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Full text of "La Géographie"

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LA GÉOGRAPHIE 

BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

XIII 



COULOMMIERS 
Imprimerie Paul Brooard. 



LA GÉOGRAPHIE 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



PUBLIÉ TOUS LES MOIS PAH 

Lb Baron HULOT 

Secrétaire général de la Société de Géographie 

ET 

M. Charles RABOT 

Membre de la commission centrale de la Société de Géographie, 
Secrétaire de la Rédaction. 



TOME XIII 

1" SEMESTRE 1906 



PARIS 

MASSON ET C", ÉDITEURS 

120, BOULEVARD S A XM T - GERMAI N 

1906 



XIII. — NO i, 15 Janvier 1906, 



La Géographie 



Assemblée générale de la Société de Géographie 
du 15 décembre 1905 



RÉCEPTION DE M. É.-F. GAUTIER 

Sous la présidence de M. Le Myre de Vilers la Société de Géographie 
a tenu le samedi 15 décembre sa première assemblée générale de 
l'année 1905-1906. 

Aux côtés du président prennent place au bureau : MM. Cordier, Hulot, 
Froidevaux, Foureau, Gautier, Pavie, Marcel, Vidal de la Blache, etc. 

Après avoir déclaré la séance ouverte, le président donne la parole à 
M. Foureau, chef de la Mission Saharienne, pour présenter à la Société 
le magnifique ouvrage dans lequel il expose les résultats techniques de cette 
mémorable expédition*. Les Documents scientifiques de la Mission Saha- 
rienne^ Mission Foureau-Lamy, véritable monument géographique, ont été 
publiés par de la Société de Géographie, sur le reliquat du legs Renoust des 
Orgeries qui permit l'exécution de cette grandiose exploration, avec le con- 
cours de subventions accordées par le ministère des Finances (legs Giffard) et 
par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (fondation Garnier) et de 
souscriptions accordées par les ministères de l'Instruction publique, de la 
Guerre, des Colonies, et des Affaires étrangères, ainsi que par l'Association 
française pour l'Avancement des Sciences. 

Après cette présentation, M. Le Myre de Vilers, président de la Société, 
a prononcé le discours suivant : 

Mesdames, messieurs, 

La pénétration du Sahara qui vient d'être achevée par le colonel 
Lapérrine et confirmée par le voyage de M. Gautier, professeur à TUni- 

1. Voir H. Schirmer, Les résultats scientifiques de la mission Saharienne, mission Foureau-Lamy, 
La Géographie. — TT XIII, 1906. 1 



13 . 531 



2 . RÉCEPTION DE M. É.-F. GAUTIER. 

versîlé d'Alger, est une œuvre exclusivement française ; elle fait grand 
honneur à la Société de Géographie qui y participa dans une lai^e mesure. 

Dès 1827-1828, René Caiilié, parti du Rio-Nunez, visitait Tombouctou et 
le sud du désert, mais Tinsécurité de cette dernière région le forçait à 
incliner sa route vers le nord-ouest et à rentrer en Europe par le Tafîlet, 
Fez et Tanger. La Société qui lui avait accordé une subvention de 
9 000 francs, lui décerna sa grande médaille d*or. 

La conquête de l'Algérie, loin de faciliter nos explorations vers le centre 
saharien, nous en ferma la route. Seules nos colonnes expéditionnaires 
pénétraient sur les hauts plateaux défendus par des populations belliqueuses 
dont la soumission exigea de nombreux et sanglants combats. 

Aussi le docteur Barth (1849-1855) ne put gagner le Niger que par la 
Tripolitaine, le Tchad, le Bornou et le Soudan. 

Trente années s'écoulèrent avant que notre collègue Henri Duveyrier prît 
la résolution de pénétrer chez les Touareg, encore lui fallut-il tourner 
Tobstade par la Tripolitaine. 

Voici en quels termes Henri Duveyrier me rendit compte de sa mission : 

< Jusqu'à ce jour je suis le Français qui a pénétré le plus loin vers le sud, 
en prenant l'Algérie comme point de départ de ses voyages. Jaloux de voir 
les explorations dans l'intérieur devenir exclusivement la spécialité des 
Anglais et des Allemands, dont les patries respectives ne sont pas attachées 
au sol africain par des liens durables, par des intérêts sérieux, tels que 
l'Algérie en représente pour la France, j'ai voulu faire connaître les régions 
sahariennes commençant au sud de l'Algérie et relier l'exploration scienti- 
fique de ces territoires aux travaux des voyageurs étrangers vers l'est et 
vers le sud. 

« Pendant les années 1859, 1860 et 1861, je ne suis pas sorti du Sahara. 
J'en ai dressé la carte, observé le climat, la constitution géologique, les pro- 
ductions végétales et animales ; j'ai étudié par moi-même les populations 
berbères, arabes on nègres qui le peuplent sur une superficie de H millions de 
kilomètres carrés, depuis la Méditerranée, au nord, jusqu'au tropique du Cancer 
au sud, depuis le méridien d'Alger, à l'ouest, jusqu'à celui de Vienne, à l'est. 

<t Cette partie purement scientifique de nos travaux a servi de base à nos 
recherches sur l'état religieux et politique des tribus de l'intérieur, sur les 
voies suivies par le commerce et la nature des marchandises importées et 
exportées sur chaque ligne. 

< Les contrées que j'ai visitées sont le Sahara algérien, El Goléa, alors 
centre des Chamba Berazza indépendants et où j'entrai, premier Européen, 
en risquant de payer de la vie mon audace, le Sahara tunisien tout entier, 
Ghadamès où je séjournai pendant trois mois, le Djebel Netansa dans toute 
sa longueur, et, en général, l'espace compris entre Ghadamès et Tripoli de 



DISCOURS DE M. LE MYRE DE VILERS. 3 

Barbarie, le pays des Touareg, Azdger, depuis Ghadamës jusqu'à Rhat, tout 
le sud du Pezzan jusqu'à Zouila, daus Test, et, enGn, la moitié de la grande 
route des caravanes du Bornou, comprise entre Mourzouc et Tripoli. 

« Complétant, au moyen d'une masse de renseignements recueillis avec 
discernement et contrôlés entre eux, les lacunes laissées entre mes routes et 
celles des anciens voyageurs, je suis parvenu à dresser la première carte qui 
a donné un tableau satisfaisant d'une région dont la superficie égale quatre 
fois celle de la France. 

€ Agé de dix-sept ans, je profitai de mes vacances pour faire connaissance 
avec le Sahara. Deux années plus tard, j'étais préparé, grâce à des études 
dirigées en France, en Allemagne et en Angleterre vers un but spécial» à 
entreprendre l'exploration dont je viens de vous esquisser le cadre. En outre, 
je parlais, lisais et écrivais déjà l'arabe, assez pour les besoins de mon entre- 
prise... et, bonheur inappréciable! j'avais pour me guider dans ma rude 
carrière les conseils que le plus grand des explorateurs africains, le docteur 
Henri Barth, m'avait donnés dans son amicale et paternelle sollicitude. 

« Ma connaissance de la langue arabe m'a énormément servi pour pénétrer 
les secrets des sectes et des confréries religieuses musulmanes, dont l'in- 
fluence sur les dispositions bienveillantes ou hostiles des tribus qui s'y 
rattachent ressortira d'une étude que je veux publier, dans l'espoir qu'elle 
pourra servir de guide aux autorités chrétiennes dans leurs rapports avec les 
musulmans. » 

Cette lettre autographe de notre regretté collègue et ami fait le plus grand 
honneur à son auteur et mérite d'être conservée. Je la verse aux archives de 
la Société. 

Nos tentatives ultérieures pour établir une communication directe entre 
l'Algérie et le Soudan n'aboutirent pas et coûtèrent la vie à de nombreux 
explorateurs français : le colonel Flatters et sa mission, le lieutenant Douls 
et tant d'autres. 

Les voyageurs étrangers ne réussirent pas mieux : Rolfs (1865-1869), 
Nachtigal (1869-1874), suivirent la même route que le docteur Barth; 
Lenz (1880), reprit, en sens contraire, l'itinéraire de René Caillié; le colonel 
Monteil (1890-1892), parti de Saint-Louis-du-Sénégal, après avoir visité 
Tombouctou et le lac Tchad, fut obligé pour rejoindre la Méditerranée de 
suivre le chemin des caravanes commerciales par Mourzouk et Tripoli de 
Barbarie. 

Aucun de ces grands explorateurs ne pénétra aussi loin qu'Henri Duveyrier 
dans le centre saharien. 

Malgré l'occupation des oasis, de l'Ouargla, de Fort-Mac-Mahon , du 
Gourara, d'In-Salah, mission Flamant, capitaine Pain, 1899-1900, le 
Sud'Oranais restait fermé. Soixante-dix ans après notre débarquement i 



X RÉCEPTION DE M. É.-F. GAUTIER. 

Sidi-Ferruch, nous n*avions gagné que huit degrés en latitude, il en restait 
dix à parcourir, pour atteindre le Niger. 

C'est alors que la Société de Géographie, voulant résoudre la question, 
affecta à l'exploration Alger- Aïr-Tchad, les 300000 francs du legs Renoust 
des Orgeries. Comme la succession n'était pas encore complètement liquide, 
les membres de votre commission centrale n'hésitèrent pas en raison de 
l'importance du but à s'engager personnellement jusqu'à concurrence de 
125 000 francs. 

Vous connaissez les résultats obtenus par cette mission ; grâce à la pru— 
dente et habile direction de M. Foureau et du commandant Lamy, pas une 
goutte de sang ne fut versée, pas un acte de violence ne fut commis. 

La colonne arriva au Tchad juste à temps pour porter secours à nos 
troupes coloniales engagées avec l'armée de Rabah et malheureusement son 
chef militaire fut tué dans un des derniers combats. Le commandant Reibell 
qui lui succéda, continua et acheva l'œuvre commencée par son glorieux pré- 
décesseur. 

Les noms de Foureau, de Lamy, de Reibell appartiennent désormais à 
l'histoire de la géographie. 

De son côté, le gouvernement général de l'Algérie, développant méthodi- 
quement son action dans l'ouest de la colonie, et, profitant de la haute 
influence parlementaire de M. Etienne qui prêta un énergique concours, cons- 
truisait par étapes successives le chemin de fer de pénétration. Aujourd'hui 
le rail est posé jusqu'à Béchard-Colomb à 600 kilomètres d'Arzeu. 

Enfin le commandant Lapérrine, chargé d'assurer la sécurité des oasis, 
organisa des compagnies de méharistes qui lui permirent de poursuivre dans 
le désert les pillards et les Touareg indépendants. Ainsi que le dit M. le député 
Lozé dans son remarquable rapport à la Chambre, c la tranquillité a été 
presque immédiatement établie. On ne connaît pas d'exemple d'une pacifica- 
tion aussi rapide, aussi complète, aussi peu coûteuse ; tous les périls légen- 
daires du pays de la soif se sont évanouis à ce point que M. Gautier a pu 
rejoindre le Niger sans escorte, accomplissant la traversée du Sahara avec 
un seul guide ». 

Peu d'hommes ont rendu plus de services au pays et à la géographie que 
le colonel Lapérrine et vous vous joindrez certainement à moi pour lui 
adresser l'expression de nos sincères félicitations et de notre gratitude. 



DO TOUAT AU NIGER. 



Du Touat au Niger 



Il ne s'agit pas d'un voyage d'exploration, à péripéties, — mais d'un voyage 
d'études. 

Il est intéressant de constater qu'un voyage d'études est devenu possible 
dans une région que l'opinion publique était accoutumée à considérer comme 
le domaine de l'exploration. Deux paisibles professeurs, M. Chudeau, mon 
collaborateur, et moi, viennent de traverser tout le Sahara en zigzags compli- 
qués ; ce même Sahara dont, il y a un si petit nombre d'années encore, la 
glorieuse mission Foureau-Lamy n'a pu triompher qu'au prix de dangers et 
d'efforts universellement connus. Il y a eu là une évolution dont je chercherai 
à vous montrer les causes, après m'ôtre auparavant acquitté d'une dette de 
reconnaissance. Je ne voudrais pas laisser échapper la première occasion qui 
m'est publiquement offerte de remercier MM. Paul Bourde, A. Le Chatelier 
et Hamy, qui ont, pour trouver les fonds nécessaires à ma mission, constitué 
un comité dont M. Levasseur a bien voulu accepter la présidence. 

Voici, maintenant, la matérialité des faits, le voyage lui-même, l'itinéraire. 
Je suis parti en décembre 1904 de Beni-Ounif, point terminus du chemin de 
fer sud-oranais, et j'en suis parti avec des projets tout autres que ceux qui 
ont été exécutés. Il n'était pas alors question de Tombouctou. Mon précédent 
voyage au Sahara m'avait précisément conduit au sud, à In Ziza, ma curiosité 
de ce côté était émoussée; et c'était vers l'ouest que je comptais me diriger, 
vers cet immense ouest saharien, une des régions les plus complètement 
vierges qui subsistent encore sur la face de la terre. 

Voilà qui vous explique ces trois crochets aigus de mon itinéraire : de 
Beni-Abbès à l'erg er-Raoui au sud de Tabelbalet; du haut Touat à Haci- 
Sefiat; du bas Touat à Haci-Rezegalla (ces deux puits situés l'un et l'autre à 
la lisière de l'erg Ech-chech). Tout l'hiver s'est usé en ces tentatives inutiles 
de pénétration vers l'ouest. Non pas inutiles pourtant au point de vue absolu. 
J'ai été vivement intéressé par le peu que j'ai vu, mais j'aurais vivement 
désiré voir davantage; j'aurais voulu refaire, avec des variantes, le beau 
raid du capitaine Fly-Sainte-Marie tout au travers de l'Iguidi. Il a fallu y 
renoncer. 

N'en concluez pas, cependant, qu'il y ait dans cette direction d'insurmon- 
tables difficultés. Il est bien vrai qu'un événement fâcheux et récent a com- 
pliqué la tâche; vous trouveriez sur les anciennes cartes, au large du Touat, 

La Gîooraphie. — T. XIII, 1006. 



ê É.-F. GAUTIER. 

le nom des Oulad-Moulad. Ce fut, en effet, une tribu nomade, les nomades 
propres du Touat ; ce sont eux qui détenaient le secret des sentiers et des 
puits, et ils Tout emporté avec eux; car ils ont disparu jusqu'au dernier, 
massacrés à un tournant de dune par un parti de Touareg. 

Il est donc bien vrai qu'avec le Touat pour point de départ, on souffre 
d'une pénurie de guides, particulièrement grave dans le pays de la soif. 11 n V 
a là pourtant qu'une petite complication, et non pas certes un obstacle diri- 
mant; la preuve en est que Tautre année le capitaine Fly-Sainte-Marie a 
passé, allant recouper l'itinéraire de Lenz jusqu'auprès de Tindouf. Ce qui 
barre les sentiers de l'ouest c'est quelque chose de bien plus grave que des dif- 
ficultés matérielles, c'est un veto administratif et diplomatique. L'ouest saha- 
rien, c'est déjà un peu le Maroc, non pas certes au point de vue territorial, 
mais au point de vue rencontres possibles; les Beraber du Taûlala s'y promè- 
nent, ils ne l'ont que trop prouvé. Ainsi arrive-t-il que toute cette question 
de l'ouest saharien rentre dans la question marocaine et se trouve comme 
elle en suspens. C'est alors seulement vers la mi-mai, après l'échec partiel 
de la campagne d'hiver, que j'ai pris la route du Niger. 11 faut noter ce carac- 
tère improvisé, fortuit et accidentel, d'un voyage qui eût exigé jadis une pré- 
paration méticuleuse, et une longue incubation administrative. 

Le point de départ est Taourirt, la plus méridionale des oasis du Touat. 
L'ttinéraire est loin d'être rectiligne; tout de suite au départ un gros crochet 
pour voir Ouallen, du pays nouveau ; après d'autres crochets dans TAdrar du 
sud, je suis arrivé à Gao sur le Niger, le 3 août. Du 15 mai au 3 août il ne 
s'est guère écoulé plus de deux mois et demi; encore est-ce beaucoup plus 
qu'il n'eût été nécessaire. 

En effet, la partie la plus dure du voyage était le Tanezrouft; et, pour le 
traverser, le cœur de l'été est une époque mal choisie. Avant de demander ce 
gros effort à nos chameaux, nous les avons laissés se remplir la panse une 
quinzaine de jours dans le pâturage d'Oua-n-tora. Et, malgré cette précaution 
préliminaire une autre quinzaine de repos fut nécessaire après la traversée 
dans les parages d'in Ouzil et de l'oued Tougsemin. Ces longs arrêts furent 
charmants, et les chameaux n'ont pas été les seuls à les apprécier. Il n'en est 
pas moins vrai qu'en bonne justice il faut déduire ces flâneries du total des 
jours de marche effective, qui se trouve réduit à six semaines. Je ne doute pas, 
en effet, que, en une saison plus favorable, six semaines suffiraient. C'est une 
promenade, et voilà donc à quoi se réduit en 1905 un voyage transsaharien. 

Encore faut-il ajouter au mien celui de mon collaborateur et ami, M. Chu- 
deau, géologue, professeur au lycée de Constantine. H m'avait rejoint tar- 
divement, au printemps, et j'avais joui de sa compagnie depuis le 15 mai. Je 
l'ai quitté, à l'oued Tougsemin, le 14 juillet, après la course des mehara; car 
la fête nationale se célèbre au Sahara avec toute la solennité désirable. 



Bhat 




100 200 300 400 SOO 



VIG. 1. — ITINÉRAIRE DE M. É.-F. GAUTIER A TRAVERS LE SAHARA, OU TOUAT A OAO. 



8 É.-F. GAUTIER. 

Depuis je sais qu'il a pilonné longuement dans la Koudia, le massif culminant 
du Hoggar, monté sur un âne, — car le chameau n'est pas un montagnard — 
muni de cordes et de piolets, car ces sommets décharnés, squeleltiques, 
dépouillés par la sécheresse et le vent de leurs pentes meubles, ont des à-pics 
brusques, et présentent des diflîcultés d'ascension qu'on ne rencontre pas 
sous nos climats dans les montagnes de même altitude. Il est amusant de 
constater qu'une promenade au Hoggar, par ses préparatifs et ses diffîcultés 
principales, évoque aujourd'hui la pensée d'une tournée en Suisse. M. Chu- 
deau a pris ensuite le chemin de l'Aïr, où il a été accueilli le 15 octobre 
au village d'Iférouane par le commandant Gaden, des tirailleurs soudanais, 
venu deZinder. Lui aussi est donc parvenu sans difficulté sur le côté souda- 
nais du Sahara. 

Tel est donc le dessin général de nos itinéraires utiles; mis bout à bout, ils 
atteignent le total de cinq mille kilomètres environ à vol d'oiseau et ils des- 
sinent grossièrement un N majuscule sur la face du Sahara. 

La plus grande partie de cette longue route s'est faite en compagnie d'es- 
cortes militaires. Entendons-nous. Jamais notre modeste mission n'a eu son 
escorte à elle. Jamais nous n'avons eu l'outrecuidance de donner à nos curio- 
sités scientifiques une importance d'état, et de déranger à notre profit les 
officiers et les troupes des oasis dans leur besogne régulière et quotidienne 
de pacification et d'administration. Nous avons simplement profité des occa- 
sions et accompagné tel ou tel officier, telle ou telle fraction de compagnie» 
dans des tournées qui eussent été faites aussi bien sans nous qu'avec nous. 

J'ai visité l'erg er-Raoui en compagnie du capitaine Martin, récemment 
promu à son poste de Beni-Abbès, et qui visitait sa circonscription adminis- 
trative. 

A Haci Sefiat j'ai accompagné le maréchal des logis Pâté, chargé de 
rechercher les traces d'un voyageur suspect; à Haci Rezegalla et à Ouallen, 
le sergent Delay et le lieutenant Mussel, chargés de relever des routes et des 
puits encore inconnus. 

J'ai traversé le Tanezrouft en compagnie du capitaine Dinaux, chargé 
d'escorter la mission télégraphique Etiennot, et de visiter des campements 
touareg. 

Ce que j'en dis n'est certes pas pour diminuer ma dette de reconnaissance 
infinie envers les officiers et les troupes des oasis. Ils connaissent toute ma 
gratitude pour le concours universel de bienveillance que j'ai trouvé chez eux, 
et sans lequel il va sans dire que mon voyage n'aurait pas eu lieu. L'éloge 
éloquent et si mérité que M. le président a fait des méharistes et de leur chef 
le colonel Lapérrine me dispense d'en dire davantage. Je dois des remercie- 
ments tout particuliers au capitaine Dinaux qui a résolu élégamment un pro- 
blème en apparence insoluble : assurer à la fois avec la même escorte la 



DU TOUAT AU NIGER. 9 

sécurité de trois voyageurs à itinéraires divergents, M. Étiennot, M. Chudeau 
et moi-même. Mais ce que je tiens à souligner, c'est ceci : 

Notre Sahara algérien est aujourd'hui parcouru incessamment, croisé et 
recroisé en tous sens et annuellement par des détachements de méharistes; où 
qu'on veuille aller, avec un peu de patience, de chance et, sans doute aussi, de 
protection, on trouve toujours une patrouille à suivre. Tout cet immense ter- 
ritoire est devenu pour ces nomades enrégimentés terrain de pâturage et zone 
de surveillance. On s'explique dès lors qu'il y règne une sécurité inaccou- 
tumée. 

A quel point cette sécurité est profonde, c'est ce que montre tout particu- 
lièrement la dernière partie de mon A'oyage. De l'oued Tougsemin à Gao, sur 
une étendue de 400 kilomètres à vol d'oiseau, et suivant un itinéraire que 
j'estime à 5R0, pendant trois semaines, j'ai voyagé seul avec un petit domes- 
tique indigène, sans armes et sans protection d'aucune sorte, et partout j'ai 
reçu le meilleur accueil. L'expérience me paraît concluante. Elle révèle chez 
les Touareg, je ne dirai pas de la sympathie, mais du moins une indifférence 
déjà presque cordiale pour les nouveaux maîtres du Sahara. Rien ne fait 
mieux l'éloge de la méthode employée. Il faut qu'on ait réussi à réunir, dans 
la proportion exacte, si délicate à mesurer, la force indiscutée, sans laquelle 
on ne peut pas espérer s'imposer à une société anarchique de coupeurs de 
route, et, d'autre part, la bonté, le désir sincère d'établir des relations accep- 
tables, basées sur des services mutuels, sans lesquels il ne peut pas y avoir de 
domination durable. 

Aussi je vous demanderai d'insister sur cette partie de mon voyage, comme 
la plus démonstrative du nouvel état de choses. 

Il faut d'abord que je vous présente un personnage sans lequel cette petite 
promenade eût été impossible, Mouça ag Amastane, aménokal du Hoggar. 
Vous savez sans doute que les Touareg donnent à leur chef suprême, désigné 
à l'élection, le titre à'aménokal. Mouça ag Amastane est le successeur actuel 
du vieil Ikenouken, le protecteur de Duveyrier. C'est un homme encore jeune, 
un peu corpulent, disons bien nourri, et, ce qui est corrélatif, affligé d'une 
affection de foie. C'estune curiosité pathologique, cette maladie de suralimenté 
dans un pays de famine et de laitage; mais Mouça est un grand personnage, 
un repu, et, puisque les légumes font défaut, repu de nourriture carnée. Jus- 
qu'au Hoggar les personnages officiels nous apparaissent victimes des ban- 
quets. La figure, autant qu'on l'entrevoit sous le voile, est intelligente et éner- 
gique, et elle ne ment pas. 

L'attitude et la situation politique de Mouça sont assez particulières. Il est 
l'inventeur et le chef de ce qu'on pourrait appeler le parti jeune-hoggar, 
comme on dit le parti jeune-turc, à moins qu'on ne préfère l'appeler le parti 
francophile. Et cela veut dire, sans doute, qu'il a un sens très vif, rare dans son 



iO É.-F. GAUTIER. 

pays, de Tordre et de la paix publique que nous apportons avec nous ; il est 
d'instinct autoritaire et gouvernemental dans ce milieu anarchique; il est 
pieux avec un peu d'ostentation, d*allures bien plus cléricales que guerrières; 
il passe des nuits en prières. Derrière cette façade, et, sans vouloir prétendre 
assurément que tout cela soit comédie, il y a un ambitieux avisé, qui a nette- 
ment compris tout le parti à tirer d'une situation nouvelle. Appuyé sur notre 
force, il compte bien asseoir son autorité personnelle sur des bases plus solides 
qu'aucun de ses prédécesseurs; il vise à constituer sous notre protection un 
sultanat saharien, un gouvernement organisé, et, pour ce faire, il ne se trompe 
certainement pas en escomptant notre appui. 

Voilà l'homme. Il est mis en valeur par la physionomie de ses rivaux. 
Quel contraste fait, par exemple, avec lui Sidi ould Guerradji, le plus splendide 
échantillon du parti vieux-hoggar ! Un athlète de soixante-dix ans; sous le 
voile qui cache les rides et les poils blancs, à ne juger que la silhouette g^éné- 
raie, un peu massive, mais puissante et presque alerte, rien ne trahit la 
sénilité, dans ce vieux corps durci et entraîné par cinquante ans de vie vio- 
lente. Sidi n'a pas de maladie de foie, et prétend ne pas garder le souvenir 
d'une heure de malaise ; ces admirables machines humaines ne sont pas très 
rares au Hoggar, pays de longévité. C'est moins le corps que l'esprit qui accu- 
serait la vieillesse; il est fougueux, mais étroitement obstiné, figé à tout 
jamais dans d'anciennes habitudes. Sidi est bavard; sa conversation abonde 
en anecdotes qui convergent toutes vers le même objet, souvenirs d'anciennes 
razzias; dans ce vieux cerveau il n'y a plus place pour d'autres objets d'in- 
térêt. On lui parle d'une collaboration possible entre troupes françaises et 
goumiers touareg, de contre-rezzous éventuels contre nos ennemis communs 
les Beraber, tout de suite le vieux cheval de guerre hennit au son de la trom- 
pette; il tend son bras en disant : c Tâte, je tremble de joie rien que d'y 
penser. » En revanche, les perspectives de prospérité et de développement 
économique le laissent absolument froid. Ce vieux forban n'est pourtant pas 
antipathique. 11 explique comment après toute une laborieuse existence de 
rapines il reste misérable, à peine propriétaire de quelques chameaux. Il a 
tout donné, aussi facilement qu'il le volait, donné à ses partisans, aux zaouia, 
c'est-à-dire aux monastères, comme un chevalier de notre moyen âge. On 
cherche à lui faire comprendre que bien mal acquis ne profite jamais, on lui 
montre les innombrables inimitiés qui l'isolent et le réduisent à l'impuissance, 
et comment il a conduit à la ruine sa célèbre tribu des Taïtoqs, usée dans des 
guerres interminables. Ces morales n'entrent pas dans cette vieille cervelle. 
Non, il ne regrette rien, il n'a jamais fait que venger ses offenses, défendre son 
honneur, il n'a jamais frappé à tort, il ne se connaît pas un remords. 

Entre ces paladins du banditisme et le politique Mouça il ne peut guère y 
avoir de sympathie. Pourtant, sous la dure pression des faits, Mouça devient 



DU TOUAT AU NIGER. Il 

rhomme indispensable, on sent grandir son ascendant sur les éléments les 
plus irréductibles. Dans le petit campement du capitaine Dinaux j'ai vu les 
plus renommés des écumeurs du Sahara faire, avec leur attitude fière et simple, 
impressionnante, des actes de soumission caractérisés. 

Le chef officiel du parti vieux-hoggar ne pouvait pas être autorisé à se 
présenter; il porte un nom tristement fameux, il s'appelle Attici. Ce fut l'as- 
sassin du colonel Flatters. On admet aux oasis que son vieux crime atroce 
est couvert par la prescription, mais le souvenir en est encore trop présent 
pour que des relations soient possibles; Attici a été prévenu qu'on voulait 
ignorer son existence. 

Il s'est donc contenté d'envoyer son frère Anaba, qui s'est présenté entouré 
de son cortège, avec cette allure lente et presque embarrassée d'oiseaux de 
proie posés à terre, qui trahit, j'imagine, le méhariste déshabitué de la marche, 
sauf pour les courtes flâneries autour des tentes. Et il a exprimé au capitaine 
Dinaux et à Mouça, avec simplicité, sans fausse chaleur et sans contrainte sen- 
sible, des sentiments qui paraissaient vraisemblables et sincères. On lui 
expliquait, avec des ménagements, qu'il faudrait payer un tribut, très léger 
sans doute, et moins un impôt qu'une marque extérieure de déférence. Anaba 
se mit à rire et affirma qu'il était inutile de tourner autour du pot, il n'était 
pas un enfant, il avait pesé la conséquence de sa démarche, il savait que, en 
venant ici, il faisait acte de soumission. 

Des colloques de ce genre ont été fréquents et prodigieusement intéres- 
sants. A se voir ainsi de près, à se toucher et à causer, je ne crois pas être 
optimiste, en affirmant qu'on sentait croître sa confiance dans l'avenir des 
relations. 

Et d'abord ces gens-là sont tous cousins plus ou moins proches, Anaba 
est l'oncle de Mouça; on se combat et on se déteste, mais on conserve très 
nette la notion du lien de famille et des devoirs sociaux qu'il entraîne. Us se 
connaissent tous individuellement, ils sont familiers, non seulement avec leurs 
traits respectifs, mais même avec la silhouette et le poil de leurs chameaux. 
Gela signifie qu'ils sont extraordinairement peu nombreux. Cette redoutable 
tribu est égaillée sur un territoire grand comme la France, mais groupés ils 
tiendraient à l'aise autour du clocher d'une petite municipalité. Voilà une 
constatation rassurante pour ceux qui auront la tâche de maintenir l'ordre 
au Hog^ar. Il semble que, à propos d'un aussi petit morceau d'humanité, la 
complexité .des problèmes qui se poseront sera médiocre. 

Puis, il semble bien, toute sentimentalité à part, qu'il y ait entre eux et 
nous bien des affinités et des points de contact, bien plus qu'avec les Arabes. 
Pour qui vient d'Algérie des divergences sautent aux yeux dès la première 
reocontre. Le Targui est coquet, il s'attife, il a même une façon dans ses dra- 
peries de marier agréablement les tons vifs, qui accuse un sens de coloriste : 



12 É.-P. GAUTIER. 

TArabe est vêtu de crasse et de grisailles, héritage des premiers califes, et 
trahit dans son insouciance des formes extérieures toute Ticonoclastie des 
civilisations sémites. 

La curiosité est encore un trait distinctif du Targui; l'Arabe en est 
dépourvu ; les merveilles les plus paradoxales de notre civilisation ne le distraient 
pas un instant de son rêve intérieur de monothéiste. « Djenoun fih ; il y a le 
diable là dedans », explique- t-il, et il passe. Chez les Touareg le modeste bagage 
d'un Européen en voyage suffit à provoquer un tumulte d'exclamations et de 
questions. Tout en déplorant cette curiosité indiscrète, qui devient une plaie, 
on est bien forcé d'y voir la marqué d'un esprit vif, resté, malgré l'Islam, 
ouvert au monde extérieur. 

C'est peut-être la situation de la femrpe chez les Touareg qui les rapproche 
le plus de nous. Non seulement la femme n'est pas comme en Algérie une 
esclave achetée et cloîtrée; mais elle a, autant que le permet la vie sous la 
tente, ce que nous appellerions un salon, où Varnzad tient lieu du piano; elle 
y reçoit ses amis, et elle a son jour, elle flirte, on la courtise et elle choisit. 
On lui fait des vers. Le mariage est une association de deux libres volontés. 
Ce vieux polisson de Sidi ould Gueradji, coureur de négresses, n'a jamais pu 
fonder un ménage régulier, c'est-à-dire trouver une femme légitime qui con- 
sentît au partage. Mouça à trente-cinq ans est encore célibataire comme un 
bourgeois parisien, il n'a pas trouvé l'âme-sœur. 

On pourrait pousser bien plus loin cette antithèse; on la retrouverait jusque 
chez les animaux; le chien arabe est une brute sauvage, hargneuse et crain- 
tive, un demi-chacal, les crocs toujours au vent. Le chien targui est câlin 
comme le nôtre. 

En somme, une certaine analogie de mœurs est incontestable, et elle est 
sentie de part et d'autre. 11 y a une vingtaine d'années, une demi-douzaine de 
prisonniers Touareg furent internés à Alger; l'un d'eux a eu son heure de 
notoriété parisienne, il fut donné pour guide à l'infortuné Crampel, et il a 
partagé son sort. Nous avons retrouvé dans l'Ahnet le dernier survivant de 
ces malheureux, Tachcha ag Zeragda. Encore que, de notre civilisation il eût 
surtout connu les prisons, il a gardé d'Alger un émerveillement. Dans ses 
souvenirs, qu'il raconte volontiers, on trouve jusqu'à la note sentimentale. 
Tachcha fut un jour tiré de sa prison et conduit dans le monde où apparemment 
il faisait figure de curiosité sensationnelle; il y vit, dit-il, la « fille du général » 
jouer du piano en s'accompagnant de la voix; elle était « blanche comme la 
lune ». Je ne sais qui était cette jeune fille, ni si elle eut conscience de l'impres- 
sion qu'elle produisait. Mais Tachcha rentré dans ses montagnes, marié et père 
de famille, raconte volontiers la « fille du général » avec des yeux rêveurs, 
en faisant courir ses doigts sur un clavier imaginaire. Il fut, en tout cas, le 
premier Taitoq qui vint à nous, il avait gardé bon souvenir de ses geôliers. 



DU TOUAT AU NIGER. 13 

Sidi ould Gueradji n*a pas caché de son côté que nous lui produisions une 
impression familière de déjà vu; et il donnait à son opinion une forme assez 
particulière. Comme tant de Berbères, les Touareg se sont rattachés à la 
Mecque par de fausses généalogies, ils se sont trouvé des ancêtres parmi les 
premiers fondateurs de l'Islam; c'est la forme nord-africaine d'une manie 
nobiliaire commune à beaucoup d'autres pays. Sidi se croit donc de bonne 
foi descendu des Koréischites, la fameuse tribu mecquoise. Or, il incline à 
croire que nous sommes nous-mêmes des Koréischites qui ont mal tourné, 
qui se sont faits chrétiens, et il s'informait curieusement si nous n'avions pas 
dans nos archives de famille quelque tradition de ce genre. 

On sait quelle sympathie enthousiaste les Touareg ont inspirée au premier 
Européen qui a vécu au milieu d'eux, à Duveyrier. Sur la foi de Duveyrier, le 
Targui a longtemps passé chez nous pour un héros chevaleresque, puis, par 
un juste retour, après le massacre de la mission Flatters et de la colonne 
Bonnier, il a été classé traître de mélodrame. La vérité est sans doute entre 
les deux, mais les Touareg gagnent à être vus de près. Ce n'est pas sur un 
champ de bataille et sur la tombe de ses morts qu'on peut être équitables 
envers leurs meurtriers. A les coudoyer pacifiquement, à vivre au milieu d'eux, 
on est amené à reconnaître qu'elle n'était pas si fausse l'impression de cet 
excellent observateur que fut Duveyrier, à condition d'en défalquer ce qu'y a 
mêlé d'exagération enthousiaste la reconnaissance emballée d'un explorateur 
de vingt ans. 

Excusez cette longue digression ; c'est grâce à ce contact quotidien avec les 
mdigènes, grâce à ces colloques de grands chefs Touareg, que j'ai pu gagner 
le Niger. Le projet a pris forme définitive dans les palabres présidés par le 
capitaine Dinaux auquel je reste infiniment reconnaissant. Mouça se chargea 
d assurer mon passage. 

Les Touareg Iforas dont il s'agissait de traverser le territoire sont une 
tribu cliente des Hoggar. C'est une grande tribu, qui ne semble pas numéri- 
quement inférieure, abondamment pourvue de chameaux et de bétail Elle paie 
l'impôt pourtant; quand le Hoggar souffre de la sécheresse, ce qui était le cas 
en 1905, elle partage ses propres pâturages avec ses suzerains, et en tout 
temps au moindre signe elle obéit. Évidemment la trempe supérieure du 
caractère est au Hoggar, il y a là un élément impondérable. 

Mouça pour toute escorte me donna un de ses hommes de confiance, un 
seul, mais un Hoggar, jeune, long, mince et chauve; il s'appelait Amri. Au 
bout d'une dizaine de jours, nous fûmes rejoints par six ou sept grands chefs 
Iforas, qui allaient, par ordre, présenter leurs hommages aux autorités souda- 
naises, et qui devaient me servir d'escorte accessoire. Mouça les avait pré- 
sentés au capitaine comme des personnages pieux et paisibles. Amri au milieu 
(1 eux se reconnaissait de loin au galbe, à la ligne, et, quoique toujours doux 



H É.-F. GAUTIER. 

et poli, il me disait en les montrant : < Il n*y a pas à tenir compte de leur 
opinion, ce ne sont pas des hommes comme nous ». 

Le voyage fut charmant, dans un paysage qui n'avait plus rien déjà de 
saharien, de grandes vallées très larges, dépendant de Toued Tilemsi, toutes 
remplies de beaux arbres parmi lesquels dominaient les mimosas, grouillantes 
de gibier, depuis le pigeon et la pintade jusqu'à la girafe et au lion. C'était la 
saison des pluies. Les tornades menaçaient ou tombaient presque tous les 
soirs, ramenant la température à une fraîcheur qui paraissait délicieuse au 
sortir du Tanezrouft. Une herbe fine et verte profitait de cette aubaine avec 
une hâte de végétal des steppes et couvrait déjà tous les fonds de vallée d'un 
tapis continu. On pouvait se croire en Normandie. 

A cette époque de l'année les Touareg abandonnent les puits, qui sont leur 
seule ressource en hiver, et s'éparpillent à travers tout le pays, buvant aux 
flaques d'eau. Tout notre chemin s'est donc trouvé semé de tentes et c'a été 
un objet capital d'intérêt. 

Ce sont de tout petits lambeaux de cuir; un parapluie de marchande de 
quatre saisons est un abri plus respectable. Rien d'analogue aux grandes 
tentes monumentales de l'Algérie, qui font la charge de plusieurs chameaux; 
celle-ci, un enfant pourrait sans peine l'emporter sous son bras. Je ne sais 
s'il y a nulle part au monde des êtres humains se contentant d'un pareil 
minimum d'abri, vivant aussi complètement à même la terre, sous la calotte 
des cieux. Les bêtes à tanières sont bien mieux logées. C'est la sécheresse 
du climat, sans doute, qui rend un pareil genre de vie à peu près inoflensif, 
encore bien que les Touareg soient perclus de rhumatismes. 

L'exiguïté ridicule de la tente fait ressortir davantage qu'elle soit pour les 
indigènes un pareil centre d'attraction, et qu'il se cristallise autour d'elle 
autant de sentimentalité. C'a été une surprise de constater quelle place tenait 
la tente dans les préoccupations de mes guides Iforas, et d'entendre avec 
quelle émotion ils en prononçaient le nom. Et, sans doute ne s'agit-il pas de la 
tente matérielle, du chiffon de cuir troué; ce qui importe, c'est la famille qui 
prétend vivre dessous, la femme et le lait des troupeaux, les satisfactions du 
cœur et de l'estomac. Le Targui appartient à son home avec tout son être; 
ces grands nomades sont peut-être plus casaniers que nous. 

J'ai toujours vu mes compagnons de voyage incapables de résister à l'attrait 
d'une tente; je ne sais pas si nous en avons rencontré une seule sans mettre 
pied à terre pour bavarder en buvant de grandes jattes de lait. J'ai traversé 
l'Adrar en m'arrêtant ainsi à tous les bouchons. Je désirais voir les ruines 
d'Es-Souf, situées en dehors de notre itinéraire; mes guides m'objectèrent 
avec un grand sérieux que ces ruines hébergeaient un lion très méchant, 
mangeur de chameaux. La vérité était que Es-Souf se trouvait en dehors de 
la zone habitée; pas de tente, pas de lait, pas de papotages; perspective into- 



DV TOUAT AU NIGER. t5 

lérable. J*ai réussi pourtant à faire ce petit crochet d'une cinquantaine de 
kilomètres, mais tout seul, au grand trot du méhari, en compagnie d'un 
Iforas de mauvaise humeur, pendant que le reste de la petite caravane se 
gobergeait chez Thabitant. Le retour fut curieux. Mon guide et compagnon 
unique s'appelait Fenna, chef des Tarât Mellen, littéralement « les moutons 
blancs » : c'est une subdivision de la tribu Iforas. Fenna était un vigoureux 
quinquagénaire, un homme de poudre, car il portait au flanc droit une belle 
cicatrice, un coup de lance reçu dans une razzia à TÂïr; à cela près, le 
plus brave homme du monde et le plus obligeant. Il avait plu, la nuit 
nous trouva au bord d'une immense vallée inondée, transformée en lac: on 
entendait dans l'obscurité l'eau courir en bruissant, une impression étrange 
au Sahara, oubliée depuis de longs mois; nous ne savions pas du tout où 
étaient les tentes; la sagesse était de desseller et de dormir. Mais Fenna, 
Toreitle au guet, entendit ou crut entendre bêler un agneau, et il fut impos- 
sible de le retenir. Nous roilà pataugeant dans l'eau en tirant nos mehara 
par la figure; en fin de compte, les animaux refusèrent d'avancer, l'eau 
s'étendait toujours à perte de vue, la pluie tombait de nouveau, le misérable 
agneau dont la voix nous guidait s'était apparemment endormi; il fallut 
s'arrêter sur un petit tlot fangeux, nous y avons couché tous deux, Fenna 
et moi, étendus fraternellement sous la même courerture. Au petit jour, 
quand je me réveillai, Fenna n'était déjà plus là; il avait encore entendu 
bêler. Je n'aurais jamais cru qu'il pût y avoir une pareille puissance de sug- 
gestion dans un bêlement lointain. 

Aussi je crois compren<Ire pourquoi la question Touareg est définitivement 
résolue. Nos méharistes des oasis sont en état de menacer efficacement les 
tentes, l'arche sainte ; tout est là et c'est sous la protection de cette menace 
redoutable que je suis arrivé tranquillement à Gao. J'y ai trouvé, comme à 
Tombouctou, quinze jours après, auprès des officiers soudanais, un accueil et 
une assistance pour lesquels je les prie d'agréer l'expression de ma très vive 
reconnaissance. 

Encore que, au cours du voyage, nous ayons eu, M. Chudeau et moi, des 
préoccupations exclusivement scientifi<|ues, il m'est assez difficile de vous 
exposer nos résultats, sans excéder les limites d'une conférence et sans me 
noyer dans les détails techniques. 

J'ai fait le meilleur usage que j'ai pu de mon sextant, de mes chronomètres 
et de la lunette du colonel Lapérrine. J'ai levé l'itinéraire au 100 000** toutes 
les fois qu'il a été nécessaire, c'est-à-dire quand j*ai suivi un itinéraire 
entièrement nouveau. J'ai fouillé un assez grand nombre de ces tombeaux 
grossiers qui abondent au Sahara, et j'ai recueilli une assez grande quantité 
d'armes et d'outils préhistoriques. Il y a eu évidemment une civilisation 
néolithique soudanaise qui s'est étendue très loin dans le Sahara jusqu'aux 



16 E. F. GAUTIER. 

portes de l'Algérie. Les reliques archéologiques de l'invasion berbère (mobilier 
funéraire en cuivre et en fer) se superposent immédiatement aux traces laissées 
par ces néolithiques. M. Chudeau et moi, nous avons rassemblé les éléments 
d'une carte géologique provisoire du Sahara touareg. Nous sommes en état 
de dessiner grossièrement le tracé des chaînes hercynienne et calédonienne ; 
et d'affirmer l'existence, au Mouydir-Ahnet en particulier, de grands effondre- 
ments contemporains de la surrection de l'Atlas. Il y a là une masse de docu- 
ments et d'échantillons qu'il faudra revoir de près, étudier, et que je m'efforcerai 
de publier dans le plus bref délai possible. 

J'ai cru, cependant, devoir reporter sur la carte schématique de mes itiné- 
raires le réseau quaternaire tel que je l'entrevois, c'est-à-dire l'ancienne circu- 
lation des eaux avant l'époque désertique actuelle. Le coude du Niger est, je 
crois, le résultat d'un captage récent; auparavant le Niger devait couler au 
nord, et, avec lui tous les oued sahariens, ceux qui viennent du Tafilet, 
l'oued Saoura, le Botha, les oued du Hoggar convergent vers le même point, 
les salines de ïaoudeni, où précisément le D' Lenz a constaté une dépression 
très marquée. 

Je pense même que ce grand système fluvial, complètement mort aujour- 
d'hui, a pu conserver un reste de vie jusqu'à une époque récente, peut-être 
jusqu'à l'époque romaine. Mes documents anthropologiques, je le disais à 
l'instant, permettraient de conclure à l'existence, toute voisine de nous, d'une 
civilisation soudanaise le long de ce réseau. Or, cette civilisation était agricole. 
On trouve, en grand nombre, des pilons et des rouleaux écraseurs de formes 
variées, forme de sphère, d'olive, de cigare, etc., ainsi que des mortiers en 
pierre polie, tous objets n'ayant pu servir qu'à écraser des grains, et encore 
employés à cet usage, paraît-il dans certaines régions du Soudan (le Mossi). 
Ces grands canaux naturels d'irrigation, qui pouvaient apporter jusqu'au 
cœur du Sahara les , pluies de l'Atlas et du Soudan, ne se sont engorgés et 
obstrués que progressivement sous l'accumulation des dunes. Une carte géné- 
rale des dunes sahariennes, des grands erg, les montrent étroitement subor- 
données au tracé des grands oued quaternaires. On voit apparaître le système 
des erg de l'Igharghar et celui de l'oued Messaoud. C'est la maladie dont les 
oued sont morts, une sorte d'éléphantiasis du réseau fluvial. 

11 faut insister aussi sur le fait que le véritable Sahara est moins large 
qu'on ne l'a cru ; c'est un obstacle moins puissant qu'on ne supposait. On a 
admis que le Sahara touchait au coude du Niger, surtout semble-t-il parce 
qu'on signalait sur ses bords d'importantes accumulations de dunes. Il est 
vrai que de Gao à Tombouctou on ne sort pas du sable. Mais ce sont des dunes 
émoussées, aplaties par les pluies, fondues et consolidées par la végétation, 
d'ex-dunes mortes. Elles attestent qu'il y eut là un désert probablement à 
l'époque quaternaire, et que le désert s'est déplacé du sud au nord. Elles 



DU TOUAT AU NIGER. 17 

n'ont d'intérêt que pour Thistoire de la Terre. D'autres faits observés semblent 
confirmer cette idée que le Sahara quaternaire était sur l'emplacement actuel 
du Soudan. Les oued, l'oued Tfemsi par exemple, ne semblent pas avoir de 
passé, ils ne coulent pas, comme ceux du nord, dans un lit ancien beaucoup 
trop large pour eux, disproportionné à leur puissance érosive. On trouve à 
chaque instant au Soudan une formation superficielle, résultat évident de 
décomposition subaérienne, et qu'on appelle assez inexactement latérite. Cela 
ne ressemble en rien à coup sûr à la latérite d'autres pays tropicaux, de Mada- 
gascar par exemple. Je serais tenté de croire que cette latérite soudanaise est 
le résidu de dunes désertiques fondues et dispersées par des pluies tropicales. 
Mais il y a eu là un désert à l'époque quaternaire. 

Aujourd'hui, du moins le coude du Niger coule dans une steppe à saison 
des pluies faible mais régulière: 150 à 300 millimètres. La limite nord de cette 
steppe est très éloignée du fleuve; au moins sur l'itinéraire que j'ai uuivi, elle 
est reportée à In Ouzil, à 400 kilomètres au nord. Je disais à l'instant, que, 
tout le long de ma route, j'ai voyagé sous les mimosas. 

D'autre part, sur le versant algérien du Sahara, la disposition des oasis en 
cordon extrêmement allongé facilite l'accès jusqu'au cœur du Hoggar; la 
région difficile, la partie du désert vraiment redoutable se réduit à une zone 
relativement étroite, que les indigènes appellent le Tanezrouft. Sur notre 
route, il a 500 kilomètres, de Ouan Tora à In Ouzil, coupés, il est vrai, de 
deux excellents points d'eau. In Ziza et Timissao. Sur la route du Hoggar, 
le Tanezrouft se réduit à 300 kilomètres. En été, c'est un obstacle très sérieux. 
En hiver les moutons iforas vont se vendre aux marchés du Touat et les 
bœufs soudanais à bosse passent sans difficulté au Hoggar où on les élève. 
Cela est de bon augure pour la réussite du télégraphe transsaharien. 
En revanche, le Sahara, si on le considère en lui-même et non plus 
comme intermédiaire ou comme obstacle, me paraît toujours aussi dénué de 
ressources et de chances de développement; je doute que le rail, si jamais on 
le construit, puisse y développer ses fameuses qualités de générateur de son 
propre trafic. 

Il y a pourtant une partie du Sahara, qu'on peut'croire ajuste titre appelée 
à un avenir, c'est le coude du Niger. La fameuse comparaison avec le Nil 
pêche par un point. Le Niger a bien comme le Nil les inondations fertilisantes, 
mais il n'a pas, comme lui, la ceinture protectrice contre les nomades du 
désert libyque. Il coule, au contraire, en pleine steppe, au contact et sous la 
domination des peuples pasteurs. Petite diflerence, semble-t-il, et qui a eu pour- 
tant de grosses conséquences. 

Quand on vient du nord, et qu'on voit les bords du Niger avec les mêmes 
yeux qui ont contemplé peu de semaines auparavant les ksour du Touat, 
dans le choc brutal du violent contraste, ce qui domine peut-être, c'est ceci. 

La Géographie. — T. XIII, 190*>. 2 



t8 É.-F. GAUTIER. 

Le Touat e&t un point perdu au milieu du plus effroyable désert qui se puisse 
imaginer; en utilisant quelques suintements, après un labeur énorme et une 
dépense stupéfiante d'ingéniosité, Thomme y a fait naître une agriculture 
savante, intensive, ce qu'on connaît de plus évolué en matière d'agriculture. 
Sur les bords du Niger la nature a tout fait pour mettre à la disposition de 
l'homme les bases d'une grande civilisation; on n'y voit, cependant, que de 
misérables nègres, à peine sédentaires, qui sèment un peu de riz à la volée, 
et la moitié de l'année se nourrissent d'herbes, de bourgou. Qu'on n'invoque 
pas la différence de races ; le Touat est cultivé par des esclaves nègres venus 
du Soudan, et le Niger est possédé par des Berbères venus du nord. La raison 
de cette différence saute aux yeux, elle éclate dans les innombrables trou- 
peaux de bœufs entre lesquels coule le Niger. Pour un pays prédestiné à 
l'agriculture, c'est un désastre économique que d'être régi par des nomades. Or, 
les Touareg sont les maîtres sur les bords du Niger. 

Ici nous touchons du doigt ce qui fait, en dépit de contrastes tranchés, le 
lien profond entre le Touat et Tombouctou; c'est un lien humain. De part et 
d'autre on est en pays de Touareg. Entre les gouvernements généraux de 
l'Algérie et de l'Afrique occidentale, on a tracé l'autre année sur le papier une 
démarcation administrative ; elle passe au milieu du Sahara, coupant en deux 
les tribus Touareg. C'est ainsi qu'on a rattaché à Tombouctou les Iforas dont 
j'ai dit quels liens les unissent au Hoggar. Et ce n'est pas que ce rattachement 
ne soit très défendable : les Iforas touchent au Niger. Mais le tort est de couper 
en deux cette région saharienne qui est naturellement une. 

Le Tôuat et Tombouctou sont réciproquement bien plus près l'un de l'autre, 
se rattachent par des liens bien plus étroits qu'ils ne font respectivement avec 
Alger et Dakar. N'est-il pas absurde, par exemple, qu'en cas de rezzou maro- 
cain, comme celui de l'autre année, Tombouctou ne puisse pas utiliser les 
méharistes des oasis et qu'il n'y ait pas de procédé administratif correct pour 
combiner entre Tombouctou et le Touat une action commune, lorsqu'il y a 
tant d'intérêts communs? 

Il y a là, je crois, une démarcation arbitraire et qui ne tiendra pas à 
l'épreuve des faits. On en viendra, à constituer le Sahara touareg en circons- 
cription administrative distincte. 

Par-dessus cette frontière, en attendant qu'on échange des ordres de ser- 
vice, on a du moins transmis, en 1905, un géographe et un géologue. 

É.-F. Gautier. 






Lémuriens et Lémurie 



La géographie moderne, infiniment vaste, est comme le conQuent de 
presque toutes les connaissances humaines. Il est rare qu'elle puisse rester 
indifférente devant une découverte du domaine des sciences physiques ou natu- 
relles. 

Le beau travail que M. Guillaume Grandidîer* vient de publier sur les 
Lémuriens de Madagascar en fournirait au besoin une nouvelle preuve. Il n'y 
aurait pas lieu de le signaler aux lecteurs de La Géographie s'il s'agissait d'un 
simple mémoire descriptif ou anatomique. Mais l'auteur a su lui donner une 
portée plus considérable en consacrant de nombreuses pages à l'histoire géné- 
rale des Lémuriens, à leur distribution géographique, à leur évolution depuis 
leur apparition sur le globe, à l'époque de disparition des grandes espèces 
malgaches, enfin aux conséquences qu'on peut tirer de la présence et de la 
disparition de ces animaux pour l'histoire paléogéographique de notre grande 
lie africaine. 

Le fond même du travail étant zoologique, M. G. Grandidier y décrit les 
nouveaux documents (parmi lesquels se trouvent des types d'espèces ou de 
genres nouveaux) rapportés par plusieurs voyageurs, MM. AUuaud, Gaubert, 
Grandidier père et fils. Cette description, sobre, souvent élégante, est en même 
temps très précise. L'auteur a imaginé de remplacer les longues listes de 
mensurations, qui encombrent ordinairement les travaux de ce genre, par des 
graphiques ingénieux. Les quelques pages résumant les caractères généraux 
des Lémuriens, sont remarquablement écrites. 

Les représentants de ce curieux groupe de Mammifères sont presque tous 
cantonnés actuellement à Madagascar. C'est à peine si quelques-uns errent 
encore, rares et isolés, dans les profondeurs des forêts africaines ou indo- 
malésiennes. 

Dans les périodes géologiques antérieures, les seuls animaux qui, indiscu- 
tablement, doivent être comparés aux Lémuriens actuels sont ceux qui ont 
laissé leurs débris dans les phosphorites du Quercy et dans quelques autres 

l. Recherches sur les Lémuriens disparus et en particulier sur ceux qui vivaient à Madagascar^ 
in Nouvelles Archives du Muséum, 4' série, l. Vil, 1905; vol. in-i» de 142 p. et 12 pt. Paris, 
Uasson et C*. 

La OftooBAPHic. — T. XIII, 1906. 



/ 



20 MARCELLIN BOULE. 

gisements oligocènes de notre pays : Adapts, Necrolemur et Pronycticebus. 
Les fossiles américains attribués par Cope, Marsh, etc., à des Lémuriens 
sont trop peu nombreux ou trop incomplets pour pouvoir se prêter à des 
conclusions certaines. 

Si étrange que soit actuellement la faune malgache, elle était naguère plus 
étrange encore. De nombreux gisements, qui ne paraissent guère remonter au 
delà du début de la période actuelle, qui ne sont peut-être même pas quater- 
naires, ont livré de grandes quantités d'espèces disparues : Tortues énormes; 
Oiseaux coureurs gigantesques, comme les .Epyornis; un Édenté très voisin 
de rOryclérope africain actuel, un Bœuf, un Hippopotame, un Cryptoprocte 
plus grand que l'espèce vivante et toute une série de Lémuriens dont plusieurs 
formes géantes, de la taille des grands Singes anthropomorphes, comme le 
Megaladapis. 

Les gisements de ces animaux fossiles ou subfossiles ont été repérés par 
l'auteur sur une belle carte imprimée en plusieurs couleurs. Ils se rappor- 
tent à deux types : 1° les terrains superficiels, principalement les tourbières et 
les prairies marécageuses; 2° les dépôts de remplissage des grottes. Ces der- 
niers sont, à mon avis, ceux qui fourniront, dans l'avenir, les découvertes les 
plus intéressantes au point de vue chronologique. Mais leur étude systéma- 
tique n'a pas encore été entreprise. 

A quelle époque remonte la disparition de la faune révélée par ces gise- 
ments et à quelle cause faut-il l'attribuer? 

Il est hors de doute, pour M. G. Grandidier, « que cette disparition est 
récente et que la plupart des grands animaux, dont nous ne connaissons plus 
aujourd'hui que les ossements, ont été contemporains de l'Homme ». Il cite, 
à l'appui de cette opinion, les entailles qu'on observe sur certains ossements 
et qui ont été faites à l'aide d'instruments de fer ou d'acier; la présence, dans 
les mêmes gisements, d'objets travaillés, poteries, silex taillés en pierres à 
fusil, dents percées pour servir de parure, etc. En présence de tels faits, il 
semble bien que l'Homme ait été pour beaucoup dans la disparition de cette 
faune. « De plus, comme ce sont les animaux de grande taille qui ont disparu, 
tous les petits ayant résisté, il est probable qu'il s'est produit là le même 
phénomène de sélection que celui qui a amené dans le reste de la Terre la 
disparition de la plupart des grandes espèces zoologiques. » 

A l'heure actuelle, nous assistons à l'extinction d'animaux tels que le 
C hiromys (Aye-Aye), la Viverra fossa, VEupleres Goudoti (ce curieux intermé- 
diaire entre les Insectivores et les Carnassiers). On peut attribuer ces dispari- 
tions progressives à des causes du même genre, manque de nourriture, 
troubles apportés par l'Homme à la quiétude de leur vie, à leur reproduc- 
tion, etc. 

Je ne saurais m'ctendre sur le côté purement zoologique de la belle thèse de 



LÉMURIENS ET LÉMURIE. 2i 

M. G. Grandidier. Je dois signaler toutefois la liaison des plus intéressantes 
que la famille éteinte des Archaeolemur établit entre les Lémuriens et les vrais 
Singes. D'un autre côté, les Megaladapis présentent des traits qui les rappro- 
chent a la fois des Lepilemur actuels et des Adapis de TOligocène de France. 
Ceux-ci ont, d'ailleurs, un grand air de parenté avec leurs successeurs, on est 
tenté de dire avec leurs descendants, malgaches. Et, comme parmi les autres 
Mammifères de Tîle certains ont aussi conservé un faciès oligocène, par 
exemple le Cryptoprocte, des Viverridés, etc., la question tant discutée des 
relations de Madagascar avec les continents voisins s'impose de nouveau à 
Tespril du naturaliste. 

Après avoir beaucoup réfléchi, M. G. Grandidier n'a pas. hésité à aban- 
donner les théories paléogéographiques ayant eu cours dans la science jusqu'à 
aujourd'hui. Il a estimé que le résultat de toutes ses études sur Madagascar 
venait plutôt à l'appui des vues émises depuis peu dans le Laboratoire de 
Paléontologie du Muséum dont il est un habitué et un ami. 

En étudiant les gisements fossilifères découverts depuis peu sur la côte 
orientale de Madagascar, et d'âge crétacé, j'ai eu, en efl'et, plusieurs fois 
l'occasion de montrer l'importance qu'ils présentent au point de vue paléo- 
géographique. Voici les conclusions d'un nouveau mémoire sur le même sujet 
écrit en collaboration avec M. Thevenin* : 

« On a émis diverses hypothèses sur les relations de Madagascar avec les 
terres voisines; les uns ont prétendu que cette île se rattache à l'Afrique, 
d'autres à l'Inde. Neumayr pensait que pendant l'ère mésozoïque la moitié 
orientale faisait partie d'un continent reliant l'Afrique australe à l'Inde; 
c'était la presqu'île indo-malgache de son continent brasilo-éthiopien'^. Oldham 
avait antérieurement exprimé la môme opinion que MM. Suess et Kossmat 
ont admise ensuite et qui n'est, sous une autre forme, que Thypothèse de la 
« Lémurie » des zoologistes. 

• Les travaux de ceux-ci avaient pourtant montré le peu de crédit qu'il 
fallait lui attribuer. Déjà Commerson, qui avait fait le tour du monde avec 
Bougainville, avait dit : c La nature semble s'être retirée à Madagascar, 
comme dans un sanctuaire, pour y travailler sur d'autres modèles que ceux 
auxquels elle s'est asservie ailleurs ». Wallace a également combattu la 
Lémurie. Depuis, A. Milne-Edwards, qui connaissait si bien la faune de l'île, 
a prétendu que < Madagascar est elle-même » et qu'il n'y a pas plus de raison 
à la rattacher à un continent qu'à un autre. Les botanistes afflrment que les 
quatre cinquièmes des végétaux de l'île lui sont particuliers. M. le comman- 

1. Voir AnnaUs de Paléontologie, nouvelle publication dirigée par M. Boule, Paris, Masson 
et C'«, éditeurs. 

2. Neumayr, Die geogvaphische Veràreitung der Juraformation, in Denkschr. der K. K. Ak, 
d. Wissetischr,, Wien. Math, Sat. Classe, Bd L, Ab. I. 



22 MARCELLIN BOULE. 

dant Renault*, qui a étudié les Mousses de Madagascar, a écrit : € La con- 
nexion inconnue autrefois de sa flore bryologique avec celle des continents 
africains commence à se dégager.... » Il a montré que, si cette flore est en 
relations, d'une part avec celle de l'archipel indo-javanais par des espèces 
affines, elle Test surtout, d'autre part, avec celle des montagnes de l'Afrique 
australe par des espèces affines et de nombreuses espèces communes. 

« Tous ces faits n'ont pas empêché M. Blanford * d'admettre en 1890 qu'une 
connexion existait encore à la fin de la période crétacée entre Madagascar, 
les Mascareignes et l'Inde. 

« La Géologie et la Paléontologie expliquent ces diverses hypothèses en les 
conciliant ou en les complétant. 

« Il est probable, en eQ*et, que Madagascar a eu des relations étroites à la 
fois avec l'Afrique et avec l'Inde pendant la période du Trias. On ne saurait 
expliquer autrement les ressemblances vraiment extraordinaires constatées 
entre les animaux terrestres (Reptiles Dicynodontes) et les plantes fossiles 
(flore à Glossopleris) des deux continents que sépare aujourd'hui toute 
l'étendue de l'océan Indien. Mais ces relations ne s'imposent plus au Juras- 
sique et nous savons aujourd'hui par les découvertes de Fanivelona et de 
Marohita, sur la côte orientale, que vers la fin des temps secondaires, tout au 
moins, Madagascar devait être une ile^ S'il a vraiment existé, le continent 
indo-malgache devait se réduire alors à une longue péninsule indienne ou à 
une suite d'îles situées sur les points où l'on observe aujourd'hui des fonds 
de 6000 mètres. 

« Une nouvelle jonction continentale a pourtant dû s'établir après les pre- 
miers temps tertiaires, car non seulement l'île paraît être dépourvue de 
dépôts marins plus récents que l'Oligocène, mais encore il faut expliquer le 
passage des animaux malgaches ayant des affinités avec nos animaux éo- 
cènes ou oligocènes : grands Oiseaux coureurs. Carnassiers primitifs comme 
le Cryptoprocte, Édenté du groupe Oryctécope, et surtout Lémuriens qui ne 
peuvent être que les descendants des Lémuriens de nos gisements tertiaires 
d'Europe. Il est donc probable que, pendant une partie de l'ère tertiaire, 
Madagascar a été réunie à l'Afrique par l'intermédiaire de Mayotte et des 
Comores, où se trouvent aujourd'hui les profondeurs marines les moins 
considérables. 

« A quelle époque s'est faite la nouvelle rupture? Nous ne le saurons que 

1. F. Renault, Prodrome de la flore bryologique de Madagascar, publié par ordre de S. A. S. 
le prince Albert !•'. Vol. in-4% Monaco, 1897. 

2. Quartei^ly Journal Geol. Soc, t. XLVI, 1890, p. 98. 

3. Les roches renfermant les fossiles ont un cachet très détritique; ce sont de véritables 
grès à ciment calcaire. C'est le cas de toutes les roches secondaires et d'origine sédimentaire de 
Madagascar que nous avons pu examiner. Pour cette raison, nous ne croyons pas que Tile tout 
entière ait été sous les flots. Nous pensons que la masse cristalline a été émergée définiti- 
vement de bonne heure. 



LÉMURIENS ET LËMURIE. 29 

lorsque de futures découvertes paléontologiques nous auront appris les 
rapports des Mammifères tertiaires ou quaternaires de Madagascar avec les 
faunes de TAfrique, de Tlnde et de TAustralie. Nous pouvons toutefois noter, 
dès maintenant, que la présence de types aussi spécialisés que THippopo- 
tame tend à prouver que cette dernière rupture est assez récente. > 

Je suis personnellement très flatté de l'adhésion de M. G. Grandidier à ces 
vues nouvelles. Sa notoriété, pour tout ce qui touche aux études malgaches, 
lui donne un grand poids. Mais peu importe le sort des théories, toutes éphé- 
mères! L'essentiel, c'est qu'elles provoquent de bons et solides mémoires 
comme celui que je viens de présenter aux lecteurs de La Géographie. 

Marcellin Boule. 



Observations physiques effectuées au cours 

de l'expédition antarctique anglaise 

de 1902 à 1904 



L'étude du magnétisme terrestre constituait l'un des principaux sujets du pro- 
gramme scientifique de l'expédition antarctique britannique de la Discoiery 
(1901-1904). Les observations recueillies ont été nombreuse et ce sont elles que nous 
résumerons ici, d'après le rapport préliminaire de M. Bernacchi, le savant météoro- 
logiste de l'expédition *. On se rappelle que cette mission dont la zone d'explora- 
tion était la Terre Victoria, a poussé vers le sud plus loin que toute autre avant elle. 

Jusqu'à présent très peu d'observations avaient été effectuées au delà de 50® de 
Lat. S. ; cependant ces éléments offrent un intérêt primordial pour l'étude du magné- 
tisme terrestre dans son ensemble, surtout lorsqu'il s'agit d'établir une théorie de 
ces phénomènes Aussi la nécessité des recherches des constantes magnétiques, de 
leurs variations, etc., devenait urgente, justifiant les multiples et splendides efforts 
qui ont été faits, en ces dernières années, pour recueillir ces données si importantes. 
Les observations de la Discovery, combinées avec celles des autres expéditions, et 
avec celles des stations terrestres, avanceront-elles beaucoup nos connaissances, au 
point de vue général? Pour le bien savoir, il faut attendre l'achèvement de toutes les 
réductions et comparaisons. Mais, d'ores et déjà, on peut estimer qu'elles feront 
faire à la question un pas très important. 

Dans son rapport, M. Bernacchi donne seulement des indications sur les travaux 
magnétiques et physiques, exécutés de février 1902 à février 1904, pendant les 
hivernages de la Discovcry. Aucun essai. n'a été fait pour en tirer des conclusions 
certaines, et si quelques-unes se trouvent formulées, elles doivent, dit-il, être 
acceptées sous réserves, étant donné le peu de temps dont on a disposé pour ces 
premières comparaisons. 

Avant le départ des expéditions anglaise et allemande, un projet de coopération 
internationale a été établi pour faire des observations simultanées les 1" et 15 de 
chaque mois, au même instant de temps moyen de Greenwich. Les stations étaient 
pour l'hémisphère boréal : Kew, Farmouth, Bombay et plusieurs autres observatoires 
étrangers; dans l'hémisphère austral ; Melbourne, Maurice, une station allemande 

1. Louis Bernacchi, Preliminary Beport on the physical obsei^valiona conducled on the National 
Antarctic Expédition from i902 to 1904, in The GeographicalJoumal^ XXVI, 6 déc. 1900, p. 642. 

La OiocRAPHiE. — T. xni, 1906. 11 



OBSERVATIOiNS PHYSIQUES DE L'EXPÉDITION ANTARCTIQUE ANGLAISE. 25 

à Kerguelen, une de la République Argentine à l'île de la Nouvelle-Année (près 
du cap Horn), enfin Tobservatoire de Christchurch (Nouvelle-Zélande) qui a été 
choisi comme station pour la comparaison des instruments avant le départ et au 
retour. 

En plus des instruments pour la détermination de Tinclinaison et de la force 
totale à la mer, la Discovery était munie de ceux nécessaires pour observer la 
déclinaison, force horizontale et Tinclinaison absolue à la côte, ainsi que d'une série 
de variomètres d'Escheshagen, pour enregistrement photographique continu des 
changements dans la déclinaison, la force horizontale et la force verticale. 

Il serait difficile de trouver sur toute la côte de la Terre Victoria un emplace- 
ment pour observatoire à l'abri de troubles apportés par le voisinage de rocs 
magnétiques. Le meilleur emplacement, qui laissait encore beaucoup à désirer, se 
trouvait à l'extrémité d'une péninsule s*étendant vers le sud-ouest, à la base de 
l'île formée par les monts Erebus et Terror, péninsule de dix milles de long sur 
un de large, avec une élévation moyenne de 240 mètres. L'observatoire, dont la 
position moyenne était 77" 30' ol" de Lat. S., et 11 h. 7 m. s. à l'est de Gr., était 
placé à une hauteur de 9 à 15 mètres. Les basaltes dont le sol est formé ont eu 
une influence notable sur les valeurs obtenues. 

Les huttes abritant les instruments étaient en larges plaques d'asbeste, montées 
sur carcasse de bois. Aussitôt que possible, les valeurs absolues de la déclinaison, de 
la force horizontale et de l'inclinaison ont été déterminées, et ce sont les mêmes 
appareils qui ont fonctionné pendant les deux années. Il nous serait impossible 
d'entrer ici dans tous les détails de l'installation, ainsi que dans ceux des méthodes 
d'observations. Nous devrons surtout en retenir les premiers résultats. 

La valeur approchée de la déclinaison a été trouvée = 152° E., la force horizon- 
tale 0,06 C. G. S. et l'inclinaison — 84** 40'. La réduction et la publication des obser- 
vations absolues ont été entreprises par le service hydrographique anglais. 

Des variations rapides et irrégulières se produisent surtout dans la déclinaison 
et la force horizontale. On s'en aperçoit bien en suivant la courbe de mois en mois, 
et il est aussi probable qu'à la publication générale, on aura l'indication d'une 
grande variation annuelle de tous les éléments. 

La déclinaison atteint un maximum vers l'est, vers l'équinoxe d'automne, en 
septembre ou un peu plus tard, et un minimum aux environs de l'équinoxe de prin- 
temps (mars). L'écart annuel est d'environ 1**. La force horizontale augmente vers 
l'équinoxe d'automne, et diminue vers celui du printemps : écart 0,001 di G. G. S. 
L'inclinaison diminue vers l'équinoxe d'automne, et augmente vers celui du prin- 
temps : écart pour 1903 = 30'. 

Il y a souvent des jours très perturbés, surtout en été; en définitive, peu de 
jours chaque mois, de bonnes observations absolues ont été possibles. Certains jours 
on dut abandonner toute observation, tant étaient grandes les perturbations, et de 
pareilles lacunes se rencontrent surtout en hiver, les tempêtes de neige et le 
brouillard interrompant les communications entre le navire et la côte. 

En novembre 1902 une grande tente fut érigée sur la glace qui recouvrait le détroit 
Me Murdo, à 2 milles de la côte, et au-dessus d'un fond de 400 mètres. On a pris 



26 LUCIEN RUDAUX. 

seulement trois séries d'observations, les 4, 5 et 8 novembre, les variomètres fonc- 
tionnant simultanément. Les résultats ont été assez surprenants. Les différences 
trouvées : 0.02562 dans la force horizontale, 0.0324, dans celle totale, et 0.0305 dans 
celle verticale, ainsi que -h 1°51'2" dans rinclinaison, permettraient de calculer des 
corrections à appliquer aux observations faites à la côte. Malheureusement le 
mauvais temps empêchant toute observation solaire, on ne put déterminer la 
déclinaison. Seulement, le 30 janvier, une observation donna 152*' 43' 52" E., tandis 
qu'à la côte cette valeur était alors 152** 4' E. — Ainsi la déclinaison paraît infini- 
ment moins affectée que les autres éléments par le caractère magnétique des roches. 

La tente a servi de base pour un voyage en traîneau du 10 novembre au 
10 décembre 1903 sur la grande banquise, dans la direction sud-est du montErebus. 
Le but de cette expédition était de s'assurer s'il existait des terres dans cette 
direction, afin de recueillir des observations magnétiques sans perturbation causée 
par le voisinage des roches, et aussi de se rendre compte des conditions météorolo- 
giques prévalant pendant l'été. 

Les observations n'ont été nullement troublées, sauf une pendant le retour, par 
le voisinage d'une petite île volcanique appelée Wight-Island, et les résultats obte- 
nus peuvent se résumer ainsi : la diminution dans l'inclinaison est (pour la dis- 
tance parcourue) 1°35'53', soit environ 1' par 1,6 mille. Pour la force totale, la 
différence totale a été=: 0,1127 C. G. S. unités. 

Ces observations doivent donner une idée générale du changement ou de son taux 
dans ces latitudes, sur une surface apparemment non troublée, et peuvent aider à 
une détermination du pôle magnétique austral. 

La déclinaison a été aussi observée par le capitaine Scott pendant son voyage au 
sud et à l'ouest. Dans cette dernière direction une isogone de 180® a été traversée 
par 77° 50 de La t. S. et 155'' de Long. E. de Gr. en novembre et décembre 1903. 

L'examen des courbes des enregistreurs magnétiques montre les visibles diffé- 
rences de la variation annuelle. Les mouvements des aiguilles, surtout en été, sont 
très soudains et très grands. En forme de dents de scie, ces tracés dépassent parfois 
les dimensions du cylindre où ils s'inscrivent et, par cette raison, des portions nota- 
bles de la courbe se trouvent perdues pendant les jours très troublés. La comparaison 
des bandes montrera que ces mouvements subits, surtout pour la force horizontale, 
arrivent à peu près à la même heure pendant un certain nombre de jours consécutifs, 
sans cause apparente. Généralement, de telles perturbations ont lieu dans les trois 
courbes, mais quelquefois elles sont sensibles seulement dans une, et peu ou pas 
dans les autres. 

Les comparaisons générales de ces bandes avec celles de l'observatoire de Christ- 
church montrent aussi la simultanéité de ces perturbations, avec une ampleur 
moindre pour la Nouvelle-Zélande ; on trouve aussi des concordances avec tous les 
autres observatoires. Le 10 avril 1902 et le 1*^'' novembre 1903 particulièrement 
paraissent avoir été des époques de trouble sur toute la surface du globe. 

L'enregistrement soigneux des aurores polaires a été fait, mais la comparaison 
entre les époques d'apparition et celles des variations des courbes n'a été contrôlée 
que très grossièrement. Cependant il ressort que la coïncidence entre ces deuxphé- 



OBSERVATIONS PHYSIQUES DE L'EXPÉDITION ANTARCTIQUE ANGLAISE. 27 

nomènes n'est pas obligée et môme les 3 et 4 juillet 1902 une très brillante aurore 
se manifestait pendant un calme remarquable des instruments. Cependant, à moins 
que ce ne soit une coïncidence, il parait y avoir Tindice d'un grand trouble subit 
surtout dans la force horizontale, un peu avant le début d'une aurore. 

Les tableaux des variations diurnes des éléments fournissent les indications 
suivantes. La variation diurne de la déclinaison atteint son maximum (plus de 2^) 
vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre et diminue ensuite jusqu au 
milieu de juin (hiver), où a lieu un minimum de 22' ±:. Les deux termes de cette 
amplitude journalière arrivent sensiblement au même moment chaque jour, à 2 
ou 3 heures près, le temps moyen du maximum étant ±: 8 heures matin et celui du 
minimum =h 6 heures soir. Pour la force horizontale, la plus grande amplitude 
journalière arrive en octobre ou un peu après, et le minimum en juin. Les instants 
des maximum et minimum ont lieu environ trois heures plus tôt que pour la décli- 
naison, c est'àdire 5 heures du matin et 3 heures du soir. 

La variation annuelle s'est trouvée indiquée plus haut. Quant à celle séculaire, 
l'ensemble paraît montrer des indices d'augmentation dans la déclinaison et la force 
horizontale, et une diminution dans Tinclinaison ; mais la réelle valeur de cette 
marche des éléments reste à déterminer. 

Divers autres problèmes seront offerts par l'étude des courbes des enregistreurs, 
entre autres l'existence de vagues magnétiques, quelquefois très définies, d'une 
durée de quelques secondes. Il reste aussi à dépouiller les observations prises pen- 
dant une grande éclipse partielle de soleil (0.94) le 21 septembre 1903, le magnéto- 
graphe tournant à grande vitesse. 

Les seules autres observations magnétiques sur terre sont : une série de Tincli- 
naison et de la force totale, prise au cap Adare, en janvier 1902 et 1904 et une autre 
série prise au cap Crozier en janvier 1902. Les valeurs du cap Adare sont sensible- 
ment les mêmes qu'en 1899 et montrent quelques signes légers d'une variation 
séculaire. Celles du cap Crozier sont grandement affectées par le caractère magné- 
tique des roches. 

En février 1904, la Disroverf/ a essayé de pénétrer dans la Wood-Bay, pour entre- 
prendre des observations à la côte ou sur la glace ferme et aussi près que possible 
du pôle magnétique, mais l'état de la banquise ne l'a pas permis. 

L'expédition de la Southern-Cross en 1900 avait effectué une série au même 
point, et trouvé une inclinaison de 88° 2'. Cependant, la nature volcanique du 
sol étant analogue à celui des quartiers d'hiver il est possible que cette valeur soit 
quelque peu erronée par les troubles résultants, et qu'ainsi la Wood Bay se trouve 
plus près du pôle que ces observations l'indiquent. Les séries prises à bord de la 
Discovenj, après réduction, éclairciront peut-être ce doute. 

# 
• « 

Pendant les deux hivers 1902 et 1903 on a observé toutes les aurores visibles. 
L'heure, la position, la hauteur et la grandeur des lueurs, l'intensité, la forme, le 
mouvement et la durée ont été notées sur un registre spécial à cet effet, avec cartes 



Kw5^' 



28 LUCIEN RUDAUX. 

et profils des montagnes avoisinantes pour repérer les positions par rapport au 
méridien magnétique. Ces observations étaient effectuées chaque nuit par Tofficier 
de service, assisté du physicien si l'apparition était spécialement importante. On 
faisait alors des mesures photométriques, spectrales, ainsi que des déterminations 
de Télectricité atmosphérique, etc. En général, quoique très fréquentes, les aurores 
étaient peu importantes. Les formes les plus fréquentes étaient des lueurs assez 
indéfinies, des traînées nuageuses, des segments d'arcs et des rayons intermittents. 
Rarement on observa ces magnifiques lueurs ondulantes, à Taspect d'une draperie 
céleste. L'intensité de ces lueurs éteignait rarement l'éclat des étoiles de quatrième 
grandeur. 

Dans certaines occasions, les observations spectrales ont montré la ligne jaune 
caractéristique près de la ligne D, cela à laide d'un spectroscope à vision directe. 
Mais les résultats photographiques, avec l'appareil prismatique, ont été nuls, bien 
que certaines des excellentes plaques employées aient été exposées pendant 24 heures 
consécutivement. 

D'autre part, les observations de l'électricité atmosphérique, prises au cours des 
apparitions, ne révèlent aucun effet spécial attribuable au phénomène. 

L'ensemble des observations montre la grande fréquence des aurores en juin et 
juillet, avec une sorte de minimum pour mai. Une variation diurne est décelée 
également; au havre d'hivernage le maximum avait lieu vers 2 heures du matin, 
heure qui correspond également à la plus grande hauteur de l'aurore. Cet instant 
du maximum semble, d'ailleurs, fonction de la latitude, arrivant plus tard pour 
des lieux de plus en plus rapprochés du pôle. Ainsi pour le cap Adare à — 71** seule- 
ment, on trouve 9 heures du soir comme heure du maximum, résultat identique 
à celui trouvé par l'expédition de la Belgica, 

Beaucoup de questions intéressantes se rattachent à ces observations, période 
d'intensité, période due aux phases de la Lune, relations avec les phénomènes de la 
surface du Soleil et avec la météorologie terrestre, etc. Au havre d'hivernage de la 
Discoverif, il est à noter que les apparitions ont été presque exclusivement confinées 
au ciel de l'est, direction de laquelle le vent soufflait le plus fréquemment. 

La publication de toutes ces observations jettera certainement une lumière nou- 
velle sur ces problèmes de grande importance. 

* 

Le sismographe Milne de l'expédition a enregistré peu de secousses pendant ces 
deux années. Elles ont été généralement très faibles (insensibles sur les magnéto- 
grammes); quelques comparaisons ont montré une simultanéité avec celles res- 
senties en Nouvelle-Zélande, avec beaucoup moins d'importance pour les régions 
polaires. 

Des sortes d'orages, de secousses prolongées, ont été ressenties, spécialement en 
octobre, et des a pulsations » définies très réduites se sont produites fréquemment 
en hiver, par les grands abaissements de température. Des changements subits de 
pression barométrique sont aussi clairement indiqués. 



OBSERVATIONS PHYSIQUES DE L'EXPÉDITION ANTARCTIQUE ANGLAISE. 29 

En définitive, le fait d'avoir noté peu de manifestations dans ce genre est peut 
être plus intéressant que leur grande abondance, car cela semble indiquer qu'un 
centre volcanique pourrait être marqué par une diminution des secousses, comme 
si une soupape existait en cet endroit de la terre. 

# 

* * 

Les observations de l'électricité atmosphériques, effectuées avec 1 electromètre 
portatif de Kelvin, n'étant pas encore réduites et groupées, il est difficile d'en parler 
d'une façon un peu définitive. Cependant on aperçoit déjà que la différence de 
potentiel est plus grande en été qu'en hiver, avec une amplitude journalière percep- 
tible en été, le maximum ayant lieu un peu après minuit et le minimum après 
midi. 

Tandis qu'il y avait de la neige en l'air, ou de fines aiguilles de glace, la diffé- 
rence de potentiel était très grande et variable; dans beaucoup de cas la tension 
électrique aurait déchargé l'électromètre. 

* * 

Les déterminations de la constante de la gravité ont été peu nombreuses. Celles 
obtenues par les différentes expéditions, aux Falklands, à Aukland, à Kerguelen, ainsi 
que par les observatoires de Melbourne, Montevideo, etc., montrent évidemment un 
accord de fait entre les deux hémisphères de notre globe, mais les données ont 
besoin d'être plus complètes. 

Jusqu'en 1902 on n'avait encore effectué aucune observation à une latitude très 
élevée. 

Les observations faites avec le pendule (qui a été comparé à Melbourne et à 
Christchuch avant le départ, et de nouveau à cette dernière station au retour) ont 
fourni des éléments très approchés. L'accélération calculée pour le havre d'hiver- 
nage de la Disrovertj étant, d'après la formule de Helmert, égale à 982 cm. 96, on 
a trouvé par la série des observations la valeur 982 cm. 83. Si l'on considère que 
quelques corrections n'ont pas jété appliquées, l'accord est très satisfaisant. 

Tels sont, trop brièvement résumés, les principaux résultats intéressant la phy- 
sique du globe, rapportés par la Discovenj. On ne saurait trop en féliciter M. Ber- 
nacchi et remercier ceux qui ont accompli cette tache magnifique, au cours d'une 
des plus remarquables expéditions accomplies dans les régions polaires antarctiques. 

LrCIEN RUDAIX. 



Les résultats géographiques 

de la Mission Saharienne 

Mission Foureau-Lamy^ 



La librairie Masson et C'** vient de faire paraître les Documents scientifiques de la 
Mission Saharienne, publiés par son chef et édités par la Société de Géographie sur 
le legs Renoust des Orgeries. Ces splendides volumes sont comme une encyclopédie 
des matières les plus diverses. C'est au point de vue spécial du progrès des sciences 
géographiques qu'ils seront envisagés ici. 

Les formes du terrain. — Le lecteur connaît déjà les documents du premier 
fascicule, signalés aux géographes par un des savants qui ont aidé M. Foureau à 
les mettre en œuvre ^. L*auteur examine ensuite le relief des régions parcourues. 
Très sobre de généralisations didactiques, il s'attache surtout à parler en témoin 
oculaire; mais on sait quelle expérience incomparable lui ont valu vingt-quatre ans 
d'exploration saharienne, et c'est ainsi qu'il peut tracer la physionomie de zones 
entières, sans sortir des choses vues. L'image du grand Erg algérien — sa zone 
de prédilection — y apparaît particulièrement fouillée et saisissante. Il y a long- 
temps que la légende de la mer des sables, déroulant à l'infini ses vagues uni- 
formes, a vécu; mais c'est à M. Foureau qu'on doit d'en connaître toute la variété 
d'aspects. Ici, le lacis inextricable des dunes géantes séparées par de profonds 
entonnoirs à fond de sable; là les chaînes régulières, les larges trouées planes 
semées de graviers à perte de vue; ailleurs les longs et étroits couloirs aboutissant 
à un cul-de-sac de sable; plus loin, toute une ossature de roche perçant le manteau 
arénacé; ou bien un dos de pays montant à 400 mètres d'altitude, ou encore des 
cuvettes, anciennes mares dont le vent promène aujourd'hui les coquilles — que 
de contrastes et que de problèmes! Dans ce chaos M. Foureau relève pourtant des 
faits généraux, tels que l'immobilité des grandes dunes et l'augmentation inces- 
sante du sable. L'inertie des premières lui semble due à la variation des vents qui 
se contrecarrent. <( Ce ne sont pas, dit-il, les grandes dunes qui se déplacent, c'est 
leur base dont l'ampleur augmente avec les années. » Et ces sables qui viennent 

1. Publication de la Société de Géographie (sur le legs Renoust des Orgeries), Documents 
scientifiques de la Mission Saharienne. Mission Foureau-Lamy, « d'Alger au Congo par le Tchad », 
par F. Foureau, chef de la Mission, lauréat de l'Institut, 3 vol. (fascicules) in-4* de 1210 p. avec 
404 gravures et 30 planches hors texte, et un atlas de 16 cartes et plans. Paris, 1905. Prix: 60 fr. 

2. A. Angot, Les observations météorologiques de la Mission saharienne Foureau-Lamy, in La 
Géographie, IX, 1, 15 janv. 1904, p. 1-4. 

La Géooramiie. — T. XIII, 1906. 



LES RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES DE LA MISSION SAHARIENNE. 31 

grossir la masse lui semblent apportés surtout par les vents de sud-ouest à sud-est, 
(( les plus forts, sinon les plus fréquents ». L'auteur n'émet d'ailleurs ces consi- 
dérations qu'avec toutes sortes de réserves; en tout cas, la masse d'observations de 
détail et les magnifiques photographies qui les accompagnent représentent une des 
contributions les plus considérables dont la géographie des dunes puisse tirer parti. 
Tout autre est la physionomie du Tasili occidental, aux sombres falaises de grès 
découpées en encorbellements et flanquées d'énormes éboulis. Pour la première 
fois, le bord sud en a été vu et décrit, et la carte enregistre ici une modification 
profonde. D'après Duveyrier et Flatters, ce bord méridional figurait une des 
anciennes lignes de faîte sahariennes : au nord, les eaux allaient aux Ighargharen, 




FIG. 2. — GRAND ERG. RÉGION DE l'oUAR, CAMPEMENT DU 27 JANVIER 1896 (aNGLE 83°) 
[CTCLOGRAPHE DAMOIZEAU]. 

au sud elles se partageaient entre le bassin fermé d'Amadghor et le versant du 
Niger. C'était inexact. Les branches supérieures des Ighargharen traversent de part 
en part le Tasili dans lequel elles s'encaissent comme la Meuse dans l'Ardenne; 
c'est plus loin et plus haut, dans les granités et volcans de l'Adrar-Ahorrène, que se 
trouve le faite à partir duquel les eaux prenaient la direction du sud. 

On ne connaissait pas davantage les confins occidentaux de l'Aïr. La mission 
saharienne y a traversé un plateau rocheux semé de mornes sans ordre, témoins 
d'un relief disparu. Très instructive aussi, l'esquisse du massif de montagnes 
lui-même. On y saisit le caractère saharien de ces chaînes aux faîtes « qui se décou- 
pent avec dureté dans le ciel », aux flancs entièrement nus et le plus souvent inacces- 
sibles, bordés de talus d'éboulis gigantesques, entaillés de gorges (( à berges à pic 
dans leur origine », et dont un ruban de verdure voile à demi le fond. 

Toutes ces régions diverses portent la marque de l'activité éolienne, et M. Fou- 
reau lui consacre un chapitre spécial. A ce qu'on savait de l'action érosive du sable, 
il ajoute bien des remarques inédites, et les planches qui y sont jointes (pi. XVIII 

i. Les clichés qui accompagnent cette étude sont tous empruniéa àux Documents scientifiques. 



32 H. SCHIRMER. 

et XIX) montrent admirablement comment les formes d'usure peuvent varier avec 
le vent et la nature des roches. On remarquera que l'auteur attribue pour une 
grande part à l'action mécanique du vent les flancs verticaux des montagnes tabu- 
laires (gour) et des plateaux. 

La topographie du Sahara et du Soudan s'est ainsi augmentée de 6 995 km. de 
route, dont 5345 (itinéraire général) levés en double, d'une part par M. Foureau 
lui-même, de l'autre par les officiers de la mission. Ces derniers ont levé 4 650 km. 
en raids et reconnaissances autour dlferouane, d'Âguellal, de Zinder et de Koussri. 
Ces travaux exécutés à la boussole s'appuient sur 105 positions astronomiques * dont 
100 nouvelles, et sur des lectures barométriques faites par M. Foureau trois fois 
par jour à heure régulière, et en outre à tous les points saillants de l'itinéraire. C'est 
d'après ces documents que M. le capitaine Verlet-Hanus a dressé l'atlas de onze 
planches au 400000" et de cinq planches au 100000% ces dernières donnant le 
cours du Chari aux eaux basses entre Fort-Lamy et P'ort-Archambault. En dehors 
des progrès que cet atlas fait faire à la carte africaine, signalons la valeur géogra- 
phique du mémoire de M. Foureau qui lui sert de commentaire. L'étude des formes 
du terrain profitera ici de bien des observations. 

Le sol. — De toutes les récoltes scientifiques de la mission, la collection de 
matériaux et observations géologiques, réunie par M. Foureau, est peut-être la 
plus riche. Près de 500 échantillons, exactement repérés sur la carte, ont été rap- 
portés et donnés à la Fc^culté des Sciences de l'Université de Paris. D'autre part, 
M. Foureau a noté et photographié avec sa conscience habituelle la nature du sol 
en cours de route, et groupé ces résultats en une description géologique de l'itiné- 
raire. A cette description s'ajoutent les mémoires de M. Haug, professeur de géo- 
logie à la Sorbonne, sur les résultats paléontologiques, et de M. Gentil, chargé de 
cours à la Sorbonne, sur les roches recueillies. On ne peut qu'indiquer brièvement 
ici combien s'en trouve enrichie la géographie saharienne. On apprend ainsi à con- 
naître rénigmatique dépression du Djoua, couloir en voie de disparition érodé 
dans des lits d'argile rouge et verte, qui semblent se prolonger par-dessous tout 
le plateau calcaire du Tinghert. Le Tindesset apparaît comme un Tasili aux grès 
plus inclinés et plus délitables, chaos de bancs déchiquetés dont les éboulis énormes, 
descendus par la mission en des ravins vertigineux, masquent une base de schistes 
siluriens également en ruines. Plus loin, ce sont des coulées de basalte (on n'avait 
vu jusqu'ici que des cailloux de lave roulés) qui font saillie dans les oueds et révèlent 
les volcans au sud du Tasili. Puis, c'est le désert granitique de l'Anahef, semé de 
filons de quartz tranchant et de dômes écrasés de gneiss; puis, les blocs de granité 
et pegmatite rose, à surface grise ou noircie, les quartz à vernis noir et les basaltes 
et trachytes des monts dénudés d'Aïr; puis les collines à manteau de latérite rouge 
qui au Damergou annoncent le Soudan. Enfin, voici les grandes plaines de sable 
natronné ou d'argile grisâtre, et le vieux socle africain de gneiss et de granité, qui 
émerge de nouveau le long des berges du haut Chari.... Ce que tous ces documents 
apportent à l'histoire générale du continent d'Afrique, M Haug l'a dit en des con- 

1. Voir le premier fascicule. 



LES RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES DE LA MISSION SAHARIENNE. 



33 



clusions lumineuses, que La Géographie a eu la bonne fortune de donner in extenso 
à ses lecteurs'. 

Hydrographie. — La Mission Saharienne a trouvé sur son chemin deux grands 
problèmes de l'hydrographie africaine : le Tafassasset et le Tchad. On sait quelle 
est souvent la difficulté de reconnaître les anciennes artères dans Taltération du 
relief actuel du désert. Les nomades eux-mêmes ne sont pas toujours capables de 
dire dans quel sens un oued a jadis coulé. C'est d'après leurs renseignements que 
Duveyrier avait tracé sur sa carte la triple ramure du Tafassasset, dont la courbe 
immense allait — avec un point d'interrogation — rejoindre le Niger. La mission 
Foureau-Lamy a levé et rectifié le cours supérieur de la branche de Test et de la 




FIG. 3. — MAMELONS DE BLOCS DE GRANITE, A AGUELLAL. 

branche médiane, et confirmé Texistence de la troisième; le collecteur général, le 
Tamanghasset, prend, d'après les guides, la direction sud-sud-ouest. Aujourd'hui, 
ces lits de fleuve, démesurément élargis dès qu'ils débouchent en plaine, s'obli- 
tèrent et s'encombrent de dunes, tout comme leur congénère l'Igharghar. 

Quant aux oueds de l'Aïr, M. Foureau a trouvé leur régime moins favorable que 
ne le dit Barth. Pas un des flots d'orage de juin-juillet 1899 n'a eu l'importance des 
crues de 1830, que M. Foureau qualifie d'année exceptionnelle; ils n'ont eu d'autre 
rôle que de remplir les petites flaques temporaires du lit, et d'alimenter la nappe 
souterraine des plaines d'épandage terminales, comme celle d'Agadez. 

Barth appelait le Tchad « une immense mare, dont le contour change chaque 
mois et ne pourra jamais figurer exactement sur une carte ; tout ce qu'on pourra faire, 
c'est indiquer la moyenne entre le niveau des plus basses et des plus hautes eaux * ». 
D'après un certain nombre de repères, M. Foureau s'est occupé d'évaluer l'écart 
entre ces cotes extrêmes : c'est de 1 m. 20 au maximum que les pluies et les crues 



1. Voir La Géographie, XII, 5, 15 novembre 1905, p. 297-30i. 

2. Ueisen und Entdeckunffen, II, p. 406. 

La GéoGRAPHiB. -^ T. XIII, 1936. 



34 



H. SCHIRMBR. 



fluviales élèvent aujourd'hui le niveau du Tchad. Un bourrelet de sable, lisière de la 
brousse, marque la limite de la zone inondable, mais cette limite n'est pas atteinte 
tous les ans. Les oscillations de niveau finissent d'ailleurs par se traduire en régres- 
sion positive, et le voyageur ne doute pas que le Tchad ne traverse une période de 
dessèchement. A rencontre des craintes jadis exprimées à Nachtigal, le lac n'a 
gagné ni vers l'ouest, ni vers le nord. « Nous avons, dit M. Foureau, parcouru 
toute la partie nord, ayant en main la carte de Barth ; or nous pouvions suivre sur 
le terrain, sinuosité par sinuosité, les petites collines de bordure, elles coïncidaient 




FIO. 4. — LA VÉO^ATION DRfl BORDS DE LA KOMADOtGOU-YOBÉ A K1ES8A. 



toujours avec celles indiquées sur la carte, nul guide n'aurait pu être meilleur. » 
Nulle part on n'a constaté que le lac ait empiété sur ses rives. Nombreux sont, au 
contraire, les bancs d'alluvions qui émergent, les îlots qui deviennent terre ferme, 
sous l'incessant apport des limons amenés du sud par les fleuves. Ce n'est pas seu- 
lement la surface lacustre qui diminue; d'après M. Foureau, il y a aussi moindre 
chute de pluie et moindre débit des rivières. Du moins toutes ses évaluations sont- 
elles très au-dessous de celles de son prédécesseur. 

De ce fait, le lac a déjà perdu le Bahr el Ghazal. Affluent ou effluent? Voilà un 
demi-siècle qu'on disserte. A chaque explorateur, les indigènes ont dit autre chose. 
Nous sommes d'ailleurs dans le pays inventeur du fameux Nil des Noirs, ce fleuve 
mythique des vieilles cartes qui unissait le Tchad au Nil. — Qu'est-ce au juste que 
cette longue dépression, allant du Tchad au Borkou méridional, et qui, certaines 
années, se remplit d'eau jusqu'à 60 ou 100 kilomètres du lac? Barth, et tout récem- 
ment M. l'enseigne de vaisseau d'Huart, ont cru à l'affluent. Nachtigal, avec ses 
faibles altitudes rapportées du Borkou, a entraîné à sa suite la majorité des géo- 
graphes et des explorateurs. 11 y voyait un ancien déversoir, un bras nord-est du 
Chari, qui après avoir atteint la dépression borkouane, aurait d'étape en étape, 
reculé jusqu'au Tchad. On lira donc avec grand intérêt les observations sur les- 



LES RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES DE LA MISSION SAHARIENNE. 



35 



quelles M. Foureau se fonde pour se ranger du côté de Barth et de M, d'HuarU 
Ses cotes d'altitude lui montrent à Test du Tchad une zone riveraine « plus élevée 
que la zone à Touest d'une douzaine de mètres », ce qui lui semble indiquer la 
pente générale de la cuvette. Dans îe Bahr el Ghazal inférieur, aucune pente n'est 
sensible : il peut donc n'être qu'un ancien estuaire fluvial faisant aujourd'hui fonc- 
tion de marigot lacustre. De plus, il n y a pas trace de ce déplacement du Tchad 
vers l'ouest, qui semblait expliquer l'obstruction du déversoir oriental : les villages 
de Beri et Kaoua occupent encore au bord du lac la place où, il y ^ quatre-vingt- 
deux ans, les avait vus Denham; Kouka reste à 17 kilomètres de la rive, comme 
il y a un demi-siècle, au temps de Barth. Enfin les altitudes de Nachtigal au Borkou 
résultent de lectures barométriques, sans observations simultanées au Tchad, et l'on 
sait combien en pareil cas la marge d'erreur reste grande. De tout cela, M. Foureau 
conclut, non que le Bahr el Ghazal ne peut pas être l'ancien déversoir du Tchad 




Fir.. 5. 



PALMIERS DOUM {Cucifera Ihebaica) dans l'ouar irhazar, entre iférouane 

BT SÉLOLTUST. 



mais qu'il n'y a pas, pour le considérer comme tel, de raisons suffisantes. Encore 
un problème qu'il ne faut pas trancher trop vite, et qui attend la solution des 
études de l'avenir. 

Géographie botanique et zoologique. — Les riches collections botaniques de la 
Mission Saharienne ont malheureusement subi l'assaut des eaux, des termites et 
de la moisissure équatoriale. Deux cent vingt-cinq échantillons seulement, sur 
plus de trois mille, ont survécu à ces désastres; la plupart ont été recueillis entre 
le Tchad et l'Oubangui. Un mémoire de M. le D"" Bonnet, professeur au Muséum, 
en donne la détermination botanique, avec l'indication de provenance. De la flore 
spontanée de l'Aïr, jusqu'ici si peu connue*, on n'a pu sauver que quelques rares 
spécimens; ce sont des plantes égyptiennes et sahariennes comme le mrokôa, le 

1. • Iji vépélalion de TAïr, dit M. le D' Bonnet, nous est lotalenicnl inconnue. • Ceci doil 
s'entendre de la connaissance certaine résultant des spécimens botaniques, la mission Foureau- 
Lamy élant la première qui en ait rapportés de l'Aïr. Mais la géographie botanique avait déjà 
pu tirer parti clés indications de Barth, Overweg, Erwin do Bary, que le professeur Aseherson a 
coordonnées dans son mômoire Pflanzen des milHeni Sord-Afriliu (appendice à Rohifs, Kufra, 
Leipzig, 1881). Klles désignent une quarantaine d'espèces très répandues, dont beaucoup se trouvent 
contirmées aujourd'hui. 



36 H. SCHIRMER. 

vyeloukhia^ le chobrom, ou bien communes à l'Egypte, au Sahara et au Soudan 
(Capparis sodada^ Balaniles aegypfiaca. Acacia arabica, etc.). Heureusement que 
M. Foureau a pu suppléer en partie à ces lacunes par sa profonde connaissance 
de la flore saharienne. Familiarisé avec elle de longue date, il a noté chemin faisant, 
avec celte netteté de vision et de langage qui fait la valeur de ses rapports, toutes 
les plantes et particularités qu'il a reconnues. Ainsi ont été complétées les tables 
de classement des végétaux rencontrés, avec leurs noms scientifiques et indigènes, 
de précieuses indications d'habitat, les limites d'espèces constatées, enfin des 
remarques sur la provenance, les époques de végétation, les variétés et les pro- 
priétés de chaque .plante. De ces listes, M. Foureau lui même a pris la peine de 
déduire la physionomie diverse que donne aux pays traversés le groupement des 
espèces. D'excellentes reproductions de végétaux types aident le texte à donner la 
sensation du paysage. Vastes bétoums, parasols ombreux de la steppe algérienne; 
arbustes grêles et larges touffes sèches des pâturages de dunes; acacias aux lances 
farouches des oueds touareg; adjars, doums et plantes grasses des forêts claires de 
TAïr; tamarins et ficus de la brousse de Zinder; grands roseaux du Tchad; buissons 
assoiffés du nord du Kanem, arbres géants des rives équatoriales, que de mondes 
évoqués du nord au sud de Titinéraire! Tel qu'il est, avec toutes les réserves de 
l'auteur, toujours en garde contre les généralisations hâtives, cet ensemble de docu- 
ments rendra encore bien des services à la géographie botanique. 

C'est ainsi qu'il ajoute plus d'un trait caractéristique à la physionomie végétale 
de l'Aïr. On se souvient de la controverse : Barth avait vu surtout les affinités sou- 
danaises, Erwin de Bary le caractère désertique de cette flore confinée dans le fond 
des vallées. Il semble que les observations de la Mission Saharienne donneraient 
plutôt raison à ce dernier. L'Aïr n'y paraît pas, comme on le dit quelquefois 
encore, un cap avancé du Soudan. S'il partage un certain nombre d'espèces avec la 
steppe soudanaise, combien d'autres lui sont communes avec le nord et le centre du 
désert : jujubier lotus, câprier, sumac, hélianthèmes, fenouil, géraniums sauvages, 
crucifères touareg, tamarix-éthel, coloquinte des oueds sahariens, herbes à chameau 
typiques comme le neci, le sfar ou le drine I D'autre part, où sont les grands arbres 
vraiment soudanais, baobab, tamarinier, fromager, Kigelia\ papayer, palmier 
borassus, qui poussent dans tout le Soudan central, du sud au nord? Sur l'itinéraire 
Foureau, ils s'arrêtent à la Komadougou ou à Zinder. Absents aussi, du moins 
jusqu'à nouvel ordre, le manioc, l'arachide, les multiples lianes du Chari. A leur 
place, c'est l'arf'jjAv/f/*, caractéristique des régions arides de l'Inde, qui s'enroule 
aux gommiers de l'A'ïr : on ne l'a vue qu'en deçà du Tchad, par contre on a 
retrouvé ses spirales sur des tamarix du Sahara central. 

Le malériel d'histoire naturelle a disparu avec les bagages de la Mission 
Saharienne dans la terrible crise de transports qui a failli l'anéantir. Bien peu 
d'échantillons de faune ont pu être rapportés intacts et déterminés par les profes- 
seurs du Muséum. Il faut donc remercier M. Foureau d'avoir dressé une liste d'ani- 

1. Vtilgo saucisson nier. 

2. Varenkad avait été signalée par E. de Bary dans le Tasili et par M. Flamand au sud du 
Tademayt. 



LES RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES DE LA MISSION SAHARIENNE. 



37 




maux rencontrés où Ton relève plus d'une particularité intéressante. Telles sont la 
présence de rclicia de faune comme la couleuvre d'eau de la mare d'Ain Teiba en 
plein océan des sables; la disparition de la puce, absente de TOued Rir jusqu'au 
Damcrgou, comme du Fezzan et des oasis égyptiennes; ainsi ce petit animal, si 
bizarre que le fait paraisse, annonce dans le sud, avec lapparition des termitières, 
la zone où finit le désert! Signalons aussi les descriptions des nombreux animaux 
de TAïr — par la faune, plus mobile que la plante, ce pays emprunte davantage à 
la steppe soudanaise — les remarques sur le mouton du haut Chari, très différent 
de VOcis longipes, et sur la marche triomphale de 
la chique brésilienne, ce conquérant de l'Afrique, 
que M. Foureau a rencontré à Fort Crampel. 

L'homme. — 11 était plus difficile de procéder 
à des recherches d'ethnographie méthodique avec 
une colonne condamnée au déplacement par son 
nombre môme et entourée le plus souvent de popu- 
lations défiantes ou hostiles. C'est donc une série 
de matériaux isolés que le chapitre Ethnographie 
offre à rétude encore si peu avancée des races afri- 
caines. Même après Duveyrier, les Touareg ont 
fourni bien des particularités nouvelles. On lira le 
détail de leur cuisine étrange en temps de famine, 
dont les graines de drine représentent l'élément le 
plus substantiel : c'est la pulpe acre de plantes de 
la famille des Orobanches, c'est le rhizome de l'as- 
phodèle, si amère, que ses feuilles vertes, ô ironie, rebutent les chameaux; ce sont 
les âpres siliqoes des gommiers, que le Targui dispute aux oiseaux avec un épou- 
vantait fait d'une guenille! Ces nomades ne vivent qu'à l'aide des grains du Damergou 
et du Fezzàn. Le produit infime de leurs propres cultures est « l'équivalent d'une 
goutte d'eau versée dans l'Océan! » Quand Barth et Richardson, puis Erwin de Bary, 
les premiers explorateurs de l'Aïr, eurent montré deux fois ce pays attendant les 
caravanes du sud pour se sauver de la faim, on aurait pu croire encore à des 
retours d'années d'abondance. Le témoignage de M. Foureau accuse à son tour 
l'insuffisance chronique du plus grand des groupes de culture des Touareg de 
Test. 

Le voyageur a décrit ce commerce de l'Aïr, qui a le sel de Bilma pour base, et 
pour objet la subsistance. Des cultures, rien h obtenir pour le présent, et peu à 
espérer pour l'avenir. « C'est en très petit l'image des oasis de montagne du Sud- 
Algérien, comme Droh, Machounèche ou Khanga Sidi Nadji; mais tout à fait en 
miniature, et malheureusement sans l'eau courante de ces oasis. » M. Fourenu 
n'évalue pas à plus de o p. 100 du total la part d'alimentation que les Touareg d'Aïr 
tirent de leur sol! 11 n'y a d'avenir pour eux que dans l'élevage — avec trans- 
humance — du dromadaire et des animaux du Soudan septentrional. 

Dans cette « poussière de peuple » désagrégée par la lutte pour l'existence, pas 
d'autre communauté morale qu'un vague Islam. Ce lien semble toutefois se fortifier 



FiG. 0. — EQUOUA (Boucerosia 
Tomùoucluensis ?), aoudkras. 




88 H. SGHIRMER. 

aujourd'hui : témoins les indices de propagande sénousie et la correspondance * que 
la mission a reçue ou safsie dans TAïr. 

On sait quelle importance a prise, surtout avec Frobenius, Tétude ethnogra- 
phique des demeures africaines. Nous ne sommes plus au temps où la case ronde à 
toit conique passait pour la seule forme d'habitation soudanienne. Dans les types 
divers juxtaposés chez des peuplades voisines ou au sein de la tribu même, on 
trouve plus d'un indice précieux; ils aideront à démêler un jour le mode d'adapta- 
tion au milieu physique, et d'autre part la trace de migrations ou d'invasions 
étrangères, d'influences civilisatrices ou de foyers de développement local. M. Fou- 
reau a consacré la plus grande attention aux formes d'habitation rencontrées 
sur sa route. Celles du Damergou et de TAïr, les cases, les pailloltes, les mai- 
sons de pierre à motifs orientaux de Zinder, les huttes de jonc du Tchad, les cubes 
-t»vi*««c-5:.. ^^ cylindres de terre des Kotoko du Logone sont ainsi 

t^y^^ ._. % étudiés et reproduits, souvent en plan, en coupe et en per- 
^ /' j^bk. -h % spective. Le meuble, l'armement, la coiffure, le vêtement, la 
parure fournissent d'autres indications : c'est ainsi que 
M. Foureau a retrouvé la tresse libyenne, chez des Kel- 
Ferouan de l'Aïr et des Ifogbas venus de TAdrar. Certains 
procédés industriels — fabrication du sel chez les Manga — 
sont détaillés et photographiés pour la première fois. 

Au Sahara, le sol du désert conserve d'autres vestiges 
FiG. 7. — TOMBE ANCIENNE ^^c l'ou pcut lutcrrogcr sur l'Africain d'avant l'histoire. Ce 
AouDjiDiT. sont des pierres taillées ou polies, couteaux, haches, pointes 

de flèches ; des poteries brutes ou ornées, des débris de meules, 
des gravures sur roche, des pierres dressées en cercle ou en avenues, et des dolmens 
de dalles brutes qui sont des tombes. Il y a vingt-sept ans que M. Foureau a com- 
mencé à glaner dans ces souvenirs; ils forment aujourd'hui au musée du Troca- 
déro une collection unique de plus 6 000 pièces, recueillies en 223 localités diffé- 
rentes, jusqu'alors presque toutes inconnues. Leur aire de dispersion ^ s'étend du 
Tademaït à Ghadamès, et des environs de Tougourt à l'Air! Que penser des hommes 
qui ont taillé ces pierres, les uns d'une main inhabile, d'autres avec un art qui les 
égale aux plus beaux types néolithiques de France? Sont-ce les mêmes qui ont 
construit ces dolmens, bu dans ces œufs d'autruche ornés d'une fine gravure, ou 
laissé sur le sable des grains de collier en ivoire, des perles de verre et des bracelets 
émaillés d'un modèle inconnu ? Que déduire de cette constatation étrange faite par le 
D"" Hamy ; qu'un bon nombre de ces poteries anciennes sont étrangères à tous les 
procédés connus du Sahara et du Soudan actuels, mais qu'on en reproduit presque 
identiquement l'empreinte en poussant de la terre dans des paniers du Somal? Il 
appartenait à MM. Hamy et Verneau de dire, en deux chapitres annexés au présent 
volume, les problèmes que cette magnifique moisson propose à l'étude des migra- 



1. Traduite par M. 0. Uoudas, professeur à l'École des langues orientales vivantes. 

2. Voir à la fln du volume la carte du Sahara septentrional avec indication des gisements. 
Voir aussi les belles planches n*** XX à XXIX. 



LES RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES DE LA MISSION SAHARIENNE. 3y 

lions ci des origines. Ainsi l*on réunit un à un les témoins des âges dont on n'a pas 
mémoire, et Tobscure perspective s*éclaire d'un peu de lumière. 

La mise en œuvre matérielle de ces richesses scientifiques est digne d'elles. A côté 
du luxe de dessins et de cartes, on appréciera les profils. Rien n'aide mieux à Tin- 
telligence d'un pays, quand ils sont appuyés, comme ici, sur des cotes d'altitude 
suffisamment exactes et nombreuses. Rien ne rend plus sensible, par exemple, 
Téiévation considérable du socle touareg — il vaut la meseta espagnole — et le 
faible écart de faîte à vallée, partant la physionomie usée de cette partie du relief 
du globe. Il est vrai qu'elle rachète cette infériorité par la magie des teintes et la 
majesté des lignes. Il a déjà été question des illustrations. Lorsqu'il s'agit de régions 
aussi peu accessibles, le document par l'image égale en valeur la carte et la descrip- 
tion. On ne saurait donc assez remercier M. Foureau et la Société de Géographie 
d'avoir fait profiter le public de cette admirable réunion de clichés en grande partie 
inédits. Peu de vues géographiques sont aussi expressives que les berges croulantes 
des oueds du Tinghert, les bastions et les cirques du Tasili, ou les gorges fantas- 
tiques de rObazzer. A ces photographies reproduites dans le texte, on a ajouté, en 
marge des cartes, des croquis d'après photographie qui mettent en valeur les traits 
caractéristiques du paysage- Plus d'un coin de désert, le célèbre entonnoir d'Aïn- 
Taîba, par exemple, doit à ce procédé d'être pour la première fois vraiment compris. 
En cela encore, cette œuvre couronne dignement une glorieuse carrière de voyageur 
vouée à la science, et justifie la noble initiative que la Société de Géographie a 
prise en rendant possible la mission Foureau Lamy. 

Henri Schirmeb. 



A propos de la position géographique d'EI Oued 



Le président de la Société de Géographie a reçu, au sujet de la longitude contestée 
de Nefta *, une communication personnelle du Service géographique de TArmée, com- 
munication que nous résumons ci-après : 

Les travaux de triangulation exécutés par le Service géographique de TArmée en 
Algérie et en Tunisie n'ont pas encore permis d'établir d'une façon définitive les 
coordonnées géographiques d'El Oued et de discuter les différentes valeurs données 
jusqu'à ce jour par les voyageurs qui ont traversé le Souf. 

Mais actuellement, on connaît la position du minaret de la grande mosquée de 
Touggourt (méridienne de Biskra à Ouargla) ; en outre, plusieurs points de Nefta 
ont été relevés dans les travaux de la triangulation régulière de la Tunisie. Il est 
dès lors possible do discuter la valeur de l'itinéraire entrepris par M. Bayol entre 
Touggourt et Nefta et de voir quelle précision paraissent atteindre les nouvelles 
coordonnées quil propose pour El Oued. 

M. Bayol, chargé de la construction de la ligne télégraphique Touggourt-EI 
Oued-Nefta, a exécuté une triangulation rapide pendant la reconnaissance du tracé 
de cette ligne qui est appréciée ainsi qu'il suit dans l'article de M. Pelet : 

« Les bases de reconnaissances ont été chaînées très exactement sur le terrain, et 
les angles ont été mesurées au sextant. La position des points portés sur sa carte 
résultent donc d'une triangulation précise. 

« Les latitudes observées par l'auteur sont exactes avec le degré d'approxima- 
tion que comporte cette mesure. Elles diffèrent notablement des latitudes antérieu- 
rement observées, mais le point d'observation n'a pas été précisément le môme. 

« M. Bayol n'a pas pu avoir les valeurs des longitudes par suite d'une incertitude 
surl'étatabsoludeseschronomètres.Maisil croit pouvoir répondre, à peu de choses 
près, des différences de longitude entre les trois points, Touggourt, El Oued, Nefta. 

DilTcrence 
Latitude. do loD^ntude. 

Touggourt 32°5r>'ir^ j^^.^y 

El Oued aa^iG'rïO" 

Nefta 33°53'30''> ''^'^^'' 



in2'14'' 
Tels sont, d'après M. Pelet dans l'article sur la position géographique d'El Oued, 

1. Paul Pelet, La posUion géograpkirfue cVEl Oued {Souf), in La Géographie XII, 1, 15 juillet 1905, 
p. 29. 



A PROPOS DE LA POSITION GEOGRAPHIQUE D'EL OUED. 41 

Texposé et le résultat des travaux. Nous allons examiner rapidement quel crédit on 
peut accorder à ces valeurs. 

1* Latitudes. — La latitude de Touggourt (méridienne Biskra-Ouargla) est : 
33* 6' 26*' qui diffère de la précédente de 11' 13", soit 20 kilomètres environ. 

Le minaret de la grande mosquée se trouve sensiblement au centre de la ville et 
il est évident que, quel que soit le point de station de M. Bayol (bureau du com- 
mandement supérieur ou bureau de poste), la valeur trouvée par lui est erronée 
d'au moins 19500 mètres; car cette divergence ne peut être mise, ainsi que le 
pense M. Peiet, sur le compte de la différence de position des points d'observa- 
tions, Touggourt ayant à peine 500 mètres dans le sens nord-sud. 

Pour Nefla, la triangulation de la Tunisie donne (feuille de Tozeur, Marabout 
de Sidi Brahim) : 33" 53' 41", différant de 49' de la valeur de M. Bayol. Ici encore, 
bien qu'à un degré moindre, il est permis d'affirmer que celle-ci est erronée; mais 
l'erreur n'est probablement que de iOOO mètres environ. 

Nous ne discuterons pas la valeur donnée par M. Bayol pour El Oued. Ce travail 
est fait dans Tarlicle de M. Pelet et nous n'avons d'autre part aucun élément nou- 
veau à y apporter. Nous ferons simplement observer qu'étant donné le faible degré 
d'exactitude de la valeur observée à Touggourt, il est permis jusqu'à plus ample 
informé de n'accorder qu'un crédit très relatif à celle que propose M. Bayol pour 
El Oued. 

2* Longitude, — Partant, pour Touggourt, de la valeur donnée par la triangu- 
lation de la méridienne Biskra-Ouargla, M. Bayol arrive aux résultats suivants : 

Longitude de Touggourt 3<>43'57''6 

A 4r/D6'' 



— d'ElOued 4°29'52''- 

A BÔ'IO" 



- de Nefta 5<>26'11* 

La longitude de Nefta, d'après le 200000* provisoire de la Tunisie, est : 5<» 32' 6" 
et M. Pelet la considère comme erronée de 5' 55". 

Or, la triangulation de la feuille de Tozeur, donne pour Nefla (Marabout de Sidi 
Brahim) : 5" 32' I8"qui ne diffère de celle mesurée sur In carte par M. Pelet que de 12". 

Il en résulté que la valeur mesurée graphiquement sur la carte provisoire, pour 
le centre de Nefta probablement, est très sensiblement concordante avec les valeurs 
définitives; ce qui n'a d'autre part rien de surprenant, la triangulation exécutée 
depuis 1888 en Tunisie ayant permis de constater maintes fois avec quel soin et 
quel précision la triangulation rapide de la carte provisoire a été exécutée. 

La valeur donnée par M. Bayol présente donc une erreur de 6' environ, ou 8 kilo- 
mètres. 

Cette erreur peut avoir été commise entre Touggourt et El Oued ou bien entre 
El Oued et Nefta ; il se peut encore qu'elle résulte de causes systématiques affectant 
l'ensemble des deux opérations successives. Suivant l'une ou l'autre de ces trois 
hypothèses on serait conduit au valeurs corrigées suivantes : 



42 A PÏIOPOS DE LA POSITION GI>OGBAPHIQUE D'EL OUED. 

.M2'32* (2) 
4°35'52'' (3) 

Or, parmi les différentes déterminations citées par M. Pelet on remarquera que, 
d'après les coordonnées « textuelles » résultant des observations de Duveyrier, on 
a : 4° 32' 30", et, d'après Roudaire : 4° 33' 05", valeurs qui se rapprochent de Tune 
de celles obtenues par une répartition proportionnelle de Terreur de 6'; d'autre.part, 
la valeur adoptée pour le 800 000» du Service géographique (1895) est : 4» 32' 30*'. 

Dans ces conditions, il parait permis d'affirmer : que la triangulation de 
M. Bayol ne ruine pas définitivement la longitude observée à El Oued par Duvey- 
rier, comme le pense M. Pelet; que jusqu'à plus ample informé la valeur admise par 
le Service géographique (4* 32' 30"), qui résulte d'une étude critique des résultats 
fournis par les voyageurs, parait approchée à 1 ou 2 kilomètres et que dès lors l'er- 
reur commise sur le 800 000* (1895) n'est certainement pas d'environ 42 573 mètres *. 

- 1. Paul Polet, Loc. cit., in La Géographie, XH, \, 15 juillet 1905, p. 33. 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE 



EUROPE 

Exploration géologique du Sogneijord supérieur. — Étendant les études qu'il 
poursuit depuis plusieurs années dans le Jotunheim\ le principal relief de la Scan- 
dinavie, etdans le Hardangervidde ^ M. le.D' J. Rekslad, sous-directeur du Service 
géologique de Norvège (Norges geologiske l/ndersogelse), vient de publier, en colla- 
boration avec MM. Munster, Reusoh et Bjurlykke, la carte géologique du massif 
qui enveloppe les digitations extrêmes du Sognefjord. Cette feuille, qui comprend 









M X 



IX. \A. 



riù. 8. — Boin terminal de la vallée de nyvlas, tributaire du l.crdal. 

(Reproduction d'une photographie de M. J. Rekstad.) 

au centre TAardalsfjord et le Loerdal (route du Sognefjord vers Kristiania par le 
Filefjeld), s'arrête vers Touest au Lysterf jord et à l'Aurlandsfjord. Dans cette région, 
d'après le mémoire de M. Rekstad', se rencontrent, pour ainsi dire, les mêmes 

1. J. Rekstad, Fra Hoifjeidsslrôgel melUm llaukeli og Hemsedahfjeldenf*^ in Norges geologiske 
i'ndersÔytUe, n* 36, Aarboq for 1903. Krisliania, 1904. Voir !m Géographie, IX, 5, 15 mai 1904, p. 3C9. 

2. /J., Fra det nordôstlige Joiun/teim, in Ibid.^ n*> 37. Aarhog for 1904. Krisliania, 1904. Voir 
La Géographie, XI, 2, 15 février 1905, p. 115. 

3. /cf., Fra Indre Sogn, in Norges geologiske Undersôgelses, n* 43, Aarbog for 1905, n" 1. Kris- 
liania. (Tirage à part, in-8 de 53 p. avec une carte géologique et 10 planches.) 



4i 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



terrains que dans les zones montagneuses situées plus au sud et à l'est. Ce 
sont : 

1*^ Des gneiss et des granités archéens. Ces granités ont fréquemment un faciès 
porphyrique dû à la présence de fragments de gneiss; ils sont par suite posté- 
rieures aux gneiss. L'allure de cet horizon est très irrégulier, atteignant ainsi 
l'altitude de 1 500 mètres pour disparaître ensuite complètement à une distance de 
quelques kilomètres à l'ouest comme à l'est; 

2*» Une série phylladienne renfermant des intercalations de quartz! te, laquelle est 
surmontée par un étage de quartzites schisteux et de gneiss ; 

3° Des gabbros et des labradorites qui constituent les points culminants, et qui 
font partie de l'horizon de roches éruptives s'étendant en demi cercle sur une lon- 
gueur de 200 kilomètres de Lom à Ulvik. 

Le pays dont nous venons d'esquisser la constitution géologique forme un haut 




FIG. 9. — PROFIL DE l'ÉTAGEMENT DES BOTNER SUR LES FLANCS DU SKAGRSTÔLSTINI). 

X, Ouverture de l'étagement des botner; A, Profil de la vallée entre X et Y; Y, Escarpement en forme do jatte 
ébréchée vers l'aval, haut do 150 mètres ; œ, Deuxième escarpement haut de 100 mètres ; B, Profil do la vallëo 
entre o* et Z; <$, Crête terminale de la vallée. 

(Dessin exécuté par M. le professeur H. Reusch.) 



plateau tombante pic sur les fjords et découpé de profondes vallées. Ces vallées sont 
remarquables par leur profil en forme d'auge et par leur étagement en gradins 
abrupts. Tantôt les torrents franchissent ces marches en cascades, tantôt, au con- 
traire, particulièrement dans leur cours inférieur, ils les traversent dans de pro- 
fondes gorges creusées par l'érosion; dans ces localités fréquemment les vallées 
affectent un profil en V. D'une vallée à l'autre le nombre des gradins varie du 
simple au double : dans le Feigedal (Lysterfjord) on rencontre, par exemple, deux 
de ces seuils, tandis que la vallée du Vasbygden, tributaire de l'Aurlandsfjord, en 
renferme quatre. 

Quel a été l'agent génétique de ces escarpements qui se présentent dans les vallées 
des Alpes aussi bien qu'en Norvège? Sur ce point les géologues sont loin d'être 
d'accord. Si le professeur Reusch, le distingué directeur du Service géologique de 
Norvège, attribue ces étagemenls de sections de vallées à l'abaissement progressif du 
niveau de base, conséquence de l'exhaussement du sol depuis la période glaciaire, 
M. Rekstad assigne aux glaciers pléistocènes le principal rôle dans la genèse de cette 



EUIIOPK. 



45 



forme de terrain. Avec Richler * on considère aujourd'hui les cirques de la haute 
montagne, kahren des Allemands, boiuer des Norvégiens, cros des Dauphinois, 
comme des produits de Térosion glaciaire; on voit, d'oilleurs, se créer actuellement 




YiefotAdn 




riG. 10. — A, SCHÉMA EXPLIQUANT LB DÉPLACEMEXT DU COURS PRINCIPAL {hovedelv) 
SOUS l'influence de la puissance ÉROSIVE d'un tributaire {bielv) A SON EMBOUCHURE. 

Jjù^ liKnes ponctuées indiquent le tracé primitif des cours d'eau. 

fi, LE COURS DU L.«RDALSBLV AUTOUR DU VINUHBLLBN ET SES AFFLUENTS, LA DYLMA 
ET LB HATLEBEROELV. 

La li^Do ponctuée indique l'ancien cours du Lcerdalselv. 

des kahren ou botner dans le voisinage de la ligne des neiges persistantes. La figure 9 
empruntée au très important mémoire du professeur Reusch relatif aux formes du 

1. E. Richtcr, Geomorpholoffische Vntersuchungen in den llochalpen in Erf/ânzungshefl, n* 132, 
des Peiermanns Milt,, 1900. Voir La Oéographif, IV, 10. 15 octobre 1901, p. 287. 



46 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



terrain en Norvège*, montre sur les flancs du Skagastôlstind un étagement de 
àotner paraissant bien correspondre aux différents stades du retrait de la glaciation 
pléistocènc. Dans l'opinion de M. Rekstad les gradins étages qui s'observent dans 
les vallées du Sogn seraient les vestiges de Ooln créés par les glaciers quaternaires 
au fur et à mesure qu'ils se retiraient vers la haute montagne. Ces seuils marque- 
raient les stationnements des glaciers durant leur régression. 

Dans la région envisagée, depuis la période glaciaire la valeur de l'érosion a été 
très différente d'une vallée à l'autre, suivant les terrains sur lesquels elle s'est 




FIG. 11. — CONE DE DÉJECTION A L'E.MIIorCHt'RE DU 8ENDAL DANS LE L.ERDAL. 

(Reproduction d'une photo^Taphio de M. J. Rekstad.) 



exercée, tous autres facteurs demeurant sensiblement égaux. Ne dépassant pas quel- 
ques mètres à Husum dans le ^'^ranite fondamental du Lnerdal, elle s'élève à 30 ou 
40 mètres dans les phyllades de la vallée du V^asbygd, et à pareil chiffre environ 
dans celles du même L<Trdal, à l'est d'Husum. Sur ce dernier point l'activité de l'éro- 
sion a même eu pour conséquence le déplacement du lit de la rivière, comme le 
montre la ligure 10 (A). Lorsque à son embouchure un aflluent garde une pente telle 
que ses alluvions ne peuvent se déposer, il creuse son lit et par succion, pour ainsi 
dire, attire vers lui le cours d'eau principal, créant ainsi un méandre à la place d'un 

1. Sorr/es relief, in Sovgei geoloqiske IJndersof/else, n** 32. Aarhog for -1.900. Krisliania, 1901. 



EUROPE. 



47 



3 « 

< 5% 



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« a 






tracé recliligne. D'après M. Rekstad, le Hotlcborgclv et la Dylma, doués n leur 
confluent d'une grande puissance, 
auraient ainsi déterminé le dépla- 
cement du Lœrdalselv (flg. 10, B) '. 

Sur les plateaux riverains du 
Sognefjord supérieur, le revêtement 
morainique est faible, contraire- 
ment à ce que Ton observe dans 
la partie nord-est du Jotunheim^. 
Les vallées présentent, en revanche 
des moraines très fraîches, dont 
les lianes extérieurs sont souvent 
découpés en gradins, preuve 
qu'elles ont été déposées sous Teau. 

Dans cette région, comme d'ail- 
leurs dans toute la Norvège, abon- 
dent les terrasses. Très différente 
est leur origine. Tandis que les 
unes dérivent de dépôts marins, 
les autres ont été engendrées par 
l'érosion torrentielle s'exerçant dans 
répaisseur des masses d'alluvions 
provenant du remplissage des val- 
lées par les cours d'eau de la fin 
de la période glaciaire. Ce travail 
d'érosion se poursuit toujours et ses 
produits concourent au comblement 
des fjords et des lacs. A leurs em- 
bouchures, toutes les rivières ont 
construit des deltas dont l'étendue 
augmente d'année en année. Tel 
est le cas aux débouchés du Lier- 
dalselv, de l'Aardalselv, dans le 
Sognefjord et de cette dernière 
rivière dans l'Aardalsvand. Toute la 
partie supérieure de ce lac est déjà 
comblée et a été transformée en une 
vaste plaine fertile, la plus étendue 
du district. 

Sur le versant occidental de la 
Norvège, si remaniuable par l'escarpemonl des montagnes, les vallées reçoivent 




I 






-? 1 



SI 

5 -s* 



1. Les fiffures qui accompagnent celte note nous ont été obligeamment pnUées par le Service 
géologique de Norvège. 

2. La Oéof/raphie, XI, 2, 15 février 1005, p. 113. 



48 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

fréquemment des avalanches de pierres, produites par la dégradation des cimes. 
Les descriptions de tous les départements de cette région publiées par le professeur 
A. Helland* mentionnent la généralité de ce phénomène. Aux Loffoten, par exemple, 
les éboulements modifient la forme des crêtes pour ainsi dire à vue d'œil -. 

Dans TAardal, le Lœrdal et TAarland, très fréquents sont les éboulements. Des 
escarpements abrupts qui enserrent les fjords comme les vallées de cette région en 
tous temps dégringolent des masses de pierre, qui parfois occasionnent mort 
d'homme ou écrasent du bétail. D'après les observations de M. Rekstad, fort 
souvent la chaleur solaire est la cause directe de ces éboulements. Lorsque le 
soleil vient à frapper directement une montagne demeurée jusque-là dans l'ombre, 
fréquemment bientôt après retentissent de terrifiantes canonnades de pierres, 
la dilatation déterminée par la chaleur engendrant soit des décollements, soit 
l'élargissement de fentes déjà créées à travers les masses rocheuses. 

Ciiari.es Rabot. 

Ouverture de la ligne ferrée Saint-Pétersbourg-Viatka. — D'après le Uoard of 
7 rade Journal (L. n° 461, n° du 28 septembre 1905, p. 602), le 14 octobre dernier a 
dû avoir lieu Touverturede la ligne ferrée de Saint-Pétersbourg à Viatka par Vologda. 
Cette ligne qui relie la capitale de l'empire au long tronçon déjà existant entre Viatka 
et Tchéliabinsk par Perm et lekatcrinbourg, crée à travers la Russie septentrionale 
une transversale d'ouest en est, reliant directement Saint-Pétersbourg à la tête du 
Transsibérien. D'autre part, par la voie Vologda-Arkangelsk, le nouveau chemin de 
fer offre au commerce sibérien un débouché sur la mer Blanche. Cu. R. 

Actions géologiques des débâcles en Laponie. — Sur les bords de toutes les 
rivières et de tous les lacs de la Scandinavie septentrionale on remarque des lignes 
continues de petites levées de blocs et de cailloux semblables à des moraines 
embryonnoires. Loin d'être le produit des glaciations antérieures, ces dépôts sont 
des formations actuelles et ont été engendrés par les débâcles des cours d'eau. 

Lorsque la prise se produit, les glaçons qui se forment sur les bords des rivières 
et des lacs comprennent dans leur masse des pierres de divers calibres. Vienne la 
débâcle au printemps, la nappe de glace se détend, et, sous la poussée de pressions 
terribles et de la montée des eaux, envahit les rives où elle forme d'épais amoncel- 
lements. Une fois ces glaçons fondus, on voit apparaître sur la rive un dépôt formé 
des matériaux inclus dans leur masse et de blocs provenant du lit de la rivière que 
dans son mouvement d'expansion la carapace glacée a expulsés vers la berge. 
Ajoutez à cela que les blocs en débâcle érodent les rives constituées par de la roche . 
en place, notamment dans les sections resserrées des cours d'eau et se chargent de 
matériaux qu'ils déposent ensuite en aval, lorsqu'ils empiètent sur les rives'. 

1. Voir par exemple : Norges geologiske Undersôgelse, 18 et 19, A. Helland, Jordfjiinden i 
Romsdalen: 11** 22. Lofolen og Vesleraalen. Norges Land og Folk. A. Helland, Topographisk-statis- 
iik Iteskrivelse ovev Tromso Ami. Kristiania, 1899; Nordre Bergenhus Amt, Krisliania, 1901. 

2. A. Helland, Lofolen og Vealeraaleriy p. 369. 

3. Voir, sur ce phénomène, Charles Rabot, Explorations dans la Laponie russe ou presguHle de 
Kola, in Bull. Soc. Géographie. Paris, 1889. Septième série. X, 4, p. 463. 



EUROPE. 



i9 



Au cours d'une exploration botanique sur les bords^ du Tome olf (Laponie 
suédoise), le D' Selim Berger a recueilli d'intéressantes observations sur ce phéno- 




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mène encore très peu étudié. Ainsi sur une île de ce fleuve, rEsisaari, ce naturaliste 
a constaté que les glaces en débâcle envahissent les rives jusqu'à une distance de 
10 mètres de la berge'. Les figures ci-contre, empruntées au mémoire de M. Selim 

1. Selon Berger, Vegetalioncn och floran i Pajala Socken med Muonio Kapellof/ i ark/iska Sorr- 
La GéooRAPMiE. — T. XUI, 1906. 4 



oO 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



Berger publié dans YArkiv for botanik de l'Académie des Sciences de Stockholm 
mettent en évidence la puissance du phénomène que nous signalons. 

Ces vues montrent que toute la glace voisine de la rive, dont la base était plus 
ou moins chargée de matériaux détritiques, projetée sur la terre ferme. Lorsque tous 
ces glaçons échoués seront fondus, on verra alors apparaître sur l'emplacement qu'ils 




FIG. li. — LA DÉBÂCLE SUR LE TORXE ELF. 

^Reproduction d'uno photojjraphle do Mia Groon.) 

occupaient une pellle levée de blocs et de pierres formé? par les matériaux dont ils 
étaient chargés. 

Les débâcles et les crues qui les accompagnent sont intéressantes, non pas seu- 
lement au point de vue géologique, mais encore au point de vue biologique. Elles 
sont, en effet, des agents de transport pour les graines et contribuent à la dispersion 
des espèces végétales. Charles Rabot. 



ASIE 

Lezploitation des forêts de teck au Siam ^ — L'exploitation des forêts de teck 
est, après le riz, la principale source de richesse du Siam. L'exportation de ce bois 
précieux, à destination de l'Inde et de l'Europe, qui se fait principalement par les 
ports de Bangkok et de Moulmein, augmente d'importance d'année en année. 

La quantité exportée par le port de Bangkok, pendant l'année 1904, s'est élevée à 
77 531 tonnes, représentant une valeur de 14072315 francs, alors qu'en 1903 elle 



botlen, in Arkiv fov bolanik utgifvct af A'. Srenska Veienskaps-akademien, B. 3, n° 4, Stockholm, 
190i. 

d. Dauphinot, Les forêts de teck au 5/flw, in Bulletin économique de Vlndo- Chine, anc. série, 
n° 29, p. 644; nouvelle série, n" 4i, p. 506, cl n" i3, p. 625. 



ASIE. bi 

ne se montait qu*à 58 146 tonnes, représentant une valeur de 11 587381 francs. La 
quantité exportée par le port de Moulmein, et qui suit la même progression, peut 
être évaluée au tiers de la précédente. 

Les forêts de teck sont toutes situées dans le nord du Siam, et ne descendent 
pas plus bas que Kampeng. Les plus exploitées sont celles qui s'étendent dans le 
bassin du Mé-Ping, du Mé-Wang et du Mé-Yom, tous trois affluents du Mé-Nam, 
par où les bois descendent à Bangkok, et celles qui se trouvent dans Touest du pays, 
et empruntent les affluents de la Salouen pour descendre jusqu'à Moulmein. Les 
forêts situées dans le bassin du Mé-Kong sont à peu près inexploitées. 

Le transport des bois se fait par flottage. A certaines époques de Tannée, les élé- 
phants amènent les pièces de teck des forêts aux points de réunion des trains de 
bois, qui comprennent parfois plus de 150 troncs. La durée du voyage de Xieng- 
Maï, sur le Mé-Ping, grand centre de réunion de ces trains jusqu'à Bangkok, est en 
moyenne de vingt-cinq jours. 

Depuis quelques années, le gouvernement siamois s'est ému, à juste raison, de 
l'exploitation intensive des forêts de teck; il a chargé M. Slade, du Service impé- 
rial des forêts de Tlnde, d'organiser un département des forêts. Ce service fonctionne 
maintenant et les régions forestières sont partagées en 13 districts qui sont surveillés 
par des inspecteurs anglais. 

L'exploitation du teck, qui exige de gros capitaux, est représentée au Siam par 
trois compagnies anglaises, une danoise et une chinoise. Gabriel Rouy. 

L'âge des alluvions anciennes du Godavery et VEïephas antiquus dans 
rinde. -- A la connaissance des alluvions anciennes de la vallée du Godavery, 
M. Guy E. Pilgrim apporte une contribution d'autant plus importante que les faits 
qu'il met en lumière peuvent, d'après ce géologue, être étendus à la plus grande 
partie de ces terrains dans la région gangétique K 

Sur les bords du Godavery ces dépôts consistent en conglomérats, graviers et 
argiles, dépourvus de stratification, formant au-dessus du lit de la rivière des escar- 
pements d'une vingtaine de mètres. D'après M. Pilgrim, ils seraient à peu près 
contemporains des alluvions du Narbada, par suite doivent être rangés dans le 
Pléistocène inférieur, comme, d'ailleurs, la plus grande partie des alluvions 
anciennes de la région gangétique. M. Pilgrim fonde cette classification sur des consi* 
dérations stratigraphiques et paléontologiques. Les dépôts alluvionnaires du Narbada 
sont postérieurs à la série de Siwalik sur laquelle ils reposent en stratification 
discordante. Or, la partie inférieure des couches de Siwalik est considérée comme 
Pliocène ancien par les géologues des Indes ; par suite leurs parties moyenne et 
supérieure sont beaucoup plus récentes et a fortiori les couches du Narbada. 
D'autre part, l'âge récent des alluvions de Narbada est indiqué par la ressemblance, 
complète, pour certains embranchements, de sa faune avec celle vivant aujourd'hui 
dans le pays. Dans ces alluvions anciennes avaient été découverts des ossements 

\. Guy E. Pilgrim, On the occurence o/" Elephas antiquus (Naraadicus) in the Godavari AVu- 
vium, ttiih remarks on the fpecies^ if^ distribution and the âge of Ihe associated Indian Deposit»^ in 
Records of the Geohgical Survetj of Imiia, vol. XXXII, part 3, 1905, p. I9y; Calcutta. 



52 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

d'un éléphant dont on avait fait une espèce distincte (Elephas namadicus Falc. 
et Cautl.). L'élude comparée d'un crâne de ce proboscidien récemment mis à 
jour dans la vallée supérieure du Godavery, à laquelle s'est livré M. Pilgrim, Ta 
conduit à affirmer, comme Pohlig, Lydekker, que VElepftas namadicus n'est 
qu'une variété à'Elephas antiqiius. Cet éléphant qui serait peut-être originaire 
d'Europe aurait été, d'après ce géologue, chassé de son habitat originaire vers 
rinde et l'Extrême-Orient par l'aggravation du froid qui a marqué l'établissement 
de la période glaciaire en Europe. Seule, en effet, cette direction s'offrait vers des 
régions plus chaudes par suite de l'ouverture du détroit de Gibraltar pendant le 
Pliocène inférieur. Charles Habot. 

AFRIQUE 

La pêche sur les côtes du Maroc '. — D'après le rapport d'un agent consulaire 
anglais au Maroc, des pêches relativement importantes ont lieu sur la côte nord- 
ouest de l'empire chérifien. Chaque été, sur une longueur de 200 milles au sud du 
cap Sparlel et à une distance de 5 à 10 milles de terre, une centaine de voiliers portu- 
gais de 15 à 25 tonnes pèchent à la ligne le maquereau et la bonite qu'ils salent à 
bord. Ces parages sont également fréquentés par une centaine de pêcheurs espagnols 
montés sur des navires de 12 à 20 tonnes. En outre, dans la zone qui s'étend à 
10 milles au large de Laraiche, quatre navires à vapeur appartenant à la com- 
pagnie La Gadilnna, de Cadix, pèchent pour approvisionner le marché de cette der- 
nière ville en poisson frais. Charles Rabot. 

Exploration de M. Chudeau dans le Sahara. — Le secrétaire de la Rédaction a 
reçu de M. Chudeau l'intéressante lettre suivante datée d'Iférouane, le 3 octobre 1905, 
concernant l'exploration que ce voyageur a entreprise après avoir quitté 
M. E.-F. Gautier le 14 juillet 1905 à l'oued Tougsemin. 

(( La promenade que je comptais faire au Sahara prend un développement plus 
grand que je ne pensais au début; je suis pour le moment à Iférouane l'hôte d'El 
Hadj Mohamed chez qui j'attends les troupes soudanaises. J'ai une semaine à passer 
seul, et j'en profite pour mettre un peu d'ordre dans mes notes. Je vous envoie 
quelques renseignements sur l'itinéraire que le capitaine Dinaux et moi avons suivi 
entre le Tassili Tan Adagh et Tamanghasset. Il est nouveau jusqu'à Silct. D'abord 
une rectification orthographique. Le mot Adrar s'applique aux chaînes de mon- 
tagnes, type sierra. La région située au sud du Tanezrouft Tan Ahnet que l'on 
désigne sous ce nom, est en réalité l'Ad'agh. Le capitaine Métois a, je crois, déjà 
rectifié cette erreur. 

« Le Tassili est un plateau probablement dévonien dont la falaise orientale a une 
quarantaine de mètres. Il y a presque certainement là une faille, de même qu'au 
nord et au sud du plateau, de sorte que ce compartiment déprimé de Técorce 

i. Milfeilitngcn fies deutschen SeefischereivereinSy Hanovre, XXI, n" H, nov. 1905, p. 480, 
d'après Fish. Trad. Gazette, 17, 7, 1905. 



AFUIQUE. 



53 



terrestre, rempli de grès et entouré de tous côtés par les couches imperméables du 
Silurien, forme un important réservoir d'eau qui explique l'abondance et la celé- 
brité du puits de Timissao. 

(( Depuis la falaise terminale nous avons marché pendant 160 kilomètres environ 
sur une pénéplaine silurienne et archécnne, à peine accidentée. Quelques dykes 
éruptifs plus résistants forment seuls de légers mamelons. Cette plaine s'élève 
lentement vers Test (70 m. environ). Les cinquante kilomètres qui suivent jusqu'à 
Silet sont plus accidentés; on monte d'une centaine de mètres en franchissant plu- 
sieurs crêtes siluriennes, orientées à peu près nord-sud. 

« En quittant Silet, ou suit d'abord une couche de laves issues de l'Adrar Ouan 




FIO. !5. — CROQUIS APPROXIMATIF DE LA RÉGION ENTRE LE TASSILI T*AN ADAGH ET TAMANGUASSET. 



Ghelachen qui est constituée par les restes assez bien conservés de deux volcans 
jumeaux. Ce sont les manifestations éruptives les plus récentes que j ai vues; la 
coulée est au niveau de l'oued Ighighi, dont elle recouvre en partie les alluvions. A 
l'ouest d'Abalessa (150 m. au-dessus de Silet), se dresse une sierra assez découpée, 
orientée nord-sud, et qui, vue de loin, a le même profil que la chaîne de quartzilc 
silurien de l'Adagh. 

« A l'est d Abalessa, commence une région relativement déprimée, occupée en 
partie par le Silurien (cuvette synclinale). Cette région s'étend, en s'élevant de 
150 mètres jusqu'à Tit, et de 200 mètres de Tit à Tamanghasset jusqu'à la falaise, 
haute de 200 mètres environ, qui limite le plateau du Hoggar; elle est assez 
accidentée. A mon grand regret, je n'ai pas pu voir de près la Coudiat, mais il est 
maintenant facile d'y aller faire un tour de quelques semaines, et il m'aurait fallu 
renoncer à TAïr qui est d'un accès moins commode. Telle (jue je l'ai aperçue de 
Tamanghasset et des environs d'Abalessa, elle m'a paru se dresser brusquement au- 
dessus des plateaux voisins. Sa surface, presque horizontale, porte quelques masses 
saillantes très isolées, les unes granitiques, en forme d'aiguilles {llainan), les autres 
tabulaires (plateau basaltique?) comme le Tahat. Il parait que vers l'est, elle 



54 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

s'abaisse progressivement. C'est, en tout cas, une région à revoir : Flamand y a 
signalé des argiles bariolées, peut être dévoniennes(?). 

(( De Tit à Tamanghasset, les roches volcaniques jouent un rôle important; elles 
couronnent d'ordinaire des plateaux assez élevés de 20 à 100 mètres et plus au- 
dessus des oueds actuels. J'ai marqué les principales sur le croquis ci-joint. Seul, 
TAdrar Haguerran (montagne Rouge) est un cratère très démantelé, mais encore 
très net. Sa cime principale, le Tin Hamou, se dresse à 550 mètres au-dessus du 
Tamanghasset. 

(( Du Tassili à Silet, il n'y a aucun puits ; la sécheresse est extrême dans le Tanez- 
rouft, et le vent a enlevé toutes les parties légères du sol, de sorte que les vallées ne 
sont indiquées, en dehors du relief, que par une couche de graviers. La végétation 
persistante est très pauvre; quand par hasard, il y pleut, les Touareg viennent s'y 
établir, les plantes annuelles (VAcheub) suffisant largement aux besoins des cha- 
meaux, dont le lait permet à leurs propriétaires de se passer d'eau. 

« Dans le Hoggar, les pluies sont plus fréquentes; les vallées restent humides et 
conservent intégralement leurs alluvions; la végétation est relativement riche et 
quelques oueds sont presque boisés. (En dehors des oueds, il n'y a rien dans le 
Tanezrouft, et à peu près rien dans le Hoggar.) L'Adagh, où il pleut tous les ans, 
présente des conditions analogues au Hoggar, avec quelques différences dans les 
essences. 

(( Les villages sont assez nombreux dans le Hoggar. Silet est alimenté en eau par 
une coulée volcanique; c'est un centre délaissé, où les Touareg viennent seulement 
faire la récolte des dattes (300 palmiers). U y a encore des restes de foggara et de 
seguia, et il semble facile d'y rétablir des cultures. 

(( Abalessa, Tit, Tamanghasset ont de grandes analogies ; le palmier n'y existe pas 
(5 ou 6 à Abalessa). On y cultive surtout des céréales (blé, orge, miel), et contraire- 
ment à l'usage des oasis, le blé y tient la première place; il s'échange à volume égal 
contre les dattes. La vigne (à Tit), les courges (pastèques, concombres, etc.), les 
oignons et quelques légumineuses ne jouent qu'un rôle secondaire. Les Khamès 
possèdent en plus quelques poules, quelques chèvres et quelques moutons (des mou- 
tons à laine). 

(( Les grands oueds sur lesquels sont situés ces villages présentent tous des 
vallées en chapelet, et à chaque étranglement, correspond un seuil rocheux qui 
retient l'eau dans les parties élargies où sont établis les villages; la pente est assez 
forte pour que des seguias ou des foggaras, longues parfois d'une dizaine de kilo- 
mètres, prenant l'eau en amont de l'étranglement précédent, permettent une irriga- 
tion facile et viennent en aide aux puits. Le lieutenant Besset a, je crois, déjà 
indiqué cette disposition. L'épaisseur et l'étendue des alluvions sont assez grandes 
pour que trois années sans pluie ne fassent pas grand tort aux cultures; après trois 
ans de sécheresse, on trouve l'eau à 3 m. 50 dans le puits de Tit. 

« L'itinéraire a été relevé par M. ÇIor,mais je suis trop mal installé pour en faire 
une réduction. Je vous envoie cependant un croquis approximatif qui, je pense, per- 
mettra de rendre intelligibles les quelques renseignements précédents. 

(( R. CllUDEAU. » 



AFRIQUE. 55 

Tremblement de terre dans le Kameroun*. — Le 18 septembre dernier, entre 
11 h. !â' et 11 h. 5' du matin, un assez fort tremblement de terre, d'une durée de 3 à 
4 secondes, précédé d'une forte rumeur a été ressenti à Bouëa, situé au pied méridio- 
nal du pic Kameroun, qui est, comme on sait, un volcan éteint. La secousse a fait 
trembler les portés et les fenêtres des maisons et déterminé la chute d'une pile de 
planches. Cu. R. 

Exploration du baron Maurice de Rothschild dans TAfrique orientale. ~ Le 
baron Maurice de Rothschild, accompagné de M. Henri Neuville, naturaliste au 
Muséum, et du lieutenant Victor Chollet, a accompli dans l'Afrique orientale une 
lr<*s intéressante exploration scientifique. 

L'Abyssinie a été le premier objectif de l'expédition. Dans cette région son iti- 
néraire est jalonné par Diré-Daoua, le Harrar, le Tchercher, Adis-Abeba, le Soddo, 
les parties supérieure et moyenne du bassin de l'Aouche, les monts Assabot pour 
se fermer à Diré-Daoua. 

Avec le docteur J. Roger, le baron Maurice de Rothschild a fait ensuite un voyage 
de neuf mois dans l'Afrique orientale britannique. Partant de Mombassa, il est par- 
venu au Rodolphe en passant par les lacs Nakuro, Hannington et Baringo, les 
chaînes du Laikapia et du Loroghi, la steppe de Barta et les régions du Rendilé. 
Bien que, ayant eu pour principal objet l'étude de la zoologie, cette expédition a 
recueilli d'abondants documents topographiques, d'autant plus intéressants qu'ils 
se réfèrent à des régions presque inconnues ou encore fort inexactement représen- 
tées. Dans la communication qu'il a adressée à l'Académie des sciences et à laquelle 
nous empruntons tous ces renseignements*, le baron Maurice de Rothschild signale 
parmi les résultats géographiques de son voyage la carte détaillée du cours de 
l'Aouache supérieur, qui n'avait pas été encore relevé. Ce travail a été exécuté par 
le lieutenant Chollct. 

Le baron Maurice de Rothschild a rapporté une collection très complète de Mam- 
mifères renfermant des représentants de genres et d'espèces très rares et particuliè- 
rement intéressants. Citons la Girafe à cinq cornes, des Nylochœrus, une dépouille 
et un squelette de Boixercus {Trarjelapbus) eurycero^, la peau d'un Eléphant du lac 
Rodolphe. Ce voyageur a de plus recueilli de très abondantes séries d'Oiseaux, de 
Reptiles, de Batraciens, de Poissons, d'Insectes, de Mollusques renfermant un cer- 
tain nombre de genres et d'espèces nouvelles. Parmi les pièces qu'il a rapportées 
M. M. de Rothschild signale une défense longue de m. 56 eu ligne droiteet de m. 72 
suivant sa courbure, recueillie en Abyssinie, qui ne se rapporte ni à l'Éléphant, ni à 
l'Hippopotame et qui pourrait bien provenir « de quelque grand quadrupède africain 
d'un genre récemment éteint ou qui a échappé jusqu'à ce jour aux recherches des 
explorateurs ». 

De son voyage dans l'Afrique orientale, le baron Maurice de Rothschild a rap- 

1. Deutsche» KolonialUati, Berlin, XVI, 23, 1" décembre 1905, p. 706. 

2. Exploration de l'Afrique orientale. Note de M. Maurice de Rothschild, présentée par 
M. Albert Gaudry, in Compt. Rend, des séances fiebd, de l'Académie des Sciences, Paris, CXLI, 
n» 21, 11 décembre 1905, p. 1039. 



56 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

porté de plus des échantillons botaniques et des séries de roches. Ces dernières étu- 
diées par M. H. Arsandaux ont fourni à ce géologue la matière d'une intéressante 
communication à TAcadémio des sciences sur Textension des roches alcalines dans 
le bassin de l'Aouache*. Les échantillons recueillis par M. M. de Rothschild et ceux 
récoltés par M. Arsandaux lui même au cours de son voyage dans le bassin infé- 
rieur de TAouache en compagnie du regretté J . Duchesne-Fournet, indiquent qu'entre 
le méridien d'Obock-Djibouti et celui d'Adis-Abeba les basaltes, les labradorites 
et les pantellériles forment une bande presque continue longue d'environ ;iOO kilo- 
mètres. CuAni.ES Uabot. 

AMÉRIQUE 

Nouvelle détermination de Taltitude des cimes calminantes de rouest des 
États-Unis^. — D'après les résultats d'un nivellement exécuté l'été dernier par le 
Geologicnl Siirvet/ des Étals Unis et que M. Henry (îannett, géographe de cet 
important institut scientifique, communique à la Société de Géographie de New- 
York {AniPrican geographical Society), la valeur jusqu'ici admise pour l'altitude du 
mont Whitney (Sierra Nevada) est trop forte de 191 mètres. — La cime de celte 
montagne se trouve ramenée a 4349 m. 70 au-dessus de la mer, au lieu de 
4 540 mètres, valeur jusqu'ici admise. 

Pour l'altitude des monts Rainier et Shasta des mesures angulaires ont donné 
respectivement les résultats suivants : 4 308 m. 90 et 4314 mètres au lieu de 4707 
et de 4374 précédemment adoptés. Cu. R. 

La longueur du réseau ferré des États-Unis ^ — A la lin de 1904 le réseau ferré 
des États-Unis atteignait une longueur de 341 669 kilomètres. Dans ce chiffre ne 
sont pas compris les voies do garage et les doubles voies dont le développement 
n'est pas inférieur à 131 275 kilomètres. 

Pendant l'année 1904 l'augmentation du réseau en kilomètres a été de 8049 ki- 
lomètres. 

Le matériel roulant comprend 48 658 locomotives, 31 034 wagons de voyageurs, 
10 947 wagons de bagages, de messageries accélérées et fourgons postaux, enfin 
1 728 903 wagons de marchandises. Cu. R. 

La future route de Panama. — En 191)2, le D" Félix Lampe, de Berlin, l'un des 
collaborateurs réguliers do la Zritschrift drr fif^spllschaft fur Evdkunde avait publié 
un excellent mémoire, géographique et économique, résumant toutes les questions 
relatives au canal de Panama et aux autres projets de canaux interocéaniques de 
l'Amérique centrale*. Mais depuis 1902, beaucoup de faits nouveaux se sontpro- 

1. Sur V extension des rorhes atcalines dans le ftas'iin de IWouache, in Compl, Rend, des séances 
hein!, de V Académie des Sciences, Paris, CXL, n" 7, 13 février lUOn, p. 449. 

2. linll. of the American ffeorjrapliical Socielij, XXXVIl, n" 12, <léc. 1905, New- York, p. 134. 
a. The board of Trade Journal, Londres, LI, n" H», n" «lu 28 déc. 1905, p. 597. 

i. Félix Lampe, D^'r inittelamcrik'imsche Kanal, Berlin, 1002, nlj p., in-4, avec une planche 



AMÊRIQUi:. 57 

duits : la brusque et rapide formation de la république de Panama n'en est pas 
le moins important. li était opportun de reprendre le problème dans son ensemble 
et sous Taspect très précis des nouvelles et prochaines perspectives. M. P. Clerget 
a fait ce travail, et son mémoire a obtenu le prix Aynard au concours de 1904*. 

Après avoir résumé l'histoire troublée des divers projets de canal, il envisage 
le problème actuel d'une manière très positive : la lutte entre le projet de canal de 
Nicaragua et celui de Panama paraît délinitivement terminée à l'avantage de ce der- 
nier; et sans méconnaître le rôle joué par les États-Unis, cette victoire de Panama 
est aussi due à des causes géographiques : distance kilométrique, volcanisme, direc- 
tion des vents, chute des pluies. 

La future route de Panama peut être envisagée et étudiée à cinq points de 
vue principaux : i. Longueur : elle offrira de précieux avantages à tous les pays 
de la côte ouest de TAmérique pour leurs relations orientales, — aux Etats de la 
côte est des Etats-Unis pour les rapports avec rExtrême-Orient et l'Océanie jus- 
qu'au méridien de Hong-kong; — et à l'Europe pour les seules relations avec les pays 
de la côte ouest de l'Amérique et avec l'Océanie jusque vers le 160^ de Long. 0. de 
Greenwich. Ce que rappelle avec force M. Clerget est, en effet, ceci : pour tout ce qui 
est à l'ouest du méridien de Hong-Kong, les Etats-Unis de l'est ont avantage à passer 
par Suez, de même que l'Europe occidentale pour tout ce qui est à l'ouest du 160». 

— 2. Importance des régions parcourues : la voie de Suez est a cet égard infini- 
ment supérieure; la route de Panama ne touche qu'à des groupes d'îles, aussi bien 
dans le Paciflque que dans l'Atlantique; parmi ces groupes, les plus avantagés 
seront naturellement les plus isolés actuellement, c'est-à dire ceux Ju Paciûque. — 
3. Péages qui la grèvent : la fixation du droit de passage devra être examinée très 
attentivement; si ce droit est trop élevé, il fera refluer vers Suez les convois à des- 
tination des ports situés dans le voisinage des méridiens d'équidistance; on se 
trouvera dans cette nécessité de calculer et de fixer les droits de passage, non pas 
d'après les sommes engagées dans l'affaire, mais d'après des considérations précises 
de concurrence. — 4. Avantages naturels : la route de Panama est beaucoup plus 
sûre que les routes du cap Horn et du détroit de Magellan; les escales et dépôts de 
charbon seront très écartés surtout dans le Pacifique ; elle permettra une circumna- 
vigation complète d'est en ouest, en utilisant les alizés et la mousson favorable. 

— o. Voies ferrées concurrentes : aucune n'est beaucoup à redouter, ce sont des 
voies ferrées et partant beaucoup plus coûteuses; les plus à craindre sont les plus 
courtes, les voies transisthmiques de l'Amérique centrale, au nord de Panama, et 
principalement le transmexicain. 

Très avantageuse pour l'Océanie et l'Extrême-Orient dans les limites indiquées, 

— pour la côte ouest de l'Amérique dans ses relations avec l'Orient, infiniment pré- 
cieuse pour tous les États-Unis dans leur lutte pour le Pacifiïjue, la route de 
Panama apportera sans doute à rEuro[)e des avantages, mais elle aura surtout 

de cartes (Tirage à part des Wissenschafiliche Ueilaf/e zttm Jahreshericht d^r zehnten Realschule 
in Berlin . 

2. Pierre Clerget, Le Canal de Panama, in BuUvtin des Anciens élèves de V École supérieure de 
commerce et de lissaye de Lyon (Mémoire couronné par le Jury du concours Aynard, lOOi), Lyon, 
1905, in-8, 39 p. et 8 fig. dans le texte. 



58 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

cet effet de placer noire continent dans un état d'infériorité économique vis-à-vis 
des États Unis au point de vue de nos relations avec TOcéame et l'Extrême-OrieiH. 
En ce qui concerne ces deux grands débouchés, la route de Panama pour les Améri- 
cains est plus courte que la route de Suez pour TEurope. Cette conclusion essen- 
tielle du travail consciencieux et modéré de M. Clerget doit être aussi connue des 
Européens qu'elle Test des Américains. 

Signalons sur le même sujet une excellente étude de M. F. Kraentzel, docteur eu 
géographie, Le Canal de Panama. Ce mémoire de 58 pages forme le fascicule IV des 
Travaux du Séminaire de géographie de TUniversité de Liège. J. Brunhes. 

RÉGIONS POLAIRES 

Expédition du capitaine Amundsen dans rarchipel polaire américain. — Un 

nouvel exploit vient d'être accompli dans les régions arctiques par les Norvégiens. 

Sur un petit navire de 47 tonnes, muni d'un moteur à pétrole, le capitaine 
Amundsen a réussi avec huit compagnons, à effectuer la traversée du passage du 
Nord-Ouest dans sa plus grande partie. 

Ce passage n'avait jusqu'ici jamais été entièrement accompli par un navire. Mac 
Clure à qui appartient l'honneur d'avoir exécuté cette difficile entreprise avait, en 
effet, franchi à pied la banquise entre la terre de Banks et l'Ile Beechey, aban- 
donnant dans les glaces son navire, V lnvestigatG)\ venu par le détroit de Bering pour 
rejoindre à l'île Beechey un autre bâtiment anglais arrivé par l'Atlantique. 

Dans le courant de 1903, le capitaine Amundsen quittait la Norvège et s'enga- 
geait dans le dédale de l'archipel polaire américain par le détroit de Lancastre. 
Jusqu'à la pointe sud-ouest du North Devon, la navigation fut rendue très facile 
par l'absence de glaces; au delà, dans le détroit de Peel la situation changea, et, le 
12 septembre, l'expédition norvégienne devait prendre ses quartiers d'hiver sur la 
côte sud de la terre du roi Guillaume. 

Dans cette station le capitaine Amundsen est demeuré vingt-trois mois, afin 
d'exécuter une série très complète d'observations magnétiques en ce point voisin 
du pôle magnétique. 

Pendant cette longue détention des observations météorologiques ont été égale- 
ment effectuées et les terres voisines étudiées à tous les points de vue. C'est ainsi 
que la côte est de la terre Victoria a été relevée jusqu'au l^"" 10 de Lat. N. 

Seulement le 13 août 1905 l'expédition se remit en marche, faisant route vers 
l'ouest pour achever la traversée du passage du Nord-Ouest. La navigation dans le 
détroit de Simpson fut rendue très difiîcile, par l'étroitesse du chenal praticable 
(730 m.) en même temps que par l'existence de nombreux bancs. A mesure que l'on 
approchait de la partie la plus resserrée du canal, les fonds se relevaient. Le plus 
faible brassiage dans ces passages est o m. 40. Au delà du détroit de Simpson 
l'expédition traversa, au prix de grandes difficultés, entre les terres du roi Guillaume 
et de Victoria, un archipel de plus de cent îles et îlots (67° 10' et 68° 30' de Lat. N. 
par 99" 30' de Long. 0. de Gr.). — Les canaux entre ces terres sont également très 
peu profonds et encombrés de hauts fonds. 



RÉGIONS POLAIUES. 



59 



Le 16 août le Gjôa réussit à embouquer le détroit entre la terre Victoria et la 
côte américaine où le manque de profondeur opposa encore de graves difficultés 
à la marche du navire. Enfin, après une très pénible navigation de quinze jours 
Amundsen arrivait près de Tembouchure du Mackenzie où il était définitivement 
arrêté par la glace. Le Gjôa prit alors ses quartiers d'hiver à King*s Point (69** 10' de 
Lat. N. et 137^*45' de Long. 0. de Gr.). De là le chef de la mission a gagné en 
traîneau la station télégraphique de Fort Egbert, près Eagle City '^Alaska), sur le 




ItÊnâraire d»ÀlacCha% dans la traoertm 
da*. Pki*»a0» du. Nard-S*t (1850-18S3) 



lUniraù^ d'Amaouiseny . 1903- Mol. 190S 

_ <^f ^_ ^u» oomkptaU sitiura Aituindstan, peruiant L'été. i90S 

ri6. 16. — ITINÉRAIRE DE L^EXPÉDITION AMUNDSEN A TRAVERS L'aRCHIPEL POLAIRE AMÉRICAIN. 
(Cette carte nous a été obligeamment prêtée par le journal La Aa/«rc). 



Yukon, et, de là, envoyé une dépêche faisant connaître les principaux événe- 
ments de son intéressante exploration. 

Au printemps 1906 l'expédition gagnera certainement sans dilïicultc le détroit 
de Bering, et achèvera ainsi la traversée du passage du Nord Ouest. Cet exploit 
ne satisfait pas les vaillants explorateurs norvégiens et on prête au capitaine 
Amundsen le projet de continuer sa roule vers Touest et de revenir en Norvège par 
le passage du Nord-Est, pour accomplir la circumnavigation de la calotte arctique *. 

Charles Rabot. 



1. Ihe ScoUich Geoffraphical Magazine, XXII, !•' janvier 1906, p. 38. 



60 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

GÉNÉRALITÉS 

CSongrés. — M. A. de Claparède, président de la Société de géographie de Genève 
annonce par une circulaire adressée à toutes les sociétés de géographie du monde 
que le prochain congrès international de géographie, se tiendra à Genève du 27 juillet 
au 6 août 1908, et prie les diverses associations géographiques de vouloir bien lui 
indiquer les questions qu'elles jugeront utiles de faire figurer au programme de la 
réunion internationale. 

La dixième session du Congrès géologique international s'ouvrira le 6 septembre 
à Mexico. Suivant l'usage, des excursions permettant l'étude des terrains les plus 
intéressants seront organisées à l'occasion de cette réunion. Elles fourniront l'occa- 
sion de visiter le Mexique dans d'excellentes conditions. Ainsi à l'issue du congrès 
deux excursions auront lieu, la première à l'isthme de Tehuantepec, la seconde 
dans le nord, beaucoup plus longue (vingt jours). Le comité d'organisation du 
congrès vient de distribuer le programme de ces voyages avec indication des 
dépenses probables. * Cu. R. 



BIBLIOGRAPHIE 



Observatoire d'Alger. — Ch. Trépied, directeur de i*Observatoire. — Tables et 
cartes d'occultations. Un vol. in-4 de Lxxix et 45 p. avec 7 planches. Paris, 
Gauthier- Villars, 1905. 

Parmi les méthodes dont disposent h*s voyageurs pour la détermination des longitudes 
idéographiques, celle des occultations d'étoiles par la lune est à la fois la plus précise et la 
jdus simple en ce qui regarde le matériel et la pratique des observations. D'un emploi peu 
commode à la mer, elle a été longtemps négligée, et ee n'est guère que dans les trente ou 
quarante dernières années qu'elle a été remise en honneur. La principale raison de son 
abandon relatif tient à la longueur des calculs que nécessitaient les anciennes méthodes, 
surtout pour la prédiction du phénomène et la préparation de l'observation. Aussi s'est-on 
ingénié à simplifier cette opération préliminaire indispensable. La Connaissance des 
Temps donne depuis longtemps un procédé de calcul dont l'application pénible n'est pas à 
la portée de tous les voyageurs. De là, des essais nombreux pour remplacer le calcul 
numérique par des constructions graphiques, épures, abaques, etc. M. Trépied propose 
une méthode mixte, calcul et graphique. Il emploie les formules exactes de la Connais- 
s4inre des Temps et détermine les mêmes éléments, savoir les coordonnées des projections 
du centre de la Lune et du lieu d'observation sur le plan fondamental de Bessel. Le calcul 
des coordonnées terrestres et de leurs dérivée.s est singulièrement facilité par des tables 
à double entrée fondées sur la remarque ingénieuse que les valeurs des inconnues cher- 
chées sont toutes de la forme sin a, cos 6, a et b étant, ou des données directes ou des angles 
auxiliaires qui eux-mêmes sout fournis par d'autres tables. 

Une fois ces quantités trouv.'es, avec une exactitude supérieure à celle que donnerait 
une épure, il ne reste plus qu'à tracer une droite et à trouver ses intersections avec un 
cercle de centre et de rayon donnés. Il n'y a donc que peu de lignes à tracer et l'on évite 
les accumulations d'erreurs. 

Des planches facilitent une première approximation et permettent de voir si l'occul- 
tation sera visible au lieu où l'on se trouve; on ne sera donc pas exposé à entreprendre 
le calcul de prédiction dans les cas où il conduirait à un résultat illusoire. 

L*auteur indique ensuite comment on peut préparer à l'avance des tableaux d'occul- 
tations relatifs à l'ensemble des points d'une région donnée de la Terre ; puis il expose le 
calcul déilnitif de la longitude d'après une observation faite, et discute l'iniluence des 
erreurs affectant les éléments du calcul. 

On voit que le mémoire de M. Trépied rendra de grands services aux voyageurs. Il a, 
dailleurs, subi Tépreuve de l'expérience. Il est, en effet, juste de rappeler ici que 
l'observatoire d'Alger est devenu une vraie éc(»le d'applicatiop pour b's explorateurs, et 
que ceux qui, dans ces derniers temps, ont visité l'Afrique du nord, ont trouvé dans 
rétablissement dirigé par M. Trépied des conseils éclairés et une collaboration féconde. 

E. Caspari. 



62 BIBLIOGRAPHIE. 

P*" E.-T. Hamy. — Lettres américaines (T Alexandre de Humboldt, 1 798-i 807. 
Publiées avec une introduction et des notes. — Un vol. in-8 de xxxix et 
309 pages. Paris, E. Guilmoto [S. D.]. 

Lorsque Boussingault rendit pour la première fois visite à Humboldt, celui ci demeurait 
quai Napoléon, au quatrième, dans un appartement donnant sur la Seine. A voir cette 
physionomie mobile, spirituelle, creusée de quelques traces de petite vérole, ses cheveux 
blancs, son bras paralysé qu'il était obligé de relever de la gauche lorsqu'il voulait vous 
donner la main, avec son costume resté le même depuis le Directoire : habit bleu à bou- 
tons dorés, gilet jaune, culotte d'étoffe rayée, bottes à revers, les seules qu'il y eût à Paris 
à cette époque, le visiteur fut étonné. Si tel était le personnage, le cadre était à l'avenant. 
Au lieu du splendide appartement où Boussingault s'attendait à trouver le chambellan du 
roi de Prusse, le voyageur célèbre, figurez-vous, dans une petite chambre à coucher, un 
lit sans rideaux, quatre chaises de paille et une grande table de sapin, sur laquelle il écrivait, 
toute noire déchiffres et de formules, et qu'il faisait raboter lorsqu'elle en était couverte. 
Tel était, à cinquante-cinq ans, cet homme illustre, ce voyageur merveilleux, ce savant dont 
les recherches si variées et si pénétrantes sur la physique du globe ont fait accomplir à 
celle-ci tant de progrès, cet initiateur qui résume en sa seule personne le caractère ency- 
clopédique (le la science du xix' siècle. 

De 1799 à 1804, avec Amédée Bonpland, Humboldt a exécuté dans les deux hémisphères 
un voyage par terre et par mer de plus de 9000 lieues, au cours duquel il a fait les 
découvertes les plus curieuses, les observations les plus intéressantes et les plus nouvelles 
qui tinrent pendant plus de quatre années l'Europe savante en haleine. Partout on suivait 
le voyageur avec anxiété, on s'inquiétait de sa santé, des résultats obtenus, des collections 
qu'il réunissait avec un zèle si éclairé. Les Académies, les revues scientifiques, les jour- 
naux reproduisaient ses correspondances. 

Humboldt lui-même a pris soin dans ses grands ouvrages de nous apprendre les 
résultats de ses recherches; mais autre chose est d'avoir en main une œuvre réfléchie, 
résumée, définitive ou de tenir les pages encore toutes chaudes et palpitantes de vie où 
le voyageur décrit ses fatigues, ses joies, où l'on assiste aux découvertes qu'il fait, 
aux conséquences qu'il en tirera, où l'on surprend sur le fait le travail de'la pensée, où 
l'on voit poindre l'étincelle géniale, où l'on vit l'existence même du savant et du voyageur. 

C'est de ces impressions intimes, c'est de ces instantanés dont on est si friand aujour- 
d'hui et l'on doit être tout particulièrement reconnaissant à M. Hamy d'avoir rassemblé, 
traduit, commenté et publié les lettres américaines de Humboldt. 

Certes, beaucoup de celles-ci avaient paru, mais elles étaient éparses dans une infinité 
de recueils qui n'étaient pas de facile accès, écrites en français, en allemand, en espagnol ; 
publiées ou manuscrites, elles étaient, pour la plupart, ignorées de la génération actuelle 
et leur ensemble, qui, bien que respectable, n'est pas aussi important que le pensait 
M. le D*" Hamy, est d'un intérêt de premier ordre. 

C'est au congrès des Américanistes tenu l'an dernier à Stuttgart qu'est née l'idée de ce 
recueil. On célébrait alors le retour de Humboldt et de Bonpland en Europe en 1804 et 
tout le monde était d'accord pour vanter l'intérêt extraordinaire qu'offrirait là publication 
de la correspondance du voyageur; mais personne n'osait assumer la responsabilité d'un 
aussi gros travail. Pour précieux qu'il dût être pour la science et pour la gloire de Hum- 
boldt, il présentait de nombreuses difficultés, de longues et pénibles recherches et une 
instruction générale que tous ne possédaient pas. 

C'est sans doute l'appât du long labeur et la curiosité du sujet qui déterminèrent 
M. le D' Hamy, dont les connaissances scientifiques si variées rappellent l'esprit encyclo- 
pédique de Humboldt, à rechercher dans les archives des Académies et des Sociétés 
savantes, chez les héritiers des correspondants du voyageur aussi bien que dans les 
périodiques où elles avaient paru, toutes les lettres ayant trait à la grande expédition 
de 1799-1804. 



BIBLIOGRAPHIE. 63 

Dans ces pages parfois éloquentes, toujours attachantes, il y a quantité d'anecdotes 
curieuses ou topiques qui ont été éliminées de la rédaction définitive, nombre de traits qui 
mettent en relief la valeur morale de Humboldt. C'est ainsi qu'il n'hésite pas à célébrer h 
maintes reprises les facilités que le gouvernement espagnol a apportées à son voyage, 
l'aide qu'il a rencontrée chez tous les fonctionnaires. Il se loue de la générosité avec 
laquelle tant de particuliers lui ont communiqué les résultats de leurs longues recherches, 
lui faisant part de leurs collections de botanique, de géologie, etc., qu'il se plaît enfin à 
rendre justice au vénérable Mulis qui a découvert le quina en 1772 eu disant : « On est 
étonné des travaux qu'il a publiés et dé ceux qu'il prépare pour la postérité, on admire 
qu'un homme seul ait été capable de concevoir et d'exécuter un si vaste plan. » C'est là la 
marque du véritable savant qui sait reconnaître la part de ses émules et le dit hautement. 

Avec la publication du D' Hamy il y aurait à faire tout un mémoire pour mettre en relief 
l'inextinguible amour de la science de Humboldt. Il s*attaque à toutes les parties de celle- 
ci et s'occupe avec le même zèle et la même passion de géologie, de botanique, d'astro- 
aomie, de topographie, des rapports que ces sciences ont entre elles, de leur mutuelle 
influence et des modifications qu'elles engendrent. Il envoie des graines ou des herbiers à 
Paris, à Berlin, des échantillons géologiques en Espagne aussi bien qu'en Angleterre. C'est 
que la science est un terrain neutre où tous les savants se rencontrent, à quelque nation 
qu'ils appartiennent, où leur passion doit être de faire mieux connaître les formes, les 
conditions de la vie de tous les êtres organisés sur notre globe terraque, comme disait 
Voltaire. Les matériaux qu'il réunit, et qui ne pourront pas être employés dans ses grands 
ouvrages, trouveront leur place dans le Cosmos en germe déjà dans l'esprit de Humboldt. 

On voit par ce rapide aperçu tout l'intérêt de ces lettres américaines. M. le D*" Hamy 
les a heureusement complétées par une notice de Delamétherie et par un certain nombre 
d'appendices au nombre desquels sont les notes de Boussingault que nous avons utilisées 
plus haut. Ajoutons que l'éditeur a pris soin en quelques lignes de nous donner, sur les 
innombrables personnages dont il est question dans cette correspondance, et ce n'était 
pas toujours facile, les informations biographiques les plus essentielles. C'est une publi- 
cation qui fait le plus grand honneur à l'érudition si étendue de M. le D'' Hamy et qui 
ne peut passer inaperçue de tous ceux qui s'intéressent à la géographie proprement dite 
et à la physique du globe, à laquelle Humboldt a fait faire un pas de gé<int. 

Gabriel Marcel. 



Mission scientifique du Bourg de Bozas. De la mer Rouge à CAtlantique à travers 
r Afrique tropicale (6 octobre 1 0GO-mai 1903), — Un vol. in-8 de vin et de 
429 pages, accompagné de 172 illustrations et de trois cartes hors texte. Paris. 
F.-R. de Rudeval, Éditeur, 1906. Prix : 30 francs. 

Dans une pensée de pieux souvenir auquel tous nos collègues s'associeront, la famille 
du Bourg de Bozas a tenu à assurer la publication des observations recueillies par son fils 
et par ses collaborateurs au cours de leur expédition en Afrique si tragiquement terminée. 
Grâce à cette initiative, le vicomte Robert du Bourg disparu, l'œuvre grande et généreuse 
à laquelle il sacrifia si noblement sa vie demeurera. 

La première partie de l'ouvrage, la seule parue jusqu'ici, la relation du voyage, forme 
un magnifique volume, enrichi de superbes illustrations documentaires et de caries d'une 
excellente exécution typographique. Ce récit, rédigé sur les carnets de route du regretté 
explorateur par M. Ferdinand Maurette, agrégé d'histoire et de géographie, mérite d'être 
pleinement loué. M. Maurette a rempli avec distinction son rôle d'historiographe, évitant 
avec soin les descriptions littéraires et les anecdotes épisodiques qui n'apprennent rien 
pour concentrer ses efforts dans la mise en lumière des observations relatées dans les 
notes qu'il avait à sa disposition. Grdce à ce souci constant, la relation du vicomte du 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



Séance du V"" décembre 1905. 

Présidence de M. le baron JULES DE GUERNE. 

Mission hydrographique et scientifique au Maroc. — La séance ouverte, le secrétaire 
général rappelle que le Bulletin de V Afrique française contient les premiers résultats de 
la mission hydrographique des côtes marocaines, organisée parle Comité du Maroc, grâce 
à la libéralité de M™« Héribt, qui a fourni les 200 000 francs nécessaires. La Société a reçu 
de Ras-ed-Dora, rive droite du Sebou (province du R'arb), le 20 novembre 1905, une lettre 
intéressante du chef de cette mission. M. le lieutenant de vaisseau Dyé se félicite d'avoir 
pu, sans avoir à repousser les attaques des tribus pillardes et remuantes de la côte pour 
qui tout ce qui vient de la mer est Tennemi, accomplir ses travaux, grâce au concours de 
ses officiers et de l'équipage du yacht V Aigle, 

« En dernier lieu, écrit M. Dyé nos travaux ont été eiïeclués à Fédala et à Mehediya, à 
l'embouchure du Sebou, et ils ont réussi rapidement grâce à l'aide et au dévouement dès 
consuls de la côte, parmi lesquels je dois remercier d'abord M. Leriche qui réside à Rabat. 

« Pour la campagne d'hiver, la mission hydrographique est divisée en deux groupes, 
afin de préparer par une triangulation géodésique les points de repère de la côte qui 
seront utilisés pour les sondages plus étendus de la campagne de 1906. 

« Le premier groupe, commandant Dyé, et ingénieur Pobéguin, prépare la triangulation 
du secteur de côte de Larache à Casablanca et se déplace dans le triangle Fez, Larache, 
Rabat, pour étudier les voies de transport entre Fez et l'océan Atlantique, le cours de 
l'oued Sebou, etc. Le second groupe de la mission, enseignes de vaisseau Larras et Traub, 
prépare de même la triangulation du secteur de côtes de Mazagan à Mogador et se déplace 
dans le triangle Marrakech, Mazagan, Mogador, pour étudier les voies de communication 
de Marrakech vers l'océan. Les pluies fréquentes, les tempêtes et les brumes compliquent 
le travail de la mission. Cependant la mission se hâto afin de pouvoir consacrer au 
sondage en mer les mois de la belle saison de 1906, d'avril à octobre. » 

Le ravitaillement par la voie Niger-Bénoaé-Tchad. — M. le capitaine Faure, qui fut un 
des premiers, avec le capitaine KiefTer, à explorer le bassin du Logone et à qui nous devons 
la connaissance géographique du cercle du moyen Logone pour une bonne part, vient de 
ravitailler Léré par la voie Niger-Bénoué-Tchad, ouverte en 1903-1904 par le commandant 
Lenfant. Le ministre des Colonies, s'inspirant des résultats de la mission Lenfant, a passé 
un contrat avec la compagnie du Niger pour le transport (de Forcados au pj-emier poste 
français du Mayo-Kabi, Léré) de matériel et de marchandises, moyennant 375 francs la 
tonne. Un vapeur long de 80 pieds, portant 63 mètres cubes de marchandises, est arrivé 
à destination. Grâce à la vigilance du lieutenant-colonel Gouraud, le transport a été amené 
par des chevaux saras, bonnes bêtes de bât, pour passer dans le Toubouri. Ainsi s'accom- 
plit, en fait, sur ce point, la suppression du portage dans des conditions intéressantes, et 
se réalise l'œuvre humanitaire autant que géographique entreprise par ces vaillants offi- 
ciers, en allégeant même les charges budgétaires. 



ACTES DE LA SOaÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 69 

Tout en rendant justice à chacun de ceux-ci nous devons reconnaître que le comman- 
dant Lenfant n'a pas seulement eu le mérite d'ouvrir pratiquement cette voie après 
ravoir explorée ; mais qu'il a rendu possibles les négociations intervenues entre la Compa- 
gnie du Niger et le ministère des Colonies. 

Une mission française au Tarkestan chinois. — 11 y a plus de dix ans qu'en poursui- 
vant au Turkestan chinois l'assassin de Dalgleish, le capitaine Bower rapportait de 
Koutcha l'important manuscrit édité depuis lors par Hôrnle. On conçut alors l'espoir de 
retrouver en Asie centrale une partie de cette littérature bouddhique sanscrite qui, 
disparue de l'Inde même, n'avait pas été conservée au Népal dans son intégrité. Quelques 
années plus tard, la mission française de Dutreuil de Rhins acquérait à Khotan ce 
manuscrit Kharoslri du Dhammapada, qui est le plus ancien manuscrit hindou connu 
jusqu'à ce jour. Depuis lors, les missions russes de Klementz et allemande de Grunwcdel 
au Tourfan, la mission si fructueuse du D' Stein à l'est de Khotan, ont réalisé toutes les 
espérances. Mais entre ces missions de l'extrême nord du Turkestan et de la ligne des 
oasis du sud, il y avait place pour une exploration méthodique des anciennes villes qui 
se trouvaient au nord du désert de Takla-makan entre le Tarim et les monts Célestes. 
C'est cette exploration que va entreprendre prochainement la mission organisée sur l'ini- 
tiative du Comité français de l'Association internationale pour l'exploration de l'Asie 
centrale et de l'Extrême-Orient, et dont la direction a été confiée à un sinologue, 
M. Pelliot, professeur à l'École française d'Extrême-Orient. Le président du Comité, 
M. Sénart, membre de l'Institut, a su intéresser à cette œuvre l'Académie des Inscriptions 
et le ministère de l'Instruction publique, qui subviendront aux plus grosses dépenses. 
Une aide libérale a été également trouvée au Muséum, à la Société de Géographie de 
Paris, au Comité de l'Asie française; d'autres appuis sont espérés, tant du côté des 
sociétés que des particuliers. M. Pelliot emmène un médecin, le D*^ Vaillant, de l'armée 
coloniale, fils du professeur Vaillant, du Muséum, et un photographe. Le programme de 
l'expédition est de descendre le Tarim jusqu'au Lob Nor, puis de gagner Cha-tcheou 
pour faire des grottes des mille Bouddhas une étude détaillée, de traverser ensuite le 
Kan-sou et le Chen-si jusqu'à Si-ngan-fou. De là, si les ressources de l'expédition le lui 
permettent, M. Pelliot souhaiterait remonter vers le nord pour étudier, dans la région de 
Ta-t'ong fou auChan-si, les sculptures sur roc antérieures à l'époque des T'ang. Le terme 
de l'itinéraire est enfin Pékin. Ce voyage, qui doit durer au moins deux ans, est en prin- 
cipe un voyage de recherches archéologiques, mais il entre dans les intentions de 
M. Pelliot et de ses collaborateurs de recueillir le plus de renseignements possible au 
point de vue géographique, linguistique, anthropologique, économique. Le D*" Vaillant se 
consacrera plus spécialement à constituer des collections d'histoire naturelle. 

L'œuvre est, on le voit, très vaste; il est à souhaiter que le concours de toutes les per- 
sonnes qui s'intéressent au progrès scientifique permettent de la mener à bien. 

Présentations d'onvrages. — Le Dernier Cornet de route du lieutenant-colonel Klobb, dont 
la publication est due à la veuve de ce héros, embrasse une période comprise entre 
février 4897, époque où le colonel partit de France, et le 12 juillet 1899, avant- veille de sa fin 
tragique. Ces feuillets, écrits dans un style très simple, très sobre, nous font pénétrer la vie 
coloniale sous ses aspects les plus divers, en chaland sur les grands fleuves,* dans la 
brousse, en colonne, ou encore dans les centres administratifs tels que Nioro ou Tom- 
bouctou. Parfois l'attention est attirée sur des descriptions rapides comme celles de Kabara, 
de Goundam, du lacFaguibine; mais l'intérêt dominant n'est pas là. Il faut suivre le colonel 
Klobb, quand il se résigne à reprendre le chemin de la brousse, alors que, s'étant rap- 
proché de la cote, il ne songeait plus qu'à la joie du retour. Les pages consacrées à ce 
dernier voyage dans l'est sont poignantes dans leur laconisme ; elles nous mènent, étape par 
étape, jusqu'au lieu du drame. Dans un appendice, M'»* Klobb a publié une courte notice 
biographique sur le colonel, des notes qu'il avait rédigées peu de temps avant sa mort sur 



70 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

la situation politique de Tombouctou; enfîn te rapport officiel sur Tattaque de Damangara; 
et ceux qui ont lu ce volume s'associent à l'hommage que rendit le général Boipi»- 
Desbordes à cet officier qui est resté ce qu'il était : » Un vigoureux soldat, un esclave de 
son devoir jusqu'à la mort, un sage dans toute l'acception du mot ». 

M. de Lapparent, membre de Tlnstitut, prend la parole pour faire hommage à la Société 
de la cinquième édition de son Traité de fjcologie. Avec ce charme particulier qui carac- 
térise l'éloquence du maître, il sait mettre en lumière la partie nouvelle et originale de 
cet important monument scientifique que, depuis vingt-cinq ans, il ne cesse de perfec- 
tionner. Il met en particulier sous les yeux de l'assemblée la série des esquisses paléo- 
géographiques jointes à l'ouvrage, et entre dans quelques détails, pour expliquer le 
canevas des mappemondes, choisi en vue de faire ressortir le mode de groupement de la 
terre ferme presque, tout entière autour d'un centre situé au milieu de l'Europe. Il 
termine aux applaudissements de tous, cet exposé, en traçant, avec l'autorité dont il jouit 
à juste titre, le champ nouveau qui s'offrira bientôt à l'activité du géographe, qui a 
presque clos, aujourd'hui, l'ère des véritables découvertes de la surface terrestre. 



Communication de M. le capitaine Bertrand. — Avant de donner la parole au conféren- 
cier, M. le président l'offre à M. le capitaine Bertrand. Celui-ci, en termes chaleureux, 
demande à l'auditoire la permission de lui présenter l'orateur. Cest au cours d'un voyage 
dans l'Afrique centrale, entrepris il y a de longues années, que le capitaine Bertrand ren- 
contra le célèbre François Coillard, le IJvingstone français et l'un de ses jeunes collabo- 
rateurs, M. Jalla. Il vit ces deux apôtres de la civilisation chrétienne à l'œuvre; si le 
maître excita son admiration, le disciple conquit toute sa sympathie. Depuis lors, le capi- 
taine n'a cessé de s'intéresser à l'action bienfaisante de M. Jalla. Il sait quel esprit de 
sacrifice elle commande, quelles affreuses épreuves se sont abattues sur cet homme de 
foi qui perdit femme et enfants, mais qui, loin de se laisser vaincre par la douleur, persé- 
véra dans sa lourde tache par amour pour ces déshérités de la vie que sont les nègres 
africains. 

Voilà comment la respectueuse estime du capitaine est devenue de l'admiration pour 
M. Jalla. Celui-ci décrira simplement et loyalement la région des grands lacs; aussi 
M. le capitaine Bertrand a-t-il pensé qu'il devait faire violence à la modestie de M. Jalla 
pour que ses bienveillants auditeurs sachent quel homme ils vont écouter. Après s'être 
associé à ces nobles sentiments, M. le président a prié le conférencier de commencer son 
récit. 



A travers l'Afrique australe, par M. Jalla. — Très simplement, en effet, avec une 
claire facilité d'élocution qui ne trahit pas l'homme d'action, l'orateur explique comment 
Livingstone d'abord, Stanley ensuite, et d'autres après eux, ont exploré les grands lacs 
africains, les fleuves qui en sortent, et ces vastes espaces que peuplent des millions de 
nègres babares et cruels, décimés par de terribles fléaux : guerres incessantes de tribu à 
tribu; incendie et pillage des villages; mutilation de prisonniers, orgies de cannibales. 
Sur les rives du Victoria-Wyanza, les sanguinaires rois de l'Ouganda, par vantardise, 
ordonnaient de fréquentes tueries d'esclaves. A Mengo, actuellement encore, on foule dans 
les rues des ossements, vestiges de ces tueries, mêlés à la terre ! et qui dira les cruautés 
des marchands d'esclaves dont les caravanes semaient la ruine et la désolation parmi de 
paisibles tribus! A l'appel de Livingstone, depuis 1875, la lutte s'engagea contre la bar- 
barie, lutte glorieuse dont les martyrs furent les vrais pionniers de la civilisation dans 
l'Afrique centrale. Désireux de constater les résultats acquis, après dix-huit années 
d'apostolat dans la plus méridionale des vastes provinces de l'Afrique centrale, M. Jalla 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 7i 

résolut de revenir eu Europe preadre son congé, noD par la voie ordinaire, mais par les 
grands lacs. C*est de ce voyage de retour, qui a duré huit mois, du Cap au Victoria- 
Nyanxa et à Zanzibar que Torateur rend compte, surtout au point de vue géographique 
(Voir Planche I- 

Les chutes Victoria. — Le 4 décembre 1903, M. Jaila quittait sa résidence de Seshéké 
pour atteindre les chutes Victoria, à 150 kilomètres au sud-est par voie fluviale jusqu'à 
Kaznngula, à mi-chemin, puis par terre en char à bœufs. Le pays traversé, celui des 
Barotsés, qui n'était en 1887, quand il y arriva, que terre de feu, de sang et de barbarie, 
est aujourd'hui tranquille. La sécurité y est générale. Lewanika, le roi sauvage et sangui- 
naire, s*est civilisé. Depuis onze ans, il a aboli Tivrognerie, la sorcellerie et les razzias; 
Tinfanticide est puni, dans ses états; la vie de l'esclave respectée; la condition de la 
femme améliorée. La polygamie y est taxée, sinon supprimée. Ce pays des Barotsés a 
ponr porte officielle les chutes Victoria. Découvertes en 1855 par Livingstone, elle sont 
reliées aujourd'hui par chemin de fer au monde civilisé. En vingt-deux jours, de Londres, 
par le cap de Bonne-Espérance, ont peut s'y rendre et les admirer du haut du pont le 
plus élevé du monde (150 mètres). Dans cinq ou six ans on s'y rendra plus rapidement 
encore, vraisemblablement, par le Caire. La force des chutes a été évaluée à 35 millions 
de chevaux. Les chars du voyageur quittaient les chutes le 21 décembre, et le 31 il était 
à Bulawayo. De là il se rendit au Cap. Plus tard, le 16 mars 1904, il débarquait à Chindé, 
aux bouches du Zambèze, en route pour les grands lacs. 

Le bassin du Nyassa. — De Chindé, on se rend en dix jours, par vapeur, sur le 
Zambèze et le ilhiré, à 440 kilomètres, aux cataractes de Murchison. La navigation est 
facile. Chindé, la porte de l'Afrique centrale, est une ville très animée et relativement 
salnbre, malgré son sable profond, volé à la mer. A Chiromo, sur le Chiré, la douane 
et la prison témoignent du degré de civilisation des habitants. On y trouve une trentaine 
d'Européens. Les cataractes Murchison coupent la navigation à Katunga. Il faut dès 
lors se servir de porteurs, car la tsé tsé, jusqu'à 1 000 mètres d'altitude, rend impo^ible 
remploi des bétes de somme. Les porteurs sont gais et complaisants : ils obéissent à un 
chef noir ou capitao. En six heures et demie, ils firent parcourir à M. Jalla, en mahUa 
ou hamac, les 45 kilomètres qui séparent Katunga de Blantyre. Cette fourmilière de 
nègres, située à 1 200 mètres d'altitude et habitée par cent vingt Européens et plusieurs 
Malais, est comme dans un berceau de verdure émaillé de roses et autres fleurs euro- 
péennes. On y cultive le café, le coton, le riz et le tabac. Fondée en 1876 par des 
missionnaires écossais à qui les indigènes et les marchands d'esclaves firent courir de 
grands dangers, Blantyre est devenue une ruche d'abeilles. La station comprend une 
école de trois cents internes qui s'instruisent le matin, et le soir se rendent utiles en 
apprenant on métier. Douze Européens dirigent le tout : un grand atelier de menuiserie, 
une foi^e et une imprimerie; un jardin qui fournit de légumes et de fruits la mission; 
un troupeau lui donne le lait nécessaire ainsi qu'à Thdpital, dirigé par un médecin et 
deux diaconnesses. Zomba, siège de la magistrature anglaise, esta environ 100 kilomètres 
de Blantyre. L'Afrique centrale anglaise aurait un million d'habitants, dont 500 Euro- 
péens, et 640 000 kilomètres carrés. La main-d'œuvre y est abondante et Findigène gagne 
•3 fr. 75 par mois. La tribu principale est celle des Angonis, descendant de sanguinaires 
Zoulous qui, après avoir traversé le Zambèze en 1825, furent la terreur des populations 
du Nyassa. Elle est devenue chrétienne et compte sept stations de missionnaires, 
établies à plus de 1 000 mètres d'altitude dans les verts vallons des montagnes de Kirk. 
Jfianda, la plus élevée, est à 1723 mètres; au loin, le Nyassa reflète sur sa nappe 
argentée les rayons du soleil. 

Découvert en 1855 par Livingstone, il est à 525 mètres d'altitude, a 576 kilomètres de 
longueur et 527 mètres de profondeur. Très poissonneux, avec de nombreux hippopo- 
tames et crocodiles, il est sujet à des tempêtes soudaines. Le Chiré est son seul émissaire- 
Le Portugal, l'Angleterre et l'Allemagne se partagent ses rives. Neuf vapeurs sillonnent 
plus ou moins régulièrement ses ondes, se tenant en général à 15 kilomètres de la rive 



70 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

la situation politique de Tombouctou ; enfîn te rapport officiel sur Tattaque de Damangara; 
et ceux qui ont lu ce volume s'associent à Thommage que rendit le général Bor^aJa- 
Desbordes à cet officier qui est resté ce qu*il était : » Un vigoureux soldat, un esclave de 
son devoir jusqu'à la mort, un sage dans toute Tacceplion du mot ». 

M. de Lapparent, membre de rinslitut, prend la parole pour faire hommage à la Société 
de la cinquième édition de son Traité de f/éologie. Avec ce charme particulier qui carac- 
térise Téloquence du maître, il sait mettre en lumière la partie nouvelle et originale de 
cet important monument scientifique que, depuis vingt-cinq ans, il ne cesse de perfec- 
tionner. Il met en particulier sous les yt'ux de l'assemblée la série des esquisses paléo- 
géographiques jointes à Touvrage, et entre dans quelques détails, pour expliquer le 
canevas des mappemondes, choisi en vue de faire ressortir le mode de groupement de la 
terre ferme presque^ tout entière autour d'un centre situé au milieu de l'Europe. 11 
termine aux applaudissements de tous, cet exposé, en traçant, avec Taulorité dont il jouit 
à juste litre, le champ nouveau qui s'offrira bientôt à l'activité du géographe, qui a 
presque clos, aujourd'hui, l'ère des véritables découvertes de la surface terrestre. 



Communication de M. le capitaine Bertrand. — Avant de donner la parole au conféren- 
cier, M. le président l'offre à M. le capitaine Bertrand. Celui-ci, en termes chaleureux, 
demande à l'auditoire la permission de lui présenter l'orateur. C'est au cours d'un voyage 
dans l'Afrique centrale, entrepris il y a de longues années, que te capitaine Bertrand ren- 
contra le célèbre François Coillard, le Livingstone français et l'un de ses jeunes collabo- 
rateurs, M. Jalla. Il vit ces deux apôtres de la civilisation chrétienne à l'œuvre; si le 
maître excita son admiration, le disciple conquit toute sa sympathie. Depuis lors, le capi- 
taine n'a cessé de s'intéresser à l'action bienfaisante de M. Jalla. Il sait quel esprit de 
sacrifice elle commande, quelles affreuses épreuves se sont abattues sur cet homme de 
foi qui perdit femme et enfants, mais qui, loin de se laisser vaincre par la douleur, persé- 
véra dans sa lourde tûche par amour pour ces déshérités de la vie que sont les nègres 
africains. 

Voilà comment la respectueuse estime du capitaine est devenue de l'admiration pour 
M. Jalla. Celui-ci décrira simplement et loyalement la région des grands lacs; aussi 
M. le capitaine Bertrand a-t-il pensé qu'il devait faire violence à la modestie de M. Jalla 
pour que ses bienveillants auditeurs sachent quel homme ils vont écouter. Après s'être 
associé à ces nobles sentiments, M. le président a prié le conférencier de commencer son 
récit. 



A travers l'Afrique australe, par M. Jalla. — Très simplement, en effet, avec une 
claire facilité d'élocution qui ne trahit pas l'homme d'action, l'orateur explique comment 
Livingstone d'abord, Stanley ensuite, et d'autres après eux, ont exploré les grands lacs 
africains, les fleuves qui en sortent, et ces vastes espaces que peuplent des millions de 
nègres babares et cruels, décimés par de terribles fléaux : guerres incessantes de tribu à 
tribu; incendie et pillage des villages; mutilation de prisonniers, orgies de cannibales. 
Sur les rives du Victoria-Nyanza, les sanguinaires rois de l'Ouganda, par vantardise, 
ordonnaient de fréquentes tueries d'esclaves. A Mengo, actuellement encore, on foule dans 
les rues des ossements, vestiges de ces tueries, mêlés à la terre! et qui dira les cruautés 
des marchands d'esclaves dont les caravanes semaient la ruine et la désolation parmi de 
paisibles tribus! A l'appel de Livingstone, depuis 1875, la lutte s'engagea contre la bar- 
barie, lutte glorieuse dont les martyrs furent les vrais pionniers de la civilisation dans 
l'Afrique centrale. Désireux de constater les résultats acquis, après dix-huit années 
d'apostolat dans la plus méridionale des vastes provinces de l'Afrique centrale, M. JaHa 



ACTES DE LA SOaÉTH DE GÉOGRAPHIE. 7i 

résoiat de revenir ea Europe prendre son congé, non par la voie ordinaire, mais par les 
grandfi lacs. C*est de oe voyage de retour, qui a duré huit mois, du Cap au Victoiia- 
Nyanxa et à Zanzibar que Torateur rend compte, surtout au point de vue géographique 
(Voir Planche I;. 

LeschuUê Victoria. — Le 4 décembre 1903, M. Jalla quittait sa résidence de Seshéké 
pour atteindre les chutes Victoria, à 150 kilomètres au sud-est par voie fluviale jusqu'à 
Kazungula, à mi-chemin, puis par terre en char à bœufs. Le pays traversé, celui des 
Barotsés, qui n'était en 1887, quand il y arriva, que terre de feu, de sang et de barbarie, 
est aujourd'hui tranquille. La sécurité y est générale. Lewanika, le roi sauvage et sangui- 
naire, s'est civilisé. Depuis onze ans, il a aboli l'ivrognerie, la sorcellerie et les razzias; 
Tinfanticide est puni, dans ses états; la vie de l'esclave respectée; la condition de la 
femme améliorée. La polygamie y est taxée, sinon supprimée. Ce pays des Barotsés a 
pour porte officielle les chutes Victoria. Découvertes en 185o par Livingstone, elle sont 
reliées aujourd'hui par chemin de fer au monde civilisé. En vingt-deux jours, de Londres, 
par le cap de Bonne-Espérance, ont peut s'y rendre et les admirer du haut du pont le 
plus élevé du monde (150 mètres). Dans cinq ou six ans on s'y rendra plus rapidement 
encore, vraisemblablement, par le Caire. La force des chutes a été évaluée à 35 millions 
de chevaux. Les chars du voyageur quittaient les chutes le 21 décembre, et le 31 il était 
à Bttlawayo. De là il se rendit au Cap. Plus tard, le 16 mars 1904, il débarquait à Chindé, 
aux bouches du Zambèze, en route pour les grands lacs. 

Le bassin du Nyassa. — De Chindé, on se rend en dix jours, par vapeur, sur le 
Zambèze et le <Ihiré, à 440 kilomètres, aux cataractes de Murchison. La navigation est 
facile. Chindé, la porte de l'Afrique centrale, est une ville très animée et relativement 
salubre, malgré son sable profond, volé à la mer. A Chiromo, sur le Chiré, la douane 
et la prison témoignent du degré de civilisation des habitants. On y trouve une trentaine 
d'Européens. Les cataractes Murchison coupent la navigation à Katunga. Il faut dès 
lors se servir de porteurs, car la tsé tsé, jusqu'à 1 000 mètres d'altitude, rend impossible 
l'emploi des bêtes de somme. Les porteurs sont gais et complaisants : ils obéissent à un 
chef noir ou capitao. En six heures et demie, ils firent parcourir à M. Jalla, en mahiia 
ou hamac, les 45 kilomètres qui séparent Katunga de Blantyre. Cette fourmilière de 
nègres, située à 1 200 mètres d'altitude et habitée par cent vingt Européens et plusieurs 
Malais, est comme dans un berceau de verdure émaillé de roses et autres fleurs euro- 
péennes. On y cultive le café, le coton, le riz et le tabac. Fondée en 1876 par des 
missionnaires écossais à qui les indigènes et les marchands d'esclaves firent courir de 
grands dangers, Blantyre est devenue une ruche d'abeilles. La station comprend une 
école de trois cents internes qui s'instruisent le matin, et le soir se rendent utiles en 
apprenant un métier. Douze Européens dirigent le tout : un grand atelier de menuiserie, 
une foi^e et une imprimerie; un jardin qui fournit de légumes et de fruits la mission; 
on troupeau lui donne le lait nécessaire ainsi qu'à l'hôpital, dirigé par un médecin et 
deux diaconnesses. Zomba, siège de la magistrature anglaise, esta environ 100 kilomètres 
de Blantyre. L'Afrique centrale anglaise aurait un million d'habitants, dont 500 Euro- 
péens, et 640 000 kilomètres carrés. La main-d'œuvre y est abondante et Findigène gagne 
•3 fr« 75 par mois. La tribu principale est celle des Angonis, descendant de sanguinaires 
Zoolous qui, après avoir traversé le Zambèze eh 1825, furent la terreur des populations 
du Nyassa. Elle est devenue chrétienne et compte sept stations de missionnaires, 
établies à plus de 1 000 mètres d'altitude dans les verts vallons des montagnes de Kirk. 
Mlanda, la plus élevée, est à 1723 mètres; au loin, le Nyassa reflète sur sa nappe 
argentée les rayons du soleil. 

Découvert en 1855 par Livingstone, il est à 525 mèti>es d'altitude, a 576 kilomètres de 
longueur et 527 mètres de profondeur. Très poissonneux, avec de nombreux hippopo- 
tames et crocodiles, il est sujet à des tempêtes soudaines. Le Chiré est son seul émissaire* 
Le Portugal, l'Angleterre et l'Allemagne se partagent ses rives. Neuf vapeurs sillonnent 
plus ou moins régulièrement ses ondes, se tenant en général à 15 kilomètres de la rive 



1 



i'2 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

par crainte des bas- fonds. Des centres nombreux avoisinent ses rives : Kotakota, centre 
musulman de 20000 âmes; plus loin, Livingstonia, la perle des missions de l'Afrique 
centrale. C'est une petite ville éclairée à Télectricité, avec turbine pour scies circulaires, 
ateliers de charpentiers, forge, imprimerie, moulins. La mission dont tous les membres 
sont logés dans de jolies maisons en briques entourées de petits jardins, compte 
10 stations et 33 000 élèves dans ses écoles. 

V Afrique orientale allemande. — Au nord du Nyassa, commence l'Afrique orientale 
allemande. Il faut organiser une caravane pour atteindre à 350 kilomètres le Tanganyika. 
Devant le voyageur, se dressent les monts Livingstone qui ont jusqu'à 4 000 mètres 
d'altitude. Le pays est d'une fertilité extraordinaire, donnant trois récoltes de maïs par 
an. Partout de vraies forêts de bananier, cachant les pittoresques huttes des indigènes, 
rondes ou quadrangulaires, à base plus étroite que le sommet, les Ankondes, vêtus 
parfois d'une simple feuille de bananier, portant, par contre, jusqu'à trois ceintures, 
ornées de cuivre. Passionnés pour le bétail, ils le couchent dans leurs propres huttes et 
pleurent sa perte. L'immoralité de ces sauvages est restée très grande. L'Afrique 
orientale allemande compte huit millions de noirs. 11 n'y a que de rares fermiers et 
quelques marchands européens. Elle coûte annuellement neuf millions de marks et n'en 
' rapporte que trois. 

Le 2 mai, quittant ce pays, le voyageur arrivait à Tifl et Muenzo, sur la Stevenson 
Road, dans la North Eastern Rhodesia. C'est le lieu de partage des eaux des versants 
indien et atlantique, et des sources du Loange, grand affluent du Zambèze, etdu Cham- 
bézi qui se rend au Bangouéolo, puis au Congo. Le 9 mai, après avoir descendu 
de i 000 mètres en quelques heures, il s'embarquait sur le Tanganyika, pour échapper 
aux hordes de moustiques sanguinaires. 

Du Tanganyika au Vicloria-Nyanza et à Mombassa. — Le Tanganyika a 866 mètres 
d*altitude et 648 kilomètres de longueur. Les rives en sont pittoresques. Des collines 
boisées se terminent abruptes sur le lac. Comme sur le Nyassa, les ouragans y sont sou- 
dains et terribles. L'eau, un peu jaunâtre, a un goût désagréable que l'on attribue à une 
source de pétrole. La Lukuga, qui le relie au Congo, n'existe que depuis 1882. Aussi le 
niveau s'est abaissé de 3 mètres. Trois vapeurs et un voilier le sillonnent. A Ndjidji, ville 
de dix mille musulmans, le cadi veut déboucher une bouteille d'absinthe Pernod en 
l'honneur du voyageur. Le télégraphe unit cette ville au monde civilisé. Cependant, depuis 
la mort de Cecil Rhodes, les poteaux en fer, qui ont coûté 450 francs pièce, restent 
enfouis dans le sable. Ce 19 mai, le vapeur mouillait à Usamburo, ville de 10 000 habi- 
tants, au nord du lac. Après avoir organisé une caravane avec l'aide des officiers 
allemands qui tiennent à faire escorter le voyageur par quatre indigènes armés de vieux 
mousquets, et après avoir acheté du sel ot des perles, petite monnaie de la région, le 20, 
M. Jalla et ses quatorze porteurs se mettaient en route. Le chemin est entouré de bosquets 
de bananiers, cachant de nombreux hameaux; le soir, les lumières des pêcheurs brillent 
sur le Tanganyika. Le 21, on atteignait la ligne de partage des eaux de l'Atlantique et de 
la Méditerranée, à quelques pas d'une des sources du Congo, et d'une des plus méri- 
dionales du Nil. Les collines succèdent aux collines, toutes couvertes de bananiers, 
masquant les hameaux; des touffes de violettes bordent l'étroit sentier, mais disparaissent* 
dès le lendemain. C'est le pays des Barundi, grands, mais minces et à teint basané. Tous 
armés de longues lances, parfois d'un arc et de flèches, ils ont pour vêtement une pèle- 
rine en écorce d'arbres qui pend aux épaules. Les femmes portent une courte jupe 
d'écorce. Elles paraissent jouir d'une grande autorité. Les Barundi, aux nombre de deux 
millions, distinguent leur parenté d'après le gibier ou le morceau spécial de gibier, dont 
ils s'abstiennent. Ils se saluent en mettant les deux mains jointes dans les mains ouvertes 
de leurs amis et se passent un tabac liquide qu'ils prisent, se mettant une pince en bois 
sur le nez pour l'empêcher de se perdre. Leur bétail aux cornes immenses est magnifique 
et couche dans la hutte du maître. Nominalement placés sous le protectorat allemand, ils 
sont indépendants en fait; les ofliciers allemands ne pénètrent pas chez eux. Leurs 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 'i^ 

hameaux sont entourés de fortes palissades à double et triple tour. C'est au centre du 
hameau que chaque soir le voyageur dressait sa tente. Femmes et enfants se cachaient; 
mais les hommes apportaient invariablement une chèvre, parfois deux ou trois, des 
régimes de bananes, du lait frais, du beurre et du maïs. Quelques poignées de perles ou 
de sel payaient ces présents. Au bout du quatorzième jour, les quatre soldats de Tescorte, 
pris de peur, démandèrent à retourner, ce qui leur fut accordé. Les Pères blancs ont 
fondé dans ce pays quelques missions où M. Jalla reçut la plus généreuse hospitalité. 

Après avoir traversé le pays des Bassorri, cruels et pratiquant encore l'esclavage, et 
des Baïa, plus hospitaliers, le voyageur arrivait le 11 juin, en vingt- trois jours de marche, 
à Bukoba, sur le bord du lac Nyanza, ayant parcouru sans encombre C40 kilomètres. Les 
indigènes appellent le Victoria-Nyanza « Luilanzighe »; il esta i 256 mètres d'allitude et 
a 400 kilomètres de long sur 200 de large, soit environ une fois et demie la Suisse. C'est le 
second lac du monde. La maladie du sommeil, causée par la piqûre d'un tsé-tsé, la 
Giomna paipans, décime ses bords et a causé la mort de plus de quatre-vingt mille noirs 
et de huit Européens. Le docteur italien Caslellani prétend en avoir découvert le microbe, 
mais non le remède. En quatorze heures, le Sybil transportait le voyageur de Bukoba à 
Entebbe, au nord *du lac. Après avoir visité la mission protestante, qui compte 
300 000 adhérents contre 260 000 appartenant aux catholiques, et après une excui-sion aux 
chutes Ripon où le Nil s'échappe vers le nord en une course impétueuse, M. Jalla prenait 
sou billet de chemin de fer à Port- Florence, au nord-est du lac, et en quarante-sept heures 
couvrait les 960 kilomètres qui séparent le lac de Mombassa. 

De là, il s'embarquait pour l'Europe, heureux d'avoir constaté dans ces régions qui 
constituaient, il y a trente ans à peine, l'Afrique mystérieuse, les progrès de la civilisation. 
Grâce au zèle des missionnaires, et à la sécurité que procurent aux indigènes la force et 
Tautorité des gouvernements européens, les noirs, jadis opprimés et misérables, cessent 
de s'entre-tuer, de se piller; ils renoncent à leurs coutumes cruelles ou immorales, et 
apprennent à s'entr'aider, à se respecter même, à vivre en paix entre eux, dans la dignité 
du travail. Cette transformation sociale des peuples arriérés, œuvre essentiellement huma- 
nitaire, ne doit-elle pas réjouir les cœurs de tous ceux en qui brûle quelque étincelle de 
l'amour du prochain? 



Cette modeste conclusion, où se dissimule la noblesse du caractère de l'orateur, a été 
accueillie par de chaleureux applaudissements. Pareillement, au cours du récit, et sous 
le charme de fort belles projections photographiques qui l'ont illustré, les auditeurs 
nombreux ont témoigné à l'orateur leur respectueuse gratitude. M. le président s'est fait 
leur interprète, avant de lever la séance, pour le remercier d'être venu se faire entendre 
à la Société de géographie. Elle tient à rendre un juste tribut d'hommage à tous les 
dévouements à la cause de la science et de la civilisation. Mais quand elle a la joie de se 
trouver en présence d'hommes, dont la foi aussi profonde que respectable ne connaît que 
la mansuétude et l'esprit de sacrilice, toujours prêt au martyre, pour parfaire l'œuvre de 
solidarité humaine qui incombe aux peuples supérieurs, elle ne peut que leur exprimer 
sa vive admiration. M. Jalla y a droit, comme François Coillard, son maître, qui parla 
jadis en celte enceinte, comme Livingstone, ce héros qui honore l'humanité. 

Frédéric Lemoine. 



Membres admis. 



M"*^ Couturier (Henri). 
MM. VicoNTE ^ Louis-Henry 

Aspe-Fleurimont. 

Clouzot (Etienne). 



MM. JoiNViLLE (Pierre de;. 
BouTAN (Paul). 
KoMAROFF (Léonce). 
Couturier (André). 



i'2 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

par crainte des bas-fonds. Des centres nombreux avoisinent ses rives : Kotakota, centre 
musulman de 20000 âmes; plus loin, Livingstonia, la perle des missions de l'Afrique 
centrale. C'est une petite ville éclairée à Télectricité, avec turbine pour scies circulaires, 
ateliers de charpentiers, forge, imprimerie, moulins. La mission dont tous les membres 
sont logés dans de jolies maisons en briques entourées de petits jardins, compte 
40 stations ot 33 000 élèves dans ses écoles. 

V Afrique orientale allemande. — Au nord du Nyassa, commence l'Afrique orientale 
allemande. II faut organiser une caravane pour atteindre à 350 kilomètres le Tanganyika. 
Devant le voyageur, se dressent les monts Livingstone qui ont jusqu'à 4 000 mètres 
d'altitude. Le pays est d'une fertilité extraordinaire, donnant trois récoltes de mais par 
an. Partout de vraies forêts de bananier, cachant les pittoresques huttes des indigènes, 
rondes ou quadrangulaires, à base plus étroite que le sommet, les Ankondes, vêtus 
parfois d'une simple feuille de bananier, portant, par contre, jusqu'à trois ceintures, 
ornées de cuivre. Passionnés pour le bétail, ils le couchent dans leurs propres huttes et 
pleurent sa perte. L'immoralité de ces sauvages est restée très grande. L'Afrique 
orientale allemande compte huit millions de noirs. Il n'y a que de rares fermiers et 
quelques marchands européens. Elle coûte annuellement neuf millions de marks et n'en 
* rapporte que trois. 

Le 2 mai, quittant ce pays, le voyageur arrivait à Tifi et Muenzo, sur la Stevenson 
Road, dans la North Eastern Rhodesia. C'est le lieu de partage des eaux des versants 
indien et atlantique, et des sources du Loange, grand affluent du Zambèze, et du Cham- 
bézi qui se rend au Bangouéolo, puis au Congo. Le 9 mai, après avoir descendu 
de i 000 mètres en quelques heures, il s'embarquait sur le Tanganyika, pour écluipper 
aux hordes de moustiques sanguinaires. 

Du Tanganyika au Vicloria-Nyanza et à Mombassa. — Le Tanganyika a 866 mètres 
d*altitude et 648 kilomètres de longueur. Les rives en sont pittoresques. Des coUines 
boisées se terminent abruptes sur le lac. Comme sur le Nyassa, les ouragans y sont sou- 
dains et terribles. L'eau, un peu jaunâtre, a un goût désagréable que l'on attribue à une 
source de pétrole. La Lukuga, qui le relie au Congo, n'existe que depuis 1882. Aussi le 
niveau s'est abaissé de 3 mètres. Trois vapeurs et un voilier le sillonnent. A Ndjidji, ville 
de dix mille musulmans, le cadi veut déboucher une bouteille d'absinthe Pernod en 
l'honneur du voyageur. Le télégraphe unit cette ville au monde civilisé. Cependant, depuis 
la mort de Cecil Rhodes, les poteaux en fer, qui ont coûté 450 francs pièce, restent 
enfouis dans le sable. Ce 19 mai, le vapeur mouillait à Usamburo, ville de 10 000 habi- 
tants, au nord du lac. Après avoir organisé une caravane avec l'aide des officiers 
allemands qui tiennent à faire escorter le voyageur par quatre indigènes armés de vieux 
mousquets, et après avoir acheté du sel et des perles, petite monnaie de la région, le 20, 
M. Jalla et ses quatorze porteurs se mettaient en route. Le chemin est entouré de bosquets 
de bananiers, cachant de nombreux hameaux; le soir, les lumières des pêcheurs brillent 
sur le Tanganyika. Le 21, on atteignait la ligne de partage des eaux de l'Atlantique et de 
la Méditerranée, à quelques pas d'une des sources du Congo, et d'une dea plus méri- 
dionales du Nil. Les collines succèdent aux collines, toutes couvertes de bananiers, 
masquant les hameaux; des touffes de violettes bordent l'étroit sentier, mais disparaissent* 
dès le lendemain. C'est le pays des Barundi, grands, mais minces et à teint basané. Tous 
armés de longues lances, parfois d'un arc et de flèches, ils ont pour vêtement une pèle- 
rine en écorce d'arbres qui pend aux épaules. Les femmes portent une courte jupe 
d'écorce. Elles paraissent jouir d'une grande autorité. Les Barundi, aux nombre de deux 
millions, distinguent leur parenté d'après le gibier ou le morceau spécial de gibier dont 
ils s'abstiennent. Ils se saluent en mettant les deux mains jointes dans les mains ouvertes 
de leurs amis et se passent un tabac liquide qu'ils prisent, se mettant une pince en bois 
sur le nez pour l'empêcher de se perdre. Leur bétail aux cornes immenses est magnifique 
et couche dans la hutte du maître. Nominalement placés sous le protectorat allemand, ils 
sont indépendants en fait; les olliciers allemands ne pénètrent pas chez eux. Leurs 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. ia 

hameaux sont entourés de fortes palissades à double et triple tour. C'est au centre du 
hameau que chaque soir le voyageur dressait sa tente. Femmes et enfants se cachaient; 
mais les hommes apportaient invariablement une chèvre, parfois deux ou trois, des 
régimes de bananes, du lait frais, du beurre et du mats. Quelques poignées de perles ou 
de sel payaient ces présents. Au bout du quatorzième Jour, les quatre soldats de Tescorte, 
pris de peur, démandèrent à retourner, ce qui leur fut accordé. Les Pères blancs ont 
fondé dans ce pays quelques missions où M. Jalla reçut la plus généreuse hospitalité. 

Après avoir traversé le pays des Bassorri, cruels et pratiquant encore l'esclavage, et 
des Baïa, plus hospitaliers, le voyageur arrivait le il juin, en vingt-trois jours de marche, 
à Bukoba, sur le bord du lac Nyanza, ayant parcouru sans encombre C40 kilomètres. Les 
indigènes appellent le Victoria-Nyanza « Luilanzighe »; il esta 1 206 mètres d'altitude et 
a 400 kilomètres de long sur 200 de large, soit environ une fois et demie la Suisse. C'est le 
second lac du monde. La maladie du sommeil, causée par la piqûre d'un tsé-tsé, la 
Glotnna paipans, décime ses bords et a causé la mort de plus de quatre-vingt mille noirs 
el de huit Européens. Le docteur italien Castellani prétend en avoir découvert le microbe, 
mais non le remède. En quatorze heures, le Sybil transportait le voyageur de Bukoba à 
Entebbe, au nord «du lac. Après avoir visité la mission protestante, qui compte 
300 000 adhérents contre 260 000 appartenant aux catholiques, et après une excureion aux 
chutes Ripon où le Nil s'échappe vers le nord en une course impétueuse, M. Jalla prenait 
son billet de chemin de fer à Port- Florence, au nord-est du lac, et en quarante-sept heures 
couvrait les 960 kilomètres qui séparent le lac de Mombassa. 

De là, il s'embarquait pour l'Europe, heureux d'avoir constaté dans ces régions qui 
constituaient, il y a trente ans à peine, l'Afrique mystérieuse, les progrès de la civilisation. 
<jrAce au zèle des missionnaires, et à la sécurité que procurent aux indigènes la force et 
l'autorité des gouvernements européens, les noirs, jadis opprimés et misérables, cessent 
de s'entre-tuer, de se piller; ils renoncent à leurs coutumes cruelles ou immorales, et 
apprennent à s'entr'aider, à se respecter même, à vivre en paix entre eux, dans la dignité 
du travail. Cette transformation sociale des peuples arriérés, œuvre essentiellement huma- 
nitaire, ne doit-elle pas réjouir les cœurs de tous ceux en qui brûle quelque étincelle de 
l'amour du prochain? 



Cette modeste conclusion, où se dissimule la noblesse du caractère de l'orateur, a été 
accueillie par de chaleureux applaudissements. Pareillement, au cours du récit, et sous 
le charme de fort belles projections photographiques qui l'ont illustré, les auditeurs 
nombreux ont témoigné à l'orateur leur respectueuse gratitude. M. lo président s'est fait 
leur interprète, avant de lever la séance, pour le remercier d'être venu se faire entendre 
à la Société de géographie- Elle tient à rendre un juste tribut d'hommage à tous les 
dévouements à la cause de la science et de la civilisation. Mais quand elle a la joie de se 
trouver en présence d'hommes, dont la foi aussi profonde que respectable ne connaît que 
la mansuétude et l'esprit de sacrifice, toujours prêt au martyre, pour parfaire l'œuvre de 
solidarité humaine qui incombe aux peuples supérieurs, elle ne peut que leur exprimer 
sa vive admiration. M. Jalla y a droit, comme François Coillard, son maître, qui parla 
jadis en cette enceinte, comme Livingstone, ce héros qui honore l'humanité. 

Frédéric Lemoixe. 



Membres admis. 



M«^ Couturier .Henri). 
MM. VicosTE (Louis-Henry;. 

Aspe-Fleurimo.nt. 

Clouzot (Etienne). 



MM. JoiNViLLE (Pierre de) 
Boutas (Paul). 
KoMAROFF (Léonce). 
Couturier (André;. 



U ACTES 0E LA SOaÉTÊ DE GEOGRAPHIE. 



Candidats présentét. 

!!■« Bel ^Jean-Marc,, présentée par MM. Bel et Le M^ue de Vilers. 
MM. Rouvier (Charles;, Ministre plénipotentiaire de Frakce, près Sa Majesté le Roi de 
Portugal, présenté par MM. Le Mmœ de Vu^R>i et Alfred Grandîdier. 
UifSTi (Louis-Marie- Joseph-Xavier de , présenté par MM. le baron Hclot et Henri 

CORDIER. 

Hetzel (Jnles , éditeur, présenté par MM. Georges Berger et Paul Dislère. 
JoxAs (Alfred}, présenté par MM. Jean lloTTLNcrER et le baron Huujt. 
Culmet DAage Guy- Alexandre), présenté par MM. Pierre Levé et Henri Fr6idev.\L'X. 
BiiDEREAf (Charles-Léon-Sébaslien;, présenté par MM. Lucien L.%nier et Augustin 

Bernard. 
(iODEFROY (Eugène), avocat à la Cour d'appel, présenté par MM. Louis Ouvier et 

Le Mvre de Vilers. 
Gentil (Louise, maître de conférences à la SorLonn<*, présenté par MM. le marquis 

de Segonzac et Emmanuel de Margerje. 
Jot'RDAN (X.j, présenté par MM. Le Myre de Vilers et Auguste Pavie. 
Barreau (Jean-Auguste), administrateur colonial de l'^ classe des Colonies, présenté 

par MM. Eugène Brussaux et Le Myre de Vilers. 
KiENER (Edouard;, présenté par MM. Le Myre de Vilers et Henry LosÉ. 
Vaul.v (Raoul de), présenté par MM. Edouard Bl.\nc et le baron Hulot. 
Bross.\ult (Jules), présenté par MM. Edouard Blanc et le baron Jules de Guerne. 



Assemblée générale du 15 décembre 1905. 

Présidence de M, LE MYRE DE VILERS 

Président de la Société. 

Aux côtés du président et sur l'estrade prennent place les membres de la Commission 
centrale et un grand nombre d'explorateurs parmi lesquels MM. Foureau, Monteil, Pavie, 
lauréats de la grande médaille d'or, Gautier, Gallois, Marcel Monnier, Michel, Guillaume 
Grandidier, Brumpt, plusieurs membres de la mission saharienne, etc. 

La séance ouverte, le secrétaire général annonce qu'une matinée sera organisée dans 
la grande salle, le dimanche 24 décembre, et qu'elle sera réservée plus spécialement aux 
enfants des membres de la Société. M. Eug. Gallois y décrira Un tour du monde par tes 
colonies françaises, et son récit sera accompagné de projections cinématographiques. 

La parole est ensuite donnée à M. F. Foureau pour présenter le grand ouvrage publié 
par la Société de Géographie sur le fonds Renoust des Orgeries, et auquel il n'a cessé de 
se consacrer depuis le retour de la mission Foureau-Lamy. 

Documents scientifiques de la mission saharienne. — En remettant à la Société cette 
importante publication, M. Foureau s'exprime ainsi : 

M J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de la Société l'ouvrage que je viens de ter- 
miner et qui a pour titre Documents scientifiques de la mission saharienne, 

« Dans ces volumes sont consignés les résultats des observations et des recherches de 
divers ordres, effectuées pendant le cours de la mission. 



ACTES DR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 75 

«< La Société de Géographie, en iB9^, nous avait chargés, Lamy et moi, d'organiser cette 
mission, pais de la diriger à travers TAfrique. 

« Je ne reviendrai pas sur cette traversée du continent africain, sujet que j*ai déjli 
maintes fois traité et qui vous est à tous familier; mais il est un autre côté de la question 
qui mérite d'être mis en lumière. 

M La Société de Géographie, grâce à la claivoyanle et patriotique libéralité de M. Tingé- 
nieur Renoust des Orgeries, avait pu, avec Taide de divers concours, constituer le capital 
nécessaire à Texécution de la mission; mais elle n'avait pas voulu, d'autre part, négliger 
de prendre certaines précautions, aussi, avait-elle dt'cidé de conserver sur le legs dont 
elle disposait, une certaine somme destinée à la publication des i-ésultats, au retour de la 
mission. 

« C'est grâce à cette mesure pleine de sagesse que je puis aujourd'hui vous remettre 
cet ouvrage entièrement terminé. 

«< Les sommes conservées pour cette publication se sont trouvées un peu trop faibles; 
elles ont été augmentées grâce à diverses subventions et souscriptions que j'ai obtenues, 
notamment du ministère des Finances sur le legs'GifTard, des ministères de l'Instruction 
publique, de la Guerre et des Colonies, de TÂcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, 
de TAssociation française pour l'avancement des sciences et de quelques autres; je saisis 
ici l'occasion qui se présente pour adresser à tous mes remerciments. 

« Grâce à ces divers concours on a pu donner a cet ouvrage l'ampleur que je désirais 
pour lui, tant au point de vue des caries, qu'à celui des profils et de l'illustration. 

•« Pour la partie cartographique — et je vous l'ai déjà dit ici lorsque j'ai déposé sur le 
bureau mon premier fascicule et l'atlas — j'ai à signaler tout particulièrement le travail 
considérable effectué par M. le capitaine Verlet-Hanus, qui a dessiné l'atlas, et je suis 
heureux de lui adresser ce témoignage en reconnaissance de sa précieuse collaboration. 

« J'adresse les mêmes remerciments à MM. E. Haug, professeur à la Faculté des sciences 
de Paris, et L. Gentil, chargé de cours à la même faculté, qui ont bien voulu étudier et 
rédiger la partie paléontologique et la partie pétrographique de ce travail, et qui eut 
fourni un des plus importants éléments d'intérêt au volume; puis à MM. le D' Hamy et 
D' Verneau, qui ont rédigé la partie préhistorique et archéologique. 

<( Je n*oublierai pas non plus de citer la collaboration de MM. les professeurs du Muséum 
et de leurs assistants, MM. Bouvier, Vaillant, Oustalet malheureusement décédé depuis, 
D' Bonnet, Pellegrin, Joubin, Germain, Kunckel d'Herculais et bien d'autres, qui ont 
procédé & la détermination et à l'étude des échantillons relatifs à l'histoire naturelle. 

a Je serais injuste si j'omettais d'Jndiquer que, pour la publication de cet ouvrage, 
M. Téditeur Masson a mis, à titre gracieux, à la disposition de l'auteur et à celle de la 
Société de géographie ses connaissances techniques et ses moyens d'actions, et qu'il nons 
a ainsi permis — de même que MM. Bouchez et Talamon, ses collaborateurs — de publier 
dans les conditions les meilleures et les plus économiques, ces messieurs s'étant toujours 
empressés de faciliter le travail et d'assurer la qualité des résultats matériels. 

M J'ai déjà retenu trop longuement votre attention, surtout en un moment où chacun 
de vous attend avec Impatience l'apparition à la tribune de mon spirituel et éminent 
collègue saharien, M. Gautier; aussi je m'en excuse en vous disant qu'il m'aurait paru 
peu consciencieux de ne pas vous signaler les divei*ses collaborations et les divers con- 
cours qui m'ont aidé à mener à bien une œuvre que vous m'aviez confiée. 

«< J'ai mis dans cette œuvre la plus grande sincérité et la plus grande simplicité; je 
n'ai jamais cherché à décrire que ce que j'avais vu et bien étudié. J'espère que la Société de 
Géographie considérera que le mandat qu'elle m'avait confié dès 1898 est maintenant 
intégralement rempli. Je désire qu'il le soit à son entière satisfaction; ce sera là pour 
moi une très douce récompense et une de mes phis grandes joies. » 

En remerciant M. Foureau, le président met en relief les qualités de l'ouvrage et fait 
ressortir la difficulté et l'ampleur de la tâche dont il avait accepté la charge. Le sac- 



76 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

cesseur de Duveyrier a parachevé son œuvre; il a permis au grand public de suivre, dans 
un premier ouvrage de vulgarisation, la marche de la mission saharienne de la Méditer- 
ranée jusqu'au Congo, et il a concouru au progrès des sciences en exposant, dans une 
publication magistrale, les résultats scientifiques de cette glorieuse exploration. 

Le discours quia fait suite à cette allocution, de môme que la conférence de M. Gau- 
tier sur sa nouvelle mission saharienne paraissant en tète de ce numéro de La Géographie^ 
nous ne constaterons ici que le succès qu'ils ont obtenu. Le lecteur a déjà pu apprécier 
la valeur documentaire de ce discours et la richesse des résultats de cette mission. 

Au cours de la séance, le président a annoncé à l'auditoire que la Chambre des 
députés, dans sa séance de ce jour, venait d'adopter le projet de loi autorisant une pro- 
motion dans la Légion d'honneur d'explorateurs ayant rendu des services signalés, mais 
que les départements ministériels, insufOsamment pourvus, n'auraient pu récompenser. 
Cet acte de justice est sûr de rencontrer l'assentiment du pays. H. 



Matinée du 24 décembre 1905. 

Présidence de M, LE M Y RE DE VILERS 

Président de la Société. 

Au bureau ont pris place autour du président : MM. de Guerne et Girard, vice-prési- 
dents de la Commission centrale; Auguste Pavie, commandant Lenfant, Eugène Gallois et 
le baron Hulot. Sur l'estrade, entièrement remplie, au milieu de dames et de jeunes filles, 
on remarque les colonels Reibell et Roulet, le docteur Cureau et un grand nombre de 
membres de la Société. La salle est complète, composée en majorité de jeunes filles et de 
jeunes gens. 

En déclarant la séance ouverte, M. le président, dans une paternelle improvisation, 
a mis en relief le caractère spécial de cette matinée extraordinaire. Désireux de contri- 
buer à la difi*usion des connaissances géographiques, soucieux d'en étendre le goût et d'en 
rendre l'étude agréable en môme temps que pratiquement utile à la jeunesse, la Société 
de Géographie a voulu donner une leçon de choses aux enfants de ses membres. Dans ce 
but, elle a fait appel à l'un de ses plus brillants et séduisants conférenciers habituels, 
l'explorateur Gallois. Ayant contracté sur les bancs mêmes du lycée la passion de la 
géographie, M. Gallois donne satisfaction à ses goûts en parcourant, chaque année, une 
partie du globe. A plusieurs reprises, il a déjà fait le tour du monde, non pas en excur- 
sionniste pressé, mais en explorateur sachant observer et comprendre, faisant à chaque 
escale une ample moisson de documents scientifiques d'une valeur éminemment pratique. 
Rentré dans la mère patrie, le voyageur ne garde pas pour lui seul les résultats de ces 
investigations; en bon citoyen, il se fait un devoir de les répandre sur tous les points du 
sol national. Doué d'une réelle facilité de parole, joignant aux qualités de méthode 
qu'exige toute exposition scientifique la bonne humeur et un esprit de bon aloi, il s'est 
fait, dans la France entière une réputation bien méritée de vulgarisateur, à laquelle la 
Société a tenu déjà à rendre hommage et que le jeune auditoire rassemblé aujourd'hui 
saura apprécier. 

Après avoir reçu ce juste tribut d'éloges, M. Eugène Gallois a commencé non une 
conférence, mais une causerie où le pittoresque et l'esprit ont eu la plus large part, 
mêlant ainsi à la grande joie des jeunes gens l'agréable à l'utile. L'orateur a exposé tout 
d'abord son sujet : Un tour du monde par les colonies françaises. Dans une très courte 
première partie, il a indiqué sur une planisphère pendue dans la salle, le voyage qu'il se 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 77 

proposait de faire faire aux auditeurs. Partant de Marseille avec lui comme cicérone, 
ceux-ci visiteront d^abord la Tunisie, puis TAlgérie, poussant une pointe jusqu^au Sahara, 
par Beni-Ounif et Toasis de Figuig. Jetant ensuite un coup d'œil sur les côtes marocaines, 
ils feront escale d'abord à Dakar pour pénétrer au Sénégal, puis à Conakry, à Libreville 
et dans le Congo. Doublant le cap Bonne-Espérance, ils s'arrêteront à Diégo-Suarez, à 
Tamatave, pour gagner Madagascar. Après avoir séjourné à Tananarive et sur le plateau 
de rimerina, ils s'embarqueront pour Colombo, Singapour, Saïgon et toute Tlndo-Chine. 

Pénétrant par le fleuve Rouge au Yunnan et au cœur même de la Chine, ils appren- 
dront la vie du peuple qui dans les villes et sur les fleuves remplit ce vaste empire. De là, 
à travers le Pacifique, ils gagneront la Nouvelle-Calédonie, vivant quelques instants de la 
vie des colons français dans cette île si riche; puis nos Iles de Tahiti, Morea, Marquises, 
assistant aux danses curieuses des douces tribus de ces paradis du grand océan. Enfin, 
par risthme de Panama, ils toucheront à Forl-de-France et à Saint-Pierre de la Marti 
nique, ainsi qu'à la Guadeloupe et en Guyane avant de rentrer en France, fermant de 
cette façon le périple, facile et confortable d'un globe-trotter du xx<» siècle. 

L'itinéraire ainsi tracé a été aussitôt suivi. Plongeant toute la salle dans l'obscurité, 
c'est à laide d'incombrables projections photographiques toutes belles, certaines admi- 
rables de couleur et de vie, que le voyage a été en tous points accompli. Grâce à 'l'amabi- 
lité de M. le consul François, l'orateur a pu dérouler devant les yeux ravis de ses jeunes 
auditeurs des vues cinématographiques prises à Singapour où les coolies se hâtaient de 
remplir les soutes à charbon d'un grand paquebot, en Chine dans le Yunnan où la foule 
grouillait sur les marchés, dans les rues et aux portes des villes, sur les places publiques, 
où manœuvraient les guerriers chinois de jadis et aussi ceux de demain, s'exerçant au tir 
et paradant à l'allemande, sur les quais des ports, enfin, où les spectateurs assistaient au 
débarquement des passagers enserrés par la cohue trépidante et empressée des débar- 
deurs et petits marchands des escales d'Extrême-Orient. 

Bref cette séance si vivante et si animée a obtenu le plein succès prédit par M. le pré- 
sident. Une heure et demie durant, le causeur charmant a tenu attentif son auditoire 
sans se lasser. Chemin faisant, il a dégagé la leçon pratique de ce « tour du monde par 
les colonies françaises >» surtout, montrant l'étendue et la valeur de l'empire colonial de 
la France, l'œuvre accomplie sur tous les points du globe par nos concitoyens et celle 
qui attend les jeunes générations qui naissent à l'activité économique. Souvent ceux qui 
Técoutaient et dont les jeunes cœurs battaient à l'unisson du sien l'ont interrompu de 
leurs plus chaleureux applaudissements. M. le président, avant de lever la séance, s'est 
fait l'interprète de tous les spectateurs jeunes et vieux pour remercier le conférencier 
d'avoir si bien répondu à l'attente de la Société de Géographie. 

Avant d'entrer dans la salle des séances, la foulé a admiré l'exposition de photogra- 
phies, de dessins, d'aquarelles et d'œuvres illustrées, ouverte par M. Eugène Gallois dans 
la salle des Pas- Perdus de la Société, du 19 au 29 du courant. Les amateurs ont pu se 
convaincre, en appréciant à leur juste mérite, des aquarelles et certains dessins à la 
plume, que l'explorateur consciencieux et instruit est doublé d'un véritable artiste. 

Frédéric Lemoine. 



NÉCROLOGIE 

D*Absac (Marie-Charles Venance), général de brigade, commandeur de la Légion 
d'honneur, médaillé de Crimée et d'Italie, né à Saintes le 29 mars 1822, appartenait au 
corps d^état-major depuis 18 '»4. Dix ans plus tard, il servait dans l'armée d'Orient. Nous 
le trouvons ensuite en Algérie, puis au 2« corps de l'armée d'Italie et de nouveau en 
Afrique jusqu'en 1870. Colonel aide de camp du maréchal de Mac-Mahon pendant la 
guerre franco-allemande il resta, comme général de brigade en 1875, attaché à la per- 



78 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

sonne du maréchal derenu Président de la République et fut placé dès 1881^ sur sa 
demande dans le cadre de réserve. 

Le général d'Abzac, qui ne cessa jamais de s'intéresser à Tœuvre de pénétration de la 
France en Afrique, appartenait à la Société de Géographie depuis 1877. 

O'Coinior (Fernand-Marie), général de Division, commandeur de la Légion d'honneur» 
décoré de la médaille du Tonkin et de la médaille coloniale, naquit à Paris le 
25 janvier 1847. Il sortit de Saint-Cyr dans la Cavalerie en 1868 et prit part à la guerre 
de 1870. Attacht^ à Tétat-major du général Delebecque en 1881, puis du généraIJapy, il 
participa aux opérations de nos troupes en Tunisie. Mis comme chef d'escadrons à la 
disposition du général Roussel de Courcy, nous le retrouvons en 1885 et 1886 au Tonkin. 
Sa carrière se poursuit dès lors presque continuellement en Afrique. Il y commanda le 
4* chasseurs, puis la brigade de cavalerie d'Algérie et la subdivision de TIemcen, enfin 
la division d'Oran. Placé en 1903 à la tête de la 8* division d'Infanterie, il fut mis en 
disponibilité au début de 1904. Ce vigoureux soldat, auquel le général de GallifTet rendait 
naguère un magniQque hommage, est mort à Paris le 24 octobre dernier. Sous son 
impulsion l'exploration méthodique du Sud-Oranais avait été effectuée tant par des 
reconnaissances militaires que par des missions scientifiques. Depuis une vingtaine 
d'années le général O'Connor s'était associé au travaux de la Société de Géographie. 

Wheeler (G. -M.), membre correspondant de la Société depuis 1887, disparait à Tdge de 
soixante-trois ans. Il fut avec Hayden et King l'un des principaux auteurs de l'explo- 
ration scientifique des États-Unis. Officier du corps des ingénieurs, il fut chargé de la 
direction des travaux topo graphiques à effectuer à l'ouest du 100^ méridien. Les opéra- 
tions qui se poursuivirent dès 1871, année où le Sénat américain vota les crédits du Geo- 
graphical Survey, furent conduits par Wheeler pendant une quinzaine d'années. Son corps 
de topographes leva un territoire double de celui de la France dans le Nevada, l'Arizona, 
le Nouveau-Mexique, l'Utah, la Californie et le Colorado. Les rapports, notes, cartes, 
planches, documents divers que la géographie doit au savant américain mériteraient 
d'être coordonnées et constituent dans leur ensemble un apport considérable. 

Radiguet (Arthur-Honoré), à qui la Société de Géographie avait, depuis la retraite de 
M. Molteni, confié le soin d'exécuter les projections des vues photographiques illustrant 
dans ses séances les communications des voyageurs, a succombé le 5 décembre. Il meurt 
victime de ses études et de ses expériences sur les propriétés des rayons Rœntgen, au 
moment où la croix de la Légion d'honneur allait le récompenser de recherches qui, si 
elles lui ont été fatales, concourronfcependant au progrès des sciences. 

Au moment où disparait ce collaborateur de notre œuvre, nous tenons à assurer les 
siens de notre profonde sympathie. 

Nous apprenons également avec peine le décès de plusieurs de nos collègues : MM. le 
D^ J. Roger, Paul Meurice, Camille Chabert, Victor Guillaume, Ernest Lefebure. 

Le Seci'iUaire gén&ral de la Société, 



Ouvrages reçus par la Société de Géographie 



BIBI.IOGRAPHIE, CATALOGUES 

Catalogo da biàlioiheca da marinha, Rio de 

Janeiro, imp. nac, 1904» in-8 de xvi-928 

4- îv-180 p. 

(Ministère de la Marine, Brésil.) 

De Marobhib (Emm.)- — A propos de la 
• BibHoffraphia geoiogica • (Bibliographie mO' 
dernty i90i, n*" 6). Besançon, 1905, in-8 de 46 p. 

(Auteur.) 

SOCIBOAOB OB OBOORAPHIA DE LlSBOA. — ExpO- 

siçao de Carlographia nacional (1903-1904). Cata- 
logo sob a direcçâo de Erxbsto de Vasconcellos. 
Lisboa, 1904, in-8 de xxxiii-279 p. 

(Société do Géographie, Lisbonne.) 

Tajitet (Victor). — Catalogue méthodique de 
la bibliothèque du ministère des Colonies^ 
Melun, imp. administrative, 1905, in-8 de 

xxiT-65! p. 

(Ministère des Colonies.) 



CONGRÈS 

Bibliothèque des congrès coloniaux français. 
Le Pèlerinage de la Mecque^ par Alt Zaky bey, 
1004, in-8 de 13 p. — Rapport général du Congrès 
colonial français de 1904, par F. Mlry, in-8 de 
viti-ii3 p. — Compte rendu de la section de 
Médecine et d'Hygiène coloniales^ publié par le 
professeur R. Blakcharo (Rudeval, éditeur), 
iD-8 de 294 p. — Rapports présentés à la 
I'* section du Congrès colonial français de 1904 : 
Organisation civi'e et militaire des colonies, 
in-8 de 34-18-11 et 13 p. — Rapports présentés 
à la m* section : Les intérêts économiques de la 
France coloniale, par H. Faucher et J. De 
Taillis, in-8 de 268 p. — Rapports à la IV' sec- 
tion... : Douanes et régies, in-8 de 19 p. — Rap- 
ports à la V« section : Transports et communi- 
eaiions, io-8 de 28-24-24-8 p. — Les Câbles sous- 
tnarins, par P. Marullac, in-8 de 59 p. — Rap- 
ports à la Vr section : Enquête sur l'utilisation 
de la main-d'œuvre chinoise, in-8 de 120 p. 

Chambxru!! (P. C.}. — Du développement de 
l'œuvre des Congrès géologiques (Mémoire pré- 
senté au Congrès géolog. internat. VIII'' sess., 
France, 1900). Paris, 1900, in-8 de 3 p. 

(H. Froidevaux.) 

Congrès national des sociétés françaises de 
géographie, XXIV* session, Rouen, 3 au 8 aoiH 
1903. Comptes rendus publiés par la Société 
normande de géographie, sous la direction de 
M. Georges MoRPUiR. Roaen, 1904, in-i de 511 p., 
carte, croquis. 

(Siociété normande do géographie.) 



De Claparbdb (Artuur). — Le huitième congrès 
international de géographie (7-22 septembre 1904). 
Rapport présenté au Conseil fédéral. Geneye, 
1905, in-8 de 48 p. 

(A. de Claparède.) 

Section tu.msibnne de la Société de oéograpuie 
COHMBRCIALB DR Paris. — Congrès national des 
Sociétés françaises de géographie. XX V' session, 
Tunis —S'î avril 4904, Compte rendu des Travaux 
du Congrès, Tunis, 1904, in-8 de 326 p. 

(Comité d'organisation.) 

PÉRIODIQUES, ANNUAIRES 

Arbeidsmarkedet... (Bulletin du travail du 
bureau central de statistique du royaume de 
Norvège), V et 2* années, 1903-1904. Rristania, 
1905, in-8 de 152 p. 

Jahresbericht ûber die Entwickelung der 
deutschen Schutzgebiete in Afrika und der 
Sûdsee im Jahre 1903/1904. Mit einem Bande 
Aniagen. Berlin, 1905, in-4 de 114 et 494 p. 

U Année coloniale, publiée sous la direction 
de MM. Cn. Mourey et L. BiirNEL, en collabora- 
tion avec M. Chemir Dopontés. Quatrième année 
(1902-1903). Paris, Chevalier et Rivière, 1905, 
in 12 de 348 p., 4 fr. 

(Éditeurs.) 

Ml'iiistèrb de la Gueuhe. — Revue dfs Troupes 
coloniales. Publication mensuelle. Paris, Charles- 
Lavauzelle, n" 2 (août 1902) — 31 (janvier 1905), 
in-8 (Abonnement : militaires, 8 fr. 50; autres, 
20 fr.; — le n% 2 fr.). 
^ (Général Famin.) 

The Korean Repo'itory, Séoul, in-8, vol. III 
(n** 3-12), 1896; vol. IV, 1897. — The Korea 
Review, Séoul. Vol. I, 11, III, IV (1901-1904), 
reliés. 

(J. de Pange.) 

The Statesman's year-hook, 1905. Ëdited by 
J. Scott Kbltib with the assistance of I. P. A. 
Renwick. London, Macmillan, 1905, in-16 de 

lv-1424 p., caries. 

(J. Scott Koltie.) 

GÉOGRAPHIE MATHÉMATIQUE 

Vallot (Hbkri). — Instructions pratiques pour 
l'exécution des triangulations complémentaires en 
haute montagne. Paris, Steinheil, 1904, in-8 de 

III-132 p., et 22 pi. in-4. 

fAuteur.) 

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

AoAMBifNORE (G.). — La determinazione dei 
bradisisnd nelV interna dei continenti per mexso 



so 



OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



délia folografia {Berichte der II. Internat. Seis- 
molog, Konferenz, pp. 338-346). Leipzig, W. Engel- 
mann, 1904, in-8. 

De Lauxay (L.). — La science géologique. Ses 
méthodes, ses résultats, ses problèmes, son 
histoire. Paris, Colin, 1905, in-8 de 752 p., grav., 

20 fr. 

(Ëditears.) 

De Marchi (Lmoi). — Meteorologia gentrrale. 
2*edizione rifatta e ampliata.... Milano, Hoepli, 
1905, in-16 de xiii-225 p., L. 1,50. 

(Kditcars.) 

Girard (Jcles). — />? modelé des sables litto- 
raux. Paris, Leroux, 1903, in-8 de 130 p., grav., 

3 fr. 50. 

(Autour.) 

Hansex (U. J.). — Eksperimental Bestemm^lse 
of Àfhaengigheden mellem IJavvandets Pryse- 
punkt og dels Vaegtfylde ved CTC (Forelôbig 
meddelelse fra det danske hydrogr. Laborato- 
rium). Kôpenhavn, marts 1903. Kopenbavn, 
B. Lunos, 1903, in-8 de 9 p. 

Hauptfahrlen. Nrs. 11 (Fahrt des Baloons 

« Humboldt -, 19 Apr. 1893), 23 (Fahrt des 

Ballons « Phônix •, 17 Febr. 1894), 31 (Fahrt 

des Ballons - Phônix », 7 juni 1894), 33, 31 

(Gleichzeit. Fahrten vom 6. bis 7. Juli 1891 der 

Ballone « Phônix - und - Cirrus •). Fahrtbe- 

schreibung. von A. Berson. Meleorolog. Beobach- 

tungen, von 0. Baschin (Sonderabdr. aus VVi<- 

sensch. Luftfahrten). Braunschweig, Vieweg, 

1900, in-i. 

(O. Baschin.) 

Rabot (Charles). — Glacial Réservoirs and 
their outbursis {Geogr. Journal, May 1903, 

pp. 535-548). 

(Auteur.) 

Raphnetti (Viroiijo). — Descripci'm de los 
instr'umefitos astronémicos d-l Observatorio de 
la Plata. Segwda de una nota sobre los ade- 
lantos mas recientes de la astronomia. La Plata, 
1904, in-8 de vni-206 p., grav. 

RosentDal (Elmar). — Veber die elaslische 
Nachwirkung bei Aneroid-Barographen (Bull. 
Acad. Imp des Se. de Saint-Pétersbourg, V ser., 
Bd. XIX, n» 3, Oct. 1903, pp. 114-170), in-4. 

V. Kalecsixskt (Alexander). — Ûber die Akku- 
mulation der Sonnenwàrme in verschiedenen 
Flûssigkeiten [Malhem. u. naturwiss. Berichte 
aus Ungarn XXI). Leipzig, Teubner, 1904, in-8 

de 24 p. 

(Auteur.) 

ANTHROPOLOGIE 
ETHNOGRAPHIE 

De Charbncby. — Les origines du mythe 
d'Orphée {Muséon), in-8 de 12 p. 

(Auteur.) 



Le Rot. — Jjcs pygmées. Tours, Marne, in-8 
de 36 i p., grav. 

(Auteur.) 

Reclus (Elisée). — U Homme et la Terre. 
Parts, Librairie Universelle, in-8. Livraisons i 
(13 avril 1905)-5 (15 mai 1905). 

(Auteur.) 

TuRQUA!f (Victor). — Contribution à Vétude de 
la population et de la dépopulation (Soc. d'an- 
thropologie de Lyon, t. 21, fasc. i). Lyon, Rey, 
1902, in-8 de 170 p. 



GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE 

De WiLDB.MAif (E.). — Les plantes tropicales 
de grande culture. Café, cacao, cola, vanille, 
caoutchouc. Avec une étude sur la distribution 
des plantes dans le centre de l'Afrique et des 
notices biographiques sur les botanistes et les 
voyageurs ayant contribué à la connaissance de 
la flore de l'Ëtal Indépendant du Congo, 
Bruxelles, Castaigne, 1902, in-4. de iv-304 p., 
grav. 

(Autour.) 

DuFOUR (Alphonse). — Guide de Cémigrant 
français aux colonies. La question coloniale. 
Étude détaillée de nos colonies.... Manuscrit de 
281 feuillets, in-12. 

(Auteur.) 

H En B ET (F.). — Manuel de culture pratique et 
commerciale du caoutchouc. Paris, Fritsch, 1899, 
in-12 de 138 p., grav. 

(Auteur.) 

Levassi-ur (E.). — Géographie, statistique, 
heure légale et tables de mortalité {Annuaire du 
Bureau des Longitudes, 1905, pp. 371-546), in 18. 

(Auteur.) 

Mi.NiSTÈRB DES CoLOMiES. — Office colonial. 
Statistiques coloniales pour l'année 1903. Com- 
merce. Melun, 1905, in-8 de lxiii-1060 p. 

(Ministère des Colonies.) 

ViBERT (Paul). — Les transports par terre et 
par mer. Documents pour servir à l'histoire 
économique de la troisième république. Thèmes 
de conférences. Paris et Nancy, Berger- Levrault, 
1896, 1897, 2 vol. in-8 de 469 et 470 p.; chacun 
10 fr. 

(Auteur.) 

ViBERT (Paul). — La colonisation pratique et 
comparée. Colonies françaises, Colonisation pra- 
tique. Colonies étrangères. Colonisation com- 
parée. Paris, Cornély, 1904. 1905, 2 vol. in-8 de 
422 et 422 p., chacun 8 fr. 

(Auteur.) 



U archiviste-bibliothécaire : Henri Froidevaux. 



Le gérant : P. Bouchez. 



Coulommiers. — Imp. Paul BRODARD. 



LA GÉOGRAPHIE - BULLETIN DE LA 




jâ.*-\ *.» .-•'■'"'" 7 



XIII. — N" 2. iS Février 1906. 



Une mission archéologique 

dans la vallée du Niger 



Le programme de la mission que j*avais sollicitée de TAcadémie des 
Inscriptions et Belles-Lettres *, comprenait un certain nombre de recherches 
qui devaient porter sur les points suivants : ' 

V la fouille méthodique d'un grand tumulus nigérien. 

2^ la détermination de Taire d'extension des tumuli soudanais, tout en 
reconnaissant et classant les principaux monuments préhistoriques de la 
région; monuments qui seront plus tard Tobjet d'études spéciales lorsque des 
savants et des chercheurs parcourront le pays. 

3° l'étude ethnographique et sociologique des populations noires primi- 
tives réfugiées dans les massifs rocheux du plateau de Bandiagara (Hambés, 
Dogoms, Tombos) et les îles du Niger (Sorkos et Bozos). 

Je suivrai cette division pour examiner rapidement les résultats généraux 
qu'il m'a été permis d'atteindre. 

I. — Fouilles d'un tumulus nigérien. 

Les fouilles du grand tumulus d'El Oualedji, sur les bords du Niger, exécu- 
tées pendant l'année 1904, ont permis de déterminer exactement la méthode 
de construction employée par les populations primitives qui ont érigé ces 
monuments, et les rites funéraires en usage à cette époque lointaine. 

Ces monuments étaient destinés à de grands chefs que l'on inhumait avec 
leurs serviteurs daus une chambre funéraire construite en troncs de palmiers, 
et renfermant tous les objets usuels de l'existence journalière. 

Celte chambre, recouverte d'un haut tertre tumulaire en terre argileuse, 
communiquait avec l'extérieur par un puits destiné à faire parvenir aux mânes 
des morts les vivres nécessaires pour leur existence nouvelle, pendant que, sur 
tout le pourtour extérieur du monument, des victimes étaient sacrifiées et 
des offrandes déposées. 

Les objets recueillis : poteries vernissées ornées de dessins géométriques 

1. Fondation Garnier. Cf. Compt. Rend. Acad. hiscripl., 190i, L XXXII, p. 20, 327, 359. 

U GÉOORAI»HlE. — T. XIII, 1906. 6 



82 M. DESPLAGNES. 

en pointillé ou en couleur, figurines en terre, armes et instruments en fer, 
bijoux en cuivre et parures en agathe, silex, opale, etc., donnent une idée 
exacte du développement industriel et du degré de civilisation de ces popula- 
tions qui appartenaient au célèbre empire de Ganatha, que visita le voyageur 
arabe £1 Bekri au x' siècle de notre ère, avant la fondation de Tombouctou. 

Ces tumuli, très nombreux et très grands dans la région lacustre du Niger 
moyen, ont une aire de dispersion fort étendue. Dans Test on signale quel- 
ques-uns de ces monuments près des mares d*Amenaka (nord-ouest de Zinder) 
et sur les rives du Niger jusqu'aux grands rapides; dans le sud, Tadministra- 
teur Delafosse a décrit ceux de la haute Côte d'Ivoire (montagnes des Perles) et 
des environs de Kong. Un grand tumulus existe également près de Sikasso; 
enfin, dans l'ouest, on en retrouve sur les bords du Sénégal; parmi ces der- 
niers, le groupe de Mafou est très connu des indigènes. 

C'est grâce à la présence de ces monuments que l'on pourra déterminer 
exactement les limites des territoires occupés par ces populations primitives 
soumises aux fondateurs de Ganatha ^ 

II. — Monuments préhistoriques. 

Les monuments préhistoriques et protohistoriques soudanais rencontrés 
dans la vallée du moyen Niger peuvent se classer en quatre catégories : 

1® ateliers de l'âge de la pierre polie et vieux campements de pêcheurs; 
instruments et outils néolithiques soudanais; 

2'' monuments lithiques; pierres levées ; menhirs anthropoïdes; 

3" inscriptions arabes; Tafinagh berbères; dessins rupestres et manus- 
crits; 

4° sépultures. 

1° Ateliers. — Plusieurs ateliers remontant à l'âge de la pierre polie ont 
été retrouvés, ainsi que plusieurs stations de pêcheurs datant également de 
l'époque néolithique soudanaise. Les plus importants de ces points de station- 
nements sont établis, les uns sur les dunes de la rive gauche du Niger, vis-à-vis 
des îles Zamgoï, en amont des rochers si connus de Baror et Chabor, les 
autres aux environs de Bourrem et auprès du village de Lotokoro, sur les . 
berges du fleuve, d'autres au confluent de la vallée du Niger avec celle du 
Telemsi, à 6 kilomètres est de Gao et près des puits; enfin, on en trouve 
encore quelques-uns dans les îles du fleuve, principalement au lac Debo. 

Tous ces ateliers sont remarquables par la grande quantité d'éclats de 
grès, de quartz et de silex dont ils sont parsemés. 

Au milieu de ces éclats on peut recueillir une foule de percuteurs, quan- 

1. Les descendants actuels des fondateurs de Ganalha forment les tribus si connues des \Va- 
korès, Sarakolès, Souninkès, Nono ou Markas, toutes de même origine. 



MISSION ARCHÉOLOGIQUE DANS LA VALLÉE DU NIGER. 83 

iité de hachettes miouscules, des couteaux, des grattoirs, des forets, des 
pointes de flèches en silex, des objets de parure, etc. Tous ces objets sont 
mélangés à des ossements et à des débris de poteries grossières autour des 
restes et des résidus de larges foyers. 

Des fouilles méthodiques ultérieures permettront sans doute de déter- 
miner à quelle époque remontent ces stations et à quelle variété de la race 
humaine appartiennent les auteurs de cette industrie néolithique. Peut-être 
alors pourra-t-on les rattacher aux populations sahariennes de la même 
époque qui, dans le nord, ont laissé tant de traces de leur existence et dont on 
signale des desseins rupestres, les instruments et les sépultures sous roches 
jusque dans les massifs de TAdrar oriental. 

En tout cas, actuellement, sans fouilles, j*ai pu réunir une très nombreuse 
et très importante collection d'instruments variés de la période néolithique, 
qui donnera une idée assez exacte de l'industrie soudanaise. 

Les petits instruments ont été recueillis en place dans les ateliers décrits 
ci-dessus; les gros, au contraire, se trouvaient épars un peu partout, et prin- 
cipalement dans les cimetières actuels des nomades, qui les placent près de 
leurs morts, en raison de leur origine soit disant surnaturelle et céleste. 

Parmi ces instruments quelques-uns sont remarquables, notamment de 
grandes haches coniques atteignant jusqu'à 0"*,60 de longueur; puis, ce sont des 
haches à talon et à emmanchement central, toute une série d'outils, ciseaux, 
hachettes, couteaux en silex rosé, enfin de grandes massues et des récipients 
en pierre plats, coupes, vases,... etc. 

2"* Monuments lillnques. — Les monuments lithiques rencontrés dans la 
vallée du Niger sont, tout d'abord, des pierres levées réunies par groupes. 

Le groupe le plus connu se trouve érigé entre la route de Bammako à 
Koulikoro et la voie ferrée, sur les bords du Niger, près du village de Moriba- 
bougou, à 12 kilomètres de Bammako. 

Ce monument se compose de trois grandes pierres frustes, verticales, 
placées à 0*,4S l'une de l'autre à angle droit, formant ainsi trois côtés d'un 
rectangle. 

La pierre médiane s'élève de 2", 70 au-dessus du sol, les autres de 1°,50 
seulement. 

Un autre monument semblable existait à une centaine de mètres de là 
vers le nord-ouest, mais il a été détruit par les travaux du chemin de fer. 

Ces pierres anciennes se rattachent peut-être à celles que l'on trouve dres- 
sées encore aujourd'hui dans tous les villages habbès, et sur lesquelles les 
indigènes de ce pays font des libations et des sacrifices. 

Le fameux rocher de Tapa, près de Koniakary, que signale Raflanel, est un 
monument de ce genre. 

D'autres groupes de pierres levées existent dans le cercle de Sumpi (Issa- 



84 



M. DESPLAGNES. 




PIG. 47. — GROUPE DE MONOUTHES DE 
TONDIDAROU. 

Reproduction d'un dessin du lieutenant 
M. Desplagnes. 



Ber). Ils dénotent un travail bien supérieur, car ils ne sont formés que de 
monolithes polis, ornés de sculptures avec quelques types analogues à ce 
que Ton a nommé partout en France menhirs anthropoïdes. Ils n'ont pu être 
construits que par des hommes connaissant bien le travail de la pierre; 

d'autre part, des outils de l'âge de la 
pierre polie ayant été trouvés en assez 
grand nombre dans leur voisinage, il 
paraît assez probable que leurs construc- 
teurs vivaient à l'époque néolithique. 

Ces monuments, dont plusieurs 
groupes existent dans la région de Nia- 
funké, sont attribués aux pêcheurs Sor- 
kos (Bozos), premiers habitants du pays, 
au dire des légendes. 

Le plus curieux de ces groupes est 
situé à Tondidarou (fig. 17 et 18), au pied 
d'un plateau rocheux dominant le lac 
Takadji que forment les inondations nigé- 
riennes. 11 se compose de plusieurs mo- 
nolithes érigés verticalement de 1",50 
à 2'°,S0, polis et taillés en forme de fût 
de colonne, ornés de dessins linéaires ou 
sculptés en forme de tête humaine. Toutes 
ces pierres dressées sont réunies par 
groupes de 15 à 20, très serrés les uns 
contre les autres et sans ordre bien appa- 
rent. Une inscription arabe gravée récem- 
ment sur le sommet d'une de ces pierres 
semble indiquer une idée votive, et éta- 
blit une certaine analogie avec les autels 
habbés. En effet, on lit sur un de ces 
monolithes : Pour les gens de la maison. 
11 existe encore dans la vallée du 
Niger quelques autres monuments lithi- 
ques, vestiges des grandes luttes de race 
du passé. Ce sont de grands murs de défense en gros blocs de rochers qui 
barrent les vallées d'accès et les cols dans les monts Oualo, sur le plateau de 
Bandiagara, les crêtes du Gourma le long du cours de la Sirba et sur le 
sommet du Mont Gourao sur le Debo. 

3"* Inscriptions. — Des inscriptions funéraires arabes ont été recueillies 
tout d'abord à Sansanding, puis, dans les cimetières des tribus maraboutiques 




FIG. 18. — SCULPTURES RELEVÉES SUR LE 
GROUPE DE MONOLITHES DE TONDIDAROU. 

Reproduction d'un dessin du lieutenant 
M. Desplagnes. 




MISSION ARCHÉOLOGIQUE DANS LA VALLÉE DU NIGER. 85 

nomades des rives du Niger entre Tombouctou et Gao, à Zamgoï (cimetière 
des Iguelads) et au Tondibi (cimetière des Kountas), enfin, sur les bords du 
fleuve en face des rapides de Bentia, dans un immense cimetière abandonné 
où se trouvaient de nombreuses pierres tombales bien gravées et datant toutes 
des vu et vm* siècle de THégire. La traduction de ces dernières inscriptions 
permet de certifier la véracité des légendes locales qui placent en ce site 
Tantique Koukia, première métropole de Tempire Songhoû 

En revanche les inscriptions en caractère « tafinagh » sont peu nom- 

O 

o 

n 

•• 



HG. 19. — INSCRIPTION TAFINAGH GRAVÉE SUR UNE TO.MBE BERBÈRE. 

Reproduction d'un dessin du lieutenant M. Desplagnes. 

breuses, on ne put en récolter que quelques-unes, dont une seule gravée sur 
une tombe berbère paraît avoir un caractère ancien « lybico-berbère » (fig. 19). 

Deux de ces inscriptions furent trouvées à Labezenga et cinq à Karou, sur 
les rochers ({ui donnent naissance aux rapides du Niger. 

Une autre était gravée sur une grosse pierre de Tenceinte circulaire d'une 
tombe berbère à Zamgoï. 

Il faut comprendre dans ces documents gravés sur pierre des dessins 

FIG. 20. — DESSINS RUPESTRES RELEVÉS SUR LES ROCHERS DE NIODOUGOU, ET REPRÉSENTANT DES 
ANIMAUX ET DES CHAMELIERS. 

Reproduction d'un dessin du lieutenant M. Desplagnes. 

rupestres grossiers (fig. 20) exécutés en rouge (oxyde de fer) sur les rochers 
quartzeux de Niodougou, au nord de Niafunké, à quelques kilomètres des 
menhirs anthropoïdes. Ces dessins, ayant environ 0",11, représentent rudi- 
mentairement des cavaliers, des chameliers, difierents animaux et quelques 
signes. Ils se rapprochent beaucoup des dessins dits récents que Ton trouve 
sur les rochers du Sud algérien et du Sahara. 

Nous ajouterons, enfin, à ces témoignages écrits de Tintelligence humaine 
des lettres, notes et fragments de manuscrits sculptés chez différents mara- 
bouts. 




M II. DKSPLAGNES. 

Les pla9 curieux de ces documeats sont : 

I* la nomeoclature des mosquées coDstniîtes depuis Askia jusqu'à dos 
jours. 

T des anecdotes, sunrenues à Tombouctou, du temps des pachas. 

3* une lettre adressée au sultan de Fez par A^ia el Hadj, habitant Koukia, 
i son retour du pèlerinage de La Mecque, pour faire part au sultan du Maroc 
de son entretien avec le prince des croyants, le chérif Ahmed ben Mohamed 
lien Bou Bekr, au sujet de la guerre sainte à entreprendre par les Musulmans 
des empires africains du nord et soudanais contre les royaumes chrétiens. 

4* Sépultures. — Tout le Soudan nigérien est couvert de sépultures dont 
les formes extérieures seules suffisent le plus souvent à déterminer incontes- 
tablement Toccupation du pays par différentes races. Leurs fouilles per- 
mettront plus tard la détermination ethnographique exacte de ces races et 
leurs rapports avec les populations actuelles. 

Les plus caractéristiques de ces sépultures, si nous en exceptons toutefois 
les grands tumuli déjà étudiés, sont^ tout d*abord, les tombes berbères (fig. 19), 
formées de grands cercles de pierres levées. L'emploi s'en est continué de 
nos jours chez les Kel Antassars et les Iguellads. Puis viennent les tombes 
Mosschis et Gourmankès dans lesquelles le cadavre se trouve placé au fond 
d'un puits avec ses vêtements et ses armes, couché est-ouest chez les Mosschis, 
maintenu debout chez les Gourmankès. L'ouverture du puits est fermée d'une 
dalle que surmonte un canari (vase) renversé, entouré d'un cercle de huit à 
dix grosses pierres. 

Ces tombes se retrouvent jusqu'aux environs de Hombori, confirmant 
les incursions des Mosschis vers le nord citées par le Tarik-es-Soudan. 

Enfin, souvent on rencontre, dans le voisinage des cimetières musulmans 
actuels des bords du Niger, et dans lesquels seule la place de la tête du mort 
se trouve marquée per une pierre verticale, des rangées de petits tuyaux de 
poteries creux ou des vases funéraires percés de nombreux trous. 

Ces sépultures, signalées tout d'abord dans le cimetière de Djenné, se 
retrouvent le long des fleuves et marigots jusqu'au Yagha, sur les bords de la 
Sirba. 

Ce genre de sépulture, qui se rapproche beaucoup dans ses principes des 
sépultures sous les grands tumuli, paraît devoir être attribué aux Sorkos; car, 
quelques-unes des tribus de ces pêcheurs, quoique musulmans, ont encore 
conservé l'usage de ces poteries funéraires. 

Dans les massifs montagneux de Bandiagara et du Hombori les formes des 
sépultures varient. 

Tantôt les cadavres sont placés sous des abris de rochers ou entassés dans 
des grottes, tantôt enfermés sous des espèces de dolmens formés par une 
fissure naturelle et verticale des rochers que Ton recouvre de larges dalles; 



MISSION ARCHÉOLOGIQUE DANS LA VALLÉE DU NIGER. 87 

enfin, d*autres sont abrités dans de petites cases minuscules, accrochées sous 
des abris de rochers dans les parties les plus difficilement accessibles de la 
montagne. 

Dans ces petites cases funéraires, construites en pierres ou en briques 
cimentées, les corps sont entassés par dizaines et, grâce à la sécheresse de 
Tair, les ossements s'y conservent admirablement. 

C'est ainsi que dans la région de Hombori, d'où les Songhoï musulmans 
ont chassé les fétichistes autochtones dès le xiv" siècle, il a été possible de 
recueillir quelques précieux documents ethnographiques bien conservés. 

Ces documents permettront, parla craniométrie, de déterminer exactement 
ces races primitives (Hambes Habbès) dont les descendants vivent encore 
retirés dans les montagnes, en conservant jalousement leurs usages et leurs 
coutumes antiques. 



III. — Notes anthropologiquesi ethnographiques et sociologiques sur 
les populations noires primitives des montagnes. 

Les populations noires primitives qui se prétendent autochtones sont 
réfugiées actuellement les unes dans les îles du Niger (Sorkos, Bozos), les 
autres dans les parties difficilement accessibles des montagnes du centre de 
la boucle du fleuve (Habbés, N. Doyom Tombo, Oumbo). 

L'étude ethnographique et sociologique de ces tribus semble démontrer 
une grande similitude de traditions, mœurs et coutumes entre ces primitifs 
et certaines populations des côtes de Guinée et de Casamance (Diolas, 
Baniouhkas, Sérères, etc.). 

Chez les unes et chez les autres on trouve les mômes idées religieuses, 
divinité du village et divinité de la famille, avec la môme absence de castes et 
de tatouages de race. Également chez aucune de ces peuplades l'excision des 
femmes est pratiquée; l'absence de dot, les coutumes du mariage et des 
fiançailles, la rupture facile des unions se rencontrent chez toutes à peu près 
semblables. En général, ces populations sont pacifiques et ne font la guerre 
que pour se défendre. En revanche, elles montrent toutes un grand amour du 
sol, le môme penchant à l'ivrognerie, la môme crainte des poisons et des sor- 
ciers, le môme manque d'organisation de la famille et de la société chez les 
tribus qui se sont écartées du groupement central et qui se trouvent éparpillées 
au milieu d'autres races. Quant au cérémonial des funérailles, il est sensible- 
ment le même partout, et certaines populations de la côte, les Sérères entre 
autres, enterrent encore leurs morts sous des tumuli à peu de choses près 
semblables par leur disposition intérieure à ceux de la région nigérienne ^ 

1. Voir D' Lasnel, Une mission au Sénégal. 



,. M. DESPLAGNES. 

Vt^rwt U^n f(roii|iiMn(*ntA de la montagne qui ont pu conserver à peu près 
iffht f« U'ur UuU'\i^'UiUinve et leurs mœurs, ce qui nous étonne le plus chez ces 
itft^ntinUnu^, i*/o«il lo rrffîme théocratique électif qui leur sert de gouvernement, 
hitit\i^ ^|t»i« tIm'/ loiifi leurs voisins de race noire nous voyons, dès que Ton 
i,fi4^h df' t'orK'»iii^alion« en g(''néral, anarchique du village à une organisation 
«M|»/rl«Mir«s «•«' nror une véritable féodalité. 

ICm oIT(<L cIh*z loH llabbés Hambès-Tomba...), dans chaque groupe de vil- 
l'i^M' < ofiipoié dr j^niH de la mOaie famille (même diamou) et ayant le même 
mmIimmI é|MMivMii<|U4' (Ml Id méuie diviuité protectrice (tanna-tebi), les chefs de 
f'iMfilh' rH:«'4. virillui'dH prudents et sa^es interprètes de la divinité familiale, 
McfttMH itl a IvUviïon uu clirf appelé Hogom ou Hogon, qui, avec des pouvoirs 
lirit éh'iidui» dr\iriit b» n!{i;;iistnit civil et reliirieux du canton. 

I f»»u { «w l/**i/n,n< de ranlon se réunissent pour choisir parmi eux le grand 
Il '{/"ot 4|Mi dr\uiit <iiiiM le f^niiid chef de la nation ou mieux de la confédé- 
imIh»ii Aiijomd hui le llur Uoiji»m n'a plus qu'un pouvoir religieux. Mais 
•(MlHl(>t^) ^\n\ ppiisini* était absolu cumme grand chef politique, justicier 
(.) nbf II ii\ loulrlui* il uViit jaiiKiis entre les mains le pouvoir militaire, 
,,,,1, I,. 4 tii^l ,Kv lu '^utriv olail M)us des ordres directs. En effet, les 
//•./ .'/'. iH> |iims.*u ni ionduiie une i\ini|»a;;ne» car ils ont Tobligation de vivre 
.,. mIw iloM I'* loliaitr, K'\ vuix M» .lr|ilaoei\ j 

I . tu |i)t«>itt«> mol al** xririhiil 1res Wnx dans toute la boucle nigérienne, ' 

, I I, .,),, ^ » , I»Ih» * (I vnlu» ru\, dont 1rs tombraux se trouvent dans la plaine 
|. (nuiijli pio* il VuluiiJa. Niant K'ui* renouunée parvenir jusqu'en Europe. 

^,,,, M\oM, \ \\ i>lt< I. i|iu^ Uv^ l\nlui;uis eurent un mt>ment Tidée, dans le 

.1(1 ml Iti \»\ iiot b\ d àdu-iMM une unil»assade au /^o//^;//i qui gouvernait alors 

I ^1 . In , , I iloul I t^vi.lt n<e leur avait été révélée par le Wolof Bemoy. 

|i .j.ii, ni l\ '.omv (I i vlniMiou autrefois occupée par ces populations nous 
,, ,,| , n. ,,j. ho. . i.iiitlr, itUiMi ti'ouNe des vestiges d'anciennes habitations 
,, ,,.. .1 I n»»' Il I. ♦ »»** »»l di^H lianes des montagnes en terrasse pour les 
,,, |. ,,,liiu. • Il p . loin dann le Hud de la boucle du Niger. 

I ., Il, I ( (i.mI. . I» i uionlaynoH du centre de la boucle sont couvertes de 

1 ,, , ,,, (,M ii.ii. im lM»nse eKalenn'ut des vestiges et des ruines laissées 

., . .,. Hj.l 'l»ii. U ir. n.n de tiounda, dans le Yiigha (mare d'Iga) et sur 

,,,, 1 ,, . 1. 1,« 1» d. I> nain k\\\\ n'elend du lU)Ugouri-Ba, affluent de la Volta 

,, ,, \ ,M, . ., \\^^^^^ Ihoul I » «o). HiM|ue duus hi Côtc d'Ivoirc, aux environs 

I I» ' 

,1, p,,io ' dt .ondniihon^ el de travaux ne peuvent être attribuées 

^ , |, ,j,,,| ,||..n . K\ Mil II» un>ine^ niétIuMies de construction et les mêmes 

, _^ , ,,. .,1, ,|i,, I, . HaMio^ arlindM, 

, , . ,, I 1^., 11. i' /. /<^..'M /i.'tM'w/« (/iw^r/i-me /<»rn7'-./re m//i^//re; Lobi, ^/iMro- 



MISSION ARCHÉOLOGIQUE DANS LA VALLÉE DU NIGER. 89 

Car, seuls à peu près avec les Diolas de la Gazamance, ces indigènes cohs* 
Iruisent de vraies maisons à étages, toutes en pierres posées les unes sur les 
autres avec un art véritable. Les matériaux sont taillés au besoin et cimentés 
par de Targile. Les angles des constructions sont généralement arrondis. Les 
chambranles des portes et des fenêtres sont souvent faits avec de belles dalles. 

Dans le vestibule se trouve un vaste lit de repos en pierre, ou en terre, ou 
en bois. Ce vestibule donne accès dans des pièces séparées servant de lieu de 
réunion ou de magasins et sur une cour intérieure dans laquelle se trouvent 
les dépendances. Les chambres à coucher sont au premier étage, auquel on 
accède le plus souvent par une échelle faite d'une grosse fourche avec des 
entailles pour poser les pieds, car les escaliers sont rares. 

Les toitures sont en terrasse; on y dépose les provisions pendant la 
saison sèche; l'écoulement des eaux de la saison des pluies est assuré par 
de petites gargouilles en bois. Les cases des chefs et des notables sont 
souvent décorées sur la façade extérieure d'une ornementation en terre, 
formée de colonnades et d'ogives superposées, qui ne manque pas d'un cer- 
tain cachet. 

De même les volets, les serrures et les portes sont souvent sculptés; on y 
représente des figurines humaines du sexe féminin ou des seins de femmes et 
même quelquefois des animaux, le plus souvent l'iguane. Avec les notes 
anthropologiques et sociologiques résumées ci-dessus, on a pu recueillir un 
grand nombre de documents dans les anciennes sépultures des régions de la 
montagne d'où les Habbés furent chassés par les Songhoï, Foulbés ou Markas. 
Ces documents fourniront de sérieux renseignements craniométriques qui 
permettront de déterminer exactement les relations qui paraissent exister 
entre ces populations et certaines tribus de la côte du golfe de Guinée. On 
pourra ainsi peut-être faire remonter à une môme origine toutes ces peuplades 
disséminées et perdues au milieu des Peuhls et des Mandés, poussière d'un 
peuple primitif éparpillé dans toute l'Afrique occidentale et qui dut sans doute 
demander un abri aux sites les plus sauvages de la forêt ou de la montagne, 
sous la poussée des invasions des gens de Ganatha et Mandes tout d'abord, 
suivie bientôt par celles des Berbères nomades, Maures Touareg ou Foulbés. 

IV. — Géologie, minéraloglei géographie. 

Pendant tout ce voyage d'étude, des fossiles et des fragments de diverses 
roches rencontrées en cours de route ont été recueillis *. 

Parmi les échantillons ainsi récoltés, un seul présente un intérêt écono- 

î. M. de Lapparent, membre de l'Instilul, a fait en 190» une communication à l'Académie des 
Sciences sur rintérèl que présentent les fossiles du Crétacé supérieur récoltés par la mission 
Desplagnes dans la vallée du Telemsi. 



90 M. DESPLAGNES. 

mique; c*est, d après l'analyse de M. Lacroix, professeur au Muséum et membre 
de rinstitut, de la psilomélane, variété d'oxyde de manganèse dont Tutili- 
sation est importante dans les industries des hauts fourneaux, aciéries et 
de la céramique. 

Malheureusement Féloîgnement de ce gisement de la côte n'en permettra 
probablement pas l'exploitation, car l'Angleterre fournit l'Europe de ce 
minerai qu'elle exporte à bon compte de ses colonies des Indes et de Birmanie. 
Toutefois le gisement soudanais de manganèse paraît très important, car il 
affleure sous la forme de collines ayant 25 à 30 mètres de haut, sur une lon- 
gueur de 800 à 1 000 mètres. Il est situé sur la rive gauche du Niger, près du 
fleuve, entre Arsongo et Dounzou. 

Naturellement tous les points intéressant l'archéologie, l'ethnographie ou 
la minéralogie ont été soigneusement relevés sur les itinéraires. 

Toutefois, au point de vue géographique, aucun fait nouveau n'a été relevé 
depuis février 1904, époque ou j'ai adressé à M. le gouverneur général Roume 
une carte inédite au 200 000*" de la région si peu connue des grands lacs et 
du bassin lacustre sud du Niger (Lacs Haougondou, Niangay, Dô Garou, 
Haribongo Kabono'o..., etc.), absolument symétrique, par rapport au grand 
fleuve, de la région des grands lacs du nord vers Goundam. 

Tels sont les renseignements généraux que j'ai pu recueillir au Soudan 
pendant ma mission et grâce à l'appui efficace de l'Académie des Inscriptions 
et Belles-lettres, pour lequel je lui garde ma plus profonde reconnaissance. 

M. Desplagnes. 



La région de la Narenta inférieure 



Durant ces dix dernières années la partie nord-ouest de la péninsule 
balkanique a un grand nombre de géographes attirés par Tétude des pro- 
blèmes de géomorphologie que présente cette région. A côté du professeur 
J. Cvijié, de Belgrade, le premier explorateur qui ait entrepris l'étude systé- 
matique des régions karstiques, citons MM. A. Penck, W. M. Davis, 
K. Uassert et A. Grund qui ont poursuivi des recherches essentiellement géo- 
graphiques, puis des hydrauliciens , tels que MM. F. Ballif et A. Gavazzi, des 
fféologues, tels que MM. F. v. Kerner et F. Katzer, lesquels ont contribué éga- 
lement pour une large part à la reconnaissance de ces contrées. Ces natura- 
listes complétèrent les levers rapides faits par Fr. Hauer et G. Stache en 
Dalmatie, par A. Bittner, E. Tielze, E. v. Mojisissowics, en Bosnie-Herzé- 
govine, et par E. Tietze dans le Monténégro. 

Au cours de ces recherches, plusieurs problèmes surgirent dont la solution 
n*a pas encore été trouvée; parmi les plus importants, j*en citerai trois qui 
me paraissent d'un intérêt général : Torigine des « polje » (vallées-chau- 
drons), la circulation souterraine et révolution de la confîguration actuelle 
du pays qui a partie liée avec les deux autres. 

Tandis que J. Cvijic explorait la région karstique de la Bosnie occidentale, 
rUerzégovine septentrionale et orientale ainsi que le Monténégro, K. Hassert 
étudiait surtout ce dernier pays, A. Penck et W. M. Davis THerzégovine 
orientale et la région côtière de la Dalmatie. De son côté, A. Grund parcourait 
la Croatie, la Bosnie occidentale, THerzégovine septentrionale et orientale, 
pendant que F. v. Kerner faisait un lever géologique très détaillé d'une grande 
partie de la Dalmatie centrale et septentrionale; F. Katzer, à qui Ton doit des 
obser%''ations très étendues sur les régions karstiques, n'a publié que celles 
relatives aux environs de Mostar et au Popovo-polje dans l'Herzégovine. 

Une seule région assez vaste restait à peu près inexplorée ; lors des pre- 
miers levers elle n'avait été étudiée que très sommairement et ses conditions 
hydrographiques incomplètement observées par A. Gavazzi ; — c'est la région 
de la Narenta inférieure, que j'ai choisie pour mon champ d'étude. 

La GéooRArHiE. — T. XUI, 1900. 



92 D' V. DANES. 

Pendant Tété 1901 , au cours d'un voyage d'étude dans la Bosnie occidentale 
et l'Herzégovine, je pus recueillir un grand nombre d'observations sur cette 
région; puis, au printemps 190i, accompagné du D' K. Thon, zoologiste, je 
visitai la partie orientale de la dépression de la Narenta inférieure — la 
dépression de la Krupa proprement dite — ainsi que les environs de cette 
dépression. En collaboration nous avons publié une relation sommaire de ce 
voyage dans les Petermanns Geogi\ Mitteilungen (4905, fasc. 4). Au prin- 
temps 4905 je complétai mes observations et sondai quelques lacs dans le 
delta de la Narenta, qui n'avaient pas été mesurés par A. Gavazzi. 

L'ensemble de mes observations et quelques conclusions générales se 
trouvent consignés dans une étude de géomorphologie * parue tout récemment 
en langue tchèque. 

Les différents chapitres de cette étude ont pour titre : l'imotsko polje 
(l'un des plus grands et des plus typiques des poljes du Karst) avec son pour- 
tour, le bassin fluvial du Tihaljina-Mlade-Trebezat (le plus grand affluent de 
droite de la Narenta), les poljes Jezero-Jezerac et Vrgoracko avec les chaînes 
de montagnes qui les encadrent, la bordure orientale et méridionale de la 
dépression de la Narenta inférieure jusque vers Stolac, Ljubinje et Neum- 
Klek, enfin la dépression de la Narenta inférieure. 

Ici, je me bornerai à exposer quelques résultats d'un intérêt général, sans 
me confiner dans les limites des matières traitées dans l'étude citée plus haut. 

La région envisagée s'étend entre les 42" 55' et 43^30' de Lat. N. et les W&' 
et 18M1' de Long. E. de Gr. et embrasse une superficie d'environ 2 000 kilo- 
mètres carrés. Sa morphologie contraste fortement avec celle des régions 
limitrophes de la Dalmatie et de l'Herzégovine. Des croupes allongées, 
formées de plis couchés et même chevauchés, alternant avec des vallées 
longitudinales étroites et profondes, la traversent dans la direction nord- 
ouest sud-est et se transforment vers le nord-ouest comme vers le sud-est en 
larges surfaces campaniformes qui limitent notre région vers Test. 

Les crêtes anticlinales sont constituées principalement par des calcaires cré- 
tacés, tandis que les synclinaux montrent un remplissage de formations éocènes 
plissées (calcaires, marnes, grès et conglomérats) fortement entaillées par 
l'érosion. Ces reliefs anticlinaux sont parfois fragmentés par des dépressions. 
Ce cas se présente dans la vallée inférieure de la Narenta; le Jezero Polji, 
découpe le massif le plus développé de la zone Runjica-Rilié qui, au sud de la 
Narenta, atteint la cote 953 m. au Velika Zaba. De môme que l'ensemble 
des montagnes illyriennes, ces croupes montagneuses s'alignent, non pas dans 
une direction constante, mais suivant toutes celles comprises entre ouest et 

1. Knihovna ceské spoletnosli zemOvèdné v praze. Povrâdà D' Jindr. Metelka. Cislo 4. îvodi 
doloni nereivfj. Geomorfologickà sludie. Napsal D' Jiri v. Danes. Un vol. in-8* de 108 p. avec 
XVlll pi. et 2 cartes. Prague, 1905. Librairie de la Société tchèque pour l'étude de la Terre. 



LA RÉGION DE LA NARENTA LN'FÉRJEURE. 



93 



esl et nord et sud; en général, cependant, c'est la direction nord-ouest sud- 
est qui domine. La transition n'est pas régulière, elle est accompagnée 




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d'inflexions, de flexures et cassures qui sont le résultat d'une^ torsion paitielle 
de la masse montagneuse, les chaînes convergent et se soudent entre elles, 

1. Les illustrations qui accompagnent ce mémoire et qui sont extraites de Téludc l'vodi dolni 
Serelvy nous ont été communiquées par le D' J. V. Danes. que nous tenons à remercier de son 
obligeance. {Soie de la rédaction.) 



94 D' V. DANES. 

tout comme elles elles s'écartent en forme de faisceau rayonnant. Ces endroits 
sont les parties faibles des chaînes et c est là que Térosion et la dénudation 
ont accompli leur œuvre. 

Il est hors de doute que les mers éocënes ont recouvert tout le pays jusqu'à 
une altitude considérable; des restes de cette couverture se rencontrent dans 
la partie orientale de la région à une altitude supérieure à 1 000 mètres. 

Cette nappe, dont les couches superficielles supérieures se composaient 
de grès, de marnes et de calcaires marneux, a été facilement enlevée par 
Térosion. A cette époque dans tout le pays jusqu'au pied des massifs de haute 
montagne, les fleuves et les rivières avaient un cours superficiel et se frayaient 
un passage même à travers» les anticlinaux crétaciques des chaînes et rabo- 
taient les larges croupes. Mais, plus tard et plus profondément les cours 
d'eau rencontrèrent des couches plus résistantes qui enrayèrent le travail 
d'érosion; c'est alors que ces cours d'eau, avec le concours probablement de 
l'érosion régressive de leurs affluents, changèrent de direction en cherchant 
un passage plus facile à travers des formations moins résistantes, c'est-à-dire 
dans les couches éocènes qui remplissaient les vallées synclinales. Alors seu- 
lement commença à ces altitudes la période karstique, — jusque-là restreinte 
aux hautes altitudes, — car de vastes régions se trouvaient dès celte époque 
conquises à la circulation souterraine. 

Suivant toute vraisemblance, les nombreuses dislocations, dont on constate 
l'existence dans la masse montagneuse, dérivent d'un mouvement tectonique 
ultérieur — qui, en même temps qu'il produisit un soulèvement des anticli- 
naux, — a contribué, pour une large part, à former l'aspect carstique du 
pays. Ce mouvement a été très intense dans les régions voisines de l'embou- 
chure de la Narenta et paraît s'être exercé radialement; il a été, semble-t-il, 
accompagné dans quelques régions limitées, d'un écrasement de la masse 
montagneuse et peutrétre aussi d'un aflaissement. 

Les formations éocènes qui forment le remplissage des synclinaux n'ont 
pas partout la même épaisseur, à certains endroits les anticlinaux crétaciques 
disparaissent presque complètement (la Narenta s'est justement frayé un 
passage à travers un dé ces points faibles); d'autre part, des formations 
éocènes recouvrent les sommets à une altitude relativement élevée (Kolojan, 
au sud-sud-est de Melkovié à une altitude de 400 mètres). 

C'est à la grande étendue des couches éocènes que la dépression de la 
Narenta inférieure, les poljes de Jezero, de Jezerac, de Vi^oraèko, de Gra- 
dacko, de même que la plaine de MIade,- près Ljubuski, doivent leur formation. 

La plaine de Mlade est drainée superficiellement par le fleuve Trebezatqui 
suit une vallée synclinale ; les régions de la Narenta inférieure sont reliées 
entre elles et avec la mer par la vallée de fracture dans laquelle cette partie 
du fleuve est établie, tandis que, plus à l'ouest, aucun cours d'eau important 



LA RÉGION DE LA NARENTA INFÉRIEURE. 



95 



n'a réussi à percer la muraille, et Jezero et Jezezac sont restés des poljes avec 
écoulement souterrain. Ici, de même que dans le Bacinsko-jezero, situé plus 




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à Touest, la corrosion a eu un rôle facile; il ne reste des reliefs cnicaires 
démolis que des îles et des presqu'îles, tout le reste a été décomposé et la 
« terra rossa », mélangée à des marnes éocènes, recouvre d'une couche assez 
épaisse le fond de ces poljes. 



116 



D' V. DANES. 



D'après une théorie assez répandue, les poljes du Karst seraient d'origine 
tectonique (zones d'affaissements) et n'auraient acquis leur rôle actuel que 
par des circonstances accessoires, par des conditions hydrographiques et des 
transformations dans le détail de leurs formes. Les faits que j'ai constatés 
dans les poljes Jezero,Jezerac, Vrgoracko et Gradacko ne peuvent se concilier 
avec cette théorie; dans le grand polje Imotsko également mes observations 
démontrent d'une façon décisive que ce polje doit son origine principalement 
à l'excavation et au déblaiement. 

C'est l'érosion qui a eu facilement raison des minces couches de calcaire 




FIG. 23. — LE LAC BIRINA. VUK PRISE OU NORD, AU FOND, LA VALLÉK DE LA NARBNTA. 

(Reproduction d'une photographie du D' v. Danes.) 



et des dolomie sous-jacente. Les fractures jouent aussi un certain rôle 
naturellement, dans la parlie nord-est de l'Imotsko-polje surtout, mais il ne 
peut être question d'un affaissement de toute la région. Le fait que nous ren- 
controns plus à l'est et au nord dans des conditions de surface analogues à 
celles de notre région des couches éocènes plissées, et qui nous permet de 
conclure à Texistence autrefois ininterrompue de deux bandes éocènes dans 
la direction desquelles s'alignent actuellement des poljes, semble démontrer 
la part très grande qui revient à l'érosion dans la formation de ces cavités. 
Pour le moment, je citerai les poljes Duvanjoko, Rakicko, Mostarsko Blato, 
Bisce, Dabarsko, Ljubomirsko et Graliovo. 

C'est, sans aucun doute, rérosion qui, en faisant disparaître les formations 



LA RÉGION DE LA NARENTA INFÉRIEURE. 97 

éocènes et par endroits dolomitiques, a déterminé la direction et la largeur de 
la plupart des canaux qui découpent Tarchipel dalroate et le séparent du 
continent. Par suite de raffaissement épirogénitique séculaire de la région 
nord-ouest de la péninsule balkanique, ces dépressions ont été envahies peu à 
peu par la mer. Cet affaissement semble s'être produit longtemps avant la 
période glaciaire; durant cette période, semble-t-il, le niveau de la mer était 
encore de quelques mètres plus élevé qu'aujourd'hui et la dépression de la 
Narenta inférieure submergée. Une oscillation, il est vrai, presque insensible, 
a eu lieu pendant les temps historiques; depuis l'époque romaine, le niveau 




riG. 2i. — LB JEZBRO POLJE. VUE PRISE DE OUCINA VERS LE SUD. AU FOND LE RILK^VPLANINA. 

(KeproduciioQ d'une photographie du D' v. Daocs.) 

de l'eau s'est sensiblement élevé dans la dépression, on peut même constater 
un changement de niveau durant le siècle passé. 

Sur le versant occidental du système montagneux de l'IUyrie, en Bosnie, 
en Herzégovine et en Dalmalie les surfaces arasées couvrent des espaces con- 
sidérables et se rencontrent à des altitudes très différentes. Cvijiô, Penck et 
surtout A. Grund en ont fait connaître un grand nombre; il n'est pas permis 
de les mettre dans la même catégorie que celles situées à des altitudes plus 
basses, car elles appartiennent, à des niveaux beaucoup plus anciens. J'ai 
eu l'occasion de relever dans la région inférieure de la Narenta un grand 
nombre de niveaux très nets à des altitudes différentes, mais seuls les plus 
élevés peuvent être considérés comme des phénomènes généraux. 

La GéooRAPHiB. — T. XIII, 1906. 7 



n D* V. DAXES. 

Bien que je ne paisse ici entrer dans le détail, je dois, cependant, signaler 
que le dernier stade du drainage superGciel d'une vaste région a laissé des 
traces très étendues — surfaces arasées, gorges, terrasses — à une alti- 
tude de 150 i 220 mètres au-dessus du nireau d'érosion actuel. En amont 
de la dépression actuelle de la Narenta inférieure, convei^eaient autrefois de 
puissants fleuves; du nord venait le cours d'eau précurseur de la Narenta, 
du nord-ouest le déversoir de Tlmostoko polje, de Test la Bregava, le 
déversoir du Dabarsko polje, du sud, à travers une goig:e de la Zaba planina, 
la Trilbinjcica, qui arasait en même temps la région occidentale de Trebinje ; 
Tarière fluviale ainsi formée se dirigeait vers le nord-ouest et se réunissait 
probablement avec la Cetina qui, elle-même, arasait de vastes surfaces à une 
altitude correspondante. Du nord-est arrivait la Kerka, qui, elle aussi, pré- 
sente des surfaces arasées très étendues à une altitude de 230 à 240 mètres 
au-dessus du niveau actuel de la mer. 

Ce fut le dernier épisode du drainage superficiel normal des poljes kars- 
tiques, situés à des altitudes inférieures, tels que Tlmotsko polje, le Mostarsko 
le Blato, Dabarsko et le Popovo; après quoi, l'étendue de la région avec 
écoulement superficiel diminua rapidement. Cet événement a été amené pro- 
bablement par un affaissement général de la région septentrionale de l'Adria- 
tique, précédé ou accompagné de phénomènes tectoniques locaux de même 
nature que ceux indiqués plus haut; les déversoirs des grands poljes ne 
pouvant suivre ce mouvement, se développa la circulation verticale, c'est- 
à-dire l'aggravation du phénomène karstique, qui avait déjà commencé beau- 
coup plus tôt. Seule la Narenta resta sur toute la longueur 'de son cours un 
fleuve normal. 

Ici, je ne veux traiter qu'en passant le problème de l'hydrographie du 
Karst. Les grands poljes du Karst sont drainés par un écoulement souter- 
rain; beaucoup d'entre eux ont une inondation périodique, plusieurs même 
une inondation en partie pérenne, d'autres, par contre, situés à une altitude 
élevée sont à sec toute l'année. Les anciennes théories, soutenues par les 
dilettantes de l'exploration des cavernes, expliquaient ces phénomènes par 
l'existence de vastes réservoirs souterrains avec un réseau fluvial très déve- 
loppé, mais elles ne peuvent rendre compte de certains phénomènes. Si J. Cvijic 
et J. Ballif entre autres ont signalé l'importance de la nappe phréatique 
(Grundwasser), A. Grund, le premier, a créé une théorie qui tend à expliquer 
tous les faits en réunissant les anciennes observations avec les siennes. 
D'après lui, toute l'immense masse calcaire, toutes ses fentes et toutes ses 
crevasses seraient, jusqu'à un certain niveau, remplies -d'eau qui cherche une 
issue vers la mer. La hauteur, à laquelle leau monte dans la masse mon- 
tagneuse, n'est pas constante, mais oscille périodiquement; après les pluies 
d'automne, elle monte rapidement et beaucoup de poljes sont convertis en 



LA RÉGION DE LA NARBNTA INPÉfUlîURE:. 



99 



lacs qui subsistent jusqu'à une époque avancée du printemps; pendant les étés 
secs le niveau baisse beaucoup et les poljes sont pour la majeure partie i sec. 




On constate dans le Karst un retard 1res fort des crues sur les facteurs clima- 
tiques qui les occasionnent. Le régime des cours d*eau du Karst se distingue 
nettement du régime des fleuves directement alimentés par les précipitations. 
Les cours d'eau du Karst, tels que la Bregava, la Krupa, la Tihaljina, ont un 



m D' V. DANES. 

régime trèé régulier; la courbe des hauteurs d'eau dans le courant d'une 
année est légèrement ondulée, atteignant dans les mois d'hiver son point 
supérieur et au mois d'août son point le plus bas; les influences extérieures 
ne sont donc presque pas sensibles. Pour la Narenta en amont de Capljina, 
au contraire, la courbe des hauteurs indique un régime irrégulier et torren- 
tiel; tantôt le fleuve est presque à sec, tantôt, après une averse, il rouie 
de grandes masses d'eau; bref, dans cette région, il est sous Tinfluence 
directe des précipitations. 

- La théorie de A. Grund sur les phénomènes hydrographiques du Karst est 
certainement très intéressante et explique beaucoup de faits, mais des 
objections ont été présentées contre sa généralisation*. Mes observations 
dans la région de la Narenta inférieure sont tout à fait favorables aux idées 
de A. Grund, cependant je citerai un fait qui se trouve en contradiction par- 
tielle avec sa théorie et qui indiquerait que dans des conditions tectoniques 
favorables, de longues artères souterraines continues peuvent exister. Une 
artère de ce genre relie le Jezero polje avec la dépression de la Narenta, 
car lors de ses crues périodiques le polje renferme des poissons qui n'ont 
pu y arriver que par des voies souterraines. Dans un autre cas, par contre, 
la zoologie apporte des arguments en faveur de la théorie de A. Grund. Le 
D' K. Thon a pu constater que Teau des sources qui se déversent dans la 
dépression de la Krupa provient, sans aucun doute, pour la majeure partie 
du Popovo polje; or, néanmoins, la faune des deux bassins est tout à fait 
difl'érente. Dans ce cas, il existe donc bien une communication, mais elle 
présente un obstacle au passage de la faune, les conditions tectoniques de ces 
régions n'ont pas engendré la formation d'une longue voie souterraine. La 
théorie serait donc à compléter en ajoutant que, partout où les conditions 
tectoniques sont favorables et où les distances ne sont pas trop grandes, le 
drainage souterrain peut se faire également par des voies d'eau continues. 

Il me reste encore adonner quelques détails sur la dépression de la Narenta 
inférieure et à indiquer les problèmes qui s'y rattachent. 

La dépression comprend quatre bassins reliés entre eux par le couloir de 
la Narenta qui les traverse dans la direction est-ouest. Le bassin le plus 
oriental appartient encore à l'Herzégovine et porte le nom de dépression de la 
Krupa, d'après la Krupa, le plus important des affluents qui se jette ici dans 
la Narenta; les trois bassins occidentaux forment ensemble la dépression du 
delta de la Narenta. La dépression est recouverte d'alluvions de la rivière 
et en grande partie marécageuse, les parties plus élevées seules peuvent être 
cultivées. Dans la partie de la dépression la plus éloignée de la Narenta ainsi 
que près de l'embouchure même du fleuve, existent encore des lacs de pro- 

\. F. Kalzer, Bemerkungen zum KarslpMnomen, in Monalsberichte der deutschen geologischen 
QeselUchafl. Berlin, 1905, n» 6, 239. 



LA RÉGION DE LA NARENTA LNFEIIIEURE. 



404 



fondeurs très variées. Près des bords de la dépression jaillissent des sources 
nombreuses qui s'unissent directement dans un lac et forment des cours d'eau 







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assez considérables (Krupa, Matica, Malica-Neril, Mielina), lesquels se jettent 
dans la Narenta après un cours de quelques kilomètres. Ces tributaires 
n'ayant qu*une pente très faible subissent complètement TinQuence du régime 
du fleuve; à Tétiage de la Narenta ils s'écoulent vers le collecteur, tandis 



i02 D' V. DANES. 

que lors des crues la Narenta reflue violemment dans ses affluents, emportant 
des matières en suspension qu'elle dépose dans les marais. Dans la dépression 
du delta se font aussi sentir les marées. 

Ces lacs ont été sondés, les uns par A. Gavazzi, les autres par moi; il en 
existe cependant encore dont les conditions bathymétriques n*ont pas encore 
été étudiées, mais pour ces derniers j*ai pu recueillir des données, que j*estime 
assez précises, de pêcheurs qui connaissent très bien ces nappes d eau. Tous 
ces lacs forment des krypto-dépressions avec des parties de leurs cuvetles en 
dessous du niveau de la mer. 

En outre des lacs, il existe, dans ce bassin, d'autres krypto-déprcssions, 
des cavités en forme d'entonnoirs, des t dolines » qui sont distribuées par 
groupes surtout sur le bord de la dépression de la Narenta inférieure et qui 
atteignent parfois une profondeur de 40 mètres. Dans le pays on les nomme 
« oko » ou € vir » (plur. oka, virôvi) et de presque toutes ces cavités l'eau 
jaillit en courants puissants. Il est hors de doute que ces cavités ont la même 
origine que celles que J. Cvijè a rencontrées dans le lac de Scutari et K. Has- 
sert dans le Gornje Blato ; elles démontrent que le niveau de la dépression 
était autrefois bien plus élevé que celui de la mer. Dans son cours inférieur 
la Narenta s'était accommodé aux conditions existantes au moment où TafTais- 
sèment du bassin septentrional de l'Adria était assez avancé pour permettre 
à la mer d'envahir le « canal de la Narenta » et d'occuper plus complètement 
le golfe. Je ne connais pas la puissance des couches d'alluvions qui consti- 
tuent le delta de la Narenta, mais en me basant sur la profondeur du canal 
de la Narenta je les estime d'une épaisseur de 45 à 50 mètres tout au plus. 
Sur le bord de la dépression, et surtout dans la dépression de la Koupa, la 
roche se rencontre à une faible profondeur et elle n'est recouverte que d'une 
mince couche d'alluvions. Ce n'est qu'après que la Narenta eut creusé dans 
son cours inférieur un lit profond et à pente assez régulière que le canal de 
la Narenta est devenu un golfe, et il est très probable qu'aux temps quater- 
naires la mer s'étendait plus loin qu'aujourd'hui, jusqu'aux environs de 
Capljina, et qu'elle recouvrait toute la dépression actuelle, puis elle s'est 
retirée et a formé le delta de la Narenta. 

Le fait que la Narenta avait un cours inférieur très régulier, qui n'a été 
envahi que peu à peu par la mer, est, à mon avis, la preuve la plus concluante 
de l'affaissement épéirogénique de la région septentrionale de l'Adria, accom- 
pagné, mais dans une très faible mesure et dans l'évolution ultérieure surtout, 
de phénomènes orogéniques locaux. Le mouvement tectonique «f posthume », 
dont il a été question plus haut, et qui a produit la dislocation et l'affaisse- 
ment du niveau d'érosion, a sans doute précédé les stades ultérieurs des phé- 
nomènes épéirogéniques. 

D' V. Dakes. 



Les récentes publications 

sur Lhassa et le Tibet 



En 1904, la Grande-Bretagne a, comme on le sait, entrepris au Tibet une 
expédition militaire qui 8*est terminée par Tentrée d'un corps de troupes 
anglo-indiennes à Lhassa, et par la signature d'un traité en vertu duquel les 
autorités religieuses et civiles du Tibet ont reconnu le protectorat de la 
Grande-Bretagne. Rappelons en quelques mots les principaux événements de 
cette expédition aussi importante au point de vue scientiflque qu'au point de 
vue politique. 

Le 7 juillet 1903, une mission diplomatique placée sous la direction du 
major Frank Younghusband, le distingué explorateur de l'Asie centrale, vint 
s'établir sur le territoire tibétain à Khamba Dzong, sous la protection d'une 
escorte militaire. 

Après quatre mois d'attente sur ce haut plateau, n'ayant pu entrer en 
négociations avec des plénipotentiaires tibétains, cette mission se rabattit sur 
l'Inde et le gouvernement britannique résolut d'envoyer une expédition mili- 
taire au Tibet. Une colonne de 2 800 combattants, commandée par le général 
J«-R.-L. Macdonald, fut chargée d'escorter le major Younghusband chargé de 
mission diplomatique auprès des autorités tibétaines. Partant de Siliguri, 
l'expédition escalada le col de Jelep, puis remonta la vallée de Tchourobi 
pour atteindre Gyangtsé à travers les plateaux tibétains. De là, poursuivant sa 
route vers le nord-est, elle entrait à Lhassa le 3 août 1904, sept mois et demi 
après son départ. 

Cette récente campagne, a provoqué toute une floraison de publications, 
de valeur et d'importance fort inégales relatives à Lhassa et au Thibet. 

On peut les classer en trois catégories : les descriptions générales du 
Tibet, les éditions de documents émanant de voyageurs anciens, enfin les 
récits de membres de l'expédition anglaise, témoins oculaires de la prise 
de la cité interdite et les relations d'exploration dans d'autres parties du 
Tibet. 

Je ne parlerai de la première catégorie que pour mémoire. On y trouve, à 
coté de livres très bien faits, comme celui de Grenard, dont il a été déjà que»- 

La orographie. — T. XIII, 1906. 



104 J. DENIKER. 

tion dans ce recueil*, des compilations hâtives comme celle de Wegener*, 
ornée des reproductions des photographies de Narzounof et de Tsybikof . 

Des exemplaires du très bel album d*agrandissements des photographies de 
ïsybikof ont été gracieusement offerts par la Société impériale russe de Géo- 
graphie aux différentes bibliothèques du monde civilisé. A ma connaissance, 
il en existe à Paris au moins deux exemplaires, Tun à la Société de Géogra- 
phie, Tautre au Musée Guimet. J'ai donné la traduction française manuscrite 
de la note explicative qui accompagne l'exemplaire du Musée Guimet. 

Les ouvrages de la seconde catégorie sont au nombre de trois. L'un 
d'eux, celui de R. Tronnier*, est une courte note sur le voyage des Jésuites 
J. Grueber, de Salzbourg, et A. de Dorville; l'autre est, au contraire, un fort 
volume où le savant tibétisant italien Puini livre à la publicité, en les accompa- 
gnant de nombreux commentaires, des manuscrits inédits d'un des missioa- 
naires jésuites qui ont le mieux connu' le Tibet **. Le troisième ouvrage, 
dû au rév. Sandberg*, de Dardjiling, mort tout récemment, forme comme un 
passage de la deuxième catégorie à la troisième, car à côté d'un essai d'en- 
semble sur les voyages anciens au Tibet, il contient le récit de l'expédition 
anglaise et l'historique des relations anglo-tibétaines jusqu'à nos jours. 

Malgré la peine inouïe que s'est donnée M. Tronnier, il n'a pas ajouté 
grand'chose à ce que l'on connaissait déjà du voyage de Grueber. Néanmoins 
il faut lui savoir gré d'avoir évoqué le souvenir et raconté la vie de ce mis- 
sionnaire qui, s'il a eu un prédécesseur dans Odoric de Pordenone, n'en est 
pas moins le premier Européen qui ait donné une description tant soit peu 
détaillée du Tibet. Après avoir énuméré toutes les sources de ses informations 
(les cinq lettres du missionnaire, la note d'A. Kircher et le récit italien d'un 
auteur incertain, le tout imprimé), M. Tronnier s'efforce de reconstituer, d'après 
les données fort contradictoires de ces sources, l'itinéraire du P. Grueber et 
de son compagnon, et de le porter sur la carte. Cet itinéraire, de Pékin à Agra, 
passe par Sining, Koukou-Nor, Tongout (Tsaïdam oriental et le bassin du 
Hoang-ho, d'après M. Tronnier), le Toktokaï (terme de Grueber que l'auteur 
n'ose pas identifier avec le Toktonaï-Oulan-Mouren, tout en le plaçant près de 
cette branche maîtresse du haut Yang-tseu), Rçting, Lhassa^ Népal, Patna et 

1. Le Tibet, un vol. inl6. A. Colin, Paris, 1904. Voyez La Géographie, t. X, 1, 13 juillet 1904, p. 10. 

2. G. Wegener, Tiàet und die englische Expédition, Halle a. S., 1901, 8 pi. et 2 cartes. 

3. Voyez au sujet de ces voyages et de ces photographies mes articles dans La Géographie, t. VUI, 
5, 15 nov. 1903, p. 324, et t. IX, i, 15 janv. 1904, p. 24, ainsi que le récit du voyage de Narzounof 
que j'ai présenté dans le Tour du Monde, n" 19 et 20 (7 et 14 mai 1904), p. 217 et 229. 

4. Richard Tronnier, Die Durchguerung Tibets seitens der Jesuiten Johannes Grueber und Albert 
de Dorville im Jahre 166 1. Eine Sludie tiber dus Leben und die Reise der beiden Vùter, in Zeitschr. 
d. Ges. f, Erdkunde zu Berlin, 1904, p. 328, avec 1 carte. 

5. Puini (Carlo), // Tibet {geografia, storia, relxgione, costumi), secundo la relazione del viaggio del 
P. Ippolito Desideri {1713-1791), Roma, 1904, ln-8" de lxiv -f 402 p. [formant le t. X des Afemon'e 
délia Societa geographica Itatiana, 1904]. 

6. Sandberg (Graham), The Exploration of Tibet; ils history and particulars from 16i3 io 1904, 
Calcutta, 1904, in-S** de vi + 3l6 p., avec cartes. 



LES RÉGENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 



105 



Beaares. M. Tronniér compare, en outre, les valeurs des latitudes de cinq 
points, dont Lhassa, déterminées par Grueber et celles obtenues depuis. 
Presque pour tous les points ces latitudes sont portées chez le P. Grueber d'un 
demi-degré environ trop au sud. 

Le manuscrit de Desideri édité par C. Puini porte le titre : Brève e suc- 
cintoragguaglio del viaggio aile Indie orientali del Padre Ippolila Desideri délia 
Compagnia di gesu. Il a été longtemps en possession d'un amateur de Pistoia, 




na 27. — LE CAMP DE LA COLONNE ANGLAISE AU COL DE KARO ( i 860 M.) 

AU PIED DU GLACIER DE NOJIN. 

(Cliché extrait de l'ouvrage do Waddell, Lha»n and ils mysteries. J. Murray, Londres, 1900.) 



ville natale de Desideri, et n'est tombé dans le domaine public que vers 189G. 
C'est un fort in-folio de 630 pages contenant les renseignements les plus 
détaillés et les plus exacts que l'on possédât au xvii" siècle sur le Tibet. On 
est tout étonné, en le lisant, de voir combien les mœurs des habitants ont 
peu changé depuis cette époque. Il est impossible de résumer dans les limites 
d'une note bibliogra|)hique le contenu de cet ouvrag:e qui nous conduit succes- 
sivement dans le premier ou « petit Tibet » (Baltistan), dans le « second » 
(Ladak), enfin dans le troisième Tibet ou Bodyul (Tibet proprement dit). 
Desideri nous fait ensuite visiter Lhassa et les dilTérents couvents situés 



106 J. DENIKEB. 

plus à Test jusque dans la province de Kham, et se termine par la description 
du chemin de retour dans Tlnde par le Népal. La partie suivante du manu- 
scrit a trait spécialement aux us et coutumes des Tibétains. On y trouve 
un chapitre remarquable sur la polyandrie, que Desideri explique par les 
mêmes raisons (pauvreté générale, pénurie de femmes) que beaucoup d*ethno- 
graphes modernes, puis des notes précises sur les rites funéraires et sur le 
gouvernement civil du pays. Le bouddhisme tibétain est traité à part, avec 
beaucoup de tact et de savoir. Tous les traits principaux de la doctrine^ la 
hiérarchie du clergé et Torganisation monacale du bouddhisme-lamaïte, s'y 
trouvent mentionnés. 

Les savants commentaires dont M. Puini a accompagné le texte, ainsi que 
des index des noms tibétains et sanscrits, enfin une bonne table des matières 
rendent le maniement du volume très facile. 

Le volume de M. Sandberg se- ressent des difficultés qu'a dû avoir l'au- 
teur, domicilié à Dardjiling, à se procurer les documents bibliographiques 
nécessaires. Le résumé historique des voyages au Tibet depuis l'époque de 
Marco Polo est très incomplète. Ainsi l'auteur paraît complètement ignorer 
la remarquable édition du voyage d'Odoric de Pordenone par M. H. Cordier; il 
se contente de dire « qu'Odoric n'a jamais prétendu d'approcher » même les 
frontières tibétaines ». A ce sujet la petite préface de M. Puini est beaucoup 
plus au courant des travaux récents. Cependant l'histoire de l'établissement 
des Capucins à Lhassa est présentée d'une manière intéressante et complète, 
jusqu'à un certain point, ce que disent Tronnier et Puini des Jésuites. Le 
récit des explorations faites au xix" siècle, très abrégé, est cependant asser 
complet. Quant au récit de la campagne britannique, il est conduit seulement 
jusqu'à la prise de Gyangtsé où, comme on le sait, le corps expéditionnaire 
anglais demeura d'avril à juillet 1904. 

L'intérêt des érudits à l'égard des anciens voyages ne se ralentit pas, 
comme le prouve la récente décision du comité russe de l'Asie Centrale* 
d'accorder une subvention à M. Zdekaouer pour rechercher les manuscrits 
inédits des missionnaires au Tibet, qui se trouvent dans différentes biblio- 
thèques italiennes. Rappelons aussi que la Société impériale russe de Géojrra- 
phie a l'inlention de publier la copie du manuscrit de la relation du P. Cas- 
siano Beligatti qu'elle possède. 

Passons maintenant aux ouvrages relatifs de la dernière expédition militaire 
anglaise à Lhassa. Ce sont d'abord des documents officiels, deux Bine book 
sur le Tibet', qui relate la marche des événements et les pourparlers diploma- 
tiques du 21 octobre 1889 au 3 octobre 1904; puis des livres techniques et 

1. Laviestia, etc., BulL du Comité russe de VAsie centrale, n" 5, mai 1905, p. 8. 

2. East India (Tibet). Papers relating to Tibet [(M. 1920], Londres, 1904, in-fol., x -f3U p. 
avec une carte, et, Further papers relating to Tibet [Gd. 2370], London, 1905, in-fol. xxvi 4-277 p. 



LES RÉCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 107 

militaires comme celui de Millington \ ou des relations purement épisodiques 
et pittoresques comme celle de Candler^ enfin deux grands ouvrages édités 
avec luxe, sur lesquels je m'arrêterai un peu longuement. 

L'un a pour titre Lhasa^ et pour auteur M. Perceval Landon, qui suivit 
Texpédition anglaise, en qualité de correspondant du Times. D'un style alerte, 
avec d'intéressantes descriptions très vivantes des paysages, des monuments, 
et des indigènes, l'ouvrage donne en même temps l'impression fort nette des 
difficultés de cette rude et longue campagne dans les Himalaya pendant laquelle 
les Anglais durent livrer bataille à un ennemi courageux à des altitudes de* 
Mont Blanc (voy. fîg. 27). Le livre de M. P. Landon n'est pas non plus dépourvu 
d'intérêt au point de vue géographique. La description de la vallée de Tchoumbi 
(t. I, chap. iv), des environs de Gyanglsé (t. I, chap. vu), du lac Faite, sont 
faites avec beaucoup de goût et de savoir. L'auteur note soigneusement des 
faits importants relatifs aux phénomènes actuels : l'éboulement considé- 
rable survenu, il y a un siècle ou à une date plus éloignée, dans la vallée 
de Tchoumbi, la présence dans ce formidable éboulis d'un bloc de près de 
2000 m', la limite de la végétation forestière dans cette vallée (5 000 m. 
environ). De nombreuses illustrations ont d'autre part une valeur scienti- 
fique et montrent très nettement les caractères topographiques de la région 
parcourue. Les pages que Landon consacre à Lhassa sont pleines d'inté- 
ressants détails que soulignent également de nombreuses planches et figures, 
presque toutes des reproductions de photographies ou d'aquarelles de l'auteur. 
Ces illustrations expliquent souvent mieux les choses que les descriptions 
minutieuses. Presque tout ce qui a été dit de la < ville sainte » par Hue 
et Gabet, par Tsybikof et Narzounof, par Nain-Sing et Chandra-Dass se 
trouve confirmé. Le temple principal, le Djo-Kang, est loin d'avoir l'aspect 
d'une prestigieuse cathédrale ; cachée au milieu des ruelles sales et fétides, son 
entrée n'a rien de monumental. Les toits (dont, en parenthèse, un seul 
est peut-être en or, tous les autres étant en cuivre doré) dépassent à peine les 
maisons avoisinantes. Par contre, les nombreuses vues du Potala ne font que 
mieux ressortir le caractère majestueux de ce monument. 

 signaler parmi les pages les plus intéressantes la description du temple 
du grand magicien, et, du Debung, dont toutes les portes sont ornées de 
dessins de peaux humaines et bordées de théories de crânes. Par contre, 
M. Landon est très bref sur les trois principaux couvents des environs de 

i. MiiUngloa (Powell), To Lhassa al lasL London, iÔOîi, in-8°, x 4-200 p. avec fron- 
Uspice. 

2. Candler (E.), The Unceiîing of Lhassa, London, 1905, in-8% avec carie el ligures. 

3. Perceval Landon, Lhassa, an ucounl of the counby and people of centrai Tibet and of the 
progrtss of the mission sent there by the englùh government in the year 1903-04^ 2* édit., Hurst and 
Blackett, London, i905,2 vol. in-S" de xii -f-^l* et de xi-f i26p., avec nombreuses planches en noir 
et coloriées, figures, cartes et plans. 



108 J. DENIKER. 

Lhassa : Sera, Breboung (ou Debung} et Galdan ou Gadan, sur lesquels il 
ne nous apprend rien de nouveau. 




FIO. 28. — CARTE OU TIBET CENTRAL AVANT LES NOUVEAUX LEVÉS EXÉCUTÉS PAR LES MISSIONS ANGLAISES. 

Le livre de Landon comporte, comme la plupart des volumes anglais de 



ilO J. DENIKER. 

ce genre, plusieurs appendices, dont deux assez importants : Tun, concernant 
l'histoire naturelle du Tibet est du capitaine H.-J. Walton; Tautre, résumant 
Tétat actuel du Tibet et son gouvernement, a pour auteur le capitaine 
W. O'Connor, secrétaire-interprète de la mission, aujourd'hui agent consulaire 
anglais à Gyangtse, point situé à peine à 160 km. (à vol d'oiseau) de Lhassa'. 

Ce volume est accompagné de deux cartes, réduction des levés exécutés 
par les ofGciers anglais pendant le cours de l'expédition. 

Tout récemment a été publiée, par la librairie Hachette, une édition 
française du livre de M. P, Landon sous le titre de A Lhassa. C'est un 
magnifique ouvrage orné de la plupart des superbes héliogravures anglaises. 
Plusieurs chapitres ont été abrégés, mais le récit de la marche de la colonne 
anglaise et la description de Lhassa se trouvent traduits in extenso^. 

Le beau volume du lieutenant-colonel L. A. Waddell, chef du service 
sanitaire de l'expédition anglaise % est non moins bien illustré que celui de 
Landon, mais il pénètre plus profondément dans la vie du peuple tibétain et 
surtout dans sa vie religieuse, Les vingt-cinq années passées par l'auteur, en 
sa qualité de médecin militaire, aux alentours immédiats du « pays défendu », 
sa connaissance de la langue tibétaine et de la religion bouddhiste, lui ont 
permis d'observer pendant la campagne, mieux qu'à tout autre, certains côtés, 
et non des moindres, du Tibet et de ses habitants. C'est un livre de vulgarisa- 
tion, mais écrit par un érudit. Dans cette œuvre soignée l'ethnographe et l'his- 
torien des religions puiseront des renseignements nouveaux et intéressants. 

Le colonel Waddell a passé des jours et des jours à étudier les cloîtres, les 
temples et les chapelles du Tibet. Très intéressantes sa description et la pho- 
tographie des nonnes bouddhistes, ordinairement sales, illettrées, rasées et 
portant une coiffure spéciale. Malheureusement, l'auteur n'a pu voir l'abbesse 
du couvent de Sam-ding (Essortde la méditation), qui avait jugé prudentde fuir 
devant les troupes anglaises. En revanche, le célèbre couvent des nonnes lui- 
même, que baignent les flots du lac Palté, est décrit avec soin (p. 293). Je ne 
puis cependant comprendre pourquoi Waddell appelle la supérieure « the Pig- 
facad abesse » ; est-ce en souvenir de la patronne du couvent, la déesse Marici 
(Hod-zer-tchan-ma), qu'on représente parfois munie d'une tête de porc? 

Très curieuse aussi la description de l'hermitage de Nyang-to-ki-phu, la 
a Caverne de la méditation heureuse sur les misères de la vie », avec ses fresques 

1. Le caractère de celte revue m'empêche de m'aventurer sur le terrain politique que quUte, au 
contraire, rarement M. Landon. Je me contenterai de dire que les appréciations de M. W. 0*Connor 
sur rimportance du Pautchen-Riupotché dans la vie politico-religieuse des habitants, confirment 
ce que j*ai dit dans mon article paru dans VlUustration du 28 novembre 1903 (n"" 3170). Quant au 
rôle que fait jouer M. Landon au conseiller du Dalaï-Lama, le Khambo Âgouan Dorjief, dans le 
conflit anglo-tibétain, il me paraît fort exagéré, d'autant que je connais personnellement ce grand 
dignitaire bouddhiste. 

2. Un vol. in-S* de 4i6 pages, avec 24 illustrations hors texte, 20 fr. 

3. L. Austine Waddell, Lhassa and ils mysteries wilh a record of the Expédition of 4903-04^ 
London, John Murray, 1905, xxii +330 p. avec 200 planches, figures et cartes. 25 shillings. 



LES RÉCENTES PUBLICATIONS SDR LHASSA ET LE TIBET. 



ill 



représentant le fameux moine-poète Milaraspa; son entrée est gardée par deux 
(>eaux de yacks gonflées suspendues au plafond. Quant aux autres grottes, 
celles de Nagartsé, près du lac Palti, Waddell croit qu'elles ont été habitées 
aux temps préhistoriques, sans toutefois rapporter une preuve de celte asser- 
tion; a ce sujet Tauteur se livre à une vague dissertation sur la ressemblance 
des hommes préhistoriques des différentes régions avec les singes anthropoïdes 
qu*on trouve dans ces régions, et sur la découverte d'outils néolithiques dans 
le Boutan. Le colonel a visité aussi avec soin le couvent de Sera et publie 
la première photographie d*un service dans un temple tibétain. 




FIG. 30. — LA VALLÉE DB KHEO PRÈS DU VILLAGE DE NOH >. 

(Reproduction d'une photographie de la mission Rawling.) 

La description de Lhassa renferme d'abondants renseignements nouveaux. 
Notons, un peu au hasard ^ la première description détaillée de l'intérieur du 
Potala, intérieur très luxueux, même dans son état actuel d'abandon après la 
fuite du Dalaï-Lama; la photographie de la célèbre « Slupa » dorée qui traverse 
plusieurs étages de ce palais mystérieux et qui renferme les reliques du 
premier Dalaï-Lama; le tableau saisissant de la < chapelle royale » avec la 
magnifique statue du dieu de la miséricorde (Avalokiteçvara) devant laquelle 
brûlent nuit et jour les sept lampes sacrées*. M. Waddell a assisté à la répé- 

1. Toutes les illustrations qui accompagnent cet article, en dehors des figures 27 et 29, nous ont 
été obligeamment communiquées par la Société de Géographie de Londres et sont extraites du 
Geographical Journal. Nous tenons à exprimer à M. le D' Scott Keltie, secrétaire de cetle société, 
toas nos remerciements les plus cordiaux de cette nouvelle preuve de bienveillance et d'intérêt, 
qu'il nous témoigne. 

2. M. Waddell dit qu'il n'y a pas vu la célèbre Tse-boum fabriquée à Paris pour le Dalaï-Lama 



112 J. DKNIKEIl. 

tition de la fête du nouvel an pendant laquelle un acrobate habile, simulant 
r « esprit volant » protecteur de Lhassa, descend le long d'une corde tendue 
du sommet du plus haut temple du Polala jusqu'à terre. Il a vu aussi Tunique 
carosse qui existe au Tibet où, comme on le sait, personne, sauf le Dalaî- 
Lama et T « amban » chinois, ne fait usage ni de voiture ni même de palanquin. 
C'est un présent du roi du Népal au Dalaï-Lama, resté inutilisé d'ailleurs. 

Au point de vue ethnographique, on ne peut citer toutes les observations 
sur la vie tibétaine. Entre autres, une constatation inattendue : c'est la rapide 
propagation de l'usage du savon parmi ce peuple, réputé pour son horreur de 
tout ce qui touche à la propreté du corps. 

Le volume de Waddell se termine, comme celui de M. P. Landon 
par une série d'appendices enfermant des renseignements techniques très 
intéressants. Mentionnons l'analyse d'un échantillon d'eau du lac Yamdok et 
d'efflorescenccs salines récoltées dans plusieurs localités, enfin la liste des 
animaux recueillis ou observés pendant le cours de l'expédition. Trois espèces 
nouvelles d'oiseaux ont été découvertes par le colonel Waddell et se trouvent 
dans sa collection particulière; ce sont Babax Waddelli\ Garrulax libetanuSy 
Lanius lama. Dans le lac Yamdok ce distingué naturaliste a recueilli une 
espèce nouvelle de carpe, Gymnocypris Wadelli, La flore n'a pas été négligée 
non plus; le colonel nous apprend dans une communication privée que l'étude 
de son herbier a amené la découverte de pas moins de vingt espèces nouvelles. 

Au point de vue politique et social, notons l'estimation de l'armée tibétaine 
à 16 000 hommes (dont 3 700 réguliers), et l'entrevue du colonel Waddell 
avec le « régent » actuel du Tibet (Gyalisab), ancien cardinal du couvent de 
Gadan, chargé par le Dalaï-Lama, au moment de sa fuite, de prendre les 
rênes du gouvernement et de se débrouiller avec les Anglais, ayant pour 
toute instruction une lettre autographe du grand pontife et le sceau de l'État 
(dont on trouve le fac-similé dans l'ouvrage de P. Landon). D'après le savant 
médecin anglais, ce haut dignitaire ecclésiastique est un homme fin, con- 
ciliant et avec lequel le gouvernement des Indes pourrait très bien s'entendre 
dans l'avenir; mais il a en médiocre estime les chrétiens, qui, dit-il, ne suivent 
pas les préceptes de leur religion, surtout celui qui dit : « Tu ne tuera pas ». 

Comme tous les voyageurs au Tibet, le colonel Waddell signale l'abaisse- 
ment progressif des abondantes nappes d'eau éparses sur ce haut plateau. Tel 
est le cas des lacs Bham etKala; ce dernier paraît s'être rétréci de i 600 mètres 
depuis une date relativement récente et ce retrait des eaux a eu pour consé- 
quence la suppression de l'émissaire de ce lac, comme nous l'indiquerons plus 

■et dont j'ai donné la description et la photographie dans le Cenlury Magazine de New-York. Ce 
n'est pas étonnant : ce vase sacré est destiné, non pas à un autel, mais à être tenu à la main par 
le Dalaï-Lama au moment où il bénit le peuple. Il a dCi être emporté, comme objet le plus sacré, 
par le Dalaï-Lama et DorjielT dans leur fuite cle Lhassa vers la Mongolie. 



LBS RÉCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 113 

loin. Sur les bords du Yamdok des terrasses très nettes, situées à 30 mètres et 
plus au-dessus du niveau actuel, indiquant la régression des eaux. 

En outre, ces nappes sont soumises à des variations de niveau saisonnières, 
en relation avec la fusion des neiges et les précipitations atmosphériques. 

En même temps le savant chef du service sanitaire de l'expédition anglaise 
signalQ le retrait des glaciers. Ainsi le glacier de Nôjin (fig. 27), dont le cliché 
nous a été aimablement prêté par M. J. Murray, éditeur du beau livre du 
colonel Waddell, est aujourd'hui retiré sur un escarpement rocheux, après 
avoir abandonné dans la vallée conduisant au Kharo La ' une puissante moraine 
située à 400 mètres de son front actuel. Elle est visible derrière la ligne des 
tentes (Og. 27). Un second glacier situé au delà du sommet du Kharo La, se 
termine dans un petit lac avec, sur la gauche, un gros morceau de glacier 
c mort » et d'amas morainiques (voir Landon, édition anglaise, la carte du 
Karo La [face à la page 270, I, et la gravure hors texte face à la p. 276, I]). 

Les ouvrages de Waddell et de Landon renferment chacun des plans de 
Lhassa qui se complètent mutuellement : celui du premier renferme d'abon- 
dants détails, et de nombreuses légendes; le second plus sobre d'écritures, est 
plus soigné comme dessin. 

La couverture du volume de Waddell symbolise pour ainsi dire les résultats 
de rexpédition anglaise au Tibet. En effet, on y voit, dans le coin droit en 
haut, rimage d'Avalokiteçvara, ce dieu incarné sur la terre dans la personne 
des Dalaî-Lama, on le voit, dis-je dévoilé aux regards profanes par la chute 
de deux pétales détachés du lotus qui lui sert de trône. Comment s'est opéré 
ce miracle? Par l'entrée des Anglais dans la ville sainte du bouddhisme. Ceci 
ressort nettement de l'examen du reste de la cauverture : au centre on y 
voit, en caractères tibétains, la formule sacrée des bouddhistes : « Om-mani- 
padmé-houm », oblitérée par le cachet de poste significatif dans son laco- 
nisme : € Lahssa (sic) — Au. 3 — 04 » (date de l'entrée des troupes anglaises 
par la porte de l'Ouest)^ qui laisse néanmoins intact, plus bas, dans le coin 
gauche, le double sceptre ou foudre (vo/'ra), attribut le plus populaire des 
divinités et des prêtres bouddhistes. En somme, ce tableau symbolique signifie 
la possibilité, pour le monde savant européen, de pénétrer « les mystères de 
Lhassa » (titre de l'ouvrage, dans le coin gauche, en haut) grâce à l'action 
énergique et libérale de l'Angleterre. Il est permis d'espérer que l'avenir jus- 
tifiera mon interprétation de ce rébus. 

Pour terminer Texsunen des volumes publiés récemment sur le Tibet, 
mentionnons le coquet volume de M. Oscar Terry Crosby *, voyageur améri- 

1. La, col en tibétain. 

2. TiUi and Turkestan. A joumey Ihrough old lands and a study of new conditions. Un vol 
petit in-8* de xvi-f 331 p. avec de nombreuses illustrations. G. P. Pulnam's sons, New-York et 
Londres, 1903. Prix : 10 shillings. 

La OlooiiArHiK. ^ T. XIII. 1996. B 



m J. DENIRBR. 

cain, qui a, en compagnie de notre compatriote M. Auginieur, parcouru le 
Turkestan russe, le Turkestan chinois et la partie sud-ouest du Tibet (de 
Polou à Leh, en contournant le désert d'Aksaï-Tchin), pour rentrer en Amé- 
rique par rinde. 

Caractère indépendant, M. Crosby raconte très franchement ses observa- 
tions et exprime non moins librement les idées que lui ont suggéré les choses 
vues. C'est un voyageur philosophe comme on n'en trouve presque plus 
aujourd'hui. Il touche un peu à tout : la politique anglaise au Tibet, le rôle 
des Russes en Asie, le caractère des Français cultivés, Tarchitecture musul- 
mane, les manuscrits trouvés dans les ruines du Turkestan chinois; rien ne 
lui échappe. Concernant le Tibet en particulier on ne trouve pas beaucoup de 
nouveau dans ce volume, sauf un exposé clair, principalement d'après Grenard, 
de la polyandrie et des causes, qui sont surtout d'ordre économique. L'appen- 
dice contient des extraits des Blue books et les traductions des chansons tibé- 
taines faites par les missionnaires moraves de Leh. Notons, pour finir, que 
les photographies attribuées dans le volume à Dorjieff, sont celles de Tsibikof, 
déjà citées plus haut. 



L'expédition britannique au Tibet a été féconde en résultats scientifiques. 
Elle a été un véritable voyage d'exploration à travers un pays qui ne nous 
était connu que par les levés et les rapports des pandits du Survey des 
Indes. Afin de présenter un résumé complet de l'œuvre géographique exécutée 
pendant cette campagne par les officiers anglais au Tibet, nous devons en 
premier lieu nous arrêter à un voyage accompli en 1903, c'est-à-dire avant 
l'expédition à Lhassa, par deux officiers, le capitaine C.-G. Rawling et le lieu- 
tenant Hargreaves dans le Tibet occidental*. 

Ces explorateurs ont parcouru la partie ouest du Tibet, située entre la fron- 
tière du Cachemir à l'ouest et le 84° de Long. E. de Gr. à Test, et entre le 
Kouen-loun au nord et le district de Roudok (33** de Lat. N.) au sud, c'est-à-dire 
une région en grande partie encore inconnue des Européens (voy. fig. 29). 

L'itinéraire de cette mission prolonge considérablement à l'est et au sud- 
est celui du capitaine Deasy en 1896 et, en reliant les travaux des Russes au 
nord à ceux des Anglais au sud, donne une nouvelle base, grâce à la triangu- 
lation exécutée, à la construction définitive de la carfe du Tibet. 

Partis de Leh, les voyageurs suivent d'abord la roule de Deasy presque 
droit à l'est, jusqu'au Chemen-Tso (7'so, lac en tibétain), adossé à la vallée des 
Kiangs, ainsi appelée en raison de la grande quantité de ces Équidés qu'on y 

1. Cap. C. G. Rawlinp, Exploration of Western Tiljet and Rudok, in The Geographical Journal, 
Londres-, XXV, 4, avril 1905, p. 414-428, avec 1 carie. 



LKS RliCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE THIBET. 115 

rencontre, et que domine la chaîne de Largot-Kangri. A partir de la com- 
mence vers lest un pays presque inconnu jusqu'à présent où Ion trouve la 
chaîne d'Aroutso qui se détache du Largot-Kangri vers le sud, et le lac salé 
Memar-Ghaka, au delà duquel les crêtes déchiquetées et les montagnes 
abruptes font place à un pays mamelonné appelé par les indigènes Pallo-Letok. 
Dans cette région, comme un peu plus au nord, au delà du Goré-tso 
(15 K*) remarquable par les efflorescences de carbonate de chaux et de sulfate 
de magnésie qui Tentourcnt, se trouvent des gisements d'or assez considé- 
rables. Des centaines de mineurs tibétains les exploitent ou les ont exploités, 




FIG. 31. — VUE PRISE DANS LE TIBET OCCIDENTAL.. 

(Reproduction d'une photographie de la mission Rau-Iing.) 

de la façon la plus primitive, grattant la terre tout au plus à un mètre ou 
deux de profondeur. 

Se dirigeant ensuite au nord, le capitaine Bawling traversa une chaîne 
importante, dont les pics se dressent à 1 000 mètres d'altitude et descendit dans 
la « plaine des Antilo|)es » où il retrouva presque intactes les provisions 
enfouies par Texpédition <le Deasy en 1896. 

Pendant que Rawling décrivait le circuit que nous venons d'esquisser, son 
compagnon Hargreaves, qui marchait plus au nord, perdait toutes ses bêtes 
de somme. Le capitaine Rawling se porta alors à son secours et le ramena 
dans la « plaine des Antilopes » où la moitié des provisions durent être 
enterrées faute de moyens de transport. 

Le capitaine Rawling indiquera la position exacte de cette cache à tout 
voyageur qui abordera l'exploration de ce pays. 



116 J. DEMRER. 

De la plaine des Antilopes, peuplée de dizaines de mille de ces gracieux 
quadrupèdes que les voyageurs ont vu se diriger tous, avec leurs petits, de Test 
à Touest, la mission descendit sur les bords du lac Markham. A quelques 
kilomètres à Touest de ce lac, environ par 35° de Lat. N. et 82"40' de Long. 
E. de Gr. fut mesurée une base longue de 350 mètres environ. 

Le lac Markham a 27 kilomètres de long sur 6 à 7 de large, avec une 
superficie de 475 kilomètres carrés environ. La rivière qui s'y jette venant de 
Fouest est assez importante pour transformer les eaux salées du lac en eaux 
douces dans sa moitié occidentale. L'émissaire de ce bassin au nord-est est 
insignifiant et presque à sec. 

Le point extrême atteint par la mission Rawling à Test est une haute 
vallée située à peu près par 83**35' de Long. E. de Gr. et ofTrant tous les carac- 
tères des bassins désertiques fermés du Tibet septentrional. Les pays plus à 
Test présentent le même aspect. 

Le retour dans Tlnde s'efTectua par un itinéraire presque parallèle à 
celui de l'aller, mais courant à une centaine de kilomètres à vol d'oiseau 
plus au sud. 

A remarquer sur cette route : le lac d'eau douce Hou-pîng, avec une 
presqu'île qui le divise à peu près en deux bassins; l'Arou-tso, dont l'eau a 
été trouvée également douce, tandis que Bower le signale comme lac salé et 
Deasy comme lac saumi\lre. Le fait mérite d'être signalé comme la première 
constatation rigoureuse du changement rapide de salinité des bassins du Tibet. 
Entre l'Arou-tso et le Boum-tso s'étend un pays mal arrosé, mais fréquenté 
néanmoins par les caravanes allant de Roudok dans le Turkestan oriental. 
Les Tibétains ayant empêché les voyageurs de visiter les mines d'or de 
Moungk Thak, situées au sud-ouest du Boum-Tso et où plus de 500 ouvriers 
travaillaient alors, force leur fut de se diriger directement vers l'Inde par le 
village de Noh (au nord-est de Roudok). Ce village, premier centre de 
population qu'on rencontre en venant de l'est, a 80 maisons et 500 habitants. 
En définitive, malgré la défiance des indigènes, auxquels on dut faire croire 
(|ue les théodolites étaient dos objets de culte servant aux voyageurs pour faire 
leurs dévotions pendant le$(]uelles il ne fallait pas les déranger, le capitaine 
Rawling et son compagnon ont parcouru près de 13 000 kilomètres pour la 
plupart à travers une région inconnue, exécutant des levés de précision sur 
une étendue du pays de plus de 88000 kilomètres carrés. 



Passons nuiinlenanl aux travaux scientifiques suscités par l'expédition 
luilitaiiv «iifilaise au Tibet. 

A rôtal niajor do ooUo o.xpédition étaient attachés des officiers topo- 



LES RÉCENTES PUBLICATIONS SUU LHASSA ET LE TIBET. 117 

^aphes et des naturalistes. M. Charles Rabot a déjà présenté un résumé des 
résultats géologiques dus à M. Hayden, géologue de l'expédition'; dans 
quelque temps, après Tétude des observations et des collections, nous connaî- 
trons les résultais des travaux du D' Précy pour la botanique, et du capitaine 
Wallon pour la zoologie*. Nous nous bornerons donc à Tcxposé des princi- 
pales observations géographiques qui sont de beaucoup les plus importantes*. 
Le capitaine (aujourd'hui major) Ryder, chargé du service topographique 
pendant la campagne, a levé et exploré toute la région parcourue par la 
colonne expéditionnaire : la vallée de la Tista jusqu'à Kampa-Dzong, la 




FIG. 32. — LE CUEMEN-TSO (TIBET OCCIDENTAL). 
(RoproductioQ d'une photographio do la mission Rawling.) 

vallée de Tchoumbi, enfin la route de Gyangtsé à Lhassa. La comparaison de 
la carte dressée par cet officier (fig. 29) avec celle établie antérieurement à 
l'expédition (fig. 28) met en évidence les progrès réalisés dans la représentation 
du pays. Élargissant ensuite la zone de ses investigations, le capitaine Ryder 
entreprit, sous le commandement du capitaine Rawling, avec le capitaine 
Wood et le lieutenant E. Bailey, une grande expédition à travers le Tibet 
occidental, de Lhassa à Gartok*. Au cours de cette mission il a pu lever 

1. Charles Rabot, Résultats géologiques de ^expédition anglaise à Lhassa^ in La Géographie^ 
XII, n» 3, 15 septembre 1903, p. 188. 

2. Une partie de leurs observations a été publiée dans les appendices des volumes de Landon 
et de Waddell. 

3. Sir Frank Younghusband, The geograpkical resuUs of Lhe Tibet mission, in The Geographical 
Journal, XXV, 5, mai 1905, p. 481, avec une carte; C. U. D. Ryder, Exploration and Survey wilh 
lhe Tibet frontier commission, and from Gyangtsé to Simla via Gartok, in The Geographical Journal^ 
XXVÏ, 4, octobre 19)5, p. 369, avec 1 carte et 1 plan. 

4. Nouveau marché ouvert au commerce anglais dans la province tibétaine de Gnarikhorsura. 



118 J. DENlKEa. 

toute la vallée du Yarou-Tsang-po ou haut Brahmapoutre, depuis Chigatsé 
jusqu'aux sources de ce fleuve, et la région des sources de Tlndus et du 
Satledj, autour du lac Manasarowar. 

Ce travail a exigé quinze mois (23 septembre 1903 à H janvier 1905). Le 
résultat général est un levé, exécuté avec toute la précision voulue, par 
des topographes européens expérimentés, pour toute la partie du Tibet qui 
touche à la frontière de Tlnde, depuis la passe de Shipki, sur les confms 
du Pendjab, jusqu'à Lhassa. Auparavant la cartographie de cette région n'était 
connue que par les itinéraires à la boussole des pandits indous. Appuyée 
sur une triangulation exécutée entre Lhassa et Kampa-Dzong, l'œuvre topo- 
graphique du capitaine Ryder est reliée à celle de Tlnrlc. 

Travaux exéculés au cours (le rexpédition à Lhassa. — C'est pendant le 
séjour prolongé du colonel Younghusband à Kampa-Dzong, où il attendit en 
vain une réponse du Dalaï-Lama, que le capitaine Ryder, favorisé par le beau 
temps, put mesurer la première base de cette triangulation. Aux environs du 
village, situé à l'allitude de 4 636 mètres, l'atmosphère remarquablement 
pure, qu'ont vantée tous les voyageurs au Tibet, lui permit de faire des 
visées jusqu'aux cimes les plus élevées de l'Himalaya, l'Everest et le 
Kangchenjunga; en les rapprochant des calculs précédemment faits, le capi- 
taine Ryder put apporter une solution définitive au problème, si controversé 
pendant ces dernières années, de la montagne la plus élevée de notre planète ; 
c'est, sans aucun doute, à l'Everest que revient cet honneur; son pic se dresse 
à 8 840 mètres, tandis que le Kangchenjunga n'atteint que 8S80 mètres. 

Vu de Kampa-Dzong, l'Everest n'apparaît pas comme le point culminant 
d'une chaîne, mais comme un massif isolé très élevé. La magnifique rangée 
neigeuse qui paraît s'en détacher vers le nord, mais qui, en réalité, ne se 
grelTe sur ce relief dans cette direction qu'à 50 kilomètres plus à l'est, ofîre 
un sommet de 6770 mètres. Le versant nord de l'Everest présente un à-pic 
continu que le capitaine Ryder n'estime pas à moins de 2 000 mètres, et il 
ne semble guère probable que des sommets dont la hauteur se rapprocherait 
sensiblement de celle de l'Everest existent au nord du point culminant du 
monde. 

Une seconde base de triangulation fut mesurée à Gyangtsé, où le capitaine 
Ryder se rendit avec la colonne principale de l'expédition, commandée par 
le général Macdonald. 

En route, près de la passe de Tuna (4 450 m.), une petite triangulation 
secondaire a été opérée, près de la localité du même nom (4 505 m.), d'où 
des visées ont été faites sur le mont Chumolhari (6 950 m.) et d'autres mon- 
tagnes du Bhoutan; mais la rigueur de la saison et les hostilités empêchèrent 
de relier cette triangulation aux autres. Il faut noter aussi, dans cette région, 
l'exploration du Bam-Tso, dont la superficie est de 63 kilomètres carrés, et 



LES RÉCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 



119 



a — 



celle du Kala-Tso, qui n'en a que 38. Celte dernière nappe n a plus aujourd'hui 

demissaire, mais les observations faites 

permettent d'affirmer qu elle en possédait 

anciennement un, qui, se frayant un passage 

à travers une gorge étroite, coulait vers 

Gyangtsé et gagnait le ïsangpo. D'ailleurs, 

Bogie, en 1174, mentionne en termes exprès 

l'existence d'un émissaire*. A 12 kilomètres 

du lac, dans cette direction, dit le capitaine 

Ryder, un petit ruisseau sourd de ce qui est 

probablement le cours d'eau souterrain sorti 

du lac, et coule dans un lit large et profond, 

à travers un défilé. 

Arrivé à Gyangtsé, le capitaine Ryder, en 
collaboration avec le capitaine Cowie, com- 
mem^a de suite la mesure de sa deuxième 
base de triangulation, en établissant trois 
stations sur les collines avoisinantes, laquelle 
fut reliée ultérieurement à celle de Kampa- 
Dzon^. 

La route de Gyangtsé à Lhassa a été levée 
en entier à la planchette, malgré plusieurs 
escarmouches et le combat en règle livré à la 
passe de Karo. C'est dans cette dernière 
afiaire que le 8* Gourkas prit d'assaut une 
position vaillamment défendue par les Tibé- 
tains, à la hauteur de 5 640 mètres, c'est-à- 
dire à huit cent et quelques mètres au-dessus 
du Mont-Blanc, véritable record d'altitude 
pour un champ de bataille. 

Le lac Yamdok n'a pas été l'objet d'une 
élude topographique spéciale, mais une re- 
marque s'impose à son sujet. Les notes du 
capitaine Ryder, non plus que les ouvrages 
de Landon et de Waddell ne font pas mention 
d'un pic neigeux, indiqué sur certaines cartes, 
au centre de la presqu'île s'avançant dans le 
lac; aucune montagne ne porte à cet endroit 
de neiges éternelles, mais plusieurs sommets dépassent 5 000 mètres. 11 est 



1. L. A. Waddell, Lhasa and its mysteries, p. 184.' 



120 J. DENIKËR. 

donc possible que la neige y séjourne quelque temps; sur les bords du lac, 
dont l'altitude est de 4 374 mètres, on n'en voit guère. La largeur du lac, au 
nord de la presqu'île, est de 4 à 5 kilomètres au maximum et souvent infé- 
rieure à 3 kilom6tres. 

De la passe de Kanipa (4 695 mètres), qui est atteinte facilement du côté 
du lac Yamdok, une pente abrupte mène dans la vallée du Tsangpo. Signa- 
lons, en passant, que cette vallée n*est pas aussi boisée que le dit, dans sa 
relation de voyage, Sarat Chandra Dass, et qu'on pourrait le supposer, à 
cause de sa faible altitude (3 520 m.). 

Par contre la vallée de Kyi-Chu (Richtou), qui conduit à Lhassa et qui est 
aussi large que celle du Tsangpo offre une végétation luxuriante. Les deux 
fleuves ont une largeur à peu près égale; à Lhassa, dit le colonel Younghus- 
band, le Kyi-Chu peut être comparé à la Tamise, à Westminster. C'est du 
confluent du Kyi-Chu avec son tributaire, le Toloung-Chu, que la petite armée 
anglaise aperçut, pour la première fois, les toits dorés du Potala, résidence du 
Dalaï-Lama/ 

Profitant du séjour du corps expéditionnaire à Lhassa, les capitaines Ryder 
et Cowie, en dehors de leurs travaux de triangulation, firent des observations 
de latitude et de hauteurs azimutales, et levèrent le plan de la ville et de ses 
environs, à l'échelle de 6 pouces (1 : 10 560) *. 

Ce dernier travail fut particulièrement difficile, au début Taccès de la ville 
étant interdit aux topographes; plus tard, lorsqu'on eut pris possession des 
jardins, des bosquets et des résidences d'été des environs, la permission fut 
accordée de circuler dans les rues avec une escorte. Toutefois, pour ne pas 
éveiller l'attention des Tibétains, on décida de se passer de la planchette, en 
employant seulement la boussole, et de mesurer les distances au pas, entre 
des points fixés, d'un bout de la cité à l'autre. Ces allées et venues ne parurent 
pas d'ailleurs inquiéter beaucoup les habitants. En plus de ces opérations on 
exécuta une série d'observations pour fixer l'altitude de Lhassa. Le colonel 
Waddell a l'amabilité de nous informer que la révision des calculs a con- 
duit le capitaine Ryder à adopter ultérieurement la cote de 3 549 mètres, au 
lieu de 3 606 mètres indiqués dans son rapports 

Ce travail achevé, le capitaine Cowie et le capitaine Ryder se séparèrent; 
l'un alla à Gyangtsé pour relier cette ville aux points fixés par la triangulation 
exécutée à Kampa-Dzong; l'autre fit des levés topographiques dans la vallée 
du Kyi-Tchu, en amont de Lhassa, jusqu'au confluent du Penbo-Chu, en face 
du célèbre couvent de Galdan {Gaden-Monastenj dans le texte, Gaden-Gompa 
sur la carte), et, en aval, jusqu'à Toloung-Chu. Au cours de ce voyage, le 

1. Des réductions de ce plan se trouvent dans l'ouvrage de Landon et dans la relation du 
capitaine Ryder. 

2. Le pandit Nain Singh avait, il y a une trentaine d'années, trouvé 3 632 mètres. 



LES UÉCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 



\ù\ 



capitaine Ryder passa cinq jours au pied de la passe de Penbo-La, à une 
quinzaine de kilomètres de Lhassa, et, monta jusqu'à 5 800 mètres pour ter- 
miner les travaux de la triangulation dont le sommet se trouve être ainsi au 
nord de Lhassa, entre les deux collines qui dominent la passe de Penbo,à Test 
et à Touest. De là, le capitaine Ryder put reconnaître que la partie nord de la 
vallée du Kyi-Chu est bien cultivée et fortement peuplée; de là aussi, il lui 
fut possible de raccorder les pics de la chaîne du Karo-La, au sud-ouest du 
lac Yamdok, de viser plusieurs points situés au nord et à Test, et quelques ■ 
cimes neigeuses qui s'élèvent au sud du Tengri-Nor et qui sont mentionnées 
par Littledale; Tune d'elles se dresse à 7 090 mètres. Deux autres pics 
noigeux, également fixés par lui, sont probablement le mont Hue et le mont 




ne. 3i. — CANAL RélMSSANT LE MANASAROWAR AU LAC RAKAS TAL. 

• KeproducttOD d'une photographie de la mission anglaise.) 



Gabet de Bonvalot; le plus haut atteint 6 553 mètres. 

Après la signature du traité à Lhassa, le 1 septembre 1904, pendant la 
marche de retour, le capitaine Ryder compléta ses travaux par des visées, du 
haut de la passe de Do, entre le Tsangpo et le lac Yamdok (4 873 m.). De cette 
station, il put viser, d'une part, les pics du Karo-La et de la chaîne du Rhutan, 
déjà déterminés du côté de l'Inde, et, d'autre part, un des points de sa trian- 
gulation autour de Lhassa, reliant ainsi cette ville au réseau de l'Inde. Enfin, 
d'autres travaux complémentaires ont été exécutés pour rendre aussi exacte 
que possible la carte de cette région. 

En définitive, les travaux topographiques de l'expédition de Lhassa peuvent 
se résumer ainsi qu'il suit : 

1" Triangulation d'une région de 116 530 K* (le cinquième de la superficie 
de la France), reliant Lhassa à l'Inde. Détermination de la position de tous 
les sommets visibles et détermination de leur altitude. 



122 J. DEMKBR. 

2^ Levé topograpbique, à Téchelle de 4 pouces pour un mille (253 464*), 
d'une région de 44 000 K^; en outre, levé à l'échelle double de la précédente 
(126732") d'une région de 7770 K^ : environs de Gyangtsé, de Lhassa, 
vallée de Tchoumbi. 

3° Levé, à l'échelle du 63 366% de tout l'itinéraire de l'expédition, depuis 
la frontière du Sikkim jusqu'à Lhassa. 

4"* Établissement des plans de Lhassa et de Gyangtsé, à une très grande 
échelle. 

Travaux exécutés au cours de V expédition vers le Tibet occidental. — Cette 
seconde partie des travaux topographiques du capitaine Ryder peut se résumer 
ainsi. 

Partie de Gyangtsé, la petite colonne, sous les ordres du capitaine 
Rawling, releva d'abord les environs de Chigatsé, puis s'engagea au sud, 
dans une région montagneuse à peu près inexplorée, en suivant presque 
parallèlement le cours du Tsangpo. Près de la passe de Kura (5 456 m.;, où 
le Chi-Chu, affluent de droite du Tsangpo, prend sa source, se trouve, par 
environ 84** de Long. E. et 29° de Lat. N. le petit village de Kaju ou 
Kadjou (4 5.10 m.). De cet endroit, on a une vue magnifique sur la chaîne 
principale de l'Himalaya; l'Everest domine ce tableau, dressant son pic isolé, 
que 2 km. 1/2 environ à l'est et à l'ouest séparent du restant de la chaîne; 
aucune autre cime importante ne l'entoure; il est drapé dans sa majestueuse 
solitude; à l'ouest, le pic XX (Gaurisankar, 7 146 m.), et, au sud-est, le pic XIll 
(Makulu, 8 473 m.) n'ont aucun lien avec lui. 

L'expédition rejoignit le Tsangpo à Pindzoling, situé au confluent de ce 
fleuve et du Raga-Tsangpo, dont la largeur, à cet endroit, est la même que le 
fleuve principal, mais qui, en amont, se rétrécit beaucoup; son cours a été 
levé par le capitaine Wood. Le pays change d'aspect, les arbres disparaissent, 
les cultures deviennent plus rares; on ne rencontre plus guère comme qua- 
drupèdes que des lièvres et quelques antilopes. 

C'en est ainsi jusqu'à Saka-Dzong, près des sources du Raga-Tsangpo qui 
coule au nord et presque parallèlement au Tsangpo. Le pays qui sépare leur 
cours et qui a environ 50 kilomètres de largeur, est très accidenté; les chaînes 
y ont une hauteur moyenne de 5 500 mètres; quelques cimes, qui se 
dressent à 6 700 mètres, sont couvertes de neiges perpétuelles. Saka-Dzong 
est un pauvre village d'une douzaine de maisons, situé à 4 617 mètres d'alti- 
tude, sur le Charta-Tsangpo, affluent de gauche du grand Tsangpo. 

De là, les capitaines Rawling et Ryder suivirent le grand fleuve jusqu'à 
Tradom, où ils le trouvèrent gelé, le 16 novembre; c'est à peu près l'itinéraire 
de Naïn-Singh en 1865. De son côté, le capitaine Wood traversa, pour arriver 
à ce point, une région montagneuse; au col de Louloung, il put constater les 
premières traces de YOvis Ammoîi, ce qui prouve qu'il faut fixer la limite 



LES RÉCENTES PUBLICATIONS SUR LHASSA ET LE TIBET. 



123 



orientale et méridionale de la distribution de cet ovidé à la hauteur de ce col. 

La passe de Mayum (5 150 m.), près de laquelle se trouvent les sources du 
Tsangpo, marque le faîte de partage entre le bassin de ce fleuve et celui des 
lacs sans écoulement. 

En allant de Test à l'ouest, le premier de ces lacs est le Goumtchou-Tso; il 
a 18 kilom. de longueur sur 3 à 5 de largeur; au mois de novembre, il était 
complètement gelé. Puis vient le Manasarowar (Mobang-Tso, en tibétain) que 
les explorateurs ne trouvèrent pas gelé; ainsi que l'avait affirmé Strachey 
et contrairement aux assertions de Moorcroft et de Savage Landor, ce lac 
possède un émissaire qui le fait communiquer avec le lac Rakas-Tal (Lagang- 
Tso, en tibétain). A Tépoque du passage du capitaine Ryder ce canal était à 




FIG.'^O. — COLLINKS DÉCOUPÉES PAR l'ÉROSION DANS LA VALLÉE DU SATLEDJ. 
(Keproductioo d'une photographie do la mission anglaise.) 

sec, mais, d'après le témoignage des habitants, pendant la saison des pluies et 
au moment de la fonte des neiges (juin à septembre), il se remplit d*eau. 
C'est là un fait très vraisemblable, car une élévation du niveau du lac de 
GO centimètres est suffisante pour amener l'eau dans ce canal. 

Le lac Manasarowar a une forme arrondie; son diamètre est d'environ 
20 kilomètres, sa superficie de 283 kilomètres carrés. 

Le lac Rakas-Tal a une forme allongée, il mesure 23 kilomètres environ du 
nord au sud, et 5 à 7 kilomètres de l'est à l'ouest; sa superficie est moitié 
moindre que celle du Manasarowar, soit 143 kilomètres carrés. Il n'a pas 
d'émissaire. Un canal, qui sort au nord-ouest, est à sec. Le capitaine Ryder 
Ta suivi sur 10 kilomètres, sans y trouver aucune trace d'eau. Il est possible 
ro|>endant que jadis l'eau y coula, faisant communiquer le lac avec les sources 
du Satledj; actuellement une rangée de collines assez élevées les sépare. 

Au nord, le mont Kaïlas se dresse à une hauteur de GBiH mèlres. C'est 



iU J. DENIKER. 

cette montagne que certains Bouddistes assimilent au mont Merou, qui serait, 
d'après leurs conceptions cosmogoniques, le centre de Tunivers. Le long du 
chemin de pèlerinage qui fait le tour du Kaïlas, on remarque plusieurs couvents. 

Au sud du lac Manasarowar, est situé le massif imposant du Mémo ou 
Gurla Mandhata (7 620 m.). Un col peu élevé, au sud-ouest du lac, conduit 
dans la vallée du Purang ou Takla-Kot, au fond de laquelle coule le fleuve 
Karnali ou Map-Chu. 

Sur le faîte de partage des eaux entre le Satledj et Tlndus, la passe de Jerko, 
d'un facile accès, n'a que 4 9il mètres, une véritable bagatelle pour le Tibet. 

Le capitaine Ryder et ses compagnons, par la vallée supérieure de Tlndus, 
arrivèrent à Gartok (4 602 m.), qui est certainement la plus haute préfec- 
ture du monde. Il faut dire toutefois que les deux préfets ou gouverneurs 
du Tibet occidental n'y résident que Tété; en hiver, ils descendent à une 
cinquantaine de kilomètres plus bas dans la vallée, à Gargunsa. 

Garlok, qui n'est en hiver qu'un triste amas d'une dizaine de maisonnettes, 
devient en été le marché le plus important du Tibet occidental. 

L'expédition emprunta, pour redescendre dans la vallée du Satledj, la 
passe très élevée et difficile d'Ayi (5 700 m.); à Dunkar, elle observa les pre- 
mières cultures à 4 300 mètres d'altitude; puis, passant par Tiba, où la vallée 
est érodée comme certaines régions du loess de la Chine, elle atteignit, par la 
passe de Shipki, le Pendjab. 

En résumé, les résultais de ce pénible voyage à travers le Tibet occidental 
sont les suivants : 

1° Levé à la planchette d'environ 103 000 K*; 

2** Levé des cours du Tsangpo, depuis Chigatsé jusqu'à ses sources. Explo- 
ration nouvelle de la région des lacs, au cours de laquelle fut définitivement 
résolu le problème des rapports de ces lacs avec les sources des trois grands 
fleuves de l'Asie, Indus, Satledj et Tsangpo ou Brahmapoutre ; 

3° Levé définitif du Satledj depuis ses sources jusqu'à la frontière de l'Inde. 

C'est surtout en comparant la carte à l'échelle du 2 500 000% qui est 
jointe à la relation du capitaine Ryder, et dont nous donnons une réduction 
{fig. 29) avec les meilleures cartes existantes du Tibet, que l'on peut se 
rendre compte de la masse du travail topographique exécuté et de l'importance 
des corrections qui en résultent. 

En somme, l'œuvre scientifique accomplie par les diverses missions 
anglaises au Tibet constitue la contribution de beaucoup la plus importante 
apportée dans ces dernières années à la connaissance de la terre et des 
hommes. 

J. Deniker. 



La Conférence météorologique d'Innsbruck 



Le 9 septembre 1905 se réunissait a Innsbruck une Conférence internationale 
des directeurs d'observatoires et de services météorologiques. 90 personnes environ 
avaient, au titre de chefs de service ou de directeurs d'observatoires, reçu l'invitation 
adressée au commencement de 1904, et renouvelée le 9 février 1905, par le Comité 
mtUéorofogique inlernalional. Cinquante savants environ avaient répondu à cet 
appel. Nous voudrions signaler ici ce qui intéresse plus spécialement la géographie 
dans les discussions et les décisions de cette réunion de météorologistes, qui s'est 
prolongée une semaine entière, sous la présidence du chef du Service météorologique 
d'Autriche, le professeur Pernter. 

Il n'est peut être pas sans utilité, cependant, d'indiquer d'abord quel est le rôle 
et quelles sont les fonctions des divers organes destinés à coordonner les efforts du 
monde météorologique international : Comité international, Conférence des Direc- 
teurs et Commissions internationales. 

Le Comité météorologique international représente le pouvoir exécutif. Il com- 
prend à rhcure actuelle dix-sept personnes. Il est exclusivement composé de 
savants qui sont chefs du service météorologique de tout un pays. Ce Comité inter- 
national a un bureau, formé d'un président et d'un secrétaire. Le président actuel 
est M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique de France, et le secré- 
taire M. Hildebrandsson, directeur de l'observatoire météorologique d'Upsal et du 
Service météorologique de Suède. Lors du décès ou de la démission d'un de ses 
membres, le Comité international se complète par cooptation. Il a qualité pour 
convoquer la Conférence des directeurs, et pour choisir, parmi les membres de celte 
conférence, des commissions internationales chargées de missions scientifiques 
définies. Le Comité international a une existence permanente, dans l'intervalle des 
sessions de la Conférence des directeurs, de laquelle il tient ses pouvoirs. La 
dernière Conférence des directeurs, réunie à Paris en 1896, avait élu le Comité dont 
les pouvoirs expiraient en 1905. A défaut d'autre motif, il était nécessaire de réunir 
en 1905 une Conférence des directeurs pour réélire le Comité international. 

Dans l'intervalle de ces neuf années, un congrès météorologique s'est bien tenu 
à Paris en 1900, mais c'était un Congrès ouvert à tous et non une conférence 
fermée; il n'y avait pas eu de Conférence des directeurs depuis 1896. Cela n'avait 
point empêché le Comité international de se réunir trois fois, à Saint-Pétersbourg 
en 1899, h Paris en 1900, et à Southport en 1903. Les membres sortants du Comité 
ont été réélus par la Conférence d'Innsbruck dans la séance du 14 septembre 1905; 



126 B. BRUNHES. 

un membre du Comité, M. Billwiller, directeur du Service météorologique de 
Suisse, étant décédé, on a élu à sa place M. Nakamura, directeur du Service météo 
rologique du Japon. 

Les Conférences des directeurs ont pour but principal, suivant la formule pro- 
posée par Wild à la Conférence de Munich en 1891, « de discuter des questîops 
concrètes, se mettre d'accord sur les méthodes d'observation et de calcul, ou bien 
entreprendre des travaux communs ». 

Plusieurs de ces travaux communs ont été confiés à des commissions spéciales, 
choisies parmi les membres de la Conférence des directeurs, par le Comité interna- 
tional dont elles sont une émanation. Comme ce Comité, les Commissions ont une 
existence permanente dans Tintervalle des sessions : leurs pouvoirs expirent en 
môme temps que ceux du Comité lui-même. 

A Munich, en 1891, le Comité avait nommé une Covunission des nua^e^, présidée 
par M. Hildebrandsson, et chargée de publier un atlas international des nuages, et 
aussi de diriger des observations et des mesures de nuages dans les divers pays 
pendant une année. Cette commission a terminé les travaux dont elle avait été 
chargée : elle a été déclarée dissoute. 

L'atlas des nuages a été publié en 1896 par MM. Hildebrandsson, Riggenbach et 
Teisserenc de Bort. Les observations internationales de nuages ont été faites dans 
un grand nombre do stations, du 1" mai 1896 à la fin de 1897, selon le plan fixé 
par la Commission des nuages dans une réunion qui eut lieu à Upsal en 1894. Le 
travail de dépouillement de ces observations a été surtout l'œuvre de xM. Hilde- 
brandsson, qui en a donné les résultats principaux dans le grand ouvrage publié 
par lui en collaboration avec M. Teisserenc de Bort. sur « les bases de la météoro- 
logie dynamique ». 

A la Conférence de Paris en 1896, le Comité avait constitué Irois autres commis- 
sions, dont les pouvoirs ont été renouvelés à Innsbruck en 1905, sauf quelques 
changements dans leur composition. 

L'une d'elles est la Commission aéronautique, qui a pour président M. Hergesell, 
et qui est chargée d'organiser des ascensions simultanées de ballons et de cerfs- 
volants en diverses stations. Elle a, notamment, adopté comme règle, de faire faire, 
le premier jeudi de chaque mois, une ascension dans tous les observatoires munis 
de l'outillage nécessaire. 

La Commission de magnétisme terrestre, qui a pour objet de coordonner les 
observations magnétiques aux divers points du globe, avait pour président, de 1896 
à 1905, sir Arthur Rùcker. Son président actuel est le général Rykatcheff. Afin de 
donner plus de cohésion et de continuité aux travaux de la Commission magnétique, 
il a été décidé, à Innsbruck, qu'elle élirait un bureau permanent, chargé de se tenir 
en rapports réguliers avec tous les mçmbres. Le secrétaire de ce bureau est 
M. Schmidt, directeur de l'observatoire magnétique de Potsdam. 

Enfin, la Commission de la radiation solaire, que présidait M. Violle, et qui sera 
désormais présidée par M. Angstrôm, s'occupera de promouvoir des mesures de la 



LA CONFÉRENCE MÉTÉOROLOGIQUE D'INNSBUUCK. 127 

radiation solaire en des stations nouvelles et de coordonner les mesures faites dans 
les stations actuellement outillées. 

Le Comité international avait, enfin, constitué une cinquième commission, qui a 
eu deux réunions, Tune à Cambridge en 1904, l'autre à Innsbruck en 1905. C*est la 
(Commission solaire, que préside sir Norman Lockyer. Cette commission a pour 
objet I étude des relations entre la météorologie et l'astrophysique. Elle se propose 
Je signaler aux météorologistes les recherches dont l'astronomie physique révèle 
rinlérèt, et réciproquement d'appeler l'attention des savants qui s'occupent d'astro- 
nomie solaire sur les problèmes que pose la météorologie. Elle a fait des démarches 
[K)ur rétablissement de stations météorologiques dans le nord de la Sibérie et dans 
un certain nombre d'îles pour lesquels on n'a encore aucune donnée. 

Les rapports réciproques de la Conférence des directeurs, du Comité interna- 
tional et des Commissions sont réglés par des traditions et des habitudes prises, 
plutôt que par un règlement organique. Et, lorsqu'une circonstance nouvelle se 
présente, il y a parfois quelque incertitude et quelque hésitation sur la ligne de 
conduite à tenir. Aussi, M. Hellmann, directeur du Service météorologique de Prusse, 
a- 1 il proposé, d'accord avec plusieurs de ses collègues, 1 élaboration d'un règlement qui 
serait soumis à la prochaine Conférence des directeurs. La discussion qui a précédé le 
vole de sa proposition, adoptée par la Conférence, n'a pas été sans intérêt pour qui- 
conque recueille avec curiosité les indices révélateurs de l'état d'esprit des divers 
|»euples. Les Allemands qui ont pris part à la discussion, M. von Bezold, M. Kôppen, 
«le la Deutsche Seeivarte, M. Hellmann lui-même, malgré quelques divergences de 
détails, mettaient la même insistance à demander qu'avant tout l'on tînt compte 
«lu développement historique (historische Entwicklung) des organisations météo- 
rologiques internationales. Quand on pense qu'il s'agit d'institutions qui datent de 
trente ans à peine, on est frappé que la place que tient ce souci de la tradition et de 
la continuité « historique » dans les milieux intellectuels allemands, — alors que 
Tcsprit français obéit si volontiers à la tentation d élaborer a priori, sans nul souci 
du passé, le règlement le plus théoriquement parfait et le plus logique. 

Quarante questions exactement étaient soumises aux délibérations de la Confé- 
rence d'innsbruck; quelques-unes ont été écartées comme d'ordre exclusivement 
théorique, d'autres ont été déclarées de la compétence du Comité international; les 
autres ont donné lieu, soit à des vœux, soit à des décisions fermes. Toutes ces ques- 
tions, imprimées d'avance, avaient été envoyées à chacun des membres de la 
t^onférence, et plusieurs d'entre elles avaient fait l'objet de rapports imprimés, 
étralement distribués d'avance. Dans la dernière séance, enfin, quelques membres 
«h» la Conférence ont été admis à faire à leurs collègues des communications rela- 
li%*es à leurs recherches, mais il était bien entendu que ces communications sur des 
sujets ne figurant pas au programme ne pouvaient donner lieu à aucune discussion. 
r, e>t ainsi que M. Hergesell, d'une part, MM. Teisserenc de Bort et Rotch, d'autre 
part, ont exposé les résultats de leurs sondages aériens dans la région du contre- 
oliié. Nous reviendrons sur cette importante question. 

La continuité des obser\'ations et la publication des renseignements du présent 



1-28 B. BnUNHES. 

OU du passe sur les pljcnomènes météorologiques anormaux, tels que sécheresses, 
inondations, ont fait Tobjet de deux résolutions. 

M. Hellmann insistait sur l'intérêt que présenteraient les séries un peu longues 
d'observations faites exactement dans les mêmes conditions, sans introduction 
d'appareils nouveaux et sans changements dans l'entourage de la station. M. von 
Bezold observe que ce sont surtout les stations « sur les montagnes et dans les 
monastères » qui sont propres à devenir des « stations séculaires ». La conférence 
s'est associée à leur vœu en faveur de l'établissement de semblables « stations 
séculaires », en môme temps qu'elle exprimait le vœu que les anciennes séries 
d'observations fussent dépouillées et publiées. 

Sur la proposition de M. Lauda, du Bureau hydrographique impérial et royal 
d'Autriche, on a voté que : 

1. Los instituts météorologiques sont invités à étudier les pluies excessivement 
abondantes et embrassant une étendue considérable, tant déjà survenues que pou- 
vant survenir dans les régions affectées à leur inspection. 

2. Il est reconnu utile de rechercher dans les documents historiques des divers 
pays les renseignements sur les phénomènes météorologiques anormaux, tels que 
les inondations, les sécheresses, les hivers particulièrement rigoureux, etc. La 
Conférence estime que les travaux de ce genre pourraient convenablement consti- 
tuer le sujet d'un concours dans une des Académies. 

La Conférence a invité tous les observatoires à ajouter, chaque jour, aux obser- 
vations et remarques diverses portées sur les registres une note spéciale donnant 
une courte description du temps qu'il a fait dans la journée. 

Une question a donné lieu à de longs débats en commission, et à la constitution 
d'une nouvelle Commission spéciale, c'est la question des grains, qui a été proposée 
aux délibérations de la Conférence par un météorologiste français, M. Durand-Gré- 
ville. 

Si l'on discute la carte du temps d'une journée orageuse d'été, et si l'on réunit 
par une ligne continue tracée sur la carte les points où l'orage a éclaté au même 
instant, on définit ainsi une ligne qui va se déployant régulièrement sur la carte, de 
l'ouest à l'est, balaijaut dans sa marche toute la surface du continent européen. Cette 
ligne est la « ligne de grain ». Aux points où l'orage éclate, et au début de l'orage, 
il se passe toujours certains phénomènes dont les plus constants sont le change- 
ment de direction et l'augmentation brusque de la force du vent, et une hausse 
brusque du baromètre précédée d'une baisse plus lente : la courbe du baromètre 
enregistreur présente le « crochet d'orage» caractéristique. L'attention de M. Durand- 
Gréville s'est portée sur le fait suivant : en certains points d'une ligne de grain 
donnée, il y a orage, et orage éclatant au même moment pour les points qui sont 
sur une même ligne, mais il y a des points de la ligne où il n'y a pas d'orage du 
tout. Seulement, en ces points, on retrouve, comme aux points où a éclaté l'orage, 
le crochet barométrique et la saule de vont caractéristiques. Ceci conduit à regarder 
\c grain, consistant essentiellement dans la variation brusque du vent, et dans le 
crochet barométrique, comme le phénomène fondamental, et l'orage comme un 



LA CONFÉRENCE MÉTÉOROLOGIQUE D'INNSBRUCK. 120 

phénomène secondaire, qui est déterminé par le passage de la ligne de grain, aux 
points où les conditions nécessaires à la production de l'orage sont réalisées. Et 
ceci permet de rattacher l'étude de la formation des orages h celle de la genèse et de 
la marche des lignes de grains en général. Cette dernière étude, inaugurée par Clé- 
ment Ley à la suite du naufrage de VEurt/dice (24 mars 1878), est marquée dans la 
science par les recherches classiques d'Abercromby, et par les travaux de M. Kôppen 
et de M. Durand Gréville. Une étude très minutieuse des lignes de grain a convaincu 
M. Durand Gréville que bien des dépressions dites secondaires et qu'on figure sou- 
vent sur les cartes d'isobares des bulletins météorologiques par une série de courbes 
concentriques à peu près circulaires, ne sont que l'extrémité d'une ligne de grain, 
et ne comportent pas d'isobare fermée. Une ligne de grain part d'une dépression 
principale, qui l'entraîne dans son mouvement général d'ouest à l'est; de plus 
cotle ligne est, en général, animée d'un mouvement de rotation autour du centre de 
la dépression. Une organisation télégraphique appropriée permettrait de prévoir 
avec une extrême précision le passage d'une ligne de grain, déjà existante, sur telle 
ou telle station située plus à Test, et par suite le passage d'un coup de vent, entraî- 
nant, suivant les cas, tempête, orage ou tornade. 

Mais, pour apercevoir l'existence d'une ligne de grain en une carte d'isobares, il est 
nécessaire de tracer les lignes isobares avec plus de détail qu'on ne le fait d'ordinaire. 
On a l'habitude de tracer les isobares de 5 en 5 millimètres : comme le crochet baro- 
métrique dépasse rarement 2 millimètres, la ligne de grain disparaît sur les cartes. 
Au contraire, sur des cartes oîi les isobares sont tracées par millimètres, on aperçoit 
immédiatement des lignes suivant lesquelles toutes les isobares présentent un 
double coude brusque ; ce sont les lignes de grain. 

La construction de ces cartes d'isobares par millimètre présente naturellement 
ijuclque diffîculté. Elle suppose une précision dans les mesures de pression et dans 
leur réduction au niveau de la mer, sur laquelle on ne peut pas toujours compter. 
il n'en est pas moins vrai qu'en général, les observations, telles qu'elles sont, suf- 
fisent à accuser dans toutes les isobares le double coude caractéristique, lorsqu'il 
passe une ligne de grain sur le continent, et à permettre le tracé de cette ligne. 

La commission chargée d'étudier les propositions de M. Durand-Grévillc a 
proposé à la Conférence les résolutions suivantes, qui ont été ratifiées : 

1. On confie la question de l'étude des grains à MM. Durand-Gréville, Hilde- 
brandsson et Shaw. 

2. Les instituts météorologiques, y compris les stations aéronautiques, sont 
invités à envoyer à ces messieurs, sur leur demande, pour un certain nombre de 
jours, environ dix par an, les observations indispensables pour la construction des 
cartes exactes d'isobares, de millimètre en millimètre, avec les originaux ou des 
copies photographiques, des diagrammes de pression, température et vent, pour 
l'étude des phénomènes de grains. 

3. U est désirable que les observatoires possédant de grands enregistreurs publient 
une liste des perturbations principales qui ont passé sur la station et autant que 
possible les diagrammes, comme le pratiquent l'observatoire de Magdebourg et 
l'Institut météorologique de Saxe. 

La OiOQRAPHtB. — T. XIII, 1906. 9 



130 B. BRITNHES. 

Par ces décisions, la Conférence a consacré l'importance des travaux poursuivis 
depuis vingt ans par M. Durand Gréville sur la loi des grains. 

Rien ne prête à plus de confusions que les dénominations par lesquelles on a 
coutume d'indiquer des sens de rotation : rotation de vents, rotation de tourbillons. 
M. Claxton ayant remarqué que les marins de langue anglaise ne sont pas tous 
d'accord sur l'emploi des mots (( backing» et « veering » appliqués aux changements 
survenus dans la direction du vent, surtout dans l'hémisphère sud, a fait de la défi- 
nition de ces mots l'objet d'une question 37. Le mot « veering » est toujours 
appliqué, dans l'hémisphère nord, à la rotation du vont de Test à l'ouest par le 
sud, dans le sens où marche le soleil : c'est la marche normale dans nos pays, 
conformément à la loi de Dove. Dans l'hémisphère sud, certains marins appliquent le 
mot « veering » à la rotation des vents, dans le sens du soleil, c'est-à-dire, en ce 
cas, de l'est à l'ouest par le nord, tandis que d'autres continuent à appliquer le 
même terme à la rotation d'est à l'ouest par le sud. 

La résolution suivante, qui a l'avantage d'avoir une portée plus générale que la 
question poâée, a été proposée par MM. Algue, Brunhes, Fineman, Froc, Kesslitz, 
Kôppen, Mazelle, Shaw, Silvado; elle a été adoptée par la Conférence : 

<( Les météorologistes sont priés d'employer sur l'hémisphère sud comme sur 
l'hémisphère nord, le mot « backing », sans avoir égard aux autres phénomènes du 
temps, exclusivement pour le changement de vent qui se produit à l'endroit de 
l'observation (ou sur un navire) dans le sens ouest-sud-est-nord, ou en sens inverse 
du mouvement des aiguilles d'une montre, et le mot « veering » pour le changement 
contraire dans le sens ouest-nord-est- sud dans le sens des aiguilles d'une montre. 
On est prié d'employer les mots analogues des autres langues de la manière 
indiquée. 

« En outre, la Conférence invite les auteurs à définir toujours explicitement dans 
leurs travaux, dans quel sens ils emploient des mots tels que « dextrorsum m et 
« sinistrosum » ou tous autres analogues, qui pourraient créer une confusion. » 

Au même ordre d'idées se rapporte la question 40 : « La Conférence ne pourrait- 
elle pas appeler l'attention des météorologistes sur l'examen des petits tourbillons 
aériens (tourbillons de poussière, de feuilles sèches, de fourmis, etc.), ayant 
seulement quelques mètres ou quelques décimètres de diamètre? Il y aurait lieu 
d'inviter les météorologistes à faire pour ces petits tourbillons aériens un travail 
analogue à celui que le professeur Jean Brunhes, de Fribourg (Suisse) et ses élèves 
poursuivent sur les tourbillons d'eaux courantes, c'est-à-dire noter avec soin : le 
sens de leur rotation, en indiquant s'il n'y a pas une cause locale qui impose un 
sens de rotation déterminé à l'exclusion de l'autre; 2"" la durée moyenne de rotation; 
3" si le tourbillon est entraîné dans un courant aérien, la vitesse d'entraînement ». 

Après une discussion à laquelle prennent par MM. Shaw, Rykatchew, B. Brunhes, 
Lyons et Angot, la résolution suivante est adoptée : 

« La Conférence exprime l'intérêt qu'elle a pris aux explications fournies par 
M. Brunhes et recommande l'observation des petits tourbillons, notamment dans 
l'hémisphère sud. » 



LA CONFÉRENCE MÉTÉOROLOGIQUE D'INNSBRUCK. 131 

Il nous avait paru spécialement intéressant de soulever la question en présence 
d'un météorologiste de rhémisphère sud; si, en effet, les délégués de l'Australie et du 
Cap n avaient pu venir à la Conférence, du moins comptions-nous dans nos rangs 
le chef du service météorologique du Brésil, M. Silvado, officier de la marine brési- 
lienne, qui s'occupe avec le zèle le plus actif du perfectionnement du service météo- 
rologique dans son pays, et de la construction de la carte magnétique du Brésil. 

L'Extrême-Orient était représenté par deux Jésuites : le P. Aiguë, directeur de 
l'observatoire de Manille, et le P. Froc, directeur de l'observatoire de Zi-ka-wei. Ce 
dernier a donné des renseignements très circonstanciés sur l'organisation des obser- 
vations météorologiques dans le service des douanes chinoises. Cette organisation 
est entièrement Tœuvre des religieux français qui ont fondé et qui dirigent l'admi- 
rable observatoire de Zi-ka-weï. Le P. Froc a dit également quelques mots du service 
météorologique de Tlndo-Chine française, dont l'organisation est due à l'initiative 
de M. Doumer, et qui est actuellement confié à la direction active et éclairée de 
.M. Ferra. En Indo-Chine, comme en Chine, on a trouvé, auprès des compagnies 
télégraphiques, le plus généreux concours. La Conférence a tenu à reconnaître ces 
services en votant la résolution suivante : 

« La Conférence tient à témoigner combien elle apprécie les services rendus à la 
science météorologique, et aux navigateurs, en Extrême-Orient, par la transmission 
gratuite des télégrammes, généreusement acceptée, depuis de longues années, par 
les compagnies du Great Northern Telegraph, du Eastern Extension of Australasia 
Télégraphe la compagnie des Télégraphes chinois, et plus récemment par la compa- 
gnie des Télégraphes allemands. » 

Deux nouveaux observatoires ont été récemment créés : l'un à Tortosa (Espagne), 
consacré à la physique solaire et à la météorologie, est dirigé par le P. Ciri*era, 
antérieurement chargé du service magnétique à l'observatoire de Manille; l'autre 
est un observatoire aérodynamique fondé à Koutschina, près de Moscou, destiné à 
lexpioration de l'atmosphère par ballons et cerfs-volants ; le général Rykatcheff a 
donné quelques détails sur cet institut, dont le propriétaire M. Riabouchinsky a fait 
tous les frais (100 000 roubles), en même temps qu'il assure l'entretien de l'établis- 
sament pour lequel il verse un budget annuel de 36 000 roubles. 

Le D' Polis, directeur de l'observatoire d'Aix-la-Chapelle, qui avait établi de très 
intéressantes cartes climatologiques et pluviométriques de la Prusse rhénane, n 
indiqué quelles tentatives il avait faites pour provoquer l'organisation d'un service 
météorologique dans le Grand-Duché de Luxembourg. Il y a là une lacune regret- 
table, et la Conférence a voté, à la demande de M. Polis, une résolution en faveur 
de Torganisation d'un réseau de stations météorologiques dans le Luxembourg. 

A la dernière séance générale, le 13 septembre, MM. Tcisserenc de Bort et Rotch 
ont exposé les résultats des sondages aériens qu'ils ont pratiqués au cours d'une cam- 
pagne récente dans la région des alizés et des calmes équatoriaux de l'Atlantique nord. 

M. Hergesell, de Strasbourg, a exposé à son tour les résultats qu'il a obtenus 
dans l'Atlantique nord et dans la Méditerranée avec des ballons-sondes et des cerfs- 



132 B. BRUNHKS. 

volants au cours de plusieurs campagnes à bord du yacht du prince de Monaco. 

M. Hergesell avait conclu de sondages aériens, effectués en 1904 sur la Princesse- 
Alice, que le contre-alizé jusqu'ici admis ne se trouvait pas dans la région de 
l'Atlantique qui est au nord des régions tropicales, et que les vents du sud-ouest 
observés si souvent au Pic de Ténérîffe devaient être dus à des influences locales. 
Il admettait que le retour de Tair entraîné par Talizé se faisait par un courant de 
nord-ouest. 

MM. Rotch et Teisserenc de Sort ont fait cette année même une série de sondages 
par ballons dans la région de Madère, et dans celle de Ténériffe et du cap Vert. Les 
ballons ont été visés suivant la méthode employée à Trappes, et leur trajectoire a 
pu être exactement déterminée par triangulation. 

Voici quelques uns des résultats obtenus dans la région des vrais alizés. 

7 juillet. Ténériffe Venl du nord-est jusqu'à 400 mètres; nord-ouest jusqu'à 

3 500; ouest-sud-ouest au-dessus, jusqu'à 7 500. 

10 août Nord-est jusqu'à 3 100; est-sud-est et sud jusqu'à 5 300; 

sud-sud-ouest au-dessus, jusqu'à 5 880. 

13 août. En mer, près l'île Palma. Nord-est jusqu'à 2 600; nord-ouest jusqu'à 3 400; ouesl- 

sud-ouest, de 3 400 à 4 200; sud-ouest au-dessus, 
jusqu'à nOO. 

17 juillet. S t- Vin cent, Cap Vert. Nord-est jusqu'à 3 400; variable jusqu'à 5 100; sud-sud- 
est à sud-est au-dessus, jusqu'à 10 900 mètres. 

29 juillet Nord-est jusqu'à 600; variable et nord-ouest jusqu'à 

1 900; sud-ouest et sud-sud-ouest jusqu'à 7 500; est- 
sud-est et nord-est jusqu'à il 700; sud fort au-dessus, 
jusqu'à 13 600 mètres. 

On voit que les vents qui vont vers Téquateur sont de nord à est dans les régions 
basses, et de nord-ouest à nord-est au-dessus d'un millier de mètres. 

Au nord de Madère, et vers les Açores, les vents supérieurs sont surtout d'ouest 
et de nord-ouest, cette région étant ordinairement au nord du maximum baromé- 
trique de l'océan, et en dehors de la zone des alizés. 

Les courants de retour de l'équateur se traduisent par des vents à composantes 
sud, généralement sud-ouest à la latitude des Canaries, sud-est vers le Cap Vert, 
accusant ainsi l'effet de la rotation terrestre. 

La conclusion est que le contre-alizé, tel qu'il est admis par les météorologistes, 
existe réellement. 

M. Hergesell est porté à attribuer les résultats obtenus à l'influence du voisinage 
du continent africain. Il a opéré en pleine mer dans la partie la plus au sud de la 
région qui est soumise au régime de l'alizé, entre 26*' et 38** de Lat. N., entre 10^ et 
42** de Long. 0. de Greenwich. 

Il a retrouvé les trois couches précédemment décrites par lui : première couche 
chaude et humide, de Oà 1 300 mètres environ, à vent de nord-est (alizé); deuxième 
couche de 4 300 à 3 500 mètres, chaude encore, mais de plus en plus sèche, avec 
vent à composante nord (nord-ouest à nord-est) ; troisième couche, enfin, atteignant 
10000 et 12 000 mètres, avec vent d'entre nord et ouest, vent descendant et retour- 



LA CONFÉRENCE MÉTÉOROLOGIQUE D'iNNSBRUCK. 133 

nant vers l'équatcur. Au-dessus de cette troisième couche, on ne trouve plus que la 
couche isotherme découverte par Teisserenc de Bort au-dessus de l'Europe à une 
altitude variant entre 10 et 14 kilomètres; Hergesell en a démontré Texistence au- 
dessus de Tocéan, à 12 900 mètres (2 août i905). On n*a trouvé qu*une seule fois 
des courants venant du sud à l'altitude de 2000 mètres. Et en général, loin des 
côtes, à la latitude des Canaries, les vents supérieurs réguliers du sud-ouest qui 
correspondraient au contre-alizé n'ont pas été retrouvés. 

M. Hergesell conclut des différences entre ses propres résultats et les résultats 
absolument nets de MM. Lawrence Rotch et Teisserenc de Bort, que a les idées 
reçues sur la circulation dans les régions tropicales demandent à être revues )), 
que le chemin suivi par les courants qui ramènent l'air de l'équateur parait 
cire moins simple qu'on ne l'avait admis, et semble dépendre de la répartition des 
continents et des océans. 

La Conférence d'Innsbruck, sans rechercher les causes de la divergence des 
résultats obtenus, s'associe au vœu de M. von Bezold, qui propose de remercier d'une 
part le prince de Monaco qui a fait les frais de l'expédition de M. Hergesell, d'autre 
part MM. Teisserenc de Bort et Rotch qui ont fait les frais de la leur. 

Dans son discours d'ouverture de la Conférence, M. Hann, nommé président 
d'honneur, avait eu soin de rappeler quels sont les problèmes les plus importants 
de la météorologie moderne. Depuis 1872, époque du premier congrès météorologique 
international, tenu à Leipzig, les cerfs-volants et les ballons-sondes sont venus 
nous apporter des données tout à fait inattendues sur la haute atmosphère, reléguant 
un peu au second plan les stations de montagne. Si ces dernières n'ont pas réalisé 
les esptTances excessives qu'on avait fondées sur elles au point de vue de la prévi- 
sion du temps, du moins nous donnent-elles un élément essentiel que les 
observations en cerfs-volants et ballons-sondes sont impuissantes à donner, à 
savoir renregiï»trement continu des données météorologiques, ou, comme le dit très 
justement Hann, « l'histoire » du temps dans les hautes régions de l'atmosphère. 

Mais ce qui paraît aujourd'hui le problème capital, et tout à la fois le plus obscur, 
de la météorologie, c'est celui de la variation périodique des éléments météorolo- 
giques et de leur relation avec l'activité solaire. L'expédition antarctique britan- 
nique a observé le recul des glaciers qui entourent le pôle Sud ; les glaciers arctiques, 
les glaciers alpins sont en retrait. L'Afrique et l'Asie centrale se dessèchent. Est-ce 
un reflux qui sera suivi d'un nouveau flux? Est-ce un recul définitif? A quels phé- 
nomènes météorologiques se rattache le phénomène géographique, et comment les 
faits météorologiques eux-mêmes dépendent ils des faits astronomiques? Tel est le 
grand problème, dont la solution, qui intéresse à un si haut degré l'avenir de 
l'homme sur la terre, ne pourra être obtenue qu'au prix de longues années de colla- 
boration active entre hommes de bonne volonté de tous les pays> et entre savants 
adonnés à des recherches spéciales dans des sciences diverses, physique, astro- 
nomie, géographie, qui doivent être plus que jamais soucieux de coordonner leurs 
efforts. Bernard Brunoes. 



La position géographique d'EI Oued 



Sous le titre de La position géographique d'El Oued (Souf) notre collègue M. Paul Pelet 
a publié, dans La Géographie (XII, 1, 15 juillet 1903, p. 29), un mémoire concluant aune 
erreur d'environ 41 573 mètres dans la position de ce point telle qu'elle est indiquée par 
la 800 000' édition de 1895. 

A ce sujet le Sei-vice géographique de l'Armée a adressé à la Société de Géographie 
une note qui se trouve résumée dans le fascicule précédent de La Géographie (XIII, 1, p. 40). 

A propos de cette dernière note, notre collègue M. Paul Pelet nous fait parvenir les 
observations suivantes : 

Il faut savoir gré au Service géographique de TArmée * d'avoir bien voulu prêter 
quelque attention à Texanaen critique de la position géographique d'El Oued inséré 
dans La Géographie (XII, n^ 1, 15 juillet 1905, page 29). 

J'avais été amené à conclure que rien ne peut justifier l'adoption par le Service 
géographique, en 1895, pour sa correction du 800000*, de la longitude observée en 
ce point par Duvcyrier, à savoir : 

4° 57' 20" 

longitude donnée par Tauteur dans son texte, mais explicitement rejetée par l'obser- 
vateur lui-même pour la construction de sa propre carte. Les itinéraires des voya- 
geurs qui ont visité le Souf, et la triangulation opérée par M. P. Bayol entre Toug- 
gourt, El Oued et Nefta*, conflrment cette conclusion. 

De l'examen auquel il vient de se livrer, le Service géographique de TArmée 
conclut à son tour : 

« Parmi les différentes déterminations citées par M. Pelet, on remarquera que 
d'après les coordonnées « textuelles » résultant des observations de Duveyrier, on a : 
'i«32'30'. 

« D'autre part, la valeur adoptée pour le 800000' du Service géographique (1895) 
est: 4^32' 30". 

(( Dans ces conditions, il paraît permis d'affirmer : que la triangulation de 
M. Bayol ne ruine pas définitivement la longitude observée à El Oued par Duveyrier, 
comme le pense M. Pelet; que jusqu'à plus ample informé la valeur admise par le 

1. A propos de la position géographique d^ El Oued, in La Géographie , xui, n" 1, 15 janvier 1906, 
p. 40. 

2. Tracé de la ligne télégraphique de Touggourt à Nefta par El Oued, 1897-1898. 1 : 400 000% 
La Géographie^ xii, planche 1. 



LA POSITION GÊOGnAPHIQUE D'EL OUED 135 

Service géographique (4° 32' 30"), qui résulte d'une élude critique des résultats 
fournis par les voyageurs, paraît approchée à 1 ou 2 kilomètres, et que dès lors 
Terreur commise sur le 800 000" (1895) n'est certainement pas d'environ 
i2 573 mètres. » 

11 importe de faire remarquer : 

1® que la longitude « textuelle » résultant des observations de Duveyrier est celle 
que j'ai rappelée plus haut (4** 57' 20"), et nullement celle que lui attribuent les lignes 
qui précèdent; 

2** qu'en revenant à la valeur 4** 32' 30", le Service géographique rejette, con- 
damne avec moi et consomme la ruine définitive de l'observation de Duvcyricf :. 
il désavoue, en effet, la correction qu'il avait fait subir à la position d*El Oued dans 
le 800000- de 1893. 

Cette position ne sera certaine qu'après la détermination qui en sera faite par 
nos géodésiens. Mais, en attendant, il faut souhaiter que le Service géographique de 
rArmée puisse, du moins, nous donner sans retard une édition revisée du 800000* 
conforme à l'étude critique qu'il vient de faire et aux indications topographiques 
précises et nouvelles résultant des levés de M. Bayol. 

pAtL Pelet. 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE 

EUROPE 

^appauvrissement des sources dans les pays de plaines du nord de la France. 
— Depuis longtemps déjà, les géographes et les géologues observent, en maintes 
régions de la France, la diminution du débit des sources. Dans les pays montagneux 
où ce phénomène a pris les proportions d'un ficau, on attribue la cause du mal au 
déboisement et à la disparition du tapis végétal. Dans les pays de plaines, et en 
particulier dans les plaines crayeuses du nord de la France, la question parait plus 
complexe, et il semble qu'on puisse admettre l'action simultanée de plusieurs causes, 
les unes naturelles comme la diminution des pluies et Térosion interne du sol, les 
autres artificielles, comme les forages industriels, les déboisements et la suppression 
des jachères. 

Pour M. Gosselet ', les causes de Tappauvrissement des sources sont essentielle- 
ment météorologiques. 11 constate que le niveau de la nappe aquifère d'Emmerin, 
dont les eaux alimentent la ville de Lille, ont subi durant ces vingt dernières années 
un abaissement marqué et traversé des périodes d'étiagc fréquentes et prolongées. 
D'un autre côté, une étude de la pluviosité a Lille l'amène à observer que la moyenne 
des pluies d'hiver qui, de 1870 à 1885 avait atteint 330 millimètres par an, s'est abaissée 
à 260 millimètres pour la période 1886-1904 : de là cette conclusion que le moindre 
débit des sources est un effet de la diminution des pluies. L'allure des eaux de la 
Somme pendant la même période conduit à la môme conclusion : les basses eaux 
exceptionnelles de cette rivière en 1902-1903 étaient en relation avec une période de 
sécheresse durant depuis 1896 et remarquable par la pauvreté des chutes de neige 
et des pluies d'hiver; de même, les inondations de 1873 et de 1879 provenaient de 
labondance des pluies pendant la période 1870-1885. Ces constatations confirment 
simplement le fait bien conçu que le débit des sources et des cours d eau est fonc- 
tion de la quantité des pluies qui tombe; elles confirment aussi la loi classique de 
Belgrand que les pluies d'hiver presque seules profitent aux cours d'eau. Mais elles 
n'expliquent que la diminution du débit correspondant à la diminution passagère 
des précipitations. Elles ne font pas comprendre pourquoi, par exemple, durant une 
sécheresse plus forte encore (0 m. 46 de pluie annuelle de 1793 à 1798 au lieu de 
m. 53 de 1895 à 1902) ^ on n'a pas observé l'appauvrissement des sources. La 

i. Gosselet, Essai de comparaison entre les pluies et les niveaux de certaines nappes aquifères 
du Sord de la France, in Ann, Soc. Géol. Nord, XXXIV, 1905, p. 162-189. 

2. Communication faite par M. Houllier & la Société géologique du Nord en décembre 1905. 



EUROPE. 43T 

cause météorologique ne suffit pas; c*est une cause passagère, tout au plus pério* 
dique, et non pas permanente. 

L'ampleur étonnante que prend le phénomène de l'appauvrissement des sources 
dans les pays de craie permet de penser que la nature de la roche n'y est pas étran- 
gère. La craie est soumise à un travail souterrain de désagrégation et d*érosion; on 
calcule qu'une source d'un débit moyen de 500 mètres cubes à l'heure et dont l'eau 
contient, en moyenne, par litre gr. 50 de carbonate de chaux enlève aux terrains 
traversés plus de 1 000 tonnes, soit environ 500 mètres cubes de craie par an *. De 
cette extraction continuelle résultent des vides dans la roche qui supporte les eaux ; 
de vide en vide, de fissure en fissure, ces eaux descendent peu à peu, et la surface 
hydrostatique occupe des niveaux de moins en moins élevés : ainsi peut diminuer 
et même sëteindre le débit des sources. L'esprit ne peut guère échapper à la néces- 
sité de cette action profonde pour expliquer, au moins en partie, la généralité de ce 
phénomène qui n'a épargné aucune vallée. 

Mais il n'est pas douteux que des causes artificielles interviennent dans l'épui- 
sement des nappes aquifères. Les nappes sëpuisent par les forages industriels qui 
leur pompent d'énormes masses d'eau. A Nauroy (Aisne), depuis que la sucrerie est 
construite, les puits baissent au moment de la fabrication ; la commune réclame à la 
sucrerie une fontaine pour le quartier privé dëau. Depuis 1873, l'eau ne a source )> 
plus dans le Cojeul, à Boiry-Sainl Martin (Pas-de-Calais) : or, cette même année, 
fut construite la sucrerie de Boiry-SainteRictrude qui, pendant plusieurs mois, 
emploie 7 000 à 10000 hectolitres par jour. A Haucourt, près de Vitryen-Artois, ce 
sont encore les sucreries qui ont fait descendre de 300 mètres dans leur vallée les 
eaux du ruisseau. Enfin, le débit des sources de la Somme et des puits voisins 
baisse depuis l'établissement de la sucrerie d'Essigny ''. 

De toutes les actions humaines, le déboisement est peut-être la plus efficace sur 
Tappauvrissement des sources. Dans ces plaines fertiles d'où la culture intensive a. 
chassé presque tous les arbres, cette action ne s'exerce plus guère de nos jours : on 
reboise plutôt qu'on ne déboise. Mais à la fin du xvni" siècle et au début du xix* siècle,, 
tous les documents et toutes les traditions nous montrent que les forêts ont reculé 
partout, disparu souvent devant la charrue; accroissement de la population rurale, 
développement de la propriété paysanne, vulgarisation de nouvelles méthodes de- 
culture, introduction et extension des cultures industrielles, tout condamnait les 
arbres; il n'est pas d'année qui dans la moindre commune n'ait été marquée par le 
sacrifice de quelque bois. En fait, des témoignages précis mettent en relation des 
défrichements de bois et des disparitions de sources; l'assèchement des sources de 
la Bresle suivit vers 1840 le défrichement d'un grand bois situé sur Formerie (Oise) ;. 
le ruisseau d'Arriveaux descendit sa source d'un kilomètre vers Breuil (Somme) 
peu de temps après le défrichement du bois de Cressy, 1837; les derniers défriche- 
ments de la forêt d'Arrouaise ont été funestes à toutes les rivières qu'elle envoyait 
h la Somme et à l'Escaut. II est incontestable que le déboisement, en supprimant le 

1. Boursaull, Recherche des eaux potables et indus trie Ue s ^ Paris, Gaulhier-Villars, Hasson^ 
IWO, p. 117-118. 

2. Voir Deroangeon, La Plaine picarde, Paris, Colin, 1905, p. 135. 



138 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

tapis végétal, augmente les effets du ruissellement et appauvrit d'autant les nappes 
d'eau*. 

A ces causes de diminution, il faudrait, d'après M. Houllier, ajouter la suppres- 
sion des jachères*. D'après cette opinion, Tappauvrissement des sources qu'on 
attribue, dans les cas du déboisement, à une diminution du tapis végétal devrait 
être attribué, dans le cas de la suppression des jachères, à une augmentation de ce 
tapis végétal. Il rappelle que, d'après les travaux de Lawes, d'Haberlandt, 
d'Hellriegel, etc., une plante évapore un volume de 250 à 330 fois supérieur au poids 
des matières sèches qu'elle produit. « Cette évaporation formidable correspond, 
pour un champ de blé par exemple et pendant la durée de la végétation, à l'absorp- 
tion d'une tranche verticale de m. 08 à m. 20 d'eau et parfois davantage. » Dès 
lors l'augmentation du nombre des plantes, due à la suppression des jachères et à 
rintensité de l'exploitation agricole, correspond à une augmentation de consomma- 
tion d'eau; celle-ci correspond elle-même à une tranche verticale d'environ m. 04 
et, répartie sur toute l'année, à un débit de 7.100 m' par seconde : ce qui donne à 
peu près la diminution de débit observée sur la Somme depuis le début du 
XIX" siècle. 

On ne peut pas nier que l'évaporation par transpiration végétale doive diminuer 
la quantité d'eau que le sol tient en réserve : il faut seulement, surtout sur une 
étendue de pays assez grande, n'accorder qu'une voleur tout approximative aux 
calculs par lesquels on la mesure. Mais on peut se demander si l'influence de la 
suppression des jachères est aussi prépondérante que le pense l'auteur. D'abord, 
cette suppression agit aussi dans le sens opposé : en effet les labours, en ameu- 
blissant la terre, en déchirant sa surface durcie, la rendent plus perméable et favo- 
risent, tant que la végétation n'est pas assez puissante, c'est à-dire jusqu'en avril, 
l'infiltration de l'eau, c'est-à-dire Talimentation des sources. — En outre, si l'éva- 
poration par transpiration est si désastreuse pour les sources quand la terre est cou- 
verte de champs de blé, on ne comprend pas pourquoi elle serait moins désastreuse 
pour les sources quand la terre est couverte d'arbres, végétaux plus exigeants en 
eau : or l'observation courante montre que la forêt est une sauvegarde pour les 
sources. Enfin, l'auteur nous paraît, par des calculs où toute la réalité ne saurait 
tenir, beaucoup exagérer l'importance relative de l'évaporation végétale; il ne faut 
pas oublier que, dans ces plaines, les grandes pluies tombent en octobre et novem- 
vembre, c*est-à dire à une époque où les récoltes ont disparu du sol, où la tempéra- 
ture s'abaisse d'une moyenne de 15^,50 en septembre à 10^,64 en octobre, 5'*,37 en 
novembre^; tout est alors favorable à l'alimentation des sources, comment ne pas 
admettre alors que, à la faveur d'un sol de jour en jour plus ameubli par la culture, 
cette eau n'aille pas rejoindre plus facilement les nappes souterraines? On voit que 
le problème est fort complexe et que, dans l'état actuel delà question, il est difficile 



1. Voir Dtjmangeon, op. cil. p. 434-13o. 

2. Houllier, Sur la cause de l'appauvrissement des sources dans les régions de plaines^ in C. W. 
Acad. Sciences, CXL, p. 382-4 (6 février 1905). — Cf. Houllier, De Vinfluence des pluies estivales sur 
le débit des sources de plaines; Ibid.y CXLI, p. 9"2 (4 décembre 1905). 

3. Moyenne de Montdidier, 1784-1869. 



EUROPE. 139 

d*attribuer à Tune seule des causes que nous avons étudiées l'influence prépondé- 
rante dans Tappauvrissement des sources. 

A. Demangeon, 
Chargé de Coups à l'université de Lille (Nord). 

Les colonies de plantes méridionales dans le haut Dauphiné. — La région bota- 
nique méditerranéenne s'arrête en Dauphiné à Donzère (rive gauche du Rhône), ou 
à Vienne ou même à Tullinsdansia vallée de Tlsère, suivant que l'on choisit comme 
espèce caractéristique de son extension l'Olivier ou le €hêne vert. Mais, très loin en 
dehors de cette limite, se rencontrent des colonies de plantes méditerranéennes, dans 
le haut Dauphiné, en Savoie, dans le Jura, et jusque dans le Valais. Si dans ces trois 
dernières régions, ces associations de plantes méridionales ont été étudiées, il n'en est 
pas de même pour le département de l'Isère. Cette lacune dans la phytogéographie 
de la France vient très heureusement d'être comblée par MM. L. Vidal et J. Offner 
de la Faculté des Sciences de Grenoble*. 

Comme le montre la carte ci-jointe empruntée au mémoire publié par ces deux 
actifs botanistes et que la Société de Statistique et des Sciences naturelles de l'Isère 
veut bien nous communiquer, ces colonies sont groupées soit sur la bordure du 
massif de la Grande-Chartreuse autour de la vallée du Grésivaudan, soit dans le 
bassin du Drac. 

Dans la première de ces deux régions, ces associations végétales sont particuliè- 
rement abondantes sur le versant sud-ouest du massif, tandis qu'on les voit pro- 
gressivement diminuer sur les pentes tournées vers le sud-est et l'est. Le chaînon du 
Hachais qui termine, au-dessus de Grenoble, l'éperon méridional du relief de la 
Grande-Chartreuse renferme les plus riches de ces groupements. 

Sur la rive gauche de l'Isère, les colonies de ces plantes thermophiles forment 
une traînée continue le long du revers oriental du Vercors, ainsi que dans la vallée 
du Drac, avec des apophyses s'étendant jusqu'à la bordure du massif glacé du Pel- 
voux, entre le Bourg-d'Oisans et La Grave au nord, et de Corps à Saint-Firmin au 
sud. Sur la bordure du Vercors, cette végétation spéciale présente un caractère encore 
plus méridional qu'autour de la Grande-Chartreuse; c'est sur les pentes sud du 
Grand-Rochefort, monticule situé entre Pont-de-Claix et Varces que MM. Vidal et 
Offner ontob8er\'é l'association la plus nombreuse de plantes méditerranéennes ren- 
contrées jusqu'ici dans cette partie du Dauphiné. 

Ces colonies se rencontrent principalement sur les pentes exposées au sud, dans 
le voisinage des grandes vallées, et entre les cotes 250 et 600 mètres; quelques espèces 
toutefois dépassent cette altitude et montent jusqu'à 1 000 mètres et même davan- 
tage (i4/>At///aiifef monspe/tenm, lulipa Celsiana, Clypeola Jonthlaspi). Toutes sont 
localisées sur le calcaire. « Les sols calcaires s'échauffent aisément et emmagasinent 
beaucoup de chaleur; étant très perméables, ils laissent presque complètement à 
sec les parties souterraines des plantes, enfin ils rayonnent activement. » Ces pro- 
priétés, d'après MM. Vidal et Offner, compensent dans une certaine mesure les con- 

I. L. Vidal et J. OlTner, Les colonies de plantes méridionales des environs de Grenoble, in Bull, 
i^oc. Stai. et se, nat. de risère, 1905, 4* série, l. VHI, p. 505-564, avec une carie. 




FIG. 30. — CARTE MONTRANT LA DISTRIBUTION DES COLONIES DE PLANTES MÉRIDIONALES 
DANS LE HAUT DAUPUINÉ, DRESSÉE PAR MM. L. VIDAL ET J. OFFNER. 



EUROPE. 141 

dilions défavorables dans lesquelles se trouvent ces espèces vis-à-vis du climat, au 
point que certaines d entre elles, indifférentes dans le midi à la nature du sol, 
deviennent en Dauphiné exclusivement calcicoles. 

Enfin, il est vraisemblable que les localités dans lesquelles sont établies ces 
colonies jouissent d'un climat plus favorable que l'ensemble du pays. A la Tronche 
par exemple, située à 3 kilomètres de Grenoble, au pied de Téperon méridional de 
la Grande Chartreuse faisant saillie sur le Grésivaudan, localité où les associations 
méditerronéennes sont particulièrement abondantes, la température moyenne 
annuelle est de 0**,9 supérieure a celle de Grenoble (11°,3 au lieu de 10'»,6) et en 
toute saison Tair y demeure plus sec que dans la plaine (état annuel hygrométrique 
à la Tronche : 68,6 ^62, en été], à Grenoble : 80'). 

Ces associations végétales comprennent 101 espèces, dont le tiers appartient à 
la région de l'Olivier. Parmi les espèces les plus caractéristiques signalons : Procus 
versxcolor^ Orchis provmcialis, Osifris alba^ Euphorhia aerrala, Fumana Spachil, 
Linum sirictum^ Mcliiofus neapoliiana, Jasmmum fi^ulicans, Linaria origanifolia, 
Catananche cœrulea, le Pistachier Térébinthe, le Nerprun Alaterne, la Lavande 
\Lavandnla vera)^ un Genévrier des montagnes de TEspagne, de l'Algérie et de la 
(îrèce, le Juniperus ihurifcra, etc. 

Quelle est l'origine de ces colonies de plantes méridionales? MM. Vidal et 
Offner ne semblent pas éloignés d*attribuer leur présence ou concours de facteurs 
écologiques favorables, sans, toutefois, rejeter Thypothèse de Kerner qui considère 
ces associations sporadiques comme les témoins de l'extension de la flore méridio- 
nale sous rinfluence d'un climat plus chaud et plus sec ayant régné pendant le 
Quaternaire. 

Après la dernière extension glaciaire l'Atlantique nord et l'océan arctique d'Eu- 
rope eurent une température supérieure à celle régnant aujourd'hui, comme l'indique 
la présence de certaines espèces de mollusques sur les anciennes plages soulevées 
les plus voisinas du niveau actuel de la mer, en Norvège, au Spitsberg, à la Nou- 
velle Zemble, etc. Au Gr()nland,le docteur Engell a signalé un phénomène du mémo 
ordre également toujours d'après la présence d'espèces de mollusques aujourd'hui 
émigrés. Cette élévation de la température de la mer a déterminé naturellement un 
réchauffement des pays riverains et des régions situées au sud du cercle polaire. 
.Vprès l'épisode glocîaire, l'Europe occidentale aurait donc eu une température 
supérieure à celle régnant aujourd'hui. Charles Rabot. 

Les forces hydrauliques dans le Calvados, TEure et le Maine-et-Loire '. — 
M. Henri Bresson a étendu aux départements du Calvados et de l'Eure et à la partie 
nord du Maine-et-Loire, l'enquête qu'il poursuit depuis plusieurs années sur les 
ressources hydrauliques de la région normande. 

Le Calvados comprend six cours d'eau principaux : l'Orne (13 m', secondes 
en eaux moyennes), la Touques (5,3 m', secondes en eaux moyennes), la Dives 

1. Henri Bresson, Sote sur les ressources hydrauliques de la région normande j in Ministère de 
rA|?ricultare, Annales, Direclion de l'Hydraulique et des Aménagements agricoles, fascicule 30, 
Paris, 1904 (distribué à la (in de 1905). 



142 



MOUVEMENT GEOGRAPHIQUE. 



(4,8 m' secondes en eaux moyennes), la SeuUes (2 m* secondes), l'Aure (1,8 m' 
seconde), enfin la Vire dont le débit n'est pas donné par M. Bresson et qui est 
notamment plus élevé que celui de ces derniers cours d'eau *. La force utilisable 




fournie par les rivières du Calvados est évaluée à 9500 chevaux. En 1900 443 éta- 
blissements seulement avaient recours à la force hydraulique, contre 647 en 1897 
et 855 en 18G3. En revanche, depuis quelques années plusieurs établissements 

1. Ces débits sont ceux attribués pour les parties non navigables des cours d'eau. 



EUnOPE. 143 

hydro-électriques ont clé créés, la plupart dans la partie sud-ouest du département 
qui appartient au Bocage normand. Dans cette région accidentée, constituée par 
des terrains anciens imperméables, les rivières ont un cours rapide, notamment la 
Vire qui a presque les allures d'un torrent. Aussi sur les bords de cette dernière 
rivière pas moins de huit établissements hydro-électriques ont été installés : un à 
Vire fournissant le jour la force motrice à de petites industries et la nuit Téclai- 
rage, et sept aux environs de cette ville. A Pontfarcy, un petit affluent de la Vire 
fournit une force de 8 chevaux qui assure l'éclairage et dans la journée fait mou- 
voir un moulin. 

Sur rOrne une station hydro-électrique fonctionne à Thury-Harcourt avec 
transport de force à Aunay-sur-Odon, à une distance de 14 kilomètres. Dans les 
autres parties du département les emplois de Teau à la production de l'énergie élec- 
trique sont rares et sans grande importance (Mézidon, Orbec, Falaise). En revanche, 
on constate dans les usines une utilisation de plus en plus fréquente des rivières 
pour la production de leur propre éclairage. 

Dans la partie du département de l'Eure située sur la rive gauche de la Seine, 
constituée en profondeur par une épaisse nappe de craie, les cours d'eau coulent 
tantôt à ciel ouvert, tantôt sous terre, s'afîaiblissant progressivement h mesure qu'ils 
s'approchent des (» bétoires » dans lesquels ils s'engouffrent, puis réapparaissant 
ensuite au jour avec un débit plus considérable que celui qu'ils possédaient avant 
les « pertes ». Malgré ces conditions défavorables, les rivières de ce département, 
non compris la Seine, fournissent une force utilisable de 18000 chevaux. En eaux 
moyennes, à la seconde, la Rille a un débit de 11,2 m' *, son affluent la Charenlaine, 
de 3 m*, l'Eure de 10 m', Tlton de 3,3 m', l'Avre de 4 m'. Sur la rive droite de la 
Seine, toujours en eaux moyennes, et, à la seconde, l'Epte a un débit de 4,3 m' et 
l'Andelle de 3,2 m^. Dans les débits soutenus de ces modestes rivières, il faudrait 
voir rinfluence de la couverture forestière qui dans ce déparlement couvre 
113000 hectares. 

Actuellement l'Eure ne renferme pas moins de 18 installations électriques d'impor 
tance diverse, les unes servant à la production de l'éclairage et de la force motrice 
niH-essaire. De plus, une usine hydraulique établie à Saussay dans l'Eure et-Loir, 
nmforcée par d'importants moteurs à gaz pauvre, distribue la lumière et l'énergie à 
cinq localités de l'Eure. Dans trois de ces communes le courant fourni actionne 
73 moteurs de petite industrie. Les modestes chutes d'eau de ces paisibles rivières 
normandes permettent ainsi le maintien de l'atelier familial pour la fabrication 
d'objets en ivoire, en corne, en celluloïd, de jouets, d'instruments de musique. 

Dans la partie nord du département de Maine-et-Loire les forces hydrauliques 
s'élèveraient à 2022 chevaux, Dans cette région les établissements employant les 
chutes d'eau à la production de l'électricité soit pour l'éclairage, soit pour actionner 
des moteurs sont rares; on en compte trois sur la Sarthe, trois également sur le 
Loir. Il est intéressant de signaler sur cette dernière rivière une chute de m. 72 
fournissant la lumière h deux villages. 

I. Ces débiU sont ceux des rivières au dernier barrage de leur section non navigable ni flottable. 



iu 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



En résumé à la fin de 1904, dans les huit départements de l'Eure, du Calvados, 
àe la Manche, de TOrne, de rEure-et-Loir, de la Sarthe, de la Mayenne, da Maine 
et-Loire (partie nord), il existait cinquante établissements hydro-électriques distri 




buteurs de force et de lumière, d'importance très différente comme le montrent I^ 
cartes dressées par M. Henri Bresson avec autant de conscience que de patient 
au cours d'une mission du ministère de l'Agriculture, d'abondantes ressources sont 
encore disponibles. 



EUROPE. 



143 




La GéooRAPHiB. — T. XIII, 1906 



10 



144 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



En résumé à la fin de 1904, dans les huit départements de l'Eure, du Calvados, 
de la Manche, de TOrne, de TEureet-Loir, de la Sarthe, de la Mayenne, da Maine- 
et-Loire (partie nord), il existait cinquante établissements hydro-électriques distri- 




buteurs de force et de lumière, d'importance très différente comme le montrent les 
cartes dressées par M. Henri Bresson avec autant de conscience que de patience 
au cours d'une mission du ministère de TAgriculture, d'abondantes ressources sont 
encore disponibles. 



EUROPE. 



145 




La OiooRAPH». — T. XIII, 1906 



10 



«46 MOUVEMENT GËOOUAPHIQUE. 

Alors que tous les pays de haute culture possèdent des instituts centralisant toutes 
les données hydrométriques dans l'intérêt de l'agriculture et de l'industrie comme 
dans celui de la science, aucun service semblable n'existe encore en France. Aussi 
bien ne saurait-on trop louer M. Dabat, directeur de l'Hydraulique et des Aménage- 
ments agricoles de ses efforts pour combler cette lacune si préjudiciable aux intérêts 
économiques, surtout dans le midi où les irrigations devraient être intensives. Grâce 
à l'initiative de ce haut fonctionnaire, dans toute la région des Alpes, un service 
complet d'observations hydrologiques est en voie de constitution sur le modèle des 
services similaires étrangers, sous la direction de MM. R. Tavernier et R. de la 
Brosse, ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées. Charles Rabot. 

Le mouvement du port de Hambourg en 1905 ^ — D'après une communication 
du vice-consul d'Angleterre à Hambourg, le mouvement maritime de ce port a fait, 
en 190o, un nouveau progrès dépassant notablement ceux constatés les années 
précédentes. Pendant Tannée dernière le nombre total des entrées et sorties s*est 
élevé à 30 282 navires et à 20 762 000 de tonnes de registre, en augmentation de 
623 navires et de 1 540 727 tonnes sur Tannée précédente. Le tableau suivant don- 
nant le détail du mouvement (longs courriers et cabotage) pour 1905 et les trois 
années précédentes permet de suivre la marche ascensionnelle continue du grand 
port allemand : 

ENTRÉES SORTIES 

Nombre de navires. Tonnes de re^Mstro. Nombre de navires. Tonnes do registre. 

1902 13 297 8 727 294 13 290 8 704 869 

1903 14 028 9 155 926 14 073 9 221261 

1904 14 843 9 610 794 14 810 9 010 479 

1905 45 118 10382000 15 164 10380000 

Charles Rabot. 
ASIE 

Une expédition archéologique américaine dans le bassin du Tarym -. — Une 
expédition américaine composée de MM. R. L. Barrett et Ellesworth Huntington 
vient d'accomplir une campagne dans la partie méridionale du bassin du Tarym 
entre Khotan et Kérya. Cette mission avait pour objet de compléter les belles décou- 
vertes archéologiques faites par M. A. Stein dans cette région et d'étudier la question 
de variation de climat que soulève la présence des ruines au milieu du désert. 

Pendant l'été 1905, MM. Barrett et Huntington ont d'abord exploré les réseaux 
hydrographiques qui, entre Khotan et Kérya, descendent des revers nord des Kouen- 
lun pour se perdre dans les sables du Takla Makan. Ultérieurement, M. Huntington 
entreprit des fouilles des ruines de Dandan Ouilik et de Rawak, localités situées 
entre le Yorrungkach et le Kérya Daria et déjà explorées par M. A. Stein '. Ces ruines 

i. The Bitard of Trade Journal, LU, n" 478, n" du 2o janv. 1906, p. 171. 

2. An american erpedilion in Central Asia^ in Tnnesy n" du 6 janvier 190C, p. 8, et M. Barrett and 
M, EUsworth Hunlinglon in Central Asia, in The Geographical Journal, XXVII, n* 2, Londres, 
fév. 1906, p. 177. 

3. . Stein, Sandburied Ruins of Khotan, Fisher Unwin, Londres, 1903, p. 281. 



ASIB. 



U7 



dp Dandan Ouilik couvreat un espace beaucoup plus considérable qu'on le croyait 
jusqulci; l'explorateur américain a notamment découvert trois nouveaux sites de 
groupes d'anciennes habitations et reconnu que Kawak, situé aujourd'hui en plein 
dôsert, était jadis le siège d'une nombreuse population agricole. M. Huntington 
confirme le recul graduel des villages établis sur la lisière du Takla Makan vers la 
montagne, par suite du déficit progressif des canaux d'irrigation. Peu à peu les 
torrents issus des Kouen-lun s'atrophient et la population les suit dans leur régres- 
sion. M. Huntington voit dans la diminution continue du débit des cours d'eau U 
preuve d'une variation de climat. M. Stein est beaucoup moins affirmatif, toutefois 
le déplacement de plusieurs villages vers le sud, toujours parallèlement au recul 
de l'eau survenu récemment, indique bien la continuité de l'intervention d'un 
phénomène d'ordre physique. A la fin de l'automne, la mission américaine s'est 
divisée. Tandis que M. Barrett est demeuré dans la partie sud du bassin du Tarym, 
M. Huntington est parti pour le Lob-Nor où il doit hiverner avec le projet de se 
rendre à Tourfan au -printemps. Charles Rabot, 

AFRIQUE 

Déclinaisons magnétiques au Maroc. — Le calcul des déterminations de latitude 
et de longitude de la mission maritime du Maroc effectuées astronomiquement 
pendant l'année 1905, ne sera pas terminé avant deux à trois mois. 

Mais le calcul moins complexe des éléments du magnétisme terrestre a été 
effectué. Les observations ont été faites sur la côte du Maroc par les officiers et 
ingénieurs de la mission, MM. Larras, Traub. Pobégnin, à l'aide d'un grand 
théodolite magnétique de Brûnner, d'après les leçons reçues de M. Moureaux, direc- 
teur de l'observatoire magnétique du Parc Saint-Maur. 

Parmi les trois éléments magnétiques : déclinaison, inclinaison et composante 
horizontale, il en est un spécialement précieux pour les géographes et les marins. 
C'est la déclinaison, qui seule permet de corriger les cartes topographiques relevées 
a la boussole, et qui fixe également la correction variable à appliquer aux compas 
de route des navires, suivant les différentes régions du globe. 

Voici les résultats de nos observations de déclinaison sur les côtes du Maroc : 



Valeurs adoptées en iOOo : 
Mazaijan ... 1) = IG^* ir,5N.-0. (12 sept.). 
r-asal)lanca . l) = 15'^5i',r>N.-0. ,25 sept.;. 

Rablal I) = iîj» 28',5 N.-O. - 1*"" oct ). 

Urache ...[) = 15« 22',1 N.-O. (13 oct ). 
Tancer . . . D = lo« 19',7 N.-O. (22 oct.). 



Valeur.< provisoires, en 490o 
(à corriger de petites quantités) : 



Moi^ador. 
Sali 



D=!6*> 16' N.-O. (25 juillet} 
D=^ 160 33' N.-O. (H août). 



La diminution annuelle de la déclinaison est comprise, en moyenne, entre 4' et 6', 
et pourra être déterminée avec plus de précision par l'étude des déterminations 
antérieures. Commandant A. -H. Dyé. 



148 MOUVEMENT GÉOGnAPHIQCE. 

Chasseurs et pêcheurs du Tagant et du Hodh^ — Des groupements qu*on ne 
peut rattacher par aucun lien ethnique à la société féodale mauritanienne vaga- 
bondent dans la brousse et le long des côtes; leurs mœurs sont spécialement 
farouches. 

Dans le Tagant et dans le Hodh nomadisent les Nemadi; les Maures interrogés 
à leur sujet constatent qu'on les a toujours connus errant dans le pays, qu'ils ne 
sont ni aoulad ni id^ bien que de race blanche; ils recueillent chez eux les bannis 
et les proscrits des tribus maures. Musulmans de nom, ils ne pratiquent pas la reli- 
gion musulmane, ne font ni les prières, ni le ramadan, mais connaissent pourtant 
la circoncision et portent des noms arabes. Ils vivent de chasse, avec de grandes 
meutes de chiens. Les mariages sont un arrangement à l'amiable entre deux 
familles; une femme est payée avec des chiens; dans une famille de Chioukh, par 
exemple, son prix sera de dix chiens. Ils chassent les gazelles, les biches et toutes 
les bctes de la brousse qu'ils mangent sans les égorger et même lorsqu'ils les trou- 
vent à l'état de charognes. Us n'ont aucune monture, mais courent avec une vélo- 
cité prodigieuse ; la légende maure raconte qu'ils enlèvent les rotules à leurs enfants 
le jour de leur naissance pour leur permettre d être plus agiles. Si un cheval au 
galop les dépasse, ils résistent cependant mieux que lui à la fatigue.- Chaque homme 
est armé de deux lances non barbelées, non empoisonnées, dont il se sert avec une 
extrême adresse au jet ou à la main. Ils possèdent quelques fusils depuis peu de 
temps. Ils se font de petits abris ronds en paille ou habitent des trous de rocher. 
Ils sont nomades et ne séjournent dans un endroit que tant qu'ils y trouvent du 
gibier; ils s'habillent le plus souvent de boubous très courts de guinée, mais vivent 
parfois nus; ils se confectionnent cependant des couvertures avec la peau des bêles 
qu'ils tuent. 

Leurs habitats ordinaires sont les régions de Mraier, de Tichil, de Oualàta et 
plus particulièrement les environs du lieu dit Agueîlit Nemadi, entre Tichit et 
Ouadan, dans le Mraier. Chacun a des amis à Tichit qui lui servent de correspondants. 

Certaines tribus maraboutiques leur paient des ghefnr * ou droits d'abonne- 
ment pour qu'ils leur ramènent les chameaux égarés dans la brousse. Ils parlent le 
maure, mais près de Tichit ils emploient un dialecte appelé a^eïr et qui se rapproche 
du sarracolais. Leurs nombreux chiens sont, pour la plupart, châtrés ; les plus beaux 
sont réservés pour servir d'étalons. Bien nourris de viande, parfaitement dressés à 
la chasse, ces chiens ne se battent jamais entre eux. 

Les Ahl Souïd, fraction des Idouaïch considèrent les Nemadis comme leurs tri- 
butaires. 

Les Nemadi mangent, outre la viande de leur chasse, une sorte de mil sauvage 
et les plantes comestibles de la brousse. Vivant par petits groupes, sans cohésion, 
ils ne guerroient pas contre les Beidanes', mais ils leur volent quelquefois des cha- 
meaux. Ils ont un roi auquel ils obéissent aveuglément, qui réside le plus souvent dans 

1. Extrait d'une communication adressée à M. le D' Hamy, membre de Plnslitul, par 
M. Robert Arnaud, adjoint à la mission Tagant-Adrar (1904-1905). 

2. Prononcer le tjli comme une r grasseyée. 

3. Nom que se donnent les Maures et qui signifie : les blancs. 



AFRKÎUE. 149 

rAgueilit Nemadi et à qui ils envoient la moelle des os des animaux tués par eux. 
Ils connaissent la famille, ignorent la lecture et l'écriture, n'ont avec eux ni griots, 
ni forgerons, et se procurent à «Tichit les rares objets qui leur sont nécessaires. 
N'ayant ni troupeaux ni moyens de transports, c'est sur leurs épaules qu'ils char- 
gent leurs bagages en changeant d'habitat. Ils suivent d'ailleurs le gibier dans ses 
migrations. 

Leur arme unique est, outre Tépieu, un poignard. Ils vivent en bons termes avec 
les Hassanes* et servent de guides aux rezzous qu'ils conduisent à destination par 
des chemins détournés et garnis de points d'eau. Quand les Hassanes passent près 
d'un de leurs campements, il est rare qu'ils ne s'y rendent pas pour les saluer et 
pour leur demander de la viande. Rarement les Nemadi descendent jusqu'au 
fleuve; on cite pourtant une ou deux de leurs familles qui errent sur la rive gauche 
du Sénégal. Les femmes ne vont pas à la chasse, elles restent au campement et pré- 
parent la viande séchée dont ils se nourrissent. Le nombre des Nemadi ne dépasse 
guère quatre à cinq cents individus. 

Un autre groupement de race blanche analogue à celui-ci, est constitué par les 
Ida boujellen, haratine des Idaouali; cette petite peuplade, confmée dans le Tagant, 
vit de chasse ; elle se compose de trappeurs habiles à confectionner des pièges. Leur 
existence est assez misérable; habillés de peaux de bctes, ils ont un air farouche 
encore accru par leur chevelure en désordre et leur barbe hirsute. Ils ne possèdent 
pas de fusils. 

Près de Noua kchott, sur la côte, se trouve la tribu de pêcheurs des Imeraguen, 
dont l'habitat est près de Bilaouakh, tributaire des Oulcd bou Seba ; vers la baie du 
Lévrier on rencontre les Ahl el Ghazal, et les Abdoulouahab, autres tribus de 
pécheurs; ils ne pèchent guère qu'au filet, confectionné par eux avec la fibre de 
l'arbre nommé ixtareg, abondant sur le bord de la mer, ou avec les tendons de cer- 
tains poissons. Us ne pratiquent pas la pèche à l'hameçon ; ils fabriquent leurs 
pirogues avec des débris de naufrages poussés à la côte par le vent et le courant; 
ils font sécher leurs poissons, les empilent dans des peaux de bouc, les échangent 
dans les campements des Maures contre des grains ou des marchandises, les 
envoient jusqu'à Atar dans l'Adrar. Us n'ont pas de troupeaux; cependant les plus 
riches possèdent quelques ânes. 

Ils chassent le poisson plutôt qu'ils ne le pèchent; partagés en plusieurs troupes, 
ils cernent dans la mer, avec leurs filets, les bandes de poissons le long des côtes, 
les poussent à grands cris sur les plages, et les assomment à coups de bâton. 

Ils pratiquent aussi la chasse à l'autruche; dans leurs battues ils cernent les 
autruches, les repoussent vers la mer; dès qu'elles sont entrées dans l'eau ils les 
assomment également à coups de bâton. 

Le poisson est considéré comme tabou par la plupart des Maures; seuls les 
Trarza et quelques familles de l'Adrar se permettent d'en manger. 

Robert Arxaid. 

1. Les tribus guerrières de la Mauritanie porlenl le nom de Hassanes ou nobles. 



150 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

Distribution des tsé tsé dans T Afrique occidentale française et dans 1 État 
indépendant du Congo. — Dans une communication récente à l'Académie des 
sciences*, M. A. Laveran complète les renseignements que nous possédions sur la 
distribution géographique des glossines en Afrique. Il a reçu de divers points do 
Sénégal de nombreux échantillons de Glossina palpaHs et de G. tachinoides. La 
maladie du sommeil est assez commune dans certaines parties du Sénégal, et une 
trypanosomose règne sur les équidés au Fouta-Djalon. Dans la Guinée française 
les Glossina palpalis et G. morsitans sont très communes; on trouve en outre 
G. tachinoides, G. longipalpis et G. fusca. 

Cette abondance de tsé-tsé dans la Guinée française est en rapport avec la fré 
quence des trypanosomoses : la maladie du sommeil sévit dans la haute Guinée, et 
les trypanosomoses animales sont communes dans presque toute la région; elles 
s'attaquent surtout aux équidés. Au Soudan français et au Chari, on trouve Glossina 
palpalis et G, lachinaides, La maladie du sommeil est rare dans cette région; par 
contre, les Irypanosomes animale^ sont très communes et font de grands ravages, 
surtout dans le Macina, sur les rives du Bani et dans le Baleri ; la mieux connue de 
ces affections est le surra, que les indigènes désignent sous le nom de mbori. 

Au Congo français, des Glossina palpalis et une G. longipalpis ont été trouvées à 
N'Dongo et dans la région de Baoué. La maladie du sommeil est très commune 
dans ces localités. M. Laveran a reçu également des G, palpalis provenant des rives 
du Komo, affluent du Gabon. 

Dans rÉtat indépendant, les G. palpalis abondent dans le district de Stanley 
Pool, dans celui des Bangala, dans celui de TOubangui. Dans les envois provenant 
de cette dernière région, il y a également des G, fusca. Les envois de Tlle Namoto, 
en aval de Basoko, ceux de Yassaka, de Lokandu, de Kasongo, du Lufonzo, de 
Mupungia, de la rive occidentale du lac Moero, ne comprennent que des G. pal- 
palis. Sur le haut Ituri on trouve G. fusca, sur la route Mpweto-Kiambi, et à 
Lukafu, G. morsitans et G, longipalpis. L'abondance des tsé tsé au Congo est en 
rapport avec la fréquence des trypanosomoses : la maladie du sommeil sévit avec 
une redoutable intensité dans les districts du bas Congo : les trypanosomoses ani- 
males font de grands ravages dans les districts de Stanley-Pool, des Bangala et au 
Katanga. D' L. Laloy. 

La température du lac Tanganjril^a. — Une expédition scientifique anglaise 
organisée par le Tangonyika Exploration Commiltee et dirigée par M. W. A. Cun- 
nington est rentrée à Londres en juin 1905, après avoir consacré huit mois à 1 étude 
de la faune delà flore et des conditions physiques du lac Tanganyika. D'après une 
note publiée par le GeographicalJournal (XXVII, 1, janv. 4906, p. 89), la température 
de cette nappe est, en général, très haute, variant de -h2T',2i C. à 22^,9 C. — A la 
profondeur de 138 mètres elle demeure pour ainsi dire constante, oscillant de 
-4-23°,38C. à-+-23%7oC. — 

Les conclusions du rapport de cette expédition n'adopteraient pas les idées de 

4. Comptes rendus des , séances hebd. de V Académie des ScienceSy Paris, l. GXLI, n° 23, 4 décem- 
bre 1905. 



AMÉRIQUE. 



151 



M. Moore qui considère le« espèces du Tanganyika à affinités marines comme des 
représentants d'une faune marine de Tère secondaire en pleine vitalité, par suite de 
son adaptation à une salure décroissante des eaux. Charles Rarot. 

Inanguration du chemin de fer de Berber à Souakim. — Le 27 janvier 1906 a eu 
lieu en jurande pompe l'inauguration de Berber à Souakim ou plutôt à Port Soudan, 
port nouvellement créé pour être le terminus de la ligne, et situé au nord de Souakim. 
Otle voie ferrée qui met en communication directe le haut Nil avec la mer Rouge a 
une longueur de 432 kilomètres et abrège de 1450 kilomètres la distance de Khar- 
toum à la mer. Les travaux furent commencés en août 1903 et dès le mois d'octobre 
dernier la voie était ouverte au trafic. Cb. R. 



AMÉRIQUE 

Le climat de Dawson-Gity. — M. Auzias-Turenne, agent consulaire de France à 
Dawson-(]ity, a adressé à la Société de Géographie le relevé quotidien des tempéra- 
tures maxima et minima observées à Dawson-Gity du 1" septembre 1903 au 8 oclo- 




*^5 



N D •*() 



no. 40. — COURBE DB LA TEMPÉRATURE MOYENNE DE CHAQUE MOIS A DAWSON-aTY, DE SEPTEMBRE 1903 
A 8BPTBMBRB 1005, DRKSSiE PAR M. F. RUDAUX. 

bre 1905, lequel complète les documents que notre collègue nous avait précédem- 
ment donnés'. 

M. Lucien Rudaux nous communique la note suivante résumant ces intéres- 
santes observations : 

H Les observations faites à Dawson-Gity ont été notées en degrés Farenheit; 
M elles sont réduites ici en degrés centigrades. Malheureusement une lacune existe, 
tf comme on peut le voir, pour les mois d*été,en 1901. 

« La première colonne du tableau ci-dessous donne, avec la date, le maximum 

L La Géographie, X, I, 15 janvier 190i, p. i3. 



15:2 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



(( absolu; la deuxième le minimum absolu. La troisième colonne est celle de la 
(( moyenne mensuelle, déduite des moyennes quotidiennes; celles-ci ont été simple- 
« ment calculées en prenant la moyenne du maximum et du minimum de chaque 
(( jour, puisque les observations horaires (ou du moins effectuées à certaines heures 
« déterminées) à Taide desquelles on calcule la moyenne vraie, font défaut. Cepen- 
(( dant, même dans le cas présent, l'écart n*est pas considérable et les valeurs obte- 
(( nues sont certainement suflisantes et très instructives au point de vue général. 



Dates 

1903 septembre 

— octobre. . 

— novembre. 

— décembre. 

Observations. 



Moyennes 
Maxima. Minima. d'après les maxima et miaioia 

de chaque jour. 

+ 19°,44 le 5 — 9«,44 le 30 + 5«,56 

+ 8S88— 4 — 21M0— 14 — 6^56 

+ 40,44 — 4 — 41°,66 — 14 — 190,76 

+ 1«,11 — 5 — 400,55 - 13 — 17»,88 



13 octobre. 

14 — 
22 — 
26 - 

29 — 

30 — 

8 novembre. 

9 — 



Légère glace sur le Yukon. 

Forte glace. 

Forte chute de neige. 

Légère pluie. 

Tempête. 

Le vapeur La France part pour remonter la 

rivière. 
Le vapeur Emma Nott arrive de White-Horse. 
Le \ukon est bloqué. 



Dates. 
1904 janvier. . 

— février . . 

— mars. . . 

— avril . . . 

— mai. . . . 

— (juin, juillet, 

— octobre. . 

— novembre. 

— décembre . 
Observations. 11 

— 7 

— 12 

— 15 

— 20- 

— 25 



Maxima. 

— 80,88 1e 5 

— 90,99 — 21 
-f 30,33 — 26 
+ 120,77 — 24 
+ 220,22 — 31 



Minima. 

— 490,44 le' 13 et 16 

— 450,55 — 3 

— 410,66 — 3 
— 190,99 — 3 

— .30,33— 4el— 6 



août, septembre manquent). 

+ 120,22 — 10 — 140,99 — 30 

— 30.33— 8,9,10 —320.77-17 

+ 40,99— H et 12 +370,77 — 25 et 26 



MoycDOOs. 

— 29%96 

— 320,15 

— 180,07 

— 00,43 
+ 70,36 

— 20,36 

— 170,29 

— 160,87 



30 
6 



janvier. Première apparition du soleil, 
mai. Débâcle devant Dawson. 

— Arrivée du premier vapeur à Dawson. 

octobre. Forte pluie. 
2! — (ilace sur le Yukon. 

— Le vapeur Prospecter part pour remonter la 

rivière; moins de glace. 

— Forte glace, 
novembre. Embûcle du Yukon, puis ouverture partielle 

dans la glace. 
— La glace se referme. 



Dates. 

1905 janvier 

— février 

— mars . 

— avril . 

— mai. . 



Maxima. 

— 140,99 le 11 et 12 

— 20,77 — 28 
+ 40,44—28 
+ 120,22—25 
+ 23",88 — 25 



Minima. 
450,55 le 25 
410,66— 3 
270,77 — 24 
120,22— 1 et 
30,33 — 1 et 



Moyennes. 

— 300,50 

— 200,98 

— Ho,97 
+ 00,33 
+ 80,94 



ÔCÉANIE. 153 



Dates. 


Maxima. 




Minima. 


Mojeaacs. 


1905 juin. . . . 


+ 27^77 - 24 


+ 


0°,55 — 10 


+ i3»,6r. 


— juillet. . . 


+ 28°,33 — 21 


+ 


2»,22— 6 


+ 150,5 


— août. . . . 


+ 26S66— 3 


— 


2S77 — 26 


+ 13»,79 


— septembre. 


+ 17S77 — 18 


— 


70,22 — 18 


+ 5M2 



Observations. 10 mai . . Débâcle devant Dawson. 

— 18 mai . . Le vapeur Prospector part pour remonter la rivière. 

« Pour résumer ces observations et mettre en lumière leurs particularités intéres- 
santes, nous avons établi la courbe reproduite ci dessus. 

« Cette courbe permet de se bien rendre compte des variations excessives du 
climat de Dawson, et de noter quelques particularités, la plus grande partie de la 
courbe restant au dessous de zéro. 

« Ainsi on retrouve, pour les deux années embrassées ici, un même relèvement 
de la température en décembre, et pour avril une même valeur moyenne de 0% très 
sensiblement. 

« H serait intéressant, au point de vue de ces éléments, de pouvoir comparer 
une longue série d'observations. » Lucien Rcdaux. 

OCÉANIE 

Une nouvelle éruption à Savaii. — Une nouvelle ère d'activité volcanique paraît 
s'ouvrir à Savaii, la plus grande des Samoa. Après un repos de près de deux siècles, 
une première manifestation s'est produite sur cette Ile, le 31 octobre 1902*, puis, tout 
récemment au mois d'août dernier, une seconde qui, aux dernières nouvelles reçues, 
continuait toujours. Ce paroxysme volcanique a été précédé d'une période d'agita- 
tion séismique qui paraît avoir été sensible surtout sur l'île voisine d'Oupolou. 
Dans le courant de juillet le séismographe installé à Apia commença à décrire des 
courbes anormales; aussi bien, le directeur de l'observatoire, le D' Linke, avertit le 
gouverneur de l'imminence, à son avis, d'une éruption à Savaii. A partir du 24 
l'agitation du sol augmenta; le 28, on ne nota pas moins de quatorze séismes, dont 
plusieurs très violents, et douze les 1" et 2 août. 

Sur ces entrefaites, dans la nuit du 1" au 2 août, se produisit à Savaii l'éruption 
prédite par le D' Linke. Elle a eu pour siège, non point le cratère de 1902, mais la 
partie supérieure d'une dépression située à l'est, sur le versant nord du massif qui 
couvre la partie méridionale de l'île. Dans ce bassin se sont ouvertes plusieurs bou- 
ches dont l'ensemble forme, semble-t-il, un vaste cratère ébréché vers le nord-est avec, 
au milieu, un cône principal qui, vers le 15 septembre, atteignait une hauteur de 
130 mètres. Ces appareils ont émis des courants de lave, qui à la date du 25 octobre 
dernier, couvraient de 13 à 20 kilomètres carrés. Pendant une visite au volcan à cette 
épo<|ue, le D' Linke réussit à s'approcher de l'appareil jusqu'à une distance d'environ 
100 rnctres, au moment de l'émission de laves Deux petits courants de matières en 
fusion descendaient alors une terrasse à une vitesse de plusieurs mètres par seconde, 
pareils à un torrent, puis se réunissaient en aval pour former un courant, large 

1. Franz Reinecke, Savaii, in Pet, Mill., Gotha, 49, 1903, I, p. 7. Voir La Géograj>hie, VIII, 1, 
15 août 1903, p. 41. 



154 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

d'environ 20 mètres, dont le débit dépassait certainement 100 mètres cubes à la 
seconde. Le lendemain matin, la coulée refroidie n'avançait plus qu'à raison de 
quelques mètres par minute. Les laves émises par le nouveau volcan de Savaii se 
solidifient très rapidement; cette circonstance, espère-t-on, limitera l'œuvre de 
destruction déjà accomplie dans les riches plantations qui couvraient cette région '. 

Charles Rabot. 

RÉGIONS POLAIRES 

. Nouvelle expérience de flottage dans rocéan Arctique *. — A la suite du mémo- 
rable voyage du Fram, l'amiral George W. Melville entreprit, avec le concours de 
VAmericay} Philosophkal Society de Philadelphie, une expérience de flottage dans 
l'océan Arctique au nord du détroit de Bering. 11 fit construire des tonnelets 
fusiformes, lestés de manière à garder une position verticale dans l'eau et munis 
chacun d'un document indiquant la date et la position de leur lancement avec 
des indications pour assurer leur retour au cas où ils seraient retrouvés. 

Pendant les étés 1899, 1900 et 1901, 35 de ces flotteurs furent mis à la mer 
au nord du détroit du Bering. Jusqu'ici deux seulement ont été retrouvés. L'un, 
lancé, le 21 août 1901, par 175M0' de Long. 0. de Gr., sous le 7248' de Lat. N., 
à environ 85 milles au nord-ouest de l'île Wrangel, a été recueilli, le 17 août 1902, 
près de l'embouchure de la baie de Kolioutchine (côte nord de Sibérie), après 
avoir parcouru dans le sud-est 380 milles en un an moins quatre jours. D'après 
M. Henry G. Bryant, qui nous fait connaître ces intéressants renseignements, cette 
dérive a dû être déterminée par les courants locaux qui existent dans cette partie 
de la mer voisine du détroit de Bering ; par suite, elle n'a aucune signification 
au rapport de la circulation générale océanique. L'itinéraire du second flotteur 
est beaucoup plus important. Déposé sur un grand glaçon, le 13 septembre 1899, au 
nord ouest de la pointe Barrow (Alaska), par 71°53' de Lat. N. et 164°50' de Long. 
0. de Gr., ce baril a été retrouvé, le 7 juin 1905, sur la côte nord d'Islande, à un mille 
à l'est du cap Randa Nupr (66^31' de Lat. N. et IG'^aS' de Long. 0. de Gr.). La décou- 
verte de ce flotteur en Islande confirme une fois de plus la dérive des eaux du bassin 
polaire sibérien-américain vers le nord-ouest, peut-être jusqu'au pôle, puis vers 
le sud le long de la côte orientale du GrOnland. C'est l'éclatante confirmation de 
l'exactitude de la nouvelle théorie de la circulation océanique que la dérive des 
épaves de la Jeannelle avait suggérée et que l'itinéraire du /'ram avait permis de 
tracer avec plus de rigueur. Charles Rabot. 

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE 

Les conceptions géographiques de Rabelais ^ — Personne, avant M. Abel 

1. Ces renseignements sont empruntés aux notes publiées sur cette éruption, parles docteurs 
F. Reinecke et F. Linke dans les Vetermanm Mitteilungen (vol. 51, 1905, XI, p. 255, et XII, p. 287) 
et dans Deutsches Kolonialblatl, Berlin, XVII, n» 1, !•' janvier 1906, p. 17. 

2. Henry G. Bryant et George W. Melville, Some results from the drifl^ca^k cxpeHmenl, in Bull, 
of thti Geographical Society of Philadelphia, IV, 2, janv. 1906, p. 1. 

3. Les Xaviffalions de Pantagruel^ élude sur la Géographie rabelaisienne^ par Abel Lefranc. 
profes'^eur au Collège de France. Paris, Henri Leclerc, éditeur, in-8 de 333 pages, sur papier 
à bras, avec 8 planches, 10 francs. 



GÉOGRAPHIE HISTORIQUE. 155 

Lefranc, n^avait songé à rattacher l'épopée rabelaisienne aux conceptions géogra- 
phiques de la Renaissance et à rapprocher les voyages de Pantagruel des grandes 
entreprises maritimes du siècle. Ce travail de comparaison, conduit par Térudit 
professeur du Collège de* France avec l'esprit de méthode et d'analyse qu'il 
applique à ses investigations littéraires, Ta amené à des conclusions du plus 
haut intérêt, conformes, d'ailleurs, à celles de la raison qui se rend compte que 
rinteliigence humaine ne peut rien imaginer à moins d'emprunter des éléments 
à la réalité concrète. Dans les navigations de son héros, comme dans le reste de 
son œuvre, Rabelais a fait entrer les données exactes que lui fournissaient son 
savoir encyclopédique, sa curiosité inlassable, et les relations écrites ou verbales 
des explorateurs contemporains. Puis, sur cette trame solide il a laissé sa fantaisie 
broder les aventures et les incidents les plus extraordinaires pour l'agrément de ses 
contemporains. 

Nous ne suivrons pas M. A. Lefranc dans le développement de son étude, 
d'une lecture — précieux éloge à faire à un livre d'érudition — attrayante comme 
un roman de voyages; mais nous allons essayer de résumer ce que Ion peut consi- 
dérer comme acquis, d'après sa méthode très prudente d'interprétation. 

En 1532, lors de l'apparition de son [P livre, Rabelais embarque Pantagruel et 
*ïes compagnons à Ronfleur. Le navire se dirige vers Madère, les Canaries où il fait 
escale, le Cap Rlanc, le Sénégal, le Cap Vert, la Gambie, le Cap de Sagré, Melli, le 
Cap de Bonne-Espérance, le royaume de Mélinde, et remonte par le vent de la 
transmontane — vent du sud — vers Meden, Uti, ÎJden, trois mots qui veulent 
dire « rien » en grec, mais peuvent représenter Médine et Aden. De là les 
voyageurs gagnent le port d'Utopie, que Rabelais situe très probablement, comme 
son inspirateur Thomas Morus, dans cette région mystérieuse et fascînatrice des 
Indes orientales, du côté de la Chine et du Cathay, vers les Moluques. 

'On ne sait comment s'acheva cette croisière, car presque au début du IIP livre, 
les explorateurs se retrouvent inopinément en Touraine, à trois journées de route 
de Chinon, et il n'est plus question de voyage dans les chapitres suivants. Rabe- 
lais ne met pas à exécution le projet d'itinéraire qui termine le IP livre, où il 
promettait de faire traverser l'Atlantique à Pantagruel, de Taborder aux îles des 
Cannibales, puis à celle des Perles — toutes deux figurant sur les portulans du 
temps et désignant les petites Antilles méridionales — et de lui faire épouser la 
fille du prêtre Jean, roi de l'Inde, c'est à-dire de la Chine, en suivant la route de 
rinde vainement cherchée par tous les navigateurs depuis Colomb et Vespuce. 

Bien plus, en 1546, quand paraît le IV^ livre et que Rabelais fait reprendre la 
mer à son héros, le programme du voyage est totalement modifié. L'expédition 
part de l'arsenal de Thalasse (le Tallard), près Saint-Malo, et cingle droit vers le 
nord-ouest pour gagner l'Inde en contournant la mer Glaciale. Pourquoi ce nouvel 
itinéraire? M. A. Lefranc nous l'explique. Depuis quatorze ans que le IP livre est 
wit, maître Alcofribras Nazier s'est tenu au courant des découvertes maritimes; 
il a connu Jacques Cartier et Jean Alphonse, qu'il donne pour pilotes à son héros 
sous les noms de Jamet Brayer et de Xenomanes; il s'est passionné, comme ses 
contemporains, pour la recherche du mystérieux passage du nord-ouest. Et cette 



«56 MOUVEMENT GÉOGftAPHIQUE. 

clef da périple une fois trouvée, on suit les voyageurs à File de Médamothi « qui 
n'était moins grand que de Canada » et qui désigne évidemment Terre-Neuve; on 
reconnaît dans les habitants de Tile des Alliances au visage rouge et au nez en as 
de trèfle, les Esquimaux et les Peaux-Rouges; on retrouve l'ile des Macrions dans 
cette île des Démons que les cartes du temps placent au nord de Terre-Neuve, en 
face du Labrador, et que la Cosmographie de Thevet entoure, comme l'auteur de 
Pantagruel, de prodiges et d'apparitions. On est surtout frappé des analogies du 
récit avec les relations des navigateurs du xvi^ siècle : découvertes de terres nou- 
velles, attaques des indigènes repoussées, ambassades des rois du pays, pèche de la 
baleine, tempête, menus incidents de la vie à bord. 

A considérer l'œuvre de Rabelais sous ce jour particulier, on découvre, en 
dehors d'un admirable écrivain, un vulgarisateur de génie, avec un peu de la 
divination d'un Jules Verne. Henri Clouzot. 

GÉNÉRALITÉS 

Nouvelles missions du Ministère de rinstruction publique. — Le Ministère de 
l'Instruction publique vient de confier des missions scientifiques à des savants dont 
la valeur des travaux antérieurs est une garantie certaine que leurs nouvelles 
recherches vaudront à la science d'utiles observations et d'intéressantes études. Nous 
citerons d'abord M. Teissercnc de Bort, le directeur de l'observatoire de Trappes. En 
collaboration avec le météorologiste américain M. Lawrence Rotch, notre compa- 
triote va poursuivre dans l'océan Atlantique, à Taide de ballons-sondes, ses études 
sur la circulation atmosphérique; il compte opérer plus particulièrement dans la 
région des alizés. 

M. Cayeux, professeur à TÉcole des Mines, a été chargé de poursuivre dans les 
îles de l'Archipel ses études géologiques qu'il a commencées dans cette région, il 
y a quelques années, en compagnie de M. Ardaillon. 

M. Deprat, connu par un voyage en Eubée, d'où il a rapporté une thèse de 
doctorat très remarquée, se rend en Sardaigne pour s'y livrer à des études de pétro- 
graphie et de minéralogie. 

M. Millet, maître de conférences à l'École des Hautes-^Études, va continuer à 
Mistra ses relevés de monuments et de peintures byzantines. 

Rappelons que M. Robert Rourseau, qui a fait l'an dernier sur l'Oued Sahel une 
monographie de géographie physique et humaine, laquelle paraîtra prochainement 
dans les Annales de Géographie, se propose de poursuivre, sous le patronage du 
ministère, une enquête du même genre dans la région de l'oued Souf. M. Rourseau 
est un ancien élève de la Sorbonne qui applique dans ses recherches la méthode 
rigoureuse de son maître M. Vidal de la Blache. Heller. 

Nouvelles publications. — Signalons l'apparition d'un nouveau périodique scien- 
tifique, les Annales de Paléontologie \ publiées sous la direction de notre savant 

1. Publication trimestrielle formant un volume de 20 feuilles in-4% et contenant 20 planches. 
Librairie Masson et G'% Paris. Prix : 25 francs. 



GÉNÉRALITÉS. 157 

collaborateur, M. Morcellin Boule, professeur de paléontologie au Muséum d'histoire 
naturelle de Paris. Parmi les travaux de nature à intéresser les géographes, contenus 
dans les fascicules I et II qui viennent de paraître, citons une étude du vénéré 
maître de la paléontologie française, M. Albert Gaudry, sur les attitudes de quelques 
animaux fossiles de Patagonie, établie d'après les belles séries de pièces 
rapportées par M. A. Tournouer; mentionnons ensuite deux mémoires concernant 
Madagascar : 1» Fossiles de la côte orientale par MM. M. Boule et A. Thévenin ; 2** Sur 
quelques gisements nummulitiques de Madagascar par M. Robert Douvillé. Dans 
la première de ces études MM. Boule et Thévenin, en s'appuyant sur les renseigne- 
ments fournis par la paléontologie, montre la probabilité des relations de la grande 
île avec l'Afrique et Tlnde pendant le Trias et celle d'une nouvelle jonction avec le 
continent voisin pendant une partie de Tère tertiaire par Mayotte et les Comores. A 
quelle époque s'est faite la nouvelle rupture? Seules de futures découvertes pourront 
éclaircir cet intéressant problème de paléo-géographie. Cuarles Rabot. 

La nouvean professeur de géographie à TUniversité de Berlin. — En raison de 
rautorilé considérable dont jouissait dans le monde entier renseignement du baron 
F. de Richthofen, un intérêt de premier ordre s'attachait à la nomination de son 
successeur. Aussi bien, les géographes apprendront-ils avec plaisir que M. Albrecht 
Penck, l'éminent professeur de géographie à l'Université de Vienne, a été appelé à 
cette chaire importante. Le professeur Penck jouit, comme son illustre prédécesseur, 
d'une autorité mondiale établie sur des travaux de premier ordre, et, à de pénétrantes 
qualités de naturaliste joint un talent d'exposition dont la clarté frappe tous ses 
let^teurs français. Le professeur Penck est membre correspondant de la Société de 
(iéographie de Paris. Cuarles Rabot. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



La nouvelle bibliothèque de la Société. 

Lorsque la Société fut fondé4% eu 1821, elle élut domicile rue Taranne, dans le voisi- 
nage' de l'endroit où, cinquante-sept ans plus tard, elle construisait l'iinmeuble qu'elle 
occupe aujourd'hui. 

Une statistique datant de 1827 indique que sa bibliothèque naissante, due à la libéra- 
lité des membres, contenait 343 volumes et 60 atlas Après avoir été passage Dauphine et 
plus tard rue de l'Université, elle occupa longtemps un local au fond d'une cour, rue 
Christine. 

Après la guerre de 1870 le nombre de ses membres, comme celui de ses collections, 
augmentti assez rapidement pour l'obliger, en 1874, ù transformer sa salle des séances 
entièrement en bibliothèque et à tenir ses réunions de quinzaine dans l'hôtel de la 
Société d'Encouragement, place Saint-Germain-des-Prés. L'accroissement progressif se 
continuant lui fit un devoir de construire en 1878 Timmeuble qu'elle possède aujourd'hui. 

Comparé aux divers locaux occupés préalablement, il fut jugé bien vaste au début. 
L'amiral de La Roncière, président de la Société, souhaitait, à la séance d'inauguration, 
qu'il soit utile aux progrès de la géographie et que « les bons vouloirs qui l'ont élevé ne 
le laissent pas décliner ». L'espérance s'est réalisée, surtout en ce qui concerne la 
bibliothèque, qui, sous la direction des archivistes-bibliothécaires successifs, est rapide- 
ment devenue insuffisante pour contenir les ouvrages qui lui étaient adressés. 

Au bout de quinze ans les rayons étaient remplis. Alors M. J. Jackson, archiviste- 
bibliothécaire, qui, pendant douze ans, rendit des services signalés, fit installer des 
rayons supplémentaires au milieu de la salle du second étage. 

Quelques années après toutes les places disponibles étaient encore une fois occupées. 
On empila certaines collections moins importantes dans des locaux accessoires et môme 
dans le sous-sol. En 1900, d'après l'inventaire, la bibliothèque contenait 45 000 volumes, 
V} 000 cartes, 6 000 photographies, 1 100 diapositifs pour projections. 

Les dons affluant de toutes parts, il était urgent de pourvoir à une nouvelle organisa- 
tion en rapport avec l'importance de ces collections, qui auraient envahi les salles de 
travail. Elles comprennent des livres rares, et des cartes uniques appréciées des géographes. 

La réalisation de cette transformation comportait deux problèmes inséparables dans 
leur solution : les fonds nécessaires à une nouvelle construction et un emplacement pour 
élever cette construction. 

Depuis plusieurs années la Société s'était constitué un fonds dp réserve, gi*âce 
surtout à la sage prévoyance du président de la Commission des finances, M. Paul Mira> 
baud. Elle aurait,pu l'employer au remboursement de l'emprunt émis lors de la construc- 
tion de l'hôtel, allégeant ainsi les charges de son budget. Mais devant l'urgence, la 
Commission centrale n'a pas hésité à eu distraire une partie pour la réalisation de ce 
projet. 

Comme tout le terrain occupé par l'immeuble avait reçu une destination définitive, il 
ne restait aucune place disponible. Des démarches furent entreprises auprès du directeur 



ACTES DE LA SOCIETE DE GÉOGRAPHIE. 



159 



d<' l'Assistance publique pour obtenir la concession d'une partie du jardin contigu, 
dépendant de lliôpital de la Charité; mais, ce fut sans succès. 

Apn'< des études préalables, il fut décidé qu'on surélèverait d'un étage la partie de 
rimmeuble où se trouve la salle des séances, sans attaquer ni le plafond de cette salle 
ni sa décoration. Cettp condition était indispensable, afin d'abréger le plus possible le 
temps pendant lequel la jouissance en serait interrompue. 

Dans sa séance administrative du 23 juin 1905, la Commission centrale examina un 
projet présenté par M. Bertone, architecte de la Société, qui répondait en tous points aux 
données du problème qui se posait. Le projet était accompagné d'un marché à forfait 









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Fia. 41. " COUPE VERTICALE DE LA NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE. 



accepté par un entrepreneur général pour 60 000 francs avec engagement d'achever les 
travaux dans un délai de trois mois. 

L*cxécution présentait de grandes difficultés : le poids des livres prévu était considé- 
rable (125 000 kilos) et le plafond de la salle de réunion n'aurait pas supporté cette charge ; 
il fallait donc un plancher résistant au poids énorme qu'il devait porter, sans prendre de 
points d'appui sous forme de colonnes dans la salle de réunion, ce qui eût été encombrant 
et disgracieux. Ce problème fut résolu ainsi : au lieu de donner au plancher des points d'ap 
pui, on le suspendit par quatre points à deux poutres passées à hauteur du comble fntur 
et qui forment le plafond de la nouvelle bibliothèque. Ces poutres américaines mesurent 
15 mètres de portée et 1 m. 50 de hauteur; elles pèsent chacune 7 000 kilogrammes. |Ui 
raison de leur poids et de leur volume, elles furent amenées en deux, troaçons séparé» 



160 



ACTKS DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



que l'on réunit sur place. Elles sont déchargées au droit des piles en pierre par deux 
forts poteaux cruciformes. Les deux poutres maîtresses sont reliées Tune à l'autre par 
deux poutrelles de même matière. L'ensemble porte donc : le comble, le nouveau plancher 
et sa charge, et en plus le plafond de la salle de réunion qui a été rattaché au plancher 
de la bibliothèque par des agrafes. 

Les fers du plancher de la nouvelle bibliothèque sont disposés de même façon que 
ceux du comble; chacune des suspensions qui les retiennent est calculée pour porter 
15 000 kilogrammes. 

L'éclairage de la nouvelle salle de bibliothèque est assuré au moyen de deux grandes 
baies sur la courette, d'un lanterneau vitré et de cinq châssis sur le toit. 

Le plafond vitré de la salle de réunion n'a pas été modifié, mais la ventilation de celte 
salle, qui était insuffisante, a été assurée par huit ventilateurs placés ainsi : quatre dans 




FIG. 42. — PLAN CE l'ancienne ET DE LA NOUVELLE RIBLIOTHÈQUE. 



les angles du lanterneau et quatre dans les angles de la salle. L'aération peut se réglera 
volonté au moyen de papillons en tôle. Les ouvriers arrivèrent le 20 août. Tous les maté- 
riaux y compris les pièces principales furent passés par l'ouverture du plafond vitré. 
Pendant cette période la salle fut transformée en magasin d'approvisionnement de 
matériaux et occupée par les appareils de levage. Le 15 octobre elle était remise en bon 
état et ce jour même on y tenait une séance où les assistants ne se doutèrent pas des 
travaux exécutés à l'étage supérieur. 

\ji Société dispose maintenant d'une vaste bibliothèque accessible directemeni par 
l'escalier et mise aussi en communication avec l'ancienne bibliothèque. Elle a, comme 
celle-ci, une hauteur de quatre mètres. Les rayons se développent sur les faces murales 
d'une longueur approximatrice de soixante mètres. Cette nouvelle bibliothèque peut rece- 
voir environ trente mille volumes, sans compter les cartes. Les deux autres salles qui 
renferment les collections d'ouvrages et les archives, loin d'être désaffectées, seront 
utilisées au mieux dans l'organisation future. 

La Commission centrale est heureuse de pouvoir adresser les félicitations les plus 
méritées à M. Bertone, architecte de la Société, qui, aidé de collaborateurs dévoués, a 
résolu des problèmes de construction délicats avec autant de savoir et d'activité que 
d'expérience professionnelle; il a exécuté ces travaux dans le délai fixé et sans dépasser 
les crédits alloués. Jules Girard. 



ACTES DE LÀ SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 161 

Séance du 5 janvier 1906. 

Présidence de M. le baron de GUERNE 



Après avoir exprimé les regrets du secrétaire général retenu loin de Paris par un 
deuil, M. de Guerne donne la parole à M. Froidevaux, archiviste-bibliothécaire, qui résume 
Tœuvie de reconnaissance hydrographique de la mission Dyé sur les côtes atlantiques du 
Maroc et annonce le départ du D*^ J. Pitard pour les îles Canaries. Le but de ce dernier 
voyageur est de compléter le travail botanique qu'il a commencé en 1903, d'étudier parti- 
culièrement la flore d'Hierro et de la Cornera, et de comparer la flore des îles du Cap-Vert à 
crlle de Tarchipel canarien. M. Froidevaux aborde ensuite l'examen des progrès géogra- 
phiques réalisés récemment en France. 

L'étnde géographique du sol de la France en 1905. — u Sur le relief du sol, sur le 
climat, sur les cours d'eau, sur les côtes de la France ont été publiées au cours de 
Tannée 1905 d'importantes contributions à l'étude géographique de notre pays. 

« Relief du sol*. — En tète des travaux relatifs aux Alpes, il convient de signaler le 
travail de M. Paul Girardin sur les phénomènes actuels et les modiQcations du modelé 
dans la haute Maurienne *, c'est-à-dire dans un pays que l'auteur connaît très bien, et où 
le ramènent chaque année ses recherches sur les variations des glaciers. — M. E.-A. Martel 
a résumé ses recherches sur Voucane de Chabrières, un des plus beaux lapiaz de France, 
si lue près de Chorgues dans les Hautes-Alpes ^, — Pour ne pas avoir la même portée que 
l'élude de M. Girardin, 1* « essai géographique » de F. Arnaud, de Barcelonn^tte, sur 
rUlKiye et le Uaut-Yerdon, n'en présente pas moins un très vif intérêt^. Cet c< appendice 
rectificatif et complémentaire de la Carte de TÉtat-Major », très précieux au point de vue 
toponymique, contient aussi une foule de renseignements très utiles sur les crêtes, les 
cols et les torrents. Géographes et touristes consulteront avec un égal profit et le texte 
ol les cartes de l'ouvrage de M. Arnaud, dont il serait désirable que Texcellent exemple 
fûl suivi; la connaissance des montagnes de la France ne pourrait qu'y gagner! 

K Aux études entreprises sur la topographie des Alpes françaises se rattachent les 
recherches entreprises sur les variations de leurs glaciers sous les auspices de la com- 
mission française des Glaciers présidée par le prince Roland Bonaparte. Les résultats des 
explorations glaciaires exécutées en 1903 et en 1904 par MM. Paul Mougin, Paul Girardin 
el Charles Jacob, ainsi que des observations du guide Joseph-Antoine Favre (de Pralognan) 
confirment, avec quelques exceptions et avec beaucoup de diversité dans la valeur et 
dans l'allure, Texistence du régime du recul pour les glaciers examinés *. Quels renseigne- 
ments nouveaux apportera le travail fait pendant Tété de 1905 par les missionnaires de la 
Commission, c'est ce que Ton ne tardera pas à savoir; d'ores et déjà, il est possible de 
dire que M. Paul Girardin a exécuté le levé de plusieurs glaciers de la Maurienne à 
IVchelle du 5 000*. Il y a là un précieux travail, qui mérite d'être signalé et d*être 
rapproché de la belle carte du glacier Noir et du glacier Blanc du massif du Pelvoux, 
ext'rut/'e en 1904 par MM. Charles Jacob et Georges Flusin, deux excellents collaborateurs 
de M. W. Kilian,à l'échelle du lOOOO^avec le concours de M. C. Lafay, et publié dans 
le dernier Annuaire de la Société des Touriates du Dauphiné •. 
«• Ceux qui s'intéressent aux cavernes et aux abîmes des Alpes trouveront une foule de 

1. La plupart de ces travaux ayant élé publiés ou analysés dans la Géographie, il suTOra d'y 
renvoyer le lecteur; pour les autres études, nous donnons la référence complète. — 2. La Géo- 
graphie, t. XII, p. !-20. — 3. Ibid., t. XI, p. 328. — 4. îbid., t. Xll, p. 427-429. — 5. Ibid,, t. XI, 
p, 435-4t4. — 6. T. XXX, année 1904, p. 137-194. 

L4 GÉOGRAPHIE. - T. XIII. 1906. 11 



t«2 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

précieux renseignements sur les investigations récentes dans le premier fascicule, con- 
sacré à la France, de La Spéléologie au XX^ siècle K Dans ce travail, M. E.-A. Martel a présenté 
un résumé, systématiquement classé, de toutes les études relatives à la spéléologie fran- 
çaise depuis le début du nouveau siècle ; rien ne prouve mieux, en dépit de la modestie de 
l'auteur, quelle part lui revient dans cette branche de recherches de la géographie physique. 

« L'année 1905, féconde pour l'étude du relief des Alpes, a vu paraître sur les gîtes 
minéraux et métallifères et les eaux minérales du département du Doubs un travail de 
M. Antoine Merle qui ne présente pas d'intérêt qu'au point de vue économique 2. — En ce 
qui concerne le Massif Central, une place à part doit être assignée à l'important article* 
dans lequel M. Boule a exposé les rapprochements que la lecture du magnifique ouvrage 
de M. Lacroix sur La Montagne Pelée et ses éruptions lui a suggérés entre le volcan de la 
Martinique et les volcans trachytiqnes ou andésitiques du Massif Central; le dôme de la 
montagne Pelée lui permet aussi de préciser le mode de formation des dômes trachytiqnes 
de l'Auvergne. Il y a là, en réalité, tout un programme de recherches nouvelles à la réali- 
sation duquel travaillera sans aucun doute M. Jean Giraud, le collaborateur de M. Lacroix 
à la Martinique, qui, après une longue observation des phénomènes éruptiCs de la mon- 
tagne Pelée, est rentré en France et est actuellement chargé de cours à la Faculté des 
sciences de Clermont-Ferrand. — A noter, plus au sud, les recherches de M. Eugène 
Ferrasse sur les cavités naturelles du département de l'Hérault *. 

u Dans les Pyrénées, dont le comte de Roquette-Buisson a pu, à l'aide de précieux docu- 
ments d'archives particulières, étudier le déboisement depuis le XYin^ siècle dans la région 
de Barèges *, des observations sur le régime des glaciers ont été commencées en 1904 dans 
les régions de Néouvieille et du Pic Long, ainsi que du Vignemale*. M. Emile Belloc, l'auteur 
d'une excellente communication sur <« les fluctuations glaciaires observées dans quelques 
massifs des Pyrénées centrales » à la récente session de Cherbourg de l'Association fran- 
çaise pour l'avancement des sciences, a continué en 1905 ses recherches glaciaires dans 
le haut massif de Néouvieille et du Pic Long (Hautes-Pyrénées), où il a également complété 
ses études lacustres; il a, d'autre part, commencé des levés glaciaires dans les régions 
des Gourgs Blancs (Hautes-Pyrénées), dans la région glacée d'Oô et dans la région des 
Crabrioules (Haute-Garonne). 

« CusiAT. — Beaucoup moins en honneur que les recherches sur le relief du sol sont 
celles qui ont Irait au climat de la France. Il convient toutefois de retenir comme inté- 
ressant à plus d'un titre le travail de M. F. Courty sur la climatologie du littoral atlan- 
tique '* et surtout de signaler comme d'une importance extrême la magistrale étude 
d'ensemble de M. Alfred Angot sur le climat de la France *, aussi précise et de portée 
aussi considérable que toutes les monographies sorties de la plume du savant directeur 
du Bureau central météorologique. 

« Cours d'eau. — Quelques monographies de rivières sont venues, d'autre part, accroître 
les connaissances déjà acquises sur les cours d'eau de notre pays, M. Paul Mougin a fait 
l'histoire d'un torrent des Alpes, l'Arbonne, qui se jette dans l'Isère à Bourg-Saint-Mau- 
rice •• Le professeur E. Fournier a étudié l'évolution des tributaires de la Vallière, une 
petite rivière du lura, située au sud-ouest de Lons-le-Saunier, au cours des xvii«, .\vni« 
et XIX® siècles *<», et MM. J. Blayac et Antoine Vacher ont montré, par l'examen de la vallée 
de la Vienne au coude d'Exideuil, la vraisemblance d'une capture de la Vienne supérieure ". 
Ce sont là de nouveaux faits confirmant les idées naguère exprimées par M. de Lapparent 
dans une conférence sur la rivalité des cours d'eau dont les membres de la Société de 
Géographie n'ont pas perdu le souvenir. 

1. Speluncay t. VI, n* 41, p. 11-192. — 2. Besançon, typog. Jacquin, 1905, in-8. — 3. La Ge'otfra- 
phie, t. XI, p. 7-26. — 4. Bull. Soc, Languedoc degéog., t. XXVII, 1904. p. 218-229; L XXVIII, 1*905, 
p. 18-34. — 5. Lu Géographie, t. Xll, p. 255-236. — 6. Ibid., t. XI, p. 444-446. — 7. Bull. Soc. géog. 
comm. Bordeaux, n* du 15 mai 1903, p. 143-156. — 8. Annales die géographie, p. 296-309. — 9. La 
Géographie, t. XII, p. n8-l80. — 10. Ibid., t. XI, p. 302-304. — 11. Annales de Géographie, 
14« année, p. 111-117. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GEOGRAPHIE. 163 

« L* «t élude d'hydrographie et d'hydrologie » qu'est le travail de M. Antoine Vacher sur 
le haut Cher, sa vallée et son régime *, est encore très digne d'attention. L'auteur a d'abord 
(*99ayé de démêler dans cet article les traces de la double série d'accidents qui expliquent 
larchitecture de tout le Massif Central, puis a montré comment le Cher, rivière jeune, 
sculpte une région déjà usée et qui semble avoir épuisé tout l'efTort des eaux courantes. 

«« CAtks. — Les modifications des rivages français mériteraient de fixer, beaucoup plus 
qu'elles ne le font, l'attention des travailleurs; pour des points privilégiés, comme le cap 
de la Hève, modifié encore en 1905, à la suite de Féboulement que Ton sait, combien 
d'autres sont absolument négligés! Aussi le commandant 0. Barré, Tauteur de l'ouvrage 
classique qu'est V Architecture du sol delà France, a-t-il rendu un réel service en étudiant 
les origines tectoniques du golfe de Saint-Malo ^, de même que M. Pawlovski en continuant 
ses consciencieuses recherches sur le littoral poitevin et saintongeois, et M. Ch. Bénard 
en exposant, d'après les observations exécutées dans l'hiver 1 001-1902 et dans Tété 1904, 
le trajet des courants du golfe de Gascogne 3. 

« ÉTUiiES MONOGRAPHIQUES d'ensemble. — Que d'autres faits encore mériteraient d'être 
signalés! La découverte, en particulier, d'une couche de houille épaisse de 2 m. 65 à 
Abaucourt, près de Nomény (Meurthe-et-Moselle) M Du'moins convient-il de noter quelques 
travaux monographiques très importants et tout à fait dignes d'être signalés, même dans 
une très rapide énumération. 

« C'est d'abord l'ouvrage de M. Albert Demangeon sur la Picardie et les régions voisines : 
Artois, Cambrésis et Beauvaisis^. Non content, dans ce volume plein de faits précis et 
d'observations personnelles, d'étudier le sol et les productions de ce pays, l'auteur s'est 
attaché à déterminer les rapports existants entre la terre et l'homme, et a montré en 
faisant de la géographie humaine autant de qualités qu'en faisant de la géographie 
physique. — Sur les Mauges, un de ces pays de bocages qui constituent vers Test le 
massif armoricain, le capitaine Levainville a publié une courte, mais très fine étude ®, de 
laquelle il convient de rapprocher celle de M. C. Vallaux sur l'évolution de la vie rurale 
en Basse- Bretagn e ^. L'ancien type moral et social armoricain, idéalisé par la littérature, 
s'y efface très rapidement, mais la Basse- Bretagne de demain ne sera pas moins riche en 
espèces sociologiques que la Basse- Bretagne légendaire. — Est-il besoin de rappeler 
d autre part, que la Société de Géographie a couronné, puis publié, un remarquable 
mémoire de M. L.-A. Favre sur le sol de la Gascogne •? et que, pour traiter un tout autre 
sujet, l'économie pastorale dans les Pyrénées, l'article de M. Cavaillès inséré dans la 
Revue g&nérale des Sciencef^* n'en est pas moins digne de l'attention des géographes? 

«« Quelque brève et incomplète que soit cette revue d'ensemble, elle permet d'atlîrmer 
que l'étude géographique de la France est en bonne voie; si le présent essor continue, 
comme de nombreux indices le donnent à penser, le temps n'est pas très éloigné où 
chaque partie de notre pays sera l'objet de travaux géographiques vraiment scientifiques, 
et où, à l'aide des matériaux patiemment élaborés par toute une génération de géographes, 
il sera possible de rédiger l'ouvrage d'ensemble dont le Tableau de la Géographie de la 
France de M. Vidal de La Blache ne constitue vraiment encore qu'une première esquisse. >» 

Le président remercie le savant bibliothécaire de la Société d^avoir résumé avec sa 
compétence habituelle l'œuvre de l'année écoulée au point de vue spécial de la Géogra- 
phie de la France; pois il donne la parole à M. F. Foureau pour la présentation d'un 
ouvrage. 

Journal de route de Henri Dnveyrier. — « J'ai l'honneur, dit M. Foureau, de déposer 
sur le bureau de la Société, de la part de M™« Maunoir, ce volume qui vient de paraître 

I. Annales de géographie^ 14*" année, p. 399-423. — 2. Ibid., p. 23-33. — 3. La Géographie, t. XI, 
p. n5-190. — 4. /6irf., t. XI, p. 30i-307. — 5. Paris, Armand Colin, 1905, in-8. Cf. la Géographie, 
t. XII, p. 35-iî. — 6. Annales de Géographie, 14« année, p. 310-317. — 7. Ibid., p. 36-51. — 8. La 
Géographie, t. XL p. 257-284, 343-358, 413-434. — 9. Ibid., t. XII, p. 254-255. 



164 ACTKS DE LA aOClÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

et qui porte pour titre : Journal de route de H. Duveyrier publié et annoté par MM. C. Mau- 
noir el H. Schirmer. 

» En souvenir de Thomme de cœur et du modeste et savant voyageur qu'était Duveyrier, 
en souvenir aussi de Tami affectionné, M. Maunoir avait résolu de publier certaines des 
notes inédites du célèbre explorateur, en puisant dans ses carnets une multitude de 
faits, de descriptions, de documents, qui n'avaient pas vu le jour dans son volume 
Les Touareg du Nord, 

« La mort a malheureusement surpris M. Maunoir dans l'exécution de ce programme; 
mais M™« Maunoir n'a pas voulu que l'œuvre de son mari restât inachevée, elle n'a pas 
voulu qu'un des plus chers désirs du défunt demeurât sans réalisation; aussi elle a 
chargé M. H. Schirmer, notre savant confrère, de terminer le travail commencé. 

« C'est ce travail que je viens vous apporter aujourd'hui. Il est le fruit du labeur de 
trois vaillants esprits; il est un gage d'amitié offert à la mémoire de H. Duveyrier par 
M, Maunoir puis par M™'^ Maunoir, et un gage de solidarité scientifique donné par 
M. Schirmer au souvenir des deux disparus. 

« On lira avec un vif intérêt ces notes qui, quoique vieilles de plus de quarante années, 
sont encore pleines de vérité, de sincérité, d'actualité même, et montrent quel puissant 
et noble caractère était celui de Duveyrier qui griffonnait ces pages sur ses carnets de 
route, alors qu'il n'avait pas encore vingt ans, âge auquel presque tous les hommes ne 
sont encore que de grands enfants, âge auquel Duveyrier était déjà, lui, un homme dans 
toute l'acception du terme avec ce qu'il peut comporter de plus grand et de plus beau. 

'< Je ne puis m'empêcher, en cette occasion, de rappeler la belle lettre de Duveyrier, 
lettre datée de 1870 et que M. Le Myre de Vilers nous lisait ici même à la séance du 
15 décembre dernier et dans laquelle l'illustre voyageur résumait lui-même tous ses 
travaux d'explorateur. 

i( Je suis heureux d'avoir été choisi par M™*^ Maunoir pour déposer ce volume et je la 
remercie, parce que cette circonstance me permet de rappeler que les deux défunts 
étaient mes maîtres et mes amis affectionnés, auprès desquels j'ai toujours trouvé 
conseils, appui et concours dévoués; elle me permet de dire une fois de plus combien 
de services éminents ils ont rendu à la science, à la cause géographique et par-dessus 
tout à la Société de Géographie, à laquelle tous les deux ont donné toute une vie de 
labeur incessant, fournissant aux savants et aux voxageurs qui sont venus après eux le 
plus grand et le plus noble exemple. 

« Je suis sûr d'être de cœur avec vous tous en affirmant que la Société de Géographie 
n'avait pas besoin de ce souvenir donné à sa bibliothèque pour glorifier une fois de plus 
la mémoire de ces deux grands bienfaiteurs, Maunoir et Duveyrier, mais pourtant il m'a 
paru que c'était un devoir d'insister un peu plus que d'ordinaire sur cette présentation 
en raison d'abord de la haute estime et de la très vive sympathie qu'ont laissées après 
eux les deux auteurs, et en raison aussi de la part active prise' par M"* Maunoir dans la 
poursuite de l'œuvre commencée par M. Maunoir et terminée par M. Schirmer. » 

Mission scientifique du Bourg de Bozas. — M. le D' Brumpt, collaborateur scientifique 
et second de la mission du Bourg de Bozas, auquel revenait de droit l'honneur de 
présenter ce bel ouvrage l'a fait en ces termes : 

M Le volume que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de la Société de Géographie, 
de la part du marquis du Bourg de Bozas, est le récit fidèle de la longue mission 
entreprise par le vicomte du Bourg à travers l'Afrique tropicale, de la mer Rouge à 
l'Atlantique. 

« Il y aura bientôt trois ans que j'ai eu l'occasion d'exposer ici les principales étapes 
de ce voyage, je vous ai dit aussi comment notre malheureux chef avait payé de sa vie 
son entreprise audacieuse, terrassé par un grave accès de fièvre. Arrivé presque au but 
de son voyage il est mort en brave avec résignation et sans faiblesse au centre de 
cette Afrique qui renferme déjà dans son sein un si grand nombre de nos compatriotes. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 165 

n Ce livre est donc une œuvre posthume du vicomte du Bourg, rédigée par M. Maurette 
avec les carnets de route de la mission; il renferme une préface de M. de Saint-Arroman 
et il est illustré de très nombreuses photographies. 

•< La Société de Géographie et le ministère de l'Instruction publique ont joué un grand 
rôle dans la mission du vicomte du Bourg en lui fournissant un programme d'études, 
qu'il a su mener à bien, et en lui indiquant un certain nombre de collaborateurs pour 
i*aider dans les diverses études qu'il devait entreprendre. 

Le vicomte du Bourg emmenait avec lui en Afrique M. de Zeltner comme zoologiste, 
le lieutenant Burthe d'Annelet et enfin moi comme médecin et naturaliste. En cours 
lie route il devait s'adjoindre, à Djibouti, M. Colliez comme chef de caravane et plus 
tard, à Addis Ababa, M. Didier comme secrétaire en remplacement de MM. de Zeltner et 
d'Annelet rentrés en France, 

« La vie d'explorateur a, malgré les quelques dangers qu'elle fait courir, beaucoup 
de charme surtout quand on fait ses premiers pas sous la conduite d'un chef éclairé et 
courageux comme l'était le vicomte du Bourg. Je serais heureux si la lecture du récit 
de voyage de la mission pouvait entraîner quelques explorateurs vers le continent 
africain, où il reste encore tant de lacunes géographiques et scientifiques à combler. 

« Ce livre est le premier ouvrage d'une série de cinq volumes qui paraîtront succes- 
sivement. Le livre consacré à l'ethnographie et à l'anthropologie, rédigé dans le 
laboratoire du professeur Hamy, paraîtra bientôt. Il en sera de même des livres de 
zoologie, de botanique et de géologie, enfin de médecine et de parasitologie. 

" On ne pourra se faire une idée complète de la belle mission entreprise par le 
vicomte du Bourg que le jour où tous ces ouvrages auront paru; ces livres seront 
certainement le plus beau monument que pouvait édifier sa famille pour immortaliser 
sa mémoire. 

« Je profite encore de quelques instants de la parole pour déposer quelques petits tra- 
vaux que j'ai publiés sur la maladie du sommeil. C'est grâce aux études que j avais faites 
au cours de la mission du Bourg que j'ai pu émettre l'hypothèse, vérifiée depuis, que 
cette curieuse maladie était transmise par des mouches tsé-tsè. Peu de temps après le 
retour de la mission en Europe, j'étais renvoyé en missioïi spéciale par le ministère de 
rinstniction publique et l'Institut de médecine coloniale pour étudier de plus près 
cette maladie qui décime certaines contrées de TAfrique. 

« Puisque je parle de médecine, je dois dire que si dans les pays tempérés presque 
toutes les maladies sont produites par des microbes qui sont des plantes microscopiques, 
dans les régions chaudes, au contraire, ce sont de petits animaux appartenant à difl*érents 
eenres qui en remplissent le rôle. Pour lutter contre les maladies coloniales avec efficacité 
il faut donc une connaissance approfondie d'histoire naturelle médicale et d'hygiène. 

« C'est ce que l'Université de Paris a compris en créant en 1902 l'Institut de médecine 
coloniale. A l'heure actuelle de nombreux médecins français et étrangers viennent 
suivre ces cours et vont ensuite s'installer, sur la demande des gouverneurs de colonies, 
en différents points d'Afrique. Leur but est de soigner les indigènes. 

» Maintenant que l'Afrique est presque définitivement partagée, la colonisation doit 
devenir intensive, il faut mettre le sol et le sous-sol en valeur, mais comme, dans les 
r^'sions malsaines, les Européens ne peuvent travailler, on doit s'efforcer d'augmenter 
la population indigène, ce que seuls peuvent faire les gouverneurs de colonies en 
administrant sagement leurs provinces et les médecins en empêchant chez des populations 
primitives tes épidémies meurtrières et le manque complet d'hygiène de faire si 
rapidement leur œuvre destructive dans des contrées du globe si séduisantes, mais qui, 
l»ar leur climat meurtrier, arrêteront encore bien longtemps les efforts de nos vaillants 

roloDS. • 

Les remerciements du président s'adressent à la fois à M. Foureau, continuateur de 
l'œuvre de Duveyrier, et à M. Brumpt, dont la valeur scientifique lui est connue. Lisant 



166 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

ensuite la liste des personnes admises à la Société, il se félicite de voir, en tète, les noms 
de S. M. le roi de Portugal et de S. E. le président de la République Argentine, qui ont fait 
à notre compagnie l'honneur de s'inscrire parmi ses membres. 

La région lacustre du moyen Niger; ses populations primitives, par M. le lieutenant 
Desplagnes. — M. le professeur Frédéric Lemoine, résumant la première partie de cette 
communication dans le Journal officiel, s'exprime en ces termes : 

« Chargé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une mission archéologique 
et ethnographique dans la boucle du Niger, le lieutenant Desplagnes, qu'un premier séjour 
dans les environs de Tombouctou avait déjà documenté, rend compte des résultats nou- 
veaux obtenus pendant ces trois dernières années de recherches. 

« La région lacustre du Sigermoyen. — Au point de vue géographique, il fait l'étude de la 
région lacustre méridionale du Niger moyen. Cette région était jusqu'à ce jour encore peu 
connue ; aussi la carte en a été établie avec un soin particulier. 

« Toute cette immense plaine basse faisait partie de la grande cuvette nigérienne, reste 
d'une mer intérieure quaternaire, dans laquelle se jetaient les grands oueds sahariens, 
ainsi que le démontrent les documents rapportés par M. E.-F. Gautier, au retour de son 
récent voyage à travers le Sahara. 

u Les cours d'eau de la région sud sont au nombre d'une douzaine formant deux grou- 
pements principaux ayant chacun leurs canaux de remplissage particuliers, quoique isolés 
entre eux par un large marigot, le Foko. 

•( Le Niger seul, avec ses inondations, ses dérivations et ses déversoirs, constitue tout 
le régime stable des eaux de la région, car les masses liquides jetées sur le pays par les 
tornades de l'hivernage n'arrivent pas à constituer un régime régulier. 

« Chaque année, les inondations du grand fleuve couvrent toute la région basse en 
novembre et décembre, mais en se terminant elles laissent à découvert d'admirables 
terres à céréales et à pâturages, autour de la réserve d'eau de ces lacs soudanais. 

« Malheureusement la crue annuelle du Niger étant très instable, ces lacs ne sont 
complètement remplis qu'aux années de grandes inondations. 

« Le rebord sud de cette ancienne mer quaternaire est formé par le plateau central 
nigérien, énorme soubassement de grès ferrugineux dont les ramiOcations vont dans le 
nord-est se ressouder au massif de l'Adrar, en plein Sahara. Au-dessus de ce soubassement 
se dressent une série de plateaux, massifs rocheux, tables, pitons, séparés les uns des 
autres par de profondes cassures. Ce sont les massifs de Bandiagara, de Dalla, du Hombori, 
témoins d'une ancienne arête montagneuse, ligne de partage des eaux soudanaises. 

« he$ populations primitives. Leur origine, — Ce sont ces escarpements rocheux qui ser- 
virent de retraite aux primitifs soudanais et que leurs descendants habitent encore, con- 
servant jalousement leurs mœurs bizarres qui paraissent les relier aux Berbères et Sémites 
du nord et aux tribus du haut Dahomey. 

u En effet, les plaines nigériennes, toujours bien irriguées, merveilleuse zone de pâtu- 
rages et riche terre à céréales, furent de tout temps un puissant attrait pour les peuples. 
« Les populations nomades et pastorales sahariennes refoulées du nord par l'arrivée de 
peuples nouveaux furent sans cesse attirées par ces pacages verdoyants; de même les 
tribus sauvages des forêts du sud cherchèrent de tout temps à se faire jour vei^ les clai- 
rières du nord, terre à céréales et à élevage. Tous ces envahisseurs se jetèi^nt sur le 
Soudan obligeant les primitifs, qu'ils imprégnèrent plus ou moins d'idées nouvelles, à 
leur céder les terres fertiles, et à chercher un refuge dans les montagnes. 

« Toutefois ces indigènes, en quittant les rives nigériennes, laissèrent comme témoins de 
leur passage une quantité de monuments intéressants, tous antérieurs à l'Islam (ix*^ siècle). 
« Grandes tombes sous tumili, alignements mégalithiques, inscriptions sur les parois 
de rochers, instruments néolithiques, etc., dont les collections rapportées par la mission, 
actuellement au Muséum, figureront en partie à l'exposition de Marseille, et au musée 
d'ethnographie du Trocadéro, avec les objets provenant des fouilles de 1902. » 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIB. 167 

1^ reste de la commuDication de M. Desplagaes a été consacré aux tribus des 
montagnes nommés les Habbés. Le conférencier ayant, dans ce numéro de La Géographie^ 
développé des « notes anthropologiques, ethnographiques et sociologiques sur les 
populations noires primitives des montagnes v sous ce titre Mission archéologique dans la 
vallée du Niger, nous ne reproduirons pas à cette place la suite du compte rendu de 
M. F. Lemoine, nous contentant de donner, d'après lui, la conclusion de cette conférence. 

<^ Aujourd'hui, grdce à la sécurité que nous avons su imposer au Soudan, ces 
populations, trop à Tétroit dans leurs montagnes, descendent de plus en plus dans la 
plaine, fondant de nouveaux villages : agriculteurs et industriels, ces Habbés échangent 
leurs produits avec ceux des peuples pasteurs, ou des tribus de pêcheurs des bords du 
Niger. De grands marchés se créent journellement et déjà un mouvement d'affaires se 
développe, laissant entrevoir quelques espéraftces. 

« Car actuellement toute cette région soudanaise parait rentrer dans une période 
dVxploitation normale en cherchant à fournir aux riches colonies forestières de la côte 
1rs denrées de première nécessité qui leur font défaut, les céréales et les animaux de 
boucherie, dont les réserves sont inépuisables au Soudan. » 



Membres admis. 



!!•• Bel (Jean-Marc). 
MM. RoLTiER (Charles). 

MoxTi (Louis-Marie-Joseph-Xavier de). 

Hetzel (Jules). 

JoNAS Alfred). 

CoLMET DaÂge (Guy-Alexandre). 

BoDEREAU (Charles-Léon-Sébastien). 



MM. GoDEFROY (Eugène). 
Gentil (Louis). 
JouRDAN (Arthur). 
Barreau (Jean -Auguste). 
KiENER (Edouard). 
Vaux (Baron Raoul de). 



Candidats présentés. 

MM. Marlier (Jean-Pierre), industriel, présenté par MM. le comte de Créqui-Montfort et 

Le Myre de Vilers. 
Rabel (André), présenté par MM. le comte de Créqui-Montfort et Le Myre de Vilers. 
Marc (Gabriel), présenté par MM. le comte de Créqui-Montfort et Le Myre de Vilers. 
Delingette (Alfred-Charles), sous-officier hors cadre de Tinfanterie coloniale, 

présenté par MM. Brussaux et Le Myre de Vilers. 
Bartuélemy (Raymond), lieutenant à la Légion étrangère, présenté par MM. le baron 

HULOT et Auguste Pavie. 
Mazeran (Charles), lieutenant de vaisseau, présenté par MM. Tamiral Humann et le 

baron Hulot. 
(■lÉRARO (Jacques), licencié en droit, attaché à la compagnie des Messageries 

maritimes, présenté par MM. François Destailleur et le baron Hulot. 
Quentin-Bauchard, docteur es lettres, présenté par MM. Godefroy et le baron Hulot. 
Berger (Michel-René-Marcel), lieutenant au 3» régiment de hussards, présenté par 

MM. Paul MiRABAUD et le baron Hulot. 
Segard (Emile), présenté par MM. Olivier et Eugène (Godefroy. 
Tantet, chef des Archives au ministère des Colonies, présenté par MM. Le Myre de 

Vilers et Binger. 
ViTALi (le comte Georges), présenté par MM. Le Myre de Vilers et le baron Hulot. 
MouGEoT (Maurice), licencié en droit, attaché à la mission Moll, présenté par 

MM. le commandant Moll et Brussaux. 
HiLLAiRE (Pierre), directeur de la compagnie Ekela-Kai>eï-Sa>giia, présenté par 

MM. le commandant Moll et Brussaux. 



M8 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

MM. NoiROT (Ernest), administrateur en chef des colonies, présenté par MM. Le Myre de 

ViLERS et BiNGER. 

Desplagnes (Louis), lieutenant dMnfanterie coloniale, présenté par MM. le D** Hamy 

et le baron Hulot. 
DucHEMiN (Léopold-Charles), capitaine d*infanterie coloniale, présenté par MM. le 

D' Hamy et Le Myre de Vilers. 
NouFFLARD (Charles-Henri- Adrien), secrétaire général des colonies, présenté par 

MM. Aug. Chevalier et le baron Hulot. 
M8' Le Roy, supérieur général des Pères du Saint-Esprit, présenté par MM. Le Myre de 

Vilers et le baron Hulot. 
M'*« Teixera-Leite (de), présentée par MM. Le Myre de Vilers et le baron Jules de 

Guerne. 
MM. BÉTALAND (Jacques), présenté par MM. Couturier et Le Myre de Vilers. 

MoRANE (Henri), vice-président du Conseil général des Côtes-du-Nord, présenté par 

MM. Louis Olivier et Eug. Godefroy. 
K.\RTZOW (le comte Wladimir), ingénieur, présenté par MM. Tiffaine et le baron 

Hulot. 
Reinach (Saloraon), vice président de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 

présenté par MM. le D^ Hamy et le baron Hulot. 
WuRTZ (le D»"), médecin des hôpitaux, professeur agrégé de TÉcole de médecine, 

présenté par MM. Le Myre de Vilers et le D>" Brumpt. 
Jeaxselme (le D»"), médecin des hôpitaux, professeur agrégé de TÉcole de médecine, 

présenté par MM. Le Myre de Vilers et le D' Brumpt. 
Blatin (le D' Marc), médecin des hôpitaux, professeur agrégé de TÉcole de médecine, 

présenté par MM. Le Myre de Vilers et le D*" Brumpt. 
Benoit (le D""), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D"^ Brumpt. 
Neveux (le D»-), médecin colonial de TUniversité de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le h^ Brumpt. 
Olivry (le D'), médecin colonial de l'Uni versité de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D»" Brumpt. 
FONTOYMONT (le D^), médecin et professeur à l'École de médecine de Tananarive, 

présenté par MM. Le Myre de Vilers et le D' Brumpt. 
Thomas (le D^), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D'' Brumpt. 
Boudareff (de), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D»" Brumpt. 
PiCHARD (le D'), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D' Brumpt. 
Paris (le D»"), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D"^ Brumpt. 
Menaut (le D""), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D»" Brumpt. 
Miser (le D""), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre 

DE Vilers et le D"* Brumpt. 
Ort (le D""), médecin colonial de l'Université de Paris, présenté par MM. Le Myre de 

Vilers et le D»" Brumpt. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 169 

Séance du 19 janvier 1906. 

Présidence de M. le baron de GUERNE 



Bureau de la Commission centrale pour 1906. — Conformément à ses statuts, la Com- 
mission centrale de la Société a renouvelé son bureau. M. le baron J. de Guerne a été élu 
président, MM. Martel et Auguste Pavie, vice-présidents; le baron Hulot a été maintenu 
dans ses fonctions de secrétaire général et M. Charles Rabot a reçu le titre de secrétaire 
adjoint de la Commission centrale, en raison de ses fonctions de secrétaire de la rédac- 
tion du Bulletin. 

M. de Guerne, en prenant possession du fauteuil, informe Tassistance de ce renouvel- 
lement, fait ressortir les services rendus à la Société par son prédécesseur, M. le vice- 
amiral llumann, pendant son année de présidence, et assure ses collègues de son entier 
dévouement. 

Le secrétaire général, après avoir remercié M. Froidevaux de Tavoir suppléé à la der- 
nier»» séance et d'avoir, en sa qualité de bibliothécaire, passé en revue les principales 
publications qui, pendant l'année écoulée, ont fait progresser la connaissance géogra- 
phique de la France, reprend le dépouillement de la correspondance des voyageurs et en 
("xtrait les nouvelles suivantes : 

Abyssinie. — M. Anrjer, enseigne de vaisseau, proQtant d'une escale du D' Entrecasteaux 
ù Djibouti, note le haut intérêt qu'il y aurait à connaître le cours inférieur de TAouache 
qui couvre du limon de ses crues une immense plaine que cette rivière fertilise. La 
culture des plateaux ayant sufti à l'alimentation des indigènes, ceux-ci n'ont pas travaillé 
l:i plaine, au climat plus pénible; les caravanes préfèrent gagner la région montagneuse 
Je Harrar afin d'arriver par pentes douces jusqu'à Addis-Abeba. 

Ces indications, que nous fournissait déjà à son retour du Choa le vicomte Edmond de 
Poncins, trouvent dans certains projets un caractère d'actualité. — M. de Poncins, dans 
*»»*s deux voyages de i897 et 1898, explora chez les Somal et les Danakils. Si nous nous 
r<*portons à sa carte -itinéraire, nous constatons qu'il a reconnu les rives de l'Aouache au 
^ud du 10* parallèle. Son désir eut été d'explorer ensuite le cours inférieur, mais Tinsalu- 
hrité du climat ne lui permit pas de descendre cette vallée dans laquelle le cours finit 
par se perdre, absorbé par des sables brûlants. 

Congo français. — M. le commandant Moll envoie à la Société de bonnes nouvelles des 
membres de la mission de délimitation Congo-Cameroun. Ils sont tous bien arrivés à 
Ouesso. 

«• Les concessions de la N'Coko-Sangha et de la llaute-Sangha paraissent en voie 
(le prospérité. Les éléphants pullulent dans cette région ; on y rencontre aussi de nom- 
breux gorilles; on en a même tué récemment un énorme, d'environ 2 m. 50 de haut, dont 
h» crâne et les mains étaient extraordinaires de grosseur. 

« On parle beaucoup à Brazzaville des riches mines de cuivre de Mindouli et de Bokho- 
Sango, deux localités situées en bordure de la frontière de l'État Indépendant, entre 
Brazzaville et Loango. Ceci ramène à la question de la construction du chemin de fer de 
Brazzaville à Pointe-Noire, qui serait certainement un important facteur du développement 
économique de nos possessions du Congo français. Pour le moment, la Société des mines 
de Miodouli a entrepris la construction d'un Decauville entre Mindouli et Brazzaville. 
Ainsi le minerai prendrait la voie belge de Kinchassa à Matadi. » 



170 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE, 



Asie antérieure. — M. E. Gallois est chargé par le ministère de l'Instruction publique 
d'une mission géographique et économique en Asie Mineure et dans la haute Syrie. Il se 
propose de se rendre par Constantinople à Nicée, Angora, Konieh, sur la ligne de Bagdad : 
il visitera ensuite le golfe d'Alexandrette, Alep, le Liban et l'Anti-Liban, Damas, Beyrouth 
et retour par l'Ile de Chypre. Nul doute que le sympathique voyageur ne rapporte de sa 
mission une ample et pittoresque moisson de documents scientifiques et artistiques. 

Exploration du comte J. de Lesdain à travers le Tibet. — M. de Lesdain nous annonce 
de Darjeeling, le 24 novembre 1905, qu'il a réussi une traversée du Tibet du nord au sud 
et dont il décrit en ces termes les principales étapes : 

« Parti de Pékin le 20 juin 1904, j'ai d'abord visité les parties restées inconnues du 
désert des Ordos, puis, pendant plusieurs mois, j'ai parcouru en tous sens TAlachan, 
découvrant grande quantité de ruines, etc. — De là, je me suis rendu à Kumbum, puis je 
suis reparti pour une exploration de quelques lacs du Gobi central restés encore inconnus. 
Enfin, revenu à Nan-Shi-t'chou, j'ai fait mes préparatifs pour traverser le Tibet. J'ai passé 
le Tsaïdam sans accident et j'ai eu la bonne fortune de découvrir, après de grandes souf- 
frances, les sources du Yang-tse. J'ai alors piqué droit au sud et, sans être inquiété, j'ai 
traversé le Bramapoutre. Je suis arrivé à Gyantsé et de là me suis rendu à Darjeeling par 
le chemin suivi l'année dernière par l'expédition anglaise. » 

Nous manquons jusqu'ici de documents précis sur ce voyage, dont l'importance peut, 
en effet, être très grande, et nous attendons avec impatience le retour du voyageur qui ne 
manquera pas de nous faire connaître, pièces à l'appui, les résultais scientifiques de cette 
audacieuse exploration. 



Les Iles .Andaman. — M. le ministre de l'Instruction publique a bien voulu trans- 
mettre à la Société de Géographie, de la part de M. le ministre des Affaires étrangères, la 
note suivante, sur les îles Andaman, qui lui a été adressée par notre consul en Birmanie. 

« Le gouvernement de la Birmanie donne actuellement toute son attention au dévelop- 
pement de l'agriculture et à l'exploitation des forêts dans les îles Andaman, celles du 
nord surtout, qui, jusqu'à ce jour, servent de dépôts pour les condamnés et de pénitencier 
semblable à celui que nous avons à Poulo Condor. 

« On sait que le groupe d'îles des Nord- Adaman est situé entre le 12* et le 14* parallèle N., 
92° et 93° Long. E. Gr. — L'île principale a 51 milles de long sur 10 milles et demi de 
large; et, avec Interview Island et un groupe de soixante-quatre îlots, elle a une super- 
ficie d'environ 530 milles carrés.... » 

Nous passons les renseignements généraux sur la géographie de Tîle, trop connus pour 
être reproduits, et nous en arrivons à la production forestière. 

« Si on examine, poursuit notre consul, la production forestière, on trouve, dans 
le Nord-Andaman, trois essences de bois de première qualité : le padank, environ 
340 000 tonnes; le piyinma 120 000 tonnes; le gurjan 190 000 tonnes. 

« Le seul padank représente une valeur de plus de 3 000 000 de roupies. 

« Il est employé pour les constructions et surtout pour les décorations artistiques des 
maisons, les sculptures et œuvres de choix ; les deux autres sont des bois de construction 
et le piyinma s'emploie souvent à la place du teck pour certains travaux. 

« Les voies d'eau étant très développées dans ces îles, les bois pourraient être facile- 
ment amenés à la côte; partout on peut trouver du fourrage et de l'eau suffisamment 
pour les éléphants, mais le manque de main-d'œuvre nécessiterait l'emploi des coolies. 

c< Port-Cornwallis semblerait être l'endroit le plus approprié à l'installation d'une ville 
et d'un port; la baie est large et bien protégée à l'époque de moussons de sud-ouest et de 
nord-est; l'ancrage est bon et on trouve de l'eau potable en abondance. 

i< Le padank n'est jamais trouvé au-dessus de 300 pieds et, à cette hauteur, seulement 
dans les endroits habités; il croît plus volontiers au-dessous de 200 pieds et si le drainage 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 171 

de leau est bon le bois est de bien meilleure qualité. Sur les pentes, où Teau coule faci- 
lement, larbre atteint 17 à 18 pieds de tour avec une hauteur de tronc de 40 à 50 pieds, 
tandis que dans les endroits où Teau séjourne Tarbre s'atrophie et dépérit. — La repro- 
duction est assurée par la quantité de fleurs qui arrivent à maturité et donnent des graines 
en abondance, lesquelles germent rapidement dans le terrain «ù elles tombent. Presque 
tontes les plantations de padank se trouvent près de la mer, ou auprès de quelques 
criques. Ces criques peuvent porter des chaloupes qui calent 3 ou 4 pieds.... Le portage ne 
sera jamais pénible. En fait, l'exploitation sera toujoui^ d'une grande facilité et d'un 
rendement sérieux. 

I^s Nord-Andaman sont donc une ressource pour la production de bois fort estimés 
et qui se vendent cher, à condition que l'exploitation en soit bien réglée. Deux commis- 
saires ou administrateurs du service civil de l'Inde ont été chargés de s'occuper spécia- 
lement de cette partie du pays. 

Voyage de M. de Périgny an Mexique. — De Timon, état de Tabasco, le 12 novembre 
1905. M. de Périgny nous écrit : 

« Toas mes préparatifs sont faits et je pars demain pour remonter le rio San Pedro 
jusqu'au Peten. On ne cache pas ici que le voyage sera dur, mais il promet d'être très 
intéressant. En tout cas il aura le mérite de la nouveauté, car je suis le premier Européen 
à le faire ; aucun Américain non plus n'y est venu. Je suis un peu en retard, mais ce 
retard a été causé par la force des choses. Je comptais partir directement de Mérida 
lYncatan) pour Frontera (sud-ouest) et le rio San Pedro sans passer par Mexico, mais à 
Progreso, port au nord de Mérida, j'ai trouvé un télégramme me disant qu'il était c< impor- 
tant et urgent devenir à Mexico ». Le télégramme était d'un de mes amis, officier d'ordon- 
nance et ami intime du président Diaz. On avait envoyé dans le Yucatan (dans la province 
de Uuintana Roo) un certain nombre d'Indiens Gaquis (200 environ) après leur révolte 
dans le Sonora. Ils se sont échappés et circulent un peu partout en tuant tous ceux qu'ils 
rencontrent. Le Président, dans ces conditions, ne voulait pas me laisser partir sans me 
voir, connaître mon itinéraire et prendre les précautions nécessaires. J'ai dû, à mon grand 
regret, renoncer à une partie de mon voyage tout à fait nouvelle, de Florès à Bacalar 
directement. Mais c'eût été le suicide. J'irai donc à Bacalar par le rio Hondo et là le 
général Braoo a Tordre de me donner une escorte de 25 hommes pour m'accompagner 
jusqu'à Tulum et Valladolid, où se trouvent les derniers Indiens Mayas rebelles. 

u J'espère pouvoir vous donner de mes nouvelles de Florès et quelques renseignements 
sur mon voyage sur le Rio San Pedro, qui durera environ quinze jours, en pleine sauva- 
série, car la partie supérieure n'est pas habitée du tout. » 

Le plan est donc de partir du Tabasco, de prendre au sud-est pour remonter le San 
Pedro jusqu'à la rivière Peten, puis par le rio Hondo faire route au nord de Florès à 
Bacalar et Valladolid en décrivant un arc de cercle dans le sud et l'est du Yucatcin et en 
pénétrant dans le nord de Guatemala. 

FrésentationB d'ouTrages. — Après ces diverses communications, le secrétaire général 
présente une curieuse Histoire de la Compagnie des Indes de 1664 à 47 19^ écrite par 
M. Jules Sottas. Intéressé par la lecture d'un livre introuvable, le Journal dun voyage fait 
aux Indes orientales par une escadre commandée par M. Du Quesne, l'auteur, afin d'éclaircir 
ce roman vrai d'aventures extraordinaires, a fait dans les archives les plus minutieuses 
recherches qui lui ont permis de reconstituer l'histoire politique, commerciale et finan- 
cière de cette célèbre compagnie. Son œuvre, remarquable par la science pratique de la 
construction navale qu'elle exige et par une érudition très consciencieuse, satisfera donc 
aussi bien les hommes d'étude» que les lecteurs d'aventures véridiques. Écrit avec beau- 
coup de naturel et de clarté, le volume se lit sans fatigue, ce qui prouve qu'un spécialiste 



172 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

distingué dont l'esprit ouvert tient à sortir du champ étroit de Tart pratique, peut être à 
Toccasion un aimable et gai conteur. 

M. le baron Hulot insiste encore sur un ouvrage que vient de publier M. François, 
rédacteur principal au ministère des Colonies, docteur en droit, sur le Dahomey. Ancien 
chef de cabinet du gouverneur de cette colonie, M. François a su, malgré ses absorbantes 
fonctions, étudier scientifiquement la région à Tadministration de laquelle il concourait. 
Il en rapporta une monographie, aussi intéressante à lire qu'utile à consulter. Le plan 
suivi met en lumière l'esprit de méthode qui caractérise l'auteur. De telles œuvres font 
honneur au corps de nos administrateurs coloniaux. En contribuant ainsi à bien faire 
connaître les parties diverses de notre vaste et bel empire colonial, elles concourent à l^ur 
développement. 



Du Gap au Zambèze et à l'océan Indien, par M. le prpfessear Henri Gordier. — Comme 
représentant de la Société de Géographie à la soixante-quinzième réunion annuelle de 
l'Association britannique pour l'avancement des sciences, M. Henri Cordier, professeur 
d'histoire de la Chine à l'École des langues orientales vivantes, accompagné de M"™® Cordier, 
s'est rendu dans l'Afrique du Sud où cette association tenait ses assises, en 1905, au Cap 
et à Johannesburg. Ce congrès, remarquable par les travaux scientifiques discutés, avait, 
par surcroît, un autre caractère. Ses savants membres ont pu constater l'état des esprits 
dans l'Afrique du Sud après la terrible guerre des Boers, étudier la situation économique 
des colonies du continent noir, connaître les conditions d'existence des races si diverses 
qui le peuplent et faire ainsi une vaste enquête scientifique. En outre, l'Association britan- 
nique, devenue une brillante ambassade scientifique, ne pouvait manquer d'ajouter au 
prestige du nom anglais en inaugurant, sur la ligne du Cap au Caire, le nouveau pont 
jeté sur le Zambèze. 

Le récit du voyage de M. le professeur H. Cordier a paru dans La Géographie du 
15 décembre 1905 sous ce titre : L'association bHtannique pour Vaoancement des Sciences, 
dans l'Afrique australe. Cet important article très apprécié, dès sa publication, nous dis- 
pense de résumer à cette place la communication de notre éminent collègue. 

A l'issue de la séance, M. le baron de Guerne, lié de longue date avec M. Cordier, qui 
fut l'un de ses prédécesseurs comme président de la Commission centrale, le félicite au 
nom de l'assistance et au nom de la Société. M. Cordier qui, il y a deux ans, apporta à 
l'administration intérieure de la Société de géographie une attention toute particulière, 
eut également à cœur de soutenir dans différentes manifestations le bon renom de notre 
compagnie à l'étranger. C'est d'abord en Angleterre, où il nous représenta avec d'autant 
plus d'autorité qu'ayant de la langue anglaise une connaissance approfondie il lui fut 
facile d'y suivre le mouvement scientifique. En 1904, c'était au congrès de Washington 
et à l'exposition de Saint-Louis qu'il était notre délégué en même temps que le représen- 
tant du ministre de l'Instruction publique. Ce dernier voyage autour de l'Afrique et dans 
l'Afrique australe, accompli comme les précédents, en compagnie de M™® Cordier, n'a pas 
été moins utile à la science qu'à notre société. Dans ces différentes occasions, M. le pro- 
fesseur Cordier a rendu service à la France, en ajoutant à son bon renom dans les milieux 
choisis où s'est exercée sa féconde activité. 



Membres admis. 



MM. Marlier (Jean-Pierre). 
Rauel (André). 
Marc (Gabriel). 
Delingette (Alfred-Charles). 
Barthélémy (Raymond). 
Mazeran (Charles). 



MM. CiUÉRARi) (Jacques). 

Quentin-Bauchart (Pierre). 

Berger (Michel-René-Marcel). 

Segard (Emile). 

Tantet (Victor). 

ViTALi (le comte Georges). 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



175 



Mk' Lehow 

M"« de Teixeili-Leite. 

M"'^ de BONDAREFF. 

MM. MocGEOT (Maurice). 

HiLLiiRE (Pierre). 

Ni>moT{Ernest}. 

De^plagnes (Louis). 

DucHEMiN (Léopold-Charles). 

NouFFLARD (Charles-Henri- Adrien) . 

BÉTOLAND (Jacques). 

MoR.\NE (Henry). 

Kartzow (le comte Wladimir). 

Reinach (Salomon). 



MM. le D' WuRTZ, 

le D** Jeanselue (Edouard), 
le D«" Blatin (Marc), 
le D' Benoît. 
le D' Neveux. 
le D' Olivry. 

le D' FONTOYNONT. 

le D»* Thomas. 
le D' Pichard. 
le D^ Paris. 
le D' Menant. 
le D' Miser. 
le D' Ort. 



Candidats présentés. 

M'"'' MoRON (Marie- Augustine), présentée par MM. Eugène Gallois et le baron Hulot. 
MM. Bretesciie ; Charles-Marie de la), administrateur des colonies, présenté par MM. le 

baron de Guerne et le baron Holot. 
DoLLFUs (Jean), étudiant, présenté par MM. le baron de Guerne et le baron Hulot. 
Cordonnier (Charles-Joseph-Clément), propriétaire, présenté par MM. Pelliot et 

Louis Vaillant. 
Pourtalès (le comte Robert de), présenté par MM. le comte Albert de Pourtalès et 

Le Myre de Vilers. 
CuLTRU (Prosper), professeur à la Sorbonne, présenté par MM. Le Myre de Vilers et 

Frédéric Lemoine. 
Mvurence, ancien professeur, présenté par MM. le baron Hulot et le baron de 

Guerne. 
Moltke-Hvitfeld (Léon de), présenté par MM. le vice-amiral Humann et le comte 

Louis de Turenne. 

Le secrétaire général de la Société de Géographie. 



Ouvrages reçus par la Société de Géographie 



EUROPE 

De Bayb. — Kouskovo. La résidence d'un grand 
seigneur russe au xvni* siècle. Souvenirs d'une 
mission. Paris, Wilsson, ^905, in-8 de 42 p., 
grav. 

(Auteur.) 

6ÉRARD (Victor). Vempire russe et le Tsarwne, 
Paris, Colin, 1905, in-16 de x-372 p.; carte, 4 fr. 

(Editeurs). 

BoLAND (Hexri). — Zigzags en France, Paris, 
Hachette, in-16 de ▼nt-329 p., grav. 

BuFPAULT (Pacl). — Essai sur les eaux et la 
pêche fluviale dans le déparlement de VAveyron, 
Rodez, 1905, in-i2 de 160 p. 

(Auteur.) 

BuFFAULT (Paul). — Le régime des cours d'eaux 
du département de VAveyron et la question du 
reboisement. Mémoire présenté au deuxième 
congrès du Sud-Ouest navigable tenu à Tou- 
louse les 27, 28, 29, 30 el 31 mai 1903. Rodez, 
imp. Carrère, 1905, in-12 de 121 p. 

(Autour.) 

Chaix (Emile). — La topographie du désert 
de Plate (Haute-Savoie). {Le Globe, t. XXXIV. 
Mémoires). Genève, 1895, in-8 de 44 p., carte, 
grav. 

Les tapies du désert de Hâté (Écho des Alpes, 
avr. 1896), Genève, 1896, in-8 de 16 p., grav. 

(Auteur.) 

Chaix (Emile). — Érosion torrentielle post- 
glaciaire dans quelques vallées (Le Globe, t. XLl, 
1902, Mém.). Genève, 1905, in-8 de \2 p., grav. 

(Auteur.) 

Chaix- DU Bois (Emile). — Le pont des Ouïtes. 
Phénomènes d'érosion par les eaux courantes 
{La Géographie, 15 déc. 1903, pp. 341-356). 

Paris, in-8. 

(Autour.) 

CoLAJANNi (N.). — Latins et Anglo-Saxons. 
Races supérieures et races inférieures. Trad. 
par J. Dubois. Paris, Alcan, 1905, in-18 de 
XX.432 p. 

Collection des Guides Joanne, 1899-1905 : 
France (Nord, Bretagne, Normandie, Loire, Pro- 
vence, Auvergne et Centre, Bourgogne, Morvan, 
Jura, Savoie, Cévennes, Dauphiné, Pyrénées, 
Loire aux Pyrénées, Paris, Environs de Paris). 
— Vosges, Alsace et Lorraine. — Belgique et 
Hollande. — Allemagne méridionale (Bavière, 
Autriche, Bosnie). — Allemagne septentrionale 



(Bords du Rhin, Cppenhagae, St-Pétersbourg. 
Moscou, Varsovie). — Suis9e. — Londres et ses 
environs. — De Paria à Consiantinople (total, 
23 volumes, cartonnés). 

(Hachette et C'*.- 

COMUISSION FRANÇAISE DES GLACIERS. — Rapport 

sur les observations glaciaires en Maurienne, 
Vanoise et Tarentaise (21 août-24 sept. 1903), 
par M. P. GiRARDiN. Observations sur les glaciers 
du massif de la Vanoise pendant Vété de 49M, 
par le guide Joseph-Aiitoirb Favre {Ann. CL 
A. Pr., 1903). Paris, 1904, in-8 de 47 p., croquis, 
grav. 

(Comxnissioo., 

Commission française des glaciers. — Obser- 
vations sur Venneigement et sur les chutes d^ara- 
tanches. Paris, Club alpin français, 1904, in-4 
de 14 p., tableaux. 

(Commission.) 

Danbs (J.-V.). — Uvodi Dolni Neretvy. Geomor- 
folog. Studie {Knih. ceske spolecn. zemev. v 
Praze, c. 4). Praze, 1905, in-8 de 108 p., grav., 
diagr. 

(Autctir.) 

DouDOU (Ernest). — Exploration scientifique 
dans les caveimeSj les abîmes et les trous fumants 
de la province de Liège. Liège, Thone, in-12 de 
342 p., grav., 5 fr. 

(Autear.) 

Durègne (l{.). — Contribution à l'étude des 
Dunes. Dunes anciennes de Gascogne (Actes de 
la Soc. linnéenne de Bordeaux, t. LXVll, 1902), 
in-8 de 15 p., carte. 

(Auteur.) 

DuRÈuNE (E.). — La grande montagne de la 
Teste de Buch {Annuaire Club alpin fr., 30* vol., 
1903). Paris, 1904, in-8 de 34 p., cartes, grav. 

(Auteur.) 

Eiffel (G.). — Dix années d'observations météo- 
rologiques à Sèvres (jSeine-et-Oise, 189^-1901), 
Avec la collaboration de M. G. Barré. Paris, 
Maretheux, 1904, in-4 de 96 p., atlas de XIH pi. 

(Auteur. 

Eiffel (G.). — Études pratiques de mHéoro- 
logie et observations comparées des stations de 
Beaulieu, Sèvres et Vacquey pour Vannée 190i. 
Paris, Maretheux, 1904, in-4 de 133 p., XII pi. 
— Id., pour Vannée 4 903, in-4 de ix-317 p. de 
texte, atlas de XXIV pi., diagrammes. 

(Auteur.) 

Eiffel (G.). — Les observations courantes en 
météorologie et comparaison des stations de 
Beaulieu, Sèvres et Vacquey. Conférence faite 



OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



115 



à la Soc. astronomique de France le 4 janvier 

iOor» [Bull. Soc. antron.). Paris, 1905> in-8 de 

43 p, 

FuixiBTOïc (W. MoRTON). — Terres françaises. 

Bourgogne, Franche-Comté y Narbonnaise, Nar- 

bonmtise. Paris, Colin, 1905, in-l6 de vii-336 p., 

3 fr. 50. . ^. 

(Editoars.) 

(iiixrrz (E.)» — ^«^ Landverlust der mecklen- 
burgischen Kûsi'e {Mitt. Grossherz. Meklemh. 
Geotoff. LandesansL, Rostock, 1903), in-4 de 
Î7 p.. 5 «Pie,, 10 pi. ^^^^^^^ 

c^iRARDiN (Paul). — le relief des Environs de 

[Hjon et les principales formes topographiques 

de la Bourgogne {Annales de géographie, t. XI, 

n" 55 da 15 janv. 1902, pp. 43-53). Paris, Colin, 

in-8 de 15 p. 

(Autour.) 

GiRARoiN (Paol). — Observations glaciaires 
en Vaurienne, Vanoise et Tarentaise (21 aoûl- 
n sept. 1903). {Annuaire CL Alp. fr., 3* vol., 
vm). Paris, 1904, in-S de 32 p., grav. 

(Auteur.) 

GiRARDiN (Paul). — Vouoerture du Simplon et 
les intérêts français {Questions dipiom. et col., 
l" ocl- 1904). Paris, 1904, in-8 de 22 p. 

(Auteur.) 

IIammer (Arnb) et Ghanoin (Charles). — La 
lutte antialcoolique en Norvège (Musée social). 
Paris. 1905, in-8, pp. 137-155. 

Ha2«5 (J-). — Klimatographie von Œsterreich. 
Herau^geg. v. d. k. k. Zentralanst. fur Meleoro- 
lojrie und Geodj mamik. I, Géographie von Sieder- 
ùsterreich. Wien, 1904, in-8 de 104 p.. carte, 3 fr. 

. (Auteur.) 

H KOI (AtB.). — Ueber die geologische Voraus- 
richt heim Simplon-Tunnel. Antwort auf die 
Angrïiïe d. Herrn Nationalrat Ed. Suzer-Ziegler. 
Im Auflrage der geologiscben Simplon-Kommis- 
sion {Eelog. geol. Hel., Vlll, nov. 1904, pp. 365- 
3$4. Lausanne, G. Bridel, in-8. 

Hkrwio (W.). — Die Beteilung Deutschlands 
an der iniernationalen Meeresforschung. I. u. II. 
iahresbcrichl. Berlin, 0. Salle, 1905, in-8 de 
!12 p., cartes, grav. 

Jahrbuch fur die Gewâsserkunde Sorddeutsch- 
lands, Herausgeg. von der Preussischen Landes- 
ansUlt fur Gewâsserkunde Abflussjahr, 1901. 
Hefi l à VI. Berlin, Millier, 1904, in.4. 

LAriTTB (Louis). — L'expansion économique 
de la France par l'amélioration et le dévelop- 
pement de ses moyens de transport. Paris, 
Questions diplomat. et col., 1904, in-8 de 19 p., 
cartes, plans, 2 fr. 

D« Martonrc. — Sur le caractère des hauts 
iommett des Karpaihes méridionales {Congrès 
pour C Avancement des Se, Roumanie, 1903). 

Bucarest, 1905, in-4 de 6 p., carte. 

(Autour.) 

De Martosfb (E). — La période glaciaire dans 
les Karpates méridionales (C. R. IX* Congr. géol. 
intf^mat. de Vienne, 1903, pp. 691-102). Vienne, 
l'M4, in-8. 



De Martonne. — Sur la plate- forme des 

Alpes de Transylvanie (C. R. Acad. des Se, 

juin 1904), in-4 de 3 p. 

(Auteur.) 

MiLL (HuoH Robert). — Brilish Rainfall, 1904. 
London, Stanford, 1905, in-8 de 87-279 p., 
grav., 10 sh. 

Ministère des travaux publics. — Ports mari- 
times de la France. Notice sur le port de Calais, 
par M. Aron, complétée et mise à jour par 
MM. Charguéraud et Boom. — Notice sur le 
port de Boulogne par M. Vivbnot, complétée et 
mise à jour par M. J. Voisin et M. L. Vasseur. 
Paris, imp. nat., 1904, in-8 de 234 et 178 p., 
plans, grav. 

(Ministère des Travaux publics.) 

MuLLNER (Johann). — Die Seen des untem 
Inntale in der Umgebung von Rattenberg und 
Kufstein {Ferdinandeums-Zeitschrift, III. Folge, 
49. Heft). Innsbruck, 1905, in-8 de 126 p., cartes. 

(Auteur.) 

Nansen (Fridtjof). — La Norvège et Vunion 

avec la Suède. Traduit par Gabriel Rouy. Paris, 

Juven, in-12 de 98 p. 

(Traducteur.) 

Oversigt over Luftens Tempera tur og Sedboren 
i Norge i Aaot 4903 (Med. ved d et Meteorol. 
Institut), in-8 de 21 p. 

Peucker (K.). — Kleines Orts-Lexikon von 
CEsterreich-Ungarn, enih^Xlend aile Ortschaften 
und Gemeinden von mehr als 2000 Einwohnern, 
sowie aile Kurorte, und sonstigen... wichligen 
Orte, nach administrativer und judizieller Zuge- 
horigkeilEinwohnerzahl und Meereshôhe.Wien, 

Artaria, 1904, in-16 de x-145 p. 

(Éditeur. ) 

Piette (Edouard). — Gravure du Mas d'Azil 
et statuettes de Menton. Avec dessins de Tabbé 
Breuil {BulL et Mém. de la Soc. (V anthropologie 
de Paris, séance du 5 nov. 1902). Paris, 1902, 
in-8 de 13 p. 

Sur une gravw^ du Mas d^Azil (C. R. Acad. 
des Se), 1903, i p. 

Rahir (Ed.). — Le Hôll-Loch (Trou d'Enfer), 
en Suisse [près du Lac des Quatrc-Cantons] {Bull, 
soc. belge de Géologie, de Paléontologie et d'Hy- 
drologie, t. XIX, 1905, Mémoires, pp. 319-344). 
Bruxelles, mai 1905, in-8. 

I Auteur, j 

Reclus (Elisée). — Introduction à la géogra- 
phie de la France. Considérations générales, 
relief,... Paris, Hachette, in-4 de clxiii p., caries, 
grav., 5 fr. 

f Editeurs.» 

Rey (Guido). — Le Mont Cervin. Ouvrage tra- 
duit de l'italien par Mme L. Espinasse-Mongenet. 
Paris, Hachette, 1905, in-16 de xv-411 p., grav., 
3 fr. 50. 

Schardt (H.). — Die wissenschaflliche Ergeb- 
nisse des Simplondurchsiichs (Vortrag geh. an 
der 87. Jahresversamm. d. Schweiz.Naturforsch. 
Gesellsch. in Winterthur, 30. Juli bis 2. Aug. 
190i). Winterthur, in-8 de 40 p., pi. 

(Auteur.) 



OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



ne 

ScHARDT (H.)- — I>^r Parallelismus der Slufen 
des Dangers im zentralen und im sUdlichen Jura- 
gebirge {Eclog. geoL llelv., vol. VllI, n" 4, janv. 
1905, pp. 451-469, pi. ^^^^^^^^ 

De Schokalsky (J.). — P^apporl sur les obser- 
vations des glaciers en Russie pendant les années 
de 1902 et i903 {Izviestia de la Soc. imp. russe 
de géogr., t. XL, fasc. 4, pp. 609-630). St-Pélers- 
bourg, 1903, in-8 de 22 p., grav. (en langue 

russe). • ^ . , 

' (Auteur.) 

OCÉANOGRAPHIE 

ÉTAT MAJOR OÉSÉRAL DE LA MARIIfE. SERVICE 

HYDROORAPUiQUE. — InstrucUons nautiques, 1904, 
n* 841 {Table des marées des colonies françaises 
des mers de Chine, calculées pour Fan i905), 
in-18 de 141 p., 0,50 c; — 848(Afari*e» des col. fr, 
de VOcénn indien, 1905), In-18 de 113 p., 0,50 c; 
— 849 {Marées de Dakar e'. des iles du Salut pour 
i905), in-18 de 27 p., 0,50 c; — 8o0 (Mer Noire 
et d'Azov, Instructions), in-8 de 344 p., 5 fr.; — 
851 {Golfe d'Oman et Golfe Persique), in-8 de 
289 p., grav. 5 fr.; — 853 {Dépôts de charbon), 

in-8 de 377 p., 6 fr. . , w ^ 

(Ministère de la Marmo.) 

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE 

Duhamel (H.). — Note sur la construction de 
la première carte topographique des Alpes occi- 
dentales, par T. BoRGOMO. Grenoble, imp. 

Vallier, 1904, in-8 de 8 p. ,» . , 

' (Auteur.) 

Fbmrand (H.). — Essai d'histoire de la carto- 
graphie alpine pendant les XV% XVI% XVII* et 
XV IIP siècles. Discours prononcé à la séance 
du 23 février 1903 de la Société statistique de 



Plsère. Grenoble, Gautier el Rey, 1903, in-8 de 
55 p., grav. 

Fbrrand (Hesri). — Les premières cartes dv 
Dauphiné {Ann. C. A. Fr., 30* vol., 1903;. Parii, 
904, in-8 de 27 p., cartes. 

(Auteur. 

BIOGRAPHIE 

Barata (Makubl). — A jornada de Francisco 
Caldeira de Caslello Branco. Fundaçdo da cidade 
de Belem, Estudio de historia caraense, corn 
documentos ineditos. Rio de Janeiro, 190&, M 
de 33 p. 

(Auteur... 

Bkrthbi.ot. — Notice historique sur la ne et 
les travaux de M. Daubrée {Acad. des Sciences, 
19 déc. 1904). Paris, Firmin-Didot, 1904, in4 de 
41 p. 

Bourdarie (Paul). — Trois figures d'Afrique. 
Ferdinand de Behagle, explorateur; Alexis 
Roussel, administrateur colonial; Lucien Dyê, 
sous4ieulenant cTinfantene coloniale {La France 
de Demain). Paris, 1904, in-8 de 24 p. 

(Auteur.) 

Callegari (G. V.). — Pitea di Massilia [Rivista 
di Stona antica, anno VII, 4; VIlI, 2; IX, 2.) 
Feltre, 1904, in-8 de 88 p., grav. 

Jocbert (Joseph). — Stanley, le roi [des explo 
râleurs (1840-1904). Angers, 1905, in-8 de 54 p. 

(Auteur, i 

Marinelli (Olinto). — Federico Ratzel e la sua 
opéra geografica {Riv, geogr, ital., anno XIl, 
fasc. I,'[p. 8-18], II-IH [p. 102-1 26J-1905). Firenze, 
1905, in-8 de 38 p. 

(Auteur.) 

J. Vallot et son œuvre {Revue illustrée, n" 14, 
!•' juin. 1904), in-4 de 16 p., grav. 



L'archiviste-bibliothécaire : Henri Froidevaux. 



Le gérant : P. Bouchez. 



Coulommier?. — Imp. Paul BRODARD. 



XIII. — N' 3. iS Mars i906. 



Uâge des 
derniers volcans de la France 

(Mémoire coaronné par rAcadémie des Bolenœs.) 

(planches I et II) 



Introduction. 

Depuis que j'étudie les anciens volcans du Massif central de la France, 
r'est-à-dire depuis vingt-cinq ans, la question de Tàge de leurs dernières érup- 
tions, mise au concours par TAcadémie des Sciences, n'a pas cessé de me 
préoccuper, comnne elle avait préoccupé la plupart de mes savants prédéces- 
seurs. 

Plus heureux que ces derniers, j'ai eu des éléments d'information qui leur 
manquaient. La paléontologie a fait de grands progrès depuis un quart de 
siècle; l'archéologie préhistorique, qui n'est que le dernier chapitre de la 
science des fossiles, en a réalisé de non moins importants. En perfectionnant 
la chronologie des dernières époques géologiques, la paléontologie animale 
el la paléontologie humaine éclairent d'une vive lumière le prohlème qui fait 
rdijet de ce travail, c'est-à-dire le problème de l'âge des dernières éruptions 
volcaniques de la France centrale. 

Le volcanisme est aussi vieux que la première écorce terrestre. On croyait 
naguère que les volcans étaient caractéristiques des dernières périodes géolo- 
giques. Aujourd'hui nous savons reconnaître leurs produits jusque dans les 
terrains archéens. Les régions les plus anciennes de notre pays, le Massif cen- 
tral, la Bretagne, montrent partout, sous forme de dykes, les racines de très 
vieux appareils éruptifs. Sur certains points, les coulées de lave et les produits 
de projection, plus ou moins altérés ou transformés, échappés exceptionnelle- 
ment aux elTeis de l'érosion, s'intercalent dans les roches sédimentaires des 
terrains primaires. 

L'ère secondaire a été, du moins pour l'Europe occidentale, une ère de 
tranquillité. 

De l'ère tertiaire datent les volcans de la France centrale; leur activité 
s'est exercée jusqu'à une époque ra|)prochée de l'époque actuelle; il faut 
d'abord les décrire brièvement aJin d'établir les limites du sujet que je me 
propose de traiter. 

Lv «ÉOORAPHIE. — T. XIII, VMM^. 12 



EXPLICATION DE LA PLANCHE I 



Les vues qui composent cette planche et la planche II ont été choisies^ de manière 
à représenter les divers aspects topographiques des anciens volcans de la France 
centrale. Elles doivent être regardées avec un binocle stéréoscopique. 



FiG. i. — Le plateau de TAubrac. Vastes pâturages formés par des coulëes de 
basalte juxtaposées et superposées. L'érosion a fait disparaître tous les oônes 
éruptifs. 

FiG. 2. — Une des vallées cantaliennes (la Rue de Gheylade). Le fond de la vallée 
montre une topographie d'origine glaciaire ; les flancs sont formés surtout par des 
brèches et des cinérites. Au fond, la silhouette du Puy-Mary, composé d'andésite 
massive reposant sur une épaisse coulée de basalte porphyrolde. 

FiG. 3. — Vue de la vallée de Saint- Flour, à l'extrémité du grand plateau basaltique 
de la Planèze; l'Ander, qui coule au pied de l'escarpement, a creusé son lit dans le 
socle gneissique. 

FiG. 4. — Vue du bord septentrional du plateau des Goirons, montrant les basaltes 
très anciens coupés à pic et séparés par les profonds ravins où coulent des affluents 
du Rhône. 



Mémoire M. Boule. 



PI. I 











Masson et Cie, ÉtUteurs 



Pll*lot}pie Berthaud 



L*AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



18t 



in>i cratère, et Timmense cône, dont le massif actuel ne représente que 
^, s édifie peu à peu (fig. 45). 

Nse principale du volcan est formée par des agglomérats, assemblage 

Mocs de lave cimentés par des scories, des cendres, des boues, dont 

• tleint près de 1 000 mètres et dans lesquels s'intercalent souvent 

•mpactes d'andésite, de labradorite, de basalte porphyroïde, ou 

rinérites riches en empreintes de plantes. 

inières brèches, des coulées d'andésite, à grands cristaux, 

- cotés sur les Qancs supérieurs du volcan dont elles forment 

iipart des sommets (Puy Mary, etc.) (pi. I, fig. 2). Un nou- 

laiis le régime du volcan amena ensuite l'éruption d'une 

orientée du nord-ouest au sud-est et dont le puy de Griou 

inique s'épuisa par la sortie de torrents de basalte qui, 

II^Tcnt recouvrir au loin, non seulement toutes les 

encore les territoires oligocènes et archéens. Les 

il, comme la Planèze, doivent leur origine à ce 

'lit du Pliocène supérieur (pi. I, fig. 3). 



Plomb du Cantal 




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tn sont exairôréc»'». 



nie atteignait certainement 3 000 mètres, 
.-:< nts atmosphériques. De vastes champs 
-oimnets, dévalèrent sur ses flancs et le recou- 
teau de glace. On trouve, sur la plupart dos pla- 
ibles de cette invasion glaciaire : roches moutonnées, 

12* 



000 



180 



Marcelun boule. 



les anciens cônes volcaniques et admettre que le plateau actuel de TAubrac 
ne représente que les ruines d'un massif, d'un relief géographique qui devait, 
à répoque pliocène, avoir une imposante grandeur. 

Il est, d'ailleurs, très difficile de préciser Tàge de ces volcans. Je n'ai pu 
découvrir, en fait de fossiles, que quelques empreintes de plantes dans des 




FIG. 44. — BLOC ERRATIQUE DE GRANITE PORPHYROÏDE SUR UN PLATEAU DE l'aUBRAC. 

(Photographie do l'auteur.) 



cinérites basaltiques, et ces documents, peu précis par leur nature même, n'ont 
pas encore été étudiés. 

On peut relier à l'Aubrac la traînée de buttes ou de lambeaux basaltiques 
qui, par la Lozère et l'Aveyron, se poursuit jusqu'aux environs de Lodève et 
d'Agde. 

Cantal. 

Le Cantal, situé au nord de l'Aubrac, est de beaucoup le plus important 
des reliefs volcaniques de la France centrale; son diamètre a de 60 à 80 
kilomètres. C'est un immense cône, dont le sommet, ou partie centrale, est 
formé par une enceinte de pics ou de pui/s figurant l'ancienne région des 
cratères, ou caldera^ d'où s'épanchèrent la plupart des coulées. Des vallées 
profondes rayonnent vers tous les points de l'horizon en délimitant de vastes 
plateaux triangulaires. 

Les premières éruptions furent des basaltes qui coulèrent dans des vallées 
miocènes (sables quartzeux des environs d'Aurillac, avec faune de Pikermi). 
Elles furent bientôt suivies d'une poussée de phonolites et de trachytes, avec 
produits de projection où l'on trouve encore des fossiles du Miocène supérieur. 

A partir du Pliocène, les bouches éruptives, jusqu'ici disséminées sur une 
grande surface, se concentrent; les déjections s'accumulent peu à peu autour 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



18t 



d'un grand cratère, et Timmense cône, dont le massif actuel ne représente que 
les ruines, s*édifie peu à peu (fig. 45). 

La masse principale du volcan est formée par des agglomérats, assemblage 
confus de blocs de lave cimentés par des scories, des cendres, des boues, dont 
Tépaisseur atteint près de 1 000 mètres et dans lesquels s'intercalent souvent 
des coulées compactes d'andésite, de labradorite, de basalte porphyroïde, ou 
bien des lits de cinérites riches en empreintes de plantes. 

Avec les dernières brèches, des coulées d'andésite, à grands cristaux, 
s'étalèrent de tous côtés sur les flancs supérieurs du volcan dont elles forment 
actuellement la plupart des sommets (Puy Mary, etc.) (pi. I, fig. 2). Un nou- 
veau changement dans le régime du volcan amena ensuite l'éruption d'une 
traînée phonolitique orientée du nord-ouest au sud-est et dont le puy de Griou 
fait partie (fig. 46). 

Enfin l'activité volcanique s'épuisa par la sortie de torrents de basalte qui, 
grâce à leur fluidité, allèrent recouvrir au loin, non seulement toutes les 
laves antérieures, mais encore les territoires oligocènes et archéens. Les 
grands plateaux du Cantal, comme la Planèze, doivent leur origine à ce 
phénomène. Ces basaltes sont du Pliocène supérieur (pi. I, fig. 3). 



HO 



SE 







WMIIiiW' 









FIO. 45. — COUPES GÉOLOGIQUES PU VOLCAN DU CANTAL. 
I.cs hauteurs sont exa^rcrces. 



A ce moment, le volcan, dontl'allitude atteignait certainement 3 000 mètres, 
fut soumis à l'œuvre destructive des agents atmosphériques. De vastes cliamps 
de neige s'établirent sur les sommets, dévalèrent sur ses flancs et le recou- 
vrirent bientôt d'un manteau de glace. On trouve, sur la plupart des pla- 
teaux, des témoins irrécusables de cette invasion glaciaire : roches moutonnées, 

La OéooRAPMiE. — T. XIII, 190C. 1*2* 



182 



Marcellin boule. 



accumulations morainiques, blocs erratiques énormes. Puis ces glaciers 
diminuèrent, disparurent peut-être complètement et l'érosion torrentielle 
creusa les vallées actuelles. Celles-ci furent occupées plus tard par de nou- 
veaux glaciers qui achevèrent le modelé topographique du massif. Le Cantal 
est donc absolument dépourvu d'éruptions quaternaires. 



MONT-DORE. 

Le Mont-Dore diffère du Cantal, auquel le relient les hauts plateaux 
basaltiques du Cézallier, par ses dimensions beaucoup moindres. Le massif 



*"::; W^, 



. 46. — VUE nu LIORAN DANS LA HAUTE VALLÉE DE L*ALLAGNON. — AU DERNIER PLAN, 
LA SILHOUETTE DU PUY DE GRIOU. 
(Figure cmprantëe au Guide du touriste^ du naturaliste et de l'archéologue dan» le Cantal, 
par MM. Boule et Fanges.) 



a également la forme d'un cône surbaissé, d'environ 30 kilom. de diamètre 
à la base et dont les flancs sont sillonnés de vallées rayonnantes. Le pic de 
Sancy (1 886 m.) est le sommet le plus élevé, non seulement du Mont-Dore, 
mais encore de toute la France centrale. 

Les éruptions ont débuté, vers la Bourboule, par des épanchements très 
acides de rhyolites, de phonolites et par des projections trachytiques (fig. 47). 
Les bouches de sortie se sont ensuite déplacées vers l'est. M. Michel Lévy 
nous a appris qu'il y a eu deux centres principaux d'éruptions, l'un situé vers 
le Saricy (fig. 48), l'autre situé entre la Banne d'Ordanche, la Croix-Morand et 
le puy de l'Angle; les coulées divergent dans toutes les directions à partir 
de ces deux points. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



183 



Une grande partie du massif est formée par des projections de tout 
calibre, parfois très fines (cinérites avec empreintes végétales), parfois avec 
scories et gros éléments. Ces masses de projections, tassées, remaniées par 
les eaux, accrues d*apports torrentiels et de coulées boueuses, charriant 
d*immenses blocs, forment des tufs et des conglomérats Irachytiques ou 
aadésitiques, alternant avec des coulées compactes de roches diverses : 
trachytes, andésites, labradorites, basaltes. 

Au-dessus viennent d^énormes coulées de trachyte prophyroïde et d'andé- 
site qui constituent la plupart des sommets du massif. Les dykes phonolitiques 
des roches Tuilière et Sanadoire sont encore plus récents. Enfin l'activité 



N. O 



SE. 



Laqueuille 




riO. 47. — COUPE GÉOLOGIQUE DU MASSIF DU MONT-DORE : LONOUEl'RS '. 1/200 000*, HAUTEURS ! 1 -iO 000". 



volcanique du Mont-Dore prit fin, momentanément du moins, par la sortie de 
grandes coulées de basalte. 

Par analogie avec le Cantal, on peut considérer comme miocènes les 
premières éruptions du Mont-Dore (série acide de La Bourboule). Les 
cinérites renferment des plantes pliocènes. Les renseignements tirés de 
Fétude des végétaux fossiles manquent de précision au point de vue chrono- 
logique. Par contre, nous avons à Perrier, près dlssoire, une formation 
fluviatile renfermant une belle faune de Mammifères du Pliocène moyen et 
ces anciens graviers renferment, à Tétat de cailloux roulés, toutes les roches 
du Mont-Dore à l'exception des dernières coulées basaltiques (des plateaux). 
On peut donc affirmer que la plus grande partie du massif a été édifiée pen- 
dant la première moitié du Pliocène. 

Le creusement des vallées actuelles du Mont-Dore s'est effectué entre le 
Pliocène supérieur et le Quaternaire moyen ou âge du Mammouth. Comme 
dans le Cantal, les glaciers ont joué un grand rôle dans celte œuvre de 
démolition au cours de laquelle quelques bouches éruptives ont produit des 



184 



Marcellin boule. 



coulées de basalte acluelleriient plaquées contre le flanc des vallées (basaltes 
dits des pentes); puis, vers la fin, de nouveaux courants basaltiques, issus de 




HG. 48. — LES RUINES d'uN VOLCAN PLIOCÈNE : DYKES DU SANCY AU MOXT-DORB. 

(Photographie do l'auteur.) 

cratères encore bien conservés, ont tapissé le fond même de ces vallées. Ces 
derniers volcans se rattachent plutôt à la région suivante. 



Chaîne des Plys. 

La chaîne des Puys, ou des monts Dômes, se grefle ainsi sur le versant 
i5eptentrional du Mont-Dore et s'étend vers le nord sur une longueur d'environ 
30 kilomètres. Le socle du terrain primitif qui supporte les volcans a une 
altitude moyenne de 900 mètres. 11 se termine vers Test par des escarpements 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



i85 



qui dominent la Limagne et témoignent de cassures le long desquelles la 
plaine tertiaire s'est effondrée. Du côté de Touest, le plateau descend au con- 
traire en pente douce vers la vallée de la Sioule. 




riG, 49. — LA CHAÎNE DES PVYS d'aUVERGNE ET LES COULÉES DE LAVE, d'aPRÈS LA CARTE 
DE l'état-major un PEU RETOUCHÉE ET RÉDUITE AU 1/1 10 000* ENVIRON. 

La chaîne des Puys comprend environ soixante montagnes volcaniques 
(fig. 49). Sur quelques points (Puy de Dôme, Puy de Cliergue, Sarcouy, Cho- 
pine) la roche éruptive, acide, peu fluide, ne pouvant s'épancher au loin, a 



186 



Mahcbllin boule. 



formé de grosses intumescences ou dômes de trachyte (fig. 50); partout 
ailleurs, des phénomènes de projection ont édifié des cônes réguliers, avec 
cratères et ont produit, sur une surface restreinte de la croûte terrestre, une 
topographie lunaire (fig. 51). De la base, du flanc ou du sommet de ces cônes 
sortent des coulées de laves qui s'étalent sur les plateaux pour former des 
cheires hirsutes, ou se déroulent dans le fond des vallées jusqu'à 20 kilomètres 
de leur origine (PI. II, fig. 4); 

Au point de vue pétrographique, il y a, par suite, deux séries bien dis- 
tinctes : l°les trachytes oxxdomites^ roches claires renfermant jusqu'à 62 p. 100 
de silice; 2° les roches sorties des volcans à cratères, de couleur foncée, 




FIG. 10. — LE PUY DE DÔMR, MONTAGNE TRACHYTIQUE DE LA CHAÎNE DES PUYS, VUE DE L.VSCHAMPS. 

(Figure extraite du Guide du touriste, du nnturalisle et de l'archéologue dans le Puy-de-Dôme, 
par MM. Boule, Glangeaud, Rouclion et Vcmière.) 

riches en éléments ferro-magnésiens, allant des andésistes aux vrais basaltes 
et dont la teneur en silice descend de 58 à 50 p. 100. 

Les caractères topographiques de la plupart des volcans de la chaîne des 
Puys suffisent à les faire considérer comme les plus récents du groupe auvergnat. 
Pourtant il est prudent de faire une distinction entre les dômes trachytiques 
et les volcans à cratères. Ces derniers sont certainement quaternaires et je 
devrai m'attacher, dans ce travail, à lîxer leur âge d'une façon aussi précise 
que possible. Quant aux dômes trachytiques, nous ne saurions rien affirmer. 
A ne considérer que le côté pétrographique, leurs relations seraient avec les 
trachytes miocènes du Cantal, du Cézallier ou du Mont-Dore, mais ce rappro- 
chement est purement hypothétique dans l'état actuel de nos connaissances. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE II 



Même observation que pour la planche L 



FiG. 1. — Vue du bassin du Puy, creusé dans Tépaisseur des argiles, marnes et 
calcaires oligocènes. Au centre du bassin, les deux rochers de brèches basaltiques, 
le rocher Corneille qui supporte la ville du Puy, et le rocher Saint-Michel couronné 
par une église romane. Aux derniers plans, les fronts basaltiques du Pliocène 
supérieur. 

FiG. 2. — Coulée basaltique du volcan de Jaujac, dans le Vivarais. Belle colonnade 
de prismes au bas de laquelle coule le torrent. Le basalte forme, en contre-bas des 
collines de terrains cristallins, une terrasse couverte de mûriers et de riches cultures. 

FiG. 3. — La même coulée vue d'un point plus élevé, pour montrer l'encaissement 
de la vallée dominée par les pics cristallins des Cévennes. 

FiG. 4. — Une portion de la surface de la coulée du tartaret dans la chaîne des 
Puys d'Auvergne. Cette surface est formée par un chaos de blocs scoriacés entre 
lesquels poussent quelques arbustes. 



Mémoire M. Bidule. 



PI. II 











Masson et Cir. Éditeurs 



llintotypit Berthaud 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



181 



Plateau des Coirons et volcans a cratères du Vivai\ais. 




Au groupe oriental, situé à Test de TAllier, appartient d'abord le plateau 
des Coirons. Celui-ci se rattache aux Cévennes (massif du Mézenc) par une 
arête aiguë, puis s'abaisse en pente douce et projette ses digitations dans la 
vallée du Rhône, jusqu'au fleuve même qu'il domine à Rochemaure, en face 
de Montélimar, d'une hauteur de prlus de 600 mètres. 

Le soubassement des Coirons est formé, vers son origine, par des terrains 
granitiques, ensuite par les terrains secondaires qui butent par failles contre 
les premiers. 

Les explorations que j'ai faites de 1893 à 1905 pour le Service de la Carte 
géologique de la France 
m'ont appris que le revê- 
tement volcanique du pla- 
teau est plus varié qu'on 
ne l'avait supposé. Ce 
revêtement comprend une 
succession de coulées de 
basaltes compacts, de 
labradorites et de basaltes 
porphyroïdes. Toutes ces 
roches se ressemblent beau- 
coup à l'œil nu. D'une 

manière générale, les roches à texture fine, compacte, allant des andésites 
augitiques aux basaltes normaux, forment les coulées inférieures du plateau; 
le basalte porphyroïde constitue un niveau supérieur qui occupe presque 
toute la surface des'Coirons. 

Nous savons, depuis les recherches de M. Torcapel, que les premières 
coulées remontent au Miocène supérieur. A Aubignas, des tufs basaltiques 
renferment des ossements de Mammifères fossiles reconnus par M. Albert 
Gaudry comme se rapportant aux espèces de Pikermi. Nous n'avons, pour le 
moment, aucun moyen paléontologique de dater les éruptions supérieures. 
Mais leurs conditions topographiques et stratigraphiques s'accordent à les 
faire considérer comme très anciennes et comme ayant suivi de très près les 
éruptions du Miocène supérieur. 

J'ai pu démontrer en effet que la sortie des roches basaltiques a eu lieu 
par une série de cratères alignés dans la direction du nord-ouest au sud-est et 
dont on retrouve les traces manifestes quand on les cherche avec soin. Si le 
plateau des Coirons est aujourd'hui complètement dépourvu de cônes volca- 
niques et s'il offre ainsi une topographie bien différente de celle des autres 



FIG. 51. — LES PUYS DE LA VACHE ET DE LASS0LA8. 

(Photojrraphio extraite du Guide dit touriste, du naturnliête et de /'«r- 
chvologue dans le Puy-do-Dômo, par MM. Boule, Glangeaud, Rouchon 
et Vernière.) 



188 



Marcellin boule. 



territoires basaltiques du Massif Central tels que la chaîne du Velay ou la 
chaîne des Puys, c'est parce qu'il est beaucoup plus ancien; les. érosions 
atmosphériques ont fini par niveler les champs de lave en les débarrassant des 
produits de projection toujours plus ou moins friables (fig. 52). 

D'ailleurs les coulées, coupées à pic, formant une ligne continue d'escar- 
pements à la partie supérieure du plateau (PI. I, fig. 4), sont nettement 
antérieures au creusement de la vallée du Rhône et des vallées affluentes de 
rEyrieux et de l'Ardèche. Munier-Chalmas a démontré que ces vallées ren- 
ferment des dépôts marins du Pliocène moyen, avec cailloux roulés de roches 




FIG. 52. — VILLAGE DE FREYSSENET-EN-COIRON SUR l'KMPLACEMENT D'UN ANCIEN CRATÈRE. 

(Photographie de la collection Artigo à Aubcoas.) 

volcaniques; les coulées superficielles des Coirons sont donc antérieures au 
Pliocène moyen. 

La série des Coirons ressemble beaucoup d'ailleurs à là série inférieure du 
massif du Mézenc, dont elle paraît n'être que la continuation. Or, nous allons 
voir que cette série est du Pliocène inférieur. 

Si l'activité volcanique a pris fin aux Coirons vers le milieu des temps 
pliocènes, il n'en est pas de même sur d'autres points du Vivarais. En se 
dirigeant vers l'ouest pour gravir les contreforts des Cévennes, on rencontre, 
dans le fond des ravins, des coulées basaltiques, d'aspect très frais et qu'on 
voit sortir de cratères admirablement conservés, tout à fait semblables à ceux 
de la chaîne des Puys d'Auvergne. Nous aurons à nous occuper de ces volcans 
d'une façon toute spéciale. 



Volcans du Velay. 
L'ancien pays du Velay comprend, au point de vue physique, trois 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



189 



régions : à Test, le double massif du Mézenc et du Mégal; à Touest, la chaîne 
du Velay; au centre, le bassin du Puy (fig. 53). 

Les massifs du Mézenc et du Mégal forment une unité géologique; ils ren- 
ferment les plus anciennes éruptions du Velay, distribuées suivant une aire 
allongée de 50 kilomètres de longueur sur 15 kilomètres de largeur moyenne. 

Le massif du Mézenc, séparant le bassin de la Loire de celui du Rhône, 
continue directement la chaîne des Cévennes. Son sommet le plus élevé 
atteint 1754 mètres. L'aspect topographique est tout différent sur le versant 
oriental et sur le versant occidental. Du côté de la Loire les coulées sont 



BASS/N 




CHAINE ^\^^. D U VELAY 



Volcan d« 
Tarr«yre 



Volcan 

d'Allejraa 

1072 m. 




/ V^ti/mv gSt 






3 \ Alhuman» pUocinSf . 1 ****** 1 7 Canar volcarvùfum» . 

6 Basaltes 9t hriàtim du/ Mtaoène magfmt I^H 8 tMeasts «é caulaar fuaiamaireLr. 
\\hhlQScaaitar du, Mdooinisst^yiânsur. I F AoZEm* 



riG. 53. — COUPES GÉOLOGIQUES GÉNÉRALES DE LA RÉGION VOLCANIQUE DU VELAY. 
(D'après la Description géologique du Velay, par M. Boule.) 



relativement bien conservées (fig. S4) : elles forment de vastes plateaux que 
dominent çà et là quelques buttes aux profils arrondis. Du côté du Rhône, le 
sol a subi de grandioses ravinements. Les torrents coulent au fond de gorges 
atteignant 800 mètres de profondeur. Les laves ' ne sont plus qu'à Tétat de 
lambeaux au sommet des crêtes (fig. 55). 

Le Mégal se relie au Mézenc par les plateaux basaltiques de Champelause 
(1 200 m.). Son altitude moyenne est moindre et son point culminant n'a que 
1 438 mètres. Ce massif est aussi plus découpé, plus morcelé que celui du 
Mézenc. Les produits éruptifs, formant des tables ou des pics {sucs) isolés, 
sont morcelés par des ravins creusés dans les argiles oligocènes et le granité. 

Le Mézenc et le Mégal sont composés surtout de basaltes et de phono- 
Htes : les autres roches, trachytes, andésites et labradorites, sont moins 
répandues. On ne reconnaît plus que rarement les bouches de sortie. Nulle 



i90 



Marcellin boule. 



part on n'observe des brèches volcaniques comparables, comme puissance, à 
celles du Cantal ou du Mont-Dore. Les coulées de basalte forment des pla- 
teaux que séparent de profonds ravins. Les phonolites sont si abondants qu'ils 
impriment au paysage un caractère tout à fait spécial. Ils forment soit 
d'épaisses coulées (fig. 54), soit des dômes ou des pics aigus, grisâtres, sans 
végétation, dont la base est entourée d'énormes éboulis. Tandis qu'au Cantal 
et au Mont-Dore les éruptions se sont superposées en édifiant deux cônes 
gigantesques et de telle manière que, sur certains points, on puisse relever la 




FIG. ^4. — COULÉE DE PHONOLITE DE ROFFIAC, SUR LE VERSANT OCCIDENTAL DU MASSIF DU MÉ/ENC. 

(Photographie Jackson.) 



coupe complète de toutes les formations du massif, dans le Velay, les 
éruptions se rattachent à un grand nombre de centres d'émissions; les 
coulées sont plutôt juxtaposées. Si l'on pouvait supprimer leur couverture 
éruptive, les terrains sous-jacents conserveraient, dans leurs grands traits, 
la disposition actuelle. Les éruptions ont eu lieu entre le Miocène supérieur 
et la fin du Pliocène moyen. 

La chaîne du Velay ou du Devès (du nom de la montagne la plus élevée, 
i 423 m.) sépare les vallées de la Loire et de l'Allier. Elle comprend plus de 
150 cônes ou restes d'anciennes bouches éruplives qui s'étalent sur 60 kilo- 
mètres de longueur. Les cônes, formés de projections et de scories basaltiques, 
sont plus ou moins dégradés et surbaissés. Il en sort des coulées de basaltes 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



191 



«luî se soudent entre elles pour former de vastes plateaux allant en pente 
douce vers la Loire et vers TAllier. Au bord des fossés profonds où coulent 
ces cours d^eaux, les laves sont parfois brusquement coupées à pic; souvent 
elles descendent jusqu'à mi-hauteur; dans certains cas, du côté de TAlIier, 
elles arrivent presque à la rivière. Cette région volcanique paraît donc, à pre- 
mière vue, plus récente que la première. La paléontologie nous apprend que 
Tàge moyen de ses éruptions ne remonte guère au delà du Pliocène supérieur. 




ne:. 55. — PANORAMA DE LA HALTE VALI.l^.E DE LA SALIOL'SE, OU CIRQUE DES BUUTifcRES 

(versant ORIENTAL DU MÊZENC DANS LE DASSIN DU RHÔNE). 

(Photographie Jackson.) 

Les Environs du Puy forment une troisième région naturelle. Au point de 
vue gt''ographique, c'est un véritable bassin entouré d'un cercle de montagnes. 
A moins de profiter de la coupure faite parla Loire dans le voussoir granitique 
de Peyredeyre, on ne peut s'éloigner de la ville qu'en gravissant des ram|)es 
plus ou moins fortes. Un observateur placé au sommet du rocher Corneille se 
rend bien compte de cette disposition. 

Au point de vue géologique, le bassin du Puy participe à la composition 
des massifs du Mézenc et du Mégal et à celle de la chaîne du Velay. Là 
viennent se terminer les coulées anciennes de la région orientale et les 
roulées plus récentes de la chaîne occidentale. Mais cette contrée a sa phy- 
>ionomie spéciale. Tandis que l'Oligocène ne se voit, dans la montagne, que 



192 Margbllin BOULIî:. 

SOUS forme de lambeaux surélevés par des failles et garantis de 1 erosioD par 
une couverture volcanique, ici, ce terrain,* logé dans la partie déprimée 
d'un synclinal morcelé, constitue les soubassements de toutes les collines 
qui entourent Le Puy. Ces couches lacustres, argiles, marnes ou calcaires, ont 
été ravinées à Tépoque pliocène par des cours d*eau qui ont déposé d*épaisses 
couches de graviers, en même temps que les volcans vomissaient de puissant 
amas de projections et de brèches basaltiques. Ce sont ces brèches qui, déman- 
telées aujourd'hui par l'érosion, donnent à la ville du Puy sa caractéristique si 
forte et si curieuse (PI. II, fig. 1); elles sont célèbres dans la science parles 
discussions qu'elles ont provoquées. Enfin, c'est dans un rayon de quelques 
kilomètres autour du Puy que l'on trouve, pour ainsi dire concentrés, de nom- 
breux gisements de Mammifères fossiles s'échelonnant depuis le Pliocène 
moyen jusqu'aux temps géologiques les plus récents. 

Chronologie génkrale des volcans du Massif central. 

Dans mes études sur le Massif central de la France, je me suis particuliè- 
rement attaché à fixer, par la stratigraphie et surtout par la paléontologie, 
l'âge des éruptions volcaniques des divers massifs, dont je viens de donner 
une brève description. 

En 1900, j'ai publié un tableau chronologique et comparatif de la succes- 
sion des phénomènes volcaniques en Auvergne et dans le Velay. C'était le 
premier essai de ce genre. Je le reproduis ci-contre en l'augmentant d'une 
colonne pour le Vivarais et d'une colonne pour l'Aubrac, sur lesquels mes 
recherches viennent de prendre fin. 

Ce tableau débute par le Velay, parce que ce pays est celui qui m'a fourni 
le plus de documents paléontologiques. Ici la succession chronologique des 
éruptions est établie sur des bases solides, aussi bien dans les massifs du 
Mézenc ou du Mégal que dans la chaîne du Velay et qu'aux environs du Puy. 

Dans le Vivarais, la faune des Mammifères fossiles d'Aubignas nous donne 
une limite inférieure. La continuité des coulées supérieures et leur identité 
avec les coulées basaltiques du Mézenc nous permettent de les synchroniser. 

L'Aubrac est tout à fait dépourvu, pour le moment, de documents paléon- 
tologiques. C'est par des considérations topographiques ou stratigraphiques et 
en me basant sur des ressemblances pétrographiques que j'ai cru pouvoir 
paraliéliser cette série avec celle des Coirons et celle du Mézenc. 

Dans le Cantal, plusieurs localités renfermant des fossiles du Miocène 
supérieur nous donnent un excellent point de départ, tandis qu'au Mont-Dore, 
nous avons les célèbres gisements de Perrier qui répètent en Auvergne les 
sables à Mastodontes du Velay. 

Ainsi, des diverses régions volcaniques du centre de la France, les unes, 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



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La Géographib. — T. XIII, 1906. 



13 



194 Margellin boule. 

exclusivement mio-pliocènes, ne doivent plus nous occuper ici; ce sont : 
TAubrac, le Cantal, les Coirons, le Mézenc et le Mégal. Nulle part, dans ces 
massifs anciens, aujourd'hui démantelés, ruinés par les agents atmosphé- 
riques, on n'observe de traces volcaniques contemporaines du creusement 
des vallées actuelles ou postérieures à ce creusement. 

Les autres régions nous montrent, au contraire, des appareils plus ou 
moins bien conservés, parfois d'une grande fraîcheur, des coulées de laves 
s'étageant sur les flancs des vallées actuelles ou formant les thalwegs mômes 
de ces vallées. De toute évidence ces volcans sont beaucoup plus récents que 
les premiers. C'est leur étude qui doit permettre de fixer Tâge des dernières 
éruptions volcaniques du Massif central de la France. On sait depuis long- 
temps que la plupart de ces volcans, sinon tous, ne remontent pas au delà du 
Quaternaire. Mais l'objet du présent travail est de montrer qu'on peut arriver 
à les dater avec plus de précision et à fixer leur âge minimum. 

J'aurai à invoquer dans cette enquête diverses sortes de témoignages 
empruntés : 1** à la topographie; 2° à la paléontologie; S** à l'archéologie; 
4** à l'histoire et aux traditions. 

J'examinerai d'abord les volcans du Velay; je dirai ensuite quelques 
mots de ceux du Vivarais; je terminerai par l'étude de la Chaîne des Puys 
d'Auvergne. 

{à suivre.) Marcbllin Boule, 

Professeur au Muséum naUonal 
d'hisloire naturelle. 



Exploration du lac Tchad. 

(Févrîer-mal 1904) 

(planche II) 



Résumé historique et géographique. 

Au mois (le janvier 1904 la commission franco-anglaise, après avoir délimité 
la frontière entre la Nigeria septentrionale et nos possessions sud-sahariennes 
de Zinder, arrivait à Koukaoua '. Les délégués des deux gouvernements, le 
lieutenant-colonel Elliot pour la Grande-Bretagne, et le commandant Moll 
pour la France, estimant qu'ils étaient arrivés au terme de leurs travaux, rédi- 
sraient le procès- verbal de leurs opérations d'abornement entre le Niger et la 
rive occidentale du Tchad, et, d'un commun accord, décidaient que pour la 
partie de la frontière passant à travers le Tchad, il ne semblait pas à propos 
d*y placer des marques pour les raisons suivantes : 

« !• Le lac, en cette saison tout au moins, n'est rien de plus qu'un vaste 
marécage avec, çà et là, de larges parties d'eau ouvertes, dont la profondeur 
dépasse rarement cinq pieds aux points les plus profonds. 

€ 11 n'y a, autant qu'on le sait, pas de canaux ouverts, ni d'îles habitées; il 
est très difficilement navigable à cause de son manque de profondeur, de l'état 
vaseux du fond et des vastes et nombreuses étendues de sa surface encombrées 
par des roseaux ou des arbustes épineux qui croissent dans l'eau. 

< D'ailleurs, il semble sans valeur, soit au point de vue commercial, soit 
comme moyen de communication. 

• 2* Les membres des deux commissions ressentent les effets de leur tra- 
vail exécuté dans de pénibles conditions, et il ne serait pas, semble-t-il, à 
propos de les exposer à la maladie là où il serait difficile de les évacuer vers 
des stations plus saines. 

« S"" Les moyens dont disposent les deux missions sont complètement 
insufGsants pour mener à bonne fin un tel travail dans un espace de temps 
raisonnable. 

I. Les indigènes de TAfrique centrale ne dénomment jamais cette ville autrement que Kou- 
kaoua et non Rouka, comme Font porté par erreur jusqu'à ce jour la plupart des cartes françaises. 

U OiooRA^mK. - T. XIII, 1906. 



!96 JEAN TILHO. 

« Il est donc proposé de ne point placer de signaux sur la frontière depuis 
le point où le 14° parallèle coupe le rivage occidental jusqu'à Tintersection du 
méridien 35 minutes est de Koukaoua avec le rivage méridional du lac, mais 
de laisser cette frontière simplement définie par les termes de la convention 
du 14 juin 1898, sous la restriction suivante adoptée pour cet accord provi- 
soire : à savoir que, dans tous les cas, toutes les îles situées près de la côte 
est du la.c jusqu'à une distance de dix kilomètres du rivage appartiennent i la 
France. » 

Ayant ainsi complètement achevé le règlement de la frontière, le comman- 
dant Moll et le lieutenant-colonel Elliot se séparèrent pour rentrer en Europe. 
Mais frappé par le désaccord qui semblait exister entre les cartes Foureau et 
Destenave au sujet de la situation par rapport au méridien-frontière (35 minutes 
est de Koukaoua) de la côte du Kanem et de son archipel riverain, le com- 
mandant Moll estima indispensable de faire procéder à une étude méthodique 
de cette région; il me fit Thonneur de me charger de cette mission dont Tobjet 
était de relier par une série de positions astronomiques et d'itinéraires à terre 
ou en baleinière la côte occidentale du Tchad à la côte orientale, au Kanem 
et, si possible même, à Fort-Lamy. 



Le premier renseignement précis que Ton ait eu sur l'existence du Tchad 
provient d'Horneman qui, en 1798, à Mourzouk, apprit de marchands revenant 
du Bornou l'existence au sud du Sahara d'un fleuve appelé Zàd. 

Vingt et un ans plus tard, en 1819, Lyon, apprit le premier, par les habitants 
de l'oasis de Tedjerri (200 kilom. au sud de Mourzouk) l'existence du Tchad 
comme lac. 

Trois ans après, Denham visita la côte méridionale de cette nappe qu'il con- 
sidéra comme un déversoir du Niger. 

Dans leurs célèbres voyages accomplis de 1849 à 1855, Richardson, Over- 
weg et Barth recueillirent les premiers renseignements précis sur le lac. 
Barth en explora quelques parties; Overweg en fit presque complètement le 
tour, et y navigua pendant près de deux mois. En 1862, Vogel et Maurice de 
Beurmann visitèrent à leur tour ces régions, sur lesquelles ils recueillirent 
de précieuses informations. 

En 18G7, G. Rohlfs, pendant son séjour à Koukaoua, recueillit à son tour 
de nombreuses informations sur le Tchad; mais l'exploration la plus complète 
du lac est due au grand voyageur Nachtigal, qui eflectua, de 1870 a 1873, la 
première étude scientifique de ce bassin. 

En dernier lieu, le colonel Monteil, au cours de son magnifique voyage de 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. m 

Saint-Louis à Tripoli, séjourna à Koukaoua de mai à septembre 1892 et 
rocueillit sur le Tchad de très intéressantes observations. 

Le voyage de Monteil clôt Tère des raids épiques à travers cette partie de 
TAfrique. Ensuite commence la période des expéditions méthodiques, accom- 
payées d*escortes assez puissantes pour inspirer le respect aux populations : 

En 4898, Gentil réalisa le tour de force de faire passer du bassin de 
rOubangui dans celui du Chari un petit vapeur, le Léon Blot, avec lequel il 
descendit le Chari jusqu'à son embouchure, et fit, pour la première fois, flotter 
le pavillon français sur le Tchad. Ayant été assailli par une tempête après 
un parcours de quelques milles sur le lac, et manquant de combustible, il fut 
obligé de revenir dans le Chari sans avoir visité Tarchipel du nord-est. 

L*année suivante, la mission « Afrique Centrale » (capitaines Joalland et 
Meynier) aborda le Tchad par le nord, venant de Zinder à travers le désert 
de Mir. Par la rive septentrionale, elle gagna le Kanem, qu elle soumit, puis, 
se dirigeant vers le sud, toucha l'extrémité sud-est du lac pour atteindre le Chari 
aux environs de Goulfeï, et se porter à la rencontre de la deuxième mission 
Tientil, venue du sud. 

Le mois suivant, la mission Foureau-Lamy gagnait aussi le Tchad par 
la vallée de la Komadougou-Yoobé, descendait sur Koukaoua, puis remon- 
tait vers le nord, faisant le tour du lac pour aller rejoindre les missions Gentil 
et Afrique Centrale qui n'attendaient que sa venue pour commencer contre le 
redoutable conquérant Rabah les glorieuses opérations qui aboutirent à la 
sanglante mais décisive victoire de Koushri. 

Passant sur les opérations qui eurent pour résultat Técrasement par le 
capitaine Dangeville des dernières bandes rabistes, et sur la conquête, par le 
commandant Tétart, du Kanem sur les Mahdistes, aboutissant à rétablisse- 
ment des postes de N*Gouri et de Bir-Alali, nous arrivons à 1902. 

A cette date l'enseigne de vaisseau d'Huart accomplit un premier voyage 
dans Tarchipel Kouri situé dans la partie sud-est du lac; bientôt après il fit sur 
le Léon Bloi une deuxième reconnaissance en compagnie du colonel Destenave, 
qui avait tenu à se rendre compte par lui-même de la valeur économique 
de rarchif>el du nord-est. Le vapeur longea la côte du Kanem et le colonel 
put visiter les principales tribus insulaires jusqu'à Djoléa ^ 

D'Huart ne visita ni la côte ouest ni l'archipel nord; il revint dans les îles 
Kouri où, suivant les ordres du colonel, il laissa, avant de retourner dans le 
Chari, un petit poste de 15 laptots commandé par un second-maître sénégalais, 
destiné a affirmer notre autorité sur ces régions. Malheureusement les insu- 

I. Reconnaissances géographiques de la région du Tchad par le lieuienant'colonei Destenave et 
par les officiers places sous ses ordres^ in La Géographie^ VU, 3, lo mars 1903, p. 157; Destenave, 
Exploration des fies du Tchad, avec PI. H, in Ibid, VII, 6, 15 juin 1903, p. 421 ; d*Huarl, Le Tchad 
H ses habitants, in Ibid. IX, 3, 15 mars 1904, p. 161. 



198 JEAN TILIIO. 

laires assaillirent ce petit détachement qui se défendit vaillamment mais suc- 
comba sous le nombre. 

Le colonel Destenave chargea le capitaine TrufTert d'effectuer dans Tar- 
chipel Kouri une série d'opérations destinées à venger nos malheureux 
sénégalais massacrés, et à ramener sous notre autorité les insulaires révoltés. 
Ces opérations, conduites avec habileté et vigueur, réussirent complètement 
et furent consacrées par la création du poste de Bol. 

Le colonel Destenave étant arrivé au terme de son commandement remit 
ses pouvoirs à l'administrateur Fourneau; presque en même temps, l'enseigne 
de vaisseau d'Huart rentrant en France après une campagne bien remplie, 
transmettait le commandement de la flottille du Tchad et du Chari au lieu- 
tenant de vaisseau Audoin (1902). 

A la fm de 1902 et au début de 1903, MM. le capitaine d'Adhémar et le 
lieutenant de vaisseau Audoin, efl*ectuant une reconnaissance complète des 
lagunes et des îles s'étendant entre Kindill et Bérirem, exécutèrent un levé 
topographique et hydrographique, recensèrent les habitants et étudièrent la 
valeur économique du pays, afin d'établir l'assiette de l'impôt indigène, et 
d'en commencer la perception. 

Ces travaux durèrent jusqu'au mois de juin. La carte au 200 000* que les 
deux officiers établirent pour cette partie du lac est reproduite entièrement 
dans notre carte générale du Tchad ; elle fut complétée par nos observations 
astronomiques et nos travaux topographiques ainsi que par ceux du capitaine 
Hardellet donnant les contours extrêmes des principales lagunes. 

Cette tâche terminée, le lieutenant de vaisseau Audoin se mit en devoir 
de rentrer vers le Chari pour rendre compte au chef du territoire des résul- 
tats de sa mission; mais la baisse des eaux étant survenue, les passes qui per- 
mettaient de sortir de l'archipel Kouri pour rentrer dans le lac ne présen- 
taient plus de fonds suffisants; le Léon Dloi s'échoua dans la vase, et tous 
les efforts déployés par le personnel du bord et les habitants des villages 
environnants venus à l'aide pour lui ouvrir un chenal restèrent vains; il fallut 
attendre la montée des. eaux. Ce ne fut que dans les derniers jours d'août 1903 
que le vapeur put être débloqué et reprendre sa route vers le Chari et Fort- 
Lamy. 

Au mois de novembre 1903, le chef de bataillon Largeau, qui avait succédé 
à l'administrateur Fourneau dans le commandement du territoire Chari-Tchad, 
chargea le lieutenant de vaisseau Audoin d'effectuer le périple du lac, en com- 
mençant par le Bornou anglais, de reconnaître la navigabilité de la rivière 
Komadougou-Yoobé, de visiter l'archipel nord, et de rentrer à Fort-Lamy par 
Kologo, Djoléa, Deïrom, Débouaram et Kindill. Ce voyage, effectué dans des 
conditions matérielles très pénibles, dura deux mois; le levé hydrographique 
rapporté par M. Audoin fut une véritable révélation, et je ne saurais trop faire 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 199 

ressortir ici tout le mérite, la bravoure et Tendurance de cet énergique offi- 
ficier, qui, le premier, a donné du Tchad un aperçu complet*. 

A peu près à la même époque, renseigne de vaisseau Delevoye, second de 
la mission Niger-Benoué-Tchad, exécutait lui aussi un périple du lac, sur le 
chaland Benoit-Garnier venu de France par la Bénoué, au prix des efforts qui 
ont consacré la réputation du commandant Lenfant. Mais, pressé par le temps, 
cet explorateur dut borner son étude à la reconnaissance de la côte occidentale 
et de la zone des eaux libres, et rentra à Fort-Lamy sans avoir pénétré dans 
les archipels. 

Tel était donc, rapidement résumé, Tétat de nos connaissances sur le 
Tchad, lorsque le commandant Moll me chargea d'en dresser la carte générale. 



Au premier abord, la tâche me parut considérable et hérissée de difficultés : 
établir le tracé d'une côte aussi instable que le rivage occidental du Tchad ; recher- 
cher parmi des îlots de vase et des lagunes impraticables aux embarcations 
le gisement du 14' parallèle et du méridien trente-cinq minutes est de Koukaoua, 
déterminer vers le Kanem une côte si capricieusement dentelée et si variable 
que Ton peut dire qu'elle est presque partout dans Tarchipel, ou qu'elle n'est 
nulle part, semblaient me demander de longs mois d'efforts pour n'aboutir 
peut-être qu'à un demi-succès. 

Mes appréhensions ne furent heureusement pas justifiées, grâce au con- 
cours précieux que m'apportèrent dans l'accomplissement de cette tâche le 
lieutenant de vaisseau Audoin et le capitaine Hardellet. 

Le commandant, aujourd'hui lieutenant-colonel Largeau, mit à la disposi- 
tion de notre mission, le chaland Benoit-Garnier commandé par le lieutenant 
de vaisseau Audoin, qui vint me rejoindre au mouillage de Seyorom, près 
de Koukaoua, et me conduisit par eau de Seyorom jusqu'à N'Guigmi, en 
longeant le lac près de sa côte occidentale. Mon adjoint, le sergent Gosson, 
accomplissait en même temps le trajet de Seyorom à N'Guigmi par terre, rele- 
vant avec soin les contours des terrains inondables et de tous les marais secs 
ou humides. Son travail, combiné avec le levé hydrographique du lieutenant 
de vaisseau Audoin, nous donna les limites approximatives de la bande maré- 
cageuse inaccessible aux petites embarcations qui figure tant bien que mal le 
tracé de la côte occidentale telle qu'elle existait dans la première quinzaine de 
février 1904. Trois positions astronomiques furent déterminées sur ce trajet 
(Seyorom, embouchure de la Komadougou, N'Guigmi), entre lesquelles furent 
intercalés les deux levés hydrographique et topographique. 

!. Audoin, Solice hydrojraphique sur le lac Tchad, in La Géographie^ XII, 5, 15 novembre 1905, 
p. 303. 



200 



JEAN TILHO. 



Ce premier travail terminé, il me restait à compléter par une série d'iti- 
néraires topographiques et à relier par des observations astronomiques les 
travaux cartographiques des capitaines d'Adhémar, Hardellet et Audoin, puis 
à déterminer à Tintérieur du Tchad la limite occidentale et méridionale des 
îles définitivement émerprées, des îlots en formation, des bancs de vase et des 




FIG. 56. — LE « BENOIST GARNIER " AU MOUILLAGE N'gUIGMI. 

/Reproduction duno photographie da D' Gaillard). 

hauts fonds herbeux susceptibles d'entraver la navigation de façon à pouvoir 
tracer approximativement la limite des eaux libres qui en mar^ et avril 1904 
s'étendaient autour de l'embouchure de la Komadougou Yoobé et de celle du 
Ghari. 

J'avais encore à effectuer la reconnaissance de la côte si bizarrement 
découpée entre Mattigou au nord et Kindill au sud, et, par un réseau d'itinéraires, 
à relier cette ligne à celle reconnue en baleinière (décembre 1903) par M. Audoin 
et ensuite à exécuter une série d'observations astronomiques aux principaux 
points de jonction. 

Enfin, dans le polygone Bol, Bérirem, Fort-Lamy, Djimtilo, un réseau 
d'itinéraires appuyés sur quelques positions astronomiques devait me permettre 
d'utiliser tous les travaux topographiques accomplis dans cette zone par les 
officiers du territoire du Chari et de fixer ainsi le contour méridional du lac 
en territoire français. 

Le commandant Moll m'avait prescrit de ne pas consacrer plus de deux 
mois et demi à ce travail et d'être de retour à N'Guigmi au plus tard dans les 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 201 

premiers jours de mai 1904; nous étions au 20 février : en me pressant un 
peu, je pouvais espérer exécuter ce programme dans son entier. 

Malheureusement, deux jours après mon départ de N'Guigmi je fus pris par 
une fièvre tenace, due autant aux fatigues subies au cours de la délimitation 
depuis le Niger qu*au paludisme ambiant dans le lac, et je fus lout d*un coup 
incapable de fournir le moindre travail. Au bout d'une douzaine de jours je 
dus quitter les marais du Tchad et abandonner momentanément le travail 
que j'avais entrepris dans Tarchipel nord-est; j'allai me réfugier en pays sec 
et salubre, à 120 kilomètres de là, au poste de Mao, capitale du Kanem, pen- 
dant qu*Audoin, poursuivant seul la tâche entreprise, faisait avec le Benoit 
Gamier la reconnaissance des limites de Tarchipel nord-est, des hauts-fonds 
herbeux du centre du lac et de Tarchipel sud-est. Après vingt-trois jours de 
pénible navigation, cet officier finissait par atteindre le poste de Bol, où je lui 
avais donné rendez- vous pour les derniers jours de mars. 

J'avais mis trois semaines à me rétablir un peu, mais j'avais profité de 
mon excursion forcée au Kanem pour relier la côte nord du Tchad à Mao et 
Bir-AIali (Forl-Pradié) par un itinéraire. Après avoir déterminé astronomi- 
quement ces deux points, je redescendis vers la partie sud du lac par la 
route Mao-bol, et, le 31 mars, je rejoignais en ce dernier point mon cama- 
rade Audoin. 

Les résultats de son voyage n'étaientguère encourageants. Les herbesavaient 
envahi le dos d'àne qui deKindill à Seyoroni divise le Tchad en deux cuvettes : 
celle de la Komadougou et celle du Chari. Pour pénétrer de la première dans 
la seconde il n'avait pu qu'à grand'peine trouver un étroit chenal de quelques 
mètres de largeur situé à un ou deux milles de la côte de Seyorom. Quelques 
jours plus tard il n'aurait pas pu passer. 

Dans la cuvette du Chari, la nappe des eaux libres se constellait partout 
de bancs d'herbes précurseurs d'iles prochaines; de plus de chenal de Kodé, 
|>ar lequel le Chari communique avec les lagunes de l'archipel de Bol, sem- 
blait déjà fortement menacé d'envahissement. La maladie m'ayantfait perdre 
près d'un mois, je ne pouvais plus songer à l'exécution de la dernière partie de 
uioa programme, l'étude du polygone Bol, Bérirem, Fort-Lamy, Djimtilo, 
sous peine de me mettre très en retard, et peut-être même, par une nouvelle 
navigation à travers les marais du sud du Tchad, risquer de nouvelles atteintes 
de la fièvre. Je renonçai donc à regret à ce voyage et me mis en route vers le 
nord-ouest pour reprendre aux environs de Kindill et Ferrom les travaux rela- 
tifs à l'archipel nord-est, que j'avais dû abandonner un mois plus tôt, 

Le lieutenant de vaisseau Audoin rentrait de son côté à Fort-Lamy. 

J'employai tout le mois d'avril à l'étude de la côte nord-est du Tchad et 
de son archipel, aidé par le capitaine Hardellet, commandant de toute la 
région lacustre comprise entre Bol et N'Guigmi. 



I 



202 JEAN TILIIO. 



Dans les premiers jours de mai, partant du poste de Kouloua, je m'ache- 
minai vers Kologo et N'Guigmi, pour achever par un levé à terre de cette 
route la détermination de la côte du nord du lac. Enfin, le 15 mai 1904, je 
quittai définitivement les bords du Tchad pour regagner à travers le désert 



de Mir la région de Zinder. 



L'impression la plus persistante que j'ai rapportée de mes quatre mois de 
voyages autour du Tchad est que Nachtigal a présenté ces parages sous un 
aspect trop agréable : presque à chaque page il emploie les mots riche, 
richesse, beau, magnifique, superbe, fertile, etc., qui ont dans toutes les 
langues européennes un sons bien défini, et qui, appliqués aux terres du 
centre de l'Afrique, donnent au lecteur une idée inexacte de leur valeur 
réelle. Beaucoup d'explorateurs de cette partie de l'Afrique sont tombés dans 
le même lyrisme. Cela s'explique facilement : lorsque, après avoir traversé 
le désert, le voyageur arrive dans une région moins déshéritée, où il trouve 
des champs de mil, des pâturages, des jardins indigènes, quelques troupeaux, 
des villages ou des hameaux à chaque étape, il éprouve une sensation de 
soulagement et de bien-être qui lui fait trouver ce pays riche par comparaison 
avec les terres désolées qu'il vient de quitter, et le public qui lit sa relation 
de voyage, non averti du sens tout relatif de ce mot « riche », croit à de 
vraies richesses, et une légende s'établit. 

La même chose arrive aussi très souvent pour les photographies. Le voya- 
geur réserve ses clichés pour prendre des vues de paysages agréables à l'œil, 
mais néglige les mornes étendues de sables ou de brousse qui constituent la 
plus grande étendue des pays centre-africains. Lorsque à son retour on feuil- 
lette son album, on ne voit que le pittoresque et la fraîcheur de ces contrées, 
oubliant que le désert en est trop souvent la véritable caractéristique. 

Concernant les paysages tchadiens, mon impression est très nette. Celte 
région est laide, morne et triste : quelque implacable malédiction semble peser 
sur ces vastes plaines. 

L'édition française de l'ouvrage de Nachtigal (Sahara et Soudan, t. I, Paris, 
Hachette, 1881, p. 489) renfermé une gravure; Site du lac Tsad, représentant 
des embarcations en bois (en bois de mourraya, p. 502) dont l'une, à l'horizon, 
toutes voiles dehors, gracieusement penchée sur l'eau, semble filer à toute 
allure avec bon vent arrière! Pour ma part je n'ai jamais eu connaissance que 
les Boudoumas aient, à un moment quelconque, usé d'autres embarcations 
que de lourdes pirogues en jonc (véritables flotteurs plutôt que pirogues) où 
l'absence de la mâture la plus rudimentaire interdit l'emploi de la moindre 
voilure. 11 est d'ailleurs bien difficile que les Boudoumas puissent fabriquer des 
pirogues en bois, car il n'y a nulle part sur les bords du lac d'arbres assez 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 203 

laides pour pouvoir être creusés en pirogue '. Peut-être Nachtigal s'est-il 
trouvé en présence de pirogues venues du moyen Chari et capturées par 
hasard; mais, je n'en ai jamais vu chez les Boudoumas, non plus que mes 
camarades Audoin et Hardellet*. 

Pour l'altitude du Tchad j ai obtenu, à la suite de quatre mois d'obser- 
vations barométriques contrôlées de semaine en semaine par des observa- 
tions au thermomètre hypsométrique, les chiffres suivants : 

1904. 



1" au 2 février . . 


Campement du Pogou. . . 


Niveau du lac. 


283 mètres 


3 au 6 — 


— de Seyorom. . 


— 


3or> 


— 


7 au 17 — 


En bateau sur le Tchad. . . 


— 


276 


— 


17 au 27 ~ . 


— — . . . 


— 


293 




27 février au 5 mars 


— — . . . 


— 


301 


_ 


l^au 7 avril . . 


Poste de Bol 


— 


248 


— 


M au 15 — . . 


Campement de Faraguimi . 


— 


262 


— 


15 au 21 — . . 


— deKoubourrom. 


— 


288 


— 


21 au 26 — . . 


— de Kamba . . . 


— 


302 


— 


20 au 27 — . . 


— de Kilia .... 


— 


272 


— 


27 au 28 — . . 


— de Deïrom . . . 


— 


289 


— 


30 avril au 3 mai . 


Poste de Kouloua 


— 


292 


— 


10 au 11 mai . . 


Campement de N'Guigmi. . 


— 


274 


— 



Soit, comme moyenne : 283 mètres ^ Nachtigal avait obtenu 270 mèlres. 

Depuis Nachtigal la forme et la superficie du lac ont beaucoup changé. Au 
lieu d'un triangle presque équilatéral aux angles émoussés, nous ne trouvons 
plus qu'un polygone irrégulier, ne rappelant aucune forme géométrique 
simple, et ayant une superCcie de près de 20 000 kilomètres carrés, soit à peu 
près la moitié de celle de la Suisse. 

Sauf sur la côte occidentale où la rive, quoique très instable, reste sensi- 
blement parallèle a la dune qui marque de ce côté la limite actuelle du bassin, 
on ne rencontre nulle part de contours définis du Tchad; on passe progressi- 
vement des eaux libres ou des marais du centre aux bancs de vase épars parmi 
les herbes, puis aux iles à pâturages, séparées par de larges lagunes, puis aux 
îles habitées entrecoupées de canaux larges ou étroits (de 400 à 50 m.), qui 
s'enfoncent profondément dans les terres, figurant des milliers de tenta- 
cules tantôt desséchés, tantôt pleins d'eau, et le plus souvent infranchissables à 

I. Pcul-ôire faut-il faire exception pour la région de Bosso, où Ton trouve des arbres de haute 
futaie, mais je ne les croi» pas susceptibles de fournir des pirogues. 

'2. Une autre raison qui me porte ài croire que les Boudoumas n'ont jamais cherché à avoir 
de pirogues de bois est la légèreté de ces embarcations. Les jours de grand vent, il règne sur le 
lac un clapotis tel qu*eltes seraient toujours chavirées, tandis que les (lotleurs de paille sur les- 
quels naviguent les Boudoumas défient toutes les tempêtes. 

3. M. Angot, chef de service au Bureau centrai météorologique, compte recevoir prochainement 
de nouveaux relevés d*observations elTectués en 190 i dans diverses stations météorologiques 
allemandes et anglaises de l'Afrique septentrionale et centrale. Ces documents pourraient changer 
UD peu la forme et la position des isobares qui m'ont servi à cITectuer les calculs ci-dessus et 
modifier d'une dizaine de mètres dans un sens ou dans l'autre le résultat moyen trouvé pour 
l'aUtlude du Tchad. 



20i JEAN TILHO. 

cause de leurs fonds de vase molle où s'enlizeraîent les imprudents qui essaie- 
raient de traverser ailleurs qu'aux gués reconnus par les naturels. La transi- 
tion entre le lac et les terres du Kanem se fait donc insensiblement et c'est 
pourquoi Ton peut dire que vers le nord et Test, il est impossible de déter- 
miner le tracé de la côte. 

D'ailleurs, je crois, comme Nachtigal, à Texislence de dérivations souter- 
raines envoyant Teau du Tchad dans des cuvettes situées à des centaines de 
kilomètres du lac. En ce qui concerne le Bahr-el-Ghazal, je pense qu'une 
étude plus approfondie serait nécessaire pour résoudre l'intéressante question 
de savoir s'il a constitué un afÛuent ou un effluent du lac. 

On a cru longtemps que le lac, se desséchant peu à peu vers l'est, allait 
en progressant sur sa côte occidentale; or, j'ai pu constater que la diminution 
de sa surface liquide se manifeste sur toute son étendue, comme il est facile 
de s'en assurer par la distance du rivage à laquelle se trouvent aujourd'hui des 
villages, comme Kaoua, Arégué, N'Guigmi, Kologo, autrefois riverains du lac. 

De novembre à avril souffle dans la région du Tchad V harmattan (vent du 
nord-est), parfois très violent, lequel entraîne une dérive des eaux dans son 
rhumb, ce qui a fait croire h certains voyageurs à l'existence de marées dans 
le Tchad. On peut constater, en effet, à certains moments de la journée que les 
eaux du lac gagnent vers l'ouest pendant quelques heures, puisqu'elles se 
retirent ; ce phénomène ne se produit ([ue les jours où souffle Vbarmattan 
et cesse dès qu'il s'apaise. L'oscillation de niveau est d'autant plus marquée 
que la pente du rivage, est plus faible. La dénivellation peut, par les fortes 
brise, atteindre de dix à quinze centimètres. 

Au mois d'avril les vents de nord-est font place à des vents d'ouest-sud- 
ouest apportant du golfe de Guinée une humidité considérable et d'épaisses 
nuées qui commencent à se résoudre en pluies vers la deuxième quinzaine 
de mai. 

Sur les rives septentrionale et orientale du Tchad les terres du Kanem ont 
un aspect tout à fait saharien, tandis que partout ailleurs le pays riverain a 
plutôt le caractère de steppe. Toutefois, sur la côte occidentale, depuis N'Guigmi 
jusqu'à Kaoua s'étend, au pied de la dune riveraine, une bande forestière dont 
la largeur varie entre 100 à SOI) mètres et qui, à l'embouchure de la Koma- 
dougou-Yoobé et tout le long du cours inférieur de cette rivière, s'étale en une 
large zone ombragée où abondent les arbres de haute futaie. C'est peut-être 
la plus grande surprise que réserve le lac aux voyageurs arrivant sur ses bords 
par le sud, l'est ou le nord, que de leur présenter, au lieu de la luxuriante 
végétation tropicale (ju'ils se plaisent à imaginer, des rives dénudées et 
désolées au delà de toute expression. 

La salinité des eaux du Tchad a été l'objet de débals d'autant plus confus 
qu'ils reposent sur de simples appréciations et non sur des observations inslru- 



BXPLORATiOxN DU LAC TCHAD. 



20a 



mentales. Nachtigal affirme que les eaux du Tchad sont douces. Elles ne 
sont douces — et encore! — qu'à l'embouchure du Chari et de la Koma- 
dougou-Yoobé ; partout ailleurs elles sont saumàlres, et leur degré de salinité 
augmente au fur et à mesure que Ton s'éloigne des deux embouchures. 

Vers ces deux embouchures où elle est constamment renouvelée, par les 

Cro<|uro «Cl 9,000 000 du 

Bornou Septentrional. 




Fio. 57. 



Àifutàxn&Anautf cMm 



apports des cours d'eau, l'eau est potable mais dans les fonds les plus éloignés 
de la cuvette, — telles les lagunes stagnantes des archipels — nous avons 
trouvé de l'eau tellement chargée de sels qu'elle était absolument impropre à la 
consommation, et que le bétail refusait de s'y abreuver, quelque assoiffé qu'il fût. 

Dans le nord du lac, et dans certaines lagunes de l'archipel, l'eau d'abord 
grise dans l'intérieur, passe au jaune purin, puis au plus beau vert, enfin 
au bleu tendre des solutions de sulfate de cuivre. 

Si, à quelques mètres des rives de ces lagunes, on creuse un puisard, 
on trouve immédiatement de l'eau potable, mais légèrement salée, comme le 
prouvent le dépôt de sels blancs qu'elle laisse sur la chaudière après ébullition, 
ou encore le dégagement gazeux qui se produit lorsqu'on verse quelques 
gouttes d'acide citrique concentré dans l'eau de ces puisards. 

Si du Tchad nous passons aux mares du Kanem ou du Bornou, produites, 
comme l'a indiqué Nachtigal, par des infiltrations du lac, nous constatons 
un phénomène analogue, mais plus complet. Non seulement nous obtenons 



1 



206 JEAN TILHO. 

au centre de la mare des eaux presque saturées de sel, et sur les bords des 
puisards d'eau douce, mais encore lorsque la mare se sera desséchée, nous 
trouverons une couche cristalisée de natron au centre, et, parmi les herbes 
de la rive, des efflorescences de sels blancs plus ou moins riches en chlorure 
de sodium. Aux hautes eaux la nappe liquide baigne les herbes, puis Tévapo- 
ration amène une diminution du volume d'eau et une concentration de la 
solution saline; le chlorure de sodium, arrivant le premier à son point de 
saturation, cristallise tout d'abord, les herbes jouant à son égard le rôle que 
jouent les branchages sur lesquels on fait dégoutter l'eau des marais salants; 
le vent faisant tomber à terre les cristaux de sel déposés sur les herbes, il 
suffit de ramasser les poussières qui sont à la surface du sol et de les traiter 
convenablement pour en extraire le chlorure de sodium. C'est ce que font, 
depuis le Foga près du Niger, jusqu'à Adebour dans le Bornou, les indigènes 
qui se livrent à la fabrication du sel. Enfin l'évaporation continuant jusqu'à 
assèchement complet de la mare, les diverses substances salines se dépo- 
seront tour à tour suivant leur ordre de cristallisation. 



Les Boudoumas sont les insulaires de l'archipel; ce nom d'ordre tout 
général, qui signifie « hommes des herbes » ne les désigne par conséquent que 
très imparfaitement. Leur véritable nom serait, d'après le capitaine Hardellet, 
qui les a spécialement étudiés, les Yédénas. 

Les Boudoumas ou Yédénas tirent de la pêche et de l'élevage leurs princi- 
pales ressources. S'ils n'ont que peu de chevaux, ânes, moutons et chèvres, 
et pas du tout de poulets ou autres volailles de basse-cour, ils ont par contre 
les plus beaux et les plus nombreux troupeaux de bœufs qu'il m'ait été donné 
de voir pendant mes cinq ans de voyages en Afrique occidentale et centrale. 
C'est par dizaines de mille têtes que chaque tribu compte ses troupeaux et 
j'estime que dans les huit ou dix mille kilomètres carrés de pâturages que 
compte le Tchad, on doit trouver plus de deux cent mille bœufs. Ces indigènes 
ne tuent jamais un de leurs bœufs pour le manger, sauf lorsqu'il est si dan- 
gereusement malade qu'il ne reste plus aucun espoir de le sauver; ils les 
échangent aux marchands venus du Bornou ou du Baguirmi, ou les vendent 
pour des prix variant de 5 à 7 thalers Marie-Thérèse (soit 25 à 35 francs de 
notre monnaie pour les bœufs ordinaires), de 15 à 20 thalers pour les bœufs 
porteurs, et 30 à 40 thalers pour les vaches. Les quantités de lait qu'ils traient 
tous les jours sont considérables, et constituent la base de leur alimentation; 
le beurre qu'ils fabriquent est exporté et vendu par eux en même temps que 
des chargements de poisson sec sur les principaux marchés du Bornou. 
Ces Boudoumas ou Yédénas sont des gens fort peu recommandables, men- 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 207 

teurs à outrance, voleurs sans scrupules, pillards cfTrontés, et lâches à plaisir 
devant qui les brave. Non contents de razzier les villages bornouans ou kanem- 
bous qu'ils peuvent atteindre en pirogues, ils se razzient entre eux; il est 
vrai que par une juste compensation ils se font k leur tour consciencieuse- 
ment razzier par les nomades tebous qui rôdent aux alentours du lac. C est 
même ce qui explique leurs perpétuelles migrations vers Tintérieur; car dès 
que Tune des lagunes qui défendent leurs îles devient guéabic en un cer- 
tain point par suite de la baisse des eaux, les Tebous, prévenus aussitôt par 
leurs espions, arrivent une belle nuit et font main-basse sur tout ce qu'ils 
trouvent, hommes, bètcs et matériel. C'est un spectacle peu banal que celui 
d'une émigration d'insulaires qui appréhendent une razzia tebou : ils font 
partir en avant leurs bœufs, qui, en longues colonnes conduites par quelques 
gardiens, se mettent à l'eau et nagent vers la rive opposée, puis tout le village, 
hommes, vieillards, femmes et enfants entrent à leur suite dans la lagune, 
presque tous à califourchon sur le tronc d'un ambadj qui les soutient sur l'eau, 
tout le monde nageant et hurlant dans un vacarme assourdissant : le spectacle 
est d'un pittoresque indescriptible. 

Les Boudoumas se consolent en songeant qu'à leur tour les Tebous se font 
razzier sans pitié par les Touareg. 

Une sorte de dicton indigène dit à ce sujet : « Vingt Kanembous ou Bor- 
nouans fuient à la vue d'un Boudouma; vingt Boudoumas fuient à la vue d'un 
Tebou; vingt Tebous fuient à la vue d'un Touareg; et cent Touareg fuient à 
la vue d'un Français ». 



L'impression d'ensemble que j'ai rapportée de mon séjour au Tchad est 
très nette : de ce qui fut autrefois la grande mer centre-africaine, il ne reste 
plus qu'un immense marécage pestilentiel, quelque chose comme un cadavre 
de lac en pleine corruption. Disparaitra-t-il complètenieiit ou l'assèchement 
actuel n'est il qu'un épisode des variations cycliques de cliniat? 

Aux environs de Bol et de Kanassarom le chef yédéua Korémi a montré 
au capitaine Hardellet de nombreuses lagunes actuellement pleines d'eau que 
son père, tout enfant, (il y aurait par suite soixante-dix ou quatre-vingts ans) 
a vues complètement à sec; « toutes ces terres, dit-il, étaient alors le Kanem; 
puis Allah nous a envoyé de grandes pluies et les eaux ont monté et le Kanem 
s'est retiré très loin vers le nord ». 

D'après ce témoignage, les oscillations de niveau du Tchad auraient donc 
un caractère périodique. 



208 JEAN TILHO. 



Il me reste maintenant à exposer le compte rendu de mes opérations 
astronomiques dans la région. J'y ai ajouté les observations effectuées dans le 
Bornou septentrional et au Kanem, car les phénomènes d'occultation d'étoiles 
par la lune que j'ai observés dans ces régions ont servi de base et en même 
temps de contrôle aux déterminations de longitudes effectuées, à l'aide de mes 
chronomètres seulement, de décembre 1903 à fin mai 1904 (voir fig. 57). 



Opérations astronomiques dans le Bornou septentrional. 

Détermination de la position dCAddia. — Fin décembre 1903 la section 
française de la commission de délimitation Niger-Tchad était tout entière 
réunie à Addia sous les ordres du commandant Moll; la section anglaise, 
sous les ordres du lieutenant-colonel Elliot s'était déjà mise en route sur 
Koukaoua. 

La latitude d'Addia fut obtenue par observations de : 

Circumméridienne de ^ Cassiopée le 11 décembre 1903 donnant L. Nord =13® 45' 30' 

— aPtiénix — — L Sud ^IsnS'SO'â 

Latitude conclue pour notre campement d'Addia L =13°45'30M 

Report au puits (point de repère) — 20*5 

Latitude adoptée pour le puits d'Addia L =13» 45' 09' 6 

La longitude d'Addia fut obtenue par observation des cinq occultations 
d'étoiles par la lune ci-dessous : 

Le 13 déc. 1903. Émersion de m Vierge donnant 01 = 35*" 03» 66 est Paris 

22 déc. 1903. Immersion 8 Verseau — G, = 3:)'" 06» 62 — 

30 déc. 1903. — 1114 BAC — fi, = 34™59«34 — 

1" janv. 1904. — 119 Taureau — Cn = 36'" 59« 70 — 

26 mai 1904. — x Vierge » — 65= 34"^ 57» 86 — 

Longitude moyenne conclue pour notre campement. G = 35™ 01» 44 — 

Report au puits — 0»20 — 

Longitude adoptée pour le puits d'Addia G = 35" 01» 24 — fen temps). 

ou G =8° 45' 18" 6 — (en arc). 

Détermination des longitudes par la méthode des circuits chronométriques. 
— La rareté des phénomènes d'occultations d'étoiles par la lune, ainsi que 
leur imprécision relative (on admet qu'une longitude fournie par une seule 
occultation n'est guère exacte qu'à 4 secondes de temps près) ne nous permettait 

1. L'immersion de x Vierge fut observée en réalité à Kokouta, mais fut reportée sur Addia 
en toute certitude^ la dilTérence de longitude Addia-Kokouta étant connue à moins de 0S2 de 
temps près. 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 20$ 

pas de déterminer toutes nos longitudes par le seul emploi de cette méthode; 
nous avons donc pensé qu'il valait mieux utiliser ces occultations pour déter- 
miner les longitudes absolues de certains points importants distants les uns 
des autres de plusieurs centaines de kilomètres, et d'intercaler entre les points 
ainsi fixés les longitudes de tous les points intéressants par le simple transport 
du temps. Nous nous sommes donc astreint à déterminer la longitude de 
chacun des points importants (que nous dénommerons points absolus) par 
l'observation d'au moins trois occultations, nous donnant ainsi pour chacun 
d'eux une approximation égale à environ 2 s. 3 de temps (soit un kilom.). 





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nu. 58. 



Quant aux longitudes des -poinis secondaires^ elles ne pouvaient être efficace- 
ment calculées à l'aide du transport du temps que si nous nous efforcions de 
connaître aussi précisément que possible les marches diurnes de nos chrono- 
mètres. Pour cela le moyen le plus sûr consiste dans l'emploi des polygones 
chronomélriques plusieurs fois fermés (fig. 59). 

Par exemple : soient A etZ deux points absolus fixés autant que possible 
chacun par la moyenne de trois occultations, et distants de quelques centaines 
de kilomètres, et, B, C, D, E, F, etc., les points secondaires dont nous 
devions déterminer la longitude par le transport du temps. Nous opérions de 
la façon suivante : nous combinions notre itinéraire de manière à décrire le 
circuit ABCDAC qui, fermé en A et en C, nous donnait les marches diurnes 
moyennes du premier polygone. 

Puis, nous nous transportions en EFG, sans fermer de polygone, et par 
conséquent sans calculer de marches diurnes. 



La GAooRAPBii. - T. XIH. 1906. 



14 



210 JEAN TILHO. 

Mais aussitôt après nous décrivions le deuxième circuit HIJKHJ qui, fermé 
en H et en J, nous donnait les marches diurnes moyennes du deuxième 
polygone. 

Et pour la détermination des points E, F, G, nous adoptions arbitraire- 
ment comme marches diurnes moyennes la moyenne arithmétique entre les 
marches conclues pour le premier et le deuxième polygones '. Et ainsi de suite 
jusqu'en Z. 

Cette méthode n'a évidemment rien de rigoureux et n'est susceptible de 
donner d'excellents résultats qu'autant que l'on a à sa disposition des chrono- 
mètres excellents à qui Ton évite, autant que faire se peut en cours de route, 
les chocs accidentels et les grosses variations de température. Mais dans la 
pratique, nous n'avons eu qu'à nous louer de l'avoir employée. En effet, 

y 




j 

FIO. 59. — CIRCUITS CHRONOMÉTRIQUES. 

déterminant de proche en proche les longitudes de nos j)oints secondaires à 
l'aide des marches de montres ainsi calculées, nous sommes toujours arrivé, 
à trouver pour Z une longitude ne différant que de 2 à 3 secondes de temps 
de celle, considérée commei exacte, obtenue pour ce même point Z par la 
moyenne de 3 occultations. En répartissant proportionnellement sur tout le 
trajet cette petite différence, nous pensons donc être fondé à croire que toutes 
nos longitudes des points secondaires sont exactes à moins d'une seconde de 
temps près, par rapport aux longitudes des points absolus entre lesquelles elles 
sont intercalées. 

Le 13 janvier à 16 h. 58 m. 19 s. 3, temps moyen local, nous observâmes à 
Adebour Témersion sur le côté obscur de la Lune de l'étoile « 5912 BAC •• 
Le ciel était un peu brumeux et de très fins nuages estompaient légèrement 
les contours de la lune : aussi l'apparition de cet astre n'eut pas lieu avec cette 
précise soudaineté qui caractérise généralement une émersion d'étoile sur le 
bord obscur de notre satellite, lorsque le phénomène se produit par ciel serein ; 

i. Il est bon de remarquer que les polygones ne doivent pas, autant que possible, excéder 
quatre ou cinq jours et les espaces libres ËFG trois ou quatre jours. 



EXPLORATION DU LAC TCHAD. 211 

nous eûmes plutôt rimpression d*un faible point lumineux qui perçait pénible- 
ment à travers la brume diaphane, et nous estimâmes que le « top » lancé à 
notre aide, qui observait l'heure au compteur, pouvait avoir été donné avec un 
retard de deux à quatre secondes. Quoi qu'il en fût, effectuant le calcul comme 
si l'observation eût été excellente, nous trouvâmes pour longitude du campe- 
ment d'Adebour : 

G campement Adebour 38™ 09» 03 est Paris, par l'occultation 

alors que nous avions : 

G campement Adebour 38™ 02"* 82 est Paris, par transport du 

temps depuis Addia, 
Soit une divergence de 6>21 (ou environ 2 km. 8). 

Le 23 janvier nous pûmes observer à Dimberoua en excellentes conditions 
rimmersion sur le bord obscur de la lune de l'étoile "161 BAC, à 7 h. 58 m. 
51 s. 8 (temps moyen local). Le calcul nous donna : 

Longitude Dimberoua 41™ 22" 86 est Paris, par l'occultation 

au lieu de : 

Longitude Dimberoua 41™ 19» 93 est Paris, par transport du 

temps depuis Addia, 
Soit une divergence de 2«93 (environ 1 km. 3). 

Nous ne pûmes, pendant notre séjour à Koukaoua, du 27 janvier au 
1*' février, observer aucune des occultations prévues pour cette période; 
depuis le 24 janvier, en effet, soufflait avec violence le grand vent 
habituel des saisons sèches en Afrique centrale, Tharmattan; les nuages 
de poussière qu'il soulève sur son parcours, et qu'il traîne partout après lui, 
laissent dans Tatmosphère un brouillard parfois très épais qui rend impossibles 
les observations astronomiques et détériore les instruments. Heureusement 
pour nous, notre collègue de la mission anglaise, le lieutenant Evans, qui 
nous avait précédé à Koukaoua, avait pu y observer en excellentes conditions 
les deux occultations suivantes qu'il voulut bien nous communiquer : 

l"" Le 31 décembre 1903, à 6 h. 11 m. 19 s. 3, temps moyen local (camp 
anglais), il put observer l'immersion sur le bord obscur de la lune de « 63 Tau- 
reau ». 

2* Le !•' janvier 1904, à 11 h. 10 m. 38 s. 37, temps moyen local (camp 
anglais), il observa dans les mêmes conditions l'immersion de « 1 19 Taureau ». 

Le calcul de ces deux occultations donne : 

Par 63 Taureau : Longitude Koukaoua 

{ camp anglais) 44™ 45* 99 est Paris 

Par il9 Taureau : Longitude Koukaoua 

I camp anglais) 44^43*00 — 

Longitude moyenne Koukaoua (camp 

anglais 44" 44" oO 



212 JEAN TILHO. 

Report au camp français 0» 09 

Longitude adoptée, Koukaoua (camp fran- 
çais) 44» 44* 41 est Paris par occultations 

au lieu de : 

Longitude Koukaoua (camp français). . . 44"» 44» 84 par transport du temps 

depuis Addia. 
Soit une divergence de 0« 43 (environ 200 mètres). 

Cette remarquable coïncidence ne doit pas faire illusion ; la divergence 
eût pu être plus considérable et atteindre deux ou trois secondes de temps, 
que la précision relative de nos déterminations de longitude par la méthode 
des circuits chronomélriques fermés n'en aurait été ni diminuée ni aug- 
mentée. Mais elle démontre péremptoirement que la longitude attribuée à 
Koukaoua sur la foi des observations du grand voyageur Vogel qui n'avait 
trouvé que : 

Longitude centre Koukaoua 44"» 1 3* 50 est Paris 

était notablement erronée; ce fait avait, d'ailleurs, déjà été signalé par 
M. Foureau lors de son passage à Koukaoua en 1900. 
Nous avons donc adopté : 

Longitude Koukaoua (camp français) 44" 44* 41 

Report au signal centre de Koukaoua ^ + 2» 85 

Longitude signal centre de Koukoua 44™ 47» 26 est Paris. 



Opérations astronomiques au iac Tchad et au Kanem. 

Nous quittâmes Koukaoua le 1*' février pour gagner la rive du Tchad, sur 
les bords et à l'intérieur duquel nous devions rester jusqu'au 13 mai 1904, sauf 
une interruption d'environ t'Tois semaines causée par une série de fortes fièvres 
qui nous obligèrent à faire du 7 au 31 mars un voyage de convalescence à 
travers les régions désertiques et salubres de Kanem. 

Nous ne raconterons pas par le menu le détail de nos opérations astrono- 
miques pendant cette période, comme nous venons de le faire pour le trajet 
Addia-Koukaoua, où il s'agissait d'établir péremptoirement l'erreur commise 
par Vogel dans sa détermination de la longitude de Koukaoua. 

Nous avons continué d'appliquer au Tchad et au Kanem, toutes les fois 
que cela nous a été possible, les méthodes de détermination de longitude et 
de latitudes exposées dans le paragraphe précédent. 

A l'embouchure la Komadougou nous avons pu observer une occultation : 

11 février 1904. — Émersion de 6294 BAC à. . 17»» 51«»33' 1, temps moyen local. 



EXPLORATION DU LiC TCHAD. 21J 

Donnant comme longitude de ce point : 

G embouchure Komadougou 44"» 02« 96 est Paris 

au lieu de : 

G embouchure Komadougou 44'» 01» 13 est Paris obtenue par le 

transport du temps depuis Koukoua. 

La longitude de Fort-Pradié a été obtenue par la moyenne des résultats 
des deux occultations suivantes : 

24 mars 1904. Immersion de 11839 Lalande à 8»» 21™ 46*1 

(temps moyen local) donnant G = 51™ 35» 81 est Paris. 

24 mars 1904. Immersion de 186 Weisse {6^} à 8*» 58™ 10» 9 

(temps moyen local) donnant G = 51™ 32*38 est Paris. 

D'où G Fort Pradié = 51™ 34« 10 

Le point de Kamba fut fixé en longitude par la moyenne des deux occul- 
tations suivantes : 

2*2 avril 1904. Immersion de 1 Écrevisse à 8*» 42" 44» 5 

(temps moyen local) donnant G = 47™ 05« 23 est Paris. 

23 avril 1904. Immersion de 3062 BAC à 11^ 06™ 54» 1 

(temps moyen local) donnant. G = 47™ 07» 10 est Paris. 

D'où G Kamba = 47™ 06» 16 est Paris. 

Latitudes. — Toutes nos latitudes ont été obtenues par observations de 
circumméridiennes d^étoiles culminant au nord et au sud, et, autant que pos- 
sible, à égale distance du zénith. Lorsque Tétat du ciel ne nous a pas permis 
d'opérer ainsi, nous avons appliqué la méthode des droites de hauteur, en 
observant des étoiles aussi voisines que possible du nord, de Test, du sud et 
de Touest. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement que nous avons eu 
recours à l'observation de TÉtoile Polaire. 

Les résultats de nos travaux astronomiques autour du Tchad sont résumés 
dans le tableau de la page suivante donnant la liste des points qui forment 

le canevas géodésique de noire carte du Tchad. 

Jean Tiluo, 
Capitaine dlnfanlerie coloniale. 



214 



JEAN TILHO. 



Tableau des positions astronomiques déterminées dans la région du Tchad. 



POINTS OBSERVÉE 



Addia (puits) 

Kokoula (centre du village) 

Gallaoua — 

Kagnioua — 

Diéraoua (puits) 

Schirmalek (hlockhaus) 

Kakara (puits) 

Mir (puits) 

Garoumiga (puits) 

Guérima-Zangari (puits) 

Maïna-Dalaram (centre de la mare salée) . 
Guidjigaoua (centre de la mare à sel). . . 

Adebour (centre du village) 

Maina-Soroua (centre du village) 

Boudoum (centre du village) 

Kabi (centre du marché) 

Doutchi (centre du village) 

Dimbcroua (centre du village) 

Karna (carrefour) 

Kabetoua (puits) 

Pelangone — 

Roukaoua (signal central entre les deux 

villes) 

Kaoua (centre du village nord-ouest) . . . 

Pogou (Campement) 

Seyorom (Campement) 

Komadougou-Yoobé (Embouchure) . . . . 

N'Guigmi (mouillage) 

N'Guigmi (centre du village) 

N*Gorodougou (mouillage) 

Kaiwa (mouillage) 

Mattégou (centre village nord) 

Mao (poste) 

Bir-Alali (centre du Fort-Pradié) 

Mare de Moïlo (pointe nord de la mare). . 

Bol (poste) 

Ouanda (centre du village) 

N'Guilimi (centre du village abandonné). . 

Faraguimi (signal) 

Koubourrom (signal) 

Kamba (signal) 

Kilia — , . . . 

Deïrom — 

N'GolIom (extrémité N.-N.-E. du village). . 

Kouloua (centre du poste) 

Garoumélé (signal au N.-W. du village 

abandonné) 

Bangoa (signal à l'csldu village abandonné). 



LATITUDE 



13»45'09''6 nord 

13« 53' 00" — 

13* 55' 43" 9 — 

13" 48' 45" 6 — 

13*58' 39* 9 — 

14* 06' 23* 5 — 

14" 09' 00" 9 — 

14- 04' 22" 6 — 

13" 39' 46" 9 — 

13M0'02"9 — 

13* 28' 44" 1 — 

13* 23' 23" 6 — 

13" 18' 35" 7 — 

13* 12' 46" 9 — 

13* 09' 43" 9 — 

13* 18' 10" — 

M5'42"6 — 

•11' 37" 4 — 

13* 05' 54" 6 — 

12* 52' 17" 4 — 

12* 53' 27" — 



13* 
13* 



12* 55' 36" 6 
12* 57' 02" 6 
12* 59' 09" 4 
13* 06' 49" 9 
13* 42' 24" 6 
14* 14' 24" 8 
14* 15' 18" 
14* 20' 28" 3 
14* 14' 11" i 
14" 06' 09" 
1 i" or 39" 8 
14" 20' 12" 2 
13" 50' 40" 
13" 27' 24" 2 
13" 30' 10" 
13" 44' 05" 
13* 47' 56" 7 
13" 54' 09" 
13" 59' 30" 7 
U" 57' 31" 7 
14" 02' 11" 3 
14" 09' 07" 
14* 15' 09" 

14" 07' 13" 
13" 57' 40" 



LONGITUDE 



en temps 



35- or 24 

35- 01- 94 
35- 26' 94 
35" 19* 79 
34- 18' 88 

34- 48- 10 

36- 24' 28 
38- 32' 95 

35- 24' 31 

36- 16' 07 

36- 37* 62 

37- 34' 79 

38- 02' 82 

38- 39' 23 

39- 33' 62 

40- 23' 43 

41- 00' 30 
41- 19' 85 

42- 38' 73 

43- 16* 30 
43» 55' 69 

44- 47' 26 
45-17*27 

45- 36' 56 

46- 02' 15 
44- 02' 96 
43- 13- 67 

43- 06' 66 

44- 54' 08 

46- 58' 73 
51- 31' 82 
51-34M0 
49» 49* 65 
49- 09' 41 
48- 09' 31 

47- 00' 08 
46- 51' 64 

46- 58* 89 

47- 06* 16 
46- 47' 82 
46- 33« 05 
46-0V56 

46- or 08 

42- 26' 04 
42- 55' 25 



8» 45' 18" 6 cstParis. 

8* 45' 29" 1 - 

8* 51' 44" 1 

8* 49' 36" 85 — 

8* 34' 43" 2 — 

8* 42' 01" 5 — 

9* 06' 04" 2 — 

9* 38' 14" 23 — 

8* 51' 04" 6) - 

9* 04' 01" - 

9* 09' 24" 3 

9* 23' 41" 85 - 

9* 30' 42" 3 — 

9* 39' 48" 45 — 

9* 53' 24" 3 ~ 

10* 05' 51" 45 - 

10* 15' 05" 4 - 

10* 19* 57" 75 - 

10* 39' 40" 95 - 

10* 49' 04" 5 - 

10* 58' 55" 35 - 

11* 11' 48" 9 - 

ir 19' 19" 05 - 

11* 24' 08" 4 - 

11* .30' 32" 25 - 

1 1* 00' 44" 4 - 

10* 48' 25" 05 - 

10" 46' 39" 9 — 

11* 13' 31" 2 - 

1 1* 44' 40" 93 - 

12* 52' 57" 3 - 

12* 53' 31" 5 - 

12* 27' 24" 75 - 

12* 17' 21" 15 - 

12* 02' 19" 65 — 

11*45' 01" 2 - 

11* 42' 54" 6 - 

11* 44' 43" 35 - 

11* 46' 32" 4 - 

11*.41'57"3 - 

110 38' 15" 7.3 - 

11* 31' 53" 4 - 

11* 30' 16" 2 - 

10* 36' 30" 6 - 

10* 43' 48" 75 - 



Le Percement des Alpes bernoises 



Le projet de percement des Alpes bernoises, encore dans la phase d'étude, 
s'approche de sa réalisation. Ce sera le couronnement d'une politique de voies ferrées 
à laquelle le puissant canton de Berne apporte depuis un demi-siècle une ténacité et 
un esprit de suite qui méritent le succès. Du jour où la Suisse, que la nature avait 
placée dans Tintervalle, mais à l'écart des deux grandes voies naturelles nord-sud de 
l'Europe, la vallée du Rhône et de la Saône, et la plaine du Danube, se trouva 
replacée, grâce aux voies ferrées alpestres, sur la principale transversale entre l'Alle- 
magne et l'Italie du nord, le canton de Berne, par une politique parallèle, travailla 
à ramener sur son territoire cet axe de communications qui tend à ordonner suivant 
la ligne Rotterdam-Gènes le principal traflc de TEurope. Mais la disposition des 
reliefs lui était contraire : les Alpes centrales forment deux chaînes parallèles, sépa- 
rées par les vallées longitudinales du Rhône et du Rhin, qui ne se réunissent qu'en 
leur milieu, au Gothard, pour se séparer à nouveau. 

De là la situation privilégiée du nœud du Gothard, où la voie ferrée traverse les 
deux chaînes à la fois par une percée unique. Les autres lignes sont dans l'obliga- 
tion de contourner la chaîne septentrionale : la ligne du Simplon évite les Alpes 
bernoises parla vallée du Rhône, la future ligne du Splûgen remontera la vallée du 
Rhin pour éviter le Tôdi. 

Cette lutte contre la nature et la géographie, le canton de Berne l'entama réso- 
lument ^ 

En premier lieu, loin d'apporter des entraves à la construction des deux voies 
alpestres du Gothard et du Simplon qui ne passaient pas par son territoire, Berne 
leur donna son appui moral et même financier. Le canton fut au nombre des 17 can- 
tons gothardistes qui, en 1878, quand les crédits votés pour le Gothard furent 
épuisés, et qu'on désespérait du résultat, assurèrent le succès de l'œuvre par de 
nouveaux subsides ^. Il assura de même la réalisation du Simplon, encore à l'état de 
projet, en favorisant la fusion de la compagnie bernoise Jura-Berne-Lucerne avec 
celle de la Suisse Occidentale qui, à elle seule, n'eût pu mener à bien l'entreprise. 
Réunies, elles formèrent le Jura-Simplon. De plus, il contribua pour un million à la 
dépense, autant que le riche canton de Genève, qui était alors partiellement hostile 
au projet. 

1. Voir Tétude de M. Albert Gobât, La percée des Alpes bernoises, in Revue Économique Inter- 
nationale, 15-20 octobre 1905 (vol. IV, n* 1), p. 173-189. 

2. Sur cette crise du Gothard, en 1878, lire l'étude de M. Pierre Clerget : La politique de la 
Suine en matière de chemins de fer, in Revue Économique Internationale, 15-20 mai 1905, p. 372. 

La GioGRAPHiB. — T. XIII, 1900. 



216 P. GIRARDIN. 

En second lieu, Berne voulut du moins tirer tout le parti possible de ces voies qui 
ne passaient pas par son territoire, il construisit pour s y relier une série de lignes 
qui constituèrent un véritable réseau dont la ville fédérale fut le centre, le Jura- 
Berne-Lucernc (J.-B.-L.). Ce réseau, elle le construisit sur les ressources de son 
budget cantonal, aidée par des subventions de la compagnie française de l'Est. 
L'Alsace et la France ayant trois entrées sur la Suisse, Bâle, Delle (Belfort) et Pon- 
tarlier, Berne établit une liaison directe avec ces trois gares. 

1® Il a créé ainsi deux lignes à travers le Jura, Berne-Delle (Belfort) par Bienne, 
Moùtiers-Delcmont et Berne-Bâle par Olten. 

2^ Pontarlier était la troisième entrée de la Suisse, mais au lieu de gagner direc- 
tement Berne à travers le(( pays des lacs )), le Seeland, la ligne de Paris contournait 
le lac de Bienne par le nord. Le canton a construit ces années dernières la (( directe » 
Neuchâ tel Berne avec le concours de Neuchâtel et de Fribourg. 

3"^ Avant que la ligne du Gothard fût construite, Berne avait établi une liaison 
directe avec Lucerne par l'Emmenthal et l'Entlebuch (Langnau). 

Ainsi Berne se reliait directement à la plaine du Rhin, à la France, à la ligne du 
Gothard, à laquelle le canton ne touchait pas. 

En troisième lieu, et ce travail de liaison achevé, le canton put regarder en face 
l'éventualité du percement des Alpes bernoises, pour le jour où le Simplon serait 
percé. Or les trois vallées de l'Oberland bernois, Aar, Simme et Kander, se terminent 
en cul- de-sac et ne peuvent donner accès dans le Valais que par un grand tunnel. 
Un instant on pensa à percer le Grimsel, prolongement de la vallée de l'Aar, puis 
la Gemmi. Quand le Simplon eut été commencé, il n'y eut plus que deux projets en 
présence : Lotschberget Wildstrubel*. 

En effet, pour gagner de Berne le Valais et le tunnel du Simplon, on a le choix 
entre deux vallées transversales, la Kander et son affluent la Simme. La vallée de 
la Kander, qui aboutit au LOtschberg, dessine à peu près la direction Berne-Brigue, 
le projet emprunte les lignes Berne-Thun et Spiez-Frutîgen, accède au tunnel par 
une rampe de 21 kilomètres et descend sur Brigue par une descente de 25. Le projet 
par la Simme est plus long, parce que la vallée domine un arc de cercle, mais le 
Wildstrubel est moins épais que le Lôtschberg et si les voies d accès sont plus lon- 
g ues, le tunnel est plus court. Les voies d*accès existent de Berne à Thun et de 
Spiez à Zweisimmen, de là une rampe de 17 kilomètres conduirait au tunnel, une 
descente égale rejoindrait à Gampelou à Rarogne la ligne du Simplon. Un projet 
élégant (projet Beyeler) permettrait de réduire la longueur de la ligne en gagnant 
directement la vallée de la Simme, par un tunnel de 6 kilomètres dit de Blumenstein, 

(. VUUù d'une voie Terrée à travers les Âlpes bernoises est déjà ancienne. Nous avons trouvé 
la trace de deux iHudes remontant à 1889, Tune de J. Ladame pour la Gemmi, Chemin de Icr de 
Caiaîe à Milan (grand in-8, 291 p., 3 tableaux, Paris, 1889), projet de ligne de Thun à Lenk et au 
Simplon (>ar la Civmmi, avec tunnel de 21 600 à 24 000 mètres — ce qui abrégeait de 83 kilomètres 
le parcours Calais-Mi in n; — on reconnaît là la folie du tunnel de ifase, à Timitation du projet du 
Simplon; et \V. Teuscher, Eine LÔt9chbergbahn, Ersies Theil, Dos Tracée (in-8, 2 cartes et 1 profil), 
ligne de Thun à Gslein (i i95 mètres) par le Randerthal, avec tunnel de 6 800 mètres sous le 
Lôt9chl)erg et descente sur Viège par le Lôischthal, longueur Si km., coût 36 mittMHis. Or trouvera 
dans le Jahrbuch du i>chweizer Alpencluh (XXVI, 1900-1901, p. 301-306) Thistoire, par Bûbler, du 
passage du Lôtschberg, (tar lequel il y eut dès 1520 un projet de route. 



LE PERCEMENT DES ALPES BERNOISES. 217 

qai éviterait le détour par Thun et Spiez. Mais ce projet léserait gravement les 
intérêts de Thun et de Spiez. Voilà comment se présentent les différents projets au 
point de vue géographique. 

Voici le point de vue technique. Pour chacun des deux projets, Lôtschbcrg et 
Wildstrubel, ont été étudiés deux tracés : un tracé haut, moins parfait mais plus 
économique, un tracé bas, plus coûteux mais de profil irréprochable. 

I. — Projet Lôlschberg. 

A. — Projet Hitlmann cl Greulich. 
(Penle maximum, 27,5 p. 1 000.) 

Longueur du grand tunnel 13 520 mètres. 

Point culminant 1 242 — 

Rayon minimum des courbes 300 — 

Longueur à construire (de Frutigen à Brigue) 59 500 — 

B. — Projet Emch. 
(Pente maximum, 15 p. i 000.) 

Longueur du grand tunnel 21 000 mètres. 

Point culminant 1 004 — 

Rayon minimum des courbes 300 — 

Longueur à construire (Frutigen- Brigue) 57 300 — 

Le tracé haut (Hittmann et Greulich) ne coûterait, suivant les estimations, que 
72 ou 79 millions; le tracé bas (Emch) fut estimé par son auteur d'abord à 86, puis 
à 93 millions, et la double voie en porterait le prix de 86 à 123 millions. Qu'on ne 
s*étonne pas de pareils écarts dans les estimations, 20 millions, soit près d'un tiers 
en plus : quand il s'agit de tunnels, c'est à peu près dans cette proportion que les 
dépenses prévues sont habituellement dépassées, même avec des projets étudiés 
avec le plus grand soin. 

II. — WUdstrubel. 

Projet Beyeler, par le Blumenstein. 
(Pente maximum, iS p. 1 000.) 

Longueur du grand tunnel 13 500 mètres. 

Point culminant 1 428 — 

Rayon minimum des courbes 400 — 

Longueur à construire Berne-KehrsatzBriguc 116 km. 

Ce projet, qui est un tracé bas, est irréprochable, mais il doit coûter 74 millions 
d*après son auteur, 82 d*après les experts internationaux, 93 d'après M. Emch, et 
138 avec la double voie. Au contraire, M. Stockalper a présenté un projet qui ne se 
pique pas d'être parfait mais qui, en utilisant les voies existantes, en partie corri- 
gées jusqu'à Zweisimmen, voies en pente de iS,5 p. 100, doit abaisser le prix de 
revient soit à 52, soit à 58 millions. Voilà donc, pour le Lotschberget le Wildstrubel, 
deux types de tracés qui se correspondent deux à deux, les uns plus parfaits au 



218 



P. GIRARDIN. 



point de vue du profil, les autres plus avantageux au point de vue financier. 
Ajoutons qu'au point de vue politique, le Wildstrubel, qui aboutit à Rarogne ou à 
Gampel, agrée plus au Valais que le Lotschberg qui aboutit à Brigue même; il ne 
profite pas au pays ; mais le canton de Berne a une préférence marquée poar ce 
dernier, qui par Thun et par Spiez traverse le cœur de l'Oberland, et il a voté, il y 
a quelques années, 17 millions en faveur du Lotschberg. Mais le point de vue 
technique est-il d'accord avec le point de vue politique? 

On décida de soumettre la question à trois experts internationaux : un Italien, 
M. Colombo; un Belge, M. Garnir, un Français, M. Pontzen. Six questions leur 
étaient posées, relatives à la vitalité de la voie à créer, à ses conditions d'établisse- 
ment et d'exploitation, à Tamélioration des voies existantes à travers le Jura, au 

PROniS EN LONG GÉNÉRAUX PARIS-MILAN PAR LE SIMPLON. 




FIG. 60. 

coût approximatif et au rendement probable de la nouvelle voie d'accès au Simplon. 
Voici les conclusions du rapport des experts, d'après le résumé qu'en donne 
M. Albert Gobât dans son étude : 

(( Une ligne à travers les Alpes bernoises peut compter sur de sérieux éléments 
de trafic et se présente dans des conditions incontestables de vitalité, pourvu que 
la ligne soit établie, comme chemin de fer à grand transit, dans des conditions 
déterminées de construction et d'exploitation. Pour la ligne Thoune-Brigue par le 
Lotschberg, la recette globale qui paraît réalisable, après une certaine période 
d'exploitation, se chiffre par 4 584 000 francs, ce qui correspond à un produit kilomé- 
trique d'environ 54000 francs. La ligne du Wildstrubel (projet Beyeler) donnerait 
une recette totale de 6730000 francs, c'est-à-dire environ 49400 francs par kilo- 
mètre. Cette recette brute exigerait une dépense d'exploitation kilométrique bien 
moindre... » 

« Quant au tracé, les experts se prononcèrent en faveur du projet Wildstrubel, 
éventuellement du projet Lotschberg, variante Emch. Le projet Beyeler présente 



LE PERCEMENT DES ALPES BERNOISES. 219 

les conditions les plus favorables pour une ligne internationale, plus favorables 
même que celles qui ont été indiquées comme indispensables;... enfîn Tunité 
technique et administrative de toute la ligne Berne-Brigue; ce sont des conditions 
telles qu*elles assurent une exploitation conforme aux besoins, avec de lourds 
trains de voyageurs marchant à 70 ou 80 kilomètres de vitesse sur tout le parcours. 

« Pour assurer à la percée des Alpes bernoises le maximum d'avantages, les 
experts recommandent un raccourci des lignes du Jura bernois par un tunnel Mou- 
tiers-Granges qui augmenterait le coût de la ligne de iS millions. 

c( Enfin ils fixent à 3,276 pour 100 l'intérêt moyen du capital d'établissement, 
majoré en prévision de rétablissement futur de la double voie. Ils ajoutent qu'en se 
bornant, pour les débuts, à la construction d'une partie seulement de la ligne, et 
en utilisant, pour le reste, les lignes secondaires existantes, on pourrait bien 
réduire à environ 50 millions les dépenses immédiates. » 

Ainsi les experts se prononçaient en termes absolus pour le Wildstrubel, modifié 
et raccourci par M. Beyeler. 

M. Jean Brunhes a fort justement expliqué les raisons de cette préférence. Se 
plaçant au point de vue international, les experts n'ont eu qu'une préoccupation : 
raccourcir le plus possible la distance Paris-Milan par les Alpes bernoises et le 
Simplon. C'était le seul moyen d intéresser à Taffaire les capitaux français; mais le 
peuple du canton de Berne, le peuple de l'Oberland ne comprend pas qu'on fasse un 
chemin de fer pour la compagnie française de l'Est ou pour les Belges, et non pas 
pour lui, et il voudrait en revenir au projet du Lôtschberg *. » 

Ainsi le point de vue politique, qui est celui de Tintérêt du canton, dont le con- 
sentement est indispensable, s'oppose au point de vue technique, qui est celui des 
experts internationaux, et déjà l'on peut pressentir qu'il va s'imposer à lui. 

Déjà dans leur questionnaire les intéressés avaient désigné à l'attention toute 
particulière des experts le projet n* 1 Hittmannet Greulich (Lôtschberg, tracé haut), 
manifestant ainsi leurs préférences. Aujourd'hui ils y reviennent avec plus d'insis- 
tance que jamais, et le tracé haut par le Lôtschberg parait devoir l'emporter et sur 
le tracé bas par le Lôtschberg et sur le projet par le Wildstrubel, parce que moins 
coûteux. C'est que dans l'intervalle (le projet Emch, tracé bas, est de 1899), les idées 
en matière de lignes alpestres se sont modifiées dans un sens nettement favorable 
aux tracés hauts. En 1899 on en e^t encore à la période d'enthousiasme pour le 
Simplon qui se perce, et dont on ne peut prévoir tous les déboires, on croit que 
désormais le Simplon, avec sa faible altitude de 705 mètres, servira de type à toutes 
les percées alpestres qui seront comme lui des tunnels de base ; c'est le triomphe du 
tracé bas, qui évite soit les rampes trop longues, soit les rampes trop fortes, et c'est 
dans cet esprit que les experts définissent les conditions idéales d'une voie alpestre 
à grand trafic : rampes maxima de 15 p. 1 000, courbes de 300 mètres de 
rayon minimum, vitesses prévues de 80 kilomètres, à peine moins que sur les 

1. M. Jean Brunhes parle incidemment de la traversée des Alpes bernoises dans son étude : 
Us relations aduelUs entre la France et la Suisse et la question dfs voies d'accès au Simplon, in 
Heoue Économique Internationale^ février 1906. Nous avons traité également de la percée des 
Alpes bernoises dans notre article des Questions diplomatiques et coloniales (10^ octobre 1904) 
Couverture du Simplon et les intérêts français. 



220 P. GIRARDIN. 

lignes de plaine. La montagne est vaincue, avec de faibles rampes, par les grands 
tunnels. 

En 1906 les idées ont évolué et on est revenu Ji l'idée du tracé haut, non seu- 
lement parce qu'il est moins coûteux et de réalisation plus prochaine, mais parce 
qu'il est devenu acceptable, même pour une ligne internationale à grand trafic, 
grâce à l'emploi de la traction électrique qui, dans l'intervalle, s'est généralisé. 
Depuis qu'au Simplon même on exploite une section en déclivité de 25 p. 1 000, la 
rampe du versant sud, il ne peut plus être question de rompre sur de telles sections 
la charge des trains, et la limite d'accessibilité des pentes aux convois rapides se 
trouve doublée, portée d'un coup de 15 à 25 p. 1 000. Le système se généralise, il 
s'étend sous nos yeux à la plupart des grandes voies alpestres : la traction électrique 
est prévue pour toute la traversée des Alpes bernoises, de Berne à Brigue; elleesl 
étudiée sur le mont Cenis, et cette année même la compagnie du Gothard a fait 
l'acquisition des forces hydrauliques du lac Ritom et du val Bedretto pour l'inslaller 
sur sa ligne. D'ici à peu d'années la transformation sera achevée. Dès lors on 
revient tout naturellement aux tracés hauts, si supérieurs au point de vue financier 
et la première application de cette conception nouvelle de la ligne transalpine paraît 
devoir se faire au Lotschberg. 

En février dernier la question était portée devant le grand Conseil bernois, quû 
en attendant le rapport définitif de l'ingénieur Zollinger, concluait, d'après l^s 
comptes rendus, « qu'à l'évidente infériorité technique du Lotschberg, au poi^^*' 
de vue des rampes », on croit pouvoir suppléer par l'introduction de la tracli^^'* 
électrique. Des études vont être faites à ce sujet par l'ingénieur Thormann. 

Le rapport de M. Zollinger est aujourd'hui déposé, et un communiqué, ^** 
5 mars 1906 annonçait aux journaux que les membres du Comité directeur de *^ 
Commission d'initiative pour le percement des Alpes bernoises se sont déclaré* ^ 
l'unanimité en faveur du tracé haut. Il prévoit une ligne par le Lotschberg av^ ^^ 
traction électrique et un tunnel de 13 km. 5 de long. La pente maxima rest^ ^ 
27,0 pour 1000, comme au Gothard. Le programme financier a été discuté ^^ 
adopté. Les frais peuvent être estimés à 72 millions de francs au maximum, ar' ^^ 
réduction probable lors de rétablissement des devis détaillés. Le syndicat franc^^^' 
suisse composé d'entrepreneurs et de financiers, s'est engagé à déposer dans de^J^ 
mois au plus tard le contrat définitif à forfait pour l'exécution des travaux. L-^^ 
trains seront amenés à l'entrée du tunnel par une série de rampes courtes, m^*^ 
fortes. Il n'est plus question du tunnel de 22 kilomètres : c'en est fait pour Ion ^^ 
temps des tunnels de base. 

La réalisation du projet est prochaine. En 1902 une loi décrétait que l'État s'i ^*' 
téresserait à la percée des Alpes bernoises par une souscription d'actions égale ^^ 
quart du capital d'établissement; cette percée est très populaire dans le pays; la 1<^*» 
soumise au référendum, a été acceptée à une immense majorité par le peuple, ^^ 
M. Gobât a le droit de rappeler « que les Bernois ont déjà donné la mesure de ^^ 
qu'ils peuvent faire en matière de chemin de fer ». Ils ont déjà dépensé 23 millioï^^ 
dans ce but, et tout récemment le gouvernement de Berne demandait au Gran^ 
Conseil de suspendre, par une patriotique abnégation, l'application de la loi cfU^' i 



LR PERCEMENT DES ALPES BERNOISES. 221 

accorde de fortes subventions d'État à la construction de lignes secondaires, pour 
reporter sur « la grande pensée » du canton tout son effort financier'. 

Paul Girardin. 



fl. Le palriolisme des Cantons-Étals de la Suisse est à la hauteur des plus grands sacrinces 
quand il s'agit de leurs voies de communication. Ce chifTre de 23 millions dépensés, de 17 millions 
promis par le seul canton de Berne, n'a rien qui doive surprendre : les Grisons ont dépensé 
19 millions pour leurs routes dans la première moitié du xix« siècle, Fribourg s'est assuré par 
une subvention de près de 20 millions le passage sur son territoire de la grande ligne Berne- 
Genève; Vaud et Lausanne ont contribué pour 6 millions au Simplon pour lequel Genève, qui à 
Tépoque ne s'y intéressait pas, a pourtant donné 1 million. 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE 



EUROPE 

Déplacements de la ligne de rivage aux environs de Horlaix^ — Pendant la 
période actuelle le tracé des côtes de Bretagne a éprouvé de nombreuses modifica- 
tions. M. L. Cayeux cite un nouvel exemple de ces changements, observée la pointe 
de Primel, sur les bords de la baie de Morlaix. 

Une tranchée ouverte sur la plage, à 3 m. en-dessous du niveau des hautes mers, 
a fourni la succession suivante de terrain : 

1° Des sables formant la surface de la plage actuelle ; sur une épaisseur de m. 10; 

2° Des sables tourbeux et de la tourbe avec souches en place et nombreux troncs 
d'arbres (0 m. 55); 

3° Des sables avec coquilles triturées (0 m. 25); 

4** Une couche de tourbe épaisse de m. 40, caratérisée par l'abondance de 
roseaux [probablement le roseau à balai actuel (Arundo phragmites L.)J. Beaucoup 
de tiges sont restées debout; 

5° De nouveaux sables marins (0 m. 15); 

6° Une troisième couche de tourbe constituée, à son niveau supérieur, par des bois 
flottés (bouleau, peuplier, houx, hêtre, noisetier) et en-dessous par des roseaux. 

7<* Enfin, des sables que provisoirement M. L. Cayeux considère comme un dépôt 
d*eau douce. 

Cette coupe indique trois périodes de submersion séparées par deux phases 
d'émersion. 

Les sables inférieurs ont servi de fond à un marais couvert de roseaux dans 
lequel un courant a jeté d'abondants troncs d'arbres (niveau 6). Ensuite la mer 
envahit la tourbière et la recouvre de sables (niveau 5). Une émersion se produit 
ensuite, un nouveau marais se reforme (niveau n** 4) qui est à son tour ultérieu- 
rement envahi par la mer et recouvert de sables (niveau 3.) Une seconde émersion 
survient et sur l'ancienne tourbière s'établit une forêt (niveau n° 2, qui est ensuite 
postérieurement détruite par une nouvelle submersion et à l'époque actuelle Tancien 
sol forestier se trouve affleurer au niveau des basses mers. 

Selon toute vraisemblance, d'après M. L. Cayeux, ces déplacements de rivages 
successifs auraient eu lieu entre l'époque préhistorique comprise et le début de 
l'ère chrétienne. Cd. R. 

i . L. Cayeux, Les tourbes des plages bretonnes au nord de Morlaix (Finistère), in Compt. rend, 
des séances fiebd, de V Académie des Sciences, CXLII, n* 8, 19 février 1906, Paris, p. 468. 



EUROPE. 223 

Êboulements et glissements de terrain dans les Alpes françaises et suisses ^ — 
A l'heure actuelle, deux localités du Valais, le hameau de Grugnay et le village de 
Chamoson, sont sous la menace d'un glissement de terrain qui descend des flancs 
du Haut de Cry, derrière le massif de Grand Muveran. C'est une nouvelle catastrophe 
de Goldau ou d'Elm qui se prépare, si les deux groupes d'habitations peuplés 
ensemble d'environ 1 700 habitants ne sont pas évacués en tout ou en partie. 

D'autre part, des Alpes-Maritimes, en France, on annonce le glissement d'une 
partie de la montagne qui domine le hameau de la Sagne (commune de Brian- 
çonnet, arrondissement de Grasse), par suite d'infiltrations souterraines. Ces faits 
sont loin d être isolés : un peu partout, depuis six mois, on en signale de semblables. 

Il semble que ces mouvements de terrain soient liés à la période pluvieuse qui a 
commencé le même jour pour le sud-est de la France et pour la Suisse, le 
^ août 1905. Le 25 et le 26 août, Lugano enregistre 160 millimètres de pluie; pour 
le mois d'août, Zurich a un excédent de pluie de 107 millimètres et Berne de 163 mil- 
limètres sur la moyenne. Septembre fut également pluvieux. Genève, Neuchâtel, 
Montreux accusent un excédent de 70 millimètres environ; même en Valais, il pleu- 
vait tous les jours. Partout les moissons furent très en retard. Enfin, la pluie conti- 
nuait en octobre, qui accuse un déchet de chaleur de 4° pour le plateau suisse. 

Cette période pluvieuse avait été précédée, fin juillet et commencement d'août, par 
une série d'orages qui avaient mis les torrents en mouvement. L'orage du 30 juillet, 
en Maurienne, coupe en trois endroits la route du mont Cenis; le torrent du 
Bourget, à Modane, barre un instant le cours de TArc par les gros blocs qu'il 
charrie et menace le chemin de fer. Mais c'est dans la vallée de Chamonix que ces 
orages de la fin juillet firent le plus de ravages : le 30, on annonçait du Fayet que le 
torrent de la Griaz, qui prend naissance aux Arrandellys, s'était mis à charrier de la 
boue et d'énormes blocs qui, roulant d'une altitude de 3 000 mètres, arrivaient 
jusqu'au lit de l'Arve, près de la gare des Houches, vers le pont des Cures, qui a 
été en partie démoli. De 6 h. 50 à 7 h. 45 du matin il y eut quatre coulées succes- 
sives, le cours de l'Arve fut barré, et le torrent reflua en arrière sur une hauteur de 
10 mètres et sur iOO mètres de largeur. Ce torrent de la Griaz, comme son nom 
l'indique, s'est formé dans le gypse, un des pires terrains au point de vue du ravi- 
nement, et déjà en 1900 il avait formé une de ces coulées de boue qu'on appelait 
dans la vallée de Chamonix, au temps de Saussure, un « nant sauvage ))^ 

1. U vient de paraître clans les Petermanns Mitteilungen (1906, 52, Heft II, p. 38-40) une note 
signalant des faits du même ordre : Richard Tronnier, Die Ver/lnderungen der Erdoberflâche, 
accompagnée de réflexions judicieuses de M. Supan et qui répond aux mêmes préoccupations, 
de l'intérêt que présente l'observation d'ensemble des phénomènes actuels. Voir aussi : Paul 
Girardin, Les phénomènes actuels et les modifications du modelé dans la Haute-Maurienne {La Géo- 
graphie, 15 juillet 1905, t. XII, n** 1, p. 1-20). Depuis que la présente note a été écrite, a eu lieu 
Tengloutissement dans le lacdlseo d'un des plus beaux villages de la rive bergamasque, Tavernola, 
à 5 kilomètres à Test de Sarnico. Construit partie sur d'anciennes moraines glaciaires reposant 
sur un fond rocheux incliné vers le lac, partie sur les apports caillouteux des ruisseaux, le village 
était dans une situation instable. Dans les premiers jours de mars, des craquements et des Assures 
se produisirent dans les maisons; dans la matinée du 31 le sol se fendit et la moitié de Tavernola 
fondée sur la plage s'engloutit dans le lac. Le 5, le coteau sur lequel est bâtie la moitié nord du 
village se mit à glisser à son tour. 

2. De ces coulées de boue il faut rapprocher les • poches de glissement • qui se forment fré- 
quemment, dans la vallée de TArve, même en pleine forêt, par suite d'infiltrations dans un sol 



224 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

Le 7 août, violent orage dans la haute vallée de la Dranse. Du Yélan se détache 
une avalanche de pierres qui vient recouvrir une partie de la plaine de Proz. Environ 
quatre hectares de prairies sont recouverts de blocs et perdus pour toujours; yne 
surface plus grande est recouverte de limon, et le cours de la Dranse est dévié sur 
une longueur de 1 500 mètres. 

Dès que la période pluvieuse eût fait sentir ses effets, les éboulements sont 
signalés, coïncidant avec des chutes de falaises, comme celle du cap de la Hève. Fin 
septembre, on signale de Saint- Jean-de-Maurienne que la montagne de la Roche- 
Noire s'est affaissée pendant la nuit, détruisant les galeries des carrières de plâtre et 
faisant pour 100 000 francs de dégâts*. Le gypse est encore responsable des mou- 
vements. 

En décembre le journal Le Temps signale que, le 10 au matin, une masse de 
rochers s'est détachée de la montagne des Trois- Châteaux, qui domine Pont-en- 
Royans (Isère). D'abord, à la suite d'un orage, une coulée de boue pâteuse se détache 
de la montagne et passe près du village, qu'elle faillit emporter, comme Bozel 
l'avait été l'année précédente; puis des flots d'eau suivent la coulée de boue; enfin 
un bloc de rochers, de 1500 mètres cubes, situé au point de départ de la coulée de 
boue, et sans appui désormais, se trouvait suspendu à 120 mètres au-dessus des 
maisons. On put le faire sauter morceau par morceau. 

Le 5 janvier 1906, à la suite de pluies abondantes, un éboulement de rochers 
estimé à 2 000 mètres cubes se produit au Détroit du Cieix, défilé resserré dans les 
calcaires liasiques que l'Isère traverse en amont de Moutiers en Tarentaise. Les blocs 
s'arrêtent sur un plateau, et ne vont pas barrer le torrent. Quelques jours aupara- 
vant avait eu lieu une chute de 200 mètres cubes. D'autres blocs suivront. Ces 
(( Étroits » de la Tarentaise sont en plein travail de dégradation. Déjà, en 
novembre 1903, un peu en aval, là où la Tarentaise se resserre pour la dernière fois, 
à Notre-Dame de Briançon, s'était produit un éboulement important; des blocs de 
50 mètres cubes avaient obstrué la ligne d'Albertville à Moutiers. Les anciennes 
chroniques parlent d'une destruction de Salins par un éboulement qui aurait eu lieu 
vers 1474. Il est certain que les éboulements ont tendance à se reproduire aux mêmes 
endroits, comme les coulées de boues et les actions torrentielles. La catastrophe qui 
a détruit Bozcl en 1904 s'était déjà produite au moins trois fois dans Tépoque histo- 
rique. Les montagnes qui s'éboulent devraient aussi avoir leur chronique, comme 
celle que M. Mougin a écrite pour le torrent d'Arbonne, à Bourg-Saint-Maurice*. 

Le glissement qui menace Grugnay et Chamoson n'est que la répétition du 

imbibé. M. Bernard signale, en 1899, dans le torrent de Bédy (rive gauche de TArve, en amont 
du Fayet), la formation d'une lave qui envahit le village des Plagnes [Paysages torrentiels de la 
Haute-Savoie, p. 39). Nous en avons observé de semblables, en voie de formation, l'été dernier, 
sur les versants boisés de la Dent de Villars qui dominent le Doron de Bozel, en amont du 
hameau du Villars. Au fur et à mesure que le Doron approfondit sa gorge, le terrain gypseux se 
met en mouvement sur la pente devenue trop forte, et des éclaircies blanchâtres se font jourdans 
la forêt. Dans les Grisons, où ces coulées de boues sont fréquentes, on les appelle Rûfe ou Mfi' 
la Nolla, torrent aflluent de l'Hinter Rhein à Thusis, en présente de fréquents exemples. Dans 
la Suisse allemande, ces coulées s'appellent Muhren ou Muhrgang (C. Scumidt, Der Murgang des 
Lammbaches bei Brienzj 4896.) 

1. P. MouoiN, Histoire d'un torrent, l'Arbonne, in Revue des eaux et forêts, XLIV, l*' août 1905, 
(résumé par Ch. Rabot dans la Géographie^ t. XII, 3, 15 sept. 190B, p. 178). 



EUROPE. 225 

cataclysme de 1290, où réboulement descendit jusqu'au village de Chamoson et 
entraîna jusqu'à Saint-Pierre-de-Clages les blocs tombés du Haut-de-Cry. C'est de 
ce moment qu*il a fallu descendre plusieurs marches pour arriver à la vieille église 
de Saint-Pierre-de-Clages., autrefois située sur une éminence *. 

Le lî* janvier 1906, une masse de terre et de boue, se détachant d*uu contre- 
fort, s'est mise à glisser dans le ravin de Saint-André, entraînant avec elle une forêt 
de sapins et d*aulnes située vers 1500 mètres d'altitude (Grugnay est à 7.'iO mètres). 
Ia^ ravin s'est trouvé aussitôt à sec, et la masse glisse lentement sur ses infiltrations, 
masse que l'ingénieur Bûrkli évalue à 12 millions de mètres cubes environ : or 

l Vboulement de Goldau en représentait 15 millions. 

Paul Girardin, 
Professeur à runiversilé de Fribourg (Suisse). 

Les Alpes entre le Brenner et la Valteline. — On sait que les massifs monta- 
gneux de la Suisse, qui s'étendent au nord de l'axe cristallin de la chaîne des Alpes, 
ne se sont pas formés sur place. Les géologues ont montré qu'ils sont constitués 
par des nappes de terrains secondaires, couchés et renversés les urts sur les autres, 
et venus du sud par charriage. 

Le point de départ, — la racine, — de certaines de ces nappes de recouvrement, 
a été trouvé, et Ton a pu estimer que quelques-unes d'entre elles avaient cheminé 
de plus de 50 kilomètres vers le nord. 

En France, les massifs du Chablais, du Briançonnais et de l'Ubaye, et certains 
de ceux des Alpes de Provence, ont la même structure et la même origine. 

Tout récemment, M. Termier * vient de reconnaître de semblables phénomènes de 
recouvrement et de charriage dans les Alpes orientales, c'est à-dire dans les massifs 
de rOrller et de l'Oetztal, dans les Alpes de Stubay et du Zillertal et dans la chaîne 
des Hohe Tauern. 

Les terrains qui constituent toute cette partie des Alpes sont de nature très com- 
plexe. Néanmoins, les géologues y distinguent plusieurs formations ou groupes de 
formations : 

1* des gneiss et des micaschistes constituant ce que l'on appelle communément 
les terrains primitifs; 

â^ des terrains paléozoîques, ou primaires, dont le Carbonifère seul présente 
quelques empreintes végétales; 

3* des calcaires triasiques fossilifères; 

i"" enfin, des schistes métamorphiques, appelés schistes lustrés, et représentant 
en toute évidence les séries jurassiques et crétacées et peut-être aussi la base des 
terrains tertiaires. 

1. Voir là-dessus lu Description du Département du Simplon ou de la ci-devant République du 
Valais^ par M. Schinbr, à Sion, chez Auleine Addecal, 4812, p. 490. 

2. P. Termier, Souvelles observations géoloffiques sur les nappes de la région du Brenner, in 
Comp, Rend, des séances de VAc, Se, l. CXXXIX, 490i, p. 578. — Sur les nappes de la région de 
rOrller^ in W., p. 617. — Sur la fenêtre de la Basse-Engadine, in /'/., p. 6i8. — Sur la continuité 
d^$ phénomènes tectoniques entre VOrtler et tes Hohe Tauern^ in /d., p. 687. — Sur la structure 
générale des Alpes du Tyrol à V ouest de la voie ferrée du Brenner, in /d., p. 754. — Les nappes des 
Alpes orientales et la synthèse des Alpes, in BulL de la Soc. Géologique de France (4), III, p. 711- 
765. — Les Alpes entre le Brenner et la Valteline, in Id. (4), V, p. 209-289. 

La GéooRAPHic. — T. XIII, 190C. iS 



226 MOUVEMENT GÉOGUAPHIQUE. 

Dans aucune des régions que nous avons énumérées ci-dessus, ces formations 
n'existent superposées d'après leur âge chronologique. Partout elles forment des 
séries de nappes empilées et renversées les unes sur les autres. 

Le massif de TOrtier est coiffé par une nappe de calcaires triasiques de près de 
1 600 mètres d'épaisseur. Cette nappe plonge vers le nord et ne tarde pas à passer 
sous des terrains plus anciens appartenant aux formations paléozoîques et aux 
gneiss et aux micaschistes. Ici, on se trouve donc en présence de nappes renversées, 
de nappes de recouvrement. En remontant vers le nord, et avant d'avoir atteint la 
vallée de Tlnn, on observe successivement trois nappes superposées semblables. 

Ces nappes du massif de TOrtler se prolongent de l'autre côté de la vallée de 
rinn, et s'enfoncent sous les Alpes calcaires du Tirol qui se développent au nord de 
cette rivière. 

Les terrains paléozoîques, ou les gneiss et les micaschistes, qui coiffent le 
massif de TOetztal et les Alpes de Stubay et qui se prolongent jusque dans les Alpes 
calcaires du Tirol, sont aussi superposés aux calcaires triasiques et aux schistes 
lustrés, ainsi que cela se voit dans la vallée de Tlnn. 

Les schistes lustrés formant les sommets Ae la chaîne du Hohe Tauern 
s'enfoncent aussi, comme dans les autres régions du Tirol, sous des terrains paléo- 
zoîques. 

Le col du Brenner, qui s'ouvre entre les Alpes de Stubay et les Alpes du Zil- 
lertal, et qui est d'un accès relativement facile, à cause de la route et de la voie 
ferrée qui le traversent, fournit également un exemple très net du phénomène de 
renversement et de recouvrement des couches sédimentaires. Les schistes lustrés, 
c'est-à-dire les formations les plus récentes de toute cette partie des Alpes, forment 
le fond du col, tandis que ce sont les calcaires triasiques et les phyllades paléo- 
zoîques qui constituent les cimes des sommets avoisinants. 

Vers le débouché septentrional de ce col, dans la vallée de la Sîll, un banc de 
calcaires triasiques, intercalé entre des schistes imperméables, sert de nappe aqui- 
fère, et les eaux qui émergent des affleurements de cette nappe calcaire irriguent 
les pâturages de l'Aigner Alpe. 

La basse Engadine, ou partie élargie de la vallée de Tlnn, au nord de l'Ortler, 
avec ses 55 kilomètres de long et ses 18 kilomètres de large, est comme une large 
« fenêtre », ouverte au milieu des Alpes du Tirol, pour permettre d'en voir la cons- 
titution géologique et d'en saisir la structure. 

Là encore, on observe le renversement et la superposition des couches. Tout le 
fond de TEngadinc, en effet, est formé par des schistes lustrés, tandis que les flancs 
sont constitués par des phyllades paléozoîques et des gneiss, avec des intercalations 
de lames calcaires triasiques. 

Les nappes de recouvrement, dans les Alpes orientales, sont limitées au sud- 
ouest par une ligne partant de Sterzing, au sud du col du Brenner, et allant à 
Bormio, dans la vallée supérieure de l'Adda, et c'est entre cette ligne de démarca- 
tion et une grande faille, la faille alpino-dhiarique, située de 8 à 20 kilomètres plus 
au sud, que M. Termier place leurs racines, c'est-à-dire leurs points de départ. 
Enfin, pour ce géologue, ces nappes de recouvrement seraient venues, par 



EUROPE. 



221 



charriage, par-deissus les Alpes, des anciens pays qui s'étendaient au sud de ia 
faille alpino-dinarique et qu'on appelle Dinarides. G. Garde. 

Régime glaciaire du Folgefonn*. — Le D' J. Rekstad, l'actif sous-directeur du 
Service géologique de Norvège, auquel on doit tant d'études si précieuses sur les 




no. 61. *- ESQUISSE T0P06BAPHIQUE OU FOLGEFONN. 
Cliché commnoiqaé p^r le SerTic.) géologique de NorviVo> 

phénomènes glaciaires en Norvège, a accompli, en 1904, l'exploration du Folgefonn. 
Ce glacier, d'une superficie de 300 kilomètres carrés, occupe un plateau situé 

l. J, ReksUd, JagUagelier fra Folgcfonneni br^r^ in Sorges geologiske Vndersogelse, n* 43, 
Aarbog for 1905^ udjioel af.D' Hans Reusch, Kristinia, 1905. 



2->8 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

entre la branche principale du Hardangerfjord et le Sôrfjord, la digilation méri- 




FIG. 62. — FOLGEFONN. LE BONDHL'SBR.E. 

Vue prise de la moraine extrême. 
Reproduction dune photographie exécutée le 26 juin 1901 par le D' J. Kekstad. 

(lionale de ce long goulet qui se termine à Odda. Son altitude maxima est 




IIG. 63. — LE PYTBRiE. 

Keproduciion dune photographie cxccuiée le '21 juin 1904 par le D' J. Rekstad. 

1 0o3 mètres. Le croquis topographique reproduit ci-contre et que le Service géolo- 
gique de Norvège a bien voulu nous communiquer avec les intéressantes illustra- 
tions qui accompagnent cet article, nous dispense d'une plus longue description 



EUROPE. 229 

lopographique. D'après les observations de M. J. Rekstad, la ligne climatique des 
neiges au Folgefonn passe à la cote de 1300-1350 mètres ; son altitude serait par 
suite inférieure de 100 mètres à celle indiquée par Richter *. 

Les principaux déversoirs de cette coupole glacée vers les basses régions sont : 
le Bondhusbrœ et le Pytbrœ, sur le versant ouest, le Buarbrœ et le Blaadalsbrœ sur 
la face est. 

Le Folgefonn émet en outre un certain nombre de franges et de petits glaciers 
suspendus sur les bords de son piédestal; sur la face sud le D*" J. Rekstad a décou- 
vert tout une série d émissaires de la nappe supérieure, généralement très courts 
et qui, jusqu'ici, n'étaient point portés sur les caries. Tel, par exemple, le Blom- 
slerskarbrœ, remarquable par la netteté de sa face rubonnée. 




FIO. 64. — FOLGEFONN. LE BUARBR/E. 
Reprodaction d'une photographie exécutée le G août 1901 par le D' J. Rekstad. 

L'altitude à laquelle se terminent les glaciers du Folgefonn est très variable, 
étant en fonction des formes du terrain et de la puissance de la glaciation. Le 
Bondhusbras le plus long des courants situés sur le versant ouest, le plus directe- 
ment exposé aux influences océaniques, descend jusqu'à la cote 308 mètres (21 juin 
1ÎK)4), tandis que le Buarbraî s'arrête à 100 mètres plus haut, à 406 mètres. Le 
Pytbrœ (versant ouest) se termine à 800 mètres environ. 

En raison de leur facilité d'accès les branches inférieures du Folgefonn ont été 
fréquemment visités et observés par des naturalistes. Toutes les indications fournies 
par ces savants, le D"" Rekstad les a soigneusement recueillies et discutées et a réussi, 
en y ajoutant ses propres observations, à présenter un historique très intéressant 
du régime de cet appareil. 

Comme tous les glaciers de Norvège, le Bondhusbrœ a subi, au milieu du 
xvm* siècle, une crue, mais depuis il aurait reculé beaucoup moins que les courants 
issus du Jostedalsbrœ. Alors que ces derniers appareils ont perdu une longueur de 

I. IHe Gletscher Norwegens, in Geogvaphische Zeilsclmft, 1896, p. 309. 



228 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

entre la branche principale du Hardangerfjord et le SOrfjord, la dîgilation méri- 




FIG. 02. — FOLUEFONN. LE UOXDHL'SBn.C. 

Vue prise do la moraine cxirrmo. 
Roprodu<:tion d'une pliotographii* cxt^cntco lo *2G jniii 1901 parle Jy J. liekstad. 

dionale de ce long goulet qui se termine à Odda. Son altitude maxima 




IIG. 63. — LE PYTBR-K. 

Kopni'lariion d'une idiolograi'liie oxôcuitV le -.M juin 1904 par le D' J. Kekstad. 

1 ihh\ mMrcs. Le croquis topographique reproduit ci-contre et que le Service g^'^' 
f;i([ue de Norvège a bien voulu nous communiquer avec les intéressantes illus**' 
lions qui a«i!ompagnenl cet article, nous dispense d'une plus longue descrip^^^ 



EUROPE. 



231 



jrlacier a perdu pas moins de 130 mètres; quoiqu'il en soit, à cette dernière date, 
il était encore plus étendu qu'en 1860, comme Tindique la carie levée à cette date 
par le professeur Sexe*. 

Pendant Tété 1905 M. Rekstad a visité de nouveau le Bondhusbrœ et le Buarbrœ 
et relevé de très intéressantes constatations. Le premier de ces courants, en légère 
progression en 1904, a accentué son mouvement en avant; du 20 juin 1904 au 
«juin 1905, il a fait une avancée moyenne de 16 mètres (13 m. seulement à droite 
et iO à gauche), en même temps le Buarbrœ manifeste des symptômes de crue ; 
•*i, de juin 1904 à juin 1905, la pointe extrême de sa tace a encore rétrogradé de 
3 mètres, sa partie gauche s'est allongée de 2 mètres. 

Ce mouvement en avant des deux principaux émissaires du Folgefonn n'est pas 









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IIG. 66. — GRAPHIQUE DES VARIATIONS DU Bl'ARBW/E ET DU BONDHUSBR.E. 
Dresse par le D' J. Reksta«l. 

lin phénomène isolé en Norvège. L'enneigement ayant été progressif dans ce pays 
«liirant ces quatre dernières années, les glaciers ont presque immédiatement réagi. 
Uuatre émissaires du Jostedalsbrœ sont en crue. M. Rekstad a constaté que l'un 
«leux a avancé de pas moins de 19 mètres en un an. Enfin, d'après des renseigne- 
ments reçus par le sous-directeur du Service géologique de Norvège, rEngabrœ, la 
branche du Svartis, qui descend dans le Holandsfsord et que les touristes visitent 
au cours du voyage au Cap Nord est, lui aussi, en progression -. Le phénomène paraît 
donc général. Cuahles Rabot. 



Exploration de la Bolchaya Zemlia ^ — Pendant Tété de 1904 M. A. V. Jouravski 
Q dirigé une expédition dans la toundra de la Bolchaya Zemlia, située entre la 
Petchora et l'océan Glacial. Le but était de relever le cours de TAdzva (le Khyr-mor 
des atlas} affluent de droite de TOussa, qui se jette dans la Petchora, et de faire 
l'histoire naturelle de la région. 

1. S«xc, Ont Sneebraeen Fofgefonn., Universilels program for 1864, Christiania. 

2. J. Rekstad, Br:temes fremnjkken sidsie flflr, iri Saturen, XXX, !906, 1" janvier, p. 7, Bergen. 

3. D. Roudnev, Predvaritelnyi ottchiot o Bolchezemelskoï expeditsii in Izvèstia rousskavo geogra- 
f(eheskavo obslchesiva^ l. XLÎ, 1905, p 571 (10 pi. 1, carie). 



232 * MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

La Bolchaya Zemlia a été explorée en 1615-1616 par TAnglais William Gordon et 
en 1837 par A. Schrenk, qui a laissé un récit détaillé de son voyage. Depuis cette 
époque aucune exploration scientifique de la région n'avait paru dans ces parages. 
A part la direction générale du cours de TAdzva, les cartes ne donnent aucun ren- 
seignement exact. La largeur de la toundra, dans cette région, est de 390 kilo- 
mètres. Quant au nom de Khyr-mor porté sur toutes les cartes russes, il est com- 
plètement inconnu dans le pays et n'a aucune signification ni en samoyède ni 
en zyriane. A la place des trois lacs Vachioutkine, il y a en réalité onze nappes 
d'eau de diverses grandeurs. A 20 kilomètres des sources de l'Azdva, celle-ci reçoit 
un affluent important nommé Lya-iou; son eau est toujours chargée de sable et, à 
partir de ce point, l'eau de l'Adzva est trouble. 

il y a en tout sur l'Adzva cinq villages formés chacun de quatre à cinq huttes 
habitées par des Zyrianes et des Samoyèdes. La principale de ces industries est de 
piéger des lagopèdes qu'ils vont ensuite vendre à Ijma. Près de l'embouchure de la 
rivière il y a encore de petites cultures de pommes de terre et de raves. A 78 kilo- 
mètres de l'embouchure on arrive à la limite des forêts. Les derniers représentants 
de la végétation arborescente sont des sapins, des saules et des bouleaux. On trouve 
sur les collines une flore rare et appliquée sur le sol : * 

Arctostaphylos alpina L., Empetrum nigrum L., Salix rotundifolia^ S. reticulata 
et S. polaris. Sur les versants poussent Salix lanata et 5. glauca L., Betula nana L. 
Les plaines sont parsemées de monticules hauts de près d'un mètre entre lesquels 
pousse Betula nana L., tandis qu'à leur surface on trouve Polemonium cœruleuni 
L., Rubus chamœmorus L., Veronica longifolia L., Vaccinhim uliginosum L., 
V. viiis idœa L., Nardosmia frigida Hook, Ledum palustre L., Drijas octopetala L., 
Comarum palustre L., Parnassia palustris L. Dans les endroits sableux on récolle 
Armeria sifArica L. — Sur les rives des cours d'eau, la flore est très riche et comprend 
Dianthus superbus L., Pyretlirum bipinnatum Willd, Achillea mille folium L., 
Nardosmia lœvigata D. C, Artemisia Tilesii Ledeb, ainsi que de nombreuses papi- 
lionacées. 

Dans la partie inférieure de son cours, l'Azdva a une largeur de 106 mètres; elle 
est parsemée d'îles et de rapides, qui rendent la navigation difficile. 

La toundra de la Bolchaya Zemlia ((jrande terre) est accidentée de mamelons, 
tandis que la Malaya Zemlia (Petite terre) constitue, d'après Tanfiliev, une vaste 
plaine nue, à peine interrompue par de faibles dépressions. Entre les collines de la 
Bolchaya Zemlia, dont la hauteur ne dépasse pas 100 à 130 mètres, se trouvent des 
vallées parfois occupées par des lacs. 

Ces bassins, qui n'ont jamais plus de lo kilomètres de développement, s'ali- 
mentent surtout par la fonte des neiges et par les précipitations atmosphériques. 
Beaucoup d'entre eux sont réunis par des bras et se déversent dans des lacs plus 
grands, d'où naissent presque tous les cours d'eau de la toundra, il en est ainsi de 
l'Adzva et de la plupart de ses affluents. Dans les marais qui entourent ces bassins, 
la végétation est très riche et les oiseaux {Columbus arcticus L., Anser albifrons 
Scop, Dafila acuta L.) très abondants. 

Après avoir employé trente-six jours à remonter l'Azdva en barque, l'expédition 



ASIE. 233 

de M. A. V. Jouravski se consacra à Tétude des lacs Vachioutkine, d'où sort cette 
rivière, par 68** de Lat. N. ; dix de ces nappes forment une série continue, disposée 
en cercle presque parfait; le onzième est placé en dehors du cercle et s'unit au 
cinquième. La différence de niveau entre ces lacs est faible. Le plus grand a 13 
kilomètres de longueur; sa profondeur atteint 24 m. 50. Ils sont alimentés par des 
- ruisseaux venus des petits bassins qui recueillent les eaux de la toundra. Certains 
de ceux-ci sont situés sur les versants de la ligne de partage des eaux, qui porte 
sur les cartes le nom de chaîne de la Bolchaya Zemlia. Mais il n'y a là que des 
élévations ne dépassant jamais de plus de 128 mètres, le niveau des lacs; rien qui 
ressemble à une chaîne de montagnes. 

Pendant le séjour des explorateurs dans cette région (fin de juillet), la tempéra- 
ture était très variable : descendant à — 1* pendant la nuit, elle atteignait -h 30"* 
dans la journée. 

M. A. V. Jouravski a relevé le cours de l'Azdva et le tracé des lacs et apporté 
ainsi à nos connaissances géographiques de cette région une contribution impor- 
tante. D^ L. Laloy. 

L'industrie viticole en Russie *. — Une des régions de la Russie présentant les 
conditions de climat et de terrain les plus favorables à la culture de la vigne est une 
portion de la corniche de la mer Noire, longue de 20 kilomètres et située entre Novo- 
rossisk et Sotchi. Dans la première de ces deux localités où cette culture a été 
importée voici plus de trente ans, le rendement est de 34 hectolitres par hectare, et 
consiste en vins rouges, blancs ; ces derniers sont en partie transformés en Cham- 
pagne. Dans le district de Tonapsé le rendement monte au triple environ, soit à 
100 hectolitres à l'hectare, mais le produit est de qualité inférieure. 

Charles Rabot. 

ASIE 

L'expédition Tolmatchev dans le bassin de la Khatanga ^ — Une expédition 
scientifique dirigée par le D"" Tolmatchev a été organisée pour explorer le bassin de 
la Khatanga et l'immense territoire compris au nord du cercle polaire entre 
l'Ienisseï et l'Olonek. Le 18 février 1905 cette mission a quitté Touroukansk, faisant 
route au nord-est entre les vallées de la Sservernaya et de la Koureïka, affluents 
de l'Ienisseï. Arrivée le 8 mars sur les bords de la Dialdoukta, tributaire de la Kou- 
reïka, la caravane s'est divisée. Tandis que les bagages filaient directement vers le 
lac Yesseï, le D' Tolmatchev, accompagné de M. Backlund, astronome de l'expédi- 
tion, explorait la région des sources de la Kotouï, aflluent de la Khatanga, et, des- 
cendant ensuite cette rivière, rejoignait le premier groupe au lac Yesseï le 1" avril. 
L'itinéraire suivi par le D' Tolmatchev, long de 1200 kilomètres, a été levé par 
M. Backlund. Les coordonnées géographiques de douze points ont été déterminées. 

CuARLES Rabot. 

{. The Boarà of Trade Journal, Londres, LU, n" 483, 1" mars 1906, p. 426. 

2. Ceniralblail fur Minéralogie, Géologie und Paliionlologie, 1905, n" 20, Slullgarl, p. 615. 



232 * MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

La Bolchaya Zemlia a été explorée en 1615-1616 par TAngiais William Gordon et 
en 1837 par A. Schrenk, qui a laissé un récit détaillé de son voyage. Depuis cette 
époque aucune exploration scientifique de la région n'avait paru dans ces parages. 
A part la direction générale du cours de TAdzva, les cartes ne donnent aucun ren- 
seignement exact. La largeur de la toundra, dans cette région, est de 390 kilo- 
mètres. Quant au nom de Khyr-mor porté sur toutes les cartes russes, il est com- 
plètement inconnu dans le pays et n'a aucune signification ni en samoyède ni 
en zyriane. A la place des trois lacs Vachioutkine, il y a en réalité onze nappes 
d'eau de diverses grandeurs. A 20 kilomètres des sources de TAzdva, celle-ci reçoit 
un affluent important nommé Lya-iou; son eau est toujours chargée de sable et, à 
partir de ce point, l'eau de l'Adzva est trouble. 

11 y a en tout sur TAdzva cinq villages formés chacun de quatre à cinq huttes 
habitées par des Zyrianes et des Samoyèdes. La principale de ces industries est de 
piéger des lagopèdes qu'ils vont ensuite vendre à Ijma. Près de l'embouchure de la 
rivière il y a encore de petites cultures de pommes de terre et de raves. A 78 kilo- 
mètres de l'embouchure on arrive à la limite des forets. Les derniers représentants 
de la végétation arborescente sont des sapins, des saules et des bouleaux. On trouve 
sur les collines une flore rare et appliquée sur le sol : ' 

ArctosCaphylos alpina L., Empelvum nigrum L., Sallx rotundifolia^ S, reticulntn 
et »S. palans. Sur les versants poussent Salix lanata et 5. glauca L., BHula nana L. 
Les plaines sont parsemées de monticules hauts de près d'un mètre entre lesquels 
pousse lietula nana L., tandis qu'à leur surface on trouve Polemonium cœruleum 
L., Rubus chamœmorus L., Veronicn longifolia L., Vaccinium nliginosum L., 
V. viiis idiva L-, Nardosmia frigida Hook, Ledum palustre L., Dryas octopetala L., 
Comarum palustre L., Parnassia palustris L. Dans les endroits sableux on récolle 
Armeria siùirica L. — Sur les rives des cours d'eau, la flore est très riche et comprend 
Dianthus superbus L., Pgrelhrum bipinnatum Willd, Achillpa nulle folium L., 
Nardosmia lœvigata D. C, Artemisia Tilesii Ledeb, ainsi que de nombreuses papi- 
lionacées. 

Dans la partie inférieure de son cours, l'Azdva a une largeur de 106 mètres; elle 
est parsemée d'îles et de rapides, qui rendent la navigation difficile. 

La toundra de la Bolchaya Zemlia ((îrande terre) est accidentée de mamelons, 
tandis que la Malaya Zemlia (Petite terre) constitue, d'après Tanfiliev, une vaste 
plaine nue, à peine interrompue par de faibles dépressions. Entre les collines de la 
Bolchaya Zemlia, dont la hauteur ne dépasse pas 100 à 130 mètres, se trouvent des 
vallées parfois occupées par des lacs. 

Ces bassins, qui n'ont jamais plus de lo kilomètres de développement, s'ali- 
mentent surtout par la fonte des neiges et par les précipitations atmosphériques. 
Beaucoup d'entre eux sont réunis par des bras et se déversent dans des lacs plus 
grands, d'où naissent presque tous les cours d'eau de la toundra, il en est ainsi de 
l'Adzva et de la plupart de ses affluents. Dans les marais qui entourent ces bassins, 
la végétation est très riche et les oiseaux (Columbus arcticus L., Anser albifrons 
Scop, Dafila acuta L.) très abondants. 

Après avoir employé trente-six jours à remonter l'Azdva en barque, l'expédition 



AFRIQUE. 235 

utiles. Une cxpé^iene^ horticole est souvent insuffisante pour autoriser une exploita- 
tion agricole. Combien de cultures ont théoriquement paru possibles, qu'on a dû 
abandonner parce que, transportées à la limite de leur aire de végétation, elles 
n'ont plus donné que des rendements insuffisants! 

Le premier devoir de l'agronome est donc de mettre en garde le colon contre des 
innovations ruineuses, en lui disant ce quil ne faut pas faire; aussi MM. Rivière et 
Lecq ont-ils eu soin d'énumércr toutes les espèces qu'il faut décidément exclure des 
cultures de la région méditerranéenne, soit qu'elles ne présentent pas de résistance 
au climat, comme le Quinquina, le Cacaoyer, le Caféier, soit qu'elles résistent en 
perdant tout ou partie de leur valeur au point de vue industriel, comme le Manioc, 
la Canne à sucre, les arbres à camphre ou à caoutchouc. 

Après avoir exposé ces notions indispensables et indiqué les améliorations à 
apporter à la situation de l'agriculteur arabe, les auteurs ont successivement décrit 
la culture des céréales, des plantes fourragères, de la vigne, la production des pri- 
meurs qui a pris un si grand développement dans le Midi. Les cultures industrielles 
comprennent notamment les plantes à parfum, les plantes tinctoriales et textiles, 
les plantes à alcool et h fécule. L'arboriculture forestière est surtout intéressante au 
point de vue des végétaux de boisement, dont le plus important est le Chêne-liège. 
L'arboriculture fruitière comprend Tétude des plantes fruitières indigènes et des 
espèces des régions chaudes, au premier rang desquelles se place l'Oranger. Enfin 
rhorticulture des végétaux d'ornement et la floriculture commerciale, qui est 
aujourd'hui une source de richesse pour une partie de la Provence, ont été longue- 
ment traitées. 

Eu indiquant pour chaque espèce les meilleurs procédés de culture, les amélio- 
rations possibles, les principales maladies et leur traitement, MM. Rivière et Lecq 
ont condensé dans ce volume une foule de renseignements épars dans des publica- 
tions très diverses. Cet ouvrage sera utile à consulter, non seulement par les spécia- 
listes, mais par tous ceux qui s'intéressent à l'avenir économique de nos possessions 
nord-africaines. D' J. Offner. 



Les travaux astronomiques de la mission scientifique belge Congo- Nil. — M. le 
commandant Lemaire, le chef de l'ancienne mission scientifique du Katanga 
(1898-1900; voir La Géographie, 1901, IV, p. 37i), a dirigé, du o septembre 1902 au 
li avril 1905, une nouvelle et très importante expédition dite mission scientifique 
Congo-Nil dans les régions nord-orientales de l'État indépendant du Congo. 
Quatre mois après son retour, cet officier distingué vient de publier, en un fascicule 
de 53 pages, le résultat des observations astronomiques, niagnétiques etaltimé- 
triques qu'il a exécutées au cours de son beau voyage *. 

Pendant les trente et un mois et demi qu'a duré son exploration, le commandant 

I. Mission scientifique Congo-Nil, commandant Cli. Lemaire. Résultats des observations astro- 
nomiques, magnétiques et al timé triques effectuées sur le territoire de VÊlat indépendant du Congo^ 
du vendredi 5 septembre i90i au vendredi 14 avril 1905, Avec une carte au 1 000 000'. Publica- 
tions de TÉlat du Congo. Ch. Bulens, éditeur, Bruxelles. 



234 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

Expédition archéologique allemande dans le Turkestan chinois'. — A la suite 
des importantes découvertes archéologiques faîtes par le professeur Grûnwedel à 
Tourfan, une seconde mission a été envoyée en 1903 par le gouvernement allemand 
dans cette partie de l'Asie centrale pour y continuer ces recherches. Composée du 
D' von Lecoq, du Musée ethnographique de Berlin, et de M. Bartus, elle arrivait à 
Tchougoutchak (Tarbagataï) en octobre 1904, et de là se rendait à Kara Khoya, aux 
environs de Tourfan, où, pendant neuf mois, elle a exécuté des fouilles très fruc- 
tueuses. D'abondants fragments de statuaire décelant des influences grecque et 
indienne, des fresques en très bon état de conservation et de nombreux manuscrits 
ont été mis à jour. Au mois d'octobre 1905, MM. von Lecoq et Bartus quittaient 
Tourfan et ralliaient Kachgar, où les rejoignaient le professeur Grùnwedcl et 
M. Phurt pour aller entreprendre une nouvelle campagne d'exploration archéolo- 
gique à Kouchar. Charles Rabot. 



AFRIQUE 

Les cultures du midi de la France, de TAlgérie et de la Tunisie ^. — Le midi 
de la France, l'Algérie et la Tunisie appartiennent, bien que situés sur deux rives 
opposées de la Méditerranée, à une même région botanique, que caractérise avant 
tout la culture de l'Olivier. Nos possessions de l'Afrique du Nord sont à plusieurs 
points de vue le prolongement de la Provence, aussi était-il logique de traiter 
ensemble des productions agricoles de ce vaste domaine. C'est ce qu'ont justement 
pensé MM. Ch. Rivière et H. Lecq dans le volume très documenté qu'ils viennent 
de consacrer aux Cultures du midi de la France^ de V Algérie et de la Tunisie. 

L'insuffisance de nos connaissances sur la climatologie algérienne est la cause 
des nombreux insuccès qu'a rencontrés l'introduction des végétaux exotiques dans 
notre colonie. En ne considérant qu'un des facteurs du climat, la chaleur de l'été, 
on pouvait croire que l'Algérie, et plus encore la Tunisie, convenait aux cultures 
tropicales. C'était là une grave erreur; c'était négliger une des actions météoriques 
le plus nuisibles à la végétation, le froid nocturne par rayonnement, particulière- 
ment fréquent et accusé sous le ciel de la Méditerranée. On sait aujourd'hui que 
loin d'être accidentels, instantanés, ces froids peuvent se produire par séries, à 
n'importe quels moments de l'hiver ou du printemps et durer toute une nuit. Des 
variations brusques de température se font surtout sentir sur les Hauts-Plateaux 
algériens, où l'on a pu noter en vingt-quatre heures des différences de 45°. Or, la 
plus grande partie de l'Algérie est sous la dépendance de ce climat steppien; la 
région propre à l'agriculture méditerranéenne est limitée au Tell et, contrairement 
à une autre erreur trop répandue, les conditions de végétation sont de plus en plus 
défectueuses, au fur et à mesure qu'on s'éloigne du littoral, aus.si bien pour les 
plantes européennes que pour les plantes tropicales. 

Certaines espèces perdent en changeant de milieu leurs principes et leurs qualités 

\, The Geographical Journal, XXVH, n" 3 mars 1906. p. 303, 

2. 1 vol. in-l8 de xii-.5ll p., avec 69 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1905. 



AFRIQUE. 235 

utiles. Tne cxpériencp horticole est souvent insuffisante pour autoriser une exploita- 
tion agricole. Combien de cultures ont théoriquement paru possibles, qu'on a dû 
abandonner parce que, transportées à la limite de leur aire de végétation, elles 
nont plus donné que des rendement» insuffisants! 

Le premier devoir de l'agronome est donc de mettre en garde le colon contre des 
innovations ruineuses, en lui disant ce qui! ne faut pas faire; aussi MM. Rivière et 
Lecq ont-ils eu soin d'énumérer toutes les espèces qu'il faut décidément exclure des 
cultures de la région méditerranéenne, soit qu'elles ne présentent pas de résistance 
au climat, comme le Quinquina, le Cacaoyer, le Caféier, soit qu'elles résistent en 
perdant tout ou partie de leur valeur au point de vue industriel, comme le Manioc, 
la Canne h sucre, les arbres à camphre ou à caoutchouc. 

Après avoir exposé ces notions indispensables et indiqué les améliorations à 
apporter à la situation de l'agriculteur arabe, les auteurs ont successivement décrit 
la culture des céréales, des plantes fourragères, de la vigne, la production des pri- 
meurs qui a pris un si grand développement dans le Midi. Les cultures industrielles 
comprennent notamment les plantes à parfum, les plantes tinctoriales et textiles, 
les plantes à alcool et à fécule. L'arboriculture forestière est surtout intéressante au 
point de vue des végétaux de boisement, dont le plus important est le Chéne-liège. 
L'arboriculture fruitière comprend l'étude des plantes fruitières indigènes et des 
i'^pèces des régions chaudes, au premier rang desquelles se place l'Oranger. Enfin 
l'horticulture des végétaux d'ornement et la floriculture commerciale, qui est 
aujourd'hui une source de richesse pour une partie de la Provence, ont été longue- 
ment traitées. 

En indiquant pour chaque espèce les meilleurs procédés de culture, les amélio- 
rations possibles, les principales maladies et leur traitement, MM. Rivière et Lecq 
ont condensé dans ce volume une foule de renseignements épars dans des publica- 
tions très diverses. Cet ouvrage sera utile à consulter, non seulement par les spécia- 
listes, mais par tous ceux qui s'intéressent à l'avenir économique de nos possessions 
nord-africaines. D' J. Offxer. 



Les travaux astronomiqaes de la mission scientifique belge Congo-Nil. — M. le 
(Commandant Lemaire, le chef de l'ancienne mission scientifique du Katanga 
• IS98-1900; voir Im Géographie, 1901, IV, p. 372), a dirigé, du 5 septembre 1902 au 
l'i avril 1905, une nouvelle et très importante expédition dite mission scientifique 
Congo-Nil dans les régions nord-orientales de l'État indépendant du Congo. 
Quatre mois après son retour, cet officier distingué vient de publier, en un fascicule 
de 53 pages, le résultat des observations astronomiques, niagnétiques etaltimé- 
triques qu'il a exécutées au cours de son beau voyage '. 

Fendant les trente et un mois et demi qu'a duré son exploration, le commandant 

1. Mission scientifique Congo-Nil, commandant Ch. Lemairc. Résultats des observations astro- 
n'tmiqueê^ magnétiques et al timé triques effectuées sur le territoire de VÊiat indépendant du. Congo^ 
ttu vendredi 5 septembre 4 903 au vendredi 14 avril i90S, Avec une carte au 1 000 000'. PubUca- 
itons de l'État du Congo. Gh. Bulens, éditeur, BruxeUes. 



236 Mouvement géographique. 

Lemaire a établi 135 positions astronomiques, la première à Léopoldville (position 
de contrôle), la dernière dans le Bahr-el-Ghazal. 

Cette cliaîne de positions définitivement établies forme un heureux complément 
à celles déjà fixées de 1898 à 1900, par l'expédition du Katanga, entre le sud du 
Tanganyika et Léopoldville. Les deux séries de positions ont, en effet, une partie 
commune, celle qui va de Léopoldville à la station de Boumba. Trois points : ceux de 
Léopoldville, Coquilhatville et Boumba, déjà déterminés par la mission du Katanga, 
l'ont été de nouveau par celle du Congo-Nil; le résultat des nouvelles observations 
a concordé avec les anciennes, à quelques secondes près. 

La mission Congo-Nil ne s'est pas bornée uniquement à fixer des positions astro- 
miques; elle les a reliées par un levé détaillé de son itinéraire depuis Yambinga, le 
point où elle quitta le Congo pour remonter l'itimbiri, jusqu'au 6*'30' de Lai. N. 
dans le Bahr el-Ghazal. 

Une carte au 1 000000% ne portant absolument que ce qui a été vu et reconnu 
par la mission elle-même, accompagne le mémoire où sont réunis les résultats scien- 
tifiques recueillis pendant cette longue période de travail. 

Les collaborateurs principaux du commandant Lemaire étaient le lieutenant 
belge Albert Paulis et le lieutenant italien Alfredo Caroelli. A ces noms il convient 
de joindre celui du sous-lieutenant Vanderplasse et ceux des lieutenants Colin, 
Terneus, Platone et Couture, qui, après le départ du commandant Lemaire, ont 
continué, sous les ordres du lieutenant Paulis, les levés topographiques à l'ouest de 
l'itinéraire porté sur la carte annexée au mémoire. Ces travaux seront utilisés lors 
de leur achèvement. 

Les instruments qui ont été employés par la mission Congo-Nil sont ceux, 
avec, en plus, une montre de bord, qui avaient déjà été utilisés par la mission du 
Katanga. 

Les travaux si consciencieux exécutés par la mission du commandant Lemaire 
serviront aux cartographes, comme ont déjà servi ceux de l'expédition du Katanga, 
de base ne variclur à toutes les cartes d'ensemble que l'on voudra construire de 
ces régions. 

Nous donnons ci-dessous quelques-uns des principaux points déterminés par la 
mission. Certains avaient été déjà fixés par MM. Delporte et (iillis, mais leurs longi- 
tudes ont été légèrement modifiées par les observations nouvelles. 

Stations. I^titmlcs. Longitudes. Altitudes. 

Léopoldville.' —4019' 45» 15"M8'25'' E. de Gr. 

Bergho Sainte-Marie . . —3'» 10' 6" lô^li'ao" 

Bolobo — 2"9' 5i" 16" 16' 7* 

Équateurville -f O-^ 1' 52* ISMÔ'IO" 

Coquilhatville +0-4' 00* 18^18' 20" 

Nouvelle Anvers .... +1" 3.V 56* 19" 9' 12" 

Mobéka + 1" 53' 19" 19«^ 49' 30* 

Boumba +2'M0'27'' 22" 30' 44" fleuve. 375 mètres. 

yambinga + 2" 7' 8" 22" 39' 45" 

Confluent Roubi-Likati . -f 2° 53' 34" 26" 6' 35" 

Station Bouta +2" 47' 3" 24° 47' H" 450 mètres. 



BIBLIOGRAPHIE. 239 

comme précision et commodité d'observation au sextant à niveau de Tamiral Lejeunc. 
Si celui-ci n'a pas eu plus de succès, cela tient à ce que, pour les observations en mer, il 
occasionne de grosses erreurs, en raison des variations de la verticale apparente dues 
aux mouvements du navire. Cette même raison empêchera aussi de se servir à bord du 
quadrant à niveau, dont M. Marcuse semble indiquer l'emploi dans ce cas (p. 58); le 
sextant à gyroscope peut seul affranchir de cette erreur. 

Il nous semble d'ailleurs que Tauteur se fait illusion sur la précision des résultats 
qu'on peut attendre du dit quadrant pour les longitudes. Étant donné que les observa- 
tions sont exactes à 2' d'arc près, il n'est pas possible qu'une longitude par hauteur de 
lune le soit à 30' de temps près. Dans les circonstances les plus favorables, à l'équateur, 
l'erreur sera huit fois plus grande 2' x 30 = 1 degré. 

Cette méthode des hauteurs absolues de lune, même en opérant avec un bon théodo- 
lite, et ayant soin de les encadrer entre des hauteurs d'étoiles, mais en s'astreignant à 
faire chaque fois la lecture du cercle, est très inférieure à celle des hauteurs égales de la 
lune et d'une étoile. Les erreurs de lecture, au lieu de n'affecter que la correction du 
chronomètre, se portent alors sur l'ascension droite de la lune, et sont multipliées dans 
la longitude par un facteur voisin de 30, ou plus grand. Il importe de ne jamais oublier 
qu'en voyage le problème de la lecture des cercles divisés la nuit est parfois très difficile 
à résoudre, surtout avec les verniers. C'est pourquoi, bien que théoriquement les obser- 
vations d'étoiles offrent une précision supérieure, en pratique, avec les petits instruments 
portatifs, le soleil, la lune et les planètes donneront d'aussi bons résultats, avec moins de 
peine pour l'observation. L'inconvénient des interpolations plus longues ne se fait sentir 
que plus tard, lors de la rédaction déQnitive, et alors le calculaleur a plus de loisir. Il 
existe au contraire une raison péremptoire pour recommander les observations de jour. 
Outre la facilité et l'exactitude des lectures, et l'avantage de moins prendre sur le repos 
de la nuit, elles ont ce grand mérite de permettre de déterminer en même temps les azi- 
muts terrestres et de recueillir ainsi chemin faisant les éléments de la carte. Notons 
pourtant que, si l'on observe les azimuts du soleil avec le théodolite, il ne sufQt pas de 
croiser, comme l'auteur l'indique, les observations des deux bords, mais qu'il faut se 
souvenir que l'angle entre les verticaux du centre et du bord varie avec la hauteur du 
soleil. 

Par contre, la méthode des hauteurs correspondantes, qui prend beaucoup de temps 
et exige des conditions de stabilité difficiles à réaliser, sera souvent remplacée avec 
avantage par les hauteurs absolues de deux astres observés à l'est et à l'ouest, et à peu 
près égales. Cela est aussi à recommander pour le soleil. 

Quant à la manière même d'observer les distances zénithales, nous estimons que la 
mesure des distances doubles avec retournement de la lunette est plus pratique en cours 
de voyage que celle des distances simples avec détermination du point zénith. Ce point 
n'est pas rigoureusement constant, l'auteur le fait remarquer lui-même, et ne se prête 
qu'à une évaluation approchée, bonne par exemple pour effectuer des calages pour astres 
peu visibles. Le calcul des distances doubles n'est guère plus long que celui des distances 
simples, surtout si l'on emploie les logarithmes d'addition de Gauss. On peut d'ailleurs 
s'étonner que, dans un ouvrage allemand, il ne soit pas même fait allusion à ces loga- 
rithmes, si utiles pour abréger les calculs et éviter l'emploi d'angles auxiliaires. 

Les progrès de l'horlogerie permettent de mieux compter que par le passé sur le chro- 
nomètre. Il n'en reste pas moins que le transport par terre ne garantit pas la parfaite 
régularité des marches; il conviendrait donc, dans le choix des méthodes, de ne pas 
perdre de vue l'éventualité où ce précieux auxiliaire peut se trouver en défaut, ou du 
moins ne se prêter qu'à des observations de très courte durée. 

L'usage des fonctions de Mercator (latitudes croissantes) pour remplacer les loga- 
rithmes ordinaires est à bon droit mis en lumière, et pourrait même être étendu à d'au- 
tres problèmes; dès 1884 M. le commandant Guyou a publié de petites tables à cet effet. 
Elles semblent avoir échappé à l'auteur qui, en général, ne paraît pas très au courant des 



BIBLIOGRAPHIE 



D' A. Marcuse. — Handbuch der geographischen Orlsbestimmung (Brunswick, 
Vieweg et fils, 1905). 

Le manuel de détermination des positions géographiques publié par le D' Marcuse 
s*adresso en premier lieu aux voyageurs en terre ferme, et renvoie les marins aux traités 
de navigation. Il doit aussi servir aux étudiants comme introduction à Tastronomie pra- 
tique. L'auteur, bien connu comme astronome géodésien, a été chargé de missions par 
l'Association géodésique internationale, en vue de Tétude des variations de la latitude. 

Les divisions de Touvrage sont : 

1. Astronomie sphérique; coordonnées célestes et terrestres, forme de la terre, réfrac- 
tion, parallaxe. 

2. Ephémérides et calculs numériques. 

3. Instruments; lunettes, cercles divisés, verniers et niveaux : théodolite, quadrant à 
'niveau, chronomètre. 

4. Détermination de Theure, de la latitude, de la longitude et de Tazimut par Tobser- 
•valion désastres. 

Un appendice contient : calcul des triangles sphériques par les fonctions de Mercalor, 
observations sans cercles divisés, navigation aérienne. 

On reconnaît Tœuvre d'un astronome familiarisé avec les méthodes exactes des obser- 
vatoires et soucieux de bien juger du degré de précision des résultats. On lira avec beau- 
'côup d'intérêt les trois premières parties; la théorie du théodolite ou « universel >» est 
]K>tam:ment .expliquée avec un grand soin, en insistant sur les Corrections et les modes 
d'observation. Pour les éléments des positions géographiques, l'auteur s'en tient à un 
petit nombre de méthodes, exposées et discutées avec détail, et supposant toutes l'emploi 
de théodolite, et, à une exception près, du chronomètre. Nous signalons dans l'appendice 
un moyen, peu connu chez nous, d'improviser des instruments, on établissant, au moyen 
de fils tendus par des poids, des plans verticaux, dans lesquels on note au chronomètre 
les passages d'étoiles. Nous y remarquons également un chapitre sur les moyens de faire 
le point en ballon. 

L'exposition est claire et la lecture du livre très instructive; les questions traitées le 
sont magistralement. Pourtant, si l'on considère les conditions si variées dans lesquelles 
les explorateurs peuvent se trouver placés, il est permis de se demander s'il n'y a pas 
quelques lacunes importantes. 

Et d'abord pour les instruments. De nombreux voyageurs n'ont eu à leur disposition 
qu'un sextant ou un cercle à réflexion. C'est l'instrument le plus rustique et le plus por- 
tatif de tous, et qui peut donner d'excellents résultats; A. de Humboldt s'en est seni. 
Sans doute, il est d'un maniement plus délicat que le théodolite qui, pour nous aussi, 
reste l'instrument par excellence; nous connaissons pourtant plusieurs officiel do 
marine qui ont préféré les instruments à réflexion pour les observations h terre, et en 
ont tiré un très bon parti. Ils se prêtent particulièrement à la mesure des distances 
lunaires. D'autres voyageurs encore ont pu emporter un cercle méridien, et n'ont eu 
qu'à se féliciter des résultats obtenus. 

Le quadrant à niveau, qxii force à viser directement à l'astre, nous paraît inféri<*ur 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



Séance du 2 février 1906. 

Présidence de M. le baron de GUERNE. 

Aux côtés du président prennent place : M. Fereira, chancelier de la Légation du 
Portugal, M. Auguste Chevalier et les membres du Bureau. 

Expositions et Congrès. — Le Congrès colonial de Marseille se réunira dans la première 
huitaine de septembre à l'occasion de l'Exposition coloniale qui doit avoir lieu dans celte 
ville. Il comprendra des séances générales et des séances de section. Les matières qui 
font l'objet de ses travaux sont réparties en huit sections : Commerce, — Industrie, — 
Navigation et marine marchande aux colonies, — Agriculture, — Travaux publics et 
mines, — Colonisation, — Questions indigènes, — Législation coloniale. 

L'article III du règlement est ainsi libellé : « Ne pourront prendre part aux travaux du 
congrès que les personnes qui auront envoyé leur adhésion à M. Fourrière, directeur de 
la Société marseillaise de Crédit industriel et commercial, trésorier du comité d'organi- 
sation, 4, rue Auber, Paris, avant l'ouverture de la session, ou qui se feront inscrire pen- 
dant la durée de celle-ci, et qui auront acquitté la cotisation dont le montant est fixé à 
10 francs. Seront également membres du congrès les délégués officiels désignés par le 
gouvernement sur l'invitation du comité d'organisation ». 

Les titres des communications que les membres désirent présenter aux diverses sec- 
tions du congrès doivent être adressés au siège du comité d'organisation, 44, rue de la 
Chaussée-d'Antin, Paris. Une réduction de 50 p. 100 sera accordée sur le prix de ti^ans- 
port aux congressistes du lieu de leur résidence à Marseille, et retour. 

A côté de ce congrès et vers la même époque s'en tiendra un autre auquel la Société 
de Géographie de Marseille a convié les société» de Géographie et l'Alliance française. 

Rappelons, enfin, que le congrès national des sociétés françaises de Géographie qui 
s'est tenu l'an dernier à Saint-Étienne, se réunira cette année à Dunkerque. 

Présentations d'ouvrages. — Après cette communication le secrétaire général présente 
(es ouvrages suivants : 

Georges Perin (i838>i903), — discours politiques et notes de voyages, — De l'homme 
politique, auquel M. Clemenceau consacre une fort belle page, nous n'avons pas à nous 
occuper. Par contre, le voyageur, qui se fit au Parlement et ailleurs le champion déter- 
miné des explorations scientifiques et qui, à ce double titre, fut élu membre de notre 
commission centrale et devint vice-président de notre société, doit retenir notre attention. 
M. H. Schirmer a, du reste, dans un avant-propos substantiel, noté ce que la géographie 
doit à Georges Perin. C'est lui qui fut le véritable promoteur d'un « voyage d'exploration 
géographique et scientifique à travers l'Afrique centrale » confié en 1878 à l'abbé Debaîze 
qui, parti de Zanzibar, vint malheureusement mourir en 1880 au bord du Tanganyika à 
'heure où les travaux de Livingstone, de Stanley, de Janker rendaient nécessaire notre 

La géographie. — T. XIII. 1906. 16 



240 BIBLIOGRAPHIE. 

travaux fiançais. Ainsi V « universel » de la page 151, présenté comme invention alle- 
mande, nous rappelle beaucoup le théodolite auquel, il y a fort longtemps, A. d^Abbadie 
a attaché son nom. 

L'auteur a donné d'excellents et légitimes développements h la théorie des occulta- 
tions d'étoiles par la lune. Mais est-il certain que, dans ce cas, la meilleure correction 
des tables de la lune soit celle fournie par Tobservalion correspondante de la même 
occultation en un autre lieu, et les inégalités du bord n'interviennent-elles pas ici? 

Enfin beaucoup de problèmes se simplifient grandement par la considération des 
droites de hauteur; le calcul du problème de Gauss, notamment (hauteurs égales de trois 
étoiles) s'en trouve bien abrégé. 

On excusera ces quelques critiques, que nous n'aurions pas formulées si l'autorilé 
même qui s'attache au nom de l'auteur ne les avait appelées; elles ne doivent pas, en tout 
cas, nous empêcher de constater l'utilité et la très réelle valeur de son livre. 

C. Ed. Caspari. 



Lewis Evans. — His map of ihe middle brilish colonies in America. A comparative 
account of ten différent éditions published between 1755 and 1807 by Henn- 
N. Stevens, London, A. Stevens son and Stiles, 1905, in-8*. 

M. Stevens, l'éditeur bien connu, s'occupe depuis longtemps de bibliographie carto- 
graphique, il a réuni une collection fort précieuse de documents sur lesquels il publie 
trop rarement d'érudites études. 

Aujourd'hui, c'est de la carte des colonies anglaises dans l'Amérique du Nord de 
Lewis Evans qu'il s'occupe. L'édition originale de cette carte a paru en 1755 à Philadel- 
phie, mais elle a été aussitôt copiée, ce qui prouve l'exactitude avec laquelle elle avait été 
(Iressée et l'estime toute particulière en laquelle les Anglais la tenaient à la veille de la 
guerre de l'Indépendance. Jusqu'en 1807, il n'y en eut pas moins de dix éditions que 
M. >*. Stevens a examinées, comparées et analysées rapidement, mais avec le plus grand 
soin. Il n'était pas facile de réunir tous ces documents qui se font rares aujourd'hui et 
dont notre Bibliothèque nationale ne possède qu'un seul, la quatrième édition que 
M. Stevens appelle la Currington Boivles piracy parue en 1771. On doit savoir le gré le plus 
vif à M. Stevens de nous avoir si complètement renseignés sur ce document de valeur et 
ses avatars successifs. Gabriel Marcel. 



Artnrias Eisenbahn Karie von Ostcrreich-Ungarn mit Stationsverzeichniss, 1906, 
Vienne, Artnria et C'% 1906. Prix : K. 2, 20; plié dans un cartonnage, K. 6, 80. 

La librairie Artaria vient de publier une carte au 500 000' du réseau austro-honi-rois. 
Des signes conventionnels indiquent les lignes à double voie et celles à voie unique de 
beaucoup les plus nombreuses, des couleurs difi'érentes marquent le domaine de chaque 
compagnie, enfin les distances en kilomètres sont portées entre chaque embranchement. 
Cinq cartons à plus forte échelle représentent les régions nord-ouest de la Bohême et les 
environs des villes. Vienne, Budapest, Prague, où le réseau ferré est très dense. 

Un index fournit les noms de toutes les stations mentionnées sur la carte. 

Ch. R. 



ACTES DE LÀ SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



Séance du 2 février 1906. 

Présidence de M. le baron de GUERNE. 

Aux côtés du président prennent place : M. Fereira, chancelier de la Légation du 
Portugal, M. Auguste Chevalier et les membres du Bureau. 

Expositions et Congrès. — Le Congrès colonial de Marseille se réunira dans la première 
huitaine de septembre à Toccasion de TExposilion coloniale qui doit avoir lieu dans cette 
ville. H comprendra des séances générales et des séances de section. Les matières qui 
font Tobjet de ses travaux sont réparties en huit sections : Commerce, — Industrie, — 
Navigation et marine marchande aux colonies, — Agriculture, — Travaux publics et 
mines, — Colonisation, — Questions indigènes, — Législation coloniale. 

L'article III du règlement est ainsi libellé : « Xe pourront prendre part aux travaux du 
congrès que les personnes qui auront envoyé leur adhésion à M. Fourrière, directeur de 
la Société marseillaise de Crédit industriel et commercial, trésorier du comité d^organi- 
salion, 4, rue Auber, Paris, avant l'ouverture de la session, ou qui se feront inscrire pen- 
dant la durée de celle-ci, et qui auront acquitté la cotisation dont le montant est fixé à 
10 francs. Seront également membres du congrès les délégués officiels désignés par le 
gouvernement sur Tinvitation du comité d'organisation ». 

L^s titres des communications que les membres désirent présenter aux diverses sec- 
tions da congrès doivent être adressés au siège du comité d'organisation, 44, rue de la 
Chaussée-d'Antin, Paris. Une réduction de 50 p. 100 sera accordée sur le prix de trans- 
port aux congressistes du lieu de leur résidence à Marseille, et retour. 

A côté de ce congrès et vers la même époque s'en tiendra un autre auquel la Société 
de (iéographie de Marseille a convié les sociétés de Géographie et TAlliance française. 

Rappelons, enfin, que le congrès national des sociétés françaises de Géographie qui 
s'est tenu Tan dernier à Saint-Étienne, se réunira cette année à Dunkerque. 

Présentations d'onyrages. — Après cette communication le secrétaire général présente 
les ouvrages suivants : 

Georges Perin (1838-1903), — discours politiques et notes de voyages, — De l'homme 
politique, auquel M. Clemenceau consacre une fort belle page, nous n'avons pas à nous 
occuper. Par contre, le voyageur, qui se fit au Parlement et ailleurs le champion déter- 
miné des explorations scientifiques et qui, à ce double titre, fut élu membre de notre 
commission centrale et devint vice-président de notre société, doit retenir notre attention. 
M. H. Schirmer a, du reste, dans un avant-propos substantiel, noté ce que la géographie 
doit à Georges Perin. C'est lui qui fut le véritable promoteur d'un « voyage d'exploration 
géographique et scientifique à travers l'Afrique centrale » confié en 1878 à l'abbé Debaize 
qui, parti de Zanzibar, vint malheureusement mourir en 1880 au bord du Tanganyika à 
heure où les travaux de Livingstone, de Stanley, de Junker rendaient nécessaire notre 

L4 GiOGiu^Ric. — T. XIII. 1906. 16 



242 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

action dans ces contrées. Par les crédits qu'il obtint de la Chambre à plusieurs 
reprises il rendit possible nombre de missions scientifiques. Il soutint Brazza et Ballay 
dans leur œuvre de pénétration au Congo; avec Maunoir il s'employa à procurer à 
Largeau les ressources nécessaires pour traverser le Sahara. L'étude et la reconnaissance 
de Textrême-sud de notre Algérie-Tunisie l'intéressait au plus haut point. Dans la com- 
mission des Missions au ministère de l'Instruction publique, comme dans celle du 
Transsaharien il déploya une rare activité. Après le désastre de la mission Flatters, qu'il 
n'eût pas à se reprocher, il vit dans Foureau le continuateur de Duveyrier et le successeur 
autorisé de l'infortuné colonel. On sait comment, après plusieurs tentatives, Foureau 
avec Lamy résolut le problème. Perin l'avait posé au comité de Missions avec Milne- 
Edwards, Maunoir et d'autres, au nombre desquels le docteur Hamy a sa large part U 
Société de Géographie intervint et le legs Renoust des Orgeries lui permit d'agir. 

Le goût des voyages, qui avait déterminé Georges Perin dès 4864 à faire un voyage 
autour du monde sur la Sibylle, que commandait le capitaine de frégate Mottez, dut 
s'efîacer devant les devoirs du fonctionnaire et de l'homme politique après 1871; mais, 
dès que les circonstances le tinrent à l'écart de la vie parlementaire (1889), il revint à ses 
premières amours et parcourut le Sud tunisien avec M. Albert Foureau. 

Vivant désormais en dehors du Forum, retiré parmi les siens, Georges Perin songea à 
recueillir et à publier ses notes de voyage complétées par les observations et documents 
qu'il avait accumulés au cours de sa laborieuse carrière. Il n'a pas assez vécu pour réaliser 
ce projet et le volume qui paraît sous ce titre : Georges Perin, Discours politiques et notes 
de voyage comble, dans la mesure du possible, cette lacune, en nous fournissant de pré- 
cieux documents pour l'histoire de l'exploration française. 

La colonisation et les colonies allemandes, par M. André Ghéradame. — Ce livre est le 
résultat d'une mission que M. André Lebon, ministre des Colonies, confîa en 1898 à 
M. Chéradame. Le but était d'étudier en Allemagne la colonisation allemande, et la 
Deutsche Kolonial-Gesellschaft était à ce point de vue une mine à exploiter. Sept ans se 
sont écoulés depuis que M. Chéradame a accompli celte mission officielle. Entre 
temps, il a beaucoup écrit et beaucoup voyagé, ajoutant par l'observation directe à la 
recherche de l'érudit; il a d'ailleurs, pendant cette période, continué son enquête et vu 
l'Allemagne à l'œuvre. 11 est historien d'abord. Son opinion acquiert ainsi plus de portée 
et plus de valeur. Partant des souvenirs de la Hanse, dont les origines se perdent dans les 
brumes du xin« siècle, mais que nous retrouvons pendant les siècles suivants jusqu'à la 
guerre de Trente Ans, il arrive rapidement au lendemain des conquêtes de Napoléon, 
époque où se constitua la patrie germanique, pour assister, après 1870, à l'éclosion de la 
politique coloniale allemande. Il nous fait assister à la fondation de ces possessions 
d'outre-mer, simples territoires de protectorat tant que Bismarck fut le maître, mais 
colonies à proprement parler depuis que Guillaume II commande. Celte intéressante 
revue du domaine impérial comprend trois parties : la formation des colonies allemandes, 
leur condition juridique, leur organisation administrative et leur développement écono- 
mique. Entre temps, il décrit chacune d'elles et s'appuie sur les tableaux statistiques. 
Sept cartes en couleur complètent cette étude d'ensemble dont l'intérêt intrinsèque prend, 
en raison de l'attitude de l'Allemagne dans les affaires marocaines, un caractère 
d'actualité. 

Annales de rObservatoire météorologique du Mont-Blanc, par J. Vallot. — Cette publi- 
cation scientifique publiée sous la direction de notre distingué collègue a subi, en raison 
de la santé de celui-ci, une interruption de cinq années. Remis enfin, il la reprend à la 
satisfaction de tous et bientôt deux autres volumes nous donneront la série, heureuse- 
ment ininterrompue, des travaux de l'observatoire fondé par M. Vallot, Le tome VI, qui 
nous occupe actuellement, contient une étude très poussée de J. Vallot : Les expériences 
sur la respiration au Mont Blatic dans les conditions habituelles de la vie. Le D^* Kuss, qui a 



ACTG8 DE LA SOCiËTË DE GÉ06HAPH1E. 243 

lait de longs déjours à Tobservatoire, donnera dans le tome suivant un mémoire physio- 
logique sur les échanges respiratoires. A signaler également Les études exécutées au glacier 
de la Téte-Rousse^ par deux inspecteurs des forêts, MM. Mo agi n et Bernard. On sait que ce 
dangereux glacier est situé au sud-ouest du massif du Mont-Blanc, à 3 200 mètres d'altitude, 
et que les séries d'observations météorologiques et glaciaires entreprises par le service 
des Eaux et Forêts ont pour but de préserver les bains de Saint-Gervais d'une nouvelle 
eatastrophe. De IL Henri Vallot nous avons deux mémoires : Tun relatif h la détermination 
des stations topographi4|iie8 par relèvement, l'autre sur les opérations de la carte du 
massif du Mont-Blanc an I : 20000*. 

Par Tocation, vie et aTontores d*aB soldat de fortune (1870-95,, par le lieutenant- 
colonel Péros. — C'est un roman vécu, très varié, très attachant, écrit élégamment, d'une 
plume très facile. Il se lit rapidement, mais on y revient. Ce récit d'aventures étonnantes 
est semé de fort belles pages d'histoire. 

Les hommes de l'âge du colonel Péroz, qui avaient une douzaine d*années au moment 
de la guerre franco-allemande, et surtout ceux qui appartiennent comme lui à nos 
régions de l'est, ont partagé, en lisant les deux premiers chapitres de ce volume, l'émotion 
qu'il dut avoir en les écrivant. Ils n'ont pas, comme lui, couru les avant-postes ou fait la 
guerre de partisan, mais le même souffle les animait. Comment l'enfant batailleur devint 
Carliste, le colonel Péroz nous l'apprend d'une façon charmante. 11 lui fallait autre chose 
que les bancs du collège même à la veille de passer les examens qui devaient Ten 
affranchir et, du moment qu'on se battait en Espagne, le pays du Cid et de la chevalerie, 
^a place y était marquée. Il y gagna ses éperons, la croix et deux blessures, ce qui ne 
l'empêcha pas, à sa rentrée en France, de s'engager dans l'infanterie de Marine. Nous 
savons ce qu'il y a fait; quelle fut sa conduite au Soudan dans les opérations contre 
Samory. OfQcier d'ordonnance de trois ministres de la Marine, de 1888 à 1891, il quitta 
s<*5 fonctions pour retourner aux colonies. En 1894, il débarquait à Cayenne comme 
commandant supérieur des troupes de la Guyane. 11 nous promène dans son domaine et 
parmi les forçats dont il nous décrit les aventures et les insurrections, pour terminer ce 
récit par une peinture saisissante de l'ile du Diable. 

Si nous avons un souhait à formuler, c'est que le colonel Péroz reprenne la plume 
pour nous conduire dans ce troisième territoire de l'Afrique occidentale française qu'il 
a organisé de toutes pièces après le passage de la mission saharienne et la chute de 
Rabah. Les lettres qu'il nous écrivait alors de Zinder nous sont un gage de l'intérêt 
qu aurait ce nouvel ouvrage, qui, à l'exemple du premier, serait un bon livre de mémoires, 
bien fait pour susciter les énergies françaises et les diriger vers l'organisation et le déve- 
loppement de notre empire colonial. 

Promenades lointaines, Sahara, Niger, Tombouctou, Touareg, par le lieutenant 
Paolhiac. — Ce n'est pas un journal de route ou un récit de voyage, que le lieutenant 
Paulhiac nous a rapporté d'un séjour de trois années au Soudan. Il a étudié les contrées 
en les parcourant; il a fréquenté les sociétés indigènes, puis il s'est recueilli pour rechercher 
comment la France mettra en valeur tout ce pays. Sa distribution est logique. D'abord 
il examine nos différentes possessions de la côte occidentale d'Afrique au point de vue 
physique, puis il s'arrête aux peuplades rencontrées : Yolofs, Toucouleurs, Peuls, etc. 
Leur condition physique, leur état moral, leurs religions l'intéresse. Dans les chapitres qui 
suivent, l'organisation administrative et militaire apparaissent; puisTauteuren observe les 
transformations et termine son enquête par une étude comparée des diff»M-ents systèmes 
de colonisation. Il prône les écoles coloniales agricoles et la création d'un système de 
Tiiies de communication peu coûteux, et il estime qu' «une période de vingt à trente ans, 
pendant laquelle chaque génération d'adolescents aura fréquenté les écoles et nos contres 
Je civilisation aux colonies, sera suffisante pour transformer l'esprit des populations nigri- 
tiennes et changer la face du pays », L'eflort qu a fait M. Paulhiac pour a])porter sa contri- 



2ii ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

butioQ à la mise en valeur de notre domaine colonial doit être loué. Il a le mérite de parler 
de choses vues et de sérier les questions, pour généraliser ensuite. Nous souhaitons que 
ce genre de travaux se développe et que d'autres officiers, à Texemple de M. Paulhiac, se 
livrent à semblable enquête. Ces témoignages auront une importance considérable aux 
yeux de ceux qui ont la mission d'entreprendre les réformes nécessaires pour assurer le 
bien-être et la tranquillité dans nos possessions d'outre-mer. 

H. 



Une mission économiqae dans l'Ouest africain, par M. Auguste Cheyalier. — Ces pré- 
sentations faites, M. le président donne la parole à M. Auguste Chevalier. Il rend compte 
de sa dernière mission dans TOuest africain, qui avait pour objet Tétudo pratique de la 
situation agricole de cette région. M. Roume, en lui confiant cette mission, Tavait chargé 
spécialement de visiter les colonies de la Guinée française et de la Côte d'Ivoire, puis 
d'aller dans les colonies étrangères voisines comparer leur état agricole à celui des 
nôtres. Dans la Guinée française, les recherches ont surtout porté sur les hautes régions 
du Fouta-Djalon. M. Chevalier séjourna tout le mois de juin à la Côte d'Ivoire où il visita 
les principales cultures entreprises et étudia, grâce au chemin de fer, la fiore de la 
grande forêt. Puis il se rendit dans les colonies anglaises (Gold Coast, Lagos, South 
Nigeria) où il constata les rapides progrès réalisés pour ragricullure et le service 
forestier. Mais c'est principalement dans la petite île portugaise de San-Thomé que le 
jeune savant put faire It^ études les plus approfondies, en y séjournant un mois et demi. 
En présence du représentant do M. le ministre du Portugal, il se fait un devoir de rendre 
hommage au concours que le gouvernement portugais lui a prêté dans ses recherches, à 
travers cette ravissante île, la perle des colonies portugaises. Ce sont les résultats pra- 
tiques de ses investigations, plus spécialement obtenus dans les colonies françaises 
visitées, que le distingué explorateur et savant exposera dans sa conférence. 

Valeur présente des richesses agricoles dans l'Ouest africain, — Aujourd'hui, commerçants 
et administrateurs se rendent compte que l'exploitation désordonnée des essences utiles, 
si Ton ne replante pas, épuisera rapidement l'Afrique. Malgré la légende, en effet, «< la 
terre d'Afrique n'est pas d'une richesse et d'une fécondité incomparables ». En Afrique, 
pas plus qu'ailleurs, la terre ne produit sans travail. Mais heureusement le cultivateur 
indigène n'est pas ce paresseux méprisable qui ne travaille que par contrainte. Le noir 
est, en effet, capable de se consacrer même à des cultures nouvelles; les résultats admi- 
rables obtenus dans la culture du cacao à la Gold Coast le prouvent. Et cependant le 
noir de cette région est loin d'être aussi civilisé que la plupart de nos sujets de TAfrique 
occidentale française. Déjà, d'ailleurs, l'examen de la culture de quelques produits dans 
nos colonies de l'Ouest africain montre les progrès réalisés au grand profit et du 
commerce de la métropole et de la civilisation des aborigènes. 

La culture et l'exploitation du caoutchouc, — Le caoutchouc restera pendant des années 
encore le plus important produit de FOuest africain. 15 000 tonnes, sur 16 000 provenant 
d'Afrique, sont recueillies dans l'Ouest. Mais par l'exploitation brutale et irraisonnée des 
indigènes, dans l'ensemble de l'Afrique, la production du caoutchouc est aujourd'hui en 
décroissance. Il n'y a progrès que dans le Congo français, le Cameroun et la Côte d'Ivoire, 
grâce à leurs vastes forêts. Et si dans les colonies françaises de l'Ouest africain la destruc- 
tion des plantes à caoutchouc n'est pas aussi avancée qu'à Madagascar ou que dans les 
colonies anglaises africaines, il convient cependant dès maintenant de jeter très haut 
l'alarme. 

Le caoutchouc d'Afrique est fourni, comme on sait, par trois groupes d'essences : !• de 
petites plantes aux racines puis.santes vivant dans les savanes incendiées annuellement 
et donnant le caoutchouc des herbes. Elles se rencontrent dans l'intérieur de la Nigeria, 
dans le haut Chari, dans le sud du Congo et dans l'Angola; 2° des lianes des genres 
Landolphia, Clitandra et Carpodinus appartenant à un grand nombre d'espèces et vivant 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 245 

dans la savane et dans la forêt; 3« des arbres, et particulièrement le Funtumia elastica, 
localisé dans les forêts et dans les galeries forestières. 

Pour empêcher la disparition des espèces fournissant le caoutchouc des herbes, il n'y 
a rien à faire. Leur mode de vie même en fait des plantes très difficiles à multiplier et 
d une venue lente ; il n'y a qu'à laisser continuer leur exploitation et même à retendre. 
Du reste, partout où vivent les Landolphia nains, on peut cultiver, si on arrête le feu de 
brousse, les grands Landolphia en lianes, d'un rendement beaucoup plus sûr et dont la 
vitesse de croissance est rapide. 

Parmi les arbres à caoutchouc, le ¥untumia elastica est Tessence africaine la plus 
résistante. C'est elle qui fournit une grande partie du caoutchouc de la Côte d'Ivoire, du 
haut Oubanghi et de la haute Sangha. Sa plantation et sa culture, sagement conduites, 
donnent un rendement rémunérateur. 

Au Cameroun et dans les colonies anglaises, cette culture est franchement sortie de 
la période des tâtonnements. Beaucoup de noirs de la Gold Coast, de Lagos et du Bénin 
on reconnaissent Futilité et nous n'avons pas été peu surpris d'apercevoir ça et là le long 
du chemin de fer de Lagos à Ibadan de petites plantations de Funtumia ou d'Hevea qui 
avaient été plaatées par les indigènes. 

Quant au Ceara américain, il vient presque sans soins; il produit une grande quantité 
de graines. Il se sème ainsi de lui-même et se multiplierait très vite si les animaux, qui 
en sont très friands, ne broutaient les jeunes plants. Son rendement varie selon les 
plui<'^s. Dans les régions où il tombe au moins un mètre d'eau par an, un Ceara de belle 
venue peut donner annuellement, s'il est soigné en saison opportune, de 100 à 150 grammes 
de caoutchouc sec; et un noir habile peut, en deux jours, sur des Ceara rapprochés, en 
recueillir un kilogramme qui vaut dix francs. Ce rendement est satisfaisant pour l'indigène. 

La récolte du caoutchouc sur les lianes de la brousse et de la forêt est beaucoup plus 
aléatoire. Le paysan de notre Afrique occidentale est, comme l'on sait, foncièrement 
attaché à son village dont il ne s'éloigne que lorsqu'il y est absolument contraint; car il 
n'aime pas la vie de la brousse. D'ailleurs, en arrivant dans une vallée, déserte ou sur un 
«« bowal », où il a fait l'année précédente une cueillette abondante, il n'est jamais certain 
Je pouvoir la recommencer. Des noirs plus pressés ont pu passer quelques semaines 
avant lui et les lianes resteront plusieurs mois sans donner des rendements qui vaillent 
la peine de s'y arrêter. S'il s'y arrête néanmoins, il mutile presque sans profit des végé- 
taux déjà épuisés et avance leur mort. Que de fois nous avons vu à travers la Guinée de 
gigantesques buissons de Landolphia Heudelotii dont toutes les branches étaient desséchées, 
dont les troncs étaient morts! Us n'avaient pas été coupés cependant, mais ils avaient 
reru tant d'entailles que la vie s'était arrêtée. 

Le rendement des plantes à caoutchouc de la brousse, même quand elles ne dispa- 
rai>sent pas, est donc in'égulier et même incertain. De plus, leur exploitation contraint 
l'indigène à s'éloigner à de grandes distances. 

Pour toutes ces raisons, il n'y a pas à hésiter à substituer au régime de l'exploitation 
forestière irraisonnée, le régime rationnel de la plantation dans chaque village. 

Il y a bien des difficultés à surmonter, mais je ne pense pas qu'il soit impossible de 
r»*ussir. Il faut surtout se garder des opinions toutes faites à l'avance, des légendes pro- 
pagées par des personnes qui n'ont pas encore compris la vie économique de l'habitant 
de l'Afriquo occidentale, beaucoup plus épris de bien-être qu'on ne le pense, infiniment 
attacher à son sol, très laborieux lorsqu'il s'agit de faire produire ce sol pour en retirer sa 
nourriture et des profits. Quand on a vu, comme M. A. Chevalier a pu le constater, l'étape 
franchie en sept années par nos populations du haut Niger, on est en droit d'attendre, 
de l'initiative même de ces peuples sagement administrés, les plus grands résultats. 
L'histoire de la culture du cacaoyer en Afrique le prouve. 

la culture du cacaoyer dans VOuest africain, — Originaire de l'Amérique, le cacaoyer fut 
importé en 1850 à San-Tbomé. Il y a si bien prospéré qu'en 1904 San-Thomé et l'îlo 
Principe en ont exporté 21230108 kilogrammes valant 31 448198 francs. De même à la 



246 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GEOGRAPHIE. 

Gold Goast, sous la direction de M. Johnson, ancien élève de Rew, de 1890 à 1904, Fexpor- 
talion du cacao a passé de rien à 11 451 488 livres valant plus de 5 millions de francs. Or, 
il n'y a pas dans toute la Gold Coast une seule plantation d'Européens : tout le cacao 
exporté sans exception est produit par des noirs travaillant librement pour leur propre 
compte. Le rôle de TEuropéen consiste à être exclusivement acheteur et le cacao tout 
préparé pour Texportation est dirigé vers les comptoirs des grandes maisons, mais il fant 
dire que les débuts furent difficiles. 

D'abord, pour répandre la culture du cacaoyer, le service d'agriculture dut déployer un 
zèle inlassable. La plantation modèle du jardin botanique d'Aburi comprenait une dou- 
zaine d'hectares qui commencèrent à rapporter des fruits vers 1895. Pendant plusieurs 
années de suite, les graines furent distribuées gratuitement aux indigènes. Voyant que 
la culture réussissait dans la plantation du Gouvernement, les noirs, très avisés, deman- 
dèrent l'autorisation d*établir leurs plantations au contact même du jardin botanique. 
L'administration n'y mit point d'obstacles, et tout le terrain avoisinant le jaVdin et le 
sanatorium de la Gold Coast fut ainsi laissé h la disposition des indigènes. Aujourd'hui 
encore, les plus prospères plantations de cacaoyer de cette colonie sont séparées par un 
simple (Il de fer, facile à enjamber, des plantations entretenues par M. Johnson; et toutes 
ces plantations indigènes, dont les plus grandes ont tout au plus une dizaine d'acres 
d'étendue, sont à tout moment visitées par les agents de l'administration. M. A. Chevalier 
a vu M. Johnson s'intéressant lui-même très vivement, pendant qu'ils parcouraient 
ensemble les environs d'Ahuri, aux questions que lui posaient les propriétaires des ver- 
gers qu'ils visitaient; tantôt on lui demandait des renseignements sur la manière de 
tailler les arbres; ailleurs on lui montrait des cacaoyers en train de dépérir et on lui 
demandait la cause et le remède, ou bien on le consultait sous les arbres-abris les 
meilleurs. 

Pendant son séjour à Aburi, un instituteur laïque d'Accra vint passer quinze jours avec 
ses écoliers. Pendant ce temps l'instituteur et les jeunes noirs reçurent chaque jour une 
leçon suivie d'une^ démonstration dans le jardin botanique, et ces démonstrations faites 
par M. Johnson portèrent exclusivement sur la culture des plantes à caoutchouc, du 
cacaoyer, du caféier et des cotonniers. 

Lorsque les cacaoyers des indigènes commencèrent à rapporter, le gouvemeraent 
anglais eut en outre à lutter contre l'inertie des commerçants, qui refusèrent d'abord 
d'acheter un produit nouveau auquel ils n'étaient pas habitués. L'administration se 
porta sans défaillance acheteur et c'est devant cet exertiple que les principales maisons, 
de commerce de la côte installèrent peu à peu des factoreries dans la région d'Aburi. 

Depuis deux ou trois ans, la culture du cacaoyer, d'abord localisée au pays d'Aquapim, 
a pris une extension considérable; mais loin de ralentir leurs efforts, les Anglais conti- 
nuent à s'occuper de la question encore avec une grande activité. Des écoles primaires 
sont créées par le gouvernement et par la « Basel Mission » dans fous les grands villages. 
Dans plusieurs de ces écoles, il existe de petits jardins scolaires où l'enfant est initié à 
la culture. Ce sont souvent des instituteurs noirs qui donnent cet enseignement et géné- 
ralement ils s'en acquittent avec zèle. 

Il faut bien avouer que les procédés de culture pratiqués par les noirs sont grossiers, 
les arbres ne sont pas soignés et meurent très vite; en outre, la fermentation et h- 
séchage sont faits d'une façon très inidimentaire. 

Il y a un contraste frappant entre ces cultures et les plantations européennes si soi- 
gnées de l'île de San-Thomé, où la culture se fait aussi méthodiquement que celle des 
céréales en Europe. 

Mais les Anglais ont pensé qu'en demandant à l'indigène de faire bien au début, on 
risquait de n'arriver à aucun résultat. Leur méthode est d'implanter la culture et c'est 
seulement lorsqu'elle est bien établie dans le pays, qu'ils songent h l'améliorer. C'est 
ainsi qu'on est en train d'habituer les indigènes à laver les fèves de cacao avant de les 
séeher, ce <iui constitue déjà un perfectionnement. 



ACTES DE LÀ SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



247 



Dans les autres colonies anglaises de TGuest africain, la culture du cacaoyer, tout en 
étant faite sur une échelle plus modeste, est aussi en très bonne voie d'extension. 

En 1904, les exportations de cacao ont été : 

A Lagos, de 367 tonnes valant 347 307 francs. 

A la Nigeria du Sud, de 165 tonnes valant 124225 francs. 

Dans ces pays, la culture du cacaoyer était à peu près ignorée il y a quelques années. 
Ce développement est dû, comme à la Gold Coast, en grande partie aux efforts de Tadmi- 
nistration. 

Ce qui est en train de s'accomplir dans les colonies anglaises pour le cacao s'est réa- 
lisé, il y a de nombreuses années, pour l'arachide, au Sénégal. 

Cela est arrivé en Tunisie pour la culture de l'olivier le jour où M. Paul Bourde s'est 
altvlé courageusement à la propagation de cet arbuste. 

Conclusion. — L'exemple de la culture du caoutchouc et du cacaoyer dans l'Ouest 
africain prouve donc surabondamment que l'Afrique noire, comme les autres contrées 
ilu globe, est capable de progrès agricoles rapides. Ainsi les 35 millions de francs de 
cacao et de café qui sortent annuellement de San-Thomé et de Principe sont le résultat' 
du travail de 20000 indigènes en y comprenant les femmes et les enfants. Si chacun des 
49 millions de sujets que nous avons en Afrique tropicale livrait au commerce d'exporta- 
tion seulement la dixième partie de ce que produit un travailleur de San-Thomé, le com- 
merce extérieur annuel de nos possessions de l'Ouest africain serait centuplé et dépasse- 
rail 7 milliards. Mais pour atteindre ce ri^sultat, il faut créer des voies de communication. 
Uuoi qu'il en soit, aûn de parfaire la mise en valeur de cette vaste partie de notre empire 
colonial, il faut bien se convaincre que ce n'est pas par la contrainte de Tobligation au 
travail qu'on y arrivera, mais par la méthode de l'éducation indigène et de la persuasion, 
tuélhode dont les Anglais de la Côte d'Or ont su tirer un si brillant parti. 

Frédéric Lemoine. 

Le président, en remerciant au nom de la Société M. Auguste Chevalier, se plaît à 
rappeler ses brillants antécédents. Débutant sous les ordres du général de Trentiman 
dans le Soudan, il y fit montre de ses connaissances du naturaliste en même temps que 
•«'affirmaient ses qualités d'observation. L'exploration et la mission scientifique qu'il con- 
duisit dans le Congo français et les territoires du Tchad lui ont valu un des prix les plus 
importants que notre commission donne : le prix Jean-Duchesne Fournet, dont il fut le 
premier titulaire. Grâce à ses découvertes la récolte du caoutchouc s'est répandue dans 
d»*'^ régions dont on ne soupçonnait pas la richesse. Ses travaux, cette fois, ont porté sur 
I*fs colonies anglaises, allemandes et portugaises, desquelles il revient après une fruc- 
tueuse enquête dont profiteront nos possessions de l'Afrique occidentale. Avant de ter- 
miner, M. le baron de Guerne remercie M. le ministre du Portugal de s'être fait repré- 
senter par M. Fereira à cette séance; il félicite les principaux planteurs de San Thomé 
Venus à cette conférence, entre autres le comte de Valle Flor, et M. Plantier, de même 
qu • notre collègue portugais, M. Almada 'Negreiros qui a publié sur cette île une intéres- 
Mnte monographie. Il prie enfin M. le chancelier de la Légation de faire parvenir à Sa 
Majesté le roi Carlos l'expression de la vive gratitude de la Société de Géographie pour 
If témoignage d'intérêt qu'il lui a donné en se faisant inscrire parmi ses membres. 



Membres admis. 



M"»* MoRAN (Marie-Augustine). 
MM. de la Bretesche (Charles). 

Doixrus (Jean). 

Cordonnier (CharlesJoseph-Clément). 



MM. le Comte de Pourtalès (Robert). 
CuLTRU(Prosper). 
Maurexce (Charles), 
le Comte de Moltke-Hvitfeldt (Léon). 



250 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

Le ravitaillement, les rapports des autorités locales avec les sociétés concessio&naires, 
l'outillage économique dont il s*agit de doter le Congo ont attiré tout spécialement ratlen- 
tion du ministre. Ce programme de réformes n'aurait eu qu'une valeur théorique s'il 
n'avait été accompagné d'une étude des moyens Onanciers permettant de l'accomplir. 
L'impôt, dont le rendement augmente d'année en année, les redevances croissantes des 
sociétés concessionnaires, les droits de douane ne peuvent faire face qu'aux dépenses 
ordinaires. Seul un emprunt actuellement évalué h 75 millions rendra possible l'exécotion 
des grands travaux indispensables à l'essor de la colonie. Les instructions ministérielles 
se terminent par un éloge de l'administration de M. Gentil, par la reconnaissance des 
services signalés qu'il a rendus comme explorateur et comme commissaire général, enfin 
par un acte de confiance dans sa fermeté, ses capacités et son patriotisme pour pour- 
suivre l'exécution du programme tracé par le gouvernement et assurer le développement 
progressif du Congo français. 

Mission de M. Gh. Alluand dans l'Afrique orientale. — De Roseirès, haut Nil bleu, 
à 680 kilomètres sud^st de Khartoum, notre collègue nous écrit : 

u Chargé d'une nouvelle mission par le ministre de l'Instruction publique et le 
Muséum d'histoire naturelle à Paris, je viens (après avoir rapidement traversé l'Egypte, la 
Nubie et le Soudan égyptien) d'atteindre la cataracte de Roseirès, limite de la navigation 
sur le Nil bleu. Pour atteindre ce point j'ai mis vingt jours de navigation à voile sur une 
grande barque que j'ai aménagée à Khartoum en vue de mes- recherches. 

« Ces recherches ont surtout porté jusqu'à présent sur la faune d'eau douce du Ml 
bleu et de ses deux affluents le Rahad et le Dindcr. La température extrême et l'apathie 
des indigènes h. m'aider dans ces recherches rendent ma tâche assez péaible; je n'ai 
garde de m'en plaindre, car mes pêches sont toujours intéressantes et fructueuses. 

M Je viens de pousser une pointe de quelques jours dans le Ghézireh — vaste territoire 
compris entre les deux Nils — chez les Inghassanas — sauvages encore peu connus et peu 
soumis qui habitent des petites collines granitiques disséminées dans la vaste plaine 
brûlante et sans eau. Ces monticules granitiques ont la précieuse propriété de conserver 
les eaux de pluie — ce qui les rend habit£\bles et intéressants pour le naturaliste qui n'a 
pas grand'chose à trouver dans la brousse rôtie de la plaine. 

« Je vais partit demain à dos de chameau pour le Jebel FazogU et la frontière 
d'Abyssinie. 

« Ch. Alluaud. » 

Voyage de M. de Périgny an Mexique. — Nous recevons de M. de Périgny une lettre 
datée de Paya Obispo, 16 janvier 1906, qui fait suite à sa correspondance du 12 novembre, 
parue dans le dernier numéro du Bulletin *. 

« Me voici de nouveau en pays civilisé et j'en profite pour vous donner des nouvelles 
de mon voyage. Je le fais avec d'autant plus de plaisir que j'ai de bonnes nouvelles à vous 
envoyer. Le 25 décembre 1905, j'ai eu la bonne fortune de découvrir une ancienne cité 
maya au milieu des forêts du Peten (Guatemala). La localité s'appelle Nacun. J'ai tout 
lieu de croire cette découverte importante pour l'archéologie. En effet, cachés sous les 
arbres immenses de ces forêts, j'ai trouvé plus de trente édifices en ruines et un grand 
nombre de monticules faits de pierres et de terrel Tous ces monuments présentent les 
caractéristiques de l'architecture maya; ils sont en général très simples, avec peu d'orne- 
ments et de hiéroglyphes, mais les dimensions sont gigantesques. Le manque de temps 
et surtout d'hommes m'a empêché de faire une étude approfondie de ces ruines (il faut 
pour cela 4 ou 5 mois), mais j'ai pu mettre à découvert quelques édifices entre autres 
deux temples très élevés. Les pyramides sur lesquelles ils sont construits ne mesurent pas 
moins de 60 à 70 mètres de hauteur. Celte cité a dû être jadis d'une grande importance 

1. La Géographie, XIII, 2, p. 171. 



ACTES DR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 2(9 

DAimiUtion entre le Congo et le Cameroun. — Le commandant Moll, qui a dirigé 
îTfc distinction la délimitation entre Niger Tchad, est aujourd'hui parvenu sur le théâire 
de ses QouTelles opérations. Il nous écrivait de Bandja, le 15 décembre 1905 : 

« Nous sommes en plein travail et tout marche pour le mieux. M. Dardignac détermine 
le point de Bania et fait la liaison astronomique par lé transport de temps avec Bomassa, 
point déjà déterminé par le D' Cureau. Cela lui permet de déterminer les points inter- 
médiaires. 

« M. Mailles détermine Gaza et fait la reconnaissance du pays pour choisir une. base de 
triangulation dans le but de réunir Gaza h Koundé. M. Brussaux est en mission vers 
Ngaoundéré. Nos convois s'acheminent de Nola sur Bania, Carnot et Koundé. Moi-môme 
suis en reconnaissance dans le M'Biémou. On appelle ainsi la région comprise dans le 
triangle dont les côtés sont la Sangba, la Kadei et la frontière du Cameroun. C'est la 
crande forêt, pleine et épaisse, peuplée de tribus entièrement sauvages et anthropophages, 
jusqu'à présent irréductiblement hostiles à la pénétration européenne, sauf sur les rives 
mêmes de la Sangha et de la Kadeï. 

•■ A la suite d'une préparation d'une quinzaine de jours, j'ai pénétré au cœur même de 
la région et je viens d'obtenir sans coup férir la soumission de toutes ces tribus. C'est un 
résultat dont je me félicite beaucoup, car il va permettre à mes topographes et géodèses 
de sillonner tout ce pays difficile avec de faibles'escortes. Cela permettra aussi de hâter 
nos travaux. 

• Ces sauvages affublés de plumes et de peaux de bétes, armés jusqu'aux dents de longs 
fusils à pierre, de sagaies, de flèches et de couteaux sont do beaux hommes vigoureux, 
d'un aspect très pittoresque. Leurs villages, composés de misérables huttes, se tapissent 
dans de petites clairières, au milieu d'arbres géants. 

» Le pays est uniformément boisé. C'est la grande forêt avec ses enchevêtrements de 
lianes et une végétation dense et touffue. Le terrain est accidenté. Les chemins sont 
pénibles, escaladent des troncs d'arbres, grimpent des collines abruptes à travers un 
fouillis inextricable de lianes et d'arbustes qui croissent pêle-mêle sous le dôme de 
verdure des géants de la forêt, suivent le lit des ruisseaux, traversent les rivières sur des 
branchages suspendus; et partout on glisse sur un terrain argilo-ferrugineux. La marche 
n'est possible qu'à pied. D'ailleurs les chevaux sont inconnus dans la région. 

" La forêt est peuplée d'éléphants, de gorilles, de chimpanzés et d'autres singes, de 
quelques gros oiseaux et de nombreux insectes. 

•< Le caoutchouc abonde, malheureusement les indigènes abattent trop souvent les 
arbres pour en tirer le latex. 

•<Nons sommes tous en bonne santé. Dans une quinzaine de jours je rejoindrai le lieu- 
tenant Mailles dans la région de Gaza. » 

Réorganisation dn Congo. — Le décret du 15 février 1906 place le Congo français et 
dépendances sous la haute direction politique et administrative d'un commissaire général 
en résidence à Brazzaville. L'article 1*"^ défînit les circonscriptions du Gabon, du Moyen- 
Congo, de rOubanghi-Chari et du Tchad qui constituent trois colonies autonomes, dont les 
chefs-lieux sont respectivement Libreville, Brazzaville et Fort-de-Possel. Les autres articles 
spécifient les attributions du commissaire général, des lieutenants gouverneurs, du secré- 
taire général, etc., ou encore se rapportent aux organismes administratifs ou financiers. 
Sans entrer dans le détail de ces dispositions et sans nous arrêter davantage au décret, du 
m^me jour, portant création de trois justices de paix à compétence étendue au Congo 
français, nous devons mentionner les instructions ministérielles données au commissaire 
général actuel, maintenu à son poste. 

Après avoir examiné certaines fautes individuelles retenues par la commission d'en- 
qnéte, mais qu'on ne saurait imputer à M. Gentil, dont l'attitude a été irréprochable dans 
ces déplorables circonstances, M. Clémentel commente les stipulations du décret relatives 
à Torganisalion administrative, financière, économique et sociale du Congo français. 



250 ACTES DE LÀ SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

Le ravitaillement y les rapports des autorités locales avec les sociétés concesaionnaires, 
Toutillage économique dont il s*agit de doter le Congo ont attiré tout spécialement ratten- 
tion du ministre. Ce programme de réformes n'aurait eu qu'une valeur théorique s'il 
n'avait été accompagné d'une étude des moyens financiers permettant de l'accomplir. 
L'impôt, dont le rendement augmente d'année en année, les redevances croissantes des 
sociétés concessionnaires, les droits de douane ne peuvent faire face qu'aux dépenses 
ordinaires. Seul un emprunt actuellement évalué h 75 millions rendra possible TexécatioD 
des grands travaux indispensables à l'essor de la colonie. Les instructions ministérielles 
se terminent par un éloge de l'administration de M. Geutil, par la reconnaissance des 
services signalés qu'il a rendus comme explorateur et comme commissaire général, eoGn 
par un acte de confiance dans sa fermeté, ses capacités et son patriotisme pour pour- 
suivre l'exécution du programme tracé par le gouvernement et assurer le développement 
progressif du Congo français. 

Mission de M. Gh. Alluand dans TAfrigae orientale. — De Roseirès, haut Nil bleu, 
à 680 kilomètres sud^st de Khartoum, notre collègue nous écrit : 

« Chargé d'une nouvelle mission par le ministre de l'Instruction publique et le 
Muséum d'histoire naturelle à Paris, je viens (après avoir rapidement traversé l'Egypte, la 
Nubie et le Soudan égyptien) d'atteindre la cataracte de Roseirès, limite de la navigation 
sur le Nil bleu. Pour atteindre ce point j'ai mis vingt jours de navigation à voile sur uue 
grande barque que j'ai aménagée à Khartoum en vue de mes recherches. 

(c Ces recherches ont surtout porté jusqu'à présent sur la faune d'eau douce du Ml 
bleu et de ses deux affluents le Rahad et le Dinder. La température extrême et l'apathie 
des indigènes à m'aider dans ces recherches rendent ma tâche assez pénible; je nat 
garde de m'en plaindre, car mes pêches sont toujours intéressantes et fructueuses. 

« Je viens de pousser une pointe de quelques jours dans le Ghézireh — vaste territoire 
compris entre les deux Nils — chez les Inghassanas — sauvages encore peu connus et peu 
soumis qui habitent des petites collines granitiques disséminées dans la vaste plaiue 
brûlante et sans eau. Ces monticules granitiques ont la précieuse propriété de conserver 
les eaux de pluie — ce qui les rend habilî\bles et intéressants pour le naturaliste qui n'a 
pas grand'chose à trouver dans la brousse rôtie de la plaine. 

« Je vais partir demain à dos de chameau pour le Jebel Fazogli et la frontière 
d'Abyssin ie. 

« Ch. Alluauu. m 

Voyage de M. de Périgny au Mexique. — Nous recevons de M. de Périgny une lettre 
datée de Paya Obispo, 16 janvier 1906, qui fait suite à sa correspondance du 12 novembre, 
parue dans le dernier numéro du Bulletin *. 

« Me voici de nouveau en pays civilisé et j'en profite pour vous donner des nouvelles 
de mon voyage. Je le fais avec d'autant plus de plaisir que j'ai de bonnes nouvelles à vous 
envoyer. Le 25 décembre 1905, j'ai eu la bonne fortune de découvrir une ancienne cilé 
maya au milieu des forêts du Peten (Guatemala). La localité s'appelle Nacun. J'ai tout 
lieu de croire cette découverte importante pour l'archéologie. En efl'et, cachés sous les 
arbres immenses de ces forêts, j'ai trouvé plus de trente édifices en ruines et un grand 
nombre de monticules faits de pierres et de terre. Tous ces monuments présentent les 
caractt^ristiques de l'architecture maya; ils sont en général très simples, avec peu d'orne- 
ments et de hiéroglyphes, mais les dimensions sont gigantesques. Le manque de temps 
et surtout d'hommes m'a empêché de faire une étude approfondie de ces ruines (il faut 
pour cela 4 ou 5 mois), mais j'ai pu mettre à découvert quelques édifices entre autres 
deux temples très élevés. Les pyramides sur les(iuelles ils sont construits ne mesurent pas 
moins de 60 à 70 mètres de hauteur. Celte cité a dû être jadis d'une grande importance 

1. La Géographie, XIII, 2, p. 171. 



ACTES DB LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 251 

et une étade plas sérieuse ne peut manquer d*ôtre fort intéressante. Inutile de vous dire 
que je sais décidé à Tentreprendre Thiver prochain. 

i* A qael4)ue distance de là, h deux jours de marche, j'ai trouvé d'autres ruines à 
Uolmul, mais beaucoup moins importantes; six pyramides de grandes dimensions, dont 
one surmontée de bâtiments. 

*• Je suis enchanté de mon voyage et j'oublie volontiers les difficultés rencontrées et les 
misères endurées. C'est trop naturel pour y songer un instant. Mais le but de cette 
exploration est atteint, et je m'en réjouis comme Français dans l'espoir de découvertes 
futures intéressantes pour Tarchéologie et la géographie. En effet, ce voyage n'était qu'un 
royaee de reconnaissance, et il était indispensable. J'ai recueilli beaucoup d'informa* 
tioDs et acquis la connaissance des lieux où il reste des études sérieuses à faire. 

« Je suis en ce moment dans le territoire de Quintana Roo (Mexico) et pars demain 
visiter toute cette partie encore peu connue de la Péninsule du Yucatan. » 

La dernière partie du voyage de M. de Périgny s'est bien effectuée, sa dernière? 
^^nvoyée de Boston, fixe son retour en France dans les derniers jours de mars. 

H. 



Voyages an Maroc par H. Louis Gentil. — M. Louis Gentil a pris part h l'une des plus 
importantes missions organisées par le comité du Maroc et subventionnée par la Société 
J»» (>éo£raphie de Paris, la mission de Segonzac. 

Il a précédé le chef de la mission et ses autres collaborateurs pour faire, dans le nord 
Ju Maroc, un très intéressant voyage dont il expose brièvement les principaux résultats. 

Le Rif et ses relations avec la chaîne béiique. — Après avoir fait quelques excursions 
foii instructives aux environs de Tanger, il a traversé la tribu de l'Andjera, fermée aux 
Européens depuis le siège de Tétouan; puis il a voyagé autour de Tétouan, surtout vers 
k sud, dans la partie occidentale de la chaîne du Rif. 

S'approchant ainsi du djebel Kelti, ou mont Anna de la carte hydrographique, il a eu 
OB coup d*œil d'ensemble sur la chaîne du Rif. Ses observations dans cette partie septen- 
trionale du Maroc sont importantes. Au point de vue théorique il a reconnu la structure 
»*n ilAmes de la chaîne de l'Andjera et confirmé par de nombreuses observations la con- 
tiouité de la chaîne du Rif avec la Cordillère bétique par le détroit et par le rocher de 
<iibraltar, continuité qui avait été admise, d'après les documents très imparfaits, par le 
c?ologue Suess. 

Au point de vue pratique, il a fait un grand nombre d'observations sur les zones de 
«alture et l'hydrologie du pays. De plus, il a reconnu que les grès rouges, qui renferment 
àts traces charbonneuses et des empreintes de plantes, qu'examina l'explorateur alle- 
mand Oskar Lenz aux environs de Tétouan, les considérant comme vraisemblablement 
rarhonifères, appartiennent en réalité au terrain permien. 

La mission de Segonzac. — La mission réunie, dans les premiei^ jours de novembre 1904 
à Tanger, fut conduite par le marquis de Segonzac à Mogador. Là, elle se scinda en trois 
finies. M. de Flotte fut chargé de faire la triangulation du Haouz-Marrakech en cherchant 
i prolonger le plus loin possible vers l'est la zone d'opération. M. L. Gentil devait j 

«xplorer des régions inconnues du Bled es Siba, tandis que le marquis de Segonzac assu- ! 

niait la tdche la plus périlleuse en se lançant hardiment, avec ses deux arabisants 
Si Sald Boulifa et Si Abd el Aziz Zenagui, dans les régions inexplorées du haut Atlas 
oriental. 

Les voyages de M. Gentil au sud du Maroc. — Leur organisation et leurs résultats généraux. 
" X. L. Gentil a eiïectué, en partant de Mogador, trois voyages dans les régions méridio- 
nales du Maroc, seul ou accompagné de modestes indigènes au dévouement de la plupart 
des(]uels il se plaît à rendre hommage. S'il a pu se décharger sur eux de bien des diffi- 
caltés matérielles, il a, par contre, été abandonné à lui-même pour ses obsei*vations 
scientifiques. C'est ainsi qu'il a dû relever ses itinéraires aussi complètement que pos- 



25â 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



sible, en les accompagnant de croquis et de photographies orientées; qu'il s^est appliqué 
à réunir de nombreuses données géographiques; qu'enfin il s'est efforcé de recueillir des 
noms berbères de plantes et d'animaux qui pourront contribuer un peu à rétablissement 
d'un vocabulaire en langue cheulha. 

Au point de vue géologique, il a tenté d'aborder l'un des problèmes les plus intéres- 
sants que puisse offrir le Maroc : celui de la structure du haut Atlas. 

Bien que cette question ait déjà été étudiée par plusieurs géologues, on n*a jamais 
rien dit sur le versant méridional de la haute chaîne. La géologie du haut Atlas offrait 
donc encore un vaste champ d'étude. L'absence absolue d'observations au delà des crêtes 
indiquait suffisamment qu'il pouvait y avoir des difficultés à circuler dans la zone méri- 
dionale. Aussi M. Gentil a-t-il pris toutes ses précautions avant de s'y engager. 

Pour faire ces études, il a adopté les vêtements musulmans, persuadé qu'il ne pourrait 



octroi 



^^à^Qjt^j 



C. Spartel 



HçLJraterhà 




VOYAGE 

DANS LE NORD DU MAROC 

Echelle = 1:1.500.000 



Fio. 67. 
(Carte craprudtce à l'ouvrago do M. Louis Gentil : ExploratioM au Maroc. Masson et C', éditears.) 



aller loin avec le costume européen. Tandis que ce dernier est indispensable en Bled 
makhzen — parce que dans les régions soumises les Marocains sont pécuniairement res- 
ponsables de la vie d'un chi-étien -— il en est tout autrement en Bled es Siba, où l'on 
serait très exposé sans le travestissement musulman ou juif. 

Dans un premier voyage, il a quitté Mogador avec deux hommes seulement. Son but 
était d'aller droit vers la plaine du Sous, par le col des Bibaoun. Ses premières étapes 
jusqu'au col s'effectuèrent sans incidents. Il remonta le lit desséché de l'ouad Asserato 
jusqu'au Tizi ou Machou, puis descendit la vallée de l'ouad AU Moussi jusqu'à la Niala 
Argana, avant de gravir le Tizi Jerba. A la Nzala, il faillit être arrêté par les sentinelles 
du Caïd Mtougui et ramené à Mogador; mais l'un de ses compagnons se fit passer pour 
un chérif dont le jeune savant devint le taleb. Toute la durée du séjour dans le Sous fut 
pleine de difficultés ; M. Gentil et ses compagnons fidèles durent voilier constamment à 
leur propre sécurité. 

De Mnaïzla, M. Gentil alla planter sa tente à El Bourra, village situé à l'est et très près 
de Taroudant. Il ne put entrer dans cette dernière ville, car des tribus révoltées en fai- 
saient le siège. Alors, il s'engagea dans la vallée de l'ouad Mentaga, vallée fertile du flanc 



ACTES D£ LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



253 



mt-ridioDal de l*AUas, oiïrant fréquemment de véritables oasis où le palmier-dattier est 
( uneusemeot associé à Tolivier. A partir d'une altitude assez élevée, il suivit vers Test 
QQ chemin parallèle à la chaîne pour atteindre la vallée de Taiekjount qu'il descendit 
jusqu'à la plaine de Ras el Ouad. 

De là, il commença Tasccnsion du Tizi nTest, et cette partie de son séjour dans le 
vitts lui aurait laissé de bien mauvais souvenirs — par suite de Thostilité des habitants — 
sil n'avait eu de larges compensations au. point de vue géologique et géographique. Il a 
pu. en effet, relever deux coupes complètes de la haute chaîne, tandis que le djebel Siroua, 
ce massif imposant qui forme le trait d'union. entre le haut Atlas et l'Anti-Atlas, se profi- 
lait à Test et que dans le nord-^st le Tamjouit élevait fièrement sa tête au-dessus des 
lutres cimes neigeuses de la chaîne. 

Après le Tizi n*Test tout marcha à merveille, car on se trouvait en Bled makhzen. 



Me^d< 




FIG. 68 



Fi^are ( 



FIG. 68. 
ipruDtée à Touvrage de M. Louis Gentil : Explorations au Maroc. Masson et 0\ éditeurs.) 



Lexplorateur se rendit alors à Marrakech en descendant la vallée de Touad NQs, puis 
Mourna à Mogador en suivant le (lanc septentrional du haut Atlas. 

Ikioi le Sud marocain : entre Mogador et le Sous. — Le deuxième voyage eiïectué par 
M. <;entil, dans le Sud marocain, est relatif à la région comprise entre Mogador et le Sous, 
reliani l'extrémité occidentale de la chaîne de TAtlas à la mer. 

Arantde se remettre en route, M. L. Gentil changea son personnel; ses deux ûdèles 
compagnons du Sous étaient usés; Tidée de pénétrer dans le pays d'une tribu si fermée 
«a makhzen les effrayait. 11 abandonna aussi sa mule qui lui avait donné une trop grande 
importance aux yeux des indigènes dans son précédent voyage, et il la remplaça par un 
troisième âne. Il comptait passer ainsi plus facilement inaperçu. Enfin il prit à son ser- 
^ceun tanani, habitant des Ida ou Tanan, qui devait le guider dans son propre pays, et 
Qo excellent Marocain, Moulai Ibrahim, homme pauvre appartenant à des cheurfas connus 
du TaÛlelt. 

Il longea d'abord la région littorale et, dans le but d'éviter les itinéraires des explo- 



354 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

ratenrs précédents, il s^efTorça de suivre le bord de la mer. L^ chemin n^est pas toujours 
facile sur les falaises marines, mais il est tW*s intéressant. 

Il fit ainsi des récoltes importantes de fossiles dans des gisements presque tous 
inexplorés. 

A reiiiboucliure de TAsif Tamarakht il reçut Thospitalité d'un chikh et là, par suite 
d'indiscrétions dont il ne put connaître la véritable origine, il dut demeurer caché pen- 
dant plus de vingt-quatre heures dans une chambre obscure. 

M. !.. Gentil se proposait tout d'abord de relever le cours des Asif Tamarakht et Aïl 
Amer, <*n remontant l'un et en descendant iautre, mais il se rendit compte que cet 
itinérairo n'aurait qu'un intérêt purement topographique, aussi se dirigea-t-il vers les 
Ait Tinkcrt, tribu située dans cette partie blanche de la carte comprise entre les deux 
rivières. 

Mais le tanani donnait des signes d'une inquiétude constante depuis que l'exploraleur 
avait éU> obligé, pour ne pas se brûler complètement, de se cacher î'i Tamarakht. l/aocu«*il 
de l'excellent chikh des Ait Tinkert le rassura quant au .présent, mais il s'alTola à TiJée 
d'aller plus loin. 

M. L. Gentil décida alors de continuer son voyage sans lui, le laissant là avec lesùiics 
et, sous prétexte d aller en pèlerinage à la zaouîa Sidi Brahim ou Ali, située aux sources 
de l'Asif Tamarakht, il partit à pied avec le taleb de son hôte et deux hommes. 

Tout se passa sans incident dans cette excursion de plusieurs joui*s à travers la tribu 
et l'explorateur revint à Aïn-Tinkert, après avoir rempli jusqu'au bout le prograniiue 
qu'il s'était tracé. 

Au retour, le chikh le reçut très bien, de façon affectueuse. En le quittant, il lui Ht 
même promettre de revenir, et en signe d'amitié, il fit charger ses ânes de produits du 
pays. 

Dana le haut Atlas : entre Marrakech et Demnat. — Le dt»rnier voyage de M. L. Onlil à 
travers le haut Atlas se rapporte à la partie d«* e«'tte chaîne comprise entre les méridiens 
de Marrakech et de Dt'innat. Il eut alors la bonne fortum» de rencontrer .M. de Flutt«Mians 
la capitale marocaine et se rendit avec lui à Demnat. 

Il réduisit sa caravane à sa pins simph' expression; car il savait que les régions situées 
au sud du Demnat étaient parcourues par des bandes de pillards. Il partit ainsi avec trois 
hommes, sans bêtes de somme, sans autre bagage que des havresacs qui devaient con- 
tenir des vivres pour quelques Jours. Il lui temblail que de cette façon il se m et Irait à 
l'abri de tout danger. Ayant amené de Mogador son dévoué compagnon Moulai Ibrahim 
t?t un draoui, il prit encore à son service un autre draoui à Marrakech, et alîn de n«' pas 
se brûler ils s'engagèrent tous les quatre comme domestijjues dans l'escorte île .M. de 
Flotte. 

La f»remière partie du voyage de M. L. (ientil à travers l'Atlas sVffectua ass«*z facile- . 
ment, gclce à l'arlilice employé avec l'obligeante complicité de M. de Flotte. Ils quittèrent 
ensemble I)emnat et allèrent coucher cliezun chikh, à 20 kilomètres environs de la ville. 
Le lendemain matin, M. <le Flotte fit donner au voyageur, ]>ar son hôte, des recomman- 
dations i>our des chefs du sud, sous le prétexte qu'il l'envoyait en reggas (courrier à 
|>ied; porter une importante lettre au caïd lilaoui. 

C'est ainsi (jue les deux collaborateurs de M. de Segonzac se séparèrent, l'ne heure 
après, M. L. (ientil découvrait dans des schistes ardoisiers les premiers fossiles (grapto- 
lithes qui donneront l'Age de l'axe ancien de l'Atlas marocain. La structure de la chaîna 
est, jus(ju'à la plaine d'Ilaskoura, fort intéressante; il trouva encore sur le revers méri- 
dional du massif une belle faune carbonifère et une extension considérable de ces t«rr- 
rains primaires. 

Du col de Telouet, l'exploratcur atteignit Tikirt par un chemin très passager tracé le 
long de l'oued Marira. Il fut reçu avec empr»*ssement dans cette j^etite ville par un israé* 
lite auquel il était recommandé par un négociant de .Marrakech; mais le chikh du Mollah 
(ville juive informé de sa présene»? s'olTrit à lui donner l'hospitalité. II ne put refuser 



1 

à 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 235 

mal^é son désir d'éviter les chefs musulmans, mais cette circonstance très heureuse lui 
permit de continuer sa route. 

En effet, il venait d*étre trahi par un homme qui Favait suivi depuis Tclouet [col du 
(^laoui) et qui disait à tout le monde qu'il devait être roumi, puisquMl l'avait vu prendre 
des notes sur le chemin. 

Poussé par un sentiment des plus nobles, le chikh menaça le dénonciateur de la prison 
't déclara que Si Allah (c'était le nom qu'avait pris M. L. Gentil) était un musulman 
d'Alger qu'il avait le devoir de protéger. Il lui désigne même deux zellats qui doivent 
raccompagner plusieurs jours. Le chikh de Tikirt, qui ne se faisait aucune illusion sur 
la qualité du voyageur, l'invita même à déjeuner avec de nombreux musulmans parmi 
l'squels plusieurs chefs du Sud; il lui déclara qu'il connaissait la générosité et la bonté 
«l«s Français à l'égard des musulmans de l'Afrique du Nord et il exprima le désir de voir 
ia France établir l'ordre dans leur pays infesté de pillards, et entretenir des relations 
amicales avec eux. C'est ainsi que M. L. Gentil a pu voir le djebel Siroua complètement 
inexploré jusqu'ici et qui forme un massif de 3 000 mètres d'altitude remarqué de loin 
par plusieurs voyageurs. Son soubassement granitique supporte des vestiges assez bien 
•^unservés de volcans vraisemblablement tertiaires, rappelant, par leur aspect, certains 
paysages volcaniques d'Auvergne. 

k Tikirt, M. Gentil apprend que M. de Segonzac avait été fait prisonnier à Illir et que 
sa suite avait été renvoyée en pays makhzen. Ces renseignements se précisèrent et se 
complétèrent sur son chemin, mais il confondit le lieu de la capture de son chef avec la 
ville d'Illir dans le Tazeroualt où devait passer le chef de la mission. C'est ainsi qu'il 
sVsi approché sans s'en douter à une cinquantaine de kilomMres du lieu de la captivité 
Ju vaillant explorateur. 

Après le départ des zettats du chikh de Tikirt, le retoui* a été pénible. Dans les Ait 
Tameldou, les Tifnout et jusqu'à la plaine de Marrakech, les voyageurs souffrirent de la 
faim: car ils eurent beaucoup de peine à se faire donner une très maigre hospitalité. 

M. L. Gentil recoupa la haute chaîne au Tizi ou Tarrat, h 3 500 mètres environ, après 
avoir vu de très près le Tamjouit et observé les crêtes volcaniques pittoresques du haut 
Atlas. 

Il éprouva encore la satisfaction, avant d'arriver à Marrakech, de trouver auprès de la 
zanuia de Moulai Ibrahim une belle faune carbonifère. 

Conciusions. — Arrivé très fatigué à la capitale du Maroc, H prit un peu de repos; 
pui^i M. de Flotte l'accompagna jusqu'à Mogador en quatre étapes consécutives. 

Il rentra à Paris, après sept mois d'absence, très satisfait des résultats de ses voyages. 

Les explorations de M. L. (icntil dans le Sud marocain ont été, en effet, particulière* 
ment fructueuses. Il en a rapporté principalement 1 800 kilomètres d'itinéraires aux trois 
quarts nouveaux, une quinzaine de caisses de fossiles et de roches, plusieurs coupes 
complètes de la chaîne du haut Atlas et de nombreux documents géographiques. 

Le conférencier, en terminant, rend hommage aux mérites des voyageurs qui l'ont 
précédé et déclare qu'il s'estimera heureux s'il a pu ajouter seulement une pierre à l'édi- 
fice déjà considérable élevé par eux. Il n'oublie pas d'adresser un hommage reconnaissant 
aux Marocains qui lui ont permis d'accomplir ses voyages. 

Frédéric Lemoine. 



M. le baron de Guerne termine la s«'ance en complimentant M. Louis Gentil sur 
Timportance de ses constatations scientifitjues. Ses connaissances spéciales lui ont 
permis d'explorer utilement le Bled es Siba et de déterminer la structure du Haut Atlas. 

L'énergie dont il a fait preuve et les procédés humains qu'il n'a cessé d'employer avec 
le» indigènes qui l'accompagnaient lui ont permis d'éprouver la fidélité de ses guides, 
tout en laissant derrière lui une impression de justice qui profitera à notre pays. Rentré 



256 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

en France, il poursuit son œuvre et met en ordre toutes ses notes. Le livre qu'il vient de 
faire paraître à la librairie Masson et qu'il a déposé au début de la séance sur le bureau 
de la Société de Géographie en est un éloquent témoignage. Ce volume de près de 
400 pages, illustré de plus de 300 figures, a pour titre Explorations au M*iroc. Nous aurons 
l'occasion de revenir sur ce récit de voyage, instructif et attachant, que le distingué pro- 
fesseur de géologie fera suivre de travaux spéciaux, concourant ainsi à la diffusion de 
nos connaissances sur un pays vers lequel se dirigent les regards de l'Europe. 



Membres admis. 



MM. de Cabrol (Huges-Alfred-Roger) 
BussoN (Henri) 
Marcille (Paul-Henri). 



MM. Dr Laiiache (Jean-Antoine-Étienne). 
Massiot (Georges-Jules), 
de Bastard (le baron Pierre). 



Candidats présentés. 

M'*^*^ DUMONT, présentée par MM. Le Mvre de Vilers et le commandant Lenfant. 
MM. Valle Flor (comte de), présenté par MM. Almada Negreiros et le baron Hulot. 

La Banque de l'Afrique Occidentale (M. le Directeur de), présenté par MM. Le 

Myre de Vilers et le baron Hulot. 
NoGuès (R.), administrateur délégué de la HauteSangha, présenté par MM. Le M^e 

DE Vilers et le commandant Lenfant. 
Audiffred (Honoré), sénateur, présenté par MM. Le Myre de Vilers et le baron 

Hulot. 
de Bouillane de Lacoste (Henry), commandant d'infanterie, présenté par MM. le 

baron Hulot et Paul Mirabaud. 
Bastet (Adrien), ingénieur, présenté par MM. Le Myre de Vilers et le commandant 

Lenfant. 
Andriot (René), lieutenant au 4« régiment d'infanterie, présenté par MM. Marcel 

bunois et le baron Hulot. 



NÉCROLOGIE 

La Société a éprouvé de nombreuses pertes : 

M™« de Quatrefages de Bréau, veuve de notre regretté président; MM, van den Bossche; 
le lieutenant Thomas Tassin-Moncourt; Frédéric Mocatt; Francis Girod; F.- A. Guérard; 
Arthur Robert; Léon Sohier; Jules Despécher; le comte Arthur de Bizemont; Gustave 
Delahante; le baron Finot; Quesnel de la Rozières. 

Le Secrétaire Général de la Sociclc. 



Le gérant : P. Bouchez. 



Coalommiers. — Imp. Paul BRODARD. 



XIII. — N' 4. iS AvrU i906. 



Llle de San-Thomé 



Chargé en 1905 par M. Roume, gouverneur général de l'Afrique ocoiden- 
lale française, d'aller étudier les principales colonies de TOuest africain, spé- 
cialement au point de vue de la production agricole et aussi afin d'examiner 
ce qui a déjà été fait sur les hautes altitudes pour permettre aux colons 
européens de rétablir, sans rentrer en Europe, leur santé affaiblie par un long 
séjour sous le climat tropical, je devais nécessairement visiter l'île de San- 
Thomé, surnommée à juste titre la perle des colonies portugaises. 

Je séjournai dans cette merveilleuse lie du 14 août au 1*' octobre et 
grâce au concours extrêmement bienveillant de l'administration portugaise 
et des planteurs je pus employer ces six semaines à faire une étude fructueuse 
d'un pays qui n'est certainement pas connu en Europe comme il le mérite. 
Mes excursions me conduisirent dans l'ancien cratère de Lagôa Amelia, puis 
<iu sommet du Pic qu'aucun naturaliste à ma connaissane n'avait de nouveau 
gravi depuis la célèbre première ascension de Gustave Mann en 1862. J'eus 
la bonne fortune de rencontrer au-dessus de 1 000 mètres des séries de plantes 
caractéristiques s'étageant suivant l'altitude et parmi lesquelles plusieurs 
espèces avaient déjà été rencontrées sur le pic Glarence à Fernando-Po, sur 
le mont Cameroun, et jusqu'au Kilimandjaro et sur les monts volcaniques 
du Nyassaland. La dispersion de ces plantes alpestres en des points si éloignés 
disséminés à travers l'Afrique tropicale constitue un des problèmes de la 
géographie botanique les plus difficiles à résoudre. 

Si la géographie physique offre de beaux sujets de recherches, la géogra- 
phie économique de cette île présente aussi un grand intérêt. 

Dès le XV!* siècle, San-Thomé était déjà une des colonies les plus riches du 
monde pour la production de la canne à sucre. Aujourd'hui c'est le cacao qui 
est la grande ressource agricole du pays. Les deux petites iles qui constituent 
administralivement la province de San-Thomé el Principe se sont placées au 
premier rang des pays producteurs de cacao. En 1905, d'après Donald Harold 
Smith leur production a été de 23187 tonnes dépassant la république de 
rÉquateur (18268 tonnes) et l'île de la Trinité (1S863 tonnes). 

Pour me documenter sur les procédés de culture du cacaoyer, je visitai 
les principales grandes plantations {roças), en particulier celles qui sont 

La OéoGRAraiB. — T. XIII, 1006. 17 



1 



358 AUG. CHEVALIER. 

situées au nord-est de Tîle et qui ont été cultivées depuis plusieurs siècles 
en canne, puis plus tard en café et en dernier lieu en cacao. Je parcourus 
ensuite le sud-ouest et le sud de l'Ile, régions récemment défrichées ou encore 
couvertes parla forêt vierge, où les plus merveilleux sites : chaos de rochers, 
pics de basaltes, cascades mugissantes, végétaux parés de fleurs les plus 
éclatantes, se déroulent à chaque instant sous les yeux du voyageur enthou- 
siasmé. C'est au cours de ces excursions qu'ont été recueillis les documents 
qui ont permis de dresser la carte annexée à ce travail (fig. 69). 



Situation, étendue, population. — L'île portugaise de San-Thomé se trouve 
en plein océan Atlantique, à 15 jours de paquebot de Lisbonne, à 260 kilo- 
mètres de la côte du Gabon. La ligne équatoriale l'effleure au sud, bien qu'elle 
appartienne climatiquement à la zone tropicale australe : la saison sèche 
(gravana) s'y fait sentir en même temps que dans le sud du Congo et que 
dans l'Angola. 

Sa superflcie est d'environ \ 000 k*, c'est-à-dire le double du départe- 
ment de la Seine ; sa longueur est de 50 kilomètres et sa largeur de 30 kilo- 
mètres. 

La population, évaluée à 38000 habitants, est répartie dans la cité de San- 
Thomé, capitale de l'île et dans sept villages, enfln dans les 200 ou 250 roeas 
ou plantations dispersées à travers l'île. Elle se subdivise en 2 500 Européens, 
H 000 à 12 000 noirs du pays {Fils de San-Thomé) fixés dans la ville et dans 
les villages, grossièrement convertis au catholicisme, peu travailleurs, 
propres surtout à faire de petits boutiquiers, 2 000 Angolares pêcheurs descen- 
dant de 200 esclaves échoués à la côte en 1540, établis le long du rivage au 
sud et sur la côte occidentale, environ 1 500 Crregorianos ou esclaves libérés 
en 1876 par le gouverneur Grégoire José Ribeiro, population désœuvrée, très 
peu intéressante; enfin on compte 18000 a 20000 individus introduits dans 
Tîle comme travailleurs {serviçaes). Ce sont en grande majorité des noirs pro- 
venant de l'Angola. On trouve, enfin, comme travailleurs engagés, quelques 
noirs des îles du Cap- Vert, des Ajudas du Dahomey des Krooboys de Libéria, 
des Cabindas du Congo, des Coolies de Macao, de plus, à la ville, quelques 
déportés ou soldats noirs, provenant de la Guinée portugaise, de la Casa- 
mance, du Sénégal, etc. 

L'île de Principe (ou île des Princes) qui dépend administrativement de la 
précédente et forme avec elle la Province de Sao-Thomée Principe, entre aussi 
pour une assez grande part dans la production du cacao. Elle est située à 
90 milles de la précédente, sa superficie est de 126 k^ au recensement 
de 1900, sa population était de 4 327 habitants dont 3 175 serviçaes. 



LILK DE SANTHOMÉ. 



259 



Géographie physique. — Peu de pays offrent un aspect aussi pittoresque 
que les deux iles de San-Thomé et de Principe. D*origine volcanique, elles 
font partie de cette chaîne éruptive qui s^étend à travers le golfe de Guinée 
depuis le pic du Cameroun jusque Tîle espagnole d'Annobon. 



CARTE AGRICOLE 
SAIT THOMK 

d'Sfris !•• éMutrt^M» pwbliM far la 
Im HiwAfwm «• «. Awa Cll«»«ll«p 




k'iO'Ot éÊ P»r,s 



FIO. 69. 

De quelque point de l'océan qu'on la considère, l'île de San-Thomé appa- 
raît comme un fantastique chaos de montagnes coupées de ravins, surmon- 
tées, sur leurs crêtes, de quelques pics qui surgissent brutalement et vont noyer 
leurs cimes dans une auréole de brouillard très épais qui ne se dissipe presque 
jamais. Toute celle île, d'une nature prodigieusement tourmentée, est drapée 



260 AUG. CHEVALIER. 

dans la merveilleuse végétation équatorîale. Toutefois cette parure végétale 
est aujourd'hui en grande partie artificielle; ce qui du rivage donne Tillusion 
d'une vaste forêt recouvrant toute File, n'est souvent qu'une suite ininter- 
rompue d'arbres fruitiers cultivés ou d'essences forestières diverses intelli- 
gemment ménagées au moment du défrichement et abritant sous leur 
ombrage protecteur des millions de cacaoyers et de bananiers. 

Ce que l'on est tenté de prendre au premier abord pour une forêt sauvage 
est un grand jardin tropical, d'une richesse incomparable, admirablement tenu, 
où l'on a groupé dans un décor peut-être unique au monde, presque tout ce 
que le règne végétal contient de représentants dont l'homme puisse tirer 
parti. 

Telle est l'impression définitive qui se grave peu à peu dans le souvenir 
du voyageur qui pénètre dans Tîle, quelle que soit la région où il s'aventure. 
Son admiration se Irouve encore accrue à la pensée du labeur qu'il a fallu 
déployer, pour arriver à substituer à la forêl primitive recouvrant un terrain 
extrêmement accidenté des plantations aussi méthodiquement entretenues. 

Nul pays ne semble au premier abord plus impropre à l'agriculture. 

Les vallons abrupts, les éboulis de roches qui entant d'endroits recouvrent 
la terre végétale, tout cela a été peu à peu aménagé. Les pierres ont été reti- 
rées du sol et entassées le long des chemins, les géants de la forêt ont été 
abattus, les torrents souvent endigués. Sur les flancs dressés de certaines 
vallées, faisant parfois à peine 30 degrés avec la verticale, et qui semblaient 
pour toujours inaccessibles à l'homme, le cacaoyer prospère aujourd'hui. Les 
Portugais ont réalisé des prodiges d'efibrts et d'ingéniosité pour cultiver des 
terrains aussi escarpés, aussi encombrés d'éboulis de pierres. On se demande 
ce qu'il faut le plus admirer ou de la fécondité de ce sol où la terre végétale 
est pourtant plutôt rare ou du travail patient qui a été nécessaire pour 
vaincre cette nature sauvage. 

Aujourd'hui, environ la moitié de l'île de San-Thomé est en culture. Un 
quart restant dans le centre de l'île encore occupé par les forêts {obos ou florestas) 
peut encore être mis en plantations, mais le dernier quart, formé par les 
marais et les dunes du littoral (surtout dans le nord et le nord-est de l'île) 
par les pics stériles presque inaccessibles de l'intérieur ou par des escarpe- 
ments de basalte affleurant souvent au-dessus du sol, ne pourra jamais être 
mis en valeur. 

Une des particularités qui ont le plus favorisé la colonisation à San-Thomé 
est l'abondance des cours d'eau. Il y a peu de pays aussi riches en eau cou- 
rante. Un dicton populaire attribue à l'île autant de rivières qu'il y a de jours 
dans l'année. 

Ce sont dans la partie haute de leur cours des torrents tumultueux, 
se précipitant de la montagne en roulant sur d'énormes blocs de lave et de 



L'ILE DE SAN-THOMË. 261 

basalte eocore à peine arrondis ; ils tombent enfin de cascade en cascade avec 
des mugissements qui s'entendent au loin. 

La nature offre la des réserves d'énergie mécanique, de houille blanche, 
presque inépuisables. Déjà dans de nombreuses plantations ces chutes sont 
utilisées comme force motrice. A la roça de Bôa-Entrada on a installé la 
lumière électrique grftce à une de ces cascades. 

Quelques rivières parvenues dans la plaine y coulent silencieusement 
avant d aller tomber à la mer. Dans la partie nord-est de Tile on utilise ces 
rivières pour faire de Tirrigation. Là le sol va en s'inclinant assez doucement 
vers la mer. 

Au contraire, sur la ccHe ouest, des falaises de basalte toutes déchiquetées 
se dressent comme de hautes murailles jusqu'à 100 ou 150 mètres au-dessus 
du niveau de la mer. Par endroits, un torrent franchit ces falaises et sa nappe 
s'élance en une cascade dont la blanche écume se mêle en chantant aux eaux 
bleues de l'océan. 

Il est impossible de dire tout ce qu'a de grandiose un tel spectacle ! 



Voyage au Pic de San-Thomé. — Après quelques jours passés à la capitale, 
localité insalubre et peu intéressante, j'allai me fixer à la roça de Bôa-Entrada 
où j'avais été invité par le propriétaire, M. Henrique Monteiro de Mendonça 
et où j'ai reçu la plus aimable hospitalité. 

Le 29 août, ayant épuisé tous les sujets d'études que je pouvais faire dans 
la plaine, je résolus d'entreprendre l'ascension de la montagne, attiré surtout 
par l'espoir d'y découvrir des plantes nouvelles. 

J'allai coucher la première nuit à Monte-Café (700 m. d'altitude), chef- 
lieu de la plus vaste propriété de l'île, qui doit son nom aux innombrables 
caféiers qu'on y cultive. 

Le lendemain, de grand matin une marche d'une heure et demie à cheval 
me conduisit à la succursale de San-Pedro. 

Cette localité, située à environ 1 150 mètres d'altitude, est l'une des dépen- 
dances de roça, les plus élevées qui existent dans l'île de San-Thomé. Elle 
fait partie de la plantation de Monte-Café.. Une centaine d'indigènes y vivent, 
dirigés par un Européen. Cette localité est très saine. Je n*y ai point observé 
de moustiques pendant les trois jours que j'y ai passés après l'ascension du 
pic; les fièvres paludéennes y sont, parait-il, inconnues. En beaucoup d'en- 
droits, de 1 100 mètres à 1 200 mètres, les plantes cultivées ont remplacé 
la végétation forestière. Il existe de grandes cultures de caféiers d'Arabie 
et d'arbres à quinquina. Les bananiers y viennent aussi en abondance ; les 
légumes d'Europe : fèves, choux, navets, pois chiches y réussissent aussi 



262 AUG. CHEVALIER. 

bien qu'au Portugal. Parmi les arbres fruitiers, nous notons Tabondance de 
l'avocatier, du néflier du Japon {Eriobotrya japonica)^ de l'oranger, du manda- 
rinier. L'avocatier et VErioboirya y sont absolument naturalisées et s y repro- 
duisent sans l'intervention de l'homme. 

Le terrain est des plus accidentés et forme un véritable chaos de vallons 
pittoresques, d'éboulis, le tout couvert d'une forêt puissante là où elle n'a 
pas été abattue. Un brouillard épais et froid qui le soir se résout en une 
pluie fine et que le soleil parvient difficilement à percer enveloppe presque 
constamment toute la région, et il est rare qu'on puisse apercevoir le paysage 
au delà d'un rayon de 50 à 100 mètres. Parfois, cependant, les cimes sont 
inondées de lumière, alors que des nuages épais remplissent les vallées et 
forment comme une auréole de vapeur autour des pitons. Après le coucher du 
soleil une buée épaisse s'étend sur tout le pays. La température s'élève rare- 
ment au-dessus de 20\ Le 30 août, j'ai constaté, de neuf heures du matin à 
quatre heures du soir, 18° centigrades; à cinq heures du soir, 17"; à six 
heures, 16°; à sept heures, 18°; de neuf heures à minuit, 14°. Elle est de 
5 à 6° inférieure à la température de Boa Entrada à la même époque. 

Dans la flore on constate quelques particularités intéressantes. Nous avons 
noté surtout une grande abondance de fougères, de mousses et de lichens, 
tapissant le sol et les troncs d'arbres, à l'opposé de ce qui existe dans la région 
sèche du continent africain, au Soudan, par exemple, où ces cryptogames sont 
très rares. h'Usnea barbala, un lichen de nos pays, forme dans la montagne de 
San-Thomé de longues draperies lesquelles pendent, comme une chevelure, 
parfois longues de plus d'un mètre, de toutes les branches d*arbres, couvertes 
également d'autres lichens, de mousses et même de bégonias et de mélasto- 
macées. Les cryptogames des troncs donnent un air vieillot aux arbres dont 
les feuilles sont elles-mêmes tapissées souvent de champignons, d'hépatiques, 
d'algues, de lichens. Par contre, ces arbres sont ordinairement dépourvus de 
loranthacées parasites ou d'orchidées épiphytcs. Presque toutes les orchidées 
observées sont terrestres. Les arbres spontanés forment des forêts épaisses, 
sans végétation de sous-bois. Les troncs s'élèvent habituellement à 20 ou 
30 mètres de hauteur. Les vieux arbres ou les troncs à demi décomposés sont 
couverts d'une végétation abondante : fougères, bégonias, Peperomia^ etc. 

Une marche d'environ une heure un quart à cheval me conduisit à Lagôa 
Amélia. Les Portugais donnent ce nom à un ancien cratère auprès duquel 
on passe pour se rendre de San-Pedro au sommet du pic de San-Thomé. Son 
altitude est d'environ 1 4S0 mètres (observation prise sur le rebord supérieur 
du cratère). Après être descendu au-dessous de 1100 mètres, en quittant San- 
Pedro, on s'élève ensuite progressivement par un sentier qui serpente d'abord 
dans la plantation de quinquinas et de caféiers, puis on pénètre sous la voûte 
d'une grande forêt très imposante. Les arbres ont des troncs hauts d'environ 



L'ILE DB 6AN-TH0MÉ. 263 

30 mètres avant les premières branches, mais leur diamètre est presque tou- 
jours faible. Il sont très rapprochés et forment un couvert épais sous lequel 
ne pénètrent jamais les rayons du soleil. Les lianes et les palmiers font tota- 
lement défaut à cette altitude. Les grandes fougères {Cyaihea et Maraitia) 
apparaissent seulement vers Taltitude de 4 000 mètres. Plusieurs espèces de 
fougères du groupe des hyménophyllées recouvrent les troncs d'arbres. Les 
ronces {Rubus pintialus Willd) font leur apparition à laltitude de 1 200 mètres 
et par places forment de véritables fourrés impénétrables. 

Quelques indigènes de Monte-Café vivent dans des cases, sur Tun des bords 
du cratère. Une végétation intense tapisse cette bordure, mais aux plantes 
spontanées se mêlent un grand nombre de pieds de quinquinas qui ont été 
plantés il y a une vingtaine d années et qui sont aujourd'hui de grands arbres. 
Tout au fond, la cuvette du volcan forme une aire circulaire de 150 mètres 
environ de diamètre. Il n'existe au fond ni nappe d'eau ni végétation fores- 
tière, et le gazon, vu du sommet, paraît entièrement ras. 

La descente à l'intérieur de la cuvette est très difGcile car il faut se frayer 
un sentier à coups de machète au milieu des buissons d'arbres divers enlacés 
de plantes grimpantes : Micania scandenSy clématites, cucurbitacécs. L'alti- 
tude du fond de la cuvette est de 1 385 mètres. Sur la bordure on rencontre de 
nombreux pieds d'une fougère arborescente aux gigantesques frondaisons 
appartenant au genre Cyathea, Quelques troncs de cette fougère ont jusqu'à 
5 mètres de hauteur. La végétation rappelle, comme aspect, celle de nos tour- 
bières, mais les Sphagnum manquent complètement et sont remplacés par 
d'autres genres de mousses. 

Après avoir fait une cinquantaine de pas, je m'aperçois que l'eau vient 
affleurer sous la pression des pieds, et il ne serait pas prudent d'avancer plus 
loin. On sent qu'il existe au-dessous d'une mince couche de terre végétale 
supportant la mousse une nappe liquide. En remontant du fond de la cuvette, 
je constate, du haut de la crête, que celle-ci est presque verticale par place vers 
le dehors du cratère, tandis que la pente est relativement douce vers Tinté- 
rieur. La pente descend aussi beaucoup plus bas & l'extérieur qu*à l'intérieur. 

C'est là que j'ai vu pour la première fois des pieds en fleurs du Bégonia 
baccala Hook f . , merveilleuse plante arborescente s'élevan t jusqu'à 3 ou 4 mètres 
avec des feuilles longues de 1 mètre, et qui est spéciale à San-Thomé où vivent 
encore à l'état sauvage 5 ou 6 autres espèces de bégonias croissant sur les 
escarpements des rochers et des cataractes ou sur les troncs des vieux arbres. 

Le 30 août au soir je rentrai coucher à San-Pedro. Le 31 août, de grand 
matin, je quittai cette localité pour gravir le pic de San-Thomé. Je refis à pied 
l'excursion de la veille jusqu'à Lagoa Amelia. 

Le pic Cabombey est très visible du haut de la terrasse bordant le cratère 
et se trouve dans la direction S. 15° E. — Il est à ce moment enveloppé de 



264 AUG. CHEVALIER. 

nuages épais desquels émergent seulement quelques cimes. A neuf heures je 
quittai Lagôa Amelia accompagné seulement de trois indigènes. 

On descend du cratère en contournant en spirale la cheminée qui le sup- 
porte et on parvient à dix heures à la cote 1 310 d'où on aperçoit de vastes 
plantations de caféiers et de quinquinas dans la direction du sud, situées à 
quelques centaines de mètres en contre-bas; on s'avance ensuite vers l'ouest 
en suivant une arête large seulement de quelques décimètres et sur laquelle 
on se maintient en se cramponnant aux arbres dont les racines afQeurent à la 
surface du sol. A la cote i 450 on voit apparaître la Fougère mâle (Aspidium 
filix-mas), A onze heures on gravit le pic du Calvario, très boisé à sa base. 
Tous les troncs d'arbres sont couverts de mousses et de petites fougères grim- 
pantes ainsi que d'un petit Uiricularia vivant dans la mousse, gorgée d'eau 
comme une éponge. A onze heures vingt-cinq nous atteignons le sommet du 
pic Calvario, situé a 1 580 mètres d'altitude. Il est planté de nombreux quin- 
quinas. Des Rumex abyssiniens (oseille d'Abyssinie) sont naturalisés aux 
alentours. La descente de ce pic est très difflcile et parfois verticale. On 
l'effectue en s'accrochant aux troncs des arbres très moussus. Des abimes de 
plusieurs centaines de mètres de profondeur se dressent verticalement des deux 
côtés. D'ailleurs on ne peut en apercevoir complètement le fond, un brouil- 
lard intense s'étendant de toutes parts. A midi et demie on coupe un torrent 
à sec encaissé dans les basaltes dont les cassures donnent l'illusion de roches 
stratifiées relevées à la verticale. Vers midi trois quarts le terrain devient 
assez plat, ce n'est plus que par places qu'on longe l'abîme situé tantôt à 
droite et tantôt à gauche. A une heure un quart nous trouvons une cabane en 
bois où travaillent deux ouvriers indigènes. Cet abri a été construit il y a 
quelques années par un Français, M. Célestin Palanque, alors attaché à la 
plantation de Monte-Café. C'est la station Souza, dont l'altitude est de 
1 585 mètres. On y a planté quelques quinquinas et quelques bananiers. 
L'oseille d'Abyssinie est très abondante et naturalisée partout dans les lieux 
vagues. A 1 680 mètres d'altitude nous recontrons les premiers conifères 
(Podocarpus Mannii Hook f.). A ce moment, il est deux heures. Un brouillard 
épais ne me permet pas d'apercevoir mes compagnons à 10 mètres devant 
moi. A deux heures vingt-cinq nous arrivons au sommet d'un piton dont 
l'altitude est de 1 755 mètres et où existe la trace d'une ancienne cabane, puis 
on descend brusquement pour remonter ensuite. On retrouve des quinquinas 
plantés à la cote de 1 850 mètres jusqu'à la cote 1 925 mètres. A cet endroit 
il existe des tôles zinguées, vestiges d'une habitation établie là autrefois et où 
demeuraient quelques semaines chaque année les individus préposés à la 
plantation des quinquinas. Le brouillard s'est dissipé dans la direction du sud 
et les regards plongent dans un abîme profond de 500 à 600 mètres enveloppé 
de brouillard seulement à sa base. Le soleil rit au-dessus. 



L*1LE DE SAN-THOMË. 265 

Pour atteindre le sommet du pic à partir de Tesplanade d'où Ton domine 
Tabime, il faut monter presque verticalement en s^accrochant aux racines des 
arbres. La végétation est devenue beaucoup moins épaisse, les arbustes rabou- 
gris dominent. Les arbres hauts de 15 à 20 mètres sont tout à fait l'exception. 
A 1 930 mètres on rencontre une grande quantité de Podocarpus et de bruyères 
arborescentes (Ëricinella Mannii Hook f.). Les ronces et les bégonias ont dis- 
paru. En revanche, le sol est tapissé de plantes herbacées appartenant à des 
genres de la flore tempérée : Alchemilla ienuicaulis Hook f., Luzula campes- 
iris DC. var. Mannii Buch., Carex leptocladus C. B. Clarke, Lyeopodium cla- 
vaium L. — On suit une arête presque verticale. Les branches et les racines 
déterrées auxquelles on s'accroche sont couvertes d'un épais revêtement de. 
fougères, de mousses et de lichens. Enfîn, à quatre heures dix, nous attei- 
gnons le sommet du pic sur lequel s'observent de petits quinquinas plantés il 
y a quelques années. Un soleil radieux inonde de lumière toute la partie cul- 
minante de l'ile de San-Thomé, tandis que la base est entourée d'un brouillard 
épais qui ne permet pas de distinguer le rivage. Le baromètre altimétrique 
marque 2025 mètres. La vraie forêt a cessé vers 4 930 mètres, c'est-à-dire 
100 mètres avant d'arriver au sommet. Les pins de San-Thomé (Podocarpus 
Mannii Hook f.) dominent sur la partie culminante et s'élèvent seulement de 
5 à 8 mètres de hauteur. De leurs rameaux pendent de longues franges de 
mousses et de lichens. Le poids de ces cryptogames est souvent si grand que 
les branches mortes se brisent et tapissent le sol. Parfois certaines mousses 
forment sur les troncs de lourds coussins imbibés d'eau, plus gros que la tête; 
il s*y mêle 4 ou 5 espèces de fougères, desPeperomia, etc. Le gazon qui tapisse 
le sol est formé de Peperomia et d'un petit Panicum en fleurs ainsi qu'un petit 
liegonia. Le pic n'a pas la forme d'un mamelon, mais c'est une crête alignée 
d'O. 20^ S. à l'E. 20"" N. Toutefois la partie culminante a à peine 20 mètres 
carrés d'étendue et c'est sur ce piton que se trouvent les ruines d'une petite 
habitation indigène construite par les cultivateurs de quinquinas. 

Le spectacle qu'on aperçoit du sommet de ce piton est vraiment gran- 
diose. La tête du pic apparaît seule, tout inondée de soleil avec ses pauvres 
arbres chétifs, rabougris, tordus, dont les branches ploient sous le poids de 
cryptogames qu'elles supportent. Cent mètres plus bas, on ne distingue plus 
qu'une nue dense, blanche, floconneuse comme de l'ouate. Un seul pic fait 
saillir sa tète de ce nuage et la présente au soleil. C'est le pic de Maria-Pirès. 
J'ai séjourné sur le haut du pic de San-Thomé de quatre heures dix à quatre 
heures trente du soir. 

La descente s'effectue beaucoup plus facilement que la montée. A six heures 
du soir j'arrivais à la station Souza, où je passais la nuit enveloppé d'une épaisse 
couverture qui ne parvint pas cependant à me protéger contre le froid de la 
nuit. A cette altitude, les moustiques et les rats font complètement défaut. 



266 AUG. CHEVALIER. 

Le lendemain je quittai la station Souza à six heures du matin et arrivai 
à onze heures au cratère de Lagôa Amelia, rapportant de mon ascension une 
riche moisson de plantes. Une dizaine d'espèces végétales n'existent nulle part 
au monde en dehors des flancs du Pic. 



Constitution géologique. — Tous les terrains de San-Thoraé sont de prove- 
nance exclusivement éruptive : la contexture est formée de basaltes, de tra- 
chytes et de phonolites. Depuis longtemps l'activité des volcans est éteinte. A 
la roça Santa-Cruz, entre Boa-Entrada et Monte-Café, j'ai vu une fontaine 
débitant de l'eau sodée et de laquelle l'acide carbonique se dégage constam- 
ment à gros bouillons. C'est la dernière trace connue de l'activité volcanique. 
En dehors de l'entonnoir de Lagôa Amelia, on connaît & une altitude infé- 
rieure, une dizaine d'autres cuvettes qui semblent être aussi des restes de petits 
cratères. 

Dans le sud de File on observe quelques gigantesques monolithes de 
basalte, notamment le Grand et le Petit Chien, qui se dressent verticalement 
à plusieurs centaines de mètres de hauteur et accusent la puissance des cata- 
clysmes qui ont donné à l'île son relief tourmenté. 

J'ai rapporté de San-Thomé quelques spécimens minéralogiques. M. le pro- 
fesseur Lacroix qui en a fait l'étude, a bien voulu nous communiquer les ren- 
seignement suivants : 

« La plus grande partie des roches est de nature basaltique sous la forme 
habituelle des roches compactes provenant des coulées ou de filons et de sco- 
ries représentant soit des projections (tufs), soit des parties superficielles 
des coulées. 

€ Au point de vue minéralogique, rien d'intéressante vous signaler. Vous 
avez deux types : l'un, plus basique, est un basalte à olivine normal, l'autre 
un basalte sans olivine, ce que nous appelons une labradorite augitique. 

« A côté de ces basaltes se trouvent des phonolites feldspathiques assez 
analogues à celles du Mont-Dore. Elles ne présentent donc pas d'intérêt miné- 
ralogique spécial, mais leur présence à San-Thomé est un fait important 
et voici pourquoi. 

« J'ai fait remarquer, il y a quelques années {Nouvelles Archives du 
Muséum, 1902, p. 1S6), que le continent africain est entouré d'une ceinture 
de roches alcalines. Des recherches plus récentes en ont fait découvrir dans 
le centre africain. 

« En ce qui concerne l'Ouest africain on peut citer les Açores (trachytes à 
a?gyrines, les Canaries riches en types variés (phonolites, téphroïtes, néphé- 
linites, essexites, etc.), les îles du cap Vert (syénites néphéliniques, phono- 



LiLE DE SAN-THOIIÉ. 207 

Htes, leucitites, etc.)* les iles de Los (syénites néphéliniques) sans compter des 
gisements analogues sur le continent, le volcan d'Étinde (Cameroun), Sainte- 
Hélène (phonolite). M. Prior, qui est revenu sur celte idée, a cité en outre 
Tîle de TAscension {Minerai. Magaz., 1902, p. 260). Dans cette série, les pho- 
nolites sont généralement associées à des basaltes. 

< Les roches recueillies permettent d'ajouter un anneau à cette chaîne et 
c'est en cela qu*elles sont intéressantes. » 



Climat, — Le climat de San-Thomé est nettement insulaire, il est doux, 
assez humide, la température ne varie guère toute Tannée. Toutefois, 
malgré son exiguïté, Tile offre trois régions, différant assez considérablement 
sous ce rapport. 

1"* Dans le nord et le nord-est de Tile, la saison sèche est de longue durée. 
En hivernage il est rare que Teau tombe plusieurs jours sans arrêt. C'est dans 
cette zone que sont situés la ville de San-Thomé, la roça de Bôa-Entrada et 
une partie des propriétés du comte de Valle-Flor. . 

Il tombe environ 1 mètre d'eau par an à la ville de San-Thomé, et cette 
quantité serait insuffisante pour la culture du cacaoyer si on n'irriguait pas. 
Nous avons vu, en effet, de nombreux arbres morts aux environs de la ville i 
la suite de la sécheresse prolongée du mois de juillet. Les cacaoyers bien 
ombragés seuls résistent. La quantité de p]uie tombée se répartirait ainsi 
d'après des observations météorologiques que nous avons sous les yeux. 

Observations faites à la ville de San Thomé : 

Janvier. Février. Mars. Avril. Mai. Juia. 

4^(;inDD IQgmin iSS"*'" 149™03 111""™ 22"*'" 

Juillet. Août. Septembre. Octobre. Novembre. Décembre. 

0~™,55 0,8™"™ ia""» 12 V""» 160™'" 6i" 
Total aniiu(»l = l m. 014. 



imn 



Comme on le voit, la saison des pluies va d'octobre à la fin de mai, la 
la saison sèche de la fin de mai a la fin de septembre, mais il y a une très 
grande accalmie en décembre et janvier. 

Même en saison sèche, le ciel est souvent couvert toute la journée, ce qui 
protège les cacaoyers qui, comme on le sait, ont beaucoup à souffrir lorsqu'ils 
restent longtemps plongés dans un air sec très éclairé. 

Les Portugais nomment gravana la saison sèche qui va de mai à sep- 
tembre. Le vent tourne au nord, et, ne passant pas sur la masse d'eau de 
Tocéan, apporte un air plus sec. C'est surtout pendant cette saison que le 
cacaoyer fleurit et développe ses fruits, mais la sécheresse en fait tomber une 
grande quantité. 



268 ÂUG. CHEVALIER. 

Dans celte partie de l*!le, on observe des sauts de température plus 
brusques que vers la pointe sud. La température moyenne de cinq, années 
consécutives au niveau de la mer a été de 25,2. 

2'' La région sud et sud-ouest de San-Thomé est beaucoup plus humide. 
A Port-Allègre, situé à la poipte sud de Tîle, et à Ttle de Rolas, située sous 
rÉquateur et séparée par un faible détroit de Port-Allègre, il pleut pendant 
tous les mois de Tannée. Nous ne pensons pas que la quantité d*eau qui 
tombe annuellement soit inférieure à 3 mètres. 

Sur la côte ouest et notamment à San-Miguel, il pleut un peu moins; 
cependant la saison humide s'étend de la fln d*aoûtau 15 juin. 

A la roça de Saint-Jean-des-Angolares située au nord-ouest du pic 
Cabombey, Teau tombe parfois pendant 15 jours consécutifs. 

Il paraît que Tabatage des forêts qui s'opère dans cette partie de Tile a 
pour conséquence de faire diminuer, d'année en année, la quantité d'eau 
tombée. 

3° La région dos hautes altitudes possède un climat également très spécial. 

Au centre de Tile, le terrain va progressivement en s'élevant jusqu'au 
sommet du Pic dont l'altitude est d'environ 2 025 mètres ^ A cette altitude 
existe une température très humide et très douce, qui ne descend jamais au- 
dessous de zéro et s'élève rarement au-dessus de 15^. Là vivent des plantes 
de genres appartenant à la flore d'Europe. De 1 200 à 2 000 mètres les flancs 
de la montagne sont ordinairement environnés d'un brouillard épais, qui se 
condense pendant la nuit et parfois pendant le jour. 

A 1 200 mètres on est dans la zone de prédilection des Cinchona (arbres 
à quinquina). A cette altitude, le brouillard remplit presque constamment le 
fond des vallées, souvent il se fait une condensation abondante sous forme 
d'une pluie flne. Dans cette zone la température se maintient encore presque 
toujours au-dessous de 20"*. 

A la dépendance de San-Pedro (altitude, 1 150 mètres) nous avons observé, 
le 20 août 1905, les températures suivantes : de neuf heures du matin à 
quatre heures du soir 18**, à cinq heures du soir 17°, à six heures IG"", à sept 
heures 15**, à neuf heures du soir 14*^. 

Le cacaoyer peut difflcilement se cultiver au delà de 700 mètres. C'est à 
cette altitude que sont situées les habitations de la grande plantation de Monte- 
Café, qu'une distance de trois heures de voyage à mule sépare de la plan- 
tation de Boa-Entrada. Cependant le climat des deux plantations est totale- 
ment diflerent. 

Dès le mois d'août il tombe de l'eau à Monte-Café. D'après Masui (se 

1. Mes observations sur le sommet du Pic ont été faites au baromètre anéroïde compensé, 
vérifié au bord de la mer avant l'ascension et après. Malgré les causes d'erreur inévitables, nous 
pouvons artirmcr que le pic a une altitude inférieure de plus de 100 mètres au chiffre de 
2142 mètres donné par les cartes portugaises et les livres classiques. 



L'ILE DE SAN-THOMË. 269 

basant probablement sur les observations de Spingler), la quantité d eau qui 
tombe annuellement à Monte-Café varie de 1 m. 80 à 4 mètres. 

D*autre part, on nous a communiqué la feuille météorologique suivante : 

Quantité des pluies tombées à Monte-Café (ait. 700 mètres). 



Janvier. 


Février. 


Mars. 


Avril. 




Mai. 


Juin. 


|04»»«» 


20™« 


3-;7nim 


405"™ 




481"»"» 


69"»" 


Juillet. 


Aoàt. 


Septembre. 


Octobre. 




Novembre. 


Décembre. 


gO>nm 


49min 


2a3'»n> 

Total annuel 


481»» 
= 2m. 


784. 


312™» 


138»"» 



En une seule journée, on a vu en décembre tomber 108 millimètres d'eau. 
Quant à la température, elle est déjà trop basse pour que le cacaoyer puisse 
prospérer. La température moyenne annuelle serait de 22". Les températures les 
plus basses s'observent en mai et juin, pendant la période de repos du cacaoyer. 

Au commencement de septembre, elle oscillait entre 18° et 21". De nom- 
breuses averses étaient survenues à Monte-Café, alors qu'il n'était pas encore 
tombé d'eau à Boa-Entrada. 

De plus, presque tous les soirs, il y a une condensation abondante et une 
pluie fine commence à tomber environ une heure avant le coucher du soleil. 
Enfin les vents, si néfastes à la végétation du cacaoyer, sont plus vifs à cette 
altitude, c'est pourquoi l'arbre précieux ne réussit que s'il est très bien 
abrité. 

Notons en passant que les cyclones, si désastreux pour l'agriculture tropi- 
cale en certaines contrées du globe, sont presque inconnus dans les îles du 
golfe de Guinée. 



Histoire de Cagriculture. — L'île de San-Thomé fut découverte par les 
navigateurs portugais Joào Pedro de Santarem et Pedro d'Escobar, le 
21 décembre 1470, jour de la Saint-Thomas'. Elle n'avait pas d'habitants. 

Elle fut presque aussitôt attribuée par fiefs (donations) à des gentilshommes 
de la maison royale de Portugal. En 1493, une partie passa à Alvaro de 
Caminha, qui fut le promoteur de la colonisation méthodique faite par des 
esclaves amenés du continent africain. En 1522, le système des donations fut 
aboli et des planteurs venus de Madère répandirent à partir de cette époque 
la culture de la canne à sucre, mais ce furent surtout, dit-on, des israélites 
expulsés du Portugal par un décret du roi Dom Jean II, qui se livrèrent avec 
la plus grande activité à cette culture. San-Thomé connut alors une prospérité 

I. D'après Villaut, Tlle aurait déjà été visitée par les Portugais dès le xv* siècle |>ar consé- 
quent cinquante ou soixante ans avant le voyage de Pedro d'Escobar, cl si Ton s'en rapporte au 
royale dun Pilote écrit en 1536, la découverte aurait eu lieu entre 1440 et 1456. (Cf. Binger, 
Considérations sur la priorité des découvertes maritimes sur la côte occidentale d'Afrique au 
XIV» et au XV* siècle, Bull, Comité Afrique franc., 4900.) 



270 AUG. CHEVALIER. 

qui n*a de comparable que celle qu*elle a retrouvée dans ces dernières années. 
« Vers le milieu du xvi* siècle, écrit Almada Negreiros, on comptait déjà 
dans nie plus de 80 moulins à sucre et une population de 50000 âmes. » De 
cette époque de prospérité datent une partie des vieux monuments et notam- 
ment les églises en ruines dispersées autour de la baie d^Anna Chaves. 

L'invasion des Hollandais, les pillages des corsaires français et anglais 
portèrent, dès le commencement du xvn* siècle, un coup terrible aux entre- 
prises agricoles. Les colons portugais émigrèrent alors vers le Brésil, en 
laissant leurs propriétés à l'abandon « et l'île livrée alors à une population 
d'esclaves et de déportés, tomba dans la plus effroyable anarchie ». 

11 n'y a pas plus d'un siècle qu'elle a commencé à se relever et ce nouvel 
essor a été beaucoup plus lent que le premier. 

En 1795, les premiers pieds de caféiers apportés, paratt-il, de la haute 
Ethiopie, sont plantés dans l'île. Peu à peu leur culture va s'étendre en 
môme temps que diminuent les plantations de canne à sucre. Vers 1870, la 
culture du caféier a atteint son apogée à San-Thomé. Quatre plantations : 
Agua-Izé, Monte-Café, Bella-Vista et Rio-de-Ouro en produisaient alors à elles 
seules, d'après le D' Ferreiro Ribeiro, 1 689183 kilogr. — Jusqu'en 1890, la 
quantité de café exporté de San-Thomé a dépassé la quantité de cacao de 
même provenance. 

C'est en 1822 que des plants de cacaoyers furent apportés à San-Thomé 
provenant de l'île Principe, qui les avait vraisemblablement reçus d'Espa- 
gnols établis à Fernando-Pô. Leur culture n'attira guère l'attention au début. 
En 1869, l'île n'exportait encore que 50 tonnes de cacao par an. C'est seule- 
ment dans le dernier quart du xix* siècle que le commerce de ce produit a 
pris rimportance que l'on sait, à la suite de l'intelligente initiative de quelques 
planteurs audacieux, comme le baron d'Agua-Izé, son fils le commendador 
vicomte de Malanza, le D' Sampaïo, le comte de Valle-Flor, M. Henrique Mon- 
teiro de Mendonça, etc. Ce sont, en effet, des initiatives privées qui ont créé le 
grand mouvement auquel la colonie portugaise doit ôa prospérité actuelle. 

Depuis lors, quelques timides tentatives ont été faites, pour doter San- 
Thomé d'autres cultures riches. 

Le quinquina a été introduit en 1864 par la direction du jardin botanique de 
l'université de Coïmbre. C'est une culture complètement négligée aujourd'hui. 

Ce n'est que depuis peu de temps qu'on s'occupe de la culture des plantes 
à caoutchouc et dans aucune plantation on n'est pas encore sorti de la période 
des essais. 

Le cocotier {Cocos nucifera L.), introduit depuis des siècles à San-Thomé, 
existe sur tout le pourtour de l'île, mais en quantité restreinte et ne donne 
lieu qu'à un commerce minime. 

La vanille qui aurait été introduite à San-Thomé en 1880, n'est guère 



L'ILE DE SAN-THOMÉ. 27t 

cultivée que pour les besoins de File, bien qu'elle réussisse parfaitement. 
Les noix de kola de San-Thomé sont fournies par une variété du groupe 
Cola Ballayi M. Cornu, spéciale à Tile et probablement spontanée. 



Réparation des cultures par zones. — Il n'est pas possible de faire 
n'importe quelle culture dans toutes les parties de San-Thomé. Certaines 
espèces ne réussissent que dans des circonscriptions déterminées qui sont, 
avant tout, sous la dépendance de l'altitude. 

La plante qui s'élève le moins haut est le palmier à huile [Elœis guineensis). 
Il est surtout très abondant depuis le niveau de la mer jusqu'à 250 mètres; à 
partir de 400 mètres il devient rare. 

Le cacaoyer monte jusqu'à 700 mètres. Il est principalement bien déve- 
loppé entre 150 et 400 mètres. Cependant nous avons vu parfois de superbes 
plantations presque au niveau de la mer. 

La canne à sucre se cultive surtout dans les emplacements plats et frais 
et aux basses altitudes. Cette culture qui tend à disparaître, se pratique encore 
actuellement aux roças de Plateau-Café, Pinera, Monte-Forte, Rio-de-Ouro. 

Le café de San-Thomé est presque exclusivement fourni par le Coffea 
arabica. Cette espèce existe depuis le niveau de la mer jusqu'à i 400 mètres 
d'altitude. Même dans les régions basses elle vient bien, mais semble produire 
un peu moins. Ce n'est que de 700 à 1 200 mètres que le caféier d'Arabie est 
cultivé en grand, à l'exclusion de toute autre plante de rapport. On le ren- 
contre principalement dans les roças de Monte-Café, Rio-de-Ouro, Agua-Izé, 
Nova-Moka. 

Le Coffea liberica s'accommode surtout des altitudes comprises entre le 
niveau de la mer et 500 mètres. On le cultive très peu et exclusivement à 
titre d'essai. D'ailleurs, on apprécie peu son gros grain, qui ne saurait être 
mélangé avec le grain On de l'espèce précédente. A l'altitude de Monte-Café 
(700 m.) il rit péniblement et ne rapporte plus. 

Au-dessus de la zone propice au caféier d'Arabie, c'est-à-dire dans la zone 
subalpestre de l'Afrique tropicale, on cultive encore, soit en forêt, soit sur 
des emplacements défrichés, les arbres à quinquina, introduits en i864. On 
donne la préférence dans les dépendances de Monte-Café aux Cinchona succi- 
rubra et C. Calisaya; on a aussi introduit les C. Ledgeriana. 

Malgré la qualité du produit, la culture de ces espèces ne rapportant 
plus aujourd'hui, est très négligée et on abat les arbres seulement quand les 
cours du quinquina s'élèvent subitement en Europe. On exporte en moyenne 
pour 100000 à 150000 francs d'écorce par an, provenant surtout des dépen- 
dances de Monte-Café et de Rio-de-Ouro. 



272 AUG. CHEVALIER. 

A 700 mètres, le muscadier, le cannellier et la vanille viennent encore 
très bien à côté d'arbustes des pays tempérés ou subtropicaux, tels que le 
buis, le dahlia, des thuyas, des Rhododendron, des lierres, le thé de Chine, 
le Camelliay des Hortensia^ des pommiers, le néflier du Japon [Eriobotrya 
japonica), très abondant et très productif de 600 à 1 300 mètres. Le bananier, 
surtout le bananier-cochon ou plantain (Musa paradisiaca) est beaucoup plus 
vigoureux de 400 à 1 400 mètres que dans les régions basses. L'avocatier 
{Pei'sea gratissima), très commun de 700 à 1 400 mètres, se natuiralise facile- 
ment à ces hautes altitudes. Au contraire, les goyaviers (Psidium), devenus 
gênants dans les plaines basses par la facilité avec laquelle ils se sèment 
d'eux-mêmes, ne réussissent plus au-dessus de 800 mètres. 

Les légumes d'Europe se cultivent dans d'excellentes conditions de 1 000 à 
1 400 mètres (San-Pedro et Lagôa Amelia). Là ils demandent beaucoup moins 
de soins qu'au niveau de la mer : pas d'abris, pas d'arrosages. On les sème 
ordinairement à n'importe quelle époque de l'année. Des plantes alimentaires 
de nos pays, la pomme de teire est la plus cultivée. 

Chose aussi tout à fait inattendue, on observe au milieu de ces plantes 
potagères de haute altitude, leur faisant pour ainsi dire cortège, une grande 
partie des mauvaises herbes de nos potagers d'Europe : le mouron des oiseaux 
[Stellaria média), le laiteron (Sonchus oleraceus), la morelle (*Sio/anMtii nigrum)\ 
le plantain (Plantago sp.). 

Nous n'avons pas rencontré de vigne cultivée sur ces hauteurs et on nous a 
assuré qu'elle ne pouvait y vivre, sans doute à cause de l'atmosphère presque 
constamment humide et brumeuse. Quelques ceps se rencontrent, au contraire, 
dans les jardins des roças, depuis le niveau de la mer jusqu'à 500 mètres, mais 
ils donnent peu de raisin. L'olivier ne se rencontre nulle part. Enfin, le 
pommier vit bien de 700 à 1 400 mètres. La variété cultivée proviendrait 
des îles du Cap- Vert, où des pommiers existent en quantité dans certaines 
parties. Quelques cerisiers et quelques pêchers donnant des fruits se ren- 
contrent encore dans cette zone. 

Nous pourrions aussi nous étendre sur les nombreuses espèces et variétés 
d'arbres fruitiers tropicaux, qui vivent dans toutes les plantations, jusqu'à 
l'altitude de 600 mètres, mais nous croyons avoir montré la variété presque 
infinie de cultures qu'il est possible de faire à San-Thomé. 



Situation économique et conclusions. — Nul pays tropical au monde ne 
possède pour une aussi petite superficie un état de prospérité comparable à 
celui qu'atteint aujourd'hui la province de San-Thomé. 

En 1857-58, son budget n'était que de 147 538 francs. En 1869 on ne 



LILE DE SAN-THOMË. 213 

comptait encore que 64 possesseurs de roças et les deux îles n^exportaient 
à cette époque que 222 870 kilogrammes de cacao, dont 80 tonnes à peine 
pour rtle de San-Thomé. En 1904, Timpôt et tous les droits ont rapporté au 
gouvernement portugais dans la province de San-Thomé et Principe, environ 
2500000 francs. La douane à elle seule a produit 2174152 francs, dont 
679 088 francs pour les importations et 1 495 064 francs pour les exporta- 
tions. Le commerce général a été de 12 031 885 francs pour les importations 
et de 33084 123 francs pour les exportations. 

Le cacao et le café sont les deux grands produits de Tagriculture. Les autres 
productions ne donnent lieu qu'à un commerce insignifiant. En 1904, l'expor- 
tation de cacao des deux lies a été de 21 236 tonnes estimées 31 342 935 francs; 
Texportation de café a été de 1 762 tonnes estimées 1 391 649 francs. 

La situation de San-Thomé semble donc très brillante. 

L'optimisme qu'on peut concevoir à son sujet est encore accru par la consi- 
dération suivante : en plus de 30 000 hectares de cacaoyères actuellement en 
rapport et dont la production peut encore être augmentée, il existe près de 
5 000 hectares de jeunes plantations qui ne rapportent pas encore. En outre 
environ 25 000 hectares de terrains vierges peuvent encore être défrichés et 
plantés en caféiers et cacaoyers dans la seule île de San-Thomé. 

Il n'est donc pas exagéré de dire que la production de cacao des deux Iles 
San-Thomé et Principe, peut encore doubler en quelques années, à moins que 
les insectes nuisibles et les maladies cryptogamiques ne viennent tout à coup 
entraver la culture. Certaines roças, comme celles de Rio-de-Ouro, Agua-Izé, 
Uba-Buda, Monte-Café, produisent chacune plus de 1 000 tonnes de cacao par 
an et sont en train d'accroître considérablement leur production. Une plan- 
tation d*étendue inférieure à 1 000 hectares, Boa-Entrada, rapporte plus de 
400 000 francs net par an. 

Cependant de gros soucis préoccupent aujourd'hui la plupart des plan- 
teurs. Leur inquiétude provient d'abord de l'avilissement des prix du cacao, 
survenu dans ces derniers temps. De nouvelles plantations de cacaoyers se 
font actuellement dans tous les pays chauds, aussi bien se demande-t-on si 
les cours se relèveront. 

La question du recrutement de la main-d'œuvre est un autre grave problème 
qui est loin d'être résolu. Les travailleurs sont enrôlés sur la côte d'Angola, 
à Benguella, Novo-Redondo et Loanda, par un procédé qui a été l'objet de 
vives attaques dans ces derniers temps. Les travailleurs demeurent indéfiniment 
à la plantation qui les a engagés; le nombre des femmes et des hommes est 
à peu près le même et presque tous se marient peu de temps après leur intro- 
duction; les naissances sont assez nombreuses, mais une mortalité infantile 
de plus de 80 p. 100 (Almada Negreiros) entrave le peuplement de l'Ile par les 
éléments travailleurs importés, de sorte qu'il faut renouveler constamment par 

La OéooaArHiE. — T. Xm, 1906 18 



274 AUG. CHEVALIER. 

de nouveaux apports, les vides causés par les décès s'élevant à près de 10 p. 100 
par an, en moyenne, sur les travailleurs adultes. 

Enfin, comme tous les pays riches, la province de San-Thomé produit beau- 
coup plus qu'elle ne consomme : les exportations sont triples des importations 
et c'est là vraisemblablement un danger pour l'avenir. Ajoutons que l'État lui- 
même ne dépense qu'une partie minime des revenus de l'impôt en améliora- 
tions. Il n'existe pas de grands travaux publics. La construction d'une voie de 
pénétration dans l'intérieur de l'Ile est toujours à l'état de projet. Les planteurs 
ont construit à leurs frais des routes, plus de iOO kilomètres de voies Decau- 
ville, et installé un réseau téléphonique reliant les principales exploitations; 
trois roças ont des locomotives à vapeur circulant sur les rails pour le trans- 
port du cacao. 

Toutes ces transformations sont dues à l'initiative privée. Les planteurs 
portugais peuvent donc être fiers des résultats auxquels ils sont arrivés. Leur 
réussite a été le couronnement d'un labeur opiniâtre et continu. 

Dans la seule île de San-Thomé, l'agriculture qui donne lieu à une expor- 
tation annuelle de 30 millions de francs de cacao et de café, occupe seulement 
25000 travailleurs noirs et à peine un millier d'Européens et cependant la 
renaissance agricole de San-Thomé date seulement de 1870. Nulle part peut- 
être au monde, à notre époque, autant de travail n'a été accompli en un temps 
si limité et avec si peu de bras et si peu de moyens. 

AuG. Chevalier. 



Bibliographie. 

Alhada Neorbiros, Historia ethnographica de ilha de S. Thomé, Lisboa, 1895. 

— Ile de San-Thome, avec cartes, Paris, 1901. 

ËzEQUiBL DR Cahpos, Viaçao de S. Thoméy Lisboa, 1904. 
D' Ferreiro Ribkira, A Provincia de S. Thomé e Principe, Lisboa, 1817. 
Masui, Voyage à Vile de San-Thomé, Bruxelles, 1903. 

NiCHTiNOALB, Tvadc of the province of San Thomé et Principe, in Diplomaties and Consular Reports, 
n*" 2922, 1904. 



L'âge des 
derniers volcans de la France 

(Mémoire oonronnè par rAoadémle des Soienees.) 

{Suite'.) 



II 
LES DERNIÈRES ERUPTIONS VOLCANIQUES DU VELAY 

Continuité des phénomènes Tolcaniques dans le Velay. — En consultant 
le tableau d'ensemble que j'ai donné dans le numéro précédent {La Géogr.j 
XIII, 3, p. 193), on voit que les phénomènes éruptifs se sont succédé dans 
le Velay, pour ainsi dire sans interruption, depuis le Miocène supérieur jus- 
qu'au Quaternaire; mais l'activité volcanique s'est déplacée en allant de l'est 
à l'ouest. Localisée au Mézenc et au Mégal pendant le Miocène supérieur et 
le Pliocène inférieur, ce n'est qu'à partir du Pliocène moyen qu'elle s'est 
manifestée aux environs du Puy. Ici, comme dans la chaîne occidentale du 
Velay ou chaîne du Devès, les volcans basaltiques présentent une suite 
parfaitement graduée d'éruptions ayant commencé avant le creusement de la 
vallée de la Loire et de ses affluents et s'étant poursuivies jusqu'à la fîn de ce 
creusement. Comme les coulées de basalte, de consistance très fluide, ont 
toujours cherché à gagner les points bas, elles se sont le plus souvent épan- 
chées sur les alluvions des cours d'eau contemporains de leur sortie. Ces allu- 
vions, protégées par une carapace solide contre les érosions et les remanie- 
ments ultérieurs, mises pour ainsi dire sous scellés par les coulées de lave, 
permettent au géologue et au paléontologiste d'étudier les diverses étapes du 
creusement des vallées et de fixer l'âge de chacune de ces éruptions. 

On peut donc, au point de vue purement topographique, classer les 
basaltes des environs du Puy en : l"" basaltes des plateaux; 2^ basaltes des 
pentes; 3"* basaltes du fond des vallées. 

1. Voir La Géographie, XIH, 3, 15 mars 1906, p. 177. 



276 



Marcblun boule. 



Age des basaltes des plateaux des environs du Puy. — La ville du Puy 
est entourée, de tous côtés, par des plateaux couronnés de basaltes, dont les 
escarpements dessinent des lignes horizontales d'une altitude moyenne et 
uniforme de 800 mètres, se raccordant entre elles admirablement (Gg. 70). 
Presque toutes ces nappes de basalte, autrefois continues, et au travers 
desquelles les vallées actuelles ont dû se creuser, se laissent rattacher à des 
cônes volcaniques ou à des appareils cratériformes encore assez bien con- 
servés (fig. 71). A cause de cela les anciens géologues les avaient attribués à 
un âge récent^ cette dernière expression étant d'ailleurs fort vague dans leur 
esprit et devant surtout faire opposition à Tépithète d'anciens qu'ils appli- 
quaient aux terrains volcaniques du Mézenc et du Mégal. 




PIG. 70. — VUE DES PLATEAUX BASALTIQUES DES ENVIRONS DU PUT, PRISE AU-DESSUS DE VALS. 

(D'après un croquis de l'antenr.) 



Or les profils surbaissés, dégradés de ces montagnes volcaniques (fig. 72) 
trahissent une antiquité relativement considérable, et la Paléontologie con- 
firme cette appréciation topographique. J'ai décrit toute une série de gise- 
ments de Mammifères fossiles, soit dans les alluvions sous-basaltiques des 
plateaux (Pranlary), soit dans les tufs subordonnés aux coulées (La Malouteyre, 
Sainzelles, Ceyssaguet...) qui renferment une faune du Pliocène supérieur 
(à Elephas méridionales), quelques-unes même une faune du Pliocène moyen 
(à Mastodontes). On trouvera de nombreux détails à ce sujet dans ma Descrip- 
tion géologique du Velay. 

On y verra également que la vallée actuelle de la Loire et les vallons 
affluents sont plus récents que les basaltes du Pliocène supérieur. Pendant le 
Pliocène inférieur et le Pliocène moyen il y avait aussi une vallée de la Loire 
presque aussi profonde que la vallée actuelle, mais n'ayant aucun rapport avec 
cette dernière. La vallée pliocène fut comblée par des alluvions (sables à 
Mastodontes), par des brèches volcaniques et enfin par les basaltes du 
Pliocène supérieur. Elle fut ainsi transformée en une vaste plaine, au 
travers de laquelle les cours d'eau du bassin durent recommencer à creuser 
leur lit. 



L'AGE DBS DERNIERS VOLCANS DE LA FRANGE. 



277 



A^e des baBaltes de la vallée de l'Ailler. — Nous tâcherons de suivre tout 
i rheure les étapes de ce creusement. Mais, auparavant, je dois dire un mot des 
basaltes qui, de Tautre côté de Taxe de la chaîne du Velay, encombrent la 
haute vallée de TAllier, depuis Langogne (Lozère) jusqu^aux environs de 
Brioude (Haute-Loire). Ils présentent, avec ceux de la vallée de la Loire, des 
contrastes topographiques tout à fait frappants. Tandis que, du côté de la 
Loire, les basaltes de la chaîne du Yelay se tiennent sur les plateaux, du côté 




riQ. 71. — VOLCAN PLlOCkNB, A MOITIÉ DÉMANTELÉ, DE CHEYRAC, PRÈS LE PUY. 

(Photographie de l'auteur.) 



de FAUier la règle est inverse : les coulées arrivent très bas et souvent 
atteignent presque le thalweg. Tous les géologues qui s'étaient occupés de 
cette région, se basant sur ces dispositions topographiques et sur la bonne 
conservation des cônes de projections, avaient pensé que ces volcans étaient 
relativement récents; ils leur avaient donné le nom de volcans modernes en 
les rapportant au Quaternaire. 

Il paraîtrait pourtant rationnel de considérer les basaltes du versant de 
TAllier, sortis de la chaîne du Velay, comme appartenant à la même époque 
que ceux du versant de la Loire dont Torigine est la même. On ne voit pas 
pourquoi, en effet, les coulées relevant d'un même système volcanique seraient 
d'âge différent à l'ouest et à l'est. La Paléontologie m'a permis de rectifîer 
les indications topographiques et de montrer que cette sorte de contradiction 
n'est qu'apparente. 

J'ai prouvé que le volcan de Coupet (fig. 73), qui se compose d'un cône 



278 



Marcelun boule. 



volcanique, avec cratère encore apparent, et d'une coulée de lave basaltique, 
date fijcactement du Pliocène moyen. La coulée repose sur des alluvions 
ikimstenaes, quartzeuses, sans éléments volcaniques, qui ont livré des débris 
du Mastodonte d'Auvergne [Mastodon arvernensis) et qui sont, pour ainsi dire, 
dans là vallée de TAllier, le pendant des Sables à Mastodontes de la vallée 
de la Loire. Sur le flanc sud du cône volcanique se trouve un dépôt d atter- 
rissements reposant sur ,les scories et résultant de la désagrégation de la 
partie supérieure de la montagne. On y trouve beaucoup d'ossements appar- 



lO^O 





Pixyde UonchAdière 



Bnançon 



i3oo 



xoja 



xzbS 




Suc d'AUeyras 
802 



Hijrde Coin 6 



Le Coupet 



Croastel 



FixS^Cen^j« 



Sg* 






ii3o 



Bdqt de Mazanont 



95o 



FIO. 12. — PROFILS DE DIVERS VOLCANS : A GAUCHE, d'AGE PLIOCÈNE (CHaInE DU VELAT); A DROITE, 
D*AGB QUATERNAIRE (CHAÎNE DES PUYS D'AUVERGNE). 



tenant au même Mastodon arvernensis, au Rhinocéros étrusque (Rhinocéros 
etruscus)^ au Tapir d'Auvergne {Tapirus arvernensis), au Cheval de Sténon 
[Equus Stenonis), à une Antilope {Palœoreas torlicornis), etc. C'est encore la 
faune des Sables à Mastodontes des environs du Puy. Malgré son bon état 
de conservation, malgré l'altitude relativement faible de sa coulée, le volcan 
du Coupet est donc beaucoup plus ancien qu'on ne le croyait. Il est de la fin 
du Pliocène moyen. 

A Chilhac, localité située sur les bords de l'Allier à quelques kilomètres à 
l'ouest du Coupet (fig. 74), une nappe de basalte située à 30 mètres seulement 
au-dessus de la vallée (profonde en ce point de 300 m.) est datée par les 
mêmes fossiles*. 

Un peu plus loin, en descendant la vallée de l'Allier pour se diriger vers 



4. Voir sur ces gisements : M. Boule, Descn'piion géologique du Velay, p. 233 et suiv., et BuU, 
de la Soc, géol. de France, 1" série, t. XXI, p. 618. 



L*AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LÀ FRANGE. 



279 



Brioude, on rencontre le volcan de Senèze, qui m'a livré de nombreux élé- 
ments de la faune de Mammifères du Pliocène supérieur, notamment de beaux 
restes d'Éléphant méridional *. 

Il y a, dans la vallée de l'Allier, des coulées de basalte qui descendent 
plus bas que les coulées du 
Coupet et de Chilhac ; je les rap- r 
proche de celles qui couronnent 
les plateaux des environs du Puy ; 
je suppose qu'elles appartiennent, 
comme ces dernières, au Pliocène 
supérieur et qu'elles correspondent 
aussi au maximum d'activité des 
volcans du Velay. 

En résumé, malgré les appa- 
rences topographiques, les volcans 
de la vallée de l'Allier ne sont pas 
modernes; ils ne représentent pas 
les dernières éruptions de cette 
partie du Massif Central de la 
France. Il n'y a pas de contradic- 
tion entre les renseignements 
fournis par l'élude de la vallée de 
la Loire et ceux fournis par la 
vallée de l'Allier. Ces derniers nous 
amènent à conclure simplement 
que le creusement de la haute 
vallée actuelle de l'Allier remonte 
i une époque géologique un peu 
plus ancienne que le creusement 
de la haute vallée actuelle de la 

Loire. Ils nous apprennent également que les expressions : basaltes des pla- 
teaux, basaltes des pentes, basaltes des fonds de vallées n'ont par elles-mêmes 
aucune signification chronologique quand elles s'appliquent à des vallées 
dilTérentes. Il n'en est pas ainsi quand il s'agit d'une seule vallée, d'âge 
connu, comme la vallée de la Loire, où nous devons revenir maintenant. 

Age des basaltes des pentes de la vallée de la Loire aux environs du Puy. 
Les éruptions basaltiques ont continué, aux environs du Puy, pendant toute 
la durée du Pliocène supérieur et pendant le commencement du Pléistocène. 







FIO. 73. — CâRTB GÉOLOGIQUE Dl LA MONTAONB 
DU COUPET ET DE 8B8 ABORDS. 



4. Comptes rendus de 1^ Académie des Sciences, 7 juillet 1890. 



280 



Marcblum BOULB. 



Eq même temps que s^effectuait le creusement de la vallée de la Loire et de 
ses affluents, les coulées de lave marquaient les diverses étapes de ce creuse- 
ment en formant, à diverses hauteurs au-dessus du thalweg actuel, des sortes 
de plate-formes ou terrasses. Les coulées reposent généralement sur des cail- 
loux roulés représentant le lit des cours d*eau de Tépoque (fig. 75). 

L*allitude des basaltes du début du Pliocène supérieur se tient, près du 
Puy, au voisinage de 800 mètres. Les terrasses formées par les basaltes 
des pentes sont à des hauteurs assez variables. Voici quelques exemples. 

Les petits plateaux de Ronzon et des Capucins, autrefois continus, sont 




FIO. 74. — BASALTE DE CHILHAG ^HAUTE-LOIRE). 



à une altitude inférieure de 50 mètres à celle des fronts du basalte pliocène 
voisin. 

Les basaltes du flanc gauche de la vallée de la Borne forment un placage 
descendant jusqu'à la cote 660. Les basaltes des plateaux de Chadrac et de 
Montredon reposent sur une couche de gros cailloux roulés de plusieurs 
mètres d'épaisseur et représentant le lit de la Borne quand cette rivière coulait 
à 30 mètres environ au-dessus du niveau actuel. 

Le basalte de la Roche-Arnaud et celui de Flory s'étalent à 80 ou 100 mètres 
en contre-bas du plateau pliocène d'Ours-Mons. 

Dans la vallée de la Loire, les basaltes de la Beaume et de Collandre for- 
ment, le long du fleuve, une plate-forme horizontale de 3 kilomètres de lon- 
gueur sur 1 kilomètre de largeur, à plus de 100 mètres au-dessous des 



L*AGB DBS DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



28i 



plateaux voisins et à 80 mètres au-dessus du fleuve actuel (fig. 75). Non loin 
de li, les montagnes d*Archinaud offrent une association, très difficile à 
démêler, des basaltes du Pliocène supérieur et des basaltes des pentes ; cer- 
taines coulées arrivent assez près du lit de la Loire. Près de Coubon, le 
mont Jonet paraît être un petit volcan grefTé sur le plateau pliocène d'Ours- 
Mons. Il a produit de grands amas de scories et quelques flots de lave qui 
sont descendus très bas sur le flanc de la vallée. 

L*étude du gisement fossilifère de Solilhac permet d*établir avec précision 
Tàge du basalte des pentes aux environs du Puy. Je l'ai décrit ailleurs longue- 
ment ^ Je rappellerai simplement qu'il s'agit de dépôts détritiques couvrant 



JU£ozrei7. 
6^5 




"-^t/eriCtC^ 



ne. 15. — BASALTE PUOCftNB (^1) ET BASALTE QUATERNAIRE (p<) DE GOLLANDRE ; v, ORANITB; 

Tn^'t^t ouoogène; a^ alluvions quaternaires. 



les parois et le fond d'un demi-cirque boisé de 1 kilomètre de diamètre 
environ et arrivant jusqu'au fond du vallon. Ces dépôts sont riches en débris 
de Mammifères fossiles : Éléphant méridional {Elephas nieridionalis). Rhino- 
céros de Merck {Rhinocéros Mercki)^ Hippopotame {Hippopotamus amphibius)^ 
Cheval ordinaire {Equus caballus)^ nombreux Cervidés de grande taille, etc. 
J'ai montré que cette faune a des caractères intermédiaires entre celle du 
Pliocène supérieur et celle du Quaternaire inférieur. Il faut la rapprocher 
de la faune du Forest-bed anglais, exactement placée entre le Tertiaire et le 
Quaternaire. Les différences présentées par les animaux du gisement de 
Sainzelles (contemporain du basalte des plateaux) et ceux du gisement de 
Solilhac expriment les changements biologiques qui correspondent à la durée 
du creusement des vallées actuelles aux environs du Puy. Ces différences ne 
sont pas très importantes, bien qu'elles représentent un laps de temps à coup 
sûr très considérable. Elles nous donnent donc, une fois de plus, une idée gran- 
diose de la durée des temps géologiques. 

Loin de représenter des éruptions modernes, comme le voulaient les 
anciens auteurs, les basaltes des pentes remontent donc assez loin dans le 
passé. Ils appartiennent à une époque de transition du Pliocène supérieur au 
Pléistocène; il est aussi arbitraire de les ranger dans l'un de ces étages que 

t. Description géologique du Velay, p. ^10 et suiv. 



282 . Maacilun boule. 

dans Tautre. Pour parler plus exactement, les plus anciens sont encore du 
Pliocène supérieur, les plus récents sont déjà pléistocènes. 

Basaltes du fond des vallées des environs du Puy. — Les basaltes des 
pentes se relient insensiblement aux basaltes encombrant le fond des vallées 
actuelles et représentant les dernières éruptions du Velay. 

Les volcans d*où ces basaltes sont sortis s^alignent suivant une traînée 
allant du nord-ouest au sud-est, parallèle à la chaîne du Velay et aux grandes 
cassures de la région. Ce sont, en partant du sud-est : celui de Goudet, dont 
la coulée forme un escarpement avec de beaux prismes au bord même de la 
Loire, sur une nappe de cailloux roulés, à 5 ou 6 mètres au-dessus du niveau 
moyen des eaux ; celui de Clauzel, qui a donné des coulées, les unes compactes, 
les autres scoriacées, allant jusqu*au fond du ravin de Laussonne; ceux de 
Poinsac et du Mont-Jonet, dont les produits sont arrivés parfois très près du 
lit de la Loire; la montagne de Denise, près du Puy, sur laquelle nous 
aurons à revenir; le volcan des Chazeaux, dans la vallée de la Borne, dont 
rénorme coulée forme les pittoresques défilés de Saint-Vidal. 

Malgré leur position au fond des vallées, toutes ces coulées paraissent, au 
premier abord, plus anciennes que celles qui suivent, avec fidélité et sur un 
long parcours, les rivières de l'Auvergne. Elles sont plus morcelées; les par- 
ties superficielles, plus scoriacées, ont en grande partie disparu. Cette suppo- 
sition est confirmée par les données paléontologiques. 

Description du volcan de Denise. — De Favis de tous les géologues qui ont 
écrit sur le Velay, la montagne de Denise, près du Puy, représente le volcan 
le mieux conservé du Velay et doit être considéré comme Tun des plus 
récents, sinon le plus récent. En réalité, c'est une sorte d'édifice compliqué i 
la structure duquel participent tous les terrains qu'on observe aux environs 
du Puy. Je dois résumer ici sa stratigraphie telle que je l'ai fait connaître*. 

Le soubassement de la montagne (fig. 76 et 17) est formé par les 
marnes et calcaires oligocènes (1 de la vue et de la coupe). Ceux-ci ont d'abord 
^té ravinés par une coulée de basalte (2) qui supporte des brèches basal- 
tiques (4) exploitées sous le nom de pierre de Denise et dans lesquelles s'inter- 
calent des sables à Mastodontes (3). Cet ensemble est du Pliocène moyen. 

Après la formation des brèches, l'emplacement de la future montagne 
représentait une surface horizontale ou légèrement inclinée, que les érosions 
isolèrent et transformèrent bientôt en un plateau de 1 kilomètre carré environ. 

Sur ce plateau s'établit un volcan qui eut plusieurs périodes d'activité. La 
première date du Pliocène supérieur. Sur les brèches du Pliocène moyen, 

1. Op. cit., p. 175 et p. 2i7. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



283 



aussi bien au-dessus qu'en contre-bas, c'est-à-dire en stratification discordante, 
s'étendent, en effet, des tufs volcaniques bien stratifiés, aux inclinaisons varia- 
bles, parfois très prononcées, épousant d'une manière générale la topogra- 
phie contemporaine de leur formation et descendant fort bas sur les flancs de 




ne. 76. — TUE DU FLANC OCCIDENTAL DE LA MONTAGNE DE DENISE. 

(Dessin de M. Eysséric, d'après des photographies de lauteur.) 

1, maroes oligocènes; 2, basalte du Pliocène moyen; 4, brèches basaltiques du Pliocène moyen; 5, brèches du 

Pliocène supérieur: 7, scories basaltiques de l'époque quaternaire; *, gisement de l'Homme fossile. 

la montagne qu'ils entourent comme d'un manteau. Ces tufs ont livré de 
beaux débris d'Éléphant méridional, aux molaires de type archaïque (Muséum 
de Paris et musée du Puy). Ils sont donc du Pliocène supérieur, comme les 
basaltes des plateaux et les premiers basaltes des pentes. 

Ils supportent les produits de la dernière activité volcanique. Ceux-ci con- 

^ D«nise 

l'H«rmita9« 




FIG. 77. — COUPE DE LA MONTAGNE DE DENISE, PRÈS DU PUY. 
1. argiles, marnes et calcaires oligocènes ; Q, basalte pliocène ; 3, alluvions pliocènes (sables à Mastodontes) ; 4, brè- 
ches volcaniques du Pliocène moyen; 5, tufs volcaniques du Pliocène supérieur; 6, basalte du Pliocène supé- 
rieur; 7, scories basaltiques quaternaires; 8, basalte quaternaire; 9, atterrissement quaternaire des Rivaux; 
*, gisement de l'Homme fossile; F, failles. 

sistent en un cône de scories et une coulée de lave. Les scories sont acti- 
vement exploitées comme pouzzolane dans des carrières situées près du 
sommet de la montagne. L'une de ces carrières laisse voir la cheminée vol- 
canique coupant les brèches du Pliocène moyen et les tufs du Pliocène 
supérieur comme à l'emporte-pièce (fig. 78). Sur le flanc oriental, la mon- 
tagne de Denise montre une dépression en arc de cercle, toute remplie 



284 



Marcbllin boule. 



de scories et de bombes et qui parait représenter un cratère égueulé. 
La coulée se dégage, au lieu dit TErmitage, des scories qui couronnent 
la montagne; elle descend jusqu'au fond de la vallée qu'elle traverse pour 
aller se terminer sur le rocher de brèches et de tufs de TArbousset. Elle 
offre des gerbes et des colonnades de prismes magniHques célèbres depuis 
longtemps sous le nom d'Orgues d'Espaly ou de la Croix-de-Paille (fig. 79). 
Age de la dernière éruption du volcan de Denise. — Données palèontolo- 




FIO. 78. — VUE PRISE AU CRATÈRE DE DENISE. 

4, brèches volcaniques du Pliocène moyen ; 5, tufs basaltiques du Pliocène supérieur ; 7, scories de l*éniption 

quaternaire. 

giques. — D'après tout ce qui précède, il est aisé de conclure que le cône de 
scories de Denise et le basalte de la Croix-de-Paille ne remontent pas au delà 
du Quaternaire. Mais il nous faut plus de précision. 

Les environs du Puy sont vraiment merveilleux au point de vue paléon- 
tologique. On y recueille partout des ossements fossiles. Deux gisements, Tun 
antérieur au cône de scories, l'autre postérieur à la coulée basaltique, m*ont 
permis de serrer la question d'aussi près que possible, étant donné l'état actuel 
de nos méthodes chronologiques. 

Aymard* a trouvé des débris de divers animaux dans les terres qui rem- 
plissent les fentes des brèches anciennes, du côté du Collet. Le musée du 
Puy possède, de ce gisement, un ci'àne presque complet, malheureusement fra- 

1. Esmi monographique sur V « Enielodon », p. 16. 



L*AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



285 



cassé, du Rhinocéros de Merck {Rhinocéros Mercki). Cette espèce caractérise 
dans notre pays le Quaternaire inférieur. Gomme les scories contemporaines 
du basalte de la Croix-de-Paille passent sur les fentes à ossements, dont le 
remplissage est manifestement antérieur, ce premier gisement nous donne un 
Age maximum pour la dernière éruption de Denise; celle-ci ne saurait remonter 
au delà du Quaternaire ou Pléistocène inférieur. 

Le second gisement nous donne Tâge minimum. 

Au lieu dit Les Rivaux, la Borne coule au pied d'un escarpement pratiqué 
dans une sorte de petit cône de déjection formé aux dépens de la coulée basai- 




no. 79. — VUB DE LA COULÉE DU VOLCAN DB DENISE (ORGUES d'eSPALT) 

* Gisement fossilifère des Rivaux. 

(Photographie Jackson.) 

tique (fîg. 80). L'escarpement montre, à la base, une brèche formée de blocs 
de basalte prismatique, sans intercalalion de parties terreuses et fortement 
a^lutinée par de la calcite. Au-dessus vient une terre sableuse, avec quel- 
ques cailloux, assez bien stratifiée. Vers le haut il y a beaucoup de scories 
remaniées. A la partie tout à fait supérieure, une nouvelle couche de terre 
sableuse avec blocs est riche en ossements fossiles. Les fouilles d'Aymard ou 
les miennes ont livré des débris appartenant aux espèces suivantes : 



Le UtLinmouih (Elephasprimigenius Blum. 
Le Rhinocéros à narines cloisonnées 

{Rhinocéros tichorhinus Cuv.). 
Le Cheval (Equus caballus L.). 
Le Cerf élaphe (Cervus elaphus L.). 



Le Bouquetin {Capra ihex L.). 

Un Bœuf ou un Bison. 

Le Loup [Canis lupus L.). 

L'ours des Cavernes {Ursus spelœus Blum.). 

L'Hyène des jCavernes (Hyœna spelœa Goldf.' 



28« 



aiARCBLLlN BOULE. 



Cette faune, différente de celle des fentes du Collet, caractérise le Qlltte^ 
naire moyen. La coulée basaltique de la Croix-de-Paille est plus ancienne, 
puisque la brèche d'éboulis et les couches de ruissellement qui surmontent 
cette brèche montrent que la coulée était fortement dégradée à l'époque où 
les animaux que je viens d'énumérer fréquentaient le pays. On peut, je crois, 
considérer ce basalte et les coulées similaires des environs du Puy comme 




FIG. 80. — DÉPÔTS D'aTTERRISSEMBNT QUATERKAIRES DES RIVAUX. 

Les croix + + marquent le principal niveau où l'on trouve des ossements. 

datant du Pléistocène inférieur, caractérisé par une faune à espèces chaudes. 
Le petit tableau suivant résume la classification paléontologique des temps 
quaternaires et la place que doivent occuper, dans cette classification, les 
dernières éruptions du Velay. 



QUATERNAIRE 

OU 
PLÉISTOCÈNE 



supérieur 
moyen 



PLIOCENE SUPERIEUR 



I Dépôts à Cervus tarandus. 
j Dépôts à Elephas primigenius, Ursus spelœuSy etc. 
( Basaltes du fond des vallées (Denise, etc.). 
inférieur J Dépôts à Rhinocéros Mercki, etc. 
f Derniers basaltes des pentes. 
( Premiers basaltes des pentes. 

Basaltes des plateaux. 

Tufs et alluvions à Elephas meridionalis. 



Je dois ajouter que le Quaternaire supérieur est également représenté aux 
environs du Puy. Au bas de la colline de Moutredon, les alluvions de la 
Borne ont livré des ossements de Renne. Depuis la formation de ces dépôts 
la topographie de la région n'a subi aucune modification appréciable. 



L*AGB DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



28T 



DonnôeB archéologiques et anthropologiques. — Les Préhistoriens, qui 
s*occupent de THomme fossile, ont cherché à baser sur les données archéolo- 
giques une classification des temps quaternaires. Ils sont arrivés à établir, 
par ce moyen, un plus grand nombre de coupures, une chronologie plus 
détaillée. On a reproché à cette méthode de n'avoir qu'une importance 
régionale, de ne pouvoir s'appliquer qu'à des surfaces restreintes de notre 
continent. Mais ce reproche pourrait s'adresser plus ou moins à tous les 
essais du même genre. Sur le territoire français, ces classifications ont fait 
leurs preuves e t peuvent nous servir en toute sécurité, surtout si nous n'en 
utilisons que les grandes lignes. En voici le tableau réduit à ses termes 
essentiels placés en face des divisions stratigraphiques ou paléontologiques. 



DIVISIONS 
GÉOLOGIQUES 



PHÉNOMÈNES 

ET FORMATIONS 

GÉOLOGIQUES 



AUuvions récentes. 

Tourbières. 

Climat voisin de 

l*actuel. 



ANIMAUX 

CARACTÉRISTIQUES 



Espèces actuelles. 
Animaux domestiques. 



PénodeLAgedufer 

des jAgeduàronze 
MtTAVX [Agedu euivrJ{ 
Période kéouthioup 
ou de la pierre polie 
■Couches de transi lion.— €erf élaphe, Castor.— Indust. de transition. 



INDUSTRIE 
HUMAINE 



QUATER. / 
NAIRE \ 



Dépôts supérieurs des 

grottes. Partie supé- 

supérieur^ rieure du lœss. Climat 

' froid et sec; régime 
des steppes. 



1 



[Dépôts de remplissage 
des grottes. Lœss. AU 
luvions des bas ni- 
' veaux ou des terrasses 
moy n ^ inférieures. Moraines 
de la 3* grande période 
glaciaire. Climat froid 
et humide. 



tertiaire' 



i AUuvions des terrasses 
moyennes. Tufs cal- 
caires. Climat doux, 
inierieur jMoraines de la 2*gran- 
I de période glaciaire. 
[ Climat froid et hu- 
\ mide. 

Couches de transition du Forest-bed, de St-Prest, de Solilhac. 
Climat tempéré. 

[Alluvions des plateaux. *'"«''" "' '•*«^'-*" 
Morainesde la l'*gran- 
de extension glaciaire. 



Époque du Renne. 
Renne, Saïga, faune 
des steppes. 



Epoque du Mammouth 
Mammouth, Rhinocé- 
ros à narines cloison- 
nées, Ours, Hyène 
des Cavernes, etc. 



Époque de l'Hippo- 
potame. 
Éléphant antique. 
Rhinocéros de Merck. 
Hippopotame. 



PUOCiNB 

supérieur 



_L 



I 



DE 
MÉRIDIONAL. 

Rhinocéros étrusque. 
Cheval de Sténon, etc. 



Magdalénibx. 
Gravures et pein 
tu res; silex tail- 
lés petits et Irësj 
variés. 



MOUSTIÊRIEN. 

Travail de l'os, 
sculpture; silex 
ordinairement 

g . taillés sur une 

® < seule face. 

ta 



Cbelléen. 
Premières traces 
humaines indis- 
cutables en Eu- 
rope; les beaux 
silex sont taillés 
sur les deux fa- 
ces. 



L*Hoinine paléolithique a traversé deux phases principales dans notre 
pays : 1* une phase au climat chaud : des Hippopotames fréquentent les 



28 Marcblun boule. 

rivières; des Éléphants et des Rhinocéros de type africain, des Cerfs, des 
Singes vivent avec lui au milieu d*une riche végétation; 2* une phase au 
climat froid : le ciel se voile, la neige tombe, les glaciers envahissent la 
plaine, les Hippopotames s'éloignent, les Éléphants et les Rhinocéros prennent 
d'épaisses toisons, le Renne descend des contrées boréales. 

A-t-on trouvé dans le Velay des traces ou des restes de THomme paléo- 
lithique et à quelle phase doit-on les rattacher? 

Les silex taillés y sont rares. Aymard * a signalé quelques formes qu'il a 
cru pouvoir attribuer à Tâge du Renne et qui proviendraient d*un abri sous 
roche près du village des Estreys, mais ces pièces ne sont pas caractéristiques. 
En dehors de ces objets, je n'ai rien vu au musée du Puy, ni dans les collec- 
tions particulières qui puisse être attribué à la période paléolithique. Le 
curieux gisement de Tépoque du Renne, celui-ci riche en fossiles et en objets 
caractéristiques, que M. Vernière et moi * avons fouillé, TAbri du Rond, se 
trouve assez loin du Puy, vers les limites de l'Auvergne et du Velay, dans la 
vallée de l'Allier, près du village de Saint-Arcons-d'Allier. 

Par contre les trouvailles se rapportant à la période néolithique sont 
assez nombreuses. Des haches polies en fibrolithe se rencontrent un peu 
partout, parfois à la surface ou dans les anfractuosités des laves les plus 
récentes. 

Si nous n'avions que ce moyen d'information, nous pourrions être tentés 
de conclure de l'absence d'objets paléolithiques à l'absence de l'Homme qua- 
ternaire dans le Velay. Mais nous possédons la preuve que cette région fut 
fréquentée de bonne heure par des êtres humains qui assistèrent aux der- 
nières convulsions volcaniques. 

L'Homme fossile de Denise. — En 1844, un laboureur nommé Adsclenard, 
défonçant sa vigne sur le flanc méridional du volcan de Denise, au lieu dit 
l'Ermitage, trouva un frontal humain incrusté de limonite. Des fouilles plus 
importantes lui firent découvrir de nombreux ossements engagés dans un tuf 
volcanique ferrugineux. Ces diverses pièces, appartiennent aujourd'hui au 
musée du Puy. 

Elles ont fait beaucoup de bruit dans la science et provoqué de longues 
controverses'. D'illustres savants, Lyell, Poulett-Scrope, von Lasaulx, 
Edouard Lartet, Hébert, P. Gervais, M. Albert Gaudry, etc., firent le voyage 
du Puy pour s'éclairer autant sur la nature des échantillons que sur la posi- 
tion de leur gisement. 

1. Le Préhistorique dans la Haute-Loire, in Mim. de la Soc, agricole et scientifique de la Haute^ 
Loire, t. V, p. 147 et suiv. 

2. V Anthropologie, t. X, p. 385. 

3. J'ai donné, dans la bibliographie de la Description géologique du Velay, la lisle à peo près 
complète des travaux publiés sur ce sujet. 



L AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 289 

Gervais* a parfaitement résumé la question, c Ces fossiles sont incontes- 
tables, dit-il, et dans une visite que j'ai faite au gisement de Denise, j*ai 
moi-même trouvé, ainsi que Ta rappelé M. Âymard, une nouvelle dent 
humaine au même lieu et dans le même dépôt qui avait fourni des portions 
de squelettes humains conservés au musée du Puy.... » 

« Malheureusement le gisement des anthropolithes de Denise n*a pas encore 
été déterminé avec une précision suffisante et rien ne prouve, à mon avis du 
moins, qu*il fasse réellement partie des couches à Mastodontes et autres Mam- 
mifères pliocënes qu'on rencontre près de cet endroit. Cette indication reste 
donc incomplète sous un point de vue important, celui de la stratigraphie, et Ton 
devra chercher d'autres preuves pour établir que Thommc était déjà répandu 
dans nos contrées alors qu'avait lieu le dépôt des derniers terrains tertiaires. » 

J'ai repris l'étude de cette intéressante question à la lumière des faits nou- 
veaux sur la stratigraphie et la paléontologie de Denise. 

Je dois dire d'abord, après tous les savants qui ont pris la peine d'examiner 
la question sur les lieux, que l'authenticité des fossiles humains ne saurait faire 
l'objet d'un doute. Rien n'est plus facile que de retrouver en place la roche 
identique a celle qui empâte les ossements du musée du Puy. Elle est disposée 
en lits parfaitement stratifiés, sur la pente sud du volcan de Denise, au-dessus 
de la route, près de TErmitage. Les couches affleurent au bas d'un petit escar- 
pement formé de matières scoriacées ou de projections agglutinées; le gise- 
ment est entouré de tous côtés par les scories du cône volcanique (fig. 81). 

L'examen microscopique de la gangue qui enveloppait les ossements 
humains montre qu'elle a une origine détritique. Elle est formée d'éléments 
en traînées, parfaitement stratifiés, ne laissant entre eux aucun vide et de 
natures très diverses : quartz en tout petits fragments, morceaux de mica, 
de feldspath oligoclase, de cinérite ou de ponces basaltiques. Le tout est très 
altéré. Des cristaux d'olivine sont complètement transformés en matières 
chloriteuses ou serpentineuses ; seuls quelques cristaux de pyroxène sont 
intacts. Cette roche est donc loin de représenter un produit directement 
éruptif. Elle constitue un véritable dépôt d'atterrissement dont il s'agit de 
déterminer la position stratigraphique. 

Sur ce dernier point, j'éprouve quelque hésitation à me prononcer. Mais 
je puis poser clairement la question. Elle revient, je crois, à déterminer si 
les matières scoriacées qui recouvrent les couches fossilifères sont en place. 
Si ces matières sont en place et, après de nombreuses visites au gisement, je 
suis très porté à l'admettre, il est indiscutable que les ossements humains 
remontent à une haute antiquité. Je n'irai pourtant pas jusqu'à croire que les 
couches qui les renfermaient soient, comme on l'a dit, la continuation des 

1. Zoologie et Paléontologie générales, p. 7. 

La OéooiurBii. — T. XIII, 1006. 19 



290 Margblun boule. 

tufs à Elephas meridionalis de La Malouteyre. Il n'y a aucune ressemblance 
pétrographique entre ces deux terrains et leur origine n*est pas la même. 
Je croirais volontiers que les lits stratifiés à fossiles humains reposent sur 
ces tufs; c'est une impression qui résulte de Tétude des abords du gisement. 
L'Homme de Denise serait donc sensiblement contemporain de la faune à 
Rhinocéros Mercki, que Ton trouve dans les fentes des brèches anciennes. 
Si Ton admet, au contraire, que les matières scoriacées ne sont pas en 




riG. 81. — VUE DU FLANC MÉRIDIONAL DU VOLCAN DB DENISE. 

L'étoile * indique le gisement de rhonime fossile. 

(Photographie de Tauteur.) 

place, ce que je considère comme peu probable, Ton n'a plus aucun moyen de 
fixer l'âge du dépôt sous-jacent, sur lequel ces matières auraient glissé de leur 
gisement primitif situé en contre-haut. Mais je ferai remarquer que, dans tous 
les cas, ce dépôt stratifié n'a pu se produire que grâce à des conditions topo- 
graphiques dont il ne reste plus aucune trace, car ils affieurent actuellement 
sur une pente raide et uniforme, où l'eau ne pourrait séjourner. Cette raison 
suffirait, à elle seule, pour permettre d'affirmer l'antiquité considérable des 
ossements humains de la montagne de Denise. 

Leur étude a été faite par le D*^ Sauvage*. Il observe que par l'ensemble de 
ses caractères l'un des os frontaux, celui qui est incrusté de limonite, « appar- 

1. Revue d'anthropologie y l. I, 1812, p. 294. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 2^ 

tient certainement à la race paléontologique dolichocépale, dont les crânes de 
Néandertha), d'Eguisheim, de Cannstadt sont les représentants (Hamy) ». Les 
mêmes traits se retrouvent sur le second frontal qui c a des arcades sourci- 
Hères saillantes, en bourrelet épais, une glabelle proéminente, surmontée d*un 
front fuyant qu'en sépare une partie fortement déprimée ». 

Ce rapprochement avec des crânes qui paraissent être partout ailleurs de 
Fâge du Mammouth, c'est-â-dire moustériens, tendrait à rajeunir les restes 
humains de Denise. Mais il y aurait lieu de reprendre Tétude de ces derniers 
à la lumière de bien des faits nouveaux et il serait facile de montrer que les 
caractères crâniologiques invoqués n'ont aucune rigueur chronologique. Il 
n\ a pas lieu de changer, â cause d'eux, les conclusions fournies par la strati- 
graphie et la paléontologie. Ce qui parait non moins certain, c'est que rHoih me 
paléolithique a été le témoin des dernières éruptions volcaniques du Massif 
central de la France, mais les documents fournis par la montagne de Denise, 
en sont, comme on le verra plus loin, la seule preuve directe, osiéologique ^ 
que nous possédions. 



Traditions et données historiques. — Les traditions et THistoire sont 
muettes sur les volcans du Yelay. On a voulu leur appliquer certains passages 
empruntés à de vieux auteurs qui prouveraient que les éruptions du volcan de 
Denise et quelques autres ont sinon persisté jusqu'au v" siècle de notre ère, 
tout au moins repris à cette époque. Mais comme ces textes ont été invoqués 
surtout à propos du Vivarais, c'est en parlant de cette dernière région que 
j'entrerai dans quelques détails â leur sujet. 

III 
LES DERNIÈRES ÉRUPTIONS DU VIVARAIS 

Les volcans â cratères bien conservés du Vivarais et les coulées qui 
sortent de ces volcans ont été si admirablement décrits par Faujas de Saint- 
Fond * et par Giraud-Soulavie *, il y a plus d'un siècle, que les travaux 
récents n'ont ajouté que peu de chose à ceux de ces premiers géologues. 
Poulelt-Scrope et Dalmas' en ont donné depuis de bonnes descriptions topo- 
graphiques. Plus récemment, M. G. Fabre* a relevé avec soin la configuration 
de ces volcans et le contour de leurs coulées basaltiques. Mes travaux sur 
la feuille de Privas m'ont fourni l'occasion de les étudier à mon tour. 

1. Recherchât sur Us volcans éteints du Vivarais et du Velay, Grenoble et Paris, in-f% 4778. 

2. Histoire naturelle de la France méridionale, Paris, 1780-1784, 7 vol. in-8. Une partie de cet 
ouTrege a été imprimée à pari en 1781, sous le titre : Chronologie physique des éruptions des tfolcans 
éteints de ta France méridionale, avec 5 pi. 

3. Itinéraire du géologue et du naturaliste dans VArdèche, in-8 avec pi., Paris, 1872. 

4. Carte géologique détaillée de la France, feuille de Largentière, 1889. 



292 Marcelun BOULE. 

Ainsi que Ta fait remarquer M. Fabre, les derniers volcans du Vivarais 
sont alignés sur deux lignes droites, suivant une direction du nord-ouest au 
sud-est qui est celle des grandes cassures traversant la partie orientale du 
Plateau central; c'est aussi la direction des Coirons, de la chaîne du Velay, 
de la traînée des volcans quaternaires du bassin du Puy. 

La première série comprend, en allant du sud-est vers le nord-ouest : la 
coupe d'Aizac, le pic de TÉtoile, le Ray-Pic. La seconde série se compose des 
volcans de Jaujac, de Soulhiols, de Thueyts, de la Gravenne de Montpezat, 
des sucs de Pal et de Bauzon. 

La Coupe d'Aizac tire son nom du cratère dont le sommet de la montagne 
volcanique est creusé (fig. 82). Celle-ci est d'une régularité parfaite (814 m. 
d'altitude). Le cratère est un des plus beaux qui se puissent voir. Parfaitement 
circulaire, il présente au nord-est une légère échancrure d'où sort une coulée 
de basalte qui s'épanche dans la vallée de la Yolane. D'abord continue, la 
coulée ne tarde pas à se fragmenter en une série de petits lambeaux qui se 
poursuivent jusque près de Vais, tantôt à droite, tantôt à gauche du torrent, 
dans un paysage granitique des plus pittoresques. 

Le Pic de V Étoile, à i 380 mètres d'altitude, n'a pas de cratère bien distinct. 
Les produits de projection paraissent avoir été dispersés par une violente 
explosion. D'une dépression cratériforme, creusée en partie dans le granité et 
dominée par un amas de scories, part une coulée de basalte avec grands cris- 
taux d'amphibole et de pyroxène qui longe, sur une longueur de 4 ou 5 kilo- 
mètres, la vallée de la Bezorgue jusqu'au village de La Bastide. 

Le Ray-Pic est encore plus près de l'axe des Cévennes, à 1 200 mètres 
d'altitude. Son cratère, peu visible, a fourni une coulée de lave d'une longueur 
de 18 kilomètres. D'abord très morcelée, dans les régions hautes du ravin de 
Burzet, à pentes fortes, à ressauts brusques, elle accompagne ensuite fidèle- 
ment le torrent, qui coule le plus souvent à sa surface oii se montrent de 
beaux pavés de géants (fig. 83). Au-dessous de Saint-Pierre-le-Colombier, elle 
rencontre la vallée de Fontaulière et la coulée de Montpezat; les deux courants 
de lave ne se terminent que 4 kilomètres plus loin, au Pont de la Baume. 

La Coupe de Jaujac offre un cratère admirablement, conservé, ouvert vers 
Je nord pour donner passage à une coulée de basalte qui forme, dans la vallée 
du Lignon, d'admirables colonnades prismatiques (PI. II, fig. 2 et 3, voir 
La Géographie, XIII, n° 3, p. 186). 

A 4 kilomètres de leur origine, ces laves rencontrent celles du volcan de 
Soulhiols, simple cône de scories qui a donné plusieurs courants de matière 
fondue. L'un de ces courants se réunit avec celui de Jaujac et tous deux se 
poursuivent jusqu'au Pont de la Baume; un autre courant, bientôt bifurqué, 
a d'une part rempli le petit ravin de Neyrac et, d'autre part, coulé dans la 
vallée de l'Ardèche. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 



29S 



7i--^-<-ap 



Non loin de là, à 2 km. 500, vers le nord-ouest, se voient les basaltes 
de Thueyts; puis le volcan de Montpezal élève à 8i5 mètres d'altitude son cra- 
tère bien conservé, large de 500 mètres. Il a fourni une énorme coulée qui 
a comblé la vallée de Fontaulière c sur une épaisseur de 50 mètres, une 
largeur moyenne de 500 mètres et une longueur de 8 kilomètres jusqu'au 
Pont de la Baume » (Fabre). La rivière a dû se creuser un nouveau lit entre le 
granité et la lave. La cou- crat^r©. 

lée,ainsidécapée, exhibe 
des colonnades prisma- 
tiques de toute beauté. 

Les Pics du Pal et 
de BauzoUj dont les 
bases sont presque jux- 
taposées, occupent la 
crête des Cévennes et 
dominent directement 
la Loire, sur sa rive 
gauche, non loin de 
son origine. Le premier 
a 1405 mètres d'alti- 
tude, le second 1 474. 
Ce sont deux vastes * 
amas de projections et 
de scories, aux formes 
surbaissées , aux con- 
tours irréguliers. Le Pic 
de Bauzon a émis vers 
le nord-ouestune coulée 
de basalte qui a des- 
cendu le cours de la 
Loire sur une longueur 
de 7 à 8 kilomètres. 

La coulée du Pic du 
Pal, moins importante, 
s'estau contrai redirigée 
vers le bassin du Rhône, dans un ravin afQuent de la Fontaulière. 

Age des yolcans à cratères du Vivarais. Données topographiques. — Si 
Ton se Gait simplement aux apparences topographiques, on devrait admettre 
que tous les volcans du Vivarais ne sont pas exactement du même âge. Leurs 
cratères se présentent dans des états de conservation fort différents. Ceux de 
Jaujac, Montpezat, Ayzac sont presque intacts. Ceux de l'Étoile, du Ray-Pic, 






•=i^«..iT5!»<I 



no. 82. — LA GOUPB D*AIZAC ET SA COULÉB DB BASALTB 
PRÈS D'bNTRATOUBS, DANS l'aRDÈCHR. 

* Coalée de basalte. 
(Photographie de l'aateur.) 



294 



Marcelun boule. 



des Pics de Bauzon et du Pal sont plus ou moins effacés et les cônes volca- 
niques fort surbaissés. Mais cette différence peut s'expliquer, sans faire inter- 
venir la question d'âge, simplement par la distribution hypsométrique. Les 
premiers sont placés dans des régions basses, abritées contre les intempéries 
atmosphériques. Leurs bases, sur le granité ou le terrain houiller, ne dépassent 

guère 600 mètres et leurs som- 
mets n'atteignent pas 850 mè- 
tres. Les seconds, au contraire, 
sont assis sur des socles beau- 
coup plus élevés (environ i 300 
mètres) et leurs sommets, au- 
jourd'huiruinés,atteignentprès 
de 1 500 mètres. Disposés sur 
la crête des Cévennes, au toit 
de la France, près de la ligne 
de partage des eaux de la Loire 
et du Rhône ou sur cette ligne 
même, ils ont eu à subir les 
effets d'un climat particulière- 
ment rude et d'une grande 
puissance destructive. 

Il en est de môme des cou- 
lées. Les unes sont parfaitement 
continues, d'autres sont mor- 
celées. Tantôt les rivières ou les 
torrents actuels coulent sur le 
basalte, tantôt ils se sont frayé 
un chemin à côté, entre la lave 
etle granité. Mais ces différences 
sont elles-mêmes fonction du 
régime des cours d'eau, tantôt 
torrentiels, tantôt plus calmes; 
on peut observer d'ailleurs les deux dispositions dans une même vallée, sur 
les différents points de son parcours. De sorte qu'il n'y a pas lieu, à mon avis, 
de faire une distinction d'âge entre les divers volcans à cratères et les diverses 
coulées du fond des vallées du Vivarais. 

Comparés à ceux du Velay, que nous avons étudiés dans le chapitre précé- 
dent, les volcans du Yivarais paraissent être plus récents. Nulle part, dans le 
Velay, nous n'avons observé des coulées de lave suivant les vallées avec une telle 
fidélité et sur un si long parcours. Et cependant si les derniers volcans de ces 
deux pays étaient du même âge, ceux du Velay devraient être moins dégradés, 




no. 83. 



CASCADE DU RAY-PIC SUR UNE COULÉE 
DE LAVE QUATERNAIRE. 

(Photographie de la collection Artigo à Anbenas.) 



L'AGE DES DEBNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 39$ 

car ils sont situés dans des conditions topographiques beaucoup plus douces, 
plus conservatrices, que les ravins du Vivarais aux torrents dévastateurs. 

Comparés à ceux du Puy-de-Dôme que nous allons bientôt étudier, ils se 
présentent sous un aspect très voisin : même conservation de certains cratères, 
mêmes formes des courants de lave, se déroulant sur de longues étendues dans 
le fond des vallées. Pourtant il faut noter une diOerence. En Auvergne la 
partie superficielle des coulées les plus récentes présente encore un aspect 
hirsute, scoriacé, boursouflé qui ferait croire que ces coulées viennent de 
s*épancher. Elles forment des cheires rocailleuses, désolées, dont Thomme n'a 
pu encore prendre possession (PI. II, fig. 4, voir La Géographie^ XIII, n*" 3, 
p. 186). Dans le Vivarais, les basaltes des fonds des vallées ont leur surface 
beaucoup plus altérée, dépourvue de leur écume spongieuse superficielle, 
souvent parfaitement aplanie et recouverte de belles cultures. Ici encore, il 
faut remarquer que cette différence peut tenir à des causes extrinsèques, et 
notamment à Faction humaine. On comprend que celle-ci n^ait pas cru devoir 
s'exercer activement sur les cheires de la chaîne des Puys, d'altîtude moyenne 
considérable (900 m.), c'est-à-dire sur un haut plateau où le climat est rude, 
où les hivers sont longs, tandis que les terres voisines, beaucoup plus clé- 
mentes et partout fertiles (vallées de la Sioule et de l'Allier, plaine de la 
Limagne, pâturages du Mont-Dore) assuraient a leurs habitants une existence 
plus facile et une plus grande rémunération des efforts accomplis. 

Dans le Vivarais, au contraire, les roches volcaniques sont d'une fertilité 
qui contraste avec la stérilité des roches granitiques environnantes. Celles-ci 
forment des reliefs peu accessibles, des crêtes montagneuses, des surfaces 
escarpées perpétuellement dégradées par un ruissellement torrentiel et où 
l'homme ne peut retenir un peu de terre végétale qu'au moyen de travaux de 
soutènement longs et coûteux. Les roches volcaniques, au contraire, forment, 
dans les points bas, ceux où règne une température méditerranéenne, des 
territoires plats, au sous-sol d'une fertilité exceptionnelle. Il est donc tout 
naturel qu'on ait cherché à les utiliser et qu'on se soit appliqué à transformer 
leur surface, à la débarrasser des roches incohérentes, à l'aplanir, pour en 
faire des champs de culture d'une grande richesse. 

Un autre point de ressemblance est la présence, dans le Vivarais, comme 
en Auvergne, au voisinage des volcans, de phénomènes hydro-thermaux et de 
d^agements considérables d'acide carbonique. Les célèbres eaux de Vais ont 
une température peu élevée (12'' à 17^); mais celles de Neyrac, au pied du 
volcan de Soulhiols ont 27'' ; celles de Saint-Laurent-les-Bains, situées, il est 
vrai, un peu en dehors de la région, atteignent Si**. 

Giraud-Soulavie, frappé des phénomènes présentés par la montagne de 
Neyrac, l'a décrite comme un volcan « non éteint » '. 

I. Giraud-Soulavie, Hiiloire naturelle de la France méridionale, t. II, p. 252. 



S9e Marcblun boule. 

Le cratère du volcan de Saint-Léger (ou de Neyrac), dit-il, composé de 
prairies, de champs labourables, et de nappes d eaux minérales, n*est qu ud 
grand crible à travers lequel émanent des vapeurs méphitiques en abondance. 
Il est étonnant que ce volcan, enclavé dans le Centre de la France, Royaume 
peuplé de Savans, ait été si longtemps inconnu, tandis que cent voyageurs 
connaissent la grotte du Chien. L'air méphitique se fait jour à travers les 
terres labourables... les propriétaires des champs ont pratiqué des creux daos 
le cratère afin que les vapeurs, sortant plus abondamment de ces concavités, 
ne deviennent point nuisibles à leurs récoltes qui se font dans le cratère. » 

Giraud-Soulavie, avec une méthode et une précision qui doivent faire 
Tadmiration de tous ceux qui le li^^ent aujourd'hui *, avait fait toute une série 
d'expériences. Il avait remarqué qu'une bougie allumée s'éteignait dans ces 
creux, que < cette vapeur plus pesante que l'air pur se verse très aisément 
d'un vase A dans un vase B »; que les végétaux s'y flétrissent; que les 
animaux, chats, chiens, poulets, y meurent asphyxiés au bout de deux 
minutes, etc. 

Et Giraud-Soulavie, se basant sur ce qu'on savait à cette époque du régime 
des volcans actuels, fait remarquer avec juste raison qu'il s'agit ici de la der- 
nière période d'activité. 

Les phénomènes décrits par Giraud-Soulavie s'observent encore à Neyrac. 
Comme au xvin* siècle, on trouve, autour des points de sortie de l'acide carbo- 
nique, des cadavres d'oiseaux, de reptiles asphyxiés; les abords de la source 
Mofeita sont recouverts d'une croûte d'insectes, mouches, guêpes ou abeilles, 
€ qui sont venus imprudemment se placer sous l'action asphyxiante ». Il y a 
une grotte de la Mort où l'acide carbonique s'accumule sur une épaisseur de 
plus d'un mètre, où l'on répète toutes les expériences des grottes du Chien de 
Naples ou de Royat et où l'hôtelière va asphyxier la volaille qu'elle servira 
tout à l'heure à ses clients. 

Des sources calcaires, analogues à celles de Saint-Allyre et de Saint-Nec- 
taire en Auvergne, ont déposé un travertin à empreintes végétales ; l'étude de 
ces dernières apporterait peut-être quelques indications sur l'âge du tuf et des 
matériaux basaltiques cimentés par le calcaire. 

La ressemblance des volcans à cratères du Vivarais avec les volcans à 
cratères de la chaîne des Puys d'Auvergne est donc aussi grande que possible. 

1. J*ai dit ailleurs tout le bien qu*il faut penser de Giraud-Soulavie comme géologue. Véritable 
fondateur de la stratigraphie des volcans, il a établi le premier la chronologie relative des 
divers volcans éteints du Velay et du Vivarais : ■ Des raisonnements vagues et arbitraires, dil-il 
{pp. cil,, II, p. 331), ne seront point la base de nos assertions sur ces objets. Les faits nous cod> 
duisent à établir cette chronologie avec bien plus de certitude que la chronologie morale des 
actions de Thomme, qui ne fut jamais fondée sur des monuments aussi authentiques. Nos vues 
sur cet objet sont fondées sur les principes établis (plus haut) ; ils sont susceptibles de démoos- 
trations mathématiques, puisqu'il est aussi vrai de dire que les courants inférieurs placés au-des- 
sous d'autres courants appartiennent à des volcans plus anciens, qu*il Test qu'on bâtit le rez-de- 
chaussée d'une maison isolée avant le premier étage -. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANGE. 297 

Il s^ensuit qu*on peut appliquer aux premiers les résultats des études faites 
sur les seconds. 

Absence des données paléontologiques et archéologiques. — Les compa- 
raisons que nous venons de faire sont d'autant plus importantes que nous 
n^avons pas d'autre moyen scientifique d'établir l'âge des dernières éruptions 
du Vîvarais. Ici la Paléontologie et l'Archéologie préhistoriques sont muettes» 
Depuis le jour où Poulett-Scrope écrivait qu'on n'avait observé, « sous ces 
lits de laves, aucun débris oi^anique pouvant jeter quelque lumière sur l'âge 
géologique auquel on doit les rapporter », il n'a été signalé aucune décou- 
verte paléontologique. 

Tandis que le département de l'Ardèche, dans ses parties basses, est très 
riche en monuments préhistoriques, la partie montagneuse, peu explorée à 
ce point de vue, n'a livré aucun document anthropologique dont nous puis- 
sions tirer parti. Nos successeurs seront probablement plus heureux. 

Tout ce qu'on peut dire, c'est que Neyrac, au pied du volcan de Soulhiols^ 
près de celui de Thueyts, a été une station thermale romaine". On y a trouvé, 
au-dessous d'une maçonnerie du moyen âge, un mur souterrain de 7 mètres de 
longueur, en petites pierres de granit {opus recticulatum). A côté, on a 
découvert des médailles de l'empereur Antonin le Pieux, d'Adrien, de Gor- 
dien III, des fragments de vases dits étrusques, avec figures. Dalmas* 
signale un camp romain à Lamazurier, près du volcan de Bauzon. Ces faits^ 
qui semblent prouver qu'à l'époque romaine le pays était bien ce qu'il est 
aujourd'hui et que le voisinage des volcans n'effrayait personne, sont en 
contradiction avec les prétendues données historiques dont il va être question. 

Traditions et données historiques. — Giraud-Soulavic ' a prétendu, et 
d'autres auteurs ont répété après lui, que les dénominations de beaucoup de 
montagnes volcaniques du Vivarais suffisent à prouver que Thomme a été le 
témoin de leurs éruptions. € Il est évident, dit Giraud-Soulavie, que les noms 
des volcans les plus récens du Vivarais sont analogues aux opérations du feu,, 
à la terreur qu'elles inspirèrent aux habitants et aux systèmes, superstitieux 
qu'imagine toujours dans ces circonstances un peuple ignorant effrayé; tandis 
que les volcans les plus anciens de la province, ceux qui ont brûlé à l'époque 
où l'Océan universel couvrait une grande partie de nos continents; ceux enfin 
dont les cratères et les courans ont été détruits par la succession des siècles et 
l'injure des tems, ayant agi bien longtemps avant les âges connus par 
l'Histoire, n'offrent plus que des noms dégradés et sans significations. » Je 
reviendrai tout à l'heure sur cette dernière affirmation. Examinons d'abord les 

l.D'Francos(A. AlazoD), Voyage aux pays volcaniques du Vivarais. 1 vol. in-16. Privas, 1878, p. 161. 
2. Itinéraire du géologue et du naturaliste dans VArdèchCy p. 53. 
à. Op. eit.y t. H, chap. ii de V Histoire naturelle du Viennois, p. 127. 



298 Margblun BOULE. 

exemples cités par Giraud-Soulavie. II fait remarquer que plusieurs volcans 
portent le nom de coupes : coupe de Jaujac, coupe d'Entraygues... et comme 
ce mot peut se traduire en latin par craler^ coupe à boire, il en conclut que 
les Anciens ont reconnu la nature volcanique des montagnes qu^ils ont 
appelées coupes. Ce n'est qu'un jeu de mots. 

D'autres termes sont plus curieux : ceux de Chauâr-coulani *, de Mont^ 
Chaud, de Chaudeyrole, de Gueule d'Enfei^ de Tartar, de Fownnagne, des 
InfernetSy de Mont-Usclat (montagne brûlée), de Combe-Chaude, de Cosie" 
Chaude, de Peire-Baille, de Peire-Vole, de Pas d'Enfer, de Mont-du-Diable, etc. 

Certaines de ces expressions, rappelant le Diable ou l'Enfer, n'ont pas la 
signification qu'on a voulu leur donner. Elles s'appliquent, en tous pays, volca- 
niques ou non, à des paysages particulièrement sauvages et pittoresques. D'au- 
tres, qui évoquent une idéede chaleur, de haute température, pourraient s'expli- 
quer simplement par le fait, bien connu de tous les explorateurs de contrées 
volcaniques, que les laves noires, les scories rouges absorbent énergiquement 
la chaleur solaire et prennent parfois en été des températures de fournaise. 

Celles où il est question de matière brûlée sont, au premier abord, plus 
significatives. Mais elles n'impliquent pas davantage nécessairement l'idée de 
volcans. Beaucoup de paysans dépourvus de toute instruction, mais intelli- 
gents, j'en ai fait maintes fois l'expérience, reconnaissent l'action du feu sur les 
scories de leurs champs et ne manquent jamais de les comparer aux résidus 
des feux de forge ou des hauts fourneaux. Giraud-Soulavie nous apprend que 
la rivière, la Volane, où la coupe d'Ayzac a déversé ses produits, s'appelait 
autrefois Merdaric, mot qui veut dire en vieux langage vivarais crasse de fer. 

On peut même affirmer, à mon avis, que beaucoup d'Auvergnats ont eu, 
avant Guettard, sinon la notion précise des volcans éteints de leur pays, tout 
au moins le sentiment très net que leurs montagnes sont en grande partie le 
produit du feu. Et il ne s'agit pas d'un souvenir vague, passé à l'état de tra- 
dition, des phénomènes volcaniques dont leurs lointains ancêtres auraient 
été les témoins, car des expressions semblables ou analogues à celles que 
cite Giraud-Soulavie se retrouvent, contrairement à ce qu'il affirme, dans les 
volcans en ruines des temps tertiaires du Velay, du Mont-Dore et du Cantal, 
où il ne saurait être question de souvenirs historiques et même de traditions. 

On peut citer, dans les massifs volcaniques anciens du Velay, les noms de 
Chaudeyrolles, Usclade, Montusclat, Cosle-Chaude, le Feu, les Fours, Y Enfer, 
Monlchaud; dans les Coirons, Montbrul; au Mont-Dore, Chaudefour, Y Enfer; 
dans le Cantal, Peyre-Arse, Fours de Peyre-Arse, puy Violent et même le 
Volcamp l 

Cette dernière expression m'a beaucoup intrigué et j'ai cherché à 

1. Chaud, ou Chaux, ou Chave est un mot du glossaire géographique français s*appUquant aux 
montagnes ou aux plateaux de certaines régions de notre pays. 



L'AGE DES DERNIERS VOLCANS DE LA FRANCE. 299 

connaître son origine. En réalité, c*est la corruption d'anciens mots qui n*ont 
jamais eu la signification que semblerait leur donner la consonance actuelle. 
Il y a deux Volcamp dans le Cantal, Tun dans la commune d'Ârpajon, Tautre 
dans la commune de Badailhac. Le premier s'écrivait Voycan en 4269 
{Affarium vocatum de Voycan, Archives municipales d*Aurillac, série FF, 
p. 15). Le second s'est dit : le Boucam en 1644; le Volcamp en 1670; leBocam 
et le Boucamp en 1692; le Boucan en 1693 ; le Boucan en 1696 et le Bouquan 
en 1736*. J'ai tout lieu de croire que l'expression actuelle est due à l'officier 
qui a levé la carte de TÉtat-Major de cette région en 1844. Je pourrais citer 
d'autres méprises de ce genre, qui datent de la même époque. 

Ainsi, je ne crois pas que la toponymie du centre de la France, quelques 
problèmes curieux qu'elle pose, nous fournisse la preuve que des populations 
humaines relativement peu anciennes, possédant un langage voisin du lan- 
gage actuel, aient été les témoins d'éruptions volcaniques. 

Mais on a également parlé de preuves historiques. C'est encore Giraud- 
Soulavie qui, le premier, a réuni dans son Histoire naturelle de la France 
méridionale^ des textes de saint Grégoire de Tours, de Sidoine Apollinaire et 
d'autres écrivains relatant des faits qui ne laisseraient aucun doute sur la 
persistance des phénomènes volcaniques dans la France centrale et particu- 
lièrement dans le Vivarais jusque vers la fin du v« siècle (468). Depuis divers 
auteurs ont reproduit ces affirmations'. Deux d'entre eux, les abbés Hamard 
et Jacquart ont eu surtout en vue le volcan de Denise, près du Puy, probable- 
ment à cause des ossements humains qui en ont été retirés. Lorsque je prépa- 
rais mon ouvrage sur la Géologie duYelay, je me préoccupai de cette question 
et je priai mon ami M. Salomon Beinach de vouloir bien reprendre l'étude 
des textes invoqués. Son étude a paru dans la Bévue archéologique, en 1890. 

Deux textes seulement ont la valeur de documents originaux, celui de 
Sidoine Apollinaire et celui de saint Avit. Les récits de Grégoire de Tours et 
des auteurs plus modernes sont tous fondés sur ces premiers témoignages. 

Le texte de Sidoine Apollinaire est emprunté à une lettre qu'écrivait le 
célèbre évéque de Clermont à son collègue Mamert, évéque de Vienne, pour 
lui annoncer qu'il venait, à son exemple, d'instituer les Rogations dans son 
diocèse afin de conjurer la colère divine, qui se manifeste par toutes sortes de 
calamités. Le passage le plus important, ayant trait à ces calamités, est le 
suivant : 

t. Renseignements tirés du Dictionnaire topographique du Cantal, par E. Amé. Paris, impri- 
merie nationale, 1897, p. 539. 

S. T. Ul, p. 327. 

3. SoQlhall, The récent origin ofman, 1875, p. 80. 

Ifazon (D' Francus), Voyage aux pays volcaniques du Vivarais, p. 115 et saiv. 

Hamard (l'abbé), L^dge de la pierre et V homme primitif, 1883, p. 171, 172. 

Jacquart (rabbé), Étude sur les éruptions volcaniques du Velay et du Vivarais, au V* siècle, in 
Mém. de t Académie des Sciences,^ de Lyon, t. XXIV, 1888, p. 94. 



300 Marcblun boule. 

Nan modo scaenae moenium publicorum crebris terrae moiibus concutie- 
baniur; nunc ignés saepe (lammati caducas culminum cristas superjecto favil- 
larum monte tumulabant; nunc stupenda foro cubilia collocabat audacium 
pavenda mansuetudo cervorum. Le membre de phrase qui commence par nunc 
ignés et linii pdiV tumulabant a été traduit de la manière suivante : « Tantôt des 
flammes jaillissantes ensevelissaient sous une montagne de cendres les 
crêtes ébranlées des montagnes j>. M. Salomon Reinach a démontré qu'i^n^^ 
saepe flammati ne pouvait signifier que < de fréquents incendies » et caducae 
culminum cristae que « les faites branlants des maisons ». Il donne de tout 
le passage la traduction suivante : « Tantôt, en effet, les murs des édifices 
publics étaient ébranlés par de fréquents tremblements de terre; tantôt des 
incendies souvent allumés ensevelissaient sous une montagne de cendres les 
sommets branlants des maisons; tantôt la gent timide des cerfs, devenus 
audacieux à notre effroi, établissait sa demeure en plein forum ». 

Le texte de saint Avit, beaucoup plus clair, est extrait d'une homélie sur 
l'institution des Rogations par son prédécesseur à Tévêché de Vienne, 
Mamert, le correspondant de Sidoine Apollinaire. Il y est encore question de 
fréquents incendies, de tremblements de terre, mais nullement de phéno- 
mènes volcaniques. 

« On le voit, dit M. S. Reinach, Sidoine et saint Avit ont décrit les mêmes 
événements, Tun plus brièvement et plus obscurément, Tautre avec plus de 
détails et de clarté. Parmi les prodiges qui épouvantèrent Vienne en 452, 
saint Avit mentionne les tremblements de terre, les incendies, l'entrée des 
cerfs dans la ville. Sidoine, de son côté, mentionne les tremblements de terre, 
les incendies, l'entrée des cerfs dans la ville. Le parallélisme est complet, la 
concordance des deux récits absolue et Ton peut conclure hardiment que les 
éruptions volcaniques du v*" siècle sont un roman géologique dont Sidoine 
Apollinaire n'est pas Fauteur. » 

On sait d'ailleurs que les erreurs d'observation populaire s'accréditent 
facilement. M. Albert Gaudry en a donné une preuve des plus curieuses qui 
s'applique admirablement aux textes de Sidoine et de saint Avit. Tandis qu'il 
était en Grèce, en 18S5, l'illustre savant lut dans des journaux envoyés de 
Paris que des flammes avaient apparu pendant les tremblements de terre de 
Delphes et de Thèbes. Môme le ministre de l'Instruction publique fît écrire à 
Athènes pour qu'on prit des informations à ce sujet. M. Gaudry se rendit sur 
les lieux du sinistre et il acquit la certitude qu'aucune espèce de flamme 
n'avait été vue dans les tremblements de terre de Delphes et de Thèbes *. 

{A suivre.) Marcellin Boule, 

Professeur au Muséum national 
d'histoire naturelle. 

1. Géologie de Vile de Chypre, in Mém, de la Soc. géol. de France , 2* série, t. VU (1862). 



La Cinquième édition du Traité de Géologie 

de M. de Lapparent^ 



L'auteur et les éditeurs du Traité de Géologie sont si bien de nos amis qu'ils ne 
s'attendront pas ici aux lieux communs d'un éloge réitéré, pour lequel d'ailleurs 
les mots demeureraient inférieurs à la tache. Nous rappellerons seulement que, si 
M. de Lapparent a donné, quand il fut président de notre Commission centrale, 
Tample mesure de sa bienfaisante affection envers la Société de Géographie, celle-ci 
lui en conserve toujours la plus vive gratitude, et, que le numéro de l'édition 
auquel parvient Tincomparable manuel instructeur de tous ceux qui étudient la 
terre, en quelque spécialité que ce soit, compose un compliment public assez flat- 
teur pour être privé de tout commentaire. Employons mieux le trop court espace 
disponible à expliquer ce que la cinquième forme du Traité de Géologie a de parti- 
culièrement intéressant pour les géographes, et quelles additions heureuses y ont 
été apportées par l'inlassable souci du perfectionnement perpétuel, poursuivi depuis 
vingt-trois ans. 

La paléogéographie, c'est-à-dire la géographie fossile, le tableau des anciens états 
successifs de la terre, de ses modifications au cours des âges géologiques, tel est le 
point saillant des suppléments apportés au Iraité de géologie; l'évolution des défor- 
mations de récorce du globe, des plissements tectoniques, des chevauchements et 
charriages montagneux, des transgressions marines, etc., est chronologiquement 
exposée avec la magistrale envergure familière à M. de Lapparent. Cette véritable 
histoire des contours, toujours changeants, des océans et des terres montre comment 
c'est la géographie qui guide en somme la géologie, quand il s'agit de demander aux 
explorateurs de récolte des fossiles nouveaux aux sables d'Afrique ou aux monts 
d'Asie, pour corriger les idées fausses et compléter les notions vagues sur les phases 
qu'ont traversées les faunes et par conséquent les mers de ces continents aujourd'hui 
émergés. Une mer saharienne a été reconstituée par les coquilles qu'ont ramassées 
des ofGciers français, et, le cambrien fossilifère vient d'être révélé dans l'Himalaya 
et le Yunnan. Ainsi ont pu être construites ces curieuses cartes, nouvelle illustration 
du livre, qui, de moins en moins théoriques, nous font voir la figure non seulement 
d'exotiques pays, mais de notre France elle-même, par exemple à l'époque des 
lagunes autuniennes ou à celle de la mer cénomanienne. 



1. 3 vol. ia>8, xvi-2016 p., 883 (ig. Paris, Masson, 1906. 



302 É.-A. MARTEL 

De récents sondages aux atolls océaniens ont établi que des calcaires coquilliers 
n'ayant à la surface que 1 p. 100 de carbonate de magnésie, en contiennent, à 
400 mètres de profondeur, 40 p. 100, ce qui les fait tendre vers la dolomie, et con- 
firme l'origine marine de cette dernière. Les dernières expéditions antarctiques 
(Discovery, etc.) ont fourni leur contingent aux problèmes des glaces polaires. 

Géographiquement encore il faut noter que, dans la précédente édition, les cartes 
paléogéographiques n'étaient que des planisphères, faussant fâcheusement la forme 
de la zone tempérée septentrionale, la plus connue des géologues; maintenant les 
vingt-deux figures de cette catégorie sont dressées selon une projection spéciale, qui 
encadre dans un seul hémisphère presque toute la terre ferme et laisse les mers 
(australes surtout) dans deux quarts de sphère latéralement juxtaposés. 

Quant aux géologues, énumérons au moins ce qu'ils trouveront d'entièrement 
remanié : tout le chapitre des tremblements de terre et des éruptions volcaniques 
(la Martinique et les Antilles, l'aiguille de la Montagne Pelée [flg. 94], les observa- 
toires sismologîques de l'Angleterre et du Japon), l'étude des anomalies de la 
pesanteur, la lithologie, complètement refondue (surtout pour les matériaux 
endogènes), de même que la description de lArchéen (coupes nouvelles du massif du 
Simplon, d'après la percée du tunnel) et celle des bassins houillers aussi bien de 
l'Europe que de l'Amérique. Chaque étage géologique s'est accru de 15 à 25 pages et 
de plusieurs figures. Le Dévonien est nouvellement subdivisé en Eodévonien^ Méso- 
déoonien, Néodéoonien^ etc. Enfin les phénomènes orogéniques, tels qu'on doit les 
expliquer maintenant, d'après les travaux de MM. Bertrand, Schardt, Lugeon, 
Termier, auxquels s'est récemment ralliée l'éminente autorité de Suess, sont certai- 
nement, avec la paléogéographie, le remaniement le plus important de l'ouvrage. 
Matériellement celui-ci est passé, au regard de la 4*' édition (1900) de 1912 à 2015 
pages et de 850 à 883 figures (1280 p. et 610 fyg, pour la V' édit., 1883). L'index, si 
précieux et si rapide pour les chercheurs, arrive à 6 200 noms et 22000 renvois de 
pages. Le montant des références bibliographiques dépasse 6000 et transforme le 
livre en une véritable encyclopédie géologique. Et il faut dire que l'accroissement 
est bien plus réel encore qu'il n'apparait, à cause des suppressions de paragraphes 
et même de figures désormais inutiles (comme vieillis ou secondaires), qui ont été 
sacrifiés par une épuration et une sélection des plus rigoureuses : si bien que, pour 
33 figures de plus, il y en a, de fait, cent nouvelles. 

Dans le compartiment de la Préhistoire, la fameuse industrie éolithique, anté- 
rieure au paléolithique et transitant vers l'insaisissable homme tertiaire n'est pas 
admise; M. Rutot, le géologue belge qui s'est fait l'apôtre de cette nouvelle théorie, 
regrettera certes cette opinion : mais la prudence scientifique oblige à dire tout au 
moins, que la preuve éolithique n'est pas encore fournie et que le scepticisme 
de beaucoup de palelhnologues demeure, quant à présent, justifié. 

Personnellement, et pour un autre chapitre, j'appliquerais un peu de ce même 
scepticisme à la fameuse loi de Brûckner, sur la périodicité (trente à trente-cinq 
années) des périodes climatiques, et sur l'alternance (de quinze a dix-sept ans) des 
périodes froides et humides avec les périodes chaudes et sèches. Pour M. de Lappa- 
rent « il semble résulter des recherches de M. Brûckner » que ces oscillations ne sont 



CINQUIÈME ÉDITION DU • TRAITÉ DE GÉOLOGIE > DE M. DE LAPPARENT. 303 

pas capricieuses. Les renseignements recueillis sont-ils suffisamment prolongés 
(depuis 1806 seulement) et surtout ont-ils été, dans la première moitié du xix* siècle, 
assez scientifiquement observés pour servir de base à une véritable loi ? 

Insistons sur l'orogénie et lexposc de ses théories qui se divisent en quatre parts : 
les dislocations terrestres en général (avec les données sur les nappes charriées, les 
massifs de recouvrement, les racines, etc.)) — les dislocations alpines, depuis peu 
d années enrichies de si suggestives données, — les types variés des zones dislo- 
quées, — et la synthèse du développement des reliefs terrestres. Quelques mots de 
citations sont, sur ce point, nécessaires : 

a On remarquera combien ces conceptions nouvelles modifient l'idée qu'on s était 
faite jusqu'ici de l'histoire des Alpes. Il semblait, en effet, que le plissement fût 
l'œuvre propre de la fin des temps miocènes; tandis que... le principal plissement... 
daterait de l'époque oligocène » (p. 1841). — Les esquisses paléogéographiques 
dégagent « la remarquable permanence de la mer arctique » tandis que (( les régions 
antarctiques auraient été émergées de très bonne heure. Par suite, deux des traits 
fondamentaux de la géographie actuelle, à savoir la mer du pôle nord et son opposé, 
le continent du pôle sud, étaient acquis dès le début... A la notion de la continuité 
du relief terrestre s'ajoute presque invinciblement celle de la constance dans la 
direction de Taxe des pôles ». 

« Si on s'accordait à reconnaître que, pendant... les temps secondaires, la Tethys 
avait séparé l'Europe de l'Indo-Afrique on ne soupçonnait pas que cette mer eût 
existé... durant les temps primaires » (p. 1927-28). 

Ainsi est proclamée une fois de plus et démontrée, par delà toute évidence, 
l'indissoluble union de la géologie et de la géographie, du professeur et de l'explo- 
rateur : union qui peu à peu a si fructueusement éclairé « la poursuite constamment 
ordonnée d'un plan aux lignes grandioses » et cela par le moyen (( d'une analyse 
quelquefois hardie mais toujours scientifique et appuyée sur l'observation et sur 
l'expérience » (p. 1961). 

Donc, si le Traité de Géologie est depuis longtemps consacré comme la provi- 
dence des géologues et la moelle de tout leur savoir, il appartient aussi aux géo- 
graphes de remercier doublement M. de Lapparent : d'abord pour le concours qu'il 
veut bien leur demander en allant chercher auprès d'eux tant d'éléments d'analyse, 
ensuite pour les imposantes et claires synthèses, dont, en échange, il les gratifie et 
les honore. 

É.-A. Martel. 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE 

AFRIQUE 

Exploration de M. R. Chudeau dans le Sahara. — M. Le D' Hamy, membre de 
l'Institut, a l'amabilité de nous communiquer les deux lettres reproduites ci-après 
que lui a adressées M. R. Chudeau sur les études archéologiques auxquelles il s'est 
livré au cours de sa belle exploration à travers le Sahara. 

« Tamanghasset, 12 août 1905. 

« Pour répondre au désir de M. E. Gautier je m'empresse de vous tenir au cou- 
rant des observations que j'ai faits en cours de route sur le préhistorique africain. 

« 1° Néolithique. Pendant la traversée de Tanezrouft entre le Tassili tan Adrar 
et Silet, des haches. Dans le Hoggar plus rien jusqu'à présent, du moins. Il semble 
donc se confirmer de plus en plus que les populations néolithiques habitaient les 
bords des grands oueds. La sécheresse a chassé leurs descendants ou tout au moins 
leurs successeurs dans la montagne. 

« 2* Tombeaux. Les tombeaux sont toujours nombreux, sauf dans le Tanezrouft 
où je n'en ai pas noté. Ils sont particulièrement abondants autour des centres 
actuellement habités (Silet, Abalessa, Tit) et au confluent de l'oued Outoul et de 
l'oued Agerror, point où il y a de l'eau en permanence et où l'on a tenté récem- 
ment des essais de culture. Ce sont toujours les deux mêmes types (Choucheis 
et Basira) que dans l'Adrar et l'Ahnet. Ils sont aussi accompagnés de grands cer- 
cles de pierres et de fer à cheval. 

« Les Oasira, formés de pierres entassées sans soin sont, d'habitude, sur les bords 
do l'oued; les Chouchets, du moins les plus typiques sur les plateaux ou les collines, 
dominent la vallée. La chose est trop constante dans leHôggar pour que Ton puisse 
y voir un hasard. Jusqu'à présent rien ne me permet de penser que ce soit une dif- 
férence de date plutôt que de caste. Quelques Chouchets m'ont paru présenter des 
particularités que j'ai notées sur des croquis. J'ai pris également le dessin d'un 
monument que malgré ses dimensions je crois être un tombeau. Je n'ai pas 
encore vu le type figuré par Duveyrier (Tab. XV). 

« 3^ Inscriptions. Elles sont peu abondantes à cause sans doute de la dureté de 
la roche. Dans l'Adrar Tin Zaouaten, une est intéressante par sa position au 
niveau de la berge de l'oued. C'est la plus basse que j'ai rencontrée. Dans le 
Hoggar, je n'en ai vu jusqu'à présent qu'au confluent des oueds Outoul et 
Agerrar, sur des laves (peut-être des phonolithes). [Ce confluent est à peu près à 
moitié roule entre Tit et Tamanghasset.] 



AFRIQUE. 30 

« 4*" Gravures. Les plus remarquables sont au même confluent. Elles sont toutes 
au trait, mais il y a deux types distincts dans la facture : les unes sont bien dessi- 
nées et représentent Tanimal; j'ai noté, en particulier, trois girafes et deux bœufs. 
On peut, je crois les rattacher aux gravures rupestres; la différence de dureté des 
roches explique que les contours seuls aient été tracés. Les autres accompagnées 
d'inscripiions sont très schématisées et certainement plus récentes; elles représen- 
tent surtout des chameaux. 

(( Nous avons marche un peu vite tous ces temps-ci de sorte que je n'ai pas pu 
faire de fouilles ni prendre d estampage. » 

M Iférouane, 30 septembre 1905. 

« Je profite de quelques jours de repos que je prends ici en attendant les troupes 
soudanaises pour vous envoyer les principales observations que j'ai pu faire depuis 
ma dernière lettre. 

« Je n'ai pas pu, comme j'y comptais, profiter de mon séjour à Tamanghasset 
pour faire quelques fouilles. Les Touaregs ont conservé un souvenir fort net de ces 
tombeaux et mettent des noms sur beaucoup d'entre eux. Ainsi le beau monument 
d'Abalcssa serait la tombe de Tin Hina et les Chouchets qui l'entourent, celle de 
ses Imghads. La négresse Takanot serait enterrée à 500 mètres de là dans un beau 
chouchet auquel est adossée une Djamah. — Tjn Hina est, d'après la légende, une 
femme noble berbère, ancêtre des Hoggars, des Taitocqs et d'une troisième tribu 
dont le nom m'échappe. Elle serait venue dans le Hoggar il y a au moins trois 
cents ans; M. Benhazera a pu établir jusqu'à elle dix générations, mais il y a pro- 
bablement des lacunes au début. 

« Autour de Tamanghasset les tombes sont nombreuses; j'ai pris les croquis ci- 
joints. 

H 1* Tombe de la sultane Tabeghount ouït Akhlakham, morte en 1898 (elle est 
située dans la vallée) (fig. 84). 

« 2" Tombe d'un Touareg noble (sise à mi-côte) (fîg. 8o). 

« L'enceinte qui entoure ces tombes est spéciale aux nobles ; elle présente une 
ou deux entrées et un Djamah, De plus, pour les hommes une pierre debout à la 
télé et une aux pieds; pour les femmes une à la tète et deux aux pieds, ces 
deux dernières n'ayant pas la même orientation que dans la tombe de l'homme. 
— La hauteur de Tenceinte ainsi que la présence ou Tabsence d'un bâton parfois 
muni d'un chiffon, sont parait-il, choses indifférentes. 

« Les tombes des Touaregs non nobles n'ont généralement pas d'enceinte et 
la Djamah peut manquer. Il y a souvent, comme dans le Mzab, des poteries pleines 
de cailloux du côté de la tête. Les tombes d'Iferouane sont analogues, mais il n'y a 
pas de poteries. Très souvent un bâton à la tête. 

« Je ne me rappelle pas avoir vu ces dessins dans Duveyrier et j'ignore si Fou- 
reau a publié quelque chose d'analogue. 

« Dans l'oued Sissouf, surtout vers l'Amoud, il y a une grande quantité de 
petits chouchets recouverts de pierres plates; ils sont parfois réunis par deux et 
souvent accolés à un rocher. 

La GiooRAPHic. - T. XIII, 1906. 20 




306 



MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 



« Ce seraitj d'après la légende, la tombe d'une tribu de forgerons morts de faim, 
il n'y a pas très longtemps. Ces forgerons forment encore une caste à part, fort 
méprisée autrefois, un peu moins mal vue actuellement — on ne les tue pas dans 
les combats. C*est, je pense, une race distincte presque noire; je n'en ai vu que 
deux ou trois et leur voile est bien gênant. Pour les Touaregs je n'ai pu voir que 
cinq ou six femmes qui, comme on sait, ne sont pas voilées. Leur type est assez 
homogène : figure longue, nez légèrement busqué, yeux bruns rapprochés. Elles me 






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FIO. 8-i. — TOMBE DE LA SULTANE TABEGHOLNT FIO. 85. — PLAN ET COUPE d'uNE TOMBE DE NOBLE 
OULT AKHLAKHAM (R. CHUDEAU). TOUAREO AUX ENVIRONS Dl TAMANGIASSBT (R. OfC- 

UEAU). 






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Tjpe A. 



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Type B. 



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no. 86. - PLAN ET COUPE d'uN CERCLE 

de pierres relbvé sur les bords de 
l'oued eelil a mi-chemin entre IN- 

AZAOA ET IFÉROUANE (R. CHUDEAU). 



FIG. 87. — COUPE DE TOMBES DU TYPE ChOUChet 
(r. CBUDBAU). 



paraissent se rattacher à la race littorale de Denîker ; c'est du reste un type que j'ai 
vu souvent en Aquitaine et en Espagne. Ceci pour les Hoggars, les Taitocqs, les 
Iforas de l'Adrar bien entendu et peut-être pour les Azdjèrs. Les Kel-oui de TAïr 
sont nettement des mulâtres. 

(( Notons de plus des cercles. Les grands cercles de pierres communs dans 
l'Ahnet, le Mouydir et le Hoggar paraissent devenir rares à Test. Je n'en ai ren- 
contré qu'un seul bien différent de ceux que j'avais vu antérieurement. En revanche, 



AFBIQUB. 



307 



depuis In Azaoa des cercles de pierres de petit diamètre (flg. 86) (1 m. et souvent 
moins) sont fréquents ; Tintérieur est parfois pavé de grosses pierres mais la sur- 
face supérieure est horizontale; il n y a aucun bombement. 'Beaucoup d'entre eux 
sont situés sur des mamelonsy au voisinage de tombeaux, ce qui semble exclure 
complètement Tidée d'un campement de caravanes. 

a Les tombeaux bien construits, en forme de tours (type chouchet) disparaissent 
vers l'est. Les derniers que j'ai vus sont sur les hauteurs qui dominent l'oued 



/ 




m. S8. — PLAN d'VM TOMBBAU DB forme 9PÉGIALI RBLKVÉ PAU M. CHUDBAU 
SUR LES BORDS DE l'OUEO TIOBK. 

Zazîa. On ne trouve plus guère par ici que des amas de pierres de diamètre variable 
(3 à 8 m.) les uns avec une excavation centrale (type A), les autres sans excavations 
type B) (flg. 87). Ce dernier type est de beaucoup le plus fréquent depuis le Tassili où 
il y en a de nombreux. J'en al noté tous les jours, mais les principaux groupements 




IU^-JL 




Jl^^aiwJI. 



no. 19. — PLAIT rr gocpb d'uiî toxbbao rblbté 

A KAlkAMRLLBT PAR M. R. CHVDBAOr 



FIO. 90. — PLAIf ET COUPS D'UN TOWSBAU 
TOUAREG RELEVÉ A TA »IAIf GRASSET PAB 
M. R. CHUDBAU. 



sont dans la gorge de l'oued Er Ghessour (Tassili), à In Azaoa et à Iférouane» 
a Je signalerai, enfin, deux tombeaux de type spécial, l'un dans l'oued Tidek 

(fig. 88), l'autre à Kadamellet (Cig. 89), tous deux à flanc de coteau. 

« Les Touaregs prétendent qu'ils sont de nouveaux venus dans le pays ; cela est 

probablement vrai pour quelques familles, mais inexact, je crois, pour l'ensemble 

de la population. Je pense que les tombeaux en fournissent une preuve; il y a toutes 




308 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

les transitions possibles entre les types A et B (fig. 87) et le type chouchet. Donc 
pas d'invasion brusque pendant cette période. — On trouve aussi des transitions 
entre ces formes anciennes et les tombeaux musulmans caractérises surtout par leur 
orientation nord-sud et leurs chouaheds (pierres debout). Outre les deux figures 89 
et 90 qui me paraissent assez nettes, j*ai observé souvent des tombeaux de type 
ancien avec les chouaheds, parfois mal orientés. Mais cette erreur de direction 
8*observe aussi dans des tombeaux récents. Cette idée de transition dans la forme 
des tombes ne repose pas pour moi sur quelques cas isolés, mais sur tout un 
ensemble d'observations. Le fait que des chouchets typiques, comme celui de Takamet 
et des serviteurs de Tin Hina, ont encore une attribution, me parait plaider dans 
le même sens. 

« Je vous ai signalé dans ma lettre précédente des sortes de fer à cheval rec- 
tangulaire, Tin Amensan par exemple. J'en ai revu à Tamanghasset, mais pas 
au delà. Depuis Tamanghasset je n'ai trouvé que des demi-cercles d'orientation 
quelconque Leur diamètre est, en général, de deux mètres. Je ne sais pas s'ils se 
. rattachent au type précédent nettement défini ou si ce sont des traces.de campement. 
Lorsqu'une caravane s'arrête et qu'elle craint la pluie, elle dépose ses bagages 
sur deux rangées de pierres habituellement rectilignes, mais dont Técartement est 
analogues à celui des demi-cercles en question. 

(( Les dessins et les inscriptions m'ont paru rares. Il y a toujours les deux 
types signalés précédemment : 1"* des dessins au trait bien faits, et, représentant 
surtout des bœufs, des girafes et des autruches (ils sont de grande taille. Les girafes 
ont deux mètres de haut) ; 2° des dessins très schématiques, accompagnés d'inscrip- 
tions; le chameau y est Tanimal dominant, la figure humaine n'y est pas rare; j*ai 
noté en particulier une femme, le torse nu avec une jupe costume habituel des 
femmes de la région. Ces dessins sont plus petits petits que les premiers (0<°,30 à 
0",40). J'ai vu les deux types dans le Tassili tan Tadjenin et au nord de l'Aïr où 
ils sont très disséminés. 

« 9^ Pour le Néolithique j'ai trouvé une hache au nord du Tassili et une pointe 
de flèche au sud dln Azaoa, toutes les deux dans des régions d'oueds actuellement 
désertiques. La récolte est maigre, mais j'étais seul à chercher. 

(( J'ai relevé encore quelques autres indications mais je crois n'avoir rien omis 
d'important dans Ténumération précédente. » R. Cuudeau. 



La Mission Dyé au Haroc. — La mission Dyé, créée par les ministères de la 
Marine et des Affaires étrangères et subventionnée par le Comité du Maroc grâce à 
une généreuse donation de M""** Hériot, avait pour objet de procéder à la triangulation 
des provinces atlantiques du Maroc, particulièrement de la côte, et d'étudier le 
relief des fonds sous-marins, afin de fournir aux marins qui fréquentent ces parages 
des cartes répondant aux besoins de la navigation. 

La mission, composée de MM. Dyé, lieutenant de vaisseau, Larras et Traub, 
enseignes de vaisseau, Pobéguin, ingénieur des Ponts et Chaussées, et du D''Afaire, 
de rinstitut Pasteur, a obtenu un succès complet. 



AFRIQUB. 300 

Une première campagne, qui a duré sept mois (juin à décembre 1905), sur le 
yacht, V Aigle, affrété par la mission, a été très heureuse. 

I^s études scientifiques ont porté sur les quinze points les plus intéressants de 
la côte atlantique, révélant les conditions techniques de baies et de mouillages 
jusqu'à ce jour ignorés et incertains. Dès aujourd'hui une contribution considé- 
rable se trouve apportée à la cartographie marocaine par les spécialistes de la 
mission. Les travaux de triangulation et les sondages les plus étendus ont eu lieu 
aux points suivants : 

— Rade de Mûgador et environs (plan au 10 000*). 

— Rade de Mazagan et environs (plan au iO 000'). 

— Baie d*Azemmour, embouchure de TOum-er-Rebia, épi du cap Azemmour. 

Côte de Mazagan vers Casablanca (plan au 50 000'). 

— Mehediya et le bas Sebou (plan au 10 000*). 

— Baie de Fedala (plan au 20 000«). 

— Baie d'Agadir (plan au 10000«). 

— Embouchure de TOued Tensift (plan au 20 000«). 

En outre des levés,- des observations astronomiques et magnétiques ont été 
effectues à Safi, à Casablanca, à Rabat, à la Zerga, à Larache, et, à Tanger. 

Pendant les mois de novembre et de décembre 1905, la mission Dyé opéra, divisée 
en deux groupes, toujours dans les provinces atlantique du Maroc. 

Tandis que le deuxième groupe réussissait à mener à bien la triangulation 
rigoureuse du littoral entre Mazagan et Safi, dans la partie de la côte où aboutissent 
les routes caravanières de Marrakech à Tpcéan, le premier groupe exécutait le pre- 
mier travail d'hydrographie méthodique du cours du Sebou sur une longueur de 
200 kilomètres. Cette dernière opération fut rendue particulièrement périlleuse par 
1 état troublé de la région, par les razzias incessantes des tribus Beni-Hassen du 
Bled'Siba chez les populations plus paisibles du Bled-makhzen. 

Après l'exploration de la lagune Zig-Zerga, la mission lança son canot démon- 
table sur le fleuve Sebou, l'ayant transporté à dos do mulets sur la route de Larache 
à Fez. Le sondage méthodique des fonds et le levé des berges, effectués simultané- 
ment, permettront de publier la première carte â grande échelle, au 5000% du cours 
du Sebou *. Mais nos compatriotes ont failli payer de leur vie cette entreprise auda- 
cieuse. Fusillés par des cavaliers postés sur les berges, les explorateurs durent 
successivement, peu avant l'arrivée à Méhédiya, abandonner leur canot, puis 
cacher leurs instruments, théodolites, boussoles, chaînes d'arpenteur. Néanmoins 
la mission put, avec beaucoup de prudence, de patience et de sang-froid, échapper 
aux douars hostiles de la tribu des Beni-Hassen, et elle est rentrée en France avec 
tous ses documents intacts. S. 

AMÉRIQUE 

Explorations du Geological Survey des États-Unis dans l*Alaska. — Parmi 
les grandes entreprises géographiques accomplies dans ces dernières années par 

1. L'embouchure du fleuve Sebou a été également étudiée au milieu de 1903 par les agents de 
la Société El R*arb. 



310 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

des institutions officielles, au premier rang se place Fœuvre poursuivie dans 
TAIaska par les États-Unis. Il y a dix ans, cet immense territoire, grand comme 
trois fois la France, était pour ainsi dire inconnu. Aussi, iorsqn'en 1898 se produisit 
le fameux rush de mineurs et de prospecteurs qui devait amener la transforma- 
tion rapide de ce pays, le gouvernement fédéral résolut d'entreprendre de suite la 
reconnaissance topographique de cette région. Avec leur esprit pratique les Amé- 
ricains ont depuis longtemps reconnu que rétablissement d'une carte à peu près 
précise est le préliminaire indispensable de toute œuvre de colonisation. Sans ce 
document, comment, en effet, étudier la construction des routes nécessaires à la 
mise en valeur du pays? En conséquence, dès 1898 plusieurs missions furent char- 
gées de relever les principales lignes topographiques des régions les plus intéres- 
santes, en même temps que de reconnaître les conditions d'établissement des voies 
^. de communication ainsi que la valeur économique des diverses parties du nouvel 

!l' ; Eldorado. Depuis, cette enquête confiée au Geological Survey des États-Unis, au 

f' . Coast and Geodetic Survey et au département de la Guerre a été menée avec ardeur, 

.*;;^ si bien qu'aujourd'hui la moitié du « territoire » alaskien a été reconnu dans ses 

traits principaux. 
:• Le tableau suivant * publié par M. Alfred H. Brooks, chef de la division de 

iy l'Alaska, au Geological Survey, indique l'état actuel de nos connaissances dans 

^1 cette dépendance de la grande république américaine. 

j'5 Régions ayant été simplement l'objet d'une reconnaissance 

de la part du Geological Survey 206 400 k«. 

r^ - Régions pour lesquelles il existe des levers topographiques 

^ > et géologiques exécutés par la Gco/o(/icai Swrvcy . . . . 154 800 — 

Régions explorées par d'autres services que le Geological ' 

Survey 129 000 — 

Région côtière, côtes relevées par le Coast and Geodetic 
Survey et reconnaissance géologique efTectuée par le Geo- 
logical Survey 309 600 — 

Tenitoires inexplorés, pour lesquels il n'existe point de 
carte 799 800 — 

^ Total 1 599 600 k>. 

En 1902 deux missions du Geological Survey des États-Unis ont opéré dans le 
bassin de la rivière du Cuivre (Copper River), L'une, composée de M. F. C. Schradcr, 
géologue, et D. C. Witherspoon, topographe, a exploré la vallée supérieure de ce 
fleuve et celles de la Chisana et de la Nabesna, tributaires de la Tanana, tandis que la 
seconde, formée de M. Walter C. Mendcnhall, géologue, et de M. T. G. Gerdine, 
topographe, relevait les versants sud et ouest des monts Wrangell et la partie de la 
face méridionale de la chaîne alaskienne (Alaska Range) drainée par les affluents de 
la rivière du Cuivre. 

Un premier rapport ^ paru en 1903 sur ces expéditions, a été complété par un de 

1. Alfred H. Brooks, How much is known of Alaska, in The fiai. Géographie Magame^ 
Washington, XVII, 2, février 1906, p. 112. 

2. V. S. Geological Survey. W. C. Mendenhall and F. C. Schrader, Minerai resources of the 
Mount Wrangell district, Alaska. Prof. Paper, n'* 15. Washington, 1903. 



AMÉRIQUE. 311 

ces beaux mémoires magnifiquement illustrés que publie le Geological Survey des 
États-Unis, lequel a pour auteur M. Walter C. Mendenhall *. Cette belle monogra- 
phie renferme trois superbes cartes topographiques très intéressantes. La première 
(PL XI), qui a déjà été publiée*, représente le bassin de la rivière du Cuivre, d'après 
les levers des expéditions de 1902, et d'après ceux exécutés par M. F.-C. Schraderen 
1898 et 1900»; la deuxième et la troisième [PL XIX et XX), celles-là inédites, figu- 
rent au 250000^ les monts Wrangell et la portion de V Alaska Range afférent au 
bassin de la rivière du Cuivre. Une esquisse géologique au 250000'' montre la dis- 
tribution des terrains dans les parties haute et moyenne de la rivière du Cuivre. 

Le relief de cette région est constitué par deux chaînes qui se détachent du Saint- 
Élie et décrivent ensuite des arcs de cercles concentriques autour du golfe d^Alaska. 

Le relief littoral est formé par les monts Chugach et Kinaï qui se terminent 
dans la presqu'île du même nom, et celui de l'intérieur par V Alaska Range qui 
finit à la presqu'île d'Alaska. Dans l'intervalle entre ces deux chaînes s'élèvent, 
Clément rattachées au Saint- Élie, les monts Wrangell, séparés des Chugach par la 
Chitina et de V Alaska Range par la haute vallée de la rivière du Cuivre. 

Les monts Chugach (1 800 à 2100 m.)) en raison de l'altitude uniforme de leurs 
cimes sur de grandes distances, ont Taspect d'une pénéplaine disséquée par l'érosion, 
et pour cette raison semblent de loin d'accès aisé. Aussi bien, quand on les aborde, 
grande est la désillusion de se trouver en présence d'une topographie très compli- 
quée constituée par un inextricable labyrinthe de crêtes étroites et de profonds 
ravins. 

Beaucoup plus saillants que les Chugach sont les monts Wrangell. Leurs points 
culminants, les monts Sanford et Blackburn s'élèvent respectivement à 4 860 mètres 
et à 4842 mètres; le Wrangell ne dépasse pas 4200 mètres. Ce groupe forme un 
massif compact, long de 160 kilomètres, qui ne se laisse franchir qu'au col Skolai, 
à sa jonction avec le Saint-Élie. 

La chaîne alaskienne, beaucoup moins haute, se compose de massifs isolés 
par des dépressions; tels sont, au nord de la rivière du Cuivre, celui de la Chis- 
tochina compris entre la Delta River et le col Gillett conduisant dans la Tanana, 
avec le mont Kimball (2800 m.) comme sommet le plus élevé; plus à l'est, c'est le 
Mentasta, puis un troisième massif voisin de la rivière Cantwell et culminant au 
mont Hayes (4200 m.). En avant de la section de la chaîne alaskienne drainée 
par la rivière du Cuivre se dressent des avant-monts, isolés de la crête principale 
par des fragments de vallées longitudinales dues à des failles et dont Texistence 
exerce une influence remarquable sur les formes de la glaciation. 

Établie au milieu de toutes ces montagnes, la vallée de la rivière du Cuivre 
présente deux aspects fort différents. Dans sa partie inférieure, c'est une gorge 
étroite, ouverte à travers la chaîne littorale des Chugach, tandis qu'en amont, c'est 

1. c/. s. Geological Sw^rey. W. Mendenhall, Geology oflhc Central Copper River Région^ Alaska. 
Prof. Paper, n* 41. Washington, 1905. 

2. W. C. Mendenhall and F. G. Schrader, loc, cit. 

3. C/. 5. Geological Survey. P. C. Schrader and A. G. Spencer, The Geology and minerai 
ReMOurceê ofa portion ofthe Copper River District, Alaska, Washington, 1901. Publication si>éciale. 
Voir PI. Il, p. 28. 



3i2 MOirV'EMENT GÉOGRAPHIQUE. 

une large dépression s*épanouissant entre les monts Wrangell et ï Alaska Range et 
continuant vers Test le large fossé que crée, à l'est, la vallée de la Sushina 
entre le relief littoral et la chaîne alaskienne. 

Les terrains les plus anciens du bassin de la rivière du Cuivre sont des schistes 
injectés de diorite, dits de la Dadina et de la Tanana, lesquels offrent une très 
grande analogie avec ceux de la Klutina et de la Chitina étudiés par M. F.-C. Schrader '. 
Leur dépôt est antérieur au Silurien. Les schistes de la Tanana forment les crêtes 
de la chaîne alaskienne; ceux de la Dadina, visibles sur le versant ouest des monts 
Wrangell, constituent lea témoins d'un ancien relief qui était un des traits topo- 
graphiques les plus importants avant que le pays ne fût noyé sous les laves émises 
par les monts Wrangell. Une seconde période de sédimentation, qui a fourni les 
matériaux constitutifs de la plus grosse portion des monts Chugach, eut lieu pro- 
ablement pendant le Silurien. La région centrale du bassin de la rivière du Cuivreo 
appartint ensuite à une grande masse continentale, dont l'étendue fut soumise à 
diverses vicissitudes, et, pendant une grande partie de l'ère paléozoîque, elle devint 
le siège d'une activité éruptive intense. Cette activité paraît se rapporter à deux 
périodes distinctes. A la première appartiennent les séries sédimentaires et éruptives 
qui forment les avant-monts de la chaîne alaskienne et qui apparaissent également 
sur le versant occidental des monts Wrangell. De la seconde phase volcanique, 
datent des nappes de basalte absolument typique, dont la puissance n'est pas 
inférieure à 1 200 mètres dans la vallée de la Chitina '. Les mêmes épisodes sem- 
blent avoir affecté la province du Yukon, comme l'indique la présence à Rempart 
de laves basiques entre les schistes de Fortymile creek et le Carboniférien. La date 
de ces émissions serait, d'après plusieurs géologues américains, antérieure au 
Permien, peut-être, au contraire, postérieure, suivant M. W. C. Mendenhall. 

Vers la fin de l'ère primaire une transgression marine paraît avoir affecté tout 
l'Alaska oriental et sud-oriental. Des dépôts permiens se rencontrent, en effet, sur 
la face sud de la chaîne alaskienne comme dans la haute vallée de la White River, 
sur le moyen Yukon, et à Pyramid Horbour. La faune qu'ils renferment présente 
cette particularité remarquable d'offrir des afflnités avec celle du Permien des Indes, 
et aucune avec celle de ce système dans l'Amérique boréale. La mer qui occupait 
le bassin de la rivière du Cuivre devint ensuite moins profonde, comme paraissent 
l'indiquer les dépôts triasiques de la vallée de la Kotsina. Vers la tin du Trias le 
pays subit un soulèvement en masse, puis des plissements, et, fut ensuite soumis à 
une puissante érosion, jusqu'à la fin du Jurassique ou au début du Crétacîque. 
Alors se manifeste la transgression de la mer à aucellcs qui n'a laissé que de faibles 
traces dans la région que nous étudions. A partir de cette période le régime marin 
cesse définitivement, et le bassin delà rivière du Cuivre redevient pour toujours 
une masse continentale. Pendant TÉocène, probablement à la suite de flexures, la 

1. U. s. Geological Survet/j F. C. Schrader and A. C. Spencer, loc. ciL, Washington, 1901. 

2. Sur Textension de cette formation dans la vallée de la Chitina, voir 0. Ilohn, A reconnais- 
sance of the Chilxna River and the Skolai mountains Alaska j in Twenty firasll Ann. Rep. U, S. GfoL 
Survey. Part II, 19 JO, et, F. C. Schrader and A. C. Spencer, Geolof/y and Minerai Resources ofa 
Portion of the Copper Hiver district, Alaska, Washington, 1901. —Publication spéciale d\i Geolo- 
gical Survey des Etats-Unis. 



AMÉRIQUE. 3i3 

région se couvrit de grands lacs dont les dépôts littoraux ont donné naissance à 
des lignites. Cet horizon est représenté, à la base sud de la chaîne alaskienne, sur 
la rive orientale du grand glacier de Gakona, par des conglomérats et des calcaires 
renfermant des plantes fossiles (Séquoia sp., Taxodium iinajorum Heer, T, disli- 
chum miocenum Heer, Corylus Mac Quarrii Heer, Juglans nigella Heer, 7'ilia alas- 
kann (?) Heer. 

Après le dépôt de ces assises éocènes la région subit une série de mouvements 
tectoniques qui ont préparé le dessin des contours actuels du pays; en même temps, 
et probablement comme conséquence de ces dislocations, eut lieu Ténorme émission 
des laves qui ont constitué les monts Wrangell. Sur une surface structurale dont 
l'altitude ne dépassait guère un millier de mètres les produits de l'activité interne 
se sont entassés sur une épaisseur d'environ de 3 800 mètres. Le Wrangell le plus 
récent, semblet-il, des quatre grands pics qui couronnent le massif, est aujour- 
d'hui réduit à l'état de solfatare. La bouche qui émet des vapeurs se trouve à Test 
du point cufminant de la montagne. 

Pendant que se produisaient au Wrangell les dernières manifestations volca- 
niques, les glaciers pléistocènes envahissaient la vallée de la rivière du Cuivre et 
peu à peu l'occupaient entièrement. Ces appareils, ont subi des alternatives de 
recul et de progression, semblables à ceux qu'éprouvent les glaciers actuels, 
M. Mendenhall voit, du moins, la trace de ces avancés épisodiques dans les plis 
que présentent le till entre deux zones de stratification horizontale. Dans la vallée 
de la rivière du Cuivre ces glaciers, puis, pendant leur retrait, les torrents et les 
lacs temporaires comme il s'en forme dans lerratique, ont entassé une masse 
énorme de sédiments. A ces agents de remplissage énumérés par M. Mendenhall il 
faut, croyons-nous, ajouter les débâcles engendrées par la fusion brusque des gla- 
ciers sous l'influence des phénomènes volcaniques. L'activité volcanique n'étant 
pas éteinte lors du paroxysme glaciaire aux monts Wrangell, très certainement 
des cataclysmes de ce genre ont dû se produire. La puissance de transport et de 
sédimentation dont ces phénomènes sont susceptibles est mise en évidence de nos 
jours par les terribles débâcles auxquels donnent naissance les glaciers de l'Islande 
méridionale percés d'abondantes bouches éruptives. La puissance des dépôts pléis- 
tocènes dans la vallée de la rivière du Cuivre est véritablement colossale, 300 mètres 
dans la partie centrale du bassin, 200 mètres dans la partie inférieure. 

Encore aujourd'hui le phénomène glaciaire se manifeste avec une très grande 
énergie dans ce district de l'Alaska. La partie nord-ouest du massif du Saint-Ëlie, 
demeurée inexplorée, est couverte d'immenses glaciers, et la région orientale des 
monts W>angell renferme des appareils du type alpin de dimensions considérables, 
tels ceux de Nabesna et de Chisana, longs respectivement de 64 et de 48 kilomètres, 
situés tous deux sur le versant nord, et, sur la face sud, le glacier de Kennicott qui 
atteint un développement de 40 kilomètres. Dans la partie occidentale du massif 
la glaciation est moins développée; si, sur le versant sud de cette région, le gla- 
cier Long mesure encore 40 kilomètres de long, celui de Chetaslina, sur la face 
ouest, ne dépasse pas 16 kilomètres. Cette circonstance est due pour une part à la 
raideur des pentes et aussi, pense M. Mendenhall, à ce que la fusion de la glace 



3f4 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

est ici très active en raison de la chaleur que garde encore le sol autour de la 
soufrière du Wrangeli. Au-dessus de ces neiges on découvre une douzaine de 
bouches de sortie de fumerolles. 

Sur le versant méridional de la chaîne alaskienne le phénomène glaciaire, 
quoique beaucoup plus réduit, garde encore d'imposantes proportions. Le glacier 
le plus important, le Gakona, est long d'une vingtaine de kilomètres et large de 
près de 5 kilomètres à son extrémité inférieure. Au point de vue morphologique on 
doit signaler celui de Ghistochina qui, à Tissue de sa gorge, trouvant une vallée 
longitudinale, la remplit et crée dans cette dépression un appareil appartenant an 
type piedmont des glaciologistes américains. 

En outre du rapport si intéressant de M. Mendenhall, le Geological Survey a 
publié, en 1905, deux autres contributions importantes à la connaissance de la géo- 
graphie et de la géologie de T Alaska. 

C'est, d'abord, une étude due à M. Louis M. Prindle sur la région des placer» 
aurifères de Forty Mile, de Birch Greek et de Fairbanks, située entre le Yukon et la 
Tanana^ Elle renferme deux cartes au 250000^ représentant l'une une transver- 
sale entre Circle, sur le Yukon, et, Fairbank, sur la Tanana, l'autre la région au 
sud-ouest d'Eagle Gity; une troisième carte au 625 OOO* donne l'état de nos connais- 
sances topographiques dans la presqu'île comprise entre Yukon et Tanana. 

La région explorée par M. Prindle est une portion du grand plateau alaskien 
compris entre les chaînes pacifique et le prolongement septentrional des Rocheuses. 
Cette plate-forme, d'une altitude moyenne de 1 000 mètres, est accidentée en relief 
par des crêtes d'un millier de mètres ou par des dômes isolés, et, en creux par 
des vallées profondes de 300 à 1 000 mètres. 

La zone étudiée renferme des gneiss (vallçe supérieure de la Tanana) rapportés 
à l'Archéen, puis une aire étendue occupée par des roches métamorphiques, en6n des 
lambeaux de Dévonien (série de Rempart). Le Carboniférien, le Crétacé et TEocène 
se trouvent représentés par des bandes le long du Yukon. Les dépôts pléisto- 
cènes couvrent d'immenses espaces et par leurs étagements en terrasses dans les 
vallées démontrent les vicissitudes par lesquelles est passé le régime hydrogra- 
phique. Ainsi le torrent du Seventymile Creek coule dans un canon de 6 mètres 
de profondeur creusé dans une ancienne vallée très large. Dans le Seventymile 
Greek comme dans le Fortymile Creek d'anciennes berges s'observent jusqu'à une 
hauteur de 150 à 200 mètres au-dessus du niveau actuel des eaux, et, sur les bords 
de cette dernière rivière des graviers se montrent jusqu'à 60 mètres au-dessus du 
plan d'eau actuel. 

Le troisième document relatif à l'Alaska publié récemment par le Geological 
Survey des États-Unis est dû à M. Fred. H. Moffit et concerne la presqu'île 
Seward ', 

La carte topographique (2o0000*) jointe à ce fascicule embrasse la partie nord- 

4. V, s. Geological Survey. Louis M. Prindle, The Gold Placers of the Fortymile^ Birch Creek 
and Fairbanks Régions, Alaska, Bull, n" 25^ Washington, 1905. 

2. U. S. Geological Survey. Fred. H. Moffit, The Fairhaven Gold Placers, Seward Peninêtday 
Alaska, Bull. n« 247. Washington, i905. 



AMÉRIQUE. 815 

est de cette péninsule; complétant celles contenues dans une publication anté- 
rieare S elle fournit une représentation de la plus grande partie de cette région. 

La presqu'île Seward, est, dans sa partie nord-est, une haute plaine, découpée 
par des vallées très larges et très basses, et, accidentée de reliefs campaniformes, 
hauts d'un millier de mètres, qui sont les témoins d'une pénéplaine. Ces collines 
oflFrent un remarquable étagement de stranMinie, Tandis que les montagnes de 
la partie nord-ouest de la presqu'île présentent les niveaux de quatre cycles diffé- 
rents d'érosion, deux seulement se trouvent représentés dans l'est, l'un par le pla- 
teau de Kugruk (300 à 420 m.), l'autre par la plaine littorale (60 m.). Les mouve- 
ments orogéniques qui ont affecté cette presqu'île ont donc eu un caractère très 
local, ainsi du reste que l'avait mis en évidence M. A. H. Brooks^. 

Au point de vue géologique le fait le plus intéressant à signaler est la présence 
de nappes de basalte très étendues. Une activité volcanique intense s'est exercée 
dans cette portion de la presqu'île pendant une très longue période à partir de la 
fin du Pliocène ou du. début du Pléistocène. Il y a eu une succession d'épanché* 
ments qui dans certaines régions ont été séparés par un long intervalle de repos. 
On voit ainsi sur les bords de la Noxapaga une coulée récente reposer sur des 
graviers pléistocènes parmi lesquels on remarque des débris d'une coulée plus 
ancienne. Les bouches d'émission de ces basaltes récents se rencontrent près du lac 
Imuruk. 

La presqu'île Seward n'a pas été recouverte entièrement par une carapace de 
glace; des centres de glaciation ont simplement existé autour de ses groupes mon- 
tagneux les plus saillants. Si autour du région nord est, M. Mendenhall a cru recon- 
naître des traces glaciaires dans le massif Bendeleben, il n'en existerait point dans 
le relief KuvalikBuckland situé plus à lest, au témoignage de M. Mofflt. Aussi 
bien, les célèbres falaises de glace fossiles de la baie Esclischoltz ne sauraient être 
considérées comme des vestiges de glaciers quaternaires; à notre avis, ce sont, 
suivant toute vraisemblance, tout simplement d'énormes icefeet, c'est-à-dire des 
amas glaciaires créés par des « congères )) contre un talus, et parfois aussi par des 
blocs marins poussés sur la rive par les pressions; le tout a été ensuite recouvert 
par des entraînements de terrain. De telles formations sont extrêmement fréquentes 
dans toute la zone polaire. Ainsi, sur la rive occidentale de la baie de la Recherche, 
au Spitzberg, nous avons observé des talus de glace très étendus mais dont le relief 
ne dépassait pas quelques mètres '. 

Dans l'intérieur de la presqu'île Seward la glace fossile acquiert une grande 
extension. Sur les bords de la rivière Kiwalik, elle se rencontre, à laititude 
de 60 mètres, avec une puissance de 4 m. 50 à 6 mètres, couronnant les dépôts 
de graviers de vallées pléistocènes. Cette glace est transparente, sauf à la sur- 
face où l'eau d'infiltration l'a souillée de boue. La profondeur à laquelle le sol 

I. (/. 5. Geological Survey, Alfred H. Brooks, George B. Richardson, Ârlhur I. Collier and 
Walther C. Mendenhall, Beconnaissances in the Cape Nome and Norton Bay Begions, Alaska, in 
1$$0, Washington, 1901, PI. XI, Xlll, XVII et XX. 

i. Mid., p. M. 

3. Charles Rabol, Exploration dam f Océan glacial arctique, I$lande. Jan Moyen Spiliberg, in 
BhU, de la Soc. de Géographie. Paris, Vil* série, t. XV, 1" trimestre 1894, p. 66. 



318 MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE. 

demeure gelé est considérable. Si à Nome on a pu atteindre à 27 mètres la base de 
cette couche glacée, près de la rivière Kugruk on a foré plus profondément sans 
arriver à sa limite inférieure. 

D'après M. A. G. Madden, qui vient de consacrer une copieuse étude à la glace 
fossile*, ces nappes de glace situées dans TAlaska à une altitude de 15 à 60 m. au- 
dessus du niveau des rivières, dateraient de la Gn du Pléistocène et du début de la 
période actuelle. Pendant la première partie du Quaternaire les régions nord et est 
de l'Alaska qui n'ont pas été soumises à la glaciation renfermaient d'immenses lacs. 
Ces nappes se vidèrent à la suite d'un soulèvement en masse de la région; puis, 
dans les dépressions des dépôts argileux laissés par ces lacs prirent naissance des 
mares plus ou moins étendues, et, c'est de la congélation de ces étangs que déri- 
veraient les strates de glace situées sur les hautes terrasses. 

D'autre part, on observe des masses de glace lenticulaires dans l'épaisseur des 
berges du lit mineur des cours d'eau de l'Alaska, le plus souvent à une hauteur de 
3 à 6 m. au-dessus du niveau actuel des eaux. Ces dépôts dériveraient tantôt d'an- 
ciennes mares de la toundra envahies par les mousses, tantôt de 1 epanchement 
des sources à travers les graviers. 

Le mémoire de M. A. G. Madden rendra de très utiles services en raison de sa 
copieuse documentation bibliographique. S'il n'apporte point de lumière particu- 
lière sur la question, il a le mérite de mettre en évidence la complexité du phéno- 
mène. Charles Rabot. 



RÉGIONS POLAIRES 

L'état des glaces dans l'Arctique en 1905 >. — Le rapport sur l'état des glaces 
dans l'Arctique en 1905 que vient de publier le commandant Th. V. Garde signale 
l'an dernier un dégagement du bassin polaire. A une date précoce des masses de 
glace considérables se sont détachées des banquises qui couvrent la calotte arctique 
et ont dérivé vers le sud en plus grande abondance et avec plus de rapidité que 
d'habitude. 11 s'est produit par suite un désencombrement de l'extrême nord et une 
obstruction relative des mers subarctiques. 

Dans les parties nord, sud-est et centrale de la mer de Barents l'état des glaces 
a été plus favorable qu'il ne l'avait jamais été depuis 1901. Ainsi dès le mois de 
juin la terre François-Joseph a été accessible, bien qu'avec quelques difficultés. 

Au Spitsberg, tandis que les glaces sont demeurées très épaisses dans Test et 
le nord-est, la navigation a été facile dans le nord et dans le nord-ouest. Dès le 
16 juin le Verlegen Hook pouvait être doublé et en juillet et en août la mer était 
libre jusqu'aux Sept lies. En revanche, dans le sud-ouest la portion de côte corn- 

1. Smilhsonian Miscelldneous Colteclions. Part of volume XUK. A.-G. Madden, Smiihsonian 
Exploration in Alaska in 1904, in Searcfi of Mammoth and olker fossile remains, n" 1584. Wasliing- 
Ion, i905. 

2. Isforholdene i de arktiske Hâve, 1905, iq Naulisk-Meteorologisk Aarbog 1905 udgivet af del 
Daruke mcleorologiske InsUlut (texte danois et anglais). (Tirage & pari distribué avant la publi- 
cation du volume.) ln-4° de xix p., et 5 cartes en couleurs indiquant la distribution des glaces 
pendant le printemps et Tété. 



RÉGIONS POLAIRES. 317 

prise entre le cap Sud et le Belsound est demeurée été bloquée jusqu'à la mi-juin. 

Devant la partie nord du Grônland oriental, la mer a été relativement ouverte. 
Dès le 27 juillet Texpédition du duc d'Orléans, à bord de la Belgica^ réussissait à 
doubler le cap Bismarck et parvenait jusqu'au 78*^16' de Lat. N., parallèle qui 
n'avait jamais été atteint par un navire le long de cette côte. Deux voiliers norvé- 
giens, les Sôslrene de TromsO et le Severin, sont également venus chasser le phoque 
autour du cap Bismarck pendant le mois de juillet. C'est la première fois que de 
tels bâtiments ont pu pousser aussi loin vers le nord dans ces parages. Plus au 
sud, notamment sous le parallèle de Jan Mayen, la banquise a été, au contraire, plus 
large qu'une année normale, surtout au printemps. Devant Angmagsalik (65^35') 
rétat des glaces a été également très défavorable. Après un hiver relativement 
rigoureux, cette station a été pour ainsi dire bloquée jusqu en juillet; seulement 
le 7 septembre le navire chargé du ravitaillement de ce port put entrer. 

Les côtes d'Islande sont demeurées complètement libres; seulement pendant 
de courtes périodes en juin et en juillet les glaces ont paru dans le golfe de 
Skagcstrand, sans d'ailleurs entraver la navigation. 

Dans le détroit de Davis les glaces ont été abondantes. La Storis, la banquise 
provenant du Grônland oriental et qui remonte vers le nord le long de la côte 
sud-ouest après avoir doublé le cap Farvel, a bloqué cette côte sud-ouest dès le mois 
de février, soit beaucoup plus tôt que d'habitude; elle a ensuite persisté jusqu'au 
milieu d*août. Vers le nord elle ne s'est pas étendue au delà de Godthaab. La Vestis 
des Danois, le Middle pack des navigateurs anglais, c'est-à dire, la glace en dérive 
le long de la côte ouest du détroit de Davis, a été également abondante; pendant 
rhiver et le printemps elle a recouvert le détroit dans toute sa largeur, s'étendant 
jusqu'aux environs de Disko. 

Dans cette bouche de sortie du bassin polaire que créent la mer de BafOn et les 
détroits de Smith et de Robeson, de même que dans l'océan compris entre la Nor- 
vège et le Grônland, les glaces ont été en 1905 beaucoup moins compactes dans les 
hautes latitudes que dans les régions subarctiques. La baie de Baffin notamment a 
été extraordinairement dégagée et dès la fln de mai les baleiniers arrivaient au cap 
York. D'après le témoignage des Eskimos établis autour de ce cap, de mémoire 
d'homme on n'avait jamais vu autant d'eau libre à une date si précoce. Ce dégage- 
ment a été produit par la dérive de banquises considérables vers le sud le long du 
Labrador; aussi bien, pendant tout l'été, cette dernière région a-t-elle été très encom- 
brée, et les glaces, drift-ice comme icebergs, très abondantes sur les bancs de Terre- 
Neuve de février à juillet. Si l'afflux autour de la grande ile américaine a été moins 
considérable que Tannée précédente, en revanche il a été plus long; en décembre 
quelques icebergs étaient encore rencontrés dans la partie est des bancs. Pendant 
cette période plusieurs de ces montagnes de glace flottantes sont descendues jus- 
qu'au 40" de Lat. N. — En revanche, sur la route d'Europe au Grônland les icebergs 
ont été extraordinairement rares. Un seul a élé observé dans l'est du cap Farvel, le 
28 septembre, par 59*^ de Lat. N. et 39*» 15' de Long. 0. de Gr. — 

Des mers de Bering et de Beaufort il n*est arrivé aucun rapport au commandant 
Garde, sinon que les baleiniers américains qui fréquentent ces parages ont été 



'> 



3f8 MOUVBMKNT GÉOGRAPHIQUE. 

bloqués par d'énormes masses de giace et hiver nent actuellement à Touest de Tem- 
boQchore du Mackenzie. Des personnes bien informées se montrent sceptiques à 
l'égard de Texistenee de ces banquises impénétrables en automne dans ces parages, 
et croient qu'il s'agit là d'une détention toute volontaire dans rintérêi d'une spécu- 
lation. La chasse à la baleine dans la mer de Baffin ayant été très frnctueofle, les 
Américains auraient, dit-on, donné à leurs navires qui avaient fait également bonne 
prise dans la mer de Bcaufort, Tordre de ne pas rentrer, afin que leurs cargaisons 
ne vinssent pas à écraser le marché en tendance à la baisse, et qu'elles puissent 
trouver Fan prochain de bons prix. 

L'expédition norvégienne Amundsen qui a accompli si brillamment le passage du 
Nord-Ouest, a été, il est vrai, bloquée à l'Ile Herscbel, avec les baldniers américains, 
mais son navire est, comme on sait, de trop faible échantillon pour pouvoir s'ouvrir 
un passage de vive force. En tout cas, il nous a paru intéressant de signaler les bruits 
en circulation sur les causes de la détention des baleiniers de San Francisco. 

L'étude critique des observations recueillies en 1905 conduit le commandant 
Garde à penser qu'en 1906 les mers de la zone subarctique seraient proliabiemeat 
moins encombrées qu'en 1905. Cbarles Rabot. 

Tremblements de terre au GrOiiIand^ — L'hiver dernier, du f2 novembre 1904 
au 10 mars 1905, de fréquents tremblements de terre ont été ressentis à la station 
d'Angmagsalîk (côte orientale du Grônland, 65* 35' de Lat. N.). Cetf« localité est 
située au nord-ouest du Faxafjord (Islande) qui est une des régions sismiqaes de 
cette île. La production de ce phénomène est d'autant plus intéressante à signaler 
que le Grônland est une région d'une remarquable stabilité. Ajoutons qu'aux 
environs d'Angmagsalik il n'existe point de sources chaudes, ainsi que cela a été 
fréquemment affirmé. A cet égard les observations du commandant Holm, dans 
sa célèbre exploration de 1880-1883 à la côte orientale du GrOnland, ne laisse plus 
aucun doute. Charles Rabot. 

Observatoires météorologiques dans l'Antarctique ^. — A la fin de décembre 1905, 
le navire d'exploration du gouvernement argentin, El Austral^ l'ancien Français de 
l'expédition Charcot, a quitté Buenos- Ayres pour conduire aux Orcades du Sud la 
relève de la mission argentine installée à la baie de la Scotia. Cette mission a con- 
tinué dans cette localité pendant Tannée 1904-1905 la série des observations météo- 
rologiques et magnétiques poursuivie de 1902 à 1904 par l'expédition antarctique 
écossaise dirigée par le D*" Bruce. Grâce à la libéralité du gouvernement argentia 
ces observations vont être exécutées pendant un quatrième année. Des Orcades 
du sud V Austral ralliera Ouchouaya (Terre de Feu) où il embarquera M. Angua 
Rankin, l'ancien directeur de l'observatoire du Ben Nevis et le conduira à l'île 
Wandel où avec trois compagnons il installera une station météorologique et magné- 

1. V. Garde, Isforholdene i de arkiiske Hâve, 1905, in Nautisk^meteorologiâk Aarbitg 4905 
udgivet af dei danske meieorologiske Institut. Copenhague, 1906, p. viii. 
t. The Seoltisk Geographical Magazine, XXU, 3, mars 1906, p. 161. 



RÉGIONS POLAIRES. 319 

tique. L*ile de Wandcl a été, comme on le sait, le lieu d'hivernage de Texpédition 
Chaitot. Cette dernière partie de la mission n*a pu, assure-t-on, être accomplie. 

Charles Rabot. 



OCÉANOGRAPHIE 

Les courants de la Baltique occidentale '. — Depuis l*été 1900, la Commission 
des mers allemandes de Kiel recueille chaque jour des observations hydrographi- 
ques et météorologiques sur les bateaux-feux de TAdlergrund -et du Stollergrund ', 
et À la station de Sonderburg. D'autre part, depuis août 1902, TAllemagne, le Dane- 
mark, la Suède et la Finlande envoient chaque année des expéditions pendant les 
mois d'août, novembre, février et mai, avec mission d'étudier l'hydrographie et la 
météorologie de la mer Baltique. 

Ces différentes nations se sont partagé le travail, chaque expédition a sa portion 
définie de la mer à étudier; les recherches ont lieu toujours aux mêmes points que 
Ton appelle des stations, et Ton y fait à chaque voyage des observations sur Tétat 
de l'atmosphère, la température, le poids spécifique de Teau aux différentes pro- 
fondeurs, le dosage des gaz dissous, et, en outre, des récoltes de plankton. 

Dans le golfe de Kiel, on a de plus étudié particulièrement Tinfluence des vents 
sur les courants de surface; dans ce but un très grand nombre d'observations ont 
été effectuées aux trois stations que Ton avait établies. 

On trouva comme résultat que dans la plupart des cas la direction et Tinten- 
site des courants de surface étaient subordonnées à l'action des agents atmosphé- 
riques; cependant, on a rencontré, et surtout en été, un certain nombre de cas 
discordants dont il était intéressant de discuter la provenance. 

Les causes de ces anomalies se rattachent à trois faits différents : d'abord, le 
champ d'action du vent dans un golfe est relativement restreint; sur des mers 
peu profondes entourées de continents, il se produit parfois de violents dépla- 
cements d'air qui refoulent l'eau devant eux, en la maintenant sur un plan légère- 
ment incliné; si leur intensité diminue, la surface de Teau tendra immédiatement à 
se rapprocher de l'horizontale, et il se formera un courant contraire à la direction 
dn vent. Ce même déplacement atmosphérique, en chassant l'eau devant lui, provo- 
quera en arrière dans des régions où il ne se fait pas sentir, un courant de compensa- 
tion tendant à rétablir l'équilibre qu'il a rompu. Ce courant aura exactement la direc- 
tion du vent, mais sera totalement indépendant des phénomènes météorologiques 
qui se produisent dans les parages où il prend naissance. 

D'autre part, les différences assez fortes de salinité entre Teau de la Baltique et 
celle de la mer du Nord provoquent un double courant de conveclion à peu près 
étranger h l'action des agents atmosphériques. 

A la surface, l'eau relativement douce de la Baltique s'écoule vers l'ouest : c'est 

1. R. Rohimann, Beilrûge zur Kenntniss der Slrômungen der Westlichen Ostsee^ in Wissen- 
tckaftliche Meere$iin(ertuehunffen herausgegeben von der Kommission zur wissenschaftlichen Unter- 
êuehung der deyischen Meert in Kiel und der bioiogischen Anstalt auf Helgoland, 

2. Position : 5i»i8,5'. Lai. N. — i4«20,8'. Lon». E. (Greenwich.) 

3. Position : SWO,^. Lat. N. — f0*n,3'. Long. E. (Greenwich.) 



320 GÉNÉRALITÉS. 

le courant de la Baltique, tandis qu*au fond, Teau de la mer du Nord, plus dense, 
vient au fur et à mesure rétablir l'équilibre : c'est le courant de la mer du Nord. 

Le premier est ici le plus intéressant : son intensité est surtout fonction des 
différences de salinité entre les deux mers ; cette différence étant maximum en été, le 
courant atteindra à cette époque sa plus grande vitesse, qui sera souvent suffisante 
pour contrecarrer Faction du vent; ce raisonnement est bien d'accord avec le résultat 
des observations, qui fournissent en été le plus grand nombre de cas discordants. 

Enfin, les golfes, en général, sont le siège de courants de compensation causés 
par des courants plus importants de la haute mer. Ce phénomène est surtout inté- 
ressant dans le golfe de Kiel, à cause de la proximité des îles danoises, contre les- 
quelles le courant de la Baltique vient se briser et se dévier. Ces déviations succès - 
sives expliquent très bien l'origine des courants qui sont en contradiction avec la 
direction du vent. 

Le courant de la Baltique, après avoir traversé le Fehmarn Belt, se partage entre 
le Langeland Belt et TAlsen Belt; une portion de cette dernière branche vient butter 
contre l'ile Alsen; elle est alors rcfluée dans le golfe de Kiel le long de la côte de 
Schleswig, en formant un courant circulaire. 

Si, d'autre part, c'est le courant de la mer du Nord qui l'emporte sur le courant 
de la Baltique à un moment donné, il est partiellement dévié le long de l'île Feh- 
marn dans le golfe de Kiel où il circule en sens inverse du précédent. 

En somme, dans ces régions, on peut admettre que Tinfluence du vent sur les 
déplacements des eaux est prépondérante, et les cas discordants dont on vient 
d4ndiquer les causes probables sont relativement peu nombreux. 

D'un autre côté, les voyages périodiques internationaux dans la Baltique ont 
fournf un certain nombre d'indications précieuses sur les courants profonds. 

Au mois de février, le courant profond de la mer du Nord atteint son maximum 
d'intensité; il franchit le seuil situé à la hauteur de Riigen, remonte jusque dans le 
golfe de Finlande, mais il est arrêté aux Sûd-Kvarken du golfe de Bothnie. En 
novembre et en mai, la force du courant a considérablement diminué, et c'est à 
peine si au delà de Rûgen on a pu constater de très légers déplacements latéraux des 
couches profondes. 

Dans la mer des Belts, le Sund et le Cattégat, ce courant inférieur de la mer du 
Nord a partout été retrouvé, grâce à sa forte salinité et à sa température relativement 
élevée; chaque fois, les travaux des Danois, des Suédois et des Allemands se sont 
confirmés réciproquement dans leurs résultats. G. -H. Allemandet. 

GÉNÉRALITÉS 

Un nouvel atlas à l'usage des écoles de la Suisse. — Pendant longtemps les 
écoles moyennes ou écoles supérieures en Suisse ont dû recourir à des manuels de 
géographie étrangers, qui répondent incomplètement, comme on le conçoit, aux vœux 
et aux besoins de ces établissements. M. le professeur Rosier, de Genève, avait, il est 
vrai, publié successivement en 1891, 1892, 1893 et 1899 trois ouvrages qui, pour la 
Suisse française, donnaient dans une certaine mesure satisfaction à ces besoins. La 



OCÉANOGRAPHIE. 321 

Suisse allemande, par contre, en est encore à l'atlas du D'' Wettstein, paru en 1872, 
et qui, depuis lors, a été largement dépassé. 

Four combler cette lacune, et aussi pour parfaire l'œuvre si bien commencée 
par la publication de la carte murale de 1901, les directeurs de l'Instruction 
Publique des différents cantons ont décidé Télaboration d'un atlas scolaire a qui soit 
réellement à la hauteur de la science moderne aux point? de vue de la cartographie 
et de la géographie ». Celte idée a été favorablement accueillie, et, comme il Tavait 
tait pour la carte murale, le Conseil fédéral, par un message du 17 novembre 1905, 
a demandé aux chambres fédérales d'appuyer financièrement l'entreprise, ce qui 
permettrait de livrer les manuels à un prix modéré. Le projet a été accepté par les 
chambres qui, dans la session de décembre, ont voté un crédit de 100000 francs. 

Le contrat conclu avec l'établissement cartographique J. Schlumpf, à Winter- 
thour, prévoit un atlas de 136 pages dont 69 de 38,5 centimètres X 29 seront affectées 
à des cartes. 18 cartes seront consacrées à la Suisse, 16 cartes principales et 77 car- 
tons secondaires à l'Europe, 15 cartes principales et 52 cartons aux autres parties 
du monde. Si j'ajoute qu*il y aura, en outre, 3 grandes cartes et 24 cartons pour les 
mappemondes, que sept pages sont destinées aux notions sur la lecture des cartes, 
reliefs, projections, etc., et qu'il a été prévu quatre pages pour les notions de 
cosmographie, on voit que le nouvel allas permettra d'étudier d'une façon sérieuse 
les différents aspects de la géographie. 

« Cet atlas est destiné avant tout, dit le message du Conseil fédéral, aux établis- 
sements d instruction supérieure, il en sera fait un abrégé de 60 à 80 pages pour 
les écoles secondaires et les classes primaires supérieures. » 

A l'heure actuelle, le travail est déjà assez avancé pour que la maison Schlumpf 
puisse livrer, au 1'' janvier 1907, 6000 exemplaires en langue allemande et 3000 en 
langue française. L. Gob^t. 

Distmctions accordées à des explorateurs. — Le conseil de la Société de Géo- 
graphie de Londres vient de décerner à M. A. Grandidicr de l'Institut, une des 
deux grandes médailles d'or qu'il tient de la munificence royale, la Foundei'*ê Aledai, 
en reconnaissance de la haute valeur scientifique de l'œuvre accomplie à Mada- 
gascar par notre ancien président. Tous nos collègues se réjouiront de l'attribution 
de cette distinction, la plus haute qu'un géographe puisse recevoir, au savant qui 
a dirigé notre société pendant tant d'années et dont la vie entière vouée à un tra- 
vail acharné et fécond demeurera un modèle. 

M. le D' Jean Charcot, chef de l'expédition antarctique française, ayant exposé 
au gouvernement français les résultats si importants de Texpédition antarctique 
britannique, sur la proposition de M. le Ministre des Affaires étrangères, M. le 
Président de la République a signé un décret nommant dans l'ordre national 
de la Légion d'honneur au grade d'officier le commandant Scott, IL .Y. comman- 
dant lexpédition antarctique britannique, et au grade de chevalier M. Bcrnacchi, 
météorologiste attaché à cette expédition. Cu. R. 

U QtooiuMii. - T. Xm, 1906. 2i 



ACTES DE U SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



Séance du 2 mars 1906. 

Présidence de M. le baron de GUERNE 

Le président annonce que S. £. M. de Léon y Gastillo, marquis del Muni, ambassadeur 
d'Espagne, a bien voulu se faire représenter à cette séance et prie son délégué M. Gonzalo 
de Raparaz de prendre place au bureau; puis il donne la parole au secrétaire général pour 
les communications suivantes : 

Gongràs. — Le congrès inteijiational cV anthropologie et d'archéologie préhislorique$y qnt 
tiendra sa XIII® session sous le haut patronage de S. A. S. le prince Albert I^', à Monaco 
du 16 au 22 avril, adresse une circulaire précisant les avantages faits aux congressistes 
tant sur les lignes françaises (réduction de 50 p. 100) que sur les lignes 1 italiennes (réduc- 
tion de 60 p. 100). Cette dernière mesure est prise dans le but de faciliter aux adhérents 
la visite de Texposition de Milan. La circulaire comprend le programme des excursions. 
M. le D' Hamy, membre de Tlnstitut et de T Académie de médecine, président du comité 
d'organisation, est prié par la Société de Géographie de la représenter à Monaco en même 
temps que M. Edouard Blanc, second délégué, membre de la commission centrale. 

Nouyelles d'Asie. — Le i>r Scen Hedin, dont M^'^ Aima Hedin nous a remis une lettre 
datée de Téhéran le 24 décembre 1905, annonce à la Société qu'il entreprend un cinquième 
voyage. U se rend par le Dechti-Kouvir dans le Seistan pour gagner Tlnde et le Tibet; | 

nul doute que dans cette nouvelle campagne le célèbre explorateur ne fasse une abon- | 

dante moisson de documents scientifiques. , 

La Perse orientale, l'Afghanistan et les confins du Baloutchistan reçoivent la visite de 
voyageurs de nationalités diverses. Notre collègue, M. le commandant de Lacoste ^ muni ' 

d une mission de la Société de Géographie, consacrera le reste de cette année à un voyage I 

d'étude dans ces contrées. | 

Jlf. Eugène Gallois, qui nous traçait au moment de son départ les grandes lignes de 
son itinéraire dans la Turquie d'Asie, écrivait, le 10 février, que son projet avait dû être 
modifié dès le début. Il commencera par la Syrie et compte pousser vers le djebel 
Haouran. Prenant ensuite au nord, il visitera Hamah et Alep, puis Antioche, Aiexandrette, 
contournera le golfe de ce nom et parcourra l'Adana avant de pénétrer dans l'intérieur 
de l'Anatolie. 

La population de Tlndo-Chine. — Sur cette intéressante question, M. Glaudius MadroUe, 
sous-chef du cabinet de M. le gouverneur général de Tlndo-Chine nous envoie cette note : 

u II n'existait pas encore de renseignements sur l'importance de la population de nos 
possessions asiatiques, M. Beau, gouverneur général, ordonna, en 1904, une enquête sta- 
tistique et ethnique qui vient d'être achevée. Ce travail donne, comme chiffre total. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. S2S 

18 925 988 habitants, asiatiques ou étrangers, se répartissant ainsi par pays de Tunion 
indo-chinoise : 

Annam 7 096 465 habitants. 

Tonkin 6 431 470 — 

Cochinchine 2973128 — 

Cambodge 1332 691 — 

Laos 912074 — 

Kouang-tcheou-wan 180160 — 

Les Asiatiques, sans comprendre les clans, se divisent en 91 groupements, races, 
familles ou tribus, rattachés en trois grands groupes, indonésien, khmer, mongoloïde, 
correspondant également à trois formes du langage, monosyllabique monotone, aggluti- 
nante monotone, monosyllabique variotone : 

Indonésien : Indonésiens indo-chinois; Indonésiens malais. 

Khmer : Cambodgiens. 

Mongoloïde : Annamites, Tai, Yao, Miao, Cantonais, Hac-ka, Hoc-lo, Lo-lo (ces der- 
niers formant la branche tibetano-birmano-lolo). 

Le relevé par catégories a donné : 

Aborigènesindo-chinois: Annamites, 14 876 222; Cambodgiens, 1 237 974; Tai, 1108 456; 
Indonésiens, 978 968; Lo-lo, 34 169; Indigènes de Kouang-tcheou-wan, 179 900. 

Indo-chinois, d'immigration récente : Yao, 6'>782; Miao, 60 743; K'i-lao, 550. 

Asiatiques étrangers : de la Chine du sud (Cantonais, Hac-ka, lioc-lo, etc.), 233 046; 
Sino-indo-chinois (Minh-hu'o'ng), 42 940; Hindous, 1 638; Birmans, 130; Japonais 110. 

Européens : Français, 12 892; Étrangers, 478; Eurasiens, 946. 

Armée : Milice, 10 644; Troupe et marine, 34 630. 

Comptés à part : divers, 36 302. 

D'après cette statistique par peuples, la proportion pour cent est ainsi établie : 

Annamites, 78 1/4; Cambodgiens, 6 3/4; Tai, 6; Indonésiens, 5 1/4; Chinois du sud 
(avec Kouang-tcheou). 2 1/2; Divers, 1 1/4. 

Les Annamites ont dans cette répartition une majorité écrasante sur les autres peu- 
ples; ils dépassent les 3/4 de la population totale tout en n'occupant qu'une aire assez 
réduite, 21 , 100 de la superficie de l'Indo-Chine. 

Au !*■' janvier 1905, il y avait 84 provinces, plus 8 cercles, dans notre possession ; voici 
comment se répartissaient les majorités ethniques dans ces 92 divisions administratives : 

Les Annamites dominaient dans 49 provinces, les Tai dans 22, les Cambodgiens dans 
11, les Indonésiens dans 7, les Lolo dans 1, les Chinois dans 1, enfin une province était 
peuplée de trois éléments en nombre égal. 

Cette enquête statistique permet d'établir une moyenne de densité ethnique de 25 9/10 
habitants par kilomètre carré (France, 72), une contribution au budget de 2 piastres 
52 cents par tête (France 129 fr.), une charge de 20 fr. 50 de dette indo-chinoise (France 
779 fr.), par individu, et une annuité de fr. 73. 

a Cl. Madrolle. » 

Toakin. — M. le capitaine Labarrière, qui, en mai 1904, nous contait fort joliment en 
séance la vie de l'officier dans la haute région du Tonkin et nous dépeignait les popula- 
tions avec lesquelles il s'était trouvé en contact, nous donne de Baoha, le 24 janvier 1906, 
d'intéressants détails sur la partie du fieuvo Rouge qu'il occupe. Il y administre, sous la 
direction d'un chef de province civil, un territoire très vaste, peu habité. Cette population 
est identique à celle de toute la région, c'est un mélange de Thaïs, Mans et Meos qui font 
ensemble asses bon ménage. Le capitaine Labarrière espère grouper toutes ces races sous 
les mêmes chefs indigènes, alors qu'elles vivent encore en classes séparées. La même 
réforme se poursuit peu à peu dans toute la haute région ; elle prépare la fusion des races. 

La nouvelle voie ferrée, qui longe le fleuve Houge, passe au pied du poste de Baoha« 



32( ACTES D!!: LA SOCIÉTÉ DE GÉOGIUPUJB. 

Elle est déjà exploitée de Hanoï à Yen Bay. On a dû livrer le second tronçon dès le 1<* fé- 
vrier de Yen-Bay à Lao Kay. La voie est posée partout et des trains d'essai Pont déjà par- 
courue de bout en bout. Le travail de construction a été commencé par des Cliinois et 
terminé avec coolies annamites levés dans les provinces du Delta. Malgré des précautions 
nombreuses les travaux de terrassement ont causé un déchet considérable, toutefois on a 
conjuré les épidémies. \jï partie de la ligne qui doit traverser le Yunnan, offrira des diffi- 
cultés plus considérables que la première en raison tant des obstacles résultant du pays 
que de la pénurie de la main-d'œuvre. 



Inscriptions rupestres, et pierres levées du Tagant. — M. Hamy fait connaître les 
recherches récentes de M. Robert Arnaud, adjoint à la mission Tagant- Adrar (1904-1903) 
sur les gravures rupestres de la gorge de Garaoual et de quelques autres localités du Tagant. 

« En explorant, écrit M. Robert Arnaud à M. Hamy les cavernes et abris sous rociie 
de Garaoual au-dessous des sources, j'en ai trouvé beaucoup qui, dans leur profondeur 
portaient des dessins et des inscriptions rupestres; Tune de ces cavernes était à demi 
éboulée, et j'ai pu prendre avec un éclairage suffisant la photographie que je vous adresse 
ci-joint. Les dessins sont tracés en noir et en rouge; certes beaucoup sont très anciens, 
cependant i-i convient de dire que j'ai trouvé dans certaines maisons du Ksar de Tidjikdja 
le dessin stylisé du chameau, tracé là comme talisman de bonheur et de prospérité... H 
est à remarquer que plusieurs de ces signes rappellent ceux des alphabets libyco-berbèrcs. »> 
M. Robert Arnaud croit reconnaître parmi les figures animales le caïman, la grande 
tortue de terre, etc. Au lieu dit Zirt cl Aïch entre le Ksar el Barca et le passage de Dikel 
dans la barrière du Tagant, il a vu des alignements de pierres debout. 

« Ce sont de grandes dalles de grès de 1 m. 20 de hauteur moyenne sur 1 mètre de 
large et m. 40 d'épaisseur. Elles ne portent aucune trace de signes quelconques. I^s 
Maures les attribuent aux maléfices des djinr, 

« Il y a d'autres pierres levées de ce genre dans les environs d'Aguïerl, près de la 
barrière du Tagant, dans l'Aftout. M. Robert Arnaud n'a pas pu contrôler par lui-même 
l'existence de ces dernières, mais elles lui ont été signalées par le capitaine Payn, résident 
du Tagant. » 

M. Hamy est disposé à rapprocher ces pierres levées des s'nobs des Denhadja, décrits 
autrefois par Sergent dans les bulletins de la Société d'Anthropologie. 

Mission belge Congo-Nil. — Le commandant C/i. Lemaire, du 2^ régiment d'Artillerie 
belge, fait hommage à la Société d'une publication résumant les résultats des observations 
astronomiques, magnétiques et altimétriques effectuées par lui sur le territoire de l'État 
Indépendant du Congo, de septembre 1902 à avril 4905. Cet explorateur nous est connu 
par sa mission au Katanga (1898-1900) dont les résultats très sérieux lui ont valu noire 
médaille d'or du prix L. Dewez. Au cours de ses dernières campagnes topographiques il 
a établi 135 positions astronomiques, la première à Léopoldville, la dernière dans le Bahr 
el Ghazal. Un itinéaire du début a été levé à partir du confluent de l'Itimbiri. Il en a été 
fait une réduction au millionième pour ce fascicule. Les levés au 50000® formeront un 
atlas qui sera complété par des cartes botaniques, zoologiques et géologiques. Les obser- 
vations météorologiques feront l'objet d'un fascicule séparé. 

Les proYinces équatoriales d'Egypte. — Sous ce titre M. le colonel C/i. ChaUley-Long, 
nous adresse un résumé d une étude qui fut déjà l'objet d'une communication an 
Vllfc Congrès de Géographie où il fut adjoint à la délégation de notre Société dont il est 
membre correspondant. Ce travail contient un historique particulièrement intéressant 
sous là pUime de l'ancien chef d'état-major général de Gordon, dont la mission de 1874 
eut entre autres résultats la conclusion du traité annexant l'Ougafida à la couronne 



ACTES ilE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 32$ 

Khedivale, la découverte du lac Ibrahim, la reconnaissance de la rivière Sobat. Ce docu-* 
ment prendra place dans les archives de la Sociélc. 



Les défilét dn Hant-Aragou, par M. Lucien Brift. — Le versant méridional des Pyrénées 
s'étend au nord des anciennes provinces espagnoles de Navarre d*Aragon et de Catalogne. 
1^ partie de TAragon qui fait Tobjet de cette conférence est limitrophe du département 
français des Hautes-Pyrénées, et se trouve comprise entre deux torrents, le rio Cinca et 
le rio Ara. Cette région s^appelait autrefois le royaume de Sobrarbe dont la capitale fut 
rantii^ue ville d*Ainsa. 

Le royaume de Sobrarbe. — La formation d'un royaume, dans une région aussi mon« 
iagneuse, ne s'explique que par la nécessité pour les populations aragonaises de défendre 
leur indépendance. Il se constitua, en effet, au temps de la conquête arabe. Lorsque, 
arrêtés au sud par le Sahara, à Touest par TAtlantique, les Mores regardèrent vers le 
septentrion, le comte Julien, gouverneur de Ceuta, trahit le roi Roderic qui avait outragé 
sa fllle, en livrant au Berbère Tarik une des colonnes d*Hercule, le mont Calpé qui devint 
le djebel al Tarik (Gibraltar). Et de cette base fortifiée l'invasion musulmane chassa 
larmée des Goths, tua le roi Roderic, s'établit en Espagne qui, en 712, était conquise du 
Guadalquivir à FEbre. 

. Mais les chrétiens jaloux de leur foi et de leur indépendance se réfugièrent dans les 
gorges inaccessibles des Pyrénées, et au milieu des précipices préparèrent la résistance. 
Le brave Pelage, en espagnol Pelayo, fut le héros de cette guérilla dans les Asturies. Dans 
le Haut-Aragon, Abd-el-Aziz qui s'était avancé jusqu'à Jaca, dut reculer. Les montagnards 
purent désormais piller les Mores de la plaine et. chargés de butin, regagner ensuite 
leurs sombres et impénétrables retraites. Pour mettre un terme à leurs déprédations, 
l'émir Abd-er-Rhaman prit Jaca, balaya la vallée du rio Aragon, puis se tournant vers le 
Sobrarbe, détruisit Ainsa, au confluent de l'Ara et du Cinca. Mais à l'ouest de Jaca, se 
dresse une cime altière, le monte Pano, qui forme, près de la Pena d'Orsel un énorme 
massif boisé et sauvage. Là, dans une caverne, se fit ermite un noble seigneur, com- 
pagnon d'armes du roi Roderic, Juan de Atares. Il mourut dans sa grotte après avoir, en 
vain, soulevé les montagnards contre les Mores. Or, un jour un gentilhomme émigi'é de 
Saragosse, Voto, chassant à cheval dans la forél, tomba, l'obscurité venue, dans un pré- 
cipice. Miraculeusement sauvé avec sa béte, VoLo passa la nuit sur le tombeau de l'ermite 
Juan de Atares. Frappé de cet événement, il revint un mois après, avec quelques compa- 
gnons, vivre en ermite sur le mont Pano qui devint le pic de San Juan de la Pena. 11 
pn^cha la guerre sainte et, à sa mort, cinq cents partisans, commandés par le plus noble 
et le plus vaillant d entre eux, Cazzi Jimenez, le vengèrent en prenant, par surprise, Ainsa 
et son castillo. Pour défendre leur conquête, bravement ils livrèrent bataille sur le 
plateau, au sud-ouest de la ville. Elle était indécise quand apparut, dit la légende, 
au-dessus d'un arbre, une croix rouge resplendissante. A ce signe, les chrétiens reprirent 
courage et mirent en déroute les musulmans. Après la victoire, Garci Jimenez fut acclamé 
roi du Sobrarbe; et quant à l'arbre sur lequel serait apparue la croix, les Castillans le 
nomment « encina » et les Aragonais « carasca », c'était l'yeuse, ou chêne vert à feuilles 
de houx. Il figura dans les armes du nouveau royaume. Ce nouvel état, dont le nom 
«* sobre arbol • (sur l'arbre) ou mieux i< sobre arbe > signifie au-dessus de la sierra de 
Arbe, chaînon montagneux qui se trouve un peu plus bas qu'Ai usa, s'agrandit peu à peu, 
et devint le royaume d'Aragon. 

Les Gargantas et les Barancoi du Haut- Aragon. — Le Haut-Aragon est le pays des « Gar- 
gantas », ces gorges qui font communiquer entre eux les divers bassins d'une vallée 
gavique. Au nord, bordant la frontière, se dresse le puissant massif du mont Perdu, qui, 
bien qu'ayant 52 mettes de moins que la Maladella, ou massif des monts Maudits, est 
ronsid«*ré comme le massif principal de la chaîne entière, les Pyrénées étant devenues, 



326 ACTES DE LA SOCIÉTB DE GÉOGRAPHIE. 

grâce à lui, un type classique de montagnes calcaires. Au-dessous du mont Perdu tout 
s'abaisse et s'écrase; ce n'est plus qu'un plateau crevassé de canons biiarres, puis de 
cordillères et de sierras. Aussi est-ce cette orographie qui a fait du Haut-Aragon un pays 
de gorges. L'épine dorsale de la chaîne court obliquement du nord-ouest au sud-est, du 
golfe de Gascogne à la Méditerranée et les chaînons qui la soulignent ont même obliquité. 
Or, comme les torrents descendent perpendiculairement, selon le méridien, en coupant 
ces chaînons, il en résulte un canevas de défilés qui se succèdent en chapelets et qui 
séparent des bassins d'importance variable. La descente d*un de ces nos, l'Escra, par 
exemple, à partir de Benasque, montre bien cette formation. Puis, entre les « gargantas», 
il 7 a les barrancos, découlant de la sierra de Guara, massif montagneux qui se trouve 
au sud-ouest du coude formé par l'Ara. Ces barrancos, pittoresques et presque impéné- 
trables, débouchent comme autant de fiords dans la plaine de l'Ebre, en créant parfois 
des portails sublimes, tels que l'étrange coupure, par où s'échappe le no Flumen, coupure 
appelée par les Aragonais le saut de Roland. 

Quant aux gargantas des Pyrénées espagnoles, elles ne ressemblent pas aux défilés 
majestueux qui sont l'orgueil des Pyrénées françaises. Elles sont plus colorées, plus 
chaudes de ton et beaucoup plus sauvages. D'ailleurs, deux climats distincts régnent d un 
bout à l'autre de la chaîne pyrénéenne : celui du nord, avec ses pluies et ses brouillards; 
celui du midi, avec son azur et son ciel de flamme, contraste brutal dont tout se ressent, 
les pics comme les torrents, les habitants et leurs coutumes. On l'a dit avec raison, 
derrière les Pyrénées, ce n'est pas encore l'Afrique, mais ce n'est pas non plus l'Europe. 
La roche elle-même semble subir une modification; ses cassures ont, en Espagne, des 
sections plus franches et ses stratifications horizontalement superposées, au lieu de se 
hérisser comme en France, constituent des séries de corniches où s'alignent des files de 
pins. Dans le Haut-Aragon, du reste, certaines vallées exhalent comme le parfum des 
terres vierges ; on n'y entend pas le grelot des diligences, encore moins le sifflet des 
chemins de fer; leurs étranglements n'ont pas été remaniés, savamment entaillés, pour 
livrer passage à des chaussées carrossables, qui suppriment le pittoresque en prétendant 
le mettre en relief. De là, la supériorité réelle de ces cluses dont certaines ont ud intérêt 
tout spécial : le canon de Niscle, la vallée d'Arrasas et la crevasse d'Escoain. 

Cartographie et bibliographie du Haut- Aragon. — Mais les touristes sont rares dans cette 
partie du Haut-Aragon, comprise dans la u provincia » ou département de la Huesca. Les 
seules cartes qui permettent de se guider dans ce pays sont françaises. Ce sont les cartes 
Wallon et Schrader qui ne dépassent pas FAra, et celle du colonel Prudent, dressée sur 
les itinéraires du comte de Sainl-Saud. De même, point de livres descriptifs à part le gros 
volume de Mallada» œuvre à la fois géographique et géologique, concernant toute la pro- 
vince, mais décrivant les vallées secondaires entre le Cinca et l'Ara. Encore ces pittoresques 
vallées ne sont-elles que signalées. Aussi l'orateur est-il descendu le premier dans la 
crevasse d'Escoain et va-t-il être le premier à promener ses auditeurs dans le barranco de 
Mascun qui n'a pas encore été visité par des personnes étrangères au pays même. 

L'itinéraire pour parcourir le barranco de Mascun. — A l'aide d'une carte que le colonel 
Prudent, auquel l'orateur adresse ses remerciements, a bien voulu dresser pour cette 
conférence et qu ont en mains les auditeurs, M. Briet explique le trajet qui se fera, grâce 
aux projections photographiques, en moins d'une heure et qui demanderait en réalité une 
quinzaine de jours. Partant de Gavarnie, on traverse la brèche d'Allani et le port de 
Pinède. Mais ce n'est qu'après la descente de la vallée de Pinède jusqu'à Bielsa que com- 
mence le voyage. Suivant le coui*s du rio Cinca, on pénètre dans la garganta de SalinaSy 
puis passant dans la vallée d'Escoain à l'ouest, on visite la crevasse d'Escoain où le rio 
Yaya prend sa source à la « Fuente ». Revenant à Satinas et reprenant la descente du Cinca, 
on traverse le défilé de la Paso de las Devotas pour arriver à Ainsa, après avcnr vu la croix 
de Sobrarbe, petit monument de la bataille d'Ainsa. De là, visite du détUé d'Entreroon; 
retour à Ainsa. Puis, remontant le cours du rio Ara, on arrive à Boltafîa, chef-lieu 
d'aiTondissement, pour gagner le défilé de Javonas, d'où l'on se rend, par un grand 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. Zn 

crochet, vers le sud, à Tendroit où le rio de Mascun se jette dans l'Alcanadre. A ce point 
commence la traversée du barranco de Mascun, célèbre par sa grande source vauclusienne, 
ses ponts suspendus, ses tours, ses aiguilles et ses colonnades. On revient par Torla et la 
^orge de Boucbaro en passant dans la fameuse brèche de Roland. 

Conclusion. — Par ce petit voyage circulaire, après en avoir visité les sites grandioses 
i*t sauvages, les spectateurs ont pu se convaincre que le Haut>Aragon est un pays d'avenir, 
non seulemeut pour le tourisme , mais encore au point de vue économique. Il attirerait 
infailliblement à lui la foule qui se précipite chaque année dans la vallée de Barèges, s'il 
existait dans ces beaux parages autre chose que de très mauvais chemins muletiers, s'il y 
avait des hôtels n'obligeant pas l'excursionniste à demander l'hospitalité dans la maison 
la plus notable du village une lettre de recommandation à la main. De là, l'intérêt que 
présenterait un chemin de fer transpyrénéen passant par la vallée du gave de Pau, où 
Lourdes, Barèges et Cauterets jouissent d'une universelle renommée et descendant en 
Espagne le long du rio Ara. Ce serait la vraie ligne directe de Paris à Madrid par Toulouse, 
Tarbes et Saragosse. En attendant, le gouvernement espagnol devrait relier la route 
carossable de Broto à celle de Gavarnie, route qui ouvrirait, par le port de Gavarnie, 
l'accès du Haut-Aragon, cette véritable Suisse espagnole. 

Frédéric Lemoine. 



En remerciant M. Briet d'avoir consacré aux Pyrénées, si variées d'aspect, et aux mon* 
tagnards de l'Aragon, cette conférence animée par de superbes projections, M. de Guerne 
le félicite d avoir ajouté à l'intérêt des descriptions par ses connaissances spéciales et 
d'avoir mérité pai' ses recherches de spéléologue le titre flatteur de membre correspon* 
dant de la Société de Géographie de Madrid. Comme lui, il est heureux de constater les 
bons rapports qui existent entre les populations qui occupent les deux versants de la 
grande chaîne, rapports qui ne feront que s'accroître, pour le plus grand avantage de 
chacun, le jour où les lignes ferrées conduiront les touristes dans ces sites enchanteurs 
et rependant presque ignorés, que l'absence de route rend presque impénétrables. 



Membres admis. 



)|nie DrMOXT. 

MM. le Comte de Valle Flor. 

la B.\NOUE de l'Afrique occidentale. 
Noci-Ès (H.) 



MM. AUDIFFRED (Honoré). 

de BouiLLANE de Lacoste (Henry). 
Bastet (Adrien). 
Andriot (René;. 



Candidats présentés. 

M»« PoRGÈs (Jules), présentée par MM. Le Myre de Vilers et le baron Hulot. 
MM. MoNNiER (Laurent), présenté par MM. Marcel Dubois et le baron d'AuoNV. 
DccBÉ vie D' Emile), présenté par MM. Le Myre de Vilers et le baron Hulot. 
Simon, lieutenant de vaisseau, directeur des messageries fluviales de Cochinchine, 

présenté par MM. Pavie et Le Myre de Vilers. 
BissoN, présenté par MM. Le Myre de Vilers et le baron Hclot. 
Dumont (Henri), présenté par MM. Le Myre de Vilers et le commandant Lenfant. 
Maison Worms et C''', présentée par MM. Le Myre de Vilers et Jean Labbé. 
de Lartigue (Raoul-Julien-François), lieutenant-colonel d'infanterie, présenté par 

MM. Le Mtre de Vilers et le baron Hulot. 
Jourdain (Henry), présenté par MM. Le Myre de Vilers et le commandant Lenfant. 
Jamin (Fiancisque), étudiant en médecine, présenté par M.M. le baron de Guerne et 
le D' Brdmpt. 



328 ACTES DK U SOCIÉTÉ DE GÉOGItAPlUE. 

Séance du 16 mars 19C6. 

Présidence de M, le baron de GUERNE 

En ouvrant la séance, M. le baron do Gucrne prie M. le colonel Barrand, représentant 
le ministre des Colonies, de prendre place à sa droite. 11 le charge d'adresser les remercie- 
ments du Bureau à M. Leygues, puis il félicite, au nom de la Société de Géographie, les 
explorateurs récemment promus dans Tordre de la Légion d'honneur et en particulier 
M"»* Massieu. 

C'est la première fois, nous semble-t-il, qu'âne promotion spéciale est réservée aux 
explorateurs. Jamais depuis la fondation de notre nouvel empire colonial la part n'avait 
été faite aussi large à ceux qui l'ont édifié et qui concourent, chaque jour, à sa mise en 
valeiir. La Société tient à exprimer sa reconnaissance aux membres du Parlement, au 
Gouvernement et à la Chancellerie de la Légion d'honneur, qui ont permis cet acte de 
juslice; mais sa dette ne serait qu'incomplètement acquittée si elle n'ajoutait à cet 
hommage un témoignage de sincère gratitude envers son président, M. Le Myre de 
Vilers, qui a mis sa haute autorité au service de cette cause. Avec une persévérance inlassable 
et un dévouement absolu, il s'est fait depuis plus d'un an l'avocat de tous ceux qui par 
leurs explorations ou leurs travaux géographiques font honneur h noire pays. 

Nous donnons ci-dessous la liste de nouveaux légionnaires telle qu'elle a paru au 
Joitmal officiel du mars, nous contentant de faire précéder d'un astérisque le nom de 
nos collègues. Avant de commencer cette énumération le Secrétaire général se félicite 
d'avoir à nommer M. Rabot dont les voyages et les publications justifiaient, de longue 
date, semblable distinction et qui, comme Secrétaire de Rédaction du DuUelin rend à la 
Géographie et à la Société qui la personnifie les plus grands services. 

PROMOTION DES EXPLORATEURS 

(i^° LISTE) 

Grand Officier : 
" M. Pavie (Auguste-Jean-Marie), ministre plénipotentiaire. Commandeur du 17 nov. 189ô. 

Commandeur : 
* M. de Morgan (Jacques- Jean-Marie), délégué général du ministère de l'instruction publique 
aux fouilles de Perse. Officier du 31 décembre 1895. 

Officiers : 
MM. 'Gautier (Éraile-Félix), chargé de coui-s à l'École supérieure des lettres d'Alger. 
•. Chevalier du 15 juillet 1899. Mission scientifique au Sahai-a, 1904-1905. 
Le Chatelier (Alfred-Frédéric), professeur de la chaire de sociologie et de sociographie 
musulmanes au Collège de France. Chevalier du 4 mai 1889. Missions scientifiques : 
extrême Sud algérien, Sénégal, Soudan, Maroc, Dahomey, Congo. 

Chevaliers : 
MM. * Ailuaud (Charles), explorateur naturaliste. Missions scientifiques : îles Seychelles, 
1892; canal de Mozambique et Madagascar, 1893; Madagascar (partie méridionale}, 
1897; région de Kilimandjaro, 1903; bassin du Nil Blanc, 1905. 

* Bel (Marie Jean-Marc), ingénieur des mines. Missions scientifiques : Chili et Pérou, 

1888-1889; Transvaal, 1890-1891; Siam, 1.893 et 1895; Laos et Annam, 1897. 

• Brumpt (Émile-Joseph-Alexandre), docteur en médecine, docteur des sciences, 

préparateur à la Faculté de médecine de l'Univereité de Paris, Collaborateur de la 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ l)E GÊOGUAPIIIE. 329 

mission scicntifiquo du Bourg de Bozas dans TAfrique centrale, janvier 
1901-avril 1903. Mission au Congo (rcciierches sur la maladie du sommeil), 
juillet-octobre «903. 
IIM. * Buchel (Gaston)» explorateur naturaliste. Missions scientifiques : Islande, 1892; lies 
Canaries, 1892; Maroc, 1900, 1902 et 190k 

* Di^uet (Léon), explorateur naturaliste. Missions scientifiques : Californie, 1903-1904; 

Mexique : sierra du Nayarit, 1896-1898; États de San-Luis-Potosi, Galisco etCohima, 
1899-1900; États de Puebla et Ouxara, 1901-1904. 

* ûoutté (Edmond-Théodore), chargé de cours à TÉcole supérieure des lettres d'Alger; 

quinze ans de services. Mission scientifique au Maroc en 1901. Nombreux travaux 

sur la civilisation musulmane du nord de l'Afrique. 
Étiennod (Joseph*, directeur des postes et des télégraphes du département d'Oran. 

Mission au Congo, 1896. Construction de la ligne télégraphique de Loango à 

Brazzaville sur une longueur de 600 kilomètres. 
" De Flotte de Roquevaire (Charles-Eugène-René), chef du service cartographique du 

gouvernement général de TAIgérie. Missions au Maroc, 1898* 1899, 1904-1905. 
fiayet (Jean-Marie-Philippe-Albert), ancien membre de Tinstitut français d'archéo- 
logie orientale du Caire. Missions scientifiques en Egypte : 1884-1885, 1886, 1901, 

1902, 1903. Fouilles d'Antinoê. 
Geay (Martin -François), explorateur naturaliste. Missions scientifiques : Amérique 

centrale, 1888-1889; Guyane française, 1897 à 1903; Madagascar, 1905. 

* Gentil (Louîs-Ëmile), maître de conférences à la Faculté des sciences de l'Université 
de Paris; dix sept ans de services. Mission géologique au Maroc. 

Gonnessiat (François), chargé de cours à la Faculté des sciences de l'Université de 

de Lyon, en congi. Directeur de l'observatoire de Quito; vingt-cinq ans de services. 

Cjllaborateur de la mission géodésique française dans l'Equateur. 
Gourdon Ernest), explorateur naturaliste. Collaborateur de la mission scientifique 

Jean Charcot au pôle Sud, 1903-1905. 
Halévy (Joseph), directeur d'études pour la langue éthiopienne et les langues toura- 

niennes à l'École pratique des hautes études; vingt-six ans de services. Missiob 

scientifique dans TYemen, 1869-1871. 

* Le Compasscur de Créqui-.Montfort de Courtivron (Henri-Marie-Georges ', explorateur. 

Mission scientifique sur les hauts plateaux de la Bolivie et du Pérou, 1903-1904. 
Legras (Juies-Émile), professeur à la Faculté des lettres de l'Université de Dijon; 

vingt ans de services. Missions scientifiques en Russie. 
* M*"*' veuve Massieu, née Bauche (Jeanne-Isabelle), exploratrice. Missions scientifiques : 

Asie : Java, Indes anglaises, Kachmir, Thibet, 1894-1895; Indo-Chine, Chine, 

Mongolie, Sibérie, Turkestan, 1896-1897. 
MM. *Méhier de Mathuisieulx (Henri-Jean-Marie), explorateur. Missions scientifiques : 

Tripolitaine : monts Gaziana, du Tailionna et du littoral, 1901 ; Jebel, Nefousa et 

grand plateau, 1903; plateau de Ikiika (Ben Ghazi), 1904; Cyrénaïque, 1905. 

* Pléneau (Jean-Paul), ingénieur civil. Collaborateur de la mission scientifique 

Jean Charcot au pôle Sud, 1903-1905. 

* Rabot (Charles), publiciste. Missions scientifiques : Péninsule Scandinave, 1880«1882; 

Groenland, 1888-1889; Laponie, 1890-1891; Islande et océan Glacial arctique, 

1891-1892; Finlande, 18961897. 
•Terrier (Auguste-Jean-François), secrétaire général du comité de l'Afrique française 

et du comité du Maroc. Missions : Algérie et Tunisie, 1899 et 1901; Maroc, 190i et 

1905. 
Turquel (Jean), docteur en médecine, licencié es sciences naturelles. Collaborateur 

de la mission scientitique Jean Charcot au pôle Sud, 1903 1105. 

* De la Vaulx (Henri-François-Joseph , explorateur. Missions scientifiques : Patagonie, 

1895-1897; Algérie, 1905. 



330 ACTES DE LÀ SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

(2« liste) 
OffUiiers : 

MM. Bernard (Fernand- Abraham), chef d'escadron d'artillerie coloniale. Chevalier du 
5 décembre 1900. Missions en Indo-Chine et aux Indes néerlandaises. 
Cros (Marie-Augustin-Gaston), chef de bataillon au il6* régiment d'infanterie. 
Chevalier du 29 décembre 1896. Chargé depuis lOOf de poursuivre et de diriger les 
fouilles archéologiques de Tello (Chaldée). 

* Lenfant (Eugène-Armand), chef d'escadron au l*' régiment d'artillerie coloniale. 

Chevalier du 9 janvier 1902. Missions : Bas-Niger, 1901-1902; Niger, Benoué, Tchad, 
1903-1904. 

* Mazeran (Charles-Heori), lieutenant de vaisseau. Chevalier du 30 décembre 19O0. 

Chef de la mission hydrographique du Sénégal-Niger. 
Rollet de Tlsle (Charles-Dominique-Maurice), ingénieur hydrographe en chef de 

2« classe. Chevalier du 30 décembre 1890. Mission scientifique de la montagne 

Pelée. 

Chevaliers : 
MM. *Carpinetty (Isidore- Sosthène), capitaine en 2^^ au 2' régiment d'artillerie coloniale, 

professeur à l'École militaire de l'artillerie et du génie à Versailles; quinze ans de 

services, 5 campagnes. Mission de délimitation du Niger-Tchad, 1902-1904. 
Deville (Émile-François-Marc), enseigne de vaisseau; onze ans et six mois de services, 

dont dix ans et deux mois à la mer et un an en guerre en Extrême-Orient Mission 

scientifique de lajuontagne Pelée. 
Le Goiff (Pierre-Marie), pilote de la flotte de l**® classe; vingt ans et six mois de 

services, dont dix-huit ans et six mois à la mer. Mission hydrographique des côtes 

du Maroc. 
Matha (André), lieutenant de vaisseau; seize ans de services. Collaborateur de la 

mission scientifique Jean Charcot au pôle Sud, 1903-1905. 
Neuzillet (Pierre-Marius), enseigne de vaisseau ; neuf ans et six mois de services, dont 

huit ans et huit mois à la mer et six mois en guerre en Extrême-Orient. Mission 

hydrographique du Sénégal-Niger. 
De Parseval (Henri-Louis-Pie), lieutenant de vaisseau; quatorze ans de services. 

Services rendus en qualité de commandant de la flottille du Chari. A été chargé de 

faire passer le vapeur Jacques-d^Uzès du bassin de l'Oubanghi dans celui du Chari. 

S'est acquitté de cette mission avec la plus grande habileté et une activité remar- 
quable. 

* Rey (Joseph- Jean-Justin), lieutenant de vaisseau; quinze ans de services. Collabora- 

teur de la mission scientifique Jean Charcot au pôle Sud, 1903-1905. 
De Richard d'Ivry (Jacques- Ernest-Jean-Marie), lieutenant d'infanterie, détaché dai^s 

le service des affaires indigènes en Algérie; quatorze ans de services, 6 campagnes. 

Services distingués pendant un séjour de quatre années au Soudan et, depuis, 

dans les compagnies sahariennes. A pris part au combat d'Oglat-Borda (3 mai 1904). 
Roussel (Georges-André), lieutenant au 3<^ régiment de chasseurs d'Afrique, détaché 

au service des affaires indigènes en Algérie (annexe d'In-Salah) ; quinze ans de 

services, 12 campagnes. Missions : pays Touareg, reconnaissance du Mouydir, 

1904; ravitaillement du commandant Laperrine, 1904; reconnaissance dans la 

région comprise entre Hoggar et Azdjer, 1904-1905. 
Sorette (Eugène-Paul-Marie-Maurice), lieutenant de vaisseau; quatorze ans et six mois 

de services, dont onze ans et huit mois à la mer et un an en guerre à Madagascar. 

Mission hydrographique du Sénégal-Niger. 
Térisse (Paul-Jean4acques), enseigne de vaisseau; dix ans de services. Collaborateur 

de la mission Hourst, dans le Haut-Yang-Tse, 1902-1903. Remarquables travaux 

hydrographiques. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 331 

M. Superville (Maorice-Jean-Baptiste), administrateur adjoint des colonies; dix-huit ans 
de services. Missions scientiflques dans le Haut-Oubanghi (Haute-Koito). Découverte 
des sources du Kouango. 
* Le capitaine d*Adhémar (mission Logone-Benoué), fait chevalier sur le contingent 
de la Guerre, peut être considéré comme faisant partie de cette promotion. 

Dons. — Deux dons anonymes, Tun de 1 500 francs, l'autre de 100 francs ont été faits 
& la Société. Le premier pour être versé au fonds des voyages en vue d'une mission déter- 
minée ; le second pour tel usage que la Société de Géographie jugera convenable. 

Sahara. — M. Chudeau dont les dernières nouvelles parvenues à la Société étaient 
d*Agadès, où il avait rencontré le capitaine Gadel, des troupes soudanaises, s'est décidé 
à prendre avec lui la dii*ection du sud pour se rendre à Zinder et vraisemblablement de 
là au Tchad. 

Délimitation Congo-Cameroim. — Le D^* Ducasse, membre de la mission est du Came- 
roun, adresse à la Société des notes et impressions sur la région encore peu connue du 
N*Biemou, parcourue par le commandant Moll et quelques-uns de ses collaborateurs au 
mois de décembre dernier. Après cette reconnaissance, qui eut pour conséquence la 
pacification, sans coup férir, d'un espace compris entre la Sangha, la Kadeî et la frontière 
allemande depuis le 2^ jusqu'au 4<^ parallèle N., le chef de mission remonta le cours de 
la Kadeî jusqu'au i'^W N. ; puis, revenant dans l'est, il passa par Gaza et se rendit à 
Camot pour surveiller la marche de ses convois de ravitaillement. Son quartier général 
est à Gaza depuis février et ne sera pas changé avant la fin d'avril, époque à laquelle la 
mission sera installée vraisemblablement à Koundé. Tout le personnel se portait bien à 
la date du 25 janvier. Les astronomes se félicitaient de l'emploi de l'astrolabe pour leurs 
déterminations, M. Brussaux n'était pas encore de retour de Ngaoundéré. 

Oasii de Syouali. — C'est de cette oasis même, que nous écrit, le 20 février, le vicomte 
de Saint-Exupéry. Il termine un voyage dans le Haut-Nil et l'Egypte par cette très intéres- 
sante visite faite en compagnie de S. A. le Khédive. « Parti d'Alexandrie le 11 février, dit 
notre collègue, nous avons atteint Mersa Matron, puis marché au sud-ouest pour gagner 
Syouah. Nous avons mis sept jours de Matron à Syouah pour franchir les 280 kilomètres 
de désert qui les séparent. Je vous apporterai des notes sur tout cet itinéraire et sur 
Syouah. S. A. le Khédive, toujours animé du désir de faire progresser son peuple, a voulu 
vf*nir lui-même voir ce qu'on peut faire pour améliorer la situation des 9 000 habitants 
de cette oasis, qui doit s'étendre sur 50 kilomètres de longueur. Son isolement géogra- 
phique était aggravé par le sectarisme de ses habitants. Tous affiliés aux Senoussi dont 
le cheik résidait jadis à Djéraboub, ils ne supportaient pas qu'un chrétien fit un séjour 
chet eux. La quantité étonnante d'eau qui sourd dans l'oasis donne une fertilité telle que 
les dattes, les olives et probablement d'autres récoltes sont les plus belles de l'Egypte ; 
mais il faut pouvoir écouler ces produits. L'envei-s de la médaille est surtout dans les 
ûèvres paludéennes qui sévissent pendant sept mois et abîment la population. C'est à 
améliorer tout cela que le Khédive s'emploie. Sur les plateaux déserts que nous avons 
traversés, nous avions de i^ à 3^ le matin; le maximum dans la journée a été de 10^ 11 
fait un peu plus chaud à Syouah. » 

Les résultats de cette tournée dans une région jadis visitée par nos voyageurs, mais 
demeurée longtemps interdite aux Européens, ne manqueront pas d'être accueillis avec 
intérêt par la Société de Géographie, qui, dès l'époque de sa fondation, dirigea les efforts 
de ses membres, notamment de Parho sur la Cyrénaïque et les oasis du désert Libyque. 

Un de nos collègues, M. Méhier de Mathuisieulx, a déjà entrepris de reprendre, par la 
Tripolitaine, l'étude de la Cyrénaïque, ei nous espérons que ses recherches seront fruc- 
tueuses. Grâce à M. de Saint-Exupéry, nous reprenons contact avec le plateau Libyque et 
l'oasis de Syouah. 



332 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

Le raz de marée de Tahiti. ~ M. Eichard qui vient d^accomplir le trajet de San Fran- 
cisco à Papeete, où il compte résider plus d'une année, nous écrit, le 19 février, sous Fim- 
pression du sinistre déplorable qui vient de s'abattre dans la nuit du 7 au 8 février sur 
M cette malheureuse lie de Tahtli plongée en quelques heures dans la ruine la plus com- 
plète et la désolation la plus atroce ». 

D'après notre collègue, Tahiti, qui a supporté parfois les conséquences d'un cyclone, 
n'avait jamais saufîert des raz de marée qui s'étaient localisés aux Tuamotu ou Iles 
basses. 

(«Le 7 février, vers 7 heures du soir, le courant du dot se manifestait déjà avec une 
violence inouïe, les marées les plus fortes ne faisant subir à Tétiage qu'une élévation 
coutumière de 50 centimètres. Tous les quais étaient submergés; les habitants suppo- 
saient que la ceinture de récifs qui forme une protection à un mille et demi du rivage, 
maintiendrait cette poussée marine. Il n'en fut rien. A minuit, toutes les constructions 
et les petites embarcations qui s'éparpillaient depuis le point nord-est jusqu'au milieu 
de la baie furent enlevées en un clin d'œil par de furieuses lames. Heureusement le 
stationnaire la Zélée et les goélettes n'ont que de légères avaries. Les quais de Papeele 
n'existent plus qu'à l'état théorique. Deux cents maisons devront être reconstruites. 

« La brise de terre qui souffle mathématiquement tous les matins, repoussa enlin la mer 
toujours envahissante. Grdce à l'énergie du gouverneur, les premiers secours ont été 
organisés. Les divers services publics, réorganisés à la hâte dans des locaux disponibles, 
continuent à fonctionner; mais les dégâts sont énormes. Des nouvelles pessimistes sont 
parvenues des différentes régions maritimes de Tahiti. Moorea, Fakarava, cheMieu du 
groupe des Mamotu où le cyclone a tout renversé, cocotiers, cases; les indigènes toute- 
fois ont la vie sauve. » 

Ce tableau si sombre est accompagné d'un appel à la charité, qui sem certainement 
entendu. La Société de Géographie, qui se propose d'ériger à Papeete un monument à 
Bougainville et qui saisit toutes les occasions da rappeler le& liens qui unissent à la 
France ces lies lointaines, se fera certainement Técho de cet appel. Il serait nécessaire, 
comme nous l'écrit notre collègue, qu'un vent de bonne fortune vînt souffler sur cette 
pauvre île actuellement dévastée. 

Sur ce triste sujet, nous recevons une autre lettre du D' VioUe, médecin-major des 
troupes coloniales, chef du service de santé des établissements français de l'Océanie. Il 
nous conflrme que s'il n'y a qu'une mort à déplorer — celle du gardien du lazaret, 
emporté par la mer dans un îlot au milieu de la rade, les blessés sont très nombreux. 
Quant aux désastres matériels, ils sont évalués à plusieurs millions de francs. 

Espérant pouvoir aider la colonie, le D*" Violle s'offre à faire à Paris une conférence. 
Il connaît parfaitement le pays, qu'il habite depuis près de trois ans. Il a suivi toutes les 
phases du cyclone et du raz de marée dont il a pris les photographies et noté les pro- 
grès. D'ailleurs ayant eu lui-même une part très active au sauvetage et déployé dans cette 
circonstance autant de courage que de sang froid il est plus indiqué que personne pour 
décrire ce sinistre et les phénomènes qui l'ont amené. 



Délimitation franco-anglaiee entre Niger et Tchad (Hission MoU), par le cafdtaine 
TUho, — Répondant au désir formel de son chef, le commandant MoU, M. le capitaine 
TiUio donne à ses nombreux auditeurs un aperçu des pays traversés et des résultats géo- 
graphiques obtenus par la mission Niger-Tchad. 

Cette mission, qui comprenait les capitaines Moll, Jacques, Carpinetty etTilho, l'admi- 
n-strateur Hummel, le docteur Gaillard et plusieurs sous-offlciers parmi lesquels les 
adjudants Arnaud, Gérant et Lacharme et le sergent Cosson, devait reconnaître la fron- 
tière entre Niger et Tchad, telle qu'elle était décrite par la convention du 44 juin 1898, 
d'accord avec une mission anglaise comprenant le lieutenant-colonel Elliott, les capi- 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 333 

Uines Foulkes et Frtth, le lieutenant Evans, le docleur Leican et un certain nombre 
«l'ofûciers et de sous-ofQciers du cadre local de la Northern Ni^^eria. 

Ltruvre de la mission. — Le Niger et Gaya, ~ Sur la lisière du Sahara, le pays que 
devaient parcourir les deux missions réunies est pauvre, peu habité, mal pourvu d*eau; 
relativement salubre pendant la saison sèche, sauf sur les bords du Niger et du Tchad et 
très insalubre pendant la saison des pluies. La zone frontière À délimiter s'étend sur ' 
1 700 kilomètres de long et sur 30 & 80 kilomètres de large. Il fallut vingt mois d'efforls 
constants pour mener à bien la tÂche, rapporter environ 18 000 kilomètres d'itinéraires 
topographiques appuyés sur plus de 150 positions astronomiques, d'importantes collec- 
tions de minéraux et de fossiles remises au Muséum, un dictionnaire et une grammaire de 
langue haoussa, élaborés par Tofficier interprèle I^ndcroln, dresser une carie du Tchad 
et rectiller la position de la branche orientale du Niger, depuis Tombouclou, placée de 
plus de 15 kilomètres trop à Test sur les cartes d'Afrique. 

Le point initial des opérations était l'embouchure du Dallol M'iouri dans le Niger. 
Pour l'atteindre, la mission, débarquée à Colonou, traversa le Dahomey, dont la prospé- 
rité est rapide, et arriva en février 1903 sur les rives du Niger, près de Gaya. 

La mission française acheva sa concentration à Gaya, localité de 2 000 ûmes située 
près des salines du Foga, au croisement des roules allant du Haoussa au Togoiand, au 
Gourma et au Liptako. Dan9 une enceinte en pisé presque carrée de 2 kilomètres de tour 
s*entassant, au milieu de huttes uniformément rondes, aux toits pointus, de paille giisc, 
séparées pai* des ruelles si étroites que deux hommes ne peuvent passer de front, et par 
de petites places ombragées d'un ou deux arbres sous lesquels les vieillards se reposent 
en tressant des nattes et en regardant les petits nègres nus et gris se rouler dans le 
sable; enfin, un peu partout, des tas d'immondices et des trous à pisé remplis d*eaux 
puantes, telle est Gaya, vrai type de ville nègre compressée et silencieuse, où nul minaret, 
nul monument ne rompt la mélancolique uniformité de l'ensemble. 

Dalfols Foga al Maowi. — A 100 kilomètres de Gaya se trouvait rassemblée la mission 
anglaise. Pour la rejoindre, il fallut traverser un aride plateau à latérite, couvert d'une 
brousse rabougrie, surplombant la vallée du Rafi-n'Foga, affluent desséché du Niger, dont 
le lit est un lacis de canaux, remplis, à la saison des pluies, d'eau stagnante et salée. Après 
évaporation, celte eau donne un sel grisâtre, un peu amer et purgatif que les indigènes 
récoltent et vendent. Le reste de la vallée est recouvert d'immenses prairies de hautes 
herbes parsemées de bosquets d'arbres vigoureux. Mais plus au nord, à Dioundiou, les 
vallées du Foga et du Dallol Maouri ont cet aspect de maigre savane qui caracléri:?c les 
tern*s infertiles du Soudan. Là se ût la jonction des deux missions. Les chefs indigènes 
vinrent les* saluer et leur oiïrir le divertissement des fantasias bariolées et des danses 
indigènes. En retour, le commandant Moll organisa une séance de gramophonc qui rem- 
plit les chefs de surprise et d'admiration béate. 

Le climat de toute la région. — Après ces fêtes, les missions, dispersées en brigades 
mixtes, commencèrent leurs travaux tout le long de la frontière. La température était 
encore douce et agréable, en février, oscillant entre 6^ la nuit et SS"" le jour; mais à la fia 
du mois les choses changèrenL A l'époque des pluies, les mi ni ma passent de 15<> à 20* et 
27* et les maxima atteignent 36<*, 40» et 45**, ce qui est pénible pour travailler. Ces fortes 
chaleurs, à peine rafraîchies par quelques tornades, durèrent jusqu'en mai, accablant 
l'Européen, mais transformant la nature africaine. Les immenses étendues de sable gris, 
stériles auparavant, se couvrent aux premières ondées d*un frais tapis de gazon aux 
tendres couleurs; les arbustes rabougris se recouvrent de bourgeons et de fleurs; d'inter- 
minables champs de mil et de sorgho croissent à vue d'œil (de 3 m. 50 à 4 mètres en 
deux mois); les fleurettes jaunes et roses des acacias et des mimosées embaument l'air 
d'un délicat parfum. Les petits torrents bruissent dans la vallée. C'est le printemps 
d'Afrique. Il dure six semaines. En août, les hautes herbes sont dures et coupantes; la 
terre est couverte de piquants (crams-crams) et les arbustes d'épiBrs, des milliards de 
bestioles mordantes ou puantes emplissent l'air, empoisonnant TEuropéen, qui s'anémie 



334 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

on s^engoardit dans la (lèTre. En octobre, les pluies cessent, mais la chaleur reste. C*est 
l'époque de la moisson, et en novembre, le vent du désert assèche et assainit cette terre 
africaine qui reprend son aspect stérile, pendant que rSaropéen renaît à la vie. 

Le payé Haoussa : le Haouri, VAdar^ le Koimi^ le Sokotc, le Gober, le Maradi-Tessmoua eî 
le'Kateéna. — Cependant, de février à septembre, les brigades parcoururent la frontière du 

* pays haoussa, divisé en petits états distincts, mais semblables de langue, de mœurs et 
de productions. Le Maouri, le premier état en allant de Touest à Test, n'est que la vallée 
du Dallol. L'Adar, le second, est un plateau rocailleux, semé de pitons de 150 à 200 mètres 
de haut, sillonné de torrents éphémères serpentant entre des falaises brunes, parmi des 
halliers épineux pleins de gibier. Pas de ville, sauf Tahoua (6000 âmes). Le sultanat de 
Konni, qui fait suite, est une région de larges vallées bordées de chaînons de 80 à 
100 mètres de haut. L*eau y abonde, le sol est fertile, les habitants nombreux (20000 pour 
1 800 kilomètres carrés). Le sultanat de Sokoto est plus grand (80 000 kilomètres carrés) 
et n'est riche que par comparaison avec les pays limitrophes du Sahara. Avec ses quelques 
ruisseaux permanents, et sa population dense, il n'offre qu'une richesse de nègres. Ses 
plaines monotones et sablonneuses, sans arbres, se cou?rent d'herbes et de cultures qui 
suffisent aux besoins des habitants. Le coton, il est vrai, y pousse bien, surtout dans la 
vallée du Goulbi, mais il ne suffit pas à la consommation locale qui se fournit au Kano. 
La capitale Sokoto, la ville sainte, tomba, sous les yeux du commandant Moll, au pouvoir 
des Anglais. Le Gober qui s'étend à Test, en amont de Sokoto, est une région de plaines 
immenses, coupées de longues dépressions, profondes de 20 mètres, larges de 2 à 3 kilo- 
mètres, lits d'anciennes rivières. Les sultanats de Maradi et de Tessaoua, de date récente 
sont aussi une plaine sablonneuse, mais relativement fertile où la population dense 
s'agglomère en villages de 2 à 3 000 âmes. Le Katséna, situé au sud, est mieux arrosé et 
plus accidenté. Les soulèvements granitiques qui séparent les bassins du Niger et du 
Tchad le parcourent. Le sol en est fertile, couvert de cultures ou de troupeaux de bœufs 
et de moutons. La ville de Katséna, dont l'enceinte mesure 11 kilomètres, est bien déchue; 
à peine un dixième de sa surface est-il habité. Le reste est couvert de mil et de sorgho. 
Les Haoussas, — La grande majorité des habitants de ces régions est formée des 
Haoussas qui, suivant les pays, s'appellent Maouris, Aderaonas, Konnaonas, Gabe- 
raonas, etc. Deux autres races se sont juxtaposées aux Haoussas, au sud les Foulbés 
venus des rives du Niger, au nord les Touareg, venus du Sahara. Les Foulbés sont bien 
connus. Les Haoussas, le sont moins. Leur langue, qui n'offre point de difficultés gram- 
maticales est harmonieuse et claire. Adonnés à l'élevage, à l'agriculture et surtout au 
commerce, les Haoussas ont des mœurs douces. Ils prisent le luxe des beaux chevaux, 

. des riches étoffes, des parfums violents et des femmes nombreuses. Peu belliqueux, 
pillards dans les occasions faciles, ils sont musulmans sans fanatisme, reconnaissant 
même les avantages de l'administration européenne. Divisés en caste par profession, ils 
ignorent les rivalités et les haines; leurs sultans ou sertis gouvernent, assistés de conseils 
de notables. Ils cultivent surtout le millet et le sorgho, puis les haricots, le riz, les patates, 
le manioc, les oignons, les potirons, le maïs, les piments et le poivre; comme plantes 
industrielles, ils récoltent le coton, l'indigo, le chanvre et le tabac. Ils ont encore de 
petits troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, et dans les villages importants, des 
chevaux, des ânes, quelquefois des mulets et des bœufs dressés au portage, enAn de 
maigres poulets, gros comme nos pigeons. Tous les ans, en novembre et en décembre, de 
nombreux Haoussas vont faire leurs achats soit au Togoland soit à la Côte d'Or anglaise, 
d'où ils rapportent le kola, soit vers le Foga et le Tchad pour chercher le sel, ou vers 
Tombouctou pour en ramener les plumes d'autruches, l'ivoire et aussi les esclaves. Noirs de 
teint, au visage expressif, ils sont polygames, achètent leurs femmes, moyennant une ou 
plusieurs vaches, mais rentrent dans leurs débours s'ils les répudient pour infidélité. 

Les Touareg du pays. — Les Haoussas de l'Adar et du Gober-Toudou ont été soumis 
par les Touareg. Ceux-ci, bien que musulmans, sont peu polygames. Ils ont conservé les 
mœurs féodales. Leur tamhari ou chef, élu par l'assemblée des notables, n'a d'autorité 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. SS5 

que par son prestige petsonnel. DÎYisés en deux castes, les nobles et les serfs ou bouga- 
diéê, les Touareg sont plus ou moins sédentaires. Les nobles seuls ont conservé l'appa- 
rence de la vie nomade : la tente ou les abris en nattes; le voyage aux oasis sahariennes, 
en hiver, pour échanger le miel contre le sel et les étofTes; mais ceux-ci ne travaillent 
pas. Leurs serfs les nourrissent. Ils montent à cheval, se visitent, et le soir font leur cour 
aux femmes dont Tinfluence est extrême dans la tribu. Celles>ci, gracieuses étant jeunes, 
s^épaississent et s'engraissent à la grande satisfaction des maris. I^e guerrier, au contraire, 
est élégant et svelte, rompu à tous les exercices du corps. Par leurs unions avec les 
serres noires, leur teint blanc à Torigine, tend vers le brun, mais ils conservent le ûer 
profil aquilin de leurs ancêtres. 

Aspect de la région Zinder-Kano-Manga-Kamadougou. — Du pays haoussa au Tchad la 
frontière est longue de 5(H) kilomètres en région de race bornouane. Trois grands sulta- 
nats se partagent presque entièrement cette région. Le premier est le sultanat de Zinder 
ou Demagherim. Le sol est granitique, coupé par des pitons dont quelques-uns atteignent 
de 120 à 150 mètres de relief au*dessus de la plaine et des vallées sablonneuses où les 
eaux d'hivernage forment des mares brunâtres et saumâtres qui s'évaporent, laissant sur 
les fonds une couche de cristaux de natron blanc qui donnent à la cuvette Taspect d'un 
lac glacé. Le sud du Demagherim, le nord du Kano et du Koukaoua, les deux autres sulta- 
nats, et les environs du Tchad sont une région d'interminables plaines de sables, d'où 
surgissent trois pitons i^emarquables* : celui de Dallah, au milieu de la ville de Kano; les 
collines de Gamdou, au centre du Manga, et les cinq pitons d'Hadj-el-Rhamis, sur la rive 
méridionale du Tchad. 

Les sultanats de Zinder et de Kano sont très peuplés et fertiles, riches en blé, en orge, 
en chevaux et en chameaux, remarquablement entretenus. Zinder, capitale du Dema- 
gherim, comprend deux cités : la ville forte où réside le sultan, et Zongo, la ville com- 
merçante. La citadelle, avec son enceinte crénelée, ses hauts murs, a un aspect imposant. 
Mais à l'intérieur, un tiers à peine de l'espace est occupé. Zongo, située à quelques 
centaines de mètres au nord, est au contraire vivante, animée, presque gaie. Elle fait un 
grand commerce; certains de ses négociants sont millionnaires. Mais cette prospérité 
décroît. Zinder la devait aux caravanes de la Tripolitaine. Dès maintenant les com- 
merçants ont profit à s'approvisionner sur la Bénoué, aux comptoirs de la Royal Niger 
Company. A 200 kilomètres de Zinder et à 600 à l'ouest du Tchad se trouve la célèbre 
Tille de Kano, centre commercial le plus important du Soudan central (40000 habitants 
sur un tiers de sa surface). Comme toutes les cités noires, elle est sale. Le service de 
la voirie n'est fait que par les myriades de vautours chauves. Elle a 18 kilomètres de 
tour et occupe 2400 hectares, plus du tiers de Paris. La colline Dallah se trouve au 
centre. Des palmiers se dressent au-dessous des terrasses des maisons en pisé rougeâtre. 
Son marché, célèbre dans toute TAfrique centrale, n'a rien d'original, si ce n'est la 
cohue épaisse et joyeuse des acheteuses, des vendeurs et des acheteurs qui, de midi 
à trois heures, fait un assourdissant vacarme et dégage une odeur nauséabonde. Par 
sa situation, son grand commerce de cotonnades surtout, Kano conservera et développera 
sa prospérité. 

Les grandes plaines qui forment le Bornou septentrional sont presque entièrement 
inhabitées, sauf la petite province de Manga et la vallée de la rivière Komadougou-Yoôbé, 
affluent du lac Tchad. Le Manga n'est qu'un steppe plat, sans arbres, dont les marel 
donnent le sel et le natron qui suffisent aux naturels pour les persuader que leur, triste 
et monotone pays, dépourvu de culture, est une terre bénie d'Allah. Le Komadougou, 
bien que long de 400 à 500 kilomètres, est toujours étroit; même près du Tchad, il n'a 
guère que de 6 à 20 mètres. Son mince filet d'eau coule entre des rives ombragées de 
bosquets et de grands arbres. 

Les habitants de toute la région sont des Bornouans, indolents et mous, voluptueux et 

casaniers, guerriers poltrons. Très noirs de teint, ils sont d'aspect sympathique. Leurs 

emmes, rarement joli es, sont fort coquettes; leur démarche onduleuse et souple, un peu 



336 ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

nonchalante, ne manque pas de grâce provocante. Leur suprême élégance est de se planter 
dans Taile gauche du nez un bijou cylindrique de jaspe rouge gros comme un crayon et 
long comme le petit doigt. 

La partie de la communication du capitaine Tilho qui concerne le Tchad ayant fait 
Tobjet d'un article détaillé paru dans La Géogrni^hie^ nous n'emprunterons pas h M. le 
professeur Lemoine la page qu'il consacre à cette dernière exploration dans son compte 
rendu du Journal Officie!, mais nous constaterons avec lui le succès très mérité qu'obtint 
le conférencier. Très simplement, avec une grande clarté et une pointe d'humour, le 
capitaine Tilho a conté, sur le ton de la causerie, les impressions ressenties en même 
temps que les observations recueillies et les résultats obtenus. 

En adressant à cet offlcier d'avenir, dont les aptitudes ne se sont pas moins manifestées 
dans des réunions diplomatiques que sur le terrain de ses opérations de délimitation, les 
félicitations de la Société, M. le président tient à rendre hommage à ses collaborateurs 
et aussi à son chef, M. le commandant Moll, que ses servicos hautement appréciés ont déjà 
désigné pour diriger dans l'est du Cameroun une nouvelle miss'on de délimîlation. 



Membres admis. 



||roe PoRGÈS (Julcs). 

MM. MoNNiEn (Laurent). 
Duché (Df Emile). 
SîMON (Georges-Eugène). 
Bisso.><. 



MM. DUMOXT (Henri). 
WoRMs et C'«. 

de Lartigue (lieutenant-colonel R.) 
Jourdain (Henry). 
Jamin (Francisque). 



Candidats présentés. 



MM. Bacot (Jacques), présenté par MM. Raymond et André Bacot. 

Le Service géographique des Colonies, présenté par MM. Victor Tantet et 

Le Myre de Vilers. 
D'Adiiémar (Amaury-Jean-Pierre), capitaine à TÉtat-major du corps d'armée colonial, 

présenté par le capitaine Tiuio et le baron Hulot. 
DoNDONNE (Paul), ancien industriel, présenté par M. et Mme Bel. 
MouGEOT, député, présenté par MM. Le M\tie de Vilers et le baron Hulot, 
D'Aigneau.k (marquis Paul), présenté par MM. le baron Hulot et Le Myre de Vilers. 
Panet (Jean Maurice), capitaine d'infanterie coloniale, présenté par MM. le lieutenant 

Despl.\gnes et le baron Hulot. 
Braun (Alfred -Léopold> Gaston), lieutenant d'infanterie coloniale, présenté par 

MM. Emile Gentil et le baron Hulot. 
Bardon (Hippolyte), présenté par MM. le baron Hulot et le baron de Guerme. 

ERRATUM 



Les côtes du Tchad comprises entre N*Guigmi et le sud de Koukaoua et entre 
l'embouchure du Ghari, la montagne d'Hadj el Hamis et le village de Douro-Douro sont 
imprécises et marécageuses. €'est par suite d'une erreur de gravure qu'elles ont été 
représentées dans la carte du Tchad ci-incluse, jpar des traits qui pourraient faire croire 
à l'existence d'une berge rocheuse. 

Le Secrétaire général de la Société. 



Le gérant : P. Bouchez. 



Coulommiors. — Imp. Paul BRODARD. 



Xni. — N' s. iS Mai 1906. 



La population du Maroc 



M. G. Rouy, membre de la Société de Géographie, a l'amabilité de nous commu- 
niquer une série de lettres particulières que le capitaine Larras lui a adressées. Le capi- 
taine Larras, détaché depuis 1898 au Maroc, possède une connaissance approfondie 
de Tempire chériOen; aussi bien, nous a-t-il semblé intéressant de faire connaître à 
nos collègues la partie de cette correspondance ayant un caractère géographique. 

Lechiiïre de la population du Maroc pourrait, il me semble, être fixé d*une 
façon plus précise qu'on ne Ta fait jusqu'ici. 

Certains auteurs n'ont attribué à l'empire cliérifien que 3 à 4 millions 
d'habitants. D'autres ont parlé de 9, de 15 et même de 30 millions. Les 
voyageurs adoptent généralement des nombres voisins de 7 millions : par 
exemple, Erckmann donne 8 millions au maximum, Rohlfs 6 500 000; et déjà 
au wni® siècle Chénier et Lemprière adoptaient 6 millions. 

La permanence de ce chilTre me le rend suspect : après plus d'un siècle, 
la population n'aurait presque pas varié. Cependant, au Maroc, tous les 
hommes se marient, et se marient fort jeunes; beaucoup ont plusieurs 
femmes, légitimes, concubines ou négresses, et chaque femme a de nombreux 
enfants (de 10 à 12 en moyenne) : les femmes marocaines ne redoutent pas 
les maternités répétées, parce que la stérilité est un motif légal de répudia- 
tion, et parce que, si l'épouse n'est pas toujours bien traitée par son mari, la 
mère est l'objet d'une véritable vénération de la part de ses fils. Dans ces 
conditions la population du Maroc devrait croître rapidement ^ 

Je sais bien que la mortalité est considérable, surtout chez les enfants : 
dans une ville comme Fès, j'ai pu m'assurer par de nombreux exemples 
qu*une femme de plus de quarante ans, qui, entre quinze et trente ans, a eu 
dix enfants, n'a généralement pu en sauver que trois, rarement quatre. Et, 
dans le reste du pays les chiffres restent sensiblement les mêmes. De plus, 
les Marocains, surtout ceux de langue berbère, ont peu de respect pour la vie 
humaine; les meurtres sont assez fréquents pour avoir une influence appré- 
ciable au point de vue qui nous occupe : mais pendant tout le cours du 

I. Dans l'Algérie voisine, dont le climat est analogue, et les habitants de mûmes races et de 
nit^nies mœurs, la population double en moins de trente ans. 

La UioGRAPHiE. — T. XIII, iOOC. 22 



338 N. LARRAS. 

\\\^ siècle, les grandes tueries ont été rares dans le Moghreb el Âqça, et un ordre 
tout relatif n'a pas cessé d*y régner. La population aurait donc dû augmenter. 

En réalité, le chiflre donné par Chénier n'a rien de certain. Chénier, 
consul de France dans une ville de la côte, n*a visité qu'une très faible partie 
de Tempire chérifien; pour le reste du pays, il a été obligé de se contenter 
de renseignements plus ou moins précis. Lemprière, quoique placé dans de 
meilleures conditions, n*a pas parcouru non plus des itinéraires très variés. 

Or, les renseignements d'indigènes sont toujours très exagérés; ils doivent 
être soumis à une critique sévère, et, même alors, ils sont aléatoires. Peut-oa 
en citer une meilleure preuve que le Gourara-Touat-Tidikelt : nous avons 
trouvé dans ces oasis un nombre d'habitants à peine égal au tiers ou au quart 
de la population minima qu'on leur avait attribuée sur la foi des informateurs 
indigènes. 

Ces observations s'appliquent également aux évaluations récentes de la 
population du Maroc. Les Européens dont les voyages ont le plus contribué à 
la connaissance de l'empire Chérifien n'ont chacun parcouru qu'une partie du 
pays. Je crois qu'ils ont en outre été victimes d'un certain mirage : comme 
aucun d'eux ne s'est astreint à suivre un réseau serré d'itinéraires, bien fixés à 
l'avance de façon à explorer méthodiquement le pays, ils ont tous suivi des 
lignes de plus grande densité de population, sur lesquelles les maintenaient 
constamment leurs guides. Les indigènes évitent, en eflet, les régions < vides » 
qui sont toujours blad el haroud, blad el khoufy pays de la poudre ou pays de 
la peur, rendez-vous naturel des coupeurs de routes; et ce n'est que dans les 
forts groupes de douars que les muletiers trouvent à se ravitailler à bon 
marché. L'absence de cartes précises et détaillées ne permettait pas aux 
Européens de se rendre facilement compte des modifications d'itinéraires 
qu'ils subissaient souvent de ce fait, et dont j'ai vu de bien curieux exemples. 

On peut donc considérer la plupart des nombres donnés jusqu'ici comme 
faussés par la généralisation d'observations locales trop favorables. Rohlfs, 
par exemple, a suivi des routes particulièrement riches, non seulement le 
long de l'Atlantique, mais encore en remontant Voued Sous et jusque dans 
Voued Draa. Erckmann, qui accompagnait le sultan en expédition, n'a connu 
que des régions pouvant assurer la subsistance des 15 ou 20 000 hommes dont 
se compose normalement la mehalla * du chérif : et vous savez dans quelle 
situation misérable Erckmann a pu voir la colonne que Moulay el Hasen con- 
duisit au Sous en 1882', précisément parce qu'elle n'avait pas pu vivre sur le 
pays dans une contrée, cependant, réputée riche et peuplée. 

Cette généralisation est naturelle, instinctive; je puis d'autant plus vous 
la signaler que j'ai moi-même commis souvent une erreur de ce genre : telle 

\. Colonne d'opérations. 

2. Erckmann. Le Maroc Moderne, p. 203 et suiv. 



LA POPULATION DU MAROC. 339 

tribu m avait paru peuplée, riche, établie sur des terres fertiles; les récits du 
soir SOUS la tente n'avaient pas peu contribué à me confirmer dans Timpres- 
sion favorable ressentie le long de la route suivie. Revenu plus tani dans la 
môme r^on par un itinéraire perpendiculaire au premier, je constatais que 
les belles cultures ne s'étendaient que sur quelques kilomètres de largeur, 
parfois sur quelques centaines de mètres, et qu'au delà on ne trouvait plus 
qu'une campagne aride, sèche, pierreuse, non cultivée ou même non culti- 
vable. Ce cas se présente fréquemment dans le Maroc méridional *. 

Non seulement la population n'est pas répartie également dans tout le 
pays, mais elle n'est pas répartie également dans une même tribu; elle forme 
des îlots. C'est parfois une question de sécurité; mais souvent cela tient à ce 
que les habitants sont en nombre bien inférieur à celui que le pays pourrait 
nourrir; ils se groupent alors sur les parties les plus fertiles, de sorte qu'en 
des points très voisins, la densité est très différente. Presque nulle dans les 
rrgrions non cultivables ou privées d'eau^ la densité prend une valeur appré- 
riablo dans les parties de ces mêmes régions où l'existence de sources, de 
rrf/;*»*, de terres d'alluvions permet soit les cultures, soit un élevage plus 
intensif et la conservation des troupeaux pendant l'été. Dans les terres noires 
à céréales S la densité, plus forte en moyenne que dans le reste du pays, reste 
encore variable avec le degré de fertilité locale. Les cultivateurs marocains 
emploient, en effet, des procédés tout a fait primitifs : charrue égratignant à 
peine le sol, semences non choisies, et surtout peu appropriées à la nature des 
terrains, pas d'amendements ni d'engrais, si ce n'est pour la culture maraî- 
chère ; aussi le seul moyen connu d'augmenter les rendements est-il d'ense- 
mencer les champs dont la fertilité, soit en blé, soit en orge, est connue par 
expérience ; et c'est sur des terrains de ce genre que se rencontrent les grou- 
pements les plus denses : Saïm chez les Âbda; Oulad Âmran, Khmis Zmamra, 
Zaouîet Sais chez les Doukkala; Mediouna, Oulad Harriz, Oulad Saïd chez 
les Chaouia; rives du Sebou et du Ouarra en amont de leur confluent; or, ce 
sont là précisément les points les plus visités par les Européens; d'où la 
légende d'un Maroc surpeuplé. 

Par ce que je viens de dire des procédés de culture, vous vous rendez 
compte qu'à fertilité égale, une même superficie sera moins peuplée au 
Maroc qu'en France ou en Algérie. Et, en fait, je ne connais qu'un très petit 
nombre de régions, comme celles que je viens de vous citer, où la densité 
atteigne sur quelque étendue 40 habitants au kilomètre carré. 

1. Vallée de la Teiisift et de ses affluents, Tadla, bande entre la ]>laine Doukkala-Abda et la 
mer, Tallée du Sous, etc. 

2. Par exemple, Rehamma du Sud, Oulad bcs Sebaa, Ahmar, Tadla, Guerouan, Zaër, Béni Ahsen 
dans la partie marécageuse. 

3. Bassins naturels, remplis d'eau par les pluies d'hiver. 

4. Abda, Doukkala, Chaouïa,... et aussi dans le H'arb. 



3&0 N. LARRAS. 

Pour une autre raison encore, je trouve exagérées la plupart des évalua- 
tions données du chiffre de la population marocaine. 7 millions, 8 millions, 
15 millions, 30 millions, c'est bien vite dit. Or, lorsque je compare le Maroc à 
r Algérie, que je connais bien pour y avoir vécu vingt-cinq ans, je trouve que 
ces deux pays ont de grands points de ressemblance : la répartition des habi- 
tants de races diverses y est à peu près la même, et les superficies des régions 
paraissant avoir même densité de population sont peu différentes. Ceci en 
gros, bien entendu. Algérie et Maroc devraient donc avoir même nombre d'ha- 
bitants; et la différence, s'il y en a une, me paraîtrait devoir être en faveur de 
l'Algérie. Or, le dernier recensement a trouvé dans notre colonie 4 millions 
d'indigènes et 600000 Européens ^ II me semble donc difficile d'admettre qu1l 
y ait au Maroc beaucoup plus de cinq millions d'habitants. 



Depuis quelques années, le Maroc a été parcouru en tous sens par des 
voyageurs européens. Si certaines de ses parties n'ont été que traversées par 
les explorateurs, beaucoup de tribus sont aujourd'hui bien connues dans toute 
leur étendue. Enfin, pour les très rares fractions qui n'ont pas été visitées, il a 
été possible d'arriver justjue dans leur voisinage, et d'y recueillir des rensei- 
gnements indigènes moins inconsistants, et mieux contrôlés que jadis. On doit 
donc pouvoir évaluer le chiffre delà population du Maroc avec une approxima- 
tion plus grande que celle obtenue jusqu'ici. 

Au sud, le Maroc confine au Sahara. Celui-ci constitue une limite absolue : 
des reconnaissances récentes, lancées du sud algérien vers l'ouest, ont établi 
d'une façon certaine que le long des 29* et 28'' parallèles de latitude, le Sahara 
occidental est vide d'habitants. Les Beraber nomades y mènent bien leurs trou- 
peaux au pâturage, ou très exceptionnellement le traversent pour aller tenter 
un coup de main plus au sud cl jusqu'au Soudan; mais il n'y ont pas d'éta- 
blissements; le qçâr* de Tindouf n'a eu qu'une existence éphémère : il est 
aujourd'hui évacué. A l'ouest de Tindouf,' sur les bords de l'Océan, on observe 
quelques oscillations de nomades : mais elles sont effectuées par des fractions 
insignifiantes, ne comprenant que quelques centaines d'âmes. 

Cette constatation permet de fixer très exactement les limites du peuple- 
ment marocain : ce sont la mer, l'Algérie et le Sahara aux environs du 29* 
parallèle. 

Le Maroc peut alors être considéré comme formé de trois zones distinctes. 

\. Exactement: Européens 583 844 

Israélites 57 132 J En 1901. 

Musulmans 4 098 353 

2. Qçfir (pluriel qvour), village fortifié. 



LA POPULATION DU MAROC. 



34i 



1"* Le Maroc atlantique, de Tanger à Mogador; 

2* La ceinture montagneuse Allas-Rif, dans laquelle nous comprendrons 
les bassins de Toued Sous et de la Moulouya, enserrés tous deux entre la 
ceinture montagneuse principale et un contrefort. 




FIO. 91. — LES ZONES DE PEUPLEMENT DU MAROC. 

3"* Les marches sahariennes (oued Draa, Tafilelt, oued Guir), installées 
sur le glacis méridional de l'Atlas. 

Dans mes lettres suivantes j'examinerai ces zones les unes après les 
autres, en commençant par la dernière; c'est la moins importante; mais, ne 
l*ayant pas visitée, je suis obligé de discuter les chifTres donnés par d'autres 
voyageurs ou par des indigènes, et d'entrer dans quelques détails. 



3i2 N. LARRAS. 

Marches sahariennes. — Celte zone présente en tous ses points un aspect 
que les publications sur lextrëme sud algérien nous ont rendu familier. Sa 
caractéristique, au point de vue peuplement, est d'être formée de lignes de 
qçour, et non pas de surfaces habitées. Ces lignes sont disposées le long de 
rivières, coulant à ciel ouvert ou souterraines, qui permettent Tirrigation des 
palmeraies et des cult