arriva de remar- ce qui arriva fins fin re - 
^uaytcfms fin rtjpie. 174 gne. 3. 00 

Chap. i4.DeGualid,ficond Chip.zuDeMahamet.vin. 
du nom, douzième Calife i tiéme Califi; e2r de ce qui 
(Sr de ce qui arriva fius arriva fous finrerne. %io 
fin règne, 175 Chzp.xi.D'Imhraël^vingt- 

CEap. 15. Dr leT^d el Celid, vniéme Califi, Cr des cho. 
treiS^iéme [^ifii ^r de ce fis qui arrivèrent de fin 
qui arriva de plus remar^ tems. liO 

iptaUe fousfon ngne, xU Chzp.z^.De Memon^vingt- 
Chap. 16, 'De Htchen , qua- deuxième Ca lifi ,&de ce 
iorpéme Calife i & de ce qui fi paffa fousfon règne, 
qui arriva de remarquable iij 
fimsfonrtgne, 187 Chap. x;.D'0:^wf«,i;/»gf- 

Cazp.iy.DeMarvanficond troifième Calfe; Cir de ce 
du nom , quinzième Cali. qui fi fajfa fous fin re^e. 
fe:&decet^fifaffafous 131 
fônre^. m Chs^. t6.DeCaym^dàm, 

Chip, ii.D'Mubaha,fiis:ic. vingt ^quatrième Calife-, 
me Calife ; & de ce qui ar, . e^ des chofes arrivées de 
riva fous fin règne, i^i fin tems. . 233 

Chap. 19. D'jibdala , fils de Chap. 17. De Cofdar, vingts 
Mahomet , dixfeptitme cinquième Calife, ^ de ce 
Califi,f2rdece quiarriva qui arriva de fin tems. i^o 
de fin tems, 193 Chsip. il. De t'origme des 



TABLE DES- CHAPITRES, f 

Turcs ,^ du càmmenec fous fin rerne. 
meut 4e leur re^ fius '^ - -- -f 

Tipifre vingt-Jtxiâne Qt- 
Itfi. x$i 

Chap. Z9. D'Elvir , vingt. 



Chap. }6. D Abu l4coy, fils 

de iofif, Roy de Maroc; ^ 

des chofis arrivées de fin 

tems. 3 2^ 

fiptiême Calife \t^ Jxce Chan^.iy.DeMahametEtta- 

qui arriva de fin tems.ié^ cer, Roy de Maroc , de la li~ 

" gnéedesjilmohades',&de 

ce <pti fi faffa durant fin 

/■'^^ 35; 

Chap. 58. Fin du règne 4e s 
jilmohadeSyf^ commence. 



Chap. 30. D'Jhu Te,chifien, 
premier Rpy d' Afrique; gjr 

des chofis arrivées de fin 

tems^ 2,8r 

Chap. 31. De lofef, fils de 
Techifien ^ fécond Roy d'A- 
frique , de la race des Al- 
moravides. Z89 

Çhap. 5t.VAli^filsdeIofif 
troifiémc "S^ de Maroc , 
de la lignée des Almoravi- 
des; ^de ce qui arriva fius 
fhn règne. 3O4 

Chap. 33. T)e Brahem , fils 
d'AliJernier R(^ de Ma - 
roc, (U la race des Almora- 
vides'j &Lde ce qui arriva 
fius fin règne. 307 

(Jînap. 34..D'Akdulmumen, 
R<y^ de Maroc; & de ce 
qui arriva pendant fin rè- 
gne. $tt 

Chap. 3 j. De hfifyficond du 
. nom, ^ des chofis arrivées 




ment de teluy des^eniMe- 
rinis , qtû s'intitulèrent 
Rcûs de Jî«j j avec les 
guerres arrivées depuis ce 
tems 'là t jufques à t'ah 
mil quatre cens fiixante 
CÎTow^f. 568 

Chap. 39. La fin du règne des 
3enimérinis ,&le corn-, 
mencement des Benioata- 
^es;(^ de qui fi fit lu f. 
que s à la fin de Uur Empi- 
re. 417 

Chap. 40. De lafin duregne 
des BemoataTes , & du 
commencement de celtty des 
Çhérifs ; avec vn airegf 
de ce qui arriva de ce 
jtems-là. 445 

L'AFRIQVE 



* <- 



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V^* R J^O 






Ist,t>S AçoJLAS. 



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}iave I J ^!i^o^^ Caj^rux. ^an^^x 



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7 r.B, 



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FemanJ.de 

Ihndé j£Rmamkou\ 
*'âeSu4:n^ufhn \ 

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r^uatrur'*'! f?ii Lip-iie ^'^ 



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S.Faot d^LctinJé. 



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LA F R I Q V B 

DE MARMOL- 

EIVRE PREMIER. 

l!>eJaiftion générale detjifriquc , éiéfis ÉoyaHMes, ' 

défis Princifautezj , des peuples cmifint *venus 

thahiter, & depoufcequeUe ade mémorable, 

CHAPITRE PKE'MIER. 

D'où vient U nom iJfrique , ^ comment tUefi nomniott' 
4H^4rAVânt.- 

\ A partie du nionde que l'on nomme Afri- 
I que, a pris Ton nom de l'vne de Tes provin- 
' ces où cftoit autrefois Carthage.Ptolomce 
f l'appelleLibyejdunonrd'vneaatredereiré- 
I eions qui con&ïe du cofté des deferts avec' 
' f Egyp^^ = Les Arabes nommèrent ancien- 

■' nement tous ces deferts Elber, quiveut-di-' 

xe terre divifée. Ibni-Âlraquiqancîen Auteur Afriquain dans» 
fbnliTre intitula tArhu de ^nétUffe du Afriqmdm dit qu'el-' 
le a pri£foBnemd'vnR.oy derAÂibîe heureuiè appelé Me. 

A 



i DESCRIPTION GE'NE'HALE 

leclfirk)tti. Ce Prince ayant ttftéywacg p«r Iw p wiplefc éelB 
haute Ethiopie eo vne bataille prés du Nil,2CT6yanrqu*iiss'é^ 
toient fàifls des paflages par où il devoir s*en retourner ,& qu'il 
n*y avoir point d'autre chemin^paila ceFleuve.Delàtraverlant 
les deferts de la Libye , il arriva à la partie Orientale de la Bar« 
barie , où il s'établit dans vne terre fertile 6c abondante en 
pâturages , & la nomma Ifiriquia comme Tappellenc encore à 
préfent les naturels du pais j Mais les Etrangers changent Ti 
en a^ 8c lànommeat Afrique* Auffi les Géographes Afriquains 
ne compiieonent fous ue noim que le Royaume de Tunis ^ & 
Afferment dans l'Afrique que la partie Orientale. Quelques 
Auteurs du pais veulent que le mot d^A&ique foit corrompu ^ 
&; qu'il vienne de /mirÀi , qui (îgnifieen Arabe chofe divi- 
fiée ou détachée , parceque c'eft vne partie de terre que la 
mer fépare de l^Europe , comme le golfe d'Arabie & le dé- 
troit oui efl: encre la vn^r rouge & la ntéditerranée la fénarent 
de rAue. lofeph dans fes Antiquitez^aflureque le mot a Afri- 
que vient d'Ophre fils de Mandanes qui vint de l'Arabie 
heureufe s'établir dans la Libye. D'autres le tirent d'Aphri- 

la^gurpunU g^^ 3 ^^i ^^^^ ^^^ y^^ chofe a l'abry* Mais la première ety- 

f)ren- 
ermé 




i:ouee ce le bras 

i$f^ic,tccbart. du Nil , Icplus Oriental quientf€ dam U mermcdirerranée^ 

vis avis l'Iue de Chypre. 

CHAPITRE SECOND. 

pejcription de l^ jifriqHc fclon Ptolomee. 

PT G L o M e'e divifc l'Afrique en douze parties ^ ou t)ro- 
vince$ , qui font^ à commencer par le Couchant , les deux 
"LaCcfaricn- ^/fauritanies * , lanouvelieNumidic^ la province d'Afrique, 
gltaîcl* ^'" la Libye Cy ténaique , la Marmariqoe , la bafle Egypte , la 

Thébaïdc , la Libye intaîeurc, & les deux Ethiopies. On voit 
manifeftement dans fà quatriane Carte de la Libye , 8c en* 
core Ttàeixx en fi3n ipiatriéme livre^ que la dernière partie qu'i) 
mec au delà de l'Equateur du cofté a» Midy , eft vers le quin- 
zième degré de longitude^ ou il met le Cap de Vxq& â^prefenc 



tt rAFRlQVE, LIVRE L 5 

ée Mozambique i huit deerez de k Ligne. Le refte depuis 
te Cap en tirant vers le Midy qui contient environ quinze ou 
feize deerez , a eftc la pltdpart inconnu à Ptolomce , comme 
il le dit îuy mefme à la fin du livre , où il marque que du Mi- 
dy de la terre habitable jufqu'au Pôle Antartique , il y a foi- 
rante fie treize deerez , ^ krixanre fie quatorze minutes de 
terre inconnue. Ce pâïs a eftc découvert de noftre tems 
par les Portugais qui r ont nommé , la nouvelle Afrique , de^ 
puis le feiziéme degré delà la ligne jufqu'au Cap de bonne-ef^ 

f gérance , conune il fe voit dans les Cartes du nouveau Pto- 
omée. Les Géographes Afriquains n'ont pas eu plus de con* 
noiflâncede T Afrique, & Iuy donnent les Dotnes que je vay 
dire. 

CHAPITRE TROISIESME;' 

Dtjcrifttm dttjtfnt^cfchn les Jlitteurs JfriqHains. 



LE 5 Géographes 



^Mo^ittdi & Bebquer , dans la defcription générale qu'ils 

font du pais , montrent qu'ils n'en ont pas plus de con* 

noiflance que Ptoiomée , encore le font^ils d'vne moindre 

étendue : car ils ny comprennent ni l'Egypte ni toutes les 

terres quiibnt entre le Nil , la mer rouge éc l'océan , difant 

que l'Egypte eft vnç partie de T Afîe Ôc non de l'Afrique ; Ils 

nomment auffi les provinces ^ les Golfes & les Capstouc-au* 

trement que Ptoiomée , & ne s'accordent pas bien a la fuppu- 

tation des degrezque font quelques Cofmographes , ce qui 

vient du changement du noms qui iè fit dans ces keux à la 

venue des Arabes en Afrique. Car ceux-cy pour cfiacer la me- 

mmre des premiers habitans changèrent la plufpart des noms, 

& depuis lur le déclin de leur empire , les Afriquains qui fe 

révoltèrent contre eux èi qui recouvrèrent fur eux laplufpart 

de leur propre païs en firent de mefme. Il ne faut donc pas 

s'écoimer fi dans k fuite des tems ' & le changement des 

perionnes , les anciens noms Jfê font perdus. D'ailleurs , il 

y a eu plufimrs' provinces defolées Se plufieurs villes dé- 

tntkes , dont la mémoire s*eft abolie , >& Ton en a fondé 

^lufirars autres depuis Ptolomeç ^ qui portent iiuin tenant Us 

Aij 



4 DESCWFTION GE'Nîr'RAtE 

nomsque les Berbères êc les Arabçs- leur opt donnez; ^Oâr 
les Afxiquains . habitent cous- enfemble par communaucez 
dontle^ur demeure prend le nom^ les Arabes en foncde-mef* 
me, dans les campagnes qù ils erren|ç. £nân, cous les Aucqurs 
Àfriquains dans la defcriptjupn qu'ils fonc degçcce parciedu 
Monde , ne commencenc qu'à. Texcrëmif é de la Nubie , &au 
premier bras du Nil qui eft dans TÊdiiopie pcoche de l'£gy^ 
pce,8cruivenc leileuve endefcendanc julqu'a lamer Medicer^ 
.•cnArabcK- jamce, à quinzeîie\iësd' Alexandrie *vers, le Lcvanc. Delàils 
fcMM mi. ^^^^ çoftoy^tja ;me(me;ji)er.,jufqu'^ù dëtcoit;.de Gibrakar , 
«Baharci P^^^ rencrajQC dans Tocean * ÛccKlencal^ ils remontenc }^f- 
Megareb. qu*au Cap de Non , où fe faic la fëparacion des Afriquains 

blancs d'avec les Nés^res. En fuice, concinuanc le long de la 
,cofte,ils Yonc jufquUVemboucixure du fleuve Zjayre qui prend 
fa fource xl*vn tac au dcfcK de Goaga i & (e jetce en la mer 
au Royaume 4e Manicongô. DeU par4e ttiefme fleuye en re- 
montanc, ils rècournenc jufqu'à ce Lac ^ 8c enfuice au N il 6c au 
Royaume de Nubie. Voilà les bornes qu'ils donnenc à l'Afri- 
que , fans y comprendre U haute. Ethiopie qui eft de Tautre 
coft^ du Nil,& encore moins TEgy pce qy'ils appellent Mezf a t 
comme en Hebreu.Mezraïm 8c en langage du païs Elquîbçc, 

-CHAPITRE QVATRIE'ME. 

pefiriptm de l'Afrique fihn l'Auteur^ 

GiCY'4e cour de rAfriqueavcc ce qu'elle condense ^ à 

prendre depuis.l'excx!émité du Couchanc > oà commence 

la^provincedeSus, en cira»c .vers leMidy^Êins rien oublier 

de ce. qui eft de la terre-ferme de la moncagne d'Aytuacal^ 

que Ptolomée appelle le grand Aclas , on va à la ville de Mefla 

/M dcGucr, dans là province de Sus , & deU «tjii Cap d'Aguer * , & à ccluy 

mïnrofrc?' ^^ ^^^ > puis au flçuve derSençffa que ceux du païsappellent 

Cenedec ^ 8c les Arabes Huet;nichar pu fleuve noir, qui Ccforc 
les blancs d*avec4esNegres, Aprés^on arrive à la Geneoa donc 
les prémiers^habicans le îong de la colle font les Benaïs pluftoft: 
noirs qu'olivaftres.^DeU Ton epcre dans U province des -Gelo^ 
fcsqui sjccendbieA4pÎAlç}opg.4ç lai;oftc de rOç^wi.Pn^paflc 



V 



•DE UAFRICyrE, LIVRE 1. 7- 

èn&îte dails laterre^des Barbacines ou des Berbères comme 
les Auteurs Arabes les appellent^ Ces peuples habitent la pro- 
TÎnce de Moçala à-travers laaaelle*pa£evn grand *fteuve qui 
entre dans la mer -par deux emnouchures paroù iVn remonte 
bien araotdans. le .païs. On rencontre aprés^ la province de 
-Gambeaou âambu ^ que Ptolomce nomme Éilachiris qui eft 
arrofée d'vne antre profonde rivière , par où les vaifieapx re- 
montent plusde trois cens lieuës jufqu a la province de Can^ 
ter oh Ton trafique avec lesNegres^&d'où l'on apporte de l'or 
ea- Portugal Ceux du pais^diioit que .<e âeuve eft le mefine 

2ue le Sencfga , , & iVn des* bras du Niger. Apris ' là -province 
e Gambea eft celle de Cafa-ManTc » nar oùpaire le Biiaqui 
eft vne autre grande rivière navigable , habitée de part àc 
il'autre par des Nègres. Plus^loin eft le fleuve de (âint Domi* 
nique , comme }e$:Portugais Rappellent, où ils trafiquent en* 
iH>reavec4es Negres^^rplusde quatre-vingts lieu^ au-dedans 
dvk pais. La province qui fqit eft celle des Paoaïs, d*aù de- 
fcend vn autre, grand fleuve qu'ils nomment des Illettes , k 
cauTe de-deitiC'petites ifles peuplcesde^Negres y-qui (è rencon* 
crent à (on emcoucbùre* En entrant plus-avant dans la mer ^ 
pn trouve les Ifles de fiigiohos qui ibntauffi habitées, & en* 
core que chacune ait foix Seigneur particulier , elles ne latflent 
pasd'obeïr toutesauHoyjdecelle qu ils nomment* Hermo- «uBeii« 
ia. Enfuite., eft la pcovince .de Biafar ^ c^où fort encore -vn au* 
tte grand fleuve qui fe va Tendre dans la mer , & qui s'appelle 
Rio^nuide, parceque c'eft le plus grand de tous,& qu'il re^it 
pluueiurs civières navigables. Après avoir pafle les Biafares , 
on entre d^s jes Maluces qui . habitentles Jbords de la riviè- 
re de Donay4uy^ laquelle a plus- loin celle<le Nueno Txiftatn, 
^uoy que cette province foit habitèe-par les ^alucès ^ on la 
nomme deCocolis. Enfuite^eft celle des Vagues quidemeurent 
le long du fleuve de mefine nom, qu'on appelle autrement Ta« 
bite par où les vaifseaux Portugais remontent plufîeurs 4ieu<^ 
ébns te païs. Au delà de cesiiabitations eft le-païs deSapé^, d'où 
4cfcenaentdeux grands fleuves: Le|>Fèmier nommé Caluz &c 
ifi fécond de Çocere;, où les habitans des Canaries vont trafi- 
quer av.CQ Les Nègres. Il y a encpre plus^avant vn autre .fleu- ^ Moang» 

TC;if^li4 W^ÎWCjK^ appC^^ic laLionnt. 



^ DESCÎLÎ^TIOÎ^ GiSTNITRALE 

loien t le Char dts Dieux. Plus^Ioin eft la Mine d*oh VotnaasS. 

Sorte beaucoup d^or en Portugal , 6c où les Portugais ont ba<- 
y y ne fortereffede ce nom ^ pour la commodité du trafic. 
•Les Cartes Audelà cft la cofte deMalaguette^qui^'étend juTqu'au Royaux 
/cçàT"^"' ^° ^^ ^ Maniconso , par où paJÛfe le fleuve Zayre ^ qui trai£^ 

* ûancarc ^ ne avcc luy dans k mer (îx groflics ♦ rivières afle:* connuës^par 
h^M îi1*a,^Mll ^ moyen des peuples de ces qiuurtters qui fefont conTertis de- 
rii^^aacuio. puîs cent ans a la foy Chrafldenne t comme no^us dirons en (on 

iieu« Depuis ce Royaume jufqu'aù Cap de bonne^efperance il 

y a degrans deTerts , & deuxantres Caps, le Cap jioir Se cekiy 

*c ftcd PCTon. Pafle le Cap debonne-efperance , que les habitans 

Zangucbflf . appellent Zanguebay ♦ , on rencontre ia cofte du mefme nom 

ducoftéde l'Orient >^ où il y a quantité d'habitations de Ma*^ 
hometans. La première terre q^'oii y trouve eft k Cap des 
Eguilies : Apres quoy viennent k rivière 'de iFumos 6c kpro^ 
vinced^Alagoa, le fleuve du Saint Efprit, le Cap des Couran- 

* e^'^ctt* ^^* tes * , la terre haute & le Cap de S . Sebaftien en la province 
nenccs. ^^ Bcna-Motacha. Piuis-loîn cil Soiàia^habitée par des Idolâ- 

"ouScfala. ^ y^ ^tl t 4>- • j^ j ■ • r 

très. Cette province clt longue, & ceinte a vne granéerwie- 
, » Qcjcicjucs- re * qui fe partage en deux bras , 8c qui l*enferme comme vnè 
vn$ Ja nom- Ifle.Elle fe dommeZamberc & on !a remonte par vn de fts bras 
r^n ci^Ta. <iuranc plus de deux cens cinquante Ueuës^ entraînant avec foy 
churç. fixautr^ rivières * fameufcs qutdefcendent toutes du Royau-^ 

^ medeBena-Motacha. L^autre bras n'eft pas fi grand. Après So« 

m w^LuIli. ^^^ ^ '^ province ou le Royaume d' Aneos y & enluite , le 
goa,'Arruya, Cap de Mozambique qtie Ptôlomée appelle le promontoire 
Manipao, jç Praiè , cn François Cap-vcrd. Les Portugais y ont vne for- 
nia. * * ' "^' tereflTe pour la defcentc des navires qui vont aux Indes Orien- 
tales» Quand on a paiTcle païs de Mozambique , on entre eu 
k province de Quitoa & enfuite à Mombaze & à Melinde , où 
fe décharge dansTa mer le erand fleuve Obii que Ptôlomée 
appelle Rapt,& les Mahomctans du païs, Buy Imancî* Toute 
cette cofte eft habitée par des Arabes Mahométans ,<leputs 
Tembouchure de ce fleu^'C jufqu*au Cap des Courantes , & elle 
fe nomme la cofte de Zanguebay. Plus-avant eft la province de 
Magadochzo^ & enfuite, celles d*Adea & d-Adel , & le Cap<le 
* oit «iMida- Guarda-funi '*' qui eft la- partie la plus Orientée de 1* Afrique; 
^' Apjrés, vient la^ p]?ovii|ce de Dobas €c l'emboacjiure du détroit* 



DE rAFRIQVÊ, LTVRE I. j 

de là merrougie T. .Cette çQftejuTqu'à Suaquin el^ de fix- vingts * ^ Arabe de 
lieues, £c £3iit çsreie dû Royaume des Abyffins, où eft compris ^^V^^ 
celoy de Barnaga$& d'autres provinces que tient cet £mpe« 
reur. Elle s'étend «icore au delà jufqu'àSues^ qui eft le der- 
nier port de ce Golfe & borde l'Egypte de ce cofté-là. £n^ 
fiûtc^ on traverfe llfthme ou le détroit de l'Arabie qui con- 
tient enviroii foixante lieues* efitre le fond de ce Golfe & * d'ancres ai. 
la mer Méditerranée, On dcfcend là par le Nil jufqu'àla viL f«'^3«ott4o. 
le de Démette où ce fleuve entre dans la mer ^ D'où retour- 
nant vers le^Coochant par celle d'Alexandrie , & par la cofte 
du defert de Barca on arrive au Cap de Mefurate, & enfui te à 
Tripoli de Barbarie , deli aux Gelves ^ aux Querquennes, 
qai font des Ides joignant la terre-ferme , vis-à-vis de Mehar- 
laz, delà ville & du Golfe de Capez^des Esfàques, de Me^ 
lied^ ,4|ne les Modernes appelloit Afiriqne , deTobulbe , de- 
Monefter , de Sufà ^ de la CalUne ^ de la Hamamette i de N é« 
bd , de la Goulette , de Carthage , que quelques Auteurs A^ 
friquains apellent Berfac ^ d^Vtique , vulgair^nent nommée 
Port«-£uine , de Biferte^ de Bone, d^Eftor , d*Elcol, toutes pla- 
ces du Royaume de Tunis. Paâànt plus*loin on rencontre 
Gigery ^ fiugie ^ Teddelez , le Cap de Metafuz , Alger y 
les ruines de Ceiàrée^ que quelques- vns appellent par erreuf 
Cabor Kumia ^ Sargel , Brelcar , Tenez ^ Moftagan ^ Aczee , 
Oran ^ Marça , .Quiyir , One , Caçaça Melila , tous lieux ma^ 
ridmes du BLoyanmede Treme^en. On trouveaprés , Yélez ^ 
Vêlez de Gomere, ou pour mieux direle Pegnon *, qui eft en ♦ c'cftirdîfc 
lamer^Tétuan^Ceuta, Alcaijar^eguer, autrement Moça- UR«chc. 
flittda Y qui font dansiedétroit de Gibraltar. Puis paflànt dans 
POcean d'où nous fommes partis, on rencontre tes villes de 
Tanger , Arzile , TAracbe , Mahamore., Cale ^ Rabate , An* 
En ou Anafe , 2c les ports de Marca^fadala & d* Abça , le tout 
iar la code du Royaume de Fez. Delà ra^t celle de Maroc^ 
OA trouve la ville d'Azamor Screllede Mazagan, que les A- 
sd>es apelkncBareyja,& Tite fie Conte, villes ruinées. Puis 
Safi^ Teftane^ Me0a : d'où nous avons commencé à faire 
tioifare defi:ription,qui comprend par ce moyen tout le tour 
de TAfinque. Nous ferons maintenant le détail des Roy^m- 
naes , des Provinces ^ &des Principautés qi^elle ce ntient. 



»' DESCRIPTION GE^NfETlAEr 

CHAPITRE CI NQVIE'ME. 

Divifion gentrale deCjfiiqtn'yOuitefipaidê des deux chaîner 
de Montagnes qu'on nomme le grande le fetit^ Atlas. 

^AisciQ^t dont nous veiMns de pofcr les bornes ^fe 
divife en fix parties, la Barbarie, le Biledulgerid , le Sa^ 
BdTT"'' ^^^ ' h3i& Ethiopie * qui eft le pais des Neeres , rÈgypte 
i^i^ci,ou Ge* & 1^ haute Ethiopie. LaBariarie, qui eft tres-tertile contienc 
ncfaoa. plu^eurs villes fort peuplées , 6c comprend les deux Maurita-^ 

*-ia Tiiigita- nies*, la nouvelle N umidie, la province d'Afrique & la Libye 
& ia ceGi. Marmarique; LeSiled^lgerid^ ou le pais des Dates a efté nom- 
me par les Anciens GetuUe ouNumidie y des Nomades ou* 
Fafteurs, parce que ces peuples «errent continuellement par 



L 



ne 
ricuuc. 



la campagne après leurs > troupeaux , &; la plufpaFt.hàbi- 
neinliTcu^ tent dans des .caWnes faites de branches d'artjres , que les 
partie u piui Anciens appelloientMapalia. Le Sahara qui (lenifîe deferts, efb 
i^^Nu^'dic^ vn^ partie delà Libye intérieure moinr confiderable que les' 
la Libye c/. autres; McledaU Abid, qui efble païs des Nègres ou la bafle £ • 
rcnaïcjuc ou thiopic cft compris auffi par Pcorlomée dans la Libye intérieur 
^^Iç^^^lii^ re. La haute £/A/^/iV, comprend les Royaumes desrAbyffins&r 
concieut cinq toutes Ics provinces quî^tboatiflcnt vcrs la mer d'Arabie fi& 
grandes villes, ycrslamcrrouge ^avecTEthiopie * quieft audcffusde TEgy-» 

pte , où eft le Royaume de Nubie ou Neuba. V Egypte ' eoi-^ 
\xlh\ihio ^"^^ ^^^ ^^"^ bords du Nilndetmis^cc Rx>yaume jiuqu'à la. 
p^tt^kîiautcy mer Méditerranée 8f a plufîeurs villes tres^fameufes. 
h baffe, «c La Barbarie eft/ëparéedu-Biledulgerid par vne longue 
fouspEgypte, chaîne de montagnes , qu'on nomme au païs les: erans^Monts 
mais il corn.' quis'éteud du Levant au «Couchant} Et quoy qu^ellé fe rompe 
fîTsI^^*'^^^ en plufieurs endroits ,. elle ne làifle pas de continuer depuis 
uans^aprc- jubel-Mcyes , qui eft à Pextrémité des Montagnes de Céel , fio 

depuis la cofte de Mazra, jotii eft â quatre-vingts lieues d'Ale^ 
xandrie^ du coftë du Coucnanr, jufqu'à la pointe quiVavance 
dans rOcéan occidental prés de la ville de Mewt. Elle e(k 
appelléeparles naturels du païs Ayduacal, & par Ptolomée lé 
Grand Atlas , dont il met ta ikuation au huitième degré do 
Iongitude,&cau vingt (ixiéme degré Se demy de latitude. 
Le petit Atlas eu vne autre chaîne de jinontagnes nommée 

Errif 



DE L'AFRICiVE, LIVRE t. f 

Errif, qui commence à la cofte de la mer Méditerranée , & 
qui s 'cftend depuis le décroit de Gibraltar, jufqu'auprés de. 
Bonc. Or parce que dans les dcicriptions particulières qu onf 
fai€ des Royaumes & des Provinces y on* doit traitter des ha- 
bicans qui tont dans ces montagnes , Se de beaucouo d'aiK 
très qui font par toute l'Afrique : le Leâeiir encenara par 
le grand Atlasr^ les" montagnes qui s'eftendent entre la Bar^ 
barie Se la Homidie y^ depuis Méyés jufqu'à Âyduacal -, 6c 
par le petit Atlas ^ celles d'Errif, qui commencent depuis^ 
le decroic de Gibraltar ^ jurqu'au-oeflus de Bone le long 
de la Mer. Mais nous ne laiiTerons pas de mettre le nom 
particulier de chacune, êc tes peuples qui lés habitent ,iàns 
rien oublier qui' foie dignfe de mémoire. 

CHAPITRE SIXÏE'ME- 

Defcriftiwk Je la Barhdrk ^ €pli eji la premiéfW fanit 

de tx^fri^ne.^ 

LA Barbarie commence ver^ l'Occident »« à la ihontagne 
d' Ayduacal 9 & comprend la ville & le reiTort deMeila^^ 
& toute la province de Sus. Delà ^ elle coftoye l'Océan 
Occidental ^ Jusqu'aux Colonnes d'Hercule ^ d'où paflanr 
par ce détroit à la mer Méditerranée , elle s'étend juiqu'aux 
confins d'Alexandrie. Au Levant ,elle a pour bornes les de^ 
ferts de Barca vers TEgypte , 8c au Midy , le cofté des mon^ 
tagnes du grand Atlas , qui regardent le Septentrion. Ibni« 
Auaquiq dit , que le nom de l^barie eft venu de Ber ^ que 
les Arabes luy donnèrent avant qu'elle fîift peuplée ^ d'oà- 
ils appelèrent ceux qui y demeuroient Bereberês. Mais l'o- 

Einion la plus commune entre les Africains ^ eft qu'elle 
itainfi, appelée de qtfdques^vns des habitans oui fe nom- 
tooienc Barbares , qui pouedent encore aujourdliuy beau* 
coup de terres dans le Genéoa te leZingue , où eft la ville 
de Barbara. D'autres difent que les Romaini ^ quand ils* 
coQEiqnirent l'Afrique , appelèrent ainfi ce quartier. Id, a 
caoie de k barbarie et leur lan«ige , & qu'il luy eft de< 
meure depuis. Maintenant , c'en; la plus noble partie . de' 

B 



Maroc. 



.J*lc Chcrif 
IfUhaœcu 



lo .DOESCRIPTION GE'N£'iLALE 

l! Afrique. Car il y a qiutre grans Royaumes , qui ^<H^ti^«* 
jienc piufleurs provinces, & des villes tres-riches. Le pre- 
mier &: le plus Occidental efl: le Royaume de Maroc -, & en- 
fuite , celuy de Fez , tous deux *dans la Mauritanie Tingita* 
ne. Plus-loin vers le Levant , eft celu^ de Trcméçen , dans 
la Célarienne. Le Royaume deTunis efl: le plus Oriental^fic 
comprend le pais qu'on nommoit proprement l'Afrique. 

Dans le Royaume de Maroc , il y a iept provinces qui font 
à commencer par le Couchant Hea , dont la capitale eft Ted^ 
neft : ifAT ,qui a.pour principale ville "Tarudante , nouvelle- 
ment rebâtie. 2c rendue célèbre par lejpere^ <lè Muley Ab-» 
dala^quiregnè aujourd'huy dans Maroc & dans Fez : mais 
il nen eft pas le fondateur , comme, quelques- vns crayent: 
CczmU OM CeffUia,o\ï il n'y a aucune ville, ni bourgade fer- 
mée. LaPtâvince ^/rJl£tfr^r, nommée autrefois BocanoEmero, 
dont Agmet eftoit la capitale , ayanjc que Içs Lumptunes euf- 
fent bâti Maroc. 2)ii^f/yi;M , dont la ville -principale fut Tke, 
ainfi appelée, à ce qu'on dit , de Tuc petit fils de Noë , qui 
amena en la Mauriunie les peuples nommez de fon nom 
Titéens. Mais queloues-vns veulent qu'elle ait efté fondée 
par Hannon, avec les autres de cette cofte, lors que les 
Carthaginois l'envoyèrent avec foixante galères, à cinquan- 
te rames , peupler les villes de la Libye Phénicienne. Mais 
cette ville ayant efté détruite avec celle d'Azamor , Safi eft 
maintenant la capitale de la province. Efatra ou Dminet > 

»ou Medine, dont la capitale eft Almedine * , Se la dernière eft 7V^ , 

râbc'**^^^^' dont la principale ville eft Tebza. 

fr?. Dans le Royaume de Fez , il y a auffi fept provinces , 

dont la première & plus Occidentale eft Temtctne ^ quiavoit 
autrefois pour capitale Anafe, ou Anfa fur l'Océan 4 mais elle 
a efté détmijte avec toutes les autres. La féconde , eft xelie 
de Fcz,^ que les .anciens nommoientVolabile,dont lacapi* 
taie eftoit Tiulit, fur. le haut de b montagne deZarhon^ou 
Zarahanum. Mais depuis qu'elle a efté ruinée , c'eftla fameu- 
fe ville de Pcz , fondée par Idris. La troifiéme eft ^ ^fg^ t 
dont la capitale eft Alcaçar-Quiyir , bâtie par lacob Alman- 

>" R07 iç M^ cor **" , mais auparavant, c'eftoit Larache.l^ quatrième eft /T^- 

'•^- hf , dont U. capitale eft Tanger , ou Tancba , qiii ^ ' 



Fi\; 



DE UAFRIC^E, LIVRE I.- n 

nom ikTingitane, encore que quelques-vns diièntque la 
ville de Ceuca a eu ouelque-tems cet honneur. Ces deux 
places font aujourd'nuy au Roy de Portugal , qui y tient* 
Donne gamifoa. La cinquième eft £mf^ dont la capitale 
eft Vêlez de Gomtre. La hxiÀne eft G^r^r, dont la princioal. 
le ville eft Melîlà , que Philipe IL 1 conquife ^ mais les Atri- 
caiiis ont donne ce rang à Tezota. Ea (èptiéme eft Cuz, , 
dont la capitale eft Tezar , quoy que les Bénimérinis en ayent 
eonobly vneautre nommée Duoudtf. 
Dans le Bcoyaume deTrémécen , ily a quatre provinces -, là TrimSamy 

} crémière eft cèlfe de 7r/WfM ^anciennement appelée Tirai- 
i, dont la capitale eftoit Hare%ol ,quia efté ruinée fur la 
cofte y ëc c'cft maintenant Trémcten; ouTélemcen , cooTime 
les Africains rappellent. La féconde eft Tenez. , qui prend 
le nom de la capitale. La tfbifiémeofi^^ ^ nommée autre! 
fois CeÊtrée , du nom auffi delà capitale, qui a efté détruite 
far la cofte , où fe voif encore vn' dôme , que lesrfiodemes 
appellent Cabor-Rumia, prés du port des Cacfaines. Mais 
c'eft aujourd'huy la ville d* Alger, que les Afticaiils appeU 
lent Gezeir-de Beni-Mozgana. La quatrième eft Sugie ^ dont 
la capieale a le mefine nom. Quelques-^vns mettent cette pro- 
vince dans le Royaume de Tunis j mais nous la mettons dans 
celuy de Trém«:eh , àrexemple de Ptolomée,& d'autres 
bons Auteurs. Il eft vuay qu'elle a efté quelque-teras fujet* ^. 
te aœc Rois de Tunis- ^&:au< Seigneurs de Carvaiï^ tS^^*" 

Dans le Royaume de Tunis >il y a aufli quatre provinces -^ Tnmu 
la première eft CotifiéMine , que Ptoloinée appelle ta nouvelle 
Numidie , dont' là capitale porte le nom de Conftantine , o« 
Cuçuntina, félon les Africaik». La (èconde cftTir/^i/, autre- 
fois la province de Cartbagc ,du nom de cette villefameufè, 
jadis ruinée parles Romains, & maintenant anéantie, com- 
me dit Pétrarque , après avoir efté feftablie trois fois. Là^ 
troifiéme eft Trifêli de Sathrie , qui prend le nom aufG de 
fa capitale. La quatriériie^ eft Zti , qui comprend vnè 
partie de la Numidie ancienne, & de la Libye Maimarique, 
ouPentapolis , qui avoît autrefois cinq belles villes , Béréni*'- 
ce , Arfinoë , Ptolemaïs , Apollonie , & Cyréne , qui ont êftc 
toutes rainées. Parlons maintenant de la qualité du païs > 
U coD\inenqons par la Barbarie* B ij 



X 



» DESCB.IPTION GFNE'RALE 

' CHAPITRE SEPTIE'ME. 

la Barbarie, 



TOvT'E lacoftc de Barbarie .qui regarde r Océan ^ arec 
les plaines qui font entrcla mer Se le grand Atlas , depuis 
la dernière partie &c la plus méridionale de la province de 
Sus^ jufqu'au détroit de Gibraltar, eft vn pais très-fertile, 
& abondant en froment, en prge, & en beilail. Elle a les 
|»lus belles campagnes de l'Afrique, en quatre de fesprovin-- 
c^s , Sus , buqucla , Témécene, & Azgar, où tout le pais eft 
0fï vni y tempéré , Se arrofé de pluiieurs belles rivières qui 
4ercendent du grand Atlas , Se qui fe vont rendre dans l'O- 
céan. L'autre cofte , qui reg^de la mer méditerranée , de- 
puis le détroit de Gibraltar Jufqu'à Textrémité de la provin- 
ce de Tripoli de Barbarie,eft vn pais haut- Se-bas, Se plein 
de quantité de erandes mpmagnes qui ^'étendent en plu- 
fleurs endroits , jufqu'à trente Se quarante lieues, au dea^ms 
de la ter^e. Entre ces monugnes , Se celles du grand Atlas, 
il y a de Vaftes plaines , Se en quelques endroits de petites co^ 
lines , ou éminences I le tout abondant en bleds Se en paftu- 
^ages. Il v a auilî quantité de fources Se de ruifleaux qui def- 
.cendent des montagnes ^ Se qui Ce vont rendre dans la mer 
Méditerranée, par d'agréables détours, donc les bords font 
paifibles Se délicieux, remplis de bocages Se de verdures qui 
.entretiennent lafrakheur : particulièrement aux tnvtrons de 
la ville de Cayravan ^ parce qu'au-delà , la terre eft aride Se 
fablonneufe. Par-delà ces plaines en tirant vers le Midy y le 
j^aïs s^éleve comme par deerez, julqu'aux montagnes du grand 
Atlas , Se fur ces hauteurs il y a en divers endroîcs de grandes 
forefts,dans l'épaiiTeur de(quelles fe nourrit force fauv^ine; 
jnais la terre ne porte pas beaucoup dç bled. La cofte de 
Barbarie appelléeErrif, où aboutiffent les montagnes dju pe« 
tit Atlas , participe plus de la fraîcheur que de la chaleur ^ ce 
qui fait qu'on n'y recue^le pas beaucoup de froment ^ mais en 
recompenfe elle fournit quantité d'orge, qui fert de nourrie 
cure à ces peuples. Il y a dans toutes ces montagnes degrans 
|>9is , ou l'on trouve quanti té de fînges , de lipns ^ Se d'autres 



DE UAEHÏQVE, LIVRE I. 13 

b^ftes ^oudies. «La terre y eftfort propre pour la nourritu- 
re des troupeaux 5. car l'iierbe y croiil en ^l^ondance. Il y a 
auffi plafieurs lieux pour fe deftendredela chaleur du Soleil 
en Efté -. mais en hyver il y tombe tant de neige , que A Ton 
ne recire lestrmipeaiix de bonne-heure dans les plaines , cela 
les hit qiîelouefois 4noarir. 

Le erand Atlas eft en «quelques endroits inhabitable , 
pour eftre trop ^oid ^ou trop rude & efcarpé y & pour Vc^ 
paifleur & la hauteur des bois qui (ont dans des valées obfcures 
fc profondes^, d'où naiflent les fources des plus ^rans fieu* 
vesdu païs*, mais en d'autres il eft plus doux & pFustempe^ 
ré ^ & il y a de grandes bourgades peuplées de barbares Âfri* 
cains. 'Les montasies du grand Atlas , les plus afpres Se de 
plus difficile accK , c^oniînent avec la province de Témé-. 
cène , & les plus froidesavec celle de Marocj c'eft-pourquoy 
l'on y conduit les troupeaux f Eftc , à^caufe de la quantité 
d'herbe qui y croift 3 mais on les en retire avant les neiees; 
parce^que les vents font fi froids & fî persans alors, cpfils font 
mourir le 1»eftail , & quelquefois meiine ceux quiieeardent. 
il y a dans ces monta^ies vn détroit prés de la ville d'Ag* 
met y par où les Numides pafTent tous W ans dans la Barba- 
rïe^ au mois dOâobre , avec leurs chameaux chargez dedates^ 
mais la neige y tombe quelquefois en fî grande abondance ^ 
^ii'en vne nuit elle eft de la hauteur d'vne pique , 6c englou- 
tit les hommes & les beftes. Les autres montagnes qui <:onfî- 
nent aux Royaumes de Trémécea &de Tunis^font moins 
rudes , ficTon y recueillequelque froment. Il y a auflî en des 
endroits quantité de troupeaux, & la serre y eft plus tempé- 
rée 9 comme Ton verra dans la defcription particulière que 
wms en ferons. 

CHAPITRE HVITIE'ME. 

Dtf fii/iMS ^ des qUéilkcT^de tarmee emBéOfham. 

* 

LE s pluyes commencent en Barbarie à la fin du moi&- 
d>Oftobre $ mais le froid dure jofqu'àla fin de lanvier : 
toncefiois il ttdSt pas fi grand qu'aux Royaumes de Ca{Hllc£( 

B iif 



r4 DESCKIPTIOH GE'NE'R.ALE 
de Grenade , parce qu'il ne &it froid quelematin, & t*oiïnfi 
fe chauffe point .après midy. Au mois de Février , il com- 
mence à diminuer , Se le cems fe chan^ crois ou quatre ibis le 
jour. En Mars , régnent les vents d'C^cideht & de Septen- 
trion , qui mettent la terre enamour , &c font fleurir- les ar-- 
bres,de forte qu'au commencement d^Avwl les fruits fo«t 
quaft tous formezu Aux R,oyamnes de Fez , de Trémccen , de 
Tunis, £c en quelques endroits de celuy de Maroc, il y a des 
ccrifès à la fin d'Avril , & i la my-May des figues hâtives. Vers 
lar-fin de luin le:^raifins commencent à meurir, & aucom^ 
mencemennde luillec il y ades poires ,.des'pommes>desai- 
berges ,.des abricots , £c les autres fruits qui viennent en 
memiefaifÔn. I^s figues méunfl'^it dés le commencement 
d* Aouft }. fie en entrant dans le mois de Septen»bre , toutes- 
fortes defruitsfonemeurs.^ Les Africains font feicher les rai- 
fins alors -, mais s'il pleut , ou qu'il tombe quelque broiiillaid 
ou quelque grande rofée , comme il arrive fouvent, ils ne 
{èichent pas nien, Scils en font dunLifiné,ou vin cuit;qux 
fert ordinairement de breuva^aux Barbares du petit Atlas* 
Au mois de Novembre ils recueillent les olives -, mais les 
oliviers de la Mauritanie font plus gros ,j8c plus hauts que 
ceux du Royaume de Tunis j & ont altei^nativemeot vne 
bonne année & vne mauvaiiè, comme en Europe. LePrin- 
tems commence en Barbarie le quinzième de Février ,^ 
finit le dtx-huitiéme de May. Ces dcux-mois: font toujours 
tempéreZ', fie l'air y eft fort aoux. S'il ne pleut en ce païs-Uk 
depuis le vingt-cinquième d'Avril iufqu'au cinquième deMay, ' 
il y- â difette de bled^ ce temps-la elxcommelar eJef de l'an- 
nee.L'Efté commence le dix-neufiéme de May , 8c finit le fei-» 
zicme d* Aouft.Da^ns tout ce tems-Ià il fait de ttes-giandes cha= 
leurs ^mais les plus infupportables font au mois de luin fie de 
luillet , pendinrlêfquel^Xe Içrein n'éd pas dangereux. I^ 
pluyes de luillet 6c d'Aouft caufent plufieurs makdies, fie par< 
ticuliérement des fièvres pefEîlencieHèsX'AutomniçcQminen. 
ce le 17. d'Aou{l,fic finit le fèiziéme de Novembre^ mais dès le 
mois d* Aouft fie de Septembre, la chaleur va en diminuant. 
Jj'Hyver commence le dix-feptièmeNovembre,8cfinitiei4. 
âè Fcyri^ j fie à l'entrée dccemois leslfiboureurs conunen- 



DE l'AJUIQ^E^l-IVRE J. 15 

cent a femer les terres dans les plaines , mais ils fement dans 
les montagnes dés le mois d'Oâobre. 
Les Africains comptent en Tannée quarante jours de froid 
afpre y Se Quarante ^ours de chaleur exceflive : le froid dure 
depuis le douzième Décembre jufqu*au vingtième lanvier, 
2( le chaud depuis le douzième luin jufqu'au vingt-&-vnième 
luiUet. Ils comptent leurs -Ëquinoxes au feizièmede Mars,8ç 
au feiziéme de Septembre^Sc leurs folftices au féizième deluin, 
&au 16. deDecembre ,& règlent là-deFus leuragnculture 6c 
leur navigation. Il y a quantité de ces peuples, tant Africains 
ou' Arabes, qui (ans (avoir ni liK, ni écrire, rendent des raifons 
fuffîfàntes touchant le labourage , par les règles de TAdrono- 
mie: mais ils tirent ces règles du trefirdeVA^iiuUureyC^ fut 
traduit de Latin en Arabe en la ville de Cordoifë , dutemsMe 
IacobAlmançor,lloy ^Pontife de Maroc. Dans ce livre 
font contenus^ les* douze mois de Tannée enLadn, & ils4es 
fui vent pour ce >qui concerne le labourage-} mais dans leurs 
Fefies 6c leurs Carefmes , ils fuîvent les Lunes- comme les Ara- 
bes, dont Tannée eft de trois cens cinquante-quatre jours, c*eft 
à dure d'onze jours moindre >que la noftre-* <^eft-pourquoy 
ces Feftes coulent toujours, & n'arrivent jamais en melme- 
tems. Sur la fin de Taucomne , au <:ommencement du prin- 
tems,& tout Thyver, il y a de mandes pluy es avec tonner, 
res & éclairs , &; la foudre tomoe en beaucoup d'endroits, 
aoffi-bienque la neige 6c la grefle. Ils ont trois fortes de 
vents dans la Barbarie, qui font ti«s-dangereux , TEft , le 
Sud , & le Sudeft ^ particulièrement âux mois de May Se 
de luin , oà ces vents feichent tous les bleds , & empefchent 
que les fruits ne meuriffent-Lesbrouillars font auffi frèquens 
& dangereux en ce tems-lâ. Dans les montagnes du erand 
Atlas ,ranBée'n'a^ue deux faifons ^ car Thyver dureckpuis 
le mois d'Ôdobre jufqu'en Avril, & il tombe alors tant de 
neige, que les habitans font contrains tous les matins de la 
détourner dedevant leur porte ,pour avoir Tentrée 8c laibr* 
tie libre. Depuis Avril iuiqu'en Septembre , font les fixmois 
d'£fté. Mais Içs cimes àe% montagnes ne laiâent pas d'eftre 
couvertes de neige tout du long de Tannée , particulière-- 
ment t^'UivmvàXixe^^ le bled crosA: 



» 



i6 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

defibus , fie à-mefure qu'elle fond , le tuyau commence i^« 
roicre. Dans toutes ces montagnes on recueille quantité 
d'orge j. parce-qu'encore qu'il y en air qui foieht arides 8c 
pierreules ,les habitans font des^ eertafles fur les nenchans , 
où ils fément , après avoir ioâtenu la terre avec des mutaiL 
les. L'orge qu'on y recueillis eftfort bonne £6 bien notirie<^. 
quoy qu'vn peu aigre ) ce qui agace les dents des chevaux. 

CHAPITRE NEVFVIFME. 

Des plus fimeu/is Rjwércs Je la Warharie. 

Sfff. Il a Province de Sus prend fon nom d'viie liviére ^qui eft 

J^la première de laSarbarie, du cofbé du Coucfaam:) fie* 
quelques «vns tiennent que c'èft l'Ide où eftoit le palais^ 
d^Anthce ^ fie les jardins des Hefperides. Il y a apparence 
néanmoins que c'èft TVna de Ptolowëe , qu'il met au hui- 
tième degré de longitude , fie au vingt^^huitieme degrétrehte 
minutes de latitude. Ce fleuve fort ciu grand Atlas ; . entre 
cette province fie celle de Hea , 8c tirant vers le Midy ^ 
traverie les plaines de Sus , d^ôù il fé va rendre dans TOcéan 
prés de Guerteflên.Il arrofe le pais le plus fertile Se le plus 
peuplé de tous ces quartiers, ^ les habitons en font des ri- 
goles, dont ils humèrent les campagnes de cannes de fucre.- 
Il groffit tellement en hy ver, qu'il n'eft guéable en aucun 
endroit, mais en Ëilé on le pafle à gué prefque par tout* 

TîMjff/p 1 1 y a vne autre erande rivière nommée Tenuft qui fort en- 

core du grand Atksprés de la Ville d'Anira-mey en là pro- 
vince de Maroc , 8c traverfant celle de Duquéla le va rendre 
dans l'Océan prés de Safi , après avoir receu^lansfbn ièin plu* 
fieurs autres fleuves de ces montagnes. Les^cvimcipaux de ces 

* 00 skficva. fi^^ves font, Ecifelmel qui prend fa âurcedumontSicûva^. 

au defTus de Maroc ^ Hued-nefufa;,. qui forrauifi du grand 
Atlas au haut de Maroc , fie Agmet qui vient d'vn lac prés de 
k ville du mefme nom qui a efté autrefois comme nous 
avons dit la capitale de cetse province \, fie qui eft dans le 
mefme Atlas. Ces rivières defcendent des montagnes , fie 
traveriant les: ftxdiies fié fpadeuiès plaints de ces 4eux provin* 

ces , 



os, (e vont joindi'e ^stt eellêde Tenfîfc, laquelle ^tiov^ue 
]tfofofide t ite Uifli pâï d'éftf e giiéatblé en qùelaues ttÀxditi 
en Eftë , vaut à {Tied qâ'ji dieval. ËUé â pré^ de Mai-ûc viif- 
I»nr dé oiecrê de ^uitssEe grandesàrches , qui eft vti desbeâtdf^ 
édtfiees^de l'Afrique , bâfy , à Cfc qu'on tfenc , Mr tàcob AU 
iiiâft^or ^ R.dy &; Pontife dé Maroc, l^àis , fioddbus dernief 
Roy de fa ^ille de^ Môàhedines,eu Aiiiiohàdesen fitâbàccre 
troîsareiies- peikUift U guerfe qu'il enr ténxit ïacob , prô^ !| 

nuer Roy de Béftimérinis , tkHir empefcfaer te fiége de Ma^ ^ 

iM. Toutefois ,(ôii lârâvitilfut inutile ^ câf il nafTapar VnaU" 
m éiukofC , & le dépoteïll* de fon Royaunve. Ces tifôii ar^ 
cfcts éToik point eftére&ite$ deptils; Ptolomée appelle Teûi- 
béntfhtire de cette rivicfe Afànte , & la rtlet â îept' degfez^ 
<fe longicittde , 8c à trente- deo« de latitude. 
réet^n ^{wit deux miéte» oui naiflènt de dèu^ ^ivnèti Tttivim:- 
fbncaiiie^ àl vM Ëeuë ("vue de l'autre, dan^tà montagne èi 
Gtigi(^é , qui eft vne partie du grand Atlas , 6t trateffatitf ' 
les plaines de 1» proi^ince dlSfcure ,<fe vont feàdrectans la 
rivière des Negi'es ynoitiméepar les babitank Huedala-Abid. 
Ckftcune de <îes^^ deux rîviëres s'appelle Teceut, flr jdintçtf 
enfemblc Técctin, qui veut dite en langue Africaine \vùi* 
fesou^bome». Elles arrofiintles campagnes où elles paflênt, 
par te moyen des* rigoles qu'on en tire , ce qui leut nitpro- - 
duire quantité de bted, d'orge, de millet , d'alâandie , &r 
beaucoup de légume. ^ r <• 

Hnei'AU'Ahid^wi veut dire enkngùe dtf'païjj', rivière de j ^fTT*^ 
fjegres, ou des efebves , p*end encore fe fourçe en vne mon^ - 
tagnedu g¥and Atlas , appelée Anim-mey, entre les provin- 
ces d'Êfcura & de Tedîa ,ôd traverfaut crâTpres rotncrs &: 
de profondes & obfcores valées , tiré vers le Nort , enéulànt ' 
fon lia de telle ibrte, qu'on tt»érij)cut tirer aucttnie eau pôut*.' 
arrolér les' campagnes. DeU , enfic du TécèVînr & d'autres' 
moindres rivrôey , il fe décharge cbns POmxrtirjiJi , pré»' 
dNn gué fort larfije & tres-feur > «jwe Frt Africains âppeftent^' 
Megerat-esfâ , c'en à'difrc! gué pïat. Céttérlviére eflf extrême-: 
ment iMWte , principalement au^ mon de May , loxfque fc*' 
«etge»ftfondewt'<fen* les montagnes. - 

VOthbiraft,>tît Vfr grand Ifeuve quîr nâïft dari^ Fvce des" ^*»"^*»*- 

G 



13 DESCRIPTION GE'NE*RAL-E 

.montagnes du graodrAtlas^ encre U prpvince deTedlar.& le 
Royaume de Fez ,d*oii il ceurrparle^ plaines d'AcIacfum^Sc 
entrant dans vne valce étroite , îi fereflerrebde- forte qu'on Vc 

' pafle furvn beau poncque fit bâtir Abulbaften, quatrième 
|LQy.desBénimérinis.~Dglà tirant vers le Midy, il traverfè 
de&<:ampagnes qui réparent la province deXémécen d'avec 
celles de Tedla & de Duquéla , puis fe va rendre dans TO- 
çéan prés d' Azamor , traînant avec iby la rivière des Nègres, 
.$c vne gutre appelée Derna, rquidefcend auflî de ces men. 
tagne^ Ce fleuve- n'efteuéableqii^Gn Efté, & feulement aux 
endroits où il s?clar^it£uis les plaines. Ailleurs^ les liâbîtans 
le paflent i la nage rar des botes de roseaux /oûtenuës par dçs 
çuirsenilèz, à-caufe qu'il n'y a point de pont* Il eft h rem- 

; ply d'alofes , que l'on en fournit la ville oe^aroc^ £c les pro^ 
vinces voifines^ fans compter celles que Ton tranipprce en- 
core ^^rjmd^ombxeiçnAndaloufie & en Portugal^-LatpQf- 
çhe s^en fitiçordinairementàia my-May , & le Roy de Por^ 

. çugal en tiroit grand profit , lors qu'il pofTédoit la ville d' A- 
>^amor. Mais maintenant > le Cherif aâFcrme ce droit à des 
marchians Chreftiens. Ptolomée appelle 4::et^e rivière Ru(î* 
bide, è&met fon embouçÉiur^ à -fix degrea; quarante minu» 
tçs de longitude , & i trent&-deux degrez trente minutes de 
latitude. L'entrée en eft fi mal*ajfée ^ qu'elle fit abandonx^r 
çQtte.ville par le Roy de Portugal qvii Pavoit prife. 

BtÊrrifref. ^^^^ff^^S > ^^ ^^^ grande rivière qui fort encore-d* vne.i9on- 

tagne du grand Atla^^ au Royaume de Fez, ^J^^ commence à 

couxir par des valées 4xcs-profondes entre de tres-hautes 

montagnes , puis paflantf ar de petites coUncs , (b*va rendre 

* fcrs le dé- d^ns des plaines , ÔC delà danstl' Océan * ^ entr^ Cale 6c ^a- 

woit4€Gu bâte .nui n'ont autre 4)X)rt que fon embouchure. Ptolomée 

la nomme Sala, & Ja met a ikc degrez dix mmuces de longi- 
tude, 6c à trente^quatre degrez dix minutes de latitude. L'en* 
^ trée.eneft fi hazi^rdeufe pour lesyaifTeaux , qu'elle fert aux 
J^abitaifs de défenfe x:ontreles Chreftiens. ^ 
.J?/ir <^ j^ehf te Behef^ {ont deux rivières qui naiflent encore, dans 
^fbit; les niflntagnes du grand Atlas' au Royaume de Fez ,• d'où 

ramàfiant quantité d'eaux, elles courent au conunejDcçment* 
(çmme^s corrçsis entrq de^j.nibontagne^ çfqarpéçs , .pui^tlef* 



6 È L'^Af Rl(^Ê\ LIVRE L tf 

ceddant petit à petit' dans d'autres jnaindres % arrivent erP" 
fin daQs les plaine^ d*Azgar , où elles (e cohvertifient efi 
lacs remplis de quantité de poiflcms. Autour de ces' kcs 
limitent plûfieurs Arabes d"entre les Holotès & Beriî-mei 
Iéc-(bfian , qui paifletit-Iâ leurs troupeaiis ^ & ont vne fi 
grande abondance de beufrfc & de poiflèri, que le trop frc^ 
quent vfage leur caufe vné efjpece de lepVe. L'éau de ces 
rivières eft excellente contre la pierre , ce qui y attire plu- 
fîeors perfonnes ^ tant de Fez 6c de Mequinez , que d'autires 
Ifeux.- Gés rivières coi^teneaflez proche Pvne de l'autre, 86 
fbnrgucablës toute ^annèfevfîce n'èft en tems de pluye^ou 
qiiaité4estieigés fondent- dans lès montagnes; 
Smbm , eft Tvne des plus grandes rivières de barbarie ,-& Snhn. \ 

Erend (a fourcc dans CiliIigo\ montagne du grand Atlas eif 
L province de Cuz. Elle fort d*vne prôfoiide & ebfcure va- 
lée , d'où tourant entre de hautes montagnes , & puis entré 
des coiines , elle defcend dan!s des plaines , et paiTe à ^tf 
lieuë & demie de Fez , puis'divifànt les provinces de Habat 
Ccd'Azgar^ elle fe va rendre dânsTOcèân *prcs de là ville *>ersfc«-' 
Mamof. EIIeTÇçoît dans fon lid plufîeurS ri viètès'î cotnme «oit de gn 
Guarga8dAdbr,quîdefcendentdes montagifes' de Gomere '*'*^*^ 
ou d'Errif. Quelques- vns^ ont dit fàuflement^qui fes (burces 
viennent des monftagnesde Gaiafa & de Zarâhanum ^ comnte 
fi* elte entrâînoit d«iS fon fein tarit ces rivîèresr que d'autres 
de l'Eifeit de Tezar \ ■& celle -otfbn nomme Fez ^ avec vit 
autre nommé Ynabûiâtt de Haluan ^ ^ ptetiA (a fource au 
defliis de Fez; Quoy qut tres-grande , elle ne laifle pas d'c- 
ftre guèable en quelques endroits, excepté crfHyyer où au? 
Princ«ns , qu'on la; paHe fur' dès bàf dues. Cette rivière eft^ 
/f- atM>ndante en pèiffohs ^ iStpfirticuiiérenîient en bonnes' 
alofcs»^ qu'elle eh fournît la ville de Fez , K nlufieufs autres- 
de la province-, à très-grand mïircbé* Elle efc /i krge à fon» 
embonchure , <ju*eUe eft capable de recevoir de gransvaiP 
féaux, 2^ on là ^ourroit naviger jufqu'à Fez, fi les bàbitans? 
de ces contrées eftoient gens d'eiprit 5 cela feroit caiife qu^ls 
n'achéteroient pas là moitié fi cher le bled qu'on leur mêi- 
ne d'Azgar par terre. Ptol ornée appelle cette rivière Subu* 
re, te met ron^embouchure à iix degrez vingt minutes ^^* 

C i j 



J 



|ps futoyin^çj d'Afgw ÔÇ 4'H»^fitt4'<ï»ip4flpiOt; pré* «jfAlça' 

Çftf,q»HWr. H fQripc 4f;^^s ]acis^4Qft;poiCofla€Ùx , pui$ (e 

*oa i-Aray»,' Y* tq^^f^ dftns l'Oç^l» B!P^ d^ l'A^ftcHç * oi^ ces deux pror 

«n Ungoe da vîtifçesf^ ç^uchent. ^OEL cqiibouchnre forme le pprç-dc VA- 

'***" . fêçhe , pit^bQrdéw qwelquet vaiflbkux<;!i»reftiens etorsex 

V éi,m4fet«iHlire*4e )['Ew;rope^,iTKiis reQçr^e^en eft fî difficile, 

t»e fi Je PUoçe.|»*eft |^jri;.C¥peri«wntd, U. court ibrtwic de 

périr. Ptolom.^e.^ppeUç çf ^f é |ivi4re.Xiflf^ » ^ *wfi' ^*"* ^^ 
^ bpucfcijyre à 6sc deé'^i^^iyjpgç Q»iiwtêjideiq«gi«»de, ^ à oreucc- 

fipq d^f^?. «jBinsçe. nftiiwçe*de Uiatude. 
0€ImU. ' -^«W?,eft yoe amre K^tvkriviiJre qui fofi; d'»i»e n[K>ocagne 

Jïitt? |^r4s de eelle-cy ijue de Tewf .<>& twvefiwit le? dëTem 
èej ôéatides de Ter^eft 8<;deT%fta» ^ellefeira-rendre dan^le 
MOfêfAf!^ r Muljuaa.<;eiw-ci«ftimgç»ndf^«ve,qwjprepda«ffife 

ee (^ lepw*4 AtljM ►i «tuf Ueuiès <je ^a^uvn , d^ns le 

Sllc! ° b» pied de; iQO«(f^es ^ei; Sienizepetes «4f p404QC comme 

w:lMàd•el!fesyte!fte.i:l'9S€À4e'w4e;i«^yiMç^deT* fe v» 

wfidKe'Brji& ^i4^îm4^«vw,i.<w!i^tw<H;it ^^iiei? % lç;Meluk$» 

, X^çyou'itroiittfeïi Urge»U ne^^^WiCe pwd*fftfefow-gw^ 
" ble l-Ewft ep pii|(kw*e»drflit? ^^ l^Ckeftifeçswvc Oiccq^» 

get , & de? rameaw^pQHt^prepïdre tes Mw""/?* <i'»>' ^«wt i 1* 

l^fehe yiWk k les»? «rav^iil içwil eft fort ^i(Ç!tiu»iw^ yeçs foot 

«Rjkkxjtucbwre yjÇi te poi|b^ ea fft eajjçelleoc Pç«lflw,(Se k 

noœne A|ol9<^u4fe.ten9et i.dBt.4egr<;g'.q)'iw»pte- ciff q wwwr 

m de l«ing«iï4Çv4P^. Wn«e-qiwaîe;i)[^i;«;6 quaf$ifit^e-<i«q; 

^ ilMinttt^4^.1ttk^e< 
/^UfjM. ' W<ii/r,de(ibend»!ti0>de^l'A^kjl{(.«i9«iafMïyei;s^^^ 

itarendte d»p$ b tveit M^diief |ftQ«e, prés de le* viJk df'<^k>e». 



iDE UAFRîQ^E y XrviR.E 1. « 

«SegKE dix minutes de longitude ^ & à. trente-cinij degrez 
doquante minutes de latitude. 

Zix0 & HsêiéLtdirA > font deux >riy iéresvqui le joignent en la ztT^ & 
plaine de Sitat ^ au lieu qu'on nomme Chamurra. La -pré- HMtdrH^ 
miere prend (a fource du grand Atlas. ^ Sl defcend par vn cofté ^^^. 
du deiert d* Angued ^ entre les Royaumes de Pez de Trémé* 
ten^ellcne s'enfle pas fouventîmais elle eft toujours fort pro- 
fonde..^ & bienqu^elle (bit poiflonneufe ^ la pe(che en eft tres^ 
difficile , à«*caii{e que l*eaa en e(l fort-claire. Xa féconde naifl: 
prés de Mohafcar ^ dans TËftat de Beni-Kachid^ouBrai* 
Arach au Royaume de Trémécen » & après s'eftre jointe à 
l'autre^ elles entisnt^^onjointement dans la mer ^Méditernu 
née , pcés des-ruinestie Tancienne Anxe^£c s*appellenc Sira^, 
duoMnde la plaincvoà elles palTent. Sur ces bords habitent 
de poifliuis ;Aiabe^u*on nomme Béni- Amir^qui font iou^ 
Teat desGoiifiesjMiqu'àOran. 

Ti;^ s c{b^ne^^petfte ^rivière <^i fort des/montaenes du Yifin. 

Srand^Atlas , prés de Taixienne Niunidie , 8c court du €o{fad 
tt Nort ^ piar le defert d' Angued , d'oà elle fe va rendre dan& 
la mer |if£éditerranée^;i fepc tieujfs d*Oran,^ du colU du 
CeucbiMii;. EUe a fort peu de noiffons ^ & s'appeUe mainte^ 
naAckt rivière d'Arefgol/iPtoioiiatéeU nomme Siga,& met 
fon embouchure à -vingt-&*vn degrezr de longitude ,, U À 
neate-qu^cre degrea quarante minutes de latitude. 

La* liWre de Mine eft aifibz ^aadç^ ^^icend des mef-* ^m- 
miB»mo9ts^aMs,^ d*Qà naâàntpar des plaioes rudes &ftëii» 
le^ ^ où^ eft ficuëe ia ville de ;Ba;$haba | ^sUe court du codé, 
du Mord îiifqu'à la mer Méditerraoïfe pris d'Arzée. Les 
UMiies TappeUent depuis peuCéaa^du nom dfvn Morabi** 
:Cf.) q«iicep€iii|Ja Batkuia, que ies ^Béniméciiiis aboient dé* 
triiite. Ptolomée nomme cette rivière (^lemat , & met 
Çook cuibeuchuce à trei^e.degseï! de longitude, & à crenie- 
^quatre de Uiicii4»f 

Ckilef^ eflk %mp^èit finiére quinaift dans les monta- ^*'^h 
gjMS de-OuanàcériS) it defcendant par des. plaîpes àe£ertes 
qjHÎ. i»iii..enireTe0es ScTrémécen ,& va rendre dan^ k mer 
Vk&àiiitamaHi^ ^pvésde Mciftag^n^dii cofté du Levant. La 
f^fishA «ft fiMftag^wablftà foa gmb^ncburr» que Pmloinée 



ri 



Ciléf. 



/*• - "» 



Céfajà 



DESCRIPTION GE'NE'R 

met à quatorze degrez quinze minutes -de longitude , & î 
trente-trois degrez quarante minutes de latitude , & l'appelle 
Cartëne, Ses rivages font peuples d* Arabes, riches' & belli- 
queux , qu'on nomme Vlea-Sueid , qui font plu^ de trente 
mille hommes de pied, & plus de deux mille chevaux: 

Ctlef^tÇi vue grofle rivière qui fort du grand Atlas , & ra::^ 
(ant d*vn cofté les campagnes de Metigic,fe va rendre dans 
la mer Méditerranée , à cinqiieucs d'Alger vers le Couchant/ 
Elle a-de part &d^âutre quantité d^arbres &dc couvert, & 
s*àppellë Aiàfran prés de fon embouchure , où Ptolomée 
la nomme Quinalaf, & la met à feize degrez quarante- mi- 
nutes de longitude, & à trente- troi^ degrez vingt minutes de 
latitude. 

G^yi;^ , prend fa ibupce dansr lé grand Atlas , & traverftnr 
léy campagnes de Metigie entre dans la mer Méditerranée, 
au levant de la ville d'Algef ,affez prés des ruines de Mc- 
tafus que les- Africains nomraoienr Temendafuft; Entre- 
elle & Alger, entrent dans la mer deux'autres rivières * qui 
defcendent des mefmes montagnes ,& font aflbz groflès 
THyver; mais KaflèsenEfté. Ptolomée nomme Cefaye, Sa- 
ve, 6c met fon embouchure à dix huit degrez dix minutes 
de longitude , & i trente^trois degrez vingt minutes de la^ 
ntude. 
Huei-Uer. Hmd-iJur^vti^ groffe rivière qui naift- du^grand 'Atlasr 

fur là frontière de la Numidie , d'où courant vers le N6pt , 
elle entre dans la mer Méditerranée, au levant des rUinetf 
de la ville dé Métafîis ^ prc« du bourg de Béni- Abdalaen Té- 
délez , où fc pefehfe force poiflen. Ptolomée l'appelle Ser-^ 
bet, & met fon embouchure à dix^neuf degrez trente xvÀ^ 
nutes de longitude, & à trenterdeux degrez cinquante mi- 
nutes de iàtftude.'. 

Hued-el-^uivir fortïiuflî dii-grand Atlas , vers la province 
de Zeb , & paflànt entre de très-hautes montagnes , (è va 
rendre dans la mer Méditerran^â |>rés de Btigie. Il s'enfle 
fort quand il pleut ^, & quand les neiges fe fondent j parce 
qu'il reçoit plufieurs ruiÛeaux mii defcendent de ces mon- 
tagnes , & a beaucoup de poifiôns , dont les habitans de 
cette ville ne font pas grand eftat , parce-qu'ils aiment mieux 



Harrach, & 
Hu d-cl- 

Hj 11117.. 






DE rAFRIQVE^ LIVRE .1. x^ 

celai de la ro«r.>LesXhreftiens]le nonùnent Zingânor, & 
Pcolomée Na(aoira. ^ & mec Ton embouchure à vingt-deux 
devrez dix minutes de longitude ,.& à uentc^deux degrez fie 
demy de latitude. 

Stfigémér^ eft vne autre grande rivière qui piend ûfource Suf-gfWÊdr. 
aux environs delà montagne d'Aouraz^ dans la-province de 
Bogie, fie defcendant par des campagnes feiches fie fteriles, 
baigne les murailles de Conilantine^d'où enflée duMarzoch, 
elle i^rend fan cours au Septentrion , à*travers des monta* 
gnes fort Toides,, fie fe va rendre dans la mer Méditerranée. 
Cccce rivière iepare les terres de -Col de celles de Gichar ^ 
fie par confèquent la Mauritanie Gclàrienne «de la province 
d'Afrique. Ptolomée 4*appeUe 'Ampfague , fie met fon em« 
boacbure à vinet-fix degres&x^uinzetninutes de longitude , fie 
à trente-fie-vn degrez quaiante-cinq minutes de latitude. 

-TMdêch^ part aufli du grand Atlas , prés de Conftantine , fie Téi^clù 
coaraot 4cs fa fource entre des montantes , vient defcen^ 
dre dans des plaines jufqu'à la mer Mémterranée , où il en- 
cre a vne lieuë détone > du cofté du Levant. Vn quart de 
lieue plus haut que fon embouchure , on voit encore quel- 
ques reftes d'Hippone , dont eftoit Evefque S. Aueuftin ,& 
que Ptolomée met.itrente degrez vingt.minutes oe longi- 
tude , fie à trente-deux degrez vingt-cinq minutes de iati- 
tude. 

MmeJ^j^LSarbur^eik vn autre, grand fleuve qui tire aufli iâ Barkar. 
fource du grand Atlas, prés de la ville de.I«orDus, au Royau- 
me de'Tunis ,^ fait tant de tours ^ de retours par ces mon* 
tagnes^que les voyageurs qui vont deBone àTunis lepaf- 
fent vingt-cinq fois, fans cu'en vn fi lone cours il y ait ni 
pont , ni barque. A la fin il fe va rendre dans la mer prés du 

}oa de Taburc , à fix Heuës de la ville de Begge. Ptolomée 

e nomme Rubricat/,fie met fon embouchure a trente de- 
grez quajrante-cinq minutes de longitude ,^fie a -trente-cinq 
degrez vingt minutes de latitude^ il fe pefche quantité de 
çoiailfur (es bords jufqu'à la ville de Bone. 

Uigerdde , eft encore plus ^and y -fie vient des mefmes mon« MtitrsJU, 
tagnes^à Tendroit où elles-<:onfinent à la-province de Zeb, 
oon loin de laviUe (ie^Tjçbfw.Utire an SepceMrion ^ar de 



i 



x4 DESCRIPTIOIÎ GE'KE'RALE 

gtansdétoacs , & à' deux liecN^s de Tvaas txrmik vett ïr 
mer où iliè va rendre k treize lieues * delà dn coAé- du CdOw 

MeSlI âhane. Il s'éDflèfbrtquand il pleut , ce qui* arrefte (juetqoe^ 

fois les voyageurs cinq on fix jours, parce qu'il n'y a ni 0Onr 
ni bateau. . Ptolomée l'âppeUe Bragada, <emec loaeoHMMi- 
dDore à treme-bmrdegrez quarante «oûniities^ de iongffode , 
Scitrence dégrez qoaiante-einq minottf» de latitàde. 

Qife'f. cafisy vient du mont Bacalife , d^uis les deferts de Libye , Se 

court parmi les âtbloos vers la mer , où il fè va reyidr e prés de 
la ville de Càpés. So«i ^eau eflt^lée, 2&fi chaude qaand on^ 
la pui& , qu'il la fout laifler rafraifcbir à Tair vue heure «vanc 
que dé k boires Ftolomée l'istppetle Triton , 8t merfoii em^ 
boncluire ir trente-boit degrez qateante fiiintiees:de lofieum-' 
de , 8c à troue degrez'qaarante-dnqniintrteff dé ktfinde. 

Mirrt. Mdgn^y tA vAC aucf 6 rivlëre qui descend du grand Atlas , . 

pfés dé la montagne dé Mëyés, S: & vai«ndre danâ Umier 
prés de Tripoli de Barbarie , ànhraveis les Tablons de ecs de- 
lerts. Ftolom^ l'appelle Cini^ef 8e met fon emboudMre k- 
qotfante-deux'degrez vingtK>^inq> rakltites delongkude-, .8c: 
à trente^^c-va degjtez tsente minuMS de tadtude. 

CHAPITRE DIXIEME. 

Da BtledHlgerid fte la anciens- nommaient NumiMt^ 

0» Getul^, 

r 

El e ir-E t-^ tKti>\Mi^câmf00 $» U fr^ême êriikaire^ 

imim BiUMgifid , a pour bornes êjà^ coftè d'Occident , 

l'Océan , depuis k tille de Med^ \ de M province de Sus , 
jufqà^au Cap de Non; ce que tés ^Âiricain^t^ppellenr le Sus^ 
éloigné ) Mais dvicoftéxla Levant, ils^éftend jufqu'à kvil* 
k d'Ëlôacat , qoreft attente iieiiKs^de l'Emte. Vers le Nord 
î> a les montagnes^ grand Atias^r le leparenr de 1«B«-^ 
barie;& dtt^coilé dtfMid^tea deTertï de II Libye où le Sa« 
hara. Cette partie dei' Afrique elhitoifïf ttoble que lé Barba^ 
ne ; parce-qufelk contient ide t!?es-«an5 deferts & lieuit in** 
utiles , & ceux qui font pe tfpl e z , tonr fort éloignez tes vn^ 
desautares^ , partijCtiliéreinent vtts^IeS^x^iO^if yagmnde 

faute 




DE UAFRIQVE; livre L x5 

fiute d*cau. Les Aqccurs Africains font fduvent men- 
tion de CCS lieux , |>af ce-qull en eft fbrti à dî^6rfe«^ois 
des nations belliqueufes qui ont cpmmandé en Afrique , en 
divers tems ^ particulièrement les Morabitins qui entrérenc 
tres-puiflansaans la Barbarie^ mais ils ne donnent à pas- vn le 
titre de Royaume. Les principaux Eftats de la NiimKlîe , font 
ceux-cy. Sug^lmeffe^ci^i confine avec les deu* Mauritanies- 
Zet qui aboutit aux montagnes de Bugie & de Conftan-' 
tine, 8c lefetit BiUdmlgerid^ qui s'étend jufqu'au grand Atlas ^ 
i Tendroitoà tl confine au Royaume de Tunis , depuis 
Conftantine jufqu*au bout du mont de Mêyés. Toute cette 
grande étendue fe nomme le païs des- Dates *, à-caufc de I^fi^^^o^/J** 
quantité qui s'en recueille. Les Rois de Barbarie Tont po(^ mot de buc- 
fcdée àdiverfes-fois , & encore aujourdTiuy ceux de Maroc ^ duigcri<J- 
de Fez , & de Tunis en tiennent la plus grande partie , 8c 
les Turcs font Seigneurs de Tréméccn. Mais la plurpartde 
CCS peuples font gouvernez par la Nobleflcde leur païs, & 
ont leurs Chèques , ou Seigneurs particuliers. Ils font forts 
vaillans , Ôc en grand nombre , & fi leur appareil de guerre 
répondoit à leur valeur , comme en Europe , ils ferpient de 
grans exploits d*armes. Sugulmeffi ^Wz qu'vnc ville qui por- 
te le mefme nom ,& commande i toute la province. Zeb^ a 
auffi cinq villes , dont la principale eft Bizcara , que les Turcs 
d'Algerriennentaujourd'huy,Hafcen Aga s'en eftant rendu: 
maii&e pendant fbn Gouvernement. Les autreis font Borgiu^ ^ 
Nefta » 1 nlga, & Deufen . La province qii'on iiomme propre- 
ment Beled-cl-cerid en a cinq àuflî , dont la capitale eft Teu:- 
farcies autres font Caphaça,Nefçaoa,Teorrcgu,& Lafti. 
ten.Mais, pour n'eftre pas trop lon^ dans vue defcription 
énérale, je mettrày feulement îcy les phis corifiderables , 
(ont la plufoart font en République. Celles-cy fontTefler, 
Guaden , Yfaran , Atcha , Dara , Tcfuft , Qucncna , Mataga. 
ra , Tafilcr , Rcrel, Tebeldelt, Todga , Farcala , Tezérin , Be- 
ni-Gummi^Mazalig, Abubinan, Caçayr,Beni-Bezeir,Gualié> 
dé , Fichig , Tcgorarin ^ Mefzeb , & Guargucla , qui eft vne 
ville fort peuplée, voifine d*Agadez , province de la bafle 
Ethiopie. 

D 



*6 DeSCRIPTÎON GE'NE'RALE 

CHAPITRE ONZIE'ME. 
De U qUéditétiupiUf. 

CEtte partie de l'A&ique eftplus chaude que la Barba- 
rie i parce-qa*clle cft au Midy du mont Atlas : c'eft-pour- 
quoy elle ed prefaue par-tout fterile ^ & manque d'eau, quoy- 
qu'elle foit arro£ee de quelques rivières , qui fortant de ces 
monugnes , cirent les vnes vers le Midy , les autres vers le 
Couchant , Se fe conrertiflent après en de grans lacs au mi- 
lieu des Gibles. Elles font toutes bordées de palmiers « qui 
portent des dates en fî grand nombre; que toute la Barbarie 
.en eft pleine , Se ceux du païs les donnent i leurs chevaux au. 
lieu davoine. Car,c'eft leur principale richefle, & ils s'en 
entretiennent fplendidement à leur mode , avec ce qu'ils ti- 
rent de Iqirs troupeaux. Panni ç,es palmiers £c près des 
eaux , ilya des arbres fruitiers £c des légumes^ mais, qui ne 
fi^nt ni G fertiles,ni fi profitables qu'en Barbarie ; parce-qu'ils 
oe les lavent pas cultiver. Pour ce qui eft du bled ic de 
Torge , il s'en recueille fort peu j mais ^ en reçompenfe, les 

Sâcuragesy font cxcellens, particulièrement ^{Ur les pentes 
u mnd Atlas qui regarde le Midy , où il y a aulH beaucoup 
^befttt ha. de lauvagine *. Parmi ces montagnes, il y a degrandesha- 
Tci,««itTcf. bitationsSc de grandes communautez de Barbares •.Mais,dc 
l'autre coftçfurles frontières de la Libye, iln'y ep^ point, 
ârcaufeque kterreyefttout^â-fait {^eriiefic infruciaettfe , Se 
qu'il n'y croift que des ronces & des épines qui y viennent 
j^rt grande?. En vnmot, du collé de la Libye, ou du ^ha- 
ra^ifn'y a ni fontaine, ni ruilTeau, 6c toutes \çs eauxqu'on 
y peut avoir , procèdent de certains pQits d.'eau {alée ,qui 
pour eftre dans des lieux écartez , ne (è rencontrent que dif^ 
ficilement. Il y a parmi ces dcferts quantité de fcorpions , de 
vipères , Se d'autres beites vecimpules qui tujint les hommes 
Ecles animaux. La récolte fe fait plûtoîldans le Biledulgerid 
qu'en $arbarie » carony coupe les bleds dés le moisde May, 
0c les dates s'y cueillent en Oftobre. Il n'y a point de yigncs, 
^ue quelques crcillçs, dont le rai'nneftfi-toAmeur,que dés 



DE UAFRIQYÉ, LIVRE L »j 

h fin de luin il n'y en a plus. Il n'y fait pas fort froid, fi Ce 
fl'eft au mont Atlas , à-caufe des neiges qui y tombent : Mais , 
le plus grand froid , cft depuis la my-Septeinbre jufqu'à la fin 
de lanvier. S'il pleut dans le mois de Septembre , la récoltée 
des dates eftmauvaifè) parce-due l'humidité les pourrit :s*il 
pleut en Oâobre & en Atrïl , il y a quantité de bled , parce* 
que les rivières fe débordant^ engrai fient les plaines , qui 
aatrement font fteriles & in&uâueufes. Mais , en récom- 

Jenfe,lors qu'il ne pleut poiot^la récolte des dates eftfoit 
onne , Se ceux du païs l'aiment mieux que l'autre $ parce-- 
que quelque abondante que foit Tannée pour les bleds , ils 
ne (ttffifent pas pour fix mois , au- lieu que quand il y a abon* 
donce de dates , on tire par échange de Barbarie , tant de 
bled Se d'oree qu'ion yeut. Il fe recueille dans la province 
cinq farces c^ dates , fi différentes les vues des autres pour lé 
gouft , Se pour la couleur , qu'on diroit que ce n'eft pas le 
mefine fruit 5 8c elles ne fe reflemblent qu*à la figure 8c au 
noyau. Les meilleures fe nomment Bucuqueris , 8c les moin- 
dres, Buziar , qui font celles que Ton tranfporce d'ordinaife 
en Efpagne , parce-que le» autres eftant trop humides , fe gâ« 
teroienc fur mer 5 8c pour les trois autres fortes , parce, qu'el- 
les font fort molles ^ on les mer en maffe dans des cabas , 8c 
eftant ainfi accommodées , elles fe confervent longtenls ait 
païs , d'où on les tranfporte par toute la Barbarie. 

CHAPITRE DOVZIE'ME. 

Dis principales rivieres^ qui y fint. 

LA première rivière dont nous parlerons icy , eft celle Dim»- 
àeDatd^ qui eft tres-erande , 8c prend fà fource dans les 
montagnes du grand Atlas, qui bornent la province d'Efcu- 
re , d*où cirant vers le Midy , die traverfe celle de Dara , 
dont elle prend fbn nom. Elle eft bordée de part 8c d'au, 
tre , de quantité de hauts palmiers , qui font vn agréable om- 
brage Mais , elle entre deU dans le defert de Sahara, où elle 
iè répand dans les fablons , Se fait de grans lacs , autovû: 
defquels les Numides errent: vers le Princems avec leut*^^ 

D i) 



ftS DESCRIPTION GE'NE'RALE 

troupeaux ( parce^que leurs chameaux y trouvent quauicité 
de fort bonne herbe. Cette rivière fe feiche teliemenc TËilé, 

3u'on la pafle à pied fec en beaucoup d'endroits ^ mais quand 
pleut^ elle s*enfle de telle force qu'on ne k peut paiTer a gué, 
«i à pied , ni à cheval ^ &; fon cours ^ft (i roide qu'on ne la cra^ 
verfe point en bateau^, outre que fon liâeft fort creux & 
inégal, Teau devient amere^&falée dans les grandes chaleurs. 

2Ï7; Ziz. y eft vne autre grande rivière , qui vient des meftnes 

montagnes , où habite vne partie xies communaucez des Se* 
negues. Elle defcend vers le Midy ^ & coule entre des mon^ 

• ville du cagnes fort hautes , d'oà pa0ant près de Garci^luyn * elle 

Royaume de travcrfe les Eftats deQuenena^dcMatagara^acdeReteb, 

puis le territoire deSugulmeife^ 6c en are dans lesdefertsdu 
Sahara^où elle coule à-travers des palmiers. Elle en fort prés de 
la ville de Sugaybila^d'où tirant encore ven le Midy^ elile for- 
me vn grand lac au milieu d^es iàMes ^iànsqu'ily ait aibcune 
~ habitation autour ; mais il s'y nourrit quantité de venaifon. 

Cmir. ^^^ \ ^ft encore vne erande rivière du mont Atlas , qui tire 

vers le Midy ^ par des deferts ^d'oà elle entre dans les Eftats 
de Beni-gumi , & delà auic fàblons de la Libye, ou du Saha^ 
ra, oàelie fe convertit en vn lac, autour duquel errentavec 
leurs troupeaux force communautez d'Arabes fie d'Africains. 
Ces trois rivières font les principales du Biledulgerid ^ qui 
eft la Gètulie ou l'ancienne Numidie. 

CHAPITRE TREZIE^ME. 

De U troijiçme ^érlie de Jtjfri^ ^ «ptm nomme Sahara ^ 

t^ des peuples qui l'habitent. 



SA H A n A , eft la partie la moins confixiérable de toute 
l'Afrique. Elle commence du coftd du Couchant , à la 
cofte de l'Océan, où font les habicatioBS deHQni,d'où elle 
s'étend le long as la mefme cofte j«i{qu'i la rivière de Se^ 
neea. Du cofte du Levant, elle va. jusqu'aux ârodaciéres de la 
ville d'Eloacat &: du Royaume de Gaoga. Au Nord ^ elle 
a les deferts du Biledulgerid , Se au Midy le païs des Nègres. 
Ceft la Libye intérieure de. Ptoliomée , dans laquelle il com* 



I 



DE UAFRIQVE, LIVRE L 19 

prend auflî la Numidie & la baiTe Ethiopie , & la ^t con^ 
finer yat le Septentrion aux deux Mauritanies , à TAfri* 
que proprement dite , & à la Cyrénaïque. Du codé d'O- 
rient , il luy donne pour bornes vue partie de la Marmari-^ 
3ue , & ^Ethiopie qui eft proche de TEgypte. Au Midy , TE- 
ûopieintérieure dans la province d'Agyfimba, &au Cou- 
chant rOcéan , depuis le Golfe Hefpérien , ou Occidental , 
jufqu^à Tingi, qui eft le bout de la Mauritanie Tingitanc. 
Mais, les modernes donnent d'autres bornes à ces provin^ 
ces, éc ne comprennent en celle-ci que le Sahara , qui eft 
▼ne terre fort fterile £c fort pauvre , qtii ne contient que 
des defèrts fecs & iàblonneux, 8c le plus fouvent inhabita. 
blés, où Ton fait quelquefois cent, Se deux cens lieues fans 
trouver vne goûte d'eau. Les habitations y font donc très- 
rares, €c fort éloignées les vnes des autres en des lieux où il 
y a quelaues lacs ou marefts , £c où Tair eft le plus tempé- 
ré. Les oabitans «li y demeurent font grofliers , & tien* 
nenc plus de la beue , q«e de l'homme , fans avoir Tefprit 
de ibrtir de ces deferts , pour cboifir quelque demeure plus 
agréable. Les habitations les plus <on(idérables du pàïs , 
font vers b partie Occidentale 3j>rés de l'Océan Se duNi-- 
gier , Nun , Senega, peuple puiflant qm a régné en Ethio- 
pie , Se d^où font venus quelques Rois des ISfegres qui ré- 
f;Bcnt encore auîourd'huy ^ Zuraziga , Terga , Lempta , Ber«- 
oa, Tegaza, ou il y a quelques iàhnes , dont on porte le fel 
aux Nègres ^ Ai^la ^ Certe , Se Berdoa, En quelques-vnes^ 
il y à des lieux termez de murailles de terre. Les habitans 
de cette partie Occidentale du Sahara , Vappeloient ancien^ 
ncment Sabathéens , de Saba fils de Cus', cpn s'y habitua ^ Et ^ibict.: 
ceux de la partie Orientale , Futhéens , de Futh , fils de Cam. 
Auffi, les anciens appelérent^ils Futheya la partie d'Afrique, 
qnifuc depuis mxnméela Libye Cyrénaïque. Voilà cequife 
peut chre encénéral des habitations du Sahara , dont nous fit* 
rons vnc dc&iptiaa paoticiiliére ailleurs.. 



D uj 



30 DESCRIPTION GE'NFRALE 

CHAPITRE QVATORZIE'ME, . 

i 

DeU auahté du fais, 

SA H A n A , eft vn païs cres-chaud & fec , où il n'y a ni 
rivières ^ ni fontaines , ni aucune eau que celle des lacs^ 
dont nous avons parlé, ou de quelques puits falez ,qui font 
fi rares , que les marchans qui partent de Numidie pour 
aller au païs des Néeres , outre les chameaux qu'ils me-> 
nent chargez de marcnandi{es,en ont encore d'autres qui ne 
fervent qu'à porter de t'eau. Cela arrive particulièrement 
lors qu'ils veulent aller du Royaume de Fez a Tombut y ou de 
celuy de Trèmécen à Agadez ^ ou quand ils vont au Caire, par 
vn cnemin qui traverfe tout ce defert , 2c qui pafTe le long 
dVn grand lac, dont les bords font habitez des Nègres de Ceu, 
& de Gorhan , qui font de la bafle Ethiopie. Sur cette route, 
particulièrement fur celle de Genèoa & de Tombut , il y a 
quelques puits qu'on acreufez dans le defert : Se de peur que le 
fable ne lés comble, on les mure par-dedans d'os de chameau^, 
feute de pierre ,.& on les couvre de la peau de ces animaux 5 

J)arce-qu il feleve enEftèvn vent d'Orient, qui tranfporte 
es fables de lieu à autre , & comble ces puits. L'orage eft 
quelquefois fi grand , que les hommes & les chameaux en 
font accablez , & couverts de fable de la hauteur d'vne pi- 
que. On dit que c'efl dé ces corps qu'on ^siit la momie ^ 
quoy-qu'il y ait plus d'apparence qu'elle fe fait au quartier des 
fiarbares , dont nous parlerons au chapitre fuivant. Pour 
comble de malheur » lors qu'on arrive aux lieux où font ces 
puits , on ne les fauroit quelquefois trouver , à-caufe du fable 
qui l'es couvre , & l'on meurt de foif ^ mais il y a des condu* 
ûeurs de chameaux fi experts , qu'ils les découvrent toujours, 
quelque cachez qu'ils foient. Toutefbîs ^ letu- indiddrie leur 
►à caufc it ^^^^ quelquefois fort peu , ces puits efbnt tellement comblez* 
i<;urprofpii. qu'on ne fauroit trouver l'eau , quelque peine qu*on pren- 
*"^' ne à creufer j ce qui rend tout leur travail inutile , & les con- 

traint de tuer leurs chameaux pour boire l'eau qui efb dans 
kur ventre. Car quand le chameau boit , il boit pour douze 



DE UAFRIQVE, LIVRE L 31 

eu quinze fours ,& {ans cela on ne pourroic faire ce voyage. 
Us remédient donc quelque-cems au défaut de l'eau par cet 
artifice , iufqu'à ce qi^ils viennent aux lieux où il y en a , s'ils 
ne meurent en chemin. Pour ce qui eft des faifons , elles n'y 
font pas femblables toutes les années; car S'il pleut depuis la 
my-Aouftjufqu*en Février, Therbe y croift par tout en abon« 
dance , & il y fciit bon pour les troupeaux qui paiffent le long 
des lacs. C^and les marchans meime font leurs voyages , 
alors ils tirent cet avantage qu'ils rencontrent plufîeurs lacs 
& quantité de laidSc de beurre i grand marché ^ mais fi les 
pluyes manquent dans ce tems-là , comme il arrive fou vent, 
les marchans fouf&ent beaucoup auffi- bien que les habitans 
du pais 'y outre que ces fecherefles font toujours accompa* 
gnees de grans vents , qui transportent des monts de fable. 
La récolte du Sahara eft fort petite, parce^qu'on n'y féme 

3ue de Torge , encpre n'eft-çe pas par^tout ^ la nourriture 
onc ordinaire eft de dates , de laid ,<le beurre ëc de chair -^ 
de forte qu'on y vit aâez miférablement , comme nous du 
Tçns , quand nous parlero;is de cespeupleS;. 

CHAPITRE QVINZIE'ME. 

Defiriptim du BcUd-ala^jibid 3 oh pays des Nègres » 

qui eSi la t^tiatriéme partie de t Afrique ^ ^ des 

J^oyaumes gjr Provinces quijjont. 

L£ païs des Nègres , que les Africains appellent Genéoa, 
Zinque & Neuba , eft la baffe Ediiopie * , que Ptolomée »oa Bde4< 
coixiprend dans la Libye intérieure. Il a au Couchant, TO- «la-AWi 
céan ^ au Nort, les deferts deSahara ^ au Midy,la haute Ethio^ 
pie , où eft le païs -des Abyffins ^ & à l'Orient , celle qui eft 
proche de l'Eçypte. Cette partie d'Afrique eft plus grande 
que tontes ies trois précédentes ,« £c contient quantité de 

Îienpies , & de tres^randes rivières qui fe déchargent dans 
'Océan. La terre y eft £ baffe , que la marée entre plufîeurs 
lieues dans le païs. Les peu{fles les plus riches , & qui fe gou* 
vernent avec quelque forte de raifon , font ceux que les Ara- 
bes s^pellçn^ deGenéova , j^ui 4pine»rent fur les bords du 



*Baitbara^ 



31 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

Niger; parce-que c'eft le chemin que prennent ks marchands 
qui vont au Levant > 8c il y aborde quantité de gens de Bar^ 
barie y de Numidie , & d^autres endroits* Ceux qui habitent 
le long de la cofte de la mer , font anffi aâèz polis, depuis 
que les Portugais ont négocié avec eux ^ principalement 
ceux de Manicongo > qui ont embrafle le Chriftianiime. Oii 
trouve auffi quelque civilité en ceux qui font dUcofté d'O- 
rient vers la Nubie, & qui confinent avec le païs des Abyf- 
fins. Mais>ceux qui demeurent au dedans du paï^, que les 
Arabes appellent les peuples de Zinque , où font les monta- 
;nes d^Aiard & Quen, font des brutaux , qui n'ont que la 
igure humaine , & n'entretiennent la plufpart aucun com- 
merce avec les Eftrangers , & n'en peuvent mefme fouffrir la 
veuë. Leur principal exercice eft le meurtre & le larcin ^ de- 
forte qu^ils s'entre-font perpétuellement la guerre. Il y a 
vn Hiftorien * , qui dit qu'au milieu de ces peuples , il y en 
a vn tres-puillant qu'on nomme Barbare * , du nom de fa ca- 

Sitale ,& qui eft brave mais fort cruel ,combatant avec des 
éches ^ tant hommes qtie femmes. Il ajoute que poureftre 
remarquez dans lés batailles , ils fe font quantité d^eftafîlades 
au vifage ^ mais quoy^que fins & rufez , ils font encore fi bru- 
taux , qu'ils n'entretiennent commerce avec pas-vn de leurs 
voifins. Us s'habillenrde peaux, 6c multiplient de-forte qu'ils 
^Rchaoi fiicj inonderoient à la fin toute la terre ,£ins vn vcfnt*qui foufle 

en ces quartiers ^defoixante en foixanteans, &qui les cou- 
vre de fable j outre qu'il eft fi pernicieux , qu'il defTeche les 
eaux des lacs &des puits^ôc fisiit mourir les animaux. Iln'efl 
pas fi dangereux vers l'Océan , ni du cofté du Nil ^ ou da 
païs de Genéova *, mais il régne avec violence au milieu de 
]A bafle Ethiopie, où il y a quantité de fables , comme dans le 
Sahara , & les habitahs en meurent. Ces Nègres s'entrebat* 
tent continuellement , auflî-bien que ceux qui font fur la 
frontière de la Libye £c de l'Océan y sUcaufe d vne ancienne 
haine qu'ils fe portent , & tous ceux qu'ils peuvent atraper 
de leurs ennemis , hommies , femmes & enfans , ils les vendent 
aux Africains, aux Arabes 8c aux Portugais, qui trafiquent or. 
iinairement fur leur cofte , & le long de leurs rivières. Ils 
prennent d'eux en échangç^ des chevaux, des draps, des toiles^. 

de 



DE L'AFRIQVE , LlVfi.E 1. ^j 

de lliaile 9 du vin , 8c d'autres marchand ifes qu'on apporte 
de TEurope. La première province qu'on y rencontre du 
cofté dfi Couchant ^eft celle des Benaïs , puis celle des Ge« 
lofes. Plos-avaitt dans lepaïs^ font les Royaumes de Gua- 
bta ou (îanaca ^ la Guinée ,Genii ^ ou Gencova-, Meli ,Tom^ 
bue ou IzsL , Gago , Gubez ^ Agadéz ^ Cano , Canena , Perze. 

freg^'Zan^ra^Guaneara^ Burno, Gaoga^fic Neuba^ou Kuba, 
ont la principale ville efk Cervac , qui eft fur le Nil , du cofté 
de rOccident. Maïs ^ en continuant le long de ia cofte , otf 
va jufqu^au bout du Royaume de Manicongo.Dans le cœur du 

Eis,il y a duantité de provinces auZinque, &aux monts d*A- 
rdêc de Quen , dont la plufpart font inconmies, & les faabi- 
tans n'entretiennent point de commerce entre euic ^ & ont 
guerre perpétuelle » à-caufe de la diverfité des (eâes & des fu- 
perditions. Il y en a d'autres qui font connues des marchàns ^ 
comme Bidio , Ténuin^ Media^ Gorhan , & Mandinga , dont 
nous parierons {dus ampleftveitt dans la féconde partie de cet 
ouvrage, 

CHAPITRE SEIZIE'ME- 

^De U (fêoliti dt$ pais des Nègres. 

C£ païseft chaud, Se quelque peu humide , i^caufe du 
voiiinage du Niger ^ & de beaucoup d'^autres rivières 
qui traverfent cette contrée : particulièrement le long du Ni-* 
ger,&vers la frontière du Sahara /où il n'y a ni colines ni 
montag^ies , mais par tout de très-grands lacs qui viennent 
du dèlwrdement des rivières. Ces lacs font environnez de 
bois ^ ou il y a plusieurs clèphans 8c autres beftes fauvages^ 
On fX4Mue de boK pafturuges le long des eaux , avec de» ter* 
res où Ton feme quantité de petit ^ 8c de gros millet y quoy- 
que la principale oouriture dçs l^egres ^ foit de racines ,. 
qu'ils appeïleni* gname. Vh n'y^croift ^pbint de fruits com- 
me en ^rbarie ; maisiU ont^dB certains arbres fort hauts. 




54 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

n'y croiftroieiit point. Mais il y a abondance de pois, de 
poischichcs. fôvcs^ de féverolles*,de ciboules, de concombres, de courges^ 
lupiM. ^^ citrouilles & d'herbes potagprcs , les pois * & les fcves y 
fontd*vne grofleur extraordinaire > les premiers comme de 
erofles avelines, & bigarrez dediverfes couleurs ,& les autres 
larges & rouges , d'vne rougeur yiye &: éclatante , quoY-q**il 
y en aitauflide blaiicbes. Ils fement le millet en luillet , 8c 
enfonce récolte .en Septembre , parce-qu'il pleut fiDrten ce 
cems.'là , ce qui €âk croiftre les rivières. La pluye ne fait 
ni bien ni mal au païs y parce-que Tean des fleuves mffit pour 
faire venir cpqu'on féme dans les terres ba^s, particulière- 
ment où le Nieerpeut atteindre. (2aril fe déborde comme 
leNil,fccroift& diminue en mefme-tems; de-{brte qu'en 
trois mois on a femé 9labouri& £iit la récolte. Mais ^ ces 



peuples font fi faineans , qu'ils ne fement que ce qu'il leur Êmc 
pour leur provifion, ^ ne fe foucient point cTçn avoir de 
refle, foie pour garder, ou pour vendre. Q^nd ils yeulenc 
cultiver leurs terres, ils fe mettent quatre ou cinq en^mble^ 
& avec des pelés , ou befches , lèvent la terre afiêz légère- 
ment déviant eux , ^ jettent dçfkns leur femence , que les 
inondations font fruâifiet abondafnment. Il n^y a point de 
* OR la nom. vignes dans tout le païs , & l'on y Êiit d» vin de la liqueur *^ 
me MjgoL qui diftille de certains palmiers , & qui eft de couleur de vin 

pailler. Four cela, l'on donne deux ou trois coups de coL- 
gnée fur le tronc, & Pon met deifous des calebafles pour la re- 
cevoir. Chacun en rend trois ou quatre pintes en refpace de 
vingt-quatre heures. Ils boivent de cette liqueur qui eft 
agreabl e , & qui eny vre , fi l'on n'y met de Teau. Le pti^mier 
jour qu'on la recueille , elle eft douce ^mais elle eft meîlleu-> 
re & plus (aine deux ou trois jours après , quoy-qu'elle ai|: per.. 
<Iu fa douceur, qui diminue enfuite^mais fi pn la garde da^ 
yantage, elle devient comme du vin-aig^e. 

CHAPITRE DIX-SJEPTIE'ME. 

Vu fleuvf Niger, 



* en ,fiiji>c 

ihnr.ottfletitc V^dcux bî^^s du Gcoû ^^tti (fcfcend du Paradis teri^ftrc^ 



Haclm-^ ' /^VVELtijrss-vHs difèot que le Niger *& le Nil font 



\ 



DE L'AFRIQUE, LIVRE I. . 35 

&qaeleprémiera pris Ton nom des Nègres , par où il pafTe.* 
Mais les Arabes croyent que c'eft vne partie du Nil qui coule 
(bus-terre jufqu^au lac de Nubie , au défère de Ceu , 8c qui 
eour€aeUversrOccident,&fait encore vn autre grand lac 
qu^ils nomment Nigrite ^ d'oà enflé de plufieurs rivières , il 
va par âe grans détours fe rendre dans l^Océan OccTden* 
tal , par deux larges canaux ^ dont Tvnfe nomme Senéga, 6c 
Taotre Gambra. Le premier fépare le Sahara des Nègres du 
coftë du Couchant , & ce qui eft de merveilleux ^ c'eft qu'au* 
delà vers le Midy» les hommes y f^nc fort noirs, robuftes & 
bienproporciohneZ) 8cla terrefeïtite ftpleiife d'arbres & de 
couvert ) Et de^L vers le Nort ,ils font petits 6C mulâtres f 
tbaisquelcfues^yns blancs ^ 8c fort foibtes j 8c la terre eft fte^ 
jrileScfifèiche^cru'ilnefevoitpartoutque desfables. L^em- 
bouchure du premier bras*^ que Von nomnf^eiSenëga , a ^e 
grandedenfy-HeuS de lar^e ,• £c eft trcs-profonde ; mais l'àu^ 
treeft vn peu moindre. C^$dlet|X bras forment vne Ifle , qui 
a devant ioy de grans bancs de fable, vne lieuë avant dansk 
mer: Etcômmela marée croiftSc diminue de fîxen fixheu^ 
res , elle porte (bu flux plus dé viïigt-cinq lieues au dedans 
du pats ^oe-forte que pour y entrer ^il faut attendre qu'elle 
monte, parce-qu'aiors elle couvre les bancs de fable » 8c f^ci^ 
lite Pentrée aux vaifleau^é Sur les bords de ce fleuve 8c d'au- 
tres rivières qui s'y rendent ,.font les habitationsics plus célé« 
bres d'entre les Neerés :^ 8c comme il croift 8t décrbift en meC 



*tems, 8c en mefine forte que le Nil , il couvre toute la face 
lie la terre, en^forte que les plaines 8c les valées enfontrem«» 
plies , 8c les Nègres vont d'vn bout à autre avec des barques^ 
mai^qui ne font ni Ci bien£»ice5,nifi fenres que celW d'E- 
gypte. ^ Socr débordement commence à la my-Iuin, 8c dure 
qiiacr&.vingts jours , tant à croiftre qu'A diminuer. Du refte, 
Ptolomée a ii peu feu la fburce du Nil y encore qu'il ait eu 
<|Qelque coniioii&nce des montagnes de la Lune , qu^it die 
au quatrième livre qu'il vient de la neige dcxes montagnes , 
«]ui fondant, tonibe dans de grans lacs d'oà il fort, ^ais ce 
o'eft pas feulement ces neiges qui le forment , ce font auilr 
les iburees qui font dans ces lac^ , comme nous ferons voir 
lorsque nous en parlerons à def&in.ll dit auffi que lé Nigêiî 

E ij 



i6 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

joint au Maodre Se au Thalamante y fait le lac Nigrite , & que 
du cofté du Septentrion^ il fe (iépareen deux bras qui vont 
^er$ les montagnes d'Vrfagule & die Sagapule , puis en £sût tu 
*cehea)5. ^9^^^^^ qui tire vers TOrieiit ,au*deflus du lac de Libye*. 
d^Kzdc Mais Léon Aâricain die le contraire , & fon opinion eft con^ 
folf^m^ firméepar les marchans qui vont de Gualata & des Gelofes, 
tmtt^li au grand Caire , en remonunt le loiig du fleuve. Car ib 
M de laûcii* aflurent qu'il ny a aucun bras du Niger qui aille ver» l*0-* 

rient ^ mais qu'ils vont tous en Occident ^ ce qu'ih ne peu-^ 
vent ignorer , parce- qu^ils reviennent fur cette rivière eA 



defcendant^ depuis Tombut juTqu'à la Guinée^ à Meli & i 
rOcéaiif Le païs des Nègres eft arrofé de quantité d'au^ 
très fleuves ^ dont îa pldfpart ibnt connus par les navigaticnf 
des Portugais , qvi remontent deux & crois C6n$ Iteuëfi en deu 
dans pour Te tranc. Nous en avons parlé au quatrième cha^ 
pitre , £c en difcourerons encore plus amplement y lorfque 
nous ferons la defcription des lieux 6c des nabitans qui font 
le long des bords de cette rivière. 

CHAPITRE DIX-HVITIE'ME. 

m 

De/cfiptian de l*E^te^ tdnf Jes principales villei^ fudet 

Provinces. 

PT o L o M'£ E joint TEgypte à la Marmarique ^ dans la 
defcription qu^il en £iit ^ mais les Cofinograpfaes Latins 
les mettent en deux cartes ieparées ,& les Auteurs Africains 
nelacoftiprennent pas dans l'Afrique f an moins (à partie 
Orientale. Quelques- vns ont crû qde la mer tncndoit an 
commencement tout le païs , & que s*eftant reôrée peu à 
peo, comme elle a £iit en d'autres lieux, le débordement da 
Nilk dura fi long^tems , & entraîna de l'Ethiopie tant de ter* 
re» et de limon ^ que Tes belles 8c fertiles campagnes s'en 
formèrent. Les Arabes l'appellent Mezra^ les Hébreux Mes. 
raïm , & les naturels du païs Et^uibet. Les Africains luy 
donneac pour bornes à l'Occident , les deferts de Barca, de 
Libye y êc de Marmarique ; à TOrient y ceux de l'Afie ^ au 
Nort^lamer Méditerranée } 2c au Midy, les terres & les ha^ 



DE L'AFRIQVE, LIVRE I. 37 

bitations deBugie,oudeNubie *• Il y a par- tout grand nom- *daD$rEtbîo. 
bredevillages^ fie beaucoup débondes & riches villes. Le Nil p^qm borde 
traverfe cette région d'vn bout à Tautre^depuis la haute Ethio. ^^STP^ 
pie, jufqu'à la mer Méditerranée , çmbraflant plufîeurslfles 
dans Ton cours , & (e partageant en plufieursbras. Ptolomée 
diviie toute l'Egypte en deux parties^ la haute fie la baffe ^ cel- 
le-ci eft appeléepar les Latins Oden , fie par les. Grecs Delta, 
àf caofe qu'elle fait vn triangle comme cette lettre. Auffî 
y eo-^t-il qui mettent cette partie au nombre .des 1(1 es, 
comme c'en eft vneen effet. La haute E^pte eft la ThëbaK 
éc^ qui prend fbn nom de la ville de Thebes^fî célèbre dans 
Homère "t^, où il y avoitcent portes, êevitigt mille gendar* «m 9. de 
mes * ., fàss f infanterie. Les Rois d'Egypte y tenoient leur ^i^^^^ 
Oor , qu'ils tranfportérent depuis à Memphis , fie enfin i chl^uo "°* * 
Alexandrie. Les prcnliers s'appeldiént Pharaons , comme 
les Empereurs Romains Cefàrs , qui eft vn nom de-dignitë, 
6e les cteroôers Ptolomées. La Babylone d'Egypte eftoit 
fimée à la tefte du Delta , fie plus^avant celle de Toroe^ ou dt 
Tufie , félon les Arabes , où les: Hébreux furent en fer^ 
vitode , jufqu'a ce que Moyfe les en délivra , .fie les fit pafler 
la mer rouge', fie enfin le lourdaio, pour entrer daAs la terre 
de Pfomiffion. Le fiége des derniecs Rois d'Egypte,^ dR:oiti 
comme j'ay dit , à ALnandhe , qui a donné naéfGRiice àFté^ 
Iomée*,ficacfté fondée par Alexandre^ fie célébrée par Ce» c^LIpaJhc 
làr ^ fie par vne înfiûité d'Ecrivains* Elle eft encore famëiu 
fe par le grand concours des marchans , a^canie 
merce qui s'y fait , qui eft le plus grand du Le 
Aficicains modernes divifeat l'Eçypte en trois p^ 
rif ^ Aiâiyd , fie Béheyra ^ dxjtnt u prémiéfecom 



montagpes & toute la cofté où font les villes d^Adexandrie 
fie dcRofette , avec ce oui eft vers le Nil ^ en remontant juT^- 
qu'au Caire* L^ffconde s'étend depuis le Cairb, jufqu'iaat 
babitaiims^de Bugie ^ ou. eftoit anciennement la Ncimefle 
d'Egypte : £c la troifiéme . regarde l'autre bras daNil { qat 
ie .va tendre i la ville deDamiette fie.à TenëTe^dont nous 
parlerais plus amplement ailleurs , fie de toute? les $atam 
villes de cette province. 

E iij 



}8 DESCRIPTION GE'NE'RALE 
CHAPITRE DIX-NEVFIE'ME. 

De la (ptaliré du pays. 

L'E G Y p T E ç(t VU païs fort chaud , & où il pleut rare- 
ment, 2c Peau des piuyes corrompt l'air ^ & engendre la 
pefte 1 H de grandes maladies. La chaleur y eft fi vidente 
en £fté , que la terre brûle comme du feu , & parce* 
qu'elle pénètre les maifons , o» fait des tours hautes & étroi. 
tes, qui font toutes àjour^afîn'queràird'enhaut qui eftplus 
frais, donne quelque rafraichiâement aux chambres d'em. 
basparrefcalier. La pefte eft fort fréquente au Caire, oùii 
meurt quelquefois en vn jour dix, ou douze mille perfonnes, 
& Ton y eft fort fujet à; la vérole & à la tigne. Les faifoos y 
font bien avancées , & Ton coupe le bled dés le commence- 
ment d'Avril , pour eftre batu Se ferré- dans le vingtiisme de 
May 1 parce-qae le Nil commence à croiftre* 6c sbfe déborder 
o. àcroifhc ^" la^myi-Iuin , & croift & décroift quatre-vingts jours. Du- 
&auuna tant tout ce tems-là les villes Se les bourgs cr Egypte font 
décioiftxe. autant d'Ides, &rom ne peut aller qu'en bateau par tout 

le païs 5 mais cela fert auffi aux habitans à transporter des 
bieds &:des troupeaux contre le fil de l'eau dans de gramle^ 
barques, qu'ils nomment Burchies , qui tiennent fept ou huit 
mille boiffibaux de bled & plufieurs milliers de brebis , ce 
qu'ils ne pourroient faire lans le débordemenc du fleuve. 
Toutes les trois parties de l'Egypte (ont fertiles $ mais celle 
qu'on nommeAflayd eft la plus abondante en bled, en orge,en 
légumes , en brebis, en poules & en lin. L'Errif eftrmontueux^ 
mais plein de fruits Se de ris dans les valées. Le Beheyra , qur 
figninecofte de la mer, porte quantité de fucre, de coton 
& de fruits. Les habitans des deux dernières parties font plus 
civili^ que ks autres , par la firéquemation des marcnans 
^d'Europe; qui y abordent de tous coftez * , au4ieu que its premiers^ 
rf^Afic, & ^ *comme: plus au-dedans du païs , n'ont commerce qu'avec 
quelques marchans d'Ethiopie , Se ne font: que laboureurs ,oa 
gensces champs pour laplufpart. 



DE L'AFRIQVE, LIVRE L 39 

CHAPITRE VINGTIE'ME- 

Dtfcripnon de U haute Ethiopie ^(^des EJUts quelle 

mmtient. 

LAhaweEtiûopîeoùeft le Royaume des Abyflins , com- 
mence i l'embouchure de la mer rouge , & s'eftend vers le 
Midy , jii^uaux montagnes de Tekne, qu'on nomme au- 
tremeat les monts d*or , qui font fous la ligne *. De ce cofté^ ! r AatcntaJ. 
là jiiAïu'à Suaquin^elle afix-vingtslieuësdecofte'*') où il y a fi^ndéndela 
quelques Mahométans dans les moncaenes qui ne reco'n* Nubie , mais 
noiflent^point cet Empire. Auffi font^iis fort braves.^ com- 1^^^^^* 
bâtent armez, eannic leurs chevaux , fie fe fervent de flèches^ *iaco(ica'A« 
d la £^^on des Perfèsj ils ont jguerre perpétuelle avec les 5!'i'^^°^ 
Rois de l^magas & de Tigrimahon , dont les Eftats font fi- ^oage. ^^^ 
jcuezentre lel4il & la mer,& relèvent de TEmpereur des AbyC 
iins. Du cofté d'Occident , fon Empire s'étend jufqu'auz 
Ne«es de l'Ëdiiopie intérieure, appeliez Zinques, dont la 
plulpart font idolâtres , & luy payent tribut en or , i-canfe 
que de ce cofté-U il y a ouandté de mines, tant dans les 
montagnes que dans les plaines , d'où les Portugais <]ui y 
fréquentent, difent <iue l'or vient à SoÊila. Du cofte du 
Nord, il a pour bornes le Nil , depuis la Nubie jufqu^à la bailë 
& pl«s Oceidentale partie de Genepva. Dans toute cette 
cceaduS t il y ft pluueurs Provinces , Royaumes & Prind- 
paucez y dont les Princes font differcns en feues, langue, 
cooftame & couleur , £c ne l^fient pas de reconnoiftre tous 
l'Empereur des Abyffins , & de luy payer tribut , & le fervir 
d k giicrfCcomme leur Souverain. Les principales provinces 

3 ni portent le nom de Royaumes , feront exprimées plus bas 
ans les titres de cet Empereur , qui fait Ùl aemeureordinai^ 
re à Sceva , â caufe que làterre y eft tres-fertile , & le climat * £| ç^^ ^v 
tempéré. Ces Royaumes contiennent plusde^pt cens lièui^ Unpiwf , car 
de circuit * ,qui eft à peu prés la gramleur de toute TEfpa* [JJ^^^ jî!*,ciir. 
gne& des Gaules jufqu'auRhin où Cefàr les a bornées. Et «lliahomc. 
pour la grandeur de cet Empire ^ & la diverfité des ieâes* ttHnc^pa^- 
il y a guerre perpétuelle entre ces peuples qui fc révoltent ^i^^. "* 



40 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

fouvent contre leur Prince , & quand il a paix avec eux , rf 
a toujours quelque chofcà démeflcr avec fes voifins^donr 
quelques- vns fonp tres.poiflansr II dendeure donc toujours 
à la câtnpagnç , fous des tentes que Pon tranfporte tantoit 
d'vn'coué , tantoft dVn autre , félon la commodité des 
eaux & des pâturages : car on cherche en Ëfté les lieux frai» 
Se le climat ie plus tempéré. C^ftvnedbofe merveilleufè de 
voir fon camp if, iés tentes j qui contiennent plus de trois- 
lieuës en tout fens ,avec vne g;rande place au milievi ^ 8c d'au^ 
très moindres en divers endroits ,.qui ne changent point. Otr 
toutes les rues , les logemens & les places font d bien ordon* 
fiées , qu'en quelque endrait qaefoit le camp , on (kit aufit:- 
toft où tes grans Officiers ont leur cenœ. Il y a treize pa-* 
roiflès fous de grans pavillons ^ où les parotffiens font obli-- 
gez d'^ailîfier à la Meâe £c à la prédication ^ & il s'y trouve 
plus de deux cens mille hommes 6c combat & de fervicc. 
Comme le Princeeft dont toujours en campagne, il n'y à 
point de capitale , ni de villes , qui ait plus de deux mille na- 
foitans , & ces villes^U font mal-fermées , & peuplées ieule«^ 
ment dp ^ns d^Eglifb £c de laboureurs ou marchans , tc 
autres fortes^^ de peribnnes qui ne vont point à la guerre. Les- 
»ou dt brî- maifons font de terre * & ^""ais bien joints -, mais lesIB^î^ 
^^^ fes & les Monaftetcs font grans *& fomptueux , 4:onlbrui«;9 4e 

* moifloiw pierres liées avec de la chaux *. Par tout cet Em pire il y a: 

quantité de montagnes , dont quelques* vnes foM n haiwes Se 
de fi difEcite accès , qu'on ne peut approçhtr dks vilUffi oa 
4es villages ^ que gardes détours 8c des fentièns fort> étifaits^ 
dont vne porte feu lé eft capabled^empefcher lepâflàgc. Mais 
au hautdeçes.montaenesii ya de grandes plaines ySc quan- 
tité de nrifTeaux oui les rendent tres-fertiies en bitds & enr 
beftàil , comme ett la plus grande partie du paï^s. Tous les 
Eftatsqui font fous la domination de ce Prince, {ont éloi*- 
. suez de la coftè j 8c pour ce fujct , encore qu'il foit fort puid 
fiintfiir terre, il éft torrfoible fur mer j parcOKju^il n*a point 
devaifleawc de guerre, ni de bois pour en ccnftruire ,fi ce 
nxfi loin de quelques petits ports qu'il a fur la cofte de la 
mer- Le Nil traverfe tout fon pais , &: y a fa Source ic fes dé- 
bmdemens,: comme nous: dirons: après. La majeftë de ç£t 

Empereur 



DÉ rAFRlQVE, LIVRE L 41 

Empereur a eftc fi grande , qu'il y à fix- vingts ans qu'il 
paroiiToit plus divin qu'humain ^ de-forte que beaucoup de 
Rois & de Seigneurs qui eftoient fes vaflaux ne le voyoienc 
que par hafard , & c'eftoit vne grande faveur , quand ils al- 
loient pour luy parler , qu'il leur montroic vn pied , ou vne 
main entre les rideaux de fon pavillon j mais il leur parloir 
toujours par la bouche d'autruy . Toutefois, depuis que l'Em- 
pereur David eut perdu quelques batailles , il devint fàge par 
la défaite , & commença à (e communiquer j particulière- 
ment depuis qu'il eut appris des Portugais , que c'cftoit 
la coutume des Rois de l'Europe. Pour les, titjres qu'il fe 
donne , David aimé de Dieu , colonne de la Foy , db iang 8c 
de la lignée dé luda, fils de David ,fils de Salomon , fî^de 
la colonne de Sion , fils de la femence de lacob , fils de 
la main de Marie, fils de Naupar la chair. Empereur de la 
grande fie haute Ethiopie , 6c oe tous les Royaumes fie Eflats 

2ui en dénendent, Roy de Choa, de Sofàla , de Fatigar, 
* Angos , de Baru , de Baalieancia , d'Âdea, de Vange, de Go- 
chane, deMara, de Vegucmedri, de Dambaya , d'Ambea, 
de Tigrimahon , de Sabayn , de Barnagas ; Dominant juC 
qu'en Nubie, ficc. Il a guerre continuelle contre les Arabes, 

3ui paflènt le détroit de la mer rouge , fie font des conquefles 
ans la terre-ferme , entre le Nil fie la mer où font les pro* 
vinces de Barnagas fie de Tigrimahon. Ce font tous gens de 
cheval , qui combatent la plufpart avec des flèches comme 
les Perfes. La force de cet Empereur confifte en cavalerie 
qui a couftume d'aller au combat armée de morions fie de 
cotes de maille avec des boucliers fie des piques ferrées par 
les deux bouts 5 les chevaux font auffi armez comme ceux des 
gendarmes de TEurope. Uinfimtehe combat avec des flè- 
ches fie des dards , fie plufieurs avec des frondes -, quelquefois 
dans des tours de bois que portent les eléphans y d'où ils ti- 
rent contre l'epnemy. Car ils n'ont connu Fartillerie ni 
lesarmesàfeu,que depuis la venue des Portugais , qui leur 
en laiflerent. Les tributs qui fe payent à cet Empereur ; font 
en or pur fie non monnoyé , fie en autres métaux. Quelques- 
vns luy donnent du beftail, de la foy e y ou des toiles de cow 
ton j d'autres des vivres , du fel , fie des épiceries. Mais ceux 

F 



4^ DESCRIPTION <5E'NjB'ftAtE 

lions , dgres , & aatres i>eftes faroïKbes ^ qu'il fait: iiourir 
dans desci^urts pour fao pltiAr. D'autres Uiy ^laocet jde» 
peaux éc i^e , pivqparées oii aafiees. Oo ne ^bat point 4c 
monoye dans Tes EAms ^ fixais 1 or & Targeot: s'y pr^nmeotam 
jpoids. Ofi y mec pourtant de la mom>ye fortkgére^ ôcdç 
bas or , que foiK les Arabes appeliez Oierafios^ Pardale$» 
Quelques Auteurs le nomment Prefte-Iean ^ par erreur oax 
par corruption durmot ; car Les Abyffins diieiat Beyuc-Iuan^ 
qui veut dUve lean eftîmë , Se lesCaldéeAsIuao Encone , c'^ 
à dire lean Précieux & Grand ^ «mais le véritable Prefte Jeaoi 
6xt ^n Prince des Tartares. 

CHAPITRE VIN<;T^ET-VNIE'ME. 

De U qualité du pt^s ^ & des thofis remarquaUes ^ sy 

nmontrem. 



A t/' 



A.^luïpartdelahauteJBthicfpie'eftfertilei&n 'gcos icm0^ 
nu Deftatl^ auffi^bien qu'en bled^^n orge y i&c .en toucies 
fortes 'de Légumes^ comme TEurepe. Les btjeds font £ iiauts 
qu'ils couvrent vn iionnne tde cheval , pamcAiliérflSuent le 
millet. Il (y a«n quelques «endroits des vignes & des cVreilles 
qui rproduiiènt sde ires-tbons itaifins ^ dont on fyiit du vin ^ 
maisron y^boit'd'ordinatre du cidre faitrde .pommes de boîs^ 
comme auximontagnos d'Erpagne^^âcenfiitcaye ; Eten quel- 
* on rappelle ques endroits tle rhydtomcl * , comme en Mofcocvie ^ Livo^ 
Mede. nie âcLituanie. 'Ccthydromel eft fort agréabk., & auffi^fort 

que laiTsaWoi{ie^xlon£iil;ale:gouft. Ce brûlage Ws xend 
n gais )&cil Êiîns, qu'ils ^nejlàvent quex'eft de Médecin ni 
d'Apoticaîre. IlsmoifTonnent trois foistran ^ car iwtoft qu!ils 
ontixeoueilli ie- grain, ils euifement d'autre> parce-que la terre 
ne manque ^ point :d*eau:par le moyen des rivières qui forcent 
des lacs du Nil. Uair y eft auffi tempéré toute l'année 
qa*icyen Automne , mais il pleut fort eniDecemhre , lanvier 
& Février, 6c dansœ tems^là il. neige dans les montaenes, 
2c il fait grand froid, particulièrement vers le 'Couchant. 
LfBfté^ dure quatre mais , pendant lefquels k terce eft fort 



DE .rABRiQVE , LIVRE L 43 

diode y & toute la cofte de la mer remplie d'vn air conta. 

ôcax y à-caufe des lacs te des marais qui fè font du mélange 

des eamc douces & ialées. L'Automne * eft fort tempéré *ccïz Ccmhk 

dans les montagnes y quoy-qu'il fâfle fort-chaud dans les ^^}^^p ^* 

plaines. Il y a pas^tout quantité d'arbres fruitiers , comme pu» haon 

en Europe , beaucoup de léeumes & d'herbes potagères , 8c 

tous les mois des pois & des rêves. On y nourit quantité de 

{rros^||||pnubeftail,& des haras de femelles de chameaux, 

de ca^Res, d'afnes , & fur tout des mulets , dont ils tirent 

leur principal fervice. Enfin , c'efl vn païs tres^bondant , 

& o^ il- y a quantité de mines d'or , d'argent , d'eflain , de 

cuivre , & d'autres métaux ^ mais les peuples y font fi fai^ 

neans , qu'ils aiment mieux courre deçà & delà , & porter les 

amies , que de travailler. 

CHAPITRE VINGT.DEVXIE'MÊ. 

Du feuvt dtfNilyf^dece qu^il ade mervtiUeux. 

LENil,<}ui fe nomme ainfi en Afrique, auflî -bien qu'en 
Europe , efl le plus grand de tous les fleuves- c*efl-pour-. 
quoy les peuples de la haute Ethiopie, l'appellent Abanhi^ 
c'eft à dire le père des fleuves. Les Anciens ont crû que 
c'eft<Kt vn des bras du Gehon , qui defcend du Paradis terre* 
ftre, dequoy l'on trouve ouelque fondenîenten divers Au- 
teurs , & particulièrement dans Lucain *, qui en fait difcourir 
amplement les Préfères d'Egypte , pendant le repas , à la 
prière de CeÊu*. Mais , il femble que les Anciens n'ont pas 
bien connu fon origine. Car les vns difent que les lacs d'où 
il fort , ne fe forment que des eaux des neiges qui tombent 
des montagnes de la Lune : D'autres foûtiennent au-contrai- 
re, que fa fource eft dans ledefèrt,d'où fefont ces lacs fort 
éloignez les vns des autres. Mais quelques*^vns veulent qu'il 
y ait déjà dans ces mon tagnes comme vn commencement de 
rivière, & que cette eau fe précipitant en bas des roches fè 
faflê ouverture dans terre par fa violence , & fc rende dans 
ces lacs , par des creux fbûterrains. Mais toutes ces opinions 
font au jourd'huy réfutées par l'expérience , & l'on a décoii^ 

F ij 



*tiTtciow 



44 DESCRIPTION GE'NE'RALÉ 

vert que les eaux qui forcent des monts de la Lune font les 
véritables fources du Nil , & que ce font les neiges & les 
pluyes qui caufent Tes débordemens. Ces montagnes s'ap- 
pellent maintenant les monts de Behc,c'eft à dire amas d'eaux, 
£c c'eft vne chaîne de rochers qui s'étend de delà la ligne , juf- 
qu'au Royaume d'Efceva , ficà-travers celuy de Goeiane , qui 
font tous deux en la haute Ethiopie. Elles font plus hautes 
que toutes celles d'Afrique ni d'Europe , & chao||^cpn' 
tinuellement de neiges 6c de glaces. Comme elles^Rt fous 
le Tropique du Capricorne , quand les grandes chaleurs ap- 
prochent , & que le Soleil donne à plomb deflus , toutes ces 
neiges 8c ces glaces fe fondent comme icy , & tombent avec 
précipitation dans ces lacs 3 (1-bienqueparces eaux & celles 
des pluyes qui font très-grandes dans la haute Ethiopie au 
mois de May ,1e Nilfe dcoorde. Mais , il ne commence que 
vers la my-Iuin àcroiftre enEeypte^parce-qu'ilfauttoutce 
tems-la , i ce que difent les ÂoyAins , pour donner le tems 
aux eaux dedefcendrede fl loin. Comme je demandois vn 
jour àdesmarchans Ethiopiens qui trafiquoient eh Nubie & 
en Egypte , .d'oà venoit qu*onne pouvoit fàvoîr auvray oii 
eftoient les fources de ce fleuve , ils répondirent , qu'au 
pied des monts de Beht , Se aux environs , il y a de grandes 
toreftstoufuës,& des deferts remplis de beftes farouches ^ fi- 
bien qu'on n'en ofe approcher fans courre rifque de perdre 
la vie. Que delà fes eaux vont toujours augmentant vers le 
Midy , Seront vn très-grand lac , qui ne femble point avoir 
de cours. QiTiLenfort pourtant du coflé du Midy plufieurs 
rivières qui coulent vers divers endroits , les vnes auLevanc^ 
les autres au Couchant , faifant de fi lones détours , & tant 
de lacs, qu'on a peine à comprendre d'où tant d'eaux peu- 
vent venir. Ils ajoûtoient qu'il arrive fouvent aux Etnio* 
Î liens qui errent parmi ces deferts , comme les Arabes , qu'a, 
aht après leurs chameaux , qui s'échapent d'eux quand ils 
font en rut , 8c les pourfuivant quelquefois jufqu'à deux , ou 
trois cens lieues vers le Midy , ils voyent toujours les eaux 
de ce fleuve d'vne mefme façon, formant degrans lacs & 
plufieurs bras. Us rencontrent aufll de grandes montagnes 
Offertes 6c fleriles, Moçaudi affure que c'efl-U que fe trou- 



\ 



DE L'AFRIQVE , LIVRE L 4^ 

rent les plus riches émeràudes , qu'ils appellent Dubé. 
nis , fie QU*on y voie auifi des hommes fauvages qui fuyent la 
conversation des autres. Le premier y & te plus grand lac 
que le Nil forme ^ fè nomme Safë , 6c a du cofle du Levant les 
provinces de Goeiane fie de Begucmédri , êc du cofté du 
Couchant celle oe Dambaye , fie plus de vingt Ides peu- 
plées d' Abyffins , qui font vaiTaux de l'Empereur d'Ethiopie. 
Le N^jfort de ce lac afiez paifible , puis tra verfe rapide- 
ment tout le pais de cet Empereur , fàifànt plufleurs tours fie 
retours , fie coftoye celuy des Nègres , (ans eftre reÛerré dans 
vnliâ: ^jufqu'à ce qu'il arrive entre certaines montagnes où 
font les cataraâes, oumaifons de Mecar, que les Anciens ap- 
peloient Catadupes. Ses bords font nabitez de part fie d'au* 
tre nar plufieûrs nations de Nègres, fie le long des rivages 
on (eme les grains de Binque , qu'on appelle ordinairement 
grains du Nil , fie que les Arabes nomment Baladur. Le païs 
qui eft au Levant du Nil, s'appelle Habecha en Arabe, fie 
oeluy du Couchant Nubie , Zinque fie Geneo va : Nubie du 
cofté de i'E^pte , Zinque au milieu du païs , fie Geneova à 
l'Occident fie au Nort ^ le lone du Niger fie de l'Océan. De- 
puis les Cacaraâes en defcen(knt,leNiI s'élargit fie va len- 
tement y faifant de grans détours , fans eftre pourtant ni 
gaéable ni navigable en pas-vn endroit , jufqu'à l'Ide de 
Meroé,que les Egyptiens appellent Naulebabe-^c'eft-à-dire 
mère de bons ports ^ les naturels du naïs Neuba, fie les Abyf- 
fins Saba , où regnoit , à ce qu'ils difent , la Reine de Saba 
ou Maeueda , qui futvifiter le Roy Salomon. Celle deCan- 
dace eftoit aufli Souveraine de ce pais , fie envoya fon Eunu- 
oue * faire fes offrandes en lerulalem , où il fut baptifc par * indipc 
mnt Philippe. Quelques Auteurs doutent du nom de cet- Â^"^„ "' 

. rr. ^^-^ T . I r Itoit-cllc pas 

te Reme , fous prétexte quil ne règne point de femmes dcià^maUds 
enEthiopie * par vne loy, ace qu'on îâit^ae Salomon. Mais ^'Arabie, qui 
on répond à cela , qu'elle pouvoir eftre Reine par mariage ^ auffiTtSLîc 
fie non par (ucceffion , bien^qu'eïle en portaft le titre pour en la sainte 
fonfiivoirôe fa vertu, comme difent les Abyffins. Cette iHe ^^'^^"^^^^^ 
eft fort grande , fie contient maintenant trois Royaumes femmede 
diftinguez les vns des autres , dont les Rois (ont contraires en Woyfe eft 
religion fie en coutumes , fie s'entre- font quelquefois la guerre [ju^'^cme. 

F iij 



4é DEèCftïPTlÔM GE''14Ê^RA1E 

â tdiitéoutratice. Le^^rémiey 8t lé fias ^iflainr dl âa Ctnfi 
thont de Tlde , & Mahoftlëtdû. Le i«côn<t ^ dofit Itis IftatS 
font vers le Nord,e(ldek wce cfes Nègres^, & idoKtefe, Le 
troifiéme eft au Midy , & Chreflieû Alsrv^ffin. /ujet de HEm|»c- 
fcur d'Ethiopie. Depftiis cette Ifk en defcciidant , te Nil eft 
navigable , &: enf quinie jovtrsrles barquéis vont ittftjtt^à ht ville 
dé Guagucra, que les Anciens appekweftf Siette^oàles Po«^ 
te* difent que kfs rayons dtt Soleà tombent à ploinfe^, & qu'il 
n'y fait point d'oïflbfeen plein midy. Ceft ù première pfa- 
cede TEgypte fur k frontière duRoyaiïme de Nubie. Delà 
en-bas on navige en tantt feuteté fur le Nil. Ses rivages de 
coftéôt d'autre, font fcfît peupîeîi dTEgtptiens & d'Arabes, 
& ks campagnes fcïtiksf par fon débordement. Toutes fes 
eaux, comme iidûsàvtfns déjà dit, fetônt rendre dans kmer 
Méditerranée, par divers canaux , viswà-vis Vide de Cypre. 
Le H il commence icroiftre en Egypte vers le quinzième 
deluin, 8c eft qnâi^nte jouri à croiitye, & autant à dimi- 
tiûet. On rtcônnoift pâr.Ià l'abondance , ou k difette de 
l'année fuivânte , £C à quel prix le bled pourjji eftre. Car 
dans vne ïfleqiti eft vis- â- vis du vieux Caire, appelée Mi- 

3 nias , c*cft*^- dirt méfbre , on a fait dts marques de coa- 
ée en coudée fut vue colonne , qui eft au milieu d^yn 
étang, de dit- huit côudéei de hauteur, où le Nil entre par 
va canal, le dix-feptiéme de luin > qui eft te tems que l'eau 
commence à croiffre en ces quartiers. Elle croift quelques 
jouts de deux doigta , d'antres de trois , d'autres de quatre j 
8t chaque jouf il va d« Ûeputez du Caire voir cette colonne, 
parce^que cet étang eft en vn lieu , ori perfcnine n'en- 
trd fans la permiffion du Gouverneur. Quand ces Deptu- 
tez ont remarqué combien le Nil a crd .ils le difent a de 
'^ oa bottrga- jeuhes garçons , qui portent des bonnets jaunes pour eftre 
é^fd'aicotout reconnus, ôtqui vont par toute k ville & fes faux-bourgs* 
?ommrde publier la hauteur que le fleuve a hauSTé chaque jour 5 ce qui 
fambottrgiâo duretattt que le Nil croift, & on leur donne quelque chofc 

Caire. ^ i^^ ^^:r^^^ «^^..^ ^XM>.^^«..,^n. J^l^;^^ ^é.:^..^^ r%,^^2 1^ 



difette: Que 



^il vient au-contraire jufqu'à dix-huit , Tannée eft très-bon- 
ne. Ji/feis<'f5ftKfirp>#%e 4e quelque ^ngçr^ à-caufç de la 
multitude des eaux. C'eft bien pis , quand il pafTe les dix- 
|iiiit>«pndcqs v<^ «pucie jm^ ^oprt iinccune.d'çftri: fubm^<* 
gé , Se les O0îcier^ font oblige? de le publier par les rues. 
Alors, ces jeunes garçons vont criant qu'on craigne Tire de 
Sàevk ^pMce^que^&debotdement du Nil eft arrivé JDfqu'àk 
liauceur des c^gues^les peuples courent dans les Molquées 
&ire.des 3rœux & des pnécc^s),,^^ donnent des aumônes. Le 
^W crpiftrde U forte L'e(pace de quarante jours, fc en de- 
x:roift.Aiit»nt y£c na^ce-qu'il y ^ &nte de vivres alors y chacun 
fiBt libxe de y^noxe ce qu'il en^ xoqime il luy pUift ^ mais 
cetcpoqs naCé on les taxe v& p^t]cicuUéi;ement lep^in, dont 
ile^mx cure, toute r^nçe. X>r ielon.la qualité. du déboi:. 
demepjt ^ les pepute^ .^ les* OiEciets .(ayei^t dpja les terres 
.qui. ont içfté.^trpréjcts du Nil, :^. celles qui ont. ev trop où 
trç^ ,p«u dfeati., à.prpportiqade leur haqteur ^ Suivant quoy 
ils mettent .lie^iprix, au bled & à l'orge. Enfuite^il fe fait .4e h 

a des léjQuifiancçs au Caire , qufil femble que tout fe 
evetiè }.Puis les babitans couvrent leurs baraues de toi- 
les ,&^ de iîns tïipisy^à la.clartéde plttCleiirs flamoeaux vont 
fouper fur ^»u. Alors le Gouvenieuren perfonne^avec les 
jdos «D0Lns de la ville , & les Officiers . de la luftice y va ^u 
giana canàlqui fe ferme dVp bqn mur,qua^d leNiicom- 
joence àxrQiftte ,,^ prepanjc des pics , Us démolifleutce mur 
.eux-mefmes , ayec grande aUegreire«,X<e Nil entrant ,donc 
jiar cette brèche, fe.répapd par .toutes ^Içsruës delà vifle & 
des Êiuxbourgs -, & le Caire reil^çmble . ce JQU£<:>U a .ljicvil|e 
de Veuixe., .parçcrqu'on v? par tQutes^es rues à^pied^.en 
bateau. «La fefte continue fcpDJPUrs fi (ènt nuits , avec fe- 
itins.^nmUque ^& c'eft vne . des anciennes, Iplennitez de TE- 
gyptc: qui dure; encore auj ourd'huy . ^V oi\i,çc<\uc n ous avons 
trmwéde plus* véritable du Nil> api^ésnpusençftre inforfue 
mecignand Ipin de.ceux du^p^îs^d^^sj^thippie^s , que le tra- 
.ficyi^aéne,, particulièrement toychant.le débordement de 
jce fleuve , qu'oa obferye plus e?f$v^efp$pt là cette heure 
qUr'oD /ne j^o)tiâui;refois« 



4» DESCRIPTION GE'NETRALE 

CHAPITRE VINGT-TROISIE'ME. 

DitMmâuxJtJfrupu^di^^ Jtctmxit tEsmfe^^ 

des autres fartiadantc:^ dm féSs. 

Cbémiâms T E Chameau que les Arabes appellent Gimel , c'eft à dire 

I . ricbelle da Ciel ^ eft vn animai domeftique , fort dom. Il 
y en a quantité par toute T Afrique, &partîcultérêmentckns 



la Barbarie , & aux deferts de la Gétnlie & de la Libye. Les 



Arides n'ont point de plus grandes richefles , ni 
qui leur rapporte plus de profit , & quand ils parlent d'vn 
homme ricne , ils difent qu'il a tant de milliers de cha^ 
meaux ,fâns parler du refte. Tous ceux qui en ont vn grand 
nombre font fcigneurs , ou n*ont point de maiftre ; parce- 
qulls errent avec-eux parmi les delerts , où Pon ne les peut 
venir attaquer , à'Caufe que le jpaïs manque d'eau. Il y en a 
ttf«*p'*S^ ^"^ ^" Ane* & les Turcs s*en fervent en Europe pour por- 
Tttr^mLif/ ter leur bagage, comme font en Afrique tous les Arabes & 
*les«i}iri*i< les Africains ^ qui vivent dans les deferts*, & aufli les Rois 
Biicdulgcrid. de Barbarie. Ceux d'Afrique font meilleurs que les autres^ 
parce- qu'ils fe paffent jufqu4 quarante & cinquante jours 
a orge )& quand on les a déchargez , on les met paiftre dans 
les chams , où ils broutent des herbes , des épines , & des 
branches d'arbres , 8c ruminent le long du jour ce qu'ils ont 
mangé la nuit. Quand ils commencent à faire voyajge , il eft 
néceflaire qu'ils foicnt gras ^ car on a expérimentequ'aprés 
que céc animal a marché auarante , ou cinquante jours fans 
manger d'orge , la graifle de fa bofle commence à diminuer, 
puis celle du ventre ^ & enfin celle des jambes -^ après quoy 
il ne peut plus porter de charge. Ceux d' Afie ne peuvent 
rcfîfter à cette fatigue , & l'on eft contraint de leur donner 
tous les jours leur ordinaire ; de- forte que chaque chameau 
chargé de marchandife , en a vn autre qui porte du grain 
pour luy & pour foy , ce qui fait qu'ils vont toujours char- 
gez fans perdre leur embonpoint. Mais les caravanes d'^A- 
mquequi vont en Ethiopienne fe foucient point du retour , 
parce-qu'elles ne rapponent rien de pefantj & quand elles 

arrivent 



DE UAFRKjVE, LIVRE L 4^ 

âfriv'ent-là , elles vendent les chameaux maigres , & en achè- 
tent de gras ,fur lefquels elles reviennent avec des vivres , vn 
peu d'or, & quelque marchandife légère. Il y a de trois for- 
tes de Chameaux ^ ceux qu'on nomme Hegin , font les plus 
gros &• les plus grans , & portent jufqu*^a vn millier j mois on 
ne les charge point, qu'ils n'ayent trois ou quatre ans. Quand 
en les charge , on ne fait que leur toucher les eenou^ & le Col 
d'vne baguette, aufli-toft ils febaiflentjurqu'à terre, 6c tandis 
qa'on les chgr^é ils demeurent en cet eftat , rifminent conti* 
Buellemedt & jettent des cris , s'ils font jeunes. Lors qu'ils Ten- 
tent qu'ils font chargez , Se que celuy qui les garde leur ofte 
vn anneau où eft attachée vne corde , pour les conduire en 
façon de bride , ils fe lèvent aufG-toft avec leur charee. 

Les Africains , & tous ceux qui veulent avoii- de bons cha- 
meaux de charge , les hongrent &c n'en laifTent qu'vn entier 
pour dix femelles. Il y a d'autres chameaux qu'on nomme Be- 
chet , qui ont deux bofles fur le dos , que Ton charge toutes 
deux,out]£ qu'ils en font plus propres à riionter , mais il n'y 
en a qu'en Afie.Les troifiëmes^s appellent Ragahil ou Mahari, 
autrement Dromadaires , qui font plus petits & plus délicats; 
mais ils ne fervent que de monture: ils font fi viftes , qu'il y 
en a qui fonttrente^cinqou quarante lieues en vn jour , &i 
continuent de la forte huit & dix jours par les deferts , fans 
manger que fort peu* Tous les Seigneurs Arabes de la Nu- 
midie , & les Africains de la Libye , s'en fervent comme ^e 
chevaux de pofte y quand l'occafion fe prcfénte de faire vne 
longue traite , & les montent aufli dans le combat. Ceux 
oui fervent d'étalons entrent en amour au commencement 
de lanvier, & mangent ou boivent alors fort peu^ mais ils 
font fi farouches, qu'outre qu'ils s'entre-battent , ils font dan^ 
gereux pour ceux qui les mènent -, parce- qu'ils fe fou viennent 
alors <iu moindre mal qu^^on leur a fait , Se enlèvent avec le^ 
dents ceux qu'ils peuvent attraper, puis les laiflant retomber 
ï terre , les foulent aux pieds jufqu'à ce qu'ils (oient tout 
moulus. Ils fe battent auffi contre d'autres animaux à coups 
de pied & de dents , & l'crn en a veû s'attaquer à des lions. 
Ils ne font en amour que quarante jours ^ êcceta paflc, ils re- 
prennent leur douceur ordinaire. 



\ 



50 DESCRIPTION GE'NE'RAL^ 

Le chameau ejidure patiemment la faim& lafoif, & ne 

boitordioairement qu'en quincze jours, ou tout au- plus en 

^onTabreu- Jix jours vne fois * ,& fi on luy en donne plâtoft, on iuy 

jouis? ^*^^^** ^it ^^^^- ïl cft doux de fon naturel , & a quelque chofc 

d'humain 3 de-forte que quand on le veut obliger à faire de 
pius grandes traites qu à l'ordinaire , au-lieu de le «naîtra- 
ter , bn fc ntet à <iianter autour pour luy donner coura^, 
lors qu'on voit qu'il s'arrefte , & qu'il ne veut pas pafier 
outre ^& alors il en fait plus qu'on ne veut,&:va plus vifte 
qu^vn cheval ne fait pour l'épèron. Les Arabes les appellent 
communément Gimels , & to.ute vne bande Bil , & du laiâ 
qu'ils en tirent, & de dates ,ik vivent la plufpart de l*ao* 
née. La chair en eft fade, particulièrement celle de la bo^j 
jdont le^oufteft<:omme celuy d'vne tétine de vache fort 
rafle. Les Africains & les Arabes empliflent des pots & 
es tinettes de la chair qu'ils font frire avec la graifle , & la 
ardent ainfi toute l'année pour leur repas ordinaire. Enfin, 
e chameau eft de tous les animaux celuy qui charge le moins 
fbn maître , 8c qui luy rapporte le plus de profit. Ils devie»^ 
nent fort beaux au païs chaud , 6c meurent au païs froid , 
lors qu'il neige , & qu'ils font obligez d'y paiTer Phy ver. On 
les tient donc toujours dans les plaines , .& les fablons d'A- 
frique , fi ce n'eft quand 011 les mené charge? de Numidie 
çn barbarie, oà ils font deux ou trois jours àtraverfer les 
nvoni;agn63 du grand Atlas. Ils'envoitplufieursenEfpagne, 
que les •Gouverneurs des places frontières y envoyent : Mais 
ils n'y vivent pas long-te^is ^ parce que le pais eft trpp froid 
^ pour eux. 

ChiVâMx. ^^ appelle en Europe ies Chevaux de Barbarie , des Bar- 

bes^maisil y en a vne autre efpece qu'on nomme Chevaux 
Arabes , qui viennent de chevaux fauvages , des deferts de 
l'Arabie. Les Africains difent qu'on a commencé à les 
domter , 8c à en faire des haras fous le Chèque Ifmaël ^ mais 
ils ont tant multiplié depuis , que toute l'Afie 8c l'Afrique eri 
font pleines. Il s'en trouve encore quelques-vns ide iauva. 
res dans les defertsxi'Arabie 8c de Libye. Ces chevaux Çont 
ort légers,8c l'on reconnoift leur viftefle à la chaffedes Lam- 
pJC.es ic des Autruches , quapd ils les prennent i la cpurlb ; 



f 

fo 



DE L^AFRIQVE, LIVRE L ji 

alors ils valent mille efcus d'or , ou cène chamejiux , mais il 
s'en trouve pe» en Barbarie. Les Arabes du defert , & les 
peuples de Libye en nouriflent quantité pour la chafle } 
car ils ne s*en fervent nipour voyager^ ni pour combattre ^ 8c 
ne les nourifTent que de dates &; de kick de chameau , qu'ils 
leur donnent le (air £clemacin^ceqiri les rend forts Se lé^ 
gersy pltttoft mâigret que gras , comme il faut pour cela; 
mais ils les envoy ent en paiture quand il y a de l'nerbe. Les 
Barbes que nouriflent les Grans de Barbarie , ne font pas fi 
viftes , &; ne durent pas tant àla cour(è ^ mais ils font plus 
beaux ^à-caufe qu'on les traite mieux , & qu'on leur donne 
de l'orge. Les Princes ne kiiflent pas de nourii quelques 
chevaux Arabes pour fe (àuver envne neceflitc. Eric Cherif 
Maharoee eftant Rjoy de Miroc en avoir vn, qui l'avoir tiré 
de grans périls^ par Ton extrême vifteffe , lors que^fon frère 
Êufbic fouflever les peuples pour fe rendre maiftr e du païsw 
Il le nourillbit dans l'écurie y fans rien Étire ^ m Tmiffrir 
qu'on montaftde£[u&^& le traitoit fort bien, pebay brun 
qu'il eftoit ^ il eftoit devenu tdut blanc de vieillefTe , 6c ce 
Prince difoit qu'il luy feroit Étire vn tombeau ^ comme Aie^ 
xandre le Grand avoir fait au flen. 

Les Chevaux fauvages font fort rares , 8c vivent , comniY cbtvâtféttf 
}'ay dit, dans les defetts d'Arabie 6c de Libye^ Les Arabes vé^i- 
les prennent pour des beftes farouches, 2c les mangent -, & 
l'on dit que c'efl vde viande fort délicate , quand ils font 
jeunes. Mais ils font fî viftes , quil e(V impoflible que les 
chevaux ni les chiens les puifTent atteindre a la Conrle. On ^ 
leur drefle donc à/^s pièces *aux lieux où ils viennent boire^ ^^^ Ud^ 
tCOB les prend âin(L Ib font plus petics que les autres , St da&$ les (k- 
de couleur cendrée ^ quoy-qull y en ait auffi de blancsy. Wcs. 
mais ils ont le crinSc le poil de û queue fort court hL he-^ 
riffé. 

Le Cheval marin eft vn animal fort grand ,. qui fe iroartt ChevMmi^ 
4ans l'eau, n y en a quantité dans le Niger ficdaiis lé Nil. rim. 
B reflèmble de figure au cheval, & de couleur i ht pauthere*j< *oaiieft grî» 
Son poil eft fort court y fon crin petit , & fa queue de part 8c g^^* *^/* 
d'autre garnie de poil , quoy*qu'au milieu 6c prés de lacrou* chtvai. 
|e il n^y ea ait point. Ses dents 8c fes dérenfes font fort 

G ij, 



54 DESCRIPTION GE'NrRALE 

f^ar d'autres inventions. Us vont par troupes en pâture & 2b 
•abruvoir. La chair en eft fort-bonne, mais il la faut laiflec 
refroidir deux jours, lors qu'elle eft cuite; parce-qu'autre- 
ment elle put Scfcnjctropla venaifoa Nous avons veû quan- 
tité de ces animaux dans la Sârdaigne ^mais plus petits» 
jr ^^ Le Lion que les Arabes appellent Aced ,eft la plu? forte ^la 

plus coura8;euie & la plus cruelle de toutes les beftes farou- 
ches: car il tes dévore toutes, tant fauvages qiie domeftiques y 
bc met en pièces les troupeaux ^ & fouvent les hommes & les 
mangc.Il en attaquera quelquefois deux cemàcheval, particu- 
lièrement s'il eft prés d'vn fort où il {epuifTc retirer, écen lieu 
où l'on ne le puifle inveftir. Quand les Arabes & les Gransdu 
pais favent qa*il v ea a quelqu'viides plus furieux par lacam. 
paene^ils s'afTemolenc par troupes , comme pour donner ba- 
taille avec des tym^ales , des trompettes & des clairons ^8c 
montant à cheval ^ le vont trouver a fon gifte avec quelques 
tireurs^parce-qu'il ne marche jamais de jour,& qu'il va de nuit 
clxercher fa proye. Lors qufiU font arrivez y ils l'environnent 
de toutes -parts , & font leur décharge fuk luy de loin a coups^ 
de dards ôc de flèches pour L'attirer en rafe campagne, où il 
entre fî-toft qu'il fe fent bleffé, Se rugifÔint fe jette fur les 
chevaux & fur les hommes. Auifi-toft pour l'étourdir ils fon- 
nent des inftrumcns que j'ay dit , & fans le péril qui eft gràntV 
ce feroit vnc des plus belles chafles du luonde -^ mais il fait 
toujours vn grand carnage y Se particulièrement de chevaux. 
L'an mil cinq cens quarante-quatre^le Cherif Mahomet 
Roy de Maroc allant à Tèméccn avec fon armée , nous 
vifmes combatre vn lion contre fcs gens dans des halliers, 
près d'vn. ruiiTeaur; le combat dura plus de deux heures ) 8c 
dans cetems-làle lion ble{raonzechevau)t , Se tua crois fiom* 
mes , & en euft bien fait davantage , fi l'on ne l'euft percé de 
loin à coups de flèches & d'àrqucbuze de plus de foixante 
coups. Mais^U cftvrayque c'cftoic vn des plus grans & des 
plus furieux lions qu'on euft veû de Ipng-ten^, en Afrique- 
Cet animal fe fourre au milieu d'vn troupeau de brebis,. Se 
emporte ce qu'il luy plaift , tantoftaux montagnes , tanto^ft à 
k caverne où font les petits ^fouvçnt il encre dans les caba-^ 
nés des bergers^ &c s'il ea trouve quelqu'vnendformi , il ca 



fc 



DE rAFRIQ\^E, LIVRE L - 55 

fait de nicrme^maisïî on luy fait tcfte, il s'enfuit. Les eu. 
ri(s qui s'enfuyent de Barbarie ,& qui fe fauventlanuitpar 
es montagnes, vers la cofte qui eft au-pouvoir des Chreftiens, 
difent qut fi quelquVn rencontre vn lion de nuit , Ôc qu^il 
continue fon chemin , faifant bonne mine fans fe. détourner , 
le lion ne l'attaque point , mais qu'au-contraire il baiife la 
vcuc à (à rencontre 5 mais s'il montre quelque figne d^apprjc- 
henfion, il faute anilî^toft fur luy ,&le met en pièces. Sou- 
vent vn lion fuivant vn captif, a paffé plu (leurs fois devant 
luy dans le chemin & dans les paffages,& voyant qu'il ncpa- 
roifToit point eiFrai€,ne l'a olé attaquer^ mais il ne laifloit 
pas de le fuivre fur l'efperancedele furprendre endormi, ou 
au dépourveu. Quelques-vns croyent qu'il accompagne de 
la forte ces captifs qui font Chreftiens^ pour leur montrer 
le chemin & leur fervir d'efcortc 5 mais c'eft pour les man- 
ger s'il peut , ce qu il n*ofe iâire en les voyant bien refolus, 
non plus que les autres beftes farouches. Il y a quantité de 
ces animaux.en Afrique j mais ceux des montagnes froides ne 
(ont pas fi hardis que les autres , & ne font pas tant de mal, 
particulièrement aux hommes. Ceux qui font dans les pro* 
vinccs deTcmccen & de Fez , ou dans les deferts d'Angued 

{vés de Trcmccen , j8c entre Bone& Tunis font plus fiers &; 
es pluscxuds de tous. L'Hyver, qu'ils c^trcm en amoujf^ 
ils s'entrebattent à toute outrance , & s^il arrive qu'vn 
homme ou quelque autre animal fe rencontre alors fur leur 
paflàge,» c'eft vn erand hazard s'il en échape. Car ils vont 
nuit ou dix enfenu>le.& le dévorent. La force de cet animal 
eft fi grande , que tout ce qu'il faifît avec les dents.il Pjcmpor-- 
te , quand ce feroit vn chameau. Mais avec tout fon courage, 
il appréhende le feu. Quand les Arabes pafient la nuit dans 
quelque lieu découvert , ils y font vn grand feu pour l'cmpef- 
cher d'approcher ,& s'ils en apperçoiyentquelqu'vn, ils jet- 
tent des tifons ardens decccoilc-là,.&parce moyen ilsï'ar- 
reftent tout court. Il arrive peu fou vent fans eftre apper- 
ceu , parce-qu'il y a ordinairement certains animaux * vn peu ♦ ^j^y^^ 
plus gransquedes renards, & dcmefinc poil , qui le fuivent 
pour manger ks reftes , & ces animaux-là heurlent comme 
des chiçjis^ fi-biçn jqu'on recoonoiftà leurs cris que .le lioû 



^6 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

n*eft pas loin , & Ton fe met en defFenfe. Ce lion a néants 

moins grande averiion contre ces beftes , & met en pièces 

toutes celles qu'il rencontre j mais elles font firufées ^ qu'eL 

les fe tiennent i quartier , 8c n'approchent point qull ne foie 

faoul , £c qu'il n'ait abandonné fa proye. Dans la ville de 

Fez, on y court les lions , comme on tait en Efpagne les uo« 

reaux , & il y a vn lieu deftiné pour ces courfes , qui eft ceint 

de hautes murailles , & entouré de cellules , donc^ les portes 

ne peuvent tenir plus d'vn homme , & fe ferment avec des 

^oatTcc des verottils *.Si-toftque le lion entre dans la plate, tous ceux 

ferrures à rcf- qui font dans ces cellules en fortent tout avntems ,& ve- 

^^"* nant i luy avec de erans cris , le mettent en telle furie à 

♦oudWnbout <^^^p5 àe dards , qu*iî court à eux de tous coftez * j de-(brte 

à lautr e de Que ce qu'ils peu vcnt faire en cette rencontre,c^eft dcfe fauver 

iacarriére. ^^^j leurs trous lors qu'il en approche, & de fermer la porte 

fur eux. Il fait tout ce qu'il peut pour l'ouvrir avec les grifes & 
les dents , Se s^il les attrape avant qu'ils foient entrez , com- 
me il arrive quelquefois , il les met en pièces. Quand ils l'ont 
bien irrité ,& qu'ils l'entendent rugir, ils font entrer vntau* 
reau pour fe battre contre luy y & c'eft vne chofe belle à voirj 
car ils fe livrent tous deux vn fanglant combat , où il faut que 
Tvn ou l'autre periffe , & il arrive fouvcnt que c'eft le lioti. 
Mais quand c'ell lui qui tuë le taureau , les hommes fortent 
aufli-toft de leurs cachettes pour combattre contre luy avec 
*ou tne liai- chacun vnedemic-pique *; Ceux qui ^attaquent le lion ^fbnt 
icbardc. ordinairement douze , & fi Ton voit qu'ils foient trop , on en 

fait retirer quelques>vns ^mais s'ils ne font pas afTez ,leRoy 
mefme ic (es Courtifans qui font à l'entour dans des galeries^ 
tirent fur le hon avec des arbalefbes , jufqu'à ce qu'ils l'ayert 
tué. Ceux qui combattent contre ces lions , {ont certains 
Barbares de la montagne de Zelac , qui ont chacun dix écus 
de recompenfe pour cette fefte, qui leur confie fou vent la 
vie. Il y a encore d'vne autre forte de lions qu'ils appellent ' 
* panthères. Léopards % qui font auffi forts & cruels, mais iis ne font point 

de mal ,ficen*efl: qu^on leur enfafle, & ne perfecutent pas 
tant les brebis , mais ils font grans ennemis des chiens Se 
desadiyes ^ & les de vorent. Il y en a en quantité danslaprb* 
vînce de Conftantine. Les Africains vont à k chaile contre 

eux 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. 57 

eux à cheval, parce- Qu'ils fuyenc le monde-, mais quand on 
Jes prefle pourtant , ils refiftent avec vigueur. Il y en a aufH 
grand nombre dans la haute Ethiopie, particulièrement dans 
fes montagnes de Beht& dans celles d'Alard & deQuen. 

LcDatMk , eft de la grandeur d*vn loup , & prelque de la Ddbuh, en 
mefme forme; mais il a des pieds & des mains comme vn ^^ v^/ * ^ 
homme. 11 ne fait point de mal aux animaux , car il eft lâche /w^r"^**** 
& (ans malice, mais il tire les corps morts des fepulcres , & les ^^ 
mange , ce qui eft facile , parce-que les Maures fe font enter- 
rer dans les champs. Lors que les chafTcurs ont découvert 
fon gifte , ils y vont chantant au fon des timbales , ou des 
trompettes , dont il eft fi forpris ou fi réjouy, qu'il ne part 

}>oint de fa place. Alors Tvn a entre eux prenant fon tems, 
uy lie le pied avec vne corde, & le tirant dehors on le tuë, 
mais on ne mange point de (z chair ^ car les Maures Pont en 
horreur , outre qu'elle ne vaut rien. 

Les Civettes, qu*on nomme en Arabe Zebide, font naturel- Cbdu. 
lemenc fauvages , & fe tiennent dans les montagnes d'Ethio- 
pie. On en tranfporte beaucoup en Europe , car on les 
prend petites , & on les nourit dans des cages de bois bien* 
fortes , où on leur donne à manger du laiâ , de la farine de 
bled cuit ^ ou du ris , &: quelquefois de la viande. Elles font 
d'vn gris blanc , rayé de noir comme les chats Romains j mais 
elles font plus grandes & plus fortes. La civette n'eft autre 
chofe que la fueur qui fort ae leur corps: & pour la tirer on les' 
irrite dans leur cage avec vn bafton , les faifant aller tantoft 
d'vncofté , tantoft d'vn autre, jufqu'à ce qu'elles fucnt, & 
alors on la tire d'entre les jambes , & d'autour du cou & de la 
queue , ce qui fe fait deux ou trois fois le jour. 

II y a de plufieurs fortes de Singes, les vns de couleur de chats Singc: 
fauvages, avec la queue longue & lemufeau blanc ou noir, 
qui s^appellent communément en Efpagne Gatos-paulés , & 
viennent du païs des Nègres. Les Guenons qu'on nomme en 
Afrique Babouins , n'ont point de queue, & font en quanti- 
té dans les montagnes de Mauritanie , de Bugie & de Con- 
ftantine. Mais les vns 8c les autres ont les pieds , les mains,. 
& s'il faut ainfi dire, le vifage de l'homme , avec beaucoup 
d'efprit & de malice. Ils vivent d'herbe, de bled , & de toute 

H 



5S DESCMPTIO/N <iE'NB»RALE 

forte de fruits qu'ils vont ejn troupes dérober dans les jardjos, 
ou dans les champs.Mais avant que de fortir de leur tort ^ \{ y 
eija vn qui monte fur vne éminence, d*où il découvre toute 
la campagne^&qua^id il ne voit paroiftre perfonne^il fiait ilgne 
^Siix autres avec yn crij, pour les faire fortir , & ne bouge deU, 
tandis qu'iU font dehors. , Mais (i-toft qu'il voit venir quel- 
qu' vn y il jette de grans cris , & (autant d'arbre en arbre , ils fe 
fauve^nt dans les montagnes. C'eft vne chofe admirable de 
Içs voir fuyr. Car les femelles portent fur leur dos quatre 
qu cipq de leurs petits , ic ne laifTent pas avec cela de faire de 
grans ^uts de branche en branche. Il s'en prend quantité 
par diverfes inventions^ quoi* qu'ils foiçnt i^rt fins. Quand 
ils deviepnent farouches , ils mordent ; .mais pour pç]» 
qu'on les flate, ils s'appri voifent aifément. Ils font gi;ap4 tort 
aux fruits fie aux bleds ^ parce^qu'ils ne font autre cl;iofç que 
cueillir, couper fie jetter par terre, foit qu'ils foient meurs 
ou non , fie en perdent beaucoup plus qu'ils n'en maneenç 
fie qu'ils n'en emportent. Ceux qui font apprivoifez , font 
des chofes incroyables > ipfiitant l'homme en tout ce qu'ils 
yoyent. 
Éléphant^ L'Eléphant, que les Africaine appellent Elfil, efl vn animal 

lauvage , d'vnc grandeur fie d'vne grofTeur démefurée. jSes 
pieds n'ont point de jointures ni de chevilles , fie fon poil 
eft comme celuy d'vn bœuf. Il a dix pieds de haut , fie n'a 
point proprement de col } car fa tefte qui eft fort grande , 
eftjcpmme attachée à Ces épaules. Ses oreilles font comme 
deuxxondaches, faboucheeft placée dans fon gofier^fie^QU- 
verte d'vne trompe, avec laquelle il mange, fe frotc^ em- 

f)orte tout ce qu'il prend,levant jyfqu'au poids de deux cens 
ivres qu'il charge fur Ces épaules. Quelquefois en entrant 
dans l'eau, il en prend dans fa trompe environ le poids de lyo. 
livres qu'il jette en haut , de la hauteur d'vne pique. Il va fort 
vifle , fie auand on le prefle , il fera en vn jour le chemin de 
fix. Journées. Il apprend fie entend tout ce qu'jpn Iviy ^it ^ 
paice-qu'il a vne efpece d'entendement. Il y en a ^quaivtité au 

Îyjjiis âe^ Nègres , fie particulièrement dans Jes montagnes qui 
ont le long du Niger, fie en la haute Ethiopie. Ils vont par 
iroupçs^ fies'ils rencontrent quelqu'vn^ils fe détournent de 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. ' 55 

hiy,8c le laifTent pafler. Mais s*il leur veut faire mal, ilsPcn- 
levent avec leur tro^npe , & le jettent par terre, tfù ils lê' 
foulent aux pieds tant qu'il foit mort. Quçy-quecét animât* 
foit grand & fauvage^oû nelaiflepas d'en prendre quantité 
en Ethiopie de la façon que je vais dire. Dans les forefts 
cpaifTes où il fe retire lanuit , on fait vnc enceinte avec des^ 
Dieux entrelaiTez de grofTes branches , & Ton y laiile vn pad 
lage qui a vne porte tendue contre terre. Lors que TElé- 
phant eft entré , on la tire en haut de defTus vn arbre , avec 
vne corde , & on l'enferme 5 puis 06 defcend & on le tuë t 
coups" denéches. Mais (i par na:£ard on le manque, 6c qu'il 
forte de renceinte,il^ tuë tout ce qu'il rencontre. Aux In-- 
desSc dans la haute Ethiopie , ils les; prennent d'autre façon, 
outre qu'ils en élèvent dés leur jettneifie , &: lesapprivoifent. 
On en voit de petits en Europe, mais il y en a de fi grans qu'on 
ne les peut embarquer. Et quand les Ethiopiens vont à la 
;uerre, ils 'mettent des tours de bois fur leurdos,oûdix ou 
iouze hommes combattent avec des flèches, des pierres Se 
des dards. L'y voire fe faitdesos&desdéfenfes de cétahi. 
mal , & c'eft vn des principaux commerce s des P<$rtugais avec 
les Nègres. 

Adim^mayn^ c*eft vn aniitial fort privé , qui feflenîble au jtdim^ 
mouton , mais il eft^ auffî grand qu'vn moyen veau , il a les msj9. 
oreilles fort longues & pendantes. Il n'y a que la femelle qui 
oit des cornes. C'eft tout le beftail de la Libye , qui fournir 
aux habitans quantité de beurre & de fromage. Sa laine efir 
très- fine , qùoy-qu'vn peu courte. C'eft vn animal fort paifî^ 
ble qui fe laifle monter aux enions & les porte fur fon dos' 
|4us d' vne lieuë. Il y en a quantité dans les deferts de la Liby e^ 
maison les montre par rareté en Numidie & en Barbarie , 
parce-qu'il n'y en a point. 

Le Mouton de cinq quartiers",Dediffére desnofEres qu^aujC MâMtèm Jk 
cornes 8c en la queue \ qui eft fort large & ronde , £c s'âlonge i^ cîMf 
à mefiire que l'animal s'en giuifle. Ilyenaquelqufe-viies qui if^^rHirs^ 
pefentjulqu'à quinze & vingt livres. Cefibntceux qti^otf 
eiigtaiue dans la campagne -yCaren Egypte plufieurs en nou-- 
riflenten leurs maifons , avec dufon &:de l'orge, qui ont la 
queue fi grande quHls ne la peuvent traîner, & on la lie fur 

H ij 



6o DESCRIPTION GE'NE'RALE 

vne petite f ouloire attachée à leurs cornes. Il y en a beau*- 
coup dont les queues pe(ent quatre-vingts & cent livres , 
quelquefois jufqu'àcent cinquante. Enfin, toute la graifie 
de cet animal efl: à* fa queue, ils ont quatre ou iix cornes^ 
quelquefois plus ou moins, les vues courbées en haut , d'au*- 
très en bas, de lamefine façon que ceux de l'Europe : il s^en 
trouve peu , fi ce n*eft à Tunis ou en Egypte , mais ceux-cy 
font les plusgrans* 
CrêcodiU. Le Crocodile y eft vn animal hardi , mais défiant : il y en a 

quantité dans le Niger Ôc dans le Nil de plus de dix coudées, 
de long , 8c dVne & demie de haut fans la queue. Leur queue 
eft aum longue que tout le refte du corps. Ils ont quatre 
pieds comme le lézard , 6c la peau fi dure que le trait dVne 
arbalefte né la peut percer. Ils remuent la mâchoire d'en* 
haut en mangeant , contre l'ordinaire des autres animaux , 
parce^que l'os delà mâchoire d'embas, 6c celuy de la poitri- 
ne font tout d'vne pièce ^ mais c'eft vn artifice de la Nauire, 
car ils s'incommoderoient en remuant celle d'embas ^ parce- 
qu'ils ont les jambes trop courtes. Il y en a de différente 
grandeur félon l'âge. Plufîeurs ne vivent que de poi0bns> 
quoi-que les autres mangent des hommes j&c des beftes^ au^ 
tant qu'ils en peuvent attraper. Pour ce fujet^ils fe cachent 
adroitement cbns l'eau tout contre le bord, & comme ils les 
yoyent approcher , ils jettent leur queue hors de l'eau & les 
enlèvent dedans, C'eft vn grand bien de ce qu'ils ne font pas 
tous de la forte , car perfonne ne pourroit aoorder de leurs 
rivières. Il arrive fouvent la nuit qu'ils s'approchent du bord 
des barques , & par le moyen de leur queue renverfent vu 
homme & le mangent au tond de l'eau. Ilsenfortent queL 
oocfoi^ pour fe promener au Soleil dans quelques Ides du 
fleuve. Alors , tenant la gueule ouverte , certains oifeaux 
blancs de la groffeur d'vne grive s'y viennent fourer pour 
manger la chair qui leur refte entre les dents, & qui engen-* 
dre àes vers qui les incommodent fort. Ces oifeaux y en- 
trent & fortent en toute aflùrance ; car quand mefme le 
Crocodile vawdroit refermer la gueule il ne pourroit , parce- 
que la Nature a donné à ces oifeaux vne épine fur la tefte 
avec laquelle ils piquent le haut du palais du Crocodile^ Se 



-•* 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. €i 

loy font oa^rir la gqeule maigre qu'il en ait. Les Crocodi* 
les pondent fur terre, & coavrent leurs ceufs de iàble ^ mais 
fi'toft que les petits nailfenc, ils fe jettent dans la rivière. 
Quelques- vns an»lien de k mettre dans l'eau , (è fourvoyent 
Sl prennent le chemin des deferts , mais ceux->là font veni« 
meax , au-lien que ceux des rivières ne le font point. Plu- 
fienrs Egyptiens mangent de leur chair ,& la trouvent de 
boneouu,& leur graille (è vend fort chère, parce-qu'elle 
eft fonveraine pour les vlceres & les cancers. Quand les 
pefcheurs leur vedîdnt donner la chafle , ils attachent vne 
grolfe corde , longue de vingt--cinq ou trente brafles à queL 
que gros arbre, oui quelques colonnes qu^on a plantées fur 
le bord de l'eau pour celujet ^ 2cà Tautrebont de la corde 
ils y attachent vn hameçon gros comme le doigt , & long d'vn 
pied& demi , oà eft attache vn mouton ou vne chèvre :au 
cri de cet animal le crocodile fort au^-toft i terre , Se l'ava. 
lanc eft pris i Thame^n.' Alors , les pefcheurs lâchent peu à 
peu la corde , & la tirent de tems en tems. Cependantlc 
Crocodile faute &(b débat s &: après s'eftre bien tourmenté, 
fe lafle £c tombe comme mort« Auffi-toft ils le percent à la 
gorge , an périt ventre, & entre les jambes , oà il a la peau 
fort délicate, car celle du dos eft fi dure Se fi èpaifIe,Qu'à 
peine vne balle de moufquet la pourroit percer. Du relbe, 
tt gueule eft fi grande , qu*il y tiendroit vne vache , te fes 
dents font fort aiguës, (^nd on en tuë qudqu'vn , les pcf. 
cheiirs en mettmt la tefte mr les murs de ia ville, comme pour 
trophée. 

Ceux qui demeurent le long du Nil , difênt que du tems 
des Rois d'Egypte 6c des Romains , les .Crocodiles n'eftoient 
point & dangesettx qn^ik ont eftè depuis. Moçiudi dans 
ton traicè d« Merveilles: du Monde , dit qu'alors qu'Hut-: 
"men fib de Taulon eftoit Gouverneur de l'Egypte , fous les 
Califes de Babylone, Tan 875. * il fe trouva vne ftatuë de * ï'^n 17©. de 
plomb de lagfan<fettrd'vnCrocodile,avec des lettres Egy-^^^^*^^* 
priennes. dans. Wfiemdemehs^^ d'vn Tample dc;s Genrils , en 
vne ville dunom de cétaniniâl , & que cette fbàtuë paroifToit 
avoir eftè laite fous certaines conftellarions contre luy« Que 
Huoaen.la fit auffi-toft mettre en pièces ;&^e depuis les 

H iij , 



*" dcfcrts <lc 



61 DESCRIPTION GE'NFRALE 

Crocodiles commencèrent à faire beaucoup de mal. C*eft vtut 
chofe eftranee , que ceux qui font depuis le Caire en def- 
cendant versîa mer , ne font mal à perfonne , & que depuis la 
mefme ville en remontant , ils tuent & mangent tous ceux 
qu'ils peuvent attraper, il femble que ce foit qu'en defcen<« 
dant 66 approchant de la mer, ces animaux trouvent abon- 
dance de poifTon , dont ils fe repaiflènt ^ & qu'en remontant 
ils en trouvent peu. 

La Tortue, eft vn animal difForme, oui fe traîne par les 
dcferts*. Il s'en trouve quantité dans le Sahara, qui font 
grandes comme vne grande pipe de malvoifie. Bubqueri Geo^ 
graphe Africain , dans le Uvre qu'il a fait des Régions & des 
chemins de l'Afrique , dit qu'vn homme fe trouvant de nuit 
dans ces deferts , laiTé <iu chemin ,& coucha fur vne tortue, 
penfant que ce fuft vne pierre j te qu'il fut tour étonné que 
s'eftant éveillé le matin , il fe trouva ptefque éloigné d'vne 
lieuë du lieu où il s'eftoit endormi , dequoy tout furpris , il 
s'apperceut que c'eftoit vne tortue. Elles ne boueent d'vne 
place le jour ,- mais de nuit elles fe promènent , Ç\ lentement 
toutefois qu'il ne paroift pas qu^elles ^marchent. Il fe fait 
grand trafic en Barbarie de leurs écailles ;. qui font de la gran« 
deur dViie rondache ,& fi fortes que le trait d'vne arb^effce 
ne les peut percer. Nous en vifmes vne dans TArfenac du 
Cherif*,enlavilledeTarudantet Lès Afiricains difentque 
la chair en efV bonne pour la léprè^mais qu'il en faut man- 
ger fept jours de fuiee, encore iaut-il que la tortue nepafle 
pas fept ans. 

^ . Le Dragon, efl vn animal venimeux , dont le toucher & k 

Ara§cr«- morfure lont mortels. Ily en a quantité dans des cavernes 
bin. dugr^md Atlas ^ mais ils font fi lourds & fi maLfaits , qu'ils 

*pjttficoridoo. 0e fe pcuventremiicr qtf à peine , car leur cotps eft fort gros 
SLiV ▼«r^ Teftomac , & le refle délié. Il a la tcfte & les ailes dVn 

oifeau , la queue & la peau d'vn ferpent,il eft tacheté de di. 
verfes couleurs , il a les pieds d^vn loup , & n'a pas la force de 
lever les paupières;^' L«s Hiftoriens d'Afrique difent qu'il 
naift de l'accouplemene d'vn aigle avec vne louve , dont 
elle devient fipleine, qu'elle en crève & engendre ce mon- 
ftrè. Il y en a. grand nombre en khauceEthiopie:, dans les 
montagnes d« Beht*. 



"l^ahamcr. 



Drsf3n%txk 



Fable. 

^ottdehLo. 
ne. 



DE rAFRlQATE, LIVRE I. éy 

- L'Hydre, eftvne petite couleuvre , qui a le col fort délié, ^ j^, r ^ 
& la cueuc auffi/ Uy en a quantité dans les deferts de Libye, ^ ^ 
Scde u ^^senimeufes , que le meilleur remède , quand on en ed 
mordu ,x*eft de couper l'endroit , avant que le venin ait in^ 
feâé les autres parties. 

Le Dub reflèmble à la Tarantùle , dont il y a quantité dans ^**> ffP^'^^ 
la^Poûilie , & au Royaume de Naples , mais îi eu vn peu plus "^^ LeT^rd^ 
0:0s, 8c a vn pied &demy de longueur, & de largeur quatre 
doigts: il naiftdans les deferts de la Libye, & ne boit 3^- 
mais. On dit mefine que l'eau le fait mourir. Il fait des 
ceuEs comme la tortue, 6c eft fans venin , les Arabes le man^ 
;enc rofti , 8c (a chaipa legouft de la grenouille. Il eft fort 
liipos 8c (î ferme , que s'il le fourre en-quelque trou , encore 
que la queue demeure dehors, il eft impoffible dePen arra* 
der , quelque effort que Ton éifle. Mais les choeurs agran- 
dirent le trou avec vn-hoyau , 8£ le tirent delà. Au bout de 
crois jours qu^on Ta tué , fi on le met auprès du feu, il re- 
mue comme fi Ton venoit de le tuer tout nouvellement. 

Guaral eft tout-femblable , excepté qu'il eft vn peu plus GMdrdi* 
«and , il naift auffî dans les deferts de la Libye , 8c les Arabes 
le mangent, après luy avoir coupé la tefte 8c la queue, où 
gîftle venin. 

Le Caméléon eft grand comme vn lézard ordinaire., mais Csméléon^ 
tout contre-fait 8c fans vigueur. Il a la queue longue commexn Aral^ 
vne taupe, marche peu à peu , 8c fenourit d'air 8c des rayons /#^i»;4. 
du Soleil, ^u'il reçoit la gueule ouverte, fe tournant conti* 
nûellement de leur cofte. Il n'a point de-poil , mais des-ta- 
diesiur la. peau ^ qui prennent^ la couleur du lieu où il eft. 
Ceux du païs en difent merveilles , 8c entre autres chofes , 
qu'il a en horreur les ferpens , 8c quand il en voit domvîr fous 
vn arbre, qu'il monte (ur les branches, 8c fe mettant droit 
Çvtx leur tefte , laifie comme la grenouille couler fa falive , qui 
a an bout vne goûte , comme vne perle ^ de telle vertu , qu'el- 
le les tuë en les touchant. Quelques- vns difent que quand 
il fe met au Soleil , il tire vne langue où fe viennent mettre 
des mouches^ 8c qu il fe nourit de cela , mais je ne fuis pas de 
leur avis , quoi-que j'en aye veû quantité eo Barbarie , 8c par- 
ticulièrement au Royaume de ^aroct 



64 DESCRIPTION- GE'NE'RALE 

VAutTH- UAutruche , a quelque chofe de Toye , mais eft beaucoup 
i:6f,cnAra- plusgrande. Elle a les jambes fort longues |& le col de qua- 
be Namhs. tre ou cinq palmes de longueur. Sa queue Se fes ailes ibnt 

compofées de grandes plumes noires & blanches^ quelque* 
fois de £;rifes,dont elle couvre fon corps quieâ: fort gros j car 
elles ncluy feruent point à voler ,mais à courir , parce-qu'el- 
le s'en fouette encourant, &fe pique auffî de quelques er- 
^ots,ou éperons pour s'animer davantage. Auffi court-elle 
fortvifte,ellenai{t dans les deferts parmi des fablons fecs 2c 
arides , où elle pond dix ou douze œufs delà grofleur d'vne* 
grofle boule ^ & quelques-vns moindres. Ceux du païs difent 
qu'elle a fî peu de mémoire , au*elle les oublie -^ mais qu'en 
courant de^a &c delà , les femelles les couvent aux lieux où 
elles les rencontrent. Si-toft que lés petits font éclos , ils 
courent iî vifte , qu'on ne les peut attraper. Cet oifeau eft 
fort fimple , &; (Ifourd qu'il n*^nY:end ri^. Il mange tout ce 
qu'il trouve , quand ce leroit du fer rouge > elle Le dévore Se 
le digère. Sa chair put 6c eft gluante y particulièrement celle 
des cuifTes. Mais tous les peuplés de^ Nuixudie ne ktiiTent 
pas d'en manger. Qu^nd ils ont pris des pejtits , ils les élèvent , 
les engraiflent , Çc les mènent paiftre en troupes, par le de. 
fert \ mais lors qu'ils font gras , ils les tuent Se les falent.* 
Quand les Arabes tuent de ces oifeaux , ils leur arrachenjt 
toutes les plumes , Scies portent vendre fur la frontière aux 
marchans de l'Europe , qui les redreflent 8c les ceignent de 
toute forte de couleurs , puis les vendent aux eâlasis qui s'en 
parent, & les portent fur la tefte par magnincence. Il y a 
quantité de ces animaux dans les campagnes d'Onzar & de 
Sodra, entre Maroc 8c Salé, auifi- bien qu'en celles de lufet 
& de Moçun , entre Fefc gc Trémécen. 
Terroqueu Les Perroquets , dont il y a quantité dans les montagnes 

d'Ethiopie font de diverfes codieurs , fie contrefont le parler 
des hommes , & le cri des autres animaux j mais les verds 
apprennent plus aifèmeht. Il y en a degcos comme des ra« 
miers, d'autres beaucoup moindres. On en voit qui font fort 
beaux , & aui ont la queue longue d'vn pied ÔC demi fit plus; 
mais ceux-là n'aprennent point à parler ^ 8c en récompentë ils 
ont l'organe de la voix fort doux ,au.lieu que les autres l*ont 
defàgrcable. La 



DE rAFRlQVE , LIVRE î. 6$ 

La Licorne , qu'on trouve dans les monragiscs cfe Beht Lieor»ic: 
en la haute Ethiopie , eft de couleur cendrée , & reflem- 
ble à vn poiilain ae deux ans , hormis qu'elle a vne barbe 
de bouc , & au milieu du front vne corne de trois pieds ^ 
qui eft polie & blanche comme de l'ivoire , & rayée de 
rayes jaunes , depuis le haut jufqu'en bas ; elle fert de cori- 
tre-poifon , & Ton dit que les autres animaux attendent 
pour boire que celuy-cy ait trempé fa corne dans Teau 

J>our la puriner. Cet animal eft (1 fin & fi vifte , qu'on ne 
e peut ni tuer ni prendre j mais il quite fon bois comme 
le cerf ,& les chafleurs en trouvent dans les deferts. Quel- * mot Grec 
ques-vns difent que le monocerot * n'eft pas femblable à la J-^^^f^J"^ 
licorne , Se que la corne n'a pas tant de force contre le 
venin , quoy qu'Elien ait fort parlé de fa vertu. 

LeGrifon^que quelques- vns appellent mal à propos Gi- GrifonV 
rafe , qui eft vn autre animal , le trouve encore oans les 
montagnes de la haute Ethiopie , & particulièrement dans ^^^^^^^^^^ 
celles de Behr. Les Arabes le nomment Yfrit , il eft fait auffi.bi^n que 
de mefme qu'on le dépeint dans les tapifTeries. ^« préccdcnc. 

La Girafe fe trouve dans la Nubie au defTus de l*Egypfe^ Girafe. 
6c eft de la erandeur d'vn grand veau. Elle a le cou aufll 
long qu'vne lance , la tefte & les oreilles d'vn chevreuil ^ 
Téftomac luifant , les pieds de derrière fort courts , & ceux 
de devant plus longs. Son poil eft entre noir & blanc,. 
& femblable à celuy d'vn bœuf. Elle marche gravement 
lans s'eftonner ni branler pour quoy que ce foit. Les Afri- 
cains difent qu'elle eft engendrée d'animaux de diverfes 
efpeces. Elle s'écarte des autres beftes dans les bois, 8c fuie 
l'homme. On les prend petites aux heux où les mères 
fréquentent. 

Dans le Royaume des Abyflîns prés du Nil , en tirant Chèvres 
▼ers rOrient , il y a quantité de Chèvres fauvages , dont les/i^v^g^'- ' 
mafles font de la grandeur d'vn grand veau , & ont le poil 
fi long qu'il traîne à terre , mais gros & rude comme du 
crin de cheval. De la peau l'on en i&it les cuirs fi eftimez qu'on 
nomme Charequiés ^ que l'on conroye en poil avec la ra^ 
ned'Alhegna , dont il y a abondance en ce païs 8c de très-bon- 
ne. Abengézar dit quM peut tenir flx nommes dans lcs> 



a DESCRIPTION GE^NE'RALE 

branches de céc arbre, fansfe pouvoir toucher de la main. 
Fâches^ Il yaau mefme païs de grandes Vaches qui n'ont point de 

poil , & qui ont la queue fi longue qu'elle traîne à terre : 

leur cou eft tacheté de diverfes couleurs. Les Egyptiens les 

appçllent PemnietyC*eft-à-dire., abondantes ou fertiles. 

CuUfhd^ Qn recueille en la haute Ethiopie vne drogue de grande 

*'^* vertu , qui eft faite comme de la ppix Grecque , & on la 

tranfporte en Egypte, où les Médecins s*en fervent contre 

la pituite. 

P I ehan* 1 1 y a vn quartier dans le Genéova , appelle Limes , au Lt- 

ff> inbdH-^^^^ ^^ Sahara vers le Nil, entre les villes de Rafin & di: 

me. Cuco , où portant de }a poix ou du bitume , il fe change 

en bautne au bout de quelques jours , &: re^d vne odeur 

encore plus aeréable , & dont on fait plus de cas. Le mef- 

mp/e fait delà raifine qji'on y tranfporte d'ailleurs pour 

ce fuiet. 

Pifvtes de II le trouve auffi en ce païs de certaines pierres , àcequç 

finHege. dit Aben-gézar ^^ui s'appellent pierres de fôrtilege , & eo 

Le pfïs des Arabe Héchar Actht. Elles ont la forme & proportion des 

îcToudcoîs niembres humains. Les vnes reflemblcnt aux pieds ., les 

bienauerAu- autres aux bras , quelques-vnes à la tefte ou au ccqur, fan^ 

'^ffé d ^* parler de celles qui reflemblent à vn homme tout entier. 

ta: dcsVaWM II clit qtfou fait par là, quantité de fortiléges,& que ceux 

furie rapport qui en pcuvcutavoir ynç entière reftimentbeaucoup,parce- 

ëautniy. qu'ils croyent qu'en la portant fur foy , on peut gagner la 

faveur des Rois & des Grans , enfin de tous ceux avec 
lefquels on convôrfe. 
^dHleshâr- ;ie mefme Auteur dit qu'il y a vn certain arbre dans ce 
mpnittips. païs, appelé. Aud Altaiçavyt, qui produit des. gaules com- 
me d*ouer,'& qu'en les prenant à la main & les branlant^ 
elles font vne çfpçce d'harmonie fort agréable fans ferom- 
pre ni perdre leur (on , quoy- qu'on en donnaft plufieur; 
coups 4ur les épaules. 
Plâtres de .Dans les montagnes d'Alard & dejf^n , entre leZinquc 
^merveilles. & la Nubie , Moçaudi veut qu'il fe trouve de certaines pier,- 

f es qu'on nomme pierres de merveilles , & en Arabe delBcht, 
^ telle vertu qu'on devient comme mpet en les regardant. 
^1 adjoufte a cette iable vne autre encore plus ridicule: 



\ 



DE UAFRIQVE , LIVRE I. ^7 

Que le I^alais d'admiration qu^Âlexaildre le Grand fit fai- 
re, eftbit bafti de- ces pierres, & que pour les enlever il de- 
manda cpnfeil à fon maiftre Ariftote^qui luy dit qu'il en- £« ^rabc; 
▼oyaft de fes gens avec le vifage couvert ; mais , conduits ^^Z*'*-'*'''- 
chacun par vn efciave qui euft la veuë libre , & qu'en ap* p^j^ 
percevant que les efciaves fercient devenus muets , ils leur 
* fiflent couvrir la pierre fans la regarder ^ Que les agençant 
ainfî les vnes après les autres , ils les miflent dans des co- 
fres fermez. Il dit que par ce moyen ils amafTérent des*- 
fierre3 Tuffifàmment pour baftir ce beau Palais. 

CHAPITRE VINGT-QVATRIE'ME. 

Des flus anciennes hahitations de f%y4firique , fjl^ dér 

V origine des peupîes dé Barbarie. 

L*E G Y p T E , depuis le Déluge , z^Çié de tou^e T Afrique c'cft.poHr- 
la première habitée par Mczrlim ^ fils de Cam , & pe. ?c"°JomracDc 
tit fils de Noc. Vn autre fils de fcam* peupla l'Ethiopie, «nfi en Hc. 
& y régna , & vn troifiéme * s'habitua en Libye , qui fe *"^hu$ 
nommoit autrefois Futeya de fon nom , & qu^on nomme » Fuih/ 
aùjourd'huy le païs des Nègres, 6k font la Ntibie^le Zin- 
aue,8c le Gcneova ♦ a l'extrcrtité de la Tingitane. Saba- *^ ^^^ 
tha^fils de Chus, eut pour fon partagé les deferts qui font 
entre ce païs-là & la Numidie, & Tut, autre petit fils de 
Cam , emmena dans la Tingitane les peuples qu'on nomniè 
Tuteyens. 

Les Auteurs Africains afleurent que la partie Orientale de- 
là Barbarie 6c de laKumidie a efté long- te ms inhabitée , Se 
difputent entre eux à qui elle doit fon habitation. Les vns , 
difent que c'cfï à certains peuples d'Afie , qui chafTez par 
leurs ennemis j & ne fe trouvant pas aflcurez en Grèce où 
ils s'éfloient retirez , paflerent en Barbarie , & trouvant le 
pais fertile & fans haoitans le peuplèrent. D'autres , difent 
que c'efl aui peuples de la Phenicie & de la Pàlefline ^ 
qui ayant de cruelles guerres contre les Aflvriens lors de * ou ior$ ic 
Pëtabliffemént de leur Monarchie * furent chafTéz de leuir 1^" Monasr- 
païs^, & que ceux de l'Egyptene 4cs ayant pas voulu recc- ^ *^' 



.tS8 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

voir , ils paSerenc daas les defèrts d'Afrique où ilis coni' 
mencérenc i s'eflablir. Mais , les Auteurs Africains les plus 
célèbres, afièurent que les premiers babitans de la Barbarie, 
& de la Numidie , qu'on nomme aujourd'huy Barbares, 
furent cinq Colonies , ou Tribus de Saibéeus qui vinrent 
avec Melec-Ifiriqui Roy de l'Arabie heureufe , dont nous 
avons parlé au premier Chapitre , & qui gardent encore 
leur nom, & s'appellent Zinnagiens, Mui^mudins, Zéne- 
tes , Gomeres , & HaoareS , ooù font.forties fix cens li- 
it»i Aira. gnées de Béréberes , Ôc les plus grans de toute l'Afrique 
Sria G.éné" l^"^ doivent leur origine. Ils peuplèrent au commence. 
^logicdMAffi- raent I3. partie Orientale de la Barbarie , d'où fe difperiànt 
«iftï. en divers lieux ils fe rendirent Maiftres & Seigneurs de la 

plus grande partie de L'Afrique, & font appelez ordinaire- 
ment Béréberes , parce-que leur première habitation fiit en 
Barbarie ;au-1icu que ceux qui efloîent auparavant dans la 
Tingitaae,la Numidie, & la Libye s'appclleiit Chilohcs. 

Lors-que ces peuples s'habituèrent en Afriqiie^ fie long- 
tems depuis, ils demeurèrent tous à la campagne par com- 
munautez fous des tentes , parce-qu'ils eftoient fort riches 
en troupeaux- Mais avec le tems ne (k pouvant accorder, 
ils eurent de grandes guerres , dont les vainqueurs demeu- 
rant maiftres des plaines.^ les autres furent contraints de {e 
^retirer fans troupeaux dans les montagnes , où fe meflanc 
avec les anciens Africains ,Chilohés,ÔcGétules,ils bafti- 
rent des maifons comme eux pour fe garantir des injures 
de rair,& furent vaflàuxdeceuxdequi ilstiroient leur ori- 
gine. Voilà le fujet pourquoy il y a en Afrique des Bérébe- 
res qui habitent fous des tentes , fie d'autres qui^bitent 
■dans des maifons ; quoy- qu'ils foient tous iûus des cinq 
Tribus que j'ay dit. Mais, ceux qui errent par lacampa- 
-ene comme les Arabes , font les plus illuures , comme 
les plus riclies & les plus puiflans. Toutefois, les vm £c 
les autres font jaloux de conferver leur couAume fi£ l'anti- 
.quité de leur origine, 8c font fort illuftres entre les autres 
Africains. Leurs principales habitations qui font répandues 
par la Barbarie , la Numidie , fie la ï.ibye , font aHez con- 
nues , parce-que c'eft U qu'eft la force de chaque Commu- 
jinauté ou Tribu. 



DE UATRIQVE, LIVRE L 6^ 

Ceux de'M açamuda occupent la partie la plus O ccidenta- Ainfomm^ 
le de la Mauritanie Tingitane , & habitent dans les mon- WW. 
cagnes du grand Atlas , depuis la pointe que Ton nomme 
Iduacal, oui avance dans rOcéanJufqu^à la Province d'Efl 
cura, ou de Domînette^avêc les coftaux & les plaines de 
part £c d'autre , dans Tétendifc de quatre Provinces , Hea , 
Sus , Gczula , & Maroc , U leur capitale eftoit Agmet. 

Les ZéneteSyOnt encore leurs anciennes habitations dans Zentu. 
les campagnes de Témccen , qui eft la dernière Province 
& la plus Occidentale du Royaume de Fez , & ont efté les 
plus puifTans ^ mais ils ne le font plus , Se s'appellent Cha. 
viens. D'autres, qui font fort beUiqueux , demeurent dans 
les montagnes du grand Atlas qui bordent les Eftats de Fez 
Zl de Trémécen , & ont continuellement guerre contre les 
Turcs ^ qui ont envahi ce dernier Royaume. Quelques- vns 
font dans les Provinces de Conftantine & de Tunis, dont 
les vns vivent par la campagne comme les Arabes, & les au- 
tres demeurent dans des logis. Mais les plus puiflans Scies 
plus libres de tous , font ceux de Numidie & de Libye. 
Avec cette Tribu de Zénetes font méfiez Haoares , qui Hnêârtsl 
(ont leurs vjaflaux. Les Zinhagiens tiennent depuis les mon- zinbMitmu 
tagnes de Barca^ jufqu'à celles de Néfufâ Se de Guenece* 
ris , Se quelques^ns errent avec les Zcnetes. 

Les Gomeres ^demeurent dans les montagnes du petit ^ 
Adas , qui font fur la cofte de la mer Méditerranée , 8c tien- 
nent depuis la frontière de Ceute jufqu'à cette extrémité 
de la Mauritanie Tingitane^ qui confine avec la Cefàrien- 
ne. De ces <:inq Tribus , \ts Zénetes \ les Muçamudins , Se ^ 
les Zinhagiens ont régné en divers tems en Barbarie , en ^ 
Numidie , Se en Libye , fur le déclin de l'Empire des Ara. 
bes : car auparavant , ils n'eftoient gouvernez que par les 
Chefs ou Cneques de chaque communauté , nommée Co. 
bey la , après avoir efté vaincus à divers tems par les nations 
eftirangcres , dequoy nous ne parlerons pokit dans cette 
Hiftoire. Mais , pendant le reene de la Maifbn d'Idris^qui 
fonda la ville de Fez y la lignée des Mequinéciens d'entre 
les Zénetes , vfîirpa l'Empire ^ du tems que les Abder- . ^^^ q^^ 
rames commencèrent à régner en Efpagne ^. Enfuite , vne 



70 DESCRIPTION GFNFRALE 

autre lignée de Zctietes de Numidie , qu*on nommoic des 
Magaroas , conquit fur lès Abderrames plufieurs provinces 
qu'ils avoient vfafpées en Afrique, & vainquant roirt: dVn 
tems les Mequinéciens , eftablit divers Eftats en Barbarie, 
8c non en Numidie^ quoy-qu'elie en poffedaft la plufpart. 
mais elle fut chafTëepar les Lumptunes de la Tribu deZân- 
••'Comme qui hagie , que nos Hiftoriens nomment Almoravides *,parcc- 
^iroïc les Mo- qu^iij amenèrent grand nombre de gens de la frontière de 

Genéova,de ceux qu*bn nomme en Afrique , Morabitins, 
qui furent les premiers qui embrafTérentiafèâede Maho- 
met y du tems d'Hechin , fils d'Abdul-M'alic. 

Vn Prédicateur de cette fefte , appelé' Mehédi , fe fou- 
leva après contre les Almoravides , 8c aflifté de quelques 
*'Hafgtjrnf. Africains * de la Tribu de Muça^uda , leur fit vne fi crurf- 
Moahedins. \q guerre , que (es fucceflèurs ont poilèdé toute l'Afrique 
ou AImo- ^Q^5 jç jjQjy^ ^g Moahcdins , parce-atfils fuivoient vne fédc 
^^' qui s'appeloit de la forte , c'cft-à-dire , Loy des Vnitaires. 
Biniméri' ^^^ Benimérînisfe foulevérent après ^ qui font auffi d'entre 
fris, les Zénetes , 2c chafférent les Moahëdins , ou Almohades • 

maisils furent chafltrz depuis par d'autres peuples delewr lî- 
BemQ^ta^ gnce , appelée Benioatores , à qui les Cherits*qui régnent 
^^^* aujourd'huy dans la Tingitane , onr oftc- l'Empire. 

De ces cinq Tribus, font defcéndus auffi les Rois 'de Tu- 
ienï^jî* nis fie deTrcmécen jcar les Bcnizeyénes, qui furent appc- 
"^^- lez premièrement Abdeluetes , font* de la Tribu de Zinna- 

che,8c de la lignée des Magaroas, fie ont régné en Trémc- 

cen ,jufqu'à ce que les Turcs s'en font rendus maiftres 5 Et 

* ^!i^^' d'autres *' d'entre les Hentetcs de la Tribu de Muçamuda 

kdfy^ ont régné dans Tunis; Les deux autres Tribus des Gorné^ 

rez fie des Haoares 5 quoy* qu'elles n'ayenr pas regné^^ n'ont 
'^cscinqTri- pas kiffc d'cftre maiftres de quelques Provinces , de-forte 
bus ne laifcnt qu'il (c voit clairement que tous les Rois qui ont régné ea 
\m orighîc^^ Afrique depuis le déclin de l'Enipire des Arabes ^ ont eftc 
d'Arabicimais de ces cinqTribus*. Nous dirons les noms modernes des 
^oini'ar^rt ^^g^^^s 9^^ ^^^t defcenduës de chacune , lors-que nous fe- 
arEmfyiredes rous la dcfcriptioa dcs lieux fie des montagnes qu'elles iuu 

foccciTcurs de bitCUt. 

KjrtroiBCC. 



©E UAFILIQVE, LIVJIE; I. 71 

CHAPITRE VINGT-CINQVIE'ME. 

De l'ariffnc des ^AT^dffies peuples JtAfrup»e ^ & de. 

leurs ^amumns & demeures. 

L£s Azuagues^font épars dans les Provinces de Barba, 
rie Se deiNumidie & pafteurs pour la plufpart., quoy 
3|u'il yaitparmy eux des artifànsqui fonc.de la toile & du 
lap. Durefte^ils foncordinairementtributairesdesRoisou 
des .Arabes , encore qu'ils foient fort pauvres ^ & vivent 
dans les montagnes & les coftaux, ou ils fe nichent dans 
des trous. Les Auteurs Afriquains difent qu'ils font venus 
de Pbénicie & qu'ils en furent chailez par lofuc iîls de 
Nun j Que les .Egyptiens ne les voulant pas recevoir ils 
railerent^ns la.LiDye où ils bâtirent Carthage douze cens 
lbixaiite:& huit ans avant la naiflànce delefus^Chrift. Aufli 
long- temps après , à ce que dit Ibni- Alraouii] on y trouva 
vne grande pierre dans .vne fontaine y où euoient gravez ces 
mocs en laneue Punique , Nôus-^hms fimmes fkimez. icj de U 
frefince de ce vrigâud de lefut fils de Num. 
Avant la venue de ces peuple^ Arclépiust& Hercule avoient 
déjà régné en Afrique *• Mais depuis la première ruine de * '^5- •»*" 
Carcba^ , & avant qu'elle fuft rebaftie parDidon , ces peu-, 'uf* 



4>nt re- 



Î)les paucrent en la partie Occidentale de la Barbarie fous gné auS ca 
a conduite d'Hannon Içur Chef, & y édifièrent les villes ^^^ 
Liby^Phénicienes , ^ ils demeuroient quand les Romains 
vinrent en Afrique. Auffi diti on que c'eft à-caiife d'eux 
qu'ils appelèrent le païs^Mauritanie , parce-qu'ils fe nom- 
moient Maures ou Maorophores, Quoy -que <'en foit, les 
Azi]agaesibntbelliqueux'& de-grand travail, Seront eftéau- 
trefois fprt^puiilans. Depuis .quelque nems meûne il y en 
a d'entre eux qui vivent en liber tjé* Leur langage eft celui 
des Béréberesj mais ils parlent aufli Arabe , particulièrement 
ceux qui errent aux environs de la ville de Lorbus fur la 
frontière de Tunis , a'<:aufe qu'ils trafiquent continuellemei^ 
avec cu:|^. Leur principale habitation eft aux Provinces de 
Tcmccen & de Fez. Mais les plus. puUSms. demeurent en- 



7? DESCRIPTION GE'NE'RALE 

* Vâtï IJ07. tre le Royaume de Tunis & le Bilédulgerid, d'où ils ont eu 
X\'E^^K^' ^ l^^riiiefle d^àtiaquer fbu^nt les Rois de Tunis, & ont dé- 
**Mufcy Na- fait depuis peu * le gouverneur * de Conftantine qui les vou- 
cer fils de loit ^ujettir. Cette viûoire leur ayjinC^tanc anûis de repu- 
ÎJVa^$,'^ry tation que plufieurs du party du Roy fe tournèrent de leur 
fut tué 'av« coftë, & leur Chef * devint vn des plus pui flans Seigneurs 
vaux' ^^^ ^^ r Afrique. On Tappelle maintenant le Roy de Cuco ,& 

* chenue. il fait la guerre continuellement aux Turcs. Ces peuples fe 

vantent aeftre Chreitiens d'origine y & pour fe diftinguer 
des autres Africains 8c Arabes ils ne fe rafent pas la barbe 
ni ne coupent leurs cheveux tout autour comme font les- 
Mahomctans par fuperftition , & font outre cela fort ennemis 
des Arabes, & des autres peuples de l'Afrique. D'ailleurs, 
par vn ancien vfage ils fe font vne Croix bleue à la joue, 
eu à la main avec le fer, fans autre raifon à ce qu'ils croyenc 
que de marquer leur origine. Mais cela vient de ce que les 
Romains & les Gots régnant en Barbarie & en Numidie 
afranchirent de tout tribut les Chreftiens j de^forte que cha- 
cun fe difoit Chreftîen lors que les Commiflaires des tailles 
arrivoiçnt -, & pour éviter cette tromperie , on ordonna à 
ceux qui eftoient véritablement Chreftiens déporter vne 
croix gravée fur le vifage ou à la main. Ces Azuaguesdonc 
le firent pour cette raifon ,& ont perféveré dans le Chriftia- 
nifmc julqu'à la venue des Arabes. Quelques autres Afri* 
cains portent encore dès croix pour ce fujet , mais par 
fuccemon de tems au lieu de croix ils fe font d'autres mar- 
ques pluftx)ft par galanterie qu'autrement , pour conferver la 
mémoire de leur antiquité & la noblèfTe de leur extraâion.. 
Les filles des Arabes s*èn font auffi pour eftrc plus galan- 
tes, & gravent fur leur fein, fur leurs mains, fiir leurs, bras 
& fur leurs pieds diverfes figures de couleur bleue avec le 
fer d'vne lancette y mais ces figures font différentes de celles, 
des Azuagues.. 



G HA- 



Guanczeii. 



:DE UAFRIQVE, livre ï. 73 

CHAPITRE VINGT-SIXIE'ME. 

Des autres jifricains qui vivent dans les deferts 

de Lihye. 

NOvs avons dit, comme Sabatha fils de Chus & 'petit 
fils deNoé, s'habitua dans les deferts delà Libye in- 
térieure. C*eft de luy que font defcendus ceux de Sénëga, 
de Zuenfiga ^ , de Terga , de Lempta, &de Berdoa qui font 
les principales habitations de ces deferts dont les peuples 
cftoient autrefois nommez à-caufe de luy Sabatheens, Ou- 
tre ces habitations , il y en a encore d'autres qui ne font ni 
fi fameufes, ni fi nombreufes , -& dont les peuples font de 
pauvres mifcrables qui vivent feins ordre , ni difciplineen des 
lieux afpres & ftenles qui confinent la plufpartavec les Nè- 
gres. Les Grecs les ont appeliez Nomaaes , & les Latins Nu- 
mides* Ils habitent fous des tentes comme les Arabes , 6c 
errent deçà &: delà après leur s chameaux. 

Ceux de Sénéga demeurent fur lacofte de TOcéan Occi- 
dental ,d'où ils s'étendent vers le Levant jufqu'aux Salines 
de Teeaza , & du cofté de Septentrion , aux frontières de 
Sus , de Hacha , & de Dara , que les Auteurs Arabes ap- 
pellent le Sus cloicné. Vers le Midy, ils confinent avec le Gê- 
née va *, où font tes Royaumes de Gualata & de Tombut. Ncgrcs. 

Les Guanezeris^ouZuenzigucs ^commencent du cofté du cttaneTyris 
Couchant , à la frontière de Tegaza ^ & s'étendent vers le Le- 
vant jufqu*au defert de Haïr ^ du cofté de la Tramontane, 
aux Provinces de Sugulmefle , de Tebelbeled , & de Beni'.go- 
ra y , & vers le Midy , au defert de Guir , qui aboutit au Royau- 
me de Guber , au quartier des Nègres. 

Ceux de Terga commencent au defert de Haïr & s^éten. Ter^Oé 
dent vers le Le vant jufqu'à celuy d'Iguid , du cofté du Nort, 
à celuy de Tuât, & aux Provinces de Tegorarin & de Mes- 
zab, & du Midy , aux deferts d'Agadez* 

Ceux de Lempta , commencent au defert d'Iguidy , & s*é- Lmftal 
tendent du cofté du Levant jufqu'à celuy de Berdoa -, vers 
la Tramontane, aux Provinces de Tecort, de Guerquelan^Ôc 

K 



S^negéU 



* terre des 



,, 74 DESCRIPTION ISE'NE'RALfe 

bitins font de Gâdemis % & du cofté du Midy , aux deferts de Cano qui 

*"*^7^cffc ^ ^^ ^^ Royaume du pais des Nègres. 
' BerdûM. ^ Ceux de Berdoa , font à leur Orient , & s'étendent juf- 

qu'aux frontières d* Augela-, du coftë du Septentrion , ils con* 

finent avec les deferts de Fez & de Barca , & vers le Midy , 

avec ceux de Borno qui eft aufli vn Royaume des Nègres. 

/ 5* . Aiîgela , Sirte ,& Alguequed, font d'autres habitations plus 

^^^Al Je' Orientalesôc voifines de rEgypte, dont nous parlerons en 

^^^*^^ ^ leur lieu. Il fe trouve dans quelques Hiftoires d'Afrique, 

que ceux de Scnéga ont régné au païs des Nègres , & par- 
vticuliérement aux Royaumes de Meli, deTombut, &cl'A- 
gadez , &; que leur pofterité règne encore. Chaque ha:bita- 
'tion a fon Chèque , ou Comtnandant qui fe fait obeïr & re- 
fpeder comme vn Prince ^ & ce qui eft admirable , c'eft qu'ils 
n'ont point de guerre entre-eux, ni de conteftation pour 
les terres que chacun pofTede. 

CHAPITRE VINGT.SEPTIE'ME. 

7)es Arahes qui font leur demeure dans les ViUes , & que 
des AfrïcMns appellent par reproche Hadara , cejl 

à dire Courtifans. 

LE s Arabes de la feâ:e de Mahomet pafférent en Afri^ 
que en Tan 60. Odman eftant troifiéme Calife, qui y en- 
voya vnc armée de plus de quatre-yints mille combatans fous 
le commandement d'Occùba-ben:nafic. Ce Général , après 
avoir gagné quelques batailles contre les Romains , bamt ki 
ville de Cairaven, que par corruption l'on nomme Carvan, 
à trente lieues de Tunis, vers le Levant. Les Auteurs Afri- 
cains difent. Qu'après que ces Arabes eurent pillé tout le 
Eaïs , ils s'en retournèrent la plufpart en Arabie, chargez de 
utin 5 & que ceux qui demeurèrent en Barbarie, y bâtirent 
encore d'autres villes & châteaux , outre la ville de Caravan, 
pour fe fortifier , & de tems en tems pafférent dans les 
pfaces d'Afrique, oi ils fe méfièrent avec ceux de Zinha- 
gie , de Baraguate , & de Sénéga que Pon appelle commune- 
anpnt peuples de Bairbarie , qui ayant çfté gouvernez long- 



DE L'AFRÎQVE, LIVRE I. 75 

tems par les Romains parloientvn L^in corrompu 5 de-forte 
que les autres communiquant continucljement avec-eux ou- 
blièrent leur Langue maternelle. Les Afabes qui demeurent 
dans les villes d'Afrique, font appelez communément Ha- 
dara , c'eft-a-dirc Courtifàns , & fe meflent la plufpart de 
trafic, quoy-qu'ily en ait qui étudient, 8c d'autres qui fré- 
quentent les Cours des Rois. Mais ils ne font pasfîeftimez 
que les autres Arabes qui habitent les campagne^ ,* à-caufe 
qu^ils fefont alliez par mariages avec d'autres nations. Les 
anciens Auteurs appellent ordinairement ceux qui errent 
dans là Tingitane , Garbiens , & les Provinces du R oyaume ' 

de Fez ,Garbe , à-caufe qu^ils demeurent à l'Occident , au- 
lieu que ceux qui errent vers l'Orient , font appeliez Char- 
quiens , ou Levantins. 

CHAPITRE VINGT-HVITIE'ME. 

De t origine de tous les Arabes en général] & de ceux efui 

vivent d U campagne fous des Tentes. 

L^A 11 A B I E, d'où font venus tous les Arabeis , tant d'A- 
frique que d'ailleurs , eft divifée en trois j la Petrée , 
l'Heureufe, &la Deferte, qui ont efté habitées du com- 
mencement par trois frères, Arabe, Sabe , &c Petre, fils de Cu- 
rctis , & pctis-fils de Cam. La Petrée fut peuplée par celuy- 
cy y &: contient l'ancienne ville de Petra ^ THeureule , par Sa* 
bc , d'oti elle a pris fon nom de Sabée, autrement Thurifere, 
à cau(e de l'encens qu'elle porte^ &lADeferte,où eft l'an- 
cienne ville d'Efcene, ou d'Efcernete habitée par des Arabes , J^^J^^^^^^ 
qui a donné fon nom à l'Arabie. Cet Arabe eft appelé par ncsfontfauiTcs 
ceux du pais Almaarub* Ibni-CahtaiLqu'ils font Auteur de la & i« ««">« ' 
langue Arabique. Après ceux-cy,furvîntlfma€l fils d*Abra- /.H^bico.voj 
ham &d*Agar,d'où font defcendus les Agaréniens qui ont Bochart en 
donné leur nom au pais & à la ville d* Agranum , que Strabon ^^^ Ptaicg. - 
appelle Aearena. L'Arabie Petrée fut apellée Nabatea de Na- 
batcc, & les peuples Cedréens de Cedajr,^qui fur^ent tous deux 
fils d'ifmacl. Les troifiémes qui peuplèrent cette région fu- 
rent les defcendans de Cétura , féconde femme d'Abraham, 



l 



76 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

qui s'habituèrent dans vne grande partie de TArabie heu- 
reufe , Se le long de la code de la mer rouge ,d*où ilspafie* 
l'eut en Libye avec Ofre fils de Mandanes & petit^fils d'A- 
braham Se de Cetura , de qui lofeph tire le nom dAfrique. 
Les quatrièmes , viennent d'Efaunls d'Ifaac dont les defcen- 
dans peuplèrent le quartier de PArabie Petrce qui confine 
à la terre de promiffipn. Pline & Ptolomèe appellent ces 
euples Sarrauns , parce-qu'E(àu eftant fils d'Ifaac , & petit- 
Is d'Abraham & ae Sara , fes defcendans , pour fe diftinguer 
de ceux qui eftoient iflus des baftards & reprouvez , prirent le 
nom de la femme légitime. Tous ces quatre peuples font 
appelez aujourd'huy Arabes , mais les Scenites de l'Arabie de- 
ferte ont toujours eftè eftimez les plus puiflans , pour eftre 
en plus grand nombre, plus libres & plus belliqueux. Ceft- 
pourquoy les Empereurs 'Romains le font fervis d'eux en 
plufieurs guerres, & tous les autres peuples de l'Arabie fui- 
vent leurs couftumes & leurs loix a-ce-que difcnt Hérodo- 
te 8c Diodore. Voilà l'origine de tous ceux qui-font main- 
tenant appelez Arabes. Ibni-Alraquiq dit que l'an 999. & 
l'an 40o.ae l'Eey re,trois races d'Arabes paffèrent en Afrique, 
avec leurs familles par lapermiffion de Caira , Calife de Car- 
van. Car jufques-ià, les Califes d'Afrique leur en avoient 
empefchè le paflage , auffubien que ceux d'Egypte , depuis 
que la puiflance de ceux de Damas & de Babylone fut abolie, 
comme nous dirons en fon lieu. De ces trois races, il yen 
avoit deux de l'Arabie deferte, appelées Hilela, & Efquequin; 
l'autre, qu'on nommoit Mahequil, eftoit de l'Arabie heureufe, 
& toutes trois enfemblefeifoient environ cinquante mille cô- 
batans qui fe répandirent par tout l'Orient de la Barbarie, 
& avec le tems devinrent maiftres de plufieurs Provinces 
d'Afrique. C'eft d'eux ^ue font defcendusles Arabes qui vi- 
vent à la campagne fous des tentes. Les Africains appellent 
de trois façons les Arabes , ceux qui peuplèrent l'Arabie 
avant la naiflânce d'Ifmaël , Arab Arub , pour eftre defcen- 
dus d' Arub , & ils difent que ceux-là font les Arabes natu- 
rels j les autres qui font defcendus d'Ifinacl, Arab Miftara- 
ba, qui fignific Arabes arabifez-, parce- que n'eftant pas nez 
Arabes ils en prirent la Langue îles troifièmes qui vinrent 



DE UAFRIQVE, LIVRE L 77 

s*établir en Afrique , AralvMufteeeme ou Arabes Barbarifez, 
€'eft.à-dire méfiez avec les peuples de la Barbarie, 

CHAPITRE VINGT-NEVFVIE'ME. 

Des habitations des Arabes d'Afrique : de leurs QommunaH- 

'«Cj ^ ^^^^ nombre y f^ premièrement ^ de la principale 

Tribu d^ entre eux nommée EJquequin. 

LA principale lignée de la Tribu d*Efquequin , s'appelle ,f^'^^ ^^^ 
; Vled-Hédégi & les plus nobles Arabes de cette lignée ^'* 
font ceux que Mulcy lacob Almanzor quatrième Roy des 
Almohades, autrement Amir Elmocelemin, amena du Royau- 
me de Tunis, & à qui il affigna pour demeure la Province 
de Duquéla au Royaume de Maroc , & vne partie de celle 
de Tedla. Ceux-cy ont eflé toujours belliqueux , & font 
perfecutez depuis cent ans par les Rois de Portugal , & quel- 
que-fois par ceux de Fez. On les appelle ordinairement Char- 
quies, ou Levantins,parce-qu*ils vinrent du Levant en ce païs, 
où il y avoit déjà d'autres Arabes. Cette lignée efl divifée 
en (îx autres qu'ils appellent Heylas , ou Communautez , qui * yniages «ui 
vivent par aauares, ou villages* de cent ou centcinquan- fctran(p«rtcnc 
te tentes raneées toutes en rond, où Ton laifTe au milieu pa^ccqu^iis 

f •Tfti r X fOC loni coni« 

vne place vuide & ronde pour renrermer les troupeaux la pofcz que de 
nuit. Ces tentes qui font quelquefois jufqu'au nombre de ^ntcs. 
deux cens , font d'vne étoffe noire faite de laine & de poil 
de chèvre, & d'autres ^ de toile de palmier ^ & tout cela en- ^^^^^ ^* '^'^^ 
femble compofe cette étoffe groilîere & fort ferrée capable de 
refifter à la pluie & aux ardeurs du Soleil qui font grandes en 
ces quartiers. là.£lles font fî preffées les vnes contre les autres, 
qu'elles font comme vn mur , où il n'y a que deux avenues, 
Tvne par où entrent les troupeaux , & l'autre par où ils for- 
cent i mais on les ferme la nuit avec des épines pour en 
empefcher l'entrée aux Lions, Voilà, quel eftle nom & le 
nombre de ces Arabes. 

Vled^ Ambran-litali fait quinze cens chevaux & trente mille J^^^^^f 
£uiuflins tous bons foldats. La Cavalerie fe pique d'adreffe *''^* *^^''' 

Kiij 



> • w 



m 






7» DESCRIPTION GE^NE^RALE 

VUi Am^ & de valeur , & eft eftimée tres-noble 8c tres-illuftre. Vled 
IfYd diftani. Ambran Diftani , fait douze cens chevaux & vingt-cinq miHc 
Fled Ac9. hommes de pied en cent vilagcs. Vled Aco, neuf cens che- 
vaux & qumzc mille fentaffins difperfez en quatre-vints acfua- 
Vled Zh- res. Vled Zubey ta , cinq cens chevaux & neuf mille hommes 
bejt^. de pied en foixante-quatreaduares. Vled Buazis^huit cens 

VledBad" chevaux & plus de quinze millefantaffins en foixante & qua- 
^''' torze bourgades. Vled Farach,cinq cens chevaux & fîx mille 

vudté* pistons en cinquante- quatre aduares. Tous ces Arabes 
eftoient fi puiflans avant que les Portugais euflent conquis 
les villes d'Afafi & d'Azamor, qu^ils en afTujettirent d'au- 
tres de ces quartiers^nommez Garbia Ycccha qui leur eftoient 
inférieurs en nombre. Pour fe vanger de cet outrage, ceux- 
cy fe joignirent aux Portugais, & par leur moyen le rendi- 
rent après plus puiflans qtic les Cnarquies ou Levantins, 
& leur firent quelque-tems vne cruelle guerre, 
GdrhUTci' . Ceux de Garbia Ycccha, font 150. vilâges ou aduares, 
ckM^ où Ton compte Gooo. chevaux , & cinquante mille hom-» 

mes de pied. Il yaauflî dans cette province de Duquéla, 

vne certaine race de Bérébcres qui vivent par aduares 

VUdChied^ comme les Arabes, & qu'on nomme Viedchiedma. Ils ha^ 

^^' birent le quartier qui eu: depuis la rivière d'Aguz jufqu'i 

Sur, en tirant vers le Midy , & font plUs de joooo. bons 
S4im9%t. hommes de guerre. Les Arabes de la lignée de Sumeit, 

qui eft vne autre branche de celle d'Efqucquin , occupent 
cette partie de la Libye Orientale , qui confine aux deierts 
de Tripoly. Ils viennent peu fouvent en Barbarie , parce- 
ou'ils n*y ont aucun héritage ,^ ni rien qui leur foit propre-, 
fi-bien qu*ils demeurent continuëllenrent dans les deierts 
avec leurs troupeaux. Ils font 80000. hommes de combat, 
la plufpart gens de pied, diftribuëz en 300. vilage^. H y 
Vlid Suji. en a d'autres qu^n nomme Vled Suyd,qui errent dans les 

campagnes entre Tunis fie Carvan , fit vont jufqu'aux dc- 
ferts de Barca , compofant vne infinité d'aduares. Ccux-cy 
vivent en liberté, poflcdent vne bonne partie de la Libye 
Marmarique ,& ont domination fur d^autres peuples ^ font 
:j paix ou guerre avec les. Rois quand il leur plaift , 8i en- 
ttent à leur fervicc pour de Targent. Quelques- vns d'èn- 



L 



DE L^AFRIQVE^ LIVRE L 79 

tre-eux font des voyages dans les deferts de la Libye , & tra^ 
£qiienc au Royaume de Guarguela au pais des Nègres. Ils 
ont tant de chameaux , de vacnes , 8c d*aucre beftail , qu'ils 
foumiilent de viande à tous leurs voifins ^ &: vont l'Efté aux 
foires Se aux marchez dans les villes & les vilages ; mais 
rhyvcr ils ne s'efloienent pas de leurs deferts. Ils font 
pins de cinquante mille hommes de combat , prefque tous- 
gens de pied. 

Les Arabes appelez Vled d'Ellegi , autre branche d*Vled VlidJCElU- 
Ediegi , dont nous avons parlé plus- haut , errent la plufpart l^' 
encre AlgerScBugie^& le refte fur la frontière du Royau* 
me de Fez , occupant les plaines maritimes de celuy de 
Trémccen. Ceux qui font entre les montagnes du grand 
Atlas , ont efté autrefois tributaires du Roy de Trémccen^ 
mais ils ne le font plus maintenant , & vivent en liberté ^ 
Et fî les Turcs qui poffédent cet Eftat^les veulent avoir à 
leur fervice , il faut outils les payent bien. Vled M utafic , VlUMm^ 
autre branche d'Vlea Ethegi , habitent les plaines de la '^^- 
province d' Azgar dans le Royaume de Fez , & s'appellent ^ î*" 
maintenant Holotes. Ils font tributaires des Rois de Fez, ^ '^^^' 
& font huit mille chevaux biei) équipez , & plus de 50000. 
hommes de pied. L'autre lignée appelée Vled Sobaïr , vit f^l^d 5j^ 
fiir la frontière de Trénoécen , & en Numidie , où ils ont *^''- 
beaucoup de païs à eux , & font 3000. bons chevaux, 18c 
plus de xoooo. fàntaflîns , entre lefquels il y a des moufque- 
taires , particulièrement depuis qu'ils eflurent pour Chèque 
vn Renégat Efpagnol qui avoit efté Alfiere * dans Bugie, ^Eofeignc. 
& pris par les Turcs , lors que Salh Arraez conquit cette 
ville. Ces Arabes naflënt ordinairement Thy ver * dans les * c*cft^*ii 
deiêrts , parce-qu'iis ont befoin de pâturages pour le grand ^^ ^ a''*<=^ 
nombre de leurs chameaux & de leur befbil ^ mais vne par- iiiiS.^* 
ôe vit dans les plaines qui font entre Sale Se Méquinez., 
où ils ont quantité de troupeaux bi force terres laboura- 
bles. Ceux-cy font aufli tributaires du Roy de Fez , Scfoot 
Sooo. chevaux ^ & 40000. hommes de pied. On les appelle -^' MtUc 
maintenant Ibni Melic Sofian , & comme ils font voifins ^•^^^ 
des Holotes, ils vivent ordinairement enfèmble. C'eft la 
meilleure cavalerie qu'aie le Roy de Fezji & dpntt il j&it |ft 
plus d'eftat. 



Arach. 



80 DESCRIPTION GE'NE'RAL;e 
CHAPITRE TRENTIEME. 

Des Arahcs de la Trihu d'HileU , O' de leurs hahitiitms 

tj^ demeures. 

DE la Tribu d'Hilela , qui cft la féconde , font forties 
onze lignées, dont la première eft celle de Béni Amir, 

uimir. i. <l^^i f^^lt fa demeure entre Tremécen & Oran , remplit tou- 
tes les campagnes de Cirât , jufqu*aux montagnes de Béni 
ou Bcni Rachid * , & Vétend vers la Libye Jufqu'aux deferts dcTe- 
gorarin. Ceux-cy font appelez maintenant Melionicns , ou 
*vicdA r Calans de Melione,& lont partagez en cinq lignées*, qui 
Vlcd siiicyl peuvent faire 6oco, bons chevaux , & plus de 50000. hom- 
nian , Vlcd ^^^5 jç pied. Us font richcs , & ont domination fur les Bc- 
El Harig]^& rébcres de la campagne. Qiioy-que les Turcs leur fafTent 
Vlcd Abdâia. quelque déplaifîr , ils ne laiffcnt pas de fe défendre -, & 

quand ils n*ofentleur fairc^tefte de-pêurde leurs moufqucts 
P'Ud Hm- & jç X^xLrs flèches , ilsfc retirent dans les deferts, La féconde, 
rtêd> 1. appeléeVled Hurua,demeure fur la frontière de Moftagan.Ce 

font gens (àuvages, grans voleurs, & toujours afTez mal en 
ordre , qui ne s'éloignent jamais des deferts , parce-qunls 
n'ont aucune retraite affûtée , ni ne trouvent perfonne qui les 
veuïllefoudoyer.llsfontquinzecenscheva,ux,& plxjs de 15000. 
^ed Rue- hommes de pied , mal armez ,& encore plus mal veftus. La 
^^* ^ troifiéme s'appelle Hucba , & demeure fur la frontière de 

Méliane. Ceux-cy rendent fervice quelquefois aux Rois de 

Tunis, ils font néanmoins voleurs comme les autres, & cruels. 

VUd Al- Ils font 1500. chevaux , & dix mille hommes de pied. La 

htH. 4. quatrième appelée Vled Habru,vit dajis les plaines , entre 

Oran & Mollagan j ils font laboureurs & tributaires du Roy 
de Tremécen, & quelquefois du Gouverneur d'Oran , quand 
Muflin. 5. ils ne peuvent faire autrement. Ils font environ 150. che- 
vaux, &iooo. fantaffirls.^ La cinquième, nommée Muflin^ 
vit dans les deferts de Mazila ^ & s'étend jufqu'au Royaume 
de Bugie. Ce font auffi de grans voleurs, qui fe font payer 
tribut par les Bérébéres de Mafila, & d'autres terres voilî- 
Vl^d Rifh. nés. La fixiéme eft appelée Vled Ricfa , & a pour fon par* 

tagç 



DE UAFkïQVE, LIVRE I. «i 

tlg6 les ddèrts de la Libye, qui, font vis-d-vis deConftânti* 
ne. Ce fbnc gens fort puiilans , qui dominent fur vne par- 
de de la Numidie , 2c font divifez en fix lignées ^ Bilcil , Âo, 
Giei£i,Iacob, Hannëcha, & Yahaya , compofées d'vne bra- 
ve Noblefle , & bien équipée , avec qui le Roy de Tunis 
partage fon revenu. Ceux d*Vled Bileil vivent dans les FUdBiUiU 
campagnes qui font entre Tunis & Begeia -, Et ceux d' Vled 
Âo^en celles deDahala, qui font rempUes de fontaines 8c 
de rivières qui courent dans de belles plaines , lefquelles 
s'étendent |ufqu'à la ville de Lorbus. Ceux d'Vied Œéifa 
occupent les campagnes qui font depuis cette ville-U , juf. 
qu'à la frontière de Numidie , oà habitent ceux dTled la- '^'"^ ^^''^ 
cob. Ceux d'Vled Hannécha errent dans les campagnes yi^i u^^ 
de Conftantine & de Bone,& font les plus puiilàns & les nccbd. 
plus riches de tout le Royaume de Tunis. Les Bérébé- M«rdc2 chc- 
rcs Chaviens , 8c beaucoup d'autres , qui demeurent par "^ *^ "*°* 
aduares , 8c parlent la laneue des Bérébéres , font leurs vaf- 
iàux. Ils font tous enfèmole plus de cinquante mille che- 
vaux , y compris ceux d^led Yahaya, avec lefquels ils vi*^ 
vent , 8c ont tous des Chefs , ou Chèques qui les comman- f^^^ Tabs^, 
dent , mais qui n'ont que voir aux caufes criminelles, ni ne 7^* 
peuvent chaftier par la juftice. Car leur autorité ne s'é- 
tend qu'à ce qui concerne la paix 8( la guerre. Si vn Arabe tue 
vn autre , les parens du mort prennent auffi-toft les armes 
contre ceux de l'homicide, 8c en tuent autant qu'ils en ren- 
contrent pour venger la mort du défunt. Mais pour appai- 
fer ces def ordres le Chèque s'entremet de leur différend 8c yi^jc^a-f 
£ût leur accord. La feptiéme liguée eft Vled Said , qui de- *^' 

meure dans les deferts entre la province de Ténés 8c la Nu- 
midie. Ceux-cy font en grande réputation in ont domina^ 
tion fur les Btrébéres; Aufli font-ils braves 8c adroits tant à 
pied qu'à cheval , vont tousjours bien armez 8c bien ve« 
mis , 8c font quelque trois mille chevaux 8c quinze mille 
hommes de pied. Les Rois de Trémécen s'en fervent or- 
dinairement à la guerre, 8c leur donnent des appointemens, yUdJ^ 
Vled Azgueh eft la huitième lignée qui eft éparfe en divers gnth. S. 
endroits , 8c fujette à d'autres Arabes. La plufpart vivent 
dans la province de Garet au Royarme de Fez , 8c fos^t 

L 



8i DESCRIPTION GE'NE'RALE 

meflez avec d'autres j les vns avec Vled Hambran ^ les au- 
yi ^ . ^^^ ^vec les Arabes de Duauéla , qui errent autour d'Aza- 
j^mérid ^^' La neuvième appelée Vied eÎQuérid, couvre les cam- 
^^^^ ' '• pagnes de Helin en la province de Hea , au Royaume de 
pri Je Maroc , & eft jointe avec celle d'Vled Sadeyma. Quoy- 
d€jm4. ^" qu'ils ayent accouftumé de tirer tribut des Bércbéres de 
^ ' cette Province , ce font gens pauvres & mal armez , qui font 

pourtant quatre mille chevaux & trente mille hommes de 



, pied en deux cens villages, y compris ceux d'Vled Eneder, 

rud «tf- • ^Q. la dixième lignée de cette Tribu. L*onziéme & der- 



der.to» 




Meneba , & Vled Ambran. Son plus grand trafic eft de 
dates qu'ils vont quérir en la province de Sugulmcfle en 
Numidie , & vendre à Fez , d'où ils remportent du bled & 
d'autres marchandifes. Car ces ^ens-li nourrirent force cha- 
meaux de fomme. Cette branche eft encore divifée en plu- 
fieurs autres qui feroient trop longues à déduire , & pref- 

Iue impoffible de compter. Ceux qui en voudront favoir 
avantage , peuvent lire lean de Léon , qui traite plus par- 
ticulièrement de ces peuples* 

CHAPITRE TRENTE-VNIE'ME. 



1 



Des x^rahes de laTrihu dtMahquil^(^ defes habitations. 

Vled Ma- T A^^^^^ dçMahquil qui eft la troifiéme^a vingt-trois 
Ag^^ I ^ lignées , dont la première qui eft la principale ^ eft V led 

Maftar , d'où fortent Vled RuGué,& Vled Celim. Ceux: 

VI iif ' ^^ Rttqué foçt frontières des deierts de Dédés , & de Far- 

*^*^' cala de la Numidie , & ne font pas fort riches , ni poflef- 

feurs de grans païs. Mais ils (e piquent de bravoure , 6c 

vn de leurs fantàffins jie .craint point d'attaquer deux cava*- 

liers , tant ils font adroits & difpos. Ils font iîx cens che*- 

Flid Celim. vaux, ftc huit mille bons hommes de pied. Ceux d'VledCe- 

»dciaNuinû ^^"^ demeurent prés de la rivière joe Dara fur la mefîne 

die. frontière ^, Ils errent la plufpar; du tems par les deferts ^ 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. ?3 

&A>iit afle2 riches iparce-qu'ils vont cous les ans âVec leurs 
marcbandifès au Royaume deTombut , & ont plufieurs hé- 
ritages en Daray^au Sus-éIoiené,& grand nombre de cha- 
meaux. Ik font trois mille chevaux , & vinet mille hom- yt j jj 
mes de pied, tous bons foldats. La féconde branche & des ^ j^ ^ 
principales , eft celle d'Vled Hurmen , d*où viennent Vlcd 
cl Hafcin , & Vled Quinena. Ceux d'Hafcin vivent prés ^''^/* 
de rOcéan fur la frontière de Mefla , au Royaume de Ma- ^^fi*^^ 
roc , en la pirovince de Sus , & font environ cinq cens che* 
vaux ^ & dix mille hommes de pied afiez mal en ordre. 
Ceux qui demeurent dans les deletts avec leurs troupeaux, 
vivent en liberté ; mais vne parrie de ceux de la province 
d' Azgar au Royaume de Fez , qui font méfiez avec ceux de 
Bcni-Mclic-Sofian , font tributaires du Roy de Fez , auffi- jriti ^mU 
bien que ceux d*VÎed Quînena , qui vivent entre les Holo- ntM. 
tes. Ils font trois mille chevaux , & plus de vingt mille ^ 
hommes de pied , tous bons foldats , & bien armez a leur 
mode. La troifiéme s'appelle Vled Haflan , qui a trois ^Ud Haf- 
branches , Vled Heffen , Vled Manfor, & Vled Abid Alla./^*- î- 
D'ViedHalIenforténtfept autres lignées , Duleim , Burbus, ^'^^ -^"^Z* 
Vodci , Arrahaména, Amar , Abimanfor, & Aby Abeyd Alla. ^*'/^- 
Ceux de Duleim vivent dans les deferts de Lioye , avec les 
Azéncgues qui font Africains. Et comme ils ne poffédent 
rien en propre , & qu'ils ne peuvent tirer de perfonne au- 
cun tribut, ils pallênt leur vie miferablement, & font grans 
voleurs. Ces Arabes viennent d'ordinaire en la province 
de Dara , pour troquer du beflail contre des dates. Ils font 
maLvefhis , & font cinq cens chevaux , &: neuf mille cinq 
cens hommes de pied. Ceux d'V led Burbus vivent auffi f^Ud Bmt^ 
dans les deferts de Libye vers le Sus-éloignc , qui eft à ^^• 
l'extrémité du Royaume de Maroc. Ils font en grand nom- 
bre I mais pauvres , encore qu'ils ayent quantité de cha^ 
roeaux. Ils efloient autrefois maiftres de la villedeTeflet 
en Numidîe 3 mais ce qu'ils en tiroient ne flif&foit pas pour 
ferrer le peu de chevaux qu'ils avoient. Cette ville eft 
maintenant au pouvoir du Chéri f , & pour eux ils font 
en grande neceflité , quoy- qu'ils foient plus de cinquan- 
te mille combatans , dont il y a fèpt cens chevaux. 

LiJ 



84 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

VlUVoitj* Ceux d*Vlcd Vôdey habitent dans les deferts entre Iguaden 

& Ganata, & font Seigneurs dlguaden^ jurques-là que le 

Roy Maure de Ganata leur paye tribut. Ils font environ 

(ix mille hommes de combat 6c ont fort peu de chevaux, mais 

r?^^ ^rr4 - beaucoup de chameaux. Ceux d'VledArrahaménavi voient 

hdmfnâ. dans le dcfert de Hacha, 8c avoient quantité de païs. Ilsfc 

retiroient l'hyver dans TefTet £c faifoient autrefois plus de 
dix mille combatans dont il y avoit fept cens chevaux* Mais 
leCherif Mahomet qu'ils avoient aidé à prendre TeiTet fie 
les environs, les tranfporta en Barbarie pour récompenfe, 
avec tout ce qu'ils avoient , 8c leur «donna à habiter la pro- 
vince de Témécen au Royaume de Fez , où ils périrent 
tous en vne bataille, contre Buhaçon Roy de Vêlez , lors 
VUàAm^r. que Salh Arraez Teut fait Roy de Fez, Ceux d'Vled Amar 

vivent dans les deferts de Tagaoft en Numidie , & vont cr- 
rans par la province du Sus * éloigné jufqu'au Cap de Non. 
Ils font huit mille combatans dont il y a environ trois cens 
chevatDc aflez mal en ordre. D'Abimancordefcendentqua-^ 
tre lignées, Vled- Ambran , Vled MéneDbé,Vled Hufcein 
^Ui Am^ gt Vled Abil Hufcein. Vied Ambran vit dans les mefmes 
brén. deferts vis-à-vis de SuguImeiTe , 8c court tout le è^ittt de 

Libye jufqu'à Iguid. Ib eftoient autrefois for tpuiflans fictif 
roient tribut des provinces de SugulmeiTe , Tooga, Tebelbe- 
led , 8c Dara , qui appartiennent maintenant au Cherif ^ mais 
ils ne font plus (i coiuidérables j quoy*q[u*ils confervent toû^ 
jours leur liberté ^ 8c quand ils peuvent ils tirent tribut des 
Bérébéres. Ik font riches par la grande abondance de da« 
tes qui fe trouvent dans leurs contrées , 8c font eftimezforc 
braves. Ils font trois mille bons chevaux 8c plus de cinquante 
mille hommes de pied ^ mais ils ont en leur compagnie d*au* 
très Arabes fort pauvres qui font comme leurs lujets , hL 
qui ont quelques chevaux 8c force beftail. On les nomme 
Vled Garfa 8c Vled Eiguéh. L'autre partie de la lignée 
d'Vled Ambran a pour fon partage divers lieux de Numi- 
die, 8c s*étendjufqu'à la province de Figuig , 8c tous les Bé- 
rébéres de ces quartiers leur payent tribut» Ils viennent en 
£(bé à la Province de Garet au Royaume de Fez , 8c cou- 
jrent toute Ut frontière de la Tingitane du cofté du Levant. 

• o 



DE L'AFÏLIQVE, LIVRE I. 8y 

Ceax*cy fonc fort illuftres , & les Rois de Fez recherchent 
kiir amitié & leur alliance. Ceux d' Vled Ménebbc demeu. VUâ \ Mi^ 
rent dans le meûnc défère, & font Seigneurs de Marmara 8c »^^^' 
de Reteb provinces de Nomidie. Ils font auflî tres-ilTuftres 
&tres-belliqueuX) 8c font deux mille chevaux 8c vingt mille 
hommes de pied ^ de-forte que ceux de Sugulme({e leur payent 
tribut. Ceux d'Vled Hufcein vivent da!ns les montagnes du ^Ifi Hmf^ 
grand Adas , Se tenoient autrefois fous leur domination plu- ^^^* 
fieurs montagnes de Bérébéres . 8c quelques villes 8c villaees 
rs ocnunennis leur avoient donnez pour leur avoir 
aidé i (e rendre maiftres de la Barbarie. Le quartier de ces 
Arabes eft entre le Royaume de Fez 8c la Province de Su« 
gulmefle , 8c leur Chèque demeuroit en la ville de Garciluy n, 
qui eil maintenant au Roy de Fez. Ce font gens riches 8c 
vaillans qui tirent tribut de beaucoup de lieux , 8c font fîx 
mille chevaux , 8c plus de cinquante mille hommes de pied. 
Us errent auffi dans la province d'Eddahara avec d'autres ^ j ., 
Arabes qui font comme leurs vaflaux. Ceux d'Vled Abyl- \^^ . /'* 
Hufcein font divifez en deux , les vns vivent dans les deferts ^/^^••^ 
d*£ddahara où ils ne font pas fort puiilans ^ les autres font 
devenus fi foibles , que ne fe pouvant maintenir en ces quar- 
tiers , ils font paflez en Libye où ils ont bafli ouelques 
iiie£:hai]tes habitations ,8c vivent miferablement tributaires 
dts antres Arabes. 



D*Abid- Ala font venus quatre autres lignées principales, tri a n 
VledGarragi, VledH<Wëgi,VledTéhaUba,8cVledGio. ^^f ^^''' 
ban. Les premiers qui font les plus confidërables , vivent 



dans les deferts de Bénigam _ ^ 

ont grande étendue de païs 8c de pafluniees pour leurs trou- 

5 eaux. Ils font ordinairement i la fpldeckTrémécen. Mais 
epuis que les Turcs pofTédent ce Royaume, ils ont eflé fort 
t#urmentez pour ne leur avoir pas voulu obeïr. Ils font 
pks de quatre mille chevaux 8c plus de trente miHe hommes 
de pied. Cefôntgrans coureurs qui ne vivent que de brigan- 
dage. Durant i'hyver ils ne bougent des deferts j mais TEfté . 
ils ont accoufhimé de venir vers Trcmécen. Ceux d'Vled ^^^ 
Hédéei demeurent prés de-Iâ dans le defert d^Angad 5 ce V* 
i<Mnt ife pauvres mtferables qui ne vivent ^ .non plus que les 

Liij 



%6 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

autres , que de ce qu'ils dérobent a leurs voifîns , & âîûfi ils 
errent toujours vagabonds , & quand leurs ennemis les veu- 
lent pourfuivre , ils fe (auvent dans les deferts. Ceux d'Vled 
Téhaliba demeurent dans la province d'Argel^ mais lesplui 
nobles vivent dans les campagnes de Méticha, & courent 
les deferts de Numidie jufqu'à Tegdent. Ceux qu'ils appel- 
lent entre eux Bcni-Tumi eftoient Seigneurs d'Alger & de 
Teddelez, lorfque Barberoufle conquit ces Eftats, & dé- 
truifit cette lignée qui eftoit brave & illuftre, & fàiioitplus 
de quatre mille chevaux èc plus de quarante mille hommes 
de pied. Ce qui en refte eft fujet du Turc & medé avec 
d'autres Arabes. Entre ^Moftagan & la rivière de Chilefha^ 
bite vne sutre branche de cette lignée qu'on nomme Vled 
yUiSuejd. Sueyd. Ils font fort riches en bleds fiC'^cn troupeaux, & 

font plus de deux mille bons chevaux ôc quantité de gens de 
pied. Ils ont fouvent guerre avec lesBeni-amir&les Turcs 
d'Alger ^ mais quand ils font preflez de ceux-cyilsfcrejoi- 

fnent tous enfemble pour s'en défendre , & errent par les 
^ __ eferts de la Libye. Ôcux d'Vled Giohan font difoerfez en 

hân. plufieurs lieux, les vris vont avec Vled Gàragi; les autres 

avec Vled Hédégi , & font comme leurs vaflaux. Voilà le 
dénombrement des Arabes qui font répandus dans l'Afri- 
* ▼îiiagcs qui quc , & qui vivent par aduares*. Parlons maintenant de leurs 
Te trânfpoiv. coutumes & de leurs façons de faire §c de combatre. 



tenu 



CHAPITRE TRENTE.DEVXIÉ'ME. 

De la vie y ^ des coutumes des j4rahes d'Afriàue^ g/ 

de leur façon de combatte. 

COmme les Arabes d'Afrique demeurent en divers 
quartiers , auffi vivent-ils diverfement. Ceux de Numi- 
die & de Libye font fort miferables auffi- bien que les na- 
^ turels do pays. Il eft vray qu'ils ont quelque cbofe de-plus ^ 

jJwc. ^ ^^* ^ qu'ils lont plus braves ; car outre qu'ils trafiquent de 

chameaux avec les Nègres , ils ont quantité de barbes y te 
vont continuellement a la chafle dçs cerfs & d^autrc^ he.* 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. 87 

ftes,doDt il y a abondance en ces quartiers-là. D'ailleurs , ils 
s'adonnent fort i la Philofophie naturelle aufli-bien qu*i Telo- 
qaence 8c à la Pocfie , & compofcnt des Poèmes où ils décria 
vencen rime & mefiire , comme en Europe , leurs guerres , 
leurs chaflès , & leurs amours, & les chantent agrëaolement 
au ibn de leurs tambours de bafc, &de leurs luts , & de leurs 
Tiolons , ainfi qu'on fait en vne certaine dan(ë de Portu* 
gai. Plufieurs d'entre-eux chantent, jouent, 8c compofent 
coDt enfemble. Ils font dVn naturel franc , 8c travaillent 
pour leur réputation , mais ils font û pauvres qu'ils n'ont 
pas dequoy donner. Quand il arrive chez^eux quelque 
Eftraneer , ils le traitent 8c le régalent , ne pouvant faire que 
cela. Ils s'habillent comme les Numides, quoy-que leurs 
femmes s'ajuftent vn peu mieux. Leurs deferts eftoient au- 
trefois la demeure des Gétules 8c des Numides , mais ils 



ont chafle ces peuples fur la firontiëre des Nègres , ic font 
demeurez paifîbles po0eileurs du pais , ou s'il eft reHé quel- 
que Numide il dk leur vaflal. Les Arabes qui demeurent 
en B^barie entre le grand Atlas ic la Mer Méditerranée 
ibnt plus riches 8c plus accommodez : car outre qu'ils font 
mieux veftus ils paroiflent davantage. Leurs tentes font 
plus grandes 8c mieux faites > 8c leurs chevaux plus beaux 8c 
plus parez , quoy-qu'ils ne foient pas (i légers. Us labou- 
rent leurs terres , recueillent beaucoup d'or^ 8c de froment, 
& ont quantité dergros 8c menu beftail. Ce qui fait quils 
ne s'arreftent en auciu lieu ic qu'ils vont tantoft d' vn cofté 
cantoft d'vn autre , où les pafturagesles appellent. Ils n'ont 
pas tant de courage que ceux du. defert 8c font moins ci- 
Tîliibz 8c plus avares ; mais ils ne laiflent pas de lozer les 
Efbangers te de les traitter pour rien. Ceux qui (demeu- 
rent dans les Efbts du Roy de Fez font tributaires de ce 
Prince-, mais ceux de Maroc, particulièrement de la pro« 
^ince de Duquéla , vivoient autrefois en liberté , avant que 
le Roy de *Portug2d prift les villes de Safi 8c d' Azamon 
Mais il fe mit alors des divifions parmy-eux qui furent cau« 
fè de leur ruïne , car le Roy de Fez les ataquantjd' vn cofté 
ic le Roy de Porterai de l'autre , preflez d'ailleurs de lape- 
fte j8c de la famine , ils s'alloient ororir eux-mefmes pour ef^. 



88 BEîSCRtPTION GÊ'NE'RAtE 

» 

claves aux Portugais , 8c leurs amcûoient vendre kuf s fem^p 
mes & leurs en£ins pour avoir dequoy vivre. La plufpart 
îe firent donc fujets , & le refte fe retira au dedans dupais 
fous la conduite du Cbérif , qui alloit gagnant pied-à*pitd, 
&: qui fe rendit à la fin maîAxe de la Province. Car tous 
ceux qui y font maintenant 6c dans les provinces voifînes 
font fes vafËiux. Les autres qui tlemeurent dans les deferts 
for les frontières de Ttcmccen, flc'dc Tunis, vivent com- 
me Souverains y eftant entretenus par ces Princes , qui fe 
fervent d'eux à la guerre. Ils font toujours en bon équipa- 
ge avec de bons chevaux 2c de belles tentes ^ TEftéib vont 
a Tunis gagner leur paye , & fe fournirent l'Automne, de 
vivres , crhabits. Se a équipage pour ail erpaflèrrhy ver aux 
* c cft qn on deÇQxts , avcc Icurs troupeaux *. Au Printems ils s'exercent 

rfccibc 'do«! ^ ^^ ^^^^ ^^ Toifeau & des beftes fauvaçes , ôc pour cela 

ont de bons chiens 6c de bons faucons. Ils font courtois 2c 

galans , Se fe piquent de po^e ; auffi font-ils de beaux vers 

en leur langue. Mais comme ils font avares 6c perfides ^il 

ne fait pas Iwn s'y fier. Leurs ftmmes font bien veftucs pour 

le païs, Se portent des chemifes noires qui ont les manches 

fort larges , 8c par-defTus vn drap bleu ^ ou noir dont elles 

^'enveloppent, en retrouilant vne partie avec deux agrafes 

d'argent a l'endroit du fètn y &; renveffànt l'atitrc fur leur 

tefte. Elles portent des pendans d'oreilles , fie des anneaux 

d'argent , 8c quelques braâelets aux bras 8c aux jambes , i 

la mode du pais -, 8c ont outre cela vn voile de toile fort 

claire fur leur tefte , dont elles fe couvrent le vifàge quand 

elles voyent quelque Eftranger, 8c le relèvent quand elles 

font en leurs tentes^ Leurs maris les raeinent avec eux fur 

àes chameaux en vn petit brancar Eût comme > vne manne 

cf ofier y où il ne peut tenir qu'vne perfonne , Se couvert d'vn 

tapis. Elles les accompagnent > foit en voyage ouenguene 

pour les encourager parleurpréfence,8c pour n'eftre point 

^ en peine d'eux. Pour paroifbre plus belles ^ lors «m'elles font 

2Qcou^uCc^l filles elles ont accoulnimé de le faire mille chijhres 8c gen- 

aux bras , aux tilleflès de coulcut blcuë fur tout le corps * avec la pointe 

^cdf * & aax ^vne lancette 8c du vitriol , Se les Africaines en font au- 

jambes. tant à Icur exemple } mais non pas celles qui demeurent 

dans 



-DE UAFRIQVE .LIVRE I. 89 

dans les villes , car elles confervent la mefme blancheur de 
filage avec laquelle elles font venues au monde ^ quelques- 
vnes (eulement peignent vne petite fleur , ou fe font quel- 
que fêin aux joues, au front , & au menton , avec de la fu» 
roée de noix de Gale & de fafran , qui fait la marque fort 
noire , & (e noirciflent auffi les fburcils. Ces efpeces de 
mouches font fort loiiëes par leurs poètes , & la Nobleile 
les tient à galanterie: mais elles ne durentquedeux ou trois 
jours au plus , & lors que les Dames font parées de la for- 
te , elles ne fe lai fient voir qd'à ceux de la maifon , & s'ima. 
inent par cette retenue augmenter leur beauté ,& Tamour 
ie leurs maris. Les Arabes qui vivent dans les Deferts de 
Barca entre la Barbarie & l'Egypte , font fort pauvres& mi^ 
ferables , parcc-que c*eft vn païs fec & ilerile qui n'eft pas 
capable de les nourrir ^ qu il y a fort peu d'herbe , & nulle 
forte de bled. Il eft vray qu'il y a quelques perits lieux ha- 
bicez par ceux du païs , où Ton^ trouve de mefchantes pal- 
mes qui rapportent fort peu de dates , & où l'on fcme quel- 
que peu de oled autour des habitations ^encore eft* on aux 
mains perpétuellement avec les Arabes pour le conferver ^ & 
quelquefois on leur troque contre des chameaux & des bre- 
bis. Mais ces Arabes font en (1 grand nombre que cela ne 
fûffit pas pour les nourrir ^ & la difètte elï fi grande par- 
mi-eux qu'ils engagent leurs propres enÊins aux Marchans 
Chreftiens qui leur mènent du bled de Sicile ^ à condition 

n s'ils ne les dégagent dans vn certam tcms , ces en&ns 
eurent efclaves. Nous en avons veû quantité en cette 
Ifle qui s'eftoient faits Chrefliens. Ces peuples font les plus 
grans voleurs du monde , car ils détrouflent tous ceux qu'ils 
peuvent attraper Se les font efclaves ^ & les Mahométans 
n'oferoient plus pafler par là, ni feuls ni en compagnie, 
parnculiérement le long de la cofte , parce-qu'ils fe répan- 
dent par -tout. Pour ce fujct ks Caravanes qui vont en 
Egypte , paficnt à deux cens lieues loin de la mer , ou peu 
s*en Êiut , qui eft le chemin à mon avis que fit Caton , vcu 
la quantité de beftes farouches & de ferpens , qui s^y ren- 
C4Mitrent. Enfin c'eft la plus miferable nation qui (oit en 
Afrique 3 on les voit maigres & défaits faute de manger, & 
toujours fâles, & mal-velhis. M 



50 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

Tous les Arabes qui demeurent vers le Couchanc ^oiifont 
les Royaumes de Fez & de Maroc , portent ordinairement 
des lances de vingt^cinq palmes de longueur. Elles font 
de heftre , & n'en ont point de frefiie que celles qu'on leur 
apporte d'Europe qu'ils eftimcnt tant qu'on les veinl jufqu'à 
vinçt efcus , quand c'eft du cœur du bois. Ils fe fervent 
au(][i de boucliers de cuir ^ d'vne eipece de bufle^ 6cenoot 
quantité de tres-bons. Les Rois font curieux d'SaToir des 
magafins d'armes^ où il y a force cottes de maille, & babil- 
kmens de tefte. Leurs efpëcs viennent la plofpart de la Chrc- 
ftientë y 6c font fort chères quand elles (ont nonnes , parce* 
que celles qui fe font au païs ne (ont ni de bon acier , ni de 
bonne trempe , faute d'eau propre pour cek. Il y a parmi 
eux des gens de cheval qui portent des arbaleftes , 6c font 
fort adroits à s'en fervir» Mais ils ne fe fervent de mouf^ 
quets ni de piftolets, & ne les aiment point* quand ilsveu* 
lent efcarmoucher ^ilsoftent la couverture des ièUes de lenrs 
chevaux pour eftre plus libres £c moins incommodez du 
vent dans l'agitation. UsafFèâent d'avoir de riches harnois^ 
& ceux qui en ont ne vont point fans cela; U y a des Ca^ 
valiers qui portent fix ou fept javelots , & il y en a de fi 
adroits qu'ils donneront de quarante pas dans kfondd'vne 
afliette , en courant i toute bride , 6c leurs chevmix Cont & 
adroits à tourner que cela n'eft pas imaginable. 

Les autres qui demeurent versrOrient^ depuis le Royau^ 
me de Trémécen jufqu'aux deferts de Barca ^ portent despi- 
ques, de quarante ou cinq«ianoe palmes de long, fciTées par 
les deux bouts pour fraper devant & derricre j.& leur jdus 
dangereux coup eft celui dont ils bleflent en fe retixant. 
Car quand ils voyent vn em>emi les fuivredeprés^ilspaf- 
fent la piaue fur le bras gauche, & le percent de loin àuis 
la fuite, loriqu'il s'en doute le moins. Us font fi adroiics à 
cet exercice , qu'il y en a ^ui ne ftindroient point d'atta-* 
quer tout feuls dans vne plaine dix ou douze hommes dd 
cheval , & leur donneroicnt aflcz de peine i fe défendre. 
l'ay déjà dit que ces piques ne font point de l&diie j il y 
en a quelques . vnes de heftre. Les meilleures fe font d'vne 
racine que Ton appone des deferts de la Libye , quicftd'vn 



DE UAFRIQVE , LIVRE L 91 

bois noir ^ dur , & pefant* Car ©lus il pefe & plus la pique 
eft boone , quaiKi on s*en fait oien fervir. Ceux qui ont 
de ces piques ne portent point de boucliers i mais quelque- 
fois de ces Javelots dont j'ay parle. Ils ne fe foucient non 
plus de caiques , ni de cottes de maille , parce-que c^la \c^ 
empeicheroit de tourner fi aifément » & il n*y a que ceux 
qui fe fervent de lances qui en ont. Quelques-vns nortent 
aet arbaleftes, car ils^ele fervent point d'armes à feu, par- 
ticulièrement à cheval. Ceux de Trémécen & de Fez ont 
l'avantage (ur tous les autres en omemens de chevaux ,aufl]« 
bien qu*en valeur , & ceux qui tirent plus vers l*Occideùt 
font les plusdifpos , & ont quelque chofe de plus noble & de 
plos grand. Les gens de pied leur font le plus fouvent inu- 
tiles , parce-qu'ils ne combatent entre eux qu'à cheval ^ mais 
depuis quelque^tems il y a des Chèques qui ont des mouP 
quetaires , particulièrement ceux du Royaume de Trémécen, 
mais ils ne fervent qu'à épouvanter les autres Arabes qui 
<:raigoent étrangement le feu , car ils ne (e favent pas fei^- 
mr de leurs moufquets , & combatent en defordre. En effet, 
la Êi^on de combatte de ces peuples eft bien différente de 
celle dc% autres nations , ils ne fe bâtent point en corps 
& donnent de tous coftez. Que s'ils trouvent quelque en* 
droit foible ils y viennent fondre , & preffent leur viâoire 
le phis qu'ils peuvent ; mais fi on les attaque les premiers, 
ils S'écartent tout anffi-toft quand ils feroient en gros , Se 
reviennent à la charge de toutes parts à diverfes fois , pour 
taicher de vous ébranler. £n vn mot ^ils (ont fi adroits & fi 
difpos , ^oe pourveuqu^il n*y ait point d*armes à feu , ils (è 
neflent a tous coups dans les e(cadrons, te fe retirent , ou 
s'avancent de grande vifteflè. Quand ils (e bâtent contre 
des Cfareftiensils font tout ce qu'ils peuvent pour blefier, 
oucaer leurs chevaux^, parce-qu'ils iavent bien qu^ils vont 
armex', Si qt^4)n ne les peut bleffèr Vilement ^^ ceux qui 
ont i €ûrt a eux doivent bien prendre garnie 4 cela. le n^en 
diiay pas davanta]^ pour, eftre plos court : quoy-<]^il y euil 
beaocovp d'aaues ^Lofcs i dire fiir ce fojet» 



91 DESCRIPTION GE'NE'RALE 



Q 



CHAPITRE TRENTE-TROISIE'ME. 

Du langage des jifricains, 

V o y-que les anciens Africains appelez Chilohés ^ ou 

Bérébcres, foient difperfèz par couce l'Afrique , ils 

écrivent pourtant & parlent tous vne mefme langue qu'on 

nomme aAbimalic, qui fut rinvcnteur de la Grammaire 

des Arabes. Us ne laiflent pas de par 1er auffi la langue natu^ 

relie du pais qui cft fort différente des autres » quoy-qu'il 

y ait quelques mots Arabes qui y ont eftc introduits parla 

«c font ceux communication de ces peuples qui font pâfTez en divers 

p"oprcm™r^ tems en Afrique. Les cinq lignées dont nous avons parle 

Bérébcrcs. au chapitre ii. pour foûtenir qu'elles vienoent de l'Arabie 

heureuie, difent que leur langue naturelle eft l'Arabique^ 
& que depuis qu'ils ont palTë en Afrioue, ayant efté con- 
traints de traitter avec des nations eurangeres ^ elle s'eft 
corrompue par fucceflion de tems. Mais que les mots Ara- 
bes qui y (ont demeurez rendent vn témoignage fuffi^ 
(ant de leur origine. La Langue qu'ils parlent maintenant 
participe de l'Arabe ^ de l'Hicbreu ^ du Latin^ 'du Grec, 
&; de l'ancien Africain dont on (e fer voit , quand ils vin-* 
rent au pais; Car perfonne ne fait difficulté qu'il n'y euft 
vne langue naturelle Se particulière à l'Afrique différente de 
celle des Arabes. Celle qu'on y parle aujourd'huy a trois 
■^chiika.Ta. noms *, qui nedéfigncnt prefque qu'vne mêime chofe^quoy 
^^^^'^ ^' que les vrais Bçrcbéres différent en k prononciation & en 

la fignification de beaucoup de mots. Les plus voiitns: des 
Arabes , & qui ont plus de communication avec-eux méf- 
ient parmi leur langage quantité de mots , de la Langue 
d'Abimalic , qdi eft la plus noble ^ .& lç$ Arabes de mef- 
me meflent parmi la leur beaucoup de nK>ts Africains. 
Les Gomeres & les Haoares qui vivent dans les nxonta^ 
gnes du petit Atlas , & tous les habitans des villes de la 
cofte de Barbarie , qui font entre le grand Atlas &. la mer, 
parlent vn Arabe corrompu. Mais aans Maroc 8c dans tou* 
Ks les .provinces dt cet Empire , aufli-bien que parmi les 



DE L'AFRIQVE, LIVRE L 55 

Numides & les Gétules , qui font vers POccident ,on parle 
Ja Langue Africaine pure ^ qu'on nomme Chilha,& Tama- 
zegt j noms fort anciens. Les autres Africains Bcrëbéres 
de" la partie Orientale, qui confinent au Royaume de Tunis, 
& à Tripoli de Barbarie , jufqu'aux defcrts de Barca , par- 
lent tous généralement vn Arabe corrompu. Auffi font ceux 
oui vivent entre les montagnes du grand Atlas & la mer^ 
toit qu'ils ayent vne demeure arreftée ou non 5 & la pluf- 
part des Azuagues,quoy-que leur principal langage foit le 
Zénétien 5 de-forte qu'il y en a peu en Afrique qui par^ 
lent la Langue Arabe naturelle. Mais ils fe fervent tous 
dans les écritures autentiques de la Langue d'Abimalic , & 
communément on la lit & on récrit par toute la Barbarie, 
la Numidie , & la Libye. Ces deux Langues font méfiées 
parmi les Nec^res ^ car les provinces qui font proches des 
Séoégues, & clés autres Araoes Mahométans , ont quantité 
de mots Arabes & Africains ^ Dans Gelofe , Généova , Tom* 
bue ,Meli , Gago , 8c Ganate , on parle le Zungay ^ Dans Gu- 
bcr , Cano , Quéféna , Perzégreg , & Guangra , on parle le 
Guber , qui efi vne autre Langue i Dans Borna , & dans 
Goaga , vne troifiéme aflez femblaole 5 & en Nubie , vne 
quatrième qui participe de T Arabe, du Caldéen , &dfe 1*E- 
gyptien. Ces provinces aboutirent toutes fur le Niger. 
Mais dans les autres plus Méridionales , on parle encore 
diveriès fortes de Langues , dont les principales font la 
Zinguienne, & TAbyffine. En d'autres quartiers on fifle * * Tonte Laiu 
plutoft qu'on ne parle , & il y a des peuples fi fàuvages S^ V'^ «c 
qu'ils ne parlent , ni ne communiquent , ni ne fe laiiïent c^nncTcrobtev 
voir à perfonne^ & fi Ton en prend quelqu'vn prifonnier, àr^meiidrc 
il fe laiiTe mourir de faim par dépit. Nous dirons dans 1^ ^** fiflcmcnc* 
féconde partie de cette Hiftoire , beaucoup de chofes cer^ 
taii^s 8c véritables ) de la brutalité de ces nations 3 & nous' 
parlerons auffi de TEmpereur des Abyffins , 8c de (es Royau-^ 
mes.. Quand les Arabes Mahométâns^ conquirent TEgypte,* 
les Egyptiens prirent leur Langue , 8c enraite la Tuî-que ^ 
de laquelle ils vfent par galanterie. Il n'y a que ceux qui 
ont perfévéré dans le Cnriftianifiné , qui ont confervé la> 
Langue Egyptienne naturelle , qui eft.oit vnique 8c com*- 

M iii 



-54 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

mune dans toute la province ; quoy-qu^en quelques en- 
idroits , elle tinft de l'Arabique , 8c de T Abyfline , 6c par-tout 
beaucoup plus de THebraïque. 

CHAPITRE TRENTE- QVATRIE'ML 

Des anciens caraÛercs des %^fncMns , O" de ceux dont ils 

Je fervent aujenrd^htty. 

LEs Hiftoriens Arabes les plus illuflres tiennent que les 
Africains ne fe fervoient d'autres lettres que des Latines , 
quand les M^homécans conquirent la Barbarie j où eftoit , & 
eft encore i prefent la Noblefie d'Afrique. Maïs ils ne laif* 
fent: pas de croire qu'ils parloient encore vne autre Lan* 
gue que la Latine ^ quoy-que celle-cy fuft la plus coromu*» 
ne -y ai^flî toutes les Hiftoires que les Ariens leur ont laif- 
Cées y i!bnt traduites de la Langue Latine , & réduites en 
abrégé ^ avec les noms des Seigneurs fie des Princes ^ xap* 
portées aux règnes des Rois de Perfe , d'Aflyrie^ de Caldce, 
fie d'Ifraël , ou au Calendrier de Cefar. Mais il faut avouer 
qu'ils en ont fort peu ^ parce-que quand les Califes Schif* 
inatiques regnoient en Afrique , ils firent brûler tous les 
livres d'Hifboiresficde Sciences, afin qu'on nelûilque ceux 
de leur feâe. Quelques- vns difeht que les Aâricains avoient 
d^aucres lettres que les Latines j mais que les Grecs , les 
Romains , fie les Gots les leur firent quiter ^ conuhe les 
Arabes firent aux Perfes. Car les Califes firent brûler 
leurs livres ^ fur refperance qu'ils ne feroient jamais bons 
Mabométans tandis qu'ils auroient déquoy entretenir leur 
idolâtrie. Ils leur défendirent aufli l'eftuoe des fdences , 
aaflkbiea qu'en Afrique. Ainfi toutes les antiquitez qui 
iè trouvent Dar écrit dans touœ l'A&iqoe avant la venue 
des Arabes, iont Latines ou Gcciqucs^ comme les moder^ 
nés , Arabefqaes^ ibni- Alraquiq dit que hs Romains e£u 
cérent le^ titres 8c les lettres anciennes qu'ils troovcreût 
en Afrique ^ lors qm^ils la conquirent , fie qu'ils mirent les 
leurs en la place ^ afin d'efhie feuls immomlifez^ce qui t& 
a^ès; p^rllinatre aux c<mqiieranS;}£c qne <kJaL vient qii^ùne 



DE UAFRIQVE^ LIVRE I. 95 

refte aacune marque de Tanckone lettre Africaine. Qu'il 
n'eft donc pas étrange que les anciens A£ricains ayent per-» 
da leurs lettres , après avoir paile tant de liécles fous le 
joue de diverfés nations , Se qui eftoicnt de Religions di. 
▼erles, dont les derniers n'ont que des lettres Arabes, oh,. 
il n'y a point de voyelles t mais (împlement des points & 
des marques qui tiennent lieu de cela, comme aux Langues 
Caldaïques & Hébraïques, à qui rArabefque reflemble tort, 
s^écrivajit toutes trois au rebours de la Langue Ladne. 
La Grammaire Arabe eft doneque tres-difficOe pour ce 
qui concerne la leâure & l'écriture , (i ce n'eft à ceux 
qui y font bien verfêz , parce * que l'Arabe s'écrit avec 

Suantitë d*accens , & l'ortHon^phe en eft plus malaiiee que 
u Ladn. Car il y a bien de l'équivoque dans les mots , 
jafques-U, quVn mefine nom écrit avec divers accens, fi-- 
gnifie deux chofes toutes contraires , & pour vn feul Géda, 
qui eft vn redoublement de deux confones , il y a diverfité 
en la fignification d'vne mefme choie en vn mefine terme. 

CHAPITRE TRENTE.CINQVIE'ME. 

* Des anciennes coutumes ^ fisferfitions des peuples 

(fj^frique. 

LEs anciens Africains de la Barbarie adoroient le Sokif 
& le Feu , & leur avoient drefic des Temples fom- 
ptuenx , où cet élément eftoit confervé avec fi>in , comme 
parmi les Perfes , ou comme parmi les Romains dans le' 
Temple de Vcfta. Ils ont perfévéré dans leur idolâtrie juC 
u'en l'an ^ 49. & de la reformation du Calendrier de Ce* 
r 387. qu'ils furent convertis a la Foy Chreftienne. Mais- 
ils ne furent pas tous Cadioliques eu orthodoxes ; car ils 
eftoient infeâez de diverfés hâ*éfîes qui regnoient alors. 
Les Atabes leur firent long-tems la gvHnrre , 8c après plu- 
fieurs batailles , en remportèrent enfin ia viâoire. Ceux 
dcNumidie * & de Libye adoroient les Planettts,& leur ^yf/"*'^*' 
ofiroient des fiicrifices. Les Nègres de la bafie Ethiopie GétnUc.kCot^ 
ne s*accordoient pas ai\ culte des Dieux 5 les vns adoroient •'«'«uirf. 
le Soleil ^ les autres la ^une ^ ceux.cy les Eftoiles ^ ceuxJà 



i 



9^ DESCRIPTION GE'NE'RALE 

TEau ou le Feu ; & quelques- vus la première chofe vivante 
qu'ils rencontroient au iortir de leurs logis. Ceux de la 
haute Ethiopie. adoroient le Dieu du Ciel, fous le nom de 
Guieuimo , fans avoir efté inftruits par aucun Docteur , ni 
Prédicateur. Enfuite ils embraflcrent la Religion ludaï- 
que à la fufcitation de la Reine de Saba , ou Magueda , oui 
informée, à ce qu'ils difent , de la grande fàeeffe de Salo- 
mon , le fut chercher , aporit de luy la Loy de Moyfe , & 
fut inftruite dans les Propnétes. Quelques peuples de la 
bafle Ethiopie embraflcrent auflî laLoy ludaïque , où ils 
«^ ladica. pcrfévcrérent tous jufqu'à ce que TEunuque * de la Reine 
de Candace , baptizé par Saint Philippe , leur annonça la Foy 
Chreftienne , que plufieurs d'entre eux receurent* Mais 
l'an 1067. qui fut le 469. de l*Egyre, Yahaya, fils d'Abu- 
bcquer,eftant entré dans la bafje Ethiopie , quelques Do- 
âeurs Mahométans leur enfeigtiérent leur Religion , 8c 
particulièrement à ceux de Nubie , & de Généova , qui 
confinent avec les deferts de la Libye , &avec l'Egypte ; où 
il y a encore plufiçurs Alfaquis, & Alcoraniftes. D'autres paf- 



Mais ceux de la haute Ethiopie onc toujours perfévéré en 
U Foy y bien qu'ils ayent beaucoup de fupermtions ludau 
ques , à-caufe que les luifs s'y font confervez lone-tems, 
quoy-qu'en petit nombre ^ mais ils ont efté à la fin détruits. 
Ceux de la Dafle Ethiopie, qui font dans le païs de Zin^ 
que, ou fur la cofte de l'Océan, font tous idolâtres, 6c la* 
pjufpart fi brutaux , qu'ils méritent plûtoft le nomdemon- 
i\vcs que d'hommes. Mais depuis que les Portugais ont 
iVivigé le long de cette cofte , quelques-vns fe font con- 
vertis à la Foy , comme nous dirons enfuite. Les Egy- 
ptiens ont efté auiC idolâtres , &c depuis Chreftiens , 8c 
Monpichéhtes , d'où ils ont pafle à la Loy de Mahomet y 
quoy-que plufieurs iôient demeurez Chreftiens. 



CHA- 



DÉ L'AFRIQVE, LIVRE I. 97 

CHAPITRE TRENTE-SIXIE'ME. 

CamfM finjknt de Pùrtugal Dom Htnry cammenfd U dt- 
couverte ^ U navigation descoftes Occidentales 
de tAfricfie^ &des Indet. 

L'Iif F ANT Dom Henry , fils du Roy Dom lean , premier 
du nom, Roy de Portugaise pbdfoit fort à TAftrono-^ 
mie , & à la Coimographie , & pour y vaquer plus à Ton 
ai(e ^apr^ avoir défendu Cente contre les Maures qui Taf- 
(iégcrent Tan 1419. il a)k demeurer au Cap Saint Vincent 
dans les Aljgarbes , te y baftit vne ville qu^on nomme 
encore de (on nom , la ville de rinàint ^ Comme ii eftoit^terçaNavai^ 
en repos en ce lieu , il fit deilèin d'envoyer des navires le 
long de la cofte Occidentale de TAfirique , pour pouvoir 
aller P^-l^ ^ux Indes Orientales , ainfi que l'on avoit fait 
autrefois. Car il Tavoit appris par la leâaire des anciens , 
ou il eftoit fort verfé,& non par infpiration divine, com-> 
me veulent quelques^vns , parce-que fi cela cuft eftë , il 
euft achevé apparemment ta découverte , au lieu qu'il ne 
fit que la commencer. Mais comme il lifoit&eftudioitcbn^ 
nnuëllement , il conjeâura par nifons naturelles qui ne 
font pas toujours certaines , que cela fe pouvoit fiiire. Car 
iâns parler de Mcnélaus , qu'on dit avoir tourné toute la 
cofte d^Afriqué par le détroit de Gibraltar ^ & eftre arrivé à 
kl mer rouge , & de-U aux Indes , Hannon , Capitaine Car-- 
tliaginois , rat par leur ordre avec foixame galères fonder 
des villes * hors du détroit de Gibraltar , le long de h^J^^P^^^^ 
cofte d'Afrique , & navigea tant le long de cette cofte , nonmécs lw 
qu'il arriva prefque fous la ligne , dont il mit i fon retour byphcnidcn. 
tt relation de fà main au Temple de Saturne. On voyoir^^' 
clairement par-la , & par les remarques de fon voyage , 
qtfil pafla le Cap de Sierra Leoa , que Ptolomée nomme le ^^^^ j^^^. 
Char des Dieux. Il avoit auffi lu dans Hérodote , i qui 
Ciceron donne le titre de Pcre de THiftoire , ce qu'il die 
de la navigation queNeco, Roy d'Egypte ^fit feire à de ccr- 

N 



9« DESCRIPTION GE'NE'RALE 

cains Phéniciens qai eftoiaic expérimentez au fait de h 
Marine , & qui s'eftant embarquez fur la mer Rouge , na- 
vigérent tant qu'ils arrivèrent à TOcéan , & ayant tour- 
ne toute TAfriaue, rentrèrent par le détroit de Gibraltar 
dans la mer ]M[cditerranée , pc arrivèrent au bout de deux 
ans en Egypte. Il çouvoit lire aufli dans le mefîne Au- 
teur, que Xerxcs commanda àSatafpe d^naViger par PO* 
céan jufqu'au Promontoire ou Cap d'Afrique j mais que 
lafTé d' vne fi longue navigation , 8c les vivres luy manquant, 
il fut contraint, de s^en retourner en Egypte. Strabon dit 
que le jeune.Ce(àr , fils d'Augufte , rencontra fiir la mer 
d'Arabie le débris de quelques navires Efpagnols que la 
tourmente avoit jettez le long de la cofte ^ Et Pline , Cor<- 
nélius Nepos , ôc. Pomponius Mêla , parlent auifi-bien que 
'Luy des navigations aEudoxe en ces quartiers. Fondé 
donc fur ces/ témoignages, 6c fur quelques asieres , avec les 
relations qu'il recevoir tous les jours -^ des Africains, plus 
favans que luy en ces matières , il réfolut de faire cette 
découverte, dont on ne parloit déjà plus^ dedans ce deilein 
il envoya par deux fois reçonnoiftre la cofte de l'Océan , par 
éeis vaiuèaux qui pafierent foixante Se dix lieues au-delà du 
Cap de Non , qu'on nommoit ainfi , parce-que quand on 
paUoit au-delà, l'on ne revenoit plus. Quand ils furent dere^ 
tour , jd en fit armer vn autre , dont il donna la conduite à 
lean Gonçales ^ mais il fut fi agité de la tempefte , qu'il ne 
pût gagner la cofte d'Afrique, & vogua fans voiles jufqu'» 

*• ?o'« Saint, y^ç petite Ifle defcrte, qu'il nomma Fucrt$fànt$ *. Comme il 

lut revenu , & qu'il eut fait le récit de Ton voyage , Barto* 
Ipmé PérezTrillo, ayant obtenu le Gouvernement de cet- 
f e lâe , la fut peupler en la compagnie de lean Gonçales 
Zarco , 8c de Trilbn Vaz Téchéra , parce-que c'cftoiç vn 
fort bon païs,&: où l'air eftoit tres-&in , & l'eau exçellen- 
le. Lors qu»ils furent arrivez en cette Ifle , cc;s ^dcux^-cy 
palTèrent dans vne barque à la découverte d'vn ombrage 
qui paroifToit affez proche, fie trouvéreot que,ç*eftoit,vne 
autre Ifle beaucoup plus grande , qu'ils nommjirent Madé^ 

«^acUre. re * àrcaufe des montagnes couvertes de bois , dont elle 

eftoit pleine. Le Gouvernement leur en ayant eflé don- 



DE UAFRIQVE, LIVRE I. 99 

né i leur recour , le quartier de Tlde qu'on nomme Fon- 
chai * , i lean Gonzalez , & çeluy de Madrico à Tri- * final, 
ftan Vaz , où ils commencèrent à peupler Tan 1410. fans 
qu'il y euft de nouvelle dccQUverce qu^à trois ans de IL 
Mais ran 1413. Gil^Yagnez , autre ferviteur de Tlnfant , 
découvrit le Cap de Bojador , & y retourna Tannée fiii- 
vante en la compagnie d'Alonqo Goncalez Baldaya. Après 
avoir doublé le Cap y ils arrivèrent à la Angra de los Ru- 
vios * , nommée de la forte , parce-qu'il y a quantité de * L'ance des 
ces poiiTons j mais les vivres venant à leur manquer , ils re- ^®"B««* 
vinrent trouver Tinfant fans avoir rencontré perfonne à 
qui parler. Ils virent feulement des pas de chameaux em- 
preints fur le fable , & des traces d'vne caravane. Ils y 
retournèrent donc Tan 1435. par ordre de Tinfant, & pa^ 
ùnz outre , arrivèrent à vn petit Golphe , où ils firent def- 
cendre deax cavaliers pour aller découvrir plus avant. Ces 
cavaliers rencontrèrent dix-neuf Maures armez de zagayes^ 
& de javelots , 6c les attaquèrent pour en prendre quel- 
qu*Tn ^ mais ils fe défendirent fî-bien , qu'ils bleffèrent vn 
des cavaliers , ce qui les contraignit de retourner au vaif- 
feau , d'où ils regagnèrent le Portugal , laiflant à ce lieu le 
nom de la plage des Cavaliers. Denuis cette année jufqu'à ^^fjcfosî*^* 
celle de 1440. il ne fe fit aucune découverte , tant à-cau(ë 
de la mort du Roy Dom Doiîart , qui laiila pour fucceflèur 
vn Prince encore enfant , que parce-qu'on apprit que Pon 
avoit trouvé des gens armez Se fort adroits au combat,& qu'il 
eftoit neceilaire d'y envoyer plus d'hommes & de navires, 
L'Infant donc Tan 1441. y envoya deux de fes gens, An- 
toine Goncalez , 8c Nugno Trifian avec deux vaifleaux. 
Celuy-cy découvrit le premier jufqu'au Cap-blanc, ainH 
nommé à-caufe que c'eft vne terre blanche & fablonneufe^ • | 

& l'autre jufqu'au Cap du Cavalier qu'il nomma de la forte y \ 

parce-que combatant à cheval , il prit quelques Nègres qui 
turent les premiers qui abordèrent à Lisbonne. Ces deux 
Capitaines eflant retournez en Portugal , Tinfant fut fort 
joyeux de cette prife, voyant qu'il commençoit déjà à recueil* 
lir le âruit de fon travail ,& comme la nouvelle en fut divul- 
guée , quelques-vns de Tavila en Aigarbe , luy demandèrent 

N ij 



3; 



ICO DESCRIPTION GE'NE'RALE 

permiffioti d'aller chercher leurs avantures , & dans Tannée 
liii vante armèrent fix Caravelles , qui fous la conduite de 
Lançerot Domeftique de l'Infant commencèrent leur voya- 
ge. Ce Capitaine arriva le jour de la Fefte-Dieu à 11 (le de 
UçÊ^^de las ^ Gafcas nommée ainfi à.caufe de la quantité des hérons 
xïafcaidécou. qu'ils rencontrèrent , qui leurfervirentde rafraifchiflement. 
certes ran j^^ j^ -j^ pafférent en rifle de Nar, & en quelques-autres 
lie de Nar. qui eftoient proches, d*où ils enlevèrent quantité de Ne« 

grès. L'année fuivante Mnfant y envoya fur vn vaiiTeau de 

fuerre Vincent de Lagos avec Louïs 'Cadamofte Gentil- 
omme Vénitien , qui nirent i l'Ifle de Puerto Santo , qui 
cft environ deux cens lieues par delà le Cap de S. Vincent, 
& de-li à celle de Madère qui n'eft éloignée de celle-là que 
de treize lieues. De - là ils paâcrent aux Ifles Canaries 
ui font environ cent lieufis piu$*loin, ^partant de celle 
e la Palme vinrent au Cap blanc qui en eu à quelque trois 
cens lieues , fie de-là à la rivière de Gaknbra. Cette roefine 
année arriva aux Ifles d'Erguin Gonçiles de Cintra Capi. 
taine d'vn navire de l'Infant , & fut tué par les Maures de 
la Province du Sus«-éloigné avec quelques* vns des flens. 

Quelques^vns difent que Tan 1461» le Roy Dom Alfoofe 

envoya .Suero Mendez pour baftir vne forterefie en cette 

Ifle ^ mais ils fe trompent félon l'Itinéraire de Cadamofte. 

Car celuy*ci Tan 1445. ^U^^t faire ce voyage avec Vincent 

Dias de La^os trouva quantité d'ouvriers dans cette Ifle 

qui travailloient à la fortification ; mais il fe peut faire que le 

Roy Dom Alfonfë euft envoyé cet homme pour l'achever» Se 

non pour la commencer. Car l'Infanc Dom Hçnry fut fans 

doute l'auteur de cette fbrterefle ^ parce-que Cadamofle 

dit qu'en ce temps-là les Portugais avoient déjà découvert 

f^s^nédeg en la rivière de Sénéga *j & qu'il y avoit vn an que le Cap 

imgage qHi y^^ efloit reconnu -, contre l^opinion de ceux qui difent 

^^ qtfil ne le fut qu'en Tan 1445. P^^ Dionifîo Hernandez 

Éfcuyer du Roy Dom lean , qui prit les premiers Nègres 
qui ayent efté amenez en Portugal. On voit par là que fi 
ce Cap fut découvert par ce Portugais ^ ce fut Tan 1443. 
ou 1444 & non 1445» où il v avoit déjà plufieurs Nègres 
en Portugal , qui y avoient efl:e amenez par ceux qui avoient 



DE UAFRIQVE, LIVRE L loi 

£ûc les autres découvertes. Cependant , Louis de Cada* 
mofte navigeant vers la rivière de Gambra fit rencontre .^. . 
d'Antoine de Noie Génois , qui alloit par Tordre de Tin- câmbr/^ 
iànt à mefme deflein , & s'eftant joints enfemble , ils 
ar^vcrent à cette rivière , d*où (ans pafler outre ils re- 
tournèrent en Portuz^l. L'année d'après ils y revinrent 
dans vn navire que FlnÊint leur fit éauipper^Sc dccou^ 
vrirent les lues du Cap Verd qui fut ran 144^. Se non Les Mes <i« 
1460. comme quelques-vnsfdifent fauflement 5 car Tin- Ci^Vci*. 
Êunt mourut cette année-U, le troifîéme Novembre^ Se 
le Roy Alfonfe V. fon neveu avoir déjà fait vne dona. 
don de ce$ Ifles & des Terccres à l'Infant Dom Fernand 
fou frerc. Ces deux Eftraneers arrivèrent aux Ifles du Cap 
verd en fdze jours depuis teur départ de Portu^ , & don« 
nèrent le nom de Buena Vifta à la première qu'ils rencon- 
trèrent^ celuy de S. lacques 8c de S. Philippe à la féconde, 
parce^u'ils la làècouvrirent ce jour-là , & la troifième fut 
appelée May , en confideration du mois & du jour qu'elle 
lut découverte. De-li ils payèrent jufau'à la rivière de Rha i^nncte de 
qu'on nomme maintenantCaramanqa du nom duSeigneur du 
païs , & pourfuivant ainfi leur route pafTèrent jufqu'au Cap q^ ^^ 
rouge^d'oùils revinrent en Portugal. Pour retourner â noftre 
fujet. Tan 1445. Antoine Gonçales avec vn vaifleau de Mn« 
façt découvrit la rivière de TOr , Se Lancerot , après u rifkre de 
beaucoup de trav^x & de dangers , arriva au Cap verd. ''^'* 
Mais <piàqttes-vnes de fes Caravelles s'en retournèrent pour 
n'avoir pu continuer le voyage. Il vint donc en Tlfle de 
Tider avec deux vaiflèaux feulement , d*où il retourna en i-'Uk^TUer. 
Portugal avec fbixante Nègres qu'U avoit pris. L'an 14^^* ^ «jm!^ 
Nugno Trifbm alla iufqu'à Rio-grandé qui eft plus de loi- ^ g"»«- 
xance lieu& par-^de-U le Cap verd , Se vinet lieues plus loin 
entra 4laos vne autre rivière , où il fe falut batre contre ^ tJ£^ 
ce«x du pa» qtfils attaquèrent avec treize barques de gens ^^ 
quicombatpient avec des dards 2c des flèches empoifonnées, 
& le tuer«i^ avec dix-hnit des Gens. Ceux qui refièrent s'en 
rectraroérent eii Portugal a]^és avoir donné à ce fleuve le 
nom de leur Capitaine mort. 
Aban> Heraandez découvrit la mefme année le Cap de cipdçUofte. 



101 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

Mofte , & pafla cent lieues par^de-là le Cap-verd , oùeftant 

defcendu a terre il combatit contre le Seigneur de la pro- 

. vioce,& le tua de (a propre main. De- là il paffa à Vem- 

Tabkc! " * bouehure de la rivicre de Tabite vingt lieues par - de -là le 

Cap de Nugno Triftan,& s'en revint en ÎPortugaL Depuis 
jufqu*en Tan 1455. ^^ nefefit aucune découverte remarqua- 
ble^ excepté celle des Açores, qui eftoitdéja faite alors, com- 
^.^ me il fe voit par vn privilège que le Roy Alfonfe V.don- 

^* lia aux habitans de Tlfle de S . Michel , par lequel il les 
exemte de rien payer de tout ce- qu'ils apporteroient en 
Portugal. Ce Roy Alfonfe fut fort brave, car il continua 
Tentreprife d'Afrique , fit gaeha fur les Maures les villes d*Al- 
caçer- çaguer, d'Arzil , & de Tanger. Le Roy Dom Ma- 
nuel luy ayant fuccédc , acheva de tout point la découver- 
te de l'Afrique Scde l'Inde, où font arrivées plufieurs cho- 
{cs mémorables , qui font décrites au long par Gomezia- 
gncz Hiftorien de Portugal , & par lean de Barros commif- 
uonnaire de la Chambre du commerce des Itides en fon li- 
vre de TA fie. Mais comme cela n*eft p^s de noftre fujet^ 
nous n*en parlerons point icy , & nous nous contenterons 
d*en toucher quelque chofe , en la féconde partie de cette 
hiftoire pour ce-qui regarde TAfrique. 

CHAPITRE TRENTE-SEPTIE'M:E- 

Lettre Jt Hélène Reine des jibyjfm k Dcm JlfianHil 

Roy de Portugal. 

Cette lettre ft 
les deux (iiU 

Tantes n'eftaat ^^^fonncs en vn fcul Dicu. Le falut & la grâce de noftre 



les deux fui. A V nom du Père & du Fils & du S. Efprit^ trois pcr- 

rorc ^^ 

«cntdu7m«* Seigneur & Rédempteur lefus-Chrift fils dc'^la Vierge Ma- 



on fc peut dif- ne, né en Bethléem, & fa fainte bénédiâion foit for noftre 
penfcr de les ç^^^ ^^^^ ^^^^ ^ trcs ^Chreftîen le Roy Dom Manuel Sei- 

;neur des Mers, dompteur des Mahometahs & des incré- 

Iules. Le Seigneur lefus-Chrift vous foit propice & vous don. 

ne vidoire de vos ennemis , agrandiflant les bornes de vo- 

ftre. Empire par l'interceffion de fes mefiagers les quatre 

£ vangéliftes , lean , Luc , Marc , Se Mathieu , & que leur 



DE UAFRlQyE, LIVUE L i3> 

SàoBteti Sckors ocaùfens tods gardent. Noos vousfaifons 
ÛToir^bieiwûnéfireic^qa'iicftaimc ky de Toftre haut 6c 
giand PalaisdcnLdcpateE^doar Vwn cft Liîc & loutre Cler c<, 
& cous deux fe nommeiic Ican^ c|iii nous ont dît beaucoup 
de choCcs pour nous obliger à leur feomir des vmes &des 
Sommes, maison que cdà fe Bi^commeil tirat , nous tous 
envoyons m de nos gens poorAmbaflàdeor qui eft noftre 6re- 
re Machîea ^ par la penmffion du Patriarche Marc ^ celuy 

Îoi BOUS donne la Dcncdidion,& qui envoyé lesEoclëfia- 
iqacs en lemÊdem, 8c eft noftre Père &cefaiy de tout noftre 
Eflat , le Pilier de k Foy en lefus^Chrift & en la tres-Sain^ 
te Trinité ^ qui a envoyé anffi des Meflàgers à vn de vos 
ports de Tlnde par noftre coounandement pour parler à vos 
eeos , leur of&if les vivres & le nombre des troupes qu'ils 
demandoient, & leur donner avis que le Seigneur dix Cayre 
avoit équipé vne^nnée navale tant de vaiiTeaux fonds que 
de ealéres pour envoyer c<mtre vos armées. Pour à quoy 
refiiter npus vous fournirons vn bon nmnbredefoldatsqui 
font dans Je déoroit de la Meque ^ de Bel & d' Almaiidâ>^ 
afin que -vous les envoyiez aux Indes ou auTor , pour ex- 
temùner du monde ces incrédules y tandis que nous irons 
par terre où nous (bmmes auffi puàlans que vous par mer^ 
pour ne plus donner à manger aiB chiens les offrandes du (âint 
Sepnlchre. Yoipy le tems que lefiisJGhrift prédit à la Sainte 
Vie^e Marie fàmere, qu'il s'éleveroit vn Roy des i^rancs 
qui extermineroit les incrédules. C'eft le propre tems od'il 
a prédit. Recevez donc tout ce que noftre Âmbaflaoeur 
TOUS dyra 4e noftre partcomme ficeftoit nous mefine., & y 
ajoutez foy , parce-^que c'eft le plus capable que nous ayons 
pu choifir pour ce iujet , & fi nous en euffions eu quelque au* 
tre plus intelligent nous vous l'aurions envoyé. .Nous avions 
envie de vous reprefenter ce que nous vous difons par vos 
Ambafl^deurs , mais nous avons craint qu'ils ne le diflent 
pas comme nous délirions : Aurefte nous vous envoyons par 
luy vue -Croix , du bois (ur lequel iut crucîfîé noftre Sei- 
gneur lefiis-Chrift en lérufalem , & qui nous fut apportée 
oe la mefine ville , £c en retenons vne autre toute (embla v 
blç d*Yn bois noir , qui a yn petit anneau d'argeiip.. 



!: 



104 DESCRIPTION GE'NÉ'RÀLE 

Nous vous aurions bien pu envoyer quantité d'or; mais 
comme nous appréhendions que les infidèles ^ par où il fa- 
loic paffer , ne s'en CxiùStnt y nous ne l'avons pets voulu &i^ 
re. Ce nous feroic vn extrême contentement , fi vous ftvlez 
pour agréable de marier vos filles à nos fiis, 8t ies envoyer 
)ar*deçà , 8c de prendre nos filles pour vos fils 5 Nous vous 
es envoyer ions avec de grandes fommes d'or Se d'ïkrgent 
pour leur dot. Le falut 8c la grâce de noflire Rédempteur 
lefus-Chrift^Sc de la Sainte Vierge Marie s*épande fur vos 
Eftats y fur vos fils y fur vos filles ^ 8c fur toute voftre Mai- 
ion. Amen. 

Nous vous faifons (avoir aufii, que fi nous nous mettions en 
campaene^nous incommoderions fort les infidèles ennemis 
de noftre Êtinte Foy ^ mais nos Eftats ne font pas fur la 
mer , 8c nous n^avons point de forefts où prendre du bois 
pour baftir des navires ^ qui ne foient fort éloi^ées de nos 
ports : outre que ces ports font fort petits. Cela Êtit que 
nous lommes peu poiflans fur mer ^ ou vous pouvez beau- 
coup: lefos-ChrifÈ vous tienne toujours en la garde : car 
certes, les ehofes que vous avez fi;iitcsaux: Indes font mira- 
culeufes j mais quand vous armeriez mille vàifleaùx , nous 
leur fournirions de vivres , & donnerions 4 ceux qui vien-* 
droient toutes les choies qui kur feroient neceilâires. 

le pourrois dire encore oeaucoup de chofes de ces Abyf- 
fins j mais je les referve pour la féconde partie <le cette 
Hiftoire. 

r 

CHAPITRE TRENTE-HVITIE»ME, 

Lettre patente du Roy de Manicongo kux Princes vo^s 
de fin Hfiifdume ^t^nénd il fi cênverM « U 
F<y de lejns OmB. 



AF I K qu'an tems vrëfènt & avtok , ibient connncs x 
tous les grâces & les fareurs que Dieu Hoftre- Seigneur 
Touc-puillànt nous a fUtes ,à oons <Hs-je, Oom Alphon/ê, 
par ùi fâinte grâce , Koy de Manicongo , 2c Seigneur des 

Âmbu- 



! 



DE L-AFRIQVE, LIVRE I. 105 

Ambudes , Nous faifons favoir à cous préfens & avenir , 
jucurels ou eftrangers , que nos Royaumes & Seigneuries ^ 
ont efté cy-devanc découvertes par les gens des Royaumes 
ic Seigneuries de Portugal , tant durant la vie de lean IL | 

que depuis , fous le réepe de tres-haut , & tres-puifTant Roy 
Dom Manuel , à-préient régnant i que ces Princes ont en- '^ 

voyc, comme par infpiration divine, des Preftres^des Re- 
ligieux y Se autres perfonnes de piété , afin qu'avec l'efpe- 
rance des choies préfentes , & Taccroiilement de la véritable 
Foy 9 qui a efté plantée en ce païs par l'infinie bonté de 
Dieu y ils conduififlènt le Roy mon père au chemin de fa* 
lut y éc rinftruifiiTent. en la connoîi&nce de la fiunte Foy 
Catholique , en laquelle vivent ces Princes, 8c leurs fujets. 
Pour rendre donc l'œuvre conforme à la charité qui leur 
a efté recommandée de la part de Dieu , & comme fidèles 
& véritables Catholiques , accomplir Ces commandemens ; 
Ils firent fi bien que le Rov mon père , prefta Toreille à la 
doârine Chreftienne y & dans ces commencemens fit pa- 
roiftre bea,ucoup de dîfpofition à la recevoir , quoy-que par 
Tenyie du Démon ^ennemi de la Croix, il en fuft détourné 
durant & vie 3 de-forte que la grâce de Dieu n'opéra point 
en luy. Cependant ^quoy. qu'alors fort jeunes ^eftant éclai- 
rez du Saint Efprit , par vne erace fingmiére ^ & vne faveut 
fpeciaie,qui nous Rit concédée de toute la tres^Iàintê Tri- 
nité , Père ^ fils ^ & S. Efprit , trois pesfonnes ii vu feut Dieif, 
que nous croyons & confeiTons fermemenc , nous f&mes 
receus à la doâxine Chreftienne )de-(brte qu'elle fut par la 
mifericorde de Dieu d'heure. en heure, & de jour eii ]our\ 
plantée & confirmée dans noftre c<3eur. Ëftant donc éloi- 
gnez de toutes les écrews.deridolâcrie oir nos ptédécef- 
leiurs ont vefcû jufqu'à-prdfént , nous fommès arrivez à vne 
^ériuble connoiflànce , Que Noftre- Seieneur lefus.Chrift 
eft vray Dieu & yray homme, & qu'il eft defcendu du Ciel 
en terre pour prendîre chair humaine dans lie ventre virgi- 
nal , pour la rédemption du senre humain \^^i par fe pê- 
che de noftre père Adam , eftoit fous la puifiance du Dia.. 
ble t Qu'il a fou£fert mort& paffion fur le bois de la Croir^ 
en la ville de lérufalem > Qu'il fut enfevelr, & refiuficita le 

O 



io6 DESCRIPTION GE'NE'RALE 

troifiéme jour pour accomplir les prophéties , & que par 
cecce ixK>rt nous avons efté tous rachetez & fauyez. Dans 
cette véritable créance ^ comme ces ReUgieux Chreftiens 
continuoient à nous enfeigner ^ nous tombâmes en la difgrâce 
^uRoy noftre père ^& de Tes fujecs^ tant gransque petis^ 
de-forte que par vn in£gne mépris , il nous rélégua dans 
de$ pais fort jéloienez y où nous avons pafTé beaucoup de 
tems , privez de U veuc, & de fes bonnes grâces. Ce n'e- 
droit pas toutefois fans contentement que nous endurions 
ppuç la Eoy de Noftre-Seigncur Iefus-Chrift,ê£-avec beau- 
coup de iConftance > que fa mifbricorde nous donna tod^ 
jours pour fûuâ&it encore davantage , s'il en euft efté be« 
foin -, aans vne ferme efperance qu'il nous aideroic & nous 
donneroit fa grâce, afin du moins qve nos travaux & noftre 
ferme^ foy ne iuiTçnt point inutiles^ pour ce qui conter- 
noie le falut de noftre ame. Ayant donc pafTé tïoftre exil 
de la façon I nous fûmes aircctis qtie noftre père eftoit fur 
le point de mourir k& que noftre firérepuifné) contre tout 
droit y prétendoit fe rendre jnaiftre de jTes Royaumes , par 
Tayde $c U faveur dcaGràns , £cdc tout le peuple, qui 
-nous ^voit eniiorreur i^caufe que nous avîoDs embrafl^é 
la Foy de Noftre^ Seigneur lefus^Chhft;» Mais comn>ePieu 
n'abandonne ^ni n'abandonnera jamais; ceux qui le fervent 
(8c qui le réclament ^ il nous encouragea de venir trouver 
i^oftre père a% lœu où il; eftoit^, où efiaht>ai^ii)<ez coAnme il 
yeapît d'expiiser., nous. trou vâsxics que noftre ftére s^tftoic 
déjà reijidu maiftre du Royauroê , Scqu^il èftoit en armes 
avec vi)e infiniîcé de^geos. Sur' ces entremîtes , nous fei-> 
^pifîties dTeftre iiidifp<w?2L pous &uver iMÛie peribnne, èC 
efta0t . vfi ^our avec tkbs gens ^rifuî n^ftoient^'au^ ilom*i 
bre de (éente-fix, nous fûmes tà^la place de la vinâ , où no« 
ftre père eftoit moïc , & oà il y avoic grand lyombre de 
peupk qui eftoit autour de noâre Brére, & appellaot No* 
Ibre-Seîgineiir lefîis-Chhft à nbfhre ayde, ncfus copnmençi*^ 
mesàcombatre courageufemenc contre nos ennemis-, & noi 
;ens,^ommepar infpiration divine , ayant Crié , Donnons, 
tonnons, ils fuyent^ eo effet ils fe mirent auffi-toft à fuyr,con- 
^{Tai^ depuis, qix'ils Toyoient vne Croix blanche en fair, 



/E» LIVRE I. 109 

ices fie Seigneurs de fcsRoyau- 
luffi-toft Dom Pedre fon cou- 
ne , l'obédience i ù. Sainteté, 
ti au Roy Dom Manuel , vn 
«s , quantité d'yvoire , plu- 
irtes , de civettes , de loups 
litres animaux ^ fie quantité de 
s , les autres blanches , quel- 
: de couleur fi vive , qu'elles 
a au01 avec fon coulîn , dou- 
ir les inftniire en la Religion, 
15 , fie le Roy Manuel les fit 

c eftre placée en la féconde 

ïtous ferons la defchption du 

ne l'ay pas voulu féparer de 

, à-caulè qu'elle eft de mefme 

: c' que ce Roy de Manicongo 

Henry fon nls , 8c par Dom 

muycra pas, comme je croy,Ic 

^àroT a u-contrairc , d'apprendre par- 

.c fi éloigne , lequel receut le 

:s , la Foy de lefiis Cbrift , fie y 



c^ic . ^iBr '. 






par Do 
AonuT 
voit. 






:NTE-NEVFVIE'ME. 
oy de Mamcon^ au Tafe, 
-ureux Père en lefus - Chrift , 



lot DESCRIPTION GE'NE'RALE 

en tout tems , &: de tout noCtre pouvoir ,& comme tels , nous 
proteftons d'expofer nos vies,pour luy & pour les fiens^tant les 
obligations que nous luy avons font erandes , non feulement 
en ce qui regarde le temporel , mais le fpirituel , & le falut de 
tant de gens qui font fàuvez nar Ton moyen , & que nous efpe- 
tons qui le feront à l'avenir. Car c'efl luy qui nous y a achemi^ 
nez par Tes travaux £c i (es dépens , dont Noflre-Seigneur luy 
donnera la récompenfe ^ puifque c'efb pour luy & pour Ton 
fervice qu'il Ta fait. Nous ordonnons donc à tous ceux 
qui defcendent de nous , qu'ils ayent à porter ces armes 
jufqu'à la fin du monde, fur peine de malcdiâion. Et qu'en 
toutes hs guerres où ils fe rencontreront , ils fe fouvien^ 
nent de ce qu'elles fignifient , 8c de quelle manière noiis 
}es avons acquifes , &L comme elles nous ont eflé envoyées 
|>ar 1& Rt)y de Portugal ^ <:ar nous efpefotis de la milèri- 
corde de Dieu ) qu'en les portant ils feront toujours vido. 
rieux de leurs ennemis , êc conferveront leur Efkt. Mais 
comme il eft jufle , que ceux qui fervent bien & fidèle- 
ment leur Roy , foient récompenfez de leurs fervices , ic 
gratifiez de quelques honneurs , afin que leurs bonnes a« 
^ons ne foient point mifes en oubli ^ il nous envoya en* 
core vingt écuflons d'armes différentes , à l'imitation de 
ceux Qu'on a coutume de donner à la Noblefle , 6c aux 
Chevaliers , qui fervent bien & fidèlement les Rois ôc les 
Princes de la Chr^flienté > afin que nous les donnaffions a. 
autant d'hommes des trente- fîx qui combatirent avec nous, 
lors que nous gagnâmes la bataille. C'eft - à- dire , â ceux 
oui eftoient de plus haute lignée , & aux plus braves , pour 
eternifer leur mémoire , 8c les récompenfeî* du fervice qu'ils 
nous rendirent , & pour inviter les autres à fervir bien &c 
fidèlement leur Roy Se Seigneur. Nous prions donc NofVre- 
Seigneur lefus^Chrift , qui par fa grande bonté & miferi- 
corde , a voulu fbuf&ir &: mourir pour nous , qu'il ait (ovi^ 
venance de nous , & qu'il nous parçfonnenos péchez » 8c nous 
conferve en fà£ûnte Foy Catholiaue , Apoftolique & Ro- 
maine , avec nos enfans ^ Se nos peuples , les laifTant achever 
cette vie comme il fait oue nous le defirons. Donné, &:c. 
^. -Voilà la teneur de la lettre qû'Alfonfe , Roy de Mani- 



DE UAFRÏQVE, LIVRE I. 109 

Congo envoya a tous les Princes Se Seigneurs de fes Royau- 
mes, Tan 1511. faiianc partir aufli-toft Dom Pedre Ton cou* 
fin , pour aller rendre à Rome , Tobédience i fà Sainteté. 
Il envoya par mefme moyen au Roy Dom Manuel ^ vn 
^réfent de raretez de Ton pais , quantité d'yvoire , plu- 
iieurs balots de peaux de martes , de civettes , de loups 
cenriers , de panthères , Se d'autres animaux ^ Se Quantité ae 
toiles d'herbe y les vues noires , les autres blanches , quel- 
ques-vnes ouvrées , fi fines Se de couleur fi vive , qu'elles 
paroilToient de foye. Il envoya auffi avec fi>n coufin , dou- 
ze jeunes Gentils-hommes pour les inftruire en la Religion, 
Se aux coutumes des Chreltiens , Se le Roy Manuel les fit 
diftribuer dans les Monaftéres. 
Qiioy-que cette lettre dût eftre placée en la féconde 

Ce de cet ouvrage , où nous fierons la defi:ription du 
Lume de Maniconeo , je ne Tay pas voulu féparer de 
celle de la Reine d'Ethiopie , à-caufe qu'elle eft de mefine 
nature ^Zl j'y ay adjoufté celle que ce Rov de Manicongo 
écrivit au Pape , par Dom Henry fi^n nls » Se par Dom 
Pecke ion coufin ^ ce qui n'ennuyera pas , comme je croy ^ le 
Leâeur , qui fera bien aife , au-contraire , d'apprendre par* 
là, des nouvelles d'vn Prince fi éloigné , lequel receut le 
pf éipier de tous ces quartiers , la Foy de lefiis Chrift , Se y 
perfifvéra* 

CHAPITRE TRENTE-NEVFVIE'ME. 

Lettre ttohcdience du Rcy de Manicongo au ^afe. 

TR ES-SAINT Se Bien-heureux Père en lefiis- Chrift » 
Noftre-Seigneur Iules IL par la divine Providence, 
Souverain Pontife , voftre tres-humble fils Dom Alfonfe , 
par la erace de Dieu , Roy de Manicongo , Se Seigneur des 
Ambu&s , envoyé baUer vos pieds (acrez en grande humi* 
Uté. Nous croyons , Bien-hrareux Père , que voftre Sain- 
teté a déjà feu comme lean fécond , Roy de Portugal , Se 
cnfiiite , le Roy Catholique Dom Manuel fon fiicceficçr ^ 
ont envoyé en nos païs i grans frais.. Se aycc beaucoup de 

O iij 



lîo DESCRIPTION GE'NE'RALE 

foin & de pcinc,desRcligieinc,qui par leur dodrinc nom 
onc détourné du fervicc des Idoles , & tirez dVne û gran* 
de captivité* Comme nous avons embrafTé la Foy de No- 
ftre-Seigneur lefus-Chrift, recevant les iàintes eaux du Ba» 
ptefme, qui nous ont lavez &: nettoyez de la lèpre ^ & déli* 
vrez des erreurs des Gentils» que nous avions tenues jufqu'Op 
lors ; chaflant de nous ^ tous les abus de Satan y & fes trom- 
peries. Car nous avons miraculeufement receu de tout 
noftre coeur , la Foy de Noftre- Seigneur lefus-Chrift , & 
après y avoir efté inftruits , comme nous avons feu que c'e- 
ftoit l4 Çp4wtttC des IvPis Chreftiens , d*envoyer leurs fou-- 
miffions & obédiences à voitre Sainteté , comme véritable 
Vicaire de Iefus-Chnft,& Pâfteur de fes ouailles ; voulant, 
parce-qu*il eft ràifonnabîe , les imiter en vne fi divine & 
lacrée coutume, puifqu'il avoit plu àDic«,ïniiericordieuîc 
& tout-puiflaftt ,de nous vnir en vne mefme foy ; nous en- 
voyotts i voftre Sainteté , nos AmbafTadeurs vous rendre 
de no(tre part , Tobédience qui vous eft deuë , ^ en k ma- 
nière que les autres Rois Cbreftiens ont accouftumé de 
vous là rendre. De c^s Attibafladeurs , l>n eft noftre cher 
& bien-aymé fils Dom Henry ^ aue le Roy Dom Manuel 
noftre tiies-aymé frère , a fait inftruire en les Eftats , tant 
en la fâinte Ecriture , qii*aux chofes concernant la Foy Ca* 
tholique j Tautre eft Dom Pedro de Sofa , noftre tres-a^mé 
coufin , lefquels outre Pobédiencc qu^ils vous doivent prc- 
fem?er de iioftre part ^ tvots àVon!5 thar gë de quel<pics in- 
ftrudions particulières , pour communiquer à voftre Sain* 
teté,lêfquelles now Yous fiipnlioiis tres-nomiilemeiit vou- 
loir entendre & recevoir, & leur donner autant de créan- 
ce , comme fi elles e'ftoîent dites par nous devant voftre 
Sainteté , laquelle Dieu par fa mifertcorde , vetiïUe can- 
ferver tn fon faint fervice. Donné en la ville de Mani- 
ton^o , Tan <le k Nativité de Noftre* Seigneur lefiis- 
Chnft mille cinq ttns tkmte. 

Cette lettre de créance Ôc d'obédience 'fut tnw-bienreceue 
èù Pape , 6c du Collège dès Cardinaux , qui peu de tems 
après «1 donnèrent la rénonfe aux Ambafladeurs , lefquels 
furent très - fattsfaits de liionneur , & du bon traitement 



DE L'AFRIQVE. LIVRE U m 

âu'ils receurenc. Ils parcifent àe Rome avec ces depeT- 
les, & retourncreot en Portugal, d'où ils repaflïrent au 
Royaume de Manicongo , où ils furent trcs-bien receus du 
Roy Alfbnfe , lequel a toujours perfévëré en la Foy de 
lefas-Chrift , & tous Ces defcendans après luy juTqu'i ce 
joar. Voilà ce qui s'eft pu dire en gênerai des Africains , 
de leur Religion , & de leurs coutumes. Nous parlerons 
an Livre fuivant, de Mahomet, £c de l'origine de (à feâe» 
Qui a caufé tant de guerres en Afie , en Afrique , Se en 
furope. 

Fin tk fnrmer Livre. 



LAFRIQVE 

DE MARMOL. 

LIVRE SECOND. 

De lafiBe de çj^'ahomet y i!^ des frogreZi de fis 

fitcçejfeurs en Europe , en ^Afie , 

& en dAfrique. 

CHAPITRE PRE'MIER. 

De l'oriffne de J^ahomet ^^ de fa fe(îe. 

iEs'Ifmaëlices qu'on nomme Arabes , parce- 
qu'ils demeurent en Arabie , viennent d'Ilmaël, 
fils d'Abraham & d'Agar ^qui ayant eftë chaC- 
(é de la maifon de fon père par le comman- 
dement de Dieu , vint demeurer au defert de 
» A b «iR« P^^^^°* Leurs Ecrivains les * appellent d'vn nom qui 
Ataba. marque qu'ils ne n>nt pas naturels du pats , quoy-que d'au- 
tres tes nomment Agareniens , en mémoire de leur origine. 
C'eft vne narion pauvre, mais fuperbe & indomtable , qui 
erre par les défères , où elle vit de brigandage , & du reve- 
nu de iès troupeaux. Quelques Auteurs Arabes difent fauf- 

femenc 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL rij 

icmetit j qiïe Mahomet eftoic Sanacénien , veu qu il venoit 

<le Cedar ,fils d'Ifmacl ,& que fon père s'appeloit Âbdala, 

te eftoit fils d'Abdelmucalef , & petit fils d* Abdeimenef , qui 

eftoient idolâtres , auffi-bien que toute leur race. Sa mère 

eftoic Ittive , tant de nation que de Religion , & fe nom- 

moit Emina * , il naquit à Itrarip prés de la Meque , en la * Filfc (Haa 

Lune de Février, l'an de grâce ^é^. ou 6oj. félon la façon ^^^ 

de compter les années en Efpagne y qui a duré depuis le cctte 6(oa 

commencement dn régne d'AugufVe ^ jufqu'à Dom lean <ic compter les 

}>rémier. D^autres au-uieu de 6oj. mènent 6io. encore ne ^^* ^^ 
ont-ils pas d'ac^cord avec les noflres , parce-que les Ara. nommé jsr« 
bcs comptent trois ans plus que nos Hifloriens y depuis le ^^ft^'^^ 
commencement de noftre Ere jufqu'à. la Nativité de ïefus- hait*'anr jiu 
Chrifk y qu'ils appellent Nizaren ^ mais la plufpart s'accor- fttmeoc de. 
dent en ce point , que Mahomet naquit l'an dîe grâce 569. Ma:!ii^i$u 
comme la pefte & la Êimine régnoient en Arabie y & que reibnnation 
le fircre de fa mère , qui eftoit grand Aftrolcgue y & grand ^ ^]^!J^' 
Magicien y prédit qu'il feroit vri jour Roy H Legiflateur. ^técédé cmiL 
Le pais eftoit partagé alors en diverfès Religions y les vns-n^icrcpt ans» 
eflans Chreftiens , fes aiTtres luifs ou idolâtres -, & de ceux- ^^^f^ 
cy , les vns adoroient le Soleil ou la Lune , les autres des 
Arbres ou des Serpens, & la plufpart la Tour d'Alcara ou 
d'Alquebila y qu'ils croyent avoir efté baftie par Ifmaël. 
Mahomet eftant né parmi ces divifions y avec des prédi- 
âions fi favorables^ y fut élevé & inftruit avec grand foin. 
Ce luif qui avoir deviné fa fîiture grandeur , luy enfeigna. 
dés fbn enfance la Loy des luifs. Mais efbnt devenu or- 
ftlin de père & de mère * , il demeura fous la difcipline * }^ Kacioe 
de fon oncle Abdelcdeb , qui connoiflant fa capacité ren- «or/d^'* 
vova trafiquer en Egypte, en Syrie, & ailleurs. D'autres mois avant & 
difent qu'il fut pris faiiant le métier de voleur avec les Sar- 2*'^"" ' * 
lafîns Scénites , & qu'il fut vendu à vn Marchand * , qui apiés.* * "* 
remployoit au trafic que nous venoAs de dire. Dans cet « Abdûnooc. 
employ converiànt tantoft avec les Chreftiens y & tantoft . 
^vec leslui&^il fit amitié avec vn Moine d'Antioche , nom- 
mé lean , qui luy apprit beaucoup d'erreurs fur de mau« 
vais principes^ Il s'afTocia depuis avec le Moine Sergius,, 
qui ne iuloit pas mieux , & qui ayant efté çhafie de l'JE^ 



114 DE'MAHOMET ET DE JES 

glifc pour rAriaiiifme , s'cftoit réfugié en Arabie. Ils de- 
viivrent donc grans amis , àc Mahomet fata de lay ^ le vêitin 
de fa peryer^ doârine ^ aptes qudy si te mit à parier des 
chofes fpiricociles , Se fîit écouté avec admiration de ces 
» Ero. peuples. En rncfme tciïLS mourut vn Seigneur * Canatîéeïi , 

* Haaiflha. qjuî, n'ayaiDC point d^enfans laifJa toinc fon bien à k femme *. 

Cette Darn^ defif a/voir Mâbcnnet ftfir k bnûc dfe fa caipâci. 

té , dteL forte. qu'il la viiit voii? ^ non pas à^anife d'elle , qui 

*cik »f oitpias ^®it déj» vieille* j mais à-caisfô de les grans biens, & ne 

de cinquaoce l^eut pas plutoft vcuë €ti particulier , cfa*il fe maria avec 

^nt- elle. Comme il la vit affligée d* ce qu'ii tomboir du^ haut 




qu 11 Je venoit itiftrtfirc de ra pa«t 
des chofes qrfil d^toit «ïfeigner. Cette Dante fut fi 
touchée de cette refverie^c^cti éftfoii apj^uyée.par le W^ine 
Sergius , qi^elle fe vantoic CA particulier tfa^vtok épdufé vn 
Frc^éte. Quelques ignorans le crûfent dfabord ^ d'au- 
-très s'en moquoient, voyant la contrariété de fes» dogmes, 
de l<e mejflafiee qu''il faifoir d^s Rettgiotls» Ma4s & feiMne 
mourant quelqHe tenfcs apr^s , fe laifli fon hiét^ieîer ,^ & vn 
; IIjaI'^'''' des principaux ♦ d* Awbie luy donna fa fille * en mariage, 

à^caufe de la grandeur de fes biens & de fa réputation. Ge- 
la luy enfl^ le courage , 8c luy donna h htfrdidâe de pre»- 
dte le t?itre de Propfectef , & de MetSaaget de Dieu* Fortdé 
d^nc fur le' crédit de fon beàu-pere' , il afierabltt quaritité 
de gens à qui il enfeignoit fes i»emities. Il dii<>it que ï)ieu 
avoit envoyé au monde trois Prophètes , Moyfe y lefus- 
Chrift & luy , pour eftablir k dddrine de faluC^'ëc qftanti- 
ré d*autres extravagances. Quoy-qu*ir euft Padreffe de 
drflîmuler certaines chofes pour en auisorifer d^aue^es > les 
hommes de jugement k tendietat potir vn fùn , vi* ambi- 
tieux , & vn téméraire , câpabte dé touc boule vferfcr. M^is 
perfonncne luy ©foi t contredire, parcfl-qu'ayattc beaucoup 
de bien & de crédit , il fâifoit mourir fes envieux & fes en- 
nemis ^ SfC foûtenoit les plus détermini^ dtt fbif paf ti , qui 
ne faifoient autre exercice que de tuer 8c de voler. Rabi 
4Samuël , ancien Auteur Hébreu , dans vn petit traité que 



SVCCESSEVUS.LÏjVîIlE H. ii-5 

/ay ytu à Fez^ cm il parle ck (à fedc, dit Qu'Aluibc<juer, 
bean-pece de cet endiablé (car c'eft ainfi que le« luif^ l'ap* 
pcllenc ) fie tomt ce ou'il pik pour luy gagner le peuple de 
h Meqne ^ Air i'dperaiice de fe rendre inaiftre de toute 
l'Arabie^ û Maboraec y pou voit écablar ùm iîége : Car le« 
Açucaiaas ont pnand reipeâ pour ce lieu , <]ui a eftc ba«- 
fti , à ce ott*Us croyent , par Abraham , ou par I/kiaël 4 outce 
qae c'eft la capitale, <& la plus grande auflî-bîen .que Japli^ 
ricfae viUe de toutes ces provinces, où plufieurs Marcbans 
te quancitc d'otraaffiers ^ vtvoient en t<4lte liberté ^comoïc 
ù c'euft efté vne République. Les babitans eftoienr îuiù^ 
quov - qo^béréciqises à l'égajrd des autres , i-caufe que la 
plidpart eftoient de la £eâe des Coracbaniiens , que les 11 confood les 
Arabes appellent Horachaymoes , c eft-à-dire , <dévaye£^ '""^^ ***^ ^* 
oarce-qu'au lieu de la Tour, ils adoroient vo« Idole. Ab»- ^"'^** 
béquer voyant donc que ceux de la Méque ae vouloieiH: 
point adniettce Mahomet en aucune façon ^ coroaie fi^n 
deâêin ne tendant qu'à les aiTujettr , il Ht tn-imxc de Tin- 
croduire dans la viue par le crédit dVo riobe habîetnt *^ * oJmas 

3ui eftoit ion anû intime. YoiU coonnent Mahomet s'in- ^«^ vafaa. 
ala dans la Méque , où renfermé dan» vne ch^bre y il 
pratiquoit (bosHiiain les hommes & les femmes , qui aUoient 
cconcer la unit fês fermons , où il débitoît fes vanitez & ies 
ordures. Mais ces aflbœblées ne purent eftre fi iècrettes , 
qu'elles ne vinflênt i la connoiiËmce du M^ftrat , qui & 
refolut de le iàifir de Êi perTonne. Après avoir donc aflèm- 
blé quantité de gens ^ on environna la maifon on il eftoit 
avec Ces compagnons , qui appréhendans la fureur du peu- 

Êle , fiij?eDt rMurez par iviv • & en mefn^e xems il fît ouvrir 
t porte ^ & iè préfêntaot a ceux qui alloient pour le pren* 
dre , fit tant jqufen âtveur d'Odman ^ ils iuy pemiiKnt de 
(brtir ^ & <ie s'en aller. Comme il fut 'dehors à, pied avec 
les compagnons , il monta (vue vne femelle de chameau qu'il 
trouva dans vn pré , fans s'arœfter qu'ils ne fuf&nt à la 
ville de Tibique , 4ms TArabié ^efèrte. Les Auteurs des 
Aicorans racontent -quantité xle miracles extcavagans dans 
ce voyage , dont Je «e parleray pcûnt pour eftre plus court^ 
outre que cela eft tout commun. Cependant^ Maiiomet en- 

pij 



n6 DE MAHOMET, ET t)E SES 

colère contre les luifs , pour raffroftt qu'ils luy avoîent 
f&ic ) réfoluc de ruiner la ville , èc afTembli des gens de tous 
Coftez pour la détruire , criant tout-haut , que l'Ange de 
Dieu l'avoit ainfi ordonné. Ce bruit ayant efté répandu 




puiliance il le mit en campagne 
«ande harangue à fa louange, & i l'opprobre des luifs de 
4a Meque , leur difant entre autres chofes qu'ils cAoient 
maudits de Dieu,ۏ qu'il luy avoit commande de les aller 
convertir -, Mais que les ayant trouvez rebelles ^ & endur- 
cis dans le culte acs Idoles , il avoit efté contraint de s'en 
aller , & avoit fait tout le chemin qu'il y avoit depuis la 
Meque , oh Dieu avoit opéré tous les miracles qui eftoient 
venus à leur connoiflance. Qu'il luy avoit commandé à la 
fin , de ne les plus prefcher j mais d'exercer toute forte de 
rigueur contre eux ^ & fîniflant fa harangue , il promit degran- 
des récompenfes , tant fpirituelles que temporelles , à tous 
xeux qui embraâeroient 8c qui défendroient fa doâxine. 
A-peine eut-il achevé qu'il s'éleva vne grande rumeur par- 
ini ces Barbares , amateurs de nouveautez & de débauches ^ 
xie-forte que tirant leurs efpées , ils jurèrent la main haute, 
de ne tenir autre Loy que celle qu'il leur enfeignoit , & de 
la défendre, & garder inviolablement au péril de leur vie. 
Auffi-toft leur ayant impofé fllence, il cria ^ C<uuragc bra- 
ves compagnons qui avez les armes à la main* pour com* 
♦ Abttbéqttcr^^tre VOS ennemis , portez- vous en gens de cœur , fur l'af- 
cédic ion feurance de remporter la vidoire , 6c d'efbre comblez d'hon- 
OmârBci-cr'"^"^ , de biens , & de pkifîrs que Dieu vous promet par 
Hatab, Od- ma bouchc, pour récompenfe de voftre valeur. AufH-toft 
manbcnafcn, il nomma dix Généraux * des plus braves, £c de ceux en 

ukbÎMoavX ^^i i^ ^v^i^ pï^^ ^^ confiance , & commanda à ^ous de 
Ali Zubeir, leur obcïr. Enfuite il diffcribua toutes fes troupes fous leur 
^^^'ir^Âiiol commandement , & les ayant inflruits de ce qu'ils dévoient 
bcjâ, Abûiai- faire,il marcha contre les luifs. Sa première guerre fut contre 
hacï «nçari, les luifs d'Abul, dout ilremporta la vidoire. L'année d'après 
SUÏÏbw- ^' attaqua d'autres places de la Tribu deBuata , & les ayant 
cckd. afTujeties avec grand meurtre , il alU aifi éger la Meque. 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 117 

Les Mahofnétans commencérenc à compter leurs années 
lors-qne Mahomet prit les armes , qui fut Tan (ix cens treize » 
qa'il appellent Tan de TEgyre , c'eft-à-dire , de la fuite ou pé- 
régrination y au-lieu qu'Us comptoient auparavant fuivanc 
TEre de Cefar , qui précède la noftre de 3 S. ans , où ils re^ 
montent encore de plus haut, jufqu'au tems des Rois de Perfe 
&d'Airyrie,&à la création du monde. Mais il faut pren- 
dre garde que les Arabes fuivent dans leur calcul Tan lu- CompofiE de 
«aire , qui eft moindre d'onze jours que l'autre , fi-bien que ^^^ j^^^ 
pour les ajufter^il faut rabatre yn an tous les trente ans. fix de uaite. 
Par exemple cette année , qui eft la 15^1. eft la 588. de ^^^ ^,^ 
TEgyre^qui font 958. ans Solaires , lefquels joints avec l'an rmcccia^ 
(13. de Noftre- Seigneur que commença l'Egyre , font le 
compte que j'ay ait. Cette diverfîté d'années eft caufe 
qu'en la lupputadon du régne des Rois Chreftiens , & des 
Maures , & en celle des batailles , & des chofes mémora« 
hles , il y a fouvent de Terreur. 

Pour retourner à noftre fujet^fur la nouvelle queMaho. 
met marchoit avec de grandes forces , ceux de la Meque 
raflemblérent les leurs , & l'ayant défait , le contraignirent 
de s'en retourner dans l'Arabie deferte ^ oà il fit la guerre 
quatre ans contre les luifs , avec divers fucc^s. Mais enfin 
s'eftant emparé de la ville de Medine ^ il fit vne cruelle 
guerre à ceux de la province de Hichés , qu*il ne pût dom- 
ter à-cau(è qu'ils cftoient trop belliqueux, quoy-qu'il euft 
remporté diverfes vidoires contre d^autres. Retournant 
donc contre eux la cinq & fixiéme année avec ceux de 
Medine y il prit leur capitale , & toutes les fortereflcs du fa ctpitaie 
MÏs,& fit main-baflè fur tous ceux qui ne voulurent pas em- hJ^i^^ ^ 
oradêr la Religion. Cette bataille fut vne des vingr-fept que les habinuis, 
Mahomet gaena en perfonne contre les luifs , à ce que dit B&auybar. 
Abentaric , depuis qu'il fut chafTé de la Meque , te qu'il 
commença à eftablir fon opinion à force d'armes : 11 la 
nomme Gazuat Bénihaybar , 2c dit qu'il avoit deux cens 
mille hommes de combat. Il ne faut pas s*étonner qu'en 
fi peu de tems il euft ramalTé vne fi puiftânte armée : car 
outre que ces peuples font fort fuperftitieux U amateurs 
^e nouveautez > ils aillent ks courfès & le brigandage , 

P iij 



• MerJafe, 



ii8 DE^MAHOMET ET DE SES 

joint <\uc h eoerre qai eftoit eacre i'Ëtnperear & le Hoy 

H^raciius & jç Pedc , ^Soit eocoïc à cela :car la divifion rëgûoit alors 

^ *^ ' par tout VEmpirc , où Phocas avoit feit mourir Maurice^ 

beau-pcre <ie Cofroés , & y(urpé la Couromie. ïAais ayant 

e(lé tué xiepuis en trajbifon , Héraclius fut mis en (à pkœ* 

Cependant, Coiroës prie les armes pour venger ia non de 

fbn beau-pere , & ayant d<é£uc les Koiruiins , ravagea coûte 

la Paleftine après s'eftrc emparé d'vne grande partie de 

r A(ie , U des villes d'Alexandrie 6c de Cartilage ^iàns vou* 

loir entendre a aucun accord. 

Héraclius contraint de fe défendre contre vn (î puifTant 

Scénircs êc ennemi , (budoya grand nombre d'Arabes ôc de Sarafins 

*"'"*' qui habitent T Arabie Petrée^Sc s'étendent le long des pro^ 

vinces 8c des<ieièrts de rAGe^joT^'aux Indes. A la faveur 
d'vn peuple (i belliqueux 8c (î puiflant , il défie Cofroés , 8c 
le contraignit detepafler le Tigre ^ 8c de retourner en Per- 
fe en mauvais eftat y qu'abatu de vieilleâè , 8c las de la 

rerre , il mit (on (ècond fils "^^ en ia place : Mais l'airné , qui 
nommoit Syriqïie, piqué xle cet affront, prit les armes, 
8c fc joignant à Hèraclius, iuy livra ion pêne 8c fon €rére, 
qu il mit aufll-toft en prifon , ou ils moururent quelque tems 
après. S'eftant par ce moyen , emparé de la Couromie ,\\\ 
rendit a Héraclius toutes les provinces que fou père avoit 
vfurpées , ce qui ayant mis fin à la guerre , Héraclius alla 
^rAutcir i. enlcrufalem. Quelques-vîls difent que Mahomet* eftoic 
jottcf <|Q'ii Ait Chef des Arabes en cette guerre , qu'il alla audevanr d'Hé- 
Wcfféàiabou. raclius ,avec la pompe 8c la magnificence d'vn Roy, com- 
PerCiiî?^oi^r rte il alloit en léruialem , 8c qu'il le pria de le confirmer 
mé Turc. en la Principauté d'Hichés qu'il avoit oftée aux luife , ce 

que l'Empereur Iuy accorda. Mais les Hiftociens Arabes 

n'en parlent point , 8c difent feulement que x^toumant de 

G^watcham. j^ ^^^ j^ ^y^ie , il défendit aux Commifikires d'Hcta^ 

clius d'exiger aucun tribut des Arabes , 8c aux Arabes de 
rien payer fur peine de la vie , fous prétexte <|u'4k ne de- 
^ voient pas cftre tributaires de ceux oe contraire Religion. 
Quoy-qu'on vinfl: donc aux mains à diveiies fois pour ce 
fnjet , il fit oblerver fes défenfes , comme le plus tort y 8c 
^emeora maiflre de ce qu il t^noit. 



% 



SVCCESÊEVU», LlVAE H. 119 

tl dla attaquer enfuité vri^trt ouartierdcs îtrifs, qu'on 
BomUîMt ^éti\béàct , êortt \è Chef* fut ttté en la bataille * Aimogocra. 
fti Alizubèyrs iVw âei GëiiéfàuSc dé Mahomet : c'eftoit 
TK homiTMî fi br^Ve , qtie M6àiîa ^fitraht àzns le lieu où il aî^Ma^omctî 
fe baienôit férrtia les yétnc , & comrte il hiy en demandoit 
k raifon. dit Q[ue e'eJtok ^our ne lé point voir tour cou- 
vert de Kéfliires: à; euéy il *«^a^rit , Que c'eftoit ce qui Id 
fCndoit glorieux dé les àvoit ^écèiïfô àt fetvice de Maho- 
met y & pour la dcfenfe de (a Loy. Tarie qui rapporte ce- 
h , dit vne ptaifâiite chofe dé iûy , qu'il ne vouloir pas 
tt*ott nettoyafft fés habits , ni qu'on peniaft fôn cheval tan- 
is qu'if éfloiif à la guerre , & qtr'flru retour il en faifoif 
rder la peuffiëré pour métti'e dîanyfbnfcpulcre , avec ordre 
' mettre fon corps déflus. Cette extravagance^fic autres fem- 
bkbte^, qtre tes' H îftoriens rapportent, ïbnt aflez vori^ que ces 
Gcriérâ«*deMahomet nf'eftoreht pa^biehftges^maii plûtoft 
èes gens défefperet , qui fé préér pitoîent dans les dangers fans 
aucune conOdérattoh. Auflî perdit-if pltifieurs batailles , & 

l particuliëfemîerit vne* , àh les ïuife loy tuèrent foixante & «cazaac Bem 
dix raille hommes , par Firtproderice de fès Chefs qui n*ob- ohuA 
fefvoîent pas fes ordres. 

Enfin l»an dé grâce 613. le dfxiénie de PEgyre , il leva 
vne puiflànte armée ^ & marchant contre la Meque , défit 
les hâbitans en vne bataille , où tnoumt toute la fleur de 
la NPoblefle luive. Etifiiite il entra dans^ la place ,& y ayant 
lai(fé vne garnifon d'Agaréniens , marcha contre la ville 
d'Onain qu'il força & (acagea , diftribuant tout le butin a 
fes troupes. De^la parlant outre ^ il alla aflîéger la ville de 

I Tarfe , a où il fut contraint de fe retiret » avec grande per- 
te, après trente jours^cîe fiège. Alors laiifànt dans laMeqùe 
AH-zubeyr , il retourna cfartsP Arabie deférte ,où il recom- 
mença à faire la guerre aux luift dé la race de Béyhaybar, 
€féi s'eïloieht emparez pendant fon abfence , d*vne grande 
j>anîe de la tnrovince , & les ayant d'éfeits , les contraignit 
cf chitraiffer wi (cStt ^ feifânt main-bafle fur lés' rcfradaires. 
Sur ces entre-faites ayant appris que ceux de la Meque ne 
pouvoient foufirir le commandement brutal d'Alizubeyr , 
il y envoya Moavia qui eftoit plus 4oux , avec ordre exprès 



lie DE MAHOMET, ET DE SES 

de leur foire quiter laLoy de Moyfe ,&le fervice des Ido- 
les , pour embraffer fa feàe. L'année d'jiprës il alla à Ty- 
bique , où candis qu'il s'amufoic à baftir vne fompcueufe 
Mofquce y qui eft encore aujourd'huy en grande vénéra- 
tion, il envoya Abi- Aced , & Abi-Azid , avec vne partie de- 
* ^^®f*r^ Tarai ée contre vn grand Seigneur d'Arabie * , qui refufoit de 
^ ^ ^' recevoir fa fede : ilfut vaincu & pris prifonnier , 8c par cette 
viâoire , & par quelques autres , toutes ces contrées furent 
affujcties. 

Glorieux de ces fuccés , il envoya fommer TErapcreur & 
le Roy de Perfe , d'embrailer fa Religion , fignant en ca- 
radéres d'argent , Mahamct J^tt^ <^ul Ala, ou Meflager de 
Dieu, lï eftablit enfuite fon fiége en la ville de Medine^ 
& ne voulant plus, faire la guerre en perfonne , nomma, 
quatre Lieutenans Généraux , Abubéquer , Omar,Odman^ 
&c Aly,pour aller conquérir les quatre parties du JVfonde, 
^c'*'7^i?" ^^^ Grecs * & les Arabes * les nomment les glaives ou fléaux. 
^^" ** de Dieu : car Mahomet leur commanda de fiaire embraflèr. 
par-tout fa nouvelle fede y for peine de la ^ie.. Ce furent 
autant de bourreaux de^ Chreltiens y qui ne vivoient pas 
trop bien alors en Afie , oii ces Barbare^ firent de grans 
maux , tant aux biens ,. qu'au corps , & à Tame , contraignant 
tes peuples par-tout , de fe faire Mabométans. 

Abubéquer entra dans. la Paleftine, où il prit par efcala» 
de la forte ville de Miquée , tandis que le peuple eftoir 
occupé au facrifîce des Idoles , puis (accàgea la plus^ grande 
partie du pais. L'Empereur Héraclius envoya contre luy 
vne armée fous le commandement de Théodore Bogaire , 
qui luy tua plus de fîx mille hommes dans vne embuicade; 
mais il ne jouît pas long-tems de cette vidoire : car le 
Commiflàirc de l'Empereur , envoyé pour payer quelques 
Paul Diacre, ttoupes de Sarafins qui gardoient la frontière, ne les trou* 

vant pas en bon eftat , dit qu'il ne faloit pas ofter le pain 
Jétroitad'A- dcs cufaus pour le donner aux chiens ^ ce qui les mit en 
'^^^ telle colère , qu'ils palTérent au fervice de Mahometé Le 

reflèntiment de cette injure dépeupla le Chriftianifme , & 
la vengeance en dure encore. Car ce peuple belliqueux 
tourna fes.« forces contre l'Empire Romain , U celles de 

Miau 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. m 

Afahomêt augmentées de ce débris,s*em parèrent fans gran* 
de refiftance , de Ran y & de Gaze , fie firent par-tout vne 
cruelle guerre aux Chreftiens. 

Makomet mourut à Tâge de foixante & trois ans , d'vn 
boacon que luy donna fon Secrétaire * dans vne pomme, *Bytahduça. 
en k ville de Medine , Tan fîx cens trente*deux , le vingtiè- 
me de TEgyre. Quelques-vns difent qu'on le garda trois 
jours avant que de le mettre en terre , croyant qu'il duft 
reflufciter : mais enfin on l'enterra (ans aucune pompe , 
étendu fur (oh lit dails la melme chambre où il couchoit. 
Il e(toit vn peu haut en couleur , de moyenne taille , de 
ÊLçon robufte , fie d'vn port maje(hieux i il avoit la parole 
aœible ^ k teft:e gro(re , la barbe longue , fie fe faifdit tein- 
dre le poil pour couvrir fos cheveux blancs. Il méprifoit 
tous dangers , fie eftoit fort adonné aux femmes , fie eut en 
mdme tems plu(ieurs femmes fié concubines , difant qu'il 
eftoit permis aux Prophètes fie aux grans hommes , d'en 
vfer ain(i. Et pour confacrer fes défauts, il donnoit toute 
forte de liberté pour ce regard à ceux de (a feâe. Il fe 
vantoit d'avoir vnê vertu particulière pour la génération , 
quoy*qu'il euft beaucoup d'afFeâion pour les Sarafins , il 
flatoic les Âgaréniens le plus qu'il pouvoit , fie ordonna 
que les pèlerinages qui fe raifoient en Iéru(alem Te fidenc 
à Aeca , où naquit , à ce qu'on croit , Ifmaël , fie où e(l la 
tour d'Alquibila. 11 voulut auffi que dans les cérémonies 
de la Religion , ils fiflent certains mouvemens du corps , 
en mémoire de ce qu*Agar ayant efté cha(rée par Sara,, 
s'éloigna par le defèrt pour chercher de Teau , Se revenoit chobcda oo 
quelquefois vers fon fils de peur de le perdre. Il promit •*?JJf*'^^'°. 
l'immortalité à ceux qui firroient profeflïon de fa Religion, conftffcurs*' 
ou qui mourroient en la défendant , fie vn Paradis rempli Je laLoy^ 
de toutes fortes de délices charnelles , avec plufieurs autres ^ct^x^ri/^^ 



femblables , que je ne mets point icy pour eftre AJcorans J 
plus court. Ceux qui en voudront (avoir davantage , pour^ rAcfiiQi des 
ront lire les livres * où (es folies fie fes extravagances font i a^Reiigfon , 
amplement décrites. Il eut trois fils , Brahem , Abdala , fie l'Aimatic oâ ' 
Hamet , qui moururent avant luy , fie cinq «lies , Fatime , Jf^^^î SL 
Zahara , Oroquia , Vn^queltum , fie Hadgji ou Hadeychà; tluïiuJ'fidl' 

CL 



iir DE MAHOMET ET DE SES 

De raifncc qui fut mariée a AU, il eut deux fil^, Hafcen^ 
& Ali riufcein , dont nous parlerons après, Difons main- 
tenant les fchifmes , & les divifions qui arrivèrent après fa 
mort , & comme fon beau-pere Abubéquer luy fucceda. 

CHAPITRE IL 

Des dtffcntions quilj eut entre les Arabes après la mort dt 
t^ahomet , <3r comme ils élurent L^ihuhétjiuer 

pour fin fuccejfeur. 



M 



A H o M £ T fur le point de mourir , déclara pour^fuc« 
cefTeur Ton gendre Ali , qui avoir époufe Fatime , 
ajouftant que c'eftoit vn Saint ,& qu'il eftoit de la race des 
Prophètes. Il dit bien qu' Abubéquer , Omar , & Odman 
ne luy cèdoient en rien ^ mais que PAnee luy avoir com- 
mande de faire Ali flc Fatime, les dèfenteurs de la Foy ^& 

Oa pour faire qu*on le devoit élire après fa mort pour la maintenir ^ Quç 

^icaion da [^j Colonels & les Doâeurs s'afTemblaflènt pour ce fmct. 

5a"piusréfciu, Mais (on beau-pere qui eftoit prèfent , & le plus puiflant 

de tous , fut élu à la pourfuite d'Omar» & d'Odman , qui 
avoient mefme droit que luy , ic qui favorifoient par- là, 
leurs prétentions pour pouvoir eftre èlûs à leur tour , ou- 
tre qu il eftoit fort vieux , & Ali fort jeune. Ali fruftrè de 
fon attente , prit Tes deux fils , & fe retira dans le fond de 
TArabie où il avoir fon armée, ayant eu ce quartier-là en 
partage dans la diftribution qu'en fit Mahomet , comme 
Omar^ia Perfè, Odman,jl'Egypte & T Afnque,& Abubéquer, 
TAflyrie , & les autres provmces de TEmpire. AU arrivé 

Abubéquçr. cUins TArabie , commença à crier contre le nouveau Calife, 

comme ayant empoifonnè Mahomet , & ne gardant pas fes 
préceptes. En confèquence dequoy il fit de nouveaux 
eftabliflemens , où il permettoit beaucoup de choies que 
les autres condamnoient , & compofa la Loy Imémia ou 
Pontificale , par où il attira d foy quantité de Barbares, & 
eut guerre continuelle avec les Califes , ou fiiccefleurs de 
^MaHomet. • 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. nj 

D^aotre cofté , Abnbéquer voulant continuer la guerre 
coDOrc rEmpirc^afleinbla toutes fes forces ,& entrant dans ^^ ^^^^ 
la Paleftine , comoîenç^ à la raTager. Sur ces nouvelles , phiiiibnc 
Théodore -Bogaire qui eftoit dans Cefàrée y accourut -, 
mais ayant voulu remettre le différent à vne bataille , il 
foc vaincu Tan fix cens trente-trois , qui eftoit le vingt & 
vu de TEgyre , 8c laifià quantité de foldats fur la place y ic 
grand nombre de pcifonniers. Paul Diacre dit qu'il y eut 
▼n grand tremblement de terre cette année-là en ludée , 
& qu il y parut vne Comète , dont la queue eftoit tournée 
vers le Midy , pour marquer la puiiTance des Sarafins : Qujel- 
le dura Tefpace de trente jours , paroiflant toujours au 
mefme endroit, & tirant du Midy au Nort. Abubéquer* mou- * Les Arabe* 
rut enfuice , non fans foupcon d'avoir eftc empoifonné , ^jj^^^^"^^ 
comme il roédicoit de plus nautes entrepriles : il fut enter- AquU-Abcn- 
ré en la ville de Medine dans le tombeau de Mahomet : & Abiuiîb. 
fon compagnon Omar , furnommé le Prefcheur , fut élu 
en Ùl place. Il eft à propos de parler icy des quatre Âlco- 
rans que firent ces quatre fléaux du genre humain , & des 
opinions brutales que les Mahométans tiennent , pour faire 
voir la foiblefie de leur Religion. Après quoy nous par- 
lerons d'Omar , Se de ce qui arriva fous fon régne. 

CHAPITRE III. 

De U divcrjttê des feéles du Mahometipne ^ 

O" dt lefiroriffne. 

AP a E s la mort de Mahomet ^ les quatre Chefs , dont 
nous avons parlé , Abubéquer , Omar , Odman , Se Ali, 
firent chacun vn recueil différent les vns des autres , de ce 
qui leur fembla de meilleur dans fà dodrine. Celuy d'A-> 
bubéquer s'appelle Melquia , du nom d'Ibnilmelic qui le 
mit en ordre depuis , Se qui mourut à coups de fouet dans ^ ^^ ^^e cis 
Medine par le commandement d'vn Roy Arabe, pour n'a- AbawTaiHu 
voir pas vouhi faire quelque chofe à fa prière , touchant 
cette Loy. Ce recueil eft le plus généralement fuivi par 

QJi 



1x4 DE MAHOMET ET DE SES 

Sarafins , par Agaréniens & par Africains. Celuy d^Omar 
fe. nomme Hanefia ou Afafia yc'eft-à-dire loy de religionfic 
de dévotion ^ & eft fuivi de ceux de Damas , deSyrie, Se 
dVn grand nombre de Sarafins. Les Turcs , Se les commu- 
pautez de Béréberes^qui errent par les deferts de laLd^ye 
le fuivent auffi. 

Celuy d'Odman , appelle Buanefia ,ou Chefaya du nom 

des Auteurs qui l'ont compilé & digéré , eft fuivi des Turcs 

iniemia ou auffi-bien que les deux autres que nous venons de dire. Cc- 

pontificaic. y^Y ^.j^j j ^ nommé Hambelia , dHambeli ^ qui le commenta, 

* Zcynhcbi- ^ reccu daus la Perfe &aux Indes , Se en quelque partie de 
din.oubcau- T Arabie, fans parler des Gelbins d'Afrique, & de quelques 
té des dc^ Barbares des nvontaenes voiiînes. En Eçvpte particulière- 
Mahâmct, ou ment au Caire , on garde ces quatre lettes , qui font toutes 
bçauiédcMa. comptifcs fous la loy de Mahomet. Mais il y en a encore 
cuw^Mahâ- foixante-huit autres , quoy qu'il n*y en ait que deux qui ayent 
met , ou fort feiit beaucoup de bruit. Celle d* Ali , que tiennent les Per- 
comme Ma- {"gj dcpuis que Ics Sophis y régnent , & celle des Turcs ^ 
CcdcV, ouïe qu'on nomme Lesharia , dVn Leshari qui fut le Chef des 
▼eritabic,GJa. Theologicns Arabcs , & qui ramafla les^ autres trois en vn 
Maîa5fn^ou volumc. Ali,comme nous avons dit ^ eut deux fils de Fatiijae 
çxaitaicur' de fillc de Maliomct ,Hafçen ^& Ali-hufceïn , celuy-cy cutdou- 
laioy^AiiMa- 2.^"^ fils , dont Ic puifné nomméHafçcn ou Mahcmet Mo- 
gn^o Mahâ- haydin^ eft appelle le fufcitateur ou reformateur de la loy, 
met ou AU parcc-qu'il l'établit &la répandit. De celuy-cy font dcC- 
H^icn"*^^^^ cendus les Sophis qui r.égnent en Perfe, & qui prenaient les 
Mahamct Turcs pour dcs hérétiques , & pour fe diftineuer d'eux por- 
Mohaydin. ^cnt dcs bonuets de feutre hauts & larges pliflez de douze 

* fixdc cha- plis *, en mémoire des douze fils d* Ali-hufcein ^ qu'ils rcvé- 
quc cofté. j,^^^ ^^^^ comme faints ,^ dont ils vifitent encore les tom- 
^ vbihidctcn t^^^^^* Quelqucs^vns difent qu'ils font enterrez à Medine 
Arabe. prés dc Mahomet-, d'aaitres àBagdet*, (ans parler de ceux 
fa Mode, qui Ics mettent à Erini ou Airac. Il n*y a que Mahamet 

Mohaidîn qui, félon la créance de leurs DoAeurs , ne mou- 
rut point 5 mais doit venir convertir les peuples à ia Secke 
Vieille fupcr. d' Ali : de-lorte qu*ils l'attendent de jour à autre , ôciuy tien- 
toucWc^lto^^ ^^^^ vn, cheval preft,des plus beaux 6c des mieux équipez, 
jacitc. dans la grande Mofquée ae Cufa où eft fon fepulcre. Ils 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. nj 

célèbrent tous les| ans vne fefte , où l'on mené ce cheval en 
rriomfè avec quantité de cierges autour , 6l l'on fait de lon- 
gues prières à Ali, qu'il envoyé bien- toft fon petit-fils. Vne 
infinité de peuples accourent de toutes parts à cette fefte , 
8c il y a vne grande foire à Culâ tandis qu'elle dure. Ce 
Mohaidin fut inventeur de la fede des Morabites , ce qui 
arriva en cette forte. Lors qù'Ali en difcorde avec les autres 
Chefs s'eftoit retiré dans le fond de l'Arabie , {es deux fils ^*^ç^n * 
fe débilitèrent de telle forte par leurs jeufnes & leurs abC ^^* **^^*' 
tinences .^ que leur père pour les retirer de cette vaine fu- 

{>erftition , qui les euft emportez bien toft , fut contraint de 
eur dire que la loy de Mahomet ne tendoit qu'à bien vi- 
vre & à établir vn puiflant empire pour éterniier fà mémoi- 
re. Par CCS remontrances te autres (emblables , il leur fit 
3uitcr cette trifle vie pour vivre dans les plaifirs & dans les 
elices. Les Arabes eflant étonnez d'vn fi grand change* 
ment ^ il leur fit entendre qu'ils avoient jteliement purifié 
leurs âmes par le moyen des jeufnes & des oraifons , qu'ils 
ne pouvoient plus pécher >& que Dieu leur avoir permis en 
récompenfe de jouïr des biens de la terre. De-là eft venue 
la feâe des Morabites ^ ou Morabitins , qui vivent dans les 
deferts comme des Moines ,foit feuls ou en compagnie , 5c 
font profeffion de Philofophie Morale, obfervant plufieurs 
chofes contraires à l'Alcoran de Leshari , £c condamnées 
par les Leeiftes .Maisjle.peuple les révère comme des Saints, 
parce^qu'ifs vivent avec plus de liberté. Leur règle com- 
mença comme J'ay dit fan feptccns-, mais l'Auteur ne la 
donna à fes difciples que de vive voix , 5c non par écrit. 

Cent ans apr^s vn autre Arabe de Babylone fit de gros AUud-fcxid. 
commentaires defTus , qui cauférent de grans troubles en 
Perie : car ils furent fupprimez quelque tems par ordre du 
Xlalife, jufqu'a ce quVn autre Arabe , dent le nom fignifie 
en noftre langue le diftributeur des perles , les remit en lu- Abogiohoca. 
miere. Il fut fuivi de beaucoup de peuples , prefcha fa loy 
par coûte l'Afrique , 5c envoya fes difciples la prefcher en 
Afie Se en Europe. Mais le Calife de Babylone fît afTem- 
bler les Docteurs de fa loy , qui la cenfurérent vne féconde 
fois, 5c les Morabites furent condamne^ à mort. Toutefois 



1x6 DE MAHOMET ET DE SES 

rAuteut ayant efté fait pcifonnier & mené au C$^t Ma^ 
hamec > il et tant qu'il luy accorda la permiflîon de diTputer 
de fa règle contre les Doâeurs qui l'avoient Aipprimée , 4 la 
charge de mourir s'il eCkoît vaincu , & autrement, de faire 
celITei: la perfécution. Après avoir remporté la vidoire le 
Cahfe. embra0a fa règle ,1a maintint ^ & fit baftir en Afrique 
Se en Afl^ des Collèges Se des Monafberes pour les Morabites . 
Cette fede dura encore cent autres années , jufcpt'à ce que 
L'Empereur MalicfacTurc defcendit d'Afie^&Jes perfécuta 
de- forte qu'vne partie fut contrainte de fe fauver en Egy- 
pte y & Tautre en Arabie , ou ils furent comme bannis l*ef- 
pace de vingt ans» Mais.l'Empire venant à tomber entre les 
mains de fon fuccefTeur CuTeifac ^ vn de fes Confeillers nom« 
mé Nidan el muley , la luy fit rétablir 5 dje-forte que par le 
€azuii. moyen d'vn autre Morabite qui en écrivît vn volume con- 
tenant fept livres^ on accorda les Legifks avec les Morabi- 
tes y à la charge que les premiers s'appeller oient Doâeurs &l 
Confejvatcurs de la loy , & les autres fes Int<^rpretes & Re- 
formateurs. Cet accord dura jufques à ce que les Tartares 
**S^«^! ruinèrent la ville de Baldac l'an mil deux cens cinquante- 
huit, Se anéantirent ces Califes, ce qui caufa de grandes di- 
Tifions entre lesfuccefTeurs de Mahomet..Celanepûtneant«» 
moins ariiefler le cours de cette feûô donc TAfie & l'Afri- 
que eftoient déjà toutes remplies ^fi^de qui Ws Do^urs de- 
fendoient courageufement leurs opinions pontrc les Legiftes. 
Elle a tellement diminué depuis que les Morabites ont re- 
noncé à laplufpart: dp leurs dogmes pour s'àcommoderavec 
leurs, averiaires , fans qui ter pourtant les plaifirs de la vie 5 
car ils ne laiJSênt pas dé. daniër , chanter &c £aire bons^e chè- 
re , cômpofant des chanfons d'amour en mufique j ce qui 
n'efl pas conforme à la loy de Mahomet. Ces Morabites fe 
trouvent aux feftes 6c aux noces des Grans^ où ils entrent 
en chantant dés vers en l'honneur d'Ali & de fes fils j fie 
après avoir bicu) bu& mangé , ils chantent & danfent des 
cnanfons d'^tmour^ &. s'échauffent de telle forte dam la dé- 
bauche , qu'ils fe déshabillent , tant que n'en pouvant plus, 
ils feJâiflentî tomber avec beaucoup de foûpirs & de lar- 
mes* Alors oniditqvfUs.fpnt échauffez de Tamour divin ^ & 



SVCCESSEvàs, LIVRE IL 117 

celuy qui (e tourmente le plus eft tenu pour le plus (kint- 
Après viennent de jeunes garçons (ans barbe , qu'ils me^ 
nent après eux comme leurs di(ciples , &qui les relèvent, 
les embraflent & les baifent plufîeurs fois , puis les reme- 
nent à leurs hermitages. Il y a quantité <ie ces gens- la, en 
Barbarie , particulièrement au Royaume de Fez, qui vien. 
nent de ces quartiers- là , de la Numidie & duZabara , ou 
Ton fait profeffion de cette feâe plus quaux autres. Il y en 
a encore d'vne autre forte en Turquie , qui font auili fort 
gais Se de bonne compagnie , que les Turcs apellent Deruis, 
qui vont veftus de peau de mouton (eichées au Soleil , en 
portant vne devant & Tautre derrière , & ayant le refle du 
corps nu. Ceux-cy fe font razer par-tout , & n'ont ni bar- 
be ni cheveux , portent de gros bourdons noueux en leurs 
mains pour (c diftinguer des autres , & des pendans d'oreil- 
les d'or ou d'argent , garnis de perles & de pierreries. Ils ne 
vivent eue d'aumofnes , & ont en grande vénération le fè^ 
pulcre trvn Arabe appelle , * le preux Chevalier , parce* » ^^^ j^y^ 
qu'il fut caufè, à ce qu'ils difent, que ceux de fà feâe Abdaïa.d- 
conquirent la plufpart de l'Afie. Son corps eft en vn mo. ''•^ 
naftere de la N^tolie , qui eft bafti au milieu d'vne campa« 
le , oik ils tiennent leur Chapitre général avec grande 
8c réjouïflance , jusqu'au nombre quelquefois de plus 
de huit mille 3 mais il n'y en demeure d'ordinaire guère plus 
de cinq cens. Leur Général eft appelle Hafcen Beba, 
ou le Père commun , en mémoire de Hafcen ou Mohay- 
din leur fondateur. Ils rapportent en ce Chapitre les cho- 
ies plus remarquables qu'ils ont veuës , te difent mille rê- 
veries y recitant les miracles d'Ali & de (ks enfàns , écri- 
vant le tout en vn livre avec les nom de leurs Auteurs. Le 
premier Vendredy ils font vn £;rand feftin au milieu de k 
campagne, Se incontinant après le repas , preiment de Ta- 
dû , qui eft vne certaine herbe qui égayé en troublant Iç 
jugement. Auffi^ toft ils commencent à lire ces hiftoires, 
après qûoy ils s'en retournent au Monaftére ^ fie s'afieant 
tout autour de kur Supérieur :ou Oeneral ,\ils publient les 
louanges de leur resle , & tandis que les vns s'entretient 
nent^ les autres fe figurent fur les mains , Iesl>ras & les çuif- 




1^8 DE ^lAHOMET ET DE SES 

les des cœurs navrez , entremeflez de branches de feuïUeS 
& de fruits -, chacun dlGint le nom de la Dame pour qui il 
fait tous ces myfteres. Ces chifres fe font aT^c la pointe 
d'vne lancette ^ a^rçs quoy on met du charbon pilé fur la 
playc , & la marque en demeure i jamais. Ils tiennent pour 
règle infaillible, que par jeufnes & aumofnes on acquiert 
vne nature Angélique , & Ton purifie tellement fcn ame , 
que Dieu ne tient plus conte de nos péchez. Mais pour 
parvenir à ce point , il faut palTêr par cinquante degrez de 
difcipline. Pour cela ils font du commencemenrdé longues 
oraifons & de grandes abftinences , à l'imitation des enfans 
d'Ali, & s'abandonnent après à toutes fortes de débauches. 
Us ont vn livre de pocfie en quatre volumes , coropofé par 
Cidi Raguardi , & augmenté par Aben^Taric , en vers fi élc- 
gans , qu*on diroit qu'ils ne parlent que d*amour. Vn autre 
Arabe nommé Faraguani Ta commenté , & en a tiré les cin- 
quante degrez de difcipline , 6c les chanfons qu'ils chantent 
lors qu'ils vont aux feftins, particulièrement en Afrique & 
en Egypte. Lors que le Chapitre de la Natolie eft achevé, 
ils prennent tous congé pour s'en retourner* chacun en fon 
Monaftére ou Hermitagc ,^ demandent l'aumofnc au re- 
•* on tflcicpc tour par tout où ilspaffent. La plufpart vivent dans la foli- 
•yfcair. judç , en la compagnie! de quelque befte fauvage * qu'ils ont 
aprivoifée^our monftrer qu'ils fe font féparez du monde , 
afin de pafler les degrez neceffaircs pour arriver à la pcrfe- 
dion. Il y a dans chaque Monafbére vu drap vert, étendu 
>ar terre , avec vn chandelier de cuivre jaune fans chandel- 
le, & vne épée rompue, pour marque du monument d'À* 
li. Car ils difent qu'avec cette lame il tua dix mille cChré- 
tiens d'vn feul coup, & que dans les batailles il Tétendoit 
cent coudées fur les ennemis , & fendoit avec elle les mon- 
c'cftiopimo*» ^^§^^^' Q^lq^cs - vns de ces Morabites tiennent' que les 
i« Pline. deux, les aftres & les élémens ne font enfembie qu'vn 

Dieu, & que toutes les Religions font bonnes*, parce -que 
tous croyent en confcience adorer ce qui mérite a eftrcaao- 
ré. Ils difent davantage , que la fcienpe divine cft contenue 
en la teftc de leur Général , qu'ils nomment le Cotb-, com- 
me qui dirQit le Saint des Saints^ ^ le choififlent enti^ies 
M quarante 



E 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 119 

quarante les plus âgez , qu*on nomme les troncs ou les fou- Lanter. 
ches y après quoy ils en ëlifenc foixance & dix autres du 
nombre des (êpt cens foixante & quinze , qui eft leur moindre 
degré. Tous ceux-cy doivent errer inconnus par le monde 
▼n certain nombre d'années comme de pauvres miférables, 
&vne infinité d'entre eux vont dans toute Tétenduëde leur 
iede, nuds Se fans fouliers , montrant leurs parties hônteu- 
fe. Plufieurs d'entre eux contrefàifant les fous font de gran- 
des violences , & quelquefois au milieu des rues & des pla- 
ces publiques ont la compagnie des femmes , des filles ou des 
beftes , & ne laiflent pas pour cela d'efbre tenus pour des 
ûints. Ce qui tfk vïus étrange, c'efl l'ignorance de ces pau- 
vres gens, qui au (ortir de* là leur viennent baifer la robe, 
& arrachent les poils de-la befle dont ils ontabufé , ou cou- 
pent quelque pièce de l'habillement de la femme , pour les 
«rder comme des reliques. Ilsdifentque ces Saints font tel- 
lement épris de i*âmour divin , qu'ils ne prennent pas garde 
à ce qu'ils font. * 

Il y a quantité de ces Moines en Egypte & en Afrique , 
Muley Mahamet , père de Hafcen Roy de Tunis , baflit vn 
fuperbe Monaflére à Tvn d'entre-eux , & fit de grans biens à q^ j ^^ 
tous fês parens à-caufède luy. Il me fbuvient qu'eflant vn 
jour à Alger, j'en vis vn qui alloit toujours à cheval fur vn 
hâtton , & ce baflon avoir vne tefte de cheval faite de cuir , 
avec le mord & la bride. Il difoit au peuple qu'il faifoit cent 
lieues en vne nuit fur ce cheval , & que fon cheval man« 
«oit vne mine d'orge chaque jour. Il ne laifToit pas d'effaré 
honoré des Turcs & des Maures , qui luy faifoient de gran- 
des aumofhes , tant pour luy que pour fon cheval. l'en visr 
vn autre dans Maroc , qui penfa effare pris & chaffaé par le 
Chérif , pour avoir couché auec vne jeune Demoifelle air 
fordr du bain. Mais le mary & les parens firent tant qu'ils 
le Êiuvérent & le renvoyèrent à Tunis , après Tavoir bien 
régalé. 

Il y en a d'autres de la mefme fede , qui vont danfant dans 
les rues , comme ceux oui font piquez de la tarantole. Ceux^ 
U portent des livres ce chanfons d'amour , avec des ceintu* 
xcsde laine fort longues , qui ont ;vne poignée de fonnettes 

R 



ijo DE MA;HOMET ET DE SIS 

w bout , 8c lors qu'ils rencoocrent quelque beau garçon ; 
ils danCent autour de luy , 8c font oranUr ces fenoettes , 
comme pour le carefTer. Il y en a quantité d'autres qui 
font couverts de peau de lyon^ ou de tigre, 8c d'autres beftes 
farouches , U marchent tefte nue avec de grans cheveux de 
Nazaréen , portant leurs bras fur leurs épaules , 8c ne bu- 
vant ni ne mangeant qu'après vn certain efpace de jours. 
Ceux-li ne fe marient point , mais il leur eft permis de me- 
ner auec eux de jeunes garçons, dont ils abufent. Il y en a 
encore quantité d'autres en Turquie , qui demeurent dans 
les villes 8c les villages , 8c ne demandent point d'aumof- 
nés I mais fubfiftent de ce du'on leur donne en pai&nt , vi- 
vant réparez des autres , plutoft par folie que par dévotion, 
8c eftant eftimez Saints. Ils difent que ceux qui ont perdu 
le jugement l'ont perdu par des révélations , 8c que Dieti 
les garde pour luv ^ fi -bien que daii^ cette créance ils re* 
tirent les Fous 8c leur font honneur. 

Il y en a d'autres qui s'appellent Calenders, qui vivent en 

compagnie dans des Convents , 6ç mettent fur la porte de 

leurs Monaftéres des écriteaux , qui portent, Quç ceux qui 

defircront entrer en cette religion doivent eftre vierges & 

teursTcmpics vivrechaftcment. Ces Religieux s'habillent de certains tif» 

Vrablz^vias" ^^* ^^ ^^^^^ ^ ^^ ^^^^ ^^ çh^val , qui ne font pas foulez. 
& en Turc | Ils n'ont point decheyeux, mais portent de eraps chapeaux 
Tcc^uié. ^ye^ jçj cordons de «eflTes de crin de chevaT, deç pendans 

d'oreilles ,dçs colliers, 8ç aux bras des bt^ffelets de ^r, avec 

vn anneau d''argent paiTç à travers le^irs parties honteufes. 

f Nctâwi. 11$ vont continuellement lifant des vers que leur fondateur* 

Dans A arcna '^ compofez , Icqucl fut écorché tout vif par les Ara1)C$, 

pa^Agnlb! pour avoir dit queloue chofe contre Mahomet. Mais h rc* 

gle n'a pas laifle de liibfifter , 8c s'eft mefme beaucoup ^c^ 
crue y qttoy*que fous ce manteau de chafteté ils cacnent 
mille défauts. Il y a d'autres fuperftitions dans la fecte 
d'Ali qui ne font pas moins brutales ; mais nous parlons 
maintenant de celle des Mahométans en général. Il y en 
a dont la régie ne confifte qu'en vne certaine cabale , ou 
plûtoft vn art magique. Ceux <* là font de grans jeufnes, 8c 
Ctdid^atf. ijemangent rien qui ait vie j toutes leurs heures font réglées 



SV;CCESSEVRS , LiIVRE II. 131 

tant de jour que de noie ^ peur toutes les fondions de la Boire , maa- 
TÎe j & ils les reconnoiHent k de certains nombres , figu- KJ'^"^'* '^ 
tes, ou caraâëres quMls portent fur eux dans des'efpeces ^ "' 
de Calendriers *. Ils difent que les efprits céleftes leur ûp- ^^^^^^ 
pâroiflent , 2c leur donnent entière connoiflance des cho- dict^ 
tes du monde. Ils font fort craints & refpedez en Afrique , 
à^caofe qulls font grans forciers. La régie qu'ils tiennent à 
efté compofée par vn nommé Boni , que les Arabes appel- 
lent le père des enchantemens £c des fortiléees , 8c qui a 
Eût Tn petit traité <le la façon que l'on doit faire ces qua^ 
dres ou quadrans. Ils ont encore trois autres livres , dont 
le premier tC le principal s^appelle EnJHgnemtns Lumineux , EUomha Mî. 
ou font contenus leurs jeufnes & leurs oraifons. Le fécond, ^^®'- 
Sêkil dt fiience ^ qui traite de la façoa qu'on doit faire les stmsEliiiiba^ 
quadians,& du profit qu'on en peut tirer. Le*troi(îéme ^ "^ 
Stcrtt des devins Mitributs ^ qui traite de la vertu des quatre- ^J^^^^ 
vingts & dix noms de Dieu# Les Arabes & les Maures * "** 
d'AjBîque tiennent encore vne autre régie, dont les obferva- 
teurs paflent leur vie dans les forefts & les folitudes comme quî^' 
des Hermites , & ne vivent que d^herbe des chams 8c de 
fraies fauvages , fans qu'on fâche au vray leur profefiîon , 
parce-qu'ils fuyent la converfation des hommes. Et quand 
ib »{e rencontrent parmi eux , ils ne parlent point. L'an 
mille cinq cens quarante^deux j'en vis vn dans Maroc , que 
le Chérif * avoir fiiit venir de la Montagne- verte , où îljcftoit *MBicyh2mrt. 
▼ifité & révéré comme vn Saint , afin de fàvoir de quel i^ans la Pro- 
ordre il ef^oit 5 mais il ne voulut jamais répondre de bou- ^^"^ ^^ ^"^ 
che i toutes fes demandes , 8C fe contenta d'écrire du doigt 
en terre la réponfe. Le Chérif luy dit deux ou trois fois , 
Parle, puifque tu peux bien parler avecmoy , qui fuis Alfa- 
qui & chérif; Ôc voyant qu'il ne le vouloir pas faire , il 
luy dit en colère , Tu ne veux donc point parler } fâche 
que j'ay vne^race particulière de Dieu de faire parler les 
muets , 8c aum-tofl il luy fît lier les mains , 8c le nt fouëter 
cruellement. Mais tout cela ne fervit de rien. Alors il le fît 
enfermer dans la nrifon où l'on enfermoit tous les foirs 
ks Chrédens , ta il s'cntretenoit toute la'nuit avec .eux , HL 
s'enqueroit de beaucoup de diofes de noflre Religion.- 

R ij 



I3X DE MAHOMj^T ET DE SES 

Noos apprifmes iieiuy qu'il eftoic de-la fede de Mdbamet 
Mohaidin^fils de Hufcein^&qu'ilpafToic les cinquante de* 
grez delà difcipline. Le Chérir l'ayant fait mettre^ en liber* 
té , fSc cftanc allé à la guerre de Fez , il fortit d'vne caver- 

Baat Maroc ^^ ^^ ^^ demeuroit, & commença à affembler des troupes,» 
* & à faire foûlever les peuples j dequoy le Chérif averti 
l'envoya auffi<.tofl: prendre Se luy fit trancher la tefte. C'eft 
.vn miracle de voir les abftinences que font ces malheureu;^ 
efclaves du démon , pour tromper les peuples par vne fain. 
teté feinte , &: s'enrichir en fuite. .Ils tiennent vne régie 
appelée Alcadari , ou Deudia, du nom d'yn certain Deud, 
qui croyoit que tout efl fujet au deftin &c prédeftiné^ifans 
qu'il y ait de franc^arbitre. C'eft-pourquoy les Arabes (ur 
ce fondement ne voqloient plus aller à la guerre, ce qui Jbi 
fait condafhner par tout l'Empire M^hométan. Dans le 
Caire , & aux villes de Barbarie ^ ily a vue infinité de per- 
Tonnes qui courent , Se qui fe meflcnt de deviner en trois 
façons ; les vns devinent par art magique , avec des figures 
qu'ils tracent , d'autres emplifTant d'eau vn vafe de terre, 
jettent dedans vne goûte d'huile qui devient fort claire, 
où l'on voit^ a ce qu'ils difent , des troupes de diables qui 
marchent en corps-d'armées , les vns par eau , les autres par 
terre. Si-toft qu'ils font arreflez on leur demande ce qu'on 
yeu|: (avoir d'eux , S( ils répondent des yeux Se des mains 

; . par fTgnes 5 mais pour faire ces fortiléges il faut avoir de pe- 

tis enlâns , car les grans difent qu'ils ne voyent rien j Si les 
faifant regarder dans l'huile , on leur demande s'ils voyei\x 
les fîenes que les diables font ) Se ils difent que ouï 3 ce qui 
leur donne grand crédit, & l'on gagne par ce moyen quan- 
tité d'argent. On les nomme dans la ^^uritanie Enchao^ 
teurs , parce-qu'ils fe vantent d'enchanter les diables par des 
paroles. 

La troifîéme forte de ces coureurs , ce font de certaines 
femmes , qui font accroire qu'elles converfent avec les dia- 
bles , dont les vns font blancs ^ les autres rouges ou noirs ^ 
Et lors qu'elles veulent deviner , elles s'enfument avec du 
ibufre Se autres puanteurs , après quoy le démon les fkiiîi:, 
^cç qu'elles difent., Se çlle; changent de voix^ comme s'il 



Motalcîjiki* 



I 



SVCCESSETRS, LIVRE IL 15J 

^loit par leur bouche. Alors ceux qui les confulcent s'ap* 
prochenc y & demandenc avec grande humilité ce qu'ils dé- 
firent , & après avoir receû rcponlè s'en vont , laiflant vn 
ÎtréCsnt dans la maifon de la forciëre. Mais les habiles eens ç^i^^^ 
e moquent de ces folies , ic accufent ces coquines de fe 
mefler les vnes avec les autres contre l'ordre de nature. 
Lors qu'vne belle fille les va confulter , elles luy deman- 
dent (a jouïflànce pour falaire^&ilyaplufieursdcbauchéef 
ui ie plaiiènt à cet exercice , & qui prient ces forciéres 
e dire i leur père ou à leur mari , qu'elles font pofledëes, 
afin qu'ils leur donnent permiffion d'eflre de cet ordre. Le 
jour qu'on les reçoit elles font vne erande fefte, comme & 
elles entroient dans vn Monaftére de filles. 

Il y «a encorenles Bumi^ilis , qui làns doute ^ font grans 
forciers ^ ceux-cy combatent x:ontre les diables » à ce qu'ils 
difent, éc vont tout meurtris^ couverts de coups dans vn 
«and effiroy 3 fouvent en plein midy ils contrefont vn corn- 
oat en préfence de tout^le monde , refpace de deuxi^u trois 
heures , avec des javelots ou zagayes , jufijues à xe qu ils^ 
tombait tout moulus de coups. Mais aprës s'eftre repofé 
▼n moment , ils reprennent leurs efprits , & fè promènent. 
le n'ay encore pu lavoir quelle eft leur règle ^ mais on les 
tient pour Religieux. Il -y en a d'autres en Barbarie, qu'on . . 

nomme Exorciftes , qui le vantent de chaiTer les diables , •'^'*^""^ 
& quand ils n'en peuvent venir i bout^ils difent qu'on eft 
incrédule, ou que c'eft vn efprit célefte.-Ceux-cy forment 
des cercles. où ils écrivent certains caraâéres , & font des 
empreintes fur la main, ou au vilàge du pofTëdé ; puis l'en^ 
iiiment avec de mauvaifes odeurs, & font leur conjuration. 
Ils demandent i refprit de quelle forte il eft encré dans 
ce corps , d'où il eft , comment il s'appelle , & pour fin luy 
commandent d'en fortir. 

D'autres devinent par vne Cabale qui a quelque chofe de zaînrâ. 
celle des luifs, hormis qu'ils ne la tirent pas de l'Efcriture. 
Car ils difent que c'eft vne fcience naturelle j mais pour la 
pratiquer , il fiauit eftre grand Âftrologue. Le Chérir Maha^r 
met la (avoit ^mais lors qu'il la vouloit mettre en pratique;, 
il luy Êdoit tout vn* jour pour £ûre la figure de l'Oraiclp ^ 

R ii) 



XJ4 I>E MAHOMET ET DE SES 

avec l'aide de deux autres Alfaquis. Pour cela il trac^oit 
ta&J ic^pius fept cercles les vns dans les autres^Sc au premier qui eftoit plus 
ca dedans, petit , feifoit vnc croix aux quatre coins , de laauelle il re^ 

f>rëfcntoit les quatre vents , & en la jointure des bras de 
a croix , il plaçoit les deux Pôles, Hors du cercle il met- 
toit les quatre clcmens qu*il partageoit en quatre parties , 
fie le cercle fuiyant en quatre autres , & chaque partie en 
fipt , mettant dans chacune de grans caraâéres Arabes , ce 
qui fiiifoit vingt-huit caraékéres pour chaque élément. Dans» 
le troisième il defignoit les fept planètes ; dans le quatre, 
les douze Hgnes ; dans le cinq y les douze mois en mots Latins^ 
dans le fix , les vingt- huit demeures de la Lune; fie dans le 
dernier , les trois cens foixante-cinq jours de Tannée. Hors 
de celuy*cy ,les quatre vents principaux. Ehfuite il prenoit 
vne lettre du mot de la choie qu'on demandoît , 8c la 
multipliant par toutes chofes nombrces , il continuoic 
jufqu*à ce qu'il voyoit quel nombre apportoit le cara- 
âére. Enfuite il la divifoit d'vne certaine- façon ^ puis la 
•«^^ mettoit en quelques parties , félon qu'eftoit le caradére , fie 

V l'élément dans lequel elle eftoit. Après cette multiplication, 

divifion^ 8d dimenfion , il voyoit quel caradére convenoit 
V; J . au nombre qui eftoit refté , fie faifoit du caractère ou nom* 
"^^ brç qu'il trou voit , comme il avoit fait du premier, fie aînfî 
de fuite , jufqu'à ce qu'il réfiiltoit vingt-huit parties ou ca- 
raâéres Arabes , dont II compofoit vne diction , fie de la di« 
aion vne fentence , qui eftoit la réponfe de l'Oracle. Elle 
eftoit toujours en vn vers mefuré , de la première efpéce 
des vers Arabes , qu'on nomme le Tavil , c'eft^à-dire , long^ 
parce-qu'il eft de huit Stances , de douze vers chacune. La 
• proportion paroiiToit toujours devant la réponfe. Il y en 
a peuquifaventcefecreten Afrique,quoy-qu'ily en ait ceux 
livres ^ Tvn de Margiani de Tunis , fie l'autre dVn Hifto- 
* Abcn Cal- rien * j mais ceux qpi le favent font fort eftimez : néanmoins 
dûm. toutes les divinatic^ns par Oracle, font défendues par là 

Loy de Mahomet , fie perfonne n'oferoit fe fervir cie cet 
Art que les Rois fie lés grans Seigneurs. Voilà tout ce tjui 
fe pouvoit dire en peu de mots , des fe^es , des règles , fie, 
des fuperfticions des Mahométans. Ceux qui en voudront 



SVCCESSEVRS^ LIVRE IL 135 

fiiToir dayantage , iifent rAc&ni , qui compte foixante & 
(leiizc feâes principales fort oppofées les vnes aux autres» 

CHAPITRE IV. 

ly Omar fécond Califi , oufuccejTcur de J^ahmet , ^ des £?eencS, 

chofes arrivées de fon tems. v^^ ^^^ 

J ' mec 

ABtbeq^e A premier Calife eftant mort , fon compa^ 
gnon Omar Aben el Haub , prit ùl place vers la fin 
4c l'an fix cens trente*quatre. Il eut pierre d'abord contre 
Ali , & l'ayant, défait , prit la ville de Bâfra , & beaucoup 
d'autres lieux de TArabie^ De-là tournant, fes armes con- 
^e les Chreftiens , il entra dans la Syrie avec vne puiflan* 
te armce » & y fit de grans ravages. Li-defius Théodore , 
Êrcre de TEmpereur Héraclius , l'eftant venu rencontrer 
avec toutes fes forces , fut défait prés de Gabata. QueU 
ques*vns difent qu'il mourut à la bataille , d'autres qi?n ie 
retira à Edefle , 8c qu'Omar s'eftant emparé de quelques 
places y s*en retourna vidorieux en Arabie. L'Empereur 
ayant appris la défaite , envova contre luy vne autre ar- 
mée fous le commandement d'vn Grec*, qui ayant mis fts «Balumè. 
«ns aux environs du chafteau d'Emefle , arrefta tout court 
le proerés ées ennemis , & les poufla fi vertement qu'il les 
chaflà du territoire de Damas« Mais ils fe répandirent le 
lone de la rivière de Bardanes , avec de fi grans defordres 
qu'Us contraignirent les habitans du païs de l'abandonner. 
Cependant , l'Emnereur qui n'efloit point forri de lérufiu 
lem depuis la fin de la guerre de Perfe , fe défiant àt% grans^ 
M appréhendant qu'il ne luy arrivaft quelque efchec s'il • 
demeuroit plus long-temps dans la province , prit les reli- 
ques 8c les ornemens les plus précieux du Temple, de- peur 
que les ennemis ne s'en (àififlent , & laifiànt Bahame ^ fie Tb&kioKSa-; 
Théodore en ces quartiers , s'en retourna à Conftanti- c**^»®- 
nople. 

L'année d'après , Omar raflembla Çts troupes , & marcha f 35* . 
centre Damas ^ ce que Bahame ayant appris, envoya prier j^J^oiJilil 
Thcodore de le venir joindre ^ mais il fîit tencoatré par les, tct. 



/•^^ 



13^ DE MAHOMET ET DE SES 

Arabes , & défait avant fa jonâion. Cependant , Tarmée de 
JBahame le proclama Empereur , à-cauie qu'il eftoit brave ^ 
te le débris de Parmée de Théodore voulant garder la fi- 
délité à Héraclius , fe retira dans la ville de Gabate. Sur 
ces nouvelles, les Arabes vinrent rencontrer Bahame, qui 
enAé de Ton nouveau titre , accepta le combat , penÊuie 
remporter la victoire -, mais comme ils (e batoient , il s'éle- 
va vn vent de Midy , qui chafla la pouffiéra & le fable de 
cette terre feiche & fablonneufe , dans les yeux de Ro*. 
main^, & les contraignit de fe retirer bien-vifte a: vn paflâge 
étroit de la rivière de Eermoaftan , par des chemins afpres^ 
èc raboteux y ou ils furent défaits , ôc le refte fe noya dans 
la jriviére. Oiçar viâorieux alla attaquer la ville de Da- 
mas , qu'il prit Tan fix cens trente-fix , & enfuire toute la 
Phénicie y faifànt mille violences pour contraindre les peu- 
ples à embraffer (a Religion. 
^.^^ L'année fui vante il raflembla fes troupes pour les en- 

voyer contre TEgypte ^ ce aue les Romains ou nais ayant 
feu , ils élurent pour Général Cyrus y Evefque d'Aiéxandrie^ 
qui appréhendant la barbarie du vainqueur , luy dépefeluK 
quelques perfonnes qui obtinrent Vne trêve de trois ans y 
Le bcfant eft ^ la charge de luy payer deux cens mille beiàns d*or par 
mc^p^mcd^n an^ce qui fauvapour ce coup l'Egypte, mais la trêve eftanr 
ttarc. expirée , l'Empereur qui prenoit ce tribut a affront ^rappe- 

la Gyrus i Confbtntinople, &mit en fa place Manuel rAr« 
ménien y Capitaine fort expérimenté , qui refufa le tribut y 
s 'offrant de défendre par les armes ce qu on avoir accordé 
lâchement fans la participation de l'Empereur. Omar ir^ 
rite de cette réponfe, envoyé contre luy vne puiflànte ar- 
xwn des G<- niée fous le commandement de Moavia , qui n'efloit pas 
kom«J^^***" nioins expert dans lesiirmes,& qui contraignit Manuel de 

fe retirer dans la ville d'Alexandrie , parce-qii'il n*avoit pas 
affez de force pour tenir la cainpagne. L'Empereur recon* 
noifTant fa faute, renvoyé Cyrus pour faire reflablir la trê- 
ve 'y mais les Arabes luy crièrent comme il traitoit avec 
Moavia , Qu'il leur eftoit auflî impoffible de quiter l'Egy- 
pte , qu'à luy d'entraîner vne colonne de marbre qui eftoir 
ià i Qu[jl retournait donc dure à Héraclius que le feul moyen 

de 



SV;CC£SSEVRS\Liy,KE IL 137 

de ie ÊMiver ^ eftak die fe tcnàirc leur itribntake. Cyrus & 
recirt avec cette réponfe , fie tes Aiabes ccmtimiant leurs aq conmea* 
pragrès, ie rendrent maiihes en mmce ans , jde toute !'£- cément de fan 
gyptc , & en chaffërent les g^nilwîs ite TEmpexîctir. fixccosucntc. 

Cependant ,Omftr alla en peribnne avec me pmflanite ar- 
mce , attaquer la Tille tie Lémdàleni ^ nue les ArabesappeUent 
Ctt^umobanec^ c'eft-â^direvlico de henédiâiosi , & appés m 
ificg^ de demc ans , l*£vcfque Sophronius voyant qu*il ne la 
poHvok plus défendre , la cendit , à k charge àc ne faire 
aucun détendre dans ia Paleftîne , à mmy il obligea Omar 
par femenc. Cette pnxvinoe , que les Arabes appellent 
PhiUlJne, eft dmfée en trms , qni portent toutes le nom 
de Paleftme, .Ac font toutes tn Svne. Omar entra dans la ^ ^^ 
iâsate Cifi^ ^ l'an fix cens trente-hnît ^ portant la haire , ^ De uinê&Je 
veftu desos tbap , & alla xboit au Temple de ^alomon , poii de du* 
oùiiûtù, pnére ^ (Se fit iaver d'eau de lenteur , l'Autel & ^^ 
toutes les pièces du Tempfe , aaxflUbien x]ue fes mursûlles. apurés urôrde 
Cela fit dice i l^ETeTque Sophranîn; , que c'eftoit la Texé- «iEgTP^^» 
4n-adoB abonûfiable prédite par Daniel ,.aprés<iuoy il mou- 
rut, ayant xléfendu conftamment k Foy Cadioltque con- 
-tie les erreurs d'HécacHus Ôc des Monotbélites , & conièr- 5^^^^ ^ p^^ 
vé lQn&-teaQs Ton EgHTe pure. Omar reduiiit enfui te toute los , &* leurs 
k ludœ fous £00 ^obéiflànce. lénrfàlemiutpo^édée depuis, ^«''^«■k* 
quatre cens foixante ans par les lofidelles , c'efbà^ire , trois 
cens Soixante & douze par les Arabes , & 4Matre vingts- 
hiitnarlesTnrcs , iufques à ce que Godefroy de Bouillon la 
prit raninaIlequatre'Vinetsdix-nalf,neuf jaois^^és que les 
Arabes en eurent ciiallc les Turcs. 

Uan fix cens trentepneuf Omar envoya vne grande par* ^39. 
tie de fon armée dans la Mcfopotamie , dous ie comman^ 
dément 'd'Aced AU, niaisle Lieutenant «del'Empereur * qui *ieiB Caec 
séfidoit alork àOzroone^fit trêve avec luy pour cent mille 
bdGms d'or lie tribut ^ à k charge qu^il n^entreroit point 
dans k province , 2c fe tranfportant à Edefle , ky ^envoya 
k tribut de k nnCmiére année. Mais f Empereur irrité de Ptrionéc. 
ce qoe oeia s'eftoit £aàt fans (à participation , ie bannit , 8c 
envoya k Colonel général de fà cavakrie pour comman. 
4er «a £1 pkce. La rupture decette trcve ne ky 6it pas 

S 



13» DE MAHOMET ET DE SES 

moins dommageable que celle d'Egypte t Car Aced-AIa 

. qui eftoit grand Capitaine , pafTa aufli - toft TEufrate , èc 

ayant mis le ficge devant la ville d'Edcffe , la prit 5 puis 

pafTant à Confiance , & à Bara affujettit en trois ans tou-* 

te la Mcfopotamic. Cependant , Omar fit drcflcr rne 

forterefle en Egypte près des ruïnes de Merophis ^ poujr 

afTurer le paflkge du NiU les Arabes baftirent quantité 

de maifons au-tour , à-caufe du Temple d'Omar , où eft 

Nafifa,fiilc de ^^ fcpulcrc d'vnc defcendante de Mahomet , que les pea- 

Zcyiid-Habc ples dcs cnvirons ont en grande vénération^ Cette ville a 

d'AU^"** ^^^ eftc depuis appelée Caire, qui eft aujourd'huy laphisgran* 

de ville du monde. Quelques-vns difent que ce fut Moavia 
qui fit faire cette forterefle -, d'autres Amar,fils de Moadi , qui 
eftoit vn aiitre Capitaine d'Omar. Mais elle fut baftie fous 
le Gouvernement de Moavia , durant le règne de ce Calife. 
645, ; L'an fix cens quarante-trois Omar voyant les forces des 
Perfes beaucoup diminuées pour les guerres précédentes, 
fit marcher Ton armée contre eux ; Car Siric , comme nous 
avons dit, livra fon père & fon frère à l'Empereur, & pour 
Abdi-Scfis. punition ne régna pas vn an , Ôc laifla l'Empire à fon fils, 

qui fut tué au m en trahifon ^ fi-bien que ces peuples élu- 
rent en fa place Ornomifa pour rétablir leurs affaires. 
Mais il fut tué en bataille contre Omar , comme il penfbit 
foûtenir fa furie. Les Perfes paflerent donc fous le joàg 
des- Arabes , qui prirent leur nom & leur Empire. Omar 
eftant maiftre de tous les Eftats qui en dépendent , ne 
laiffa pas de faire fa refidcnce en lérufalem , où il baftit vn 
Temple fomptueux en l'honneur de Mahomet; mais après 
avoir régné dix ans , il fut tué par vn Perfkn de fes dôme- 
Margantiaou ftiq^cs. c'cftoit vn Prince farouche & belliqueux 5 mais qui 
AÎaiigéxa. n'eftoit pas moins jufte que vaillant : car s'il gagiwt plu- 

fieurs batailles , & reduifit de grans Eftats foifs fon abcïC. 
lance, il fit mourir à coups de fouet fon fils pour avoir for- 
cé vne fille. 11 fut Auteur de la fede d*Hanéfia , & fit re- 
cueillir en vn volume tous les mémoires de Mahomet « qui 
ne favoit ni lire ni écrire j mais a mefiire que les cho(ès 
luy venoient à la fantaifîe , il les didoit à vn Secrétaire , & 

hutQ de mémoire a efcrit plufieurs fois vne mefjne chofe. 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL ^9 

Omar ordonna qu'on fift des prières au mois de Septem- Ccft piuAoft 
I>re dans toutes les Mofquées , & qu'on luft enfuite publi- ^Yr"û^à' dt 
quementfon Alcoran. C*eftoit vn homme petit , chauve , w(c% Com* 
bafknë .qui avoit Il'barbc blanche & ëpaifle. Comme il (è »«naottz, 
lentoit mourir du coup qu il avoit receu, il nomma pour roic to mcfine 
fuccefleur Odman^ grand ami de Mahomet, qui avoit foû- Scrmopcndû 
tenu puiflamment fon parti , 6c qui avoit efté deux fois fon ii^ft^^^t^Vré 
gendre. mes de Ma- 

CHAPITRE V. 

D'Odmanjfls ^jtfan , troijiéme Califi ,(2rdece qm arrivée 

de fin tems. 

OM A n eftant (ur le point de mourir , Odman qui eftoic ycodsatak. 
fort adroit , prit tous f es trefors , & les diftribuant aux 
gens de guerre avec les fiens propres , gagna le coeur des 
Chefs & des foldats , & (ut clu croifiéme Calife. Il envoya ^ g 
fept cens vaiffeaux de guerre en Chypre fous le commande- 
dément de Moavia, Gouverneur d'Egypte , qui affiégea la 
Tille de Confiance , & l'ayant prife , ruïna la plus grande 
partie de Tlfle ^ mais fur rapproche de l'armée navale de 
l'Empereur il fe retirasse ayant attaqué en vain Famago- ooAmocoftc, 
fte , & Ârade, alla prendre fes quartiers d'hyver dans la 
Phénicie. Conftans , petit fils d'HéracKus,& aufli méchant 
que luy , efloit alors Empereur de Conflantinople. 

Odman renvoya Moavia â la conquefle de Chypre avec de ^jo^ 
plus erandes forces , fî-bien qu'ayant pris la ville d'Arade 
par torce , & enfuite celle de Nicofïe qu'il rafa jufqu'aux 
fondemens , il emmena tous les habitans de l'iQe , Se la laif^ 
iâ deferte. La mefme année Odman raflembla tous les mé- 
moires de la feâe de Mahomet , & les diflribuant par Cha- 
pitres ^ établit celle qu'on nomme Chefaya. Moavia eflant Sou$ L- c9m- 
retourné vidorieux de la conquefle de Chypre , Odman en- S-AblTo^géoa 
Toya fon armée de terre attaquer la Cappadoce , d'oà elle ibniHuracha. 
emmena captifs plus de cinq mille Chreftiens ,.& après l'a- 
voir ravagée 2 rep^fla en Syrie. 

Sij 



ij^Ti DE MAHOMET ET DE SES 
UMkV\éQ iiuivat^teyOdiMU envoya Oïcubaavesvsiep^wlâsr- 

fiis cte^Nafic ^^ ^^<^™<^^ ^>^' Afrique , c^tû efkiît alocs e». Vôuble pu ki dîvifioa 

de l'Ena^ipe. Car Héracliu^ eibiur more , lePamciefi GfC- 

. gpire s'eAoir foûlevd en S^rbovie ^ aà#les Gms ^eftaicfie 

empairez. de p^lufieurs- places à Tay de des Afnca»n& ^ de^^wiê 

que tow le païs eftok emakirine* Pouf achever fa ]iiii(My 

Occubd y edafiLC entré par les défères de Barca^ avec 4lia- 

tre- vingts mille combacans , (àccagea tout rOrieht de ]x 

Barbarie , & tua ou diflîpa la plufpart des troupes de Gre»- 

goire , prés du liçu oh eft attjourti'kuv la ville de Carvan. 

Grégoire s*eftant fauve en Italie , laifla 1* Afrique entre les 

maima des* Arabes ^ oui en a^ujettûrem: nie grande partie. 

Enfuitc la' plufpart de leur armée s'en retourna en Levant 

chargée de riche butin , & Occuba demeura en Afrique 

avec le refte. Puis par l'ordre du Calife, qui luy défendoit 

de. s'habituer aux^ lieics: maritimes- , il aèamloona tôiUK ta 

ccyfte aux Romains ^ fuâvant le traicé qu'il avodft. Êdc avec 

TEmpereur Com'ftantin , & baftrt vne viirlc à tience^cinq 

lîeuës. de Tunis ^ dn cnfté de l'Ocsecrt, à tendroit qi/il a^ 

vott gagné^ ki bataille cootre Girgonre , Se ia nommai Caire, 

c'eft.à-.dire , Viâoirc. Mais deputson l'a nommée CsLjtsmn^ 

c'eft-à^ire y double viâcoire , à- cau& df^ne. amie que les 

Arabesi rempoctérent au meânne lieu; , comme nous^ dirons 

aillecurs. Il penplx enfuiœ d'autres endroits ,8c fir faire èti 

forterefTes^ orit il n'y ca avoir poinr >, *iefiant le^ Arabes 

svec ceux du païs , pour faire vn comman eibablifiemieBC* 

Ibni Alraquiq dit que ce* fiiient Ixrs. prémîersr Arabn qnt 

plantèrent Ix Rdigicmii de Mahomet en. A^ix^oe*. 

Conftantiit voyant qa'ils s'eftoient rendus fi puifiàns^dr^ 
manda) trêve a ikoonriau, qui bien loin de Tacccirder , fit de 
prans apprefts cm Tripoli de Syrie » powr marcher concre 
kcy. Sur ces entreÊdtes, deu;x. frères or tetre ville-là, tou* 
cher de compaâixni de la mifére , que le paSs foudroie , fosn^. 
pirefiLt ks priions oâ ily avoit phi5 de ftpt miUe Chveltiens, 
Se les mettant en E&erté, prirent les armes , de k jetcàrenc 
6âx les Arabes. Aprésr en a:votr tué vne partie , fie mis en 
Êjùte le refte y ils accoururent ml port , fit pi^enant les vaif* 
féaux qui leur eftoicnt nece^res pour fe âuvet ^ mrwt 



SVCCESSEVR^, LIVJIE îl. ip 

le finaoK aittm, &. fe retirèrent en Thrace^ tfofaut pâs de- 
mrurer mi pâos. Meam ^s confiderer iâ perte , remet fur 
pieA vne aotre anace & mareke cdntre la yîRe de Céfarëe 
em perfofiiic, candis <)tt^Abdala Abdnl Motaleb 2c Bulahatar ^ 
xatoîcnt les coftes^ de Phénîcic & de Lycîe par fon ordre , 
pour rencontrer l'Empereur , qni croifcît (ur cette mer arec 
mille vaiâêaoz. Ces dèinr armées navales eftant venues 
^mi nains , il j eut , à ce que raconte î^aul Diacre ^ vne 
ûiiglaflte bataille, on la mer fut toute couverte de fâng & 
de corps HMirts • Dieu voulant que pour les péchez de fEm- 
pereur ^ ou pour quelque autre| raifon , les t nndelles rempor- 
tafirnt la ridtoke. L'Empereur mefine y fuft demeuré fans 
le fecKmts dVn brave & dVn fidcUe fcrviteur , qui voyant 
fon vatâeau ftir le point de périr , changea d*habit avec luy, 
& rayant fak padèr dans vn autre, fe mefla parmi les en- 
ncmîs , qui ne le pouvant prendre en vie ^ Tenvironnércnt 
& te torrent, f trapereur ainfi fâuvé , contre Topinion de 
fes eens ^fe retira i Conflantrnople chargé de honte -, & les 
Arabes viâorteux s'en allèrent en Phcnicie chargez de gloi- 
re & de butin, dans la réfolution d'aller attaquer tonftan- 
tinople l'année ftiîvante. Mais ils changèrent de deffeift ^ 
car Moavia ^}h aflfîéger Tlfté dr Rhodes, 6c l'ayant prife , ^55- 
bri& le Colofiê, qui eftoit par terre, après avoir efté de- $,aaiëdu so. 
bout mille trois cens foixante &dix ans. C'eftoit vne ftatuc icîL * 
de bronze de cent vinK-feot pieds de haut, quoy-que PK- , ,, ^ 

1 1 r^- *î.j» »!"* '^/ rf*.i La coudée dt 

ne ne luy donne que foixante &: dix Coudées , car on rut j.^^ pied ^ 
douze ans à la faire. Enfin Ids Arabes la rompirent Se ven- demj. 
dirent lé métal à vo luiF, qui rêmpénia fur neuf cens cha- 
meaux. Cette mefme année Fafàgne Capitaine Arménien , 
1k réy oka contre l'Empereur, & envoya: fes enfaâs en oftage 
à Moavia ^ avec promeife de luy litres toute L'Arménie. 
MDàvia y envo^ donc vne autre armée fous le comman- 
dement ivAbiaçadt*, qui* s*eftantk)int à luy , ravagea vne 
grande partie du pais, de pouâa^jufqu'au mont Omcafe^ 
mettant tout à feu 6c à fâng. 

L'aa Six CMs calquante- fix , Moavia fit de grans degats 656. 
le long àe$ c&ftei de k Mer Egée , & dans les Kïes Cycla- 
des; pots reyenaâr à Rhodes envoya dt- la fon armée en Si- 

S iij 



14* DE MAHOMET ET DE SES 

cile, où.. ayant. pm la ville de Saragoce, ellefaccagea toute 
rifle. Mais TExarque Olympe qui gouvernpit pour TEin- 

Gouverneur pcreur ,y accourut auffirtoft ,& ayant gagné vne fanelante 

d'Italie bataille, contre les. Arabes^ lès chafla de Mfle. Mais ilfit vn 

il, grand effort parvn travaïLcontinuël , qu'il tomba mala- 
de^ 5c mourut peu de jours après. de laflitude. Moavia alla 
en mefme tems avec ion armée de terre affiéger la ville de 
Céfarée , qui e(l la capitale de la Cappadoce. Mais il re- 
ceut des nouvelles de la mort d'Odman .avant qu'il eut p4 
rien faire , & tourna tout-court vers Damas 3 fous efperance 
deluy fucceder; Odman ayant régné douze ans , Ali qui 
prenoit le titre de Calife ,, Se régpoit au dedans de T Ara- 
bie, où il fe tenoitcomme en emfcfufcade , envoya pluiîeurs 
SaraHns de fes Sujets pour le tuer 3. qupy* que d'autres di^ 
fent que ce fyit luy qui fc. tua l,uy-mefme, les voyant maî- 
tres de fon Palais,. de- peur de tomber entre leurs mains. Il 
perdit Taneau de Mahomet, que lesXalifes précédenspor- 
toient fur eux , & en fit faire vn autre femblable qui eftoic 
d'argent., où eftoient e«vées ces paroles, ô opiniâtres » à 
penitens » Odman n'eftoit pas de la coujeur des autres Ara- 
bes 5 mais blanc. , de moyenne taille , de belle preftance , avec 
Vne barbe longue 8c épaiiTe. C'eftoijt vn riche Marchand ^, 
lors que Mahomet inventa fa fecle ^ du-refte fort libéral 
^ySc envers les gens de guerre. Il vefcut quatre -vingts fept ans^ 

A-cauic qu'on & fut epterré fan? aucune pompe, l'an fix cens cinquante^ 

wiXi*'^^ huit,, le quarante-fixiéme de l'Egyre. 

CHAPITRE VI. 



SirSïi- D^jéli (2^ de J^oaviay qm régnèrent en mefme tems s fjr 



bomcc. comment celtfy^cy demeura pàipifie ppjfejfeur de l'Empire 

par U mort d'Ali ^ t^ fut le quatrième Calife: avec Je s^ 
chofes qui arrivèrent de fin tems. , 

; 

OD M A N eftant mort l'an fijq cens cinquante.-* JHiit, 
comme nous, venons dedirç.;^ il y eup grstnde^^ante- 
Ration pour Télcdion d'vn Succeffcur çntre Ali & Mahar 



"^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 145 

met fils d*Odman, & le fils d*Vmcya,(uniomincCeif-Ato-. 
la,oa le glaive du fiécle. Ali ayanc vaincu Mahamet, cous 
les Sarafins & les Agaréniens le voulurent pour Calife. Il 
n*y eut que Moavia qui s'y oppofa , comme Maître de 
Tarmée , Taccufant d'avoir tait tuer Odman. Et comme 
c'eftoît vn Capitaine expérimenté , il pafla l'Eufrate , & fe 
retrancha vers- Amnen & Babylone , pour n'eftre point 
contraint de donner bataille^ de-forte qu'Ali fe vit en gran- 
de difette d'eau , qui eft fort rare au païs. .Enfin au bout 
d'onze mois les Alfaquis s'entremirent de leur accommode- 
ment , & les remirent au jugement de deux Députez , qui Aiafcate u 
fiirenc nommez de part & d'autre. Mais ils ne purent ja- Alafcio. 
mais s'accorder, parce-que chacun vouloit l'Empire pour 
celoy qui favoit nonunc. Ils recommencèrent donc la 
guerre , où il y eut beaucoup de grans combats & beaucoup 
de fàng répandu , avec la ruine entière de ces provinces , 
tant que Moavia fit tuer Ali en trahifon , comme il eftoit 
dans la Mofquée de la ville de Be(â. Quelques- vns difent 
qu'il fut tué par vn luif , dont il entretenoit la femme. La 
ville où il fut tué eft appelée , à-caufe de ce meurtre, Mafl 
fiuiali. Il eftoit petit , & avoit les bras & l'eftomac tout 
couverts de poil , avec vne barbe longue , tenoit la veuë 
bafie 8c arreftée , (ans regarder perfonne , & paroifibit tout 
rcnfiroigné. 11 portoit pour devife en fon anneau , J*adore 
Diem mûm Seigntur^ d*vi§ cmmrfincért. Il mourut l'an fix cens, g 
cinquante^-neuf , le quarante-fixiéme de TEgyre. ^^* 

Après (à mort les habitans de Cufa&d'Arathefaluërent 
pour CaHfe Hafcen , fon fils aifné , qui refTembloit fort à 
Mâdiomet ion ayeuL II marcha auffi - toft contre Moavia ^ 
Mais comme les armées eftoient preftes à choquer , Moavia 
qui eftoit le moins aimé & le plus foible , craignant l'évé- 
nement, dit qu'il n'eftoit pas jufte de répandre tant de fang 
pour luy , & cédaix PEmpire , ils furent enfemble à Cu» 
pour y prendre le tréfor , &; delà à Stribun dans l'Arabie , 
ou il mit de fes propres mains le diadème fiir la tefte de 
Hafcen, £c l'appela Calife & Seigneur. Mais fous cette idiix^ 
te obéiffiince il eut plus de commodité de le faire empois 
fonner , 8c par iz. mort demeura paifible .poiTeiTeur de l'Em- 



144 DE MAHOMET ET DE SES 

pire. Hafoen portoic pour âevife en &m anean , Dimjhtl 

tfipmifint. Moavia s'cftant dcÊiit de foB mal ^ tourna Tes 

armes coocie les Ramatns, 6c ravagea leurs proviaces. Mais 

TEmperevr Coiicftance lay deinandant crërc^ il la luyaccor* 

da^ à la charge de payer chaqve |aiir ,par focnie de lecon. 

noii&nce , dix be£uxs d*or ^aTCc m eicÊiTe & voèon cheval; 

après qnoT il fie la guerre aux pcries. Car il y avott alors 

va grand ichifine en la lé^ï^Vk de Mahomet, par kdtver- 

ficé des écrits de ceux qui avoiem compoTé Çx ieâe^lesPer^ 

les eftant partagez entre les opisiions d'Omar & d'Ali • ce 

oui ahl:œea Moavia à marcher contre eux , & à les contnin- 

Jâ^^rs ^re de iuivre les dogmes èchi Syrie. Après cela, il laidïalc 

chaque joor , païs en paix , 2c s'en cetouma à Damas , ^ui eftoit alois k 

A ^toVfwi. ^P*^*^ ^^ J*Enipire. Ce fut le premier qui quita le nom 

icmcoc')o.aax dc Calife pour ie Êdre appeller Roy bi Empereur* Car ks 

perfcs. autres ie comentokiitd'eâreinaijhres^tant au^ritudqu'aii 

L'ané^oJeio. temporel, ijAis ce vain dtre, dirpenfànc les peines ficksré- 

dç 1 Egyrc. compenfes , 8c Êddant la guerre ou la ^x •comme il iear 

plaifoit. Ils fe trouvoîenc rarement en perteoae dans les 
armées, 6c avoiencm Mimilre fous eux, comme lofeph Tc^ 
toit fous Pharaon , qni commandoit 8c Êûfbic toutibus leur 
autorité. 
4:on(bntm Alors l'Empereur Conftance iiit tué par k% Sujets , & laif- 
j V. fa l'Empire i (£bn fils Conftantin , qui jeftoit encore jeune. 

Mais Sapore Gouverneur d'Andrînople , fe révolta contre 
luy , 6c pria Moavia de l^ider 1 fe iaire Empereur ,1 la dhar^ 
ge de luy céder toute la Romanie. Cosftanaai de fcn 
ooflé le nppiia de oe pomt Êu^orifer vn^jet révolté oon* 
tre fan pjrince, £c .de ccknfînner ia tnpve qu^il avoir £iioe a« 
vcc ion pcfe. Mais Moavia eoorgueîlly xie tant de iîic^ 
^ Amlié ^^^^ ' ^^ refnfà , 6c dit qtfil fervicoît oduy qui ie payc- 

roit le mieux 3 de^uoy i'Ambafladeur *ide l'Empereur irh* 
té répondit que Conftanoin ie d^fèndroét bravement onn^ 
tre l*vn II l'autre , 6c avec â'ayde de Dieu en nemportenopt 
la viâoire. Si-toft qu'il fe lut netiré , Moavia rraJta oœc le 
Député de Sapore , 6c le xenvDya avec l'efpeiaruoe d'vn 
prompt fecours. Mais ce Dépoté i £bn reMur ^ pris dans 

^Foe einhufcade par PAoïbaokleiir de Confbuitîn , qol 

l'ayant 



S^VCCESSEVRS, LIVRE IV nr 

Payant fait peiuire , eovoya lé traité de Moairia i TEm-. 

Sur CCS notfyelles ,Moam cnroya vn de fes-Généfatix i- * *' 
Supore^avec vne partie t}e Tairocc. Mais avant leur )on- 
^oD le Patrice Nicéphore marcha contre Andrinople p«r 
ordre de T Empereur. . ISk «oinme il en eftoit pcoche, Sa^ 
pore voulant lorthr pour luy donner bataillé , fou cheval fc 
cabra en palTant foot là porte ^ & luy^ fit donner de la tefte 
contre la voûce , dont il mourut. Sa faâion çftant diflipêe 
par (a mort^ Nicéphore pacifia la Province, & la remit à* 
robéifTance de l'Empereur « AulB-toft le Général de Moa- 
tia ) qui eftoit à Exapoli , n*6là paf&r outre , & exr donna 
:pris à fon Maître, qui l'envoya renforcer par Ton fils aifhé à ï«*^* 
Calcédoine. Après avoir ravagé enfemble toute la campa- 
gae, ils allèrent attaquer vne. ville de Phrygiç , &l Tayanr 
prifc & (àccagée , y laiflerent cinq mille Arabes en garni- Aœoriuin» 
ton -y après qucw ils s'en retournèrent pafler Thy ver en Sy- 
lie. Mais après leur retraite l'Empereur envoya Andréa 
^ur la reprendre. * H y arriva fur le minuit y comme tout 
eftoit couvert de neige ^ 2c lès Arabes retirez dans les mai. 
fons à-caufe du froid ,,& fàifant planter les échelles , fe fai- 
fit des avenues Se des portes ^ d'où comme les Arabes pen- 
Ibîcnt fortir au bruit de l'alarme, Tes gens fondoienrxieflus 
ic les tttoient: C'eft.ainfi que la ville fut*prife, & toute la 
aurnifon ^Uèe en pièces j après quoy Ton en mit vne autre 
dans la place pour ta garder. 

Cependant Moa via qur n'eftoit jamais enr repos ^ a£fem« 
Ua Tecrettement Tne puiftante armée navale à Alexandrie/ 
pour aller attaquer la Grèce fie la Thrace; fie ayant appris aue 
fmit le budn que l'Empereur Confiance avoir fait en Italie, ^^ 
eftoit dans Syracufè en Sicile , il la fiir tirer de ce coftè.li. 
Les Arabes eftant arrivez à l'iînprovifte, fie trouvant la vil- 
le (ans déferrfe , la prirenr aifément: Mais con\me ils n*y 
cftoient pas en (euretè i^caufe du voifinage d'Italie, ils nû- 
^enttout le butin dans leurs vaiiFeaux, fie s'en retournèrent 
en Egypte. Mais quelques -vnsdifenr que Conftantin fur 
la nouvelle de la mort de fon père , avoît enlevé tous les ^^^^ 
tBéfi>ri de Syfacuû; , fic.ies avoit^ortex à Conftantinople. 



i4tf DE MAHOMET ET DE SES 

Tandis que ces chofes fe paflbient en Europe & en Afie^ 
le Patrice Grégoire qui s'eftoic fauve d* Afrique , comme 
nous avohs dit , retourna i Carthage avec le plus de trou. 
pcs qu'il p^t raflenibfer ^ 6c ayant batu Occuba en quel- 
ques rencontres , reprit la plufpart defès places. Sur ces 
nouvelles , Moavia leva deux grandes armées en Egypte, 
l' vne de mer Se Tautre de terre ; 8c fît entrer celle - cy par 
les deferts de Barca^fous le .commandement de Mahamet, 
fils de Na^er , qui s'efbnt joint à Occuba , bâtit avec luy 
Grégoire , & après luy avoir tué quantité de gens , le con- 
traignit de fe fauvW à Carthage , 8c delà en Italie. Si-bien 
qu'il reprit coûtes les places perdues. Alors croyant avoir 
mis fin a fa guerre , il retourna en Egypte avec quatre-vingts 
mille prifonniers efciayes y 8c Occuba demeura toujours a 
Carvan : Ce qui arriva Tan fîx cens foixante-deux , le qua- 
rante.neufiéme de l'Egyre. 
^70. L*an fix cens foixante 8c dix, qui fut la douzième année 

du rigne de Moavia , ce Prince leva vne puiflante armée en 
païïKf^'^r, Syrie, & renvoya dans la Cilicie 8c laC5irmanie,oùelle fit 
Se sucyd * de grans ravages. L'année d'après il leva deux armées ^Ivne 
deiaiafi*'^ ^^ "^^^ ^ Tautre de terre, fous le commandement de fon fils 

lézid , pour aller prendre Conftantinople. Mais TEmpercur 
Confl^ntin la défendit vaillamment pendant fix mois que 
dura le fiége. Au fortir de-Ii ils emportèrent de force Cy 
zique, où ils hy vernérent 5 8c de-là ils retournèrent au Prin- 
tcms , avec tant de chaleur > que la guerre dura {ept années 
entières aux environs de Conftantinople. Enfin Dieu per- 
mitlque les Chreftiens gagnèrent la viûoire, 8c que les Ara- 
bes furent contraints de fe retirer avec grande perte , tant 
de vaifleaux que de foldats. Mais comme c*eftoit Phyver , 
L'an éyi le ^^ ftircnt batus de la tempefte fur la mer Egce , fc perdi- 
éyitVEgjTc. rent la plufpart de ce qu'il leur reftoit de gens , aufli -bien 

que de navires. 
CommaBdées Deux ans après Moavia envoya encore deux puiflantes 
Ab ^t^h' ^n^^cs contre les Chreftiens, qui furent batuës par les gens 
Aben aLu^ de rEmpercur,la Fortune continuant à fe montrer favora^ 
& c»{cn «c- ble aux Chreftiens -^ de^forte que les Arabes perdirent p/uj 
Fadai. j^ ^^^ ^^^^ mille homnies en toutes ces guerres. Après 



SVCCESSÏVRS,Li;irRE IL 147 

tant de pertes , Moavia demanda trêve à TEmperear , qui 
la lay accorda pour trente ans ^ a la charge qu'il paveroit (78. 
tous les ans ixois mille beiâns d^or , quatre-vingts efclaves , 
& quatre- vingts chevaux des meilleurs qu'il eut y ic qu'il mec- 
troit en liberté cinquante Chreftiens au choix de ce Prince^ 
Le bruit de cette trêve s'eftant répandu par«tout , Muca- 
Caym de Gaza^£c autres Gouverneurs des provinces plus 
éloignées , eftanc ennemis de Moavia ^ dépefchérent aufli 
vers l'Empereur pour luy payer tribut , afin d*eftre compris 
dans la trêve -, de-forte que la paix générale fut conclue au 
grand repos de toutes les provinces du Levant. 

Sur ces entre£ûtes vn Capitaine Arabe de Tannée na- 
vale de Syrie ,. voyant le fort des armes tourner du cofté 
de TEmpereur, brûla tous (es vaifleaux & fe fâuva à Con^ 
ftantinople. La mefine année il y eut vne fi grande con- 
tagion en Egypte , que prefque toute la race des Arabes y 
fut éteinte. Pour revenir à la trêve, elle fut auffi préjudi- 
ciable aux Chreftiens qif avantsigeufe aux Arabes. Car 
l'Empereur méditant la ruine de ceux qui l'eftoient venus 
affiéger dans fà capitale , ouvrit les pai&ges du Mont Cau- 
cale y autrement les portes Cafpiennes ; à quoy l'on dit 
qu'Alexandre le Grand n'avcHt jamais voulu confentir , 
pour la crainte des peuples du Septentrion. Les Mardoytes 
donc qui avoient toujours efté renfermez dans ces rochers, 
fe répandirent jûfqu'au Liban , qui fut vne forte barrière 
aux Arabes. Car le» Chreftiens qui ne pouvoient s^accorder 
avec ceux-cy , s'eftant joints à eux ^faiibient de grandes for- 
ties de ces montagnes dans les plaines y & rabatoient l^or- 
gneil des Arabes ^ à qui il ne reftoit plus que l'armée de 
Fadal & de Caçen , qui ruinoient la Candie j, de - forte que 
l'Empire (èmbloit rentrer dans (à première Iplendeur. Mais 
l'Empereur Conftantin qui aimoit mieux la tranquilité pre- 
fente que la future y après avoir fait trêve avec les Ara- 
bes y tourna fes forces contre les^'Mardoy tes , & les chafiant 
des «montagnes qu'ils avoient occupées, laifla la terre libre 
a leurs ennemis. Cependant, Moavia fe voyant en paix a* 
vec les Chreftiens ,pour appaifer les troubles de fa religion^ 
qui avoir enfanté plufîeurs feâes , convoqua vne afiemblée - 



rîi^8 TJE -M A H O M ET TT DX SES 

« 

dans la vilk de 'Damas v^ oh tous ceux xjui avoieût quelque 

.écrit de Mahomet ^ ou de fes (icceffcurs, curent ordre de l«s 

apporter. Mais la diversité des opinions fit nalftre tant ék 



-cofiteftatitms entre Iesr>Docfceurs^ qu'on ne pitt jamais rien 

MGoncltare. il en choifit donc fay*mèfme fix clés plus doâc^^ 

«."boom. Ci-' & ^^ renfermant dans vn logis, leur commanda de choiffr 

lïu Noecîo, .-chacun fcparément'ce qu'il trouveroit de meilleur^ dont oti 

CidlBUHd! compofa lîx livres , que Ton nomma tAlt^ran,, -c^elt i-dire 

ïLêcueil ou Teneur de IaLoy,&; tout le rcfte fut jette dans 

ht rivière. Enfuice: on ordonna que ûul lie fuft û hardi de 

croire , dire , ou faire au contraire de ^i:e qui eftoit écrit 

dans ceWlume, fur peine d'eftre deckrc hérétique. De* 

Laftôc j'AifP^^s vn. Arabe lïomtnéLeshari, réunit ces livres envn vo- 

n cft pa^s coin- *«nie ^, qui pôttc Ic oom de fon Auteuf. Enfin Moavia a^ 

fpticc dtns ce pf és avoir commande les amoées dutcitts d^mar ôC d'Od- 

Dommc^imé- ™^^ ^ couquis p^fieuts provinccs , & efté en quelqi^e (w^ 

niîj. te réparateur de la lay de^Mâhomec, il mourut Tân Ik 

65x, cens quatre - vingts deux ,, Sdhit enterré à T!)amas , oà 

ii avoit établi fon liège , conttne en^nrpaïs fertile & très- 

fàin. .11 eftoit de taille médiocre^ avoit le teint blanc , ki 

mine grave , la barbe noire , qu'il entretint de la forte 

en Cx vieillefïe 4 Tayde du pinceau j les yeux de diveîfes 

.^coùleurs. II vefcut foixante & dix-iept ans ,dont il en ré- 

rAuteara- S^ vingt -quatre ^ & portoit;pour devife en fon anneau, 

jouftcquc fon Sei^etfT , parâ(0nnez,-mo}. 11 ne iàvoit ni lire , ni écrire , 

cfprit ne luy j^i .comptcT. ;Mais comxne il eftoit haizardeux -&*^de -grand 

quà k liant efpiit , Mahomet s!écrioit quelquefois à ta'ble: 'Mon Dieu., 

porter dans les apprcn luy ces^ thofe^ , & le délivre des dangers j pour faire 

cc«x"c Vr ^^^ ^^ ^^^ ^^^ ^^ inftruit dans les fciences , on en eoft pâ 
fc:ic. tirer de grans fcrvices* 




SVCCESSEVUS /LIVRE II T49 

CHAPITRE Vil* 

De Jezçid ^ fils de Modvîa, dncpéieme Cdife i^^O" ^^ ^^ 

^HÎ arriva Je fin tems. 

SKtost que Moavia fîic mort ^, les Arabes lalucrènt 6S3. 
pour Calife Ton fils Iczid , qui ne fut pas héritier des 
vertus de fon père: car il aimoit les chofes vaines , -& pad 
Toit le tems à compofer des vers d*ainour , où il fe plaâbit 
de celle forte qu'il mépriibic toute autre fcience, jufou'i la 
icUgion , te tenoit (a propre iœur encre les concubines. 
-Pour tenir (bs "Sujets en paix^ il confirma la trcve que (on 
père avoit faite aivec l'Empereur ConftantiH. ^ais la le* 
HU>nde année de fon Kgne les faabiuns de Cufa élurent 
pour ^Calife le plus jeune des enfàns d^AIi , qui s'appeloit 
Ali Huf^iti. Illeva <loDC vne grande armée peur luy faire 
la guerre , (oxis le commandement de fon fKre Abdaia ^qui 
& tuer Huf<^ein en.traldfon., comme ils eftoient prefts de 
donner bataille dans les plaines de Carabala -^ aux environs 
de CuÊi. *On henterra aumefine lieu où il avoit efté wic, ^^*''*'*- 
où les Arabes ont b^ depuis vne ville en fon honneur , 
'<]ui porte le nom de la plaine. lezid perfécuta enfuite tou- 
te la. race d'Ali , &^ mourir-quantité de Hoblefle d'Ara« 
Imc , ce qui le rendit odieux à tous les peuples. Mais Mu- 
âar , qui cftoit de la mefine imaifon , fbuieva contre luy 
conte la Periê, (è faiiant anpeler Cahfe , & criant que le- 
4Ûd eftoit pli» capable d'eftre PoSte que d'eftre Roy. lé * 
nd mourut la trpifiéme année de fon tégne ^ âgé de qua- a Arnnmn 
mnce ajustée portoit pour devife autour de fon ann«iu, ^«^^'Ar-bic 
j)i€M efi mm Seifftemr. Son fils l^aala luy luccéda , qui ne 
fégna qoe fix mois , & entretint la paix avec l'SmpeiW de i 

Conftantînople, api^ qnoy il fut tue en trahifon . La demrére 
année du régne de lézid \ les Arabes palpèrent en E^psigne 
avec vne Ilote de deux cens foixante & dix navires , qu'ils 
avoient ramafTées à Alexandrie > 8c abordant au Royaume 

r de^aleûce ^ le Roy *Bamba leur donna bataille , & les défit, 

T* • • 



~- ■ ■ !■_ 



I50 DE MAHOMET ET DE SES 

Il en demeura ptufieurs fur la place ^ outre vn grand nombre 
^84. de prifonniers , le refte s'en retourna en Egypte. La mef- 
me année ce bon Prince fe mit dans vn Monaftére , où il 
prit l*habit de Moine. 

CHAPITRE VIII. 

D't^bddd ^fixiéme Caltfi ; & des chofis qui arrivèrent 

de jon temsm 

AP R. E s ta mort de lëzid. Ton frère Abdala luy fucccda^ 
mais ceux de cette maifon eftant déjà en horreur aux 
^86. peuples , les Arabes voulurent remettre dans le. tronc la 
race d'Ali , qui venoit de Mahomet par Fatime ià fille aif- 
née,de.là naquirent de grandes guerres. Car ceux de Syrie 
falûérent pour Calife ^ Marvan , & d'autres Arabes, Alcao- 
cao jfils d'Omar ^autrement Didaco , outre Caym-muâîar , 
qui eftoit déjà Calife en Perfe , qui fe firent la guerre les 
vns aux autres. Abdala fit marcher fon armée contre Mar- 
Tan , 8c luy ayant livré bataille , le vainquit , 6c le tua le 
neuvième mois de fon régne. Mais Its Arabes mirent en 
fa place fon fils Abdulmalic , qui leva aufll-toH: deux ai^mées, 
dont il en envoya vnc contre Abdala, fous la conduite de 
lafar Abiabitalib , Se Tautre contre Didaco. lafar £c Abdala 
fe rencontrèrent fur les rives de TEufrate , où Abdala fiit 
vaincu , 8c contraint de fe fàuver à Damas ,avec grand meut- 
tre de (^ troupes. Mais les habitans qui le haïâbient à cauTe 
de la mort de Marvan , ne le voulurent point recevoir , 
Lcrcftccftcx-fi^l^îcï^ qu^il fc retira au Caire, où l'on ne voulut pas le re- 
nrimé plus cevoir non plus. Se voyant donc ainfi abandonné de tout 
■^"'" le monde , il s'embarqua fecrétement avec vn dç ks fervi- 

(eurs pour pafier en Grèce , Se fut jette par la tempefte 
dans vne lue, oà il fut reconnu Se tué ^ après avoir régné 
feulement vn an. Par fa mort , Abdulmalic~^emeura paifi^ 
ble pofiefièur de l'Empire y 8c fut reconna.par-cout ^ hor- 
mis en Perfe. 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. iji 

CHAPITRE IX. 

« 

D^jihiulmalic^fiftiême Q^ifi; O" ^ ce quifipajfé 

feus fin rcffic. 

AP a E s la défaite d^ Abdala , Damas ouvrit les portes au 
vaîfiqaear , qui pour venger la mort de Marvon , fit dé- r i^ 
ztTTcr le corps de lezid , £c Payant brûlé jetta les cendres 
dans la rivière. Pour ne laifler aucun refte de cette famil- 
le, il perfëcuta cruellement tous ceux qui en eftoient , les 
(aàânt dévorer aux beftes farouches ^ mais vn d'entre-eux 
oui eftoit riche & puiilant , nommé Aben Taamon , pour g^^ a-ôJ^ 
niir (â rage ie (àuva en Afrique , avec quelques-vns de (es 
parens & de fès amis, fans fe donner a connoiflre qu'il ne 
îîift arrivé aux extrémitez de la Mauritanie Tingitane , où 
Êurhant qu'il eftoit de la race des Califes de Damas , on le 
reconnût comme pour Prince , à^caufe de fà valeur & de 
ion mérite. Il eut de grandes guerres contre les Romains 
& les Gots qui tenoient la cofrc de Barbarie ,& après plu- 
fieurs viâoires , fà puiflance 2c fa feâe s'efbmt accrues de 
baacoup,ii fe fît appeler Amir el Mocélémin, pour bra* ^!^^i %l 
ver les Califes d'Arabie. Quelques-vns dîfënt qu'il eftoit 1d(. 
€ls de Moavia,& qu'il fit baftir la ville de Maroc, vers la 
pente du mont Atlas prés d'Agmet. Mais les Auteurs Anu 
Des attribuent plus vray-femblablement fà fondation au 
premier Roy de la lignée des Lumptunes ou Moarabites , 
que nos Hiuoriens appellent Almontvides. 

Aben Taamon trouva vne grande facilité pour efbiblir 
ÙL puiflance , parce- qu*AbduImalic empefché a fë défendre 
contre Didaco , qui avoir défait fès troupes , 6c pris la ville 
de Damas , ne pût envoyer d'armée contre luy. Mais Di- 
daco ne jouît pas long.temps de fa viâoire, ayant eftéem* 
Eoité de la pefte qui defola toute la Syrie , aufC-bien que 
L famine , comme il avoit déjà pris le nom de Calife de 
Damas. 

D*aatre-cofté, lesMardoytes qui eftoient vidorieux vers 



l 



151- DE MAHOMET ET DE SES 

le mont J:it>^^ ? Se s^eftoient étendus jufqu'en Icrufalem,, 
ayant appris là mort de rErtipereur Gonftantin, rompirent 
ayjfç les. Arabes, & les perfàcutérent , de- forte qu'ils n*ô- 
foient^ paroiftre nulle- part-, depuis Mùpfueftè jufqu'à la qua- 
trième Arménie. Maftar de fon cofte s'eftant rendu maiftre 
de la Perfe^afpiroit à l'Empire de tous, les Arabes, fubien: 
u*Abdulmalic:accabléde tant de maux,, Se en appréhendant 
fi plus grans , ù luftinien* qui n'avoir alors que feite ans, . 
fe dèclaroit Contre luy , il l'envoya prier d'entretenir la 
trcve que Conftantin foii père avoit faite avec Moaviafon 
aycul. Qjielques vns croyenc que ce ne fut pas Mc«^via 
qm la fit ^ mais Marvan,qttoy-que le premier foitle plus 
vray-femblaWc , & que les autres n'en furent que les con- 
tinuateurs. Car Iczid & Marviin la demandèrent à Con- 
ftantin , Se Abdulmalic à luftinien , qui la luy accorda aux 
mefmes conditions ^ mais parce-que l'Empereur eftcdtobli- 
gé par ce traité:,, à chaiTeE- les M?u:doices.du Liban , Abdul- 
malic luy accorda la ipoitié du revenu des provinces d'Ar- 
ménie, ae Chypre, & d'Afrique. Apres la conclufion de 
la trêve , Ijjftinien fitbaftir aux Arabes Africains, quelques 
Uf ux le long de la cofte pour leur habitatioiu 

Cependant ,. les Mardoites ne voulant pas mettre bas les 
armes , l'Empereur envoya contre eu? vne armée , qui ki 
chaâa des lieux qu'ils avoient occupez , & apré^ en avoir pris 
£c tué vn grand ^nombre , laiâa le pais lierre aux Ataoes. 
Abdulmalic délivré, de ces Barbares ^envoya vne pniflante 
armée contre Muâair , qui le déiît avec les force? de Ja 
Perfe ,& acquit tant de réputatioii par cette vidoire, que 
pour s'oppoler-à fes progrès, Abdulmalic fut contraint de 
palTer en perfonne dans laMéfopoeamie. MÂs fur ces en- 
trefaites, Açed fe révolta contre luy ,& en attira plufieurs 
dans fa révolte: de-forte qu' Abdulmalic. fut contraint de 
tourner fcs forces contre luy, & l'étonna tellement par fa 
. préfence , qu'il l'obligea à luy demander pardon , qui luy 
tut accordé jfur Theure ^ mais quelque^ tems ap4;és. on le fie 
mourir. 
Habitant roos Cependant, Abdala , fils de Zûbévr , fit foûlever les Sara- 
dsis ttnm. (j^s ^ qu'on jRowme Scénites , ^ iàîfant appell» O^lifc 

de 



SVCCE$SEyRS\ LIVRE II. 153 

de Mélcpotamie , envoya me puiffiincc armée contre Mu* 

âar ^ fous le commandement de fon frère. Il y eut entre ^^ ^'**° 

eux vue Êmgknte bataille , où Mudar fut tué , ôc (z dc« / ^^^ 

£ùtc fuivie <^ la conquefte de toute la Perfe. Mais le vain* 

queur ne jouit pas loog-tems du fruit de (à viâoire y parcew 

qu'Abdnlmalic le vintrencontrer prés de TEufrate^ 6c l'ayant 

tué 8c àéhit , conouit tout le pais qu'il venoit de preiu 

<lre« Sur ces nouvelles, Abdala apprénendant d^en venir à Abdala. 

▼ne bataille , fe retira à la Meque , où Âbdulmalic l'envoya 

affiéger par Cayane^qui ayant pris la ville le tua, & brû* 

la le Templie d'vne ancienne Idole qui y eftoit. Par ces 

viâdires , Abdulmalic demeura pâifible poilefleut de l'Ara# 

bie , delà Perfe , de la Méfopotamie , de T Arménie , & * 

d'Irico , qui s'edoient toutes foûLèvées , & mit fin aux guer« 

res civiles ^ mais l'Empereur luftinien cherchant à rompre 

la trêve par emportement.de jennefle , voulut que les de« 

niers qu'on luy payoit pouf tribut , fuflent batus au coin 

de hEmpire. Sur ce rapport , Abdulmalic l'envoya prier 

de ne point rompre pour ii peu de choie , puifoue la mo^ 

noyé dont eftoit queltion, avoir le poids & la valeur qu'eU 

le devoir avoir , ajoutant que lei Arabes, ne fouffiriroieht 

jamab que leur motioyé portaft les armes , ftc les deviiès des ^ 

Cluneftiens. L'Empereur s'imaginant qu'il lé âi£bi£ par ap^ 

Srébenfion , le nc^ligea , 8c fit lever vne armée bien lelte ' 
e tcence mille E^Iavons , fous le commandement de Né- 
bulon , qui eftoit' du mefine pais : car il les avoic réduits 
depuis peu (bus £bn obéïftance. Le Patrict Léonce eut le 
commandemept de l'armée-, 6t reconquit en peu de téms 
ks provinces d'Hiberie, d'Albanie ^d'Hircanié, £c de Me- 
die , que les Ar^es avoient vfurpées fur TEmnire , apréis 
quoy l'Empereur alla en personne avec fâ cavalerie , & fes 
Efclavohs ^ afliéger Sebaftopoli. Abdulmalic qm fe voyoic 
délivré des. Mardoytes tt des robelles ^ . a£fembla fes trou- 
pes , 8c envoya fupplierMafcoitiet;^ (on Lieutenant , pour 
tecourii cette place. Mahomet envoya fupplier fEmpereur 
vne féconde fois , de ne pas rompre vne trêve qui avoir 
efté conckia (1 foiennèllement ^& prôtefter de la vengean- 
ce de Diea,devaiac qui elle avoit efté jurée , avec tant de 



i 



154 DE MAHOMET -ET -DE-SIS 

fcrmens contre celuy qui là romprait. Mais .yoyant^juft 
l'Etnpereur n'y avoit point d'égard ^ il prit leiraicc, & le 
' mettant au bout dVne lance en forme d'étendart > marcha 
contre luy. Avant que de donner là bataille , il envoya ea^ 
core deux autres Ambafladeurs pour conjurer biftinien de 
lie point rompre la psûx ,8c leur, clonnant vn grand fac 
d'or, leur commanda de te porter. fecrétieiiie:pt âNébulon, 
avec promefTe de piuSrgrandè fomme s*il..quitok le parti 
de l'Empereur pour prendre lé fien. Nébulon ^nflé a vne 
vaine espérance , receût le préfent , fie pailà duxo£bjé.des 
Arabes avec vingt mille Erclavons. Sur le point de la ba« 
taille ^ r£mpereûr étonné d'vn accident (timpréveu^'fit re- 
tirer (es troupes ^.-fic eut bien de la peine de ieiàuver avec 
peu^ de gens. JJ^rs-qu'il tut au rocher de Leucate , qui s'a* 
vance dans' la mer , fur la frontière de Nicomédie ^ il fit pré* 
cipiter du haut en bas tous les Efclavons qui eftoient ro- 
ftez dans fon armée , fie toutes les femmes fie les enfians de 
ceux qui avoient paflTé du cofté des ennemis , fie jetter les 
corps dans la mer. Les Arabes viéborieux recouvrèrent 
toutes les provinces que Léonce avoit conquifes , Se lu*» 
ftinien (c retira à grand' peine à Conftantinoplc« Mais le 
Patrice Sébaftien , qui commandoit en Arménie , aflemr 
blant vne puidànte armée , fut fondre fur les Arabes , fie les 
chafla de fon Gouvernement) quoy.qu'ils ne laiflaflent pas 
de ruiner les autres provinces Orientales. Cajan conquit 
toute cette partie de la Perfe , qui reconnoifibit llEmpire 
Romain , fie Mahomet avec fes Efclavons jxvoltez , mit 
toute la Thrace à feu Se â fang. Cependant , l'Ëftat Chre- 
ilien eftoit fi fort déchiré de guerres «civiles , que perfon- 
ne ne s'oppofoit i leurs progrés : Car le Patrice Léonce 
s'eftant fàih de l'Empii-e , relégua luftinien dans la Quçr- 
fonefe. Et comme il eftoit en vne appréhepfion perpétuel- 
le pour fon crime , il n'ofoit rien entreprendre. Pour ce 
qui cft de l'Afrique, il ne fut pas pluftolt Empereur, qu'il 
envoya le Patrice lean avec fon amiée navale , pour cnaf- 
fier les Arabes des places qu'ils occupoient le long de la 
cofte de la Méditerranée , aui leur avoient efté accordées par 
}eAanièT traité. Il eut l'avantage contre extx çn divers 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 155 

combats , & les en chafla. Mais parce-quHl n'eftoic pas af- ^^g. 
Ca fort p<^ur aflûjettir la province , il laifla vne grande par- 
tie de Vanàéc fous le commandement d'Âbfimare , & re- 
tooma à Conftantitx>ple demander de plus grandes forces 
a TEmpereor 4 qui ne témoigna pas toute la chaleur qu'il 
fàloit pour vne fi erande entreprifè. 

D'antre^cofté, Abdulmalic ne pouvant digérer cet afiront, 699. 
éqnipa-vne grande armée navale à Alexandrie , & l'envoya 
en Afrique , fous le commandement d* Abdala ^ fils de Ma- 
Iiamet , qui (è voyant le plus fort , attaqua Tripoli de Bar^ 
barie , & enfuite Capes , 8c les ayant priles & ruinées , pafla 
i Cartilage , tandis que les Romains voguoient vers l'Eu* 
rope y pour en revenir avec de plus grandes forces. Mais 
cibaint arrivez cri Tlfle de Candie y les Chefs de Pannée en 
colth-e de leur départ, & de la négligence de l'Empereur, 
clàrent en fa place Abfîmare , & tirant verS Confbrftino. xihéS^ 

i»le ,fe fkifîrent de Léonce , 8c après luy avoir coupé le nez, ^ * 
e mirent en vne étroite prifon. L'Atrique efbnt ainfî a- . 
bandonnée, lés'' Arabes prirent Carthage', S: la ruinèrent , 
fous le commandement de Zatak , puis marchèrent viâo- 
rieux jufqu'^à Goûfbntine* , débufquant les garnifons des cocutioiL*' 
Gots , 8c des Romains. De-Ii ils gagnèrent la Mauritanie, 
où ils fe fortifièrent contre les Gots , qui tenoient la cofle 
de rOcèan ,avec quelques villes 8c provinces au-dedans du 
pais. Abfîmare voyant iê refle de l'Empire paifible , en- 
voya du (ecours aux places qui luy refloient en Afrique, qui 
lièrent toujours depuis en diminuant , tant que (es Ara- 
bes s'en rendirent abiblument les maiflres. 

Pour revenir aux afiEàires de TA fie , fî-tofl qu' Abfîmare 700. 
fê fut faifi de l'Empire, il envoya vne puiflante armée coi^ 
tre les Arabes, fous le commandement de fon frère Hèral 
clius, qui courut viâorieux nar toute la Syrie, & tailla en 
pièces plus de deux cens mille Arabes. DeJà paflant à Sa- 
moiàte , il ruïna ouantité de villes , 6c fema par-tout l'èt 
pouvente. Il marcha enfiiîtp contre le Tyran Caim'Abipfï, 
& le défit avec grand meurtre. Sur ces nouvelles , les Prini 
ces d'Arménie , qui reconnoifToient Abdulmal^ , tuèrent en 
trahifbn tous les Arabes qui eftoient dans leîir province ^ 

y H 



/ 



* 



156 DE MAHOMET ET DE SES 

& dcpefchérent vers TEmpereâr , qui mie aufli^toft garni* 
Ton dans toutes leurs places fortes. Mais Abdulmalicyen* 
voya pjomptemeiit vne puifiante année , (bus le coimnait. 
dément de Mahamet, qui reconquit T Arménie , & s'eftanc 
faifi des principaux du pais , les brûla tous dans vne graù- 
de cour , où il les avoir renfermez. De-lâ il entra dans la 
Cilicie j où Héraclius luy tua grand nombre de Tes gens , 
£c fit beaucoup de prifonniers , qu'il envoya à l'Empereur. 
£n mefme tems mourut Abdulmalic , après avoir tégxté 
,707. vingt- vn an , 8c fon fils Gualid luy (uccéda. 

CHAPITRE X. 

jyHdliâ-jhuUGuahd^phJt^hduUmAliCy&petitP^ 
$^arvan ^ hmtiéme Calife ; dr de ce qm arriva 

pendant fm r^ne. 

APr ES la mort d'AbduImalîc^les Arabes nommèrent pour 
fucceffeur fon fils Gualid ^ que les Auteurs Arabes appel- 
lent lêGlaive deDieu,& lechef des préfomptueux. Il prit pof- 
feilîon de l'Empire, l'an (êpt cens huit »& ne régna que neuf 
ans ) qui furent fort pernicieux a la Cfareftientc. Dés fon 
avènement à la Couronne , il ofta aux Chreftiens la gran- 
de Eglife de Damas ^ qui dtoit le plus fiiper be Temple du 
monde, tant pour fa beauté , que pour (a ftru<hire » & en 
fit vne Mofquée. Mais nour éûre voir Taverfion qu'il avoic 
contre les Cnreftiens , ri défendit rvfage <le la Langue Gre- 
que^dont on fe fervoit dans tout fon Empire. Sous-^ ré- 
gne , les Arméniens fe révoltèrent vne féconde fois , & 
rentrèrent fous la domination de ^Empereur. D^autre-co- 
fié , il envoya fon armée ravager les provinces Romai- 
nes , & prit la ville de Miftan , & quantité d^aucres petites 
places. Aprés-quoy les Arabes s'en irécouraérent en Syrie 
chargez de butin. Enfuite ils pafférent dans la Galatie.» 
(qu'ils faccagérent d'vn bout à l'autre , après avoir déhit 
les troupes de la province» 
.Cependant y h Koy des Bulgares reft^Ut luftiiûen dans 



«VCCESSEVRS, LIVRE IL 157 

fEmpire ^ & les Arabes prirent roccaflon de si'agnmdir des 
defordres de la Chreftiencc, & lerant vue puiilante année, 
entrèrent en Afrique, & la. conquirent jufqu'à l^céan, ce 
qui arriva en cette force. Les Afriquatns s^eftant révoltez taBarbanV^u 
par la mort d*Adttl<-xnalic , prirent les armes contre les Ara* Nmidie. &ia 
bes, & les ayant défaits , Gualid qui vonlut fecourk Tes ^'^ 
gens, mit vne puiflante armée fur pied en ^ypte, & l'en- j^^ ^^^ ^ 
voya (bus le commandement de Muça, fils de Na<jer , qui 100. de 1 £- 
entrant par les deferts de Barca , fe rafiraichit quelque tenu S7'^- 
dans la ville de Carvan , dont il prit le gouvernement iui 
vn neveu ou petit-fils d'Ocoiba , & continuant (a marc!ie 
jfbr^ Conftantine , & punit cruellement ceux ^ui avoienc 
nié le Gottvoneur. De-la s'avançmt vers les deux Mauri* 
caaies^ il les cangea fous fon obéïflance avec vne armée de 
cent mille combatans. On dit qu'il paflà )ufqu^a Teftanc ^ 
qui eft .à l'extrémité de TAfirique de ce coftc-là , 8c que 
voyant quTil n^ avoit plus déterre, il pouftafioii chcmd 
dam rOcéan .fomme par bra^racte^pour dire jqu'il xfy avoit 
plus de terre jà conquérir. De-là il rebrouflâ diemin par la 
Numidie Se la Libye , £l conquit tovt ce qui eft entre le 
Niger Se latner Méditerranée , à la referve de quelques pla- Ceate, t«. 
ces vers le détroit de Gilbratar , qui eftoient pofiédées par ^^' ^'^ 
les <3rots. Après tous ces exploits il s'en retourna à Carvan y 
las£&nt en ùl place dan$ la Tingitane vn brave guerrier 
nommé Tarie. 

Il y avoit trois cens ans que les Gots régnoient en Ef- Efp*g«c 
pagne, après ea avoir chafle les Romains ^ £c tout ce qui L'Aatear în- 
eft enfermé entre la mer Méditerranée, les Colonnes d*Her- terpréce luy. 
culc, les Monts Pirenées , & l'Océan, obéilToit au Roy "^^/clilic 
Rocfaîgue,qui tenoit outre^celatont le Languedoc jufqu'au Gochiqae,o« 
Rone. lulien gouvemoit fous hiy les places d'Afrique-, i'Aqni»iac 
quelques^vns le font Comte de Ceute , d'autres d'Efparti- 
ne» Et j'ay ved dans Tolède vn vieux manufcrit en parche- 
min , intitulé le livre des Rois , oh il eft appelé neveu du 
Roy. On dit qu'il eftoit fort puiflânt , & ^u'il pofTédoit de 
grans biens en Efpagne & en Afrique , accomnagnez d'vne 
«ande valeur. Les anciens Auteurs difent -qir il avoit vne 
lUe oonmée Caba,doot la beauté ne fat pas moins fiicale 

y itj 



.' 



158 DE MAHOMET ET DE SES 

Cooftrae à TEfpagne , que celle d'Hélène i Troye 5 car le Roy Tayânt' 
arcienncquî forcée , comiTie clIc cftoît fille de la Reine, elle en donna 
mcttrcdcs^i- auffi^-toft avis à fon père , qui eftoit alors en Efpagne avec 
ks de condi- fk femme. Le Comte qui eftoit homme de grand coeur ^in- 
Sm^Acwo? *g*^^ ^^ cet af&ont , laifla pafler quelques jours fans rien 

dire^ après quoy prenant le prétexte de la; guerre des^Ara^ 
bes en Afrique , il pria le Roy de luy permettre de retour-- 
ncr en- fon Gouvernement, Sa demanae luy ayant eftc ac- 
cordée , fur Popinion que (à préfence arrefi^roit le progrès 
des ennemis , il s'embarqua avec (à femme Se ce qu'il avoir 
de plus précieux ^ & pailà i Ceute. Quelque tems après fei^' 
gnant que fa femme eftoit malade à Textrémité , il pria le^ 
Roy de permettre à fa fille de luy venir dire le dernier adieu-, 
Et lors qu'il l'eut en (à puiflànce , il fit (avoir à Nf u^ la jufte 
caufe de fon reâentiment ^ Se luy promit non feulement de 
luy^ remettre encre les mains les places qu'ail commandoit •/ 
maîs^de le rendre maiftre de toute TEfpagnc, s'il luy vou- 
loit donner des forces pour la conquenr. Muça fit Êivoir 
à Gualtd la propofition du Comte , d quoy il fit de grandes 
difficultez, a-caufe du dan^r qu'il y. avoitd'âjoûter £oy à 
vn ennemi , outre que les, forces des Gots eftoient alors tort 
redoutables. Il fe contenta donc de luy< faire donner oueU 
ques troupes , avec promefie de plus grandes s'il réuffiflbîtt 
Le Comte preffbit fort , & promettoit de doimer entrée 
en Efpagne par les places de Ion Gouvernement, afleurantr 
qu'ils auroient quantité de Noblefle qui les fuivroit, pour 
la haine qu'elle portoit i Dom Rodrigue , 8c entre autres 
lesenfans dùRoy Vitize,fiir lefquels ifavoitvfurpélaCou-* 
ronnç, ians parler de plufîeurs mécontens y qui ne deman«< 
doient-qu€i l^ccafîon d'vne révolte , & qui fovoriferoieflt 
leur defcente.. Il difoit qu'il ne faloit poinr appfèhcndcr 
la Nobleflc des Gots , reiafchéc dans l'pifivetc & les déli- 
ces, & qui avoit perdu la première ardeur de fon èt^Iiilè-» 
ment -, Que le peuple eftoit defàrmè & plufieurs places dé- 
mantelées,&: que perfbnne ne refifteroit le voyant à leur 
tcfte i À • caufe qtfil avoit entre fes mains les principales 
forces de l'Eftat. Mais Muça n'ofà contrevenir à l'ordre 
do: Caïifi^ ,. & envoya feulement cent dievaux^, & quatre 



iT?}i 



SVCCESSEVRS, LIVRE It if^ 

cens £mtaffii]s,(oi]s le comimmtoncnt de Tarie, pcnir Toir 
ce qu'il feroic Avec ce pea de «ns le Couuc ynot de(ccn- ^^^ 
dre en llfle d'Algciiic , qui eft à k haotenr de Ceoœ & ~r 
d* AJ^açu* ) & ailèmblant U tons fes pavcns & amis , leur ro^^ 
prcfinua ce qu'il avoîc bit pour Demi Rodrigue, & Tinenu 
tifiide dont u avoît Ticenvers loy^ Conomenr il aroic dés- 
honoré (â fille , Tfiirpé TEflac , te tynnnîzc fis Suîets^Ies 
Sria de le favorUèr en yne encoeprife fi jiifte,£c de ra£Acr 
z leurs forces , k>rs*au'il viendroit l'année finTameavec Tne 
armée plus nombreule , pour raccompliflanenc de ùm deC 
iêin. Ils promettent de ne le kiy point manqncr dans l*oc- 
caiion : fie dans cette réfoludon oiacnn te ictica dicz Qn^ 
Ceftoit vn fecret jugement de Dieu , qui le fisrrcnc de ix 
colère du Comte pour châtier les Gots endurcis dans leva 
péchez ^ julques-là que le Roy Vinza avoir époofé plnfirua 
femmes , ic entretenoit plufieurs filles. Et non cmurat de 
cela, avoit permis i Ces Sujets d'en iriêr ainfi , ScanxPreftrcs 
de fe marier & d'avoir des concubines. Il s'eftoit mciine 
détaché de robeiilance du Saint Siège. Mais pour en avan* 
cer la veoeeance , Dieu avoir pennis ou'il fiH ahacre toutes 
les murailles des villes &des forterefles , & dcfiœdce d'à- 
voir des armes. Quelques ^vns mefines di(ént qu^il les fie 
rompre :, pour eftre en plus grande fintreté. Le Comte vou^ 
laot déclarer la guerre & mettre (es gensencpMrfe^defixn- 
dit à Cadis avec le plus de troupes qu'il put ^ft prenant la 
ville mit tout à feu & à âatf|& fit qoanocc d'dUaves.De^ 
là rodant toute la cofte, il te de grans ravage ^ te retootrca 
i Ceute chargé de butin. Muça vo^nt de fi b^« cwxu 
mencemens luy donna Tannée luivame 6ooze mZit h^jscL. 
mes , fous le commandement du neOoe Géoéxà^ ^ ^d w^ ^ f"^ 
le détroit de Gilbratar , où il y a vnfort bcn p«t /& ct>^^ ^tU^ 
i Mélaria ouAlgérire,& àTarifi?, ville de la htt^^\:€ i^lte- ^^^^'^ 
rieure. La venue du Comte eftant répandue f^at^txtt ïiJu. Y^ 
pagne , fes parens & amis ailêmbléren t le ph» de ^t^i^ ^ ^^i 
purent , fous prétexte de s'oppofirr i Teonen» ^$l k v>of t:iii 
joindre ; de - forte qu'ils ravagèrent enfim^k ^fx^ ffi^f^ot 
partie de TAndaloufie. Sur ces nouvelles^ V<JXXi i^^Jàf ^,iM(^ 
aflembla , avec Iç plus de diligence qu'il fit ^ rsr ^^tt 



i^*v 



160 DE MAHOMET ET DE SES 

fous le commandement d'Igoigo Sanchez, fon neveu, mii* 

eftoic vn des plas biraves' iionunes de fon tems; Mais il tut 

tué malheureufement en vn combat avec tous ceux qu'il a- 

voie y dequoy le Hoy^ témoigna beaucoup de reflentiment ,^ 

parce-qu'il ledeftinoit pour ion fuccefleur. Mais les Arabes 

eftant accourus en grand nombre au bruit de cette viâoi. 

K , firent par^tout <te graas defbrdres , &; ayant appris que 

^cfirc^ «c'xa- ^^ ^^^ vewoit- contTC eux av.ec vue puif&nte armée ,fe reti- 

nfc, ancienne^ réteut aux places qu'îls avoient priles , chargez de prifon- 

mentCaKcfic. niers & de bdtin^ 

Cette entrée der Arabes en Efpagne , que leurs Auteurs 
appelienc k Viâxnre xle T Andaloui^ , ne fut pas l'an iept 
cens^douze ^mais lept cens deux ,icion leurs Hiftorîens,&: le 
A w^ml^ic. ^^wttre-vifligts douze de l*Egyrc. De-fbrtc qu*il faut ou que 
L'àbtts vient ^^ années du régne de Gualid foicnt mal calculées , ou que 
apparemment Cela foît arrivé mitcms d'Abdulmalic fonjpere.Mais jem'ar^ 
h mo« ^^".'^^ à ce qu^n difent les nofbes , à.cauie du peu d'accord 
Mahomet la Qu'il y a entre les Hiftoriens^ de l'Antiouité. Le Roy Ro- 
^«'g"^.7c«°- drigue ayant afièmblé fon arasée, voulut marcher en pcr- 
auVuqu'dîc fonne contre les Arabes, quoy-que déjà fort âgé ,& fki- 
cft 9rnv<<e la fant, venir tous les Prélats & les gens de condition dans To« 
Macbc.' '^'^'^ ^^^^? partit en diligence pour fè rendre i Se ville , 8c fans at* 

tendre les troupes qui venoient des montagnes ,8c de de^là 
les Piremées*, il leur lai(& ordre de lefuivre fi^toft qu'elles 
feroient venues* Il eut avis U que Muça fe préparoit à 
joindre Tarie avec de grandes^lices , & que i'avant-garde 
des Arabes efibit déjà a Cbérés de la Frontéra , nommée 
autrefois Sadoyne^ de -forte qu'il marcba contre eux avec 
plus de cent mille hommes. ^ Les deux armées fe rencon- 
trèrent à la rivière de Guadalette , les Arabes efiint du 
cofté de Tarife 9 &' les Chrefliens de Seville , prés de certains 
maretz l&lans , zx^ quedit Abdulmalic La méfiée comment 
-^ ^ vn Dimanche au paâage de la riviéie , le fécond, de la 
Lune de Septembre , &: dura huit' jours , avec gramd meurtre 
de part-&-a'âncTe. L'Ëfpagne efloit fort travaillée depuis 
deux ans de la famine & de la pefle , 8c eftok peu esercée 
aux ailmes, pour n'avoir point eu de «icrre il y îavoit cent 
4]iiataMe ans , .çutre. que la plufpart eitoient dcfarmez , de^ 

forte 



^VCCESSEVRS, LIVRE II. 161 

forte qu'ils combacoient avec plus de courage que de for- 
ce. Enfin le neufiëme mois de la mefine Lune y les deux j?|^^"^ i 
fils du Roy Viciza avant conféré la nuit av«c Tarie y qui 
leur promit de les rétablir dans le Royaume d^e leur pere^ 
paflcrent de fon cofté avec plus de deux cens mille nom* 
mes y ce qui emporta la balance. Le Roy Rodrigue qui 
eftoit déjà fort âgé y Ce vo^^ant attaqué par eux ^defcendit de 
fon dbar , & movitant fur vn cheval fc mefla.pars» Ics^nnc- ^œœoilo^^ 
mis ) mais voyant (es gens fuir de toutes parts y quelques- xéua. 
Vf» difènt qu d quita les habits fie les ornemens que les Rois 
Gots porroienc air combat y fit qu'il iuivit k foule jufqu'à 
vn deiert de pOTtugal ^ ou il pafia le reflbe de fa vie avec vn 
Hermite» Ils ajoutent que ce faint Komitte l'enferma daps ^^^ 
vne chambre avec vn ferpent à deux teftes ^ qui le rongea ^eik. ^ 
deux jours entiers ^ mais cela Se doit eiKendre metaphori- 
cément des remors de fa conscience, hcs Auteurs Latin» 
<u£ent qu'il mourut 4 Viièo y. 8c qu'bn^ trouva lur fa tombe 
en langue Gothique vn Epitaphe^^ porte *. Rodrigue eft en^ 
firme icy j màudite frit la fiênur impie de Julien , qui au me fris de 
Dieu & de fr Reli^on^A câusi U mm de fin Rey^ & la rmm de 
fin fais. Sa mémoire fira en'exécraiion. Mais Abd«ilmalic, fie 
les autres Arabes difent qu'il mourut à la bataille avectou- 
te la Nobleife des 6ots: Que quelques Arabes portèrent à 
Mu^ les ornemens de fa petfonne,, fie que leur ayant deman- 
dé ce qu'eftoit deven» le Roy ^ ils luy répondireiw: qu'ilmc J^nslsîptrc 
Tavoîent point trouvé ^ mais feulement les dépouïiies dans & couioanc 
vn lac oùil y avoit quantité de chevaux noyez pefle-mefle. 
Après cette bataille ^où lulien ne fe trouva pas, par ce- qu'il i^^ntcnanr 
cftoit aile en party^ les fuyars fe Êmvérent a Aftigie^oufe Eftcha. 
rendirent ceux qui venoient de Caftille fie de de-làles Monts, 
fie qui ne s'eftoient pu trouver à la bataille. Avec ces for« 
-ces ib retournèrent attaquer l'elinemi^ fie le ferroient déjà 
de prés lors que le Comte lulieh arriva tout frais à fon (e« 
cour^ , fie donnant dans le gros des Chreftiens^entuaou fit 
ptifonniers la plufpart. £n mefmetems Tarie alla afliéeei 
Aftieîe ,fie l^ayant ptife fépara fon armée en quatre parra#. 
vis du Comte , pour £e rendre maiftre de toutes les places- 
avant Qu^ooQi pdt raâembler die nouv^Ue^ forces. Les enfant 

X 



ifii DE MAHOMET ET DE SES 

du Roy Vitiza conduits pât rEvefquè de Sevillc , qui eftoit 
^^^\iî M». ^^^ oncle , forent du cofté de la ville de Malaga , 5c l'ayant 
Ucéc^oaiia!r prife ^ paflcrent à Ellibëri , ville ancienne, dont on voit les 
licéc ruines au mont Elvire , i deux lieuës de Grenade ^fur le che- 

min de Cordouë. Toutes les places voifînes furent occupées 
en meime tems avec grand carnage. Vn certain renégat ^ 
appelle Mageytar ,alia avec vn autre corps aflîéger la ville 
de Cordouë , oà il avoir quelque intelligence. Quelques ha- 
bitans donnèrent entrée à Tes gens la nuit prés de la porte 
d'Alfaron , par vne brèche , où ils grimpèrent avec des cor- 
des qu'ils avoient faites de Teftofllr de leurs bonnets cou- 
pez par bandes • puis ayant ouvert les portes firent entrer 
Magey tar, qui mit tout a feu &; à fang. Quçlques-vns des 
principaux de la ville ayant éleû vn Capitaine d'eritre^ux 
pour les défendre , tinrent bon dans TEglife de Saint Geor- 
ge Tefpace de trois mois , tant que leur Chef eftant monté 
a cheval pour aller quérir; du fecours , fot pris , & TEglife 
esfuite forcée , & tous ceux qui eftoient dedans tiiez ou faits 
prifonniers. C'eft-pourquoy on l'appelle encore aujourd'huy 
Saint George des Captifs; 

Tudemir, autre renégat, fut avec la troifiéme partie 
droit au Royaume de Murcie , dont les habitans fe rendi- 
rentra ce que dit THiftorien Arabe j après quoy il comba. 
tit ceux de Valence dans les campagnes de Sangonare,& rem^ 



Tant Arabes porta la viâoire ^ avec grand meurtre de nos gens: 
Tu^i^Ph7y' ™^ à Tolède avec le refte de l'armée , où tes luifs dti quar- 
ia Graacha. tier , qui eft vers la plaine , le firent entrer fecrètement , de- 
forte qu'il la pilla &en emporta quantité de richeflcs. Ab- 
dulmalic dit qu'on trouva dans la grande Eglife vne table 
garnie d*or & de pierreries , jufqu'a la valeur de cina cens 
mille écus ^ & qu on dit que c'eftoit celle fur laquelle le- 
fiis^Chrift foupa avec {es Apoftxcs, ou plûtoft celle de Sa- 
lomon, félon Aben-Rachid. Il pafla de- là à Guadala-cha- 
ra & a Mèd^naiçéli , que les Arabes appellent Médina d' A 1* 
meyda ,à.cau(èd-vne table à trois pieds qu'ils y trouvèrent^ 
ilTtt arcn- ^^^ ^ft^î^ ^ite d'vùc feuIc Emeraude de celle qu'on nom^ 
ce que c'eftok ms Dubéne , .qui eft la plus eftimée. 
ie j4(pc fcrt II y avoir quatre mois que Tarie triomphoit en Efpagne, 



SVCCESSEVRS , LIVRE IL 165 

lors-ottc Muça jaloux de (a gloire y entra , & eftanc arrive 
i Tolcde^ luy fit rendre vn compte exaâ de tout le butin. 
L'armée fe partagea la en deux corps , dont Tvn fous le com- 
mandement de Muça tira du cofté deSeville, & en chemin 
fit le ficge de Carmone , où quelques gens du Comte lulien 
eftant entrez par fùrprife , ouvrirent de nuit la porte aux 
Arabes , qui pillèrent 8c (àccagérent tout. De- là ils pafTérent 
i Seville ^ mais les habitans en ayant défait quandté en vne 
forrie , firent décamper Muça , dans Tappréhenfion que ceux 
de TAlgarbe & de r Eftrémadure n'accouruflent au fecours, 
comme ie bruit en couroit. Il alla donc aflîéger la ville de 
Mérida , dont les habitans Teftant venu rencontrer à vne 
lieuë de la place, furent défaits & recongnez dans la ville, 
que Muça affiégea enfuite , & bâtit Teipace de plufieurs jours, 
tant que les afliég^z ne fe pouvant plus défendre contre la 
fape ic les machines, fe rendirent à cùrtpofirion. Cette viU 
le doit fa fondation à Céfàr, & fon accompliilement a Au* 
gufte. Mais tous les Empereurs fuivans l'ont embellie de 
quelque (uperbç édifice. On dit que les Arabes y trouvé- ^^/^^^ 
rent vne cruche faite d'vne pèrie^ qu'vn R^y d'Efpagne y cihcd^i^^ 
avoit apportée , &> qui fut autrefois rirée du Temple de lé-* 
mfàlem , lors-que Nabuchodonofor la ruina. Cette riche 
pièce ayant depuis efté portée à Damas , Soliman qui fuc 
céda à GuaUd,la fit mettre dans ta prindpale Mofquée. 

Pouriretoumer à nofbe Hiftoire , Muça ayant lailTé g»« 
nifon dans là citadelle de Mérida, tira vers rEftrémadure^ 
mais en fbnabfencc ceux de Seville £c quelques-vns de leurs ^Yj*** * 
voifins , ayant attaqué Mérida , la prirent d'aflaut , êc tuèrent '^ ^ 
tous les Arabes qui y çfloient; Sur ces nouvelles, Muça re- 
tooraa. toût-coxirt avec fes troupes , & les Chreftiens ne Ud- 
iânt attendre , (ë retirèrent, kiflant en liberté la ville, qui 
luy ouvrit auffi -toft les portes ^ s'excufant fur fa foiblefle 
du peu de réfiftance qu'elle avoit faite. 

Cependant , Tarie entra glorieux en la î>rovince Gothi* i^LangofJoc 
que, dont le Gouverneur Mugnufà , qui réfîdoitdans Chi- M.iwqwï! 
oion, fe joignit i luy 2c W livra cette place. Autant en fit quô places^ 
Mugnos, Gouverneur ^ Gcrdagne. Ces deux Chefs , qui "'?* ûmt j*s. 
cftoient Gots , firent cetw lafchctc pour fe conferver leur Ouprorince. 

X ij 



i64 DE MAHOMET ET DE SES 

Gouvernement , Se favor liant les Arabes , firent de gratis 

maux aux Chremens. Muça eftant à Mérida^ envoya fon fils 

Abdulazis au Royaume de Valence ^ où il combatic contre 

Aatrrfoîs ^ç^^ d^Oriçuele , &; contre les habitans de Valence, d*Ali- 

canteôcde Dénia, quil vamquic^Sc toutes ces villes le ren* 
dirent à luy , à condition que les Chreftiens qui y vou- 
' droient demeurer le pouvoient faire. Ceux de Valence le 
prièrent de leur laiflêr l'Eelife de Saint Bartbelemi ,quiavi« 
paravant s^appeloic le Collège de Saint Bafile. Mais tous 
les autres Temples furent convertis en Mo£quées , excepté 
celuy de la place où Saint Vincent fut mardrifè , qui depuis 
a fervi d'Hofpital, De4à les Arabes pafiTant viftorieux par 
ces provinces , Sogorbe ^Lèrida^Tortofe & Saragoilè, vin- 
rent en leurpouvoir,& ils démolirent barbaremcnt les plus 
beaux édifices <|ui fuflenc dans celle^y , &: tuëreat autant 
4e Chreftiens qauls trouvèrent* Ils mardi^rent de-Ià con- 
cre Tarragone » dont les habitans ne s^eftant pas voulu ren- 
dre, ils lVnipon:èrentd*airaut,& après avoir taie niiiin-bafre 
fur tout ce qui y eftoit , ruinèrent la ville > qui demeura de 
ia forte jufqu*à ce <)ue Bernard Archevèfquc de Tolède la 
rebalHt par k commandement d'Vrbain 1 1. l«ati mille qua^ 
>cre-vingts dix; Abdulazis s^eftant rendu maiftce du Royau. 
. çniç de Valence , laiila garnifon par-tout v fie tourna fes for- 
ces %:ontre 'Seville. , ounl frit après vné grande rèAftance^ 
^ific entra d^U par rAigarbe dans, le Portugal y dont il s'tm- 
para de Rorte , qui eftoit alors ta capitale de Lufitanie. A* 
près il retourna i £ftrèniadare , ^ l'ayasnt cott^uife entra 
dans M Caftille par le dètroicdeZèbcèffe^Sc f«c à Médina 
del qampo , i Vailladolid ;Ui Rurgos ^ jprcadnt coûtes les 
places qui ieftoient fur fa route « 8C pourfuivaiit les j^uvtes 
Chreftiehs qui fe retiroient fur les montagnes jfic fiir les ro« 
ches les plus afFreufes : car n'ayant point de Chef ^ chacun 
fongeoit à fon fàlut particulier > oïl par l'accoaunodement, 
ou par la fuite. Laplufpart le faifoient à la peciiia£u>fi d^l- 
pas & du Comte lulien , 6c des enfans de Vitiist & autres 
traiftres ^ qui conduifoient les Arabes , & faifoient croire 
Lef enfaosde Qu'ils s'en retourncroient bien-toft en Afrique^ <c qu'ils 
yià^A. apandonnçf oient la Couronne aux héritiers légitimes. £nt 



svcc;essevrs,uvre IL i 1^5 

fin ik s*y prirent de d boone forte , qu^en quatofze mois 
les Arabes aflujetdcent la plttTpart de TEfpagpe y a^ec tant 
de fbrie , que ni les Romains , ni le( Gots, ni pas vne autre 
Nation ne fit j^nais rien de pareil : car ils ruinèrent toute 
la race de ceux-cy , & leur Empire* Abdulmalic dit que ces 
quatre années gagnèrent trente batailles en raze campagne. 
Le bruit de ces vicloires s'eftant répandu en Afrique , attî* 
ra en Efpagne tant d'Arabes & d* Africains , que toutes les 
▼iUcs Se les bourauies en furent remplies. Car comme il 
n'eftoit pluiquemon de combatte, ipaîs de pçupler , ils ve- 
noient avec leurs femmes U leurs enfàns. Dans vne fi gran- 
de réyoludonyil fi? fit vn changement de moeurs , de reli* 
gions , de coutumes & de lan^ges , tf, les poms des villes» 
des moiitagnes , des rivières le des plaines , fe perdirent. 
Pittiieuffs mirent en France , en Italie , en An^eterre & en 
Grèce ^ implorer le fecôurs des Princes Cbreftiens , Hc 
quandtc de Nobleflè k retira aux Monts Pirenées , que la 
Namre femble avoir mis pour rempart a l*£Q^^^ne du çof^é 
du S^tencrJoiu Auffi rat-ce de^cét enckoô: que vint foijL 
iàluc« Car ceux qui s'y eftpieot recîjrez ne ff c<mtentérenc 
pas de Vy défendre contce les Arabes , mais cocnmencérenf: 
a s^éoBodxc 6cAi , & à les vaincre- Ceft-la que Ce confi^rva 
la Foy & Tandenne langue Gotbigue, que quelques, vnsdi- 
iènc efixe vn Arménien corr<m^ii« v autre- code, ces deux 
oaiftces, Mngmifii & Mugnos, qui sVftoient joints aux A^ 
rabes avec gnnd nombre de gens ^ qui fiivoient le pais ^ 
pecTocutoi^QC cruellement ceux qui Ce fiiuvoient delacruau* 
té des Arabes »& qui s'ef):oient refusiez dans les montagnes 
&lMsa:efifarpez des Afturies ^ d'Alata,de Gu^pnfco^ , & des 
Piieaces. Mugnos fnbpigua tout le païs qiû eik au pied de 
ceux-cy , depuis SaUb )«lqu*à la valée d* Arana , avec le Lam« 
pwiodan^le Pu;çerdan,leKouf[illonj6c.les vallées de Guya- 
ne jflt dé Vielfi: ^ù il exer^ de grandes cruantez. Il ne paC 
& pas plus avant , parce-que les Chreftiens fe défendirent 
dans les détroits ^ & en quelques vieux dilteaux ruinez 
qp'ilsrepatérent^^s parler des fortereflcs qu'ils bâtirent de. 
nouveau au pais de Sobarbe ,d*Ayu(a , de Cailel , de Léon & 
^antres lieux, où U^ élûrent.aprcs pour Roy Garci-Ramirez. 

X iij 



X6G DE MAHOMET ET DE SES' 

Ccft-à^dirc, De l'autre cofté des monts Pircnécs prés de TOcëân ^ 

won^iagncsoû ^^ ^^"^ ^^^ v^lées dc Sakzar , & de Roncevaux , & Saint 
l'onpaiTe. lean Pied de Port , on ne fe fentit pas non plas de la cruau- 
té des Arabes, à- caufe deTafpreté des rochers qui s'eftoient 
mefme défendus de Tambition des Romains. Mugnuza en- 
tra avec vne autre aritiée dans la Galice, dans les Afturies 
d'Oviédo,& de Santillane^&dans la Bifcaye , oà il fit auffi 
de grans ravages dans les plaines 2c les valées j mais les 
montagnes fe lauvérent par-tout de la tyrannie des Ara- 
bes , & c'efl: là que les lorces d'Efpagne fe retirèrent , 8c 
qu'elles firent grande réfiftance. Comme ces peuples n'a- 
voient point de maiftre pour les gouverner ,Dieu leur fufcita 
Pelage fils de Fafila , Chevalier Got , que le Roy Vitiza avoit 
fait tuer pour coucher avec fafemme^qui eftoit excellemmenc 
Prés de Lou bcH^- Sur l'appréhenfîon donc de quelque mauvais traite- 
grogne, ment, Pelage le retira en la ville de Cantabrie^qui eft mainte- 
nant ruinée, où il vivoit avec fa fœur,qui eftoit vne tres-belie 
fille, lorfque les Arabes gagnèrent la bataille. Mais voyant 
avec quelle rage ils ruïnoient TEmpire à/^s Gots , & leur 
nom , & ne fe croyant pas en fèureté dans cette place , il 
OH Goichoo. all^ à Chichon , dont Mugnuza eftoit Gouverneur. Quoy- 

que ce perfide contre l'opinion de tout le monde , fe fuft joint 
avec les Arabes , Se qu'il les euft mis en pofteilion du pais, 
il ne laifta pas de demeurer quelques jours avec luy ^ pen- 
dant lefquel^ Mugnuza devint amoureux de la foèqr de Pe- 
lage, l'envoya à Cordouë traiter avec les Arabes , pour en 
jouir en fon abfence , comme il fit, fous promefle de l'é- 
poufer. Comme il n'exécutoit pas (a promefle , & qu'il fe 
moquoit d'elle, elle s'en plaignit quelque tems après à fon 
frère , qui pour éviter pis , \q retira avec elle dans les ro- 
chers j ce qui piqua de-forte fon amant , qu'il iît accroire à 
Tarie , gu'il levoit des troupes contre luy , & qu'il s'en fa- 
loit défaire. Sur cet avis ,Taric envoya vn corps de Volon- 
taires pour le prendre j mais comme ils furent arrivez àBre* 
tede où il eftoit , vn Chreftien de la troupe , i;ouché de 
compaffion , l'en avertit, & il fe fiiuva à courfe de cheval , & 
traverfa la rivière dePionie qui eftoit fort haute ;Ce qui emprf- 
cha ceux qui le fuiyoient dç le pourfuivre« De*Ua entrant fore 



n 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL lé-j 

trifte dans la valce de Cangas , Dieu permit qu'il rencon- 
tra quantité de Nobleile des Âfturies , de Bi(caye , & des 
lieux circonvoifîns^qui venoient avet pouvoir de leur peu- 
ple , de fe foumettre a la domination des Arabes. Comme il 
eut appris le fujet de leur voyage, il les reprit aigrement, 
& leur fit vn difcours de cette fubftance .- Qu'il y avoit . 

beaucouD de danger de traiter arec ces Infidelles quiavoient {^propos" jT 
pro&né les Temples , & violé les chofes les plus iaintes-, mcmefnSer- 
Qu]ils enfeiraoient leur faulTe Religion aux enfans , & op. "}**" ^*a*Hi" 
priinoient tes poiples pour les contraindre à la recevoir : \tom , Ccd * 
Qtt^il leur ieroit nonteux , après s'eftre maintenus contre pourqôoy je 
les vainqueurs de toute la terre , & s'eftre défendus des q,^ic^tt™" 
Gots te des Romains , de fubir le joug des Arabes : Que 
pour eux , ils n'avoient point efté défaits avec les autres , 
Se que leurs forces eftoient encore en leur entier : Qull 
valoir mieux fouflrir la mort, que de s'afTujettir à leur ty- 
rannie. Si les plus foibles animaux s'ofiroient à la mort 
pour le ^lut de leurs petits ^ que ne dévoient point Étire 
de braves gens en vne femblable occafion ? Que les fem- 
mes ic leiB enfâns des premiers Chreftiens , s'eftant facrifiez 
pon^ leur Religion, il leur fcroit honteux de la trahir, pour 
le mettre au pouvoir des Barbares ^ Qu'il ne fè faloit pas 
fier ^ leurs promefles , Se encore moins a ceux qui avoienc 
renié leur foy , Se livré leur patrie aux Infidelles ^ Qu^il va- 
loir mieux mourir eénéreufement , (]ue de fouffrir tout ce 
quiavoient enduré tes autres au préjudice de la foy don- 
née -, Que le nombre ne fervoit ae rien au lieu où ils e- 
ftoient , où l'on fe pouvoit défi^ndre avec peu de gens, 
contre de grandes forces ^ Qu'ils eftoient accouftumez au 
travail , Se à la peine , ftc que plufieurs Chreftiens accour-* 
roient à eux , fi-toft qu'ils leur verroient faire tefte : Qu'ils 
avoient derrière eux , la France , mère d'vne brave jeunefle, 
qui ne fouflriroit pas long-tems de fi rudes ennemis à leurs 

Î sortes : Que Dieu accourroit à leur ayde , en implorant 
on (bcDurs , Se leur donneroit la force de refifter. Par tels 
ou femblables difcours, il enflamma de- forte kiir courage , 
qu'ils retournèrent en leur pais (ans pafler outre , ni 
s'aquiter de leur commiifion. Là ayant convoqué les 



i6S DE MAHOMET ET DE SES 

peuples , ils leur repréfentérent qu'ils avoienc rencontré 
vn grand perfonnage^&defainte vie, qui les avoir détour- 
nez de la faute qu'ib alloient ccmimettre. De-forte que 
717. ceux de Difcaye y èc des Afturîres relurent pour Gcnc* 
rai , 8c il monta auflî ^ toit fur le mont Eulebe y où ils 
combatirent avec plu» d'ordre qu'auparavant. Sur ces 
nouvelles ^tous ceux <{tti (è purent retirer d'avec les Ara- 
bes fe joignirent à luy , & ceux qui ne le purent Êiire , en 
attendirent Toccafîon. Cependant ^ les Arabes Tappeloienr 
par raillerie y le Roy ies montagnes» Tarie ne pouvant 
KHiffïrir cet afiFront y envoya contre luy vne puiflante armée, 
fous le commandement d'Abraham y fils a Alcama , en la 
oip9,fiis in compagnie de l'Evefque Àe Seville ^ & du Gouverneur de 
Roy Egyf», Chichon. Pelage fe voyant plus fbible qu^eux^mit la plu^ 
6c Magoo j. gj-^ji^ç partie & fes. ren* en embufcade dans les monta- 

gnes , & avec mille <fes plus leftes y fe campa dans les ave* 
miës peut eor défendre L'totrée. 
tê estent II dwilirpour cela , vne grande caverne d'vn abor4 très *difU 
d Ognajoo de fi^ile , quî cft à l'èmbouchûre des Afturies d'Ovicdo , où 
Sainte Mane. ^ ^^^^ Taffiégérent. Lïvefque de SeviUc le. voulut 

perfuader de fe rendre y fous prétexte que les Gots n'avoient 
pu refidbr avec toute leur cavalerie, & luy promit en cecas^ 
toute forte de bon traicement^ mais. Pelage en colère de ce 
dtfcours, le fit retirer avec mrenaces/le-forte qu'il s'en retour, 
na fort indigné, 6C confeillaâ fes gens Tattaquede la caverne. 
L'Archevêque Dom Rodrigue y dit que Dieu fit ce jour*là 
des miis^acles en faveur des Chreftiens y & qu'il combatic 
pour eux contre les Infidelles , de qui les jarres , les flè- 
ches y & les <^ds retournoient contre eux-miefmes ^ De^for* 
te qu'vne partie demeura fur la place yUh refte fe ikuva 
par k fuite. Pelage après avoir rendu grâces à Dieu ^ d'vn 
lecours fi impréveu y pourfuivit brufquement les ennemis ^ 
& les chaâa de ces montagnes. Les Arabes perdirent vingt 
mille hommes , fans qu'il y mouruftpas vn Chreftien. Ceux 
:En vn Heu qui cchapércnt de la bataille s'eftant retirez fiir vne mon« 
gh^f!"^ ^^*" tagne y on dit qu^elle fondit fous eux y & qu'ils furent tous 

engloutis dans la rivière luan ^ qui paflbit au pied. JLes 
deux traiftres y, Olpas yàc Mugnufa y ne pouvant grimper la 

moa« 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 165^ 

wontâghe , fiiifcnt pris , & le dernier tué j on ne fait que de- 
vint l'autre , & les Hiftoriens n'en parlent plus. Sur ces 
nouvdlès^Mu^a S*iïnagiriant que lesChreftiens de Ton par* 
ri âvoient conjuré contfe les Arabes , fit couper la tefte au 
Comte lulien , tC aux deux enfans de Vitiza , pour rccom- 
penfe de leur trahifon. Cependant , cela fut caufe que la 
Noblefle , qui avoit pris leur parti y appréhendant vn pa- 
reil traitement , paihi aux Âfturies , & quantité d'autres à 
leur exemple, Se que ceux qui auparavant n'eftoient pas en 
feurcté dans les montagnes , fortircnt enfeignes déployées 
pour attaquer les Arabes dans la plaine, & les bâtirent en 

Îlufieurs rencontres , gagnant fur eux les villes de Léon , 
e Ruéda , de Manfilla , de Cangas , & le rcfte de la con- 
trée. Cependant , Gualid n'eftoit pas oifif en Afie>& pour 
féconder les progrès de Tarie , & de Mu(^a , envoya trois 
puiffantes armées dans l'Empire , fous le commandement 
de trois braves Chefs , Marvan , Abas , & Mudàr ,qui firent 
de grans ravages dans la Romanie , & la Cilicie. Car ils 

J)rirent quantité de villes , fie de chafteaux. Et ayant défait 
e Gouverneur de l'Arménie , s'en retournèrent à Damas ^tacius. 
chargez de butin. Guâlid n*en demeura pas là , il leva en- 
core vne armée plus forte que les précédentes , pour aller 
affiéger Conftantinople, & Anaftale fécond, fie fon fuccef- 
feur Théodore troifiéme , luy ayant envoyé demander trêve, 
il ne la voulut jamais accorder. 

Cependant la difcorde s^eftant mife en Efpagnc , entre 718. 
Tarie & Muça , & celuy-cy ayant maltraité Tautre jufqu'à 
le fraper, à ce que difent quelques-vns: Tarie s'en retour- 
na à Damas, avec deujuie fes amis, Magétar,8c Tudmir, 
& Taccufa devant le Calife , de concuffion , 8c d'autres crimes. 
D autre-coflé,Muça prenant la moitié de Tarmée d*Efpagne, 
fie laiilant Vautre à Ion fils Abdulafis , pafTa en Barbarie , 
pour remettre dans Pobéïflance quelques Africains foûle- 
vcz . mais en chemin , il receut ordre du Calife de retour- 
ner a Damas. PrefTant doncque fon voyage , il entra dans la 
Numidie,où il exerça de grandes cruautez contre les vain- 
cus , fie paffant jufqu'au païs des Nègres , s'en . retourna â 
Çarvan chargé de butin , par la partie Orientale de la Li- 

Y 



i7# ^DE MAHOMET ET JDE, US 

byc^ & prit la route de Damas avec tous Tes trefors. Com« 
En tgfftci me il (ut arrivé à Al<hcandrie , Soliman ^ fr^re du Calife, 

luy manda qu^il ne fe haftaft point , parce-qup.ïe Calife 
eflbant prés de mourir, on mettroit la main fur (es treforsi . 
mais fans avoir é^ard à cela , il s*y rendit cinq jours avajit 1 
fà mort. Cela faicha de*forte Soliman ^ j^u*il ofta à Mu^ 
le Gouvernement d'Efpagne fous fon régne ^,. comme nq\u , 
dirons en fon lien {.Guaud mourut Tan 718^ Léon Ifause 
eftant Empereur à ConftaQtinople. Du-refte, les Auteurs 
Arabes, comme nous avons dit ^ ne. s'accordent point avec 
ijos Hiftoriens : car 4ls mettent la conqucfte d*Elpagnera» 
iept cens deux ,& Jes autres Tan fept cens douze. 

■^ CHAPITRE XI. 

Dt Soliman Hâfiien yneuviémc Calife i i^ àt ce qui arrim 

de memùrahle fous fon re^ne. 

SiOlimah Hai^içn C^cçéda à PEmpire des Arabes, Vaa 
'fept cens dix-hùit^fiCiie r^gna que trois ans. Il conti- 
nua le deflein de fon frère , d'ajttaquer, Conftantinople , 8jC 
équipa Tarmée navale de tout ce qui luy eftoit neceflaire 
jour cette entreprife. Sur ces nouvelles , TEmpereur femit 
en eftat de luy refifter, & ordonna qu'on euft à fe four^ 
nir de vivres pour trois ans , avec ordre à ceux qui n'en 
avoient pas le moyen , de fortir de la ville avec leurs fa^ 
milles. Enfuit^ il fit équiper plufieurs vaifleaux dans le port,Sç 
^t provifionde quantité de feu^ d'artifice, Seau très nutchi- 
nés de guerre , en attendant l^^venuë des Arabes. Cependant, 
Soliman en colère contre Muça , comme nous venons de di- 
re , luy ofta Je Gouvernement d'Afrique, & d'EfpAgne, & 
envoya lézid en fa place , dont il fut tellement indigné ^ 
qu'il en mourut de dépit. Enfuite eftant maiftre deTA- 
/•■ M^**ma. ^jaçie , de la Lyçie , j8c de libérie , il manda à Marvan , fils de 

Mahaniet , d'entrer en Thrace avec vne puiflante armée ^ & 

^'aflîéger Conftantinople par terre , tandis qu'il J'attagucr 

-çoit par mpr. Pour oljcir a ces ordres^ Marvan entra dans 



SVCCES^SEVRS,LIVRE IT- ryt 

la Tlirace ^pillant & (accageant tout , & s'eftant caifipé de- 
Yânt la viUe , fit vne proronde circoiivalation d'viîe mer à 
Tautire , avec vn bon rempart ^ pour empefcher les forries , 
& s'y campa , en attendant Soliman , qui venoit avec quiif^ 
ze cens vaifleaux y dont iY-y en avoit quantité c&argez de 
munitions. Enfin , la mer en eftoit tellement couverte , de* 
puis Magnavie , jufqu'â Cyclobium , quMIs donnoient Té- 
pouvente i l'Empereur & aux babitans , qui fe voyoient afl ac"^^ÎL- 
licgez par mer & par terre , fans pouvoir eftre fecourus. nopic 
Mais il fe leva vne fi grande temoefte , que Tarmée navsu 
le fut contrainte de relaicfaer furies coftes de Thraee, & 
comme les grans vaiâeaux ne purent pas fi-toft (e garantir, 
FEmpereur envoi^a les fiens après , chargez de feux d'arti- 
fice qui en brûlèrent , ou coulèrent à fond la plufpart« Les 
autres fe bhférent prés des murs de Conftantinople. Sd- 
liman mourut de regret de cette perte , & quoy^qu'il y eufl 
quelque diiSerent entre les Arabes pour l'èleâion d'vn fuc- 
cefleur , on ne laifia pas de nommer Omar ^ pour ne point 7^^' 
interrompre le fiège»- 

CHAPITRE Xii: 

Î^Omar tficoni du nom, dixième ^édijr; O* de ce qui dnivit 

de remérquahle fms fin régte, 

AP&Es la mort de Soliman yfon coufîn Omàr;fîls de Moa- 
di,& petit fils d^ Abdulmalic, fûccéda i l'Empire àu:coni- 
mencement de l'année fept cens^ tingt &vn,le fiege eftant de- 
vant Conftandnople. Il nit fumoromé Aced Ala , ou Lion de 
Dieu. Ceuxde Syrie avoient nommé en fa place lèïidfonfré- ^a h vîUedé^ 
leaifné^ mais apprébeâdant va' foûlevement de l'armée, il Damas, 
cnvtfya auffi-toft reconjioiftre Omar , qui de fon coflé , fit 
toutes les diligences imaginables d'afleAbler des vaifleaox 
d'Egypte , d'Afrique , & d'Europe , pour mener des'gens-, 
des vivres , & des munitions ^ & autres choies necel&ires 
pour le fiége /que Marvan continua avec grande difficulté 
«Dut rhyver ; Car' il plut te neigea tant , qu'il y mourut 

Y ij 



Ï7X DE MAHOMET ET DE SES 

quantité d'hommes , & de beftes de charge. A Ventrée du 
printems , Dahac ^ fils de Sofian Benaruf , arriva avec quatre 
cens vaiffeaux d'Egypte : mais comme il fut prés de Conftan- 
tinople,& qu'il décnargeoit dans les barques & chaloupes , 
les vivres , & les munitions pour les porter à Tarmce de 
* Lcon. tQvre 5 les forçats Chreftiens prirent cette occafion , pour 

fe jctter dans la ville , Ôc avertirent l'Empereur * , que l'armée 
navale n'avoit ofé approcher de Magnavie , de craint;e des 
feux d'artifice ,& qu'elle avoit relafchc au port de Cortaa. 
Le lendemain donc , dés la pointe du jour , l'Empereur la fut 
attaquer avec des feux d'artifice , & avant que de revenir, 
en confuma ou diffipa vne grande partie, D'autre-cofté, 
Marvan ayant envoyé vne partie de l'armée vers Nicce , & 
Nicomédie pour faire venir des vivres , les Seigneurs de la 
Bulgarie , & dd la Thrace , qui s'eftoient retirez avec leurs 
fujets daps Içs montagnes , vinrent fondre defllis à l'impro- 
vifte , & en tuèrent prés de trente mille. Malgçé toutes ces 
pertes , Marvan continua le fiégeavcc grand courage, tant 
que lézid arriva avec vne armée de trois. cens foixante voi- 
les, qu'il avoit faite en Afrique. -Mais ce Prince craignant 
d'approcher de Conftantinople^de.peur qu'on ne mift le 
Teu à fa flote , raza les coftes de Bithynie , & mettant fes 
;ens à terre , ravagea tout le pais , & fut contraint a la fin 
le fe retirer , après avoir efte déèiit par les troupes de la 
province , qui s'eftoient raflemblées pour luy faire tefte. 
;Cependant , on batoit Gonftantinople avec toutes les in- 
ventions , & les machines , que Fartifice des hommes a pu 
inventer pour prendre des villes • mais les afficgez fe de- 
fendoient encore mieux, & l'armçe navale de l'Empereur , 
par le moyen des feux d'artifice , fe rendit maiftreflè du 
détroit ,& donna paflage aux barques, qui appoitoient des 
vivres à Gonftantinople. 11 n'en eftoit pas de mefme dans 
-le Camp , où les vivres venant à manquer , on mangea jvif- 
qu'aux chevaux , & aux chameaux. Quclques-vns difent , 
jufqu'aux morts , Seaux excrémens , qu'oniàupoudroit de fon 
pu de farine. Pour comble de malheur » la peue s^eftanc miiè 
dans l'armée, en emporta la troifiéme partie, & Conftantino- 
.ple n'en fut pas exemte: car il y mourut plus dccent mille per^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 173 

fonnes* Omar averti de ces infortunes , & les imputant au 
couroax du Ciel ^ commanda àMarvan de lever le fiege ^ mais 
il eftoit à peine hors du Canal de Conftantinople , quVne ef- 
froyable tempefte coula à fond la plufparc de fes navires, 
le refte iîit confumé en partie du feu du Ciel , dont on voy oit 
bouillonner la mer, & fondre la poix des navires j de-iorte 

3ue de trois mille vaiffeaux , il n*en échapa que Quinze, 
ont cinq furent pris par les Chrefticns , & le refte alla 
porter la nouvelle de la dcÉsiite au Calife Omar. 

L'Empereur délivré de ce péril, rendit grâces à Dieu, des 
miracles tour vifibles qu'il avoit opérez en ùl faveur : mais 
Omar imputant le couroux du Ciel , à la permiffion qu'il 
donnoit aux Chreftiens , de faire des chofès contraires à la 
Loy de Mahomet, voulut que tous ceux qui eftoientnezdc^ 
père ou de mère Mahomctans , embraiTauent fur l'heure fa 
Religion, fur peine de la vie, & que nul ne fuft fi ofé da 
manger de la chair de pourceau , ni de faire du vin , ou d'en 
boire dans tout fon Empire. Il déchargeoit par cet Ediâ, 
de toutes fortes d'impolis fie de tributs, les Chreftiens qui 
embrafToient fa fede , & perfécutoit cruellement les autres. 
Il ne voulut point qu'on euft égard aux fermens des Chre* 
ftiens , quand ils auroient a£Faire à des Mahométans ; & à la 
fufcitation du Démon , follicita l'Empereur d'embrafTer tz ^^oa. 
fêde , & luy envoya vn Renégat pour l'en inftruirc. 

Cependant, Abdulafis,fils de Muça,que fon père avoit laifTé 
en Elpagne pour gouverner en fon abfence , alla faire fon ^^^^ 
fejour à Seville, qu'il appela Medinc-hems, àrcaufe du rap* 
port que fon commerce Se fon port luy donnoient avec 
vne ville de fon nom , qui eft en Syrie. Lors-^u'il eut ap- 
pris la more de fon père , il écrivit à fes amis , & fes alliez 
d'Afrique , qu'ils le vinfTent trouver , & qu'il leur donne-- 
roit du bien & des héritages. Ce qui attira de grandes €ot^ 
ces en Efpagne , par le moyen defquelles il fe fit roconnoi*- 
ftre par-tout. Il fit tout ce qu'il pût pour chafTer du pais 
les Chreftiens , & époufa , à ce que difent Quelques- vns , la ^^^^^ 
veove du Roy Rodrigue , qui eftoit vne belle Africaine , de "yça', 
grande naiflance. Ce fut elle qui luy confeilla de fe aire 
appellerRoy ,Scqui luy mit fur la tefte vne couronned'or^ 

Yiij 



ï74 DE M'AHOMET ET BE SES 

E îone ou commc ils eftcnent feuls dans la chambre ^ luy faifanr acroi- 
tjM. * ^ re que cela luy féoit très -bien. On dit mefiïie qu^ellciît 

faire là porte Mechuare , par oà l'on entroitpour luv parler, 
fi bafle , qu'on eftoit contraint de fe baifler jûfqu'a terre, 
afin que cela temoignaft plus de refpccb*. Maiy Abduiazi]; 
ayant efté apperceu avec cette couronne par deux Arabes 
Ccycd* Ha. ^ condition , ils eurent en horreur vne chofe défendue par 
^^' là loy de Mahomet , & le poignardèrent dans vne lAoC- 

quce tandis qu'il feifi^it fcs prières , traitant en firite de 
mefine fa femme. Us élurent enr fa place IiilT;fils d'Habib, 

3ui ne régï^ que fix mois ; & après luy Alhor , fils d'Ab- 
arrhaman ^ qui régna deux ans. Pelage s'eftant alors rendu 
puiflant , retira quantité de places de l'obéïfïance des Ara- 
*Des par force ou par adreflfe. Et Alfonfe,filsde DomPedre 
-Drmifiadc. Duc de Bifcaye , parent du Roy Rodrigue, s'eftant joint à 

luy par le mariage de la fille*, ils gagnèrent enlemble plu- 
fieurs batailles contre les Arabes. Cependant mourut le 
71}, CaHfe Omar au commencement de l'année, après avoir ré- 
gné^ deux ans. Et £bn frère lézid luy fucceda. 

CHAPITRE xnr ^ 

Dé Jé:(idjecùnd du nom j onTiértit CaHfe , & de ce qsâ 

arriva de remarejume fous fort rê^ne. 



Autrrinaie 



I£ z I D fécond du nom , prit les refnes de l'Empire l'an 
fept cens vingt-trois , & ne régna que trois ans & derav. 
4-Abiça&a. ^ première année de Ion règne , vn autre lézid fe fit nom^ 

mer Calife dans la Pérfë ^ & marcha contre Damas avec vne 
grande armée. Mais le véritable Calife en envoya vne au- 
tre plus puif&nte contre luy , fous le commandemenr de 
Marvan , qui Payant défait & tué , remifla PeHc fous To- 
béîilànce de lézid , & le rendit paifible poiTefreur de tout 
l'Empire des Arabes. La féconde année ae fon reniera la 
perfuafion d'vn luif de Phénicie, il commanda d'ofter tocr* 
tes les images des Temples des Chreftiens. Mais la pluiparc 
d«s^lles y com^ediiant , il mourut avant que (Ot ordre iuû 



t<. 



SVCCESSEVUS, LIVRE II. 175 

exécuté. Mais l'Empereur Léon , à la perfuafion de ce Re- Bcgcr. 
Ac^ac, donc nous avons parlé ,embraila cette ^'maudite hé- 
rcne , qui fut caufe de grans maux à toute la Chreftienté, 
Car TEmpereur s'eftant opiniaftré à la ruine des images, le 
Pape Grégoire troifiéme s'y oppofa vigourcuferaent,&|luy 
dit qu'il n'avoit aucun droit de fe mefler des chofes de la 
Foy , ni de violer les coutumes de TEglife , autorifées par 
les Saints Pères. Comme il ne le pût détourner de fon er- 
xeuT , il le déclara hérétique fchifmatique , Se fît arrefter^ en 
kalie tous les revenus qui appartenoi^nt à l'Empire. 

L'an fept cens vingt-quatre 4 Brahem fils de Malic , qui 
luccéda au Gouvernement d'Alhor en Efpagne , marcha 
avec vne puiflante armée contre Pelage , qui prenoit pied 
dans le Royaume de Léon , & luy ayant donné bataille » 
prés de la ville de Dalhior ,il y fut tué avec la plufpart de Tes 
gens jquoy.qu*Aben-rachid die que ce fut àTortofe. Auffi- 
toft ceux de Cordouë élurent pour Roy Abderramen , fils 
d' Abdala ^ qui ne ^éena que dix-neuf mois ^ pendant lefquels 
Pelage & Alfonfe , Ion gendre , chacun de fon cofté , défi^ 
rent les Arabes en plufieurs rencontres , & recouvrèrent 
plufieurs places 9 qu'ils peuplèrent & fortifièrent. Enfin le- 
7,\d mourut l*anTept.ccns vingt-fept^ au mois de Février ^ 7^7' 
& Gualid fècpnd du jiom , fon fils , luy fuccéda. 

CHAPITRE XIV. 

De Gudlid ftcond du nom ^ douzième Calife s ^^ de ce qui 

éurivA de remarqualne fius fin règne. 

GVAiij> après avoir aflbcié à TEmpire fon oncle Haf. 
cen , i-caufe de fon bas âge , régna dix - neuf ans , 8c 
comme il eftoit plus pacifique que guerrier, il fit baftir les 
premières années de fon xégne des Temples & des Palais 
magnifiques , à Damas & aux principales villes , & planter 
quantité de vergers, faifant venir de l'eau par des aqueducs, 
pour embellir les viljes ^ & arrofèr les jardins. Mais ks Gé- 
néraux ne laifToient pas poiu: cela de faire la guerre ^ ^ 



i7« DE MAHOMET ET DE SES 

Marvan eftant entré en la Cappadoce , prit la ville de Céfa-'' 

7^9- rée. En méCrtiç tems il arriva vne choie remarquable fur Ja 

cofte d*Afie. C*eft qu'on rit brûler la terre au fond de U 

mer, d*où fortrt comme vfl torrent de fiâmes & de fumée, 

qui fit voler en Pair les pierres des montagnes & des ro- 

cners, tellement féches à force d'cftre brûlées , qu^elles na^- 

geoient fur Teau. On ajoute qu'elles eftoient en fi grand 

Abyd^wrA^ nombre, que les montagnes en eftoient couvertes, & qu'il 

fie mineure, & s*en forma vne ifle. Cependant , Gualid prenant Toccafion 

en^u Macé. j^j guerres civiles pour faire la guerre à TEmpirc , envoya 

Aben Amar , & Moavia avec vne armée de quatre-vingts dix 
mille hommes attaquer la ville de Nicce en Bithynie. Mais les 
Chreftiens fe défendirent fi vaillamment , qu'ils furent con- 
traints de fe retirer avec perte de leurs gens & de leur ré- 
putation. Mais ils prirent Tée , qui eftoit forte, & pillèrent 
tous les lieux qui eftoient fans défcnfe, après quoy ils s*en 
retournèrent en Syrie. 

Quelque tems après Cafan, Prince de Ga2arie,& fils du 
Roy des Bulgares , fit ht guerre aux Arabes du cofté de l'Ar- 
ménie, & ayant vaincu & tué Gardaque , Gouverneur de cet- 
te province & de laMédie, les aflujettit toutes deux à l'Em- 
7'3^* pire Romain» D'autre-tofté , Marvan ayant fait trêve avec 
vdin$,Teuta. Cayane , leva vne puiflante armée contre les Turcs du 
cites, ou ido- mont Caucafe, qui demeurent dans des lieux inacceffibles , 
I Aires. pj.^^ jgj portes Cafpiennes , & leur donna vne bataille qui 

dura vn jour entier , où il mourut beaucoup de gens de 
part-&-d'autre , lans que pas vn euft emporté la victoire. 
Mais comme il eftoit belliqueux , il tourna de - là fes armes 
contre l'Empire Romain, & entrant dans la Cappadoce ,fe 
In Arabe Go- rendit maiftrc du fort château de Corfiane , par la trahifbn 

de quelques faux Chreftiens qui luy livrèrent la place. L'an- 
née d'après il retourna contre les Turcs avec vne plus puifl 
fante armée ; mais eftant arrivé au lieu où s'eftoit donnée 
la bataille , il eut avis que les ennemis venorent contre luy 
avec de grandes forces , & fe retira fans rien faire. 
E^agnc. Cependant , Pelage & Alfonfc avoient de l'avantage en 

Efpagne , & les Navarrois aufii avec ceux de Terragone , 
après avoir élu pour Roy Garci-Ramircz dam Saint lean 

Piedw 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 177 

Picd-der-port. Enfin Fclage mourut Tan fept cens trente- 
deux, après avoir régné quatorze ans. Quoy-que TArche- 
vefque de Tolède le fafle régner deux ans davantage , 8c 
mourut auffi plus tard. Fafila fon fils luy fuccéda , fie n*eut a Cangac. 
pas régné deux ans , qu'il fut tué à la cfaafTe par vn ours. 
Ces Princes établirent le fiége de leur Empire dans la ville 
de Léon , fie prirent pour Armes vn Lion en champ d'argent, 
non tant pour eftre Rois de cette place, que pounavoir corn* 
batu en lions pour la défenfe de leur patrie. Pendant le ré^ 
gne de Fafila , Abderrame commandant en Efpagne , les 
Arabes entrèrent en France avec vne puiilânte armée du 
coAé du Languedoc j ce qui nous oblige à 4ire quelque 
chofb de ce païs fie de l'origine des François. La Gaule , 
que nous appelions maintenant France , eftoit tenue alori 
par des Alemans , peuple belliqueux , venus de la Franco* 
nie : Car environ Tan quatre cens , Aërius Patrice. Romain selon ropî. 
qui eftoit Gouverneur de la Gaule , leur donna à habiter le S^.Jl^"^^' 
quafder des Séquaniens , qui eft prés de l'Alemagne, pour 
le fervir de leurs forces contre les Huns , qui ravageoient 
l'Europe (bus la conduite d'Atdla. Ces peuples en peu de 
tems s'étendirent de -forte , qu'ils fe rendirent maiftres de 
cet Eftat , fie firent voler leur nom par-tout« Depuis cela 
leurs Princes eftant adonnez à leurs plaifirs fie devenus fai- 
iieans , perdirent leur ancienne générofité , fie fe déchargè- 
rent du gouvernement des peuples fur leurs Miniftres , qui 
difpofoient de tout fous leur autorité. Le premier de ces 
Miaifbres qui aquit de la réputation en Gaule contre les 
rebelles , Idfquels s'eftoicnt foûlevez dans les provinces , à- 
caufe de la foiblefTe du Roy , fut Pépin fils d Arnolfe Duc s^n, i^ ^^g^ 
de Bavière, fie après luy fon fécond fils Charles Martel , qui dcTliéodoiic 
fut fi brave ^ fi puiffant , que les François le reeardoient ^ ^" « 
comme leur Prince. En ce tems- là Eudes Duc a Aquitain 
ne ^ Seieneur Goth, voyant Charles Martel occupé contre 
les rebelles , ravagea de-forte fes frontières , qu'il obligea 
Cbarles i tourner fes forces contre luy -, en meime tems que 
les Arabes pafibient les Pircnèes , fie forçoient Narbonne , 
où ils commirent de grandes cruautez , pour épouvanter les 
autres ailles. Eudes attaqué par deux fi puiflans ennemis^ 

Z 



■vjZ DE MAHOMET ET DE SES 

S'accorda avec les Arabes par le moyen de fon gendre Mo- 
gnuza, Seigneur de Cerdasne , & fit de grans mauxenFran- 
ce avec leurs forces qu^ils luy preftcrcnt : mais voyant qu'ils 
r Auteur i- Pf cnoient soutes les places pour cyix fans luy en étire part , 
jouftcEttoo^ 6c qu'ils s'eftoientlàifis de Nifmes & d'Avignon » avec tous 
\l^^^^ ^^- les lieux d'alentour , il les vojolut chafler. Et pour ce fujct , le- 
va deux pui^ntes armées,^ Se leur donnant bataille , les vain- 
quit Se en tua la plufpart. Mais Same ^ qui les comniandoic 
s'eftant- fauve en Efp^gne, s'en plaignit a Abderrame ^ com- 
me (1 Mognuza les eut traJais. ^ De-force que fans s'^clair*- 
cir davantage , il mena fon arméç cqntre luy ^ Se l'aiEégea 
4^ns la fortejreife de Cerdagne, Il fe fauva la nuit , parce-- 

3u'il manquoit d*eau, Se gagnant les Pirenécs , ppur pàflei; 
ans l'Aquitaine , fut furpris par les Arabes, oui {uy coupè- 
rent la tieftc , Se renvoyèrent avec fa femme a Abderrame , 
poux achever la vengeance de ceux qui avoient trahi TE- 
Ipagne^ Abderrame délivra d'vn ennemi qui luy pouvoit 
donner à dos en paffant en France , aflembla plus de cinq 
cens mille homjnes >. Se entra dans ce Koyaume ^ où il fît: 
vn tel carnage depuis q\i}i eut faSè le fCône , qu'on ne 
voy oit longnems après que des monceaux d'o0eniens. L'an^ 
née fuivante il. y rentra avec de plus grandes forces j donc il 
avoit fait venir vne partie d'Afrique , à deilein de (e rendre 
nuiftre de Ja France, Se affiégeaTôulo^ze -, quoy^qu'elle fu/t 
bien fortifiée , Se pourveuë pe tout ce qui eil;oU neceflaire 

f]iour ia dçfenie. Mais il l'attaqua fi vigoureuièment , qu'il 
a prit , Se Bordeaux enfuite^où il fit main-baffe fiir tout, Sc 
démolit mefme les Temples. D^là par le quartier de Pc* 
rigord, qui eft, de l'autre cofté de 1^ ^Gaçonne ,il pa{!a dans 
; la Saintpnge, rAnepumois Se le i^imoufui^Se vinta Poitiers^, 

ayant gagnç ^ux batailles. contre Eudes, oà il luy tttavi^ 
Ccft Polders, infinité de gens. De-là il alla à Tours , qu'il prit parforcr^ 
Toon" ^q"ii & démolit, faifant brûler FEg^ife Saint Martin Se le Palais 
prit,ficrEgiifc Ro-yal. , T<>vw;es^ ces .vtct;<>kes dppAérent telle épouvante a 
d2u^ïil £"^^ • ^^*^^ ÇçV^pentHC dfi ce, qu'il avoit faic^-^k fit paijc a- 
pas celle de s. yec Ch&rle? Martel , pour refiitejr enfiwfaWe à leur commun 
Marrin. çnnemi.. Çharli^s vpyanc qu'Qn ûe pouvoit s'oppofer à ce 

torrent flu'avcfi de .graodes /orccs ,3^mbla toutes ççlles de 



* SVCCESSEVRS, LIVRE IL 175 

Fran^, &aide du {bconrs des Alemans & des Bourguignons^ 
irec confiance en la mifèricorde de Dieu , donna bataille à 
Pênnemi. On die q\iVIle dura ûx jours ^ Que l'en comba* 
fit chacue jour depuis le matin jufqu'au feir, 8c que la nuit 
du fixicme , Abderrame voyant qu'il aroit perdu trois cens 
foixante & quinze mille Arabes, (ans que les Chrefldens en 
raflent perdu plus de quinze cens, il ne voulue point atten* 
dre le fuccés du feptiéme jour ^ te laiHant routes Ces tentes 
dreflëes , & toutes les richeflès qui eftoîent dedans , s'enfuit 
en Efp^^e avec ceux qui le purent iuivre. Mais les Navar. 
rois qui s'eftoient iâifis du paila^ des montagnes , le tuè- 
rent avec ÙL fiiiœ. Cependant Charles voulant retourner à 
la bataille le lendemain , & ne voyant paroiftre peribnne,^ 
conmie il feut que Tènnemi s'eftoit retiré entra dans fon 
camp, où il trouva de grandes richeffirs. Cette viâoire dé- 
livra le païs d'vn grand fléau , & toute la France de Tap- 
préhenuon & de la fèrvitude où TEfpagne gémiflbit. Apres 
la mort d* Abderrame , on élût pour fon fuccefleur Omar , 
fils de Saad , qui régna deux ans fie trois mois -, fie après luy 
Aben Caçem , qui ne régna que deux mois fie (ept jours. 
Eniuite lub ,deux ans • puis Gayfre , fix mois fie trois jours y 
ayant efté étranglé par (es gehs. Maham'et luy fuccéda , qui 
ne régna que deux mois. Et après luy Abderrame TAlfaqui, Malumct ^ 
qui en régna dix-huit , fie fut aufli tué en trabifon par fes ^^'^^^^' 
gens. A celuy^cy fuccéda Abdulmalic , qui régna deux ans, 
pendant lefquels les Chreftiens gagnèrent quelques vidoi- ^j^^^^f. ^ 
res contre les Arabes , fie recouvrèrent plufieurs places à 
, l*occafion de feschangemens. Enfin Abdulmaliceftant mort, 
î ils élurent pour Roy Ben-Chèque , autrement Atinio , qui 
fit égoi^er aufli-toft tous ceux qui l'avoient élu, de- peur 
qu'ils ne le traitaflent , comme ils avoient fait les autres. 
CeluywCY for fort brave , gagna toute la Galice , prit par for- 
ce la ville de Pam{>clune , fie fe rendit maiftre de toute la 
Navarre. Alors Eudes eftant mort , Charles Martel s'empa^ 
ra^d'vne partie de fes Eftats. Mais Hunold fie Gayfre , fes 
enâns , affiftez de ceux de Narbonne , prirent les armes con- 
tre luy , fie paflànt le Rône , ravagèrent tout avec grand 
meurtre. Car entrant viâorieux clans la province des AU 

Z ij 



i8o DE MAHOMET ÏT DE SES 

lobroges ^ qu'on nomme maintenant le Dauphiné , ils la 
ruinèrent avant que Charles la pûft défendre. Mais dés 
qu'ils fceurent qu'il approchoit d'eux , ils fe retirèrent , & 
confirmant avec Âtinio le traité que leur père Eudes àvoit 
fait avec Âbderrame ^ ils luy donnèrent des oflages^Sc firent 
venir quantité d'Arabes en Francc.Ils n'entréjfent pas alors* 
comme autrefois que ce n'efloient que des gens ramaflez, 
& de tout âge. Car c'eftoit vne brave jeunefle , fous le 
commandement d' Atinio , qui prit d'abord la ville de Nar- 
bonne , & enfiiite celle d'Avignon , que le ;Comte Maurice 
leur livra. Les Arabes courant ainfi viâorieux par toute la 
•DacChiidc- province, Charles envoya contre eux Childebrand ^ Roy 
ic^chui^!^ de Lombardie , avec des gens bien leftes , qui les refTcrra 

dans cette dernière place. Comme elle efl affize fur le Rô- 
ne,& qu'Atinio l'avoit fortifiée, il ne s'imaginoit pas que 
les. François la dufTent prendre , & les repouÂbit quelque- 
fois par de eénéreufes forties. Mais Charles qui n'avoit 
point alors d'autre ennemi , y eftant arrivé avec toutes f^s 
troupes , & ayant reconnu la place & les forces de l'enne- 
mi , fît préparer tout ce qui efloit neceflaire pour donner 
l'afTaut. Il divifà fes gens en trois corps, dont il donna Tvn 
MiyaChâr. à fon fils Pcpîn *,rautreà Childebrand, &referva letroi- 
itkcc?°* *" fiéme pour luy. La place fut attaquée -vertement par trois 
" ' divers endroits. On le fervoit alors pour l'attaque de tours 

de bois portées fur de grandes roues, que ceux meffncs qui 
efloient dedans faifbient rouler par des refTors fans pouvoir 
eftre ofienfez, &c l'on tiroit de* là furieux qui défendoient 
le rempart. Lors qu'on en efloit proche , on baifToit vn pont- 
levis fur le mur , éc l'on entroit par - là dans la place : mais 
l'artillerie a rendu tous ces artifices inutiles. Les ennemis 
fe défendirent d'abord vaillamment, avec des flèches &: des 

{)ierres , & avec des lances à feu poiuées , qu'ils jettoientfur 
es afTaillans, & Âtinio alloit par-tout faifant devoir de foldac 
& de Capitaine , avec grand meurtre de ceux qui montoient à 
l'efcalade. Mais comme on combatoit avec avantage du hav(t 
des tours , lors qu'on vint aux mains , après avoir bai^ ies 
ponts , les affîégez ne purent fouft:enir leur effort , & Acinio 
s.'embarquantavec les principaux fur des vaiileaux^qu'il tenoit 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL i8i 

tout prefts^fe (àuva à Narbonne,où il avoir laiilevnepar^ 

cie de (es troupes, à-caufè oue c'eftoirvne place capable de 

défenfe , & de recevoir du Recours par mer. Charles ayaot 

pris Avignon , & fait main* baile fur tous les Arabes qui y 

eftoient^dra en diligence de ce coflë li , & TafEégea dans 

la ville , pour ne luy pas donner le loifïr de s'y fortifier* Il 

s*y défendit aufli - bien que dans Avignon. JMais fur l'avis 

qu' Amar * venoit d'Efpagne avec de grandes forces , Char- » ceiny qai 

les marchacontre luy poiu- le combatte avant leur jonction > ||"^^"®** 



& laifla fon fils autour de la place, avec vne partie de fcs pij|^<^iom 
troupes* Les deux années fe rencontrèrent prés de Co- 
lioure , où Charles tua Amar de fa propre main , & défit 
tant d^ennemis, qu'à peine en refta-t-il pour porter la nou- 
velle de la défaite. Sur cet avis Atinio abandonna Nar* 
bonne, & s'embarquant avec le plus de gens au'il pût, re* 
paflà à Cartagéne , & de-la i Cordouë. Cela arriva l*an 
lept cens trente-fept , félon quelques^ vns fept cens trente^ 
cinq , fous le régne d'Alfonfè le Catholique , gendre de 
Pelage , qui fè fervant de cette occafion , perfécuta fort les 
Arabes , & recouvra fur eux quantité de places. 

Pour retourner maintenant ajix affaires de TAfîe , Tan -4p'- 
fept cens trente - iieuf <jualid envoya vne puiilante ar- 739* 
mée dans ies provinces de l'Empire , qui fit de grans ra« 
vages dans la Thrace , .& fe retira lors qu'elle n'y put plus 
fubfifler. Peu de tems après l'Empereur Léon arma con. 
tre le Pape , & exerça de grandes cruautez fur les Catholi- 
ques } puis envoyant fon armée navale fous la conduite de 
Manés * qui efloit auffi hérétique que luv , pilla toutes les * ^ Mmac 
colles de Thrace , de Candie , de la Pouïlle , de la Calabre 
& de la Sicile, mettant par.tout de grans impofb, & con- 
fifquant le bien des Eccléfîaftiques. Gualid le voyant oc* 
çupé en cette c;uerre,fit entrer Soliman ♦ dans l'Arménie, *f|*^* **^- 
qui efloit fous la domination de l'Empereur, & comme il *'" 
pe trouva perfonne qui luy fit telle , il détacha quinze mille 
hommes, lous le commandement d'Ibnimalicficd'Abu-Ab- 
dala el batal , qui marchèrent du cofté d* Acronium^ Mais 
comme ils marchoient en defordre , ils furent (urpris par la 
Xlavalehe de l'Empereur ,qui pialesdeux Giéqçraux,& tailla 

Z uj 



TaO' 



lU DE MAHOMET ET DE SES 

le refte en pÎQces , à k referre de huit cens. 
Efpagnf. I ncontinent après la défaite d' Amar, vn autre Arabe âpel^ 

Elmiçimiçi^ fouleva la ville de Saragoffe, & (e rendit Vaf- 
fâl du Rôy de France pour en eftre feccarru y ntais Atinio 
envoya auflî-toft Abderrameaflîéger la place , qui n'eftant 
pas fecouruc , à-caufe de là mort de Charles, fe rendit. Cet 
Atinio régna (ix ans ,& mourut au fîége de la ville de Tan- 
ger. Cependant , comme Abderrame eftoit puifïânt en E- 
[pâgne , le Calife Gualid appréhendant qu^il fe foûleyaft ,!e 
manda , & envoya pdor commander en la place d'Àtinio ^ 
vn autre Arabe appelé Abdulmalic , qui s'empara fans com- 
bat , de tout ce que les Arabes tenoient en Efpagne 5 puis 
paflant en Afrique ^continua le fîége de Tanger ,& r#yant 
prife, fit main- baffe fur la plufpart des habitans, & aflujet- 
tit quantité de places qui eftoient hors de Tobéïffance des 
Maures d'Efpagne. Abdulmalic eftant en Afrique , ceux de 
Cbrdouc élurent pour Roy , Abétji y qui fit beaucoup de 
maux au pais ^ & ie fit appeler Anrir el Mocélémin , d'où 
naquit la guerre des Gransen Efpagne , parce- que tout ce 
qu'il y avoit d'illuftre y entra. Sur ces nouvelles ^ Abdul- 
maHc rebrouflâ chemin , & vint combatte Abéçi , qu'il 
vainquît & tua. Il avoit avec luy grand nombre d'A- 
rabes qù'U avoit amenez d'Afrique , qui sliabituérent 
en Efoagne, y baftirent quantité de places , & en reftabli- 
renr d'autres qui avoient efté ruinées. Enfuitc il alla affié- 
eer Cartagéne \ oui tenbit encore pour les Chrcftiens , Se 
Payant prne., voulut retourner à Cordouc^mais il mourut 
en chemin. LeJ5 Arabes élûtent en fa place Alcataran , qui 
éffoit fort dévot, & honoroit beaucoup les eftrangers, par- 
ticùKérement ceux de Damas. En haine de cela , les Âia- 
bes d' Efpagne fe foule vérent contre lùy 5 mais il les vain- 
quit prés de Tolédè,à-càiife qu'il avoit grand nombre d*e- 
u;ra:ngers dans fes troupes. Comme il vît depuis que ceux 
du païs dimimioient, & que les eftrangers devenoient trop 
puiflans , il chaffa de Cordouë ceux de Damas , qui paffitnt 
a Avila , raffemblérent quantité de gens,.& retournèrent 
l'affiler daiis fa fortcreflç de Cordouë , oh ayant tué tous 
ceux qui Tàccompa^oient , ils le pendirent aux créneaux 



SVCCËSSEVRS, LIVRE IL 183 

dWne tour , créant en mefme tems pour Roy , IVA d*entre 
eux, nommé Aben clHach, Quand les enfans d^Alcataran, 
qui eftoient alors ^ Narbonoe , eur (?nt appris , la mort de 
leur pcre , ils leyércnrt vne trmcc pour aller afScger Cor- 
douÊ: Mais Aben el Hach allant au- devant d'eux TesMcfit, 
& s*cn retournant à la ville , mourut au bout de dix-fept 
jours, après avoir réené feulement fix mois. Quelques-vns 
difent <iu*U mov^ut S9 fetigue , pour avoir combacu vail- 
lamment ^ d'autres difent qu'il tm; empoifonné. Ceux de 
Çordouc élurent pour Roy en fa place Abdécélem , en de- 
Çit de ceux de Damas , qui élurent de leur codé » Cacem , 
fais de Carrar. Pour ce Uijet, les Cordoûans mandèrent au 
Calife , Qu'il envoyaft vn Roy en Efpagne ^ autrement oue 
tout s'alfoic perdre5.(86C€ttemdfoeaùnée,il«\voyaZubcïr, 
fib de CéliW , avec de grandes forces j & les Cordoûans le re* 
ceurenc pour Roy. Ce fut hiy qui par ùl fageffe , mit la 
paix entre les Arabes d'ETpaçne , & fit entrer f^s troupes 
dans Cordouë , Cherez, Eiibéri , Seville , 6c làen 1, & fur tou. 
te la. frontière de TAndalouiie , oâant aux Obreftiens oui 
eftoient fes fùjets ^ la troificme partie de lenjrs biens , & les 
donnant à (es gens ;, ce qui le fît oimer^^ des vns &: craindre 
des autres. Il leva vne puiflance armée pour pailer en Fran^ 
ce'-, mais avant qu'il fuu aux Pitenées ^le Roy Pépin ^ qui 
avoir fucçédé à Chyles , le Vainquit ^& lerechafla au-delà 
de TEbre, En mefme tems^ Tevan , autre Capitaine Arabe, 
qui tenoit le Gouvernement de Caltillc. pour Zubéir , eut 
vn démeflé avec le Roy Alfonfe \ qui le v^nquit prés de 
fa ville , 6c le; tua ^ . avec la plufpart des. Arabes de Damas 



c païs qui eft entre EftéJa ^Carrion, Pifucrga,^ & Duéro^ 
d'où entrant dans le Portugal ^ il fe rendît maiftre des villes 




Avila , 0(m% ^'SiépuUéd^ ,.&; pluâéur sr autres xillq nie Caftil^ 
le. pe-l^^iljpafiâ dan$ la Navtarre,^. porta fcs armes vi^ 
âorieufes ju(qu'auK Pirenées , où il remit lés Chrefbens, 
dans.leiJi^iix ^*:pàiU-dtoie«;&iJtis,pourîéviter la pctfé; 



^K 



184 DE MAHOMET ET DE SES 

curion des Arabes ,& les fit peupler & fortifier de nouveau. 
Enfuite il reftablit les Eglifes , & leur donna des ornemensi 
& le refte qui cftoit neceflaire pour le fervice divin. Cei 
viûoires étonnèrent tellement les Arabes, que la plufpaft 
fe révoltèrent contre Zubéir ,& Gualid fut contraint d'en- 
voyer Occuba pour gouverner en fa place y après qu'il eue 

* •ilcdifiaOca ^^%^^ ^^^^^ ^^^- ^^^^ Occuba ♦ dcvint fi tyran , oue plu^ 
prés de Lara . fieurs villes fe révoltèrent contre luy , & particulieremeîiç 

*"*& V ' Cordouë ,àvec d'autres de l'Andaloufie. Comme il vit qii^il 
orgos. ^,gj[^Qj|. p^j ^^^^ f^j^. pQ^jj. igyj. f^^^ç çç^g ^ jl pafla en Afri- 
que, d'où il ramena quantité d'Arabes & d'Atricains , avec 
kfquels il appaifatous ces defordres , & remit Cordouë dans 
robéïflance. Il mourut quelque tems après de maladie ^ 
mais avant que le Calife euft envoyé vn fuccefleur , Ab- 
derrame qui commandoit dans Lara , fut eftabli en fa pla- 
ce. Toutefois /incontinent après , Gualid y envoya Abu- 
bèqucr avec de nouvelles forces } mais les Gouverneurs 
d'Efpagne ne luy voulurent point obéïr , & râflemblant les 
troupes de Cordouë ^ de Tolède , d'Aragon ,& de Valen- 
ce , luy livrèrent bataille, où il mourut. Ils rèfolurent enfuite 
de fe fouftraire de l'obéïffance des Califes de Damas. Ce 
que Gualid ayant appris , leva deux puifiantes armées » 1V« 
tie en Egypte, & l'autre en Afrique ,& les envoya eh Efpa- 
gne , fous la conduite de Raduan , grand Capitaine , qui 
appaifa tous ces defordres (ans aucune effufion de fang 3 8c 
remit les peuples dans leur devoir. 
ytfriaMâsd' Cependant , mourut dans Carvan lèzid, qui avoit gou- 
f-fpagni. vemé l'Afrique avec beaucoup de réputation , depuis le ré- 
^nc d'Omar. Sa. mort caufa de grans troubles dans cette 
^ ^u Abdel, province , OÙ Abulhagex *, qui avoit efté Lieutenant d'Ab* 
dût. dulmalic , foûleva les peuples , fie fe rendit maiftre de la pluC 

part du païs , & particulièrement de la Tîngitane. il fe 
défendit vaillamment contre Gualid^ & fe fit apjpeller Atnir 
el Mocélèmin 5 mais il ne pût prendre Cârvan , où régna 
toujours queloue parent de lèzid. La rèvolrè^ d*Abulhagex 
ne rut pas pluftoft feue en Efpagnè , qu'vn Abdulmalic s'y 
fodleva , & fàvorifé des Chrefuens Mufarabes , vainquit 
Raduan , & fe fît appçUer Roy ho Califo. Mais ^ domina- 

uon 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. i8f 

don ne s'cteodic eue fur Tolède , Caftille , & Arragon , 

Sarce-que Raduan le maîntint dans Cordouë , & dans l' An^ 
aloufie. Comme il fe vie toutefois fans efpérance de fe- 
cours du cofté de l'Afrique y il répandit toutes fes troupes 
dans les places- frontières ^ & vogua vers Alexandrie y d'oa 
il regas;na Damas , fur Teipërance d'ea ramener de nou- 
velles torcesw II ne fut pas pludoft parti , qu'Abdumalic 
dB&gesL Cordouë , qui de-peur de tomber fous fa puifTan- 
ce , dépefcha vers Abul Hagex pour en tirer du lecours y 
fous promefle de luy. obâr. Afiemblant donc vne puiflàn^ 
te année dans ta Barbarie , dont il s'eftoic déjà rendu mai* 



flre y il pafia en Ëfpaene , &c ayant eflé receu dans Cordouë ^ 
& dans les antres pLtces de l'Andaloufie , marcha . contre 
Abdolmalic , qui s^efloit retiré à Tolède. Abdulmalic ne 
kdfEi pas de venir au-devant de^ luy avec toutes les forces^ 
des Nfnfàrabes , £( de luy donner bataille fur les bords de 
de là Guadiane ^^ovt Abu! Hagex fut vaincu ^ & fe retira à 
Cordeuc. Mais comme il avoit perdu beaucoup de troupes , 
il n^y ofa pas attendre fon ennemi , & repafEi à Gibraltar , ou 
il avoît laifFo fou armée navale ,Zc de-là en^ Afrique ^.proi* 
mettant par-tout oh il pafibit , de revenir |aveç de plus- 
grandes forces. Cependant ^ Abdulmalic fè rendit maiftrè 
de Cordouë , & des places voifines y où il' exerça de eraiu 
des craautez contre ceux qui ne luy voulurent pas ooéir^- 



d^autre-cofl^^Abulhagex ne Rit pas plufioft arrivé en Bar «^ 
barie , qu'il leva vne puiflante armée , dont il donna le 
connnandement à Abderrame y qui ayant efté bien receu à 
Malaga, & à Ellibérï ^ marcha contre Cordouë, où AbduU 
malic s'eftoit renfermé , ne fe (entant ms ailez fort ppof 
tenir la campagne. Mais Abd^erramè l'y for^ , Ôt luy' fît 
couper la telte. De.là paâTant à Tolède y qui fe rendit a 
compofîtion , i# courut toutes les provinces y 6c les remit 
dans l'obé'ifrance d' Abul Hagex. 

. Tandis cjue ces chofes fe pafToient en Efpagne , Radaan 
arriva dl Damas , où ayant rendu compte de tout, le Califé 
chit quûl eftoit à propos , avant toutes chofes y d'appaifer 
la révolte d'Afrique , èc levant deux puiflantes armées , Tv^ 
ne de mer , & Tautre de terre y dqnna à Raduian le com<- 

A a 



i86^ DE MAHOMET ET DE SES 

mandement de la première qui s'eftoit faite à Alexandrie, 
ic celuy de l'autre à lofef , pour paâèr en Barbarie, ic de- 
là, en Efpagne. Sur ces nouvelles , Abul Hagex niarcha con^ 
tre ceUiy-cy <jui venoit par terre, & envoya le refte de Tes 
troupes garder les places maritimes contre l'armée navale* 
-Les deux armées de terre fe rencontrèrent dans les canu 
pagnes de Tachora , à trois lieuës de Tripoli de Barbarie^ 
• AM Ikeai ^^ après vn fanglant combat , Abul Hagex fut vaincu &tué, 
" ' & foa fils * fe (àuva vers la Mauritanie, avec le débris de 
Romauw qui l'armée. Le victorieux prit Tripoli , Capes , & Car van, 
lie s'étend ouc avec Ics provinces Orientales de l'Afrique^ qu'il réduifii 
IJ^^*"^"' après toute entière fous, la puiflànce de Gualid. 
jtgit. Pour retourner au Levant , l'Empereur Léon moumt Van 

fepc cens quarance-deux , laiÔant pour fuccefleur , fon fils 
• Conftantin Copronyme, qui régna trente«cinq ans -^ Se ne 
fut pas moins nérétique que ion père ^ni moins . vicieux 
&c ennemi de la Foy Catholique. Il difputaP£mpire à Alto- 
bafe,& le vainquit} mais pendant cette guerre , Gualid fit 
4e ^ans maux aux provinces de TEmpire ^ &: fit (buffirir le 
martyre a plufieurs Cbreftieiis , pour les contraindre à re- 
nier ieuriÎDy. Le Bienheureux Martvr Eutrique » fils du 
Patrice Marianus , mourut alors , & efl; fort révéré dans la 
Af éfopotamie , oii l'on dit que Dieu a opéré plufieurs ml- 
, racles par le moyen de fes KeliqueiS. Enfin , Gualid mourut 
74- ' j'^yg^ fçp^ ÇÇJJ5 quarante^fix , & lézid cl Gclid luy fuccéda. 

CHAPITRE XV. 



De leT^i cl Gélid , trei:(iéme Calife ; ^ de ce qui arriva 

de plus remarcjuahle fins fin règne, 

IEziD^qui fbt (urnommé Gélid, parce*qu'il eftoit beau^ 
prit les refnes de PEmpire, Tan fept cens quarance-fept, 
te ne régna qu'vn an , pendant lequel il s'empara de TlAe 
de Chypre durant les guerres de Conftantin , ê^d'Altobaze, 
& après l'avoir (accaeée , en emmena tous les habitans en 
Syrie. . Paul Dia^cre oit, que Cofme , Patriarche d'Aléxaii^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 187 

drié , renonça alors aux erreurs des Monothëlites , que le 
Pacmrche Cyrus avoir introduites en Egypte fous TEmpi- 
re d'Hcraclius , & fe convertit à la Foy ^Catholique , avec 
tous ces peuples.. Il y eut enr ce tems-la beaucoup de mar- 
cyrs. Iczid fit couper la langue au Patriarche de Damas , 
qui pre£choit publiquement contre la fede des Manichéens. 
te des Arabes , 6c le relégua dans l'Arabie heureufe , où il 
foufiFrit le martyre j pour avoir prêché contre Mahomet. 
Saint Pierre Martyr , mourut aufli alors pour le mefme fu- 
jet: car il criôit qne Mahomet eftoit vn impofteur , & que 
cous cetn qui y ajoÂroieat foy, eftoient damnez 3 Qu^il fa-- 
loit croire au Père , au Fils , ftc ^vt Saint Efprit , vnis con* 
fîibftantiellement y & eftre dans le giron de TEelife. Il fut 
ttté ak>rs par ces efclaves de Satané, & rendit rame à Ton 
Créateur. Quelque tems après , lézid fut tué en trahifoi» 
par les Saraiins , & fon Gis Hçchen luy fuccéda, 

CHAPITRE XVL 

Dr Héchen j quatarT^ieme CaUfi ; ^ dece qui arriva 

de rtmarquahlc Cous fin réffic. 

HEcHEH Aben Alas commença k réj^ner Tàn fèpt 
cens quarante-huit ,& ne fut ^as pluftoft fkr le trône^ ^ .g 
€}ue les Saraiins élurent pour Calite ^Marvaa , qui gouver^ 
iiott alors l'Egypte , ce qui caufà de gran» troubles , ceux 
de Syrie ÊLvohiant Héchen , & ceux a Egypte & d^Arabie 
Marvan. Celuy-xy fo trêve avec ITEm^ereur Conftandn , 
à la charge de luy donner tous les ans trois cens mille be« 
iâns d'or » trois cens chevaux , & trois cens^ efclaves , & de 
luy remettre entre les mains tout ce que les Arabes occu^ 
ppienrdans la'ï'hrace ^ moyennant quoy , ^Empereur pro« 
mettoit de le fecourir , comme il fit : car paj^ Ion moyen , 
Marvan obtint la ¥iâoire contre Héchen , qu'il fît mourir 
avec fes enfans ^ & tous ceux de là maifon de Gualid , qui 
luy pouvoient donner quelque ombrage. Après s'eflre ren- 
du, maiftre de. k Syrie y\\ fit abatte les mur» d'Eliopolis , de 
léfufàiem y& de Damas, &. fit mourir cruellement tous les 

Aa ïy 



i88 DE MAHOMET ET DE SES 

Grans qui avoient favorifié le parti d^Hechen.Mais il rfap- 
paifa pas pour cela les troubles ^ comme nous verrons en 
Ion lieiL 

CHAPITRE XVII. 

é 
r 

'De Marvan tjêcond dn nom , quinT^éme Calife ; ^ de et 

qui Je pajft fitts fin réffie. 



M 



 n V A N , fils de Mahomet ^ fuccéda à lEmpite deff 
Arabes après la mort d'Héchen , vers ]'aiiiice fepc 
cens quarante-tuit , & ne réma pas fîx ans. Cependant^ ' 
lofef & Raduan ayant achevé la euerre d^ Afrique^ 8c laiflc 
pour Gouverneur <te Carvan ^ rvn des enfans de lëzid ; 
pafTérent en Efpagne avec vne puiflante armée , pour en 
• 751. chaffer Abderrame , qui 4è défendit * vaillamment à la fa- 
veur des Mu{ara:bes. Marvan envoya donc vne grande ar-^ 

cfté"flcmbîée ™^^ * ^^ Ejjpagne , qui débarqua a Cartas érie , & s'eftant 
à AUxandric. jointe , lofet donna telle épouvante à Aoderrame , qu*il 
foos le corn, pafla en. Afrique fans Poier attendre. Il ftit quelques jours 
dc^lSa" ^^^^ ^ Numidie i demander fecours aux Arabes , & aux 

Africains 9 qui ne reconnoifToient pas le Calife de Damas ^ 
& particulièrement aux en£sms d'Abul Hagex , qui y avoient 
<]uelque autorité. Cependant ceux qui commandoiem Tar^ 
vaèt de Marvan en Eipagne n^ayant plus d'ennemis , tour» 
^ En Arabe , uéreut ieucs armes contre les François * ^ & entrant par 
Fraochis. les Pircnces^coururept tout le quartier dcNarbonne. Mais 

Pépin , fils de Charîei Martel, affembla fes troupes , & les 
ayant furpris en defordre^encua vn grand nombre, & con- 
traignit le refte de fe fauver , fans ofer retourner durant 
tout fon régne. Ce Prince aquit tant de réputation par 
cette viâ-oif e , que les François démirent le Roy Childé*- 
rie , & félûrent en fa place , pendant le Pontificat du Pape 
Zacharie , luy donnant fon fils Charles pour fuccefleur , qui 
fiit depuis appelé Charlemagne , quoy-que quelques -vriS 
croyent qu'il eftoit fon frère. 

Cependant, trois Arabes , Thehid^ Dam , & Soliman, 
que aâuttes appellent Zulcimin , fe (oulevérenc en Orient. 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 189 

contre Marvân , qui les pourfuivit à force d'armes , & pre- 
nant Thebid , le fit mourir aufli-bien que Data , qui avoit 
vaincu & tué fon fils , & contraignit Soliman de le fauvcr 
en Perfe. L'Empereur Conftance prenant cette occafion 
pour rompre la trêve , entra dans la Syrie , dont il prit quel- 
ques places * j mais Manran ayant vaincu Data y tourna fes » Gcrmani- 
armes contre luy , & les reprit en peu de tems, avec ^rand «. 
meurtre des Chreftiens ; puis paflant à Emefle , l'aflîcgea , 
& la prit en quatre mois. II cftoit fiirvenu quelque tems 
auparavant vn grand tremblement de terre dans la Palefti- 
ne , qui renveria pkifieurs villes, & s'étendit jufqu'en Thra^ 
ce j en Grèce -, & en Italie. Il fiit fiiivi des troubles de la 
Perfe , où Zulçimin renou vella la fede de Muâar , ibûte- 
nant qu^Ali eftoit plus grand Prophète que Mabomet j te 
par le çonfeii d*vn Arabe , nomme Catbaban , ayant pris le 
titre dT4amir el Mocélêmin , il foûleva les ferviteurs con- 
tre leurs maiftrès , ce qui fut le commencement des fiiâions 
<ies Lamonites ^ic des Caifinores^donc les vns embrailbient 
Tne fede , & les autres vne autre. Il eftoit Chef des pré- ^ 
miers , & comme le <îouvemeur dé la province * 4uy eut ^^[^;5£^ 
-oppofé cent miile hommes , les Lamonites , quoy.qu'infé- yan. ' 
neurs en nombre , tenant leur Chef pour vn Saint , fe ba- 
tirent en defefpérez , 8c remportèrent la vidoire. Orgueil- 
leux de ce lîiccés ^ ils marchèrent contre Marvan , qui avoit 
vne armée de trois cens milk hommes , & luy en tuèrent h 
nlus grande partie prés de la rivière de Zaban. Marvan sce- 
llant Êiuvé par-deflus vn pont y y laiila garde pour empefcfaer 
Tennemi de le fuivre , & prenant fes femmes^ fes enians , fe 
retira en Egypte , avec ouatre mille chevaux. Zulçimin en- 
voya fon fils Celma après luy , avec vne partie de l'armée j 
& r année fuiuante , il y eut entre «eux vne fanglante bataiL 754* 
le, où Marvan fut vain eu, Se pris prifonnier. Le vainqueur 
luy ayant fait trancher la tefte , fit mourir enfuite tous ceux 
qu'il pût atraper de cette maifon. Le refte fe fauva en Et; 
pagne , & dans la Mauritanie , où ils établirent plufieurs 
Royaumes , comme nous dirons en fon lieu. De ce Zulçi« 
min ou Soliman , fornt Mufa Ca^ejn , qui remit fur le trô-^ 
ne b race ilè Mahomet , & dont les Sofis qui régnent fw 

A a ii} 



190 DE MAHOMET ET DE SES 
♦FarMudar, Pcrfe foot dcfcendus *. Du refte,Marvan eftoit grand amj^ 
MoahécuTxc. des Chreftiens , & fc montrant afFeâionné aux personnes 
cond fils d'Ali, dodcs , confcntit que Théophylade fuft facrc Patriarche 
Ifahomtt! d* Antioche ^ l'honora pour ion (avoir & pour fa vertu y êc 

fit mourir cruellement Abas ^ grand perfecutçur des Chré- 
tiens. 
^f. Pour retourner aux affaires d'ETpagnc ^ après Ta retraite 

JP^ • jej Arabes de la France , Alfonfe Roy de Leoa afiembla. 
fes troupes , & prit quelques places de la Navarre |/6c lofef 
Tëflant venu rencontrer prés de Caialiorre , fvir les rives de 
TEbre , fut vaincu ,.& tout le païs conquis rufqu'à Saragofle». 
Cette vîâoire ât foûlever Valence , Barcelone ^ 6c d'autres, 
places de ces quartiers contre lofef ^ qui fe retira à Tolède 
en mauvais oicdre. Alfonib continuant (es prpgrez.fut can* 
traint de payer le tribut à la Natureyaprës avoir r'€gné:diX'» 
^Fruyia. Kuit ans.. Il laifla pour fuccefleur vu fils ♦ ^ oui des la pre- 
mière année fè bâtit contre lofef , lequel fur la nouvelle de 
cette mort efl:am: entré en Galice avec toutes les forcer de& 
^- . Arabes,, luy tua fon fils Omar, & plus de cinquaxite mil- 
le hommes. Ceux de Galice attirez par ceti^ vicloire ^ ie 
donnèrent à luy , & les Arabes fe révoltèrent contre lofcf, 
* Ennemi de & appelèrent à leur fccours Abderrame * ^ qpi efloit 
lofcf, & de en Afrique, Il pafTa auifî-toft en. Efpagne avec quelques- 
!?-Abésr^ Arabes & Africains , & ayant débarqurc à Malagayfut te- 

ceu magnifiquement dans Cordouë }. où après avoif rafraif* 
chi {qs^ gens ^ & groffi fon armée des garnifons-de l'Anda* 
lou(le,ii marcha contre Tolède.. Sur ces nouvelles , lofcf 
fortit contre luy a^vec tout ce qu'il put ramaâer. Mais Ab» 
derrame paiTa les détroits de Sierramorena le plus viile qu'il 
pût, devint camper fur laGuadiane. Les deux armées efcanc 
en préfence , on vint aux mains , & lofef fut batu y & con^ 
craint de fe retirer à Tolède , où il fit pea de fejpur,. Car 
laifËmt le Gouvernement de la ville à Galafre fon nçveu , il 
gagna en diligence la ville d'Ellibèri ^tandis qu* Abderrame 
i^iâorieux s'en retournoit à Cordouë. lofef ayant raffem* 
blé de nouvelles forces , fiit chercher fon ennemi pour fon» 
*oQ d'OA« maUhciir: car il fut vaic^çuâc tué près de Cordouë. Etain-r 
■ûc, £ Abderrame.) de la MaUon d'Vmeya.'^ ^demeura paiflble pof^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL i^ 

firflcar de ? Andaloufie , (c fècouant le joug des Califes de 
Danas^ fe fit appeler Roy de Cordouc *. De fa race font Ij^l^ "* 
dcCccndos depere-en-fik Boit * Rois ,qui ont régne plus de ^ <>»« m 
deux £ens cmcpiante ans , en y comprenant Con régne , juf* AUmàn» aKa- 
«i4 ce que Mahomet le Méhédi prit le dernier d^ Cor- w. Abdœ». 
ciouf ; ce cpii fc dira en fuite. Slha^Â(. 

mundir^Abda- 

CHAPITRE XVIII. «ffiS^ 

D^xAhiiisahé fcz^emt Cdlifi ^ & Je ce qui arrivé 

/oM fin regu. 

L* Emp ift.E fe partagea après la mort de Marvan. Les 
Perfes élurent AmirZuldman * : Ceux de Syrie Abu- * ouSotîman. 
baba ^ fis de Mahamet : Ceux d'Efpagne Abderrame , fils d'V*- 
meya : Ceux d* Arabie Abdala , fils de Mahamet ; & ceux d*£. 
eypteCélim le Boiteux^ fils de Soliman, qui fut le premier 
desSoudans d'Egypte, & eftablit le fié^e de (on Empire au 
Caire« Tous ceux « cy eftoient defcendus d* Ali & d^Abés , 
oncle de Mahomet , & ^aflemblérent à Cufa , pour exclure 
de' la fucceflîon les autres Califes. Ils diviférent donc ainli 
PEmptre entre eux , à la refenre de TEfpagne ; mais ils ne 
kdflbient pas de reconnoiftre Abub^a pour fouverain Ca- 
life,& luy nommèrent pour iuccefleor fon firére Abdala ^ 8c 
après luy Héchen , fils de Muça« 

L'Efpagne eftoit aloxs fort tourmentée des guerres d*Ab- ^JlMP'* 
dcrxame. Et pour luy fiadre tefte, Galafre Roy de Tolède, 
& quelques autres Chefs , offrirent tribut à Fruyla & à Pé- 
pin, pour en obtenir du fecours. Cette ligue eftant conclue, 
Pépin envoya Charles fon fils , avec quantité de Noblefle 
Françoife ,{e joindre à eux 6c à Fruyla, d'où pafTant à Tolè^ 
de , ils furent fort bien receus de Galafre , & firent de grans 
exploits d'armes contre Abderrame. Charles s'eft|int campé 
dans les fauxboures de Tolède , devint amoureux , à ce qu'on 
dit , de Galîane , fille de Galafre , & luy promit de Tépoufer 
pourveu qu'elle fe fift Chreftienne , à quoy fon pcre confen- 
tit ,fur relpér^nce d'établir p^ là fon Empire* Four la celé* 



19% DE MAHOMET ET DE SES 

bratioa de ces noces ^ il fît baftir vn Palais dans les jardins^ 
où Charles eftôit campé, qu'on appelle encore aujbwrd^iiuy 
le Palais de Galiane^ de- peur ^apparemment, quelcsCfaré^ 
tiens encrant en foule dans la ville ne s'en puflent rendre 
maiftres. Mais cette guerre n'eut pas le fuccés qp*on s'en- 
promettoit. Car Abdcrrame pour defunir Teâ ennemis y. fit 
trêve avec Pépin 5 dequoy Charles averti ^ 8t des menées de 
fon cadet , qui préteudoit à la Couronne y prit Galiane , & fe 
retira à Bordeaux. Quelques Ecrivains Arabes ,& particuliè- 
rement Aben el gézar , en fon livre des rareter des villes, 
difent qu'au Palais de Galiane il y avoir vn étang dontPeau 
fe haufloit 6c fe baiflbit félon le cours de la Lune , par art 
magique, 8c qu'en fe hauflant elle s^alloit rendre dans la vil- 
le par defTus le pont. D'autres content Thiftoirc de Galiane 
d'vne autre forte ,& ddfent que Charles eftant mal.avecPe- 
pin ,fe retira avec quantité de Noblefle à Tolède ^ où Ga- 
lâffre le receut favorablement ,.&l lé Êûiânt Général de fon 
armée , l^envoya contre le Roy dé Cordou* -, Qi/èftant en- 
core a Tolède y vn Seigneur Arabe fort puiilant ,, nomme^ 
!Çràiname , demanda Galiane en mariage ^ & ne la pouvant 
obtenir, vint mettre le (lége devant Tolède^, où Charles fe 
Bâtit contre luy , de le tua de fa ptopre.main. Que Galiane 
eftant fortie eniuite pour fè divertir dans fes jardins , où elle 
fe baigpoit qxielq^erbis ,. Charles Penleva, Se fe fauvant par 
k yoyé qu'on nomme de Galiane ,fe« retira en France, ou il 
I*cpoufa dans Bordeaux. (>ioy-que les Hiftoricns ne foient 
d'acéord ni du tems y ni des circonftânces , il e{^ certain 
pourtant que Charles époufa cette béante , & n'en eut aux 
cuns enfans.. 
j^fie- & A' Pour retourner aux affaires de rAiîc , fa première année 
friquck du régne d^Abubala,il y eut vne fanglante guerre entre les 

Arabes , fur le bruit oue Marvan n'èftoit pas mort -, & pour 
les appaifer il leur falut montrer fon corps inhumé. En mef- 
me oems Ips naturels Afriquains de Barbarie & de Libye , 
prirent les armes contre les Arabes fous la feveur d'Abauï- 
nedi,fils d^AbulHàgex ,& fulminant contre la feftedè Ma- 
* homet , tuèrent le Gouverneur de Conftantîne, & tous les 

Aifâquis qu'ils pi^rent rencontœr. Celim averti de ces dés- 
ordres 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL ' i^ 

offdtes tsà Egypte ^ le^i vue aimée de vingt niîlle chctaux 
& de €WWAntQ jnille hommes de pied ^ qnî payant en Bar- 
barie par W de^u de Barca , appaifa la reDellion ^ fc tua 
Abdumcd^ > aprés-quo ]f les Zénetes Africains ^ qui eftoienc 
lesauiewrsde ki révolce, fe retirèrent en dei^ordre dans les 
de&rts de la NumkHe. EnTuice Abicibaba n^rarut av comr 
mencencEntde. Tannée fepc ceris foixante, Se fou frère Ab- 7<>o. 
dala luy 6i€x:cda , qui fit de grandes cbo^fes^ comme noiis ^'ll^^g^^^^J 
venroni a« cb^pitrQ finvan*. saiiiI 



I „ 



CHAPITRE X!X 

lyAbdala y fis de Mahomet , Sx -Jè^timt Cdlifi ; CT dt 

ce atà arrw4 de fin tems^ 

r ' • 

» • • - . , ; , , 

ABDAt A aryaiir pris ks» refiles de l'Empire , comme il 
avoir efté aîreâbi danï Taffenshlce de Cu£^ ^ oà il fut 
nonamé poor facceâeiir ^ apprit daos b Méoue qa'vn autre 
Abdak, fils d'Ali^ avoir dié élii pour Cabte eix Syrie ^ & 
prix le Roy dcperfe delu^y .amferieei le inpirêtne di^é 
d'honneur quiilay.cftoic éshdip^ là itiort d'AbnimbaL • td* 
moigiiaiift heaucotip de rêfpeâpottir.kt Maifoa d'Ali, &fai** 
£mr de grandes promefles pour obtenir ce qu'il denaadoie. 
I>'aatre-cofte Abdala^ fila d'Ali ^qui de£ceiidoit de la Mai^ 
fon d'Ommie , leva vne puiflânte armée d'Arabes ^ de Pa*. 
leftins, d^Efi^vons & d'AdCipcbiens y qui eftoienc ennemis 
de Ja fadiondcs Perfibs * quidoinlnotr , &. vint établit fon *^»"»phor 
fiége à Baldac ^. Mais Amir ei nracélémin , qui avoie vne * Babyionr: 
armée toute prefte ^tuy donna bâtaJULe prés de Nizibe, & le 
contraigne oe fe fmiver dansDanias.avec:peude troupes, le 
refte ayant: eftc; déÊiit« Enfldde cette vîâoire,. il ne le foii^ 
cia. plus de.Uautce Abdak^qui eâx>iii le légitimeTucceilèur ^ 
%L ne fongeà plus qu'i ie rendre maiftre de tout l'Empire. 
Mais le vaincu s'eftantÊiuvé à Damas , tous les Syriens & lès 
Arabes de ces quardei s fc foûievérent, en fa. £iveur ^ & non 
contiens de dé£?ndrè l'entrée du pais au ViéVoheux , repris 
lenc fi» Iny les. places quil avoir occupées depuis k bauiU 

Bb 



Î94 DE MAHOMET ET DE SES^ 

le de Nizibe. D'autre tofté Abdala, fils de Mahamct , rti- 
femblant les fotces de TÀrabie , marcha contre Âmir ) & pour 
faciliter fa défaire , fe racommodà avec l'autre Abdala y fous 
promcffe de le laifTer paifible poflefTeur de la Syrie. Sur ces 
nouvelles ^ Amir pour li'avoir point à combatrc en mefmc 
tems dëuî ennemis fi puifîans, laifla vne partie de Tes gens 
en garnifon dans les places qu'il a voit- prifes , Se fe retira en 
Per^ avec le refte de fi^n armée. Il fe doufoit bien ^ue fcs 
ennemis ne (eroient pas long- tems d'accord ^ &: vouloir ti« 
rer la guerre en longueur. En effet , Abdala , fils de M aha- 
met , ayant engatgé rautre à' le^^enir voir , fous prétexte dV- 
ne conférence , le rççeut avec grand appareil j mais le logea 
ilans vn corps de logis , donc ilavoitfait fàper les fondemens^ 
èc qui récrafà la nuit par fa cheute. Enfuite confidérant la 
difficulté qu'il auroit a vaiocre Amir , qui eftoit maiftre de 
toute la Perfe x il l'envoya reconnu '^ ^ - - 

prefenter l'épee Se les brodequins 
marque de cette dignité. Sur^quoy 
ver avec cinq mille chevaux , ils fe retirèrent tous deux vn 
peu à récart pour ^'entretenir ^Sc Abdala le poignarda ^ puis 
.•remontant à cheval ^à l'aide des fiens'^ fe jetta brufquemént 
fur la cavalerie desPerfès^Sc la contraignit de fe fauver par 
la fuite. Enfuite il mena fon armée en Perfe, Se ayant tué 
Cataban , qui foufbenoit le party d' Amir , il fe rendit maiftre 
de tout l^^païs, Se demeura par ce moyen paifible pofTefleur 
de rjEmpire* 
Ffiégtte. £|i mefine oems Âbderrame , Roy de Cordouë , ayant re- 

oeu V n puiiïànt fecours d'Afrique , ( car on £aiit monter fon 
armée à trente mille chevaux , Se à deux cens mille hommes 
de pied) ravagea toute la Caftille j Se le Roy de l^eoa.n'c^ 
tant pas afiez fort pour luy refifter , il recouvra, en peu de 
tems toutes les places aue les Chreftiens avoient reconqui-* 
fes fur les Arabes. Apres avoir g^enc les Royaumes dé -^^a^ 
ftille, d'Arraeon,de Navarre Se cîc Portugal , Se laiffé fe\i- 
lement libre ta partie Septentrionale d'Efpagne , qui efb for- 
tifiée par la Nature , il alla afilézer^Galafire dans T6l<^de i 
mais il fut contraint de lever le fiégé, de-forte que lûflanc 
yèû ion armée dam les pjbices d'alentour . pour la œnir toui ours 



f 

u 



SVCCESSEVRS , LIVRE II. i^s 

en bride, il retourna pailer Thiver à Cordouë, après avoir fait 
tant de maux durant cette conquefte , que les Ecrivain» en 
font le fécond deftniâreur de rÈfpagne. 

Pour retourner maintenant aux affaires deTAfie ^ fi-toft ^^• 
qu*Âbdala (c (ut rendu maiftre de TEmpire , il tourna fa ra- 
re contre (es fujets Chreftiens, & redoublant leurs tributs, 
es fit payer mefme aux Religieux £c aux Religieufes. En-' 
fuite ri fit vendre publiquement tous les biens Eccléfiafti- 
ques , & enleva de toutes les Eglifes les tableaux , les croix, 
les cloches , & défendit aux Preftres de célébrer ni d*en- 
feigner la dodrine Chreftienne. D'autre - cofté le Soudan c^Um. 
d'Egypte défendit fur peine de la vie , de faire des croix , 
de baftir ni Eglife , ni Monaflére , & de difputer de religion 
avec les Mahométans« Voilà quelle efloit l'oppreflîon que 
fouf&oient les Chrefliens qui efboient fujets des Rois Ara- 
bes. 

Le Roy Fruyle ayant eflé tué par fes vaflaux , Aurélio « J 
fon firére ou fon couiin , fut mis en (a place. En mefme tems ^Jt^^^^' 
le Roy Abderrame retourna afliéger Tolède , & Galafre de- 
manda fecours à ce Prince , & à Cnarlemaghe qui eftoit déjà 
Roy de France par la mort de Pépin fon pcre , & voyant 
que perfonne ne fe prefToit de le lecourir ^ & que Charles 
eftoit occupé en fon pais , & Aurélio n'avoif pas affez de 
force pour fe défendre , il fe rendit, & fë fit vaflal d^Abder. 
rame , qui entrant dans Tolède , y lai fia fon fils SoKman 
pour Gouverneur. Les Seigneurs de Calahorre & de Cor^ 
dovilla , qui jufqû'alors n'avoient pas voulu obéir , firent Abf AnSû^ 
de mefme. De-la Abderrame marcha contre Sara^ofle , dont 
vn Arabe s'ef^oit rendu maiflre. Mais il ne Tofa attendre y 
& abandonna la ville , de-forte qu'Abderrame s'en empara 
Gtns aucune refîfbince ^uis retourna à Cordouë. L'an fêpt 7^7* 
cens foixante-fept les Turcs pafférent le mont Caueafè , te 
ayant ravagé TArménie , s*en retournèrent en leur pats. 
L'année fuivante Héchen , fils de Muçi ,eflant tombé ma- 7^'- 
lade d'vn rume avec vn grand mal de tefte , le Calife Abda- Cela eft mar* 
la , qui vouloit l'exclure de la fucceffion de TEmpire , le fit V^P'^*»**- 
poifbnner par vn Médecin luif, fous prétexte de luy don- 
* de la poudre pour luy purger le cerveau* Car jtne Te^t 

Bïv ii 



v)G DE MAHOME-T ET DE SE5 

pas plûlK^fl: prifc , qu'elle luy ofta ksfonâioos derefpiitfic 
de la parole 3 A-bien que les Arabes élûrenc en ià place le 
fils d'Abdala , nomme Mahamec^ ^ Curnommé Méhédi^ 
• comme qui dnroit le Prefente. Le Caliife noa content de 
cela I £c voulant allèur er TEmpire à Tes defçendans ^ perfé^ 
cuca cruellement tous k^ parens des autres Califes , & tou« 
te k MaiA)n d'Ali } Se ceux qui purent écbaper de (es 
mains s'enfîiïrent aux Indes Orientales , & aux autres lieux 
reculez , pour éviter /à perilécetion» il «ndenKiura feulement 
vn dans M édine^ qu'on négligea pour Ta yieillefle , inais de 
deux enfans qu'il avoit ^ en fit couper la tefte à Tyn , & Tau- 
tre nommp Idris ^'enfuit & pada dans la Mauritanie Tingi» 
tane^où il eftablit {a demeura dans Tiulit. Il fut fi eftîmc 
des Barbares , pour fon éloquence & pour Ton iàvoir , qu'ils 

ib^"^ ^' W ohéirenî <prame à vn Roy 5 »& ton fils bâtit la ville de 

Fez, comme nous dirons en fon lieu» 

Afrique, ^*^^ ^^P^ ^^^^ foixante & dix^ les Africains de la lignée 

des Zénéces & 4es Haoares^ prirent encore vne fois les aones 
contre les Arabes d'Afrique , & pa^nt avecvrie puillante 
armiée \&% montaciies du grand Atlas , fe fâifurent de plu* 
fieurs provinces ne Barbarie. Car comme les Arabes n'é« 
toient pas afiez pui^ans pour iè défendre , ils fe retirèrent 
dans les deferts de Carvan« Mais vn grand fecours leur 
cftant venu d'Egvpte^ils retournèrent contre eux» Et ce* 
luy qui commaiMoit 4ans Çarvan^fe^ouverna fi bien , qu'il 
fit la paix fans qu^il en couftaft la vie à personne* 

^, En mefme tems Abdala ayant établi fon Empire , tourna 

fiss armes contre les Chrefiiens. Et Léon IV. ayant fucccdé 
à Conftantin Copronyme^ le Calife envoya {^ wp^% dans 
la Rx>inanie 6c laCafipadoce, oà elles firent de grans raya^ 
gcs. Cependanj: il alla en lérufaJem » o« il voulue ^ue les 
Chreftiens fc les luifs iè firent ^% marques à la main pour 
eftre reconnus, «Se <}uc ceux qui fcroient trouvez (ans cette 
marque,fufibmfaies dclavessce qui futcaufe queplvûrors 
abandoftnérçAt leurs maifons , 6e fe retirèrent ailleurs. 
'772. ^^^"^ retoMcner en Eljpagne , Aurélio voyant les progrès 
d'Abdcrrame «fit trêve avec luy , 4 la charge 4e luy fournir 
ipent jeunes fillei tous les ans , tant nobles que roturières » 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 197 

& leor impoÊL beaucoup d'autres rudes conditions , 8c mou^ 
lut la meime année. Silo, (00 fils, qui ne régna que buit CciayqDî». 
ans, confirma la trêve avec Abderrame-^ de-forte qu'il ne fc J^fgojrr* ^* 
fit que cela de mémorable durant fon régne. L*an fept cens ^ 
ibixantë & dix- huit, Abi-Arabi ayant efté en France s'offrir ^ ' 
pour vaflal à Cfaarlemagne ,afin d*eftrere(babli en fon Eftat, 
ce Prince pailales Monts avec vne puiflànte armée, & en- 
trant dans la Navarre , aflîégca Pampelune , où après plu^ 
ileurs Iknglans combats , les Arabes luy livrèrent la place. 
De*ià il paffa à Saragoflè , qui fe rendit aufli-toft 3 & ayant 
reftabli les Chrefiriens qui en avoicnt efté chaflez , la remit 
en la pofleflion d'Abi*Arabi:£nfiiiteil entra dans la Cata- 
longne , dont deux ennemis d'Abi-Arabi qui y régnoîent, jj^ufetl"''' ^ 
luy firent hommage , après quoy il retourna en France. 
Quelques Auteurs François diknc , Que l'année d'après, Ab- 779 • 
derrame avec vn fccours qui luy vin t3' Afrique , & ce qu'il 
put raflembler d'Efpagne , marcha contre Cnarlemagne , & 
qu'il y eut plufieurs combats entre-eux vers Bayonne , où 
plus de quarante mille Franc^ois demeurèrent Air la place 5 
qu'Auger ,pere de Roland, y perdit la vie^ mais que Char- 
les e&Lnt (ecoufu de quantité de Noblefle d'Italie 8c d'A<* 
lemagne , Abderrame mt contraint de fe retirer, & Charles AQtrcfeis<;c« 
iffiègea Bayonne, dont le fiége dura fept mois. Cependant^ quoi. 
Abderrame qui n^vott pas encore repajQTé les Monts , fût 
vaincu , èc ie fauva en Elpagne. Charlemagne le fuivit avec 
la plus grande armée des Chreftiens qmfefoit jamais veuë 
en Eipagne, & ayant gagné encore prafienrs batailles , ail 
fiijéttt toute l'Efpagne. Mais c'eft l'ArcheveiqueTurpin qui 
le dît, qui n'eft pas croyable conune les autres , lefquels aC 
feurent que Charles ayant pris Pampelune , £c quantité 
d'autres places de ces quarders, marcha vers Saragoile^où 
Abderrame luy donna bataille , Sa fut vaincu , avec perte de ^^u ' 
trémie mille Arabes. Qu'après cette viâoire , Charlemagne ^^^ 
pafla i, vne autre place , qu'il prit de fiotce , & enfui te à Sa- Nacbata. 
rageflê,qttî {c rendit à compofition , 6c qtfil livra à Abi" 
ArabiyComme nou; avons dit. Qujen faite il retourna en 
Feaace, pour appaiièr vne rébellion «, mais que les Gafcons 
fe nwtincftfit en chemin , fc fe jettj^renc Cur le i^agàge , i 

Bb iij 




198 DE MAHOMET ET DE SES 

qtioy Abi-Arabi confetitic Jaloux de voir enlever toutes les 
richefTes d'£rpagne. Mais ceux qui difent cela^nedifenti'as 
qu*Abderrame pafla en France ^ ni qu*il fut tué par Ghar- 
kmagne^Sc c'eft la plus véritable opinion, comme il fe ver- 
ra enfuipte. 
jijie. Pour retourner en Afie^Tan fept cens quatre-vingts ,jbus 

780. 1^ r^g^^ d'Abdala Jes Turcs panèrent les détroits du mont 
Caucafe , autrement les portes Cafpiennes , en auffi grand 
nombre que la première fois , & fe bâtirent contre les Sa- 
rafîns,avec grande perte de part-&-d'autre , puis fe reti- 
rèrent chargez de dépouilles. L*année diaprés Abdalamou* 
rut , après avoir régné vingt ôc vn an y & fon fils Mchédi 
luy fuccéda» 

CHAPITRE XX. 

De ^^ahamet le t^ehêdi , dix - huitième Calife i & des 

chojes qui Arrivèrent Jousjon règne. 

jtjii. XyTAHAMET Méhédi prit les refnes de l'Empire Fan 

g j J[ V JLfcpt cens, quatre, vingts & vn , & régna neuf ans. Il fit 

* co ron me ^'abord des courfcs dans les provinces Romaines , fous 

opronyï . j»£j^pjj,ç j^ Leon 1 V.* qui afTemblant toutes fes forces pour 

Lacana ^^Y refifl:er,en donna: la conduite à vn Capitaine Efclavon, 
dracon IcQuel cutta dans TArménie avec vne armée de plus de cent 

î^E^ hww ^ mille hommes ^ vainquit le fils de Mahamet * en bataille 
*ifcai!*'* rangée , & pafl&nt viâorieux i Damas, où il s*eftoit retiri 

avec le débris de fes troupes ^Tafliégea dans cette place. Ce 
Prince voyant la ville recluite aux aoois , 6c que les habitans 
parloient déjà de fe rendre , compofa avec le Capitaine £C 
clnvon, & luy donna tant d'argent , qu'il leva leflége. De- 
là ce Capitaine traverfa la Syrie , où il raflembla tous \c% 
Hérétiques^ lacobites, & les renvoya en Thrace , puis retourna vi&o^i 

rieux chargé de butin. Sur cts nouvelles , Mahamet ramafla 

^ toutes Çts forces , & pafla en lérufalem , où il partagea fou 

armée en trois , & l'envoya dans les provinces de l'Empire. 

Son fils Ifbal entra dans la Romanie , avec les Perfes ôc les 



^VCCESSEVRS, LIVRE IL 199 

Cûraxianiens Maurophores } Ibni Lazuar fut à Edefle ^ Se 
Aben Zubéir dans rArménic , avec ordre à tous , de dé- 
truire toutes les Eglifes , & d*cgorgcr tous ceux oui ne ie 
voudroientpas faire Mahomctans. Mais Lazuar euant ar- 
rivé i Edefle , publia qu'il ne forccroit perfonne d'aban- 
donner fa Foy , s'il n'àvoit déjà efté M^uiométan , ce qui 
en ayant obligé plufieurs à (c découvrir , il les fit mourir 
par de cruels luppbces. Ifbal n'en faifolt pas moins dans la 
Romanie^où il fit mourir quantité de Chreftiens^ Scabatre 
par-tout les Eglifes , puis s*en retourna charec de butin. 
Mais Aben Zubéir qui en avoir iatt autant dstns TArmé- 
nie , fot défait par les troupes de l'Empereur , 8c fe fàuva 
en Syrie , après avoir perdu douze cens mille Arabes. 

L*an fept cens quatre-vingts neuf, les Africains naturels Jlfriqme* 
prirent les armes contre les Arabes , & tuèrent plufieurs Alfsu 
quis ou Doâeurs de la Loy^mais le Gouverneur de Carvan e- 7^9* 
(tant accouru à leur fecours , fit lever le fiéee de Conflantine, 
Se châtia rudement les rebelles. Ceux^qui le purent fauver de 



âge, craignant les forces des Arabes qui ravageoîent les pro- 
vinces de l'Empire, fit trêve avec Mahamec , pour quelque 
tribut qu'elle luy paya tous les ans. 

Pour retourner en Efpagne , le Roy Silo mourut l'an EfpaiMf. 
fept cens quatre-^vingts , kiilant pour fuccefTeur Alfonic;, 
fils de Fruyle ; mais Mauregat , bâtard d' Alfotife le Catho* 
lique,luy ofta la Couronne, aydé des forces d'Abderrame, 
& mourut la cinquième année de fon régne odieux à tous 
les Chreftiens , parce-qu'il payoit tous les ans cent jeunes 
filles à ce Prince Mabométan ,Sc faifoit plufieurs autres in» 
£amies femblables. Vimaran , neveu de Mauregat > luy ayant 
fuccédé, rendit depuis le Royaume a Dom Alfonfe , & ne 
voulant pas Êitisfiiire au traité de fon pr édécefleur ^ Abderra- 
me envoya contre luy vne puiflante armée , fous le comman- 
dement de Muqa , lequel mt tqé ea vne bataille prés d' Aie* 
de ,avec foîxante mille Arabes^, Êms compter les prifonnierf. 
Abdename fut donc coQ^raint de Êiire trêve à des ccndi* 



ioo DE UAHOMET ET DE SES 

tions raifbnnables 9 Se n'ayant plus rien i démefler a^ec les 
Chreftiens, ni avec les Arabes d'Efpâgne , fit conAïuire la 
{.'an 790. le grande Molquée de Cordouë^Scmoarat avant qm^elle fuft 
ij. d'Avril, achevée') après avoir tégné cinquante ans, huit mois , ic 
Autrement quatre joufs. SoD fits Ofman Iny fuccéda , qui fut l'aàné 
Hifçcn. de douze garçons ^ Se de neuf filies, Abi- Arabi y Roy de 

SaragoiTe ^ mourut auffi cette année ^ & la ville fe donna» 
à Cti^rlemagne. Le Calife Mahamet rendit au mefme tems 
le tribut à la Nature ^apyës avoir régné neuf ans , lai^ir 
fon fils Muça y€»àv fuccefTeur ^ qui n'en régna que deux. 
Celuy-cy connrma la trêve que fon père avoir niite avec 
l'Impératrice Irénç y fans rien £iire de mémorable pend^uir 
fon régrU^ , fie ion coufîn Aron Rachid , qui fut fort brave ^ 
luy fuccédâ. 

CHAPITRE XXI. 

D^%>4r(m R4chid!^dixm(méme Calife; 0* ic et ^ 

arriva fius fin régne. 

AP M s la mort ck Mafaamet le Mebédi , Se <fe fon fils y 
les Arabest élurent pour Cabfe , Ai;on Rachid, <nii ré- 
gna vingt-trois ans, & fut grand perfécuteur des Chreftiens^ 
Si-toft qu'il fut élu, il rompit avec T Impératrice Irène, & 
79^* envoya vne puilTante armée en l'Ifle de Chypre, o^ piu^ 
fieurs eorfaires Cbreftiens s'eftpient retirez , fie la rangea 
£bus fon obéiflance. It n^envaya pas de moindi^es troupes 
par terre dans les provinces de l'Empire , fous le comman- 
dement d'Abdulmalic , qui ayant ruïué la Galatie , Se la Capu 
padoce , entra vidorieux dans la Romanie , Si vint jufqu'à 
Malagma , où ayant défâfit la cavalerie de l'Empire , il s^en 
retourna en lérufalem^ ^^^^ ^^ butin. L'année diaprés y 
il f eut vn grand fchifme eu Pèrfe , touchant la (eât dtes 
Morabites, que les Doâ:eurs de l'^Alcoran de Lezhari con- 
damnoient. Aron voulant tirer de ce cofté-là , accorda à 
l'Empereur Nicéphore la trêve , aux conditions de celle 
qu'il avoit faite avec Irène, fie entrant dans laPerfè , appaiiâ 

cous 



\ 

SVCCESSEVILS, LIVRE IL loi 

rous les defdrdres ^ en permetcant à chacun definvre aueile 
fede il loy piairoit , après - quoy il retourna en lëruulem^ ^^^t^ ^*^ 
L'kn huit cens vn , Aron aflembla plus de crois cens mille ^^ '**' 
hommes, Perians^ Syriens ,ou Arabes , & rompant la trêve 
avecl^Empereur^entra dans la Roraame^qu'ii pilla & rava^ 
^ea toute ^ 8c eftant arrivé à Tiane , couftruit vne fbmptuen^ 
e Mofquée à Mahomet. Et après avoir pris plufieurs châ- 
teaux , arriva à Ancyre (ans trouver de réfiftance. Nicépho- \ 
re qui s'eftoic empare de l'Empire ^aprés que Fimpératrice 
Irène eut dèpcrflcdé Ton fils,&luy eut fait crever lesyeux^ 
i-catife de & maovalfe vie , cnt compaâion du miférable eftat 
des Chreftiofs , & fe méfiant de Tes forces , voxdut appaiièr 
Aron. Il luy écrivit , qu'il s^ejftonnoit qu'il eut pris les ar^ 
mes contre luy , vtu qull ne luy avoir Eût axrcun dèpbiifir , 
& qu'il eut rompur vne crève confirmée aYec tant de fer* 
mens ^ Qu'ilne pouvoic prendre pour prétexte k diverfité 
de religion ^ pm(que Mahomet comnttndoic de chérir les 
Chreftieni comme (es frères ^ Que Dieu ne fe plaifoit pas i 
répandre le iang , & que Mahomet ne vouloir pas de fem- 
blaUes fâcrifices ) Que s'il avoir befoin d'argent, ce qu'il ne 
croyoit pas d^m Prince fi puiflant & fi abfolu , on luy en 
donneroit 3 8c que s'il en youloit ravir , Dieu efîoic au Cief 
pour maintenir la Juftice -, Qn^il n'eftoit pas fufte que les- 
mortels , a l'exemple des démons ^ eufient des inimitiez im^ 
mortelles. Ces remonifarances firent tant d'efibt , qu'il en^ 
voya vn préièut à Nicéphore des ehofës qu'il avoir prifes ^ 
9c luy accorda la trêve , à la charge qu'il payeroit tous les 
ans trente mille pefiins d'or ^ outre fix mille pour laperfon^ 
ne de l'Empereur, & de fon fils. Après avoir receû le tribut 
dVn an , il s'en retourna glorieux en lérufalem , fë vantant 
d'avoir rendu Nicéphore & fon fils tributaires. Enfuite il fit 
démolir les nlaces , fans qu'il fvA permis à l'Empereur dele^ 
reftablir. Mais la foy Se la parole du Barbare dura plus que 
crelle du Chreftien: car fî-tofl: qu'il fe fut retiré, Nicépho- 
re les fit rebafHr^fc levant vne armée regagna rout ce qu'il 
avoir perdu. Sur ces nouvelles ,. Aron envoya Abenzubéir 
dans la Romanie , où il prit la ville de Tebza , & ravageant 
la contrée , fit abatre toutes les Eglifes des Chreftiens , Se 

Ce 



lot DE MAHOMET ET DE SES 

%oz. retourna viûorieux en lérufàlem. L^année d'après il en- 
voyafon armée en Chypre, fous le conimandement de Su- 
meyt, qui ruina toute Tlfle^ & fît démolir les Edifes. Xe 
Printems fuivant il alla affiéger Rhodes , qui fe cîefendit & 
vaillamment , qu'il fut contraint de lever le fiége , après a- 
voir ruiné le païs ^ &; de fe retirer en Syrie j mais la plufparc 
de fon armée périt par vne tempefte au retour. 
M hftfe* Tandis aue ces chofes fe paflbient en Afie , les Zénétes , 
*^ ' peuples belliqueux , qui erroient comme bannis par les de- 
ierts de la Nuniidie & du Zahara, rentrèrent dans la Bar- 
barie , & fe faifiiTant de Conftantine , tuèrent ie Gouverneur 
795. que celuy de Carvan-y avok laifTé ,puis chaiTérént les Axa* 
bcs de la province , & s^en rendirent maiftres. 

EfpaiHi. Pour retourner en Efpagne , Abderrame eftant mort Tan 

•feptcens quatre-vingts dix, ETom Vermude^qui avoit toû- 
|ours reconnu tenir le. Royaume pour Alfonfe , demanda à 
Ofmin la continuation de la trêve, qu'il ne voulut accorder 
qu'à la condition du tribut ordinaire de cent filles ^ mais 
Vermude n*y voulut pas confentir , & di|: qu'il n'avoit pas 
accouftumé. de faire de femblables lafchetez,êc qu'il efpe- 
roit que Dieu le màintiendroit. Cependant, Soliman , frère 
. d' Ofmin , fe foûleva contre luy dans Tolède , & favorifé de 
quelques mutins, prit le titre de Roy d'Efpagne j fi -bien 
qu'Olmin fut contraint de faire vne trêve pure & firople a- 
vec Vermude. La guerre allumée entre les deux frères , ne 
finit que par la retraite de Soliman , qui après avoir eflc 
batu en plufieurs rencontres , & particulièrement prés de 
Vilches , fe retira dans la ville de Murcie , jufqu'à ce que I4 
neceffité le contraignift d'en fortir,& de feiauver en Barba* 
rie. Aben Rachid dit qu'on luyjpermit de fortir à condition 
de fe retirer en ce païs-là , après quoy fon frère fe rendit 
maiftre de Tolède, 8c de fes autres places. Vermude mou- 
rut l'an fept cens quatre- vingts douze, &; eut pour fvicceflèur 

lijg de Fruyic. Alfonfe *, lumommé le Chafte,quoy-que'quelques-vns difent 

qu'il avoit époufé vne (œur de Charlemagne. Il régna qua- 
rante & vn an , & garda quelque tems la trêve avec le Roy 
Maure. La guerre de Soliman eftant achevée , les Aral:)és de 
SaragoiTe (b donnèrent à Ofnûn , qui leur bailla Malic ppu^ 




TVR.E H. loj 

^ vec toutes fes 

■-orife, fie 



■nta- 



803. 

Bigil tt Gu^ 
' Cad. 



.aire , 

.Urce- 

it'aquis 

. contre 

j , avec 

dans la 

^ jvoient 

le magne 

olantac- 

rcndirent 

ent pren- 

■n dit que 

Chevaliers 

-rlemagne, 

cnoit la ville 

^ les François, 

;e, que Barcc- 

s le Débonnaire 



%o6. 



204 DE MAHOMET ET DE SES 

Lors qu*Ofmin mourut: y Omar fbn &s itiûié eftoit 

faire quelque conquefte en Barbarie ^^^^fbrte que ceux de 
Cordouë mirient en & place Altataii fbn codée , cte^quoy il 
n'eut pas pluftofi: avis^qu^il repafla en Efpagne , & iuydon* 
na pluûeurs combats , ou il mourut à la Bn. Êc Aliacanapri^ 
Çi mort ^alla demeurer i Seville, où il régna vingt-fix ans , 
neuf mois ,& cinq jourSé II drefla vne grande armée nava- 
le l*an huit cens vn , qtf il envoya courir les^coftes d'Ica^ 
lie , peupler les Ides de Majorque & de Minorque , U pren<- 
dre celles deCorie 6c de Sardaigne. Sur ces nouvelles. Char- 
lemagnequi prenoit le titre d'Empereur, envoya vne armée 
navale contre luy , qui atteignit la fienne fur les coftes de 
Sardaigne, où il y eut vn rude combat , dont les Français rem*- 
portèrent à la fin la vidoire , après avoir coulé à fond onze 
-galères des ennçmis,&; dnglanc de-la vers Majorque , chaf* 
ér«nt; les Arabes de ces Ides. Cependant , SoUman qui avoic 
eu guerre avec Ofitiin , &:s^â:oit fauve en Barbarie , repaila 
enEfpagne avec vne armée d'Arabes Ôc d'Africains, te s'é* 
tant joint avec Abdala , Yvn de fes frères , fe rendk maifbe 
du Royaume de Valence, 8c At révolter Toiéde^ te égorger 
la garnifon. Mais Aiiatan Payant vaincu^ ie fie égorger, (c 
Alxlala voyant fon frèremorr ,fjr rendit vallal duviâorienr; 
toutefois fans luy vouloir donner Tolède^ qui jouît encore 
plus de huit ans de ùl Liberté* Aliatan yiâorieax entra dans 
rArragoa , Se prit SaragpfTe , qur cAoîr fous l'cJ^éifTance de 
Ckarlemagne ^ puis courant toute la province, pafia à Bar.. 
celone , & contraignit Loulo iie fe cendre fon vafial. Sur 
ces nouvelles^ Charlonagne leva vne ipoifiante armée , Se 
dépe£cha vers Alfonfe, pour le prier de le fecomrir en cpu 
te entreprife. Quoy-qu'il eue dcioe trêve avec Aliatan , il 
luy envoya dire ,.que puliqu^il faifoîrla guerre aux Princes 
X^nreftiens , ili ne vouloir point avoir de paix avec luy* Les 
deux armiècs de France & d'Efpagne s'efbnc jointes , en* 
trcrettt dans les tcrres.de Fennemi^oà elles prkcmt en pet 
de tems plufîeurs pkces y ic Fan kx:^ cens trais alS^gérenc 
^ la ville de Lifbonneen Portugal, qn^eltes prirent de force, 
8oO. 2wis s'en retournèrent chacune en mr païs cfaargéede butin, 
fan$ que perfonne s'oppofaft à leur paflâge , parcCrqu'Alia- 



! 






SyCCESSÊVRS, LIVRE II. loj 

tan eftott occupé à la g;aerre de Catalongne avec toutes fës 
forces. A la fin pour fe vengpr , il quitta cette entreprife, £c 
eftanr arriré à Cordouë , iteputa vers les Rois de Maurita- 
nie , & vers les Chèques des Aiabes , pour en eftre fccouru 
contre les Princes Cluneftiens. Le fecours eftant arrivé vers 
le Printems de Tannée fuivante , il entra dans la Caftille a. 
vec vne année innombrable. Comme Û ravageoit les terres 
des Chreftiens, le Roy Alfonfê raflembla Tes troupes ; & 
s*eflanc joint à Tarmée que Charlemagne luy envoyoit , li- 
vra bataille à Aliatan près d' Aléde , ou il mourut loixante 
mille Arabes. Il abandonna le butin aux François qui avoient 
bien fait , Se les renvoya tres-contens en leur païs. La me(^ 
me apnée deux Seigneurs de la Cour d* Aliatan fe révolté- 803* 
rent contre luy , & luy firent b guerre l»efpace de deux ans , ^'* ^ ^*^" 
avant quTil les pût réduire en leur devoir , parce* qu'ils é- 
toienc toi^lenus par Dom Alfonfe. Cependant, Cfaarlema^ 
gne prit cette occafion pour envoyer Louïs le Débonnaire ^ 
avec vne armée en Cataionene , ou il prit Tortoië , Barce* 
lone & Lérida. D'autre^ofté , Aliatan envoya Tes Aifaquis 
en Afrique^ pour perfiiader aux Maures de le iecourir contre 
les Chrefti^is. Il aflembla donc vne puiflante armée , avec 
le (êcours des Africains & des Arabes ^ 8c entrant dans la 
•Qitalongne , reprit toutes les places que les François avoient 
prifes f année précédente. Sur ces nouvelles , Cnarlemagne 
y renvoya Louis le Débonnaire ^ mais Alîacan ne l'ofant at- 
tendre , fe retira i Cordouc , & les François fe rendirent 
floaiftres vne féconde fois du païs , puis retournèrent pren- 
dre lettf quartier-^hiver en France. Ceft-là qu'on dit que 
Roland fit des merveilles , avec quelques autres Chevaliers 
François. De-fbrte qu* Aliatan -fit trêve avec Charlemagne ^ 
laqoéite ne dura que deux ans. Car Maille qui tenoit la ville 
de SaragojSfepour Aliatan ^ rompit la trêve avex: les François ^ 
€c fit vne û cntclle guerre dans la Catalongne , que Barce* 
lone lut conoatnte de fe rendre. Mais Louïs le Débonnaire 
Y eftantacouru promptement ^ la reprit par compofition, So^« 
Bc chailant tous les Arabes de la ville , & la repeuplant de 
Chrefliens y mit Aznar , & s*ep retourna en France. Cet 
Aznar fit de cette ville h capitale de Catalongne U 

Ce uj 



io6 DE MAHOMET ET Î)E SES 

prit Gucfcar en Aragon , qu' Abdala^ vaflal de Charlemagne, 
pofTédoit ; mais le Maure s'en eftanc plaint à Char lemagne , 
il la luy fît rendre. Aznar fît tant toutefois , que Tes Sujets fe 
révoltèrent, & le reconnurent pour Souverain^ de-forte qu'il 
pofTéda long'tems cet Eflat. 

. En ce tems Hambroz , qui efloit maiftre de la ville de 
Guefcar , prés de Baça, c{l:ant allé à Tolède par le comman- 
dément d' Aliatan , pour la foliciter à rentrer dans fon de- 
voir , fous prétexte de pardon ; Ces peuples trop crédules , 
laifTérent entrer dans leur ville Abaerrame , fils aifhéd'A- 
liatan^qui n'y fut pas plufloft, qu'il fît égorger fîx mille ha- 
f 09. bitans. La mefme année le Roy Alfonfe le Çhafte voyant 
qu'il efloit fans enfans , & qu'il avoit befoin d'autres forces 
que les fîennes pour refifler aux Arabes , dépeibha fecréte- 
ment vers Charlemagne , de qui il connoiâbit la valeur ^pour 
en avoir du fecours ^ à la charge de luy laifler la Couronne. 
ks*Annaics'dc Charlemagne acceptant la condition , leva vne puiflante ar- 
Garcognc»oa mée,8c la fît pafler les montagnes , pour entrer dans laNa- 
soo. varre , comme il avoit fait autrefois j mais fur la nouvelle 

de fa venue , Alfonfe convoqua les Eftats , pour leur fisdrc 
favoir fa volonté -, à quoy n'ayant pas voulu confentir , il 
manda à ce Prince qu'il n'àyançafl pas davantage, & qu'il 
attendifl vne meilleure occafîon. Charlemagne en colère de 
fe voir fruflré de fes efpéranees > & de la dépenfe qu'il avoit 
faite , auflî-bien oue de la peine qu'il avoit prife , s'enfonça 
dans le pafïàge de Roncevaux ^avec grand nombre de Prin^ 
ces Chrefliens qu'il avoit à fa fuite. Alfonfe piqué de cela y 
commanda à tous fes Sujets de prendre les armes , & fë li- 
gua avec Aliatan , donnant le commandement de fon armée 
Gfcumcnlr^"* à Dom Bernard fon neveu. Cependant, Aliatan commanda 
rœurdu Koy, au GouvemeuT de SaragofTe d'amafTer le plus de gens qu'il 
^ \^^^^ pourroit , & de fe joindre à luy , pour empefcher les François 
ÏSuagn "* d'entrer en Efpagne j Ci - bien qu'ils marchèrent cnfcmble 

vers Roncevaux , pour leur défendre le paflage. Les Fran- 
çois eftoient cent trente*quatre mille combatans , comman- 
dez par Roland , Olivier & Aflolphe , Comtes du Palais. 
Dignité qui avoit la mefme autorité que le Roy pour les af* 
faires de. la guerre^ U^rmçç çfloit campée d^ps.U valçe 



SrCCESSEVRS, LIVRE II. 107 

d'Oipita ^ fur le coftc des Pirences , qui regarde la France 3 
£c celle d'Efpagne dans vne autre, d'où Bernard envoya fc caroio! 
iaifir des paflages, & du haut des montagnes , pour empeicher 
les Franc^ois de paflèr. Charlemaene accompagné d' Araftan, 
Roy de Bretagne , de Gondebaud Roy xle Fr ize , de Gayfre 
Duc de Guienne , de lafTon Duc de Bourgongne , ^ de 
quantité d'autres Pxinces & Seigneurs de marx^ue , qui fem^ 
bloient méprifer les forces d'E(pagne , divifa (on armée en 
trois corps ) quoy-qu*on die que ce fut vn artifice de Gane<* 
Ion. Le premier, qui eftoit comme Tavant- garde, fut con* 
duic par Roland & Olivier , avec toute la NobleiTe Fran- 
coife; Le fécond, par Louis le Débonnaire , accompac^c 
oe tous les Princes. Chariemagne , avec le Comte Ganelon 
€e réferva le dernier pour foy. L*armced*Efpagneefloit di- 
viSée ^n deux corps , Tvn de Chreftiens , commandé par 
Bernard j & l'autre de Maures , fous Mafile , fans parler 
des gens détachez , qui efloient difperfez deçà Se de4à fur 
les cimes des montagnes. Comme Tavant-earde comment 
^oit à monter chargée d*armes & fatiguée du chemin , les 
Ëfpagnols fondirent defTus de toutes parts^ 8c la rompirent 
facilement. Olivier & Roland furent tuez , Scie refle con« 
traints de fe fauver par la fuite. Ceux qui durent tuez dans 
le combat ne furent pas les plus malheureux : car les autres 
fuyans par les rochers & les précipices y moururent avec 



J>lus de tourment & de peine. L'avant-garde efbint défaite, 
a bataille ,qui la fui voit ne pût réfifber ^ Se Bernard qui 
pourfuivoit fa viâoire^, donna jufqu*au camp de Charlema^ 



gne. CcPrince voyant x:c defordre,fe retira avec fon arrié- 
re-garde à Thoulonfe j 2c les Ëfpagnols , avec les. Arabes , re- 
tournèrent viâorieux en Efpagne. 

L'année d'après , Aliatan^voyant la mef-intelligence qui 8iQ« 
efloit entre le Roy de France & d'Efpagne , r;ompit avec 
celuy-cy , qui dépefcha aufli^tofl vers Charlemagne , pour en 
effcre fecouru , 8c s'excufa fi-bien , qu'il fît la paix avec luy» 
Aliatan ayant féparé fon armée en deux , l' vne fous le corn- 
mandement d' Abulabez y Se l'autre de Mélec , envoya le 
premier dans la Galice , Se le fécond dans la Caftille. Le 
Roy Alfbnfe divifa Çptx armèeren deux , à fon exemple , ; S( 



*og DE MAHOMET ET DE SES 

en donna Tvne à Bernard , qui vainquit Abulabez , & le tua. 
à Naron j & pour luy il dent Mclec prés de la rivtére de 
Cépha , où le Maure le noya , & perdit dans ces deux ren- 
contres la plus grande partie des Arabes. 

L'an huit cens onze , Omar qui commandoit dans Méri- 
da en Eftrcmadure , entra fur les terres d'Alfonfe , ficaffiégea 
la ville de Bencvcnt ^mais elle fut fecouruëpar la diligence 
de Bernard, qui tua Omar de fa propre main,& fit tant de 
faits-d*armes cette journée-là, qu'ail fe (auva peu d^Arabes. 
La mefme année , Aliatan entra avec vne armée confidé- 
rable dans le Portugal , Scaffiégea la ville de Liftonnc , qu'il 

Î>rit par compofîtion , & reprit plufieurs places à fon retour 
ur Dom Altonfe. Mais comme il affiéçeoit Lédefme y le 
Roy accourut au fecours, & luy donna bataille, o& il mou- 
rut quantité de gens de pàrt-&-d'autre ,.{ansf qu'on pût ju- 
ger qui avoir davantage. De-forte qu'Alfonfe s'en retourna 
de fon eofté , & Aliàtan fe retira à Cordouc y après avoir 
8iK laiflc Alcama pour garder les places qu'il avoit prifes. H eir- 
voya auffi fon armée navale vers les coftes dltalie , & vne 

{partie faccagea en paflant Mfle de Sardaigne , & Tautre cel- 
e de Majorque. Mais Bernard, Roy d'Italie, s'oppofa aux 
premiers ^ & en tua la plufpart^ 

L'an huit cens douze y Alcama ayant raflemblé grand 
nombre d'Arabes dans Badachos , que les Arabes appellent 
Béled-ayx, c'eft-à-dire Terre de la vie, affiégea la ville de 
Samore , où il fut vaincu & tué par Bernard , qui pourftii* 
vant fa viftoire, laiffa peu d'ennemis en vie. Là mefme an- 
• née Aliatan voyant que fes affaires n'alloient pas trop bien^ 
îij« demanda du fecours aux Princes d'^Afrique ,aui luy envoyè- 
rent deux armées au Printems de Tannée luivante. Elles 
entrèrent toutes deux dans lesrterres de Dom Alfonfe , qui 
partagea auffi ks troupes en aeux pour leur refifter. Bernard 
vainquit Tvne fur la frotftiére de Portugal , en vn lieu appe- 
lé Valdemore j & le Roy l'autre , prés de la rivière d'Ornefe, 
où forent tuez vne infinité d*^AraDes,& quantité de places 
prifes fur l'ennemi. Aliatan ainfi maltraité , fit trêve avec 
CBarlemagne & avec Dom Alfonfe, pendant laquelle Ber- 
nard déclara la guerre au Roy Dom Alfonfe, dcluy prit la 

ville 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. so^ 

YîUe de Carpio , qui eft entre Salaitiânque & Alva-de-tor- 
mes y pour hobliger à luy rendre le Comte Sancho Diaz de 
Saldagne , fon père , qu'il tenoit prifonnier. A la fin il fut 
conclu que Bernard rendroît la ville de Carpio au Roy , 
& que le Roy luy rendroit fon père. Bernard ayant rendu 
ÙL ville, rcceut fon père mort j ce qui le fafcha tant, que fe 
recirant en France , le Roy le fit fon Conneftable. 

Nous avons dit au chapitre dix-huitiéme comme Abda- jifit. 
la, fils de Mahamet,pour eftablir fon Empire & le laiffer à 
fon fils Mahametle Mébédi,pcrfccuta la Maifon d'Ali ^ de- 
forte que Tvn fe fauva dans la Mauritanie Tingitane , & s'é^ 
tablit a Tiulit ,dans la montagne de Saraon. Celuy-cy com- Uiîs. 
me parent de Mahomet , & cf vn naturel accort , gagna tel- 
lement lé cœur de ces peuples , qu'ils le révérèrent comme 
vn Saint , & luy obéirent comme à leur Prince -, de*forte que 
ce fut le premier, qui y planta cette maudite fefte. Pour fç 
^re eftimer davantage, il envoyoit fouvent des troupes en 
Efpa^e y pour faire la guerre, aux Chreftiens ; ce qui luy a- 
miic beaucoup de bien & de réputation. Il ne laiiTa qu'vn* 
fils dVne efcbve Chreftienne de ta race des Goths : encore 
CFoit-on qu'il ne nâquitr qu'après fa mort. Il fut élevé avec 
grand' foin , & on luy donna pour conduâeur vn ancien fer- 
viteur de fon père , nommé Racbid ^ le peuple ne voulant 
point d'autre Souverain que luy. Ce Prince , qui fut appelé 
Idris , comme fon père , devint vn des plus puifTans Monar- 
ques de l'Afrique, & gagna plufieurs batailles en fà jeunefTe. e„ ^^^i^b^. 
Ce fur luy qui fonda. la ville de Fez, fur la rivière du mef- icyd^.ouZm- 
me nom , Tan fept cens quatre-vingts treize , & l'an cent qua- s^^^- 
trc-vingts cinq de l'Egvre. Cette Maifon a régné dans la 
Mauritanie entière , oru dans vne partie , cent cinquante an&, 
jufqu'à ce qu'elle fut ruinée par celle de Méquinécis , & 
enfuite par Moahédin Calife hérétique de Car van. L'an 
huit cens quatorze Aron Rachid mourut en Perfe , comme 
il fc prcparoit à faire puiflamment la guerre à l'Empereur ,- 
Se laiilk pour fuccefleur fon fils Mahamet^ pendant le régne- 
duquel arriva le fchifme de Babylone , & la divifion géné- 
rale de l'Empire des Arabes , comme nous dirons au chapi. 

tfe fuivant. 

Dd 



*io DE MABOMET ET DE SES 

CHAPITRE XXII. 

D( Mahdmet, ^vingtième Calife ; 0'de ce qui arrvva 

piHS Cm nme. 

TiiTAHAMET ayant pris les rcfnes de TEmpire , eut plu- 
' ^* 1 V Jlfieurs guerres contre fon frère Abdala , pendant quay 
les Chreftiens opprimez , Quittèrent le pais & (e retirèrent 
ailleurs. La ville delërufalefn fut la {>lus expofce à la per- 
fècution : Car les faints lieux furent profanez , les Ëelifes 
abandonnées , aufli m bien que les -Mpnaftcres , & pluhears 
Abbez & Religieux martyrifez -^ ce qui obligea les autres à fe 
retirer en Chypre ôc à Conftantinople , avec beaucoup de 
peine & de d^ger. A la fin les deux frères voyant que leur 
divifion cauferoit la'ruine de l'Empire , s'accordèrent, à la 

Et Maha- 




ou Bagdet , 

__ ^ Babylone. Ce rchiftue 

bjionc. donna fujet à plufieurs révoltes 5 & il y eut cinq Califes, 

deux en Afrique , vn en Eftwigne , & les deuxautresjà Bagdet 
& au Caire. De ceux d'Afrique , l'vn rcgnoit dans- Fez, & 
l'autre dans Carvan -, où il y av^it dsèja vn Seigneur Arabe 
nommé Agléb ou <jaleb , dont la Maiion régna plus de cent 
foixante ans , jufqu'à ce qu'elle fufk dépoffédée par Chcay 
el Moahédin , qui fut le prèmiei: dalife d'Afrique dq cofkè 
de l'Orient 5 coïï>me Idris a ^Occident, Se tous deux de di- 
verfes races & de différentes ièdes : parce-qu£ el Moahédin 
eA:oit de la Maifon d'Abès ^ oncle de Mahomet -, & Idris de 
celle d'Ali, fon gendre , (ans qtfon rcconrruft plus ni en A- 
frique , ni en Espagne , \t% Califes de Bagdet -, parce *.q^e 
ceux<y devinrent forx puiilans, particulieremeiK: ceux de 
Carvan , qui cftendirent leur Empire jufqu'aux pais des Ne«- 
grcs , & conquirent la Sicile & vne partie de la Tofcane , & 
du Royaume de Naples* Leur Cour a la fin devint (î grofle, 
que ne pouvant plus tenir dans Carvan , elle s'eftablit à Ra- 
quéda , qui en cft proche , & les Princes Vembellirent de tant 



z 



SVCCESStVRS ; LIVRE IL m 

6e laperbes édifices ^ qu'elle alloit do pair avec Bagdet. Ou- 
tre le Prince Scia Noblefle qui y faifoient leur demeure, les 
principaux babicans de Carvan s'y eftablirent avec des Do- 
âeurs^^ de la loy ,en auffi grand nombre que dans Bazra. Le 
Caire auffi s'acrut de-forte en Egypte , depuis que les Sou. 
dans y eurent cftabli leur fiége\ qu'il palle aujonrd'huy 
pour la plus grande ville du monde *. Pour les Califes d*0^ •Eoycompn^ 
rient ^ ils régnèrent dans la ville de Baldac jufqu'i ce que les umx ^dTaiI^.^ 
Tarcares laminèrent. Tan mille deux cens quatrie- vingts huit, «<>«'» q«î ^^^ 
qui fut auffi la dernière année de ces Califes. ftuTonîgl 

Cependant , le Calife Mabamet voyant reflufciter la feâe dcuchcz; 
des Moarabites , par les prédications a'vn nommé Giohora , 

ai envoyoit fes difciples par^tout , fit faire vne afTemblée 
i Baldac , oà cette feâte fut condamnée , Se tous fes adhe- 
rans pourfuivis à mort. Mais Giohora la défendit fi^bien 
depuis contre les Doâcurs de la feâe de Leshari , qu'il la 
fit embraflèr au Calife. 

En ce tems-U l'Empereur Michel, gerfdre deNicéphore, 
eut vne grande guerre, dont je parleray icy, parce - qu'elle 
fut faite en partie avec les forces des Araoes. Vn certain 
Thomas , homme de grand coeur , mais de bafTe naiflance , 
efbmt au fervice d'vn Sénateur de Conftantinople , il luy 
arriva quelque difgrace , qui l'obligea à fe retirer chez les 
Arabes , oà il aquit tant de réputation Se de crédit chez les 
Califes en l'efpace de vingt ans , qu'après avoir cmbrafTé 
leur feâe,il$ 1 envoyèrent avec vne armée contre l'Empire, 

Su'il promettoit de réduire fous leur obéïfïànce. D'autres 
ifent qu'il ef^oit Turc , de la lignée de Bardane , 8c qu^ayant 
efté amy de Léon , il voulut venger fa mort fur fon meur- 
mer Ml afièmbla donc vne puiflànte armée de Perfes , de***'^^^- 
Medes , de Chaldèens , d'Arabes , d'Ibères , Se de plufîeurs au- 
tres nations ^ qui le fuivîrent ,foit par affedion ou par inte- 
reft , & quelques- vns par force , fens parler de plufîeurs Gert- 
tilshommes Chrefliens , qui prirent fort parti , par la haine 
qu'ils portoient a Michel, à- caufe de fes vices. Avec cette j. ^ . , 
armée il fe rendit maiflre de toutes lès provinces de VO- à rorigin'air 
rient , 8c ruina quantité de villes en Afie , qui vouloient gar- 
der la fidélité i l'Empereur. De tous les Capitaines donc de 

Dd ij 



* En l'Obci. 
cianc. 



lu DE MAHOMET ET DE SES 

« 

iJEmpire, il n*en refla que deux , Cataçela & Olvian j celuy- 
cy en Arménie & l*autrc ailleurs *, dont TEmpereur recan- 
nnut depuis magnifiquement les fervices. Thomas enflé de 
tant de viâroires , prit le titre d'Empereur , & fe fit couron- 
lier par lob Evefque d'Antioche , qu'il aflbcia à l'Empire. 
Michel. Sur ces nouvelles, l'Empereur affembla quelques troupes , 

que l'autre comme plus fort bâtit aifément ; car il avoir quatre^ 
vingts mille hommes,6c commeil eftoit|maiftre de l'armée na- 
vale , il pafla victorieux jufqu'i Abide, brûlant Se faccageant 
tout. De-là il pafla en Thrace, à la faveur d'vne nuit noire 
J5c pbfcurû , & plufieurs du parti contraire fe venoient ren- 
dretous^lês jowrs a luy , fans qu'Olvian & Caracola , que 
l'Empereur fit revenir , luy pûflent réfîfter. Enfuite il aflié- 
gea Conftantinople *par mer & par terre , rompit la chatne 
qui fermoir le port, & ne -pouvant forcer la place , campa 
ifiutour avec yjie. partie <ie l'armée, tandis que l'autre aflu- 
jétiflbit le refte de la Thrace. Comme il cftoit dans l'efpé» 
rance de prendre la ville , il furvint vne tempefle qui écarta 
Ces vaiffeaux ,;6c qui le contraignit de fe retirer en Afie , par- 
ce-que l'hiver approchoit. Si-toft que le princems fut vcn» 
il recommença le fiége avec plus de troupes qu'auparavant^ 
mais comme l'Empereur eftoit en eftatdc fè défendre, il fit 
vne fortie par toutes les portes ^ & en ayant tué vne partie, 
mit le refte en defordre. JL'armée navale de l'Empereur at- 
taqua en mefme tems celle de l'ennemi , & la défit. Sur ces 
entrefaites vn parent de Léon , qui avoit pris le parti de Tho- 
mas , parce-qu'il eftoit mal avec l'Empereur , prit cette oc- 
cafion pour rentrer en crace avec fbn Prince. Et comme il 
comraandoit quantité de troupes , il attaqua le refte de l'ar- 
mée en queue. Mais Thomas indigné de cette trahifon,laiC 
ia des forces dansfon camp autant qu'il faloit pour le gar- 
jder , & donnant de furie fur luy ,1e vainquit ,& le pia. En- 
fuite di/fimulant fa défaite , il écrivit par^-tout que c'cftoicr 
luy qui avoit défait l'Emperçur , & qu'il le tenoit preiïîpdaûs 
fa capitale. Cependant , l'arniée navale qui eftoit a Barut 
arriva, dont l'Empereur ayant eu avis, envoya de-nuit con~ 
-tre ellefes vai fléaux , qui luy donnèrent tant de terreur, par 
\^ multitudç des feux d'artifice dont ils fe fervoient , qu'Us 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 115 

en brûlèrent vne partie, & écartèrent le refte^àla rcfervc 
de ceux qu'ils emmenèrent à Conftantinople , & ceux qui 
purent échaper fe joignirent à Tarmée de terre. Cepen* 
dant , le bruit de ce fuccés eftant répandu par-tout , le Roy Morugnc 
des Bulgares , tant pour Tenvie du butin , que pour confir. 
mer la trêve ou^il avoit faite avec Léon , fe déclara contre 
Tkomas ,& Teliant venu rencontrer aflez prés de Conftanti- 
nople, luy donna bataille & le défit , puis s'en retourna char- nommé os- 
gé de prilonniers & de butin. Sur ces nouvelles , ceux quié- «iode 
toient reftez au camp , pafTérent du coflé de TEmpercur 3 Se 
Thomas ralliant le débris de (es troupes , s'alla camper en vn 
lieu d'où il pouvait beaucoup incommoder les habitans , &; 
recevoir quelque fecours qui luy pût arriver par mer. Mais 
l'Empereur qui avoit erom Ton armée du débris de la fien* 
ne , l'allant attaquer oans ion fort , le contraignit de pren^ 
dre la fuite. Il fe fauva dans Andrinople avec le plus de gens 
qu'il put ramafler ^ voyant que le refte l'abanaonnoit , & 
Anafiafe , (on fils adoptif , dans le chafteau de Bizie. Sur ces 
nouvelles , l'Empereur fe vint camper devant Andrinople» 
& la ferra de fi prés , que les vivres venant à manquer , les 
habitans dépefcnérent en fecret vers luy , pour luy deman-- 
der pardon , & luy livrèrent Thomas ^ qu'il fit eflendre par 
terre, & paflànt par-de0us fon corps , le foula aux pieds .^ 
puis le fit mener ignominieufement fur vn afne > apr^s luy 
avoir coupé les pieds & les mains < Ce malheureux criant^ 
Toy , Seigneur Dieu , qui efl le Roy véritable , ayes pitié de 
moy^ L'Empereur voulut fàvoir de luy le nom de quelques 
conjurez -^ mais il n'en nomma point , Se mourut ainfi dans les 
tourmens , fans vouloir rien confefTer. Anaflafe qui s'efVoit 
fàttvé da^is Bizie ^ fut liyré depuiç , & puni de la mefme 
ioFce. 

Pour retourner au Coudbant , qui n'eftoit oas moins trou- Effafnt. 
blé de guerres -, après qu' Alfonfe & Bernard eurent défait les 
deux armées d'ADatan , l'an huit cens treize , ils firent trêve 
avec luy, & l'année d'après Charlemagne mourut, après a- 
voir régné quarante-fept ans en France , dont il en avoit eflé 
quatorj&e Çmpereur ^ 6c fon fils Louis le Débonnaire luy fuc- 
céda , ce qui réveilla les efpcrances des Infidelles. Ccpen* 

Dd iij 



1 



Eârcdone. 



ti^. 



€14. 

FHs4u Roy 
YcrinHde. 



214 DEfMAHOMET ET DE SES 

dant, le Gouverneur de la ville de Valence Abdala ,(e ré- 
volta contre Aliatan , et luy £t la guerre Tefpace de quatre 
ans i pendant lefquels Mahamet^ Gouverneur deMcrida, fe 
révolta auffi,penfant^eftre fecouru du R-oy Alfonfe. Maïs 
cette révolte fut étoufFcc dans fa naiflante. Car Abderrame, 
fils d' Aiiatan , le vainquit , U fe rendit niaiftre de Ùl place, 
n ne laiflà pas de rallier quelques troupes , 6t d^aller trouver 
Alfonfe, qui le receuc fort bien, & l'envoya e» Galice con- 
tre certains peuples qui s'eftoient foûlever , à la fufcitation 
dVn Chevalier appelle Dom Raymond /Quelques années 
âpres, Mahamet pout faire à Dom Alfonfe ce qu'il avoit 
fait à Aliatan, s'allia avec Raymond, fie tous deux enfemble 
firent des courfes dans fon païs ,avec quantité d'Arabes qu'ils 
avoient attirez à leur parti. Auffi-toft Alfonfe y mena fon 
armée, & prit la route de Galice j mais fi-toft que Raymond 
le vit il abandonna Mahamet, & époufà (a nièce. Mahamet 
abandonné , fe retira dans le chafteau de Sainte Chriftine y 
où le Roy Taffiégea. Et comme il fe vit réduit à l'extrémi- 
té, il réfolut de faire vn dernier efFort , ou defcfàuver par 
la fuite ; mais il fut vaincu Se pris prifonnier , puis on luy fit 
trancher la tefte. Dom Alfonfe ayant appaifé cette révolte, 
fie repris toutes les places qu'on luy avoit occupées , s'en re« 
tourna à Léon l'an huit cens dix -nuit. Enfuite Aliatan fit 
trêve avec luy , 8c entrant dans laCatalongne avec vne puif. 
Êmte armée affiégea la capitale , que Bernard del Carpiô, 
Conneftable de France, ou quelque autre de ce nom , defen. 
dit vaillamment contre luy -^ De -forte atie fur la nouvelle 
que Louis le Débonnaire arrivoit , il leva le fiége , fie fit trêve 

})our trois ans , après avoir perdu à l'attaqcie vne partie de 
es troupes. La trêve eftànt expirée , pendant laquelle il ne 
fe pafla rien de mémorable , il leva vne autre armée d'Ara- 
bes & d'Africfl^s , 8c prit la route de Barcelone. Mais la 
fièvre lefaifit €^ chemin, fie termina ttMisfes <le(reins avec 
ia vie. 11 laifla douze fils, fie vingt:deux filles, fie eut pour 
Succefleur fon fils aifné Abderrame. Le Roy Alfonfe mou- 
rut après l'an huit cens vingt-quatre , fie laifla par teftament 
k Couronne à Dora Ramir , qui fit trêve avec Ajbderrame^ 
laquelledura long-tcms. 



^VCCESSEVRS, LIVRE II. 115 

Cependant^ les Arabes du Royaume de Valence , qui a-^^^ ^^^ 
voient favorifé Abdala contrç Aliacan , voyant les Rois d'E- njirjucrê!ê 
ibagne& de France en paix , demandèrent permifllon i Ab- ^*''^* ^»'«*''- 
derrame de s'aller eftablir quelque part dans la Chreftienté, 
Se raflemblant quantité, de vaifkaux, de ceux qu il leur don- 
na, ou qui leur vinrent d'Afrique ^ils allèrent defcendre en 
Tlflede Corfe, fous le commandement de Mumen Abdima- 
re. Mais comme ils s'eftoient iaifis d*vne -partie de Plfle , 
vne armée d^'Italie vint fondre fur eux , &: les en chafTa a- 
vec perte de leur Chef. Ils élurent en fa place Caracax, 
que d'autres nomment Achape. Et fâchant que les provin- 8i6. 
ces de l'Empire eftoient defolées par les guerres précédent 
tes y ils navigérent du coflé de la Grèce , Scfàccagerent plu*' 
iieurs Ifles , qu'ils trouvèrent fans défenfe. Mais fe doutant 
que celle de Crète ne feroit pas mieux gardée , & fâchant 
que c'eftoit la plus propre pour y^ftamir fa« demeure ^.à- 
caufe de la fertilité du pais, &c de l'avantage defafituation, 
ils rèfolurent de retourner en Efpagne fe pourvoir de tout 
ce qui ^oit necefiaire pour rèxécution d'vn fi grand def<- 
fein. Caracax retourna donc en Crète l'année d'après avec 

Suarance navires chareez de gens ,qui avoient plus d'envie 
e piller que de peupler. Mais ce Capitaine qui avoit d'au« 
très deiIeins,n'emL pas plufloft pris terre , qu'en envoyant 
vne partie £iire des counes , il.fit mettre le reu aux navire^, 
& les brûla. Comme ils murmuroient de cette aâion , il leur 
dit qu'ils luy^ avoient demandé vne demeure plus a van ta- 
geufc que celle de Valence , ic qu'il n'en pouvoir trouver 
de meilleure , ni où ils puflent mieux s'enrichir que celle 
ou ils eftoient. Comme plufleurs s'atriftoient pour l'abfen- 
ce de leurs femmes fie de leurs enÊins , il les tira d'inquié- 
tude , en dîÊint qu'ils en trouveroient d'autres dans l'Ide. 
De^forte qa'ib ie fortifièrent au Uea où ils avoient abordé, 
& le nonunèrent Candax. L'Empereur ayant eu avis de ^'^^^^ 
cette entrephfe , & n'ayant rien à Élire à fon pais , envoya 
..contre eux le Gouverneur des provinces d'Orient avec des 
troupes, 6l vn brave Capitaine, n^mmè Damien. Mais ils 
furent vaincus & chaf&z par ces Arabes^ avec perte de ce 
Capitaine, Alors vn Moine qui habitoit dans IcsmQntagnes 



ai6 DE MAHOMET ET DE SES 

de l'Ifle , les vint trouver, & leur dit, que le lieu qu'ils a- 
voient choifi pour leur demeure n'eftoit pas fi propre qu'vn 
autre qu'il leur montra. De -forte qu'ils s'y allèrent cfta^- 
blir , & y jettérent les commencemens de la ville de Candie y 
d'où ils conquirent toute Tlfle, & ks habitans demeurè- 
rent leurs vafT^ux. 

D'vn autre éofté vne troupe d'Arabes , partis de la ville 
d'Almérie en Efpagne , allèrent pour s'èftablir en l'Ifle de 
Corfe & de Sardaignc -, mais les Italiens les en chaflereirt , 
fous la conduite de Charles Comte de Bucaréde , avec per- 
t^ de cinq mille Arabes. Depuis prenant l'occafion cle la 
guerre de Pépin , Roy d'^Italie , contre les Vénitiens , ils y 
retournèrent , & ayant faccagè vne partie de Tlfle de Sar- 
dai§ne,& tuè plufieurs habitans,en amenèrent quantité de 
prilonniers en celle de Corfe. 

D'ailleurs l'JEmpereur^efirant purger rifle de Crète de ce* 
Arabes, y envoya foixante &dix grans navires, &plufieurs 
autres moindres , avec quantité de troupes , fous le commajv 
dement d'vn nommé Cratère , qui eftant arrivé dans l^Ifle 
eut combat contre les Arabes*, depuis la pointe du jour juf- 
qu'à midy ,avec avantage égal. A la fin eftant demeuré vi- 
dorîeux , il fit vn grand carnaee des ennemis, 1ère fte le fau- 
va dans la ville de Candie à la faveur de la nuit ; mais le 
vainqueur s'eftant relafchè par la victoire, & rempli de vin 
Se de viande ,*fans faire ni garde ni fentinelle ; les Arabes qui 
ne dormoient pas y revinrent fondre furfes gens la mefine 
nuit , & les égorgèrent tous fans qu'il en reftaft vn fcul. Cat 
le Général s'eftant (àuvé dans vn navire , feignant d'eftre 
marchand , on en envoya d'autres après , qui le ramenèrent, 
& Caracax le fit pendre. Sur cette nouvelle , l'Empereur y 
Orifon. en eiivoya vn autre plus fage & plus expérimenté , qui fit 

des courfes le long de la cofte , tuant & faifant prifonniers 
plufieui-s Arabes, ce qui rabatit leur orgueil. 

Sfcilc. ^*^° ^^^^ ^^^^ vingt-huit ,Eupheme qui commandoit vne 

légion en Sicile , ayant enlevé vne Religieufe de fon Mo» 

*^^ • naftére , & Ces Frères s'en eftant plaints à l'Empereur , il com- 

manda au Gouverneur qu*il luy fift couper le nez ; deqnoy 

ce. Colonel ayant eu avis ^ fit vne conjuration contre luy, 

& 



SVCÇÊSSEVRS, LIVRE IL 217 

& pafTant en Afrique , promit i Abdola , Roy de Car van, de 
k JViaiibn d'Agleb , qui eftoit alors fore puiflant , de le 
rendre inaiftre de la Sicile , 6c enfuice de l'Empire. Sur cetce 
efpérance , Abdùlac leva vne puifTante armée fie Tcnvoyacn ^jj^ ^^^^^^ ^ 
Sicile , fous le commandement de fon frère Alcama , qui rEmpcrcur d« 
chafla les Impériaux de l'Ifle, fie battit vne fortereflc de (on Conftaotmo. 
non , du codé qui reearde l'Afrique , qui ett celle qu'on ^^^' 
nomme maintenant Aicama. Les nouvelles en ayant efté ré- 
pandues en Europe , les Chreftiens y accoururent de toutes 
parts , fit Taffiégérent. Mais Abdulac y envoya le Capitaine 
Accd avec des troupes , qui firent lever le fiege , fie s'eftant 
joints avec les autres , chaiTérent les Cbrcftiensde H fie, 8c 
s'en rendirent maiftres, fous le Pontificat de <jregoire I V. 
Enfuite 4es vainqueurs partaeérent les terres fie les revenus 
de TEftat, fie firent batre de fa monnoye oue j'ay veuë , où 
il y a d'vn cofté des lettres Arabes , fie de l'autre des lettres 
& des armes des Chreftiens. Mais incontinent après , Eu* 
phéme receut la récompenfe de fa trahifon dans Saragof^ 
le "^^^ où les habitans le tuërent , comme il v eftoit avec les * sjtzcuù: 
marques de l'Empire. Les Arabes eftant inaiftres de la Sicile , 
lavàeérent de-là la Calabre fie les autres provinces d'Italie y 
& bâtirent des fortere0es dans les Ifles de Malte , de Goze 
& de Pântanalée , poiir fervir de retraite aux armées nava- 
les , fie recevoir le (ecours qu'on leur envoyeroit d'A- 
fîrique. 

L'an huit cens foixante fie dix Ennan«yre, Général de l'ar- 
mée naTale d'Italie , fit vn combat près des Ifles de Corfe fie 
de Sardaîgne , où il prit quantité de navires ^ fie délivra cinq 
cens efclaves Chreftiens. D'autre-cofté , les Arabes' de Sici^^ 
le fâchant que les Vénitiens armoient puiflamment en faveur 
de l'Empereur ^ à qui appartenoit cette Ifle , s'y retirèrent 
chargez du pillage qu'ils avoient fiut par toutes les cofles. 
Ces Infidelles y tenoient alors la cité de Palerme, fie il n'y 
avoit perfbnoe qui leur ofâft faire tefbe* Lors que Boniface^ 
Comte de Corfe , accompagné des Vénitiens , fie de quelque 
Nobieile de la Romanie , qui faifoient tous enfêmble vn 
corps-d'armée confidérable , pafférent en Afrique ^ fie ayant 
pris terre entre Vcique fie Ctf^ge , ^gnérem quatre hz^ 

Ee 



«s DE MAHOMET ET PESES 

tailles contre les Arabes , & en défirent vn grand nombre^ 

rCe qui obligea ceux de la Sicile d*abandonner Vldc^ pour 

aller fecourir leurs maifons & leurs familles. Voilà comme 

Boniface délivra la Sicile de ces brigans, Prévint en Italie 

charge de butin. 

g. . Pour retourner aux afïâîres d'Efpagne ^ Abderrâme Roy 

Ffû4g9fè. ^6 Cordouë ^ rompit la trêve avec Dom Ramir la mefme 

année , à la perfuahon d*Idris , R oy de Fez , & d'autres Prin- 
ces d' Afrique, qui luy ofïroient leur ailiftance. Il paflàdonc 
en Efpagne tant d» Arabes & d*Africains , que la terre en 
eftoit toute couverte comme de fauterelles , & entrant dans 
les terres de Dom Ramir, ils y firent de grans ravages. L'en. 
trée de ces troupes ^ & la rupture de la trêve , furprirent tel- 
lement Dom Ramir, qui n eftoit pas préparé à les recevoir, 
âpres environ onze ans de paix, qu'il envoya prier Abder- 
«rame de vouloir confervet la trêve, puifqu'il n'avoit aucun 
fujet de la rompre. Mais ce Prince enorgueilly de fes for- 
ces , répondit aux Ambafladeurs , qu'il ne Taccorderoit point 
^u'cn luy donnant. cent jeunes filles de tribut par an , com- 
me on avoit fait à fes prédécefleurs. Ce bon Prince irrité 
de cette infblence , en conceut vne certaine efpérance de 
iuccés , & aflemblant en hafte toutes fes troupes , fut ren- 
contrer f^s ennemis qui voltigeoiefft autour de Nacharc , 
« ,. brûlant & faccaeeant tout. La bataille fut fanelante , & dtu 
pciéciavi- ra tout le jour, avec avantage égal 5 mais le Roy voyant ap- 
cho.au champ prochcr la nuit , & que fes gens eftoient fort foibles , fe re- 

4'AuDcllç. ' r ' T \^'i r i • -r 

tira liir vne montagne , ou il rut toute la nuit en orailQn , 
gzm^o^^^ priant Dieu qu'il luy donnaft la vîdôire. Dans cette médi- 
tation il s'aflbupit , & l*Apoftre Saint Jacques luy apparut, 
te luy dit, Que la défenfe de TEfpagne luy eftoit écheucen 
partage ; Qu^T eut bon courage ,6c qu'avec l'ayde de Dieu 
iLremporteroit la viâoire ; mais que plufieurs des fiens 
mouirroicnt en la bataille ; Que pour preuve de ce qn'il 
difoit , on le vcrroit monté fur vn cheval blanc au plus tort 
du combat j Qu'il fe réfolut donc de fe confeffer dés la poin- 
te du jour avec toute fbn armée , & de recevoir le SomtSa- 
crement,& qu'après cela ilmarchaft hardiment contre l'en^ 
ricmi. Aufli-toit.le Roy manda les Evefques.,i&.les AumoC* 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 115 

niers^avec toute la NoblefTe^il leur recite Ton fonge^&les 
ayant fait confefler & communier , eux & tous les foldacs , 
recommença la bataille , où il vit TApodre frapanc fur les 
ennemis, comme l'affirment les Hiftoriens, & comme il le 
dit luy-me(rne,dans le privilège qu^il donna à la Maifon du 
bien-neureux Apoftre , lors-que les plus Gransdu Royaume 
firent le vœu qu'on appelle de Saint lacques. Enfin , avec 
le fecours du Ciel^les Arabes furent vaincus, fie Ton tient 
qu'il en mourut foixante fie dix mille, fans compter grand 
nombre de prifonniers. Abderrame fe fauva à Cordouë. Et 
Dom Ramir en mémoire de cette vicloire inflitua l'Ordre 
des Chevaliers de Saint lacques. Cette bataille fe donna 
Tan huit cens trence-quatre , ou félon quelques * vns , huit 
cens trente- cinq, au commencement du régne de ce Prin^ 
ce -, Et c'eft vne des plus erandes viâoires que les Efpagnols 
ayent jamais gagnées fur les Arabes ^ où mourut l'élite de la 
NobleiTe d'Amque ; fie qui obligea Abderrame de deman-^ 
der trêve à Dom Ramir. 

D'autre-coflé , les Arabes d'Afrique voyant que l'Empe- 
reur (e donnoit du bon-tems dans Conftantinople , fie que 
les Princes Chrefliens efloient divifez , ils attaquèrent l'Ica* 
lie plus puiilanunent qu'ils n'avorent jamais fait , fie ayant 
pris Civita-Vecchia,vinrent fondre danS' Rome. Ils entrè- 
rent dam le bourg du Vatican , qui n'efloit pas alors fermé , 
pilléreiit fie brûlèrent l'Eglife S. Pierre , fie enlevèrent les 
portes qui eftoient d'argent, fie tinrent le Pape affiégé, en Grcgoiic it. 
intention de prendre la ville fie de mettre tout â feu ici 
lang. Mais fur la nouvelle que le Marquis de Lombardic ve- ^«*^*- 
noit fecourir le Saint Sieeeavec vne armée aflcz confidéra- 
ble,ils ne l'oférent attendre ,fie en fe retirant brûlèrent fie 
faccagérent tout ce qui eftoit fur leur pafla^e. Ils pillèrent 
auffi rEglife S. Paul, qui eftoit fur le chemm d'Oftie. Dci^ 
li ils revinrent par la voye Latine , fie pillèrent l'Eglife de 
S.Gennain,fie leMonaftère de S.fienoift du Mont-Caïïin, 
d'oà ils emportèrent de riches ornemens : fie après avoir 
defbiè toute la campagne de Rome , allèrent embarquer 
leur badn fur la rivière de Garillan , fie s'en retournèrent 
coAfeque. Vue autre armée d'Arabes pafla encore la mef<^ 

Ec ii 



Michel. 



.834' 



IZO 



DE MAHOMET ET DE SES 

me année en Italie , & prie la ville d'Otronte en Cakbre, 
où ils baftirent vne forteretfc , fans que perfonne s*y oppo- 
faft, pendant la divifion des Princes Chreftiens. Ilsfc ren- 
forcèrent de plus en plus par la mort de TEmpereur , qui 
avoit fait ligue avec'|les Vénitiens , pour les chafler de Tltalie^ 
& tenoit vne armée toute prefte pour ce fujet. La mefine 
année mourut le Calife -Mahamet , & fbn fils Imbrael luy 
fuccéda. 



Zacarias. 



S3f 



CHAPITRE XXIII. 

01fiéucl , vingt & vniéme Calife ; ^ des çhofes qui 

ani'verentje fin tems. 

IM B K A £ L ayant fuccédé à l'Empire de Bagdet Tan huit 
cens trente*quatre , comme il eftoit jeune fie vaillant , & 
qu'il n'aimoit pas les Chreftiens, il rafTembla toutes (es trou^ 
pes , Se entra dans les provinces Romaines. Sur ces nou- 
velles , Théophile qui avoit fuccédé à Michel fon pere^ 
(è mit auili en campagne , fie à la perfuafîon de deu; braves 
guerriers, Théophebe fie Manuel, fehazarda de donner ba- 
taille, quoy.que beaucoup moindre en nombre, ^ais Im- 
brael , foit qu'il craignifl: Pévenemcnt , ou qu'il méprifkft&s 
forces , laifla fon -Lieutenant général avec quatre-vingts mil- 
le hommes , pour combatre contre luy , fie s*en retourna en 
Syrie avec le refte de Tarméc. Après vn long combat , les 
Romains prirent la fuite, fie l'Empereur euft eftépris fans le 
fecours de Théophébe , qui le fauva avec deux mille Perles, 
fie toute la Noblefle de (a Cour. Mais eftant pourfuivi des 
Arabes , fie afliégé fur vne colline , ThéophéDe fk fonner 
la nuit les trompettes , fie jetter des cris de réjouïflance, 
comme s'il leur fuft arrivé du fecours 5 de -forte eue ics Ara- 
bes fe retirèrent , fie l'Empereur raflemblantle débris de (es 
troupes , s'en retourna à Conftantinople. L'année fuivante 
Théophébe marcha contre eux par ordre du PrincSe , fie les 
.vainquit prés de Carfiane , où il fit plus de vingt-cinq mille 
prifonciiers. L'Empereur enflé de «e fuccés voulut marcher 



SVCCESSEVRS , LIVRE 11. m 

en perfonne contre l'ennemi Tannée fuivante ; mais s'e ftanc 
engagé au combat, il eut du pire,& euft efté pris fans le fe- 
cours de Manuel, qui le voyant envelopé de tous coftez, fe fît 
jour à travers les efcadrons qui t'environnoient , 6c le trou- 
vant eftonné 8c tout hors de foy ^baufla le bras ,& luy dit. 
Qu'il fe fauvaft^ou qu'il le tuëroit , pour ne point donner > 
la gloire i des Barbares d'emmener vn Empereur prifon- 
nier. Lors qu'il fut de retour à Conftantinople ^ il fît de 
grandes lareefles à Manuel pour récompenfe. Mais quelque 
tems après lur des foupçons , Toit faux ou véritables , il le 
voulut faire arrefber ,& luy crever les yeux. Manuel averti 
de ce deflein , pafla vers Imbrael , qui luv fît de grandes ca- 
reflès, ic lùy donna le commandement avne armée contre 
les Perfes , ou il gagna plufieurs batailles , 6c aquit beaucoup 
de réputation , puis retourna au fervice de TEmpereur, a la 
priére.L'an huit cens trente-huit,Théophile afTembla encore 
rae armée,^ emmenant avec luy Théophébe, entra dans les 
provinces de Syrie : Mais l'ennemi ne mit point en campagne. 
De-(bftc que l'Empereur retourna à Conflancinople fans 
pen faire. Mais f année fuivante, fur la nouvellequ' Imbrael 
avoir envoyé fon armée contre les Perfes, il reprit la route 
de Syrie , 6c ravagea toutes ces provinces , 6c la ville mefl 
me deSozzopetra, où Imbrael avoir pris naiàance,quoy-qu'il 
i'eufk prié de T épargner..Enfuite il retourna à Conftantinople^ 
laiflanc le commandement de farméeàThéophébejquifut 
proclamé Empereur par Tes foldats , mutinez faute de paye; 
mais il refufà cet honneur , 6c s^'en envoya excufer au Prince , 
pour montrer que cela s'efloit fait contre ià volonté.D'autre*. 
cofté , Imbrael indigné contre Théophile , de ce qu il n'a voit 
pas reipeâ^ le lieu de fà naiflànce, mit fus pied vne grande 
armée , pour en faire autant à la ville d' A morium en Phrygie^ 
où Théophile ^fkok né ; mais l'Empereur eu ayant eu avis, y 
envoya du fecours fous le commandement de Tnêodore Cra^ 
téie,6c faCembki toutes fe^ forces pour marcher contre les 
Arabes. Sar ces nouvelles , Imbrâëi envoya Zacharie , avec 
jàix mille chevaux Turcs , 6c tous les Arméniens au-devant 
de FEmftoreur ùui prenoit la route de Syrie. Comme Za- 
charie fut arrive à Traiîttienc , Théophile s'avança jufqu'i 

Be 11 j 



112 DE MAHOMET ET DE SES 

^ vn lieu appelé Anzi , & envoya Mapùél pour reconnoiftrp 
Tennemi. Celuy.cy les ayant contemplez du haut d'vne 
montagne , conieilla l'Empereur de ne point bazarder la 
bataille contre des gens plus forts aue luy. Mais cr Prin- 
ce craignant qu'il ne leur arrivaft de nouvelles forces-, la 
voulut donner, & eut quelque avantage d'abord, toutefois 
à. la fin , les Chreftiens furent accablez de la multitude des 
ileches des Turcs , & prirent la fuite , laiflant l'Empereur 
avec Tes Chefs , au milieu des ennemis. Mais la pluye fur- 
venant , rendit les flèches des Turcs inutiles , Se les vaincus 
reprenant courage, obligèrent les ennemis àfc retirer. La 
nuit fuivante , Manuel raifant la ronde par tout le camp ^ 
découvrit que les Perfes qui eftoient dans leur parti , trai- 
toient avec les Arabes , & obligea l'Empereur a (é retirer 
dés la pointe du jour , puis fe retira luy-mefme avec le re* 
fte de l'armée. Zacharie s'^eflant joint enfuite à knbraël , ils 
ailiégérent enfèmble h ville d'Amorium ^ mais après vu 
long fîége , comme ils méditoient leur retraite , vn Q^iftre^ 
Bomtis. ç^'^^ pour de Tareent , ou pour quelque mécontentement 

particulier , leur aonna entrée dans la ville, qu'ils rutnérenc 

de fond en comble , quoy.que ce fuft la plus belle de TA- 

ift con. ^^' ^^^ firent main bafle fur tous ceux qui eftoient capa* 

ftantin/cMié- blcs de dcfcnfe , & emmenèrent prifonnier^ le refte. Plu* 

rc, Théodore, fieurs dcs pnncipaux de l'armée furent de ce nombre , & 

Pancc,&c. amenez devant Imbraël , qui fe réjouît fort de cette pri- 

fe , où il s'efloit bien vengé du fac de Sozzoperra. Sur ces 
nouvelles , Théophile luy envoya des Ambaf&deurs avec 
préfens, pour le prier demeittire ces Chefs en liberté, & luy 
offrir pour eux , deux cens cinquante mille pefâns d'or de ran- 
çon» Mais il fit réponfe , que c'efloit trop peu de chofe , 8c que 
cette guerre luy coûtoit beaucoup davantage ; dequoy l'Em- 
pereur conçût vn tel déplaifir, qu'il en mourut. 

Pour retourner aux af&ires de l'Europe ^ les Princes 
'4J- Ghreftiens eftant en divifion en Italie , les. Rois de Mauri* 
tani^ & de Carvan liguez enfèmble , envoyèrent tne gran- 
de armée en Sicile , fous le commandement du brave Saba,. 
qui paiTant dans la Pouïlle,affiégeaTarentej dequoy TEm- 
pereur Théophile .averti , envoya concrc>€ux Xheôdofe 



i 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 1^3 

avec TDC armée navale , laquelle devoit joindre foixantega^ 
Icres des Vénitiens en vertu de leur alliance. Sur ces nou- 
velles , Saba ût iemblant d'avoir peur , & leva le ficge , en 
intention pourtant d'attaquer Tannée Impériale , avant la 
jonâion des Vénitiens , comme il fit fi a propos , que la 
trouvant en defbrdre , il la mit en fuite y prit quantité de 
vaiUêaœc , & coula a fond les autres. De-Ia il alla attaquer 
les Vénitiens , & après vn grand combat , vint à bout de 
toutes leurs ^éres. Enflé de cette vidoire , il entra dans 
leur Golfe , £c courant toutes leurs coftes , pnt prés de 
leur ville, quelques- vns de leurs vaiilèaux chargez de mar- 
chandifes du Levant. Comme il fut arnvé à Ancone, Té* 
pouvante en ayant fait fortir la plufpart des habitans , il la 
pnt , 8c rayant fàccagée , & mis le feu par-tout , il revint de- 
la afliégçr Tarente, & la ferra de fi.prés , qu'il l'emporta d'af- 
faut y puis retourna en Sicile chargé de butin. L*an huit 
cens quarante-iept 9 fous le Pontificat de Léon quatnéme» 
comme il couroit viâoneux par toute la mer Méditerranée, 
te qu'il retoumoit en Afrique , avec quantité de nchefles 
2c de prifonniers , il fut furpris dVne fi grande tempefle , qu'il 
eut bien de la peine à fe fauver à Vtique , avec quatre vaif- 
lèaux en fort mauvais ordre , le re£be fut coulé à fond ^ ce qui 
donna quelque relâche aux Chreitiens. 

Tandis que ces cbofes fe pafFoient en Italie,!' Afieeftoit tra- j^jic. 
vaillée des courfès des Arabes après la mort de Theophile^qui 
avoit laifie pour fuccefleur Michel qui efloit encore enfant, 
fous la conduite de iâ mereTheodore,à laquelle ce j eunePrin- i 
ce ofla le Gouvernement -,& la première chofe qu'il fit, fut 
d'aflembler vne puiflànte armée , & d'entrer dans le pais , où viHcfuri'û 
il mit tout a feu 2c à fàng^ Scalla afliéger Samofate , qui c- phrate. 
floit fâmeufè par fës fortifications , & par fes richefles. Les • 
aifîégez feignant d'avoir peur , fermèrent leurs portes ^ mais 
comme ils virent les affiégeans relâchez , qui s'écartoient 
pour le pillage y & faifoient fort mauvaife garde , le troifiéme 
jour du fiége, qui efloit vn Dimanche., pendant qu'on di- 
fait la MefTe , ils firent vne funeufe fortie de toutes parts : car 
il y efloit entré grand nombre d'Arabes , & ayant tué vne 
partie des afiîégeans , mirent le refle en fuite. Poiur corn- 



ê 



ii4 DE MAHOMET ET DE SES 

^^aniins & blc dc malheur , quelques hérétiques les pourfuivant avec 
Mauiché«>$. Yçs Arabes, firent prifonniers plufieurs Chcfe, & force No- 

blefle qu'ils vçndirent à lêuts ennemis y . rEmpcreut -efbnc 
échapé à toute peine par la vîteflc de fon cheval. L'année 
diaprés , Imbrael envoya contre l'Empire vnc armée de 
trente mille hommes , contre laquelle rEmpereur marcha 
avec quarante mille qu'il avoit tirez de laThrace, & de la 
Macédoine , mais les Arabes l'ayant laiffé pafler , revinrent 
fondre fur luy ,,& Veuffent pris fans Manu'é\ , qui le fauva 
du milieu d'eux 3 mais ils mirent fon armée en fuite. 
jffriqne. Pour revenir en Afriqvte , le Roy de Fez s'eftant enrichi 
des dépouilles du pais , 8c de celles d'Efpagne , battit l»an 
huit cens quarante ,1a partie dé la ville qui eftau Couchant 
de la rivière , & commença par là Mofquée de Carvin , la 
plus grande & la plus fomptueufe de toute TAfrique. La 
paix réçnoit alors par toute l'Efpagne, & Abderrame s*oc- 
cupoit a fortifier & embellir les places de fon obéïflance^ 
feifant venir de Peau dans les villes , baftiflant des Mofquées, 
S46. mandant des ouvriers de Damas pour y ettablir des manu- 
& fcion tu. factures de foye. Ce fut le premier qui mit fon nom fur la 
""V monnoye Arabefque. Pendant fon régne, les Anelois vin- 

^ ' rent en Eipagne en faveur des Chrcftiens , & affiegérent la 
ville de Lifoonne , où ils firent degrans deeats tout autour. 
La muraille du cofté de la mer ayanf^efte abatuc , les ha- 
bitans qui perdoient par là Teau des fontaines qui eftoient 
proches , la firent remonter par des machines & des ca- 
naux en divers endroits de la ville. Les Anglois voyant 
que tout leur travail ne fervoit de rien, levèrent le ficge, 
& allèrent prendre Cadis , puis (c joignant à quelques vaif* 
féaux Ghreftiens , forcèrent Seville -, mais comme ils eftoient 
occupez au fiége de Cherés , Abderrame le fit lever , & 
après avoir tué vn gtand nombre d' Anglois , & brûlé plu- 
Abcn Rachid fîieurs dc kurs vaiflêaux , reprit Seville, &Gadis. Il mourue 
en fon hiftou quelque tems après , laiflant la Couronne à Mahamet Tait 

né de quarante-deux fils qu'il avoit. Celuy-cy eut guerre 
contre vn Arabe , nommé Omar , fils de Cacem , qu'il vain- 
quit , & le tua ,piiis confima la trêve avec Dom Ramir , qui 
après avoir régné vingt-fîx ans , laifla la Couronne à Dom 

Ordogna 



cuns 



_ 1 

SVCCESSEVRS, LIVRE IL 115 

Ordogno Ton fils , qui fut fort brave , & qui obtint plufieurs 
victoires contre les Arabes. En mefme teixis moumt fan- °49* 
biaël , 8c M émon Ton fib luy fuccéda. 

CHAPITRE XXIV. 

^Dc M émon j vingt^dcHxiéme Calife i ^dccc 

qui Je pajfd fins fin régne. \ 

ME M o K ayant pris les reines de TEmpire , eut tant 
d'inclination pour la vertu & pour les fciences , 
qu'ayant feu que le Fhilofophe Léon , Eve(quç de ThelHu 
Ionique , eftoit àConftantinople.où il s'eftoît retiré ^ après 
avoir efté cfaaiTé de Ton Eglife , a-caufe du différent qui e- 
ftoit entre les Grecs & les Latins , touchant la vénération 
des Images , où il ne fubfiftoit que de ce que Tes écoliers 
luy donnoient , il luy écrivit par vn efclave Chreftien , qui 
avoit efté Ton difciple ^ & eftoit grand Mathématicien , 
Qu^ayant appris que le Maiftre dVn fi doâe écolier n*e-- 
ftoit pas reconnu de l'Empereur , ni traité félon Ton meri. 
te y il le prioit de le venir trouver pour Pinftruire ^luy &c tous 
les Arabes j fous promefTe de le rendre le plus riche de tous les 
Philofophes. Il donna charge à celuy qui portoit cette. lettre^ 
de faire tout ce au'il pourroit pour remmener. Mais le 
bruit en ayant efte répandu dans Conflantinople , TEmpe*- 
icur luy fit défenfes de fortir , & luy drefla vne Académie. 
Mémon âruftré de fbn dcffein , l'envoya prier de luy don- 
ner la refolution de quelques prôpofîtions de Géométrie ^ 
furquoy ayant efté fàtisfâit , & régalé outre cela de quel- 
ques nouvelles infbuâions , il s'écria que ceux-là eftoient 
heureux qui jouïfToient de la converfation d'vn fi grand' 
perfbnnage , & dépefcha vne ambaflàde à l'Empereur, avec 
de grans préfens , accompagnez de cette lettre. Mémon , cc^- 
grand Amir & Prince des Arabes , à Michel , Empereur des a 



ce 



ami 3 mais^ parce-que la grandeur de mon Empire , Se le nà. ce 
turel de mes peuples , ne me permettent pas de jouir dé cet u 

Ff 



85Z 



* Sanche Bc 
Pierre* 



«Î4- 



Xe Mont 

Caar^iuche. 



Mahatntt. 



xi8 DE MAHOMET ET DE SES 

on , & prit d*abord les villes rie Sarâgofle & de ôttefcâr , 
'où. il fît la guerre aux Chreftiens de ces. contrées. De.là 
paâant dans la Catalongne,il vainquit en bataille Dom lofire. 
Se afllégea Barcelone ^ mais après quelques jours de fiëge, 
voyant qu'il ne la.pouvoit prendre , il ruina tout le païs aa* 
l^ntour , 8c entrant en^France, fe fît appeller par- tout Ca. 
life,& Bjoy d'Efpagae. Il pailà le quartier-d'biver dans la 
ville de Narbonne , qu'il avoir prife , puis vainquit les Fran* 
^ois eh bataille , fie fit deux de leurs Généraux^ prifohniers. 
Quelques Hiftoriens difent quie Charles le Chauve ne pou- 
vant fe trouver i cette. guerre^ s'accommoda avec luy ^ 8c 
luy donna de l'argent pour fprtîr de Ton païs. Mais d'autres 
difW^t. avec plus de yray.femblance , qu'il marcha contre luy, 
êc le pourfuivant jufque^ aux monts Pirenées , luy donna 
bataHie en vn lieu appelé VaUCarolo^ oùil le défit, & luy tua 
.quantité d'Arabes. L'année fuivante cet Arabe fit paix avec 
Mahamet^Roy deCordoue>qui luy confirma k Seigneurie 
de tout le pjiïs qu'il poffédoit , moyennant quoy il le recon* 
nut pour Souverain* EnfuiteMu^a leva ynej>ùiflante armée, 
Se entrant dans le pais de Dom Ordogno, ravagea tout, jufl 
a'à vn lieu appelle Albayde ou Albanie, qui luy fembïant 
brt propre pour vne fgrtçrefTe , il y eo bâflit vne,ôùil laif. 
û garnifop, puis s'en retourna.chez luy.. Sur t et avis , Or- 
dozno vint affiéger ce nouveau fort ; mais Muça revint pour 
Je Recourir , 8c fe campa fur vne montagne. Le Roy fepara 
(cm armée en deux à fà venue, 8c en laiflant vne partie de- 
vait, le chafteau , marcha contre luy avec l'aAtre , 8c luy don^ 
nant bataille le vainquit. L'Arabe bleffé en trws endroits^ 
moiirMC quelque tems après dans Saragofle 5 8c fon gendre 
Aced,qui eftoit fon Lieutenant général •, fut auflî tué. On 
pent qu'il demeura fiir la, place douze mille ch^vâpx , 8c 
grand nombre d'infanterie. Après ceRe vtdoire, le Roy 
Ordogno alla rejoindre fes troupes ^évaçt le.chafbeau, qui 
ne tint plus que fept jours, & fut emporte d'aflaut. On fit 
main -baffe fur tout ce qui y ef^oit , à la rcferve des fernmes 
8c des enfanç^ qu'on emmena prifoi^niers 5 fl^présrqûoy^lc 
Roy fit démolir la fortercïïe,^^ s'çuj retpurna à I^eôn. " . * 
.^Pendant que ces chofçs fe paflbîçnt^ le Roy de Cordoug 



?< 






SVCCESSEVRS , Li;VRE II. 129 

S rit de-Ià occafion de rompre avec Ordoeno , fous prétexte 
e (ecourir Ton vaflàl. Mais ayant appris le fuccés de la ba- 
taille, il tourna (es armes contre Lot,& afliégea la ville de 
Tolcde , qui fe défendit vaillamment; de-forte qu'il leva le 
(îcee pour s'aller rendre maiftre des villes de Saragcffe Se de 
Valence , qui appartenoient i Muça. Cependant , Lot pour 
eftreïecouru d'Ordogno^ie fît fon vaiTal^fic receut de fes trou- 
pes dans Tolède. L'année d'après y Ordogno marcha contre 
la ville de Coria , qui appartenoit i vn Arabe , lequel le vint 
rencontrer ,& fut défait. Enfuite dequoy le Roy prit fa ville ^^^^ ^ 
& la peupla de Chreftiens. De-Uil marcha contre Salaman^ 
que , & oéfît en rafe-campagne celuy qui y commandoit^ Maçaodi. 
aprés-quoy il for^ la ville, & fit tons les habitans efclaves , 
puis s'en retourna à Léon. Le Roy de Cordouë voyant les g#nr^ 
progrez d'Ordogno, fit paix avec Lot, à la charge qu'il luy 
feroit hommage , 6c qiï'n luy payeroit quelque chofe tous les 
ans par forme derreconnoiflànce , moyennant quoy il luy 
laiflbit le titre de Roy ,6c le prenoit en fà proteâion. Tan* 
dis que cetee-paîx fè fàifoit devant Tolède, le Roy de Léon 
alla prendre ' Sar^^ofle , & plufieurs autres places voifiaes. 
L'année fuivante le Roy de Cordouë envoya demander (e^ .g g 
cours aux Califes de Fez 2c de Carvan , qui luy envoyèrent 
grand nombre de cavalerie 6c d'infanterie , l'vn par le dé- 
oroic de Gibraltar , 6c l'autre par le Royaume de Valence , 
qui (è rejoignirent à<^ordouëTan huit cens cinquante-neuf. 
Le Roy Ordogno de fon coflé demanda fecours aux Rois 
de France 6c <îe Navarre, qui luy envoyèrent vne armée de 
Gafcons , de Provençaux 6c de Navarrois. On fe rencontra 
(or le bord du Tage , où il y eut grand combat , 6c les 
Chrc^liens furent défaits , 6c quantité de Noblefie morte^ 
ou prifonnière 3 mais il y mourut vn plus grand nombre d' A'- 
rabes. Mahamet poursuivant (a viâoire entra dans le païs 
des Chreftiens , ou il mit tout à feu 6c à fàng , prit les vil* 
les de Samore 6c de Salamanque , Zc fàccaeea le plat pais. 
De-11 il entra dans la Navarre^ 6c porta tes armes viâo« 
rieufes jufqu'à Thouloufe ^ jinais ' commç il penfbit repaf* 
ier les Monts, pour aller prendre fes quartiers-d'hyver dans 
I^Andaloufie, le Roy de Navarre, Sancbe Garcia , Tatten^ 

Ff iij 




J 



mec. 



Séi. 



.30 DE MAHOMET ET DE SES 

dit au paflage , & luy défit vnc partie de fcs troupes. Sur 
contre Maba- ^çj nouvcUes , Lot fit ligue coDtre luy 9 avec quelques Priiw 
"^* CCS Arabes Tes voifins , qui fecourus de Dom Ordogno , fi- 

rent long-tems la euerre au Roy de Cordoue, Cependant» 
le Roy Ordogno ht plufieurs entreprifes fur les ennemis, 
gagna fur eux grafld nombre de places, baftit la ville d^ A- 
randa de Duero Tan huit cens foixante & vn j & l'année fui- 
vante prit celles de Lara & d'Oca , avec cous les païs d'à- 
lentour. D*autrc - cofté Mahamet continua ia guerre con- 
tre Lot, & ayant domté quelques-vns des Chefs qui s'e* 
ftoicnt révoltez contre luy, alla attaquer la ville de Tolède. 
Mais fur cet avis Lot envoya demander du iècours à Dom 
Ordogno , qui luy en envoya. Mahamet eftant arrive prés 
de Tolède ,. mit vne partie de fon armée en embufcade , & 
s'avançant avec l'autre, anira les ennemis^ hors de leurs mu- 
railles par fon petit nombre ^ puis fe bâtant lafchement, 
prit la fuite , & les fit donner dans Tembufcade ^ où its)fu- 
rent tous déiaits. 11 y mourut quinze cens Chreftiens * & 
plus de trois mille dé ceux de Lot >, qui regagna la ville à 
toute bride. Mahamet vidorieux fe vint camper devant , & 
envoya aux Rois de B^barie , comme par trophée , la teftc 
ties principaux Chreftiens qui avoient efté tuez au combat. 
Mais voyant eue le fiëge de la place droit en longueur , il 
^. s*èn retourna a Cordouë. L*an huit cens foixante Se quatre, 

^* le Roy Ordogno mourut dans Oviédo , après avoir régné 
dix-huit ans, & laiflapour fucceflèur fon fils Alfonfe , qui fîir 
furnommé le Grand. Celuy-^cy eut guerre contre fes Sujets 
l^îefpace de fix années ^ & remporta après de gratis avantages 
fur les Arabes. Le Calife Mémon eftant niort , comme nous 
Séc avons dit^Ozmen luy fuccéda, comme nous dirons au cha- 
'' pitre fiùvant. 



ililililldk 




SES 

99 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 151 

CHAPITRE XXV. 

iyO:çneu , vinff - troipmc Califi ; (y Je ce qui 

fe pajfa /oMS fin régne. 

AP R E s la mort de Mcmon il y eut grande diTifion eru 
cre les Arabes , qui nommèrent pour fuccefleur de TEm- 
Sire Ozmen jxar les Perfes fe révoltèrent contre luy.Mais 
iè gouverna fi-bien en marchant contre eux , au*il appai- 
ÙL tout iâns grande effufion de (âng. D'autre-coité les Ara* 
bes de Crète voyant l'Empire de Conftantinople déchiré 
de guerres civiles ^ BaGle ayant tué Michel , 2c s'eftant fait 
Empereur^ils coururent toutes les coftes & les Ifles de la<jre- 
ce y pais retournant dans le Golfe de Venifè , prirent la ville 
de Grade , oui appartenoit à cette République. Sur ces nou- 
velles , Baule croyant quTil eftoit de Hntereft de TEmpire 
de cfaaftier ces Baroares , fie de faire rendre cette place, cin« 
gla contre eia: avec vne artnée navale , pour les chafler de 
ce pofte. Mais il perdit la bataille , où il courut rifque d'eftre 
pris y 8c kûila grand nombre de morts & de prifonniers. Eftant 
de retour i Conftantinople , il eflaya de réparer ùl perte , 8c 
envoyant -vne féconde armée navale en Candie , marcha ,^. .- 
loy-mefme contre Ozmen. Le Lieutenant -général * qu'il a:- *f 

voit envoyé contre les Arabes^ de TMe <!e Crète , rabatit 
leur infolence par vn heureux combat , te luy , efbnt entré 
dans la Syrie , prit plufteurs villes 8c chaf^eaux , 8c ravagea 
tout ,}ufqti'à la ville de Tefirica, qifil affiégea. Mais le fîége 
tirant en longueur , il defeTpera de la prendre , Se paflànt 
TEuphrate , prie plufîeors places de ITautre cofté , les vnes 
par force , tes autres par compoftnon ^ Se ayant impofé des 
contributions Mir-tout ^ retourna pafler t^hy ver àConfbnti- 
nople. Il repam en Syrie f année imvante dés le commen- 
cement du printems , 8c n'ayant pu prendre Adate, dont û 
avoit brûlé les fauxbour|;s , il reprocna à fès fbldats leur lafL 
cheté ; parce -que les habitans ne fe défendoient pas bien^ 
Mais vn vieillard luy repartit , que la prife 4c cette ville 



iji DE MAHOMET ET DE SES 

eftoit refervée à vn Conftantin qui fcroit fon fils , & que 
celuy qui portoit maintenant ce nom ne Teftoit point. UEm^ 
pereur après avoir fait plufieurs vains efforts contre cette 
place , nt mourir tous les prifonniers qui eftoient dans Ton 
camp y & retourna à Conftantinople. 
En mefme tcms les Arabes d'Aririque entrèrent dans Tll- 
* Arragoça. ly^ie ,avec vne armée navale , & ayant attaqué vne place * , 

l'Empereur envoya à fon fecours vne flote de cent navires, 
qui leur fit lever le fiége , & regagner Tltalie , où s'eftant 
joints avec ceux du mont Gargano , ils firent de grans ra^ 
vages le long de la cofte , puis afTiégérent la ville de Bari y & 
PouïUc ^* ^* l'ayant prife , ne fe contentèrent pas de ravager la PôuïUe & la 

Calabre ^ mais coururent toutes les coftes d'Italie > où ils 
prirent plufieurs places. 

En mcfrae tems , Alamir , Prince de Tarfe , qui fe faifoic 

appeler Calife , auffi-bien que celuy de Bagdet , entra dans 

les provinces de TEmpire, avec vne armée de Sarafins qui 

y commirent de grans excès , ôc comme le Gouverneur du 

dés devant * fe voulut oppofer à leur furie , Alamir luy manda , 

thc." ^ ^' que s'il donnoit bataille, le fils de Marie ne le fauveroitpas 

de leurs mains. Mais ce blafphéme ne demeura pas long- 
tems impuni : car le jour du combat , ce Gouverneur prit 
la lettre du Barbare , & l'ayant fait attacher à vne Image 
de la Vierge , pour fervir d'étendart , défit les ennemis aitfc 
;rand meurtre , & fit couper la tefte à Alamir , qu'il avoit 
ait prifonnier avec plufieurs autres. Mais accufé depuis de 
n'avoir pas voulu prendre Tarfe ^ il fut cafle , 6c fon Gou- 
sripiote. vernemcnt donné a vn autre * , qui s'eftant laifle furprendre 
dans fon camp par les Arabes , fut défait , & contraint de 
chercher fon iàlut dans la fuite. 

Sous le Pontificat du Pape lean VIII. l'Italie affligée des 
courfes continuelles des Arabes , & ne pouvant efpérer du 
fecours des Princes de l'Europe qui s'entre- faifoient k guer. 
re, eut recours à l'Empereur de ConfVantinople ^ qui y en- 
voya vne armée. avec prières au Roy de France ^ c'y join- 
dre fès forces ^ de-forte qu'avec ces deux armées on vain- 
quit, & on fit prifonnier Sultan ^ Prince des Arabes ^ & on 
Iny tua là plufpart de fss gens. Les Hifloriens difent que 

Charles 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 135 

Charles le Chauve tint ce Sulun prifonnier dans Capouë , 
refpace de deux ans , pendant lelquels on ne le vit rire 
<]u»vne fois j que voyant pafTer vnç charette dans la rue , 
cela le fit fouvenirxle Teftac des Grans, & de Tincondance 
de la Fortune, qui met les vns tantoft au-deâus^2c tantoft 
au^deflbus de fa roue. IL confeilla au Roy , pour conierver 
les villes de Capouë, 2c de Bënëvent, d'en chafler la No- 
bleile ^ & la Nobleile ayant ^flé avertie de ce deflein par 
le Sultan mefme^ elle ferma les portes comme le Roy eftoit 
ailé i la chafTe ^ & mit en liberté le Sultan qui leur avoit 
donné cet avis. Mais ils receurent bien-toft le payement 
de leur révolte : car le Sultan , après aroir ralTemblé des 
Arabes de tous coftez , tant de laPouïUe , que de TAfrique, 
& de la Sicile , vint mettre le fiége devant Capouë , qui 
fut contrainte d'envoyer demander pardon à Charles le 
Chaitve pour en avoir du fecours« Mais comme ils virent 

3u'il fe réjouïjToit de leur perte, au4ieu de les fecouhr , ils 
épefchérent vers l'Empereur de Conftantinople , qui leur 
promit tout fecours ^ mais les Arabes ayant pris leur dépu« 
té^ils le menèrent au Sultan , cpii avant feuleiujet de (a dé^ 
ptttation , Tobligez , pour fauver. fa vie , d'approcher des 
murs de la place \ Se de crier aux habitans qu ils n'efpéraC 
fent aucun fecours de l'Empereur. Mais on dit qu'en paC 
fant prés des portes, il les encouragea tout^bas i tenir fer* 
me i ce que le Sultan ayatic appris^^il le fit tuer , Bc defefpé-- 
rant de prendre la place, leva }e fiége. Pour retourner en 
Afic, Ozman eftant allé attaquer Tlfle de Chypre, receut 
m coup au fiége de Famagofte , dont il mourut ,' après a- ^jx^ 
Toir régné huit ans ,& Caym Adam luy fuccéda. 

CHAt>ITRE XXVI. 

De Qtym JcUm ,vinff. quatrième Califn^ des ehofit 

arrivées de fin tenu. 



c 



A Y M Adam ayant pris les refnes de ITmpire , eut de 874. 
grandes guerres contre les Perfes , Se en mefme téms ; 






t34 DE MAHOMET ET DE SES 

* saeto Apo- If Pfiflçe (ies Arabes de Candie * envoya ravager les Ifles 
capa. ^ jç^ çoAcs dc la Grèce. Mais fes gens furent deËbts par 

•Bafik. l*wwéc Hi^vale de VEinficreiir'* ^ qui prie ou brola plufiênrs 

id^K leur$ vaifleaux. Se le refte raÛemblanc quelques vaifleaux 
Ci^rTairçs^alla ravager le Peloponéfe) 6c les Ifles voifiiies. 
$ttf t:^ nouvelles;^ Nicécas , qot coromandoit Vûrméa na-» 
y^k de rEmpereûr y leur don^a la chaflè , & fâchant qu'ils 
ftr des roa- devQÎent abpîder à Moton , Pile , OU Patrtflè ^ tranTporta fcs 
leauz. vaiâeaux au*-delà du détroit die Corimhe ^ & les alla fur^ 

prendre i l*improvifle ; la plufoart de leurs .vaiflèauz furent 
Pothic {MT^l,^ ) les autres coulée à tonil ^ & leur Général tué dans le 
CiQinbat y firbieoiiiue toute leur armée navaie fut xlécruite» 
Tandis que cçs chofés fe pafToiçnt ^ le Calife faîfoit la 
guerre aux Perfes \ qui fe voyant trop preilez ^ imploré* 
irent le fecours des Turcs , Lefquels deviorent à la £ci fi puiC 
fam , qu'ils fuccédérràt i l*£inpire des Arabes. Pow re« 
tourner aux aââiries d'Occident , Alibiife le Grand eftantea 
{i^rre contre les Chreftiehs , les Arabes entrèrent en fon 
paÏ5 , &C y firent de grans maux pendant fix ans que la guer* 
r^ dura; mais ils euflent fait encore ^h^ û, la divifioh nq fè 
hSt point mii^ parmî eux. En mefme, tems for tir de Car^ 
thageV VMie flôce de fixante gros navir£s bien équipez ^ qui 
coururent toutes les mers du Levant , & firent de grans ra- 
V4^e9 dans les Ifles de Zante^Sc de Céphaloniejufqu'à ce 
q^xs TEmpe rettr envoya contre-eux fbn armée navale ^ qui 
eo eaula à fond la plufpart , ta fit quantité de prifonniers. 
De-ià elle coumit toute cette mtv , & donna par.tout de la 
terreur ^^uis ravagea la Sicile , &: s'en retourna charjzée de 
butin i ConifbœtinQple. Cependant , les. Arabes qui ç^oien t 
au-tour de Meflîne , allèrent batre les colles de Phénicie ^ 
Se de Syrie , o^ il» firent de gf^^ rnvae^Sf Car l'Empe- 
reur en avoir pris tous les gens de mer de Ces navires, pour 
travailler aux Ten)ples qu'il £siifoit conftruire à Confiant» 
nopU, de comme il eut envoyé CQntre-eux vne armée 'na« 
vale pour reparer cet àfixoniç , iU la défirent. Mais Nice- 
phore Phocas , brave & expérimenté Capitaine , cingla con- 
trç.«v? avçc vw Po^v^Ue arm^« • ^ 88 rempart^ 0ufieur$ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL lys 

Vu ce cems-li , mourut l'Empereur Baille , laiflânt pour 
fûccefleur , Ton fils Léon le Pbilofojphe , qui tint TEmpire 
▼ingc-cinq ans , 8c fut grand baftifleur ^ auffi-bien que Ton 
père. Cependant^ les Arabes prirent l'ide de Lemnos , oh 
ils tuèrent quantité de Chreftiens ^ puis fe retirèrent char* 
gez de butin , & (è repofërent quelque tems pendant les 
guerres ciriles d'Afrique. Pour retourner aux autres pro. 
▼inces. Sous iê régne d'Alfonfe le Grand , Mahamet , Roy 
de Cordouë ^ leva deux armées , & les envoya ravager le e/psim. 
Rovaume d'Alfonfe > ibiB le commandement d'Almaïklari ^ g A * 
& a Abulca^n ,dont celuy-la entra daàs laCaftille ^ &rau- 
tre dans k quartier de Leon« Le Roy Alfonfe ayant raC ii le dtf c ftù 
iêmblé vne armée ^ où fe joignirent plufieurs Navarrois ^ ic ^^ ^^^^ 
Gafeons , marcha concre-eux y ic contraignit celuy-cy de fe 
retirer avec grande perte. Mais Almandari qui ravageoit le 
quartier de Salamanque , ayant appris la défaite d'Abulca- 
cem j & ùtchant qu' Alfonfe venoit contre luy , fe redra 
uns avoir rien fiiit de mémorable. Le Roy de Cordouë 
ayant échooé de ce cofté-U ^ tourna (es forces contre To^ 
léde y Se lajflant foafils Almundir dans Talavera , palla outre» 
& ailuf ettit plufieurs places de cet Eftat. Lot » Roy de To- 
lède y voyant l'armée des ennemb partagée , alla doimer 
bataille i Almundir } mais il fut vaincu ^ & contraint de fe 
rerirer en defordre ^ Se MahaiAet ayant appris iâ défidce ^ 
l*alla affiéger dam Tolède , qu'il réduifit aux abcûs , après 
avoir fait abatre le pont 5 dê-forte que Lot fut contraint 
de k faire (on vafial. Tandis que Mahamet eftoit occupé . 
à ces chofes , Alfonfe courut ion pais y it Je contraignit de 
faire la trêve y 1 condition que pas vn d'eux lie ppurroîenc 
reftablir les places qui avoientefté ruinées pendant la gûer^ 
re. Cette trêve dura fix ans , & jufques à k mort de Ma- 
hamet , qui laifla pour fuccefleur Almundir ^l'aifué de tren« 
te-quatre fils qu'il avoit. Ce Prince eftoit alors occupé CA 
vne guerre contre 1* Arabe Omar qui s'eftoit révolté^ &iie 
voulut point revenir qu'elle ne fuit achevée par la mortévi 
rebelle, puis il s'en iretourna i Cordouë. Après avoir efté 
faille Roy y il confirma la trêve avec Alfonfe , 8c mourut au 88c. 
bout de oeax ans, fans avoir rien fait de mémorable. Son 



• 



%l6 DE MAHOMET ET DE SES 

moitts <|iiiozc frère Âbclala luy fuccéda , qui régna vingt-cinq ans , & tot^ 
jours. firma la niefme trêve -^ rhais l*an huit cens quatre- vîrtgts cinq, 

88y. voyant qu'au préjudice du traité ^ Alfonfe fàifoit fortifier 
uL**"iÎM Samorà , Vifeo , & autres places qui avoient efté ruinées 
fcomelL ** pendant la guerre j il envoya fes Alfaquis demander du fe- 

cours en Afrique ,& ayant raffemblé quantité d*Arabes, 
entra dans la Caftille ^ & la ravagea jufqu*a Salamanque ^ qu'il 
prit avant qu'AIfonfe la pût fecourir ^ puis k retira à Cor- 
douë. D'autre-cofté , Alfonfe entra aans le Royaume de 
Tolède ^ôc ravagea le quartier qui obéïflbit à Abdala, puis 
M^- s'en retourna à Oviédo. t*annce d'après , Abdala raffembla 
• fes troupes , & avec vn nouveau renfort qui luy vint d'A- 
frique , prit les villes de Nachara , & d'Occa fur le Roy 
Alronfe , d*où entrant dans la Navarre , il affiégea Pampe- 
Iune,où le Roy Dom Sanche s*eftoit renfermé , avec toute 
la fleur de fon Eftat. Après plufieurs forties , oîi moururent 
quantité de gens de part-Sc-aantre, Abdala emporta la vil 
le d'aflaut , & le Roy Dom Sanche y fut tué , avec la piuf- 
part de fa Nobleffe. Cela fait , les Arabes s*cri retournè- 
rent chargez de butin , & de prifonniers- Le Roy Alfonfe qui 
accouroit au fecours du Roy oeNavarre /e mit à leur queui:,& 
entrant dans le Royaume de Tolède, il prit par compofition 
la ville de Guadalacnàra ^ aprés-quoy les troupes s'cfbnt reti- 
rées de part.&-d'âutre , on fit trêve pour fix ans. 
Cajoi Adam. Lor;s-que le Calife de Babylone eut mis fin à la guerre 

des Perfc'S , & quHl les eut remis dans robéïflance après la 
*Leonl€ Phi- dcfoktion entière de ces provinces, il tourna fes forces con- 
lo&plie. tre TEmpereur * , & entrant dans fon païs avec vne puiflàn- 

te armée, y fit de grandes cruautez. Mais TEmpereur raf- 

iemblant les légions , marcha contre luy , &c le vainquit dans 

Himcrc la Syrie. Tandis que fon Amiral * défit la flote d'Alexandrie, 

avec grand meurtre, & quantité de prifonniers. La perte 

de ces deux batailles diminua beaucoup les forces U Tor- 

gueil des Arabes. De-forte que les Chréftiens eurent queU 

que relafche , jufqu'à l'Empire de Conftàntin ,fils de Léon, 

qui eut pouf Gouverneur pendant fon jeune âge , Romanus 

Ciirca u Lacapenus , pendant le gouvernement duquel , deux Licu- 

TkeopfaUofi. tenans généraux de l'Empereur gagnèrent plufieurs bataiL 



i 



SVGCESSEVRS, LIVRE IL 157 

ks,& prirent plûfieurs villes dans la Syrie. Âpres ces hcu^ 
reux commcnccmens , l'Empereur ayant appris que les Ara- 
bes de Candie ruïnoient les coftes de TEmpire , il envoya 
contre- eux vne armée navale ^ qui Rit défaite par Tignoran- 
ce du Général , Se la plufpart des Cbreftiens tuez , ou faits 
prifbnniers^ Mais Pnocas qui commandoit les arn>ées de Bardophocas. 
Levant , conduifit la guerre avec tant d'adrefle contre le oofcfauxPfao, 
Calife , qu'il prit pluheurs villes , & ruïna vne partie de la "*' 
Syrie. Tandis que ces cbofes fe pafToient , vn autre Pbo* Nicéphorc 
cas alla contre les Arabes de Candie , & leur fit la guerre ^l^ocas. 
à toute outrance Tefpace de fept mois *, & après leur avoir 
gagné plûfieurs batailles, ruina la ville de Candace, reprit ^ 
phifieors chafteaux , & fit prifonnier leur Général ♦ ^ de-forte ^"'•P^* 
que s*il n*euft efté rappelle à Conftantinople ,il euft acbe- 
vé de reprendre toute Tlfle. D*autrecofté, Léon, Gou- 
verneur des provinces du Levant , marcha contre le Calife 
qui eftoit entré dans TEmpire avec vne puiflance armée, 8c 
reprenoit les places conquifes par les Romains j & luy ayant 
livré bataille , le défit , tua ou fat prifonniers la plus grande ^ 

partie des Arabes , & rentra triomphant dans Conftantino- 
ple. L'année d'après , TEmpereur envoya Nicéphore Pho- 
cas en Levant", fur Tavis que le Calife retournoit avec vne 
nouvelle armée , & ce Général pafTant en Syrie , luy donna 
bataille, & le vainquit après vn combat fort opiniâtre, puis 
prit la ville de Beroë , & la fàccagea , à la referve du cha- g^ i , 
lleau. Outre les grandes richelTes qu'il y trouva, il donna 
la liberté à quantité de Cbreftiens qui y eftoient captifs , 
fit grand nombre de prifonniers , & retourna glorieux à 
Conftantinople , remportant pour Reliques , vne partie des 
veftemens de Saint lean. Enfuite Phocas ayant iuccédé à 
Romanus , les Arabes de Sicile luy envoyèrent demander 
quelque argent qui leur avoit efté promis , à ce qu'ils di- 
ioient , par fes'prédéceflcurs. Cela luy déplût fi fort, de- 
peur qu'on ne crût que de fon tems , l'Empire fuft tribu*- 
taire, qu'il envoya contre-eux vne armée, fous lecomman^ 
dément du Patrice Manuel , qui n'eftant pas fort expéri* 
mente, foufiiit que fes foldats fe débandaflent.en prepant . 

terre;de*forte que les Arabes fe jettérent fur eux,&: ayant tué 

G. ••* 
guj 



138 Dr MAHOMET ET DE SES 

Manuel en mafTacrérenc ou firent prifonniers la plus gran- 
de partie , fans au'il fe fauvaft que tort peu de navires. Ci- 
mifla fut bien plus heureux : car ayant efté envoyé dans la 
Cilicie , il remporta vne vidoire entière contre les Arabes, 
Anabarû, P^^^ ^^ ^^ ^*^^^ d*Adana,& fît fi-bien que TEmpereur Tan- 
RoiTo.Adàna. née d'aprés^fe rendit maiftre d'vne grande partie de la pro^ 

vince , & y prit plufieurs places ; mais il n'attaqua ni Tarfe, 
ni Mopfuefte , â-caufe de la venue de Miyver , & retourna 
prendre fes quartiers en Cappadoce. Si-toft que le nrintems 
fut de retour , il pafla en Cilicie , & envoya fon frère Léon 
avec vne partie cle Tarmée affiéger Tarfe , tandis qu*il atta^ 

3uoit Mopfuefte. La rivière de Sare la coupe par le milieu ^ 
e-forte que les Arabes voyant les Chreftiens madftres de 
j Tvne, y mirent le feu ,& fe retirèrent dans l'autre ^ mais ils 
furent pourfuivts fi chaudement que Ton emporta la place^ 
où tous les habitans furent tuex ^ ou faits prifonniers , & la 
ville de Tarfe fe rendit au bruit de cette nouvelle. Trois 
jours après arriva Tarmée navale d'Alexandrie ^ que le Ca« 
life envoyoit au ftcours ; mais n'ayant pà prenare terre ^ 
elle fut contrainte de relafcher en pleine mer , oà elle 
rencontra celle de FEmpereur ^ qui en coula à fond vne 
partie , & le refte fiit fubmergè par la tempefle. L'Em- 
pereur retourna victorieux à Conflantinople , fàifant em- 
porter avec luy les portes de Tarfe Se de Mopfuefte , qui 
eftoient de bronze & fort bien travaillées , lefquelles il fie 
mettre en fbn Palais , les vnes vers l'Orient , & les autres 
vers l'Occident. Cet Empereui» redonna auffi à l'Empire l'ifle 
de Chypre, que les Arabes tenoient depuis long-tems, & prit 

Quantité de villes autour du Liban , &: fur la cofte , dont il 
efola la plus grande partie. Enfuite paflant jufqu'à Antio* 
che , qui eft fur le fleuve Oronte , il l'afïîégea* j mais les vivres 
venant à luy manquer , après vn long fiègc , â-caufe des 
pluyes continuelles qui avoient gafté les chemins , il fk bailir 
AojourdTiujr vft chafteau fur le montTaurus , pour incommoder 1« habi-: 
Maurus. ^^^ ^ ^ retourna â Conftantinople, kiflànt le foin de Tar- 

mèe à vn Capitaine expérimente , pour la mettre en quar- 
Pierre Eonna- ticr-d'hyver. L'Empereur eftant party , Michel Burge , qui* 
9"^^* commandoit dans ce chafteau nouvellement bafti > eflàyar' 






^SVCCESSEVRS, LIVRE. II. ijy 

blufieurs fois d« prendre Antioche «^ & vn jour ayant pris la 
hwtçm dV«ie tour oui eftoit fur iVnc des portes de la ville» 
il y plafita dçs échelles la nuit jpar vn fort mauvais teins , 
fi; ino0tant avec croîs cens folclats , égorgea le corps-de*- 
^de endormi , $c s'y fortifia. Enfuite il manda du fecovtrs 
au Général , qui q'y voulut point entendre du commeocf ^ 
ment ^ pour la raifon que je diray enfuite. Cependant , Ie$ 
babita^s atCMuérent Burge de toute leur force , mais^ il fe 
défendit fort bien , & ayant efté à la fin fecouru par toute 
I*armée , emporta la place. L'Empereur en ayant eu avis , en 
receut plus de mécontentement que de iatisnâion , parce- 
qu'il luy avoir efté prédit, qu'en la prenant il de voit mou- 
rir. De-forte au'il naakrait^ les Chefs , ^ leur ofta leurs 
charges, la fixieme & dernière année de fon Empire. 

Pour retourner en Occident, la trêve qui eftoit entre le Efp^i^^* 
Roy Dom Alfonfe, & Abdala, Roy de Cordouc,eftant finie j 
ccluy -cy joigf^pt fes Hrwpes à celles de Lot^Roy deT^oléde, 
fit de gfans ravages fur les terres des Chfeftieas , i-caufçdu 
diifereat qui furvint Cûtre les enfàus du Roy Alfpfife » ppur 
lefquels appaifer il donna le Gouvernement deLeopàPoQi 
Garcia, ôc celuy de Galice à Dom Ordogno, 6c ff retir» à 
Ovi^o. Ordogno défit par deuscfois les armées d'Ahdalft^ 
\*9n huit cens quatre-vingts dix-huit ^ ^ Tannée neuf cefisi, g^S» 
Dpm Alfonfe revenant de vifîter l'Eglifede S. Ucooeî, ^t 
à ^rçin qu'il aifembUft fip s troupes , parce - qu'if vpulflit 
Êûre w guerre ^ux Arabes ^ De-forte qu'il ravagea leur jp^aïs 
avec yne grande armée , puis retourna paUer l'hyver à §»-•• 
nkoxç , & de-U à Oviédo. Depuis jufqu'ep l*aii oeuf çças 
fi?f« , h gttçrre s'ftlluraa de ptas en pi«s en E%ag»fi , p» ol*|r 
$ews açcouroient cT Afrique au foeours d'Abmk^qyi eftoÂt 
attaqué de toutes parts. Après cela il maiirut , Uiffaot U - „^ ' 
ÇoQrpDne i Abdcrrame , qui fot furnommé TExaltatçuç 4? '* 

U tpy , ÔC fui préféré à fon aifné par le crédit du Rpyd'A^ Vnaçardî». 
&i^He, Alifoofe «purut deux ans. après , qqoy-.qu»x|q^qi}f^ 
Yns coptenjE f^ mort dés qu^il retQurpa à Samore. Il is^fStkr 
terré i Oviédo avec fa femme Chiméne,8c laiiTa poujp S^Çr. Caym Adam 
ceiTeur au Rpyau^nede Leop ,fon fils l>éni Gm^ 1^9 Cfu 
Ûfie de Syrie mpHrut aufii déjà fur l'âge, apr^s avoif régiiQ. 9^^* 



HO DE MAHOMET ET DE SES 

quarante - quatre ans. Sa mort caufa de grandes divisons 
dans l'Empire des Arabes , parce-qu'il y en eue quatre qui 
prétendirent en mefme tems À fa fuccefTion , dont Tvn fe 
Jt appeller Calife de Babylone, l'autre dlonic^ le troifié- 
me ae Perfe , Se le quatrième d'Egypte ; fans parler des 
Gouverneurs des villes & dès provinces , qui prenoient di* 
vers partis , & s'entrefaifoient la guerre. Ces divifions , 
dont il nous refte peu de mémoire ^ diminuèrent fort TEm* 
pire des Arabes. 

CHAPITRE XXVII. 

De Cofdar , vingt- cinquième Calijt ; f!^ de ce qm 

arriva de fin tems. 



A 



P R £ S la mort de Caym Adam y qui n^avoit pas eftc 
fort heureux dans {es guerres contre l'Empereur de 
Conftantinople^ quatre Califes s'élevéïrenr en Orient. Maiy 
parce-que le Catite de Bagdet fut tenu pour légitime fuc- 
ceâeur , & les autres pour des Tyrans j nous ne nommerons 
que celoy-lâ au rang des Califes. Il fe nommoit Cofdar , Se 
fit tout ce qu^il pût pour réiinir les autres ,afin défaire tous 
conjointement la guerre aux Chrefkiens , & reffaiblir l'Em- 
pire des Arabes. Comme PEmpereur Phocas efloit mort ^ 
& que Zimifca régnoit en fa place , il fit deffein de l'àtca-* 
quer^pour commencer fon régne par quelque chofe de re- 
marquable , & s'eflant ligué avec les autres Princes Ara- 
bes ^compoTa vne puifTante armée ^ où ceux deCarvan mefl 
mes eurent part , 6c affiégea Antioche. Mais elle fe défendit 

Aatîochc fur fi^bien , à la faveur des légions de la Méfopotamie , que les 
rô«tf. y^rabes , quoy-que plus forts en nombre , furent défaits , fie 
contraints de fe fauver par la fuite. Cofdar fe retira en Ba- 
bylone, avec ce qui luy refb de troupes , & quelque tems 
après conquit la Perfe ^ avec le fecours d*Egypte, & d*A- 
frîqtfe. 

Efféigfèi. ' ' Powr retourner en Efpagne ^ Dom Garcia ayant fticcédé 
à (qx^ père , continua la guerre contre le Roy de Cordouë » 

& 



4 

i 



SVCCESSEVRS^ LIVRE II. 141 

& entrant dans fon païs , prit plufieurs vflles & chafteaux , & ^ ^,1^, ^ 
défit le Gouverneur de Talavera avec grand carnage ,.pour- Yahaja.' 
iuivant les fuyars jufques dans leur ville. Il retourna donc 
chargé de butin , avec ce Gouverneur qu'il avoir pris ; mais 
ceux qui le gardoient le laiflerent échaper par leur faute. 
Pour luy j il mourut la troifiéme année de fon régne dans la 
ville de Samore^d'où fon corps fut porté à Oviédo^&fon 
frère Dom Ordogno luy fucceda. Celuy-cy gagna plufieurs 910. 
batailles contre les Arabes , & dés la première année de fon 
régne entra dans leur païs , qu'il courut (ans aucune réfi- 
ftance , puis retourna en Caftille. Il fit la mefme chofe les 
années (uivantes ^ mais Tan neuf cens quatorze il aflîégea 914* 
Talavera , défit Abderrame j qui fe préfenta pour la fecourir^ 
te le contraignit de fe retirer à: Cordouë. Après - quoy il 
emporta la place d'aflaut , & mit tout à feu & à fàng. De^ 
là il retourna viâorieux à Samore , emmenant avec hiy le 
Gouverneur prifonnier. Quelques-vns tiennent que cette 
bataille fut donnée du vivant de fon frère Dom Garcia, 
Abderrame irrité de fes pertes , & jaloux de Tagrandiile^ 
ment de fon ennemi , dépefcha ea Afrique pour tirer du fe- 
cours des Princes de la Maifon dldris 8c de Mequinez , qui 
régnoient alors dans les deux Mauritanies^Mahamet Motaraf, 
Seigneur de Cëute , pafla donc en Efpagne avec d'autres 
Chefs de la Tingitane , fuivis d^vne armée de plus de qua^ 
tre^ vingts mille hommes. Se fe vinrent joinore à Abder. 
rame autour de Cordouë. L^an neuf cens ieize ils aflié^é- 9^^ 
rent tous enfemble la ville d'Ofma y qu'Ordogno avoir »it 
fortifier , pour fervir de rempart contre les Arabes. Sur ces 
nouvelles , Ordogno y accourut , & les défit ^ mais ils eftoient 
en fi grand notnbre^qu' Abderrame refit incontinent vne nou* 
▼elle armée} toutefois comme Thy ver approchoit, il fe retira à 
Cordonc , après avoir garni fa frontière ,& les Africains re- 
tournèrent en Barbarie avec perte de plufieurs de leurs gens. 
L'année fîiivante Ordogno ayant feû leur départ , entra 
dans TEflrémadure , où u rûit tout i fetr & a &ng ^ Se ceux 
de Mérida&de Badachos, fe rendirent fes tributaires, en- 
fuite il retourna viâorieux à Léon chargé de dépouïiles„ 
La mefme année Abderrame fit trêve avec luy pour trois 

Hh 



t4* DE MAHOMET ET DE SES 

ans , après quoy il dcfendic à Mérida de rien payer , fous 

Sromefle de les fecourin Sur ces nouvelles ^ Ordogno entra 
ans rËftrçmadure , qu'il pilla 6c ravagea ^ puis paifant ou- 
tre afficgea Talavera , quoy - qu* Abderrame Teut fait forti- 
fier de nouveau, & pourveuë de touc ce qui eftoic neceflai« 
rc pour fouftenir vn (iége* Abderrame y eftant accouru, fut 
défait, avec perte de plus de vingt- cinq mille Arabes , & 
contraint de regagner Cordouë. Apres Ion départ ^ Ordo- 
9io. gno maiftre de Ta campagne , emporta la ville d'alTaut & la 
démolit , puis alla pajÛLer Thyver à Samore. Abderrame ne 
fut pas pluftofl arrivé à Cordouc^ qu'il dépefcha fes AlÊi< 
quis en Afrique, pour en avoir du fecours -, de-forte que dés 
ThJi^rt' 1^ princems de l'année faivante, deux des principaux Chcft 

de la Tingitane , paiTéreot en Efpacne avec grand nombre 
de cavalerie Se d'infanterie , qui s'eftant joints avec ky , aU 
lérent affiéger la ville de Saint Eflienoe de Gormaz. Or- 
dogno n'efunt pas aiTez fort pour leur donner bataille ^ le$ 
attaqua de nuit à l'improvifte , &c les ayant mis endeibrdre, 
les recha£& dans Cordouë,où Abderrame fk tant, qu'il retint 
les Africains ttmt Thy ver , & les obligea de faire eacore venir 
^ des troupes* L'année fuiuan te il entra dans la Gali ce , & jnit le 
fîcge devant Puerto , oii Ordogno mardia fiitvi de toute la 
Nobleire,& d'vne puiflante armée, qui fe batic avec celle 
des ennemis , fans qu'on pût juger qui avok remporté Ta^ 
9^)* vantage. L'an neuf cens vingt -trois, Abderrame entrant 
prés de Lo- ^^2m & Navarre affiégea Cantabrie , dont les habicans de- 
*^°S*>-- pefcbicrent vers le Roy Ordogno powr en cfbr (êcourus , fous 

prpmefTe de fe faire ies vaffaux. Abderrame s'en eflant don- 
té , laifla vne partie de fon armée dans fon camp , & Iny 
donnant bataillé avec lerefte,prés de IonqKicra,le défit) a 
xe que difetsc quelques- vn$ , ic prit prifomûers les E^refques 
de Tuy 8c de Salanunqtre. D'autres difènt,<^'Ôrdogno fît 
lever le flége , &c pomfuivant Abderrune , prit Nacfam , U 
$^^* ravagea tout Le païs d'alentour. Il mourut l'année d'après, 
& Dom Fruyle fon fircre , luy accéda , qoi ne régna pas 
deux ans j de- forte que la Couironnr paffîi à Docn Atfbnie 
quatrième, fon neveu, fils du Roy Ordogno. Si-toû que le 
Roy prdogno fut mort^ Abderrane dépe£daa en Afnqiie, 



4. 
1 



SVCCESSEVRS, LIVRE lï. 14Î 

pour eo avoir do fecoinr s , afin de faire Tes afiaircs dans ce 
cbangemetit* L'an donc neuf cens vingt-cinq ^MahametMo- 
laraf. Seigneur de Ceute , repaffa en Efpagne foivi de quel- 
ques autres Grans d'Afrique ^ avec quinze mille chevaux & 
quasante mille hommes de pied ^ 6c fe joignit à Abdcrra- 
me ^qvà entra dans ki Camille , metunt tout à feu & i iàng. 
Eniuice il affiégea 5. Eftienne de Gormas , 5c la prit après 
plufieufs attaques ; puis paflànt le Duéro prit encore Pam- 
peIaQe,& retourna à Cordouë ^fans trouver aucun obftacle 
iar fbfl chemin, à-caufe que les Princes Chreftiens eftoient 
occupez en des guerres civiles. L'année d'après , Abderrame 
£ins perdre roccàiîofi de s'agrandir , entra dans T Arraeon y 
Se donna par* tout l'cpou vante. Il avoit pour Général de 
ion armée vn brave Capitaine Arabe , qui pour avoir fait de 
grans exploits contre les Chreftiens du Levant , fut furnonv- 
mé Alhwîb Almanior -, c'ë(V-à-dire t>ien-aimé de Dieu , Se 
viâoriea:c. Cmnme tout le pais eftoit en appréhenfion , 
n'ayant point de Chef ^ la Noblefiè d'Arragon s'aflembla , 
8c clnt pour Roy Dom Ignigo, qui par fa valeur &fà con* 
doîtc/poiirveut auifi-toft à ce qui eftoit necefTaire pour la 
défeniè, & depefcha vers le Roy de Léon ,pour faire allian- Aifonfc iVl 
ce avec luy* Mais ce Prince qui eftoit encore jeune y 8c mal 
confêillé , (è porta fi lentement en cette afiaire , qu'on vit 
conce f Efpagne fur te point de retourner fous la domina- 
tion des Infidelks. Mats Dieu qui n'abandonne jamais les 
fiens dans l'extrémité ^Tufcita Femand Gonçales , Comte 
de Caftille } qui après s'èftre agucrry en divers combats con- ^ ^^*' 
tre les Arabes, enfin voyant qu' A Imanfer le venoit attaquer 
avec vne armée de cent mille hommes , marcha contre luy 
avec des troupes qu'il avoit raflemblees de Gafcogne , de 
Provence , de Navarre , d' Arraçon & de Caftille , & le défit 
prés de la rivière d'Arlança , ou il demeura fur k place tren- ^^ j^ contrée 
ce mille Africains , ians compter les Arabes d'Efpagne ^ 8c d Hacîncs. 
Aknanibr frit contraint de fe fauver d Cordouë-,ce qui joint 
à d'antres avantages, rabaifla fort l'orgueil des Arabes. Quel* 
q«es * vns diient que cette bataille fe donna Tân neuf cens 
quinze. Mais Aben el hach , Auteur Africain , qui eftoit de 
ec fRkis^là, & que nous fuivons pour le calcul de# années , 

H h ij 






144 DE MAHOMET ET DE SES 
dit que ce fut Tan trois cens vifigt-feçt de PEgyrc , qui fc 
rapporte à l'an neuf cens trente de noftre Seigneur ^ 8c de- 
puis jufqu*en .l*an neuf cens trente- cinq il ne fe palïà rien 
de mémorable en Efpagne. 
ItalU. Mais en Italie les provinces de la PouïUe & de la Cala- 

bre ayant fecoiié le joug de lan Cimifca , Empereur de Con- 
ftantinople- ce Prince irrité de cette revolte^y attira les Ara* 
bes, quife rendirent prefque les maiftresde tout le Royau- 
* ou xr ^^ ^^ Naples, & approchèrent bien prés de Rome. Le Pa- 
pe lean dixième * voyant vn (î puif&nt ennemi d Tes portes^ 
demanda fecours à Ton frère Albert , Marquis de Tofcane , 
qui joignit Tes forces avec celles des Romams , & marcha 
DansiaCam- Contre cux. Il y eut erand combat , où les Arabes furent 
ptgnc de Ro- vaincus , & contraints de regagner la Pouïlle ,& d'abandon- 
ner toutes les places qu'ils a voient prifes. Mais quelque tems 
après ilsfe rallièrent, a la faveur de quelques troupes d*A- 
frique Se de Sicile , &: perdirent vne féconde bataille dans 
la terre de Labour ^ d'où ils furent contraints de|{ë fàuver 
dans la fortereife du mont Gargano , qu'ils avoientbaftie à 
Oii eft an • l'embouchure du Golfe de Siponte. Mais n'eftant pas pref- 
m^l^s^L '/ ^^^ vivement , à-caufe que les Princes d'Italie eftoient divi- 
°^*^' fez , ils eurent le tems de fe remettre , & de faire des cour, 
fes deçà & delà , depuis la rivière du Tybre jufqu'à celle de 
Pefcare ,& depuis Tules jufqu'au Cap d'Otrente. Ils prirent 
mefmela ville de Bènèvent , & la rafèrent, faiiant le dè- 
gaft par tout le païs. Cela contraignit les babitans de ces 
provinces de fe ioumettre à leur domination, de- peur de la 
captivité , ou du pillage j ce qui fonda puiflàmment 1 autori- 
té des Arabes en Italie. 
Mriaue. L'Afrique d'autre-coftè n'eftoit pas moins troublée de 

or6.* divifions , parce-que l'an neuf cens vingt-fix , les naturels du 
païs fe révoltèrent contre les Arabes , Recommencèrent vne 
guerre qui dura long- tems, Se fut fort cruelle. £Ue pritfon 
origine dans la Mauritanie Tmgitane, où régncÂent ceux de 
la Maifon d'Idris : car vne lignée de la tribu des Zènèces ^ 
appelée Méquinéce , ayant fecoué le joug, s'empara de la 
piufpart de fes provinces, & annoblit la ville de Mèquinez^ 
ou elle eftablit les bornes de fon Empire, à douze licuësde 



t 

à 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 245 

celle de Fez. Cependanc , m prédicateur Morabite , qui Qoenin b» 
cftoic en crédit ^ ibus prétexte de fàinteté , perfuada aux peu. ^^°^ 
pies de la province de Temecéne , fur la frontière de Ma« 
roc j de n'obéir ni payer tribut à ceux de la Maîfon d'Idris^ 
parce -qu'ils ne Êûfoient point de juftice y & qu'ils opph* 
moienc les peuples. Ayant donc fait accroire qu'il eftoit 
Prophète, & qu'il eftoit venu exprés pour les délivrer de la 
tyrannie , il vfurpa fur eux vne autorité temporelle & fpiri- 
cueUe^^ aflëmblal es forces de la province % qui eftoit alors * Tmccéoc 
û poiftknte , que de quarante villes ic de trois cens bourgs 
fermez^ elle tiroit quatre-vingts mille hommes de cavalerie, 
& deux cens mille d'infanterie. Celuy * cy donc déclara la 
guerre au Roy de Fez , qui efbmt déjà occupé à fouftcnir 
celle des Zénétes , fut contraint de faire la paix avec luy , te 
de le confirmer dans fon vfurpatîon , où il régna Tefpace de 
trente ans , & après luy (es fuccefteurs plus de cent , jufqu'au 
régne de lofef Âben Téchéfien , qui après avoir bafti la vil- 
le de Maroc , détruifit cette province y comme nous dirons 
en fon lieu. Après cela y environ l'an neuf cens trente-qua- 934. 
cre , vint encore d'Arabie vn autre Charlatan en habit de , 
Pèlerin , difant qu'il eftoit Prophète ^ de la lignée d'Abez, 
donc les Califes d*Arabie tiroient leur origine , & les Sei- 
gneurs de Carvan de laMaifon d'Agleb. Celuy-cy devint 
en -fi grande eftime au Royaume de Tunis , qu'on le reveroit 
comme vn Saint, & qu'Abdala^le dernier Prince de la Mai- 
ion d'Agleb y luy portoit honneur comme à fon père , Se 
n'encreprenoit rien (ans fon confentempnt. 11 fe fit appeller 
Limen el Moahédin , ou la Tourterelle reftauratrice de la 
Loy ^ à-caufe de la pureté de (es mœurs & de fadodrine. 
Ceux qui ont écrit Ion hiftoire y & particulièrement ceux 
de Tunis, dilènt qu'il eftoit luif de nation y &c l'appellent 
Moahédin Cheay . Feignant donc que ceux de la Maiion dT^ 
dris^qui eftoient Seigneurs de Fez^eftoient hérétiques y il 
(bûleva le pais contre eux en faveur des Zénétes ^ & ayant 
détruit plufieurs villes dans la Mauritanie, (è rendit maiftre Hare/goi^Mc* 
de toute la province de Habat , où font Ceute, Tanger, & camnc, «.c. 
Arzile. La Mauritanie Tingitane eftoit alors divifée en dix 
parts y à-cauâ; des dix enfans d'Idris, fécond Roy de Fez, 

Hh iij 



144 D£ MAHOMET ET DE SES 
dit que ce fut Tan trois cens vittgt-fepc de TEgyre , qui fc 
rapporte à l'an neuf cens trente de noftre Seigneur 5 8c de- 
puis jufqu'en l*an neuf cens trente- cinq il ne fe pafla rien 
de mémorable en Efpagne. 
rt4li€. Mais en Italie les provinces de la PouïUe & de la Cala- 

bre ayant fecoiié le joug de lan Cimifca , Empereur de Con* 
ftantinoplel ce Prince irrité de cette revolte,y attira les A ra^ 
bes , qui fe rendirent prefque les maiftres de tout le Royau-* 
* ou xr ^^ ^^ Naples, & approchèrent bien prés de Rome. Le Pa- 
pe lean dixième * voyant vn (1 puiflant ennemi à Tes portes, 
demanda fecours à Ton frère Albert , Marquis de Toicane , 
qui joignit Tes forces avec celles des Romams , & marcha 
Dansia Cam. contre eux. Il y eut erand combat , où. les Arabes furent 
fagnc de Ro- y^incus , & con train ts de regagner la Pouïlle ,& d'abandon- 
ner toutes les places qu'ils avoient prifes. Mais quelque tems 
après ilsfe rallièrent, à la faveur de quelques troupes d*A- 
frique 5c de Sicile , Se perdirent vne féconde bataille dans 
la terre de Labour • d'où ils furent contraints delfe fauver 
dans la fortereife du mont Gargano , qu'ils avoient baftie à 
Oiî cft aa l'embouchure du Golfe de Siponte. Mais n'eftant pas prcf- 
molît^s^AD '/ ^^^ vivement , à-caufc que les Princes d'Italie eftoient divi- 
' fez , ils eurent le tems de fe remettre , & de faire des cour. 
Tes deçà fc delà , depuis la rivière du Tybre jufqu'à celle de 
Pefcare ,& depuis Tules jufqu'au Cap d'Otrente. Ils prirent 
mefmela ville de Bénèvent , £e la rafèrent, faifant le dè- 
gaft par tout le païs. Cela contraignit les habitans de ces 
provinces de fe ioûmettre à leur domination, de- peur de la 
captivité , ou du pillage ^ ce qui fonda puiâamment l'autori- 
té des Arabes en Italie. 
Mriaue. L'Afrique d'autrç-cofté n'eftoit pas moins troublée de 

Ole/ divifions , parce-que l'an neuf cens vingt- fix , les naturels du 
païs fe révoltèrent contre les Arabes , Recommencèrent vne 
guerre qui dura long- tems, Se fut fort cruelle. Elle prit fou 
origine dans la Mauritanie Tmgitane, où règncÂent ceux de 
la Maifon d'Idris : car vne lignée de la tribu des Zènètes, 
appelée Mèquinéce , ayant fecoué le joug , s'empara de la 
plufpart de fes provinces, & annoblit la ville de Mèquinez, 
où elle eftablit les bornes de fon Empirera douze licuësde 



4 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. Z45 

celle de Fez. Cependant , Tn prédicateur Morabice , qui Qoemin bca 
eftoit eo crédit ^ fous prétexte de. (àinteté , perfuada aux peu. m^°^ 
pies de la province de Temecéne , fur la frontière de Ma^ 
roc , de n'oDeïr ni payer tribut à ceux de la Maifon d'Idris^ 
parce -qu'ils ne £ûfoient point de juftice , & qu'ils oppri- 
moîenc les peuples. . Ayant donc fait accroire qu'il edoit 
Prophète, & qu'il eftoit venu exprés pour les délivrer de la 
tyrannie , il vfurpa fur eux vne autorité temporelle & fpiri- 
tuelle,& aflëmblal es forces de la province % qui eftoit alors • Tcmccéae. 
ù puiflknte^ que de quarante villes te de trois cens bourgs 
fermez^ elle tiroît quatre-vingts mille hommes de cavalerie^ 
& deux cens mille ainÊinterie. Celuy - cy donc déclara la 
guerre au Roy de Fez , qui eftant déjà occupé a fouftcnir 
celle des Zénétes , fut contraint de faire la paix avec luy , & 
de le confirmer dans fon vfurpation , où il régna Tefpace de 
trente ans , & après luy (es fucceiTeurs plus de cent , jufqu'au 
régne de lofef Âben Téchéfien , qui après avoir bafti la vil- 
le de Maroc ^ détruifit cette province , comme nous dirons 
en fon lieu. Après cela ^ environ l'an neuf cens trcnte-qua^ 934. 
tre , vint encore d'Arabie vn autre Charlatan en habit de , 
Pèlerin y diiant qu'il eftoit Prophète , de la lignée d' Abez , 
donc les Califes d*Arabie tiroient leur origine , & les Sei- 
gneurs de Carvan de la Maifon d'Agleb. Celuy-cy devint 
en -fi grande eftime au Royaume de Tunis , qu'on le reveroit 
comme vn Saint, 6c qu'Aodala^le dernier Prince de la Mai- 
ion d'Agleb , luy portoit honneur comme à fon père , Se 
n'encreprenoit rien (ans fon confentempnt. Il fe fîtappeller 
Limen el Moahédin , ou la Tourterelle reftauratrice de la 
Loy y à-cauiè de la pureté de (es mœurs & de la doctrine. 
Ceux qoi ont écrit ion hiftoire , & particulièrement ceux 
de Tunis, diient qu'il eftoit luif de nation , 2c l'appellent 
Moahédin Cheay . Feignant donc que ceux de la Mailon d^I^ 
dris^qui eftoient Seigneurs de Fez ^eftoient hérétiques , il 
ibuleva le pais contre eux en Êtveur des Zénétes -, 6c ayant 
détroit plufieurs villes dans la Mauritanie, (è rendit maiftre Harergoi,Me- 
de toute la province de Habat , où font Ceute, Tanger, & ccmmc, &c. 
Arzik. La Mauritanie Tingitane eftoit alors divifée en dix 
parts , à-cau& des dix enfans d'Idris , fécond Roy de Fez , 

Hh iij 



z^é DE MAHOMET ET DE SES 

qn^il avoie partagez égalemeirc. Mais comme As n'eftoiènr 
pas en bonne mteliigence , ils ne pomcdent ^réfifberà vn fi 
puiûanc ennemi. Deux Prinees. de cette ÊsbiniDe imploré* 
rent donc le fec ours d'Abderranie^ Roy de Cordouë^ qu'ils 
avoient afiîftc plufieurs fois comre les CKreftiens. Mais le 
Moahedin, 8c les Maquincces garent tant dedtlieence^oiie 
lors.que le (ècours arriva , ces Princes elloient d^ ihaftsu 
crez , & leurs nrovinces détruites. Apres cène viâoire , le 
Moahédin fe m appetler Calife ^ eftabiit me Ccfar^ comme 
celle des Califes ae Babyk>ney& élût vnSoada4i,ou Lieu*^ 
tenant eénéral ^ poor commander Ç^s armées. Après avoir 
eftabli ^s choTes dans l'ordre qu'il defiroit , il tira vers le 
mont Atlas , pour lever des contributions , ic fe fit reconnor 
tre pour Souverain de tous les peupiesdela Numidie. Mais 
e(bne arrivé à la ville de Sugulmefle ^.qtti eft à plus de qua- 
tre cens lieues àc Carvan du cofté du Couchant $ celuy ^ qui 
-VftZéniccA- y commandoit,&dan5 toutela province ^ ne luy voulut pas 
Maffond'Ab* ^^^^^ y & foûlcvant Ics peuplcs contre luy , comme contre 
4çiua(L vn impofteur , te défie , &c le prit prifonnier. Toutefois il eue 

à la fin pitié de luy , U après l'avoir tenu lon^-tems en pn* 
fon le délivra y.à-cau(c de fon cfprit & de fon favoir , omre 
qu'il fe difoic de la lignée de Mahomet. Cependant, com- 
me il eftott prifonnier à Sugulmefle , Alhabib Almanfor y 
Général du Calife Hiflen , Roy deCofdo«ë,quîavoitan)e> 
né vne armée en Afrique en faveur des Idris , entra dany 
^'^vne & l'autre Mauritanie , & fe rendit maiftre de la plufpârt 
de leurs provinces. Enfuite pour faciliter le paâàge des ar-» 
np»ées,il fit fortifier la ville de Hârefgol , dans la Maurita* 
nie Céfarienne , & celle d'Argile dans laTingitane , 8t y mie 
;arnifon , qui y demeura long- rems fous l'autorité dies Roi^ 
le Cordouë. NCais à la fin les Almoravides l'en chafierent , 
après s'èftre rendus maiftres du pais , & ruinèrent ces places 
ic plufieurs antres, comme nous dirons enfuite. Pour reve- 
nir a Moahédin Cbéay , en récompenfe de la libetté , que le 
Chèque de Sugulmefle luy avoit donnée, il conjura contre 
luy avec d'autres Morabites ëc Alfinquis de la province, & 
l'eftant venu trouver à l'ordinaire , fous prétexte de vifite , le 
poignarda en luy faifànt la révérence , 2c défit enfuite ks 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 147 

troupes. S*eftant rendu inaiftre par U de cette province, 
& de nouas celles d^alencour ^ il exer^^a tant de tyrannie , 
qn^il devint odieux à tout le monde , & les peuples de la 
Numidie & de la Libye , fe foûlcvérent pour rextermiaer. 
Il pafla donc vers La partie Orientale de la Barbarie y où il 
hiftit yne Tille fur la co(fae prés de celle de CarvaQ , 8c 
rayant fait fortifier atiunt qu'il eftoit neceflaire pour la 
iènreeé de £1 perfonne , l'appelk Mehcdic ^ mais les Chre- 
(tiens l'ont nommée Afrique^ 

Pour revenir en Itahe, au mefîne tems qu*AbdaIa qui Italie. 
commandoit dansCarvan , envoyoit désarmées en Italie , &i 
en E^Mgne , ii en dreffoic vne autre contre les <Z^hre£biens 
du Lerant , qui s*eftant jointe à des navires de Sicile , oà 915' 
les Arabes eAoient alors les maifixes , vint mettre le iîége 
devant Gcnnes , de la prie après vne lonzue refiftance. On 
fit mata-bafTe fiir tout ce qui eftoit en âge de porter les 
armes , & l'on emmena le refte en Afrique , avec toutes les 
ndiefles qui y eftoient. Quelque tems après , Dandalo ^ 
noble Venâden, fit tant envers les ennemis , qu'ils renvoyé* 
cent les captifs i Gennes ^ mais les Auteurs ne difent point 
comoïc ce^ & et. 

La roeiine année, le Roy Ignigo fut avec Fernand Gon«. ^ff^ff»^] 
jçples y u i cuje le fiége derant la ville de Pampelune , qui fè 
rendit à compofitîon -, de-lôrte qu'ils en cbaflcrent les Anu 
bes^ & mirent en leur place des Chrefiiexia. Sur ces nou^ 
«relies ^ Abderrame envoya Abuyahaya ^ avec rne armée 
pour aiEéger Saragofle ; mais elie ne fit rien de confidéra- 
oie { tt cependant , le Roy Ignigo , £c le Comte Fernand 
Gt>Bçaies prirent Nairarrecœ ^ Nachare ^ Logrogne, & plu- 94^« 
fieuis astres petites pkces , pour lèrvir de rempart contre 
les Arabes. Maïs k premier momrut ^ Nacfaare, laiflànt Don 
Garfia Igiujguez ion fils pour fuccefieur. La mefme année, 
le Roy Alfonfe (è rendit Moine dans le monaftére de S . 
Fécond , laifiânt la Couronne a fbci fréce Dom Ramir } mais 
il iok repentit après , 8c voulut reprendre l'Empire : ce qui 
obligea Ramir, qui avoir vne armée toute prefte pour mar^ 
cher coîitie les Ai3d>es , de faffiéger dans la ville de Léon; 



p^ il ie prit après deux ans de &^c^ & le mut en priibn^ 



j 

ê 



X48 DE MAHOMET ET DE SES 

avec les enfans rebelles du Roy Fruyle , à qui il avoîc £iit 
94** crever les veux. A Ifonfe mourut deuxans après, & fiit enterre 
au Monauére de Saint Paul, dans la ville de Léon, laiilant 
Dom Ramir pjifibic poffeflcur de TEftat. Celuy-cy ayant 
rompu la trêve que (on frère Dom Alfonfè avoir faite avec 
Abderrame , entra avec vne puiflante armée dans le Royau- 
me de Tolède , 8c prit la ville de Madrid , puis retourna 
paiTer Thyver à Léon , après avoir ravagé le pais. Sur ces 
. nouvelles, Abderrame manda du fecours d' Afrique,& Alman- 
for luy envoya trente mille hommes , fous le commande- 
ment de Çèphale fon neveu , qui s'eQ^nt joint à Abderra« 
me à Cordouë , alla avec luy l'année fuivante , affièger' la 
ville d'Ofma , où Fernand Gonfles eftant accouru , les vain* 
* GosTcmcor quit, & les contraignit de ree^gner Cordouë. Aben Yahaya *- 
de saragoflc, ^y^Qt appris la défaite d* Abderrame, fe foûleva contre luy 5 
^* ce qui mit de la divifion entre les Arabes ,& donna moyen 

°^ aux Princes Chreftiens de joindre leurs forces ^ Se d'entrer 

dans le païs ennemi, où ils prirent d^abord Calahorre , Tu- 
déle,& autres places d* Yahaya, qui (e rendit vaflal de Dom 
Ramir -, mais fe révolta quelque tems après. La mefme ao- 
née , Abderrame demanoa encore des troupes à Alman(br^ 

3ui publia vne efpece de croifade contre les Chreftiens, & 
onna le commandement d'vne infinité d'Africains & d'A- 
rabes au brave Abulabed , qui s'^eftant joirst à Abderrame , 
Tan neuf cens quarante-cinq , entra dans la Caftille , & af. 
fiégea Simanque. Sur ces nouvvelles , Dom Ramir afiem- 
11$ aToicnt y^ ç^yçç f^ Nobleffc , & s'cftant joint à Dom Fernand, - 

cinquante ,. , ' . ■» , i r 

miiiechefaaz, alla attaquer les ennemis , quoy-que beaucoup plus forts 
& ceoc cin. que luy. La viétoire fut long, tems incertaine 5 mais la va- 
Sommcs 'dc^^ lc°r remporta à la fin fur le nombre , & Abenyahaya fut 
pied. pris avec perte de quatre-vingts mille hommes. . Les Ara- 

bes appellent cette journée , qui fut le fixiéme d'Aouft, la 
«o de la fon- jôurnee de Barranco 5 aorcs.quoy Abderrame fauva le dè- 
driéie. bris de fon armée au cnafteau a Alhondigue fur le Taee ^ 

où Dom Ramir l'affiégea ; mais il fe retira la nuit , Scfe uiu- 
va à Cordouë. Les Cfireftiens eftant demeurez maiftrci du 
champ de bataill^ , s'enrichirent des dépouilles du camp 
jennenu , 8c Dom Ramir ayant pris le clufteau ^ retourna 

vidorieux 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 149 

Tiâorieux à Lcod. Dans le Privilège que le Comte Gon- 
cales donna a Saint Millan , il dit que P Âpoftre Saint lac* 
ques fut veu en cette journée, combatant contre les Ara- DeUCogoU 
Dcs. Abderrame abatu de Tâge , 8c de fes pertes , demanda i*- 
trêve a Dom Ramir , qui la luy accorda , & illa garda tou- 
te fa vie. 

Cependant , en Afrique la lignée des Magaroas , qiii eft jlf rimmel 
vnc branche des Zénétes ,prit les armes contre les Méqui- 
ncces , & contre les Abdenrames , & s'eftant jointe à celle' 
des Zinhagiens , leur fit vne cruelle guerre l'efpace de quel- 
ques années. L'an neuf cens quarante- fix , s'éleva vn Alfa- 
gui , nommé Bajazet , vers la partie Orientale d'Afrique, Ôc 
(uivi de pludeurs peuples , qui avoient en horreur Moahé- 
dm , à^-cauTe de fçs tyrannies , aflcmbla contre luy plus de 
quarante mille hommes , criant qu'il eftoit hérétique. On 
le nommôit par dérifion , le Chevalier de l'Afne , à-caufe 
qu'il alloit ordinafrement fur vn afne , avec le vifage man- 
qué. Moahédin n*o(ànt luy donner bataille , fe renferma 
dansMehédie,où Bajazet Taffiégeai mais ABdcr rame, Roy 
de Cordouc , luy ayant envoyé quarante vaifleaux de ren- 
fort , il donna bataille à Bajazet ,& le vainquit , avec fon fils 
qui eftoit Général des armées *, & qui y fut tué. Après cette 
viâoire , Moahédin s'empara de Carvan , fur ceux de la Mai- 
fou d'Agleb 5 & aflujettit tous ces pcuoles , ou par amitié , 
ou par force j de-forte qu'il demeura painble poflefleur de tout 
rOrient d'Afrique , & d'vne partie de l'Occident. Ce fut 
le premier Calife hérétique qui régna dans Carvan , Se fa 
poftérité régna encore après luy. 

Pour retourner en Elpagne , Abderrame attribuant la Etpdiï 
caufe de k^ pertes à la permiflîon qu'il donnoit dans ks ^J^ 
Eftats aux Chreftiens, & aux Mahométans , de s'allier en- Aiodia&No- 
fêmble , voulut que tous les Chreftiens qui s'eftoient alliez °'^^° \ ^""' 
avec les Mahométans , fiflent eux & leurs ehfans , profef. ta^uuoû, s! 
fion de la Loy de Mahomet , dont plufieurs fouffrirent le ViOor, s. Pc 
martyre. Avant fa mort , il fit venir d'Afrique vne amiée **8^» ^^ 
pour Ésdre la guerre aux Chreftiens • mais fur ce deflein il 
mourut l'an neuf cens cinquante-huit , après avoir régné 
plus de cinquante am. Il laifla poor iuccefleur ^ (on fils* 

I i 



mi. 



s 
J 



MO DE MAHOMET ET. DE SES 

Hifcen , 8c à^anfe de foji bas âge y luy donna pour Goo^ 
verneur , Almanfor , ijui avoir amené les troupes d'Afrique. 
Pour retourner en cette province y Mohaédin mourut 
l*an neuf cens cinquante-vn , iaiiO&nc ^ur fuccefleur , fon 
fils Abdala , qui ne fut pas moins puiuant que luy. Car dés 
la première année de fon régne , ii envoya vne grande ar« 
grandk* Mtfé! ^^^ ^^ Italie , qui rétablit les chafleaux de M^te , & de 
cution enEf. Pantalarée, que l'armée Impériale avoit ruïnez , débarqua 
pagne. quantité de foldats en Sicile , entra danria Calabre qu'elle 

/tAlie. ravagea toute , avec la Pouïlle & la Bafilicate , baftit vne 
forterefle à Richoles , vis-à-vis de Meffine y & vne autre à 
Otrente 5 fi-bien qu'avec celle du mont Gargano, que Moa^ 
hédin avoit fait baftir^ les Arabes avoient pour retraite , 
trois forts , d'où ils firent de grans maux , l'efpace de dix* 
huit ans, à la République Chreflienne. 
^^ Pour retourner en Afic, Bafile Porphyrogénete, &foa 

frère Conftantin , enfàns de Nicéphore, gouvernant l'Em^ 
pire, après la mort de Zimifca, Sclére fe foukva, & ie fie 
appeller Empereur ^ mais il fut vaincu par Phocas , qui conu- 
mandoit les légions du Levait , & s'enmit vers Cofdar. Ba-- 
file envoya prier le Calife de ne point protéger vn traiftrC) 
mais comme il avoit écrira Sclére par le mefme Arobofl» 
fadeur , qu'il luy pardonneroit , & à ceux qui eftoieoc avec 
:luy , s'il vouloit rentrer dans fon devoir ^ CofHar ayant fur«. 
;pris les lettres y les arrefta tous , 2c l' Ainbafladeur auifi. 

En mefme tems s'éleva en Perfe Inargue , qui fous pré« 
texte de Religion, leva vne grande armée, & afiranchit le 
païs de la domination dcis Arabes. Cofdar après plufieurs 
défaites , tira Sclére de prifon , 8c Im donna le commande* 
ment de fes troupes ^ mais il ne voulut accepter que celuy 
de trois mille Chreflîens qui avoient efté arreftez avec luy, 
6c défit avec eux Inar^ue , puis fe retira dans la Roma&ic ^ 
pour ne point retomber ious la tyramiîe de Cofdar, qui 
ayant envoyé des troupes après lûy y ne pût empefcher fa 
retraite. Inargue mourut alors , laiflant pour fuccefieur , fon 
fils Mahamec, qui pour fe défendre des Babyloniens & des 
j>5S. Indiens ,appella les Turcs à fon fecours. Le Calife Cofdar 
mourut auin cettç ann<de ^^ lai|Ià)it pour fucce&ur , fon fils 



SVCCESSEV;RS, LIVRE II. 151 

Pifàiîre ,qui fut le penolciéme Calife ,dont nous parlerons 
en cette Hiftoire. 

CHAPITRE XXVIII. 

SDff tmffm des Tmrcs »& du commencement, de leur régtt 
fins Tipifire , 'vingtfxlme Calife. 

• 

PI S AS I R £ ayant pris les refnes de l'Empire de Baby^ 
loue , comme les Arabes eftoient fur leur dëcliû à-caufè ^ 
de leurs divifions , 8c qu'il n'en régnoit déjà plus guère de 
la race de Mahomet : Les Turcs fortirent du Septentrion , 
Mahamec régnant en Perfe , Abdala à Carvan , Daber en 
Egypte , & plufieurs autres ailleurs. Ces peuples établirent 
Tn nouvel Empire par leur propre puiflance , fans aucun 
prétexte de Religion , & le poferent fur de fi bons fonde-» 
mens , qu'il n*a pu depuis eftre ébranlé , au contraire ^ il a 
todjours efté en augmentant, ou par rtife^ou par violence, 
il a obicnrci ou enfeveli celuy des Arabes , & fait de grans 
progrés en la Chreftienté. Car les Empereurs de Conftan* 
dnople ne laiflbient pas de fe maintenir contre les autres 
avec di£ferens fuccés ^ mais la puiflance des Turcs s'eft teL 
lement accrue en Fefpace de (ix cens ans , qu'où ils ont pris 
pied vne fois , on ne les en a pu ^chafler. Le feul Dom 
Jean d'Autriche , fils de l'invincible Empereur Charles 
Quint , flc frère de Philippe fécond , a obfcurci leurs viâoi* 
res , êc arrefté leurs progrés par la bataille de Lepante , 
comme nous dirons en fon lieu. Pour retourner à noftre 
Hiftoire , Mahamet les ayant appelez à fon fecours contre 
le Calife de Babylone , ils forrirent de leur païs , comme 
ils avoient déjà fait , ayant efté peWuadez par les Arabes ^ 
d'cmbrafier leur Loy. Ces peuples habitoient au-tour du 
mont Caucafe , & s'étendoient encore au-delà , vers le Se« 
ptencrion. Pline les appelle Huns Teutacites, & les diftin^ 
gue en quatre, Tuflagetes , Turcs , Mofcovitcs , & Vdines ; 
mais les Auteurs Grecs les comprennent tous foU^ vn mef- 
me nom , parce-qu'ils habitent vn tnefme païs. 

Sans déroger à l'autorité de Pline , les Scythes qui 

Il if 



é 

s' 



154 DE MAHOMET ET DE SES 

cre Mahamet, qui le vint rencontrer prés d'Albacan, avec 

bl'^c'b^" vne armée de plus de cinquante mitte hommes , & vne 

Horaça/nicM centaine d'éléphans chargez de tours. Le combat fat cruel 

Se opiniâtre , tant que Mahamet cftant tombé de cheval 

comme il couroit çà & là , pour animer Les fiens , gc s'e« 

ftant tué de Êi cheute , Ton armée iàlua àuili - toft pour 

^ Roy , Tangrolipix , qui fît incontinent ouvrir le pailage de 

TAraxe , 8c donnant entrée aux Turcs , fe rendit roaiftre de 

tout cet Empire* Enfuite , il défit les Sarafins ^ te s'eftant 

fàifi des provinces de Hagez y qui font dans T Arabie » les 

Agaréniens luy obéirent j de* forte qu'il y mit des Turcs 

pour Gouverneurs^ en la place de ceux du païs« 

Pour retourner aux affaires du Couchant y Dom Ramir 

^5^- ayant appris la mort d*Abderrame , te la minorité de fou 

^fp^é''^' fils , entra dans le Royaume de Tolède , & affiégea la vil- 
le de Talavéra j qu'il ruïna , après l'avoir prife. De «là 
il pafla à Calacrava , qu il affiégea auffi } mais Almanfot 
eftant accouru au fecours , il y eut combat , où les Ara* 
bes furent vaincus , &; le Roy retourna victorieux à Léon ^ 
après - quoy Pon fit vne trêve pour trois ans , à la priè- 
re d^Almanfor. Incontinent après y Dom Ramir mou^ 
rut , Se fut enterré dans fâ capitale , au Monafbére de Saint 
Sauveur , qu'il avoit Eaiit baftir pour fa fille. Son fuccef» 
feur Dom Ordoeno , ne vefcut pas long-tems après , te 
mourut l'an neuf cens cinquante neuf, 8c laiÛa la Cou- 
ronne à Dom Sanche , premier du nom , fon frère y qui 
fut furnommé le Gros. Il eut de grandes affaires i dé- 
mefkr avec Dom Ordogno y fils de Dom Alfonfè qua- 
trième , qui le cbaffîi à k fin de fon Eflrat y 6c le contrai. 
gnit de fe retirer à Cordouë y tant pour eflre fecouru de 
ce Prince y que pour efb*e traire par quelques Mède - 
cins célèbres y qui par le moyen d'herbes mçdecinales ,, 
le déchargèrent de la graifTe qui Pincominodoit. li for^ 

^ ^ ^* tit l'année d'après avec Almanfor à la tefte d'vne ar* 
mèe , & reconquit fon Ëfkt fans mettre Tèpèe a k main ^ 
parce -que Dora Ordogno n'ofâ parotfb'e en campagne. 
Mais on ne demanda rien au Comte Fernand Gonzalez , 
qui commandoit en CalUlle , pour n'avoir point^travcrfé 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 155 

fott defleio, Recette province ne reconnut plus le Royaume 
de Léon. Cependant , comme il n'avoit point efté compris 
dans la trêve , il fit vne cruelle guerre à ceux de Tolède ^ Se 
contraignit Âlmanfor de fortir contre luy , & d'afliéger Se- 
puiveda, qu'il fecourut avec vne armée a Arragonnois , de 965* 
Navarrois , de Provençaux & de Gafcons ^ & après avoir tué 
plus de quinze mille des ennemis , retourna victorieux en 
Caftille. L'année d'après il prit la ville de Tarance ^ & com* 
me Almanfor fut accouru au feconrs , il luy tua vingt mille 
hommes , & le contraignit de (aire trêve pour trois ans , 
pendant lefquels le Comte mourut. Dom Sanche mourut 
aoffi , laifiant pour fuccefleur Ton fils Dom Ramir , troifiè* 979. 
me du nom , encore enfiint , fous l'autorité de quelques ta-« 
tcnrs , qui confirmèrent la trêve avec le Roy de * Cor- * ^^^«»- 
dooë. Depuis cette année , jufqu'en Tan neuf cens quatre- 
vingts , il ne fe pafTa rien de mémorable contre les Arabes. 
Mais il y eue de grandes guerres entre ceux de Léon & de 
Caihile ^ &: le Comte Garci Femandez fot fircouru par le ^^^ . 
Roy de Navarre , & par des troupes de Gafcogne^ de Pro- AbanL 
vence. 

Pour retourner en Afîe , TEmpereur Bafîle Porpbyrogé- ^c. 
nece, ayant appaifè les révoltes de Sclére& de Phocas , en- 
tra dans la Syrie -, & eut aflâire à quelques Arabes , qui dans 
le déclin de leur Empire , s'eftoient iàifis de Tripoli, deDa* 
mas y de Tyr , & de Béry t , d'où ils Ëd(oiènt des courfes fur 
les terres d^Anttoche. L'Empereur leur ayant donné batail- 
le, les vainquit , rendit ces villes -la tributaires, U s'en re- 
tonma TÎâorieux à Conftantinople , avec quelques habitans 
en oflage. Bafile eftant mort , & Ton frère Conftantin Em- 
pereur , le Calife d'Egypte qui s'eftoit rendu tributaire de 
TEmpire , rompit la trêve, fit détruire le Saint Sépulcre, fie 
tous les lieux Saints , Se envoya vne puiflante wmée navale 
dans les Ifles Cyckdes. Mais elle rat défaite par l'Amiral 
àe^ l'Empire , qui retourna viârorieux à Conftantinople avec ~ 
douze vaifleaux de cette flote, ayant coulé le refte à fond/ 
Sens l'Empire d'Argyropolitain , les Arabes reprirent les 
villes de Pnènicie fie de ayrie , conquifes par les Empereurs 
prcccdens , fie Sfent main-bafle for tous les gpns de guerre 



j 



AbenAoïar. 



Abdala. 



* George Ma- 

niacc, 

Argyropoli- 

Jftio. 



^^G DE MAHOMET ET DE SES. 

qui y eftoient. Cependant, le Prince d'Alep^oudeBcroce, 
ravagea les terres d*Antioche , & le quartier de Syrie, qui 
tenoit pour l'Empereur , Conftantin eftant encore vivant^ 
& défît le Gouverneur de cette place , qui fe porta fort lat 
chement au combat. L^Empereur irrité de cet affront , y 
voulut aller en perfonne. Mais le Calife d*Egypte luy en. 
voya des préfens pour Tappaifer , avec ordre a ofiErir le tri- 
but. Qll9y • que les Chefs de fon armée luy confeillaffcnt 
d'accepter ces ofFres,il paflà outre, fous efperance de rem- 
porter la viAoire , &fe vint camper devant Alep, qui eftoit 
tien fortifié. Mais les Arabes qui font entreprenans,dref- 
fans des embufcades autour de Ion camp , tuoient ou fai- 
foient prifonniers tous ceux qui s'écartoient pour aller au 
bois , à Teau , ou au fourage , en attendant que toutes leurs 
forces fufTcnt aflemblées pour donner bataille. Enfin ils vin- 
rent de tous coflez à l'attaque du camp , qui prit Tépou. 
vante ,& fe mit en fuite j & l'Empereur eufkefte priSjfirvn 
de fes gens né l'eufl fauve. Les Arabes ne le voulurent pas 
fuivre. de- peur de furprife , & fe contentèrent <le piller le 
camp,8c de faire prilonniers quelques Grans qu'ils ytrou-* 
vérent, puis s'en retournèrent chargez de butin j& l'Empe- 
reur fe retira à Antioche avec le décris de fon armée, & de- 
là à Conflantinople , où il fît trêve pour quelques années 
avec le Prince. d*Alep. 

D'autre- cofté , les Arabes d'Iconic entrèrent dans la Mc- 
(bpotamie , fie le Calife d'Egypte envoya Ton armée navale 
ravager les cofles de l'Efclavonie. Mais celle de TEnopereur 
la défît, & brûla vne partie de ks vailTeaujc , le riefte ayant 
eflé brifé depuis par la tourmente dans les mers de Sicile. 
Prefque en mcfme tems le Calife de Carvan envoya vne 
flote de mille navires ravager les cofles d'Italie, ôclcs^Ifles 
de la mer Méditerranée. Mais comme elle s'cftoit partagée 
à-caufe de fon grand nombre , celle de l'Empereur en défît 
vne partie , & ramena plufîeurs prifonniers a Conftantino- 
pie. Cependant, celuy * qui çommandoit pour l'Empereur 
lur les rives de l'Euphrate , força la villed'Ede0e, & envoya 
vjie lettre à l'Empereur , qu'il avoit trouvée dans[ la ville de 
Samofate, & c^u'on difoit eftfç de ia. main de lefus Chrifl» 

Les 






-SVGCESSEVRS, IjïVaB IL 15^ 

les Antbes âffîcgércnt depuis Edefle ^ mais elle fvt fecourul^ 
Mr Conflantm ^ Gouverneur d'Antioche, qui eiloit frère de 
. i'£nipereur Michel PaUologue. 

En meTme tems mourut Daber , Calife d'Eeypte , laiflanc 
la Couromie à vn fils encore enfant *^ fous la tutele de fa ^ i^j^^^ 
mcre y qui eftoit Chreftienne ^ & qui fit trêve pour trente 
ans avec TEmpire ,àla charge de reAablîr le Temple de lé. 
ruTalem , & les autres lieux iàints que Daber avoit ruinez. 
Cependant , les Arabes prenant i'Wcafion des guerres qui 
rftoient entre le Pape lean treizième ^ rEmpereur . Othon 

Îremter^ U les autres Princes Chreftiens ^ nrent de grans 97 1, 
efordres dans la PouïUe fc la Calabre ^prirent & ruineren( 
la ville de Cofcnce 0k donnèrent l^épouvante à CapouîT^ 
ceux du mont Gargano s^eftant ioints pour cela avecqueU 
ques autres d'Afrique ii de Sicile; Mais fur ces entrefaites , 
les Efclavons qui s'edoîent convertis à la Foy Chreftiennç 
eu tems d^Adrien fécond ,^eftant pafiez dans la Pouille ytz^ 
I bâtirent leur orgueil par plufieurs défaites^ Les Hongrois: 
I firent quelque tems après la mefîne chofe , £cles chaâl^en^ 
f de la Fovïl le ^qu'ils vendirent depuis à TEmpereur de Con^ 
ftaotinople , lequel fit la nais avec les Arabes de la Cala^ 
i lie. Mais TEmpercur d'Aiemagne Othon , acheva de les^ 
' cbafler d'^lulie >. & ceux q^i ; demeurèrent ^ reconnurent; 
ion Empire. 

En mcfme cems M^n£br 8c Abdala ^ deux frèK$ Arabes , sidtf. 
eftant en querelle entrer*eux dans la Sicile; celuy-cy implx>* 
ra le feeours de TEmpereur , qui luy envoya vne armée na^ 
vale y foiis le commandement du Patrice George Maniace, 
Mais avant qu'il fuft entré dans rifle, les deux trères voyanç 
h feùte qn'ils faifoienr y fê raccommodèrent , 8c joignirent 
leurs forcer £Our s'y oppofer. Toutefois voyant qu*ils rfè* 
(oient pas aflez forts pour luy défendre Tcntrèe y ils firent 
tenir du feeours d'Afrique ; mais les Chreftiens furent les 
natftres , 8c après avoir défait les Arabes en pluficurs ren^ 
contre , 8c ruiné les villes dé Catane , de MefCne 8c de Sy« 
îacufe y & plufieurs autres ^ rendirent Llfle tiibutaire de 
l'Empereur. 
D'kut£C.coftè>Pifafire Calife de Syrie, fit vne ligue avec JfH 



é 
é 



Ab<lalà. 



^ CitacaloQ 
Ambuftc. 



X58 DE MAHOMET ET DE SES 

les autres Soudans , pour prendre la ville d^EdefTe , ù fn 
voulant rendre niaiftrespar/urpriie,ils feignirent d'envoyer 
.4es pr^fens à l'Empereur , r& xnargeant mille hommes dans 
Aes paniers fur cinq cens chameaux , prirent la route de cec« 
te ville , croyant qu'on les laifleroit entrer. MaisJeGouvcr- 
neur ne donna entrée qu aux Chefs, <]iii eftoient douze, & 
ià leurs valets. 'Sur ces entrefaites , ^n pauvre demandant 
f aumofne k ceux qui iconduifi^ient Aes chameaux ^ entendit 
quelqu'vn dans ces paniers qui demandoit où ils eftoient^ 
il le rat auffi-toftdire au Gouverneur ,<iui ayant fait arrefter 
les Chefs dans la ville > ibrcit avec des troupes, & àmefure 
^u'il ouvroit les paniers , cgorgeoit ceux <jui y eftoient j puis 
rentrant dans la place, en fît autant âAc Chefs.^ a lareferve 
il'vn , jqu'il renvoya cruellement mucilcL 
• Cependant , le Calife tle Garvan ayant appris la défaîte 
des (îens en Sicile, afTembla vne armée contre Maniace, £c 
a^yant débarqué les Arabes à Alcame^<|uicfftoitencorepour 
jCux , fît. des <iourfes par toute Y lue j mais Maniace ne pou- 
vant foufFrir cet affront , tira des troupes de toutes les gar- 
iiifons pour leur faire tefte,^ ordonna au Patrice Eftienne, 
^ui cornsnaitidoiit Tarmée navale , de courre toute la cofte^ 
âfîn qu'ils ne ie pâJOTent^fauver «uUe-part^ apcés-quoy il don- 
na la bataille, 8c les défît. Le Calife Abdaia voyant que les 
ïîens avoient du pire , defcendit dans vne petite barque , & 
^e fauva à Caxt;hagp ^ 1 ia;ayer^ V^rméc eixnemie. Maniace 
Payant appris , leva la main contre ie Patrice Eftienne ,qtii 
pour fe venger de cet affront , l'accufa de fe vouloir rendre 
maiflre de Tlflc. Ç^fps nouvelles, l'Empereur le fît pren- 
dre, & mener a Conftantinople , & donna le Gouverne- 
inentdela Sicile à £ftieRne,qui laifla reprendre foucel'I (le 
aux Arabes. Car Abd,ala ne fut pas pkiftoft de retour en A- 
frique, qu'il ajSTembla vne armée d'Africains & d'Egyptiens, 
pour venger fa perte ; & s*eftanr joint avec Almanfor , IVn 
des deux Tréres'qiii régnoienten l'Ifle, comme nojas avons 
dit , il la reprit en fort peu de tems , à la refervc -de Mcffi. 
ne , où il y avoir vn brave Gouverneur *. 

Pour retourner en Efpaene , Almanfor Lieutenant du Roy 
de Cordouc , pour fayoriîer le Comté Pom Vêla , oui is^ 



E 



SvtCESSEVRS , LIVRE U. 15? 

^ofoit foQ recours 7 & qui Voit efté dépouillé defèsEftats 
irGonÊiies^pere de Garci Feroandez , qui les poiTédoit, 
y envoya vue partie de fo0 armée ^ fous le commande* 
men£ do; Capitaine Orduan' y qui entra^ dans la Caâille 
ran neuf cens quatre-vingts , 6c y f^ de erans ravages ^ais o^o. 
il foc vaincu^ par Garei Fernanaer y &: Dom Sanche Abar«- 
ca Roy de Navarre , 6c regagna Cordouc r tandis que Fer* 
nandez tournoie contre ceux^ de Léon i-AlmanTor voyant les 
progrez du Comte, ^ur mettt^ fin tout d'vneoup à cette 
guerre y manda à Ton fils Alœudafir y- qui commandoit e» 
Mauritanie ^quli fift trêve avec le Calife de Carvaif , & qu'il: 
l^flàft en Efpagtie ^ après avoir laiiTé eamifon fur les fron-^ 
écres. Il écrivit la mefme chofe aux* Chèques des Zénétes ,. 
& aux^ ant^s Chefs d'Afriqtie , qui eftoien t de Ton parti^ jpuis 
ayant fait publier vnc croilade i leur mode contre les Chre- ^^ *àaits 
iaens ^il attira vne nuée d'Arabes en Ëfpagne. Les vos dé^ oolûacs, 
barquérent à Malâg^ , d'autres à Gibraltar , & aux autres Gaxic. 
ports de cette cofte,& marchèrent tous vers Cordouc, où 
Almanfbr les attendoit avec Ton armée. De-Ia ils entrèrent 
dan^ la Caftilte ,& prirent Saint- Eftienne de Gormas , qju'îls 
fcmphrent d'Arabes , après avoir tuè^tous ceux qui y efloienr^ 
£r parce-que ce fîège dura vne grande partie- de rËfté , ils 
s'en retoumà'ent prendre leur quartier - d'hy ver aux envi- 
rons de Cordouë. L'année fuivante ils rct&urnèren&mettre ^^^ 
k fiége devant Simanque^au Royaume de teoti ,& lapri* Ao„cfi»r 
rent. Quoy-que les tuteurs du jeune Roy , Dom Ramir , fe Scunan^vc; 
fufleat plaints de 1» nipture de la trêve ^ & que Hifccn eue 
commandé à Almanibr de. la garder ^tI' ne rendit pa&la pla^ 
ce , £c l'ayant fait fortifier , la peupla d'Arabes. Cependant, «^ ^. 
i'£mpereur*.Bâillevoyanrqu'Othon s'eftoit (àifi de Tes Eflcats 
d'Italie^,, pafïoidans la Pouïlle avec vne armée de Grecs & ]l^^^^ 
d'Arabes , Sft-luyayanc donné bataille , le vainquit, & fk cnCaUbse. 
prifonnier, puis le mena en Sicile, ou les habitons corrom* 

ÎIBS pat fcs pK>meffes,le Êtuvèrent. D'autre-cofïc, Alman- - Awrcfoir 
o€ prit Sepulvèda,& l'ayant fait fortifier ,1a peupla d'Ara- ^^^ ^^^' 
bes. L'année d'après, à la prière des Gouvergwrs de Sara- 9M^ 
gofle & de Tortofe , il envoya fon armée controDom Sanche 
Abarca^Roy de Navarre, qui couroit tout le païs. L'armée 



J 
J 



4«o DE MAHOMET IT DE SES 

ai^cftant féparéé en deux, lé Gouverneur de Saragote cdiu 

rut toute la NaTarre , .& celuy de Tortofe la Catalongoe^ 

où il fe bâtit prés de Moncada contre Dotn Borel^ Comte 

de Barcelone , 8c k vainquic , après vn grand combat. Le 

Comte s*eftant retiré dans ùl place , les Arabes Py affiëgc- 

rent , ic la prirent le iixiéme de ïuiliet , âpres ûu'il fc hit 

^ iàuvc la nuit. De-iâ ils $*en r etoùméreni i Toccote chargez 

de bftttin , après avoir ruiné la ville , 8c emnnené tous les ûa<- 

bitatis. Le Gouverneur de Saragofle ne fut pas fi heureux ^ 

car il fut contraint de fc retirer de la Navawe avec perte ^ 

fans avoir pris aucune place d^importance. 

087. ^^^^ ^^ printems , le Gouverneur de Tort30& fecourat 

^ ^* dans la Catalongne , ôc acheva de réduire cette province 

fous le joug des Arabes ^ à la re(erve«dedeuic places fortes ^ 

Cerbclon & Moncade. La mefme année ceux de Galice 

s*eftànt batus contre ceux de Léon , avec erande perte de 

S art* Ôc.d*autre,' Almanfor prit cette occafion pour entrer 
ans le païs, & conquit Coimbre^ Puerto & Brague , avec 
le païs aalentour ^ puis la ville de Brutonk, qu'if ruina, de 
s'^eftant rendu maiftre de tout le Pormgal depuis le Lime 
jufqu^au Mondégue ^ retourna viâorieux a Cordouc. Là 
tnelme année mourut Dom Ramir en la ville de Léon ^laiC- 
fant pour fiiccelTeur fon frère Bermude , qui continua la 
guerre contre la Caftillê,& fîtobéïr les AKuries. L^a.n neuf 
cens quatre-vingts huit ^ le Comte Borel retourna peupler 
Barcelone., que les Arabes avoieot rainée, Bt eut quelques 
-heureux com>acs contre ^ux j fnais Alrhainfor continuais fon 
defleih ,entca4ans la Càftille , 6c mit le fiége devstnt la ville 
d'Atiença , qui dura toutl*E4b: : puis l'ayant prife ^ ia démo- 
lit , & retourna pafTer l^hyv^ a CordoUfë. Cepeiufaint , le 
Roy Bermude voyant le« Ara'bes s'agrandir de lo&r-à-atfere^ 
envoya prier le Roy de Gordout; de confirmer la^cve qu'M 
avoir faite avec fon frère. Mais bien-loin de cekt^llenvoyk 
Almanfor affiéger la Ville de Samore <|u'il p^rit j 8c tipi^âs 
ravoir démolie , retourna encore chargé-de butin à^^rddliëip 
99 o. 'L*année f^^nte il en fit autant d'Omia , & deux ans api'és 
il entra dans le quartier de Campos , ravageant tout ce qui 
eftoit fur fa route. Se prit la ville de ¥ale&ce par comp^&fi^ 



4 

w 



I 

I 



SVCCESSEV11S,LIV8.E II. t(i 

1MB, «prés vfi long fic^. Oc-là il alla affi<%er Lfloii ; tnais 
Dom Bermwk ayant ukmhlé Ces troupes ,oà{e joignirent 
plttfiews François^ Proireo^atix & Gascons, hiy oonna ba- 
taille. Alxnanibc ayant dupire^jetta Ton faabàllefnentderefle 
coBue ks ennemis^ ^ieft tac cérémonie ^ui k ftf-atiquc 
parmi ksÂr^ies pour takimer leor courage, & donnant ^a 
aiefine ccns^ga^a k^iâoire^ de-forte que Dom fiecinude 
ibt CQDtraîiit ide ie iawrer dans les montagnes. Cependant, 
Almanftnr vicborîenx comintia le (iége de Léon , & Vodk 
^rife iàns les plnyes condnttcUes , qui le contraignirent de 
KictireràCordoue.Ilbis Tannée diaprés il y retourna met-* ^^4^ 
«De le £ége« qu^il continua lufqtt^au printems de Tannée fui. 
vante ^ wi il la bâtit fi tndement qo^ii remporta d^aflaut, 
tnalgré les e£&>rtsdeGmllin iionsaies. Gouverneur de Ga^ 
lice , qne Ac K.oy y arott £m entrer pour la défendre. Car 
coaune il dftott au ht tnalade^ ayant ieû que la ville cftoit 
^nverce en deux endroits^ il (c fit armer de toutes pièces , 8c 
^aUa mettre a la brécbe , où U fe défendit trois jours de 6ii- 
'tr , & le rqttatriéme int emporté d'aflâut. La villecftant pri. 
ic^ les Arabes n^y laiiScrent ouCYne tour pour maraue^ après 
AToir démoli 4e refte ^ Se sVftant rendus maiftres de tout le 
pais, s*ai retoomérenc à CordouS. L*an neuf cens quatre- 
vingts quinze, Al manibr entra dans le Portugal^ où il prit 
^ raina la ville de Tuy, avec toutes celles & la montrée } 
WM fàSJuat i Compoftelle Taffiégea , & Tayant ipriiè , pro- 
nna T£gliie de Saint bcques , & en mit les portes à la Mof. 
^aée 4le Cordouc. Mab comme il y eftoift encore , la pefle 
le mît dans ion camp^ qui en emporta vne grande partie* 
X^^Oenrs , les Princes Chreftiens reprenant courage à la 
veiUe de leur ruine, & la paix s^eftant Êiite entre Dom Ber* Qa5iqiKs.vtit 
fmdcèc\c ComteGarci l^ernandez ,par Tentremiiê de quel- <^<^Qt qne le 
^oes ftcUgienx, ils entrèrent dans le Royaume de Tolède ^'^^^l 
nsfCcDom Sanche de Navarre , & aflicgérentlafDrte ville de m , ft (è coq- 
Cabcançor^ entre le Duéro&leTaee. A«ffi-«oft Almanfor ^«*« ff ^ 
-^mtia laGahce poury accourur,& pafiant Le détroit deZebre- ^ 
iiWyQncsadansie Royaume de Léon. La bataille fut fangbn- 
Be; ^nais i la fin les Chreftiens remportèrent la^iâoire, & 

AlmanPirde&iauver avec peu de gens. Mais 

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tôi DÉ MÀÏÏOMET ET ©E StS 

Saflànt à Borde Correclia ^ entre Bierlângae $c C^htuax^ri^ 
tomba malade , 8t mourut de dépit dans vée ehambre, ou: 
Ton dit qui! s'enferma fans vouloir ni boire ni manger. H 
foc enFevé de-Kt^ & porté i Médina^éii , ofi on l'enterrar. 
£e Guidai. Le bruîc court que le jour de fà défaite , arant que la noo. ' 
Çttivk. yeiie en fuft venue à Cprdouë ^ on entendit vne voix en Tair 

fur la rivière , ourdifoit , qu^l avott perdu fon tambour h 

Calatançor,.&: 4 fortune. Cette perte eftfort regrettée par 

les Arabes ^ comme la plus grande qu'ils ayent receuëen E^ 

fpagne , & ils parlent de foixante todix mille hiimmes d*in* 

Latth Baké- fanterîe yicàc quarante mille de cavalerie ^ qui y ntownrent» 

ISefci^ MtTf ^^cbrant en vers-& en profe la mort d*vn Brave, qui eft 

des mônuu" comme leur Roland. Dom Sanche Abarca , Rcryde Nava.r- 

^ci de Go- re , mourut Tannée fui vante laiflant deux fils , dom^raifné' 

Dom Garcia le Tremblant, luy fuccédar i;& Tàutre , Dom- 
^99^ Gonzal'evèft ftoy d'Arragon. Mais id ncfe nafia rien de me- 
morabfe ni cette année, ^iii celle d*isiprcs y le Roy de Cor- 
dbuë reprenant haleine, & les Princes Chreftiens eftancoc^ 
cupezà aflurerleurs-frontiéres. L'an neuf cens quatre- vingts^ 
dix-huit Abdttlmalic,fîls d*Almanfor , fot élu en-fà pkce pour 
commander les armées ^& afficgca^ Avik , ou le Comte Fer- 
nandez accourut , & fot défait avec grand meurtre , ayant' 
éftc bleffé , pris & emmené àCordouff, où il mourut le vingt- 
^^>o^ neufviéme luillet, après avoir gouverné la Gaftille vin^ 
huit ans.. Le €omte SanchovGarçk,. fondais ^luy fuccé£i> 
te rachetant fon corps à grand prix , henterra au tombeau: 
de fon-ayeul, 8c eftablit de fort bonnes loix. L'année d'après 
Abdalmalic mourut dans Cordouë,& fon frère Abderrame 
fot mis en fa place. Mais il fut (l débauché^ que ne fe fou« 
ciantpointdelâ guerre , fes Arabes<i*Eipagne fe foûlevérent, 
& fe partagèrent endcuK i^âions ^ ceux d'Airioue d'vn cofté^ 
commandes par Soliman, Se ceux d'Efpagne de ràatre',par 
Mahamet;: Uehiy - cy entra dans le Bâlai« de Co^douë par 
forprife , & emprifonna k Calife > qui fot M? dernier de la 
race des Abdërrames , fam que perfbnne en murmuraft*, à^ 
caufc de fes vices 2t de (a lafchetè j dcpùur fairécroice qa^îl 
eftoit mort ,^il fit égorger vn Chreftien en fa place , aprc9- 
quoy il fe fit appeler R'oyyôc Calife ,6cfe renaît xnaiftre de. 



la ville. Sur cçs noaveiies , Soliman luy fit vne.cïuëll6|;uér'^ 
rc i comme ^ ym t^ tan & à vn vfurpaceur^ Cependant, Dom 
:Sanche de Caftille entra dans le Royaume de Tolède , où il 
£tde grans rayaees.,(ans.quç perfonne s'y oppof^ft ^ parce* 
<ïue tout eftoit dans la révolte. D'atrtrc-cofté, le Calife de 
Carvan , qui éftoit le plus puijlant Prince de toxrcc l'Afri- 
que, envoya Ton armée dans la Mauritanie^ à la requeAe de 
ces peuples,, qui fe vouloient fouftraire de Toppreflion des 
JMagaroas^ ôc des Abderrames, lesquels perdirent pa^ ce 
moyea la Seigneurie *de ces païs.Alnmdanr, fils d'Alman* 
for, qui ef^it revenu d!£fpagne après la mort de fon père, 
s^eftant. retké en la ville d'Harefgol ,^y foc emporté d'aflàut, 
ic tué avec:tous les Abderramcs qui s'y rencontrèrent. Car 
c'efl ainfi qu*on appelok alors ^en Afrique les Arabes d'£«- 
fpagne. Mais après la retraite des troupes d'Abdala , les 
Magar^as ic les Zinhagiens , d'^ù font defcendus les Kois de 
Tremécen , que Ton nomme Abduluates , fe foûlevérentj £c 
i leur acemple les ^oméres U les Haoares , qui habitent 
xians les montagnes du petit Atlas, vers la mer Médicerra* 
née^ & fe partagèrent en plufleurs petits Efbts , chacun fous 
wn Chef de leur .nation , pour efbre maintenus dans leurs 
droits & leurs privilèges jii- bien tjuc les Abderrames tfeu- 
rent depuis aucun commandement en Afrique. L*an neuf 9^^^ 
cens ouatre-vingts flx , le Calife Abdala mourut , & eut pour 
fucccflêur Caym£eamtrila,quifedifoit légitime héritier de AbiAzia,ik. 
laMaifon d*Abez^:& a.vec Taidc des Arabes fe rendit maiftre Hc'^îKa""*" 
en peu de;tems de tout TOrient d'Afrique ^ d'où pallant au Manraik 
Couchant, il ravagea les provinces de H^bat & aErrif , &. 

Slufieurs autres du Royaume de Fez. ÎEnfuite par la valeur 
'vn Capitaine jEfdavon , il fe rendit maiftre-de toute la Bar^ 
Wie,la Numidie^ la Libye, ScamafTant de grandes rkhefl. ^j^?J*"* 
fes dans.Carvan^ devint le plus puiilànt Prince qui «ut en^ ^ ' * 
core régné en AfÂque. 

Pour revenir en Afie^ Tangrolipix qui s*eftoit fait Roy de -4/^^- 
Perfe , ayant pacifié .ces provinces, tourna (es armes contre Piraficc 
}e Calife de Babylone*,& Payant vaincu en plufieurs batail. 
les, le tua à la fin , &; fe rendit maiflre du païs , 8c de toute 
h Syxie» mettant fin à r£mpire4es Califes de Babylone , qui 



^ 
^ 



tfr4 15 E MAHOMET ET DE SES 

(e diibienc Ugkimes fucceficiirs de Mahomerr Car * «Korlr 
qu'il y en eut depœs quclques-vM^ ce n^eftoît que pour \t 
f^irttuel j Êins ftToir plus de pttiâauce , ni d'aucoricé fouve-' 
raine. Mais tb fiU de Pifàfire ^ nommé Elvir , s^eftanc faib* 
▼ë en Egypte y y régna quelque teras , comme no«s àitom 
enfttice. 

Les Turcs donc gardant toéjours fa Ce&e de Mahomet , 
snaintenoient le pouvoir ^ l*!siutorité temporelle y tenant 
les Califes feulement en qualité de Preftres 6c de Pontifes y 
êc quand ils raouroienr le Cbérif feur jfucccdoit) comme le 
Singel des Grecs Êiifoît aux Patriarches. De -^ là vient que 
tous les Alfaquis Se Doâeurs dek Loy ,,afpirant à cette di^ 
gnrtc y fe feifoient appeller Chéri6 ^qui font comme les So*. 
Atc&os{at« phis en P'erfe. Ces Chérife font fort eftimez en Afrique ,, 

en Egypte & en Syrie , comme tes autres en Perfe & en Au 
mente ^ parce - qu'oïl les tient defcendus des filles de Mu 
homet. 



Calife <lyi 
Caire. 



Qrixffr. 



CHAPITRE XXIX 

âefim tttm. 

EL V r K eftant paffè en Egypte , y fût rèceu comme Sou-^ 
Terain Pontife , par le Seigneur du païs , & les Eçypùens^ 
aflemblérent toutes leurs forces pour s'ôppofer à i'vliirpa- 
teur y &luy firent la guerre deu« ans durant. Mai&lny voyant 
que téifs les Arabes le foulcvoient ew fevedr de leur Gaiife, 
pour dëteurner cet otage , ^'avila d"vn ftratagéme, qui fur 
d'envoyer reconuoiftre Eivirpour Souverain dans tout ce qui 
conccrnoit lefpirituet , & de s'bfirir à prendre de ïuy le cin>e- 
terrc^& les brodequins ,pour marquede fa dignité, & à le ré- 
tablir dans Babylone , pôurveu qu'il fuft lemaiftre abfolu^. 
pour ce qui concerne le temporel. La paix fut faite à ces 
conditions , & le Turc tourna fes afmes contre vn Prince 
de TArabie ,qoi fe feifoit appeller Calife, 8c envoya vue ar- 
mée contre iuy ^fous Le commiindeiiMM de Cutlume (om 

«eveu^ 






SVCCÏSSEVRS, LIVRE ît têy 

flevett^où les Turcs furent défaits avec grand meurcre. Sur 
cette nouvelle ) il voulut marcher en perfonne à cette guer- 
re, & dcpefcha vers le Patrice Eftienne ^ Gouverneur de la ^^^^^^ 
MediepouF TEmpcretlr *, afin d'avoir Je paflage liBre, ce ouicMoinc.' 
^e J»àuts« Tcfufant » il le doBr en bataille rangée ^ & le fit 
prifonnicr-par rèntwjnife de fo;i* neveu. Ce Prince voulur 

^erfuader à^ fou* oncle de conquérir la Médie ^ à-cauie de' 
abondance du pars y Se que la conquefte en eftoit facile f 
mais il^le refura\.& prit luy-mefme la conduite de^fes crotté 
pes à^caufe die la précédente défaite. Ee neveu voyant le 
mépris que Ton oncle iaifoit de lay y êC appréhendant va- 
plus niaurais traitement , fe fiiuva avec (es troupes dans la' 
ville de Pefar , dont il fe rendit maiftre. Son oncle fans f^l ''*^®'«^' 
fe foncier de luy pour l'heure , marcha contre cet Ai^be, cfttecmMi.- 
qui avoit dcBiit (on neveu y & perdit vne féconde bataille^ 
avec jg;rand meurtre de Turcs èc de Pcrfes , puis regagnit- 
Babyione. L'année d'après if alla attaquer fon neveu Cut^ 
lame , dans la viiïe où il s'eftoit retiré^ f marr pendant le 
fiége ayamt envoyé vn autre neveu nommé Afian le Sourd, 
avec vingt mille nommes- pour ravager la Médie , il ne s*èh 
&uva pas deux mille , le refte ayant efté tué , avec fon ne* 
teu^ou fait prifonnier. Il penià mourir de déplaifirde cet*- 
fe nouvelle, & y envoya vne armée de cent mille homities» 
fous le commandement de fon frère Alim Brahem «^ ce que 
le Gouverneur ayant appris ^demanda du fecours à l'Empe^ 
reur,2c en attendant^ repandie fer troupes dans 1er places, 
pour n*èftre point oblige de donner bataille que leiecours 
ûe fuft arrive. Alim ne pouvant Tattirer au combat, atta. Baaftracait » 
qua le bourg d'Arfé , qui n*eftoit pas fermé de murailles ; 
mais comme il y avoit plufieurs marchans fbrr riches , ils 
fe retranchèrent dans toutes les rues avec des poutres & des^ 
Êtes de laine ,& luy nièrent fi grand Hombredegensà coupr 
de pierres, & de oards par les^ portes & lèneneftres , qu'ils 
rendirent (es efiForts vains Tèfpace' d'e-fix jours. Mais alors 
s'eftant avifé de mettre le feu aut maifonrles plur proches^ 
il gagna peu à peu les^ autres y Se contraignit les nabitans 
d'abandonner la plàce^ oh. l'on trouva de etander richeiles^, 
tant en or & en argent qu^en autres chutes ,.que le feu n'à^ 






^î DE MAHOMET ZT DE SÏS 

pes en quartier-d:*hyver , à-caufe qif il ▼ avoit abondance de 
^Tangroiipix. yivres. Alors le Sultan motinit de ▼ieilleffe , laiflant de gtans 
-.„ c^^;^ troubles entre les Turcs pour (à fucceflioû , quov •.^qti*il eut 
fils. laïUe la Couronne a Axane ton neveu. 

£ffagn€. Pour retourner maintenant en Afrique & en Europe, les 

Arabes eftant en divifion en Efpagne^lesPrincesChrcftiens 

I oct ne fongcren t qtfà fortifier leur frontière , & à S'emparer dccc 

Raimond ^ dkok à Icur bienféance;^ & Dom Sanche deCaftille iîc 

^orcL la guerre fortement au Royaume de Tolède. J-e Comte de 

•Barcelone entra dans le païs du Roy de Toiicofe , Scluy tut 
/quantité de gens en vne bataille. Autant en £rent de leur 
coftc les Rois d^Arragèn & de Navarre , & remportèrent 
^plufieurs victoires fur les Arabes de leurs yoifinages. Maiis 
ces peuples voyant que tout leur mal ne procedoit <jue de 
leur division ^ fe rëiînirent tous enfemble vfous TEmpire de 
Mahamet , Roy de Cordouë , qui partag^Mat fon armée en 
-deux , en envoya f vne 'au Royaume deToi^éde , fous leconu 
mandement d'Abdala ^ & fut en perfbnne .avec l'autre à Mi^ 
^009. dina^C^lî. Alors mourut Dom Bermude /laiflant pour fuo- 
cedèur fon fils Alfonfe , cinquième du aom. Et Mahamet 
n^eut pas vn heureux fuccés de fon entreprife. Car Abdaia 
s'eftant rendu maiftre de Tolède, fe iodleva contre tey , & 
Dq^aTcrcûi fâiiànt trêve avec Dom Alfoniè^époufà (a fceur^à qui il fit 
4e grans préfens^Sc vne réception magnifique, ta luy don- 
oà quantité de Cbreftiem de l'yn & de l^autre féxe pour la ^ 
iervir. Mais comme cela & faifbit pour des raifons a'Eftat^ 
cofitre le confentement M l'Infànce , il n'en pût jouir que 
par force , puis il la renvoya .à l^eon ,^où elle te mie dans vn 
-Monaftére ,8c Abdaia mourut quelque tems ^pr^s. Sur cet- 
te nouvelle , Soliman paila à Toljéde ^ 0(1 eftanc entré fans 
aucune réfiftance , iliit trcve avec Dom Sanche deCaftille, 
& luy abandonna quantité de places , pour avoir fon fecours 
Mahamct, contre le Roy de Cordouë. Ces deux Princes ayant joint 

leurs forces , tirèrent vers Cordouë , & obligèrent Maluunec 
à xjuitter la guerre qtfil avoit contre les Arrago*inois , pour 
marcher contre eux. La bataille fut fanglante de parc^Sc- 
d 'autre -, mais Mahamet fut vaincu , & perdit plus de creiice 
mille hommes ; de-fof te 4^ue n'ofanç Ce retirer à Cordoui:, 






SVCCESSEVRS, LIVRE II. x6^ 

H fàt kxoiicede MÀUnaccli^/mais avant aporis que le Com*. 
te & Sotiman prenoieiic le chemin de Coraouc-^ pour cm- 
pefdicrqu^on ne les^y receaft ^ il écrivit auGouverneur qu'il 
tiraft le Calife lâiScen hors de prifon , te qu^il le montraft 
au peuple. A la voue d'vn fpecbacle (l inefperé , le peuple fe 
défendit dans la pl^ice vaillamment. Mais le Comte les prcf* 
£i de fi pr^s ^^u^us furent contraints de fe rendre ^ & remet* 
tant la ville entre les mains de Soliman, il retourna viûo. 
rieux en Calhlle. Cependant , Mahamet ramafla quantité 
d" Africains jBc d* Arabes^ fous le nom d^Hifcen, & retourna 
dans TAndaloufie , où ayant appris que Soliman vivoitne. 
eligemmenc dans les délices ^ il fit ligue avec les Catelans, a 
u charge de leur rendre leurs places , qui eftoient entre les 
mains & «quelques Capitaines de fon parti , pour marcher 
tous enfemhle contre Soliman. Le Comte de Barcelone fc '^«y«"««^- 
joignit donc a luy , avec celuy d'Vrgcl , le plufîcurs autres Aramïgco.^ 
Prélats 6c Chevaliers. Comme jcoutes les troupes furent af- 
ièmblces , elles prirent la route de Cordouc, a où Soliman 
/ortit^Sc les vint recevoir à neuf lieues de là dans vne rafe '^'^* 
campagne. La bataille fut fanglante,^uoy. que les Chrcfliens 
remportailent la viâoire. Les Evefques de Barcelone , de 
<jirone, 2c d*Ozonobe y moururent, avec quantité de brave "J[*^*^ ***' 
NoblefTe. Enfuke , Mahamet & préfenta devant Cordouc , 
fous prétexte de trefbblir Hifcen dans le trône. De - for- 
^e que les hlbîtans luy ouvrirent les portes , & le Comte 
d'Vrgel allaprendre Tes quartiers«d'hy ver à Barcelone, dont 
il prit le Gouvernement. L'année fuivante Dom Garcia, loii. 
Roy de Navarre mourut, laiflànt pour fuccefleur Dom San* 
.che,ron aifné; £t le Calife Hifcen fut faltié pour la fécon- 
de fois Roy deCordouë. Soliman fe retira dans le chafteau 
de SafTa,ou ne croyant pas eflre en feureté , il paiTa en Bar- 
i>arie , avec quelques Africains qui Tavoient fuivi en cette 
'euerre. Les Arabes appellent Safar le heuoàefb ce chafteau^ 
a^caufe d'vne fcnre ou marché qui s'y fait tous les ans au •LctroîWme 
mois de Safar *, où abordent quantité de troupeaux & de de leur année 
marchandifes. Mahamet devint fi célèbre par cette victoire, i"n««w»<i«tfc 
<}ue plufieurs prirent fon parti. Si -bien qu*ayant aflemblé moïncun* 
4juaBtité de troupes, il prit la route d*Ahnerie, &: Tcmpor* icc. 

Ll iij 






170 DE MAHOMET Et DE S-EST 

ta d'aflaut fur vn Arabe qui s'eftoit rerolté^i qui ilifit 
per la cefte. 11 prie auffi laen , Baeça , & Arclione , avec plu-r 
fieurs places fouîevées , qu'il remit toutes fous robéïfiance 
dn Calife y aprés-quoy il mourut ; & ceux de Tolède élurent 
en fa place Abidala , fon aifnë. Mars il ne voulut pasobéïc 
au Calife Hifcen , comme foti père avoit fait ,^ Se touriiant 
fes forces contre luy ^donna bataille àceu% deCordouë^où 
il fut tué. Les babitans de Tolède voyant leur Roy mort 
en élârent audî-toft vn autre de la race d'Ommie, appelle 
•IV Vméja. Hayr. Cependant , les Arabes de Barbarie , qui eftoient en 

Efpagne', voulant favorifer vn brave Capitaine d*èntrceux 
nommé Ali , prirent les armes courre le CaKfe Hifcen , qui 
mouraiît dans cette conjen^ure , fut caufe qu*ils fe rendi- 
rent ai.fément maiftres de Cordouë. Cette mort donna fu« 
jet encore à piufieurs amres de la Maifon d'Ommie , ou 
d'autres conddérables^ de fe foûtever dans les villes do&t ils 
eftoient Gouverneurs , & de prendre le titrede Rois. Aliacar 
fe fouleva contre Ali , 8c ils eurent piufieurs guerres enfem^ 
ble ,fe fervant tous deux des Arabes d^ Afrique. Mais enfin 
la ville de laen s^eftant donnée i Ali , Aliatar corrompit 
quelques habitans , qui le tuëtent en trahîfon. Cette lafche^ 
té le rendit odieux par toute T Andaloufie , & l'on ne It voa^ 
lut plus reconnoiftre nulle-part pour Souverain. Ceux de 
Cordouc élurent pour Roy Cacem , frère du défunt ^ ttïMS 
Aliatar voyant le peu de profit qiie luy rapportoit (a perfi^ 
die , perfuada à Abderrame ^neveu du Calife Hifcen, de pren«> 
dre les armes contre ce ncmveau Roy , fous promefTe de l'ai- 
der de toutes Cqs forces , 8c attira dans ce parti Ben al hax^ 
qui s'eftoit fôûlevé dans Saragofle , & les Gouverneurs de 
Valence & de Tortofe , qui entreprirent tous la guerre e 
tre Cacem , à- caufe qu^il fe fervoit des Arabes de Barba 
Tous ces Chefs s^eftant afiemblez , Abderrame prit la route 
de laen ,oà les Gazules eftoient arrivez: depuis pcudeMau 
roc^Sc rayant aflîëgée l'emporta après quelque refiftancc, 
ic fit main-baiFe fur la piufparr de la garnifon. Il affîceea 
enfuite Murcia , & Tayantprife , mit 'toute cetteprovince lous 
^oïî* fon obéïftance^ L'année fuivante il alla attaquer Grenade ^ 
1014. qui n*cftoit pas alors fort peuplée, & çftoit nommécpar Ici 



SVCCESSEVR^S, LIVRE IL 171 

Arabes Hizoa Roman , ou la ville du Grain. Vn brave bJJ^« «»>«• 
Chef natif jdes montagnes de Gomëre , en eftoit Seigtieur. "** 
Comme Abdecrame Ta tenoit aflicgée de fi prés que rien 
n'y pouvoit entrer-, les habirans craignant vn mauvais fuc- 
ces , traitoient avec luy par rcntremifc de quelques Al fâ-^ 
quis ,Iors que celuy qur en eftoit maiftre , leur feut fi - bien 
repréfenter les maux qu'ils foufFriroient fous le joug d*vn Ty- 
ran , qui eftoit ennemi mortel des Arabes d'Afrique, qu'ils fc 
réfolurent i la défenfe. Prenant donc trois cens chevaux , & 
deux mille hommes de pied ^ qui s'eftoient réfugiez là des j^^ monugne 
lieux voifins, il fortit à la ravine de Beyre, où eft mainte- dcsïrgo ,ou 
nant Miofpital de Saint Lazare, à vn trait d'arbaleftedo la AJpucTiarras. 
yille^ & fiirprenant les ennemis au dépourveu, à-caufe du 
traité, en tuavn fi erand nombre, que la ravine fut long- 
tems toute Couverte de corps morts. De-làpafiant aux tentes ^tés d'Atatfc- 
d'Abderrame , il les faccagea , & l'ayant atteint ^ le tua avec 
plufieurs des principaux Officiers , & des Grans de fa fuite- 
La mémoire de cette action fe conferve encore à Grena- 
de au vieux Palais ^e ce vainqueur , où l*on voit au haut 
du toit vn cavalier monté fur vn cheval de bronze, qui le- 
vé le bras avec vne pique ferrée par les deux bouts , a la Arme dct 
main-droite , Se vn bouclier à la gauche^fiir lequel font gra- A""**- 
vez CCS mots , Sedéci aben habus dit qtiil fâut garder ti^n- 
dàiowfie de cette façon. Ce cheval eft pofé lùr vne pointe de 
fer avec tant d'artifice , que le moindre vent le fait tourner, 
c*eft-pourquoy on le nomme le Coq, parce- qu'ilfcrt de gi- j^-^ ^^1^ 
rouëctepour inarquerles vens. Enfiiite cle cette victoire il en- coq duvcac. 
voya vn préfent au Roy Cacem , qui luy confirma la prin- 
cipauté de Grenade & d'Elibéri , dont fes fbccefTeurs ont 
jouï plufieurs années. Cacem mourut dans Cordouë Tannée ici;, 
d'après , & les Arabes de Barbarie , qui fe faifoient appeL 
1er Gazis, ou Défenfeurs de la loy , élurent Yahaya , contre 
la volonté de ceux de Cordouë , qui indignez de ce qu'on 
«voit £3iit cette éleâion à leur préjudice , dépefchcrent fe* 
crétement vers Bédéci, comme Yahaya eftoit fortideCor- Hayr &AU 
doue pour attaquer Malaga , 8c il leur envoya deux Chefs , E>^ 
avec quantité de foldats, Ceux-cy eftant entrez à Timpro.' 
vifte , égorgèrent toute U fai^on contraire , & s*efknt em« 






17* DE MAHOMET ET DE SEST 

parez du Palais , afFranchirent la ville de la xiominàtioB' 
d*Y^haya, qui fut tue enfuitepar vn de fes gens * dans Mala- 
ga ronziémc mois de Ton régne. Ceux: de Malaga en élu- 
rent vn autre en fa place, qui ne vécut que quarante - fcpt 
jours , & après luy ion Hls Mah3iv^t. La mefme année mou* 
rut Dom Sanche de Garcia, Cotntè de Caftil le, quoy-que 
quelques - vns le faflenj. vivre douze ans davantage. Dom^ 
Garcia Sanchez luy fuecéda, qui fut vn tres-brav^ Prince^ 
& qui gagna plufi'eurs batailles contre les Arabes. 

L'an mille feize Mahàmet fut tué en trahifonparcèuxde 
Malaga, & Idris, Seigneur de Ceute, pour vengier la mort 
d' Yanaya , qui eftoit ion parent , paflà i Gibraltar avec quan- 
tité d'Africains , & alla afGcger Malags^. L'ayant prife il fir 
vnc cruelle Vengeance de ceux oui avoient tué fon parent^ 
j quoy-qu^l ne parât pas aue Ics^nabicans euiTenr eu part db 

cette mort. Enfuite îF (e fir proclamer Roy de Malaga^,, 
mais ceux de Seville ayant éleû pour Roy Hîfcen , fils 
de Mahamet , & afpirant à la Souveraineté de Cordoue^ 
'9i de Grenade , Béciéci & Idris les ôirent attaquer enfem* 
Ble ^mettant tour a feu & à fang £ur leur paiTage. Ceux dé 
Seville appréhendant de tomber fous la domination de Bé- 
déci , fe donnèrent à Idris , auffirbien que ceux d'Alotla , de 
Carmone ,&c d'autres lieux. Hifcen k voyant haï dans Se* 
ville, fe retira à Cordouë , oh, il demeura quelques mois,, 
jufqu'à ce que fes propres Sujets lé* dépouillèrent de la 
Royauté. Dans ce defbrdre vn Arabe d& la Maifon d*Om<^ 
mie , nommé Almendari,.follicita le peuple de Télire pour 
Roy J.& comme k$ amis luy conferlloient de vivre pluftoft 
en paix dans fa maifon^il repondit qu'il ne (e foucioie pas 
de mourir pourveu qull fuft Roy feulement vn jour ^ Mais- 
il fut tué fur rheure. Enfuite les feaBitans ohafiTérent Hifcen,< 
£c bannirent tous ceux de la Maifon d'0mmie ^.mais ayant 
appris qu'il alloit par-tout demander du fecours , ils l'en- 
Toyérent prendre ,& l'cmprifonnérenr 5 puis fklucrentpour 
Ï017. Roy Giouhar,oui eftoit cle l'Algarbe. Alors mourut Idris ^. 
& comme Giouhar prétendoifr à fa fucceflion , ceux de Se- 
ville ne le voulurent point reconnoiftre ,- & «lurent pour 
Roy le brave Aliben Cacen , qui ne reconnut peint auffi 

ceux 



SVCCESSEVRS^LÏVÏCE IL 175 

ceux de Cordouë , ni ^prés iuy fes defcesdans , à qui Icf 
Almoravides entrant en Èfpagne ^ oftérent depuis la Gou- 
ronoc. 

Tandis que ces chofes ie paâbient en Ândaloufîe , le Roy 
Dom Alfonfe faifoit la guerre en Portugal , ou après avoir 
remporté plusieurs viâ^oires fifr les Arabes ^ & en aveir chaH- 
(é de fa province la plus grande partie , il fut blefTé d'v» 
coopde flféche au fîege die Vifea, comme il alloitreconnoî- 
tre u muraille ^& mourut quelque rems après en la ville de 
Fuerta,ce qm fit lever lefîége. Dom Bermude fon fils Iuy 
fuccéda ^ qui eut plufîeurs guerres contre les Caftillans , & ^[é« de Cai- 
mourut à la dernière , en la lournèe 4e Tamaron /ans qu'il non. 
fe MfTaft rien alafs de mémorable* t>om Ferûand Iuy fuc- 
céda, qui avoit époufè laiœnrde Bermude ,& fut aûfu Koy ^^^*^ 
de Navarre ^efianc fils de Dom Sancbe le Grand. Ce fut le ^ 
premier Roy de Caftille^par le decés de la Reine Elvire fa 
n^re, fille de Dopd Gaircia. Ileu^ âuifi le Royaume d'Arra*» 
^on ^r te. moyen de ion frère Dom Ramir , & régna plus 
le quarante ans , eflaift fe plus puiflant Roy qu'il y eut eu en 
Efpagne depuis les Gots. Ceft-pcurquoy il fut appelé le 
Grand ^ & vit de gtans troubles en Efpagne pendant fon ré* 
gne. Alors règnoitdaos Tolède vn petit fils de Hayr,ap« 
pelé Ali Mcmon ,^ qai il fit la guerre 5 Sç après avoir ravagé GaaAijacfcr* 
ion païs Je contraignit de d &ire fon valHil. L^on derit que », ^icak st 
Sainte Cafilde , qifi eft enterrée dans la province de Burèba ^ ^**^- 
eftoiria fille y& qfueAben Rage! ^qui aècritdeTAftrplogie 
judiciaire, & Ali Abul Hafcen^atrcd^avcres favâns hommes^ 
âoriflôieoc alots dans Tolède. . . . : , 

Cependant t V TAfirique n'eft^it pas moins travaillée de ^y^^/w 
pierre que l'Efpagoe , par l'aipbition du Calife de Carvan , cay„ 

3ui ayant conquis la piufpart 4^. ^cs provinces par k valeur 
'vu CanttatâeJîrcIavon^dfpir^ à dei^plushautsdefleins , &i<»hv d 
^éfokit de'l!enw>yjer à k conq^eftede l'Egypte ^e la Syrie '"^**^ 
fc de^fa^ Flcfe ^ pojScdèe par de!$ Prince^ qui n'^eftoient pas. 
comme iloy delà race deMabomèt. Ce.brave Capitaine Iuy 

Îiromettoit de Je Tendre maiflre de tous ces^Eftats, d'cftablir 
bn.fiégCLrtianfir Babylone \ où fes prédècefleiirs avaient ré- 
gné.^ tdeiveng^ \£b outrages qu'ils avoient receus<le. lai 

Mm 






17+ DE MAHOMET ET DE SES 

Maifon d'Ommie. Fondé fur ces efpérances , il luy donna 
vne armée de quatre-vingts mille^ Hommes , avec toutes les 
chofcs neceflaires pour vne fi grande entreprife , ÔcTenvoya 
par les dèfcrts de Barca à la cbnquefte de TEeypte. Il en- 
Eivir Abea tfa de telle furie dans cette province i que celuy qui gou- 
)^ncya,Ca- yernoit Alexandrie pour le Calife, ne pouvant efperer au- 

cun fecours des Turcs , occupez à la guerre d* A fie, s'enfuit 
de-peur de tomber entre les niàins. Si-bien qull fe rendit 
maiftre en peu de tems de toute TEg^^te. Mais depuis , ap. 
préhendant le retour des armées d'Afie , jointes aux forces 
du Calife , il fe retira.au Caire, qu'il fit fortifier de murs 8c 
dû tours, tant pour défendre le pàflage du Nil contre les 
ennemis , que pour fe maintenir en attendant le fecours d'A- 
. frique. Cette nouvelle enceinte qu'il fit , vint à éftre depuis 
fi peuplée & fi célèbre , qu'on la nomme maintenant le 
grand Caire ,qui eftoit peu de cbofe auparavant. Comme il 
vit que rien ne brânloit,êcquele&Turcsnévenoient point, 
il en donna avis au Calife ck Cai^vatt , & l'invita a venir pren- 
dre poffefiîon de fes conqueftes , dans l'afiurance que tous 
les peuples le rcconiioiftroient , eftant bien-aifes d'eftrc déli- 
vrez de la tyrannie des Turcs ,&des Califes de la Maifon 
d*Ommie.Il Idvà dbnc vné armée die cinquante mille hom- 
• mes',&fe rendit' en Egypte -^ar la mefme routé que fon Gé- 
9^8. nérâl avoir prifc , après avoir laifle pour' Gouverneur dans 
597. «ic f E. Carvân Abulhagex , Africairi de nation , de. la tribu de Zin- 
^'^' hagie. II fut rcçeu dans Alexandrie avfec grande magnifi- 

ce^ice , & de-U mené au- Caire , oÙ^ fon General luy ayanf 
rendu compte de tout ce qu'il avoit-fait ; le irtifen pcffef- 
fioit de tous les tréfors <lé l'Êgypti*. Maisicortimè il tnédi^ 
. toit le nége de Babylone , il apprit qu' Abulhagex avoit 
fait foûlever tout le païs en fon amenée, 6c dépelché vers 
le 'Calife Elvir , ^ûr le-recohnoiftrtf , ÔC eftiie xronfirmé dan s 
la poffeffi<^n dç V Afriqcé \ ' cpnmÊc il f au ; Cette '^hoi^velle 
roiçplt l'entrcprifé de* Bâbylone ; ifc fit nkudireJàGiymcel-» 
le d'Egypte. L'Efclavon le voyant en cet cftât , pour luy re- 
mettre refprit , & le venger <ie fon ennemi ^ iuy confeilla 
d'c^uVrir aux -Atabes la porté de l'Afrique ^l qui leur avoic 
#âé fermée par fes prédécpffe^jts y fur i'efp^nce:dc g^gacç 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 1-5 

Ear là de l'argent & de la réoutation , & d'obtenir le but de 
3 deflèins. Ce confeil agréa fort an Calife , quoy - qu il 
ciaignift que ceux qu'il y enyoyeroit ne s'emparaUcnt du 
païs« Mais {c voyant comme déchd de cet Empire , il fer- 
ma les yenx à toute autre confidératîon , & fit publier par 
toute l'Arabie, la permiflion de pailer en Afrique avec tout La Dcfcm.k 
fon train 2c (on équipage » moyennant vn ducat par tefte i rHluicofe. 
la ibrtie^Tgypte^où l'on foHmiroit de vivres, 2t de tout 
ce qoi (croit befbin pour le voyage , pourveu qn'on jurafl 
de niire la guerre i Abulhagex. Cela ne fut pas pludoft pu- 
blic, que trois grandes lignées d'Arabes , qui erroient par le 
pais, le mirent en chemin, au nombre de plus d'vn million 
de perfbnnes , à ce que dit Ibni Alraquiq , qui eftoit de ce çbJa.^ *' 
tems^li, craoy* qu'ils ne fuflent que cinquante mille corn- 
batans. Ils entrèrent dans la Barbarie par les deferts de 
Barca , & faccagérent Tripoli , Cabes , & autres lieu» de l'A- ^^ J^f ^^^ 
Êriqne Orientai , d'où ils paflcrent ju(qu'à Carvan , où A- gjre. 
bnlnagex s'eftoit retranché , 2c l'ayant pri$ après vn fiége de 
huit mois , le firent mourir par de cruels fupplices. Ses en- 
Êms fe (àuvérent , les vns a Tunis , les autres à Bugie , où ils 
régnèrent , & leur poflénté après eux , plufieurs années. 
Carvan fut détruit l'an trois cens quarante-fept de fa fon- 
dation , deux cens ans après que ceux d'Agleb eurent édifié 
Raqueda , & demeura long-tems en cet eftat. Les Arabes vi- 
âoheux y partagèrent entre eux le païs , & eftablirent de 
grans tributs fur leurs voifins , quoy -qu'ils reconnuflent 
Caym pour Calife , tandis qu'il vécut. Mais après fa mort ils 
demeurèrent maifires abfofus , fie la ville de Carvan fut de- 
ferte jufqu'au règne des Almohades , qu'^AlduImumen pafla 
en ces quartiers-lâ , te ayant pris fur les Chteftiens la ville 
d' Afirique , & d'autres qu'ils avoient occupées depuis la rui- 
ne de Carvan, il reflablit celle- cy en l'eitat qu'elle eft au- i| n> co a 
jourd'huy. Cependant, Caym demeura en Egypte , où fes 2i][bitfc"** 
(hccefTeurs régnèrent aprcs luy* plus de deux cens ans,]uf- 
qu'à Hadec dttnier Calife , qui fut tué par Saladin , premier 
Soudan d'Egypte. Ces Arabes Ikifànt leurs habitations dans 
1^ campagnes d'Afrique , comme nous avons dit au premier chap. is. 
livré ^euient dfgraooes guerres contre les Zènètes,&cQn- Afticabs. 

Mm ij 



î 



176 DE MAHOMET ET Dl SES 

tre les fucceCeurs d'Âbulhagex , & donnèrent tant de pei» 

ne aux Magaroas, &^ux Haoares , qui poiTédoient alors la 

Branche des Mauritanie ^ OU du m G ins la plus grande parc, qu'ils diminuî:* 

ziiibagicni ^entpcu ^ pçu^ De forte que les Lampwnes fe rendirent 

jNumidie. maittrcs de tout le pais y 6c ravagèrent 1 Ëlpagtie tpujcde noiu 

Yeau , comme nous dirons ailleurs^ 
Âfif' Pour retourner en Afîe , l'Empereur Diogiéne ayant fait 

baftir la citadelle de Hiérapjolis , coimne nous dv^^^psdit^ 8c 
pris quantité d^autres places aux Turcs ^ vint ^u printems 
^ Céfaréc y où ayant appris qu^ils faifoiçjit des courfes au 
païs , il envoya devant vne partie de Tes troupes y ic les fuU 
vant en boa ordre ^ en tua grand nombre^ & fit quantité de 
irifonniers. De-U pa0ant F Eupkrate , il y laifTa vne partie 
le fon armée , fous le commandement de;Filarrete,qMi eftoit 
de la race des jBracamiens , & tourne yers le Septentrion. 
Mais aprjés £on départ les Turcs s'eâant ralliez , tuèrent 
quantit;é de Tes gens , & prirent to.ut leur baeage ^ puis rav^a- 

fjérent la Cappadocejufqtfil|conie,iyii;lecéîehre, tant pour 
e trafic que pourlai)onté du p^ïs^,éc«y mkent le ilége.Sur 
fes nouvelles^ PEmperour qui eftoit alors à Sébafle, ie mit 
en campagne pour les aller attaquer , £c apprit en chemin 
;qu^ils avaient pris Iconie , & qu'ils s'eftoienc retirer fur le 
bruit de fa venujë , après l'avoir ruinée. Voyant donc foB 
Catagprof, voyage inutile, il manda au ijouverneur d'Antiophe , .qu'il 

allaft à Mopfuefke ayec vne partie de farmée^ fe faifir des 
.pafTages par où ils dévoient retojurner^, mais les Turcs eftant 
arrivez dan^ les^ilaines deTarfc , les Arméniensqui s'efloient 
ralliez de toutes parts , leur enlevjércnt tout leur butin; Si 
a^anc avis de l'embufcadç qu'on avoitdreiïée à Mopi^efle^ 
{e fauvjérent de nuit par vn autre endroit -, ^ l'Empereur ir* 
rite de ce {ucc;^s , retourna à Con(lantidiople. jL'année d'à,- 

Frés le« Turcs eftant revenus encore faire dçs courfes dans 
Empire 4és le prinrcjais, il cnvoya.contreeu« Michel Com,- 
-Général d« ^^^^ne, qui o'avoit pas encore y4i poil de barbe, Se qui rcm- 
légionsduic porta tant d^avaofage fiir eux, que l'Empereur jaloux de (à 
vant. . gloire y luy ofta V4ae partie de {es croupes , & le renvtjya en 

Syrie* Mai^ eftant arrivé à Sébaite, il fut attaqué par les 
Turcs , qui feignant de fuir au commencement du confbat^ 






SVCCESSEV6.S,tIVRE ït. ij'i 

tournèrent tefte comme il les pourfuivoit en defordre ^ 6c 
•l'ayant fait nrifonnier , avec piufieurs autres , luy tuèrent la 
plufpart de les troupes , & pillèrent Ton camp. Sur ces nou^ 
celles , l'Empereur réfolut ae les aller attaquer en perfonne^ 
ic comme il iaifoit (es préparatifs, Comnéne arriva a Con- 
ftantinople avec celuy qui Tavoit fait prifonnier. Car ce 
Turc ayant appris que le Sultan le voulojt faire prendre ^^*°*^ 
pour quelque crime ^ il fe (àuva vers I* Empereur , t^ui luy ^ ^^ 
4onna vn employ honorable , à-caufe de fa valeur & de Ton Pcifiaeat. 
expérience. Uannée d'après , TEmpereur pourfuivant fon 
ientreprife^ malgré quelques mauvais augures , vint vers le 
printems àCé(arée,&fe retrancha en vn lieu avantageux, ACriapcgâ. 
fôuT y attendre renneroL Sur ces entrefaites , vne troupe 
de Scythes , qui eftoient à (on fèrvice , fe voulut retirer^mais 
l'ayant pourmivie , il la ramena & la remit dans fon devoir. 
De^ll payant outre /ur l'avis que les ennemis n'eftoient pas ç^'^^^^^^ 
en eftat de combatte , il commanda i fes foldatsdefe four- 
nir de vivres pour deuxjmois ; parce-qtf il avoir à traverfer de 
grans deierts. Il fépara donc (bu armée en trois ,& envoya mandemeiuaê 
vne des bris;ades attaquer Ciliate , l'autre Manficerte^ &re* RounLi,L3iîn, 
tint la troiiïérac pour luy. LesTurcs qui eftoient dans Man- ^* ^^°^^^ 
^certe l'ayant abandonnée , les habitans fe rendirent. Mais 
les troupes qu^on y laifla eftant fort incommodées de leurs 
courfes , on leur envoya du renfort , ibus le commandement 
de Nicéphore Bricnne , qui fe trouvant encore trop foible, 
envoya demander du fecours à l'Empereur , lequel luy en- 
voya vn autre Nicéphore^ nommé Bacilacc, avec reproche 
de fa lafcheté. Bacilace joint à Brienne, fe bâtit long-tems 
contre les Turcs , mais ne fe trouvant pas fecondé par Bricn- 
ne , comme il e(péroit , il fit vn dernier effort , & les rechafla 
dans leur camp. Sur ces entrefaites , fon cheval eftant tom- 
bé de fes blefiures, il ne fe pût relever à-caufe delà pefan. 
teur de (es armes, & fut pris par les Turcs, qui le menèrent 
au Sultan, dont il fut bien traité à-caufe de la valeur. L'Em- ^**°*' 
pereur fbrtit enfuite de fes retranchemens avec fes légions, 
pour voir la contenance des ennemis , & s'ils auroient la 
nardiefle de combatre ^ mais ils demeurèrent dans leur camp 
jttfques vers le foir , çjto'ils vinrent fondre avec de grans cris 

M m iij 



178 DE MAHOMET ET DE SES 

fur Tes troupes , comme elles fe reciroient , & leur donnèrent 

l'alarme toute la nuit. Le lendemain vne troupe de Barba- 

Vt^tw. res , qui eftoient au fervice de PEmpereur , ayant paflc du 

codé des Turcs , il craignit que les autres n^en fiflent autant, 
8c manda les troupes de Ciliate , mais comme elles tardoient 
à venir , parcc-qu'on leur avoit donné l'épouvante , 8c qu'el- 
les s'cftoicnt retirées , il réfolut de tenter la fortune du com- 
bat. Là-deflus le Sultan luy dépefcha quelques gens pour 
traiter d^accord j mais il fit réponfe , qu'il eftoit befoin pour 
cela, que le Sultan retiraft Tes troupes, afin qu'il pûft cam- 
per en cet endroit y 8c fans attendre fa réponie marcha con- 
tre luv. Le Sultan feignit d'avoir peur, 8c fe retira peu^i- 
peu , faifant face de tem$-en*tems. Mais comme il fe taifoic 
tard , l'Empereur commença i retourner vers fon camp , 
qu'il avoit laifle dégarni. Lors-qu'on vit branler fon eften- 
dart ,fes troupes qui eftoient les plus éloignées croyant qu^il 
fuy oit, tournèrent le dos, 8c regagnèrent le camp à la cour- 
fe. L'Empereur fit alte pour eflaver de les arrefter , mais ea 
vain 'y car les Turcs donnant là-clefrus , il fut obligé de tour- 
ner tefte , où il fit tout ce qu'on pouvoit attendre de (a va- 
leur, jufqu'à ce qu'ayant efté blefle, 8c fon cheval auffi, 8c 
ne pouvant plus ni fe fauver , ni fe défendre , il fut pris & 
Axanr. mené au Sultan. Le Barbare le traita avec refped , ne pou- 

vant croire du commencement que ce fuft luy. Mais ayant 
efté reconnu par Ces Ambafladeurs , 8c Bacilace , qui eftoit 
prifonnier , s'eftant jette à fes genoux avec larmes , le Sultan 
L'Auteur dit , ^efcendit de fon trône , 8c l'embraffant k confola , 8c luy fit 
qnii luy mit dreflcr vnc tcntc avec vn apoareil royal ,1e faifant afieoir à 
aupararant le ç^ ^[^\ç g^ donnant liberté a autant de prifonnicrs qu'il de- 
tic, félon la m^ndoit. Apres lavoir retenu quelque cems ,il fit la paix 
coufiumc. avec luy , 8c le renvoya avec efcorte lans rien demander. A 

fon retour il fejourna quelque tems à Théodofopile ^ pour 
fe faire penfer de ùl bleffure , 8c prit la route de Conftanti- - 
nople avec les gens du Sultan ^ mais il n'y trouva pas les cho- 
fes difpofées à le bien recevoir. Car lean Céfar, 8c ceux de 
fa faction , qui le haïfibient , 6l qui avoient efté caufe , à ce 
«qu'on tient , de la perte de la bataille, firent éUre çn & pla*- 
ce Michel Duça^iQcfe fàifii&nt de fa^perfonne, luy csevé- 



à. 



refit les yeux avec plus de cruauté que les Barbares n'avoîent 
témoigné de compaflîon de fa fortune. Sur ces nouvelles , *] «noutot c« 
le Sultan irrité , envoya fon armée dans TEmpire, non pas de VEmSiic, 
pour faire des courfes ^mais pour s*en mettre en poflcffion, «cdciâTcuo.* 
comme il eftoit facile, parce-qu'il ne s'y prefenta perfonne 
pour luy refiften Mais le nouvel Empereur, après avoir ré- 
glé les choies dans Conftantinople , envoya vne armée con- 
tre luy , fous le commandement d'Ifaac Comnéne ^ 8c d'vh 
certain RoufTel ,qui fe révolta avec kvilled'Iconie^faifant 
tantoft la guerre au Turc , & tantoft aux Sujets de TEmpe- 
reur. Comnéne , qui conduifoit le refte de Tarmée, fut dé- 
fait ^ pris pat les Turcs , dont il fe racheta après pour de 
Targent. L'Empereur fur cesjiouvelles , envoya contre RouC 
fel îon oncle lean Céfar ^ mais le rebelle s'eftant faifî du 
, détroit de Conftantinople , & campé vis*à^vis de luy , ne iipmSang*- 
voulut entendre à aucun accord» fie luy donnant bataille le ^'""^' 
défit 9 & prit, prifonnier avec quantité de NoblefTe ^ après* 
quoy il vint mettre le fiége devant Conftantinople. Com- 
me il vit que l'Empereur âppeloit le Turc à fon aide , il ne 
fe crût pas capable de pouvoir réfiftcr à l'vn & à Tautre , & 
tirant Céiàr de prifon , le ^liia Empereur -, puis donnant 
bataiUe aux Turcs , les mit en fuite. Mais comme Céfar 6c 
luy pourfîiivoient vu peu inconfidérémcnt leur viâoire , ils 
furent pris^ pour s*eftre trop éloignez de leurs gens , 8c ra- 
chetez auffi-tofl ^ IVn par fa femme , & Tautre par l'Empe- 
reur. Rouffel eflant en liberté tira vers l'Arménie , où il a- 
voic autrefois demeuré ^ & fit alliance avec les Turcs , fans 
ceilêr de faire la guerre à TEmpereur. Ce Prince envoya 
donc contre luy Alexis Comnéne ^qui efbtnt arrivé à Amâ. 
fie, traita fecrétement avec les Turcs , qui luy livrèrent 
Roiîflel pour vne grande fômme d'argent j fi * bien qu'il le 
samena a Conftautinople , où l'on le mit en prifon dans vne 
toiir. Tandis que ces cnôfes fepafibient dans l'Empire, Cut<r> 
lumo\ neveu de l'ancien Sultan , irrité contre le upuveia Tangroiîpx. 
qui avoir efté élu en fa place, fe prépara i luy faire la guer<*' 
re } mais le Calife Elvir qui eftoit en grande autorité , crai« 
gnantque la divifion ncruinaft l'Emipipç des Tiurcs , comme 
die avoit fiût celuy des Ar;tbes, $'entr.emtt de leur différent, 



ê 
é 



zîo ^ D£ MAHOMET ET DE S1É.S 

& les eftant venu trouver, quoy-qu*il y eue long- tems <|^i{ 

ne fiift forti en public, appaifa leurs difiêrens paria préien- 

ce , & fît la paix à ce^^ conditions , Que le Sultan conferve- 

cSîaV ^^ '^^^ TEmpire, & laifleroit à Cutlumo la Gappadoce, ou il 

Taidcroit à s'agrandir fur les Romains. Apres cette paix , les 
Turcs conquirent la Médie , & les autres provinces Orien- 
tares,.& envoyèrent vne armée navale, (]tii pri^ les lOîcs de 
'Chio , Lcibos , Samos , Hhodes , Candie & Chypre 5 mais el- 
les furent reprifes depuis par ITEmperenr, Cependant , le 
Sultan demeurant en Pcric , donna le Gouvernement de 
ou phiftoft Damas, & ce qull pofTédoit en Egypte, à vn de fes neveux 
«** ^7"^- nommé Ducat^ pour s'oppofer aux Egyptiens^ comme Gut- 

lumo s*oppofoit aux Grecs y parce-que le Calife Caym $*é^ 
toir rendu maiftrc de l'Egypte & de là Syrie, jùfqu'à Lao- 
durée. Il donna aujflî i Sumuco^dont nous avons déjà parlée 
ht ville d'Alcp,&fc fit reconnoiftre pour Souverain par tour 
ces Gouverneurs jmais donna pouvoir à Cutlomo feul de (c 
faire appcHer Soudan. 
ftalie^ Pour retourner en Occident , les Arabes q\n pofTédoient 
la Sicile , firent la guerre dans la Pouïlle , &; dans la Cala- 
Ccft aînfi bre contre TExarque de TEmpereur , fur lequel ils prirent 
m^}'* ti"^' plufîeurt places pendant les divifions d'Italie. Sur ces entre- 
^mmando»*'' laicesvn Capitaine Normarrd , furnemmé Gutllauroe Bras* 
Italie poor fart, ou Fort-btas ,. qui s'èftoit efltabli en Italie avec qaeU 
cv^^T'' ^ucs^vns de fcs compagnons, s^eftant ligué avec les Prince» 
bras dl aoV ^^ Capouc & de Salerne,.fit vne cruelle guerre aux Arabes^ 
&«inans. à Taidc de l'Exarque -, de- forte Qu'ayant joint toutes leurs 

forces , ils les cbaiTérent à la fin de la Sicile. Mais comme 
ils la vQirloient partager entre*eux , l'Exarqtfe qui efboit le 
plus fort , en chaiTa les autres. Le Normand voyant ce mau^ 
vais procédé , le difiîmula pour lors , fit fe féparant des deux 
Princes confédérez ,.dont 1 vn fe retira à Capouc, de Paotre 
à Salcrne, entra avec Ces troupes ^ians fa Poôïllè & Ia.Ca* 
labre, Se fe iaifit de Melphes, de de pluiîeurs autres places.. 
Scrr ces nouvelles , l'Exarque part de Sicile po«r le combâ^^ 
trc ) £c eftant vafncu , laide le Normand paifible poflefTeur 
de la Pouïlle. Comme TEmpereuir en eut repris deppis vne 
partie ,Dracon frère de Guillaume ^febacitcontre^escrou. 

pC3 



^ 
^ 



SVCCESSEVRS , LIVRE II. 281 

pés trois fois en vn jour , & les "ayant vaincues , chaflà les 
Grecs du païs. Sur ces entrefaites , les Arabes d'Afrique pat 
fant en Italie avec vne puiflante armée , afficgcrent en mef. 
me tems Btri & Capouë j mais Grégoire qui commandoit 
Tarmée navale de TÈmpereur , s'eftant joint aux Vénitiens , 
fit lever le ficge de Bari , & Capouë fut fecouruc par PEm- ^^y- 
pereor d' Alemagne ^ qui fe trouvant alors à Rome , marcha 
contre les Arabes , Se les défit. Cependant, Bubagan qui a* 
voit fiiccédé à Moloque dans TExarcat d'Italie , favorifoit 
les Arabes de la PouïUe & de la Calabre contre les Chre- 
(tiens ; dequoy l'Empereur d' Alemagne irrité , tourna fes ar- 
mes contre luy , & luy fit lone-tems la guerre. D'autre- 
cofté^les Arabes qui s'eftoient habituez £ns la Sicile, favo- 
rifez du Cahfe d'Egypte , recouvrèrent la partie deTIflequi 
regarde le Midy ^ & par le moyen d' Alcama , qui cftoit alors ^ A'*^f™°- 
la plus forte place de rifle , la conquirent toute entière. 
Mais Roger &: Robert Normans la gagnèrent depuis , par 
rentremiîc de celuy qui gouvcrnoit la Sicile pour le Calife 
d'Egypte 5 les peuples s'eftant révoltez contre les Arabes, & 
contre les Grecs qui y eftoient. Ils reprirent premièrement ^ctimîn.Ajni. 
ta ville de Meffine , & enfuite les autres places 5 û - bien ",. ^ ^^^^*' 
qu'ayant chafle les ennemis de toute l'Ifle , Roger fiit élu 
Comte de Sicile , où régnèrent (es defcendans après luy , 
lans que les Arabes y rcpriflent depuis aucune autorité; Au voycx ihû 
contraire , les Rois de Tunis ont efté tributaires de cet Ao»c. 
£ilat« 

Nous ceflerons icy de parler des Califes de Babylone, 
pàrce-que l'autorité des Arabes prit fin entièrement* en A- 
fié,& qu'il ne refta que les Califes d'Egypte , qui firent la ie"â"!^'°" 
guerre contre les Turcs , & depuis contre les Chrefticns qui 
alloient d la conquefte de lérufalem. Mais comme nous ne' 
traitons qu'en paflant l'Hiftoire d'Afie, à- caufe des fuccef* 
feors de Mahomet qui y ont eftabli leur domination , & que 
Boftre principal but eu celle d'Afiricue • nous parlerons 
maintenant ces Africains , qui dans le déclin de l'Empire 
des Arabes ont fondé leur domination dans cette partie du 
monde , d'où ils ont (ait la guerre en Efpagne. Nous ne les 
appellerons plus au£ Arabes , mài^ Maures j parce ^ qu'ils 

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iH D£ MAHOM£T ET DE SES 

eftablirent leur Empire a Maroc & à Fez , oui font les capi- 
tales de la Mauritanie Tingitaoe , ou à Trcmccen , qui cft 
celle de la Céfarée , & qu'à u faveur de ce peuple belliqueux 
ils ont fournis les Arabes , qui les avoient devancgz dans cet« 
te conquefte , 6c qui avoient régne fi long - tems en A- 
frique. 
icjo. Pour revenir en Efpagne , Dom Garcia , fils de Dom 
oa raUhé' Sanche le Grand , Roy de Navarre , défit les Arabes , & re- 

prit £ur eux Calahorre iBc Tudelc s rendit tributaire lesGou-. 
yern^rs de Saragofle , & de Guefcar, 6c euft fait encore d'au- 
Sâragoflè tres conqucftes , fi la divifion qui fe mit parmi les Prioqes 
d'Arragoa. chrcftiens ne Teuft empefché de pafler outre. 

«t. 

CHAPITRE XXX. 

V 

D*AbH Téchtfle», premier 1^ d\y4fnque i tT àes àjofes 

arrivées de fon tems. 

I o jt . T 'Insolence des nouveaux Arabes d'Afrique , 6c leur 
Xyambition furieufe ^ ijXi cau£e de faire foûlever le païs 
contre eux , d'autant: plus qu'il n'y avoit point deSouveraia 
dont on reconnoift l'autorité, 8c que le Calife Caira s'eftoit 
êftabli en Egypte, <Sc eftoit occupé çn Syrie çn des guerres 

S lus importantes. Vn Africain donc Morabite , de la tribu 
e Zinagie , de la branche qu'on appelle des Lumptuoes , 
nommé Abu Técfaifien, natif de Guergela, £e foûleya dans 
la partie Méridionale d'Afriqu^eyOÙTontfituées |es provia* 
ces de Numidie6c de Libye. Car comme il commandoit en 
ces quartiers , où il s'eftoit retiré pour fuir la domination 
des Arabes y il attira 4 luy vne infinité de peuples, fous pré* 
texte de la liberté , 8c de s'afranchir de la tyrannie , tant de 
ceux de Barbarie que d'Efpagne. La première choie qi^'il fit» 
ce fut d'envoyer quelques Morabite^ crier liberté pax. le» 
provinces, ôc voyapt qu'ils eftpient écoutez du peuple , il 
afiembla vne puiifaotf armée d'Africains , tant Zinagien( que 
Zénétes , ^ autres de la Numidiç j $c traverfant le;5 monta- 
gnes du grand Atlas \ prés de la yille d'Agmet , fe rendit 



SVCGESSEVRS, LIVRE IL 283 

maiftrc de la province ëe Kf»oc« De -là lyânt (ovtmis la x^Magtroti 
Arabes & les^Maeat oife , ^\xf pofféèoicHt cfuekjtie partie de cftoicac kùï. 
bTMgrtaiie,iIefta(bfii?fcmrfégedaiwAgrtier,«cfe fit appel- ^«'o*- 
kr AmirleMominiii, cmEmpesretardes Câthdlîdute , prcten. glEScks*"^ 
dant que ce notti luy aippairtenoit en veita éd fa fèàe , qui 
parricttt àk perfeâfioA par- les cinquante dfegfet dfedi(cipli* 
ne. Ccrmmc tous ces Chefs eftôîent Moraffeites , les Auteurs ^^ i/^q^m^ 
Africams^ les appellent de ce nofïv, comme ils fom? nuinte- «as. 
nant tcfirs ceux de la- protince , d'où ils fottirent 5 & nos Hi- 
ftoricns les appellent Ahnorivides ^jptpiant l^ article dtê 9ioiH^ 
filon la canfimnt des K^rahtÉ , & change am l^ hén ^ ^fiUnU 
ftononciaim ijpagnole. Ce font ceux dont Tés' Auteiffrs Eft>a. 
gtïols foiit plus de* mention , à - caufe qu'fls^ devitorent fort 
puidans^ & qu'ils erttirér^etat plufieurs fois en Efpagne avec 
dcgrandes arnrées?. 

Tandis qu'AbuTéchHîen triomphoit en Afrique, les Maui Effugne. 
rcs d'Efpagne s'entrebatoient , & donnoient fujet^ aux Prin- 
ces Chreftiens de profiter de leurs divifions , çarce- qu'ils 
eftoient partager entnr plufieurs Rois , qui n eftoient pas 
tous fort purflans. Le Kby Dom Fcrnahd ayant défait Ion 
frère Dom Gatrie en là lournce d' Atapuercas , & s^eflàne 
emparé du Royaume dfc N^vaite, gagna plufîeuts batailles 
contre les AtabeS, & trois ans après leri vne puîfTantc ar-.' 
mée,& paâanr à Merida & à Badajox, entra dans le l^or- 
tugal -, ou il prir plufieurs places fortes , & y laîflant garni- 
fon , vint à Lifbonne , & ravagea tout le pais. Les Gouver-' 
ncurs de Mérîda & de ftadajox , aflîftez du fecours du Roy Je^tîccm.^* 
de Scville , Iwy donnèrent bataille , où les Madrés furent 
vaincus avec grand meurtre. Ce Prince pourfuivant fa viâoi- 
rc , afliégea'Vifeo , où le Roy Donr Alfonfeavoit efté blefTé , 
& en vengeance de fa mort la ruin» après l'avoir prife ,& fit 
mourir cruellement cduy qui avoit fait le coup. De- là il* 
paflâ à Lamego ^ qu'il • prit auffi avec plufieurs autres places 
du voifinage , pViis retourna vidorieux à Léon. Tl raffembla 
fes troupes l'année fuivante, & retournant en Portugal , il* 
affiègea la ville de Coymbre, & Tayant prifi: la fit fortifier. 
Ouchjucs-vns difent que le fiége dura fept ans ,aprcs.quoy 
cnefc rendit 'à-compofitîon. L*an mille cinquante «• neuf il 

Nn i] 



1054, 






â«4 PE MAHOMET ET -DE SES 

retourna contre les Mâarês^^Sc prit fur eux les villes de GorJ 

mas Se de^erlaga^par intelligence , & de force Aguilera,& 

Je chafteaa de Saint luft ^ éc ayant détruit tout le territoire 

cJeTaracone tourna contre Médina -Céli, & en fit autant 

de toute cette contrée. La mefme année il força le chafteau 

de Montemor en Portugal |<l'pù Ton incommodoit fort fçs 

Sujets \ puis ayant ravagé rÀlgarbe, çourna vers Seville^ 

*AbaAbed. dont le Roy fe rendit Ton vaflal*. De-li il allarebaftir Sa- 

minfor. ^^* morc, qui avoir efté détruite dés le temsd*Aimanfor,oiile 

t Al fbigîi. Rpy de SaragofTe * envoya luy faire hommage paribn Am- 

bamdeur. L'année fuivante il entra au Royaume de Tolé. 

. 1060. de, dont le Roy fe fit auffi fon. vaCTal , & pafïa avec luy i 

Gayfic. Valence, où l*on luy en fit autant j après . quoy il retourna 

glorieux paÛerTliyver à Léon. Tous ces Princes après Ta^ 
voir reconnu pour Souverain , furent foUicitez par^ÂbuTc* 
chifien de fe foûlever contre luy j de-^forte que voyant Icpeu 
d'afTurance qu*^l y avoir en la foy 4^ ces Infidelles ^ilaflem- 
I c6i. j)i^ yjje puiflante armée pour leur faire I^ guerre^ & les Rois 
de SaragofTe & deToIéae^luy vinrent auffi. tofl offrir le tri- 
but , avec promefle de raccompagner. Toutes chofes eftant 
difpofées pour vne grande entreprife , il entfa au Royaume 
de Valence, où il mit tout à. feu & à/ang^ mais n'ayant pu 
prendre la ville , il retourna. pafTer Phy.vci; a Léon <, au il mou- 
rut Tan mille fpixante- trois , laiffant trois en^ns , Dom 
Sanche qui régna en Caftille , Dom Alfonfe àLeon , ftc Dom 
Garcia en Gafice & en Portugal, Dont Sanche dés la pré- 
* miére année de fon régnet alla affiégér Valence ,& contrai- 

gnit le Roy à luy rendre fiommage ^ aprés-quoy il marcha 
contre celuy de SaragofTe , qui ayant efté vaflal du Roy fon 
pcre , s'appuyoit de la protedion du Roy de Navarre , pour 
s'empefcner de luy obéïn Ce Prince n'çflant pas capable de 
vefîfter à vn long fiége , demanda fecoursau Roy de Navar- 
re: mais Dom. Sanche le prefla fî fort, qu'il fut contraint de 
fe rendre avant que l^fecours puft arriver. L'an mille foi- 
xante-fept le Roy de Navarre mourut y & depuis jufqu'cn 
Tan mille foixante.Sc douze, les enf^s de Dom Fernand 
A CoIpUlére. s'entrefirent la guerre j mais le Rçy Dqra Sanche ayant vain* 

f jf & fait emprisonner. Iç Roy DomAlfonfe ,il le mit en li- 



S^CCESSEVRS, LIVRE IL i« 

bcrtc, à condition qu'il <|iiiceroic (on pais 3 fi -bien qu^il ie ^Qriaih:^^ 
renia a Tolède , où il fie craelque (ejonr. En mefine tems ocPiTsagoc 
Ali-mcmon, Roy de Tolède, rompant la trêve qa'il avo't 
avec Dom Sandie de Caftille , alla afiiëg^ Ségo vie , qu'il 
prit par cooipofidon ^ aprés^quoy le Roy Dom Sanche moo- 
mt y comme il affiégeoit Samore , qui apparteooit a Vrraca ^ 
ùl fœor. Le Roy Dom Alfonfe , Ton firëre , a qui il avoit ofté 
le Royaume de Léon , ayant eu avis de ia mort à Tolède ^ 
où il s'eftoit redrc , fit alliance avec Ali-mcmon , puis mar- „ |. . ^ . 
chant vers Samore fut (aîûé Roy de Léon 2c de Caftille. La laeacceiiomr 
mefine année mourut Abu Abed , Roy de Seville , & les 
Maures de Cordouë fè révoltèrent contre Ton fils , qui eftoit 
alors dans la place ^ mais le Roy de Tolède fit encore plus : AUmcmoa. 
car il luy déclara la guerre, & avec Taidedu Roy Dom AU 
foofe , ravagea le quartier de Seville. L'an mille fi>ixante & 
quatorze ^ Dom Alfonfi: ayant levé vne puiÛànte armée, i-c Roy dr 
entra dans l'EArémadure , & pafTant a Mérida fit la guerre ^^^* 
aux v^fiaux d'Aben Abed , qui ne pouvant refîfter à vn fi 
puiilânt ennemi , fit trêve avec luy , à la charge de payer le 
mefine tribut que fon père payoit au Roy Dom Sanche. En 
mefine tems la ville de Cordouë, & quelques autres de 1* An-- 
daloufie s'eftant révoltées contrcAben Abed , il implora le 
fecours de Dom Alfonfe , JSc ayant aflemblé vne puifiante 1^75* 
armée, alla aflléger Cordouë , & la prit. Mais ceux de Gre- 
nade & de laen , où réenoit Almudahir , ië défendirent bra« Fils oa Dcdu 
▼ement,& Aben Abed implora encore le fecours de Dom ^^^^^ ^édéà. 
Alfonfe , qui luy en envoya (bus la conduite du Cid , dont le Rodrigo Ditf 
nom eft célèbre dans THiftoire. Almudafar de foncoftéeut ^^ ^^^^'^ 
la faveur de quelques autres Princes Chreftiens , qui Taflifté* 
rent en cette guerre, & entrant fur les terres de Seville af- 
fiégea Cabra l'an mille foixante & feîze. Sur cet avis , Aben 
Al>ed leva le fi^ege de laen , Se accourut au fecours avec le j^^ Bcicnguti. 
Cid ^ de - forte qu' Almudafar fut vaincu , &c le Comte de 
Barcelone qui l'accompagnoit, tué. La mefine année le Roy 
Aifisnfe entrant dans le Royaume d'Arragon , ravagea tout 
jufiiju'à Saragoffe, dont le Roy fut aifiéeer la ville de Gor- 
mas, pour faire diverfion. Mais le Cid cle retour de la guer- 
re de Grenade la fut fecourir , & le contraignit de fc reti- 

Nn iij 






i86 DE MAHOMET ET DE SES 

rer au Royaume de Tolède avec perte , encore fit-rl de mm 
degats dans ce païs , nonobftanc la trêve de Dom AHonfe 

AKmcjiion. avec ce Prince. Auffi eut-il ordre de Dom Alfonfe de ren- 
dre toutes les places , & le butin qu'il avoit pris , & pour ne 
l'avoir pas voolu faire , fiit banni. Piqué de cette injure , il 
prit trois cens chevaux ^ & quatre mille hommes de pied, 
qui le fuivirent volontaifrcment, & alla prendre furies Mau- 
res le cbafteau de Gaftrejon , & fit tant de ravage dans le 
quartier de Guadalachara , qu'Ali - mémon fut contraint y 
pour avoir la paix, de payer la folde à fes troupes, m oycn- 
. nant-quoy il alla faire k guerre au- Roy de Valence , qui 
cftoit Ion ennemi. LeCiden ce voyage prit le chafteau d' Al- 
cocer,& le fortifia pour foyavec la ville; Kfais fur ces nou- 
velles y le Roy de Valence l*aîla affiéger. Alors le Cid fer- 
rant de la place à heure-induë, donna telle épouvante aux 
afliëgeans , qu'il en défit plus de trente mille ^ puis ponrfui- 
vant la victoire, .ravagea tout le pats. L'an mille foixan te 8c 
dix-fep«,Dom Rémond fit la guerre à fon frcreDom Sanche, 
Roy de Navarre, & le tua,penfanrpar-ljbdemetrrerpaifibre 
pofleiïeur du Royaume ; mais le Roy Dom Alfonfe le dé- 
podeda. La mefme année le Cid fortanrd'Alcoçeravecvne 
armée qui groffiflbit tous les^ jours au brnitde fes hauts* faits, 
alla rafvagcr les environs de SaragcfTe^ôc contraignit le Roy 

Ai&égcL M^re de luy don;ier appointements & le prendre à fon 

fervrce. Après eftre entre dans la place, le Roy vint à ntou^ 
rir , laifTant deux fils , dont Taifné Soliman , demeura à Sa-- 
ragofle j Tautre Aben Alhax , fe retira à Dénia- ei* grande 
conteftation avec fon frère , pour la fucceffion de la Cou- 
ronne. Le Cid efloir porté pour l*aifné, êcDom Rémond, 
Comte de Barcelone , pour le cadet. Il en felùt venir à vnc 
bataille, où le Cid victorieux , prit le Comte Rémond pri- 
fonnier -, puis pailànt à Monfon, qui tcnoit pour Abenr Al- 
hax , la remit entre les mains de Soliman. Eniûite il donna 
la liberté au Comte fans rançon , & retourna pafler l'hy ver 
à Saragoflè. Le Comte s'eftant rejoint avec Aben Alhax , 
perdit vne autre bataille contre le Cid , Tan mille foixante 
& dix.huit. 
L'année d*aprés Ali •• mémon, Roy de Tolède, mourut^ 




SVCCESSEVRS/LIVRE IL 187 

lailËLiit pour foccefleur Ton fils âifné Hifcen , qui ne régna 
quVn an. Yahaya Ton frëre luy fuccéda -, mais il fut fi me- 
chant & fi dcbaudic , que les peuples fe révoltèrent contre 
luy ^ particulièrement i Valence ,<iont le Gouverneur Abu- 
bequer prit le parti du Roy de Badajoz. Ceux de Tolède 
firent la mefine chofe , ce qui contraignit Yahaya d*avoir re* 
cours au Roy Âlfonfc , qui luy donna des troupes confidé- 
Tables , fous le commandement de Dom Alvare ^ lequel vagn»Mi- 
eftant arrivé a Valence , fut receu des habitans fans aucune S"*^** 
difficulté. D autre-cofi:é , le Roy Alfonfe indigné du mau- 
vais traitement que ceux de Tolède fiûfoient a leur Roy , 
qu'ils n'avoient pas voulu recevoir à fit prière , entra dans 
le pais, & ayant pris la ville d'Huete la fortifia, puis mit le 
fiëge ctevaot Tolède. Mais voyant qu'il ne la pouvoit for- 
x:er , Se que les habitans ne (e vouloient pas rendre , il fit le 
dègaft àâsïs le païs , & fe retira à Huete 3 puis s*eftant empa^ 
ré de toutes les places qui font entre celle-cy & Siguença » 
alla paflèr Thyver à Nachara. L'année d'après il retourna 
contre les Maures, & prit fur eux Cuelliar & Arevala , & 
d'autres places de cette contrée ^ puis paflânta Avila, afliè- 
eea Efirakm, & l'ayant prife la (àccagea , d'où arrivant a To - 
lede , il mit (bus contribution le pais , & après avoir forcé 
Madrid , retourna pafiêr Thy ver en Caftille. La mefine an- Abcn Ahtd. 
née le Roy de Serille fit la guerre à ceux de Tolède , par 
le commandement d'Alfonfi: , dont il eftoit vaflàl , & en- 
crant par la Guadiane , prit fur les Maures Calatrava , ViL 
chcs , Confuégra , & plufieurs places des environs. L'année loSr, 
diaprés , le Roy Alfonfe entra du cofté de Sepulveda , par 
les détroits de Somo-fierra , & peupla Hita , que les Mau- Moit-Somc 
res avoient abandonnée , puis prit plufieurs autres places 
des environs, & enfuite Guadalachara& AlcaladeHenarez, 
Se ravageant tout le païs , retourna pafler l'hyver dans la 
Caftille. Pour ne point perdre de tems dès le commence. ^^g^ 
ment de l'année fuivante , il retourna par Zèbrèros , & prit 
la ville de Maquéda , d'où paflant à Tolède , il ruina tout le 
païs , puis retourna viâorieux chez luy. L'année d'après il 
retourna affiéger Tolède avec de plus grandes forces ^ & pil- 
la U ravagea & deux bords du Tage« P'autre*coftè , le Roy 



^ 
^ 



liî DE MAHOMET ET DE SES 

de Sevillc prit Sorita , & retourna auflî vidorieux chez (of. 
Uân mille quatre-vingts trois, Aben Falaque , vaflal du 
Roy de Saragofle , & Gouverneur du chafteau de Bucda , 
envoya dire au Roy Alfonfe , que s*il vouloir venir en per- 
fonne , il luy remettroit fa place entre les mains j mais fon 
"confeil s*y appofant , il fe contenta d*y envoyer Dom Ra- 
mir. Infant de Navarre , & le Comte Dom Gonzalo Sal- 
vador , fon béau-prere) avec plus de mille chevaux , qui ne 
furent pas phiftoll arrivez dans la place , qu'ils furent tous 
tuez , ou faits prifonniers/ La mémoire ae cette trahifon 
fe confervera toujours dans le chafteau d'Ogna , ou la 
plufpart de ceux qui y moururent, furent enterrez. La 
mefme année le Rov Alfonfe entra dans le Royaume de- 
Tolède y brûlant & /kccageant tout j & après avoir ruiné 
io8j. plufîeurs places, s'en retourna en Caftille. L'an mille qua- 
tre-vingts cinq , il y retourna encore , 6c fe campant fous 
les murs de Tolède , les habitans qui manquoient de vivres, 
(e rendirent à de certaines conditions 5 ^de.forte que cette 
place retourna au pouvoir des Chreftiens le vingt-cinquic- 

^l^rs^'vr- ^^ ^^y ' après avoir eftè poiTèdèe par les Maures près de 

baio. ' trois cens (oixante Se douze ans. Le Roy Alfonfe y eftablit 

£1 Cour,&:'fe fitappeller Empereur d'Efpagne. 

Cependant , Adu Téchifîen faifpit vne cruelle guerre 
aux Arabes d'Afrique , & aux autres Chefs , Se les ayant 
défaits en plufieurs batailles , avec les armes viâorieufes' 
des Lumptunes , les chaila de toute la partie Occiiientale' 
de la Tingitane,où eft maintenant le Royaume de Maroc. 
1086 ^^^ ^^^ entrefaites il mourut , laiflant pour fucceûTeur fon 
fils lofef , qui fut fort vaillant. 




CHA. 






• 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. i«5 

CHAPITRE XXXL 

î)« J^f^fils de Téchipen , (econi Roy J^ Afrique, de la 

rdce des uilmoraajidcs. 

AP n £^9 la jncnt d'Abt Ticfaifien , irs Africains de k tri^ 
bu de Zmaeîe , Êdacrcnt pour Rcy Ton fils lofef , <)ui 
remplit le monde du broie de fes armes. Dés l'entra de 
fon régne mépriânc la ville d'Agmet ^ oMi eftoit dans \ei 
moDCagioes ^ il baitic Maroc , ou f^on quûfques-^ml'acbevat 
après avoir efté coromencée par foo père > & y eftablic te 
fiége de fon Empire. Quelques Efpa^ok-moderties eu ât- 
tdouËDt la fondation à Aben Taamon , qui fe fauvadaus la yai^^j^^^Q^ 
Mauritanie Tingitane. du tems du Cal^^ Aldulmalic. Maii Aben^Dia. 
Topinioa k plus commune , confirmée par les Auteurs dil m<m. 
pais , & par de vieilles ioicriptiôns ^ eft cm' Abu Téchifien 
en fut le premier Fondateiff j U les Hiftoires Arabes & leanLcon,- 
A£ncaiiiesfoot allez de mention de Ion fils ^ & de (on petit* * """"^ 
fils ^ oui y ont régné après luy , & de ce <^e chacun à'emL 
y a ciit. Celuy dont nous parlons defolâ Zc ruina entière^ 
ment la province Temé<^n , Tan mille ibixante tt onze ; 
le quatre cens foixante & douze de TEgyre. Car comme il 
eftoit déjà fort puisant cktns k Mauritanie Tingitane , 6£ 
<kns k Numidie , il y enrroya dans le pais de Treméçen 
fes Ambaâadeurs , avec quelques Morabites , pour faire quit- 
ter au peuple k feâe de Qaémin , qui s'en eftoit emparé, 
comme nous avons dit. Mais le peuple (t confiant en fés 
forces, & mépriânt celles de lofer, & les remonftrances de ' 
iës Moraintes ^.s'aâembk en k ville <l'Anafe , qui eftoit k 
capitale de k province , & ùùs autre confideration , maâà- 
cca les Morabites K les Ambaâadeurs- 8c pour toute réponfe, • 
réfoiut de faire vn cotfs de cinquante mille hommes , pour^ 
Taller dépofledèr^ lofef indigné de cette infolehce , ne leur 
donna pas le loifir de l'attaquer s mais encrant à l'impro- 
vifte dans le païs , après avoir pafle la rivière d'Ommira*^- 
biy^Icw fit vne -cru^Ie^uerft, 'avant qfD4l5 pûflent join- 

Go 



• 



X90 DE MAHOMET ET DE SES 

drc leurs forces. Les Zénëtes furpris & cftonnez , n'ofcrcnt 

luy donner bataille',;;&; abfindénpapt le .païs ^ fe retirèrent 

avec leur Prince du coftc de Fez , pour en tirer du fecours. 

^fcttitmois, lofef victorieux, fit démolir toutes les places , & ëgor{r«i 

jufqu'aux cnfans , pour venger l^inîure raite à fes Ambafla- 
deurs , (ans que perfonne s'y oppolkft ^ parce - que ceux de 
Fez bien-loin de les fecourir, leur donnèrent la cnafTe, corn* 
^le a leurs Sujets*revoltez9& lés rencontrant fur la rivière 
de Burrçgreg , avec leur bagage 6c leur famille , tout haraf. 
rez,& à demy.mort:s de faim, les. taillèrent en pièces, à la 
referve de cenxiq^i fe noyèrent, ou ^qui <{c précipitèrent en 
bas des rochers» Voilà de quelle façoh.perit jcç peuple fu- 
perbe 6c maUçopfeillè , au nombre d*vn million de^perfon- 
nés ,de tout âge Se de tout fexc. lofef viâorieux retourna 
à Maroc ^ laiflàiit cette province pour retraite aux beftes fa- 
. rouches 'y ôCi qitdque tems aprè$ alla faire la guerre al ceux 
4c Fez, jq^ieftoient gouverne; par. deux Princes , lefquels 
il vainquit près de la montagne d'Honegui , i neuf lieues de 
Mèquinçc, 6c fe rendit nj^iftre de tout le païs fans aucune 
Cciuy qui ». rcfiftauce. De- là paffant ;jii : Royaume de Tremcçen , il chaf* 
iw$ Camn. ^ ^^ Bugic Ics fucceflftpïft d'Abul Jiagcx , & leur pardon- 
nant depuis , comme g des Africains de fa tribu , il les remit 
dans leurs Eftats, où ils fe fopt toujours maintenus depuis 
pendant le règne des Âlmoravides. Il fit la meftne choie à 
Commandant Ç^^^ ^^ Tunis , qu'il tendit, auffi fes yaflaux,^ tributaires,puis 
des Fidciks , retournant yidorieux à Maroc , prit le titre d' Amir-el-Mu- 

ic raoïTd/Mu' -"^^^ P"^* Sousfon règuc les Italiens prirent 

rainiumîn. ' la ville de Miphédicu Afrique, qu^ilj gardèrent plufieurs an- 

nçç5 , jufqucs à çc quelle ftit repïrife par Abdulmumen , fé- 
cond Roy de5 Almohades. Mais pHiftorieii de Fez ne dit pas 
u chérif. que ceuxc^uila prirent fuifent Chreftiens , quoy-quc félon 

mon jugement ce fuflent des Chreftiens de la Sicile. 
ffp^m. Cependant , les Maures d*Efpagnç eAotmez de laprifedc 
^ * Tolède, ôc des progrès du Roy ii^l£0pfe>.dèp0fchcrent en 
Afrique vers lofef ,& les autres Printes , pour reprefentet 
Veftat miferable du païs , qui avoit .tï^nt: cdu^c de fang à 
leurs predeceflturs , & qu'ils ne pouvoiçnt. reftablir d*eux- 
>nefme5 ^ à-caufç d€ Içur joil^ç^e àQ 4Pikuc d/efTiiioo* . Iq^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 191 

touché de leurs plaintes, lelnr permit de lever des troupes dans 

(es EftatSj dc-forte qu'il en fortit quarante mille nommes 1087- 

de guerre , fous le commandement a Ali ben Ayx , qui s*é- 

tant joint au Rdy de Badajox ,& aux autres Rois confcdé- 

Kt y entrèrent enfemble dans la Caftille. Le Roy Alfonfe 

ayant afTembfë fes troupes marcha contre eux , comme ifs 

ravaeeoicnt le quartier d'Avila,&les défît en la lournée de Oasiqnci-Yns 

Sagalia, où il en tua grand nombreuse contraignit le refte^^^^"J ^^^ 

de fc retirer. La mefme année ceux de Valence fe révolte- née précéJfn' 

rent contre leur Prince , & fe donnèrent au Roy de Torto- ^• 

fc. Cependant, Dom Sânche Ramir , qi^i rcgnort en Ara- ^^ 

con y eut vn grand démeflé avec Abderrame , Roy de Gue- ^^^ . ^ 

icar , & ayant ravagé fon pais luy donna bataille , & le vain- ^éil. ^ *" 

quit ; mais le Maure ayant rafTemblé fes troupes à Taideda 

Cid , 8c de Dom Alfonfe , donna vne féconde oataille , où fl 

fut encofe vaincu avec le Cid, 6c contraint de fe &irè fon prés de Mo- 

vaflal. L*an mille duatre- vingts huit, Alfonfe alla affiéger '"^^• 

le chafteau de Ruéda , pour venger le meurtre de Tlnfent 5 ^ j^^ -^ 

mais ne l'ayant pu prendre tout TEfté,, & voyant rfayyer 

approcher , Se les Maures fe préparer à le fecourir , il leva le 

(îége , après avoir receu ThommaTC du Roy dé Saragofle. Abcn Afcd» 

La mefme année le Roy de Sevilfe le vînt trouver , pour 

traiter avec luy de raccommodement du Roy de Badajbx*, 

qui fe rendit fon vatTaL D>utre-cofté , Yahayâ chiffe de 

Valence , afEéceaChativc , qiri s*éftoit révoltée contre luy, 

& l'ayant prite défit enfuite le Roy de Tortofe fon frère, ^ben d bar. 

3ui s^allortjetter dans Valence, où il eftoit appelé par ceux 
e la ville. L'année fuivanee, le Roy d'Arraçon continuant ^089. 
la 2«erré contre Abderrame , Roy de<Tuefcar', prit par com- ^^^T 
yo&ion la vilte de Moniçori , èc le contraignit de (e rendre 
on vaiSàl. Cependaiit , les Maures d^Efpagne ,& leurs Pria- icoo. 
ces s'entrefirent la guerre. Yahaya reprit Valence , & le 
Roy de Saragofie fit la guerre à celuy de Tortofe, avec l'ai- 
de du Cid & de Ùôm Alfonfe , tandis que le R6y d'Arragon ^' ^^y"^"^- 
& le Comte de Barcelone favorifaient fon rival. Le Roy 
Dom Sancfae Ramir , baftit le chafteau de Caftellar fur la 
rive de l'£bre,à cina lieues de Saragofle 5 & de-là prit tes' 
vilks de Sainte Olailla , d' Almenar , de Kavar , ^ de Lune , 

Oo ij 



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1 



j^9i DE MAHOMET ET DE SES 

où il borna fa frontière , Se fît de grans degafts finrlestenei 

de SaragofTe. D'autre-coHé, le Roy de Badajox entra dans 

X093. t^ Portugal ) ouoy * qu'il fe fuft fak vailal du Roy Âlfonfe^ 

lequel auemblant (on armée , prit par compofition la ville 

de Lifbone j puis retourna en Caftille ^ ^^é$ s*eftre rendu 

roaiftre de tout le paï^ par où il avoir pafle. Mais te Roy de 

Se ville fit leur accommodement ^ à la charge que le Roy de 

Abe Absd. ^^^j^* paycroit le tribut qu'il luy devoit. Le Roy de Se- 

.jEajd. ville donna aui& ik fille en mariage au Roy Alfonie y qui 

coença , Sa* cftoit veuf , avec plufieurs places en dot , qui eftoient du 

rica, Uca'gna, Royaume de Tolède y dont il mit ce Prince en pofleffion. 

Atoî«J*ca- Cette Dame fut baptizi^ avant les noces , isc appeUée lli- 

lattata. * ^^ belle, OU félon quelques -vns Marie , 6c fu€ mère de Dom 

>Sanche ^ que les ;Maures tuèrent en vne bataille efiant en* 
<ore enfant. Cçs/places eftoienc peupljées 4e Maures , qui 
C^ firent v^^flaux du Roy & Mudeoiares ^Ncar c'eft ainfi qu'oii 
nonune les Maures qui font fujets des Princes CbrcimnS) 
ians quiter leur^religion, U non pas ceux qui ont eftë luifs, 
xo ox f omme quelaues^vns pen(ent. Tandis que ces^Kofes fepaf* 
^ ^r Ibient en Cauille , le Roy d' Arragon faifoit la guerre à Ab- 
derrame , &c vint afliéger Guefcar avec vn fecours de Fran- 

Î|ois &c de Gafçons } mais il fut bleifë d'vné ficche au dcf- 
ous du bras y comme il alloit reconnoiilre la muraille ^ & 
.mourut le quatrième de.Iuin ; laiflant k Coiufonne à foo 
.fiis.Dpm Pedre^ qui continua le ficgetout le refte de Tan- 
riéCyéc celle d'aprcs^avec fon frère I>om Alfonfe. Abder- 
Atniaia AU rame implora le (ècours du nouveau Roy de Saragofiè, qui 
Wabii , fils y accourut, avec le Çpmte Dosn Gar<jia de Naîcbarts^ fttau^ 
c so iman. ^^^ Cbfeftiens. 'Mai? je Roy^ Dom Pedçe les alla M&conr 
' prer pcéç d'Alcoras, où il tiv^ plus de trente mille Maures^ 
109e» ^ prit le Comte prifonnier. On dit que S. George fut ap- 
perçu dans l'armée des Aragonnois , conxbatane en leur n^ 
veur ) de* forte. qu'ils Tont pris depuis pour Patron. Aitfll- 
toli; la ville de Guefcar fe rendit à IDo^ Pedre^ , êc le Roy 
Abderrame fe retira avec tous les babitans , apr^ deux ans 
de fiége« L'année fui vante le Roy de Saragofle alla affiéger 
Guefcar, comme Dom Pedre sfeftoit retiré ^& arôit licciv 
x:ié fes troupes* Mais ce Prince acconroc avâl^cofil. tukr 



c 

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SVCCESSEVÏLS, LIVRE IL 195 

«cooES y te encnuit dans le camp à l^improvifte , les défie ^ £c 
dcUinz la rille de Tappréhenfion où elle eftoic de rentrer 
foos le joug des Infidelles. 

En nionie teros le Roy de Tortofe affiégea Valence, dont 
le Roy envoya auffi-toft demander du fecours au Roy Al- 
fonfè Y qui ne le pouvant fecourir aflèz promtement , parce, 
que fou année elcoit au fervîce du Roy de Seville , Ton beau- 
père, contre le Roy de Grenade ; ce Prince eut recours au 
Roy Dom Pedre , & au Cid , qui s*eftoit emparé de plu- - 
£eturs places (ûr les Maures. Mais comme ils fe preparoient 
pour Talier iecourir , il s'accommoda avec le Roy de Tôt- 
cofc j de-forte qu en arrivant ils trouvèrent le ficge levé , & 
furent quelques jours à fe rcpofer aux environs. Tandis ^^ 
<]u'ils eftoient là, le Roy de Valence traita avec le Cid ^ pour '^ 
en eftre fecouru contre les Maures. Mais les Cbreftiens 
eftoient à peine retirez , que le Roy de Tortofe , aidé du d, K^jmoal 
Comte de Barcelone , prit le chafteau de Monviédro , & re- 
tourna affiéger Valence , dont il fut contraint de lever le 
£é^ fur la venue du Cid. Celuy-cy prit plufieurs places de ocoia, atc 
ce Prince^ tant qu*ils en vinrent àvne bataille , où le Com- 
te de Barcelone , qui accouroit au (ecours du Roy deTor^ 
tofe , fut vaincu , & placeurs des fiens tuez , ou faits prifon* 
nters. Cette défaite fit mourir de regret leRoy deTortofe, ^^^ ^j ^^ 
le fts Sujets après fa mort , obtinrent la proteâion du Cid, 
en luy payant le mefme tribut qu'ils fàifoient au Comte de 
Barcelone. La euerre efloit fort allumée alors entre le Roy 
de Seville & ceiuy de Xîrenade^ où l'armée d'Alfonfe mar« 
xhoit viâxnrieufe tous le commandement de Dom Alvare^ 
ma contrugnit ce Prince dVnvoyeren Afrique demander du 
iecoors. Cependant , Dom Alfonfe alla affiéger en perfon- 
ne la ville d*Vbéda , ic ne Tayant pu prendre , retourna paT- 
ftr l'byver en Caflille. 

Tandis que ces choies fe pafibient, l'Afrique n^efloit pas 
snofDs tsavaillée de guerres que rjBfpagne , par rambition 
de lofêf , qui s'efbnt rendu maiflre de Fez , & ayant rendu 
tributaires les Rois de Treméçen & de Tunis , faifoit vne 
guerre contiduElte auac Arabes , retirez dans les montagnes 
ft dans le» deferts de liumidie.8c de Libye. Ils faifolentjdc^ 

Ojo iij 



ê 



I097 



194 I>E MAHOMET ET DE SES 

la des courfes dans^ Ton païs ^ fie incommodoient fort. les na- 
turels Africains ^ outre qu*il y avoit des lieux forts , & des 
villes imprenables dans ces montagnes , dont les Seigneurs 
ne vouloiencpas reconnoiftre fa puii&nce. Mais après avoir 
achevé de baftir la ville de Maroc i & de les réduire de 
gré, ou de force, il refôlut de pafler en Efpagiaeyà lafolli- 
citacion du Roy de Grenade, qui fit H- bien avec les antres 
Rois Maures du païs ,, qu'ils refo lurent de le reconnoiftre 
tous pour Souverain, fur Tefpérance de fe reftablir par Ton 
entremife. lofef donc ayant accepté leurs offres , pafla le dc- 
1098. ^^^^ ^^ Gibraltar ySc ayant jointfcs forces avec les leurs,af. 
fiégea la ville de Tolède. Sur ces nouvelles ,^le Roy Alfon- 
fe aflemblant toute fa Noblefle , à la referve du Cid ^ qm 
faifoit la guerre au Roy de Saragoffe ,. pour rcmpefcher de 
fe joindre aux autres Rois Maures , partit pour aller faire le- 
ver le fiége. Mais lofcf ne Tofa attendre, &fe retira à Gre- 
nade avant qu'il fuft arrivé , 8c de-là à Almerte, fans avoir 
rien fait de méniorable. 

Le Roy de SaragofTe voyant la foibleffe de fon parti, dé- 
pefcha vers Alfonfe pour luy faire hommage • mais il ne le 
voulut pas recevoir , 8c manda au Cid de continuer la guer- 
re. Après la retraite d' Alfonfe ,. lofef alla attaquer la ville 
de Murcie, qui appartenoit à vn Roy Maure ^ vafi&l de ce- 
luy de Caftille , & l'ayant prife par compofîtion , envoya 
fon fils avec les plus leftes de Tarmcc inveftirDom Alfonfe 
dans Confuégrai^avec tant de diligence, qu'il fe trouva afBé- 
gé avant que d'avoir appris fa venue. Mais fur cette nou^ 
velle Dom Alvare y accourut avec ce qu'il pût affcmblcr 
de gens , & fît lever le fiége. Cependant , lofef après la re- 
traite des Chreftiens ^voyant que les Maures ferepentoient 
de l'avoit appelé, fe rendit roaiftre des Royaumes de Murcie, 
de Grenade, de Cordouc,de laen ,&d'vne partie deceluy 
de Yalencç ,& retourna avec fon fils en Afrique-^ après avoir 
laiffé fon neveu Mahamet paur gouverner en fon abfence, 
avec vne partie de Tarmée. L'année d*aprés le Roy Dora 
Alfonfe , fuivi du Roy Maure de Seville & du Cid , avec 
plufieurs autres Seigneurs Chrefliens , entra par le Pas de 
Muradal ^ fie ravagea les contrées d'Vbéda^ de Baéça , fie de 



w 



SVCCESSEVRS, tlVRE IL i^ 

laen , & toute la plaine de i^renade , d*oti voulant palTer à 
Cordouë , les faabitans le prièrent de leur donner pour Prin- 
ce le Roy de^eville, qui Tavoit déjà efté -, de-forte au*il le 
mit en pofleflion de Cordouë , & des autres places de la pro- 
TÎnce 9 èc fe retira viâorieux à Tolède. 

En mefme tems vne armée navale de Génois , compofée 
de ouarante voiles , vint attaquer la ville de Tortofe par mer, 
tandis que le Roy d*Arragon , & le Comte de Barcelone 
raffiéeeoit par terre ^ mais ils s'en retournèrent tous fans 
rien nire. D'autre-coftè^le Roy de Saragofle appréhendant 
les armes du Cid^fe fit vaiTal de Dom Alfonfe, & le Sei- 
gneur de Requena^afon exemple,avec tous les autres Mau- 
res de la contrée. 

lofef ne fut pas pluftoft de retour en Afrique , qu'il pu- 
blia la Gazie , qui eft vne efpece de Croifade parmi les Mau- 
res , & ayant rafTemblé grand nombre de troupes , s'embar* 
qtu à Ceute , 8c vint prendre terre à Malaga. De-li il pafla a 
la ville de Grenade , puis dans TAndalou/îe, où fe joignant 
à Mahamet , ils furent enfemble afliéeer Tolède , mettant 
tout i feu & à fang. Sur cette nouvclu?,Dom Alfonfe^qoi 
cftoit alors i Nachara , accourut en diligence pour faire le* 
ver le (îège - mais lofef fans Tofer encore attendre , alla pren* 
dre Conluéera , qu'il fortifia , 8c de. là fe retirant d Cordouë, 
envoya Mahamet avec vne partie de l'armée aflièger Va- .^^ ^^ 
Icnce, qu'il prit , 8c fît mourir le Roy. Cependant, Alfonfè a-Aiwaimoi 
voyant que l'ennemi s'eftoit retiré de Tolède, alla ravager - 
tout le quartier d'Vbéda,de Baèça 8c de laen , pour attirer 
lofef au combat 3 mais il fe retira en Barbarie, après avoir 
mis en quaitier-cPhy ver toutes fes troupes fur la frontière ; 
8c Dom Alfonfe affiégea Confuégra , 8c ne l'ayant pu pren- 
dre , fe retira à Toléc^. En mefme tems Almocabil , Roy de 
Saragofle , par le commandement de Dom Alfonfe , chafla 
de fon pais leCid, qui alla à luballa, 8c s'eftant rendu maî- 
tre de cette contrée , prit Cogoglia ; puis accompagné de 
beaucoup de gens, qui fe rangèrent à Ion parti ^ fut f^ourir 
lofef, fils d* Yahaya Roy de Valence , contre les Almoravi- 
des , qui avoient tué le père de ce Prince, 8c pris fâ ville* Il 
ât tant de beaux faits-d'armes en cette guerre , quf il Iqs chfif- 



ê 



IXOO» 



^9^ bE MAHOMET ET DE SES^ 

fa de Valence , & ayant fait conoribuer cette place , afin 
d*eftre protégée^ il y laiiSa lofef pour Roy ,& retourna ilu<^ 
tralla. Mais fi-toft quîl iè fut retiré , ceux de Valence fe 
voyant libres , cliaiTcrent lofef, £c faiuërœt pour Roy Ab> 
dulcaçem. LeCid ayant appris leur révolte y retourna auffi- 
toft, 8c la tint neuf mois amégée, au bout defquels les Mau. 
res ayant abandonné la place , la veille de la Saint lean il y 
entra avec fes troupes, £c envoya des préfensau RoyAlfon- 
fe, afin qu'il permift à ks Sujets d*y aller demeurer ; ce quU 

»f 01. luy accorda.' L'année d'après vne puiiïante armée d'Almo- 
ravides paOla d'Afrique en Ëfpagne, & fut afliéger Valence , 
avec les autres Che& du^païs. L'attaque fut £1 rude, que le 
Cid fut contraint d'implorer le fecours du Roy d' Aragon D* 
Pedre , qui y eftant accouru , le Cid fit vne fi furieufe fortie 
fur le camp des Maures , qli'il les mie en fîiite ; ce qu'on ac« 
tribuc a miracle , parce^qu'ils eftoient cent contre vu. La 
mefme année , le Roy Alfonfe ^ 6c celuy de Seville »fon beau- 
père , entrèrent dans r£ftrémadure , ou ils prirent beau- 
coup de païs au Roy de Badajox , qu'Alfonle donna tout 

H 01. ^u Roy Maure. L'année fuivante,4>our empefcberlefecours^ 
d'Afrique, il £t trêve avec lofef , à là charge de luy donner 
les villes de Gibraltar & d'Algézire ,.avec celle de Tarife. 
Mais fi-toft qu'il en fut lé maiftre, il rompit la trêve , & 
paf&nt en Efpagne avec4e gr^ndesforces , attaqua le Rx>yatt- 
me de Seville. Le Roy marcha auffî-toft contre lùy , avec 
celuy de Bitdajox , 8c quelqi^s troupes de Dom Alfonfe, 
8c luy donnant bataille prés de Chères de la f rontiéf e , où: 
Aben Abed fut tué , & les enÊms avec le Roy de Badajox 
pris prtfomiiers. lo^f viâorieux prit les villes de Cherez, 
d'Ecicha, de Seville, & de Cordouë, avec les dépendances, iL 
demeura maiftre de l' Anidaloufie &t du Royaume de Grena- 
de; jufqu'â Murcie j après- quoy il répandit fes troupes for 
la froncére^ & fes Gouverneurs dans les forterdIes,& re- 
tourna pafler l*&yvcr en Barbarie. CepeûdaBC, fiir knou- 
velle de fa Tçnuc , le Kiby Al&nfe aflemblaiës trouves pour 
aller fecoutir fon beau-pere *, mais ayant appris fa mort, tc 
le retottr de lofef ai Afrique , il entra dans le pais enne* 
roi , U prit Médioa-Céii , pour fiaimde rônpacede ce cofté^ 

lài 



SVCCESSEVRS ; LIVRE U. 297 

là 5 puis ayant (ait le degaft par tous ces quartiers , retour- 
na pafler rhy ver à Toleoe. Le Cid eftant mort alors , les 
Almorarides entrèrent dans lé Royaume de Valence , & fe 
rendirent maiftres déroutes les places , horfmis de la capi* 
talc , qu'Alfonfe ne pouvant fccourir , Chimcne vefve du 
Cid ^ Tabandonna quaiî vuide d'habitans , & fe retira avec fes 
enfans en Caftille^mais le Roy de Saragofle s*cn empara, AimocabiL 
£c la repeupla de Maures. L'an mille cent quatre , le Roy 
Alfonfe dVncofté,&Dom Pedre d* Aragon de Tautre, ra- 
vagèrent le païs de ce Prince , & Alfonfe ayant pris Luf- 
fbn 8c Siguença, retourna viâorieux en Caftille. La mefme 
année Dom Pedre d' Araeon mourut , laiâtnt pour fuccef- 
feur fon firére' Alfdnfè ; de -.forte qu*il y a voit deux Rois 
Chreftîens de ce nom en Efpagne 3 mais pour les diftinguer 
on appêlloit celuy de Caftille Empereur ^ & il fit la guerre 
trois ans durant à SaraeofTe , tant qu'il raffiëgea la dernier 
re ,aprés avoir pris Tudcle ^Tarracone , Alcala te Ayud , a- 1107. 
vcc tous les lieux d'alentour. La mefme année , lofef paffit 
en Efpagne , & comme le Roy de Caftille fa voit qu il devoit 
^fler le détroit de Muradal pour venir à Tolède , il en- 
yoja Dom Henry ,fon gendre, Duc de Portugal, pour s'op- '' y« fe^rcao 
pofer i fon paiTage^avec vne partie de Tarmée 5 mais il fut "STvnc'ccfr. 
vaincu dans la plaine de Calatrava , laifiant par cette viâoi-rcaioo. 
re Io(ef maiftre de tout le paûs jufqu'à Cuença , dont il for- 
ça, le chafteau, puis alla affiéger Tolède. Sur ces nouvelles , 
Alfoitiê leva le iîége de Sarago^e , & venant pour la fecou- 
rir, ponrfuivit lofef, qui avoit quitè Tolède, & tiroit vers 
i'Eftrénudure. Les deux armées s'eftant rencontrées entre 
Coria & Badajox , les Chreftiens furent défaits ; mais non 
pas entièrement , auoy • qu Alfonfe fuft blefTè , &c fon camp 
pris. Alfonfe s'edant retiré A Coria pour fe faire penfêr,r 
loief alla aflicger Badajox , qu'il bâtit fî rudement , qu'il 
fut contraint de fe rendre ; de- forte qu'il fè rendit maiftre 
de tout cet Efizt. Enfuite Alfonie eftant retourné i Tolè- 
de ^ lofèraffiègea Coria , qui fe rendit à compoiition , prit' 
enfuite Lifl>omie de mefme, & comme l'hyver approchoit,.. 
secourna à Cordoue , & de-lâ en Barbarie^ Alors Alfonfe 
tafiemblant fès troupes , 9c celles des autres Princes Cbre* 






i^t DE MAHOMET ET DE SES 

ftiens ^âlla à Confuégra y où Âbdala cômmandoit ^ qui nei'o- 
fant attendre fe retira à Cordouç^où le Roy Dom Alfonfe 
le Tuivit, Scaf&égea la ville. Abdala luy ayant donne batail- 
le, fut vaincu &pris avec d'autres Chefs, qu' Alfonfe fit tous 
pendre^ puis entrant dans la ville, qui s'eftoit rendue à corn- 

?! ylff'ï^' pofition, fitprefter le ferment de fidélité aux habi tans. Uan 

mille cent huit lofef rentra en Efpagne , & ayant repris 
Cordouë , s'en retourna en Afrique ^ mais fi-toft qu'il fiit 
parti , Alfonfe entra dans l'Andaloufie avec vne puiflànte 
armée , & obligea les villes de Cordouë & de Seville à re. 

Ben Abcd,& cevoir oour Rois deux enfans d'Aben Abed , & celles de 
accni. Gregyacie & de laen , à le reconnoiftre pour Souverain. En 
mefme tems le Roy de Seville , beau - frère d' Alfonfe, alla 
inveftir les villes d' Algéfire & de Gibraltar , qui eftoient i 
' lofef, & les prit. D*autre-cofté, Alfonfe ayant dreffé vne 

armée navale fit voile en Barbarie , & rencontrant en plei- 
ne mer l'armée de .lofef, en coula à fond dix galères. Lors 
qu'il fut arrivé fur la cofte, lofef luy envoya demj|nder trc- 

but 
tel 

fe eftant de retour en Efpagne , (ans avoir rien ^it de me 
morable , lofef afièmbla vne armée , & y entra l'an mille 
cent neuf. Sur ces nouvelles , Alfonfe aflembla à Calatrava 
tous les Chefs Maures de fon parti , & ayant donné ordre à 
tout ce qui eftoit neceflaire , alla pafler l'hyver à Tolède. 
Cependant , Jofef prit terre à Malaga , & alla affiéger Cor- 
douë , où il fit fi r bien par de fecrétes pratiques avec les 
Maures , qui tenoient les places d'Andaloufîe , qu'avant 
qu'Alfoiife euft affemblé fon armée, il eut gagné Calatra- 
cttïK d*E(pa^va, & Talla affiéger) dans Tolède. Alors les Princes Chre- 
gn«- ftiens s'aflemblérent fous le commandement de Dom San- 

che, fon fils vnique,.pour l'aller fecourir, & Jofef l'ayant 

appris commença à fe retirer -, mais ils le pourfuivirentdefi 

Ttis dvdcs P^^^ î qu'ils le contraignirent de donner bataille, où ils ^t 

ie jo. May. * rent vaincus ; le Prince Dom Sapche fut tué , & av,ec luy ic 

Le Comte Comte Dom Garcia de <jrignon , fon Gouverneur , & fisc 

^uci Ftrnaa- ajiçrçs Comtçs , wn? parler 4c plufieurs autres pcrfoimcs 




% 
^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 199 

conGdcrablcs. Cette bataille s'appela la bataille des fept a«,ieC6mte 
Comtes 5 & Tarie , Hiftorien Arabe tres-fameux , dit», qu'el- ^^^ j,^ 
le fc donna en la montagne de Zalage , & qu'il y mourut mez Je Comtc 
trente-cinq mille Chreftiens j ce qui caufavne fi grande fàf- 2"^2^- 
chérie à Dom Alfonfe , qu'il mourut de regret avant la fin ^^ 
de Tannée *. 'Apres fâ mort la Couronne échût à Dom Al- * ,unK>is. ic 
fonfe^ Roy d'Aragon, qui avoir cpoufë fa fille. LesHifto- dcnûcr luin. 
riens Arabes , qui traitent de ces chofes , appellent les Chre- 
ftiens Alfonfiens , en mémoire de ces braves Princes, Apres 
que Dogna Vrraca eut fiiccédé au Royaume, par la mort 
de fon père , foit qu'Alfonfe Teuft cpoufce auparavant , ou 

2u*il l'epouTaft depuis, il y eut de grans troubles dans TE- 
at. Cependant, lofef mourut de maladie à Maroc , où il iiio. 
eftoit retourné depub la bataille , & fon fils Ali luy fiic- 
céda. 

Pour retourner en Afîe , nous avons dit comme le Sul- C$nqmePe 
tan Axane , par la paix qu'il avoir faite avec Cutlume , luy ^ UTtr-- 
avoit laifie la Cappadoce,Sc les autres provinces qui tirent ^^S^^^^^- 
vers Conftantinopie, avec le titre de Sultan , & qu'il s'eftoit 
refervé pour luy le Royaume de Perfe & de Babylone , a- 
vec le titre de Souverain. Qu^il avoir mis Ducat dans Da- 
mas, pour faire la guerre au Califi? d'Eeypte^' qu'il tenoit 
pour Ichifinatique , & donné à Sanguin la ville d* Alep , à 
Soliman celle de Nicée,& a Achiân celle d'Antioche , tous 
fes neveux. Le Sultan de la Cappadoce eut pliifîeurs guer- 
res contre les Chreftiens. Le Gouverneur d'Alcp s'empara 
du Royaume de Damas , & laiâà fon fils Norandin pour 
fticcefleur, qui eut plufieurs differens depuis contre les Rois 
de lérufàlem. La iainte Cité eftoit pouedée alors par les Us l^ont tenus 
Turcs j & comme les Chreftiens qui y demeuroient, Scdans •^^ *«• 
les autres lieux de la domination du Turc , eftoient plus 
maltraitez d'eux que Ats Arabes, vn Hermite François qui 
y avoir efté , s'en plaignit au Pape Vrbain fécond , qui con- 
voqua pour ce fiijet vn Concile à Clermont en Auvergne , 
& animant les Chreftiens à vne fi (ainte entreprife, publia 1096, 
la Croifade contre le Royaume de Syrie. Les Chreftiens ®" 
commencèrent donc à marcher de divers endroits vers TA- -. ^9^* 

fie, fous Godefroy de Bullion , Euftache & Baudouin , fes ouM-v^n^* 

P.. * 

p y 






joo DE MAHOMET ET DE SES 

frères y Rémond & Robert y Comtes de Fkndres , Hugues^ 

fortiommé le Grand, frère de Philippe Roy de France jE- 

(tienne de Valois , Comte de Chartres ^ Gautier de Saint Se* 

x/fTSii P07. vérin j rEvefque de Pau ^ & Pierre THermite y auteur decet- 

te entreprife. On tient qu'ils eftoient bien cinq cens miU 
le hommes y qui eftant entrez fur les terres des Infidelles, 
eurent plufîeurs batailles contre les Turcs de rÂ(Ie,&con. 
tre les Arabes d'Egypte. Vne partie alla i Nicëe , tjUc de 
Jadis Réblata. Bithynic - yne autre a Ântioche , fur la rivière d'Oronte , où 

Saint Pierre eftablit Ton Siège avant que de venir à Rome , 
&c Saint Luc écrivit Ton Evangile. Elle eftoit à quatre lieues 
de la mer y &c fous la domination des Turcs depuis quatorze 
«ns. Vne troifiëmc partie alla en lérufalem y où ils eftabli* 
rent vn Royaume Chreftien avec grande efRifion de fang^ 
le rcfte tira vers d'autres lieux. Alexis eftoit alors Empe- 
reur deConftantinople,&avoit fait trêve avec Belchiorac, 
qui avoit fuccédé au Royaume de Perfè par la mort d'A* 
00 TaniCnaa. xane y &L avec Soliman , qui poiTédoit la Cappadoce y & les 

provinces de fa dépendance y &c eftoit Sultan au Couchant, 
comme l'autre de rOrient. Si-toft que l'armée Chreftienne 
fut defccnduc en Afie , les Turcs défirent le Comte Ray- 
mond , qui eftoit entré inconfidérément dans la campagne 
de Nicée^Sc le contraignirent de fe (auveren vn lieu*de- 
^forgucs. fert , où enfermé de tous coftez ,il fut obligé de fe rendre, 

avec ce qui luy reftoit de troupes ,qui eftoit en petit nom* 
bre.{Le refte périt en divers combats , & en partie mourut de 
faim, ou fut pris £c égorgé, fans aucune rémifllon. Vnepar- 
^^'nicf* ^*' tie de l'armée alla premièrement à Nicomédie , d'où elle 
^ Auttcracnt P^^^ ^ Nicée j & commc elle la batoit , Soliman les vint at- 
Tajiifman. taqucr brufquement par le quartier de l'Evefque du Puy; 

mais cela ne fcrvit de rien , parce- que les François luy re- 

flftérent vaillamment , & le firent retirer • (î * bien que la 

ville ne pouvant eftre fecouruë,fut prife. Apres on comba- 

tit avec avantage à quatre journées de-là ^ contre Soliman, 

qui avoit attire àfon fecours toutes les forces d'Orient, & 

Ic^mI!* ^'^^ P^^^ Iconic , prés du mont Taurus , qui eftoit la capi- 

Aujowdhuy ^al^^ôc enfuite celle des Princes de Phrygie & d'Heraclce. 

<;uranaQie. De - là l'armée s'eftaînt féparçe en trois ^ Baudouin encra 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL joi 

dons la Cilicie^fic prit Tarie , Edeflc & Manufe. Vne autre Edctfè^oiiRa- 

1>artie de Tannée mit Palmyre rArménien en pofleflîon de S^- 
' Arménie. Enfuite ils prirent la Cappadoce , Céfarée , Se. 
rorgie & Sura , dans le deftroit du mont Taurus. A peine 
avoient-ils paflc cette montagne, que les Turcs fe pretentc. 
rent de l'autre cofté dans la plaine , & furent défaits. A- 
prés * quoy Ton marciia droit à Antioche , qui fe rendit par yiue je pbé- 
compondon; mais ce ne fut qu'après la défaite des Turcs^ ntde.fiirro* 
qui le prefencérent pour la fecourir , & qui y perdirent qua- '°°'^* 
rante mille hommes , & quinze mille chameaux. D'autre- jj n,o„rot 
cofté , les Vénitiens avec vne flote de deux cens voiles , pri- quatre nriie 
rent Smyme , fur les coftes d'Ionie ; & les Latins , après la chrdiicns. 

firiCe d'Annoche, prirent Rugie & Albaie, où ilspaâcrent 
'hyver. Dés le commencement du printems , ils le mirent 
en campagne, & attaquèrent Tortole , £c enfuite Tripoli de 
Syrie, dont l'vne fe défendit vaillamment , Se l'autre fe fit 
tributaire. Après , pailant les rivières de Zébule, de Zabare v>* «amû 
& de Bray , ils arrivèrent à Bérit par des lieux afpres & dan* °^^ 
gereux, & à Saget de Bèrit , d'où ils vinrent en dix jours 
a Céfarée ; & de-là à Rama , £c en lérufalem , qu'ils affîègé- 
rent Se prirent d'aflàut , après vne grande refiftance , Go. iioo. 
defroy de BuUion efUnt monté le premier i la brefche. Se ^^ 
couronné Roy de lérufalem. Cette prife donna tant d'è- ^^99- 
pouvante aux Infidelles , que les Turcs & les Egyptiens fe li- SpT^oiYâ^ 

tuèrent enfemble pour la reprendre ^ mais Godcfroy les dé- mec l'an io9u 
t prés d'Afcalon , & leur tua plus de cinquante mille hom- J^^ ^^^ 
naes. Cependant, Parmée navale des Vénitiens couroit les " 

coftes de Lycie Se de Pamphilie^de Cilicie & de Syrie , & 
ayant débarqué à loppe oulafa^que les Chreftiens avoient 
>nfe pour la commodité du fecoursSc des vivres^ prit Afca- 
on 9 Porphiria & Tibériade , toutes villes maritimes. Sur 
ces entrefaites mourut Godefroy , ce qui caufà la retraite de 
plu£eurs Princes Chreftiens , mécontens de Tèlection de nou 
ion frère Baudouïn, qui prit enfuice Ptolèmaide, avec Tai-» 
lie des Vénitiens , des Génois , & de Boémond ^ lequel fe faL 
foit appeller Roy d' Antioche. Il prit aufll Sidon &c Bérit, 
^dans la Phénicie'^ aprés-quoy Boemond eftant mort , fon 
fkcxe Tanctéde luy luccèda : Et les Turcs , joints au Cali£e 

pp iq 



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301 .DE MAHOMET ET DE SES 

d'£o;ypte, marchèrent contre lërufalem. Mais Baudouin ai- 
dé de Tancréde ,leur donna bataille, où il fut vaincu avec 
;rande perte ,& les Turcs s'emparèrent du mont Sinaï. Peu 
le rems après eftant mort, on élût pour Roy en fa place vn 
autre Baudouin , qui redoutant la puiflance des Infidelles , 
implora le fecours des Princes Chreftiens. Il fut mal aiBftè 
de l'Empereur de Conftantinople ^ mais Guillaume , Duc 
, ^ d'Aquitaine x Hugues , frère du Roy Philippe : E(tienne, 
ac. Comte de Chartres j & vn autre Eitienne, Comte de Bout- 

gongne & de Thouloufe , y accoururent à erasid* peine , & 
trouvèrent à leur arrivée qu'on s'eftoit batu contre les 
Turcs y & que Baudouin avoir eftè vaincu , & £5iit prifon- 
nier , puis racheté pour de Targent. Cependant y les Véni- 
tiens s'eftant batus fur mer contre le Calife d'Egypte , luy 
prirent fept cens vaifleaux au port de lafa , 8c cnfuite ajliè- 
Cn Ht qu'ils gèrent Tyr. On dit qu'en ce fiège les foldats prirent va 
le firent lom- pigeon Gui voloit fur leur tefte avec vn billet attaché à^fon 

bcr par leurs *^„^ »n. i i« i*^ 

cf,5. cou , & que c eftoit vne lettre du Roy de Damas , qui pro- 

mettoit iccours a ceux de Tyr, & les encourageoit â tenir 
ferme. Mais on en mit vne autre en fà place , qui difoit tout 
le contraire, ce qui fut caufe de faire rendre la place. Sur 
ces entrefaites Bqèmond , Roy de la PouïUe , partit d'Italie, 
& s'embarqua avec fon armée , &: eftant arrive à Conftanti- 
naple , l'Empereur le fit jurer qu'il ne porteroit point les 
armes contre luy. Mais ayant enfuite fauflc fa foy , & crai- 
gnant qn'on ne le fift arreftcr , il fe fit enlever dans vne 
caifle de bois en forme de bière , comme s'il euft eftè mort, 
& fe fauva ainfi en fon païs. Depuis eftant revenu avec vne 
armée , il afliègea la ville de Durazzo ^ & ne la pouvant 

Î)rcndre ,fit paix avec luy. Sur la fin de l'Empire d'Alexis , 
es Turcs viaorieux de Baudouin , aflemblércnt vne puif- 
fante armée pour entrer dans les provinces de l'Empire, & 
l'Empereur envoya contre eux Euftache Canize , qui fut dé* 
fait ,& pris j ce qui oblieea ce Prince à y aller luy- mefme, 
mais les ennemis fe retirèrent. Quelque tems après il fortit 
avec fon armée , pour leur donner la chaffe , & S'eftantfai- 
fi de Philoraelie , Qu'ils avoient abandonnée fur la nouvelle 
de fa venue, prit plufieurs autres places , 8c retourna à Con« 



4 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 305 

Ibûciiiople , ou le Sultan du Couchant le vint voir , & fit cdoy^cy- 
treye avec luy. îonic 

Il y avait alors panni les Turcs 8c les Arabes vne certai* 
ne race, nation , ou feâe d'AflâfCns : car c'eftainfi qu*onIes Hiftoîrc des 
nommoit , qui fàifbient de grans meurtres & de grans pilla- Aflaffios. 
ges. Leur fondateur eftoit vn Arabe d'entre les Sarafîns y (ur- 
nommé Algaydin , ou Réformateur de la Loy ,quidemeu- 
roit a Textremité de la Perfe vers les Indes , au bas du mont AS^Ocmens 
Caucafèi & Arrian fait mention de certains peuples de ce ^^^^^-^^^ 
nom dans THiftoire d'Alexandre , & les loge entre le fleu- âhûy^àiX** 
vc Indus & le Cophe. On tient que c'cft en ce pais que fu- ta- 
rent tranlportées les dix tribus d'Ifraël , & que cet Algay- 
din , pour faire croire aux peuples de ces contrées qu'il les 
Douvoit rendre participans de la béatitude Etemelle y fit . 
Daftir vn Palais magnifique dans vn valon délicieux , forti- 
fie par Tart & par la nature , où fe rencontroient en abon. l^^^^^J^^ 
dance tous les plaifirs des fens. Il cnlevoit la ceux qu'il de- rAtnnir die 
ftinoit i quelque grande entreprife , qui eftoient tous les f*bukofc«ait 
mieux faits delà jeunefie , & après les avoir entretenus queU ^j^"* ^*' 
que tems dans les délices y comme ils eftoient afibupis par 
vn certain breuvage qu'il leur donnoit y & dont il s'eftoit 
fervi pour les tramporter , il les faifoit reporter dehors , & 
leur faifoit accroire qu'ils avoient efté tout ce tems - là au 
Paradis de Mahomet , où ils rctourneroient après leur mort 
en faifant ùl volonté. Cela leur faifoit méprifer tous les 
périls de la vie y Se aller afiâfliner iàns crainte ceux au'il leur 
commandoit. Cette Icde devint fi puillante , qu'elle eftoit 
répandue par toute la Syrie au nombre de foixante mille 
hommes, comme fi c'euft efté vn ordre de Chevalerie, dont 
le Grand-Maiftxe s'appelloit Sexmoncios , & demeuroit en 
I>anias en vn riche Cloiftxe ^ mais il y en avoit encore plu- 
fieurs autres en divers endroits, & leur Paradis ou lieu de déli- 
ces, s'appelloitTigad. Ces monftres affligèrent cruellement 
les^Chremens dans toute l'Afie par leurs vols & leurs trahi* 
(bns , car toute leur induftrie fê tournoi t contre les Chre. 
(tiens 'y mais ils furent détruits par lesTartares, & les lieux 
ou ils ie retiroient démolis , aufli - bien que la forterefie ou 
eftpit le fejour de leurs delices> Voilà 'l'hiftoire de xeux 



ouEfTcoicosk 



504 DE MAHOMET ET DE SES 

qu'on a nommez par erreur Ariacides , U que les Arabes 
appellent Gazis , dont il ne refte plus aucun Teftige. Rx-» 
tournons maintenant i noftre Hiftoire*. 



IIIO. 



Ttraçone , 
CaUc;ivuii , 
& Tttdék. 



uiy 



rii4. 



Fécinas, Ca« 
vagnas , Ma- 
gaa.iicazdcJa 
Sagra. 



CHAPITRE XXXII. 

D'Jli , /lis de Jofefy troipéme IB^ de t^aroc ^ de U 
lignée des ^^Imoravides ; ^ de ce qui 

arriva Jhus fin règne. ^ 

AL I , fils de lofcf )à Ton arenement à la Couronne , fur 
baftir la principale Mofquce de Maroc ,& plufieurs au- 
très beaux éclifices , & cependant le Roy Alfonfe d^Aragon 
affiéeea Valence , qui fc rendit ^ & remporta plufieurs viâoi^ 
res (ur les Maures d'Efpagne. Car après avoir pris plufîeurs 
places , il défit le Koy de Saragoflè , 8c obligea tous les Mau- 
res de ces quartiers de le reconnoiftre pour Souverain. Mais 
la divifion fe mit incontinent après entre les Princes Chre- 
(tiens , d'où les Maures prirent oecafion d'implorer le fe« 
cours d'Ali , qui y vint luy - mefme en perfonnc avec vne 
puiflante armée. II entra au Royaume de Tolède accompa-- 
gnë des Maures d'Ëipagne,afliégea Montante, & prit Ore- 
cha d'afTaut ; mais Altonfe eftantaccouru au fecours de Mon- 
tante ,il fe retira à Cordouc^ & de-là en Barbarie , fans a* 
voir rien fait de mémorable. Uannée d'après il repafla en 
Efpagne , 8c trouvant la guerre allumée encore plus fort en- 
tre les Princes Chreftiens^il affiégca la ville deToléde, at- 
taqua les fauxbourgs , 8c détruifit tout le païs d'alentour , 
d'où il emmena plufi^eurs captifs. 

Sur ces entrefaites , ceux de Pife Scde Gènes , qui eftoient 
puifTans fur mer, joints aux Catelans , nrirent les Ifles de 
Majorque 8t de Minorque y & ayant tué le Roy dç la pre- 
mière , emmenèrent fa femme ic fon fils \ qui (è fit Chre* 
itien > 2c fut depuis Chanoine de Pife , Se refbtbli enfuite 
dans le Royaume de fon père. Tandis que le Comte de 
Barcelone efloit occupé en cette guerre , les Sujets Maures 
k révoltèrent ^ fie fe joignirent à Ali 3 dequoy ayant eu avis^ 

il 



c 

4, 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL jpy 

il retouma à Barcelone ^ & ayant aflemblé des troupes , leur 

donna bataille , fans'qu^on pûft juger qui avoir remporté la 

viàoirc. Cependant, Ali tenoit Tolède afficgce^& aprcs 

piufieurs: aflauts, voyant qu'il A'en pouvoic venir à-bout , le-* 

va le ficge^& retourna paflerThyver àCordouS. Comme il 

fe préparoit à y retourner au printems, Alfonfe obtint du p^^^j^ jj^ 

Pape vne croiiade, & entrant avec vne puiflànte armée dans m / 

le païs des Majires, prit la ville de Moriella d'aflaut -^ après. 

quov Ali vint au devant de luy avec toutes les forces d' Anda^ 

louhe y 8c luy donnant bataille , fut vaincu & tué , avec plus j^ ^ ^qq^ 

de ti^te mille Maures ^ ceux qui fie iàuvérent retournèrent de bn xégac. 

en Barbarie j oà ils iàluërent pour Roy Ton fils Bvahem , qui 

fut le pénultième Roy des Almoravides. 



Cependant, régnoît dans Conftantinople lean yfîls d'Ale- jSfe: 
xis,qui remporta quelques vidoires fur les Turcs de la Per- 
fe,8C prit & fortifia la ville de Laodieéeen Phrygîe. De-là 
paflànt à SozopoU , qui eftoit forte 6e bienf gardée , il envoya vîik Je Pam^ 
efcarmoucher contre la garnifon ,& l'ayant attirée dans vne P**^^* 
embufcade, en fit vn grand carna^ , & prit enfuite la ville ^ 
aprés-quoy le chafteau , qu'on appelloit leFaiftede l'Ëpré- 
vier , fe rendis avec plufieurs autres places voifînes. Enluite 
il entra en Bithynie 6c en Paphlagonie , & prit d'emblée la 
ville de Caftamaiie, où commandoit vn Chérif Perfan^qui 
eftoit allé demander fecours au Soudan de Cappadoce,lequel 
la reprit lors que TEmpereur fe fut retiré a Conftantino- 
ple. Mais il y retourna dés le priAtems de l'année fuivante, Matumct, 
&. ayant appris que le Chérif eftoit mort ^ Se que celuy qui fijcceflênc de 
rëgnoit en fa place eftoit ennemi de Mafute , qui comman« i°**^^^ **" 
doit dans Iconie . il s'accorda avec celuy-cy , 8c joignit (es 
forces pour luy faire la guerre. Mais le Soudan de Cappa^ 
doce fe (entant trop foible , fit paix avec Mafute, à ccmdi- 
tion qu'il fe fépareroit de l'Empereur , ce qu'il fit. Après 
qu'il eut retiré Ces gens^ l'Empereur avec les feules forces - 
joiarcha contre le {Soudan 5 & prit la ville de Caftamo^ 
De , d'où paflant à Zanere , l'vne des plus belles villes de 
Pont, il gagna d'abord les fambourgs^Sc l'ayant prife par 
compofition ) après plufieurs aflàuts , y laiflà deux mille loU 
^ats en ganûfon , ^ s'en retourna à Conftantinople. Mais - 






5o4 d1 MAHOMET ET DE SES 

elle ne fut pas long*cems à luy , car les Turcs après Ton dél 
part y revinrent mettre le iiégc^ & la prirent par famine tan* 
dis qu^il eftoit occupe ailleurs. L'Empereur paila ensuite en 
Cilicie^Bc prit fur les ennemis Adana^Tarfe^Ânabarfe^^ 8C 
le fore chaftêau de Baca j puis fe joignant avec les gens de 
Raymond y qui eftoit à Antioche , prit la route de la Syro- 
Antio«he»rur phcnicic , ouc tenaient les Sarafins ^ Se eftant arrivé à l'£u« 
wn^'^'^' phrate , attaqua la ville de Pifc, qui fe défendit fort bien. 

Mais il la ferra de fi pr^és , qu'il la contraignit de fe rendre 
à cômpofîtion , à. la charge que les habitans pourroient al. 
ter demeurer où il leur plairoit. De. là payant l^Eupîk^te^ 
il ruina les places qui eftôient de l'autre coftédu fleure ,.8c 
iît de erans degafts par-tout ,} puis taiffiint Pife au Comte 
d^Edefie y pa(& ^r Benpezo, pour aller attaquer Alep, Mais 
avant qu*il y arrvvaft les ennemis luy donnèrent bataille , où 
ils furent vaincus ,& rechaâejL dans la ville. Auffi^oft.I^Ëm* 
pereur y vint mettra le fiége • maïs ^;omme la ^lacc eftoit 
Donne , &; qu'il ne faloit pas penfer la prendre par force ; 
parce-qu'il y avoit dçdans quantité dç troupes j outre qu'il 
manouoit d'eau , de bois {c de vivres , il leva le fiége , &pait 
Tant a Ferep, qu'il prit d'emblée , il la donpaà Raymond. 
.viUcdeMefo- Dc-là il vint à Cafarde^^ pl^œ forte^ éc des principales de 
ÊïSih ^^ ^^ province, & l'ayant prife, alla >ufq«'à Iftrie , jprocbe dç 
^ ' Zézéri , qui eftoit pleine de tous biens , dont if donna fc 
pillage aux Scythes qui l'avoient prife.Paflàntenfuite à Zé- 
zéri , il trouva que tous tes Turcs fc les Arabes de ces coo- 
4:rées s'cftoient Sembler pour kiecourir , ^que les }a\à^ 
tans avoient fait entrer quantité de chevaux Sans la ville ^ 
fur lefqucls ils pafférent la rivière , pour en empefeher le 
pCK^ge aux Chreftiens. Mais ay ^nt eftjé batus , ils Ct retirè- 
rent fans plus paroiftre y qu'à l'abri de quelques méchantes 
murailles , d'où ils ne pouvoient empefcner qtf on ne bru^ 
Sdonl^f^ ic '^^ ^^"^ ^^^ environs. L'Empereur x^^ulant empefchcr le? 
*.dc$scychcs, forties^ partagea fon armée en quatre cprps ^ pour fepou^ 
lej.dc$ Grecs, yoir entrçfecourir ; ce qui donna Tépouvante aux ennemis, 
^.dMArm^/.fic leurSc abandonner ies dehors , pourie retires- dans la pîa* 
^icM&dcf ce. Sur ces entre&ites, l'Empereur apprit que les Turcs dt 
f «fc«. 1^ pçrf^ tenoient la «lie tf Edcflc afltégée , & qu'elle^ eftoK 



.- *L. 



I 



SVCCESSEVKS.UVKE IL 507 

petàai fi ron ne U iecouroit. Cette nouvelle ^ accompagnée 
des préfêns que les a/fîégez loy firent ,&eacre-autres (Tvne 
riche croix qui avoit elle à i'Enipereur Diogene , Tobligea 
élever le ficze , & à prendre la route d'Antiocbe. Mais les 
Tores donnèrent fur Ton arriéregarde , & ayant efté dé* Le fih <rAn^ 
fitits, Y laiflerent deux de leurs principaux Chefs pcifonniers. ?P** «cccinj 
L Empereur eftant arrive a Antioche , pnt la route de Cou» oui commao. 
ftantinople ^ après avoir envoyé vne partie de Ton année ^^^ ^^^ 
contre le Soudan d^Iconie ^ qui avoir nit de grans ravaees ^Ma&cc 
dans la Syrie pendant Ion abfence. Sa défaite fut caufe de &i- 
]:e lever le fiége d^'Edefife ^ (1-hîen que les Chreftiens deroeu-* 
rérent les maiflres , par la bonne conduite de cet Empereur^ 
dont nous décrirons les progrés enfuite. 

m 

CHAPITRE XXXHL 

De Bruhcm ^ fils Jt^li^ dernier Kpy de tMàroCy de 
U Téue des jilmcrAVÎdes i & de ce ^ 

éurrrm fiiu fin reffu^ 

BRahïm ayant pris poiTeflîon des Efbts de {bu ayeul w^/rifiir* 
8l de Ton père ^ ic confirmé ceux qui pofiedoient fous 
luy les provinces Orientales d'^Afrique ic de Numidie , fut 
reconnu poiir Souverain , avec le titre d' Amir el Mocele. 1} confW ce 
min. En ce tems-U les Maures de Tunis furent fort incom-^ îûy VA^^it^î 
modez d'vne armée de Chreftiens , oui vint dltalie à la MomiDîn . 
ville de Mehédia^que tenoient les Itahens, quoy- que nos ?^^^^^ 
Hiftoriens n'en fanent point de mention. Mais Aldulmalic "^'"^ ^^ 
dans les Chroniques de Maroc , que les Rumys j c'eflaim- 



û que les Ecrivains Arabes appellent les Cbrelciens d'Ita^ >. . 
'ie, comme ceux de Cailille Fonfis^ceuxde Portugal Cha. Aifeafcs qS 



niorris, les Grecs Nifâranis ou Caifares *, & les François Fa- root régné, 
îaiigisj Que les Rumîs, dis- je, cfbmt débarquez i M chédie^t^ç^J"^^ 
£rent de grans ravages le long de la cofte , d'où ils pafTérent rEmpirc 
Vers Carvan ^ fous la conduite d'vn Alfaqui , qui leur avoir 
promis de leur livrer la place, i la charge qu'ils luy en laifle- 
roienç le commandement. Ils n'^enrent pas pluiVoft fait deux 

Clq ij 



J 



Sai DE MAHOMET ET DE SES 

grandes journées, oa'ils crouvcrenc les Maures en bàcditle^* 
avec qui rÂlfaqûi le joignant , ils fe jeccérenr tous enfenu 
ble fur les Chreftiens , & en tuèrent fèpt mille. Ils a^égé^ 
i^nt enfuite Mëhëclie , où les fuyars s*eftoient retirez ^ mais 
. 'Abdel Gan«n i^ l'ayant pu prendre , ils levèrent le^^e. |.*Âlfaqui * deve- 
nu confidèrable par cette vidoire yfir la guerre aux Almo« 
rayides ^ mais ayant efté défait , Ôc contraint de fe fauver en 
Numidie^il fut pris dans Pefcare par4e Chèque ^ qui eftoit 
parent de Srahem, & qui luy fit arracher les yeux , puis le 
mit dans va cachot y oà:il mourut. Voilà œ qui fe^paÛa de 
remarquable alors en Afrique. 
:^fpdgm$. Pour. retourner en. JBfpagne,, fur la nouvelle <le la mort 
'I118. jd*A^i î ï^ Roy Alfonfe mit le ficge devant Caftellar , où le 
'Roy de SaragofTe eftant accouru , fut défait , & Saragofle 
enmite afliégée , qui fe rendit au mois de Décembre. Les 
Gouverneurs de TAndaloufiç ie firent auffî tous Rois fie Prin« 
,.ou Abcn Ça. cçjdc Icurs villes. Abcn Guméda fe foûleva avec les Royau- 
-**** mes de Grenade , de laeçi , d'Almérie U de Murcie ; Se 

ayant appris qu' Alfonfe avoit pris Saragofle/alia affié^er 

: cette place avec d'autres Rois Maures. Mais Alfonfe luy 

présdcDaroc donna bataille, fic le vainquît j de-forte qu'il y perdit quan- 

jHama , Da- titc de f^oblcfle , fic VU de ks fils y 2c le vainqueur fe rendît 

CauTa*"d*°'* maiftre de plufieurs villes. L'année fuivante « il entra dans 

TuW, &' Icquartifer de Lérida ficdeTortofe, qui implorèrent le fe- 

Soria. cours d* Aben Guméda , lequel y accourut avec onze Rois 

. V^^h JMaures , ôc fut défait. Alfonfe viûorieux , prit parcompo- 

fition la ville d' Arançuel ^ 6c retourna à SaragoUe , où les 

Rois de Lérida fit de Tortofe luy envoyèrent demander 

trêve , qu'il leur accorda pour trois ans, a la charge de 

fin^. quelque tribut. La tséye eltant expirée , Alfonfe en|:ra;a« 

vec vne puiâànte armée dans le Royaume de Murcie^ 

.dont la capitale fe rendit, après la prife de ^^ègna Cadie* 

la 3 puis parlant àAlmérie,Bengumèda luy donna bataille, 

fie fut vaincu. Enfuite tournant vers <!}orclouë , Loth qui 

s'en eftoit fak Roy, fortit au devant de luy , & fe rendit 

fon vaâal , aprés-quoy il retourna viâorièux à Tolède. Sa 

lSïcriiiS"c f^"^^^ eftant morte lur ces entrefaites , il fut oblieè de 

;a£(U€s. quitor iç$ Ro^umes de Ça0;îJ[letB(.deLçoQ à fon fiis AI- 



fefife hnidéme , qui fut appelé Empereur. Depuis jufqu'en lu*^ 

i'on mille x:ent treme^deux , il y eut de grandes guerres en* 

tre les Chreftiens ^ mais comme les Maures h^eftoient pas 

hita d'accord <) ils ne purent profiter de leurs divifîons, & 

ne laiflerent pas de tuer l'Evefque Eftienne ,& le Vicom- Efteraii. 

te Dom Gauon. L'an mille cent trente- deux ^ Dom AU upL. 

fonfe envoya (on armée contre ceux de Badajox & de Se- 

▼ille ,fbns le commandement de Gon2ale de Lara , qui leur 

donna bataille , & les vainquit i & comme il retoumort 

chareé de <iépouïlles , il (ut attaqué par le Roy de Bada- 

/ox, lequel avoit raflèmblé fes troupes 3 mais ce Prince fut ^'■•^ 

défait ,& tué,&Gonzale retourna triomphant en CaftiU 

le. En tnefine tems Céfadale , fils de Lotb Roy de Cordouç, 

Êivorifé d'Âlfonfe ^ fit la guerre 1 Aben Guméda , & luy en* 

leva Grenade ; mais Aben Gumeda ,À les autres Princes de 

rAndaloufie, dépefcbérent en Afrique ^ers Brahem ^ pour 

en avoir du fecours ^ & en obtinrent , 1 condition de le 

payer. Aben Guméda orgueilleux de xe fecours^ déclara là 

guerre 1 CéÊidale^ qui s'^(bok rendu -maiftre de laen , ^ 

prit fur luy Cordouë , & autres places de cet Eftat. Cé£su 

dale ainfi maltraité eut recoure a Dom Alfonfe , qui fe joi^ 

gnit à hiy ; de -(brte. qu'ils attaquèrent Tannée fuivante 

Aben Guméda , & ravagèrent £>n naïs. Mais il promit fé- . ^ ; 

crétemeht iCéÊidale de luy rendre ce qu'il avoir pris^, ' 1 

pourveu qu'il ne fournift ni vivres, ni mumnonsl AKonfe, ] 

2ui (ut contraint par ce moyen de s'en retournera Tolé- 
e. Auffi-toft les Rois Maures d*E(pagne £rent vne ligue 
encre-eux ^ où le Roy de Lérida fut compris , Zi îi'autres 
Tadânx d'Alfonfe, Roy -d'Aragon. Ce que «ce Prince ayant 
feu , il affembk foh armée a Saragofle , & entrant dans le ^ttéLs 

Soarrier de Lérida^ prit Mequinéce & autres places ,& ad 
égea Fragues ^ qu'il ne pût prendre. Mais iJ y retourna 
Tannée fuivante 9 2c Abrâ Guméda , pour faire diverfion ^ Ji37t 
aflèmbla les troupes de la ligue , & celles des Almoravides^ 
& fftvorifé des babitans deValence^for^tlechaf^çau^d'où 
il marcha vers Fcagues, & préfenta la bataille à Dom AIEda- 
iê , qui fut vaincu , comme inférieur en nombre , & mcM- ^^ y^iéSkt 
rut aircombtt* Après ià mort ^ Dom Alfon(e huitième. du »}?• 

Qd iy 






* Alcolée & 



jio dR^ MAHOMET ET DE SES 

iiom,R{>y de Ca^Ule, luf Aiccéda^ ce qui.cAùfa piufieuflF 

guerres & divifîofis encre les Chreftiens , donc les Maures^ 

meTmes ne forenc pa$ exemcs. Car Aben Gmnéda crg«dL 

leux de fa victoire , fe voulue faire reconnoiibrê pour Soove^ 

Commandeof rain poi" fcs Compagnons, £c prendre le ticred'Amir.JEJmo* 

i"dïcnfons celemin. Mais Faraqai Abdéli fe foûIeVa dansCarrfoua,a- 

4e saiv^atiou. vcc cout le voifinage ^ fic fe fit vaflalde Dom Aifbnfe^pour 

en eftre maintenu , ce qui fit durer long^temsla guerre* Vn 

1 139. autre Maure appelle Iimaël ^ tua le Roy de £adapx , te izi* 

Tant foûlever cet £ftat , entra dans le Portugal avec d'au* 

En ïi pfaio« lYCs Maures 5 mais le Duc Alfonfe Henri que le vainquit ^. 

dJcXoVcr. & 1^ rechafTa dans Badajox. Quelques Ecrivains difent» que 

c'eft là le jour que ce brave Prince fut pcoelamé Roy de 

Portugal. Enfuite Dotn Raymond, Comte de Barcelone y 

qui fe nommoic. Prince d'Aragon , fit vne cruelle guerre atix 

Maures ie long de la Cinga , & prit fur eux plufieurs places^ 

D'autffe..coilé,.le Roy Alfonfe prie par compoiitioii k ville 

de Coria, 8c hx fortifia, pour couvfir {a.fnmti^re ^mais aU 

knt VA jour à la chafle y il fut bleffé;^ la^^inbe par vu £m« 

giier , & fè retira z Tolède , pour iè £^recraicer. Tandis que 

ton Lieutenant général entra dam te païs des Jaurès ,.doà 

il emmena ^lus de dix mille capbifis. L'année fuivance , le 

Roy reim ion armée fur pieè,& ne fut pas pkftoJ^ ^trér 

dans l'EIbémadure^que loi villes de Câçeréd , de Tro^L 

lo , & d'^Alcantafa y fe rendirent a luy ^ avec tous les lieux de 

leurs dépendances. Après avoir lafiGajetti tous les Maures de 

ces quartiers , de Veftœ rendu maiftre de kbrs fertercfles^ 

il paûa à Seviiie^pilk l'Aickuafe, Sctoiite 'là contre ^pm« 

retourna viâorieux à Tolède , oà ^ngiM Alfekift rappom 

les tefVes d' Azobeyr & d'Abenzeid , qn'îi avoic tuez de (à 

main en vn combat pr^és de la rivière d'AdareJ Mai» ayant 

combatu enfui te contre AlâDcheprés dei^ora,îliîn: tué,^ 

fa telle portée avec l'vxide feshrosyà Cordoutf. ÊnMofine 

tems Cefàdale , Roy deGcemufe ^qùi sVftoit fnûlevé avec k 

ville de laen , voulant prendre Cordraië^, fitvne^nrreveujf 

avec]Alfax Abdeti, qui en eftoir Rdy y4c le poignanàa dans* 

vne Mofquée. Mais comme il fe vouioic vendre maiftre de 

Sa ville > a V^àe de quelcpiosf "vo^de h ^ù^iSticm i k» Maes 



1141. 

II43. 






I 



SVCCESSEVUS, LIVR.E lî. jn 

memiit l'épée à U maia, l^en chafi*éreiit , & le contraignanc 
de fè fauver à laeii , ^élurent pour Roy Abenhaddu. ^ Cette ^ 
perfidie Ait le eommeiicenient d*Tne cruelle guerre entre 
les Rois de laeti, de Qreiiflde te de Cordouë ^ au grand a- 
▼antagê des Chreftiens. Car le Roy Aifonfie entrant dan^ les 
Mrres de celuy-cy , |Mfla jufqu^à Seville , où Cëfadale pro-* 
mit de fournir des Tivre^ pour le fiége de Cordouë i mais il 
manqua de parole j de-forte xiu' Alfonfe fut contraint de le« 
i^er le Hëge. Mais au retour il emmena quantité de captifs ^ IC^44« 
fl de troupeaux à Tolède. 

La mefme année Aben Guméda ayant envoyé rne armée 
navale lelong des coftes d'Italie ^ celle des <jrenois la>r don^ 
^na là chafif<; jufqif à la ville d^Almérie , avec vingt-deux ga^ 
léres , âui entrant 1 hmprovifte dans le port, 6c trouvant la 
^Ue depourveuë de gens de guerre, donnèrent telle épou- 
vante à Aben Gum^^da , qu'il leur donna beaucoup d'argent 
pour fe retirer ^ ic le Pape les tança fort de Tavoir pris* 
X'aonée ruinante -Céfadde , 'Roy de iGrenade & de Jaen^ 
rompit avec D. Atfonfë^ fans t'en,avertir, éloignant les trou^ 
rpes des autres .Maures yravagea le Royaume de Tolède ^ maïs 
pom Manri^ue délira luy donna bataille^ où Cefadale fut 
tué , a^ec la plufpart de les^ens. Après ât mort ceux de 
Grenade if, de lae» fe donnéreot i Aben Goméda , qui; s*ié» 
toit tendvk raaiftre de CordouS depuis le départ desGenois, ^^4^ 
Aben Haddu luy ayant âA^andonnié la ville, fans ofer venir 
it vne bataille } mais il manda à Don Alfbnfe , queVil voo» 
loit aller à Cordbufi , il luy domittoit pacage for fès terres. 
jLe Prince acceptant ces 4)^flres entra daqs le quartier de Ca^ 
Iatrava,dont tous les babîtans (è rendirent à tuy, excepté 
ceux de la ville , qui teiioieAt pour Aben Guméda« Cela luy 
fit prendf eirne autre rente , ft paCTer à Almodovar del Cam^ 
pov qi^l^prit ; puis trâvetfant k Sierra Moiaota^l vîoc à Mon» 
tore, qu'il prit auffi & fortifia j aprés^quoy il allai mettre fe 
Ifége devant Cordouè. Aben^ Haddu l*eftant veno joindre^ 
la viUefe rendit au- mois de May , ieoudîftidnd^eihrevaflai* 
le de ^om Alfôtife, « Bc notit ^Aben^ Maddu , moyennant 
quoy le ftoy y eftant entré , fk fortifier le cbafteau. Alors 
iAl^n Giimédile vint troa9«»,& Maot b maan^iibfir 



«45. 



BOXSi 



5Tt DE MAHOMET ET DE SES 

fon vailal , Scie mit en pofieflîon dé Cftlatrava , qui éftoit vne 
place forte ^ aprés-quoy le Roy retourna viâorteux à Tdlë- 
de , laiflànt Cordouë tous le commandement d'Aben Gu* 

nimdîe. méda. Mais ccluy - cy ayant appcb qu'il venoit vne armée 

d'Italie ravager Tes coftes , à-caufe des courfes des Maures, 
implora le fecours de Dom AlfonTe y qui luy répondit qu'il 
ne le pouvoir fecourir contre vne armée du Pape, dequoy 
le Maure irrité commença i luy faire la guerre^ Le Pape 

C'cfloientGe- "^^g^xïQ troîfiémè avoit pris cette armée a fon forvice pour 
jj.- exterminer la ville d*Almcrie , oiife retiroient ordinaire* 
ment quatre-vingts vaifleaux de Corfaires , &enavoitdon^ 
né le commandement à Aniaido Doria , Conful du^enat 
de Gènes. Sitoft que Dom Alfonfe eut appris que Tarmée 
avoit fait voile , il tira les foldats des^ garnilbns , comme il 
avoit concerté avec le Pape , 6c marcha du cofté d' Almérie, 
où il apprit en arrivant, que Tarmée des Génois avoit efté 
batuë à la defcente , fie s'eftoit retirée au Cap de Gara. A 
fon arrivée la ville fuc attaquée par mer fie par terre , 8c 
emportée après 'plufieurs auauts , avec perte de plus de 

AumoUd'O- trente mille Maures.. Aben Guméda s'eftant retiré dans la 

° *^' forterefle s'y défendit vaillamment 5 fie comme il nepouvoic 

plu& tenir, la rendit à condition de fornr vie fie bagues-iàu* 

DoubioQs ^ ves , fie de donner trente, mille piftoles d'or au Roy , fie de* 

m^urer fon vaflal. Les Génois (e contentèrent , à ce qu'on 
dit , pour leur part d'vne riche émeraude , qu'ils gardent 
par rareté , fie s'eftant œtirez , le Roy mit garni£)A-4ans la 
ville. £n mefme tems Dom Raymond", Comte de Barce- 
lone , qui depuis fur Roy d^ Aragon ^ eut de grans difFerens 

Roy d*Ari- avec Dom Ramir ,, furnommé le Moyne., , pour la ville de 

^"' Tortofe, fie l'ayant prife , à l'aide des Génois , il les mit qua- 

rante jours après en poâeifion de la forterefle. Mais la ville 
1148. ]uy demeura , fi^il la donna en fief sL&aymoodde MoncadCj 
qui la peupla de Chreftîens. 

Afrtjue. Pour retourner en Afriape, il s'y fit vne grande révolu- 

^g^^itf^AU ^^^^ \ - ^^ P"^ naiflance cUns la partie Occid^itale de la 

mêhiMs VéM Mauritanie Tingitane , par le moyen (Tvn ' Berebére des 

1140. montagnes du grand Atlas , Auteur de la feâe des Mouahé- 

DumoatTctt., diûs , c'efttà-dire dçs Ynitaircs : cat cc fwt4e nom qu'ilpric 






SVCCESSEVUS, LIVRE IL 3IJ 

au lieu qu'il s*appelioic auparavant Abdala,& (at fore eftf- neiKdiosu 
fiië pat fe$ fermons , particulièrement des Africains de la tri- 5^^*^,* ^* 
bu QC Mocamuda ,<lont il eftoit. Après avoir aflemblé grand ^^ |^ ^^^^^ 
nombre de peuples , il eut l'infblence de s'attaquer au Roy chr d'Hargic 
de Maroc , qui ne voulut pas eftoufFer ce monftre dans fa 
nailTance^ni déployer Tes forces contre vn homme de néant , 
& continua à s'adonner aux jplaifirs , & à charger fon peuple 
de nouveaux tributs , pour {ati^aire à iès débauches. Mais 
i la fin voyant quHl eftoit entré en fon pais , Se que fous 
prétexte de liberté il faifoit de grans degafts dans les pro- 
vmccs , il fortit , quoy.que trop tard,& avec moins de gens ^"ontA^aif* 
qu'il ne^levoit , Se luy donnant bataille , il fut vaincu , Se fon prés de Ma« 
année mifc en fuite. Comme la nuit approchoit, Abdala vain. q„^m ^^ on 
qveur envoya les plus viftes de Tes gensfe faifîrdes pafTages, deiiaiôieofl^ 
pour Tempefcber de rentrer dans la ville; de- forte qu'il fut "«^ 
contraint defe retirer vers la montagne^jmur fe retrancher 
en quelque lieu avanta«ux , Se y ramafler le débris de Tes 
troupes. Mais Abdala rayant appris , envoya en diligence 
Abdulmumen à fcstroufles^avecvne patrie de fes forces, Se 5^Jj°^Vc'^ 
inveftit la ville de Maroc , avec le refle. Abdulmumen le toit Ton ils. 
poorfuivit de fi prés , qu'ail ne luy <lonna aucun moven de fe 
torcifier nulle «part ^ fi*bien qu'il fut contraint à la fin, fe 
voyant oouffé par-tout , de gagner la ville de Fez , où bien- jj ^jj^j, j„.^^, 
loin de le recevoir , on donna entrée i fon ennemi. H ne pour aToir 
trouva donc retraite qu'en la ville d^Oran , qui efloit alors J""^P?"* 
fort peuplée , où il fot reccu avec le peu de gens qui l'avoient MaToc? 
vu fuivre. Mais Abdulmumen l*affiégea auffi-tofl, Se attaqua 
la place avec tant de furie, que les habicans craignant leur 
perte , Se les menaces qu'il faifoit de mettre tout à feu Se à 
iâuig , prièrent ce pauvre Prince de fe retirer , puifqulls n'é- 
toieot pas capables de le défendre. Il forrit donc par vne 
suie obfcur égayant vne de fes fi^mmes en troufle , qui l'avoit 
toujours accompaené jmaik fe voyant découvert pat les gar-* 
des Se les fenrineltes du camp , il piqua fon cheval de rage , 
Se le fit «fàtttâr en bas dVn rocher , où il fut mis en pièces y 
aimant mieux mourir <le la forte ^ que de tomber entre les 
maifis de iès ennemis. Dés le lendemain matin ceux de la 
irille owrrirem; le» portes à Abdulmumen ^ qui Tayaut faJK 

Rr 



9 



314 DE MAHOMET ET DE SES 

chercher par- tout , trouva le corps brifë , & envoya la teftc 
à Abdala. De - là il courut yidorieux ^tout IcJRoyaume de 
Tremcççn , puis retourna à Maroc avec les tributs, de ces 
.provinces. Il trouva à fon retour Abdala mort , & tous les 
.Chefs s'affemblant , Pclûrent pour Roy ^fous ce titre ^i^mir 
Elmumimn , K^bu Mahamct , K^bdulmume» bem K^bd4U , ibni 
\^U. C*eft-à-dire , Empereur des Catholiques ,;de la Maifon 
de Mahomet , Abdulmumen , fils d' Abdala , de lalignée d'A- 
li. Le défunt avoit ordonne de fon vivant vn Confeil de 
.quarante difciplesde (à fede ,avec feize autres , qui eftoienc 
' fomme les Secrétaires. Ceux-là régloient les affaires , & 
fortoieot en campagne qua^d il faloit aller prefcher & an- 
noncer lejur doctrine : car ils eftoient tous prédicateurs, JDe 
ce nombre devoir eftreélâ lefuccofTeur ,en qualité de Pon- 
tife &c de Roy. Les Sedateuçs fe nommoient Mouahédins^ 
.en mémoire de^ leur fondateur ; vMais les Ecrivains Arabes 
les appellent Prédicateurs ^ 8c les Efpagnol^ Almohades , 
Joignant l'article Arabe au mot qu'ils ont corrompu. Les 
Rois qui defcendirent de cette lignée , prirent le titre d'A- 
mir Ehnuminin^ ou d'Empereur des Catholiques^ 6c ont eflé 
fort puiiTans en Afrique &l en Efpàgne. Abdulmumen in- 
^148. continent après fon eleâion fit batre Maroc de toutes paits, 
& comme il vit que les lubitans ne (è vouloieot pas rendxe^ 
il jura de ne point quiter la ville, qu'il peTeuftprifeôc cri- 
ifac W^c î ^ l'ayant emportée d'^flaut , fe faifit dafils de Brahem, 

encore enfant, qu'on avoit^élû çnXa. place, Scl'étranela de 
fe5 propres mains. Par fa mort fut efteinte la lignée des Al-> 
moravides,que les Hiftoriens d'Afrique appellent LumptUr 
nés , ou Morabitins ,. qui ont fondé lafuperbe ville de Ma* 
roc. Abdulmumen pour accomplir fon ferment, fit réduire 
la ville en poudre , & en pafler la plufpart par le cribleu II 
fit mefme démolir le Palais des Rois & les Mofquées , par- 
ticuliiremépt la grande d'Ali , pour ne laifler aucune mé- 
moire de leurs Fpndateurs , après- quoy il les fit rebaftir de 
fomptueux édifices en (on nom» Mais il ne purt effacer de la 
0iémoiredes hommes ce qu'il efFaçoit des pierres >&^nten- 
4oit encore d^ fon vivant appeller les .choies <iela façon an. 
iicoftc. Il perfpcuça enfu^tc tqus^ Içs autres . qui. cftoient jde 



4 



' 



SVCCESSEVRS, L'IVRE IL 31J 

là ïigftce des Âlmoravides -, de-forte qu'il n'en refta pits vd 
dans toute T A&ique , qui vibft à (a connoiflance , ou a celle 
de (es Oflàciers^tànt iFavoit envie d'eftablir fortement fou 
Empire. 

Pour retourner en Afîe , où la guerre des Turcs continûoit -4^'- 
toujours ) Mahamet Seigneur delà nouvelle Ccfarëc, ayant 
amafTc de grandes richefles , & s'eftant rendu puiflant de5 
dépouilles des Chrefticns , s'empara des Ibères , & de plu- 
fieurs places de la Méfopotamie. Il fe difoit de la race des 
Ar(âcides , ou Tanifmans , & l'Empire eut plufîeurs guerres ^a Cplajoao^ 
contre luy avec divers fuccez. L'Empereur lean eftant palTé œs. 
en Phrygie avec vnepuîilante armée , s'arrefta à la ville a At- 
taie, pour donner ordre de là aux chofes de la guerre. Car 
quantité de places de cette contrée eftoient poiTédées' par 
les ennemis, & les habitans du lac de Puflufe, où il y avoit 
de petites Ifles peuplées de Chreftiens , qui par le voifînage 
des Turcs, & le commerce qu'ils avoient avec eux , eftoiene 
devenus tellement ennemis des autres Chreftiens , qu'ils 
avoient fecoucle joug de TEmpire. Si-toftdonc que TEm- 
pereur fut arrivé i Puflufe , il manda à ces Infulaires qu'ils 
lortiiTent de ce lac , & qu'ils fe retiraflent ecr Perfe , & ^^^ 
leur refus , il fit foire des navires i fond plat , Se des radeau:^ 
pour porter des machines , dont il batic les- fortereflès du 
uc , & les emporta , non- lans grande perte des fiensi Car it 
s'éleva vne tempefte,dont plufietirs vaiflcaux fiircnt fubrtcr- 

ez , & ceux qui eftoient deflus engloutis des vagues. De- 
à il pafla à Ifauri , où ayant donné les ordres neceflaires , il 
alla en Syrie , publiant qu'il vouloit réduire les Arjnéniens 
à la raifon , Se contraindre le Roy de Trébifonde , qiri s'eftoit G»**»- 
(bûlevé , de rentrer dans robéïflànce , avec le refte du paÏ5.* 
D'ailleurs , il vouloit réunir l'Eftat d'Antroche avec celu/ 
de Conftantinople, & faire enfuite le mefme âe IérufaIem;,^„SS^j'i« 
Il envoya donc quelques-vns des fiens pour fotider la vo- chr'rfticDS 
lonté des habitans , qu'il trouva aflez toupies j mais lors'^*^*^*"^ 
qu'il fe fut approché, il rencontra tout le contraire. Falcon' 
tnefmes Roy de lérufalem , ne le voulut pas laifTer entrer a- 
▼ec fes troupes pour vifiter les (âints lieux , & dit, que le* 
païs nf eftoit pas afTez abondant pour tant de monde , & qu'ifs . 

Rr ij / 



g 





. 3i8 DE MAHOMET ET DE SES 

que le Roy de Sicile venoit contre luy avec vne armée 
Apres que les Alemans eurent décampe d'autour de Con- 
ftantinople , ils marchèrent vers la ville de Philippe , coftoyez 
des troupes de l'Empereur, de- peur de defordre -, mais com- 
me ils en partirent , leur arriére- garde eut prife avec Tavant- 
farde des Grecs, & l'on-en fuft venu aux mains, fans la pni- 
cnce d'vn Evefque Ip^ien , oui appaifa tout ^ car TEmpe. 
reur Conrad avoit rélolu de donner bataille. Il continiia 
donc Ton chemin , & arrivant à Andrinonle , pafia outre 
avec l'armée , après avoir laiflc dans la ville vn de fes pa- 
rens, qui eftoit malade. Mais des fcditieux ^ qui avoient re- 
ceu quelque mécontentement, mirent le feu dans la maifon 
' où il eftoit, & Ty brûlèrent- Sur ces nouvelles, il manda à 
Frideric fon neveu. Duc de Suaube , qu'il prift vengeance de 
cette injure i & comme ce jeune Prince eftoit vn brutal & 
vn emporté, il mit le feu au Monaftére où Ton avoir brûlé 
le malade, & tuant tous les Grecs qu'il oût rencontrer, rei 
couvra l'argent qu'on avoit perdu. Cela émut la fédition 
dans la ville , Se le mal euft efté plus grand ,fans la prudence 

Pittfuc. d'vn des principaux habitans , qui appaifa Frédéric par fes 

raifons , &c empefcha fon mauvais deUein ^ après - quoy l^ar. 
mée caitiniia fa marche comme auparavant. A quelque 

•cwrobaqui j^ms dc-là, elle arriva dans h plaine * qu'arofe la rivière 

de Mêla, qui n eft ni fort large, ni fort profonde , mais el- 
le baigne toute cette campagne par des rieoles qu'on en ti- 
re , qui s'emplifTent l'hyver de Teau des pluyes , en-ibrte 
que la plaine paroift comme vne mer. On n'y peut alors al* 
ler qu*en bateau , encore y-a-t-il des tems où l'on n^y iauroit 
palTer à-caufe du vent. Cette rivière devint tout-à-coup (i 
haute la nuit , que les Alemans y eftoient campez , qu'elle 
noya toute la plaine. Car comme ils ne penfoient à rien, 
les canaux commencèrent à regorger ^ Se l'eau entrant dans 
ks tentes, fit floter tout ce qui n'eftoit pas capable d'aller à 

»)mmc$,chc fond , & plufîeurs y périrent , envelopez dans le fommeiU 

ï«»x,bigagcs. Ce fpeftacle effroyable fut pris pour vne marque du cou* 

rouxcélefte contre cette fuperbe armée , 8c chacun tafcha 2 
fe fau ver, après la perte de (on équipage. L*Empereur Con- 
rad affligé d*vn fi grand defaftre ^décampa aufli - toft ,& fe 



4 



SVCCESSEVR.S, LIVRE II. 319 

c^rochant de Conftantinople , pafla en Aiîeiivec toutes Tes 
troupes fur les bateaux que l'Empereur Manuel luy fournit. . 
Cependant 9 il commença à manquer de vivres , quoy- que 
Manuel en apparence fift tous Ces efforts pour Tcn pourvoir^ _ 

comme il avoir promis ^ mais il les faifoit deftourner fecrc* 
cernent, & mettoit des gens en embufcade » qui tuoient tout 
ce qui (e trouvoit à Técart. D'ailleurs , les Grecs fermoient 
les portes aux foldats , Êins les vouloir recevoir , & fe con- 
tentoient de leur defcendre ce qu'ils demandoient du haut 
des murailles ^ ^prés avoir receu leur argent » & quelquefois 
le retenoient fans rien fournir , ou mefloient du plaftre 6c 
de la chaux parmi du pain^pour les empoifonncr. L'Empereur 
mefme fitbatre de la faufle - monnoye , pour leur donner en 
échange de la bonne. Enfin, il leur nttous les mauvais trai« 
temens dont il fe pût imaginer , pour en empefcher d'au- 
tres à lavenir de niire de lemblables entreprifes. Il incita 
inefme contre*euxvn General d'armée des ennemis , qui les ^*"''^ 
défit prés de la ville de Bathi , & en tua vn grand nombre. 
Malgré tous ^es obftacles , ils ne laiflerent pas d*arriver au 
fleuve Méandre, où ils virent les Turcs campez à l'autre bord, 
pour leur empefcher le paflàge. Car cette rivière ne fe pafle 
a gué en aucune faifon , & eftoit alors enflée de l'eau des 

λluyes. C'eft-là que les Âlemans firent paroiftre leur réfb* 
ution , 8c montrèrent évidemment que ce n'eftoit pas par 
lafcheté , mais par générofité <)u'ils n'avoient rien entrepris 
fur les Grecs. Car l'Empereur Conrad eftant arrivé fur le 
bord du fleuve , & voyant les ennemis rangez à f autre bord 
qui bleflbient fbn avant^garde a coups de flèches , il la fit re« 
tirer hors de la portée du trait , & luy commandade repaiftre 
pour monter à cheval , & donner bataille dés le point dii 
jour. Le lendemain ayant rangé fes gens en bon ordre , & 
voyant les ennemis de l^autre cofté avec leurs archers à la , 
te(te,pour incommoder la cavalerie au paflàge, il aflembla «jac^k f™dc 
iès Chefs autour de luy , & leur reprefenta les maux qu'ils la hanngac . 
avoient foufferts pour en venir ju(ques*lâ, & comme ils a^ jSnrîc w>*îtt 
voient quité le repos & les délices pour la gloire de leur tu abrégé. 
Kedempteur. Qu^il faloit forcer cet obftacle qui s'oppofoit 
a leurs deflèins ,& qu'après cela tout leur-ferx>it fiicile. Que 



310 DE MAHOMET ETlDiE SES 

lefus-Chrift eftoit plus grand que Mahomet, ii plus capâ« 

ble de leur accorder la viâoire , & qu'après tout en mou* 

rant pour luy , ils eftoient affeurez de vivre eterBelleroenc, 

Qu^il fe faloit venger de ces Infidelles , qui avoient égorgé 

leurs parens & leurs amis , & qu'ils ne pouvoienc mourir 

pour vne plus belle encreprife^puirque ceftoit pour afinn- 

cfair le Sépulcre de leTus^Chrift.i Qu*il s'cftoit avifé d'vn 

ftratagême pour paiTer cette rivière qui n^eftoic pas guéa- 

ble, qui eftoit de marcher ferrez en vn gros efcadron^poar 

ùÀtù remonter le fil de Teau , afin de donner moyen à Tin* 

fanterîe de pafTer au defTous. Après avoir dit cela , il donna 

le fignal de La bataille ,& piquant -Ton cheval^ encra brufqtte* 

ment dans Peau , ftiivi de toute la cavalerie , en Teftat qu'il 

avoit dit i ce qui donna moyen à llnfanteriedepafieràgué^ 

tant le nombre des chevaux eftoit grand. On combatitauffi 

vigoureufement dans Teau , comme Ci Ton euft combatu de 

pied- ferme, tant que Tennemi ne pouvant rèfifter à Tim- 

petuofîté des Alemans , lafcha le pied. Les vns (e fâuvérenc 

par la fuite , les autres fe retirèrent en combatant , Se lacam- 

^«M*,*quî^â P^gî^c ^^^ jonchée de corps-morts , fie le fang ruiCfeloitdans 

coDtiaué Zo. lesvalèes. Il n'en mourut pas beaucoup du coftè desChre- 

°*^^ »,*5',^' ftiens i mais il v en eut plufîcurs de bleflcz à coups de trait 

iioQ, livre). > J , .. r . .. , , ^ t r 

Après cette viâoire, ils contmuerent leur route , mèpnlant 
les forces de l'ennemi, fie tirèrent vers lèrufalan parla Phry- 
ie fupèrieure , la Cilicie & la Pifidie , qui par la négligence 
es Empereurs de Conftanttnople^efloient occupées par les 
Barbares. Quelques- vns difent que l'Empereur Coniadfut 
vaincu par les Turcs, 8c qu'il fe làuva àConftantinopIe, os 
rafTemblant le débris de (on armée, il pafla en lèrufalemfur 
les vaifleaux que lIBmpereur luy prefta. Quelque tems après 
le Roy Louis arriva aufli , ayant ibufiert de grans travaux, 
& beaucoup de difgraces dans fotx voyage , & fut fort bien 
Baudouin, receu de l'Empereur , 6i du Roy de IèruÛLlem« Tous ces 

Princes s'eftant joints , furent affièger la ville de Damas, 
qui incommodoit plus tes Chreftiens de Syrie 8c de lérdà- 
lem ,que toutes les autres enfembtc ; mais les vivres venant 
à leur manquer, fie les affiègez fe défendant vaillamment, 

ils furent contraints de fc retirer , après q^eli^es joncs de 

fîcge. 






SVCCESSEVRS, LIVRE II. 311 

ficge. Il y a des Hiftoriens qui difent , qu ils prirent la viUc^ 
mais que fur quelaue conceftation qui furvinc entre-eux , ils 
fe réparèrent , & chacun alla où il luy plût. Conrad fe reti- 
ra à Conftantinople , Se de-là en Alemagne , pour cmpef- 
cher Guelfon , qui cftoit parti le premier , de fc rendre mau on Gadphc. 
tre de l'Empire , & Louis fit la mefme chofe quelque tems 
après. La guerre dura quatre ans fans rien faire de mémo- 
rable , & laifià les ennemis plus puiflans qu'ils n*eftoient 
d'abord. 

- Tandis que ces chofcs fe paflbient , Roger Roy de Sicile, ^i^ ^^ 
qui avoit OTcrrc contre l'Empereur de Conftantinople , u±6 
pafla en Amque avec vne grande armée, & ayant pris ter- o« * 
re d Méhédie , courut toute la cofte , Se le plat-pais , aidé 1147. 
des Arabes , qui penfoient (e rendre maiftres de Tunis dans 
le déclin de l'Empire des Almoravides. Mais le Roy Maure 
qui y commandoit n'eftant pas encore bien eftabli , fit paix 
avec Roger , pour ouelque tribut que luy Se fcs fuccefleurs 
feroient obligez de luy payer tous les ans, moyennant quoy 
ilfèroit obligé delesaffifterdansToccafion. Depuis ce tems- 
là il y eut vne garnifon de Siciliens dans Tunis , qui eftoir 

Î>ayée aux dépens de la ville. L'Hiftorien de Fez dit dans chériC 
on Abrégé des Chroniques, que ce tribut fe paya jufqu'à 
ce qu' Abdulmumen fuft Roy de Tunis , & ayant pris la ville 
de Méhédie fur les Chreftiens ,leschafla auffi decelle-cy ,Sc 
rendit ce Roy fon tributaire. D'autre - cofté , Roger pafla 
dans les provinces de Manuel avec la mefme armée qu'il 
avoit menée en Afrique , & prit la capitale de l'Ifle de Cor- 
fou , que les Infulaires luy livrèrent. Il prit auffi Corinthe , 
dans le Péloponnefe^oula Morée, Thcbes dans la Béocie„ 
& Negrepont. Puis paflant fur la cofte d'Afie,pour favori- 
fer les Chreftiens qui alloient en lérufalem , il rencontra 
l'armée navale des Turcs , qui avoit pris le Roy Louis en 
paflânt du port de Saint Simeon d'Antioche r pour aller à 
ta Terre-Sainte ^ mais il le tira de leurs mains par vn heu- 
reux combat, & le mit à terre au port de lafa , d'où il alla 
à lérufalem ,a ce queditColenuce dans fon abrégé de l'Hi- 
ftoire de Naples. Après le départ des Chrefliens , le Sou- ^*'ôt<: 
dan d'Iconie & de Syrie, fe bâtit contre Raymond d'Antio- 

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3« DE MAHOMET ET DE SES 

che, & l'ayant vaincu, faccagea tout le pâïs, excepté la ou 
pitaîe 9 qui fut gardée avec grande diiEculté par le Roy de 
11491 lérufalem. 

CHAPITRE XXXIV. 

« 

D'Àhdtthnumen^ Js^ de C^aroc i ^ de ce qui arriva 

fendant fin régne. 

LE s Almohades ou Mouahédins s'eftant foûlevez en A- 
frique,& leur Fondateur ayant eu pour fuccefTeur Ab*- 
dulmumen , qui exerça tant de cruautez contre les Grans 
« de la lignée des Almoravides , & dans la ville de Maroc , 
toute TAfriaue fut embrafée du feu de cette guerre. Les A^ 
rabes qui haoitoient la partie Orientale de la parbarie 6c de 
la Numidie , dont la fierté avoitefté domptée par les Almo- 
ravides , 6c q|ui avoient efté chaflez dans lesdeferts 6c les 
campagnes , ou ils ne s'occupoient qu'à la culture de la ter- 
}:e,&c a la nouriture de leurs troupeaux , prenant occafioa 
de ces difFercns , entrèrent dans la Barbarie , ,& s'emparant 
des provinces de Tunis 6c Trcméçen , aflujétirent les na- 
turels Africains , qui relevoient de l'Empire des Arabes dû 
tems des Califes v^mais au lieu d'vn maiftre ils leur endon^ 
lièrent plufieurs ,car chacun conquéroit pour foy. D*autre- 
cofté , les Vicerois & les Gouverneurs , qui tenoient les vil- 
les 6c les provinces pour les Almoravides , ne voulurent point 
fefoûmectre aux Almohades j fi-bien qu'il s'éleva pluficurs 
petits Souverains, dont les peuples foiifFrirent beaucoup. 11 
y avoit des Rois dans Tripoli, dans Carvan , Tunis ,Bugic, 
Alger , Tenez , Treméçen , 6c en d*autres lieux -, & outre 
ceux-là , les Africains des montagnes firent des Seigneurs 
particuliers. Ccpendarvt. Abdulmumen s*eftant rendu* maî- 
,tre de Maroc 6c de Fez , le fut auffi en peu de tems de toute 
la Mauritanie Tingitane , 6c favorifé de la tribu de Muça- 
muda , 6c particulièrement de la branche de Beniguérégil , 
dont il eftoit,il fe fit obéïr par les Numides 6c les Gctules 
de rOccident , 6c gagna peu à peu les Royaumes du Tunis 



4 
t 






SVCCESSEVRS, LIVRE 11 523 

& de Tremé^en ^ ou k plus rrande partie , foie par amour 
ou par force ) puis prit fur Tes Chreftieos la ville d' Afri* 
qae,& quantité d*atttres qu'ils avoieut occupées fur la co* 
fte. Mais la puiilance des Arabes fubiifla toujours au Roy- 
aume de Tunis , avec divers fuccez , jufqu'au rems de la* 
cob Almanfor , quatrième Roy des Almobades , qui les ai^ 
lujetit. 

Pour retourner en Efpagne , les Princes Chreftiens ^ifant ^ff^ff'^* 
leur profit de ces divifions , gagnèrent plufiçurs batailles ^^49* 
contre les Maures. Le Roy Aben Goméda, qui avoit rendu 
iafortereflê d'Alméhe à Dom Alfoiifç , luy envoya dire qu'il 
luy mettroit la ville de laen entre les mains , s'il venoit de 
fà part quelque pérfbnne d'autorité pour en prendre pof* 
(cmon ) mais comme le Comte Dom Manrique de Lara fut 
arrivé avec des troupes , le traître s'en faifit ^ & prenant lu 
route de Cordouë , il luy fit rendre la ville. Pour venger 
cette perfidie , le Roy Alfonie entra dans 1» Andaloufie â^ 
main-armée , êc ayant ravagé tous les quartiers de laen ^ aH- 
fiégea Baéca. Sur ce; entrefiiiœs , Aben Guméda vint à 
mourir , 8c les habitans de Cordouë délivrèrent le Comte 
cle Manrique, êc tous ceux qui eftoient avec luy , fie les en- 
iroyant à Dom Alfonfe , élurent pour Roy de fon con(ente« 
ment Aben Haddu. D'autre^^cofté , les Maures de Baéça fie 
d'Vbéda^qui eftoient affiégez par Alfonfe , fie ceux de Gre- 
nade 8c de laen ne voulant pas faire comme Cordouë , im- 
plorèrent le (ecours d* Abdulmumen , qui eftant occupé ail* 
leurs , leur permit de lever des troupes dans les montagnes 
de Gomércs , d'où ils amenèrent en Efpagne vingt mille 
Maures/ôU8 le commandement d'Abdulafis^ mais le Roy AL 
fonfe les allant attendre au pafiage , les défit , 8c ceux qui 
échapérent de la bataille , fe difperférent dans les places de 
V Andaloufie. Il continua donc le fiége de Baéça fans crain- 
te , 8c la iërra de fi prés , qu'il la contraignit de £e rendre la 
mefine année. D'autre- cofté , Dom Raymond Béranger 
ayant pris Lérida fiir les Maures , les villes de Fragues 8( de 
Mequinéçe iè rendirent ^ 8c Dom Alfonfe Enriquez , Roy |^ ^^ ^ 
de Porragal^favoriféd'vne armée eftrançére qui alloit à las.ciépin. 
conqu^e de la Terrc^Sainte , a^çgea b ville de Liibonne , 1150, 

Sf ij 



à 



3x4 DE MAHOMET ET DE SES 

& la prit , & peupla de Chrcfticns. L'année fuivante , les 
Rois de Grenade & de laen , fe rendirent maiftres de Cor- 
doue, à la faveur des troupes qui leur eftoient venues d'A- 
frique, & contraignirent Aben Haddu d'implorer le fecours 
de Dom Alfonfe , qui entrant dans TAndaloufie y courut tout 
le païs de laen , d* Anduchar , & d'Arjone, prit la ville de Mon. 
tore , dont les Maures s'eftoient emparez , & l'ayant fortifiée 

f^afTa à Cordouë 3 Mais lès Maures du païs ayant raflemblé 
K^ ruï aiv« ^"^^ forces , luy donnèrent bataille, qu'il gagna } puis re- 
^u'on oflaies vint afliéger Cordouë, qui fe rendit, & il la remit entre les 
87" ll^{^ mains d* Aben Haddu , qui eftoit préfent. Les Maures d*E- 
prindpaïc * fpagne fe fentant trop foibles pour refifter aux jChreftiens , 
Mofquéc de envoyèrent offrir obéïflance à Abdulmumen , qui triom- 
SSwpoN pboit en Afrique , & il leur envoya trente mille hommes, 
ta à Vaiiado. qui fe joignant aux Rois de Grenade Se de laen , recom- 
lid.ouiisfont mcnccrent la guerre contre Aben Haddu , Roy de Cordouë. 
aux"portcs de H demanda auffi-toffi fecours au Roy Alfonfe , qui fe joi- 
rancicnnc E- gnant à Dom Raymond Bérenger, les alla attaquer au fîiége 
&%iml!^ de Cordouë, & les défit 5 puis alla afficger la ville de laen, 
1151/ & i^c Payant pu prendre , ravagea le païs , & retourna en Ca. 
ftille. Mais les Almohades qui s'eftoient fauvez de la batail- 
le , s'eftant joints avec les troupes de Grenade , allèrent af- 
LotL fiéger Murcie , dont le Prince eftoit vaflal de Dom Ray- 

mond , & qui demanda Auffi-toft fecours à Dom Alfonlc. 
Sur ces nouvelles , les Almohades jnarchérent contre eux, 
& leur donnèrent bataille, où ils furent défaits vne féconde 
fois , avec grande perte , après vn combat fort opiniaftré. 
Abdulmumen Tayant appris , renvoya vne féconde armée, 
qui recommença la guerre tout de nouveau , laquelle dura 
plus de foixante ans. Cependant , les deux Princes Cbre- 
ftiens vidorieux , s'emparèrent de plufieurs places fur les 
ennemis. Car Alfonfe prit les villes de Guadix Se de Baça 
Tan mille cent cinquante - deux , & Tannée fuivante il at 
fiègea la ville d'Anduchar , où Félix Yvagnez de Tolède 
.mourut. Après l'avoir prife par composition , il alla à laen, 
dont les haoitans appréhendant la ruine , chaÔerent les Al« 
mobades , & rcceurent pour RoyAben Haddu , du confen^ 
cernent de Dom Alfonie , qui retourna viâorieux à Tolè* 



4 
4 



SVCCE^SEVRS, LIVRE II. 315 

de. D*aatrc-coftc , Dom Raymond qui fe feiCoic appellcr 
Prince d'Aragon , occupa les^ montagnes de Prades vers l'E- 
bre, entre Saragofle Se Tortofe^fic prit les chafteaux de Cu 
vrana & de Miravet. L'an mille cent cinquante -cinq, le ih^. 
Roy Âlfonfe rentrant dans le païsdes Maures , les chaiia de 
la campagne de Calatrava^Sc prit les villes de Caracuel & 
d'Almodovar, avec tous les lieux d'alentour. De-là il badt 
& emporta d'aflaut Pédroche , puis Santofime par corn* 
pofirion j & l'ayant fortifiée retourna a Tolède. L'année 
Suivante Abdulmumen s'eftant rendu maiftre de la pluTparc 
de la Barbarie , voulut paflèr en Efpagne avec vnepuifTante 
armée , & eftant mort dans ce deilèin , Ton fils lofer , qui luy 
fiicccda , le continua. 

D'autre -cofté , Manfute Soudan des provinces que les ^jp^. 
Turcs tenoient au Couchaiit m.ourut , laiflânt trois enfim» 
mafles , dont l'aifné lagupafan eut en partage Amafie , Acre 
& la Cappadoce , qu'on nomme l'heureufe , avec toutes leurs 
dépendances ; Dadun eut Céfarée & Sebafte j & Clizaftlan, 
Iconie; mais fe fouciant peu dVnion& de partage., ils s'en- 
xrefirent la .guerre, à la perfuafion de l'Empereur Manuel, 
qui les ihcitoit fourdement par fes ambaflades. Il fe dé- 
clara neantmoins pour lagupafan , & luy envoya de grans 
préfens ,avec offirc de fervice, pour la haine qu'il portoit a 
Clizaftlan , qui non content de perfécuter les Cbreftiens , 
perfécutoit fês propres -frères. Ces deux Princes s'entrefirent 
donc les premiers la guerre ^ & après plufieurs rencontres^ 
lagupafan demeura vainqueur, & le vaincu fe jetta entre les 
bras de Manuel , qui le receut fort t)ien , pour en tirer avan- 
tage dans les guerres de l*Afie, Se rayanr mené àConflan- 
tinopIe,fit faire des fefles & des réjouïflànces à-caufe de fa 
venue , & le renvoya avec de grans préfeas , & de plus^an- 
dtt promeflès , s'il luy livroit la ville de Sebafte , comme il 
le promettoit. Après fon départ , l'Empereur luy envoya 
toute forte d'armes très -riches , & autres cbofes de zrand 

Iirix ,pour l'obliger à exécuter fà promefTe , avant qu'il euft 
e tçms.de fe repentir 3 Mais il ne fut pas pluAoft de retour 
i Iconie , qu'il luy déclara la guerre , & s'empara^e plufieurs 
places de TÈmpireJ! attaqua aiifll Çofx ùéxc Dadun,& prit fiv 

Sf 19 



é 
ê 



3itf DE MAHOMET ET DE SES 

luy Céfaréc, aprcs-quoy il fit tout ce qu'il pût pour exter^ 
miner lagupafan , qui mourut comme il eftoit fur le point de 
luy donner bataille. Apres (à mort il entra fccrëtement dans 
Amafie , & fe rendit maiftre de la province , èc enfuite de la 
Cappadoce ; puis pouriuivant (a pointe , augmenta fon £m* 
pire pat la mort , ou le banniflèment de la plufpart des 
Seigneurs qui commandoient aux environs. De-là il tourna 
(es armes contre l'Empereur qu'il ne laijQToit pas pourtant 
d'appeller fon père , comme l'autre l'appelloit Ion fils j & fî 
l'Empereur venoit àbatre Tes armées ,il dépefchoit vers luy 
des AmbafTadeurs avec prëfens , s'excufant de tous ces deU 
ordres fur les Turcs. Cependant ,.^1 ravagea les terres de 
saionion. Laodicëc , dont il tua l'E vefque , & fit plufieurs autres maux. 

Il diToit , en raillant , oue plus il faifoit de mal à TËmpereur, 
plus il en recevoit de oien , parce - qu'on luy envoyoit des 
prëfens après Tes viâoires ^ pour l'empefcher de paiTer outre. 
Enfin l'Empereur irrité , envoya vne armée contre luy, fous 
le commandement de Bafile, qui entra la nuit dans fon 
camp , parce-qu'il refufoit la bataille , & fit d'abord vn grand 
carnage j Mais les Turcs ayant feû le mot des Cbrefnens , 
arreftérent leurs progrez dans robfcurité j de-forte qu'on fe 
retira au point du jour avec grande perte de parc*&-d'aa«» 
tre, & Bafile retourna à Conftantinople. 

CHAPITRE XXXV- 

"De lofef^ ficond dit mm y Roy de Maroc i fj0 des châjes 

ârrivtts fins fin regm. 

11^^. TOsEF eftant parvenu à l'Empire après la mort de A>ii 
X père Abdulmumen , fe montra entreprenant , & grand en- 
nemi At% Chreftiens. Apres avoir appaifé donc quelques 
troubles , 6c confirmé dans leurs Eftats les Rois de Tunis êc 
de Bugie , qui eftoient fes va0aux , il palTa en Efpagne dés le 

ii^S. commencement de l'année avec foîKante mille chevaux ,& 
plus de cent mille hommes de pied , à U prière ées Rois 
Maures , qui luy offiroienc obéïflàoce , pour s'affiraachir dt\ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 317, 

joug des Chreftiens* Il ne fut pas pluftoft arrivé , qu'ils le 
furent trouver , & luy preftérent ferment de fidélité , & A- 
ben Haddu aufli-bien que les autres , nonobftant les obli- 
gations qu'il avoit aDom Alfonfe.Il n*y eut queLotb^Rôy 
oeMurcié & de Valence ^ qui demeura dans Ton devoir. Sur 
ces nouvelles, le Roy Alfonfe^qui avoir pourveà à toutes 
les places de la fronaére^au bruit delà venue d'vn (î puiC 
fànt ennemi , 8c imploré le fecours du Pape & du Roy de 
Trance , aflembla Ton armée , tandis que les Maures s'em-- 
paroient des places de TAndaloufie. Mais comme ils eurent 
mis le fiége 'devant Almérie/il y accourut, & tomba mala- 
de dans Ba^i , où il laiflk le commandement de Tarmée à 
ion fils , pour retourner à Tolède. Toutefois en paflant la 
Sieira Moréna , le mal le prefia fi fort au détroit de Mura- ^^j^^J^ 
dal , qu*il fut contraint de s'appuyer contre vn chefne , où il le n. Aouft.' 
mourut , laiflant la Couronne de Caftille i fon fils aifné , 
Dom Sanche^ fumommé le Defiré , & celle de Léon à Fer-» 
oand. ^a mort cauia de grans maux à l'£(paene. Car fon 
armée deftituée de fa pr^fence fe retira , & Xaifla prendre 
Almérie êc^uadîK , puis la ville d'Anduchar ^ après -quoy 
f ennemi afliégea Baeçi 6c Montore. Le Comte Dom Man- 
/iqaede Lara, qui commandoit dans la première > ayant de- 
mandé du fecours a Dom Manche , & receu refponfe qu'on 
^'eftoit pas en eftat de le fecourir , rendit la place , Se ceux 
de Montore en firent autant. lofef allade.IàauxPédroches^ 
ta comme il continîioit fes progrés ,Dom Sanche s'apreftant 
à marcher contre luy , après avoir grofli fon armée de quel- 
que fecours efbanger, tomba malade dans Tolède & mou- ^^^^f^ 
rot. Cependant , comme il eftoit arrivé dans fon armée ^ ~ 

quantité de brave Noblefle de toutes parts , par forme de 
croifade,on ne laiflà pas de marcher contre l'ennemi , qui 
tiroir vers Seville )& fon luy donna bataille, où il (ut vain* 
eu ,avec perte de quantité de gens Se de braves Chefs , dont 
il y en avmt deux principaux, ^us^me 8c Adalguer. Après 
là défaite, il fe retira à Seville , & les Chreftiens à Tolède, 
ou ils mirent bas les armes , fie chacun retourna chez foy - 
<^rgé de gloire 8c de butin. Dom Sanche par fà mort laif- 
(a la Couronne de Caftille i fon £ls Dom Alfonfe nçufvic^ 



» 



Fadala & 
Omar. 



318 DE MAHOMET ET DE SES 

nie du nom , fous la tutelle ou régence de Dom Gutiére 
Hcrnandezde Caftro ,parce-qu'il n*avoit que trois ans , pré- 
férant ainfi fon fils à ion frère Dom Ferpand , qui régnoit 
1160^ dans Léon , ce qui caufa de grans troubles. Cependant, lo- 
fef laifla en paix les Chreftiens , pour tourner fcs armes coiv. 
tre les Rois Maures qui l*a voient appelle , & fe rendit mar^ 
tre de tous leurs Eftats. Le premier qui fut attaqué , fut 
Loth , qui régnoit dans Murçie 8c dans Valence , Se qui eftoit 
tributaire de Raymond , Comte de Barcelone , après Tavoir 
efté de Dom Altonfe, Roy de Caftille.Le fécond fut Abcn 
Alhax , Roy de Mérida ^ qui fe rendit fon vaflal , fie favorifé 
de fes troupes , envoya vne armée dans la Caftille , fous le 
commandement de deux de fes fils , qui xetouraant chargez 
de butin versTalavera , après avoir ravagé les contrées de 
£11 yn lien Pl^fcoçia Ôcd'Avila, furent attaquez par Sanche Se Gomés 
nommé les Chimenés , qui les défirent ^ Se reprirent tout le butin. Ce- 
Sept Guez- pendant, la guerre s*allamoit de plus en plus entre lofef 8C 

Loth , qui fccouru des Chreftiens fe rendit maiftre de Gre- 
nade , puis la perdit , &c la recouvra. L'an mille cent fou 
xante-deux, Dom Alfonfe Enriquez, Prince de Portugal, 
-iï^4* prit la ville de Bêcha fur les Maures ^ geSancho Chimenés y 
avec fon frère, fit des courfes au quartier de la Seréna , d'eu 
ils enlevèrent force troupeaux , Se les Maures eftant accou- 
rus à la récouiTe ^ ils les défirent , Se retournèrent à Avila 
chargez de butin. Les difFerens d'entre Caftille Se Léon 
eftoient alors plus échaufFez qu'auparavant , Se Dom Fer- 
nand Ruis de Caftro, neveu du Régent , Se Gouverneur de 
plufieurs places , eftant alors dans Tolède , les Almohades 
entrèrent dans le païs , Se firrtit de grans ravages j mais com- 
me ils fe retiroient dans l'Andaloufre chargez de butin , il 
leur donna bataille près de Calatrava^fans aucun avantage 
de part- 8e- d'autre , Se chacun s*en retourna d'où il eftoit 
ii^y. venu. D'autre- coftè^Dôm Alfonfe Enriauez prit fur les 
Maures Zambra ou Cézimbra , Se affiégea PalmcUe j Se com- 
me le Roy Maure de Badajox alloit pour la fecourir avec 
quinze cens chevaux Se fbixantç mille hommes de pied , En- 
riquez luy donna bataille , Se le défit , puis continua le fiège 
dé Palmelle>quife rendit par compôfition. Cependant,Dom 

Alfonfe^ 






SVCCESSEVRS, LIVRE II 



it9 




& de Calacrava , outre beaucoup d'autres François ic E^pa- 
oncls y qui le vinrent fecourir. D'iutre-cofté , le Roy Alfonfe 
deCaftille s'empara de quelques places du Royaume de To- l-^q „^, 
léde ) Que tenoit Fernando Ruis de Caftro , qui avoir pris le k is. Aouft. 
parti du Roy de Léon ^ & qui luy abandonna enfin la capi- 
taie y pour fe retirer vers lofef. Il fut reccû avec joye en la 
compagnie de plufieurs Chreftiens , qui le fuivirent , & on 
l'envoya faire la guerre au ,Roy de Grenade , qui luy tint 
tefte^a l'aide de DomAlfonfe. En mefme tems , lofef quî 
eftoit dans Seville^eut guerre avec AlfonfeEnriquez,Prin. 
ce de Portugal, qui envoya vne armée contre luy 'y fous le 
commandement de fon fils Dom Sanche , accompagné <ie 
braves volontaires^ qui y eftoient accourus , comme à vne 
croi(ade/ Dom Sanche ayant donné bataille aux Maures, les 
vainquit, Se les rechafla jufqu'aux portes de Seville-, aprés« 
qupy il mit le fiée;e devant Niébla,ayantrmnér^charafe. 
Mais fur la nouvelle que tes Maures avoient affiégé Beje,i) 
leva le fi6g€,£c les rencoiftrant en chemin, les défit, &re-> 
tourna viâôrieux ^B PcTrtuzal. L'année d'après ayant appris 
que l'armée du Roy de Baaatox ravageoit la contrée entre 
Mondégue. ^ le Tage , il l'alfa rencontrer , & la bâtit , avec 
g^nd meitftre , gênant plufieurs autres batailles contre lé» 
Maures* 

Sur ces entrefaites ^ lofef ayant appris que quelques^Com^ 
munautez des^Zénétes s'eftoient (bûlevées au Royaume de 
Treméçen, & que fon abfence leyoitile cœur aux Arabes, 
il repaiia en Afrique, laiflàot vne cruelle guerre dans l'An-* 
daloufie , entre Loth Roy de Grenai^e , aidé du fecours de 
pom Alfonfe , & Fernand Ruys de Gaftro , & les Maures de 
ion- parti. Mais après avoir appaifé les troubles . d'Afrique , 11-71. 
il repa^ en E^agne avec vne innombrable armée , pour 
terminer ces dinèrens. Sur la nouvelle de fa venue, U^ Gou- 
verneurs d' Alfonfe , après avoir garni fa frontière , imploré-* 
sent le fecours du Pape, qui fie publier vne croifàde,6c luy 
eavoya vp Cardinal Légat, avet dc grandes Indulgences. Ib 

Tt 



1 



j 



: ■ » ■ — 



3JO DE MAHO'MET ET DE SES 

arriva donc de France & d'Italie quantité de gens de guer- 
re, & les Princes d'Efpaene feTeconciliéroat , for l'apprë* 
hènlion des forces des Maures» Alfonfe d'Aragon orit plu* 
fieurs places fur eux le lone des bords derHebre&oeiaCa. 
lende , & aiUears , & Jofef;iit la guerre toute l'année contre 
Loth^faxis luy faire beaucoup de mal ,À.cau(e dû (ècoursde 
Pom Alfonfe. Mais U*defius Lofh éftanc mort de maladie, 
ceux de Grenade fe fournirent à lofef , qui fe fit maîftre de 
toutes les forterdTes de cet ECbat , & de la ville de laço. Dc- 
: U tournant par Almérie , il aflUjettit cette contrée , & tra* 
verfant le Royaume de Murcie , paifa à Çuencja ,, 8c en la 
compagnie de foa fils Alman(pr ^ alla aflQbégerHuete ^ qui eut 
efté contrainte de fe rendre faute d'eau , (ans yn. orage qui 
(ùrTint le jour de. Saint lufte^qui en fournit en abondance, 
jufqu'à renverfer les tentes du Koyr^A^aure.-D^aiU^s quan- 
tité de Beamois & de Gafcans ^ 6c autres eftrMigers, açcou*. 
furent au fecours de cette place , qui ^ent -retirer lofef au 
1171. Royaume de Mùrcie^dont il acheva la conqueflre.fUannée 
fui vante ^vec yn renfort q«i iuy vint d'Afrique ^-il fortitde 
.Cordouë accpmpaenc de treize Roîs Maures , te entra. par 
le Royaume d&JBadajpx dans le Portugal^Hoù ayant emporté 
TorrefiioTas. d^afiaut vne place Corte^ il ravagea le pais. Suir la nouvelle 

de (à venue ^ Dom Alfoniè Enriquez fortifia Lisbonne , & y 
■ laifiant Pjnfant.J>omSaf)^he,paCa4^Cx>im^^ pounreut 
d'hommes 6c de munitions toutes les places de ces quartiers* 
' là, puis il fe retira a Santaren , pu îofef le vint attaquer, 
fie le premier adàut dura cinq jours êc cinq nuiits femdiicon* 
.tinuation.. Cependant, le Roy Alfonfe de C>ftille y envoya 
du (éçours ,fic les. Rois d'Aragon, de Navarre fie de Léon, 
en firent autant à ion exemple. Le^Çardit^al Légat de fon 
cofté avoit a{Iemblé g|rand nombre de Gâfcohs , JProveo- 
^ux , Se de Bearnois, par le moyen de la croiîade , 6c les Che^ 
valiers de tous les Ordres. De-forte que ïofef ûchant que 
tout e^oit preft^pour le fçcours , redoubla tous Tes efforts 
pour prendre cette villej mais for ces entrefeites , il receut vn 
coup de floche, dont il mourut. Quelques-vnsdifent , qu'il 
fot oleffé par vn des fiens , d'autres nar vn Portugais ; mais 
tant y a quelles Maures levèrent le liège, fie cenbc d'Afrique 



l 



SVCCESSÉVRS, LlYRE IL 331 

^efli rétOfunHkent en Barbarie. lacob Almanfor Ton fils, lay 
luccédft , qoi fut nommé auffi Amir Elmocclemin , & Dom 
Raymond déren«r , Comte de Barcelone , eftant mort , 
kifla pour fucceifeur (on fib Dom Alfonfë , qui fut Roy d* A- 
xagon. 

Pour retourner en Aïîc , les Sbudans d*Icdnie & d*Ègy- Afii 
pte s*efbint liguez enfcmble pour fairfc guerre aux Chre- ^^^^^ * 
ftiens 9 l'Empereur Manuel afiêmbla vne fwte de deux cens °*" ^ 
galères , fous le commandement d^Andronique , pour leur 
refifter par mer -, tandis qu*il les attaqueroit-par terre avec 
les Chreftieiïs de la Tudëe, pour prendre fur 'eux la ville de 
Danûettè. Apres avoir donc communiqué fon deflein àAlmé^- 
ric,Roy de lérufàlem, qui s'ofirit d'y aller en perfonne , il le 
fit avertir qu'il (èroit dans peu à Damiettê , avec de l'argent 
pour payer la cavalerie qu'il luv amèneroit. P«i de tem$ 
après Andronique arriva àKïéhbote, où^il trouva l'Èmpe- 
i^ur y qui y eftôit venu pour* voir Tarmée navale^ ^ donner' 
les orcbte neceflaires. Après y avoir demeuré deux jours , il An pou dcr 
fe rendit prés de Sefté & d'Àbyde , où ayant fait embarquer ^^^" 
quantité de gens de guerre, il prit la routé de Chypre,»: 
ayant renoicnitré flx'galéres d'Êgy'ute , qui venbient a la déi- 
couverte, il en prit deux,& lerefte fe fauya. Comme il fut 
arrivé- à Chypre, il fit fa voir fa venue au Roy de lerufalem,^ 
qui fe repentant de cette entreprife , en différa l'exécution ; * 
mais entai il luy' manda qu'il le vfnft trbu ver , pour en dé- 
libérer enfemble. Atidroniqàe y eftânt arrivé, & voyant les ' 
difficultez qu'il feifoit , le pria de nt point faire avorter ~ 
vn fi glorieux deffein. Enfin le Roy rcfolût de faire Ten- 
treprife par terre avec toutes fes forces , parce, que le voya- 
ge efloit plus feur , & qu'on pbuftoit s'emparer de deux ^inic & Thé- 
mndes bour^des, fituées dans vnc plaine fort fcrtfle, où n&sL 
^traiée fe rafraifchiroit ,^outre qu'elles efloient peuplées de 
Chrefbens , quby-qu'dles iuficnt fous l'obéîflance du Roy^ 
dHEgypte. Il parrit donc, 8c y efbnt arrivé, les habitans fe • 
renairentaum-toft- Dé-là il alla à Damiettê , où il trouva 
l'armée navale , qui avoît déjà eu affaire avec les ennemis y ^ 

ÎC fit entrer les galères dansleNîl, pour aflSéger la ville de, 
téu$ collez. Après avoir fait brèche en divers endroits , il '' 



J 

J 



551 DE MA^HOMET ET DE SES 

fit donner l'aflaut 5 maU les habitans fe défendant vaillaia- 
ment, il en falut venir à vu accord , qui fut remis i la deci. 
(Ion de l'Empereur , lequel fit la paix plus avantageufe pour 
les Barbares qu'honorable pour les Chreftiens ; de -forte 
qu'Andronique retourna tout en colère i Confbintinople ^ 
& le Roy en Icrufalem. EnfuiteJManuel marcha contre le 
Soudan aIconie,qui ne laiflbit pas nonobftant lacréve^de 
faire des courfes dans les terres ac l'Empire, & l'Empereur 
paflant à Dorilée , la voulut fortifier. Sur çét avis , le Sou. 
dan luy envoya demander pourquoy il luy £aifoit la guerre , 
&il fit refponfç qu'il jciePignoroit pas , après cÇr<ïuu avoit 
feit , & fe hafta de fortifier la place, & d*y faire creufer des 
puits , à-caufe qu'elle manquoit d'eau^ Les Turcs voyant qu^il 
ne la fortifioit à autre deuein , que pour les chauer de la 
campagne où ils falToientpaiftre leurs troupeaux , &c d'où 
ils faifoient desxourfes çà èc la fur les, Chreftiens, feparta- 
gèrent en plufieurs troupes ,.^ vinrent par divers endroits 
. pour empefcher les jcravaux , tu$int ou faifànt: captifs ceux 
' qui alloient aux pierres ,qu à l'eau ^ Mais l'Empereur y ac* 
courut en perfonne avec^ f^ cavalerie , pour efcorter les ou- 
îSubWc. yriers , 6&.aprés avoir fortifié Dorilée , & vne autre place *, 

retourna à Cpnftantinople. L'année d'après ayant ailemblé 
vne armée encore plus torte,aùil y avoit des Italiens 6c des 
Tartares, de ceu^ qui habitent le long du Danube,^ plu-, 
fieurs autres nations, il prit la route de Phrygie & de Lao- 
dicée , Se arrivant àCoxie,entra au Êimeux Temple d^ Saint 
Michel, d'où il paflà i Lampi^ fie vint à Célene, où eft la 
fourcé du Méandre. C'eft-IA qu'on tient qu'Apollon écor- 
cha Marfias , qui luy vouloir difputer le prix de la MufiqueJ 
De.là il palTa à Come, fie â vn vieux chafteau defert,nom- 
^ mé Myriocéfale , pour le grand nqmbre de teftes que les 
Turcs coupèrent prés de u aux, Chreftiens. II. continua 
ainfî fà route , avançant autant qu'il pouvoit avec l'embaïas 
des chariots Se de l'attirail ^ mais fe fortifiant toujours dans 
fes campemens fans fe négliger en aucune façon. D'ailleurs 
il eftoit retardé par les courfes fie les efcarmouches des 
Turcs , qui empouonnoient les eaux , 8c luy coupoient les 
yivres. Sur/çcs entrefaites, le Soudan dlconie, quoy-qu'il 



Ville de Pa. 
Jacc. 



« 



'SVCCES;SXVRS, LIVRE IL 53J 

euft âilêinblé vn grand feconrs de la Perfe , de la Mëfopo^ 
tamie , ic d'ailleurs , l'envoya rechercher d'accord , à quoy in- 
clinoienc les Capitaines les plas expérimentez , parce * qu^il 
tenoit la plufpart des paflages & des places fortes par où il 
faloit pailer. Mais TEmpereur fuivant le confeil des jeunes 
eens , qui ne favoient rien de la guerre , renvoya les Ambaf^ 
ikdeviis fans rien conclure. Le ooudan fit vne nouvelle re- 
charge , mais en vainj après, quoy il envoya (es gens en em- 
bufcade dans les paflages cki mont Taunis , avec ordre d^en 
chafTer les Chreftiens ^ s'ils s'en eftoient emparez aupara- * ciiffura m 
vant. Il y a en cet endroit vne valée fpacieufe^ qui fe naufl ciu/Tc* ' 
fânt vers le fommet des montagnes , s'eftend de là vers le Se- 
ptentrion , vn peu au bas des coftes , & fe divife en d'autres 
Talées plus découvertes ^ eftant ceinte de l'autre cofté déro- 
ches efcarpées. UEfnpêreur ayant à tpafTer par là avec les 
troupes y oublia au beioin ùl diligence accouftumée. Car 
fans éâire reconnoiftre les paflages, ni feparer les bagages de 
Tannée , pour ne point l'erabaraflèr dans le combat^ il mar- 
cha en cet ordre. L'avantgarde eftoit commandée par lean * Fils de Cm. 
& Andronique *, le corps de bataille par Conftantin & La- ftaûtmr a^c, 
barda , avec leurs bataillons rangez en forme de croiflànt , 
dont la corne droite eftoit commandée par Baudouin , Roy Mj^rodo*. 
de lérufàlem , & la gauche par Théodore ^ aprés-quoy ve- & Labarit 
noit tout le bagaee , & enfuite l'Empereur, avec la force des ^*°^®°*9^ 
troupes. L'Amiral Andronique fàifoit l'arriéregarde. VoiU 
Torore de l'armée en entrant dans . ces valons. Mais lors 

3[U*on vint aux deftroits , où l'on ne pouvoit s'eftendre , les 
eux pointes de la bataille fe -reflerrérent 8c enfoncèrent 
les ennemis <}ui s'eftoient poftez de part-&-d'autre fur les 
montagnes., pour empefcher le paflage. Lereftede l'armée 
eut paSc de mefme fans danger, s'ils euflènt rangé départ^ 
&-<i'atttre lés gens de^trait , pour dénicher les ennemis du 
haut des montagnes ^& qu'ils enflent fait vne pavefade, conv- 
me on faifoit alors pour le remparer contre les flefches des 
T4ircs,& les tenir écartez. Mais ne l'ayant pas fait , ils vin-^ 
xent fondre de tous coftez fur eux avec de grans cris ^ & met- 
tant les. Chreftiens en defordre, en tuèrent grand nombre, 
!^'aile;de Baadouïnprit la fuite^fnais dans .cette conjooâsi- 

• T t iij 



Androniqoe 



mais 



334 DE MAHOMET ET DE SES 

re ,ce généreux Prince ralliant vn corps de cavalerie^ don- 
na au milieu des ennemis') où il fur nie arec tousceux qui le 
fttivoient. Le Turc enfléde ce fuecés, fie tant ou'ii romoit 
Favantgarde & la batailk , fie- Te iaifilTam des pauages où les 
Chreftiens accouroient en fouie , il les tuoit les vns fur les 
autres ) fans qu'ils fe pûflent défendre , ni l'Empereot les re- 
courir , à-cauie de Tembaras du bagage, -outre qu'on eftoit> 
ceint de toutes parts de roches efcarpées. Le nombre des 
Ghrefliens qui fut eue à coups de flefcbes fut fi grand , 
que les valons^eftant' remplis ae corps mo^s^-off y voyoit 
coûter des ruiflèaux^ de fiinz. Swt ces entrefaites , les Turcs 
montrérentaubout d'vne lance la tefte du neveu de l'Em- 

&auque.^ pereur , qu'il avoit envoyé>ave& les troupes de Paphlagonie 

contre les Amaféniens , &: attaquèrent Manuel de tous co- 
ftezvavec le plus d'êffbrc , fâchant bien que de-là dépendoit 

Jr',^'"?^^ j^"^ tout le fucc« du corobat; Gela luy fit redoubler (es forces, 

^"hwanMcj & encourager les fiens , pour Vouvrir vn pafiage Tépée à la 
s il cftoit main; S'éitant donc rallié- a veo ce qui lùy reftoît , il fe fit 

flï)uTcch ^ y^^^ i travers vtrgros qui vendit pour rënvelonper , & côm- 

bâtit avec tant de vigueur \ qu^outre ks blefiure^ it receut 
en fon bouclier trente flefdies , &t fon cafqtte fut tellement 
enfoncé \ qu'on ne pouvoit haufEer la vifiére. Cependant , 
les Turcs ne cefTôient de tuer 6£ de fraper ^ Si ceux qui fe 
penfoient fauver pardeilus les corps de leurs compagnons , 
eftoient égorg^z^par les Turcs i qu^ ef^Dieitt répandue dc^à 
&delà dans ces montagnes. Car le lieu donf^nous partons fe 
divife en fept profondes valées, proches les vnesaes autres; 
se encore que le pâfTagefoit a{rez4arge d'abord ,H fe rcffcr- 
re peu à peu • de - forte qu'A peine tfois chevaux en quel- 
oues endroits 7 peuvent paflcr de front. Les Turcs s'eftant 
donc faifis de ces lieuic ,on n'avoitpas pluftbft paÂ^ vn àé- 
filé qu'on eftoit invefti déroutes parts. Pour comble demain 
hbur ^il furvittt vn grand vent , qui couvroit tout Tair de fa- 
ble & de poufliére -, de -forte qu'on nfe fe voyoit pas Wû 
l'autre^ 8c l'on s'entretuoit fans le reconnoîftre. Il en tom- 
hoit donc des deux coftez , mais non pas en fî grand nombre 
du cofté des Turcs , ni les plus braves , comme parmi les 
Chreftiens , car il^n'y âvoit que ceux-là qui fiffimc fecftc. Sw 



SVCCESSE vus, LIVRE IL 3jy 

ces entreÊiites, l'Empercnr fe trouvant ikns gardes, accom- 
pagné d'vn feul Ecoyer^femtt au pied d*vn poirier (auvage 
pour reprendre haleine ; & comme Ton Ecuyer luy racom- 
modoic (es armes qui eftoiem: tpuce» t^riféçs , il furvint vn 
Turc , qui mit la^main fur la bride de Ton cheval pour Tar- 
refter. Mais il l«y donna ^n £ grand coup fur la tefte y d'vn 
tronçon de lance^ qu'il le iena mort par terre -, & comme 
d'autres accoururent pour le prendre, il prit la lance de Ton 
Ecuyer , & en tua le premier , tandis que Ton Ecuyer dVn coup 
de iabreciMipe la tefte a vn* autre. Dans cette conjonâure 
dix de (es cavaliers jarri virent, qui le noirencau milieu d'eux, 
& Remmenèrent w^tb vn grosœii avait pris le devant. Mais 
ce ne fut pas fans péril , Z-camt des ennemis qu'ils rencon-. 
troient à diveriès ibis (ar leur route. Lors - qu'il eut paffô 
ces deftroits , ou il falut marcher aflez long-tems Air des 
corps^morts , & tr^verfèr vne rivière, qui: couloir au milieu , 
il joignit vn gros de fcs gens ,-& chargea les ennemis, lean g^ntlLJ«dc 
Cantacuzéne.y fut tvë , êc l'Empereur attaqué enfuite ^mais rempocv. 
il combatit avec tant de courage, qu'il fe dégagea ,& joignit 
l'aniéregarde/qui Vattendoit dans Ton camp , où quelques 
troupes s'eftoient encore ralliées, ;11 fit faire bonne garde 
toute lanutt , 8c le lendems^ comme lesTurcs s'apprefloient 
à Tactaquer, le Soudan îneu de cpmpaffion, luy envoya de% 
raibûfeliiflemens , & fît trêve avec luy , i la charge qu'il dé« 
mohfoît les fcrterefies deSubléeCc de Jlorilée, qu'il avoit 
refta^lies;M4Îs l^Empereur fe voyaot hors de danger ne vou- 
lut pas démolir celle-cy ^ ce qui donna fujet au Soudan de 
recommencer la guerre , 6c d'envoyer contre luy l'élite de 
fesiaroupes , avçc ordre de détruire tous les lieux par où elles 
pafleroieQt,& de luy rapporter dç l^eau 6c du ^blon de la 
mer. Elles entrèrent donc dans les provinces de l'Empire ,' i-*Ao«eiira«c 
6c dètmifirent les villes de Phrygie 6c de Méandre 3 mais ^ ^^ 



dlcs donnèrent fans y penfer dans r-vne embufcade au pad 
fage de ce fleuve , où elles.perdireat quantité de;gens , 6c 
tout le butm. 

En mefmp tems il y eut de grandes guerres en Egypte en- 
tre les Soudans ^ 6c Saladin , neveu de S^acon , ayant tué le 
.<ja^ JimçtAuLàçc ^ fe rendit ina^be. de tout je païs. Mais 



Saracoa 
Sinaff. 



j 



Yitlorieuz 



y^G DE MAHOMET ET DiE SES 

pour ne point partager noftre narration , nous- dirons ces 
diofes dans la fuite en parlant des Mammelus. 

CHAPITRE XXX^VL 

jy^h lacob , fils de lofef^ Roy de t^àroç; ^ des 

djops arrivées de Jon tems. 

AP ke's la mort de lofef il y eut dé grans troubles civ 
Afrique , où laplufpartdes places bc des provinces fe 
ricux^^^ foûlevcrentj M^is Abu lacob ^iqu'on nomme ordinairement 
lacob Almanfor , ayant pris les refnes de l'Enipire , les remit 
toutes dans leur devoir , ou par amour ou par crainte , &fttt 
receu auffi-toftdans Fez pour Souverain. Les Rois deTrc- 
mé^en 6c de Tunis , n'ayant pas voulu obéir d'abord^ &'pra- 
tiquant fous-main les Arabes, il fît vne paix feinte avec eux y 
& anima contre eux ces peuples ^ ^ lors- qu'il les vit bien 
jengagez dans la guerre ,il auembla vne armée dans la Tin- 
gitane , comme pour les af&anchir de la tyrannie des Arabes, 
& pafTant dans le Royaume de Treméçen,fe joignit à leurs 
ennemis ,.& les dépoUéda de leurs Efuts , après avoir rem- 
porté la vidoire. Enfuite pour tenir ces provinces en paix. 
Se les délivrer de l'oppreflion des Arabes ,^ il -emmena ceux- 
cy avec luy , fous prétexte de les tirer de ces deferts , & de 
leur donner vn meilleur païs i habiter , & placam les {prin- 
cipaux dans les provinces de puquélâ ,iieTemé^env, & 
d'Az^ar, envoya le relie dans laNumidie&iaLiby^, pour 
les a^oiblir en les partageant. Tous ceux qui demeurèrent 
dans la Mauritanie Tingitane , furent fes vaflaux , parce-que 
ces peuples fontbprs de leur élément lors qu'ils font hors 
de leurs deferts, & perdent leur courage & leur force. Auffi 
s'en fu{rent-ilsretournez,s'ils euflènt pu traverfer les détroits 
occupez par les naturels Africains ^ & les campagnes polle- 
dées par les Arabes -anciens , fùjets du Roy. ils quitérent 
donc leur fierté naturelle , pour s'occuper à J^agriculturç , 6c 
a la nourriture de leurs troupeaux. Ceux de la province 
d.*Azgar payécent-d'abord tribut i mais ceux deDuquéla'fic 

de 






SVCCESSEVRS , LIVRE II. 337 

de Teméçen, eftant en plus grand nombre &: s*encendanc 
nSieux^s'en exemtérenc , &: avec le cems le firent payermeL 
xne aux naturels du païs , pour ne pas ruiner leurs terres , 
tant ils eftoient puiflans Se confiderables. Ceux qui furent 
envoyez dans la Numidie 6c la Libye , n'entendant pas bien 
le païs , furent quelque tems comme vafTaux des Numides^ 
mais a la fin ib s'en rendirent les maiflres ^ fie eflendirent 
encore leur Empire dans les provinces voifines, fans plus re«- 
connoiftrede Souverain que leurs Checsou Commandans. 
Ceux qui demeurèrent dans le Royaume de Tunis ^& qui ne 
purent eftre tranfpbntez , pour eftre trop belliqueux fie in- 
domtables, fe foûlevérent après la mort d'Almanfor , Se fê 
rendirent les maiflres. Leur domination a duré jusqu'au ré- RoîsdcMaroc 
gne des Bénimerinis , qui cédèrent cétEfbit ivn Chevalier * *^^^^*' 
d^entre les Zénètes , dont les fuccefTeurs ont régné depuis Ababafça. 
dans Tunisi'vn après l'autre de mafle en mafle ,jufqu»àHx. 
mida^ qui fut dépofledé par le Gouverneur d'Alger , pour le 
Grand Seigneur. Ce Cnevalier donc demeura maillre des Aiocfa, au 
villes fie des villages , en laifËmt la moitié des revenus de l'E- Fartacu 
ftat aux Arabes , tant que ceux-cy croiflant toujours en 
nombre ) on ne paya plus rienqu*à ceux qui eftoient alliez, 
fie qui fervoient à la défenfe du païs. Cependant, les autres 
faifoient des courfes deçà fie delà , pluftoft comme voleurs, 
que comme habitans ; de-forte qu'il cftoit difficile de voya- 
ger par ces provinces fans prendre pafTe- port de lieu à autre, 
ce qui fe fait en cette forte. Lors qu'on eft arrivé quelque 
part , le Chcc du lieu écrit dans vn regiftrc les noms des 
voyageurs , fie leur donne vn homme pour les conduire , qui 
porte vne lance avec vn guidon, ou eft fa dcvife, jufques à 
ce qu'on foit arrivé en vn autre lieu , où Ton fait la niefme 
choie, fie Ton prend tant par tefl:e,6e pour chaque charge, 
desluifis au(E-bien que des Maures ,fansquoy Ton court for- 
tune d'eftre tué ou volé. Voilà ce qu'on pratique pour fa 
feureté par tous les quartiers où il y a des Arabes. 

Pour retourner à noftre Hiftoire , lacob Almanfor s'ëflanf a rcxtrcmîté 
rendu maiftre des provinces de Barbarie , fit des courfes dans ^^^^\^q^^^* 
le païs des Numides , fieaffujettit tout ce qui eft depuis Mef. d«t,ducofté 
ià jufqu'à Tripoli ,qui comprend les Royaumes de Maroc , dc$ Nègres. 

Vu 



i 

J 



jy8 DE MAHOMET ET DE SES 

de Fez , de Trcméçen & de Tunis , & contient plus de douze 
cens lieues de longueur , & de largeur cent quatre-vingts, 
depuis la mer Méditerranée jufqu'aux fablons de la Libye. 
D'autre-cofté, tous les Maures d'Efpagne le reconnoiflbient 
pour Souverain , & il y fit encore des conqueftes fur les Chre, 
{tiens 3 (i- bien que ce fut le plus puidant Roy qui ait régné 
jvuircmcnt en Afrique depuis les Califes. Il baftit la ville de Rabato , 
Méhcdie. pj.^^ j^ .g^j^ ^ g^ outre cela Manfora , Alcaçar-qui-vir , Alca, 

^ar-çaguer , à-caufe du paflage des armées en Efpagne , Se 
plufieurs autres , dont nous ferons mention quand nous en 
parlerons en détail ^ ce qui luy aquit le nom d'Almanfor, 
.x)u de Victorieux , car ce n'eftoit pas fon nom propre. 
^r ^. "Pour retourner en Efpaene , Loth Roy de Valence eftant 
:^' * mort ,fes Sujets fe partagèrent entre fon fils & les Almoha- 
des , les vns fouftcnant vn party , les autres Tautre. D*où Al- 
fonfe,>Roy d* Aragon , prit occafion d*affiégerla ville, après 
avoir ravagé le païs-,mais vn Chevalier Almoravide, qui y 
commandoit , s'offrit de le reconnoiftre pour Souverain , 
pourveu qu'il luy laiflaft le gouvernement de la place , ce 
1174. ^ui fut fait. De-là Alfonfe alla aflîéger Chative^qui appar- 
;:enoit au fils de Loth , fans quiter le fiége que ce Prince ne 
fe fuft fait fon vaflal j quoy- que cependant le Roy de Navar- 
re couruft fon païs. 

L'année fuivante , lacob Almatîfor,qui avoit déjà pris ce 
titre avec celay d'Amir Elmocélémin , pafla en Efpagne a- 
prés avoir pacifié l'Afrique. Il fit fon entrée dans Cordouc 
a la tefte d'vne puiffante armée , puis retourna en Afrique 
lans rien faire , fur la nouvelle de la révolte de quelques 
<jouverneurs. Il laifla pour Lieutenant général Dom Fer- 
. jiand Ruis de Caftro , avec vne partie de fes troupes , quoy- 
,qu'il fuft Chreftien j & fi-toft qu'il fuft parti , Fernand joi- 
gnit [qs autres Maures ,& entrant dans le Portugal, aflîégea 
Ciudad Rodrigo, après avoir ravagé le païs. Surces nouvel- 
Au lien qu'on lcs,Dora Fernand, Roy de Léon, y accourut-, Ôcquoy-que 
ïr"cTcl ^''^"^ plus foible,luy donna bataille, ôc le vainquit, fans rompre 

.pourtant le gros des Chreftiens qu'il commandoit ^ car il ne 
te youlut point attaquer ,& fit fibien par des gens qu il en- 
voy^ vers luy , avec promelFe de luy donner fa fœur en ma- 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 53^ 

rîage ^ qu'ir quita le parti des Maures pour prendre le fien. 
Ceitx de Badajox , de Mërida , & des lieux d'alentour , fe ren- 
dirent auffi fes vaflaux. Apres ces chofes il y eut guerre en- 1 1?^* 
tre les Rois de Caftille. & de Navarre , qui fut aflbupie pour 
rheure par Pentremife du Légat du Pape ; mais l'année d'a- 
près ^Alfonfe , Roy de Caftille , alla afficher Cuênça en la 
compagnie du Roy d'Aragon , & comme il la batoient , Fer^ 
nana Ruisde.Caftro, qui eftoit venu avec celuy-cy,fe reti- 
ra par ordre du Roy de Léon , & s'alla rendre maiftre de Caftro ché- 
plufieursplaces de la Caftille , qui avoient appartenu à fes '^^ %^^^' 
prédecefleurs. Mais Air cet avis le Roy de Caftille laifla la* 
conduite du fiëge au Roy d'Aragon , & alla reprendre ces- 

f places ^ 8c faire la guerre à ce Prince. Alors les Maures de 
'Andaloufie s'aflemblcrent pour fecourir Cuença ^ mais n'o- 
fant attaquer le Roy d'Aragon ^ qui eftoit puiflant & en bon 
ordre, ils allèrent ravager le quartier de Tolède. Les habi- 5' n"j"VI^ 
tans eftant fortis furent défaits , & deux des principaux Che- jc$. * 
valiers de la ville tuez ^après-quoy les Maures retournèrent 
dans^ r Andaloufie , & le Roy de Caftille au fiège de Cuença , . 
qui fe rendit à la fin à compofition ,5c il la repeupla & for- 
tifia. D'autre-coftè , le Roy d'Aragon entra au Royaume de An mois d'o-> 
Valence, & rendit tributaires tous les Almoravides de cet- ^° ^^ 
te contrée, puis retourna viftorieux en fonpaïs. L*an mille 
cent foixante fie dix-huit , il y eut guerre entre les Rois de 
Léon Se de Caftille, 8c l'année fuivante ceax de Caftille fie* 
d'Aragon partagèrent leurs conqueftes , 8c le Royaume de 
Valence échut a celuy-cy , comme celuydeMurcie au Roy 
de Caftille ^ après-quoy le Roy d'Aragon prit fur les Maures 
Villcr^ôc autres places frontières de Valence, qui s'eftoienc* 
foûlevèes. L'année mille cent quatre-vingts , les Maures de 
Badajox 8c de Mèrida, 8c autres de ces quartiers, entrèrent- 
enfèmble dans le Portugal, 8c affiègèrent Santario 8c Gelves^ 
mais le Roy de Léon,. dont ils efcôient vaflaux, leur ayant^ 
mandé qu'ils levaient le fiège , ils obéirent. Deux ans ,ig^^ 
après, le Roy de Caftille pafla de Calatrava au px'is des 
Maures avec vne puiflante armée, 8c prit le chafteau de Cé- 
rèfiia,en la contrée de Confuégra, 8c y ayant laifTè bonne' 
^miA>n , paila dans les campagnes de Montiel &c d' Alcaras , 

Vu ij 






1184. 

Snr le bord 
du Chacar. 



1186. 

Af%€. 



Hadec. 



AÏ50 



,Qua«icr de 
ScyIIIc. 



340 DE MAHOM1ET ET DE SES 

& en la contrée d'Vbéda , au'il ravagea (entièrement , puis 
retourna vidorieux en CaftilJe. L*an mille cent quatre-vingts 
trois, il prit la route de Vëlés 5c d'Alarcon , 6c pafTant la ri- 
vière de Chucar , fit des courfes par tout le Royaume de 
Murcie, puis retourna à Tolède cnargé de butin. L'année 
fuivante il retourna dans le Royaume de^urcie,& prit par 
compofition le chafteau d'Alarcon , puis fcrctira vidorieux 
en Caftille. L'an mille cent quatre-vingts, cinq, il prit la 
route de Talavera , & paflant le Tagc entra dans le pAîs de 
Truchillo , & fit de grans ravages en la Sécéna , d*pii il pafli 
jufques vers Seville ,puis vint alléger le chafteau de Reyna, 
& rayant pris , retourna à Tolède ciiargç. de butin. La mef- 
me année Dom Alfonfe Henriquez, Prince de Portugal, 
eftant mort, Dom S^rlehe fon fils luy fucqéda,Sclc Roy de 
Léon prit Iniefta l'année fuivante. 

La mefrae année le Pape folicita le Roy de Caftille de 
vouloir cftre d'vn voyage oe la Terre- Sainte, avec TEmpercur 
Frédéric , & les Rois cîe France & d'Angleterre , contre Sa- 
ladin , qui s'eftoit rendu maiftre de la plus grande partie de 
la Syrie ^& de l'Arabie, après s'cftrc défait du dernier Ca- 
life d'Egypte delà ligiièe de Caym , & mena^oit lérufalem. 
Le Roy fît refponfe , qu'il ne pouvoir abandonner la guerre 
qu'il avoir comn)encée contre les Infidelles en Efpagne , & 
la divifion s'eftant nieflée entre Frédéric &ces autres Prin- 
ces, le voyage fut rompu^ Mais Paii mille cent quatre-vingts 
neuf ^Philippe Roy de France, fit paix avec Richard d'An- 
gleterre , pour faire lentreprife cnfemble , & furent fuivis 
e, Guillaume, Roy deSicile ,& de pltfiîeurs autres Princes 
Chreftiens. -Mais ceux d'Efpagne ay^tnt guerre entre- eux &; 
contre \t% Maures , ne purent eftre de la partie. L*aûnée fui- 
vante , les Rois de Caftille & d'Aragon entrèrent par divers 
endroits dans l'Eftrémadure , & forcèrent les chafteaux de 
Magazel Se de -Bagnos , & de plufieurs autres places , d'où 
paflant jufqu'àGuadalquivir, ils ravagèrent tous ces quar- 
tiers. La mefme annçe ils retournèrent dans l'Eftrémadure, 
& achevèrent de détruire le pais du Roy de Mèrida , d'où 
paflant par les montagnes de Frègenal à TAcharafe , ils'arri- 
vèrent jufqu'à la mer pillant , & faccageant tout. Ils pri- 



% 

V 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 341 

r^nt auâi Calafparre , puis retournèrent en leur païs chargez 
de butin. Sur ces entrefaites , vne armée d'Anglois qui al- 
loit a la conquefte de la Terre-Sainte , eftant arrivée à Lif- 
bonne, Dom Sanche,Roy de Portugal, la pria avec gran- 
de inftance de Taider à prendre Silves en Aigarbe ,fur Vcù 
perance d*vn grand butin , à quoy elle s'accorda ^ fi - bien 
que le Roy l'attaquant par terre , & les Anglois par mer , el- 
le fut contrainte de fe rendre. L'année fuivante les Rois de ^^9^' 
Caftille & d'Aragon n'oubliant pas la guerre qu'ils avoient 
€ntreprife,ra{remblérent leurs troupes & ravagèrent les ter- 
res de Se vil le & de Cordouë , puis celles de Murcie & de 
Valence ,& s'en retournèrent chargez de butin. Sur ces en- 
trefaites , Pero Hernandez de Caftro Banni de Léon pafla 
en Afrique au fervice de lacob Almanfor., qui le receut fort 
bien , & luy affigna fc5 appointemens fur les terres de Cor- 
<iouë ^ de-Seville., comme il le defiroit. Après il le ren- 
voya, pour faire la reveuë des places de l'Andaloufie , & te- 
nir toutes choies en bon eftat, jufqu'à fon arrivée, parce- 
qu'il deliberoit d'aller i la conquefled'Efpagne. Dès le prin- 
tems donc de l'annpe mille cent quatre - vingts quatorze , 
Pero Hernandez aïlembla tous les Maures du parti d'AL 
raanfor, &: entra dans le Portugal, où il fît de grans ravages 
entre le Tage & la Guadiane, & prit Abrante ; mais comme 
il retournoit chargé de butin , vn Capitaine Portugais , Mar^ 
•tin Per-ez , donna vneatkrme au camp des Maures , & en tua 
vn grand nombre. Lamefme année mourut DomSanche le csiflHnoTe, 
Sage, Roy de Navarre , grand perfécuteur des Maures, fur Aiédo.Locba, 

^ 't - ^ t r 1 j /- -r Armalio, Ar- 

qui il prie pluûeursp laces dans Ion voilinage. cédiiio» H- 

Après qu'Almanfor eut pacifié les tr4)ubTes d'Afrique, af- z^^^é , Ara- 
fujèti les provinces d'Orient, & tranfportè dans le Couchant ""^^ ' *^ 
les Arabes, il fit publier la Gazie ,qui eft parmi les Maures ^^^^' 
comme la Croifàde parmi les Chreftiens,^ car ceux d'entre* 
eux qui s'enrôlent , le perfuadent qu'ils font abfous de tous 
leurs jpechez , Se vont droit en Paradis , en mourant ou tuant 
vn Chreftien; de-force qu'ils s'enrôlent à la foule fans aucune 
paye. Après avoir affemblè par ce moyen vne armée de 
quatre cens mille hommes , dont il y avoit cent mille che- 
vaux ,il paiTa eji EQpagne , & vint à Cordouë , où Pero Her-. 

V u iij 



/ 



341 DE MAHOMET ET DE SES 

nandez le vint joindre, avec le^ troupes qu*il commandoit; 
fi-bien que tout eftanr preft y ils prirent la route de Tolède. 
Sur le bruit dVn fi grand armement , Alfonfe Roy de Ca- 
ftille implora le feçours des Princes Chreftiens d'Efpagne, 
& voyant qu'il tardoit trop, marcha contre l'ennemi , après 
avoir foudoyë quelques troupes de Gafcogne & de Proven- 
ce. La bataille fe donna vn Mecredy , près de la ville d'A-» 
larcos, le dix-neufviéme de luillet , & fut fort fansjlante. 
Mais Alfonfe voyant fcs gens s'afFoiblir donna dans ïes en- 
nemis , & ayant cfté bleffe a la jambe dVn coup de lance , 
fut retiré par les fiens , qui pourfuivirent le combat -, mais à 
la fin accaolez du nombre des ennemis , ils furent défaits , 
Se les Maures remportèrent la victoire. Les Chefs des Chre- 
ftiens fe renrérent dans Alarcos, où ils fe dcffendirent du^ 
mieux qu'ils purent , &c en Sortirent la vie-fauve pat l'tn- 
trcmife de Pero Hernandez , aprés-quoy la ville fut démo- 
lie. Almanfor pafla de-là à Calatrava , Se l'attaqua fi vive. 
ment, qu'il l'emporta d'afiaut , où Dom Nugnode Fuentes, 
troifiéme Maiftre de l'Ordre , y mourut , & les Maures ayant 
IÏ96. fortifié la place , retournèrent à Cordouë. L'année d'après, 
le Roy Altonfe d'Aragon mourut, & Dom Pedre, fon fuc- 
cefleur , eut de grandes guerres contre les Maures > furlef- 
d^Ada!^u?" quels il prit plufieurs places, & fit de grans degafts au^ 
viquc&ccr* Royaume de Valence. Mais Almanfor fortant alors de Cor- 
douë, entra avec fon armée dans l'EArèmadure , & empor- 
ta d'aflâut Sainte Croix des Templiers, qu'il démolit 5 puis 
paflant à Truchillo', la prit par compofîtion,& la fit forti- 
her, Enfuite il fe rendit maiftre de Placençia, & de toutes- 
les places-^en remontant le long duTage , jufqu*âTalavcra, 
qu'il ne pût prendre. Aprés-quoy il ruina toute la campa- 
gne , & alla aflîèger Santa Olalla , qu'il força , aufli-bien 
qu'Efcalone , après vne vigoureufe réfiftance , puis vint met- 
tre le fiége devant Tolède. Mais après y avoir demeuré dix 
jours, voyant qu'il ne la pouVoit prendre, il ruina toute la 
campagne, & alla attaquer Mâquéda, qu'il ne pût prendre- 
non plus. De-li il voulut gagner Avilapar le Pas: de Zébré- 
rds ; mais ayant fcû qu'il eftoit J fortifié , & que le Roy de 
Gaftille eftoicdans Avila^vecvne armèe^il rentra. dans lc> 



Tcia. 






SVCCESSEYRS, LIVRE IL 345 

Royaume de Tolède , croyant qu'il le fuivroit , & affiégea 
Maquéda pour la féconde fois. Mais ne Tayanc pu prendre 
encore par la vigoureufe'réGftance des Chevaliers de Cala- 
xrava , il fe vint camper devant Tolède. Toutefois ayant 
-confiderc qu'il l'attaqueroit en vain ^ il fc contenta d'en rui- 
ner tous les jardinages , & fe retira vers Calatrava , après 
4voir demeuré là vue partie du mois de Iuin« Cependant , 
les Rois de Léon & de Navarre attaquoient la Caftille de 
leur codé 3 ce qui faillit à caufer la perte entière de l'Efpa- 
gne. Car Almanfor retourna afficger Tolède Tannée liii- ^^97- 
vante 5 mais voyant que tous (es efiEorfs eftoient vains, il re- 
tourna du cofte de Madrid, qu'il ne pût prendre non plu% 
ni enfuite Âlcala de Hènares^ parce-que le Ray Alfonfe fe 
voyant contraint d'abandonner la campagne , avoir donne 
bon ordre à la feuretè de ces places. De-là il pafla par O- 
rccha. Vêlez, Huete, Cuença & A larcon, ravageant fans 
pouvoir rien prendre ^ puis retourna dans TAndaloufie , fans 
ue perfonne s'oppofali à fon paflage, à-caufedeladivifion 
es Princes Chreftiens. Pour terminer ces difièrçns, le 
Pape envoya fon Légat , qui y travailla en vain, & fit pu* CcUftw m. 
blier vne Croifade. Mais le Roy de Caftille demanda trêve 
à Aljnanfor,qui la luy accorda aifèment , à-caufe des .trou- 
bles d' Afriqwe ., où plufielirs peuples s'eftoient révoltez en 
fon abfence. Par le traité chacun demeura maiftre de ce 
qu'il tenoit , avec pouvoir de le fortifier .5 après -quoyAl- 
-man/or retourna en Barbarie, laiflant Pero demandez de irc)^. 
Caftro pour commander en (a place. Après fon départ , les 
Rois de Caftille & de Léon s'entrefircnt la guerre fi cruel- 
lement , qu'ils n'eurent pas le loifir de fonger au^x Maures ^ 
mais à la fin le Roy de Léon ayant du pire , -Pero Hernan- 
dez de Caftro paffa de fon cofté avec raille lances , 8c plu- 
iîeurs Seigneurs Maures de fcsamis, Çc.fit leur accord , qui 
dura long-tems. , 

Pour retourner en Afrique , Almanfor faifoiiC la guerre de- ^fri^ni. 
puis trois ans en Efoag;ne, Iprs-que le Gouverneur de Ma- 
-roc prit Toccailon de ifbn abfence pour ébranler la fidélité 
des peuples ,& ayant gagné les Arabes des campagnes voi- 
fmes , fit foûlcver le païs. Au bruit de cette révolte Alman- 



1 



toc. 



344 DE MAHOMET ET DE SES 

i for repafla en Afrique avec vne puiflànte armée, feTennc- 

mi ne l'ofant attendre en campagne, fe renferme danslavil- 
le. Almanfor y mit le fîége^qui dura vn an entier , fans rietr 
avancer, aptes- quoy voyant fes gens perdre courage, il af- 
femble (es Officiers , & les ayant encouragez , leur comman- 
de d*apporter le lendemain chacun vne échelle de lahauteor 
^," rapport des murailles. De -forte qu^^il s'en trouva quatre mille de 
]€c , chToni- preftes le lendemain. Le jour venu, il donna par-tout Taf- 
^ucur de Ma- faut , & marchant le premier à la tefte avec les fiens , leur 

dit, Qu'ils avoient combatu jufques-làpour la gloire, & qu'il 
faloit combatre maintenant pour la vengeance, & pour tirer 
leurs femmes & leurs enfans d'entre les mains des raviffeurs. 
L'aflaut dura trois jours & trois nuits , avec vn perpétuel 
rafraifchiflement des affiégeans , tant .que les afficgez hors 
d'haleine , fe retirèrent dans la fortereflc , & le vidorieux en- 
trant dans la ville fk main-bafle fur tout ce qu'il rencon- 
tra, Almanfor eflant entré incontinent après , & voyant 
toutes les rues jonchées de morts , deflFendit fur peine de la 
vie d'en enterrer aucun , Se fur les plaintes qu'on luy fît de 
la putréfaction , il fortit de fon Palais, & aHa mouiller luy- 
mefme la manche de (a cazaque dans le fane , & rapprochant 
de. fon nez y dit , qu'il n'y avoit rien qui kntift fi ton que 
la mort d'vn ennemi , & particulièrement d'vn traître , fans 
vouloir qu'on enlevaft les corps morts , tant qu'eftant tout 
confumez,ilfit apré^ réduire les os en poudre. Cependant, 
le Gouverneur qui s'eftoit retiré dans la citadelle avec des 
ens de tout âge & de tout fexe , commençant à manquer 
e vivres, eut recours à vn Morabite de grande réputation, 
qui fit fon accommodement. Mais parce - qu* Almanfor a- 
voir fait ferment d'entrer par-deflus le mur , il fit drefler vn 
échafaut fur la porte ,.& y entra par-U. Comme il fut dans 
fon Palais, le traître vint pour le falucr en la compagnie du 
Morabite , & des complices de fà révolte, & fe jettant àfcs 
pieds , luy demanda pardon. Mais Almanfor ne pouvant re* 
tenir fa colère , luy jetta fon foulier i la tefte , & luy fit cou- 
per le cou fur l'heure, & à tous ceux qui l'avoient fiiivi. Et 
comme le Morabite luy eut dit qu'il ne faloit pas fàuflerfa 
foy, il repartit qu'il ne devoit pas tenir fa parole à celuy qui 

ne 



V 



il 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 345 

lïè luy avoît tenu la (lenne. Voilà comme fe pafla cette Ccft qu'il fa- 
revolte, felon que le raconte THiftorien Arabe, dont nous ▼«« ^»^^ 
avons parlé , qui ajoufte qu'Âlmanfor de regret de n'avoir ^^ cn^fol 
pas tenu fa promefle , s'en alla vagabond par le monde , Se ablcnce.. 
mourut boulanger dans la ville d' Aléxanorie. Les A&icains 
content plufieurs autres chofes de ce Prince , dont je parle- ^ *^ 
ray dans la deTcription de la ville de Tunis. Ceux de Maroc 
(e voyant privez de leur Prince y qu'ils aimoient vnique-- 
ment , & croyant qu'il fuft allé vifîter le fepulcre de Ma- 
homet , élurent fon frère Brahem pour gouverner en fon 
abfence } Se comme l'an fut pafTé fans qu'on apprift de Tes 
nouvelles , ils choifirent pour Roy fon fils Mahamet £na- 
cer , qui perdit là grande bataille des plaines de Toloia. 

Ptnnrtre venir en Italie , tandis que ces chofes fe pafToient /m/i> s & 
en Afrique & en Efpagne , elle n'eftoit pas moins troublée E«?'^^- 
des diviuons de TEmoereur Frédéric , & du Pape Alexandre, 
où Guillaume , Roy de Sicile , fe trouva embarafle en faveur 
du Pape. D'ailleurs, l'Empereur de Conftantinople ayant re~* 
ceu la grande défaite que nous avons dite, les Turcs avoient 
pris occafion de-lâ d'envahir la Syrie , &: d'entrer dans les 
provinces de l'Empire. Le Pape voyant le grand tort que 1177* 
ces divifions faifoient à la Chreftienté , tafcba à les accom- 
moder , & fe tranfportant à Venife , fit la paix avec l'Empe^ 
rcur , qui luy baifa les pieds , & luy rendit l'obédience j après- 
quoy le Pape fit vne trêve de quinze ans entre Frédéric & 1183. ' 
le Roy de Sicile, qui frit confirmée en Lombardie,& rati- 
fiée entièrement fous le Pontificat de Lucius troifiéme , qui 
fuccéda à Alexandre. Sur ces entrefaites , l'Empereur de Manvci. 
Conftanrinople mourut, après avoir régné trente- fcpt ans, .11801 " 
lai/Ianf pour fiiccefleur fon fils Alexis , qui eftoit encore 
jeune, fous le gouvernement d'Andronique , qui euoit fon 
parent. Mais celuy - cy par vne maudite envie de régner , 
fit mourir Alexis, éc plufieurs perfonnes de condition, qui 
renoient fon parti , & commit tant de cruautez & de cri- 
mes , que Guillaume Roy de Sicile , & d'autres Princes 
Chreftiens , luy déclarèrent la guerre, & luy prirent plu- 
fieurs places 3 jufques-lâ mefme aue ceux de Conftantino- 
pfc conjurèrent contre luy , & faïuérent pour Empereur vn 

Xx 



i 



H» DE MAHOMET ET DE SES 

parent de Manuel, nommé Ifac, qui combatit contre Aj> 

dronique,& l'ayant pris, le fit .mourir par de cruels fuppli- 

ces ,& demeura paifiole poflcfleur de l'Empire. 

^ffairet de Pî^flons maintenant en Afîe,où Saladin apr^s s'cftrercn- 

Urmfdlem. du maiftre de l'Egypte , & de quantité de places de la Syrie, 

DaÀa$,Alcp. ^^ T Arménie, delà ï^yçe & delà Mcfopotamie, attaquoic 

de tous codez Baudouin , quat];}éme du nom ^ Roy de léni- 
falem, & les Princes dIAntioche & de Tripoli, avec tous les 
autres de ces quartiers. Car outre qu'il avoit pris plufieurs 
villes que Baudouin tenoit en Egypte , & affranchi le Royau- 
Ajmeri. me du tribut qu'il payoit à fon prcdécefleur, il leprefToic de 

C prés , que tout ce qu'il pouvoit fairç^ c*cftoit de fe dcfen- 
Lucc III. dre. Comme le Pape donc faifoit tout fon pofllble pour ex- 
citer les Princes Cnrçft.iens à cetteguerre , il mourut à Vé- 
rone , laifTant pour (ûçceflcur Vrbain troifiéme^ qui pourfui- 
vit fon entreprife ,& les anima contre Saladin. Mais fur ces 
^entrefaites, Baudouin tomba malade dans Nazareth, de 
- ^^°4- la lèpre , dont il eftoit frapé , & fe faifant porter en Icrufa- 
.lem, jmit le Gouvernement entre les mains de Guy de Lu- 
fignan, fon beau- frère , qui avoir époufé en fécondes noces 
fafœur Sibylle, veuve de Guillaume , Marquis de Montfcr- 
Boimond, rat. Lcs Princes fie Généraux d'année de Syrie furent fort 
ciochc Ray' ni^Ucontens de ce choix, ce qui donna moyen à Saladin de 
' mond Comte s'agrandir. Car il entra dans le païs avec vne puiffante ar- 
i^7f;P°^i' ^^ mee , ôc prit plufieurs places , fans que Guy de Lufienan for. 

Galilée, & de -n - '^ i ^ * i n_ • ' ^ r Vf •-- i ^ t_i- - 

/ Tibériade,&c. tift contrc luy , parce-qu'il eftoit trop foible. Cela obligea 

Baudouin à mettre la Couronne entre les mains d'vn de 

Tes neveux , qyi portoit fon nom , à qui il donna pour gou- 

Baudouïn, fils vcmeur Raymond, Comte de Tripoli, parce-que ce n'eftoic 

duMar'uisd^ cucore iju'vn enfant. Mais Guy deLufignan s'eftantfaifi 

Montfwràt. ^ à,]vx^^2,Tt\Q des places,il luy fut impoffibfe de l'cnchafler, 

& les deux.Baudouïns , l'oncle 8c fe neveu , eftant morts 
dans Tannée , Guy de Lufignan traita avec le Patriarche de 
lérufalem , 8c les principaux Citoyens , qui le reconnurent 
pour Roy , à - caufe de fa femme , d'où naquit le dépit de 
Raymond , qui acheva la ruine de l'Eftat. Car il fit paix ^ 
vec Saladin , &: luy promit de ne point fecourir le Roy de 
JLéruialem , que Saladin ne manqua pas aufli-toft d'attaquer j 



4. 

V 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 547 

& de crainte qu'il ne fîift: fecouru par le Prince d*Ântioçbè, 
il envoya contre luy vne partie de fon armée. Mais Ray- 
mond qui voyoit que les Infidelles de jour en jour pre- 
noient pied dans la Terre-Sainte , reconnut fa faute ,.^ ju- 
geant bien qu'on viendroità luy auffi-toft que le Royaume 
de lérufalem feroit ruine ^ il fit paix avec Guy deLuhgnan^. 
2c envoya fon armée au fecours de Ptolémaide ^ de *^ forte 
que Saladin fut contraint de lever le fiége , Se de dépit alla 
aiEéger Tibériade , qui appartenoit à Raymond. Alors le 
Roy de lérufalem, & les Comtes d'Antiocfae & de Tripo- 
li, avec les Grans-Maiftres de Sainriean & du Temple, £c 
les autres Seigneurs du païs, joints aux Patriarches de léru- 
iklem £t d'Alexandrie, & autres Prélats , raiTemblérent juf. 
qu'à trente mille chevaux , & quarante mille fantafEns , pour • 
faire lever le (îége. Mais Saladin en ayaoreu avis , marcha 
contre eux, & coitime ils penfoient fe faifir d'vn lieu fort 
commode pour camper , i*caufe d'vne petite rivière, il y 
vint camper le premier j ce qui defefpera les Chreftiens , 
matez de foif & de lailitude , Se contraints de camper dans' 
Vne campagne aride , après avoir efTayé en vain de le chaC 
fer de ce pofle. Il ne manqua pas donc de les attaquer le' 
lendemain tout haraflez , SC en nt vn gra;nd 'carnaee , d'au- 
tant dIus qu'il les furpafToit en nombre. Le Roy de lérufa- 
lem fut pris dans le combat ^ Raymond fè fauva par lafbite , 
mais mourut après fubitement -, Boémond fut pris , 8c toé, 
auflî-bien que tous les Chevaliers du Temple , Scde Saint ngfi, 
lean de lérufalem , qui tombèrent^ entre les mains des enne- 
mis , Se plus de vingt mille Chreftiens. Saladin victorieux 
retourna affieger Ptolémaide, Se la prit , avec Bérite , Se 
quandrè d'autres places , dont les habitans fe rendoient aux' 
premières approches , voyant le bon traitement qu'il leur 
iaifoit,|Se qu'ils ne pouvoient efperer aucun fecours. De-* 
lia il alla affieger lérufalem , qui fe def&ndit vaillammènr 
vn mois entier , après -quoy elle fe rendit à compcfition. J^* i-O^o- 
Lcs Chreftiens l'avoient polTèdèe quatre-vingts huit ans , " ***^* 
fous le règne de neuf Rois *, Se depuis ce tems-là n'y régné' 
rént plus, quoy- qu'ils tinffent encore l'efpace de plus de 1^^*?°^ » 

- • r i «Il r» • Il n. - i>T- Baudouin l. 

cent^ns quantité de villes en Syne. 11 eu vray que lEm- Bau<ic»ijn ii 

Xx ij 



• 



348 DE MAHOMET ET DE SES 

Foulques , percur Frcdcric la reprit ; mais il y demeura peu , comme 
BoudouYniir. nous diroDs enfuice. Cependant , Antioche, Tyr , Sidon, 
^^^5^"»j^*"* Tripoli, & les autres places , coururent grande fortune de 
Baudouïn V. fubir le joug des Infidelles. Car Saladin fe rendit maiftre 
Guy dcLufi- de toute la ludée. D*autre-cofté, l'Empereur d*Alcmagne', 
8°*°' Frédéric , quoy - qu'âgé & fatigué des guerres qu'il avoit 

eues, réfolut par vn grand zélé ,<l*empIoyer toutes Tes for- 
ces pour le recouvrement de la Terre- Sainte, & les Rois 
de France & d'Angleterre , avec plufieurs autres Princes 
Chreftiens^ limitèrent en vn fi glorieux deflein. Le Pape 
, Vrbain donc eftant mort , & enfuitc Grégoire huitième, qui 
ne réena que cinquante^fept jours. Clément croifiéme, qui 
leur fuccéda y voyant les progrez de Saladin , qui depuis la 
prife de lérufalem , avoit gagné dans TEftat <!' Antioche 
^ \ vingt-cinq villes , excita tous les Princes Chreftiens à (e 
' joindre contre luy j & dés Theure mefme plufieurs fe croi- 
férent. Le premier fut TEmpereur Frédéric , qui ayant levé 
vne puiflànte armée , tant de cavalerie que d'infanterie , ti- 
' ra vers Cohftantinople , par la Hongrie , la Bulgarie éc la 
Thrace , en la compagnie de Frédéric , Duc de Suaube , fon 
*oa Bande, fils, de Bertaud Duc de Moravie, &c du Marquis de Bade * 

fon frère , & de quantité d'autres Ducs , Comtes ,£vefqucs 
& Archevefques. Il fut fuivi de Philippe Roy de France , 
de Richard Roy d'Angleterre, d'Othon Duc de Bourgon- 
gne , de la Seigneurie de. Venife & de celle de Pife , qui 
eftoit alors fort puifiante fur mer. Conrad Marquis de 
Montferrat , Henry ..Comte de Champagne , & quantité 
d'autrci Seigneurs d'Italie , de France & d'Efpagne , voulu- 
L'Autcor die rcnt cftre de la partie. Il partit cinquante yaiffeaux de Fri. 
galères. ^ç g^ jg Dannemarc 5 le Comte de Flandres y en envoya 

douze, & Guillaume Roy de Sicile & de Naples équipa 
quarante galères , ayec toutes forces de munitipns de guer- 
re & de bouche , pour efcorter les Croifez , & afTûrer la 
mer contre les Corfaires. Sur ces entrefaites , mourut le 
chzaftlan. Soudan d'Iconie, comme il eftoit entré dans la Phrygie a- 

vec vne puiflànte armée, & qu*il y avoit pris plufieurs pla- 
chax Cof- ces par force pu par compofition , & laifla fon fils pour liic- 
^o^5- cefleur* UEmpereur Frédéric eftant arrivé à Confbntino-. 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 349 

pie, apprit que Guy de Lungnan s*eftoic fauve de la prifon , 

& avoit refait vn petit corps - d'armce , & paflant en dili- ng^. 

gence THellefpont , après avoir fait paix avec TEmpereur 

de Conftantioople , il entra dans l'Afie mineure , traverfant 

les terres de l*Ëmpire fans trouver aucun obftacle. Comme 

il fut arrivé fur les terres de Cofrocs , il fit paix avec luy , & ^ sooJjb 

{promit de pafler (ans y faire aucun defordre , pourveu qu'on *^®"*^' 
uy fournilt des vivres. Mais Cofroés manquant de parole , 
fit tout ce qu'il pût pour faire périr l'armée , après avoir 
afTemblé des troupes , & s'eftre faifi des paflages. L'Empe- 
reur donc commen<^a à luy faire la guerre , & pafla avec 
grande difficulté dans la Oiicie , les Infidelles s'eftant fàifis 
des deftroits. Mais comme il fut arrivé dans la plaine , ilf^^ d'iconic. 
vainquit le Soudan en bataille , & fit fon frère prifonnier ; 
aprés^quoy il prit Iconie , & la plufpart de la provincet On 
raconte des merveilles d'vn Cavalier Alemand de fon ar« ^op«<>«- 
mée j qui la fuivant à pied avec fon cheval en main , qui 
eftoit fort las , fut attaqué par cinquante Turcs , (ans faire 
femblant de s'émouvoir , & donna vn tel coup au premier 
fur la tefte, qu'il le fendit jufqu'aux arçons ^ ce qui eftonna 
tellement les autres , que pas vn d'eux n*o(a branler , ce qui 
fembleroit fabuleux s'il n'eftoit écrit par vn Auteur con* Nîcécu C(u 
temporain. Cependant , la viâoire de l'Empereur releva ^^^^* 
l'efperance des Chreftiens ^ 6c abatit le courage des InfideU 



les. D'ailleurs Guy de Lufignan , & fon frère Aimery , qui 
5*eftoient retirez dans Tripoli & dans Tyr , avec ceux qui ^®*^^^™'- 
acoururent, allèrent affiéger Ptolémaide, pour fiiciliter la 
deicente aux Princes Chreftiens , & particulièrement aux 
armées de France & d'Angleterre. Mais fur ces entrefaites, 
l'Empereur Frédéric s'eftant voulu rafraichir.dans vne ri- P'^* ^*^ ^7^*^- 
viére pendant vn grand chaud , fe noya malheureufèment , noo. 
fans pouvoir eflre iècouru des fîens ^ ce qui arrefta le cours ic 10. de lou. 
de fès viâoires, & diffipa toute fon armée. Et comme vn 
malheur n'arrive pas feul , Sibyle femme de Guy de Lufi- 
gnan , mourut d'vn flux de fàng au liéee de Ptolémaide , 
avec fes quatre fils, & par fa mort mit la divifion entre les 
Princes Chreftiens pour la fucceffion de la Couronne. Car 
Herârand , qui ayoit époufé fa focurlfàbçUe, fe voulut &ire 

Xx iy 



t 



Conrad^ 



Tiéitiiç, 



Conrad. 



lûbdle. 



' 1470. 



J50 DE MAHOMET ET DE SES 

déclarer Roy j mais le Marquis de Montferrat lùy enleva fa' 
femme , difant que le mariage n*eftoic pas légitime , & Payant 
cpouféç , prétendit pour foy la Couronne 5 & comme il eftôit 
maiftrede Tyr,Guy diflîmula cette adion. D'autre-cofté, 
l'armée de TEmpereur ayant éld fon fils en fa place, il prit 
là route de Syrie, fous la conduite de deuy Cavaliers, quelc 
Roy Guy luy cnvova. Mais il ne fut pas pluftoft arrivé à' 
Antioche , que la pefre emporta la plus grande partie de fon 
armée , & s eftant embarque avec le refte , il pafla à Tyr , te 
Y laifla le corps dé fon père, puis s'alla renarc au fiége de 
P'tolémaide, où arrivèrent enluite les Rois de France, 6c 
d'Angleterre. Mais comme ce fiége fut long, il y mourut, 
& les affiégez fe défendirent vailîâmment Tefpace de deux 
ans , eftant munis de tout ce oui eftoit neceflaire , aprcs- 
quoy ils fe rendirent. Saladin oatu en plufîeurs rencontres, 
Revoyant qu'il ne pourroit garder toutes ks villes , fit dé- 
manteler Céfarée , Afcalon , Gaza , Porphiria , & plufieur? 
autres ,& eftoit en réfolution de rendre lérufalem , moyen- 
nant quelque trêve, fi la divifîon ne fe fuft poinlnîife entre 
lés Rois de France & d'Aneleterre , qui obligea le ptcmicr 
à s'en revenir , après avoir îaiflc vne cçrande partie de foil 
armée au Duc de Bourgongne. Son aofence ntrenaiftreles 
efperances de Sâladin , ouoy-que le Roy Richard » à qui tous 
obéifloietat , luy réfiftali vaillainment , & qu'il euft fortifié 
lafa , & d'autres villes qu'il avoir abandonnées. Sur ces en- 
trefaites , les prifonniers Turcs qui eftoient dans Tyr , tucrcnt 
le Marquis cle Montferrat , qui fc faifoit appeller Roy de 
lérufalem , &*{à veuve fe^remaria quelque tems après à vn 
neveu du Roy dé France, nommé Henry, à qui elle porti 
en mariage la principauté de Tyr, & fes préten fions fur lé- 
rufalem. D'aiitre-cofté *, Richard donna à Guy de Lûfignan 
pour rccompenfe , l'ifle de Chypre, qu'il avôit conquife^ 
moyennant quoy il renonça au Royaume dé lérafalem, & 
alla prendre poueflîon de celuy-cy , oùfes défcttidans rc^ 
gnércnt après luy , jufqu'à ce que les Vénitiens s*en rendi- 
rent maiftres par la mort d'vne Dame de leur païs , qui en 
eftoit Reine, Se qui mourant fans enfans , les laif& fes héri- 
tiers. Us l'ont ppITcdée cent ans , aprés-iquoy les Turcs k 



SVCCESSEVRS /LIVRE IL 55^ 

conrquirent , comme nous dirons en Ton lieu. Cependant, 1571. 
Saladin ayant raflêmblé fes forces , & donné bataille aux 
Chreftiens , fut vaincu & contraint de fe retirer à Damas , 
d'où il envoya demander la paix à Richard , à la charge de 
rendre lerufàlem. Mais fur ces entre&ites , le Roy de France 
efUnt entre dans la Normandie, oui appartenoit a 1* Anglois^ 
Se les armées navales de Piie & de Venife s'eftant retirées^ 
pour quelque mécontentement , Richard fsit contraint de 
traiter avec luy ,à conditions égale s, & fit trêve pour cinq 
ans. Enfuite ayant latfle garnifon dans les places fortes , fous 
le gouvernement d'Othon^Duc de Bourgongne , de Henry 
-Seigneur de Tyr,&.des Chevaliers du Temple Ce de Saint 115^5. 
lean de léruÊiiem , il s'embarqua pour retourner en Angle» 
terre ; mais il fut pris en chemin par le Duc d'Auftrichc , &c 
il luy arriva encore d'autres difgraces , dont nous ne parle* 
rons point , pour n'eftre pas de noftre fujet* 

Tandis que ces chofes fè paflbient en Syrie , les Turcs voi- jiff. 
4ins de l'Empire n'eftoient pas moins travaillez deilivifiohs, 
par la mort de CHzaftlan , Soudan d'Iconie, dont les quatre 
Sis avoient partagé TEftat. Car il laiflk à Mazute Amafie , 
Ancyre, Dorilée , & autres^villes de Pont ^ àCopatin ^ Meli- 
-tene^Céiarée & Colones, maintenantTachare^ àRucratin, 
la Miflie , Docée, & autres villes le long de la cofte ^ & à os u MyCc. 
:Chazr Cofroés ^ Iconie , avec la Lycaonie &: la FamphiUe , Se 
routes leurs dépendances jufqu'i Cotiane. L'Empereur Fré- 
deric prit à celuy-cy Iconie, comme nous. avons dit 5 après- 
<)uoy Copatin venant à mourir, fes frères eurent de grandes 
<x>nteftations pour lepartage.de Tes Eftats ,^'Mazute eftant 
venu aux ipains avec Rucratin , fut vaincu, 6c perdit vne 
partie de fen pais. Rucratin vidorieux^ defirant fe rendre 
maiflre d'Iconie, où eftoit le fiége de l'Empire., déclara la 
guerre à Cofroés , qui eftoit rentré dans la place après la 
mort de Frédéric. Il alleguoit qu'eftant néd'vneChreftien- 
ne , il ne devoir pas fuccéder à la Couronne , ce qui le con- 
traignit à avoir recours à l'Empereur de Conftantinople ; de 
qui fe voyant négligé , il fé renferma dans Iconie ^ mais il 
n'y fut pas plufloft rentré que fon firérey mit le fiége, dont 
n!oÊmt pas attendre révenement , à-c^iufe de fa.foible(re ,il 



ê 

t 



551 DE MAHOMET ET DE SES 

fe fauva a Lëbun.en Arménie, 8c n'en pouvant tirer da fe^ / 
cours , ïi fe retira à Conftantinople , où il vécut incêgnm 
jufqu'à la mort. 
ii9£. ^^^ ^^^ entrefaites , Sâladin mourut dans lérufaleni , laif. 
fànr fon Empire , comme le Soudan , i cinq fils. Aladin , qui 
eftoit raifhé, eut poiir fop partage l'Egypte & Da«nas ^ & 
les autres , les provinces de la Syrie & de r Araibie , réconnoiC 
fant tous. pour Souverain, quant au ipirituel ^ le Calife de 
Babylone. Car encore que Saladin eut fjtit mourir celuy 
d'Egypte, il ne laiflbit pasxiereconâoiftr^ Tautoritc de ce- 
luy de Babylone , comme du fuccedèur de Mahomet , iC Tes 
enfans en ntent autant après fa mort , s'appuyant pour le 
temporel de la milice des Mammelus , que Salacin avoit ia- 
ftituez , comme nous dirons enfuite. 
Jlf4tUUm. Cependant , Henry fîxiéme eftant Empereur d'Occident,- 

le Pape Céleftin , pour s'aqui ter à^ùi charge, $c maintenir 
la Chreftienté , folicita les Princes de l'Europe à s'armer 
contre les Iftfidelles, & particuhérement l'Empereur, fur ce 
que la crève eftant rompue par la mort de Saladin , 6c fon 
Empire partagé en pjufieurs pièces, il feront plus aifé de re- 
couvrer iérufalenj. UÉmpereur ne pouvant aller en per^ 
fonne à cette guerre, de -peur que fon abfence ne caufaft 
quelques tsoubies en fes Euats , où fon autorité n'eftoit pas 
encore bien eftàblie, y envoya vne puiffance armée fous la 
conduite -de l'Ey-efque de ^^àyence, affifté de celuy de Ra- 
tilbonne , de Bernard Duc de Saxe , de Conrad Cnancelicr 
de l'Empire, deLéopold Duc d'Auftriche,duLantgravcde 
Turinge,xiu Ty^c de Rrabant, & de plufieurs autres, Mar- 
quis, Comtes & Gentilshommes de condition , qui d'vne 
piété non feinte entreprirent ce voyage. Après avoir en- 
duré mille fatigues, tant fur mer que fur terre, enfin favo- 
rifez d'ifac, Empereur de Conflantinople, ils arrivèrent fur 
les cofles de la Palcfline , & prirent terre aux portsdeTyr 
& de Ptolémaide , où ils fe mirent cA eihit de faire laguert 
re. Cependant , Guy de Lufignan eflattt mort fans enfens 
mafles , fon frère Aimery fuccéda au Royaume de Chypre-, 
& Henry Seigneur de Ptolémaide, qui avoitépoufé Ifabel- 
le, fille ae Baudouin ,& pretendoit au Royaume de lérufa* 

lemi 



n 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 353 

lem ^ s'eftant caé en tombant d'vne galerie ^ il cpoufà fa veu* 

ve , & fe fit appeler Roy de Chyçre & de lérufalem. Les 

gens donc de l'Empereur s'eftant joints avec les fiens , & les ^^^^t^^^ 

tlheraliers de Saint lean & du Temple , ib prirent quelaues 

places fur les ennemis , & rabatirent Torgueil des Infideiles. 

Après avoir ainfî relevé l'efperance des Chrefliens , & don-. 

ne ordre aux affaires d'Orient, ils en laiflerent la conduite 

à Âimery , & retournèrent en leur pais. Mais il fut fi lafche 

& fi incapable de régner, que (es propres Officiers le pri« 

vérent du Royaume , & mirent en fk place le brave lean de 

Brégne , qui avoir époufé vne fiUc d'Ifabelle , l'ayant £ùt 

venir de France pour ce fiijet. 

Sur ces entrefaites , Alexis oubliant le refpeâ & la fidélité Cêm^mefie 
ou'il devoit i fon frère Ilâc , Empereur de Confbntinople, ^ CênfisM-, 
(on bien-faâeur , conjura contre luy avec plufieurs fiédineux, f *^(j[, '^' 
«c fè (àififlànt de (a nerfonne, luy creva les yeux , & ië decla. Jf ^ 
ra Empereur. Mais Ion joeveu Alexis , fils d'Ifac ,pour fi^iàu- ■'^^'*'' 
ver de (à tyrannie , (e retira près de l'Empereur d'Alemagne, ^^^ 
qai avoir èpoufc fa fœur , & n'en pût drer aucun fecours , 
oLcaufe des troubles de l'Empire. Il pafTadonc àVenife^où 
il trouva Baudouin Comte de Flandres , Henry fon firère , 
Bonifàce Marquis de Montferrat , Louïs Comte de Savoye , 
2c plufieurs autres Princes & Seigneurs , oui s'efloient ren« 
dtts-li avec grand nombre de troupes, à la fi^licitation du 
Pape Innocent , pour la conquefle de Ièru(alem. Ils rèfolu^ 
renc donc tous coiqoincement avec les Veniriens y de le fc^ 
courir ^& le reflablireiit dans l'Empire, où il régna avec fon 
père , qui efloit aveugle. Mais peu de tems après Ifac efbmt 
mort , ils prirent les armes contre fon fils , fous prétexte de 
n'avoir pas tenu fà promefTe ; & Mirtilles , qu'Ifac avoit au* 
trefois dépoiTédé de fon bien , tua l'Empereur Alexis en 
trahifon , n'ayant régné feul qu'vn mois; mais comme il a* 
voit envahi l'Empire , il fut défait & chaffépar les victorieux. 
Après s^efbe fàifi de Cooftantinople , & de tous les envi- 
rons , voyant qu^il n'y avoit aucun légitime fuccefTeur , ils 
fiiUièrentpour Empereur Baudouin , Comte de Flandres, qui 
fut confînné par le Pape. Enfuite ils partagèrent entre-eux 
les provinces. Les Ifles de Candie & de Négrepont furent 

Yy 



é 

È 



354 DE MAHOMET ET DE SES 

données aux Vénitiens ; Bonifâce Marquis de Montferrac 
L'Empire de- eut la Thcffitlic , avcc le titre de Roy ; & les aiitres Grans» 
è^oêc à*fe$ d'autres partages. Mais les Grecs mal-coutens de cette cle* 
fucccffeursu, clion , ciurent pour Empereur Théodore Lafcaris , gendre 
^'iten^c^^*' d'Alexis rvfurpatcur , qui eftablit fon ficgcen la viUed'An. 

drinople, & ne le contentant pas de régner en Bithynie^ & 
aux environs ^ pafla le long de la cofte vers le Septentrion ^ 
jufqu^à la mer de Galacie , 6c la Cappadoce , fie s'eflablit dans 
Nicée. Cependant , Baudouin mit le ilége devant Andrino- 
Henry. çlc , oti il mourut , & laiflà Ton firére pour fuccelTeur , tandis 
laiatiDjfiisdc que le tyran Alexis alla par la mer Egée en habit de pèlerin^ 
.Rucratio. fupplier le Soudan de le remettre dans fon Empire , en ver- 
tu de Talliance^qui eftoit entre Tes prédécefleurs fie les Em- 
pereurs Grecs* Ses perfuafions accompagnées de grandes 
promefles , firent qu'il dépeTcha vers l'Empereur Théodore, 
pour l'obliger à luy raidre l'Empire, fie fur fon refus , alla 
affiéger la ville d' Antioche fur le Méandre. Théodore de 
fon cofté alTemblafes troupes , fie ië fiant en leur valeur fie en 
leur expérience, paice^que c'eftoit tous vieux foldats, traverià 
le détroit delà montagne d'Olympe, quis'eftend depuis la 
.Bithynie du cofté du Septentrion, julqu'en .la Phrygie vers 
le Midy , fie paâknt le fleuve Cayftre , parut l'onzième jour 
en pré^nce des ennemis. Us marchoient en defordre par 
vn défilé , (ans fonger à rien , lors qu'ils fe virent attaquez à 
rimprovifte,fie furent défaits avant qu'ils fc pMent recon- 
.noiftre ; fi- bien que la plufpart de leur armée y périt. L'£m- 
, latatm. percur tua de fà propre main le Soudan , fie prit Alexis , fans 

luy faire aucun déplaifir,ni le mettre en prifon. Ainfi l'or- 
gueil des Turcs fut pour quelque tems abatu*. 



TT 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 355 

CHAPITRE XXXVIL 

De tj^âhamet Enaccr , Rey de ty^Uaroc^ Je U lignée 
des i^tmobadcs ; (^ de ce qui Je faffs 

durant fin règne. 

MA H A M I T Enaccr ayant pris l'Empire en la place de 
fon* père Almanfor , confirma les Princes de Tremé- 
ccn Se de Tunis dans leurs E^cs , & les Gouverneurs des 

{>rovinces de Numîdie Si de Libye 3 8c comme il eftoit beU 
iqueox ^ il defira d'arcefter les progrez du Roy de CaftUle^ Aif faoofc 
qui aroic pris plufieurs places lur les Maures , 2c rompit la 
trêve que fon père avoir Êiite avec luy. Il paflàdonc en Efpa- i^^o. 
gne avec fix. vingts mille chevaux , £c trois cens mille bom* 
mes de pied j ce qui paroiftroit incroyable , fi tous les Hi- 
ftoriens , tant Efpagnols qu'Arabes, n'en tomboient d'ac- 
cord. Les principaux Ch^s des Arabes , tant Orientaux 
qu'Occidentaux , raccompagnèrent ; Et lors qu'il fut arrivé 
dans TAndaloufie^Ies Maures d'Efpagne fe joignirent à luy. 
Avec cette épouvantable armée , il partit de Cordouë au 
nAois de luin , Çc entrant dans les campanves de Caktrava , 
aflîégea Salvatére, oè les Chevaliers de r Ordre de Calatra^ saivaticira. * 
^n faifoient leur réfîdence , après Tavoir prife fur les Mau. 
res quelque tems auparavant.Le fiégp de cette forte place , caftii de 
2c d*vn cnafteau voifin , dura fort long-tems , te euft durcen- ^'^'• 
c€»re davantage fans la^mort du Grand-Maiftre^ 8c de plu* ^- Mudu. 
iieurs braves Chevaliers , après - quoy la ville fut emportée 
d'ailaut, êc rafée jtifqu*aux fondemens. Les Arabes difent, 
que le Grand-Maiftre accorda de rendre la place s'il n'eftoit 
(ecouni dans vn certain tems ^ & qu*en ayant donné avis au 
Roy , qui Êiifoit la guerre en Galice , ce Prince luy fit refpon- £d la moma- 
fe qu*il ne le pouvoir fecourir -, fi. bien 4itfil rendit lapiace, f^^^^ ^-^"^ 
après- quoy le viâorieuxie retira à Cordouë. EnfiiiteleRoy 
Alfonie vint à Tolède , après avoir traité avec ceux de Ga- 
lice y ic voyant que Mabamet s^eftoit retiré , il envoya. ion 
£kX>.Feiiia&davec vne partirderamiéefairelede^aft vers' 

Yy ij 



1 



5S^ DE MAHOMET ET DE SES 

Tçuchille & Montanchc , d*où eftant revenu a Tolcde , il 
tomba malade, & mourut Cix femaines après. Dom Sanche, 
Roy de Portugal , mourut auilî , laiflant pour fuccelTeur Dom 
^^^^' Aironfe fécond , furnommc le Gros. 

Le Pape publia alors vne Croifade contre les infîdelles , 
& il s'afiemola erand nombre de gens à Tolède , de Fran- 
ce , d'Efpagne , cr Italie , de Provence , & d'ailleurs. Cepen- 
dant , le Roy de Caftille , avec ceux de Madrid , de Guadala- 
chara^ d'Huete , de Cuença , & de Vélés , & les Grans du 
lorauéra , las Royaume ^ prit plufieurs places (ur les Maures , & voyant 
^u^vasAica- ç^^»^[ s'affcmbloit grand nombre d'Eftrangers à Tolcde, il y 

retourna pour donner ordre à tout. Car après la prife de 
•Sauveterrc , il avoir envoyé rArchevefque de Tolède en 
France , en Alemagne , & en Italie , pour demander fe- 
cours contre Mahamet , oui avoit juré la ruine des Cbre- 
ftiens , Se le Pape avoit publié par tout de grandes lodul. 

fences pour tous ceux qui iroient ^ fi-bien xiu'il en abordoit 
e toutes parts , Se il y eut èmute dans la ville le Dimanche 
gras , où périrent quantité de luifs Se d'Eftrangers. Le dés- 
ordre euftpaiTé plus outre, fî les Rois de Caftille Se d'Ara* 

;on, eftant entrez dans la ville le jour des Cendres , n*eu£. 

:nt pacifié tout par leur prudence Se leur autorité. Ce- 
pendant , les nouveaux Croifez , qui abordoient tous les 
jours, furent long-tems à Tolède Se aux en virons, où ils fi- 
rent mille ravages , avant que de recevoir Tordre de ce qu'ils 
avoient à faire. Enfin ces Princes firent batre aux champs le 
.Maiagon. douzième de luin , Se allèrent prendre vne place qui appar* 

tenoit aux Maures , où ils firent main-ba0e fur tout ce qui 
y eftoit. De-là paâant à Calatrava , ils luy donnèrent tant 
d'aftauts qu'elle le rendit ^ puis prirent Alarcos , Bénévent , 
Pièdra Buéna,SeCaracuel,d'où paflant le deftroit de Mu- 
radal , ils attaquèrent Se prirent Caftel-ferrat. Les Eftrangers 
fe mutinérent-là , fur ce que le Roy n'avoit pas abandonné 
la ville de Calatrava au pillaee ^ de-forte qu'yne partie s*en 
retourna , Se repaflànt à Tolède en intention de la piller, 
les habitans leur fermèrent les portes, commeidestrakres. 
jLeur départ fut fort fenfible aux Rois deXIaftille Se d'Ara- 
gon, Se diminua beaucoup de leurs forces,pairce-qu'il{ère- 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 357 

tira bien mille chevaux , Se cinquante mille hommes de pied. 
Afais ils ne laiflerenc pas de continuer leur marche , d'au- 
tant plus^ue le Roy Dom Sanche de Navarre les vint join-- 
dre à Alarcos avec quantité de bonnes troupes. Sur la nou- 
velle d*vn fi grand armement , Mahamet manda encore de 
nouvelles troupes d'Afrique, & fit vne fi grofle armée, qu'il 
ne s'en eftoit jamais veu de femblable en Efpagne. Comme 
il fut arrivé à Baéça , il eut avis du mécontentement des 
Efbangers & de leur départ, &s'approchant du Pas deMu- 
radal avec grande allegrefie ^fe faifitdes pafiagesde la Lofa, 
qui efldans vne vallée fort profonde , prefque au milieu de 
ces montagnes , pour combatre en ce lieu les Chrefliens a- 
vec avantage. Les Rois eflant arrivez à cet endroit , & 
voyant que les Maures s'en efloient emparez , retrouvèrent 
fort furpris,mais à la fin ils conclurent de pafTer par les plai- 
nes de Tolofà , où les Maures leur difputérent le paflàge 
quatre jours entiers. Mais vn Lundy de grand matin , les 
Princes Chrefliens mirent leur armée en bataille , Dom 
Diego Lopez de Haro avoir l'avantgarde , avec Dom Ruy* 
<yas de Qmntana , & tous les ChevaUers & Religieux des cinq 
Royaumes ^ le Roy de Navarre l'aile droite , cduy d'Aragon 
la gauche , & le Roy de Caftille la bataille , chacun avec les 
troupes de Ton païs. En cet ordre ils donnèrent tefle baiC 
fée fur les Infidelles , qui les attendoient de pied - fermée 
Dom Diego Lopez de Haro commença le combat , & eufl 
eflé Tompu par la furie des Maures , s'il n'eufl eflé fecouru 
tout a propos par le Roy de Navarre , qui eufl eflé con^ 
traint à la fin de plier , auffi . bien que le Roy d'Aragon , fi 
Dom Alfonfe n'y eufl accouru avec l'Archevcfque de Tolè- 
de, & le gros de l'armée. Le combat fut grand, mais enfin 
les Maures furent défaits , & l'on tient qu'il en mourut pljus 
de cent cinquante mille d'infanterie, avec trente-cinq mil- 
le chevaux. Mahamet fe fàuva à la courfe avec -quelques- 
vns de fon parn -, tout le bagage & l'attirail du camp de- 
meura au vainqueur , qui y perdit fort peu de gens ,& rem* Nommée £b- 
Sorta vn riche butin. Onpourfuîvit les Maures jufqu'àVbé- f^ç]'"^;îf^ 
a , où s'efloient retirez ceux de.Baéça & de Bagnos , & des dr vne ^ao^ 
vilks U chafkeaux que.les .Maures a voieiiit abandonnez, La ▼i^oirc^ù^^u 



i 



r^ 






568 DE MAHOMET ET DE SES 

L**Mn"'ueftr **^^^ fttt affiéffée , & prife^arcc plus de cinquante mille ca- 
dViŒ^pagne. piifs. On laifia ces viUesdeTertes^&Alfonére coocentade 
L'an ufo. de PCupler Bilchcz , Baçnos , T0I0& , 6c Ferrât. Cette bataille 
l'Eté de céûii. fe donna l'an mille deux cens douze, l'an fix cens dix-fept 



de PEgyre , qaoy- qw -qoelcjucs Hiftoriens Arabes la met- 
tent Tan fix cens neuf ) mais ik tombent d'accord qu'il y 
mourut foixance mille Maures ^ avec le Général de I^ar- 
Buhaïui de la niée , quî eftoit le plus brave cle Ton tems entre les Afri* 

montaenc de '_ • * ' 



HautS/' cains. 



CHAPITRE XXXVIII. 



Ce font ceux -^^w Jh fégnc dcs i^lmohaiçs , & commencement de celuy 
mLr^ c^ ^^^ ^^^^ t^erinisy aui s^intitulêrent I{pis Je Fe^; avec 
lent de Belle. les guertei arrivées aebtùs ce tems- là ^yé/cmen tan mille 

marine. " r - ^ ^^ *^ 

quatre censjoixante <5r on/^. 

MA H A M ET Enacer jfàns faire plus longrejonr en E- 
fpagne , renafla en Barbarie , laillant ie commande* 
ment général à ion frère Aben Sâad , qui fut depuis procla- 
mé Roy de Valence. Comme il fut arrivé dansfes Eftats^ 
il vécut avec beaucoup d'ennuy dans l'averfion de fcs Sujets, 
qui imputoicntla perte de la bataille à faktfchetéyêc à Ton 
infamie. Il lailTaen mourant la Couronne à Céyed Barrax, 
vn de fespetits-fils, contre qui tous les Gouverneurs des pro. 
vinces (è révoltèrent, & particulièrement ceux deTremé- 
^en , de Fêz & de Tunis. Le premier , qui fat vn Africain de 
la tribu des Zénétes , nomme Gamarazan ^ fils deZeyen, de 
la race des Abdulvates, anciens Rois deTrcméçcn^fic vaflal 
<ies Almohades , qui fit foule ver tout ce Royaume. Afais 
comme il n^cftoit pas affez fort pour refiftcr ^ Céyed, il fe 
retira à fa. venue dans vn chafteau,oùôir le point dépérir, 
il envoya vers luy vn de Cts coufins , qui- feignant d*êftre mal- 
content , luy dit^u*il luy montreroit vn endroit ^ar où le 
chafteau fe pourroit prendre , Se comme piour le reconnol* 
tre Céyed fut venu avec luy, il letua , & fe fauva dans ia 
place. Quelques^vnsdifent;, que ce fut par vn complot laie 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 569 

avec quelques Gouverneurs des provinces , qui fe vouloient 
foàlever* Sa mort fit vn tel trouble dans (on année , que 
Gâmarazan la défit, Scie rendit maifbre du Royaume de Tre- 
meqen , où il régna tant qu'il vécut ^ ordonnant à fa mort 
que (es fucceflèurs s'appelleroient Bentzéyenez , & non Ab-- 
onivates , comme ils avoient fait juiquVlors. Apres la mort 
de Céyed , les Almchades élurent pour Roy Ton oncle Ab- 
delcader, qui n'eftant pas fort puiijant , fut cauiê que d'au- 
très de (es parens , qui avoient quelques prétendons , parta- 
gèrent avec luy l'Empire , ce qui fit naiftre plufieurs petits 
Souverains. Abdulac Gouverneur de Fez pour les Almoha* 
des, 8c qui eftoit de la tribu desZénétes^dela branche des 
Benimerinis , fe rendit fort puiflant, lacob Ton frère, fe fài- 
fit des villes de Rabat &d'Anfa, dans la provincedeTemc- 
^en , 8c défit les Almobades en plaine campagne , entre Fez 
8c Mcquinez , d'où ils fe fauvérent i Maroc t ce qui accrut 
fort la puiflance des Benimerinis. Car après la mort d' Ab- 
dulac le Royaume vint i fon fils , 8c fon oncle fut fon tuteur*^ 
mais ce fils venant i mourir , Toncle demeura maiftre deTE* 
fbt, 8c fe fit appeller Roy de Fez , avec le titre de Muley 
Chec, ou d'ancien Roy , que luy donnoient fes peuples; 
parce-que l'enfant efbant encore vivant , il gouvernoit TE- 
mt en qualité de Roy de Méquinez. Ce nom de Muley 
vient de Meul , qui veut dire Maiftre ou Seigneur de queU 
que chofe , 8c ne fe donne qu'aux Rois 8c aux Princes du 
iang,eftant fynonymede celuy de Sultan, qui veut dire Roy, 
car ils fè fervent indi£Feremment de l'vn 8c de l'autre. Outre 
ceux dont nous venons de parler ^iahamec Budobus , on^ 
cle de Céyed , fe ibiileva aufli avS les provinces de Tedla 
8c de Dominer , 8c fit ligue avec le Roy de Fez , en luy don* 
oant la première de ces provinces ^ pour eftre fecouru con- 
tre Abdelcader. Le Roy de Maroc ayant feu ce traité , 8c 
211e leurs troupes marçhoient contre luy , n'ofà demeurer 
ans ÙL capitale^ fi-bien que Budobus s'en (àific , & envoya 
après luy vn de fes Chefs , qui le tua dans Sugulmefle. Budo- 
bus vidorieux ne voulut plus tenir la parole qu'il avoir don- 
née à Aben loief , au contraire il luy déclara la guerre , com- 
me Chef 4es Almohades , pour le chaflcr du Royaume de 



; 



3«o DE MAHOMET ET DE SES 

Fez ) donc il s'eftoic emparé fur cette Camille. De-U naquit 

vne grande guerre, qui nnit par la mort & la défaite de Bu* 

dobus y laquelle rendit Âben lofef maiftre de Maroc. La 

Mauritanie Tingitane demeura donc par ce moyen aux Be- 

nimerinis y qui s'emparèrent depuis en divers tems des 

^^^^ Royaumes de Tunis Se deTrcméçen. Il cft vray qu'il y eut 

padî ceVcho- ^^^ Gouverncurs des Almohades qui demeurèrent maifbes 

Tes ea peu de de ce Gu'ils tcnoicut , i la charge de reconnoiftre le Roy de 

"^^diJccront ^^^* ^^^ ^ maintinrent ainfi dans les montagnes du grand 

Retouchées Atlas, & en quelques endroits du Royaume de Maroc, où 

daasiadcfcri- eftoit puiflante la tribu de Muijamudâ , d'où ils tiroient leur 

héndc^T' origine , & de bqueile font les Hentetes , qui ont régné 

lieux. dans Tunis. 

Pour retourner en Efpagne , après que Mahamet ]Bnacer 

Ls deTofil' ^V^ P^^^^ *^ bataille du Pas de Muradal *, dont l'Edife cé- 
' lébre tous les ans la mémoire le feiziéme de luiuet : Le 
Roy Alfonfe s'eftant retiré vidorieux à Tolède , les Maures 
de laen , de Grenade &de Cordouë, joignirent leurs forces 
à celles qui eftoient reftées d'Afrique , 6c allèrent attaquer 
les fortereflcs de Bagnos , de Tolola & de Ferrât , & n'en 
ayant pu prendre pas viie , ils afliégérent Vilchés , & la ba* 
tirent continuellement l'efpace de douze jours ^ mais le Roy 

Lacaraicricac Alfonfc y ayant envoyé vne partie de fon armée , fous le 

Toîide"*^^* ^^"^^^"^^"^^^^ ^^ Gonzale, & de Martin Nugnés , ils 
Madrid* & nc les oférent attendre , Se levèrent le fiége. L'armée ayant 
d'Huctc. f^jj. ig dcjgaft fur les terres de laen & deGrenade> retourna 
^^^^' chargée cfe butin à Tolède , fur la fin du mois de Septembre. 
d^-TÎ^G^^ D'aucrc-coftè, les Maur^fc raflembjérent en la ville de Lo- 
dalachara "* ^^a, qu'ils appclloieut nizna Locha, & allèrent attaquer 
d'Hucce, de Alcala de Bençaide , qui eft aujourd'huy Aicala la Real^ 
Vékz.*' ^^ qu'ils jprirent. Mais l'an d'après le Roy Alfonfe ayant raf- 

femble (es troupes , la reprit^ & enfuite le chafteau de Lo- 

cubin, au mois de Février. De-U continuant (es proerez, 

il alla aflTièger Caftil de Dios avec la Noblefle de Caftille> 

àiaray-Mars. & les Chevaliers de (es Ordres , joints aux troupes deTo- 

«0 Abea lèdc, de Maquéda & d'Efcalone , & l'ayant pris avec le châ- 

^"**'* teau d'Abcn-jore, il pafla à la ville d'Àlcaras, dontla prife 

hiy coofta plus ds deux mille Chreftiens^tant elle fedefen- 

iit 



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^ 



SVCCESSEVRl, LIVRE IL $«i 

dit «JenrcuTemcfur^ Il alla tffiœcr cnfiikrBaëça, cfitc teroit ^° ^t^l^l' 
aGch Mahtnoet^CQufisi de Kfahamet Enacer, &: ne Ta^aac *^^' ^ ^^* 
pâ prendre, gt trêve arec ce Prince, qui s'eftoitâtit Roy de 
Cordonë Bc de Tolède ^ & ibuftenoit le parti des Alroolia*' 
des^ aprcs-quoy il prit la TÎlle d^ Alcaotaca , & retourna tî- 
doriem i Tolède. Les Portugais ne demeuroient pas cepen- 
dant les bias croi£e£, 6l Dom Martin £veiqttedeLx£booney 
prit fur les Maures Aicaçur Do£d , par le moyen de quel- 
ques croupes eftraagéres quiavoient abordé en Porto^lan 
voyage de la Terre-oainte. Sur ces entrejfaites , mourut Al^ |^i ^^ 
fonfe Roy do Caftille , dans Vn village des environs d'A vila» 
laiflant pcdir Yucceâeur Hmuy premier , fous le régne du^ YnDimaocfe 
quel il ne fe pa& rien de mémorable entre les Chreftiens 5- <*'Q^<*«et 
8c les Maures. Après, ià mort , Dom Femand troiiiéme , fur^ 
nommé le Saint, fils de Dom Ai^onfe Roy de Léon , fuccéda 
au Royaume de Caftille. 

Sous le régne de Frédéric fécond , Empereur d'Alemagne,. ^^^o. 
il fe fit vne nouvelle entréprife en la Terre-Sainte , & plu^ 
fieurs Chrefbieds s'eftant aflemblez y allèrent affiéger £)a^ viife d-Egf-- 
miette, |6 la pFirent,quoy<^ que Pennemireuflfortifiée^rhais ^' 
il la reprit Tannée fùivame, 8c les Chreftiens fe retirèrent 
dans Tyr ,^ dam Ptolémaide. 

L^ân mille deox cens Yinet-trbîs , le Bloy Alfonfe de Por- 
eugal mourut , kifiant fon fus Dom.Sanche pour (uccefTeur^ • 
£t la mefme. année les lialûtads de Eueiîça, d'Huéte, d'A- 
larcon ^ile Moya , 8t de tous les lieu^ d'alentour , s'aflem- 
blérent par le commabdemeist du Roy Dom Femand , 8c 
ravagèrent dans le Roymime de Valence , taiïdis qu'il en- 
ttoit aveé vne puifiante armée dans TÀndaloufie^ où il prit 
Quéfade , 8c contmignit les Gouverneurs de Saéça & de Va- 
lence de luy payer tribut. L'année d'après il retburnadans 112.4; 
PAndsdoufie , 8c prit la ville d^Anducfaar , 8c celle de Martos,.- 
qui efloit tres-ferte ; Sl continuant fcs progrès , l'année fui^ 
vam:e prit les tilles- de lodar 8t de Bejmar,r8c fît de erans 
di^fts fur lès terres de làen. Ûe-là paflànt par Saint Eftieif- 
ttc dn Port, il prit Hifha<Tocafe, 8c d'autres places de ces 
quartiers, 8c enfuite la ville de Pliégo,d'oupaflantparLo'* 
dka àl^plaiiK deGictiade^Jl £i€cagea^ le pais, 8c obligea 



; 



' 



36i DTE MAHOMET ET DE SES 

les Grenadins de luy rendre treize cens captifs Chreftiens,' 
& de luy payer tribut. La mefme année Sahad Ala, fils de 
Ferez ^ coufin germain de Mahamet Enacer ^ s'eftant Êde 
Roy de Seville,& rendu maiftre d'Eçicha^de ChérezSc de 
Carmone ^ aflembla les Maures de ces contrées , & alla pren« 
dre Garcies. Mais il fut défait enfuite par les Chreftiens de 
ces quartiers , qui luy tuèrent plus de vingt mille hommes. 
Sur ces nouvelles , Aben Mahamet Roy de Baéi^a ^ confirma 
la trêve avec le Roy Dom Fernand^&pouren élire prote- 
gc , luy offrit les villes de Capilla & de Salvaterre , & le mit 
en poueffion de la citadelle de Baéc^a, oà l'on fît entrer le 
Gonzaie Grand -Maiftre 'de Calatrava avec des troupes. Salvaterre 
y vagncz. luy fut auffi-tôft livrée ; mais l'autre place ne fe voulant pas 

rendre, Dom Fernand Talla afliéger, 8c l'y contraignit. Les 
Maures deCordbuë indignez de cet accommodement, con« 
jurèrent contre Mahamet, & l'ayant aflaffiné, envoyèrent 
fa tefte au Roy de Seville. Mais il fit le mefme traitement à 
ceux qui l'avoient apportée, 6c jetta leurs teftes aux chiens. 
Cependant , les Maures de Baéça ayant appris la mort de 
leur Roy, afliégérent le Grand - Maifbre oans le chafteau, 
mais il fut fecouru pat Dom Fernand ^ dequoy éperdus, ils 
abandonnèrent la ville pour aller demeurer à Grenade , & 
Dom Fernand la repeupla de Chreftiens la mefme année. 
Tandis que ces chofes ic pafToient en Efpagne , hEmpereur 
Frédéric. pafTa en Syrie, Se après quelques combats contre 
les Turcs ,fit trêve avec le ' S oudan d^Egy pte , & entrant dans 
iii8. lèrufalem , s*y fit couronner Roy. Tandis qu'en Efpagne 
IZ30. Dom Fernand triomphoît des Maures , Dom layme Roy 
Vers la fin de d'Aragou fit vnc entréprifé fur Tlfle de Majorque, & ayant 
«^bumabib P^^^^^ capitale, en fit le Roy *^rifc5nnicr5 mais les Infulaires 
' le fauvérent fur les montagnes en attendant du fecours , & 
voyant qu'il tardoit trop à venir , ils fe rendirent au vain- 
choarb. qucur i> quoy.qu'ils euflent fait vn autre Roy. laymes'eftanc 

rendu maiftre de toute Tlfle, pafla la mefme année à Mi- 

^ * norque, & cependant le Roy dé Tunis vint pourlarepren* 

dre ^ mais en vain , parce-que le Roy Dom layme la fe- 

courut; 

£n mefme tems Aben Hut , Maure très * iâvanc , & des 



4 



SVCCESSEVRS ; LIVRE II. 3^5 

Siiocipaaz du paîs^aroaiTa quandcé de gens ^ fous orccexte 
e iàintetë , & s'eftant rendu maiftre de quelques piacei du 
Royaume de Grenade , fe fit appeller Promoteur & Refor«- 
mateur de la Loy de Mahomet ^ fi- bien que prefchant con. 
tre les Almohades,il les vainquit, & prit fur eux les villes 
d'Âlmérie, de Grenade , de Cordouë Se d'Eçicha , & quanti- 
té d'autres places , fans pofer les armes qu'il ne les cuft 
chailez de ces quartiers. La mefine année , les Maures de 
Grenade ayant pris la ville de Quéfada , rArchevefque de 
Tolède * la fut affiéger,& la reprit. L'an mille deux cens c2S£E^ 
trente-deux , Dom layme Roy d'Aragon , prit fur lesMau- 
res la Pref-quUfle de Burrieh ,& autres lieux le long de la 
rivière de Chucar. Il prit au£Q la tour deMoncade, & d'au- 
tres places voifines ^ ce qui luy donna lieu d'entreprendre 
Ja conquefte du Royaume de Valence , occupé par plufieurs 
petits Princes. L'année d'après , Dom Pedre , Infant de 
Portugal^quoy-qu'il fiiffc toujours mal avec le Roy (on père*, * DSanckç. 
avec l'armée navale de Dom layme, prit fur les Maures les 
Ifles d' Y vica , Formentéra ^ Conechéra , & Cabrera , & fe fi^ 
gnala encore par d*autres exploits. Cependant , la guerre 
xx>ntinûant contre le Roy de Grenade , Dom Fernand de 
Cafblle afiiégea la ville d' Vbéda , & l'ayant prife après quel- 
ques jours de fiège , la repeupla de ChrefHens. Le Roy Dom 113^. 
layme faifoit la guerre en mefme tems contre celuy de Va- 
lence, & l'année d'après Aben Hut^ Roy de Grenade , afiem* Abn zrycji. 
bla fes troupes contre luy ^ mais eflant arrivé à Almèrie , il 
fut tué par vn de fes gens, ce qui caufa de grandes divifions 
entre les Maures d'Efpagne. La mefme année vne armée de 
Chreftiens allant i la conquefte de la Terre- Sainte, ftit dé* 
Êûte par Içs Turcs entre Gaza & Ptolémaide. Les Infidelles 
ne furent pas fi heuceux en Efpagne , car Dom Bernardin 
Guillem conunandant Tarmée du Roy d'Aragon , défît ce^ faVaSMifr 
luy de Valence 5 & les peuples dj^s firontiéres de Caftille , 
(bus la conduite d' Alvaro Colodro , & de Benito Bagnos , 
efcaladèrent vne tour de Cordouc , & s'eftant rendu maiftre 
d'vne partie.de la ville , furent fecourus fi à propos par Dom , ^^ 
Ternand , qu'elle fut contrainte de fe rendre. La prife de 1^. iam. 
cette place rue otufe de grans troubles entre les Maures 

Zï 11 



/ 



^<4 *>£ MAHOMET ET DE SES 

d'Efpagne , £c firent naiftre pjafieurs petioes guer»5« ABa 

Zéyen , le Zidan Ibni Saad, dans Valence ^ Abu Haquez , 

Abdaia jbni ^^^^ Hudîel, dans MiMTcie 3 vn autre dans Niebla &daiis T AI- 

laufoa. garbe. Ceux de Sevlilie prirent la^sur pour les commander ^ 

& ceuxd'Arcfaonc , Mahamet Abuiayd , i^ui fat le plus pnifl 
dla'sd'Aidbâ- ^^^^ de tous, & régna dans Gnmade^&lesiucccfleurs après 
mac. luy ,plus de deux cens cinquante ans ^ fous ie titre d*Aiiha- 

EjtâbUJfe^ mates, jufques à cequ'ils eurent dipoâedee par Ferdinand âc 
ment des Ifabclk , Comme nous dirons en fon lieu. Pour parlernoaio» 
fi9isdeCr€- tenant deluy & de fon eftabiiflèment , il eftoit d'Arcboae, 
ndde» ^ ;en Rit Gouverneur. C*eftoit vn (lomme riche ^ fort 

eftimé entre les Maums , de la race écs Hagez , paice- 
que ce ne (ont pas des Aiabes naturels -, mais de ceux qoi 
fe font joints à eux , Se ont embcafle leur feâe. lonhori dît 
dans fon Diâ:ionaÎTe à la Icttii; H^qn'vne t^ibu ruMSimée k 




ciérent avec eux ceax de la liguée des ÂlanamaFes , c'eit- 
à-dire des Rouges , non pas qu'ils fbilciac rouges en effet , 
mais parce- que c'eftoit le nom de leur fàndiie. Cela fe ^ve- 
Tiiie par beaucoup dé titres , de de provifions de Gouverne^ 
mens que imus avoos veiUSs j outre nlulfieurs ii^riptions A- 
rabes , qui fe trouvent encore «avoes en divers endroks de 

Il fc nomme 4a ville de Grenade, <& du chafteam qu'tiU y orar^fti , 6c em. 

lîlinpm"''*' î^elii de fuperbes édifices. Or voicy iWdre que cetav-cy 

^bferva pour parvenir àlaOouroiine. Qi^d ies Caliœs fu- 
rent dépoifédez du Royaume d'E'^agne , plnfieurs des prin-. 
crpa'ux de leur race demeurèrent au païs poorveosdeCbar- 
ces & de Gouvernemens , Se particuliërementdeceiuyd^Ar^ 
chone^qui leur demeura long^tems« Comme œlny-cy TÎt 
qu'au déclin de TEmpire des Altnbhades chacon fe re&dok 
iiiaiflre de ce qu'il tenoit , & qu'il n'eftoit pas moins aime 
que les autres , de fon peuple , il votrkrt âtire ia mefme càK>- 
fe , & feignit d'avoir fongé 'ia nuit en dormant ,qu'vneffîûi 
d'abeilles ^ & vne volée d'oiieaox s'eftoient vpxos percher 

cidi ciM . ^^ ^^^ ^^^^' ^^ ^^ ^^"^ trouver vn Morabiite quiefixiit en 
phri! ^ ** .grande eftn^e au païs , lequel luy dit que cela luy pronofti- 



t 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 5^5 

^^qwM k RoyaiiK, La noBYelie s'en eftant reDandoë dans la 
ville , le peuple amoureux de la nouveauté , f élut pourRoy , 
daQ$ la créance qu'il lailembieroit tous les Maures^ comme 
le bcttk en couroit , & qu'il (eroit leur proceâeur. Ccwc de 
laen , de Guadix , de Ba^ , & d'autres vuies , fiient la meime 
choie , & après eux ceux de Grenade 5 de - forte qu'eftant * ,''^^7* ^ 
maîflre de tant de places ^ il eftablit à la fin la demeure en rEgjR. 
celle^cy^ Se prit pouc tiire le Roy Mahamec Sayd *, defcendu^ MbIcj Ma- 
Je Ja race des Alhamarcs , fils d'Abdala ^ fils de Nacer ^ fervi* lumm , Ab« 
teur de Dieu , 6c Exaltatcur de laLoy. Il y a eu vingt & vn S'aiSL^* 
Rois de cette Emilie, dont les quatre premiers lurent lùv^nur.ibQiAb- 
fon fils , & fes deux petits-fils , d'où le Royaume pafiàaux hls ^^^^^ n*- 
d'vne de fes petkes filles^qv'il maria au Gouverneur de Mala. ^'* 
ga *^ qui eûoit de la mefme Maifon^ &dont le fils ai(hé rëgna^« FaraxL 
^^rés^pois deux fils de cet aifiié ; & c'eft du cadet , nommé 
Abd Gualid ^ que venoit le dernier Roy de Grenade y que les ^^'^ Abdaii. 
Rots Catholiques dépoâedérent. Il n'y eut que dix Rois de 
xretee btanclue^tous ceux qui régnèrent hors de ceux-là, furoot 
-collatéraux , & ouelques*vns furent des vfurpaceurs , com- 
me on verra par la fuite de l'Hiftoire. Les Rois Maures ont 
aocouftumé , a l'imitation des Hébreux , de mettre en leurs 
titres , leur généalogie du cofté de leur père , comme les 
Princes Chreftiens y mettent lé dénombrement de leurs 
Royaumes , & de leurs provinces. Tous ces Rois s'appelle- 
rent par Haonneur Amir Elmocéiémin , à l'exemple oe ceux 
de Maroc & de Fez , èc des Califes d'Arabie & de Syrie , 6c 
autres Princes Mabometans ^ comme les Souverains de Ro* 
me Sa d'Egypte & faifoient appeller autrefois Célars & Pha* 
raons. Ils avoient acc-ouftume aufii de mettre le nom de Ma- 
liomet avant le leur danstous leurs mandemens,& plufieurs c*cft.i>o«r« 
les aofuneot de la forte par refpeâ.à-caufe dcleur ponda- v^^7 ^[ ^^ 
^ear, ou Leg^flaceur. hamct sayd i 

Pour revienir à noftre Hiftotre , la roefme année que Ma- car sayd ^« 
hamet Abu Sayd fiut élu Roy de Grenade , Dom Fernand '^^'J'''' 
.entra dans le païs de laen , &; prit la ville d' Andujar , & la 
.forteoeâê de Martos , puis retourna glorieux en Caftille. 
4>*atttre-coft€ , I>om layme R oy d'Aragon entra dans le 
Royaume de Valence^ & ayant pris pluueurs places ^ aiEé- 

Zz iy 



; 



3<îtf DE MAHOMET ET DE SES 

Arm&ic, &c. tl^^ ^^ Capitale j mais fur ces entrefaites ^ arrivèrent douze 

gal<:res , & fix baroues des Maures , que le Roy de Tunis en- 
voy oit au fecours a Abuzcyen , qui en eftoit lé maiftre. Too. 
tefois les aifië^eans firent (vbien que le fecours ne pût en- 
trer dans la ville , & fe retira. Cependant , Abuzéyeu réduit 
iiîS. ^ rextremite , fe rendit Tannée fuivantcj , à condition de for- 
tir avec armes & bagage , Se tous ceux quHe voudroient fui- 
vre , & que le refte pourroit demeurer en toute liberté , en 
preftant le ferment au vainqueur. Voilà comme le Roy d'A- 
ragon entra dans Valence le huitième de Septembre de Tan 
mule deux cens trente-huit , &fut attaquer Sax enfuite , oii 
Dom Artal d* A lagon fut tué par les Maures. 
.- Tandis que ces chofes fe paflbient en Efpagne ; il s*allu- 

^'^* mavne grande guerre en Afic. Car les Tarcares qui habitent 

^ ' entre les monts Riphées vers T Océan Septentrional, fe ré- 
pandirent par toute TAfie , & firent la guerre aux Turcs. 
Ces Tartares font les derniers peuples du Nort, qu'Homè- 
re appelle les plus juftes de tous les hommes , parce -qu'ils 
n'ont ni procez ni querelles , ne connoiffent ni Targcnt ni 
les délices, 6c mènent vne vie tranquille , fans lettres &fàns 
loix , guidez par la feule raifon naturelle , qui leur fert à 
gouverner leur Eftat , & à maintenir leur liberté. Ils habi- 
tent vn pais pauvre , fans cultiver , ni champs ni vignes, fe 
nourriffent d'herbes & de fruits fauvages ^ avec ce qu'ils peu* 
vent prendre à la chaffe , s'habillent fîmplement oe peaux, 
& n'ont ni feftes ni fpe&acles. De ce païs , comme d'vnc 
fource inépuifable , vne infinité de nations belliqueufes fe 
font débordées en divers tems. Et avant que ceux dont 
nous parlons en fortiffent^ils obéïflbient aux Princes de la 
Géorgie , ou à quelques autres , & eftoient divifez en fept 
•TaiwrTan. Tribus *,qui avoient tant multiplié en hommes & en trou. 
^ur,Cuoat, peaux , quc le pars ne les pouvant plus porter, ils réfb lurent 
"^Q^^f^^^ ' ^*^^ ^^^^^ chercher vn autre. L'auteur de cette fortie fiitvn 
bciT* ' ' ^" vieillard de la tribu deTartar , nommé Cangi , d'aflez baffe 
-^^âitfaBte, mais en grande opinion de fainteté. Il leur con- 
feilla ^ comme par l'ordre d'vn Dieu , d'aller chercher vn païs 
plus grand &. plus fertile que le leur ^ qui eft comme enfer- 
mé entre l'Océan &.la «ler Cafpiemie ^^e-iorte qw'il n'y a 



t 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 367 

qu'vn P^fl^e entre les montagnes &: la mer , par où ils for- 
tirent lous iz conduite. Le nom de fà tribu demeura à tous 
ces peuples, que quelques-vns font venir , auffi*bien que les 
Turcs , des dix Tribus d'Ifraël , quoy-qu'ils viennent pluftoft 
de Magog,fils de Iaphet,dont rEcriture parle en piufieurs 
endroits 3 outre que tes dix Tribus furent tranfportëes chez 
les Mëdes,& non pas en Scythie. Ces Tartares donc fous la 
conduite de ce bon vieillard , qu'ils nommèrent Cam par 
honneur , c'efLa-dirc Empereur ou Souverain , defcendirent 
vers la mer Cafpienne , où il mourut ^ (i-bien qu'ils mirent 
en fa place Taimé de (qs deux fils , car il en avoir autant» 
Celuy^cy nommé Occate ^ fut fage 8c vaillant , & paffant le 
premier le defl:roit de la mer Cafpienne , traverfa la Sogdia- 
ne , & la rivière du mefine nom, & vint prendre fcs quar-- ^^^^ 
tiers*d'hy ver (ur le mont Taurus , en vn païs fertile & agréa- 
ble, qui fournit des vivres en abondance à ces peuples, ou- 
tre ce qu'ils avoient volé en chemin. Le mont Taurus eft le 
plus grand de tous ceux dont on a connoiflànce , & corn* 
mence vers le Couchant , à la mer Eeée : d'où il s'eftend par 
vne longue fuite de montagnes , jufqu'à la mer du Levant, 
2c divife l' Afie en deux. Occate ayant pafTç tout l'hy ver en 
ces quartiers , en partit au commencement du printems , Se 
grimpant par ces rochers , vint fondre fur les peuples qui 
eftoient de l'autre codé , & après avoir ravagé toutes ces 
provinces , (e répandit deçà èc delà du fleuve Indus , où il 
fonda Cambalu, pour eftre le fiége de fon Empire. Cette 
ville , outre qu'elle eft fort peuplée , c*eft le lieu le. plus 
agréable de toute l'Afie. Comme il fe fut eftabli ,il envoya 
de -là des armées vers toutes les parties du monde , & con^ 
quit r Aracofie , la Caramanie , £c plufieurs autres provinces, 
& enfin la Perfe , d'où il chaÔà les Turcs ^ Et s'empara en. 
liiite de la Syrie, de la Méfopotamie 8c de l'Arabie, & dé- i^^^ ^^^^ j^ 
truifit la fameufe ville de Babylone , où eftoit le fiége des «is.dciEgy. 
Califes. Après ces chofes , les Tartares felaifirent de la eran- ^^* 
de Arménie, 8c paflant delà dans l'Ibérie 8c la CoIchide,fe^ 
mérent par tout l'épouvante -, 8c ils euffent poufie plus loin 
leurs conqueftes , fi les délices des Indes n'eufient arrefté 
leur <jéj^ral dans Cambalu , d'où il diilribua le Gouverne* 



; 



y6% DE RfAHOMET ET DE SES 

ment des provinces à Tes "poxtnSyêc à £bs amis y qui prirent 
les coufhmies des^ Perfes , des Caldéens & des Afiyncûs , & 
nommcrenc leur Patriarche Prére-Ian y eftablifiant vu non. 
vcl Empire tres-puifïanc. 

Mais cosomeil ne fera pas defagréobte de faire vne petite 

digreffioo fur le détaiil de leurs conqueftes, je diray que la 

première chofe qu'hits firent, après avoir pafTc Les monta^ 

^^ . , , enes, ce fiit de prendre la ville d^Alcxandrie • qui cft baftie 

Décroît de ki.. ^ t / • » ^ i tv j -r^ >r* i j 

mtx CsiC^i^. an dcrroît qp on nomm^ la Porte- de-Fer .Cela oonm tant 
ne- d'efÏToy aux Turcs ^ qu'Azacin Soudan d'Iconie, pour leur 

pouvoir ré(i(ber,fît trêve avec l'Empereur de Conftaotino- 
pie , pour longues années , à quoy il con(cntit facilement , 
pour le faire iervir de rempart contre les Tartares ^ qui mc«^ 
iraçoient l'Afîe de ruine. Les Chreftiens de l'Orient eftant 
alors tourmentez de guerres continuelles , avoienr abandoiu 
né le labourage, fie le foin des troupeaux ^ de-force que la 
neceffité eik>it grande , ic l'Empereur avoir confumé tous 
lès tréfors de fon Epargne. Comme il fe vit donc libre par 
cette trêve, il voulut.reftablir la campagne. Se commanda 
àfes Sujets de reprendre le foin deràgrtcakure. Et pour 1er 
inviter par fon exemple , il prit pour foy vn quartier qui 
eftoit defert , & y fit planter des vignes & des oliviers ^^ en^ 
tretenant fà dèfpenfe de ce revenu, & faifant diftribuer le 
refte aux BLeligieux & aux Hofpitaux. Il fit faire anffi des^ 
Teniers ficdesmagafins par toutes les villes , pour diftribuer 
tu bled au peuple dans laneceilîté , par le moyen denucy le 
païs reprit fa première fplebdeur. Les Hiftoriens aifcnt , 
que ce bon Empereur prit tant de foin de ces choies , que 
les poules feules que Tlmpëratrice £ûfoit nourrir, défrayeient 
toute (a maifon d'oeufs êc de poulets , & qu'elle fit faire du 
fiirplus vne Couronne d'or , enrichie de perles & de pierre- 
ries , qu'on nomma là Couronne d'Oeun , parce^qu'outre 
qu'elle les reprefentott, elle s'eftoit fiùte de l'argent <pii en 
eftoit provenu. Ce foin de l'Empereur ne* fk pas ieulement- 
(ubfifter fon peuple , mais l'enrichit j parce-que les Turcs 
en guerre perpétuelle contre les Tartares , 4nanqaoiei]t'^ 
vivres , & lés achetoient i grand prix- des Chreftiens , doa^ 
nant en échange ce qu'ils axroieni: de {dus préckux« I^ur 

retourner 



t 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL ^^9 

retdurner aux Târtàres , ils ne fîircnc pas fi • toft ma!L 
ftres de la ville d'Alexandrie ^ que leur avantgarde olarcha 
contre les Turcs , fous le coiAmandement de Gabô Saba , 
que le Soudan dlconie Âzat^n fut attendre à Bofdra , etf 
la grande Arménie , avec vne armée de Turcs , d'Arabes , de 
Grecs , d'Italiens , d'AIemans 8c de Frani^ois, qui s'eftoîent 
joints tous enfemble pour refifter i leur commun ennemy. 
lean Lividnade , ou autrement Paléologuc^derifledeChy- 

Sre , qui eftoit alors en la difgrace de l'Empereur , comman* 
oit les Grecs y^^ Bonifâce Molineo , Gentilhomme Veni* 
tien , les Latins^ qui eftoient au (èrvice du Soudan. LesTar- 
tare^ voyant vne fi grande armée , compofce de tant de na- 
tions différentes , crurent qu'il eftoit arrivé vn grand fe- 
cours au Sûildan , & voulurent tourner le dos ^ Mais fur ces 
entrefaites , vn parent du Soudan ^ qui en avoit receu quel- 
qfi|^déplaifir,pafilt deieur coftéavec (a troupe, & leur dit, 
que la diverfîté des nations qui compofoient cette armée , 
faifoit pluftoft fit foiblefie que fa force. Cela les arrefta 
tout court , & fut caufe qu'ils donnèrent Ir bataille , ou le 
Soudan fut défait , & les Tartares paifant l'Ëuphrate , affu- 
jettîrt la Syrie & l'Arabie , & fe les rendant tributaires , 
revinrent en Orient chargez de butin. Ils retournèrent l'an- ^'** ^^^*^ 
Bée fuivante , 8c paflant l'Euphrate avec furie du cofté du au^oylame 
Nôrt, où il n'eft pas éloigné de fa fource, ils vinrent en Cap- J» g»»<i 
padoce ^ & au fleuve de Termodon , & prirent Iconie , qui ^®8®'- 
eftoit la capitale de cet Empire. Le Soudan fe voyant per« 
du, prit (on frère avec luy,6c croyant que l'Empereur Pa« Azaân.Maiic. 
kiologue , qui régnoit alors , fe fouviendroit de leur amitiév 
il lepria de le (ècourir contre les Tartares , ou de luy donner 
qtielqUes places en attendant , où il puft fe retirer avec fes 
trefors èc fit famille. Mais il ne voulut faire ni l'vn ni l'au- 
tre j pour ne point partager fes troupes , ni donner à vn fl 
grand Prince , & autrefois fijpuiflant , vne retraite où^fes 
Officiers & (c^ foldats le pûflent venir trouver ^ ce qui ne 
pcurroit eftre qu'a la ruine du nais , à.caufe de leur neceffi- 
té & de leur valeur. Le Soucbin voyant que l'Empereur 
Pentretenoit en efpèrance fans aucun fruit*, gagna la pro-* 
vince de Pont avecfon frère, i la faveur 'de quelques Scy<^' 

AAa 



/ 



Amar. 



570 DE MAHOMET ET DE SES 

Occatc. thcs de TEurope, & fe mit entre les mains du Cam des Tar- 

tares , qui le remit dam Ton Eftat , moyennant quelque tri« 
but. Mais il n'en jouît pas long-tems^parce-qu^vn autre Sa^ 
trape luy fit la guerre , Se le contraignit de fe retirer à He« 
raclée au Kovaume de Pont, jiifiqu'à ce qu'il recouvra foa 
Eftat par la faveur des Tartares , & y fut tui en trahifon. Sa 
mort mit fin pour lors à l'Empire des Turcs, qui paiTérenc 

£ar ce moyen de la fouveraine félicité à la iouveraine mi^ 
^re, par la divifion qui s'y mit entre-eux ^ qui les donna 
en proye à plufieurs petits Tyrans -, de^forte que non feule.* 
ment les Seigneurs fie la NoblefTe , mais le peuple fe mit à 
piller & à voler ,defi:endant des montagnes fans autres ar« 
mes que leur arc ^ leurs flefcbes , faifoient des çourfes fur 
les erans chemins , Se dans les lieux qui efloient fans défen* 
fe , 9, la ruine des provinces voijSnes. Les Chreftiens fouf« 
ârirent le plus de ce dommage, parce-que l'Empereur pour 
retrancher la defpenfe , avoir o{ké les garni/bm^es places , 2c 
les Turcs pour fe fàuver des Tartares ^ s'y retiroient , Se les 

ÎûUoient tout i leur aife , en venant aux mains lors qu'on 
eur refiftoit. Pour remédier à ce defordre^ l'Empereur fa^ 
chant qu'vne armée de Turcs sf'ef^oit retirée dansj^ Paphla* 
gonie , luy. alla donner bataille « Se la défit -, mais les foldats 
s'efbnt emportez trop loin dans la pourfuice , l'ennemy re^ 
vint à la charge , Se en tùa vne partie fur les bords de k xi« 
viére de Sangare » l'Empereqr ayant eu bien de la peine i fe 
fauver. Apres cette viàoire les Turcs pajOTérent la rivière ^ 
8e fè répandirent depuis la mer de Pont , Se la Galatie , juT-- 
qu'à celle dé Lycie, Se au fleuve Eurymedon,où ils fe raf* 
femblérent pour marcher contre les Tartares. 
Hifioire des Les Soudans d^Egypte Se les Mammelus florifToient alors, 
M^mme- Se île firent pas des chofes moindres que les Tartares. Car 
'•^! ils fe/rendir«at raaiflxes de plufieurs provinces , où ils fu|>ft« 

Itèrent long-tems, Se eftenoirent bien loin leurs ârontiéres^ 
après avoir commencé de la forte qiie je vais dire^ Les Cz^ 
lifes d^Egypte ayant perdu cette première valeur , Se cette 
vnion qui tes avoir rendus fi glorieux ^.fe rekfchérent dans 
les plaifurs^ Se fe laifTérent corrompre de forte Mr i'oifive- 
té y qu'il faloit peu àt forces pour conquérir leur Eftat , 



i 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 571 

3uoy«qu'il fùÇk tres-floriiTanc. Cela obligea Baudouin, Roy 
e lérufàlera, à tourner fcs armes contre eux , avec tant de 
(iiccés , i^u'il les rendit tributaires. Mais depuis fur le refiis 

Su'ils firent de continuer ce tribut , Ainiery Ion frère , & fon 
tcceflêur , aflêmbla vne année, & défit le Soudan Dargan ^ 
au défère, qui eft entre la ludée & l'Egypte. l\ euft pouflK ^^ j^ 

plus loin ia viAoire , s'ils tfeuflent rompu les digues & noyé ^[ ^aion é/ 
tout le^ païs,dont l'armée Cbreftienne faillit à le perdre, & toîc en foa 
fat contrainte de r^asner la ludée. Le Soudan Sanar , que p'^'*^' 
Dargan avoit dépoflecîe , & qui s'eftoit retiré avec les Ara- J^iSt 1« * 
bes de (à tribu ^ prenant Toccafion de cette défaite , vint comiena&ics, 
trouver Horahdin , Roy de Damas , & le pria de Taider i rc- <>» '« ^*^î*"" 
couvrer la dignité dont Darsan Tavoit dépouillé. Il fut rz^fcicl- 
bien«>aife de cette demande, dans la créance de fe pouvoir iifes dans leun 
rendre maiftre de l'Egypte , s'il y pouvoit vne fois mettre le a™f^** 

Sied. Il y envoyé donc vne armée , fous le commandement 
e Siracon , homme de bafle naiflânce ; mais grand Capitai- 
ae, & plein d^amour de la gloire. Sanar s^eftant joint à 
luy , ils nrirent la route d'Egypte , 8c donnèrent telle frayeur 
au Soudan , qu'il implora le (ecours du Roy de lérulalem , i 
la diaree de luy payer le tribut que les Califes payoient à 
fcs prédéceflêurs. Mais dans cet intervaie, les ennemis s'a- 
▼ancérent tant, qu'il fut contraint de marcher contre eux,, 
(ans en venir pourtant à vne bataille, en attendant toujours 
Gue le traité fuft conclu avec le Roy de-Iérufàlem -, mais là-* 
deflûs vn de fes gens le tua en rrahifon. Après fâ mort ,Sa' 
nar & les Turcs , fe rendirent maiflres de toute TEgypte ^ 
parce*que le Calife , renfermé dans (a maifon , & abanaon- 
né aux plaifirs , ne & (bucioit pas qui eut le commandement 
désarmées , pourveu qu'ion le reconnuft pour Souverain. Sur 
ces entrefaites , Siracon ayant pris la ville de Bilbis , qu'on 
nommoit autrefois Pelufe , la voulut retenir pour foy contre 
la volonté de Sanar, qui irrité de ce refus , envoya prier Ai^ 
mery^Roy de Icrufalem,de luy faire la mcfmetaveur qu'il 
Vbuioit faire à fon devancier, 8c le traité efbant conclu , ils 
affiégérent enièmble la ville , & la ferrèrent de fi prés , que 
Siracon fut contraint de la rendre. Enfiiiteceluy.cy voyant 
qull n'eftoit pas capable de refifter à deux fi pui flans enne* 

AAa ij 



J 



Wm' 



J7I DE MAHOMET ET 'I>E SES 

mis , & que Norandin avoic afTez d'aflaires en Syrie contre 

les Chrefkiéns , fans fe mefler de celles d'Egypte , il eut r& 

cours au Calife de Babylone , & luy montrant Tintereft quHl 

avoit à fe rendre mailbre dVn pais (i riche » luy perfuada de 

faire cette entreprife , qu'il y avoit Jone-tems qu'il fouhai- 

Les Califes Je toit ,pour perdre fon rival. AfTemblantCMnc vne armée d' A- 

Babylone , ri- i:abes , de Perfes , d'Afly riens ^ic de Turcs y qui le reconnoif- 

d'£eyptc^^ fent tous pour Souverain 3 . il la donna i Siracon , avec 

grande provifion de vivres , pour pafler le defëtt , & l'envoya 
' en. Egypte. Aimery ayant TafTemolé Tes troupes fur le bruit 
de fà venue , marcha contre luy , & luy donnant bataille 
dans le defert, remporta laiviAoire après vn long combat , 
& le rechaffa en Syrie ^ puis retourna en IcruÊilem chargé 
de dépouilles. Quelque tems après , Aimery ayant appris que 
Sanar traitoit avec Norandin pour luy faire la guerre , quoy- 
que quelques* vns di{ent^que ce ne fut qu'vn prétexte pour 
envahir l'Egypte , il raflejànblà fon armée , 6c ayant emporté 
d^aflaut la ville de Bilbis , mit tout à feu & à fang. Sur ces 
ncmvelles , Sanar a recours vne féconde fois à Norandin , 
qui Y renvoya Siracon ; mais la crainte de fon ambition fie 
TcColdre S Jar i conteicer Aimery par vne grande fomine 
de deniers , pour avoir fuîet de contremander le fecours. 
Toutefois Siracon qui eftoit en chemin avec fon armée^ 
prit Sanar au dépourveu , & marchant droit au Caire , le. fit 
arrefter comme il le venoit recevoir , & luy fit couper la 
tefte. Enfuite entrant dans la ville , il fit hommage au Ca» 
life,qui le déclara Soudan en^la place du défunt. Quelque 
tems après Siracon eftant moré ae maladie , laifTa pour fiic- 
cefTeur Salhdin , fon neveu , que nos Hiftoriens nomment 
Saladin , qui fiit vn autre Alexandre en valeur , en prom- 

f^titude y en générofité , & en libéralité. Ce fiit luy qui tua 
eXalife, & tous ceux qvi'il pût attraper de fa famille, & 
nso- par là mit fin aux Califes de la race de Caym , jqui eftoit 
paffé d'Afiîque en Egypte, comme nous avons dit. Enfuite 
il (ç déclara Souverain, tant au fpirituel qu'au temporel, & 
voyant la foiblefle des Egyptiens , qui adonnez a leurs plai^ 
firs , neeligeoient les choies àq la guerre, .& eftoient con» 
traînas aavoir recours ailleurs dans l'occafion , il ^t def* 



\ 



^VCCESSEVRS, LIVRE IL 375 

ièin d'entretenir vne armée de braves gens pour la dcfenfè 
du pais. Comme les peuples donc du Septentrion font plus 
propres i la guerre que ceux du Midy , il fît alliance avec ^ 
les Circafles'^, qui demeurent prés du Pont Euxin ,& des Pa- *°"2'S"* 
lus Méotides, â la charge de luy fournir tous les ans de jeu- 
nes garçons bien. faits , à certain prix , lefquels il faifoit nour- 
rir dans l'exercice des armes , fans foufiPrir d^autres gens de 
guerre qu'eux dans tout le païs , Se donnant les principales 
ugnitez aux plus vaitlans. Les peuples dont ils tirent leur 
origine^ font d'vn -naturel (àuvage , & accouftumé dés l'en- 
fance au travail & à la peine, & à fouffirir lafsdm & la foif. 
Ils n'habitent point de villes -, mais font répandus deçà 6c 
delà, vers la rivière du Phafe', fur la frontière de la Col* 
chide , prés de la porte du Taoais , oui tfa pas plus de cin- g ^jifai^ 
quante lieues. Encore qu'ils foient Chreftiens ^ ils ont beau- d» TanaUan 
coup de cérémonies eftrangéres,& fi-toft qii'vn enfant eft né ▼«^^S*» 
ils le vont laver dans le fleuve. Ils font la plufpart forts èc 
robuftès ^ blancs & de bonne mine. Tout leurj>aïs eft plein 
de lacs ^qui portent quantité de rofeaux , dont ils baftiffent 
ieurs cabanes. Us ont guerre perpétuelle avec lesTartares, 
& les autres peuples leurs voiiîns ^ Leur Nobleffe ne quite 
point la cotte*de-mailIe , ne fouffre au peuple armes ni 
chevaux , 8c ne luy permet de s'occuper qu'au labourage. 
Ils «vivent libres & fans Rois; ne (àvent ni lire ni écrire, ^£c 
n'ont pas mefme de caraâéres pour cela^auffî leurs loix ne 
font-elles pas écrites. Ils vuident tous leurs differens par les 
armes, ou par vn accommodement.Hs (ont fort (Charitables 
envers les eftrangers j vivent de la cha^fe & du brigandage , 
£c font très-propres aux armes. Saladin dépefchoit tous lés. 
ans vers eux pour acheter les jeunes captifs , <]U'ils font a ht 
guerre , ou ceux que la pauvreté contraigneit les pères de 
vendre , & les faifoit élever comme nous avons dit. On les 
jiommoit Mâmmelus , comme qui diroit Efclaves. Ce fut 
avec ces gens-là qu'il fe rendit maiftre de Damas , apr^és la 
mort de Norandin,& qu'il chaiEi les Chreftiens de la Syrie 
€c de la ludée , & fe (àiat eniùite de la partie Orientale de 
^Afrique. De fon tems les Turcs n'avoient que trois Prin- 
ces confiderables , luy , le Roy de Perfe , & le Soudan de 

A A a iij 






Jx4z< 



Campotcjar 
Moutijar. 

Africains 
de Maroc de 
la Géculic. 

1145. 



374 DE MAHOMET ET DE SES 

Cappadoce, Ses fuccefleurs ont régné en Egypte cent cin* 
quante ans , avec fouveraine autorité , tant au fpirituel qu'au 
temporel , fous le titre de Soudan ,& il n'y eut qu'eux d'c- 
xemts de l'Empire des Tartares ^ par la valeurxles Mamme- 
lus &c l'alliance des Circafles. Car toutes les fois que lei 
Tartares leur faifoient la guerre, les Circafles entroient dans 
la Tartarie , 8c les contraignoient de fe retirer , outre que* 
la cavalerie des Mammelus eftoit meilleure que la leur^ La 
race de Saladin eftant efteinte Jes Mammelus fuivant la cou* 
tume de leur païs , ne fouffrirent point que les Egyptiens 
çuflent ni armes ni chevaux ^ 8c élurent pour Soudan kbra^- 
ve Pépéris , qui eftoit de leur corps , avec défenfe de feiire 

f^afl'er la Couronne aux enfans y ni aàvoir égard à la race en 
'élection du Souverain. Ceux du Soudan eftoient nourris 
indifFeremment avec ceux qu^on amenoit de Circaffie , èL 
n'heritoient point de leurs pères j mais tiroient comme Ics^ 
autres , tout leur avantage de leur mérite , 8c non pas de leur 
iàng. Ce dernier eftabliflement fe fît environ Tan mille trois 
cens de Noftre Seigneur , qu'ails commencèrent à régner 
en Egypte , quoy- qu'ils y tuflent long-tems auparavant, 
comme nous avons dit , 8c ils fe maintinrent de la forte jufL 
qu'en Tan mille cinq cens dix.(ept , que Selim Empereur des 
Turcs abolit leur Empire. Nous avons trouvé à propos de 
mettre icy leur Hiftoire^ tant à-caufe qu'elle eft mémora- 
ble , que parce^qu elle fert d'éclairciflement aux chofes que 
nous traitons ^ mais nous en parlerons plus amplement en 
la féconde partie de llÉifrique y lors que nous viendrons à 1^ 
defcription de l'Egypte» 

Pour retourner en Efpagne , Abu- Sayd Roy de Grenade ^ 
ayant fait trêve avec Dom Fernande la rompit aufii-toft, £c 
défit Alfonfede Léon > frère du Roy. Mais Dom Fernand 
ayant raflcmblé vne armée , prit Archone , où Abu - Sayd 
eftoit né, avec quelques chameaux, ^ après avoir couru le 
païs, vint affiéger Grenade. Cependant , les Gazules qui 
eftoient dans laen , affiégérent Mârtos , pour faire diverfiom 
Mais le Roy envoya fon frère au fecours , 8c fe retira fans 
avoir rien fait. L'année fuivante Abu-Sayd voyant que Fer- 
nand raflèmbloit {es troupes pour retourner devant Grena* 



1 



pcs pour 
leur deroir 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 375 

de, fie trêve avec luy -, & par le traité , luy rendit laen , 6c 
luy fit hommage du Royaume de Grenade \ avec moitié du 
revenu, moyennantquoy Dom Fernand luy prefta des trou^ ^ p^^. ^^ 
lur remettre quelques Gouverneurs * des places dans tntjui 
voir. Après les avoir rangez dans l'obéifiance , voyant 
xju'il n'avoit plus a faire à Dom Fernand ,il fit la guerre au 
Roy de Sevilîe , &c entrant dans^ fon païs , ravagea les envi^ 
rons deCarmone^ Qcdonna la ville d'Alcala aux Chreftiens* ^j^^j' ^^ 
Deux ans après , Dom Fernand entra avec vne puifiante ar- ^j^V^ 
mée dans le pais des Maures , eftant afiuré du cofté de Gre- ^^' 
nade , ic afliégea Carmone , qui fe rendit incontinent , & les 1 146. 
habitons devinrent fès vaiTaux. Plufieurs autres places pri-. conftantîna , 
rent le mefme parti. Il a£iégea enfuite , & nrit Alcala del ^cjoa^loiu 
Rio,& Tannée fuivante vers le mois d^Aouu, accompagpé ^"*"*°*- 
idtt Roy de Grenade, il affiégea Seville« 

La mefme année les Turcs & les Arabes fe joignirent en* jifif. 
femble ^ & ayant eagné vne hauille contre les Chreftiens 
dt Syrie , prirent mr eux la ville de lérulàlem , & y exercè- 
rent de grandes cruautez. D'autre - cofté , Louïs Roy de 
France , entreprit le voyage de la Terre* Sainte en faveur des 
Chreftiens^ & après s'eftre dclaflc quelque temsen Tifie de 
Chypre , alla affiéger Damiette en Egypte , & l'emporta 
d*aâaut , mais deux ans après il Êic pris prifonnier ,. avec 
Charles & Àlfonfe fes frères ,& quantité de Noblefie, que 
les ennemis délivrèrent enfuite , moyennant la ville de Da<- 
miette, qu'on leur rendit ^& ils la démolirent. Sur ces en^ 
cteÊûces^ cinq mille Pafteurs^ou jeunes gens ^prirent lesar* 
rocs en France » comme par vne révélation ^ fous prétexte 
de mettre le Roy en liberté, & ayant appris ia délivrance, 
mirent bas les armes. 

Cependant , Dom Fernand affiégeoit Seville , dont le fié- 114$. 
gie dura quatorze mois & dix«huit jours ,aprés-quoy elle fe 
rendit ,8c les Maures en eftant fortis avec leurs meubles & 
Icttc éqUipagje, le Roy y entra le dixième Décembre, en la 
compagnie .du Roy de Grenade , qui donna setraicechez foj 
au Roy de Seville , & luy aifigna quelques heriuges pour ut 
{vkfûSbo€C ) où eft âiaisitenant la vieille Cfaartreufe , que 
Von .nomme encore 1^ héritages d^Abid. L^an mille deux. ^^T^- 



376 DE MAHOMET ET DE 

cens cinquanre-deux , mourut à Sevilie au mois de MayV 
Dom Fçrnand, furnommé le Saint» Dom Alfonfe le Sage, 
fon fils , luy fuccéda , & fit la guerre au commencement de 
foa régne contre le Roy d'Aragon. En mefme tems les 
|4aures de Valence fe foulevérent , à la perfuafion du Roy 
Alfonfe y :8c Ce maintinrent quelque tems dans leur révolte, 
aprcs-quoy ils fe rendirent à certaines conditions au Roy 
d'Aragon ^ à qui ils eftoient , & il en fit prefentà l'Infant 
^^5i' . Dom Alfonfe, fon fils. L'année fuivante^Dom Alfonfe le 
Mahamçt Sagc rompit la trêve avec le Roy de Grenade , & prit fur luy 
iibu-sa/A Techéda,& autres places de ces quartiers , puis retomrnavi- 
^^55' ciorieux en Caftille. Deux ans apré^il recommença lagner-' 
re, & affiégea la ville de Chères de la frontière ^ mais les 
habitans ayant chaiTc les Gazules , fe rendirent & devinrent 
fcs vafTaux , 5c ceux d' Arcos & de Libricha en firent autanb 
L'an mille deux cens cinquante-fept , il entra dans TAlgar. 
be , & prit fur les Maures la ville de Niébla y oà s*eftoit re* 
tiré vn fils d'Abcn Mofad y qui fe faifoit appeller Roy de 
cibnicon, T Algarbe , puis pourfuivant (à vidoire, il prit plufieurs vil- 
Gucihra, Scr- 1^$ & fortcreffes qui appartenoient à des Seigneurs Mau- 
wbin,G»ftrol ï'Cs , Icfqucls fe firent fes vaflaux , après* quoy il édifia Villar 
viarin.Tavira Real. La mcfme année mourut Dom Sanche^Roy dePor^ 
êc Lauia. tugal ^ laiflant fon frère Alfonfe pour fuccefTeur. 
'^f^* Muftaçem Munibila , dont nous avons parlé y eftam Gà*- 

"j8. life y les Tartares après avoir conquis la Perfe , vinrent fon- 
dre devant Baby lone , fous le commandement du brave Ha-»- 
loon, & l'ayant prife fans reflfbnce ^ enfermèrent le Galifi; 
dans vne chambre où eftoient Ces trefors , &. l'y firent mou- 
rir de faim , pour punition de ce qu'il n'avoit ofé lever des 
troupes y de - peur de dépenfer fon argent. La religion de 
Mahoînet demeura parce moyen fans Calife l'efpace de plus 
de deux cens ans. Mais les Soudans d'Egypte s'attribuoienc* 
le mefme honneur, &décidoient des cérémonies &descou^ 
ftumes de la loy. Vn Atube des defcendahs d'Ali, d'où font* 
venus les Sophis y régna depuis eB:Perfe , & y fut en grande 
vénération. 
^ff^int. D'autre-coflé , le Roy de Grenade , & les Seigpears Mau^ 
res du Royaume de Murcie & de> l*Algarbc,ayaat pour fu-- 

fpcûs 



i 



■ 



SVCCI^SSEVRS, LIVRE IL 377 

£féâs les proaet d« RoyxfeCaftîIk^-clépercberefitreerëte* 

ment vers leJLoy ^ ¥cz^ qoi e/lm alors fon pui^Gint , Se 

roaiftre de toute la Mauriunie , & difpofërent les Maures de 1 

Sevîlle i tuer Dom Ali^fie & £1 itmine, & fe fotilever qn; 

ftÔDe jHiais cela n'^uft poîot d'efiR». Cepead»ec ,il paflîi cani chéwz de u 

4e Maures d'Afrique , qu'ils jetténmt VEfoagpe dans vnç AwosTLîbri- 

nàndeconftcœaticm^ 6c preuant plqfieurs places ^ firenc fou* chi , Médina» 

fcvar tous lesMaures qui eftoîent v*flàux de Dom Alfonfc j s»^**"*^» *^ 

Mais ce Prince pour «ire diveriîon , cuyoya en Afrique vne ^ 

armée navale , qui prit Salé « & ne l'ayant pu garder que dix 

)ours,fè rembarqua 6c retourna en Efpagne* 

Cependant^ ks Chreftiensde la Syrie eurent de grans dé* jljli , & 
meflez les vns avec les antres ^ ceux de Venife&de Gènes ;» lisUi. 
commencèrent les- premiers , & Tyr & Ptoicmaide s'entrefi- ^^^u 
rent la guerre , avec grand meurtre. D'autre - cofté Main^ 
froy j raftard de l'Empencur Frédéric ^ s'cftant emparé du 
Royaume de Sicile, fous le Pontificat d'Alexandre quatrié^ 
me , fit venir plufieiirs Arabes d'Afrique , & Us envoya a« 
Royaume de Naples pour vfurper les terres de l'Egliie. 
S'eftant donc joints aux Arabes de Lucérie, ils entrèrent dans 
la campagne de Romeyrous le Pontificat d'Vrbain quatriè- 
me , fiCKicca^érent tout , jufqu'à FroÊilon. Vrbain pubtia con- 
tre-euK vne crodiade , & implora le fecours de Saint Louis , 
qui luy envoya vne armée , lous le conunandeinenc de Guy , 
Evefque d'Auxerre ^ Richard Comte de Vendofine^ Robert 
fils du Comte de F landres , & gendre du frère de Saint Louïs • a* A*n)oû! ^ 
Tous ceux-li partirent d! Albe en Piedmont , 6c traverfant 
Ja Lombardie, vinrent en la Campagne de Rome , d'où ils 
€h2£éteot les ennemis , faœ mettre Tèpée à la main. Mais ils 
ne les purent chaf&r du Royaume de Naples , parce, qu'ayant 
pafle le Garillan,ils fe fortifièrent au-de-là,6cen aéfendi- 
rent le paflà^e. Le Pape pour fe maintenir contre Main«* 
froy , donna l'inveftiture des Royaumes de Naples & de Si- 
cile ^i Charles Duc d'Anjou , qui paflant en Italie , fut cou- / 
Tonné à Saint lean de Latran le jour des Rois, par Clément ^^ '* 
quatrième , qui fuccéda d Vrbain. Enfuite xlifputant la Cou- 
ronne i Mainfroy ,il le défit, ic tua vn mois après dans U ^'^^j/^/*^^' 
nlaijie de Sainte Mane de la .Giadelle^ oàxous les'Arabfis^" 

BBb 



378 DE MAHOMET ET DE SES 

furent tuez ou faits prifonniers ; aprés-quoy il fe^rendtt 
maiftre de ces Royaumes , Se fut le premier Roy de ce 
nom. 

^Sfâgne\ Pour repaCTer en Efpagne , Tan mille deux cens^ ibixante- 
1x75. trois , les Seigneurs Maures qui s'eftoient révoltez contre 
Alfonfe , entrèrent dans fes jBftats , & aflîégérent Vtréra; 
mais y eftant accouru , ris fe iretir^rçnt. Cependant , les 
Maures qui cftoient paflez en Efpagne au fecours du Roy 
de Grenade ^faifoient tant de maux à ceux du pais , que ceux 
de Guadix , & de Malaga fe^foiilevérent contre leRoy de 
Grenade , & fe rendirent vaffaux de Dom Alfonfe , qui leor 
envoyamille lances ,fous le commandement de Nugno de 
^ ^75* Lara. Le Roy d&Grenade reconnoiffanr fa faute , pria Dom 
Alfonfe de ne plus protéger fes Sujets ,& traita avec luy 
dans lavilled^Alcala, qu'on nomme aujourd'huy la Royale. 
Les principaux articles du traité furent, que le Roy detGre- 

MihamecBcn ,nade ab^ndonneroît ccluy de Murcie ,pour prendre lepar- 

Hainct. ^j j^ Dom Alfonfe, & luy donner moyen de conquerii; cet 

Eftat , & que le Roy Alfonfe de fon codé , ne prorégeroit 

Maîa'l* point fes Sujets rebelles. Auffi-toft Alfonfe alla faire la 

guerre au Roy de Murcie ^qui fe voyant abandonné xlecc- 

» iHifnaTo--îuy de Xjrenadc, vint au devant de kiy *, ^uy bai(ant la 

'°f^- .main , fe fit fon vaflal. De - là eftant entrez enfemble dans 

Murcie , qu*Alfonfe donna à vn Maure, qui elloit frère d*Ar 

Mahaniet ^çn Hut, à Condition xju'il luy rendrbit tous les ans le tiers 

du revenu , & abandonna d'autres places au Roy de Murcie , 
^our fa demcjure <Sc fon entretien. Quel ques-vnsdifenti que 
•Dom iayme , Roy d*Aragon, la prit Tan raille deux cens 
foixante-quatre ,à la faveur de Dom Alfonfe, Ce qu'il coo» 
quit tout cet Eftat 5 mais ces deux Rois avoient déjà par^ 
/tagc leurs conqueftes,& ordonné que le Royaume de^Va- 

^,^ çjj 4ence demeiircroit au Roy d'Aragon , & xeluy de Murcie au 

traire à ce ' Roy de Caftille. Le Roy de Grenade irrité de cette coii. 

flu'ii Tient de qucfte, qui eftoit faite pendant la trêve ^ traita (ecrétemenc 
"* avec le Roy de Fez , pour en eftre fecouru , à la charge que 

^ *^® • tous les Maures d'Efpagne le reconnoiftroient pour Souve- 
rain. Ce Prince , pour pouvoir afTembler fon armée fans 
donner jaloufie a Pom Alfonfe ,ifitpïibliprijuec'eftoit pour 



t 



SVCCESSEVRS, LIVRE H. 579 

feoietcce le Gouverneur de Ceuce <iaDS robeiilance ^ Se 
pour mieux cacher Ton deileia ^ traita avec le Roy d'Ara- 
gon , afin d'avoir Ton armée navale , pour aflléger Ceutepar 
.mer & par cecre,& luy offrit pour cela cent mille piftoles, 
outre le payement de l'armée. Mais D. Alfonfequi fe dou* 
toit de la fourbe , ne laiflà pas de pourvoir à fa frontière. 
Abu loièf donc , Roy de Fez , que d'autres nomment Muley 
Chec j entra en Efpagne par lé détroit de Gibraltar avec 
diX'fept mille chcyaiix , & plus de cinquante mille hommes 
de pied, Se ne fut pas pluftoft entré, que le Roy de Grena- Fasax.- 
* de luy livra les forterefles d'A4gézire & de Tarife , où il mit 
garniibn , & pafla à Malaga , pour faire l'accommodement 
du Gouverneur , 2c de celuy de Guadix avec le Roy de Gre- 
nade. Apurés avoir ta^Temblé toutes leurs troupes , il alla ra- 
vager les terres de Seville Se de Cordouë , Se n'ayant pu 
prendre quelques forterefles trop bien munies , repafla en 
Afrique, demeurant toujours maiftre de Tarife Se d'Algézi- 
re. Cependant ^ l'Infant Dom Sanche, avec vue partie de 
l'armée de fon père , entra fur les terres des Maures , Se défît AbcnOccobay 
vn grand Capitaine prés de la Guadalette , où il y eut quan- 
tité de morts Se de prifonniers , après - quoy il retourna i 
Seville. 

Tandis que ces chofes fe pafToicat , les Turcs Se les Arabes ^fi^^ 
trîomphoient en Syrie y Se ayant vaincu les Chreftiens , Se ^^^8. 

5 ris plufieurs de leurs viHes ^le Soudan Beguéder fit le fiége 
'Antioche^ Se après plufieurs combats l'emporta d'aflàut. 
Se la démolit ^ après avoir tué , ou fait prifonniers tous les 
Chreftiens cpii y/ efloient. L'an mille deux cens foixante Se 
dix ^ au mois de luillet , Saint Louis s'embarqua à Aiguef- 
morte^ 9vec y^e belle armée. Se paflanten Barbarie , eut 
avantage contre les Maures , Se fut attaquer Tunis , qui in- 
commodoit fort les Pèlerins de la Terre - Sainte. Apres a- 
voir, pris terre l'épée i la main , Se s'effare emparé de kt ville 
de Marca , baftie fur les ruines de Carthage , il ie campx Le^Jî^Ue 

Eres de la mer fur; vne colline. Mais après vn mois de fié^e^"^^^ 
l' pefke fe mit dans fon camp ,qui emporta le Roy , vn de H^^t S*'' 
ièsenfânsySe le Le^t^u Pape, avec vne gianxte partie de^**>'^«- 
Tarmée y mais fon ^èse Charles , Roy de Sicile, efcantarri^ 

BBb ij 



f 

^ 



5«o DE MAHOKiET ET DE SES 

vé depuis à Ton fecouf s , comînâa kfiëge , Se conttaigfikk 

dMuftM^r' ^^ ^^ Tunis de devenir tributaire des Rois de Sicile, <fc 

u ancor. j^-^jj^^. j^ commercé libre dans ftt Eflats aux rdârthàûds 

Chreftiens , fans rien payer , de femmir de vi vpes £t àt toti- 
res chofes neçefTaires a ceuk qtii alloient à là ëottcjuefte de 
la Terre- Sainte, fit de mettre c*i iibetté tous \ts captift^ 
j^jfdffft. La mefine ànnce Odman , frère du Roy de F^z , paffa en 

Efpagne avec quantité de gens dô gw!fre,««ifiïvettr d«Roy 

de Gtenade -, Et d'ailleuts , l'Infent IJom ^i lippe, frérô du 

. iR.ôy Alfbnfe,Dom Nugno<ionfal&s de Laft-à,& DomLo^ 

pe Dias de Haro , Rallièrent avec les Maures , & Êiccagé- 

rent plufieuf s places des Cbreftieiis , puis retournércbt â 

Grenade chargea de butin , 6c en partipent amiSl-t^ pow 

dleir ranger le Gouvwneur de Ciuadi^ à 6>«» devt^fr. Sur c€$ 

Mahimet A* entrefaites , le Roy de Gtenàde moufrift , laiflknt fon fik Ab- 

buSayd. J^la pout fuccefleut • ce qui caufa de grans tFOtibks daitt 

^^^l^l^^ctt Eftat,tm quelcnies.vns vôuloient élire fon frère Wd, 

defccndans de gc d'auttes donnt^r la Couronne au Gouverneur de Mâlaga^ 

Naccf.Empc- ^^ ^ ^j^^ de Guadix. Maïs TlnfoM Dom Pfeilippe K I* 



Aoiiqucs. *" Noblefle Chreftienne^qui eftoient alors date Qrenade,firent 

1*74. recevoir Abdala y& Tannée fiiivinte retournèrent au fervi- 

ce de Dom Alforife, avec qui Abdala fit paix , Se fe rflidit 

fon vaflal. Mais c|uelque tems après il rompit la trêve , & 

Rallia avec le Rov de Fêz^ qui paiSa eh Efpagne «vec vtiê 

itii. puii^antè armée, «: marcha vers Ecicha , tanœs ml* Abdala 

alloit vers laen. Sur ces nouvelles, Nucno GonlaWdeLa^ 

. ra , qui avoir repaffc au férvice d' Alfonie , 8c cftoit GoUver* 

neur deCotdoûë, marcha contre le Roy de Vtit^ & Tayant 

rencontré , accepèi le combat, quoy - qu'infericu^ eli nom* 

bré , & fut tué après vne loneueréhftancei ce qui achc^la 

défaite. Il moui*ut de Ton cofté deux cens ciâquanté tatva* 

hers , & quatre mifle fantaffins , le refte fe fauva datf^ Eci* 

cha. L'autre armée qui avoir pris la route <le ïacn , rtttcon- 

tra celle de Dom Sanche,. Arche vefque de Tolède, fils d« 

Roy d* Aragon , tompofée de ceux de Tolédé , de Madrid ; 

de Gtt'adalacham & de Talavèm , -qui eftoient fô*tis pour 

leur empefchér le paflage j fi - biéh' qu'eftant' venus aux 

;inains, tous les ChreftiCD» y perireût , & rinfeiwt y f«fei* 



^ 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 381 

^pfifonnicr. Mais fk prife fut fatale au Tainqueur y car les 
Maures d^Aâriqae & d'Eipagne , fWilbr^ciir àen venir au corn* 
bac pour foo fiajec , cbacan le prétendant Êdre fbn prifbn- 
jiier<)îafi:]u'à ceqaVn Mauiic les Toyant preibà s'entretuër, 
jetta l'InËint par terre d*vn coup de lance , & kiy coupant 
la tefte , &. la main où il portoit Tes anneaux , apnaifà par-là 
tous les troubles. Sur ces entrefaites , Dom Aifoniie alla 
pcendre poâeâiosi de rEmpire d'Alemagne^oùil avoît eibé 
elû , 6l Jaiâa Don Fernand de la Cerde^ ion fils^ pour Gou- 
neur de {es Eftats. D'autre-cofté > les Maures de Valence, 
<)ui eftoîent va£àux du Roy d* Aragon , fefoûlevérenc con- 
tre luy , fie il eut bien de la peine à les remettre en leur de- 
'ndr. L'année fuivante Dom Femand de la Cerde eftant 12.7e. 
nQQtrt,£>0 firére Dom Sancfae prit le Gouvernement en l*ah- 
{ènce de ion père ^ £c ie révolta contre luy , apiés avoir fait 
trêve pour deux ans avec les Rois Maures. 

£n mefine tems il y eut de grans differens en Afrique jlfrique. 
entre deux enÊtns d'Omar , Roy de Tunis , à qui il avott 
doiuic les Eftats de Bugie & de Conftantine. Car ils €rent 
tont ce qu'ils purent pour iè dcpofCéder Tvn Tautre , jud 
ioues^li que celuy de Conftantine implora le fecours du Roy 
a Aragon , à la charge ^e fe faire (on vaflal. Ce Prince qui 
eftoit courageux & entrqnrenant , accepta ces offres , & 
ayant ailbmblc vnearmrée, s*eœbarqua le troifiëme de luis, 
&k aborda en Tlfle de Minorque , ou eftant defcendu pour 
fe rafraîchir y il depefcfaa vn brigantin à Conftantine, pour 
xionntr lïouvelle de fa venui:, afin qu'on le vinft recevoir^ 
pour favorifer fa deicente. Mais les Maurfô irritez fe révol- 
tèrent contre leur Prince , & l'ayant pris dans fou Palais le 
tuëseflt , & fe donnèrent à fon kétc. <^elques Hiftoriens 
difent , qu'il ne fut pas tué par les babitans 5 mais par ion frè- 
re mdine , à qui fecrctement ils avoient donné entrée |^ 
quoy^^que l'autre jopinion eft la plus commune- -, & il mou- 
ne avec luy pSos de deinc cens Chreftiens , qui eftoient â 
ionferncc. Cepdidant, le Roy d* Aragon continiloit fbn 
voyage , de «fbnt parti <hi port de Maon , qui eft tre$-grand 
& tres-feur , alla débarquer à CoU , entre Bone & Bueie, ^"^•^"?' 
jojx u l^gourna quelque ^tems , tand^ qu vne partie de ton ai> jonnch fine. 

BBb iij 



p 






38i DE MAHOMET ET DE SES 

mce prenoic Quelques bourgades d'alentour , fie que fa ca-^ 
valerie bacoic la campagne avec quelque infanterie ^ où elle 
eut plusieurs démeflez avec les Arabes fie les Africains des 
montagnes,qui accouroient de toutes parts poiir le repoufier. 
Sur ces entrefaites , il arriva des troubles dans la Sicile qui 
cUrîcsd'An^ le rapellcrent comme il triomphoit en Afrique , à la faveur 
joo. de quelques Seigneurs Maures du parti du Pril^ce de Con- 

ftantine, qui Tavoient fuivi. D'autre-coftë , la trêve de Tin- 
1X78. ^^^^ D.Sanche avec les Maures eftant expirée, ce Prince entra 
avec toutes Tes forces dans l' Andaloufie, fie mit le fiëge devant 
Algézire par mer 8c par terre-, ce qui obligea le Roy de Fez 
à venir à Tanger, d'où il envoya fon armée contre les Ckre- 
ftiens , qui furent défaits , fie le (iége levé. Enfuite ilpaflaen 
Efpagne , fur la nouvelle que le Gouverneur de Malaga a. 
voit pris le parti de Dom Sanche,fie s'eftoit rendu fonvaf- 
fal ^ car il appréhendoit que les autres Chefs des Maures 
n'en fifTent autant. Mais après s'eftre afTeuré d'eux , la trê- 
ve fe fît , où le Roy de Grenade ne voulut pas eftre compris, 
fie travailla aux fortifications de Tes places. Cela n*empef- 
cha pas Dom Sanche d'entrer dans fon païs Tannée fuivan- 
ii8o. te, où le Grand -Maiflre de Saint lacques fut tué en vne 
Mort du Rov embufcade , fie perdit plus de deux mille hommes. Mais 
qui^foo"iîs' r Infant ne laifla pas de pourfuivre fon entreprife , fie ayant 
Denis fiiccé. ravaeé la plaine de Grenade , retourna à laen, fie^le-U a 
^'' . Cordouc. Il s*eftoit rendu maiftre alors du paï^de Dom Al- 

ïortifîcaiion fonfc fon pcrc , fie pour maintenir fon armée , il faifoit in- 
Mai^^a"*&V ceflamment la guerre aux Maures. Mais Tannée d'après 
nSi ciksinz encore entré dans la mefme plaine pour la ravager , 
il fut contraint de s'accommoder , pour faire la guerre à fon 
père , qui fe voyant dépofTédé , demanda fecours au Roy de 
^ Fez, lequel emorafla cette occafion avec chaleur , fie pafla 
'^*^^* en Efpagne avec vne pùiflante armée. L'Infant qui fe fiù- 
foït déjà appeller Roy de Caftille fie de Léon , répandit fes 
troupes fur la froifitiére , Se dans fes autres places , fans vou- 
loir venir aux mains , fie le Roy de Fez voyant le peu de pro« 
Çrez qu'il faifoit, retourna en Barbarie. Cependant, l'In* 
fant pour confirmer la trêve avec le Roy de Grenade , luy 
rendit la fortereflè d'Ârénas , que fon père avoit priie. L*a& 



^ 4 



SVCCESSEVRS, LIVRE H. 585 

mille deux cens quatre- vingts trois , le Roy de Fez repafla 
en Efpagne au commencement duprintems , pour fiiire la 
guerre au Roy de Grenade , qui nvorifoit Dom Sanche % 
mais il ne fit pas mieux que Tautre fois , èc retourna en Bar* 
barie. Sur ces entrefaites ^ Dom Âlfonfe le Sage mourut dans i xS 4. 
Seville , laiflant par-là Dom Sanche maiftre abfolu des Roy- 
aumes de Caftilfe & de Léon ^ dont il s*eftoit déjà ^mis en 
pofleflion dVne bonne partie^ Se le Roy de Fez repafTa en 
Efpagne avec vne armée plus forte que les précédentes , 8c 
affiéeea Obérés de la frontière. Mais le Roy Dom Sanche, 1^*5. 
& Abdala,le contraignirent de lever le fîege, & de rtf^af- Jjj^'^* ^*' 
fer en Afrique , après avoir fait trêve avec le premier. Le 
Roy de Grenade efUnt donc en paix , s'occupa à la ftruâu- 
xe de TAlhambra ^ & d'autres fortereffes •, & celuy de Fez 
mourut , lai^ant pour fuccefleurfbn fils Abu Sayd, qui con* 
firma la trêve avec Dom Sanche , laquelle dura îufqu'en Tan 
mille deux cens quatre-vingts & onze. 
- Cependant , les Chreftiens de Syrie eftoient fort perfecu- 
cez , 8C le Soudan d* Egypte prit fiir eux les villes de Tripo- 
li , de; Sîdon , de Ty r , dé Bérit & de Ptolémaide , avec plu- j 3^gJ^ 
fieurs autres. L'année fuivante, Roger de Loriprit Tolo- ^ 

mete par force ^ mais 'le Soudan la reprit la mefme année, ^^ 
èc ayant fait ruiner les villes de Tripoli U de Ptolémaï- 
de , les Chreftiens qui y demeuroient , s'embarquèrent 
pour aller en -Candie , & périrent tous ^enx:hemin par la 
tempefte. 

La trêve efbnt expirée entre Abu Sayd & le Roy Dom u^u 
Sanche , -celuy - là pafla en Efpagne, & afliégea la ville de 
Beje 'y mais fur l'avis -que Dom Sanche accouroit au fecours, 
après avoir fait paix avec le Roy de <jrenade , il leva le 
fiége & repaâà en Afrique. Alors Dom Sanche s'approcha 
de Tarife^ où Abu Sayd avoir garnifon^iBc Payant empor- 
tée d'aflaut^ en donna le Gouvernement à Alonfo Ferez '^^** 
Gufman , & retourna à Cordouë. Cependant , Dom lean , ^,^^^ p^^^ 
frère de Dom Sanche ^ pour quelque, mécontentement paf- 
£3L en Barbarie , &fut receu magnifiquement du Roy de Fez, 

3uiluy donna vne armée pour aller reprendre Tarife.Il y vint 
onc mettre le fiége , 6c ne la pouvant prendre , menaça 



f 

> 



1X94' 



384 DE MAHOMET ET DE SES 

Gufman âc faire égor^r fen fils s'il ne kt rendoic. Mais Iny 
fans s'eftonner luy jetcaTn poignard du haut ^es mars, com- 
me pour exécuter ion xlelTein^ & luy cria, que t'appréhenfioa 
ne lay £croit jamais rien faine contre le fervice ne Dieu 8c 
de Ton Roy. Comme il concintioit donc dans ià rëfolution, 
^ les Maures levèrent le £ége , èc le Koy de fez voyant que 
les guerres d'Efpagne ne l^y réilififlbient pas , en abandonna 
Tentreprife, 8c rendit Algezire au Roy de Grenade. L'an* 
^^^5* nce d'après , Dom Fernand iliccèda au Royaume de Caftil- 
ie & dt Léon , en la place de Ton père , donc la mort cauià 
Oni'appciia Je grans troubles en Efpagne. Car l'Infant Dom lean fa- 
îÇouïnr" vorifc des Rois de Grenade & de Fez , voulut vfurper !"£- 

ftat -) & Dom Alfbnie de la Cerde ^ ;fils de Tlnfànt Dom 
Fernand de la Cerde,appnyc des Rois de France & d'Ara- 
gon , prit le titre de Roy de Léon Se de Caftille. Cela fat 
caufè que le Roy de Grenade rompit la trêve avec Dom 
Sanche ^ £c fît de grans maux au païs. En mefme tems le» 
Maures tuèrent Dom Rodrigue, Grand - Maidre de Cala* 
Fils do Roy trava y comme il alioit faire ion entrée dans Tviie de leur» 
D. Fernand. villes ^ & défirent MnÊmt Dom Hénrique , & le tuërent 
quipruscvii. ç^ y^c bataille entre laen & Archone. Le Roy de Grenade 
119 9- glorieux de ces foccés ^ affiégea la ville d^Alcaudete , qu'il 
emporta d'aflaut. Et pourfuivant fcs vi&oires ^ tandis que 
1500. i^s pnnces Chreftiens s'entrcbatoient , mit eh campagne 
dés le printems de Tannée fuivante , & afliégea laen , Hen- 
riqué Ferez de Arana, qui la tenoit pour Dom Fernand, 
f^at tué à la prifè des fauxbourgs 3 mais Abdala ne laîfla pas 
de lever le ftége ^voyant qu'il ne la pouvoiit prendre, 4c al- 
la forcer Quélada , qu'il traita à tonte rigtreur* 
^^* L*an mille trois cens vn , s*éleva dans la Natolie ,ponr Te 

chaftiment des Cbrcfticns , vn Turc nommé Otoman,d*viï 
village du mefme nom ^ ridie laboureur ^^rn de T-aericoltu- 
te s^adonna à l^exercice des armes ^ Se devint: Ci .puiSànt , à 
caufe des troubles du pais , qu^il conquît la plufpart de la 
Btthynie , èi des places du Pont-Euxin , & prenant le titre 
de Saltan & de Roy ,jetta lesfondemens de TEmpire des 
Otomans , qui s^eft ^levé fi kaot far les ruines de la Chre-- 
ftienté. 

L'Efpagne 



1 



SVCCESSEVRS, LIVRE H. jjj 

L'ETpagne a'eftoic pas plus tranquille que l'Afie^ par la ^fiégm^.. 
mefîncelligence des Princes Chrefticns , qui donna moyen 
au Roy de Grenade de &ire de grans ravages dans TAnda- 
loofie, & ils eullent efté encore plus grans , û après avoir '^^^' 
pris la forcerefle de Belmar , & plufieurs autres » yt mort ne 
nift venu borner Tes conqueftes. Il laiflâ pour fiiccefleut 
ion fils Muley Mahamet, lurnommé la Ami , ou 1^ Aveugle^ 
qui iàdbant ^ue le Roy de Fez eftoit mort , & que I*£ftat 
eftoit en trouble , envoya le Gouverneur de Malaga , (on ^'S^h 
beau-ircre , prendre la ville de Ceute , & faire d'autres con- ^^^* 
qdeftes , d'où il revint en Efpagne , après avoir laiiTè gar. 
xiifbn d^ cette place. D'autre-coftè , appréhendant queL 
ques troubles en (on Eftat , il demanda trêve à Dom Fer- 
nand, qui eftoit déjà fort pui^Iant, lequel la luy accorda ^i 
la charge de quelque reconnoiflance ou tribut } cette trêve 
dura quatre ans. 

Tandis que ces cho(ês (è paflbient en Efpagne , les Che* ^^* 
▼aliers de Saint lean de lèrulâlem attaquèrent Tlfle de Rho- 
des , que les Turcs pofledoient , & s'en eftant rendu maiftres 
le jour de f AfTomption, s*y eftablirent, & la fortifièrent, ^307- 
pour commander aux Illes voifines^&eftre le rempart de la 



Cette année, Dom Feraand Roy de Caftille, s*eftant al- ^ff^P^^ 
ï au Roy d'Aragon , & ayant obtenu vne croiîade du Pa- 
pe, rompit la trêve avec celuy de Grenade ,& afficgea Al- 
èzire , tandis que l'autre affiegeoit Almèrie , & ces deux 
èges durèrent long - tems. Pendant le dernier le Roy de ^^ ^ ^ 
Fez voulant recouvrer la ville de Ceute , envoya prier le 
Roy d'Aragon de Taffifterde (es galères, fous promefle d'a- 
bandonner le butin aux Chreftiens, & de' ne faire ni paix 
ni trêve avec le Roy de Grenade. Il luy envoya donc quel- q^^^^ 
ques galères , fous le commandement du Comta de CafteL 
ion ; de-îbrte que cette place attaquée par mer & par ter. 
re,fut prifè vers la fin de luillet de 4'annèe mille trois cens 
dix. Cependant , le Roy de Grenade allant pour fecourir 
Alm€rie,fut défait par le Roy d'Aragon j mais la ville pour 
cela ne fut pas priiè, & durant le fiége d'Aleèzire , le Roy de 
Caftille eavoya JE>om Gufinan prendre Gibraltar ^ de-fortf 

CCf 



3K6 DE MAHOMET ET 0E SES 

* Bcimar, & ^^c le Roy de Grenade fut contraint de faire trêve avec 
Quëfada. luy , & de luy donner deux places * avec cent mille pifto-^ 

les, pour l'obliger i lever le fiége. Mais le frère du Roy de 
Grenade indigné de cet accord , conjura contre luy , avec 
MiOiamctiv. Quelques. ^1^ des principaux , & Payant tué > fe fit élire en 
fzlc des AU- " p^ce. Cette mort ayant donc rompu la trêve , Tlnfànc 
bamares. Dom Pedre ^ frère du R.oy Dom Fernand , entra fur les ter- 
res des Maures , Se après tes avoir ravagées ^affiègea la ville 
d'Alcaudete , qui fe rendit par compofition. Cependant^ 
Farax Gouverneur de Malaga ^ leva des troupes contre le 
Viy paya tri- nouvcau Roy de Grenade , qui fe voyant attaqué de tous 

codez , fe fit vafial de Dom Fernand , pour en eftre fecoo* 

i^iy^ ru. Mais Fernand mpurut Tannée fui vante , laiflànt Pour 

fucceâeur Dom Alfonfe onzième du nom y qui inftitua 

rOrdre des Chevaliers de TEfcbarpe. ' £n mefme tems If« 

lOnaëi Abcn macl, fils de Farax , & de Tvne des fœurs du Roy de Gre^ 

ii)n-*^"cr ^^^ ^favorifé des armes du Roy de Fez , dépouilla fonon» 

'de, qui abandonna la ville de Grenade pour fe retirer à 

^Guadix. Ce fut le premier qui arriva ji la Couronne de 

Grenade du codé des femmes ^ quoy-que fon père fuft aufli 

de la Maifon Royale. Cepenchnt , fonde 8c le neveu s'en* 

. trefirent long-tems la guerre , le premier fe fervant des ar. 

mes de Dom Âl£bnfe, 8c Tautre de.cdles de Barbarie, la 

guerre eftant ainfi allumée entre-eux y Tlnfuit Dom Pedre 

entra dans la plaine de Grenade , 8c donnant bataille au 

' 1315 lieutenant d'Iunaël *, le vainquit 8c tua, avec plufieurs per. 

^AbtnOdman, fonnes de condition, puis tournant d*vn autre cofté , prit 

*Cambii de jeux petites places *, 8c retourna vidorieux à Seville. Uan. 

Tt 6 ^ fui vante il entra dans la plaine de Grenade, 8c comme 

^ ' il fe retiroit , après en avoir laccagè vne grande partie , il 

. apprit qu'Ifmaël eftoit allé attaquer Gibraltar . ic tourna 

foii chafteau tout court pour u iccourir , mais 1 autre le seura ja Grena- 

Hifaaciitus, de. Il le (uivit ,8c ravageant encore cet!;e plaine , prit queU 

& pmar , &c. ^^^^ petites pUces , fans que le Roy Maure * luy o(âft pre- 

iJob^cJ^^^^ fcnter la bataille. Comme ce Prince fe fentoit donc trop 

fear d'Abu foible pour luy refifter ,il donna plufieurs places au Roy de 

frtab. ¥ezy pour en eftre fecouru 5 de- forte qu'il pafla plufieurs 

^i'S- Maures en ^fpagiie pour s^en mettre en poiTeffion , qui fi« 



! 



SVCCESSEVBLS, LIVRE II. 3^7 

rCQC quelques deeafts autour de Seville. L'année âiivame , Aig^îres ; 
rinfànt Dam Pedrc entra fur les terres d'Iûnacfl , & ayant ^uc,^ca^cil 
forcé la ville de Tifcar^ &pris lediafteau par compofitioo, Ur, Giméoe» 
secourna yiâorieuic i Seville, fans que les Maures a Afrique ^^^* 
enflent luy livrer bataille. L'an mille trois cens vingt , les |2^q 
Infâns Dom Pedre,& Dom lean fon oncle , entrèrent au 
mois de luin dans la plaine de Grenade , & approchèrent 
le lendemain de la Saint lean jufqu'auz portes de la ville , 
ruinant & ^ccageant tout. Mais le Lieutenant dlfmaël ^^°^^ 
dbtot forti avec quantité de cavalerie & d'infanterie , don- 
na fur Tarriéregarde , comme elle fe rctiroit , & les Infans , 
qui eftoient Princes courageux , eftant accourus au fecours 
s'éciiaufiFérent tellement d^s le combat , foit à rallier leurs 
troupes pour s'empefcber de s'écarter , ou à combatre de 
leur personne , qu'ils en moururent tous deux de dbaleur £c 
delaflîtude: Dom Pedre le premier , &fon oncle enfuitc; 

3uoy.que quelques- vns ayent dit , que ce fut de rage & de 
épit. Leur armée ie retira fans autix perte, quoy* que ceU 
le-la fuft aâez grande. Sur cette noiWIle , Ifmaël railembla 
de nouvdles forces , à l'aide du Roy de Fez , & prit les viU 
les de Guefcar , d'Orce & de Galère, avec celle deMartos, 1311; 
qui eftott forte , puis fit trêve avec le Roy de Caftille , fur 
Tapprébendon que ceux de Fez ne luy fifient la guerre. Il 
ne le trompoit pas dans cette conjecture , parce - qu'Od- 
man , coufin du Roy de Fez , traitoit fecrétement avec quel- 
ques Officiers Maures , pour fe défaire de luy , & en mettre 
vn autre en fa place , A)us prétexte qu'il efkoit devenu trop 
foperbe. Us* entrèrent donc dans fon Palais vneaprefdifnée. 




lecQuru par vn de les amis , qui le derenoit ii AbcnAicama. 
long'tems , que les traîtres furent pris & égorgez , puis det- 
eendant dans la ville ^ on tua tous ceux qu'on foupçonnoit 
de la conjuration. Mais 4>n n'ofa s'attaquera A ben Odman, 
qui cftoit appuyé des troupes d'Afrique , & l'on fe fervit 
mefme de luy pour ùite le chafliment des coupables. Ifmacl 
ne laifla pas de mourir de (es blefiiires^& après fa mort on' 
ÊtlUa pour Roy fon fils AbuLHagex , qui prit *le titre d' A* 

C C c ij 







Brahem. 



3«8 DE MAHOMET ET DE S^E^S 

mir cl Mocclcmin, comme fon perc,& fut le fixiémedclâ 

lignée des Âlahamâres. L'an mille trois cens vingt«cinq, 

£' aux^""* mourut le Roy Denis de Portugal dans la ville de Santa- 

qQ'Herc\er rcn y laîiTant pour fuccefleur fon fils Âlfonfe , qui fut fur- 

dcl f" ^^^'^ nommé le Fier, ou le Cruel. Cependant , la trêve eftant 

es einmcs. y^^p^g p^^ |^ mort d'Ifmaël^iABen Odman pour fe figna. 

r^s de la li- ^^^^^^ ^"^ courfe dans le Royaume de Caftilie , & affiegea 
▼[ère de Gull la viUe de Rute-, mais Dom Manuel , Gouverneur de l'An-» 
daifcrt. daloufie , luy donna bataille entre Cordouë & Antéquerre^ 

& luy ayant tué les plus braves de fes troupes , contraignit 
^3^7- le rette de fe fauver par la fuite. La mefme année vn des fils 
de ce Général vint à la Cour du Roy de Caftîlle avec quan- 
' tiré deNoblefle, pour vn mécontentement qu'il avoitreceô 
du Roy , 8c Dom Manuel pafla du cofté des Maures pour 
1318. yn fcmblable fiijet. L'année fuivante le Roy Alfonfc alla 
affiéger la ville d'Olvére , & ayant appris que les Maures 
d'Ayamont , &. d'autres places voifines, mcttoient dehors 
leurs femmes & leurs oifiins ^fur la crainte d'vn fiége ^ il en* 
voya contre eux les Aupes de Seville , qui furent défaites, 
& leur eftendart pris. Alfbnfe irrité de cette perte , fbrra de 
fi prés, les affîégez , qu'ils fe rendirent à compofition , par 
l'entremife du fils d'Odman , qui eftoit au fervice du Roy. 
De-là ce Prince pafla à Ayamont, qu'il prit avec plufieurs 
autres petites places >de ces quartiers. La mefine année 
mourut Otoman , empereur 4cs Turcs , & fon fils Orcan 
iuy fuccéda. 

^£n mefme tems l'armée navale d'Aragon fe bâtit contre 
^elle de Fez , & la mit en fuite , après luy axoir coulé à 
fond quatre galères , pris trois , &: emmené captifs douze 
cens Maures. D'autre.cofté,Dom-ManuëLqui avoit pris le 
parti du-Roy de^Grenade, pour quelque mécontentement 
qu'il avoit du Roy Alfonfe , fit la guerre à ce Prince fon^Sou- 
verain , à la faveur du Roy d'Aragon , 6c puis fe reconcilia 
*530' avec luy , & retourna à fon fervice. La meime année Alfon- 
fe affiéeea- la ville de Téva, & comme Odman fe fuft pré- 
paré à la fecpurir avec les troujpes de. Grenade, il n'efa ap- 
procher, dé- peur d'cftre oblige de donner bataille 5 -fi-bien 
que la ville fe rendit au mois d'AoAift, après •i][Uoy il prit 



t 



n 



SVCCESSEVRS^ LIVUE IL 389 

encore d'autres places. Abul Hagex appréhendant les pro- ^o^cu^'^\ 
grez de DomÀlfonfe, fe fit fonvaSal , moyennant douze crrtfciîU:a!* 
milles piftoles de tribut par an. Mais Taccord fîit rompu 1331. 
dés l'année fuivante y Se Dom Manuel retournant au fervi- 
ce du Roy cle Grenade , les Maures afTemblérent leurs 
forces , & encrèrent dans le Royaume de^Murcie , oùils pri«* 
rent le chafteaude Guardamar,& ravagèrent toute la plaine 
d'Origuéla y&c toute la contrée. 

lacob V fils de lofef Roy de Fez ^ eftant mort , (es deux fils 
Abul Hafçen & Céyed, eurent de grans combats pour fa 
fucceffion^ où Céyed ayant eftc vaincu, & Abul proclamé 
Roy j Céyed vint demander fecours au Roy de Grenade ^ 
^i promit de Taffifter ; de-quoy Abul Haf^en conceut vne 
naine mortelle contre luy. Mais enfin le Roy de Grenade 
fe fentant trop foible pour réfîfter à Dom Alfonfe , ou fè 
voulant purger auprès du Roy de Fez de ce qu'il avoit don* 
né retraite a Ton frère y pafla en Barbarie , 8c dit tant de 
chofes à ce Prince j qu'il l'appaifà , & en obtint vne pro- 
meile defecours contre le Roy de Caftille. Le Roy de Fez 
luy envoya donc Tannée fuivante fon fils Abdulmalic avec 1335. 
huit mille chevaux , & quantité d'infimterie , qui débarquè- 
rent à Algèzire , dont il prit auffi-toft le titre de Roy. La 
première chofe qu'il fit , fut d'attaquer Gibraltar , ou'il prit 
avec la montagne qui y commande 5 mais le chafteau luy 
fut rendu par le Gouverneur, qui appréhendant pour cela Vj&oPcrcz 
vn mauvais traitement de fon Prince , fe (auva en Barbarie. ^^ Neir». 
£n mefine tems le Roy de Grenade entra dans le Royaume 
de Cordouë , & ayant pris la ville de Caftro el Rio , fit ra- 
fer le chafteau , qui luy fut rendu par compofition , 6c retour* 
na viâorieux à Grenade. Cependant, le Roy Alfonfe n'euft 
pas pluflofl feu la prife de Gibraltar, qu'il y vint mettre le 
lîège ^ mais le Roy de Grenade entra dans ion païs pour fài« 
re diverfîon , ic prit Bénamèchich , d'où paffant à Cordouë, 
il ravagea toute la contrée , ce qui obligea Alfonfe à lever 
le fiége , comme eflant enfermé entre deux armées , qui luy 
coupoient les vivres. La mefme année deux fils d'Odman , »t- acu^ 
Haiçen,& vn autre, afTaffinèrent le Roy de Grenade , pour aboi Haïï' 
vfurper la Couronne ^ mais il en arriva autrement.; car les icfcf. 

CCc iij 



390 DE MAHOMET ET DE SES ^ 

Grenadins élurent pour Roy vu fils du défunt ^ qui fc mit* 
aaffi-toft fous k protedion du Roy de Fez , duquel il fut 
favorile & maintenu , auoy - qu'il fuft kçlus jeune des en- 
fans du Roy de Grcnaoc. Ce fut vn brave Prince , qui ré- 
gna vingt & vn an , & fit les riches apDartemêns de TAl- 
Ccmiaragia. bambra , & la tour de Comares , qui eu le nom d'vne da- 

mafquinuretres.précieufe, dont elle fut enrichie. Il fit fiti- 
re aulR le portail de TAIhambra , où il grava en lettres A- 
rabes fur vne pierre de marbre poly. Ain$ Jhdtli Abd Hagex 
lofef ibni Abd Hagex ibni Nacer a fâk faire €ttt€font^qu*m 
nomme la fcrte du lugement ^far UijueUe Diem Tris^haut rende kem^ 
reufe la loy des enfaus de falvation ^ & qnHl maintienne les œnivres 
fieufes & charitables de ce Prince , & fajfe fajfer la fkccepûn de 
fes vi{forieux faits a (es defcendans. Cet édifice fut conflruit' 
le vingt-feptiéme de la Lune deMaulud l'Engendreur > Tan 
fept cens quarante - fept , qui fe rapporte a Tan de grâce 
mille trois cens trente-nuit. Car les années de l'Egyre font 
des années Lunaires, comme nous avons dit , qui font moin- 
dres de onze jours que les noflres^ fi. bien qu'il faut raba- 
tre vingt-deux ans de ce nombre* Tous les Rois de Grena- 
de fe font fervis de ce nom d'Abu Abdeli , & Tont mis k 
premier à la tefte de leurs patentes , auffi-hien que celuy de 
Mahomet ^ ce qui a fait croire maKà*propos à quelques-vns 
qu'ils s'àppelloient cous de ce nom , au-licu que ce ne font 
que des titres qu'ils prennent par refpeâ , & par dévo- 



tion. 



Afrique. 
Ha(ccii« 

Abul Hagex 
lofcf. 

1534. 

Abu Téchi- 
ficn.i 



Pour retourner à noftre Hiftoire ^ le Roy de Fez ayant 
vne guerre très - confiderable contre celuy deTreméçen, 
remanda fon fils Abdulmalic ^ qui repaila avec (es troupes ,. 
après avoir fait trêve pour quatre ans avec le Roy de Ca- 
ftille,dans laquelle il nt entrer celuy de Grenade ^ qui en- 
voya auflî fes troupes au Roy de Fez. Cette guerre dura 
trois ans ^ en laquelle le Roy de Tremé^en fut vaincu , & 
perdit avec fon Royaume Sugulmeffe , qui eft voifine de la^ 
Numidie. Le Roy oe Fez pourfuivant (a viûoire, fe rendit 
auffi maiftre du Royaume de Tunis , 6c devint vn des plus 
puiflans Princes qui ayent régné en Afrique depuis le de<- 
clii) de l'Empire des Califes« 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 391 

Apés ces exploits \ tournant fès penfées à la conqueftc 
d'Efpagne, il envoya quantité d*arme$ & de munitions de 
guerre dans les villes d^Alçczire , de Gibraltar^ de Maruel- 
fe 6c de Malaga , en rëfolution de faire la guerre en per- 
fonne. Tandis qu^il faifoit ces préparatifs pour vne (1 gran^ 
de entreprife , il envoya devant fon fils Abdulmalic avec 
vne puiflante armée, fans fe foucierde la trêve , qui n'eftoic 
pas encore finie. D'autre.coftc,le Roy de Grenade raflem- Abui Hpgct 
olant fes forces afficgea Silos 3 mais le Grand-MaiftreDom '^^^* 
Alfonfe de Guzman y eftant accouru , les Maures furent Aifonft de 
défaits , & le Roy contraint de fe retirer avec perte. Les GuOnao. 
Rois de Caflille & d'Aragon confiderant les aprefts du Roy 
de Fez , qui pour eftre maiftre du détroit de Gibraltar , a- 
voit pris a fa folde quarante galères de Gènes , outre foi- 
xante & dix , qui eftoient à luy ou a fes vafTaux , ils eurent 
peurchacun pour foy d vn fi grand Conquérant , & équipant 
des flotes & des armces, pourveurent leurs places frontié^ 
res de tout ce qui eftoit neceilaire pour leur confervation , 
rvn craignant pour Seville & pour Cordouc , ScTautre pour 
Valence. Cependant , Abdulmalic faifoit le pis qu^il pou- 
rvoit à ceux de Médina-Sidonia , Se de Chérés ^ mais comme 
il avoit envoyé des troupes fur les terres de LibricHa & '339- 
d* Arcos , 8c qu'elles s'en retoumoient chargées de dépouïL 
les ^ les Gouverneurs du pais s'eftant affembiez, les défirent 
& reconquirent tout le butin. D'autre-cofté , Abdulmalic 
.cflant allé vers Alcalades Ganzules, la NoUefle de Chè- 
res de la frontière , Se des autres lieux voifins , s'eftant ad . 
(emblée , donna dans fon can» à f improvi(l:e , & luy tua 
<]uantitè de gens , avec vn de les coufins , nommé Aliatan. 
L'attaque fut fi promte , qu'il n'eut pas le loifir de monter 
a cheval » & fe fauva à pied ; toutefois comme il ne pouvoir 
aller bien ville , 8c qif il craignoit d'efixe reconnu , il fe ca- 
cha dans des ronces , où fe voyant découvert , il s^eflendit 
tout de fon long , 8c contrefit le mort ^ mais vn Chreftien 
en paflant , luy donna deux coups de lance , 8c pafia outre. 
Lors-qu'il ne vit plus ^erfonne il fe releva, 8c s'eftant mis 
en chemin rencontra quelque tems après vn Maure , à qui à Algénn. 
a donna charge d'aller avertir fes gens de l'efbï oh il eilbit^ 



ioL Gaxie. 

GeaFroj Gi 
ralbcrc. 



1340. 



f ofroy Tc- 



391 D|E MAHOMET ET DE SES 

Mais comme il fortoit grande abon3ance de fang de fes 
bleflures, & qu'il s*cvanouïflbit à chaque pas, il fe coucHa 
prcs dVn ruifleau , où il rendit rcfprit. Les Maures eflanc 
arrivez ^cirèrent fon corps hors du ruifleau où il eftoit rom* 
bt: , & remportèrent à Algézire avec de grandes lamcnra- 
Abai Hatcen. tions,& dc-U en Barbarie. Sa mort hafta le départ de fon 

père , pour en tirer vengeance , & outre les gens qu'il avoit 
afTemblez , il fit publier vne croifade à, la Morefque par tou- 
te l'Afrique. En mefme tems les Maures de Gibraltar tuè- 
rent l'Amiral d'Aragon , ce qui fit revenir fon armée na^ 
vale , qui gardoit le décroit j quoy-qûe quelques-vns difenc 
que ce fut fur la nouvelle qu'on venoit attaquer le Ro yau;. 
me de Valence. Le Roy de Fez ayant fait tous fès prépa* 
ratifs , 8c affemblé deux cens foixante ic dix navires pour la 
garde du détroit , partit de Fez , & fe rendit à Ceute , avec 
menaces d'attaquer tous les Princes Chreftiens. Dés l'heu- 
re mefme tout commença à filer , foldats , armes , chevaux^ 
munitions ^ fans que l'Amiral du Roy Alfonfe le puft empcf- 
cher avec fcs vrngt-fept galères. Mais comme on en mur- 
muroit,il refolutde périr, & donnant bataille à foixante& 
dix galères royales/aiis compter plufieurs barques, il fut tué, 
avec perte de vingt - cinq des fienncs. De-là en avant les 
Maures pafférent fans crainte,, & dans l'opinion que rien ne 
leur pourroit refifter , ils menoient leurs teinmes & leurs en- 
fans pour peupler le païs. Il paiTa quatre mois durant , des 
gens de tout lexe ic de tout âge , aux villes d'Algézire , de 
Gibraltar^ de Malaea , de Maruelle., & ailleurs , & l'on croit 
qu'il y avoit plus de foixante & dix mille chevaux , 6c de 
juatre cens mille hommes de pied ^ aprés-quoy le Roy paf^ 
a le dernier , avec toute fa cour & la fuite. On ouït dire 
auffi-toft qu'il alloit affiéger Tarife , pour de-là paiTer à Se- 
ville , 5c le vingt- feptiéme de Septemore il fe campa devant 
cette place , 8c i'affiégea de tous cùftez , jufcu'à mettre des 
foldats entre les murs de la ville & la mer , ou il ne pouvoit 
faire de retranchemens , afin que rien ne puft entrer ni for<> 
tir. Il fit faire outre cela vn mur de circonvalation pour 
empefcher le fecours. Il y avoit dans la place lean Al/onfè 
de Bénavidés , Ruy Gomez de Gaftagnéda , lean demandez 

Coronel^ 






5VCCESSEVRS , LIVRE II- 393 

Comiiel^Fenund Canillo ^ Pedro Carhllo , Sancho Marti. 
nez , Miguel Lopez de Horozco ^ & autres braves Chefs 6c 
Gentilshomiiies. LeRoy AlFonfe ne lesvoulant point aban- 
donner, envoya Femand Rodrigue, Prieur de baint lean , 
avec quinze galères & douze navires , pour fermer le pafHu 
ge du détroit , parce • qu'vne partie de Tannée navale des 
ennemis eftoit retournée en Barbarie ,& l'autre couroitles 
coftes de Valence , d'où Ton enlevoit les vaifleaux qui por- 
toient des vivres 8c des munirions au camn. Mais la tem- 
pefte fit échouer neuf de ces galères , où piufîeurs cens pe^ 
rirent, & les autres tournèrent vers Alicante ^ de-forte que 
les Maures eurent toujours le paflàge libre. Sur ces entre* 
faites, le Roy de Grenade fe rendit au camp avec fept mille 
chevaux, £c plus de cinquante mille hommes de pied,fuivi 
dVn zrand nombre de chariots chargez de vivres. Pour 
comble de malheur , les Rois de Caftilie 8c de Portugal , é« 
toient mal enfemble, 8c celuy de CaftiUe avoit envoyé fa laReme m». 
femme, qui eftoit fille de Tautre, pour traiter avecluy 3 mai^ "^' 
n'ayant pu rien conclure elle revenoit fort affligée , lors 
qu'entre OUven<^ 8c Badajox elle receut nouvelle de la 
conclufion , 8c fit baftir en cet endroit vne chapelle , qu'on 
nomme encore aujourd'huy Nof^re-Dame de la Paix. Les 
deux Rois s^efbnt rendus a Seville avec les deux armées, 
pour marcher au fecours de Tarife, vinrent camper prés de 
Rio Salado,i vne lieue deChérez, où T Amiral d'Aragon ^JV^^jIf^ 
fe rendit avec l'armée navale , 8c ayant eu ordre de carder froûi^rc. ^ 
le pafiâge du détroit , fe vint camper prés de Tarife , en 
attendant celle de Portugal. Les Rois Maures voyant la 
refolurion des Chreftiens , s'allèrent camper fur la pente de 
ia montagne , (ans lever le fiége , ic les Chrefbiens fur vne 
antre, qu'on nomme la Roche du Cerf. Alors ils commen-. i7.d*oaobie. 
cérent a s'eflbirmoucher , 8c les Rois Chrcflknsfcnvoyérent 
mille chevaux , 8c quatre mille homn>es de pied du coflé de 
Tarife , où ils fe bâtirent contre vn fils du Roy de Fez , qui Abni Amar. 
efboit à la garde du pafiage avec deux mille chevaux , 8c le 
rompant avec grand meurtre des (iens-,}ettérent vn fecoun 
dans la place/ Enioite ils ordonnèrent leurs batailles, & fu- 
xent attaquer leurs ennemis. Le Roy de Caftilleeut afiâire 

DDd 

m 







3^6 DE 14AHOMET ET DE SES 

but* Enfuite la ville d'Aigézire ayant efté rendue y Alfbnfê 
y entra le vingt- troifiéme de Mars mille trois cens quarante- 
quatre ^& le Roy de Fez demeura en pofleffion des villes de 
Gibraltar y Roncu ^ Marvella ^ Zahara , Eftepone fie CafteUar, 
avec leurs fortereifès. 

jifriéjue. Abuhenun , fils du Roy de Fez , ayant dépouillé Ton père 
1346, dû Royaume ^ voulut faire vne entreprife contre les Chre- 
itiens 9 pour mieux afferk^ir fon tr:ône jamais comme il avoit 
. fait vn grand armement dans Ceute , fie dans Ie& antres vil- 
les maritimes , Ton père, qui s'efbott retiré dans h province 
de Sujgulmefle., reprit plufieurs places du Royaume, de Fez,^ 
4 la faveur des peuples de Numidie ,, J^ .onligea fon fib I 
tourner Tes armes dé ce,col\^-14. 
1547- Cependant , Dom Aiifbnfe qui avok afi«mblé fes^troupes 
«pour s'oppofer à fon effort , ayant eu avis de cexhange^ 
.ment , alla affiéger Gibraltar , .mais la pçffce scellant mifë 
1350. dans fon camp , il en fut emporté le vingt-feptiéme detMars, 
fie laiflà la Couronne à fon fils Dom.Pedre, qui futfurnom- 
.mé le CrueL'^Sa mortcanià lalevée du fiége^ quoy^ue quel- 
.ques-vns le Êiflêm durer . qaa«e itns. 

<^^* Tandis que ces.chofes fe paffoient en Ëfpagne, lesTarta* 

res qui couroient vi^orieux par toute l' Afie , défirent & 
tttërent Orcan^ avec plus de cinquante mille Turcs ^ mais 
fon fih Muifad .^ on Amur^.^ eut^ revanche en quekpies 
^rencontres , fie prit depuis vne partie des provinces de l'Em- 
pire Grec. Cerat mit en tel defefpoir l'Empereur Cantacu- 
iéne, qu'il fe rendit iyloine , 8c laifla la Couronne à Paléo- 
logue , qui afibcia à l'Empire le fils deCantacuféne, appel, 
lé Mathieu. Cependant, Guy Roy de Chypre , voyant ki 
ptogrez d'Amurat^qui depuis peu avok pris Gailipoli , im* 

innocent/Vi. ploralc fccours du Pape ) lequel publia vne c8ot&ae; mais 
^353' fa mort fie la difcorde des Princes Chreftiens , diffipérenc 

cette entreprife. 
^3 j^. L'année luivante le Roy de lè&iy affifté de Dom Pedre de 
Camille, vainquit fon père dans la province de ;Cus^^ le par 
cette viâoirc demeura poSeffeur de tous fes Eftats , fie 
dit depuis les Royaumes de Treméçen fie de Tunis 
«lires. Ce Prinpe embellit la :yille de 'iFcit de ipomptueia 






SVCCESSEYRS, LIVRE IL 597 

éèiâcts^ & eocre-ancresdVn Collège qui porte fon nom ,1e. ^'^^ ^^ 
quel fqrpafle tous les aittres de ce cems-U , unt en fa ûru- °°°' 
âiire^qu'^a richei&s & en revenus. 

La mefine an^ée le Roy de Grenade fut tué en traliifon 13H* 
par Tes Sujets, & laifla la Couronne i fon oncle Abil Gua« 
ud , qui prit le titre auffi. d* Abu AbdeL L'an mille trois 
^cens cinquante - fept , AlfonTe Roy de Portugal mourut , 
laiilant pour fucceUêur fon fils Dom Pedre, qui fut fumom- 
mé le lufticier. Deiuc^a^ après le couronnement d' Abil 
<9i]alid^ Mahamet^de la mefme £nnille,fè rendit maiftrede 
TAUiambra^ & chai& Abil GuaHd^ i la Êiveur d'Idris Ibni 
Odman , fie d'autres Chefs de Grenade , aprés-quoy il %'em- î3^o. 
para des villes fie des fortereflès du Royaume^ de-forte qu' A- 
nil Goalid fat contraint de fe £mver a Ronda , pour tirer p^o!^^ 
.jqudque iecôurs du Roy de Fez^aufE-bien que decekty de du Kqj do 
<}aitille y qui eftoit alors à Seville. Mais Manamet fit trêve ^5^- 
avec le Roy d'Aragon contre Abil Gualid, 8c dépefcha fes J^JJ;^/^^ 
Ambafiàdeurs pour ce mefine fujet sai Roy de Caftille , qui ^ Efpa^ 
ne voulut point traiter qu'il, n'euft rompu avec celuy d'Arar crois Roisq« 
200.. Mais ce traké n'eropeicha pas qtre le Maure appré- d.°*^!^^^'^ 
Ëencknt de perdre fes Efbts ^ ne fift vn traité fecret avec 
les Rois d'Ajagon fie de Fezxontre Dom Pedre. Car ceux 
.d'Aragon fie de Caftille eftoientenrguerre Rvn contre Tau- 
vtre; Mais cefaiy de Fez , qui efhm: ami de Dom Pedre, 
luy donna auflLtoâ: avis do tûio: j de-forteque pour fè ven* 
ger de cette perfidie y il fit paix avec le Roy d'Aragon. Ce- 
pendant ^ il envoya quedr Abil Gualid,fic traitant avec luy 
dans Seville^ ils alloent enfibnible. affiéger la ville d'Anté- i}6t. 
qoen e ^ mas ne l'ayant pA prendre ^ Us jaficrent dans la 
paine de Grenade, pour Êdre quelque remiicment dans la 
«ville à la veuë de leur Roy ^ ce qui n'ayant point eu d'efiec» 
ils xctourmirent à Seville. Après leur retraite ^ les Maures 
de Grenade fie de Giadijc oicréient parle Gouvemfment o^PcâMt^ 
/dé Caforla:, fie feccagérenc le.cfaàftcau de4^éal de Béferro, 
àitk molimaôt ^ à gcand' kafte avec quannté d'hommes * fie 
de budii /Dom Diego Gar^ de PadiUa, Gtand - Maiftre 
de Calaira^a^ Dom Henricpie Henriquea , Gouverneur de 
^ frontière, firMoado Rodrigoez deAiedma^quicommiaau 

DDd iij 



• 



598 DE MAHOMET ET DE SES 

k II Dcccm- doit les gens de PEvefaue de laen , les défirent , & en ayanf^ 

^^^' pris & tué grand nombre, regagnèrent tout le butin. L'act- 

^^ ^* ncc fuivante ils entrèrent for les terres des Maures y mais 

arrivant à Cadis, vn corps de cavalerie, q[ui s'eftôit retiré 

dans là ville , leur drefla vue embufcade ,^ les défît, quoy« 

^i^ioGzT^ii qji'iis fe dcfendi{ïcnt vaillamment. Le Grand -Màiftrc de 

4c Pa 1 a. Çj^iaç^ava fut pris , & prefquc tout le refte tué ou fait pri- - 

fennier. Le Roy de Grenade le renvoya, pour adoucir '\t- 

Roy de Caftille , afin qu'il le receuft pouir vafiàl , màisinA- 

tilement ^ car il entra la mefme année fur Tes terrés , Reprit - 

Hixnacliar , quelques places, puis retourna à Sevilie chargé de butin. II 

Bénaniéchix, ^fl. y^^y qu'incontinent après le Maure reprit quelques- 

vues de ces places ^ mais ila'eut pas pluftoft le dos tourné^ 
Borge Har- qo'Abil Gualid d'vn cofté ,& Dom Pedre de l'autre , cnïc* 
ci^i w^^^c** prirent de nouvelles. Le Maure voyant bien qu'il ne pour- 

roit refifter plus long-tems, prit quatre cens chevaux , flc 
deux cens bommes de pied ^ & vint trouver Dom Pedre 
dans Seville ,pour le faire juge du di£Ferent , qui eftoit en- 
xre luy àc Aben Gualid ^ £& s'offrit pour Ton vaflàl aux mef- 
nies conditions que fès prèdècefieurs. Le Roy le receuc 
fort bien en apparence , & luy promit de £iire ce qu'if de« 
firoit ) mais le lendemain l'ayant convié^ àr difner , il de fit 
prendre comme il eftoit à table ,8c luy reprochant la mort 
d*Abul Hagex , & ia tyrannie , le fit monter fur vn afne, 
iuivi de trente-cînq Maures des principaux de fa fiiite , & 
fit crier devait hiy dans les rues le uijet pourquoy il le 
traitoit ainfi. Enfiiite il le fit menée airchamp qu'on nom- 
me de Tablada,& le fitms^Iàcrer en fa préfènce^avec tous 
ceux qui eftoient avec kiy . V&n die mêfme qu'il le frapa 
dVne lance , en luy dd&nt ^ que c'cft^it la recompenfe du 
traité qu'il luy avoir fait faire avec le Roy d'Aragon , par 
lequel il avoir perdu lechafteaude Hariza* Mais que le Mau- 
re luy repartit , . Ha le bel exploit que tu as uit aujour- 
d'buy , DomPedre! aprés-quoy on luy crancbâ la tefœ. Si- 
toft que Gualid eut appris fa mort ,îi fe renctieà Grenade^ 
où il fut receu ppur Roy , avec vn applaudifTement gêné-- 
rai , &L fut nomrpé Muley Chec , à-çaufe de fou âge , & de 
ion règne précédent. Awffi-toft le Roy DonvPedxe^iuy cm 






SVCCESSEVRS, LIVRE IL 399 

voyak teftedeMahamet, 8c en recompenfè il mit en liberté 
.cous les prifonniers de la défaite de Cadix ^ & iê fit Ton vaf&I . 
'<^ependant ^^murat continuant (es prozrez , prit fur les 
^Chrefiiens les villes de Philippes & d'Anarinople ^ & les 
Génois , pour sa^er de Targent , le payèrent en Euro- 
pe avec toute fon armée , au grand préjudice de la Chre* Dcfcftç à 
ftienté. D'autrecofté , Dom Pedre de CaftiHc , affifté du Abydc. 
Roy de Orenade , recommença la guerre contre celuy d' A* i3^5* 
ragon 9 jqui dura jufqu'aux guerres ci viles «entre luy & le 
Xomte de Tranftamare fon frére^qui ^ivoriié de quelques 
:Seigneurs de Caftille^ d'Aragon & de France, prit la ville 
de Calahore. Mais le Roy de Grcmade, à Toccafion de ces ^$66. 
divifions, fe faifit d'HiTnachar, & le Comte de Tranftama* pr& dcLo. 
re s'eftanc peu à peu rendu maiftre de l'Eftat , il fe fit ù>n V^f^ 
vaÛal y tandis que Dom Pedre eftoit retiré i Bayonne. 

Sur ces entrefaites, mourut Dom Pedre , Roy de Portu* 13^. 
-^, laiflant pour (ucceilèur fon fils Fernande, &la mefine 
.année le Roy de Grenade demanda trêve au Roy d'Ara- 
gon y qui la luy accorda , à la charge de ne point fecourir 
'Dom Pedre , ni fisCire paix ou trêve avec luy , ce qu'il luy 
jura. Toutefois lors, que Dom Pedre fut de retour , après 
«avoir vaincu fon frère, il ne lailla pas de faire paix avec luy ^ 
& le Comte de Tranftamare eftant revenu après avec vne ^3^'- 
.armée Fran^oife , entra dans la Caftille^ &le Roy de^Gre-* 
«nade voulant favorifer Dom Pedre (on ami , Talla trouver 
^vec 7000. chevaux , & 80000. hommes de pied , & affiégea 
avec luy Cordouë^qui tenoit pour le Comte de Tranft:amarez 
jnais ne l'ayant pu prendre , il leva le fiége & retourna i 
'Grenade. La mefme année il alla attaquer laen . & la prit ^ 
& faccagea • mais il ne pût prendre la citadelle. De- là 
Jl alla à Vbéda , te l'ayant forcée , la mit -à feu & â fàng ^ 
mais n'ayant pu prendre Anduchar^il ^t des courfes fur les 
serres de Marchena & d'^tréra ^cpuis: retourna à <irenade t^H^^iff 
avec plus de douze mille captifs , & (ans licencier fon ar^ Toron, hL! 
4née reprit pluiieurs «petite places ^ que le Roy Dom Pedre daiciiEiborge 
avoir prifes fur les Maures quelque tems auparavant. Tolé^ côSi^'orl^ 
Ac eftant affiégée enfuite nar le- Comte de Tranftamare ^ teciiica|ftcr 
Dom Peflre luy demanda feçours pour aller^lavce levjçr . le 1J69. 
^^ége , U il fuy envoya quantité de cavalerie ^ mais Dom 



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40C DE MAHOMET ET DE SES 

Pedre ayant perdu la bataille ^ les Manies recouméreiit à 
Grenade , Se le vaincu s'dlant renferme dans le chafieau de 
Montiel , y fut affiégé 6c tué par fon frère , qui devint par 
ce moyen paifible pofTeiBreur des Royaumes deCaftilie&de 
Léon. Comme le Roy de Portugal fut Tenu £iire la guerre 
enfuite à TranfUmare , le Roy de Grenade prit cette oc- 
k é. d'Aooft. ç^jjjjQ p^m- prendre Algctirc , qu'il fit rafer juCju^aux fon- 

iiemens, fans qu'elle ait éùé reftablie depuis. Lamefmean* 
née , le Roy d*Aragon fit crève pour cinq ans arec les Rois 
de Grenade £c de Fez , Se ceiuy;-cy voulant reftablir Algé- 
zire , TAmiral de Caâille prit cous fts vaiflêaox avec ceux 
qui eftbient deflus. Enfuite le Roy >de Grenade ne laifianc 
pas perdre l'occafion de faire fes amires pendant Udivifion 
'57^' des Chreftiçns, fit de grans ravages dans irAisdàtbuÔe, fous 
prétexte de favorifer les enfans de Dom Fedre , qui eftoienr 
dans Carmooe. Mais cela ne dura pas long*tems^ car il fie 
trêve incontinent après avec le Roy de Caf^itie , qui eot* 
affaire long • tems avec les Rois de N^arre y & de Por- 
tugal. 
jijie. Pour retourner en Afîe , Amurat s'eflanr rendu maiftre 

Aux champs dVuc .partie des provinces de FEmptre y avec grand meur^ 
Caffins. ^i-g jç5 Chrçftien* ^ vaipquit le Décote de Servie j «t fe 
^lii^**"' rendit maiftre de fes Eftats^puis le ntmeurtr. Mais eftant 
^^'nvi. ^ot^é enfuite dans la Mifie funerieure, ri fiit tué d'vn coup 

de poignard par vn ferviteur du Defpote , oui vengea la 
mort & fon maifbre. Après fon decea^ nSmpire des Turcs 
tomba entre les maihs de Bajazec ^ qui fut le quatrième £m^ 
pereur de la race des Otomans. A fon avènement à TEm- 
jAazcCratéie. pire, il fit la ^rre au Roy dès Raigares^êC l'ayant vaincu 

nt vne cruSUe boucherk de fes genfS , 8c enfuite faccaeea 
les provinces de Bofnie ^de Croatie , d'Efclavonie ,d'AlW 
nie 2c de Yalackie , oh plufieurs milliers de Chreftiens ftn 
reM tuez ou fahs^ prifanniers , avec Tèpotivante générale de 
toute la Chreftienté. 
Efpâffêfi Pour retourner en EfpagM $ le Roy de CaftilFe mourut 
1379. Tan mille trois cens foixartte H dix-neuf , au mois de May, 
par la perfidie dVn Maure dé Grenadte , qui feignant de ky 
venir offirô fo» fer vice ^ luyfit préfenc entre- autres ehofes 

de 



SVCCJ5SSEVRS, LIVRE IL^ 401 

ëe riches brodequins empoifoniKz , ou'il n^euc pas pluftoft 
chauITez, qu'il en mourut, laifTant fou nis Dom lean pour fuc* 
cefleur. Le Roy de Grenade mourut auiS , 8c laifla la Cou- 
ronne i fon fils Abul Hagex , qui fut receu eéncralemenc 
par-tout.^ 8c fit paix avec Dom lean , laquel& il entretint 
toute {à vie. Comme il n'avoit donc point de euerre , il 
s'occupa i bien fonder fon Empire, 8c embellit tort la vil- 
le de Grenade , ce qui le fit aimer de Tes Sujets , 8c il 
ne fe pafla rien de mémorable durant fon régne entre les 
Cbreftiens 8c les Maures. L'an mille trois cens quatre-vingts j.g^^ 
cinq mourut Dom Fernand de Portugal, laifiant la Cou- ^* 

ronne à Ton frère Dom lean , (urnommé de Bonne-mémoi- 
re. Le Roy de Caftille mourut auffi , après avoir eu de gran- 
des guerres contre le Duc de Lanclaftre , 8c contre d'autres i59o« 
Princes Cbreftiens , 8c laï{)a la Couronne à fon fils Henry. 
Abi Abdala , fils du Roy de Grenade , fuccéda auifi à fon 
père , fie fut l'onzième Roy de cette famille , 8c grand amy 
àc$ Cbreftiens. Il eut euerre avec fon fils Muley Mahamet , 

aui le voulut dépofIcaer,avec la faveur d'AbenVmeya, 8c 
'autres principaux d'entre les Maures ; mais i la fin le fils 
fut contraint de s'accommoder. Comme le Roy de Q^na- 
deeftoit en paix avec le Roy de Caftille , le Grand-Araftre rltfiHt^tU 
d'Alcantara, qui eftoit Portugais, luy envoya faire vn défi Barbnde. 
de cent contre deux cens , ou de cinq cens contre mille , 
pour faire voir que la Religion de lefus - Cbrift eftoit la 
meilleure. Perfonne ne le pût deftourner de cette entre- 
prife , non pas mefme le Roy , parce-qu'il ne fe gouvernoit 
qoç par le confeil d'vn certain Hermite , qui luy fouffloit loTandeSajF^. 
aux oreilles ce de0ein« Ayant donc aftemblé quantité de 1394* 
troupes , il prit la route de Grenade , 8c fe campa fur la ri- 
vière d'Açores , fans Ce foncier de la trêve. Mais le Roy de 
Grenade vint fondre defTus à Timprovifte, avec grand nonv* 
bre de cavalerie 8ç d'infanterie , 8c tua prefque toute la ca- 
valerie du Grand* Maiftre , 8c plus de douze cens hommes 
de pied, le reÛr fe (au va avec luy à Alcala la Real. Cette 
dèmite ne rompit point la trêve, parçe-que l'entreprife a- 
voit eftè faite fans le confcntement du Roy de Caftille. 
lA^s à€u% ans après , le Roy de Fez , qui haïflbic en^ foo '39^^* 

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401 DE MAHOMET ET t>E SES 

cœur le Roy de Grenade , le fit mourir pat le moyen d*vne 

câfaque empoifonnée , qu'il loy en^eoya parmi d'autres pr^^ 

(èns ) & qui l^emporta au bout d*vii moii , la thàir lu y 

tombant par pièces. Son fils Mahamet luy fuccéda^qui tn^^ 

trecinc long-tems la trêve avec le Roy de Caftille. 

^^ La mefine ann^ , Bajaset côntinOâlit la guérie contre 

r Empire ^ alla affiéger Conftantinople avec ync puiflânte 

armée 9 & fur la nouvelle que la France , l'Anekterre & la 

Pologne envoyoient contre luy de grandes ^rces , il les 

alla rencontrer pr^s de Kkôpolis. ^JL'armdeChreftienne 

eftoit compofée de vingt mille chevaux, ^ de, cent mille 

bommes de pied , ti celle du Turc de Soixante mille cbe* 

vaux y & de cent quarante milie Êmtaflins» ^La bataille fét 

fort ^nglante t/iikais f Infidefie /fot le plus fort, quoy -qii^ii 

Le Tare <o. y perdit plus de troupes. La cavalerie- Françoife 3 qui avoit 

chîcfticM ^" l'avantgarde , fiit toute taillce en pièces , ou prifonniére -, te 

Tiflgt mille. Roy Sigiûnond Ce £uiva à toute peine vers la mer ,où ^ou- 

;vant vn vaidèau Chreftien tctat à propos , il pafià en VIfle 
de Rhodes 3 d'où il revint en Hongrie ^oii on Tavoit pieu* 
ré pour moit. - Vne fi erande perte eft attribuée par qaèl«- 
<|U<^vns à la divifion des Chreftiens , dont les Françoits 



voulurent avoir Tavantgarde fur les Hongrois ^ de « forte 

qu'ils ne s*eiitraiderent pas bien j & les Valaques &: TraniîU 

vains fe retirèrent d'abord , avec le Vay vode Eftienne , ce 

^^7* qui donna la viâoire aux Inâdelies. Bajazet viâorieux , re- 

îo^'dT' tourna au fifcge de Conftaritinople , qu'il fut contraint de 

baA naiflàB- Icvcr incontinent , pour marcher contre Tamerlàn, qui ra- 

^' vageoit toutes (es provinces. La puîfTance de ce Chef vint 

à tel point , que de Roy des Taitares , il devint Empereur 
^es Turcs , Zc maiftre a' vne grande nartie de ii» Scythiè Eu- 
ropéenne , Seigneur de llbérie , de la Perfe , de l'Albanie , 
de la Mcdie , de l'Arménie ^ de la Méiopotamie, et l'Aiie 
mineure , de l'Egypte ^ de la Syrie. Il eut dans fon armée 
^oe. mUie iufqu'à douK iCCns mille hommes de combat^ dont la^va^ 
^^"^^ lerie foifoit prés de la moitié , & nourriîbit douze ctns 

Seigneurs à & Cour» Bajazet f eftant venu rencontrer avec 
vne armée qui n'eftoit ^uere moindre que la fienne , à ^ 
que difent quelques Hiltorietis ^ la bataille ie donna fiir.U 



SVCCÏS$BVI15,LIVKE II. 405 

ficontiéfÉ>dc UR«byni0 fie de la GaUicie,où ilmourut deux prcUdmnoot 
^ens mille T«ireâ/ Bftj^i^et ayant eft« fait prUonnier ^ aiwc EftcUc^ 
plttfieurs autres erans Seigneurs , Tamerlan le fît amener 
devant luy y 6c le louFa aux pieds , puis le fit lier dVne gro^ 
& cfaame d'or, te enfermer dans viie cag^ de fer ^& quand 
il vouloit manger 9 il leÊûToît mettre (qus. & cable ^ 2e luy 
întok de la viande comm^ èvn chica^ ie:&rvajnt auffi de 



iuy comme d!vn marchepied pour monter à cheval. Il le 
mena de la forte ^nominieufément par touce i'Âfie^fansle 
mettre jamais en libertés Cette viâDi;^ le rendit maîftre de 
toutes^ ks provinGOi qiU. feint entre le Tanais 6e le NiL II 
BtîfauffiCu&yqui cft vue «)4€îmc 4e,Gent>^s cknalaQ^^ 
tonefe Taurique» Apcéi airôir dotpté toute; l^Afie, il bàftit 
en fon païs Samarcand» qni figntfie en CoQ l^mgag^ diverfi* 
te de Nations , parccr^qu'il k peupla de (ouafet prifonniers» 
ic PenvicHt. des .dépevïflcs de toutes les villes qu'il avoit 
ddtndtea. On comq plufienrs çbofes de i^ rigueur ^ ou pJiâ- 
tofk.de fk cmauté:, SL entre-autres: ceUe^cy^ qu*U avoir des 
tentes de trois couleuis , dont la blanche fQ mettott la nre^ 
miére quand il affiégeoit vqe pUce , pour, marque de deu« 
ceur^ fi l*on vmoic a: (è rendre ^ /8c eoftiite la rouge , pour 
moqtnnr qu41 eniccmAarQie du iang fi Von ^'opinlatroit y a- 
prés-qnoy il farifintr teâdte la noire , pouç dire qu^il n^ ^"^^^^ 
phia dé: quartier. Il fe faifoit appellqr k Fleaw:de IHeu, 6e lnsVd?£i^^^^ 
euft d4TOlélemonde.$41 euft dure plus long^ton^^ SoaEm** qmfonc qudl 
pire prie fia a^ietf luy ^câr la. diyifion s'efojjç mife entre ksi années^ l"^* 
dcœt fik^ toute» fesxQïiqiftfftèS (t per'direnî: » 6e h mémoire Gwnd Mot 
ée 6a hauts Êtics ^ s'efi: irpeibe. eonâir yde à û poftenté. g^r eft de ret 

^our retourner i $igi(men4\ les provinces de Vakquie y ^"^^^*°*' 
de Transylvanie 6e de Moldavie , fe foûlevërênt contre \\x^ 
ht mefifne année , avec ee qyi eé au* de - là> diuj Danube, 6C 

ÇRrene pour: Chef le Vay vode Ëftienne s . qui fut fijivi diçs 
bcca^ ce qui fie isoir qu!it avoic efté ciufe dekd^itfti 
Cependam:\) ^éh k perte tie "Raiazçç ^ les Tunjs nommé.^ ^ 
rentpoor&nkmlbn fitt*, qui ritii* le refte de fon armée = * %!?* 
maii il ne lit irtenr de memcuMnle, 6c LmouKUt trois^aQ$ apr<;$^ chciebî. 
kiâàM dkvtx fik^ Orcan. âe Majiiâffftec >d0nc V^fné fui mû^ 14190. 
Empeceur.. II. ebt gMeiTe..GeiMre'ibA fr^re > 6e fut tué en tra-^ 

EBe i> 



404 



DE MAHOMET ET D^E SES 




\ 



1405. 

7. Empereur 
des Turcs. 



.on rava- 

geoienc la 
campagne. 

1407. 



1408^ 



ftiens. 



luy qui 



plus grans progrez 



La mefme année, Mihomet Roy de Grenade, rotnpic k 
tréve qu'il avoit faite avec celuy de Caftille , & voyant qu'il 
eftoit occupé contre le Roy de Portugal , luy emporta de 
force la ville d'Ayamont. l^'année fuivante il rentra dans le 
pais des Chreftiens , & brûla la ville de Ouéfada j te com- 
me Pedro ;Manriqué, & Diego Sanchés de Bénavidés , fu- 
rent fortis contre luy avec D^m Alfonfe d'Avalos, fnivir 
des bàbitans d'Vbéda ,& le Sénéchal de Baé^i, Aocompa^ 
né d'autres Chevaliers , qui faifoienc en tout douze cens 
ommes , tant de pied que de cheval , ils atteignirent les 
Maures dans vne plaine, où la bataille fut fànglante , & il 
mourut du cofté dés €lhrcftîcns , le Sénéchal , avec Dom 
Alfpniè d* Avalôs ,^ Dom Martin Lopés dlknzXos^ Se au. 
tre Noblefle illuftre. Mais pour-cent Chreftiens, il ymou« 
rut deux mille Maures , Se 1^% Chreftiens (ans fe débander , 
iè retirèrent furvne montagne ^ tandis que les ennemis piL 
loieot rieur camp* Le 'Roy de Caftille mourut depuis en la 
ville de Tolédè le vingtième de Décembre , laifiant pour 
fucceflcur Ton fils Dom lean , qui h^avoit que vingt mois ^' 
Se pour Ton tuteur i'In£;int Fernand Ton oncle^ qui fîit fort 
béUiqueux. Car la première année qu'il eut le <30uveme* 
ment de PEftat pour Dom lean , il entra fur les terres des 
Maures , Se prit les villes de Zahara Se d'Audita , Se comme 
il eut affiége Setenil , le Roy de Grenade courut du coÇké 
de laen pour faire diverfion ^ mais Tlnfant n'abandonnta 
point pour cela le nége,quoy-qu*il fuft contraint toutefois 
de le lever au mois d^Ôâobre , par la brave re&ftance des 
habitant Mais en mefme tems les Chreftiens recouvréreoe 
plufîeurs petites places que les Maures avoieiit gagi\ées dix 
tems d' Abil Gualid. Cependant , le Roy de Gren:ide voyant 
le dommage que l'Infant Dom Fernand faifoic en fon pais^ 
alla aflîéger la ville d'Alcaudete avec fept mille rhevaùx ^ 
Se iîx vingts mille fantailîns , au mois de Février -.^ voyant 
qu'ilne là^ôuvoit prendxevfic^rc^c^VCcD.Feniand^ Se 
retourna en fon naïs • 



c 

c 



SVCCESSEVRS, L^VRETII. 40J 

^ Alors réenoit dans Fez Muley Abu-Sayd , plus enclin ^frifte, & 
aux débauches qu'à la guerre , ce qui donna fujet i Dom ^ff^i^^- 
lean de Portugal d'aller attaquer Ceute , & comme il ne la ^4^9 
recourut pas à tems , elle fut prife. Cette lafcheté déplut 
de telle forte i Tes Sujets ^ à qui il eftoit déjà odieux pour 
(es débauches , qu^ils conjurèrent contre luy , & le tuèrent, 
comme nous dirons ailleurs. Maintenant pour revenir au 
Roy dé Grenade ^ il tomba malade la mefme année , £c 
comme il eftoit fur le point de mourir , il dépefcha vn de Abui Hagti. 
fcs Lieutenaris vers Ton frère , qui eftoit en prifbn pour queL î^obr^^*"^^ 
que révolte , avec ordre de luy couper la tefte ^ pour affu- * ^ '^^* 
rer le Royaume à Ton fils. L'Officier arrivant le trouva qui 
jouoic aux échets avec vn Alfaaui , & comme il luy eut die. 
l'ordre du Roy , Tautre le pria oe luy donner deux heures , 
pour donner ordre à Tes afiâires , & fur Ton refus , le pria 
feulement de luy laiflèr achever fa partie , ce qu'il fit \ mais 
avant qu'elle fîift achevée , il arriva vn courier de Grenade, 
qui apporta les nouvelles >que Mahamet eftoit ^mort , & 
ou'on avoir ^1â le priibnmer pour:Koy -^ de-'forte que l'Of- 
Bcier au lieu d'exécuter (a commiflion , accompa^a le nou* 
▼eau Prince jufqu'à Grenade <» où il prit pouefiion de la 
Couronne ,"& fîit le treizième de: la. race des Alâdiamares. Il 
confirma rauffi.toft latréve que fan frère avoir laite avec les 
Chreftiens ; Mais l'Infant Dom Fernand trouvant l'occa- 
fionfavorable de faire la guerre aux Maures ^ la rompit au 
bout de ièpt mois , 6c aiTemblant fes troupes entra au Roy* 1 41^». 
aume.de Grenade, oà il afiiégea.Antequerre, qui eftoit vue 
bcMinc place, fort propre pour en .faire vne place- d'armes , 
àrcaxïk qu'elle eftoit entre Ronde 8c<Srenaae. Sur ces nou- 
Telles, Abul Hagex envoya au fecours deux de fcs frères, Auf*"*^** 
avec quatre mille chevaux , te cinquante mille hommes de 
picdvla:bauiile^(edpnna Je fixiéme de May , où ils furent 
vaincus , & perdirent plus de douze mille hommes ^ aprés^ 
qupy l'Infiuit retournant afiiéger la place , la prit , & y laif* 
£t garnifbn. Les villes ouc les Maures d'Afrique tenoient ^toùbrc* ' 
en ^^gne, voyant qu'elles ne fc pouvoient défendre toutes 
feules, & qu' Abu^Sayd les ne^ligeoit , s'eftoient réttnies alors 
à la Gourpnne de Grenade ^ mais ceux de Gibraltar mécon* 

££e iij 






4o6 DE MAHOMET ET DE SES 

141 1. cens du Roy de Grenade ^fe foûlevérent contre luy ,Sc en« 

voyérent prier le Roy de Fez de \es fecourir , comme fes 

anciens vafiaux. Ce Prince qui aiioic vn frëre fort caillant 

^^7^ & fort aimd du peupU , fut bien^aife de trouver occafion de 

rëloigner , Se l'envoya en Efpagne avec mille chevaux , 2c 
deux mille hoinmes de pied , pour fe jetter dans la place» 
avec ordre d'eflarycr à regagner toutes les villes qui avoient 
appartenu à la Couronne. De. forte qu'ayant efté bien re^ 
ceu à Gibraltar , il le fut encore à M arvelle , Se en phw 
fleurs autres places de ces quartiers. . Sur ces nouvelles ^ 
le Roy de Grenade fit trêve avec les tuteurs de Dom lean, 
di alla afEégêr Gibraltar , d'où Sayd envoya auffi^toft cfe^ 
mander du ïecours à fan frère ^ qui ne hiy envoya c^qiieL 
ques vaifTeaux mal équipes , que le Roy de Grenade prit 
incontinent , non fans (oupcon , que cehiy de Fest luy eni 
avoit donné avis , afin de perdre fon frère. La place fut aonc 
prife, &: Sayd fiât prifonnier,& mené à GittnadCyQÙilfut 
enfermé long.temps dans vne tour de FAUuunbm ^ le Ro^ 
de Pez folicitant nçrpetuellemettt celuy de Grenade de le 
faire mourir , fc luy promettant pour cela beaucoup d'af-> 

Sent, avec alliance perpétuelle, & fecours contre les Cbre* 
:iens. Mais le Roy de Grenade n'en voulut rien, faiirc , fiir 
l'efperanco de tirer quelque av^mt^^ de ce prifonnier dans 
les troubles d'AfriqAie. ^ 

^g^^ Pour retourner en Âfie , Mahomet s'eftant rendu maiflre 

■ de TEmpixe , auros la mort de fon frère ^marcha contre Si- 

gifmond Roy de Pologne y 8c le vainquit dans kï campa- 
i prcrcnc à gûes de PhiJa^elpbie , oh il mpurut pljufieur$ milliers de 
saiombiiocf. Cbreftieui ^' outte quantité de prifoimieFs. Enfuite comme 

i{ eftoit le prenûer des Otomans qui eut pafie le Danube, 

il conquit la Macédoine , £c porta fe& armes, viâorieufts 

X I4U> jni^ii'à la roçr Ionique /an grand pirépidice des Çhtc^ 

fliens. 
MrÀnuel D 'a^trç-jcoilél , les ^laures du Royaume de Fer conju^. 
5 AbMb^a- rérent contre leur Prince , fie (ba Vinr ^le cua.à coups de 

poignard , avec fus enfans mafks qa*iL avoic Sa mort fut 

fuivie de grans tr oubJes> fie ceux de Fez ^ent huit ans i^XÈS 

1415. Roy, peiâant Jefqufils le Roy de Grenade mit Sayd en 11^ 



? 

le 



SVCCESSE VUS, LIVRE IL 407 

bercé j & l'envoya en Barbarie avec des troupes , pour pren- 
dre pofTeflion du Royaume de Ton pere3ifiais il eutdegrans 
démeflez avec Ton frère lacob , & raûi plu/kurs places xjui 
ne le voulurent pas reconnotftre. Cependant , le Roy de 
Grenade envoya fon fils avec vne armée navale *, pour re- *^^^^^ 
prendre Ceute, que tenoit le Roy de Portugal, & raffic- 
eea par mer tandis que Savd la bloquoit par terre. Mais 
flnfant Dom Henry la détendit vaillamment, & les Mau- 
res furent contraints de fc retirer avec perte. Enfin le Roy- 
aume de Fez ayant efté (ans Roy hint ans durant y il parut 
vn fils d* Abu- Say d ^ nommé Abdulac, que la mère , qui e ftoit '4*5 • 
Chreftienne 8c Efpagnole , avoit fauve à Tunis. Il tut receu 
avec alegreflede tous les habiuns , & reconnu pour Roy, 
mefme par fes oncles , & par tous les Chefs de Tarmée , quoy 

u'â la fin il devint en telle horreur par fes tyrannies, que 

es propres vaifaux conjurérent>contre luy , & vn habitant 
de Fez le tua , comme nous dirons en fon lieu. 

I^endant tout ce terops*là, ilne fe paifarien de remarqua* Effdgnc. 
ble entre lesChreftiens & les Maures, parce-<|ue le Roy de 
Grenade rendit toujours l'hommage qû^il devoit à celuy de 
Caftille , qui de (on cofté auffi entretint la tcé ve. L*an mille 14^$* 
quatre cens vingt-trois , le Roy deGrenade mourut laiflant 
pour fuccefleur fon fils Mahomet el Azéri ^ue les Chre- îK"*^"'^ 
ftiens nommèrent le Gauc^ , parce qu'il l'eftoit en effet. Abcn am* 
Il ne fé pailà encore rien de mémorable fous fon règne , en- Hagex , Amir 
tre leis Chreftiens & les Maures, parce-qu'ils entretinrent ^' ^^**^ 
ia trêve ^, mais ils eurent bien, des affaires, chaf^n feparé- 
menc': 

L'anmillequatre cens viug&auatrç^Mahomet Empereur dci ^^. 
Turcs , mounft laiflant deux fils qui eurent grande contefta- 1414. 
don pour l'Empire , dont Amurat à la fin demeura le mai- 
ftre par la mort de Muftapha. - Ce fut luy qui inftitua les 
laiHimâires , ou Enfans du grand Seigneur , qui ne fervent |.^,^. 
^tt'à la Mtde de fa perfoime. -Deux ans après , il aflcmbla ourSbc/ 
vne.piHâante atmée contre le Defpote de Servie, & aflic- 
gea deux villes qui foûtinrent quatre ans le fiegc, pendant e^J?J*" * 
lequel deux autres eurent beaucoup à fouffrtr , & ayant pris Bderadc & 
^ux fâs du Defpote , il ks £t ^imoques , & leur fir crever sindcrowc. 



nita 



^ 
V 



4o8 DE MAHOMET ET DE SES 

Cathjgufiaa. Ics veux , & enfuicc il cpoufa leur fœur qu'il avoic fait pri* 

lonnicre. 

E/pagfte. D'autre cofté ^Ic Roy de Grenade fut chaflc de fes Efbts 

1417. par Mahamet el Saguer fou coufin , que le peuple favori- 

loit 5 de -forte que ce Prince dcpouïllé fe retira en Barbarie, 

* Maicy Abu pour demander fecours au Roy de Tunis *, qui couroit yi- 

^""' ftorieux par toute TAfrique , & s*eftoit rendu maiftre du 

Royaume de Tremccen , & d'vne partie de celuy de Fez Ôc 

de Maroc , pendant la dividon de ces Princes. Cepen* 

dant , il eut nouvelle que celuy qui l'avoit chaiTc de fon 

Royaume , exerqoit tant de cruautez , qu'on avoit conjuré 

contre luy , & que lofeph Aben Cerae©^ Tvn des plus puif- 

fans du païs, avoit prié le Roy de Caftilie , de dcpefcher 1 

Tunis pdur le faire revenir. Il en partit donc en la compa* 

p^rchénr,Ba- R"^^ decct Abcn Cerage , avec trois mille hommes que le 

fa» Cadix'. Roy dc Tunis luy donna, Se abordant à Almérie^fut receu 

1419. par les Maures de ces quartiers , 5c enfuite par ceuxdeGre* 

nadc, & affiégeant l'vfurpateur dans lafortereflêdeTAlham- 

bra, il le prit,& luy fit couper la telle, puis envoya le tri- 

1431. bue ordinaire à Dom lean. Cette trêve neantmoins. 4ura 

fort peu j car deux ans après , à la perfuafion des Maures de 

Barbarie, il refufa le tribuc- fi «bien que le Maréchal Pero 

Garcia de Herrera prit la ville de Chiménës par efcalade 

la nuit ) Si Dom Alvaro de Luna , Condeftable de Caftilie, 

entra dans la plaine de Grenade, fie en ravâgea*vne grande 

Kodrigodc partie. Mais le Gouverneur de Caforla eftant entr^ d'vn 

^"«*' autre cofté , fut défait avec grande perte. Cependant, le Roy 

Dora leân afiembloit vne armée ae plus de quatre-vingts 

mille hommes , fie entra dans la plaine de Grenade vers le 

rofer Abca mois de luin , menant avec luy le petit- fils du Roy Maure, 

Maicy. que Dom Pedre tua dans Seville. Le Roy de Grenade de 

fon cofté le vint rencontrer avec cina mille chevaux , fie 

quantité d'infanterie, après- quoy il fut défait avec erand 

le i. WQ. nieurtre , ôc Grenade euft efté prilefi Van cuft pourfuivifâ 

pointe. Mais le Roy de Caftilie ^aprés avoir faccagé le païs, 
s'en retourna chargé de eloire 8c de butin. Quelques- vns 
difcnt , que le ConneftabTe fut gagné par de l'argent* qu'oa 
luy envoya dans des cabas de figues fie de xaifins fecs , peur 

faire 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 4^9 

faire lever le fiégc. Enfuice le Roy de Caftille donna des 
troupes a ce jeune Prince Maure qu'il avoir amené avec luv, 
lequel s'empara de la ville de Montefrio , à fept lieues de ^.j' ^^^ 
Grenade , & enfuite de plufîeurs autres 5 puis paiTant à Lo- ^jj^ai , aIco. 
cha^avec quelque fecours qui luy vint , il dent en bataille ton, iiiora , 
rangée Aben Cerrage , Gouverneur de ces quartiers , pour j^Hife^Aa^ 
le Roy de Grenade. Après cette victoire , Locha fê rendit à Archidooa , 
luy avec le chafteau , & enfuite Grenade ^ dont le Roy fe fau- P^^*^^n ^" 
va a Malaga. Le viâorieux reconnoifTant qu'il devoit (a Hlraaics,c^ 
Couronne au Roy de Caftille , luy envoya le tribut ordinal- ftdlar , &c. 
re y avec préfens , Se mit en liberté douze cens efclaves Chre* 
ftiens ^ mais il mourut fix mois après , & l'on rapnella de 
Malaga le Roy qui s'y eftoit fauve. Sur la nouvelle de là 1451. 
mort , le Roy de Caftille envoya Dom Alvarez de Tolède , 
avec les troupes de la frontière , faire des courfes dans le Bcnçuiema 9c 

J>aïs , où il prit quelques chafteaig^ , & quantité de butin fur ^^*«>^«^- 
es terres de Baça. La mefme année le Roy de Portugal ^^^^' 
mourut , laiffant fon fils Edouard pour fliccefleur. Cepen- 
dant, comme Dom Dièeo de Ribera couroit le pais enne. 
my , & afliègeoit la ville de Lore , il fut tué d'vn coup de 
ilefche de defRis la muraille -, mais Dom Rodrigue Manri* 
que prit la nuit la ville de Guefcar par efcalade, & le châ- ^434- 
teau par compofition. D*autre- coué , le Grand- Maiftre ?'^"JJ(^"y*^ 
d'Alcantara efbnt allé faire des courfes fur les terres d'Ar- ^'^ ^^^'' 
chidone, tomba dans vne embufcade , d'où il ne fe pût fàu* 
ver qu'avec cent hommes de douze cens qu'il menoit. L'an^ 
née lui vante Dom Alvarez de Tolède alla faire des courfes 
(br les terres de Cadix avec fîx mille hommes de pied , 6c 
mille chevaux , & défit quinze cens chevaux , & quarante '43T- 
mille hommes de pied, qu'on avoit raffemblez de la ville & d'Aipuchanc 
des monugnes d'alentour. Dom Pernand Fachardo alla 
auffi prendre les villes de Vêlez el Blanco ,& Vêlez el Rû- 
bio , dont les chafteaux fe rendirent par compofition ,& les j ..^ 
faabitans demeurèrent Sujets du Roy 5 de-fol:te que lés 
Chreftiens gagnèrent beaucoup alors a la guerre contre 
le^ Maures , &: prirent tous les jours quelques places fur 
eux. 

: P«ùr retourner en »Afie , l'Empereur Amurar prit fur' les jfjkr 

FFf 



j 
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4ïo DE MAHOMET ET DE SES 

Vénitiens la ville de Thcflalonique fi célèbre > & y exer^ 
1438. toutes les rigueurs de la guerre. La mefme année continuant 
Tes progrez , il entra dans la Hongrie y Se affîégea Belgrade i 
niais il fut contraint de fe retirer , après fept mois de fiége, 
avec perte de plus de quinze nailie nommes , dans les atta- 
ques ^&c fut attaqué dans la retraite par leanHuniade 3 Gé- 
néral du Roy de Hongrie, qui remporta ûir luyvne pleine 
& entière victoire. 
Efiapti. Cependant les Caftillans pourfuivant la guerre en Efpâ* 

gne ^affiégércnt la ville de Gibraltar par mCr & par terre | 

mais les Maures fe défendirent fi • bien , qu'ils les contrai^ 

gnirent de lever le fiége avec perte. Dom Henry fut noyc^ 

»rgnicoiopez & (on fils fe retira fans rien faire *. On fut plus heureux d vn 

de Mcndoça ^utrc cofVé , & l'on prit fur les Maures la ville de Guelma j 

d^ifita?' naais Dom Rodrigue de Pérea , eftant entré fur les terres des 

Maures ^ fut défait par P^n Cerrage , fans pouvoir iauver 

que vingt hommes de quatorze cens qu'il avoit ^ 8c mourut 

en la bataille, auffi -bien que le Général des emiemis. Le 

xdoUart. j^^^ jç Portugal mourut auffi Jamefme année , laiflànt foa 

fils Alfonfe pour fucceffeur . 
jtfdins Pour retourner en Hongrie , le Turc y rentra fous le ré* 
djiji0. jg^Q de Ladiflas , Roy de Pologne , qui avoit pour fon Lieu* 
^4^0' tenant eènéral lean Huniade , lequel défit Âmurat vne fé- 
conde tois , & l'obligea à demander trêve -, mais elle ne fut 
pas de longue durée , car les Hongrois la rompirent , à la 
perfuafion du Pape Eugène , fie cette perfidie caufà de graos 
maux à la Chrefuenté. Premièrement ^foixante & dix ga- 
lères royales fe perdirent dans le détroit de Conftantino« 
•^ix.NoT. prés pie, ôc Ladiflas eftant obligé de fe batre* contre Amurat, 
dcBarna. perdit trente mille hommes , ou par Teau ou par le fer, car 

il y en eut beaucoup de noyez dans vn lac voifin. Le Légat 
iMa céfann. j^ p^^^ ^^^ ^^^ j^ procuré la rupture , Se le Roy Ladiflas , 

moururent aufii à la bataille , & lean Huniade eut bien de 
la peine a fe fauver avec les Tranfiylvains. Les Hiftoriens 
rejettent la caufe de cette perte fur les Génois , qui pour vn 
eicu par tefte , paflerent fur leurs galères toute l'armée d'A« 
murât au détroit de Bofphore. 
E/pMim. P'autre. cqfté , en £fpagne ie Roy de Grenade ^ qui avoir 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 4" 

déjà icceu tant de fecoufles , fut dépoiTëdé par vn de fës 144 y. 
neveux * , à la faveurfde quelques Grans , & pris dans fon Pa- Muicy Ma- 
bis ,apré^ quMls fc furent faifis de la ville. Mais il y avoic ^?^^^J^^ 
alors au lèrvicc du Roy de Caftille vn autre Infant Maure , lûnaci. 
fils d'Aben Muley , qui afpirant i la Couronne , fit la guerre 
a ce nouveau Roy , & porté par Dom lean , s'empara de 
quelques places fortes. 

La memie année Amuiat continua fts victoires contre ^fr^ 
l'Empereur de Conftantinople , 6c fe iàifîflant du détroit de 
Corïnthe ^ gagna vne bataille contre le frère de TEmpe- ^44^* 
reur , & d^oia tout le nais. Eniuite le Roy de Pologne 
combatit contre luy , 8c le défie 5 mais ayant rafTemblé fon 
armée y il donna vne féconde bataille , ou il mourut plus de 
quatre - vinets mille hommes , tant Turcs que Chreftiens ^ 
mais moins de ceux-cy. Amurat y perdit vn fils , Se le Roy 

it 1 



de Pologne y perdit le Général de fon armée. 

Tandis que ces chofes fe pafibient en Hongrie, Aben Od- 
man Roy de Grenade, fit paix avec Dom lean Roy de Na- 
▼arre,8c déclara la guerre à celuy de Caftille , qui nivorifoit 
Tfinacl fon ennemi. Eftant donc entré dans le païs , il prit 
les villes de Benamaurel 6c de Ben<^ulema,présde Ba<^a,5c 
Tannée d'après celles d'Arénas , de Guefcar, de Velés el 
Blanco , 2c de Velés el Ruvio ^ 8c fie de grans degaftsen tout 
ce païs, avec diverfes conqueftesjufqu'en Tan mille quatre 
cens quarante-neuf , par le fecours du Roy de Navarre. 

L'an mille quatre cens quarante-huit, ceux de Hongrie & Tmrqmie- 
de Tranfîlvanie, aflemblérent vne armée de fix cens mille 
hommes , 6c entrèrent dans le pais du Tore , fous le comi- 
mandement de lean Huniade,qui donna labatailleà Pitti^ 
rat, avec quelque defavantaee d'abord ^ mais à li fin il k*eprirt 
coeur ^ fit grand carnage des Infidelies. L'année dliorés ï449- 
Amurat tourna k^ armes contre Scanderberg, &; l'îafliegea 
dans la ville de Croye -, tnaisil fe défendit fi bien, qu'après 
plufieurs mois de fiéee , le Turc fut contraint de fe retirer, 
avec perte de la pluipart de fon armée , & mourut enfuite , 
laiflant pour fiiccefleur fon fils Mahomet ^ qui fut lehuitié- \/l<o^ 
me Empereur de la race des Otomans , né de la fille do^Def- ^ 
pote de Servie , dont nous avons parlé. Auifî-toft que fon 

FFf ij 






4Î1 DE MAHOMET ET DE SES 

• 

pere fut mort , il fit mourir fon frère , & les enferma tous 
' deux en vn mefme tombeau. Ses premières armes furent con- 
tre Scanderberg , qu'il afliégea dans fa capitale , comme fou 
pere ayoit fait , & fut contraintLcomme luy de lever le fié- 
ge. L'année fuivante il affiéeea la ville d'Athènes, & Payant 
emportée d'aflaut^k détruiSt entièrement. 

Cependant , les guerres de Grenade & deCaftille fe rcn- 

forçoient , & Ton (e bâtit en diverfes rencontres dans les 

courfes qu'on faifoit de part-&-d'autre fur le pais ennemv. 

Il y eut auffi guerre entre les Maures d^ Grenade , dont le 

^L^^f"' Roy ibt dépoffédé par vn de fcs parens , qui réena long«- 

tems en paix. 
Prifide ' jCependant , Mahomet après avoir pris la ville d*Athénes, 
ConfianU' tmt le fiége devant Conftantinople Pan mille quatre cens 
p^fi^* cinquante - trois , le neufviéme d'Avril , fous l'Empire de 

Conftantin Paléologue , qui envoya de tous coftez implo- 
rer le fecours des Princes Chrefticns , mais inutilement. Les 
Turcs affiégeoient en mefme tems Fera & Conftantinople,& 
gagnant pied-à-pied, firent de fi grans efForts, qu'ayant abatu 
1453. vne grajidé partie des murailles , & tfy ayant que fix mille 
Grecs ou Italiens à la défenfe^ils emportèrent lavUled'af- 
faut le neufviéme de May , après vn mois de fiége , & y exer- 
cèrent toutes les rigueurs de la guerre. Cependant, les Vc 
nitiens, & q^uelques autres Princes de la Chreftienté s'ap- 

f>reftoient à la fecourir,àla prière du Pape^ mais avant que. 
e fecours arrivait la ville fut prife. L'Empereur mourut fur 
la brefcbe^Sc Mahomet luy fit couper la tefte,8cla trainer 
dans les rues par ignominie, puis fit démolir tous les Tem« 
pies , à la referve de celuy de Sainte Sophie. Trois jours a- 
près il fit vn feftin à fes Généraux , où pouj le deÏÏert , il fit 
amener toute la Noblefle Chrefticnoe , qui eftoitprifon- 
nière,& luy fit couper la tefte. Après ce fuccès , ceux de 
Pera fe rendirent , & n'en furent pas quites â meil1e:ur mar- 
ché ; car on y exerça les mefmes cruautez qu'a. Conftanti- 
nople. Ainfi fe perdit la camtale de POrient, après avqir 
eA^é le fiége de l'Empire mille cent, quatre • vingts & onze 
ails ; & comme vn Conftantin fil« d'Hélène. Pavoit fondée, 
v;i autre Conftantin ^Is (l*Hélène la perdit. C^ qui eft àç 



I 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 4'5 

plos admirable , c'eft que ce Philofophe Grec donc nous a* 
vops'parlc au chapitre du Calife MAymon , voyant vnc an- EniBgiifcdc 
cienne colomne de bronze faite par petits carreaux en cchi- ^* ^"^'°*«"^- 
quier y en laquelle le nom de Conftantin le Grand eAoit 
pcrit au premier carreau, & celuy du Patriarche Grégoire 
au fécond, avec les autrçs noms de$>Empereurs & des Pa« 
triarches ) fek)n leur ordi^^ il dit à tlEmpereur Michel qu'a- 
lors que les carreaux fexoient remplis , TEmpire feroit é-* 
teint ,& fécri vit de (a main fur la colomne , Ccnftmtin me 
ft , & Confiants» me défera , ce qui eut fon accomplifTe- 
ment. Le mefme nom du Patriarche fe rencontrant anflî ai% GrcSgoire. 
tems de la prife , comme à celuy de la fondation , Se les car^ 
reaux eftant achevez de remplir. Depuis ce tems là juf^ 

u'à cette heure , Conftantinople a efté le fiége de l'Empire 

es Otomans. 

Pour retourner en Efpagne , le Roy de Caftille mourut Effagm. 
l'an mille quatre cens cinquante <* quatre, le vingtième de 1454. 
luillet , & fon fils Dom Henry luv fucccda , & fit auffi- ^^^^c^^ 
foft la guerre aux Maures. Il entra aonc avec vne armée de mue dc^e* 
quatorze mille chevaux, & de cinquante mille hommes de nom. 
pied, dans la plaine de Grenade , qu'il ravagea prefquetou- H5T* 
te entière , & ht la mefme chofe f antaée fuivante , pour con- ^ , 
craindre la ville à fe rendre par la faim. ^^^ ' 

. Cependant, Mahomet, orgueilleuse de fa nouvelle coti^ Turquie- 
quefte , entreprit ^celle ^ la Hongrie ;, &; alla ^ afficger Bel- 1^56. 
grade avec vne atmée de cent cinquante milLeiiomnies. Autrcmcat 
Sur cette nouvelle , le Pape Calixte envoya fon Légat pour b/crccqui! ' 
la fecourir , après avoir publia vne croifàde. Car le Turc ^^^jj^jç j/j, 
faifoit eftat d'attaquer l'Autriche ^ après avoir pris laHon- icandeCara. 
grie,& de paffer en Italie par l'Alemagne j mais il plût i^*i*^^^P*- 
Dieu de donner la viftoire aux Çhreftiens. Jl y avoir alors ^^jêflcmJà 
en Hongrie vn Cordelier nommé tean Capiftran, plein de fcmbiecftre 
zcle & de vertu , qui avant la venue du Légat avoit ému «nouvelle 
plufieurs peuples à cette guerre , fou? le commandement de ^^^^^^ "'" 
lean Huniade, lequel donnant bataille aux Twcs , en tua 
plus de quarante mille ,& prit leur camp, avec toutlebaea* 
ge & l'actirail. Mahomet ble0e d'vn coup de flefche , fe {au- 
va à -Conftantinople , où il fut long «tems fans fe laiiFcr 

FFf iij 



414 DE MAHOMET ET DE SES 

voir. Pour aâion de grâce de cette viâoire^ie Papeinltitoi 
Pr«^r"n ^^ ^^^^ ^^^^ Transfiguration , aùtremefit de Saint Sauveur, 
an depuis! ^"^ ^^i & fotennife toitis le^'ansie (ixiëmé d^Aouft, av€C les 

melmcs indulgences que le jour du Saint Sacrerhent. 
1457. L'annce fuivante , Mahomet fit la guerre à V(um-Caâàm 
Roy de Per(ë,& iuy donna deux batailles ^ en Pvnedefquel- 
les il fut vaincu 9 5c en l'autre vainqueur. Quelques «^vns di« 
lent, qu'Vfum^Caflam eftoit de là tace des' Tartare^ , qui 
ont efte fi puiiTans en Afie. Mahomet fit enfiiite la guerre à 
l'Empereur de Trebifonde, qui ne Tofà attendre en campa- 
gne ) & fe retira dans des lieux avantageux^ mais Mahomet (c 
jecta fur la Paphlagonie, & l'ayant prife pafia à Trébifonde, a-* 
vec tant de viftéflè , qu*il l'emporta Se prit TEmpereur avec (à 
femme. Apres s^eftre rendu maiftre de tout l'Empire, il laiflà 
garnifon dans les places fortes, & retournant viâorieux entra 
triomphant dans Conftancinople',9cfit égorger ks prifomiicrs. 
Ainfi la conquefte des deux Empires ne Iuy couua que qua« 
tre ans. 
Efpajpte. Pour retourner eh Efpagne , le Roy de Caftille continuant 

la guerre contre les Maures , alla râva^r la plaine de Grena- 
de , où Garcilaflb de Véga fut tué après S'eïtre battf fans fon 
ordre j mi^is le Rov ne laifla pas de prendre la ville deChi* 
mène avec le chafteau 3 enfuite la paix fut faite , & k Roy 
de Grenade fe rendit fon vafiàl -, mais laen ne fut pas com- 
pris danyk paix. La riiefmc année , le -Gomte de Caftfl^ 
gneda y fût bàtû , & fait prifonriier par les Maures , ce qui 
hit caufe que la trêve fut déclarée ^néràle , à condition 
de payer tous lés ans douze mille. piftoles de tribut. 
Tur^upi. Cependant Mahomet continuant fês pf ogres , prit là ville 
Buît?^' & ^^ Corinthc fur IcsVenîtîenSj&TanÉiee diaprés donna ba- 
v!lifch^«/ taille au Roy tic Méfie, & Payant tué ,fe rendit maiftre de 

tout fon Eftat. MaisVfum-Caflam,en faveur du P^>e Calixte, 
Iuy fit la guerre en A fie, ce qui foulagea fort la Giireftientc. 
D^autre-coftë , lé filjs du Roy de Grenade , qui eftoit mal 
Effâgne. avec fon père, entra dans le Royaume de Caftille, nonob« 
AiiAbuiHaf- ft^ot la trévé , & en enleva quantité de prifonniers & de 
^*°' butin } mais I>om Rodrigue Ponce de Léon , & le Gouver- 

neur d'OfTuna qui ratsendôientiupaflage^ledéfirelitj quoy 



SVCCESSEVRS, LIVRE II. 415 

qDrmferiettrs en nombre, Se regagnèrent tout le butin , avec . 
fes drapeaux & Tes cymbales. La ttéve eftant rompue^ Dom ^ 
lean de Gufnutn ^ Comte de Niebla prit deux ans après fur jaCl. 
les Maures la ville de Gibraltar > où Ton père avoir perdu 
la. vie j & Tannée fui vante y Dom Ican Pacbeco 1 Marquis de 
Villaina , prit celle d'Archidone , qui fut fuivie encore 
d'autres avantagea. 

Tandis que ces chofcs fe pafloielit en Efpagne , le Turc Tmr^mte. 
continuoit Tes progrès fur les Chreitiens ^ 8c prit Tlfle de 1465. 
Metclin ^ & Tannée fuivante les Vénitiens envoyèrent leur 
armée navak le Ibng de la cofte pour reprendre Corinthe^ 
mais fans effet» D*auttc-cofté » les Hongrois prirent la ville 
de Ger£i dans la Bofnie,8( comme le Turc y hit venu met- 
tre le ficge y le Roy de Hongrie y accourut cour la fecou- 
txCy ce qui le fit retirer avcsc .tant de précipitation , ou'il jet- 
ta quatre pièces d'artillerie dans la rivière* popr aller plus ^"»«- 
vifte. Sur ces entrefoites , lean de Lufignan , Roy de Chypre^ 
eftant mort fans autre héritier, qu'vne fille qui avoit époufé 
le fils du Dttc de Savoy e , le Royaume fut occupé par lacob 
fon frère bâtard^ i kti^yeur du Soudan d*Egypte. Celuy- 
cy venant à nK)urir hn% enfans 8c làns héritiers y fà femme 
demeura roaiftrdTe du Royaume , & comme elle eftoit Vé- 
nitienne, die le doiwa aux Vénitiens qui Tout poilèdé juC 
qu'à Selim ^Empereur des Turcs .L^année fuivante , Maho- 14^4^ 
met ayant attiré chez kiy le Roy de Mifie^fous couleur de 
paix y le fit étrangler , & ayant pris fon frère & fa fœur , les 
mena en triomphe à Conftantinople. L'an mille quatre 
cens foixante^cinq il fit baftir vue forterefTe en Epire y pour 
fèrvir de rempart ou de pkced'armes contre les Chreftiens, 
& elle 6it achevée en trente jours y quoy-qu'elle fuft baftie 
co mme vne ville : la mefine année les Vénitiens prirent la 
ville d'Athènes , 8c alfiegérent Patras , où ils furent défaits 
par les Turcs. Cette guerre dura plufieurs années avec di- 
vers fuccès i mais^ les Turcs d^neurérenc enfin les mai- 
ftres. 

Tandis que ces ^hofes £e pafToienc en Levant y le Roy de Erpâ£ni. 
Grenade mourut au mois de Mars y dans la ville d' Almérie, au ^bui hIt. 
Iai0ant ponr.fiicceflair vn fik qui jeut de grans diffierens ^* 






4î<i DE MAHOMET ET DE SES 

D. Henry, ^^ec le Gouvcrncur de Malaga , lequel fevorifé du Roy de 
Caftille luy fit perpétuellement la guerre j Et le Roy de 
Caftille de fon cofté eut prife avec divers Gran5 de fon 
Royaume ^ De- forte qu*il ne fe pafTarien de confiderable 
entre les Chreftiens &; les Maures ^ fous le règne de ce 
Prince. ' . 

TmrquU. La mefme année , Scanderbefg Roy d^Epire , remporta^ 
vne grande vidoire fur les Turcs qui edoient entrez en fon 
païs , & les rechaâa de (es Eftats ; de- forte qu'ils ne firent 

1468. point d'entreprife cette année , ni l'année (uivante. Mais 
Norantan , Tan mille quatre cens foixante-Kuit Mahomet entra dans 
Efcandaiorc. l'Egypte & dans la Syrie , qui appaftenoit au Soudan , & 
Jli^. ^ ^^'^^*' ayant pris quelques villes y mit le feu, & fit main baflc fur 

tout le peuple , refcrvant la Nobleffe de l'vn & de l'autre 

fexe^a de plus cruels fupplices. Il fit paix auflîavec le Roy 

»7icin ccft le ^^^ I^dcs *, & luy envoya en mariage vne belle Dame du 

Mogor. Serrail , accompagnée en Reine , avec de grans prefens , pour 

1469. l'engager à faire la guerre sfu Roy de P€rfe,mais fans efiFet. 
Car Vfum-Caflam luy fit la guerre , luy prit plufîeurs pla- 
ces , 6c luy tua quantité de gens en diverles rencontres. La 
mefme année , l'Amiral dés Vénitiens donna la chafieà^rar- 
mée navale des Turc$ , qui d'ailleurs firent de grans maux 
aux Chreftiens en divers endroits de la Grèce. L'an mille 

^7^*' quatre cens foixante& dix le Turc envoya dans l'Ide de Ne- 
grepont fix vingts mille hommes de guerre en quatre cens 
navires/ous le commandementd'Omâr^ quil'ayanrpriiè avec 
perte de quarante mille hommes , fi t empaler tous les foL 
dats Italiens qui s'y trouvèrent , & traita les habitans dans 
toutes les rigueurs de la guerre. Vne autre arméii; de Turcs 
entra la mefme année dans la Hongrie ,. pillant & facca- 
^eant toutjufqu'àZagabre^d'où elle rétourna chargée de 
lutin, avec plus de quinze mille prifonniers. Us entrérenr 
auffi en mefine tems dans la^Dalmatie^dans la Styrie, 8c dans 
le Friotil ,oàvils firent de grans ravages ,.& prirenc-beau-* 
^1 a dit plus coup d'hommes 6c de troupeaux. 

Jiaw quA %\t L^an mille quatre cens foixante & onzeDom:Alfônfe,Rby 
âVc"?cpufr ^^ Portugal , fit la guerre aux Maures'de Barbarie, & prie 
lebj^tfi. fur. eux les villes^' Arzile '$c de^ Tanger , .comme iious veri 

rons 



4. 



SVCCESSEVRS ; LIVRE II.. 4«^ 

rons dans la defcription paraculicre de ces places , pour en 
rendre la narration plus agréable. Il ne refte plus, qu'à mec 
tre icy la fin du règne des Benimerinis , & le commence- 
-ment de celuy des Benioatazei , 8c ce qui arriva fous leur 
■règne , jufqu'a celuy des Cherifs. 



CHAPITRE XXXIX. 



Là p\ 



» (& reme des Benimerinis ^&le commencement des 
Benioâtàxes i & de ce quififitjnjqud U§n 

de leur Empire. 

CEPENDANT la Mauritanie eftoic embrafée de guer- jtfriquel 
res civiles, car vn habitant de Fez ^ nommé Cherif, af. 
faffina Abdulac, dernier Roy des Benimerinis^ avec grand 
applandiiTement du peuple , qui ne pouToit plus fouffi-ir ià 
tyrannie , & fe fit proclamer Roy en fa place. Cela attira 
contre luy tous les grans de cette famille , & particulière- 
ment Saydoataci , qu'on nommoic autrement Muley Chec^ 
3ui fe foulera dans Arzile , 2c luy fit la guerre '*' à la faveur ^ HoIoms %c 
ts Arabes de cette province , & de celle d* Afgar. Celuy^ sophiaoï. 
cy faillit à prendre la ville de Fez, & ayant effcc vaincu par 
ce Cherif , le retira en defordre dans Ion Gouvernement» 
Mais depuis fur Tavis que les troupes de l'vfurpateur efloien t . 
allées remettre dans Tobeiflance la province de Tcmé-^ mc^*** ^ 
cen , qui s'eftoit foulevée aufli dans ce changement , il af. 
fembla huit mille chevaux , tant des Arabes que des fiens , 
'& fut inveftir la ville de Fez , où le nouveau Roy fe tenoit 
renfermé , fans ofer fortir à la campagne. Cependant ayant 
appris que le Roy de Portugal avoit invefti la ville d* Arzile, j ^ -, 
où efboient fa femme Sf Tes enfans , il quita le blocus de Fez 
pour l'aller fecourir, & la trouvant prife , fit trêve avec ce 
Prince , & retourna affiéger Fez , tant qu'elle fe rendit par 
compofition , 8c Pviurpateur fe fâuva au Royaume de Tunis 
avec fà famille. C'eft icy le premier Roy des Benioatazes , 
que les Cherifs Hufcénes ont depoifedé de noftre tems , 
<omme nous dirons en fon lieu* Ces Benioatazes efloienc 

GGg 



lUQCZ. 






41^ DE MAHOMET ET 1>E SES 

Zencces de la race des Benimérims j mais d'vne autre bra 
che que les precédens , qui ne fut pas A puiflaAte que celle- 
là , 2c ne régna que dans Fez , parce-que Maroc & d'autr& 
provinces , ay oient de pecitsS ouveraios qui ne la recooooif* 
œdTc. ^ loient point. De fon temps , les Maures achevèrent de per. 

dre ce qui leur reftoit en Efpaene^ fous Ferdinand &Ifa- 
belle. 
vy;^^ Pour retourner maintenant en Afîe, Vfum-Caflam, Roy 

14.71. ^^ P^rfe, remport;» divers avantages fur les Turcs , &lcur 
^^ ' prit plufieurs villes , ce qui rempUt tout l'Orient de fa rc- 
nommée: D'autre-coftc y le General des Vénitiens fc joù 
gnant aux forces de ce Prince , leur fit auffi vne cruelle gucN 
re } mais ils ne laifTcrent pas pour cela de £iire.de gram ra- 
vages dans la Hongrie. 

Cependant mourut Dom Henry ^ Roy de la Caftilie, 
^474- laiflant la Couronne à fa fœur Ifabelle ^ qui /ut mariée i 
Ferdinand^ fils du Roy d'Arragon, Ils eucent guerre d'à. 
bord contre le Roy de Portugal , qui voulut s*emparcr de 
la Caftille i la £iveur de jquelques Grans du pais , en vertu 
du droit de leanne , qui fe difoit fille du feu Roy ^ mais à la 
Sn ^ Ferdinand & Iiàbelle demeurèrent paifibles poUèT- 
feurs de la Couronne, pour abolir en Efpagne TËropiredes 
Maures , quoy-qu'ils eurent fait trêve d'abgdrd avec le Roy 
xle Grenade. 

La mefœe année, Mahomet &Vfiim-Cairam fe baôrent 
.près de P£upfarate , où celuy-cy fut vaincu »,& Taucrc retour- 
na viâorieux à Conftandnople , emmenant captifs fix mille 
^uit censChreftiens , dont il nifoit mettre en pièces cinq cens 
toutes les fois qu^il dccampoit , laiiEint par toute TArmeme 
ira fpcâacle d'horreur ai de carnage* Mails tannée (uiva&te , 
les Turcs éûant entrez dans la Valadiie & la }Ao\àrf^^i 
£ftienne Palatin qui y commandoit , remporta fiir eux vdc 
U prit trente- pleine & entière viâ:oire.Mathias Corvin , Roy de Hongrie, 
Sx drapeaux, eut auffi a^vantage fiir eux , & leur gaeoa vne placeforce pr^ 

de la Sàve. Et les Turcs d^autre. collé , prirent par intellif 
gence la ville de .Cufa fur les Génois , dans la .Quçrfoncie 
Taurique.L'ao mille quatre cens (oixanteSc dix*fepcVriiin' 
Caflam , Roy de Pcife, mourut , aprjés avoir régné fur les Ptf* 



«•« 






'* « ' 









r. 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 415 

thés & les Medes , & prefque fur tout TOrient , & laifTa pour 
fuccefleur , Ton fils aune , qui tua tous Tes frères pour eftre 
paifible poiTefTeiur de TEmpire. Cette année l'armée na- 
vale des Turcs abordant en Chypre , en emmena beaucoup 
de captifs , après aroir fait de grans ravages , & détruit prei« |^^2. 
que la ville de Nicofie. Depuis^ vne grande armée de Turcs ^^ 
ayaQt efté défaite en Méfie, les Vénitiens prirent cette oc- caidde&EC* 
cafion , pour faire trêve avec le Grand Seigneur , qui leur codra.. 
avoit pris deux places ^ & luy donnèrent huit mille ducats 
par an , pour avoir la navigation libre du Pont Euxin. En i479- 
toveur de cette trêve, le Grand Seigneur équipa vne gran- 
de armée navale , & l'envoya dans k Pouïlle , candis qu'il 
entroit en perfonne dans la Hongrie ^ d'où il emmena grand 
nombre de prifonniers^auffi bien que du Royaume de Na« 
ples i bc prit enfuite plufieurs Ifles ^ a Tentrée du^GoIfe de ^^^Lcncad^Ko. 
Venife , niiànt par -tout de grans maux à la Chreflien- ^^^mc^ 
té. 

Il y avoit trêve alors entre les Rois Catholiques, & ce* Effugme. 
hiy de Grenade , pendant laquelle les Maures de Baça & de ^^^""^ 
Cadix y ayant fidt des courles dans leur païs (ans Tordre de ^ 
leur Prince, le Gouverneur de Caflbrla en tua quinze cens, 
& kur prix trente drapeaux avec beaucoup de prifonniers , 
fans perdre quVn fèul Ecuyer. 

Le Grand Seigneur ayant afiujed tant de provinces , 8c Tmrqniel 
fiûfant de chaque conqoefte , vn degré à vne plus grande , 147'* 
afibmbla vne puiflanœ armée pour aller contre Alcxan- ^^j^^^ 
drie , tandis qu'il en équipoit vne autre contre Rhodes , née mourut w 
de-forte que ia première cntrcprife n'ayant pas réuffi , il en Roj de Por- 



fit vne nouvelle' fiir cette Ifle qu'il attaqua, & la ville auf. ^S*'- 
fS par quatre endroits avec quatre camps feparez. Mais les ^^ ^* 
Cnevauers fe défendirent (1 - bien par la valeur du Grand 
Maiftre d'Aubufibn , que fon Général*^ fût contraint de fe re- * liafi^jnc 
tirer, avec perte de quinze mille Turcs, fans compter grand 
nombre dei>le(rez^ après quatre-vingts neuf jours defiege. 
La mefme année , Âcomat deifcenditavec vne autre armée 
dans. la PcH]ïlle,& emporta d'Saâaut la ville d'Ôtrante , où 
il fit main bafle fat tous les Chreftiens , & y mit bonne 
{garniibn Les Turcs ne furent pas fi^ heureux dans la 

GGg i) 



• 



410 DE MAHOMET ET DE SES 

Pr^sdtMaft. rëe^où les Grecs s'eftanc afièmblez les défirent ,& eit tué- 
linéc. rent fix mille. 

Parlons maintenant de l'origine des Sophis , dont ia coii« 
9^'P.^^J^' noiflance ne fera pas moins agréable que beaucoup d'au. 
lnir\fU* très que nous ayons inférées dans cette Hiftoirc , pour It 
tliffiment. divertiffement du Ledeur. Le chef de cette famille fè di- 

foit defcendu de père en fils d'Ali Hi^çein , fécond fils d'Ali, 

Se de Fatime , ^lle de Mahomet. Cen^efloit pas fon nom 

propre ^ mais comme les autres defcpndans de Mahomet fe 

oo chor&s. ibnt nommez Cherifs , ceux d'Ali fe font fait apeller Sophis, 

comme qui diroit» Sages ou Mages / Se ne font pas moins 

honorez en Perfe que les Cherifs , parce-qu'on n'y fait pas 

moins d'efbit d'Ali que de Mahomet* Quelques-vns tirent 

Sq lj l'interprétation de ce nom , d'vn mot Arabe , qui fignifie 

^ laine , parce-que né pouvant par leur régie j porter lur la 

tef\:e ni or ni loye>ils ont des i^onnets de feutre. Il fe nom* 

ouCbcq. moit en fon nom Cha Ifmaël, & |e premier de fa famille, 

3ui (e fit valoir par la dévotion , fut Muça Càçem,à la mort 
«duiuDiia cuct ^ dernier Calife de Babylone. Car voyant l'Empire des 
par itsTarca- Califes abatu,il commença à annoncer avec plus de liber* 
'«• té la fede d'Ali , & s'eftant rendu maifbre d'vne petite pro- 

vince , qu'on nomme Arduele , fes feâ:ateurs furent nom- 
mez Arduelins , & par d'autres , Etnachares * , parce-qu'en 
Aube! mémoire des douze fils d'Ali Hufçein , & pour fe diftin* 
;uer des autres Mahometans , ils portent douze plis a leur 
sonnet , fix d'vn coflé , & fix d'vn autre. On lesnomme aufli 
Cufelba ou Teftes rouges, à caufe de la couleur de leur turban. 
Après la mort de Muça Caçem , fon fils Guinés devint en il 

Îrrande opinion de fainteté^queTamerlan eflant arrivé enPer- 
e, dans fa conqueftede l'Afie, le fut vifiter , & luy fit prefenc 
de trente mille captifs qu'il luy demanda pour les infbruire en 
ch A d r ^ dodrine ^ & fon fils Chec Aydar fit depuis la guerre avec 
chrcfticnsïc ^ux aux Gcorgicns ,^pour les obliger à embrafler fon opi- 
la scythic. nion. 11 régrioit alors en Perfe , vn Turc nommé À'rair, 

qui faifoit/ la euerre àVfum-Caflam, Roy de la grande Ar- 
ménie ^ qui efcoit Turc , fie Mahométan comme luy , Se qui 
s'empara de la Perfe après la mort d' Amir. Mais comme 
yfrum.Caflameflolt debafie naifEmce , il maha fa fille ^qui 



Ccft-à.airc, 



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SVCCESSEVRS, LIVRjE IL 415^ 

«ft6it petite fille de l'Empereur de Trebifonde, avec le Sophi, 
pour eibiblir par U fon Empire , d*où vient que les Rois de ^^" p^IcoIih 
Perfe ont de Tinclination pour les Chrçftiens. Après la 
mort d'V(ïum-Ca£&m, fon ms redoutant la puiflance de fon lacob Bccb. 
beau-frére , ou par mépris , envoya fecrétement du fecours 
aux Géorgiens pour le faire périr dans cette guerre. Chec ^ 

Aydar mourant , laifla deux nls encore jeunes ^ Ifmaël & So- 
liman , que ce Prince envoya bien loin au Gouverneur de 
la ville de Sirach , avec orare de les garder dans vn bon 
chafteau% jufqu^à ce qu'il eufl ordonne ce qu'il vouloir qu'on ^ f l 
en fift. Ce Gouverneur ayant pitié d'eux : car raifnc n'a- Maoçor de 
voit cas plus de huit ans^ & refpeâant leur originelles tint ^^^^a* 
chez luy avec beaucoup d'honneur , & les fit inftruire avec 
iès enfims ^ & depuis eftant tombé malade d'vne grande ma- 
ladie , il les fit venir , & leur donnant argent & équipage avec 
do^ eens pour les accompagner , les envoya en la -province ^^*^ 
de Geylah , pr^s de la mer Çafpienne , &; de là en Tartarie^ 
où demeuroient plufieurs amis de leur père , & plufieurs 
gens de leur feâe. Il craignoit que {on fils , apr^és fa mort, 
ne les livraft à Hofçen , qui avott fiiccédé au Royaume de 
fon père. Ces enfans demeurèrent environ huit ans dans la 
capitale de cette province, d'où l'on porte à Venife quan- 
tiré de tapis de foye , & d'autres étottes , & pendant tout 
ce tems-la , on dit que l'aifné ne vivoit ni ne s'habilloit 
que de. ce qu'on luy donnoit d'aumofnes , quoy- qu'ils fuf^ 
femf fort aimez du Seigneur du pais * , encore donnoit -il "' 
le refte aux pauvres. Cependant lacob Bech , fils d' Vf- 
fum - Caflam , qui avoit tué Chec Aydar , & envahi fon 
païs , eftant mort , il arriva des troubles fous le régne 
d'Hofçen , fils de Bech , par la révolte de £cs frères , de- 
forte que l'Eftat changea cinq .fois de Maiftre en l'efpace 
de deux ans. Ifmaël eftoit crâ alors en âge Se en eftime, 
& plufieurs de fes parens , & des amis de fon père l'cftoient 
venu joindre , de -^ibrte qu'il retourna à Arduele , ovi 
ceux au païs le receurent pour Seigneur, & le nommèrent 
Sophi. Comme il eut efté là. quelques, jours ^pouffé de fon 
fi;rand courage , il dit qu'il voulok aller venger la mort de 
Ton père , 8c avec trois cens chevaux , 8c vn peu plus de geas 

GGgiij 



411 DE MAHOMET ET DE SjES 

de pied tira vers Siniaque, qu'il furprit à Timprovifte, & mil 
ducic licî de tout à feu & i fang. Au brait d€ cette y idoite plufieurs le ^in- 
cornmcrccdcs rent tfouver, criaut quô c*eftoit le nouveau Prophète, qui d^-- 
Vcnkicas. y oitvenir pour exalter la loy , & détruire toutes les autres fe- 
ues, hormis celle d'Ali. Car iesMahométansdifent^quedes 
foixante Ôc douze feâes orincipales de leur religion , il n'y en 
a qu'vne où Ton puifle le (auver , & que toutes les autres mè- 
nent en Enfer ^ fi^bien que chacun tafche d'eftablir la fien« 
ne , comme la meilleure. Les Seâateurs donc d'Ali difoient^ 
qu'Ifmaël eftoit envoyé de Dieu , pour Tannoncer ^ de-for- 
te que tout le monde y accouroit comme à vne croifade , 
s'il n'en eftoit empefché par quelque plus haute puîflânce , 
comme par celle des Turcs , qui font ennemis mortels des 
Sophis. Après ce premier avantage, fon armée eftant acruc 
jufqu'à deux mille hommes , il eut la hardiefle d'aller de* 
vant Tauris , qui eft vne grande ville (&n illuftre ,. & l'an 
mille cinq cens attaquant le Roy Alvante ,. qui régncMC a- 
lors , il le défît, quoy - qu'il eut cinq mille chevaux^ns corn* 
pter rinfanterie« Comme il fut maiftre de Tauris par cette vi*- 
doire, il perfecuta fort les gens de guerre de Ces ennemis , (ans 
^rimf enl'' épargner ni âge ni fcxc. Et pour fe venger du Roy lacob y 
cxprim en- ^^. ^^^j^ ç^^ ennemi , fit démolir fon fepulcre y bruia fes 

os , & jetta les cendres au vent , afin de n'en laifler rien de 

refte. Sa mère, qui eftoit fœur de lacob , l'en ayant youIu 

reprendre ,il entra en telle colère , qu'il la tua ,oti la fit tuer ^ 

car on le conte diverfèment. La prife de Tauris fournit toas 

les environs , ou par amour ou nar force , tandis que le Roy 

Alvante ratfembloit vne nouvelle armée , i la tistveur des 

Grans de Perfe, après- quoy il prit la route de Tauris , & 

\nr^!mp^^^^^^ prodie, l'envoya défier en rafe campagne /elon l'an- 

goe^odiin'ja cienue couftume de Perfe , de ne ik point batte dans ties 

ricodcfciiié. moiffons. Mais il fut défait & tué ,& le Sopfei , quoy - que 

plus foible en nombre de troupes ^ retourna viâorieux à 
Tauris , avec peu de perte 6c grand butin» . Cène viâxsàre 
eftonna de--forte les Turcomans , qui eftoient les gens de 
guerre du païs ^ que fon nom feul les £aii£3it fvûr ,&: if accou- 
rut tant de gens à luy^que fon armée crik en nombre & en 
eftime. Cependant ,Amarat , coufîn germain tl* Al vante ,. fie 



SVCCESSEVRS, LIVRE IL 415 

<jouYenieur de Siras ^ où fe font ces beaux tapis de foye , 8c 
toutes fortes d'armes ^unt pour hommes que pour chevaux^ 
<:ar les chevaux font armez en Perfe ^ comme ceux des sens, 
d^armes Fran<{ois , & d'armes dont la trempe furpaiœ en 
4iuelque forte celle de Milan. Ce Gouverneur , dif- je , qui 
devoir avoir le Gouvernement deTauris pour le fien, ayant 
appris la mort d'Alvante , ic les viâoires d'Iûnaël , accom* 
paen^ de tant de cruautez ^aflembla vne armée de douze 
mille bons chevaux , & d'infanterie à proportion , pour ar- 
refter fes progrés , fc fe mettre la Couronne de Pêne fur la 
tefte. Avec cette armée il envoya défier le Sophi , qui fans at- 
tendre qu'il le vinft attaquer dans Tauris,marcha droit à Siras, 
oui en efti quelque vingt journées. Comme les deux armées 
ie furent rencontrées environ à mi^^chemin ,& rangées en ba- 
taille , le Sophi donna le premier, avec quelque defàvanta^ 
ge d'abord $ mais le refte tint ferme , comme s'agiflant de la 
religion , & paflânt par deâùs le corps de fes compagnons, 
fit vn fi grand carnaee des ennemis , que la plufpart des hom- 
mes £c des enâms nirent tuez. Car leur cimitle les (uivoit, 
à la fiiçon des Perfes , £c les femmes tombèrent en partage 
aux fplclats , qui les épouférent. Amurat prit la fuite vers 
Bagdet,avec ce qu'il pût fauver de la défaite. Après cette 
viâoire le Sophi prit la route de Siras , où il entra fans au- 
cune refiftaoce ; & cwamc cette ville abonde en tout ce qui 
efl necefliûre pour rafiraichir des troupes, il y pafla quelques 
-mois , & fortifia de-forte fon armée., qu'au fortir de la il a-- 
voit cinquante mille combatans bien équipez, où Ton com* 
ptoit quinze mille gensd'armes. Avec vne fi florifiante ar. 
mée , il refplut d'aller attaquer fêpt chafleaux très . forts , 8c 
comme imprenables , qu'aucun Koy de Perfe n^avoit pris a- 
vant luy , qu'Vfum-Ca&m ^ mais il demeura deux ans devant 
iàns en pouvoir venir sLbout ,&y perdit beaucoup de gens, 
avec le Général de fes troupes. £nnn s'en eftant rendu maî- 
tre, il retourna viâorieux a Siras , & prk plufieurs autres ^.^^^ ^ ^^ 
grandes villes de la Perfe & de la Médie , & entre - autres aiiaot. 
Ere , qui eft fort peuplée. De-U il fut a Coragan , & prit en 
xJiemin vne forterefle , où quelques Turcomans s'eftoient 
xetirez , (c faifoient iie-U des i:Qnrics fur la route de Tauris. 






414 DE MAHOMET ET DE'SES 

Il y trouva quantité de tapis de foyc , <ju*ils y avoient amaC' 
fez de leur pillage , 8c conduit enfuite diverfes provinces ; 
de^forte qu'il devint fi puiUant , que l'an mille cinq cens . 
huit ayant achevé de détruire tous les Turcomans , fon ar. 
mée fe trouva monter à quatre cens mille hommes ydont il 
y avoir cent mille chevaux , tant cavalerie lesére qu'autre. 
£n ce glorieux éftat afpirant à de plus grandes cho&s ^ il 
partagea les provinces du Soudan d'Egypte , 2c du Grand 
Seigneur, entre les principaux de fon armée ^ comme s'il les 
eut déjà conquifes,8c relolut d^aller attaquer Bagdet,