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Full text of "L'Afrique explorée et civilisée: journal mensuel"

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bo^ 



1^ 



^-^ 




L'AFRIQUE 

EXPLORÉE ET CIVILISÉE 



JOURNAL MENSUEL 



TROISIÈME ANNÉE 



■(bcdl:i i: 



GENÈVE 

.J. SANDOZ, ÉDITEUR 
PARIS 

SAMOOZ ET PISCHBACKEK i CHARI.E; 

33, ta» de Saine, i ir,. n 

BRUXELLES 
UUQUIBOT, rne de le lUgene*, 45, 

1881 



"?S1> 1"" 




GeDève. — Imprimerie Charles SchQchardt 



— 1 — 

BULLETIN MENSUEL {4 juillet 188iy . 

i 
La troisième année de notre journal s'ouvre au lendemain de la 

répression des Kroumirs et des troubles du sud de la province d'Oran, 
et nons osons espérer que T Alg^érîe va pouvoir reprendre les œuvres 
pacifiques que réclame le développement de la colonisation. 

L'exploitation des mines de fer prend de jour en jour en Algérie une 
plus grande importance. Depuis longtemps les Anglais ont apprécié 
Texcellence des minerais de cette province pour la fabrication de l'acier ; 
c'est avec les minerais de Mokta que la métallurgie anglaise fabrique 
ses plus beaux ouvrages d'aj^er. Des métallurgistes américains viennent 
de conclure un marché de 650,000 tonnes des minerais de Mokta et de 
Tafna, pour les États-Unis, livrables en trois ans, au prix de 18 fr. la 
tonne, dans le port de Bone. 

Les progrès que le protectorat français a amenés en Algérie se feront 
sentir aussi dans l'exploitation des richesses de la Tunisie ; déjà la 
compagnie de Mokta fait étudier les gisements de plomb argentifère 
signalés depuis longtemps près de Bordj Djedid. Le directeur de l'exploi- 
tation de Mokta s'est rendu à Tabarca avec une nombreuse équipe d'ou- 
vriers et de terrassiers, pour opérer des fouilles dans ces aiBeurements. 
£n outre on a commencé à ouvrir, dans les montagnes des Kroumirs, 
des routes qui en faciliteront l'accès. Les travaux du chemin de fer de 
Tunis à Sousse ont été repris, et l'on étudie un projet de voie ferrée de 
Djedeida à Bizerte par Mateur. Il est aussi question de l'entrée de la 
Tunisie dans l'Union monétaire, ce qui serait un grand bienfait pour les 
populations de la régence. 

Nous sommes mieux informés aujourd'hui que nous ne l'avions été 
par les journaux du mois passé, sur la mission italienne dans la Cyré- 
nalque confiée au capitaine Camperio. Lui-même vient d'en rendre 
compte dans V E&ploratore. D a visité le poste de Bengasi, créé par la 
Société d'exploration conunerciale milanaise, et, suivant les Djebel-el- 
Akdar, il s'est rendu à Derna, oîi il a posé les fondements d'un second 
comptoir commercial, à la tête duquel a été placé un délégué de la 
Société, M. Pietro Mamoli. Il a rectifié diverses erreurs sur les cartes 

^ Noos rappelons à nos lecteurs que, dans notre BMetm mensuel, nous suivons 
toi^ours le même itinéraire, partant de l'Algérie dans la direction de PËst pour 
foire le tour du continent. 

L'AFRiqUB. — TBOISIÈMI ANMÉK. — »* 1. 1 



— 2 — 

de ce pays, et envoyé une expédition scientifique sous la direction du 
commandant Haimann et de M. Vittorio Pastore ; ceux-ci ont visité TAln 
Mara, lac situé à Touest de Derna, mais ont dû revenir à Bengasi après 
avoir eu beaucoup à souffrir de fatigues, de privations et de tentatives 
d'attaques de la part de brigands arabes. Si M. Camperio n'a pas 
atteint Tobrouk et le golfe de Bomba, c'est que ces parages n'offraient 
aucune sécurité. 

De Ndorouma, où le D' bunker avait établi sa première statiçn chez 
les Niams-Niams, il a fait une reconnaissance au delà de l'Ouellé et 
dépassé le point le plus avancé de Schweinfurth. Une expédition gou- 
vernementale égyptienne chargée de recueillir de l'ivoire, se dirigeant 
vers le sud, Junker s'adjoignit à elle. La tribu des Mangballas dont elle 
traversait le territoire voulut l'entraîner à faire la guerre aux Abarm- 
bos, habitant au delà de l'Ouellé. Quoique Junker eût déclaré qu'à 
aucun prix il ne ferait cause commime avec les Mangballas, les Abarm- 
bos n'en crurent pas moins qu'il était l'allié de ces derniers et ren- 
voyèrent ses messagers et ses présents. Alors il entra en négociations 
avec Mambanga, puissant prince des Mangbattous, établis à l'est des 
Abarmbos avec lesquels ils vivent en paix. Tout en refusant l'entrée de 
son territoire à l'expédition de l'ivoire, ce prince avait envoyé des pré- 
sents à Junker en l'invitant à venir le voir. Celui-ci se sépara de la 
troupe égyptienne, et, la main dans la main du prince Mambanga, il tra- 
versa le fleuve, puis envoya un message aux Abarmbos ; après quelques 
pourparlers, il réussit à rétablir la paix et à obtenir, soit des Abarmbos, 
soit des Mambangas, l'ivoire qu'ils avaient à livrer à l'expédition égyp- 
tienne, à laquelle il le lit porter sur la rive septentrionale de l'Ouellé 
qu'elle ne devait pas franchir. Après cela il résolut de pousser plus 
avant et envoya un de ses hommes, Faradj Allah, avec ses bagages, par 
rOuellé au confluent de la Gradda et du Kibali, pendant que lui-même 
gagnait ce point par terre. De là il s'avança encore jusqu'à une sta- 
tion plus au sud, et à cette occasion passa à l'ancienne résidence de 
Mounza, roi des Mombouttous, dans le voisinage de laquelle se trouve le 
tombeau de Miani. Les employés du gouvernement lui suscitant des dif- 
ficultés, il comprit qu'il ne pourrait poursuivre sa route ; aussi résolut- 
il d'éviter dorénavant les districts oii sont des fonctionnaires arabes, et 
de s'établir pour la saison des pluies plus à l'ouest, à Bakongoi, au sud 
de l'Ouellé ; il y a trouvé le meilleur accueil. 

Kmln Bey» gouverneur de l'Egypte équatoriale, a fait un voyage 
dans ses provinces pour inspecter les stations et en fonder de nou- 



— 3 — 

velles. Il a relevé son itinéraire de Fatiko à Wadelaï sur le Nil ; à deux 
lieues en aval de cette dernière localité, il a vu à l'ouest de hautes 
montagnes, qu'on lui a dit être dans le pays de a Boï. » D y a là une 
confirmation de la situation des montagnes de Mboï de la carte de Jun* 
ker qui les a découverte^. A la fin de 1880 ses gens ont fondé, à partir 
de Rimo^ chez les Makarakas, de nouvelles stations un peu à Test de la 
route de Junker. En janvier de cette année il a envoyé une expédition 
pour ouvrir le territoire h l'ouest du lac Albert, et ses gens y ont aussi 
créé des stations entre le pays des Mombouttous et Kallika. Il les 
visitera, après un voyage chez Mbio, prince niam-niam. 

Le territoire d'Obock vient d'être exploré par M. Denis de Rîvoyre, 
déjà connu par son voyage en Abyssinie. D en a trouvé la situation 
bonne pour servir de lieu de relâche aux vaisseaux français ; l'eau et le 
bois s'y rencontrent partout ; les populations aux alentours sont sympa- 
thiques et nombreuses. Il s'est mis en rapport avec les chefs indigènes,' 
desquels dépendent les communications du littoral avec l'intérieur, et, 
par des arrangements précis et formels, il est parvenu à s'assurer le con- 
cours de chacun d'eux. Des représentants d'une compagnie française se 
rendront prochainement à Obock, et porteront une lettre et de riches 
présents du Président de la république au sidtan de Haussa qui, en 1862, 
a vendu ce territoire à la France. 

On annonce aussi le départ pour Obock, à la tête d'une expédition 
commerciale de quatorze personnes, de M. Pierre Amoux, qui a long- 
temps liabité le Choa. U est vraisemblable que ces deux nouvelles se 
rapportent au même fait. D'Obock il ne sera pas difficile de créer des 
communications régulières avec le Choa, dont le prince veut entrer en 
relations permanentes avec la France. 

M. 4l« Thomson a quitté Londres le 6 mai pour se rendre à Zan- 
zibar, d'ob il ira faire l'exploration géologique de la Bovouma pour le 
sidtan de Zanzibar. Pendant son séjour en Angleterre il a publié les 
résultats de son premier voyage, sur lesquels nous aurons sans doute 
Toccasion de revenir; aujourd'hui nous n'en relèverons qu'un fait, assez 
important au point de vue économique, mais si extraordinaire que 
nous ne le citons qu'en faisant nos réserves. D'après les observations du 
D' Robb, médecin du consulat anglais à Zanzibar, le climat de cet'te 
lie aurait subi depuis quelques années un changement très favorable. 
La quantité de pluie aurait diminué de plus de moitié, depuis la visite 
de Biirton en 1857; on l'estimait alors à 3»,50 tandis qu'aujourd'hui 
eUe n'est plus que de 1"',27 par an. Cette diminution des pluies serait 



— 4 — 

due à réclaircissement des bois épais, à la disparition des manguiers et 
aux progrès de la culture du sol, qui a remplacé manguiers et forêts 
par le giroflier et le palmier à coco. Les réformes introduites dans le 
genre de vie, par les soins éclairés du sultan et du D"* Kirk, ont aussi 
contribué à améliorer les conditions sanitaires Hé cette île. 

Les missionnaires romains de rOupoundi ont envoyé quelques-uns 
des leurs à Touest du Tanganyika, dans le Massanzé dont les habitants 
les avaient sollicités à deux reprises de venir s'établir au milieu d'eux. 
Au débarquement des missionnaires au pied du village de Mouloneoua, 
un des deux principaux lieutenants du sultan vint leur offrir l'hospitalité 
dans sa maison, et craignant que les vagues ne brisassent leur bateau, 
avec plus de cent hommes du village il le hissa sur la plage et le mit en 
lieu sûr. Hommes, femmes et enfants, se chargèrent de leurs bagages 
et les portèrent à la maison disposée pour euk. Le sultan réunit son Con- 
seil au lieu de l'assemblée; l'oflScier qui avait reçu les missionnaires 
célébra, dans un chant improvisé pour la circonstance, les vertus paci- 
fiques des blancs en opposition aux habitudes féroces de leurs voisins, 
et toute la foule témoigna son contentement et sa reconnaissance par 
des battements de mains. Ensuite, à la tête de tous les gens du village, 
le sultan accompagna les missionnaires, qui devaient choisir un terrain 
pour y établir une station, et ce choix fait, le sultan et ses deux lieute- 
nants se mirent à en arracher le manioc en s' écriant : c'est le terrain 
des Ouassoungous (blancs), que personne n'y fasse plus de plantations ! 

M. F.-€. Selous déjà connu par de précédents voyages au Kafoué 
et au Chobé, affluents du Zambèze, est revenu en Angleterre après avoir 
en dernier lieu exploré, avec M. J.-S. Jameson, l'Oumnyati et l'Oum- 
pouli, tributaires du même fleuve au N.-E. du pays des Mashonas, dépen- 
dant des Matébélés. Partis des bords de l'Oumfouli, non loin de Consti- 
tution's Hill, les voyageurs suivirent la rivière jusqu'au kraal de Lo 
Magondi, vassal de Lo Bengula, qui connaissait M. Selous pour lui 
avoir précédemment apporté de l'ivoire, et les reçut très amicalement. 
Ils apprirent de lui que, contrairement aux indications de toutes les 
cartes de l'Afrique australe publiées jusqu'ici, l'Oumpouli ne se verse 
pas directement dans le Zambèze, mais qu'il se jette dans l'Oumnyati, 
ce qui décida M. Selous et son compagnon à le suivre jusqu'au confluent 
des deux rivières, pour s'assurer de l'exactitude de ce renseignements 
En route ils rencontrèrent une cataracte à laquelle ils donnèrent le nom 
de Beaconsfield et qui, lorsque la rivière est gonflée par les pluies, doit 
oflrir un spectacle grandiose, la largeur totale des trois bras qui la for- 



— 5 — 

meDt étant d'au moins 300". De là un guide Banyaï les conduisit jusqu'à 
la jonction de TOumpouli et de rOumnyati. 

Le rapport du major Musgrave, résident anglais à liValIfish Bay, 
fait ressortir l'erreur commise en annexant ce territoire, les diflB- 
cultés qui peuvent en, résulter pour l'Angleterre et la nécessité d'y 
remédier promptement. Les instructions télégraphiques du gouverne- 
ment, le 23 février 1878, portaient de ne pas dépasser 16 à 20 kilo- 
mètres à l'intérieur, mais le commandant Dyer avait proclamé terri- 
toire britannique le district de Rooibank, à 33 kilomètres de Wallfish 
Bay, dont les habitants sont menacés par les Héréros. La guerre peut 
se terminer sans que le territoire britannique soit envahi, mais le 
contraire peut arriver aussi. En attendant, l'insécurité dqpaine à 
Wallfish Bay. 

Stanley a fixé l'emplacement de sa seconde station à Isangila, à 
50 kilom. environ de Vivi. Pour atteindre ce point il a dû traverser un 
pays très accidenté, oîi la population est disséminée et qui n'offre pas de 
ressources. Les difficultés ont été augmentées par la masse de bagages 
h transporter, provisions, bateaux, etc., le tout pesant 42 tonnes, poids 
énorme vu la nature du pays et des moyens de transport. Il lui a 
fallu jeter des ponts sur des rivières, combler des ravins, s'ouvrir, la 
hache à la main, une route à travers d'épaisses forêts, faire sauter des 
rochers, ou bien faire traîner les wagons à bras d'hommes le long des 
flancs de montagnes abruptes. Encore s'il eût pu avancer avec tous les 
bagages à la fois ! mais la chose n'était pas possible. Il devait frayer la 
voie avec un groupe de pionniers, et, après s'être un peu avancé, faire 
une halte, dresser un camp, puis revenir en arrière prendre par frag- 
ments le reste du convoi, jusqu'à ce que tout ce matériel fût réuni. D a 
reçu de Ténériffe 20 mules, dont il espère de bons semces. 11 a à sa dis- 
position une flotille composée d'un petit vapeur, La Belgique, de trois 
chaloupes à vapeur, V Espérance^ VEn Avant, et le Royal, et de deux 
bateaux en acier. La Belgique et V Espérance servent aux communica- 
tions entre Vivi et Banana, tandis que le reste de la flotte est destiné 
à la navigation sur le Haut Congo. 

Le roi d'Adansi qui, dans la guerre de 1873-1874, s'était allié avec les 
A^ehantis» est venu avec plusieurs rois voisins à Elmina pour réclamer 
l'amitié du gouverneur anglais. Le prince Buaki, beau père du roi actuel 
des Âchantis, y est aussi arrivé, avec une suite de 453 personnes, chargé 
d'un message de paix pour sir Samuel Rowe. Tous ont été reçus avec de 
grandes démonstrations de joie. Le gouverneur a donné audience à cha- 



/ 



— 6 — 

cun des rois à son tour. Puis le prince Buaki a remis son message de la 
part du roi, qui a blâmé ses précédents envoyés pour avoir parlé de 
guerre ; il y a eu malentendu : le roi désire la paix avec les Anglais ; 
comme preuve que ses dispositions pacifiques sont sérieuses, il a chargé 
le prince Buaki de remettre au gouverneur 2000 onces d'or, et de le 
prier d'agir comme médiateur entre lui et la reine d'Angleterre. Le 
gouverneur a répondu qu'il serait heureux de transmettre ce message, 
en priant la reine de l'accueillir favorablement. Le prince Buaki a 
ensuite visité le télégraphe ; on l'a engagé à essayer le téléphone, et il 
a été très surpris et réjoui de voir qu'il pouvait s'entretenir avec une 
personne de sa suite placée entièrement hors de vue. 

Jusqu'ici il n'y avait pas de banque dans les colonies anglaises de 
l'Afrique occidentale ; l'on s'en étonnait, et beaucoup de négociants 
étaient empêchés de nouer des rapports avec ces colonies, par la diffi-^ 
culte d*obtenir des informations sûres relativement à l'état du commerce 
de leurs diverses places. Il vient de se fonder un établissement, la. 
Bank of li¥est AfHca, au capital de 500,000 Livres ster., ayant, 
son siège à Londres et des succursales k Sierra Leone, à Lagos, et 
plus tard à Cape Coast, à la Gambie et partout où les exigences du com- 
merce le rendront nécessaire. 

M. Gallieni ainsi que M. Derrien» chef de la mission topographi- 
que chargée d'étudier la route du Sénégal au Niger, sont arrivés à Bor- 
deaux avec les membres des deux expéditions. Celle de M. Gallieni avait 
pour but l'exploration du pays compris entre Bafoulabéet le Haut-Niger, 
et la conclusion de traités avec les chefs indigènes de ces contrées, sur^ 
tout avec Ahmadou, le prince le plus puissant des rives du Niger. Les 
chefs Mandingues du pays qui avoisine Bafoulabé, les Toucouleurs de 
Fangalla, les Peuls de Gouniokoro et les chefs du Kita, ont adhéré avec 
empressement aux traités de protectorat proposés et à la construction de 
blockhaus sur leur territoire, afin d'être ainsi mis à l'abri des attaques 
de leurs ennemis. Nous avons déjà dit l'importance du poste de Kita, 
occupé pair la colonne expéditionnaire du colonel Borguis Desbordes 
accompagnant la mission topographique de M. le commandant Derrien. 
Relevons seulement dans le récit de celui-ci les principales opérations 
au point de vue topographique. Aux environs de Médine, jusqu'à l'an- 
née dernière le poste le plus avancé des possessions françaises au Séné- 
gal, il débuta par la mesure d'une base de triangulation sur le plateau 
de Felou. Puis il fit le relevé du terrain jusqu'à Kita, oîi il mesura 
une nouvelle base et compléta les levés de ce plateau. Le colonel Borguis. 



— 1 — 

Desbordes ayant reçu des instructions qui rengageaient à arrêter là 
cette première campagne, et à se borner à établir une forte base d'opé- 
rations qui permît de s'avancer ensuite avec sûreté vers le Niger, dont 
on n'est plus qu'à 200 kilom., Derrien revint à Bafoulabé en suivant 
une route nouvelle par le pays de Gangora, au sud du Bakhoy, région 
inexplorée, par laquelle le chemin de fer sera beaucoup plus facile à 
construire que par Fangalla et la rive droite du fleuve. La plaine est 
continue ; l'eau abonde ; les populations sont paisibles ; les produits ali- 
mentaires ne feront pas défaut; aussi peut-on espérer que cette région, 
désolée naguère par les incursions des musulmans, retrouvera la sécu- 
rité et deviendra prospère sous le protectorat français. 



NOUVELLES GOMPLËBIENTAIRES 

Trois missions scientifiques françaises explorent actuellement la Tunisie ; l'une, 
confiée à M. Roux, a pour but d'étudier les ressources et les richesses de la vallée 
de la Medjerda; une autre dirigée par MM. Gagnât et Gosselin est essentiellement 
archéologique ; la troisième, confiée au colonel Perrier, dressera la carte du pays 
eotre la Medjerda et la mer. 

Le D' Freund, archéologue allemand, a exploré la Cyrénalque de Dema à Ben- 
gasi, où il organise actuellement une caravane pour se rendre à Tripoli par terre. 
Une mission de 72 personnes est arrivée au Caire avec des lettres et des cadeaux 
du roi d'Abyssinie pour le khédive. 
Piaggia est arrivé à Khartoum, d'où il se mettra en route pour le Caire. 
Le comte Pennazzi et le capitaine Qessone sont arrivés à Naples après avoir 
accompli au voyage d'exploration de Massaoua à Kassala, séjourné à Ghedareff et 
à Galabat, et étudié le cours des rivières Dender et Rahab, affluents du Nil bleu, 
dont ils ont fait le relevé. Ils disent vouloir entreprendre, au mois d'octobre pro- 
chain, une nouvelle exploration, dans un pays inconnu mais très riche, qu'ils 
mettraient en communication avec Assab. 

M. YoBsion parcourt le Soudan égyptien, le Kordofan et le Darfour, pour y 
recueillir des données' sur l'anthropologie et l'ethnographie. 

MM. Demietn et Michieli, agents de la Société italienne de commerce en Afrique» 
sont partis de Khartoum pour la côte de la mer Rouge, à la tête d'une caravane de 
700 chameaux chargés de marchandises diverses. 

M. le D' C. Keller, de Zurich, se propose de faire l'hiver prochain un voyage 
d'exploration dans la mer Rouge. 

L'expédition italienne dirigée par le voyageur italien Giulietti, chargé de relever 
le cours du Gualima, a été massacrée à 20 kil. d'Assab. 

M. Lantz a été envoyé par le gouvernement français en mission à Madagascar, 
pour étudier l'histoire naturelle des parties inconnues de l'île, et M. Pélagaud 



- 8 — 

aux îles Maarice et de la Réunion, qu'il doit explorer au point de vue de la géolo- 
gie et de l'ethnographie. 

L'association commerciale de Lisbonne a provoqué une souscription patriotique, 
dont le produit sera offert au gouvernement, pour concourir avec lui à la fondation 
de stations civilisatrices dans les colonies portugaises africaines. 

Une commission composée de quatre ingénieurs civils, d'un chimiste et d'un mé- 
decin, et placée sous la direction de M. d'Andrada, attacha militaire du Portugal à 
Paris, s'est rendue au Zambèze pour y étudier les ressources minéralogiques, com- 
merciales et autres, de la concession de la Compagnie générale du Zambèze . 

Le major Malan, fondateur de la « Native African missions aid association, > et 
qui publiait un journal trimestriel « l'Afrique, » est mort le 17 mai. 

Le Parlement colonial du Cap a décidé d'autoriser dans les délibérations l'usage 
facultatif de la langue hollandaise. 

Le Comercio do Portugal annonce que des négociations seront prochainement 
ouvertes pour déterminer les bases d'un traité avec la Grande-Bretagne (?), garan- 
tissant au Portugal la possession du territoire entre l'Ambriz et le Congo. 

Il est question de l'établissement d'un petit chemin de fer, système Decauville, 
entre l'Ogôoué et l'Alima. 

M. Matheis est envoyé par le gouvernement français en mission, pour explorer la 
région qui s'étend entre le coude du Niger et le lac Tchad. 

D'après une dépêche du gouverneur du Sénégal, un traité de paix avantageux et 
honorable pour la France a été conclu avec Abdoul-Boubakar, qui avait attaqué 
la brigade topographique chargée d'établir une ligne télégraphique dans le Foutah. 



LE PALMIER-DATTIER ' 

Dans les plantations de palmiers, la proportion des plantes mâles 
aux plantes femelles est de 1 à 50, car il suffit d'un petit nombre de 
plantes mâles pour féconder toute une forêt. La fécondation peut se faire 
d'une manière naturelle, parle vent, les oiseaux, etc., mais alors elle est 
imparfaite. Le plus ordinairement elle est artificielle; lorsque les fleurs 
sont épanouies et que les étamines sont couvertes de pollen, les cultiva- 
teurs enlèvent les rameaux des fleurs mâles et les secouent sur les fleurs 
femelles, ou les attachent simplement dans le voisinage des régimes qui 
doivent se charger de fruits. 

Les palmiers peuvent en porter dès la cinquième année, mais ce 
n'est guère que vers 12 ou 15 ans qu'ils en donnent une quantité rému- 

^ Voir la livraison de juin 1881. 



— 9 — 

nératrice ; à 30 ans ils sont «n pleine valeur, et ne commencent à pro- 
duire moins qu'à 80 ou 90 ans; ils peuvent même vivre jusqu'à 200 ans. 
Les fruits ne mûrissent pas tous en même temps, mais successivement, 
en sorte qu'on peut avoir des (lattes mûres pendant plusieurs mois. Dans 
Toasis de Sivah, Rohlfs en a mangé d'excellentes dès le 23 février, à l'épo- 
que qui, d'ordinaire, est celle de la floraison ; il semble pourtant que ce ne 
soit que là qu'on trouve des palmiers portant en même temps des fleurs 
et des fruits mûrs. La récolte proprement dite n'a lieu qu'en septembre 
et en octobre. Dans le Tidikelt, les premières dattes mûrissent en mai et 
ne manquent plus jusqu'en automne. Aux limites équatoriales de la zone 
des palmiers il y a double récolte, avant et après les pluies des tropi- 
ques ; à Eanem, à Sokoto, à Socotora, en mars et à la fin de décembre. 
Le rendement d'un palmier dépend de son âge, de la quantité d'eau 
d'irrigation et aussi de la zone où il croît. Les fruits sont plus abondants 
et meilleurs dans les oasis de l'intérieur que dans celles de la lisière du 
Sahara; cependant, ici encore, moyennant des soins, la production peut 
être très forte ; dans certaines dépressions, les régimes de dattes pen- 
dant d'arbres protégés contre les vents et exposés à une chaleur ren- 
forcée par la réflexion des rayons solaires sur les parois de sable, four- 
nissent des dattes excellentes, charnues, onctueuses, sucrées. A Biskra, 
chaque palmier donne en moyenne un demi-hectolitre de dattes par 
année, soit 30 kilog. environ ; mais dans les oasis du Souf, d'Ouargla et 
du Mzab, la moyenne atteint aisément 70 kilog. ; dans l'Oued Rir, région 
intermédiaire, la moyenne est d'environ 55 kilog. 

Pour la récolte, on cueille avec soin les meilleurs fruits ; on les met 
dans des corbeilles, et pour les ordinaires on secoue les régimes ou on les 
coupe, mais ceci ne peut se faire qu'au moment de la récolte générale. Le 
plus souvent elle a lieu avant la pleine maturité; les dattes sont ensuite 
étendues au soleil, qui achève de les mûrir et les sèche, ce qui permet de 
les conserver. En beaucoup d'endroits on préfère les manger non mûres. 
Les variétés produites par la culture sont très nombreuses, de 15 à 20 
dans le Bileduldjerid tunisien, une trentaine chez les Mzabites, 70 dans 
les oasis de Lybie et 75 dans celles des Zibans. On en fait différentes 
catégories d'après la consistance, la forme, le goût, l'épaisseur, la cou- 
leur, l'époque delà maturité, etc. D'après la consistance on les distingue 
en dures et en molles ; les premières sont les plus estimées, parce que, 
séchées, on peut les conserver plus longtemps et les exporter. Quant aux 
molles, on ne peut les conserver que dans des vases ou dans des outres 
où on les serre pour les préserver le plus possible du contact de l'air en 



— 10 — 

vue d'empêcber la fermentation. Il y en a de si délicates (celles de l'Oued 
Draa) que la moindre humidité les fait fondre comme du sucre. 

Les plus estimées pour Texportation sont celles dites dégla ou mus- 
cades ; elles sont mielleuses et sucrées, surtout celles qui se récoltent en 
janvier et en février. Après la dégla vient la hora, moins fine, moins 
recherchée, et dont la récolte se fait en octobre et en novembre ; puis la 
hamma ou ktichi, datte sèche, de qualité conunuBe, mais que TArabe 
préfère comme nourriture ordinaire, car il la trouve plus digestive que 
les dattes pourvues d'une plus grande quantité de sucre, aussi peut-on 
rappeler le pain quotidien de la tente. Il en existe d'autres variétés que. 
les nomades utilisent, en les mélangeant avec d'autres de meilleure qua- 
lité ou en les réduisant en gâteaux portatifs, peu appétissants, c'est vrai, 
mais qui suffisent à leur frugalité. Ces gâteaux (agatœh) délayés dans 
l'eau, peuvent fournir une boisson nourrissante et rafraîchissante. Dans 
certaines régions c'est la provision des caravanes. Avec des dattes 
sèches on fait aussi une espèce de farine et de pâte. En pressant les 
dattes on peut en extraire un sirop très apprécié, que Ton prend avec 
du pain. Celles qui sont moins bonnes ou ont été abattues par le vent 
servent à faire une espèce d'eau-de-vie, peu goûtée des Européens. On 
peut encore faire une sorte de vin en répandant le soir de l'eau sur de& 
dattes ; le lendemain la boisson est faite. 

Mais le vin de palmier (lakmi) est de beaucoup préférable. Il est 
fourni par la sève de l'arbre. Si celui-ci est un palmier très vieux, sur le 
point d'être sacrifié, on coupe le bouquet terminal en ménageant les 
palmes iinplantées au-dessous ; si l'arbre doit être conservé, on enlève 
les feuilles du pourtour de la couronne, sans léser celles du cœur, et Ton 
entretient chaque jour la plaie ouverte pour que la sève coule plus long- 
temps ; de cette manière on peut, pendant 3 ou 4 mois, obtenir chaque 
jour de 8 à 10 litres de vin. On laisse ensuite la plaie se cicatriser; déjà 
Tannée suivante le palmier porte de nouveaux fruits. Au bout de deux 
ans on peut recommencer l'opération ; il y a des arbres qui la supportent 
trois fois. Ou bien on fait une incision au-dessous du bouquet terminal, 
et la sève est amenée à l'aide d'un roseau dans un pot en terre (kasserijy 
suspendu à proximité. L'époque de la floraison étant celle oii la 
sève circule le plus abondamment, est le meilleur moment pour se pro- 
curer le vin de palmier. Les musulmans sont autorisés à en boire; 
Mahomet lui-même l'estimait beaucoup. Dès le second jour ce liquide 
fermente, devient aigre-doux, très alcoolique ; mais comme il est diffi- 
cile de constater à quel moment il passe à l'état de vin, le croyant peut 
se livrer sans danger à son goût pour cette boisson enivrante. 



— 11 - 

Les Arabes mangent encore le chou, le cœur du palmier, les feuilles 
les plus délicates; mais pour cela il faut sacrifier Tarbre, car un palmier 
dont les feuilles centrales ont été arrachées dépérit infailliblement, aussi 
ne mange-t-on le chou que des arbres tombés ou trop âgés. 

On se sert aussi, comme fourrage, des noyaux de dattes amollis dans 
l'eau ou moulus. En voyage, quand les chameaux n ont trouvé dans la 
journée aucune pitance, ils acceptent celle-là à la condition que le cha- 
melier la leur ingurgite avec la main jusque dans le gosier. 

Les dattes sont encore employées comme monnaie; l'ouvrier est payé 

avec des dattes ; ou bien elles forment un objet de cotnmerce important 

dans le territoire du désert et sur ses bords. Sans doute, les plantations 

de palmiers réclamant un sol particulier et une irrigation spéciale, 

rendent possible la culture d'autres plantes k leur ombre : céréales ou 

arbres fruitiers. Dans les oasis de la région méditerranéenne, on cultive 

du mais, de l'orge, des fèves, des pois, des oignons, des choux, des raves, 

des tomates, des aubergines, desnnelons, des concombres; on plante 

aussi des abricotiers, 'des pêchers, des figuiers, des amandiers, des 

mûriers, des grenadiers, des oliviers, des pommiers, des pruniers, etc.; 

la couronne des palmiers les garantit contre les rayons trop ardents du 

soleil; on y récolte même de la luzerne comme fourrage et du coton dont 

on fait des vêtements, mais, en général, de l'Oued Draa au Fezzan, les 

oasis ne produisent pas assez de céréales, et leurs habitants sont obligés 

de s^adresser à ceux du Tell, pour recevoir d'eux le blé et le mais qui 

leur font défaut, en échange des dattes qu'ils produisent ; aussi, h la fin 

de mai, époque de la récolte de l'orge dans le Tell, et dans les mois de 

septembre et d'octobre, où a lieu la récolte des dattes dans le Sahara, 

y a-t-il un mouvement très considérable de caravanes entre les deux 

pays. Chaque oasis, chaque localité a certaine tribu du Tell qui lui 

apporte annuellement des céréales et en reçoit l'équivalent en dattes. 

L'exportation en est aussi très considérable : la seule oasis de Sivah en 
fournit h la Basse-Egypte 30,000 quintaux, pour le transport desquels il 
faut de 6 à 7000 chameaux; d'octobre en mars, des caravanes d'une cen- 
taine de chameaux en apportent tous les jours, et il en reste encore 
30,000 quintaux dans les magasins pour la consommation de l'oasis. 
L'oasis de Dachel en exporte de 4000 à 5000 charges, qui sont expédiées 
en Europe où elles sont préférées à celles de la Tripolitaine. 

Le palmier n'est pas utile aux habitants du désert par son fruit, sa 
sève, son ombre seulement ; les autres parties de là plante sont égale- 
ment d^un prix inestimable, vu que c'est le seul arbre qui existe en quan- 
tité on peu considérable dans cette région. 



— 12 — 

n atteint de 15 à 25 mètres, mais crott très lentement; son tronc est 
si élastique qu'un orage très violent peut bien le courber jusqu'à terre, 
ou Tarracher avec le terrain sur lequel il est enraciné, mais ne peut pas 
le briser. D'ordinaire son tronc a de 0",30 à 0",60 de diamètre. Quand 
il a vieilli et qu'on constate qu'il ne donnera plus que de mauvais fruits, 
on le découronne, puis on le coupe. Là où une civilisation supérieure a 
développé le goût de la construction des maisons, on s'en sert pour faire 
des poutres, des perches, d'épais madriers destinés à confectionner des 
portes pour les maisons des ksours ; à Rhat, elles consistent simplement 
en morceaux de tronc de palmier liés ensemble par des courroies de 
cuir. Le bois étant rare au désert, cela donne du prix à celui du pal- 
mier, quoiqu'il ne soit pas de bonne qualité. 

Dans la zone des palmiers, où il ne pleut presque pas, les palmes aussi 
sont très appréciées ; beaucoup de maisons en pierre ou en briques en 
sont couvertes ; on les enduit alors d'argile ou de chaux ; mais souvent 
l'on se contente de huttes (gourbis) fabriquées simplement de feuilles de 
palmier; elles font d'excellentes couvertures pour les toits, car elles 
interceptent la chaleur tout en laissant circuler l'air. Cette architec- 
ture se voit beaucoup dans l'oasis de Djofra et dans le Fezzan. 

Avec les fibres des palmes, les indigènes confectionnent divers ouvrages 
de sparterie, des nattes, des tissus, des sandales, des éventails, des 
paniers, des chapeaux; avec les filaments qui garnissent l'aisselle des 
branches autour du tronc, ils fabriquent des cordes. Enfin la souche 
leur fournit un combustible qui donne une chaleur intense. 

En un mot, le palmier fournit aux habitants du désert nourriture pour 
eux-mêmes et pour leurs bestiaux, boisson, habitation, vêtement, com- 
bustible ; seulement il ne leur fournit tout cela que dans une mesure 
restreinte, ce qui les oblige à chercher ailleurs le complément nécessaire 
pour la satisfaction de leurs besoins, et donne accès chez eux aux 
influences d'une civilisation supérieure. 



EXPÉDITION DU D^ LENZ AU MAROC ET A TOMBOUCTOU 

Nous reprenons le récit de cet important voyage au point où nous 
Pavons laissé dans notre précédente livraison,, c'est-à-dire à l'entrée du 
Sahara proprement dit, à Tendouf. Le voyageur n'y resta que peu de 
temps. Arrivé le 5 mai 1880 il en repartit le 10, après avoir dit un adieu 
cordial à son ami, le cheik AU, dont l'appui lui avait été précieux. Ce 



— 13 — 

dernier lui avait encore préparé la voie du Soudan central, eu lui four- 
nissant le meilleur guide qu'on pût trouver, un vieillard qui avait déjà, 
parcouru cinquante fois environ la distance qui sépare Tendouf 
d'Araouan, dernière étape avant Tombouctou. Le docteur dut lui don- 
ner 600 francs, mais il n'eut qu'à se louer de sa conduite. La petite 
caravane comptait, outre le D^ Lenz, deux interprètes, un guide, qua- 
tre domestiques, en tout huit personnes. Neuf chameaux portaient les 
marchandises, les provisions et dix-huit grandes outres pleines d'eau. 

On peut voir, par la carte qui accompagne cet article et qui a été 
dressée d'après celle publiée par la Eevue de Géographie, que les voya- 
geurs atteignirent bientôt la région des dunes de sable appelée Iguidi. 
Là, ils observèrent un phénomène singulier. « Tout à coup, dit Lenz, 
on entend dans le désert, conime sortant d'une dune de sable, un son 
prolongé, étouflfé, assez semblable au bruit d'une trompette. Il dure 
quelques secondes, puis il cesse pour reprendre dans une autre direc- 
tion. » Le voyageur anxieux se demande si ce n'est point le signal de 
ralliement de hordes pillardes et trouve, après bien des recherches, que 
c'est le sable lui-même qui résonne. Il suppose que cela provient du 
choc des grains de quartz brûlants, qui sont simplement posés les uns 
sur les autres et qui se trouvent continuellement en mouvement. Les 
dunes de sable du Sahara peuvent se déplacer, absolument comme celles 
des Landes ou de la Hollande ; aussi est-il souvent très difficile aux gui- 
des de retrouver leur route, parce que les anciens points de repère 
n'existent plus. C'est, à cela que Lenz dut de perdre deux domestiques. 
Le premier, Hassan, Tunisien engagé à Tendouf, eut l'imprudence 
de vouloir, pendant la nuit, retrouver un bâton qu'il venait de perdre, 
il s'écarta de la caravane et ce ne fut que vingt minutes après son départ 
qu'on s'aperçut de son absence ; on alluma des feux, on déchargea des 
fusils, tout fut inutile ; il avait disparu pour toujours. Le second, Sidi 
Mohamed, étant fatigué, courut en avant de la caravane, s'étendit par 
terre et s'endormit; quand les voyageurs passèrent près de lui, il ne les 
entendit pas et une demi-heure après seulement, on constata qu'il man- 
quait ; il fut impossible de le retrouver. On doit forcément admettre que 
ces deux malheureux sont morts de soif. 

Le 29 mai, la caravane atteignit l'Ouad Teli, lit desséché d'une 
ancienne rivière, où il suffit de creuser à peu de profondeur pour trouver 
de Peau. Près de là se trouve la petite ville de Taodeyni, habitée par 
des Arabes de la tribu des Oulad Dhra'a. On y voit de célèbres mines de 
sel qui sont exploitées, d'après Barth, depuis l'année 1596. Le gisement 



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est très vaste et consiste en cinq coucbes, dont les trois supérieures n^ont 
qu'une faible valeur, tandis que la quatrième est la plus exploitée. La 
cinquième gît dans l'eau. Le sel qu'on en retire ressemble beaucoup à. 
du marbre. Le terrain est concédé par petites parcelles aux marchands^ 
par un caïd qui y demeure ; il prélève, comme indemnité, la cinquième 
partie du sel extrait, tandis que le reste devient la propriété de l'exploi- 
tant. Le prix du sel est soumis à de grandes fluctuations, selon les sai- 
sons de l'année et la situation politique du pays. Tout celui qu'on tire 
des mines est transporté à Tombouctou. Chaque année, des milliers de 
chameaux partent pour cette ville chargés chacun de quatre plaques de 
sel longues d'un mètre. Il y a près de Taodeyni les ruines d'une ville 
antique, on y trouve des murs de terre et de sel, et même des restes de 
charpentes, des ornements, des instrumenta en pierre fort bien faits. 
Taodeyni occupe le fond d'une dépression qui n'est qu'à 148 mètres au- 
dessus de la mer, tandis que la hauteur moyenne de la plaine saharienne 
est de 250 à 300 mètres. 

Entre Taodeyni et Araouan, où le voyageur arriva le 9 juin, le sol se 
relève et l'on traverse de grandes plaines de sables, parsemées de petites 
dunes et de collines, de grandes étendues couvertes de blocs de pierre 
qu'on nomme El-Djemia, un immense champ d'alfa appelé El-Merftya, 
et enfin, une grande zone de dunes, au milieu de laquelle est Araouan. 

Cette ville, située dans une région si déserte, où l'on ne trouve pas la 
plus petite plante, a cependant beaucoup d'eau. Les végétaux sont com- 
plètement desséchés par les vents brûlants du sud, et les chameaux doi- 
vent être menés fort loin pour pâturer. Araouan est un point central des 
caravanes, où s'arrêtent tous les marchands venant de Fez et de Maroc, 
de Tendouf, du Touat, du Tafilet, etc. Une grande tribu arabe, celle des 
Berêbich, habite dans les environs d' Araouan et son cheik a une maison 
dans la ville. Elle prélève sur toutes les caravanes un droit de passage, 
s'engageant en revanche à veiller à la sécurité des marchands sur la 
route d' Araouan à Tombouctou. Ce droit est de 65 fr. pour un chameau 
chargé d'étoflFes, et de 48 fr. pour celui qui porte d'autres articles. 

On voit combien les transactions dans le désert sont difficiles, puisque 
les caravanes courent toujours le risque d'être pillées par les coupeurs 
de route, et que, si elles veulent se prémunir contre ce danger, elles doi- 
vent payer des sommes relativement considérables. 

Araouan a été fondée en 1670, et l'un des descendants du fondateur^ 
le chérif Sidi-Mohammed-Ben-Harib, occupe une position considérable 
dans la ville. Lenz apprit aussi qu'un certain Abd-el-Kerim, l'un des 



— 15 — 

meurtriers de M"* Tinné, habite Araouan. On lui dit que cette dame 
avait dû son maliieur, non seulement à ce que les objets qu'elle possé* 
dait avaient tenté la cupidité des indigènes, mais encore à ce qu'elle 
avait eu l'imprudence de donner le nom de Mohammed à son petit chien, 
ce qui avait excité la colère des Arabes. On raconta aussi au voyageur 
que tous les effets du major Laing, assassiné en 1825 au nord de Tom- 
bonctou, ses vêtements, ses livres, ses flacons de médicaments, deuxbou- 
tdlles de vin et quarante-cinq pièces de cinq francs, sont conservés aujour- 
d'hui encore à Araouan. Il paraîtrait que d'autres motifs que la cupidité 
avaient armé le bras de ses meurtriers. 

La ville insalubre d' Araouan est très peu peuplée pendant la plus 
grande partie de l'année, parce que les Arabes qui y possèdent des mai- 
sons n'y séjournent qu'à l'époque du passage des grandes caravanes. 

A Araouan, le D' Lenz congédia le guide qu'il avait engagé à Ten- 
douf, il vendit ses chameaux, en ne perdant, malgré la faiblesse de ces 
pauvres bêtes, que la moitié de leur prix d'achat, et en loua d'autres 
pour faire la route d' Araouan h Tombouctou. Quittant la première de 
ces villes le 26 juin, il atteignit sain et sauf la seconde, le but de tous 
ses efforts, le 1*'' juillet. A une journée de marche au sud d'Araouan, les 
dunes font place à la grande forêt de mimosas de l'Azaouâd, qui s'étend 
jusqu'à Tombouctou et même beaucoup plus au sud. L'explorateur con- 
stata qu'il était bien arrivé à la vraie limite du Sahara, car avant Tom- 
bouctou le paysage change. La monotone plaine est remplacée par des 
districts déjà riches en végétaux et en animaux, quoique l'altitude ne 
change presque pas. Araouan, est à 255'' et Tombouctou à 245". i 

Ainsi ce désert du Sahara, réputé si terrible, avait été complètement 
et heureusement franchi, et cela, en quarante-trois jours seulement, si 
l'on prend Tizgui comme point de départ et Tombouctou comme point 
d'arrivée, et absti'action faite des temps d'arrêt à Tendouf, à Taodeyni 
et à Araouan. Cela montre que l'énergie et une volonté ferme peuvent 
renversa: bien des obstacles. Lenz prend place, à ce point de vue, à côté 
de Livingstone et de Stanley. 

Quant au désert lui-même, il est bien moins affreux que ne le dépei- 
gnent la plupart des livres de géographie. On trouve des puits tous les 
huit ou neuf jours de marche environ ; or, le D' Lenz nous dit que les 
chameaux peuvent facilement se passer d'eau pendant ce laps de temps> 
et que, pour sa petite caravane, les outres que portaient les bêtes de 
somme étaient suffisantes. Il raconte aussi que la température est beau- 
coup moins forte qu'on ne le croit généralement. Quoiqu'il ait voyagé 



— 16 — 

pendant la saison la plus chaude de Tannée, le thermomètre n'a marqué 
que très rarement plus de 45'» et s'est maintenu en moyenne entre SS*» et 
SÔ"" centigrades. La petite caravane du docteur avait pris dès son départ 
l'excellente habitude de voyager la nuit. On levait la tente entre cinq 
ou six heures de l'après-midi et l'on marchait jusque vers sept heu- 
res du matin. A ce moment, on faisait halte pour toute la journée. C'est 
pour cette cause que Ton avançait si rapidement, tandis que les grandes 
caravanes ne font que quatre lieues par jour, et restent près de trois 
mois pour aller seulement de Tendouf à Tombouctou. 

Lenz affirme que le sol saharien n'est pas aussi stérile qu'on le 
croit communément. Dans l'Iguidi, en particulier, on trouve en beau- 
coup d'endroits du fourrage pour les chameaux, et l'on voit souvent des 
troupes d'antilopes et de gazelles s'enfuir à l'approche d'une caravane. 
Du reste, un peu plus au sud, au cœur du Sahara, le 28 mai, le ciel se 
couvrit de nuages sombres et il tomba de la pluie. Le vent dominant 
dans la partie occidentale du Sahara est celui du nord-ouest qui tempère 
la chaleur. Quelquefois, surtout près d'Araouan, on ressent un terrible 
vent du sud (enchacli) qui chasse le sable brûlant et cause de grandes 
souflrances aux voyageurs. 

Lenz donne des détails assez nombreux sur la fameuse ville saha- 
rienne de Tombouctou. Nous comparerons sur quelques points sa des- 
cription à celle que nous a laissée Barth. Nous ne parlerons pas de celle 
de Rerfé Caillé, car elle est fort inexacte, et quant au major Laing, toutes 
ses notes sont encore à Araouan. 

Tombouctou n'a jamais été le centre d'un grand royaume. Fondée 
vers l'an 1100 à peu près, par une fraction des Touaregs, à l'endroit où 
ils avaient coutume de stationner, elle a grandi pendant des siècles, tan- 
tôt se gouvernant elle-même, tantôt soumise aux puissants empires qui 
existaient autour d'elle. 

Elle joua un rôle important dans les luttes que se livrèrent ces diffé- 
rents États, en particulier le Sonrhaï et le Maroc. Une fois môme, vers 
1600, elle fut livrée aux flammes par une armée marocaine, et peu s'en 
fallut que toute la population ne fût massacrée. 

Dans la première moitié de notre siècle, Tombouctou a souvent été en 
butte à des attaques des Touaregs, des Bambaras ou des Foulbes du 
Massina. Actuellement les habitants sont, pour la plupart, des Arabes 
ou des nègres sonrhaï, mais il s'y trouve aussi des indigènes de toutes 
les parties du Soudan. Tombouctou n'est gouvernée, ni par un roi, ni par 
un sultan ; une sorte de maire qui prend le titre de kahia, nous dit 



— 17 — 

Lenz, administre Tombouctou, et cette fonction est héréditaire dans la 
famille des Rami, arrivée dans le pays à la suite d'El-Ehal, sultan du 
Maroc. Ce dernier, pour favoriser les nombreuses relations qui existaient 
entre la grande ville et son pays, avait fait planter, le long de la route que 
devaient suivre les caravanes, des pieux qui servaient de points de repère. 
Outre le kahia, on respecte beaucoup dans la ville la vieille famille des 
chérifis El-Bakkaï. C'est sous la protection du père du représentant 
actuel de cette maison que Barth s^était mis, et il n'eut pas à s'en repen- 
tir. Ce descendant de la grande famille, nommé Abadin, est un homme 
jeune, savant et ambitieux, qui jouera certainement plus tard un grand 
rôle dans l'histoire de Tombouctou. 

Le D' Lenz, d'après les conseils qu'il reçut, ne suivit pas l'exemple 
de Barth, mais alla plutôt s'adresser au kahia, qui lui rendit le séjour de 
Tombouctou le plus agréable possible. H lui donna une jolie maison et 
lui fit servir chaque joiu* un repas abondant et succulent, dont le pain de 
froment, le beurre et le miel, la viande de mouton et de bœuf, dés pou- 
lets et du gibier faisaient les frais. 

Lenz, de même que Barth, représente Tombouctou comme une ville 
bien déchue. Avant d'arriver dans la cité le voyageur le remarque, car il 
passe par une large ceinture de terrains vagues, où se rencontrent d'im- 
menses amas de ruines qui se sont accumulées dans le cours des siècles. 
Si Tombouctou n'est pas très vaste, elle se distingue de toutes les autres 
villes de l'Afrique centrale par ses constructions solides. Il y a un très 
grand nombre de jolies maisons carrées, parmi lesquelles beaucoup ont 
un étage; elles sont construites en briques. D'après Barth, le nombre 
de ces maisons était de 980 à l'époque de son passage (1853). 

Les rues ne sont pas toutes régulières ; elles ont une largeur assez 
grande pour permettre à deux cavaliers venant en sens opposé de s'évi- 
ter et ont au centre une rigole pour l'écoulement des eaux, qui descendent 
en abondance des plates-formes des maisons lors des grandes pluies. 

Les palais où résidaient autrefois les gouverneurs de la ville, ainsi que 
la citadelle que les troupes marocaines avaient élevée, n'existent plus. 
Il n€ reste, comme monuments publics, que trois grandes mosquées, que 
Barth et Lenz signalent tous deux; l'une d'elles, celle de Sankore, située 
dans le quartier le plus élevé et surmontée comme les autres de beaux 
minarets, donne à l'ensemble de la ville un aspect fort imposant. 

Lenz donne à Tombouctou 20,000 habitants, tandis que Barth n'évalue 
la population qu'à 13,000 âmes; mais ils sont d'accord sur le fait que 
les foires y attirent ime nombreuse population flottante. 



— 18 — 

Actuellement Tombouctou n'est point prospère. L'industrie et le 
commerce y deviennent de jour en jour moins actifs, à cause des guen*es 
que se livrent sans relâche les Touaregs, commandés par le grand chef 
Fandagoumou, et les Foulbes du Massina, que conduit Abadin. La guerre 
menaçait de se rallumer lors du passage de Lenz. 

Tombouctou n'est en aucune manière une place productrice et indus- 
trielle, comparable à Eano par exemple. Toute l'activité se porte sur le 
commerce avec l'étranger. Ce commerce suit trois routes principales ; 
la première est celle du Maroc, la deuxième celle de Ghadamès et la 
troisième la voie du fleuve dans la direction du sud-est. Autrefois, le 
principal objet du trafic était For; mais aujourd'hui il a cédé la place 
aux esclaves, qu'on tire principalement du Bambara oh la population est 
douce et se livre à l'agriculture, et qu'on expédie sur le Maroc, Tunis et 
la Tripolitaine. Actuellement, le commerce de l'or est très réduit. 

Des plumes d'autruche arrivent des contrées du Soudan, un peu de 
gomme et d'ivoire du Haut-Sénégal : du nord, les caravanes apportent 
du sel de la mine de Taodeyni, des cotonnades bleues de provenance 
anglaise, du corail, du sucre, du thé et de la farine. 

L'unité de monnaie est le mithgâl d'or, que Lenz donne comme valant 
11 à 12 fr., tandis qu'au temps de Barth il en valait seulement 6 à 7 ; la 
valeur de l'or s'est donc accrue dans une proportion énonne. Pour beau- 
coup de transactions on se sert de coquillages appelés kaouri, dont il 
faut 4,500 pour faire cinq francs; on comprend que pour des achats 
de quelque importance cette monnaie est fort incommode, car le temps 
qu'il faut pour la compter est nécessaû*ement très long. 

Il y a à Tombouctou, comme dans la plupart des villes arabes, des 
écoles, des bibliothèques, etc. Lenz a souvent reçu la visite de savants. 
Il se faisait passer pour un médecin turc, mais il s'apercevait bien que 
parmi les gens inteUigents on ne le considérait pas sérieusement comme 
tel. n avait plus de bonheur pour la pratique médicale, car il donnait 
souvent des consultations à des malades atteints pour la plupart d'oph- 
thalmies. Ses remèdes (le plus souvent des sels anglais) étaient inoften- 
sifis, car il savait que, dans le cas où le médicament aurait eu des suites 
fâcheuses, on n'aurait pas manqué de l'en rendre responsable. 

Tombouctou est située à une journée de marche au nord du Niger ; 
la ville a beaucoup d'eau, et Lenz y essuya plusieurs orages très forts 
accompagnés de pluie. 

Ce voyageur nous confirme un fait déjà cité par quelques géographes ; 
c'est que les Arabes regardent le Niger comme étant le même fleuve que 
le Nil, à cause de sa direction vers l'est dans la région de Tombouctou. 



— 19- 

Le docteur quitta cette dernière ville le 17 juillet 1880, après avoir 
reçu les adieux des principaux notables, en particulier de Fandagoumou, 
et accompagné pendant quelques instants par une foule de plusieurs 
milliers de personnes. Il déclare qu'il n'a eu qu'à se louer de la conduite 
des habitants à son égard; ils ne lui ont pas suscité le moindre embarras. 

Pour atteindre le Sénégal, Lenz pouvait suivre la route facile des 
caravanes par le nord du Soudan ; mais, voulant visiter les pays Bam- 
baras, il prit par le sud, et dès l'abord son chemin fut hérissé de dan- 
gers. Là oii il voulut passer, des bandes de pillards, appartenant à la 
tribu des Oulad Allouch, occupai^t tous les sentiers, arrêtaient toutes 
les caravanes et inspiraient le plus grand effroi aux populations. Lenz, 
qui ne trouvait que difficilement des gens pour l'accompagner dans une 
région aussi dangereuse, fut attaqué avant la petite vUle de Basikounnou, 
par ces brigands qui commencèrent par s'emparer de la plus grande 
partie de ce qu'il possédait et firent mine ensuite d'en vouloir à sa vie. 
L'intervention du chérif, son interprète, qui se présenta comme le des- 
cendant du prophète, lui fut d'un grand secours. 

Basikounnou, où s'arrêta Lenz, est le centre d'un pays très beau mais 
désert, formant une grande plaine fertile, parsemée de mimosas dans le 
Ras-el-Mâ à l'est, et de baobabs à l'ouest, entre Basikounnou et Sokolo 
ou Kala. La route entre ces deux villes fut longue et pénible ; un des 
serviteurs de Lenz y mourut du typhus , ses deux interprètes furent 
malades, et parfois lui seul se trouva à peu près bien. 

A Sokolo, ville peuplée par 10,000 Bambaras. indépendants du sultan 
Âhmadou de Ségou, un chef arabe^ parent du sultant du Maroc, reçut 
admirablement les voyageui'S. De là sept jours de marche les conduisi- 
rent à Goumbou située au N.-O. Cette ville en forme réellement deux, 
séparées par un étang et pouvant compter ensemble 30,000 habitants. 
Au bout de quelques semaines Lenz et les siens arrivèrent à Bakhouinit, 
qui n'a que la moitié de l'importance de Goumbou. Le chef d'un village 
des environs leur offrit de les conduire à Médine, poste français sur le 
Sénégal, en passant par Nioro et Kouniakari. Nioro, le frère du sultan 
Âhmadou, lui prit son dernier fusil et quelques couvertures, en lui disant 
qu'il r^ardait cela comme un cadeau. A Kouniakari réside Bachirou, le 
plus jeune des frères d' Ahmadou. Entre ces deux villes Lenz trouva des 
villages nombreux, construits au milieu de grandes plantations de mais, 
de sorgho, de canne à sucre, d'arachide, de coton. A partir de Kou- 
niakari, avant laquelle on ne rencontre pas d'eaux courantes, le sol 
s'abaisse vers le Sénégal, les rivières paraissent et la flore se transforme. 



— 20 — 

Lenz arriva* le 2 novembre 1882 à Médine, où il fut accueilli par 
M. Pol, chef d'escadron d'artillerie. De là à St-Louis, par le fleuve, le 
voyage fut très agréable, et à St-Louis même le gouverneur et la popu- 
lation firent au grand voyageur une belle réception. 

Le docteur Lenz a taxé de chimérique le projet de M. Donald 
Mackenzie, tendant à inonder le désert, puisque le Sahara occidental se 
maintient à une altitude de 280* ; il a déclaré bon et utile, mais diffi- 
cile et coûteux, rétablissement de lignes feri'ées deTAlgérie au Soudan. 
Il a constaté cependant que ce dernier projet n'est pas d'une réali- 
sation impossible, et qu'il augmenterait d'une façon considérable la pro- 
duction du Soudan, appelé à un grand avenir si l'influence des Arabes 
y est contre-balancée, et plus tard annulée, par celle des puissances 
européennes. 



BIBLIOGRAPHIE ' 

Lettbes 8UB LE Tran8-Sahabi£n. Coustautine (Imp. Marie), 1881, 
in-8% 52 p. avec carte. — M. F. Abadie a réuni dans cette brochure des 
lettres adressées par lui à V Indépendant de Constantine, du mois de 
novembre 1879 au mois de mars 1881, sur le Trans-Saharien dont il est 
un zélé partisan. Opposé au tracé par le Hoggar, qu'a étudié la mission 
Flatters dont il ne méconnaît pas l'utilité au point de vue géographique, 
il recommande instamment la ligne Ouargla-Insalah comme ne devant 
donner lieu à aucune complication avec la Turquie, l'Angleterre ou le 
Maroc, et pouvant continuer facilement les lignes des trois provinces 
d'Oran, d'Alger et de Constantine. Indépendamment des considérations 
pratiques et économiques qui paraissent à l'auteur militer en faveur de 
ce tracé, ses lettres sont remplies de détails intéressants sur cette région, 
ses produits, ses habitants, etc., dus à la connaissance précise que lui 
ont donnée un long séjour à Constantine et des relations avec plusieurs 
des grands chefs du pays. La carte qui les accompagne indique d'une 
manière détaillée les lignes Ouargla-Insalah-Tombouctou et celle de Tri- 
poli par Ghadamès à Insalah, ou à Rhat et àKano. 

■ On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rhône, à Genève» 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et cwib'sée. 



} 



— 21 — 

BULLETIN MENSUEL ( 1" août 1881 ). 

Les troubles qui vienueut de se produire daus le sud de l'Algérie 
peuvent faire craindre que le régime civil, appliqué depuis peu h la colo- 
nie, ne cède momentanément la place au régime militaire. Quoi qu'il en 
soit, ils ont déjà eu pour effet de démontrer la nécessité d'occuper plu- 
sieurs points avances du Sud pour prévenir les incursions dont les pos- 
sessions françaises sont constamment menacées par les tribus limitro- 
phes. Le télégraphe a annoncé que le ministre de la guerre prépare la 
création de plusieurs forts dans le Sud. Cette mesure appellera rétablis- 
sement prochain des chemins de fer de pénétration, dont la Commission 
de reboisement a dénjontré l'urgence tant au point de vue des intérêts 
de la colonisation qu'à ceux de la domination française. Si le poste de 
Géryville eût été relia à Saïda, les troupes françaises et la population de 
ce district n'auraient pas eu autant à souffrir de la part de Bou-Amema 
et de ses partisans. La Compagnie franco-algérienne offre de prolonger 
sa Ugne jusqu'à Tiout, en passant par le Kreider et Témouline, d'od 
elle jetterait un embranchement sur Géryville, qui se trouverait ainsi 
relié avec Saïda. En outre, elle offre de construire en trois mois la ligne 
jusqu'au Kreider, point alimenté par des sources abondantes. Ces offres 
de la Compagnie franco -algérienne auraient l'avantage de procurer 
immédiatement du travail aux populations éprouvées par la sécheresse 
et par l'insurrection. En outre, l'ouverture de pareilles voies de commu- 
nications inspirera plus de sécurité aux colons. Il en est parti d'Alsace, 
en juin, un grand nombre recrutés dans les territoires annexés ; et une 
Société dauphinoise vient de se créer en France, au capital de trois mil- 
lions, en vue de fonder trois nouveaux villages dans le département de 
Constantine, pour y installer à ses frais deux cents familles dauphinoises. 
Elle se chargera de construire pour chaque famille une maison d'habita- 
tion à laquelle sera ajouté un lot de terrain. A cet effet elle a obtenu 
de l'administration supérieure une concession de 2400 hectares dans la 
région de Batna. 

Un télégramme du 20 juillet d'Alexandrie au Daily News^ annonce 
que le khédive proclamera très prochainement l'abolition de l'esda^ 
-vw^^e en Ég^^ypte. Le cheik-ul-islam prépare les articles d'un décret, 
qui rendra l'esclavage domestique impossible à l'avenir. Les famillQ3 
qui possèdent des esclaves n'en seront pas privées, mais il sera interdit 
d'en accepter de nouveaux. Cette réforme importante est due entière- 

l'aFRIQUE. — TROISIËMB ANNÉE. — N^ 2. 2 



— 22 — 

ment à Tinitiative du khédive, dont les efforts persistants sont parvenus 
à vaincre une opposition fortement enracinée. 

Rohlfs est revenu d' Abyssinle avec des pleins pouvoirs de la part du 
négous pour négocier un traité de paix entre ce dernier et le khédive. 
Le roi Jean y a mis, comme condition siyie qiia non la cession de la part 
de l'Egypte de ZouUah et de Haufila sur la mer Rouge. Rohlfs croit qu'il 
importe beaucoup au commerce qu'une communication soit ouverte avec 
l'Abyssinie, séparée jusqu'ici du reste du monde par la zone de terri- 
toires sur lesquels l'Egypte prétend avoir des droits le long de la mer 
Rouge. Si l'Angleterre appuie le négous, l'Allemagne en fera autant, 
pense Rohlfs, la cession se fera à l'amiable et sa mission pourra abouth*. 

D'après une lettre de Junker de Palembata, le commerce de l'Egypte 
avec les pays nègres des Mombouttous et des Niams-Niams, est à peu 
près nul, ou tout au moins de peu d'importance pour le nègre, surtout 
si on le compare avec le commerce d'échange qui se fait avec le centre 
de l'Afrique, par la côte de Zanzibar ou par celle de l'Ouest. L'importa- 
tion pour les nègres se réduit à des perles de verre et à du cuivre. Les 
draps et le reste n'arrivent pas en quantité suffisante pour les besoins 
des Arabes, aussi les nègres ne peuvent-ils en recevoir. Junker vit en 
très bonne intelligence avec les indigènes. « Les nègres, » dit-il, « m'ap- 
portent gratuitement des vivres pour mes hommes et pour moi, et refu- 
sent absolument de donner quoi que ce soit contre un prix quelconque. 
C'est une coutume qu'on ne peut faire disparaître ; elle date de l'épo- 
que où les marchands d'esclaves les exploitaient et les maltraitaient. 
Je fais tous mes efforts pour modifier de semblables usages, et fais de 
mon mieux pour donner une bonne idée des voyageurs civilisés. Si je 
voulais brusquer violemment les usages établis, et mépriser l'hospitalité 
qui est si généreusement offerte ou si nettement refusée, je froisserais 
inutilement les gens et ferais plus de mal que de bien, car j'ai remar- 
qué qu'on n'obtient l'hospitalité des nègres qu'à la condition de ne 
jamais heurter leui-s droits. » 

D'accord avec le D' Kirk, le sultan de Zanzibar a pris récemment 
une mesure énergique pour réprimer la traite qui, malgré la vigilance 
des croiseurs-anglais, se fait du continent à l'île de Pemba, oU de petits 
bateaux conduisent toujours des esclaves en contrebande. Il a envoyé 
sur le continent le lieutenant Matthews avec un détachement des trou- 
pes de Zanzibar, en lui donnant des pleins pouvoirs sur les autorités 
locales de la côte. Le chef de l'expédition garda le secret sur sa mission, 
prit ses hommes à la parade, et sans leur rien dire de leur destination. 



O'J 



5>aas leur permettre de dire adieu à leurs amis, les fit monter à bord et 
partit avec eux. Des maisons furent fouillées, on y trouva des esclaves ; 
plusieurs trafiquants, et parmi eux le principal meneur, ont été saisis et 
conduits à Zanzibar. 

Nous ne savons rien des expéditions internationales, si ce 
n'est que les difficultés qu'elles ont rencontrées ne font que stimuler le 
zèle des officiers belges à y prendre part ; plus de deux cents d'entre 
eux ont demandé à faire partie des missions africaines ; une nouvelle 
expédit^pn partira sans doute prochainement, car le Nord annonce que 
deux officiers se préparent aux divers travaux qui les attendent à 
Karéma, l'un en apprenant le rétamage des casseroles, d'une très grande 
importance sous une latitude où la propreté est bien essentielle ; l'autre, 
en s'exerçant à manier le marteau du forgeron, et à travailler la tôle du 
matin au soir, afin de pouvoir faire les réparations nécessaires à la coque 
et à la machine du petit steamer, le Camhior, qui sillonne les eaux du 
Tanganyika. 

M. le baron v. Sclioeler, chef de l'expédition allemande, a été 
malade de la fièvre à Kikoma, non loin de Tabora. Il comptait revenir à 
Zanzibar, en laissant à la station MM. Bôhm D% Kaiser et Reichard. 

M. Sepgfère devait aussi revenir de Tabora à Zanzibar pour se 
reposer de grandes fatigues qu'il avait eu à endurer ces derniers temps. 
Il a écrit que Nioungou, l'allié de Mirambo, était mort après une défaite 
àr Mgombéro, petite ville qu'il avait soumise peu auparavant. 

Sous la direction de l'évêque Steere de Zanzibar, la Mission des 
Universités fait des progrès constants vers le IVyassa $ M. Johnson, 
missionnaire à Masasi, suivant la Loujenda, s'est rendu à Mataka, à 
650 kilomètres de Zanzibar ; quoiqu'il n'eût pas d'instruments, il a pu 
lever assez approximativement le cours de cette rivière, dont la source 
est encore un mystère. Les natifs s'accordent à dire qu'elle sort d'un 
grand lac à l'est du Nyassa ; ce ne peut être le Chiroua qui est trop au 
Sud ; il faut qu'il y ait au N.-N.-E. de ce dernier un nouveau lac encore 
à découvrir. M. Johnson espérait pouvoir faire, de Mataka, des excur- 
sions dans le pays entre la Loujenda et le lac Nyassa, en sorte qu'avant 
qu'il soit longtemps la source de cette rivière sera déterminée. Le jeune 
roi de Mataka lui a fait très bon accueil ; il a vécu longtemps à Quili- 
mane, parle le souahéli, a des idées assez justes sur les Européens et 
les Arabes, et s'est montré satisfait de la venue des missionnaires ; il a 
donné à M. Johnson deux huttes, pour lui et ses aides. L'établissement 
<l'une station à Mataka permet d'espérer voir la traite qui règne encore 



— 24 — 

entre la Rovouma et la Loujenda, et dont cette ville est le centre V 
disparaître comme elle a disparu des districts de Masasi et de Living- 
stonia ; mais il faudrait pour cela pouvoir en fonder d'autres, aussi vitfr 
que possible, entre Masasi et Mataka éloignées l'une de l'autre de 
325 kilomètres environ. M. Johnson a déjà choisi les deux points où elles 
devraient être établies : Majéjé, à la jonction des routes des caravanes, 
et Mtalika, résidence du principal chef des Yaos. Avec les stations déjà 
existantes de Néouala et de Mkouéra, à 100 kilomètres et 25 kilomètres 
de Masasi, elles formeraient une chaîne non interrompue, de ^anzibar 
jusqu'à Mataka dans le voisinage du Nyassa. L'influence pacifique des 
missionnaires y sera la très bien venue. Une incursion des Makouan- 
gouaras avait causé ime famine cruelle à Mataka, dont les habitants 
devaient manger des herbes, des champignons et des masoukaus, le 
fruit que l'on mange quand on est à court de vivres, dit l'évêque Steere, 
à peu près de la grosseur d'une petite poire, plus rond, avec une peau 
rude, et trois noyaux ; la chair en est douce et fondante, plus semblable 
à celle de la poire qu'à tout autre fruit d'Europe ; chaque noyau con^ 
tient une petite plante toute formée (?), avec des feuilles vert foncé, qui en 
ouvrent la coque dès que le fruit tombe, ce qui arrive dès qu'il est mûr. 

Suivant une dépêche de Durban au Times, les affaires du Transvaal 
prennent une mauvaise tournure. Le Triumvirat qui dirige les affaires 
des Boers, aurait refusé de payer la somme de 1,200,000 livres sterL 
réclamée pour dépenses faites dans le pays depuis l'annexion et la guerre 
de Sécocœni. La commission aurait oflfert une diminution de 600,000 liv. 
sterl. en échange de la cession d'une partie du pays, à l'est du 30"*. On 
a également refusé ces propositions. Une grande inquiétude règne à 
Pretoria ; l'on affirme que les indigènes de Lydenbourg se préparent à 
une insurrection. 

D'après un rapport de Sir Bartle Frère à la Société des Arts de Lon- 
dres, la houille occupe le premier rang dans les ressourcjes miné- 
rales de l'Afrique australe. On s'est fait jusqu'ici une idée très 
imparfaite de l'étendue et de la valeur des terrains houillers déjà con- 
nus, qui ne forment qu'une partie très minime de ceux qu'un nouvel 
examen a fait reconnaître exister entre la mer et les tropiques. On en a 
trouvé dans le voisinage de Beaufort-West, et des deux côtés des mon- 
tagnes qui suivent la direction de la cote depuis les monts Nieuweweld 

* Mataka est la ville la plus grande que Livingstone ait vue dans cette région ;. 
elle a 3000 habitations. 



— 25 — 

<32'' lat. S.) jusqu'à la rivière Oliphant (24°). Il en existe de vastes gise- 
ments dans plus d'une partie de la vallée du Zambèze, au N.-E. du 
Transvaal, dans le bassin de la Rovouma, dans les territoires de Natal 
et du Zoulouland. Sir Evelyn Wood put longtemps approvisionner de 
combustible une grande partie de sa colonne, dans les lits de houille qu'il 
trouva le long de la frontière de ce dernier pays. Ce qui empêche le 
développement de l'exploitation de ces terrains, c'est le manque d'un 
transport à bon marché. Il en est de même pour le minerai de fer, qui 
abonde dans le voisinage des terrains houillers. Depuis peu de temps on 
exploite des mines de cuivre dans le Namaqualand ; il en existe de plus 
importantes encore dans le Damaraland, où elles auraient été décou- 
vertes et exploitées par les Bushmens et les tribus sauvages au nord* des 
Damaras. 

Les missionnaires américains ont dû quitter Benguela, où ils 
souffraient de la fièvre, sans attendre plus longtemps les porteurs que 
devait leur envoyer le roi du Bilié. Ils sont montés à Ballounda, à plus 
de 300 kilom. de la côte, où ils ont eu une entrevue amicale avec le roi, 
qui veut les avoir dans ses États, aussi y fonderont-ils probablement une 
station ; de là ils n'avaient plus guère que 80 kilom. à faire pour attein- 
dre Bihé; ils ont fait assez de progrès dans la connaissance de l'am- 
bounda, la langue du pays, pour que l'un d'eux, M. Sanders, puisse 
s'entretenir avec les natifs. 

Le D' Pog^e qui se rend à Moussoumbé, avec le lieutenant Wis- 
mann a heureusement atteint Malangé, d'où il a dû repartir à la fin 
d'avril ou au commencement de mai. Il a trouvé cette ville, ainsi que 
Poungo à Dongo, bien déchue depuis son dernier séjour ; alors il y avait 
dans ces deux villes un certain nombre d'Européens; aujourd'hui, par 
suite de décès et de départs, il n'y en a plus qu'une dizaine. Les affaires 
y vont mal, les prix des produits du pays ont baissé en Europe, mais les 
nègres persistent à en exiger le même prix que précédemment. Ils pré- 
fèrent aller les vendre à Dondo, où, grâce au service régulier des 
bateaux, ils peuvent les écouler à un prix plus élevé qu'à Malangé. Le 
D** Bucliner et le major de Meclioixr étaient aussi arrivés dans 
cette dernière localité, où ils comptaient faire un assez long séjour avant 
de reprendre leur marche vers Saint-Paul de Loanda. 

MM. Crud^in^ton et Bentley, de la mission baptiste de San Sal- 
vador, ont heureusement atteint le Congo h Vivi, d'où ils se sont rendus 
à Stanley Pool, en 21 jours. Arrivés à une ville sur la rive septentrio- 
nale, ils apprirent que Savorgnan de Brazza y était venu, et avait passé 



— 20 — 

à Ntamo sur l'autre rive, où il avait laissé trois hommes. Les mission- 
naires traversèrent le fleuve 'dans un grand bateau, mais à leur arrivée 
à Ntamo ils trouvèrent 150 à 200 natifs armés de couteaux et de lances, 
et qui s'informèrent du but de leur visite. Ils durent rester sur le rivage^ 
pendant que les chefs délibéraient. Ensuite on leur permit d'entrer dans 
la ville, mais l'attitude des indigènes était telle qu'ils crurent prudent 
de s'en aller. Le sergent français laissé par de Brazza pour garder la 
station, les engagea à se rendre h Nshasha où se trouvait le principal 
chef ; ils y allèrent, mais apprenant que les gens de la ville se dispo- 
saient à sortir en grand nombre pour les attaquer, ils retraversèrent le 
fleuve et revinrent à Stanley Pool, d'où ils redescendirent en quinze 
jours à Vivi, où ils rencontrèrent Stanley qui leur fit très bon accueil. Le 
Comité de la mission baptiste a décidé de leur expédier un bateau 
d'acier semblable à ceux qu'emploie Stanley, de manière à ce qu'ils 
puissent se servir de la voie du fleuve pour le transport des personnes et 
des provisions. 

De son côté la mission Me Call a reçu la chaloupe à vapeur Le Living- 
^stone qui lui était destinée, et l'essai qui en a été fait de Banana à Noki 
(vis-à-vis de Vivi) a parfaitement réussi. Cette distance de 160kilom. 
environ a été franchie en 22 heures en remontant le fleuve, et le retour 
à Banana s'est eff'ectué en 7 heures de navigation. La station de Para- 
balla se développe : elle a fondé trois écoles, l'une à Paraballa, et les 
deux autres dans deux villes du voisinage, Madouda's Town et Idia- 
da'sTown; dans cette dernière ville le roi et quelques-uns des chefs 
encouragent l'œuvre par leur présence, et par les eflForts qu'ils font pour 
l'emporter sur les enfants dans la lecture, l'écriture et le calcul. Un des 
missionnaires, M. Craven a été malade et doit venir se reposer en 
Angleterre, il y amènera avec lui deux jeunes indigènes, pendant le 
séjour desquels le Comité fera imprimer un vocabulaire de la langue 
fyoteet quelques ouvrages élémentaires pour les écoles. Il enverra, pour 
remplacer M. Craven, deux missionnaires qui arriveront à Banana à la 
fin d'août, et remonteront le fleuve pour atteindre, avant la mauvaise 
saison, Stanley Pool où ils aideront à ériger les maisons de la station. 

Une lettre de Savori^nan de Brazza à sa mère, publiée par 
V Exploration, renferme des renseignements très importants sur les pro- 
grès déjà réalisés dans le Haut-Ogôoué, et sur les facilités des commu- 
nications à établir entre les deux stations de Franceville et de Brazza- 
ville. L'Ogôoué peut être remonté jusqu'à la première, à 700 kilom. de 
l'Atlantique. Dans son premier voyage l'explorateur avait mis deux ans 



— Tl — 

pour franchir cette distance ; alors, le fleuve étant coupé en trois zones 
«listinctes, dans lesquelles le droit de navigation était exclusivement 
résen'é à des populations différentes, il fallait changer trois fois de 
pagayeurs et de pirogues, ce qui était la source d'ennuis infinis et de 
dépenses considérables. A mesure qu'on passait d'une tribu à l'autre, les 
marchandises augmentaient de valeur dans une proportion énorme; chez 
les Adoumas, la troisième des peuplades riveraine-, 4 kilog. de sel 
payaient un esclave. Aujourd'hui des indigènes de toutes les races, 
sachant manier une pagaye, peuvent remonter tout le fleuve, depuis la 
c>ôte jusqu'à la station de Franceville, qui dispose, au premier oi'dre du 
chef, de 1000 à 1500 pagayeurs, pour armer de 80 à 100 pirogues, pou- 
vant amener tous les trois mois, de la côte à la station, de 80 à 100 ton- 
nes de marchandises. Ce premier poste est à 290 kilora. de Brazzaville, 
mais le point oîi l'Alima a été rencontrée n'est qu'à TOkilom. environ de 
Franceville ; ce sera la voie la plus courte entre l'Atlantique et le Congo 
moyen . On pouiTa traverser le pays peu accidenté, presque sans travaux 
préalables, avec des chariots chargés de 400 à 500 kilog. Il y aurait, à 
partir de Franceville, 5 à 6 kilom. de route à établir à travers une 
forêt : un peu au delà un pont à constniire sur la Koni, de 25 mètres de 
large et de 2 mètres de profondeur, puis en cinq ou six endroits, mais 
sur de faibles parcours, des bouts de route à faire. Avec les porteurs que 
l'on trouve facilement dans le pays dont la population est très dense et 
pacifique, on peut fraîner sans trop de peine de Franceville à l'Alima 
des vapeurs démontés en pièces de 150 à 200 kilog. Quant aux marchan- 
dises portées à dos d'hommes, on peut à chaque voyage en transporter 
2.500 kilog. avec 100 porteurs, à 25 kilog. par charge. Plus tard le trans- 
port pourra s'effectuer par ânes ou par voitures. Savorgnan de Brazza 
recueille déjà le fruit de ses travaux dans le Haut-Ogôoué. La station 
de Franceville est devenue un refuge pour les esclaves qui cherchent la 
liberté dans les limites de son territoire. Les populations riveraines 
reconnaissent ce droit d'asile et admettent l'affranchissement de tout 
esclave qui se place sous sa protection ; 104 esclaves, hommes, femmes 
et enfants, y ont jusqu'ici recouvré la liberté. 

La rivière Opobo qui se jette dans la baie de Biafra, entre le Vieux 
et le Nouveau Calabar, a été récemment le théâtre d'atrocités révoltan- 
tes, de la part du chef Ja Ja qui y exerce un très grand pouvoir, grâce 
aux canons Krupp et aux fusils Sniders et autres dont il dispose. La 
ville d'Opobo sur la côte, compte une demi - douzaine de maisons 
anglaises trafiquant avec lui et ses gens qui servent d'intermédiaires 



— 28 — 

entre elles et les producteurs du principal article de commerce de cette 
région, l'huile de palme. Ja Ja jouit d'un monopole qu'il exerce parfois 
de la manière la plus arbitraire sur les natifs et sur les Européens. 
Quant à ces derniers, il ne permet qu'à un certain nombre d'entre eux de 
trafiquer avec ses gens, et s'ils encourent son déplaisir, il empêche leur 
commerce jusqu'à ce qu'il ait obtenu l'obéissance à ses vues. Entre le 
Vieux Calabaretl'Opobo coule la QuaEbo,dont les riverains allouèrent 
à une maison anglaise un terrain pour y établir une factorerie avec 
laquelle ils comptaient faire des affaires. Dès que Ja Ja en fut informé, 
il s'efforça de les en détourner, et leur envoya des présents pour les enga- 
ger à ne trafiquer qu'avec lui ; mais ses offres furent refusées. Alors, sans 
avertissement préalable, il envoya contre eux 50 canots pleins d'hommes 
armés jusqu'aux dents, qui tuèrent tous ceux qui ne purent s'enfuir, 
brûlèrent sept villes, détruisirent les fermes, s'emparèrent du bétail et 
de tous les objets sur lesquels ils purent mettre la main, puis se rendi- 
rent à la factorerie qu'ils bouleversèrent, sans cependant oser la détruire 
par peur de l'autorité anglaise. Après cela ils retournèrent à Opobo 
emmenant avec eux leur butin et cent prisonniers, hommes, femmes et 
enfants, qu'ils massacrèrent impitoyablement, malgré les supplications 
d'Européens qui avaient pu entrer dans la ville, et qui ne purent sauver 
que quelques jeunes filles en les rachetant. L'extension du protectorat 
britannique à la côte et aux rivières des baies de Biafra et de Bénin 
serait un grand bien pour les intérêts et la liberté de ces peuples. 

L'exploitation des mines de la Côte d'Or fournit les résultats les 
plus satisfaisants. Le directeur de « l'Effuenta i» annonce qu'il a déjà 
2000 tonnes de minerai prêt à être mis en œuvre au mois d'août ; dans 
quelques mois l'exploitation sera de 50 tonnes par jour ; elle peut monter 
jusqu'à 100 tonnes. D'après le témoignage d'un correspondant de la 
Société royale de géographie de Londres, naguère sceptique quant au 
succès des opérations minières par des Européens de la colonie de la 
Côte d'Or, et qui depuis quatre mois a visité toutes les mines exploitées, 
non seulement la richesse en est exceptionnelle, mais encore elle dépasse 
toute idée, aussi toute compagnie acquérant une concession et travail- 
lant convenablement lui paraît-elle assurée de réussir. 

Le D' Bayol chargé de se rendre à Timbo pour tracer, soit par la 
Falémé, soit par le Bakoy, une route commerciale qui relie le Fouta 
Djallon aux établissements français du Sénégal, est arrivé à Boké le 
9 mai, et le 19 il éuit à Pompo, d'oii il a renvoyé à Rio Nunez une 
partie des porteui*s et des bagages, afin de pouvoir avancer plus vite. 



— 29 — 

Malgré les pluies et les difficultés de ravitaillement, il espérait arriver à 
Timbo vers le 10 juin, et pouvoir y cimclure avec les chefs du Fouta 
Djallon des conventions qui assurent à la France le commerce de cette 
régimi. De là il passera dans le Bouré oîi abonde le minerai d'or, 6t dont 
les habitants sont, comme les Mandingues, leurs toisins du Nord, indus- 
trieux et relativement plus civilisés que les autres noirs de cette partie 
de rAfrique. Leur caractère plus pacifique que celui des populations du 
Bélédougou, toujours en lutte avec les Toucouleurs, engagerait M. Bayol 
à préférer h Bamakou, Koumakana chez les Mandingues, comme tête 
de hgne de la route du Niger. La sécurité des communications commer- 
ciales lui paraîtrait mieux garantie. 



KOXTVEU.ES GOKPIiÉMENTAIRES 

M. le colonel Périer instaUe le service topographique de la Tunisie et dresse une 
carte du pays des Eroomirs qui sera publiée prochainement ^ 

D'après une correspondance d'El-Obéid, des Arabes revenant du Bomou ont 
rapporté avoir rencontré Matteucci et Massari avec une caravane de chevaux et de 
chameaax chargés d'ivoire, présent du sultan du Bomou. 

Le D' Schweinfurth est revenu à Suez, après une exploration d'un mois dans l'ile 
de Socotora, où il a trouvé une flore très abondante ; les forêts constituent la princi- 
pale richesse de l'ile. 

Quarante phares de grande portée vont être établis dans la mer Ronge pour en 
rendre la navigation, pendant la nuit, moins dangereuse. 

A la suite du massacre de l'expédition Giulietti, deux vaisseaux italiens ont été 
envoyés à Assab, pour y stationner pendant l'enquête que le gouvernement égyptien 
a ordonnée, en vue de découvrir les meurtriers et de les punir ; ils seront appuyés 
par un vaisseau anglais. 

Les établissements français et anglais fondés à Salar, sur la côte S.-O. de Mada- 
gascar, ont été pillés par des indigènes Mahapélés sous la conduite de leur roi 
RépaUle; les colons ont dû se réfugier à bord d'une baleinière. 

Le IV* Hîldebrand est mort le 29 mai à Antananarive ; il avait trouvé de grandes 
richesses botaniques et zoologiques dans les monts Ankaratra, au sud de cette ville. 

Les chefiB Bassoatos ont accepté les conditions de sir Hercules Robinson et com- 
BMncé à payer l'indemnité qui leur est imposée. 

Le gouvernement colonial a présenté au Parlement un projet d'extension des 
lignes de chemins de fer : Beaufort-Hopetown, Cradock - Colesberg , Colesberg- 

^ Deux autres cartes importantes sont en voie de publication : l'une de l'Afrique 
éqoatoriale orientale, sous le patronage d'un comité de la Société de géographie 
de Londres; l'autre de toute l'Afrique équatoriale, au V>ooooo, par Guido Cora. 



— 30 — 

Hopetown, Qaeenstown-Aliwal et Wynberg-Kalkbay, pour une longaeur de 940 
ktlomètres. Le point de jonction des lignes occidentale et orientale serait à 290 kilo- 
mètres de Beaafort sor le prolongement rers Hopetown. 

Le transport portugais, IncUa , à destination de Loanda, a embarqué une partie 
des installations nécessaires à l'établissement des deux premières stations commer* 
ciales portugaises de la côte occidentale. Elles seront organisées à Pinstar de celles 
qu'a fondées l'association internationale de Bruxelles, 

Le gouverneur de la Côte d'Or a mis pour condition à la conclusion d'un traité 
avec le roi des Achantis l'abolition des sacrifices bumains dans les États de ce der- 
nier. Le roi ayant demandé qu'un représentant du gouverneur lui fît visite, 
M. Maloney, secrétaire colonial, a accompagné le prince Boaki qui est retourné à 
Coumassie. 

Les matériaux nécessaires à la construction du chemin de fer du Sénégal vont 
être transportés sur le haut fleuve, l'entente avec le roi du Foutah garantissant la 
sécurité du passage. Il y a encore quelque difficulté avec le roi du Cayor au styet 
du passage de la voie sur son territoire, mais on espère une solution satisfaisante. 

M. Gh. SoUer, voyageur an Maroc, a heureusement pu échapper aux pillards 
berbères sous les coups desquels on disait qu'il avait succombé. 



LES LANGUES DE L'AFRIQUE 

Il existe encore de grandes lacunes dans la connaissance des langues 
de rAfrique : plusieurs d'entre elles sont complètement ignorées, pour 
d'autres nous ne possédons que des vocabulaires bien imparfaits, et 
leurs rapports mutuels nous échappent. Quoi qu'U en soit, nous devons 
être bien reconnaissants envers ceux qui, au prix de grands labeurs, 
s'efforcent .de nous orienter dans cette partie du champ du développe- 
ment intellectuel de Phumanité : les savants, les explorateurs, les sociétés 
missionnaires, la société biblique de Londres. Parmi les savants, Frédéric 
MuUer, dans son Esquisse de la science du langage, Lepsius, pour le 
Nord de T Afrique, le D*" Bleek, pour le Sud du continent, et le D' Kœlle, 
pour l'Afrique occidentale, ont rendu sous ce rapport de très grands 
services. S'appuyant sur ces autorités, M. Robert N. Cust, secrétaire 
honoraire de la Société royale asiatique, a présenté, le l^'^mars de cette 
année, à la Société des Arts de Londres, un tableau d'ensemble de ces 
langues, dont nous voudrions donner un résumé à nos lecteurs. 

Les langues africaines connues peuvent être rattachées à six grandes 
familles : 

1° Sémite; 



— 31 — 

2* Cîhamite; 

S^ Nubienne-Foulah ; 

4* Nègre, proprement dite ; 

5*" Bantou; 

&" Hottentote et Bushmen. 
Chacune de ces familles a ses caractères propres et se subdivise à son 
tour en un certain nombre de groupes. 

V Les langues sémitiques bien connues ressemblent aux langues indo- 
européennes par la flexion, plus belle chez elles, et plus symétrique que 
dans ces dernières. Elles forment deux branches : Tune celle de la 
côte septentrionale de TAfrique, Tautre celle de TAbyssinie. La con- 
quête de rÉgypte par les Hycsos et le séjour des Hébreux dans le Delta 
n'ont pas laissé de traces dans la langue ; en revanche, il reste de celle 
des Phéniciens de Carthage des inscriptions monumentales. Plus tard 
sont venus les Arabes, et leur langue s'est répandue avec eux de manière 
à dominer à Tripoli, à Tunis, en Algérie et au Maroc, sous une forme 
un peu différente de celle que parlent les tribus d'Arabie. — Du sud 
de l'Arabie eut lieu, à travers la mer Rouge, une troisième invasion, à 
laquelle se rattache le ghéez, la langue parlée en Abyssinie, avec 
ses dialectes dérivés: le tigré moderne et l'amharique. Mais l'arabe 
s'étend en Afrique bien au delà des bornes des États dont la population 
est sédentaire. Il est le véhicule de la pensée dans une grande partie du 
continent, soit chez les Bédouins nomades, soit chez les marchands et les 
trafiquants d'esclaves, soit chez certaines races dominantes, comme celle 
du Ouadal; enfin, c'est l'instrument de la diffusion du mahométisme et 
de toute civilisation en dehors du contact des Eui-opéens. Jusqu'à pré- 
sent, il a eu le champ libre ; mais, on peut supposer que ses progrès se- 
ront arrêtés par ceux que font maintenant l'anglais, le français, le hol- 
landais, et par la culture de nombreux indigènes prêts à tendre la main 
aux Européens civilisés. 

2* La famille des langues chamites comprend trois groupes : l'égyptien, 
le lybien et l'éthiopien, probablement en relation l'un avec l'autre, mais 
les travaux qui pourraient nous faire connaître leurs rapports manquent 
encore. Les langues du groupe égyptien ne sont plus parlées ; toutefois, 
l'étude de l'égyptien proprement dit, d'après des documents qui nous 
permettent de remonter à 4000 ans avant l'ère chrétienne, autorise à 
dire que, sous le rapport de l'antiquité, aucune langue ne peut rivaliser 
avec lui. Sous l'influence gréco-chrétienne, il est devenu le copte, qui, 
à son tour, a disparu devant l'arabe et n'existe plus que comme langue 



— 32 — 

ecclésiastique. — Le groupe lybien n'a pas eu de littérature ; aujourd'hui, 
on peut en rattacher tous les dialectes au berbère. Les Français ont 
beaucoup contribué à le faire connaître. — Le groupe éthiopien se trouve 
le long de la mer Rouge, mêlé à la branche abyssinienne-sémite sus- 
mentionnée : il comprend entre autres le somali, le galla, le foulacha, le 
dankali. Le lac Victoria-Nyanza occupe, au point de vue philologique et 
ethnographique, une position remarquable. Les familles chamite, bantou, 
nubienne*foidah et nègre s'y heurtent mutuellement. On croit que 
Mtésa est d'origine galla et règne sur des sujets bantous ; mais nous con- 
naissons trop peu les tribus qui habitent au nord du lac Victoria pour 
rien affirmer à cet égard d'une manière certaine. 

3° Tandis que les langues des deux familles précédentes sont des lan- 
gues à flexion, toutes les autres sont agglutinantes. La famille nubienne- 
foulah est la moins connue et celle dont la classification reste la plus 
douteuse. Elle habite au milieu des nègres et sur leur frontière orien- 
tale, mais se distingue d'eux au point de vue physique et ethnographi- 
que, et occupe ime position intermédiaire entre les familles chamite et 
nègre proprement dite. — Le groupe foulah se trouve sur la côte occi- 
dentale. Les populations qui s'y rattachent s'estiment fort supérieures 
aux nègres ; on les trouve mêlées aux nègres depuis le bas Sénégal à 
Touest jusqu'au Darfour à l'est, et de Tombouctou au nord jusqu'au 
Yoruba au sud, sous les noms de Peuls, de Foulahs, de Foulbés, de 
Fellatas, etc., parlant sept dialectes différents, mais c'est la langue du 
Foutah-Djallon qui en est le type principal; elle se distingue par l'em- 
ploi d'affixeset de genres rationnels et irrationnels. — Le groupe nubien 
s'étend k l'est des Foulahs jusqu'au groupe éthiopien chamite. Les 
Nubiens purs habitent aujourd'hui la vallée du Nil, de la première à la 
seconde cataracte. D'après les récits de Schweinfurth, ils forent une 
race dominante mahométane, supérieure en pouvoir et en civilisation 
aux tribus païennes du même groupe, au milieu desquelles ils font des 
incursions comme marchands ou chasseurs d'esclaves. Parmi ces tribus, 
nous citerons les Changallas, qui habitent sur les bords de l'Atbara, et 
que nous ont fait connaître les rapports du missionnaire romain Bel- 
trame; les Ouakouavis et les Masal, au milieu desquels travaillent les 
missionnaires protestants de Mombas, peut-être aussi les tribus des 
Mombouttous et des Niams-Niams, découvertes par Schweinfurth et Jun- 
ker dans le bassin du Nil et de l'Ouellé; malheureusement, un incendie 
a détruit les matériaux linguistiques recueillis par Schweinfurth, et il 
faut attendre de nouvelles recherches pour pouvoir assigner sa vraie 
place à la langue de ces tribus. 



— 33 — 

4* Vient ensuite la âuniUe nègre qui est loin de s'étendre dans toute 
rAfrique, mais qui forme le noyau de la population. Circonscrite au sud 
et à Test par la famille Bantou, serrée au nord par la famille nubienne- 
foulah et déportée par millions en Amérique, elle se fût éteinte dans des 
guerres intestines, si elle n'eût pas eu une vitalité extrême. Pour M. Cust 
le centre des nègres purs est la région comprise entre le Sénégal et le 
Niger, mais on y trouve actuellement beaucoup de nègres rendus à la 
liberté par les croiseurs europé^s, ou revenus d'Amérique, et qui y ont 
apporté des éléments étrangers. D'ailleurs, la famille nègre s'étend bien 
au delà de cette région, de la côte occidentale à la vallée du Nil, et l'on 
peut y distinguer trois grands groupes, celui de la côte occidentale, celui 
du bassin du lac Tchad, et celui du Haut-Nil. Quant aux langues de 
cette famille, tout ce que nous en savons n'est que provisoire ; nous igno- 
rons leurs diversités, leurs rapports réciproques, les variétés de leurs 
dialecte, et nous manquons d'informations complètes sur celles dont 
nous avons des vocabulaires ou des grammaires. Elles n'ont point de lit- 
térature. En outre, d'après le témoignage de Moffat, il en naît pour 
ainsi dire sous nos yeux, et, d'après le D** Kœlle, d'autres disparaissent; 
Schweinfurth, Livingstone, Stanley, Nachtigal, Rohlfs, presque chaque 
explorateur apporte des exemples de nouveaux vocabulaires ou de vagues 
indications de langues nouvelles qui ne sont pas comprises de ceux qui 
viennent après eux. Frédéric MuUer indique 24 groupes se rattachant à 
cette famille, et M. Cust en ajoute un vingt-cinquième pour les peu- 
plades pygmées, dont nous ne connaissons guère que la langue des 
Akkas. n y en a II qui représentent des langues isolées, sans rapport les 
unes avec les îiutres, ce qui prouve notre ignorance à leur égard, le phé- 
nomène de langues isolées ne pouvant se présenter que très rarement. 
Parmi les 14 autres, les unes appartiennent aux populations nombreuses 
des Sousous, des Veys, des Temnés, du Yoruba et du Nupé ; sur la côte 
occidentale, les plus connues sont celles des Mandingues, des Yolofs, 
des habitants du Bomou et des Ibos ; ces langues sont parlées à Sierra- 
Leone, à Libéria, tout le long de la côte de Guinée et dans la partie du 
Niger que nous connaissons. Au bassin du lac Tchad appartient un 
groupe de langues très peu connues, et dans celui du Bahr el Ghazal les 
voyageurs nous ont révélé l'existence des Baris, des ChiUouks, des Den- 
kas, etc. Ces derniers forment une grande tribu sauvage, habitant dans 
hi' région du Nil-Blanc, entre le 12° et le 6° lat. N., et au milieu de 
laquelle a longtemps vécu le missionnaire Beltrame. Il a pu rédiger de 
leur langue une grammaire très développée et un vocabulaire de plus de 



— 34 — 

2000 mots» que la Société italienne, de géographie vient de publier dans 
ses Mémoires, sous le titre : OrammaHca e vocabulario délia Imqua 
denka, D est à remarquer que les clicks, qui forment un trait caractéris- 
tique des langues des Bushmens, des Hottentots et des Cafres, existent 
dans les langues des tribus du Haut-Nil. C'est à la famille nègre qu'ap- 
partient le haoussa, la langue commerciale de TAfrique centrale, qui 
dépasse de beaucoup les limites du pays occupé par les Haoussas. On le 
parle jusqu'à Tripoli ; mais un fait qui prouve combien nos matériaux 
linguistiques sont encore incomplets, c'est que, tandis qu'un savant l'at- 
tribue à la famille chamite, un autre le rattache à la famille nubienne- 
foulah, et le troisième en fait un groupe des langues nègres. 

S"" C'est au ndssionnaire Krapf qu'appartient l'honneur d'avoir décou- 
vert que toutes les langues parlées au sud de l'équateur, à l'exception 
de celles des Hottentots et des Bushmens, ne forment qu'une famiUe, la 
famille Bantou. En effet, malgré son extension d'un océan à l'autre, le 
génie de ces langues, leurs accents, leurs vocabulaires prouvent qu'elles 
proviennent toutes d'une langue-mère. D'après le D** Bleek, les traits 
caractéristiques en sont : des mots polysyllabiques, la rareté des diph- 
thongues, l'emploi du préfixe ba pour le pluriel des noms, le petit nombre 
des adjectifs au lieu desquels on se sert ordinairement du participe, 
l'indication des cas au moyen de prépositions, la formation de différentes 
sortes de verbes et des temps passés en changeant la terminaison ; la 
forme la plus simple du verbe est le singulier de l'impératif. Les lois de 
l'euphonie ont créé, entre telles et telles des langues de cette famille, des 
différences si grandes qu'elles en ont fait des langues tout à fait dissem- 
blables. La partie du continent oii elles sont parlées étant incomplètement 
explorée jusqu'ici, M. Cust n'adopte que provisoirement la classification 
eh trois groupes : Tun méridional, l'autre oriental, le troisième occiden- 
tal, comprenant chacun plusieurs subdivisions. — Au premier groupe 
appartiennent les langues des Cafres, des Béchouanas et des Tekézas. 
Parmi les langues cafres, on distingue celle des Zoulous et des Xosas, 
connus d'ordinaire sous le nom de Cafres ; ce sont les plus pures, celles 
d'oii l'on peut supposer que sont nées les autres, les premiers émigrants 
Bantous étant sortis de chez les Cafres ; la ressemblance frappante qui 
existe entre les langues du groupe oriental et celles du groupe occidental 
semble indiquer que tous les deux se rattachent à une émigration posté- 
rieure contemporaine. On rattache h ce groupe les langues des Pondos, 
des Fingos, des Zouasis, des Matébélés, et, au nord du Zambèze, celles 
des Mavltis, des Ouatoutas ou d'autres dont les noms sont évidemment 



— 35 — 

d'origine zoulou. — Les langues béchouanas sont parlées par la grande 
majorité des populations qui habitent rintérieur de rAfrique, au sud du 
tropique du Capricorne ; séparées des Cafres par les monts Drakensberg, 
elles s'étendent au sud jusqu'au fleuve Orange, à Touest jusqu'au désert 
de Ealahari, et au nord jusqu'au lac Ngami. Il faut distinguer encore les 
Béchouanas de l'est : Bassoutos, Batsetsés, Bamapélas, Bapoutis, etc., 
parlant le sessouto, le setsetsé, le sémapela, le sépouti; de ceux de 
l'ouest : Barolongs, Batlapis, Bakouénas, Bamangouatos et les Barotsés 
du Zambèze, décrits par M. Coillard et le D" Holub. Les mots de ces 
langues béchouanas sont durs, et leur prononciation offre un contraste 
frappant avec le langage mélodieux des Zoulous, auquel elles ressemblent 
cependant plus qu'au cafre. — Les langues tékézas sont parlées au nord 
de la baie de Delagoa, et dans le voisinage de Lorenzo Marquez ; elles 
l'étaient aussi par les tribus qui occupent les côtes du pays des Zoulous 
et qui les ont abandonnées pour adopter le cafre, et le sont encore par 
quelques tribus de Natal. — Le groupe oriental de la famille Bantou com- 
prend les langues du bassin du Zambèze, celles de Zanzibar et celles des 
lacs Victoria et Tanganyika. C'est surtout aux missionnaires que nous 
devons ce que nous savons de celles du bassin du Zambèze : au D' Reb- 
mann, qui a donné un dictionnaire des langues de quelques tribus des 
bords du Nyassa; à M, Riddel, qui en a écrit la grammaire ; à M. Ma- 
ples, qui a fait connattre la langues Makoua et celle des Yaos, parlées sur 
le plateau entre le lac et la côte du Mozambique. La branche des langues 
de Zanzibar s'étend des confins du territoire de Mozambique, le long de 
la côte de l'Océan indien, jusqu'au pays des Gallas, où la famille Bantou 
rencontre celles des Chamites et des Nubiens-Foulahs. C'est le souahéli 
qui y domine ; le D' Krapf et l'évêque Steere en ont mis par écrit la 
grammaire et le dictionnaire. Quant aux autres langues de la côte, nous 
n'avons encore que de courts vocabulaires, mais les travaux des mission- 
naires et des explorateurs les feront toujours mieux connaître. Quelque 
récentes que soient les missions du Tanganyika et du Victoria-Nyanza, 
on leur doit déjà des études sur les langues de l'Ouganda et de POu- 
nyamouési. Celles que parlent les tribus à l'ouest du Tanganyika. entre 
le Congo et le Zambèze, sont encore inconnues, mais M. Cust suit de 
près les explorations des Sociétés de géographie et de missions, et ajou- 
tera à son tableau tout ce qu^il pourra apprendre sur les langues de cette 
région. — Le long de la côte occidentale, du pays des Namaquas au mont 
Cameroon, s'étend le groupe occidental de la famille Bantou qui com- 
prend les Héréros du Damaraland, les Chindogas de l'Ovampo, dans la 



— 36 — 

langue desquels on a imprimé des ouvrages religieux et des grammaires; 
les langues des tribus au nord du Cunéné, dans les possessions portu- 
gaises, ne nous sont connues que très imparfaitement ; nous ne savons 
que très peu de chose de la langue des états du Mouato-Yamvo et devons 
à Serpa-Pinto ce que nous connaissons de celle des Ganguellas du bas- 
sin du Quanza, à Stanley quelques notions des langues parlées près de 
réquateur. Plus au nord, et jusqu'au mont Cameroon, les explorateurs et 
les missionnaires nous ont fourni des renseignements plus complets sur 
les langues des Mpongoués, des Dikélés, des Douallas, des Isoubous et 
des Bakélés. 

6"" Enfin, à Textrème sud de TAfrique se trouve la famille Hottentote- 
Bushmen, qui n'a été préservée d'extinction que par l'arrivée des Anglais 
et des missionnaires chrétiens, et dont l'étude peut jeter du jour sur le 
caractère des populations primitives du continent, car il s'agit de peu-^ 
plades refoulées par la grande invasion de la famiUe Bantou venue du 
nord. Le groupe Hottentot comprend quatre dialectes : le nama, parlé 
au nord du Namaqualand ; le kora, siu* le fleuve Orange ; un troisi^e 
par les Hottentots de l'est, et un quatrième, très altéré, dans le voisi- 
nage de Capetown ; il faut y ajouter le langage parlé par les Griquas, 
mélange de hollandais et de hottentot. Frédéric Muller estime que c'est 
un langage unique, sans rapport avec aucune autre forme de langue 
africaine ou non. Ce qui le caractérise surtout, ce sont les quatre a clicks,» 
produits par les différentes positions de la langue : le click dental, pres- 
que identique avec le bruit exprimé par les Européens pour marquer 
leur indignation ; le click latéral avec lequel ils stimulent les chevaux ; 
le click guttural, analogue au bruit d'un bouchon de Champagne, et le 
click palatal, pareil au claquement d'un fouet. Plusieurs linguistes fort 
distingués rapprochent les Hottentots de la famille chamite, mais dans 
rétat actuel de nos connaissances, on ne peut affirmer qu'une chose, 
c'est qu'ils sont les survivants d'une race qui a disparu de partout 
ailleurs et. qui, vu l'absence de document écrit, n'a point laissé de traces. 
— Enfin le groupe Bushmen pré^nte une langue isolée peu développée, 
monosyllabique, qui n'a point de genres, dans laquelle la formation du 
pluriel est très irrégulière; en effet il n'y a pas moins de 60 manières de 
le former ; la réduplication du nom est la plus ordinaire et la plus natu* 
relie. On croit que ce sont eux qui les premiers ont employé les clicks, 
et qu'ils les ont conununiqués aux Hottentots et aux Cafres de la famille 
Bantou, car aux quatre clicks déjà indiqués comme trait caractéristique 
de la langue des Hottentots, les Bushniens en ajoutent un cinquième et 



— 37 — 

I 

un sixième, quelquefois même un septième et un huitième, nou seule- 
ment devant des voyelles et des gutturales, mais encore devant des 
labiales. Les Européens ne peuvent presque pas exprimer de tels sons. 
Un autre trait qui caractérise les Bushmens, c'est que, tandis qu'on n'a 
trouvé aucune trace d'écriture au sud de l'équateur, les Bushmens sont 
arrivés à dessiner d'une manière surprenante, sur les parois de leui-s 
grottes et de leurs rochers, des figures d'animaux, d'hommes, des scènes 
de danse, de chasse, de guerre, et ont cultivé cet art jusqu'aux temps 
modernes, car les Boers figurent dans quelques-uns de ces combats. Le 
dessin de quelques-unes des figures est excellent. Frédéric MuUer 
^time qu'on les retrouve jusqu'au Cunéné et au Zambèze et même au 
delà, en sorte que pour le moment on ne peut pas arriver à une conclu- 
sion certaine à leur égard. 

Le mémoire de M. Cust, basé, non sur des hypothèses, mais sur des 
faits, est très important, en ce sens qu'il montre le point atteint aujour- 
d'hui dans la connaissance des langues de l'Afrique. En classant et eu 
condensant tout ce que l'on en sait actuellement, son auteur a rendu un 
grand service aux explorateurs et aux missionnaires. 



EXPÉDITION DE M. JAMES STEWART DU NÏASSA AU TANGANYIKA 

(avec carte). 

Nous avons déjà résumé * pour nos lecteurs le rapport fait par 
M. J. Thomson de son voyage de Zanzibar au Nyassa et au Tanganyika, 
et signalé sa rencontre à Pambété avec M. J. Stewart, ingénieur de la 
station missionnaire de Livingstonia. Aujourd'hui nous arrive le mémoire 
présenté à la Société royale de géographie de Londres p&r ce dernier, 
auquel sont dus les travaux d'exploration les plus récents autour du 
Nyassa, ainsi que l'étude du meilleur tracé de route entre les deux lacs. 
D est reparti pour commencer les travaux de cette voie de communication, 
qui permettra de pénétrer le plus facilement, le plus sûrement et avec 
le moins de frais, jusqu'au nord du Tanganyika. Nous voudrions extraire 
de son mémoire ce qui nous paraît le plus important, en commençant 
par quelques détails sur ses découvertes autour du Nyassa à partir de 
Livingstonia. 

A l'époque du voyage d'Elton et de Cotterill (1877), on ne connaissait 

« Voir 2"** année, p. 138. 



o 



guère de port sûr le long des bords du lac Nyassa que celui de Living- 
stonia, près du cap Maelear, au sud du lac. La navigation, rendue diffi- 
cile par le vent qui se précipite des montagnes, devenait souyent péril- 
leuse pour Vllala, le vapeur de la Société des missions de Téglise libre 
d'Ecosse. Dès lors, une dizaine de bons mouillages ont été découverts 
sur la côte occidentale, entre autres à Kota-Kota, h Ounaka, à Ban- 
daoué, à Nykaka, à Kouta-Bay, à Deep-Bay et ù T embouchure de la 
Rombaché, au nord du lac. On en compte déjà trois sur la côte orien- 
tale, et l'exploration de cette côte que vient de décider la Société en 
fera sans doute connaître d'autres encore. Aujourd'hui que l'on sait où 
trouver un refuge, les tempêtes fréquentes sur le lac sont beaucoup 
moins à craindre. Il y a, en outre, deux bons dépôts de combustible, ce 
qui permet de faire en quinze jours le tour du lac pour lequel il fallait 
autrefois six semaines. De mai en octobre, où règne le vent du sud, c'est 
plaisir de se rendre de Livingstonia au nord du lac. En revanche, pen- 
dant cette période, le vent n'étant pas chargé d'humidité, il tombe rare- 
ment de la pluie, ce qui est un obstacle sérieux aux progrès de l'agii- 
culture, les céréales d'Europe ne pouvant prospérer sans irrigation. La 
saison des pluies correspond à celle de la mousson du Nord-Est, pendant 
laquelle le vent apporte de TOcéan Indien les masses chargés de vapeurs; 
elle s'ouvre au Nyassa au commencement de décembre ; plus au nord, à 
Pambété sur le Tanganyika, un mois plus tôt. Les mois de juillet à 
novembre sont les meilleurs pour voyager autour du lac Nyassa; aupara- 
vant la végétation embarrasse la marche, empêche la vue et rend les 
observations plus difficiles ; dès le mois de juillet, au contraire, elle est 
brûlée, les sentiers sont débarrassés et la vue est libre. 

Le but de l'expédition de M. Stewart était de faire le relevé du ter- 
rain entre les deux lacs, de Karonga, près de Kamboué Lagoon, à Pam- 
bété, et d'étudier la possibilité d'y construire une route. Il put profiter 
des bons offices des natifs de Livingstonia qui sont déjà d'un grand 
secours pour les recherches géographiques. Ayant appris à connaître les^ 
missionnaires, travaillant pour eux, s' adressant à eux pour des conseils, 
ils les estiment et sont toujours prêts à les conduire partout où ceux-ci 
le désirent; avec eux les voyages se font sûrement, car ils peuvent fra- 
terniser avec les indigènes de toutes les tribus qu'ils rencontrent, et 
facilement, parce que, connaissant la langue des envahisseui's Mangones, 
qui ont parcouru tout le pays et y ont laissé la connaissance de leur 
idiome, ils peuvent servir d'interprètes aux missionnaires ; ceux qui 
accompagnaient M. Stewart lui ont rendu sous ce rapport de grands- 



— 39 — 

î^rvices dans les montagnes de Maliouandou et de Mamboué; en outre;, 
ils se contentent d'un salaires! modique, que l'expédition de M. Stewart, 
qui dura trois mois et dix jours, ne lui coûta que 87 1. s. 

Parti de Livingstonia le 10 septembre de l'année dernière sur VHala^ 
âvec trente natifs, gardes et porteurs, il rencontra, à Bandaoué, 
M. J. Moir, d'Edimbourg, un des fondateui"s de la « Livingstonia cen- 
tral African Company, » qui devait l'accompagner, et avec lequel il com- 
mença par explorer quelques points de la région occidentale du Nyassa. 
De Mombéra, dont le chef leur donna douze nouveaux porteurs qui 
furent en même temps d'excellents guides, ils passèrent dans la vallée de 
la Rikourou, de 10 kilomètres de large, h 1200 mètres au-dessus de la 
mer, d'un climat frais et salubre, la plus fertile que M. Stewart ait vue. 
Pendant la saison des pluies, la partie la plus rapprochée de la rivière 
devient un véritable marais ; elle est couverte de hautes herbes où se 
tiennent les éléphants, les buffles et les zèbres. La portion la plus occi- 
dentale, arrosée par de nombreux cours d'eau limpides, dont plusieui'S 
sont employés à l'irrigation, est bien cultivée et produit tout ce dont 
Ifô natifs ont besoin. Dans les derniers 25 kilomètres de son cours, la 
rivière descend de 700 mètres à travei'S des gorges profondes. L'eau qui 
en y entrant est bien claire, en ressort chargée d'une teinte d'argile 
bleuâtre qui permet de la suivre à une certaine distance dans les ondes 
transparentes du lac. Un peu au delà de l'embouchure de la Rikourou, 
vers le nord, ils rencontrèrent les gorges de la Chisindiré, dans laquelle 
on a trouvé du charbon h IGO mètres au-dessus du lac, dans un banc 
d'argile incliné de 45° vers l'ouest. La couche est compacte, et, à 2 kilo- 
mètres et demi de la côte, elle a plus de 2 mètres d'épaisseur: 
M. Stewart l'a suivie sur une longueur de 200 mètres et l'a trouvée 
affleurant çà et là à la surface. Il a fait un bon feu de cette houille qui a 
très bien brûlé. Un échantillon en a été soumis à l'examen de M. Car- 
rother, conservateur du département botanique au British Miiseum, qui 
lui a trouvé l'apparence d'une bonne houille anglaise, et estime qu'elle 
doit être de la même époque que le charbon d'Angleterre. 

De là les voyageurs passèrent les monts Waller et atteignirent Deep 
Bay, d'oii la rive du lac incline fortement vere l'ouest jusqu'à Kamboué 
Lagoon. M. Stewart avait cru d'abord que ce point offrait un bon 
mouillage, mais après l'avoir bien examiné, il a reconnu qu'il n'en est 
rien. Très bon port quand le navire y est entré, il n'existe pas moins 
une barre qui en rend l'accès difficile. La Roukourou qui, jusqu'à l'an- 
née auparavant, s'y jetait dans le lac, a changé son cours, et maintenant 



— 40 — 

son embouchure se trouve plus au sud ; sou lit précédent est ensablé. 
Les conditions de cette ligne de côte ne sont pas stables et bientôt Kani- 
boué Lagoon ne pourra plus servir de port. A Karonga, Vllala leur 
amena de nouveaux porteurs et des marchandises d'échange pour la 
continuation de leur voyage vers le Tanganyika. 

Quittant les bords du Nyassa, le 14 octobre, ils atteignirent en une 
marche de 18 kilomètres le pied des montagnes de TOuchoungou, dans 
lesquelles ils entrèrent par la vallée de la Roukourou. Les villages 
ouachoungous, auxquels des plantations de bananiers donnent un aspect 
pittoresque attrayant, leur parurent remarquablement propres. Pendaut 
deux jours le chemin fut rapide et raboteux, mais moins qu'ils ne s'y 
attendaient, et M. Stewàrt qui a traversé plusieurs des passages condui- 
sant du lac aux montagnes, estime que c'est le plus facile de tous et 
qu'une route y est tout à fait praticable. Le quatrième jour, on atteint 
Maliouandou, à 1300 mètres au-dessus de la mer; la chaîne est traversée 
6t l'on n'a plus devant soi, au sud et à l'ouest, qu'un plateau uni s'éten- 
dant à perte de vue. Le chef de Maliouandou les reçut très cordiale- 
ment, échangea des présents avec eux et leur donna des guides. Mal- 
heureusement M. Moir souffrait beaucoup d'ampoules et d'enflure aux 
pieds, ce qui l'empêcha de continuer ; il dut retourner au Nyassa, tan- 
dis que M. Stewart poursuivit seul sa route vers le Tanganyika. Bientôt 
il atteignit Ghiouinda, village à quelques kilomètres au sud du mont 
Liréché, la montagne la plus élevée de ce district. Le chef en est 
influent, il a du gros et du menu bétail en nombre considérable. En cer- 
tains endroits le sol est bon, mais la plus grande partie en est pauvre ; 
les natifs le fument avec la cendre des branches d'arbres qu'ils y éten- 
dent et auxquelles ils mettent le feu. Le village est situé sur la Songoué 
qui se jette dans le Nyassa. En amont, à l'ouest, la vallée est bornée 
par les monts Âouioua, hauts et bien marqués au sud, près de Chiouinda, 
tandis que vers le nord ils se fondent en un plateau élevé, habité 
par les Ouachoungous, décemment vêtus, la toile abondant parmi eux. 

Un peu au delà sont les villages des Ânyamouangas, chez lesquels 
M. Stewart trouva la trace du passage de M. Thomson, qu*il suivit dès 
lors jusqu'au Tanganyika. Le 28 octobre il campait sur la Méra qui 
porte ses eaux au Chosi, affluent du Chambézé et que l'on peut envi- 
sager comme une des sources les plus reculées du Congo. Le 30, il 
atteignait Mamboué, à 1500" d'altitude ; il y reçut la visite du chef, 
Jeune homme d'environ 20 ans, vêtu de la tête aux pieds de beau drap 
à la mode arabe, vif et intelligent, mais très peu à son aise lorsque 



— 41 — 

M. Stewart lui montra aon fusil ; au bruit de la batterie il s'éloigna, et 

se mit presque à courir en voyant une carabine chargée en une ou deux 
secondes. Mamboué occupe la partie la plus élevée du plateau ; à 3 kilom. 
au delà on commence à redescendre vers le Tanganyika. En beaucoup 
d'endroits le sol est très riche ; il pleut abondamment ; le climat est 
frais et tonique ; dans presque tous les villages le nombre des chèvres et 
des moutons est considérable. M. Stewart n'a vu nulle part la tsetsé 
dans tout le vaste espace qui s'étend des bords du Nyassa jusque près 
du Tanganyika, oîi on la retrouve. 

Dans toute cette partie, la route suivie est remarquablement facile ; 
de 1300" à Maliouandou, elle s'élève à 1800" à la ligne de faîte qui 
sépare le bassin du Nyassa de celui du Tanganyika, et tout le long de 
cette ligne il n'y a pas une montée diflScile ; l'eau abonde, même dans la 
saison sèche. H y a de bons bois, mais en petite quantité. M. Stewaii; 
n'y a point vu les belles forêts décrites par quelques voyageurs. Les 
populations lui ont paru pacifiques et industrieuses, ne désirant que de 
pouvoir cultiver leurs jardins et travailler le fer, dont M. Stewart a 
trouvé du minerai sur toute sa route ; en certains endroits il a remar- 
qué d'anciens travaux d'exploitation; sur les flancs d'une colline, par 
exemple, il n'a pas compté moins de huit fourneaux, en bon état, à quel- 
ques centaines de mètres leg uns des autres, de 3 mètres de hauteur, 
d'un diamètre d'un mètre et demi à la base, et d'un mètre dans la 
partie supérieure. Ils devaient pouvoir contenir une demi -tonne de 
minerai. 

La décente jusqu'au Tanganyika ne prit que deux jours ; elle est 
douce et facile, la pente n'étant guère que de 1 7o« La distance de 
Karonga à Pambété, par le chemin suivi par M. Stewart, est de 400 kilo- 
mètres, mais pour revenir au Nyassa il l'a abrégée de 50 kilomètres. 

A Pambété il trouva M. Thomson qui y était arrivé la veille, et 
employa les quelques jours qu'il y passa à faire les observations néces- 
saires pour fixer la longitude de cette localité, par 29**, T, 20" à l'est de 
Paris, entre les données de Stanley et celles de Thomson, et pour déter- 
miner la hauteur du lac, qu'il trouva conforme aux mesures de Living- 
stone. D regagna ensuite les rives du Nyassa à l'époque qu41 avait fixée 
pour son retour. 

Les résultats de ce voyage sont des plus favorables à l'établissement 
d'une voie de communication entre les deux lacs. M. Stewart a jugé 
nécessaire que trois sociétés distinctes unissent leurs efforts pour l'exé- 
cuter, et la faire servir aux progrès du christianisme et de la civilisation ; 



— 42 — 

il â demandé que la mission de Livingstonia créât une station h 
Malipuandou, que la « Livingstonia Central-African Company » étendît 
•et développât ses opérations commerciales jusqu'au Tanganyika, enfin 
que la Société des missions de Londres adoptât à Tavenir la route du 
Chiré et du Nyassa pour ceux de ses missionnaires qui travaillent sur les 
bords du Tanganyika et à Touest de ce lac; qu'elle plaçât sur ce lac un 
vapeur et qu'elle établît une station à Mamboué. En même temps, 
M. James Stevenson, membre de la Société de géographie de Londres 
et du comité des missions de l'Église libre d'Ecosse, offrait un don de 
4,000 liv. sterl. pour la création de cette route que M. Stewart était 
disposé à construire. Dès lors les sociétés intéressées ont accepté les 
conditions qui leur étaient proposées, et ses ont déclarées prêtes à exécu- 
ter chacune la part de l'ouvrage qui lui incombe. La Société écossaise a 
décidé de fonder chez les Ouachoungous une mission dont Maliouandou, 
à 80 kilora. du Nyassa, sera le centre. De son côté, la Société des mis- 
sions de Londres établira une station à Zomba, à 30 kilom. au S.-E. du 
Tanganyika et fait construire pour ce lac un steamer sur le modèle de 
Vllala, La « Livingstonia Central-African Company » s'est chargée de 
l'entretien de la route ; à cet effet 1,000 liv. sterl. lui ont été remises sur 
le don de M. Stevenson ; 2,000 liv. sterl. ont été réservées pour la con- 
struction de la route de Maliouandou au Tanganyika, et la Société écos- 
saise a reçu 1,000 liv. sterl. pour le tronçon de Karonga à Maliouandou. 
Après avoir été pourvu d'instruments de précision par la Société de 
géographie, M. Stewart s'est remis en route de Londres le 13 mai, avec 
un certain nombre d'artisans évangélistes, afin d'arriver au Nyassa à 
l'époque favorable pour commencer les travaux. Il estime qu'ils pour- 
ront être achevés en trois ans. Ce sera déjà un moyen puissant de civili- 
sation. Les indigènes au milieu desquels l'entreprise s'exécutera pren- 
dront l'habitude de se servir des articles de commerce européens, et 
quand viendra le moment où devra être transporté le vapeur de la 
Société des missions de Londres, il y aura là un corps d'hommes tout 
formés pour ce transport. Les pièces de ce steamer arriveront facilement 
au lac Nyassa ; quoiqu'il doive appartenir à la Société des missions de 
Londres, la mission de Livingstonia sera très heureuse de rendre à 
celle-ci tous les services qui seront en son pouvoir. Placé sur le Tanga- 
nyika, il commandera la navigation de ce lac de 640 kilom. de longueui', 
et complétera la ligne presque directe de 2240 kilom., de l'embouchure 
du Zambèze au nord du Tanganyika. La communication est déjà ouverte 
jusqu'au nord du Nyassa à 1300 kilom. de l'Océan. Quand la route 



~ 43 - 

entre les deux lacs sera terminée, M. Stewart la remettra aux sociétés 
qui travaillent à Téducation et à la civilisation de l'Afrique centrale. 



BIBLIOGRAPHIE 



Floren'tix Floriot. David Livingstone et sa. mission sociaue. 
Paris (Charavay frères), 1881, in-18**, 329 p. av. illustr. et 4 cartes, 3fr. 
50 c. — Quelque intéressantes que soient les découvertes africaines, les 
hommes auxquels elles sont dues nous intéressent encore davantage, et 
parmi ceux-ci, il n'en est point dont la vie exerce sur nous plus d'attrait 
que celle de Li\ingstone, l'initiateur auquel doivent être rapportés tous 
les progrès de l'exploration moderne. M. Floriot le suit avec une admi- 
ration respectueuse dans toutes ses expéditions du sud au centre, du 
Zambèze à Saint-Paul de Loanda et à Quilimane, au Nyassa, au Loua- 
laba et au lac Bangouéolo, jusqu'au moment où il expire en priant pour 
que la liberté se lève sur l'Afrique. S'attachant surtout à la grande idée 
de Livingstone, l'ouverture de l'Afrique à un commerce légitime, lucra- 
tif, pour faire disparaître le trafic spoliateur, la traite, et remplacer le 
travail servile par le travail libre, et la vie pastorale nomade des indigè- 
nes par la vie agricole sédentaire, il marque avec soin les diverses pha- 
ses de ces explorations, sans cependant tomber jamais dans la séche- 
resse. Tout ce qui fait vibrer l'âme sensible de son héros, merveilles de 
la nature, souffrances et joies de l'humanité, trouve un écho en lui 
et donne à ses pages un caractère poétique qui y ajoute un grand charme. 

Abyssisia, giornale di ux viaggio di Pippo ViGONi. Milano (Ulrico 
Hœpli), 1881, grand S**, 246 p. avec illustrations et carte. 8 fr. — Atta- 
ché à l'expédition envoyée en Abyssinie, par la Société d'exploration 
commerciale de Milan, sous la direction de Matteucci, l'auteur décrit 
d'un style très animé les contrées parcourues, et répand sur tous ses 
tableaux une couleur locale qui les rend très vivants. Chemin faisant il 
donne des détails fort intéressants sur le pays, son climat, et ses pro- 
ductions, sur l'histoire du peuple abyssinien, ses mœurs et sa religion. 
S'il n'a pas à louer souvent le caractère des Abyssiniens, il n'en est pas 

' On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée. 



— 44 — 

de même de celui du roi Jean. Son accueil sympathique et ses procédés 
bienveillants lui ont acquis l'estime et la reconnaissance des voyageurs 
italiens. M. Vigoni pense qu'il est né avec le génie nécessaire pour être 
roi d'Ethiopie, mais qu'il est à craindre que ses efforts pour introduire 
la civilisation dans ses états n'aboutissent pas à un résultat bien satis- 
faisant, vu l'indiflFérence complète de ses sujets pour quelque améliora^ 
tion que ce soit ; ils se complaisent dans leur état presque sauvage, et 
ne voient aucune nécessité d'en sortir. 

M. Vigoni n'en croit pas moins que si le roi facilitait les voies de com- 
munication, et abaissait les droits de péage pour les caravanes, le 
commerce et l'industrie en profiteraient bientôt et feraient valoir les 
richesses jusqu'à présent inexploitées que renferme l'Abyssinie. 

Notices scientifiques, historiques et économiques sur Alger et 
l'Algérie. Alger (Ad. Jourdan), 1881, 1 vol. in-18°, 420 p. avec illustr. 
et carte. — Lorsque l'Association française pour l'avancement des 
sciences eut choisi Alger pour le siège du Congrès de 'cette année, le 
Comité local d'organisation fit appel aux savants les plus compétents de 
cette ville, professeurs, médecins, ingénieurs, jurisconsultes, pour obte- 
nir d'eux des travaux sur tous les sujets propres à faire bien connaître 
l'Algérie aux membres du Congrès et au public. Leurs mémoires 
devaient éviter les longs développements. De nombreux collaborateurs 
se mirent à l'œuvre, et fournirent au Comité la possibilité de publier 
dans la première partie de ce volume, sous une forme très condensée, la 
matière de nombreux ouvrages de géographie, d'histoire naturelle, 
d'histoire et d'économie politique algérienne. La seconde partie ren- 
ferme une description rapide, mais complète d'Alger et de ses environs, 
un exposé des conditions spéciales qui font de cette ville une station 
hivernale de premier ordre, des renseignements sur l'enseignement 
public et sur les nombreuses sociétés scientifiques d'Alger, dont l'acti- 
vité justifie pleinement le choix qu'avait fait de cette ville l'Association 
française. 




Wr Rosùr de/. 



Y/l/S££,. 5'^ânnée. Ji^'î, JoÙt mi. 



— 45 — 






N. 



\ \ 




• / o /-v n\ I • I I r- '~. '. • 
yo v-^ U L- I L I inx . . ,• 



BULLETIN MENSUEL (o septembre 1 



En se retirant vers Toasis de Figuig, au delà de la frontière S.-O. de 
TAl^rie, Bou-Amema a attiré dans cette direction les troupes fran- 
çaises, qui établissent un camp retranché à Méchéria, à 100 kilomètres 
au sud du Kreider, localité qui deviendra la base d'une expédition à 
entreprendre en automne contre Fif^uif^. Cette oasis a été, depuis 1830, 
le point de concentration de toutes les insurrections qui ont ravagé le 
sud de la province d'Oran ; c'est le pays natal de Bou-Amema ; c'est là 
qu'il est allé chercher quelques semaines de repos, pendant la durée des 
chaleurs qui rendent impossible le parcours du Sahara, et c'est là que 
le général Saussier veut poursuivre l'agitateur pour mettre fin à l'insur- 
rection. Située sur territoire marocain, Figuig est habitée par des popu- 
lations qui échappent à l'autorité du sultan de Fez, et qui, par leur 
turbulence menacent constamment de lui créer des difficultés avec la 
France. Un projet de chemin de fer de Saïda par le Kreider jusqu'à 
Méchéria, a été voté par les Chambres. Plus tard cette ligne pourra 
être poussée dans la direction d'Insalah. Ce serait une première étape 
du Trans-Saharien, dont les études sont suspendues. Pour le moment, 
il ne paraît pas que l'on songe à reprendre l'exploration commencée 
par le colonel Flatters. Au dire d'un soldat indigène, échappé comme 
par miracle au désastre de cette mission, quelques hommes de l'escorte 
seraient encore vivants et prisonniers des Touaregs. 

Un des membres de la première expédition Flatters, M. F. Bernard, 
capitaine d'artillerie, vient de pubUer le journal de son voyage chez les 
Touaregs, qui renferme d'intéressants détails sur le lac Meng- 
hoagh, non mentionné jusqu'ici dans les ouvrages sur le Sahara, ni mar- 
ciué sur la carte de Duveyrier. Il est formé par les eaux de la Tijoujelt, 
un peu au S.-O. de Tajenout. A l'époque où le capitaine Bernard le 
visita, il avait 1100" de long et 110" de large environ, mais la grandeur 
en varie suivant les saisons. Les Touaregs disent qu'il ne tarit jamais ; 
la température diminuant à mesure qu'on y descend la sonde, on est 
obligé d'admettre qu'il y a une source qui l'alimente, autrement il 
pourrait être rangé dans la catégorie des lacs temporaires, trouvés au 
nord de Tajenout, sur la route suivie par Duveyrier, de Ghadamès à 
Rhat. Les bords en sont plats et argileux ; la rive méridionale avait des 
baies, et était couverte de tamarins et de plantes en fleurs. Les eaux en 
étaient douces, mais légèrement saumâtres à l'extrémité orientale, où 

l'APRIQUB. — TROlSièMB AMNÊE. — K** 3. S ' 



— 46 — 

les dépôts apportés par la Tyoujelt forment des bas-fonds. Au milieu 
du lac, dont les eaux sont très poissonneuses, une petite île était fré- 
quentée par des bécassines, des hérons et d'autres oiseaux semi-aquati- 
ques. Quant à sa profondeur, elle était, à quelque distance du bord, 
de 4 à 5", mais vers le milieu les explorateurs trouvèrent des fissures 
transversales de plus de 8" de profondeur. 

Les faits relatifs à la Tunisie étant entièrement du domaine politi- 
que, nous pouvons nous dispenser d'en parler. 

L'intendance générale sanitaire d'Én^ypte, établie h Alexandrie 
depuis 1866, et à laquelle, non seulement l'Egypte, mais aussi les pays 
de l'Europe ont dû d'être préservés de la peste dans les dernières ^ 
années, vient d'être réorganisée sous le nom de Conseil sanitaire 
niaritime et quarantenaire, siégeant au Caire. Ce conseil a la 
surveillance du service de santé dans l'Egypte tout entière (écoles, 
hôpitaux, lazarets, quarantaines, etc.). Il a pour mission de prendi'e 
toutes les mesures propres à prévenii* l'introduction. en Egypte d'épidé- 
mies ou d'épizooties, ou leur transpoit dans des pays étrangers ; poui* 
cela il doit veiller sur les convois arriyant du dehors et spécialement sui* 
le pèlerinage de La Mecque ; à cet égard il a été institué sept princi- 
paux fonctionnaires à Alexandrie, Rosette, Damiette, Port-Saïd, Suez, 
Souakim et Massaoua. 

M. Albarf^ues de Sostène, chef de l'expédition espagnole chargée 
par S. M. Alphonse XII de remettre des présents au négous, a profité 
de son séjour en Abyssinie pour faire des explorations scientifiques. 
Jusqu'ici tous les voyageurs prétendaient que le Sémiène n'avait point 
de neige ; mais personne, au dire des habitants du Bas Sémiène, n'en 
avait jamais fait l'ascension. M. deSostène a voulu se rendre compte par 
lui-même s'il y tombait de la neige. D en a gravi le pic le plus élevé, le 
Bakhuit, qui, d'après ses observations, doit être à plus de 5000" au- 
dessus du niveau de la mer, et l'a trouvé couvert de neige ; il y existe, 
dit-il, des réservoirs naturels, où les glaces doivent être éternelles, le 
froid y étant excessif. Les diflScultés de l'ascension expliquent que les 
voyageurs s'en soient abstenus jusqu'ici. En effet M. de Sostène a dû 
grimper continuellement sur les parois de précipices vertigineux, s 'ac- 
crochant aux plantes, posant le pied sur des saillies de roc, se servant de 
crochets, de cordes à nœuds, prenant garde aux crevasses recouvertes 
par des plantes et de hautes herbes, et luttant contre le froid qui peu à 
peu paralysait ses mouvements. La neige et la glace ne peuvent d'ail- 
leurs pas être aperçues du pied de la montagne, le pic du Bakhuit étant 
presque toujours entouré de brouillards. 



— 47 — 

Le P« DepelcMn, supérieur de la mission du Zambèze, a essayé de 
fonder une station chez les Baton^as, au delà du fleuve. U partit 
en mai 1880 de Tati, avec d'autres missionnaires et dix noii-s, sous la 
conduite de M. Walsh, vieux chasseur, qui, peu après le départ, blessé 
grièvement par un accident de wagon, dut être transporté à grand' 
peine à Panda-ma-Tenka, sur la Panda ; puis, avec 60 porteur, il se 
dirigea vers le gué de Ouanki sûr le Zambèze, d'où il envoya le 
P. Teroerde et le F. Vervenne à Mouemba, chez les Batongas. Dans le 
trajet de retour vers Panda-ma-Tenka il tomba malade, et bientôt 
Ton apprit que les deux missionnaires de Mouemba l'étaient également ; 
on leiu" porta immédiatement du secours, mais quand on arriva, le 
P. Teroerde avait succombé et le F. Vervenne dut être .ramené à 
Panda-ma-Tenka. Le roi de* Mouemba a autorisé les missionnaires à 
revenir, mais à condition qu'ils lui amènent un wagon chargé de muni- 
tions et de poudre. Les Batongas se sont montrés sympathiques aux 
missionnaires et les ont aidés dans leurs tribulations. Cette tribu occupe 
toute la rive septentrionale du Zambèze, depuis les cataractes jusqu'à 
rUe de Cabiemba, (le Nyampanga des dernières cartes), à peu près, au 
confluent du Kafoué et du Zambèze. D'après M. Selous, qui a exploré 
cette région, ils étaient établis là longtemps avant l'anivée des Makolo- 
i(» et des Barotsés qui les ont asservis ; leurs plus cruels ennemis sont 
actuellement les Chakoundas, descendants d'esclaves qui se sont enûiis 
des possessions portugaises. Dans ces derniei*s temps des métis poitu- 
gais ont exercé parmi eux de tenîbles ravages. Au dire des Missions 
catholiques, quand ces mulâtres veulent se procurer des esclaves, ils 
demandent au commandant de la station de Tété un permis de guerre, 
sous prétexte que la tribu des Batongas nuit au conmierce des blancs ; 
puis ils lancent sur eux les Chakoundas, qui ne reviennent de ces expé- 
ditions que chargés de butin, et ramenant des fenunes et des enfants, 
attachés ensemble par des chaînes de fer ou par de longues et fortes 
perches de bois qui les empêchent de s'enfuir. M. Selous a vu ces hor- 
reurs de ses propres yeux ; dans une de ses explorations, il a trouvé tous 
les villages Batongas pillés et incendiés ; quelques vieillards et quelques 
femmes âgées étaient tout ce qui restait de l'ancienne population. Au 
mois de novembre, M. Walsh étant rétabli, le P. Depelchin s'est rendu 
avec lui chez les Barotsés^ pour demander l'autorisation d'établir une 
missiou au milieu d'eux ; il l'a obtenue, et a dû y envoyer deux mis- 
sionnaires. 

Les difficultés que nous signalions le mois passé dans les négociatioas 



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entre les représentants des Boers et la commission royale anglaise ont 
été aplanies, et une convention a été signée le 4 août, dont voici les 
principales clauses : la reine d'Angleterre conserve la suzeraineté du 
Transvaal ; le droit d'y avoir un ministre résident exerçant les fonc- 
tions de consul général ; le droit d'y faire passer ses troupes en cas de 
guerre imminente avec une puissance étrangère ou avec un État indi- 
gène ; le contrôle sur les relations étrangères du Transvaal, et le privi- 
lège de protéger les indigènes contre les procédés parfois un peu rudes 
des Boers. L'abolition de l'esclavage et la liberté des cultes sont garan- 
ties. Les importations anglaises ne souffiriront aucune restriction en 
dehors de celles imposées aux autres pays. Le gouvernement a dû être 
remis aux Boers le 8 août. M. Hudson a été nommé résident anglais. 

M. Modie, membre du vollcsraad du Transvaal, est venu en Europe, 
et a réussi à obtenir l'assentiment et l'appui de maisons très accréditées, 
pour la construction du chentin de fer de Pretoria à la frontièi'e 
portugaise. D'autre part une pétition de 118 négociants et habitants 
de LiourenaBo Marques demande au gouvernement portugais que 
la voie fen'ée soit construite le plus tôt possible, de la baie de Delagoa 
à la frontière du Transvaal. Les signataires font valoir le fait que 
leur ville s'est agrandie en prévision de cette nouvelle voie de com- 
munication, que des maisons étrangères s'y sont établies, et que l'ajorn*- 
nement de l'entreprise éloignerait les nouveaux arrivés. 

Un projet de M, le commandant Bridet, de la marine française, 
d'établii* des eommanicatioiis téléf^rapltiques entre les ilea 
Maseareisnes et Mada^asear, pour prévenir à temps de l'ar- 
rivée des tempêtes, a été présenté récemment à l'Académie des sciences. 
Les cyclones de la mer des Indes passent d'abord à l'île Maurice, puis 
à la Réunion, puis à Madagascar ; mais ils abordent l'île Maurice 18 et 
même 24 heures avant d'atteindre la Réunion. Avec des moyens d'aver- 
tissement on pourrait éviter, dans cette dernière île, des dégâts analo- 
gues à ceux qu'y a causés le cyclone du 21 janvier, qui avait passé 
le 20 à Maurice. D suffirait pour cela d'un câble télégraphique sous-ma- 
rin de 185 kilomètres, dont la pose ne serait point difficile. 

Nos lecteurs se rappellent la caravane de Boers arrivés au sud du 
Cunéné, après avoir perdu la moitié des leurs dans leur long voyage à 
à travers le désert de Kalahari. Le bon accueil qu'ils ont reçu des 
autorités portugaises du sud de la province d'Angola, les a engagés à 
demander au gouvernement une concession de terrain dans cette région 
fertile et l'autorisation de fonder une colonie à HuiUa. Une convention a 



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été conclue entre le gouvernement de Mossamédès et les délégués des 
Boers, par laquelle chaque famille a reçu 200 hectares de terrain en 
friche, à la condition de se soumettre aux lois portugaises ; ils ne paie- 
ront ni dîmes ni droits pendant les dix premières années à paitir de la 
concession. En cas d'attaque de la part des ijidigènes, ils auront le droit 
de se.défendre, mais devront en informer immédiatement les autorités 
administratives. Les indigènes ne pourront être dépossédés des terrains 
nécessaires à leurs plantations. L'exercice du culte des nouveaux colons 
s^era toléré. La colonie a reçu le nom de San ^anuario^ du nom 
du vicomte de San Januario, alors ministre de la marine et des colonies. 
L'autorité supérieure établira une route dans la chaîne de Chella, pour 
faciliter l'échange des produits. L'armement de la forteresse de HuiDa 
sera amélioré pour la sécurité des colons. Pour s'assurer une quantité 
d'eau suffisante aux besoins de leurs cultures, ceux-ci ont dérivé les 
eaux des rivières Névé et Canhanda, au moyen d'un canal de 5 à 6 kilo- 
mètres de 1",50 de largeur et de 1" de profondeur moyenne, à la cons- 
truction duquel ils ont travaillé avec tant d'ardeur qu'au bout de 
25 jours il était terminé, et que chaque famille était abondamment pour- 
vue d'eau. Le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour assurer 
à la colonie les secours d'un médecin et d'un phannacien, et fait tra- 
duire en hollandais le code national, pour les colons qui s'administreront 
eux-mèmeis sous la surveillance de l'autorité portugaise. 

L'insuccès de la tentative de Btlchner pom* atteindi-e le Congo 
depuis Moussoumbé, et la présence de Stanley sur le Congo inférieur, 
ont engagé la Société allemande ponr Fexplopation de l'Afri- 
que éqnatopiale à adopter une nouvelle base d'opérations poui* une 
prochaine expédition, qui partira de la côte occidentale au nord de 
réquateur, dans le voisinage du Cameroon. Il n'y a là qu'une étroite 
bande de côte, de TOcéan à la partie du continent qui réclame l'explo- 
ration, entre l'Ogôoué et le Bénoué. La Société espère pouvoir confier 
cette expédition à Bûchner, quand il sera reposé de ses fatigues. 

M. Flei^l a remonté le IViicep de Babba à Boussa, malgré les diffi- 
cultés qu'of&e la navigation dans cette partie du fleuve, dont le lit 
rétréci est semé de rochei's qui en certains endroits s'étendent sui' 
toute sa largeur. Au conmiencement de décembre il a atteint l'île 
d'Ikouâ, près de Yaurie, et comptait remonter au nord vers Gando et 
Sokoto, pour redescendre ensuite au sud-est par Kano, Jacoba et Yola à 
Ngaundéré, dans la région des sources du Bénoué. 

C'est par le Niger inférieur que s'est terminée l'expédition de Mat- 



— 50 — 

teucci et de Massari, un des plus grands triomphes de l'exploration 
contemporaine de l'Afrique, douloureusement payé par la mort de son 
chef. En attendant un rapport sur ce voykge, voici quelques détails 
empruntés à une lettre de Matteucci à la Patrie de Bologne, écrite en 
vue des Canaries, le 27 juillet. Du Ouadaï, oii les avaient laissés les der- 
nières nouvelles, les explorateurs ont pu, grâce à la protection du roi de 
cet État, atteindre le Bornou, malgré la guerre que se faisaient les petits 
souverains de territoires qu'ils devaient traverser. Quoique entouré de 
tribus sauvages, le Bornou leur a paru civilisé au point de pouvoir mar- 
cher de pair avec les États de l'Europe. Mais c'est Kano qui leur a 
laissé la meilleure impression. L'ordi'e et la paix y régnent ; la popula- 
tion très nombreuse en est industrieuse. La capitale a plus de 50000 
habitants, auxquels il faut joindre une foule de marchands et d'acheteurs 
venus de loin. Les Européens l'atteignent diflBicilement, parce que les 
routes du nord sont fermées par les Bédouins du désert et encombrées 
par les Arabes de Ghadamès ; mais quand on y a pénétré on y jouit 
d'une Uberté complète, à la seule condition de ne pas porter l'habit 
européen. Personne ne vous demande : d'où venez-vous ? où allez-vous ? 
que voulez-vous ? quelle foi professez-vous ? Musulman ou non, vous êtes 
confondu dans la foule, et vous pouvez vous livrer à loisir à l'étude de 
ses coutumes, de son commerce, de ses idées, etc. De Kano les voya- 
geurs gagnèrent le Nupé dont le roi les reçut avec ime afFabiUté toute 
particulière, et, à leur demande, fit grâce au fils d'un roi et à plusieurs 
sauvages qu'il avait faits prisonniers dans une des dernières guerres. Du 
Nupé ils ne purent gagner l'Atlantique par terre, la guerre sévissant 
toujours entre les royaumes d'Illori et d'Ibadan qu'ils auraient dû tra- 
verser. Mais, dès que le directeur général de la « United African Com- 
pany, » eut appris à Akassa leur présence à Egam, il vint les y chercher 
sur mi des vapeurs de la Compagnie, les ramena à l'Atlantique et les 
embarqua sur le Coanza en partance pour Liverpool. Matteucci soufirait 
déjà de la fièvre ; il en avait eu plusieurs accès en Afrique, mais il était 
soutenu par l'idée de rentrer bientôt en Italie, de revoir ses parents» 
ses amis, et de leur faire part des résultats de son expédition. Malheu- 
reusement, à son arrivée k Londres il fut pris d'un accès si| violent qu'il 
y succomba, malgré les soins les plus empressés de ses amis et des 
médecins. Sa dépouille mortelle a été transportée à Bologne sa ville 
natale ; à son passage à Paris, la Société de géographie a tenu à rendre 
hommage à cette nouvelle victime de la science, qui, par cette traversée 
du continent, de la Mer Rouge k l'Océan Atlantique, a pris place à côté 
(le Livingstone, de Cameroii, de Stanley et de Serpa Pinto. 



— 51 — 

L'année dernière le roi de Odé dans le Yoraba avait envoyé une 
ambassade à Lagos au gouverneur anglais, qui en avait profité pour 
demander Tabolition des sacrifices humains encore en usage dans les 
funérailles chez les gens de Odé. Cette demande n'eut pas de résultat 
inunédiat, car après le retour de l'ambassade 15 personnes furent 
encore égorgées h Odé, à l'occasion de la mort du premier ministre ; 
mais plus récemment le consul anglais, M. Hewitt, ayant fait une visite 
officielle au roi et passé huit jours à Odé, a réussi, après de longs pour- 
parlers, à conclure un traité portant l'abolition des sacrifices humains. 

Sir Samuel Rowe a été remplacé, conune gouverneur général des colo- 
nies anglaises de la côte occidentale d'Afrique, par S. Exe. Arthur 
ElIbAitk Havelock qui, à son arrivée à Sierra Leone, a adressé aux 
chefe aborigènes une lettre, dans laquelle il les assure de son désir de 
maintenir et d'affermir les relations amicales entre eux et le gouverne- 
ment britannique ; mais en même temps il leur déclare que le gouver- 
nement anglais est décidé à mettre fin aux guerres et aux actes de vio- 
lence, qui nuisent au commerce et à la prospérité de la colonie, et il les 
engage à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour accroître la richesse 
ot la civilisation de leurs peuples, en protégeant les voyageurs et les 
marchands qui se rendent chez eux, ou qui traversent leur territoire 
pour venir k la côte ou se rendre dans l'intérieur. 



NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

Les Chambres françaises ont voté une somme de 50 millions, à employer en 
acquisitions de terres et en travaux de colonisation en Algérie. 

Une Société française pour la protection des indigènes dans les colonies, ana- 
logue à la Société anglaise d'Exeter-Hall, est en voie de^création à Paris. 

D'après les calculs de M, de Lesseps, au sujet du projet de M. Roudaire, le 
bassin du Cbott Rharsa, inondé, aurait deux fois, et celui du Chott Meirir, 14 fois 
la superficie du lac de Genève. 

Il est question en Angleterre d'envoyer deux nouveaux consuls à Souakim et à 
Khartoum, pour y veiller à l'exécution des conventions relatives à la traite. 

Un nouveau voyageur, M. Jean de Muller, se propose de pénétrer dans la région 
au sud du Fazogl et de Fadasi. 

Une lettre de Cecchi annonce le retour de cet explorateur pour le mois de 
septembre. Antinori et Antonelli prolongeront encore leur séjour à Let Marefia. 

Dans son exploration de la côte du pays des Somalis, M. G. Revoil a trouvé des 
vestiges d'une colonie grecque, à laquelle se rattacherait une tribu Gallas de cou- 
leur blanche; les armes, le costume, l'idiome et les profils photographiés de per> 
sonnages de cette tribu confirmeraient cette opinion. 



— 52 — 

M. Shouwer se dirige vers le lac Victoria et de là poursuivra sa route vers 
Zanzibar. Il est accompagné d'un Italien, M. Rachetti. 

Une nouvelle expédition internationale belge est en voie d'organisation; elle sera 
dirigée par M. le capitaine adjoint d'état-major Hanssens, et M. le sous-lieutenaut 
d'artillerie Vandevelde. M. Popelin qui, avec M. Roger, avait quitté Karéma pour 
aller fonder une station sur la côte occidentale du Tanganyika, a malheureuse- 
ment succombé à un accès de fièvre et à une maladie de foie. 

M. Bloyet, chef de la station du Comité français à Condoua, à dû venir à Zanzi- 
bar pour se reposer de ses fatigues. 

Deux sociétés de géographie ont été fondées dans les colonies portugaises afri- 
caines, l'une à Mozambique, l'autre à Loanda. 

Le P. Antuses, chargé de fonder une mission à Zoumbo, sur le Zambèze, est 
parti de Lisbonne pour Mozambique. Il établira en outre à Zoumbo luie station 
météorologique et un comptoir commercial. 

Un service régulier vient d'être créé entre St-Denis (île de la Réunion), 
Mayotte et Nossi-Bé, avec escale à Ste-Marie de Madagascar, en coïncidence avec 
celui des paquebots français de Marseille à la Réunion. 

On a trouvé dans les papiers de feu le capitaine Phipson Wybrants, mort dans 
l'exploration du pays d'Oumzila, un relevé très minutieusement dressé de la Sabia, 
une des grandes rivières de l'Afrique australe, qui se jette dans le canal de 
Mozambique. La partie supérieure de son cours était à peu près inconnue ; le tracé 
de M. Wybrants permettra de corriger les erreurs des anciennes cartes. 

Par suite de l'arrangement des affaires du Transvaal, Secocoeni, dont le terri- 
toire avait été annexé par les Anglais, sera mis en liberté. 

Le major de Mechow, qui a exploré le district de Loanda, est arrivé à Lisbonne, 
ramenant deux jeunes nègres qui appartiennent à la même tribu, mais sont com- 
plètement différents quant à la forme du crâne et à la couleur de la peau. 

Outre les deux stations fondées à Yivi et à Isangila, Stanley a chargé le lieute- 
nant Harrou d'en établir une troisième à Manyanga, où M. Me Call a déjà installé 
des missionnaires. Stanley souffre d'une lièvre bilieuse d'un caractère alarmant. 

Le vicomte d'Agoult, explorateur français du Nigei;, est mort à Brass-River. 

Le D*^ Bayol a réussi à atteindre Timbo, et revient à la côte. — M. Gaboriau 
se rend aussi à Timbo, à la tête d'une expédition commerciale. 

Une nouvelle expédition entreprise sous les auspices de M. C.-A. Verminck de 
Marseille, et dirigée par M. Zweifel, va partir de Freetown pour Timbo, Falaba 
et les sources du Niger. 

M. Borguis-Desbordes, commandant de la colonne expéditionnaii-e qui accom- 
pagnait la mission topographique du Haut-Sénégal, est rentré en France. 

La fièvre jaune a de nouveau éclaté au Sénégal avec une intensité exception- 
nelle. Le gouverneur de St-Louis, amiral de Lanneau, en est mort. Avant d'être 
atteint par la maladie il avait réussi à conclure deux traités de paix avantageux 
pour la France, l'un avec les Oulad £ly, l'autre avec les chefs du Bosséa. 



-53- 

LE CHOBÉ 

L'hydi'ogi'aphie de l'Afrique méridionale doit certaiiieineut be«aucoup 
aux explorations modernes. Sans parler des progrès qu'ont fait faii-e à 
la connaissance des gi'ands lacs et des deux principaux fleuves, le Zani- 
bèze et le Congo, les voyages de Livingstoue et de Stanley, que ne 
devons-nous pas aux ti*avaux de Savorgnan de Brazza sur l'Ogôoué, à 
ceux de Schùtt sur les affluents du Congo entre le Cassai et le Quango, 
à ceux de Capello et Ivens sur cette deniière rivière, ainsi que sur le 
Quanza et ses tributaires ? D est vrai que, malgré tout ce qu'ils nous 
ont appris de ces fleuves et de ces rivières, nos connaissances hydi'ogra- 
phiques touchant cette région demeurent très incomplètes, et qu'il 
nous reste, à cet égard, beaucoup à apprendi*e. Ce n'est qu'en réunis- 
sant tous les renseignements fournis par les divei"s voyageurs qu'on 
amve à posséder une notion quelque peu exacte des grands fleuves et 
de leurs principaux affluents. C'est sur l'un des grands tributaires de la 
rive di'oite du Zambèze, le Chobé, que nous voudrions aujourd'hui atti- 
rer l'attention de nos lecteui's, en nous aidant des données foiu'nies par 
Liviiigstone, dans son premier voyage au Zambèze, et plus récemment 
par MM. Selous, Bradshaw et le major Serpa Pinto *. 

Au dire de ce dernier voyageur, qui a traversé cette rivière à ses deux 
extrémités, le nom de Chobé est inconnu des indigènes ; ceux de la 
région des sources l'appellent soit le Couando soit « la mère des rivières, » 
ceux de la partie inférieure le Linyanti ; cela n'a rien d'étonnant, la 
plupart des rivières de l'Afrique portant des noms diff^érents dans les 
diverses parties de leui* cours. Mais comme depuis 1853, époque à 
laquelle Livingstone en découvrit le confluent avec le Zambèze, le nom 
de Chobé a été employé d'ordinaire parles trafiquants et les chasseurs, 
en pai'lant du coui-s inférieur du Couando, on peut sans inconvénient 
l'appliquer à la rivière tout entière. 

Elle prend sa source dans un marais dont Sei'pa Pinto a déteiminé la 
position par 12^59' lat. S. et 16°38' long. E. de Paris, à 1362» au- 
dessus du niveau de la mer, un peu au S.-E. du Bihé, et à 300" au- 
dessous du plateau de Cangala, dont les eaux descendent, vers l'ouest à 
l'Atlantique par le Quanza, vers l'est à l'Océan Indien, par le Loungo-e- 
oungo, affluent du Zambèze, et vers le sud, au Macaricari, par le Cou- 
bango. Après avoir coupé près de leur source les tributaires de ce 



1 Tfoi 



Voir la carte annexée à cette livraison. 



— c4 — 

dernier, Serpa Piuto eut à traverser une contrée déserte d'où sortent 
plusieurs des affluents du Chobé. Il descendit l'un d'eux, le Coubangoui, 
dans son bateau de caoutchouc, et y trouva une antilope aquatique, 
espèce que les crocodiles ont chassée de la partie inférieure de la rivière, 
où Livingstone l'avait vue en 1860. Ensuite il rencontra le Couchibi, 
autre affluent du Chobé, près duquel ses noii*s lui amenèrent un jour 
deux chasseurs dont la couleur blanche le frappa ; il se fit conduire à 
leur bivouac, et y trouva un groupe de Mucassequers, dont le teint lui 
rappela les Gambaragaras de Stanley. Ils ont les yeux obliques des Chi- 
nois, les pommettes saillante,s, les lèvres grosses, la tête parsemée de 
petites touffes d'une laine très courte, et vivent par petits groupes, sans 
chefs, complètement libres dans les vastes espaces qui séparent le Cou- 
bango du Chobé, toujours eiTants, ne dormant jamais deux fois dans le 
même campement. Les hommes de cette tribu sont si forts, que les traits 
qu'ils décochent sur un éléphant s'y enfoncent tout entiei's. Es se nou- 
rissent de racines et du produit de leui' chasse ; lorsque ces ressources 
leur manquent ils nouent des relations avec leurs voisins les Ambuellas, 
avec lesquels ils échangent de l'ivoire contre des vivres. 

A quelques kilomètres au-dessous de sa source, le Chobé est déjà im 
cours d'eau considérable, et, de l'avis de Sei^pa Pinto, c'est la rivière la 
plus importante pour le développement futur de cette région ; en effet, 
tandis que le cours moyen du Zambèze est souvent interrompu par des 
rapides et des cataractes, le Chobé offre, sur une longueur de 1000 kilo- 
mètres environ, une route fluviale qui, malgré beaucoup de méandres, 
est utilisable presque depuis la source jusqu'à l'embouchure dans le 
Zambèze. Les tributaires de son cours supérieur, le Queimbo, le Cou- 
bangoui, le Couchibi et le Chicouloui sont également navigables. Le 
vieux négociant SUva Porto qui, déjà dans les années 1852-1854, tra- 
versa le continent, de Benguela au cap Delgado, a affirmé à Serpa 
Pinto que lui et d'autres trafiquants ont descendu le Couchibi et le 
Chobé jusqu'à Linyanti, la ville principale des Makololos à l'époque de 
Livingstone, aujourd'hui déserte par suite des guerres qu'ont faites à 
ces derniers les tribus voisines. L'embouchure du Chobé étant à une 
altitude de 940*", il ne descend que de 422" depuis sa source. 

A partir du point où Serpa Pinto a traversé cette rivière poui* se diri- 
ger vers le Zambèze, nous ne savons, sur la continuation de son 
cours, pendant 800 kilomètres environ, que ce que Silva Porto en a dit 
à l'explorateur portugais. 

Mais si les renseignements sur la pllis grande partie du cours moyen 



,. ■ t. 



— 00 — 

du Chobé D0U8 font encore défaut, en revanche nous en devons à 
MM. Selous et Bradshaw, ainsi qu'à Liviiigstone, d'assez détaillés sur 
les 200 kilomètres qui précèdent immédiatement son embouchure. 

M. Selous qui a exploré cette répcion à trois reprises, en 1874, en 
1877 et eu 1879, pendant la saison sèche, du commencement de juin à 
la fin de septembre, rapporte qu'au dire des indigènes, à Mtembanjé, à 
200 kilomètres environ du confiu(3nt avec le Zambèze, un bras se détache 
du Chobé, et sous le nom de Machabé court vers le sud, puis vers le 
sud-est, tantôt dans des marais dans lesquels on n'aperçoit plus la 
rivière, tantôt dans un lit de 15™ de large. A son tour le Machabé se 
divise en deux bras dont l'un le Mababé, coule vers le nord et va se 
perdre dans un lit de roseaux, l'autre, le Tamalakan (le Taraounaklé de 
Liviugstone), se dirige vers le sud et porte ses eaux au Botlétlé. On se 
rappelle qu'en remontant ce dernier cours d'eau, arrivé à l'embouchure 
du Tamalakan, Livingstone, s'informant d'où il venait, reçut pour 
réponse qu'il descendait d'un pays où il y avait tant de rivières que per- 
sonne ne pourrait en dire le nombre ; il comprit que la région qui se 
déployait devant lui n'était pas l'immense plateau sablonneux des géo- 
frophés, et la pensée de trouver un fleuve navigable, qui pût permettre 
d'arriver à cette contrée entièrement inconnue, s'empara de son esprit 
pour y grandir de jour en jour. Quant au Tamalakan, l'eau en était si 
transparente, si fraîche et si douce, qu'il pensa qu'elle provenait de la 
fonte des neiges. 

M. Selous, qui est essentiellement chasseur, a suivi le Mababé et le 
le Machabé dans une partie de leur cours, mais n'a pas remonté ce der- 
uier jusqu'à l'endi'oit où il se détache du Chobé ; il en quitta les bords 
pour remonter vers le nord et atteignit bientôt la Sounta, autre émis- 
saire du Chobé, très plein aussi à cette époque, et dont les eaux rou- 
laient très fort en septembre 1879, 'jusqu'au delà de Goh-ha-hill où 
elles se perdaient dans des marais. L'année auparavant, la crue ayant 
été moins forte, elles s'étaient arrêtées à moitié chemin. Au nord de la 
Sounta l'on rencontre de grandes plaines d'alluvion comprises entre 
deux bras du Chobé, et dans lesquelles celui-ci se répand à mesure 
qu'il monte, pour y former de vastes lagimes. Les natifs y creusent des 
fossés de 70 centimètres de profondeur, pour prendre le poisson qui y 
pénètre aux hautes eaux et ne peut plus en sortir quand les eaux ont 
baissé. 

Toute la contrée au sud du Chobé est très marécageuse. Avant 
d'atteindre les bords de la rivière, Livingstone vit sa marche entravée 



- 56 — 

par de petits coui'S d'eau de 6™ de large et de plus de 1"* de profondeur, 
qui augmentaient à masure qu'il avançait vers le nord. Les éléphants y 
ayant fait d'énormes trous en allant d'un bord à l'autre, ses bœufs y 
enfoncèrent, cherchèrent à en sortir par un etîort désespéré et cassèrent 
le timon de sou chariot, eu sorte qu'il dut se mettre dans l'eau jusqu'à 
la poitrine et y travailler pendant plusieurs heui'es. Cette grande quan- 
tité d'eau provenait du Chobé, et l'uu des bras qui lui barra longtemps 
le passage n'était, suivant lui, que l'un de ceux par lesquels cette rivière 
envoie au sud-est la surabondance de ses eaux. 

Une remarque générale faite par M. Selous sur le Chobé, le Machabé, 
le Mababé et le Tamalakau, c'est la ciiie simultanée de leurs eaux pen- 
dant la saison sèche, de juin en septembre. Tous ces cours d'eau 
sortent alors de leur lit marqué par des roseaux, et inondent la plaine 
jusqu'à une certaine distance. Le Mababé entre autres, à sa plus grande 
hauteur, dépasse de plus de 1 '/a kilomètre ses limitas du commence- 
ment de juin. Et, chose étonnante, tandis que le Chobé et ses émissairas 
commencent, dès que la saison des pluias est passée, à déborder et à 
inonder la plaine marécageuse à travers laquelle ils coulent, et qu'ils 
atteignent leur maximum de hauteur à l'époque de l'année où la chaleur 
est la plus intense, le Zambèze, au contraire, baisse dès que la saison 
des pluies est finie et pendant toute la saison sèche. Il semble qu'il y ait 
là un fait analogue à celui qui se produit en Suisse, oîi les coui-s d'eau 
qui descendent des Alpes atteignent leiu- maximum de hauteur pendant 
l'été et leui' minimum pendant l'hiver, tandis que ceux qui viennent du 
Jura sont bas en été et hauts à la fin de l'hiver. Aussi, à première vue, 
puisque le volume d'eau du Chobé augmente dès que la température 
s'élève, on serait porté à croire qu'il doit avoh* ses sources dans de hau- 
tes montagnes, sur lesquelles la neige persiste pendant la saison la plas 
chaude de l'année. Mais, si tel était le cas, les Mambaiis, natifs de la 
côte occidentale, qui trafiquent pour des maîtres portugais et descen- 
dent la rivière et le Zambèze chaque année, les aimaient vues et signa- 
lées. Il devrait d'ailleurs en être de même pour le Zambèze, dont quel- 
ques affluents sortent de la même région, en particulier le Loungo-e- 
oungo, la Ninda et le Nhengo, traversés également par Serpa Pinto qui 
ne signale point de montagnes neigeuses dans cette partie de l'Afrique. 

A mesure que de Mtembanjé l'on descend le Chobé, une superficie 
de terrain toujours plus considérable se trouve sous l'eau pendant l'inou- 
dation; tout le pays, aussi loin que la vue peut s'étendre, est conmie un 
lac immenise. L'alluvion qui y est déposée rend le sol très fertile; le.s 



— 57 — 

oatiÊ Toat cultivé jusqu'au moment oii les Matébélés de Mosilikatsé 
vinrent ravager la rive méridionale, et les obliger à passer sur la rive 
septentrionale. Ici Ton ne trouve plus latsetsé, tandis qu'elle infeste 
encore toute la région au sud du Chobé. Sui' la rive septentrionale est 
située la ville de Ramasokatan, au delà de laquelle la rivière fait un gi*and 
coude vers le nord, pour reprendi*e ensuite son coui-s et le poursuivre 
vers l'est jusqu'à son embouchure. Elle s'élargit parfois jusqu'à attein- 
dre 40O". On y rencontre des îles, et, à quelques kilomètres du con- 
fluent, des rapides, les seuls de tout le cours de la rivière, formés par 
une chatue de rochers, courant vers le nord sur une longueur de 800" et 
créant aussi des rapides dans le Zambèze. Quelques-unes des îles de ces 
rapides sont couvertes d'un sable sonore, qui crie quand on marche 
dessus. En certains endroits les bords de la rivière sont couverts de 
forêts épaisses ou de longues herbes, dans lesquelles se tiennent des trou- 
pes d'hippopotames. D y a quelques années il y avait encore là des 
éléphants et des buffles, mais l'introduction des armes à feu parmi les 
natifs les a presque tous chassés. 

Non loin de l'embouchure se trouve la ville d'Impalera (Mparii*a 
de Livingstone) par 22"* 59' long. E. et 17'' 49' latitude S:, à une 
altitude de 979" d'après les déteiminations de Serpa Pinto. Naguère 
encore tmpalera était occupée par les Masoubias, sous un chef nommé 
par les Barotsés, mais, aux dernières nouvelles reçues par M. Bradshaw, 
ils avaient dû s'enfuir devant ceux-ci au delà du Chobé, avec l'intention 
de s'établir sur les bords du Mababé, dans les états de Khamé roi des 
Bamangouatos, et Impaiera était déserte. A l'époque où elle étaitencore 
habitée, les Masoubias devaient, pendant la crue annuelle du Chobé, 
quitter poui' quelque temps leui'S habitations, dans lesquelles les eaux 
s'élevaient à 70 centimètres. 

Vis-à-vis d'Impalera est établie une station commerciale, dans le voi- 
sinage de laquelle est une source thermale saline, dont la température 
est si élevée qu'on peut à peine y tenir la main. Le sol enviromiant est 
spongieux, mais, à moins d'un mètre de profondeiu*, on trouve le roc 
compacte. Chaque année, quand la rivière monte, la source est couverte 
par les eaux du Chobé ; puis, quand celles-ci ont baissé, on trouve sur le 
sol et sur toutes les plantes d'alentour une épaisse croûte d'un sel 
pur et fort. La source donne naissance à un cours d'eau tranquille, 
peu profond, d'un mètre de large, qui se rend au Chobé ; il est rempli 
de petits poissons qui ne paraissent pas incommodés par la chaleur de 
Teau. 



« 



— 58 — 

Au confluent le Chobé a encore 200" de large ; la berge de la rive 
méridionale a 4"" de hauteur, tandis que la rive opposée est couverte de 
roseaux à trois kilomètres de distance. A l'époque de la crue des eaux, 
qui montent de 5 ou 6 mètres, tout l'espace compris entre la rivière et 
le Zambèze n'est qu'un grand lac. 

Toutefois, M. Selous estime que depuis un certain nombre d'années 
le régime des eaux de cette région subit des modifications sensibles. 
D'après Baines, le Tamalakan était si plein, en mai 1863, qu'à l'endroit 
ot il se verse dans le Botlétlé ses eaux couraient à la fois au S.-E. et au 
S.-O. Autrefois le Botlétlé montait si haut chaque année, que ses eaux 
débordaient et se répandaient dans une grande saline appelée Ntoué- 
toué, mais depuis quelques aimées il ne l'a point atteinte. D'ordinaire 
son inondation s'avance vers le sud jusqu'aux jardins des Makalakas 
soumis à Khamé, qui se servent de ses eaux pour leurs cultures; 
en 1879 elle leur a manqué et ils ont perdu toutes leurs récoltes. 
En 1877 et en 1879, M. Selous a trouvé à sec une immense étendue de 
pays qui avait été complètement inondée en 1874, et il a appris de« 
indigènes, qu'en 1878 le Chobé s'était élevé moins haut qu'en 1877 et 
surtout qu'en 1874. Au reste, cette diminution des eaux n'est pas le fait 
du Chobé seulement. Livingstone la signalait déjà dans le désert de 
Kalahari, et les missionnaires qui travaillent dans le Damaraland la 
constatent également. En ce qui concerne le bassin du Chobé en parti- 
culier, outre les lacunes que présentent encore nos comaaissances à cet 
égard, l'hydrographie de cette région appelle de nouvelles explorations 
pour déterminer exactement, soit l'époque de la saison des pluies, soit 
celle de la crue de la rivière et de ses émissaires. D'après Bradshaw, 
l'inondation commence en janvier et dure jusqu'à la fin de mars et 
même en avril ; d'après Selous elle a lieu de juin à septembre. Les 
futurs explorateurs ne manqueront pas d'étudier cette question. 



LES PY6MÉES DE L'AFRIQUE 

L'an dernier nous avons entretenu nos lecteurs des peuplades anthro- 
pophages de l'Afrique. Aujourd'hui nous voudrions leur parler d'une 
autre particularité remarquable des races de ce continent, et en étudier 
les peuples nains. 

Au premier abord le lecteur se montrera peut-être quelque peu 
incrédule; il parlera d'observations mal faites, de récits exagérés. 



-- 59 - 

de contes de fées, mais il aura tort, car les voyageurs qui nous ont donné 
des renseignements au sujet de ces peuplades sont pour la plupart con- 
nus pour leur esprit inipartial, leur jugement sain, et la justesse de leurs 
observations. Sans doute, il ne faut pas croire que les pygmées afiricains 
ressemblent aux anciens nains des fabulistes. Les deux mots pygmées et 
nains ne s'appliquent pas strictement, avec le sens que nous leur don- 
nons d'ordinaire, aux tribus dont nous parlerons plus loin. Ce que Ton 
peut dire, c'est qu'il existe des races africaines dont les individus sont 
certainement de 15 à 20 centimètres plus petits que la généralité des 
autres hommes. 

Les anciens auteurs, Hérodote et Aristote entre autres, signalent 
l'existence d'un petit peuple au delà du désert, près de la région des 
lacs oii le Nil prend sa source. Mais leurs affirmations ne reposent que 
sur des traditions, tandis qu'aujourd'hui un ^sez grand nombre de 
voyageurs mentionnent ces races d'après leurs propres observations. 

Du Chaillu parcourant lé pays des Achangos {V5S' lat. S. et 11°56' 
long. E.), découvre une tribu de chasseurs nomades nonmiés Obon- 
gos. Leur couleur est d'un jaune sale, moins foncé que celui des Achan- 
gos. Leurs cheveux croissent par petites touffes. Ils mènent une vie 
misérable sous des huttes de feuillage, ne mangeant que des racines 
ou des animau^ pris au piège. Quant à leur taille, elle n'est que de 
quatre pieds sept pouces (1",39). Jusque-là rien de trop extraordinaire ; 
mais nous hésitons à croire Du Chaillu lorsqu'il nous dit que leur (Mrps 
est extrêmement velu. On peut penser qu'ici le voyageur a donné libre 
carrière à sa fantaisie, et ce qui nous confirme dans cette opinion, 
c'est que Du Chaillu, qui a vu un grand nombre d'Obongos, n'a pas 
observé lui-même ce singulier caractère, mais s'appuie sur les récits des 
indigènes pour l'attribuer à la race entière. 

Un ancien auteur, Battel, parle aussi d'un peuple nain, les Ma- 
timbos ou Dongos, qu'il place dans la même région que celle oii Du 
ChaiUu trouva les Obongos. Les auteurs portugais du commencement 
du dix-septième siècle, et à la même époque Dapper, décrivent un peu- 
ple pygmée que les premiers appellent Bakkas-Bakkas, le second Bak- 
késbakkés ou Mimos. D'après Dapper ces petits honunes se rendent 
invisibles par l'effet d'un ceitain art diabofique, et ils tuent les éléphants 
sans se donner beaucoup de peine. 

D'autre part, le voyageur Escayrac de Lauture, d'après les rapports 
des indigènes du Baghirmi, signale à l'ouest du lac Koéi-Dabo, situé à 
60 journées de marche au S.-S.-E, de Maséna (capitale du Baghirmi), 



M 
I 

. I 



— 60 — 

la peuplade des Mala-Ghilagés (hommes à queue), dont la taille serait 
petite et qui auraient le teint plutôt blanc. Schweinfiirth croit que la 
mention de la queue dont ces petits hommes sont gratifiés n'est que 
récho d'une fable répandue dans tout le Soudan. 

C'est encore dans cette partie de l'Afrique que le révérend Koellé a 
placé les peuplades naines des Kenkôbs et des Betsônes, sur lesquelles 
il a eu, à Freetown, des renseignements de témoins oculaires, qui lui ont 
parlé aussi d'un lac ou d'une grande rivière appelée Liba ou Riba; 
c'était près de là qu'existait cette petite race dont les individus n'avaient 
que trois ou quatre pieds de haut, et portaient les cheveux longs comme 
la main avec une grande barbe. Ils vivaient exclusivement du produit 
de leur chasse et étaient très habiles à poursuivre le gibier. 

En réunissant tous les renseignements que nous venons d'énumérer, 
nous pourrions déjà affirmer qu'il se trouve dans la région centrale de 
l'Afrique, entre les lacs Albert et Tchad, un groupe de peuplades appar- 
'tenant à une race de plus petite stature que les nègres. Mais ce qui 
précède est encore bien peu de chose, et les traits caractéristiques de 
ces peuples seraient presque inconnus, sans les voyages importants de 
Schweinfiirth, Miani, Mamo et ChaiUé^ong, 

Schweinfiirth, dans son expédition aux pays des Niams-Niams et des 
Mombouttous, vit un grand nombre de petijg hommes, que les indigènes 
nonmiaient Akkas et qui accompagnaient le roi Mounza. La rencontre 
qu'il fit au sud de la résidence de ce chef, chez Moummeri, de plusieurs 
centaines de guerriers akkas, est assez caractéristique pour être racon- 
tée. « Un soir je me vis entouré, dit-il, d'une foule de petits bonshommes 
qui me parurent jouer aux soldats, et que je pris pour des gamins d'une 
rare insolence. Ils avaient l'arc tendu et me visaient d'un air qui me fit 
éprouver une certaine irritation. « Ce sont des Akkas, me dirent mes 
« Niams-Niams. Tu les prends pour des enfants ; ce sont bel et bien des 
hommes, et des hommes qui savent se battre. » L'arrivée du chef, qui 
>1nt me saluer, mit fin à la scène et m'empêcha d'étudier davantage 
son petit régiment. » Mais Schweinfiirth put observer à loisir les Akkas 
du roi Mounza* et en donner une description détaillée, 
t Miani de même rencontra des Akkas nains, appelés aussi par las 
ii]Ldigènes Mabongos. Quand Miani« de retour de ses voyages, parla de 
ce peuple, on nia qu'il l'eût jamais vu. Dans une seconde expédition, 
dont il n'est malheureusement pas revenu, il eut la joie de pouvoir s'em- 
parer de deux Alîkas, qui fiirent recueillis par Schweinfiirth. Ce dernier 
amena les Akkas au Cab*e, (^ota ils furent conduits en Italie oh nous les 
retrouverons. 



— 61 — 

Deux femmes Akkas ont été vues par le voyageur autrichien Marno : 
la première était une petite fille de dix à douze ans ; la seconde avait 
vingt-cinq ans. En contact avec les cannibales Niams-Niams, ces Âkkas 
croyaient que Marno les achetait pour les manger, mais des présents 
les calmèrent bientôt. 

Enfin les Akkas ont été observés et même photographiés par le colo- 
nel ChaiUé-Long. 

On peut donc dire que l'existence de ces tribus naines au centre de 
TAfirique, s'étendant probablement sur un grand espace, n'est plus con- 
testable. 

C'est le D*" Schweinfurth qui, sans contredit, a le mieux observé les 
Akkas et nous a donné sur leurs mœurs les plus grands détails. Il put 
même prendre avec lui Tun d'eux, que le roi Mounza lui avait donné en 
échange d'un chien. Ce nain, du nom de Nsévoué, avait un teint clairet 
mesurait l^ïéO. Le docteur espérait l'amener sain et sauf en Eiux)pe, 
mais il mourut à Berber d'une dysenterie causée par sa gloutonnerie. 

La couleur des Akkas est d'un brun mat assez clair, celui du café peu 
brûlé. Ceux que Schweinfurth a vus avaient peu de barbe et une cheve- 
lure courte et laineuse. Mais, d'après les récits qu'on lui fit, ceux qui se 
rencontrent phis à l'ouest ont au contraire une forte barbe, qu'ils arran- 
gent en longues pointes raidies avec de la poix. Les Akkajs ont la tête 
grosse et hors de toute proportion avec le cou mince et taible qui la 
supportef. Les bras ainsi que le corps sont d'une longueur anormale. 
La poitrine, plate et resserrée dans le haut, va s'élargissant jusqu'à 
rénorme panse qui fait ressembler les Akkas, si âgés qu'ils soient, aux 
enfants égyptiens et arabes. Le dos est fortement arrondi ; l'épine dor- 
i^ale est tellement souple, qu'après un repas copieux, le centre de gra- 
vité se déplace et la partie lombaire de l'échiné se creuse. Les genoux 
sont gros et noueux, les autres articulation^ de la jambe saillantes et 
anguleuses, et, les pieds tournés plus en dedans ^e ceux des autres 
Africains. L'allure serait difficile à qualifier : c'est un balancement, 
accompagné de soubresauts qui se propagent dans tous les membres ; 
Nsévoué n'a jamais pu porter un plat sans en répandre plus ou moins le 
contenu. Les mains sont d'une déhcatesse remarquable. Mais ce qui 
caractérise la race, c'est la tête. L'angle facial des Akkas est de soixante 
à soixante-dix degrés. La mâchoire se projette en museau, d'autant plus 
accusé que le menton est fuyant. Le cr&ne est large, presque sphérique, 
et présente un creux profond à la racine du nez. Les Akkas ont d'énor- 
mes oreilles, à l'inverse des auprès peuplades de la même région ; en 



— 62 - 

revanche leurs lèvres sont moins épaisses. Leur visage est très mobile. 
Le jeu des sourcils, la vivacité des yeux, les gestes rapides des mains et 
des pieds leur donnent un aspect infiniment drôle. 

Quant aux deux Akkas amenés en Italie, et placés sous la protection 
du comte Miniscalchi à Vérone, Taîné, Thibaut, a vraisemblablement 
19 ans ; sa taille est de l",42 ; on croit qu'il a atteint son maximum de 
croissance ; en revanche le cadet, Chaïralla, croît encore ; il a|l"',41, et 
Ton suppose qu'il a 16 ans. La forme du crâne semble se rapprocher de 
celle des dolychocéphales ; le prognatisme est très marqué, la bouche 
grosse, avec des lèvres épaisses s'écartant l'une de l'autre ; les dents 
sont extrêmement blanches. Une touffe de poils uoh-s laineux commence 
à poindre sur les joues, au menton et à la lèvre supérieure de Thibaut ; 
Chaïralla au contraire n'a encore aucune trace de barbe. Tous deux 
parlent, lisent et écrivent l'italien, mais ils ont oublié leur langue 
maternelle et l'arabe qu'ils avaient appris dans leur enfance. Us jouis- 
sent d'une bonne santé, et se conduisent généralement bien, mais ils 
sont extrêmement enfants dans leurs inclinations. 

Les renseignements que nous avons sur les Obongos, les Matimbos, 
les Kenkôbs, sont trop vagues pour que l'on puisse dire si, avec les Akkas, 
ils ne constituent qu'un seul peuple disséminé sui' plusieiu^ points, ou 
si, faisant partie de la même race ils forment des variétés, des groupes 
différents ayant quelques caractères communs. La comparaison a pu 
cependant se faire entre les Akkas et un autre peuple de petite taille, 
les Bushmens du sud de l'Afrique. Les deux tribus ont entre elles une 
ressemblance frappante. Le véritable Bushmen ne mesure qu'un mètre 
quarante-quatre centimètres , c'est-à-dire seulement quelques centi- 
mètres de plus que les Akkas. La couleur est la même chez les uns et 
chez les autres. Aucun des deux peuples n'a de barbe ; la forme du corps, 
de la tête et des oreilles des Bushmens est tout à fait analogue à celle 
des Akkas. La seule différence sensible est dans l'œil, que les Bush- 
mens ont très petit, à peine visible, tandis que chez les Akkas il est 
bien fendu et largement ouvert. 

Enfin, ce qui est aussi caractéristique, les peuplades naines sont 
toutes d'mie timidité farouche à l'égard des étrangers, et se trouvent 
complètement isolées au milieu des autres peuples africains, qui les 
exècrent et les regardent comme très peu supérieures au singe. Cepen- 
dant, si pour les Bushmens, cette mésintelligence avec les peuplades 
voisines se traduit par une sorte de chasse organisée contre eux, les 
Akkas au contraire sont bien traités par les Mombouttous au milieu 



— 63 — 

d^uels ils vivent, parce que ces derniei^s les craignent et qu'ils en ont 
besoin, les nains étant d'excellents chasseurs. D'api*ès Du Chaillu, les 
Achangos accordent de même leur protection aux Obongos. 

Taudis que, poui* M. Hartmann, cette petitesse de coi'ps et ces carac- 
tères particulière ne séparent pas suflisamment les peuples nains des 
autres, poui* Schweinfurth au contraire, ces tribus ne sont que les 
débris d'une race autochtone, qui va disparaissant de tous côtés par 
suite des gueires continuelles dont l'Afrique est le théâtre. 

Schweinfurth rattache aussi à cette même race le petit peuple 
uain des Dokos, qui habitent au sud de Kaffa et sont très connus à Zan- 
zibar, oii on les appelle Bérikimos ou gens de deux pieds. 

Quant aux populations pygmées de Madagascai* appelées Kimos, le 
savant docteur ne croit pas qu'il y ait entre elles et celles de l'Afrique 
centrale des liens de parenté ; il appuie son opinion sur le fait que tout 
à Madagascar, flore, faxme, habitants, diffère de l'Afrique. 

Pour terminer nous donnerons un tableau comparatif des peuplades 
pygmées de l'Afrique avec d'autres nations du globe. 

Gentimètret. Centimètres. 

Patagonien 178-180 Indigène des îles Anda- 

man 156 

Cafre 179 Bushmen 144 

Européen 165 Lapon 144 

Xègre 165 Obongo 133à 152 

Chinois 163 Akka 135 à 150 

Australien 162 Esquimau 130 (?) 



BIBLIOGRAPHIE ' 

Conte Luigi Pennazzi, Sudan orientale. Napoli, 1881, in-12, 50 p. 
— Voulant montrer de quelle importance serait pour l'Italie, au point 
de vue commercial, l'ouverture de la vaste région comprise entre le Haut- 
Nil et la mer Rouge, le comte Louis Pennazzi a exposé, dans une con- 
férence tenue au Club africain de Naples, les résultats des observations 
qu'il a faites dans un premier voyage à Sennaheit, Kassala, Sennaar, 
Keren, etc. Cette expédition, enti'eprise avec le capitaine Bessone, n'était 

' On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Bhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et dvilùfée. 



— 64 — 

d'ailleurs qu'un voyage de préparation à une série d'explorations qu'il 
va commencer. Il s'avancera par Kassala et Galabat vers le pays des 
Grallas, puis traversera le Grodjam et une partie de l'Amhara, et descen- 
dra sur Assab en cherchant une route courte, facile et sûre, qui per- 
mette d'attirer vers la colonie italienne les caravanes allant aujourd'hui 
h Massaoua et à Souakim. Après avoir payé un juste tribut d'éloges à 
Gressi, et constaté les résultats obtenus par les explorateurs Antinori, 
Cecchi, Blanchi, Matteucci et Massari, il a recommandé aux Sociétés 
italiennes de concentrer leurs efforts : le Club africain de Naples, sur 
Assab ; la Société de géographie de Rome, sur le Choa ; la Société com- 
merciale de Milan, sur la vallée du Nil, et la Société milanaise d'explo- 
ration, sur la Cyrénaïque. 

Du Mont Pappua et de sa synokymie avec le Djebel-Nador, par 
Alexandre Pcqner^ vice-président de l'Académie d'Hippone. Constan- 
tine (typ. L. Arnolet), 1880, in-8, 31 p. et pi. — Jusqu'ici la tradition 
avait fait, tantôt du massif de l'Edough qui domine Bone, tantôt du 
Babor ou encore de l'Aurès, la retraite de Gélimer, roi des Vandales, 
fuyant devant Bélisaire. Par une étude complète et sagace des textes 
de Procope, secrétaire du général de Justinien, et des lieux décrits dans 
son histoire de la guerre des Vandales, M. Papier montre qu'il y a 
beaucoup plus de raisons pour identifier le mont Pappua de l'auteur 
grec avec le Djebel-Nador. Une inscription trouvée dans ce massif, à 
l'entrée de la mine de Hammam N'baïls, où les Romains exploitaient 
déjà les gisements de minerai de zinc dans lesquels la société de la 
« Vieille Montagne » trouve .encore à puiser si largement, vient à 
l'appui de l'opinion exposée dans cette savante dissertation. 

Zanzibar, la côte orientale d'Afrique et l'Afrique équatoriale, 
par Alfred Rahaud. Marseille, 1881, in-8**, 88 p. et 2 cartes. — Le rôle 
important que Zanzibar paraît appelé à jouer dans les destinées de 
l'Afrique équatoriale, a engage le savant président de la Société de 
géographie de Marseille à réunir dans ce mémoire tout ce que l'on sait 
de cette île, qu'un séjour d'une année lui a fourni l'occasion d'étudier 
complètement. Après un récit des péripéties de son voyage, qui per- 
mettent d'apprécier les progrès réalisés depuis 1853 dans les moyens de 
communication, il donne un résumé de l'histoire de Zanzibar et y joint 
la revue de toutes les expéditions qui ont pris cette île conmie point de 
départ pour pénétrer dans l'intérieur. 



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'-•1 

— 65 — /^ 

l'(BODL:LIBr.ri 
BULLETIN MENSUEL (5 octoiyra 1881). \:^/> -. ^- "e .^ 

En attendant que commence la pampagne d'automne projetéecôïïlre 
l'oasis de Figuig ', le point autour duquel se concentrent les préparatifs 
de cette expédition est Méchéria, qui, par les avantages de sa posi- 
tion et par ses ressources en eau, deviendra un des postes français les 
plus importants de Textrême sud. Situé un peu au delà de Géryville,' 
dans une contrée assez montagneuse, il est sur la ligne d'eau qui con- 
duit à Tiout et à Moghar. Ses puits sont célèbres par l'abondance, la 
limpidité et la fraîcheur de leurs eaux que l'on trouve à 1 ou 2 mètres 
du sol. H n'y a là que quelques habitations ; c'est une simple station 
d'eau oti s'arrêtent les caravanes. Mais en fortifiant ce point on peut 
dominer tous les ksours jusqu'à Figuig, à la condition qu'il soit relié 
avec les postes du Tell par une voie ferrée; c'est à cela que servira la 
ligne de Saïda à Méchéria. La section de Salda au Kreider avance rapi- 
dement. Si l'oasis de Fi||^a% est plus tard occupée par les Français, 
la colonie y gagnera un lieu d'échange important. Les marchandises les 
plus diverses y arrivent, d'ime part de Tafilet et de Fez qui lui font par- 
venir tous les objets de fabrication européenne venus de Gibraltar par 
Mogador et Tanger, et d'autre part du Soudan dont les produits lui 
sont apportés par des caravanes. Elle est admirablement cultivée et le 
régûne des eaux y est réglementé d'une manière supérieure. Ses habi- 
tants sont très belliqueux, et si les Ouled Sidi Cheicks font alliance avec 
eux, la conquête de cette oasis pourra coûter aux Français plus de sang 
qu'ils ne le pensaient d'abord. — Les incendies auxquels ont eu recours 
les Arabes coûteront déjà des sacrifices d'argent considérables. 

En Tonisie, l'occupation de Gabès, de Sousse et de Sfax par les 
Français n'en laisse pas moins l'intérieur en proie à l'agitation provo- 
quée par le fanatisme des Arabes. 

M. Godefroy Roth, envoyé en mission dans les oasis à l'ouest 
d'Alexandrie, par le service pour la répression de la traite, a communi- 
qué aux journaux allemands des renseignements intéressants sur son 
expédition, en particulier, sur l'oaaia de Sivirah, à la frontière occi- 
dentale du territoire égyptien. D'Alexandrie, il a mis 24 jours pour 
franchir les 175 kilomètres qui la séparent de la Méditerranée. L'arrivée 

^ En vue des événements qui vont se passer dans le sud de la province d^Oran 
et au Figuig, nous donnons, de cette province et du territoire marocain de la fron- 
tière, une carte que nos lecteurs trouveront à la fin de cette livraison. 

l'aFUQUB. — TBOlSlilCB ÀNN^B. — N® 4. 4 



— 66'— 

d'un Européen était un spectacle si nouveau pour les habitants, qu'elle 
excita chez eux une vive curiosité mélangée d'une certaine méfiance. 
Le village situé au milieu de l'oasis compte à peu près 2,000 âmes ; il 
est entouré de murs flanqués de tours carrées; les rues en sont étroites, 
tortueuses et couvertes en partie par des planches et des étoffes pour 
garantir les passants contre les ardeurs du soleil, A deux journées de 
marche du village se voient encore les ruines du temple de Jupiter 
Ammon. Plus de 50 sources alimentent l'oasis, mais peu d'entre elles 
donnent de l'eau véritablement douce. La plupart contiennent des eaux 
saumâtres qui sortent de la terre à une température de près de 30°, et, 
pendant les chaleurs torrides de l'été, dégagent des miasmes qui engen- 
drent des fièvres paludéennes. A trois jours de marche de Siwah, dans 
la régence de Tripoli, se trouve l'oasis de Djerbah où réside le cheik Sidi- 
el-Mahedi, honune d'une haute intelligence et d'une grande bonté, dont 
l'influence s'étend sur toutes les populations du désert, depuis les États 
de Tripoli jusqu'à ceux du Soudan. On lui doit l'établissement, au 
milieu du Sahara, de plus de cinquante stations où- les caravanes trou- 
vent de l'eau et reçoivent l'hospitalité. Aussi a-t-U été surnommé par 
les tribus du désert le bienfaiteur des Bédouins. 

Nous n'avons pas à entrer dans les détails de l'agitation militaire 
dont le Caire a été le théâtre et qui a amené Chérif-Pacha à la tête 
du ministère. Signalons cependant comme un progrès pour l'Egypte, 
l'établissement d'un Conseil d'État, et, d'après le Standard, le projet 
du khédive de proclamer l'abolition complète de l'esclavage. 

Un voyageur de commerce français, M. Pinchard, parti d'Aden, au 
mois de mai 1879, pour le compte d'une maison de Lyon, en vue de cher- 
cher la route la plus courte de Harrar au pays des Aronasis Gai- 
las, au sud du Choa, d'en étudier les produits, et de nouer des relations 
avec les chefs pour ouvrir une voie nouvelle au commerce français, est 
arrivé récenmient au Caire, après avoir réussi à engager le chef des 
Aroussis à entrer en rapport avec les Européens. De Harrai*, U s'est 
dirigé vers l'Hawach qu'il a remonté, sur im parcours de 130 kilomè- 
tres, jusqu'à Rounni, possession du roi Ménélik. Il a porté à celui-ci 
quelques présents à Ankober, et a reçu de lui un laisser passer l'autori- 
sant à requérir, pour l'alimentation de sa caravane pendant sa tra- 
versée du Choa méridional, 500 rations de pain par jour, 9 tètes de 
bétail, de l'hydromel, du beurre, etc. A Finfinny, il fut retenu pendant 
cinq mois et demi par la saison des pluies, après laquelle il se rendit à 
Syrss, dans le Kaffa, dont la reine le reçut avec une royale hospitalité. 



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— 67 — 

De là, continuant sa route vers le pays des Aroussis, il put constater 
que les plaines du Kaffa sont arrosées par de nombreux cours d'eau, 
bien cultivées, peuplées d'habitants doux, loyaux et hospitaliers, et que 
le gibier y abonde. Sur les frontières du Kaffa, en revanche, la grande 
tribu des Moummenys se montra hostile. Enfin, après avoir traversé 
les montagnes qui séparent le territoire de cette tribu de celui des 
Aroussis, il arriva dans la capitale de leur chef, El-Hadj-Oua-Ria-Kharou, 
qui lui fit un excellent accueil, et lui promit de s'entendre avec les chefs 
des tribus voisines, pour ouvrii' au commerce avec l'Europe la route de 
son pays aux frontières égyptiennes au sud de Harrar. Il recevrait 
volontiers du cuivre, des étoffes, des verroteries, en échange de café, 
de dents d'éléphants, de poudre d'or et de pierres précieuses. M. Pin- 
chard regagna Harrar directement en trente-quatre jours, mais il estime 
qu'à l'avenir, et avec des caravanes bien organisées, on pourra accom- 
plir le trajet de Zeila au pays des Aroussis en trente-cinq jours. 
M" Touvier qui, du Choa, avait dû se transporter à Harrar, se propose 
d'aller fonder une mission dans ce pays et au Kaffa. 

D'après un rapport du capitaine Bloyet arrivé à Zanzibar pour y 
rétablir sa santé, l'Oasan^ara, où il a fondé la station du Comité 
national français, est un pays fertile, mais mal cultivé. Le sol fournit en 
abondance du manioc, des ponmies de terre douces, du riz, du sésame, 
des cannes à sucre, du maïs, etc. ; en revanche, il y a peu d'arbres frui- 
tiers et de bois de construction, mais beaucoup de gibier : gazelles, 
antilopes, girafes, zèbres, etc. Le ciel est presque toujours nuageux, les 
nuits sont fraîches, spécialement vers le matin. Les habitants, appelés 
Ouachensis par les Arabes établis dans le pays, sont d'une nature bonne 
et timide, mais ne cultivent que juste ce qui leur est nécessaire pour 
vivre, encore les travaux sont-ils presque tous faits par des femmes; les 
hommes passent la plus grande partie de leur temps à boire du pombé 
et à fumer. Quant au nom de Condoa donné à la station, il y a eu 
erreui*. Ce nom est celui du pays compris entre la rivière Mkondoa 
d'un côté, et Mbouri, Kofaranhi et les monts Nyangara de l'autre. Le 
nom de la localité où est la station française s'appelle Koaâ Mgoungou. 

MM. O'Flaherti et Stokes ont accompagné les trois ambassa- 
deurs Ouagandas jusqu'à Roubaga, où ils ont été reçus très cordialement 
par Mtésa, qui s'est montré très satisfait des présents envoyés par 
la reine d'Angleterre. On espère que le retour de ces trois chefs faci- 
litera les rapports que les voyageurs anglais pourront avoir avec le roi. 
Les difficultés rencontrées jusqu'ici poui* faire parvenir aux mission- 



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— 68 — 

naires de rintérieur ce qui leur est nécessaire, ont engagé le Comité de 
la Société des missl ons anglicanes à chercher, pour agent à Zan- 
zibar, un hoimne bien qualifié qui sera chargé des affaires matérielles à 
traiter h la côte pour les missions de l'Ousagara, de TOunyamouési et 
de l'Ouganda, Le Comité voudrait trouver un homme qui pût en même 
temps se charger du commandement du steamer le Henri Wright des- 
tiné à la mission de l'Afirique orientale, comme le Henry Venu est atta- 
ché à celle du Niger. En outre, le Comité a désigné M. Stokes conmie 
conducteur et surintendant des caravanes de la côte à l'intérieur, desti- 
nées aux missionnaires ; il aura à exercer spécialement son ministère 
auprès des porteurs et des gens des pays que traverseront les caravanes. 
Sur la demande de la Société de Géographie de Lisbonne, le gouver- 
nement portugais a décidé d'établir, sur différents points de l'intérieur 
de ses provinces africaines des stations civilisatrices qui viendront 
en aide aux explorateurs en leur donnant les renseignements qu'ils dési- 
reront, et en les secourant selon leurs besoins. Elles inviteront au travail 
les tribus sauvages, les protégeront contre les violences de leurs voisins, 
leur faciliteront les rapports commerciaux par l'écoulement de leurs 
produits, et initieront les indigènes à l'emploi des instruments agricoles 
européens. Chaque station sera établie dans une enceinte suffisamment 
vaste comprenant les bâtiments et dépendances, les terrains et planta- 
tions nécessaires à son entretien. Son personnel se composera d'un chef 
pris parmi les officiers de l'armée, d'un médecin-chirurgien, d'un chape- 
lain, d'une douzaine de maîtres-ouvriers, charpentiers, serruriers, 
maçons, agriculteurs, etc. ; le nombre des serviteurs et apprentis indi- 
gènes sera limité seulement par les ressources de l'exploitation. Le cha- 
pelain devra enseigner la langue portugaise et donner l'instruction pri- 
maire. Des maisons de commerce pourront entretenir dans la station 
des agents pour trafiquer avec les indigènes. Enfin la station poiura 
offrir l'hospitalité à toute caravane commerciale. En outre, et pour faci- 
liter à ses ressortissants leur établissement dans ses colonies, le gouver- 
nement portugais a promulgué un décret par lequel il s'engage à trans- 
porter gratuitement ceux qui s'astreindront à rester cinq ans au moins 
dans une station. Au port d'embarquement, ils recevront des instru- 
ments de travail, des objets pour leur usage personnel, des armes défen- 
sives et une somme de 170 francs environ. Une garantie sera exigée en 
prévision de non-exécution des engagements pris. Dans le chef-lieu de 
chaque province sera fondé un comité administratif chargé d'organiser 
le travail des émigrants, de protéger leurs intérêts et d'aider au déve- 
loppement agricole de la province. 



— 69 — 

Avant de quitter le Transvaal, Sir H. Bobinson a présenté 
MM. Kruger, Pretorius et Joubert à une grande assemblée de natifs 
réunis de toutes les parties du pays, auxquels il a annoncé que leurs 
intérêts ont été pris en considération dans les négociations qui ont 
abouti à la convention. Les lois qui les concernent sont maintenues, et 
aucun décret affectant leurs intérêts ne peut être mis à exécution sans 
l'approbation de la reine. Une commission spéciale désignera de vastes 
emplacements que les tribus indigènes pourront occuper en paix, et 
dont le gouvernement du Transvaal, d'une part, et les indigènes de 
l'autre, devront respecter les limites. Sir H. Robinson a présenté les 
natifs au résident anglais, M. Hudson, chargé de veiller à l'exécution 
des articles du traité qui les concernent ; mais il leur a fait bien com- 
prendre que M. Hudson n'est pas le gouverneur du pays, qu'illes aidera 
de ses conseils, mais que, le cas échéant, ils devront porter leurs plain- 
tes auprès de qui de droit; il les a engagés à obéir à la loi et à fer- 
mer Toreille à toutes les tentatives de ceux qui voudraient les engager 
à s'y soustraire. H les a prévenus que l'esclavage ne sera pas toléré, ni 
rien qui en approche, mais leur a rappelé que le travail salarié n'est pas 
l'esclavage, et qu'ils ne s'élèveront que par un travail honnête. Ils pour- 
ront d'ailleurs aller et venir librement dans le pays, ou en sortir pour 
chercher ailleurs de l'occupation ou pour tel autre but légitime. En ter- 
minant. Sir H. Robinson a insisté sur le besoin qu'a le Transvaal d'in- 
dustrie, d'unité et de paix, et engagé à l'union de tous les efforts pour 
le bien du pays, à l'oubli des querelles passées et à la bonne harmonie. 

Depuis plus d'un an, nous n'avions pas eu de nouvelles de Tristan 
d'Acanha, dont les habitants ont fort peu de communications avec le 
reste du monde ; ils ne voient guère que les équipages des vaisseaux en 
passage qui viennent se ravitailler. Depuis le mois de février de cette 
année, ils ont un pasteur, M. Dodgson, que leur a envoyé la « Société 
anglaise pour la propagation d^ l'Évangile» et à la correspondance 
duquel nous empruntons des détails qui compléteront ceux que nous 
donnions dans notre 1" année, page 212. A part quelques familles de 
race blanche, les habitants sont des mulâtres; leur peau est d'un brun 
clair; leurs cheveux sont laineux; tous parlent anglais. Outre la pêche 
quand le temps est cabne, leurs principales occupations sont la garde de 
leurs bestiaux, le soin de leurs vergers où ils ont en abondance des 
pommiers et des pêchers, et la culture de leurs champs de pommes de 
terre. Dodgson a trouvé l'île beaucoup plus belle qu'il ne se la repré- 
sentait; le climat en est très salubre. Les habitants vendent des peaux 



— 70 — 

de chats sauvages et d'oiseaux de mer : albatros, pinguoins et autres, 
aux vaisseaux de passage qui leur apportent, en échange, du café, du 
thé, du sucre, etc. Le propriétaire de la meilleure maison l'a prêtée 
pour le culte et pour Técole, suivie de jour par 45 élèves de 9 à 15 ans, 
et le soir, par 20 personnes de 15 à 23 ans, qui travaillent pendant la 
journée. I^es enfants sont intelligents et ont un grand désir d'apprendre, 

M. Fleii^el est revenu à Rabba après avoir passé à Sokoto et à Gando, 
et y avoir obtenu des lettres de recommandation des souverains de ces 
deux États pour leurs vastes territoires. S'il n'a pas réussi à combler 
toute la lat^une qui existait dans nos connaissances du cours du Niger, 
il n'en a pas moins relevé l'espace entier, jusqu'ici complètement 
inconnu, de Yaotui à Gomba, et celui de Yaouri à Boussa, que les frères 
Lander avaient parcouru en 1870, mais qui n'était tracé que très gros- 
sièrement et à une petite échelle dans leur carte. Après avoir atteint 
Gomba, il aurait voulu pousser jusqu'à Say, mais, à aucun prix, ses 
bateliers n'ont voulu remonter plus haut. Ils ont pourtant consenti à le 
transporter, lui et ses marchandises, à Bimi-n-Kebbi sur un affluent 
important du Niger, le Goulbi-n-Gindi. De ce point, il a encore cherché à 
atteindre Say, mais il n'a trouvé personne pour l'accompagner, une 
tribu piDarde, les Keifris, harcelant les indigènes jusque sous les murs 
des grandes villes pour enlever des honmaes et du bétail. Pendant son 
séjour à Bimi-n-Kebbi , plusieurs fois, dans la nuit, retentit le cri 
d'alarme, mais quand on arrivait au secours des victimes, il était trop 
tard pour reprendre aux habiles pillards le butin qu'ils avaient fait. La 
route de Gando à Sokoto et à Vourno, quoique très fréquentée, et le 
long de laquelle s'étendent beaucoup de plantations et de villages, n'était 
pas entièrement sûre dans les endroits où il y avait des bois à traverser. 
Les petites caravanes devaient attendre d'être renforcées par d'autres 
pour contmuer leur marche. Il sera intéressant d'avoir des détails sur 
Gando, Sokoto et les grandes villes des États Fellatas, et sur les évé- 
nements qui s'y sont passés depuis le voyage de Barth, il y a 30 ans. On 
peut aussi espérer que, grâce au sauf-conduit du souverain de Sokoto, 
l'exploration projetée des sources du Bénoué, et l'étude des rapports de 
cette rivière avec les autres cours d'eau de l'Afrique équatoriale, seront 
couronnées de succès. La Société africaine allemande a alloué à M. Fie- 
gel pour cette expédition un subside de 25,000 francs. Il enverra à la 
Société sa carte du relevé du Niger. 

Le roi de Dahomey et ses amazones ont envahi le territoire situé 
au nord-ouest d'Abbeokouta, et y ont détruit les villes de Zgano et 



\ 



— 71 — 

d'Okepo, peuplées de plusieurs milliers d'habitants; ceux qui n'ont pu 
s'échapper ont été emmenés à Abomey, pour y être réduits en esclavage 
ou sacrifiés à la fête annuelle que célébrera le souverain, et à l'occasion 
de laquelle une autre incursion sç fera sur Ischin, dans le Yorouba. 

Le D' Bayol, chargé de se rendre à Timbo pour y conclure un traité 
avec le chef du Fouta-Djallon, est heureusement arrivé à Timbi, à 
323 kilomètres de Boké, sur un vaste plateau, admirablement cultivé, 
et à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Entre la vallée du 
Kakrima et Timbi il y a même des altitudes de 1350 mètres ; partout 
dans cette région élevée, le climat est salubre, aussi le D' Bayol pense- 
t-il, qu'une fois le chemin de fer du Haut-Sénégal construit, elle pour- 
rait fournir un excellent sanitarium pour les soldats et les marins éprou- 
vés par le climat de la côte. Il a suivi constamment la ligne de faîte, 
et pu bien étudier la topographie du pays parcouru. De Timbi, il n'avait 
plus que trois jours de marche jusqu'à Timbo. 

Quant à l'épidémie de fièvre jaune mentionnée dans notre dernier 
numéro, elle a continué à sévir à Saint-Louis, faisant, parmi les 
Européens surtout, mais aussi parmi les indigènes, un très grand nom- 
bre de victimes. Après le contre-amiral de Lanneau, gouverneur de la 
colonie, beaucoup d'officiers, de soldats et de marins ont été emportés 
par le fléau. La mission de Paris a été cruellement frappée par la mort 
de M. Golaz, qui s'était rendu à Saint-Louis au commencement de cette 
année, pour y seconder* M. Taylor dans l'œuvre que celui-ci poursuit 
auprès des esclaves fugitifis; il a succombé h la fièvre, ainsi que 
sa femme et leur petit garçon. D'après les derniers avis du Sénégal, 
l'épidémie a gagné les ambulances tle Bakel, et quant à Gorée et à 
Dakar, épargnées jusqu'ici, on commençait à craindre pour leur situa- 
tion sanitaire. Espérons que la découverte que vient de faire un méde- 
cin de Mexico, de la cause de la fièvre jaune, qui serait due à la présence 
de parasites excessivement petits envahissant les tissus, mettra les 
médecins sur la voie pour y trouver un remède. Le nouveau gouverneur 
de la colonie, M. le colonel Canard, et les médecins nécessaires pour le 
service sanitaire ont dû partir pour Saint-Louis. En revanche, la mission 
que le colonel Borguis Desbordes devait poursuivre dans le haut du 
fleuve est ajournée à l'année prochaine. 



— 72 — 

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

Dès les premiers jours d'octobre, la Galle et Bizerte seront mises en communi- 
cation directe par un câble sous-marin. 

Une mission scientifique française se rendra à Thèbes, où l'on a récemment 
découvert 36 sarcophages de rois et de reines, renfermant des momies, des rou- 
leaux de papyrus, des milliers de joyaux et de talismans, et où Ton doit entre- 
prendre de nouvelles fouilles, importantes pour l'histoire de l'ancienne Egypte. 
— Non loin du Caire on vient de découvrir une table de pierre portant une 
inscription trilingue, la troisième avec celle de Rosette et de Tanis. 

Le résultat sommaire de l'enquête faite à Bailul par Ruschdi-pacha, en pré- 
sence des commandants des navires italien et anglais stationnés dans ce port, 
constate que les coupables du massacre de l'expédition du capitaine Ginlietti doi- 
vent être recherchés parmi les tribus insoumises de l'intérieur, au delà des limites 
de la juridiction égyptienne. Le consul italien a fait ses réserves sur la procédure 
et la conclusion de l'enquête, et déclaré que ce ne sera que sur les rapports du 
commissaire Branchi et du commandant Frigerio, que son gouvernement sera en 
mesure de se prononcer soit sur l'enquête, soit sur les mesures ultérieures à psen^e. 

Une compagnie franco-éthiopienne, fondée en vue de créer à Obock des établis- 
sements commerciaux, a fait partir de Marseille une expédition ayant à sa tête 
M. Arnaud, chargé de présents et de lettres du Président de la République pour 
le sultan d'Aoussa, qui en 1862 a vendu ce territoire au gouvernement français. 

D'après une lettre de M. Albarguès Sostène, le meurtre du voyageur Lucereau 
a eu lieu par ordre d'Abou-Bekre, gouverneur de Zeila, et de Hakem, gouverneur 
de Harrar, grands trafiquants d'esclaves. A ce sujet, les cabinets de Londres et de 
Paris ont arrêté les bases d'une action commune de nature à empêcher le retour 
de pareils méfaits, en réclamant du gouvernement égyptien des mesures énergi- 
ques pour la répression de la traite, et en insistant sur le châtiment des fonction- 
naires notoirement compromis. 

M. Ledoux, consul général de France à Zanzibar, signale dans l'Afrique équa- 
toriale une grande famine. Des tribus poussées par le désespoir ont pillé des 
caravanes. 

Un des évangélistes indigènes laissés par M. Coillard chez les païens au sud du 
Zambèze, écrit que Lo Bengula, roi des Matébélés, se montre très hostile à 
Ehamé, roi de Shoshong, et ne cherche qu'un prétexte pour lui faire la guerre. 

La ligne télégraphique de Ladysmith (Natal) à Bloemfontein (État libre) est 
terminée. 

M. Succi, délégué de la Société italienne de commerce avec l'Afrique, est de 
retour à Milan, d'un voyage à Madagascar et aux Comores. Le souverain d'une do 
ces lies lui a accordé une concession très avantageuse pour la Société italienne. 

M. Nuno Queriol a été nommé chef de la première station civilisatrice portu- 
gaise à fonder près du Congo. 



— 73 — 

Dans son exploration du Quango, M. le major de Mechow a découvert trois 
grandes cascades, auxquelles il a donné les noms des empereurs d'Allemagne et 
d'Aatriche et du roi de Portugal. 

M. Amelot, ingénieur, est parti pour le Congo, où il va rejoindre la mission 
belge. 

Le P. Augouard, missionnaire apostolique du Congo, s'est rendu à Stanley-Pool 
ponr y fonder une station romaine. 

M. P. Nève, ingénieur au service de l'expédition dirigée par Stanley, est mort de 
la fièvre à Isangila. 

M. Bonnat qui, après être rentré en France l'année dernière, avait été rappelé 
au mois de mai dans l'exploitation des mines d'or de la Compagnie qu'il avait 
créée, est mort d'une fluxion de poitrine. 

M. Sala, envoyé avec M. Butikofer par le musée de Leyde à la côte occidentale 
d'Afrique, pour y faire des collections botaniques et zoologiques, a succombé à 
une fièvre maligne à Cap Mount, dans la république de Libéria. 



LES ACACIAS GOMMIERS EN AFRIQUE 

Qui ne connatt la gomme, son aspect, ses propriétés adoucissantes et 
ses usages? D est donc superflu d'en faire la description. Qu'il nous 
suffise de dire qu'on en distingue deux sortes : la gomme arahiqtœ et la 
gomme adragante, tout à fait différentes Tune de l'autre. La première 
est soluble dans l'eau, tandis que la seconde ne se dissout pas, mais 
absorbe une forte proportion du liquide, se gonfle, et forme un muci- 
lage tenace et épais. 

Nous ne parlerons pas de la gomme adragante qui est propre à l'Asie ; 
mais nous comptons dii'e quelques mois de la gomme arabique, parce 
que, si elle mérite son nom, attendu que c'est de l'Arabie qu'on l'a tirait 
primitivement, elle donne lieu aujourd'hui k une industrie très lucrative 
en Afrique, et à un grand commerce entre l'Afrique et l'Europe. 

La gomme dit arabique nous est fournie par plusieurs espèces d'aca- 
cias dont les principales sont : 

1° L'Acacia vera ou gommier rouge, arbre commun en Arabie et en 
Afrique, de l'Egypte au Sénégal ; 

2* Ia' Acacia Adansonii croît dans la Sénégambie, et donne une gomme 
rouge que l'on mélange avec la gomme arabique; 

3*" L'Acacia seyel appartient aussi à la flore sénégalaise. Il fournit 
une bonne gomme dure, blanche et vitreuse; 

4* L'Acacia verék ou se^iegalmsis donne la meilleure gomme. D est 



— 74 — 

répandu dans l'Afrique, du Sénégal au cap BlancLa grande forêt du 
Sahel, voisine du fleuve, est presque entièrement composée d'arbres de 
cette espèce ; 

5** L'Acacia gummifera fournit* la gomme dite de Barbarie. On le 
rencontre dans toute la région septentrionale de l'Afrique. 

Enfin, il faut citer encore deux arbres qui ne font pas partie de la 
flore africaine. L'Acacia arabica qui se trouve dans l'Asie méridionale 
et dont le produit s'appelle gomme de Vlnde^ et V Acacia decurrens qui 
croît en Australie aux environs de Port Jackson. Il fournit une gomme 
qui diifère, sous plusieurs rapports, de la gonmie arabique. 

Les acacias gommiers étant aussi répandus en Afrique qu'en Arabie, 
on a établi dans le commerce deux variétés de gomme arabique : la 
gomme arabique vraie ou turique, appelée ainsi parce que c'est de la 
petite ville de Tor située près de l'isthme de Suez, qu'elle vient principa- 
lement, et la gomme du Sénégal qui nous arrive des bords de ce fleuve et 
de la région de la Gambie. Les négociants préfèrent cette seconde 
sorte à la première qui, du reste, coûte plus cher en France oîi elle est 
frappée d'un droit destiné à favoriser l'industrie sénégalienne. 

Le commerce d^la gomme est très actif au Sénégal, mais les forêts qui 
bordent le fleuve ne donnent pas toutes des produits d'une égale impor- 
tance. Le commerce a établi des distinctions que, pour être complets, nous 
devons signaler. Toute la gomme qtd se récolte dans la Sénégambie est 
apportée par les Arabes à St-Louis pour l'exportation; mais avant l'ex- 
pédition, elle est classée de la manière suivante : 1** gonmie du bas du 
fleuve ou du Sénégal proprement dite; 2* gomme du haut dufl^euve ou 
de Oalam; 3** gomme friable dite de Sadra-beida; 4** marrone. 

Disons un mot de chacune de oe^ variétés. Les deux premières sont 
les plus estimées. 

Celle du bas du fleuve, est produite presque exclusivement par 
l'acacia verek. C'est un arbre de moyenne taille, ne dépassant pas 
généralement sept mètres de hauteur. Son bois, très dur, est recouvert 
d'une écorce grise, et ses branches tortueuses et épineuses s'étalent 
en grand nombre dans tous les sens. Le liquide gonmieux suinte à 
travers l'écorce et se solidifie sous forme de larmes globuleuses, dures, 
blanches, ternes et ridées à l'extérieiu*, vitreuses à l'intérieur. Ce 
sont les Arabes qui vont chercher cette gomme dans le pays de pro- 
duction et la revendent ensuite aux négociants de St-Louis. H y a, à ce 
sujet, de continuelles contestations entre Arabes et Européens, et les 
tribunaux sont constamment saisis de procès concernant le commerce 



— 75 — 

de la gomme. Ce commerce prend le nom de traite, et les Maures qui 
s'en occupent s'appellent des traitants. Les forêts qui produisent cette 
substance sont situées assez en avant dans le désert ; les plus vastes 
sont celles d'Alfatak et d'El-Ebiar. C'est après la saison des pluies, au 
mois de novembre, que l'on commence la récolte. Cette première traite 
est appelée petite traite, parce qu'elle donne peu. Pendant les pluies, 
récorce se gonfle et se distend ; les vents chauds venant du désert qui 
soufflent ensuite la sèchent brusquement. Alors elle se contracte, se fen- 
dille, et la gomme s'échappe par les gerçures qui se produisent. La 
grande récolte se fait du mois de mars aux mois de juin et de juillet. 
On la nomme la grande traite. 

Dès que soufflent les premiers vents, les Arabes établissent leurs cam- 
pements dans le voisinage des forêts d'acacias. Leurs esclaves vont 
d'arbre en arbre, et recueillent, dès qu'ils y apparaissent, les globules de 
gomme. Puis, chaque nègre va porter le sac qu'il a rempli à son maître, 
et celui-ci enfouit cette gonrnie encore fraîche dans le sol. C'eist pour 
cela que la surface des boules présente toujours quelques grains de sable. 
Le produit s'appelle alors gomme enterrée ou non-marchande. Ce pro- 
cédé lui fait perdre une partie de son poids et de sa valeur. L'appro- 
visionnement terminé, on le charge à dos de chameaux, d'ânes ou de 
mulets et on le transporte sur les marchés ou escales fréquentées à cer- 
taines époques de l'année par un grand nombre de négociants. 

La gomme du haut du fleuve ou de Galam se récolte dans les forêts 
d'acacias vera. Sa valeur n'est pas tout à fait aussi grande que celle de 
la variété précédente, mais elle est cependant très recherchée. Elle se 
trouve en morceaux irréguliers, anguleux, brisés et en petits fragments 
brillants. La récolte se fait de la même manière que celle de la gomme 
du bas du fleuve. 

La gomme friable ou de Sadra-beida est moins estimée que les 
précédentes; les négociants européens n'en reçoivent presque pas, 
et elle n'est employée que lorsque les premières sortes manquent et se 
vendent cher. Elle provient du désert qui s'étend sur la rive droite du 
Sénégal à partir de Galam, et c'est un arbre épineux, de six mètres de 
hauteur environ, qui la fournit. Cet arbre s'appelle Sadra-beida ou arbre 
blanc, à cause de la couleur de son écorce. Les Arabes font la récolte en 
janvier et février autour de Bakel et la vendent immédiatement au mar- 
ché de cette localité. 

Enfin, les marrons sont des fragments de gomme. Ils sont assez gros 
et leur couleur est rouge ou blanche. Les négociants les mêlent fré- 
quemment à la gomme du Sénégal. 



— 76 — 

Les principaux points de production sont les pays des Maures Braknas 
et Trarsas (rive droite), le pays de Galam, le Bondou et le Bambouk ; 
on reçoit également quelques gommes du Oualo, du Cayor et du Djolof 
situés sur la rive gauche. 

Le commerce de la gomme au Sénégal se fait depuis très longtemps. 
En 1715 déjà les négociants gagnaient le cent pour cent sur la gomme 
qui se traitait à l'escale du désert ou des Trarsas. De 1740 à 1758, le 
millier de livres de gomme valait 36 francs. Depuis cette époque, il 
baissa encore de prix; mais à partir de 1791, une hausse progressive se 
produisit, et actuellement il coûte 450 francs. Pour donner une idée de 
l'importance du commerce de la gomme, nous dirons que pendant le 
mois de mars, dans la seule escale de Bakel, il se traite près de 100,000 
kilogr. de cette substance. Aussi peut-on estimer à environ 20 millions 
de francs le mouvement commercial auquel elle donne Ueu sur les bords 
du Sénégal et de la Gambie. 

La gomme arrive en Europe surtout par Bordeaux, puis par Marseille, 
Nantes, Amsterdam, Rotterdam, Anvers et Hambourg. La France en 
reçoit chaque année 5500 tonnes dont 3000 environ d'Egypte et 2300 du 
Sénégal. 

Sans doute, c'est la Sénégambie qui, en Afrique, est le principal pays 
producteur de la gomme arabique, mais le Soudan oriental, et en.parti- 
cuUer le Darfour, le Kordofan, sont remarquables aussi pour leurs forêts 
de gommiers qui fournissent une gomme de très bonne qualité. Les 
caravanes de TAmhara, en Abyssinie, en transportent à Massaoua et à 
Souakim. Le pays des (rallas, l'Enarea, le Kaffa et la péninsule des 
Somalis en exportent également par les ports de Zeila, Berbera et Tad- 
joura. L'énorme bénéfice (le cent pour cent) qu'offre cet objet de com- 
merce pris sur place, a engagé des maisons européennes à créer dans le 
Soudan égyptien des établissements pour y acheter de la gomme et l'expé- 
dier directement en Europe. Une maison anglaise, dont le siège prin- 
cipal est à Khartoum, a des ramifications à Galabat, à Sennaar, au Kor- 
dofan, et même au Darfour, et 14 agences le long du NU pour assurer ses 
relations avec la Basse-Egypte; une maison française, également établie 
à Khartoum, a acquis im grand nombre de chameaux, et organisé un 
service spécial de transports pour que la marchandise lui arrive sans peite 
de temps; enfin une maison italienne, après une première expérience 
faite avec une caravane de 400 chameaux chargés de gomme et d'autres 
marchandises, a trouvé l'opération si fructueuse qu'elle a fondé à Khar- 
toum une succursale qui fournit à l'Italie la gomme que l'industrie de ce 
pays devait tirer précédemment d'Alexandrie ou du Caire. 



— 77 — 

* 

L'Algérie fournit aussi une gomme dite gomme de Barbarie, d'une 
qualité inférieure. « 

Dans le pays du Cap se trouvent des forêts exploitées, d'un acacia 
gommier appelé acacia capensis. La gomme qu'on en retire est importée 
en Angleterre depuis 50 ans en quantités assez grandes ; mais elle est 
considérée comme très inférieure à la gomme du Sénégal. On peut 
l'assimiler à celle de Sadra-Beida, car elle est comme celle-ci très 
cassante. 

De ces quelques lignes on peut déduire que la gomme donne lieu à un 
commerce assez considérable en Afrique ; mais il ne faut pas s'en exagérer 
l'importance ni admettre sans réserve l'opinion de certains voyageurs 
d'après lesquels les Arabes, dans leurs courses à travei-s les déserts, se 
nourriraient imiquement de gomme. Cette alimentation ne peut être 
que temporaire, car de nombreuses expériences ont prouvé que l'usage 
prolongé de cette substance produit la mort par inanition. 



INDICATIONS HYGIÉNIQUES 

Tous ceux qui s'intéressent aux découvertes des explorateurs en Afri- 
que sont péniblement frappés des difficultés qu'opposent à ceux-ci soit 
l'insalubrité des côtes basses, des deltas des fleuves ou de certaines val- 
lées intérieures*, soit le manque d'eau dans le Sahara ou sur les hauts 
plateaux de l'Afrique méridionale, soit les pluies diluviennes des régions 
tropicales et les torrents d'eau qu'elles font déborder dans les plaines, 
soit le fléau de la tsetsé. Encore s'il ne s'agissait que de difficultés ! 
mais combien ont payé de leur vie leur dévouement à la science et à la 
civilisation! C'est par centaines que l'on compte ces nobles victimes ; 
qu'il nous suffise de rappeler les noms des plus récentes, parmi les plus 
connus: MM. Maes, Crespel, Wautier , Deleu, Popelin, Debaize, Madoni, 
Fraccaroli, Gessi, Matteucci, D' Smith, Keith Johnston, Elton, Stahl, 
Phipson Wybrandt, Pinkerton, Hildebrandt, Bonnat. Combien de mis- 
sionnaires n'ont pas moissonnés les fièvres entre la côte de Zanzibar et 
les lacs, ou à la côte occidentale! à la côte d'Or, la mission bâloise vient 
de perdre quatre de ses agents dans l'espace d'un mois. Il n'est pres- 
que pas une expédition qui ne voie tel ou tel de ses membres atteint de 

* Voyez les deux articles de M. le D** H.*C. Lombard, sur les conditions sani- 
taires du continent africain, 2™*> année, p. 121 et 143. 



— 78 -^ 

la fièvre ou de la dysenterie ; pour ne parler que de deux de celles qui 
sont en cours, Stanley est malade et MM. Moustier et Billet, qui accom- 
pagnent le D' Bayol, souffrent de fièvres paludéennes. D'après les Mis- 
sions d^ Afrique, pas un des missionnaires romains n'y a échappé. 

Ni les dfficultés, ni les dangers n'arrêteront le mouvement de l'explo- 
ration, non plus que les efforts des chrétiens d'Europe et d'Amérique 
pour le relèvement des noirs. Mais n'y a-t-il rien à faire pour diminuer 
ou écarter les obstacles et les périls auxquels s'exposent généreusement 
voyageurs, savants et philanthropes? 

La Commission internationale de l'Association africaine a reconnu 
l'importance de cette question. Dans sa session de 1877, à Bruxelles, 
sur la proposition des délégués autrichiens, et dans l'intérêt des explo- 
rateurs de l'Afrique, elle décida d'engager les voyageurs à indiquer, 
dans leurs rapports, les moyens préservatifs employés par eux pen- 
dant leurs voyages en Afrique, pour se garantir contre les maladies habi- 
tuelles du pays, et exprima le vœu que les comités nationaux servissent 
d'intermédiaires entre le comité exécutif et les voyageurs qui voudraient 
bien rédiger des notes sur les meilleurs moyens préservatifs à employer. 

N'est-il pas du devoir de tous de propager les idées qui pourraient con- 
tribuer à sauver tant de vies précieuses ? A ce titre, nous sommes heu- 
reux de donner place dans notre joural à quelques notes qu'un ami de 
l'œuvre africaine a bien voulu nous remettre, et que nous accompagne- 
rons de quelques développements- 

Les explorateurs ne pourraient-ils pas se charger de graines à^euccûi^tus, pour 
les planter dans des emplacements dont la situation paraîtrait favorable à des 
stations futures, mais dont les' environs ne présenteraient pas encore un degré 
suffisant de salubrité ? Les essais heureux faits en Algérie et ailleurs, pour accli- 
mater cette précieuse essence, sont de nature à encourager ceux qui voudraient 
Pintroduire dans les régions qu'ils visitent. J'ai reçu tout récemment quelques ren- 
seignements nouveaux sur cet utile végétal. Dans un établissement d'acclimatation 
on a cultivé 45 variétés d'eucalyptus, et la préférence a été donnée à Veueahfptus 
amygdcUina, pour les raisons suivantes : 1® Son développement est très rapide ; il 
croît de 70 pieds en 8 ans ; 2^ Ses propriétés hygiéniques ont une efficacité quatre 
fois plus grande que celles de l'eucoZyptMS globtdus ; 3<» Son bois est très dur, ce 
qui le rend inattaquable aux insectes et éminemment propre aux constructions 
navales, en sorte qu'en en faisant des plantations, on se préparerait pour l'avenir 
une source d'exportation ; 4*» Son écorce peut trouver plusieurs applications indus- 
trielles ; 5*» Il vient bien dans tous les sols et résiste aux vents et aux tempéra- 
tures variables. 

L'acclimatation de VE, globtdus en Afrique a eu surtout pour but 



— 79 — 

l'assainissement de terrains marécageux destinés à la colonisation. Ses 
racines sont tellement avides d'eau qu'elles desséchent le terrain tout 
autour du pied de l'arbre, tandis que ses feuilles verticales exhalent des 
principes essentiels qui jouent dans l'atmosphère le rôle de désinfectant 
oxygéné. On retire des feuilles une essence qui a des propriétés stimu- 
lantes, fébrifuges et antiputrides. Les essais tentés en Algérie pour 
assainir les plaines de la Macta et de l'Habra, l'emplacement du lac 
Fetzara desséché, ainsi que les environs de Biskra et ceux d'Aïn Mokra, 
au moyen de VE. ghbulus ont parfaitement réussi; depuis sa plantation 
les fièvres intermittentes ont sensiblement diminué en fréquence et en 
gravité. H avait été question d'en planter sur la côte occidentale d'Afri- 
que, à la côte d'Or, dans le delta du Niger, au Calabar; nous ne savons 
si ce projet a été mis à exécution. En revanche sa culture a considéra- 
blement amélioré l'état sanitaire de Zanzibar et de Lorenzo Marquez. 
Les bons résultats obtenus avec l'JE^. glcibulus ne peuvent qu'encourager 
à faire des essais avec VE, amygdalina qui, outre les avantages susmen- 
tioimés, a encore celui de résister mieux au froid que le ghbulus, et 
d'atteindre une hauteur de 140 mètres,. tandis que ce dernier ne dépasse 
guère 110 mètres. Après le Wellingtonia, VE. amygdalina est le plus 
grand des végétaux connus. 

Si l'eucalyptus assèche les terrains où il croît, Varhre à pluie^ le Tamdi caspi des 
Péruviens, condense au contraire avec énergie Phumidité de l'air pour la verser 
autour de lui, et cela d^autant plus abondamment que la chaleur et la sécheresse 
sont plus grandes. Or la partie méridionale de l'Afrique tend à se dessécher de 
plus en plus, comme l'a démontré M. Brown dans un travail publié en 1876. Créer 
des plantations de cette essence dans les lieux élevés et secs permettrait de modi- 
fier avec le temps les conditions hydrologiques d'une contrée et de conquérir sur 
le désert de nouveaux espaces qui se fertiliseraient en attendant que le colon vint 
les cultiver. On pourrait associer au Tamdi caspi Varhre à lait du Venezuela, Brom- 
mum galactodendran, laboratoire naturel de lait condensé, analogue à la crème et 
très nutritif. Toutefois cette espèce végétale exige une température de 22° centi- 
grades et un certain degré d'humidité. 

La question de l'extension des déserts par suite du dessèchement de 
terres autrefois arrosées par de nombreux cours d'eau, est une question 
capitale, pour l'Afrique comme pour les autres continents, et importante 
pour la colonisation aussi bien que pour l'exploration au nord ou au sud 
du continent noir. On a constaté que dans le Sahara, au sud du Cunéné, 
au Kalahari, sur les plateaux des Karrous, etc. ^ ont circulé des rivières 
qui ont disparu de la surface du sol, par suite du déboisement des terres 



— 80 — 

qui reçoivent maintenant beaucoup moins d'eau de pluie que précédem- 
ment et peuvent demeurer des années sans qu'il y en tombe une goutte. 
Les Karrous, en particulier, sont sans rivières et sans arbres, et, pendant 
la saison sèche, leur sol argileux et rougeâtre se durcit presque à l'égal 
de la tuile ; toute végétation y meurt, à l'exception de celle des plantes 
grasses qui seules y conservent un reste de verdure. Quand les pluies 
arrivent, ces plateaux se couvrent d'une verdure éclatante et les colons 
y amènent de toutes parts leurs troupeaux, mais cela ne dure qu'un 
mois ; bientôt le soleil a desséché les plantes, le désert reparaît et les 
hommes ainsi que les animaux doivent abandonner ces lieux devenus 
inhabitables. On se souvient encore de la sécheresse de deux ans qui a 
sévi de 1876 à 1878 sur toute l'Afrique australe, oîi la terre, devenue 
dure conrnie la pierre, ne pouvait recevoir la charrue, où les récoltes 
séchaient sur pied, où les feuillages étaient grillés, les fontaines avaient 
disparu, bœufs et moutons mouraient par milliers, de faim et de soif. Dans 
le pays des Héréros, des Damaras et des Namaquas, de même qu'au 
Sahara, les rivières ne sont plus que des ouadis oîi l'eau coule par inter- 
mittence et seulement après des pluies' très abondantes. Les missionnai- 
res Bœhm et Bemsmann y ont signalé, comme un fait très grave, la 
diminution toujours plus marquée des pluies tropicales. La rivière Cuisip, 
qui se jetait autrefois dans l'Océan, à Wallfish Bay, est à sec depuis 
14 ans ; d'autres rivières ont cessé de couler depuis plus de 20 ans. Mais 
dans ces parties de l'Afrique ', comme au Sahara, il existe des cours 
d'eau souterrains, dont il serait facile de faire jaillfr l'eau au moyen de 
forages, comme le font les Arabes dans le désert, ou les Français au sud 
de l'Algérie. Toutefois,, pour ramener les eaux à la surface du sol, le 
meilleur moyen est le reboisement, car, en général les forêts régulari- 
sent le régime des eaux, et exercent sur la température comme sur 
l'atmosphère un effet de pondération et d'équilibre. En effet, elles 
accroissent la proportion des eaux de pluie et favorisent l'alimentation 
des sources et des nappes d'eau souterraines. En outre, le couvert des 
arbres de la forêt ralentit dans ime forte proportion l'évaporation de 
l'eau reçue par le sol et contribue par là au maintien de la fraîcheur de 
celui-ci et à la régulaiisation du régime des sources. Quant aux essences 

* D'après le Natal Mercury, M. Molyneux, ingénieur, en étudiant les Karrous 
au point de vue de la houille, a constaté qu'ils renferment d'immenses provisions 
d'eau cachées sous la surface du sol, et qui ne demandent qu'à être exploitées pour 
transformer le désert en champs fertiles. 



— 81 — 

à employer pour le reboisement, le Tamdi caspi et V arbre à lait, indi- 
qués par notre correspondant, pourront rendre de grands services. Le 
premier, trouvé près de Moyobamba au Pérou, atteint 16 mètres de hau- 
teur, et 1 mètre de diamètre près du sol ; il absorbe en très grande quan- 
tité l'humidité de l'air ambiant, et cette humidité retombe en gouttes de 
pluie sur la terre altérée, si bien que, dans les lieux manquant de pente, 
une petite mare se forme au pied de l'arbre. Sa puissance d'absorption 
surtout en été est grande quand les fleuves sont bas, les sources faibles, 
l'eau rare "partout. — L'arbre à lait de la province de Cumana, dans le 
nord de l'Amérique méridionale, servira plutôt à la nourriture des habi- 
tants des régions sèches, oii la vache ne peut exister par suite de la pré- 
sence de la tsetsé. Quoique pendant plusieurs mois de l'année aucune 
ondée n'arrose son feuillage, que ses branches paraissent mortes et des- 
séchées, son tronc n'en fournit pas moins un lait doux et nourrissant, 
dont les habitants des heux où il se trouve font grand usage. On peut 
y joindre encore le masarandiiba, qui fournit aux habitants de Para un 
lait qu'ils boivent avec leur thé ou leur café, et le raveyiala de Madagas- 
car, nonmié souvent arbre du voyageur, parce que les feuilles contien.- . 
nent à leur base une eau qu'on peut obtenir en perforant le pétiole. 
Semés ou plantés dans les Keux envahis par le désert, oîi exposés à des 
sécheresses prolongées, ces arbres, en y ramenant la végétation, y rap- 
pelleraient les habitants qui ont dû émigrer, et empêcheraient les 
voyageurs et les missionnaires d'être exposés aux horreurs de la soif, 
comme cela arrive trop souvent, comme ce fiit le cas, en particuUer, 
pour Livingstone dans le désert de Kalahari. 

Quant aux maladies principales auxquelles succombent souvent les 
Européens, la dysenterie et les fièvres paludéennes, notre correspon- 
dant signale comme moyen préventif à employer, les feuilles du baobab. 

Les indigènes de la Sénégambie recueillent les feuilles du baobab (Adcmsonûi 
Hgitata), qui apparaissent à Pépoque des pluies, ils les font sécher soigneusement, 
puis les réduisent en une poudre d'un beau vert nommée ccUo, qu'ils conservent à 
l'abri de l'humidité. On emploie aussi avec succès l'enveloppe du fruit. Adanson a 
éprouvé les bons effets de cette poudre, qui l'a préservé des dysenteries et des fiè- 
vres inflammatoires auxquelles les Européens sont fréquemment exposés au Séné- 
gal. Il est vrai qu'il s'agit ici des fièvres du Sénégal, mais ne pourrait-on pas oppo- 
ser ce remède à celles de la région équatoriale? Le baobab s'y rencontre, et 
quoiqu'il n'y existe pas en forêts compactes comme au Cap Vert, il ne serait cepen- 
dant pas difficile de se procurer cette poudre comme médicament; elle paraît avoir 
plus d'effica<ûté que le tamarinier. 



— 82 — 

A propos des bons effets éprouvés par Âdansou de Tusage de la pou- 
dre de baobab, il n'est peut-être pas inutile de rappeler la recomman- 
dation faite aux Européens par M. Bonnat, qui avait résidé en Guinée 
et pendant six ans à Coumassie, d'adopter la nourriture et le genre de 
vie des indigènes. On sait combien ils sont moins accessibles aux mala- 
dies auxquelles succombent les blancs. Peut-être la cause en est-elle 
qu'ils peuvent braver impunément les poisons qu'on respire dans ces 
parages, saturés qu'ils en sont dès leur enfance. Dans une des expédi- 
tions du Niger, de 62 blancs embarqués sur V Albert, 55 eurent la fièvre 
et 23 succombèrent; sur 15 nègres d'Amérique, 6 eurent la fièvre, pas 
un ne succomba, et de 76 natife de la côte d'Afrique, pas un n'eut la 
fièvre. M. Boimat était persuadé que l'intérieur de la Guinée et même 
une partie de la côte ne seraient pas plus dangereux pour les blancs que 
pour les noirs, pourvu que les premiers renonçassent au régime alimen- 
taire substantiel de l'Europe, pour se mettre à celui des gens du pays. 
Avec une nourriture frugale, il a pu se livrer à des travaux agricoles 
dans le pays des Achantis, pendant dix heures par jour, sans être 
inconunodé. Schûtt raconte aussi dans son journal que, par nécessité, il 
s'accoutuma peu à peu h quelques-uns des mets das indigènes, sans en 
éprouver aucun mal; avant lui, Falkenstein avait fait l'expérience qu'on 
peut parfaitement manger les mets africains, quand on s'est un peu fait 
au climat. Si cela est vrai d'une manière générale, et si l'emploi du 
calo a préservé Adanson des maladies du Sénégal, on ne peut qu'en 
recommander l'usage à tous les Européens qui s'établissent ou qui 
voyagent dans des districts où la malaria et la dysenterie sévissent avec 
moins d'intensité qu'au Sénégal. Les indigènes s'en servent pour leur 
nourriture, en le mêlant à leurs aliments, notamment au couscoussou. 

Dans ce moment oîi la fièvre jaune fait tant de victimes au 
Sénégal, il est bon de donner le plus de publicité possible au succès 
obtenu par le D' La Caille dans le traitement d'un certain nombre de 
cas de fièvre jaune à Rio de Janeiro. Il a employé l'acide phénique et 
ses dérivés, sous forme d'injections hypodermiques ou de potions, et 
pas un de ses malades n'a succombé; cependant deux d'entre eux 
étaient dans im état très grave ; l'un d'eux était hors de danger le troi- 
sième jour, l'autre était rétabli au bout de sept jours, 

(A suivre.) 



— 83 — 

BIBLIOGRAPHIE ' 

Eh TuKisiE. Récit de rexpédition française, voyage en Tunisie, his- 
toire, par Albert de la Berge. Paris (Firmin-Didot et C"), 1881, 378 p. 
et carte, 3 fr. 50. A peine tenninée, l'expédition contre les Kroumirs est 
déjà racontée et commentée jusque dans ses plus petits détails. L'his- 
toire rectifiera probablement beaucoup de faits d'une importance 
secondaire; quant aux grands traits de la guerre : ses causes, la prise de 
Kef et de Tabarka, le traité du Bardo et la soumission de toutes les 
petites tribus de la confédération des Kroumirs, ils sont devenus du 
domaine pubUc et peuvent nous être esquissés sous leur véritable jour. 
M. Albert de la Berge, correspondant du Siècle, ne nous cache pas qu'il 
a fait une œuvre de compilation ; n'ayant pas été dans la contrée, il 
s'est formé une bibliothèque tunisienne d'une quarantaine de volumes, à 
laquelle il a joint ime trentaine d'articles de journaux et de revues, et 
voilà quels ont été les éléments de son livre. Il en a tiré un excellent 
parti: la campagne militaire et l'action diplomatique ne pouvaient 
guère être exposées d'une manière plus lucide, et nous croyons que la 
lecture de ce livre serait excellente pour ceux qui ont suivi l'expédition 
dans les journaux, et qui, par conséquent, ne peuvent pas se faire une 
idée complète de l'enchaînement des faits. Dans la seconde partie du 
volume, l'auteur nous donne une boime description de la Timisie. Il 
examine le sol de la contrée, ses productions, ses races, son industrie, 
son gouvernement, et, dans la troisième partie, il conclut par l'histoire 
du pays, nous le montrant habité d'abord par les Carthaginois, puis par 
les Romains, les Arabes et les Berbères. La domination turque, les intri- 
gues des beys, les luttes entre les diverses dynasties nous sont racontées 
dans un chapitre spécial. Enfin, le volume se termine par ime circulaire 
de M. Barthélémy Saint-Hilaire et par le texte du traité du Bardo. 

BEiTRiEGE zuR Entdeckungsgeschichte Afkika's. Vicrtes Heft. 
Reisen im Sudwestlichen Becken des Congo, von Otto H. Schutt. 
Herausgegeben von Paul Lindenberg. Mit 3 Karten, von Kiepert 
Berlin (Dietrich Reîmer), 1881, in-8**, 180 p. — Lors du retour de 
Schûtt en Europe, nous avons rendu compte de son expédition au pays 
de Louba, et donné un itinéraire qui permettait de le suivre jusqu'au 
Zaïre *. Aujourd'hui nous arrive le récit détaillé de son voyage, dont il 

^ On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée. 
• Voy. I" Année, p. 154-168, et la carte qui accompagne l'article. 



— 84 — 

venait de commeircer la rédaction au moment où il a été appelé au ser- 
vice du Japon. Obligé de Tinterrompre, il en a confié le soin à un ami 
des découvertes africaines, M. Paul Lindenberg, qui s'est acquitté con 
amore de la tâche dont il avait été chargé. Partout on reconnaît com- 
bien SchUtt était admirablement qualifié pour la mission spéciale à 
laquelle l'avait appelé la Société africaine-allemande, de faire très soi- 
gneusement la topographie des régions qu'il devait traverser et d'en 
dresser des cartes aussi exactes que possible. D'après son journal on 
voit que l'ingénieur s'y est appliqué pendant tout le voyage, et surtout 
pendant ses stations en différents endroits, dès Malangé, d'où il fit vers 
la Quanza, au sud, une excursion qui lui permit de découvrir par 10^6' 
lat. S. et 14^21, long. E., la magnifique cascade à laquelle il donna le 
nom de l'impératrice Augusta. La précision de ses observations n'enlève 
rien à l'intérêt des descriptions dont son journal est semé, qu'il s'agisse 
de l'Angola, de sa végétation, de sa météorologie, de sa faune, de son 
ethnographie ; ou des périls que lui font courir les Bangalas, dont il 
raconte succinctement l'histoire ; ou encore de la marche pendant la 
saison des pluies le long du cours supérieur du Louélé, du Quicapa et 
du Louachimo, jusqu'au 6** 50' lat. S., à la résidence de Maï sur le Zaïre, 
et de là au sud, chez le Mouata Mousevo, fils du Mouata Yamvo. A côté 
des difficultés que créent aux explorateurs les caprices des porteurs et 
la malveillance des chefs ou des populations, il a soin de noter celles qui 
résultent de la climatologie de ce plateau intertropical dont ses obser- 
vations aideront à déterminer la météorologie. — Des trois cartes dres- 
sées par Kiepert, la première, au Vcooooo^ donne non seulement l'itinai- 
raire de Schtitt, de Saint-Paul de Loanda à Poungo-a-N'Dongo, mais 
encore celui du voyage de H. v. Barth, en 1876, dans les districts de 
Bengo et de Luculla, avec diverses indications des traits physiques qui 
caractérisent le pays, et une vue des chutes de la Luculla ; la deuxième 
et la troisième, au Viooooooi présentent très exactement et très nette- 
ment toute la région traversée par Schûtt, avec beaucoup de notes géo- 
graphiques et ethnographiques d'une grande valeur. Elles rectifient 
une erreur des anciennes cartes, d'après lesquelles le vaste plateau 
entre le Quango et le Cassai n'avait aucun cours d'eau important, et le 
montrent coupé au contraire par une quantité de rivières dont quel- 
ques-unes, comme le Couilou et le Loangué, sont plus considérables 
que le Quango et, avec le Quengué, portent directement leurs eaux au 
Zaïre. 



1 




lAfMQ(f£ EXFlORÉi & aVWSii 



— 86 — 

été satisfait et attend les missionnaires, qui pouiTont, dans un prochain 
voyage, arriver à Rhat sans difficulté. En quittant le campement de 
Fenalt, ils prirent, pour revenir à Ghadamès, la l'oute de Touest, afiîn 
de voir les Touaregs Ifouras, qui les reçurent très bien et leur donnè- 
rent l'assurance qu'ils ne sont point opposés à ce que les Français visi- 
tent leur pays ; ceux qui veulent les en empêcher sont les négociants de 
Ghadamès qui craignent pour leur commerce. 

Une grande agitation règne à Khartoum, par suite d'une insun'ec- 
tion qui a éclaté au mois d'août dans l'île d'Aba, sur le fleuve Blanc, à 
l'instigation d'un faquir, MohanuiiLed Ahmed, de Dongola, qui pré- 
tend avoir reçu d'Allah la mission de fonder un nouveau royaume de 
Dieu, dont La Mecque serait le centre. D a recruté beaucoup d'adhé- 
l'ents, et menace le repos et les propriétés des habitants de Khartoum 
et des environs. Les consuls d'Autriche et de France, MM. Hansal et 
Vossion, ont eu avec Réouf pacha une conférence, après laquelle um^ 
commission d'enquête s'est rendue à Aba pour interroger Mohaauned 
Ahmed. Ses réponses n'ayant pas été satisfaisantes, ime expédition mili- 
taire a été envoyée de Khartoum pom* s'emparer de lui. Mais les troupes 
hésitèrent à faire feu sur les faquirs qui l'entouraient, et furent assail- 
lies par 5 ou 600 hommes armés de lances, qui leur tuèrent beaucoup de 
monde. Là-dessus Mohanmied Ahmed dépêcha des messagers h tous les 
chefe du voisinage, pour les sommer de se joindre au cortège triomphal 
qui devait le conduire h La Mecque. De son côté Réouf pacha a réuni 
toutes les troupes disponibles des garnisons de Sennaar, de Fachoda, 
du KordofEin et de Berber, pour marcher contre les rebelles. La sécurité 
de Khartoum est d'autant plus compromise, qu'on peut craindre un sou- 
lèvement des esclaves qui y forment plus de la moitié de la population, 
et pourraient saisir cette occasion de recouvrer leur liberté. En outre, 
le pays ayant souffert d'une grande sécheresse, la disette est à la poite. 
Marno bey a dû partir avec Réouf pacha pour se rendre sur le théâtre 
de l'insurrection. 

De Khartoum, M. Shouver, explorateur hollandais, s'est dirigé 
vers Fazogl, d'où il a fait plus au sud une excursion préliminaii^e à son 
voyage à travers le pays des Gallas, pour lequel il devait attendre la 
fin de la saison des pluies. Sa dernière lettre était datée de Béni Schan- 
gol sur la route de Fadasi, suivie par Marno en 1870. Il a avec lui un 
natif du pays des Gallas, et se propose, comme premier but, de détermi- 
ner la position des sources du Sobat, et de découvrir les lacs que l'on 
croit exister sm* le haut plateau, entre le Nil Blanc et Kaffa. Après avoir 



— 87 — 

achevé cette partie de sa tâche, il se diiîgera vers le Victoria Nyanza. 
Toutes ses sympathies sont pour les Gallas ; à la force et à la beauté 
physique qui les caractérisent, ils joignent beaucoup d'intelligence et 

m 

une grande délicatesse de sentiments. 

La route qu'il a l'intention de suivre poiu' se rendre au Victoria 
Nyanza sera peut-être plus sûre que celle du Nil et de l'Ounyoï-o qui, 
d'après Emin Bey, gouverneur des provinces égyptiennes équato- 
riales, n'offre pas de sécurité. Celui-ci a fait rétablir deux stations, l'une 
à Foweira, gardée par 40 soldats, l'autre à Fada, près des rapides du 
même nom, avec 70 honunes de garnison. D a en outre cherché à 
renouer ses relations avec Kabréga, qui lui a envoyé des présents à Lado 
et une invitation à se rendre à sa résidence. Emin Bey a ajourné sa 
visite à trois mois. Des gens de Kabréga ayant, il y a longtemps déjà, 
assailli et tué, dans un village près de ses frontières, Mréko, oncle 
maternel de Mtésa, celui-ci laissa dormir cette affaire ; mais, au mois de 
juin de cette année, il envoya contre Kabréga ime armée qui dévasta 
une grande étendue de pays, et emmena en captivité im très grand 
nombre de femmes et de jeunes (illes. En outre il a fait savoir à Kabréga 
qu'il le considère comme son vassal, et rOunyoro comme sa propriété. 
Emin Bey écrit aussi que les steamers circulent entre Dufilé, Wadelaï 
et Mahagi, sur la côte occidentale du lac Albert, où il a étabh une très 
belle station. Il compte explorer le pays à l'ouest de ce lac. Le chef de 
Torou, Ntali, lui a offert de lui en faire voir l'extrémité S.-E., le district 
des monts Gambaragara. 

Des dépèches récentes de Zanzibar annoncent que Mirambo est de 
retour d'ime expédition guemère, qu'il a faite dans la première partie 
de cette année au nord et à l'est de ses états , et dans laquelle il a 
atteint l'extrémité sud du Victoria Nyanza. Outre les razzias ordinaires 
de bestiaux et d'esclaves qu'il a faites, il a noué des relations amicales 
avec Mtésa, en vue d'ouvrir une route de commerce à l'ouest du lac ; les 
préliminaires en seraient la soumission des tribus indépendantes et 
puissantes qui vivent entre les territoii'es de ces deux chefe. Il faut 
espérer que si ce fâcheux projet réussit, il aura au moins pour effet l'ou- 
verture, aux voyageurs européens, d'une route sûre et moins coûteuse 
que celle qu'ils suivent d'ordinaire aujourd'hui. Dans une visite que les 
missionnaires Copplestone et Southon ont faite à Mirambo, celui-ci leur 
a dit que la route jusqu'au Smith's Sound est praticable, et sûre pour 
des caravanes ayant des guides fournis par lui. Des hommes n'ayant 
pas de charge peuvent y arriver en quatre jours ; les caravanes en met- 



— 88 — 

tent neuf. D leur a donné avec bienveillance tous les renseignements 
qu'ils lui ont demandés, et leur a promis que des guides conduiraient 
en tout temps les missionnaires à travers ses états. 

M. Hore, de la station d'Oudjidji, a trouvé à Katété» à l'ouest du 
Tanganyika, un district dont le chef est une femme, la snltaiie 
Houéma. Ayant appris que M. Hore venait lui faire visite, elle se 
rendit à sa rencontre avec une grande suite de dames; étant montée sur 
la Galebasse, la barque du missionnaire, elle examina avec soin tout ce 
que M. Hore lui fit voir dans le bateau, puis le fit remarquer et l'expli- 
qua à ses femmes. A en juger par son extérieur, elle peut avoir 40 ans, 
et paraît très capable; elle est entourée d'un grand respect. Son mari, 
qui était avec elle, n'est pas le chef, mais seulement le « mari du chef » 
comme on l'expliqua à M. Hore. Elle témoigna au missionnaire un grand 
désir de voir les blancs s'établir au milieu de ses sujets; elle leur don- 
nerait, le teiTain dont Us auraient besoin. 

Le P. Duparquet, de la mission de la Cimbébasie, dont nous 
avons rapporté le voyage à la résidence du roi Kipandeka\ en a fait 
• im nouveau pour compléter l'exploration de l'Ovampo, dont il n'avait 
pu visiter que les deux grandes tribus de l'est, sans pouvoir atteindre 
le Cunéné, ni établir des communications régulières avec la colonie por- 
tugaise de Mossamédès. M. Erickson, ancien compagnon d'Anderson, 
et le plus influent des négociants de la contrée, en même temps chas- 
seur et ornithologue, ayant le projet de faire, avec tout son personnel, 
une grande chasse sur les bords du Cunéné, le Père Duparquet obtint 
la permission de l'accompagner. Ils partirent d'Omarourou au milieu 
de juin, avec un Anglais du Cap, M. Jordan, qui avait négocié avec le 
gouvernement portugais l'établissement des Boers dans la province 
d'Angola et tenait à les y introduire lui-même. Prenant la route de 
l'Oukouambi, iLs atteignirent d'abord Ouvouzia, près de Vomaramba * 
d'Okipoko qui, formé par les eaux du Cunéné, entre le territoire des 
Ojidongonas et celui des Ovahingas, traverse ensuite le pays desOmba- 
landous, l'Ongangéra, l'Oukouambi, et se jette dans le lac Etoscha. Le 
roi Nihombo ne fit pas entrer les voyageurs dans son palais, mais les 
reçut, comme il le fait d'ordinaire, à la porte, entouré d'un nombreux 
personnel de gardes. Comme toutes les habitations des chefs de l'Ovampo , 
sa demeure est un labyrinthe de petits couloirs formés de troncs d'arbres 

* Voir l'« année, p. 231. 

^ Les omarambas sont les déversoirs des rivières au moment de la crue des eaux. 



— 89 — 

très étroits, plantés profondément dans le sol et juxtaposés les uns aux 
autres de manière à former des enceintes concentriques très fortes. Une 
seule porte étroite et bien protégée donne accès à tout ce système de 
fortifications, qui ne pourrait être pris qu'avec des obus et des pièces de 
canon : de simples fusils et les engins indigènes, sagaies, flèches, etc., 
n'auraient aucune efficacité contre ces palissades. Tout autour du palais 
€t de la ferme, on a creusé de grandes pièces d'eau sur les bords des- 
quelles croissent de grands roseaux. Partout dans le sous-sol on trouve 
une Dappe d'eau inépuisable, qui donne de la fertilité au pays ; les arbres 
fruitiers y abondent, mais les forêts y font défaut ; elles ont sans doute 
^ié détruites pour faire place aux cultures, de sorte qu'il faut aller très 
loin pour se procurer du bois à brûler. Encouragé par l'espoir de voir 
une station missionnaire attirer les négoQants dans son pays, le roi qui 
désire beaucoup avoir des gens pour faire le commerce d'ivoire et de 
plumes d'autruche, offrit du terrain au Père Duparquet pour une mis- 
sion. Celui-ci continua son voyage au Cunéné où nous le retrouverons 
quand les Missions catholiques auront donné la suite de son exploration. 
Nous ajouterons seulement aujourd'hui, qu'après un court séjour en 
Europe, le Père Duparquet s'est embarqué le 5 octobre à Lisbonne pour 
retourner en Cimbébasie, et qu'avec lui sont partis plusieurs mission- 
naires, chargés de fonder dans le district de Huilla une station, qui devra 
en même temps assurer des communications faciles avec celles de la 
vallée du Zambèze occidental et de l'Ovampo. 

Le CJonfl^ attire de plus en plus l'attention des sociétés commerciales 
ou missionnaires. Il est question de la formation de deux sociétés com- 
merciales belges pour le Congo, et la maison hollandaise la plus impor- 
tante du cours inférieur du fleuve songe à s'établir prochainement à 
Stanley-Pool. Entre Isangila et Mbou, où le fleuve est navigable, les 
missions baptistes créeront une station, et un bateau à vapeur, construit 
d'après les indications et les dessins de Stanley, y sera placé pour 
faciliter les conmiunications. Enfin, d'après Y American missionary, 
les presbytériens américains, qui ont ime station sur l'Ogôoué, ont l'in- 
tention d'ouvrir ime route entre ce fleuve et Stanley-Pool. 

M. Edflperley, missionnaire à Creek-Town, sur le Vieux Cala- 
bar, a fait récemment un voyage d'exploration à l'intérieur, jusque 
chez les Akounakounas. Il remonta d'abord le fleuve jusqu'à Okou- 
riké, chef-lieu de la tribu, au milieu de laquelle son arrivée excita un 
grand étonnement. Hommes, femmes, enfants, aflluèrent de toutes parts 
eu poussant des exclamations de surprise. La plage sablonneuse et 



— So- 
lange sert de lieu de marché et de rendez-vous général. La route 
qui conduit à la ville, à 3 ou 4 kilomètres de là, est bien entretenue. Des 
deux côtés elle était garnie de curieux , tandis qu'une foule pressée 
devant et derrière le voyageur ouvrait et fermait la marche. La ville 
peut avoir de 3 à 4000 habitants; les maisons en sont petites et serrées 
les unes contre les autres; celle du roi est petite également. Il fit au 
voyageur un accueil très amical, et lui dit avoir appris de ses pères que 
les Akounakounas et les blancs se rencontreraient un jour comme amis, 
n n'avait pas cru voir ce jour ; le voyant, il en était très content. 11 
avait été à bord de VÉtkiopia quand le consul Beacroft explora le Cala- 
bar, mais la population locale voyait aujourd'hui un blanc pour la 
première fois. En apprenant l'intention du missionnaire de remonter 
la rivière, il l'engagea à rester à Okouriké, où se réunissent les habi- 
tants des autres villes, et, comme d'ordinaire on ne remonte pas plus 
haut, il lui offrit de les engager à venir le voir; mais M. Edgèrley per- 
sista dans^son dessein. Il passa d'abord devant la ville d'Itou, au-delà 
de laquelle la rivière s'élargit; à gauche règne la jungle africaine, 
avec des trouées dans les endroits où les villes de l'intérieur sont en 
communication avec la rivière ; à droite, on aperçoit des cabanes sous 
des cocotiers et d'autres arbres, sur une pente rapide qui descend vers 
le rivage. Cette longue file d'habitations, d'un kilomètre et demi de 
long, forme quatre villages, Aboni, Ekpesîm, Ousadja et Emoumourou, 
renfermant ensemble ime population plus considérable que celle d'Okou- 
riké. M. Edgèrley en visita les quatre chefs, puis se rendit au village 
d'Abangouen, à quelque distance de la rive opposée; les indigènes le 
reçurent très bien et l'écoutèrent attentivement. Mais des Ebos du 
Nouveau Calabar, qui se trouvaient dans le village, leur parlèrent du gin 
qu'ils reçoivent des blancs et les engagèrent à en demander au mission- 
naire, ce qu'ils firent. M. Edgèrley refusa et leur dit qu'il reviendrait 
quand ils ne lui demanderaient plus de gin. Là-dessus, les indigènes 
' se tournèrent contre les Ebos comme contre de mauvais conseillers, et 
prièrent M. Edgèrley de rester au milieu d'eux, mais il dut repartir 
pour Creek-Town, 

Les conditions sanitaires de Saint-Louis se sont suffisamment amélio- 
rées pour que l'expédition, qui doit continuer les opérations conunen- 
cées l'an dernier entre le Sénégal et le Ni^^er puisse être reprise. 
EUe sera commandée par le lieutenant-colonel Bornais Desbordeiii^ 
et se composera d'mie compagnie d'ouvriers d'artillerie, d'un détache- 
ment d'artilleurs et d'une compagnie d'infanterie de marine. Ces trou- 



— 91 — 

pes, embarquées à Tembouchure du Sénégal sur les avisos qui doivent 
leur feire remonter le fleuve, passeront devant Saint-Louis sans s'ar- 
rêter, et éviteront ainsi le danger des fièvres. Elles rejoindront, à 
Riehard-ZoU, l'un des points les plus salubres de la colonie, les" troupes 
indigènes, spahis et tirailleurs sénégalais, qui doivent également faire 
partie de l'expédition : c'est là que s'organisera l'énorme convoi que 
Ton est obligé d'emmener pour une campagne de six mois, dans un pays 
dont la moitié seulement a été explorée l'an dernier. De Kayes, point où 
elle débarquera près de Médine, la colonne gagnera Bafoulabé et Kita, 
où elle retrouvera les tirailleurs indigènes laissés au printemps pour 
garder le fort construit par la première expédition. En même temps 
qu'on commencera les travaux du chemin de fer, pour lequel les maté- 
riaux doivent être actuellement parvenus à Médine, la colonne conti- 
nuera sa marche en avant, et ùra établir, sur les bords du Niger, le fort 
qui doit un jour servir de tête de ligne au chemin de fer. 



NOUVELLES GOMPLËMENTAIRES 

L'apparition du choléra asiatique au Hedjaz a engagé le gouvernement français 
à interdire, dans l'intérêt de la santé publique, à tous les indigènes algériens, le 
départ pour La Mecque, et à imposer une quarantaine de sept jours aux navires 
venant de l'extrême Orient. 

Une ligue, dite ligué de reboisement, s'est constituée en Algérie pour remédier au 
déboisement de la colonie. 

Le ministre de la guerre a envoyé en Tunisie plusieurs officiers chargés d'assu- 
rer le service topographique. Le dépôt de la guerre a commencé à livrer la pre- 
mière feuille de la carte de la Tunisie, levée par le colonel Périer. 

L'administration militaire française va faire poser environ 40 kilom. de chemin 
de fer, du système Decauville, de Sousse dans la direction de Kairouan. 

Une dépêche du Caire annonce la mort de Mgr Comboni, vicaire apostolique de 
l'Afrique centrale. 

Les missionnaires Ladd et Snow sont en route pour la région du Sobat, où doit 
étxe établie la nouvelle mission Arthington. 

L'agence Stefani annonce que l'Italie .a déclaré au gouvernement égyptien que 
l'enquête sur le massacre de l'expédition Giulietti n'est pas suffisante. 

D'après VAgence Reuter, M. Roger devait partir avec l'expédition belge et 
135 indigènes, pour rejoindre Stanley sur le Congo. 

Trois des missionnaires romains de l'Ouroundi ont été massacrés dans leur habi- 
tation, près du Tanganyika ; trois autres ont réussi à s'échapper. Les dernières 
lettres des missionnaires signalaient le péril qu'ils couraient de la part des noirs, 



— 92 — 

égarés par les calomnies des marchands arabes à l'égard de ceux qui s'efforcent 
d'abolir la traite. 

La LwingsUmia Central Africcm Company a établi une factorerie à Inhamis- 
sengo, à l'embouchure du Zambèze ; il s'y trouve déjà deux comptoirs européens, 
l'un portugais, l'autre français. 

M. Païva d^ Andrada a laissé une partie de ses hommes à Tété, où sont des mines 
de houille. La plus riche présente une couche de charbon de 10"^ d'épaisseur, dont 
la qualité est excellente. Lui-même s'est rendu avec le reste de son personnel 
dans le district de Manica à la recherche de mines d'or. 

Le gouverneur général de Mozambique, M. le vicomte de Paço d'Arcos, a 
engagé les industriels et les agriculteurs du chef-lieu de la province à faire venir 
de Macao un détachement de coolies. Le manque de ressources ne le leur ayant 
pas permis, il a pris l'initiative d'en demander 200 à titre d'essai. 

MM. Creux et Berthoud, de la mission vaudoise au nord du Transvaal, s'effor- 
cent d'ouvrir une route directe de Yaldézia à la baie de Delagoa. 

Tl s'est formé au Transvaal une compagnie au capital de 200,000 livres, pour 
exploiter les terrains aurifères de Tati. 

Une dépêche de Fort-Amiel, du 6 octobre, annonce que des Zoulous se sont 
révoltés, et ont mis à leur tête Oham, le frère de leur ancien roi Cettiwayo. 

Les colons de Natal, mécontents de la forme actuelle du gouvernement, deman- 
dent l'institution d'un régime parlementaire, sur le modèle de celui qui a été 
accordé à la colonie du Cap. 

La reine de Madagascar a nommé pour la première fois des ministres et des 
secrétaires d'état, et a en même temps édicté une loi relative à leurs fonctions. 

Une maladie résultant de l'acclimatement s'est déclarée dans la nouvelle colonie 
des Boers de San Januario. Le gouvernement y a envoyé une ambulance. 

Après avoir été très dangereusement malade d'une fièvre bilieuse, Stanley a 
recouvré assez de force pour se rendre à Manyanga et de là à Stanley Pool. 

Un bateau à vapeur à deux hélices a été commandé à une maison anglaise, pour 
la station civilisatrice portugaise qui doit être établie sur le Congo. 

M. le comte H. d'Arpoare, envoyé par le gouvernement du Portugal dans ses 
possessions de la Guinée, y a trouvé une vigne sauvage, dont la découverte peut 
être très importante pour l'avenir de la viticulture. Il doit repartir de Lisbonne 
pour l'Afrique le 5 décembre. 

Une société s'est formée à Libéria, sous le titre de « Libéria interior associa- 
tion, » en vue de développer le commerce avec l'intérieur, de rechercher les 
moyens de transport et l'emploi de bêtes de somme propres au pays, et de s'occu- 
per des intérêts commerciaux, agricoles et politiques de la colonie à l'intérieur. 

Le collège de Libéria sera transféré dans un district rural, et l'on joindra aux 
études classiques l'enseignement d'un travail manuel, pour apprendre aux natifs 
l'usage pratique des instruments perfectionnés de l'industrie européenne. 



— 93 — 
INDICATIONS HYGIÉNIQUES 

(Suite ».) 

Les voyageurs sont souvent obligés de traverser des marécages ou des jungles, 
où la chaleur, agissant sur une végétation exubérante, donne naissance à des 
miasmes qui affaiblissent et empoisonnent les plus fortes constitutions. Or, le café 
torréfié a la propriété de neutraliser rapidement et complètement les effluves végé- 
taux et animaux, grâce à Podeur empyreumatique qu'il doit à une huile essentielle, 
la caféone. Le prix de celle-ci est très élevé, ^ car elle coûte environ 10,000 fr. 
le kilog., mais elle agit en quantité pour ainsi dire infinitésim^e. Inunergés dans 
une dissolution aqueuse de cette huile, les vêtements conserveraient longtemps un 
principe aromatique, et le voyageur porterait en quelque sorte avec lui une 
atmosphère préservatrice contre les émanations paludéennes. 

La maladie peut provenir aussi de Phumidité dans laquelle doivent vivre les 
explorateurs, obligés de franchir des rivières ou des marécages d'une largeur sou- 
vent considérable, et de laisser ensuite leurs vêtements sécher sur le corps. Ne 
serait-il pas possible d'adopter un vêtement de caoutchouc tout d'une pièce, sorte 
de pantalon à pied interceptant l'eau jusqu'à la ceinture? La transpiration ne se 
dégagerait pas complètement, mais cet inconvénient serait certainement moindre 
que celui de laisser les substances organiques de l'eau pénétrer par les pores. 
Dans l'expédition contre les Achantis, en 1873, on donna des chemises en caout- 
chouc aux soldats anglais qui pouvaient être forcés de dormir sur un terrain 
humide et vaseux. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose pour les expéditions 
I pacifiques, qui s'aventurent dans des pays peu connus mais que l'on sait être mal- 

sains? 

Cette idée dous paraît devoir être agréée par tous les explorateurs de 
l'Afrique, spécialement par ceux qui voyagent dans les régions centrales 
• intertropicales, où les cours d'eau à traverser sont très nombreux, et oîi 
la saison des pluies les fait déborder et transforme leurs bords en vastes 
; marais. Entre les averses, le soleil est ardent et fait passer les voya- 

I geurs d'une grande humidité à une chaleur intense, contraste perpétuel, 
I bien propre à ruiner les constitutions les plus robustes. Dans la région 

parcourue par Schûtt (entre le 7° et le 10° lat. S.), pendant la saison 
sèche, de mai en août, il y a à l'intérieur d'abondantes rosées, puis pen- 
dant les huit autres mois, presque sans interruption des pluies régu- 
lières, de 6 heures du soir à 5 heures du matin, ou de 7 h. du matin à 
midi, ou de midi au soir. « Le voyage à cette époque n'est pas agréable, 

* Voir la livraison d'octobre, p. 77. 



— 94 — 

dit Schtttt, pas de jour où Ton u'ait toute la partie inférieure du corps 
complètement mouillée, soit par la pluie, soit par la rosée qui, tous les 
matins, couvre l'herbe quand il n'a pas plu pendant la nuit, ou par 
l'eau, en passant à gué les innombrables ruisseaux qui , h cette époque , 
sont tous gonflés. Mais le soleil, qui déjà alors projette ses rayons pres- 
que verticalement, vous sèche dans les intervalles ; souvent, pendant une 
marche, il faut passer par les deux états, humide et sec; on s'y accou- 
tume par l'exercice de tous les jours, puis on ne s'en inquiète plus. En 
mars et en avril, où les jherbes ont deux fois la hauteur d'un homme, 
c'est le corps tout entier qui est mouillé pendant les heures de pluie, 
après quoi, quand vient le soleil, on est sur le point d'étouffer. » L'expé- 
rience faite pendant la gueiTe des Achautis devi'ait, ce nous semble, être 
mise h profit par tous les explorateui's. 

L'eau, pour laquelle les caravanes précipitent leur marche et qui leur cause si 
souvent des déceptions cruelles, est fréquemment alcaline et nitreuse ou couverte 
de conferves qui la rendent absolument impotable. Dans le premier cas elle tue 
les animaux, comme Stanley l'a éprouvé dans son voyage au Tanganyilca ; dans le 
second elle peut causer la dysenterie. On peut y remédier au moyen d'un filtre à 
charbon combiné avec une petite pompe, dont la disposition permettrait d'obtenir 
une eau plus abondante et suffisamment pure. La paroi du corps de pompe (en 
caoutchouc ou en forte toile) se replierait sur elle-même, et la tige du piston 
serait articulée, de manière à donner à l'appareil le plus petit volume possible. 
M. le D** Dutrieux recommande de faire cuire l'eau et même de la distiller. 

Ces moyens nous paraissent préférables au goudron ou aux deux 
gouttes d'acide phénique par litre ajoutées à l'eau, conseillés par d'au- 
tres. L'expérience acquise par le D' Bourru, qui a voyagé dans les pays 
tropicaux, les lui fait envisager comme illusoires; l'eau phéniquée, en 
particulier, serait détestable au goût, mais non assainie. Il recommande 
comme beaucoup meilleur le filtre au charbon, en citant comme exemple 
l'expérience faite dans la guerre des Achantis, où chaque soldat anglais 
en était pourvu. Le résultat en fut excellent; il le serait sans doute poui* 
tous les explorateurs. 

Les voyageurs ne pourraient-ils pas faire usage du coca (erythroxyloti coca) con- 
tre l'action débilitante des climats tropicaux? Les habitants du Pérou, et surtout 
les indigènes vivant sur les hauts plateaux des Andes, s'en servent pour neutra- 
liser les effets de la raréfaction de l'air. Son emploi leur permet d'endurer plus 
longtemps la faim, et les rend capables de porter de lourds fardeaux. Il modère la 
transpiration qui est une cause d'affaiblissement, sans l'arrêter tout à fait. Dans 



— 95 — 

un voyage pédestre, j'ai récemment fait l'expérience que je pouvais, grâce au coca, 
marcher vite, sans oppression ni fatigue, même par un chaud soleil; j'étais cepen- 
dant vêtu assez chaudement et je portais un sac. On peut le prendre en dissolu* 
tion dans du cognac ou le boire en infusion comme le thé. 

Quelque avantage que puisse présenter l'usage du coca pour les explo- 
rateurs, souvent exposés dans leurs longues marches à souffrir de la 
faim, d'après l'ingéniexir Bresson qui a travaillé sur les plateaux des 
Andes, dans le désert d'Atacama, les Européens qui n'ont pas l'habi- 
tude du coca dès leur enfance ne pourraient s'en servir sans consé- 
quences fâcheuses. Il est vrai que les indigènes de ces plateaux sont 
funateurs passionnés des feuilles du coca et qu'ils en mâchent continuel- 
lement. Le coca leur est presque plus essentiel que le boire et le man- 
ger; il leur fournit les moyens de se passer jusqu'à un certain point de 
nourriture et de boisson. Leur système nerveux en reçoit une excitation 
qui empêche l'épuisement. Indiens, soldats, muletiers peuvent, grâce au 
coca, faire des marches prolongées sans vivres, trottant sans s'arrêter 
dans des sables brûlants et mouvants, toujours contents, pourvu qu'ils 
aient dans la bouche un peu de coca. Mais ils y mêlent un alcali qui 
neutralise un principe acide contenu dans la feuille. 

En terminant, notre correspondant suggère l'idée d'un moyen propre 
à garantir de la piqûi^e de la tsetsé les animaux propres à être employés 
comme bêtes de somme . 

Sur l'initiative de S. M. le roi des Belges, dit-il, on a essayé d'introduire en 
Afrique des éléphants apprivoisés de l'Inde. A supposer que Ton arrive à dresser 
en assez grand nombre ceux d'Afrique, pour pouvoir les employer comme bêtes de 
charge, le cheval, l'âne, le bœuf, n'en resteront pas moins d'une utilité évidente. 
Malheureusement la tsetsé {glossita morsUans) tue ces animaux, et l'on se rap- 
pelle que Burton, Cameron et Stanley perdirent presque toutes leurs montures. 
Ils ont vu sur leur route d'immenses prairies qui semblaient n'attendre que des 
troupeaux, mais que la présence de la tsetsé laissait désertes. Les seules bêtes lai- 
tières étaient les chèvres : les vaches devaient être reléguées dans des districts non 
envahis par la terrible mouche. Le taon, qui chez nous tourmente le bétail, a pu 
être combattu au moyen de Vcissa fœtida, dont on frotte le corps de l'animal et 
dont l'odeur écarte l'insecte hostile. La tsetsé ne pourrait-elle pas être éloignée 
par le même procédé? Dans ses explorations du Zambèze, Livingstone décrit deux 
autres mouches qui, sans être aussi dangereuses que la précédente, harcèlent con- 
tinuellement les animaux domestiques, et auxquelles ce remède pourrait être opposé 
avec succès. 



— 96 — 

Le fléau de la tsetsé pourra diminuer d'intensité par suite de l'exten- 
sion des cultures, comme c'est déjà le cas à Livingstonia , ou par le 
fait de la diminution des fauves, principalement des buffles, car on la 
trouve surtout dans les forêts habitées par ces animaux; mais, en atten- 
dant, les explorateurs ont à compter avec elle. Un des moyens de sous- 
traire les bêtes de somme à sa piqûre et à la mort, c'est de leur faire 
traverser de nuit, au clair de lune et dans la saison froide, les lieux 
hantés par elle. Les mouches sont alors engourdies et incapables de 
piquer. Ou bien, si Ton doit voyager de jour, pendant la saison chaude, 
que l'on se serve du moyen recommandé par notre ami, ou de celui qu'a 
employé le D' Hildebrandt dans ses explorations de l'Afrique orientale. 
Malgré la triste expérience faite dans leurs voyages au nord du Zangue- 
bar par le baron de Decken et par New, qui y avaient perdu leurs ânes 
par la piqûi*e de la mouche dondoroho, il prit avec lui un âne, qu'il con- 
serva en le frottant tous les jours avec du pétrole, surtout aux oreilles, 
aux naseaux, aux endroits où la peau est tendre. Cette odeur mettait en 
fuite non seulement la dondorobo, mais encore les moustiques et d'au- 
tres insectes des plus désagréables. On peut aussi se servir d'eau de 
quassia ou d'huile de cade. 

Il ne faut négliger aucun des moyens pioposés pour aplanir les diffi- 
cultés créées aux explorateurs et aux colons par les conditions spéciales 
du continent africain. Nous ne doutons pas de leur efficacité. Le climat 
de plusieurs parties de l'Afrique se modifiera, des régions insalubres 
seront assainies, les marécages céderont la place aux cultures, des travaux 
appropriés amélioreront le régime des eaux, la fièvre perdra de son 
intensité, et reculera devant les défrichements. Tel a déjà été le cas 
pour la côte de Libéria, qui était très insalubre, mais dont l'insalubrité 
a beaucoup diminué par suite des perfectionnements agricoles qui y ont 
été apportés, particulièrement dans le district de Monserado, ou à Bre- 
verviUe et à Arthington, régions actuellement des plus salubres. Les 
études spéciales que le Comité des missions de Bâle compte faire faire 
par un médecin, des conditions sanitaires de la côte d'Or, des fièvres 
de cette région, de leur traitement, du régime, des habitations, des vête- 
ments, etc., serviront non seulement aux colons et aux missionnaires, 
mais encore, nous l'espérons, à tous ceux qui se consacrent aux décou- 
vertes qui restent à faire dans le continent africain, et à la civilisation 
(le ses habitants. 



— 97 — 

EXPLORATION DE U DANA PAR CL DENHARDT' 

Lors de la fondation de T « African exploration fund » au mois de 
mai 1877, panni les questions inscrites dans le programme de cette 
société figurait l'étude de deux routes, l'une de Mombas à l'extrémité 
S.-E. du Victoria Nyanza parle Kilimandjaro, l'autre, delà baie deFor- 
mose à l'extrémité N.-E. du |même lac, par la Dana et le Kénia. Le 
Comité préféra faille explorer le pays situé entre Dar-es-Salam, le 
Nyassa et le Tanganyika, et l'on sait le succès de l'expédition de Thom- 
son. Les Anglais n'ont cependant pas perdu de vue la région au nord du 
Zanguebar. A la demande de plusieurs sections de l'Association britan- 
nique pour l'avancement des sciences, le Conseil de cette Société a pris 
une résolution, en vue de provoquer une expédition qui devrait exploi-er 
scientifiquement la chaîne des montagnes neigeuses de l'Afrique équa- 
toriale. A cet effet il s'est adressé à la Société royale de géographie de 
Londres, et a offert im subside de 100 L. pour aider à couvrii' les frais 
de l'expédition ■. L'attention va donc se porter d'une manière spéciale 
sur cette contrée. 

On admet généralement aujourd'hui que les première explorateurs 
dans cette région furent les missionnaires Krapf et Rebmann qui, en 
1848 et 1849, dans leurs excursions de Mombas à l'intérieur, aperçurent 
d'abord le Kilimandjaro, puis le Kénia, et s'avancèrent ensuite jusqu'à 
la Dana qui descend de cette dernière montagne, mais sans pouvoir faire 
Tascension de celle-ci. Cependant, d'après M. le capitaine Verstraete, 
membre de la Société belge de géographie, ces grandes montagnes ont 
été connues en Europe avant la découverte de Krapf et Rebmann. Dans 
la Description de VÉthiopie au Prête Jan, publiée à Anvers en 1558, on 
trouve une longue dissertation sur le rôle que jouait alors « certaine mon- 
tagne de mer\'eiUeuse hauteur et grandeur'» que l'auteur place précisé- 
ment où se trouve le Kilimandjaro, et où, dit-il, tous les enfants de 
l'empereur d'Ethiopie sont élevés et retenus, jusqu'à ce qu'ils soient 
appelés au trône. C'est là une coutume qui s'est observée de temps im- 

* Voir la carte qui accompagne cette livraison. 

* Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que M. Thomson vient 
d'être chargé, par la Société royale de Géographie de Londres, de visiter la région 
située entre Pocéan Indien et le Kilimandjaro, à partir de Mélinde au nord jusqu'à 
Pangani au sud. Il doit commencer ce mois-ci cette exploration. 

* Cf. Bulletin de la Société belge de géographie, 1881, p. 403-420. 



— 98 — 

mémorial dans cet empire, afin que les compétitions y fussent rendues 
impossibles. » Dans une carte de Dapper de 1668, une rivière qui se 
verse dans TOcéan Indien h Mélinde porte le nom de Quilmaçi (eau du 
Quilimandja), et au commencement du siècle suivant, les géographes 
rappellent Quilimango, les nègres disant Kilimango ou Kïlimami pour 
Kilimandjari^ eau de source royale, c'est-à-dire rivière qui provient du 
Kilimandjaro ou de la montagne d'oîi descendent les rois. 

Quoi qu'il en soit, on se rappelle l'opposition que rencontra l'annonce 
de Krapf et Rebmann de sommets neigeux dans l'Afrique équatoriaJe, et 
les voyages qui furent entrepris pour vérifier le fait. Dans une première 
expédition, le baron de Decken, accompagné du géologue Thomton, 
gravit, en mai 1861, le Kilimandjaro jusqu'à une élévation de 2530", 
releva le lac Jipé et découvrit que la Daflfeta, qui le traverse, est le cours 
supérieur de la Roufou, qui débouche à Pangani dans l'Océan. L'année 
suivante, il se rendit une seconde fois au Kilimandjaro avec im autre 
géologue, le D' Kersten, et entreprit de nouveau l'ascension de la mon- 
tagne ; il réussit à atteindre une hauteur de 4222", à constater que le 
Kilimandjaro a deux pics, l'un de 5285", l'autre de 6115", que toute 
végétation y cesse dès 8600" à 3700", et que la limite des neiges perma- 
nentes y est à 5000". Toutefois, écrivait le D' Kersten au D' H. Barth, 
« la plus grande partie delà neige se présentait sur le sommet occidental, 
du côté du N.-O., à l'abri des vents chauds de la côte ; sur le sommet 
oriental la neige, qui couvre souvent la cime entière de très grand matin, 
est toujours fondue quelques heures après dans les parties basses ; ce 
n'est que dans les parties supérieiu'es qu'il en reste perpétuellement. « 

N'ayant pu achever l'exploration du massif tout entier du Kilimand- 
jaro et du Kénia dans cette seconde expédition, le baron de Decken en 
entreprit une troisième en 1865, avec Richard Brenner, et pourvu de 
deiLx bateaux à faible tirant d'eau, construits tout exprès pour remonter 
les rivières. Après plusieurs essais infructueux sur divers cours d'eau, il 
voulut remonter la Djouba, qui se verse dans l'Océan aux environs de 
l'équateur, mais il succomba dans une attaque des SomaUs. Brenner 
explora ensuite les rives de la Dana et poussa jusqu'à la Djouba. 

En 1871, nouvelle tentative d'ascension du Kilimandjaro par les mis- 
sioimaires New et Bushell, qui atteignent la limite des neiges et, en 
redescendant vers le N.-E., découvrent le lac Tchala. En 1876, Hilde- 
brandt tenta d'explorer le Kénia, mais ne put pas dépasser Kitoui, à 
126 kilom. de la montagne. Des brigands wakouafis lui barrèrent le 
passage et essayèrent de le tuer. D avait cependant, par un temps serein, 



— 99 — 

réussi à distinguer nettement de Kitoui le sommet du Kénia, et pu 
mesurer, avec une boussole, Tangle Kitoui, Eénia, Kilimandjaro, qui a 
une importance très grande pour la cartographie. 

Enfin, Clément Denhardt, ingénieur berlinois, parfit, vers la fin de 
Tannée 1877, pour Zanzibar en vue d'explorer cette môme région. Il s'y 
était préparé depuis plusieurs années ; le D' Petermann l'y avait encou- 
ragé, et lui avait procuré l'appui de protecteurs riches et de sociétés 
savantes ; le D' Kersten, qui avait accompagné de Decken , lui avait 
donné d'excellents conseils et avait dressé lui-même le plan de l'expédi- 
tion. Il était d'abord question de remonter la Djouba, dans l'exploration 
delaqueUedeDecken avait succombé; mais les conditions dans lesquelles 
se trouvaient les populations des bords de cette rivière firent renoncer à 
ce projet, et l'on se rattacha à la Dana, qu'il était nécessaire d'étudier 
d'une manière précise, afin d'avoir une base solide et sûre en vue d'opé- 
rations ultérieures. L'expédition devait chercher à atteindre le Kénia, 
en employant la Dana comme la voie la plus courte pour parvenir h la 
montagne ; puis explorer les volcans au N. et au N.-O. du Kénia; étudier 
les afduents que les grands lacs, réservoirs du Nil, reçoivent des monta- 
j^nes neigeuses et de la chaîne qui forme la ligne de partage des eaux 
entre le NU, la Dana, la Djouba et les autres rivières de la cote ; enfin 
visiter les sources de la Djouba. Elle pouvait aussi, à partir de la Dana, 
traverser le pays qui s'étend au N. vers Harrar, et au N.-O. vers 
l'Ënarea, le KaflFa et le Choa. Clément Denhardt était accompagné de 
son frère Gustave, et devait rejoindre à Zanzibar le D' Fischer de Barmen, 
qui était parti le premier pour visiter le sultan de Wito, reconnaître dans 
quelles conditions se trouvait le pays, et préparer les voies àl'expédition. 
(îrâce à cette étude préliminaire, celle-ci put s'accomplir sans grandes 
difficultés jusqu'à Massa sur la Dana, où Gustave Denhardt fut atteint 
de la dysenterie, ce qui obligea son frère à le ramener à Zanzibar, d'où, 
après avoir encore fait la triangulation des envii'ons de Mombas et de la 
côte jusqu'à Pangani, il revint en Europe au commencement de juin 
1879, tandis que le D' Fischer se fixait à Zanzibar. Ils ne furent pas 
troublés par des aventures émouvantes ; aussi les études géologiques que 
put faire le D' Fischer, et les travaux géodésiques et géographiques aux- 
quels les deux frères purent se livrer tranquillement n'en ont que plus de 
valeur. Ils se sont efforcés en particulier d'obtenir, par des détermina- 
tions astronomiques nombreuses et par la triangulation, un réseau précis 
pour le levé des côtes et des rivières, en faisant marcher de front les 
études magnétiques et météorologiques. Quoique la caite qui accompagne 



— 100 — 

le rapport de Cl. Denhardt, publié par les Mittheilungeti de Grotha, et 
diaprés laqueUe a été dressée celle que nous joignons à cette livraison, 
ne doive être envisagée que comme une esquisse, le tracé de la Dana 
n'en pourra pas moins servir de base aux expéditions ultérieures. 

De Mélinde, où les pluies les retinrent plusieurs semaines, les voya- 
geurs explorèrent la côte jusqu'à Kipini, à Tembouchure de TOsi. Là ils 
procèdent à Tachât des marchandises d'échange nécessaires, et se procu- 
rent des canots pour remonter TOsi et la Dana, et bientôt ils atteignent 
Kau sur TOsi, résidence de Sald ben Ali, représentant du sultan de 
Zanzibar, revêtu d'im pouvoir absolu, redouté dans tout le pays, et qui 
s'efforce de les empêcher de pénétrer plus avant dans l'intérieur. Malgré 
cela ils obtiennent d'indigènes, demeurant en amont de Eau, les canots 
dont ils ont besoin, et, de l'Osi, Us passent, par le canal Bélésoni, dans 
la Dana, qu'ils remontent d'abord jusqu'à Mounjouni, non sans avoir été 
arrêtés un certain temps par les Bararettas Gallas de Ngao et d'Enga-' 
tana, auxquels Sald ben Ali a persuadé de leur faire payer un fort tribut, 
pour les empêcher d'aller plus avant. De Mounjoimi iljs poursuivent leur 
exploration sans inteixuption jusqu'à Massa, chef-lieu du district de 
Malakoté. Redescendus en toute hâte à Tjarra, par suite de la maladie 
de G. Denhardt, ils peuvent encore étudier le cours de la Dana jusqu'à 
la mer. S'ils ne purent la remonter jusqu'à sa source, ni exécuter tout 
le plan qu'ils s'étaient tracé, les résultats de leur expédition n'en sont 
pas moins importants, par les renseignements qu'ils nous fournissent sui* 
le bassin de la Dana, sur la flore et la faune de cette région, et surtout 
sur son ethnogi*aphie, les indigènes wapokomos et wagallas les ayant 
toujours accueillis très favorablement. Ils les pressaient même de s'éta- 
blir au milieu d'eux, leurs rapports avec les blancs leur paraissant de 
beaucoup préférables à ceux qu'ils ont avec les mahométans, dont ils 
doivent subir sans mot dire toutes les vexations. 

Avec la Djouba, la Dana est le fleuve le plus considérable de l'Afrique 
orientale équatoriale ; elle est navigable, pour des bateaux de 1" de tirant 
d'eau, jusqu'à Haméjé, à 30 journées de l'embouchure; sa largeur varie 
de 30"* à 100* ; sa profondeur de 4" à 10"; sa vitesse est de 6 kilom. 
à l'heure. De Massa à l'embouchure, elle ne reçoit plus d'affluents. A 
l'époque des hautes eaux elle inonde le pays à plusieurs kilomètres de 
distance, entre Tjarra et Engatana. De Ngao à Tjarra les Wapokomos 
ont construit des digues, dans lesquelles ils ont ménagé des ouvertures 
pour irriguer régulièrement les terrains rapprochés du fleuve. Il s'y 
forme de vastes nappes d'eau, comme des lacs ; les explorateurs purent 



— 101 — 

s'en servir pour éviter un grand nombre de méandres de la rivière. 
Après la saison des pluies l'eau en redescend au fleuve. Entre la Dana 
et rOsi se trouve le Bélésoni, canal naturel que les Wapokomos ont mis 
deux ans à élargir, pour en faire une voie commerciale commode entre 
les deux fleuves, même pendant la saison sèche. D a environ 7 kilom. de 
longueur et 2" de largeur, et traverse un pays plat et marécageux ; par 
places cependant il se rétrécit, jusqu'à n'avoir plus que 0" 75 de large, 
en sorte qu'aux contours les canots heurtent souvent le bord. La pro- 
fondeur en varie de 0" 75 à 1" 5 ; le courant, rapide à l'endroit oîi il 
sort de la Dana, se ralentit ensuite. La végétation croît rapidement, et 
fermerait le canal sans le passage continuel des bateaux. 

Les Wapokomos prétendent qu'aux hautes eaux la Dana est en com- 
munication avec le Kilifi et le Sabaki; il n'y a là rien d'impossible, étant 
donnée la nature du pays. D ne serait pas difficile d'y ouvrir un canal 
comme celui qui unit l'Osi et la Dana. Celle-ci reçoit des eaux de plu- 
sieurs lacs, du Chaggababou sur la rive droite, du Doumi et du Mokan- 
goué sur la rive gauche. Jusqu'en 1873, le Chaggababou formait un lac 
très distinct, près de la Dana et en rapport avec cette dernière ; mais 
cette année-là une inondation extraordinaire ouvrit un autre lit au 
fleuve, de manière que celui-ci se trouve maintenant très rapproché du 
lac, au point de le toucher et de former avec lui, même dans la saison 
sèche, une nappe d'eau d'où n'émerge plus que l'étroite bande de terrain 
qui formait atitrefois la ligne de séparation entre le lac et le fleuve. Le 
Chaggababou est alimenté par quelques sources et par la Tarsaa qui 
sort d'un étang. Sa largeur varie de 200 à 5000", sa profondeur de 3" à 
12". L'eau en est verte, transparente, potable, et sa couleur tranche 
fortement avec la teinte rougeâtre de la Dana. Des prairies, des bou- 
quets de bois, et de magnifiques perspectives donnent à ses bords l'aspect 
d'un parc. 

La largeur et la profondeur de l'Osi entre Kipini et Kau ne le cèdent 
pas à celles de la Dana ; sa vitesse est de 4 à 5 kilom. à l'heure. 

La marée se fait sentir dans l'Osi jusqu'au Bélésoni, et dans la Dana 
jusqu'à moitié chemin de Tjarra. 

La Dana a deux crues, qui dépendent des deux saisons pluvieuses. La 
grande crue va de la fin de mai à la fin de septembre, et produit la 
grande inondation qui a lieu en juin; le niveau des hautes eaux se 
maintient jusqu'à la fin de septembre, après quoi elles baissent rapide- 
ment ; la petite crue cononence à la fin d'octobre et dure jusqu'à la fin 
de décembre. C'est au milieu de mai que le niveau des eaux est le plus 
bas. ' (A suivre.) 



— 102 — 
CORRESPONDANCE 

Mo^Dsîear le Directeur, 

Permettez-moi de relever quelques erreurs qui ne peuvent vous être imputées et 
qui existent dans votre page 46. 

Il s'agit sans doute du BucihU, pic saillant du Simen, que j'ai gravi le 12 mai 1846 
pour y observer Phypsomètre, qui m'a donné 4664 mètres pour l'altitude. Dans ma 
Géodésie d^Éthio^, je préfère 4510 mètres, car cette altitude résulte de l'ensem- 
ble de cinq relèvements que j'ai publiés. J'ai vu le Buahit des centaines de fois. 
C'est par exception qu'il est enveloppé de nuages ou qu'on y trouve de la neige. 
C'est ce qui m'est arrivé quand j'y montai, mais sans avoir besoin de mes mains, 
bien que la pente soit forte. Je n'ai pas vu de précipices dans les environs, mais les 
nuages peuvent m'en avoir caché. 

Malgré le désir assez naturel d'augmenter la hauteur des montagnes en pays 
peu connu, la vérité m'oblige à dire que le Bas Daj&n, qui est le plus haut point 
du Simen, n'a guère plus de 4620 mètres, chiffre auquel j'ai dû m'arrêter, vu l'ac- 
cord des relèvements que j'ai faits, en azimut et en hauteur, de trois stations éloi- 
gnées. Le 12 mai, à 11 heures du matin, l'air était à 8,2 degrés sur le Buahit, ce 
qui est loin d'être un froid excessif. Comme les chefs du pays voyaient alors avec 
jalousie les ascensions au Stmen, j'ai eu soin d'exclure de ma suite les habitants 
du pays inférieur et voisin; ils peuvent donc continuer à croire que je ne suis pas 
monté au Buahit. Le voyageur cité par vous paraît ne pas dire à quelle époque de 
l'année il y a trouvé de la neige, ce qui aurait été intéressant. Bien des fois, en 
regardant ce pic de loin, pour y rattacher mes triangles de géodésie expéditive, 
j'ai pu constater que le Buahit était rarement blanchi par la neige. 

Tout en vous louant de votre soin à reproduire toutes les nouvelles venues 

d'Afrique, permettez-moi encore de réclamer contre celles de M. Pinchard. En 

disant le Kaffa, il semble indiquer, dans votre page 66, le pays indépendant situé 

sous le 7"« degré de latitude N. vers le 84"»* degré à l'est de Paris. Or il y a fort 

loin de là au pays des Galla Arusi. S'il s'agit d'un autre Kaffa, le voyageur aurait 

dû le dire. Je viens de recevoir une l(;ttre de Harar, et le chef de mission qui me 

l'écrit n'a pas l'intention de fonder une mission en Kaffa, par la simple raison 

qu'elle fut fondée il y a longtemps par Mgr Massaïa. 

Agréez l'assurance de mes sentiments distingués. 

Antoine d'ABSADiE, 

de rinetitut. 

Paris, 25 octobre. 

Nous remercions sincèrement notre savant correspondant de nous avoir signalé 
les erreurs dans lesquelles nous sommes tombés, en rapportant, d'après V Explora- 
tion du 21 juillet, qui reproduisait un article du journal VÉgf^te^ d'Alexandrie, 
l'ascension du Bakmt par }1. Albarguès de Sostène, chef de l'expédition espa- 
gnole en Abyssinie. — Quant aux nouvelles, de M. Pinchard, c'est encore à l'JEur- 
plorationy numéro du 15 septembre, que nous les avons empruntées; au reste, 
M. Tournafond, directeur de cette Revue, qui était à Venise quand elles ont été 
publiées, a, depuis son retour, exprimé ses regrets de la publication de cet article. 

CRéd.). 



— 103 — 

BIBLIOGRAPHIE ' 

Dr Mogadob a Bisksa. Mabocet Ai.aÉBi£, "p^T Jules Leclercq. Paris. 
(Challamel aîné), 1881, m-8°, 258 p. et carte. — M. J. Ledercq, avec 
lequel nous avons déjà visité les Canaries, nous fait faire, dans ces 
pages, un véritable et chaimant voyage en zigzag de Tanger h Biskra, 
en passant par Mogador et Rabat, sur la côte occidentale du Maroc. 
Par le caractère entièrement mauresque de ses rues et de Tarchitecture 
de ses maisons, cette dernière ville est la plus oiiginale de celles où U 
nous promène. Puis voici Tlemcen, francisé et offrant avec Rabat le 
plus parfait contraste, et bientôt, sous le ciel bleu de l'Afrique, à travers 
les vallées de la Eabylie, nous faisons Tascension de la LeUa Kredidja 
(2308 mètres), qui est après le pic de Chelia dans le massif de TAurès 
(2312 mètres), la plus haute montagne de TAlgérie, avec des troupeauK 
et des bergers qui rappellent ceux de nos Alpes, et des difficultés qui 
feraient le bonheur des alpinistes ; enfin Gonstantine et Biskra plus con- 
nues, mais auxquelles le talent du conteur fait découvrir de nouveaux 
charmes. 

QuATBE MOIS DANS LE Sauara, jourual d'uuvoyage chez les Touaregs, 
.suivi d'un aperçu sur la deuxième mission du colonel Flatters, par 
F. Bernard. Paris (Delagrave), 1881, in-18*, 170 p. avec illustrations et 
carte, 3 fr. 50 c. — Indépendamment de Pintérêt que ne peut manquer 
d'exciter un ouvrage écrit par un compagnon du colonel Flatters, ce 
volume, dépouillé de Pappareil technique des rapports publiés jusqu'ici 
sur les missions chargées des étudas du Trans-Saharien, a tout l'attrait 
d'un journal de voyage dans le Sahara. La monotonie du désert dispa- 
raît, en présence du tableau des efforts déployés par l'homme qui s'y 
avance pour lui ravir ses secrets, et de la peinture des détails relatif 
aux oasis, à la végétation ou à la faune, aux phénomènes électriques 
ou météorologiques, trombes, pluies diluviennes, tornades, etc. Ce qui 
intéresse le plus ce sont les vues d'un homme qui a étudié le Sah^fifa sur 
place, et qui, malgré les difficultés créées par un grand désastre, n'en 
croit pas moins à la possibilité d'une entreprise de laquelle dépend la 
civilisation de cette partie de l'Afrique. 

* On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée. 



tùa 

ff 



— 104 — f. 

 PROPOS DU BAILWAir TBA1Ï8-8AHABIEK. RÉFLEXIONS £T OBSERVATIONS 

HYGIENIQUES ET MÉDICALES, par J. MossB. Parîs (Gahnann-Lévy), 1881, 4 

in-S*", 73 p. — Jusqu'ici le projet du Trans-Saharien a provoqué des 
publications techniques ou d'économie sociale; il était bon qu'une plume 
autorisée traitât la question au point de vue hygiénique et médical. 
Quoique destinées avant tout aux Européens qui seront appelés à se 
rendre en Afrique pour travailler à cette œuvre gigantesque, soit au 
Sahara, soit au Sénégal, ces pages, auxquelles les conditions présentes t 
de l'Algérie et de Saint-Louis donnent un grand intérêt d'actualité, 
seront extrêmement utiles à tous ceux qui sont envoyés dans ces deux 
colonies. Et d'une manière générale, tous les explorateurs et les colons 
obligés de se préparer à l'acclimatement en Afrique, y trouveront des 
conseils précieux sur l'alimentation, le vêtement, l'usage de l'eau, le 
travail, etc. Signalons, en particulier, quant à la nourriture, le conseil, 
déjà donné par d'autres auteurs, de modifier ses habitudes avec les 
changements de milieu^ et, à propos du chemin de fer, la recommanda- 
tion de multiplier les ressources en eau, pour servir aux besoins des 
immigrants et transformer le sol en y ramenant la végétation. 



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Six SEMAINES EN Algérie. Notos dc voyagc d'un membre du congrès 
scientifique tenu à Alger (avril 1881). Paris (V A. Morel et C'*), 1881, 
in-8% 176 p. 3 fr. — Il est intéressant de parcourir l'Algérie, d'Oran à 
Biskra, avec le temps d'arrêt nécessaire pour participer aux travaux et 
aux fêtes du congrès, en compagnie d'un savant, artiste en même \ 

temps, aux yeux duquel rien n'échappe et dont les observations sont 
toujours rendues dans un style qui en rehausse la valeur. Il est intéres- 
*sant surtout de parcourir la colonie à la veille de l'agitation qu'y a 
créée le soulèvement de Bou-Amema. Après les pages de la presse quoti- 
dienne, ne parlant que de préparatifs militaires et d'engagements meur- 
triers, quand ce n'est pas d'incendies et de pillage, on se repose à la 
lecture de ce volume, qui vous fait toucher du doigt les bienfaits dont 
jouissait l'Algérie, il n'y a que quelques mois; on mesure l'étendue du 
mal 'que lui font les conditions actuelles du pays, et l'on hâte de tous 
ses VŒUX le moment où la pacification du sud rendra à ses habitants la 
possibilité de reprendre les travaux de la paix. 




-i'i 



- 105- {"éoDLiUER)- • 



BULLETIN MENSUEL ( 



o décembre 1881)S^lODl9^^ 



De retour à Ghadainès, de Texpédition chez les Touapea^s AsEg^ers 
que nous avons racontée dans notre précédent Bulletin, le P. Richard 
a bien vite pris les mesures nécessaires, pour profiter des facilités qui 
s'offraient à lui de se rendre à Rhat» en vue d'y fonder une station. 
Sachant de quelle importance sont des guides sûrs, il a choisi les siens 
avec le plus grand soin parmi des indigènes éprouvés depuis trois ans, 
et ayant tous leurs intérêts à Ouargla. Après avoir écrit à Ikheuoukhen et 
à Fenalt, et avoir reçu des communications verbales qui ne lui laissaient 
aucun doute sur la bienveillance de ces chefe, il s'est mis en route pour 
Rhat avec deux autres missionnaires ^ 

Aux termes de la convention conclue, en 1880, entre l'Angleterre et la 
Turquie pour la suppression de la traite dans la mer Roa§^, 
tous les esclaves et les navires capturés doivent être, remis aux autorités 
ottomanes du port le plus voisin, qui jugent les cas selon la loi musul- 
mane. Cette clause annulant presque entièrement les autres articles du 
traité, VAntislavery Society s'est adressée à Lord Granville, pour attirer 
son attention sur ce défaut de la convention, lui rappelant les CommiS" 
idons mixtes qui seules ont rendu efficaces les traités analogues conclus 
avec l'Espagne et le Portugal, et le priant de charger l'ambassadeur 
anglais à Constantinople d'agir en vue d'obtenir im amendement de la 
convention, dans le sens de l'établissement de commissions semblables. 

D'après les dernières lettres des explorateurs de l'Association 
internationale africaine, M. Ramaeckers espérait avoir complète-' 
ment terminé les constructions de la station de Karéma à la fin de la 
saison sèche. Il avait remonté la coque du petit canot en acier qui lui 
avait été envoyé, mais sans pouvoir mettre en place la machme à vapeur, 
quelques-uns des tubes ayant été perdus pendant le transport, et les 
rechanges demandés n'étant pas encore arrivés. M. Ramaeckers a pu 
toutefois naviguer à la voile avec le CamUer^ qui a fort bien tenu le lac, 
quoiqu'il ftt im gros temps. — Depuis la mort de M. Popelin à Lutéké, 
près de Mtoua, M. Roger qui l'accompagnait est revenu à Karéma, d'où 
il a ramené à la côte les soldats de son chef. Arrivé à Zanzibar le 10 sep- 
tembre, il y fut rejoint un mois plus tard par le D' van den Heuvel, qui 

* Nous donnons avec cette livraison une carte de l'Algérie, de la Tunisie et du 
Sahara central, permettant de suivre les événements actuels et les itinéraires des 
deux missions Flatters. 

l'aFRIQVB. — TB018IÂUB AHinfeE. — N^ 6. 6 



— 106 — 

remplira provisoirement à Zanzibar les fonctions d'agent correspondant 
de l'Association africaine, et a été remplacé à Tabora par M. Becker, 
précédemment attaché en qualité de second à la station de Karéma. 
M. Roger a été chargé d'enrôler un certain nombre de Zanzibarites et 
de les conduire au Congo, oii ils remplaceront les travailleurs de Stanley 
lorsque l'engagement de ceux-ci expirera. H est parti de Zanzibar le 
19 octobre. — Les voyageurs du Comité national allemand, éta- 
blis à Kakoma, étaient tous les trois en parfaite santé. Sur l'invitation 
de la princesse Discha, chef de l'OugoUnda, ils transféreront leur sta- 
tion, à Gounda, chef-lieu du district. Un traité, conclu avec la princesse 
et les grands du pays, leur concède le terrain pour la construction d'une 
maison et les champs nécessaires à l'entretien du personnel de la sta- 
tion. M. Bloyet, chef de la station du Comité national français, a 
été malade, cependant il était assez bien rétabli pour songer à repartir 
pour le Condoa, avec sa femme qui l'a rejoint à Zanzibar. La présence 
d'une Européenne dans une station civilisatrice de l'Afrique orientale ne 
peut avofr que d'heureux résultats. 

Les missionnaires de l'Oupoundi, dont trois ont été massacrés, 
avaient commencé par racheter de jeunes noirs poui* les élever, et, à cet 
effet, ils avaient créé un vaste établissement, situé au milieu de la 
tribu des Roumoungués. Les Wabickaris, voisins de ceux-ci, mais en 
hostilité perpétuelle avec eux, demandèrent aux missionnaires de venir 
s'établir chez eux, ce qui ne put leur être accordé, leurs terres étant 
basses et insalubres. Lrités de ce refus, ils cherchèrent à plusieurs 
reprises à enlever aux missionnaires quelques-uns de leurs élèves, pour 
les*réduire de nouveau en esclavage. Ayant réussi à en prendre un, ils 
se le virent réclamer par les missionnaires, qui menacèrent même de 
recourir à la force. Alors, conduits par leur chef, ils envahirent en 
armes le territoire des Roumoungués, attaquèrent la station, tuèrent trois 
des missionnaires à coups de flèches, puis s'enfuirent comme épouvantés 
de leur œuvre. Les Roumoungués suppUèrent les survivants de s'éloigner 
pour ne pas s'exposer à de nouvelles attaques. De leur côté, les mis- 
sionnaires du Massanzé, au delà du Tanganyika, informés de la position 
critique dans laquelle se trouvaient leurs frères, s'empressèrent de fréter 
une barque pour venir les chercher, eux et leurs élèves, et les conduire 
dans le Massanzé. 

L'insalubrité de la station d'Oudji4Ji a obligé deux des ndssionnaires 
de la Société de Londres, atteints de la fièvre, à quitter cette localité. 
L'un d'eux, M. Wookey, a dû revenir en Angleterre; l'autre, M. Hutley, 



— 107 — 

s'est arrêté dans rOupambo, pour permettre au D' Southon de se 
rendre à Mtoua, dans rOn^^aha, qu'avait dû quitter également 
M. Palmer, aussi malade de la fièvre; en outre, les efforts qu'il avait dû 
faire pour venir en aide à M. Popelin, lui avaient causé une attaque de 
paralysie temporaire. M. Griflith restait seul ^u delà du Tanganyika, 
séparé de ses collègues de TOurambo par le lac et un territoire de plus 
de 300 kilomètres. Le D' Southon n'a pas voulu le laisser ainsi isolé. Le 
Comité de Londres s'est demandé s'il ne devait pas renoncer pour un 
temps aux stations du Tangaj;iyika et se replier sur l'Ourambo ; mais les 
nombreuses populations qui entourent le lac, le bon accueil qu'elles ont 
toujours fait aux missionnaires, et la considération que le Tanganyika 
est la voie la meilleure pour pénétrer chez les multitudes qui occupent 
la grande vallée du Congo, l'ont engagé à persévérer dans ses progrès 
vers l'ouest, jusqu'à ce que ses missionnaires aieçit rejoint ceux des 
sociétés anglaises qui remontent le fleuve. D'après le témoignage de 
M. Hutley, il y a au nord d'Oudjidji, près du lac, à une certaine hau- 
teur, des endroits salubres, et MM. Palmer et Griffith croient que l'on 
peut en trouver aussi à l'ouest de Mtoua, non loin de la station actuelle. 
Pour compléter la ligne de communication par le Nyassa, proposée par 
M. James Stevenson, le Comité créera une station nouvelle au sud du 
Tanganyika, et fournira aux missionnaires un vapeur, pour leur per- 
mettre de visiter les tribus établies le long des 1500 kilomètres de côte du 
lac, d'acquérir une connaissance complète du pays, et de choisir les sites 
les meilleurs pour l'emplacement de futures stations. En même temps 
que le steamer sera placé sur le lac, on commencera à donner aux natifs 
une éducation industrielle, sous la direction de mécaniciens attachés à 
la mission. 

M. "W. Beardall, constructeur de la route de Dar-es-Salam, dans 
la direction du Nyassa, a été chargé, parle sultan de Zanzibar, d'explorer 
le bassin de la Roufl^l et de son tributaire l'Ouranga. Malgré la rapi- 
dité du courant et, dans certains endroits, le peu de profondeur de l'eau, 
il a pu remonter la première en bateau jusqu'à Korogéro. Les villages 
sont nombreux le long de la rivière. Korogéro en est le principal chef, 
mais son autorité a beaucoup diminué depuis que sa ville a été brûlée, 
ses gens tués ou dispersés, et lui-même fait prisonnier par les Mahen- 
gués. U doit leur payer un tribu annuel, dont il prélève une partie sm- 
les i>etits che£s du voisinage. Les Mahengués considèrent cette partie du 
pays conmie une espèce de réserve pour la chasse aux esclaves. Trop 
habiles pour dépeupler d'un seul coup tout le pays, ils y font des incur- 



— 108 — 

sions périodiques, brûlent un ou deux villages et emmènent des esclaves. 
Aussi, après les récoltes, les indigènes de la Rouâgi se cachent-ils, eux 
et leur grain, dans les îles basses de roseaux qui garnissent cette partie 
de la rivière. Us n'y sont pas aisément surpris, les Mahengués craignant 
les crocodiles qui abondent dans ces retraites marécageuses. De Koro- 
géro, Texpéditiou dut poursuivre sa marche à pied, les cataractes de 
Pangani, au-dessous de l'embouchure de la Ruaha, ne permettant pas 
aux bateaux de remonter plus haut. M. Beardall s'avança jusqu'au con- 
fluent de la Lououégo et de l'Ouranga, et , aux cascades de Chougouli. 
Il y apprit que des caravanes de Quiloa y passent continuellement, pour 
acheter des esclaves et de l'ivoire. L'impossibilité de trouver des guides 
pour aller plus loin et l'approche de la saison des pluies l'obUgèrent à 
revenir à la côte. En arrivant à Nyan'toumbo, à peu de distance de 
l'océan, un de ses hommes, descendu à terre, vit une caravane d'environ 
50 esclaves qui attendait de pouvoir traverser la rivière pour continuer 
sa marche vers le nord ; le propriétaire s'était caché, quand il avait appris 
la présence du bateau de M. Beardall dans le voisinage. 

La Société de géographie de Mozambique se propose de faire faire 
une reconnaissance des principaux golfes et des rivières du Uttoral, et 
d'organiser une expédition au lac Nyassa en partant de Sangoul. De sou 
côté, le ministre portugais de la marine et des colonies présentera, à la 
rentrée des Chambres, un projet en vue de la construction du chemin 
de fer de Lourenzo Marquez à la frontière du Transvaal. La ligne, dont 
le coût est estimé à 7,500,000 francs, serait construite aux frais de l'État. 
Le gouvernement doit en outre procéder à une nouvelle adjudication du 
service postal officiel, par steamers, entre la métropole et les ports de la 
province de Mozambique. Actuellement, ce service est fait, via Suez, pai* 
la « British India Company, » en vertu d'un contrat échéant en 1882, qui 
probablement ne sera pas renouvelé, le transbordement réglementaire 
à Aden ne permettant pas à la province de Mozambique de jouir des 
avantages que des communications rapides avec la métropole pourraient 
lui assurer. 

Le P* Depelchin a visité à la fin de mai la station de Panda-ma- 
Tenka, à 80 kilom. des chutes du Zambèze, dont le personnel a beau- 
coup souifert de la fièvre, U compte bâtir sur un plateau, du côté Est de 
la vallée, un sanitorium, planter dans la vallée beaucoup d'eucalyptus 
pour assainir le pays, et creuser im puits pour se procurer de l'eau 
potable. Le roi des Barotsés lui a fait exprimer le désir de voir les mis- 
sionnaires, et a envoyé à Mparira des bateaux pour les transporter à 
Katonga, sa résidence. 



— 109 — 

D'après le Standard, Mopocb, chef indigène de Lydenbourg, dans le 
Transva&ly a pris les armes pour combattre les Boers. H avait déclaré 
au résident anglais que, si les troupes britanniques quittaient le pays, 
]ui et sa tribu se battraient jusqu'au dernier homme, plutôt que de se 
soumettre aux Boei^^ Les blancs du district sont en fuite. Une grande; 
inquiétude règne également dans le district de Wakkerstrom, oii les 
Cafres se préparent à quelque entreprise. On craint que tous les indigè- 
nes du Transvaal ne se soulèvent, et que les Boers ne puissent leur 
résister. Deux mille hommes de troupes anglaises sont à Newcastle, 
prêts à toute éventualité. 

D'Ouvouzia, où nous avons laissé le P. Duparqnet, dans son explo- 
ration de rOiranipo, il a traversé le district des Ombalandous ou 
Omx)dous-miti, (hommes des arbres), surnom qu'ils doivent à l'habitude 
qu'ils ont de combattre du sommet des baobabs, d'où ils décochent 
leurs flèches contre leurs ennemis. Cette tribu est constituée sous une 
forme républicaine. Riche et puissante, elle est entourée de tous côtés 
par d^autres peuplades hostiles, et, n'ayant accès ni sur les fleuves, ni 
î?ur les routes du Damara, elle a été jusqu'ici peu visitée par les négo- 
ciants. Les autres tribus lui font une guerre acharnée, mais sans pou- 
voir l'exterminer. Pour écarter d'elle les négociants, elles leur faisaient 
les descriptions les plus terribles de la prétendue férocité des Ombalan- 
dous; mais le P. Duparquet a trouvé chez eux une population douce et 
inoffensive qui l'a parfaitement accueilli. Ils avaient même envoyé une 
ambassade aux Boers, dans le Kaoko, avec des bœufs et 300 sacs de blé, 
en retour de quelques munitions de chasse. Le pays abonde en gibier. 
En quittant Oumatouzia on arrive, en trois heures de marche,, au pre- 
mier village del'Ombandja. Le roi, Ikéra, fait au P. Duparquet l'accueil le 
plus cordial. Agé de 40 à 50 ans, il a une physionomie franche et joviale, 
est bon et affectueux envers ses sujets, mais ruisselle d'une huile mélan- 
gée d'une teinture rouge, au point qu'il est impossible de lui toucher la 
main ; il en est de même de tout le personnel du palais. « C'est, dit le 
missionnaire, le roi le plus débonnaire et le plus aimable que j'aie ren- 
contré en Afrique. » — « Mon cœur, » lui dit Ikéra, « est avec vous, et 
je tiens à ce que vous restiez ici pour apprécier mes dispositions et celles 
de mon peuple. Je vous donnerai le terrain que vous voudrez; vous 
retournerez ensuite à Omarourou, puis vous viendrez construire partout 
oîi vous voudrez. » Après quelques recherches , un emplacement fut 
choisi près des grandes fontaines d'Owars f le roi l'accorda, tout en 
regrettant que le P. Duparquet s'installât de l'autre côté de l'orna- 



— 110 — 

ramba : « Quand celui-ci, » dit-il, « sera rempli d'eau, comment poui-- 
rons-nous nous visiter? » Le missionnaire le rassura en lui promettant 
de construire, au travers de Vomaramba, une chaussée pour réunir sa 
mission à Thabitation du roi. — M. Erickson rejoignit le P. Duparquet 
à Ombandja avec le wagon de M. Dufoup. Celui-fii avait éprouvé des 
difficultés dg la part de Kipandéka, qui d'abord Tavait bien accueilli, 
puis lui avait demandé de faire du négoce avec lui , mais il n'avait que 
du bétail à vendre, et M. Dufour, qui cherchait de l'ivoire et des plumes 
d'autruche, lui déclara qu'il n'achèterait pas de bétail. Le roi lui enjoi- 
gnit alors de quitter son territoire ; à quoi M. Dufour répondit qu'il était 
venu non pour négocier, mais poiu* visiter le pays, qu'il ne le quitterait 
qu'à son gré et non d'une manière aussi expéditive. Là-dessus, Kipan- 
déka lui interdit le feu et l'eau ; il envoya ses gens au wagon du voya- 
geur, éteindre le feu et jeter l'eau qui était dans les barils ; puis on 
enunena ses bœufs et ses chevaux, et le personnel eflfrayé prit la fuite. 
M. Dufour resta seul dans son wagon, déclarant qu'il mourrait plutôt 
que de partûr. Il vécut ainsi pendant trois jours, d'une fetçon assez pré- 
caire, jusqu'au moment où l'aimonce de la venue de plusieurs wagons 
rendit le roi plus traitable; avant l'arrivée de M. Erickson, il avait déjà 
renvoyé bœufs, chevaux et personnel à M. Dufour, qui vint à Ombandja. 
H a visité les mines de cuivre d'Otavi, qui sont d'une richesse extrême. 
M. Dufour mesura la hauteur d'Ombandja au-dessus de la mer et 
trouva 1250", ce qui indiquerait qu'Ombandja est un des points les plus 
élevés de l'Ovampo. De là, l'expédition prit la route de l'Ondongona, 
dans la direction du Cunéné, qu'elle atteignit à Kilavi. Les eaux du 
fleuve sont extrêmement limpides et coulent lentement sur un lit do 
sable blanc. Partout, sur la rive gauche, il est limité par des cliffs, 
(rochers escarpés le long des rives), extrémité du plateau de l'Ovampo. 
Cette ligne de diffs a des coupures qui donnent naissance aux oxnarambas 
dont l'Ovampo est sillonné. Il est plus bas que le fleuve et s'abaisse, des 
rives de celui-ci jusqu'à Ondonga, de 80" au moins ; la pente se continue 
jusqu'au lac Etosha, qui occupe la plus grande dépression de toute la 
contrée. Le roi de Hombi, Shahongo, reçut les voyageurs avec beaucoup 
de bienveillance, et témoigna le désir d'entrer en relations commerciales 
avec M. Erickson. 

Les stations missionnaires se multiplient le long du Conf^o. 
M. Comber en a créé à Isangila et à Mbou sur la rive septentrionale 
du fleuve, et n'attend que des renforts pour en fonder à Ibiou et à Stanley 
Pool . Un bateau d'un genre nouveau a été construit à son usage en Angle- 



— 111 — 

terre, par M. Sidney Comber qui va devenir médecin missionnaire. Ce 
bateau a été fait de toile à voile, enduite d'un mélange de noir de fumée 
et de goudron, La toile en est tendue au moyen de cannes fixées dans 
des anneaux de cuivre. D ne pèsera pas plus de 60Kvres, et pourra faci- 
lement être divisé, de manière à être porté par deux personnes. Il peut 
aussi être transformé en tente. M. Me Call compte ajouter deux nou- 
velles stations aux trois que possède déjà la « Livingstone inland mis- 
sion, » à Palaballa, Banza Montiko et Manyanga; l'une des nouvelles 
serait placée à moitié chemin entre Manyanga et Stanley Pool, l'autre 
à Stanley Pool même. Pour cette dernière, le Comité a déjà reçu de la 
veuve du missionnaire Hemy Reed, de Tasmanie, un steamer qui sera 
appelé le Henry Jieed, et un ami de la mission s'occupe à recueillir 
en Amérique la somme nécessaire pour le transport du steamer, de 
Mataddi à Stanley Pool. 

Le P. Aiif^ouard est arrivé à Isangila en suivant, à partir de Vivi, 
la pouto de Stanley 5 elle est interrompue 'trois fois entre ces deux 
points pour le service des "vapeurs. « Cette route, » dit-il, a est un tra- 
vail vraiment gigantesque ; on ne peut imaginer comment Stanley a pu 
déplacer, en si peu de temps, cette quantité énorme de terre, d'arbres 
et de rochers. En certains endroits elle traverse la forêt, tantôt ver- 
doyante, tantôt encombrée par de grands rochers qu'il a fallu faire 
sauter avec de la poudre. Ailleurs, elle arrive droit sur le Congo et le 
domine à pic. Presque en face, deux cataractes, l'une en amont, l'autre 
en aval, grondent avec un fracas horrible et roulent au milieu des mon- 
tagnes leurs flots écumants. Malgré le peu d'enthousiasme des noirs 
pour les beautés de la nature, les porteurs ne pouvaient retenir leurs 
cris d'admiration et de stupeur. » Stanley va continuer sa route vers 
Stanley Pool, où il conduira le petit bateau à vapeur, à roues VEn avant. 
Il naviguera pendant 30 kilomèti'es, et le reste du chemin s'effectuera 
par terre. Il veut terminer ce travail avant le mois de mars prochain, 
époque à laquelle expire son engagement. 

Une lettre de Sairoripnan de Brazasa à sa mère nous apprend qu'il 

■ 

a dû faire un nouveau voyage à Franceville, pour ravitailler la sta- 
tion et reprendre, auprès des tribus riveraines, l'influence perdue par 
son absence; sans cela il aurait fallu à ses aides, MM. Ballay et Mizon, 
plusieurs mois avant de pouvoir disposer de moyens de transport sérieux. 
A son départ de chez les Okandas, il souffrait d'une violente dysenterie 
qui l'avait complètement épuisé. A Boue il voulut faire passer les piro- 
gues avec leur chargement au-dessus des rapides ; la sienne chavira et, 



1 



— 112 — 

pour la retirer, il dut passer plusieurs heures dans Teau; la dysenterie 
le reprit et il se meurtrit grièvement le pied gauche. A peine guéri, il 
voulut se mettre à conduire lui-même sa pirogue, mais la blessure se 
rouvrit; Tinflammation s'y mit; il dut avoir recours aux médicaments 
du pays et, malgré un apaisement presque instantané de la douleur, 
l'effet de ces remèdes fut désastreux. Il envoya une pirogue chercher 
de Tacide phénique et du nitrate d'argent à Marchogo, et un nouveau 
pansement cicatrisa la plaie. On put alors le transporter à Franceville, 
où il arriva le 6 avril et où il fut reçu avec de grandes démonstrations de 
joie. Il y trouva une route construite pour gagner le village sans trop 
forte pente, et un pont de 40 mètres pour traverser le lac ; ime très 
longue case sert de maison d'habitation et de magasin pour le personnel 
de la station; il apportait avec lui des semences, et allait tâcher d'intro- 
duire la culture des orangers, du café, de la vanille, etc. 

Malgré les progrès déjà réalisés sur la côte de Gmnée, les sacrifices 
humains persistent encore dans les grands états du Dahomey et des 
Achantis. Le missionnaire wesleyen John Milum a fait un voyage 
dans le Dahomey, et rapporteque le roi Grélélé, qui y règne depuis 27 ans, 
a fait sacrifier chaque année au moins 200 persoimes; sa résidence, 
Abomey, n'est cependant qu'à 20 lieues de la côte, et les villes qu'il 
attaque pour y faire des prisonniers de guerre en vue de ces sacrifices 
n'en sont guère qu'à 30 lieues. Il venait de détruire la ville de Mikkam, 
à l'ouest du Dahomey, et d'en ramener 17,000 captifis. H a un marché 
d'esclaves. M. Milum l'a vu mettre en vente 20 hommes et 30 femmes. 
Un petit-fils du roi acheta un jeune garçon pour 4 sous; une fillette, qui 
paraissait une princesse, acheta une jeune fille ; après quoi les chefs à leur 
tour firent leurs achats. Le roi fit présent de jeunes femmes à quelques- 
uns de ses braves, ce qui donna lieu à des danses en signe de reconnais- 
sance. Des transactions de cette nature continuèrent pendant plus d'une 
semaine. — De son côté, le roi des Achantis a fait mourir récemment 
200 jeunes filles, pour employer leur sang à faire du mortier en vue de 
réparer im de ses édifices. Le représentant du roi étant à la côte, on 
espère qu'une enquête sévère sera faite à cet égard. Le prince Buaki 
est, en effet, arrivé à Accra, avec le capitaine Lonsdale qui l'avait 
accompagné à Coumassie. Il est chargé par son souverain de conclure 
avec l'Angleterre un traité, qui ouvrira au commerce les routes de l'inté- 
rieur du pays des Achantis. Sir Samuel Rowe et les principaux d'Accra 
Tout très bien reçu; mais il est probable que le représentant anglais 
mettra comme condition au traité l'abolition des sacrifices humains. 



~ 113 — 

Au mois de septembre, M. Ramseyer, missionnaire qui, avant la der- 
nière guen-e avec l'Angleterre, avait été retenu prisonnier à Coumassie 
pendant quatre ans et demi, y a fait une visite avec un de ses collègues, 
et y a trouvé un accueil extrêmement cordial. 

L'exploitation des différentes mines de la Côte d*Or progresse : 
Textraction du minerai s'opère rapidement, les machines nécessaires 
pour le broyer s'installent les unes après les autres. Deux compagnies 
nouvelles sont en formation. Le capitaine. F. Burton, compagnon de 
Speke dans l'expédition qui, en 1857, aboutit à la découverte duTanga- 
nyika, va se rendre à Axim, pour y examiner les travaux d'une mine 
dont la direction lui a été confiée. Des démarches sont faites pour le 
tracé d'une ligne de chemin de fer léger, de la côté aux districts miniers. 

A Sierra Leone l'agriculture devient l'objet d'une attention parti- 
culière, soit chez les natifs, qui font venir des semences de diverses par- 
ties du monde, soit chez les Européens, dont plusieurs appliquent à la 
culture les facilités qu'offre le capital. — Un autre fait intéressant vient 
de se produire à l'Université libre de Bruxelles. M. W. Renner, natif de 
Sierra Léone^ s'est présenté pour subir les trois examens de doctorat en 
médecine, et les a passés avec le plus grand succès. D compte retourner 
en Afrique, pour y exercer sa profession sur la côte de Guinée. 



NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

M. Godwin, ingénieur au Caire, a adressé au gouvernement égyptien un rapport 
tendant à démontrer la nécessité de prolonger le réseau des chemins de fer jus- 
qu'au Soudan égyptien, en employant alternativement la voie du fleuve et la voie 
ferrée. . 

Avant de mourir, Mgr Comboni avait fait l'exploration du Djebel Nouba, et 
dressé une nouvelle carte des pays qui l'entourent. Il se proposait de fonder une 
mission dans la province du Bahr-el-Ghazal, à la demande de Lotfus-bey, nommé 
gouverneur en remplacement de Gessi. 

Une expédition allemande, sous la direction de M. le baron de Muller, partira de 
Massaoua ou de Souakim pour le pays des Gallas. 

MM. Cuzzi et Michieli, agents de la Société italienne de commerce avec l'Afri- 
que, sont partis pour Khartoum où ils doivent faire dos achats de gomme. 

MM. Pictro Biazzi, de Bergame, et Fausto Benedetti, de Brescia, doivent se ren- 
dre dans la mer Rouge, pour explorer les côtes des Somalis au point de vue com- 
mercial. 

D'après une lettre d'Emin Bey à VEsploratore, le D*^ Junker a été complètement 
dévalisé dans le Mombouttou ; Emin Bey lui a envoyé dc3 secours et a dû se ren- 
dre lui-même dans ce pays par le Makaraka. 



— 114 — 

M. Soleillet se propose de fonder entre Zeila et Obock une colonie eommerciale 

Le comte Pennazzi, qui a déjà exploré le Soudan, repartira prochainement pour 
le pays des Gallas, d'où il cherchera à se rendre directement aux grands lacs de 
l'Afrique orientale. 

Le D** Stecker a réussi dans son voyage au lac Tsana, dont il a envoyé une très 
bonne carte à la Société africaine-allemande. Il a dû ensuite se rendre dans la 
province de Zaboul (Abyssinie orientale), où il voulait faire l'ascension des 
monts Kollo et Dschimbst; après cela, il comptait visiter les pays nègres à l'ouest 
du lac Tsana, se rendre de là au Kaffa et, s'il le peut, revenir à la côte de Zanzi- 
bar par le lac Sambourou, le Kénia et le Kilimandjaro. 

Le D'^ Kirk a quitté Zanzibar pour deux ans. 

Deux des missionnaires anglais de l'Ouganda, MM. Pearson et Lichtfield, sont 
revenus en Angleterre. 

Dans son exploration de la Rovouma, M. Thomson n'a pas trouvé le charbon 
que l'on disait affleurer le long des bords de la rivière. 

M. Chauncy Maples, de la mission des Universités, a fait un grand voyage de 
reconnaissance dans le pays presque inconnu situé au sud de la Rovouma, dans la 
direction de la Louli, et aux soiu*ces de la Loendé. 

Trois missionnaires de Blantyre, congédiés à la suite des affaires qui ont trou- 
blé cette station, n'ont pu se rendre à la côte par suite d'un conflit existant entre 
le chef Tchipitoula et un certain Matékénié, portugais demi-sang, décidé à ne lais- 
ser passer aucun Anglais, et par lequel M. Ramsay, ingénieur de la Société com- 
merciale écossaise africaine, venait d'être assassiné avec ses gens sur la route de 
Quilimane. 

Le chef zoulou Oham a repoussé les Abaqualousis au delà de ses frontières, 
dans le Transvaal, en leur tuant beaucoup de monde. 

Cettiwayo a été autorisé à se rendre en Angleterre au mois d'avril prochain. 

Le P. Antunes, professeur à Braga, est parti le 15 octobre avec deux aides et 
trois ouvriers, pour aller fonder à Huilla, près de Humpata, où sont les Boers, 
des écoles pour les garçons, fils de colons, de Boers et d'indigènes, et pour les 
filles, sous la direction de maîtresses choisies ; il compte aussi créer une ferme et 
une école professionnelle des arts et des métiers nécessaires à la vie africaine. Le 
gouvernement portugais lui a accordé la concession des terrains demandés, se 
réservant d'approuver les règlements qui devront régir ces divers établissements. 

Le capitaine Capello sera chargé de la direction de la station civilisatrice que le 
gouvernement portugais a l'intention d'établir au Bihé. 

Le ministre portugais de la marine et des colonies présentera prochainement 
aux Chambres un projet relatif à la concession du chemin de fer de Loanda à 
Ambaca. 

L'association espagnole la Exploradora organise son expédition pour la région 
comprise entre la baie de Corisco et le lac Albert. 

Le roi et les chefs de Odé Ondo, dans le Yoruba, se sont engagés par un traité à 
ne plus tolérer aucun sacrifice humain dans leur torrîtoiro. 



— 115 — 

Le gouverneur de Sierra Leone a Pintention de visiter les chefs des tribus qui 
habitent le long de la Rokelle, en vue d^établir parmi eux une paix permanente. 

La mort de M. Golaz au Sénégal ne privera pas longtemps M. Taylor de l'aide 
dont il a besoin; plusieurs jeunes gens se sont offerts au Comité des missions évan- 
géliqucs de Paris, pour être; envoyés à Saint-Louis. 



LA MOUCHE TSÉTSÉ 

Tout le monde sait qu'il n'y a pas de plus gi*and ennemi de l'explora- 
teur et du colon, dans l'Afrique australe, qu'une vulgaire petite mouche 
appelée tsétsé. Les voyageui-s qui ont visité cette contrée la signalent 
tous comme leur ayant causé plus ou moins de dommages. Le sujet 
étant ainsi des plus actuels, nous voudrions aujourd'hui parler de cet 
insecte, étudier sa conformation physique, l'effet de ses piqûres, et enfin 
les moyens, s'il y en a, de débarrasser l'Afrique de ce fléau. 

M. Bafaiier pense que la tsétsé n'est autre que le zebud des Ghaldéo- 
Persans et que la cynomyia des Grecs. 

Une mouche , analogue à la tsétsé et produisant les mêmes effets, fut 
signalée pour la première fois par Bruce, sous le nom de zinib, en Abys- 
sinie, vers 1770. Beaucoup plus tard, en 1837, le capitaine Harris indi- 
quait sur sa carte une a région abondante en mouches qui causent des 
ravages parmi le bétail. » D'autre part, vers 1850, Gordon Cumming 
attirait sérieusement l'attention sur la tsétsé. Le major Vardon donna 
des détails plus précis que Gordon Cumming, et rapporta en Europe les 
premiers échantillons, qui ont permis au naturaliste Westwood de 
décrire l'espèce. Enfin plusieurs voyageurs, entre autres Oswell, Living- 
stone et Kirk, ont ajouté beaucoup h nos connaissances sur cet insecte. 

D'après les échantillons reçus de M. Vardon, M. Westwood a constaté 
que cette mouche est une nouvelle espèce du genre Oloesina de Wiede- 
mann. Il la désigne sous le nom de Olossina morsitans. Le genre Glossma 
avait été établi sur une seule espèce, la Glossina hngipàlpis de Sierra 
Leone, mais M. Westwood a constaté l'existence de deux nouvelles 
espèces africaines du même genre, l'une venant de l'Afrique occidentale- 
tropicale, l'autre de la Côte d'Or. Ce savant ne partage pas la manière de 
voir du marquis de Spineto, qui a voulu assimiler l'insecte découvert par 
Bruce à une représentation qui se trouve sur les monuments égyptiens. 

La tsétsé est brune, presque de la même nuance que l'abeille ordinaire. 
ËUe a à peu près la taille de la tnouche commune d'Europe, mais elle en 
diifère sur un point essentiel, ce qui pennet toujours de la reconnaître. 



— 116 — 

Quand la tsétsé est au repos, les ailes, étendues le long du dos, se recou- 
vrent à leurs extrémités. Le corps est aussi un peu plus large et plus plat 
que celui de la mouche des appartements. La tsétsé porte, sur la région 
supérieure de l'abdomen, trois ou quatre raies jaunes et transversales. 
Sa trompe, une fois plus longue que sa tête, ressemble à une soie 
cornée. Lorsqu'on a sur la main une de ces mouches, et qu'on la laisse 
agir sans la troubler, on voit sa trompe se diviser en trois parties, dont 
celle du milieu s''insère assez profondément dans la peau; l'insecte 
retire ensuite cette tarière, l'éloigné un peu et se sert alors de ses man- 
dibules qui, sous leur action rapide, font contracter à la piqûre une 
teinte cramoisie; l'abdomen de la mouche, flasque et aplati auparavant, 
se gonfle peu à peu, et, si l'insecte n'est pas tourmenté, il s'envole 
tranquillement aussitôt qu'il est gorgé de sang. La démangeaison qui 
suit la piqûre n'est pas plus douloureuse pour l'homme que celle causée 
par un moustique, mais elle prouve que quelque substance irritante est 
en même temps injectée, et que son effet est de causer une congestion 
locale qui facilite la succion du sang. D faut bien noter cependant qu'on 
n'a encore découvert aucun organe qui sécrète cette substance irritante. 
Disons, à ce sujet, qu'il serait bien à désirer qu'un voyageur rapportât 
une de ces mouches conservée dans l'alcool ; jusqu'à présent tous les 
spécimens ont été gardés secs, et, dans cet état, il n'est pas possible de 
distinguer si, oui ou non, il y a une glande à venin, ni quelle est la 
nature de ce venin. 

La mouche tsétsé a un bourdonnement particuUer, discordant, que 
l'on n'oublie jamais quand on l'a entendu une fois. Grâce à la longueur 
de ses ailes, elle est d'ime vivacité remarquable et très difficile à saisir 
pendant le milieu du jour ; mais, le soir et le matin, la fraîcheur de la 
température lui enlève une pailie de son agilité. Rapide comme ime 
flèche, elle s'élance du haut d'un buisson sur le point qu'eUe veut atta- 
quer. Sa vue doit être très perçante, car un voyageur, M. Chapman, 
raconte qu'ayant à son vêtement un trou presque imperceptible fait par 
une épine, U voyait souvent la tsétsé, qui ne pouvait traverser le drap, 
s'élancer et venir, sans jamais manquer son but, le piquer dans le petit 
espace qui n'était pas protégé. 

La piqûre de la tsétsé est morteUe pour le bœuf, le cheval, le chien 
d'Europe. Elle n'a aucun effet fâcheux, au contraire, sur les animaux 
sauvages, tels que le buffle, l'éléphant (qu'il soit originaire d'Afrique ou 
importé d'Asie), l'aiitilope, la gazelle, le zèbre, le chien indigène, et sur 
certains animaux domestiques comme le porc, l'âne, le mulet et la 



— 117 — 
chèvre. Il faut ajouter cependant que, quant à l'âne, les voyageurs sont 
divisés d'opinion, et que, d'autre pai*t, Livingstone ayant soumis à 
répreuve de la tsétsé des chameaux et des buffles, qu'il avait pris pour 
transporter ses bagages dans des districts infestés de mouches, croit 
que celles-ci ont eu une grande influence sur le sort de ses bêtes, qui 
sont toutes mortes au bout de peu de temps. Mais il ne se prononce 
pas , positivement à cet égard, étant certain qu'il y avait eu de très 
mauvais traitements exercés par les conducteurs. 

Il y a trop peu de différence entre la natiu^e du cheval et du zèbre, 
du bœuf et du buffle, pour qu'il soit possible d'expliquer d'une manière 
satisfaisante pourquoi les uns meurent tandis que les autres paissent 
impunément au milieu des tsétsés. De même, comment expliquerait-on 
que le jeune veau, tant qu'il est nourri de lait, peut être piqué sans 
danger, tandis que pour le chien c'est le contraire ? Si le lait fonne la 
nourriture de celui-ci, il succombe infailliblement, tandis que, d'après 
M. de Castelnau, s'il est exclusivement nouiri de gibier, il acquiert 
à l'égard de la piqûre l'immunité des animaux sauvages. Ces singula- 
rités firent tout d'abord croire à Livingstone que ces ravages étaient 
produits par quelque plante et non par l'insecte ; mais le major Yardon 
trancha la question, en allant à cheval sur une petite colline infestée de 
tsétsés ; il ne permit pas à la bête de manger un seul brin d'herbe, ne 
resta dans cet endroit que le temps nécessaii*e poui* regarder le pays et 
pour saisir quelques-unes des mouches qui piquaient sa monture ; dix 
jours après, le malheureux cheval était mort. 

Chez le bœuf, l'effet immédiat de la piqûre ne semble pas avoir plus 
de gravité que chez l'homme, et ne trouble pas l'animal. Mais, quelques 
jours après, on entend, lorsqu'il mange, un bruit sourd sortant de son 
corps ; de ses yeux et de son mufle, d'après Livingstone et Oswell, 
s'écoule un mucus abondant ; la peau tressaille et frissonne comme sous 
l'impression du froid ; le dessous de la mâchoire inférieure et les pau- 
pières commencent à enfler. M. Gordon Cununing nous dit qu'un de ses 
chevaux, piqué par la tsétsé, avait, avant de mourir, la tête et le corps 
enflés de la manière la plus lamentable ; ses yeux l'étaient tellement 
qu'il ne pouvait plus rien voir. Le bœuf s'émacie de jour en jour, bien 
qu'il continue de paître ; l'amaigrissement s'accompagne d'une flacci- 
dité des muscles de plus en plus prononcée, et, après quelque temps de 
souffrance, l'animal se consume et meurt. Les bœufs qui ont un certain 
embonpoint au moment oti ils sont piqués, sont pris de vertige, comme 
s'ils avaient le cerveau attaqué ; ils deviennent complètement aveugles. 



— 118 — 

et meurent fort peu de temps après. La pluie et les changements subits 
de température qu'elle amène, hâtent les progrès de la maladie ; toute- 
fois elle se prolonge dans tous les cas pendant un certain temps, et sur 
ce point les voyageurs sont généralement d'accord. Gordon Cumming 
croit que ce temps varie d'une semaine à trois mois, et Oswell de trois 
à douze semaines. Ce dernier voyageur pense qu'il suffit de 3 ou 4 mou- 
ches pour tuer un gros bœuf. Livingstone raconte qu'il perdit, pendant 
son voyage chez les Banâjoas, 43 bœufs magnifiques ; les ayant surveillés 
avec soin, il était persuadé qu'une vingtaine de tsétsés tout au plus 
s'étaient posées sur eux. A l'autopsie d'un bœuf piqué par la mouche, on 
remarque que la graisse a fait place à une matière jaunâtre, molle et 
visqueuse. Le tissu cellulaire, placé immédiatement sous la peau, est 
boursouflé, comme s'il était formé d'une quantité de bulles de savon j 
toutes les chairs sont molles ; le cœur, les poumons, le foie, ou l'un au 
moins de ces organes, est malade. Le cœur est d'une telle flaccidité 
qu'il ressemble à de la chair qui aurait trempé dans l'eau, et que les 
doigts qui le saisissent se rencontrent en le pressant. Le sang, épais et 
albumineux, est si diminué en quantité et altéré en qualité, que les mains 
en sont à peine tachées pendant la dissection . La piqûre de la tsétsé serait 
donc un véritable empoisonnement du sang. 

Les ravages produits par la mouche sont terribles dans l'Afrique 
australe. Combien de bergers négligents ont perdu tous leurs troupeaux 
pour les avoir laissés paître dans des prairies infestées de tsétsés ! 
Livingstone raconte qu'une imprudence involontaire fit périr presque 
tout le bétail de la tribu des Makololos, qui^ sans le savoir, étaient 
venus s'établir dans un district fréquenté par le redoutable insecte. Le 
voyageur Oswell perdit 49 bœufs sur 57. D'après M. Bainier, en 1863, 
dans les seules possessions portugaises du Congo, plus de 20,000 têtes 
de bétail périrent par suite des piqûres de la mouche venimeuse. 

Aussi doit-on comprendre que les indigènes aient une peur affi'euse 
de la tsétsé, qu'ils cherchent à connaître d'une manière exacte ses can- 
tonnements préférés, et que, devant traverser dans leurs pérégrinations 
un district infesté, ils choisissent le clair de lune d'une nuit d'hiver, 
parce que, d'après Oswell, la tsétsé ne pique pas pendant les 5uits de 
la saison froide. 

Le docteur Kirk croit que la mouche se rencontre surtout sui* les col- 
lines, dans les forêts ouvertes et les pays bien boisés, et manque dans 
les grandes plaines herbeuses. Du reste tous les voyageurs s'accordent 
à dire que ses cantonnements sont très tranchés et qu'elle ne change 



— 119 — 

pas de localité. Dans le récit de ses premiers voyages, Liviiigstone dit 
que, s'étant engagé pendant la nuit dans un endroit qu'infestait la 
tsétfié, il s'empressa de fuir dès le matin vers l'autre bord d'une rivière 
qu'il suivait, certain de ne l'y pas rencontrer ; cette rivière était le 
Chobé; plus loin il reprend cette thèse, que ce cours d'eau sépare nette- 
ment, sur une partie de son cours, la région qu'habite la mouche de 
celle où l'on n'en trouve aucune ; fait d'autant plus singulier que des 
indigènes transportaient souvent, d'une rive à l'autre, des morceaux de 
viande crue couverte de tsétsés. 

D'une manière générale, la mouche tsétsé se rencontre dans la partie 
équatoriale et australe de l'Afrique, dans toute la largeur du continent. 
Le voyageur Arnaud croit qu'elle est identique à une mouche qu'on ren- 
contre dans le Sennaâr, entre le lô"* et le !!"*• degrés de latitude Nord, 
oïl ses piqûres tuent les animaux domestiques. Les propriétaires des 
troupeaux sont obligés d'abandonner cette contrée pendant la saison où 
elle est le plus inquiétante, c'est-à-dire pendant les mois de janvier à 
mai, pour se réfugier sur les bords du Nil où on ne la retrouve que très 
rarement. M. Arnaud ayant été piqué par une de ces mouches, la plaie 
qui en est résultée a duré plus de 4 mois avec des démangeaisons. Le 
capitaine Burton a rencontré la tsétsé entre le Tanganyika et la côte, 
dans le pays d'Ounyamouézi. En revanche il faut dire que M. Broyon 
ne croit guère à l'existence de la mouche dans cette région, car ayant 
constanmient avec lui, dans ses divers voyages, en particulier dans 
rOunyanyembé, une vache et d'autres animaux domestiques, il n'en a 
perdu aucun de la piqûre de la tsétsé. 

La région la plus infestée est certainement le bassin du Zambèze. 
Livingstone a trouvé la mouche redoutable sur un très grand nombre 
de points, particulièrement près du confluent du Chobé et du Zambèze, 
des chutes Victoria, et des bourgades de Linyanti et de Seshéké. Il fau- 
drait citer cependant ime assertion de M. Hartmann, qui, si elle se 
vérifiait, serait d'une grande importance, poiutant elle ne concorde pas 
avec celle de M. Bainier, rapportée plus haut, a D'après des documents 
authentiques, dit-il, la Olossina morsitans se rencontre dans la région 
des chutes Victoria et sur la côte du Loango, sans qu'on ait constaté 
un seul cas d'animaux domestiques ayant péri par suite de ses piqûres. 
On voit toutefois là des bœufs périr d'autres maladies faciles à diagnos- 
tiquer. Il semble, par conséquent, que si la tsétsé y cause quelque 
désordre, elle n'y est nuisible qu'à un faible degré. » Les environs du 
lac Ngami, le territoire des Betchouanas et le pays arrosé par le Lim- 



— 120 -- 

popo sont spécialement cités par les voyageurs, comme ne pouvant conr 
venir à l'élève du bétail par suite de la présence de la tsétsé. Des 
Griquas ayant voulu traverser la partie nord-ouest du Transvaal, 
perdirent successivement toutes leurs bêtes de somme, durent abandon- 
ner leurs wagons et revenir à pied. Il est toutefois peu probable que la 
mouche se trouve au sud du tropique du Capricorne. C'est du moins 
l'opinion de M. Vardon. 

On s'est souvent demandé s'il y aurait un remède quelconque à la 
piqûre de la tsétsé. A cela tous les explorateurs et en particulier Living- 
stone répondent qu'ils n'en connaissent aucun. L'animal piqué est con- 
damné. Y aurait-il alors des mesures préventives ? On pense que l'inocu- 
lation resterait sans effet, car des animaux légèrement piqués n'en 
meurent pas moins l'année suivante sous l'influence de piqûres plus 
nombreuses. Le capitaine Foot croit qu'une application de paraffine, 
faite de temps en temps, aurait pour effet d'éloigner cette mouche. 
Hildebrandt, de son côté, conseille l'emploi du pétrole (v. ci-dessus, p. 96). 
Peut-être y aurait-il des essais à faire dans ce sens. Quoi qu'il en soit, 
disons-le en terminant et en nous appuyant sur un grand nombre de 
voyageurs, la mouche tsétsé diminue et tend heureusement à dispa- 
raître. Il est un fait certain, c'est que le buffle sauvage, la gazelle, etc., 
étant chassés d'une contrée, la mouche est chassée elle-même. Dans le 
Zoulouland, à Livingstone et sur beaucoup d'autres points visités par 
Livingstone, la mouche, qui abondait autrefois, ne se rencontre plus 
aujourd'hui. Par suite de la multipUcation des armes à feu et de la 
chasse acharnée que l'honmie livre à tout gibier et surtout au buffle, on 
peut prévoir la disparition lente et graduelle de l'insecte terrible, et 
l'époque où, sur certains points aujourd'hui infestés de l'Afrique cen- 
trale, les colons pourront s'établir sans crainte. 



EXPLORATION DE LA DANA, PAR CL. DENHARDT'. 

(Suite et fin.) 

La plaine dans laquelle -coulent l'Osi et la Dana, s'étend du Sabaki 
jusqu'à la Djouba, avec de petites ondulations entre les fleuves. Au bord 
de la mer, eUe est bornée par des dunes et des collines argileuses, repo- 

^ Le nom de Kitoui, omis par inadvertance dans la carte de notre précédent, 
livraison, doit ^ro plac(^ snr Pitinéraire deMombas au Kénia, entre Kinoa et Ndiango. 



— 121 — 

sant sur des formations coralligènes. A riiitérieur elle s'élève peu à peu 
jusqu'à rOukambani, où elle forme un grand plateau surmonté de mon- 
tagnes isolées, ramifications du Kénia, qui se prolongent jusqu'à Ta- 
kauQgou et à Mombas. 

Le long de la Dana, Télévation est insensible ; Massa n'est qu'à 300°" 
au-dessus de la mer. Les sources de la rivière doivent, d'après Krapf et 
d'après les indigènes, se trouver dans le massif du Eénia. En amont de 
Haméjé, ses bords sont rocheux, son eau devient mugissante, et elle n'est 
plus navigable. Les Souahélis de ce district l'appellent Gourourouma 
(tonnerre). Elle sort du lac Taka Abajila, situé au cœur des montagnes, 
qui paraît fournir aussi des eaux aux lacs Lorian et Sambourou au N. 
et au lac Baringo à l'Ouest. 

Près des rivières la plaine est couverte d'un gazon court et savoureux; 
plus loin, d'herbes plus fortes et plus dures et de mimosas. Au bord des 
fleuves croissent les palétuviers, aussi loin que remonte la marée. Les 
habitants en emploient le bois pour la construction de leurs maisons et 
de leurs bateaux, et l'écorce pour préparer et teindre les cuirs. Au delà 
s'étendent des forêts de palmiers. Dans les districts de Ndoura et de 
Soubakini, la plupart des troncs sont desséchés, les Wapokomos ayant 
coupé la couronne des arbres pour en fabriquer une boisson spiritueuse 
qu'ils aiment beaucoup, L'Adansonia digitata, très abondant à la côte, 
devient rare à partii* de Tjarra, et manque tout à fait au delà d'Enga- 
tana. De fortes lianes et des broussailles, en enlaçant les troncs énormes, 
foiTnent un fourré épais où l'air et la lumière ont peine à pénétrer. 

La plaine n'offre pas de plantes alimentaires ; ceux des habitants qui 
ne sont pas pasteurs doivent se vouer à l'agriculture. Chez les popula- 
tions musulmanes de la côte, la culture des terres est réservée aux 
esclaves. Les gens de Kipini et de Kau considèrent le tenitoii'e de la 
Dana inférieure conmie leur propriété, et les Wapokomos qui y sont 
établis comme leurs serviteurs. La principale culture est le riz. De 
Tjarra au district de Ndéra, s'étendent, des deux côtés de la Dana, 
d'iinnienses champs de lîz, qui fournissent la plus grande partie de la 
quantité nécessaire à la consommation de l'AMque orientale-équatoriale. 
En amont de Ndéra, jusqu'à Haméjé, les rives élevées du fleuve ne per- 
mettant plus cette culture, le doura et le maïs remplacent le riz ; on 
cultive aussi des fèves, différentes espèces de pois, des patates, du ma- 
nioc, la canne à sucre, des bananes, des melons et du tabac. C'est daiLs 
les terrains salés du voisinage de la mer, que les cocotiers réussissent le 
mieux ; on en trouve jusqu'à Tjarra. 



— 122 — 

Comparée à celle d'autres pays tropicaux, la faune est pauvre en 
espèces et en beaux exemplaires ; les couleurs en sont peu voyantes, 
comme celles de la végétation. Les plaines herbeuses servent de lieu de 
pâture à des troupeaux de girafes, d'antilopes, de buffles et de zèbres. 
Les éléphants se rencontrent en grand nombre dans tout le bassin de la 
Dana jusqu'à la mer. Dans les rivières et dans les lacs vivent beaucoup 
de crocodiles et d'hippopotames. Les rhinocéros abondent dans les forêts 
de leurs bords; et les autruches dans les steppes. Les fauves, loups, léo- 
pards, hyènes, chiens sauvages et chacals, ne manquent pas non plus. 

Outre les Arabes, les Souahélis, les Wanikas et quelques petites tribus 
établies à la côte, on distmgue dans cette région cinq peuplades : les 
Somalis, les Wagallas, les Wapokomos, les Wabonis et les Wassanias. 
Depuis les voyages de Decken et de Brenner, les relations ethnographi- 
ques ont considérablement changé. Les Somalis sont devenus le peuple 
dominant. Après avoir passé la Djouba, ils se sont avancés jusqu'à la 
Dana et au Sabaki, mettant tout à feu et à sang, exterminant et refou- 
lant devant eux les Wagallas, qui jadis s'étendaient du Sabaki à la Djouba. 
Depuis 1874, on peut considérer la Dana comme la limite entre les Wa- 
gallas et les Somalis ; encore ceux-ci font-ils paître leurs troupeaux jus- 
qu'au Sabaki, et, quoique la lutte entre les deux peuples soit terminée 
pour le moment, les Somalis n'en capturent pas moins des Wagallas à 
toute occasion. Les Wapokomos ont peut-être plus encore à souffrir des 
Somalis dévastateurs, qui, à chaque instant les assaillent, tuent les 
hommes et emmènent comme esclaves des jeunes gens et des femmes. 
Actuellement les opprimés ne résistent plus ; indifférents, ils fuient tout 
au plus devant leurs oppresseurs, et changent de place, dans l'idée que 
Dieu a donné la victoire et la force aux Somalis, jusqu'à ce que les blancs 
viennent s'établir au miUeu d'eux pour les délivrer. Aujourd'hui on 
chercherait en vain une tribu Galla sur la rive gauche de la Dana. En 
revanche on y rencontre les tribus Somalis des Wabérés, des Désar- 
gentas, des Baraouas, des Elaïs, des Tounés, des Kalallas et des Waled- 
jidos. 

Les malheurs qui accablent les Wagallas les ont rendus pacifiques; ils 
ne font plus souifrir de leurs vexations continuelles les Arabes et les 
Souahélis de la côte. Les gouverneurs arabes paient bien encore de temps 
à autre un tribut au sultan wagalla, mais aujourd'hui c'est plutôt un 
présent, dont l'usage cessera prochainement. Les Gallas dépendent déjà 
des mahométans de la côte, auxquels ils doiVent de n'avoir pas été com- 
plément exterminés par les Somalis. Tandis qu'autrefois ils avaient en 



— 123 — 

horreur tout autre mets que la chair et le sang de leurs bœufs et le lait 
de leurs vaches, et méprisaient les cultivateurs, à présent que les Somalis 
leur ont pris leur bétail, ils^se sont faits bergers chez les habitants des 
côtes, ou s'engagent comme porteurs ou cidtivateurs. Ils ont aussi établi 
des champs de riz et de doura sur les bords du Sabaki, pour se nourrii* 
eux-mêmes et pour trafiquer. 

Les Wabonis, les Wassanias et les Walangoulos vivent disséminés 
parmi les WagaUas, avant lesquels ils occupaient ces plaines et qui les 
ont asservis. Ils leur ressemblent pour le physique, la langue et les 
mœurs. On ne peut pas leur assigner un district spécial, la chasse dont 
Us vivent les obligeant à changer constamment de demeure. H paraît 
cependant que les Wabonis habitent surtout la rive gauche de la Dana 
inférieure; les Wassanias entre la Dana et le Sabaki, et les Walangoulos 
entre celui-ci et le district de Teïta. Ils livrent le produit de leur chasse 
aux Wagallas dont ils sont en quelque sorte les vassaux, sans prendre 
cependant à l'égard de ces derniers la position humble et méprisée 
qu'ont prise les Wapokomos. 

Ceux-ci ne ressemblent en rien aux Wagallas leurs maîtres, si ce n'est 
par le teint qui est brun. Us diffèrent d'eux par la taille, la langue et les 
mœurs, et se rapprochent beaucoup plus sous ce rapport des Souahélis, 
des Wanikas, des Wakambas et des Wadchaggas. Ce sont aussi des 
émigrants. Leurs traditions font mention d'une grande migration de 
peuples, qui les a forcés de quitter leurs demeures situées sur une haute 
montagne neigeuse d'oii descendent beaucoup de rivières ; ils en suivi- 
rent une et atteignirent la Dana, sur les bords de laquelle ils s'établirent. 
Quelques-uns pensent qu'ils demeuraient primitivement sur le Kénia ; 
d'autres, sur le Kilimandjarcf. A l'appui de cette dernière opinion on 
peut citer le fait qu'un district du Kilimanc^aro s'appelle Pokomo. On 
ne peut indiquer l'époque de l'émigration des Wapokomos ; en tous cas 
ils occupaient cette région avant les Wagallas et les Souahélis. 

Les Wapokomos sont grands et bien constitués, beaucoup d'entre eux 
mesurent 2" ; ils sont généralement plus forts de corps que les Wagallas 
qui sont très élancés. Quoiqu'ils aient les cheveux courts et frisés, ils 
n'appartiennent pas àla race nègre. Comme les autres peuplades voisines, 
ils ont des idées très confuses de la divinité. Leur nombre, de Tjarra à 
Massa peut s'élever à 15,000, outre cela on peut en compter, au delà de 
Massa, 10,000 vivant paisiblement au miheu des restes des Kokaoués, 
des Wabonis et des Wassanias. Jusqu'au district de Korkorro, ils culti- 
vent avec soin la terre, et ne trafiquent ou ne chassent que d'une ma- 



— 124 — 

nière accessoire; dans le district de Korkon'O, en revanche, ils se livrent 
diavantage à la chasse et laissent à leurs femmes la culture des champs. 
Les seuls artisans que Ton trouve chez eux sont des constructeurs de 
canots. Ils achètent aux Souahélis et aux Wagallas tous leurs ustensiles 
et leurs ornements de métal. Les Wapokomos de la Dana inférieure 
jusqu'à Mounjouni sont considérés et traités conmie des esclaves par les 
Arabes et les Souahélis. En amont de Mounjouni ils échappent U l'autorité 
des habitants de la côte, qui, à partir du district de Soubakini, ne sont 
plus que leurs inférieurs. 

Laborieux et pacifiques, les Wapokomos sont encore éminemment 
sociables. Jamais leurs huttes ne sont isolées ; eUes forment toujours des 
villages, établis sans exception dans les forêts le long de la rivière, tout 
près de l'eau, avec un côté ouvert sur le fleuve ; la plupart sont entourés, 
du côté de la forêt, d'ime forte palissade de 3" à 4" de haut. Dans les 
localités oU les attaques des Somalis sont les plus fréquentes, les villages 
sont toujours construits sur la rive droite de la Dana. Les champs des 
Wapokomos ne s'étendent qu'à quelques centaines de mètres de la 
rivière ; aussi ne peut-on plus parler d'un pays habité par ce peuple 
comme le portaient les anciennes cartes. Ils désignent le pays qui s'étend 
le long de la Dana, du nom des deux grandes tribus Gallas qui l'occu- 
paient autrefois, les Kokaoués sur la rive gauche, et les Bararettas sur 
la rive droite. Ce territoire se divise en districts dont chacun a un chef- 
lieu, avec un ancien qui est au-dessus de tous ceux des autres villages du 
district. Ces anciens n'ont pas de chef commun; l'administration est 
tout à fait patriarcale ; les anciens sont toujours les hommes les plus 
âgés, distingués par leur caractère ou par leur fortune. Ils possèdent 
l'autorité, et toute la population leur obéit volontiers. 

Les districts traversés par l'expédition sont, à partii* de Tjarra, ceux 
de Kalindi, Ngao, Engatana, Muina, Ndéra, Grouano, Kinakombé, 
Ndoura, Soubakini, Malaloulou et Massa ; au delà sont les districts de 
Boura, Touni, Kidori et Korkorro. 

Les Wapokomos pratiquent la circoncision et se tatouent. Leur vête- 
ment ne consiste qu'en une pièce d'étoffe, descendant des reins au genou. 
Ils portent autour du cou des chaînettes de fer ou de laiton, et des col- 
liers de perles blanches, noires et rouges; aux poignets, à l'avant-bras, 
aux chevilles des pieds et aux oreilles, des anneaux de plomb ou de 
cuivre. Les femmes se parent de colliers de fils de cuivre, auxquels sont 
attachées des coquilles. Les Wapokomos sont très moraux. Si quelqu'un 
offense une femme, ne fût-ce que par des propos légers et moqueurs, il 



— 125 — 

est puni par les anciens d'une amende, qui consiste d'ordinaire en pièces 
de calicot. Comme chez presque tous les peuples de TAMque orientale, 
le mariage revêt la forme d'une vente. Le jeune homme doit donner au 
père de la jeune fille du calicot, du fil de cuivre, des perles, du riz, etc. 
La polygamie est plus restreinte que chez les mahométans, et la femme 
n'est pas considérée comme esclave, ainsi que cela se voit chez les mu- 
sulmans et chez d'autres peuples de l'Afrique ; elle travaille avec son 
mari et partage ses joies et ses peines. 

Les Wapokomos aiment la danse et le chant. Leurs armes sont l'arc 
et les flèches, la massue et la lance. Leurs aliments, le riz, le mais, les 
pois, les fèves, les bananes, le manioc, les melons, les cocos, la chair de 
toute espèce d'animaux ; celle qu'ils estiment le plus est ceUe de l'hip- 
popotame. Comme excitant, ils ont une boisson sphritueuse faite de miel 
et de jus de palmier. Hommes et femmes mâchent le tabac et le prisent, 
souvent dès leur plus tendre enfance. 

La grande fertilité du sol, jointe à l'activité des Wapokomos, a donné 
lieu à un grand trafic sur la Dana et l'Osi. Les Wapokomos au service 
de la population musulmane de la côte en sont les intermédiaires, comme 
conducteurs des bateaux de transport. Les trafiquants remontent jusqu'à 
Haméjé, la dernière localité habitée par des Wapokomos. De là ils 
descendent avec leurs marchandises jusqu'à Kau, où elles sont embar- 
quées pour Lamou, les ports de la côte, et Zanzibar. L'argent n'étant 
pas employé dans le pays, le commerce se fait tout entier par échange. 
Les articles d'exportation sont le riz, le tabac, les dents d'éléphants 
et d'hippopotames , les cornes de buffles et la graisse de poisson en 
quantité considérable ; outre cela, mais en quantité moins grande, du 
miel, de la cire, des peaux, de l'orseiUe, de la sparterie et de la poterie. 
Quant à l'importation, elle consiste en cotonnades, couteaux, bêches, 
haches, aiguilles, fil de cuivre ou de fer, perles et sel. 

Les conditions sanitaires sont bonnes en général. Les maladies les 
plus fréquentes, la malaria et la dysenterie, sont d'ordinaire peu dange- 
reuses, si ce n'est en cas d'épidémie. 

Depuis des siècles, le territoire de la Dana a eu une importance capi- 
tale pour la côte orientale de l'Afrique et pour d'autres parties de 
l'Orient, comme pays producteur ; à moins de grands bouleversements, 
il la conservera sans doute. Aussi longtemps que les farouches Somalis, 
qui occupent le bassin de la Djouba, n'auront pas adopté des idées plus 
pacifiques, la Dana demeurera le fleuve le plus important pour l'explo- 
ration de cette partie de l'Afrique, et la sympathie de ses populations 



— 126 — 

envers les blancs les disposera favorablement pour les entreprises mis- 
sionnaires ou scientifiques, qui y porteront la civilisation européenne. 



BIBLIOGRAPHIE ' 



Ai^GERiEK vsD TuNESiEN, von H. Kiepett Vaoooooo» — Parmi les 
cartes que les expéditions françaises en Tunisie et dans le Sud Oranais 
ont fait naître, celle-ci peut être comptée comme une des meilleures. 
Ainsi que le dit M. IQepert, elle a été dressée, en ce qui concerne 
l'Algérie, d'après les cartes du dépôt de la guerre revisées jusqu'en 1867, 
complétées au moyen des cartes administratives et de chemins de fer de 
1876 et 1880. Poui* la Tunisie, M. Kiepert s'est servi des cartes de 
V. Guérin (1862) et de G. Wilmanns (1874). La carte va jusqu'à Ouar- 
glajBt comprend, par conséquent, tout le bassin des Chotts, aussi bien en 
Algérie qu'en Tunisie. L'auteur a marqué par une teinte violette la 
partie des Chotts tunisiens au-dessous du niveau de la mer; il donne, 
en outre les délimitations actueUement existantes entre les territoires 

m 

civils et les territoires militaires. Les deux teintes, qui ont dû être 
employées pour les indiquer, nuisent peut-être, dans une certaine mesure, 
au coup d'œil, en ce qui concerne le Petit Atlas. Le relief du Grand 
Atlas et des Hauts Plateaux est, au contraire, fort bien dessiné. Ajou- 
tons que la carte contient toutes les ligues de chemins de fer (sauf celle 
de Saïda au Kreider), et qu'on peut y suivre les opérations militaires 
actuelles. Tous les noms indiqués dans les dernières dépêches venant du 
Sud Oranais s'y trouvent. 

Algeria, TimisiA e Tkipolitania, di Attilio Brunialti. Milano (Fra- 
telli Trêves) 1881, in- 18, 274 pages et carte, 3 fr. 50. — Si nous faisons 
abstraction du côté politique de ce volume, nous devons lui reconnaître 
un réel intérêt. Pour chacun des États mentionnés dans le titre, l'auteur 
a tenu compte des découvertes dues aux grands explorateurs modernes, 
allemands et finançais aussi bien qu'italiens. Son patriotisme ne lui fait 
point méconnaître les progrès réalisés en Algérie sous la domination 
firançaise, depuis la conquête jusqu'à la guerre des Kroumirs, non plus 
que l'importance relative des deux projets, de la mer saharienne du 
capitaine Roudaire et du chemin de fer trans-saharien. Les ressources 

^ On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique eocplorée et civilisée. 



— 127 — 

que l'Afrique septentiionale peut offrir au commerce européen, envisagé 
comme élément de civilisation, y sont également exposées avec grand 
soin, surtout celles de la Tripolitaine, pour lesquelles l'auteur avait à sa 
disposition les travaux des derniers explorateurs italiens, MM. Campe- 
rio, Bottiglia et Haymann. La carte au Vsooooo d^ '^ régence de Tunis et 
des pays limitrophes, dressée par M. Guido Cora, répond pleinement à 
l'étut actuel de nos connaissances sur cette région. 

Description géographique de Tunis et de la régence, par le com- 
mandant Villot. Paris (Challamel aîné), 1881, in-8**, 48 p. et carte. — 
Les pei-sonnes qui suivent la marche des événements de Tunisie, trouve- 
Yowt dans ces pages un résumé succinct de tout ce que les auteurs les 
plus consciencieux ont écrit sur ce pays, soit auxpoints de vue historique, 
ethnographique, administratif et militaire, soit à celui de la géographie 
physique et politique des quatre régions volcanique, maritime, centrale 
et saharienne qui le composent. Un croquis au Veooooo de la Régence, 
facilite l'étude de la topographie, si importante pour comprendre les 
épisodes de la lutte qui s'y poursuit entre le fanatisme et la civilisation. 

Th. Vernes d'ârlandes. En Algérie, a travers l'Espagne et liî 
Maroc. Paris (Cabnann Lévy) 1881, in-18*», 420 pages, 3 fr. 50. — A 
mesui-e que l'Algérie attiré un plus grand nombre de voyageurs, les 
livres qui nous la font mieux connaître se midtiplient. On ne peut que 
s'en féliciter quand l'auteur est doué d'un grand esprit d'observation, 
car, à côté des faits déjà connus, il en révèle toujours de nouveaux ou 
signale des détails qui avaient échappé à ses devanciers. Dans ce voyage 
k travers des pays occupés autrefois, ou habités encore aujourd'hui 
par les Arabes, M. Vernes d'Arlandes s'intéresse à tout ce qui lui paraît 
digne de remarque au point de vue de la nature et de l'art, ou lui rap- 
pelle les souvenii-s d'une ancienne civilisation. Mais il s'attache surtout 
à faire ressortir le contraste que présentent actuellement les popidations 
arabes et les Européens établis en Algérie. Sans méconnaître ce qui 
reste de bien chez celles-là, il aime à relever tout ce qu'ont fait les 
Français pour tirer la colonie de. la demi-barbarie dans laquelle ils l'ont 
trouvée, et les moyens employés par eux pour y répandre de plus en 
plus la civilisation : chemins de fer, plantations pour assainir les parties 
insalubres, œuvres de secours, colonisation, etc. A propos de celle-ci, il 
passe en revue les divers systèmes patronnés par les différents régimes 
qui se sont succédé en Algérie, il constate les insuccès partiels de ces 



NOTA. — li» Birectton rappelle qu'elle refn^^tte de ne pon- 
TOir donner h son BCIilifiTIN MEBISlJfili toote l'extension dési- 
rable» mais qu'elle se teit toujours un plaisir d'indiquer A ses 
abonnés les sources oA se trouTont des renseignements plots 
complets sur les teits qui les intéressent. 






- 128 - i 

tentatives, les critiques auxquelles elles ont donné lieu, de la part de 

ceux qui comparent la colonisation française en Algérie avec celle des i I 

Anglais en Amérique et en Afrique, mais tient compte équitablement de 

la différence des conditions dans lesquelles se sont trouvés les colons ^^^ 

anglais dans ces deux continents et les Français en Algérie. _ 

Central-Afrika, nach den neuesten Forschungen bearbeitet, von _ 
D' Joseph Cliavanne. Vioooooo (Hartleben, in Wien). — M. Joseph Cha- 
vanne s'est déjà fait connaître par une grande carte murale d'Afrique, 
qui est une des meilleures à l'heure actuelle. D continue brillamment 
en nous donnant une carte de l'Afrique centrale. Disons tout d'abord 
(luelles sont ses bornes. Elle s'étend, en latitude, du 10** Nord au 12*" 
Sud, et en longitude, d'un océan à l'autre, avec un carton à grande 
échelle pour le canal de Zanzibar. On peut donc dire que M. Chavanne 
a voulu surtout figurer le cours complet du Congo, auquel, par paren- 
thèse, U ne donne nulle part le nom de Livingstone, et la 'vaste contrée 
qui, au nord et au sud de ce fleuve, est encore complètement inconnue. 
Il a voulu donner les résultats de tous les voyages accomplis jusqu'à ce 
jour, avec les itinéraires, afin que plus tard l'on pût suivre facilement 
les routes que feront connaître les voyageurs futurs. Ce qui fait le grand 
mérite de la carte dont nous parlons, c'est son exactitude et sa clarté. 
Elle est agréable à l'œil et témoigne, jusque dans ses moindres détails, 
qu'une main habile l'a exécutée. Nous voudrions insister sur un point 
important pour la géographie africaine ; M. Chavanne donne une nou- 
velle solution de la question si controversée de l'Ouellé. D'après lui, cette 
rivière n'est le cours supérieur, ni du Chary, ni de l'Arououimi de Stan- 
ley, mais d'un affluent du Congo, aussi découvert par Stanley, l'Oukéré. 
L'auteur conduit l'Ouellé par des courbes successives, lui donnant les 
noms de Bere, puis de Bomo et d'Oukéré jusqu'au Congo. C'est appa- 
remment d'après Potages que M. Chavanne a établi ce tracé, quoique ce 
voyageur n'ait pu en mdiquer qu'une partie. 



ENTRAL 

ÎIER 

eux explorations du colonel FLATTERS. 




LiOd 



JVa^^ Jiilo. Jlbfrt SarbUn 



— 129 — 

BULLETIN MENSUEL {2 janvier 1882). 

La Société de géographie de Paris a reçu d'un de ses membres, 
M. F. Bernard, établi en Al|çérîe et bien placé pour être au courant 
des affaires du Sahara, quelques renseignements intéressants sur la 
«tebka d'Amadg^hor, au sud de laquelle a eu lieu le massacre de la 
mission Flatters. Elle est située par é^'lG' long. E. (un peu plus à l'est 
que ne l'indique la carte de M. Barbier) et par 25"* 16' lat. N., mais elle 
a une étendue plus faible que celle qu'on lui attribuait. La mine de sel 
est dans une dépression d'im kilomètre de diamètre, près du massif du 
Hoggar dont les pentes s'arrêtent brusquement près de la sebka. 
Des trois autres côtés s'étend une grande plaine, traversée par quel- 
ques oueds, avec un peu de végétation, mais sans fruits et sans eau. 
Aux environs de la sebka le sol est généralement humide quoique très 
ferme ; le sel est très blanc et d'excellente qualité. M. Bernard travaille 
à une carte de la région parcourue par la mission Flatters, à l'aide des 
documents publiés par le service central des affaires indigènes. 

Tout en travaillant à rendre libre la navigation du Nil Blanc, Marno 
a utilisé ses expéditions poiu* faire un levé détaillé d'une grande partie 
du Bahr-el-Gebel, du Bahr-el-Seraf, et du territoire compris entre le 
Bahr-el-Abiad et le Bahr-el-Ghazal, Il a confirmé l'existence, au con- 
fluent de ce dernier et du Bahr-el-Gebel, d'un lac (lac Nô) qui peut 
diminuer pendant la saison sèche, et se réduire exceptionnellement dans 
certaines années, mais il n'en reste pas moins, quoi qu'aient pu dire 
certains voyageurs, une vaste nappe d'e^u de 6 à 8 kilomètres de lon- 
gueur sur 2 à 4 kilomètres de largeur. 

MM. Ladd et Snow, chargés de se rendre au confluent du Sohat et du 
Nil, pour y choisir un emplacement convenable à l'établissement de la 
mission Arthini^ton, ont dû passer de Souakim à Berber sur le Nil, 
où ils auront trouvé un vapeur pour achever leur voyage. Une fois le 
lieu de la mission fixé, ils retourneront en Amérique ; M. Snow y acquerra, 
pour le service de la mission sur le Nil, un steamer, qui portera le nom 
de Charles Sumner, tandis que M. Ladd formera un corps de mission- 
naires. Quand la station sera fondée, on créera encore un établissement 
dans le genre de l'institution de Lovedale, pour apprendre aux jeunes 
natifs de cette région les procédés de l'industrie moderne. 

ïlimn bey, gouverneur des provinces égyptiennes équatoriales, a 
réussi à rétablir l'ordre dans les vastes territoires soumis à son adminis- 
tration. Plusieurs des chefe, qui étaient autrefois des adversaires déclarés 

L^AFBiqUB. — TB018IÈMB AHHÉB. — N*» 7. 7 



— 130 — 

du gouvernement égyptien, se sont complètement rattachés à lui ; il sait 
parfaitement s'y prendre pour se maintenir en bonnes relations avec les 
indigènes et avec les princes les plus puissants du voisinage. La confiance 
que Tautorité égyptienne a dans cet habile gouverneur Ta engagée à 
ajouter cette année à ses provinces les territoires de Rohl et d'Amadi^ 
une partie du pays des Niams-Niams et tout celui des Mombouttous. Au 
mois de mars il a visité la province de Lattouka, à l'est du Nil, entre les 
4° et 5° latitude nord, et les 30** et 31° longitude est. F. Lupton, 
actuellement gouverneur du Bahr-el-Ghazal, en a dressé une carte accom- 
pagnée d'observations météorologiques et hypsométriques. Il a de plus 
rédigé ud vocabulaire de la langue des Lattoukas, qui diffëi-e de toutes 
celles du voisinage. 

Des difficultés se sont élevées entre la mission de Frère Toi;vn et le 
waU dç Mombas, au sujet de plusieurs Arabes qui ont causé des troubles 
dans les établissements des esclaves libérés. En outre, l'administra- 
tion de Frère Town a donné Ueu à quelques reproches, en employant 
dans certains cas les châtiments coi-porels pour maintenir l'ordre et la 
discipline. Après en avoir conféré avec le D' Kirk, le Comité des mis- 
sions a jugé nécessaire d'envoyer à Frère Town, comme son» délégué, 
M. Price, le fondateur de cette œuvre (en 1814), en le chargeant d'étu- 
dier l'organisation actuelle des établissements, leurs rapports avec le 
gouvernement de Zanzibar, les meilleurs moyens d'étendre la mission, 
et pour mettre à son service un steamer, le Henri Wright Le D' Kirk 
estime que Mombas est un bon point de départ, pour l'extension des opé- 
rations missionnaires parmi les tribus de l'intérieur; mais la présence 
d'esclaves libérés, au milieu de populations chez lesqueUes règne encore 
l'esclavage, est une source de complications sans cesse renaissantes. Aussi 
espère-t-oji que le temps viendra bientôt où, non seulement la traite, 
mais aussi l'esclavage lui-même, seront abolis dans tout le territoire 
du sultanat de Zanzibar, et que le gouvernement anglais appuiera les 
efforts des missionnaires pour faire pénétrer la civilisation dans ces para- 
ges. Malgré la vigilance des croiseurs le long de la côte orientale d'Afiri- 
que, il s'y produit toujours des faits de traite qui demandent une sévère 
répression. Le capitaine anglais M. Brownrigg, commandant d'un vais- 
seau de guerre, ayant surpris à Pemha, le 3 décembre, un bâtiment 
arabe qui était rempli d'esclaves et qui avait arboré le pavillon français, 
l'attaqua avec 10 hommes dans un canot; mais les Arabes réussirent à 
s'échapper, après avoir tué le capitaine Browmngg avec quatre de ses 
hommes. L'amirauté anglaise a envoyé au vaisseau de guerre Philmnel^ 
stationnant à Zanzibar, l'ordre de bloquer l'île de Pemba. 



— 131 — 

La Société de géographie de Paris a reçu communication de lettres 
donnant des nouvelles de l'expédition envoyée récemment à Mozambi- 
qae, pcmr s'enquérir des ressources minérales et autres du bassin du 
Zambèze. Au nord du fleuve For ne serait pas assez abondant pour cou- 
vrir les frais d'exploitation ; mais les indigènes ont trouvé du charbon 
en grande quantité sur les bords de la Moatizé. Le long de la Moarazé 
existent des couches fournissant de l'huile, déjà mentionnées par Thorn- 
ton, et de nombreux villages dont les habitants sont hospitaliers. Le 
pays est très beau, mais, à une vingtaine de kilomètres du Zambèze, il 
est peu sûr. Une partie de l'expédition s'est rendue à Manica, oU les 
explorateurs portugais ont signalé l'existence de mines d'or. Elle a été 
arrêtée dans sa marche par des troubles survenus de la part des indi- 
gènes contre l'autorité des Européens. 

La région du Bembé, de l'Incomaté et du Chinguiné, dans le Mozam- 
bique, a été explorée • récemment par M. Diodeciano das IVeveM 
qui, dans un rapport à la Société de géographie de Lisbonne, la pré- 
sente conmie réunissant, mieux que beaucoup d'autres parties de l'Afri- 
que, toutes les conditions de salubrité et de ressources pour la colonisa- 
tion. Ami du roi Ounizila, il a acquis une grande influence dans ce 
district, et obtenu la concession de l'embouchure du Bembé et d'un 
territoire adjacent très étendu, qu'il veut ouvrir, avec l'assentiment du 
gouvernement portugais, à la colonisation et au conamerce. Il demande à 
la Société d'envoyer dans ce pays une expédition scientifique. M. Rî- 
chapds qui a repris le projet de Pinkerton, de fonder une mission dans 
les États d'Oumzila, a quitté Inhambané le 24 juin, et pris une route 
plus éloignée de la mer que celle de Pinkerton. Partout sur son chemin 
les natifs l'ont bien accueilli et lui ont fourni gratuitement, à lui et à sa 
caravane, des vivres en abondance. Plusieiu^ chefs lui ont témoigné le 
désir de s'instruire et de recevoir chez eux une mission et des écoles. La 
région qu'il a traversée lui a paru salubre et exempte de la fièvre ; ses ânes 
lui étaient d'un grand secours et ne semblent pas avoir eu à souflBrir de 
la tsétsé, dont il ne parle pas. Aux dernières nouvelles il n'avait plus que 
quelques jours de marche à faire pour atteindre le Sabi, et espérait arri- 
ver au kraal d'Oumzila dix jours plus tard. D avait rencontré des gens 
de ce grand potentat, armés de fusils et revenant d'une chasse ; l'accueil 
amical qu'il avait reçu d'eux lui donnait bon espoir de réussir. 

H semble qu'il n'y ait pas de limites aux richesses diaihantifères de 
l'Afrique australe. De nouvelles mines ont été découvertes dans le dis- 
trict de Hanovre (colonie du Cap). Elles sont situées' entre les deux 



— 132 — 

lignes de chemins de fer votées dans la dernière session du parlement : 
Cradock-Colesberg et Beaufort-Hopetown, avec lesquelles il sera facfle 
de les relier par des embranchements. Ce district étant plus productif 
et plus rapproché des ports que le Griqualand-West, cette découverte 
en fera promptement un des plus importants de la colonie. 

Le F. Baparquet a remonté le long du Cunéné jusqu'à Ololika, 
par 16*50' longitude Est, un peu au nord-ouest d'Ikéra, dont M. Dufour 
a déterminé la position par IT'S'. De septembre à janvier on peut y 
passer le fleuve à gué, mais en août les eaux étaient trop grosses. Des 
Portugais de Houmbi vinrent visiter les voyageurs, et leur fournirent des 
renseignements sur les transports de Houmbi à Mossamédës. En général 
ils sont pauvres et travaillent pour le compte de deux maisons de Mos- 
samédës, auxquelles ils expédient du bétail en retour des marchandises et 
des provisions que celles-ci leur envoient. Quand arrive la saison sèche, ils 
traversent le fleuve à gué et se répandent parmi les tribus de TOvampo 
auxqueUes ils portent eau-de-vie, fusils, perles, etc. Dans quelques 
années Timique commerce de l'Ovampo sera la vente du bétail; le mono- 
pole en appartiendra aux Portugais de Mossamédès, qui l'expédient sur 
toute la côte occidentale jusqu'au /rabon. Le P. Duparquet fit une visite 
aux Portugais de Houmbi et descendit jusqu'à la rivière Caculovar, 
aflluent du Cunéné, qui vient des hauteurs de Huilla et dont l'eau est 
blanchâtre et boueuse. Au delà du Cunéné le pays ressemble au reste de 
l'Ovampo. Les baobabs y forment de véritables forêts; le coton améri- 
cain y croît très bien ; l'oranger et le citronnier y prospéreraient, mais 
on ne les y cultive pas encore. Sur la rive droite, le fleuve n'est pas bordé 
par des cUffs comme sur la rive gauche ; aux hautes eaux il se répand 
au loin dans le pays; aussi les Portugais doivent-ils s'établir à une dis- 
tance considérable, pour se mettre à l'abri des inondations, et dans la 
saison sèche ils n'ont pourboire que l'eau du Caculovar, qui est détesta- 
ble. Revenu à Ikéra le P. Duparquet fit faire les défrichements nécessai- 
res sur le terrain de la station, et le roi lui promit de veiller à ce que 
personne ne s'y établît pendant son absence. A son passage chez le roi 
Nihombo, celui-ci lui donna un personnage de sa maison pour l'accom- 
pagner à Omarourou. Aux fontaines d'Ombika il trouva des Berg-Dama- 
ras et des Bushmen, vivant exclusivement de racines sauvages et de 
gibier. Les Bushmen sont d'ailleurs disséminés dans le pays ; chacune de 
leurs tribus a son nom particulier ; elles conunencent à être pourvues de 
fusils, et ne tarderont pas à se faire respecter des tribus voisines. Malheu- 
reusement elles s'en servent aussi pour se détruire les unes les autres. 



— 133 — 

Les missionnaires de la station de Ste-Marie du Gabon vont fonder 
une nouvelle mis^i^ion, sur l'Og^oué, comme station intermédiaire 
entre l'établissement central et celles qu'ils se proposent de créer entre 
le haut du fleuve et le Congo ; un emplacement favorable a été choisi ; 
les indigènes ont accueilli les missionnaires avec beaucoup de sympathie. 
L'un de ceux-ci a fait visite au roi chrétien Og^a, ancien élève de la 
mission du Gabon et principal chef du pays. Il a 33 ans, parle le fran- 
çais et l'écrit très convenablement. Quoique jeune il exerce une grande 
influence morale dans tout le Gabon ; il n'a qu'une femme, chrétienne 
conune lui, parlant et écrivant aussi le français, et quatre de leurs 
enfants reçoivent l'instruction dans les établissements des missionnaires. 
Ceux-ci ont un facile accès auprès des Pahouins qui, refoulés de l'inté- 
rieur, se répandent le long du littoral sur une étendue d'une centaine de 
lieues du nord au sud. Dans les seuls affluents du Gabon on en compte 
plus de 100,000 ; toutes les branches de cette peuplade parlent le même 
idiome, ce qui rend la tâche des missionnaires plus facile. Les autres 
peuplades, qui seules jusqu'ici trafiquaient directement avec les commer- 
çants d'Europe et d'Apérique, sont jalouses des nouveaux arrivés, les 
déprécient en toute occasion, et ont cherché à les repousser, mais les 
Pahouins, plus nombreux, n'en ont pas moins contiimé leur marche en 
avant. Ils sont accessibles au christianisme^ et ceux qui sont élevés par 
les missionnaires restent auprès de ceux-ci, servent les conmierçants 
et les fonctionnaires français, ou suivent les explorateurs à l'intérieur. 

Le gouverneur de Sierra-Léone, sir Havelock, ayant été informé qu'une 
guerre nmsible aux intérêts de Sherbro était sur le point d'éclater 
entre des chefs indigènes, s'est rendu à Bonthé, a réuni les principaux 
chefs, leur a rappelé le traité qu'ils avaient signé avec sir Samuel Rowe, 
son prédécesseur, et par lequel ils s'étaient engagés à maintenir la paix 
à Sherbro. Après leur avoii* dit qu'il coimaissait les mauvaises disposi- 
tions de certains chefc à Tégard du gouvernement, il chargea ceux qui 
étaient présents d'informer les autres que, si quelques troubles éclataient, 
ils en seraient responsables, et qu'il enverrait ses agents pour les saisir 
et les conduire à Freetown; puis il leur laissa le temps de la réflexion. 
Le lendemain ils se réunirent de nouveau et annoncèrent au gouverneur 
qu'ils étaient décidés à garder le traité, à communiquer ses paroles 
aux autres chefs, et à s'efforcer de les faire tenir tranquilles, pour que 
la paix de Sherbro ne fût pas troublée. 

M. Gaborîaud, que M. Aimé Olivier avait chargé d'obtenir de 
Talmamy du Foutah Djallon, Ahmadou, la confirmation du traité d'ami- 



— 134 — 

tié conclu avec son prédécesseur et la concession d'un chemin de fer, 
est revenu de Timbo, après avoir réussi pleinement dans sa mission. Aux 
termes du traité, Ahmadou autorise la construction d'un chemin de fer 
devant aboutir à la côte, et concède les ten-ains pour la construction. II 
s'engage à foumii* les travailleurs nécessaires, à veiller à la sûreté de 
l'exploitation, et accorde à M. Olivier le droit d'établir dans le pays, 
sans payer aucune redevance, des factoreries ou comptoirs commer- 
ciaux. M. Olivier a publié tout récemment le récit de son voyage, sur 
lequel nous reviendrons prochainement. 

Le dernier numéro du Bulletin de la Société de géographie commer- 
ciale de Bordeaux annonce le succès de la mission du D' Bayol. Il a 
conclu avec les chefs du Foutah Djallon, Ibrahima Sory, résident à 
Denhol Fella, et Ahmadou de Timbo, un traité qui cède à la France 
1° le pays de Kantora sur la rive gauche de la Gambie; 2^ le Foreah ; 
8** le pays de Kakaudy (Boké) qui appartenait déjà à la France; 4** le 
Bio Pungo, en demandant l'établissement d'un poste à Korirera; 
h'* Kaporo, Soumbaya, Dubreka et tous les pays tributaires jusqu'à la 
Mellacorée; 6** toute la Mellacorée. La guerre qqi sévit dans la région 
des sources du Niger l'a empêché de s'y rendre; il a dû revenir à Labé. 
pour se diriger sur la vallée de la Falémé, et redescendre à St-Louis. 

On craignait que le campagne d'hiver de la mis^sion topo^paphi- 
que du Ha.ut-Séiiég;al ne fût compromise par l'état sanitaire de la 
colonie. Mais, arrivée à Dakar le 30 octobre, la mission a trouvé des 
ordres précis lui défendant de descendre à terre; elle a été immédiate- 
ment transportée à Podor, et de là un nouveau vapeur a pu, grâce à la 
hauteur exceptionnelle des eaux, la conduire jusque près de Médine, oii 
elle est anivée le 10 novembre pour repreiuke ses travaux. 



NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

Le gouvernement français étudie sérieusement la question de la pose d'un câble 
direct entre Marseille et la Goulette. 

MM. Hondas et Basset, professeurs à Alger, ont reçu du gouvernement une mis- 
sion scientifique pour Kairouan. 

M. Gagnât, précédemment chargé d'une mission archéologique en Tunisie, inter- 
rompue par les derniers événements, va reprendre la route de l'Afrique. 

Les relations commerciales que la Société milanaise d'exploration en Afrique a 
créées avec l(;s deux stations de Bengasi et de Derna, dans la Cyrénaïque, devien- 
nent de jour en jour plus actives. Les stations météorologiques qu'elle y a établies 
communiquent directement avec le bureau météorologique de Rome. 



— 135 — 

Un établissement pour l'élève des autruches a été créé près du Caire et donne 
déjà d'excellents résultats. Il est question d'en établir un dans la Haute-Egypte. 

Piaggia est à Khartoum, d'où il se rendra chez les Gallas. 

Une dépêche du Caire annonce que le faux prophète Mohammed Ahmed * de 
Dongola, à la tète de 1500 hommes, a anéanti 350 égyptiens sous les ordres du 
gouverneur de Fachoda. Eéouf pacha a demandé des renforts. 

La partie orientale du Soudan égyptien vient d'être placée sous l'autorité du 
gouverneur général des côtes de la mer Rouge. • 

M. Schouver a réussi à atteindre Fadasi, où il a eu la fièvre; il s'en est remis, 
mais son compagnon de voyage, M. Rachetti, y a succombé. Il a dû attendre que 
la saison des pluies fût passée, pour pénétrer plus an sud dans la région des lacs. 

M. Riccardi, de Terni, est au Caire, d'où il partira pour l'Abyssinie et le Choa. 

M. Massari a raconté, le 18 décembre, à la Société italienne de géographie, la 
traversée du continent africain, qu'il a accomplie avec le regretté Matteuci. 

Une compagnie française, au capital de 600,000 fr., s'est formée pour l'exploita- 
tion du commerce et des mines do cuivre d'Obock. M. Soleillet, son directeur, est 
parti d'Iîurope le 17 décembre. 

Le D*" G. Keller, de Zurich, va commencer dans la mer Rouge l'exploration que 
nous avons annoncée précédemment. Il a l'appui de plusieurs sociétés scientifiques, 
et du Département fédéral du commerce et de l'agriculture. 

Un steamer anglais ayant fait côte par le brouillard près du cap Guardafui, a 
été attaqué par plusieurs centaines de sauvages. L'équipage dut se réfugier dans 
les chaloupes, et fut recueilli par un navire qui le ramena en Angleterre. 

D'après une communication de M. Hore, à la Société royale de géographie de 
Londres, à laquelle il a présenté sa carte du Tanganjâka, le courant du Loukouga 
sVst beaucoup ralenti, ce qui indiquerait un abaissement du niveau du lac. 

Une compagnie américaine a fait, au Portugal, des propositions pour la con- 
struction du chemin de fer de la baie de Delagoa à la frontière du Transvaal. 

Lo gouvernement du Transvaal a soumis au Volksraad deux projets, pour la 
construction d'un chemin de fer de Pretoria à Lourenzo Marquez, et a été auto- 
risé à adopter celui qui lui paraîtra le plus avantageux. D'autre part, M. Strauss, 
ingénieur de Christiania, a présenté au gouvernement du Transvaal un projet de 
chemin de fer, de Pretoria aux mines de diamants de Kimberley. 

M. et M"« Mabille, qui ont passé un certain temps en Eiu-ope, repartiront en 
janvier pour le Lessouto, accompagnés de M. Krûger de Strasbourg, qui va pren- 
dre la direction du séminaire théologique de Morija. 

M. et M"* Coillard reprendront en mai le chemin du Zambèze. 

La guerre entre les Héréros et les Namaquas traîne en longueur, malgré les 
efforts déployés par les missionnaires pour rétablir la paix entre les deux partis. 

Le D' Buchner est arrivé à Loanda et "revient en Europe. 

La Société de géographie de Loanda se propose de faire faire des explorations 
à l'intérieur. 

' Cf., n<» 5, p. 86. 



— 136 — 

■ 

Des observations récentes, faites par Stanley, ont fixé la longitnde de Stanley 
Pool par 13' 27' à Test de Paris, et non 14° 40' comme le portait la carte de son 
voyage. La longueur du fleuve obstruée par les cataractes et les rapides, de Stanley 
Pool à Yellala, serait raccourcie de 117 kilom. 

Un télégramme de Londres annonce que M. Me Call, après avoir fondé trois sta- 
tions missionnaires sur le Congo, se disposait à pousser plus avant, lorsqu'une mala- 
die l'obligea à revenir à la côte, où il s'embarqua. Il est mort à Madère. 

Le D' Ballay est parti de Rochefort le 5 décembre, pour rejoindre Savorgnan 
de Brazza sur l'Ogôoué. 

Un comité a été formé en Angleterre pour s'occuper du tracé du chemin de 
fer des mines de la Côte d'Or; l'ingénieur va se rendre sur les lieux. 

L' American Missionary Society a l'intention de faire construire, pour la mission 
de Men'di (Libéria), un steamer qui sera appelé le John Brown. 

M. Cb. Soller, chef de la mission anglaise qui a découvert les sources du Draà, 
dans l'Afrique occidentale, est aujourd'hui complètement rétabli des suites des 
blessures qu'il avait reçues des Berbères. Il se prépare à partir pour l'Afrique avec 
une mission du gouvernement français. 



L'ESCLAVAGE EN AFRIQUE 

Le trafic des esclaves étant le mal le plus apparent dont ait souffert 
l'Afrique, et le premier obstacle à surmonter pour y faire pénétrer la 
civilisation, on comprend que ce soit contre la traite qu'aient été dirigés 
tout d'abord les efforts des gouvernements et des sociétés qui se sont 
proposé de relever les nègres. A l'appel de l'Angleterre, les puissances 
de la chrétienté, pressées pctr un sentiment commun de commisération 
et de justice, s'unirent en 1815, au congrès de Vienne, pour mettre fin à 
l'exportation des esclaves. Non content d'agir sur les acheteurs, le gou- 
vernement anglais négocia avec un grand nombre de chefs de la côte 
occidentale, de la Gambie au Congo, des conventions, aux termes des- 
quelles la vente des esclaves et leur transport dans d'autres états devaient 
cesser entièrement. H en fit autant sur la côte orientale avec l'iman de 
Mascate. Les nègres saisis par les vaisseaux croiseurs étaient mis en 
liberté, et d'ordinaire conduits dans les colonies d'esclaves libérés à 
Sierra Leone, aux Seychelles, à Socotora, et aux Indes. A la côte occi- 
dentale, l'exportation des noirs fiit à peu près arrêtée ; mais, à la côte 
orientale et dans la mer Rouge, malgré l'activité des croisières, la traite 
se poursuivit, jusqu'au moment oîi les explorateurs de l'Afrique centrale 
dénoncèrent les atrocités sans nom auxquelles elle donnait lieu dans 
l'intérieur, et, par leurs révélations, provoquèrent la création de l' a Asso- 



— 137 — 

dation internationale africaine,» dont un des principaux buts est la sup- 
pression de la traite. En même temps (1877) l'Angleterre concluait avec 
l'Egypte une convention, défendant expressément l'exportation d'escla- 
ves nègres des possessions égyptiennes, ainsi que leur importation dans 
ce pays. Nous avons dit les efforts faits par Gordon pacha et par Grossi 
pour faire disparaître ce trafic de la région du Bahr-el-GhazaI, les mesu- 
res prises par le gouvernement du khédive contre les trafiquants qui, par 
Assiout, cherchaient à introduire des esclaves dans la Basse-Egypte, et 
les démarches réitérées de 1' « Antislavery Society,» pour obtenir la sup- 
pression effective de la traite dans toute l'étendue du territoire égyptien • . 

Mais, comme chacun le comprend, elle ne pourra être réellement sup- 
primée, que lorsque l'esclavage lui-même aura disparu des institutions 
et des mœurs africaines. Aussi longtemps qu'un état le tolérera ou le 
reconnaîtra légalement, s^s ressortissants se croiront autorisés à en ache- 
ter. Pour supprimer la traite il faut arriver à l'abolition de l'esclavage 
lui-même. C'est bien ce dernier but que se sont pioposé les sociétés 
amies des noirs et les gouvernements de la chrétienté. L'esclavage est en 
effet la racine du mal, qu'il faut attaquer. C'est lui qui permet aux maî- 
tres de posséder leurs semblables comme leur propriété, sans leur recon- 
naître aucun des droits que Dieu a donnés à l'homme, ni celui de dévelop- 
per ses facultés pour arriver à la vertu et au bonheur, ni celui de possé- 
der le fruit de son travail et de goûter les douceurs de la vie domestique. 
C'est lui qui contraint des millions d'êtres humains à s'user au service 
de maîtres qui les tiennent dans une dépendance perpétuelle et dans tme 
ignorance complète, les rabaissent au niveau de la brute, se servent de 
la force de leurs bras, ou de leurs facultés, comme d'instruments pour 
satisfaire une avidité sans bornes ou des désirs coupables. C'est lui qui 
émousse dans le cœur des maîtres les sentiments naturels de justice et 
de bienveillance à l'égard de leurs semblables, relftche les liens de la 
fidélité conjvgale, et rend souvent les propriétaires cruels jusqu'à la 
férocité. Quoique régnant encore dans la plus grande partie de l'Afri- 
que, il a cependant été déjà aboli sur plus d'un point. 

Malgré la résistance des colons européens, l'émancipation fut d'abord 
proclamée, il y a 50 ans, dans les colonies qui dépendaient de la cou- 
ronne d'Angleterre, moyennant une indenmité pécuniaire. A son tour, la 
France donna la liberté à ses esclaves en 1848, et quoique le gouverne- 
ment du Sénégal se soit montré, jusqu'à une époque récente, dur pour 

* Cf. !'• année, p. 88, 133; II«" année, p. 39, 66, 86, 106; III«* année, p. 106. 



— 138 — 

les esclaves fugitifs, aigourd'hui il ne peut plus y avoir d'esdaves sur un 
territoire appartenant à la France. Aussi avons-nous été surpris de 
trouver, dans des notes extraites du journal de voyage de M. Lécard et 
publiées par le Sahara (n"" du 25 août 1880)^ des détails qui pourraient 
faire croire que les marchés d'esclaves de Kouniakary, Ségou, etc., écou- 
lent beaucoup de captifs dans les postes français de Médine et de BakeL 
D'après les bruits recueillis par ce voyageur, les marchands sont des 
Toucouleurs, des Sarracolets, des Orcoloffs, ag^ts de traitants français; 
ils vendent les jeunes gens aux commandants pour en faire des tirail- 
leurs, les autres sont dirigés sur le Foutah, le Toro, le Oualo, et le 
Cayor. Â Tarrivée à Kouniakary de Texpédition dont faisait partie 
M. Lécard, les prix haussèrent, les marchands ayant cru qu'elle était 
chargée d'acheter des esclaves pour le compte du gouvernement. Nous 
supposons que ce trafic a cessé, car il n'a point été mentionné à la 
Chambre, lors de la discussion de la question des esclaves qui se réfu- 
gient dans les établissements français du Sénégal. 

Dès 1854 le Portugal déclarait libres, à la condition d'un service limité 
après leur Ubération, les esclaves appartenant à l'état, aux municipali- 
tés, aux établissements charitables de l'Ordre de la Miséricorde ; puis 
ceux qui relevaient des églises, et les enfants nés de femmes esclaves, k 
condition de servir gratuitement les maîtres de leurs mères jusqu'à 20 
ans; puis tous les esclaves qui toucheraient le sol de Madère ou des 
Açores, des provinces de Mozambique et d'Angola, de la Haute-Guinée 
et des îles du golfe de Guinée. Si, malgré ces déclarations, le gouverne- 
ment portugais a trop longtemps toléré l'esclavage, depuis 1878 il 
s'efforce d'en bannir tout vestige de ses possessions africaines. Le 
P. Duparquet, dans son exploration del'Ovampo, a constaté que l'impor- 
tation des esclaves est réellement prohibée dans la colonie portugaise, 
et qu'aucun esclave ne peut être vendu à Mossamédès. a Cependant, » 
dit-il, « les Portugais de Houmbi en achètent encore quelques-uns dans les 
tribus voisines, mais ils les cèdent aux indigènes pour du bétail. » 

Le bey de Tunis lui-même a proclamé l'abolition dans ses états. 

D'une manière générale, on peut dire que là où prédomine l'influence 
européenne l'esdavage a disparu. 

Pourtant, au Transvaal, le service domestique et l'apprentissage 
n'étaient que des formes modifiées de l'esclavage. Les Boers défen- 
daient aux natifs de passer d'^un district dans un autre et les forçai^it 
de travailler avec ou sans salaire; ils s'attribuaient le droit de fustiger 
leurs domestiques cafres pour la plus légère offense; ils attaquaient 



— 139 — 

même des kraals isolés, disant à ceux qui les occupaient qu'ils venaieiit 
diércher des bestiaux qu'on leur avait enlevés, puis, sans tenir compte 
des protestations d'innocence de la part des Cafres, ils tiraient sur le 
kraal, tuaient les vieillards et saisissaient les enfants, qui devenaient leurs 
apprentis, ou plutôt leurs esclaves. D'autre part, le gouvernement actuel 
du Transvaal reproche à l'autorité anglaise d'avoir, en 1878, soumis 
800 Cafres h un apprentissage qui ressemble à l'esdavage, et a demandé 
au Volksraad de lui donner les pouvoirs nécessaires pour libérer ces 
Cafres avec leurs enfants. Dans la dernière guerre des Zoulous et dans 
celle des Bassoutos, des indigènes faits prisonniers ont été emmenés par 
des fermiers du Griqualand-West, qui ont fait d'eux des demi-esdaves, 
les obligeant à travailler les sept jours de la semaine. Nous ne doutons 
pas que les Boers n'observent fidèlement la convention récente conclue 
avec l'Angleterre, et qu'au Transvaal, comme à Kimberley, le principe 
du travail libre en faveur des natife ne l'emporte définitivement. 

Ailleurs l'esclavage règne encore, quoique légalement aboli. 

A Madagascar, par exemple, dont la reine en a décrété la suppression 
en 1874, il y a un marché hebdomadaire d'esclaves à Tananarive. Ce 
ne sont plus, il est vrai, des esclaves de Mozambique, mais l'esdavage 
domestique subsiste toujours. Posséder un esclave passe pour un signe 
d'honorabilité; il est peu de Hovas qui n'en aient un ou plusieurs; quel- 
ques-uns en ont un grand nombre. B y en a même dans toutes les églises 
et les congrégations ; telles d'entre elles sont essentiellement compo- 
sées d'esclaves. D'après un résumé de dix ans de travaux des missions 
de Londres, presque tous les pasteurs, les diacres et les prédicateurs, 
aussi bien que les membres des églises en possèdent ; on les achète ou on 
les vend sur ce marché près de Tananarive. Le gouvernement a cepen- 
dant prescrit des règles pour diminuer la rigueur de l'esclavage domes- 
tique et accroître le bien-être des esclaves ; par exemple, dans les lois 
qui en règlent la vente, il est interdit de séparer un jeune enfant de ses 
parents. B faut reconnattre que l'esclavage à Madagascar n'est pas 
cruel. Les esdaves sont, d'ordinaire, aussi libres que les enfants, et sou- 
vent traités avec les mêmes égards. En outre, ils sont assez indépen- 
dants de leurs maîtres; si un esdave est fatigué du sien, ou s'il s'estime 
maltraité, il ne lui est pas difficile d'en trouver un qui lui plaise davan- 
tage. Néanmoins, l'institution est mauvaise, et l'opinion publique se pro- 
nonce toujours plus hautement contre elle. Mais le pays n'est pas encore 
mûr pour l'abolition complète et a besoin d'y être préparé. C'est le but 
de plusieurs des artides des lois constitutionnelles promulguées le 



— 140 — 

29 mars de cette aimée. Ainsi, les propriétaires d'esclaves de la province 
d'Imérina ne peuvent pas les faire vendre dans les provinces éloignées, 
sous peine de confiscation et d'une amende, de 100 dollars; celui qui se 
chargerait de les conduire, sans prévenir de leur envoi, devrait payer 
10 bœu& et 10 dollars. D'autre part, les esclaves qui sont dans des pro- 
vinces éloignées ne peuvent être vendus que là; toute vente doit être 
enregistrée devant le gouverneur, sinon elle est envisagée comme un 
enlèvement d'homme. Quiconque louera des esclaves pour les envoyer 
travailler dans des parties éloignées du pays, sans en demander l'autori* 
sation au propriétaire, paiera 10 schellings par esclave pour chaque 
miois d'absence, et 30 dollars au propriétaire pour chaque esclave qui 
mourrait en route. Il est interdit de faire des esclaves un commerce 
lucratif; le propriétaire d'esclaves peut seul les vendre; quiconque sera 
pris en faisant le commerce, devra payer 10 bœufe et 10 dollars par 
esclave. Ceux-là seuls peuvent en acheter qui ont l'intention de les gar- 
der pour leur propre service. L'acheteur et le vendeur doivent se rendre 
au bureau désigné par le gouvernement, pour faire enregistrer la vente. 
n y a aussi des clauses fixant les conditions auxquelles l'esclave peut 
acquérir sa liberté, soit par son travail, soit avec l'aide de ses amis. 

A Zanzibar, depuis la conclusion du traité conclu en 1873 entre l'An- 
gleterre et le sultan, et par lequel ce prince a aboli la traite dans tous 
ses Ëtats, l'esclavage est devenu une sorte de servage. On ne vend plus, 
on n'achète plus d'esclaves sur le marché pubUc, mais bien dans un 
endroit qui ressemble à une agence domestique. A la ville, les esclaves 
reçoivent un salaire pour leur travail ; à la campagne, ils ont pour leur 
entretien autant de terre qu'ils en peuvent cultiver; ils ne donnent à 
leurs maîtres que cinq jours par semaine, et le plus souvent ils ne tra- 
vaillent que le matin ; ils peuvent, le reste du temps, travailler pour eux 
et leur famille. Si un esclave fait des économies, il peut se racheter; de 
plus, s'il est maltraité, il a le droit de forcer son maître à le vendre. En 
cas de vente, il n'est pas permis de séparer les membres d'une même 
famille; quand une propriété se vend, les esclaves sont vendus a vecelie. 
Leô maîtres, à Zanzibar, sont généralement bienveillants et presque 
paternels. Il arrive rarement qu'un esclave se rachète lui-même; il 
emploie de préférence ses économies à se payer à son tour un esclave, 
pour cultiver plus facUement son bien-fonds. Quoique les Africains aient 
beaucoup moins d'aversion que les blancs pour l'esclavage, on ne peut 
pas douter que la vue de travailleurs libres, comme ceux des établisse- 
ments pour les esclaves Ubérés ou des stations missionnaires, à Frère 



— 141 — 

Town, Bagamoyo, Masasi, etc., n'éveiDe le sentiment de la liberté chez 
beaucoup d'esclaves de cette partie de la côte, et celui de la justice chez 
les chefs et chez les maîtres, pour leur faire comprendre qu'il ne leur est 
pas permis de posséder leurs semblables. Les missionnaires de Masasi 
ont conclu avec Matola, le puissant chef du peuple Yao, qui habite près 
de la Rovouma, un traité par lequel il s'est engagé à n'acheter ni ne 
vendre aucun esclave. Il observe fidèlement le traité, et a fait savoir qu'il 
ne veut rien avoir à faire avec les trafiquants d'esclaves. Son peuple 
jouit de la paix, et peut se livrer à la culture de champs de riz et de blé 
cafre, ce qu'il ne pouvait pas faire auparavant. 

L'Ouganda, où Mtésa proclamait, il y a deux ans, l'abolition de l'es- 
clavage, est aujourd'hui replongé par son souverain dans des guerres 
avec les peuples voisins, essentiellement pour faire des esclaves. Il paratt 
que c'est dans cette classe de la population que la prédication des mis- 
sionnaires romains trouve le plus facile accès . Ce ne serait pas la pre- 
mière fois que des esclaves, devenus chrétiens, auraient préparé le relè- 
vement du peuple qui les avait asservis. 

Plus constant que Mtésa, le roi du Choa, Ménélik , après avoir déclaré 
la traite abolie, s'est efforcé de la supprimer et a réussi à faire cesser 
l'exportation publique par Ankober, sans pouvoir cependant empêcher 
des transports clandestins pour la mer Bouge. 

Dans le royaume du négous la traite n'existe plus d'une manière 
ostensible, mais peut-on dire qu'elle ne se pratique pas en secret ? Les 
Abyssins chrétiens n'admettent pas l'esclavage en principe. Cependant, 
dans les guerres qu'ils font aux frontières de l'Egypte ou au pays des 
Gallas, les gouverneurs ramènent des centaines de prisonniers, hom- 
mes, femmes et enfants. Dernièrement, Ras-Adal, gouverneur du God- 
jam, ayant soumis des tribus gallas, recevait, ea payement détaxes qu'il 
leur avait imposées, 200 enfants de 8 à 16 ans, et les envoyait au roi, 
qui les distribuait à ses grands pour s'acquitter de ce qu'il leur devait. 

Quant à l'Egypte, nous ne répéterons pas ce que nous avons dit à 
plusieurs repiîses des esclaves nègres du Kordofan, duDarfour, du Haut- 
Nil, introduits en cachette dans les villes du Delta ; des moyens employés 
par les agents de l'autorité égyptienne, pour recruter des hommes pour 
l'armée et des femmes pour les harems ; ou des distributions d'esclaves 
libérés aux pachas ou aux beys, dans les maisons desquels ils trouvent 
l'esclavage domestique. Sauf sur les vastes plantations de coton et de 
sucre de Tex-khédive, il n'y a pas d'esclaves dans les campagnes; les tra- 
vaux de l'agriculture sont exécutés par les fellahs, et payés. L'esclavage 



— 142 — 

agricole n'existe donc pas; l'esclave égyptien, n'est qu'un domestique de 
maison, rarement maltraité, le maître^ par politique, étant généralement 
bon pour lui, parce qu'il sait qu'un esclave maltraité peut toujours obtenir 
sa liberté en en appelant au consul anglais. Il est vrai qu'il n'en est pas 
de même dans toute l'étendue du territoire égyptien. A Souakim, par 
exemple, presque tout le travail manuel est fait par des esclaves, qui sont 
la propriété d'hommes riches auxquels ils doivent apporter le fhiit de 
leur labeur de chaque jour. Quelques-uns de ces maîtres ont jusqu'à 
20 esclaves femmes, qui font le service de porteuses d'eau dans la ville; 
elles doivent rapporter un dollar par jour à leurs maîtres, qui ne les 
nourrissent que de maïs et de lait. Souvent aussi les marchands font 
passer leurs esclaves poui* des domestiques, en les munissant de papiers 
de libération jusqu'au port d'embarquement. 

L'esclavage domestique est répandu dans toutes les grandes villes de 
la Haute et de la Basse-Egypte, et aussi dans celles de l'Egypte moyenne. 
C'e^t lui qui peuple les harems ; et quant aux esclaves hommes, ils abon- 
dent chez les pachas et chez les beys; même chez les Égyptiens qui ne 
sont point élevés en dignité, on en trouve un, deux ou davantage. Si 
la grande majorité n'en a pas, c'est qu'elle est trop pauvre pour en 
acheter. Les sectes chrétiennes indigènes, copte et syriemie, imitent les 
musulmans, et autorisent leurs adhérents à se servir d'esclaves domesti- 
ques achetés. Les scribes, les joailliers, les marchands riches, en ont éga- 
lement. Les étrangers eux-mêmes, les agents consulaires des puissances 
chrétiennes et leurs fonctionnaires subalternes, dans la vaUée du Nil, font 
faire leur cuisine par des esclaves, hommes ou femmes. 

Sans doute l'esclavage domestique disparaîtra. Par la convention 
conclue en 1877 entre l'Angleten-e et l'Egypte, les ventes privées d'es- 
claves ou leur transfert de famiUe à famille doit être aboli en 
Egypte en 1884, dans le Soudan et les autres dépendances égyptiennes 
en 1889. L'abolition est appuyée par le khédive, qui est monogame, 
déteste l'esclavage et fait tous ses efforts pour le supprimer, ainsi que 
les harems, conséquence de la polygamie. Il est secondé par Chérif-Pacha, 
également monogame et sous le ministère duquel a été conclue la con- 
vention de 1877. Il y a, en outre, tout un parti qui veut plus que la sup- 
pression de la traite, et demande l'abolition totale de l'esclavage. Tou- 
tefois, on reconnaît que l'on ne peut y procéder que graduellement, en 
commençant par empêcher l'accroissement du nombre des esclaves. 
A cet effet, l'aAntislavery Society» a présenté, à l'examen du khédive 
et de son gouvernement, un projet de recensement et de contrôle 



— 143 — 

qui garantirait aux propriétaires la possession de leurs esclaves actuels, 
tout en les empêchant d'en augmenter le nombre. Mais il rencontre de 
l'opposition, particulièrement chez les propriétaires de harems et chez 
les docteurs de la loi musulmane, qui prétendent que l'esclavage est 
sanctionné par la loi, les prophètes, le Coran et ses commentateurs. Ds 
soutiennent qu'un esclave, émancipé sans le consentement de son 
maître, n'a aucun titre légal à la liberté; que, par exemple, il ne 
pourrait pas se marier sans l'approbation de son propriétaire, et qu'à 
sa mort ce qu'il posséderait devrait faire retour à son maître. Ils 
sont dans l'erreur, car si Mahomet a laissé subsister l'esclavage, qui 
existait avant lui, il n'en a pas moins recommandé l'émancipation des 
esclaves qui se montrent dignes de la liberté, et, tout en reconnaissant 
l'esclavage, le Coran fait beaucoup pour en diminuer les rigueui's et en 
limiter l'étendue; il ne considère comme seuls vrais esclaves que les pri- 
sonniers de guerre et leurs descendants; par conséquent les pauvres 
nègres du centre de l'Afrique, enlevés par les traitants, ne sont pas du 
tout des esclaves au point de vue de la loi musulmane, là oii elle est 
prêchée dans sa pureté, en sorte que quant à ces esclaves-là, qui forment 
le gros de la population servile, aucun dogme sacré ne serait violé par 
un décret proclamant leur émancipation. H faudrait que les docteui-s 
pussent prouver qu'en aucun cas l'émancipation ne pourrait être décrétée 
par l'état, et ils ne voudront pas mettre en question la souveraineté du 
khédive, qui poun'ait faire ce qu'a fait le bey de Tunis, sans violer la 
loi musulmane. En outre, dès aujom'd'hui, le consentement du proprié- 
taire n'est pas toujours nécessaire pour l'affranchissement de l'esclave. 
En cas de mauvais traitement, il est libéré sans aucun égard pour les 
droits de son maître. Le pécule des esclaves émancipés ne revient pas 
non plus toujours à leur ancien propriétaire. D'après la loi, il passe 
d'abord à leurs héritiers naturels, et ce n'est qu'à défaut d'héritiei'S 
qu'il retourne au propriétau-e. Dès que l'état a effectué la manumis- 
sian, elle produit tous les effets de l'émancipation par les propriétaires 
eux-mêmes, et tous les droits civils de la liberté sont, ipso facto, concé- 
dés à l'esclave libéré. Le khédive ne pourrait peut-être pas, par un sim- 
ple décret, abolir un droit sanctionné par la religion et le Coran, mais 
l'esclavage n'a pas ce caractère sacré ; il n'est que toléré par le Coran, 
et son abolition ne produirait pas, dans les conditions sociales des popu- 
lations musulmanes, une perturbation aussi grande que le prétendent les 
partisans de l'esclavage domestique. Dans l'Inde anglaise, où l'on crai- 
gnait de grands troubles à son occasion, les esclaves de familles maho- 
métanes sont devenus sans difficulté des domestiques libres. 



— 144 — 

Les mesures prises en Egypte, pour empêcher l'arrivée au Caire et à 
Alexandrie des caravanes qui alimentaient d'esclaves les marchés de ces 
deux villes, les ont fait refluer vers la Cyrénaïque et la Tripolitaine oii, 
malgré l'abolition de l'esclavage' par la Turquie, cette institution sub- 
siste avec la traite, sa conséquence presque forcée. Les Arabes de ces 
deux pays ont fait de telles razzias d'hommes, dans les oasis voisines de 
leurs domaines, que les indigènes se sont repliés vers l'intérieur, en 
abandonnant une partie de leui* territoire ; c'est à cela qu'est due l'ab- 
sence d'habitants dans l'oasis de Koufarah, visitée seulement à l'époque 
de la récolte des dattes. 

Chez les Touaregs, les hommes des dernières conditions aussi bien que 
les nobles ont des esclaves nègres amenés du Soudan, vendus à vil prix, 
et employés à la garde des troupeaux, à la conduite des caravanes et au 
service intérieur des familles. Toutefois, le pays étant pauvre et le tra- 
vail manquant dans une contrée oîi l'agriculture est presque nulle, 
l'esclavage ne peut pas y prendre un grand développement. 

Il n'en est pas de même au Maroc, qui est, avec la Tripolitaine, un 
des principaux débouchés des caravanes d'esclaves du Soudan, depuis 
que l'abolition leur a fermé l'Algérie et la Tunisie. Dans presque toutes 
les villes il y a un marché ; généralement les esclaves sont promenés 
dans les rues pendant les trois jours qui précèdent la vente, accompagnés 
d'un crieui* qui fait ressortir les qualités et les avantages de chaque indi- 
vidu. Il est vrai qu'une fois vendus ils sont traités avec douceur, comme 
les autres serviteurs musulmans qui font, en quelque sorte, partie de la 
famille. Si les maîtres ont le droit de les revendre selon leurs convenan- 
ces, eux, de leur côté, en cas de mauvais traitements, ont le droit d'exiger 
qu'on les vende aux enchères publiques pour passer en d'autres mains. 

Chez les FeUatahs, MM. Mage et Quintin ont constaté que l'armée 
compte une moitié d'esclaves ; c'est même à ces derniers que le sultan 
Hadj-Omar a dû une bonne partie de sa fortune. Pour vaincre les 
Bambaras, les Malinkés et les Soninkés de la vallée du Niger, il s'en- 
toura d'une petite troupe d'esclaves et de disciples libres; chacun des 
succès qu'il l'emporta avec eux lui donna des captifs pour augmenter ses 
troupes, et des richesses pour gagner des disciples, ce qui lui permit 
d'étendre ses courses jusque près de Médine et de Tombouctou. Ahma- 
dou a vu sa force diminuer par le fait des révoltes des tribus soumises 
par son père, mais le phénomène d'une armée d'esclaves conmiandée 
par des chefs esclaves méritait d'être mentionné. 

Au Bomou, au Baghirmi et au Ouadal, à côté d'une population s'occu- 



— 145 — • 

pant activement d'industrie et d'agriculture, se montre la plaie hideuse 
de l'esclavage consacré par un principe religieux ; les souverains musul- 
mans de ces trois pays ne se font aucun scrupule d'attaquer les nègres 
idolàtres,pour en faire des esclaves et les vendre. Dans le Baghirmi, 
Nachtigal a été témoin de chasses dirigées contre des populations qui 
refusaient de se soumettre à un souverain mahométan et aux lois de 
l'islam. Réfugiées sur les arbres de leurs forêts, elles y étaient assiégées 
par leurs ennemis, qui, à coups de flèches ou de fusils, en tuaient les 
principaux défenseurs, puis escaladaient chaque arbre l'un après l'autre 
pour s'emparer des survivants blessés, des femmes et des enfants. Le 
sultan du Bornou, dit Rohlfs, est un gros marchand, qui se procure des 
esclaves par des razzias sur les peuples environnants, ou sur ses propres 
sujets aussi longtemps que ceux-ci n'ont pas embrassé l'islamisme. La 
plus grande partie des habitants de ce riche pays vivent dans des transes 
continuelles, car à chaque instant leurs villages peuvent être envahis, 
leurs champs dévastés, leurs maisons incendiées; on prendra leurs 
enfants et on les tuera eux-mêmes s'ils résistent. La ville de Kouka, la 
capitale du Bornou, est un des marchés d'esclaves les plus abondamment 
pourvus. D est rempli de malheureux de tout âge et de tout pays. Le 
lundi, il en arrive des milliers qui sont mis en vente ; les auties jours, on 
est sûr d'en trouver de petites troupes de quelques centaines. La grande 
caravane de Kouka à Mourzouk en compte 4000, et il faut 2000 hommes 
armés pour lui servir d'escorte. De Mourzouk, les trafiquants s'effor- 
cent de les faire passer en Turquie, en Arabie et en Perse. 

Dans toute la partie de l'Afrique oîi prédomine l'influence musulmane, 
régnent aussi l'esclavage et la traite; et s'il faut reconnaître d'un côté 
que l'islamisme a été l'agent d'une civilisation supérieure auprès de cer- 
taines tribus, chez lesquelles il a fait disparaître les sacrifices humains et 
le cannibalisme, de l'autre, on doit constater que nulle part il n'a pro- 
testé contre l'esdavage, et qu'il est plutôt devenu un instrument de bar- 
barie, chez des princes qui ont cru méritoire de réduire en esclavage des 
populations nègres idolâtres pour les vendre aux musulmans. 

Mais ce n'est pas seulement au sein des populations placées sous l'in- 
fluence musulmane que règne l'esclavage. Les Kroumens de la Guinée 
méridionale, par exemple, ne sont en réalité que des esclaves, que les 
Européens achètent des chefis et des princes nègi'es. On les trouve sur- 
tout le long du Congo inférieur. Les factoreries hollandaises de Banana, 
Quillo et Massabé en ont quelques centaines, y compris un certain nom- 
bre de fenmies. Ils portent la chaîne et ne doivent jamais être inoccu- 



• — 146 — 

pés. Ds peuvent se marier, mais leurs enfants deviennent la propriété de 
leurs maîtres. 

D'une manière générale, l'esclavage existe dans toutes les tribus nègres 
de l'Afrique centrale, chez lesquelles dominent la polygamie, et où cha- 
que homme a autant de femmes qu'il peut en acheter ou en enlever. On 
sait les guerres que se livrent les tribus, uniquement en vue de faire des 
esclaves. Même en temps de paix, le nègre enlève sur les chemins les 
enfants, les femmes et les hommes sans défense. Ou bien on le voit, 
pour de l'eau-de-vie, de la poudre, des fusils, des cotonnades, de la quin- 
caillerie, vendre les membres de sa propre famille. Parfois, ce sont des 
tribus entières qui sont réduites en esclavage. Dans le royaume des 
Barotsés, le plus puissant des états du Zambèze moyen, une soixantaine 
de peuplades grandes et petites, sont, ou tributaires ou positivement 
esclaves des Barotsés, les seuls hommes libres du pays ; les serfs et les 
esclaves ne peuvent obtenir leur liberté que du bon plaisir du roi. Dans 
la région de Seshéké, un esclave coûte une vache, un canot ou deux 
couvertures de coton ; au nord du Zambèze les prix sont encore plus modi- 
ques. Au sud du fleuve, chez les Matébélés, le roi lance ses troupes sur 
ses voisins, auxquels il fait la guerre de la manière la plus impitoyable, 
n'épargnant que les enfants. Dans l'Ouroua, à l'ouest du Tanganyika, 
Cameron a rencontré un chasseur d'esclaves revenant un jour avec cin- 
quante-deux femmes liées ensemble, pour la prise desquelles il avait 
détruit au moins dix villages, ayant chacun une population de 100 à 200 
âmes ; quelques habitants avaient échappé, mais le plus grand nombre 
avaient été brûlés dans leurs villages ou tués en essayant de défendre 
leurs femmes et leur famille. 

Comment remédier au mal ? Dans la Tripolitaine et au Maroc, les puis- 
sances européennes, qui y ont des représentants, devraient agir comme 
elles le font à l'égard de l'Egypte. Mais au Soudan, au Bornou et dans 
l'Afrique centrale, comment arriver à abolir l'esclavage? On n'y par- 
viendra qu'en réunissant tous les efforts des associations commerciales, 
philanthropiques et missionnaires, pour faire comprendre aux naturels 
que l'esclavage, loin d'être pour eux une source de richesse, est le plus 
grand obstacle à leur prospérité, lem* montrer combien la valeur de 
l'homme ouvrier agricole l'emporte sur ceUe de l'homme marchandise, 
et les amener à remplacer le trafic des esclaves par un commerce légi- 
time. C'est ce qu'avait essayé de faire Gessi au Bahr-el-Ghazal, où il 
avait appris aux indigènes à récolter du coton, du caoutchouc, des tama- 
rins, et h les envoyer au marché de Khartoum. 



— 147 — 

En même temps, il faut multiplier les stations civilisatrices et hospita- 
lières, à l'orient, à l'occident et jusqu'au centre du continent, en leur 
donnant, comme l'a celle de Brazzaville, le caractère d'un asile pour les 
esclaves fiigitifis, puisque toutes les tribus du voisinage reconnaissent 
que les esclaves qui se placent sous la protection de cette station 
recouvrent, par ce seul fait, leur liberté. H faut surtout développer l'œu- 
vre missionnaire, puisque les expéiiences faites partout prouvent que là 
oîi le christianisme s'est établi l'esclavage a disparu, et que si celui- 
ci essaie d'y renaître sous la forme de l'esclavage domestique, comme à 
Madagascar, il provoque des protestations qui en amèneront la suppres- 
sion. En apprenant au maître à travailler lui-même et à voir dans les 
autres hommes des frères, le christianisme lui fera comprendre qu'il lui 
est interdit de faire de ceux-ci sa propriété ; il lui inspirera le respect de 
leurs droits, ainsi que le désir de les voir jouir avec leurs familles du 
finit de leur travail, et de contribuer pour sa part à leur bonheur et à 
leur progrès, sachant qu'il a comme eux le même Père dans les cieux. 



CORRESPONDANCE 

A Poccasion de Tarticle sur la mouche tsétsé, publié dans notre dernier numéro, 
M. Guillermo Rieman, chef en second de l'expédition espagnole en préparation 
pour l'Afrique centrale, nous communique, avec prière de Pînsérer dans notre 
joamal, l'extrait suivant d'un projet qu'il a exposé, au mois de mars dernier, à 
M. Strauch, secrétaire général de l'Association internationale africaine; 

« Quant aux moyens de transport, on connaît les difficultés contre lesquelles 
ont à lutter les voyageurs qui n'ont que des nègres pour porteurs. 

« Pour y obvier, «S. M. le roi Léopold a eu l'heureuse idée d'attacher quatre 
éléphants à la deuxième expédition internationale. 

« Quelque utiles que soient les éléphants pour les transports en général, ils ne 
réunissent cependant pas, du moins les éléphants des Indes, toutes les conditions 
nécessaires aux bêtes de somme pour l'Afrique; les derniers rapports l'ont prouvé. 

« Le projet que je prends la liberté de vous soumettre, en vous priant de 
l'accueillir avec bienveillance, consisterait à employer un animal moins coûteux 
que l'éléphant, mieux doué que l'âne, le seul animal qui jusqu'ici ait pu résister 
aux attaques de la tsétsé, — la mule espagnole, et spécialement le macko, 

< Je suis persuadé qu'elle résisterait aux piqûres de la tsétsé, parce que l'on sait 
par expérience qu'une espèce congénère, l'âne des Canaries, a été employée avec 
succès dans les régions envahies par l'insecte venimeux. En outre, la mule espa- 
gnole unit à une grande force de résistance, la vitesse et la prudence du cheval. 

« Pour la rendre complètement invulnérable, on pourrait se servir du procédé 



— 148 — 

suivant. Ija peau et les poils de la mule n'étant pas suffisants pour la préserver de 
la tsétsé, si l'on ne vent pas la munir d'une couverture, on devrait lui attacher sur 
le dos une bande de cuir allant de la tête à la queue, et des deux côtés de laquelle 
serait fixé un filet, plongé dans une solution de benzine ou d'acide carbolique. » 



BIBLIOGRAPHIE 



DER ORIENT, von A.voH Schtodger-Lerchenfeld. Vienne (A.Hartleben), 
illustré de 215 gravures sur bois, avec 4 cartes et 28 plans, fr. 20,25 ; 
édit. de luxe, 23,65. — Cet ouvrage, qui devait compter 30 livraisons, est 
maintenant complètement terminé. Pour juger dans son ensemble le 
travail de M. de Schweiger-Lerchenfeld, il faut avant tout en saisir Tidée 
fondamentale. Nous ne connaissons pas d'ouvrage'qui présente, d'une 
manière aussi vivante que celui-ci, les foyers primitife de la civilisation, 
la Grèce, l'Assyrie, la Babylonie, l'Egypte, théâtre d'événements si 
remarquables et si saisissants. Pendant longtemps nous avons été accou- 
tumés à voir l'histoire proprement dite^ la géographie, l'ethnologie et 
l'histoire de la civilisation, traitées comme des sciences indépendantes, 
strictement séparées l'une de l'autre. L'auteur de 1' «Orient» a essayé 
d'abattre les barrières élevées entre elles, et de faire concourir toutes 
les sciences susdites à im même but. Il a peint à grands traits le monde 
classique du sud de l'Europe orientale, de l'Asie antérieure et du bassin 
du Nil, sa civilisation, l'histoire de ses peuples, les représentants des 
grands événements et ces événements eux-mêmes. Les pays se présen- 
tent à nous tels que l'exige chaque changement de scène. Nous avons 
donc ici une géographie de la civilisation, science qui jusqu'à présent n'a 
eu ni maître ni école. L'approbation unanime que cet ouvrage a rencon- 
trée, et le fait que, dans l'espace' d'une année, il a été traduit en dix 
langues différentes, — succès dont peu d'ouvrages allemands peuvent se 
glorifier, — prouvent que l'essai a parfaitement réussi. 

* On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Bhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et cimlisée. 



V^>-- ***iA' N 



•(bodlilibrV; 

149 — V^--.__^^,^^^^^ 

BULLETIN MENSUEL (6 y&Ticr 1882). 

Parmi les travaux importants exécutés récemment en Algérie, le 
dessèchement du Iao Fetzara, qui empestait les plaines de B6ne, mérite 
une mention particulière. Situé à 18 kilomètres au sud-ouest de Bône, 
entre l'Edough (1004") et d'autres montagnes moins élevées dont il rece- 
vait les eaux, il n'était séparé que par d'insignifiantes levées de terre 
des plaines de la Seybouse à l'est et de l'Oued-el-Kébir de Jemmapes à 
l'ouest. Sa profondeur était, suivant la saison, de 1",5 à 3*,5, sa surface 
de 13000 hectares, et sa moyenne d'eau de 184 millions de mètres cubes. 
Au nord et à l'ouest surtout des marais l'entouraient, et en été il lais- 
sait à découvert de vastes plages, d'où se dégageaient des miasmes pes- 
tilentiels. L'eau du lac était salée. Les travaux ont commencé en 1877 ; 
un canal de 15727"" a emmené les eaux à la Méboudja, tributaire de la 
Seybouse; de plus, le lit de la Méboudja a été régularisé sur une lon- 
gueur de 11750". Actuellement le travail est terminé; déjà l'on peut 
constater une amélioration très sensible dans l'état de la santé publique 
à Bône et dans tous les environs, où la mortalité a beaucoup diminué 
ainsi que les cas de fièvre paludéenne. 

Dans notre Bulletin de décembre, nous annoncions le départ de Oha- 
damès du P. Richard et de àexûi autres missionnaires pour Rhat, 
en vue d'y fonder une station. Dans un précédent voyage chez les Toua- 
regs Azguers, le P. Richard avait été reçu avec beaucoup de cordialité. 
Toutefois, Mgr Lavigerie avait, après le massacre de la colonne Flat- 
ters, reconunandé aux missionnaires de Ghadamès de surseoir à tout 
voyage dans le Sahara, et, à l'époque de la campagne de Tunisie, le 
redoublement de haine contre la France, parmi les tribus de l'intérieur, 
l'avait engagé à renouveler cette sage recommandation. L'apaisement 
de la Tunisie, et les assurances des chefe de la caravane qui devait con- 
duire à Rhat le P. Richard et ses deux compagnons , les engagèrent à 
partir. Mais une dépèche de Ghadamès, arrivée à Tripoli le 4 janvier, y a 
apporté la douloureuse nouvelle qu'une bande de Touaregs, dans laquelle 
se trouvaient plusieurs des meurtriers de la caravane Flatters, avait tué 
les trois missionnaires le surlendemain de leur départ, tout en épargnant 
leur escorte. Les environs de Ghadamès étaient remplis de Touaregs, et 
lei Pères demeurés dans la ville n'osaient en sortir de peur de tomber 
entre leurs mains. Trois des meurtriers ont été arrêtés et emprisonnés par 
le pacha turc de Ghadamès. Mgr Lavigerie, actuellement installé à Tunis, 
a expressément défendu aux missionnaires de renouveler leurs tentatives 

L'AFRIQUE. — TROISIEME ÂHHÉS, — N*» 8. 8 



— 150 — 

de pénétrer dans rintérieur de TAfrique par le Sahara, aussi longtemps 
que dureront les excitations dont la Tunisie est le prétexte. En outre, il 
a fait demander au pacha turc d'épargner les meurtriers, les mission- 
naires ne voulant se venger qu'en redoublant de dévouement, pour reti- 
rer ces populations de la barbarie. 

Après avoir fait explorer le plateau de Barka, et fondé dans la Cyré- 
naïqne les deux stations de Bengasi et de Derna, la « Société mila- 
naise d'exploration commerciale en Afrique » projette pour cette année 
un voyage avec une caravane arabe, de la côte de la Méditerranée au 
Ouadaï, à travers le désert lybique et les oasis d'AudjUa, de Djalo, 
de Eoufara et de Wanianga. Son but est de nouer des relations com- 
merciales soit avec le souverain du Ouadal, soit avec les tribus éta- 
blies le long de cette route, la plus courte de l'Italie au cœur du conti- 
nent, et d'établir des communications régulières entre le centre et 
les stations italiennes de la côte. Elle se propose en outre de fonder une 
première colonie agricole à l'Est du plateau de Barka, près des ports 
naturels de Tobrouk et de Bomba, et attend de Constantinople le fir- 
man de concession des terrains nécessaires à cet effet. Enfin elle compte, 
si les circonstances sont favorables, faire explorer les routes de l'Abyssi- 
nie vers Assab. 

M. RalTray, vice-consul de France à Massaoua, chargé d'une mis- 
sion en Abyssinie, a eu l'occasion, en se rendant au camp du roi qui 
était en expédition contre les Adels, d'explorer les montagnes duZaboul 
et le pays des Gallas-Ilayas, encore inconnus. Pour s'y rendre, il a suivi 
assez longtemps la route de l'expédition anglaise, l'a quittée à la hauteur 
du lac Achangui, puis, inclinant vers le sud-est et traversant la plaine 
des Gallas-Rayas, il a atteint les monts du Zaboul. C'est une petite 
chaîne de 2000" à 2200", parallèle au système éthiopien, auquel elle se 
relie au nord par les contreforts qu'habitent les Azebous-Gallas, et au 
sud par ceux qui descendent des plateaux duOuadela. Toute cette région 
appartient au bassin éthiopien, dont les eaux s'écoulent à l'est dans le 
lac Aoussa. Du Zaboul, M. Rafifray a visité, vers l'ouest, le mont Aboï- 
Miéda, où sont les sources du Tellaré et du Tacazzé, tributaires du Nil^ 
et celles de la Goualima, tributaire d'un lac du pays des Danakils. Puis il a 
longé ce massif montagneux jusqu'au mont Abouna-Yousef, dont il a 
franchi le col à une hauteur de 4300". D y a trouvé une faune entomolp- 
gique semblable à celle des sommités des montagnes de l'Europe. Enfin, 
il s'est rendu à Lalibala, où il a trouvé dix églises du V"' siècle, monoli- 
thes, taillées dans le roc dont elles sont complètement isolées, sauf par 



— 151 — 

la base ; elles communiquent entre elles par des tranchées à ciel ouvert 
et des souterrains; les proportions en sont grandes, et l'architecture 
remarquable. 

Antinorl a écrit au D' Schweinfùrth qu'U a appris au Choa Texis- 
tence, au sud-est de Kafiia, d'une tribu nombreuse de pygmées, nommés 
Dakos par les gens de Kaffa, et Diukis par les GaUas. Petermann place 
les Dokos sur la rive gauche du fleuve Omo, qui forme le cours supérieur 
du Djouba. H doit y en avoir à la cour du roi de Kaffa et chez le roi des 
Mombouttous. Gomme ils sont à peu près sous la même latitude que les 
Akkas, on peut supposer qu'ils appartiennent à la même race. Si les 
guerres et des difficultés de toutes sortes n'avaient pas empêché l'expé- 
dition italienne de Cecchi et de Chiarini de pénétrer dans cette région, 
elle aurait résolu cette question. Antinpri comptait quitter le Choa en 
décembre. Cecchi et Antonelli sont déjà revenus en Europe. 

De retour d'un voyage d'exploration h la côte orientale d'Afrique et 
au golfe Persique, M. Denis de Ryvolre a provoqué l'établissement 
d'une ligne régulière de bateaux à vapeur qui, sous le titre de Servioes 
de rOrient, mettra bientôt la France en conmiunication directe avec 
rOrient. A partir du commencement de cette année, la compagnie fran- 
çaise de navigation, qui s'en est chargée, fera partir chaque mois, de 
Marseille, un bâtiment français pour Bassorah, en touchant Djeddah, 
Obock, Mascate, Kurrachee et Bouchir. Deux voyages d'essai ont déjà 
été effectués. A Oboek il y aura un dépôt de charbon, régulièrement 
alimenté par des paquebots français et oh les vaisseaux de toutes les 
marines pourront s'approvisionner. Obock pourra ainsi devenir une colo- 
nie importante. 

Le R. dFohnflion» de la « Mission des Universités » dans le district de la 
Rovouma, a fait récemment un voyage au lac que les natifs disent exister 
aux sources de la liovjenda, affluent de la Rovouma. U suivit la route 
commerciale de Mouembé à Mponda, près de l'endroit oii le Chiré sort 
du Nyassa, puis la quitta pour aUer visiter le lac en question. Le sentier 
était bien marqué jusqu'à un endroit nommé Chiloua par les Yaos. H 
arriva en vue d'un grand lac, avec quelques lies et des bords herbeux, 
fourmillant d'hippopotames et d'oiseaux aquatiques. Il en atteignit la 
rive, et le vît s'étendre au sud-est. En même temps, il put découvrir le 
mont Mangoche, peu élevé, à l'est de Mponda, près du Nyassa. Pendant 
un jour de marche, il suivit les bords du lac vers le nord, jusqu'à un 
endroit où celui-ci se rétrécit, puis en un joui* et demi il gagna la ville 
d'Amaramba, sur la Loujenda qu'il suivit jusqu'à Mouembé. H suppose 



— 152 — 

que le lac qu'il a vu est le Chlroua de Livingstone, dont la partie sep- 
tentrionale n'avait pas encore été visitée. 

M. Ë. O'Neill, coasul anglais à Mozambique, a exploré, dans la 
seconde moitié de Tannée dernière, différentes parties de la région peu 
connue qui borde les possessions portugaises de la côte orientale. En 
juillet il s'est rendu à la rivière Angoche, à 145 kilomètres au sud du 
port de Mozambique, où les Portugais ont formé le nouvel établissement 
de Parapato, sur la rive septentrionale. L'ancienne capitale du district, 
Anf^oohe» est située sur une île, en amont dans la rivière. Il y existe 
un commerce actif en produits du sol, ainsi qu'en caoutchouc et en 
ivoire. La ville ne compte pas moins de trente maisons de Banyans, 
de Battias et d'Hindous. De là, M. O'NeiU a fait un voyage à l'intérieur, 
par la route de commerce arabe, peu connue des géographes, qui va de 
Kisanga, vis-à-vis de l'île de Ibo aux rives est et sud du Nyassa. Elle est 
beaucoup plus courte que celle de la Rovouma suivie par Livingstone, 
Steere et d'autres voyageurs anglais. A sept jours de marche de la côte, 
à MouaUa, résidence du puissant chef Makoua, elle se divise en deux 
embranchements, l'un se dirigeant sur Matarika, où il rejoint la route de 
Quiloa au Nyassa, l'autre plus au sud. M. O'Neill a suivi ce dernier. Le 
10 septembre il était à Gavala, ville située à 175 kilomètres N.-N.-O. 
de Mozambique. A 65 kilomètres de la baie de Mokambo, le pays à 
l'intérieur est boisé, couvert d'une végétation épaisse, abondant en 
caoutchouc, bien cultivé et populeux; puis il devient rocheux et coupé 
de montagnes. A 230 kilomètres de la côte, M. O'Neill arriva en vue de 
la magnifique plaine de Chalaoué ; couverte de villages, elle s'étend au 
loin vers le sud-ouest et se termine par des montagnes de 1000^ à 1500*. 
n a entendu parler de pics couverts de neige, qui doivent se trouver à 6 
ou 7 jours de marche à l'ouest. Il essaiera de s'y rendre pour s'assurer 
de l'exactitude du fait. 

D'après la Sentinelle de Maurice, l'amiral Jones, pendant un séjour 
à Mada^ascapy a conclu avec la reine Ranavalo II un traité, qui per- 
met à celle-ci de prélever des droits sur les produits de l'île tout entière, 
sans distinction de provenance. Elle serait appuyée par le gouvernement 
britannique contre les Tsakalaves, aujourd'hui encore indépendants des 
Hovas, malgré toutes les tentatives de ceux-ci pour les assujettir. La 
reine a fait une commande de 35000 fusils Remington ; dès que cette 
commande sera exécutée, l'Angleterre enverra 4 ou 5 transports prendre 
sur la côte Est 35000 Hovas, pour les conduire et les débarquer à la côte 
ouest, avec des instructions pour cerner les Tsakalaves et toutes les 



— 153 — 

autres tribus, et les obliger à se soumettre au gouvernement Hova. Dès 
ce moment une proclamation de la reine interdira tout commerce avec 
Textérieur par la côte ouest; qui sera gardée par des troupes régulières^ 
Tous les embarquements de bœufs et autres produits devront se faire à 
rSst, moyennant des droits prélevés selon un tarif régulier. Les colons 
français de la Réunion s^en sont émus. Us craignent que les ports de la 
côte ouest de Madagascar, d'où ils tirent en particulier leurs bœufe, ne 
leur soient fermés. 

Les explorateurs allemands Po^^f^ et IVIssniaim ont dû renoncer 
à aller à Moussoumbé, par suite de contestations entre le Mouata- 
Yamvo et les Quiocos, qui rendent pour le moment la route ordinaire 
impraticable. Us se sont dirigés vers Mieketta, à 8 journées de marche 
au nord-est de Kimboundou. Se fondant sur des renseignements favora- 
bles, que Ton peut croire sérieux, ils ont pris, comme premier but de 
leur voyage, le territoire du chef Moukengué, dans le pays des Tuchilan- 
gués. Le chemin qui y conduit suit pendant 36 jours de marche la rive 
gauche du Quicapa au Cassai * ; puis, après avoir traversé celui-ci, il faut 
15 jours pour atteindre le confluent du Louloua et du Cassai' où réside 
Moukengué. A une certaine distance au nord-est de ce point, doit se 
trouver le grand lac dont Schûtt a entendu parler. Les TuchOangués 
jouissent d'une réputation de grande bienveiUance. Le seul obstacle que 
prévît le D' Pogge, était que le chef kaloundou Ealangoulo, vassal du 
Mouata-Yamvo, ne leur barrât le chemin. Mais, comme sa capitale est 
assez éloignée de la route suivie par les voyageurs, ils espéraient, en dou- 
blant de vitesse, pouvoir échapper à ce danger. 

MM. Bentley et Grenfell, partis d'Isangila avec 27 hommes le 
12 août dernier, ont fondé une station à Hanyamf^ près des catarac- 
tes de Ntombo, où Stanley a établi un dépôt. La station n'est séparée 
que par un petit ruisseau du poste belge, établi au sommet d'une colline 
de 80" de hauteur. Les natifs sont très bien disposés, et forment un 
contraste frappant avec leurs voisins, les Basoundis, dont il faut traver- 
ser le territoire pour arriver à Manyanga, et qui, lorsqu'ils sont en petit 
nombre s'enfuient et se cachent, tandis qu'en force, ils attaquent les 
voyageurs et les dépouillent. Il n'y a d'ailleurs, à travers leur pays, pas 
de route pour le transport régulier des provisions, et, entre Isangila et 

^ Voir la carte de Schûtt. I'* année, p. 160. 

* A plusieurs centaines de kilomètres au nord du point le plus éloigné atteint 
par Schfltt. 



— 154 — 

Manyanga, Ton doit employer la voie du fleuve, quelque mauvaifie et 
dangereuse qu'elle soit. A Manyanga, les missionnaires rencontrèrent le 
P. Aiif^ouaFd qui revenait de Stanley-Pool. Conformément aux instruc- 
tions de Savorgnan de Brazza, le chef de Nshasha, sur la rive gauche du 
Congo, lui a permis de bâtir une station à lui, en sa qualité de Français» 
mais il est décidé à refuser, aux représentants d'autres nationahtés» 
Tautorisation de s'établir dans son voisinage. 

Une expédition rasse se prépare, pour explorer la région, encore 
inconnue, comprise entre le mont Cameroon, l'Adamaoua et le Congo» 
où sont les sources du Calabar, du Bénoué, des affluents nord du Congo, 
de ceux de la rive gauche du Chari et des rivières qui se versent dans la 
baie Cameroon. Elle sera placée sous la direction de M. Rofl^oaslnsld, 
lieutenant de la marine impériale russe. Le point de départ en sera Vic- 
toria, au pied du Cameroon. Là eUe se partagera en deux divisions : 
l'une passera par Moungo, au pied oriental du Cameroon, se dirigera au 
nord-est vers BaloDg, d'oii elle gagnera le confluent des deux rivières 
qui forment le Vieux-Calabar, et les suivra jusqu'à leurs sources, puis 
tournera au sud vers Pebot, dans le Bayong, par ô** latitude nord et 
9''40' longitude Est. En attendant l'arrivée de la seconde division, elle 
fera un relevé hydrographique et topographique du pays. L'autre divi- 
sion établira une station géographique dans le territoire du Cameroon, 
et, à cet effet, achètera deux terrains, l'un dans une des baies de la côte, 
l'autre à Mapania dans la montagne. Sur ce dernier sera fondé un 
observatoire météorologique, sous la direction de M. li. Janikouskl» 
et, sur celui de la côte, la station proprement dite, dépôt d'instruments 
et laboratoire pour la préparation des collections zoologiques, botani- 
ques, anthropologiques et ethnologiques. Deux ingénieurs y resteront 
pour s'occuper des levés; le reste du personnel de la seconde division se 
rendra aussi, par Moungo et Balong, directement à Pebot, pour y rejoin- 
dre la première, et s'avancer avec eUe vers lelacLiba à TEst. L'expédi- 
tion compte partir de Hambourg ou de Liverpool au milieu d'avril. Elle 
sera munie d'un vapeur à roues, VExphrator^ démontable, de 12",55 
de long sur 2",ôO de large, et qui a fait sa com*se d'épreuve en novembre 
sur le lac Onega. Les frais de l'expédition sont supportés par les explo- 
rateurs eux-mêmes. 

Après avoir quitté Timbo, le D' Bayol a exploré, en revenant à 
Médine, le pays montagneux de Tami^^ué, peuplé et fertile, qui fait par 
caravanes un commerce important avec le Haut-Sénégal. Puis il s'est 
engagé dans le Bélédoufl^ou, au miheu de forêts désertes qui s'éten- 



— 155 — 

dent jusqu'à la Falémé, et oh Texpédition se vit bientôt barrer le chemin 
par une bande de Malinkés. Mais le sang-froid et le courage du D' Bayol 
lui permirent de forcer le passage, et le chef du pays, Réké-Madi, con- 
clut avec lui un traité, par lequel il plaçait son pays sous le protectorat 
de la France. Au delà de la Falémé, il a traversé tout le Bambouk 
jusqu'à Médine, et a pu juger de la fertilité de ce district, qui renferme 
en outre de riches gisements aurifères. Aujourd'hui le D' Bayol est ren- 
tré en France, accompagné de quatre envoyés de l'almamy de Timbo et 
des chefs du Tambouk, avec un interprète sénégalais qui a déjà fait plu- 
sieurs voyages en France. Les délégués nègres viennent se rendre compte 
de la civilisation du pays avec lequel leurs souverains ont conclu des 
traités, qui permettront à l'influence civilisatrice de la France de s'éten- 
dre sans obstacles du Rio-Kunez jusqu'au Haut-Sénégal. Le D*" Bayol a 
acquis la conviction que les hauts plateaux qu'il a parcourus offriront 
aux Européens d'importants débouchés, et pourront plus tard recevoir 
des colons civilisateurs, le climat y étant assez tempéré pour permettre 
aux blancs d'y vivre, et d'y exploiter les richesses minéralogiques et 
agricoles du pays. 

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

Le Télégraphe annonce qu'un survivant de la mission Flatters est actuellement 
prisonnier chez les Touaregs. 

M. Bourmancé, architecte, a été adjoint à la mission scientifique de M. René 
Gagnât, en Tunisie. 

Rohlfs a écrit au secrétaire de « l' Antislavery Society > qu'il espérait pouvoir se 
rendre à Londres en janvier, et de là au Caire, pour y négocier, de la part du roi 
d'Abyssinie, la paix avec le khédive, sous les auspices du gouvernement anglais, 
dont il réclame l'appui en faveur du négous. 

M. Maspéro, directeur des musées égyptiens, a réussi à découvrir l'ouverture de 
la pyramide de Meydoum, qui passait jusqu'ici pour impénétrable. 

M. Godefroy Roth, qui a fait preuve de tant de zèle lors de l'arrivée des cara- 
vanes d'esclaves à Siout, a été attaché à Giegler pacha, à Khartoum, pour la sup- 
pression de la traite. 

D'après Piaggia, le capitaine Casati doit être dans le Mombouttou. 

Le Giomaie deHa Colonie, du 28 janvier, annonce la nouvelle de la mort de Piaggia. 
Litalie perd en lui un de ses voyageurs les plus ardents et les plus intelligents. 

M. Tagliabue, correspondant de Vl^ploratore, a fait, de Massaoua, une excur- 
sion chez les Bogos, où il a étudié spécialement les plantations de tabac. 

Une expédition missionnaire suédoise est partie en novembre de Massaoua pour 
le pays des Gallas, en passant par Berber, Khartoum, Sennaar et Famaka. Le 



— 156 — 

missionnaire Arrhénios, qui la conduit, est accompagné entre autres d'un jeune 
Galla, qui a été instruit pendant 4 ans à Stockholm. 

Le D' Krapf, un des pionniers de la mission dans l'Afrique centrale, rient de 
mourir. Entré au service des missions anglicanes en 1837, il voyagea dans le Tigré, 
le Choa et PAmhara. N'ayant pu pénétrer chez les Gallas par le nord, il conçut le 
projet d'attaquer le continent par l'Est, et, en 1844, commença avec son ami Reb- 
mann la mission de Mombas. Ses voyages donnèrent l'impulsion aux découvertes 
des 25 dernières années. Depuis 1856 il était revenu en Wurtemberg, et s'occupait 
surtout de travaux littéraires, sur les langues de l'Afrique orientale. 

Le successeur du D*" Eirk à Zanzibar est le colonel Mills, qui auparavant occu- 
pait le poste de consul général et agent politique anglais à Mascate. 

Une nouvelle expédition belge se forme sous la direction de M. le sous-lieutenant 
Grang ; elle suivra de près celle du capitaine Hansens, prête à partir. 

Le capitaine Foot, commandant du vaisseau. ISu^j^, a accepté un appel du 
sultan de Zanzibar, en vue de la suppression de la traite qui parait concentrée à 
Pemba. La barque arabe à laquelle le capitaine Brownrigg a livré combat a été 
capturée. Les gouvernements français et anglais sont saisis de la question.- 

M. Ledoulx, consul de France à Zanzibar, a annoncé le retour de la mission qui 
avait été reconnaître les mines dans la région du Zambèze inférieur. 

Le Landan 8tanda/rd a reçu de Durban une dépêche annonçant le retour de 
M. Richards, missionnaire, qui a été très bien accueilli par Oumzila. Le roi lui 
a permis d'établir une mission dans ses états. 

Les missionnaires vaudois de Yaldézia ont fait partir 3 évangélistes, pour recon- 
naître la route qui les amènerait directement de Yaldézia à Lorenzo Marquez. 

Une compagnie américaine a offert de se charger de la construction du chemin 
de fer de Lorenzo Marquez à Pretoria. Le gouvernement du Transvaal a accordé 
la concession. Celui de Lisbonne ne s'est pas encore prononcé. 

Une nouvelle mine d'or a été découverte dans le district de Heidelberg. 

Deux compagnies sont en formation, pour l'exploitation de deux mines de houille 
découvertes sur la ferme de Cyfergat et dans les monts Stormberg, toutes deux 
dans le district Albert, au nord-est de la Colonie du Cap. 

M. John Smith Moffat, le seul fils survivant du missionnaire Moffat, va être 
envoyé au Lessouto comme représentant britannique. Né à Kourouman et élevé 
en Angleterre, il a ensuite passé près de 25 ans en Afrique et exercé, dans le 
Transvaal, une magistrature civile auprès des indigènes, dont il a totgours protégé 
les intérêts matériels et moraux. 

D'après le Jomal dos Coîonias, 400 familles de Boers du Transvaal se disposent 
à rejoindre ceux de leurs compatriotes qui ont fondé la colonie de San Januario 
dans le district portugais de Mossamédès. 

M. Valcke, sous-lieutenant du génie, est revenu du Congo à Bruxelles. 

Savorgnan de Brazza a fondé sur l'Alima une troisième station, à l'endroit où 
aboutira la route qui doit conduire du bassin de l'Ogôoué à celui du Congo. Cest 
là que sera remontée et lancée la chaloupe que lui conduit le D' Ballay. M. Mizon, 



— 157 — 

d^à arrivé en septembre à la station dn Haat-Og6oué, a dû rejoindre Savorgnan 
de Brazsa sor l'Alima, et prendra la direction de la station dn Congo. 

Sor une quarantaine de médecins, qui se sont présentés pour accompagner à la 
Côte d'Or M. Prœtorins, sous-inspecteur de l'Institut des missions de Bftle, le 
Comité a fait clioiz de M. le D' Ernest Mœhli, bftlois d'origine. 

Aux anciennes compagnies minières de la Côte d'Or, sont venues s'ajouter : la 
Tctcquah Ocld Mines Company et la Otiinea Coast Gold Mming Compcmy. 

Cameron, intéressé dans l'exploitation des mines de la Côte d'Or^ a fait un court 
voyage en Angleterre, et il est déjà reparti pour la Guinée. 

M. Cliaper, ingénieur dvil des mines, est chargé d'une mission dans la possession 
française d'Assinie, pour y faire des collections destinées à l'État 

Dans une guerre survenue entre la tribu des Paums et celle des Yeys, soutenus 
par le gouvernement de Libéria, ces derniers ont été battus et en partie massacrés, 
les survivants se sont réfugiés à Cape Mount, où des secours leur ont été donnés pas 
les missionnaires américains. Le gouvernement des États-Unis a envoyé le vapeur 
Eêâex pour appuyer les troupes de Libéria, contre les Paums qui interceptaient 
les communicadons entre Monrovia et le N. 0., d'où l'on tire l'huile de palme. 

M. Joubert, inspecteur en chef de la marine, a reçu du ministère français l'ordre 
de se rendre au Sénégal, pour constater l'état dans lequel se trouvent les diffé- 
rents services, à la suite de l'épidémie qui a si longtemps régné dans la colonie. 

Une section de la Société de géographie de Lisbonne s'est formée à Horta, chef- 
lieu de Fayal, une des Açores, et a commencé à chercher les moyens d'établir une 
station de secours pour les naufragés, mesure réclamée depuis longtemps dans ces 
parages, où surviennent fréquemment de violentes tempêtes. 



EXPLORATION DU LAC TZANA PAR LE D' STECKER' 

L'Âbyssinie a été souvent nommée une Suisse africaine^ non seule- 
ment paj-ce qu^elle est un haut pays, essentiellement montagneux, dont 
certaines sommités dépassent 4000" et se couvrent de neige, mais aussi 
parce que de ces montagnes descendent, dans des vallées profondément 
découpées, une multitude de rivières qui se précipitent entre d'énormes 
blocs de rochers, ou forment de magnifiques cascades', ou déposent le 
limon de leurs eaux dans de nombreux lacs, parmi lesquels le Tzana 
remporte sur tous les autres par son étendue. Il est, en outre, remar- 
quable par le pittoresque de ses îles basaltiques, et de ses bords, tantôt 

' Voir la carte qui accompagne cette livraison. 

' Lejean en estime le nombre à 3 ou 4000, et dit qu'elles n'ont pas un cadre 
moins saisissant, moins varié, moins relevé de contrastes vigoureux que les casca^ 
des de la Suisse. 



— 158 — 

plats et couverts d'une herbe dont la hauteur dépasse celle d^un cava- 
lier, tantôt parsemés de crevasses abruptes, tantôt couronnés de colon- 
nes de basalte, ou de masses de rochers recouvertes d'une végétation 
luxuriante. Dans ce bassin se versent plusieurs rivières considérables, 
entre autres le Nil Bleu qui, après y être entré au sud-ouest, ne tarde 
pas à en ressortir par l'extrémité sud, ce qui lui a fait donner le nom de 
berceau du Nil bleu, par un des voyageurs qui ont précédé le D' Stecker 
dont nous voulons rapporter l'exploration, d'après les Mittheilungen de 
la « Société africaine allemande. » 

Nous ne pouvons aujourd'hui raconter les expéditions tentées dans ce 
pays depuis le XVII"* siècle, à la recnerche des sources du Nil, mais 
nous espérons bien y revenir un jour. Disons seulement que les voya- 
geurs qui ont passé auprès du lac Tzana, ont touché quelques points 
de ses bords, au nord, à l'est ou au sud, indiqué approximativement sa 
forme et ses dimensions, et marqué leur itinéraire sur des cartes qui, 
comparées à celle du D' Stecker, dont nous donnons une reproduction, 
font comprendre à première vue combien nps connaissances étaient 
imparfaites, et combien le D' Stecker a été bien inspiré en se proposant 
spécialement pour but l'étude de ce lac. 

Nos lecteurs se rappellent qu'il accompagnait Rohlfe, chargé de remet- 
tre au négous des présents de la part de l'empereur d'Allemagne. Dès 
le départ de Rohlfe de Debra-Tabor, le 16 février de l'année dernière, 
il se prépara à cette exploration. Mais l'autorisation royale, et l'ordre 
du souverain au gouverneur du Béguéméder de lui laisser visiter cette 
province, et de lui fournir pour lui et sa caravane les vivres nécessaires 
pendant le voyage, retardèrent son départ jusqu'au 28 mars. Se diri- 
geant alors vers Eorata dans la partie sud-est du lac, il passa par 
Wansagué. La Goumara y coule entre de hauts rochers de porphyre, 
de trachyte et de tuf, et ses bords sont couverts d'une végétation tro- 
picale; des palmiers sauvages, le bananier colossal aux feuilles cramoi- 
sies, et le bananier abyssin formant bouquet au ras du sol, donnent au 
pays un caractère particulier. En certains endroits, la rivière est pro- 
fonde et poissonneuse, sa surface est animée par des troupes d'oies et 
de canards, tandis que des papillons aux couleurs splendides voltigent 
sur les fleurs de ses rives. Wansagué a, sur la rive gauche, des eaux 
thermales déjà signalées par Bruce ; la source jaillit à une hauteur de 2 
ou 3"; la température en est de 37"*. Le roi Jean, qui, à l'instar des 
princes de l'Europe, aime beaucoup à faire une cure de bains, y a fait 
construire, pour recevoir les eaux, un bassin au-dessus duquel s'élève 



— 159 — 

un édifice où les Abyssins qui font la cure affluent tout le jour. C'est, 
dit le D' Stecker, Ostende ou Trouville en miniature. C'est aussi le seul 
endroit de toute TAbyssinie oîi il ai£ trouvé quelque chose qui rappelle 
les auberges de l'Europe; d'ordinaire l'Abyssin reste chez lui et y pré- 
pare sa boisson favorite, la bière. Mais à Wansagué, il y a des auberges 
proprement dites, c'est-à-dire des huttes où sont reçus les baigneurs. 
Elles sont construites en paille, petites et coniques comme toutes les 
habitations du pays. Sur une colline s'élève la villa royale, consistant 
en deux ou trois huttes plus grandes. Une autre source, plus rappro- 
chée de la Goumara que la première, n'a que 32"*, et n'est guère fré- 
quentée que par ceux qui sont atteints de maladies graves. 

De Wansagué, Stecker descendit à Korata, la locaMté la plus impor- 
tante, la plus pittoresque des bords du lac et la plus visitée par les 
Européens. Un promontoire basaltique, au •dos arrondi couvert de jar- 
dms, projette dans le lac son extrémité escarpée ; chacun de ces jardins 
renferme l'habitation d'une famille riche, ou aisée tout au moins. 
Renommé pour l'excellente qualité de son café, Eorata est encore le 
marché le plus considérable du lac, quoique, à l'époque où Stecker s'y 
trouvait, la ville ne comptât pas plus d'un miUier d'habitants. Sous 
Théodoros elle en avait 3000, et, d'après Raffray, 2000 en 1873 ; une 
grande partie étaient mahométans. La population a beaucoup diminué, 
par suite de l'ordre donné par le roi Jean, à tous les musulmans de ses 
états, de se faire chrétiens. Un très petit nombre de familles musulma- 
nes adoptèrent le symbole copte, la plupart des autres émigrèrent à 
Galabat. La fièvre aussi a contribué à la dépopulation de Korata. 
Stecker y passa quinze jours pour en déterminer la position (par 
IV 44' 22",5 latitude nord et 35^ 8' 7",5 longitude est), faire des 
excursions aux alentours en vue de coDections minéralogiques, botani- 
ques et zoologiques, gravir le Gougouvié, de 2190 mètres, important 
pour la cartographie, en ce qu'il est visible de tous les points des bords 
du lac, et au pied oriental duquel il découvrit le charmant petit lac Ajas- 
sat, mais surtout pour reconnaître les îles qui s'étendent parallèle- 
ment à la côte, de Korata h l'embouchure de la Goumara, et pour faire 
un grand nombre de sondages en vue de s'assurer de la profondeur des 
eaux dans cette partie du lac. 

Poursuivant sa route vers le sud, il atteignit bientôt le point où le 
Nil Bleu quitte les eaux du lac, près des îles Kentafami et Debra 
Mariam, ayant 100" de large et 8" de profondeur. Il fourmille d'hippo- 
potames énormes. A 8 kilomètres en aval, près de Woreb, il forme 



— 160 — 

une cataracte imposante; toute la contrée, très romantique^ ofEre en 
outre un champ extrêmement riche pour les observationB et les colleo- 
tionfi d'histoire naturelle. • 

De là, le D' Stocker comptait traverser le Nil Bleu pour explorer la 
cdte occidentale, et, tout d'abord, la presqu'île de Zegui, très impor- 
tante au point de vue cartographique. En effet, les cartes antérieures 
donnent toutes, sauf celle de Cosson, à cette partie du lac une forme 
complètement inexacte, tantôt arrondie, tantôt presque rectangulaire, 
tantôt coupée en deux bras par un promontoire allongé s'avançant du 
sud au nord ; dans celle de Cosson, on commence à entrevoir une pres- 
qu'île, toutefois la forme en est justement l'inverse de la réalité ; l'ex- 
trémité en est tournée vers le sud, tandis qu'elle regarde le nord. Mais 
le territoire de la rive droite du fleuve et la côte sud-ouest du lac, le 
Mietcha, l'Abaldar et le Wendigué, jusqu'au promontoire de Bahrdar 
Georgis, avec les grandes lies Dek et Dega, dépendent du roi du 
Godjam, le négous Tekla Haimanot, pour lequel l'offider qui accompa- 
gnait Stecker prétendit n'avoir reçu aucun ordre. Stecker eut beau 
lui répéter qu'il avait reçu du roi des rois, le négous de toute l'Abyssi- 
nie, l'autorisation de faire le tour du lac, et de visiter les territoires de 
Tekla Haimanot, aussi bien que ceux du gouverneur du Béguéméder, il 
ne put rien obtenir et dut rebrousser chemin. Il envoya alors immédia- 
tement un courrier au gouverneur du Béguéméder et au roi Jean, pour 
obtenir la permission d'explorer les états du roi du Godjam. 

En attendant, et pour ne pas perdre de temps, il résolut d'étudier les 
côtes orientale et septentrionale du lac, et se rendit; par Sara, au Reb, 
dont il explora l'embouchure. De là, il gagna l'île Mitraha, dont les prê- 
tres ne voulurent pas lui fournir de vivres avant qu'il eût visité leur 
église, c'est-à-dire avant qu'il leur eût remis un riche présent. Aussi 
continua-t-il sa marche jusqu'à l'île Kalamoudch, à 10 kilomètres 
plus au nord, à travers le Lamgué, la partie la plus belle des. bords du 
lac, renopimée pour ses arbres imposants. Leurs troncs séculaires sont 
tout couverts de loranthacées parasites à fleurs roses et pourpres, et 
de gui vert-olive, et entourés de cucurbitacées et de convolvulacées, qui, 
formant tantôt des dômes de verdure du plus bel effet, tantôt de vraies 
galeries,* répandent l'ombre la plus fraîche. Les oiseaux tisseurs suspen- 
dent leurs nids aux acacias séculaires, en quantité si grande que 
Stecker en a compté 872 sur un seul de ces arbres. 

De l'île Kalamoudch, où il devait attendre la réponse du roi, l'explo- 
rateur fit une excursion à Ambo, au nord du lac, et à la Goumara, 



T^ 



— 161 — 

qu'il ne faut pas confondre avec la rivière de même nom près de laquelle 
sont les sources thermales de Wansagué. Enfin, le 2 mai, il reçut de 
Naretti, qui remplit actuellement les fonctions de ministre de la maison 
du roi, un message Tinformant qu'il avait dû écrire au roi Jean, alors à 
Jedchou, et qu'il lui enverrait la réponse de celui-ci au mont Gorgora, 
ajoutant que le gouverneur du Béguéméder n'avait, en effet, reçu 
d'ordres que pour sa province, et que si Stocker voulait visiter les états 
du roi du Godjam, sans attendre la réponse royale, il le pouvait, aucun 
obstacle ne devant lui être suscité; mais que le gouverneur du Bégué- 
méder ne pouvait lui donner aucune garantie, ni permettre à l'officier 
qui l'avait accompagné jusque-là de passer le Nil Bleu. Pour gagner 
du temps, Stecker fit une courte visite à Gondar; il en dressa le plan, 
et déjà, le 9 mai, il se remettait en route pour le mont Gorgora, peu 
connu jusqu'alors. Le 10, il campait au pied de la montagne, et le len- 
demain, il faisait l'ascension de la cime la plus élevée, le Goraf (2134""). 
Cette exploration lui fournit des résultats très importants au point de 
vue de la structure géologique de ce massif montagneux. Il trouva dans 
le haut des restes visibles d'un fort courant de lave, qu'il put suivre jus- 
qu'au bord du lac, des cratères à demi éboulés, et des cônes d'éruption 
bien marqués. Les couches supérieures de la montagne consistent en 
schistes cristallifères, tandis que la base est formée des mêmes couches 
de grès que celles dans lesquelles on a découvert, près de Tchelga, des 
gisements carbonifères. Du sommet du |Goraf, il eut pour la première 
fois une belle vue de la côte occidentale du lac, et put faire quelques 
observations importantes pour déterminer certaines positions, puis U 
redescendit à son campement en face des lies Yirsida Mariam et Angara 
Aunt Tekla Haimanot. Gette partie du lac est extrêmement riche en 
hippopotames énormes, qui s'y ébattent tout à leur aise, n'étant pas 
poursuivis par les Wohitos comme à Eorata, à Mitraha et au Nil Bleu, 
n est interdit aux Abyssins d'en manger la chair, une secte seule, pro- 
prement païenne, envisage la chair de ces monstrueux pachydermes 
comme un vrai régal. De leur peau on fabrique quantité d'objets d'un 
beau travail, courbaches, peignes, poignées de cannes et de sabres, 
rênes, etc. Stecker n'a pas trouvé dans le lac Tzana d'autres grands 
mammifères. II a pris auprès des indigènes des renseignements sur le 
ja bahar tseda^ peut-être du genre lamantin, dont parle Heuglin, mais 
personne n'a pu lui en donner; il l'a cherché partout sans le trouver ; 
son nom même en amharique est inconnu. Aussi Stecker estime-t*il 
qu'il faut admettre qu'il n'y a pas de lamantins dans le lac Tzana. 



— 162 — 

En revanche, il a découvert au moût Gorgora une coquille remarqua- 
ble, dont la forme rappelle celle de Thuître, et dont on trouve au 
bord du Tzana Técaille et Tanimal vivant, qui, avec du jus de citron, 
a le goût de Thuître. Stocker Pavait déjà trouvée dans le Nil Bleu, et il 
la retrouva plus tard dans une roche éruptive de Tîle Dek. Il ne peut 
s'expliquer le fait, que par l'hypothèse qu'à une époque où le lac exis- 
tait déjà, il y a eu au sud une grande éruption. D'après lui, le lac s'est 
formé à l'époque tertiaire, ensuite d'une puissante commotion volcani- 
que au nord, dans les monts Grorgora. Le Nil Bleu, qui, auparavant, 
n'était qu'une rivière peu importante, et décrivait le grand arc, indiqué 
sur la carte par des flèches autour des îles Dek et Dega, a été, par Ut, 
refoulé vers les rives sud-ouest et sud, quoiqu'on p|(iisse, encore 
aujourd'hui, très bien suivre son cours primitif. De Zegui, par exemple, 
on aperçoit très distinctement deux courants du fleuve dans le lac, 
comme deux filets d'argent ; ils sont également très sensibles quand on 
traverse le lac entre Korata et Zegui. Il y a eu plus tard, au sud, un 
second mouvement d'éruption auquel sont dues les îles Dek et Dega, 
ainsi qu'un grand nombre d'autres le long de la côte orientale, et tous 
les blocs d'origine volcanique qui sont dispersés dans la vallée du Nil 
Bleu et obstruent le cours du fleuve. 

Du mont Gorgora, Stecker passa le Sar Wouha, qui forme la limite 
entre le Dembéa et le Dagossa, pour commencer l'exploration de la côte 
occidentale, et, quoique la réponse du roi Jean ne lui fût pas encore 
parvenue, il ne s'en décida pas moins à visiter aussi le Wendigué, qui 
fait partie des états du négous Tekla Haimanot. Le mont Dengelber 
forme la frontière entre les territoires d'Aléfa et de Wendigué, H arriva 
sans difficulté et sans aventures à Konséla, la première localité du 
Wendigué. Là, il fut témoin d'un phénomène solaire remarquable ; le 
soleil avait un halo de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et, vers 10 
heures 45 minutes, il se forma également autour du soleil une croix, 
nuancée des mêmes couleurs ; le phénomène dura une dizaine de minu- 
tes, et plongea les Abyssins dans l'étonnement et la stupeur. Us se rap- 
pelèrent qu'un halo de ce genre s 'était produit le jour de la prise de 
Magdala et de la mort de Théodoros, et ils en augurèrent que le voyage 
non autorisé de Stecker dans les états du négous Tekla Haimanot, n'au- 
rait pas une heureuse issue. 

Sans rien prévoir de fâcheux, Stecker continua sa marche vers Wen- 
digué ; mais à peine avait-il mis le pied dans le village, qu'il vit venir à 
lui une foule de soldats, de badauds et de fenunes, le choum (gouver- 



— 163 — 

neur de la localité) en tète, pour lui demander de produire une lettre de 
recommandation de Tekla Haimanot, et, comme il n'en avait point, on 
voulut l'empêcher de passer. En vain chercha-t-il à faire comprendre 
qu'il avait une autorisation du roi des rois d'Abyssinie pour visiter ces 
pays. Le choum s'emporta en cris furieux, prétendant que l'explorateur 
n'était nullement l'ami de Sa Majesté salomonienne, qu'il venait de 
Météma, et voulait introduire par contrebande des caisses de marchan- 
dises soumises aux droits d'entrée. Stecker fit faire halte et dressa ses 
tentes près du lac, afin de porter plainte auprès du gouverneur de la 
province, Litch Abai. Malheureusement, celui-ci s'était rendu dans les 
états nègres de Chlmeledchani, à l'ouest de Wendigué, et il fallut l'at- 
tendre. Un courrier lui fut envoyé et revint au bout de trois jours. 
Stecker avait mis ce temps à profit pour visiter l'embouchure du Nil 
Bleu, qui, à son entrée dans le lac, a 10 mètres de large, et pour explo- 
rer la chaîne volcanique de l'Atchéfer, mais sans pouvoir faire l'ascen- 
sion de l'Abenna, la cime la plus haute, un messager de Litch Abal 
l'ayant rappelé à Wendigué. Le gouverneur fit fustiger le choum du 
village, et promit à Stecker de l'accompagner au Nil Bleu. Tout sem- 
blait faire espérer à l'explorateur qu'il pourrait atteindre le but de 
son voyage, la presqu'île de Zegui, d'où il comptait regagner Bahrdar, 
et achever ainsi le tour du lac. Mais le lendemain, 20 mai, lorsqu'il se 
rendit avec sa caravane auprès de Litch Abaï, celui-ci prétexta ne pou- 
voir prendre sur lui la responsabilité de le laisser traverser le pays, 
sans un ordre précis du négous Tekla Haimanot, et l'explorateur dut 
revenir sur ses pas le long de la côte occidentale. 

Le 22 mai, il atteignait de nouveau Gorgora, traversait deux jours 
plus tard la savane, de plusieurs kilomètres de long et de large, au nord 
du lac, remarquable par la végétation luxuriante de ses bambous qui 
forment de véritables forêts, et, par Ferkaber et Ifag, sur la route de 
Gondar à Debra Tabor, il regagnait cette résidence le 28 mai. Là il 
apprit enfin que le roi Jean lui avait donné une autorisation pour voya- 
ger dans les états du négous Tekla Haimanot, mais que le gouverneur 
du Béguéméder, auquel des ordres à cet égard avaient été donnés, était 
parti, n ne revint que le 31 mai, et Stecker ne put se remettre en route 
que le 2 juin. Il se dirigea vers Makdéra Mariam, marché important à 
16 Mlom. au S.-O. de Debra Tabor, et bientôt il se retrouva à Korata, 
d'où il fit en tankoa la traversée du lac jusqu'à la presqu'île de Zegui. 
La tankoa est une embarcation particulière au lac Tzana, et peu agréa- 
ble pour ceux qui n'y sont pas habitués. C'est un radeau rectangulaire, 



— 164 — 

composé de bottes de paille solidement liées, fort épais et d'un tirant 
d'eau de plus de 0",60 ; il n'y a. pas de bordage ; Tembarcation ne peut 
pas couler, mais elle chavire facilement. Les bagages se mettent à 
Tarrière ; à Tayant se tient le passeur, armé d'un bâton qui lui sert à 
pagayer, car Teau est trop profonde pour pouvoir pousser de fond. Dans 
la presqu'île de Zegui, Stecker fit l'ascension de la plus haute cime, le 
Tekla Haimanot (2074"), puis une excursion rapide à Livlivo, au sud- 
ouest de Zegui, et une autre plus longue à Adina, dans le voisinage de 
l'embouchure du Nil Bleu, c'est-à-dire près du point qu'il avait atteint 
le 18 mai en venant de Wendigué. De là il fit en quatre heures, en tankoa, 
le trajet de la côte à l'Ile Dek, mais ne put visiter celle, plus intéressante, 
de Dega, vu qu'il n'est permis à aucun étranger d'en fouler le sol, con- 
sacré à saint Etienne. Elle n'est habitée que par des moines. Après une 
traversée extrêmement pénible de douze heures en tankoa, il rentrait à 
Zegui. Ce qui rend célèbre la presqu'île de ce nom, ce sont ses caféiers. 
Toute la montagne n'est pour ainsi dire qu'une immense plantation de 
café. Quelques arbres ont jusqu'à 1"" de circonférence. La plus grande 
partie du café est transportée à Météma ; le reste, en quantité beaucoup 
moins considérable, à Massaoua. Toutefois la qualité n'en est pas aussi 
bonne que celle du café de Korata. La plupart des habitations {tokula) 
de la presqu'île de Zegui sont en pierre ; comme presque toutes les loca- 
lités du lac Tzana, ses villages se distinguent avantageusement de ceux 
de l'intérieur, par un cachet particulier de propreté et d'hospitalité. 

Stecker aurait voulu pouvoir profiter de l'occasion qui lui était offerte 
pour visiter les états du négous Tekla Haimanot, les monts Atchéfer, et 
surtout les états nègres de l'ouest, connus sous le nom collectif de Chi- 
meledchani. Mais, en rentrant à Korata, il y trouva un courrier du roi 
Jean, qui l'attendait pour l'accompagner auprès de Sa Majesté, laquelle 
devait passer la saison des pluies au Zaboul. Quoiqu'il lui en coûtât de 
renoncer à ce projet, il pouvait considérer comme terminée l'exploration 
du lac Tzana. Elle lui a du moins permis d'en donner une carte beau- 
coup plus exacte que celles de ses devanciers. D'après ses calculs, la 
superficie en est de 2,980 kil. c, — environ la moitié de celle du lac 
Aral, et cinq fois celle du lac de Genève, — celle de toutes les tles 
ensemble est de 50 kil. c. ; les îles Dek et Dega à elles seules en ont 
44. Pendant ses excursions en tankoa, il n'a pas fait moins de 30 son- 
dages, et a trouvé la .plus grande profondeur (72") entre l'île Dega et la 
presqu'île de Zegui ; entre Zegui et Korata 68", et entre Adina et l'Ile 
Dek une série de fonds de 32" à 47" ; mais il estime qu'il doit y avoir 



— 165 — 

entre les tles Dek et Dega et les monts Gorgora des profondeurs de 100^ ; 
seulement, avec les embarcations fragiles des Abyssins, on ne peut guère 
se hasarder à foire une traversée dans cette direction. U a fait, en divers 
endroits du lac, des observations hypsométriques d'après lesquelles la 
hauteur du lac au-dessus du niveau de la mer doit être fixée à 1942"" ^ 
Du lac Tzana, Stecker a été envoyé au lac Achangui par le négous, 
qui, le tenant pour un ingénieur, voulait avoir son avis sur un canal à 
ouvrir dans un promontoire montueux, où le roi a Tintention de se faire 
construire un palais. jQ en a profité pour faire le relevé du lac Achangui 
et des environs. Après cela, il voulait se rendre au Eaffa, en repassant 
par le lac Tzana. De là, si ses intentions se réalisent, il gagnera Fazogl 
et rSnnaréa. Dans une campagne militaire, le négous Tekla Haimanot 
a rendu le Kaffa tributaire du roi d'Abyssinie. Muni des recommanda- 
tions de ce souverain, Stecker pourra explorer ce pays sans avoir à 
redouter le sort de Ghiarini, et nous pouvons espérer que les résultats 
de son prochain voyage seront aussi importants que ceux de son explora- 
tion du lac Tzana. 



CONFÉRENCE DU D' BUCHNER A LOANDA 

Nous avons annoncé, dans les Nouvelles complémentaires de notre 
dernier numéro, l'arrivée du D' Buchner à Loanda*. Il y a passé quel- 
ques jours et y a fait, sur son expédition au cœur du continent, une 
conférence, dont nous analyserons ici les passages les plus importants. 

Nos lecteurs se rappellent que le D' Buchner a été envoyé en Afrique 
par la « Société africaine allemande, » avec mission de tâcher d'opérer la 
traversée du continent, de la ,côte occidentale à Zanzibar, en passant 
par Nyangoué. Son premier but cependant devait être Moussoumbé, 
capitale de l'état du Mouata Yamvo. 

Arrivé à Loanda en décembre 1878, il gagna d'abord Malangé, à 

^ Yoici, d'après M. James Jackson, raltitude des principaux lacs de l'Afrique : 

Lac Tchad 244™ Lac Moero 914™ 

Nyassa 464 » Tanganyika 940 

Kassali ou Kilondja . . . 533 » Bangouéolo 1124 

Chiroua 610 » Victoria 1270 

Albert 829 » Dilolo 1445 

Ngami 893 » Tzana 1942 

* Le D' Buchner était attendu à Berlin yers le milieu de janvier. 



— 166 — 

500 kilom. de la côte, y engagea 120 porteurs, et s'associa à une cara- 
vane de 40 ambaquistes (noirs d'Âmbaca voyageant pour leurs affaires 
particulières). Il traversa sans difficulté le territoire des Songes, des 
Minoungos et des Quiocos, jusqu'à Kimboundou. Au delà, un des trois 
principaux chefs des Quiocos voulut l'obliger à s'arrêter auprès de lui, 
et, sur son refus, prit une attitude belliqueuse , cependant tout finit par 
s'arranger à l'amiable. Buchner a été frappé, conune son prédécesseur 
Schûtt \ des progrès faits par les Quiocos. H en distingue deux tribus : 
l'une, celle du Mona-Eissengué, établie le long du Louachimo, l'autre, 
celle du Mona-Einiama, habitant le long du Cuilou et du Loangoué. Us 
ont envahi l'antique royaume des Loundas, paresseux et débauchés, 
sur lesquels ils l'emportent déjà par le nombre dans certains districts, et 
ils menacent même de couper les communications du Mouata Yamvo 
avec Cassangé et l'Angola. Les Loundas voudraient les expulser, mais la 
puissance du Mouata Yamvo diminue, quoique le souverain conserve 
encore son prestige. 

La marche de l'expédition fut retardée par la fièvre, dont Buchner 
fut atteint ainsi que son personnel, et aussi par les pluies et par les dif- 
ficultés du passage des principales rivières, le Quicapa, le Louachimo, 
le Quimboué, le Louhemba, le Cassai, le Louloua etleLuisa. Enfin, elle 
arriva à Moussoumbé le 10 décembre 1879, quatre mois et demi après 
avoir quitté Malangé. 

Le Mouata Yamvo, auquel Buchner devait remettre des présents de 
la part de l'empereur d'Allemagne, le reçut très bien ; il fait, ainsi que 
ses gens, grand cas des verroteries, des armes, de la poudre et des mar- 
chandises venues d'Europe. Retenu à Moussoumbé par la saison des 
pluies, l'explorateur se construisit une maison de bois et des magasins 
pour ses marchandises. Il y passa six mois, en assez bonnes relations 
avec le souverain, et put étudier les habitudes commerciales du pays. 
Comme dans tout l'intérieur, il les a trouvées très défectueuses. Quand 
on ne peut cacher ses marchandises, on doit les remettre au chfsf, qui 
les reçoit comme un dû et ne paie que peu à peu, en ivoire ou en escla- 
ves ; le négociant doit patienter et réclamer de temps à autre. Deux 
mots résument tout le commerce mdigène : spoliation et mendicité ; 
aussi les négociants bangalas et ambaquistes, qui se rendent dans le 
royaume du Mouata Yamvo, prennent-ils d'ordinaire peu de choses avec 
eux* Buchner croit que depuis Rodriguez Graça, sa caravane est la plus 

* Voir I" année, p. 156. ^ 



— 167 — 

riche qui se soit présentée à Moussoumbé. Il chercha à faire compren- 
dre au roi que, ne voyageant pas pour affaires, ne demandant pas 
d'esclaves, et Fivoire ayant peu ou point de valeur pour lui, il ne pou- 
vait se soumettre au régime ordinaire. Malgré les collections scientifi- 
ques et les instruments qu'il lui montra, le Mouata Yamvo ne s'en 
obstina pas moins à le considérer comme un négociant, lui demandant 
de hii procurer beaucoup d'étoifes, d'armes et de poudre. Quand Buch- 
ner voulut aller vers le nord, le roi s'y opposa, craignant que si l'explo- 
rateur mourait en route, on ne l'accusât de l'avoir fait assassiner. 
Les ambaquistes, qui ne songeaient qu'à obtenir des esclaves pour les 
vendre aux Quiocos, le retenaient également. Il eut aussi à subir les exi- 
gences de la loukokécha\ cette reine, plus ou moins indépendante, qui 
siège à côté du roi sans être sa femme. Le Lounda était autrefois une 
gynécocratie ; la loukokécka en serait un souvenir historique ; à l'ori- 
gine son pouvoir était égal à celui du roi, mais aujourd'hui, il a beau- 
coup diminué. 

Buchner s'estime heureux de n'avoir perdu à Moussoumbé qu'un tiers 
de ses marchandises, tandis que Pogge y avait perdu presque toutes les 
siennes. Ses instruments et ses travaux n'excitèrent pas la méfiance ; il 
put prendre des photographies des principaux dignitaires, ainsi que du 
roi et de la loukokécha ; il put même exercer la médecine auprès des 
familles des grands du pays, et trouva le Mouata Yamvo moins cruel 
que les chefs du centre n'en ont la réputation. 

Le moment favorable pour voyager étant arrivé, Buchner se disposa 
à partir^ tout en laissant O'oire au roi qu'il retournait dans son pays, 
n reprit jusqu'au Louloua la route par laquelle il était venu. Après avoir 
passé le Louloua il tourna vers le nord-ouest et, arrivé au Lousanzéjé, 
s'arrêta quelques jours pour congédier une partie de ses porteurs, leur 
grand nombre devenant trop onéreux ; il remit une partie de ses collec- 
tions à ceux qui retournaient à Malangé. Ensuite il longea le Cassai 
jusqu'à la frontière des états du Mouata Yamvo, où commence le terri- 
toire des Toukongos indépendants. N'ayant pas de guide, et les indi- 
gènes ne voulant pas, par crainte du roi, lui indiquer le chemin, il erra 
dans une contrée marécageuse, et mit ô jours, d'une marche continuelle 
du matin au soir, pour franchir 50 kilom. Ensuite il fut arrêté par des 
menaces de guerre des indigènes, qui firent déseii;er avec armes et 
bagages une partie de ses porteurs, tandis que ceux qui restaient mena- 

* V. I'« année, p. 196. 



— 168 — 

çaient d'en faire autant s'il poussait plus avant vers le nord. Alors il se 
décida à regagner la côte occidentale entre le 8"" et le T'' latitude sud, 
traversa le Louhemba, et, ayant obtenu un guide, voulut aller visiter le 
chef Tambou-a-Eabong, au nord du 7^, un des six ou sept princes du 
Louba. Mais son guide le conduisit chez un autre chef, beaucoup moins 
considérable. La marche était rendue difficile par les rivières et les val* 
lées parallèles les unes aux autres, parles marécages, et, dans les gorges 
du Quihoumbo, par une végétation exubérante. En outre, plus Buchner 
avançait, plus la population indigène, nombreuse en ces quartiers, deve* 
nait pressante dans ses demandes d'armes et de poudre, en sorte qu'il 
dut redescendre vers le sud-ouest. Sur son passage il rencontra, non loin 
de l'endroit où deux ans auparavant Schûtt avait été obligé de rebrous- 
ser chemin ' , un chef louba qui était en guerre avec les Loundas et 
voulut l'empêcher d'avancer. N'ayant avec lui qu'une petite troupe, 
peu rassurée, il préféra se retirer et se rendre à Kahoungoula, d'où il 
espérait pouvoir pousser vers le nord jusqu'au 5% dans le pays des 
cannibales. Mais le chef de Kahoungoula, toujours ivre, le voyant isolé, 
devint impertinent et voulut s'approprier les marchandises qui lui res- 
taient. Buchner dut prendre des précautions pour assurer sa sécurité. 
Il s'efforça de gagner l'amitié du chef et de se rattacher ses porteurs, 
dont la moitié l'avaient déjà abandonné. Au moyen d'un présent consi- 
dérable, il obtint du chef un guide pour le conduire chez le Mouata- 
Eoumpana, mais avant de partir le guide reçut l'ordre secret de le 
fourvoyer, ce dont Buchner n^ s'aperçut que longtemps après avoir 
quitté Kahoungoula. Il se décida alors à chercher en toute hftte im bon 
chemin vers le nord. Mais ses porteurs, s'étant concertés avec les indi- 
gènes, désertèrent, sauf huit auxquels Buchner offrit une augmentation 
de salaire pour le conduire jusqu'à la résidence du Mouata-Koumpana. 
Leur refiis fit échouer cette dernière tentative de l'explorateur pour péné- 
trer plus avant dans l'intérieur du continent. Ne pouvant emporter ce 
qui lui restait de marchandises, il en brûla une partie, et, confiant le 
reste à une caravane de Bangalas, il se dirigea vers Cassangé et Malangé, 
par uoe route un peu à l'ouest de celle de Schûtt. De Moussoumbé à 
Malangé son voyage avait duré neuf mois. En retraversant plus au nord 
^es rivières qu'il avait passées au sud en allant à Moussoumbé, il a 
constaté que le système hydrographique du Cassai est bien tel que 
Schûtt l'a esquissé, mais il ne croit pas que, même après avoir reçu tous 

» V. I** année, p. 157. 



— 169 — 

ses tributaires, ce fleave puisse être comparé au Loualaba de Stanley. 
Dans la saison sèche, sous le S"", il n'a pas plus de 120" de largeur, avec 
3*5 de profondeur et une vitesse de 3 kilom. à Theure ; il est même infé- 
rieur au Quanza à Dondo, quoiqu'il soit le plus grand fleuve de cette 
région. 

Le plateau que Buchner a traversé à Tintérieur a à peu près le même 
caractère que celui de Malangé. Situé à une altitude de 1060°', il est 
coupé par de nombreux cours d'eau, petits et grands, qui ont creusé 
des vallées profondes, où croissent des forêts épaisses et une végétation 
exubérante, analogue à celle de Goloungo-Àlto et de Gasengo dans TAn- 
gola, tandis que la partie horizontale du plateau a Taspect d'une 
steppe, ne produisant guère que du chaume ou des arbustes noueux et 
rabougris, rarement assez grands pour ottm de l'ombre au voyageur. 
Quoique sablonneux, le sol n'en est pas moins généralement fertOe et 
ces vastes territoires seraient excellents pour l'élève du bétail, mais 
celui-ci est rare. Les Quiocos abattent les arbres des forêts pour déve- 
lopper leurs cultures, tandis que les Loundas paresseux récoltent les 
firuits des arbres, plutôt que de défricher ou de labourer la terre. Buch- 
ner n'a pas vu de gibier ; il faut pénétrer assez loin pour en trouver. 

Quant à la géologie, le pays est assez uniforme. Les couches du ter- 
rain sont presque partouthorizontales, et, dans les vallées, on voit régu- 
lièrement le granit et le gneiss en bas, puis, en montant, des graviers 
plus ou moins durs, et enfin une terre rouge qu'on peut appeler latérite. 
Buchner n'a rencontré ni pétrifications ni laves. La région qu'il a tra- 
versée ne lui a pas paru riche en minéraux. Le fer abonde, mais il est 
d'une qualité très inférieure à celui d'Europe ; le cuivre, que l'on voit 
dans le Lounda, et même à Malangé, vient de Cazembé ; le sel des Ban- 
galas provient d'une mine de peu de valeur. Les indigènes de l'inté- 
rieur remplacent ce condiment par les cendres de certaines plantes. 

Ce qui manque à l'intérieur ce sont les moyens de faire valoir les 
terres excellentes qu'on y rencontre, et la sécurité, pour explorer les 
vastes territoires qu'il reste à étudier avant de pouvoir y implanter la 
civilisation. 



RAPPORT DES AMBASSADEURS WA6ANDAS A MTÉSA 

Nos lecteurs se rappellent que Mtésa envoya en 1880 trois ambassa- 
deurs en Angleterre. A son retour l'un d'eux, Saabadou, fit à son maître 
un rapport verbal, qui a été traduit à MM. Mackay et Pearson par 



— 170 — 

Mousta, jeune homme de Zanzibar servant d'interprète. Nous le repro- 
duisons ici d'après VAU^gemeine Missions Zeitschrift. 

(( Quand nous atteignîmes Rionga (Foweira, à la frontière du royaume 
de Mtésa), nous y laissâmes nos femmes, puis on nous ôta nos fusils, nos 
lances, nos boucliers, même nos grosses cannes. Aussi pensions-nous 
que Mtésa nous avait vendus comme esclaves aux hommes blancs. Nous 
cheminâmes pendant trois mois à travers un désert, avant d'arriver à 
Ehartoum; puis deux nouveaux mois dans un autre désert, oii nous 
vîmes des montagnes conune nous n'en avions jamais vu auparavant. 
Nous arrivons à un Nyanza (la mer Rouge) et montons sur un vaisseau. 
mon maître! c'était un vaisseau grand comme une colline! Puis nous 
entrons dans la capitale du roi des Turcs (Égyptiens). Toutefois nous 
remarquons bientôt que ce sont les Bazoungous (Européens) et non les 
Turcs qui gouvernent le pays, et que les Turcs n'ont aucune autorité. 

« Nous naviguâmes ensuite sur un autre Nyanza (la Méditerranée), 
jusqu'à une île (Malte). On nous dit qu'elle appartient à la reine d'An- 
gleterre; nous crûmes naturellement que la reine y habitait et que le 
but de notre voyage était atteint. Mais point du tout; il fallut aller tou- 
jours plus loin, et comme on nous disait que nous n'étions pas encore 
à moitié chemin, nous pensions que nous n'en verrions jamais le bout. 
Nous passâmes devant un pays européen, mais tous les gens ressem- 
blaient aux Arabes (Alger), puis nous touchâmes à une grande île d'Eu- 
rope, mais ce n'était pas la capitale (Lisbonne). Nous étions entrés dans 
le troisième Nyanza (l'Océan Atlantique). 

« Enfin, après bien des jours, nous abordons en Angleterre. quelle 
infinité de grands vaisseaux nous y vîmes (à l'embouchure de la Tamise) ! 
Quand nous aperçûmes tous ces mâts, l'idée nous vint que c'était une 
forêt dont les arbres croissaient dans l'eau. En remontant le fleuve, 
tous les capitaines des navires criaient du haut des mâts : 

a Les Bougandas arrivent, faites place aux Bougandas ! » et inuné- 
diatement les gros bâtiments se retiraient (Flatterie pour la vanité de 
Mtésa). 

(c Nous débarquons à Londres. La reine (la Société des missions) 
envoie à notre rencontre un chef, avec une voiture et deux chevaux ; en 
général, il y a tant de chevaux en Angleterre qu'on peut à peine les 
compter. Les maisons sont toutes construites en pierre; 6 mon maître! 
magnifique! magnifique!! On construit deux longs murs en pierre (les 
côtés des rues), à perte de vue, et à l'intérieur de ces murs se trouve la 
maison. En tout, ce n'est qu'une maison, mais si divisée, qu'un grand 



— 171 — 

nombre de gens peuvent y habiter. Impossible de compter le nombre de 
personnes qui demeurent dans une maison (ils croyaient qu'un côté de 
la rue n'était qu'une seule maison). Oh! Londres est une très grande 
ville, il n'y a que des maisons en pierre comme d'ici à Bouhouézi 
(à 30 kilom. environ de Roubaga). 

« Nous arrivons à une place oîi un grand chef (le secrétaire des mis- 
sions, Grant) nous tend la main en s'écriant: «ah! Bougandii! Bou- 
ganda! Bouganda! » 

(c Au bout de deux jours (beaucoup plus tard), la reine nous fit cher- 
cher. Nous vîmes une foule de dames, toutes habillées de même, en 
sorte qu'il nous fut impossible de savoir qui était la reine. La maison de 
celle-ci est grande conune d'ici à Naboulagala (colline à plus de 3 kil.). 

« Le lendemain, nous allâmes sur une grande prairie pour voir les 
soldats. Chaque mutongole (capitaine) a des militaires qui portent un 
uniforme différent. Nous étions dans un gari (voiture), et la reine dans 
un autre. Cette fois-là, nous la vîmes seule, en sorte que nous la recon- 
nûmes. Ensuite, nous visitâmes l'endroit où l'on fait les canons ; poui* 
un de ceux-ci, il faut 200 tonnelets de poudre, et le boulet vole comme 
d'ici à Nyamagoma (à plus de 10 kilomètres à l'ouest de Roubaga). 
Après quoi, nous vîmes combien de fusils magnifiques on fabrique. Un 
ouvrier nous montra celui qu'il venait d'achever, oh ! et il était si beau ! 
Puis, nous nous fimes montrer comment ils préparent la poudre. Enfin, 
nous allâmes à un endroit où l'on fait des étoffes de laine pour vête- 
ments et nous vîmes faire boîista (blanchir la toile). 

<( Après avoir passé quelques jours à Londres, nous nous rendîmes en 
un autre endroit où nous ne passâmes que peu de temps. Mais nous 
n'y allâmes pas à pied, nous montâmes dans une maison de bois (voi- 
ture de chemin de fer), qui partit d'elle-même en nous emmenant tous. 

« A notre retour à Londres, nous ftmes part à la reine de notre désir 
de retourner à Janda. Mais elle nous dit : « Pas encore, vous n'avez pas 
encore vu mes animaux. » Nous allâmes donc voir les animaux (au Jar^ 
din zoologique). Tous les animaux s'y trouvent. Il nous fallut d'abord 
trois jours pour voir les lions, puis deux jours pour les léopards, trois 
jours pour les bufBies, plusieurs jours pour les éléphants et six jours pour 
les oiseaux. (Ils n'ont été en tout que trois heures au jardin zoologique, 
mais ils ont évidemment voulu dire par là qu'il y a beaucoup d'animaux). 
On y trouve tous les oiseaux de tous pays. Nous vîmes ensuite les croco- 
diles. Magnifique! Magnifique! Magnifique! Les crocodiles ne sont 
point sauvages. On appelle le crocodile et on lui présente un morceau 



— 172 — 

de chair qu'il prend inunédiateinent de la main de Thomme. » — Mtéga 
demande d'où Ton tire toute la nourriture pour les animaux. — « On 
leur donne des vaches et des chèvres. » — Mtésa : « Jette-t-on aux ani* 
maux les vaches et les chèvres vivantes? » — a On tue toujours les bètes 
et on ne donne que de la chair de bêtes tuées. — Nous vîmes encore 
des serpents, des éléphants, et toute espèce d'animaux. » — Mtésa 
s'adressant à ses che& : « Entendez-vous, combien d'animaux les Euro- 
péens donnent à leur reine. » Le katikiro (premier ministre) répondit : 
(( Il faut qu'elle soit une souveraine bien puissante. » (Mtésa fit com- 
prendre à ses chefs qu'ils pourraient le rendre aussi puissant, en lui 
donnant autant d'animaux). 

« On nous montra ensuite des vaches, des moutons et des chevaux 
(l'exposition d'agriculture). Quelle masse de vaches et de moutons ont 
les Européens ! Puis nous vîmes des milliers de porcs, chacun avec six 
petits ; ces porcs servent de nourriture à la reine. 

« Nous ftmes alors nos adieux à la reine (il n'y eut plus d'audience) ; 
elle nous donna un vaisseau avec lequel nous vînmes en un mois à Zan- 
zibar, tandis que notre voyage pour aUer nous avait pris douze mois. 

« A Zanzibar nous vîmes Saïd-Bargasch qui nous fit des présents, 
mais il n'a qu'un petit pays. Les Arabes te trompent, Ô mon maître, 
quand ils te disent qu'ils ont un grand pays à la poiiani (à la côte). La 
côte appartient aux Anglais, et les Arabes sont leurs esclaves. L'Angle- 
terre est un grand pays. C'est une grande île, comme d'ici à Zanzibar ; 
elle est entourée d'îles si nombreuses qu'on ne peut pas les compter. 
On y construit tant de ponts sur les rivières , qu'on n'a pas besoia d'al- 
ler par eau pour passer d'une rive à l'autre. 

a mon maître ! nous n'avons point de pays ! Le territoire de chaque 
chef anglais est aussi grand que le Bouganda, le Bounyoroet le Bousogo 
réunis. (« Répète-le, » dit Mtésa, « j'aime à entendre dire la vérité. ») — 
« Nous n'avons point de pays, Ô mon maître. » — (« Entendez-vous, » dit 
Mtésa à ses chefe, « nous n'avons point de pays. ») — « En Angleterre, 
chaque homme n'a qu'une femme, mais chaque fenmie a trente enfants ! » 
— (Tous : « Oh ! beaucoup, beaucoup, beaucoup d'enfants ! ») — « Ils 
ont encore dans leurs maisons d'autres femmes, mais ce ne sont pas 
leurs femmes ; elles s'occupent du travail de la maison. Quand les Euro- 
péens viennent ici, ils n'ont point de femmes, mais quand ils retournent 
en Angleterre, ils deviennent de grands chefe et reçoivent une femme 
en récompense de leurs services. 

« Nous avons vu aussi une église qui a de très grosses cloches. (Saint- 



— 173 — 

Paul?) Quand ou soime ces cloches, tu pourrais les entendre d'ici à Bou- 
sogo (& 25 kUom.). L'intérieur de Téglise est de bois et de pierre. Les 
Européens n'ont qu'une religion. 

« L'intérieur de la maison de la reine est tout de glaces, d'or et d'ar- 
gent, et nous étions assis sur des sièges d'ivoire. » 

(Ici Mtésa s'écria : a halte! » et congédia les chefs, en donnant l'ordre 
à Saabadou de ne communiquer qu'à lui seul ce qu'il avait vu en 
Angleterre.) 



CORRESPONDANCE 



Nous ayons reçu de l'explorateur hollandais Schuver une lettre que nous pu- 
blions ici, en la faisant précéder et suivre de quelques mots, d'après V Exploration, 
les Mittheilungen de Gotha et les Pràceedings de la Société de géographie de 
LondreSy pour faire connaître à nos lecteurs la marche du voyageur jusqu'à 
Fadasi, et les résultats de son exploration jusqu'au commencement d'octobre. 

Parti du Caire le 1*' janvier de l'année dernière, il remonta le Nil et le suivit 
jusqu'à Korosko, d'où il traversa en 9 jours le désert de Nubie, et gagna Abou- 
Hammed ; de là, longeant de nouveau le Nil, il atteignit Berber en 5 jours. Le 
19 mars, il arrivait à Ehartoum. Pendant les quelques semaines qu'il y passa, il 
acquit la certitude que Réouf pacha emploie contre la traite autant d'énergie et 
de bonne volonté que Gordon pacha; mais peut-être ne dispose-t-il pas des mêmes 
moyens d'action le long du Nil Blanc. 

Le 4 avril, il repartait de Khartoum avec 12 chameaux chargés, un compagnon 
fidèle, Giacomo Bachetti, un domestique galla, et un gamin darfourien. De Khar- 
toum à Sennaar, où il arriva en 3 jours, il suivit une route assez éloignée du Nil 
Bleu, à l'ouest de celle de Mamo. La population du pays traversé est arabe et 
hospitalière, douce et riche en esclaves. A Sennaar, il rencontra Pîaggia qui n'avait 
pu dépasser Beni-Changol, et retournait à Khartoum. Notre Bulletin d'aujour- 
d'hui annonce la mort de Piaggia. 

Depuis une année, une ligne télégraphique, malheureusement menacée par les 
termites, relie Sennaar à Famaka, voisine de Fazogl, la dernière station égyptienne, 
que Schuver atteignit le 28 avril, après un voyage rapide et heureux à travers les 
plaines, monotones et boisées d'arbustes épineux, qui bordent le Nil Bleu. La sécu- 
rité y est complète, mais la rareté des habitants fait que les voyageurs y sont 
exposés à manquer de vivres. Les chefs nègres du Berta sont bienveillants envers 
les Européens, et n'exigent pas d'eux le tribut qu'ils font payer aux marchands 
arabes. Le pays est très giboyeux jusqu'à Beni-Changol, où il arriva le 21 mai. Il 
dat y rester plus de quinze jours, ensuite de troubles occasionnés par des trafi- 
quants d'esclaves, qui avaient renversé le principal chef et aidé*à une famille de 
fellahs à prendre sa place. Gr&ce à Pappui du commandant de Fazogl, Schuver 



— 174 — 

put repartir le 6 juin, après atoir dû échanger ses chameaux contre des ânes, les 
montagnes ne permettant pas aux chameaux de dépasser Beni-Changol. D^à, les 
torrents étaient grossis par les pluies, le passage en était difficile, en sorte ^u'il 
mit 6 jours de Beni-Changol à Fadasi. Entre ces deux points, il fit l'ascension du 
Djebel Dendelou, la sommité la plus élevée et l'observatoire naturel du pays, à 
8 kilomètres au sud de Fassouder. De là, il put reconnaître la ligne de partage 
des eaux entre le Nil Blanc et le Nil Bleu, et constater que le Toumat, affluent de 
ce dernier, prend sa source dans les monts de Sori, à l'ouest de Fassouder, et non 
comme l'indiquent Marno et la carte de Petermann, un demi-degré plus au sud. Il 
faut d'ailleurs distinguer deux Toumats : celui qui se jette dans le Nil Bleu à Fazogl, 
et un autre, affluent du Jabous, passant à Belletafa, et que l'on traverse en se 
rendant à Fadasi. Dans ce deniier endroit, Schuver tomba malade, par suite du 
changement delà température; l'air âpre des montagnes avait remplacé la chaleur 
modérée dont l'expédition avait joui auparavant. Rachetti, malade également, fut 
enlevé au bout de cinq jours. A peine rétabli, Schuver se mit en route le 30 juillet, 
pour explorer la région au sud de Fadasi. On trouvera le récit de cette excursion 
dans la lettre suivante : 

Fadasi, 18 octobre 1881. 

Monsieur le Rédacteur de V Afrique eo^plorée et civilisée, à Genève. 

Monsieur, 

Je n'ai jamais dit à personne, où que ce soit, que je voulusse aller du Caire au 
Cap'. Si tel avait été mon dessein, je ne serais pas à Fadasi. Ce sont de pures fan- 
taisies de journalistes en quête d'un article, à Paris comme au Caire. 

Du 28 juillet au 8 septembre, j'ai exploré le pays des Léghas-Gallas, à 1^ au 
sud de Fadasi. Aucun Européen n'y avait jamais pénétré,, non plus qu'aucun tra- 
fiquant arabe. Pour m'y rendre, j'ai dû traverser le territoire des Amans, nègres 
féroces. Le roi des Léghas-Gallas me fit une réception magnifique et m'accabla de 
tendresses ; puis il s'est tourné contre moi, parce que je n'ai pas voulu lui prêter 
ma carabine à neuf coups pour exterminer ses ennemis, les Addos-Gallas et les 
Séjos-Gallas. Jusqu'alors les armes à feu étaient inconnues chez ces tribus. Le roi 
devint furieux, et ce ne fut qu'après beaucoup de contrariétés et à force de 
menaces que je pus quitter son pays. 

Dès lors j'ai tenté de visiter les tribus nègres des Ghoumous et des Kiris, igno- 
rées jusqu'ici et fort intéressantes toutes deux. A moitié chemin, je dus revenir 
sur mes pas, mon guide ayant pris la fuite en voyant l'attitude menaçante d'une 
bande de 60 chasseurs d'esclaves. Dans trois jours, je pars avec un nouveau guide, 

^ Nous avions dit cela, en dénaturant involontairement le nom du voyageur 
(n""* année, p. 150), d'après le CKomaie déUe CciUmie. Le dernier numéro de VAn- 
tida/cery Eeporter renferme encore une carte indiquant l'itinéraire du voyageur 
hollandais, de Khartoum à Cape-Tovn en ligne directe. 



— 175 — 

dftns la même direction. Si j'en reyiens, j'irai visiter le Berta occidental et les 
montagnes d^Insingh, de Gomocha et de Kehli, d'où j'ai reçu des invitations. Le 
chef des Chibous-Gallas, qni demeure au S.-E. de Fadasi, m'en a aussi adressé une, 
mais je dois attendre, pour me rendre auprès de lui, que le Jabous ait baissé. 

Je croyais pouvoir organiser une expédition de 50 hommes pour aller d'ici à 
Zanzibar, à travers les pays nègres, en faisant un grand détour à l'ouest pour 
éviter les tribus Gallas. Mais la chose me parait bien difficile ; toutes les bêtes de 
somme, &nes et chameaux, meurent sur ces hauts plateaux : j'en ai fait la triste 
expérience. Les porteurs manquent absolument, car il n'y a pas de routes de cara- 
vanes dans cette région. Dès lors, comment transporter les 6,000 livres de cuivre, 
verroteries, munitions, etc., qu'il faut pour cette expédition. A moins que je ne 
change de nouveau d'avis, il est probable que je me contenterai d'avoir ouvert la 
rcuU qui mène d'ici dans l'intérieur, exploré les territoires des Léghas-Gallas et 
des Chibous-Gallas, des nègres Amans, Ghoumous et Kiris, et le Berta occidental, 
et dressé une bonne carte de tous ces pays, puisque, au mois de juin 1882, je 
compte m'embarquer à Massaoua, pour Bagdad et le Turkestan. 

La traite est à peu près insignifiante dans ces quartiers. Il n'y a pas de chas- 
seurs d'esclaves de profession. Le tout se borne à des razzias faites par les gens 
des chefs de Gomocha, Fadasi, Insingh, Tenfach et Bambachi, chez les nègres, 
pour les besoins locaux. C'est tout au plus si l'on exporte chaque année cent jeunes 
noirs; encore les Arabes qui font le commerce du sel les emmènent-ils un à un. 
Quant aux GaUas que l'on vend ici, ils sont amenés par les Chibous-Gallas et les 
Léghas-Gallas eux-mêmes, qui font la chasse contre leurs voisins. Souvent ils vien- 
nent vendre des enfants de leur propre tribu, restés sans protection par suite de 
la mort de leur père. J'ai acheté mes domestiques denkas et goumous, à raison 
de 100 francs par tête, et une petite fille galla pour 70 francs. Le payement se fait 
en sel. D va sans dire que dès qu'ils entrent à mon service ils sont libres. 

Le pays des Léghas-Gallas est rempli d'esclaves : Denkas, Jambos, Amans, 
Goumas. Un grand nombre sont venus volontairement chez les Gallas, pour se 
dérober aux poursuites des chasseurs d'esclaves du Sobat. Ces derniers ne vien- 
nent que très rarement vendre leurs noirs aux Gallas. Je pense qu'ils les dirigent 
sur Gomocha, et je vous renseignerai là-dessus lorsque j'aurai visité cette localité. 

Si j'ai pris la liberté de vous écrire, c'est parce que votre publication, que j'ai 
reçue récemment pour la première fois, m'est très sympathique. 

J'ai pu, au moyen de six passages méridiens d'étoiles, fixer la latitude de Fadasi 
par 9^4d'30" lat. N; tandis que Mamo, dépourvu d'instruments, l'avait indiquée 
par d^'d'. Vous voyez par là que les cartes laissent beaucoup à désirer. Le point 
le plus méridional que j'aie atteint est à peu près sous le 9** lat. N., à la limite 
sad des Léghas-Gallas, la tribu la plus occidentale des Gallas. 

Mes observations ont été faites à mercure découvert^ avec deux sextants magni- 
fiques, et des étoiles des deux côtés du zénith. Elles ne sont donc guère contesta- 
bles. J'ai fixé de même la position de : 



$ 



— 176 — 

Beni-Changol 10'*32'20" lat. Nord. 

Famaka 11*»18'45" » 

Roseires 11*»66'37" » 

Sabounabi 12'34' » 

Khartoum (limite N. de la ville) 16'37'8" » 

la sixième caUracte 16**27'16" » 

la pyramide de Meroë 16*52' » 

Dans une prochaine lettre je yôus parlerai des longitudes. 

Yenillez agréer, etc. Juan-Maria Schutkr. 

Les résultats de cette excursion au sud de Fadasi sont donc : 

10 L'exploration du territoire des nègres Amans, arrosé par les affluents du 
Jabous. 

2^ L'exploration du territoire des Léghas-Gallas, près des sources du Jabous, à 
1° au sud de Fadasi. 

S"" La constatation que le Jabous prend sa source à 1^ plus au sud que ne 
l'indique la carte de Petermann. 

4<> Que le lac Baro et la rivière du même nom, coulant vers l'ouest, sont à 
1<^ au sud de Fadasi. ^ 

5° La délimitation exacte de la ligne de partage des eaux entre les deux 
Nils,jusqu'au8^ * 

Au point extrême de son excursion, Schuver a fait l'ascension du mont Wallel 
(3700^), ce qui lui a permis devoir les plaines du sud, et d'en déterminer les points 
principaux. La saison des pluies les rendant marécageuses, il n'a pu y poursuivre 
alors son voyage; mais il comptait employer les derniers mois de l'année, avant de 
se remettre en route, à compléter sa carte jusqu'au 8®, et à rédiger ses notes sur 
les pratiques religieuses et les coutumes des habitants de ces pays, inexplorés jus- 
qu'ici. 



BIBLIOGRAPHIE 



Le Sahaba, Souvenirs d'une mission à Goléah par Auguste Choisy. 
Paris, (E. Pion & C**). 290 pages, avec carte. — L'auteur de ce livre 
fut chargé, pendant Thiver 1879-1880, par M. de Freycinet, alors ministre 
des travaux publics en France, d'étudier la région saharienne au sud de 
la province d'Alger, au point de vue du tracé de la ligne du chemin de 
fer. Mis à la tête d'une petite troupe et accompagné de plusieurs ingé- 
nieurs, d'un médecin, et d'un lieutenant, M. Ghoisy partit de Laghouat 

* On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée. 



— 177 — 

en janvier 1880, et se dirigea but El-Goléah, qu'il atteignit le 17 février 
par rOued-Nili, les puits de Zebbacha, Âln-Massin et £1-Hajssi. D'El- 
Goléah rexpédition, après avoir poussé une pointe vers le sud, revint à 
Biskra par Ouargla, Touggourt et l'Oued-Rir. 

L'ouvrage est surtout consacré à la relation du voyage de Laghouat 
à El-6oléah, et à la description de cette oasis. M. Choisy ne donne pas 
de renseignements sur les questions techniques concernant le tracé du 
chemin de fer, mais il entre dans de fo^ intéressants détails sur le 
Sahara algérien, sur cette région réputée si terrible et qu'il ne trouve 
ni déserte, ni couverte de sables, comme on le lui avait annoncé, sur- 
tout entre Touggourt et Biskra. A l'époque du voyage de M. Choisy, il 
y avait déjà quelques velléités de soulèvement chez les Ouled-Sidi-Cheik ; 
l'expédition faillit s'arrêter aux puits de Zebbacha et rebrousser che- 
min, par suite des nouvelles alarmantes apportées par les courriers. 
Quant à l'oasis d'El-Goléah, cette possession extrême mais seulement 
nominale de la France, M. Choisy la dépeint comme presque ruinée. Il 
y fut très bien reçu par le cheik et put à loisir la visiter, lever des 
plans, questionner les habitants, notamment les nègres esclaves venus 
du Soudan. L'esclavage, en effet, existe encore à El-Goléah, mais ces 
nègres, il faut le dire, jouent bien plus le rôle de serviteurs, et même 
d'amis, que celui d'esclaves. Il est rare, par exemple, qu'ils soient mal- 
traités. 

SûDAFsiKA UND sEiKE BswoHNEB, vou D' Wangemo/nfij Missions- 
direktor, Berlin 1881, in-8*', 6 fr. 25. — Ce travail sérieux est divisé 
en quatre parties distinctes. Dans la première, intitulée a La lutte déci- 
sive dans l'ÂMque australe, » l'auteur examine la distribution des co- 
lons d'origine européenne et des peuples de couleur dans la colonie du 
Cap et les pays voisins, qu'il a visités lui-même. Il parle ensuite, sur- 
tout au point de vue historique, de chacun des états qui se partagent le 
sud de l'Afrique, République du fleuve Orange, Natal, Transvaal, et 
montre la haine qui existe entre les différentes races. 

La seconde partie est une étude excellente sur les conditions géo- 
graphiques, géologiques et climatériques du pays, sur la situation de 
l'agriculture et de la civilisation. Il y est parlé de tous les ports, villes, 
villages, églises, écoles, et de l'état dans lequel se trouvent le commerce 
et l'industrie. Cette deuxième partie a pour titre « La deuxième con- 
quête de l'Afrique australe, » l'auteur voulant montrer, après l'histoire 
de la conquête par les armes, celle par la civilisation. 



— 178 — 

« La troisième conquête de rAfrique australe » (titre de la troisième 
partie), est la conquête calme et douce par les missionnaires. L'auteur 
passe en revue toutes les stations relevant des treize sociétés mission- 
naires qui sont à Tœuvre dans cette partie de TÂfrique. 

Enfin, dans la quatrième section, M. Wangemann étudie la manière 
dont les blancs ont traité les indigènes, et la position prise par eux à 
regard de la mission. 

A la fin de Touvr^ge se trouve une série de gravures intéressantes, 
qui représentent des scènes de la vie dans AMque australe, et donnent 
une idée de la natui'e du pays, des paysages principaux que Ton peut 
y admirer, de sa flore et de sa faune. 

Une bonne carte, à Téchelle de Vaasoooo) de la colonie du Cap et des 
régions voisines termine cet important volume. Une foule de détails s'y 
rencontrent. Les dernières lignes de chemins de fer y sont tracées, et 
des bourgades même peu importantes s'y trouvent. Au nord, dans le 
Transvaal, la ligne de démarcation entre la région infestée par la tsétsé 
et la région non atteinte, est nettement marquée. Des signes et des 
chiffres, qui correspondent à un répertoire complet, fournissent les noms 
et positions de toutes les stations missionnaires, ainsi que l'indication des 
sociétés desquelles elles relèvent. 

La France au Soudan, par Oazeau de Vautibault. Paris (Challamel) 
1882, in-8**, 29 p. et carte, fr. 2. — Dans notre compte rendu de la bro- 
chure de M. Gazeau de Vautibault sur le Tranê-Saharien et le Tram- 
continental africain \ tout en tenant compte à l'auteur de son ardeur 
enthousiaste à doter la France d'un vaste empire colonial en AMque, 
par la création d'une voie de communication rapide de la côte au cœur 
du continent, nous estimions hypothétiques les avantages présentés par 
le tracé qu'il proposait, de la baie de Biafra aux sources du Faro et du 
Bénoué, au Ghari et au Bahr-el-Ghazal. Dès lors aucune exploration 
nouvelle n'est venue lever le voile qui recouvre encore la région à tra- 
verser. Flegel qui, avec l'appui de la Société africaine allemande, se 
propose de remonter aux sources du Bénoué et d'étudier le pays qui 
s'étend entre ces sources et le Congo, a consacré cette année à relever 
une partie du Niger encore inconnue ; l'expédition espagnole de M. Ira- 
dier est encore en préparation, ainsi que celle de M. Rogozinski annoncée 
dans notre Bulletin de ce jour. Nous attendrons, pour nous prononcer 

^ Voir 1I«« année, p. 207. 



— 179 — 

sur la nouvelle brochure de M. Gazeau de Vautibault en faveur du 
même tracé, ainsi que sur les données orographiques et hydrographiques 
de la carte qui raccompagne, les résultats des explorations projetées. 
Mous n'avons pu trouver nulle part le récit de voyages dans la région 
susmentionnée, soit du P. Duparquet, soit d'explorateurs de la Société 
africaine allemande, au témoignage desquels en appelle Tauteur. Le 
P. Duparquet n'a pas, que nous sachions, dépassé les frontières du 
Loango ; le D' Lenz a dû s'arrêter au 2"* lat. N., et le pays qui s'étend 
de la baie de Cameroon aux sources du Faro et du Bénoué est compris 
entre les 4** et 6"*. Comber, qui le dernier a exploré les environs du 
mont Cameroon, dit que « le pays à l'Est de celui qu'il a visité est le 
moins connu de toutes les parties de l'Afrique, et qu'il reste en blanc 
dans nos cartes les plus récentes. Du Congo supérieur aux états musul- 
mans du Soudan, et du pays des Niams-Niams à l'Atlantique, la contrée 
est entièrement inexplorée. » Nous manquons donc des connaissances 
nécessaires pour nous prononcer sur la salubrité des côtes, les disposi- 
tions des tribus, les facilités et les avantages qu'elles peuvent offrir pour 
la construction d'un chemin de fer. 

Liste p&ovisoibe de bibliogbaphies géographiques spéciÀLEs, par 
James Jackson. Paris (Société de géographie), 1881, in-S"*, 340 pages. — 
Jusqu'ici, lorsqu'on voulait faire l'étude d'un pays, on était souvent 
embarrassé de savoir oti trouver la liste des ouvrages à consulter. Doré- 
navant, en ouvrant le livre de M. Jackson, on obtiendra sans peine ce 
renseignement ; aussi la Société de géographie de Paris a-t-elle, en le 
publiant, fait une chose utile à tous ceux qui s'occupent de recherches de 
ce genre. Archiviste-bibliothécaire de la Société de géographie, l'auteur 
a profité des ressources qu'offrent les bibliothèques de Paris, de New- 
York, de Boston et de Washington, et, quoique sa Uste ne soit que pro- 
visoire, elle n'en sera pas moins d'une grande utilité à tous ceux qui 
voudront puiser aux sources de l'érudition. Pour notre part, nous lui en 
exprimons nos sincères remerciements, car il ne siguale pas moins de 
71 bibliographies relatives à l'Afrique, savoir: 10 pour l'Afrique en 
général, 4 pour l'Afrique occidentale, 39 pour l'Afrique septentrionale, 
7 pour l'Afrique orientale, 12 pour les îles voisines de l'Afrique. Pour 
chaque ouvrage signalé, M. Jackson a soin de donner la transcription 
fidèle et intégrale du titre, le lieu et la date de la publication, le nom de 
l'éditeur ou de l'imprimeur, le nombre des volumes, le nombre des 
pages, le format, les numéros des pages oti se trouve la bibliographie, le 



— 180 — 

titre de la bibliographie, le nombre des articles compris dans la liste, 
enfin, les noms et prénoms des auteurs. 

Guide hygiénique et médioal des voyageuhs dans l'Afbique inteh- 
TROPiCALE, par les D" Ad. Nicolas, H. Lacaze et Signol. Paris (Emile 
Martinet), 1881, in-8*, 98 p. ^ Tous ceux qui connaissent l'insalubrité 
de telles ou telles parties du continent africain, applaudiront à la publi- 
cation de conseils pratiques, destinés, soit à prévenir les maladies aux- 
quelles sont exposés les voyageurs qui s'y rendent, soit à en faciliter la 
guérison. A la demande du D' Dutrieux, attaché à l'une des expéditions 
de l'Association internationale africaine, la Société de médecine pratique 
de Paris, à laquelle il avait communiqué son Étude des maladies et de 
V acclimatement des Européens dans V Afrique intertropicale, a fait étu- 
dier, par des experts, les conditions hygiéniques de cette région, les 
maladies spéciales qui y sévissent, le traitement à y appliquer, et aussi 
les soins à donner aux bêtes de somme employées par les explorateurs. 
La brochure dans laquelle sont résumés les résultats de leurs recherches 
renferme d'excellents avis, sur le vêtement à adopter en voyage, sur les 
précautions à prendre pour le campement, pour le couchage, et aussi 
pour l'établissement des stations civilisatrices et hospitalières. La partie 
médicale proprement dite est traitée avec un soin tout particulier, et 
accompagnée d'une liste de médicaments dont les voyageurs devront 
toujours être pourvus. Si le chapitre de l'hygiène vétérinaire est très 
borné, cela provient sans doute de ce que l'on ne sait pas encore par 
quelles bêtes de somme on pourra remplacer les porteurs, ni par quel 
moyen on réussira à les mettre à l'abri des attaques de la tsétsé. En 
attendant, la Société de géographie et la Société de médecine pratique 
de Paris, qui se sont unies pour publier ce travail, ont rendu service aux 
voyageurs, et tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique leur en sont très 
reconnaissants. 




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— 181 — -^^/T.'r-.TTT^-'v'.; 

BULLETIN BI-MENSUEL {3 axml 1882). 

Une société s'est constituée à Paris sous le titre de : Société des 
Études du NU, en vue d'étendre nos connaissances sur ce fleuve et sa 
vallée, et d'en exploiterles richesses d'une manière rationnelle. A cet effet, 
elle examinera soigneusement les conditions hydrographiques du fleuve, 
le système actuel d'exploitation des eaux, et les améliorations à apporter 
à l'irrigation. En outre, elle étudiera les moyens de faire du Nil une voie 
de conmiunication facile et sûre, de la Méditerranée aux lacs de l'équa- 
teur. La Société se divise en trois sections, composées : la première, de 
techniciens, la deuxième de financiers, la troisième de savants. L'initia- 
tive en est due à M. de la Motte qui, depuis plusieurs années, s'occupe 
d^ conditions de production de la vallée du Nil. Déjà en 1880, il a 
attiré l'attention des savants sur les avantages qu'offre le Nil pour l'ou- 
verture du continent africain. Une conunission s'est rendue en février 
on Egypte et en Nubie afin de préparer, au point de vue politique et 
économique, le terrain des futurs travaux de la Société. 

Le D' Schweinfurth écrit du Caire à VAntislavery Reporter que les 
nouvelles du Soudan deviennent de jour en jour plus alarmantes. 
Mohammed-Ahmed paraît avoir complètement gagné les Baggaras, 
Arabes aussi barbares que fanatiques, vivant uniquement de la chasse à 
rhomme ou aux bêtes. Leur pays est une plaine immense de savanes 
entre le Nil Blanc et le Kordofan. La rareté de l'eau la rend dangereuse 
pour les étrangers qui s'aventurent à la traverser. Au commencement 
(le décembre, le mudir de Fachoda, Rachid bey, se crut assez fort pour 
attaquer Mohammed-Ahmed sans attendre les ordres du gouverneur 
général, Réouf pacha. Après une marche très fatigante, à travers un 
pays désert où ses soldats souffrirent beaucoup de la soif, il rencontra 
l'ennemi dans le Dar-îJbuba, près du Djebel Gedir. Les Baggaras 
prirent l'offensive et, au premier choc, les Égyptiens furent mis en 
déroute. Le massacre fiit indescriptible ; trois honmies seulement de la 
troupe du mudir échappèrent. Cerné par les Chillouks et les Baggaras, 
Fachoda est exposé à un assaut de la part de Mohammed-Ahmed ; 200 
soldats ont été envoyés pour renforcer la garnison ; Griegler pacha s'y 
est aussi rendu. — Les nouvelles du Darfoup ne sont pas rassurantes 
non plus. On se demande comment M. G. Roth pourra atteindre Chekka, 
le poste auquel il doit se rendre comme surveillant de la traite, et qui 
est situé au milieu de la plaine des Baggaras-Rizegats. — D est encore 
question d'une révolte d'une grande tribu arabe qui occupe la région 

L'AFRIQUE. — TROISIÈHE ANNÉE. — N® 9. 9 



\ 



— 182 — 

entre les deux Nils, et dont le chef s'est réfugié dans les steppes, où il 
défie les troupes du gouvernement, qui le fait poui-suivre pour meurtre 
de trois soldats envoyés pour percevoir les taxes. 

Les craintes que Ton éprouvait au sujet du D' Junker ont été dissi- 
pées par une lettre de Lupton bey, le successeur de Gessi au gouverne- 
ment du Bahr-el-Ghazal; il écrit à Giegler pacha, de Meshra-el-Rek, au 
milieu de décembre, que Junker a été peu de temps auparavant au 
Djebel-Amadi, dans le pays des Niams-Niams, puis s'est rendu dans le 
Mombouttou. a H a été, dit Lupton, à 5 journées à l'ouest de TOudlé, 
à une rivière nommée Marquar, dans le pays du sultan Kayambaro, 
dont la capitale est dans une île, au milieu de la rivière qui est très 
large. Les gens de Sassa disent que, vers le sud» TOuellé et le Marquai* 
se réunissent. » Le D' Schweinfiirth, qui a transmis ces nouvelles aux 
Mittheilungen de Ootha, ajoute : « Lupton, arrivé de Ehartoum à 
Meshra-el-Rek, a dû laisser repartir le vapeur, avant d'avoir atteint les 
seribas oîi devaient être les lettres de Junker. Il n'a donc pu donner 
que des nouvelles apprises par oui-dire. Le vapeur de Lado apportera 
sans doute des renseignements plus détaillés. — Marquar est l'équi- 
valent anglais de Maqua; c'est un nom que l'Ouellé porte dans le pays 
des Âmadi. On peut espérer que Junker a réussi à suivre l'Ouellé assez 
loin vers l'ouest, et qu'il y étendra le champ de nos connaissances. » 

Avant de commencer son exploration dans la mer Rouge, le D*" Kel- 
1er, de Zurich, a fait des études zoologiques dans le canal de Suez» 
et choisi comme station principale le lac Timsah» pour y observer les 
phénomènes qui se rattachent à l'échange des deux océans au point de 
vue de la faune. Jusqu'ici on n'avait pas fait d'observations à cet égard, 
n a trouvé dans le lac Timsah de grands poissons venus, les uns de la 
Méditerranée, les autres de l'Océan Indien. Mais, malgré l'union des 
deux mers, l'échange mutuel ne s'opère que lentement. Les lacs amers 
traversés par le canal sont un obstacle à ce qu'il se fasse plus rapide- 
ment. Le D' EeUer a découvert un animal-plante, inconnu jusqu'ici, 
en forme d'épongé, d'une belle couleur violette, et auquel il a donné le 
nom de Lessepaia violacea. A Suez, l'explorateur a constaté que, malgré 
l'augmentation de la cb'culation (en 1880, 2017 navires avaient passé 
par le canal, en 1881 il y en a eu 2727, soit 710 de plus), les espérances 
conçues pour le développement commercial de cette localité ne se réa- 
lisent pas; en eifet, il y a plutôt diminution de trafic et de population. 
L'avenir semble réservé à la localité de Terre Plein, où sont établis des 
employés, des pilotes, et qui, par sa position à la sortie du canal, pren- 



— 18B — 

dra rang plus tard parmi les cités importantes. M. de Lesseps Ta nom- 
mée PorlrTe^irfllc» en Thonneur du souverain de TÉgypte. De Suez, 
M. Relier s'est rendu à Souakim, que le D' Schweinfiirth lui a recom- 
mandé de prendre comme centre de ses travaux. 

Antlnori continue son exploration scientifique du Choa ; ses collec- 
tions ornithologique et entomologique prospèrent ; dans la première se 
trouvent, écrit-il au D' Schweinfiirth, beaucoup d'espèces précieuses, 
dont plusieurs appai:tiennent à l'Afiique australe et n'avaient pas encore 
été rencontrées dans le nord par les voyageurs précédents. La seconde 
est riche en exemplaires de nouvelles espèces de coléoptères, de lépidop- 
tères et d'hyménoptères. Quant aux mammifères, les quadrumanes y 
occupent le premier rang. D'après un de ses compagnons, revenu de 
Géra et de Kaffa, il doit y avoir un singe blanc dans la grande forêt 
située entre les royaumes de Gomma, de Dschimma, de Gouma et de 
Géra. On doit y trouver aussi Vahasamho, carnassier qui tient le milieu 
entre le lion et le léopard, à manteau clair et à poil court. 

Le D' Stecker a quitté l'Abyssinie pour se rendre au KafFa. Le roi 
Jean lui a donné des lettres de recommandation pour le négous du God- 
jam, Tekla Haimanot, pour la reine de Géra et pour le sultan de KaiFa: 
il a chargé le premier de le faire escorter jusqiw'au Kaffa, et prié instam- 
ment le souverain de ce dernier état de faciliter de toutes manières la 
continuation de son voyage vers le sud. Les perspectives sont d'autant 
plus favorables que, tout récemment, de grandes embassades sont arri- 
vées de Géra et du Kaffa, apportant de riches présents d'hommage au 
roi d'Abyssinie. Le D' Stecker espère pouvoir traverser ensuite tout le 
pays qui s'étend de Kafi'a à Zanzibar. 

Grâce à l'initiative de M. de Rivoyi'e, un service régulier de bateaux 
à vapeur touchant à Obock» inauguré par la Société française des 
steamers de l'Est, relie actuellement le golfe Persique à la France. Lo 
conunandant De la Grange, s'est rendu à Obock avec mission d'exami- 
ner les mesures à adopter pour y améliorer les conditions de la station 
maritime proprement dite. Un employé de commerce l'accompagne poui* 
déterminer l'emplacement le plus favorable à un vaste entrepôt com- 
mercial. — M. Soleillet est arrivé à Obock le 12 janvier et s'y est installé 
à côté des établissements de la Compagnie franco-éthiopienne. Dès lors, 
celle-ci a eu des difficultés à l'occasion de deux Danakils, tués dans son 
voisinage. Ses membres ont abandonné Obock et ont été, le 21 janvier, 
rapatriés à Aden par M. Soleillet. Une dépêche postérieure annonce que 
M. Amoux, directeur de la compagnie susmentionnée, qui n'avait pas 
voulu quitter Obock, y a été assassiné. 



— 184 — 

Des lettres de M. Ledoulx, consul de France à Zanzibar» annon(;jeDt 
qu'une guerre de Mirambo contre Simbo a empêché les courriers de 
M. Ramœckers d'arriver à la côte. Le premier a remporté une victoire 
qui le laisse maître de l'Ounyanyembé. Une escorte armée a été envoyée 
de Zanzibar, avec mission de traverser les lignes pour rapporter des nou- 
velles de la station internationale. Le vainqueur a commencé à bâtir^ 
sur le passage des caravanes, une ville qui portera son nom, et oii les 
négociants arabes et autres auront à payer l'impôt. — M. Cambier^ 
qui était revenu de la station de Karéma, s'est marié en Belgique et est 
parti avec sa jeune femme pour Zanzibar, oti il s'établira en qualité de 
représentant de l'Association internationale africaine. B sera 
bientôt rejoint par M. Vanderhelst, ancien drogman de la légation belge 
à Constantinople, qui vient d'être nommé consul à Zanzibar. — Une 
nouvelle expédition, commandée par deux oflSciers de l'armée belge, y 
débarquera dans quelques mois, pour s'enfoncer immédiatement dans 
l'intérieur et aller relever à Karéma le capitaine Ramœckers, qui ren- 
trera en Europe. A ce propos, nous sommes heureux de pouvoir ajouter^ 
d'après le Moniteur helgCj qui nous arrive au moment de mettre sous 
presse, que le dernier courrier de M. RamsBckers a apporté de très 
bonnes nouvelles ; l'état sanitaire de la station est excellent. Les con- 
structions de l'établissement, entièrement achevées, font l'admiration 
des indigènes; les plantations d'arbres fruitiers et de légumes d'Europe 
sont en plein rapport, et les relations avec les petits sultans nègres voi- 
sins très amicales. — M. et M"*' Bloyet sont heureusement arrivés à la 
station française de l'Ousagara. Un des hommes de la station a été 
blessé par des bandes pillardes de Wadoês, et par les gens d'un Arabe 
fanatique, Saïd-ben-Omar, qui déteste les blancs ; huit des coupables 
ont été arrêtés et punis ; d'autres Arabes ont témoigné leurs vifs regrets 
de cette agression. La variole sévit avec violence aux environs de la sta- 
tion. 

M. Ledoulx a visité la mission de Ba^amoyo, qui a actuelle- 
ment 500 enfants noirs des deux sexes, destinés à fonder plus tard des 
stations dans l'intérieur. Deux des membres de la station de Mdabou- 
rou, dans l'Ougogo, se sont rendus à Tabora pour y étudier l'oppor- 
tunité d'y fonder un orphelinat semblable à celui de Bagamoyo; ils 
étaient munis de lettres de Saïd Bargasch, et ont été bien reçus par le 
gouverneur de Tabora, qui leur a promis son appui. M. Van den Heuvel 
qui devait revenir à la côte, leur a vendu sa maison, bonne habitation» 
solidement construite, vaste et située dans un endroit salubre près de 



— 185 — 

la ville, plus deux hectares de jardin avec arbres fruitiers, contigus à 
une vaste étendue de terrain propre à la culture du froment et de la 
vigne, en même temps qu^à Textension de rétablissement; les mission- 
naires auront des aides pour la culture et pour les ateliers de menui- 
serie, forge, etc. — Les survivants de la mission de TOuroundi se sont 
tous installés à lIoiiloneiKra^ dans le MassanaBé» plus salubre que 
rOuroundi. Le P. Dromaux, venu à Oadjidji pour y faire des provi- 
sions de sel, de perles d'échange, de pioches, etc., écrit que les guer- 
riers de cette localité, au nombre de 300, sont aUés guerroyer au nord 
du lac et sont revenus en triomphe, ramenant un butin considérable 
d'esclaves et de troupeaux. Bikari, le chef de TOuroundi, voulut les 
arrêter pour prélever sur eux un tribut, mais il fat battu, ses gens tués, 
«t les femmes et les enfants faits prisonniers. Les rois du voisinage, alliés 
contre les vainqueurs, furent également défaits, et, après un pillage 
de six jours, les hommes d'Oudjidji rentrèrent chez eux. M. Ledoulx a 
prié Saïd Bargasch de donner des ordres pour que les notes et autres 
.objets ayant appartenu aux missionnaires de TOuroundi fussent recueil- 
lis et expédiés à Zanzibar. — Les missionnaires de Moulonewa fournis- 
sent des renseignements sur la tribu des UVabembés qui habitent un 
peu plus à Touest dans les montagnes, anthropophages, mangeant leurs 
morts et leurs prisonniers de guerre. Un Arabe d'Oudjidji s'étant 
rendu dans l'Oubembé pour son commerce et ayant été saisi et mangé 
par les naturels, un de ses amis fit contre ces derniers une expédition, 
dont le résultat fat la destruction de plusieurs villages et la réduction de 
leurs habitants en esclavage. — A Oudjidji, la station de la Société des 
missions de Londres a dû être abandonnée, la position faite par les 
Arabes aux missionnaires et aux explorateurs européens étant devenue 
intenable. Le Rév. Hutley, qui la dirigeait, revient en Angleterre pour 
exposer la situation à ses supérieurs. 

Depuis le retour des envoyés de Mtésa, celui-ci a tout à fait changé 
de conduite à Tégard des missionnaires de TOu^^anda; il leur envoie 
chaque jour des bananes, du lait, de la bière, de temps à autre une 
chèvre grasse. Le prestige et l'influence des Arabes ont beaucoup dimi- 
nué. M. O'Flaherty a fait comprendre aux missionnaires romains que le 
pays est assez grand pour les envoyés des deux confessions, et qu'ils 
devaient s'unir pour enseigner le christianisme aux païens. Dès lors ils 
ont vécu en bonne harmonie. M. Mackay a construit une maison ; le 
roi lui a donné du terrain pour en bâtir d'autres à l'usage des ouvriers 
dé la mission et pour leur jardin ; il a fourni aussi les travailleurs et les 



— 186 — 

matériaux ; des parents ont demandé à M. Mackay de former leurs fils 
aux métiers de forgeron et de charpentier. Mtésa Ta aussi consulté 
sur les moyens de rendre son pays prospère. M. Mackay Ta engagé à 
créer des marchés où les paysans pussent vendre et acheter, à ne pas 
piller le pays et à mettre fin à la traite. Il paraît disposé à suivre ces 
conseils, mais il n'ose agir contre ses chefe, dont la fortune consiste en 
grande partie en esclaves. Il voudrait abolir la traite et empêcher les 
Arabes de venir dans ses états ; il faudrait seulement que les négociants 
européens les remplaçassent, pour apporter dans l'Ouganda les mar- 
chandises dont son peuple a besoin. En attendant M. Mackay a réussi 
à opérer une transformation avantageuse à Boubaga. Les huttes de 
roseaux, avec leurs toits de chaume descendant jusqu'à terre, étaient 
malsaines ; l'extrémité du chaume qui pourrissait dans le sol et la saleté 
de l'intérieur produisirent une épidémie semblable à la peste noire qui 
ravagea l'Europe en 1665. Les missionnaires conseillèrent au roi des 
mesures hygiéniques propres à arrêter le fléau ; les rues et les ruelles 
furent nettoyées ainsi que l'intérieur des huttes ; ordre fut donné d'en- 
sevelir les morts au lieu de les jeter comme auparavant dans des marais 
pestilentiels, où on allait ensuite chercher l'eau à boire ; ces mesures 
ont produit un effet excellent. M. Mackay a de plus fait creuser, dans 
une pente du terrain de la station, un puits qui fournit en abondance de 
la bonne eau, au grand étonnement des indigènes qui ne tarissent pas 
en éloges sur l'habileté des Basongous. 

Les travaux de la route du IVyassa au Tan^^nyika sont com- 
mencés. Le D' Laws de Livingstonia et M. J. Stewart se sont d'abord 
rendus avec Vllala à Bandaoué, où l'on crée un nouvel établissement, 
puis M. Stewart est allé à Maliouandou à 80 kilom. de l'extrémité nord 
du lac, pour y fonder un sanitorium. Quant à la route, un nombre suf- 
fisant de volontaires de Kasongo et d'Impango se sont, offerts à lui. De 
son côté la Société des missions de Londres a fait les démarches néces- 
saires pour envoyer son steamer auxiliaire à Quilimane ; il aura plus de 
voilure, mais moins de force de vapeur que Vllala. De Quilimane au 
Nyassa, il sera transporté par « l'African Lakes Junction Company, » 
puis M. Stewart le fera passer par la route nouvelle au Tanganyika. 

Après son excursion au lac Chiroua, le Rev. Johnson de la Mis- 
sion des Universités apprit, à son retour à Mataka, que les gens de 
la localité s'étaient emparés de ses biens et se les étaient distribués. 
Le capitaine Foot, chargé par Saïd Bargasch de réprimer la traite» 
avait eu affaire avec leurs caravanes d'esclaves, et l'on prétendait que 



— 187 — 

M. Johnson lui avait envoyé des renseignements qui lui avaient permis 
de les arrêter. Dès lors le missionnaire dut venir à Zanzibar pour se 
reposer ; il en est reparti le 2 décembre avec 30 porteurs Mbouénis pour 
se rendre à Ngoi, sur la rive orientale du Nyassa ; de là il compte pou- 
voir agir dans tout le pays d'alentour, jusqu'à Mataka. De Masasi, 
MM. Maples et Goldfinch ont fait un voyage jusqu'à Mozambique, à 
travers un pays presque entièrement inexploré. A 450 kilom. de Masasi, 
ils firent l'ascension du mont Nicoché, d'où la vue s'étend au loin sui- 
une plaine déserte, dans laquelle la ville du chef CUTarou apparaît 
comme une oasis. Les Mavitis sont établis dans cette région. Pendant 
que les missionnaires étaient auprès de Chivarou, 20 d'entre eux s'avan- 
cèrent dans une attitude menaçante, brandissant leurs lances et se cou- 
vrant de leurs grands boucliers. En apercevant les Européens, ils com- 
mencèrent leiu% danses guerrières, saisirent leurs assagaies entre leurs 
dents, firent semblant de les jeter, et se précipitèrent avec véhémence 
vers les missionnaires, puis déposèrent leurs assagaies et leurs bou- 
cliers, et allèrent se ranger sur l'herbe sous un arbre, à quelques mètres 
de l'endroit où siégeaient les missionnaires et Chivarou. Ils envoyèrent 
à celui-ci un parlementaire demander le motif de la visite des étrangers. 
Chivarou répondit que les missionnaires n'étaient ni des Banians, ni 
des Arabes, ni des Portugais, mais des Anglais venus dans des inten- 
tions pacifiques, et qu'ils lui avaient conseillé à lui et à ses gens de 
s'adonner aux arts de la paix. En même temps, drapé dans son grand 
manteau, il se promenait en long et en large avec une démarche royale. 
Moyennant quelques présents faits par les missionnaires, il obtint que 
les Mavitis s'en allassent. Quoiqu'il y ait paix entre eux et lui, ils s'at- 
taquent toujours aux caravanes des Yarfs ; le seul moyen de traverser 
leur territoire, c'est de s'adresser à Chivarou, de les rencontrer chez 
lui, et de leur faire quelques présents. De là MM. Maples et Goldfinch 
se rendirent à Mwaliya, capitale du sidtan du Méto, près de laquelle ils 
rencontrèrent une caravane d'esclaves, composée de 2000 personnes, 
venant de Makanjila et se rendant à Kisanga pour y porter de l'ivoire. 
M. Maples la vit plus tard à Kisanga; les maîtres se promenaient 
ouvertement dans la ville, sans crainte des autorités portugaises; 
de leur côté les esclaves allaient oîi ils voulaient. Les porteurs de 
M. Maples n'ayant pas voulu s'aventurer plus au sud, il dut revenir 
directement à la côte, et renoncer à l'occasion de constater la réalité de 
l'existence de montagnes neigeuses sur la route de Mozambique. Tous 
les gens du Méto parlent du mont Irati dans les mêmes termes et le 



— 188 — 

placent au même endroit, à quatre jours et demi de marohe (210 kilom.) 
de Mwaliya, d'où, par un temps clair, on peut apercevoir son pic blanc, 
dans une direction S. E. Dans la saison chaude il paraît avoir des 
fissures ; des ruisseaux de neige fondue descendent dans la vallée. Le 
sultan de Mwaliya donna aux missionnaires un guide qui les conduisit 
jusqu'à Louli, à travers un pays monotone, dont le sol est stérile, et 
n'offre d'intérêt ni pour le voyageur, ni pour le commerçant. 

Âpres 16 mois d'absence de GouboalouAjo, les missIonnalreH 
romains envoyés chez Oamxila sont revenus à leur station centrale. 
Auparavant, ils ont dû se rendre à Sofala pour y acheter du calicot et 
autres objets, atin de reconnaître les services qu'Oumzila leur avait ren- 
dus. Le P. Wehl mourut à la côte, qui est basse, marécageuse, presque 
toujours inondée, et oii régnent des fièvres paludéennes. De retour à 
Oumgan, oii était resté le wagon, le P. Desadeleer envoya porter au roi 
les objets qui lui étaient destinés, et lui demander une escorte jusqu'aux 
frontières des Matébélés. Le roi fiit très content des présents des mis- 
sionnaires, mais très contrarié de ne pouvoir donner l'escorte, ses gens 
étant occupés à une expédition militaire. Malgré cela, le voyage se fit 
heureusement jusqu'à Gouboulouayo ; le gibier ne manqua pas : bufiles, 
antilopes, zèbres, hippopotames, abondent dans ce pays ; les missionnai- 
res virent aussi im rhinocéros blanc, espèce devenue tellement rare, que 
le gouvernement anglais a promis 250,000 fr. à celui qui en amènerait 
un spécimen vivant à Londres. Les Mashonas qui avaient été si hostiles 
aux missionnaii-es l'an dernier, se sont, cette fois-ci, montrés pleins de 
prévenances pour eux; de kraal en kraal, des jeunes gens venaient leui* 
offrir leur aide pour frayer le chemin. — M. Blchard», missionnaire 
américain, a heureusement exécuté son voyage au kraal d'Oumzila, eu 
vue de fonder une mission dans les états de ce souverain. Arrivé à Masi- 
kouéna, où réside le premier induna (officier militaire) • du territoire 
d'Oumzila, il dut y attendre 37 jours une autorisation du roi, qui avait 
donné l'ordre de ne pas laisser entrer de blancs dans ses états sans l'en 
avoir informé. Ayant reçu une réponse favorable, il gagna la Sabi, qu'il 
suivit sur une longueur de 50 kilomètres jusqu'au delà de Sandaba, puis, 
se dirigeant directement sur le kraal d'Oumzila, il traversa une jungle 
épaisse, au delà de laquelle se trouve un beau pays, bien arrosé, qui 
va en s'élevant toujours davantage, jusqu'à une altitude moyenne de 
500". Le 10 octobre, il atteignait le but de son voyage. Les natife appel- 
lent la localité où est situé le kraal du roi, Oumoya Muhlé {Anle de boiis 
vmts). Le roi était assis sous un arbre avec quelques-uns de ses indunas ; 



— 189 — 

il ^t grand, un peu maigre, mais bien proportionné; sa figure est intel- 
ligente et agréable. M. Richards lui exposa le but de son voyage, et le 
résultat des négociations fut qu^Oumzila demanda que cinq missionnaires 
vinssent s'établir avec leurs famUles dans ses états. Le pays est abon- 
dant en bois, en eau «t en pierre ; il est salubre et offre de bons empla- 
cements poiu* rétablissement de la mission. 

Chaque année, un certain notnbre de trafiquants descendent avec leurs 
wagons à bœufe de Lydenbourg, dans le Transvaal, à la côte, à travers 
le district de la tsétsé, en profitant de la saison fraîche. Un autre chemin 
conduit de Liorenzo Marquez à Pretoria, en passant par le IXe^w 
Scotland. Un voyageur allemand, M. Gustave Schivab Ta récem- 
ment exploré. Après plusieurs expéditions en bateau sur différentes 
rivières, en vue d'ouvrir un chemin par eau qui le portât à travers le 
district de la tsétsé, si possible, jusque dans le voisinage du New Scot- 
land, il se rendit au Transvaal par Natal, et en 1881 , pendant la guerre, 
il partit de Derby (New Scotland) pour tenter de nouveau de découvrir 
la route cherchée. Il arriva au bord de la Tombé, avec ses wagons à 
bœufe qu'a y laissa pour se rendre à pied à Lorenzo Marquez. De là, il 
fit transporter ses marchandises par eau jusqu'à l'endroit où il avait 
laissé ses wagons. Sans attendre le chemin de fer, on pourrait faire 
remonter la Tombé à des bateaux à vapeur plats, et établir, à l'endroit 
où M. Schwab a fait halte, une espèce d'entrepôt, d'où l'on transporte- 
rait les marchandises en wagons jusqu'à Derby et de là à Pretoria. 

La paix n'est pas encore rétablie dansleLiessouto. Letsié a accepté 
sincèrement la sentence arbitrale de Sir Hercules Robinson; son fils 
Lerotholi, l'un des instigateurs du soulèvement, s'est rangé à l'avis de 
son père. Il n'en est pas de même de Massoupa, frère de Letsié, l'autre 
promoteur de la rébellion, qui résiste à toutes les sollicitations, aveuglé 
par les soi-disant prophétesses qui lui prédisent qu'il deviendra le grand 
chef des Bassoutos. M. Orpen, le résident anglais, a fait un vigoureux 
effort pour le capturer, avec la coopération de Letsié et de Lerotholi, 
mais il n'a pas réussi. Ils ont rassemblé 10,000 cavaliers à Masérou; 
M. Orpen s'est mis à leur tête, a marché sur Thaba-Bossiou, la forte- 
resse de Massoupa, l'a prise sans résistance, mais Massoupa et ses hom- 
mes n'y étaient plus. Deux des fils de Letsié, gendres de Massoupa, ont 
refusé d'aller plus loin; M. Orpen est resté avec un tiers de ses forces, 
et voyant qu'il ne pouvait pas beaucoup compter sur les hommes princi- 
paux, il s'est replié sur Masérou. Que fera la majorité des Bassoutos ? 
Le missionnaire Dieterlen croit qu'elle sympathise avec Massoupa; s'il 



— 190 — 

remporte, le paganisme reprendra le dessus, et Tœuvre dès missionnai- 
res sera très compromise. D'après une dépêche de Cape Town du 21 
février, le gouvernement colonial a fait savoir aux chefe bassoutos que 
la sentence arbitrale de Sir Hercules Robinson devait avoir son plein 
effet le 15 mars. 

Les Européens établis à UlTallfish Bay, craignant d'être attaqués 
par les Damaras qui menaçaient la localité, le major Musgrave, résident 
anglais, s'est rendu à Cape Town, pour réclamer en leur faveur la pro- 
tection de l'autorité coloniale. Celle-ci envoya par le Wrangler un petit 
corps de troupes sous le commandement du capitaine Whindus, accom- 
pagné de M. le D' Hahn, qui connaît très bien les relations des Damaras 
et des Namaquas. Arrivés à Wallfish Bay le 21 janvier, le capitaine et 
le D' Hahn descendirent à terre, et, dès le 23, eut lieu à Rooibank, à 
30 kUom. environ, une réunion à laquelle assistèrent les chefs Namaquas, 
entre autres Abraham et Lazarus Zwartboi, en guerre avec les Damaras 
et la seule cause de danger pour les Européens de Wallfish Bay. Le 
D' Hahn leur fit comprendre que s'ils combattaient les Damaras, ils ne 
devaient pas le faire à l'abri du territoire britannique ; à quoi Abraham 
Zwartboi répondit que les Namaquas avaient seulement cherché un 
refuge pour leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'y resteraient pas et 
qu'ils allaient vers le nord rejoindre leur peuple ; que d'ailleiu^ ils dési- 
raient la paix. D y a en effet des tentatives faites de divers côtés pour 
amener la cessation des hostilités. Dès lors, le D' Hahn a jugé que les- 
blancs résidant à Wallfish Bay ne couraient aucun danger, et qu'une 
garnison coloniale n'était point nécessaire. 

D'après les renseignements de M. Bentley et du P. Augouard, Stan- 
ley a pu faire le trajet d'Isangila à Manyanga, sur le Congo, entière- 
ment par le fleuve, et aujourd'hui le servie^ entre ces deux pomts est fait 
par le Boyal, qui ne tire pas plus d'un mètre d'eau. Il est vrai que pour 
franchir les rapides, l'équipage doit sauter à terre et haler le vapeur au 
moyen d'un câble, et qu'aux basses eaux le service fluvial doit être 
interrompu. Sur presque toute la largeur du fleuve il y a des rochers, 
qui émergent et qui rendent la navigation extrêmement périlleuse. Au- 
dessus de la station de Manyanga, Stanley a dû faire une route de 
11 kilom. le long des cataractes de Ntombo Makata, au delà desquelles 
VEn Avant reprend la navigation sur une longueur de 20 kilom., avec 
de nouveaux rapides à passer, pour lesquels il faut faire la manœuvre in- 
diquée ci-dessus. Le terrain situé entre la rivière Mata et les cataractes 
de Ntombo Makata a été cédé par les nati& à l'expédition belge. Les 



— 191 — 

missionnaires baptistes se sont établis dans le voisinage ; ils peuvent de 
là atteindre facilement les villes de la rive droite du Congo, et en canot 
celles de la rive opposée. Beaucoup de marchands traversent de la rive 
gauche aux marchés de Manyanga et de Ntombo. M. Gillis, qui était 
rentré en Belgique, est reparti pour fonder un comptoir à Boma sur le 
Congo inférieur, et M. Yalcke, dont nous annoncions le retour dans 
notre dernier numéro, est reparti pour une des stations de Tintérieur. 
Pour le moment les stations de l'Association internationale sur le 
Congo sont au nombre de trois : Yivi, Isangila et Manyanga* ; Stanley a 
créé en outre un poste avancé entre Manyanga et Stanley-Pool; quant 
à ce dernier point, les chefe des Batékés, essentiellement belliqueux, 
semblent peu disposés à le laisser s^ii^taller chez eux. Lorsque le 
P. Augouard le visita, au mois d'août de Tannée derrière, il le trouva 
établi dans un bas-fond resserré entre le fleuve et une forêt épaisse, à 
deux kilomètres de tout village. Défense expresse avait été faite de lui 
vendre aucime nourriture. Les indigènes manifestèrent également des 
dispositions hostiles à Tégard des gens du P. Augouard, qu'ils voulaient 
renvoyer, disant n'avoir pas besoin d'eux. Un jour que le missionnaire 
s'entretenait avec Stanley, 12 Zanzibarites, qui étaient allés au loin poui* 
lui acheter des vivres, revinrent avec la sinistre nouvelle que les trois 
principaux chefe de Stanley-Pool avait décidé de faire mourir quiconque 
lui en vendrait, et tous les blancs qui ne seraient pas partis au bout de 
trois jours. Le P. Augouard se rendit en toute hâte chez le roi, qui le 
rassura en lui disant que lui. Français, n'avait rien à craindre. Dès lors 
le missionnaire est revenu à Landana, mais il se prépare à retourner à 
Stanley-Pool dès que les circonstances lui paraîtront favorables. Espé- 
rons que lorsque Savorgnan de Brazza s'y rendra de nouveau, il usera 
de son influence pour obtenir des chefs Batékés, que les explorateurs, 
les missionnaires et les commerçants puissent s'y établir, à quelque 
nationalité qu'ils appartiennent. 

Après avoir visité dans la saison sèche Okonriké, chef-lieu des 
Akoimakounas, sur le Cross Hiver, M. Edg^erley, de la mission des 
Presbytériens unis d'Ecosse, y a fait un nouveau voyage dans la saison 
des pluies, pour se rendre compte des conditions du pays en vue d'une 
extension de l'œuvre. Son examen a porté sur l'état de la rivière et sm* 
les habitudes des populations. De Creektown, il a remonté la rivière avec 
un bateau à seize rameurs prêté par le roi, jusqu'à Oumon, lieu de mar- 

* Voir la carte des itinéraires de Comber au Congo, II™« année, p. 208. 



— 1^2 — 

ché, au bord de Teau qui, par uoe crue de 4 mètres, avait envaU les 
rues, y répandant du limon, ce qui occasionnait des miasmes. La ville 
était remplie de gens vivant misérablement, dans des maisons qui se 
détériorent pendant la saison sèche où ils habitent dans leurs fermes, et 
qu'ils ne font pas réparer pour les deux mois qu'ils y passent chaque 
année. On y trouve une nombreuse population mêlée, qui vient trafiquer 
avec les gens du Calabar. De là M. Edgerley remonta jusqu'à Ana, si- 
tuée sur un sol un peu élevé et pierreux où la pluie s'écoule facilement, 
ce qui permet de maintenir la ville propre et salubre. Quoique la rivière 
eût monté de 5 mètres, l'eau n'atteignait pas les maisons. A Okouriké» 
où il s'arrêta, le bateau put passer sur la route même qu'il avait suivie 
dans la saison sèche. Les gens réparaient leurs maisons et faisaient des 
bateaux. La ville ne serait pas insalubre comme l'est Oumon. Pour 
entretenir les communications entre Creektown et Okouriké, il faudrait 
un petit steamer de 10 à 12 mètres de long, tirant peu d'eau pour la 
saison sèche, et fort contre le courant pour la saison des pluies. Ce 
serait une économie de temps, de force et d'argent. 

M. Troupel explore actuellement le Soudan, et a transmis à la Société 
de géographie d'Oran des renseignements détaillés sur son récent 
voyage à Ilopi au nord du Yoruba, visitée par Rohlfe en 1867. Située à 
80 kilom. au sud du Niger, sur un magnifique plateau, elle a environ 
100,000 habitants, et fait un commerce considérable avec le Bambara, 
le Bomou, le Haoussa et l'Adamaoua à l'est, avec les Achantis à l'ouest, 
et avec Lagos sur la côte. Le sol contient du marbre, du minerai de 
fer en grande abondance et à fleur de terre, et une pierre bleu clair, qui 
a la transparence du verre, à laquelle les noirs attachent beaucoup 
de valeur ; ils la nomment segni. Parmi les productions du sol : mais, 
millet, gomme, olives, dattes, arbre à beurre, M. Troupel signale spé- 
cialement une petite graine blanche, qui contient beaucoup d'huile et 
que les indigènes appellent méoi. Les bêtes de somme sont les bœufs en 
petit nombre et de petite taille, sauf le bœuf à bosse qui devient colossal, 
les chevaux, généralement petits, les mulets et les ânes, malingres par 
suite des fatigues et des mauvais traitements qu'on leur fait endurer, 
enfin les chameaux que l'on trouve encore à Ilori, mais qui ne descen- 
dent pas plus au sud. Les forêts sont rares ; il y a cependant des four- 
rés d'arbustes à indigo, que les noirs récoltent et emploient pour teindre 
leurs étoffes. La population se compose de Yorubas, anciens posses- 
seurs de la ville, de Foulanes, envahisseurs du Haoussa et, en 1870, 
conquérants de Ilori, dont Wè forcèrent les habitants, fétichistes, à 



— 193 — 

embrasser rislamisme sous peine d^être vendus comme esclaves, enfin 
de Haoussas devenus musulmans aussi par la force des armes. Presque 
tous ont des esclaves hommes et femmes, du prix moyen de 140 k 
150 fr. Les femmes Haoussas ont de chaque côté des tempes neuf raies, 
faites avec un couteau rougi au feu, et qui, passant sur les joues, vien- 
nent se joindre au coin de la bouche, tandis que les femmes Yorubas 
sont marquées sur les joues par trois traits verticaux, au-dessous des- 
quels sont tracées souvent trois ou six lignes horizontales. Les fenmies 
Haoussas chiquent la fleur du tabac, ce qui fait devenir leurs dents 
rouges, et même noires quand elles en font abus. Le commerce européen 
pourrait trouver là un marché avantageux, si les voies de conmiunica- 
tion étaient meilleures. Mais, de Lagos, il faut tout faire porter sur la 
tête des indigènes, qui emploient jusqu'à Dori 17 jours de marche, pai* 
des entiers où les ânes et les mulets ne peuvent passer chargés. 

La mission du Haut Sénég^al a éprouvé de grandes difficultés, par 
isuite de la baisse des eaux qui empêche la navigation au-dessus de 
Médine ; les chalands, qui transportaient le matériel de la colonne du 
commandant Borg^is Desbordes, n'ont pu remonter le fleuve qu'à 
grand' peine. Le 25 décembre un premier convoi de 178 Chinois est 
arrivé à Bakel pour les travaux de la voie ferrée, et s'est mis en route 
pour Eayes. Le lendemain le chef de l'expédition était à Bafoulabé. 
Kayes paraît situé trop haut sur le fleuve comme base d'opérations, les 
avisos ne pouvant remonter jusqu'à Bakel que cinq mois de l'année. 



NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

Sept brigades topographiques ont été constituées, pour la campagne de 1882, en 
vue de la carte de P Algérie. Elles opéreront dans les trois provinces simultanément. 

Le chemin de fer de Constantine à Batna sera inauguré au mois de mai pro- 
chain. Les études de la ligne de Batna à Biskra sont terminées; une nouvelle 
compagnie demande la concession de la voie ferrée de Biskra à Ouargla, et des 
ingénieurs en étudient le tracé. 

La Chambre des Députés a approuvé le projet de convention passé entre PÉtat 
et la compagnie de Bône-Guelma^ pour l'exécution d'un chemin de fer de Soukarras 
à Sidi-el-Hamessi, en vue de relier le réseau algérien à la Tunisie. 

Mgr Lavigerie, promoteur des missions d'Alger, a transféré à Malte le collège 
qu'il avait établi précédemment à Saint-Louis de Carthage, pour préparer à la 
faculté de médecine des nègres de l'Afrique équatoriale et du Soudan. 

Une dépêche de Tripoli aux journaux anglais annonce que 600 indigènes algé^ 



— 194 — 

riens, de la tribu des Chambas, se dirigent vers Gbadamès, pour demander la puni- 
tion des Touaregs qui ont assassiné les missionnaires et maltraité les Chambas. 

La Société d'exploration commerciale de Milan a envoyé, à la fin de février, à 
Derna, M. Grabaglio, comme auxiliaire de M. Mamoli dans cette station; il sera 
spécialement chargé des observations météorologiques, ainsi que des levés topo- 
graphiques et hydrographiques. ' 

Le conseil des ministres, au Caire, a décidé en principe l'abolition complète d& 
l'esclavage en Egypte. Abdelkader pacha a été nommé gouverneur du Soudan. Une 
administration spéciale du Soudan a été créée au Caire, avec mission de préparer 
le budget de cette province et de réorganiser le service militaire en vue du main- 
tien de l'ordre, surtout sur la frontière abyssinienne; il devra prendre des mesures 
pour la suppression complète de la traite. 

D'après le Standardy des études seraient faites dans le dessein de fortifier les 
extrémités du canal de Suez. 

. Des ambassadeurs d'Abyssinie sont attendus au Caire pour régler la question 
des frontières, et chercher à obtenir que des consuls des deux pays soient établis 
en Egypte et en Abyssinie. 

M. W.-F. Miéville a été nommé consul anglais à Ehartoum. 

M. Mundo, explorateur italien, visite les tribus Changallas^ au N.-E. de Fadasi^ 
entre le Jabous et Didésa. 

Le bruit de la mort du capitaine Casati s'étant répandu en Europe, le Bulletin 
de la Société italienne de géographie annonce que, d'après une correspondance de 
Khartoum, le voyageur était encore il y a quatre mois à Gorgouro, dans le Mom- 
bouttou. 

Une expédition abyssinienne a pénétré jusqu'à Saka dans l'Ënaréa, et Saka 
doit maintenant payer à l' Abyssinie un tribut annuel de 100 jeunes gens des deux 
sexes, 50 peaux de léopards, 6 pièces de cotonnade, 50 épées et 50 esclaves noirs. 
Dschima-Bachifa, les Nounou-Gallas et les Liben-Gallas ont également été placés 
sous le joug abyssin; le roi des Légas craint beaucoup d'être aussi subjugué. 
Toutes les tribus gallas de l'ouest sont en guerre les ungs contre les autres. 

Le Moming-Post annonce que les longues négociations entre le gouvernement 
italien et celui de l'Angleterre, concernant l'établissement d'une station navale 
marchande italienne à Assab, ont abouti à une convention, qui servira de base à 
un modtis vivendi entre l'autorité italienne d' Assab et l'autorité anglaise d'Aden. 
Le gouvernement britannique reconnaît le protectorat italien sur le sultan de 
Beilul. Les négociations se poursuivent à Constantinople et au Caire pour obtenir^ 
de la part de la Turquie et de l'Egypte, la ratification de cette convention. 

D'après « l'Exploration, » les Français fondent une colonie sur le territoire 
d'Ibnih, acheté à un chef africain, à 3 jours de distance d' Assab. 

La maison de M. Bienenfeld, consul d'Italie à Aden, organise une expédition 
commerciale au Choa et au pays des Gallas, sous la direction de M. Labatut, qui & 
déjà fait trois voyages au Choa, et de M. Abiatre, agent de la susdite maison à 
Zeila et à Bulhar sur la côte des Somalis. 



— 195 — 

Mgr Tanrîn Cahagne, vicaire apostolique des Gallas, a fait, de Harrar, une 
excarsion chez les Gallas, et y fondera une station autour de laquelle il espèrq 
grouper une colonie chrétienne. 

Pour la répression de la traite sur les côtes du Zanguebar, le gouTemement 
anglais a acquis VHarrier et VUndinej deux des meilleurs yachts de la flotte de 
plaisance an^aise, qui sont partis pour leur destination. 

M. J. Thomson semble avoir renoncé à explorer la partie du continent entre la 
côte et le Kilimandjaro. Il s'est embarqué à Zanzibar pour revenir en Angleterre. 

M. Euss, ingénieur des mines, a envoyé à la Société de géographie de Paris un 
rapport sur le voyage au Zambèze de la mission que dirigeait M. Palva d'Andrada; 
à ce rapport est jointe une carte, le résultat le plus important du voyage. 

La Société royale de géographie de Londres a reçu de M. O'Neill, consul 
anglais à Mozambique, le rapport sur le voyage à l'intérieur dont nous parlions 
dans notre dernier numéro ; avec la carte qui l'accompagne, ce rapport sgoute 
beaucoup à nos connaissances de cette partie de l'Afrique. Le pic que les indi- 
gènes lui ont dit être toujours couvert de neige s'appelle Namuli. 

Le gouverneur d'Inhambané, M. Schwalbach, a fait, en août dé l'année dernière, 
une expédition au lac Nharrimé, et fourni de nouveaux renseignements sur la 
région au sud du pays de Gasa; elle parait bonne pour la colonisation. 

Après avoir travaillé avec un zèle infatigable à recueillir les ressources néces- 
saires à l'établissement d'une nouvelle mission, M. Coillard repartira avec sa 
femme, au mois de mai prochain, pour aller fonder une station entre le Zambèze 
et le lac Bangouéolo. 

Après avoir parcouru Madagascar et les Comores et avoir obtenu du sultan 
d'Anjouan, capitale de ces dernières, une importante concession commerciale, 
M. Giovanni Succi est revenu en Italie, en vue de former une compagnie qui, pro- 
fitant de la dite concession, s'occuperait de l'échange des produits commerciaux 
entre l'Italie et les côfes orientales de l'Afrique et les îles adjacentes. 

M. P. Adam, de l'île Maurice, se propose de relier cette île avec celle de la 
Réunion par la télégraphie optique, ce qui permettra, en attendant le câble sous- 
marin^ de recevoir à la Eéunion l'annonce des cyclones par les signaux de Maurice. 

D'après une lettre de Capetown, la maison Erickson et C*'', d'Omarourou, a été 
informée que M. H. Dufour a été assassiné près de Benguéla, et que les autorités 
portugaises ont puni les indigènes soupçonnés d'être les meurtriers ; les chevaux 
et l'argent de M. Dufour ont pu leur être repris et remis à l'agent consulaire de 
France à Loanda. 

Un naturaliste français, M. L. Petit, qui a déjà fait des explorations dans les 
parages du Congo, principalement à l'est de Landana, est reparti pour la même 
station, d'où il se propose de s'avancer dans les montagnes du Caaka, pour étudier 
les cours d'eau qui en descendent. 

L'importance des intérêts français en Afrique a amené la fondation d'une société 
qm, sons le nom de « Compagnie coloniale de l'Afrique française^ » approfondira 
les questions coloniales et soutiendra les colons de race française. Une section 



— 196 — 

xpurement scientifique et géographique fera faire des voyages d'exploration. 
M. C. Laroche, président de la Société, nous informe qu'un des membres de celle-ci, 
M. G.- A. Blom, est parti le 9 mars, envoyé en mission au Gabon, emportant, sur 
un voilier frété par PÉtat, les matériaux nécessaires à la construction d'une 
église et d'un pont. 

La Church missionary Society crée à Lokodja, près du confluent du Niger et du 
Bénoué, une école pour apprendre aux instituteurs indigènes la langue anglaise, et 
la langue iho parlée le long du Niger inférieur. 

A l'imitation des missions médicales qui existent en Angleterre et en Amérique, 
la Société des missions de B&le a l'intention d'établir dans ses divers champs de 
travail, en commençant par l'Afrique, des hôpitaux et dispensaires médicaux. A 
cet effet, un de ses élèves étudie la médecine à l'université de Bâle; un autre 
jeune homme, licencié en théologie de l'université de Tubingen, y étudie les 
sciences médicales pour se mettre ensuite au service de la mission bàloise. 

Le roi du Dahomey fait de grands préparatifs pour attaquer Ischin et d'autres 
villes du Yoruba. 

Sir Samuel Rowe, gouverneur de la Côte d'or, a informé le gouvernement 
anglais que, d'après l'enquête à laquelle il s'est livré, il n'est pas vrai que le roi 
des Achantis ait récemment ordonné le massacre de 200 jeunes filles, pour mêler 
leur sang à la construction d'un nouveau palais. La dépêche ajoute qu'un tel mas- 
sacre ne serait plus possible, le roi des Achantis n'ayant plus d'esclaves. Le projet 
seul d'un tel massacre suffirait pour soulever tout le peuple de Coumassie. 

Deux nouvelles compagnies minières : la Swaney estâtes and gold mining Com- 
pany, et la Wa^aw {Gold Coast) mining Company ont été créées pour l'exploita- 
tion de l'or. La première aura en outre des plantations de café, de thé, de quin- 
quina et autres produits. 

M. Barham, arpenteur de mérite, a été chargé des études préparatoires pour la 
construction d'un chemin de fer, du littoral de la Côte d'or à la région minière de 
Wassaw. Le pays à traverser est riche en métaux précieux, en huile de palme et 
en caoutchouc. 

M. Musy, compagnon de M. Bonnat dans ses explorations du Yolta et du pays 
des Achantis, a succombé aux suites de fièvres pernicieuses. 

La route de Grand Bassa à l'intérieur est devenue, depuis le commencement de 
novembre, impraticable pour le commerce, des natifs arrêtant tout trafic. 

Dans un conflit entre des chefs Timnehs et l'almany Bochary, chef Sousou, les 
premiers ont détruit par le feu la ville de Fouricarial, dans le voisinage de Malle- 
cory, et pillé les établissements français et anglais qui s'y trouvaient. L'absence de 
plusieurs chefs et employés des factoreries fait craindre qu'ils n'aient été assassinés. 

Le roi de la rivière Rio-Pungo, dont l'embouchure appartient à la France, a 
déchiré, en présence du résident français, le traité conclu avec la France, sous 
prétexte que les commerçants avaient diminué les prix d'achat des produits indi- 
gènes. Les pirogues, qui apportaient ces produits du haut de la rivière, sont arrê- 
tées au passage. Toutes les factoreries sont fermées. 



— 197 — 

Une compagnie au capital de 150,000 liv. sterl. a été créée, sous le nom de 
River Gambia Trading Company, pour développer le commerce par la Gambie, 
qui est navigable sur une longueur de 640 kilomètres. 

La mission envoyée par le ministre de la marine au Sénégal et composée de 
MM. Joubert, inspecteur en chef, et Waltfaer, inspecteur adjoint du service de 
santé, est revenue à Pariç le 24 février, ainsi que le délégué envoyé par 
M. Pasteur au Sénégal pour y étudier la fièvre jaune. La garnison de Saint-Louis 
a été changée, et le département de la marine a pris des mesures pour que les 
troupes fussent installées le plus sainement possible; en attendant que les locaux 
qui doivent servir à leur casernement fussent entièrement refaits en pierre, brique 
et fer, il a fait édifier des baraquements confortables dans des sites aérés. 



VOYAGE DE MATTEUCCI ET DE MASSARI, DE LA MER ROUGE 

AU GOLFE DE GUINÉE' 

Les voyageurs italiens eu Afrique semblent devoir, dans la seconde 
moitié de notre siècle, faire remonter leur patrie au rang illustre où 
l'avaient élevée ses explorateurs, à la fin du moyen âge et au commen- 
cement de l'époque moderne. Sans doute beaucoup d'entre eux succom- 
bent dans leurs efforts pour ouvilr le continent mystérieux et le mettre 
en relation avec la mère patrie : Ghiarini, Matteucci, Gessi, Piaggia, 
pour ne pai'ler que des deuils les plus récents ; mais beaucoup sont 
encore à l'œuvre : Antinori, Antonelli, sans oublier Savorgnan de Brazza, 
qui, s'il travaille poui' la France plus spécialement, n'en est pas moins 
italien de naissance ; d'auti'es sont revenus en Italie poui* rieprendre des 
forces en vue de nouvelles explorations : Cecchi, Blanchi, Camperio, etc. 
Nous avons précédemment annonce le succès de l'expédition de Mat- 
teucci, douloureusement acheté par la mort de son chef. Aujourd'hui 
nous voulons la suivre à travers tout le continent, de Souakim aux bou- 
ches du Niger, d'après le rapport qu'en a présenté à la Société de géo- 
graphie de Rome le lieutenant Massari, compagnon de Matteucci. 

Ce fut au retour d'un voyage en Abyssinie, que le D' Pellegrino Mat- 
teucci conçut le projet d'une exploration destinée à ouvrir à l'Italie la 
route de Tripoli au Ouadaï. Attribuant aux riches bagages de Rohlfe 
l'insuccès de la tentative de ce dernier, dépouillé dans l'oasis de Kou- 
fera, il proposa à une maison de commerce de Tripoli, en relation avec 
le sultan du Ouadaï, de se joindre à une caravane, et de se présenter 
au sultan susmentionné comme employé de cette maison . 

* Voir la carte qui accompagne cette livraiflon. 



— 1Ô8 — 

Sur ces entrefaites, le prince Don Giovanni Borghèse résolut de s'as- 
socier à l'expédition et d'en prendre les frais à sa charge. Alors, pour 
éviter les dangers que présentait la route du nord, on décida de tenter 
de pénétrer dans le Ouadaï par l'est, en traversant les possessions 
égyptiennes. Matteucci demanda au ministère de la marine qu'un offi- 
cier pût l'accompagner ; le lieutenant Massari fut désigné et pourvu des 
instruments indispensables pour faire les observations scientifiques. 

Du Caire, où l'expédition se trouva réunie au commencement de 
février 1880, les trois voyageurs, auxquels s'était joint le frère du 
prince Borghèse, Don Camillo, se rendirent par Souakim h Korosko sur 
le Nil, et de là à Khartoum où Don Camillo Borghèse les quitta pour 
revenir en Italie, et où conmience, à proprement parler, l'expédition 
dont nous voulons rendre compte. Signalons cependant en passant les 
plantations du cheik Ahmed, chef du désert de Korosko, qui a su créer 
là un véritable jardin, dans lequel il a réuni quantité d'arbres et de 
plantes de diiférentes espèces, et où se trouvent des bosquets de citron- 
niers et des bois de palmiers ; notons aussi, dans la navigation de Berber 
à Khartoum, les moulins à eau établis le long du Nil ; des bœufis les 
font mouvoir pour arroser les champs et leur faire produire deux 
récoltes par an. 

Les progrès, réalisés à Khartoum depuis quelques années, rendront 
plus facile à l'avenir l'approvisionnement des explorateurs, qui choisiront 
cette ville comme point de départ de leurs expéditions dans l'Afrique 
centrale. Les nombreux Européens qui y sont établis y ont apporté une 
très grande quantité d'objets nécessaires aux voyages à l'intérieur : 
étoffes, vêtements, ustensiles pour l'usage domestique, provisions ali- 
mentaires, en sorte que les voyageurs feront mieux de les acheter là, 
que de les apporter d'Europe. Les frais jusqu'à Khartoum seront consi- 
dérablement diminués. 

De cette ville, l'expédition traversa, avec la caravane qu'elle y avait 
formée, le Nil, dont elle suivit la rive gauche jusqu'au gros vOlage 
d'Abou Guérad, d'où elle prit une direction S.-O. vers Coursi, au nord 
d'El-Obéid, capitale du Kordofan. Le long du Nil le sol est plat, puis 
il devient onduleux, et dans le voisinage d'El-Obéid se trouvent quelques 
montagnes. Le terrain est sablonneux : la végétation consiste en acacias 
épineux, çà et là si touffus qu'en peu de temps on en a les vêtements, le 
visage et les mains déchirés. En approchant d'El-Obéid on remarque 
les premiers baobabs ; c'est en effet la limite septentrionale de ces 
immenses représentants du règne végétal afiicain. A part les environs 



— 199 — 

de Coursi, le pays traversé jusque là est peu peuplé. El-Obéid a, d'après 
Massari, de 30 à 40,000 habitants, mais risque de voir sa population 
diminuer beaucoup, par suite du manque d'eau qui augmente d'année 
en année. Tandis qu'il y a six ou sept ans on trouvait encore l'eau à 
une petite profondeur, aujourd'hui on ne la trouve que dans les puits de 
20" à 25"; encore n'y en a-t-il que deux ou trois bons, et l'eau doit- 
elle se vendre au marché. Le gouvernement égyptien, qui prélève de 
très fortes taxes sur les habitants, ne s'inquiète pas d'améliorer cet état 
de q|ioses si préjudiciable à la population. 

Tout autre est l'état d'Abou-Harras, oîi l'eau abonde ^t où l'on 
amène, pour les y abreuver, des milliers de bestiaux. En revanche, entre 
Abou-Harras et Fogio, le sol est tout à fait sablonneux ; en outre, le 
terrain un peu élevé ne retient pas l'eau des pluies, qui s'écoule vers des 
points situés plus bas. Cependant les habitants n'y manquent pas d'eau, 
ils s'abreuvent, eux et leurs bestiaux, en partie avec le suc des melons, 
en partie avec l'eau qu'ils recueillent, pendant la saison des pluies, dans 
les réservoirs pratiqués dans les troncs des énormes baobabs, dont on 
trouve de vastes forêts dans cette région. 

Le passage des caravanes et des soldats n'en est pas moins pour les 
habitants une source de diflScultés. Le Darfour a eu d'ailleurs beaucoup à 
souffiîr de la guerre que lui a faite l'Egypte pour se l'annexer. C'est à 
peine si El-Fascher, sa capitale, où les voyageurs arrivèrent au commen- 
cement de mai, se relève de ses ruines. D s'y formait autrefois des cara- 
vanes de 10,000 personnes, qui allaient faire la chasse à l'honmie dans le 
Dar-Fertit, au sud. Aujourd'hui ces expéditions ont cessé, maisles explo- 
rateurs italiens n'en ont pas moins trouvé à El-Fascher et à des centaines 
de kilomètres au delà, quantité de^Darfouriens, réduits en esclavage par 
les troupes qui devaient leur apporter la civilisation ; à El-Fascher, on 
peut avoir un beau garçon pour 40 à 50 francs. Kobé, un peu à l'ouest 
de l'ancienne capitale du Darfoui*, naguère florissante par son industrie 
et son commerce, est aujourd'hui en ruines ; Kab-Kabia, détruite aussi 
par la guen'e, était en reconstruction lors du passage de l'expédition 
italienne, qui dut s'y arrêter pour se pourvoir de nouveaux serviteurs et 
de chameaux, ce en quoi l'appui du gouverneur égyptien, passionné 
pour les Européens, lui fut d'un grand secours. De là à Abou-Gheren, 
aux contins des possessions égyptiennes, le pays continue à être mon- 
tueux, l'eau est plus abondante, le terrain moins sablonneux, la végé- 
tation plus vigom*euse. Les seuls habitants de ce pays frontière sont les 
soldats, dont les cabanes sont construites autoui* d'une forteresse, ayant 



— 200 — 

poui* toute protection un fossé que l'on pourrait franchir d'un bond, et 
une clôture d'épines sèches qu'une allumette détruirait en un instant. 
Cependant la position en est bonne, établie qu'elle est sur le bord élevé 
d'un torrent, de manière à commander la rive opposée. 

D'Abou-Gheren, deux routes conduisent à Abêchr, capitale du 
Ouadaï, l'une courte et directe par Tineat (celle de Nachtigal), l'autre 
plus longue, à travers le petit royaume de Tama, tributaire de l'Egypte. 
Espérant trouver plus facilement dans le Dar-Tama un messager à 
envoyer au sultan du Ouadaï, pour lui demander l'autorisation d'entrer 
dans ses états, Matteucci choisit la dernière route, et, à peine arrivé à 
Abou-Gheren, il pria le commandant du lieu de demander au roi de 
Tama un guide pour l'accompagner. Desservi par ce fonctionnaire, 
musulman fanatique, il dut retourner à El-Fascher et réclamer, par 
télégramme, l'intervention du gouverneur général du Soudan, qui donna 
l'ordre de fournir une escorte militaire aux voyageurs italiens et fit pré- 
venir le roi qu'il eût à les bien recevoir. Le roi leur envoya son fils, qui 
vint les prendre pour les conduire à Gneri, capitale du Dar-Tama. 

Pendant le séjour de l'expédition à Abou-Gheren, le lieutenant Mas- 
sari profita de tous les moments où le ciel était débarrassé de nuages, 
pour faire des observations astronomiques et météorologiques, sans 
penser d'abord qu'elles pussent avoir pour effet de le faire passer pour 
sorcier. Malheureusement la saison des pluies était en retard, les 
semailles n'avaient pu se faire, et le pays était menacé d'une famine. 
Aussi attribua-t-on bientôt h l'observateur le retard des pluies ; il eut 
beau dire au commandant que, n'étant pas plus grand qu'Allah, il ne 
pouvait pas faire à volonté le beau ou le mauvais temps, l'oflBcier ne lui 
en demanda pas moins un matin de ne plus empêcher la pluie de tomber. 
Dès lors, il dut se garder de faire ses observations devant témoins. 

Le 5 septembre 1880, après 64 jours d'aiTêt à Abou-Gheren, l'expédi- 
tion se remit en marche sous la direction d'Hidris, fils du roi de Tama, 
dont le territoire, voisin de TÉgypte, est très pauvre, les habitants étant 
obligés de payer au gouvernement du khédive des taxes exorbitantes. 
Ils récoltaient alors une petite céréale qui croît en abondance dans ce 
pays , assaillaient et détiniisaient les fourmilières pour y prendre le pftu 
de blé qui y est conservé, et faisaient la chasse aux sauterelles, pour les 
rôtir et en apprêter un mets qu'ils trouvent délicat. La population de 
Gneri reçut les voyageurs avec de grandes démonstrations de joie : coups 
de fusil, musique, cavalcades, et les accompagna au petit campement 
préparé poui* eux : six cabanes entourées de haies. Deux jours après 



— 201 — 

leur arrivée fls eurent une audience du roi qui, selon la coutume, 
demeura séparé d'eux par un rideau, mais leur témoigna le plaisir qu'il 
avait k les voir en le faisant tenir soulevé tout le temps de l'audience. 
Après la récitation du premier chapitre du Coran, il s'adressa, dans la 
langue du pays, à quelques-uns de ses gens qui lui tournaient le dos et 
qui répétèrent aux voyageurs ses paroles en arabe. D demanda à ceux-ci 
des nouvelles de leur roi, de leurs parents, de leurs amis, de tous les 
chrétiens ; Matteucci répondit que tous se portaient bien et le révéraient. 
D leur demanda ensuite ce qu'ils désiraient de lui, et, sur leur prière, 
adjoignit à une lettre pour le sultan du Ouadaï, dans laquelle étaient 
exposées leurs intentions pacifiques, une missive conseillant à ce souve- 
rain de les bien accueillir, vu qu'ils n'étaient pas des Turcs (c'est-à-dire 
des Égyptiens), mais des chrétiens animés de bons sentiments. Il chargea 
un de ses gendres de porter les deux lettres. Matteucci lui offrit quel- 
ques présents qui parurent le satisfaire, aussi donna-t-il en retour aux 
voyageurs de beaux et bons chameaux, des bœufe, des vaches, des chè- 
vres, du blé, du beurre, du miel et du seP. Ce petit royaume, situé dans 
les montagnes les plus hautes de cette partie de l'Afrique, est assez peu- 
plé. Aussi longtemps qu'il fut indépendant, il était riche en esclaves et en 
ivoire ; mais aujourd'hui qu'il est tributaire de l'Egypte, ces deux objets 
de trafic font défaut; la traite est prohibée, et le gouvernement du khé- 
dive s'est attribué la propriété exclusive de l'ivoire. Dès lors, le com- 
merce est presque nul ; les chameaux et les bœufs de bonne race y abon- 
dent, mais sont à vil prix ; le sel manque absolument, et le peu qui en 
arrive du Zaghana au nord-est est bientôt acheté par les plus riches ; la 
grande majorité des habitants le remplace par l'eau de cendres bouillies, 
dont ils assaisonnent leurs aliments. Comme monnaie, on se sert de 
cotonnades et de perles de Venise, très petites et blanches, qui se ven- 
dent par rouleaux. Devant des supérieurs, les subordonnés s'agenouillent, 
et pour les saluer ils battent des mains à l'unisson, d'abord fort et len- 
tement, puis plus doucement et plus vite. 

La réponse du sultan de Ouadaï n'arrivant pas, et les explorateur^ 
commençant à douter du succès de leur entreprise, le prince Borghèse 
renonça k pousser plus avant et revint en Europe par la voie du Nil, 
rapportant l'itinérafa^ de la première partie du voyage et le journal de 
l'expédition. Restés seuls, Matteucci et Massari obtinrent enfin, à force 
de patience et de prudence, l'autorisation d'entrer dans le Ouadaï oh, 
depuis Nachtigal, aucun Européen n'avait pénétré. Ils franchirent en 
cinq jours la distance de Gneri à Abêchi\ traversant des campagnes 



— 202 — 

fertiles mais dépeuplées, dont les villages, entourés d'une haute palis- 
sade en osier, semblaient abandonnés. Par crainte des égyptiens, le 
Ouadal a fermé ses voies de communication avec l'Orient, et n'entretient 
de relations commerciales qu'avec Bengasi, par Koufara, au nord, et 
le Baghirmi et le Bomou à l'ouest. Pendant les premiers jour» qui sui- 
virent leur arrivée, les voyageurs furent traités avec beaucoup de cir- 
conspection. Lorsqu'ils furent conduits à la maison du roi, celui-ci ne 
se laissa point voir, et, de l'intérieur d'une tente qu'il avait fait dresser 
dans la cour et dans laquelle il se dérobait aux regards, il leur adressa 
les demandes accoutumées, après quoi il leur dit qu'ils étaient libres de 
partir quand ils le voudraient et de se diriger où il leur plairait. 

Trois routes s'oflFraient à eux pour sortir du pays : I* celle par laquelle 
ils étaient venus, et à laquelle ils renoncèrent pour ne pas refaire le 
même chemin et ne pas éveiller des soupçons ; ^ celle qui conduit direc- 
tement au nord à travers le Sahara; mais pour la prendre ils auraient 
dû attendre 4 ou 5 mois, afin de se joindre à la caravane annuelle qui, 
après avoir apporté au Ouadaï les marchandises européeniies : étoffea, 
armes et quincaillerie, en remporte des plumes d'autruche et des dents 
d'éléphants; S"" celle de l'ouest qui mène à Koukat d'oii il est plus facile 
de revenir en Europe. Ce fut celle qu'ils choisirent, et, sans prolonger 
leur séjour à Abèchr, ni revoir le roi, ils partirent le 7 novembre, 
regrettant peu cette ville, semblable à toutes les villes un peu civilisées 
de l'Afrique, dont les habitants, quoique musulmans, s'enivrent facile- 
ment, sont querelleurs, enclins à se servir du couteau qu'ils ont toujours 
au bras, et dont l'industrie est très peu développée. La seule chose que 
l'on y fasse vraiment bien ce sont les couteaux, avec leurs gatnes, mais 
le coton se file et se tisse très mal, et les vases qui servent conmie usten- 
siles de cuisine laissent beaucoup à désirer. 

A une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Abèchr sont les der- 
nières collines, au delà desquelles on entre dans la vaste plaine qui 
s'étend jusqu'à Kano, à environ 1400 kilomètres à l'ouest. L'expédition 
ne tarda pas à rencontrer le Batha qui va se verser dans les lagunes de 
Fitri, et qui, comme tous les cours d'eau de cette région, est à sec pen- 
dant la saison chaude. Toutefois, si l'on creuse dans son Ut, on trouve 
toujours de l'eau à une faible profondeur. Les Arabes y stationnent 
pendant la saison sèche ; les lions et les léopards pendant la saison des 
pluies. Le Batha fertilise le pays ; le long de ses rives s'étendent des 
forêts d'arbres gigantesques, à travers le feuillage desquels les rayons 
du soleil ont de la peine à pénétrer ; il y a aussi des pahniers doum^ pro- 



— 203"— 

duîsant un fruit dout Técorce est douce et savoureuse ; aussi les habi- 
tants s'en servent-ils en guise de sucre. 

A environ 300 kilomètres d'Abêchr, on enti-e dans le petit état 
de Midogo, dépendant du Ouadal, et entourant une montagne de 600*" 
au-dessus de la plaine. Sur la pente méridionale se trouve la capitale, 
Midogo, dont les habitants vont chercher Teau à des sources fraîches et 
cristallines qui jaillissent entre d'énormes pierres, et qu'ils atteignent 
en sautant avec une agilité surprenante de roche en roche, leurs ampho- 
res sur la tète. Une quantité de gros singes se tiennent pendant le jour 
assis sur les rochers, regardant ce fourmillement de femmes, d'enfants 
et d'esclaves qui montent et descendent ; la nuit ils entrent dans les 
habitations pour dérober tout ce qu'ils trouvent de mangeable. 

De Midogo, l'expédition eut à traverser le royaume de Boulala, aussi 
dépendant du Ouadal, mais dont le sultan est tenu pour plus noble que 
celui d'Abêchr lui-même. La capitale en est Yaoua, située sur les bords 
de la lagune de Fitri, où les voyageurs ne s'arrêtèrent pas, le voisinage 
de l'eau attirant une quantité énorme de mouches nuisibles aux bêtes et 
surtout aux chameaux. Le sol est imprégné dTiumidité, et si fertile qu'il 
produit detix récoltes^ par an. Le. pays est riche en antilopes et en 
gazelles, mais le bcefuf y est presque inconnu et la brebis y est rare ; les 
habitants se nourrissent presque exclusivement de polenta, assaisonnée 
de feuilles sèches broyées et bouillies, et d'une bière fabriquée avec de 
la farine de froment. Us sont plus industrieux que ceux du Ouadaï pro- 
prement dit; on voit plus de gens occupés à filer et à tisser; les huttes 
sont aussi en "paille, mais mieux finies et mieux garanties contre la 
pluie et les insectes ; la poterie est plus perfectionnée. Au delà de Yaoua, 
le pays est plat et dépeuplé, mais en entrant dans le Baghiimi on 
retrouve de nombreuses collines, au pied de chacune desquelles se trouve 
un petit village. On passe bientôt sur les bords du Bahr-el-Ghazal, émis- 
sah-e du lac Tchad, dont les eaux se perdent dans le désert vers le nord. 
La végétation devient admirable, et la faune est extrêmement riche : 
oies, canards, échassiers, autruches, singes, antilopes, bœufe sauvages, 
rhinocéros, sangliers, hippopotames, girafes, lions, etc. On commence 
aussi àr rencontrer de magnifiques chevaux, amenés des confins du désert 
par les Arabes. Parmi ceux-ci on voit beaucoup d'hommes complè- 
tement noirs, mais aussi des types parfaits de la race. Ds vivent de 
rélève du bétail, s'occupent à peine d'agriculture, et se nourrissent 
presque exclusivement de lait caillé et de viande. Accompagnés par les 
che& de ces Arabes, Matteucci et Massari atteignirent enfin les rives du 



— 204 — 

■ 

Chari, le premier vrai fleuve qu'ils eussent rencontré depuis qu'ils 
avaient quitté les bords du Nil. Ils débouchèrent d'une forêt touffue 
juste vis-à-vis de la ville de Ghilféi, et leur étonnement fut gi'and en 
apercevant, de l'autre côté du fleuve, une ville bien bâtie, tout entourée 
de hauts murs, au-dessus desquels apparaissait la paitie supérieure des 
maisons ; il augmenta à la vue des habitants, habillés beaucoup mieux et 
plus proprement que ceux qu'ils avaient vus jusque-là; leurs vêtements 
faits de cotonnades européennes de couleur, à rayures ou à fleurs, cou- 
vrent tout le corps. Beaucoup d'hommes étaient occupés à teindre en 
bleu les étoffes du pays ; un plus grand nombre encore filaient le coton, 
le tissaient en bandes larges de 5 centimètres, ou cousaient ces dernières 
pour en faire de grandes robes. Un marché très fréquenté et bien fourni 
se tenait à l'une des portes ; il y venait de loin des gens pour vendre ou 
acheter. Comme au Ouadaï, on se sert, pour les petites dépenses, de 
parfums en guise de monnaie ; mais au Bornou, acheter est chose facile, 
tandis qu'au Ouadaï il est rare de trouver quelqu'un qui veuille vous 
vendre un peu de lait ou de blé, ou un poulet. 

Au delà du Chari, on n'a pas l'habitude de donner la nourriture aux 
voyageurs étrangers, ni de les loger; en revanche, pour une petite dose 
de parfum ils achètent ce qui leur est nécessaire. Jusqu'à Kouka, la route 
longe le lac à travers de belles forêts, coupées par trois cours d'eau 
difficiles à traverser avec des bêtes et des bagages, vu la pauvreté des 
moyens de transport. L'on rencontre beaucoup de villes entourées de 
murs; chacune d'elles a, à un jour fixe de la semaine, un grand mai*ché 
auquel se rendent les gens des districts voisins, en sorte que l'on voyage 
souvent en nombreuse compagnie. La ville de Kouka, fondée par le père 
du sultan actuel du Bornou, le cheik Omar, est divisée en deux par- 
ties : l'une à l'ouest où siégeait le souverain défunt, l'autre à l'est où 
réside le chef actuel. Elle compte environ 40,000 habitants. Il s'y tient 
chaque jour, à l'intérieur des murs, un marché fréquenté par 4000 per- 
sonnes environ, et le lundi, hors des murs, un grand marché où accou- 
rent au moins 30,000 personnes. Ces marchés fournissent la ville du 
nécessaire, et quand, pour une cause extérieure, une révolte ou une 
guerre, les marchands ne viennent pas, la capitale souf&*e de la famine. 
Les hommes ont la passion des vêtements, ils en portent jusqu'à 10 et 
même 12, de couleiu^ variées, et ressemblent à de vastes cloches. Les 
femmes passent des heures entières, un petit miroir à la main^ à se frotter 
les dents avec les fleurs fraîches du tabac, pour se les.teindre en rouge 
foncé et en noir. Tous les nègres, du Bornou au Niger, ont la passion du 



— 205 — 

gowrou, espèce de châtaigne rouge qui, mâchée, laisse dans la bouche 
une saveur agréable. La monnaie courante est le talari de Marie-Thé- 
rèse, valant environ 6 fr. 26 cent. ; cependant pour les petites dépenses 
on se sert de coquilles ; c'est ici qu'on conunence à les rencontrer. 

Lé Bornou est riche en chevaux de grande race, mais il est difficile 
d'en trouver qui résistent à la fatigue. Pour leur donner des formes 
arrondies^n les nourrit de son, dont on fait une pâte avec de l'eau et 
du sel, puis on en forme des boulettes, dont on introduit 70 ou 80 par 
jour dans la bouche du cheval. A la première fatigue la graisse dispa- 
raît, l'animal ne peut plus manger l'avoine sèche et s'aflFaiblit de jour 
en jour. Les bœufs et les chameaux de Kouka sont bons ; on peut avoh* 
un bœuf pour 200 fr., un chameau pour 50 fr., un cheval pour 300 fr. 

De Kouka à Tripoli la route la plus courte passe par le Kauar et 
Mourzouk ; on peut la parcourir en 3 mois ; l'eau n'y manque jamais plus 
de 3 jours. Matteucci et Massari l'auraient prise pour le retour, si la 
tribu des Ouêlad Slimans, au nord du lac Tchad, n'eût pas, peu aupa- 
ravant, dépouillé toutes les caravanes qui passaient par là. L'autre 
route pour Tripoli passe à Sinder, à l'ouest de Kouka, et remonte vers 
la Méditerranée par Asben et Rhat, mais elle est plus longue, et en cer- 
tains endroits on doit voyager pendant sept jours sans rencontrer de 
puits. Ls y renoncèrent également pour revenir par Kano et le Niger. ^ 

Quand on entre sur le territoire de Kano, un des états haoussas gou- 
vernés par le sultan de Sokoto, on est émerveillé de voir combien la 
culture et la population augmentent. Contrairement à ce que les voya- 
geurs avaient vu dans la partie de l'Afrique qu'ils venaient de traverser, 
les champs se succédaient sans interruption ; plus de terres incultes, plus 
d'espaces déserts. Les jardins contiennent beaucoup de plantes d'indigo, 
de tabac, des ognons, des patates douces ou des tomates. L'on rencon- 
tre aussi beaucoup de baobabs , au pied desquels croissent d'autres 
arbres moins grands, dont le feuillage se mêle aux rameaux dépouillés 
de ces arbres géants. Sur la route, c'est un va-et-vient continuel de gens 
affairés qui se rendent à tel ou tel marché, leur corbeille de marchandise 
sur la tête ; une quantité de femmes se tiennent assises au bord du che- 
min, offrant aux passants de l'eau à boire ou des aliments à acheter pour 
quelques coquillages. 

A mesure que l'on approche de Kano, le mouvement augmente. La 
ville est située dans une plaine et entourée d'un haut mur, de l'enceinte 
duquel on voit surgir deux collines. pierreuses et les têtes d'un nombre 
infini de dattiers gigantesques et d'autres arbres. L'intérieur n'est pas 



— 206 — 

entièrement rempli par les miaisons ; celles-ci ne couvrent que la sixième 
partie du terrain, le reste est occupé par des plantations ou par de lar- 
ges fdssés, qui font rarement défaut dans les villes africaines, et dans 
lesquels on jette les immondices ; on en tire aussi Targile qui sert à 
construire les maisons et à fabriquer des ustensiles de cuisine. 

La population de Kano dépasse 50,000 habitants. La circulation est 
énorme ; tous vont au marché ou en reviennent, et, comme si la foule 
des marchands ne sufGisait pas, des troupes de fillettes se promènent 
dans les rues en criant la marchandise qu'elles portent dans leurs cor- 
beilles : petits pains, polenta, épis de mais bouillis, ognons cuits, dattes, 
sucre, etc. D est intéressant d'observer un compteur de coquilles, assis 
devant un gros tas de cette monnaie ; il en prend une poignée qu'il 
compte lestement en les séparant 5 par 5 ; un bon compteur peut en 
compter de 250 à 300,000 en un jour. Les coquilles sont mises dans des 
nattes de jonc, et on en forme des paquets de 50,000 pièces. C'est avec 
ces paquets que l'on 'paie et que l'on fait le commerce. Le nombre des 
^estropiés et des aveugles est énorme; au lever et au coucher du soleil 
on en voit des vingtaines se rendre au marché pour y mendier ; il est 
rare qu'un habitant de Kano passe auprès de l'un d'eux sans lui donner 
quelques coquilles. Beaucoup de négociants de Ghadamès apportent à 
Kano les produits européens, et en emportent surtout de l'ivoire. 

Quand Matteucci et Massari passèrent à Kano, le roi n'y était pas; il 
se trouvait à Takaï, à 50 kilom. au sud-est, pour une guerre contre des 
sauvages révoltés. Les 15 jours qu'ils y passèrent, après tant de fatigues 
et de privations, furent des jours de repos de corps et d'esprit. Ils 
auraient aimé à y prolonger leur séjour, mais la saison des pluies appro- 
chait, et ils ne voulaient pas la passer en Afrique. Ils se dirigèrent vers 
Bidda, capitale du Nupé, par les territoires de Zaria et de Gouari. 

Au sortir de Kano les cultures cessent ; on entre dans la région mon- 
tagneuse qui s'étend jusqu'au Niger presque sans interruption. Elle est 
pittoresque et semée de riants villages. Sur la route on ne trouve plus 
de marchés, mais souvent des caravanes de 500 ânes venant des pays 
d'au delà du Niger, chargés du fsuneux gourou. Zaria et Gouari n'offrent 
rien d'intéressant. En revanche Bidda, sans être aussi étendue que 
Kano, a une population aussi nombreuse ; au milieu de la ville court un 
ruisseau, auquel les femmes vont puiser de l'eau; les maisons, couvertes 
en paille, sont presque entièrement cachées par les arbres. Le bana- 
nier y est conmiun, et le palmier fournit une huile rouge avec laquelle 
on cuit la viande. La population est encore plus industrieuse que celle 



— 207 — 

de Eano. Le coton y est filé et tissé d'une manière remarqual)le, en 
bandes larges de 5 centimètres, blanches ou rayées de bleu et de blanc, 
ou entremêlées de soie rouge et de coton blanc et bleu à raies. Ces 
bandes sont réunies ensuite pour former ces grands vêtements que Ton 
va vendre jusqu'à Abêchr. L'art de travailler le cuivre y est aussi très 
développé. 

Les voyageurs ne restèrent que peu de jours à Bidda, et descendirent 
à Egga, dans des canots que le sultan du Nupé avait fait préparer pour 
eux ; les Européens des factoreries de la United African Company de 
Londres n'étaient pas à Egga, mais il s'y trouvait des noirs civilisés de 
Sierra Leone et de Lagos, qui les accueillirent et les traitèrent avec 
l'hospitalité la plus cordiale, jusqu'au moment où l'agent général, 
M. David Mac Intosh, vint les prendre sur un vapeur de la Compagnie 
et les transporter en quatre jours à Acassa, aux bouches du Niger, d'où, 
en juillet 1881, ils revinrent en Europe. De Souakim à Acassa, ils 
avaient parcouru ime distance de 5,000 kilomètres, dont 1,100 en pays 
inexploré auparavant. C'était en outre la première fois que des Euro- 
péens traversaient l'Afrique de la mer Rouge au golfe de Guinée. 

Nos lecteurs savent déjà la mort de Matteucci survenue à Londres. 
Les fatigues, de l'expédition avaient épuisé ses forces. Au moins a-t-il 
emporté en mourant la satisfaction d'avoir ouvert, avec le Ouadaï, 
des relations, dont l'Italie et la Société d'exploration commerciale en 
Afrique se sont empressées de profiter. En outre, n'ayant jamais 
employé la violence ni la dureté envers personne, pas même envers leurs 
serviteurs, les explorateurs italiens ont dû laisser, partout où ils ont 
passé, une très bonne opinion d'eux et de leur patrie. Même au Ouadaï, 
où l'accueil avait été froid d'abord, on leur a demandé de faire en sorte 
que leur pays demeurât en rapports avec cet état, leur promettant que 
quand ils reviendraient ils seraient bien reçus par tous. Us ont frayé la 
voie aux voyageurs, qui profiteront sans doute des bonnes dispositions 
des indigènes du Ouadaï, et feront de ce pays une base d'opération, 
pour explorer les vastes territoires qui s'étendent jusqu'au Congo. 



CORRESPONDANCE 

A Monsieur Gustave Moynier, directeur de V Afrique explorée et civUiaée, 

ChAteaa da Mont-Glonne par Saint-Floront-le- Vieil (Maine et Loii'e), 

le 17 février 1882. 

Monsieur le Directeur, 
Pans le dernier numéro de votre excellente Betme, vous avez publié sur la 



— 208 — 

France au Soudan, ma dernière brochure, ^m compte rendu qui renferme quelques 
erreurs et inexactitudes. Je vous demande la permission de les rectifier. 

Vous semblez dire que l'on manque aujourd'hui des connaissances nécessaires 
pour se prononcer sur la salubrité des côtes (du golfe de Biafra), sur les disposi- 
tions des tribus, sur l'orographie et l'hydrographie de tout le pays à l'intérieur. 

Je vois que tous n'avez pas consulté avec une attention suffisamment rigoureuse 
les écrits du capitaine W. Allen, de Burton, de Eerhallet, de Beichenow, etc. 

Les cartes de la marine indiquent, sur une grande longueur, les profondeurs d'un 
certain nombre de rivières du golfe de Biafra. Les pays qui sont sur les rives 
gauche et droite de ces cours d'eau ont donc été explorés dans une certaine mesure, 
comme leur fond lui-même. 

Les cartes du ministère des Travaux Publics échelonnent une multitude de 
localités, depuis la c6te jusqu'au Bayong, jusqu'aux sources des affluents sud du 
Bénoué, jusqu'à la partie méridionale de l'Adamaoua. Ces pays ne sont donc pas 
complètement inconnus, comme du reste l'Adamaoua lui-même qui, entre paren- 
thèses, est pour le moment mon seul objectif. 

Sans doute. Monsieur le Directeur, il y a une grande partie de l'Afrique centrale 
sur laquelle on n'a que des données vagues, comme le prouve la récente carte de 
l'Afrique centrale de M. le D' Joseph Chavanne. Mais il y a d'autres parties qui, 
je vous prie de le croire, sont connues à des degrés divers. 

Le D"" Lenz, dites-vous, « a dû s'arrêter au 2° lat. N. » Je tiens de lui-même 
qu'il est allé au Cameroon, c'est-à-dire au 4*" lat. N. 

« Le P. Duparquet, ajoutez- vous, n'a pas, que nous sachions, dépassé les fron- 
tières du Loango. » Or, je tiens de M. de Rouvre le fait suivant et je le consigne 
avec son autorisation. A son récent passage à Paris, le P. Duparquet a fait visite 
à M. de Rouvre, qui a été pendant huit ans directeur de la factorerie de Banane ; 
il lui a appris qu'il avait pénétré à 25 lieues au delà de l'embouchure du Cameroon, 
et il s'est autorisé de cette exploration pour approuver tout ce que lui rapportait 
M. de Rouvre sur mes projets et mes brochures. 

Quant à la Société allemande pour l'exploration de l'Afrique équatoriale, c'est 
d'elle que j'ai voulu parler, quand j'ai écrit que les explorateurs reconnaissaient 
maintenant avec moi que les côtes du Biafra étaient désormais la seule base d'opé- 
ration possible, pour explorer les dernières parties inconnues de l'A&ique équato- 
riale. 

Je borne là cette lettre déjà longue. Je compte sur votre loyauté. Monsieur le 
Directeur, pour qu'elle soit insérée dans votre Bévue. Je serai heureux de vous la 
compléter au moment opportun, et je vous prie de croire à l'expression de mes 
meilleurs sentiments. 

Gazeau de Vautibault, 
promoteur du Trans-Continental africain. 



— 209 — 

BIBLIOGRAPHIE ' 

KuFHA. Reise von Tripolis nach der OaseKufra, von Gerhard Rohlf s. 
Leipzig (P. A. Brockaus), 1881, in-8% 559 p., tableaux météorologiques, 
illustr. et 3 cartes, fr. 21.25. — Le 25 octobre 1878, arrivait à Tripoli 
le fameux voyageur allemand Gerhard Rohlfe, accompagné du docteur 
Antoine Stecker. Son projet était de traverser le Sahara et d'étudier 
ensuite le Soudan et la région inconnue qui s'étend entre le Chari et le 
Congo. Tout faisait présager un brillant succès à cette expédition, étant 
donné surtout qu'elle avait pour chef le célèbre explorateur qui avait, 
en 1861 visité le Maroc, en 1866 le Bomou et le bassin du Niger, et en 
1868 la Tripolitaine et le désert de Lybie. 

Rohlfe et ses compagnons commencèrent immédiatement leurs collec- 
tions d'histoire naturelle dans l'oasis de la Menchiya. Les chameaux 
étaient rares, et par suite très chers ; malgré cela, l'expédition ayant 
d'abondantes ressources en argent, et la paix paraissant régner dans les 
oasis du désert de Lybie, le départ s'annonçait sous des auspices très 
favorables. De Tripoli, Rohlfs se dirigea sur Sokna. Là il attendit vai- 
nement d'Europe les présents qui lui avaient été annoncés pour le sultan 
du Ouadaï ; mais, coname le séjour dans cette oasis lui coûtait fort cher, 
il partit pour celle d'Audjila. De là, à cause des obstacles sans nombre 
qu'il rencontrait, il revint à Benghasi, sur la côte de la Méditerranée. 
Mais ne se décourageant pas et voulant tenter encore une fois de tra- 
verser le Sahara, il fit de grandes dépenses pour se procurer des dro- 
madaires, et, bien équipé, il repartit le 4 juillet 1879, se dirigeant en 
ligne droite vers le Ouadaï. Malheureusement cette nouvelle tentative 
devait échouer encore. Dans l'oasis de Koufara, les Arabes se soulevèrent 
contre les Européens ; ils s'emparèrent de tous leurs bagages et des pré- 
sents destinés au sultan du Ouadaï. Peu s'en fallut même qu'on n'atten- 
tât à leur vie. Dépouillés, abandonnés par leur escorte, Rohlfs et ses 
compagnons revinrent à Benghasi. Ils eurent un moment l'espoir de 
recommencer leur voyage, mais ils reconnurent bientôt qu'ils devaient 
y renoncer complètement, du moins en suivant cet itinéraire, et quelque 
temps après, ils quittèrent la Tripolitaine. 

Ce sont ces expéditions malheureuses que Rohlfe a racontées dans le 

^ On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rhône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et dmlisée. 



— 210 — 

bel ouvrage que nous avons sous les yeux. Quatre chapitres sont con- 
sacrés spécialement à la description de Eou&ra, oasis magnifique dont 
RohUEs a rectifié la position. L'eau y abonde, les palmiers-dattiers s'y 
rencontrent en nombre considérable, et le commerce, alimenté par les 
caravanes qui vont régulièrement du littoral de la Méditerranée au 
Soudan, est très actif. 

La première partie du livre est exclusivement consacrée à la narra- 
tion du voyage de Weimar à Eoufara. La seconde partie se compose de 
mémoires de Rohlfs, sur les routes de la Tripolitaine et sur la tempéra- 
ture des sources dans cette partie du Sahara. D'autre part, le D' Hann 
donne les résultats généraux des observations météorologiques de Rohl&, 
le D' Peters étudie les amphibies, le D' Karsch les espèces d'animaux, 
le D' Ascherson les végétaux trouvés par l'expédition à Koufara. 

Des illustrations et des cartes des oasis de Eoufara et de Djofra et de 
l'itinéraire complet du voyage enrichissent beaucoup ce volume, qui fait 
faire un pas considérable à la scieoce géographique en ce qui concerne 
la Tripolitaine. 

Sahara et Soudan, par le D' Ovatave Nachtigal, ouvrage traduit de 
l'allemand, par Jules Gourdault. Tome I", Tripolitaine, Fezzan, Tibesti, 
Eanem, Borkou et Bomou. Paris (Hachette et C"), 1881, in-8°, 552 p., 
99 gravures et cartes, 10 fr. — Sahaba ukd Sudan, von D' Gustav 
Nachtigah Zweiter Theil. Borku, Eanem, Bornu und Baghirmi. Berlin 
(Paul Parey), 1881, in-8'*, 765 p., illust., table météorologique et4 cartes, 
fr. 26,70. — Presque en même temps viennent de paraître, d'une part la 
traduction en français, par Jules Gourdault, du tome premier et de la 
plus grande partie du tome second du grand ouvrage de M. le D' Nach- 
tigal, et, d'autre part, en allemand, ce second volume lui-même, où le 
savant voyageur décrit, avec le talent qu'on lui connaît, le Borkou et 
les trois états qui entourent le lac Tchad : le Eanem, le Bomou et le 
Baghirmi. Nous examinerons ces deux publications ensemble, et comme 
nous avons déjà parlé longuement (T. I, p. 200), du premier volume de 
l'édition allemande, dans lequel étaient décrits spécialement la Tripo- 
litaine, le Fezzan et le Tibesti, nous passerons rapidement sur ces 
pays. 

M. Nachtigal, que sa santé avait contraint, en 1861, de quitter son 
service de médecin dans l'armée, s'était rendu à Alger et à Tunis, 
n relate, en quelques pages, son séjour dans cette dernière ville et l'im- 
pression que son aspect produisit sur lui. Chargé plus tard, par le voya- 



— 211 — 

geur RohUs, de porter au sultan du Bomou les présents du roi de Prusse, 
il quitta Tripoli en 1869, fit un séjour à Mourzouk, capitale du Fezzan, 
et aDa explorer le Tibesti ou pays des Tibbous, qui n'avait jamais été 
jusqu'alors visité par un Européen. Dans cette excursion terrible, il fut 
souvent en butte aux agressions des indigènes, qui le retinrent même 
prisonnier pendant un mois. Seul^ sans guide, sans chameaux ni baga- 
ges, il réussit à s'échapper et à regagner Mourzouk, épuisé par la faim 
et à demi nu. 

Après s'être reposé de ses fatigues pendant l'hiver, Nachtigal repartit 
de Mourzouk au printemps de 1870, pour le Bomou, dans la capitale 
duquel il entra au mois de juillet. Après avoir remis au sultan les présents 
dont il était chargé, le voyageur explora dans tous ses détails le lac 
Tchad, et il consacre de longues pages à la description de cette impor- 
tante nappe d'eau. Il en cite tous les affluents qui, à part le Ouaubé et 
le Ghari, ne sont presque que des ruisseaux. Quant au Bahr-el-Ghazal, 
c'était autrefois non un affluent mais un émissaire, qui portait les eaux 
du lac dans la grande plaine nommée Bodélé S notablement plus basse 
que le niveau du Tchad. (Le lac Tchad est à 244", et le Bodélé à 
200".) Aujourd'hui le Bahr-el-Ghazal est complètement privé d'eau, mais 
son dessèchement ne date pas de longtemps. La cause de ce phéno- 
mène réside dans les changements incessants du littoral, variations qui 
sont provoquées elles-mêmes par le fait que les alluvions, apportées par 
le Ghari, se déposent tantôt sur un point, tantôt sur un autre. A l'heure 
qu'Q est le lac «dévore» sa rive occidentale, selon l'expression des 
indigènes, c'est-à-dire qu'il porte ses eaux de ce côté tandis que les riva- 
ges orientaux sont abandonnés. 

Au printemps de 1871, le docteur Nachtigal explorait le Kanem et le 
Borkou, où dominent les tribus féroces des Ouêlad Sliman, et, sans pou- 
voir atteindre l'extrémité méridionale de son voyage dans le Tibesti, il 
aperçut du moins les dernières ramifications du massif des monts Tarso. 
C'est dans cette expédition qu'il put étudier le Bahr-el-Ghazal, la grande 
plaine du Bodélé et la région nord du lac Tchad. D eut encore l'occasion 
de visiter le tombeau de son compatriote Maurice von Beurmann, voya- 
geur prussien qui fiit assassiné par les officiers du sultan du Ouadal. 
Le 9 janvier 1872, Nachtigal rentrait à Kouka. En ce moment, le sul- 
tan Ali, du Ouadal, était en guerre avec Abou Sékin, roi du Baghirmi. La 
capitale des états de ce dernier prince, la ville de Massenia, avait même 

^ Voir la carte qui accompagne ce numéro. 



— 212 — 

été prise, mais Âbou Sekin, suivi de ses gaerriers, s'était retiré dans la 
région méridionale où il était beaucoup plus difficile de le poursuivre. 
Nachtigal résolut d'aller visiter le roi détrôné, à travers des contrées 
complètement inconnues, et, au mois de février 1872, il quittait de nou- 
veau Kouka pour s'enfoncer dans lé sud. La description du Baghinni 
est le morceau capital et entièrement neuf de son ouvrage. Autrefois, on 
ne savait absolument rien du pauvre peuple des Gabenis, qui vivent 
dans des villages construits sur les arbres, et chez lesquels Abou Sekin se 
pourvoyait d'esclaves. A sa suite, Nachtigal dut mener la vie répugnante 
de chasseur de chair humaine; il réussit enfin à quitter le roi et put 
rentrer à Kouka. Il en repartit le 1" mars 1873 pour accomplir la der- 
nière partie de son voyage, le retour par le Ouadaï et le Darfour. Le 
récit détaillé de ce retour n'a pas encore été publié, mais il est impa- 
tiemment attendu par tous les géographes. 

L'éloge des œuvres de Nachtigal n'est plus à faire. On connaît sa 
savante méthode, son talent d'observateur, sa profonde érudition. Les 
descriptions des contrées qu'il a parcourues sont de véritables monu- 
ments en géographie, et des sources auxquelles les géographes de 
l'avenir viendront puiser largement. 

La traduction française n'est pas aussi complète que l'original; des 
détails ont été retranchés ; l'on doit cependant remercier M. Jules Gour- 
dault d'avoir fait connaître au public français un voyage aussi remar- 
quable. Nous ne pouvons qu'en reconmiander la lecture, aidée par les 
cartes nombreuses et d'une magnifique exécution qui ornent l'ouvrage, 
et qui sont aujourd'hui les plus complètes que l'on possède sur toutes 
ces contrées. Chacun sera captivé par le récit aussi simple qu'original 
de l'éminent explorateur. 

D^'Ph. PaulitschJce. Afrika, kommebziell, politisch und statistisch. 
Leipzig (Metzger und Wittig). 1882, in-8% 134 p. à 2 col. — L'on doit 
déjà ai^ D' Pauhtschke une histoire complète de l'exploration de l'Afri- 
que, de l'antiquité jusqu'à 1880 *. Dans ce nouvel ouvrage, rédigé pour 
le manuel qui accompagne l'Atlas d'Andrée, le savant professeur de 
Vienne a condensé, dans le nombre de pages le plus restreint qu'il fût 
possible, tous les renseignements utiles sur les conditions physiques du 
continent et des îles qui s'y rattachent, sur l'histoire des découvertes, 
les races, le climat, les produits, l'industrie, les mesures, les moyens 

* Voir II°»« année, p. 43. 



— 213 — 

d'échange et les relations commerciales de chacune des parties de TÂfri- 
que. Avec une connaissance très exacte des voyages et des écrits des 
plus grands explorateurs modernes, il a exposé d'une manière très claire, 
qui rend agréable la lecture de son livre, les données de tous genres 
qu'il leur a empruntées ; et comme il le *cite toujours, ceux qui voudront 
avoir sur tel ou tel sujet des informations plus complètes, pourront 
aisément remonter aux sources les plus sûres et les plus autorisées. Tou- 
tefois, pour devenir d'un usage général, ce volume devrait être accom- 
pagné d'un index alphabétique, qui en rendît la consultation plus facile. 
Nous ne doutons pas que, dans une prochaine édition, l'auteur ne donne 
ce complément indispensable, comme il l'a fait pour son premier 
ouvrage. 

(histav Fritach. Die Einoeboreken Sud Afeika's, mit zahlreichek 

iLLUSTRAJ'IOinSK, ZWANZIG LITH0G2APHI8GHEK TAFELlif, UND EOTEM AtLÂS 
ENTHALTEKD SECHZIO IN KuPFEB RADIBTE PoETBAITKÔPFB. BrOSlaU 

(Ferdinand Hirt), 1872, in-4% 528 p. Fr. 100. — D est extrêmement 
difficile de faire aujourd'hui une étude exacte et complète des popula- 
tions indigènes de l'Afirique australe. Les unes, refoulées par les conqué- 
rants, sont remontées vers le nord dans des déserts où l'on ne peut 
guère les suivre, ou n'existent plus que par petits groupes disséminés au 
milieu des peuples nouveaux installés dans les vastes territoires qu'eUes 
occupaient autrefois. D'autres plus puissantes se sont maintenues, mais 
subdivisées en clans si nombreux, qu'on peut à peine retrouver l'unité 
de la race. D'autres encore, demeurées dans les districts oii se sont 
établis les colons et les mineurs, sans se fusionner avec la race blanche, 
ont cependant emprunté aux nouveaux arrivants plus civilisés beaucoup 
de choses, qui ont modifié sensiblement le type primitif. Enfin, l'influence 
d'un gouvernement régulier et des travaux des missionnaires en a élevé 
déjà un certain nombre au-dessus de leur première condition. 

D est cependant très utile de les connaître telles qu'elles étaient avant 
l'introduction au milieu d'elles d'éléments étrangers. C'est ce que s'est 
efforcé de faire M. Gustave Fritsch, qui, déjà en 1868, a publié un des 
meilleurs récits de voyages dans cette partie de l'Afrique. Ayant eu le 
bonheur d'y arriver en 1863, avant que la décadence de la vie nationale 
des indigènes, déjà commencée, eût subi l'influence de l'invasion d'émi- 
grants amenée par la découverte des mines d'or et de diamants, il a pu 
encore prendre sur le fait leur physionomie, leur caractère et lem^s 
mœurs. Il s'est ensuite proposé de les présenter tels qu'il les avait 



— 214 — 

vus, d'exposer leur condition physique, de décrire leur apparence exté- 
rieure, les traits qui, dans leur manière de vivre, leur appartiennent en 
propre, pour conserver aux anthropologistes d'aujourd'hui, et à ceux de 
Tavenir, quand les tribus auront tout à fait disparu, une image fidèle, qui 
pût servir à expliquer l'origine et le développement delà race humaine, 
à combler des lacunes, à dissiper des préjugés. 

Pour obtenir une connaissance exacte des faits et reproduire fidèle- 
ment ceux-ci, il n'a reculé devant aucune difficulté : ni devant ceUe 
qu'oppose la superstition des indigènes, qui refusent souvent de se laisser 
photographier, ni devant celle qu'offre la reproduction de la photogra- 
phie par la lithographie et par la gravure, ni devant la nécessité de pro- 
duire toujours deux projections, l'une de face, l'autre de profil, pour 
donner l'idée la plus approximative des types originaux, ni devant 
l'obligation de répéter maintes et maintes fois les observations physiolo- 
giques, sur le teint, pour en déterminer la nuance, d'après la,table des 
couleurs de Broca, et sur le squelette pour mesurer le crâne, le bassin, 
la taille, etc. Un simple coup d'œil jeté sur les planches et sur les 
tableaux dont l'auteur a fait suivre son ouvrage (sans parler des nom- 
breuses illustrations et de l'Atlas qui accompagnent le texte), suffit pour 
donner une idée du travail qu'il s'est imposé, et du soin qu'il a pris pour 
donner une image vivante, en même temps que fidèle, de ces indigènes, 
de leur vie domestique, de leurs chasses, de leurs guerres. 

Quant au fond même de l'ouvrage, après avoir distingué nettement les 
Hottentots et les Bushmens de tous les autres indigènes qu'il réunit sous 
le nom collectif de Bantous, il étudie successivement trois grands groupes 
de ceux-ci, le groupe des Ama-Xosas et des Ama-Zoulous à l'est, celui des 
Betchouanas au centre, et celui des Héréros et des Damaras à l'ouest. 

Pour éviter les répétitions, il prend les Ama-Xosas comme les repré- 
sentants les plus caractéristiques de la race des Bantous, en indique la 
distribution géographique, expose en détail leurs aptitudes corporelles 
et spirituelles, et décrit leur vêtement, leurs armes, leurs ustensiles, leurs 
habitations, leurs us et coutumes, etc. 

Ce type bien étudié, il le prend comme terme de comparaison, indique 
rapidement ce que les autres ont de commun avec lui, et développe les 
points sur lesquels Os en diffèrent : par exemple, chez les Zoulous, le 
système militaire introduit par Chaka, pour maintenir intacte l'autorité 
royale, et les modifications qu'il a fait subir soit aux institutions patriar- 
cales, soit aux kraals pacifiques des Xosas transformés chez les Zou- 
lous en camps fortifiés, soit à la condition de la femme, inférieufe à ce 



— 215 — 

qu'eUe est dans les autres tribus, quoique parfois les parents féminins 
d'un chef ou la mère d'un souverain mineur jouent un rôle important. 

Chez les Betchouanas, il fait ressortir la coupe de leur yisage et leur 
physiononûe plus douce que celle des Xosas et des Zoulous ; la régula- 
rité de la figure, presque européenne des Bassoutos, et l'influence de 
l'éducation civilisatrice des missionnaires sur la formation des traits; il 
note encore, chez ce dernier peuple, l'extension donnée aux terres culti- 
vées, et la plus grande part laissée aux sentiments du cœur dans les rela- 
tions de la vie conjugale. 

Chez les Ova-Héréros, il signale entre autres la différence des armes, 
l'arc et les flèches remplaçant l'assagaie et le bouclier des autres tribus 
bantoues; la vie plus instable que leur impose l'élève du bétail, leur 
occupation essentielle, qui ne leur permet pas non plus d'être aussi bien 
organisés que les Bantous de l'est ; la rareté de la polygamie, la haute 
position qui en résulte pourlafenmie, et la coutume particulière en vertu 
de laquelle l'héritage d'un chef passe aux enfants de sa sœur. 

Après cela, M. Fritsch donne, d'après Bleek, une indication sommaire 
des langues du sud de l'Afrique, des traits caractéristiques de celles des 
Bantous, et de la construction de celles des Hottentots et des Bushmens. 
Puis il aborde l'étude de ces deux dernières familles, rattachant à la pre- 
mière (Koi-Koin), les Hottentots coloniaux, les Namaquas, les Koranas 
et les Griquas, tous parfaitement distincts des Bushmens. Il relève, chez 
les Hottentots coloniaux, leur mobilité plus grande que celle des Bantous, 
leur facilité à apprendre d'autres langues sans accent, la construction 
de leurs habitations, dressées en quelques instants et facUes à trans- 
porter ; chez les Namaquas, la multitude de leurs clans, les modifications, 
rapides que leur a fait subir l'influence des Européens, et la vie de famille, 
plus intime que chez les Xosas et les Zoulous. Ses observations sur les 
Bushmens, dont la taille ne dépasse pas 1",44, l'engagent à les rapprocher 
des Obongos de Du Chaillu, des Akkas de Schweinfurth, des Dokos de 
Hartmann et de Krapf. Il leur reconnaît un amour de la liberté qui 
n'existe au même degré ni chez les Bantous, ni chez les Hottentots, et 
un talent d'imitation qui, dans le dessin, se manifeste par la ressem- 
blance des formes et la sûreté de la main, comme on peut facilement 
s'en convaincre par la planche de dessins des Bushmens qui se trouve à 
la fin du volume. 

Enfin, l'auteur a joint à ce travail savant, consciencieux et complet 
d'ethnographie comparée sur les tribus indigènes de l'Afrique australe, 
un résumé historique de leurs rapports entre elles et avec les Européens, 



— 216 — 

depuis rétablissement des premiers colons hoUandais jusqu'aux guerres 
avec les Bassoutos, à Tassujettissement des Betchouanas par les Boers 
du Transvaal, aux luttes desHéréros et des Namaquas, et à la fondation 
de la République du fleuve Orange. 

Et pour que rien ne manquât à son ouvrage, il y a ajouté la liste, avec 
indications bibliographiques, des documents officiels, des voyages, des 
traités d'anatomie et d'ethnographie qu'il a consultés, sans oublier une 
table des matières, et im Index alphabétique très détaillé, qui facilite 
beaucoup la tâche de ceux qui veulent faire des recherches spéciales sur 
tel ou tel sujet particulier. 

Avant de poser la plume, nous voudrions cependant foire une réserve. 
Nous reconnaissons que M. Fritsch s'est efforcé de voir les choses par 
lui-même, sans se laisser influencer par les opinions de ses devanciers, et 
aussi de saisir les faits sur le vif, pour remonter ensuite de ce qui est 
visible au domaine invisible. Dans ce dernier domaine, il a constaté chez 
toutes les tribus des instincts religieux, des besoins plus ou moins pro- 
fonds, des idées, non réduites en systèmes, qui généralement se tradui- 
sent par un culte rendu aux esprits des ancêtres, la divinité se concen- 
trant pour eux dans ces esprits. Mais peut-on conclure de là qu'aucun 
des peuples de l'Afrique australe n'a, ou n'avait avant l'arrivée des 
Européens et des missionnaires, l'idée d'un Dieu parfaitement distinct 
des esprits des ancêtres, et, par exemple, que le Dieu des Hottentots 
n'est que l'esprit d'un de leurs grands chefs décédés ? Nous en appelions 
au témoignage d'un ami de M. Fritsch lui-même, M. Théophile Hahn, 
élevé au milieu des Hottentots, voyageur et explorateur distingué qui, 
déjà en 1869, a publié, dans le Jahresbericht delà Société de géographie 
de Dresde, un mémoire dans lequel il montre que la prière, dont il est 
parlé dans un de leurs chants, ne peut s'entendre que de riuvocation 
adressée à un être supérieur, Tsuni-Goam, sur lequel il vient encore de 
faire paraître un nouvel ouvrage : Tmini Ooam ; VEtre suprême des 
Koi'Koin. Il a appliqué aux noms des dieux et des héros des flottentots 
la méthode employée avec tant de succès pour les mythologies des Aryas, 
et rendu un grand service à ceux qui s'occupent de l'étude des religions. 
M. le Professeur Max Muller le signale à l'attention des universités de 
l'Europe. En terminant, nous pouvons l'indiquer comme devant complé- 
ter, sur ce point spécial, le savant ouvrage d'ethnographie comparée 
auquel nous avons consacré ce compte rendu détaille. 

Jacob de NeufviUe. Notes au crayok sue l'Algérie. Paiis (Impri- 



— 217 — 

mené Chaix). 1882, in-8*, 14 p. — Dans ces notes prises à la course par 
M. de Neufville, dans un voyage qu'il vient de faire en Algérie, l'auteur 
mentionne les ressources de la colonie sur les principaux points, Oran, 
Alger, PhilippeviDe, Bône, Bougie; il signale ce qu'il y a à faire au point 
de vue des voies de communication, et encourage les Français à entre- 
prendre l'exploitation des oasis de palmiers-dattiers, dont peu d'Euro- 
péens s'occupent. 

Ck)MHEirr j'ai traversé l'Afrique, depuis l'Atlantique jusqu'à 
l'Ogéak Indien, a tilavers des régions inconnues, par le major Serpa 
Pinto. Paris (Hachette et C*«), 1881, 2 vol. in-8% 456 et 468 p. avec 15 
cartes et 84 gravures, 20 fr. — Ce titre, qui rappelle celui d'un ou- 
vrage de Stanley et qui est un peu emphatique, puisque le bassin du 
Zambèze n'est plus rangé parmi les régions inconnues depuis le voyage 
de livingstone, ne fut pas celui auquel le major s'arrêta tout d'abord. 
Sa première idée avait été : La Carabine du*JRoi, parce que, dans un 
moment de détresse intense, au milieu du pays des Barotsés, il avait dû 
son salut à une carabine de précision dont le roi de Portugal lui avait 
fiait présent à son départ. Il faut féliciter le voyageur de ce changement, 
car outre que La Carabine du Roi rappelait trop Mayne Reid et Gus- 
tave Aimard, U semble que, la famille Coillard l'ayant tiré d'un péril des 
plus graves, il était injuste de ne pas la mentionner aussi. C'est dans 
cette pensée que le major a intitulé la première partie de son livre : La 
Oarahine du Boi, et la seconde : La famille Coillard. 

On connaît l'itinéraire de cette magnifique expédition. Parti le 
4 décembre 1877 de Saint-PhUippe de Benguéla sur l'océan Atlantique, 
Serpa Pinto arriva au milieu d'avril 1879 à Durban sur l'océan Indien, 
après avoir traversé le pays de Bihé, celui des Barotsés, descendu le 
Zambèze, exploré la région comprise entre le Zambèze et le Lhnpopo, 
d'où il gagna la mer par le Transvaal et le pays de Natal. 

On lui doit la reconnaissance du cours du haut Coubango, des afSuents 
de cette rivière et de ceux du Zambèze, du lac Macaricari ou plutôt de 
la chaîne de lagunes qui le composent. C'est lui qui nous a révélé le phé- 
nomène si étrange de la rivière Souga ou Botletlé, qui coule tantôt dans 
on sens tantôt dans l'autre, suivant l'abondance des pluies dans telle 
ou telle région. 

A son arrivée en Europe, Serpa Pinto avait été violemment attaqué 
par des écrivains portugais, qui critiquaient, soit le plan de son voyage, 
soit ses théories et même ses découvertes. M. et M"' Coillard, ces vail- 



— 218 — 

lants missionnaires qui avaient rencontré Serpa Pinto au centre de 
TÂfrique, défendirent son honneur et le réhabilitèrent aux yeux de tous. 
On voit dans le courant du Uyre que, de son côté, le major cherche con- 
stamment à réduire à néant toutes les accusations portées contre lui, en 
insistant surtout sur le point de vue purement géographique et topogra- 
phique de son exploration. De nombreuses cartes dressées par lu; sont 
des documents précieux. Il y a même à la fin de Touvrage un fac-similé 
autographié d^un de ses croquis manuscrits. 

D'autre part, si les remarques concernant Tethnographie sont nom- 
breuses, les observations sur la faune et la flore manquent complètement. 
On s'aperçoit bien vite que Fauteur n'est ppint un naturaliste, mais 
un officier d'état-major, habile dans l'art de lever les plans, mais qui se 
préoccupe peu de la vie animale ou végétale qui l'entoure. 

Son style est vivant, quelquefois même un peu trop coupé, un peu trop 
abondant en superlatifs. La narration, qui présente un réel intérêt, est 
riche en anecdotes de tous genres, en faits émouvants. Du reste, les 
grandes théories, les jugements à premier examen ne coûtent rien à Serpa 
Pinto. Les amis_des missions y trouveront, entre autres, des apprécia- 
tions concernant l'œuvre et ses agents, et un hommage sincère rendu 
à M. et M"' Coillard, pour la manière dont Ds remplissent leur tâche si 
ardue. 

R. de Lannoy de Bmy. Carte d'AFRiQUE au Vaoooooo- — Commencée 
en 1875, cette carte, dont M. R. de Lannoy de Bissy, capitaine du génie, 
avait pris l'initiative, et que le ministère de la guerre a adoptée en 1881 , 
comprendra 62 feuilles. Le tableau d'assemblage et les feuilles 53, 54, 
58, 59 et 60, nous ont été envoyés; celles-ci comprennent Barmen, Kou- 
rouman, Port-NoUoh, la colonie du Cap et Pietermaritzbourg, c'est-à- 
dire la partie la plus méridionale du continent. L'échelle au Vaoooooo ^t 
déjà très grande, et sera suffisante pour la plupart des feuilles, d'autant 
plus que des cartons donneront en détail les villes, les ports et les autres 
localités remarquables. Les Vs ^'^ feuilles sont en préparation, et l'on 
peut espérer que, grâce au procédé de la zincographie, adopté pour la 
reproduction, la publication marchera rapidement. Sans doute, cette 
édition, qui ne donne que la planimétrie, manque d'élégance, mais elle 
peut s'exécuter promptement, ce qui est une condition essentielle pour 
une telle carte, qui doit embrasser toute l'Afrique, oii les exploratioas 
deviennent de plus en plus nombreuses. Au reste, cette première édition 
sera suivie d'une seconde en chromolithographie, qui donnera en outre 
le relief du terrain. 



— 219 — 

Die GoLDKtiSTE UKD WSSTUCHE SKLAVSKKttSTS, aOWIE DA8 BÛDUCHE 

âsakts-Reich in West-Afbika, Basel, 1873. — Ce titre est celui d'une 
carte, à grande échelle, publiée par la Société des missions de Bile, à 
l'époque de la captivité de MM. Ramseyer et Eflhne à Coumassie, et 
d'après les travaux des missionnaires A. Riis, Strômberg, Locher, etc. 
Elle présente la côte de Guinée comprise entre l'embouchure du Volta 
à l'est, et le Prah à l'ouest, donne les limites du protectorat anglais dans 
cette région, et indique toutes les stations des missions de Brème et de 
B&le, ainsi que des missions wesleyennes, enfin le lieu de captivité des 
missionnaires chez les Achantis. 

Die Colonisation Afrika's.-A. Die Fbanzosen in Tunis, vom Stand- 
puNKTE DEK Ebfobschtjng und Civuisisung Afkika's, vou D^EmilHolub. 
Wien (Alfred Hôlder), 1881, in-S**, 16 p. — Frappé du contraste entre 
la facilité avec laquelle la civilisation pénètre chez les populations de 
l'Afrique australe, et les difficultés que lui oppose, dans la partie septen- 
trionale du continent, le fanatisme musulman, le D' Holub accueille avec 
satisfaction l'occupation de la Tunisie par la France, dans l'espoir que 
prochainement la Tripolitaine et le Maroc deviendront des colonies de 
l'Italie et de l'Espagne. Une fois l'influence européenne solidement éta- 
blie dans tout le nord de l'Afrique, il ne doute pas que la civilisation ne 
fasse des progrès rapides jusqu'au centre, par l'établissement des colons. 
Pour cela, il conseille aux conquérants civilisateurs d'acquérir le respect 
des tribus nomades et d'exercer une influence pacifique, en s'entourant 
de tous les renseignements utiles sur le pays et les habitants, et en 
tenant compte des qualités et des conditions climatologiques du premier, 
ainsi que du degré de civilisation et des us et coutumes des indigènes. 

Cakte DU Sahara tripoliïain, par le P. L. Richard, Vaoooooo- — Nos 
lecteurs se rappellent l'exploration intéressante des missionnaires de 
Ghadamès chez les Touaregs Azghers, en vue de fonder une station à 
Rhat, et l'espoir de succès que le bon accueil de cette tribu leur avait fait 
concevoir, espoir bientôt déçu par l'assassinat du P. Richard, au début 
d'un second voyage. Quoique la carte actuelle n'ait plus à cet égard 
qu'un intérêt rétrospectif, elle n'en est pas moins utile pour l'étude du 
Sahara tripolitain ; bien gravée et facile à lire, elle donne une connais- 
sance exacte de cette partie du Sahara qui s'étend des chotts tunisiens, à 
travers les dunes de l'Erg, le long de l'Oued Igharghar, jusqu'au pla- 
teau central oii se trouvent Rhat et Idelès. Elle sera bonne à consulter 



— 220 — 

lorsque les explorations pourront être reprises ; espérons que ce moment 
ne se fera pas longtemps attendre. 

Cakte de l'Ovampo, par le B. P. Duparquet — Dans leur numéro 
du 20 août 1880, les Missions catholique ont publié un croquis de 
rOvampo, qui permettait de suivre l'exploration du P. Duparquet dans 
cette région. La carte nouvelle que nous avons reçue, gravée avec 
soin, complète et rectifie sur certains points la précédente ; elle donne 
une idée très nette du réseau d'omarambas qui caractérise cette vaste 
plaine, de la position des résidences des chefe des nombreuses tribus qui 
rhabitent, des anciennes stations des Boers émigrés du Transvaal, des 
routes des wagons, des sources qu'on y rencontre, et des gués du Cunéné 
dans la saison sèche. Elle forme donc un utile complément à la cartogra- 
phie de la rive méridionale du cours inférieur du Cunéné. 

ReLÂZIONË DELLA GoMMISSIOKE DELLA CaMEKA DI CoMMERCIO E DEL 

Club africano di Napoli sulla pesca della madreperla da iniziabsi 
dagl' Italtani ad AflSAB. Napoli (Michèle Capasso), 1881, in-8'*, 19 p. 
— M. Branchi, vice-consul italien à Assab, ayant proposé à son gouver- 
nement d'engager les Italiens à entreprendre la pêche des perles à 
Assab, le ministre du commerce a chargé une conmiission, composée de 
délégués de la Chambre du Coi^tunerce et du Club africain de Naples, 
d'étudier la convenance d'entreprendre cette pêche. La Commission a 
examiné la question à tous les points de vue, et rapporté, par l'organe 
de MM.. Turi et Careri, que, pour une foule de raisons, parmi lesquelles 
nous ne relèverons que les principales : l'état précaire de l'établissement 
d'Assab au point de vue politique, la quasi impossibilité d'y fonder une 
colonie productive, la difficulté de prouver avec l'Abyssinie des relations 
commerciales, les résultats négatife des essais de commerce tentés jus- 
qu'ici à Assab, le manque d'eau, l'aridité du sol, le peu de sécurité 
depuis le massacre de Beilul, le chiffi*e peu encourageant des produits 
de la pêche, les difficultés suscitées par les indigènes, etc*, elle n'estime 
pas devoir appuyer la proposition susdite, et pense qu'il faut attendre 
d'avoir plus de lumières, sur la position politique d'Assab et sur la 
possibilité d'y créer ime colonie commerciale et industrielle, avant d'en- 
courager les Italiens à la pêche des perles dans cette baie. Rédigé 
avant la conclusion de la convention entre l'Angleterre et l'Italie au siget 
d'Assab, ce rapport témoigne du sérieux avec lequel la Commission 
s'est acquittée de sa tâche, et se distingue par sa parfaite lucidité. 



E Massari 
1680 -mu 

îf'kil. 




IJAr^e *x/>/f/u t/^cM/itu. . MfS. . Jvn7 /âSf. 



— 221 — 

BULLETIN BI-MENSUEL (5 juin 1882). 

Un des événements les plus importants pour T AlKérie, pendant les 
deux mois qui se sont écoulés depuis la publication de notre dernière 
livraison, a été Tachèvement de la vole ferrée du Ereider à Méchéria, 
qui permet de franchir en vingt heures les 352 kilomètres séparant ce 
dernier point de la Méditerranée. Ce sera, nous Tespérons, un moyen 
puissant d'arriver à la pacification définitive du Sud-Oranais. Prolongée, 
comme il en est question, jusqu'à Aln-Sefra ou à Âln-Sfissifa, à la fron- 
tière marocaine (V. la carte, ni"* année, p. 84), cette ligne servira à 
prévenir le retour de surprises comme celle du Chott-Tigri, où une mis- 
sion topographique a été attaquée par des Arabes qui lui ont fait subir 
de grandes pertes, à elle et aux deux compagnies qui Tescortaient. Le 
chemin de fer d'Alger à Laghouat, dont le tracé est à l'étude, aurait à 
peu près la même longueur (475 kilom.); celui de Constantine à Batna 
va être livré à la circulation ; la section de Batna à Biskra sera terminée 
dans trois ans, et les études pour son prolongement jusqu'à Ouargla 
sont achevées. 

La recherche des moyens de pacifier le sud de l'Algérie et de la Tuni- 
sie a ramené l'attention sur le projet de mer Intépleure de M» le 
comniandant Roodaire (Y. T* année, p. 34)^ un peu perdu de vue 
depuis deux ans. L'actualité que lui a donnée lé rapport de M. de Frey- 
cinet au président de la République, nous a engagés à accompagner cette 
livraison d'une carte, dressée sur celle de M. Roudaire dans son rapport 
sur la mission des Chotts. Nos lecteurs pourront mieux se rendre compte 
de la question, rectifier l'erreur dans laquelle on tombe souvent quand 
on parle de mer saharienne, et mieux comprendre le rapport que doit 
présenter prochainement la commission générale nommée pour étudier 
ce projet. Us verront qu'il ne s'agit pas d'inonder le Sahara, mais sim- 
plement de créer, au sud de la Tunisie et de l'Algérie, un vaste bassin, 
d'une surface égale à 17 fois environ celle du lac de Genève, en faisant 
pénétrer les eaux de la Méditerranée dans les chotts Djerid, Rharsa et 
Mebîr, par un canal traversant l'isthme de Gabès et les seuils qui sépa- 
rent les chotts les uns des autres. L'exécution du projet soulève des ques- 
tions très complexes, dans l'examen desquelles nous ne pouvons pas 
entrer ici. Qu'il nous suffise aujourd'hui de dire que M. de Freycinet l'a 
jugé digne d'être étudié d'une manière approfondie par le gouvernement, 
et que, sur sa proposition, il a été nommé une grande conmiission char- 
gée de déterminer la suite qu'il convient d'y donner. 

l'afriqub. — TROibhu: AHKÉE. — K*> 10. 10 



— 222 -'- 

Quelque peu sérieux qu'il nous paraisse, nous ne pouvons passer sous 
silence le projet de M. ChannebAt, publié par le Bulletin de la Société 
américaine de Géographie, pour le développement des ressources de 
TÂfrique centrale par un chemin de fer de la Méditerranée au 
Soudan. L'auteur fait partir sa voie ferrée du cap Misratah, à Test de 
Tripoli, et la conduit au lac Tchad et h Kouka, par Sokna, Mourzouk, la 
vallée du Konar semée d'oasis, et Bilma, célèbre par ses mines de sel 
et rendez-vous général des caravanes du nord du Soudan. La longueur 
n'en serait que de 2434 kilom. ; plus courte que toute autre ligne trans- 
saharienne, celle-ci serait, à en croire M. Channebôt, la plus facile et la 
plus praticable. La plus grande hauteur en serait au col Nischka, dans 
les monts Goudah, h 624" au-dessus de la mer. La ligne entière serait 
divisée en 1 1 sections, et compterait 58 stations, dont l'auteur indique 
les*noms et les ressources. Il ne manque à ce projet que l'indication des 
études sur lesquelles il repose, et celle des moyens d'exécution. 

M. llanioli, délégué de la Société milanaise d'exploration 
en Afrique, et administrateur de la station de ])erna, a été arrêté 
par l'ordre du kaïmakan de cette ville, près de Rass-el-Tin, pendant un 
voyage sur mer. Avec les trois hommes qui l'accompagnaient, il fiit 
ramené à Derna sous une forte escorte, accueilli par la population avec 
toutes sortes d'insultes, et ne fiit remis en liberté qu'après avoir subi un 
long interrogatoire de la part du kaïmakan. Les consuls européens de 
Bengazi demandèrent au gouverneur une réparation immédiate qui leur 
fut refusée, sur quoi ils décidèrent de fréter un voilier pour aller cher- 
cher les Européens établis à Derna, et les faire sortir de la ville avant 
que la population surexcitée en vînt à des voies de fait. Dès lors, 
M. Mamoli est arrivé à Milan, où a eu lieu une séance de la Société 
d'exploration, dans laquelle il a fait un rapport sur son voyage. Les dif- 
ficultés qu'il a rencontrées n'empêcheront pas la Société milanaise de 
poursuivre son but pacifique, en ouvi*ant de nouveaux débouchés au 
commerce italieh. D'accord avec la Société italienne de géographie, à 
Rome, et sur la proposition de M. Carlo Benzi, elle a nommé une com- 
mission chargée d'organiser une nouvelle expédition pour l'est et le 
centre de l'Afrique. , 

Les missionnaires américains, MM. Ladd et Snoiv sont heureuse- 
ment arrivés à Khartoum» où ils ont été très bien accueillis, le bruit 
s'étant répandu qu'ils venaient pour fonder des écoles, dont le besoin se 
fait grandement sentir. D n'y en a d'aucune sorte, aussi les enfants 
manquent-ils complètement d'éducation. Une personne avait domié, il 



— 223 — 

y a ua certain temps, uu grand morceau de terrain pour y construire 
une école, mais on ne s'en est pas servi jusqu'ici. Si les missionnaires 
Tacceptent, ils pourront en fonder une dès qu'ils le voudront. Giegler 
pacha, revenu de son expédition contre Mohamed-Ahmed, ne leur con- 
seille pas d'aller pour le moment au Sobat; ils devront vraisemblable- 
ment attendre, pour aller explorer cette région, que le gouverneur 
envoie un vapeur à Gondokoro. Le pays n'est pas sûr ; le Darfour et le 
Kordofan sont en insurrection, le mudlr de la première de ces provinces, 
Emiliani, qui, depuis 1878, maintenait l'ordre à Kab-Kabia, Kolkol et 
Dara, vient de mourir, et son décès laisse à peu près le champ libre aux 
insurgés. 

Quoique le €r»ll»liat soit une province égyptienne, et que le décret 
du khédive sur l'abolition de la traite y ait été proclamé, le trafic de» 
esclave» y est encore un des principaux objets de commerce. Chaque 
année, des marchands abyssiniens ou arabes en amènent de 5 à 6000 du 
p&ys. des Galla» et du Sciamgalla ; ce sont surtout des jeunes gens de 
12 à 15 ans. Le prix en varie suivant la couleur : un garçon de 12 à 15 
ans, très noii*, se vend de 200 à 250 fr., et seulement de 125 à 150 fr. 
s'il est d'un teint plus clair; une jeune fille du même âge coûte de 
300 à 400 fr., lorsqu'elle est très noire, et de 175 à 300 fr., si elle est 
d'une nuance plus claire. Loin de réprimer la traite, le gouverneur du 
Gallabat en profite en prélevant un impôt de 50 fr. pour chaque esclave 
vendu, 25 fr. du vendeur et 25 de l'acheteur. Il serait bon qu'un consul 
européen fùt établi dans ce district. 

D'après une lettre du 6 janvier, d'Agoldi, au sud-ouest de l'Âbyssinie, 
le voyageur hollandais Scbuvep a visité en décembre le pays des tribus 
Bertas indépendantes, qui habitent les vallées profondes à l'ouest de 
Fadasi, arrosées par le Yal et le Ror, tributaires du Nil Blanc, au nord 
du Sobat. Il a réussi à atteindre Kizir et a fait l'ascension des monts 
Banghé; il a pu déterminer les sources du Yal, affluent du Nil Blanc, et 
résolu l'énigme géographique résultant du fait que le Sobat et le Jabous 
passaient pour prendre leur source dans un seul et même lac. En efiet, 
les Arabes croient qu'il y a relation entre le Nil Bleu et le Nil Blanc, par 
Tunion des tributaires des deux fleuves, le Jabous et le Sobat au sud de 
Fadasi ; dès lors le pays entre les deux Nils serait une île (ghesireh). 
Cette erreur s'explique par le fait qu'il y a deux Jabous * portant leurs 

* Le mot Jabous est chez quelques peuplades un terme générique, pour désigner 
un cours d'eau permanent. 



— 224 — 

eaux, Fun au Nil Bleu, Tautre au Nil Blanc. Le Jabous du Nil Bleu a 
fia source principale, la plus méridionale, au pied du mont Wallel, par 
8^50' latitude Nord. La source la plus orientale du Yal, affluent du Nil 
Blanc, est dans une vallée du versant occidental des monts Chougrous, 
dont la base orientale est baignée par le Jabous du Nil Bleu. Dans le 
territoire des nègres Amans, le Yal porte le nom de Yalasat, mais aprëa 
avoir passé les défilés des monts Banghé, en formant une suite de cata- 
ractes qui le font descendre de 650^ sur un parcours de 20 kilom., il 
prend, dans le pays de Berta, le nom de Jabous. M. Schuver l'a suivi 
jusqu'à la jonction de TOwé, la principale rivière des vallées au sud de 
Gomashé. De là, il passe dans les plaines des Bourous, et prend le nom 
de Yal, qu'il garde jusqu^au confluent avec le Nil Blanc. 

Ïa Esphratore a enfin reçu des nouvelles du capitaine Caaati, de 
Tangasi, résidence d'un chef des Mombouttous. Sa santé est de nouveau 
bonne, mais il a été gravement malade, et a été privé de tout par un 
incendie. Il n'en compte pas moins exécuter son projet de suivre l'Ouellé^ 
pour résoudre la question de son cours, et déterminer s'il fait partie du 
bassin du Congo, ou s'il se dirige au lac Liba, ou au lac Tchad. Il a visité 
quelques villages akkas ainsi que le tombeau de Miani, non loin de 
Ndorouma, et il a envoyé un itinéraire de la route qu'il a parcourue de 
Meshra-^él-Ilek jusqu'à Tangasi; malheureusement les instruments lui 
manquent, et ses relevés ne sont basés que sur la boussole et le pas de 
sa monture. Il a rencontré le D' Junker, et comptait se rendre auprès 
d'Emin Bey pour se pourvoir du nécessaire avant d'entreprendre l'explo- 
ration de rOuellé. Il est accompagné d'un Arabe et de quatre Akkas qui 
lui sont très affectionnés. Les Mittheïlungen "de Gotha nous apprennent 
en outre que le capitaine Gasati, après avoir été, pendant 60 jours, traité 
presque comme un prisonnier par le prince Azanga, a réussi à s'enfuir 
et à se réfugier dans les stations égyptiennes. 

£iiàln Bey continue à visiter avec beaucoup de zèle les provinces du 
cours supérieur du Nil Blanc soumises à son administration, et emploie 
ses voyages à relever soigneusement le pays qu'il parcourt pour combler 
les lacunes des cartes existantes. Dans quelques mois, l'Institut de 
Gotha publiera une carte de ses levés dans le Latouka, à Test du Nil, 
et jusqu'à l'Albert Nyanza. Dans les mois de septembre à décembre de 
l'année dernière, il s'est rendu dans le mudirieh du Rohl, à l'ouest du 
Nil, ajouté depuis peu à son gouvernement ; la carte qu'il en donnera 
complétera nos données sur le pays entre le Rohl et le NQ, et éclaircira. 
quelques points douteux des itinéraires antérieurs. En février et eu 



— 225 — 

mars de cette année il a été à Khartoum, et il doit maintenant être en 
route pour le pays des Niams-Niams et le Mombouttou, d'où il ira à 
TÂlbert Nyanza, en passant par les stations qu'il a fondées Tannée der- 
nière chez les Amadi, le long du cours supérieur du Kibali. Il espérait 
rencontrer le D' «lunker qui lui a envoyé une carte de ses travaux le 
loDig de rOuellé, très riche en détails intéressants sur les peuples et les 
tribus de ce pays. Le Journal de Saint-Péterebourg a publié deux lettres 
du D' Junker à sa famille, apportées à Khartoum par Emin Bey. Après 
avoir envoyé, de Ndorouma, son quartier général chez les Niams-Niams, 
M. Bohndorf, son compagnon de voyage, vers le nord-ouest, chez le 
prince Sassa, Junker s'est dirigé vers le sud, chez les Amadi, sur la 
rive septentrionale de TOuelié; là il a passé le fleuve pour aUer à Bakan- 
gal, mais il a été obligé de rester plusieurs mois chez les Abarambos et 
a été piUé. Avec Taide des gens de Sassa il a pu repasser TOuellé, et a 
dû attendre jusqu'au mois d'août chez les Amadi une occasion pour se 
remettre en route vers le sud. Une forte station égyptienne a été établie 
à deux jours de marche à l'est des Amadi, dans la partie orientale du 
territoire des Abarambos, à la frontière ouest du Mambanga, non loin de 
l'endroit où, en 1880, Junker traversa TOuellé, dans son voyage au 
Mambanga. Le voyageur y est allé h la fin d'août, en suite d'une invi- 
tation du commandant de la station, et c'est de là. qu'il a écrit, le 16 
novembre, la première des lettres sus-mentionnées. Dans la seconde, 
datée du 26 décembre, du pays des Abarambos, il écrit que ceux-ci ont 
été chfttiés, et que le prince de Bakangaï lui a envoyé des présents et 
des gens pour le mener dans son pays ; il allait s'y rendre; de là, il vou- 
lait retourner au Mombouttou où il comptait arriver à la fin de février. 
Nos lex^teurs se rappellent que Rohlfs avait reçu du négous d' Abys- 
«Inle pleins pouvoirs pour négocier la paix avec l'Egypte § le roi Jean 
y mettait cependant, comme condition^7ie qua non, la cession d'un port 
sur la mer Bouge. Le gouvernement allemand était disposé à lui aider, 
si le gouvernement anglais coopérait à cette œuvre de pacification. 
L'arrivée au Caire, l'an passé, d'une ambassade du négous, a &it croire 
au représentant anglais dans cette ville que la paix existe entre l'Abys- 
sinie et l'Egypte ; mais il n'en est rien : il ne s'agissait que d'une ambas- 
sade privée, pour obtenir un ahowta (grand-prêtre copte) pour l'Église 
abyssinienne. Des lettres reçues par RohlÊ montrent que la guerre sévit 
toujours sur les frontières des deux pays. L'Abyssinie n'a pas cessé de 
considérer conune sa propriété le pays de Kéren et des Bogos, que Mun- 
zinger lui a enlevé et qu'elle pille, ce qui donne lieu à des conflits san- 



— 226 — 

glants. Le gouvernement du khédive paraît s'inquiéter fort peu que des 
centaines d'hommes soient massacrés chaque année loin de sa capitale ; 
ses employés et ses officiers y trouvent leur avantage, en s 'emparant des 
jeunes Abyssiniennes dont ils font des esclaves pour leurs harems. Le 
roi Jean désire le retour de Rohlfis; celui-ci s'est adressé à « l'Antislavery 
Society » pour chercher à obtenir l'appui du gouvernement anglais, d'au- 
tant plus tenu d'intervenir, que la conquête du pays de Keren et des 
Bogos par les Égyptiens a été une des conséquences de la campagne 
des Anglais en Abyssinie. 

Le D' Keller a terminé l'exploration dont il avait été chargé dans la 
mer Rou^, par des études sur le commerce de Souakim. L'expor- 
tation pour l'Europe est assez considérable ; elle consiste essentiellement 
en gomme, en peaux, en dents d'éléphants, en coquilles à perles, et en 
animaux vivants venus du Soudan pour les jardins zoologiques. Quant h 
l'importation, l'Angleterre fournit des étoffes légères de laine|; la France, 
de la faïence ; la Suisse, du lait condensé ; la Grèce, des spiritueux. Le 
peuple de la côte et de l'intérieur est fort et intelligent, et a jusqu'ici 
résisté aux côtés dangereux des influences étrangères. Le sol serait 
rémunérateur, mais il faudrait une administration énergique pour 
apprendre aux habitants à le faire valoir. Le D' Keller a en outre feit 
des observations multipliées sur les Nubiens de la côte et de l'intérieur» 
poui' s'assurer jusqu'à quel point ce peuple a le sens des couleurs, et il 
a constaté que, contrairement à l'opinion que les peuples primitifs ne 
distinguent ni le bleu, ni le violet, les Nubiens de la côte distinguent 
toutes les couleurs du prisme, du rouge au violet, ainsi que les diverses 
nuances des couleurs, pour lesquelles ils ont des noms spéciaux. Les 
Nubiens des montagnes distinguent le noir, le blanc, le rouge et le vert» 
ainsi que l'orangé, mais pas le jaune clair qu'ils confondent avec le vert» 
ni le bleu, qu'ils ne distinguent p|ts du noir ; ils ont aussi de la peine k 
reconnaître le violet. 

Autorisés par le roi du Cboa, deux des missionnaires de Grischona» 
qui étaient à Ankober, se sont établis dans le pays des Gallas» à Balli» 
lief royal de Ménélik. Le Choa et le territoire des Gallas, jusqu'à 
l'Haouasch, sont divisés en tiefis plus ou moins grands, que le roi remet k 
ses amis et à ses hôtes qui doivent se reconnaître ses vassaux ; d'ailleurs» 
tout étranger est hôte du roi, qui prescrit ce que le vassal doit recevoir 
des fonctionnaires. Balli est bas, chaud, et n'a pas d'eau de source ; il 
faut se contenter de l'eau tombée dans la saison des pluies et recueillie 
dans des fossés ouverts. A un kilomètre cependant se trouve un lit de 



— 227 — 

ruisseau à sec ; en creusant à quelques mètres de profondeur, ou ren- 
contre une bonne eau potable. Les habitants sont des Gallas passable- 
ment mélangés de gens du Choa émigrés. Sur Tordre du roi, les Gailas 
païens se sont fait baptiser, les prêtres leur ont appris à observer les 
jours de fête, mais sans leur donner d'instruction, et en les laissant sui- 
vre leurs traditions païennes. Ds vivent entre eux dans des guerres per- 
pétuelles, sans pouvoir devenir indépendants. L'un des missionnaires 
leur rend de grands services en soignant les malades ; une école a été 
fondée pour les enfants, qui seront aussi formés à divers métiers. 

Les divergences de vue qui régnaient entre l'Italie et l'Egypte au 
sujet d'Assab ont été aplanies. Le ministre italien des aifaires étran- 
gères présentera prochainement un projet de loi sur l'administration du 
territoire acquis par l'Italie. Assab serait déclaré territoire franc et 
aurait un caractère commercial. Les Italiens qui y sont établis ont 
demandé, par l'intermédiaire du chevalier Branchi, commissaire royal, 
la cession gratuite d'un terrain à une société italienne qui se chargera 
de -construire des magasins, l'achèvement des travaux du port, et la 
construction d'un phare. En attendant, le conunaudant Dionisio a été 
envoyé en mission à Assab avec trois ingénieurs. Outre le port en con- 
struction, il en sera fait un autre spécial pour les barques qui servent h 
la pêche des perles. 

L'Association internationale africaine a fait une nouvelle 
perte, qui sera vivement ressentie par tous ceux qui s'intéressent à la 
civilisation de l'Afrique. M. Ramaecl^ers, qui avait remplacé M. Cam- 
bier à Karéma, y est mort de la dysenterie le 25 février. Dès son arrivée, 
il avait travaillé sans relâche à compléter les travaux de son prédéces- 
seur, avait donné de l'extension aux cultures, avait su attirer à Karéma 
des indigènes qu'il avait déterminés à s'y fixer et s'était acquis le res- 
pect et la confiance des chefs des tribus voisines. MM. les lieutenants 
Storms et Constant sont partis pour Zanzibar où les attend le capi- 
taine Gambier. Ce ne sera pas sans peine qu'ils atteindront Karéma. 
Mirambo a brûlé le plus puissant village de cette région, levé des tributs 
sur tous les autres, et obtenu la soumission de toutes les tribus campées 
jusqu'à une journée de marche de Karéma. Le lac s'étant retiré à 500" 
de cette localité, il aurait pu l'investir; heureusement, il ne l'a pas fait. 

MM. les D" Bœlim et Kaiser ont fait heureusement un voyage de 
trois mois, de Gonda, station du Ckiniité national ailemand» au 
Tanganyika. Leur station paraît très favorable à l'agriculture et à l'élève 
du bétail. Les vastes iehamps qu'ils possèdent sont cultivés gratuitement 



— 228 — 

par les gens de la princesse de Gonda. Us espèrent récolter plus que le 
nécessaire pour Tentretien de leur personnel, et écouler le surplus à 
Tabora, qui souffi*e fréquemment de disette. La station n'est pas encore 
bonne pour le commerce, nuds M. Reicshard comptait faire, à ses 
frais, un voyage à l'intérieur pour acheter de l'ivoire. 

M. le missionnaire liasit, de Mamboya dans l'Ousagara, a obtenu sur 
les Masialî des renseignements qui lui font croire qu'un voyageur, brave 
sans forfanterie, et aimable sans servilité, connaissant le souahéli et la 
langue des Masaï, pourrait, avec une caravane bien organisée, traveiser 
leur pays, de Pangani ou de Mombas, et atteindre, par le lac Baringo, 
la rive septentrionale du Yictoria-Nyanza. Le nombre des hommes 
devrait dépasser un peu celui des colis, pour que la caravane ne îùi pas 
arrêtée si quelque porteur tombait malade. La question des vivres serait 
un peu difficile, dans un pays dont les habitants vivent de viande de 
bœuf et de lait, et négligent la culture des légumes si indispensables aux 
porteurs de Zanzibar. Les indigènes Ouarimas et Souahélis qui le tra- 
versent souvent, partent d'ordinaire de Pangani, se dirigent au nord* ou 
à l'ouest jusqu'aux frontières des Masaï ou des Ouakouafis, oii ils se 
reposent un certain temps, pour recueillir les informations sur le temps 
que leur prendra le passage à travers le pays des Masaï jusqu'à l'en- 
droit qu'ils désirent atteindre. Lorsqu'ils savent le nombre de jours 
qu'il lem* faudra, ils achètent des natifs la quantité de farine nécessaire ; 
chaque homme en prend jusqu'à 10 kilogrammes en sus de son colis. 
D'après un indigène, on peut aller de Pangani à Ousoukouma en soixante- 
six jours. Dans le cas où la Société de géographie de Londres se décide- 
rait à envoyer une expédition, de Pangani ou de Mombas à la côte 
orientale du Victoria-Nyanza, M. Last pourrait procurer, comme por- 
teurs, des hommes de la vaUée de la Louhéga dans le Ngourou. Il signale 
aussi l'existence d'une tribu pygmée, les Ouamdidikimos, à quatre-vingt- 
dix jours de marche au N.-O. du Ngourou. 

M. Griflith qui réside à Mtoua, un des centres de la mission de Lon- 
dres à l'ouest du Tanganyika, a visité l'Ousoma, au nord de l'Ougouha, 
et est entré en relations avec le chef Kabamba qui l'a reçu avec beaucoup 
de bienveillance. Sa ville est située sur une hauteur, près du lac ; elle 
est entourée de grands bananiers et compte environ 150 maisons, dispo- 
sées très irrégulièrement, sans former des rues comme dans l'Ougouha; 
les natifs cultivent de grands champs de cassaveet de maïs. Le chef por- 
tait un vêtement rouge et un turban blanc ; entouré de ses anciens, il 
exprima à M. Griffith le désir de voir des blancs s'établir chez lui, et lui 



— 229 — 

demanda de venir pour tuer les éléphants qui ravagent ses champs, les 
armes de ses si\jets étant trop faibles pour ces gigantesques créatures. 
n aurait aussi voulu avoir des charmes pour réunir plus de gens dans sa 
ville, et pour détruire les lions et les léopards, qui tuent, dit-ïl, beaucoup 
de monde; les sorciers de l'Ougoma passent pour avoir le pouvoir spécial 
de charmer ces animaux et de les envoyer à leur gré dans un dis'trict ou 
dans un village ; lions ou léopards tuent les gens de jour comme de nuit, 
mais sans jamais être vus. A une demi-journée dans l'intérieur sont les 
plaines populeuses et les villages dePOubogoué, d'où les Ouagomas tirent 
les esclaves qu'ils vont vendre à Oudjidji. 

La station de Mouloneiva, dans le Massanzé, a été renforcée par 
quatre missionnaires romains de Tabora, et trois auxiliaires de Mdabou- 
rou. Le chef de la localité a fait un voyage à Oudjidji, oii il a eu une 
entrevue avec le gouverneur arabe, qui lui a conseillé de vivre en bonne 
intelligence avec les missionnaires et d'éviter toute espèce de querelles. 
Le P. Moncet fait des relevés scientifiques et soigne les malades ; ses 
collègues s'occupent de l'instruction des enfants. Mouruma, sultan du 
nord du lac, est venu leur proposer de fonder dans ses États une station ; 
un établissement siu* le territoire de ce chef, à une quinzaine d'étapes 
du Victoria-Nyanza, serait un moyen de relier les missions de l'Ouganda 
à celle du Tanganyika. La création de celles du Haut-Congo a été retar- 
dée par le massacre du F. Deniaud et de ses compagnons, destinés à 
présider à ces fondations plus lointaines. On avait déjà préparé les 
approvisionnements nécessaires pour la caravane qui devait les conduire 
dans les États du Mouata-Yamvo ; ils ont été pillés ou livrés aux flammes. 
Une nouvelle caravane partira dans le courant de l'été prochain. 

La construction de la roote entreprise pour unir le Nyassa an 
Taiifi^anyika a été interrompue par le massacre d'un certain nombre 
de natife au service de M. James Stewart. Celui-ci avait pris pour base 
de ses travaux Chiouinda (V. la carte de la région du Nyassa, III"*" 
année, p. 44), à 140 kilom. à l'ouest de l'extrémité septentrionale du 
Nyassa ; il avait avec lui quelques ouvriers anglais et des natifs chrétiens 
du sud du lac. Des caravanes, conduites par des blancs, et composées 
des natifs les plus civilisés, se rendaient régulièrement au lac pour en 
rapporter les provisions nécessaires. Une de ces caravanes, n'ayant pas 
de blancs et comptant des natifs de Chiouinda, paraît s'être livrée à 
quelques actes de maraudage, en traversant le territoire d'un chef 
nommé Mombouéra. Quoi qu'il en soit, celui-ci attaqua la caravane qui 
perdit 19 hommes, les uns tués, les autres vraisemblablement pris et 



— 230 — 

vendus à des trafiquants d'esclaves. Le chef de Chiouinda appela ses 
voisins à son aide pour déclarer la guerre à Mombouéra. M. Stewart 
réussit heureusement h prévenir Teffusion du sang ; Mombouéra témoi- 
gna le désir de faire la paix et offiît, comme compensation, des bestiaux 
qui furent acceptés. M. Stewart qui avait fait transporter son matériel 
au bord du lac, va recommencer ses travaux, en prenant pour base d'opé- 
ration Karonga, sur le Nyassa. 

Les évangéiistes envoyés des Spelonken à la baie de Delagoa sont de 
retour à Valdéada. Ils ont trouvé la tsétsé sur leur route. Le gouver- 
neur portugais de Lorenzo Marquez, tout en étant personnellement 
favorable à M. Creux, lui a fait savoir que les lois du pays défendent 
rétablissement de missions protestantes en territoire portugais; mais 
celui-ci ne s'étend pas au loin à l'intérieur, et, là où M. Creux désire 
établir une mission, les Portugais paient tribut aux che& magouambas. 
Magoud, le plus puissant des chefe du pays, a bien reçu les évangéiistes, 
et leur a demandé de lui ramener prochainement un missionnaire. De la 
mer on peut arriver chez lui directement en barque par le Comati. Mal- 
heureusement les Portugais et les Banyans ont introduit dans le pays 
une ivrognerie e&oyable. La station de Yaldézia sera renforcée par 
l'envoi d'un nouveau missionnaire, M. Jaques, qui partira l'été prochain, 
accompagné d'un jeune agriculteur chargé de seconder les missionnaires 
dans leurs travaux manuels. 

Le gouvernement de la colonie du Cap a proposé au Parlement d'annu- 
ler la proclamation prescrivant le désarmement des Bassoutos» et de 
nommer une commission chargée, soit de dédommager de leurs pertes 
les marchands européens et les indigènes loyaux, soit de rechercher le 
système d'administration qui aurait le plus de chances de pacifier le 
pays. Le ministère britannique a approuvé les propositions pacifiques de 
l'autorité coloniale. On espère suimonter ainsi la désaffection des Bas- 
soutos et voir l'ordre se rétablir. Les impôts se paient sans difficulté ; 
Letsié et Lérothodi ont donné l'exemple ; tout le bétail de la contribu- 
tion de guerre a été livré, et en sus 8891 têtes, qui ont été remises aux 
loyaux. Les démarches de M. Coillard en Angleterre avant son départ 
pour l'Afrique, et de M. Mabille auLessouto, n'ont pas été étrangères à 
ce changement de politique. 

Les opérations des con^ia^^ie» des mines de houille de la 
Colonie du Cap s Great Stormberg, Cyfergat, et Lidwe Coal Mining 
Companies, ont commencé. D'après leEast London l)i8patch,M.Yf . Moly- 
neux a été envoyé à Molteno, pour faire rapport sur les ressources 



— 231 — 

géologiques de ce district, et sur les meilleurs moyens d'en exploiter les 
houillères. Son rapport au gouvernement colonial présente les gisements 
des Stormberg comme inépuisables ; le charbon en est bon pour le chauf- 
fage des appartements, pour le gaz, la vapeur, et l'industrie manufactu- 
rière. L'extension de la ligne East London-Queenstown, à Burghers- 
dorp et Aliwal, passera par Molteno et Cyfergat, où les opérations 
minières pourront s'exécuter sur une grande échelle. La qualité et la 
quantité de cette houille rendra la colonie indépendante à cet égard de 
la mère-patrie. 

Dans une dépêche de lord Kimberley à sir Hercules Robinson, publiée 
dans le Bliie Book^ le ministre anglais rappelle que ^Vallfish Bay a 
été proclamé territoire britannique à la demande de la colonie du Cap, 
et pour surveiller le seul port de toute une longue côte, par lequel puis- 
sent passer, pour l'intérieur, des armes et des objets de conunerce. 
Après avoir annoncé que le gouvernement de la reine ne changera rien 
à l'état de choses actuel, si le Parlement du Cap continue à. maintenir 
les établissements de cette place, il ajoute qu'il ne voit pas l'avantage 
de conserver une possession si éloignée de la colonie, et exposée aux 
attaques de natifs hostiles, puisque l'occupation de cette localité n'a pas 
arrêté l'importation d'armes et de munitions, le commerce étant d'ail- 
leurs à peu près insignifiant et n'ayant pas beaucoup d'avenir. Dans le 
cas oii le Parlement du Cap ne ferait pas le nécessaire poui* protéger 
cette place comme portion de la colonie, il y aurait lieu, dit lord Kim- 
berley, d'offrir aux quelques Topnaars qui restent encore, de les trans- 
férer dans telles ou telles localités sûres du pays des Namaquas, et de 
renoncer à tout exercice d'autorité anglaise à Wallfish Bay. — L'inter- 
vention du D'Hahn, mentionnée dans notre dernier numéro, ne s'est pas 
bornée à la conférence avec les chefs Namaquas $ il s'est encore rendu 
dans le Damaraland< à Okahandya pour voir les chefs des Hépépos, et, 
grâce à ses démarches et à celles de missionnaires chez les Namaquas et 
les Héréros, des négociations de paix ont été commencées ; les Bastards 
de Rehobot ont conclu une paix séparée avec les Héréros ; il en a été de 
même des Zwartboï, et l'on peut espérer que bientôt les hostilités ces- 
seront complètement dans cette région. 

Le consul anglais de St-Paul de Loanda a communiqué à Lord Gran- 
yille des extraits de lettres d'un Anglais établi à Mossamédès, M. Bent, 
qui a visité les Boers établis à Humpata, k 200 kilom. environ de la 
côte. Le gouvernement portugais leur a donné 2500 liv. sterl. pour ouvrir 
une route jusqu'à Mossamédès. Us sont au nombre de 420, laborieux, 



— 232 — 

pacifiques, entièrement sous la loi et la protection des Portugais, dont un 
oflBcier réside au milieu d'eux avec une demi-douzaine de soldats. Une 
canalisation de 5 à 6 kilom. amène Teau devant chacune de leurs mai- 
sons ; le sol est fertile, et leur fournit en abondance blé et légumes de 
toutes sortes ; ils comptent cultiver le coton et la vigne. Le cuivre et le 
fer ne sont pas rares ; dans le voisinage il y a du gibier, entre autres 
des éléphants et des autruches. Les indigènes Gambos ont fait deux ten- 
tatives pour chasser les Boers de Humpata, mais ils ont été repoussés et 
maintenant ils les laissent tranquilles. On attend l'arrivée d'une troupe 
de Bastards, descendants de Boers et de Hottentots, qui s'établiront k 
100 kilom. au sud de Humpata. Les Portugais espèrent beaucoup de ces 
établissements pour l'exportation de l'ivoire et des plumes d'autrpche. 

Il s'est formé, sous le nom de Cong^ and mntral africsan 
Company, une société commerciale pour acquérir les factoreries pos- 
sédées jusqu'ici par M. Zagury à Banana, Quissanga, Boma, Âmbriz, 
Loanda, Dondo, etc., ainsi que les navires et les vapeurs adaptés h la 
navigation sur le Congo et autres fleuves, et faisant le service entre les 
susdites factoreries. Le but de la Société sera d'étendre et de dévelop- 
per les relations commerciales avec cette partie de l'AMque. M. Zagury, 
qui y a passé 12 ans, en sera le directeur. Deux lignes de steamers feront 
le service entre la côte occidentale africaine et l'Angleterre. 

Lors de la visite que le P. Augouard a faite à Stanley Pool, le ser- 
gent Malamine, laissé par Savor^nan de Brazza à la garde du dra- 
peau français, lui a conmiuniqué une copie du traité d'annexion que 
son chef avait conclu avec les princes indigènes de cette partie du fleuve. 
Il est conçu en ces termes : 

a Au nom de la France, et en vertu des droits qui m'ont été accordés 
le 10 septembre 1880, par le roi Makoko, j'ai pris possession du terri- 
toire situé entre les rivières lue et Impila, le 3 octobre 1880. En témoi- 
gnage de quoi j'ai arboré le drapeau français à Okila, en présence des 
che& Oubanghis, venus à Nkouma pour un but commercial, et des chefs 
Batékés : Ntaba, Lecanho, NgsBcala, Ngasko et Jenna, vassaux de 
Makoko, et en présence aussi de Ngalième, représentant officiel de 
Makoko, à cet effet. J'ai remis à chacun de ces chefe un drapeau fraa- 
çais pour qu'ils l'arborent sur leurs villages, en témoignage de la prise 
de possession que j'en ai faite au nom de la France. Ces che&, informés 
par Ngalième de la décision de Makoko, se sont inclinés devant sa réso- 
lution, ont accepté le drapeau, et, par leur marque empreinte sur cet 
instrument, ont attesté leur adhésion à la cession du territoire de 



— 233 — 

Makoko. Le sergent Malamine garde le drapeau fraaçais, et fera provi- 
soirement les fonctions de chef de la station française de Nkouma. En 
remettant à Makoko ce document fait à triple, revêtu de ma signature 
et des marques des chefs, ses vassaux, je lui ai formellement notifié ma 
prise de possession de cette partie de son territoire pour l'établissement 
d'une station française. Fait à Nkouma, royaume de Makoko, le 3 octo- 
bre 1880. Signé : Pierre Savorgnan de Brazza, second lieutenant de 
marine ; + Ngalième, -|- Lecanho, + Ntaba, + Ngœko, + Jeûna. » 

Il n'y a là rien qui oblige les chefs de Stanley Pool à interdire l'accès 
du territoire aux explorateurs et aux missionnaires de nationalité non 
française, mais leurs procédés, à l'égard de Stanley et des missiomiaires 
anglais, ont besoin d'explications que ne manquera pas de fournir Savor- 
gnan de Brazza, ce dernier va revenir en France pour faire les prépa- 
ratifs de l'expédition qu'il doit conduire sur le Congo, avec le D' Ballay, 
pour le compte du ministère de l'instruction publique. 

MM. Clarke^ Richards et In^hani» de la <« Liivinij^iitone 
Inland Mission) » pailis de Banza Manteka, ont traversé le long de 
la rive méridionale du Congo, sui* une étendue de 65 kilom., un pays 
qui jusqu'ici n'avait été visité par aucun Européen. Us ont rencontré 
beaucoup de villes et de villages très peuplés, des natifs généralement 
familiers et amicaux; de grands jardins bien cultivés entourent la 
plupart des villes. Pendant leur voyage, ils ont vu beaucoup de traces 
d'éléphants et de buffles, et quelquefois les animaux eux-mêmes. A 
Bemba.ils traversèrent le ileuve, et, remontant le long de la rive droite, 
ils atteignirent Stanley Pool, où ils comptaient reconnaître le pays et 
choisir un emplacement pour y fonder une station. Les chefs de Stanley 
Pool, qui d'abord s'étaient montrés bien disposés, devinrent bientôt hos- 
tiles et refusèrent de leur laisser traverser le fleuve pour revenir par la 
rive méridionale. Ils durent redescendre par la rive droite jusqu'à la 
rivière Nkenké, près de laquelle ils acquh'ent du chef d'Inkissi un ter- 
rain pour ime station. Avant de se mettre à consU'uire, ils vinrent à 
Bemba, oU les lettres qu'ils trouvèrent les décidèrent à commencer par 
explorer toute la rive sud du Congo, de Bemba jusqu'à Stanley Pool, 
afin de chercher quelle sera la meilleure voie pour le transport du stea- 
mer le Henry Reed, qui doit naviguer sur le coui's moyen du fleuve. Ils 
ont dû partir pour cette exploration au milieu de janvier. — Le 26 avjîl 
sont partis de Liverpool des renforts pour cette mission, entre autres, 
M. William Appel, qui a fait des études pratiques d'asti'onomie pour 
pouvoir poursuivre des travaux géographiques dans l'Afrique centrale, et 



— 234 — 

M. A. Sims, qui espère fonder h Stanley Pool un « Cottage Hospital » 
et un Dispensaire pour les Européens et les natife. Ce dernier possède 
des connaissances étendues en zoologie et çu botanique, et étudiera 
la faune et la flore de ce pays. Il nous a informés directement qu'il 
accueillerait avec plaisir les voyageurs et leur donnerait tous les secours 
et informations qui seront en son pouvoir. 

Dans l'espoir que MM. Pogge et Wissmann pourront atteindre la rési- 
dence du chef des Tuchilangués, Mukengué, au confluent du Louloua et 
du Cassaï, et de là descendre au Congo par une route nouvelle, le comité 
de la Société africaine allemande a formé le plan d'une expédi- 
tion, chargée d'aller à leur rencontre en remontant le Congo au delà de 
Stanley Pool. La direction en sera confiée au D' Bûchner, que ses 
expériences dans l'Afrique centrale rendent tout particulièrement pro- 
pre à une mission de ce genre. Mais, comme les ressources dont dispose 
la Société sont en grande partie absorbées par les frais de la station du 
Comité national à l'est du Tanganyika, et du voyage de M. Flegel dans 
l'Adamaoua, celui du D' Btlchner sera ajourné au printemps de 1883. 
Le Comité préparera l'expédition pendant l'hiver prochain. 

Des indigènes du Congo inférieur ayant massacré un équipage 
européen, le commandant du Gabon donna ordre au capitaine de la 
canonnière le Marabout de se rendre au Congo, pour punir les meur- 
triers. Quand le navire arriva devant la ville de Ningé-Ningé, à 65 kil. 
de l'embouchure du fleuve, les natifs ouvrirent le feu sur les Français, 
tuèrent le D' Chassaigne et blessèrent plusieurs hommes. Là-dessus, le 
capitaine de la canonnière fit bombarder la ville. Les marchands euro- 
péens dont les propriétés ont été détruites se sont transportés au Gabon. 
Le blocus a été établi autour de Ningé-Ningé. 

Après avoir, avec l'appui du roi du Nupé, exploré une partie du Niger 
inconnue jusqu'ici, et visité Sokoto, M. Flegel s'est rendu de Bida à 
Loko sur le Bénoué, où il espérait trouver les marchandises dont il a 
besoin pour son voyage dans l'Adamaoua, et qu'on devait lui envoyer de 
Lagos par les steamers de la « United African Company. » Ne les y ayant 
pas trouvées, il dut se rendre en toute hâte à la côte, pour les y chercher 
et pour se pourvoir des instruments les plus nécessaires qui lui man- 
quaient. Le 4 janvier, un vapeur de la susdite compagnie le ramenait à 
Lokodja, au confluent du Niger et du Bénoué, d'oîi il allait repartir pour 
Loko où l'attendait sa caravane. D a dû dès lors remonter le Bénoué 
jusqu'à Ribago, pour passer de là, par le Mayo Kebbi et les marais de 
Toubouri, au Chari, au lac Tchad et à Kouka (V. la carte de l'hydro- 
graphie du Soudan central. H"* année, p. 64). 



— 235 — 

Dans une séance récente de la Chambre des Communes, M. Labou- 
chère a attiré l'attention du gouvernement sur la traite qui se pratique 
encore à La^^s, d'où elle devrait avoir disparu depuis que cette partie 
de la côte est devenue possession anglaise. Un correspondant de VAfri- 
can Times écrit en eflfet de Lagos que, malgré tout ce qui a été fait pour 
détruire l'esclavage le long de la côte, il y a. encore des sujets anglais 
qui, ayant des propriétés à Lagos, possèdent des esclaves dans des pays 
situés au delà des limites des territoires britanniques, et font la traite 
lorsqu'ils ont besoin d'argent. Leurs esclaves s'échappent parfois et 
viennent à Lagos. 

Vers la fin de février, on pouvait craindre au Sénégal un soulèvement 
général des peuplades nègres des bords de la Cazamance. Les Man- 
dingues, conduits par leur puissant chef Sounkary, se révoltèrent, atta- 
quèrent le poste français de Sedhiou et le bloquèrent. Une colonne 
mOitaffe dut être expédiée de Dakar pour porter secours aux assiégés. 
Elle prit d'assaut le village de Bakoum, résidence ordinaire de Sounkary, 
dont elle mit l'armée en fuite; après avoir débloqué Sedhiou, brûlé 
Médina et s'être emparée de plusieurs autres villages, elle renti'a à Sed- 
hiou, où la majeure partie des chefs mandingues vinrent faire leur sou- 
mission et payer la contribution de guerre imposée par le^ vainqueurs. 

Le gouvernement français demande aux Chambres un nouveau crédit 
de 7,000,000 fr. environ pour le chemin de fer du Haut-Sénég^al. 
Un poste définitif sera établi à Bafoulabé ; celui de Kita sera agrandi ; 
deux nouveaux postes seront construits, l'un à mi-chemin de Kita au 
Niger, l'autre à Bamakou. En même temps, on étudie un tracé de voie 
ferrée à construire de Kayes par Senoudebou, à un point en amont de 
Bakel, accessible toute l'année aux navires dont le tirant d'eau ne 
dépasse pas 0",60. Actuellement, ils ne peuvent remonter à Kayes que 
cinq ou six mois de l'année ; aussi est-il urgent de créer une voie plus 
accessible par la vallée de la Falémé. Le projet de loi présenté au3ç 
Chambres prévoit que la voie ferrée de Kayes à Bafoulabé sera terminée 
dans deux ans. Au delà de Bafoulabé, il n'y aura pas de travaux d'art 
très difl&ciles h exécuter pour atteindre la partie navigable du Niger. — 
La Société de géographie de Paris a reçu la carte en six feuilles des levés 
exécutés par les ofiiciers de la mission topog^raphique» sous les 
ordres du commandant Derrien, attachée à l'expédition du lieutenant- 
colonel Borguis Desbordes. Elle donne, au Viooooo» l'itinéraire de la colonne 
entre Médine et Kita, avec le plus de terrain qu'il a été possible d'en 
relever à droite et à gauche. La cinquième feuille donne le lac ou étang 



' — 286 — 

Bambiri, dont on croyait les eaux tributaires des deux bassins ; elles se 
déversent auN.-E. dans un affluent du Banioulé, affluent lui-même pro- 
bablement du Sénégal. Il y a aussi un itinéraire de Kita à Mourgoula, 
avec vues et plans de détail. Jusqu'à présent on n'avait pas d'itinéraii-e 
aussi complet s'avançant aussi loin vers le Niger. — On peut d'ailleurs 
envisager la route commerciale du Sénégal au Niger comme ouverte par 
rèxpédition que le lieutenant-colonel Borgpuis Desbordes vient 
d'exécuter à 45 kilomètres au delà du Niger, dans le Kénériadou^ou^ 
pays commerçant qui, depuis l'année dernière, demandait la protection 
française. Parti le 16 février de Kita, avec une compagnie de tirailleurs 
indigènes, une section d'artillerie, un peloton de spahis et quelques fan- 
tassins européens, il était le 18 à Mourgoula, oU il confirma Talmamy 
dans l'idée que la politique de. la France est une politique depaix^ ayant 
pour but d'obtenir des voies commerciales dans le pays ; le 23, il attei- 
gnait Nafadjié à deux jours de marche du Niger. Sur la rive, droite du 
fleuve, un chef redouté, Samory, ruinait le Kénériadougou, et depuis 
sept mois en tenait assiégée la capitale Kénéria. Borguis Desbordes mar- 
cha sur cette ville pour la débloquer, mais à son arrivée, le 26 février, 
Samory l'avait prise, en avait tué une partie des habitants et réduit le 
reste en captivité. Il fut d'ailleurs bientôt mis en fuite par la colonne 
française, qui rentra ensuite à Kita ; sur toute la route de Kita au Niger, 
elle avait été bien accueillie, parles mêmes indigènes qui précédemment 
avaient attaqué la mission Galliéni. Le capitaine Piétri, attaché à cette 
mission, a été envoyé à Kita pour prendre le conunandement de ce poste ; 
il a rencontré à Médine le lieutenant-colonel Borguis Desbordes, dont la 
mission pour 1882 est terminée. 



NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

L'École supérieure des lettres d'Alger a commencé la publication d'un BiiUeiin 
de Carrespondance africaine^ qui sera utile pour l'éjude de la géographie ancienne 
de l'Afrique septentrionale. 

Au Congrès des sociétés françaises de géographie, qui se réunira cette année à 
Bordeaux, doit être examinée la question de la création d'une école supérieure de 
géographie et d'exploration, dans une des grandes villes du nord de l'Afrique : 
Alger» Tunis, Alexandrie ou le Caire. 

Un gisement de houille, dont les couches paraissent étendues et profondes, a été 
découvert à Bou-Saada^ à l'ouest d'Alger. Il résulte des analyses faites par 
M. Tingry, chimiste au service des mines, que ce combustible est de bonne qualité. 



— 237 — 

Un surrivant de la mission Flatters, recueilli au sud de Géryville, a rapporté que 
des nègres de Tombouctou, armés d'arcs et de flèches, sont arrivés dans le douar 
d'un chef Touareg qui l'avait pris à son service comme berger. Ayant appris le 
projet des Français de venir chez eux, ils voulaient s'opposer à leur passage. 

Les trois missionnaires d'Alger^ restés h Ghadamès après le massacre du 
P. Richard et de ses deux compagnons sur la route de Rhat, sont heureusement 
arrivés à Tripoli. Ils auraient aussi été massacrés s'ils avaient voulu regagner 
l'Algérie par le Sahara ; mais, sur le conseil de leurs supérieurs, ils attendirent 
une escorte turque, que le consul général de France à Tripoli réussit à obtenir du 
pacha de cette ville, où ils furent ramenés sains et saufis. 

Le capitaine Gill, du génie royal anglais, arrêté à trois jours de marche de 
Bengazi, a aussi été ramené à Tripoli, les autorités turques refusant de lui per- 
mettre de continuer son voyage, parce qu'elles ne pouvaient pas lui garantir une 
sécurité suffisante. 

La commission de la Société des études du Nil s'est rendue du Caire aux cata- 
ractes, sur deux dahabiés remorqués par un vapeur de l'État. Le gouvernement 
égyptien lui a adjoint le colonel Mouktar bey, bien connu par ses voyages et ses 
travaux sur le Haut-Nil, et un ingénieur égyptien. 

Le gouvernement italien enverra prochainement au roi d'Abyssinie une mission 
chargée de lui remettre des présents de la part du roi Humbert et de resserrer 
en même temps les relations d'amitié entre les deux pays. 

M. Antoine d'Abbadie, qui a été longtemps en Abyssinîe, rapporte que les 
indigènes bravent impunément les miasmes des régions basses, pernicieux pour les 
Européens, et attribuent leur immunité à l'usage quotidien de fumigations de 
soufre. 

Le vice-consul italien à Suez est parti pour diriger une nouvelle enquête, au sujet 
du massacre de l'expédition Giulietti. 

Ensuite d'une demande de M. Prîce, fondateur de l'établissement de Frère Town 
pour les esclaves libérés, le Comité des missions anglicanes a décidé d'y envoyer 
deux nouveaux missionnaires, un mattre d'école et, si possible, un médecin. Les 
agents actuels de la Société, s'occuperont d'étendre l'œuvre à l'intérieur. 

La station anglaise de l'Ouganda sera renforcée de plusieurs missionnaires, 
d'un artisan et d'un médecin. 

A Blant3rre s'est fondée, parmi les jeunes gens, une association contre l'usage du 
pamhé, aussi démoralisant dans ses effets que les boissons spiritueuses en Europe. 

M. O'Neill, consul anglais à Mozambique, a fait une exploration des rivières Qui- 
zungo, Tejoungo et Licoungo, et compte se rendre à Blantyre et au lac Nyassa, 
pour constater si le Chiroua et le Eiloua sont bien un seul et même lac d'où sort 
la Lotgenda. 

Une Compagnie se propose de construire des lignes télégraphiques de Tété à 
Quilimane, et de Mozambique à Inhambané et Lorenzo Marquez, pour mettre ces 
localités en communication avec Lisbonne ; elle fonderait aussi 12 stations météo- 
rologiques. 



— 238 — 

La Commission africaine de la Société de géographie de Lisbonne a présenté 
une proposition tendant à constituer immédiatement à Manica, dans la province 
de Mozambique, une station civilisatrice. 

D'après le rapport du missionnaire Richard, les ânes de sa caravane, dans son 
voyage aux États d'Oumzila, ont été garantis des atteintes de la tsétsé par des 
lavages quotidiens d'ammoniaque. 

On a reçu à Bruxelles de bonnes nouvelles du P. Depelchin, que l'on disait 
avoir été assassiné près du Zambèze. Il est arrivé en bonne santé à Grahamstown 
à la fin de février, et se propose de retourner prochainement, avec un renfort de 
missionnaires, chez les Batongas du Zambèze, où le chef Moëmba lui a concédé, 
pour la mission, une vallée qui descend jusqu'au fleuve. De là il compte étendre le 
champ de ses travaux jusqu'au lac Bangouéolo. 

Le chemin de fer de Saint-Denis, à la Réunion, a été ouvert à la circulation en 
février. 

Une députation de plusieurs centaines de Zoulous des plus influents, parmi les- 
quels deux frères de Cettiwayo, est arrivée à Pietermaritzbourg, pour demander 
le retour de l'ancien roi, comme devant contribuer à la pacification du Zoulouland. 

M. le baron de Dankelmann, météorologiste distingué de Leipzig, engagé par le 
Comité d'études du Haut-Congo, vient de partir pour rejoindre Stanley. Il est 
muni des meilleurs instruments météorologiques et pourra fournir, sur cette région, 
des renseignements climatologiques très utiles pour les explorateurs. 

M. R. Arthington, de Leeds, a fait don à la mission baptiste du Congo d'une 
nouvelle somme de 25,000 fr. pour aider aux frais de construction d'un vapeur 
démontable, le Plymouth, destiné à la navigation du cours moyen du fleuve. U sera 
en acier et muni de deux hélices; pour pouvoir manœuvrer plus facilement au 
milieu du courant et des bancs de sable, il aura 20™ de long et ne tirera que 
30 centimètres d'eau. 

M. Nuno Queriol a accepté le commandement du vapeur le Julio de VUhenaj 
destiné à la station civilisatrice portugaise du Congo. 

M. le D' Hûbbe-Schleiden, de Hambourg, se dispose à parcourir l'Allemagne 
pour y recruter des colons, à l'effet de fonder une grande colonie allemande dans 
le centre de l'Afrique, dans le bassin du Congo. 

M. Blom, agent de la « Compagnie coloniale de l'Afrique française » est arrivé 
le 30 mars au Gabon, et s'est dirigé vers l'intérieur qu'il se propose d'explorer. 

Le Comité des missions anglicanes a appelé l'évêque du Niger, M. Samuel 
Crowther, et le Rev. J.-B. Wood de Lagos, à une conférence où seront arrêtées les 
mesures à prendre pour développer la mission du Niger. Le consul Hewitt, revenu 
de la c6te de Guinée, a exposé, au sous-comité qui s'occupe des missions d'Afrique, 
la nécessité d'ouvrir des communications commerciales directes avec les tribus de 
l'intérieur, et insisté sur l'utilité d'établir sur le Niger des écoles industrielles, où 
les chrétiens noirs puissent être préparés aux professions manuelles. 

L'ingénieur de la Wassaw light BaUway Company, débarqué à Dixcove, le 
28 février, a fait une première étude du tracé proposé, de la côte aux mines d'or. 



— 239 — 

Quoique le résultat en soit favorable, il examinera une autre route, qui ne néces- 
sitera, paratt-il, point de travaux d'art difficiles. 

M. Çretignière, membre de la Société de géographie commerciale de Paris, est 
parti pour Assinie, afin d'étudier les gisements aurifères de cette possession fran- 
çaise. 

Les Gamans ont attaqué Inquansah, village près de Coumassie, et fait beaucoup 
de prisonniers. Les Achantis se préparent à la guerre. Il y a à craindre que le 
conflit ne soit très sanglant, car les deux États sont puissants et leurs populations 
belliqueuses. 

Le Comité des missions de Bâle a autorisé le missionnaire Hamseyer, d'Abétifi 
dans le pays des Achantis, à faire un nouveau voyage à Coumassie, pour chercher 
à obtenir du roi ]a permission d'y établir une station missionnaire. 

Une pétition a été présentée au Sénat et à la Chambre des représentants de 
Washington, pour demander l'établissement, avec subside du gouvernement, d'une 
ligne de bateaux à vapeur, entre un port des États-Unis et Libéria. 

Le ministre italien est parti de Tanger avec sa suite pour Fez, où il doit remet- 
tre au sultan du Maroc des présents de la part du roi d'Italie. 



BIBLIOGRAPHIE ' 



James Sibree. Madagabcah. Géographie, Naturgeôchichte, Ethno- 
graphie DER Insel, Sprache, Sitten \thd Gebkedche ihrer Bewoh- 
SEB. Leipzig (F. A. Brockhaus), 1881, in-8°, 424 pages et 2 cartes, 10 fr. 
— D' H. Lacaze. Souvenirs de Madagascar. Paris (Berger-Le\Tault 
et C**), 1881, in-8**, 166 pages et carte, 4 fr. — Des deux ouvrages que 
nous réunissons dans ce compte-rendu, le second, d'une importance 
beaucoup moins grande que le premier, renferme des observations 
recueillies pendant un voyage, de la Réunion à la partie orientale de la 
côte de Madagascar, avec une visite à Antananarive, et une excursion à 
rintérieur, au nord de la rivière Manangoure. L'attention du D' Lacaze 
s'est portée surtout sur la colonisation française, dont il donne l'histoii-e, 
et dont les essais infructueux l'engagent à insister pour que l'on renonce 
aux idées de conquête, qui surgissent encore de temps à autre. Le peu 
de temps que l'auteur a pu consacrer à ce voyage explique les lacunes 
de ses observations ; les sources auxquelles il a puisé (surtout l'ouvrage 
de Flacourt, représentant, de 1648 à 1654, de la Compagnie d'Orient 

' On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du llLône, à Genève, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée. 



— 240 — 

patronnée par Richelieu), les erreurs ethnographiques que l'on peut 
signaler dans ces pages ; et l'époque où il a fait son voyage (1868-69), les 
doutes qu'il exprime sur la possibilité du relèvement des populations de 
Madagascar. C'était après les persécutions sanglantes qui avaient désolé 
cette île, et au moment où commençait le règne de la souveraine actuelle, 
Ranavalona II, qui a proclamé la liberté de conscience. Les progrès con- 
statés dès lors auraient pu modifier les idées du D' Lacaze. 

M. James Sibree était dans des conditions toutes différentes. Un 
séjour de beaucoup d'années dans les provinces du centre et plusieurs 
voyages, l'avaient familiarisé avec le pays et les habitants d'une grande 
partie de l'île. Fondateur et, depuis cinq ans, éditeur de V Antananarivo 
Annual, annuaire scientifique de Madagascar, il avait donné un centre 
commun aux recherches des explorateurs de l'île. Aussi a-t-il pu, à 
l'aide des riches matériaux que lui fournissaient ses expériences person- 
nelles et les écrits de ses collaborateui's, composer un ouvrage beaucoup 
plus complet que ne l'étaient les travaux précédents sur Madagascar. 
U Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar y de M. Gran- 
didier, sera certainement considérable^ mais jusqu'ici il n'en a guère 
paru que le quart. M. J. Sibree a pu, en outre, exposer d'une manière 
systématique tous les faits récenmient découverts, relatifs à la flore exu- 
bérante du pays, à sa faune exceptionnelle, à l'origine, à la langue, aux 
mœurs et à la religion de ses habitants. L'étude approfondie de la flore, 
dont certaines espèces appartiennent à la presqu'île de Malacca, et ceDe 
de la faune, — à laquelle manquent toutes les grandes espèces africaines 
de mammifères : hyène, zèbre, antilope, léopard, lion, girafe, éléphant, 
etc., tandis qu'elle possède des espèces inconnues en Afrique, entre 
autres celle des lémuriens, — l'engagent à admettre l'opinion de plu- 
sieurs naturalistes, conmie Wallace et Geoffroy de Saint-Hilaire, d'après 
lesquels Madagascar et les îles voisines sont les restes d'un grand conti- 
nent, indépendant de l'Afrique et dont la partie orientale a été submer- 
gée. Dans l'ethnographie, tout en signalant les éléments africains intro- 
duits par les esclaves amenés de la côte de Mozambique, et ceux qu'ont 
apportés dans l'île les Arabes en relation avec Madagascar depuis nom- 
bre de siècles, il fait ressortir surtout le fait que le costume des habitants, 
leurs qualités physiques et intellectuelles, leur langue et leurs idées reli- 
gieuses, obligent à admettre des rapports entre eux et les Malais des 
archipels de la Mélanésie et de la Polynésie. La revue des progrès 
accomplis depuis 1868, époque à laquelle les missionnaires purent 
reprendre leurs travaux, n'est pas moins intéressante: langue écrite 



— 241 — 

rendue aux habitants de Ttle; système complet d'écoles; développement 
du commerce d'importation et d'exportation, de l'industrie et des arts; 
élévation du niveau moral; cessation de la polygamie dans la province 
d'Imerina., et diminution des cas de divorce, ainsi que de l'abus des 
boissons spiritueuses, au point que la population d'Imerina est devenue 
Tune des plus sobres du monde ; création d'une université, d'une litté- 
rature populaire et de journaux scientifiques, voilà tout autant de faits 
qui permettent d'espérer que Madagascar prendra un jour une place 
d'honneur parmi les États civilisés. 

L'auteur de cet ouvrage, dont la traduction allemande facile à lire 
nous en fait désirer une française aussi bonne, avait l'intention de con- 
sacrer un chapitre spécial aux légendes, aux chants et aux proverbes 
des indigènes de Madagascar ; rappelé subitement en Angleterre, il a dû 
y renoncer pour le moment. Mais nous espérons qu'il pourra traiter ce 
sujet en détail, dans un ouvrage à part qui deviendra un complément 
important de celui que nous venons d'analyser. 

Skizzen aus West-Afrika. Selbsterlebnisse von 2)' Oscar Lem. 
Berlin (A. Hofinann et C**) 1878, in-8'*, 346 p. et carte. La grande répu- 
tation que son voyage du Maroc à St-Louis du Sénégal, par Tombouctou, 
a value au D' Lenz, ne doit pas faire oubUer les services rendus à la géo- 
graphie par ses précédentes explorations au Gabon et à l'Ogôoué. La 
découverte des soui'ces de ce dernier, et les relations nouées par Savor- 
gnan de Brazza avec les tribus du haut fleuve, ont fait faire à nos 
connaissances hydrographiques et ethnographiques de cette partie de 
l'Afrique des progrès considérables, mais il est équitable de rappeler 
que, lorsque le D' Lenz fit le relevé de l'Ogôoué, en 1876, il signala le 
premier le changement de direction du cours du fleuve, à partir du pays 
des Banchakas; tandis que de là son cours vers l'océan est d'est en ouest, 
en amont il coule du S.-E. au N.-O.; il indiqua aussi la position approxi- 
mative de ses sources par 2" ou 3" lat. S., ajoutant que le Congo, depuis 
son coude au nord de TÉquateui-, courant du N.-E. au S.-O., il ne pou- 
vait y avoir qu'un seuil étroit entre les bassins des deux fleuves. Entré 
en 1874 au service de la Société allemande pour l'exploration de l'Afri- 
que équatoriale, Lenz passa trois ans dans cetts région, étudia d'abord 
la géologie des côtes de la baie de Corisco, puis entreprit plusieurs voya- 
ges le long du Gabon et de l'Ogôoué, tâchant de pénétrer toujours plus 
avant dans l'intérieur, malgré les diificultés qui avaient fait échouer 
l'expédition de MM. Marche et de Compiègue. 



— 242 — 

Ces Skizzen ne sont pas un récit de ses voyages dans le sens propre 
du mot ; c'est plutôt un recueil de monographies, plus ou moins indé- 
pendantes les unes des autres, sur la géographie de ces côtes peu explo- 
rées jusqu'en 1874, et sur les conditions sociales de leurs populations. 
Chacun des chapitres de ce volume traite d'une question spéciale, par 
exemple, la colonie française au Gabon, la chasse aux éléphants, etc., 
ou d'une tribu en particulier que l'auteur s'eflForce de décrire sans pré- 
jugés, telle que son séjour au miheu d'elle lui a permis de la voir. Tout 
en faisant la part de ce que l'imagination a donné d'un peu trop coloré 
aux récits de Du ChaiUu, il reconnaît que le fond en est vrai en général. 
Nous ne pouvons pas relever tout ce que ces monographies, complètes et 
d'une lecture facile pour tous, renferment d'instructif et d'intéressant; 
nous signalerons cependant l'étude sur les Fans cannibales, et celle 
sur les Abongos, pygmées de l'Ogôoué, à l'occasion desquels l'auteur 
entre dans des considérations générales sur les anthropophages et sur 
les peuples nains de l'Afrique, assez analogues à celles qu'a publiées 
notre journal (II"» année, p. 99 et 115, et ni"» année, p. 58). Notons 
encore son chapitre sur le conmierce à la côte occidentale d'Afrique, 
celui sur les lacs de l'Ogôoué, et dans le dernier, consacré à St-Paul de 
Loanda, Thistorique des tentatives faites par les Portugais pour attein- 
dre, de Loanda, la côte orientale. Une carte-esquisse permet au lecteur 
de s'orienter facilement dans la région explorée par le voyageur. 

Ednwndo de Amicis. Le Maroc, traduit de l'italien pai* Henri Belle. 
Illustré de 174 gravures. Paris (Hachette et C% 1882, gr. in-4% 408 p., 
30 fr. — Tous ceux qui se rappellent la verve et l'esprit déployés par 
de Amicis dans le récit de ses précédents voyages à Constantinople, en 
Espagne, à Paris, en Hollande, seront heureux de retrouver ces mêmes 
qualités dans ce volume, pour la publication duquel la librairie Hachette 
a su réunir le luxe du papier et de la typographie à celui des gravures 
des meilleurs artistes. Amateur d'aventures, de détails piquants, de 
curiosités de toutes sortes, de Amicis a eu, dans ce voyage, la bonne for- 
tune d'être attaché à la grande ambassade italienne envoyée, en 1875, à 
Fez, par Victor Emmanuel, pour porter les présents de ce souverain au 
jeune sultan du Maroc, Mouley-el-Hassan, monté sur le trône en 1873, 
et pour chercher à obtenir du gouvernement marocain des concessions, 
destinées à faciliter certaines branches du commerce entre l'Italie et le 
Maroc. Cette occasion unique a permis à l'auteur de voyager pendant 
deux mois, de Tanger à Fez et à Mequinez, au milieu de populations 



— 243 — 

fanatiques, sans courir de dangers ; nous ne dirons pas sans recevoir 
d'injures, car la haine pour les chrétiens est inculquée dès Tenfance aux 
indigènes, dans les écoles et dans les mosquées, pour les éloigner de 
toutes relations avec les races civilisées. La protection de l'escorte four- 
nie à Tambassade a eu outre valu à de Aiuicis la possibilité de voir le 
pays et les villes mieux que les voyageurs ordinaires, de pénétrer là où 
ceux-ci ne sont pas admis, et en particulier d'assister à l'audience accor- 
dée à l'ambassadeur italien par le sultan, de l'aveu de tout le persomiel 
de l'ambassade, le plus beau et le plus aimable des monarques musul- 
mans. La présence de deux peintres italiens de grand talent, MM. Biseo 
et Ussi, attachés aussi à cette mission, galopant toujours l'album et le 
crayon à la main, a permis d'illustrer ces pages de dessins pris sur 
nature, et en particulier de la scène de la grande audience dans laquelle, 
dit l'auteur, la figure du sultan est merveilleusement saisie. Le voyageur 
fixe les yeux sur tout, et dans ses observations écrites jour par jour, 
notées sous l'impression du moment, nous avons la peinture des choses, 
plus saisissable que dans une description longuement élaborée. Pendant 
la marche de la caravane, il en étudie les personnages un à im, pour les 
faire figurer et parler dans son livre, tels qu'il les a vus et entendus. 
Dans la campagne, il nous présente l'admirable variété d'effets pittores- 
ques de l'escorte dus à la configuration du pays, et dans les villes, les 
aspects non moins variés qu'ofi're le tableau de murailles, de portes, de 
tours, de ruines, de boutiques de toutes sortes ; et avec cela combien de 
figures, belles, grotesques, horribles, bouflbnnes, étranges, il fait défiler 
devant nous ; c'est une vraie fantasmagorie de pachas, de nègres, de 
tentes, de mosquées, de tours crénelées, etc. Dans ses notes, nous avons 
en outre, prises sur le fait, les moeurs et les habitudes intimes de ce 
monde marocain, où, malgré le voisinage de l'Europe, se sont gardées 
si vigoureuses et si pures les coutumes arabes et la foi musulmane. Les 
femiUes juives et berbères l'ont très bien accueilli, et il a pu saisir sur 
le vif les particularités de leur existence. La traduction de M. H. Belle, 
premier secrétaire d'ambassade, rend avec fidélité et élégance le texte 
de l'auteur, dont le style a toute la grâce et la légèreté françaises, et 
que l'on peut nommer à bon droit le plus français des Italiens. 

Pbojet d'exploration dans l'Afrique centrale par l'Ouellé, 
par M. Léon Lacroix. Lille (Imprimerie Danel), 1881, 28 p. et carte. — 
L'hydrographie de la région comprise entre le Chari et le coude septen- 
trional du Congo est encore très peu connue, et jusqu'à ce que des 



— 244 — 

explorateurs y aient pénétré, nous en serons réduits à des hypothèses 
phis ou moins plausibles. Dans Texposé de son projet, M. Lacroix, qui 
se propose de remonter le Nil et le Bahr-el-Ghazal, pour gagner TOuellé 
et par celui-ci TOcéan Atlantique, passe en revue les principales suppo- 
sitions émises à l'égard de TOuellé. Il rejette avec raison celle de Peter- 
mann et de Stanley, d'après laquelle TOuellé serait le cours supérieur 
de TÂronouimi; elle n'est plus admissible, en effet, depuis que le 
D' Potages a suivi TOuellé jusqu'à O'^SO' à l'ouest du méridien sous 
lequel l'Ârououimi se jette dans le Congo. Est-il aussi fondé à mettre de 
côté celle de SchweinAirth : que l'Ouellé formerait le cours supérieur du 
Chari, parce que, dit-il, le Chari, dans son cours inférieur, a ses crues 
en mars, tandis que cette époque serait le moment des plus basses eaux 
de l'Ouellé ? Nous ferons d'abord remarquer que le Chari a deux crues 
régulières, l'une en mars, l'autre en août. Nous avons déjà signalé 
cette dernière dans notre article sur l'hydrographie du Soudan central 
(H"" année, p. 60), où nous avons ad.opté l'hypothèse de Schweinfurth, 
et nous croyons encore aigourd'hui que, quelle que soit l'époque des 
basses eaux de l'Ouellé, le Chari peut avoir une crue en mars, s'il reçoit 
de la région équatoriale des affluents qui lui apportent le tribut des eaux 
qui y tombent en février. Ces cours d'eau venant du sud doivent ren- 
contrer l'Ouellé qui arrive de l'est, et en porter les eaux au Chari. 

Cette supposition, d'ailleurs, s'accorde jusqu'à un certain point avec 
une partie de la triple hypothèse qu'émet M. Lacroix après avou* rejeté 
les précédentes. D'après lui, l'Ouellé gagnerait l'Océan à travers le lac 
Liba, d'oh un embranchement formerait le coui's supérieur du Bénoué, 
tandis qu'un autre bras, moins considérable, serait un des affluents de 
l'Ogôoué. Ce qu'il peut y avoir de vraisemblable dans cette hypothèse, 
c'est, d'après les rapports des indigènes, que l'Ouellé, au sortir de la 
région montagneuse mentionnée par Potages, alimenterait un grand lac, 
ou même une série de lacs, analogues au lac Tchad, et dont les limites 
varieraient suivant les saisons, tantôt immenses, tantôt restreints, mais 
à bords marécageux. Que ces lacs, ou l'un d'eux soit le Liba de nos 
cartes, nous l'ignorons, et les géographes n'en auront la certitude que 
lorsqu'un voyageur l'aura exploré. Mais ce qui n'est plus admissible, 
depuis les travaux de Flegel sur le Haut-Bénoué, c'est que, du lac ali- 
menté par l'Ouellé, celui-ci se rende directement au Bénoué pour en 
former le coui-s supérieur. En effet, ayant remonté l'affluent du Niger 
jusqu'à Bibago, Flegel a constaté qu'avant sa jonction avec le Mayo- 
Kebbi, le Bénoué n'est qu'un cours d'eau petit et peu hnportant, pre- 



— 245 — 

nant 8a source au 8.-E., dans ]es montagnes de TAdamaoua méridional, 
et que c^est le Mayo-Kebbi qui parait fournir au Bénoué la plus grande 
partie de ses eaux. Celui-ci reçoit bien de celles de TOuellé, mais indi- 
rectement par le Chari, le marais de Toubouri et le Mayo-Kebbi. 

Quant au second embranchement, qui devrait former un des affluents 
de rOgôoué, on ne peut plus supposer que PAlima se dirige vers le nord> 
depuis que Savorgnan de Brazza Ta descendue jusqu'au Congo. Nous 
n^avons su trouver, dans les renseignements fournis par MM. Marche 
et de Compiëgne, rien qui permît d'admettre que TOkono ou Tlvindo 
serait cet embranchement. D'autre part, s'il y avait un cours d'eau joi- 
gnant le grand lac salé du nord, dont parle Brazza, à l'Ogôoué, ce 
serait par là que les indigènes des sources de l'Alima seraient approvi- 
sionnés de sel, tandis qu'ils tirent ce condiment de l'Atlantique. 

Quoi qu'il en soit, nous le répétons, dans l'état actuel de nos connais- 
sances, nous en sommes encore réduits à des hypothèses, qui ont du 
moins l'avantage de stimuler le zèle des explorateurs et d'en susciter d^ 
nouveaux. Heureux serons-nous si M. Lacroix peut réaliser son projet 
et si son expédition, de concert avec celles de Casati et de Junker le 
long de rOuellé supérieur, et de M. RogozinsM, s'avançant de la baie 
de Biafra vers le centre, réussit à lever enfin le voile qui recouvre cette 
partie du continent. 

Une AV3sirruBs a Tombouctou, par M. Prévast-Diiclos. Paris (Fir* 
ndn-Didot et 0% 1882, in-12, 394 p. et carte, 3 fr. Ce livre est une 
œuvre d'imagination. L'auteur raconte comment un corps d'armée 
anglais, allié à quelques hordes de nègres, vient faire le siège de Tom- 
bouctou. Les rares soldats qui défendent la ville ne pourraient lutter 
avec succès contre les assiégeants ; mais leur commandant, un Français» 
a tant de ressources, découvre avec tant d'à propos un arsenal bien 
pourvu dans leç fondations d'une mosquée, que Tombouctou est bientôt 
délivrée. Placez dans ce cadre une révolte des habitants contre les 
blancs, un onde amoureux de la nature et qui trouve une foule de plan- 
tes nouvelles dans la flore de Tombouctou, une jeune fille qui cherche 
son fiancé au centre de l'Afrique, apprend qu'il est mort et se marie à 
un prince Touareg qui se trouve être un prince allemand, et vous aurez 
le canevas de cette histoire. On lit ce livre en riant, sans remarquer 
qu'en m^e temps on s'instruit, on apprend à connaître la géographie 
exacte de ces régions, soudaniennes et sahariennes, les mœurs de leurs 
habitants, et enfin les noms des voyageurs qui ]es ont visitées. 



— 246 — 

Carte du Congo depuis son embouchure jusqu'à Stanley Pool, par 
le JS. P. Augonard (Missiœis catholiques). — LMmportance toujours 
plus grande que prend aujourd'hui le cours inférieur du Congo, par le 
fait des travaux de Stanley et de l'établissement des stations mission- 
naires et autres qui s'y multiplient, donne un prix tout particulier à une 
carte spéciale comme celle-ci. On ne peut pas dire que le dessin four- 
nisse une idée très exacte de la vallée que le fleuve s'est creusée, depuis 
les premières cataractes jusqu'à Vivi, dans les terrasses qui supportent 
]e plateau centi*al africain. En revanche la quantité de noms de localité 
indique bien le grand nombre d'habitants qui peuplent ses deux rives, 
surtout la rive septentrionale, et au milieu de tons ces noms se distin- 
guent nettement les grands centres de population, les lieux de marché, 
les trois stiitions de Stanley, et celles des missions romaines dans le bas 
du fleuve. Nous aurions désiré que le P. Augouard eût indiqué, par un 
signe, les six stations de la « Livingstone Inland Mission » et de la « So- 
ciété des missions baptistes. » 

> 

Richard Kiepert. Vorl^ufigk Uebersicht, von D' Max Biichner's 
Reise in Lmida, 1878-1881. Vsooooot.- — A la publication de la Société 
de géographie de Loanda, de laquelle nous avons extrait l'analyse de la 
conférence du D' Btichner, publiée dans notre avant-dernier numéro 
(pages 165-169), était joint un croquis de son itinéraii-e de Malangé à 
Moussoumbé et de son retour par une route plus septentrionale. Le 
savant cartographe Richard Kiepert a dressé, pour accompagner le rap- 
port de Bûchner qui a été publié dès lors dans les Mittheihingen de 
la Société africaine allemande, une carte-esquisse embrassant tout le 
pays compris entre la côte et le Loualaba, les sources du Cassai au sud, 
et les limites du royaume de Lounda au nord. Elle permet de suivre 
très facilement l'itinéraire du voyageur, eu le comparant à ceux de 
Pogge et de Schûtt, et de se rendre compte de tout ce qui reste à faire 
pour déterminer les parties encore inconnues des rivières de ce plateau. 
Espérons que l'expédition de MM. Pogge et Wissmann, qui se dirige 
plus au nord, pourra en relever de nouvelles sections, de manière à per- 
mettre d'en donner une carte plus complète. 

L'Afrique d'après les explorations modernes, par l'abbé Charles 
Bœmy, Paris (Sandoz et Thuillier), 1882, gr. in-8% 20 p. — Parmi les 
travaux entrepris pour vulgariser les résultats des découvertes contempo- 
raines en Afrique, la conférence de l'abbé Raemy, donnée à Fribourg,en 



— 247 — 

Suisse, uous parait être un des meilleurs et des plus populaires. Le 
style simple en demeure totgours noble, et elle témoigne d'une connais- 
sance étendue et exacte des faits. L'auteur a des accents émus sur la 
traite et une sympathie vraie pour l'œuvre inaugurée à Bruxelles, en 
1876; aussi ne doutons-nous pas que ses auditeurs n'aient répondu avec 
empressement à son appel en faveur de la régénération de l'Afrique, et 
que tous ceux qui le liront ne fassent de même. 

jy E, Chappet. Études sur les côtes occidentales de l'Afkique, 
Lyon (Imprimerie générale), 1881, in-8**, 29 et 30 pages et carte. — Des 
deux études réunies dans cette brochure, après avoir paru dans le Bul- 
Mn de la Société de géographie de Lyo^i, la première est un résumé 
de la relation de M. Féiis, médecin de première classe de la marine 
française, d'une campagne faite en 1876 à la Côte des Esclaves. La 
seconde étude fait connaître l'œuvre entreprise, de 1860 à 1863, par le 
missionnaire italien Borghero à la côte du Dahomey, son voyage à la 
capitale de cet État et une excursion au mont Cameroon. 

0. Mac Carihy. Caste du Sud-Oranais et des parties ldotrophes 
DU Maroc. Vsooooo- — M. Mac Carthy, le savant président de la Société 
de géographie d'Alger, prépare une publication cartographique qui 
embrassera successivement la plus grande partie de l'Afrique septen- 
trionale, de la Méditerranée au golfe de Guinée, et de l'Atlantique à la 
vallée du Nil. Vu l'importance actuelle du Sud-Oranais et des parties 
limitrophes du Maroc, il a commencé par cette région, en s'aidant des 
travaux du dépôt de la guerre et du cadastre, de ceux des généraux 
Wimpfen, Colonieu, de Colomb, et des explorateurs Caillé et Rohlfe, 
contrôlés par ses propres observations le long de la frontière marocaine; 
aussi sa carte offre-t-elle toutes les garanties désirables de sincérité. 
Le relief du terrain y fait défaut, c'est vrai, mais des lignes obliques 
représentent les axes des principales chaînes de l'Atlas, et des chiffres 
placés près de certains points indiquent leur altitude. 

Kabyles et Kroumirs, par Charles Farine. Paris (Ducrocq), 1882, 
in-8', 423 p., avec illustr., 7 fr. — Cet ouvmge ne présente guère d'in- 
térêt d'actualité malgré son titre. C'est le récit d'un voyage accompli 
dans la Kabylie, il y a plusieurs années, et que M. Charles Farine publia 
sous le titre : A travers la Kabylie. Ce livre obtint du reste beaucoup 
de succès à son apparition. Plusieurs chapitres ont été remaniés, d'au- 
tres ajoutés, enfin un assez grand nombre de croquis ont été intercalés 



— 248 — 

dans le texte. Quant aux Kroumirs, il n'en est fait mention que dans 
le dernier chapitre, en même temps que de Texpédition de Tunisie. 

Dans cet ouvrage, le lecteur pourra trouver une très bonne description 
d'Alger et de la Province de Constantine, de Philippeville, Bone, 
Sétif, etc., mais surtout une excellente étude des mœurs des peuplades 
de la Kabylie. On voit que Tauteur a séjourné dans ces contrées et a su 
en observer les institutions caractéristiques. 

D' Friedrich Embacher. Lexikon dsb Reissx uin> Entdeckuhgen. 
Leipzig {Biblioffraphisches Institut) 1882, in-8*, 400 pages, 5 fr. 65. — 
A mesure que grandit l'intérêt pour les explorations, on éprouve tou- 
jours plus vivement le besoin d'un livre oU l'on puisse trouver les rensei- 
gnements essentiels sur les voyages célèbres des temps anciens et moder- 
nes, et qui nous dise en même temps quand, par qui et conunent ont 
été découverts les pays et les peuples éloignés. Jusqu'ici nous n'avions 
pas d'ouvrage pratique à consulter à cet égard. Le D' Embacher, auquel 
nous devons déjà un tableau synchronique des explorations de notre 
siëde, vient de rédiger un petit volumOi qui permet à toute personne 
cultivée de s'orienter au milieu des voyages de tous les temps. U a divisé 
son ouvrage en deux parties, dont la première, la plus étendue, renferme 
par ordre alphabétique les biographies des voyageurs célèbres, avec des 
indications bibliographiques exactes de leurs écrits, de leurs cartes, et 
d'articles de journaux périodiques allemands, anglais et français, pour 
faciliter les recherches des lecteurs qui tiennent à connaître tous les 
détails de la vie d'un voyageur ou de ses explorations. Dans la seconde 
partie, plus restreinte, il a £Edt une revue historique des voyages de 
découvertes par (urdre topographique. Une trentaine de pages y sont 
consacrées à l'Afrique. Tous ceux qui s'intéressent à la géographie et à 
l'ethnographie apprécieront les services que leur rendra ce volume. 

P.'F. Desvernine, La Frange eh AFBiauE et la colonisation rapods. 
Paris (Imprimerie Chaix), 1881 , in-8^, 8 p. — Dans ces quelques pages, 
l'auteur propose l'immigration chinoise en Algérie, comme le moyen le 
meilleur de civiliser cette colonie, de diminuer les chances de révolte de 
la part des Arabes, et de développer les ressources du pays. 



249 — 



■ .' ' ' 

I . I • 



: I ( 



BULLETIN TRIMESTRIEL {4 septembre 1882): 



( )• 



vi 



Le prolongement de la voie ferrée au delà de Mécfaéria, dont nous 
parlions dans notre dernière livraison, parait décidé ; en effet, Tautorité 
militaire de TAl^érie a chargé une brigade d'opérateurs, sous les 
ordres.de M. Meunier, de se rendre à Aïn-Sefra \ et de faire les études 
préliminaires pour rétablissement d'un chemin de fer jusqu'à ce point- 
là ; M. Meimier a en outre reçu des instructions relatives à des projets 
ultérieurs, et il se propose d'étudier les diverses vallées qui conduisent 
d'Aln-Sefra à Ain Sflssifa, Ich et Figuig. Les populations des ksours de 
cette oasis souffrent beaucoup de l'interruption des relations commer- 
ciales avec le territoire algérien, par suite de l'insurrection des tribus 
soulevées par Bou-Amema et Si-Sliman. Elles ont choisi récemment des 
délégués, qui se sont réunis et ont décidé de demander au gouverne- 
ment français de reprendre les relations amicales, telles qu'elles exis- 
taient précédemment, entre l'oasis de Figuig et les possessions françaises. 
— Sur la fronti^e orientale de l'Algérie, la construction du chemin 
de fer de Soukarras à Grhardimaou* est poussée avec activité, et 
l'ingénieur qui en est chargé croit pouvoir afiSrmer qu'avant 18 mois les 
trains de Bône arriveront directement à Tunis. D'après le Moniteur de 
V Algérie, une brigade d'opérateurs a été envoyée, à la demande du 
ministère de la guerre, par la compagnie Bône-Guetana, pour étudier 
un prolongement du chemin de fer de Tebessa, dans la direction de 
Gafea et de Gabès. Le tracé en est facile; à partir de Tebessa il 
suivrait une pente peu accidentée, puis de vastes plaines. La brigade 
est déjà rentrée à Bône après avoir heureusement accompli sa mis- 
sion. 

VAntislavery Society a profité de la réunion, à Constantinople, de la . 
conférence appelée à régler les affaires de l'Egypte» pour attirer l'at- 
tention du gouvernement anglais sur l'esclavage et la traite, qui 
existent encore en Turquie et en Egypte. Beaucoup de membres du 
parlement ont appuyé une demande de cette société, tendant à ce que la 
question de la suppression de la traite fût soumise aux chambres ; rap- 
pelant les résolutions prises par celles-ci en 1815, lors du Congrès de 
Vienne, et, en 1822, à l'occasion du Congrès de Vérone, ils ont insisté 

* V. la carte, S"* année, n* 4, p. 84. 

* V. la carte, 2«« année, n» 11, p. 228. 

L'AFRI<2VE. — TROISIÈMS AXSÈi. — M<* 11. 11 



— 250 — 

pour que des instructions spéciales sur ce point fussent données aux plé- 
nipotentiaires anglais à Constantinople. Le ministère a fait répondre, par 
lordGranville, que la conférence ne devant s'occuper que de la suppres- 
sion de la révolte militaire, ne pourrait pas aborder cette question. Mais 
TÂntislavery Society est revenue à la charge, en demandant que, dans 
le cas où la force des événements nécessiterait une révision plus étendue 
des rapports des puissances européennes et de TÉgypte, le gouverne- 
ment anglais insistât pour que la traite et l'esclavage fussent supprimés 
d'un consentement général. Elle a fait remarquer, en outre, à lord Gran- 
ville que l'objet de la conférence étant le maintien des droits du souve- 
rain et des libertés du peuple égyptien garantis par les firmans du çul- 
tan, et le strict accomplissement des engagements internationaux de 
l'Egypte, ceux-ci comprenaient la suppression de la traite, promise à 
réitérées fois par des firmans. Plusieurs députés des chambres fran- 
çaises ont adressé au gouvernement une demande analogue. 

Après avoir choisi, pour champ de travail de cette année, la partie de la 
T^allée du Nil de Siout à Assouan, le D' Schioveinfurth l'a explorée 
dans les mois d'avril et de mai, en vue de compléter la carte d'Egypte. 
Remontant par la rive gauche, il a parcouru la vallée de Battagha, entre 
Abydos et Farchut, vallée grandiose où l'on peut voyager presque tout 
le jour à l'ombre, entre des parois perpendiculaires de roches de 160" 
de haut. Il n'estime pas réalisable le projet de M. de la Motte, de régu- 
lariser le cours du Nil au moyen d'un barrage près du confluent de 
l'Oued Chalt; il estime que ce serait une ruine pour l'Egypte : le bas- 
pays jusqu'à Âssouan serait appauvri, la navigation serait arrêtée, le 
limon du Nil se déposerait en amont d' Assouan, et l'eau qui descendrait 
au delà serait plus salée que l'eau de mer, car, pour les travaux à exé- 
cuter, il faudrait creuser dans une couche de véritable sel de cuisine, et 
tout canal que l'on mènerait le long du bord du désert vers l'Egypte 
moyenne ne fournirait que de la saumure. — Schweinfurth a exploré 
plusieurs vallées qui débouchent dans celle du Nil, et constaté partout 
d'anciens dépôts du fleuve, qui permettent de conclure à un abaissement 
de la vallée principale, non seulement pour l'intervalle en amont de 
Selselé, où était autrefois la première cataracte «^«anais aussi entre Siout 
et Abydos, où l'explorateur a trouvé, le long de la lisière du désert, des 
dépôts du Nil à plusieurs mètres au-dessus du lit actuel du fleuve. — La 
récolte était extrêmement abondante, mais les troubles du Caire ont 
ruiné les espérances qu'elle promettait. — Une lettre de Khartoum a 
informé Schweinfurth de l'état du Soudan, où Mohammed Ahmed 



— 251 — 

a réussi à soulever beaucoup de localités contre le gouyernement égyp- 
tien. Les tribus arabes du Senaar ont attaqué la ville du même nom, 
brûlé toutes les maisons excepté celle du gouvernement, défendue par 
quelques soldats, massacré natifs et étrangers, et envoyé une partie de 
leurs forces à Eaoua sur le NU-Blanc. Près de Messalamié, le cheik 
Ahmed Taka s'est déclaré indépendant du gouvernement égyptien. 
Toutes les communications par poste ou télégraphe avec Senaar ont été 
interrompues, ainsi que celles avec le Darfour, Tinsurrection ayant 
également éclaté dans le Eordofan. Le nouveau gouverneur, Âbdel- 
Kader pacha devait tenir tète à l'ennemi partout, avec peu de troupes. 
Au point de vue de la suppression de la traite, où attendait beaucoup 
de Giegler pacha, nonmié chef de ce nouveau département, qui a fait 
choix, pour l'aider, de bons fonctionnaires, MM. Roth et Berghoff, et a 
adressé 4 tous les mudirs des instructions spéciales relatives à la traite ; 
mais il est à craindre que ses bonnes intentions ne soient momentané- 
ment paralysées par les troubles politiques du Delta. 

L'expédition auédoiae» conduite par le missionnaire Arrhénius, 
a cependant pu remonter le Nil-Bleu de Khartoum à Earkodsch, où le 
gouverneur égyptien la reçut très bien, fit déposer ses bagages dans les 
magasins de l'État, lui procura une maison, et mit même sa propre 
demeure à la disposition des missionnaires. De Earkodsch elle prit, le 
long de la rive droite du fleuve, la route de Famaka, la dernière statit)n 
militaire égyptienne, à la frontière du pays des Gallas, reliée avec 
Khartoum par le télégraphe, et avec Berber et Souakim par un service 
postal hebdomadaire. Mamo, chargé de la surveillance de cette fron- 
tière, lui fit bon accueil, et aida M. Ârrhénius des conseils que put lui 
suggérer son expérience de ces régions. Quelques-uns des membres de 
l'expédition devaient pousser jusqu'à trois journées de marche plus au 
sud, à Beni-Changol, et y conférer avec le cheik de l'endroit sur la , 
meilleure route à prendre pour pénétrer chez les Gallas. Ils devaient en 
outre y louer des ânes et acheter les morceaux de sel qui servent de 
monnaie chez ces peuples. Mais bientôt les missionnaires tombèrent 
malades, les Gallas de la frontière ne voulurent pas les recevoir, etMarno 
leur conseilla de se rendre à Matama, ville du Galabat, pour tâcher 
d'atteindre de là le pays des Gallas. Il paraît qu'ils ont échoué. Un 
télégramme de M. Hansal, au consul de Suède et Norwège à Alexandrie, 
lui a annoncé la mort de M. Arrhénius, qui avait dû revenir à Ehartoum 
avec les autres membres de l'expédition. 

L^ Antislavery Reporter a reçu, par l'intermédiaire du D' Schwein- 



— 252 — 

forth, des renseignements sur la traite dans la province de Rohl 

(Haut-Nil), visitée Tannée dernière par un inspecteur chargé de mettre 
fin à cet odieux trafic. Â peine arrivé dans le district d^Amadi, les chef» 
nègres qui habitent près des seribas vinrent se plaindre à lui qu'on leur 
enlevât constamment leurs gens, spécialement les jeunes garçons et les 
jeunes filles. Il trouva à Biti plus de 200 Mombouttous captifs qu'il ren- 
voya au Makaraka, pour que, de là, ils regagnassent leurs villages. A 
Suffi, le jour de son arrivée, 266 personnes furent réclamées par leurs 
parents. Le gouverneur d'Ayak, De-fa-Allah, détesté et redouté de tous 
les nègres du pays, jusqu'au Mombouttou, avait enlevé plus de 400 escla- 
ves des deux sexes et de tout âge aux tribus voisines, Agahrs, IQtchs» 
Atots et Mandaris. Dans cette seule localité, boulevard de la traite, il 
n'y avait pas moins de 1500 esclaves ; à Roumbek, 3000. 

Le D' Ëmin Bey a communiqué aux Mittheilungen de Ootha une 
lettre du D' tiunker, de laquelle nous extrayons les détails sui- 
vants : 

Le prince des Mambangas \ que l'explorateur avait réconcilié avec 
l'expédition égyptienne chargée de recueillir de l'ivoire dans la région 
de rOuellé» s'est tourné plus tard contre celle-ci, et, à l'approche de 
son chef, Bahid Bey, se retira et alla camper à quelque distance à l'est ; 
Bahid Bey laissa une troupe de 70 hommes chez les Mambangas, et 
autant chez les A-Barambos, puis s'avançant avec le colonel Haouasch, 
à 10 kilom. au delà de l'Ouelld, dans la direction du S. 0., il étabUt son 
camp sur une colline, d'où l'on découvrait le fleuve avec ses groupes 
d'tles, au delà le pic Augba, et plus loin les montagnes des A-Madis. Le 
camp du prince Mambanga fut attaqué et ses troupes dispersées ; lui- 
même échappa, mais son enfant de prédilection, à peine âgé d'un an» 
fiit fait prisonnier avec d'autres de ses gens. Une partie de l'expédition 
égyptienne poursuivit les fuyards jusque près du fleuve Mayo, qui, à. 
deux jours de marche au sud de l'Ouellé, se dirige aussi vers l'ouest» 
Des centaines de fugitifs se présentèrent pour livrer leurs armes, et le 
colonel Haouasch sut, par des voies pacifiques, gagner les habitants de 
ce district, qui avaient pris la fidte. Pendant que cette troupe avait 
opéré par terre, une division avait agi sur l'OueUé, accompagnée des 
canots des MangbaUas, dont Haouasch avait obtenu la coopération pour 
le gouvernement égyptien. C'est dans cette partie de l'OueUé que 
commencent les groupes d'tles qui se prolongent vers l'ouest, et sont^ 

' V. 3»* année, p. 2. 



■»• 



-- 253 — 

comme les rives voisines, habitées par les Embatas, bateliers de la 
tribu des Mangbattous. Se croyant en sécurité dans leurs îles, ils ne 
se laissaient pas approcher et refusaient les embarcations pour le 
passage du fleuve, mais le corps auxiliaire de Texpédition les contrai- 
gnit à reconnaître la suprématie du gouvernement. Le prince 
Mambanga avait réussi à se sauver vers Test, auprès de Sanga, autre 
prince Mangbattou, que Texplorateur italien Casati a visité. Dès lors 
Mbittima, fils de Uando, a été créé souverain du pays des Mambangas, 
et Bahid Bey qui voulait d^abord étendre son expédition jusque chez 
les A-Barambos est revenu à son camp, au mont Madjann, dans le ter- 
ritoire des Mambangas ; le colonel Haouasch a été envoyé vers Touest, 
et le D' Junker s'est joint à lui ; il a marché avec lui deux jours dans la 
direction N. 0. Ëmin Bey n'arrivant pas, le D' Junker a expédié à 
Bakangal un messager, qui est revenu au bout de cinq jours avec des 
gens du chef, et une invitation de celui-ci pour le voyageur qu'il aime- 
rait à voir ; il lui envoyait comme présent un chimpanzé et trois dents 
d'éléphant. Junker comptait se rendre à Bakangal; puis, en deux 
jours, en marchant vers le sud, atteindre le Mayo, au delà duquel il 
espérait pouvoir faire encore deux journées de marche. De là, il voulait 
revenir chez les Mangbattous à l'est, à travers les territoires de Eanna, 
de Bouli et de Sanga. L 'Quelle offre une excellente voie fluviale pour 
le transport de l'ivoire, et pourrait, moyennant deux ou trois stations, 
être ouvert jusqu'à son confluent avec le Mayo ; par là, les riches ter- 
ritoires des Â-Barambos seraient acquis à la domination égyptienne. 
Sur la rive méridionale du Mayo, régnent les princes puissants 
Bakangal et Kanaa, ainsi que leurs frères et leurs fils ; leur autorité est 
beaucoup mieux établie que celle des chefs au nord du Mayo. L'incer- 
titude des limites, entre les gouvernements d'Emin Bey et de Lupton 
Bey, a causé de grandes difGicultés aux voyageurs et aux fonctionnaires. 
Lés chefs hâtaient de leurs vœux la venue d'Emin Bey, qui avait quitté 
Ehartoum à la fin de mars, et doit avoir rejoint le D' Junker, avec 
lequel il compte entreprendre une expédition au S.-O. de Bakangal, dans 
la direction de l'Ârouimi. M. Eraldo Dabbene, ancien oflicier de cava- 
lerior est parti de Ehartoum pour Lado, afin de se joindre à eux pour 
ce voyage. La Société de géographie de Rome l'a pourvu d'instruments 
pour les observations géographiques. 

Les vides causés par la mort dans les rangs des explorateurs de 
l'Asiiociation internationale se comblent rapidement. M. Falke, 
lieutenant du génie belge, arrivé à Zanzibar en même temps que 



— 254 — 

M. Cambier, y a organisé une caravane de 200 Zanzibarites, avec 
laquelle il est parti pour le Congo par la voie du Cap. MM. Stonns et 
Constant se sont rendus au Tanganyika, le premier pour y prendre la 
direction de la station de Earéma, en remplacement du capitaine Ramsec- 
kers ; le second devait en fonder une nouvelle sur la rive occidentale du 
lac, mais sa santé Ta déjà obligé à revenir en Europe. — Â Condoa, 
station du Comité national fïcançals» les défrichements ont été 
poussés avec activité, des champs ont été créés, et des villages s'élèvent 
là oii auparavant il n'y avait que fourrés et broussailles. En revanche, 
la petite vérole y sévit avec violence ; les fourmis blanches y perforent 
les murs et dévorent tout ; les fauves, lions, panthères, hyènes visitent 
régulièrement la station. L'année a été extrêmement pluvieuse; du 
6 novembre 1881 au 24 avril de cette année, il était tombé 1",086 d'eau 
et la saison des pluies n'était pas encore finie; aussi la M 'Condoa, qui 
passe à 700 mètres de la station, avait-elle débordé et produit une véri- 
table inondation. La guerre régnait toujours dans l'Ourori, d'où les 
populations s'enfuyaient pour venir s'établir dans l'Ousagara, où la pré- 
sence des blancs leur inspirait confiance. Le capitaine Bloyet a dû venir 
au mois de juillet à la côte, pour se ravitailler et expédier ses collec- 
tions. 

Quant à l'expédition du Comité national allennand, le D' Rei- 
chard a envoyé im rapport sur la station de Gronda, où, sous l'influence 
du gouverneur de Tabora, des difficultés ont été suscitées aux explora- 
teurs, qui ont dti réclamer l'intervention de Sald-Bargasch. LesD"Bœhm 
et Kaiser ont aussi feit parvenir au comité un récit de leur voyage au Tan- 
ganyika, avec un itinéraire qui a permis à M. Richard Eiepert de donner 
une carte des routes suivies par les voyageurs allemands dans cette 
région. Une exploration ultérieure de la Wala, par les D" Bœhm et Rei- 
chard, n'a pas pu y être indiquée, le rapport et la carte qui l'accompa- 
gne étant arrivés à Berlin après l'achèvement du travail de M. Kiepert. 
Les Mittheilungen de la Société africaine allemande en donneront une 
reproduction dans un prochain numéro. 

Le 5 juillet s'est embarqué à Marseille, pour Zanzibar et l'Afrique 
équatoriale, un nouvel explorateur français, M. G^rand» auquel le 
ministère de l'instruction publique a confié une mission scientifique, 
quoique ce soit à ses frais, et poussé par l'amour de la science géogra- 
phique, qu'A entreprend ce voyage. H se propose de passer trois ou qua- 
tre mois à Zanzibar, pour préparer sa caravane et se femiiiliariser avec la 
langue des indigènes, le souahéli ; puis il se dirigera vers le lac Ban- 



— 255 — 

gonéolo, soit par la route de CamdBron et de Stanley, que fréquentent 
les caravanes et qui, par Tabora, conduit à travers l'Ounyamouési sur 
les rives du Tanganyika, soit par la route plus salubre qu'a explorée 
Tannée dernière J. Thomson, et qui, partant de Dar-es-Salam, mène 
à Textrémité nord du Nyassa et au Tanganyika. Il est accompagné de 
M. J. Lapert, qui a fait partie de la mission Grallieni, et s'est distingué, 
sous le colonel Borguis-Desbordes. Ils emportent avec eux un bateau 
démontable, solide, que M. Griraud a fait construire en Angleterre, et 
avec lequel il compte faire la circumnavigation du lac Bangouéolo, sur 
les bords duquel Livingstone est mort en 1873. Pendant qu'il fera 
l'exploration de ce lac, sa caravane en longera le littoral septentrional, 
pour se rendre ensuite avec lui au lac Moéro. De là û descendra pro- 
bablement le Congo, comme l'a fait Stanley, jusqu'à Ntamo, la station 
fondée par Savorgnan de Brazza, qui lui a remis son pavillon comme 
emblème de paix. 

Les missionnaires anglais, destinés à renforcer les stations du 
Vicibria-Nyanza et du Tanganyika, sont bien arrivés à Zanzibar, où 
M. Stokes avait déjà fait les préparatife nécessaires pour ceux qui 
devaient se rendre dans l'Ouganda. Les armées de Mtésa, envoyées 
dans rOusoga et à Gambarayma, en ont ramené beaucoup de butin, 
bestiaux et esclaves, après y avoir ravagé les terres, dévasté les villages 
et conmiis de grands massacres. Les Arabes cherchent à ressaisir leur 
influence sur Mtésa et à obtenir qu'il éloigne les missionnaires euro- 
péens. Bs se présentent à lui comme les seuls bienfEtiteurs du pays, 
auquel, disent-Us, ils fournissent tout, étoffes, fusils, poudre, etc., et en 
même temps ils s'efforcent de faire croire au roi que les blancs sont des 
espions envoyés pour étudier le pays, qu'ils ont beaucoup de fusils, et 
créeront sur place une année dont ils se serviront pour s'en empa- 
rer. Dans une séance solennelle, à laquelle assistaient l'Arabe Suliman, 
le P. Lourdel et M, O'îlaherty , le premier dépeignit tous les blancs qu'il 
connaissait à la côte. Anglais, Français, Portugais, Américains, Hollan- 
dais, sous les plus tristes couleurs, mais « les pires de tous, dit-il, ce 
sont les Anglais; dévoreurs de pays, ils ont englouti l'Amérique, et 
rinde, et la côte de Zanzibar. » — « Oui, répondit M. O'Flaherty, nous 
avons englouti tout Zanzibar, gens et maisons, bestiaux et arbres, tout ; 
il n'y a plus à la côte que des pierres, et nous allons les engloutir aussi ; 
nous engloutirons ce pays, mais pour cela il faut auparavant que nous 
reprenions des forces, aussi demandé-je au roi une chèvre pour me récon- 
forter. » La réponse de M. O'Flaherty mit Mtésa en belle humeur, et il 



— 256 — 

ordonna à son intendant de donner la chèvre demandée. M. Mackay a 
fait nn essai d'atteler un bœuf et une vache à un char fabriqué par les 
missionnaires ; l'essai a réussi et a produit un grand effet sur les Wagan- 
das, qui ne s'imaginaient pas qu'on pût employer des bœufe pour le tra- 
vail. Mais il reste toujours dans l'esprit de Mtésa quelque chose des 
accusations des Arabes contre les Européens. Il ne veut plus permettre 
à ses gens d'apprendre à lire, pour qu'ils n'acquièrent pas des connais- 
sances supérieures aux siennes ou à celles des chefe Wagandas. Il 
souffre continuellement, s'aigrit de jour en jour, et a récenunent con- 
damné à être brûlé vif un indigène catholique, qui a subi courageuse- 
ment ce supplice, avec une centaine d'autres sujets du roi. On n'en pré- 
pare pas moins à Alger un nouveau départ de missionnaires pour 
l'Afrique centrale orientale. 

Dans un voyage qu'a fait le P. Baur pour visiter les stations de 
Mhonda et de Mandera, fondées par les missionnaires de Bagamoyo, il 
a traversé l'Oudtiéy entre le Vouami et le Eingani, dont les habitants, 
originaires du Manyéma, sont encore cannibales, et oii les Arabes et les 
explorateurs ne s'aventurent 'guère. Leurs champs sont bien cultivés ; 
ils ont des troupeaux de moutons et de chèvres ; mais, en général, leurs 
villages sont placés sur le sommet des montagnes et cachés dans des 
fourrés, ou entourés de lianes, d'épines, de broussailles ; plusieurs sont 
fortifiés par des palissades faites de grosses pièces de bois et de troncs 
d'arbres. A la mort des chefs, on enterre avec eux quelques femmes qui 
doivent être leurs servantes dans l'autre monde, on organise des danses, 
on fait de grands festins, on boit du sang dans des crânes, on se régale 
de chair humaine. Pour cela, les Wadoés font des chasses à l'honune. 
La chair des Wahamis, leurs voisins, leur paraît supérieure à toute 
autre; à certaines époques de l'année, ils vont se poster à l'affût dans 
les broussailles, aux confins de l'Oukami, se jettent sur les passants, les 
saisissent et les entraînent h leurs villages. Souvent les caravanes sont 
arrêtées, ou sont obligées de prendre un chemin plus long et plus diffi- 
cile, parce que les porteurs ne se soucient pas de servir de pâture à ces 
cannibales. A l'arrivée du P. Baur dans leur pays, les Wadoés accou- 
rurent de leurs villages, entourèrent la petite caravane ; puis, se mon- 
trant l'un à l'autre tel ou tel des porteurs : « Que celui-là serait bon! » 
disaient-ils en faisant claquer leur langue, a Moi, je n'en voudrais 
pas, disait un autre, il sent l'Arabe; mais ce grand-là, qui ressemble à 
une girafe, doit être excellent! » Heureusement pour les porteurs, les 
Wadoés n'avaient pas de grandes cérémonies à ce moment-là. Au reste. 



— 257 — 

ils n'aiment pas à parler de ces pratiques sanguinaires. Le père de Sald 
Bargasch a cherché à les exterminer. On les a traqués comme des bêtes 
&UYes, les prisonniers ont été vendus à yil prix, pour quelques épis de 
mais ; on n*est pas arrivé à les déloger de leurs broussailles, ni du som- 
met de leurs montagnes ; les Arabes ont dû se retirer, la guerre a cessé, 
et ils sont restés libres et anthropophages. Ils n'ont pas d'esclaves, et 
la polygamie n'y est pas générale; seuls les chefs ont plusieurs femmes. 
La Société des mlssioits de Londres a envoyé cinq nouveaux mis- 
sionnaires, dont un médecin, pour renforcer les stations du Tan^a- 
nytka. Partis avec M. le capitaine Hore et sa femme (la première Euro- 
péenne qui se rende k ce grand lac), ils ont emmené avec eux deux 
artisans missionnaires, et un marin qui sera le pilote de la mission. Es 
emportaient un canot de sauvetage en acier, démontable, et seront suivis 
d'un navire plus grand, qui sera pourvu d'une machine à vapeur; 
M. Hore en aura le commandement. Ils sont aussi munis du nécessaire 
pour commencer un enseignement industriel aux indigènes, afin de tra- 
vailler à leur relèvement matériel, en même temps qu'ils poursuivront 
leur relèvement spirituel. Deux des missionnaires resteront à Ourambo, 
auprès du D' Southon, qui y continue son œuvre médicale ; toi\jours en 
bons rapports avec Mirambo, il a pu nouer aussi des relations amicales 
avec des che& influents venus dans la localité. Deux autres mission- 
naires rejoindront M. Griffith au delà du Tanganyika, à Boutonga, où il 
a transféré la station de Mtoua, et oii il est à l'abri de la fièvre, ce vil- 
lage étant à plus de 100 mètres au-dessus du lac. Des emplacements 
convenables seront choisis pour de nouvelles stations; les vapeurs 
serviront à entretenir de firéquentes communications entre les éta- 
blissements missionnaires des bords du lac, et à visiter les tribus qui 
l'environnent. — M. Hutley, qui a passé cinq ans au Tanganyika au 
service de la Société des missions de Londres, a fourni au limes des 
renseignements sur les progrès des traEquants arabes et sur leurs 
caravanes d'esclave» le long de la route de Nyangoué à Zanzibar, par 
Mtoua et Oudjidji. Tabora, Oudjidji et Nyangoué sont les trois grands 
centres de l'influence arabe et du commerce des esclaves et de l'ivoire. 
Chaque année, le nombre des trafiquants arabes augmente, et ils 
s'avancent plus loin à l'intérieur, à la recherche de l'ivoire qui devient 
plus difficile à obtenir dans les districts de l'est; à mesure qu'ils avan- 
cent vers l'ouest, les esclaves deviennent plus nombreux et moins coû- 
teux; chaque marchand en a autant qu'il le veut, et ces esclaves désirant 
imiter leur maître dans l'exercice de l'autorité, s'en procurent d'au- 



— 258 — 

très qui, à leur tour, ont aussi des esdaves pour aller leur chercher de 
Teau, acheter des vivres, etc. De cette manière, l'esdavage pénètre 
toujours davantage dans la vie sociale des indigènes. M. Hutley a connu 
à Oucyidji plusieurs des Arabes mentionnés par Livingstone, et les a 
vus commettre toutes les atrocités racontées dans le a Dernier journal » 
de celui-ci. A l'arrivée des missionnaires anglais, ils cadièrent leurs 
mauvais traitements par peur du gouvernement britannique, mais peu à 
peu ils se montrèrent tels qu'ils sont. M. Hutley a vu venir de TOugouha 
une caravane de 3000 personnes, en grande majorité esclaves, apparte- 
nant à Hamed-ben-Mahomed et à d'autres Arabes influents. Les vivres 
étant rares pour les natife, il était impossible de nourrir toute cette 
multitude, aussi beaucoup mouraient de £aim, et à la suite de la cara- 
vane on trouvait des cadavres de personnes tuées ou mortes d'épui- 
sement. Une autre fois, le nommé Syed-bin-Habib amena 300 esclaves 
du Manyéma, mais 50 seulement atteignirent l'Ounyanyembé. Il est 
difficile de dire combien d^claves amenés aux marchés d'Oudjidji et de 
Tabora arrivent à la côte. 

MM. J. Johnson et Janson, de la Mission des Universités, ont tra- 
versé tout le plateau de Masasi au Nyassa, M. Johnson dressant, che- 
min âdsant, la carte du voyage, des montagnes et des affluents de la 
Rovtfuma, jusqu'à la ligne de partage des eaux entre le bas^n de cette 
rivière et celui du Nyassa, tandis que M. Janson rédigeait le journal de 
l'expédition. Malheureusement, M. Janson est mort peu de temps 
après l'arrivée de celle-ci à Masanjé, village de plus de 1000 maisons, 
au milieu d'une population nombreuse dont le chef, jeune, simple et 
agréable, a fait bon accueil aux missionnaires. M. Johnson a rencontré à 
Chitesi M. James Stewart, venu avec VHala de la station de Bandaoué, 
pour achever le levé de la côte orientale du lac jusqu'à Livingstonia au 
sud. Après avoir terminé ce travail, il est reparti pour lever la partie de 
la côte au nord de Chitesi. Quand il aura atteint l'extrémité nord, il 
jugera si l'état du pays permet de reprendre le travail de la route entre 
les deux lacs, interrompu par l'attaque du chef Mombéra. 

D'après une source autorisée de MosBamibique, les Portugais ont 
l'intention d'occuper militairement un ou deux points du Haut-Chiré ou 
du Nyassa; une expédition à cet effet a dû partir en avril ou en mai ; on 
craint que cela n'amène des conflits avec les indigènes. H est également 
regrettable que le gouvernement portugais ait rappelé M. Sarmento, 
gouverneur général de Mozambique, qui, avec M. O'Neill, représentant 
anglais dans cette colonie, surveillait avec vigUance l'exportation d'es- 



— 259 — 

claves à Madagascar et aux Comores, surtout aux tles Johanna et 
MohiOa, où les plantations de sucre réclament beaucoup d'ouvriers. 
D'autre part, le gouvernement portugais a autorisé Témigration, à 
Mayotte et à Nossi-Bé, des indigènes habitant les possessions portugaises 
de la côte orientale d'Afrique, émigration qui, sous un nom déguisé, 
peut amener le renouvellement de la traite. 

La concession d'un port franc dans l'Ile Johanna, obtenue par 
M. G. SuccI pour les marchandises italiennes, a engagé l'Association 
maritime de 6ènes à nommer une commission, pour examiner le projet 
de M. Succi relatif aux rapports commerciaux à établir entre l'Italie et 
cette partie de l'Afrique orientale. La commission s'est déclarée favo- 
rable à ce projet ; des statuts vont être élaborés pour une société com- 
merciale, et, dès qu'un nombre suffisant d'adhésions auront été recueil- 
lies, un comité d'initiative sera constitué à Gênes. Le roi d'Italie appuie 
ce projet et a promis de s'intéresser à sa réalisation, en le recommandant 
à l'attention du ministre des affaires étrangères, M. Mancini. 

Ensuite d'une communication de M. Palva d'Andrada à la commis- 
sion africaine de la Société de géographie de Lisbonne, sur son explora- 
tion au nord et au sud du Zambèze, cette conmiission a formulé le vœu 
que le gouvernement portugais envoie un délégué auprès d'Onmzilay 
pour régler les rapports de ce souverain avec les postes de Sofala et de 
Senna, ainsi que la question de la sécurité des communications des con- 
trées dépendant du conmiandant militaire de Manica, soit avec ces postes 
soit avec la côte, et celle de l'installation d'un résident portugais auprès 
d'Oumziia. Elle voudrait en outre qu'un représentant officiel fftt envoyé 
à Gomgosa, au S.-O. de Senna, avec un petit détachement de soldats, 
et que le commandant de Manica reçût un renfort d'hommes d'élite, 
possédant les aptitudes voulues pour créer des postes de civilisation. 

La situation du pays des Zoulous n'est pas satisfaisante; la popu- 
lation indigène est mécontente des chefe que le gouvernement anglais a 
établis sur le pays, en particulier de Oham, frère de Cettiwayo, et de 
John Dunn, que les Zoulous accusent d'être la cause de tous leurs maux. 
Oundabouko, parent de l'ancien roi, est entré en conflit avec Oham, et a 
restauré le système de gouvernement contre lequel avait été dirigée la 
guerre des Zoulous : s'il réussissait à se rendre maître du Zoulouland 
septentrional, la situation de Natal pourrait devenir critique, car il 
poursuivrait vraisemblablement ses succès vers le sud, et John Dunn ne 
saurait guère résister à l'invasion de son territoire, beaucoup de ses 
sujets menaçant de fafre défection. En attendant, Cettlinrayo est arrivé 



— 260 — 

en Angleterre pour plaider lui-môme sa cause auprès de la reine. D est 
accompagné de trois clie& zoulous, d'un médecin, zoulou aussi, et de 
M. Henrique Shepstone en qualité d'interprète. H viendra à Paris passer 
une dizaine de jours, et s'y rencontrera peut-être avec un autre souve- 
rain afiricain, le roi de M'Has, Abbéo» l'un des principaux tributaires 
du roi de Dahomey, qu'aijaène en Europe un Français résidant depuis 
longtemps dans ses États, et qui était attendu à Marseille vers le 10 août. 

Les missionnaires romains, conduits au Zambëze par le P* Depel- 
chin, se préparent à s'établir définitivement dans la vallée des Barot- 
ses. Après avoir obtenu du roi Lebuschi l'autorisation de se rendre auprès 
de lui, ils se dirigèrent de Séchéké vers Nariale, sur la rive gauche du 
fleuve, en face du kraal royal, et résidence de Matowka, sœur aînée^e 
Lebuschi, en réalité reine des Barotsés. Elle reçut les missionnaires 
avec de grands honneurs et leur demanda de s'établir au milieu de son 
peuple. Conmie atnée de la famille royale, elle aurait eu droit à l'empire 
des Barotsés, mais, ne voulant pas occuper ce poste dangereux, elle a 
laissé le trône à son frère Lebuschi. De son côté, celui-ci fit bon accueil 
aux missionnaires, agréa leur demande, la fit ratifier dans une assem- 
blée publique, et les pria de rester auprès de lui. H n'a rien de sauvage ; 
jeune encore, il porte le costume européen, est simple, gracieux et poli. 
Il accorda aux missionnaires une pièce de terre, sur les hauteurs qui 
dominent la vallée des Barotsés au sud-est, et leur promit des esclaves 
pour leur aider aux travaux de construction. Il leur permit également 
d'établir une seconde station à Séchéké où ils auront une ferme, et leur 
demanda de lui amener une charrue et un wagon. Il enverra de Les- 
chôma des canots pour prendre leurs bagages et les faire transporter 
chez lui. L'induna Ratow, chargé de garder la route qui mène du 
Zambèze à la vallée des Barotsés, devra condmre l'expédition. Outre ces 
deux stations, le P. Depelchin se propose d'en fonder une autre k 
Mowemba, plus bas sur le Zambèze, dont le chef lui a aussi demandé 
des missionnaires. 

Notre Bulletin était sous presse quand nous avons appris, par les 
Mittheïlungen de la Société (africaine allemande, l'heureuse arrivée du 
D' Po^i^e à Maquen^né <• Nous donnerons les détails de sa lettre 
dans notre prochaine livraison. Disons seulement aigourd'hui que le 
chef de Muquengué a o£fert de conduire lui-même l'expédition aile* 
mande au lac Moucambo, d'où elle comptait gagner Nyangoué. Après 

« 

^ Voir la carte de Schûtt, V année, p. 160. 



— 261 — 

cela M. Wissmann se dirigera sur Zanzibar, tandis que le D' Pogge 
reviendra à Muquengué, pour y attendre l'arrivée d'une nouvelle expé- 
dition. Les plans du D' Buchner, qui devait partir au printemps pro- 
chain, pour aller, par le Congo, à la rencontre de ses compatriotes, 
seront sans doute modifiés. 

Une nouvelle expédition bel^e a été envoyée au Con^o» sous le 
commandement de M. Hansens, capitaine-adjoint d'état-major, accom- 
pagné de M. le lieutenant Nillis, du D' Pechuel-Lœsche, qui a fait partie 
de l'expédition allemande à la côte du Loango en 1878, de deux sous- 
lieutenants, MM. Van de Yelde et Grang, et de M. Gillis, industriel de 
Braine-le-Comte, chargé spécialement de chercher à établir un courant 
commercial entre la Belgique et le Congo. Le steamer qui les a conduits 
à Yivi avait un chargement de marchandises destinées aux échanges. Un 
mécanicien et un charpentier devront remettre en état les constructions 
des stations de Yivi, Isanghila et Manyanga. Mais le Comité d'études du 
Congo a déjà reçu la nouvelle de la mort de M. le sous-lieutenant Yan 
de Yelde, enlevé par la fièvre dans un trajet entre deux stations du 
Congo. — Une autre expédition devait partir au milieu d'août, compo- 
sée de MM. les lieutenants Havart et Coquilhat, et de M. Parfonry , sous- 
lieutenant. — D'après le dernier numéro des Régions heyond, Stanley 
s'est avigicé àplus de 300 kilom. (?) au delà de Stanley-Pool et y a fondé 
une nouvelle station. — La Compagnie belge du commerce africain a 
aussi expédié à la côte occidentale d'Afrique un navire, VAkassa, avec 
un chargement de marchandises et des échantillons d'articles d'expor- 
tation de Manchester, du Portugal, de la Hollande et de la France. 
Le but de cette expédition est de chercher à établir des comptoirs sur la 
côte. Elle a pris à bord la charpente et les boiseries d'une factorerie ; 
c'est une sorte de chalet suisse à deux étages, le rez-de-chaussée servfint 
de magasin. Elle a recruté deux sous-gérants indigènes et douze krou- 
mens, qui courront à l'intérieur pour recueillir l'ivoire, l'huile de 
palme, etc., et apprendre aux caravanes le chemin de la factorerie. 

La guerre sévissant toujours entre les tribus du IToruba, le roi 
d'Oyo, Alafin, qui a plusieurs fois essayé de rétablir la paix, mais dont 
l'autorité n'a pas été respectée par les belligérants, s'est adressé au 
Rév. J. B. Wood, à Lagos, pour le prier de réclamer l'intervention de 
l'autorité britannique, afin d'empêcher l'extinction de la race du 
Yoruba. Sir Samuel Rowe a engagé les diverses tribus en guerre à lui 
envoyer des messagers dûment autorisés, pour les entendre ; M. Johnson, 
agent natif de la Société des missions à Ibadan, a appuyé cette invita- 



— 262 — 

tion, et a réussi à décider les chefs d'Ibadan^ de Jesha, des Ondos, à 
envoyer des délégués à Lagos avec ceux d'Âlafin. Le gouyemeur de la 
cote d'Or s'y est rendu de son côté, a entendu leurs opinions, et leur a 
donné des avis qui permettent d'espérer le rétablissement de la paix. 

Sir Samuel Rowe fait tout ce qu'il peut pour développer les relations 
commerciales de la Côte d'Or avec les villes de l'intérieur, par le 
Yolta; mais, en dehors des limites du protectorat anglais, les négociants 
se heurtent à de grandes difficultés. Dernièrement, des trafiquants partis 
de Hortey, petite ville près de Quittah, avec des passeports de l'officier 
du gouvernement pour Salaga, par le Yolta, se sont vus obligés de 
rebrousser chemin. Ayant débarqué à Engabee, ville appartenant au roi 
de Panto, Dagado, des Houssas, armés de fusils, de lances, d'arcs et de 
flèches, et conduits par un chef nommé Otouman ICatto, les firent saisir, 
leur firent lier les mains derrière le dos, et, après leur avoir imposé le 
paiement d'une assez forte somme, les renvoyèrent à la côte. 

Un grand intérêt a été éveillé en Angleterre par les rapports du 
capitaine Burton et du commandant Gameron, revenus récemment 
de la Côte d^Or, où ils avaient été chargés d'étudier l'exploitation 
uiinière des nombreuses compagnies créées depuis trois ans. Leurs 
récits sont des plus favorables, et, si l'on tient compte des difficultés 
opposées par l'insalubrité du climat, du manque de voies de communica- 
tion, des défectuosités des machines, etc., on peut considérer les résultats 
obtenus jusqu'à présent comme très encourageants. L'opinion de Came- 
ron est qu'il y a là une nouvelle Californie, et, vu l'élévation du taux des 
salaires à la côte, et la difficulté où l'on sera de trouver des ouvriers 
poiu* l'exploitation des mines, il propose de faire venir des Chinois, pour 
voir si la race mongole supporterait ce travail dans un pareil climat. 
D'après ce qu'il a vu à la Côte d'Or, il croit que l'on trouvera aussi de 
l'or au Tanganyikaj où certains terrains sont de la même formation que 
ceux des environs d'Axim. Il a entendu parler de pierres précieuses 
trouvées dans ces mêmes terrains, et pense qu'ils doivent renfermer des 
grenats, des rubis, etc. C'est aussi l'opinion d'un explorateur allemand, 
M. Paul Dahse, qui, après trois voyages entrepris pour étudier la for- 
mation géologique de ces districts, en a rapporté des échantillons, qu'il 
a soumis à l'examen du directeur des mines bavaroises, M. le professeur 
Gtlmbel, de Munich. Les analyses, auxquelles celui-ci a soumis ces échan- 
tillons, lui font croire que les formations géologiques d'une partie de la 
Côte d'Or sont les mômes que celles de la célèbre province de Minas 
Geraes au Brésil. Aussi M. Dahse a-t-il obtenu une concession, pour 
l'exploitation de laquelle il a constitué une société anglo-allemande. 



— 263 — 

Les Chambres françaises ont adopté le crédit demandé pour la con- 
struction du chemin de fer de Dakar à, St-Lioais« Une conven- 
tion avait été conclue à cet effet avec le roi du Cayor, dont le terri- 
toire, qui s'étend du Sénégal au Gap Vert, devait être traversé par la 
voie ferrée; mais, dès lors, ce souverain a écrit au gouvernement du 
Sénégal une lettre, dans laquelle il refuse absolument le passage par ses 
États au a navire marchant sur terre; » il craint de se voir, lui et ses chefs, 
réduit ^1 esclavage ; il menace de rompre avec le Sénégal toutes rela- 
tions commerciales, et même de quitter le pays avec toute la population. 

Dans le haut Sénégal, depuis le retour de la colonne du lieutenant 
colonel Bor^^uis-Desbordes à Eita, le chef Samory a brûlé les vil- 
lages Malinkés de la rive gauche du Niger, jusqu'à Nafadjé, à 7 étapes 
de Eita. Après avoir rétabli les fortifications de ce poste, la mission 
topographique s'est remise en route pour gagner Bafoulabé, avant que la 
saison des pluies rendît les chemins impraticables. Les instructions don- 
nées par le ministre de la marine au nouveau gouverneur, M. le capi- 
taine de vaisseau Vallon, sont de commencer les travaux du chemin de 
fer entre Eayes et Bafoulabé, sans s'occuper pour le moment du cours 
du Niger. Deux projets sont en présence, l'un le long des rives du fleuve, 
l'autre passant à l'intérieur par Fanamdoba; il est probable que ce sera 
le tracé le long du fleuve qui l'emportera. Jusqu'à Bafoulabé le Sénégal 
n'a pas de courbes très sensibles, ni de pentes bien rapides ; la voie fer- 
rée peut suivre la berge de la rive gauche ; il n'y a presque pas d'œu- 
vres d'art à entreprendre. 

Jusqu'ici le commerce des céréales sur la côte du Maroc était très 
restreint, le sultan ne permettant que le transport de très petites quan- 
tités de blé et d'orge, à peine suffisantes pour la nourriture des famiUes 
des habitants, protégés ou sujets étrangers, qui devaient préalablement 
obtenir, des consuls ou des ministres desquels ils dépendaient, un permis 
limité. Gr&ce aux démarches du ministre de France, M. Ordega, le sul- 
tan a accordé l'établissement du libre cabotage pour six mois, et en con- 
séquence tout le monde pourra transporter des céréales d'un point à 
l'autre de toute la côte. Il peut y avoir là, pour le commerce français, des 
avantages d'autant plus grands que, d'après les rapports des agents 
consulaires à Mogador et à Tanger, le Maroc serait menacé d'une disette, 
et le sultan, préoccupé des besoins de la population, a abaissé de 10 à 
5 7o 1^ droits de douane, sur l'entrée des céréales d'Europe. 



— 264 — 

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES 

M. Yalentin de Gorloff a fait, de Laghonat à Ouargla, un voyage dans lequel ses 
obserrations sur la coloaisation française dans le Sahara septentrional l'ont plei- 
nement satisfait, surtout celles sur les travaux de M. Fourreau, fon^^teur de la 
Compagnie de l'Oued-Rir, qui, par ses puits artésiens, a transformé en plantations 
de palmiers de vastes étendues de sables précédemment stériles. 

Deux des assassins de la mission Flatters, natifs d'Ouargla, ont été amenés à 
Alger. 

Tout en reconnaissant que la création de la mer intérieure est réalisable, et qu'à 
aucun point de vue elle ne peut être nuisible, la Commission, chargée d'examiner 
le projet de M. Roudaire, n'a pu engager le gouvernement à intervenir dans les 
dépenses qu'entraînerait son exécution. Celle-ci demeure laissée à une entreprise 
particulière, comme pour Suez et Panama. M. de Lesseps a proposé la fondation 
d'une société décidée à tenter l'entreprise à ses risques et périls, et qui ne deman- 
derait à l'État que la concession de forêts et de terrains, ai\jourd'hui inexploités 
et sans valeur. 

Un câble sous-marin a été posé pour relier Bône à Bizerte. 

M. Guérard, ingénieur en chef du service maritime à Marseille, s'est rendu à 
Tunis pour y faire les premières études nécessaires à la création d'un port de 
commerce. 

Le célèbre voyageur Rohlfs a été nommé consul général de l'empire allemand à 
Tripoli. 

Quatre caravanes sont arrivées dernièrement du Bomou à Tripoli, apportant 
des plumes d'autruche pour une valeur considérable. Elles n'avaient pas d'esclaves, 
quoique l'esclavage subsiste toigours à Tripoli, où les achats et les ventes se 
font à l'intérieur des maisons. 

Avant que les hostilités eussent éclaté entre l'Angleterre et Arabi Pacha, 
M. de Lesseps s'occupait de la question de faciliter la navigation du canal de 
Suez, où les points de croisement des navires ne sont pas suffisants. Il avait deux 
projets en vue : ou élargir le canal dans toute sa longueur, ou creuser un canal 
nouveau, parallèle à l'ancien, et communiquant avec ce dernier en plusieurs 
endroits. 

M. Yossion, vice-consul de France à Ehartoum, nommé consul à Gabès, est 
revenu à Paris, où il a exposé, dans une des salles de la Société de géographie, 
toute une collection d'objets de commerce, d'armes, de vêtements, de photographies 
de t3rpes et de paysages du Soudan égyptien et du Haut-Nil, du pays des Kiams- 
Niams, des Mombouttous et des pygmées. 

Le baron de Hardegger, de Grussbach en Moravie, prépare pour l'hiver 
prochain une expédition dans le Soudan égyptien. Il prendra Khartoum comme 
base d'opérations dans le Senaar, le Eordofan et peut-être le Darfour méri- 
dional; ses observations porteront essentiellement sur l'hypsométrie et l'ethno- 



— 265 — 

graphie. Il tâchera d'iostaller une station météorologique à Khartoum. Le pro- 
fesseur Paulitschke prendra part à l'expédition, ainsi qu'on géologue et un 
photographe. 

Le soulèvement des populations du Haut-Nil, sous Mohamed- Ahmed, a obligé les 
missionnaires américains de renoncer pour le moment au projet de fonder des 
stations dans cette région. 

Rohlfs a renoncé à négocier la paix entre le négous d'Abyssinie et PÉgypte, le 
gouYemement anglais considérant que les deux pays ne sont pas en état d'hos- 
tilité. 

D'après une lettre du 15 février, le D' Stecker a été retenu longtemps à Makalé, 
par les hostilités entre l'Egypte et l'Abyssinie. Il devait quitter cette ville le len- 
demain et comptait arriver à Kaffa au commencement de juin, explorer ensuite 
au sud le Gambirri, habité, dit-on, par des pygmées, et le lac Sambourou, puis 
atteindre la côte orientale en février 1883. 

Sous les auspices de la «Société africaine d'Italie» (ancien Club africain de 
Naples), et avec l'appui de M. Rocca, banquier à Naples, Gustave Bianchi et le 
professeur licata se rendront en Abyssinie, accompagnant un envoyé italien 
chargé de remettre au roi Jean des présents de la part du souverain d'Italie, 
armes, brillants, bottes à musique de Genève, etc., et de nouer des relations avec 
les sultans ses voisins. MM. Bianchi et Licata exploreront ensuite la partie occi- 
dentale de l'Abyssinie et descendront à Assab, en cherchant à ouvrir une route 
commerciale pour la station italienne. 

M. C. Gregori se propose d'explorer le pays situé entre les montagnes à l'Est de 
l'Abyssinie et la mer Bouge, le cours du Gualima, du Melli et de l'Haouasch infé- 
rieur, n partira probablement en octobre. 

L'ingénieur Messedaglia, ancien fonctionnaire égyptien au Soudan, a été chargé 
d'étudier sur place les travaux à entreprendre pour la création d'une colonie ita- 
lienne à Assab. — Le gouvernement voudrait que les diverses sociétés italiennes 
de commerce et d'exploration se fondissent en une seule, pour développer le com- 
merce italien dans la mer Rouge et à Assab, ou bien qu'il se constituât à cet effet 
en Italie une grande compagnie, qu'il encouragerait par une subvention annuelle. 
— Plusieurs maisons considérables ont demandé de pouvoir établir à Assab leurs 
dépôts de charbon. 

Une Société commerciale s'est fondée récemment à Milan, pour l'acquisition des 
produits africains qui afflueront à Assab. 

Le comte Pierre Antonelli, qui a fait partie de la seconde expédition Martini, 
revenu temporairement en Italie, va repartir pour le Choa, où le marquis Antinori 
a prolongé son séjour pour assurer le maintien de la station italienne de Let- 
Marefia; il a dû aussi accompagner le roi Menelik dans une exploration au lac 
Zouai, au sud du Choa. 

Une caravane du Choa est arrivée à Obock, où M. Soleillet entretient de bonnes 
relations avec les indigènes, ainsi qu'avec les sultans de Rahelta, de Ta^joura, et 
des Haoussas. Mgr. Taurin compte fonder une station missionnaire à Obock. 



— 266 — 

La Société de géographie commerciale de Milan a décidé de fonder à Harrar 
une station, qui servirait à la fois au commerce et à l'exploration. Harrar est nn 
important marché, sur la route des caravanes du pays des Gallas, du Eaffa, du 
Gouma et de PEnarea à Zeîla. M. Pierre Sacconi sera chargé de développer les rela- 
tions commerciales, et la Société d'exploration conservera la direction des études 
géographiques des rivières Uohi et Nogal, la station commerciale servant de lieu 
de ravitaillement pour les explorateurs. Le gouvernement italien a accordé à cet 
effet une subvention à la Société. 

M. Swenson, Suédois, a entrepris, avec M. le baron von Muller, un voyage d'ex- 
ploration à Berbera et à Harrar. 

Une commission, formée de membres de la Société de géographie de Rome et de 
la Société d'exploration de Milan, a été chargée d'organiser une expédition pour 
l'Afrique équatoriale orientale, sous la direction de MM. Carlo Benzi et Ulysse 
Grifoni, qui seront chargés d'explorer le cours de la Djouba. 

Le Conseil de la Société de géographie de Londres a décidé d'envoyer une 
expédition dans l'Afrique orientale, pour explorer les monts Eénia et Kilimandjaro, 
et le pays qui s'étend de ces montagnes à la côte orientale du Victoria Nyanza. 
M. J. Thomson en sera le chef et se rendra, au commencement de l'année pro- 
chaine, à Zanzibar, pour y organiser sa caravane. 

D'après les rapports de MM. Price et Menzies revenus en Angleterre, la mission 
de Frere-Town jouit d'une période de paix. A Foulladoyo, à 100 kilomètres de 
cette station, et en dehors de son contrôle, s'est produit un mouvement indigène 
sous l'initiative d'un natif de Giriama, Abe-Sidi, qui y a constitué une communauté 
chrétienne à laquelle se sont rattachés des esclaves fugitifs. M. Price, qui a visité 
Foulladoyo, croyait y rencontrer beaucoup d'hommes à demi sauvages, et a été 
tout surpris d'y trouver un établissement paisible, où règne le meilleur ordre. 

M. Holmwood, consul anglais à Zanzibar, a recommandé à la Société des mis- 
sions anglicanes l'établissement d'une communication régulière, par vapeur, entre 
Mombas et Zanzibar. Outre les services qu'elle rendrait à la mission, elle serait 
utile à tous les gens de la côte et aiderait à lutter contre le commerce des 
esclaves, dont 10,000 environ passent annuellement en contrebande entre Pangani 
et Pemba. 

Des Hovas ayant occupé des îles et des villages de la côte occidentale de Mada- 
gascar, dont les chefs sont sous le protectorat français, et la reine Ranavalona H 
ayant décrété, contrairement au traité de 1868, une loi punissant de dix ans de fers 
tout Malgache qui vendra des terres aux blancs, M. Bandais, consul de France à 
Tananarive, a été chargé de présenter des réclamations au gouvernement de la 
reine. N'ayant pas obtenu, dans un délai fixé, de réponse satisfaisante, il a quitté 
la capitale et s'est rendu à Tamatave. 

On a commencé à la Réunion des essais de culture de la vigne sur une assez 
grande échelle. — A l'île Maurice l'exportation de la vanille et des fibres des 
feuilles d'aloès augmente chaque année, à côté de celle du sucre et du rhum. 

Une nouvelle expédition a été envoyée de Yaldézia à la baie de Delagoa, dans 



— 267 — 

le voisinage de laquelle s'établiront trois des évangélistes indigènes, chez le chef 
Magoad, dont le^ village est le lieu de naissance de Pun d'eux. 

MM. Davenport et C*', banquiers américains, ont signé avec le gouvernement 
portugais une convention, pour la construction du chemin de fer de la baie de 
Delagoa aux frontières du Transvaal, et M. de Castilho, ancien gouverneur de 
Lorenzo Marquez, a présenté aux Certes un Mil, proposant que le gouvernement 
reçoive les pouvoirs nécessaires pour établir une ligne télégraphique de la baie de 
Delagoa au Transvaal. — De son côté, le gouvernement du Transvaal a fait avec 
M. Moritz Unger, appuyé par un syndicat de banquiers parisiens, une convention 
qui sera soumise a^ Yolksraad dans sa prochaine session, et qui est relative à la 
construction du chemin de fer de Pretoria à la frontière portugaise. M. Unger 
verserait une caution de 20,000 liv. sterl., et devrait construire la ligne en cinq 
ans. L'établissement d'une ligne télégraphique a aussi été décidé à Pretoria. 

On a découvert, près de Lydenbourg, de nouvelles mines d'or qui attirent beau- 
coup de gens de Lydenbourg, de Middlebourg et de Pretoria. On a également 
trouvé de la galène en quantité considérable, un grand dépôt de cobalt et du 
minerai d'argent, près de la Steelport River. 

n s'est constitué récemment à Paris, sous le nom de « Société française et afri- 
caine d'encouragement » une association qui a pour but de venir en aide, par tous 
les moyens en son pouvoir, à la grande cause du relèvement de l'Afrique par le 
christianisme. Jout en maintenant son œuvre distincte de celle des missions pro- 
prement dites, elle encouragera les missionnaires européens ou indigènes, princi- 
palement ceux qui sont le plus avancés dans l'intérieur, en leur fournissant un 
matériel plus complet que celui dont se compose d'ordinaire leur modeste bagage : 
instruments agricoles, canots portatifs, médicaments, tentes, semences d'arbres 
fruitiers et autres, etc. Elle a nommé M. Casalis pour son président honoraire, et 
a puissamment contribué à compléter, d'une manière utile, l'équipement de la mis- 
sion du Zambèze que dirige M. Goillard. 

Le Lessouto est tranquille, quoique les trafiquants et les résidents aient l'im- 
pression qu'une explosion pourrait avoir lieu d'un moment à l'autre. Gordon, le 
nouveau commandant des troupes coloniales, ayant ordonné certains mouvements 
de troupes, Masoupha envoya des émissaires dans les villages du district de Mase- 
rou, pour faire préparer les armes; les Bassoutos lui ont obéi volontiers; de grands 
meetings ont été tenus, et les mouvements de troupes ont été contremandés. Le 
conseil législatif de la Colonie du Cap ayant demandé au gouvernement anglais 
d'être libéré de toute dépense ultérieure relative au Lessouto, lord Kimberley 
a répondu qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que l'on prit, en Angleterre, 
aucune mesure pour décharger la Colonie de sa responsabilité à l'égard du pays 
annexé. 

Le général Gordon est d'avis que les limites des terres des natifs devraient 
être ûxées par des actes légaux, et que l'on devrait procéder légalement contre 
tout empiétement au delà de ces limites. Les natifs en seraient contents, et il ne 
faudrait plus beaucoup de troupes pour maintenir l'ordre. 



— 268 — • 

La Chambre du Commerce de Capetown a été nantie de la question de l'éta- 
blissement d'une communication avec PEurope, par un câble sous-marin placé le 
long de la côte occidentale d'Afrique, et relié avec la ligne qui passe à Saint- 
Vincent. 

P'après un contrat conclu entre le gouTemement et la Compagnie nationale de 
navigation à vapeur pour l'Afrique portugaise, un service régulier de bateaux à 
vapeur sera organisé entre Lisbonne et Mossamédès, touchant aux principaux 
ports des possessions portugaises de l'Afrique occidentale. 

M. le D' Kœpfner, naturaliste, étudie l'histoire naturelle et les productions 
agricoles de la province portugaise de Mossamédès. Il a commencé ses explora- 
tions par les terres cultivées le long, des bords des rivières Crok, Saint-Nicolas, 
Bero et Giraul. 

M. Bagster, missionnaire américain, est mort à Ballounda. L'école tenue par 
M. et M"* Nichols prospère. M. Sanders a pu atteindre Bihé, où le roi Chilemo l'a 
bien accueilli et lui a permis de choisir un emplacement pour une station. 

Au mois d'avril dernier, les frères Machado, négociants de Malangé, ont orga- 
nisé une expédition pour les grands marchés d'ivoire de Cachéché et de Caban. 
L'itinéraire projeté devant traverser des pays habités par des tribus cannibales, 
leur caravane comptait 700 hommes armés; des marchands indigènes l'ont accom- 
pagnée pour profiter de cette nombreuse escorte. Un officier portugais, membre 
de la Société de Géographie de Loanda, devait s'y joindre pour faire des obser* 
vations scientifiques. 

Le vapeur le Henri Seed, destiné à la navigation du Congo moyen, aura 20" de 
long sur 3",5 de large. II sera conduit au Congo par M. Craven, qui partira de 
Londres en septembre, avec un renfort de missionnaires, dont l'un est un bon 
ingénieur-architecte. 

M. L. Petit, naturaliste, installé à Landana, a fait avec le D' Lucan une excur- 
sion jusqu'à Yivi, et se propose d'explorer dans une prochaine campagne les mon- 
tagnes de l'intérieur, pour y étudier les Balalis et les Batékés signalés par Savor- 
gnan de Brazza. 

M. Rogozinski a équipé au H&vre pour son expédition la Lucie Marguerite^ qui 
transportera les voyageurs au golfe de Cameroon ; s'ils réussissent à atteindre le 
lac Liba et les sources des affluents de la rive droite du Congo, ils les suivront 
jusqu'au grand fleuve, par lequel ils reviendront à la côte. L'explorateur Nordens- 
kiôld a fourni à M. Rogozinski un compagnon expérimenté, dans la personne du 
capitaine suédois Een. 

Les hostilités continuent entre les habitants de Bonny et les populations du 
Nouveau Calabar. Il y a des combats tous les jours, mais pas de grande bataille. 
Le gouvernement anglais a donné des instructions à Madère, pour qu'une canon- 
nière se rendît au Nouveau Calabar et y protége&t les intérêts anglais. 

La Société des missions anglicanes a nommé, comme secrétaire de la mission du 
Niger, le Rév. Th. Phillips, qui a été consacré à Londres par l'évêque Sam. Crow- 
^er ; c'est le premier eççléaiMtique blanc ordonné par un évoque noir. Les pr^ugés 



— 269 — 

de race étant totgoura vivaces, il y a là un fait important, qui consacre aaz yeux 
de tous Pégalité des noirs et des blancs. 

M. Quinemant, membre de la Société de géographie commerciale de Paris, a 
rejoint, sur le Niger, M. le capitaine Mattei qui explore cette région. 

Un conflit a éclaté entre la tribu des Gamans et les Achantis; le roi Mensah de 
Coumassie ayant fait tuer des messagers que lui envoyaient les Gamans, ceux-ci 
attaquèrent des villages achantis, et firent 200 à 300 prisonniers. Us demandèrent 
ensuite à Sir Samuel Rowe d'intervenir, pour opérer une réconciliation entre eux 
et les Achantis. Le roi des Achantis a accepté la médiation anglaise. Le capitaine 
Lonsdale a été envoyé à cet effet à Coumassie, et va se rendre chez les Gamans. 
'— Deux Français se sont aussi rendus à Coumassie : Pun, le P. Moreau, chef 
de la mission romaine d'Elmina, pour y fonder une station; l'autre, M. Brun, 
consol français dans la même ville, invité par le roi Mensah, qui Ta reçu en grande 
pompe et lui a fait des présents considérables. — La Société des missions wes- 
leyennes a également envoyé le Rév. J. Hayfron à Coumassie, pour obtenir Pauto- 
risation de reprendre les travaux qu'elle y poursuivait autrefois. 

Le sultan du Maroc a envoyé à Madrid une ambassade, pour offrir au roi d'Es- 
pagne un terrain situé le long de la Méditerranée, en compensation de celui de 
Santa Gruz de mar Pequena sur l'Atlantique, que le traité de Yad Bas attribue à 
l'Espagne. Les Certes seront appelées à régler définitivement cette question. 

La mission italienne a été reçue avec de grands honneurs par le sultan Sidi 
Muley Hassan qui, à son tour, a remis au ministre plénipotentiaire de riches pré- 
sents pour le roi d'Italie. 

D'après un nouveau tableau statistique que vient de publier le D' Behm, dans 
les JE^rgângungdiefte des MittheUungen de Ootha^ il y a lieu de faire quelques cor- 
rections à celui que nous avons donné (11"^* année, p. 166), 

La superficie totale du continent serait de 29,823,253 kilomètres carrés, 

et sa popuUtion de 205,823,260 habitants. 

Le Maroc a 6,140,000 » 

Le Sahara 2,500,000 » 

L'Egypte 16,400,000 » 

k. 0. hftUtantfl. 

La superficie de l'Afrique portugaise occidentale est de 809,400 pour 9,000,000 

> de l'État libre du fleuve Orange 107,439 > 133,518 

» duTransvaal 285,363 » 815,000 

de PAfrique anglaise du sud 667,218 » 1,728,492 

> des tles africaines 625,942 » 4,902,600 



— 270 - 

EXPÉDITIONS DE SAVORGNAN DE BRAZZA, ENTRE L'OGQQUÉ 

ET LE C0N60 ' 

Le 23 juin dernier, à la fin d'une séance extraordinaire tenue par la 
Société de géographie de Paris dans le grand amphithéâtre de la Sor- 
bonne, M. Ferdinand de Lesseps, qui la présidait, en remerciant la foule 
qui venait d'applaudir le récit fait par Savorgnan de Brazza de ses 
voyages entre l'Ogôoué et le Congo, prononçait ces paroles : « Vous 
applaudissez avec raison le récit de notre voyageur. U vous donne, bien 
que sommairement, les résultats de deux ans et demi d'explorations qui 
marqueront une date dans l'histoire de la géographie. La plus courte 
voie d'accès au cœur de l'Afrique a été trouvée, et l'avenir se chargera 
de démontrer l'importance considérable de ce fait, bien mieux que ne 
le pourrait une relation. » Nous sommes en effet arrivés à un moment 
décisif dans l'histoire de l'ouverture du continent africain. Les difficultés 
rencontrées par les nombreuses expéditions parties de la côte orientale, 
dans le voisinage de Zanzibar, ont fait naître l'idée qu'il serait plus 
facile de pénétrer dans l'Afrique équatoriale par la côte occidentale. 
Depuis le grand voyage de Stanley, cette pensée a pris de la consistance. 
La grande vallée du Congo est apparue comme la porte ouverte sur 
l'intérieur de l'Afrique ; Stanley-Pool, au-dessus des cataractes du cours 
inférieur du fleuve, en serait la clef. Dès lors, Stanley a entrepris de 
mettre en communication, par une route le long des rapides, Vivi et 
Stanley-Pool, et les sociétés de commerce et de missions ont rivalisé 
d'ardeur pour atteindre ce dernier point, afin d'y établir des factoreries, 
des stations missionnaires, et des bateaux à vapeur qui exploreront tout 
le bassin du Congo moyen, pour y porter les bienfaits du christianisme 
et de la civilisation. Mais en présence des difficultés créées par les cata- 
ractes du Congo, on s'est demandé s'il n'y aurait pas une voie plus facile 
et plus courte, moins coûteuse et plus sûre, pour parvenir à Stanley- 
Pool. Les derniers travaux de Savorgnan de Brazza pendant les années 
1880 à 1882, dans la région comprise entre l'Ogôoué et le Congo, sem- 
blent fournir une réponse favorable à cette question ; nous voudrions les 
résumer, d'après l'exposé qu'il en a fait à la Société de Paris. 

Avant lui, cette région n'était pas tout à fait inconnue. Dès 1817, le 
missionnaire anglais Bowdich avait fourni sur l'Ogôoué quelques rensei- 
gnements, basés sur les indications des indigènes et des marchands, 

' Voir la carte qui accompagne cette livraison. 



— 271 — 

d'après lesquels ce fleuve, venant duN.-E., se divisait squs Féquateur en 
deux bras, dont l'un se dirigeait au N.-O. vers le Gabon, l'autre au S.-O. 
vers le Congo. La construction d'un fort français sur le Gabon, en 1843, 
facQita l'établissement de factoreries françaises, américaines et anglaises 
dans ce district, et les colons français commencèrent à y faire de nom- 
breuses reconnaissances et des levés cartographiques. Mais ce furent 
surtout les voyages de Du Chaillu qui, dès 1856, attirèrent l'attention 
sur le pays compris entre la baie de Corisco et le Cap Lopez, et sur 
rOgôoué, qu'il remonta jusqu'au confluent du Ngounié et un peu au delà. 
Toutefois, en 1857, on se représentait encore l'Ogôoué comme prenant 
sa source au N.-E. dans la Sierra de Cristal. L'impulsion donnée, Grif- 
fon du BeUay et Serval marchent sur les traces de Du Chaillu ; l'Anglais 
Walker remonte l'Ogôoué jusqu'au delà de Lopé, et constate qu'il y 
coule parallèlement à l'équateur ; puis Marche et de Compiègne s'avan- 
cent à leur tour jusqu'aux deux affluents du fleuve, l'Ofoué et l'Ivindo, 
d'oii les attaques des Ossyébas, en 1874, les obligent à rebrousser che- 
min. 

Mais déjà la Société allemande pour l'exploration de l'Afrique, frappée 
de l'immense espace encore inconnu qui s'étend du Bénoué et du Chari 
au Congo, s'était proposé d'en faire le champ d'une exploration métho- 
dique, en prenant comme base d'opération la côte du Loango, entre le 
cap Lopez et le Congo. Elle avait fait partir en 1873 une expédition 
nombreuse, qui comptait entre autres le D' Gtissfeldt, le professeur Bas- 
tîan, le D' Falkenstein, et MM. Soyaux, botaniste, Pechuel-Lœsche, 
naturaliste, Lindner, technicien. De Tchintchocho, où elle établit sa 
station centrale, elle devait s'avancer peu à peu dans l'intérieur, taudis 
que sur son aile gauche, le D' Lenz ferait l'exploration de l'Ogôoué, et 
qu'à son aile droite, le capitaine de Homeyer pénétrerait par l'Angola 
vers le Congo. Au nord de l'embouchure de ce dernier fleuve, trois routes 
naturelles pouvaient condmre à l'intérieur les explorateurs de l'expédi- 
tion centrale : le Louisa-Loango, le Loema et le Quillou; le D' Gttss- 
feldt qui la dirigeait choisit celui-ci, comme le plus grand, le remonta 
jusqu'aux cataractes de Boumina, que n'avait encore atteintes aucun 
explorateur, puis, s'écartant du fleuve, parvint, à travers plusieurs 
chaînes de montagnes, jusqu'au village de Ngouella, à 120 kilomètres 
environ de l'embouchure du Quillou dans l'Atlantique. Avec son collègue 
M. Pechuel-Lœsche, qui y fit une excursion en 1875, il constata que ce 
fleuve qui, pour la largeur, le cède peu au Rhin est, dans sa partie 
inférieure, bordé d'une zone de forêts très épaisse jusqu'au delà du pays 



— 272 — 

de Mayombé, et, qu'entre Mayombé et Ngouella, la navigation en est 
rendue difficile, pour ne pas dire périlleuse, par les rapides et cataractes 
de Gotou, de Boumina, etc., où la rapidité du courant est augmentée 
par le resserrement du lit du fleuve ; de 350" à 400" de largeur moyenne, 
il est réduit en quelques endroits à un canal de 25", par le rapproche- 
ment des parois de rochers entre lesquelles il s'est frayé un passage. 
Pendant la saison des pluies, ses eaux montent de 4" à 5" dans les par- 
ties larges de son cours, et de 8" à 9" dans les endroits où il y a rétré* 
cissement. En amont de Ngouella, il £ait un coude dans la direction 
N.-E. ; au-delà, les indigènes ne purent rien en dire aux explorateurs 
allemands, si ce n'est qu'il décrit un grand arc à droite, tandis qu'aupa- 
ravant on croyait qu'il descendait de la Sierra Complida. Les indigènes, 
craignant les cannibales de l'intérieur, ne voulurent pas les conduire 
plus avant ; ils durent revenir à la côte et à Tchintchocho, où, déjà en 
1876, la station allemande dut être abandonnée, par suite de l'insalu- 
brité du pays et des difficultés créées par les indigènes. Néanmoins, pen- 
dant les trois années qu'avait duré leur exploration, ils avaient fourni 
sur cette partie de la côte quantité de renseignements utiles, moins 
importants que les résultats obtenus par Savorgnan de Brazza, mais 
dont il faut tenir compte pour bien apprécier la valeur de ces résultats. 
Lorsque notre voyageur reçut, en 1875, la mission de reconnaître 
l'importance réelle de l'Ogôoué, comme voie de communication vers 
l'intérieur, ainsi que l'état des populations qui habitent ces contrées et 
les ressources commerciales que le pays peut présenter, l'idée que ce 
fleuve prenait sa source au loin dans l'intérieur régnait encore généra- 
lement. Au dire des indigènes, il devait, en amont des cataractes qu'il 
forme en traversant la Sierra de Cristal, offrir une voie navigable sur un 
long parcours. Pendant tout son premier voyage avec MM. Marche et 
Ballay, de 1875 à 1878, où il atteignit l'Alima et la Licona, et parvint jus- 
qu'au village d'Okanga, il ignora la découverte que Stanley faisait juste- 
ment alors de la grande courbe du Congo, à deux degrés au nord de l'équa- 
teur, et la direction N.-E.-S.-O. du cours inférieur du fleuve. L'Alima 
et la Licona ne se présentèrent point à lui comme des affluents probables 
du Congo ; l'hostilité des indigènes Apfourous et Oubandjis s'opposa à 
ce qu'il descendît complètement la première de ces rivières, et le manque 
de ressources l'empêcha de reconnaître la seconde. Malgré son désir 
d'éclaircir le problème de l'hydrographie de cette partie de l'Afrique, 
cette question devenait toujours plus obscure pour lui. Au moins avait-il 
réussi, pendant ce premier voyage, à dissiper les craintes, les défiances. 



— 273 — 

rhostilité des tribus indigènes des bords de rOgôoué, il s'était fiBanilia- 
risé avec beaucoup de peuplades différentes, avait aboli des monopoles 
particuliers, contraires au développement des relations commerciales par 
le fleuve, et n'avait cessé de combattre l'esclavage; enfin, il avait uni 
toutes les tribus riveraines dans un même sentiment de bienveillance à 
regard des blancs. Par là il avait beaucoup facilité sa tâche future. 

A son retour à la côte, la nouvelle de la reconnaissance du Congo par 
Stanley lui fit immédiatement comprendre que TÂlima devait être un 
affluent du grand fleuve, et la différence de structure des vallées de 
rOgOoué et du Bas-Congo lui fit entrevoir la possibilité d'atteindre plus 
tellement Stanley-Pool par la première, qu'en remontant directement 
celle du Congo. Sans doute il fallait renoncer à l'idée, caressée jusque- 
là, que rOgôoué pût devenir la voie commerciale pour l'intérieur, mais 
TÂlima navigable pouvait le devenir. En effet, l'accès à cette rivière, 
large de 100", et profonde de 5" au point où l'avait traversée de Brazza, 
est relativement facile par l'Ogôoué. De ce dernier fleuve à l'AUma, la 
distance n'est que de 120 kilom., et le pays qui sépare les deux bassins 
ne présente guère que des collines sablonneuses de moyenne hauteur, 
offrant plusieurs passages très favorables au transport des marchandijses, 
sans la difficulté d'une végétation épaisse ; du point atteint sur l'Alima, 
des vapeurs d'un faible tonnage pourraient descendre facilement au 
Congo ; tandis que le long du fleuve, de Vivi à Stanley-Pool, sur une lon- 
gueur de 220 kilom., 32 cataractes et rapides interrompent plus ou moins 
la navigation. Aussi, pendant que Stanley entreprenait, à frais énormes, 
le travail gigantesque de la construction d'une route entre les cataractes 
du Congo, et faisait hisser le long de montées abruptes des vapeurs 
démontables, pour faciliter les communications et. les transports sur les 
parties navigables du fleuve, de Brazza se proposa d'explorer de nou- 
veau le pays entre le Haut-Ogôoué et l'Alima, dans l'espoir de trouver 
là une route qui répondît aux besoinis du commerce ; en même temps, il 
voulait établir, par des procédés pacifiques, des relations commerciales 
avec les indigènes des bords de l'Alima et du Congo, pour en faire pro- 
fiter toutes les nations. Sur la demande du ministère de l'Instruction 
publique, le parlement français lui accorda, à lui et au D** Ballay qui 
devait l'accompagner, une nouvelle subvention ; deux chaloupes à vapieur 
démontables, dont l'une leur fut offerte par le Comité français de l'As- 
sociation internationale africaine, furent construites pour la navigation 
sur l'Alima et le Congo ; le ministre de la marine mit à leur disposition 
deux mécaniciens et quelques matelots sénégalais, et, à la fin de décem- 



— 274 — 

bre 1879, de Brazza quittait de nouveau TEurope, pour aller fonder sur 
le Haut-Ogôoué et le Congo deux stations civilisatrices. 

Au commencement de janvier 1880, il arrive au Gabon, où il retrouve, 
prêts à le seconder, ses interprètes et ses porteurs, anciens esclaves qu'il 
avait rendus à la liberté et qui s'étaient établis dans la colonie française. 
Après avoir pris, chez les Inengas et plus loin, toutes les dispositions pour 
faciliter les relations commerciales et les futurs transports de personnel 
et de matériel, il remonte TOgôoué. L'abandon obtenu précédemment, 
de chaque tribu riveraine, de ses prétentions exclusives sur les différen- 
tes parties du fleuve, et l'organisation d'un service général de transport 
confié aux Adoumas et aux Okandas, les piroguiers par excellence du 
bassin de l'OgÔoué, lui permirent de fixer sans hésitation, dès la fin de 
janvier, à Nghimi, près du confluent de l'Ogôoué et de la Passa, à 220* 
d'altitude, et à 815 kilom. de l'Océan, l'emplacement de la première 
station, en conmiunication directe avec l'Atlantique, et à proximité de 
l'Alima. La vente d'un village et de plantations, commencées près de 
Nghimi par une tribu qui avait eu l'intention de s'établir là, et à laquelle 
la venue des blancs parut une garantie de paix, facilita l'établissement 
immédiat de la station, et, en juin 1880, Franceville était fondée. 

Avant de se remettre en route pour le Congo, l'explorateur envoya 
son aide, M. Michaud, avec 770 hommes et 44 pirogues, aux factoreries 
de Lambaréné, pour y chercher MM. BaUay et Mizon, sur l'arrivée des- 
quels il comptait, et qui devaient amener avec eux le personnel des sta- 
tions. Mais différentes causes avaient retardé leur départ de France. 
Ignorant ce délai, de Brazza partit pour l'Alima vers la mi-juin 1880, 
ayant avec lui une dizaine d'indigènes, un sergent nommé Malamine, et 
un Batéké du nom d'Ossia, qui parlait tous les idiomes de l'Ogôoué et 
du Congo inférieur, et l'avait accompagné dans ses précédents voyages, 
en qualité d'interprète; entièrement dévoué à sa personne et à ses pro- 
jets, il assura par ses conseils le succès de l'expédition. Induit en erreur 
par les premières indications de Stanley, qui plaçaient Stanley-Pool à 
150 kilom. plus à l'est qu'il ne l'est réellement, de Brazza visait, à son 
départ de Franceville, un point du Congo beaucoup trop à l'est. Sortant 
du bassin argileux de l'Ogôoué dont les vallées humides sont cachées 
sous d'épaisses forêts, et les collines couvertes de hautes herbes, il 
monta vers le plateau accidenté, sablonneux et déboisé des Achicouya, 
qui sépare le Lékéti, branche méridionale de l'Alima, de la Mpama (la 
Mpaka de Stanley), l'un et l'autre à 450^ d'altitude, et atteignit, par 
825", la ligne de faîte entre les bassins de l'Atlantique et du Congo* 



— 275 — 

Tous les indigènes de cette régioi\ appartiennent à la peuplade des 
Batékés, réputés cannibales, et chez lesquels règne l'esdavage. Néan- 
moins les Achicouyas le reçurent avec des cris de joie, ainsi que les 
Âbomas du plateau au delà de la Mpama, qui dépendent du puissant 
chef Makoko. Tandis qu'il descend en radeau la rivière Léfini (le Law- 
son de Stanley), un chef, vassal de Makoko, se présente à lui avec des 
paroles de paix de la part de son suzerain, et s'o&e à lui servir de guide. 
 Ngampo il quitte son radeau, traverse à pied un plateau inhabité, et, 
après deux jours de marche, arrive un soir à 11 heures en face de 
rimmense nappe d'eau du Congo, qui apparaissait au N.-E. comme une 
mer, et coulait majestueusement, sans que le sommeil de la nature fUt 
troublé par le bruit de son faible courant. Cette partie du pays est habi- 
tée par les Oubandjis, de la même famiUe que les Âpfourous de l'Alima 
qui, dans le premier voyage de Brazza, l'avaient attaqué et l'avaient 
empêché de descendre cette rivière. Les Oubandjis naissent, vivent et 
meurent, avec leurs familles, dans les belles pirogues sur lesquelles ils font 
seuls les transports d'ivoire et de marchandises, entre le Haut-Alima et 
Stanley-Pool. Us sont les maîtres de la navigation, et de Brazza devait 
traiter avec eux. Il leur fit offrir, par le chef de Ngampey, le choix entre 
une cartouche et le pavillon français, l'une, symbole de guerre, l'autre, 
emblème d'une paix profitable aux intérêts de tous. Puis, leur laissant le 
temps de la réflexion, il se rend chez Makoko, qui le reçoit des plus cor- 
dialement, a heureux de recevoir le fils du grand chef blanc de l'occi- 
dent, et voulant que de Brazza pût dire, à ceux qui l'ont envoyé, que 
Makoko sait bien recevoir les blancs, qui viennent à lui non en guerriers 
mais en hommes de paix. » En effet, pendant les 25 jouïs que de Brazza 
passa chez Makoko, il fiit traité avec toutes sortes d'égards; il profita 
de ces bonnes dispositions pour conclure le traité dont nous avons donné 
le texte dans notre dernier numéro (p. 232), et qui fut ratifié dans une 
assemblée solennelle de tous les chefs immédiats et vassaux de Makoko. 
Celui-ci appuya de toute son influence la démarche de l'explorateur 
auprès des Oubandjis, dont 40 chefis, représentant toutes les tribus de la 
rive droite du Congo, de l'équateur à la résidence de Makoko, descen- 
dirent avec toute une flottille de magnifiques pirogues, jusqu'à Ngan- 
chouno. Alors Savorgnan de Brazza leur rappelle les gages de paix qu'il 
a donnés jusqu'ici, en vivant en bonne harmonie avec les tribus dont il a 
traversé le territoire, leur expose son désir d'installer une station dans 
le Haut-Alima, et une autre à Ntamo, pour en faire des lieux d'échange 
entre les produits de l'Europe et ceux de l'Afrique, et leur fait compren- 



— 276 — 

dre que des relations commerciales, profitables aux intérêts de tons, ne 
peuvent s'établir que dans la paix. Mais de tristes souvenirs risquent de 
faire échouer les négociations. Après une longue discussion, un des cheJEs 
Oubandjis s'avance avec fieii;é et gravité vers Savorgnan de Brazza, et 
lui montrant un îlot voisin : ce Regarde cet Uot, » lui dit-il, « il semble 
placé là pour nous mettre en garde contre les promesses des blancs, car 
il nous rappelle qu'ici le sang des Oubandjis a été versé par le premier 
blanc que nous avons vu. Un des siens qui l'a abandonné te donnera à 
Ntamo le nombre de ses morts et de ses blessés, mais je te dirai que 
nos ennemis ont pu échapper à notre vengeance en descendant le fleuve 
comme le vent ; seulement, qu'ils n'essaient pas de le remonter. » On se 
rappelle qu'entre le confluent du Lawson et Nganchouno, un jour, pen- 
dant que l'on préparait le déjeûner, Stanley fut surpris par une décharge 
de plusieurs coups de feu; six de ses hommes tombèrent ayant chacun 
une blessure. Les autres saisissant leurs armes, engagèrent avec les 
assaillants une lutte acharnée, qui se termina au bout d'une heure par la 
retraite des sauvages. Stanley avait 14 blessés \ Quoique Stanley n'eût 
livré en cet endroit qu'un combat défensif, Savorgnan de Brazza eut 
beaucoup de peine à dissiper les craintes des chefs Oubandjis, et à leur 
persuader que les relations pacifiques qu'il leur proposait assureraient 
leur tranquillité contre toute éventualité. Il y réussit pourtant ; la paix 
fut conclue, après que de part et d'autre on eut enterré la guerre, sous 
les emblèmes de balles et de poudre, et un pavillon français fiit donné 
aux chefs Oubandjis, qui en voulurent tous pour pavoiser leurs pirogues. 
Après cela de Brazza descendit, dans une des belles pirogues des 
Oubandjis, le fleuve jusqu'à l'étang de Stanley, sur la rive droite duquel 
est Ntamo, la clef du Congo moyen, suivant l'expression de l'explorateur 
qui allait la prendre, a-t-il dit, non pour fermer la voie, mais pour en 
assurer la neutralité. Makoko lui ayant accordé le choix de l'emplace- 
ment de la station du Congo, il choisit le territoire compris entre les 
rivières Impila et Djoué (le Gordon Bennett de Stanley), et le !•' octo- 
bre 1880, trois mois après son départ de Franceville, il jetait les bases 
des établissements, auxquels la Société de géographie de Paris, d'accord 
avec le Comité français de l'Association internationale africaine, a 
donné le nom de Brazzaville. Il avait, dans ce second voyage, parcouru 
un itinéraire de 500 kilom., dans un pays inconnu auparavant, salubre, 
fertile, habité par des populations nombreuses et pacifiques, facile à 

^ A travers le continent mystérieux, t. Il, p. S24. 



— 277 — 

traverser avec des ânes et des chariots, et qui, pensait-il, ne présen- 
terait pas de difficultés pour rétablissement d'une voie ferrée. 

Toutefois cela ne suffisait pas encore à de Brazza. Il voulut trouver la 
voie qui permettrait de mettre Ntamo en cooojuunication avec TAtlan- 
tique, de manière à répondre le mieux aux conditions d'économie de 
bras, de temps et d'argent. C'est à résoudre ce problème qu'il a en 
dernier lieu appliqué ses efforts. 

Ntamo se trouve au débouché de la vaUée de la Djoué sur le Congo. 
En remontant cette vallée on arrive à un seuil, qui sépare le bassin du 
grand fleuve de celui de l'Atlantique. Derrière ce seuil coule le N'Douo, 
affluent du Niari, qui se jette dans l'Océan sous le nom de Quillou. De 
Brazza conçut le projet d'explorer la vallée du Niari, et, laissant le 
sergent Malamine avec trois hommes à la garde du poste de Ntamo, il 
partit dans cette direction avec le reste de ses gens. Mais bientôt il 
rencontra de la défiance chez les Babouendés, qui exploitent les mines 
de cuivre et de plomb dont cette partie du pays abonde ; il dut se replier 
vers le Congo, et descendre de la vallée de la Lpuala à NdambiMbongo, 
où il rencontra Stanley. L'entrevue de ces deux explorateurs fut ce que 
l'on peut attendre de deux caractères généreux, poursuivant, par des 
voies différentes, un but identique, l'ouverture de l'Afrique centrale et 
le relèvement de ses tribus par le commerce. 

Moins d'un an après son départ du Gabon, de Brazza touchait à 
Libreville, où l'attendait une cruelle déception. Ni le D' Ballay, ni le 
personnel des stations n'étaient arrivés. Alors , et, quoiqu'il eût besoin 
de repos, sentant qu'il ne pouvait laisser sans ressources les braves gens 
qui gardaient Franceville et Brazzaville, à 800 et 1200 kilomètres à l'in- 
térieur, à peine arrivé, il repartit avec sa petite troupe, deux marins, et 
plusieurs indigènes, charpentiers, jardiniers, etc. En remontant l'Ogôoué 
sa pirogue chavira aux chutes de Boue, et il prit la dyssenterie (v. p. 1 1 1) ; 
néanmoins, en février 1881, il se retrouvait h Franceville, où les travaux 
avaient été poussés si énergiquement, que la station vivait déjà de ses res- 
sources, et que tout y était prêt pour recevoir le matériel destiné à la 
navigation surl'Alima. Il avait choisi, pour le lancement d'un des va- 
peurs que devait amener le D'^Ballay, le confluent del'Obia et de la Lé- 
kiba, tributaires de l'Alima. Il s'agissait dès lors d'ouvrir une route qui 
rattachât ce point à FranceviUe. B explora de nouveau le pays pour fixer 
le meilleur tracé, se procura 400 travailleurs, défricheurs et terrassiers, 
organisés par escouades, sous la surveillance de quelques Grabonais et 
la direction de ses aides, Michaud, Amiel et Guiral, et bientôt une large 



— 278 — 

et longue trouée à travers la forêt fut transformée en une route prati- 
cable, avec deux ponts sur le Ngialikou et le Lékéti. Après cela, il lui 
fallut organiser un service général, pour obvier à l'inconvénient du chan- 
gement perpétuel des porteurs. Ceux de TAlima, qui n^étaient jamais 
venus à Franceville, étaient d'ailleurs hésitants ; mais bientôt la crainte 
de voir le commerce, det^tte station à Ntamo, prendre la voie de terre, 
les engage à appeler de Brazza ; celui-ci se rend au milieu d'eux en sep- 
tembre 1881, et, dans une réunion solennelle, à laquelle assistent tous 
les chefe venus de 50 kilomètres à la ronde, il les persuade et obtient 
d'eux tout ce qu'il désire, pour l'installation d'une station sur le Haut- 
Alima) et pour le service de transport entre cette rivière et l'Ogôoué. 
Attendant toujours l'arrivée du D' Ballay et des vapeurs pour l'Alima, il 
élève des cases pour le personnel de cette station et prépare tout pour 
le lancement des bateaux. Mais le D' Ballay était retenu au Gabon par 
des avaries aux machines ; seul M. Mizon, désigné pour prendre la direc- 
tion de FranceviQe, y était arrivé à la fin de septembre. De Brazza y 
revint de son côté, remit la station aux mains de son successeur, puis, 
reprenant l'exploration de la partie supérieure du Niari à laquelle il avait 
dû renoncer dans son précédent voyage, il traversa dans son milieu 
toute la contrée entre l'Ogôoué et le Congo. Avant de quitter France- 
ville, toutefois, il envoya des marchandises à Malannne, à Ntamo ; puis 
il gagna Nhango sur la Mpama; de là, poursuivant sa route à travers 
des montagnes sablonneuses, il toucha aux sources du Lékéti, de la 
Mpama, et enfin, le 8 février de cette année, à celles de l'Ogôoué qu'il 
avait remonté pour la première fois six ans auparavant. Un mois plus 
tard il était sur les bords du Niari qui, à l'endroit oh il le traversa, a de 
80 à 90 mètres de large. Non loin de là sont les mines de cuivre et de 
plomb, dont le voisinage l'avait obligé à se détourner de sa route en 
venant dô Ntamo. Des bords du Niari il aperçut, au milieu des monta- 
gnes qui encadraient à moitié l'horizon, la coupure qui livre un fEicile 
passage pour se rendre de cette vallée à Ntamo, par la Djoué. Longeant 
quelque temps la rive gauche du Niari, il en trouva la vallée assez large, 
plate, semée de petites cultures, et se prolongeant à peu près droit à 
l'ouest; et, tandis que le Congo traverse les terrasses du plateau à la 
façon d'un escalier, le Niari, jusqu'à son confluent avec la rivière Lallî, 
coule sans un rapide sur un terrain uniforme et fertile, habité par une 
population très dense qui fit bon accueil à l'expédition. En revanche, 
s'étant écartée du Niari pour monter sur un plateau au sud, elle y 
trouva des indigènes qui lui refusèrent l'eau, le feu et même une place 



— 279 — 

pour se reposer hors de leur village. Une lutte s'engagea, et force fut à 
de Brazza de battre en retraite avec ses gens. Après une marche forcée, 
il atteignit le sommet des montagnes au pied desquelles s'étend la plaine 
verdoyante du Loundima ou Loema ; sur le versant occidental il ren- 
contra un groupe de villages Mboko, où le minerai de cuivre se ramasse 
à fleur de terre. Le 17 avril il était à Landana sur PAtlantique, où la 
mission française et la colonie européenne lui firent oublier, à lui et à ses 
gens, par leurs marques d'intérêt et d'affection, toutes les fatigues, les 
misères et les privations dont ils avaient souffert. 

Les nombreuses observations hydrographiques, hypsométriques et 
météorologiques que Savorgnan de Brazza a faites, pendaut ces deux 
ans et demi, dans ce pays immense, seront publiées plus tard. Mais 
« dès aujourd'hui, tous ceux qui s'intéressent à l'ouverture de l'Afrique 
applaudiront aux travaux par lesquels il a déterminé les bassins inté- 
rieurs et maritimes de cette région, ainsi que les passages entre ces 
bassins, et les voies de communication les meilleures ; au point de vue 
philanthropique, c'est beaucoup aussi d'avoir fondé trois stations 
hospitalières, et gagné les bonnes dispositions des populations. 

Des deux voies étudiées pour parvenir à Brazzaville, l'une, par 
rOgÔoué, Franceville, l'Alima et le Congo, est la plus longue ; mais elle 
a des cours d'eau utilisables, et n'a que 120 Mlom. de route, à travers 
un pays abondant en ressources, dont la population est animée des 
meilleurs sentiments. Sur cette route, déjà carrossable, le transit par 
porteurs et bêtes de somme est assuré, et pourra se faire plus facilement 
encore par chemin de fer, système Decauville. L'autre par le Quillou, 
le Niari et la Djoué, préconisée aujourd'hui comme la plus courte, et 
par laquelle on parle déjà de faire passer un chemin de fer, a encore 
besoin d'être reconnue en détail. Jusqu'à présent, le Quillou n'a été 
remonté qu'à une centaine de kilomètres de l'Océan ; la barre en est 
difficile à franchir ; dans son cours inférieur il forme des rapides, qui ne 
sont pas sans danger pour la navigation. Au delà de Ngouella et du 
confluent de la Lalli et du Niari, on peut supposer, comme de Brazza l'a 
entendu dire, que la rivière ne forme plus de rapides jusqu'à l'endroit 
où il l'a traversée, mais, à partir de ce point, il reste encore à explorer 
le passage entre la vallée du Niari et celle de la Djoué. 

Quoi qu^il en soit, Savorgnan de Brazza paraît tout disposé à se 
charger d'achever cette reconnaissance, et nous espérons qu'il lui sera 
accordé de mener cette grande œuvre à bonne fin, pour que, soit par le 
Niari, soit par l'Alima, ou encore par les deux voies à la fois, des 



— 280 — 

relations s'établissent entre rAtlautique et Ntamo, dans Tintérèt de 
tous, des noirs conune des blancs, des commerçants comme des mission- 
naires, à quelque nationalité qu'ils appartiennent. 



BIBLIOGRAPHIE 



De l'Atlantique au Niger, par le Foutah Djallok, cariœt de 
VOYAGE DE Aimé Olivier i vicamte de SandervaL Paris (P. Ducrocq), 
1882, in-8*', 407 p. avec illust. et carte, 7 fr. — Le Niger et le Soudan, 
par le même, in-8'*, 4 p. — Les expéditions multipliées entreprises récem- 
ment, de là côte occidentale d'Afrique à Timbo, pour atteindre le Niger 
par la route la plus courte, donnent un intérêt particulier au volume de 
M. Olivier, le chef de la première exploration (1880), à laquelle se ratta- 
chent intimement celles de M. Gouldsbury, gouverneur anglais de la 
Gambie (mars 1881), de M. Gaboriaud, envoyé de M. Olivier à l'ahnamy 
de Timbo (juin 1881), et du D' Bayol, chargé d'une mission oflBicielle du 
gouvernement français auprès du même souverain (juillet 1881). 

Depuis longtemps M. Olivier méditait ce voyage, auquel il était 
encouragé par M. de Chasseloup-Laubat, ancien ministre de la marine, 
alors président de la Société de géographie de Paris, qui croyait à 
l'avenir d'une route par le Foutah Djallon. Il partit, avec Tintention de 
chercher le point de la côte qui pourrait être relié le plus facilement par 
un chemin de fer au Niger navigable, de gagner le fleuve au confluent 
du TanMsso, et de le descendre jusqu'à la hauteur de Sakatou pour 
étudier le Soudan. Une guerre du roi de Timbo avec son voisin de Din- 
guirray ne lui permit pas d'atteindre le Niger. Mais son carnet de 
voyage renferme des informations très utiles, sur sa reconnaissance de la 
côte et des rivières au sud de Boulam, et sur son itinéraire vers l'inté- 
rieur, à partir de Boulam à l'embouchure du Rio-Grande, par le Labé 
jusqu'à Timbo, et un peu au delà jusqu'à C!onkobala, avec retour par 
Timbi à Boké sur le Rio-Nunez, à travers les dix États qui forment le 
royaume de l'almamy de Timbo. Chemin faisant, on apprend à con- 
naître en détail ce pays accidenté, formé de cinq vallées parallèles entre 
elles, séparées par de longues chaînes de montagnes granitiques qui se 
relient à un plateau central, de 1000" d'altitude moyenne, dont la tem- 

^ On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 13, rue du Rhône, à Genève^ 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique exjfioriit et dwlisée. 



— 281 — 

pérature rappelle le climat de la France, moins les froids de Thiver, et 
qui partout est arrosé par de belles eaux courantes, même dans la saison 
sëehe. L'auteur note avec soin tous le» végétaux dont l'exploitation 
serait utile, les nombreux gisements de minerai de fer, et donne le traité 
conclu avec Talmamj de Timbo, en présence de tous les chefe importants 
du Foutah Djallon, pour la construction d'un chemin de fer. Nous 
regrettons seulement que le but n'en soit pas simplement d'établir une 
voie de conmiunication pour faciliter les relations commerciales entre la 
côte et l'intérieur, mais plutôt de se rendre mattre d'un pays dont les 
habitants, esclaves ou libres, quelque noirs qu'ils soient, sont pour nous 
plus que «des bêtes apprivoisées, n'ayant au moral, comme au physique, 
pas de sensations très supérieures à celles des animaux. » Nous compre- 
nons très bien que ces noirs se défient des blancs qui viennent chez eux 
avec de semblables préventions, et quoique M. Olivier, dans les quelques 
pages : Le Niger et le Soudan, dise bien qu'il ne faut pas porter la 
guerre dans le Foutah Djallon, nous craindrions beaucoup, si le chemin 
de fer qu'il préconise, en opposition à celui du Sénégal à Bamakou, était 
jamais construit dans l'intention de mettre la France en possession de 
ce pays, que ce ne fût pas « la civilisation qui ftt le voyage de Timbo, » 
comme il le dit à la fin de son volume, mais la guen*e, aussi nuisible aux 
vrais intérêts de la France qu'au relèvement des noirs. 

Léon de Bisson. La Tbipolitaine et la Tunisie. Paris (Ernest 
Leroux), 1881, in-16, 147 p. — Écrit avant les derniers événements de 
Tunisie, ce petit voluma ne dit rien, naturellement, de ce qui se passe 
aujourd'hui dans cette partie de l'Afrique. Une carte et des plans de 
Tripoli et de Tunis ajouteraient à la valeur de ces pages, pour les voya- 
geurs en vue desquels M. de Bisson les a rédigées ; ils pourront cepen- 
dant, son livre à la main, s'orienter facilement dans ces deux villes et 
dans leurs environs ; ils seront également très reconnaissants à l'auteui- 
des informations pratiques qu'il leur fournit sur les itinéraires d'excur- 
sions autour de Tunis, sur les tarifs de débarquement, les bateaux à 
vapeur, les chemins de fer, les postes et les télégraphes, les mesures et 
les monnaies, ainsi que de ses conseils sur les précautions à prendre 
pour voyager sur le littoral ou dans l'intérieur. 

DlB ÂFBIKA-LiTEBATUR IN DEE ZeIT VON 1500 BIS 1750, VOU D' Phi" 

lipp Paulitschke. Wien (Brockhausen und Brâuer), 1882, in-8% 122 p. 
— Au Congrès international de géographie de Venise, le célèbre voya- 
geur Bohl& insista sur la nécessité d'avoir des biographies des différents 



— 282 — 

continents. Le D' Paulitschke, qui depuis un grand nombre d^années 
s'occupe de l'Afrique, et auquel nous devons déjkVEocploration du con- 
tinent africain, des plus arftiens temps jusqxCà nos jours (voy. H"* 
année, p. 43), et V Afrique au point de vue commercial, politique et sta- 
tistique (voy. ni"* année, p. 212), a voulu faciliter la tâche du futur 
biographe de l'Afrique, et préparer le terrain pour la période de 1500 à 
1750. Pour cela il a réuni les indications bibliographiques des sources, 
d'où procèdent nos connaissances sur l'Afrique jusqu'au milieu du 
XVin** siècle. Il les a fait précéder d'une dissertation sur le progrès des 
connaissances géographiques de l'Afrique de 1500 jusqu'à Banville, avec 
une liste spéciale de 13 ouvrages sur le Nil, de 1552 à 1698. Quant au 
catalogue bibliographique proprement dit, il renferme des indications de 
manuscrits, 'd'ouvrages et de cartes, nouveaux ou d'une valeur pratique ; 
elles sont divisées en deux parties, l'une embrassant les généralités 
sur toute l'Afrique, l'autre les ouvrages spéciaux pour le nord, l'ouest, 
le sud ou l'est du continent. Dans chaque cas elles sont rangées par 
ordre chronologique et donnent, en tout, les titres de 1212 ouvrages. 

SwAHiu Ex£Bas£8, by Edw. Steere. London (George Bell and Sons), 
1882, in-16, 183 p. — La langue souahéli est la plus importante de 
l'Afrique orientale, de la côte de Mozambique au pays des Gallas, et 
jusque très avant dans l'intérieur. C'est celle dont se servent le plus 
grand nombre des missionnaires dans cette partie du continent, du 
Victoria Nyanza au Tanganyika; c'est également celle qu'ont employée 
Stanley et Gameron dans leurs voyages à travers l'Afirique, d'un océan 
à l'autre. Le missionnaire Krapf, qui vient de mourir, en a donné une 
grammaire, et un dictionnaire qui est sous presse; et l'évêque de 
Zanzibar, M. Steere, auquel on doit déjà une grammaire et la 
traduction en cette langue de grandes parties de la Bible, a rédigé un 
petit guide pratique à l'usage de ceux qui désirent arriver à parler 
correctement le souahéli. Ces exercices nous paraissent très bien 
appropriés à leur but ; sans pouvoir fournir des exemples de toutes les 
formes de phrases, ils donnent les plus importantes, laissant de côté 
celles qui ne sont employées que rarement, et qui pourront être apprises 
facilement quand on en aura besoin: ' 

A. J. Wauters. De Bruxelles a Eabémà. Bruxelles (A. N. Le Bègue 
et C'*), 1882, in-16, 130 p. — Destiné à faire connaître le voyage de 
la première des expéditions de l'Association internationale africaine, et 
le travail du capitaine Cambier à Earéma, ce petit volume a tout 



— 283 — 

Tattrait des récits qui rapportent les fùbles commencements d'une 
grande œuvre. Les détails sur les obstacles de toutes sortes rencontrés 
par le voyageur, font mieux ressortir le mérite de celui qui a frayé la 
voie aux expéditions subséquentes, beaucoup plus facOes ; et la descrip- 
tion de rétat de Earéma, h Tarrivée des Européens, fait comprendre 
toute la valeur de leur travail, de leurs constructions, de leurs cultures 
au milieu des indigènes. En terminant, M. Wauters fait entrevoir quel 
sera l'avenir de l'Afrique centrale, lorsqu'une nouvelle génération de 
nègres, formée à la culture des terres et aux différents métiers, sous les 
yeux des Européens, aura fourni des honmies intelligents, instruits et 
honnêtes, qui pourront être placés à la tête de comptoirs, pour expédier 
en Europe les produits de l'intérieur et recevoir ceux des industries des 
pays plus civilisés. 

22. N. Cust Notice of the scholars who havb contriboted to the 

EXTElirSION OF OUR KNOWLEDGE OF THE LANGUAGES OF AfRICA. IU-S**, 

16 p. — Nous devons déjà à*M. R. N. Cust, secrétaire honoraire de la 
Société royale asiatique, un tableau d'ensemble des langues de l'Afrique, 
dont nous avons donné un résumé à nos lecteurs (m* année p. 30-37). 
Dans la notice sus-mentionnée, il passe en revue les noms de tous ceux 
qui ont consacré leurs forces et leurs talents à nous transmettre la 
connaissance de ces langues: voyageurs non savants, rédacteurs de 
simples vocabulaires ; savants, auteurs de grammaires, de dictionnaires, 
d'ouvrages de philologie comparée sur les langues africaines ; ou encore 
vulgarisateurs, pour le grand public, des connaissances fournies par 
d'autres. H a soin de rattacher les noms de ces nombreux auteurs et les 
titres de leurs ouvrages aux six familles de son tableau d'ensemble : 
sémite, chamite, nubienne-foulah , nègre proprement dite, bantou, 
hottentote et bushmen. Enfin, il indique les grandes bibliothèques dans 
lesqueUes se trouvent déjà des collections plus ou moins complètes 
d'ouvrages philologiques sur les langues africaines. 

V. Largeau. Le Sahaba algérien. Deuxième édition, Paris 
(Hachette et C**), 1881, in-18, 352 p. avec illust. et 3 cartes. — Depuis 
son premier voyage (1875) à Ghadamès, oii il se proposait de créer un 
courant d'affaires commerciales avec l'Algérie, M. Largeau a fait deux 
nouvelles explorations dans la région saharienne, la dernière, en parti- 
culier, pour reconnaître la voie par laquelle il serait possible de faire 
passer le Trans-saharien. Il a pu combler les lacunes de la première 
édition du Sahara, parue en 1877, et corriger des imperfections qui s'y 



— 284 — 

étaient glissées. Des observations nouvelles, des notes nombreuses rela- 
tives à la flore, à la faune, au climat du désert, des illustrations 
beaucoup meilleures, et trois cartes spéciales de rOued-Rihr et de ses 
itinéraires à Ghadamës, fçnt presque de cette seconde édition une 
œuvre nouvelle. M. Largeau croit toujours à la possibilité du Trans- 
saharien, pour lequel il recommande la ligne Ouargla-Insalah-Tombouc- 
tou, qui se rapprocherait des lignes d'eau. Seulement, il voudrait qu'une 
expédition militaire vengeât au plus vite la mort du colonel Flatters, et 
que la France occupât le Hoggar, après quoi Ton construirait des 
villages fortifiés, qui seraient autant de stations du chemin de fer. Mais, 
n'en déplaise à Tauteur, au point de vue de Texploration et de la 
civilisation de l'Afrique, une politique pacifique nous paraît de beaucoup 
préférable. 

Ernest de Weber. Quatre ans au pays dksBoebs, 1871-1875. Traduc- 
tion par Jules Oourdault. Paris (Hachette et C**), 1882, in-18, 386 p. avec 
iUust. et carte. — Dans cette traduction, faite avec soin et abrégée avec 
l'autorisation de l'auteur, M. Gourdault a donné au public français une 
série d'épisodes et de tableaux, destinés à faire bien connattre les choses 
et les scènes exposées avec plus de détails par M. de Weber, dans son 
ouvrage : Vier Jàhre in Afrika. Arrivé dans l'Afrique australe à l'épo- 
que de la découverte des mines de diamants, l'auteur nous fait assister 
à l'origine de ce mouvement, qui emporta vers le Griqualand-West des 
milliers de mineurs, aux infortunes de la vie de ceux-ci, éboulements, 
inondations, conflit entre les détenteurs du sol et le gouvernement bri- 
tannique devenu maître du pays par annexion ; et aussi aux transforma- 
tions que subit l'exploitation, à mesure qu'elle passa, des mains de parti- 
culiers, entre celles des grandes compagnies qui y apportèrent les per- 
fectionnements fournis par l'industrie moderne. La seconde partie est 
consacrée au voyage de M. de Weber, de Kimberley à Durban, à tra- 
vers la république de l'État Libre et la colonie de Natal, aux descrip- 
tions sympathiques de la vie des Boers de l'État Libre, des progrès de 
la civilisation dans le petit État de Taba N'Chou et au Lessouto, ainsi 
qu'à celles des mœm*s des Zoulous et de leur organisation militaire soufi 
Chaka. Deux chapitres spéciaux, fournis à M. Gourdault par l'auteur, 
sur la dernière guerre des Zoulous et la restauration de la république 
du Transvaal, présentent exactement et impartialement les faits des 
années 1879 et 1881, tout en laissant entrevoir les difficultés qui pour- 
ront résulter de l'organisation donnée au Zoulouland, et de la position 
du Transvaal, république autonome sous la suzeraineté de l'Angleterre. 



— 285 — 

E, CoBSon. Pbojet de création em Algébie et en Tunisie d'ukk 
HER INTÉRIEURE. Poris (GautUer Villars, imprimeur-libraire), 1882, 
îii-4", 52 p. et carte. — Dès Torigine du projet du capitaine Roudaire, 
M. Gosson, qui avait fait une étude spéciale des cultures des oasis, et 
de celle du palmier-dattier en particulier, t'en est déclaré l'adversaire, 
et Ta combattu à plusieurs reprises dans les séances de TAcadémie des 
^dences. A Toccasion de la nomination par le gouvernement de la 
commission chargée d'étudier ce projet, il a cru devoir en examiner à 
nouveau les bases et les résultats espérés par M. Boudaire. n y oppose 
des raisons techniques, appuyées de l'opinion du capitaine Baudot et du 
commandant Parisot, qui faisaient partie de l'expédition de 1874-1875. 

Sans négliger les considérations politiques et commerciales, il déve- 
loppe surtout les arguments tirés de la météorologie, de l'hygiène et 
des cultures de cette région, pour prouver que la création de cette mer 
serait une inutilité et un danger pour le pays. Les observations de 
M. de Lesseps, sur les expériences faites au bord du lac Mensaleh dans 
risthme de Suez, ne l'ont pas convaincu. Quant à la commission, elle 
ne paraît pas avoir vu de danger dans ce projet, puisque c'est surtout 
la question des frais d'exécution qui l'a engagée à ne pas encourager 
le gouvernement à prendre cette entreprise sous son patronage. 

Publications de M. G. Rolland, ingénieur des mines : Observa- 
tions MÉTÉOROLOGIQUES. — SiLEX TAILLÉS. — MiSSION TRANS-8AHA- 

RiENNE. — Terrain crétacé du Sahara septentrional. — Grandes 
DUNES, etc. — Attaché à la mission dirigée par M. Choisy et chargée 
d'étudier, au sud de la province d'Alger, les deux tracés de Laghouat à 
El Goléah, et de Biskra à Ouargla, en vue du Trans-saharien, M. Bolland 
a fait servh* cette exploration à une étude savante de la géologie et de 
la météorologie du Sahara algérien, dont il a communiqué les résultats 
à plusieurs sociétés scientifiques, dans les documents ci-dessus mention- 
nés. Le plus complet de ces mémoires, celui sur le terrain crétacé du 
Sahara septentrional, est accompagné d'une bonne carte géologique du 
Sahara, du Maroc à la Tripolitaine et de l'Atlas au Hoggar ; sans doute 
ses observations personnelles ont porté sur le Sahara algérien, mais, 
pour les parties à l'est et à l'ouest de ce dernier, il a mis à profit les 
renseignements fournis par d'autres voyageurs; il a même donné, 
d'après Lenz, un aperçu de la géologie du Sahara occidental jusqu'à 
l'océan Atlantique, et un autre, d'après Zittel, jusqu'à la mer Rouge. 
Ses observations sur les grandes dunes lui ont permis de constater que 



— 286 — 

leurs éléments provienaent* de la désagrégation des roches sons les 
influences atmosphériques, et que TamonceUement des sables est dft 
entièrement au vent; en outre elles ont mis en lumière la relation qui 
existe entre les chaînes de dunes et le relief du sol, et le fait que les 
grandes dunes sont sensiblement fixes en plan et invariables dans leur 
topographie générale. — Dans ses a Observations météorologiques,» tout 
en admettant, avec M. Pomel, que le climat actuel doit avoir toujours 
existé historiquement dans ses traits généraux et caractéristiques, il 
n'en reconnaît pas moins que le Sahara est de plus en plus pauvre en 
pluie, en végétation, en sources et en habitants. La découverte de nom- 
breux silex taillés, pointes de flèches et débris de taille, à El-Hassi, 
entre Laghouat et El-6oléah, le conduit à la même conclusion. 

L'Algérie, par Maurice Wakl. Paris (Germer Baillière et C"), 1882, 
in-8% 344 p. — Certes, s'il fut une époque où l'on se plaignit du peu 
d'intérêt que les Français portaient à leur colonie de l'Algérie, ce repro- 
che ne peut les atteindre aujourd'hui. Chaque mois, presque chaque 
semaine voit éclore un certain nombre de volumes, qui étudient la 
question algérienne sous quelques-unes de ses faces. Les remèdes pro- 
posés pour améliorer la situation coloniale sont toujours très dififérents 
les uns des autres, souvent irréalisables, mais ils ne témoignent pas 
moins d'une heureuse tendance, et des. efforts faits par la France pour 
donner à l'Algérie le bonheur et la prospérité. 

Parmi les nombreux livres récemment publiés, celui de M. Maurice 
Wahl doit occuper l'une des premières places, non seulement à cause de 
la situation de son auteur, professeur au lycée d'Alger, ce qui lui a 
permis d'étudier sur place les sujets dont il nous entretient, mais surtout 
grâce à l'esprit impartial, calme et serein qui a présidé à sa composition. 
On ne trouvera pas dans ce volume de ces phrases à grand effet, mais 
vides de sens, qui abondent dans un si grand nombre d'ouvrages. L'étude 
au contraire ne s'égare pas, elle est profonde, elle va droit au but ; 
nous sommes persuadé que ceux qui liront ce livre en retireront une 
connaissance approfondie de l'état actuel de lai colonie, et des divers 
agents dont il faut tenir compte dans l'œuvre de colonisation. 

L'ouvrage de M. Maurice Wahl n'est pas une description politique de 
l'Algérie, de ses provinces, de ses ports, de ses marchés de l'intérieur, 
etc. n est divisé en six livres, et nous ne saurions dire lequel nous a paru 
le meillem*, tant l'intérêt se soutient d'un bout à l'autre. Il serait trop 
long de suivre l'auteur dans tous ses développements ; qu'il nous suffise 



— 287 — 

de donner les grandes divisions de son ouvrage. Dans le premier livre, 
l'auteur étudie le sol, c'est-à-dire l'orographie ou les trois régions du 
Tell, des Hauts Plateaux et du Sahara; dans le deuxième, l'histoire du 
pays avant la prise de possession par la France : le Nord de l'Afrique 
sous les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Turcs ; dans le troi- 
sième, la conquête française, l'expédition d'Alger, les exploits d'Abd-el- 
Kader et sa défaite ; dans le quatrième les habitants, les deux grands 
groupes arabe et berbère, puis les Israélites, les Français, etc., le mou- 
vement de la population ; dans le cinquième les questions politiques qui 
se rattachent à l'Algérie : institutions, gouvernement, organisation admi- 
nistrative des indigènes, instruction des indigènes, les colons; enfin dans 
le sixième, les forces productives du sol : agriculture, forêts, élevage du 
bétail, industrie, commerce, voies de communication et crédit. 

Algérie et Sahara : V La question africaine ; 2"" Les âges de pierre 
du Sahara central, par Lucien Eabourdin. Paris (Challamel aîné et 
Guillaumin et C% 1882, in-8% 165 p. et carte. — Cet ouvrage se compose 
de deux parties entièrement distinctes. Dans la première; sous le titre 
de « Question africaine, » l'auteur passe en revue plusieurs points fort im- 
portants concernant la politique algérienne, le Trans-saharien, etc., et 
intéressant l'avenir de la colonie. Dans la seconde, il tire de l'étude du 
premier voyage de la mission Flatters, dont il faisait partie comme <5hef 
de section, des conclusions au sujet de la pré-histoire et de l'ethnogra- 
phie africaines. 

Nous ne saurions être d'accord avec M. Rabourdin lorsque, après avoir 
montré que les insurrections diverses que les Français ont eu à maî- 
triser ont une cause générale, il déclare que cette cause réside dans le 
fait de la substitution du régime civil au régime militafre. Ce dernier sys- 
tème, qu'il croit excellent pour l'Algérie, a au contraire le fâcheux effet 
d'exciter l'Arabe contre l'Européen et d'arrêter la colonisation. Nous 
croyons, eii ce qui concerne le soulèvement des peuplades africaines du 
Nord, qu'il provient bien plutôt d'une recrudescence de l'esprit musul- 
man, laquelle fait sentir ses effets non seulement en Algérie et en Tunisie, 
mais aussi à TripoU, en Egypte et ailleurs. Quant aux autres questions 
examinées par M. Rabourdin, il n'y a, croyons-nous, qu'une vqix pour 
appuyer ses conclusions : création d'escadrons de méharis, pour faire la 
guerre du désert ; assainissement des oasis en comblant leurs fossés et en 
remplaçant les puits indigènes par des puits tubulaires ; amélioration du 
personnel des fonctionnaires civils; enfin, continuation de l'étude des 
voies de communication de l'Algérie avec le Soudan. 



— 288 — 

La seconde étude à laquelle se livre M. Rabourdin, à propos du premier 
voyage de la mission Flatters, concerne un siget beaucoup plus spécial, 
sur lequel il est impossible de se prononcer avec certitude à Theure actu- 
elle : les populations pré-historiques deTAfrique. 

Du fait que de nombreux dépôts de pointes de flèches, de couteaux, 
de pointes de lances en sUex se rencontrent près de Ouargla, de Temas- 
sinin, d'Aïn el Taïba, dans la vallée de Tlgharghar, il croit pouvoir con- 
clure qu'il existait certainement, aux temps pré-historiques, de nombreu- 
ses peuplades sédentaires dans le Sahara, et qu'il est probable que ces 
peuplades sahariennes de Tâge de la pierre communiquaient avec TAsie 
méridionale et la Malaisie. 

ASSAB ET LES LIKITES DE LA SOUVERAINETE TURCO-ÉGTPTIEinfrB DAIÏS 

LA MER Rouge. Rome, 1882, in-é*", 37 pages et 2 cartes. — Relazionb 

MIIOSTERIALE E DISBGNO DI LEGGE PRE8EKTATE AL PARLAMENT0 ITAUAKO 
DAL MINISTRO DEGU AFFARI ESTERI (M. MaUCini) NELLA TORNATA DEL 

12 GiuGKo 1882. Rome, 1882, in-é"*, 66 pages et 2 cartes. — Le gouver- 
nement égyptien ayant contesté la validité de Tacquisition, par l'Italie, 
du territoire de la baie d'Assab, dont la Compagnie Rubattino était en 
possession depuis onze ans, en prétendant que, dès 1540, la Porte aurait 
exercé de fait et de droit, sur toute la côte occidentale de la mer Rouge, 
une souveraineté dont elle lui aurait fait cession, le gouvernement ita- 
lien a soumis les prétentions de l'Egypte à un examen sérieux, exposé 
dans le premier des documents susnommés. La lecture en est {adlitée 
par deux cartes, l'une générale, de toute la partie méridionale de la mer 
Rouge depuis Souakim, l'autre spéciale, du territoire d'Assab enclavé 
entre Bedoul et Rahelta. Les conclusions du mémoire sont que, au delà 
de Massaoua, la côte a toujours été considérée conmie n'ayant d'autre 
maître que les tribus plus ou moins nomades qui l'occupent, traitant 
d'égal à égal avec les Européens, disposant de leur territoire, en faisant 
des cessions selon leur bon plaisir, et refusant constamment de recon- 
naître la prétendue suzeraineté de la Porte. Le second document ren- 
ferme le rapport présenté par M. Mancini, ministre des affaires étran- 
gères, de concert avec les ministres des finances, de l'agriculture et du 
conmierce, à la Chambre des députés, à l'appui du projet de loi sur la 
constitution et l'organisation d'une colonie italienne h Assab. Parmi les 
pièces annexes qui l'accompagnent, se trouvent la convention passée 
entre le gouvernement italien et la Compagnie Rubattino, et celles par 
lesquelles les chefs DanakUs ont cédé leur territoire à M* Sapeto, repré- 
sentant de la susdite compagnie. 



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— 289 — 



BULLETIN BIMENSUEL {6 nmyemhre 1882.) 

A mesure que T Al^^pie recouvre la tranquillité, que la guerre des 
Kroumirs et le soulèvement des Arabes au sud de la province d'Oran 
lui avaient fait perdre, l'attention des esprits se reporte sur les besoins 
de la colonisation et de Tindustrie, et sur les moyens d'y pourvoir. Le 
président de la république a préparé un projet de loi, demandant que le 
ministre de l'intérieur soit autorisé à acquérir des terres en Algérie pour 
la cH^lonisation, jusqu'à concurrence de 37,000,000 fr. ; cette somme, 
qui figurerait au budget général de TÊtat, serait répartie sur les exercices 
1883 à 1887. D'autre part M. Pouyanne, ingénieur en chef des mines h 
Alger, a fait une reconnaissance des terrains de Bou-Saâda dans lesquels 
de la houille avait été signalée, pour se rendre compte de l'impor- 
tance de ces affleurements carbonifères. Il en a trouvé sur plusieurs 
points et à dififérentes hauteurs, des deux côtés de la rivière qui traverse 
cette région ; celle du niveau inférieur est la meilleure ; la couche en 
est aussi la plus épaisse. D'autres affleurements ont été découverts à 
80 kilom. de Bou-Saflda ; il y aurait là, semble-t-il, un véritable bassin 
houiller. Une société est en formation pour l'étude et l'exploitation de 
ces gisements, qui attireront en Algérie de nouveaux colons et donneront 
naissance à de nouvelles industries. L'extension des voies ferrées en 
sera aussi facilitée. La ligne d'El-Guerrah à Batna vient d'être inaugu- 
rée ; la Compagnie de la mine de plomb argentifère de Eef-Oum-Teboul 
en a construit une pour le transport de ses minerais jusqu'à la mer ; 
enfin, au conmiencement de l'hiver, seront entrepris les travaux d'art de 
la ligne de Soukarras à Ghardimaou, dont les ingénieurs viennent de 
terminer les études. 

La répression de la révolte d'Arabi pacha aidera, nous l'espérons, à 
l'extinction de la traite et de l'esdavag^e en Êg^ypte. Après la 
réponse négative de M. Gladstone à la demande de l'Antislavery 
Society, de saisir de cette question la conférence de Constantinople, 
cette société lui a adressé une nouvelle lettre, dans laquelle elle rappelle 
la responsabilité imposée, relativement à la question de l'esclavage, au 
gouvernement de S. M. par sa position actuelle en Egypte. Le Comité 
insiste, respectueusement mais sérieusement, auprès du premier mi- 
nistre, sur l'importance de prendre des arrangements administratifs 
tels que, non seulement ils donnent aux firmans et aux édits, émanés de 
temps à autre de la Turquie et de l'Egypte, leur plein et légitime efifet, 

L'AFRIQUE. — TROISIÈKB ANN^E. — N<* 12. 12 



— 290 — 

mais encore qu'ils assurent la complète suppression de la traite et 
Textinction de Tesclavage. L'Angleterre est d'ailleurs tenue de réaliser 
entièrement les principes de sa politique autiesclavagiste , dont le 
caractère désintéressé et bienfaisant ne peut manquer de recevoir l'ap- 
probation collective de l'Europe et des pays chrétiens du monde entier. 
Comme le fait remarquer le Times, la lettre de l'Antislavery Society 
demande l'extinction de Tiustitution légale de l'esclavage, aussi bien 
que la suppression de la traite ; en effet, l'œuvre civilisatrice ne sera 
rendue, efficace que par cette extinction. Sans doute l'esclavage est une 
institution ancienne dans ces pays ; toléré par la loi de Mahomet, il est 
accepté par les maîtres et les esclaves comme une partie de l'ordre de la 
nature ; mais cela ne change pas la position des hommes, des femmes 
et des enfants qui senties victimes des chasseurs d'esclaves. En réponse 
à la lettre sus-mentionnée, M. Gladstone a informé l'Antislavery Society 
qu'il ne manquerait pas de conférer avec lord Granville sur ce sujet, et 
que, quoiqu'il ne vît pas encore ce qu'il pourrait faire, il espérait que 
l'on trouverait un moyen de faire quelque chose. A ce propos l'attention 
des partisans de la suppression de la traite se porte de nouveau sur le 
général Gordon , qui avait été chargé de réorganiser les troupes colonia- 
les de l'Afrique australe et de pacifier le Lessouto, et qui vient de don- 
ner sa démission de ces fonctions.» Le moment paraît favorable pour 
frapper un grand coup, qui hâterait la suppression de la traite partout, 
en lui coupant tous les chemins vers la côte orientale de l'Afrique. 
L'Egypte, qui possède le Soudan où il faut aussi rétablir l'ordre, fait 
remarquer VAfrica, s'étend jusqu'à l'équateur, et ses postes militaires 
atteignent l'Albert Nyanza, oU Gordon a placé un steamer. De l'extré- 
mité sud de ce lac au Tanganyika il n'y a guère que 500 kilomètres, 
occupés en grande partie par le Monta Nzigé, dont Stanley a vu le 
golfe Béatrice. Si le gouvernement britannique faisait un arrangement 
avec le khédive pour la suppression de la traite, il ne serait pas impossi- 
ble à un officier habUe de former un cordon qui s'étendrait du Nil au 
Tanganyika, sur lequel sera bientôt placé un steamer. Quand la route 
du Tanganyika au Nyassa sera construite, et que la communication par 
vapeurs sera établie de ce dernier lac au cours inférieur du Chiré, il ne 
resterait plus que la courte ligne du Chiré à Quilimane, surveillée par 
les Portugais, pour avoir une série non interrompue de postes d'observa- 
tion qui, du Nil au Zambèze, fermeraient complètement le passage aux 
caravanes d'esclaves vers l'océan Indien. 
La situation du Soudan ég^yptien est des plus critiques; le faux 



— 291 — 

prophète Mohamed Ahmed, après avoir surpris et massacré le corps 
de troupes envoyé de Fachoda contre lui, a marché sur le Eordofan 
dont les villes se sont soumises à lui, à l'exception de la capitale El- 
Obéid, que 20000 hommes de ses troupes ont investie, pendant que lui- 
même s'avance contre Khartoum avec 60,000 hommes. Le gouverneur de 
cette ville, Abd-el-Kader pacha, a fait son possible pour la mettre en état 
de défense, et le conseil des ministres, présidé par le khédive, lui a 
envoyé Tordre de tenir bon jusqu'à l'arrivée de renforts qui vont lui 
être expédiés. A cet effet le conseil a décidé d'enrôler, en aussi grand 
nombre que possible, des troupes nègres, et d'en donner le commande- 
ment à Ismall-Eyoub-Pacha, ancien ministre de la guerre. Mais la gar- 
nison de Khartoum pourra-elle tenir jusqu'à l'arrivée de ces troupes V 
Elle ne compte, d'après un correspondant du Standard au Caire, qu'un 
millier d'hommes, et la population de la ville paraît disposée à accueillir 
Mohamed Ahmed. 

La pacification du Soudan est d'autant plus urgente que, d'après 
M. y ossion, ancien consul français à Khartoum, le commerce de cette 
province a considérablement diminué depuis que, pour prévenir la traite, 
les produits, ivoire, gomme, etc., ont été monopolisés par le gouverne- 
ment. Autrefois le commerce était Ubre, et l'on comptait, pour l'ivoire 
seulement, le long du Nil Blanc et du Bahr-el-6hazal, une vingtaine 
d'établissements, qui en recueillaient annuellement près de 300,000 kilog. , 
pour une valetu* de quatre millions de francs. L'échange y attirait 
pour une valeur égale de marchandises européennes : cotonnades, mous- 
selines, draps rouges, quincaillerie, etc. Aujourd'hui que la plus grande 
partie de l'ivoire est prélevée à titre d'impôts par les agents du gouverne- 
ment, ce n'est que pour le surplus que s'effectuent les échanges en 
nature. Les troupes égyptiennes établies dans les différents districts, 
jusqu'aux grands lacs de l'équateur, recueillent celui qu'apportent les 
peuplades au milieu desquelles elles vivent; il est centralisé à Lado, puis 
expédié par le Nil à Khartoum, où il est vendu *aux maisons d'Europe 
du Caire, qui ont des comptoirs dans cette ville. Mais la quantité en 
a beaucoup diminué depuis le monopole ; auparavant 6500 cantars ^ 
d'ivoire étaient transportés annuellement à la mer Rouge ; en 1881 il 
n'y en a eu que 2500. U faut espérer qu'une fois le Soudan pacifié et la 
traite abolie, l'administration égyptienne trouvera le moyen de renoncer 
AU monopole, de rendre à cette province son ancienne liberté conuner- 

' Le cantar équivaut à kilog. 44,55. 



— 292 — 

ciale et de substituer le travail libre au travail servîle. Ce serait un pro* 
grès considérable, pour Khartoum en particulier, le centre de tout le 
eonunerce du Soudan; en effet, sa population est de 45,000 habitants, 
dont 35,000 sont des esclaves venus de toutes les tribus du Nil Blanc et 
du NU Bleu. 

U est d^autant plus nécessaire que T Angleterre saisisse Toccasion of- 
ferte par ses succès en Egypte, qu'à la faveur des troubles survenus dans- 
ce pays, une forte recrudescence de la traite s'est produite sur le Haut 
Nil. Dans notre dernier numéro, nous citions à cet égard les renseigne* 
ments fournis par le D' Schweinfurth à VAntislavery Reporter; aujour- 
d'hui ce sont les missionnaires suédois qui, obligés de revenir à Khar- 
toum, disent avoir été empêchés d'avancer vers le sud, jusqu'au pays 
des Gallas où ils devaient se rendre, par les Égyptiens qui regardent 
les missionnaires comme des espions et des adversaires de la barbarie: 
qu'entraîne la traite à l'intérieur. Os ont rencontré, à l'ouest du Nit 
Bleu, quantité de caravanes de pauvres esclaves enchaînés ; ceux qui se^ 
trouvaient trop faibles pour suivre la marche étaient abandonnés sans^ 
pitié, périssaient de faim ou étaient dévorés par les fauves. Quant aux 
survivants, ils étaient vendus, les filles pour les harems, les adultes pour 
servir comme domestiques, et beaucoup d'hommes mutilés comme gar- 
diens des harems. 

D'après une lettre du baron von MuUer à la Neue Freie Presse de 
Vienne, son exploration du pays au nord du plateau d'Abyssinie ne 
s'est pas effectuée sans dangers. Les hostilités ayant de nouveau édaté^ 
entre l'Egypte et l'Abyssinie, et le meurtre et le pillage régnant autour 
de Massaoua, il dut sortir de cette ville de nuit avec douze hommes armés, 
et gagner Mbérémi, au bord de la mer, pour longer les savanes et tra- 
verser ensuite une plaine unie comme une table, jusqu'à la muraille 
gigantesque des montagnes qui supportent le plateau d'Abyssinie. Che- 
min faisant il put inscrire dans son itinéraire plusieurs cours d'eau non 
encore marqués sur les cartes. Après avoir atteint le Falkat à son con- 
fluent avec le Tsewi, il remonta le premier en s'enfonçant toujours plus, 
dans les montagnes de Habab, pays désert, oii l'on ne rencontre pas un 
être humain et où l'on souffre des variations considérables de la tem- 
pérature, la chaleur étant insupportable au soleil, tandis qu'à l'ombre^ 
des rochers, grâce à l'altitude de cette région^ on est saisi par le froid. 
Les vivres étant épuisés et le gibier manquant, il fut obligé de tuer» 
pour se nourrir lui et ses gens, des chevaux et des mulets. Par le col de 
Kelhat il arriva dans le bassin du Meenet, puis traversa la vallée du 



— 293 — 

Baraka, et, par Daga, atteignit enfin Eassala ; il suivit encore rAtbara 
jusqu'à Hasaballa ; mais rinsécurité du pays, parcouru par des banded 
d'insurgés, l'obligea à revenir en hftte par Lenhit à Massaoua. Dès lors 
il s'est rendu à Zella, pour traverser de là le pays des Gallas Isas^ 
Adals et Gadoboursis, monter sur le plateau des Gallas Nolis et gagner 
Harar, d'où il est revenu à ZelIa. Son excursion chez les Gallas a bien 
réussi; il en a rapporté des observations astronomiques, hypsométriques 
€t barométriques, ainsi que ctes collections d'armes et d'ustensiles. 

La partie méridionale de l' Abyssinie a été récemment le théâtre 
d'hostilités entre les deux rois du Choa et du Godjam, Ménélik et 
Ras Adal, tributaires du négous, tous deux ambitieux et cherchant à 
étendre leur territoire aux dépens de leurs voisins les Gallas. Sous pré-* 
texte qu'il ne pouvait plus supporter l'arrogance de Bas Adal, Ménélik 
lui a déclaré la guerre, l'a vaincu et fait prisonnier, puis a parcouru le 
Godjam en saccageant et dévastant tout sur son passage. Après cela il 
a envoyé au négous des présents, et une lettre dans laquelle il déclarait 
se considérer toujours comme son sujet, prêt à se conformer à ses ordres, 
et lui demandait de prononcer entre lui et Bas Adal. Il s'est en effet 
présenté devant le roi Jean avec Bas Adal enchaîné, et le tribunal, 
auquel la cause a été soumise; a jugé que Bas Adal avait eu tort d'insul^ 
ter le roi du Choa dans son propre pays. — La mission italienne est 
partie en octobre pour porter au négous des lettres du roi d'Italie, le 
remerciant de la coopération qu'il a prêtée avec le roi du Godjam pour 
la délivrance de Gecchi, et lui faire comprendre l'utilité de relations 
commerciales entre son pays et l'Italie. Des lettres du marquis Anti- 
nori annoncent qu'il n'a pas pu aller au lac Zouay, comme il le dési- 
rait. En revanche, un voyage chez les Adas Gallas lui a permis de recon- 
naître deux petits lacs. Ménélik poursuit ses conquêtes vers le Eafia, et 
comptait marcher contre les Aroussia Gallas, avec im de ses vassaux. 

La nouvelle colonie d'Assab va recevoir de grands encouragements 
de la part du gouvernement italien. Le ministre des affaires étrangères, 
auquel en incombent la surveillance et le développement, a décidé d'y 
créer im hôpital pour les marins, et un dépôt de charbon pour les navi- 
res. En outre, il établira à Buia un port suffisant pour donner abri aux 
embarcations arabes, un phare à Sannaba, et tout ce qui peut faciliter 
le débarquement ou l'embarquement des marchandises. Une partie de 
ces travaux sont déjà commencés et seront probablement terminés 
avant la fin de l'année. Le gouvernement songe aussi à faire de grandes 
plantations dans toute la colonie, à perfectionner et à rendre plus rapides 



— 294 — 

les communications entre Assab et les pays voisins, à établir une ligne 
télégraphique jusqu'à Âden pour relier la colonie avec TEurope, et à 
organiser une correspondance directe régulière avec lltaUe, par la 
Société italienne de navigation. De son côté, la Société africaine dltalie 
s'occupe du développement commercial italien par la voie d'Assab. 
M. Pietro Serra Caracciolo, de l'ancien Club africain de Naples, envoyé 
là-bas par une maison de commerce de cette ville pour étudier les 
besoins des populations du voisinage d' Assab, a fait à son retour, sou& 
les auspices de la Société napolitaine, un rapport à la suite duquel un 
comité d'initiative a été nommé, et bientôt après une Société commer- 
ciale colonisatrice pour Assab s'est constituée ; elle a décidé de demander 
au gouvernement son appui et des concessions propres à faciliter ses 
opérations. — La nouvelle Société commerciale milanaise, dont nous par- 

m 

lions dans notre dernier numéro, se propose de recevoir les marchandises 
envoyées de l'Abyssinie, du Tigré, etc., pour les expédier sur les mar- 
chés de l'Europe, et d'importer dans cette partie de l'Afrique tout ce 
dont les indigènes ont besoin ; en même temps elle entreprendra les 
travaux que le gouvernement se propose de faire, et fournira les navires 
qui stationneront dans la rade d'Assab. — Au reste, la Société africaine 
d'Italie encouragera les établissements commerciaux italiens sur toutes 
les côtes du continent et les explorations à l'intérieur. A cet effet, elle a 
décidé de décerner des médailles d'or aux premiers Italiens qui fonde- 
ront des stations ou factoreries, soit agricoles, soit commerciales, sur 
les côtes d'Afrique baignées par l'océan Indien ou par l'Atlantique, 
sauf au Maroc ; de plus, une médaille d'or à l'ItaUen qui le premier 
explorera, au point de vue scientifique et commercial, la région située 
entre Assab, l'Abyssinie et le Choa d'un côté, et les grands lacs Albert 
et Victoria Nyanza de l'autre, et une médaille d'or à l'ïtalien qui le 
premier explorera la route delà Méditerranée au lac Tchad et à Kouka, 
au point de vue commercial, et spécialement à celui des intérêts de 
l'Italie; enfin, deux médailles d'or aux voyageurs, de quelque nation 
qu'ils soient, qui exploreront les premiers et pourront déterminer soit 
le cours de l'Ouellé, soit celui du fleuve Djouba. 

Les relations commerciales entre l'Abyssinie et Obock paraissent bien 
établies. La route nouvelle ouverte par M. Soleillet, entre celles de Mas- 
saoua et de Zella aux mains des Égyptiens, ne traverse que des tribus 
Danakils, indépendantes de l'Egypte, pasteurs et nomades, dont les deux 
centres sur le Ûttoral sont Raheïta et Tadjoura ; à l'intérieur, leur ville 
la plus importante est Haoussa. Le traité de 1862 a cédé à la France le 



— 295 — 

territoire qui s'étend de Raheïta à la baie de Tadjoura. H comprend 
neuf tribus dont les chefs (ras) reconnaissent la suzeraineté du sultan de 
Raheïta, allié de celui de Tadjoura, feudataire comme lui du sultan de 
Haoussa, ami du roi du Ghoa. C'est avec le sultan de Raheïta que les 
Français ont à traiter pour leurs relations avec les tribus du littoral. 
Déjà au commencement de mai, Ménélik envoya à M. Soleillet un cour- 
rier, avec une escorte de quelques Éthiopiens qui arrivèrent à Obock 
sans difficulté. Dès lors, il a fait partir à la fin de juillet une grande 
caravane de 200 chameaux, chargés d'ivoire et de marchandises précieu- 
ses, qui est arrivée saine et sauve à Obock. M. Soleillet s'est ensuite 
rendu lui-même par Haoussa à Ankober, où il comptait passer deux 
mois pour en revenir avec une nouvelle caravane. Avant son départ, 
cependant, il a installé un agent commercial à Segalla, port que le sul- 
tan de Tadjoura a cédé à la France. 

La région des montagnes neigeuses, du Kénia et du Kilimandjaro» 
sera prochainement explorée par deux expéditions : l'une, que nous 
avons déjà annoncée dans notre dernier numéro, entreprise par la 
Société de géographie de Londres, sous la direction de M. Thomsoii, 
qui devra partir de Mombas ; l'autre, dirigée par le D' Fîscliep, com- 
pagnon de Denhardt, en 1879, dans son exploration de la Dana. Depuis 
cette époque il a vécu à Zanzibar, comme médecin et naturaliste. Il a 
renoncé le l** octobre à sa carrière médicale, pour réaliser le plan, mûri 
depuis cinq ans, d'un voyage de découvertes dans l'Afrique orientale. Il 
a proposé à la Société de géographie de Hambourg de faire une expédi- 
tion spécialement hambourgeoise, à la condition que cette société y con- 
tribuât pour 18,000 fr. £Ue a facilement réuni cette somme, et va se 
trouver pour la première fois directement intéressée à une exploration 
africaine importante. Le D' Fischer y est préparé par ses précédents 
voyages dans la région de la Dana, 'par l'habitude des privations de 
toutes sortes, et par la connaissance qu'il a acquise de la langue, des 
mœurs et coutumes des populations africaines. Il compte partir de Pan- 
gani, au sud de Mombas, en novembre, avec une des caravanes arabes 
qui, formées de 600 ou 800 honmies, se rendent aux lacs africains 
situés dans le territoire à l'est du Victoria Nyanza. Il a choisi Pangani 
comme point de départ, parce que, de là, on atteint très vite un pays non 
encore visité par des Européens, puis parce que la route de Pangani 
traverse la région où se trouvent les montagnes neigeuses, et enfin parce 
que l'expédition de J. Thomson prendra Mombas comme base d'opéra- 
tions. Il paraît aussi que l'on trouve à Pangani des gens qui ont une Ion- 



— 296 — 

gue expérience de ces voyages. L'explorateur allemand pense séjourner 
au lac Sambourou ou au lac Baringo, la dernière station des trafiquants 
arabes, pour y faire des collections et explorer le pays environnant, et 
spécialement le territoire des Boranis Gallas^ non loin du fleuve Djouba. 
Il reviendrait par les pays Gallas ; son voyage durerait un an. 

L'Afrique orientale vient de perdre un de ses missionnaires les plus 
capables, TÊvêque Steere, de Zanzibar, dont le nom sera toujours 
intimement lié à ceux de tous les hommes (fui ont travaillé à l'abolition 
de la traite et au relèvement des noirs dails cette partie du continent. 
C'est lui qui, le premier, a eu Tidée de créer, pour les esclaves libérés, des 
stations dans leur propre pays, où ils retrouveraient une demeure, où la 
liberté leur serait assurée, et où ils apprendraient à en user chrétienne- 
ment. Dès 1874, il mit par écrit les langues souahéli et yao, traduisit et 
fit imprimer la plus grande partie de la Bible et des ouvrages d'édifica- 
tion, sans parler de manuels pour interroger les esclaves saisis en pleine 
mer par les officiers anglais, de contes et de fables indigènes, qui font les 
délices des nègres. A mesure qu'il apprit à connaître les esclaves libérés, 
il comprit mieux tout le parti que l'on pourrait tirer, pour la civilisation, 
du renvoi dans leur pays de ceux qui étaient élevés à Zanzibar. U fonda 
successivement une série de stations jalonnant la route du Nyassa, en 
renvoyant de la ferme de Mbouéni, près de Zanzibar, où ils étaient 
élevés, des couples mariés, dans leur pays, pour y raconter letir libération, 
y parler des ateliers de la mission, de l'imprimerie, des hôpitaux, de 
l'œuvre qu'y accomplissaient les dames anglaises. Dans toute cette par- 
tie de l'Afrique sa perte sera vivement ressentie. Mais ce sera surtout à 
Zanzibar qu'elle sera déplorée par toutes les classes, indigènes et étran- 
gers. Voyageurs et missionnaires en passage à Zanzibar lui demandaient 
aide et conseil, assurés d'être toujours traités par lui avec une parfaite 
courtoisie. Le D' Kirk, ancien cdrfiul général à Zanzibar, écrit à l'Antî^ 
lavery Reporter que sa perte ne peut être appréciée. 

Le séjour de Cetti^M^ayo en Angleterre n'aura pas été inutile, nous 
l'espérons, pour la pacification du Zoulouland, où l'organisation créée 
par Sir Gamet Wolseley s'est montrée tout à fait défectueuse. Plusieurs 
des chefs étaient cruels, tel autre incapable, tel autre encore, étranger, 
n'avait pas su gagner la confiance de ses subordonnés. Il n'y avait ni 
autorité centrale, ni cohésion entre les diverses tribus. Aussi tout le 
monde était-il d'accord qu'il fallait un changement dans la forme de l'ad- 
ministration de ce pays, pour prévenir la guerre civile et la ruine qui en 
aurait été le résultat. Les Zoulous redemandaient leur roi ; le gouverna 



— 297 — 

ment anglais a autorisé celui-ci à retourner dans ses États. Avant de 
repartir, Cettiwayo a témoigné toute sa reconnaissance pour la réception 
qui lui a été &ite, et déclaré qu'il considérera toujours la reine conune 
sa mère, quoiqu'il s'en retourne pauvre, car avant la guerre il avait des 
milliers de têtes de bétail dont la vente le faisait vivre ; John Dunn a 
promis de faire son possible pour qu'elles lui soient rendues, mais le roi 
n^a pas confiance en John Dunn. U a vu ce qu'est la civilisation, et 
il désire devenir civilisé, lui et son peuple. Avant son départ d'An- 
gleterre, il a reçu une députation de l'Aborigines' Protection Society, 
à laquelle il a dit qu'en retournant dans son pays il pardonnera 
à tous ceux qui l'ont offensé, et qu'il sera toujours très con- 
tent d'avoir auprès de lui un résident anglais ; il aimerait qu'il y en eût 
un aussi sur la frontière du Trausvaal, pour maintenir la paix entre les 
Boers et les Zoulous. Une délégation de la National Tempérance League 
s'est également fait présenter à lui, pour attirer son attention sur le 
mal que les spiritueux introduits par les trafiquants font aux natife. Il a 
répondu aux délégués que son peuple, comme peuple, était partisan de 
l'abstinence des spiritueux, en ce sens qu'il n'en consomme pas ; la bière 
que boivent les Zoulous n'est pas enivrante comme les liqueurs euro- 
péennes. Lui-même avait interdit l'entrée des spiritueux dans ses États; 
mais fl ne suffit pas que lui leur ferme la porte ; il faudrait que l'admi- 
nistration de la colonie de Natal s'opposât à l'exportation de ces liqueurs 
dans le Zoulouland. H a réclamé à cet effet l'appui de la Société et du 
gouvernement anglais. Parti de Plymouth le 2 septembre par le ^u&ian, 
il est arrivé à Gapetown, où il a rendu visite à Sir Hercules Robinson, 
avec lequel devait conférer avant de se rendre dans ses États. 

Quoique les rapports qui nous arrivent sur les mines d'or dernière- 
ment découvertes entre Eknds Spruit et la Eaap River, à 100 kilom. 
environ de Lydenbourg, dans le Transvaal, soient assez contradic- 
toires, les mineurs y affluent de toute la colonie du Cap, de Natal, de 
Eimberley ; il y est même arrivé des Écossais de Melbourne. D'après le 
Natal Mercury y l'or y est distribué assez également, près de la surface 
du sol, aussi bien que plus profondément ; il semble qu'il y en ait de 
deux sortes, celui de la partie supérieure d'une couleur légèrement claire, 
celui de la couche plus profonde, d'une teinte plus foncée. Les plus 
grosses pépites, d'une demi-livre, ont été trouvées au sommet de la mon- 
tagne de Spitz Eop, à plus de 2000 m. au-dessus de la mer. Une com- 
mission du gouvernement s'est rendue de Pretoria h ces mines, pour 
examiner la question des concessions et de l'exploitation. Le Bulletin des 



— 298 — 

Mines amiOQce qu'il a été octroyé à M. Otto de Rothschild de Londres, 
et à MM. Guibaud et Franck de Tours, Tautorisation d'exploiter les 
gisements qui se trouvent sur le territoire de leur ferme de Spitz Kop ; 
c'est une concession immense, dont les propriétaires cherchent à consti- 
tuer une société pour Texploitation avec des capitaux anglais et français. 

L'attention du gouvernement de la Colonie du Cap a été attirée sur 
le mal que l'extension de la vente des spiritueux, depuis la guerre 
du Liessouto, fait aux indigènes, afin qu'il prenne des mesures 
vigoureuses pour y obvier, sans quoi l'œuvre civilisatrice de plus de 50 
années risque d'être détruite. Un grand malaise continue d'ailleurs à 
régner dans ce pays, par suite de l'insoumission de Masoupha. Les 
Bassoutos sont dans l'incertitude, ne sachant qui gouverne, des chefe 
ou des magistrats anglais. Beaucoup de gens n'ont confiance ni dans le 
gouvernement brit^omique, ni dans les che&, et se préparent à émigrer 
pour entrer au service des colons, plutôt que de continuer à vivre dans 
un pays qui appartient on ne sait à qui. Letsié a fait tenir un pitso 
tout près de Thaba-Bossiou, où Masoupha entretient un foyer d'intri- 
gues et d'agitation. On croit qu'il finira par céder sans effusion de sang, 
mais on attend avec impatience l'arrivée de la Commission chargée de 
payer aux loyaux des sommes équivalentes aux pertes qu'ils ont subies, 
et d'établir l'administration du pays sur des bases acceptables. 

M. F. W. North, ingénieur des mines de la Colonie de Il^Atal, a fait 
dernièrement un rapport très favorable sur les mines de konille décou- 
vertes près de Dundee, dans les divisions de Klip River et de Newcastle, 
à 300 kilom. environ de la côte. U en ressort que le charbon de ces mines 
est de plusieurs qualités, et qu'il peut très bien être employé pour les 
locomotives ; certaines parties pourront servir à faire du gaz, d'autres 
un bon combustible de maison, etc. Les veines exploitables atteignent 
3 m. d'épaisseur; le contenu petit en être évalué à 2,073,000,000 de ton- 
nes, représentant une valeur de quatre milliards de livres sterling. Il y a 
en outre, dans la même région, de grands dépôts de fer magnétique, qui 
peut être converti en acier pour tous les instruments nécessaires à l'in- 
dustrie et à l'agriculture. Une société vient de se fonder sous le nom de 
a South Afirican Coal and Iron Company, Umited, Dundee, Natal, » au ca- 
pital de 20,000 L., avec siège àPietermaritzbourg, pour l'exploitation de 
la houille et du fer de ces mines. Elle a obtenu du gouvernement une 
vaste concession de quelques milliers d'acres, située dans un endroit très 
salubre, sur un plateau dominé au nord, à l'ouest et au sud par les monts 
Biggars; à l'est senties collines qui bordent la rivière Buffalo. Elle est 



— 299 — 

très bien placée pour devenir le centre d'une grande exploitation houil- 
lère et de manufactures de fer ; l'eau y abonde ; la route de Pieterma- 
ritzbourg à Newcastle la traverse. L'extension du réseau des voies 
ferrées la reliera à Lady Smith, et par suite avec l'État libre d'Orange, 
le Transvaal, le Griqualand West, le Zoulouland et la Colonie du Gap, 
Cette exploitation aidera beaucoup au développement industriel de 
l'Afrique australe, et y facilitera aussi l'établissement de nouvelles lignes 
de chemins de fer et de télégraphes. 

Quoique les éléphant» aient presque disparu des possessions britan- 
niques de l'Afrique australe, les environs de Port Êlisabetli ont 
encore d'assez grandes troupes de ces pachydermes, qui foun*agent dans 
toutes les directions et font beaucoup de mal aux plantations. Deux pro- 
priétaires, M. Kelsey et Newsome, en ont vu récemment venir des monts 
Orassberg une cinquantaine, suivis d'une arrière-garde de 20 à 30. Ils 
paraissent attirés par le spekboom, fourrage qui abonde dans ce district 
et doBt ils sont très friands. Vu la défense du gouvernement on ne tire 
pas sur eux ; ils peuvent ainsi s'approcher impunément jusqu'à une cen- 
taine de mètres des habitations. 

L'expédition austro-hongroise du D' Emile Holub commencera 
«n avril 1883, et se subdivisera en trois parties. U fera d'abord un 
voyage de 6 à 8 mois, de Capetown dans l'Afrique australe civilisée, puia 
Ma autre d'égale durée dans le pays des Betchouanas, enfin une explo- 
ration au nord du Zambèze, aussi loin qu'il pourra la pousser. Dans 
chacune de ces régions, il étudiera spécialement la minéralogie et la géo- 
logie, la botanique et la zoologie, ainsi que l'ethnographie, et fera des 
•collections en rapport avec ses observations. En outre, le long des côtes 
il fera des sondages; dans le second voyage, il s'occupera de détermina- 
tions de latitude et de longitude; le troisième sera consacré à l'exploration 
du pays des Barotsés, aiusi qu'à la constatation de l'existence d'un lac 
intérieur signalé dans cette région, et de l'extension du groupe de lacs 
salés qui caractérise l'axe longitudinal de l'Afrique australe. 

Grâce aux efforts des missionnaires de la Société de Barmen pour 
amener une cessation des hostilités entre les Xamaquas et les Héré^ 
ros, un traité de paix a pu être signé ; en voici les principales stipula- 
tions. Les bieiïs enlevés pendant les hostilités restent la propriété de 
leurs possesseurs actuels. Les communications entre la Colonie du Cap 
et le Damaraland demeureront libres pour les voyageurs et le commerce. 
Quant à la question des limites entre les Héréros et les Namaquas, une 
commission sera nommée par les deux parties pour l'examiner, et le 



J - 



— 300 — 

gouvernement du Cap est prié de désigner un commissaire ou un repré- 
sentant pour la trancher. Les chefis Namaquas n'ont pas tous adhéré au 
traité, mais l'opposition des réfractaires n'est pas à craindre. Les signa- 
taires se sont engagés à ne pas faire d'excursion sur le territoh:^ d'au- 
tres tribus, et, pour prévenir le retour d'hostihtés sanglantes, ils ont 
décidé de nommer des a Commissions de paix, » l'une pour le Nord, 
l'autre pour le Sud du pays ; elles devront régler les contestations qui 
pourraient survenir. Leurs membres seront nommés par les chefe res-^ 
pectifis des deux parties, et recevront d'eux pleins pouvoirs pour agir 
en leur nom. Enfin, pour mettre un terme à l'habitude de quelques tri- 
bus d'aller vivre et chasser sur le territoire des autres, les signataires 
du traité ont stipulé que ceux qui voudront aller d'une partie du pays 
dans une autre, devront être munis de passeports délivrés par leurs 
chefe. 

Nous voudrions pouvoir consacrer un article spécial à l'exploration 
du Quang^o» dont le major de Meclio^xr vient de rendre compte à la 
Société de géographie de Berlin. Le nombre de pages dont nous dispo- 
sons ne nous le permet pas. Nous dirons seulement que, contrairement 
aux appréhensions qu'il aurait pu avoir, d'après ce qui lui avait été dit 
de l'hostilité des populations dont il devait traverser le territoire à par- 
tir de Malangé, il a trouvé partout le meilleur accueil dans le bassin de 
ce grand afiiuent du Congo, qu'il a descendu sur une longueur de 340 
kilomètres en ligne directe, et jusqu'à 1*',36' au delà du point extrême 
atteint par les explorateurs portugais Capello et IvensS soit jusqu'à 
5** 5' de latitude sud. Là, une barre de rochers, de 700 à 800 pas de long 
sur 800 à 1000 de large, l'a arrêté. Il aurait dû, pour pouvoir la franchir, 
attendre pendant cinq mois le retour de la crue des eaiix ; la misère qui 
régnait dans le pays ne le lui permettant pas, il a été obligé de revenir 
sur ses pas. Mais la plus grande partie du cours inférieur de cette 
rivière a été parcourue par Stanley qui, d'après le récit qu'il en a fait 
au Stanley Club à Paris, a remonté le Quango jusqu'à plus de 300 kilom. 
de son embouchure dans le Congo, et par conséquent a dû s'approcher 
beaucoup de la barre qui a empêché le major de Mechow de pousser son 
exploration plus avant. Les découvertes de ces deux voyageurs se corn- 
plètent mutuellement. 

Nous ne sommes sans doute pas seuls à déplorer la division qui vient 
d'éclater entre les deux grands explorateurs duCon^o et de l'Og^ôoué» 

* Voir la carte, 2™« année, p. 44. 



— 301 — 

Autant nous avons applaudi aux efforts déployés par chacun d'eux pour 
ouvrir, par des voies différentes, Tintérieui* du continent à la civilisation 
européenne, autant nous regrettons de les voir désunis au moment où 
leurs efforts ont été couronnés de succès par l'établissement de deux 
stations à Stanley Pool : l'une, sur la rive droite, Brazzaville, est la 
station du a Comité national français, » l'autre, sur la rive gauche, 
Leopoldville, est la station du « Comité d'études du Haut Congo ; » nous 
voudrions pouvoir dire de l'a Association internationale africaine, » mais 
cette dénomination ne répondrait pas à la réalité. Sans entrer dans le 
débat dont les grands journaux politiques fournissent tous les détails h 
leurs lecteurs, nous nous bornerons à recueillir les renseignements qui 
en ressortent sur l'œuvre de Stanley, laquelle jusqu'ici avait été entourée 
d'un profond mystère. H importe de la distinguer nettement de l'œuvre 
poursuivie par l'Association internationale dans l'Afrique orientale, et 
par ses stations à Tabora et à Karéma, dans lesquelles prédomine le prin- 
cipe scientifique et humanitaire, posé à la base de l'Association dans la 
Conférence de Bruxelles. Sur le Congo, il s'agit beaucoup plus de comp- 
tons commerciaux, créés sous le patronage d'une Société commerciale, au 
nom de laquelle Stanley s'est chargé d'ouvrir une route le long des 
cataractes du fleuve, pour faciliter l'importation, à l'intérieur du conti- 
nent, des produits des manufactures belges et anglaises. Sans doute, 
S. M. le roi des Belges, président de l'Association internationale, a pris 
sous son patronage la Société commerciale ou Comité d'études du Haut- 
Congo, et, à l'arrivée de Stanley à Bruxelles, a reçu l'explorateur pour 
conférer avec lui. Mais il n'en résulte pas que l'œuvre de celui-ci relève 
de l'Association internationale, parfaitement étrangère aux spéculations 
commerciales de la Société sus-mentionnée, aussi bien qu'à celles de la 
Société nouvelle fondée à Bruxelles le mois dernier, au capital de 
2,500,000 francs, pour profiter de l'exiftoration de l'Afrique équatoriale 
au point de vue de l'exportation et du placement des produits belges, 
quoiqu'elle compte parmi ses actionnaires le frère du roi et le Comité 
belge d'études du Haut-Congo. Quoi qu'il en soit, et quelque regretta- 
ble que soit le débat soulevé par la rivalité des intérêts commerciaux 
européens, la conciurence aura pour effet l'exploration plus complète 
des voies d'accès au cœur du continent, l'importation des marchandises 
européennes à des conditions plus favorables pour les indigènes, que s'ils 
demeuraient exposés aux exigences d'une compagnie unique et souve- 
raine, et, grftce aux missionnaires dont les stations se multiplient tous 
les jours le long du fleuve jusqu'à Stanley Pool, la civilisation ne se pré- 



— 302 — 

sentera pas à eux seulement sous la forme de Tintérêt commercial, mais 
en même temps sous celle du dévouemen{ et de la charité. 

M. Mizon, directeur de la station de Franceville, continue 
l'œuvre de Savorgnan de Brazza sur l'Ogôoué pour empêcher les diver- 
ses tribus de guerroyer entre elles et pour réprimer les exactions des 
traitants à Tégard des nègres. Il a parcouru cinq ou six fois les hauts 
plateaux qui séparent le bassin de l'Ogôoué de celui de TÂlima, a établi 
des relations avec les Batékés des bords ae cette rivière, construit des 
pirogues aptes à franchir les rapides de l'Ogôoué, et formé les Adoumas 
au métier de piroguiers. En les réunissant aux Okandas, aux Inengas, 
aux Gallois, etc., on peut rassembler 4000 pagayeurs, nombre qui paraît 
suffisant actuellement, pour descendre à la côte tous les produits des 
bassins de l'Ogôoué et des affluents septentrionaux du Congo. Les noirs 
savent maintenant exploiter le caoutchouc, et peuvent très bien se passer 
des traitants qui avaient jusqu'ici monopolisé le commerce. M. Mizon 
n'en estime pas moins qu'il y a encore beaucoup à faire, et qu'en particu- 
lier au point de vue géographique, il faudrait terminer la reconnaissance 
de l'Ogôoué et celle de ses principaux affluents. 

Les missionnaires d'Igbébé, au confluent du IVigep et du Bénoué, 
ont pu empêcher les sacrifices humains qui, d'après la coutume du pays, 
devaient avoir lieu à la mort du roi Akaia, survenue le 18 avril dernier. 
Dès que la nouvelle s'en répandit, le sacrifice commença par celui d'un 
homme dont le sang fut employé à laver tous les ustensiles, coupes, cale- 
basses, etc., dont le roi avait coutume de se servir. Les esclaves du 
monarque défunt s'enfuirent dans toutes les dh-ections, pour se cacher et 
échapper à la mort qui les menaçait. Une jeune femme de Ibo, achetée 
par le roi et qu'il avait nonmiée sa déesse, devait être la principale vic- 
time. Elle n'essaya pas d'échapper, mais resta auprès du corps du roi 
pour le garder jusqu'au moment des funérailles. Le missionnaire Wil- 
liams, appuyé par deux natifs agents commerciaux, fit tous ses efforts 
pour empêcher qu'on ne la mît à mort avec d'autres sujets du roi. Us 
réussirent à obtenir que les chefe leur remissent cette femme résignée, 
en échange de laquelle on sacrifia une chèvre blanche dont le sang 
servit aux cérémonies ordinaires. L'étonnement du peuple fut extrême; 
jamais on n'avait entendu dire qu'à la mort d'un roi il n'y eût pas eu 
de sacrifices humains. Quant à la succession au trône, il y a deux ou 
trois prétendants, mais il faut, pour être élu, appartenir à la famille 
royale, et en même temps être riche et capable de soutenir la dignité 
suprême. L'attention se porte sur la sœur du roi, Atabijé, qui a adhéré 



— 303 — 

an christianisme ; si elle était élue^ ce serait un appui ponr la missiou 
en même temps qu'un gage de progrès. La position dlgbébé est 
favorable, en ce sens qu'on peut facilement communiquer de là avec 
Loko sur le Bénoué, et avec Idda et Onitza sur le Niger. Le poste 
le plus avancé de la mission est Kipo Hill, dans les États du roi de 
Bidda, souverain animé de sentiments nobles et qui témoigne franche- 
ment son amitié aux missionnaires. 

n y a eu guerre entre le roi Onmorou de Bidda et les Kédis rebel- 
les, qui avaient maltraité des marchands anglais et français établis sur 
les bords du Niger. Ceux-ci se rangèrent du côté des partisans du roi 
dont Tarmée, soutenue par deux vapeurs, Tun anglais, l'autre français, 
passa le iieuve, battit les Kédis et les mit en déroute. Dans leur fiiite, 
ceux-ci attaquèrent Shonga et en brûlèrent la factorerie, ainsi que 
la ville de Saré, entre Shonga et Uorin, dont les habitants avaient refusé 
de se joindre à eux contre Oumorou. 

Dans son dernier numéro, VAfrican Times a publié une lettre d'un 
ïiatif de Sierra Leone, M. Barber, qui se trouvait au mois de mars à 
Bidda dans le Xupé, en route pour Tomliouctou. Il avait quitté 
Lagos en février 1881 et passé par Okelyrarapoh, le Yorouba et une 
partie des pays Haoussas. Un peu dépourvu de provisions de voyage à 
son arrivée à Bidda, il se proposait de faire une excursion à Egga, afin 
d'y acheter ce dont il avait besoin pour son exploration. Le roi de 
Bidda, en guerre avec le chef d'Egga, le retenait, et les communica- 
tions entre Egga et le Nupé étaient interrompues ; cependant il avait 
trouvé moyen d'expédier sa lettre, qui toutefois a mis six mois pour 
parvenir à la côte. M Barber a promis des détails ultérieurs sur son 
voyage à Tombouctou. 

M. Th. Barham, ingénieur anglais, chargé de faire les études d'un 
chemin de fer entre la côte et les mines d'or de IVassa^MT^ a 
terminé ses travaux, dont le résultat est tout à fait concluant en faveur 
du tracé de la ligne d'Âxim à Tacquah. D'après le Bulletin des Mines, 
auquel nous empruntons ces détails, toutes les parties du pays qu'il a 
explorées sont criblées de puits, qui, depuis un temps immémorial, ont été 
creusés pour en extraire du minerai. Ds ont un peu plus de 0",60 de 
diamètre, et descendent généralement à 50 mètres. A cette profondeur, 
beaucoup d'entre eux passent pour être reliés à des galeries allant dans 
différentes directions. L^ sol des collines est assez friable, pour que les 
indigènes puissent y creuser des puits avec les moyens très primitife 
qu'ils possèdent, et en même temps il est assez résistant pour qu'on 



— 304 — 

puisse laisser les puits ouverts et sans réparations, de génération en 
génération, sans avoir besoin de les soutenir par des moyens artificiels. 
Dans un sentier suivi par M. Barham, ils se succèdent à 1 mètre de dis- 
tance, quelquefois même à 0",60 et 0",30, en sorte qu'il faut marcher 
avec les plus grandes précautions pour ne pas s'exposer à un accident. 
Les indigènes prétendent que le pays traversé par le chemin de fer 
projeté forme, sur presque tout le parcours^ un district aurifère des plus 
riches. M. Barham se félicite des bonnes dispositions qu'U a rencontrées 
auprès des diverses populations qu'il a eu l'occasion de visiter. — Les 
diverses compagnies minières de cette région accélèrent les travaux pré- 
paratoires à l'exploitation. Des machines nouvelles sont inventées pour 
extraire l'or et l'affiner. Une société vient de se former à Londres, sous le 
titre de « the Électro-Amalgamàtor Compagny (limited), » en vue de l'ex- 
ploitation de certains brevets , pour l'extraction de l'or au moyen de l'élec- 
tricité ; un autre, « l'African Dry Placer Gold Amalgamating Company 
(limited), » a pour but la fabrication et la vente d'un amalgamateur, qui 
peut traiter 200 tonnes de quartz broyé par 24 heures. — L'étain paraît 
aussi abonder dans cette région. M. le professeur Gumbel, de l'école des 
mines de Munich, a analysé des spécimens de roche de la Côte d'Or, et 
trouvé que la dixième partie de cette roche est du minerai d'étain, con- 
tenant 78 7o d'étain et 20 Vo d'oxygène ; une tonne de cette roche ren- 
ferme de 65 à 70 kilog. d'étain. D'après les rapports des minéralogistes 
qui ont exploré le pays, la couche de cette roche est très épaisse et se 
prolonge très loin dans la montagne. 

M. E.-W. Blyden écrit de Monrovia, au Foreign Mi88io)iary, que le 
Soudan occidental, à l'est de Libéria et de Sierra Leone, est agité 
par un mouvement extraordinaire de propagande musulmane. Une 
guerre sainte a été proclamée par plusieurs puissants chefs mahométans, 
contre les tribus encore païennes. Samoudou, chef riche et instruit de la 
ti'ibu des Mandingues de Eonia, à l'est de Libéria, où senties cités floris- 
santes de Mousardou et de Médine, poursuit, avec une armée de 
30,000 fantassins et de 3000 cavaUers, la conversion des païens à l'isla- 
misme. Ses troupes marchent contre le puissant royaume de Soulima, 
dont Falaba est la capitale, à 400 kilom. de Sierra Leone. Pendant plus 
de 50 ans elle a résisté aux attaques périodiques des Foulahs mahomé- 
tans. Le roi de Falaba a dit à M. Blyden que, d'après une tradition de sa 
famille, l'adoption d'une nouvelle religion entraînera la ruine de son 
pays ; mais, ajouta-t-il, le Soulima ne deviendra mahométan que quand 
nos villes auront été réduites en cendres et nos gens tués. Actuellement 



— 305 — 

Samoudou pai*att décidé à les convertir par la force. Un autre chef 
puissant de la tribu des Seracoulies s'avance vers la côte, avec une 
nombreuse armée, et le mot d'ordre : a Combattez-les jusqu'à ce qu'ils 
ne soient plus séparés et que Dieu seul soit adoré. » 

M. Taylor a résolu de développer l'œuvre qu'il poursuit au Sénén^l 
en faveur des esclaves fùs^itlfa» et de créer aux environs de Saint- 
Louis une colonie d'esclaves libérés. Le gouvernement lui a accordé à 
cet effet une concession de huit hectares de terrain, et il n'attend que 
les fonds nécessaires pour y installer ses protégés. L'autorité sénégalaise 
l'a prié de se charger de l'éducation de vingt garçons libérés, pour 
l'entretien desquels une subvention sera demandée au conseil général 
dans sa prochaine session. Nos lecteurs se rappellent que, depuis la mort 
de M. et M""" Golaz, M. Taylor est resté seul sur la brèche, et ils seront 
heureux d'apprendre que trois élèves des Missions de Paris se préparent 
à aller le seconder. — Depuis quelque temps, la question indigène 
préoccupe aussi les esprits à Saint-Louis. On cherche les moyens les 
plus propres à gagner la masse des natifs aux institutions civilisatrices 
de la mère patrie. Le Conseil général a créé trois écoles, deux de garçons 
et une de filles, oii seront instruits les enfants des indigènes qui, tout en 
tenant à leur religion, paraissent disposés à acquérir la connaissance du 
français. 

Le ministre de la marine et des colonies a fait un nouveau règlement 
organisant la direction et l'administration du Haut Séné|i;al. Désormais, 
tous les services constitués dans la colonie, en vue des opérations sur le 
haut fleuve, relèveront directement du gouverneur et seront complète- 
ment distincts des services coloniaux. En outre il est créé plusieurs 
postes spéciaux : un chef des services civils du Haut Sénégal, un directeur 
des ateliers de la marine, un autre de l'atelier du chemin de fer. Le 
conmiandant de la marine de la colonie reste chargé de la direction du 
chantier d'approvisionnement établi à Saint-Louis, et de la flottille 
affectée au transport du personnel et du matériel entre Saint-Louis et le 
haut du fleuve. Le colonel Bors^alsi Desbordes est parti avec toute 
sa colonne pour sa troisième campagne entre le Sénéf^l et le Nig^er. 
Il devra d'abord assurer le ravitaillement des postes de Bafoulabé et de 
Kita, puis se porter sur le Niger à Bamakou, pour y conmiencer la 
construction de deux forts, destinés à protéger la fiiture ligne d'accès au 
grand fleuve. Pendant ce temps M. Jacquier, ingénieur des ponts et 
chaussées, entreprendra les travaux de la voie ferrée du Sénégal au Niger. 
Le personnel des travaux compte, outre 80 ingénieurs, conducteurs, 



— 306 — 

chefe de chantiers et ouvriers français, 600 ouvriers marocains, recrutés 
à Oran, autant d'ouvriers indigènes, et 200 à 300 Kroumen. Le matériel 
nécessaire à l'exécution des travaux est déjà sur les lieux, grâce à l'acti- 
vité du colonel Bourdiaux, qui a passé à Kayes (tête de ligne actuelle) la 
saison des pluies ; le personnel du chemin de fer y trouvera dès abris 
solidement construits et des magasins organisés ; un petit chemin de fer 
Decauville permettra de mener rapidement les travaux, et de commencer 
dès les premiers jours la pose de la voie. L'expédition du colonel 
Borguis Desbordes étant en avance, pour la saison, sur les deux précé- 
dentes, pourra profiter plus longtemps du fleuve comme moyen de 
transport jusqu'à Kayes, ou tout au moins jusqu'à Bakel. La présence 
dans Je Haut Sénégal de la colonne expéditionnaire, pendant les deux 
précédentes campagnes, a déjà contribué beaucoup au développement de 
l'agriculture et du commerce dans cette région. Les indigènes de Bafou- 
labé, frappés des prix rémunérateurs qu'ils obtenaient de leurs grains, ont 
ensemencé de nouvelles terres, et des caravanes portant du sel, des 
toiles de Guinée et de l'or, parcourent régulièrement les routes du Niger 
à Eita et à Bafoulabé. 



NOUVEIiliES GOMPIiËMENTAIRES 

Un corps expéditionnaire va être envoyé au ksar de Metlili, pour y créer un 
poste militaire qui sera, pour Pextrême sud de la province d'Alger, une sentinelle 
avancée, comme le poste d'Aïn Sefra l'est devenu pour le sud de la province 
d'Oran. Le nouvel établissement militaire servirait À protéger le Mzab, situé entre 
Goléa et Ouargla, et avec lequel la colonie française entretient des rapports ami- 
caux, contre les agressions de tribus ennemies venant du sud; il y exercerait aussi 
une surveillance active des caravanes, pour empêcher le commerce des esclaves et 
l'introduction, en contrebande, de la poudre et des armes de provenance étrangère. 

Le congrès national des sociétés françaises de géographie réuni à Bordeaux, a 
décidé de demander au gouvernement de nommer une commission supérieure, 
analogue à celle instituée pour l'examen du projet Boudaire, pour donner son 
avis sur les moyens employés pour pénétrer au Soudan. 

M. Manen, ingénieur hydrographe, est chargé d'étudier dans tous leurs détails 
les côtes de la Tunisie, de dresser la carte de ses ports, et de se rendre compte du 
régime de ses marées. 

Le ministère de l'instruction publique et des beaux-arts a organisé une expédi- 
tion scientifique, chargée d'explorer la Tunisie tout entière. En même temps 
qu'elle s'occupera de recherches archéologiques et géologiques, elle devra étudier 
aussi la flore et la faune du pays. 



— 307 — 

M. le D' Defoumoux a exploré, en août et septembre, le Maroc et l'Algérie, 
au point de vue archéologique. Il s'est renda ensuite en Tunisie, et le long de la 
route du Eef a relevé l'emplacement de villes et de monuments romains. Le chérif 
de la grande mosquée de Kairouan lui a communiqué des manuscrits, dont il se 
servira pour reconstituer une partie de la géographie historique de l'Afrique 
ancienne. De Kairouan il compte se diriger sur Tombouctou. 

Le bey Sidi-Mohamed-es-Sadock est mort le 18 octobre, après avoir régné pen- 
dant vingt- trois ans. Son frère et successeur légitime, Sidi-Ali-Bey, a pris aussitôt 
le pouvoir. 

Un journal officiel de Tripoli rapporte, d'après une lettre reçue du Fezzan, que 
de grands gisements de minerais de différentes sortes : plomb, étain, zinc, fer> 
cuivre, argent et or, ont été découverts entre Tripoli et le Fezzan. Il y aurait 
même des diamants. 

Le correspondant du Standard, à Vienne, a télégraphié à ce journal qu'on parle 
de l'intention qu'aurait l'Angleterre de s'annexer le port de Massaoua, afin d'y 
établir un dépôt de charbon pour les navires anglais, et d'assurer la sécurité de 
ce port par le prestige du pavillon anglais. 

Le nouveau steamer, le Henry Wright, destiné à la mission de Mombas, est à 
peu près terminé et commencera prochainement son service entre Mombas et 
Zanzibar. 

D'après les dernières lettres de Freretown, la crainte régnait dans cette station, 
par suite du voisinage d'un rebelle nommé Mbaruk, qui avait établi son camp près 
de Baba!. Il déclarait bien qu'il n^était pas hostile à la mission, mais son amitié 
serait encore plus dangereuse pour elle que son hostilité, en inspirant des soup- 
çons aux gei\s de Mombas. 

La British Association a accordé une subvention de 500 liv.' sterl., pour qu'un 
naturaliste, M. Atchinson, puisse prendre part à l'expédition de M. J. Thomson 
au Victoria Nyanza par le pays des Masa!. M. Atchinson restera au Kilimandjaro 
pour y faire des collections botaniques et zoologiques, pendant que M. Thomson 
se rendra au Victoria Nyanza. 

Le missionnaire Farler, de la station de Magila, a envoyé à la Société de géo- 
graphie de Londres une carte originale, dressée par lui sur des renseignements 
fournis par les indigènes, et indiquant des routes, inconnues jusqu'ici, de Pangani 
à la côte S.-E. du Victoria Nyanza, à travers le pays des Masaï. 

Le D' James Pétrie, gradué de Puniversité d'Aberdeen, a été envoyé à Magila, 
comme médecin missionnaire polir l'Afrique orientale équatoriale. 

Les missionnaires partis pour renforcer les stations des lacs Victoria Nyanza et 
Tanganyika sont heureusement arrivés à Zanzibar. M. Stecker avait tout préparé 
pour qu'ils pussent continuer leur voyage sans délai. Le sultan Saïd Bargasch a 
donné un sauf-conduit et des lettres de recommandation pour Mtésa, à ceux qui 
se rendent à Roubaga. Ils devaient, voyager jusqu'à Mamboya, première station 
de la Société des missions anglicanes, avec les missionnaires de la Société de 
Londres destinés au Tanganyika, sous la conduite de M. Hore, accompagné de sa 



— 308 — 

femme et d'un jeune enfant, qui seront vraisemblablement restés dans cette station 
salubre, tandis que M. Hore devait retourner avec M. Swann à Zanzibar, pour y 
recevoir le bateau en acier, démontable, envoyé après eux d'Angleterre. 

Le capitaine Bloyet, directeur de la station du Comité national français dans 
l'Afrique orientale, est venu à Zanzibar à la fin de juillet, pour y faire divers 
achats d'étoffes et de provisions. U a expédié en France le relevé de ses obser- 
vations météorologiques et deux caisses d'objets d'histoire naturelle. 

Le dernier rapport des missionnaires de Tabora signale un grand progrès dans 
le service du transport des lettres. Les malles sont devenues très régulières, et 
rien ne se perd en route. Les chemins étant plus sûrs, il ne faut que trois ou 
quatre hommes pour le voyage de Mpouapoua, aller et retour. Les Wanyamouésis 
employés comme courriers se montrent très capables, et il y a avantage à se servir 
d'eux, parce que, dans le voyage de retour, revenant chez eux, ils s'arrêtent 
moins en route que les autres indigènes. La station d'Ouyouy vient malheureuse- 
ment de perdre le D' Southon qui, tout en remplissant les fonctions de mission- 
naire, avait rendu, comme médecin, de grands services à la population. 

La commission africaine de la Société de géographie de Lisbonne a approuvé 
un projet, exposé par l'ingénieur M. J.-J. Machado, d'une expédition topographi- 
que et géologique dans la province de Mozambique, dont le but principal serait de 
déterminer les frontières de cette possession portugaise, du côté du Transvaal au 
sud, et de celui du Zanguebar au nord. La commission insiste pour que l'expédi- 
tion aille déployer le drapeau portugais sur le Nyassa, que les Portugais, prétend- 
elle, pourraient annexer à la province de Mozambique, parce que ce sont eux qui 
l'ont découvert I 

Une concession de 5000 hectares de terrain dans la Zambésie, a été accordée à 
M. F. Courret pour la culture du café et de l'indigo. 

Le gouverneur général de la province de Mozambique a décidé d'envoyer à 
Oumzila une expédition, à la fois polftique, commerciale et scientifique, dont il a 
confié la direction à M. Cardozo^ officier portugais, et à laquelle sera attaché un 
médecin, M. Mendonça Franco. 

Un projet de loi sera présenté aux Certes, pour autoriser le gouvernement à 
établir dans la province de Mozambique plusieurs lignes télégraphiques, d'une 
longueur totale de 980 kilomètres : de Mozambique à Quilimane, en touchant à 
Angoza; de Quilimane à Tété, et d'Inhambané à Lorenzo Marquez. Cette dernière 
ville est déjà reliée à Mozambique par la ligne du Cap à Aden. 

M. l'ingénieur J.-J. Machado est arrivé à Lorenzo Marquez, pour procéder aux 
études du chemin de fer du Transvaal. 

Le conflit entre le gouvernement français et celui de la reine de Madagascar, 
dont nous parlions dans notre dernier numéro, est entré dans la voie diplomatique. 
L'ambassade delà reine est arrivée à Paris; les journaux politiques ayant fourni 
à cet égard tous les renseignements désirables, nous pouvons nous dispenser d'en 
parler. 

Les familles de MM. Jacques et Mingard, parties pour renforcer la mission de 



— 309 — 

Yaldezia, sont heureusement arrivés à Darban, qu'elles ont pu quitter très promp- 
tement pour se rendre à Pietermaritzbourg, où elles devaient faire leurs prépa- 
ratifs pour leur long voyage par terre. Plusieurs élèves missionnaires se préparent 
à aller renforcer les stations vaudoises. L'un d'eux, licencié en théologie, vient de 
partir pour l'Angleterre où il doit achever sa préparation; il pourra se rendre au 
Transvaal l'année prochaine. 

Un certain nombre de Boers du Transvaal ont formé le projet de constituer 
une troisième république, sur la territoire cédé par un chef cafre, Montsiva. 
M. Georges Hudson, résident anglais, s'est rendu à Pretoria avec la mission de 
s'opposer à cette création. 

D'après un télégramme de Capetown, M. J.-C. Mears, établi au Transvaal depuis 
longtemps, a obtenu une concession pour la création de fabriques de lainages. 
Il s'est engagé à payer une redevance de 100 1. st. par an, et à l'augmenter d'au- 
tant chaque année, de manière à verser au trésor 2100 1. st. la 21'^« année. De son 
côté, le gouvernement du Transvaal s'est engagé à protéger cette industrie nais- 
sante, par un impôt de 20 % ad valorem sur tous les lainages importés ultérieurement. 

Secocœni, rendu récemment à la liberté par les Anglais, a été assassiné par un 
de ses parents, Mampoer, qui, à son tour, a été mis à mort par les gens de sa 
victime. 

M. Weitzecker, ministre de l'église vaudoise des vallées du Piémont et pasteur 
à Nice, a offert pour dix ans ses services au Comité des missions de Paris, en vue 
du remplacement de M. Coillard dans sa station de Léribé au Lessouto, pendant 
que ce dernier irait fonder la nouvelle mission du Zambèze. Un jeune vaudois, 
M. Jalla, accompagnera M. Weitzecker. 

M. P.tD. Hahn a dressé une carte au ^jneono de la culture de la vigne dans la 
colonie du Gap. D'après une petite brochure qui l'accompagne, le nombre des 
ceps plantés s'est élevé de 56 millions à 70 millions, de 1866 à 1875. 

M. Th. Hahn a publié une nouvelle carte en quatre feuilles du pays des Grands 
Namaquas, différant des anciennes cartes en beaucoup de points. La position des 
localités a été déterminée par des observations astronomiques et des opérations 
trigonométriqnes. 

Les Boers de la colonie de San-Januario^ dans la province de Mossamédès, sont 
en butte aux attaques des tribus indigènes de Huilla; n'étant pas protégés par les 
autorités portugaises comme ils auraient besoin de l'être, ils se disposent à émi- 
grer; on ne dit pas encore où ils se rendront. 

La mission du Bihé va être renforcée par l'arrivée de nouveaux missionnaires. 

La dernière malle du Congo a apporté la nouvelle de la mort de M. W. Appel, 
jeune voyageur au service de la Société des missions baptistes. Il s'était préparé 
aux observations astronomiques et à la cartographie, et la Société de géographie 
de Londres l'avait muni d'instruments. Il devait faire le relevé de Stanley-Pool. 
Parti d'Angleterre en mai, il a été enlevé par la fièvre à Banana, pendant qu'il 
se disposait à faire le relevé de la rivière Mposo et des observations hypsométri- 
ques sur les collines voisines. 



— 810 — 

Une nouvelle expédition belge, composée de MM. Haneuse et Legut, sous-officiers 
du génie, et de M. le D' Allard, est partie pour le Congo. — M. Harou, lieutenant- 
adjoint d'état-major, qui a déjà été au Congo où il a fondé, sous la direction de 
Stanley, la station de Manyanga, se propose d*y retourner au milieu de novembre. 

L'abbé Guyot, qui a voyagé pendant trois ans de suite, de 1879 à 1882, dans 
l'Afrique équatoriale, et dont on avait annoncé la mort l'an dernier, est de retour 
à Paris, mais il ne doit pas y faire un long séjour, car il se prépare à entreprendre 
une nouvelle exploration au Congo. 

Le navire Akassa, envoyé par la Compagnie belge du commerce africain, avec 
un chargement de marchandises, pour établir des factoreries à la c6te occiden- 
tale d'Afrique, a réussi dans sa mission ; plusieurs agences ont été installées sur 
différents points de la côte. Malheureusement le commandant de l'expédition^ 
M. Jaubert, est mort à la hauteur du cap Palmas; M. Rigod, un de ses amis, 
ancien compagnon de M. Soleillet, le remplacera dans la direction de l'expédition, 
et continuera l'établissement de comptoirs belges dans les districts de l'Angola et 
du Congo. 

M. le D' Ch. Passavant, de Bftle, se propose d'explorer la partie de l'Afrique 
équatoriale comprise entre la côte de la Guinée inférieure et le lac Albert. 

Le Nouveau Temps, de Saint-Pétersbourg, annonce que l'expédition Rogozinsky 
a rencontré des obstacles, qui ont forcé les organisateurs d'y renoncer. 

Après avoir duré quatre ou cinq mois, la guerre entre les habitants de Bonny 
et ceux du Nouveau Calabar s'est terminée, grâce à la médiation du consul anglais, 
M. W.-H. Hewitt. 

M. W.-A. Forbes, préparateur à la Société zoologique de Londres, est parti 
récemment pour la Guinée supérieure où il explorera les bords du Niger. 

Flegel a notablement avancé dans son exploration ; parti de Sokoto le 9 mars, 
il était le 7 avril à Awoï, sur la route entre Lafia Bérébéré et Wasé, au nord du 
Bénoué, dans le gouvernement de Bautschi, province du royaume de Sokoto. Il 
avait beaucoup souffert d'une alimentation insuffisante et irrégulière; quoique 
encore très faible, il se sentait un peu mieux et allait continuer sa route vers l'est, 
comptant se fortifier dans l'Adamaoua, qu'on lui a dît plus frais et plus riche en 
ressources alimentaires. 

Le roi de Porto Novo a demandé au roi de Dahomey de se joindre à lui, pour 
détruire la ville d'Okeodan, contre laquelle vont marcher les troupes dahoméennes 
avec 20,000 amazones. 

M. le D' Msehly est parti avec M. Prsetorius, sous -inspecteur des missions de 
Bâle, et M. Preiswerk, secrétaire de la Société, pour visiter les stations bftloises 
de la Côte d'or. M. Msehly y fera une inspection médicale, qui s'étendra à tout ce 
qui peut avoir une influence sur la santé de l'homme : le genre de vie, le vêtement, 
l'habitation, l'eau, le sol, etc. Il donnera en même temps ses soins à ses compa- 
gnons de voyage, si cela est nécessaire, aux missionnaires et aux nègres. 

Le conflit entre les Achantis et les Gamans peut être considéré comme terminé, 
les deux parties ayant promis d'accepter la médiation des autorités de la Côte 



— 311 - 

d'or. En revanche, le roi des Achantis n'a pas accordé au missionnaire Ramseyer 
l'autorisation de fonder une station à Coumassie. 

M. Claybrook, missionnaire de Grand Bassa (Libéria), a fait un voyage jusqu'à 
Slaughie, chez les Mandingues, où le chef Seneo Sissi Pa bien accueilli; il était le 
premier blanc qui visitât le pays; aussi les femmes et les enfants s'enfuyaient-ils à 
son approche ; sur le marché il a vu beaucoup d'or, de fer et de cuivre ; le pays a 
beaucoup de chevaux. 

M, Butikofer, jeune naturaliste bernois, envoyé en 1880 par le muséum d'his- 
toire naturelle de Leyde, à Libéria, pour y faire des collections zoologiques et 
compléter la géographie du pays, est revenu passer quelque temps à Berne, pour 
se remettre de la fièvre qu'il avait prise à Monrovia. Pendant deux ans qu'a duré 
son expédition, il a exploré le plateau de Mandingo, et relevé très exactement la 
rivière Saint-Paul et le « Great Fish Lake. » 

Une expédition scientifique, industrielle et commerciale, en formation à Bor- 
deaux, se propose de profiter des relations d'amitié nouées par M. Ollivier et le 
D' Bayol avec les chefs du Fouta Djallon. Elle sera dirigée par M. P.-F. Caque- 
reau, et fera les études nécessaires à la fondation d'une station à proximité de 
Timbo, pour servir de trait d'union entre la colonie d'Assinie et les possessions 
françaises du Sénégal. 

Le choléra sévit dans les lies Bissagos sur la côte de Sénégambie. 

Le D*^ Bayol a été chargé, par le ministère de la marine et des colonies, de visiter 
le Diombokho, le Eaarta-Eingui et le Eaarta-Biné, contrées qui offrent un intérêt 
considérable au point de vue de l'établissement du chemin de fer du Haut-Sénégal, 
n sera, comme lors de Pexpédition de Fouta Djallon, accompagné de M. Noirot, 
dessinateur-photographe. Sa mission est rattachée à la colonne expéditionnaire, 
qui doit partir de Médine les premiers jours de décembre, pour continuer les tra- 
Taux des deux campagnes précédentes. 

M. le baron Servatius a été nommé gouverneur du Sénégal, en remplacement 
du contre-amiral de Lanneau emporté par la fièvre jaune. 

Le chef du Cayor a cessé de faire opposition à l'établissement du chemin de fer 
de Dakar à Saint-Louis. 

Le gouvernement espagnol a décidé de repousser la proposition faite à 
l'Espagne par le Maroc, d'échanger sa possession de Santa-Cruz-de-Mare-Pequena, 
contre un autre territoire qui lui serait accordé près de Ceuta. 



EXPÉDITION DE MM. POGGE ET WISSMANN, A MUQUENGUÉ. 

Nous avons dû nous borner à annoncer, dans notre précédente livrai- 
son, l'arrivée du Dj Pogge à Muquengué, mais nous nous sommes 
réservé de donner dans celle-ci les détails qu'il a fournis sur cette loca- 
lité, visitée pour la première fois par un Européen. Disons d'abord, pour 



— 312 — 

donner une idée de la lenteur des communications à Tintérieur, que 
sa lettre, écrite le 27 novembre 1881, de Muquengué, n'arrivait à 
Malangé, à l'extrémité orientale des possessions portugaises de l'Angola, 
que le 29 mai 1882, tandis qu'elle atteignait Loanda déjà le 15 juin et 
était à Berlin le 28 juiUet. 

Nos lecteurs se rappellent le premier voyagç de Pogge, à Moussoumbé, 
capitale du Mouata YamvoS en 1875, et celui qu'y fit, de 1879 à 1881, 
le D' Bûchner '. Les relations entre les voyageurs allemands et le chef 
de ce grand royaume étaient de nature à faire espérer à la Société afri- 
caine allemande, qu'elle pourrait facilement y fonder une station scien- 
tifique et hospitalière, qui permettrait en même temps d'établir avec 
cet État des relations avantageuses pour le commerce allemand. Le 
D' Pogge, chargé de cette mission, partit dans l'automne de 1880, 
accompagné de M. Wissmann qui comptait faire la traversée du con- 
tinent jusqu'à Zanzibar. 

Arrivés à Malangé dans les premiers mois de 1881, ils entrèrent en 
relations avec M. G. J. de Sousa Machado, négociant portugais, dont 
une caravane considérable se préparait à partir pour les marchés de 
Gachéché et de Gabau. Ils quittèrent avec lui Malangé, et prirent la 
route de Quimboundou, où M. Machado leur fit entrevoir l'opposition 
que le Mouata Yamvo mettrait à les laisser franchir la frontière orien- 
tale de ses États, et leur conseilla, s'ils voulaient entreprendre une explo- 
ration qui n'eût encore été tentée par personne, de se rendre à Gachéché, 
marché très important dans le bassin du haut Loualaba, très fréquenté 
par les négociants arabes de Zanzibar, qui viennent y acheter l'ivoire 
que l'on trouve là en quantité inépuisable. MM. Pogge et Wissmann 
accueillirent cette idée avec empressement, et se dirigèrent vers le pays 
des Tuchilangués, au nord, en suivant d'abord la route prise par Schûtt', 
en 1878, dans son voyage à la résidence de Mal, au confluent du Zaïre 
ou Gassal et du Louachimo. Le passage par le pays des Quiocos offiit 
quelques difiSicultés, les indigènes prétendant avoir le monopole du com- 
merce chez les Tuchilangués. A Hpngolo, ou Schûtt traversa le Tchikapa, 
trois hommes, se disant envoyés du chef Eissengué, qui demeure entre 
cette rivière et le Louachimo, se présentèrent pour recevoir des cadeaux 
ou barrer le passage. En réalité ils se trouvaient occasionnellement dans 

* V. 1" année, p. 191. » 

* V. 3"»« année, p. 165. 

* y. l'« année, p. 154, et la carte : Itinéraire de Schûtt dans l'Afrique centrales 



— 313 — 

ce district, où KLssengué les avait envoyés vendre des esclaves, et ils 
cherchaient à en profiter pour obtenir des présents, soit pour leur chef, soit 
pour eux-mêmes. Us auraient pu créer aux voyageurs de grandes difficultés, 
mais se contentèrent de modestes cadeaux. Beaucoup mieux disposé, le chef 
de Hongolo offrit de les faire conduire jusqu'au Cassai, pour trois tonne- 
lets de poudre et quelques pièces de calicot. Ils engagèrent un neveu de 
ce chef, Camba N'Guchi, qui avait été retenu prisonnier chez les Tuchi- 
langués, à l'époque du voyage de Schtltt, et qui les accompagna, avec 
ime escorte de 30 Quiocos armés, jusqu'à Muquengué. A dix journées 
de marche au nord de Hongolo, le chef Kitari leur refusa le passage à 
travers son pays, et menaça de les attaquer; mais les voyageurs lui 
ayant fait dire qu'ils accepteraient la guerre s'il leur suscitait des diffi- 
cultés, il parlementa et les laissa passer moyennant l'abandon de cinq 
pièces de calicot. Le lendemain il leur apporta lui-même les présents 
ordinaires en vivres, et leur dit, qu'ayant le désir d'aller chez les Tuchi- 
langués, il cheminerait avec eux. Quoiqu'ils s'attendissent à des désa- 
gréments plus graves de la part du chef Kahoungoulo, ils purent passer 
par son tenitoire sans être arrêtés. Seulement une chéfesse, Gina 
Bansa, vassale de Kahoungoulo, dont ils traversèrent le village, leur 
envoya un message conçu en ces termes : « Vous croyez que mon pou- 
voir est faible, et c'est pour cela que vous passez par mon pays, puisque 
l'autre blanc, (Schtltt) a été obligé de rebrousser chemin près de Mal ; 
mais vous vous trompez, ma puissance est aussi grande que celle de Mal ; 
toutefois si vous payez bien, je vous laisserai passer. » En effet quelques 
cadeaux levèrent les difficultés. 

Après 44 jours de marche, ils atteignirent le Cassai, le 2 octobre, près 
de Kikessa, dans le Pende, à une journée au nord de Mal, et déjà le 
lendemain ils passèrent, dans huit canots, le fleuve qui en cet endroit 
est très profond et a une largeur de 300 à 350 m. Arrivés sur l'autre 
bord, ils rencontrèrent le marchand Silva Porto, qui se rendait de Bihé à 
Cabau ; là ils reçurent la visite d'un chef Tuchilangué, Kinguengué, qui 
trafiquait avec une caravane de Quiocos, et les pria instamment de ne 
pas aller chez Muquengué, son voisin, naguère encore son suzerain, mais 
de se rendre chez lui, disant qu'il les conduirait sans délai au lac Mou- 
camba. Kinguengué leur faisant une bonne impression, il fiit convenu 
que M. Wissmann irait avec lui, tandis que le D' Pogge se rendrait chez 
Muquengué. Les deux explorateurs se séparèrent donc ; Wissmann, 
accompagné d'une petite escorte, prit avec Kinguengué une route méri- 
dionale, tandis que le D' Pogge se dirigea vers le Nord, et arriva chez 
Muquengué le 30 octobre. 



— 314 — 

Ce chef bienveillant le reçut arec une grande joie, et dès le pre- 
mier jour lui dit avoir appris que son vassal rebelle, Kinguengué, avait 
offert de le conduire au lac, mais que c'était à lui, le plus âgé, le plus 
puissant et le chef légitime, qu'appartenait le pays, et qu'il le conduirait 
lui-même au Moucamba, et partout où il voudrait, quand cela leur 
ferait plaisir. Aussi fiit-il de suite convenu qu'il l'accompagnerait d'abord 
au lac, puis, de là, jusqu'au Loualaba. 

L'intention du D' Pogge était en effet d'explorer, jusqu'à l'extrémité 
septentrionale, le lac Moucamba, qui est à 10 journées de marche 
de Muquengué, et de gagner ensuite Nyangoué. D'après les renseigne- 
ments qu'il obtint, la route, à partir du lac, conduit en 6 jours chez le 
chef de la tribu des Mobondés, Kachéché ; de là il faut deux jours pour 
atteindre la rivière Loubilache, et deux autres jours encore pour arriver 
à la résidence du grand chef Mobondi, Foumo-Kole. Ses informations 
ne portaient pas plus loin. 

Muquengué est situé à peu près sous le 6"" lat. S., entre 20 "" et 
20''30' long. £. de Paris ; Kinguengué doit être environ sous le G'' 10' 
lat. S., à une dizaine de kilom. au S. E. de Muquengué. Cette dernière 
localité paraît au D' Pogge préférable à Moussoumbé pour l'établisse- 
ment d'une station. Le voyageur n'y est gêné en aucune manière dans 
ses desseins. Le chef, aussi bien que ses sujets, s'ingénie pour témoi- 
gner son amitié à l'hôte étranger. D'après la loi du pays, tout sujet de 
Muquengué doit fournil* des vivres gratis à l'étranger. Sans doute, cette 
ordonnance n'est pas suivie très strictement, mais pendant le séjour 
du D' Pogge, il a toujours obtenu à très bas prix les vivres nécessaires. 
Les Tuchilangués lui ont en outre paru d'habiles agriculteurs ; partout 
se rencontrent de vastes champs de manioc, de mais, de fèves, etc.; ils 
cultivent aussi un peu de tabac, et beaucoup de chanvre, dont ils sont 
fumeurs passionnés. Leur pays e3^ une plaine ondulée entre le Cassai et 
le Louloua, partout fertile et richement arrosée. En certains endroits, 
les rivières ont tellement raviné le plateau, qu'elles lui ont donné l'appa- 
rence d'un pays montagneux. Du Cassai jusqu'à moitié chemin de Mu- 
quengué règne la forêt vierge, entourant des clairières couvertes d'une 
herbe basse, et où les indigènes établissent leurs villages et leurs plan- 
tations ; ils se servent de feuilles de palmier pour couvrir leurs habita- 
tions. La faune est pauvre ; la végétation forestière, en revanche, est 
beaucoup phis riche qu'à la côte ou dans le Lounda ; les arbres frui- 
a&TB abondent; il y a entre autres quatre espèces de palmiers, qui crois- 
sent sauvages dans les forêts, mais que l'on rencontre aussi dans les 



— 315 — 

plantations; toutes les quatre fournissent du vin. Les Tuchilangués 
emploient les fibres des jeunes feuilles de Tune des espèces à tisser de 
belles étoffes. Le climat de Muquengué est plus chaud que celui de 
Moussoumbé, et salubre. Pendant un mois que le D' Pogge y a résidé, 
quoique Tespace dans lequel il demeurait, avec 100 personnes au moins, 
fftt très restreint, il ne s'est pas produit un seul cas de maladie. Les 
deux articles de commerce, offerts à bas prix par les Tuchilangués, sont 
les esclaves et le caoutchouc ; les esclaves sont essentiellement des fem- 
mes ; d'ailleurs la femme n'est à proprement parler que l'esclave de son 
mari. Le caoutchouc est très abondant et peu dier ; on peut en acheter 
2 à 3 kilog. pour 3 dés à coudre pleins de poudre. Le prix ordinaire 
d'une esclave adulte est d'une pièce de calicot, ou 2 kilog. de poudre, 
ou un mousquet. L'ivoire est rare; le grand marché en est à Cabau, à 
8 jours de marche au N. N. 0. de Muquengué, sur le Louloua. 

Le D' Pogge n'a pu obtenir des renseignements positifs sur les 
limites du territoire des Tuchilangués. Muquengué prétend que son 
royaume s'étend vers l'est jusqu'au lac, et qu'au delà commence 
celui des Toukettés. Dans le pays des Tuchilangués se trouvent 
beaucoup de grands chefis indépendants, comme Muquengué, Ein- 
goengué, etc., dont les chefs plus petits sont tributaires, conmie dans 
le Lounda. Chaque village, ou plusieurs villages ensemble, forment une 
famille, les habitants se considérant en quelque sorte comme parents, 
et sympathisant aux joies et aux peines les uns des autres. Quand 
on arrive dans une localité, par exemple à Muquengué, et qu'on en 
demande le nom, on reçoit pom* réponse : « ce sont les gens de Katchia, » 
ou « Os appartiennent aux Katchias, ou à la famiUe des Katchias. » La 
viDe peut avoir 1000 habitants, qui demeurent dans des huttes petites, 
carrées, rappelant les constructions européennes. Elle est située entre 
les sources de deux petites rivières, qui vont se verser au nord dans le 
Louloua, et fournissent une bonne eau potable, fraîche. La seule chose 
qui manquerait à une station établie à Muquengué serait une voie flu- 
viale, qui permît d'explorer en bateau la région septentrionale encore 
inconnue. Près de Mouloumba, où le D' Pogge a exploré le Louloua, cette 
rivière a de 250 m. à 300 m. de large, mais ne paraît pas être très pro* 
f<mde, et, en aval comme en amont de cette localité, il y a des rapides. Un 
peu au nord de Mouloumba la rivière décrit un grand arc vers le N. 0. 

Le D' Pogge a dû partir de Muquengué le 29 novembre. Il aurait 
voulu se mettre en route le 28, mais le chef lui demanda un jour de 
dâai pour achever la construction d'une butte fétiche, dans laquelle 



— 316 — 

devait être suspendue une chaîne de laiton, présent du docteur, et oU 
il voulait déposer une boîte à musique que l'explorateur devait lui donner 
comme récompense, dans le cas oii île voyage projeté au Loualaba réussi- 
rait. Le chef avait le plus grand respect pour cette boîte. Un des inter- 
prètes lui ayant persuadé que les sons de Tinstrument étaient la voix du 
Fidi Moucoulo, le dieu des Tuchilangués, il écoutait avec dévotion le 
bruit que faisait cette pièce. Le docteur l'ayantfait jouer un jour devant 
lui, et Thuile manquant dans les rouages, les sons devinrent de plus en 
plus lents ; le couvercle en fut levé à la grande stupéfaction de Muquen- 
gué qui, s'adressant à la multitude serrée autour de lui, lui dit que 
Tinstrument ne jouait pas comme à Tordinaire à cause du bruit que Ton 
faisait, la voix du Fidi Moucoulo voulant être respectée. 

Le chef comptait prendre avec lui pour le voyage ses femmes, au nom- 
bre de 40 à 50 ; mais le D' Pogge lui fit dire qu'il ne voyageait pas avec 
des femmes, qu'il l'autorisait cependant à en prendre quatre au plus, et 
qu'eu outre sa suite ne devait pas dépasser 40 à 50 hommes ; à quoi 
Muquengué répondit qu'il pouvait avoir, jusqu'au lac, une escorte plus 
nombreuse, l'entretien ne lui coûtant rien ; il s'engagea à en renvoyer 
la plus grande partie. Le 27 novembre il donna une grande fête d'adieux» 
et fit distribuer sur la place du marché, où avaient lieu des danses, delà 
bière en abondance ; les porteurs du. D' Pogge n'en reçurent pas moins 
de 15 grandes calebasses, aussi étaient-ils très gais ; tout le camp reten- 
tissait de leurs chants. La fête devait durer encore le lendemain ; le 
docteur avait dû prêter à Muquengué un bélier, qu'il avait fait acheter 
par ses gens au delà du Louloua, et dont le chef voulait manger publi- 
quement afin de pouvoir, lui et ses gens, manger, pendant le voyage, de 
la chair d'animaux domestiques. Les relations des Tuchilangués avec les 
Quiocos et les Bangalas leur ont fait perdre une partie de leurs habi- 
tudes traditionnelles ; par exemple la nouvelle génération ne se tatoue 
presque plus, tandifir que les vieillards ont, à peu près tous, le corps orné 
de très beaux dessins. 

Le D' Pogge devait passer, le 29 novembre 1881, le Louloua au S. E. 
de Muquengué, et rejoindre à Garimba M. Wissmann, avec lequel il 
espérait pouvoir atteindre le Moucamba, puis Nyangoué. Si ce plan a 
réussi, ils doivent avoir déjà quitté cette localité, M. Wissmann, pour se 
diriger vers l'est et établir une communication avec les stations du 
Tanganyika, et de la région comprise entre ce lac et Zanzibar, le D' Pogge, 
pour revenir à Muquengué. Il comptait que, si tout allait bien, le voyage 
de Nyangoué et retour lui prendrait six mois, et qu'il pourrait passer 



— 317 — 

encore six autres mois à Muquengué avant de se remettre en route pour 
rOccident, à moins qu'une caravane de Malangé ne lui apportât des 
marchandises; dans ce cas il pourrait attendre à Muquengué qu'une 
nouvelle expédition allemande vînt l'y rejoindre. 



CORRESPONDANCE 

Nous avons reçu, le l*' octobre, de M. Juan-Maria Schoyer, la lettre suivante : 

Ghébel Eouba (à trois journées à l'est de Famaka, 

à une journée au nord du Nil Bleu); 8 juin 1882. 
Monsieur, 

J'ai répondu à votre bonne lettre que j'ai reçue, mi-avril, à Famaka, en vou» 
envoyant une description de mon voyage, de janvier à mars, dans les pays de» 
nègres Amans et Gbomas, au sud'Ouest de Fadasi. J'ai aussi demandé à M. le 
Rédacteur des MittheUungen de Gotha, de vous faire parvenir une copie de ma 
carte du pays situé entre Beni-Shangol et le lac Baro. Je crains que lettres et 
carte n'aient été détruites par les bandes d'Arabes insurgés qui ont coupé la voie 
Famaka-Khartoum ^ Nous avons appris qu'ils ont pillé un de nos courriers venant 
de Khartoum. 

Depuis 40 jours que je.8uis de nouveau sorti de Famaka, j'ai exploré la fron- 
tière voisine, indécise et disputée, suivi le Nil Bleu sur un degré de longitude de 
cours inconnu; visité la tribu singulière des Sienetyo, d'origine ancienne, au teint 
jaune, habitant des crêtes de montagnes abruptes, et possédant une manière de 
se vêtir, des coutumes et une langue qui diffèrent complètement de celles des> 
Gallas et des Abyssins; exploré la rivière Bolassa (nom abyssin; les indigènes et 
les Arabes l'appellent la Quisin), qui prend sa source à l'est et non au nord. 
Ai:Û<>ui^d'hui je reviens d'une excursion au mont Kienien, en Abyssinie, habité par 
des Shangallas mêlés de quelques Abyssins, et situé à 70 kilomètres à l'est de ce 
lieu-ci. J'ai eu assez de peine à échapper fiux soldats abyssins qui, me prenant 
pour un espion turc, voulaient m'emmener dans le Godljam chez Ras Adal. — 
Demain je pars pour Abou Ramlé, à deux journées au nord de ce point-ci. Le 
cheik de la localité m'a adressé une invitation assez polie, et j'espère pouvoir 
explorer à peu près toutes les montagnes de cette région inconnue, avant de 
retourner à Famaka. 

Ignorant si la route de Famaka à Khartoum est déjà libre, je me borne pour 

' Nous nous sommes empressés de demander à M. le D' Behm, rédacteur des 
MUiheilungen de Gotha, s'il avait reçu la carte et le rapport mentionnés dans 
cette lettre et qui ne nous sont point parvenus. Malheureusement ces documents^ 
ne sont pas non plus arrivés à Gotha. 



— 318 — 

aii^ourd'hui à ces quelques notes, réservant les détails ainsi que la carte pour le 
jour où le Soudan sera pacifié. 

Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée. 

Juan-Maria Schuver. 

Famaka, 12 juillet 1882. 

La route étant encore coupée, j'ai retrouvé ici, à mon retour, les lignes qui pré- 
cèdent. J'ai visité Abou Ramlé, qui changera un peu de place sur la carte, puis 
les montagnes de Minza et Diemr, habitées par les nègres Kidalo, les seuls parmi 
les races noires d'ici qui aient une affinité de traits avec les nègres du Nil Blanc. 

Depuis mon retour, le gouverneur Marno, autrichien, s'est tourné contre moi, a 
séquestré les armes de l'expédition, m'accusant d'être en communication avec les 
insurgés, de posséder des dépôts d'armes enfouies, et excitant contre moi les chefs 
de la campagne, ce qui m'a beaucoup gêné. Il aura un jour à répondre de ces 
faits devant le tribunal du Caire, mais, en attendant, il est à craindre qu'il n'indis- 
pose le gouverneur général contre moi, car, dans ces temps de crise, un homme 
accusé est un homme perdu, surtout depuis que des Grecs ont été surpris, à Eas* 
sala, en flagrant délit de contrebande d'armes qu'ils faisaient passer en grande 
quantité aux. Abyssins. 

Nous n'avons ni poste ni télégraphe, et les 50 bachi-bozoucks turcs de la gar- 
nison, mécontents de ne recevoir ni solde ni rations, décampent à l'improviste 
pour chercher des lieux plus propices. Espérons que Içur sandchack (chef), vrai 
type kurde, avec sa petite tête ronde et lisse, tiendra sa parole, et enverra nos 
courriers à Khartoum. Nous restons ici avec 200 soldats noirs, plus ou moins de 
confiance, un gouverneur de paille, 4 canons, et une mitrailleuse qui tire jusqu'à 
un coup par minute. J.-M. S. 



BIBLIOGRAPHIE 



D. Felipe Ovilo y Canâles. La Mujek marroqui. Deuxième édition, 
Madrid (Libreria de Fernando Fe), 1881, in- 12, 215 p. et planchés. — 
Eu sa qualité d'officier du corps médical de Tannée, attaché à la léga- 
tion d'Espagne à Tanger et membre du conseil sanitaire du Maroc, 
l'auteur a pu se faire ouvrir bien des portes ordinairement fermées aux 
Européens, et recueillir beaucoup d'observations, que d'autres, dans 
des conditions moins £Eivorables, n'auraient pu faire. Aussi les détails 
dans lesquels il entre sur la position de la femme au Maroc, comme iille, 
épouse et mère, quelque exagérés que puissent paraître plusieurs d'en- 

' On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rhône, à Genèvai 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique exphrée et ewiiisée. 



— 319 — 

tre eux, doivent-ils être admis comme parfaitement authentiques; Tau* 
teur a d'ailleurs soin de citer, à Tappui de ses observations personnelles^ 
les versets du Coran qui se rapportent à chacun des chapitres de son 
livre. Les plus grands obstacles à la civilisation au Maroc lui paraissent 
être la polygamie et l'esclavage, sources de corruption, de même que le 
divorce, autorisé par le Coran sur le simple consentement mutuel des 
époux. A la fin de sou livre, M. Ovilo y Canales a consacré aux Juives 
marocaines un chapitre, dans lequel il proteste contre les faux bruits 
répandus pour porter attemte à leur honneur en faisant douter de leur 
moralité. 

Les trois voyages de Mungo Pabk au Maboo et dans l'inteeueub de 
l'Afeique (1787-1804), racontés par lui-même. Paris (Maurice Drey- 
fous), in-12, 284 p., 2 fr. — Quoique Mungo Park soit surtout connu 
comme le premier Européen qui ait atteint le cours moyen du Niger, le 
voyage au Maroc, par lequel il débuta dans ses explorations du conti- 
nent africain, a encore un grand intérêt, en ce qu'il nous permet de 
comparer ce qu'était ce pays à la fin du XYIH*"' siècle, avec ce qu'il est 
aujoui-d'hui. Qu'on lise seulement, par exemple, son récit de la traver- 
sée de l'Atlas, en regard du voyage du D" Lenz dans la même régions 
et l'on comprendra combien la sécurité y est moins grande de nos jours 
qu'il y a 90 ans. Quant aux deux expéditions de Mungo Park au Niger, 
au service de 1^ Société africaine de Londres, de 1795 à 1804, puis à 
celui du gouvernement anglais, en 1805, eUes captivent d'autant plus 
que ce sont les premières qui aient fourni à l'Europe des connaissances 
exactes, sur une partie du fleuve dont l'embouchure et les sources 
devaient être un mystère pendant si longtemps encore. On s'attache en 
outre au voyageur qui, malgré les difficultés : maladies, guerres des tri- 
bus, dangers de tous genres, va toujours de l'avant, pour remplir com- 
plètement sa mission, et raconte toutes ses aventures, avec une simpli- 
cité que peu de voyageurs ont su conserver à leurs récits. 

VoM Cap zum Zambesi. Die Anfjexge dkr Zambesi mission, von 
Joseph Spillmann, Freiburg in Breisgau (Herder'sche Verlagshandlung) 
1882, in-8, 432 p., mit zahlreichen Illustrationen und Karten ; 8 fr. — 
Nos lecteurs sont déjà plus ou moins au courant des progrès de la mis- 
sion romaine du Zambèze, dans le vaste champ assigné h ses travaux, 

^ y. Deuxième année, p. 242-243. 



— 320 — 

du Limpopo au 10'' lat. S., et du 19''40' long. E. de Paris aux fron- 
tières des possessions portugaises orientales. Nous les avons indiqués au 
fur et à mesure, dans notre Bulletin mensuel, mais sans pouvoir entrer 
dans beaucoup de détails sur les voyages des missionnaires et sur leur 
œuvre elle-même. Les personnes qui voudront les suivre jour après jour» 
le peuvent facilement à Taide du volume sus-mentionné, dans lequel 
Tauteur s'est proposé de donner Thistoire complète des débuts de cette 
mission, depuis le mois de janvier 1879, à la fin de décembre 1881, k 
Taide du journal très détaillé du P. Terœrde, et de ceux d'autres mem- 
bres de l'expédition. Il en marque pour ainsi dire tous les pas ; après 
l'insuccès de Shoshong, la première localité en dedans des limites du 
territoire qui leur était assigné, mais où existait depuis de longues 
années une mission protestante, il montre les missionnaires transpor- 
tant leur base d'opération à Tati, à l'embranchement des routes du 
Zambèze et de Gouboulouayo, et y établissant un poste solide pour 
relier à la colonie du Cap les stations, plus avancées dans l'intérieur, de 
Gouboulouayo au N.-E. et de Panda Matenka au N.-O. De là partent 
bientôt deux expéditions, l'une à l'est vers le kraal d'Oumzila et la côte 
de Sofala, l'autre vers le Zambèze, pour y choisir, sur la rive gauche du 
cours moyen du fleuve, près de l'embouchure de la Cafoué, un point 
central qui permette d'atteindre plus tard le lac Bangouéolo et le 
Nyassa. Aux détails sur l'œuvre elle-même, — non seulement missionnaire, 
mais encore civilisatrice, en ce sens que ses agents se proposent d'ensei- 
gner aux indigènes les procédés .de ragricolture et de l'industrie euro- 
péennes, les professions de forgeron, de serrurier, d'ébéniste, de méca- 
nicien, etc., — l'écrivain en a joint de très intéressants sur la nature 
du pays, la météorologie, la flore^ la faune, les causes du déboisement 
de certaines régions, et l'ethnographie, d'après les journaux des mis- 
sionnab*es. Il a en outre comp^létô leurs observations par celles de Bai- 
nes, de Mauch, de Livingstone, de Mohr, de Holub et de Serpa Pinto, 
aux ouvrages desquels il a aussi emprunté beaucoup d'illustrations. 
Sans doute il ne s'agit guère encore que d'une œuvre de pionniers ; les 
essais de fonder des stations à Mouemba sur le Zambèze et près du 
kraal d'Oumzila n'ont pas réussi ; la maladie et la mort de plusieurs 
des missionnaires, entre autres du P. Terœrde, ont obligé les survi- 
vants à se replier sur Panda Matenka, Tati et Gouboulouayo ; le trans- 
fert de la résidence de Lo Bengula, à une vingtaine de kilomètres plus à 
l'ouest, obligera vraisemblablement les missionnaires de cette station à 
se transporter eux aussi dans le voisinage de la nouvelle résidence 



— 321 — 

royale. Quoi qu'il en soit, on ne peut éprouver qu'un profond intérêt 
pour ces débuts de leurs travaux, au miUeu de peuples très peu connus 
jusqu'ici, de dangers de toutes sortes, de maladies et de deuils nom- 
breux. La lecture du volume est facilitée par un index alphabétique, par 
une carte générale des missions catholiques de l'Afrique australe, et 
par trois cartes spéciales, qui permettent de suivre les voyageurs dans 
leurs différentes expéditions. 

De la colonisatiok chez LEiis PEUPLES MOBEBNEs, par Pavl Leroy* 
Beaulieu. Deuxième édition. Paris (Guillaumin et O*), 1882, in-S"*, 
659 p., f. 9. — L'éloge de M. Leroy-Beaulieu n'est plus à faire. Les 
ouvrages de cet économiste éminetit sont connus et hautement appré- 
ciés par la science moderne, et ses vues sur les problèmes sociaux de 
notre époque donnent souvent lieu à des discussions savantes dans les 
grands organes de l'opinion publique. Son livre sur la colonisation est 
trop considérable, et l'importance du sujet qu'il traite trop grande, pour 
que nous puissions l'examiner dans une simple notice bibliographique. 
Nous préférons lui consacrer, surtout au point de vue africain, un article 
de fond dans un de nos prochains niunéros. 

COKFERENZE TENUTESI II? MlLANO NEL 1882 PBESSOLASOCIETAD'eSPLO- 

BAzioKE COMMERCIALE nr Afriga. Milauo (Tipografia P.-B. BellinietC), 
1882, in-8, 264 p., 3 fr. — La Société milanaise d'exploration commer- 
ciale en Afrique a été certainement bien inspirée, quand elle a institué 
des conférences, destinées à vulgariser les découvertes de ses voyageurs, 
et les renseignements fournis sur la géographie, les produits et l'ethno- 
graphie des pays visités par eux. Celles que renferme ce volume ne se 
rapportent pas toutes à l'Afrique ; quelques-unes ont un caractère plus 
général ; mais celles de ces monographies qui se rattachent directement 
à ce continent sont du plus haut intérêt, soit par les sujets qu'elles trai- 
tent, soit à cause de leurs auteurs. Assab ne pouvait pas ne pas avoir 
sa place dans une série de conférences italiennes. L'auteur cependant 
ne partage pas l'enthousiasme général au sujet de la nouvelle colonie, 
et reconnaît que les routes qui mènent à l'intérieur ne sont pas sûres ; 
aussi émet-il le vœu qu'on y construise des blockhaus pour protéger les 
caravanes. — Le sujet des missions chrétiennes, et de leur importance 
au point de vue de la science et de la géographie commerciale, nous a 
paru traité d'une manière complète. Après tTvoir passé en revue les 
divers champs de mission dans le continent et dans les îles, le confé- 



— 322 — 

rencier s'est attaché à montrer comment les missionnaires ouvrent la 
voie aux explorateurs, au commerce et à la civilisation. 

Dans les deux discours du comte Pennazzi, sur le Soudan oriental 
et sur Piaggia et Gressi, on retrouve la compétence de Texplorateur qui 
parle de visu du pays qu'il a étudié, et qui, connaissant par expérience 
les difficultés des voyages dans la région du Haut Nil, sait apprécier à 
leur juste valeur les travaux de voyageurs comme Piaggia et Gessi, et 
rendre un hommage senti et mérité à ces martyrs de la science et de 
l'humanité. — Non moins émus sont les accents de Cecchi lorsque, dans 
sa conférence sur le pays des GaUas, il parle de son compagnon Chia- 
rini, auquel il accorde une large part dans les découvertes hydrographi- 
ques faites par les deux voyageurs dans les royaumes de Kaffa et de Eoro, 
dont les produits acquerront une grande importance, lorsqu'une route 
commerciale facile et sûre aura mis ces pays en communication avec la 
côte de la mer Rouge. 

ROUTEN DEE DEUT8CHEN 08TAFBIKANI8CHEN EXPEDITION, AUFGEKOM- 

MEN von D' E. Kaiser^ 1880-1882. Karte, von Richard Kiepert. 'Asonoo- 
— Cette carte accompagne le rapport que M. Reichard a adressé à la 
Société africaine allemande, sur la station de Gonda, et le récit des 
D" Bœhm et Kaiser de leur voyage au Tanganyika. Les deux docu- 
ments ont été publiés dans la 3"' livraison de cette année des Mitthei- 
lungen de la Société sus-mentionnée. La carte au V750000 indique la 
route suivie de Tabora à Karéma, entre celle de Cameron au nord, et 
celle de Cambier au sud. L'itinéraire de la côte à Tabora, donné dans 
un carton au Vasooooo» ne s'écarte pas beaucoup de la route suivie par la 
plupart des explorateurs. 

Études ALGÉRiEimEs, par M. Ardouin du Mazet Paris (Guillaumin 
et €*•), 1882, in-8% 365 p., t'GJ^^ M. Ardouin (du Mazet n'est qu'un 
pseudonyme) a rempli longtenips les fonctions de secrétaire du bureau 
arabe de Tlemcen. Sa vie s'est donc passée en Algérie, et c'est comme 
habitant- qu'il a pu écrire sur ce pays. Aussi les articles qu'il envoyait 
aux journaux, du fond de là'province d'Oran, étaient-ils acceptés avec 
reconnaissance en France et à l'étranger, de telle manière que, dit 
M. Drapeyron dans sa préface, « le publiciste du Mazet fdt connu, et 
devint même une autorité en ce qui concerne les affaires algériennes, 
tandis que le caporal Ardouin restait tout à fait ignoré. » Ce livre appar- 
tient en quelque mesuré^aussi bien à l'histoire qu'à la géographie. Dans 
la première partie, l'auteur passe en revue toutes les institutions politi- 



— 323 — 

ques et autres de rAlgérie; il donne sur chacune ses opinions person- 
nelles et montre les progrès à réaliser. Il s'étend surtout sur les mines 
et l'agriculture, car c'est là qu'est l'avenir de l'Algérie. La seconde par- 
tie est l'exposé de deux conférences faites sur la province d'Oran, l'une 
à la Société de géographie commerciale de Bordeaux, l'autre au Club 
alpin de Lyon. La troisième partie donne, sous forme de lettres adressées 
à Vlndépendancehelge^ l'histoire de l'insurrection deBou-Amema; enfin 
la quatrième est un aperçu de la situation de l'Algérie à la fin de 1881. 
M. du Mazet s'élève contre les décrets de rattachement des services 
algériens au gouvernement de Paris. 

On voit, en parcourant son livre, que M. du Mazet est d'avis qu'on ne 
doit pas se faire d'illusions sur l'Algérie, mais que, d'un autre côté, il ne 
faut pas abandonner la tftche, si rude soit-elle. Tout en critiquant 
ceux qui veulent convertir les musulmans algériens, il montre une anti- 
pathie absolue pour l'islamisme et croit, comme nous, que sans cette 
religion, l'œuvre de régénération de l'Algérie serait plus avancée 
qu'elle ne l'est. L'islam empêche tous progrès, à cause du fanatisme 
violent de ses adeptes. 

Exploration du Sahara. Les deux missions du lieutenant-colonel 
Flatters, par le lieutenant-colonel V. Derrecagaix. Extrait du Bulle- 
tin de la Société de géographie. Paris, 1882 in-8*, 143 p. et carte. — 
Nombreux sont les ouvrages et les articles de journaux, qu'ont fait éclore 
les deux missions Flatters, et particulièrement le désastre de la seconde 
expédition. A côté du récit si intéressant de la marche des explorateurs 
et de l'exposition des découvertes qu'ils ont faites dans une grande 
région du Sahara, il faut signaler comme résultat de leurs études, le 
mouvement qui se produit en France, en vue de créer des relations 
entre l'Algérie et le Soudan. L'attention, ilans ce pays, a été un instant 
détournée des événements politiques intérieurs et extérieurs pour s'oc- 
cuper un peu des questions coloniales, si délaissées jusqu'alors. 

Le livre de M. Derrecagaix nous parait devoir devenir l'ouvrage clas- 
sique sur la matière, car c'est un exposé clair, préds et complet de 
tous les événements qui se rattachent aux missions Flatters. Le récit de 
la première expédition renferme les impressions de M. Derrecagaix, 
qui en faisait partie; celui de la seconde a été composé d'après les 
lettres de Flatters et de ses compagnons à leurs amis de, France, et 
aussi d'après des articles de journaux. La partie concernant le désastre 
de la mission est courte, l'auteur ne donnant que ce qui est acquis à 



— 324 — 

rhistoire, et n'ayant pas voulu se lancer dans le domaine des hypothèses 
pour expliquer les causes du massacre. Il se contente de demander une 
enquête de la part du gouvernement, et la punition des coupables, cela 
surtout parce que l'exécution du châtiment aurait pour conséquence 
Torganisation d'une nouvelle expédition de découvertes. 

L'ouvrage se termine par les biographies de Flatters, Masson, Berin- 
ger, Guiard, Roche et Dianous, victimes des Touaregs, et par une note 
sur les travaux géologiques de Roche, lors de la première mission. 

Une carte annexée à l'ouvrage donne les itinéraires des deux expédi- 
tions. Pour la seconde, elle va jusqu'à la Sebka d'Amagdor. 

CHÂBIaES L. NOBRIS NeWMâN. WiTH THE BoSBS IK THE TrANSVAAL 

AND Orange Free State in 1880-1881. London (W.-H. Allen et O.) 
1882, in-8*, 387 p. avec 2 plans et une carte. — Frappé des graves con- 
séquences que l'ignorance des rapports existants entre les deux famiUes 
de race blanche du sud de l'Afrique, les Boers et les Anglais, a eues 
pour les populations de cette partie du continent, l'auteur s'est efforcé 
de faire connaître ces relations le plus exactement possible, pour inspirer 
à ses concitoyens des sentiments plus généreux à l'égard des Boers, les 
premiers pionniers de la civilisation et de la colonisation dans l'Afrique 
australe. Ayant acquis, pendant ^uu séjour de six années dans ce pays, 
au service de la presse britannique et coloniale, et comme correspondant 
spécial pendant les demièreâ guerres , une connaissance intime de son 
histoire, de ses habitants, de levffs habitudes, il était bien qualifié pour 
jeter du jour sur les nombreuses questions difficiles qui troublent et 
troubleront peut-être encore pendant bien des années ces colonies. A cet 
effet, après avoir brièvement r^iconté, d'après les sources les plus auto- 
risées, les rapports des Anglais et des Boers, au Gap, à Natal, dans 
l'État libre d'Orange et da|iS'4e Transvaal avant la dernière crise, il 
expose, d'après ses propres ^sbservations^ les événements les plus récents, 
avec sympathie pour les deux femodlles eu lutte, et il nous semble aussi 
avec impartialité. Ayant vécu au milieu des Boers dans l'État libre et le 
Transvaal, et ayant pu apprécier ces colons, incultes si l'on veut, mais 
simples, vrais et braves, il n'hésite pas à reconnaître le tort des Anglais 
à leur égard. Q relève surtout les fautes de la politique du gouvernement 
britannique lequel, après avoir accepté, sinon commandé, l'annexion du 
Transvaal par sir Th. Shepstone, a eu l'imprudence d'y envoyer un 
gouverneur militaire, le colonel Lanyon, au lieu d'un magistrat dvil, au 
grand mécontentement des Boers; selon l'auteur, malgré leurs pro- 



— 325 — 

testations après Tanaesion, ilfi auraient aceepté un gouverneur anglais 
dont Tadministration aurait été basée sur leur constitution, conune le 
leur avait promis sir Th. Shepstone. C'est du reste Topinion de celui-ci 
qui, dans une lettre reproduite par M. Norris Newman, reconnaît que 
tout le sang versé dans la dernière guerre aurait pu être épargné. Entré 
dans le Transvaal, à la suite des docteurs envoyés par la Société de la. 
Croix-Rouge de Cape-Town aii camp des Boers, il a vu ceux-ci de près^ 
et, en les disculpant des accusations de meurtre et de massacre portéa 
contre eux, il peut affirmer que leur conduite envers tous, et envers lea 
blessés en particulier, leur a gagné le respect de beaucoup de ceux qui 
les méprisaient auparavant. Il espère aussi que les Boers auront 1& 
sagesse de travailler, de concert avec Tautorité britannique et avec les 
gouvernements voisins, pour le bien général et le progrès des Africaine 
du Sud, à quelque nationalité, race ou couleur qu'ils appartiennent. 
Ajoutons qu'il n'a rien négligé, pour peimettre à ses lecteurs d'acquérir 
une connaissance des faits aussi exacte que possible : aux 2 plans et à 
la carte mentionnés dans le titre, il a joint un tableau chronologique de 
rhistoire de TAfrique australe, de 1486 au 16 décembre 1881, un glos*- 
saire des expressions hollandaises et cafres les plus usitées, un appendice 
renfermant tous les documents officiels, depuis l'annexion de 1877 à la. 
convention de 1881, enfin des noticeë biographiques sur les principaux 
chefe des Boers. 

Majob voh Meghovt's EuAiïGO-Rsisi^ Eâbts von Righâbd Eiefert, 
Vsoooooo* — ^ous avons mentionné à plusieurs reprises l'exploration da 
miyor de Mechow dans le bassin du Quango, sans avoir cependant 
obtenu jusqu'ici rien de complet sur se& longs travaux dans cette région. 
La carte que nous avons reçue du D' Eiepert, provisoire, il est vrai, 
mais dressée vraisemblablement sur les- données que M. de Mechow 
vient de fournir à la Société de géographie de Berlin, complète celle des 
voyageurs portugais Capello et Ivens. Quand M. Eiepert aura les obser- 
vations faites par Stanley sur le cours inférieur de cette rivière, il en 
dressera, nous n'en doutons pas, une carte complète. Telle qu'elle est, 
celle qu'il a bien voulu nous envoyer marque un progrès dans l'explo- 
ration du bassin méridional du Congo» 

D' Émil Holub. Die colonisation Afbikâs. — Die Engubndeb in 
SUD Afbika. — Die Stelluno des Abztbs in den transoceanisohen 
Gebœten. Yom Standpunkte der Erforschung und Civilisirung. Wien.. 



— 326 — 

(Alfred Hôlder, k.-k. Hof und Uiiiversi(kftts Buchh&ndler), 1882, iii-8, 
24 et 23 p. — En même temps qu'il prépare sa nouvelle expédition 
dans l'Afrique australe, le D' Holub profite de toutes les occasions qui 
s'offi*ent à lui pour attirer Pattention de ses compatriotes sur cette 
partie du continent, et pour stimuler leur zèle en faveur de la civilisa- 
tion de ses habitants. Un article du journal de la « Fhilosophical society 
of Capetown » et le compte rendu de la trésorerie générale de la colonie 
du Cap pour 1881 , lui ont paru mériter d'être communiqués au public 
de langue allemande, avec les observations que lui a suggérées l'expé- 
rience qu'il a des questions d'économie politique. En effet, les réflexions 
dont il accompagne les tableaux relatife à Taccroissement de l'impor- 
tation et de l'exportation de cette colonie, sont des plus instructives, et 
montrent que ces deux éléments de la prospérité de l'État sont en rap- 
port direct avec le progrès de civilisation des noirs et de l'émigration 
européenne au milieu d'eux. Tel est l'objet de la première des publica- 
tiens sus-mentionnées. La seconde est un mémoire présenté au Congrès 
des médecins et des naturalistes bohèmes réunis à Prague, au mois de 
mai dernier ; il y fait ressortir, avec l'autorité légitime que lui donne la 
connaissance qu'il a acquise du sud de l'Afrique, pendant un séjour de 
sept années, et en citant l'exemple de Livingstone et de beaucoup de 
docteurs de l'Afrique australe, les avantages que la qualité de médecin 
peut procurer dans cette partie du continent ; médecin, anthropologue, 
ethnologue, psychologue et naturaliste, il peut rendre, directement et 
indirectement, les plus grands services à la science et à l'économie 
nationale de la mère patrie. L'epcombrement de la profession médicale, 
en Autriche comme ailleurs, l'a engagé à adresser, en terminant, un 
appel à ses confrères et aux étudiants, à tourner leurs regards vers ces 
régions qui leur sont ouvertes, pour aller y accomplir l'œuvre de soula- 
gement et de compassion à laquelle ils se sont voués. 



TA.BLE DES 1VCA.TIERES 



DE LA TROISIÈME ANNÉE 



BtJLLETiir MENSUEL», pAges 1, 21, 45, 65, 85, 105, 120, 149, 181, 221, 249. 289. 



CORRESPONDANCE 



Pagres 

Lettres : de M. d'Abbadie 102 

de M. G. Rieman 147 



Pagee 

Lettres : du voyageur SchdVer 817 

de M. Gazeau de Vautibault. 207 



ARTICLES DIVERS 



Le palmier-dattier 8 

Expédition du D' Lenz au Maroc et & 

Tomboucton 12 

Langues de l'Afrique 30 

Expédition de M. James Stewart, du 

î^jassa au Tanganyika 37 

Le Chobô 53 

Les Pygmées de l'Afrique 58 

Les acacias gommiers en Afrique 73 

Indications hygiéniques 77, 93 

Exploration de la Dana par Cl. Den- 

bardt 97, 120 

La mouche tsétsé 115 



L'esclavage en Afrique 186 

Exploration du lac Tzana, par le D' 

SUeker 157 

Conférence du D' Buchner A Loanda. . 165 
Rapport des ambassadeurs wagandas & 

Mtésa 169 

Voyage de Matteucci et de Massari de 

la mer Rouge au Golfe de Guinée.. 197 
Expéditions de Savorgnan de Brazza 

entre l'Ogôoué et le Congo 270 

Expédition de Pogge et Wissmann & Mu- 

quengué 311 



BIBLIOGRAPHIE 



Abbadiô (F.) : Lettres sur le Trans-So- 

barien 20 

Amieis (de) : Le Maroc 242 

Ardouin du Motet : Études algériennes. 322 

Assab. Documents officiels italiens.... 288 

Augowjrd (le It. P.) : Carte du Congo. 216 

£erge (A. de la) : En Tunisie 83 

Bernard (F.) : Quatre mois dans le 

Sahara 103 

Binon (L. de) : La Tripolitaine et la 

IHinisie 281 

BrvniaUi (A.) : Algeria, Tunisia e Tri- 

politana 126 



CKo^l^t : Étude sur les côtes occiden- 

d' Afrique 247 

Oiavanne (D'J.) : Central Afrika (Karte) 128 

Choîey (A.) : Le Sahara 176 

Conferenze tenutesi in Milano in 1882.. 321 
Coeeon (E.) : Création en Algérie d'une 

mer intérieure 285 

Cust : Scholars who hâve contributed 
to the extension of our knowledge of 

the languages of Afrika 283 

Derreeagaix (V.) : Exploration du Sa- 
hara 823 

Vesvemine : La France en Afrique ... 248 



^ Les faits consignés dans chaque Bulletin et dans les NouveUee eomplémentairee qui le suivent, 
sont dassés d'après un ordre géographique constant, qui permet de les retrouver facilement. 



— 328 — 



Pages 

Jh^parquet : Carte de TOvampo. , , . . . 220 
jBSmbaeher : Lexikon der Reisen nnd £nt- 

deckangen 248 

J^arinê : Ktifftw et Eroomira 247 

Floriot (F.) : David Livingstone et sa 

mission sociale 4S 

FriUth : Die Eingeborenen Sfid-Afrika's. 21 3 
Qazeau de VautibatêU : La France an 

Soudan 178 

Goldkâste (Earte von) 219 

miub : Die Colipiisation Afrika's. 219, 325 
Jackson : Liste de bibliographies géo- 
graphiques 179 

KUpert : Algérien und Tunesien (Karte) 126 
Id. Uebersicht von Bnohner's Reise 

in Londa (Earte) 246 

Id. Roaten der deatscben ostafrika- 

niscben Expédition (Earte). . 322 
Id, Major von Mechow's Eoango 

Reise (Earte) 325 

Zaeau (S.): Souvenirs de Madagascar. . . 239 
Laerùtx: Projet d'exploration dans l'Afri- 
que australe 243 

Zôfinoy de Bissy : Carte d'Afrique... 218 

Zargeau (V.) : Le Sahara algi^rien. . . £83 
Ledereq (J.) : De Mogador A Biskra. '103 

Zenz (jy) : Skizzen ans West-Airika. 241 

Lêray'BeamUeu (F.) : De la colonisation 321 
Zindenberg (F.) : Beitr&ge zur Ent- 

deckungsgeschichte Afrika's 88 

Mae Carihy : Carte du Sud-Oranais..^^ 247 
Maiêô : A propos du railway trans-sa- 

harien v»' 104 

Mw%go Foarh : Trois voyages an Maroc 

et dans l'intérieur de l'Afrique. . . : . 319 

Naehtigal : Sahara und Sudan 210 

/d. Sahara et Soudan 210 

Ii«u/viUe (de) : Note« ao crayon sur 

l'Algérie '. 216 

meolas, Zaeat» et Signol : Guide hy- 



giénique médical dans l'Afrique in- 
tertropicale 180 

Ihrrii Ifitunnan : With the Boers in the 

Transvaal. 324 

Notices sur Alger et l'Algérie 44 

Olivier (A.) : De l'Atlantique au N^er. 280 
Chnlo y Canalee (D.-F.) : La Mujer 

Inarroqui • 818 

Papier (A.) : Du Mont Pappua et de 

sa synonymie avec le Djebel-Nador. 64 

FàuUUMe (2)' I^.) : Afrika 212 

Id, Afrika Literatur 281 

FeimoÈiti (comte L.) : Sudan orientale. 63 

Pesca della madreperla ad Assab 220 

IHppo Vigoni : Abyssinia 44 

I\'évo8t-Ihtcloê : Une aventure A Tom- 

bouctou 245 

Babaud (A) : Zanzibar 64 

Babourdin (Z,) : Algérie et Sahara . . 287 

Bcnny (l'abbé) : L'Afrique 246 

Bichard : Carte du Sahara Tripolitain. 219 

Bohl/i (8.) : Eufra 209 

BaUamd (G.) : Observations météorolo- 
giques '. 285 

Sehiffeiger'Zerchen/eUd : Der Orient . . • 14S 
Serpa FiiUo : Comment j'ai traversé 

l'Afrique 217 

JSibree : Madagascar 239 

Six semaines en Algérie 104 

SpUlmann (J.) : Vom Cap zum Zambesi 319 

Steere (R) : SwahUi exercises 282 

Vernes d'Arlandee : En Algérie 127 

VUlût : Description de Tunis et de la 

Régence 127 

Wahl (M.) : L'Algérie 286 

Wangemann i Stidafrika und seine Be- 

wohner 1^7 

WoiaUre (A.-J.): De Bruxelles A Earéma 282 
Weber (E. de) : Quatre ans au pays 

des Boers 284 



GARTBS 



Itinéraire du D' Lenz 20 

Région du Nyassa , 44 

Bassin du Chobé 64 

Province d'Oran et territoire marocain 

de la frontière 84 

Région comprise entre l'océan Indien et 

le Victoria Nyanza 104 



Algérie, Tunisie et Sahara central, par 

J.' F. Barbier 128 

Le lac Tzana, d'après le D* Steeker,., 180 

Itinéraire de Matteucci et de Massari.. 220 

Bassin des Chotts algéro-tunisiens 248 

Itinéraires de Savorgnan de Brazza, de 

rOgôoué au Congo et au NiarL.... 288 



L'AFRIQUE 

EXPLORÉE ET CIVILISÉE 



JOURNAL MENSUEL 



• QUATRIÈME ANNÉE 
1883 



(bodlxibr 



GENÈVE 

J. SANDOZ, ÉDITEUR 
PARIS 

SANDOZ ET TBUILUER 1 CHARLES DELAOKATE 

A, m« d« TtninDB, 1 ISi i" BaiilBi>t. 

BRUXELLES 

wiiicibdTt me de 1a Rèpinc? , A5. 

1883 



Genève. — Imprimerie Gharies Schachardt. 



BULLETIN MENSUEL (i- janvier 1883.) 

La question du développemeût de la colonisation en Algérie est 

celle qui, pour le moment, occupe le plus l'administratioii de la colonie; 
le gouvernement français y favorisera, par son appui financier, un cou- 
rant d'immigration provenant des populations des départements de 
France qui ont le plus souffert du phylloxéra. L'acquisition des teiTes 
nécessaires à cette extension de la colonisatioji procurera en outre un 
double avantage aux indigènes : celui d'une plus-value des terres qu'ils 
conserveront, et celui de l'amélioration des procédés de culture que leur 
vaudra l'exemple de leurs nouveaux voisins. — En même temps le con- 
seil supérieui' de l'Algérie presse l'exécution des trois grandes lignes de 
cheminii de fer qui doivent être prolongées vers l'intérieur : la pre- 
mière aUant d'Alger à Laghouat et à Ghardaïa, avec embranchement 
ultérieur sur Ouargla, de manière à relier le Mzab, nouvellement annexé, 
au chef-lieu de la colonie ; la seconde, d'Oran à Aïn Sefra, et la troi- 
sième, de Constantine à BLskra eijt à Touggourt. — Ghai'daïa, la princi- 
pale ville du Mzab, aura un poste fortifié, et sera mise en communication 
par une ligne télégraphique avec Laghouat et Alger au nord, Metlili au 
sud, et Ouargla au S.-O. L'occupation du Mzab, combinée avec celle du 
sud-oranais, complète une ligne solide d'avant-postes, qui permettra de 
prévenir les insurrections dont le foyer se trouve d'ordinaire parmi les 
tribus dissidentes du Sahara. D'après les journaux français un mouve- 
ment de troupes se prépare pour le mois de janvier : une colonne par- 
tira de Géryville et se dirigera sur Laghouat, d'où elle s'avancera vers 
Je sud, afin d'appuyer une demande de réparation aux Touaregs pour le 
massacre de la mission Flatters. 
Le capitaine Bernard, ancien compagnon du colonel Flatters, a conçu 

le plan tl'uue nouvelle expétiition isieientifique vers le Sou- 
dan, pour laquelle il profiterait des renseignements fournis par les mis- 
ijions précédentes sur la route à suivre. Elle serait organisée miUtaire- 
ment, et assez forte pour se passer de l'appui douteux des chefs de tribus 
et faire face à tout danger ; elle compterait vingt membres français, 
80 cavaliers spahis, 100 tirailleurs, et 950 chameaux de bât. Profitant 
<le la carte fournie par les deux missions du colonel Flatters, l'expédi- 
tion irait droit devant elle, en suivant un itinéraire déterminé; tout en 
avançant avec prudence, elle construirait à mesure un chemin de fer, et, 
par un fil télégraphique, demeurerait en rapport avec les postes du sud 



— 4 — 

de rAlgérie, de maDière à eu obtenir, le cas échéant, les secours néces- 
saires. Le chemin de fer ne serait qu'une voie de pénétration. 

D n'est pas facile d'apprendre avec certitude ce qui se passe dans le 
iSoudan égyptien. L'annonce de l'expédition envoyée du Caire au 
secours de Khartoum paraît cependant avoir eu un bon effet. Le gou- 
verneur Abd-«1-Kader aurait, d'après une dépêche télégraphique adres- 
sée au gouvernement égyptien, battu les troupes de Mohamed Hamed ; 
celles qui occupaient El-Obeïd auraient été repoussées, et l'arrivée d'un 
premier détachement égyptien, parti de Souakim, aurait assuré la sécu- 
rité de Khartoum.— Quand la révolte aura été complètement réprimée, 
le gouverneur reprendra sans doute le plan qu'il a exposé aux princi- 
paux négociants de cette ville, pour relever le commerce de cette partie 
de l'Egypte. D'après ce plan, le commerce sera désormais libre dans le 
bassin du Nil Blanc, à l'exclusion toutefois de l'ivoire qui demeurera le- 
monopole du gouvernement. Pour mainteuir des communications régu-^ 
lières avec le haut fleuve, il partira tous les deux mois un steamer pour 
le Bahr-el-6hazal ; d'autres iront, tous les quinze jours, de Khartoum à 
Berber, à Sennaar et à Fachoda. — Pour rextinction de la traite il 
sera créé un bureau spécial, avec un inspecteur général, deux secré- 
taires et des soldats à ses ordres ; partout où le besoin s'en fera sentir, 
le chef du bureau iqstallera des inspecteurs et un cordon militaire ; il 
aura ainsi tous les moyens de surveiller les grandes routes et les che- 
mins détournés, pour arrêter la contrebande d'esclaves aux frontières, 
n y a déjà des inspecteurs à Nuba et à Chaka ; il y en avait un à 
Fachoda, M. Berghoff, qui a été tué par les troupes du faux prophète, 
lors de l'attaque tentée contre elles au Gebel-Guebir parYoussouf- 
pacha. Des postes seront établis au Darfour, au Fazogl et dans le Gala- 
bat ; des mesures rigoureuses seront prises à l'égard des ports de la 
mer Rouge, ainsi que dans le Harar, et pour les stations intermédiaires 
de passage à l'intérieur, El-Obeld, Messalamieh, Gadaref, réputées pour 
être les principaux dépôts d'esclaves. 

Ëmin-bey, administrateur des provinces de PÊ^ypte éqaato- 
rlale, au gouvernement duquel a été ajouté le district du Sobat, s'est 
rendu chez les Chillouks, dans le territoire desquels il veut établir une 
station ; ils l'ont bien reçu, et ont offert de lui fournir les matériaux de 
construction nécessaires. Il en créera aussi une chez les Toudjs, pour 
maintenir les communications postales entre celles de Sobat et de Bor, 
de manière à avoir un courrier tous les mois. A son retour à Lado, il a 
reçu de Kabréga un présent d'ivoire, de sel et de café, avec une invita- 



— 5 — 

tion à venir chez lui, et l'offre de lui envoyer des gens pour l'escorter. 
Mbio et d'autres princes Niams-Niams et Mombouttous l'ont instam- 
ment prié de venir les délivrer des incursions des Danaglas du Bahr-el- 
Ghazal. Sa province étant tout à fait tranquille, il comptait se rendre, 
par une route inexplorée jusqu'ici, dans le Makaraka et dans le Mom- 
bouttou, oU il a dû conduire M. ISraldo Dabbene, jeune Piémontais, 
entomologiste distingué, qui avait offert ses services au gouvernement 
égyptien pour une étude spéciale sur les insectes nuisibles h l'agricultm'e 
^n Egypte, mais avait été empêché par la révolte d'Arabi-pacha d'exé- 
<^uter son projet. Il s'était rendu alors au Soudan, oU il entra en rapport 
avec Emin-bey, qui l'emmena à Lado, et l'a pris avec lui dans son 
voyage où il compte rencontrer le D' Junker. 

Avant de parler des explorations de ce dernier, nous devons communi- 
quer à nos lecteurs un rapport fait à Lupton-bey, gouverneur de la pro- 
vince du Bahr-el-Ghazal, sur la découverte d'un lac dans l'Afri- 
que centrale A l'ouest de l'Albert IVyanza, lac de la grandeur 
du Victoria. Depuis le premier voyage de sir Samuel Baker, l'existence 
d'un lac plus occidental avait été annoncée plusieurs fois, sans avoir 
jamais pu être constatée positivement. Tout récemment Rafal-Aga, 
chef d'une des stations de Lupton-bey, dans le territoire des Niams- 
.Niams, revenu d'un long voyage, a dit à son maître avoir vu, lui et quel- 
ques-uns des membres de l'expédition, un grand lac dans le pays des 
Barboas, tribu puissante, cuivrée, et vêtue d'étoffes singulières faites 
d'herbes. Il en a rapporté des spécimens dont Lupton-bey a envoyé des 
échantillons en Europe. Partie de Dem-Békir, par 6°,52' lat. N., et 
24°, 2' long. E. de Paris, l'expédition marcha pendant 20 jours vers le 
S.-O., jusqu'au Bahr-el-Makouar, qu'elle traversa après avoir visité plu- 
sieurs tles très grandes, habitées par une tribu de nègres cuivrés appe- 
lés Basangos. Le Makouar se verse dans l'Ouellé ; il est beaucoup plus 
grand que ce dernier ; après leur réunion ils coulent dans une direction 
O.-S.-O. Du Makouar, l'expédition atteignit en 10 jours de marche la 
résidence du sultan de Barboa, qui fit bon accueil aux voyageurs ; un 
trajet de quatre jours encore les amena aux bords du lac, nonuné par les 
indigènes Key-rol-Aby. Quand le temps le permet les Barboas, qui habi- 
tent à l'est du lac, le traversent en trois jours, dans de grands bateaux 
qui portent parfois jusqu'à 60 hommes ; ils reçoivent des indigènes de la 
région occidentale des perles de verre bleu, du fil de cuivre, des cauries, 
et disent que ces objets sont apportés de l'ouest par des trafiquants qui 
•emmènent des esclaves et de l'ivoire. D'après les renseignements qu'il a 



— 6 — , 

recueillis, Lupton-bey place ce lac par 3%40' lat. N., et 20\40' long. 
E. de Paris, Lorsqu'il a écrit cela, il préparait une carte de sa province,, 
et allait se rendre dans le pays de Oumboungou à 15 joui-s de marche 
à l'ouest de Dem-Siber où il se trouvait. 

Le manque de place ne nous peimet pas de donner, dans notre Bulle- 
tin mensuel, les détails de l'exploration du D' «luitker dans la région 
de rOuellé ; nous les réservons pour un prochain article spécial que 
nous accompagnerons d'une carte. Disons seulement aujourd'hui qu'il 
a particulièrement étudié, en dernier lieu, les deux rivières Gadda 
et Kibali qui forment l'Ouellé, et le Nomayo de Schweinfurth, le plus 
grand des affluents de ce fleuve ; pour lui l'Ouellé forme indubitable- 
ment le cours supérieur du Chari, taudis que l'Arouimi de Stanley est 
identique avec une rivière nommée Népoko, qui a sa source au loin à 
l'est, et tourne vers l'ouest au sud des routes conduisant du territoire 
de Mounza à Bakangaï. Il signale aussi, dans la région au sud de l'Ouellé, 
des marchandises provenant du sud et du sud-est, apportées sur le mar- 
ché de Nyangoué. Les perles bleues, le fil de cuivre et les cauries rap- 
portés par Rafaï-Aga à Lupton-bey, des bords du lac Key-el-Aby, ne 
proviennent-ils point du même marché? Après son départ de Nyan- 
goué, Stanley mentionne, parmi les suivants de Tippou-Tib, une bande 
de 300 personnes qui, sous la conduite de Bouana Chokka devait se ren- 
dre au N.-E., au Tata, le point extrême du parcours des Arabes ; ne 
seraient-ce point ceux-ci qui apporteraient les marchandises susdites, 
mentionnées expressément dans la liste que Stanley donne des aiticles 
vendus à Nyangoué ? Quoi qu'il en soit Junker a aussi entendu parler 
de l'existence d'un grand lac à une certaine distance au S.-O. de Kanna. 

Les événements d'Egypte auraient fourni à l'Abys^îHîe l'occasion 
de s'assurer, sur la mer Rouge, un débouché pour son commerce, si le 
roi Jean n'eût espéré l'obtenir sans recommencer la guerre. On sp rap- 
pelle la mission cohfiée à l'explorateur Rohlfe, et le refus de l'Angleterre 
d'intervenir en faveur du Négous, sous prétexte que celui-ci n'était pas 
en guerre avec l'Egypte. Mais, depuis la répression de la révolte d'Arabi- 
pacha par les troupes anglaises, le gouverneur britannique a engagé la 
khédive à céder au roi Jeau, moyennant redevance, le port de Ma.s- 
saoua, et n'a pas eu de peine à obtenir cette cession. Cependant, par 
une convention de 1877, que nous a révélée la publication italienne des 
documents diplomatiques relatifs à Assab, l'Angleterre a reconnu à 
rÉgypte la possession de toute la côte occidentale de la mer Rouge,, 
depuis Suez jusqu'à Ras-Afoim au delà du cap Guardafiii, et le firman 



— 7 — 

de 1879, en vertu duquel le khédive actuel a succédé à son père, lui 
interdit d'abandonner, sous aucun prétexte, aucune partie du territoire 
annexé à ses États. Le sultan, auquel le khédive a demandé d'autoriser 
cette cession, Ta refusée, et le consul anglais de Massaoua a été chargé 
d'informer le roi d' Abyssinie, que l'Egypte ne peut lui céder ce port, qui 
n'est habité que par des musulmans et a une grande importance pour 
l'Egypte, comme station navale et commerciale. Toutefois l'AngleteiTe a 
promis de faire de nouvelles démarches auprès du khédive, pour que 
celui-ci cède à l'Abyssinie le petit port de Sagu ou celui d'Arkiko, près 
de Massaoua. Le sultan consentira-t-il plus facilement à autoriser la 
cession de l'un ou de l'autre de ces ports ? Quoi qu'il en soit, l'Angle- 
terre a profité de sa position en Egypte pour reprendre le projet 
qu'avait conçu, sous l'ex-khédive Ismaïl, une société anglaise puissam- 
ment patronnée par le gouvernement, de relier la vallée du Nil à la 
côte de la m<Br Rouge. Des démarches ont été entamées au Caire, en vue 
d'obtenir la création d'une voie ferrée qui, partant de Berber, à 500 
kilom. en aval de Ehartoum, déboucherait sur la mer Rouge au port de 
Bérénice, à 100 kilom. au nord de Souakim. 

Toujours anxieuse au sujet de tout ce qui pourrait menacer la route 
des Indes, l'Angleterre s'est émue de la cession que le sultan Loelta a 
faite de Sa^palo, dans la baie de Ta^joura, à M. Soleillet, qui, après 
avoir fait mesm*er et délimiter sa concession, y a installé un comptoir, 
sous la direction de M. L. Grand, ancien élève de l'école de commerce' 
du Havre. La ville de Sagalo, à une cinquantaine de kilomètres au S.-O. 
d'Obock, est, après le port de Tadjoura, la première station de la route 
des caravanes qui se dirigent vers le Ghoa et l'Abyssinie par les lacs salés ; 
aussi comprend-on l'importance, pour les établissements commer- 
ciaux français d'Obock, d'avoir un comptoir sur ce point. Les indigènes 
y ont très bien accueilli M. Soleillet ; ils craignaient les Égyptiens éta- 
blis à Tadjoura, exposés qu'ils étaient à avoir le sort des paysans du 
Harar, qui en sont réduits à couper les caféiers, parce que leur produit 
total ne suffit pas à payer l'impôt, qui est de 80 Vo du produit brut des 
bonnes récoltes. Près de Sagalo s'élève le mont Goba, abondamment 
pourvu d'eaux vives et riche en pâturages. De cet établissement on 
peut espérer un trafic important avec les Issas Somalîs, dont Sagalo 
n'est séparé que par un petit bras de mer. La possession de Péiim, à 
l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, et celle des îles Moussa, à 18 kilo- 
mètres de la côte de Tadjoura, auraient pu rassurer complètement les 
Anglais. 



— 8 — 

La mission italienne à la tête de laquelle se trouve le comte Anto- 
nelli, s'est rendue à Obock, pour y enrôler comme escorte les indigènes 
envoyés à M. Soleillet par le roi Ménélik. Malheureusement elle ne retrou- 
vera plus à Liet Maréfla, station scientifique de la Société italienne de 
géographie^ le marquis AntinoH, qui y est mort le 27 août, à l'ftge de 
70 ans. Passionné des explorations et des sciences naturelles, il était 
parvenu à réunir des collections d'un prix inestimable pour les savants 
désireux d'étudier les produits de cette partie de l'Afrique. Depuis un 
certain temps on l'engageait à venir se reposer en Italie, mais il n'avait 
pas voulu quitter sa station avant que la Société eût pourvu à son rem- 
placement. — Ménéiilc a envoyé au roi d'Italie une lettre, dans laquelle 
il rend compte des récents combats qu'il a dû livrer, pour affranchir plu- 
sieurs peuplades voisines et ouvrir une voie de communication jusqu'à 
Eaffa. — Quant à l'explorateur Bianclii, après avoir remis au négous 
d'Abyssinie les présents du roi d'Italie, il devra se rendre & Baso dans 
le Godjam, ob la Société milanaise d'exploration l'a chargé de fonder 
une forte station commerciale, Baso étant un lieu où les Grallas des dis- 
tricts limitrophes apportent leurs produits riches et variés. De là Bian- 
chi étudiera le moyen de faciliter le passage à travers les rapides du Nil 
Bleu, soit en construisant un pont qui relierait le Godjam au pays des 
Gallas, soit en établissant un bac pour le passage régcdier des hommes 
et des marchandises. Cela fait, il laissera à la station un représentant de 
^la Société milanaise, puis, avec une forte escorte et une certaine quan- 
tité de marchandises, il se dirigera vers Assab à travers le pays des 
Assubo-Gàlias et des Danakils, inconnu jusqu'ici et en blanc sur |nos 
cartes; chemin faisant, il étudiera le cours des rivières qui descendent du 
haut plateau d'Abyssinie pour aller se perdre dans la plaine du sel. Pen- 
dant ce temps, la Société d'exploration enverra au Godjam un autre de 
ses représentants, avec des ressources en argent et en marchandises, et 
la station de Baso pourra servir de point de départ pour une nouvelle 
exploration importante vers l'ouest ou le sud. B y aura donc deux loca- 
lités centrales en communication directe avec Assab, Let Maréfia qui 
est devenu récenuuent un centre commercial, et Baso. Le comte Salim- 
beni, ingénieur, et le professeur Licata de Naples, feront partie de l'expé- 
dition. 

Un grand mouvement s'est produit dans la station missionnaire de 
Magila, dans l'OusamliaFa S et à Mbouego, localité voisine oh il y 

* Voir la carte, I" année, p. 112. 



— 9 — 

avait une mosquée et une école musulmane. Les chefe de la communauté 
mahométane de Magila demandèrent un jour une entrevue à M. Farler, 
un des missionnaires de ce lieu, et se rendirent chez lui avec une cin- 
quantaine d'anciens. Us lui dirent qu'après avoir tenu conseil, ils 
s'étaient décidés à faire fermer la mosquée et avaient congédié l'institu- 
teur, pour envoyer chaque jour les enfants à l'école des missionnaires ; 
eux-mêmes voulaient se rattacher à la conmiunauté chrétienne. Le chef 
du grand district d'Ousiangala vint aussi faire une déclaration analogue 
au nom du peuple de Tengoué, et demander une école. Cette dernière 
ville a im marché où affluent tous les neuf jours deux mille personnes au 
moins, pour y trafiquer. D'autres villes encore désirent avoir des écoles. 
— La station de Oumba, dans l'Ousambara également, ayant perdu 
M. Wilson, dont l'école comptait 150 élèves, la mission des Universités y 
a envoyé, au commencement de novembre, M. Woodward accompagné 
du Rev. James Chala Salfey, ancien esclave, qui, après avoir fait de fortes 
études et d'excellents examens, a été consacré par l'évêque d'Oxford. 

Depuis l'établissement des missionnaires romains à Tabora^ dans la 
propriété acquise par eux de M. le D' Van den Heuvel, ils ont fait 
l'expérience de l'utilité que pourra avoir ce poste, pour les communica- 
tions avec les stations déjà fondées au bord des gi-ands lacs Victoria et 
Tanganyika. Ils ont proposé aux missionnaires anglais d'Ouyouy, chez 
Miranibo, une entente pour l'expédition des courriers, de manière à ce 
qu'il y ait un çervice régulier tous les mois. Ils espèrent pouvoir faire un 
arrangement semblable pour la station de Roubaga. Us songent aussi à 
développer la culture et l'industrie du coton qui pousse là- spontanément ; 
jusqu'à présent personne ne l'exploite. Chaque année de nombreuses 
caravanes vont chercher à grands frais, à la côte, les cotonnades d'Angle- 
terre et d'Amérique, tandis qu'on pourrait utiliser le coton indigène. 
Les nègres sont encore trop peu industrieux pour le faire, et les com- 
merçants arabes et autres ont tout intérêt à les laisser dans leur igno- 
rance. Les missionnaires comptent employer une partie des enfants de 
l'orphelinat de Tabora à la culture, à la filature et au tissage du coton, 
aussi demandent-ils qu'on adjoigne aux prochaines caravanes des caté- 
chistes formés à filer, à monter un métier à tisser, à le manœuvrer, et 
qui connaissent aussi un peu la teinturerie. 

La station de Slasasii de la mission des Universités, a été attaquée 
par les Wagwangwaras, tribu du nord-est de l'extrémité septentrionale 
du Nyassa ; ils ont tué l'instituteur, natif de Zanzibar, deux catéchistes, 
anciens esclaves libérés, et quatre enfants; d'autres furent blessés; beau- 



— 10 — 

coup de personnes s'enfuirent dans Içs forêts et sur les collines voisines, 
d'autres se réfugièrent dans la maison des missionnaires, qui heureuse- 
ment était entourée d'un mur de pierre. Les pillards prirent tout ce qui 
leur tomba sous la main, et s'emparèrent de 40 personnes. Ils avaient 
saccagé le temple, mais quand ils apprirent que c'était la maison de 
Dieu, ils en rapportèrent les objets sacrés. Un certain nombre de prison- 
niers purent être rachetés, et les Wagwangwaras promirent d'attendre, 
à 100 kilom. de Masasi, la rançon des autres; cependant, attaquée par 
une tribu du voisinage, ils se sont retirés dans leur pays, en emmenant 
avec eux les prisonniers, ce qui rendra le rachat de ceux-ci beaucoup 
plus difficile. 

Les journaux politiques ont suffisamment parlé des affaires de Mada- 
g^ascar pour que nous puissions nous dispenser d'y revenir. Mais 
comme, dans ce moment, l'attention du public se porte beaucoup sur les 
questions coloniales, nous donnons avec ce numéro une carte g^né- 
pale d'Afrique, où sont marquées les possessions des divers États 
européens, ainsi que les stations civilisatrices. 

Le manque de bras pour la culture des terres à Mayotte, ïVossi Bé 
et la Réunion, a fait désirer à la population de ces colonies fra.nçai- 
ses, que la prohibition d'importer des travailleurs afiricains engagés fût 
abrogée, et que l'on pût en recruter sur la côte d'Afrique, pour le tra- 
vail libre. Mais il est presque impossible de conclure, avec les princes 
nègres ou avec le Portugal, des traités pour le recrutement de travail- 
leurs libres, sans favoriser ni développer la chasse à l'homme sur le con- 
tinent. En eflfet pour fournir, contre de l'argent, des immigrants libres, 
les princes africains feraient des guerres à l'intérieur. Le Portugal, 
auquel il avait été demandé d'étendre à la Réunion l'émigration qui se 
fait de Ibo, sur la côte, pour Mayotte et Nossi Bé, a refusé d'autoriser 
cette extension ; il a envoyé des instructions aux autorités de Mozambi- 
que, pour qu'elles exercent une surveillance stricte sur l'émigration dans 
ces deux dernières îles. 

Le missionnaire Beuster a fait jusqu'au Limpopo plusieurs voyages 
de reconnaissance, dans l'intention d'étendre jusqu'à ce fleuve le champ 
des missions de Berlin dans le Transvaal septentrional. 
Le Limpopo forme la limite entre la tribu des Bavendas, au milieu des- 
quels il travaille, et celle des Bakalangas, qui ont une autre langue et 
d'autres mœurs. Les montagnes et le haut plateau qu'il a traversés, 
au-delà des Zoutpansberg, pour atteindre la ville de Tchakadza, sont très 
froids; le 27 août de l'année dernière, au milieu de l'hiver de cette région 



— 11 — 

tropicale, le froid était si intense que les chèvres et les moutons des 
habitants mouraient en grand nombre; deshœufis même y succombaient. 
Le pays est très riche en toutes sortes d'arbres; les Bavendas qui 
accompagnaient le missionnaire en ont compté 120 espèces diflférentes, 
palmiers-éventails, dattiers et autres, mahagonis, baobabs tous plus 
grands les uns que les autres, etc. La capitale est construite sur le mont 
Tchongané, entouré de rochers abrupts et de hautes cimes. Le coton 
croît en abondance dans le pays, les indigènes le filent et en font un 
objet de trafic ; le gibier abonde ainsi que les arbres fruitiers ; il y a égale- 
ment de bons pâturages. La tsetsé qui, d'après les cartes, devait s'y 
trouver autrefois, ne s'y rencontre plus aujourd'hui. — Un autre mis- 
sionnaire allemand du Transvaal septentrional, M. Baumbach, a visité 
les lacs salés d'où les monts Zoutpansberg tirent leur nom, et a constaté 
que les Boers commencent à les exploiter. Jusques à ces derniers temps on 
ne prenait que le sel qui s'était formé à la surface par l'évaporation, 
mais maintenant les Boers creusent des fossés de 2'* de profondeur, dans 
lesquels l'eau salée se rend et se cristallise ; ils mettent ensuite le sel en 
tas, le lavent et le sèchent au soleil; d'autres le font cuire dans de gi'ands 
pots de fer; il devient alors d'une blancheur éclatante et aussi fin que le 
plus beau sel de table. 

Un peu plus au sud, Hapoch, chef indigène, refuse de recoimaître la 
commission des territoires des natife, instituée ensuite de la convention 
conclue entre le Transvaal et l'Angleterre, et ne veut ni payer les 
impôts, ni obéir aux lois; il se prétend l'égal du gouvernement. Il 
refuse entre autres de livrer Maupoer, le meurtrier de Secocoeni, qui s'est 
réfugié auprès de lui. Son fils a très mal reçu le représentant des Boers 
et M. Hudson, le résident anglais, venus pour parlementer. A la tête 
d'un certain nombre de chefs natifs, retranché dans ses montagnes 
pleines de grottes et entourées d'un labyrinthe de retranchements où 
l'on ne peut pénétrer qu'avec un guide, il brave le gouvernement qui 
a dû lever des troupes pour marcher contre lui. Sa retraite est 
presque imprenable; un premier assaut a été repoussé, et Mapoch, se 
considérant comme vainqueur, exige que les Boers du voisinage lui 
paient tribut. Il peut en résulter de graves embaiTas pour le gouverne- 
ment du Transvaal, encore trop faible pour obtenir, des autorités de la 
baie de Delagoa, la répression de la contrebande très active de fusils, 
munitions, boissons et marchandises, apportés aux natifs par les Cafres 
de ces possessions portugaises. 

La situation du Liessouto est toujoui*s très critique. Les assurances 



— 12 — 

que le général Gordon a données à Massoupa, des intentions amicales dir 
gouvernement anglais, n'ont fait qu'aifermir ce chef dans ses idées de 
résistance et l'on peut craindre qu'une nouvelle rébellion n'éclate pro- 
chainement. Néanmoins l'école normale de Morya, dirigée par M. Mabille^ 
s'est rouverte ; Lerotholi y a envoyé son fils aîné avec sept autres jeunes 
gens. Le comité des missions de Paris a décidé que M. .Boegner, direc- 
teur actuel de l'œuvre, partira au mois de janvier pour aller visiter les 
stations françaises. Deux jeunes • missionnaires neuchâtelois viennent 
d'entrer au service de ces missions : l'un, M. E. Jacottet, pour le Lessouto,, 
l'autre, M. Jeanmairet, pour accompagner M. Coillard au Zambèze et y 
travailler avec lui. M. Coillard ayant dit un jour, pendant son dernier 
séjour en France, qu'il avait perdu un de ses compagnons de voyage, 
faute d'un canot en fer, qui lui eût permis de faire chercher promptement 
à son quartier le quinquina dont il aurait eu besoin pour soigner le 
malade, plusieurs personnes de Nantes ont eu l'idée de lui en donner 
un, et l'ont fait construire sur ses indications. D est en tôle d'acier, et se 
démonte en pièces assez légères poui* ne pas excéder la charge ordinaire 
d'un mulet. U a un peu plus de 8 mètres de longueur, et se divise en 
huit tranches dont les quatre du milieu sont cylindriques et identiques, 
de manière qu'on peut, au besoin, supprimer l'une ou l'autre, ou en 
intervertir l'ordre, sans que l'assemblage en souffre. Il porte des caissons 
à air, qui le rendent insubmersible pour le cas oîi il chavirerait ; il peut 
contenir de 6 à 8 personnes et une quantité suffisante de bagages. 
L'essai en a été fait avant de l'expédier ; il a été rempli d'eau, et l'on a 
constaté qu'il flotte parfaitement ; six hommes ne peuvent le faire enfon- 
cer. U porte à l'arrière les mots : Messager de paix, — Église de Nantes. 
M. Combep a écrit de Ntombo, sur le Congo, qu'il a fait une course 
à Stanley Pool, afin d'y préparer un établissement pour la mission 
baptiste, sur un terrain cédé par M. Braconnier, chef de la station de 
Léopoldville, à 10 minutes de Ntamo, ville populeuse et résidence de 
Ngaliéma*, principal chef des Batékés. Elle est le centre d'un commerce 
important ; un quartier à part est destiné aux Bayansis qui, des villes du 
Choumbiri, descendent le Congo dans leurs flotilles de canots, pour ven- 
dre leur ivoire à Ngaliéma ; à son tour, celui-ci le vend aux Bazombos, aux 
Makoutas et aux Babouendés qui habitent en aval. M. Robert Arthington, 
de Leeds, a donné à la Société des missions baptistes, pour le service du 

^ Est-ce le chef dont le nom se trouve au bas du traité conclu par Savorgnan 
de Brazza avec Makoko ? 



— 13 — 

Congo moyen, un vapeur (le Peace\ du poids de six tonnes, construit 
d'après les dessins de M. Grenfell et de Stanley. Il ne tire que 0",30 
d'eau, a deux machines, et sa vitesse moyenne est de 20 kOom. à l'heure ; 
si Tune des machines est endommagée, on peut epcore obtenir lOkilom. 
de vitesse pendant la réparation. Il peut être démonté en 800 pièces, 
d'un poids ne dépassant pas les forces d'un porteur ; il. sera expédié 
démonté à l'embouchure du Congo, et de là 800 hommes le transporte- 
ront à Stanley Pool. Actuellement le trajet de Banana au Pool peut se 
faire en 20 jours : de Banana à Moussouca par steamer hollandais ou 
missionnaire ; de Moussouca à Baynesville (station baptiste à 20 kilom. 
en aval de la rivière Kivilo) par la route de Paraballa ; de Baynesville à 
Manyanga par bateau missionnaire en acier; enfin de Manyanga à 
Stanley Pool par la route de Stanley le long de la rive droite du fleuve 
jusqu'aux cataractes d'Inkissi, oîi l'on traverse le Congo au-dessus des 
chutes ; puis, par terre, le long de la rive gauche, à travers le pays des 
Bavoumbous qui ont un caractère pacifique, tandis que les Batékés 
de l'autre rive sont très sauvages. M, Comber loue beaucoup Stanley 
pour avoir construit la route le long des cataractes ; auparavant les 
missionnaires baptistes ont vainement cherché à atteindre Stanley Pool 
par terre depuis San Salvador, les natife, trafiquants d'ivoire, les en ayant 
toujours empêchés. Des trois premières stations qu'elle a le long du 
Congo, Moussouca, Isanghila et Manyanga, la Société baptiste renon- 
•cera aux deux premières qui ne lui servent guère que de dépôts, et en 
créera deux autres nouvelles, l'une, entre Moussouca et Vivi, à Wanga- 
wanga, pour servir de lieu de débarquement à la mission de San 
Salvador, l'autre, à Baynesville en amont d'Isanghila. La route qui 
unira ces deux nouvelles stations est un peu plus longue que celle de 
Vivi à Isanghila, mais elle n'ofite pas les inconvénients auxquels on est 
exposé par celle-ci, surtout au point de vue de l'approvisionnement de 
gi-audes colonnes de porteurs, à travers cette partie de pays peu peuplée ; 
-en outre elle a l'avantage de passer par les stations de la Liviugstone 
Inland Mission, ParabaUaet Banza Mantéka. 

Nous ne reviendrons pas sur les faits par lesquels le monde poUtique 
^t scientifique français a témoigné h Savorg^nan de Braasza sa 
reconnaissance pour les services qu'il a rendus à la cause de l'explora- 
tion et de la civilisation de l'Afrique, ni sur la ratification du traité 
conclu avec Makoko; mais nous ne tairons pas la satisfaction avec 
laquelle nous avons entendu le gouvernement français s'exprimer au 
«ujet de l'expédition qui va être envoyée à Brazzaville, sous la direction 



— 14 — 

de Savorgiian de Brazza; elle sera chargée de fonder des stations: 
scientifiques, hospitalières et commerciales, sans autres forces militaires 
que celles strictement nécessaires à la protection des établissements qui 
seront successivement créés. Le comité national français de l'Associa-^ 
tion internationale africaine, a remis au gouvernement de la Répu-^ 
blique, avec l'assentiment de S. M. le roi des Belges, les trois stations 
qu'il avait fondées sur TOgÔoué, l'Alima et le Congo. Il ne lui reste plus 
que la station de Condoa, près de la côte orientale. 

Fle^el continue son exploration avec une persévérance infatigable^ 
et paraît vouloir laisser de côté la ville de Yola, capitale de l'Adamaoua, 
où Barth, en 1851, fut obligé de rebrousser chemin, et où lui-même, il y 
a trois ans, ne fut pas bien accueilli. Le 4 mai il était à Béli, à l'ouest 
de Wukari, au sud du Bénoué, d'où il écrit aux Mittlidlungen de 
Gotha : a J'avance lentement mais sûrement vers mon but, quoique à 
grands fixais. J'ai surmonté le misérable état de santé où je me suis 
trouvé pendant des semaines, plusieurs de mes gens m'ont été infidèles, 
mais en somme j'avance. Je ne suis plus qu'à onze jours de marche de 
Kontcha, dans l'Adamaoua méridional. Le pays est montagneux, mais 
beau et agréable. Des bateliers m'ont fait traverser le Bénoué le 10 avrils 
entre Ibi et Danfouza; il avait peu d'eau et beaucoup de sable. Wukari 
est beaucoup plus peuplée qu'en 1879 ; elle est remplie de Haoussas qui 
mettront bientôt tin à l'indépendance du royaume de Kororofa. De là, 
j'ai gagné Bantandji, qui appartient à un gouvernement nouvellement 
formé du royaume de Sokoto, et dont le chef-lieu est Bakoundi. Il a été 
fondé par un chef, Bourba, chassé de Mouri, qui l'a agrandi et y règne 
avec une grande puissance. De Bantandji j'ai atteint, en quatre jours 
de marche, Bakoundi, à travers une forêt où retentit jour et nuit le 
rugissement menaçant des lions ; puis, en un jour et demi, Béli sur le 
Kogin-Tarabba qui se jette dans le Bénoué. Cette ville appartenait 
autrefois au royaume de Djoukou ; il y a encore un roi de cette tribu. 
J'ai obtenu des renseignements sur des cannibales et des nains qui doi- 
vent habiter au loin au S.-E. Demain nous continuerons notre marche 
vers l'Est. » Le comité de la Société africaine allemande voudrait qu'il 
se dirigeât vers le S.-E. pour explorer la ligne de partage des eaux» 
encore inconnue, du Bénoué, du Chari et du Congo. 

M. le sous-inspecteur Prétorius, M. Preiswerk et M. le D*" Mâhly» 
envoyés par la Société des missions de Bâle pour visiter les station» 
b&loises de la côte de Guinée, sont arrivés à Accra en bonne santé,, 
le 17 novembre. Ils ont fait la traversée avec l'évêque Cpowtlier qui 



— 15 — 

retournait au Niger; il avait avec lui deux de ses petits-fils, dont l'un a 
étudié à Cambridge, est maître es arts, et a déjà fait imprimer un 
« Essay » sur Sierra Leone, dans lequel il demande que l'instruction 
publique y soit perfectionnée ; l'autre a appris en Angleterre l'imprime- 
rie et la photographie, pour exercer ces professions à Lagos. L'évêque 
avait encore avec lui deux jeunes nègres élevés en Angleterre, l'un lui 
aidera pour la mission du Niger, l'autre sera commerçant à Sierra 
Leone. M. Crowther approuve beaucoup la Société des missions de Bâle 
d'avoir introduit l'industrie européenne dans ses stations; il estime que 
toutes les écoles de garçons, en Afrique, devraient avoir en même temps 
des classes industrielles et agricoles. Miss Nassau, attachée depuis long- 
temps à la station missionnaii-e américaine du Gabon, et qui y retournait 
par le même navire, a également approuvé le système des stations bâloi- 
ses qui, par leur industrie, ont rendu de grands seiTÎces à toutes les 
missions de l'Afrique occidentale. Les menuisiers et les serruriers 
d'Accra, a-t-elle dit à M. Prétorius, sont recherchés partout. M. le 
D' Mâhly a pu obtenir de très utiles renseignements de M. le D' Smith, 
établi depuis 16 ans à Sierra Leone, et qui a fait le voyage avec les délé- 
gués bâlois. L'évêque Crowther a encore émis, sur l'état religieux de la 
Guinée septentrionale, un jugement qu'il est bon de noter. « Beaucoup 
de voyageurs, » a-t-il dit, « tiennent tous les Africains vêtus de la lon- 
gue robe musulmane pour des adhérents réels du mahométisme ; c'est 
une erreur; des milliers de nègres portant ce costume adorent encore 
les fétiches. En outre, les Afiicains qui ont passé à l'islamisme ne sont 
pas aussi inaccessibles qu'on le croit communément à la vérité chré- 
tienne. Beaucoup de ces mahométans fréquentent notre culte, et y con- 
tribuent pour des constructions ou des agrandissements de locaux; 
beaucoup de chefs, et même des prêtres lisent avec intérêt la bible en 
arabe. » Un nègre, M. Johnson, aide de l'évêque Crowther, a été étudier 
l'arabe en Palestine, pour travailler parmi les mahométans du Niger. 

L'exploitation des mines de la Côte d'Or prend uu développement 
de plus en plus considérable. Après avoir çu à lutter pendant trois ans 
contre toutes sortes de difficultés: climat, transport, installation de 
machines, traitement du minerai, etc., les premières compagnies com- 
mencent à envoyer de l'or en Europe; elles achètent de nouvelles 
concessions pour étendre leurs propriétés. Axim est devenu le centre de 
de ce vaste champ aurifère; un véritable marché d'or s'y est établi. Les 
dernières nouvelles fournies par le Bulletin des Mines y signalent une 
affluence exceptionnelle d'Européens et d'indigènes : les Euro^péens à la 



— 16 — 

recherche de concessions, les rois et chefs indigènes dans le désir de 
tirer le meilleur parti possible de la valeur qu'a données à leurs 
richesses, jusqu'alors inexploitées, l'initiative de la Compagnie minière 
de la Côte d'or d'Afrique. Il n'y a pas moins de vingt sociétés à l'œuvre 
aujourd'hui, le rendement de l'exploitation des premières compagnies 
dépassant toutes les prévisions. 

M. Btltigkofer, assistant au musée de Leyde, a fait récemment, 
à la société de géographie de Berne, un rapport détaillé sur l'état 
politique et social de la Hépublique de Lilbéria, oU il a passé plusieurs 
années. D en ressort que les engagements financiers contractés par le 
gouvernement libérien envers l'Angleterre, et des dédommagements 
réclamés par celle-ci pour des trafiquants anglais qui ont perdu des 
marchandises dans une guerre en 1871, ont mis la république dans une 
situation précaire. Au printemps de 1882, l'Angleterre chercha à obtenir 
ce dédommagement par la force, en menaçant Monrovia d'un bombar- 
dement, et réclama comme compensation les territoires appartenant à 
Libéria dans les pays de Manna, de Galhna et de Kassa. Après de 
longues négociations, elle a consenti à ajourner jusqu'en 1886 le moment 
où elle fera usage de son droit. Au point de vue social, l'état de 
Libéria laisse aussi beaucoup à désir.er, malgré les progrès déjà réalisés 
et les efforts faits par les musulmans et surtout par les missionnaires 
américains pour relever les indigènes. Quoique la loi interdise l'escla- 
vage, beaucoup de Libériens ont des domestiques (boys) dont le sort 
diffère peu de celui des esclaves. Le système de crédit, reposant sur la 
maxime que l'homme le plus riche est celui qui a le plus de dettes, est 
ruineux au fond. En outre, la contrebande et l'eau-de-vie font beaucoup 
de mal aux producteurs et aux fermiei-s. Un des obstacles au progrès de 
la civilisation à Libéria provient de l'impossibilité pour les Européens 
d'y acquérir légalement du terrain pour des plantations de café. Le 
genre de vie, l'habitation, le costume, tout est très simple; le vêtement 
des femmes toutefois fait exception ; elles s'habillent à la dernière mode 
de Paris. Les vêtements confectionnés sont un des principaux articles 
d'importation ; parmi ces derniers, les étoffes dans lesquelles l'apprêt 
est tout sont les plus recherchées ; le nègre ne comprend pas la diffé- 
rence qu'il peut y avoir dans la qualité des marchandises ; il veut tout 
avoir pour un certain prix, et donne un shelling pour un mouchoir, 
un chapeau, un mètre d'étoffe, ne s'inquiétant pas si celle-ci est bonne 
ou mauvaise, si elle dure peu ou longtemps. 

Grâce à la loi française, qui assure la liberté à tout esclave touchant 



— 17 — 

le sol français, il s'est produit dans la banlieue de Saint-Liouis une 
augmentation considérable du nombre des esclaves libérés ; mais cette 
circonstance ofire de sérieux embarras au point de vue de l'hygiène ; en 
outre il est difficile de fournir de Toccupation à ces hommes, que leur 
position antérieure n'a pas préparé au travaU libre. Pour y remédier, et 
en l'absence du gouverneur, M. Servatius, qui vient seulement d'arriver 
à Saint-Louis, le ministre de la marine et des colonies a prescrit de 
rechercher s'il ne serait pas possible de les grouper dans les territoires 
qui avoisinent le littoral, entre Saint-Louis, Rufisque et Dakar, en leur 
donnant, sous des conditions à déterminer, des concessions dans la 
mesure de leur activité. En créant des villages indigènes, et en habi- 
tuant ces affranchis, sous une direction intelligente, à un travail régulier 
qui leur serait profitable, on développerait en eux le sentiment de la 
solidarité, et ils pourraient devenir capables d'exercer une bonne 
influence sur les autres natifs. 



NOUVELLES GOMPLËMENTAIRES 

Une œuvre de mission a été commencée chez les Kabyles de l'Algérie, mahomé- 
tans moins fanatiques que les Arabes, sédentaires, industrieux et généralement 
pacifiques. M. Mayor, aidé d'un missionnaire anglais, M. Pearse, a été appelé dans 
trois villages kabyles, où on lui a offert de prêcher dans la mosquée. 

Le général de division Thomassin doit visiter les ksours de l'est de la province 
d'Oran, pour voir si les tribus déportées et internées dans le Tell, pendant la der- 
nière insurrection, ne pourraient point être replacées sur leurs anciens territoires, 
et s'il ne serait pas possible de faire de nouveau alliance avec les chefs du sud, 
qui occupent la ligne conduisant aux oasis du centre africain. 

M. A. D. Langlois, membre de la Société de géographie d'Oran, a commencé la 
publication d'une carte économique et administrative de l'Algérie, au Vsooooo, pour 
laquelle il a visité chaque localité, afin de contrôler sur place les renseignements 
qu'il possédait. La partie consacrée à la province d'Oran est achevée; celles des 
provinces d'Alger et de Gonstantine sont en préparation. 

M. Tarry, membre de la Commission du chemin de fer trans-saharien, a commu- 
niqué à la Société de géographie de Paris une carte manuscrite, au Vtooooo^ de la 
partie du Sahara algérien qui comprend le cercle de Laghouat, dont relèvent les 
oasis de Metlili et de Goléah, ainsi que celles du Mzab et de la vallée de Ouargla. 

M. Manem, ingénieur hydrographe, a terminé la première partie de la mission 
dont le ministre français de la marine l'avait chargé sur les côtes de la Tunisie. 
Les travaux, interrompus pendant l'hiver, seront repris au mois de mai. 

Huit brigades topographiques ont été organisées à Tunis pour faire, dans la 



— 18 — 

Régence, les levés de certaines parties non parcourues jusqu'ici. Elles ont dû 
commencer leurs opérations le 1^' décembre. 

Le gouvernement prussien a chargé M. le D' J. Schmitt, disciple de Mommsen, 
d'une mission épigraphique en Tunisie, où il doit recueillir les inscriptions qui 
n'ont point encore été relevées, pour en enrichir le supplément au YIII"* volume 
du Corpus inscriptionum latinarum, que l'Académie de Berlin publiera bientôt. 

Un câble sous-marin relie maintenant Zarzis à Sfax, par Djerba et Gabès. Il est 
probable qu'il sera prolongé jusqu'à Tunis. 

Malgré l'abandon du gouvernement, M. de Lesseps n'a point renoncé à l'idée de 
créer une mer intérieure dans les chotts. Il a remis au gouvernement français une 
note de M. Roudaire, demandant qu'on n'aliène pas les terrains qui pourraient 
être ultérieurement nécessaires à la mise en œuvre de son projet, s'il parvient, 
comme il en a la conviction, à en démontrer la possibilité. M. Roudaire va repartir 
pour la Tunisie, avec un groupe d'ingénieurs et d'entrepreneurs. 

La Compagnie du canal de Suez a décidé de créer à El-Kantara, à Timsah et 
au kilom. 133, trois grandes stations, pouvant recevoir à la fois de 50 à 60 
navires. D'autre part, une société anglaise se propose d'en ouvrir un autre 
commençant entre Alexandrie et Aboukir et se dirigeant vers Suez, par Tantah et 
le Caire. Mais M. de Lesseps af&rme que la Compagnie a le monopole des com- 
munications entre les deux mers, ce qui exclut la possibilité d'une concurrence. 

Une réunion organisée par la Société anglaise pour l'abolition de l'esclavage a 
adopté une résolution, invitant le gouvernement à exiger l'exécution des décrets 
qui abolissent l'esclavage et interdisent la traite dans toute l'étendue de l'Egypte. 
M. Gladstone a répondu qu'il profitera de toutes les occasions possibles pour en 
assurer la suppression. 

M. d'Arnaud-Bey, qui a exploré la région du Nil Blanc de 1840 à 1842, a dressé, 
d'après ses levés et ses observations astronomiques, une carte de ce pays jusqu'au 
4'',35' lat. nord. Indépendamment de sa valeur géographique^ elle pourra servir de 
base à une étude des changements qui se sont opérés dans le cours du Haut-Nil 
depuis 40 ans. 

n s'est constitué récemment une Société commerciale colonisatrice pour Assab, 
avec un capital de 5,000,000 de fr. pour 30 ans. Le gouvernement italien lui a 
accordé l'exemption des droits de douane sur le territoire d' Assab. 

M. Severino Fagioni, négociant de Gênes, a soumis au gouvernement italien un 
projet relatif à la fondation d'une colonie industrielle à Assab, où des Génois se 
rendront probablement au commencement de l'année 1883. 

Le D' Fischer, de Zanzibar, a dû quitter en novembre la côte orientale, pour son 
expédition au Kilimandjaro et au Eénia, et de là au lac Sambourou, la station 
extrême des trafiquants arabes; il restera là le temps nécessaire pour faire des 
collections scientifiques et des excursions dans les territoires environnants, en par- 
ticulier, si possible, dans celui des Boranis Gallas, non loin du fleuve Djouba. — 
J. Thomson est parti de Londres à la fin de novembre pour Zanzibar, afin 



— 19 — 

d'y organiser la caravane avec laquelle il se rendra en mai de Pangani aux mon-» 
tagnes neigeuses de l'Afrique orientale et au Victoria Nyanza. Comme il ne pourra 
que difficilement se procurer des provisions en route, il devra porter tous ses vivres 
avec lui. — Outre ces deux explorateurs, la région du Kiliman(^aro et du Eénia en 
verra arriver un troisième, M. le baron von Mûller qui, après avoir étudié en der- 
nier lieu le pays de Harar, se propose de se rendre aussi aux montagnes neigeuses 
africaines. ' 

Chouma, l'ancien serviteur de Livingstone, eât mort. 

Dans notre dernier numéro, nous avons raconté la marche de l'expédition du 
D' Pogge et du lieutenant Wissmann jusqu'à Muquengué. De là ils ont atteint 
Nyangoué sur le Loualaba. Poursuivant sa route vers la côte orientale, M. Wiss- 
mann est arrivé à Zanzibar, ayant ainsi traversé toute l'Afrique de l'ouest à l'est. 
Le D' Pogge est revenu à Muquengué, pour y établir une station scientifique et 
hospitalière au nom de la Société africaine allemande. — Le gouvernement de l'em- 
pire allemand a porté à 125,000 francs la subvention en faveur des (explorations 
entreprises par cette société. 

M. Giraud a quitté Zanzibar, pour commencer son expédition au lac Bangouéolo. 

M. Storms, envoyé par l'Association internationale africaine pour remplacer, à 
Earéma, M. Ramœckers, est heureusement arrivé à Tabora. 

Après avoir accompagné jusqu'à Makourou, sur la route de Mpouapoua, la 
caravane des missionnaires pour le Victoria-Nyanza et le Tanganyika, M. Hore est 
revenu à Zanzibar, pour y recevoir le bateau en acier destiné à la station d'Oud- 
jidji. Celui-ci fut démonté pour le transport, puis M. Hore se remit en marche avec 
220 porteurs pour rejoindre l'avant-garde qui, aux dernières nouvelles, avait déjà 
dépassé Mpouapoua. 

M. Hore aura le commandement de la flottille missionnaire d'Ou(^idji, et sera 
secondé par le pilote Swann. MM. Penry et Jones se rendront au-delà du lac, à 
Boutonga, dans l'Ougouha, auprès de M. Griffith, demeuré seul depuis le départ 
de M. Hutley. Deux missionnaires artisans, MM. Brooks et Dunn, établissent une 
station industrielle à l'extrémité sud du lac. 

Le D' James Stewart a terminé l'exploration de la partie nord-est du Nyassa, 
sans réussir à y trouver un port Après cela, il a repris les travaux de la route de 
ce lac au Tanganyika, dont il a déjà construit 12 kilom. à partir de Karonga ^ 

Le niveau du Nyassa a remonté, en sorte que l'iZoZa, cédé à l'Afrikan Lakes 
Company, a pu, sans danger, naviguer sur le Chiré. 

Le P. Depelchin a fondé à Tati une école que fréquentent assidûment une tren- 
taine d'élèves, grands et petits. La station de'Panda-Matenka voit arriver tous 
les huit jours des noirs des rives du Zambèze, qui suivent régulièrement les 
instructions des missionnaires. Lorsque des renforts seront arrivés, le P. Depelchin 
ira organiser les stations au delà du Zambèze. 

^ y. la carte, II^" année, p. 148. 



— 20 — 

M. Sforitz Unger négocie à Lisbonne avec le gouvernement portugais, au sujet 
de la section du chemin de fer de la frontière du Transvaal à la baie de Delagoa. 

L'exploitation des mines de Kimberley souffre beaucoup de l'augmentation inces- 
sante du prix de la main-d'œuvre, en même temps que de la baisse du diamant. 
Tandis que le prix moyen du diamant a baissé de 76 fr. à 40 fr. le karat, le prix 
de la main-d'œuvre a quadruplé ; les hommes que l'on payait 12 fr. par jour en 
reçoivent actuellement 60. 

Une commission spéciale a présenté au Volksraad de l'État libre un mémoire, 
pour recommander la construction d'un chemin de fer de Blœmfontein à Harri- 
smith, reliant ainsi la colonie de Natal à la république du fleuve Orange, en vue 
de fournir à celle-ci le combustible nécessaire au développement de l'exploitation 
minière et de l'agriculture. « 

Une maladie provenant de fatigue vient d'enlever subitement à la colonie de 
Natal M. l'ingénieur Molyneux, qui a rendu de grands services par l'exploration 
des houillères de la colonie du Gap, de l'État libre, du Transvaal et surtout de 
celles du voisinage de Dundee, et par la constitution de la Compagnie destinée à 
exploiter ces dernières. 

Une dépêche de Durban annonce que Cettiwayo a signé les conditions de la 
restauration de son gouvernement dans le Zoulouland. Il est actuellement au Cap 
et compte se rendre au commencement de janvier à Port Durnford, où il sera 
transporté par une canonnière anglaise. Le résident anglais le recevra et l'ac- 
compagnera jusqu'à Ouloundi, où il sera réintégré dans la dignité royale, et repren- 
dra l'autorité suprême sur la partie du Zoulouland qui lui est rendue. 

La plupart des villes de la colonie du Cap sont désolées par une épidémie de 
petite vérole, qui exerce surtout ses ravages parmi les indigènes. 

Quoique Baïlounda soit sous le 12^ au sud de l'équateur, son altitude lui assure 
un climat salubre, qui permettra aux missionnaires américains de se dispenser 
d'établir un sanitarium. Au milieu de juillet, ils étaient obligés de faire du feu 
tout le jour pour se chauffer, et chaque nuit il y avait une forte gelée. 

Il s'est fondé à Stettin une société pour la colonisation; elle portera d'abord 
son attention sur la côte occidentale d'Afrique, entre le Cap Lopez et Ambriz. 

M. Thollon, Eous-chef de l'École de botanique au Musée d'histoire naturelle de 
Paris, est chargé d'une mission au Gabon, où il devra recueillir des collections 
représentant le cycle complet de la végétation de la colonie. 

La Compagnie coloniale de l'Afrique française, qui se proposait de concourir à 
l'exploration et à la colonisation de l'Afrique, a dû renoncer à cette œuvre; néan- 
moins, elle publiera, en 23 feuilles, une carte de ce continent, où seront marquées 
les grandes explorations faites depuis 20 ans. 

Le ministre de la marine française a prononcé le retrait de la concession des 
îles Munda, au Gabon, faite précédemment à un commerçant du Havre. 

Des indigènes du Gabon ont empoisonné plusieurs commerçants portugais. 
D'autres ont attaqué des factoreries portugaises, françaises, anglaises et hollan- 



— 21 — 

daises des environs de Cabînda et de Molemba ; une corvette portugaise les en a 
châtiés. 

^Exploration annonce que l'expédition organisée par M. Hogozinski est partie, 
le 13 décembre, du Havre pour l'Afrique. Il paraît que les obstacles qui, d'après 
le Nouveau Temps de Saint-Pétersbourg, avaient engagé à y renoncer, ont pu être 
levés. 

Une guerre est imminente entre les habitants du Vieux Calabar et ceux d'Amon, 
le marché le plus avancé dans l'intérieur, le long de la Cross River. La cause en 
est une offense faite par ces derniers à un chef puissant du Vieux Calabar, dont 
ils ont fait sombrer un bateau et tué les sujets qui le montaient. 

Le consul anglais de Bonny, M. Hewitt, doit se rendre à l'intérieur pour punir 
des natifs qui ont attaqué une factorerie anglaise, l'ont pillée et détruite, et ont 
tué neuf employés. 

M. Quinemant, membre de la Société de géographie commerciale de Paris, a 
rejoint le capitaine Mattei, agent consulaire français à Brass, qui a remonté le 
Niger jusqu'à Lokodja, puis le Bénoué jusqu'à Loko, à 120 kilom. du confluent du 
Niger; il compte le remonter jusqu'à Senga. Il a à son service un natif de Lokodja, 
qui a accompagné Barth dans ses voyages et peut lui donner d'utiles renseigne- 
ments géographiques. 

Une compagnie a été créée, à Monrovia pour l'acquisition d'un steamer perfec- 
tionné, qui puisse faire le service du transport des personnes et des marchandises 
de la côte aux établissements de l'intérieur, le long de la rivière St-Paul jusqu'au 
point où commencent les rapides. 

L' American missionary Society a donné à la mission de Mendi, entre Libéria et 
Sierra Leone, un vapeur, le John Brown, qui sera d'une grande utilité pour les 
missionnaires, routes et bêtes de somme faisant complètement défaut dans cette 
partie de la côte de Guinée. Le gouverneur général anglais de la côte occidentale 
a convenu avec M. St-John, chargé de l'administration de ce bateau, de lui confier 
les envois du gouvernement entre Freetown et Mendi, qui est une dépendance 
anglaise. 

Le commerce de Sherbro est sérieusement menacé par une guerre qui sévit dans 
le Boom, dont la ville principale, Ghab, est sur le point d'être attaquée par les 
Mendis. 

La partie du Quiah remise par l'Angleterre aux chefs natifs, en 1841, est un 
centre de traite; c'est aussi la route principale pour le transit d'esclaves de Sher- 
bro et de Mendi dans le Boullom. Les deux chefs de ce district, Boccarie Bom- 
bolie et Lamina Vannokoh, extorquent de l'argent à leurs sujets ou saisissent 
les femmes et les enfants pour les faire vendre sur le marché d'esclaves. Il est 
regrettable que le gouvernement britannique ait renoncé à son protectorat sur ce 
territoire. 

MM. Zweifel et Moustier se sont remis en route pour les sources du Niger, avec 
l'intention de descendre ensuite le fleuve jusqu'à son embouchure. 



— 22 - 
M. Corre, médecin à Boké, a envoyé à la Société de géographie de Paris d'im- 

* 

portants documents sur la topographie, la géologie, l'histoire naturelle et l'ethno- 
graphie de la région du Rio Nunez. 

M. J.-B.-A. Horton, directeur de la Compagnie du chemin de fer de Wassaw et 
d'une des compagnies minières de la Côte d'Or, a fondé à Sierra Leone la < Bank 
commercial of West Africa, > avec succursales à Cape Coast Castle, Lagos et 
Bathurst. 

Le D' Bayol, arrivé à St-Louis le 31 octohre, y a immédiatement organisé sa 
caravane et a dû en partir le 15 novembre pour l'intérieur. — Le colonel Borguis- 
Desbordes est en route pour Cayes, où il va organiser la colonne expéditionnaire 
chargée de construire un poste à Bamakou, près du Niger. — M. le capitaine Val- 
lière est reparti pour se joindre à l'expédition du haut fleuve. 

M. Cattus, pharmacien à Paris, est parti pour remonter le Sénégal, et gagner le 
Niger qu'il tâchera de descendre jusqu'à l'océan. 

Le sultan du Maroc a consenti à laisser l'Espagne occuper l'île de Santa-Cruz 
de Mar Pequena, au sud de Mogador, qu'elle lui avait cédée en 1860, après la 
guerre hispano-marocaine. Cette île a pour l'Espagne une grande importance^ 
pour les pêcheries et le commerce avec l'archipel des Canaries. 



L'ŒUVRE DE STANLEY AU CONGO 
ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE AFRICAINE 

Nous avons cru devoir, dans notre dernier numéro, distinguer l'œuvre 
entreprise par Stanley, pour le compte du a Comité d'études du Haut- 
Congo, » de celle que poursuit, dans l'Afrique orientale, « l'Association 
internationale, » sur la base exclusivement scientifique et humanitaire 
posée dans la conférence de Bruxelles, en 1877. La confusion que font 
les meilleurs esprits, qui continuent à les attribuer toutes deux à l'Asso- 
ciation, nous conduit à y revenir aujourd'hui, car l'agitation créée 
autour de l'entreprise du Congo risque de compromettre l'oBUvre de 
l'Afrique orientale. Celle-ci, malgré les deuils, les difficultés de toutes 
sortes, et la présence d'explorateurs relevant de trois sociétés différentes 
(l'Association internationale et les Comités nationaux français et alle- 
mand), s'accomplit dans une paix qui ne ressemble en rien à la rivalité 
créée à l'occident par la concuiTence des intérêts. 

Née à la faveur du mystère dont a été entourée dès son début l'entre- 
prise du Congo, — mystère réclamé, au dire de Stanley, par S. M. le roi 
des Belges, ou, d'après le témoignage d'une personne que nous avons 
lieu de croire bien infoimée, par Stanley lui-même, — cette confusion a 



— 23 — 

été entretenue par les principaux organes de la presse belge, au lan- 
gage desquels nous avions cru pouvoir nous fier, vu qu'il n'a jamais été 
contredit pai* les intéressés. D y a peu de jours encore, nous recevions 
de Bruxelles deux brochures, l'une {Le secret de V Association interna- 
tionale africaine^ par le major X), qui confond d'une manière absolue 
les deux œuvres, et rend l'Association internationale responsable des 
torts qu'elle attribue à l'entreprise de Stanley, l'autre {L'Association 
internatuynale africaine et le Comité d'études du Haut-Congo^ par un 
de leurs coopérateurs), qui ne nous paraît pas non plus de nature à faire 
cesser l'ambiguïté. L'auteur de cette dernière publication estime que le 
comité exécutif de l'Association internationale a été autorisé à élaborer 
le plan d'une expédition qui, partant de la côte occidentale irait au 
devant de celle venant de Zanzibar, mais il ne justifie pas cette assertion 
que nous croyons erronée. H nous apprend, en outre, que le Comité 
d'études a adopté de son propre chef le drapeau de l'Association inter- 
nationale, estimant que l'analogie des deux institutions l'y autorisait. 

Le malentendu n'est pas facile à dissiper; sans doute, le Comité 
d'études publiera un rapport sur ce qu'ont fait ses agents au point de 
vue scientifique; mais pour le moment, Stanley, représentant d'une 
société fondée et soutenue par S. M. le roi des Belges, se croit encore 
obligé de garder le silence. Nous tâcherons néanmoins de dégager des 
renseignements fournis par les documents dont nous disposons, la vraie 
physionomie de son œuvre. Nous pourrons nous tromper, mais nous 
aurons pour excuse l'extrême rareté des sources officielles, et, si des per- 
sonnes mieux informées consentent à redresser nos erreurs involontaii'es, 
nous leui' en serons reconnaissants. 

Nous nous garderions bien de mettre en doute les intentions scientifi- 
ques et humanitaires des membres du Comité d'études du Haut-Congo, 
et de leurs agents, non plus que la réalité des services que pourra rendre 
l'œuvre technique par laquelle ils ont commencé; mais ces intentions et 
ces services n'empêcheront pas que l'entreprise n'ait un caractère spé- 
cial, qui la diiférencie foncièrement de celle de l'Afrique orientale, e.t ne 
permet pas, selon nous, de l'abriter sous le même drapeau. 

« La pensée en fut suggérée en 1878, » dit le coopérateur des deux 
œuvres, « par la mémorable expédition de Stanley, lequel, revenu depuis 
quelques mois en Europe, ne fut pas étranger à la constitution de la 
société qui allait en poui'suivre la réalisation. » 

L'idée ne pouvait en être venue lore de la conférence de Bruxelles, en 
1877, les découvertes de Stanley étant encore ignorées. Dans la séance 



— 24 — 

du 20 juin, M. Versteeg, délégué hollandais, avait oflfert gracieusement 
de la part des directeurs de V Afrikaansche Handelsvereeniging de Rot- 
terdam, pour les expéditions, le transport gratuit de leurs bagages et de 
leurs fonds, l'hospitalité dans les factoreries du Congo, et le libre usage 
de leurs magasins. Le lendemain, M. Yeth, second délégué néerlan- 
dais, avait attiré spécialement l'attention de la conférence sur l'intérêt 
que présentaient les explorations au Congo, les rapports probables de ce 
fleuve avec le Loualaba, et les avantages olferts parles cours d'eau pour 
les voyages en Afrique. Mais l'Association s'était ralliée de préférence au 
projet du comité exécutif, de diriger une expédition par la voie de Zanzi- 
bar, avec mission d'établir des stations au Tanganyika ou à quelque point 
au delà. Elle avait statué aussi que, dans l'intervaUe des sessions de la 
Commission internationale, le comité était autorisé à en établir de nou- 
velles, mais évidemment sur le même parcours. 

D'après le rapport présenté au Comité national suisse par son délé- 
gué, la première expédition arrivée au Tanganyika devait s'enquérir de 
ce qu'avait fait Stanley, et, suivant les progrès réalisés par lui et l'état 
politique du pays, décider s'il fallait établir la station principale aux 
bords du Tanganyika ou y faire un simple dépôt, et fixer la base des 
opérations futures h Nyangoué, ou à tout autre endroit à désigner dans 
le Manyéma. 

Le compte rendu de la conférence, publié dans la Beviie scientifique 
de Paris, nous apprend encore que la Commission internationale défen- 
dit même aux explorateurs de se porter au sud et au sud-ouest, où ils 
auraient rencontré bien vite les traces de Cameron, ou à l'ouest, où l'on 
supposait Stanley occupé à résoudre le problème du Loualaba. Au nord- 
ouest s'ouvrait un angle à peu près droit, qui embrasse un espace 
immense, encore blanc sur nos cartes, de 15"* en longitude et de 12"* en 
latitude ; c'était vers cet inconnu que devaient s'avancer les voyageurs de 
l'Association. 

Telles étaient les directions données au Comité exécutif, qui les suivit 
consciencieusement pour l'organisation des premières expéditions, ainsi 
que le témoignent les communications faites en son nom aux Comités 
nationaux par le secrétaire général. . 

Pendant ce temps, Stanley était revenu en Europe au commencement 
de 1878, et, tout en préparant la publication de ses découvertes à travers 
le continent mystérieux, il avait suggéré l'idée de constituer une société 
commerciale pour exploiter les régions qu'il venait de parcourir. Mais, 
comme il l'a rappelé récemment devant les Chambres du Conmierce et 



— 25 — 

de rindustrie de Londres, les sommes nécessaires pour une telle entre- 
prise, selon l'avis de M. Bradshaw de Manchester, effrayèrent les capi- 
talistes anglais, et empêchèrent la constitution de cette société en 
Angleterre. Alors il s'adressa à l'Association internationale africaine, à 
laquelle fut présenté un mémoire proposant la création d'une société au 
capital de trente millions de francs, pour établir des comptoirs commer- 
ciaux sur le haut fleuve, et, à cet effet, relier par chemin de fer les deux 
parties navigables du Congo, établir la navigation à vapeur, et placer 
des stations dans les îles de la rivière supérieure, pour servir de centres 
et de dépôts commerciaux. Stanley espérait obtenir les concessions, 
nécessaires, le concours des chefs du pays, et des conventions qui lui 
garantiraient la propriété du territoire parcouru par le chemin de fer, 
écartant ainsi l'éventualité de la prise de possession* du pays par des 
concurrents qui, au moyen de mesures douanières ou autres, auraient 
pu mettre la société sur un pied d'infériorité. Les bénéfices nets étaient 
évalués à cinq millions de francs par an. 

La société fut à la veille d'être constituée, mais, au dernier moment, 
deux des grands industriels qui devaient y entrer se retirèrent. On n'en 
parvint pas moins à former le Comité d'études du Haut-Congo, au nom 
duquel Stanley se chargea d'ouvrir une route le long des cataractes. 

Quoiqu'il se fdt adressé à l'Association internationale, et qu'il ait dit 
dernièrement au banquet du Stanley Club à Paris, qu'il a été temporai- 
rement au service de cette association, on ignore les rapports qui ont 
pu exister entre lui et le Comité exécutif, les avis ofl&ciels de celui-ci 
n'en ayant jamais fait mention. La création du Comité d'études, au 
capital de un million de francs, constitué le 25 novembre 1878 à Bruxel- 
les, par un acte authentique dans lequel sont intervenus des souscrip- 
teurs belges et étrangers, ne ressemble en aucune manière à la fondation 
de l'Association internationale, après les deux conférences de 1876 et 1877, 
auxquelles avaient été appelés les principaux explorateurs, les prési- 
dents des Sociétés de géographie, et des délégués de tous les Comités 
nationaux d'Europe et d'Amérique. Le but des deux Sociétés ne diffère 
pas moins. Tandis que l'Association se propose uniquement la création 
de stations scientifiques et hospitalières, le Comité d'études, a voulu, 
avant tout, chercher s'il existait un moyen pratique d'établir une com- 
munication régulière entre le Bas Congo et le cours supérieur du fleuve ; 
puis s'enquérir s'il serait possible de nouer des relations commerciales^ 
avec les peuples qui habitent le bassin du Haut-Congo, et d'y intro- 
duire, en échange des produits du sol africain, les objets manufacturés. 



— 26 — 

de l'Europe. Il pouvait bien s'inspirer de vues philanthropiques et scien- 
tifiques, se charger de faire des expériences, des tentatives d'explora- 
tion, renoncer à se livrer lui-même à des opérations commerciales, mais 
le but qu'il se proposait devait déterminer le caractère des études dont 
il chargeait le directeur de l'entreprise. 

Stanley le sentait bien, lorsqu'il écrivait au Daily Telegraph : a Je 
commence une autre mission qui a un grand objet pour but. Je suis 
chargé d'ouvrir et de tenir ouverts, si c'est possible, tous les districts et 
les contrées que je pourrai explorer, pour le profit du monde commer- 
cial. » Et, après trois anâ de travaux, voici, d'après VŒsterreichische 
Monatsschrift filr den Orient, comment il a caractérisé son œuvre au 
Congo : (( Les cinq stations fondées et les routes qui les relient, ont été 
établies pour frayer la voie à une transformation civilisatrice, au moyen 
des relations conmierciales ; le monde du négoce trouvera dans le roi 
des Belges, protecteur et créateur de cette grande oeuvre, un ami fidèle 
et bienveillant. Un des principaux mandats conférés par le Comité 
était de bien faire comprendre aux indigènes la signification vraie du 
mot « commerce, » dans le sens d'échange moral, légitime, de marchan- 
dises, et de répandre des idées justes à cet égard. On commence déjà à 
le comprendre jusques assez avant dans l'intérieur. Les capitalistes qui 
songent à faire des aifaires avec le grand continent noir devront se ser- 
vir de ces stations et de ces routes ; c'est par cette voie qu'ils devront 
faire leurs expéditions, et par cette voie que devront descendre à la côte 
les produits bruts que fournit le pays. Ceux qui s'aventureraient à l'in- 
térieur sans se servir de cette voie dépenseraient beaucoup plus, et ris- 
queraient de créer des complications avec les tribus hostiles. » 

Grâce à la libéralité des membres du Comité d'études et de son 
auguste protecteur, ainsi qu'à l'énergie et à l'indomptable persévérance 
de Stanley, la route est ouverte. Au commerce européen de profiter de 
ce moyen d'atteindre le cours moyen du Congo, navigable sur une lon- 
gueur de plus de 800 kilomètres. Stanley estime que les appréciations 
de M. Bradshaw, relativement au trafic à espérer, sont de beaucoup 
inférieures aux chances réelles. 

Au reste, avant même l'ouverture de la route le commerce a songé à 
se servir de cette voie. Quoique le rapport présenté au Comité national 
belge dans sa séance de 1880, par M. le colonel Strauch, secrétaire 
général de l'Association internationale, ne mentionnât que les explora- 
teurs envoyés au Tanganyika, une expédition due, suivant les journaux 
belges, à l'initiative du Comité de l'Association, et de laquelle l'industrie 



— 27 — 

belge attendait de grands résultats, était organisée, déjà à cette 
époque, sous 'la direction de MM, Gillis, industriel, et Geoffroy, ingé- 
nieur, chargés de suivre Stanley sur les bords du grand fleuve, pour y 
établir les premiers comptoirs d'échange. M. Gillis semblait spéciale- 
ment qualifié pour cette mission ; il avait déjà vécu six ans dans la 
Guinée septentrionale, comme gérant d'une factorerie hollandaise, 
avait fait le commerce avec les indigènes, connaissait les besoins des 
populations, les articles d'importation et d'exportation, et la manière 
dont se traitent les affaires. A son retour, un an plus tard, il exposa 
devant le Comité central de l'Union syndicale de Bruxelles le résultat 
de son expédition au point de vue commercial, développa en même 
temps les bases d'une société à constituer pour l'exportation des pro- 
duits des fabriques belges, et remit aux membres de l'Union des échan- 
tillons des marchandises qui se vendent sur les bords du Congo, en 
offrant de donner tous les renseignements concernant la fabrication et 
les conditions d'exportation de ces produits. Au commencement de cette 
année-ci, M. Gillis est retourné au Congo avec une expédition belge, 
sur un petit steamer, le Héron, destiné au service exclusif du Comité 
d'études, et emportant un chargement d'articles d'échange. Aujour- 
d'hui M. Gillis, d'après l'auteur de la brochure : L'Association interna- 
tionale et le Comité d'études du Haut Congo, est le représentant d'une 
maison belge et dirige deux factoreries, l'une à Mboma, l'autre à Noki. 
Quoique les transactions commerciales auxquelles il se livre le concer- 
nent personnellement, il existe entre lui et l'entreprise dirigée par Stan- 
ley un échange de services réciproques ; ainsi, M. Gillis s'est chargé de 
faire gratuitement les transports des expéditions au Congo, comme le 
faisait avant lui une compagnie étrangère {V Afrikaaïische Handelsvear- 
eenigingf)^ et le Comité d'études lui procure en retour des facilités 
équivalentes en Europe. 

Le coiu-ant commercial entre la Belgique et le Congo s'étend. Une 
compagnie belge de commerce africain, exceptionnellement favorisée 
par la présence à sa tête de voyageurs qui ont rapporté d'utiles rensei- 
gnements, a fait récemment partir VAkassa, avec un plein chargement 
et la mission d'établir des comptoirs sur la côte, ainsi qu'une factorerie 
centrale au Congo. La compagnie a à son service deux sous-gérants 
indigènes, et douze Kroumens, employés noirs, qui courent dans l'inté- 
rieur pour acheter l'huile de palme et l'ivoire et apprendre aux cara- 
vanes le chemin de la factorerie. D'autre part, au commencement de 
novembre, une nouvelle expédition, organisée par le Comité du Haut 



— 28 — 

Congo et composée de MM. Van den Heuvel, Schaumann, et du nègre 
Daoula, compagnon de Stanley, a quitté le port d^Anvers par le Hark- 
away, steamer de 600 tonneaux. Ce navire emportait une cargaison de 
tissus de coton, 144,000 petits miroirs, une énorme quantité de perles 
de verre, 500 vêtements brodés d'or, de longues robes de chambre en 
étofife rouge, très appréciées par les naturels du Congo, des semences 
de tous les légumes cultivés en Belgique, des armes et quelques centai- 
nes de kilos de poudre. L'expédition se rendra à la cinquième sta- 
tion, Ibaka, créée par Stanley à l'embouchure du Quango, et pous- 
sera, à un moment donné, plus avant pour y fonder de nouvelles 
stations. Arrivé au Congo le Harkaway a dû échanger sa cargaison 
contre une autre déjà toute préparée, produit d'échanges antérieurs, 
composée d'ivoire, d'huile de palme, de gomme copal et d'arachides, 
dont le navire le OénércU Brialmont devait auparavant ramener une 
partie en Belgique. Stanley, indisposé en ce moment, n'a pu accompa- 
gner l'expédition ; il a dû aller passer quelques semaines à Nice pour se 
reposer, avant de reprendre la route du Congo '. 

Loin de nous la pensée de blâmer les organisateurs de l'entreprise du 
Congo, d'avoir fait prédominer le but commercial sur le but scientifique 
et humanitaire, poursuivi à la côte orientale par l'Association interna- 
tionale. Nous comprendrions même que le Comité d'études s'adonnftt 
à des opérations commerciales, pour diminuer les frais que nécessitent 
le transport, tant des expéditions multiples qu'il a envoyées directe- 
ment au Congo, que des convois de nègres (400) amenés de Zanzibar k 
Stanley, la paie et l'entretien de ce nombreux personnel, les concessions 
de terrain, le matériel des stations, les navires destinés aux communica- 
tions sur les parties navigables du fleuve, etc. Mais, puisqu'il s'agit de 
deux sociétés bien distinctes, il importe que l'on sache nettement ce qui 
doit être attribué à chacune d'elles. Elles ont toutes deux leur place 
marquée dans l'œuvre africaine. Il peut y avoir union de l'œuvre 
scientifique et humanitaire de l'Association internationale et de l'œuvre 
pratique, commerciale et industrielle du Comité d'études, mais il ne 
faut pas que l'on puisse confondre les deux entreprises ; chacune d'elles 
doit suivre sa voie spéciale, faire ses expériences, concourir par les 

^ Nous ne nous expliquons pas le sens d'une annonce de VArmy and Navyy 
journal officiel de l'armée et de la marine anglaises, d'après laquelle trois jeunes 
officiers capables, énergiques, de la marine américaine^ sont demandés pour com- 
mander les stations que Stanley a fondées au Congo. 



— 29 — 

procédés qui lui sont propres au but commun, pour que Ton puisse 
juger de l'efficacité des moyens employés et rendi*e à chacune ce qui lui 
est dû. Nous serons des premiers à nous réjouir des grands services que 
les directeurs^ de l'œuvre du Congo aui'ont rendus au commerce des 
deux mondes, et de tous les progrès que, par là, ils feront faire aux noirs 
dans la voie de la civilisation ; mais nous craindrions que la prolongation 
de Pimbroglio qui subsiste depuis trois ans ne causât un préjudice très 
grave à l'Association internationale, à laquelle l'obscurité qui plane sur 
l'œuvre de Stanley a déjà nui plus qu'on ne le croit généralement. 

En effet, jusqu'en 1880, les communications du Comité exécutif aux 
Comités nationaux de la plupart des États de l'Europe et de l'Amérique, 
ont entretenu la sympathie universelle pour la noble cause patronnée 
par S. M. le roi des Belges; les rapports sur les marches des premières 
expéditions étaient lus avec intérêt, les adhésions se multipliaient, les 
contributions étaient versées avec empressement, l'Association interna- 
tionale pouvait donner 40,000 fr. à chacun des Comités nationaux 
allemand et français. Mais, lorsque les travaux du Congo eurent 
commencé, et que le secret dont on les entoura se fut étendu' peu à peu 
aux explorations de l'Association à la côte orientale, le zèle se refroi- 
dit. Quoique les Comités français et allemand aient continué à donner, 
dans leurs publications particulières, des rapports sur les travaux 
de leurs propres explorateurs à Condoa et à Kakoma (aujourd'hui à 
Oounda) ; quoique le chef du cabinet de S. M. le roi des Belges ait 
communiqué au Daily Teleg7'aph un rapport sur les progrès de Stanley 
au Congo, le Comité exécutif de l'œuvre internationale a persisté à se 
taire sur le compte de ses voyageurs ; tout au plus a-t-il permis à la 
presse belge d'enregistrer les noms de ceux qu'il envoyait, le décès de 
plusieurs ou le retour de quelqu'un d'entre eux. 

Lors de la conférence de Bruxelles, en 1877, on avait prévu des 
sessions périodiques de la Commission internationale, composée des 
présidents des principales sociétés de géographie et des délégués des 
Comités nationaux. Cette commission n'a plus été convoquée. La 
plupart des Comités nationaux n'ayant plus rien à communiquer à 
leurs adhérents ne les ont plus réunis, et ne leur demandent plus de 
-contributions. Le Comité exécutif lui-même, privé des lumières et de 
l'expérience du D' Nachtigal, devenu consul général de l'empire 
allemand à Tunis, continue-t-il à se réunir? S'est-il complété, et par 
qui a-t-il remplacé le savant explorateur allemand ? Nous l'ignorons, et 
cependant c'est lui que la Commission internationale a chargé de diriger 



— so- 
les entreprises et las travaux propres à atteindre le but de l'Association, 
et de gérer les fonds fournis par les gouvernements, les Comités natio- 
naux et les particuliers. Elle lui a donné pour cela des pouvoirs très 
étendus mais non illimités. C'est donc à lui qu'il appartient de ramener, 
à l'œuvre excellente dont S. M. le roi des Belges s'est fait le généreux 
promoteur, la sympathie générale avec laquelle elle a été accueillie à son 
début, en renouant avec les Comités nationaux les rapports suivis des 
premières années, pour que ceux-ci à leur tour puissent ranimer 
l'intérêt languissant de leurs membres, stimuler leur dévouement et 
leur demander de nouveaux sacrifices. Alors le Comité exécutif ne sera 
plus arrêté par l'insuflSsance de ses ressources, ses explorateurs pourront 
franchir le Tanganyika, planter le drapeau de T Association sur le 
liOualaba et marcher à la rencontre des expéditions de Stanley qui, 
sous un drapeau différent, se seront sans doute avancées jusqu'au pied 
des cataractes du Congo supérieur, en aval de Nyangoué. 

Que le Comité d'études, de son côté lance ses vaiDants pionniers 
toujours plus avant dans l'intérieur, pour continuer à ouvrir plus com- 
plètement au commerce l'immense bassin du Congo et de ses affluents. 
Que les négociants de toute nationalité portent aux indigènes les 
produits les meilleurs de notre civilisation, sans oublier qu'un des 
caractères du conmierçant civilisé est de ne pas songer seulement à son 
intérêt particulier, mais d'avoir égard aussi à celui des autres. Que les 
exploratem^, les philanthropes et les missionnaires — qui, ne l'oublions 
pas, ont eu leur station à Manyanga et ont atteint Stanley Pool 
avant la fondation de Léopoldville, — unissent leurs efforts à ceux des 
commerçants, pour dissiper les préventions inspirées aux noirs par 
les mauvais traitements dont ils ont été si longtemps les victimes de la 
part des blancs. Qu'ils leur aident à secouer le joug de l'ignorance, de 
la superstition et des mauvaises habitudes, pour adopter les idées, les 
mœurs et les bienfaits de la civilisation chrétienne. 



CORRESPONDANCE 



VAntûdavery Reporter a publié la lettre suivante, adressée au secrétaire de la 
Société pour l'abolition de l'esclavage par un jeune nègre de 19 ans, délivré par 
Gordon-pacha, qui Penleva à une caravane d'esclaves et le présenta à M. le D^ Fel- 
kin, lors de son retour de l'Ouganda par la vallée du Kil. M. Felkin se l'attacha, 
en qualité de domestique, et trouva en lui un serviteur d'une fidélité remarquable. 



— 31 — 

qui plus d'une fois exposa sa vie pour sauver celle de son maître. Il accompagna 
M. Felkin en Angleterre, et vit maintenant avec lui à Edimbourg. La lettre tout 
entière a été écrite par lui. 

8 novembre 1882. 
Cher Monsieur. 

Je suis bien content d'apprendre que vous allez venir en aide aux esclaves en 
Afrique et leur rendre la liberté. J'ai été esclave, et je suis fâché de dire que les 
esclaves servent de monnaie aux Arabes ; quand ils ont besoin d'argent ils vont en 
Afrique, y prennent les jeunes enfants, et si le père ou la mère de ceux-ci ne veut 
pas se les laisser prendre, ils tuent les parents, puis emmènent les enfants. Si 
la mère a un nourrisson dans ses bras, ils le prennent et l'assomment contre une 
pierre, ou le jettent dans la rivière, et emmènent la mère comme esclave. 

Quand un homme riche a un grand nombre d'esclaves, il les attache avec une 
chaîne par le cou, et forme ainsi une bande de 40 hommes, une autre de femmes, 
une autre de jeunes garçons, enfin une quatrième de petites filles. Quand la fatigue 
les fait tomber, il leur ôte la chaîne et les tue d'un coup de fusil; presque toutes 
les petites filles meurent ou sont tuées ainsi. 

Avant que les Arabes vinssent dans notre pays, nous étions tous très heureux ; 
les enfante sortaient et jouaient tout le jour ; quand ils rentraient le soir à la 
maison, ils paraissaient très contents, quelquefois ils chassaient tout le jour. Nous 
avions beaucoup de vaches, de moutons et de chèvres; nous les aimons beaucoup 
et nous leur donnons à toutes des noms; nous aimons beaucoup la musique et la 
danse. Mon père mourut alors que j'étais un petit enfant, et avant l'arrivée des 
Arabes. 

Lorsque ma mère se rendit à son ouvrage, les Arabes vinrent et m'emmenèrent. 
Quand elle vint me réclamer, ils lui dirent : « Amenez-nous deux ou trois garçons 
aussi bons que le vôtre, et nous vous rendrons votre fils; » ma mère leur dit : « Je 
ne peux pas enlever des garçons d'autres gens, ce serait trop mal ! » alors ils ne 
voulurent pas me laisser aller, et elle cria très fort. 

Après cela, ils me taillèrent quelques marques sur le visage, ce qui me fit beau- 
coup souffrir pendant plus ^e deux mois, 

Les Arabes ont brûlé nos maisons, ils ont pris tout ce qui nous appartenait et 
nous-mêmes; il ne reste plus que très peu de gens de notre tribu. 

Quand j'étais esclave, j'entendais d'ordinaire les Arabes demander à Dieu de 
leur donner des milliers d'esclaves. Mais je serais bien content d'apprendre qu'il 
n'y a plus d'esclaves, et j'espère que les Anglais feront pour eux tout ce qu'ils 
pourront. 

Adieu Monsieur, 

Je vous salue, 

Ali Mahoom. 
A Chas. A. Allen, Esq. 



— 32 — 



BIBLIOGRAPHIE • 

Trois mois kn Tunisie, Journf^ d'un volontaire, par Jean Luœ. 
Paris (Auguste Ghio) 1882,. m-12, 201 p. 3 fr. 50, — Ce journal d'un 
soldat, poussé en Tunisie par le désir de voir ce pays et de se battre 
«entre les Arabes, fournit une lecture intéressante, en ce sens que, rédigé 
au jour le jour, il donne une idée exacte de la vie militaire si étrange et 
si mouvementée en Afrique. Mais on ne peut pas demander à T auteur 
rétude des moyens de faire entrer les Arabes dans le courant de la 
civilisation européenne ; il ne voit en eux que des sauvages ; pour les 
vaincre il faut, pense-t-il, devenir sauvage comme eux, brûler leurs 
récoltes, tarir leurs puits, couper leurs oliviers et vider leurs silos ! 
Toutefois il reconnaît que la France, ne voulant pas faire la conquête de 
la Tunisie, ne pouvait appliquer ce système dans la dernière guerre. Dès 
lors il la juge inutile : il eût suffi, à son avis, d'occuper les ports de 
commerce, voie dans laquelle il se félicite de voir le gouvernement entrer 
largement. 

Emile Jonveaux. Deux ans dans l'Afrique orientale. Tours (Alfred 
Mame et fils) 1881, in-8*, 207 p. avec illust. et 2 cartes. — Sous ce titre, 
qui pourrait faire croire qu'il s'agit ici d'une exploration par un nouveau 
voyageur dans l'Afrique orientale, M. Jonveaux, qu'une longue étude 
des ouvrages de Bruce, Lejean, Baker, Speke et Grant a familiarisé 
avec leurs voyages, a voulu vulgariser leurs découvertes en Nubie, en 
Abyssinie et le long du Nil, jusqu'aux lacs Albert et Yictoria-Nyanza et 
À l'océan Indien. Si la forme de journal, adoptée par l'auteur, offirait 
l'avantage de donner plus de couleur à son récit, elle l'exposait, dans ce 
voyage imaginaire, à commettre quelques inexactitudes que l'on ne 
rencontrerait certainement pas sous la plume d'un explorateur réel, par 
exemple à attribuer à la première de ces rivières seulement les crues 
périodiques du grand fleuve et le limon fertilisateur qu'il répand sur les 
campagnes à l'époque de l'inondation, etc. Cela n'empôche pas toutefois 
qu'il n'ait présenté un tableau généralement exact de l'aspect géogra- 
phique du pays, des tribus indigènes et de leurs mœurs, illustré de 
gravures empruntées aux ouvrages des voyageurs susmentionnés. 

* On peut se procurer à la librairie Jules Sandoz, 18, rue du Rh6ne, à GenèTe, 
tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique epi^aiorée et civUisée, 



-33- 

Cependant l'on peut se demander si Tauteur, qui a publié son livre 
Tannée dernière, n'eût pas mieux atteint son but, qui était de faire 
connaître TAfrique orientale, de la vallée du Nil à Zanzibar, en s'aidant 
aussi, soit pour son texte, soit pour les cartes dont il Ta accompagné, des 
voyages des explorateurs postérieurs à Speke et à Grant. 

AsfiAB. DocuH£]SïTi DiPLOMATia. Roma (Typ. Eradi Botta), 1882, in-4'', 
227 p. et carte. — Assab, per Oarlo de Amezaga. Home (Giuseppe Civelli)' 
1880, in-8'*, 57 p. avec pi. et 8 cartes, 3 fr. — GibikaIca, per Oiuseppe 
Haimann. Roma (Giuseppe Civelli) 1882, in-8'', 141 p. avec illust. et 
carte, 4 fr. — Nous devons à la bienveillance de M. Mancini, ministre 
des affaires étrangères du royaume d'Italie, les trois publications sus- 
mentionnées. La première renferme tous les documents diplomatiques 
relatif aux négociations échangées entre l'Italie, l'Egypte, l'Angleterre 
et la Turquie, depuis l'acquisition d 'Assab par la compagnie Rubattino 
en 1870, jusqu'au projet de convention de cette année-ci, qui n'a pas 
abouti. Parmi ces 228 pièces, nous avons remarqué surtout une conven- 
tion, ignorée généralement, quoiqu'eUe ait été conclue en 1877 entre 
l'Angleterre et l'Egypte, et par laquelle l'Angleterre a reconnu la juri- 
diction du khédive sur toute la côte des Somalis, jusqu'à Ras-Hafoun, 
au delà du cap Guardafiii, à condition qu'aucune partie de l'Egypte et 
des contrées placées sous son administration ne pût être cédée à quelque 
titre que ce fdt à aucune autre puissance étrangère. Ce document expli- 
que pourquoi le khédive se considère actuellement comme souverain de 
toute la côte occidentale, depuis Suez jusqu'à Ras-Hafoun, et pourquoi 
la Turquie et l'Egypte ont refusé de signer la convention de cette année, 
quoique dans le texte de celle-ci, sous l'influence de l'Angleterre, le 
gouvernement italien s'engageftt à reconnaître la souveraineté de la 
Sublime-Porte et de l'Egypte sur tout le reste de la côte occidentale de 
la mer Rouge, au sud aussi bien qu'au nord d'Assab. 

La seconde publication est un mémoire sur Assab, publié en 1880 dans 
le Bulletin delà Société italienne de géographie; rédigé par M. Carlo de 
Amezaga, commandant dans la marine royale, il contient une monogra^ 
phie complète de la nouvelle possession italienne, au point de vue géogra- 
phique, politique et météorologique; en outre, l'auteur a fait une part 
convenable à la climatologie et à l'hygiène, et il a accompagné son savant 
travail de cartes, de dessins et des portraits des sultans auxquels l'Italie 
doit la concession du territoire de la colonie. 

Enfin, dans la troisième publication, extraite aussi du Bulletinde la 



— 34 — 

Société italienne de géographie (1882), M. G. Haimann a donné un récit 
plein de charme de ses aventures pendant son exploration de la Cyré- 
nalque, dont il a étudié à fond la géographie, l'histoire, le climat, la 
faune, la flore, les produits minéraux, Tethnographie, les antiquités, 
Tadministration, et particulièrement Tagriculture, Tindustrie et le com- 
merce. Si ces trois derniers éléments de la vie d'un peuple recevaient 
une impulsion efficace, M. Haimann croit que la Cyi'énaïque, autrefois 
très avancée dans la civilisation, pourrait retrouver son ancienne pros- 
périté. C'est à la lui rendre que tendent les efforts de la Société mila- 
naise d'exploration commerciale. La proximité de cette région, et une 
certaine sympathie de ses habitants pour les Italiens, permettent d'espé- 
rer que la continuation et le développement des relations nouées entre 
les deux pays, procureront à tous les deux de grands avantages. 
L'auteur a joint à son étude un tableau de ses observations météorolo- 
giques pendant son voyage à l'intérieur, un catalogue des collections 
zoologiques qu'il a rapportées, et une carte de la Cyrénaïque, avec les 
itiaéraires de son expédition et de celle de M. Manfred Camperio, prési- 
dent de la Société milanaise susmentionnée. 

D' Enql Holub. SiEBEN Jahre in Afeika. Wien, (Alfred Hôlder) 1881, 
2 Bande, in-8° mit 235 Original-Holzschnitten und vier Karten, 528 et 
532 p. — D' EmL HoLUB und Aug. Pelzen. B£iTBi«:a£ zoe Ornithologie 
Sud-Afrikas. Wien (Alfred Hôlder) 1882, in-8% mit 2 Tafeln in Farben- 
druck, Holzschnitten und 32 Zinkographien und einer Kaite, 384 p. — 
Après les deux opuscules du D' Holub dont nous avons rendu compte 
dans notre dernier numéro, nous devons parler aujourd'hui des ouvra- 
ges les plus considérables qu'il ait écrits depuis son retour en Europe 
en 1880. D'une activité prodigieuse et d'une générosité dont on voit peu 
d'exemples, au lieu de se ménager des loisirs en vendant les 30000 objets 
des collections minéralogiques, botaniques, zoologiques et ethnographi- 
ques qu'il avait rassemblés dans ses voyages, il les a distribués enti*e 
93 institutions scientifiques d'Autriche et de l'étranger. Puis, pour se 
procurer les ressources nécessaires à la nouvelle exploration qu'il 
projette, il a fait de nombreuses conférences, de Vienne à Hambourg, 
dans toutes les villes un peu importantes d'Autriche, de Hongrie et 
d'Allemagne. Plusieurs de ses discours sont populaires : les Elephanten 
Jagden in Siid-AJrika, die Nationalôkonomische Bedeutung der 
Afrikaforschung, et celles qu'il a publiées sous le titre commun : 
Die Colonisation Afrikas, D'autres travaux ont un caractère plus 



— 35 — 

scientifique, par exemple récrit : Uéber einige Fossilien mis der 
Uitenhage Formation in Sud-Afrika^ rédigé avec le concours de 
M. le professeur Neumayr. Mais les plus impoitantes de ses publications 
sont ses Sieben Jahre in Afrika et ses Beiirage zur Ornithologie Sudr 
Afrikas. 

Dans la première, il a raconté les aveutui*es de ses trois voyages dans 
l'Afrique australe, de 1872 à 1879, De tous les explorateurs de cette 
partie de l'Afrique, aucun n'était entré dans des détails aussi précis; 
rien n'échappe à ses regards; il observe tout avec les yeux d'un natura- 
liste exercé, d'un explorateur scientifique, d'un chasseur ardent, et 
décrit tout ce qu'il a vu avec le talent d'un artiste consommé. Aussi 
a-t-il répandu un chaime tout particulier sur des sites déjà connus 
par des récits antérieurs, comme sur des scènes familières de la vie des 
colons et des indigènes des tribus entre l'Orange et le Zainbèze, ou du 
royaume des Maroutzé Maboundas qui a remplacé celui des Makololos. 
Les colons eux-mêmes disent qu'aucun ouvrage ne peint mieux les 
tableaux caractéristiques de l'Afrique australe, les incidents de chasse» 
les occupations quotidiennes, les amusements et les coutumes des natifs. 
Aucun voyageur n'a fait preuve de plus d^esprit d'observation, et de 
plus de talent pour reproduire les aspects divers de la nature africaine. 
D l'a fait dans un langage qu'il a su mettre à la portée de tout le monde, 
en accompagnant ses descriptions de dessins très nombreux pris sur 
nature, ce qui rend son ouvrage précieux pour l'ethnographie et la 
topographie de l'Afrique australe. Nous n'avons garde d'oublier la 
beauté de la typographie de ces deux volumes, luxe qui, s'il n'ajoute 
rien à la valeur du texte, n'ôte rien, loin de là, au charme de la lecture. 

Non moins richement imprimé est l'ouvrage sur V Ornithologie du sud 
de r Afrique, pour la publication duquel M. A. v. Pelzen a prêté son^ 
concours au D' Holub, et dans lequel l'esprit d'observation de l'explo- 
rateiu* se manifeste encore mieux que dans le précédent. Amateur de la 
chasse, il ne s'y livrait cependant qu'autant qu'il le fallait pour se 
procurer sa nourriture, mais il aimait surtout à se retirer dans les 
endroits écartés où l'homme n'a point encore pénétré, et où des cen- 
taines d'oiseaux ont fixé leurs demeures. Là il épiait tout ce que le 
savant désire apprendre sur le choix du gîte des oiseaux, leur nourriture 
et la construction de leurs nids, leur vie de famille, leurs amis et leurs 
ennemis, leur tempérament, leur vol, etc. Il en détermine la distribution 
et indique les services divers qu'ils rendent aux habitants ; il fait ressor- 
tir surtout l'importance de l'autruche parmi les animaux domestiques, 



— 36 — 

et montre que cet oiseau apprivoisé reprend peu à peu possession des 
territoires d'où Tautruche sauvage a été chassée, sans que la qualité des 
plumes de la première équivale à celles de la seconde. La classification et 
la description scientifique des oiseaux sont dues à M. v. Pelzen. Nous ne 
connaissons pas de plus beUes planches en chromolithographie que celles 
qui accompagnent ce volimie, dont les illustrations sont également 
soignées. Enfin nous sommes heureux de penser que les lecteurs de 
langue française pourront bientôt, grâce à la traduction qui paraîtra 
prochainement, faire plus ample connaissance avec Tauteur, et nos 
abonnés lui seront reconnaissants conune nous de l'espoir qu'il nous a 
donné en nous envoyant ces beaux volumes, que, dans son prochain 
voyage, il pourra, de temps à autre, nous feire parvenir un rapport pour 
notre journal. 

A. Bmère. Lettres sue le Thans-Sahabien. Paris (Bureau du jour- . 
nal la Réforme des chemins de fer), 1881, in-8'',43 p. — La prolongation 
de la voie ferrée Arzeu-Salda jusqu'au Kreïder, a fourni à M. Brière 
l'occasion de réunir en une brochure des articles de journaux, publiés 
de 1879 à 1881 , et dans lesquels il avait préconisé ce tracé, pour la ligne 
étudiée alors c('un chemin de fer destiné à relier TAlgérie au Sénégal 
par Tombouctou. Cette prolongation due à une cause tout occasionnelle, 
ne nous paraît pas, autant qu'à l'auteur, justifier le choix d'un tracé le 
long du méridien d'Oran, choix qui l'oblige à atténuer beaucoup, dans 
son exposé, les difficultés de la traversée des dunes. 

Maeokko, von Edmondo de Amicis, librement reproduit de l'italien 
par Amand von Schweiger Lerchenfeld, avec 165 illustrations origina- 
les. Vienne (A. Hartleben's Verlag), 1882, in-4% broché 18 fr., relié 
21 fr. 65. — Le lecteur trouvera dans ce magnifique ouvrage, tout ce 
que le Maroc actuel offre au pomt de vue historique, ethnographique, 
social et politique. C'est une reproduction libre de l'ouvrage original 
italien, dont l'auteui* est célèbre, par ses talents brillants, bien au delà 
des limites de sa propre patrie. On a rarement déployé plus d'habileté 
dans la description d'un pays de l'Orient. Ce volume, ouvrage de luxe 
dans la pleine acception de ce mot, peut donc être offert comme étrenne 
littéraire d'un intérêt tout à fait actuel et d'une valeur scientifique J 
durable. Sa reliure riche et élégante, ornée de sujets empruntés à 
rOrient, lui assure dans toute bibliothèque particulière, ou sur chaque 
table de salon, une place distinguée. 



— 37 — 

BULLETIN MENSUEL (5 février 1883.) 

Le comte L. Pennazasi qui, sous rimpulsion du capitaitte Cam- 
perio, président de la Société milanaise d'exploration, a déjà fait dans 
la partie orientale du Soudan é^^yptien un voyage dont le récit vient 
de paraître en deux volumes, est reparti pour une seconde expédition 
avec M. Godio. Ils se rendront de Massaoua à Kéren, chez les Bogos 
dont le pays est très riche en cassia. De là, munis d'une carte dressée 
par le professeur Guido Cora, ils suivront le cours de la Barka, puis se 
dirigeront vers l'ouest sur Kassala; tournant alors vers le sud, ils cher- 
cheront à s'ouvrir, entre les deux voies connues, une route nouvelle 
jusqu'à Matammé dans le Galabat, aux frontières de l'Abyssinie. Ils 
enverront un message au négous, pour lequel ils emportent des présents, 
entre autres deux paratonnerres perfectionnés, et deux téléphones qui 
ont l'avantage de fonctionner sans piles (?). S'ils obtiennent l'autorisa- 
tion de pénétrer en Abyssinie, ils se rendront à Gondar, où ils étudieront 
la voie la meilleure pour leur retour. Ils seront accompagnés d'un cer- 
tain nombre de touristes italiens, tous membres de la Société d'explora- 
tion commerciale de Milan. 

Les Abyssinii» sont descendus de leurs montagnes et se sont avancés 
à deux heures de Massaoua, à Ombokoulou qu'ils ont saccagé. Ils ont 
massacré une trentaine d'habitants, enlevé 7000 moutons, 4000 têtes de 
bétail, sans compter les chevaux, les chameaux et les ânes. Prévenue à 
temps, la garnison de Massaoua aurait pu les arrêter, mais elle n'a pas 
bougé, les Abyssins lui inspirant une profonde terreur. Dans une lettre 
à VAntislavery Reporter^ le voyageur Rohlfis exprime l'idée que le seul 
moyen de pacifier l'Abyssinie, c'est de lui rendre les pays des Bogos 
et de Mensa, ou une valeur équivalente en argent. 

Le ministère de l'instruction publique de France a chargé M. Aubry, 
ingénieur civil des mines, et M. Hamon, docteur en médecine, d'une 
mission au Choa et dans les pays Gallas. Le premier devra y faire des 
études topographiques, géologiques et minéralogiques ; le second y entre- 
prendra des recherches médicales et d'histoire naturelle. Ces explora- 
teurs sont partis de Marseille le 21 janvier, accompagnés de M. A. Héron, 
officier de cavalerie, et de M. J. Héron, qui remplira les fonctions de 
secrétaire. Ils se joindront à M. Brémond, qui a déjà exploré le Choa 
et noué des relations d'amitié avec Ménélik, dont il a apporté des 
présents au président de la République. Pendant son séjour en France, 

L' AFRIQUE. — QVATRiil» ANHIÊB. — H^ 2. 2 



— 38 — 

il a su intéresser un groupe de capitalistes parisiens à un projet 
d'exploitation du Choa, en vue d'ouvrir un débouctié à certains articles 
d'exportation essentiellement français. D débarquera avec ses compa- 
gnons à Obock, d'où ils se rendront à Ankober par Annor, la vallée du 
Haouasch et les pays Gallas. La mission emporte de riches présents pour 
le sultan d'Aoussa et pour le roi du Choa. — M. Soleillet est à Anko- 
ber ; il a obtenu du roi Ménélik, pour la société qu'il représente : P la 
concession d'un vaste territoire agricole ; 2° le droit de greflfer de véri- 
tables forêts d'oliviers, dont la société partagera pendant vingt-cinq ans 
le produit avec le roi; 3** enfin, le droit de construire un chemin de fer 
d'Obock h Farré-Choa, en contournant le lac Aoussa, et en suivant la 
rive gauche du Haouasch. H est parti d'Ankober pour Eaffa. 

M. S^venson, missionnaire suédois, a profité de l'expédition de 
M. le baron von Muller h Harar» pour y faire un voyage de reconnais- 
sance avec deux élèves abyssins de la station suédoise de Mkullo, près 
de Massaoua. Le pacha de Zeila, Abou Beker, les a bien reçus, et leur a 
donné un soldat turc pour les accompagner à travers les territoires des 
Issas-Somalis et des Gadiboursis, des bandes pillardes rendant le pays 
peu sûr. Après avoir passé les premiers contreforts du plateau habité 
par les Gallas, ils firent halte h Balloa, aux environs de laquelle ils ont 
trouvé des champs, pour l'irrigation desquels l'eau des ruisseaux a été 
habilement employée ; les moindres coins de terre y sont cultivés jusque 
très haut sur les pentes des montagnes. Le gouverneur de Harar, Nadi 
pacha, leur fit très bon accueil, et ne mit aucune opposition à ce qu'ils 
ouvrissent une mission parmi les Gallas; il a seulement réservé l'autori- 
sation du khédive pour l'achat d'un terrain. De ce point, la mission 
suédoise pourra pénétrer chez les Gallas du sud, plus facilement que par 
l'ouest, comme l'expédition de M. Arrhénius avait essayé de le faire. 

M. G. Révoil, qui a exploré précédemment le pays des Somalis, est 
parti pour Zanzibar, chargé, par le ministère de l'instruction publique 
de France, d'une mission scientifique sur la côte orientale d'AMque. 
A Zanzibar, il formera sa caravane pour s'avancer dans l'intérieur tout 
en réunissant les marchandises et les présents destinés aux chefe qu'il 
devra se rendre favorables. U sera secondé dans ses préparatifs par 
M. GrefFiilhe, agent général du sultan Sald Bargasch pour les opérations 
maritimes et commerciales. La mission de M. Révoil durera deux ans. 

Une lettre de Bruxelles, du 17 janvier, nous informe que l'Asso- 
oiation internationale africaine a reçu la correspondance de 
MM. Storms et BecsiceF» qui, à la date du 3 octobre, étaient tous les 



— 39 — 

deux en bonne santé. M. Storms a atteint Karéma le 27 septembre ; il 
avait quitté la côte le 9 juin; son voyage n'a donc duré que trois mois et 
demi ; c'est le plus rapide qui ait eu lieu jusqu'ici. La population noire 
de Karéma se développe graduellement; elle comprend aujourd'hui cin- 
quante familles, dont chacune est établie dans une case, construite au 
centre d'une parcelle de terrain suffisante pour M fournir sa subsis- 
tance. M. Becker a complété les installations primitives de Karéma ; il 
y a construit une vaste borna de 250 mètres de longueur, et creusé un 
puits où l'on se procure actuellement l'eau qu'il fallait auparavant aller 
pu