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Full text of "L'Agriculture pratique des pays chauds"

MINISTÈRE DES COLONIES 

Inspection générale de l'Agriculture coloniale. 



L'Agriculture pratique 

des pays chauds 



BULLETIN DU JARDIN COLONIAL 

.1 

ET DES JARDINS D'ESSAI j 

DES COLONIES FRANÇAISES 1 



SIXIEME ANNEE — 1906 

PREMIER SEMESTRE 



LHi?v*ARY 
^^\\' YORK 
BOTANICAL 

GAkDfcN 



PARIS 

Augustin GHALLAMEL, Éditeur 

Rue Jacob, 17 

Librairie Maritime et Coloniale. 



L'AGRICULTURE PRATIQUE 

DES PAYS CHAUDS 



BULLETIN DU JARDIN COLONIAL 

ET DES JARDINS D'ESSAI DES COLONIES FRANÇAISES 



SIXIÈME ANNÉE 



TABLE DES MATIÈRES 



Bulletin de janvier, n° 34, p. 1. Bulletin d'avril, n° 37, p 265. 

Bulletin de février, n° 35, p. 89. Bulletin de mai, n° 38, p. 353 

Bulletin de mars, n° 36. p. 177. Bulletin de juin, n° 39, p. 441. 



DOCUMENTS OFFICIELS 



Ministère des Colonies. 

Organisation du personnel de l'Agriculture dans les Colonies 1 

Rapports et décrets exemptant de certains droits d'entrée divers produits 
importés en Afrique occidentale française et en Nouvelle-Calédonie. . . 44 j[ 



Jar din colonial. 

Arrêté autorisant l'Académie des Arts delà fleur àouvi-ir au Jardin Colo- 
nial un cours gratuit. . , 



IV TAliLE Di:S MA'llKRi:s 



Afrique Occidentale. 

Avis de la Station agronomique de Hann au sujet de la délivrance des 

jeunes plantes 8 

Quantités de cafés et de bananes de la Guinée française à admettre au 

bénéfice de la détaxe en 1906 177 

Transport du matériel agricole sur le chemin de fer de Kayes au Niger. 178 

Arrêté soumettant à une visite sanitaire les animaux importés en Guinée 179 

Arrêté portant réglementation de la police sanitaire des animaux 26ri 

Congo. 

Quantités de cafés et de cacaos du Congo à admettre en 1906 au béné- 
fice de la détaxe 180 



Madagascar. 

Liste des plantes mises en distribution par les Stations d'essai de Nanisa-. 

sana, de l'Ivoloïna et de Fort-Dauphin 272 

Arrêté relatif à la culture du mûrier et des mûraies 353 

Indo-Chine. 

Arrêté interdisant l'exportation des riz et paddys des provinces du 
centre de 1 Annani 8 

Arrêté créant un tarif spécial P. V. pour le transport des noix d'arec sur 
les chemins de fer indo-chinois 181 

Ari-êté fixant les prix des alcools indigènes 355 

Nominations et Mutations. 
Personnel agricole 9, 106, 273, 357 

Exposition d'Agriculture Coloniale. 

Récompenses 10, 89 

Rapport de la classe III. Produits des forêts 107 

Rapport de la classe II. Animaux invertébrés 183, 276 

Rapport de la classe V. Caoutchouc, gommes, etc 358, 445 

Concours général agricole de 1906. 
Les colonies au concours général agricole de 1906 274 



TABLE DES MATIERES 



ÉTUDES ET MEMOIRES 



Par noms d'auteurs. 



P. Ammann. — Les matières tannantes de nos colonies, 144. — Analyses de 
noix de coco, 259. — La caféine dans les enveloppes des 
fruits de café, 331. — La banane sèche, 381. 

Chalot (C). — Importance commerciale du cacao pour la France et ses colo- 
nies, 84. — Note sur une floraison de bambous, 154, — Le 
cacaoyer au Congo français, 283, 390, 479. 

Chevalier (A.). — J.-B. Louis Pierre, 234. 

Delacroix (D'' G.). — Les maladies des plantes cultivées dans les pays chauds 

(suite), 37, 204, 33S, 402. 

DuBARD (Marcel). — Formation de bulbilles chez le coleus Cazo, 172. — 

Seconde note relative au Boulouba, 254. — Caractères 
des Phanérogames, 502. 

DucHÊNE. — Culture du cotonnier àla station expérimentale de Marovoay, 27, 
137, 219. 

Dumas. — L'Oussounifing, 170. — Le maïs, 247. — Le sésame, 349. — L'ara- 
chide, 369. — Le manioc, 510. 

Dupont (R.). — Conférence sur la culture et la préparation du caoutchouc, 
411. 

Fauchère. — Culture pratique du cacaoyer et préparation du cacao {fm), 66. 
— Entretien des cacaoyères, 227. — Culture pratique du 
caféier et préparation du café, 451 . 

Fleutiaux. — Les insectes, 87, 430, 518. 

Henry (Yves). — L'exploitation du caoutchouc en Afrique occidentale fran- 
çaise, 491. 

Krempf. — Invasion de sauterelles en Cochinchine et au Cambodge, 434. 

Lefaivre. — Le cacao à Cuba, 251. 

Le Moult (M.). — Note sur la culture du fraisier à la Guyane française, 514. 

Loir (D"" A.). — Les mouches et les maladies contagieuses, 158. — Poids des 
noix de coco, 351. — Particularité de l'aspect de la patho- 
logie vétérinaire aux Colonies, 463. 



VI TABLE DES MATIERES 

Nicolas. — Le caoutchouc à la Côte d'Ivoire, 256, 

Prudhomme (E.). — La sériculture à Madagascar (fin), 52. —Description et 

utilisation du cocotier, 113. — Culture et commerce du 
cocotier à Ceylan, 295. 

RiNGELMANN (Max"). — Ponts, radeaux et ijacs, U. — Irrigations, 193, 313. 

Serke (Paul). — L'industrie des chapeaux de bambou à Java, 80. — La sérici- 
culture et l'industrie séricigène à Java, 347. — L'exploita- 
tion des forêts de teck et autres boisa Java, 422. 

Tillier(L.). — Sur l'emploi de l'acide cyanhydrique pour la destruction des 
parasites, 169. 

'VuiLLET (Jean). — Les kolatiers et les kolas, 129, 212, 326. 

Communications diverses. — Le Buntal. Son utilisation en chapellerie, 175. — 

Commerce des fruits exotiques à Southampton, 
175. — Commerce du rafia de Madagascar à 
Trieste, 522. — Expertises de coton de Mada- 
gascar, 88. 

Statistiques commerciales. — Exportations agricoles, forestières et des pro- 
duits de la mer dans les colonies, 436, 523. 



Sujets traités. 

Arachide. — L'arachide (Dumas), 369. 

Bambou. — L'industrie des chapeaux de bambou à Java (Paul Serre), 80. — 
Note sur une floraison de bambous (C. Chalot), 154. 

Banane. — La l)anane sèche (P. Ammann), 381. 

Bois. — L'exploitation des forêts de teck et autres bois à Java (Paul Serre), 
422. 

Boulovba. — Seconde note relative au boulouba (Marcel Dubard), 254. 

Buntal. — Le Buntal. Son utilisation en chapellerie, 175. 

Cacao. — Culture pratique du cacaoyer et préparation du cacao (Fauchère) 
{fin), 66. — Importance commerciale du cacao pour la France et 
ses colonies (C. Chalot), 84. — Entretien des cacaoyères (Fau- 
chère), 227. — Le cacao à Cuba (Lefaivre), 251. — Le cacaoyer au 
Congo français (Chalot et Luc), 283, 390, 479. 

Café. — Le caféine dans les enveloppes des fruits de café, 351. — Culture pra- 
ti(jue du caféier et préparation du café (Fauchère), 451. 

Caoutchouc. — Le caoutchouc de la Côte d'Ivoire (Nicolas), 256. — Conférence 
sur la culture et la préparation du caoutchouc (R. Dupont), 
411. — L'exploitation du caoutchouc en Afrique occidentale 
française. (Yves Henry), 491. 



TABLE DES MATIERES VII 

Cocotier. — Description et utilisation du cocotier (Eni. Prudhomme), 113. — 
Analyses de noix de coco (Ammann), 259. — Culture et com- 
merce du cocotier à Ceylan (Em. Prudhomme), 295. — Poids 
des noix de coco (D"" Loir), 351. 

Coleus Dazo. — Formation de bulbilles chez le coleus Dazo (Marcel Dubard), 
172. 

Coton. — Culture du cotonnier à la station expérimentale de Marovoay 
(Duchènej, 27, 137, 219. Expertises de coton de Madagascar, 88. 

Fraisier. — Note sur la culture du fraisier à la Guyane française (Le Moult), 
514. 

Fruits exotiques. — Commerce des fruits exotiques à Southampton, 175. 

Génie rural. — Cours de génie rural appliqué aux Colonies (Max Ringelmann) 
ponts, radeaux et lacs, 11. — Irrigations, 193, 313. 

Insectes. — Les insectes (Fleutiaux), 88, 430, 518. —Invasion de sauterelles en 
Cochinchine et au Cambodge (Krempf), 434. 

Kolatier. — Les kolatiers et les kolas (Jean Vuillet), 129, 212, 326. 

Maïs. — Le maïs (Dumas), 247. 

Maladies. — Les maladies des plantes cultivées dans les pays chauds (D^ Dela- 
croix) (suite), 37, 204, 335, 402. — Les mouches et les maladies 
contagieuses (D'' A. Loir), 158. — Sur l'emploi de l'acide 
cyanhydrique pour la destruction des parasites (Tillier), 169. 

Manioc. — Le Manioc (Dumas), 510. 

Matières tannantes. — Les matières de nos colonies (Paul Ammann), 144. 

Oussounifing. — Oussinifmg (M. Dumas), 170. 

Pathologie vétérinaire. — Particularité de l'aspect de la pathologie vétérinaire 

(D'- A. Loir), 463. 

Phanérogames. — Caractères des Phanérogames (Marcel Dubard), 502. 

Pierre {J. B. Louis). — (A. Chevalier), 234. 

Rafia. — Commerce du rafiade Madagascar à Trieste, 522. 

Sériciculture. — La sériciculture à Madagascar (E. Prudhomme (/tn), 52. — La 
sériciculture et l'industrie séricigène à Java (Paul Serre), 
347. 

Sésame. — Le sésame (Dumas), 349. 

Statistiques commerciales . — Exportations agricoles, forestièi'es et des pro- 
duits de la mer dans les colonies, 436, 523. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



6e Année Janvier 1906 No 34 

MINISTÈRE DES COLONIES 

Inspection générale de l'Agriculture coloniale 



L 'Agriculture pratique 

des pays chauds 



BULLETIN MENSUEL 

DU 

JARDIN COLONIAL 

ET DES 

Jardins d'essai des Colonies 



Tous documents et toutes communications relatives à la rédaction 

doivent être adressés 

à l'Inspection générale de l'Agriculture coloniale 

an Ministère des Colonies 



PARIS 1 



Augustin CHALLAMEL, Éditeur 

Rue Jacob, i 7 

Librairie Maritime et Coloniale 



Les abonnements partent du /er Janvier et du /ei' Juillet 
Prix de l'Année (France, Colonies et tous pays de l'Union postale). — 20 fr. 

La reproduction complète d'un article ne peut être faite qu'après autorisation spéciale. 
Les citations ou reproductions partielles sont autorisées à condition de mentionner la source. 



PUBLICATIONS DU MINISTÈRE DES COLONIES 



REVUE COLONIALE 

Explorations. — Missions. —Travaux historiques et géographiques. — Archives 

Etudes économiques 

Un fascicule de 8 feuilles grand in-8' parait tous les deuœ mois 

PARIS — AuGU.sTiN CHALLAMEL, Éditeur, rue Jacob, 17 



PRIX DE L'ABONNE.MENT ANNUEL (France et Colonies; : 15 fr. 



L'AGRICULTURE PRATIQUE DES PAYS CHAUDS 

BULLETIN MENSUEL 
DU JARDIN COLONUL ET DES JARDINS D'ESSAI DES COLONIES 

Un fascicule de 5 feuilles grand in-8° parait tous les mois 

PARIS — Augustin CHALLAMEL, Éditeur, rue Jacob, 17 



PRIX DE L'ABONNEMENT ANNUEL iFrance el Colonies) : 20 fr. 

Annales d'Hygiène et de Médecine Coloniales 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 



PARIS — Octave DOIN, Éditeur, place de l'Odéon, 8 



PRIX DE L'ABONNE.VIENÏ ANNUEL : France el Algérie, 10 fr. — Etranger, 12 fr. 

Feuille de Renseignements de l'Office Colonial 

PUBLICATION MENSUELLE 



COLONISATION : Exploitations agricoles et industrielles, enquêtes économiques, etc. 
COMMERCE : Renseignements commerciaux et statistiques; Avis d'adjudications 

Offres et demandes commerciales; Mouvement des paquebots; Liste des maisons 

de commerce, etc. 

ABONNEMENT ANNUEL : Friince, 5 fr. — Colonies el Union postale, 6 fr. 



L'AGRICULTURE PRATIQUE 

DES PAYS CHAUDS 



BULLETIN MENSUEL DU JARDIN COLONIAL 

ET DES JARDINS D'ESSAI DES COLONIES FRANÇAISES 
6e année Janvier 1906 No 34 



SOMMAIRE UBRARY 
NEW YORK 



DOCUMENTS OFFICIELS 



-O 



BOTANICAL 

GARDEN. 

Pages 

Org-anisation du personnel de l'agriculture dans les Colonies i 

Arrêté autorisant l'Académie des Arts de la fleur à ouvrir au Jardin 

Colonial un cours gratuit 7 

Afrique Occidentale. Avis de la station agronomique de Hann 

au sujet de la délivrance des jeunes plantes 8 . 

Indo Chine. Arrêté interdisant l'exportation des riz et paddys des 

provinces du centre de l'Annam 8 

Nominations et mutations 9 

Récompenses de l'Exposition nationale d'agriculture coloniale 10 

ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Ponts, radeaux et bacs (cours de Génie rural appliqué aux Colo- 
nies)^ par M. Max Ringelmann, directeur de la station 
d'essai de machines agricoles 11 

Culture du cotonnier à la station expérimentale de Marovoay, 
par M. Duchêne, directeur de la station d'essai de Maro- 
voay 27 

Les maladies des plantes cultivées dans les pays chauds, par le 

D"" Georges Delacroix {suite) 87 

La Sériciculture à Madagascar, par M. E. Prud'homme, Direc- 
teur de l'Agriculture à Madagascar (Jin) 62 

Culture pratique du cacaoyer et préparation du cacao, par M. Fau- 
chera, Sous-Inspecteur de l'Agriculture à Madagascar (fin). . 66 

NOTES 

L'Industrie des chapeaux de bambou à Java, par M. Paul Serre, 

vice-consul à Batavia 80 

Importance commerciale du cacao pour la France et ses colo- 
nies, par M. C. Chalot, professeur à l'Ecole supérieure 
d'agricultui^e coloniale 84 

Les Insectes (Les chytus du caféier au Tonkin), par M. Fleutiaux ... 87 

Communications diverses 88 



Ce numéro contient 
le titre, les tables et la couverture du 2^ semestre de 1905(5^ année) 



Dans le cours de cette cinquième année, 

(( L'Agriculture pratique des Pays chauds » 

(bulletin du jardin colonial) 

a publié, outre les Documents officiels, 150 mémoires, 
notes et articles divers sur les cultures, l'élevage ou les 
productions des pays tropicaux ; ces articles contenant 
267 photographies, figures ou croquis forment ensemble 
deux volumes in-8" de 536 pages chacun. 



Un numéro spécimen est adressé franco sur demande, 
lifl COliliECTIOlSl DE 

" L'Agriculture pratique des pays chauds " 

comprend a ce jour 6 volumes 

lo Juillet 1901 à Juin 1903 i vol. in-So. 20 fr 

20 Juillet 1902 à Juin 1903 — 20 fr. 

3o Juillet 1903 à Juin 1904 — 20 fr. 

40 Juillet 1904 à Décembre 1904 ... — 10 fr. 

5° Janvier 1905 à Juin 1905 .... — 10 fr. 

6' Juillet 1905 à Décembre 1905 ... — 10 fr. 

(Envoi franco contre mandat-poste) 

Pour les abonnements, demandes de spécimen, rensei- 
gnements divers, publicité, adresser lettres et mandats à 

M. Augustin CHALLAMEL, Editeur, 

Librairie Maritime et Coloniale 

17, rue Jacob, Paris. 

Demander le prospectus détaillé, contenant le titre de 
tous les articles de la collection, avec le nom de Tauteur, 
rindication du Numéro dans lequel l'article a été publié. 



6' Année. Janvier 1906. N° 34. 



PARTIE OFFICIELLE 



Organisation du personnel de l'agriculture 
dans les Colonies. 

RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE 

La mise en valeur du sol de nos colonies est une des questions qui pré- 
sente, à l'heure actuelle, le plus haut intérêt. C'est en effet d'une culture 
méthodiquement établie et conduite avec précision, que devra, pour une 
bonne part, dépendre la définitive prospérité de nos possessions d'outre-mer. 

Quelles que soient, en effet, l'abondance de la richesse des ressources natu- 
relles des territoires soumis à notre influence, celles-ci seraient bientôt taries 
si la culture ne venait réparer les dommages que des récoltes souvent exces- 
sives ont pu causer. Partout où la culture apparaît, une colonisation métho- 
dique s'établit. Le colon se fixe à la terre. Les richesses nouvelles qu'il a fait 
jaillir du sol et qui, jusqu'à ce jour, y étaient demeurées latentes, retiendront 
sur ce patrimoine nouveau des générations successives autour duquel les 
indigènes, abandonnant la vie nomade, viendront s'établir et se grouper. 

Mais l'agriculture coloniale ne s'improvise pas. Elle exige, pour réussir, 
d'être établie sur des bases solides. Il importe de déterminer, par des expé- 
riences pratiques, le choix des plantes à cultiver et des procédés culturaux à 
suivre, de montrer, dans des champs de culture, ce que l'on peut attendre de 
chaque production, de mettre à la disposition des nouveaux arrivants des 
semences et des plants qui puissent, en leur épargnant une longue période 
d'attente, hâter le moment de la production et déterminer le succès de l'entre- 
prise et enfin d'étudier les problèmes si nombreux qui intéressent non seule- 
ment l'heure présente, mais aussi l'avenir. 

L'intérêt majeur qui s'attache à ces multiples questions ne m'a pas échappé. 
C'est pourquoi des décrets soumis antérieurement à votre haute sanction, ont 
déjà établi un Jardin colonial métropolitain qui centralise et dirige, dans leur 
ensemble, les efforts que font dans nos colonies les Jaixlins d'Essais et plus 
récemment une École supérieure d'Agriculture coloniale où tous ceux qui se 
destinent à aller vivifier le sol de nos possessions d'outre-mer, puisent un 
enseignement solide qui exercera la plus heureuse influence sur le développe- 
ment des grandes concessions agricoles. 

Déjà, chacune de nos colonies est pourvue de services agricoles qui s'ef- 
Bullelin du Jardin colonial. 1 



2 DOCUMENTS OFFICIELS 

forcent de pi-opagcM' les végétaux utiles et d'organiser la colonisation. Mais tons 
ces services établis successivement, n'ont jusqu'à ce jour aucune homogé- 
néité ni aucune cohésion. Leur personnel n'est soumis à aucune règle fixe de 
recrutement et d'avancement. Au moment où le développement économique de 
nos colonies constitue une des questions qui présentent pour elles le plus 
haut intérêt, il importe de donner au Service de l'Agriculture une stabilité 
plus grande en soumettant son personnel à des règles fixes d'organisation. En 
même temps, la création de l'École supérieure d'Agriculture coloniale permet 
d'exiger, dès maintenant, des candidats aux emplois de ce service des con- 
naissances lechni([ues étendues et d'assurer les conditions générales de recru- 
tement. 

C'est dans ce but et sous l'empire de ces préoccupations que j'ai fait pré- 
parer Je projet de décret que j'ai l'honneur de soumettre à votre sanction. 



DECRET 

Vu le décret du 28 janvier 1899 portant création d'un Jardin d'Essais colonial ; 
Vu le décret du 29 mars 1902 instituant un enseignement supérieur de l'Agricul- 
ture coloniale ; 

Vu le décret du 3 juillet 1897 portant règlement sur les indemnités de route et de 
séjour et les passages des officiers fonctionnaires, employés et agents civils et niili 
taires des services coloniaux et locaux ; 

Vu le décret du 23 décembre 1897 portant règlement sur la solde et les accessoires 
de solde du personnel colonial ; 

Sur le rapport du Ministre des Colonies, 
Décrète : 

Titre premier. — Composition et recrutement du personnel. 

Article l*"", — Le service de rAgriculture, dans les colonies françaises 
autres que l'Indo-Chine, est placé sous la direction et la surveillance d'un 
personnel technique orj^anisé conformément aux dispositions du présent 
décret. 

Art. 2. — Des arrêtés des Gouverneurs généraux et Gouverneurs 
pris en Conseil d'administration ou en conseil privé et soumis à l'appro- 
bation préalable du Ministre, fixent les cadres du personnel agricole de 
chaque colonie comportant actuellement ou devant comporter un service 
d'Agriculture. 

Art. 3. — Le personnel de r.4griculture est placé, dans chaque colonie 
où sera organisé un Service d'Agriculture, sous les ordres d'un chef de 
service relevant directement du Gouverneur de la colonie. 

Art. 4. — A défaut de désignation spéciale par le Ministre, les fonc- 



DÉCRET 3 

tions de chef de Service de l'Ajjriculture sont remplies, dans chaque colo- 
nie, par le fonctionnaire de ce service le plus élevé en grade ou le plus 
ancien dans le grade le plus élevé. 

Art. 5. — Composition du personnel. I^e personnel du Service de 
l'Agriculture comprend : 

1° Des directeurs de l'Agriculture (3 classes) ; 
2° Des inspecteurs de l'Agriculture (3 classes) ; 
3° Des sous-inspecteurs d'Agriculture (3 classes) ; 

4° Des directeurs de Jardins d'essais ou de Stations agronomiques 
(3 classes) ; 

5" Des agents principaux de culture (3 classes). 

Art. 6. — Les directeurs de l'Agriculture ne peuvent être choisis que 
parmi les inspecteurs de l'Agriculture de l*^" classe, comptant, dans cette 
classe, trois années au moins de services effectifs aux colonies ou en 
mission. 

Art. 7. — Les inspecteurs d'Agriculture sont choisis exclusivement 
parmi les sous-inspecteurs et directeurs de Jardins d'essais ou de Sta- 
tions agronomiques de f*' classe comptant, dans cette classe, deux années 
au moins de services effectifs aux colonies ou en mission. 

Art. 8. — Les sous-inspecteurs d'Agriculture et directeurs de Jardins 
d'essais sont choisis : 

1° Parmi les élèves diplômés de l'Institut national agronomique ou des 
Ecoles nationales d'Agriculture, de l'Lcole d'Horticulture de Versailles ou 
de l'École d'Agriculture coloniale de Tunis et pourvus du diplôme de 
l'École Supérieure d'Agriculture Coloniale; 

2° Parmi les agents principaux de culture de 1'"'' classe comptant, dans 
cette classe, au moins une année de services effectifs aux colonies ou en 
mission. 

Les directeurs de stations agronomiques sont choisis parmi les élèves 
diplômés de l'Institut national agronomique, des Écoles nationales d'Agri- 
culture, de l'Ecole Centrale, de l'Ecole de physique et de chimie, ou les 
licenciés ès-sciences et pourvus du diplôme de l'École Supérieure d'Agri- 
culture Coloniale. 

Art. 9. — Les agents principaux de culture sont recrutés parmi les 
élèves de l'École Supéi^ieure d'Agriculture Coloniale, pourvus du certifi- 
cat d'études de cette école ou les élèves de l'École d'Horticulture de 
Villepreux ayant accompli un stage d'une année au Jardin colonial. 



4 



DOCUMEISÏS OFFICIELS 



Titre II. 



Traitement, 



Akt. 10. — Le traitement et Tassimilation des agents du Service de 
l'Af^riculture coloniale sont fi.xés, au point de vue des passages, des 
indemnités de route et de séjour, conformément au tableau ci-dessous : 



GRADES 


TR.VIT 

d'Europe 


EME.\T 

Colonial 


CATÉGORIES (1) 




i ire 

■Directeur d'Agriculture ! 2" 

1 3' 


cl 

cl 

cl 


7.000 
6 . 000 
5.000 


14.000 
12.000 
10.000 


1"' catégorie B 




1 V 
Inspecteurs \ 2" 

d'Agriculture / 3" 


cl 

cl 

cl 


4-500 
4.000 


9.000 
8.000 


1>" catégorie B 




3.500 


7 000 


2" catégorie 




Sous-inspecteurs et di- 1 ^^ 
l'cctcurs de jardins d'es- 1 .^,. 
sais et stations agro- j ^^ 
noniiqiies. 1 


cl 

cl 

cl 


3.000 
2.750 
2.500 


6.000 
5.500 
5 . 000 




Agents principau.\ de \ 1" 
culture / ge 


cl 

cl 

cl 


2.000 
1 . 750 
1.500 


4.000 
3 . 500 
3 . 000 


3= catégorie 





Art. 11. — Les directeurs de l'Agriculture sont nommés par décret 
du Président de la République, ils sont avancés par arrêté du Ministre. 

Les inspecteurs et sous-inspecteurs d'Agriculture, les directeurs de 
Jardins d'essais et de Stations agronomiques sont nommés par arrêté du 
Ministre des Colonies sur la proposition des Gouverneurs. 

Art. 12. — Les agents principaux de culture sont mis, par le Ministre, 
à la disposition des gouverneurs. 

Ils sont nommés et avancés par ces hauts fonctionnaires. 

Art. 13. — Toute nomination a lieu à la dernière classe de l'emploi. 

Les avancements de classe ne peuvent être obtenus qu'après une année 
au moins de services eilectifs aux colonies ou en mission dans la classe 
immédiatement inférieure. 

Nul ne peut être admis dans le personnel de l'Agriculture aux colonies, 
s'il n'est Français et n'a satisfait aux obligations des lois sur le recrute- 
ment de l'armée. 



1 . Catégories du tableau de classement anne,\c au décret du 3 juillet 1897 réglemen- 
tant la concession des indemnités de route, de séjour et des passages. 



DÉCRET S 

Art. 14. — - Les peines disciplinaires, applicables aux fonctionnaires du 
Service de TAgriculture, sont : 1° L'avertissement; — 2° La réprimande 
ou le blâme ; — 3" La suspension de traitement; — 4° La rétrogradation 
de classe ou d'emploi; — 5° La révocation. 

Art. 13. — L'avertissement est donné par le chef du Service de l'Agri- 
culture. 

La réprimande ou le blâme sont infligés par le gouverneur, sur la pro- 
position du chef du Service de l'Agriculture, avis en est donné au Ministre 
et mention en est faite au carnet de notes du fonctionnaire. 

La suspension du traitement est prononcée dans les conditions prévues 
aux dispositions du décret sur la solde du personnel colonial. Avis en est, 
dans tous les cas, donné au Ministre et mention en est faite au carnet de 
notes du fonctionnaire. 

La rétrogradation et la révocation sont prononcées après avis d'un con- 
seil d'enquête nommé soit par le Ministre des Colonies, si l'inculpé est en 
France, soit par le gouverneur de la colonie où il est en service. 

Le Conseil d'enquête est composé de la façon suivante : 

Emploi de Vinculpé : Directeur de 1' Agriculture. 

Président : L'inspecteur général de l'Agriculture coloniale ou un direc- 
teur du Ministère des Colonies ou encore un secrétaire 
général des colonies. 

Membres : Un chef de bureau du Ministère ou un administrateur en 
chef des colonies. Un chef de service faisant partie du 
Conseil d'administration ou du Conseil privé ou un sous- 
chef du bureau de 1'"'^ classe au Ministère des Colonies. Un 
sous-chef de bureau ou un directeur d'Agriculture plus 
ancien de classe ou de grade que l'inculpé, ou un adminis- 
trateur de l'''^ classe des colonies. 

Secrétaire: Le sous-chef de bureau le moins ancien ou le moins élevé en 
grade ou le directeur d'Agriculture ou l'administrateur des 
colonies. 

Emploi de l'inculpé : Inspecteur ou sous-inspecteur. 
Directeur de Jardins d'essais ou de Station agronomique. 

Président : Un administrateur en chef de 1" classe des colonies. 

Membres : Un administrateur de^ colonies de K*^ classe ou de 2'^ classe, 
un directeur de l'Agriculture ou un chef de service de 
l'Agriculture plus ancien ou plus élevé en grade que l'in- 
culpé. Un administrateur adjoint de f® classe ou 2®. classe 
ou un chef de bureau des secrétariats généraux. 



6 DOCUMENTS OFFICIELS 

Secrétaire : L'administrateur adjoint de 1^'' ou 2" classe ou le chef de 
bureau des secrétariats généraux. 

Emploi de Vinculpé : Un agent principal de culture. 
Président : Le plus élevé en grade des membres du Conseil. 

Membres : 3 fonctionnaires, dont 2 ayant rassimilation d'officier supé- 
rieur, désignés par le Ministre ou par le gouverneur de la 
colonie^. 

Secrétaire: Le moins élevé en grade. 

Art. 16. — Les fonctionnaires inculpés sont appelés, par le Conseil 
d'enquête, à fournir leurs explications écrites ou verbales. Leurs moyens 
de défense sont annexés au procès-verbal du Conseil d'enquête et trans- 
mis avec celui-ci à l'autorité compétente pour statuer sur les mesures 
disciplinaires qui leur sont applicables. 

Titre 3. — Dispositions générales et transitoires. 

Art. 17. — Les agents du Service de l'Agriculture actuellement en ser- 
vice sont répartis, suivant leur traitement, dans les classes et grades 
prévus au présent décret. 

Ces agents continueront à recevoir leur solde actuelle si celle-ci est 
supérieure à celle de leur grade. 

Art. 18. — Les fonctionnaires et agents envoyés dans les colonies où 
il existe une caisse de retraite locale seront, dès leur arrivée dans la colo- 
nie, autorisés à opter pour le régime de ces caisses et, dans ce cas, ne 
pourront être changés de colonie que sur leur demande. 

Art. 19. — Toutes dispositions antérieures au présent décret sont et 
demeurent abrogées. 

Art. 20. — Le Ministre des Colonies est chargé de l'exécution du pré- 
sent décret qui sera inséré au Journal officiel de la République française, 
au Bulletin des lois et au Bulletin officiel du Ministère des Colonies. 

Fait à Paris, le 6 décembre 1905. 

Emile LouBET. 
Par le Président de la République : 

Le Ministre des Colonies, 
Clémentel. 

i. Lun de oes lonctionnaires devra appartenir au Service de l'Agriculture. 



ARRÊTÉ 7 

RAPPORT AU MINISTRE 

suivi d'un arrêté autorisant l'Académie des Arts de la fleur à ouvrir 
au Jardin colonial un cours gratuit. 

Une Société d'artistes français désigné sous le nom d'Académie des Arts 
de la fleur, s'est fondée en vue de mettre â la portée de tous les moyens de 
tirer parti d'un enseignement pratique, donné gratuitement par des maîtres de 
talent. Un premier essai fait l'année dernière dans l'établissement horticole 
de la ville de Paris, à Auteuil, a donné les résultats» les plus satisfaisants. 

Les organisateurs de cet enseignement ont pensé qu'il serait possible de 
tirer le plus utile parti des documents de toute nature, rassemblés au Jardin 
colonial, et qui se rapportent aux plantes de nos colonies : végétaux cultivés 
en serre, ou dehors à la belle saison, fruits, fleurs et produits divers conser- 
vés dans les herbiers et les collections, documents photographiques, dessins, 
aquarelles, etc. 

Une délégation de peintres qui est venue visiter l'établissement de Nogent a 
reconnu qu'il serait facile de donner un cours dans les laboratoires qui sont 
libres le dimanche. 

Le Conseil d'administration du Jardin colonial a examiné la demande adres- 
sée par M, Cesbron, le Président élu de cette Académie, et a émis un avis 
très favorable à cette organisation dont pourraient bénéficier largement les 
ouvriers d'art des 12'' et 13" arrondissements de Paris, où l'industrie des 
meubles, des impressions, des papiers peints, etc., est si développée. 

Si Monsieur le Ministre veut bien autoriser la création de cet enseignement 
qui ne créera aucune charge matérielle pour le Jardin colonial, j'ai l'honneur 
de le prier de vouloir bien revêtir de sa signature l'ai^rêté ci-joint : 

Le 1'='' décembre 1905. J. Dybowski. 

ARRÊTÉ 

Le Ministre des Colonies, 

Arrête : 

Article I^"". — L'Académie des Arts de la fleur et de la plante est auto- 
risée à ouvrir au Jardin colonial un cours gratuit de dessin, peinture, 
modelage et interprétations décoratives applicables aux industries d'art. 

Art. 2. — Les cours auront lieu le dimanche. Ils seront organisés de 
façon à ne porter aucune entrave au fonctionnement normal du Jardin 
colonial. 

Art. 3. — Un emplacement sera mis par le Directeur du Jardin colo- 
nial à la disposition de l'Académie de l'Art de la fleur. Un règlement 
d'ordre sera établi d'accord entre l'administration de l'Établissement et 
celle de l'Académie de la Fleur. Cette dernière devra en assurer l'applica- 
tion et la rigoureuse observation. 

Fait à Paris, le 1"'' décembre 1905. 

Glémentel, 



8 DOCUMENTS OFFICIELS 

AFRIQUE OCCIDENTALE 

INSPECTION DE I.'.VGRICrLTCRE 

Avis. — l>a station agronomique de Ilann sera en mesure de délivrer, 
au début de l'hivernage 1906, aux services publics et aux particuliers, des 
jeunes plantes dans des conditions analogues à celles qui ont régi les 
livraisons pour Thivernage 1905'. 

l']tant donné l'extension des pépinières, il pourra être délivré une quan- 
tité importante de plantes fruitières, d'avenues, d'ornement ou utiles à 
divers titres. 

Les intéressés sont priés, afin d'avoir entière satisfaction, d'adresser, 
dès à présent, leurs demandes au Gouvernement général (Inspection de 
rAgricullure). 

Il leur en 'sera accusé réception avec l'indication du prix de cession, 
dans le cas où les plantes demandées ne figureraient pas au tableau des 
cessions pour 1906. 



INDO-CHINE 



ARRÊTÉ 

interdisant Vexportation des riz et paddys des provinces du centre 

de VAnnani. 

Le Gouverneur général p, i. de llndo-Ghine, officier de la Légion 
d'honneur, 

Vu le décret du 21 avril 1891 ; 

Vu larrëté du 7 février 1899, déterminant le tarif de la taxe représentative de 
limpôt foncier établie à la sortie des riz de l'Indo-CIiine ; 

Vu les avis du Gomat et de la Chambre consultative mixte de commerce et d'agri- 
culture de l'Annam ; 

Attendu que la prochaine récolle du riz est signalée comme très compromise dans 
les provinces du centre de TAnnam, qu'une hausse très sensible s'est déjà manifestée 
sur le prix de celte céréale et que, en raison de la difficulté des communications, une 
partie de la population pourrait être menacée de disette si les approvisionnements à 
peine suffisants étaient diminués par l'exportation ; 

Sur la proposition du Résident supérieur en Annam et lavis conforme du Direc- 
teur général des Douanes et Régies ; 

La Commission permanente du Conseil supérieur entendue, 



1. Voir le Biillelin du Jardin colonial, n° 31 (octobre 1905), page 265. 



NOMINATIONS ET MUTATIONS \j 

Arrête : 

Article 1'''^. — L'exportation des riz et paddys des provinces de Quang- 
binh, Quang- tri, Thua-thiên, Quang-nam, Quang-ngai, Binh-dinh et Phu- 
yên (Annani) est interdite jusqu'à nouvel ordre. 

Aht. '2. — Le Résident supérieur en Annam et le Directeur g'-énéral 
des douanes et régies de Tlndo-Chine sont chargés, chacun en ce qui le 
concerne, de l'exécution du présent arrêté. 

Hanoï, le 17 octobre 1905. 

Broni, 



NOMINATIONS ET iMUTATIONS 



Afrique Occidentale française. 

Par décisions du Gouverneur général de l'Afrique Occidentale française : 

En date du 19 octobre 1905, M. Nicolas est nommé agent de culture de 
5" classe du cadre du Sénégal et placé n. c. pour servir à la Côte d'Ivoire. 

En date du 19 octobre 1905, M. Costes, diplômé des Ecoles nationales 
d'Agriculture, est nommé agent de culture de 5® classe du cadre du Séné- 
gal, placé hors cadres pour servir en Guinée et maintenu en service à 
Conakry. 

En date du 14 novembre, M. Birard, pharmacien-major de 2° classe des 
troupes coloniales, est nommé adjoint au Directeur du Service météoro- 
logique de l'Afrique Occidentale française, en remplacement de M. le 
pharmacien-major de P'* classe Kérébel, rentrant en France. 

Indo-Chine. 

Par arrêté du Gouverneur général p. i. de l'Indo-Chine, en date du 
11 octobre 1905, 

Sont nommés vétérinaires inspecteurs stagiaires des épizooties de 
l'Lido-Chine, à compter de leur désignation pour accomplir un stage à 
l'Institut Pasteur de Lille : 

M. Baron (Jean-Victor), vétérinaire diplômé de l'École d'Alfort ; 

M. Boucley (Charles- Victor), vétérinaire diplômé de l'Ecole de Tou- 
louse ; 

M. Merals (Marie-Paul-Eugène), vétérinaire diplômé de l'Ecole 
d'Alfort. 



10 DOCUMENTS OFFICIELS 

Par arrêté du Gouverneur général p. i. de Tlndo-Chine, en date du 
16 octobre 1904, 

M. Chapotte, inspecteur adjoint des Eaux et Forêts, chef du Service 
forestier de l'Indo-Chine, par intérim, est désigné pour remplir les fonc- 
tions de chef de la Circonscription forestière de la Cochinchine; 

M. Roj, inspecteur adjoint des Eaux et Forêts, chargé par intérim de la 
Circonscription forestière de la Cochinchine, est désigné pour diriger le 
bureau annexe du Service forestier de l'Indo-Chine à Saigon. 



École coloniale d'Agriculture de Tunis. 

Ont été admis comme élèves réguliers à la suite du dernier concours : 
MM. Touchard (Seine), Boucheron, Seguin (Eure), Fleury (Marne), 
Grouard (Seine-Inférieure), Larmignat (Indre), Colombier (Seine), 
Deveaud (Seine), Bargeon (Seine), Duchêne, Marullaz (Algérie), Jayant 
(Puy-de-Dôme), Gérard (Doubs), Regnault (Seine), Hervé (Ille-et- 
Vilainc), Lemarié (Eure-et-Loir), Jacottet (Eure-et-Loir), Langlois (Seine), 
Clémencet (Côte-d'Or), Bernard (Gers), Derougemont (Seine), Escande 
(Tarn), Corbet (Tunisie), Soulès (Seine), Sommer (Seine), Muller (Seine), 
Isaac (Algérie), Seghin (Vaucluse), Girou de Buzareingues (Aveyron), 
soit 27 élèves. 

Avec les vingt-neuf jeunes gens qui entrent en deuxième année 
d'études, l'Ecole de Tunis maintient donc son effectif au-dessus de 
50 élèves. 



EXPOSITION NATIONALE D'AGRICULTURE COLONIALE 
et réunion internationale d'Agronomie tropicale 

de 1905. 

La distribution des récompenses de l'Exposition nationale d'Agri- 
culture coloniale et de la réunion internationale d'Agronomie coloniale a 
eu lieu le 24 décembre, sous la présidence de M. Clémentel, ministre des 
Colonies, dans les salles de la Société d'encouragement à l'Industrie 
nationale. 

La liste des récompenses n'a pu, faute de place, être insérée en janvier 
dans le Bulletin du Jardin colonial ; elle sera publiée in extenso dans le 
prochain numéro (février 1906). 



ÉTUDES ET MEMOIRES 



COURS DE GÉNIE RURAL APPLIQUÉ AUX COLONIES < 

PONTS, RADEAUX ET BACS 

1° Ponts. 

Les ponts que nous pouvons avoir à construire aux colonies sont 
des ouvrages temporaires (désignés quelquefois sous le nom de ponts 
de fortune) ou permanents ; nous ne nous occuperons que de ces 
derniers, les premiers pouvant être considérés comme dérivés d'eux 
(nous laissons de côté les ponts importants, d'intérêt public, qui 
sont étudiés et établis par les 
soins de l'Administration). g — i :£ 6 

Le pont AB [ûg. 1) étant ffj^j^if/., 
le prolongement d'un sen- 'df^û//^//%^ 




Fig. 1. 



Pont. 



Lier, d'un chemin ou d'une ^-^/.'^'/^''/'X, 
route a.h au-dessus d'une 
dépression D, occupée ordi- 
nairement par un cours d'eau, sa largeur est liée à celle de sa 
voie d'accès ; elle sera de : 

0™ 70 s'il s'agit d'une voie paixourue que par des hommes (passerelle), 
1™ 50 — — — animaux de bât, 

3™ 00 — — — véhicules. 

Sans nous occuper pour l'instant de la longueur AB (fîg. 1) du 
pont, si nous faisons une coupe transversale suivant un plan y ^ 
nous voyons que l'ouvrage est constitué ^ ^ 
en principe par un certain nombre de 
pièces parallèles P (fig. 2) appelées pou- 
trelles^ sur lesquelles, entravers, est jeté 
le tablier t ; enfin chaque rive est limitée 
par les poutrelles dites de guindage G. 
A la place des poutrelles équarries on 
peut employer des pièces de bois à section circulaire F' G' t' 
(%• 2). 




ma' t: ^ 

Fig. 2. — Coupes en travers 
d'un tablier de pont. 



1. Voir le bulletin n» 1 (juillet 1901), page 401 (2" année) et page 302 (année 1905, 
l^' semestre). 



12 



ÉTUDES ET JIÉMOIRES 




L'écartement c (fig. 2) des poutrelles ne dépasse pas 0'" 80 ; il 
peut se réduire suivant la section des bois et la charg-e que l'ouvrag-e 
doit supporter. Le tablier t. aussi jointif que possible, est confec- 
tionné avec de fortes planches ou avec des bois en grume et des 

fagots ou fascines recouverts d'une 
couche de sable ou de terre maintenue 
par les poutrelles de guindag-e. 

La section des poutrelles peut être car- 
Fijf. 3. — Sections transversales rée A (fîff. 3), rectangulaire B. ou circu- 

des poutrelles. i • /^ i t 

iaire L ; les dimensions a, h et A, et le 
diamètre d de la pièce supposée écorcée dépendent de la portée 
des poutrelles, de leur écartement et de la nature des bois. En 
fixant à 0'" 80 le plus grand écartement des poutrelles (e iig. 2), en 
considérant des bois analogues (comme résistance) au chêne ou au 
sapin, on peut tabler sur les dimensions maxima suivantes admises 
par le Génie (correspondant à un poids mort de 50 kilogrammes 
par mètre carré et à une charge maximum de 750 kilogrammes 
par mètre courant ; comme on le voit, ces chiffres sont bien plus éle- 
vés que ceux relatifs à nos applications, mais il est bon de tenir 
compte d'une médiocre construction et augmenter le coefficient de 
sécurité des pièces). 

ÉQUARRISSAGE EX CENTIMETRES d'uKE POUTRELLE (fig. 3) 



nètres) 


carrée 


rcctan 


gulaire 


circulair 




a 


T^ 


h 


d 


3 


H 


8 


13 


13 


4 


13 


10 


15 


16 


5 


15 


11 


17 


18 


6 


17 


13 


20 


20 


7 


19 


14 


22 


23 


8 


21 


16 


24 


25 


9 


23 


17 


26 




10 


25 


19 


29 





Quand on emploie des supports, les poutrelles a a' (fig. 4) succes- 
sives d'une même file sont jumelées, c est-à-dire posées l'une contre 
l'autre sur le support .s et reliées ensemble. 

Il est bon de munir les ponts de garde-fous élevés à 1 mètre 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



13 



environ au-dessus du tablier (perches reliées avec des lisses horizon- 
tales ou main courante). 

L'étude préliminaire pour fixer l'emplacement du pont comprend 





Fig. 4. — Liaison des poutrelles 
avec un support (plan). 



Fig. 5. — Culée. 



la mesure de la vitesse de l'eau, le relevé de la section et la déter- 
mination de la nature du fond. 

La liaison du pont avec la berge se fait par une culée ; les pou- 
trelles P (fig-. S) reposent sur un madrier ou sur des rondins c (con- 
stituant le corps mort) et buttent contre un rondin de culée m ; les 
pièces c et m, maintenues en place par des piquets, doivent résister 
aux différents efforts verticaux et horizontaux du pont. L'ouvrage 
doit être placé au-dessus du niveau h des plus hautes eaux, qu'on 
peut déterminer en examinant les traces que les crues laissent tou- 
jours sur les rives. 

En nous reportant à la figure 1 , la longueur AB de l'ouvrage étant 
connue, on peut considérer le cas d'un pont sans support ou avec 
supports reposant sur le fond; les premiers s'appliquent aux petites 
portées ou lorsqu'il s'agit de franchir un cours d'eau à courant 
rapide ^ risquant de compromettre la stabilité des supports. 

Lorsqu'on craint pour la solidité du pont, on peut armer les 
pièces de rive, comme on le ferait pour une poutre ordinaire ; il nous 
suffira d'indiquer les croquis : fig. 6, a, a' contre-fiches reposant sur 
les patins /), soutenant la poutrelle P parles traverses n et n' et, au 
besoin, par un lien c attaché en f/ ; l'angle a doit être d'au moins 30°; 



1. La vitesse des courants se mesure au flotteur : 

Faible courant de O"" 50 à 0" 80 par seconde 

Courant ordinaire . 80 à 1 . 50 — 

Courant rapide 1 . 50 à 2 . 00 — 

Courant très rapide 2 . 00 à 3 . 00 — 

Courant torrentiel, plus de. 3.00 — 



14 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



les poutrelles peuvent être 

en trois parties reposant sur 

les culées et sur n et n' ; — 

W///W tlans certains cas le point (/ 

'f/(f///J/Â neut être placé au-dessous 



iblier P, comme on 
doubler les contre- 
les. — Fig. 7, a sous- 
long-eron, 7j, h' traverses, c 
contre-iîches qu'on peut con- 
solider par des moises m. — Fig. 8, poutre armée en dessus par 
deux arbalétriers a a! reliés à la pièce P par des aiguilles ou moises 
n, n', n" . — Fig. 9, deux contre-fiches a, a' arc-boutées avec les 




Fia:. 6. — Poiil à contre-fiches. 



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7K) 



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'V>v/,///X 



Fig. ". — Pont sur soiis-lon^crons 
et contre-fiches. 



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Fig. 8. — Pont sur fermes à aiguilles. 



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"cC 



m, 



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^ 



b 



'f!',. 



'M 



///// 



Fig. 9. — Pont sur contre-fiches arc-boutées. 



Fig. 10. — Pont sur contre-fiches arc-boutées. 



traverses 7j, h' supportant les poutrelles P. — Fig. 10, analogue, 
les trois pièces a, h et c sont arc-boutées avec les traverses tnm t' \ 
les poutrelles P reposent sur n et sur m. 

Les ponts portatifs du système Eiffel (1888-1889) sont formés 
d'éléments triangulaires A (fig. 11) en cornières d'acier, qu'on relie 
entre eux par les côtés a et a' et par />; les dimensions principales 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



15 



des éléments ^ sont indiquées dans la fîg. 11 ; ils sont placés alter- 
nativement les ailes des cornières en dehors et en dedans dn pont; 
l'élément de tête est représenté en r; le montag-e terminé a l'aspect 




M/, 



Fig. 11. — Pont système Eifl'el. 



B ; on peut s'inspirer de ce dispositif en constituant les éléments A 
à l'aide de planches, du en faisant des poutres dites en treillis : les 
deux poutrelles a b ou a' h' (fig-. 12) sont reliées entre elles par des 




Fig. 12. — Poutrelles en treillis. 

montants m, m' et par des diagonales c en croix de Saint-André ou 
par des écharpes e ; le tablier ^peut se poser soit sur la poutrelle h, 
soit en t' sur des traverses reposant sur la semelle inférieure a' . 

Enfin on peut armer les poutrelles par des tirants inférieurs con- 
stitués par des cordages ou des lianes entrelacées a (fig-. 13) atta- 



1. Ces éléments A pèsent 1 io kilogs environ. 



16 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



chées à des traverses h solidement reliées aux extrémités des pou- 
trelles P ; les tirants reçoivent une ou deux traverses c soutenant 
. _ , par des pièces obliques n la 

^ . - traverse d. Beaucoup d'in- 

digènes établissent de véri- 
tables passerelles suspen- 
dues très bien combinées eu 
égard aux matériaux dispo- 
nibles et au service à rendre. 
Chaque fois que cela sera 
possible, il y a lieu de don- 
ner la préférence aux sup- 
ports placés dans . le lit du 
cours d'eau. 

Quand la vitesse de l'eau 
W///// ii(^ dépasse pas 1'" TJO par 



'//^/M. seconde, on peut supporter 
^//fm. le pont P (fig. 14) tous les 
3 ou 4 mètres par des che- 
valets a a', dont on voit 
une vue perspective en A 
(fig. lo) ; on distingue 
le chapeau />, les pieds 
c, les traverses (/, les 
écharpes e et les coussi- 
nets f\ lécartement n 
= 0,5 h; Técartement 
m = </ -}- 0,2 /i; la 
largeur du tablier = g. 
La hauteur h est déter- 
minée par des sondages 
préalables, (3 mètres au 
-t plus), mais on s'arrange 
à ce qu'au moment de 
la construction le pont 
soit suivant P' (fig. 14) 
présentant une flèche de 
1/20 de sa longueur, afin de tenir compte des tassements ulté- 
rieurs. Les chevalets se font en rondins et le Génie militaire admet, 




Pont sur chev'alets. 




Chevalet. 



PONTS, RADEAUX ET BACS 17 

pour des écartements de 4 mètres entre 2 chevalats a a' (fig. 14), 
les diamètres suivants pour des pièces assemblées dont le chapeau 
j&(fîg. 15) a de 4 à 5 mètres de longueur : 

Chapeau 0-28 à 0'"30 

Pieds 0™16 à 0'M9 

Traverses et écharpes 0"^08 à 0"M0 

Coussinets 0™16 à 0'M9 



Dans la figure 15, les pièces sont reliées entre elles par des liga- 
tures, mais, pour des ouvrages durables, on peut concevoir des 
assemblages par boulons, tirefonds ou 
chevilles. 

Le chapeau j6 (fig. 16) peut être réglé 
à la hauteur voulue à l'aide de cales i 
interposées entre les pieds c qu'on peut 
prolonger en c' pour recevoir la main 
courante J du garde-fou. Les poutrelles 
P reposent sur le chapeau b et sont main- 
tenues par des liens ou à l'aide de deux 
taquets k cloués sur les pièces à réunir. 

Les étais, qui peuvent remplacer les 
chevalets précédents, consistent en pieux 
ou perches a a '(fig. 17) reliées en c/ et par pj ^q 
les traverses h et c ; la pièce c supporte 




Support de garde-fou. 




Fig. 17. — Etais. 



BiiUeLiii du ■ urdin colonial. 



18 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



la traverse / qui reçoit les poutrelles P du pont ; le contrevente- 

ment se fait à l'aide de pièces obliques /'. 

Pour la construction, on peut lancer les chevaletsA' (fig. 18) en 

les suspendant à la 
traverse t d'un châs- 
sis, formé de deux 
cadres, a a' , h h' con- 
solidés par des cor- 
dasres e e' et des croix 



de Saint- André s; 
l'ensemble peut tour- 
ner autour d'un ron- 
din c, dans le plan 
vertical ' ; on retient 
le châssis par des 
cordes d d' dont une 
[cl') est enroulée au- 
tour d'un arbre ou 
d'un pieu et retenue 
par des hommes; les 
^ chevalets A, A' peu- 
■/^/ vent être légers et ne 
servir que de passe- 

- Construction d'un pont de chevalets relie nrovisoire DOUr 

par la méthode des cadres. t i 

faciliter l'exécution 

du pont définitif, ou, si l'on a bien ses dimensions et la main-d'œuvre 
voulue, on lance ainsi, par cette méthode dite des cadres, les sup- 
ports définitifs établis suivant le profil entravers du cours d'eau. — 

^ Dès qu'un chevalet A' est 

placé, on lance des poutrelles 
et on avance le svstème afin 
que c soit au-dessus de A' 
pour lancer le chevalet sui- 
vant, et ainsi de suite. 
On peut employer, comme 

' tionnees de diverses laçons : 

Fi^, 19. — Pile en rondins. 




Fi g. 18. 




%. 



19, entre 3 rangées de 



1. C'est la mélhode dite des cidres imaj^inée par le capitaine Cavarrot et perfection- 
née par le cai^itaine Binet. 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



19 



pieux a, i>, c, on place des bois t (traverses plus longues que la 
largeur du tablier P) entre lesquelles on dispose des cales d. — 
Fig. 20, des gabions G, remplis de 
pierres ou de gravier, consolidés par les 
piquets a et supportant les poutrelles 
P; pour les passerelles légères, les ga- 
bions peuvent rester vides sans gêner 
l'écoulement des eaux. 

11 est bon de protéger contre les corps 
flottants, les piles, chevalets, et étais n 
(fig. 21), en enfonçant du côté amont a 
des pieux b h' disposés en avant-becs mais indépendants des sup- 
ports n du pont P. 

On pourra quelquefois établir des enrochements a (fig. 22) main- 
tenus par des caissons formés de clayonnages h et de pilots reliés 




'.''Mi. 
'/////■ 



Fig. 20. 



Pile en gabions. 



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7L 



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I 
--t-rh -" 

Fig. 21. — -Pieux de protection des piles (plan). 





Fig. 22. — Pile en enrochement. 



Fig. 23. 



Pilot 



par traverses t ; on peut également employer de grands gabions dis- 
posés verticalement (cas d'un faible courant; 1™ 50 de profondeur 
au maximum). 

Nous n'insisterons pas sur les piles en maçonnerie de pierres ou de 
briques cuites, mais nous dirons un mot des pilots à vis employés 



20 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



par le Génie et qu'il sera quelquefois possible de fabriquer en décou- 
pant une feuille de tôle d'après le tracé Aa de lalig'ure23 : on obtient 
ainsi une spire A' qu'on cloue au pilot par les pattes a! ; la pointe 
conique est garnie d'une feuille de tôle t ; ce pilot est enfoncé par 
un mouvement de rotation /", dans le plan horizontal, donné à l'aide 
d'une broche ou d'un levier ; pour un pilot de 0™ 20 de diamètre, le 
cercle A a 0™ 50 de diamètre ; l'épaisseur de la tôle est d'au moins 
2 à 3 millimètres. 

Avec les pilots à vis on constitue des palées comme s'il s'ao^is- 
sait de pilots ordinaires enfoncés par chocs ; au sujet de ces derniers 




Fig. 2 i. — Pilot. 



Fig. 25. — Palée de pilots. 



nous citerons la méthode employée par le Génie, sur l'Isère en un 
point où le courant a une vitesse de 1"'60 par seconde, avec 
une hauteur d'eau maximum de 2™ 50 (le pont, de 93 mètres de 
long-ueur, a très bien résisté pendant 2 mois à deux crues subites, 
lune de i mètre en 12 heures, l'autre de 1"' 20 en 24 heures; on 
avait seulement enlevé les poutrelles et le tablier du pont que 
l'eau menaçait d'atteindre). 

Les pilots A (fig. 24) ont 0™ 12 à 0™ 18 de gros diamètre ; leur 
longueur totale ne doit pas dépasser 3™ 50 à 3'" 80 ; la pointe a 
occupe de 0"'05 à 0™20 suivant la nature du fond, et la tète /), 
chanfrénée, reçoit une frette en fils de fer évitant le pilot d'éclater 
sous les coups de masse ; au-dessus du niveau x du fond du cours 
d'eau (marqué d'avance sur la pièce, d'après un sondage préalable), 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



21 



le pilot a une longueur qui dépend de la hauteur d'eau mais qui ne 
dépasse pas 2"^ 30 ; la longueur de fiche x a est au maximum de 
1"' 20 à l'"50. 

Dans les fonds de gravier de l'Isère (fonds qui indiquent un courant 
rapide et des crues subites) il a suffi de donner 1'" 20 de fiche à ces 
pilots ; pour les fonds vaseux (cours d'eau à faible vitesse et à 
crues lentes) on donne une fiche suffisante pour que le pilot ne 
s'enfonce pas sous la charge maximum qu'il doit supporter et qu'on 
détermine expérimentalement d'après certaines règles ^. 

Avec les pilots précédents on construit des palées espacées dé 
4 mètres ; chaque palée comprend 4 pilots verticaux a a' (fig. 25) et 
deux pilots inclinés h formant contre-fiches; le chapeau c est formé 
de deux pièces moisées qui supportent les poutrelles et le tablier t 
indiqué en pointillé ; des écharpes d en croix de Saint-André conso- 
lident la palée dans le plan transversal ; mais comme ces écharpes 




Fig. 26. — Élévation et plan d'une passerelle volante. 

arrêtent les corps flottants, il ne faut les placer que si cela est 
indispensable. 

Pour construire une palée on se sert d'une passerelle volante a b 
(fig. 26), sorte d'échelle de 8 mètres de longueur et de 1™20 de largeur, 

1. La règle du capitaine de Génie Gengembre, vérifiée à l'École d'Arras, est la plus 
recommandable ; elle est donnée par : 

Re = 0,625 Ph ^-^, 

R charge maximum (enkilogr.) qui doit supporter un pilot, 

e enfoncement en mètre) du pilot produit par les 10 derniers coups. 

P poids du mouton (en kilogr.), 

P' poids du pilot (en kilogr.), 

h hauteur de chute du mouton (en mètres). 



22 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



formée de 3 perches de 0"" 13 à 0'" 15 de diamètre moyen, reliées 
par des bouts de planches ; la passerelle est lancée de la rive ou 
d une palée n et est soutenue par deux g-alTes d auxquels on l'amarre ; 
en a on met une charge, qui peut être constituée par 6 à 8 
hommes ; c'est en m que se placent les 2 hommes, dont l'un main- 
tient le pilot p vertical pendant que l'autre frappe à coups de masse 
(au début du travail, la tête du pilot ne doit pas se trouver à plus 
de l'"70 au-dessus du plancher m, sinon la manœuvre est trop 
difficile. Après avoir enfoncé les 2 pilots d'axe [a' fig. 25) on les 
relie temporairement par deux bois horizontaux, fixés par des 
brélag-es, et constituant un faux chapeau c permettant de retirer la 
passerelle ; entre n et c on jette alors des poutrelles et un tablier 
provisoires pour procéder à l'enfoncement des pilots a et />, de la 
iig-. 25, et achever la construction de la palée. 

Les ponts flottants (sur tonneaux, radeaux ou sur bateaux) ne 
peuvent être destinés qu'à un usage temporaire ; ils demandent des 
soins de réglage suivant les variations du niveau de l'eau ; il vaut 
souvent mieux les remplacer par des radeaux ou des bacs. 



2° Radeaux et bacs. 

Les radeaux sont formés par la réunion d'un certain nombre de 
pièces de bois; la charge que peut supporter un radeau est égale à 
la différence entre le poids de l'eau qu'il déplace (volume du bois) 

et son propre poids ; on est 





^ souvent conduit à disposer 
ce plusieurs couches superpo- 
sées de bois a, />, c (fig. 27) 
qu'on lie solidement entre 
elles ; les bouts des pièces 
sont coupés en sifflet, le bec 
posé en dessus et en plan ; 
on dispose les bois en 
retraite, à droite et à gauche 

de l'axe, afm de former un becn; les couches intermédiaires h sont 

souvent formées de branchages. 

On peut confectionner des radeaux avec des outres gonflées d'air, 

ou des tonneaux ; comme exemple nous donnons la figure 28 : les 

tonneaux / supportent les longrines aa' sur lesquelles on fixe les 

traverses hh' qui peuvent recevoir un plancher. 



Fij;'. 27. — Élévation et plan d'un radeau. 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



23 



Les bateaux sont constitués par des courbes formées chacune de 
pièces a (fîg. 29) reliées à des montants a' ; ces courbes sont espa- 
cées (e) de 0™ 40 à 0'" 30 et les mon- 
tants sont reliés intérieurement par 
les tringles h b' d ; extérieurement 
on cloue le bordage de planches c 
dont on calfate les joints avec de la 




w- 




Fig-. 28. 



— Plan et élévation d'un radeau 
de quatre tonneaux. 



Fig. 29. 



Coupe transversale 
et plan partiel d'un bateau. 




>f«- 



..--- — "' ' 


\ 


> 

1 


1 




. " 


1 



Fig. 30. — Élévation et plan d'un bateau. 



filasse ou des fibres diverses; enfin on passe, si possible, un enduit 
hydrofuge (poix, résine, goudron végétal). 

Les bateaux da Génie, dont les dimensions principales sont 



24 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



indiquées par la figure 30, pèsent 300 kilogr. et peuvent supporter 
une charge de 3.000 kilogr. 

Les nacelles des indigènes peuvent être utilisées en en réunissant 
plusieurs a a' (fig. 31) par un plancher P solidement fixé ; on peut 
ainsi relier jusqu'à six petites nacelles n (fig. 32) sous un plancher 
P permettant ainsi de supporter les charges voulues. 




>R. 



Fig. 31. — Nacelles supportant 
un plancher. 




Fig. 32. — Plancher supporté 
par six nacelles. 



Hf-, 



i 



m 



y 



y 



Fig. 33. — Bac. 




Fig. 34. — Bac oblique. 



Quand le cours d'eau a un faible courant, on peut employer le hac 
B (fig. 33 I qu'on fait passer d'une rive à l'autre en le halant sur un 
câble c tendu en travers de la rivière ; le câble passe entre des che- 
villes /, formant fourches, fixées au bordage du côté amont. 

S'il y a un peu de courant, on utilise ce dernier pour faciliter le 
déplacement du bac dont on place Taxe x (fig. 34) incliné d'un 
angle a de 45 à o5*> avec la direction /'du courant; dans la figure 34 



PONTS, RADEAUX ET BACS 



25 



le bac est supposé se déplacer dans le sens a ; pour faciliter la 
manœuvre, le câble c passe entre 2 chevilles d cl' sur le bordage 
amont et contre la cheville e sur le bordag-e aval ; la cheville e' 
servant à appuyer le câble lors du retour du bac, en sens inverse 

de a. 

Sur les rivières n'ayant pas plus de 110 à 120 mètres de largeur 
et un courant d'un mètre par seconde, on emploie la traille (on en 




Fig. 35. — Traille. 




Fig. 36. — Poulie de traille. 




Fig. 37. — Élévation d'un 
embarcadère fixe. 




Fig. 38. — Élévation et plan d'un 
embarcadère flottant. 



trouve de nombreux exemples sur le Rhône) : on tend à l'amont, et 
au-dessus du cours d'eau, un câble a b (fig. 3o) sur lequel roule un 
galet m (dit moufle de traille) ; le bac B est relié au moufle m par 
deux cordes c et c/ qu'on allonge ou raccourcit pour donner au bac 
l'inclinaison voulue (voir fig. 34) relativement à la direction f du 
courant. 



26 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Le moufle de traille peut être constitué simplement par une pou- 
lie à gorge A (fîg-. 36) roulant sur le câble a ; la fourche /", garnie 
de cales n pour éviter la prise du câble a entre elle et la poulie A, 
reçoit les cordes c et c?, et le poids p tend à ramener la poulie A 
dans le plan vertical. 

Pour ces transports par eau, Tabordage peut se faire sur des , 
embarcadères fixes A (fîg. 37) supportés par des chevalets et protêt 
gés par des pieux b indépendants qui servent à l'amarrage du 
bateau, ou sur des embarcadères flottants f (bateaux ou radeaux) 
(fig. 38), svipportant la passerelle B et protégés par les pieux 
d'amarrage b ; l'écartement de l'embarcadère /" à la rive est assuré 
par les perches n attachées aux piquets n' ; des câbles c c' conso- 
lident l'installation. 

Max RlNGELMANN, 

Professeur ù Vlnstitul agronomique 

et à l'École supérieure d'Agriculture coloniale, 

Directeur de la Station d'Essais de Machines. 



CULTURE DU COTONNIER 

A LA STATION EXPÉRlMEiNTALE DE MAROVOAY, PRÈS DE MAJUNGA 

Essais 1904-1905. 



En mars 1904, lors de la création de la Station d'essais, il exis- 
tait dans la province de Majung-a deux ou trois plantations de 
cotonniers, et çà et là, aux abords des villages, un certain nombre 
de pieds, vestiges d'anciennes cultures. 

Notre premier soin en arrivant fut d'observer soigneusement la 
végétation de ces divers sujets, afin d'en retirer le plus possible de 
données utiles à l'établissement de nos premiers essais. 

Ces données, il est vrai, ne pouvaient être précises, les éléments 
du début faisaient défaut et nous n'obtenions, des indigènes, que de 
très vagues renseignements. 

Nous parvenions cependant, vers la fin de l'année, à dégager 
quelques faits très caractéristiques qui, pensons-nous, méritent 
d'être exposés tout d'abord. 

Au commencement de juin, les cotonniers indigènes (désignons- 
les ainsi bien qu'ils paraissent relever de types déjà décrits) 
s'étaient chargés de capsules mûres ; certaines espèces cultivées en 
avaient fait autant. 

Nous enregistrions donc, à cette date, l'époque de la récolte. 

Un examen plus attentif des capsules nous laissa, cependant, 
quelques doutes. Les unes, de faibles dimensions, plus ou moins 
mal formées, donnaient une assez forte proportion de coton taché, 
les autres étaient tombées avant de s'ouvrir ; enfin, de nombreuses 
fleurs avortées et de très jeunes capsules jonchaient le sol. 

Les plants eux-mêmes présentaient un aspect peu vigoureux, 
leurs feuilles avaient revêtu une teinte bronzée particulière, annon- 



28 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

(.-ant une chute prochaine, certaines étaient sèches ; en somme, tout 
faisait pressentir, chez eux, la fin de la végétation. 

Il n'en était rien d'ailleurs : deux mois après, les mêmes plantes 
avaient repris un feuillage nouveau, déjeunes capsules se formaient 
en assez grand nombre, arrivant presque toutes ensemble à maturité 
dans le courant de septembre. 

La production du coton dépassa de beaucoup, en qualité et en 
quantité, celle précédemment obtenue. 

Il y a lieu ici d'ouvrir une parenthèse, afin de noter une obser- 
vation de grande importance, que nous devons à la culture de 
M. Billaud, à Marohogo. 

Se conformant aux indications fournies par les ouvrages qui traitent 
de la culture du coton en Egypte, M. Billaud n'avait pas hésité 
k monter une importante installation d'eau lui permettant d'irriguer 
ses cotonniers en saison sèche ; aussi vers la fin de mai, lors de notre 
passage, commençait-il les arrosages. 

Les plantations occupaient un vaste plateau de nature assez aride ; 
elles se trouvaient, d'autre part, à la période ingrate dont nous 
avons parlé plus haut, il n'était donc pas téméraire de bien augurer 
des effets de l'irrigation. Cependant, l'expérience vint bientôt mon- 
trer que ce qui était bon en Egypte pouvait être au moins inutile 
dans la rég^ion de Marovoav. 

Les champs irrigués n'avaient pas montré une végétation supé- 
rieure à celle d'autres champs non irrigués placés à côté et l'on cessa 
les irrigations. 

Ces champs arrosés donnèrent une récolte, moindre que celle des 
autres parcelles, d'un coton taché par les insectes qui s'y étaient 
multipliés en grand nombre. 

Ce fait, tout en méritant d'être confirmé par des essais pendant 
plusieurs années, démontrait assez bien la résistance toute particu- 
lière, ici, du cotonnier à la sécheresse. 

Et continuant l'exposé de nos observations, disons qu'au voisi- 
nage de la Station à Antanimanimanitra, chez M. Germain, existait 
une autre plantation d'un hectare environ, située au milieu des 
Satrana (Lataniers). 

Le Sea Island et une autre variété dont nous n'avons pu obtenir 
le nom (sans doute le Pérou dur) avaient été plantées l'une à côté 
de l autre. 

La façon dont ces deux espèces se comportèrent attira, d'une façon 
particulière, notre attention. 



Culture Dti cotonnier 29 

Le Sea Island avait végété suivant le mode décrit plus haut, don- 
nant deux récoltes très médiocres sans s'être bien développé. 

L'autre avait poussé avec vigueur, ne fructifiant pas en mai, sans 
subir d'arrêt de végétation à cette date, avait produit fin septembre 
une grande quantité de coton d'excellente qualité : on doit donc en 
conclure que l'époque de maturation normale est le mois de sep- 
tembre. 

Notre dernière remarque porte sur l'examen des terrains, elle ne 
pouvait être importante, vu la faible quantité des surfaces mises 
en cultures ; nous observions cependant qu'en terres sableuses, 
acides ou trop humides, le cotonnier, pas plus, du reste, que bon 
nombre d'autres plantes connues de la région, ne prenait de déve- 
loppement ; il demeurait chétif et portait une ou deux capsules au 
plus. 

En toutes sortes de sols, les sujets indigènes atteignaient de fortes 
dimensions; mais il fallait tenir compte de leur âge; il est certain 
que plusieurs années avaient dû leur être nécessaires pour arriver à 
cette taille. 

Ces diverses observations, par ce qu'elles nous révélaient d'inat- 
tendu, nous servirent singulièrement à élaborer notre plan d'essais 
de 1903. 

Voici les points principaux sur lesquels devaient porter nos 

essais : 

1° Choix des variétés les mieux adaptées à la région. — Nous 
avons vu plus haut que deux variétés semées dans le même champ 
avaient végété d'une façon différente et donné des résultats égale- 
ment variables. 

2" Détermination de l'époque des semis. — Les saisons régu- 
lières et parfaitement tranchées que nous avons ici donnent une 
importance toute spéciale à la recherche de ce renseignement. 

Les indigènes, d'ailleurs, en connaissent toute la valeur pour leurs 
cultures et tentent rarement un semis s'il ne peut être exécuté à une 
époque que l'expérience a montré propice. 

Enfin, les observations citées plus haut au sujet de la végétation 
du cotonnier nous ont montré ce dernier ouvrant ses capsules à deux 
dates précises et nous ne devons pas nous étonner si l'expérience 
vient démontrer, dans la suite, qu'à une de ces deux époques il 
convient de faire correspondre celle de nos semis. 



30 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

3" Choix des terrains. — Comme toutes les plantes dont on veut 
obtenir un rendement industriel, le cotonnier, sans être très exi- 
geant, demande au sol de remplir certaines conditions dont la déter- 
mination est d'un intérêt primordial. 

Nous devions donc, à ce sujet, obtenir la confirmation des don- 
nées déjà acquises par l'observation des cotonniers existant dans la 
région. 

Le champ d'expériences de la Station, constitué par cinq par- 
celles, de chacune un hectare, avait pour mission de répondre à ces 
questions. 

Chaque mois de la saison des pluies, nous devions semer un hec- 
tare ; ce semis devait comprendre un certain nombre de variétés. 
Bornons-nous à reproduire les fiches de renseignements àTaide des- 
quelles nous avons suivi ces essais ; nous tâcherons ensuite d'en 
tirer les conclusions les plus importantes. 

Essai n'' 1. 

Parcelle A, contenance: 1 hectare, solsilico-argileux magnésien, 
légèrement humifère, coloration peu foncée, sous-sol de même 
nature, plus clair, perméable. Etait recouvert de hautes herbes et, 
çàetlà, de petits champs de manioc et autres cultures indigènes : 
patates, arachides, etc. 

Pente légère au sud. 

Travaux et prix de revient : 

Le IH août 1904, défrichement, brûlage, réglage du sol, 30 journées 

d'hommes .... 30 fr. 

15 septembre, l^"" labour à la charrue 25 » 

Ce labour est suivi d'un roulage 1 5 » 

Le 15 octobre, 2" labour, plus profond en croisant 25 » 

Le 25 novembre, après la pluie, 3" labour dans lequel une 

grande quantité d'herbe est enfouie 25 » 

Le 14 décembre, billonnage à la charrue pour le semis. ... 15 » 

135 » 
Semis le 16 décembre ; les semences ont trempé 24 heures, 7 à 8 

graines par poquet, à 0"' 60 sur la ligne, au sommet des billons, ces 

derniers ayant 1"'20 d'écartement. 

8 journées à 1 franc et une de commandeur à 1 fr. 25, . 9.25 
Profondeur du semis, 3 à 4 centimètres, sol très meuble. 



CULTURE DU COTONNIER 

Régime des pluies qui ont suivi. 



31 



DATES 


QUANTITÉS TOMBÉES 


DATES 


QUANTITÉS TOMBÉES 




millimètres 




millimètres 


17 


0.0 


24 


0.0 


18 


1.3 


25 


1.0 


19 


4.13 


26 


5.9 


20 


0.0 


27 


0.0 


21 


2.8 


28 


0.0 


22 


6.6 


29 


33.2 


23 


0.4 


30 


30.0 






30 


0.3 



Le 24 décembre, levée générale très régulière, les pluies légères 
et peu continues de cette période ont été favorables à la bonne sor- 
tie des plants. Ceux-ci étaient déjà assez levés, le. 29 et le 30, pour 
n'avoir pas à souffrir de la violence des pluies de ces deux journées. 



VARIÉTÉS MISES EN EXPÉRIENCE 



Géorgie longue soie, de Vilmorin 

Sea Island — 

Louisiane — 

Choice Upland — 

Mit Affifi . . . . . — 

Abassi. . . .* — 

Yannovich — 

Peterkin de Fort-Dauphin — 



Turquestan de Fort-Dauphin . . . . 

G — 

N'' 1 de Fort-Dauphin. ... — . . 

Allen — — . , 

N«5 — — .. 

N° 7 — — . . 

Excelsior — .... — . . 

Griffin — .... — . . 

Russel — .... — . . 
Ozier Silk, association cotonnière. 

King Early — . . 

Russel big boll — . . 

Pérou dur — . . 

B — .. 

B. de Majunga — . . 

Soit pour le semis d'un hectare 



gr. 



Quantités semées. 

0,400 
0,400 
0,400 — 
0,400 — 
0,400 — 
0,400 — 
0,400 — 
0,800 — 

3,600 — 

0,250 — 
0,08 — 
0,120 — 
0,300 — 
0,040 — 
0,040 — 
1,600 — 
1,200 — 
0,600 — 
0,800 — 
0,800 — 
0,800 — 
0,800 — 
0,800 — 
0,120 - 



12,350 - 



32 



ÉTUDES ET ÏUÉMOIRES 



MOIS DE JANVIER 



RÉGIME DES PLUIES 











"^^'« 


DATES 


QUANTITÉS 


DATES 


QUANTITÉS 




millimètres 




millimètres 




1 


0.0 


23 


34.5 




2 


4.2 


24 


44.1 




3 


0.5 


25 


3.1 




du i au 14 


0.0 


26 et 27 


0.0 




1") 


5.2 


28 


1.5 




(lu IC) au 18 


0.0 


29 


10.8 




l(t 


75.8 


30 


51.9 




20 et 21 


0.0 


31 


25.8 




22 


16.4 









TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses 144,25 

Le 3 janvier, léger sarclage, 8 journées .... 8 
Le 16, les plants sont butés; 2 sont laissés 

par poquet : 16 journées à fr. 80 12,80 

163,05 

OBSERVATIONS 



Pendant la période sèche de la première partie du mois, les jeunes 
cotonniers ont beaueoup poussé, les variétés d'Egypte surtout, qui 
se montraient même sensiblement supérieures aux autres. 

A partir du 15, sous l'influence des pluies, le champ reprend son 
uniformité, toutes les variétés semblent d'égale vigueur; le 25, cha- 
cune d'elles nous montre les premières fleurs, surtout parmi les 
plants les moins développés. 

Seules cependant les variétés d'Egypte et le Pérou dur ne fleu- 
rissent pas. 

A la fin du mois les plants ont en moyenne 50 à 60 centimètres 
de hauteur, le feuillage est très vert. 



CULTURE DU COTONMEK 



33 



MOIS DE FEVRIER 



REGlJrE DES PLUIES 



DATES 


(jLiANTITÈS 


DATES 


QUANTITÉS 




millimètres 




millimètres 


1 


13 


lo 


9.1 


2 


1.7 


16 


1.8 


3 


4.9 


17 


21.9 


4 


1.0 


18 


1.2 


b 


0.8 


19 


2.3. 


6 


1.0 


20 


6.4 


7 


6.8 


21 


3.5 


8 


31.7 


22 


0.0 


f» 


17.6 


23 


0.0 


iO 


1.2 


24 


15.5 


H 


0.0 


2") 


0.6 


12 


19.8 


26 


0.0 


13 


2.8 


27 


0.3 


14 


0.3 


28 


8.2 



TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses à fin janvier 165,05 

Le 4 février, binag-e et éclaircissage ; on ne 
laisse qu'un plant par poquet : 16 journées 

(Therbe s'était très développée) 16 

Recherche des insectes, 4 janvier 4 

Le 25, binag-e et buttag-e léger : 14 journées.. 14 

199,03 

OBSERVATIONS 



Ici nos observations sont faites pour chaque variété, car celles- 
ci commencent à montrer des différences sensibles. 

1" Géorgie longue soie de Vilmorin. — Vigueur moyenne, hau- 
teur i mètre, sauf certains plants placés sur une tache sableuse 
pauvre, qui atteignent 50 centimètres au plus, diamètre des tig-es à 
la base 1 à 2 centimètres, branches latérales assez bien développées, 
aucune floraison, feuillage vert clair, peu d'insectes, pas de maladies. 

2° Sea Island de Vilmorin. — En tous points semblable au pré- 
cédent ; paraît plus vigoureux cependant. 

Bulletin du Jardin colonial. 3 



34 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

3° Louisane de Vilmorin. — Trapu, très ramifié, hauteur 60 à 
80 centimètres, feuillage vert foncé, nombreuses fleurs, quelques 
capsules déjà formées à la base de la plante, tronc fort de 2 à 2 cen- 
timètres 1/2 de diamètre ; les branches latérales se développent plus 
que celles du sommet. 

i" Choice Upland de Vilmorin. — Mêmes remarques, jjIus vig-ou- 
reux encore, capsules et fleurs en nombre moins grand, quelques 
feuilles attaquées par une sorte de brunissure. 

.*)" Mit Affifi de Vilmorin. — A beaucoup poussé en hauteur, 
tiges atteignent 1'" oO, le tronc a environ 2 centimètres à la base. 
Cette variété est attaquée par une maladie cryptogamique encore 
indéterminée dont nous avons envoyé des échantillons au Jardin 
colonial, elle se manifeste sur les tiges par des taches noires 
allongées, à bords rougeâtres, de plusieurs centimètres de longueur, 
provoquant des lésions à ce point profondes que le moindre coup 
de vent suffît pour les casser ou décoller les branches. Si la tache 
existe à leur point d'insertion au tronc, les feuilles se ponctuent de 
noir et tombent. 

Nous constatons au début du mois les premières traces de cette 
maladie. 

0" Abassi de Vilmorin. — Mêmes remarques, moins allongé, plus 
ramifié, semble mieux résister à la maladie que nous venons de 
décrire ; hauteur 1 mètre, diamètre du tronc à la base 1 à 2 centi- 
mètres, floraisons très rares, feuillage vert clair. 

7" Yannovich de Vilmorin. — Tiges très allongées, l»" 50 en 
moyenne, ramifications secondaires très attaquées par la maladie 
cryptogamique, les feuilles de la base également ; plusieurs tombent, 
aucune fleur. 

8" Peterkin (semences provenant de la Station d'essais de Fort- 
Dauphinj. — Pas trace de maladie, très ramifié, trapu, hauteur 
1 mètre, diamètre du tronc à la base 2 centimètres à 2 cent. 1/2, 
fleurs nombreuses, beau feuillage vert sombre; est donc tout diffé- 
rent des 3 précédentes vai'iétés. 

Turquestan (semences provenant de la Station d'essais de Fort- 
Dauphin). 

Mêmes remarques. 



CULTURE DU COTONNIER 3o 

G. de Fort-Dauphin. — • Caractères identiques à ceux décrits 
pour l'Abassi, moins vigoureux, fortement attaqué par la maladie 
cryptogamique. 

N° 1 de Fort-Dauphin. — Semblable au Peterkin, mais végéta- 
tion moins bonne. 

Allen de Fort-Dauphin. — Feuillage vert clair, très peu de fleurs, 
hauteur 80 centimètres, assez ramifié, tronc de 1 cent. 1/2 à la 
base ; est légèrement attaqué par la maladie cryptogamique. 

N° 5 de Fort-Dauphin. — Identique au n° 1 . 

N" 7 de Fort-Dauphin. — Idem. Plus chargé de fleurs. 

Excelsior de Fort-Dauphin. — De valeur égale au Turquestan 
régulier comme végétation ; peu de fleurs. 

Griffin de Fort-Dauphin. — Idem. Plus vigoureux encore. 

Russel Han kins. — Idem. 

Ozier Silk de l'association cotonnière. — Idem. Un peu inférieur 
comme vigueur; présente des irrégularités de végétation. 

Russel big boll Kings early. — Idem. 

Pérou dur de l'association cotonnière. — Plants allongés, 
presque pas ramifiés, feuilles grandes, vert foncé, aucune fleur ; 
très attaqué par la maladie cryptogamique. 

B. association cotonnière et B. Majunga. — Ressemble au n" 1 
de Fort-Dauphin. Vigueur moyenne, aucune maladie. 

En somme, les remarques importantes de ce mois portent sur les 
deux faits très caractéristiques suivants : 

1" Toutes les variétés fleurissent, sauf le Sea-Island, l'Abassi, le 
Mit-Affîfi, le Yannovich, Allen, Géorgie longue soie et Pérou dur; 

2° Le Pérou dur, l'Abassi, le Yannovich, le Mit-AfFifi; G. Fort- 
Dauphin, Allen sont les seules variétés attaquées par la maladie 
cryptogamique qui commence à revêtir une grand intensité. Ces 
plants paraissent jusqu'à présent suffisamment vigoureux pour lui 
résister. 



3G 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



MOIS DE MARS 



RÉGIME MÉTÉOROLOGIQUE 



DATES 


OIANTITÉS 


P.VTE ~ 


QLAXTITES 




millimôtres 




millimèlres 


1 


0.5 


17 


0.0 


-■) 


5.7 


18 


0.0 


:î 


19.2 


19 


0.0,.>>' 


+ 


0.0 


20 


0.0 


o 


1.7 


21 


0.0 





0.0 


22 


77.5 


; i 


2.3 


23 


0.0 


S 


28.0 


24 


0.0 


•1 


, 0.0 


25 


0.0 


n> 


0.0 


26 


8.3 


11 


0.0 


27 


96.3 


1-2 


48.0 


28 


15.7 


13 


1.7 


29 


22.4 


14 


0.0 


30 


0.0 


lo 


0.0 


31 


0.0 


1 '^ 

1 


0.0 







TRAVAUX ET PRIX DE REVIEXT 



Report des dépenses de février. . . 
Le 12 mars, sarclag-e : 2l) journées. 



199.03 

21) 

2 lit. 05 



OBSERVATIONS 

En général pendant ce mois les cotonniers ont montré une fort 
belle végétation. 

Les variétés dEgvpte et autres citées sont toujours très atteintes 
par la maladie cryptogamique mais reforment de nouvelles pousses 
à mesure que la maladie en détruit d'anciennes: quelcpies rares flo- 
raisons. 

Même observation cjue pour le Pérou dur. mais celui-ci ne donne 
aucune fleur. Toutes les autres variétés sont très belles, les florai- 
sons sont nombreuses ainsi que les fructifications qui apparaissent 
surtout à la base des plants. 

[A suivre.) Duchène, 

Directeur de la Station d'essais de Marovoay. 



LES MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES 
DANS LES PAYS CHAUDS 

{Suite K) 

Je terminerai cette étude sur les bouillies cupriques en parlant 
des bouillies sucrées, des bouillies au verdet, des bouillies au savon, 
de la bouillie à la colophane de Perraud et enfin de la bouillie au 
carbonate de soude et sulfate de cuivre ibouillie bourg-uignonnej. 

Bouillies sucrées. — La bouillie sucrée, à base de mélasse, 
peut être préparée soit par le procédé de Michel Perret, soit en addi- 
tionnant simplement la bouillie bordelaise de la quantité suffisante 
de mélasse, 1 "o seulement d'après Guillon et Gouirand. Néan- 
moins, la composition chimique de la bouillie obtenue peut 
varier sensiblement, suivant son mode de préparation, la quantité 
et la nature de la mélasse employée. Pour confectionner la bouillie 
sucrée d'après la formule de Michel Perret Communication à la 
Société nationale d'Agriculture. 2 mars 1892), on prend deux par- 
ties de chaux et deux parties de mélasse que l'on mêle en remuant 
dans quantité suffisante d'eau. 11 se forme alors des combinaisons 
de chaux avec les sucres de la mélasse, saccharose, glucose, lé^^llose. 
Dans deux parties de sulfate de cuivre dissous à part, on verse la 
mixture de mélasse et chaux, on ag-ite vivement, on complète la 
quantité de cent parties d'eau et la bouillie est faite. 

Par ce procédé, la décomposition du sulfate de cuivre par la 
chaux et les sucres de la mélasse ou leurs combinaisons amène, 
comme dans la bouillie bordelaise, la formation d'hydrate d oxyde 
de cuivre et de sulfate de chaux, dont une faible partie se trouve 
en dissolution ; mais, de plus, l'oxyde de cuivre insoluble entre en 
combinaison avec les sucres de la mélasse, et forme des sels, peu 
stables d'ailleurs, qui sont solubles et colorent eu bleu pâle le 

1. Voir Bulletin. n°= 21. 22. 23. 24. 25. 29. 30. 32 et 33. 



38 ÉTUDES KT MÉMOIRES 

liquide surnag-eaiit (juand on laisse reposer la bouillie. De même, 
le dépôt renferme des sucrâtes de chaux, composés insolubles des 
sucres de la mélasse avec la chaux. Comme il y a excès de chaux 
dans cette bouillie, la réaction en est le plus souvent alcaline. 

On obtient un résultat analogue en remplaçant la mélasse par 
une plus faible ((uantité de sucre ordinaire (saccharose) pur. Le sel 
dissous est alors un saccharate pur de cuivre. Il en est de même 
avec les glucoses, mais la quantité de sel de cuivre (glucosate) 
soluble est très faible et le liquide est à peine coloré. Les sucrâtes 
de cuivre dissous dans cette bouillie à la mélasse se décomposent 
assez vite : c'est là sans doute Torig-ine du dépôt noir brun d'oxyde 
de cuivre qui se produit dans la bouillie au bout de quelques jours. 

La bouillie sucrée obtenue par l'adjonction de mélasse à une 
bouillie bordelaise neutre ne renferme pas nécessairement un sel de 
cuivre en dissolution. On s'en rend compte en remplaçant la mélasse 
par une certaine ({uantité, environ la moitié par exemple, d'un des 
sucres qu'elle peut renfermer, saccharose, glucose, etc. Dans de 
telles conditions, si on filtre la bouillie, le liquide qui passe est par- 
faitement hyalin et ne renferme pas de sel de cuivre. Si l'on 
remplace les sucres purs par une quantité de un pour cent de mélasse 
un peu acide, le liquide filtrant est coloré en bleu par un sel de 
cuivre dissous dont la réaction est alcaline ; dès lors, la formation de ce 
sel de cuivre tient donc à la présence d'un acide organique complexe 
dans cette mélasse acide. Or, comme je viens de montrer que l'appa- 
rition d'un sucrate de cuivre exige la formation préalable du 
sucrate de chaux correspondant, comme ce dernier corps ne 
prend naissance que par l'emploi du procédé de Michel Perret, il 
s'ensuit que seule la formule en question permet d'obtenir avec 
certitude une bouillie possédant un peu de sel de cuivre soluble, 
immédiatement actif vis-à-vis des spores et d'ailleurs non corrosif. 

Quelle que soit d'ailleurs leur composition, les bouillies sucrées 
sont plus adhérentes que les bouillies bordelaises, et on devra pré- 
férer les formules qui donnent naissance à un produit cuprique 
soluble. 

Bouillies au verdet. — La combinaison de l'acide acétique avec 
l'oxyde de cuivre donne naissance à plusieurs acétates qui sont les 
verdefs : le verdet (jris, acétate bibasique de cuivre, et le verdet 
neutre^ acétate neutre de cuivre. 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 39 



Bencker a proposé dès 1886 d'utiliser surtout le verdet gris, 
amorphe, de couleur bleu grisâtre, qui se présente en grains plus 
ou moins agglomérés. En solution dans l'eau à 1,5 ou 2 °/o, il 
forme une bouillie légère, avec de légers flocons, qui n'encrasse 
pas les pulvérisateurs et renferme plus de cuivre que les bouillies 
bordelaise ou bourguignonne ordinaires. Cette bouillie est fortement 
adhérente. On fera bien de laisser macérer et gonfler deux ou 
trois jours d'avance la dose nécessaire de verdet gris dans 10 litres 
d'eau environ avant de parfaire définitivement la bouillie. 

Récemment E. Chuard et F. Porchet [Comptes rendus de l'Aca- 
de'mie des sciences, mai 1905) ont recommandé le verdet neutre de 
préférence. Il est facilement soluble dans l'eau; à la dose de 0,5 à 
1,5 °/o, il est d'un emploi fort commode, et, évaporé sur la feuille, 
il se transforme en acétate bibasique moins soluble et fort adhérent, 
à un degré en tous cas supérieur à celui des bouillies bordelaise 
et bourg-uis-nonne. Le seul inconvénient du verdet est de laisser 
peu de traces sur les feuilles traitées, ce qui est un empêchement 
grave pour le contrôle du travail de pulvérisation. Les auteurs ci-des- 
sus nommés proposent d'y remédier en incorporant au verdet une 
poudre inerte, talc ou kaolin. 



Bouillies au savon. — La première formule de bouillie au savon 
donnée par G. Lavergne, en 1897, est la suivante : 

Savon noir 1 .000 grammes. 

Sulfate de cuivre 500 grammes. 

Eau 100 litres. 



On dissout à part le savon, en le malaxant dans l'eau avec une 
spatule ou un instrument analogue ; après dissolution complète, 
on verse peu à peu l'eau savonneuse dans la solution de sulfate 
de cuivre, en agitant fortement, et enfin on ajoute la quantité 
d'eau nécessaire pour faire 100 litres. La bouillie est d'un beau vert. 
Gomme elle renferme souvent des grumeaux, elle demande plus 
que toute autre bouillie cuprique à être tamisée avant l'emploi. Elle 
a l'avantage d'adhérer fortement aux feuilles ; mais bien des expé- 
rimentateurs ont obtenu des mixtures presque inutilisables, à dépôt 
très granulé, fournissant, à leur surface, une mousse épaisse, con- 
sistante. Aussi, les pulvérisateurs s'encrassent-ils très rapidement 
et leur nettoyage est assez laborieux. 



40 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Depuis los premiers essais de Lavergne, on a aua^menté la quo- 
tité pour cent de sulfate de cuivre et on l'a amenée jusqu'à 2 % de 
sulfate de cuivre contre 3 % de savon. 

Les insuccès qui se produisent dans la fabrication des bouillies 
au savon, insuccès qu'il n'est pas toujours possible d'éviter, tiennent 
à des causes multiples, mais surtout à la nature très variable des 
savons et à la composition des eaux employées. 

Les savons pauvres en alcalins, ou du moins en carbonates alca- 
lins, fournissent particulièrement desprécipités compacts. L'eau très 
calcaire donne aussi naissance à des savons de chaux qui agissent 
dans le même sens. On a mis en vente, il est vrai, des savons spé- 
ciaux, en poudre; mais leur composition exacte n'est pas connue, 
et, en outre, on risquerait fort de n'en pas rencontrer partout. 

Dans les bouillies au savon, suivant les proportions relatives de 
sulfate de cuivre et de savon, le cuivre est précipité en quantité 
variable sous forme de sels insolubles. 

Avec les proportions de 2 ''/o de sulfate de cuivre et 3 °/o de 
savon noir, une certaine partie du sulfate de cuivre reste en disso- 
lution ; mais elle est accompagnée d'un autre sel cuprique soluble, 
dû à la présence d'acides organiques complexes se comportant au 
point de vue chimique de même que celui dont j'ai parlé pour 
la bouillie à la mélasse. Une analyse de cette bouillie que 
M. A. Vivier, directeur de la Station agronomique de Melun, a bien 
voulu faire sur ma demande lui a en elï'et prouvé : 1° que la partie 
licjuide de la bouillie contient très approximativement les deux 
tiers du cuivre total ; 2° que la quantité d'acide sulfurique qui se 
trouve dans le liquide filtré est insuffisante pour saturer tout l'oxyde 
de cuivre, d'autant qu'il y existe en même temps du sulfate de 
potasse : double raison pour que le cuivre en dissolution soit en 
grande partie à l'état organique. 

Le reste du cuivre est précipité en un dépôt vert, formé d'oléate, 
de margarate, de stéarate, etc., de cuivre, dépôt complètement inso- 
luble dans une eau tenant en dissolution de l'acide carbonique, 
soluble seulement dans l'eau chargée d'ammoniaque. L'eau pluviale 
ne remplit cette dernière condition que très irrégulièrement ; aussi, 
lorsque le cuivre soluble a disparu, entraîné rapidement par les 
pluies violentes, le dépôt restant sur la feuille ne diffère guère d'un 
vernis et risque fort d'être insuffisant. D'un autre côté, sur des 
organes jeunes, la quantité notable de sel de cuivre soluble con- 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 44 

tenue dans la bouillie peut être corrosive; aussi la dose de sulfate de 
cuivre doit-elle être nécessairement diminuée, et en même temps la 
dose de savon. 

En somme, malgré leur adhérence considérable, les bouillies au 
savon ne sauraient, à mon avis, être préférées aux bouillies sucrées. 

Bouillie à la colophane. — La bouillie à la colophane, de Per- 
raud [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 5 décembre 1898), 
est, d'après son auteur, bien plus adhérente que la bouillie borde- 
laise, et le cuivre qui persiste sur les feuilles est solubilisable assez 
facilement. Les réactions chimiques qui se produisent sont iden- 
tiques à celles de la bouillie bourg-ujgnonne et le liquide qui sur- 
nag'C reste incolore. 

La colophane ne se mélangeant pas à l'eau, J. Perraud la solubi- 
lise en la transformant en une espèce de savon résineux. A cet 
effet, dans une solution bouillante de carbonate de soude à 25 °/o, 
il projette de la colophane pulvérisée à la dose de 25 °/o, en agi- 
tant fortement. Le produit refroidi se conserve pendant quelque 
temps ; par suite, il n'est pas besoin de dissoudre à nouveau de la 
colophane chaque fois qu'on doit faire de la bouillie. 

La formule préconisée est la suivante : 

Eau 100 litres 

Sulfate de cuivre 2 kilos 

Colophane solubilisée 0,500 g-r. 

Carbonate de soude Quantité suffisante pour 

alcaliniser légèrement. 

La colophane préparée est versée dans une certaine quantité 
d'eau oi^i on a dissous le sulfate de cuivre. Au mélange bien brassé, 
on ajoute la solution de carbonate de soude suffisante pour alcali- 
niser légèrement, c'est-à-dire jusqu'à ce que le papier de tournesol 
rouge commence à bleuir ; enfin on termine en introduisant la 
quantité d'eau suffisante pour faire cent parties. 

Cette bouillie donnerait, d'après J. Perraud, d'excellents résul- 
tats. 

En employant pour dissoudre la colophane la potasse caustique 
sous forme de potasse d'Amérique, il en faut une quantité sensi- 
blement plus faible que de carbonate de soude ; on pourrait ensuite 



42 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

achever la neutralisation et produire une alcalinité légère à l'aide 
du carbonate de potasse. Si, comme il est probable, l'adhérence se 
maintient suffisante, la présence de cette quantité de potasse, très 
faible cependant, sera une condition avantageuse pour la plante. 

Bouillie houniuignonne. — Bien que la bouillie bourguignonne 
présente à cause de son insuffisante adhérence un caractère d'in- 
fériorité, elle se pulvérise facilement, par suite de son dépôt moins 
dense que la bouillie bordelaise ; elle est d'ailleurs en général 
suffisante quand les chutes de pluie ne sont pas excessives. 
D'un autre côté, comme elle est encore employée presque exclu- 
sivement dans certaines régions, je crois devoir donner ici sa 
composition. La première formule de cette bouillie a été fournie 
à peu près en même temps, en 1887, par Peyreboire, Masson 
et G. Patrigeon ; ce dernier auteur l'avait appelée bouillie herri- 
chonne. La bouillie bourguignonne est confectionnée avec une dose 
de \ kil. 500 à 2 kilos de sulfate de cuivre pour cent parties d'eau. 
On neutralise la solution avec une autre solution de carbonate de 
soude. L'opération se fait ici plus facilement et plus sûrement. 
Un poids de 425 grammes de carbonate de soude pur neutralise 
1 kilo de sulfate de cuivre pur. Le dépôt est constitué par un 
mélange d'hydrate et de carbonate de cuivre, d'aspect colloïdal. Le 
sulfate de soude qui se forme également reste dissous dans l'eau. 

Bien d autres formules de bouillies cupriques ont été préconi- 
sées, dont l'usage n'est pas passé dans la pratique, telles les bouil- 
lies au tannate de cuivre fjouéj, au naphtolate de cuivre (Mangin), 
etc. 

Poudres cupriques. — Les poudres cupriques furent utilisées 
presque en môme temps que les bouillies. On pensa que pour la 
vigne, il serait avantageux de mélanger soufre et sulfate de cuivre, 
de manière à combattre sur la vigne et par un seul traitement l'Oï- 
dium et le Mildiou. Les soufres sulfatés renferment en général 
I/IO de sulfate de cuivre que l'on déshydrate par la chaleur pour 
le pulvériser plus facilement. Le mélange est souvent corrosif pour 
les plantes. Aussi incorpore-t-on le sulfate de cuivre à d'autres 
substances inertes, talc (stéatite), plâtre, etc. 

Outre l'inconvénient de corroder assez souvent, les poudres 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 43 

cupriques sont peu adhérentes, et ne peuvent, à ce point de vue, 
remplacer les bouillies. On ne les emploie g"uère que comme trai- 
tements complémentaires sur les vég-étaux buissonneux, oii les bouil- 
lies se répartissent inégalement dans les parties couvertes. 

Je considère qu'il est plus rationnel d'utiliser dans les poudres 
cupriques, non le sulfate de cuivre qui en solution assez concen- 
trée dans les g-outtes de pluie ou de rosée peut altérer les feuilles, 
mais l'hydrate d'oxyde de cuivre précipité, lavé puis desséché. On 
complète ainsi très heureusement le traitement aux bouillies, tou- 
jours plus actif. 

Succédanés des composés cupriques. — Les produits les plus 
variés ont été proposés pour remplacer, dans le traitement des mala- 
dies crjqDtog'amiques des végétaux, les composés cupriques, dont 
le prix depuis un certain nombre d'années a subi une augmentation 
très notable. On a préconisé : les phénols et leurs composés, acide 
phénique, naphtolate de soude, lysol, le borax, l'hyposulfîte de 
soude, toutes substances au moins très insuffisantes ; des sels métal- 
liques divers de plomb, de zinc, de nickel, de cadmium et surtout 
de mercure. 

Les sels de plomb et de zinc ont, en effet, une action évidente, mais 
elle est inférieure à celle des sels de cuivre ; les sels de nickel et de 
cadmium, les sulfates surtout, ont, d'après J. Perraud, une action à 
peu près égale à celle du sulfate de cuivre. Quant aux sels de mer- 
cure, bichlorure, oxydes, etc., leur effet sur les germes des para- 
sites est très puissant, autant au moins que celui des sels de cuivre, 
et bon nombre d'auteurs, en cas d'invasion grave d'une maladie cryp- 
togamique, ont conseillé leur emploi, soit directement, soit comme 
addition aux bouillies cupriques, mais à dose sensiblement plus 
faible que les sels de cuivre, 1/1000 à 1/2000 de sublimé corrosif 
(bichlorure de mercure), par exemple. L'emploi de ces bouillies 
mercurielles qui eut une certaine vogue, il y a quelques années, 
semble heureusement maintenant à peu près complètement aban- 
donné. 

Les sels de mercure ont, en effet, sur la végétation une action 
dépressive marquée, dont les effets ont été très souvent constatés. De 
plus, leur emploi n'est pas sans présenter des dangers d'intoxication 
graves, pour les imprudents et les ignorants. Aussi je me dispen- 
serai de conseiller, autant que possible, leur usage en agriculture. 



44 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Action des sels cupriques sur les parasites. — Il faut se persua- 
der de ce fait que Yuction des sels cupric/ues sur les parasites des 
végétaux doit être considérée comme exclusivement préventive. Il 
ne saurait on être autrement. Dès qu'un organe de plante vivante 
est pénétré par l'appareil végétatif d'un champignon ou de quelque 
autre parasite, le sel cuprique ne saurait détruire le parasite, c'est- 
à-dire tuer son protoplasma, sans atteindre en même temps d'une 
façon grave le protoplasnia de la plante hospitalière dans l'organe 
envahi. Ce traitement caustique peut parfois trouver son applica- 
tion, nous l'avons dit plus haut, mais ce cas est exceptionnel. Si au 
contraire, l'organe de reproduction ou de multiplication du para- 
site, spore ou germe quelconque, est encore externe à la plante, le 
protoplasma de celle-ci, protégé pendant un certain temps au moins, 
par les défenses naturelles de la plante, cuticule ou périderme, ne 
peut suliir que plus tardivement le contact des sels de cuivre. 

Par contre, la spore ou un germe quelconque, souvent munis d'une 
membrane mince, sont sinon tués, du moins fréquemment placés dans 
l'impossibilité de se développer, ce qui pratiquement revient au 
même. On doit cependant reconnaître — et l'expérience l'a prouvé 
à de nombreux expérimentateurs — que la sensibilité que peuvent 
présenter vis-à-vis des sels de cuivre les divers organismes parasites 
est un phénomène fort variable. Ceux qui sont constitués par du 
protoplasma nu, c'est-à-dire dépourvu de memlirane, sont en géné- 
ral peu résistants. Il est possible aussi qu'il existe, pour des rai- 
sons que nous ignorons, des différences de sensibilité entre les divers 
protoplasmas. Quoi qu'il en soit, tandis qu'une dose de sulfate de 
cuivre inférieure à l/l.OllO.OOO en solution dans l'eau est suffisante 
pour arrêter l'évolution des zoospores du champignon du Mildiou 
de la vigne ou empêcher la végétation des Spirogyres, on voit au 
contraire les spores de nombre de champignons se développer dans 
des solutions du même corps à 1/20.000 et même quelquefois à 
1/40.000, plus rarement à des doses moindres. 

Aussi, comme nous ne possédons guère d'agent plus actif que le 
cuivre contre les maladies parasitaires, il s'en rencontre un certain 
nombre qu'il est presque impossible de combattre par le procédé 
que nous venons d'étudier. En tous cas, la première condition de 
réussite, c'est d'appliquer le traitement avant infection, c'est-à-dire 
avant que la pénétration du parasite ait été opérée dans les tissus 
de son hôte. Le traitement doit., par conséquent., être préventif. Et, 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 45 

bien qu'il est parfois délicat de saisir exactement le moment opportun, 
il faut avouer que lorsque la maladie prend une extension grave, le 
cultivateur peut, par nég-ligence ou ignorance, s'exposer à de graves 
mécomptes et subir de ce fait une perte considérable. 

Indépendamment de la présence d'une réserve suffisante de cuivre 
solubilisable et des qualités d'adhérence des bouillies cupriques 
appliquées à la vigne, Millardet et Gavon admettent aussi une réac- 
tion particulière de la plante traitée K Ils pensent que la cuticule 
peut s'imprégner d'une combinaison soluble de cuivre et contribuer 
dans une certaine mesure à empêcher la 23énétration de filaments de 
champignons qui auraient germé à la surface. Cette opinion n'est 
pas démontrée d'une façon suffisante. 

On a cherché à immuniser les plantes contre le parasitisme de 
certains champignons en introduisant dans le sol de culture une 
certaine quantité d'un sel de cuivre soluble et absorbable. Les 
résultats obtenus sont jusqu'ici médiocres : 

E. Laurent ~ a cultivé des pommes de terre en pots dans de la terre 
additionnée de 1/1000 en poids de sulfate de cuivre. Le développe- 
ment fut normal, et un tubercule ainsi obtenu infecté par le Phy- 
tophthora, avec une feuille atteinte appliquée sur la plaie, a été atta- 
qué, quoique moins fortement que le témoin. La conservation des 
tubercules traités de cette manière est mieux assurée (8 sur 10 
restent sains), tandis que sur le témoin 2 sur 10 seulement. 

E. Marchai 3 a cultivé de la laitue dans du liquide de Sachs addi- 
tionné de sulfate de cuivre. La végétation est normale tant que le 
cuivre ne dépasse pas la dose de 4 à 5/10000. L'immunité exige- 
gerait une dose de 7 à 10/10000. 

La question est posée, mais, en réalité, il ne jDaraît pas qu'elle 
puisse être résolue pour un bon nond)re de plantes. 

En somme, l'action bien évidente des sels de cuivre sur beaucoup 
d'organismes parasites n'a pas encore reçu, malgré les nombreux 



1. Millardet et Gayoïi, Recherche du enivre sur les ceps de vigne traités par le 
mélange de chaux et de sulfate de cuivre, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 
1885, t. CI, p. 9S5. — Des mêmes, Nouvelles recherches sur Vaclinn que les composés 
cuivreux exercent sur le développement du Peronospora de la vigne, Id., 1887. t. CIV, 
p. 242. 

2. E. Laurent, De Vaction interne du sulfate de cuivre dans la résistance de la pomme 
de terre au Phytophtora iufestans, Id., 1902, t. CXXV, séance du 8 décembre. 

3. E. Marchai, De Vimmunisation de la laitue contre le Meunier, Id., 1902, t. CXXV, 
séance du 8 décembre. 



46 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

travaux auxquels elle adonné lieu, une entière explication. On peut 
dire simplement qu'elle résulte d un eiïet toxique sur le protoplasma. 
Je ne parle que pour mémoire de Tidée émise par Aderhold ', que 
les bouillies cupriques en général doivent leurs propriétés comme 
fung-icides à l'action de la petite quantité de fer qu'elles renferment 
généralement ; aussi conseille-t-il d'ajouter à ces bouillies 50 à 
100 grammes de sulfate de fer par hectolitre. Cette opinion, qui ne 
semble pas démontrée, n'a guère rallié de partisans. En tous cas, la 
bouillie à base de sulfate de fer et chaux ne possède pas l'action 
antiparasitaire des bouillies cupriques. 

Action des sels de cuivre sur les plantes vivantes. — L'action 
destructive des sels de cuivre sur les organismes inférieurs, para- 
sites ou non, est souvent très évidente après l'application des bouil- 
lies ou autres substances cupriques utilisées dans la pratique agri- 
cole. Les plantes supérieures, au contraire, n'éprouvent générale- 
ment que des dommages insignifiants sur leurs organes foliacés, par 
le fait du traitement ; un grand nombre d'ailleurs y sont indifférentes, 
et chez quelques-unes même, leur apparence florissante en même 
temps que la meilleure qualité de leur produit montrent quelles en 
ont tiré un profit évident. Il faut reconnaître que suivant les plantes 
ces effets sont fort variés. Ainsi sur la vigne, de nombreux obser- 
vateurs, Millardet, P. Viala, Schachinger, Rumm, etc., ont cons- 
taté depuis longtemps que les ceps traités conservent plus tardive- 
ment leurs feuilles à l'automne, que celles-ci sont plus rigides, plus 
épaisses, plus robustes, et que les raisins sont plus sucrés et à matu- 
rité plus hâtive que sur les ceps non traités, et cela en l'absence 
pour les deux cas de maladie quelconque. Viala - a pu arroser pen- 
dant 3 mois avec une solution de sulfate de cuivre un pied de vigne 
cultivédans un pot renfermant 15 kilos de terre siliceuse. Il a fait 
ainsi circuler dans ce sol 200 grammes de sulfate de cuivre sans que 
la plante semblât en souffrir ; elle était même d'un vert plus foncé 
et .semblait plus vigoureuse que le témoin. Les horticulteurs mettent 
parfois à profit cette propriété de sels de cuivre, pour obtenir des 
plantes plus vertes. Palmiers, Dracœna : ils les pulvérisent à la 
bouillie bordelaise. 

1. Aderhold, Uniersuchiimien iiher dns Kinsieuern von fruchien und Gemûsen, 
in CentralhlaK fur Haklcriolojrie, II" partie, t. V, 1899, p. 511. 

2. P. Viala. De l'aclion de certaines subsiances toxiques sur h Vigne, Revue de 
Viticulture, I. 1S91. p. 01. 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 47 

Sur la pomme de terre, au contraire, des recherches précises ont 
montré que lorsque la maladie du Phytophthora ne venait pas 
influencer la nutrition des plantes, les pieds traités présentaient 
parfois une infériorité, non très marquée mais évidente, comparati- 
vement aux pieds non traités (Aimé Girard, Sorauer, Andréa, Sut- 
tons et Sons, Tattka, Paulsen, Liepcher, F. Parisot, etc.). 

Cette action physiologique des composés cupriques sur les plantes 
supérieures a servi de texte à une quantité considérable de travaux 
qu'il m'est impossible de citer ici ^ Les auteurs dont les noms 
suivent sont, par ordre de date, ceux dont les mémoires ont une 
certaine importance : Millardet et Gayon, Gallovvay, Schachinger, 
Aimé Girard, P. Viala, Millier -Thurgau, Rumm, Haselhof, 
Sorauer, Aderhold, G. von Nœgeli, Garl Pulst, Liebscher, Frank et 
Krliger, Tschirch, Berlèse et Sosteg-ni, L. Mangin, A. Zucker, 
Barth, H. Coupin, Swingler, Otto, F. von Tubeuf, Hollrung, 
Wiesner, Miani, Windisch, Clark, Kohi, Bain, L. Bayer, Hattori, 
R. Schander, F. Parisot ^. 

Recherchons maintenant quelle est la cause physiologique de 
l'action des sels de cuivre sur les plantes supérieures. 

L'action favorable que les solutions cupriques exercent sur cer- 
taines plantes résulte évidemment de ce fait que le pouvoir d'assi- 
milation de la feuille est augmenté (Frank, Krïiger, Aderhold, 
Zucker). Les résultats ont été démontrés par la méthode de Sachs, 
décoloration de la feuille dans lalcool, traitement par l'eau iodée 
qui colore l'amidon. L'importance de la transpiration est modifiée 
soit en plus, soit en moins (Rumm, Mûller-Thurgau, Bayer). 
Schander [ouvrage cité) a vu la transpiration diminuer sur les hari- 
cots. L'emploi du papier de cobalt lui ayant fourni des résultats dis- 
cordants, il employa la méthode des pesées. Rumm a attribué l'ac- 
tion parfois favorable que les solutions de sels produisent sur l'as- 
similation à des effets électriques prenant naissance par le fait de 

1. Pour les indications bibliographiques des travaux se rapportant à la question et 
non cités, voir les mémoires suivants, où se trouvent notées les unes ou les autres de 
ces indications : Tschirch, Das Kiipfer, Stuttgart, 1893. — L. Manj,'in, La végétation de 
la vigne et les pulvérisations aux sels de cuivre, Revue de Viticulture, t. II, p. 29, 
189 i. — Samuel Bain, The action ofcopper on leaves, in Agricultural experiment Sta- 
tion of the University of Tennessee, vol. XV, n" 2, 1902. — Richard Schander, Ueher 
die physiologische Wirhung der Kupfervitriolkalkhrûhe, in Landwirthschaftliche 
Jahrbûcher, t. XXIII, 1904, heft 4-5. 

2. F. Parisot, Traitements anticryptogamiques sur Pomme déterre, Journal d'Agri- 
culture pratique, 25 août 1904, pp. 334-335. 



48 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

la pulvérisation. Cette opinion est acceptée par Frank et Kriiger, 
par Zûcker. Schander la repousse. Il ne s'explique pas pourquoi ces 
effets ne se produisent pas toujours, par exemple, dans les cas où 
le sel de cuivre nuit à la plante traitée, et il propose une autre 
explication. Ce n'est pas, comme l'ont pensé ces auteurs, une 
action chimique ou l'ellet électro-chimique de la pulvérisation qui 
peut amener une assimilation plus marquée, mais bien l'influence 
de l'épaisseur de la couche de bouillie qui modifie l'action solaire 
dans un sens ou dans l'autre. Schander a pu, en efî'et, remplacer 
l'action de la bouillie par celle d'un papier blanc, laissant encore 
passer de la lumière, et la méthode de Sachs lui a montré une dif- 
férence de coloration encore marquée entre les deux zones, cou- 
verte et non couverte. 11 y a augmentation sensible d'amidon dans 
les tissus placés à l'ombre. De la sorte, l'action la plus importante 
de la bouillie bordelaise résulterait de ce fait que la chlorophylle est 
protégée contre l'influence destructrice d'une insolation intense et 
que la transpiration de la feuille est diminuée. Il faut observer, ce 
que Schander ne dit pas, que cette diminution de la transpiration est 
la conséquence nécessaire d'une activité moindre de la chlorophylle, 
ce qui affaiblit la chlorovaporisation. Pour lui, la diminution de trans- 
piration ne reconnaît sans doute d'autre cause qu'un moindre échauf- 
fement de la feuille. 11 considère également que la chaux et la 
poussière de soufre produisent parfois un verdissement intense de la 
feuille par un mécanisme analogue. Et la conséquence de ces faits, 
c'est ({ue la feuille reste plus longtemps verte en automne. Schan- 
der pense que ces effets heureux s'observent spécialement dans les 
étés ensoleillés et secs, et dans ce dernier cas, pour protéger les 
plantes qui en général et indépendamment de la protection contre 
les parasites, tirent avantage des pulvérisations cupriques, la vigne 
par exemple, il croit avantageux d'employer des bouillies assez 
épaisses, à 2 "/„ de sulfate de cuivre. Dans les années humides, au 
contraire, on n'emploierait que des bouillies plus faibles, à 1 °/o de 
sulfate de cuivre. La proposition de cet auteur est précisément con- 
traire aux habitudes ordinaires de la pratique, qui utilise toujours 
des bouillies plus riches en réserves cupriques dans les années très 
humides. Je ne crois pas qu'il soit prudent de changer cette cou- 
tume consacrée par l'expérience. 11 ne semble pas, comme l'ont 
pensé Wiesner et Kohi, que la couleur bleue du dépôt ait quelque 
importance au point de vue de l'action produite sur la feuille, en ce 
sens que le dépôt n'est pas transparent. 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 49 

Quelle que soit rexplication qu'on veuille attribuer à ces phéno- 
mènes, il semble établi qu'une certaine quantité de cuivre combiné 
pénètre dans la feuille, soit directement si la bouillie pulvérisée ren- 
ferme un sel soluble, soit plus tard si le produit pulvérisé est sus- 
ceptible de solubilisation ultérieure. Il a été possible à beaucoup 
d'expérimentateurs de retrouver dans les plantes traitées et par des 
méthodes diverses, des proportions de cuivre faibles, il est vrai, 
mais encore appréciables. 

Gomment s'opère cette pénétration? 

Nous avons déjà dit quelques mots de l'opinion de Millardet et 
Gayon qui pensent que la cuticule, dans la vig-ne au moins, accu- 
mule des sels de cuivre dans son épaisseur. S. Bain [Ouvrage cité) 
admet que l'osmose s'établit entre le suc cellulaire de la plante 
d'une part, et la solution cupric|ue extérieure à cette même plante 
de l'autre, et ce n'est que lorsque cette action devient intense que la 
limite de tolérance de la plante en question est dépassée. On observe 
alors des corrosions sur les feuilles et il peut y avoir des cellules 
tuées. Ge pouvoir de pénétration est, sur un vég-étal donné, en rap- 
port avec la minceur de la cuticule ; et comme toutes les conditions 
atmosphériques qui augmentent la transpiration de la feuille 
amènent en même temps un plus grand épaississement de la cuti- 
cule, il semblerait en résulter que les temps chauds et secs doivent 
retarder l'action des sels solubles de cuivre sur la plante. La cuti- 
cule des nervures est plus facile à traverser etl'épiderme des jeunes 
feuilles est notablement plus perméable que celui des feuilles âgées. 
Pour Bain, l'influence du remède cuprique sur la feuille est réglée 
par trois facteurs : 4° par le pouvoir de réceptivité particulier à 
chaque nature de feuille ; 2° par la quantité de cuivre pénétrant le 
protoplasma dans un temps donné ; 3** par la température. L'auteur 
considère, de plus, que l'effet nocif sur certaines plantes (pommier, 
pêcher, poirier, pomme de terre, par exemple) est fortement atténué ' 
par la présence d'une certaine quantité de chaux. G'est aussi l'opi- 
nion de Schander. Ge dernier auteur pense que la solubilisation du 
cuivre peut tenir à trois causes : l°la plante peut sécréter une sub- 
stance de réaction acide cjui dissout de petites quantités d'hydrate 
d'oxyde de cuivre ; 2° les produits de sécrétion de certaines feuilles 
[Phaseolus multiflorus) seraient capables, quoique étant de nature 
alcaline, de dissoudre l'hydrate d'oxyde de cuivre, mais l'auteur n'a 
pu le démontrer; 3° par l'action de la pluie ou de la rosée, il pour- 
Ballelin du Jardin colonial. 4 



50 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

rait de même y avoir dissolution à un taux trs faible de petites 
quantités de sels de cuivre, pénétrant à travers Tépiderme. Cette 
action est la plus importante par les temps humides, et c'est à elle 
que Schander attribue les dégâts sur pommier et pomme de terre. 

En résumé, on peut considérer que l'effet produit parles composés 
cupriques sur les plantes supérieures s'accomplit vraisemblable- 
ment de deux manières dont les effets se combinent : i" par une 
action purement mécanique de la couche externe de bouillie; 2° par 
une action sur le protoplasma qui est de même nature que celle 
observée sur les crvptog-ames. Aune certaine dose, Faction du cuivre 
devient nuisible; mais l'observation journalière permet de supposer 
qu'à une dose extrêmement variable suivant les plantes, et que par- 
fois même l'analyse chimique ne permet pas d'apprécier, l'action 
des sels de cuivre peut être favorable à la plante. Cette quantité de 
cuivre, toujours inférieure à celle qui mnrquela limite extrême de la 
toxicité, peut amener, comme le croit Mangin [Mémoire cité), une 
suractivité de tissus. 

Dès lors, si nous considérons la question dans son ensemble, 
nous pouvons, au sujet de l'action des pulvérisations cupriques, en 
pathologie végétale, formuler les conclusions suivantes : 

1° Au point de vue de la protection des plantes contre les mala- 
dies parasitaires, il semble qu'il faille accorder une influence 
prédominante à l'action des sels solubles sur les germes des para- 
sites ; mais on ne peut guère refuser une action plus faible, il est 
vrai, à la réaction de la plante vis-à-vis de l'agent cuprique ; 

2° L'interposition d'une couche opaque et fort difficilement 
soluble paraît avoir une action physique directe sur l'assimilation 
en agissant sur la chlorophylle ; 

3° La tolérance des plantes vis-à-vis de l'absorption des sels 
solubles varie avec chaque végétal, et telle dose, qui paraît simple- 
ment excitante et utile pour une plante donnée, peut être toxique 
pour une autre et amener la mort des cellules pénétrées par la solu- 
tion cuprique. 

Soufres et sulfures alcalins. 

Le soufre a été utilisé, nous l'avons vu, avec succès, pour le trai- 
tement des Oïdiums, celui de la vigne en particulier. Cette substance 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 51 

est loin d'oiTrir pour les maladies des plantes tropicales l'intérêt 
qu'il présente dans les régions tempérées. Il n'est qu'un petit 
nombre de maladies dans les pays chauds qui semblent jusqu'ici jus- 
ticiables de ce traitement. 

On emploie le soufre sublimé ou le soufre trituré qu'on obtient 
maintenant sous forme de poudre à peu près aussi fine. On utilise aussi 
quelquefois en France le soufre d' Apt, qui résulte de la décomposition 
dans le sol du sulfate de chaux en présence des matières org-a- 
niques. Cette matière renferme des substances étrang'ères, souvent 
de nature bitumineuse et environ 1/5 seulement de soufre pur. 

Les sulfures alcalins ont action identique à celle des soufres. On 
peut les produire par l'action à chaud, continuée pendant plusieurs 
heures de la chaux sur le soufre. On les emploie en solution dans ' 
l'eau aux doses de 1/100 à 1/300. Mais leur action n'est pas, semble- 
t-il, supérieure à celle du soufre. On les répand avec les pulvérisa- 
teurs. 

Le soufre est répandu sur les plantes à l'aide de soufflets. On a 
constaté par l'emploi du soufre sur la vigne une action excitante sur 
la vég-étation, qui, comme nous l'avons vu, reconnaît sans doute une 
cause analogue à celle des bouillies cupriques. 

[A suivre.) D"" Georges Delacroix, 

Directeur de la Station de pathologie végétale^ 
Professeur à VEcole nationale supérieure d'Agriculture coloniale. 



LA SÉRICICULTURE A MADAGASCAR 

{Suite K) 

II. Fonctionnement du Service de Sériciculture 

en 1904 et 1905. 



Depuis le moment où a été écrit le rapport séricicole de 1903, le 
Service de Sériciculture a continué à fonctionner d'une manière 
normale. La plupart des travaux et améliorations prévus ont pu 
être exécutés ; les progrès réalisés ont été aussi satisfaisants qu'on 
pouvait l'espérer. 

Ces profi;-rès ont été constatés et mis en évidence par la tournée 
d'inspection commencée par M. Piret pendant le second semestre 
de 1904 pour être achevée au printemps 190.') et par l'exposition 
séricicole du mois de mai dernier où les colons, les écoles libres ou 
officielles et les indigènes ont présenté un nombre considérable de 
très beaux échantillons de cocons et de soie bien supérieurs à ceux 
apportés l'année précédente (1904) à l'exposition de sériciculture 
de Nanisana. 

La comparaison des cessions de végétaux servant à l'alimenta- 
tion des bombyx séricigènes faites en 1903 et 1904, par la, Station 
d'Essais de Nanisana, accuse d'abord une augmentation si sensible 
qu'on ne peut plus, à l'heure actuelle, contester l'utdité des livrai- 
sons à un tarif très réduit des plants, graines ou boutures de 
mûrier, d'ambrevade et de tsitoavina [Dodonea maclagascariensis). 

l. Voir Bullclin, ii"' 22 à 33. 



LA SÉRICICULTURE A MADAGASCAR 



53 



ÉTAT RÉCAPITULATIF DES CESSIONS DE VEGETAUX 

servant à V alimentation des bombyx séricigènes pour les années 

1903 et 1904. 



DKSIGXATION DES ESPECES ' 



Mûrier indigène 

Mûrier blanc 

Mûrier niullicaulc 

Mûrier des Philippines 

Tsitoavina (Dodonea Mada- 

gascariensis) 

Ambrevade (Cajanus indica) . 

Totaux 



1150 



ANNÉE 1903 



CI 



600 


7.773 


50 


625 


500 


4.8S1 


(( 


50 



49 



13.378 



'çô 

5 



1^250 

o^5oo 



1\76 



ANNÉE 1904 



o 
2a 



-2 



a 



O 



26.6S0 


16 


.280 


608 




128 


2.000 




755 


« 




< 


« 




400 


(( 




t 


29.288 


17 


.563 



O'' 230 



3'' 380 
28'' 100 



SI"- 710 



Soit en plus, pour l'année 1904 : 

28.138 boutures, 4.1 83 plants enracinés et 29 kil. 960 de g-raines. 

Durant l'hivernage 1904-1905, les demandes ont dépassé de 
beaucoup le nombre des plants préparés par la Station de Nanisana 
qui, en raison des réductions opérées, au début de 1904, sur son 
budget, a dû limiter à un chiffre assez bas la quantité de plantes 
utiles à fournir dans le courant de la dernière saison des pluies. 11 
est certain que sans cela les livraisons auraient atteint, en 1904, un 
chiffre encore bien plus élevé. Il y aura donc intérêt, pour l'avenir, 
à ne pas réduire les moyens d'action des pépinières du Service de 
Sériciculture. 

Nous avons signalé précédemment que, du mois de mars 1902 au 
!"'■ avril 1904, le Service de Sériciculture avait produit et livré 
25.164 cellules de Sericaria mori soig-neusement sélectionnées et 
toutes passées au microscope. Les cessions faites depuis avril 
1904 jusqu'au 18 avril 1905 ont dépassé le total des livraisons des 
années précédentes. En un an (avril 1904 au 18 avril 1905) le total 
des cessions est monté de 25.164 cellules à 54.876. 

Le tableau suivant montre comment se répartissent ces livraisons 



u 



ÉTUDES ET .MÉMOIRES 



et rimportance croissante des demandes spontanées des indigènes 
qui commencent à comprendre l'utilité de l'emploi des graines 
sélectionnées. 

TABLEAU RÉCAPITULATIF DES CESSIONS DE CELLULES DE SERICARIA MORT 

de mars lOO'} au 18 avril 1905. 



DESIGNATION 



Cessions aux pr<i\inoe! 
et districts 

Sfr\ ico (le rEnseijïnemenl 
et Ecole profcssidimelk' 

Ecoles libres 

Colons européens 

Cessions directes aux iii- 
dij;:ènes 

Cellules mises en cclosion 
pour le Service de Séri- 
ciculture 



Totaux. 






2 . S52 



•23N 



187 
263 



3.5Î5 



6.822 



17 



J^:S 



11.005 



1 .228 



7S 


640 


i j7 


3.221 


793 


9.297 


481 


1.698 


8.S08 


27.089 



— in 
± * o 

a 2 ^ 

SCO 



3.336 



I .226 





362 


2 


588 


7 


6 es 




254 


15 


.434 



Total uénéral : 54.876 



OBSERVATIONS 



Cellules dont la 
distribution est con- 
fiée aux chefs de pro- 
vince ou de district. 

Cellules deman- 
dées par les Ecoles 
oUicielles. 

CcUu les remises 
aux indigènes qui 
viennent spontané- 
ment et directement 
s'adresser à la Direc- 
tion de l'Agriculture 



Pour les provinces et districts de la région centrale, la dernière 
tournée séricicole (2'= semestre 190i et commencement de 190Sj a 
permis de constater des progrès aussi satisfaisants. 

Le nombre total des mûraies de fokonolonas est passé de 1 67 à 
522; l'étendue des terrains choisis pour leur installation atteint 
aujourd'hui près de o80 hectares (577 h. 63.18) au lieu de 288 en 
1903 (exactement 288 h. 1404). 

Enfin la superficie des mûraies créées et convenablement culti- 
vées par les indigènes, conformément aux prescriptions de l'arrêté 
du 7 mai 1901, dépasse maintenant 277 hectares (277 h. 2942) 
contre une étendue atteignant seulement Ho hectares 68.68 en 
1903. 

Suivant M. Piret, le nombre des plants mis en place dans de 
bonnes conditions et bien entretenus dans les mûraies de fokono- 
lonas s'élevait seulement de 147.112 en 1904. Il atteint maintenant 
323.795. 



LA SERICICULTURE A MADAGASCAR 



55 



Le développement des mûraies de village a permis de décider la 
création, en 1904, de 38 magnaneries provinciales dont les empla- 
cements ont été choisis parle sous-inspecteur d'Agriculture, chef de 
la Circonscription ag-ricole du Centre. 

Les collections de démonstration de la Station d'Essais de Nani- 
sana ont été développées et complétées par de nouveaux et nombreux 
échantillons qui permettent de mieux faire suivre aux visiteurs les 
progrès réalisés depuis 1902. 




Collections séricicoles de la Station de Nanisana. 



A Paris, les collections de vulgarisation ont été complétées 
pour le dépôt, au Jardin colonial et à l'Office colonial, d'un nombre 
important de nouveaux échantillons séricicoles. 

Ces échantillons qui font maintenant partie des expositions per- 
manentes de la colonie, définitivement installées il y a quelques 
mois à Nogent et au Palais-Roj^al, ont été remarqués de tous les 
visiteurs, surtout pendant l'Exposition nationale d'Agriculture colo- 
niale organisée à Nogent-sur-Marne, en juin et juillet 1905, par les 
soins de la Société française de colonisation et d'agriculture colo- 
niale. 



56 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Les visiteurs de rOiïïce colonial et du Jardin colonial peuvent 
encore les visiter, puisqu'il s'agit ici d'expositions permanentes qui 
permettront de suivre constamment les progrès réalisés à Mada- 
gascar par la sériciculture. 

En ce qui concerne l'École séricicole, nous devons signaler que 

les travaux d'installation sont entiè- 
rement achevés depuis quelques 
mois. La rentrée de la deuxième pro- 
motion d'apprentis a eu lieu en juin 
1905. Le nombre des élèves sérici- 
culteurs s'élève donc maintenant à 
40. 

Les éducations particulières diri- 
gées par chaque ménage d'appren- 
tis se poursuivent maintenant d'une 
manière régulière. La première pro- 
motion a présenté à l'Exposition 
d'Agriculture coloniale de Nogent- 



^f. 




sur-Marne toute une série de beaux 
échantillons de cocons et de grèges 
qui ont longuement retenu l'atten- 
tion des connaisseurs. 

Ces échantillons étaient accompa- 
gnés de bulletins donnant, sur 
chaque élevage effectué par les 
élèves, des renseignements précis et 
complets sur la valeur des cocons ou 
de la soie obtenue, sur le rende- 
ment, sur la marche des éducations, 
etc. Ces bulletins, dont nous don- 
nons ci-après un modèle, servent à 
compléter et à généraliser les expé- 
riences entreprises à la magnanerie 
d'études et permettent de se rendre 
compte des soins donnés par chaque 
ciiciK" F.ni. l'iudiiommc. élèvc aux vcrs qui lui sont confiés. 
Filanes de Cocons. La filature expérimentale com- 

Cocons iiiés cl mis on chapelet meucée en 1904 est maintenant com- 
pour le grainage. , • ' tvt j 

pletement terminée. IMous en don- 



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^ri^m-'^mà 




Filature expérimentale de la Station de Nanisana. 




Élèves dévideuses au travail. 
École séricicole de Nanisana. 



COLONIE DE MADAGASCAR 
ET DÉPENDANCES 



ÉCOLE SÉRICICOLEj 

Magnanerie de] 



,-,,.. ( normale ' 

Lilucation ,., . , 



BULLETIN D'ÉDUCATION N" 15 
Température maxima : 23" 5 || 



Température minima : 20° 5 ) 



Moyenne diurne : 22°21. 



Durée de l'éducation : du 9 décembre 1904 au 12 janvier 1905 = 35 jours. 
Graines employées : 5 grammes de « Race Bionnc I ». 



MARCHE DE L'ÉDUCATION 



• 


TEMI'ÉHATUIU-: 

moyenne 


DURÉE 


FEUILLES 

consommées 
en kilog. 


OBSERVATIONS 


i" àfre 

2' à}îe 

3" âge 

i" âge 

5' âge 


21° 33 
21° 9i 

22° iO 
22° 7 5 

22" 13 
Totaux .. , 


jours 
i 

5 

5 

6 

15 


0.392 

1.5X8 

5.011 
20.671 

79.962 


Petite éducation faite par lélève Rafiringa 
et sa femme. 

Magnanerie bien entretenue ; vers soignés 
dune manière très satisfaisante par Ra- 
iiringa pendant toute l'éducation. 

Bonne réussite ; cocons de très belle 
qualité. 

Quelques pertes de vers (une centaine en- 
viron) dues à la grasserie, au moment 
de la montée. 

Pas d'autres maladies. 


35 


107.630 



RENDEMENT 

Cocons frais de bonne qualité 95.95 °/o 

Cocons doubles 2.22 °/„ 

Cocons fondus 0.34 "/„ 

Cocons faibles 1.43 °/o 

Divers défectueux 0.06 °/o 

Nombre de cocons frais par kilo 574 

Rendement en cocons frais par 10 gr. de graines 19 k. 800 

Quantité de feuilles nécessaire par 10 gr. de graines 215 k. 260 

Quantité de feuilles nécessaire par kil. de cocons frais 10 k. 876 

Quantité de feuilles nécessaire par kil. de soie grège 115 k. 645 

Rendement total en cocons frais : 5.583 cocons pesant 9 k. 900. 



Vu et vérifié : 

Le Sous-Inspecteur d" Agriculture, 

A. PmET. 



Nanisana. le 13 avril 1905.! 
L'Agent sériciculteur, , 
Agmel. 



I. Biffer l'une de ces indications suivant l'époque choisie pour faire l'éducation. 



)E NANISANA 
élève BAFIRINGA 



DIRECTION DE L AGRICULTURE 
SERVICE DE SÉRICICULTURE 



BULLETIN DE DEVIDAGE N" 20 i 

Essai de 2 kilos de cocons frais de la quinzième éducation, 

Variété ou race : « Bionne pure I ». Tableau d'éducation n° 2 de l'élève Rafiringa. 

Bulletin d'éducation n° 15. 



Nombre de cocons par kilo. 



Prifrvng gpr-g 1 

Cocons frais ' 



570 



Appréciation sur les cocons : Cocons de très belle qualité, grosseur moyenne, forme un peu 
allongée. Système de dévidage employé : Tavelette. 



RÉSULTATS DONNÉS PAR L ESSAI DE DÉ VIDAGE 



RKXDEMENT 

en grammes 



Grège. . . 
Frisons . 
Bassinés 
Bourre . , 



POUR LA 

quant, de co- 
cons ascs * ou 
frais ' soumis 
au dévidage 



k. 188 

k. 033 

k. 044 

k. 008 



PAR KILOG. 

de cocons 
secs' ou frais' 



k. 091 

k. 065 

k. 022 

k. 002 



Poids de cocons frais nécessaire pour filer un 

kilo de soie grège 10 k. 638 

Poids de cocons secs nécessaire pour filer un 



kilo de soie grège. 



Poids des feuilles consommées par les vers 
par kilo de soie grège obtenu 115 k. 645 

Poids de soie grège obtenu par 100 kilos 
de feuilles k. 868 



REMARQUES ET OBSERVATIONS 
La soie obtenue est de belle qualité. Dévidage marchant bien. 



Vu et vérifié : 
e Sous-Inspecteur d'Agriculture., 
Directeur de V Ecole sèricicole, 

A. PiRET. 



Nanisana, le 13 avril 1905. 

V Agent sériciculteur, 

Agniel. 



1. Supprimer l'une de ces indications suivant l'état des cocons soumis au dévidage. 



60 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

nons deux vues montrant : l'une, l'aspect extérieur de cette cons- 
truction, exécutée sous la surveillance de l'agent de culture Mar- 
chand, et l'autre une leçon de dévidage donnée par M""' Agniel. 

Cette petite filature comprend quatre bassines fournies par la 
maison Berthault, de Lyon. Ces appareils ont été choisis d'après les 
indications qui m'ont été si obligeamment données, en 1904, par 
M. Testenoire, directeur de la Condition des soies de Lyon, à qui je 
tiens à adresser ici mes plus sincères remerciements pour le con- 
cours dévoué et désintéressé qu'il n'a cessé de prêter au Service de 
Sériciculture de Madagascar. 

L'eau chaude nécessaire au dévidage est produite par une chau- 
dière chauilee à la tourbe et distribuée aux bassines par un tuyau-- 
tage approprié. 

Les asples sur lesquels s'enroule la soie grège sont, en ce 
moment, actionnés à la main par lés élèves ; mais il est prévu que, 
sous peu, ce travail sera exécuté, pour ces quatre dévideuses, au 
moyen d'un petit manège actionné par un âne ou un mulet. 

Notons enfin que, dans le but de compléter l'outillage de la 
magnanerie d'études, la Direction de l'Agriculture a demandé, il 
y a quelques mois, à la Condition des soies de Lyon, de vouloir 
bien se charger de lui procurer le matériel nécessaire pour l'instal- 
lation d'un laboratoire de sériciculture, c'est-à-dire les divers appa- 
reils employés pour titrer les soies, éprouver leur ténacité ou leur 
élasticité, apprécier d'une manière rigoureusement exacte la valeur 
des cocons, etc. 

La plupart de ces instruments sont prêts et pourront être expédiés 
très prochainement à Madagascar. 

Paris, novembre 1905. 

Em. Prudiiomme, 

Ingénieur agronome, 
Directeur de V Agriculture à Madagascar. 



ANNEXE 

Modèle d'un carnet d'observations 

COLONIE DE MADAGASCAR ANNÉE 190 

ET DÉPENDANCES 



DIRECTION DE L'AGRICULTURE 



Circonscription agricole d 



Station d'essais ou Pépinière agricoie d. 



CARNET D'OBSERVATIONS 

pour les expériences sur les plantes arbustives et, d'une manière 
générale, sur les cultures occupant le sol plus d'une année. 



Culture d 



Nom et titre de l'agent chargé d'exécutei' l'expérience 
et de la surveiller : 



M. 



62 



ÉTUDES ET MEMOIRES 



Parcelle n° 

Indications complémentaires sur la situation de la parcelle consacrée 
à cette culture ou à cet essai ^ : 

Conditions dans lesquelles l'expérience a été entreprise : 

Etendue de la parcelle : 

Nature du sol ^ : 

Nature du sous-sol - : 

Nature de la culture occupant précédemment la parcelle : 

Nature, constitution, vigueur et développement de la végétation spon- 
tanée : 



TRAVAUX PRÉPARATOIRES 

Défrichement : Méthode employée et date d'exécution : 

Nombre de journées de travail et prix de revient ^ : . . . 

Défoncement : Méthode employée et date d'exécution : 

Nombre de journées de travail et prix de revient ^ : . . . . 

Piquetage et trouaison : Dimension des trous : 

Espacement des trous : 

Remplissage des trous : . . . . 

Fumure : 

Date d'exécution do chaque opération 

Nombre de journées de travail consacrées 
à chacune de ces opérations : 

Piquetage : 

Trouaison : 

Remplissage : . . . . 
Fumure : 

Prix de revient de chaque opération: . 

Piquetage : 

Trouaison : 

Remplissage : . . . . 
Fumure : 

A REPORTER 



DÉCOMPTi: 



1. Joindre, si possible, un plan ou un croquis permettant de savoir exactement 
ou se trouve la parcelle. 

2. Indiquer l'analyse lorsqu'on la connaîtra. 

3. Renseignement très important, car il permettra de se rendre compte du prix de 
revient dans chaque région. 



LA SÉRICICULTURE A MADAGASCAR 



63 



Report 

TRAVAUX DE MISE EN PLACE 

Provenance des graines ' : 

Provenance des plants ou des boutures : 

Age et dimension des plants : 

Mise en place : 

Date d'exécution : 

Méthode employée : 

Nombre de journées consacrées à cette opération:, 

Prix de revient : 

Reprise : 

TRAVAUX DTRRIGATION ET DE DRAINAGE 



Travaux de drainage : 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de revient: 
Travaux d'irrigation : 

Nombi'e de journées consacrées à cette opération et prix de 
revient : 

TRAVAUX DIVERS 

Ncnnbre de journées consacrées à chacun et prix de revient : 

Total 



DECOMPTE 



A , le 190 

UAffent chargé de l'exécution des travaux. 

Vu et vérifié : 
Le Chef de la Circonscription agricole, 



Observations diverses et renseignements 
complémentaires -. 



1. Dire leur qualité, nom de la variété, etc. 

2. Indiquer avec soin tous les renseignements complémentaires qu'il paraîtra utile 
de signaler : but poursuivi, le plan de rexpéricnce, les instructions reçues, etc. 



64 



ÉTUDES ET MÉMOtRES 



I. 



6" 



Mois de Janvier 

— TRAVAUX d'entri:tien et 

D'AMÉLIORATION 

1" Soins donnés aux abris et date d'exécution ':..... 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 

revient - : 

•2" Nettoyages, sarclage et date d'exécution :. . . . 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 

revient ^ : 

3" Labours, binages et date d'exécution ^ : . . . . . 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 
revient ^ : . . . . 
4" Travaux de taille et date d'exécution ':.... 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 

revient - : 

5° Maladies ou insectes : Remède ou traitement employé et 
date d'exécution :.. . 
Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 
revient ^ : . . . . 
Travaux de remplacement et date d'exécution ' : . . . . 

Nombre de plants remplacés : 

Provenance des plants : 

Age et taille des plants :. . . . 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 

revient ^ : 

Fumures et date d'exécution ^ : 

Nature et provenance de l'engrais : . . . . 

Dose emjiloyée par unité de surface : 

Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 

rcvieiil - : 

Travaux d'irrigation, de drainage et date d'exécution ^ : 
Nombre de journées consacrées à ce travail et prix de 
revient ^ : . . . . 

Travaux divers et date d'exécution : 

Nond)re de journées consacrées à chacun de ces travaux 
et prix de revient -:.... 

II. — TRAVAUX DE RÉCOLTE ET DE 
PRÉPARATION 

Travaux de récolte commencés le , linis le 

Nombre : 

Poids : Volume : 

Nombre par kilo ou par 100 kilos : 

Poids de l'hectolitre :. . . . 

1 Qualité de la récolte à l'étal brut: 

/ Nondjre de journées consacrées à ce travail et prix 

( de revient^ : 

\ Destination : 



8 



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Tôt 



\L. 



DECOMPTE 



1. indiquer pour chaque opération la surface ou le nombre de plants. 

2. Rcnscif^ncnient très important. 

3. Récolte à l'état l^nit. 

i. Dire la mélliodc employée et comment s'est effectue ce travail. 



LA SERICICULTURE A MADAGASCAR 



65 



Observations diverses et renseignements 
complémentaires 



Tous les renseignements concernant la préparation des récoltes seront 
consignés avec soin sur cette page. Ne jamais oublier de dire : 1° la mé- 
thode employée ; 2° la quantité soumise à la préparation ; 3° le poids et, s'il y 
a lieu, le volume des produits obtenus; 4" la durée des différentes phases 
de la préparation ; 5° la qualité du produit obtenu, dont on devra toujours 
conserver un échantillon dans les collections ; le numéro donné à cet échan- 
tillon devra être consigné ici. Faire, en outre, tous les calculs permettant 
de connaître les rendements par plant et par unité de surface (hectare). In- 
diquer également la destination donnée au produit obtenu. 



Etat de la culture ou de la plantation pendant le mois écoulé : 

Renseignements sur la croissance et la vigueur des plants, sur la 

floraison et sur la maturation : 

Renseignements sur les abris, sur leur croissance et sur leur 

vigueur : 

A ....,1e 190 

LWgent chargé de Vexécution des tr.ivaux, 

Vu et vérifié : 
Le Chef de la Circonscription agricole, 
Bulletin du Jardin colonial. 5 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER 
et préparation du cacao. 

[Suite K) 

établissement des cacaoyères a la guyane hollandaise 

main-d'qïuvre 

En ce qui concerne la Guyane Hollandaise, les renseig-nements 
que j'ai pu me procurer sont beaucoup moins précis ; néanmoins, 
M. Bray, un planteur distingué de Surinam, a bien voulu me don- 
ner les renseignements concernant le capital nécessaire à la créa- 
tion d'une cacaoyère. 

Avant de reproduire ici le devis établi d'après les indications que 
m'a obligeamment données M. Bray, je crois devoir parler un peu 
de la main-d'œuvre, qui est fournie à peu près exclusivement par 
des émigrants hindous et javanais ; ces travailleurs sont donnés 
aux planteurs pour une période de cinq années. 

Le gouvernement de la colonie se charge de l'introduction de 
cette main-d'œuvre. 

Les frais d'introduction sont fixés par un arrêté du gouver- 
neur de Surinam. Dans ces dernières années, ces frais ont été fixés 
à 260 florins, soit 559 francs, par ouvrier adulte. 

Le planteur qui a besoin de main-d'œuvre envoie sa demande, en 
indiquant le nombre des travailleurs qui lui sont nécessaires, à 
l'agent général de l'immigration qui, après avoir été autorisé par le 
Gouverneur, transmet l'ordre d'expédition des coolies à l'agent de 
l'émigration à Calcutta ou à Batavia. 

Le planteur en faisant sa demande indique la nationalité de la 
main-d'œuvre qu'il désire, et prend l'engagement de payer à l'ar- 
rivée des coolies les trois cinquièmes des frais d'introduction, soit 
150 florins, ou 335 fr. 40, par travailleur adulte ; s'il ne peut payer 
toute cette dépense, il donne des garanties suffisantes pour assurer 
à la colonie le paiement de ces frais; dans ce dernier cas, il ne paye 

1. Voir Bulletins, ir-'as à 33. 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER 67 

à l'arrivée des coolies que les 3/25 des frais d'introduction de la 
main-d'œuvre qui lui a été allouée. 

La somme qui lui reste à solder pour amortir sa dette est versée 
par quart, à la fin de chaque année, au trésor de la colonie, qui 
perçoit en outre un intérêt de 4,50 ° /^ sur les sommes dues. 

Les frais de rapatriement des immig-rants, comme les frais de 
leur introduction, sont à la charg-e du gouvernement, ou plutôt à la 
charg-e de fonds spéciaux administrés séparément et nommés '< fonds 
d'immigration ». 

La part dans les frais d'introduction que payent les planteurs est 
versée à cette caisse. 

La caisse d'immig-ration est alimentée par des emprunts coloniaux, 
dont l'amortissement et l'intérêt, calculés à 3 "/o, sont garantis par le 
gouvernement hollandais. 

Chaque année, les planteurs versent à la caisse d'immigration un 
impôt de 5 florins par homme adulte et 2 florins 50 par femme 
adulte travaillant sans contrat. 

L'introduction de la main-d'œuvre étrangère sans contrat, par des 
particuliers, est permise et encouragée par des primes accordées par 
le gouvernement colonial. Les coolies hindous et javanais ne sont 
néanmoins introduits que par le gouvernement. 

Lorsque les coolies ont terminé leur contrat, s'ils veulent reprendre 
du service chez le même planteur, ils reçoivent de celui-ci une 
prime assez élevée, fixée par le gouvernement local. 

Si au contraire ils désirent rester libres, afin de s'établir dans la 
colonie, en renonçant à leur droit aurapatrienient, on leur donne des 
terres et des primes en argent. 

L'introduction de la main-d'œuvre hindoue a été commencée en 
1873 ; ce n'est que depuis 1890 que la Guyane emprunte des travail- 
leurs à Java. 

Le nombre des coolies introduits depuis ces époques a été : 

Hindous 

de 1873 à 1882 6.569 

de 1883 à 1892 8.633 

de 1893 à 1899 6.914 

Total 22 . 1 1 6 

Javanais 
1890 à 1902 4.795 



68 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Depuis ona rapatrié 6.012 Hindous et o4 Javanais. 

Ces deux sortes de travailleurs donnent de bons résultats ; natu- 
rellement ils ont chacun leurs partisans et leurs adversaires. L'hin- 
dou produit plus de besog-ne, mais il est beaucoup moins 
docile que le Javanais ; de plus, il économise beaucoup et envoie de 
l'argentaux Indes. Les coolies de Java sont des joueurs incorrigibles, 
qui n'ont jamais le sou, et renouvellent presque toujours leur con- 
trat, parce qu'ils n'ont pas d'économie au moment où il expire. 

J'ai longuement parlé de ces questions de main-d'œuvre avec de 
nombreux planteurs hollandais et avec M. Barnet-Lvon, l'aimable 
agent général de l'immigration à Paramaribe, à qui je dois presque 
tous ces renseignements. Il ressort des conversations que j'ai eues 
avec tous ces Messieurs, que l'emploi de la main-d'œuvre étrangère 
est une question très délicate. Tout d'abord il faut que les gérants 
des plantations apprennent à parler l'hindou ou le javanais, car ceux- 
ci conservent rigoureusement leur langue maternelle, et n'ap- 
prennent qu'avec une extrême répugnance la langue du pays dans 
lequel ils viennent s'installer. 

Les premiers temps, les gouvernements qui fournissent la main- 
d'œuvre en profitent pour épurer la région dans laquelle ils la 
prennent. Il faut bien se faire àcetteidée que toutes les fois que l'on 
commence à introduire de la main-d'œuvre étrangère, on reçoit les 
meurts-de-faim et une partie des gens sans aveu, du pays où on la 
prend. 

Même lorsque le pays est épuré et que l'on reçoit de bons sujets, 
il faut être très patient les premiers temps. Les colons de Surinam 
estiment, lorsqu'ils reçoivent de nouveaux coolies, que ceux-ci ne 
leur donneront de véritables bons services que 2 ans après leur arri- 
vée, aussi s'arrangent-ils pour ne pas avoir besoin de remplacer tout 
leur personne] d'un seul coup, et pour conserver des cadres suffisants 
pour que le dressage des nouveaux arrivants puisse se faire sans à 
coups. 

Les contrats, avons-nous vu précédemment, sont faits pour 6 ans ; 
le coolie doit 313 journées de travail par an. A la fin de son contrat 
il doit rendre au planteur un nombre égal de journées à celui qu'il 
aurait pu faire en moins du chiffre fixé par le contrat ; si, d'un com- 
mun accord avec son employeur, le coolie fait plus de 313 journées 
de travail par année, la durée de son contrat pourra être diminuée 
du nombre de journées qu'il aura fait en plus. 



I 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER 69 

La durée de la journée de travail est de 7 heures dans les champs 
et de 9 heures dans les bâtiments, mais le plus souvent les travail- 
leurs prennent la besogne à la tâche. 

Les coolies sont divisés en trois catégories, la première renferme 
les hommes de 16 ans et au-dessus, la deuxième les femmes adultes, 
les vieillards encore valides et les garçons de 10 à 16 ans. 

La troisième catégorie comprend les garçons et filles au-dessous 
de 10 ans. 

Je dois ajouter ici un détail qui ne plaira peut-être pas aux mora- 
listes, le gouvernement de Surinam est tenu d'introduire, au mini- 
mum, une femme pour deux hommes adultes, de sorte que les 
coolies hindous, employés à la Guyane Hollandaise, sont polygames 
à l'envers, 

Les salaires minima sont fixés ainsi qu'il suit : pour les immi- 
grants de la première catégorie, travaillant à la journée, le salaire 
est fixé au minimum à 24/100 de dollar, ce qui équivaut à florin 
60 ou 1 fr. 25 environ. Il est bien entendu que le salaire d'un 
ouvrier travaillant à la tâche pourra être supérieur à cette somme, 
mais non inférieur, à moins naturellement que l'ouvrier soit un fai- 
néant. 

Les prix de tâche réglés par un arrêté local, doivent être les 
mêmes pour les coolies engagés et pour les ouvriers travaillant libre- 
ment sur la même plantation, ou sur une plantation voisine. 

Les immigrants de la seconde catégorie doivent avoir un salaire 
minimum de florin 40, soit environ fr. 85. 

Pour les immigrants de la troisième catégorie qui ne sont pas 
obligés de travailler, il n'y pas de prix fixe ; on les rétribue suivant 
leurs aptitudes. 

Les ouvriers ne reçoivent jamais leur solde en nature, cependant 
les planteurs sont tenus, pendant les 3 premiers mois qui suivent 
leur arrivée sur la plantation, de leur octro\er des rations quoti- 
diennes, à charge par les coolies de les rembourser au taux de 
florin 20, soit fr. 40 centimes. 

Ces l'ations sont ainsi fixées par adulte des deux sexes : 

Riz k. 750 

Condiments 122 

Sucre 023 

Huile de coco .... 015 

Légumes 1 22 

Bois 1 500 



r 



7Q ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Les rations doivent être fournies crues ou cuites au gré de l'immi- 
grant. 

Les mineurs de 10 k 16 ans des deux sexes reçoivent des demi- 
ations et les remboursent au prix de florin 10, soit fr. 20. 

Le planteur doit donner gratuitement des tiers de ration aux 
enfants au-dessous de tOans. 

Le logement est fourni gratuitement, et dans des conditions lixées 

par les arrêtés locaux. 

Les soins médicaux sont gratuits, à moins toutefois qu'il soit 
prouvé que la maladie ait été provoquée par la faute ou l'inconduite 
de l'immigrant. Pendant la durée de la maladie les coolies sont soi- 
gnés aux frais du planteur, s'ils sont hospitalisés, mais ils ne 
touchent pas de salaire. 

Les enfants de 9 à 12 ans doivent suivre les cours des écoles du 
gouvernement, sous peine, pour les parents, d'être punis d'amendes 
et même de prison. 

Les engagements sont ordinairement, de part et d'autre, fort bien 
observés, et comme à Trinidad, l'emploi de la main-d'œuvre intro- 
duite donne de très beaux résultats. 

Sans doute, le prix de 1 fr. 25 pour la journée de sept heures plus 
le logement semble un salaire très élevé, mais il faut tenir compte 
de la régularité du travail ; c'est un avantage énorme, que dis-je, 
c'est une nécessité absolue, d'avoir une main-d'œuvre stable sur 
laquelle on puisse compter sans cesse, pour établir et entretenir de 
sérieuses plantations. 

On peut, sans crainte d'être taxé de faiblesse à l'égard des races 
inférieures ou considérées comme telles, reconnaître que les coolies 
emplovés en Guyane Hollandaise, qui travaillent sous ce dur climat, 
restent sept heures durant sous une pluie torrentielle, et cela presque 
chaque jour, ne volent pas le prix de leur journée. C'est du reste 
grâce à ces Hindous et Javanais, qui restent S, 10 ans et même plus 
sur la même plantation, fournissant régulièrement leurs 300 et 
quelques journées de travail par année, que les planteurs hollandais 
doivent de vivre aussi facilement sous le climat de Surinam, qui est 
incontestablement l'un des plus durs. 

M. Bray, qui travaille avec la main-d'œuvre hindoue et javanaise, 
a bien voulu, comme je l'ai déjà dit, me fournir les renseignements 
qui m'ont servi à établir le devis de plantation suivant pour une sur- 
face de 100 acres. 



CULTURE PRATIQUE DU CAGAOYER 71 

On a supposé que ces 100 acres étaient pris sur une ancienne 
plantation de canne à sucre abandonnée, et que par conséquent les 
drainages étaient faits. Nous avons vu au chapitre III que le drai- 
nage, à Surinam, revient à des prix très élevés, environ 800 fr. par 
hectare. Le plus souvent, les cacaoyères sont installées sur les 
nombreuses plantations de cannes abandonnées depuis de longues 
années. 

PREiMIÈRE ANNÉE 

Défrichement de 50 acres ^ à 30 florhis ^ par acre 1 .500 00 

Achat de 40.000 plants de bananiers à 0.04 l'un 1 .600 

Transport des bananiers 150 

Plantation des bananiers 500 

Semis en place des cacaoyers 120 

Entretien des 50 acres pendant l'année 2.450 

Frais d'introduction de 15 coolies 2.340 

Construction des maisonnettes d'immigrants 1 .209 

Taxe personnelle des 15 coolies 1 12 50 

Entretiens pendant l'année des maisons de coolies 100 

Impôt médical et frais d'hôpital 112 50 

Salaire, nourriture et frais de service du surveillant 1.077 50 

Imprévu 200 

Total pour la première année 1 1 .471 50 

DEUXIÈME ANNÉE 

Dépense de première année 11 .471 50 

Intérêt de cette somme à 5 % 575 50 

Entretien de 50 acres mis en culture 1 .650 

Défrichement de 50 nouveaux acres 1 .500 

Achat de 50.000 plants de bananiers 2.000 

Transport et plantation de ces 50.000 plants de bananiers. 150 

Plantation par semis de cacaoyers 120 

Entretien de ces 50 acres pendant l'année, drainage 2.450 

Frais d'introduction de 15 nouveaux coolies 2.340 

Construction de maisonnettes pour ces coolies 1 .200 

Taxe personnelle pour 30 coolies 225 

A reporter 23.682 00 

1. Un acre correspond à 42 ares 45 centiares. 

2. Un florin vaut 2 fr. 15 environ. 



72 ÉTUDES ET MÉMOIHES 

Report -23.682 00 

Inipôl médical — "^ 

Salaire, nourriture et frais de service du surveillant 1 .077 50 

Entretien des maisonnettes 200 

Imprévus ''-^ 

A reporter 25 . 484 50 

TROISIÈME ANiNÉE 

Dépense de la deuxième année 25 . 484 60 

Intérêt de celte somme à 5 "/o 1 ■ 276 "25 

Entretien des 100 acres 3.300 

Approfondissement des di'ains 400 

Entretien de bâtiments 200 

Taxe personnelle pour 30 coolies 225 

Impôt médical 223 

Salaire du surveillant 1 . 077 50 

Imprévu 300 

32.488 35 

QUATRIÈME ANNÉE 

Dépense de la troisième année 32.488 35 

Intérêt de cette somme à 5 °/o 1 .626 45 

Dépense pendant la quatrième année , 5.727 50 

39.842 30 

CINQUIÈME ANNÉE 

Dépense de la quatrième année 39.842 30 

Intérêt de cette somme à 5 °/o 1 .994. 15 

Dépense pendant la cinquième année 1 . 727 50 

43.563 95 

soit en francs, à raison de 2 fr. 15 pour un florin, 93.750 fr. 65, 

Comme on le voit, les frais d'établissement d'une cacao vère sont 
élevés à Surinam, mais les planteurs de ce pays retirent des profits 
très importants des bananiers qui abritent les cacaoyers. 

M. Bray estime qu'une plantation de 100 acres doit produire, de 
la deuxième à la quatrième année, une récolte de bananes dont la 
valeur ég-ale sensiblement le chiffre des dépenses d'établissement 
de la plantation, et peut même lui être supérieur. Après la qua- 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER 



73 



trième année les bananiers ne rapportent plus, les cacaoyers donnent 
de trois à quatre mille kilos de cacao sec. 

A ce moment il faudra construire des séchoirs et une case à fer- 
menter, ainsi que des magasins ; de ce fait on dépensera encore au 
minimum 12 à 1.300 florins. En somme, une cacaoyère à Surinam, 
si l'on ne s'occupe pas du produit des bananiers, coiUe avant d'arri- 
ver au moment oi^i le cacao produit assez pour payer les frais d'en- 
tretien (sixième année) 2.500 à 3.000 francs par hectare au mini- 
num, non compris la valeur du terrain. 

M. Bray estime, d'après les résultats pratiques obtenus chez lui, 
qu'à l'âge de dix ans une cacaoyère de 100 hectares a coûté tout 
compris, bâtiments, terrain, 580.000 florins. Mais on peut estimer 
qu'à ce moment elle a produit en bananes et cacao 160.000 florins, 
de sorte que la dépense totale reste à la somme de 120.000 florins, 
soit 258.000 francs. 

Pour donner une idée plus exacte des résultats financiers d'une 
cacaoyère de Surinam, je reproduis dans le tableau ci-dessous les 
chiffres de récolte obtenus, dans une des plus grandes exploitations 
de Surinam, pendant les années 1896, 1897, 1898 et 1899, ainsi 
que les sommes totales payées pendant ces mêmes années .• 



a 

-a 
z 
z 


RÉCOLTE ANNUELLE 

en kilos 


SOMMES 

payées 
en floiùns 


OUVRIERS 

engagés 


OUVRIERS 

libres 




Cacao 


Libéria 




1896 

1897 
1898 
1899 


125.314 
180.136 
126.345 
161.902 


7.170 
43.495 
52.438 
47.007 


46.325 80 
52.396 24 
54.052 57 
57.997 05 


337 
388 
413 
367 


48 
48 
39 
50 


t 



Z 

z 


SURFACE EN PLEIN 

rapport 


SURFACE DE 

plantations nouvelles 


SURFACE PLANTÉE 

pendant l'année 




Cacao 


Libéria 


Cacao 


Café 


18 


22.5 
1 . 75 




1896 

1897 
1898 
1899 


410 
tlO 
410 
410 


54.5 
54.5 
54.5 
54.5 


86.25 

86 . 25 

104.25 

104.25 


167.50 
190 

191.75 
191.65 





74 . ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Si l'on prend la récolte la moins forte, celle de Tannée 1896, sa 
A^aleur arg-ent est de 125.314x1,40 = 1.754.936 pour le cacao. 

En 1902. le café de Libéria de Surinam se vendait à raison de 
fr. 76 le kilo sur les marchés de New- York, la valeur de la 
quantité récoltée sur la plantation X... était donc de 7.170 x; 0,76 
= o.i26 fr. iO, ce qui porte la valeur totale de la récolte à 
180.866 francs. 

La dépense totale ayant été de 14.325 fr. 80 X 2 fr. 15 = 
99.600 fr. 47, le bénéfice net s'est donc élevé à 18.066—99.600 = 
81.155 fr. 53. 

L'année suivante, le g-ain a été de 172.593 fr. 27. 

Il faut remarquer que ce bénéfice a été donné par le cacao seul, 
car le prix de fr. 76 le kilo pour le café est très voisin du prix 
de revient. 

Pour donner une idée frappante des dégâts occasionnés à la 
Guyane Hollandaise dans certaines plantations, par les « Balais de 
sorcières » et le Phytophthora omnivora, dont j'ai parlé précédem- 
ment au chapitre « Ennemis et maladies », il me suffira de dire 
qu'en 1900 cette même plantation qui donnait 172.593 fr. 25 de 
gain net en 1598 ne donna que 23.257 fr. 70 de bénéfice. 

M. Goefken, directeur de la plantation de Voorburg, dont j'ai 
parlé à plusieurs reprises, dit que le cacao dans les années ordi- 
naires coûte à produire 30 à 35 florins par sac de 100 kilos. 
C'est donc un prix moyen de revient de 65 francs, tous frais com- 
pris. 

Sous son habile direction, Voorburg arrive à donner à ses action- 
naires plus de 30 "/o de dividende. 

Pour la Guadeloupe, Guérin estime sans être précis, qu'une 
cacaoyère nécessite une dépense de 300 francs environ par hectare, 
comme frais d'établissement. 

Pour Madagascar, je n'ai pu me procurer aucun renseignement 
préciSj néanmoins des nombreuses conversations que j'ai eues 
avec les planteurs, il me semble résulter, que l'on ne peut guère 
songer à dépenser moins de 1.500 à 2.000 francs par hectare pour 
établir une cacaoyère dans de bonnes conditions. 

L'un des plus sérieux planteurs de la région de Tamatave m'a 
affirmé que cette somme est inférieure à la réalité. 

En se basant sur les dépenses qu'il a faites chez lui, ce planteur 
dit qu'un hectare de cacaoyers revient, à la huitième année, à 
2.500 francs au minimum. 



I 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER • 7S 

APPENDICE 
LE CACAOYER A ^lADAGASCAR 

Importance actuelle de cette culture. 

Son avenir. 

Ainsi que je Tai dit précédemment, le Theobroma Cacao existait à 
Madag-ascar avant la campagne de 1895. 

Il est certain que le cacaoyer a été introduit de La Réunion dans la 
Grande Ile, et, ainsi que je Tai exposé dans le chapitre premier, je suis 
porté à croire qu'il vient indirectement de Ceylan. 

La culture de cette intéressante plante est restée localisée, sur le ver- 
sant oriental, dans les provinces de Tamatave, de \'atomandry, de 
Mahanoro et de Mananjary, mais c'est surtout dans les vallées de TIvo- 
oina et de llvondro que les cacaoyères ont pris un peu d'extension. 

11 existait, avant la campagne, cinq ou six plantations dans ^la pro- 
vince de Tamatave, renfermant au total une vingtaine de mille plants. 
Depuis, les colons ont continué à étendre leurs plantations ; actuellement, 
le nombre des cacaovers mis en place, dans les vallées de l'Ivondro et de 
rivoloina, est d'environ 70 à 80.000. 

Il existe, dans la province de Vatomandry, trois ou quatre petites 
cacaoyères déjà en plein rapport, mais le nombre des arbres âg-és n'excède 
guère, dans cette subdivision administrative, le chiffre de 5.000. 

Après la campagne, les vallées du Sahantsio et du Mangoro avaient fait 
naître quelques espérances au point de vue de la culture du cacaoyer. 
Trois planteurs possédant de sérieux capitaux se sont mis à l'œuvre dès 
1877: plus de 100.000 plants furent mis en terre, dans des conditions 
déplorables, en trois ans. Soit que le sol ne convint pas, soit que les abris 
ne furent pas bien établis, soit pour d'autres raisons, les résultats ne con- 
firmèrent pas les espérances du début et deux des planteurs ont aban- 
donné leurs plantations qui renfermaient au total 80.000 arbres environ. 

La troisième plantation visitée par l'auteur de ce travail, en juin der- 
nier, ne semble pas être en très bonne voie. 

Dans la province de Mananjary, le nombre des cacaoyers est très peu 
important, un ou deux concessionnaires s'occupent de cette culture ; le 
nombre des sujets mis en place à l'heure actuelle ne dépasse pas 2.000 à 
2.500. 

En résumé, la cote de Madagascar possède, à la fin de 1903, environ 
85.000 cacaoyei's mis en place dans des conditions passables, sur lesquels 
25 ou 30.000 au maximum sont en plein rapport. 



76 • ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Dans les îles de Nossi-bé et dé Sainte-Marie, il existe aussi quelques 
petites cacaoyères de création récente, mais le nombre d'arbres mis en 
place est encore peu important. 

En 1902, la production totale pour l'Ile a été de 22.800 kilos de cacao 
préparé, représentant une valeur brute d'environ 45.000 francs. 

Les plantations sont ordinairement de peu d'étendue et le nombre 
d'arbres qu'elles renferment atteint rarement 10.000; il existe cependant 
dans la vallée de l'ivondro deux cacaoyères plus importantes, dont l'une 
possède 25.000 plants. 

La culture du cacaoyer est ordinairement faite d'une façon assez rudi- 
mentairc à Madagascar, les arbres sont rarement plantés suivant des lignes 

régulières. 

Les arbres d'ombrage ne sont pas non plus distancés régulièrement; 
dans certaines plantations ils font complètement défaut. Les sarclages 
sont malheureusement négligés par beaucoup de planteurs. 

La taille est peu ou pas mise en pratique. 

Il n'existe pas d'installation spéciale pour la fermentation. 

Les bacs sont toujours remplacés par des baquets. 

Le lavage est pratiqué par tous les planteurs qui produisent, en géné- 
ral, des cacaos de fort belle apparence. Le séchage se fait sur des nattes 
ou sur des claies; il n'existe, à ma connaissance, aucune installation spé- 
ciale pour le séchage du cacao. 

Ln ce qui concerne la quantité de produit qu'il faut attendre d'un 
arbre, j'ai dit, au chapitre qui traite des rendements, qu'il m'avait pas été 
possible de me procurer de renseignements précis à ce sujet. 

Dernièrement, M. Laroque a bien voulu me communiquer les chiffres 
de récolte qu'il obtient par arbre, sur la plantations Moritia », située sur 
les bords de l'Ivoloina. 

Des arbres âgés de huit à vingt ans, c'est-à-dire presque tous en plein 
rapport, lui ont donné, en 1902, une moyenne de 866 grammes de cacao 
préparé par arbre. 

L'année précédente, la récolte moyenne par arbre n'avait été que de 
520 grammes; ces chiffres sont assez faibles, ils égalent cependant ceux 
obtenus à Trinidad dans les plantations moyennes. 

M. Laroque estime que les rats lui dévorent la moitié de sa récolte. En 
faisant une chasse acharnée à ces rongeurs, à l'aide de pièges et d'appâts 
empoisonnés, on arriverait à augmenter très sensiblement les rendements. 

Dès l'installation de la Station d'Essais de l'Ivoloina, le Service de 
r.\griculture s'est occupé de la culture du cacaoyer; des carrés d'essais 
furent plantés dans le courant de 1901. 

. En 1900, M. le Directeur de l'Agriculture ramena de France une série 
des principales variétés de cacaoyer des Antilles; ces plants mis en place 



Culture pratique du cacaoyer 77 

un an après leur arrivée, ont commencé à porter des cabosses cette 
année. 

L'année dernière, la Station a reçu du Jardin colonial de Nogent-sur- 
Marne une partie dune importante collection d'espèces et de variétés de 
cacaoyers, expédiés de la Trinidad et de la Jamaïque pendant le séjour 
que je fis dans ces deux îles. 

Les Theobroma pentagonum et bicolor figuraient dans cette collection, 
ainsi que de très intéressantes variétés de A'énézuéla et de Colombie. 

Avenir de la culture du cacaoyer à Madagascar. — La France importe 
actuellement plus de 30.000 tonnes de cacao, et, chose surprenante, mal- 
gré l'étendue et la diversité de son domaine colonial, elle emprunte la 
presque totalité du cacao quelle consomme à l'étranger, principalement 
au Brésil, au Venezuela, à l'Equateur et aux possessions anglaises des 
Antilles. 

Sur les 30.000 tonnes qu'importe la métropole, les Colonies françaises 
en fournissaient à peine 800 en 1900. 

La Guadeloupe et la Martinique sont les deux colonies qui produisent 
le plus de cacao ; leur exportation dépassait en 1900 400 tonnes pour 
chaque île. Les désastres qui se sont abattus sur la Martinique en 1902 
réduiront certainement les exportations de cette colonie, car les 
cacaoyères se trouvaient surtout dans la région dévastée par le volcan. 

La Guyane exporte à peine trois tonnes de cacao, le Congo en envoie 
une vingtaine de tonnes en Europe et, comme il a été dit précédemment, 
Madagascar, dont les exportations de cacao suivent une marche régulière- 
ment croissante, en expédie à l'heure actuelle une quantité à peu près 
égale, c'est-à-dire 22 ou 23 tonnes par an. 

A l'heure actuelle, la culture du cacao semble être en voie d'extension 
à la Guyane, au Congo et à Madagascar. Les tentatives sont cependant 
toujours empreintes d'une certaine timidité, malgré les avantages accor- 
dés par la Métropole. 

On sait en effet que la loi de douanes du 11 janvier 1902 a accordé aux 
denrées dites secondaires des Colonies françai.ses, une détaxe de .50 "/o 
sur le tarif général appliqué aux produits similaires provenant des pays 
étrangers. 

Du fait de l'application de cette loi, le tarif d'entrée des cacaos, qui est 
de 104 francs pour 100 kilos pour les produits étrangers, se trouve 
ramené à 52 francs pour les produits des Colonies françaises. C'est donc, 
en somme, une prime de 52 centimes par kilo que la Métropole accorde 
aux planteurs des Colonies françaises. 

Il faut espérer en outre que bientôt la détaxe complète, défendue avec 
ardeur par plusieurs membres éminents du Parlement et un grand 
nombre de savants et d'économistes, viendra apporter à ceux qui n'ont 



78 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

pas hésité à marcher de Tavanl, malgré les difficultés du début, la juste 
récompense de leurs elForts persévérants. 

Quoi qu'il en soit, il est regrettable de constater que la production du 
cacao reste à peu près stationnaire dans les Colonies françaises ; il y a un 
intérêt patriotique et économique des plus grands à ce que cette situa- 
tion cesse, et à ce que les 50.000.000 de francs que la France déverse 
annuellement dans les caisses des pays étrangers, en paiement du cacao 
qu'elle consomme, viennent enrichir ses Colonies. 

J'ai dit, dans le cours de ce travail, quelles étaient celles de nos colo- 
nies qui, au point de vue climatérique, semblent devoir convenir au 
cacaoyer. Jai montré également tout l'intérêt qui s'attache à la culture 
de cette plante, en raison du peu de main-d'œuvre qu'elle nécessite et 
aussi des bénéfices qu'elle peut procurer. Enfin, j'ai fait remarquer que le 
Cacao est un des rares produits coloniaux dont la période de surproduc- 
tion est encore très lointaine, si toutefois elle doit être atteinte, ce qui est 
peu probable. 

Pour être complet, il me reste à dire quel est, à mon sens, l'avenir du 
cacaover à Madagascar et à préciser les conditions dans lesquelles sa 
culture pourra s'étendre, dans la partie moyenne du versant oriental. 

Au chapitre sol, m'appuyant sur de nombreuses observations faites 
tant à Madagascar qu'en Amérique du Sud et aux Antilles, j'ai dit que 
les collines déboisées qui occupent la plus grande partie du versant Est 
ne présentent aucune ressource pour le cacaoyer, à cause de leur compo- 
sition physique spéciale. 

La culture doit donc en être localisée dans les vallées, et l'importance 
qu'elle pourra prendre est de ce fait intimement liée à l'étendue des ter- 
rains d'alluvions qu on y rencontrera. 

Si l'on se contente d'un examen superficiel, l'importance des terrains 
d'alluvions de la Côte Est paraît très grande, mais une étude minutieuse 
vient vite apprendre que dans les vallées situées entre Tamatave et Fara- 
fangana, seule partie de la Côte Est (jue je connaisse, les terrains d'allu- 
vions, non marécageux, sont moins répandus qu'on est tenté de le croire 
au premier abord. 

J'ai visité jusqu'aux premières chutes les vallées de la Manambavana. 
de la Matitanana, du Mananjary, du Sahantsio, du Mangoro, du Sakanila, 
de rivondrono et de l'Ivoloina. 

Les formations alluvionnaires saines sont identiques dans les bassins de 
tous ces lleuves. Elles sont ordinairement assez peu étendues, entrecou- 
pées de ruisseaux et de petits marécages. Elles forment presque toujours 
d'étroites bandes qui s'étendent le long des fleuves et qui sont limitées 
du côté opposé à la rivière, par les collines ou par les marais. 

Dans ces terres il faut encore faire une sélection rigoureuse. Ainsi que 



» 



CULTURE PRATIQUE DU CACAOYER 79 

je l'ai dit au chapitre sol, les alluvions formées de couches peu épaisses 
de limon arj^ilo-siliceux alternant avec des bancs de sable, ne semblent 
pas présenter de grandes ressources pour le cacao. 

Il faut, semble-t-il, que la couche argilo-siliceuse atteigne au moins 
de 1 mètre à l'" "20 d'épaisseur. 

En somme, je crois que la culture du cacaoyer peut présenter de l'inté- 
rêt dans les provinces de Tamatave, d'Andevoranto, de Vatomandry et 
de Mananjary, surtout pour de petits capitalistes ayant des ressources 
relativement restreintes à mettre en œuvre. 

Les sociétés puissantes disposant de capitaux très importants y trouve- 
raient difficilement des espaces suffisants pour y créer des cacaoyères en 
rapport avec leurs moyens d'action analogues aux grandes exploitations 
de l'Amérique du Sud. 

En raison des surfaces restreintes dont ils pourront disposer, il semble- 
rait que les planteurs de cacaoyers installés dans les provinces citées plus 
haut auraient tout avantage à se livrer à une culture très intensive. Ils 
devraient adjoindre de forts troupeaux à leurs domaines, favoriser autant 
que possible la production du fumier et fumer méthodiquement leurs 
cacaoyères. 

Des tailles bien appliquées, associées à des soins d'entretien et à des 
fumures raisonnées, sont capables d'augmenter la production dans une 
très large mesure ; les résultats qu'obtiennent certains planteurs de 
Grenade le prouvent nettement. 

Les grandes sociétés semblent devoir trouver des champs d'action plus 
vastes dans les provinces de Fénérive et de Maroantsetra. Je ne connais 
pas encore ces subdivisions administratives, mais ce qu'en dit M. Des- 
LANDES permet de penser que c'est par là qu'il faut diriger les efforts des 
particuliers et des sociétés désireux d'installer de grandes cacaoyères. 

M. Deslandes s'exprime en effet ainsi au sujet des provinces de Féné- 
rive et de Maroantsetra : « Mais je puis être affirmatif en ce qui concerne 
c( la région de Maroantsetra que j'ai parcourue suffisamment pour me faire 
« une idée de ses terrains ; le cacaoyer est appelé à y réussir. On ren- 
« contre dans les vallées, celles de l'Antalambana en particulier, plus au 
« sud sur la Mananara, de vastes terrains d'alluvions, à sol profond, riche, 
« frais, présentant, en un mot, toutes les conditions requises », et plus 
loin il ajoute : « comme la province de Maroantsetra, celle de Fénérive 
« offre les conditions les plus favorables à l'établissement de vastes 
« cacaoyères. Les terrains d'alluvions riches, horizontaux, desservis par 
« des rivières, se rencontrent fréquemment. « 

Fauchère, 
Soiis-Inspecleur d'Agriciillure 
à Madagascar. 



NOIES 



L'INDUSTRIE DES CHAPEAUX DE BAMBOU 

A JAVA 



C'est à un Céleste qui avait habité longtemps Manille que Ton 
doit l'introduction, dans ditïérents districts de la Résidence de 
Bantam (ouest de Java), de l'industrie des chapeaux de bambou qui 
fait vivre aujourd'hui plus de 60.000 indigènes. 

Ce chapeau, très souple, a le grand avantage sur le Panama et 
le Manille qu'il coûte beaucoup moins cher; cependant, on lui 
reproche de jaunir à l'air et de ne pas supporter le lavage. 

Généralement, ce sont les hommes qui découpent en lanières 
très minces et très étroites, l'écorce d'un bambou spécial et qui 
portent l'article fabriqué au marché. Les femmes et les enfants 
procèdent à la fabrication dans les u Kampongs » (villages). 11 ne 
faut pas moins de deux jours de travail pour tisser un chapeau qui 
se vend, sur place, 20 cents de florin, (environ 42 centimes de 
notre monnaie). 

On compte dix qualités, selon la finesse du brin, dix numéros, 
pour parler comme les Européens fixés dans le district de Tange- 
rang, qui, avec l'aide d'auxiliaires chinois et malais, achètent les 
chapeaux par milliers sur les marchés indigènes, pour les classer 
et les expédier ensuite en Europe et aux Etats-Unis. 

Depuis près de deux années, par suite de grands achats efl'ectués 
par des maisons françaises et du nouveau débouché trouvé sur le 
marché de New-York, les prix des chapeaux de bambou ont presque 
doublé à Java pour les qualités ordinaires et augmenté de 50 % 
pour les qualités moyennes et fines. Les chapeaux communs se 
paient notamment 17 et 20 cents de florin (un florin ou 100 cents = 
2 fr. 085) au lieu de 10 et 12 cents il y a quelques années et le prix 



l'industrie des chapeaux a java 81 

des derniers numéros peut atteindre 85 cents ; enfin un maximum 
de 6 florins est consenti pour les articles d'une rare finesse qui se 
vendent en France de 25 à 30 fr. La qualité extra-fine n'est pas à 
la portée de toutes les bourses ; elle réclame d'ailleurs deux mois 
de travail journalier. 

On doit remailler, sur les bords, les chapeaux qui sont toujours 
doubles et de qualités difïérentes, la partie intérieure étant toujours 
un peu moins fine. Les hommes, femmes et enfants qui exécutent 
ce travail assez minutieux sont payés un cent et demi de florin par 
chapeau ; un bon spécialiste parvient à remailler 30 chapeaux dans 
une journée, du lever au coucher du soleil, et gagne ainsi fr. 94 
environ. C'est un maximum de salaire auquel le meilleur tisseur ne 
saurait prétendre. Or, si ce dernier est à même d'accoupler les cha- 
peaux, le remailleur ne sait pas toujours tisser; mais la plupart 
des indigènes préfèrent gagner un peu moins en fabriquant le cha- 
peau dans un village de l'intérieur que de remailler dans la maison 
d'un acheteur européen ou tout au moins à proximité de sa demeure. 

Dès qu'ils ont été remaillés, les chapeaux sont plongés dans un 
bain de bisulfite de soude, puis séchés au soleil ; certains fabricants 
ont bien songé à leur donner une blancheur éclatante en se servant 
de l'eau oxygénée, mais l'administration des douanes des pays pro- 
tectionnistes, dans lesquels ils effectuaient des envois, ayant refusé 
d'imposer ces articles d'une extrême blancheur comme « chapeaux 
bruts», il a fallu en revenir au lessivage par le bisulfite de soude. 

Cependant cette opération qui enlève un peu de la coloration jaune 
sale du bambou, fait apparaître, sur certains chapeaux, des taches 
noirâtres, par suite de l'action chimique du sel de soude sur le jus 
riche en tannin des fruits du pays que mangent, en travaillant, les 
tisseurs et les remailleurs. Ces chapeaux tachés qu'on ne saurait 
distinguer sur les marchés d'achat et qu'il est impossible d'expédier 
en Europe, sont cédés à moitié prix aux Chinois de Batavia qui les 
teignent avant de les écouler dans le pays. 

Il faut espérer qu'un chimiste intelligent trouvera bien quelque 
jour un ingrédient propre à faire disparaître sur les chapeaux les 
taches en question. 

En attendant, un acheteur européen a trouvé un emploi pour les 
chapeaux tachés qui lui restaient pour compte : il en fabrique des 
casques insolaires. Le chapeau brut est placé sur une forme métal- 
lique chauffée au gaz, puis il est enduit d'un vernis destiné à lui 
Bulletin du Jardin colonial. 6 



82 îiOTES 

donner la rigidité et l'imperméabilité nécessaire avant de le recou- 
vrir de toile blanche à l'extérieur, et de le doubler de satinette verte 
k l'intérieur. L'aspect original du chapeau de bambou peut être 
d'ailleurs modifié à l'infini, grâce aux formes de bois ou de métal, 
ainsi qu'au fer du chapelier. On en fait notammest de très jolis 
chapeaux de dames. 

Les Européens qui s'occupent de ce commerce doivent surveiller 
constamment leur stock, et procéder à des inventaires réguliers, car 
il n'est pas de blanc, aux Indes, que les Malais n'aient volé et le 
chapeau brut est d'un écoulement facile dans le pays de produc- 
tion, même sans l'aide d'un receleur chinois. 

Pour l'expédition, on emjDile les chapeaux à coups de pilon de 
fonte dans des vieilles c:iisses zinguées ayant servi à l'importation 
des allumettes suédoises et payées ici de 9 à 12 fr. pièce. On par- 
vient ainsi à en loger de 1 .200 à 2.100, suivant l'épaisseur du bam- 
bou, dans une caisse qui ne mesure que 610 décimètres cubes. 

Les envois k destination de l'Ancien et du Nouveau Monde se 
seraient élevés, en 1904, k 2.S00 caisses contenant environ quatre 
millions de chapeaux. Une seule maison de Tangerang (Javaj aurait 
expédiéjusqu'k 30.000 chapeaux par semaine. A une certaine époque, 
mais généi'alement vers le temps de la moisson du riz, la fabrica- 
tion n'est plus aussi active et les envois se ralentissent. 

Les chapeaux du Tonkin, commencés en carré comme ceux de 
Manille, ont une apparence plus grossière que l'article de Java com- 
mencé en bouton; de plus, ils sont simples et moins rigides par 
conséquent que les chapeaux doubles. On reproche en outre aux 
tisseurs tonkinois de découper Técorce du bambou en lanières trop 
épaisses. 

Le Département de la Marine k Batavia fait distribuer, depuis 
plusieurs années, aux matelots de l'escadre en station dans les eaux 
de l'archipel indonésien, des chapeaux de bambou. 

En ces derniers temps, le Département de la Guerre a suivi cet 
exemple. 11 a adopté, pour remplacer le casque insolaire des soldats 
de l'armée des Indes, un chapeau de bambou teint couleur kaki et 
relevé k la façon Boër, k droite ou à gauche, grâce k deux boutons- 
pression, selon la position du soleil. On ne saurait nier qu'un tel 
chapeau donne un air crâne et martial au soldat qui en est coiffé, 
mais on peut douter qu'il le garantisse, en tout temps, d'une insola- 
tion, .surtout en pays équatorial. 



l'industrie des chapeaux a java 83 

Un manufacturier français établi à Java aurait reçu une com- 
mande de plusieurs milliers de ces chapeaux qui lui seraient payés 
\ fr. 50 pièce. 

Le commerce des chapeaux de bambou a été très rémunérateur à 
Java jusqu'en ces derniers temps ; mais, par suite de la concurrence 
de nouveaux acheteurs très compétents, les anciennes maisons ont 
diminué leurs expéditions. La rivalité commerciale née de cet état 
de choses a surtout profité aux indigènes ; les prix ont monté et sont 
restés stationnaires, la demande dépassant toujours la production 
grâce à l'ingéniosité des intermédiaires européens qui trouvaient de 
nouveaux débouchés. 

Suivent les adresses des maisons établies dans la résidence de 
Batavia qui s'occupent de l'expédition des chapeaux de bambou : 

L. Platon (maison française), Kali-Besar, Batavia (agent à Bor- 
deaux : Charmet, 49, rue Ligier). 

Olivier et C" (maison française) à Tangerang (Java), maison à 
Paris, 9, rue d'Argout. 

Petitjean (maison française) à Tangerang. 

Reiss et C° (maison hollandaise), Kali-Besar, Batavia. 

Maintz et C° (maison allemande), Kali-Besar, Batavia (maison à 
Paris, rue Saint-Georges, 28). 

Société Coloniale indo-belge, Kali-Besar, Batavia (agent à Anvers : 
Fasting et C°). 

Sutorius en G°, Kali-Besar, Batavia. 

Paul Serre, 
Vice-Consul de France à Batavia. 



IMPORTANCK COMMERCIALE DU CACAO 
POUR LA FRANCE ET SES COLONIES 

L'examen des statistiques officielles portant sur une période de 
dix années, par exemple, est des plus instructifs, et permet de sai- 
sir, dune manière positive, l'importance commerciale d'un produit 
donné en même temps qu'il explique les fluctuations de cours des 
denrées coloniales dont il se consomme en France, chaque année, 
des quantités considérables, et qui jusqu'à ce jour, malheureuse- 
ment, tirent leur origine, pour une trop grande part, des pays 
étrangers. 

Si nous prenons le cacao, nous constatons que les importations 
annuelles vont sans cesse en augmentant ainsi que le montrent 
nettement les chiffres ci-dessous : 

COMMERCE GÉNÉRAL 

Quantités totales de cacao 
eu fèves importées 
Années. en France. 

1894 28.281 tonnes 

1895 33.133 — 

1896 28.629 — 

1897 25.407 — 

1898 35.979 — 

18!)9 41.056 — 

lî»00 33.160 — 

1901 33.259 — 

1902 40.108 — 

1903 44.726 — 

1904 49.159 —1 

Ces chiiïres représentent les quantités de cacao qui ont été 
apportées par l'étranger ou par nos colonies, et qui étaient desti- 
nées à la consommation, k l'entrepôt, au transit ou à la réexporta- 

1. r,l;i(frcs provisoires. 



IMPORTANCE COMMERCIALE DU CACAO 85 

tion. Ils indiquent, en résumé, les quantités de cacao offertes à 
la France de 4894 à 1904 inclusivement. 

Le tableau suivant précise le premier en montrant quelles ont 
été, pendant la même période, les quantités de cacao mises en con- 
sommation : 

COMMERCE SPÉCIAL 

Quantités mises en 
Années. consommation. 

1894 14.874 tonnes 

1895 15.243 — 

1896 15.820 — . 

1897 16.214 — 

1898 -■..... 17.444 — 

1899 17.756 — 

1900 17.462 — 

1901 17.914 — 

1902..' 19.261 — 

1903 20.741 — 

1904 21.7991 - 

On voit que la consommation du cacao augmente en France 
puisque, en dix années, elle est passée de 14.874 tonnes à 
21.799 tonnes, soit une augmentation de 7.000 tonnes en nombre 
rond. 

Cette progression dans la consommation, si elle est rassurante 
pour les producteurs français, n'est pas assez en rapport avec la 
progression des importations totales, lesquelles de 28.281 tonnes 
en 1894 se sont élevées à 49.159 tonnes en 1904. 

C'est certainement à cette dernière cause qu'il faut attribuer la 
baisse de prix constatée sur les différentes sortes de cacao. 

En effet, si nous prenons les sortes moyennes de cacao, prove- 
nant des colonies françaises, qui se vendaient au demi-droit, envi- 
ron 2 francs le kilogr., dans ces dernières années, nous voyons que 
les mêmes sortes, en 1904 et 1905, n'ont pu être vendues qu'au- 
tour de 1 fr. 80 le kilogramme, ce qui représente une baisse d'au 
moins 10 francs par 50 kilogrammes. 

1. Chiffres provisoires. 



86 NOTES 

Nous savons que le cacao provenant des colonies françaises est 
favorisé, à l'entrée dans la Métropole, par une détaxe de fr. 52 
par kilogramme. Voyons donc si la culture du cacaoyer est en voie 
de développement dans celles de nos possessions où le climat lui 
est favorable. Cela n'est pas douteux puisque, en 1896, la produc- 
tion de la Guadeloupe et de la Martinique était de 812 tonnes et 
celle des autres colonies françaises de 10 tonnes seulement. 

En 1904, la production totale a dépassé 1.000 tonnes pour l'en- 
semble de nos colonies, ce qui représente à peu près la vingtième 
partie de la consommation totale. Dans ce chiffre, la part des colo- 
nies autres que la Guadeloupe et la Martinique, est de 125 tonnes 
en nombre rond. 

EXPORTATIONS DE CACAO DES COLONIES FRANÇAISES EN 1904 

Guadeloupe 625.784 kilogr. 

Martinique 318.9221 — 

Congo Français 91 .092 — 

Madagascar 19.411 — 

Comores 13.217 — 

Guyane 9 . 246 — 

Nouvelle-Calédonie 2 . 090 — 

Réunion 1 . 539 — 

Côte d'Ivoire 980 — 

Indo-Chine 264 — 

Total 1.082.545 — 

Cette production ne tardera pas à être dépassée, et nous sommes 
persuadé que grâce aux efforts faits dans différentes colonies, 
notamment à la Côte Occidentale d'Afrique, au Gabon, les quantités 
de cacao de provenance française tiendront, dans les importations 
totales, une part qui dans l'avenir augmentera d'année en année, 
pour le plus grand bien de nos nationaux et du commerce français. 

G. Chalot. 
Professeur à VEcole supérieure 
d'Agriculture coloniale. 

I . En 1902 la production de la Martinique a été de 435.462 kilos. La diminution cons- 
tatée en 1904 est certainement due aux pertes de toutes sortes, causées par les érup- 
tions vnlcnniqucs. 



LES INSECTES 87 



LES INSECTES 



LES CLYTUS DU CAFEIER AU TONKIN 

M. Bouton a publié, dans les Comptes rendus de V Académie des 
sciences, novembre 1904 et juin 1905, des notes sur deux Xylo- 
trechus qu'il a observés au Tonkin. La première de ces notes est 
réservée au X. quadripes Chev. [Mém. Liège, XVIII, 1863, p, 315), 
qui vit sur le caféier; la deuxième, sur une espèce ennemie égale- 
ment du caféier et aussi du bambou, dont il ne cite pas le nom, et 
qui est le A. annularis Fab. 

Dans la dernière de ces notes, il suppose que le X. quadripes 
n'est qu'une forme modifiée de Vannularis par le changement de 
milieu, en passant du bambou au caféier. Je ne le crois pas ; les 
deux insectes sont bien différents et ils constituent certainement 
deux espèces distinctes. 

Annularis est une très vieille espèce, excessivement commune 
dans toute l'Indo-Chine. Quant à quadripes, ses dégâts sur le 
caféier sont connus depuis longtemps, ils ont été signalés de 
Madras, par M. Lecot [Bull. Soc. Ent. Fr., 1868, p. 302). La larve 
a été décrite et figurée par Dunning [Tr. Ent. Soc. Lond., 1868, 
p. 105 et p. 126). Richter lui a donné le nom de coffeophagus [Proc. 
Agr. H art. Soc. Madras, 1867). 

A la suite d'une communication de M. Capus, directeur de 
l'Agriculture à Hanoï, j"ai publié sur le quadripes une note dans le 
Bulletin du Jardin colonial (1903, p. 754). 

Fleutiàux. 



COMMUNICATIONS DIVERSES 



Expertises de cotons de Madagascar. — Le Jardin colonial a reçu der- 
nièrement deux échantillons de coton provenant de Madag-ascar. Ces 
cotons récoltés, l'un dans la province de Tuléar, dans le sud-ouest de la 
grande Ile, et l'autre aux environs de Marovoay, dans la région de 
Majunga, ont été communiqués à l'Association cotonnière coloniale qui 
a fourni sur leur volume les renseignements résumés ci-après avec les 
indications données par la Direction de l'Agriculture de Madagascar sur 
l'origine des graines employées. 

1" Colon recueilli aux environ.'^ de Marovoay (province de Majunga, 
nord-ouest de Madagascar). 

Coton cultivé par les indigènes, provenant de graines envoyées à 
Madagascar par l'Association cotonnière coloniale sous le nom de 
« Variété B » et distribuées aux Malgaches de la région de Marovoay, par 
les soins de la Direction de l'Agriculture, à la lin de 1901. 

Les experts ont fourni sur ce coton lappréciation suivante : 

« Beau et bon coton, belle nuance dorée, brillante, très propre. 

.« Classement : Du bon fuUy good middling à middling fair, un peu 
mou. 

« Soies fortes et assez régulières, pleines, longues de 29 à 30 milli- 
mètres. 

« Valeur en décembre 1905 : 82 fr. les 50 kilos égrenés, sur base du 
terme à 76 fr. 

« Ce coton serait très désirable et de vente facile ; il conviendrait 
parfaitement pour les fabricants de bonneterie. » 

2" Coton récolté dans la province de Tuléar. — Cultures faites par les 
indigènes dans des conditions peu satisfaisantes. 

« a] Graines : La graine de coton vaut actuellement (décembre 1905) 
entre 12 et 15 fr. les 100 kilos, mais l'échantillon préparé à Tuléar se 
compose de semences trop velues pour pouvoir être utilisées par l'indus- 
trie. 

« h) Fibres : Coton sale, mal égrené, peu désirable, soie très courte 
manquant absolument de force. Les cotons de cette qualité pourraient 
néanmoins trouver preneur au prix de 65 fr. les 50 kilos sur base du 
terme à 76 fr. » 

Des échantillons de ces deux sortes de coton sont conservés, à titre de 
renseignements, au Jardin colonial, dans la salle de l'Exposition Perma- 
nente de Madagascar. 



MAÇON, HKOTAT KHÈHEs, .MPK.MEURs L Editeur-Géraut ." A. Challamel. 







f-ANDÏI!EUX k C'^ ! 



4, Quai de la Mégisserie, PARIS 



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LIANE A CAOUTCHOUC 
Landolphia Heudelotii 



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La Maison VILMORIN-ANDHIEUX ET C-, toujours sou- } 
cieuse d'être utile à sou importante clientèle, a cru devoir i 
s'occuper d'une façon toute particulière de l'importation et de la \-ulga- j 
risation des graines et plantes précieuses des pays chauds 

Ses relations commerciales avec toutes les parties du globe la placent i i 
certainement au premier rang des maisons recommandables pour |.( 
résoudre cette importante question. 

Du reste, ses efforts ont été couronnés de succès puisqu'elle a I i 
obtenu 7 Grands Prix à l'Exposition Universelle de iqoo, dont un |< 
s[)écialemenl accordé pour son Exposition Coloniale En outre, le Jury |ii 
de la dernière Exposition qui a en lieu en igoâ. an Jardin Colonial de {' 
Nogeiit-sur-Marne, a confirmé les décisions du Jury de l'Exposition Uni- 
verselle en lui attribuant le Premier Grand Prix d'Honneur. 
Enfin, suivant une longue tradition, la Maison se fait un devoir de répondre de la façon la plus désin- 
Icressce à toutes les demandes qui lui sont adressées. 

Graines et jeunes plantes disponibles au fur et à mesure de la récolte : 

Plantes textiles. — Agave Sisalana du Yucatan (vrai), Cotons sélectionnés, Jute, F0urcroyi(j 
gisrantea, etc. 

Plantes économiques- — Cacaoyer (variétés de choix), Caféiers (espèces diverses', Coca, Kola, 
Tabacs divers. Thé d'Annam et d'Assam, etc. 

Plantes à caoutchouc. — Castilloa elastica, Euphorbia Intisy, Ficus divers, Hevea brasiliensis, 
Landolphia (diverses sortes), Manihot Glaziovii, Marsdenia verrucosa, Willughbeia edulis, etc. 

Plantes à épices- — Canellier de Ceylan, Gingembre des Antilles, Giroflier, Muscadier, Poivrier, 
Vanilles du Mexique et de Bourbon (boutures), etc. 

Graines de plantes médicinales, à gomme, à huile, à essence, à tanin, etc , etc. j| 

Emballage spécial. — Nous croyons devoir appeler l'attention de notre clientèle d'outre-mer sur-' 
l'avantage qu'ils trouveront à employer nos caisses vitrées (caisse Ward pour l'expédition des jeunes 
plants ou des graines en stratification 



GRAINES AGRICOLES ET- INDUSTRIELLES 

Graines d Arbres et d'Arbustes pour pays tempérés et tropicaux. 

Assortiments de Graines potagères. Fleurs, etc., appropriés aux différents climats. 



CATALOGUE SPÉCIAL POUR LES COLONIES FRANCO SUR DEMANDE 

Correspondance en toutes langues. — La maison n'a pas de succursale ni de dépôt. 



6e Année Février 1906 N» 35 

. 'i 



Inspection générale de l'Agriculture coloniale ] 



MliNISTÈRE DES COLONIES 



L'Agriculture pratique 

des pays chauds 



BULLETIN MENSUEL 



DU i 



JARDIN COLONIAL 



ET DES 5 

i 



Jardins d'essai des Colonies 



Tous documents et toutes communications relatives à la rédaction 

doivent être adressés 

à l'Inspection générale de V Agriculture coloniale 

au Ministère des Colonies 



PARIS 

Augustin CHALLAMEL, Editeur 

Rue Jacob, 17 

Librairie Maritime et Coloniale 



Les abonnements partent du /er Janvier et du /er Juillet i 

Prix de l'Année (France, Colonies et tous pays de l'Union postale). — 20 fr. 

La reproduction complète d'un article ne peut être faite qu'après autorisation spéciale. ': 

Les citations ou reproductions oartielles sont autorisées à condition de mentionner la source. i 

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Feuille de Renseignements de l'Office Colonial 

J'UBL/CA TION MENSUELLE 



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|i 



COLONISATION : Exploitations agricoles et industrielles, enquêtes économiques, etc. 
COMMERCE : Renseignements commerciaux et statistiques; Avis d'adjudications 

Offres et demandes commerciales; Mouvement des paquebots; Liste des maisons 

de commerce, etc. 

ABONNEMENT ANNUEL : France, 5 fr. — Colonies et Union postale, 6 fr. 



L'AGRICULTURE PRATIQUE 

DES PAYS CHAUDS 



BULLETIN MENSUEL DU JARDIN COLONIAL 

ET DES JARDINS D'ESSAI DES COLONIES FRANÇAISES 
6e année Février 1906 No 35 



SOMMAIRE NEWVORK 

BOTANICAt 

QARDEN. 

DOCUMENTS OFFICIELS 

Pages 
Liste des récompenses de l'Exposition nationale d'agriculture 

coloniale 89 

Nominations et mutations 106 

Rapport de l'Exposition nationale d'agriculture coloniale, classe III. 

Produits des forêts 107 

ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Description et utilisation du cocotier, par M. Em. Prud'homme, 

directeur de l'agriculture de Madagascar 1 13 

Les kolatiers et les kolas, par M. Jean Vuillet, chef du service de 

l'agriculture du Haut-Sénégal et Niger 129 

Culture du cotonnier à la station expérimentale de Marovoay, 

par M. Duchêne, directeur de la station d'essai de Marovoay. 187 

Les matières tannantes de nos colonies, par M. Paul Ammann, 

chef du service chimique au Jardin colonial i44 

NOTES 

Note sur une floraison de bambous, T^av M. C. Chalot, professeur à 

l'Ecole nationale d'agriculture coloniale i54 

Lés mouches et les maladies contagieuses, par le D"" A. Loir, pro- 
fesseur à l'Ecole nationale d'agriculture coloniale i58 

Sur l'emploi de l'acide cijanhydrique pour la destruction des 

parasites, par M. L. Tillier, professeur de la Ville de Paris. . 169 

U agriculture dans la vallée du Niger fOussounifing), par M. Du- 
mas, agent de culture de l'Afrique occidentale française 170 

Formation de Bulbilles chez le Coleus Dnzo, par M. Marcel Dubard, 

professeur à l'Ecole nationale d'agriculture coloniale 172 

Communications diverses 17^ 



Dans le cours de la cinquième année (igoS) 

« L'Agriculture pratique des Pays chauds » 

(bulletin du jardin colonial) 

a publié, outre les Documents officiels, 150 mémoires, 
notes et articles divers sur les cultures, l'élevage ou les 
productions des pays tropicaux ; ces articles contenant 
267 photographies, figures ou croquis forment ensemble 
deux volumes in-8 de 536 pages chacun. 



Un numéro spécimen est adressé franco sur demande. 



liR COIiliECTIOjM DE 

" L'Agriculture pratique des pays chauds " 

COMPREND A CE JOUR 6 V O L U .M E S 



10 Juillet 1901 à Juin 1902 



20 Juillet 1902 à Juin 1903 . . 

3o Juillet 1903 à Juin 1904 . . 

40 Juillet 1904 à Décembre 1904 

50 Janvier 1905 à Juin 1905 

6° Juillet 1905 à Décembre 1905 ... — 10 fr 

(Envoi franco contre mandat- poste) 



I vol. in -80. 20 fr 



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gnements divers, publicité, adresser lettres et mandats à 

M. Augustin CHALLAMEL, Editeur, 

Librairie Maritime et Coloniale 

17, rue Jacob, Paris. 



Demander le prospectus détaillé, contenant le titre de 
tous les articles de la collection, avec le nom de Fauteur, 
l'indication du Numéro dans lequel l'article a été publié. 



6« Année Février 1906 N^ 35 



PARTIE OFFICIELLE 



LISTE DES RECOMPENSES 

DE 

L'EXPOSITION NATIOx\ALE D'AGRICULTURE COLONIALE 

CLASSE I 
l'^^ Section. — Café, cacao, thé, vanille, girofle, etc. 

Hors Concours 

M. BouRDiLLAT. — Remerciements du Jury. 

M. Menier. — Remerciements et félicitations du Jury. 

Grands Prix. 

MM. BouiN et Regouin (vanille). 

C'® Coloniale du Gabon [exposition d'ensemble). 

C'" française de Kong [café). 

Direction de l'agriculture de Madagascar. Remerciements du Jury à 
M. Em. Prudhomme, Directeur de l'Agriculture et à ses collabora- 
teurs ,(MM. Deslandes, Fauchère, Jaeglé, Rollot et Nicolas) pour le 
zèle qu'ils ont apporté à la préparation de l'exposition permanente de 
la colonie. 

M. Fillot [kola frais). 

M. Gillot [producteur et importateur de café). 

MM. Prévost père et fils [cafés divers). 

MM. Lecoutev et Herbunot [kola frais). 

Médailles d'Or. 

MM. Jenot (Vatomandry). — Moyaux (Nossy-Bé). — Bouas (Mahorense- 
tra). — Mersanne (Nossy-Bé). — Giraud (Nossy-Bé). — Locamus 
(Nossy-Bé). — Frager. — Plaire Florent. — Guinet. — Huby [pour 
les vanilles). 

MM. DupuY. — Castel du Genêt. — Bauristhène. — Laroque. — Chan- 
Balletin du Jardin colonial. 7 



90 DOCUMENTS OFFICIELS 

TEPIE. DUMONT. HoDOUL. — M.VIGROT. VeNOT. ChAMBRE 

d'agriculture de Madagascar {pour le cacao). 
MM. Dui'UY. — Bauristhùne. — Maigrot. — Chambre d'agriculture de 

Madagascar {pour le café). 
Syndicat central des agriculteurs de France (pour laide qu'il apporte 

aux producteurs en facilitant Técoulement des denrées coloniales). — 

M"'' Lacaze. — MM. Paul Chaffanjon. — De Combles. — Sluzansri 

{Produits divers). 

Me'dailles de Vermeil. — xM"'" Camille Kempf {vanille). — M. le D' Dyé. — 
Lafichij-e (Ihc, café). 

Grandes Médailles d'Argent. — Société du Haut-Ogoué {cacao). — Société 
DU Haut-Como {cacao). 

Médailles d'Argent. — MM. Golson, de la Réunion {vanilles). — Locamus, 
de Nossi-Bé {ensemble de son exposition). — Chapmann {vulgarisation 
de la kola). 

Mentions honorables. — MM. Mendoza-Conception [ensemble de son 
exposition). — Bloch (vanilles). — Casablancas {ensemble de son 
exposition). — Gouvernement de la côte des Somalis. — Jardin bota- 
nique DE Saigon. — Indes françaises. — Jardin d'essai de Libreville. 
Le Jury constate l'ellort fait par cet établissement pour développer 
et améliorer la culture du Cacaoyer au Gabon et adresse à ses direc- 
teurs successifs auxquels on doit des contributions de valeur sur cette 
culture, des sincères félicitations. Il pense que l'on peut citer comme 
exemple les travaux du Jardin d'essai de Libreville, sur le cacao, aux 
Services ag"ricoles des colonies. 



2" SECTION. — Céréales, fruits, tubercules, etc. 

Grands Prix. 

Jardin botanique de Saigon. 
Direction de l'agriculture de Cochinciiine. 
Syndicat central des agriculteurs de France. 

Direction de l'agriculture de Madagascar (Station d'essais de Nani- 
sana). 

Médailles d'Or. 

M.M. Gaston Lecoutey et Eugène Herbunot, producteurs de manioc au 
Rio-Ponjjo (Guinée française). — Comice et syndicat agricole de 
Sétif ('Constanlinej. — M. Picot (Aïn-Kerma). — M. de Bo.nao à Bou- 
la ri k. 



KÉCOMPENSES A l'eXPOSITION d'aGRICULTURE COLONIALE 91 

Médailles d'Argent. — MM. Locamus (Nossy-Bé). — Sluzanski (province 
de Majunga). — Gazeneuve (Gonstantine), — Commune mixte d'Aïn- 
TouTA. — Mayère (Gonstantine). — Ben Gana Agha (Mohamed ben el 
hadj). — Pradines (Batna, Gonstantine). — Vacher (Konakry). 

Médailles de Bronze. — MM. Sabatier (Madagascar). — Séverat (Gasa- 
mance). — ■ Marzac (Tunisie). — Bain (Gonstantine). — Giieikh Saïd- 
ben-Maache (Lambessa), — Villon (Gonstantine). 

Mentions honorables. — MM. Gharlot (Paris). — Mendielle (Alger). — 
Bourguignon (Oran). — Teule (Boufarick). — Labeunie (Relizane). — 
Razafindrazaka (Morondava"!. 



CLASSE II 

1'^ SECTION. — Bœufs, moutons, etc. 

Grands Prix. 

Gouvernement général de l'Afrique Occidentale [ensemble de Vexposi- 
tion). 

Médailles dOr. 

Lot de bovidés Zébus du Niger. Exposé par le Gouvernement de l'Afrique 
occidentale. — Lot de bovidés Tauriens du Fouta-Djallon. Exposé par 
le Gouvernement de l'Afrique occidentale. — Lot de moutons, race à 
poils du Sénégal. — Lot de chèvres de Nubie, de Syrie et de Malte, 
exposés par M. Grepin à Brunoy (Seine-et-Oise). 



Médailles d'Argent. — Lot de bovidés Zebus du Sénégal, exposé par le 
Gouvernement de l'Afrique occidentale. — Lot de bovidés Tauriens 
(N'Dama au Sénégal) (idem). —■ Lot de moutons du Touat, exposé par 
M. le C^ Barronnier à Biskra. — Lot de moutons somalis et croisements 
Berrichon-Somalis, exposé par F Ecole d'Agriculture de Grignon. — 
Lot de moutons Malgaches et croisements 'Mérinos-Malgaches, exposé 
par le Gouvernement général de Madagascar. — Lot de chèvres du 
Soudan, exposé par le Gouvernement de l'Afrique occidentale fran- 
çaise. — Jeune éléphant d'Afrique, exposé par M. Ormières, — Lot de 
chèvres naines du Sénégal, exposé par le Gouvernement de l'Afrique 
occidentale, — Ouvrage sur l'élevage au Soudan, par MM. Pierre et 
Monteil. — Ouvrage sur l'élevage à la Nouvelle-Galédonie, par 
M. Lafforgue, ingénieur agronome. 



92 DOCUMENTS OFFICIELS 

Médailles de Bronze. — Lot de moutons du Soudan, exposé par le Gou- 
VEKNEMENT génékal DE l'Afrique occidemtale. — Potaniochèrc du 
Congre, exposé par M. Prins. — Cuirs et peaux de chèvres au Soudan, 
exposés par M. Perignon. — Produits animaux divers, exposés par 
M, CuARLOT (importateur). — Documents et photographies concernant 
les animaux domestiques en Indo-Chine, présentés par M. Halot, vété- 
rinaire à Hanoï. 



2*^ SECTION. — Volailles. 

Hors Concours. 

Lot de coqs et poules, Grands combattants, exposé par M. Chatignan. 
Lot de coqs et poules, Dénudés de Madagascar, exposé par M. Lefebvre 
(Nogent-sur-Marne). 

Médaille d'Or. 

Coqs et poules, Combattants de Madagascar, exposés par la Direction 
de l'Agriculture (Stations d'Essais de Nanisana). 



Médailles de Vermeil. — Coqs et poules, exposés par le Gouvernement 
DE l'Afrique occidentale française. — Lot de Canards de Barbarie. — 
Lot de coqs et poules de Hambourg argentés, exposé par M. Emile 
Carpentier (Montreuil-sous-Bois). 

Médailles d'Argent. — Oies royales de Madagascar exposées par la Direc- 
tion DE l'agriculture. 

3<= SECTION. — Entomologie et animaux invertébrés. 

Hors Concours. 
Jardin colonial. 

Direction de l'Agriculture de Madagascar. 
Laboratoire d'Études de la soie de Lyon. 

Médailles d'Or. 

M. DE Labonnefon. — MM. François Fischer et Dautzenberg. — 
M. Blaise. — M. Gascard. — Direction de l'Agriculture et du Com- 
merce DE Tunis. 

Médailles de Vermeil. — M. Bondonneau (appareils agricoles). — M. Mo- 
KET (^appareils apicoles). 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSITION d'aGRICULTURE COLONIALE 93 

Médailles d'Argent. — M. Miot (collections d'insectes). — M. Lelong du 
Dréneuc (coupes de fils de soie). — M. Lalandre (Madagascar) (cocons). 

— M"^ Lemaire (Madagascar) (cocons). — M. Ducrêt (rucher modèle). 
Société a Madagaskara » (cire). — M. Guiciiard (Madagascar) (cire). 

— M. DupuY (Madagascar) (cire). — M. Ducroquet (miel et cire). — 
M. Hégelé (cocons de Madagascar). — M. Massé (cocons de Madagas- 
car). — M. Char LOT (cire). 



CLASSE III 

Bois. 

Grand Prix. 
Ville de Paris pour Tensemble de son Exposition. 

Médailles d'Or. 

C'® Française du Congo occidental. — Résidence de Kompong-Thom 
(Cambodge). — Direction de l'Agriculture de Tunisie. — Scierie de la 
Côte d'Ivoire. 



Médaille de Vermeil. — M. Poeéguin (Guinée). 

Médailles d'Argent. — Direction de l'Agriculture de Madagascar. — 
Société du Haut-Ogooué. — Gouvernement du Sénégal. 

Médailles de Bronze. — Chambre d'Agriculture de Pondichéry. — 
M. Bourguignon (Algérie), — Société d'élevage et d'alimentation de 
Madagascar. — Société de la Côte de Guinée. 



CLASSE IV 
Génie rural. 

1° Instruments et machines pour le travail du sol. 

Médailles d'Or. 

M. Besnard (Maris et Antoine) (alambics). — 'M. Pilter (machines agri- 
coles). — M. Emile Puzenat et fils (machines agricoles). — M. Gui- 
CHARD (machines agricoles). 



9i DOCUMENTS OFFICIELS 

Médailles d'Argent. — M. Breton-Greuer (machines agricoles). — 
M. Darloy-Renallt (machines agricoles), — M. Vertheimer (faux et 
faucilles, etc.). — MM. Lasmolle et de la Faye (pompe et à vin et à 
eauK 

Médailles de Bronze. ~~ M. Albin Loebel (appareil à badig-eonner). 

2" Instruments et machines pour la préparation des récoltes. 

Médailles d'Or. 

M. Mayfartii (divers appareils à sécher les bananes, à égrener, etc.). — 
M. Billioud (divers trieurs et déparchemineurs). — M. Pilter (divers 
trieurs à riz). • — Société générale Meulière (divers trieurs à riz). — 
M. Farcot fils (séchoirs à fruits). — M. Furrer-Prûs (séchoirs à fruits). 



Médaille d'Argent. — MM. Sauzay frères (machines agricoles). 
Médaille de Bronze. — M. Billy (divers trieurs). 

3° Manèffes, moteurs divers et moulins à vent. 

Médailles d'Or. 

MM. Getting et Jonas (courroies « Titan »). — M. Aubert (machines à 
vapeur, locomobiles). — M. Pilter (moteur à vent). — M. Inchauspé 
(moteur nouveau modèle, à gaz pauvre). 



Médaille d'Argent. — M. Gauchot (moteur et dynamo). 

4° Appareils hydrauliques. 

Grand Prix. 
M. René Arr.\ult (appareils de sondage). 

Médailles d'Or. 
MM. Sauzay frères. — M. Daubron. 



Médailles d'Argent. — M. Pire (nouvel élévateur d'eau). — MM. Couppez 
et Ciiapuis (élévateur d'eau). — M, Marchand (Madagascar) (nouvelle 
pompe « Tourniquet »). 

Médaille de Bronze. — M. Jonet (puits de sécurité). 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSITION d'aGBICULTURE COLONIALE 95 

5" Appareils de transport. 

Médaille d'Or. 
M. Marcou (voitures de transport et d'ambulance). 



Médailles d'Argent. — M. Camille et fils (colliers, sellettes et bâts). 
M. CouRTiN (voiture normande). 

Médailles de Bronze. — M. Allié (matériel de transport). — M. Pacquis 

(colliers). 

6° Constructions coloniales. 

Médailles d'Or. 

M. KiRCHNER (machine à travailler le bois). — MiVT. Besnard (Maris et 
Antoine). — M. A. Boulet et C'® (machine à fabriquer les tuiles). — 
M. Conza (tente et matériel de campement). — MM. Michaux et Gan- 
DELOT (une maison coloniale en fibro-ciment). — G'" des Constructions 
démontables (une construction). 



Médailles d'Argent. — M. Gillet (une maison démontable en bois). — 
M. Th. Lemaire (divers poulaillers). — M. Brousset (poinçonneuses 
portatives). — Industrie internationale (un nouveau produit « Le Rube- 
roid »). — M. Weber (divers fours portatifs). — M. Ghampesme. — 
GoMPTOiR d'élevage (divcps poulaiUcrs) . — M. Schweitzer et G"^ (mou- 
lins à bras). 



Médailles de Bronze. — M. Bugnot(« le couvreur idéal »). — M. Lebrun 
(nouveau système de cafetière). — M. Flem (tente et appareil de cam- 
pement). 

7° Matériel et outillage divers. 

Médaille d'Or. 

M. KuGELSTADT (basculcs de poche et pèse-bétail). 

Médaille d'Argent. — M. Frédéric Fouché (autoclaves et alambics). 

Médaille de Bronze. — M. Vialis (écrémeuses). 



y() DOCUMENTS OFFICIELS 

CLASSE V 

1''^ SECTION. — Textiles. 

Hors Concours. 
MM. Saint frères (Jute). 

DlRKCTION DE l'AgRICILTURE DE MADAGASCAR (cîenlelles). 

Grands Prix. 

Gouvernement général de l'Afrique occidentale. 
M. Ll\ud (chapeaux de Madagascar). 
M. Roche, Victor (tissus de rabanes). 

Médailles dOr. 

M. Mathieu, à Madagascar. — MM. Poisson et Lefebvre (produits obte- 
nus par dégommage. spécial). — M. Delignon (tissus de soie de Tlndo- 
Chine). — Direction de l'Agriculture de Madagascar (chapellerie et 
sparterie). — Service de l'enseignement de Madagascar (sparterie et 
chapeaux). — Direction de l'Agriculture de Madagascar (station 
d'essais de Fort-Dauphin). — M. Fasio (Algérie) (fibres d'Agave). 



Médailles de 'Vermeil. — M. Pissard (ramie et tourbe). — M. Veinschenk 
(Kapok). 

Médailles d'Argent. — M, Levacher (kiosque en tissus de raphia). ^ 
MM. Blaghon et Péret (dégommage de la ramie et autres textiles). 
— M. Herseciier (Madagascar) (cotons). — M. Mersanne (cotons de 
Madagascar). — M. Germain (cotons de Madagascar). — M. Moyaux 
(cotons de Madagascar). — M. Sluzanski (cotons de Madagascar). 

Médaille de Bronze. — M. Michotte (produits obtenus en ramie par 
dégommage spécial). 

2'- SECTION. — Caoutchouc, gutta-percha, gommes, 

minerais, etc. 

Hors Concours. 

Société générale des procédés d'extraction du caoutchouc. 
Sultanats du Haut-Oubangui (Congo français). 
Société de l'Ekei.a-Kadei-Sangha. 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSITJON d'aGRICULTURE COLONIALE 97 



Grands Prix. 

Afrique Occidentalf (Direction de l'Agriculture) (caoutchoucs). 
Madagascar (Direction de TAgriculture) (caoutchoucs). 
M. Edeline (caoutchoucs manufacturés). 
M. François, Grellou et G'" (caoutchouc et g-utta-percha). 
Société Industrielle des Téléphones (caoutchoucs bruts et ouvrés). 
Société anonyme des anciens Etablissements J.-B. Torriliion (caout- 
choucs manufacturés). 
M. Michelin et G'" (caoutchoucs manufacturés). 
M. Vincent et G'" (sel aggloméré). 

Médailles d'Or. 

M. André Grimault (pépites d'or de Madagascar). — Société La Kotto 
(Gongo français) (caoutchoucs). — M. J. de la Fresnaye (gutta-per- 
cha). — M. Armet de Lisle (minerais radifères). — The Gonstantine 
Phosphate G" et Société des Phosphates de Tébessa. — M. Louis 
Weinschenk (gomme-gutte et huile de kapok). — M. Zotier à Diego- 
Suarez (Madagascar) (caoutchouc). 



Médailles d'Argent. — M. Dupuy (Madagascar). — M. Guichard (Mada- 
gascar). — M. Moussu (Madagascar). — M. Joseph Severat (Gasa- 
mance). — Salines de Diégo-Suarez. 

3« SECTION. — Matières grasses. 

Hors Concours. 

M. MiCHAUD (savons). 

M. Milliau (huiles diverses). 

Grands Prix. 

Gouvernement général de l'Afrique occidentale. 
M. Vidal-Engaurran (saindoux, huiles, margarines). 
MM. Rocca-Tassy et de Roux (coprah et huiles). 
MM. PiLLET ET d'Enfert (huilcs essentielles). 
Sahel tunisien (savons et huiles industrielles). 

Médailles d'Or. 

M. Robin (Madagascar) (essence d'ylang-ylang). — Société Oléicole de 
Sfax (huiles). — M. Glouet des Pesrughes (Paul) (huile d'olives). — 
M. Mathieu, à Bérafia (cocos et huile de cocos). 



98 DOCUMENTS OFFICIFXS 

Médailles d'Argent. — M. Talansier (lait). — Union des Propriétaires 
FRANÇAIS DE Sfax (huilc). — M. Marquet (conserve de jaunes d'œufs 
et albumine). — M. Philipp (Bougie). — M. Ben-ali Ghérif (Bou- 
g-ie) (huiles algériennes). — M. Riquet à Allagan (Constantine) (huiles 
algériennes). — • M. Mauret (Bougie, Comice agricole), huiles algé- 
riennes. — M. DE Médina (huile d'olives). 

Médailles de Bronze. — M. Petrucci (huiles d'olive). — M. Weinschenk 
(huiles de kapok). — M. Routboul (huile d'olive). — M. Gandus (huile 
d'olive). — Graines oléagineuses : M. Verdenet, à Oued-Amizour. — 
M. MouRGUES à Tazmalt. — MM. Rousselet et Benoit. 

Mentions honorables. — M. Lamolère (teinture). — M. Cahour (ara- 
chides). — Résidence de Kompong-Tiiom (huiles et résines de bois). — 
M. Simon (parfumerie). — • M. Ribard. 

MM. Bataglia, à Akbou. — Bugnot. — Candrillier et Driard (Akbou). 
— Cazeneuve (Tlemcen). — Escary (Seddouk). — Ferrouillat (Oued 
Amizour). — Hammaouy (Allagham). — Magné (Chefka) et Raymond 
(Mouza la Mine). — Société des Huileries de Guelma. — Lasseriot (El 
Kseur). 

M. Rouyer et C"' (Bougie). 

MM. Arricau (Mascara). — Belkacem-Sliman (Abkou). — Nobles 
(Claude). — Parodi (Tlemcem). — Pratard (Azazga). — Pouzo (El 
Arrouch). — Richaud (Akbou). — Bataille (Allaghan). — Borel. — 
Bouscasse. — Broc — David. — Donain. — Havard. — Hurtrelle. — 
Merlot et Puyon. — Rouyer (Paul). — Thomas frères. — Teules et 
Saubrion. 



4" SECTION. — Vins, cidres, bières, eaux-de-vie, alcools. 

Diplômes d'honneur. — Comice agricole de Médéa (Alger). — Société 
d'Agriculture d'Oran. — Comice agricole de Souk-Ahras (Constan- 
tine). — MM. Bardoux-Keller et Pernin (Oran). — MM. Barnaud et 
Renejam (Bougie), pour liqueur de mandarines. 

Grandes Médailles d'Or. — Comice agricole de Koléa (Alger). — Comice 
agricole du Sahel (Douera -Alger). — Syndicat agricole de Mascara 
(Oran). — Syndicat agricole de Tlemcen (Oran). — Société d'Agri- 
culture DE Tlemcen (Oran). — Société d'Agriculture de Constan- 
tine. — Comice agricole de Philippeville (Constantine). — Direction 
DE l'Agriculture et du Commerce de Tunisie. 



RÉCOMPENSES A l' EXPOSITION d'aGRICULTURE COLONIALE 99 

Médailles d'Or. — ■ Comice agricole des Aribs (Aïn-Bessem, Alger). — 
Comice agricole de Boufarick (Alger). — Syndicat dit Zaccar, à Miliana 
(Alger). — Comices agricoles de Bône, de Batna, de Djidjelli. — 
Syndicat agricole de Guelma. — Syndicat agricole de Sétif. 

Grandes Médailles d'Or. — Déparlemenl d'Alger. — M. Durand (Pierre) > 
à Aïn-Bessem. — M. Boisset, à Médéa. — M. Humbert, à Berrouaghia. 
M. Camy (F.), à Loverdo. — M. Mallais, à Aïn-Bessem [pour Ven- 
semhle de leurs produits). 

Département d'Oran. — M. Lamur (Louis), à Oran. — • M. Durand 
■ (Charles), à Arcole. — Parodi (Charles), à Tlemcen, pour V ensemble 
de leurs produits. 



VINS BLANCS 

Médailles d'Or. — Département d' Alger. — M. Bloch (Nathan), à Aïn- 
Bessem. — M. Bernault (Baptiste), à Douera. — M. Domain-Brin- 
court, à Cherchell. — M. E. Despaux, à Meurad. — M. Péan, à Médéa 

— M. Fenagutti, à Douera. 

Déparlement d'Oran. — M. Ryckwaert (Paul), à Arlal. — M. Théus 

(Paul), à Arlal. — M. Carrafaug, à Mascara. 
Département de Conslantine. — M. Maurice Bonnefoy, à Constantine. 
Tunisie. — Ecole d'Agriculture de Tunis. 

Grandes Médailles d'Argent. — Département d'Alger. — Crédit Foncier, 

à Hammam R'hira. — M. Laurens (Albert), à Koléa. 
Département d'Oran. — M. Vàndelin Knecht, à Fleurus. ' 

Médailles d'Argent. — Département d'Alger — M. Albert Viol, à Koléa. 

— M. DE BoNNo, à Boufarick. — M. Valla (Louis), à Médéa. — 
M. Cabanes (Hippolyte), à Douera. — M. Malbert, à Milianah. 

Département d'Oran. — M. Ricaud, à Oran. — M. Seaut (Théodore), à 
Bouguirat. — M. J. Dolfus, à Tlemcen. — M. Clerc (Élie), à Aïn- 
Tédéles. 

Département de Constantine. — M. Chamois (Charles), à Souk-Ahras. — 
M. Labarrère (Eugène), à Lambessa. — M. Chollet (Albert), à Sétif. 

Médailles de Bronze, — Déparlement d'Alger. — M. Gossein, à Médéah. 

— M. Maten (Louis), à Loverdo. — M. Démangeât (Lionel), à Douera. 

— M. Raffin, à Boufarick. — M. Mozon, à Rhegaïa. — M. Malbois, 
à Aïn-Bessem. — M. Filhiol (Gustave), à Aïn-Bessem. — M. Duchon 
(Louis), à Koléa. 



100 DOCUMENTS OFFICIELS 

Département d'Oran. — M. J.-M. Bal, à Saint-Cloud. — M. Bichon 
(Ed.), à Oran. — M. Thorin (Emile), à Pont-Albin. — M. Geghre, à 
Mascara. — M. Saiptour (Georg-es),à Tlenicen. — M. Buzenat, à Oran. 

— MM. FouRNH, FRÈRES, à Mascara. — M. Tristan, à Mascara. — 
M. Mercier (Jean), à Tlemcen. 

Département de Constantine. — M. Aquilina (Joseph), à Souk-Ahras. — 

— M. Betch (Célestin), à Jarouria. — MM. Vaccaro frères, à Souk- 
Ahras. — M. Raucaz (M. -F.), à Souk-Ahras. — M. Bist (Biaise), à 
Souk-Ahras. — MM. Andriny frères, à Ain-Seymour. ■ — MM. Thomas 
frères, à Héliopolis. — M. Keller (Jules), à Philippeville. — École 
d'Agriculture de Philippeville. 



VINS ROUGES 

Médailles dOr. — Département d'Alger. — M. Gast (Barthélémy), à 
Loverdo. ■ — M. Crouzier (Baptiste), à Aïn-Bessem. — M. Bloch 
Nathan, à Ain Bessem. — M. Marim, à Milianah. — M. Goret 
(Gabriel), à Loverdo. — M. Péan, à Médéah. — MM. Gristi frères, à 
Médéah. — M. Maten (Louis), à Loverdo. — M. Fallet (Jean), à 
Médéah. — M. Hamo (Abel), à Damiette. — M. Bastien (Paul), à 
Milianah. — M. Plantier, à Milianah. — Crédit Foncier, à Hamniam- 
R'hira. — M. Martin Saint-Léon, à la Rhegaïa. — M. Bergue (Barthé- 
lémy), à Koléa. 

Département d'Oran. — M. Elie Clerc, à Aïn-Tédèlès. — M. Masson 
(Ernest), à Fleurus. — \'euve Gibergues, à Oran. — M. Léonard 
(Léon), à Tlemcen. — M. Kappler (Joseph), à Mascara. 

Département de Constantine. — C''' Genevoise, à Sétif. — M. Fug, à 
Guelma. 

Tunisie. — M. Grégoire Agnère, à Tunis. — École d'Agriculture, à 
Tunis. 

Grandes Médailles d'Argent. — Département d'Alger. — M. Gossein, à 
Médéah. — E. de Nonancourt, à Mouzaïaville. 

Département d'Oran. — M. Théls, à Oran. — M. Arrican, à Mascara. 

— M. Cabassot (Em.), à Mascara. 

Département de Constantine. — M. Ghanois, à Souk-Ahras. 

Médailles d Argent. — Département d'Alger. — M. Couteron, à Médéa. 

— M. DE Blay, à Aïn-Bessem. — M. Blayac, à Médéa. — M. Goste 
(Ernest), à Aïn-Bessem. — M. Lamestroff, à Damiette. — M. Gantié, à 
Aïn-Bessem. — M. Marty (Guillaume), à Ben-Chicao. — M. Resti- 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSITION d'aGRICULTURE COLONIALE 101 

CHELLi, à Margueritte. — M. Malbert, à Milianah. — M. Allarousse, à 
Milianah. — • M. de Bonno, à Boufarick. — M""^ veuve Gontard (Léon), 
à Douera. — M. Amilhac (L.), à Douera. — M. Fenagussi (Et.), à 
Douera. — M. Cabanis (Hippolyte), à Douera. — M. Duchon (Louis), 
à Koléa. — M. Mesnil-Arnaud, à Koléa. — • M. Vaqué (Élie), à Médéa. 

— M. Izard, à Lodi. — M. J. Delvert, à Aïn-Bessem. — M. Stever- 
LiNK, à Rheg-aïa. — M. Sabathier, à Marengo. — M. Démangeât, à 
Douera. — MM. Benoit et Lévy, à Douéi^a. 

Département d'Or an. — M. Cordonnier (Jules), à Misserghin. — M. Pra- 
DEL (Jean), à Oran. — M. Espéron (Médéric), à Fleurus. — M. Soip- 
teur (Georges), à Tlemcen. — M. Thesmar, à Tlemcen. — M. J. Doll- 
Fus, à Tlemcen. — M. Delonca, à Ras-el-Ma. — MM. Fromentat frères, 
à Fleurus. — M. Boux, à Bou-Afer. — M. Cazeneuve, à Tlemcen. — 
M. Barthe (Jean), à Bréa. — D"" Gros, à Mascara. 

Département de Conslantine. — M. Maxime Bonnefoy, à Constantine. — 
M. A. Augras, à Rénier. — M. Ehrlacher, à Guelma. — MM. Roujal 
FRÈRES, à Héliopolis. — M. Paul Drezet, à Souk-Ahras. — M. Gerio- 
jioLi (Flavio), à Souk-Ahras. — M. Raugaz (Joseph), à Souk-Ahras. — 

— M. Vaccaro (François), à Souk-Ahras. — MM. Heurtau frères à 
Souk-Ahras. — M. Fabre (Camille), à Souk-Ahras. — M. Moulins, à 
Rénier. — Ecole d'Agriculture de Philippeville. — M. Grima fils, à 
Philippeville. — M""^ veuve Rimaldi, à Souk-Ahras. — MM. Andrini 
frères, à Aïn-Seymoud. 

Tunisie. — M. Félix Ducroquet, à Tunis. 

Médailles de Bronze. — Département d'Alger. — M. Malleval (Joannès), 
à Loverdo. — M. Masson, à Hammam R'hira. — M. Payrousse (Pau- 
lin), à Loverdo. — M. Kadouche (David), à Médéah. — M. Cailleau 
(Eug.), à Ben-Chicao. — M. Lapostolle, à Médéah. — M. Filliol 
(Gustave), à Aïn-Bessem. — M. Armand (Robert), à Drariah. — 
M. Brincourt, à Cherchell. — M. Daboussy, à Boufarik. — M. Gontard 
fils, à Douera. — M. Paris (François), à Douera. — M. Foulon (Bap- 
tiste), à Ben-Chicao. — M. Bondeau, à Guyotville. — M. Bernault, à 
Douera. — M. Viol, à Koléa. 

Département d'Oran. — M. Cordonnier (Eugène), à Misserghin. — 
M. Mathis (Léon), à Mostaganem. — M. Vaudelin-Knecht, à Fleurus. 

— M. Mairin, à Quilles (Oran). — M. Barbe (Charles), à Tlemcen. — 
M. Barthe (Michel), à Tlemcen. — M. Brette (Augusto), à Tlemcen. 

— M. Descaunet, à Tlemcen. — M™*^ veuve Boyer (Barthélémy), à 
à Tlemcen. — M. Lamassoure, à Tlemcen. — M. Barthe (Laurent), à 
Mascara. — M. de Saunie, à Mascara. — M. Louis Giraud, à Mascara. 

— M. Thorin, à Pont-Albin. — M. Kikwaert, à Arbal. — M. Lejosne, 



102 DOCUMENTS OFFICIELS 

à Oran. — M. Rigaud, à Oran. — M. Barthe (Louis), à Bréa. — 
M. Rey fils, à Oran. — M. Nogaro, à Tlemcen. — M. Soipteur 
(Hilaire), à Tlemcen. — M. Bardou (Henri), à Oran. — M. Ghomet, à 
Mascara. 

Département de Constantine. — M. Ferrando, à Aïn-Smara. — M. Lau- 
ZAT, à Philippeville. — M. Rudmann (Piètre), à Guelma. — M. Bap- 
tiste André, à Souk-Ahras. — M. Verney (Joseph), à Souk-Ahras. — 
M. Raucaz (Maurice), à Souk-Ahras. — M. Goy (Joseph), à Souk- 
Ahras. — M. Jacquelin père, à Souk-Ahras. — C'" Genevoise, à Sétif. 
— M. Magné, à Chefka. — MM. Thomas frères, à Héliopolis. — 
M. Amann, à Guelma. — M. Petit (Auguste), à Aïn-Seymour. — 
M. EspiTALiER, à Aïn-Seymour. — M. Bonthou, à Aïn-Seymour, — 
M. Pedroletti, à Souk-Ahras. 



VINS ROSES 

Médaille d'Or. — Département d'Oran. — M. Jarsaillon (Edm.), à Oran. 

Médailles d'Argent. — Département d'Alger. — M. de Bonno, à Boufa- 
rick. 

Département d'Oran. — M. Rey fils, à Oran. 

Médailles de Bronze. — Département d'Alger. — M. Bernault, à Douera. 

Département d'Oran. — M. Fromental, à Oran. — M. Varnery, à Valmy. 

Département de Constantine. — MM. F. et S. Grima, à Philippeville. — 
M. Raucaz (Maurice), à Souk-Ahras. — M. Vella frères, à Souk- 
Ahras. — M. Pienelli, à Souk-Ahras. 

VINS MOUSSEUX 
Médaille d'Or. — Département d'Alger. — M. Despaux, à Meurad (Alger). 

VINS DE LIQUEUR 

Médaille dOr. — Département d'Oran. — M. Lucien Rey fils, à Oran. 

Médailles d'Argent. — Département d'Alger. — M. Liautard, à Boufa- 
rick. 

Département d'Oran. — M. Eugène Varnery, à Oran. — M. Lucien Gar- 
TAVEZ, à Mascara. 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSIÏION d' AGRICULTURE COLONIALE 103 

Médailles de Bronze. — Département (VOran. — M. Dolfus, à Tlemcen. 

— MM. EscuDiER PÈRE ET FILS, à Saiiit-Denis-du-Sig. 
Département de Constantine. — M. Kessler (Charles), à Souk-Ahras. — 

M. Barraco (André), à Souk-Ahras. — M. Marizot, à Djidjelli. 



EAUX-DE-VIE 

Médaille d'Or. — Département (TOran. — M. Adolphe (Élie), à Saint- 
Gloud. 

Médailles d Argent. — Département d'Alger. — M. Daboussy (Ferdi- 
nand), à Boufarick. — M. Marini, à Milianah. 
Département d'Oran. — M. Bernard Mendielle, à Tassin. 
Département de Constantine. — M. Raucaz (Joseph), à Souk-Ahras. 

Médailles de Bronze. — Département d'Oran. — M. Gilles (Etienne), à 
Rio-Salado. 

Département de Constantine. — M. Andriny, à Aïn-Seymour. — M. Espi- 
TALLiER, à Aïn-Seymour. — M. Raucaz (Maurice), à Souk-Ahras. — 
M. SiNiBALDi, à Souk-Ahras. 

Ile de La Réunion. — Médaille d'Or. — M. Colson et C'^ à Saint- 
Louis, pour ses Rhums. 

Madagascar. — Médaille d'Or. — M. Mersanne, à Nossi-Bé, pour Rhum. 
— M. LocAMus, à Nossi-Bé, pour Rhum. — M. Giraud, à Nossi-Bé, 
pour Rhum. — M. Dupuy, à Tamatave, pour Rhum. — M. Mathieu, à 
Bérafia, pour alcool de coco et vinaigre. 

FRANCE [Exportation). 

BIÈRE 
Médaille dOr. — Bière du « Dragon », de la Brasserie générale du Midi. 

PRODUITS ŒNOLOGIQUES 

Diplôme d'Honneur. — Syndicat central des fabricants de produits 
OENOLOGIQUES DE France, lO, PUB de Lancrj, Paris. — Dujardin, succes- 
seur de Salleron^ 24, rue Pavée, Paris. 



104 DOCUMENTS OFFICIELS 

CLASSE VI 

l"' SECTION. — Stérilisateurs. 

Médailles d Or. 

Syndicat i'kéliminaike a la G'*^ des iîaux potables stérilisées. — C"^ géné- 
rale AÉROHVDRAULiQUE. — G'*' GÉNÉRALE DU « Sanudor » (stérilisation de 
Teau par l'ozone). — G'*^ pour la fabrication des compteurs et maté- 
riel d'usine a gaz. 

Médailles d'Argent. — MM. Lasmolle et de La Faye (stérilisateurs et 
appareil à rincer et à stériliser les fûts). — MM. Guéret frères (filtres 
stérilisateurs). — G''^ des filtres pasteurisants. — Pasteurisateur 
Périllot (Lasmolle et de La Paye). 

Médaille de Bronze. — M. Tellier (Gh.) (stérilisateur). 

Mention honorable. — M. Ducourtioux jeune (stérilisateurs de lait). 

2^ SECTION. — Hygiène, liabitation, vêtements, appareils 
de désinfection, produits pharmaceutiques, etc. 

Grands Prix. 

D"" Battesti, Président de la « Ligue corse contre le Paludisme ». 

C'^ DU gaz Glayton (procédés et appareils de désinfection, destruction 

des rong-eurs et insectes, extinction des incendies). 
Pharmacie centrale de France (produits pharmaceutiques). 

Médailles d'Or, 

M^L Priou et Ménétrier (matériel de pansements pour les colonies). 
— M. Vermorel "(appareils pour Tépandage des désinfectants). — 
MM. Gahen ET GuiLLiERME (unc moustiquaïre) . — Maison Marot-Her- 
BELOT frères (appareils pour la désinfection). — M. Landrin (produits 
pharmaceutiques). — M. Gillet (protection contre les moustiques). — 
M. Stiassnie (microscopes et loupes). 



Médailles d'Argent. — MM. Leune (appareils de laboratoires). — Société 
Paiush-nm: DANTisEPsiE ((( Luzofomie »). — M. PouLEisc (cantines de 
microgn-aphie). — « La Maya Bulgare », M. Garnier (ferment lac- 
tique). — M Le lait Sanzo » (lait solide), M. Gossart. — M. L. Vinay 



RÉCOMPENSES A l'eXPOSITION d'aGRICULTURE COLONIALE 105 

(lunetterie et loupes). — Eaux minérales du Pestrin, M. Courthial, 
propriétaire. — • Eaux minérales d'Hamman R'hira. 



Médailles de Bronze. — MM. Audibert et C''^, pour produit « Le Sani- 
tor » et appareils de désinfection. — C'*^ générale de l'élevage (pour 
désinfectant « Le Sano »). — MM. Chénegros etD"" Le Maguet (trousses 
hypodermiques). — M. Rouillon (nouvelles peintures). — MM. Gollin 
ET G'" (El-Kossam). — M. Petel (équipements coloniaux). — M. Geb- 
HARDT (casque insolaire en liège pour chevaux). 



Mentions honorables. — M. Gomballt (produits vétérinaires). — M. Mon- 
tagu (ferrugine). — M. Detourbe (pavillons enduils d' « asol >>). 



CLASSE VII 

Enseignement, publications de documents. 

Hors Concours. 

Ministère des Golonies. 

Office colonial. 

Gouvernement général de l'Algérie [Office de r Algérie, Chambrées de 

Commerce, Chambres de V Agriculture). 
Résidence générale de la Tunisie. 
Direction de l'Agriculture de l'Indo-Giiine. 
Direction de l'Agriculture de ^Lvdagascar. 
Golonie de La Réunion. 
Institut Pasteur. 
GoMiTÉ DE Madagascar. 
M. You (membre du jury, ouvrages sur Madagascar). 

Grands Prix. 

Librairie Challamel (éditions coloniales). 
Dépêche coloniale illustrée. 
Ecole d'Agriculture de Tunis. 

Médailles d'Or. 

Librairie Amat. — Librairie Masson. — M. Vilbouchevitch [Journal 
dWgricuUure tropicale). — M. Deydier (ingénieur chef du Service 
Bulletin du Jardin colonial. 8 



106 



DOCUMENTS OFFICIELS 



des Travaux publics à la Guyane, pour ses travaux et collections). — 
M. HE GiRONcoLîRT (photographies et collections de Madagascar). — 
M. Golmet-Daage (dessins et tableaux d'histoire naturelle). — Asso- 
ciation DKs Chimistes de sucrerie et de distillerie. — M. Clément 
(tableaux et dessins d'histoire naturelle. — École de la Chambre 
syndicale des dentelles de Paris. — École du Parangon a Joinville- 

LE-PoNT. 



Médailles de Vermeil. — M. Gaitiiier-\'illars, éditeur. — ^LM. Boy veau 
et Cmeviu.et (codes télégraphiques). — M. Lutz (publications). — 
M. Pehrot (publications). — Capitaine Pérignon (documents, photo- 
graphies el collections). — M. Demoulin, instituteur (collections de 
i Office colonial scolaire). — Société de propagande coloniale. — 
Action maritime et coloniale et Comité de l'Océanie française. 



Médailles d Argent. — Librairie horticole {Le Jardin). — Journal « Le 
Caoutchouc et la Gutta-Percha ». — M. L.vtière (publications). — 
M. GuEGUEN ( publications). — Association Polytechnique de P.\ris 
(section du Tonkin). — Comice agricole de Boufarick. — Comice 
AGRICOLE DE BouGiE. — M. Maumené (du joumal Le Jardin]. — Syndi- 
cat CENTRAL DES AGRICULTEURS DE FrANCE. SoCIÉtÉ d'AgKICULTURE 

DE CoNSTANTINE. 



Médailles de Bronze. — Association pour favoriser le placement gratuit 
des Français à l'étranger et aux colonies. — AL Taupin à Hanoï (Col- 
lection de cartes postales). 



Mentions honorables. — « La France Coloniale ». — Société de Colo- 
nisation FRANÇAISE. SoCIÉtÉ CENTRALE d'.AgRICULTURE COLONIALE. 



NOMINATIONS ET MUTATIONS 



Guyane 

Par décision du Gouverneur de la (hiyane,en date du 9 décembre 1905, 
M. A. Henry, docteur en médecine, agriculteur, a été nommé membre de 
la Chambre d'Agriculture de Cayenne en remplacement de M. Charles 
Galliot décédé. 



Exposition nationale d'agriculture coloniale 

1905 

Classe III. 

PRODUITS DES FORÊTS 

Bois. 
RAPPORT DU JURY' 

Les exposants de la classe III étaient au nombre de seize ; leurs envois 
ont permis de constater une fois de plus la variété iniinie des essences 
coloniales et les multiples applications qu'elles pourraient recevoir. Mal- 
heureusement, à part quelques bois dont l'introduction dans l'industrie 
est déjà ancienne — l'acajou, Tébène, le teck par exemple — la plupart 
des essences exotiques sont encore mal connues des industriels et des 
commerçants et, comme tous les produits nouveaux, elles ont à lutter 
contre la méfiance et l'hésitation des acquéreurs. Des expositions comme 
celle de ce jour ont le grand avantage de révéler des richesses insoup- 
çonnées du plus grand nombre ; elles gagneraient encore en intérêt pra- 
tique si tous les exposants s'astreignaient à donner sur leurs envois les 
renseignements circonstanciés d'ordre commercial et technique qui sont 
seuls susceptibles d'intéresser le visiteur sérieux et de provoquer ses 
achats; mais ce serait sans doute trop demander actuellement; l'exploita- 
tion des bois de nos colonies françaises ne paraît pas s'être encore créé 
un marché absolument régulier sauf pour les essences connues depuis 
longtemps; les prix sont donc très variables, et ce n'est guère que depuis 
quelques années qu'on entrevoit une application plus générale des 
essences dures dans l'ébénisterie (principalement pour les meubles art 
nouveau), dans la carrosserie, la fabrication des wagons, etc. 

Il serait évidemment du plus haut intérêt pour l'avenir des bois colo- 
niaux, qu'il en fût fait une classification logique faisant ressortir la com- 
paraison de leurs propriétés avec celles des bois européens analogues ; 

1. Le jury était composé de MM. le Commandant Houdaille, président; Mazerolle, 
ingénieur des Ponts-et-CIaaussées, rapporteur; François Deloncle, député; Gre- 
verath, membre du Conseil supérieur des Colonies , et Lefebvre, conservateur du 
bois de Vincennes, membres. 



IMPORTATIONS EN FRANCE DES BOIS EXOTIQUES 



1° Bois d'éhénislerie en billes el 
huches sciés à plus de 2 déciin. 
d'épaisseur. 

!Etab'' français, côte occident. 
d'Afrique 
Nouvelle-Calédonie 

/ Etab'' français côte occident. 

•g- ■ d'Afrique 

"* ( Autres Colonies ou Protect''. . . 
! Etab'" français, côte occident. 

g i d'Afri([ue 

-5 Madaj;ascar et dépendances . . . 

< / Indo-Chine 

\ Autres Colonies et Protecl". . . 

2" Bois d'éhémsterie sciés à ï" dé- 
cim. d'épaisseur ou moins. 

Al^'-érie 

Indo-Chine 

Madagascar et dépendances. . . . 
Autres Colonies et Protectorats 

3° Bois odorants. 

Indo-Chine 

Etab'' français, côte occidentale 

d'Afrique 

ïltab'^' français d'Océanie 

Nouvelle-Calédonie 

Guyane française 

Guadeloupe 

Autres Colonies et Protectorats. 

■5 ' Bois de teinture. 

Elab"' fi-ançais, côte occidentale 

il'Afritiue , 

Martinique 

Guadeloupe 

Autres Colonies ou Protectorats.. 

5" Liège brut râpé ou en planches. 

Aljiérie 

Tunisie 



COMMERCE GENERAL 



1900 



A'aleui 



I .1 !()/ 



Il 



20. -5, 



1 00 



90i.2ri0 



420.120 



21.Ô00 



1901 



Valeur 



2^ o 



2.127[ 
119] 

1 .72.^/ 

47l\ 

59/ 



.:^ 



219.000 



lôO.SlO 



^J2. 744.090 



A 



141 
9 

3/ 



220 
437 

685 



6.71l) 



1902 



\'alcur 



1.360 



1903 



^'aleur 



638 




8.480 



835.780 



.601.500 



29 250 



> 



y 



\ 



129.000 



161.040 



71 .875 



(3.674. 500 



355.500 



DES COLONIES FRANÇAISES DE 1900 A 1904 



O o 



1904 



Valeur 



12 



1.920 



).837 /l. 174. 600 



36 



) 



5.710 J 

1.550 (1.744. 820 

509 l 

162 






32.250 



l 



40 

97 



) 13S.00O 



71 
1.376' 

378' 



6.924 



182.500 



3.462.000 



COMMERCE SPÉCIAL 






1900 



Valeur 



190 



3.496' 879.250 
21 j 



1.155 

41 l 340.740 

34 

32 I 






1901 



A'^aleur 



1 



85 ( 
10 ) 



23.750 



11 



203 



219.000 



141 

433 

652 

29 



5.005 ^ 
395 \ 



150.600 



2.700.000 



2.090' 559.75 
149 ) 



190 
50 



■- o 

w o 



1902 



^'aleu^ 



1.563 

54 ,• 579.690 
471 
59 



J 

n 



37.250 



) 3 i . 000 



14 
9 
3 



220 
436 

685 



6.624 
638 



160.920 



'3.631.000 



1.360 



3.277 ( 834 
59 ) 



000 



3 . 339 

277 /l. 129. 410 
538 
29 



11 

106 
50 



;i 



67.000 



31 



31.000 



1903 



•-' o 



48 
» 



Valeur 



1904 



o o 
(1,0 



7.680 



3.282 [ 744.2 

10] I 

\ 



60 



4.750 

477 ^1.391.000 

337 / 



61 



06 ) 



29.250 



142 

362 
140 



5.578 
560 



?7.280 



3.069.000 



39 

86 



: 



1 29 . 000 



287 |, 71.415 
262 



6.326 
380 \ 



3.353.000 



12 



Valeui 



1.920 



fl.l52. 



5.728 fl. 152. 800 
36 ) 



4.893 

1.261 / 1.408. 220 

130 

117 



125 ) 



1 ! 



40 , 

97 



31.250 



138.000 



71 

1.376 

378 



182.500 



6.872 



3.436.000 



I 



JIO DOCUMENTS OFFICIELS 

leur emploi au lieu d'être assujetti aux préférences passagères de la 
mode, pourrait alors s'étendre et venir peut-être suppléer au déficit de 
la production européenne. Ce ne sont là que des vues d'avenir, dont la 
réalisation complète est subordonnée au développement des voies de 
transport aux colonies ; les bois sont en efTet des matières encombrantes 
et pondéreuses pour lesquelles le prix du transport représente la 
moyenne partie du prix de revient; aussi les exploitations forestières 
sont-elles obligées de se localiser au bord de la mer ou au bord des cours 
d'eau; mais, même avec un champ d'action ainsi réduit, les richesses 
forestières dont on dispose permettraient de faire face dès aujourd'hui à 
d'importantes demandes et les besoins actuels des exploitants doivent se 
tourner pi-incipalement vers la création d'un marché, régulier sur les 
places de commerce européennes et vers l'abaissement des prix du fret. 

Les chilïres relevés (voir p. 109 et 110) sur les tableaux statistiques des 
douanes permettent de suivre les variations des importations en France 
des bois exotiques de nos colonies depuis 1900 jusqu'à 1904 et font 
ressortir, notamment pour les bois d'ébénisterie en billes, une progres- 
sion fort encourageante. 

Pour rénumération des objets exposés, nous grouperons ensemble, 
d'une part, les Gouvernements coloniaux et les Administrations et 
d'autre part, les Sociétés commerciales et les particuliers. 



ADMINISTRATIONS DIVERSES ET GOUVERNEMENTS COLONIAUX 

Une première mention est due à l'exposition de la "Ville de Paris qui 
montre dans une vitrine environ soixante-dix échantillons des bois des 
colonies françaises employés ou proposés pour le pavage : parmi les 
essences expérimentées, acajou, cailcédrat, palétuvier, N'kéva d'Afrique, 
takamaka de Madagascar, liem d'Annam, c'est cette dernière essence qui 
a reçu les applications les plus développées; environ 1500"'^ de ce bois 
ont été achetés par la ville de 1894 à 1900. Citons parmi les essences 
proposées une collection de bois de la Gôte-d'Ivoire, provenant de la 
Mi.ssion Iloudaille et de beaux bois de la Guyane : cèdre, wapa, balata, 
qui malheureusement n'ont été envoyés à la ville qu'en quantités insigni- 
fiantes et n'ont pu faire l'objet d'aucun essai pratique. 

Les essences dures principalement employées dans les essais de pavage 
en bois exotiques ne paraissent pas avoir donné les résultats espérés, et les 
recherches doivent se tourner vers les essences légères et imputrescibles. 
Comme la ville à elle seule consomme de "20 à 25.000'"2 de bois par an 
pour l'entretien de ses chaussées, on conçoit que cette application éven- 
tuelle des bois coloniaux offre un débouché important dont Tintérèt ne 



EXPOSITION NATIONALE d'aCRICULTURE COLONIALE 111 

saurait échapper. Le jury a attribué à Texposition de la ville, le Grand 
Prix de la classe III. 

La résidence de Kompong-Thonn (Indo-Chine) a envoyé une quarantaine 
d'échantillons de bois dont plusieurs sont remarquables par la finesse du 
grain et Faspect nuancé des veines. Des étiquettes donnent pour chaque 
bois le nom indigène et le prix d'achat à Kompong-ïhonn. Il est sans 
doute à craindre qu'en raison des prix de transport la plupart de ces bois 
ne puissent recevoir en Europe que des applications peu étendues dans la 
marqueterie; quoi qu'il en soit, cet envoi est fort bien présenté, il com- 
porte, ainsi que nous le demandions plus haut, tous les renseignements 
nécessaires pour intéresser les visiteurs sérieux et le jury lui a attribué 
une médaille d'or. 

Une médaille d'or a été également attribuée à la Direction de l'Agricul- 
ture et du Commerce de Tunisie qui a exposé des troncs de chêne-liège, 
un ballot de liège, un intéressant tableau statistique des forêts du protec- 
torat, ainsi que des madriers d'essences diverses et des traverses de che- 
mins de fer. 

M. Pobéguin, administrateur des Colonies, a réuni un grand nombre 
d'échantillons de bois de la Guinée qui pourront utilement servir à l'in- 
ventaire des richesses forestières de cette colonie (médaille de vermeil). 

Au Gouvernement général de Madagascar et au Gouvernement du Séné- 
gal ont été attribuées des médailles d'argent; le premier a exposé une 
cinquantaine d'échantillons de bois divers; le second nous montre des 
poutres de « rônier » et de « cailcédrat ». 

Citons encore la Chambre d'Agriculture de Pondichéry (médaille de 
bronze) qui a assemblé dans un petit cadre une quarantaine d'échantil- 
lons hexagonaux de bois divers dont les nuances vives et variées 
témoignent des ressources de la résidence en bois de marqueterie, et le 
Gouvernement général de l'Algérie qui expose des échantillons de liège. 



SOCIETES COMMERCIALES ET EXPOSANTS DIVERS 

La Scierie de la Côte d'Ivoire qui est de fondation récente et qui, pour 
l'instant, parait se consacrer principalement à l'exploitation des bois 
indigènes pour les besoins locaux en vue de leur substitution aux bois 
d'importation (pin et sapin d'Europe), présente des meubles — buffet, 
malles, caisses — produits de son industrie locale ; des planches de téké 
et des plateaux d'acajou ; une médaille d'or a été attribuée aux intéres- 
sants envois de cette société dont les efforts, qui ne sauraient être trop 
loués, seront, espérons-le, couronnés de succès. 



H 2 DOCUMENTS OFFICIELS 

A la Compagnie française du Congo Occidental, qui occupe une place 
capitale parmi les iiuporlateurs de nos bois coloniaux, a été décernée 
également une médaille d'or; les billes de 5 mètres de longueur d'O'kou- 
mé, de bois rouge ou padouk, celle de N'duka équarrie à 50 centimètres, 
les plateaux de 75 centimètres de diamètre exposés par cette Compagnie 
montrent les dimensions atteintes par les arbres des forêts équatoriales et 
l'avenir qui — à côté de leurs emplois actuels — pourrait leur être 
réserA'é dans les bois de charpente et de construction si les diflicultés 
d'embarquement pouvaient être entièrement vaincues. Des plaquettes 
d'acajou, de noyer, de kubi, etc., complètent l'exposition de cette 
Compagnie. 

La Société du Haut Ogooué (médaille d'argent) montre un tourniquet de 
linil j)]aleau\ dessence.s diverses ; la Société coloniale française de la côte 
de Guinée (médaille de bronze) envoie trois gros blocs d'acajou ; la Com- 
pagnie coloniale française d'élevage et d'alimentation de Madagascar 
(médaille de bronze) expose avec les noms indigènes et les noms français 
ou francisés, six échantillons de bois divers ; et M. Bourguignon (médaille 
de bronze) de Misserghin (Oran) du liège et les bouchons fabriqués dans 
son usine. 

Citons enfin les cannes en bois de la Guyane, présentées par M. Char- 
lot et une vingtaine de plaquettes de bois envoyées par la Compagnie 
Coloniale du Gabon. 

Paris, le 13 juillet 1905. 

Le rapporteur de la classe III, 
Mazerolle, 
Ingénieur des Ponts-et-Chaussées. 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



DESCRIPTION ET UTILISATION DU COCOTIER i 

1° Description sommaire. 

Le cocotier (^Coôos nucifera, Linné) qui, peut-être, n^est pas le 
plus beau des palmiers, surtout quand il est âgé, doit certainement 
être regardé comme le plus utile d'entre eux et mérite, à cause des 
nombreux et importants usages auxquels il se prête, d'être classé 
parmi les végétaux les plus précieux. On ne saurait donc, sous ce 
rapport, lui contester le titre de « Roi de la flore tropicale » qui lui 
a été donné par quelques personnes. 

Le cocotier est un palmier de grande taille, au port élancé, attei- 
gnant ordinairement de 20 à 25 mètres de haut. Le tronc presque 
lisse, de couleur grisâtre, et portant, même sur les parties les plus 
âgées, les traces très apparentes des points d'insertion des feuilles 
disparues, est fortement renflé à la base oiî il mesure en moyenne 
de 80 centimètres à 1 mètre de diamètre, alors qu'au sommet il 
dépasse rarement 90 centimètres de tour. 

Le port flexueux du cocotier est caractéristique chez les arbres 
âgés. Il est aussi rare, assurent les planteurs de Ceylan, de rencon- 
trer un vieux cocotier au stipe absolument droit qu'un aréquier 
pourvu d'un tronc tordu -. Ce port particulier n'est d'ailleurs pas 
dû, comme on serait tenté de le croire, à l'influence des vents domi- 
nants, car on trouve, dans une même région, des cocotiers dont les 
troncs, affectant les courbes les plus irrégulières et parfois brusque- 
ment coudés à angle droit, se dirigent dans tous les sens. Il n'est 
même pas rare de rencontrer, sur les côtes, certains de ces pal- 
miers dont la tête franchement inclinée vers le large semble vou- 
loir braver les vents les plus violents. 

Le tronc est surmonté d'un énorme panache de feuilles de cou- 
leur vert clair, mesurant de 4 à 5 mètres de long, dont l'aspect ne 

1. Extrait de « Le cocotier » par M. Eni. Prudhomme, 1 volume in-8, avec nom- 
breuses photographies, paraîtra en avril 1906 (A. Challamel, éditeur). 

2. On fait allusion ici à l'Areca catechu, ou Aréquier commun, dont le tronc long, 
grêle et droit comme un I, est caractéristique. 




Pliot. Em. Prudhomme 



Port des cocotiers âges. 
(Vue prise à Colombo en janvier 1900.) 




Cocotier à tronc courbé à angle droit. 
^Zanzibar, octobre 1904.) 



Pliol. Em. Prudhomme. 



LE COCOTIER 115 

manque ni de grandeur ni de beauté, surtout durant les dix ou 
quinze premières années et tant que le stipe n'atteint pas un trop 
g-rand développement. 

Comme chez tous les palmiers, les feuilles sont dahord entières 
dans le jeune âge et fortement plissées dans le sens des nervures. 
Chez les plants ayant moins d'un an, ces feuilles, à nervation pen- 
née, restent souvent ainsi jusqu'à leur chute ; mais, sauf pour 
quelques sujets exceptionnels, elles ne tardent pas à se déchirer en 
lanières de forme régulière, dont les déchirures correspondent aux 
plis. Elles forment ainsi des pinnules lancéolées, mesurant environ 
un mètre de long, disposées comme les barbes d'une plume, le 
long d'un axe central qui prolonge le pétiole. 

Le Cocos nucifera appartient, comme VEloeis guineensis ou pal- 
mier à huile de la Côte Occidentale d'Afrique, au groupe des 
Cocoïnées. 

Les principaux caractères botaniques tirés des fleurs et des fruits 
sont les suivants : chaque inflorescence, prenant naissance au milieu 
du bouquet de feuilles terminal, est d'abord renfermée dans une 
sorte de longue gaine lancéolée dure et ligneuse, appelée spathe, 
qui est très visible sur les deux gravures des pages 116 et 117, 
représentant des spadices épanouis. Les fleurs, munies d'un calice 
et dune corolle triphylle, sont unisexuées et réunies, mâles et 
femelles, dans les mêmes inflorescences. Les étamines sont au 
nombre de six ; les ovaires se composent de trois loges, dont deux 
avortent presque toujours ; mais on rencontre cependant, de temps 
à autre, des cocos dont deux loges normalement développées peuvent 
donner naissance à deux germes différents. On signale aussi, mais 
très rarement cette fois, des noix dont aucune loge n'a avorté. 

Les fruits, connus vulgairement sous le nom de noix de coco ou 
de coco, forment des espèces d'énormes grappes composées de noix 
à différents degrés de développement qui pendent, très apparentes, 
à la base et au milieu du panache de feuilles. 

Ce fruit est une sorte de drupe monosperme assez volumineuse, 
dépassant souvent la grosseur de la tête, de taille et de forme très 
variables, ordinairement ovoïde et parfois anguleuse, d'aspect très 
différent, suivant les variétés auxquelles on s'adresse. 11 comprend 
un mésocarpe fibreux et assez épais, recouvert d'une couche épider- 
mique lisse et un endocarpe osseux, très dur, laissant voir trois 
côtes longitudinales plus ou moins saillantes, suivant les variétés. 



H6 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 




Inflorescence du cocotier. 
(Noix en voie de formation.) 



Phot. Em. Prudhomme. 



A la base, se trouvent trois pores très apparents, correspondant à 
chacun des trois carpelles primitifs. 



LE COCOTIER 



117 




Iiifloi'escence du cocotier 
(Noix eiî voie de formation. 



Phot. Skeen and C». 



L'endocarpe, plus connu sous le nom de coque, constitue Tenve- 
loppe extérieure de la noix proprement dite et renferme une grosse 



118 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



graine creuse, sphérlque ou ovoïde, de forme assez variable suivant 
les espèces, composée presque entièrement d'un albumen oléagi- 
neux, cartilagineux, rayonné et d'épaisseur variable, au milieu 
duquel on trouve une cavité qui contient, à l'approche de la matu- 
rité, un liquide désigné sous le nom d'eau de coco. 

L'embryon est noyé dans la masse de l'albumen et situé à proxi- 
mité de l'un des pores de l'endocarpe (Voir les gravures ci-contre). 





Pliot. Eni. Prudhonime. 



Noix de cocotier accompagiice de sa bourre. 

B « Mésocarpe » ou » llusk » F Albumen 

A Noix proprement dite E Endocarpe 

D Point dattaclie du pédoncule '^ Germe 

c L'un des trois porcs de la noix C L'un des pores 



Le système radiculaii'e se compose d'une multitude de racines 
d'un faible diamètre s'étendant en tous sens et s'enfonçant parfois 
à une grande profondeur. 

Grâce à l'existence de l'enveloppe fibreuse dont nous avons parlé 
qui protège si bien les graines de cocotier contre les agents de des- 
truction extérieurs et leur permet de flotter, pendant des mois 
entiers, sans être altérées par l'eau de mer; grâce aussi aux mul- 
tiples usages de cet intéressant palmier qui, dès la plus haute anti- 



lp: cocotier 



119 




Grappe de noix de cocotier. 



Phot. Skeen and C°. 



I 



120 



ÉTUDES ET MÉMOIKES 



quité, n'ont pas manqué d'attirer l'attention des hommes et les ont 
en^^agés à transporter >des noix de coco avec eux partout où ils sont 




Phot. Em. Prudhomme. 
Noix de cocotier entière 
recouverte de couche épidermiquc. 




Phot. Em. Prudhomnie. 

Noix de cocotier débarrassées de leur enveloppe fibreuse 
pour montrer les trois côtes lonj^'itudinales et les trois pores. 

allés; le Cocos nucifcra est aujourd'hui connu dans le monde 
entier et existe en abondance dans toutes les régions tropicales ou 
subtropicales dont le climat et le sol peuvent lui convenir. 



LE COCOTIER 



121 



Le lieu d'orig-ine du cocotier est encore assez mal connu à Fheure 
actuelle. A. de Gandolle, qui s est fait une spécialité des études sur 
Forig-ine des plantes cultivées, a pensé, pendant longtemps, qu'il 
provenait de la Côte Occidentale de l'Amérique du Sud. Des 
recherches plus approfondies l'ont amené, plus tard, à considérer le 
cocotier comme orig-inaire d'un point de l'archipel Malais, voisin 
de Sumatra, 




(D'après une phot. Eni. Prudhomme.) 
Madagascar, décembre 1903. 



Système radiculaire du cocotier. 



Sa présence sur le continent asiatique (en Chine, à Ceylan ou aux 
Indes) ne remonte pas, d'après ce savant, à plus de trois ou quatre 
mille ans; mais, d'après de Gandolle, les courants ont peut-être 
transporté le cocotier en Afrique (Côte Orientale) et en Amérique 
(Côte Occidentale) à une date plus ancienne. 

De Candolle assure enfin que son introduction au Brésil, aux 
Antilles et sur la Côte Occidentale d'Afrique, ne remonte pas à plus 
de trois siècles. 

Le cocotier est extrêmement abondant sur le littoral de toutes 

les parties chaudes du continent asiatique et dans toutes les îles 

voisines, ainsi qu'en Malaisie et en Polynésie. On le trouve égale- 
Bulletin du Jardin colonial. 9 



122 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

ment en Nouvelle-Calédonie, à Madagascar, à Maurice, à Bourbon, 
aux Seychelles et sur une grande partie de la Côte Est du conti- 
nent africain. 11 est beaucoup moins répandu sur la Côte Occiden- 
tale d'Afrique ; mais on le retrouve très commun dans l'Amérique 
centrale et dans la portion tropicale et subtropicale de l'Amérique 
du Sud, notamment au Brésil, où il croît, paraît-il, dans l'intérieur 
des terres, jusqu'à près de 500 kilomètres de la mer. On le ren- 
contre enfin dans toutes les Antilles, principalement à la Jamaïque 
et à la Trinidad où il fait l'objet d'importantes entreprises agricoles. 

2° "Usages et emplois. 

De tous les végétaux de la flore équatoriale, le cocotier est cer- 
tainement la plante dont l'homme a su tirer le meilleur parti. 

Il suffit de voir une fois un marché indigène en Extrême-Orient, 
et principalement à Geylan, ou mieux de visiter le Musée écono- 
mique de Colombo où l'on a réuni, dans une grande vitrine spéciale, 
une collection complète des principaux produits et articles tirés du 
Cocos nucifera, pour se rendre compte des multiples applications 
de ce remarquable palmier. 

Toutes les parties de l'arbre sont utiles à un titre quelconque, 
soit comme médicament ou comme matière alimentaire, soit pour 
être utilisées comme matériaux de constructions, soit enfin comme 
ustensiles déménage ou de pêche, comme vêtement, etc., etc 

Quelques personnes prétendent que les emplois du cocotier sont 
aussi nombreux que les jours d'une année. Je ne voudrais pas 
essayer de justifier cette opinion, peut-être un peu exagérée, de 
certains auteurs anglais ; mais on peut assurer que, tant au point 
de vue commercial et industriel que sous le rapport des usages 
domestiques, le cocotier est bien l'une des plantes les plus utiles 
du monde entier. 

On dit couramment, à Ceylan, qu'un indigène possesseur de 
douze cocotiers et de deux jacquiers en rapport est un homme indé- 
pendant. 

M. Ferguson cite même, d'après Sir J. Emerson Tennent, dans 
le « Geylon lland book and Directory » de 1899, le cas très curieux 
d'un procès dont la contestation portait sur la propriété de la deux 
mille cinq cent vingtième part de 10 cocotiers. Ceci montre bien 
quelle inq)Drtance les Cynghalais attachent à ce géant des monoco- 
tvlédonées. 



LE COCOTIER 123 



I. Utilisation de la noix. 



Au point de vue industriel et commercial , le cocotier est avant tout 
une plante oléagineuse de premier ordre. L'huile extraite de l'amande, 
c'est-à-dire de l'albumen cartilagineux contenu dans les noix, est 
employée sur une grande échelle dans les savonneries et dans les 
fabriques de bougies. On s'en sert aussi, depuis quelque temps, 
pour préparer une excellente graisse alimentaire connue sous les 
noms de cocoïne, végétaline^ beurre végétal^ graisse végétale, pal- 

mitine, etc , pouvant, dans certains cas, se substituer au beurre. 

Cette matière est surtout utilisée dans la fabrication des biscuits et 
des gâteaux secs. 

En outre, cette huile, qui passe pour arrêter la chute des che- 
veux, est couramment employée comme pommade par tous les indi- 
gènes de la zone tropicale, à Madagascar par exemple, mais surtout 
à Ceylan ou aux Indes. On l'utilise également, sur place, dans la 
préparation des aliments, pour l'éclairage, etc... 

L'huile de coco, connue en langage tamoul sous le nom de Tinga- 
Yeiinei, est aussi utilisée par les Indiens pour s'enduire et se oindre 
le corps après leurs bains quotidiens. Ils la mélangent parfois, 
quand ils la destinent à cet usage, à de la poussière de bois de san- 
tal ou à d'autres substances odoriférantes. 

L'huile est extraite de l'amande préalablement brisée en deux ou 
trois morceaux et séchée, qu'on désigne alors sous le nom de 
coprah. 

Dans les pays de grande production, dont l'outillage industriel 
est suffisamment développé, le coprah est souvent traité sur place; 
mais cette matière première occupe également un rang important 
dans le commerce d'exportation d'un grand nombre de contrées tro- 
picales. 

Le résidu, appelé poonac, tourteau de coco, ou tourteau de 
coprah, constitue, quand il est de bonne qualité, un excellent ali- 
ment pour le bétail, qu'on utilise aussi parfois directement comme 
engrais. 

Un autre produit très important du Cocos nucifera est fourni par 
l'enveloppe fibreuse qui entoure les noix proprement dites. On en 
tire, par rouissage, une matière textile appelée coïr par les Anglais 
et plus connue en France sous les noms de bourre de coco ou de 



124 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

fihi^e de coco. Cette matière textile, très estimée pour faire des cor- 
dages employés par la marine, des brosses et des matelas, ou pour 
confectionner les tapis dits de coco, donne lieu, en Extrême-Orient, 
à des transactions commerciales importantes. C'est également avec 
le mésocarpe fdjreux du cocotier qu'on prépare le cotferdam utilisé 
pour protéger les navires. 

Citons enfin, parmi les produits tirés industriellement de la noix 
elle-même, le Dessicatcd coconut, ou amande fraîche de coco râpée 
et séchée, qui rentre dans la composition d'un assez grand nombre 
de mets, gâteaux, et bonbons fabriqués en Allemagne, en Autriche, 
en Belgique, en Hollande, aux États-Unis, en Angleterre, en Aus- 
tralie, etc • 

Les différentes parties de la noix se prêtent encore à une foule 
d'usages plus ou moins importants, dont quelques-uns méritent 
d'être signalés ici. 

Les cocos renferment, lorsqu'ils sont incomplètement mûrs, une 
sorte de crème moelleuse et nourrissante, facile à digérer et d'un 
goût fort agréable, qu'on peut manger à la cuiller. Cette substance 
qui, plus tard, devient assez dure et avec laquelle on prépare le 
coprah, constitue encore à maturité un aliment très nutritif et 
agréable, mais assez indigeste. Ceci n'empêche d'ailleurs pas les 
habitants d'un grand nombre de régions de faire rentrer l'amande 
de coco dans toutes leurs préparations culinaires. 

Cette substance constitue même, dans certaines réo-ions, notam- 
ment aux îles Tuamotou et Laquédives, la base principale de la 
nourriture des habitants, qui, dans ce cas, consomment un mini- 
mum de cinq à six noix par jour. 

Le fruit du cocotier contient en outre, un peu avant maturité, un 
liquide opalin de saveur douceâtre et un peu sucrée, prenant plus 
tard, c'est-à-dire à maturation complète, un goût légèrement acidulé 
et piquant. 11 constitue, principalement lorsque l'albumen est encore 
mou et gélatineux, une boisson rafraîchissante et très agréable que 
ne dédaignent pas les Européens. 

Ce breuvage, appelé Yelle-nis ' en tamoul et eau de coco en fran- 
çais, est d'une consommation courante dans les gares et dans tous 
les Rest-Houses - de Ceylan où des indigènes viennent offrir, pour 

1. Mut à mot : « Uosée des feuilles ». 

2. Sorte d'auberge tenue pai- des Gyuf,Mialais, sous la surveillance de TAdministra- 
lion, i);u'l(iiil où il n'y ii pat^ (l'iiôtel. 



LE COCOTIER 125 

quelques cents ', aux voyageurs altérés, des cocos frais et bien 
choisis, en remplacement des rafraîchissements qu'on a coutume de 
vendre dans les g-ares européennes. 

Le lait de coco, qu'il ne faut pas confondre avec le Yelle-nis, se 
prépare en pressant fortement dans un linge, avec un peu d'eau, la 
pulpe obtenue en râpant finement une amande bien mûre. On 
extrait ainsi un liquide laiteux, ressemblant beaucoup au lait de 
vache, dont on fait un fréquent usage aux Indes et k Ceylan, et qui, 
paraît-il, peut être employé pour préparer le café au lait. 

Un des produits les plus curieux du cocotier est connu sous le 
nom de pomme de coco. On appelle ainsi la masse globuleuse et 
spongieuse qui remplit l'intérieur de la coque lorsque la germina- 
tion est commencée. Cette substance très tendre, légèrement sucrée 
et d'un goût fort agréable, constitue un mets assez recherché sous 
les tropiques. 

En sus des importantes applications du coïr auxquelles on a fait 
allusion précédemment, la bourre de coco, qui sert aussi à faire 
des lavettes et des balais communs, est avantageusement employée 
dans certaines régions pour calfater les navires. On l'utilise aussi, 
notamment au Jardin botanique de Calcutta et à l'Institut agricole 
de Buitenzorg, pour préparer des marcottes. La légèreté de cette 
fibre et sa résistance à l'humidité la rendent particulièrement 
propre à cet usage. 

Notons enfin que la poussière obtenue en préparant le coïr 
absorbe très bien les liquides et qu'à cause de cette propriété elle 
est couramment employée à Ceylan pour assainir les water-clo- 
sets. Cette poussière donne également d'excellents résultats pour 
l'expédition des graines délicates en stratification. 

Les noix entières coupées en deux, perpendiculairement à leur 
axe principal, constituent d'excellentes brosses pour frotter les par- 
quets, dont l'usage est bien connu aux colonies. Il existe certaines 
variétés, à coque de très petites dimensions, spécialement recher- 
chées pour cet usage. J'ai eu enfin l'occasion de constater tout der- 
nièrement, dans le nord-ouest de Madagascar, l'existence de cocos 
dont tous les ovules avaient avorté, mais dont les fleurs avaient 
néanmoins donné naissance à des masses de fibres avant extérieu- 
rement toutes les apparences de fruits complets. Ces cocos sans 
noix ne sont plus alors que de véritables brosses naturelles. 

1, Le cent est la centième partie d'une roupie et vaut environ fr. 0175, 



126 ÉTUDES KT MÉMOIRES 

Les coques constituent un combustible de première qualité et 
répandent une lumière si vive et si brillante qu'on les utilise fré- 
quemment aux Indes, pour éclairer les cérémonies religieuses noc- 
turnes. 

Elles servent en outre à confectionner une foule d'ustensiles, 
d'un emploi journalier en Extrême-Orient (cuillers, mesures de 
capacité, pipes, vases d'ornement, etc.), ainsi qu'une quantité 
d'objets curieux et plus ou moins bien travaillés dont sont encom- 
brés les bazars de Colombo. 

L'endocarpe donne enfin, par combustion, un excellent charbon 
gras et doux, utilisé en peinture. 

Notons, pour terminer cette énumératlon déjà longue des mul- 
tiples emplois de ce fruit que, d'après M, Grisard, conservateur 
des collections de l'OiTice Colonial, les très jeunes pousses de coco 
en germination présentent un goût sucré très agréable qui les fait 
considérer comme de véritables friandises. Aux Indes, ces pousses 
sont consommées crues ou cuites sous la cendre. 



II. Utilisation des fleurs et de linflorescence. 

On tire de l'inflorescence du cocotier, avant que le spathe ne 
s'ouvre, un liquide très sucré, possédant une saveur un peu 
piquante, connu en anglais sous le nom de ioddij, et sous celui de 
callou doux près de Pondichéry. Il est appelé sura ou soury aux 
Antilles. 

Ce liquide passe pour être légèrement laxatif. On l'emploie fré- 
quemment aux Indes pour remplacer le levain. Il laisse déposer, 
par évaporation, \\n sucre de bonne qualité, nommé jaçfre ou jag- 
gcry, d'un usage courant en Extrême-Orient. 

Le callou doux^ abandonné à lui-même, ne tarde pas à fermen- 
ter et fournit alors le callou fermenté ou vin de coco, dont on tire, 
par distillation, un alcool de très bonne qualité, nommé arack. A 
Geyian et aux Indes Anglaises cet alcool donne lieu à un commerce 
considérable. 

Si l'on n'y prend pas garde, la fermentation alcoolique ne tarde 
pas à céder la place à la fermentation acétique dès que tout le 
sucre est transformé en alcool ; on se trouve alors en présence du 
vinaigre de cocotier encore appelé parfois vinaigre de callou. 



LE COCOTIER 



127 



Les fleurs, lorsqu'elles sont entièrement épanouies, sont pecto- 
rales et adoucissantes. 



III. Utilisation des feuilles et du bourgeon terminal. 

Les jeunes feuilles fraîches sont recherchées du bétail et cons- 
tituent un excellent fourrage, surtout pour les éléphants domes- 
tiques. 

On confectionne de bons balais avec les nervures des pinnules, 
ou Ekels, réunies en faisceaux. On peut enfin, à cause de leur 
résistance et de leur élasticité, s'en servir pour faire des nasses et 
de jolies cages à oiseaux ou les emplo^-er comme mèche de cierge. 

LesCvng'halais utilisent également le parenchyme foliaire du coco- 
tier à la place du papier à écrire, mais préfèrent cependant avoir 
recours, pour cet usage, aux feuilles du Talipot pal/n [Corj/pha 
umhracuUfera) et du Palnii//\7 palm [Borassiis flahelUformis). 

Les feuilles servent en outre à faire des nattes, des corbeilles ou 

des chapeaux, etc Tressées d'une manière spéciale, elles 

prennent à Ceylan le nom de Cadjans et sont alors employées pour 
couvrir les cases ou pour installer des cloisons légères à l'intérieur 
des maisons. 

De la gaine des feuilles on tire des fibres. 

Le bourgeon terminal constitue un excellent légume aussi fin et 
aussi délicat que le véritable chou palmiste tiré de VAreca oleracea, 
et bien supérieur à celui fourni à Madagascar par le raphia. Ce 
légume est ordinairement mangé bouilli ; mais on peut le mettre 
en conserve dans du vinaigre, pour remplacer les pickles, ou le 
consommer en salade. Un chou palmiste entier de cocotier, de 
dimension ordinaire, pèse environ de 10 à 15 kilogrammes et 
mesure approximativement "^ 75 de long sur '" 45 de tour. 

Enfin, les fd^res brunes entrelacées qui se trouvent appliquées 
sur le palmier à la base des feuilles forment un véritable tissu 
serré et très solide, souvent utilisé comme tamis par les indigènes, 
surtout pour séparer les impuretés mêlées au callou ou à l'huile. 

Ces lambeaux de tissus de forme triangulaire sont aussi employés, 
principalement par les pêcheurs, pour faire des vêtements qui 
présentent l'avantage de bien résister à l'eau de mer. Les marins 
s'en servent aussi parfois pour faire des voiles de petite taille. 



428 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

IV. Utilisation du tronc et des racines. 

Le bois du tronc des jeunes arbres est mou et fibreux, mais très 
élastique et peut rendre, ou, pour mieux dire, pouvait rendre autre- 
fois, grâce à cette propriété, quelques services pour installer des 
fortifications passagères. Les troncs de palmiers plus âgés peuvent 
être utilisés pour faire des constructions provisoires, telles que des 
hangars ou des paillottes. On peut aussi s'en servir comme pilotis 
ou pour faire des radeaux, car ce bois qui se détériore assez vite 
à l'air libre, se conserve au contraire très longtemps dans l'eau de 
mer. 

La partie extérieure des vieux troncs, principalement à la base 
des cocotiers très âgés, est composée d'un bois lourd, très dur, à 
grain fin et serré, susceptible de prendre un très beau poli. Ce bois 
est rempli de faisceaux vasculaires, noirâtres ou rouges bruns, qui 
lui donnent un aspect tout à fait caractéristique, auquel il doit 
sans doute les noms de Bois de porc épie et de Porcupine ivood, sous 
lesquels il est connu dans le commerce. 

Ce bois, très élastique lorsqu'il est frais, sert â faire des manches 
de lances et de jolies cannes, bien connues de toutes les personnes 
qui ont fait escale à Colombo. Le Bois de porc épie est fréquem- 
ment utilisé en ébénisterie de luxe, principalement pour faire de la 
marqueterie et des meubles de petite taille. C'est ainsi que j'ai pu 
voir, à l'Ecole professionnelle de Kandv, des bibliothèques tour- 
nantes, des tables et des classeurs en Porcupine icood, d'un très 
joli effet. 

Il faut noter enfin que les racines du cocotier sont diurétiques ; 
qu'elles constituent, dit-on, un remède efficace contre la fièvre, et 
qu'en Orient on les emploie parfois comme masticatoire à la place 
de la noix d'arec. 

Em. Prudhommr, 
IiKjénicur agronome. 
Directeur de l'Agriculture à Madagascar. 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 



L — Zone naturelle. Noms vulgaires. Description. 
Espèces et variétés. 

Les kolatiers appartiennent an g-enre Cola de la famille des Ster- 
cnliacées, très voisine de celle des Malvacées, avec laquelle certains 
auteurs la réunissent. 

Ce sont de beaux arbres qui se rencontrent en Afrique occiden- 
tale, à l'état spontané ou cultivés par les noirs, entre le 9** latitude 
nord et le 9° latitude sud. 

Les Européens en ont fait des plantations, non seulement dans 
leurs colonies africaines situées dans la zone naturelle de ces arbres, 
mais aussi dans les autres pays tropicaux, et particulièrement dans 
quelques colonies des Antilles. 

Voici quelques noms vulg-aires de leurs fruits : 

Noix de kola, kola, ou cola, en français; 

Kolaniisse, en allemand ; 

Kola nuts ou kola, en anglais ; 

Kolanoot, en hollandais ; 

N'gourou, en ouolof (Sénégal) ; 

Onoro, en bambara (Haut-Sénégal et Niger) ; 

Goro, en saracolet (Haut-Sénégal et Niger); 

Gorro, en songhaï (Moyen-Niger) ; 

Goroyé, en foulbé (Haut-Sénégal et Niger)'; 

Go, en dionla (Côte d'Ivoire), d'après l'explorateur Wœlffel; 

Touré, en guéyé (Côte d'Ivoire), d'après WœllTel ; 

Ombene (Gabon), 

Les kolatiers ont une racine pivotante. Leur tronc est assez élancé 
et leur feuillage épais. Leurs fleurs, pourvues d'un calice à cinq 
lobes, dépourvues de corolle, sont diclines par avortement, c'est- 
à-dire manquent, soit d'étamines normalement développées, soit de 
pistil ; des fleurs mâles et des fleurs femelles sont réunies sur le même 
pied ; dans les fleurs mâles, les étamines sont disposées en cercles. 



130 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



Leurs fruits sont formés de 1 à 6 follicules de 10 centimètres de 
long-ueur en moyenne, à suture ventrale, verticillés, oblongs, 
rugueux, coriaces, dont chacun renferme environ six graines, rouges, 
roses ou blanc-jaunàtre, de la grosseur d\m marron. 




Phol. Em. Prudliomme. 



Rameau de kolalier (fleurs et fruits). 



Ces graines renferment différents principes utiles, dont la caféine 
et la théobromine, principes actifs du café et du cacao. 

On peut rapporter la plupart des kolatiers à deux types spéci- 
fiques principaux : 

1" Cola vera K. Schumann (n° d'avril 1900 du Tropenpflanze7\) 
Kolatier qui atteint une dizaine de mètres de hauteur, planté par 
les indigènes autour des" villages dans la région forestière de la 
Guinée française, de Sierra Leone, du Libéria, de la Cote d'Ivoire, 
de la Côte dOr. Ses noix sont formées de deux segments. Cette 
espèce se distingue en outre de la suivante par les anthères qui ne 
sétalent pas et par les stigmates collés étroitement à l'ovaire. 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 131 

2° Cola, acuminata K. Schumann (in Tropenpfîanzer^ inclus Cola 
Ballaiji Cornu, in Heckel). Grand arbre spontané des futaies du 
Cameroun, du Gabon, du Bas-Congo, dont les noix se divisent 
en quatre, cinq ou six segrnents. 

Ce serait à cette forme que se rattacherait le kolatier du Dahomey. 
En effet, M. l'administrateur Jean Fonssag-rives écrit, dans la notice 
publiée par le Dahomey à l'occasion de l'Exposition de 1900 : 

(( La kolah du Dahomey est facilement reconnaissable à ce que 
chaque fruit se divise en quatre ou cinq parties. Elle est principale- 
ment récoltée à Abomey-Calavi et dans les environs, en septembre 
et octobre. Les plus gros fruits sont d'une couleur rose, les petits 
sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns blancs. » 

D'après le D*" Bernegau (article du T ropenp flanzer) , tandis que le 
Kola du Cameroun, cuit dans l'eau pendant une demi-heure, produit 
des filaments brillants et soyeux, formés par de la matière gom- 
meuse, on ne remarque rien de pareil avec le Kola de Libéria. 

Le professeur K. Schumann, du Jardin botanique de Berlin, a 
nommé deux autres espèces de kola tiers du Cameroun, dont les 
noix seraient utilisées par les indigènes concurremment avec celles 
du Cola acuminata. Ce sont le Cola lepidota à feuilles trifoliolées, 
et le Cola anomala à feuilles verticillées par trois. 

Ayant habité, pendant cinq ans, le Soudan français, et ayant visité 
les princijaaux postes, l'un de nous a pu y observer personnellement 
sur les marchés, où partout la noix de kola occupe une des places 
les plus importantes, trois sortes commerciales de ce produit qui 
sembleraient correspondre à des variétés botaniques distinctes : 

1** Noix grosses, de couleur blanc-jaunâtre claire, relativement 
peu amères, dont il a vu l'échantillon le plus typique sur le marché 
de Bobo-Dioulasso ; 

2° Noix de grosseur moyenne et assez variable, de couleur blanc 
jaunâtre ou rouge plus ou moins foncé, très amères ; les plus com- 
munes sur les marchés de la région de Sikasso, Bamako, Ségou ; 

3" Noix petites et rouges, très amères. 

Au moment du passage de Binger, [Du Niger au Go^fe de Guinée 
par le Pays de Kong et le Mossi, tome I, p. 311), on voyait sur le 
marché de Kong deux espèces de kola : le kola blanc de l'Anno et 
le kola rouge de l'Achanti, 



132 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Le kola blanc de l'Anno est de deux variétés : l'une d'un blanc 
jaune pâle, analogue à la couleur du kola de SakhaladuOuorodouzou, 
mais plus petite que ce dernier ; l'autre, de même grosseur, ne dif- 
fère que par sa teinte, d'un rose si pâle qu'il n'est pas classé dans le 
kola rouge par les indigènes ; on le vend mélangé au blanc sans 
différence de prix, ce qui n'aurait pas lieu s'il était plus foncé, car le 
kola rouge est toujours plus cher que le kola blanc de même grosseur. 

Le goût du kola de l'Anno est bien moins fort que celui du kola 
rouge, mais il renferme une teinture rouge qui est usitée par les 
indigènes en concurrence avec celle du kola rouge. Comme teinture, 
le kola blanc de l'Anno a les mêmes qualités que le kola rouge de 
l'Achanti. Ce kola est récolté en février, en juin et en octobre; les 
fruits de février se gâtent assez rapidement, tandis que les récoltes 
de juin et octobre se conservent plus facilement; ce kola, cependant, 
ne peut supporter de bien longs trajets, il se conserve au maximum 
et avec des soins pendant cinquante à soixante jours. 



IL — Culture 

Le kolatier à choisir pour la culture est le Colavera K. Schumann. 

Nous avons dit plus haut qu'il était cultivé par les noirs, autour 
des villages, dans la zone forestière delà Guinée française, du Libé- 
ria, de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or. M. le lieutenant Wœllîel 
donne, dans son rapport de mission, une description très intéres- 
sante de la façon dont les noirs pratiquent cette culture dans le bas- 
sin de la Haute-Cavallv, description citée par M. Auguste Cheva- 
lier dans une note sur les observations et collections botaniques de 
la mission Wœlffel publiée dans le Bulletin du Muséum dliistoire 
nalureUe (1902. n° 2) : 

« Il faut au kojatier, pour bien pousser et donner de bonnes 
récoltes, un sol riche en humus, de l'ombre, de l'humidité et de la 
chaleur. Les indigènes le plantent de préférence autour des villages 
et en bordure sur les chemins, parce qu'il leur est ainsi permis de 
mieux les surveiller. Ils en plantent sans cesse de nouveaux pieds. 
Selon les contrées, les plantations appartiennent à des individus ou 
à la collectivité des villages. Dans ce cas, les coutumes qui régis- 
sent les plantations sont assez curieuses. Nul n'a le droit d'arracher 
une branche de l'arbre ou d'enlever des semences sous peine de 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 133 

mort ; au moment de la récolte, les fruits sont soigneusement 
comptés et une distribution générale est faite, mais en observant 
certaines règles ; le nombre des kolas alloués varie avec Tâge et la 
situation sociale de chaque personne, mais tout le monde, même le 
plus misérable captif, en reçoit. » 

Binger, de son côté, nous donne les renseignements suivants sur 
riiabitat du kolatier : (( Le kola existe à l'état spontané sur toute la 
côte occidentale d'Afrique, on le trouve jusque par 10° de latitude 
nord, mais il reste stérile par cette latitude. 

« Son véritable habitat est compris entre 6° et 7° 30' de latitude 
pour les régions qui nous occupent. 

« Vers Sierra Leone et le Ouorocoro, le kolastérile est signalé par 
10°, tandis que dans les régions que j'ai visitées, j'ai rencontré le pre- 
mier arbre à kola (stérile) dans le Coranza, près de Kintampo, par 
8° 5' et près de Grumania dans l'Anno (8°). 

« Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamelinso (près 
Groumania, par 7° 50') et les derniers près d'Attakron, par 7°; la 
zone où l'arbre est en plein rapport semble donc être limitée et com- 
prise entre le 7° et le 8" pour l'xVnno et le Ouorodouzou. 

(' Bien que je n'aie pas visité ce dernier pays, il m'a été donné de 
calculer assez facilement par quelle latitude se trouvait le kola. De 
Tengréla partent les itinéraires, bien connus des marchands, sur 
Tonte, Siana, Kani et Sakhala. Les deux premières localités se 
trouvent, d'après les indigènes voyageant avec des ânes chargés (fai- 
sant 16 kilomètres en moyenne par jour), à 23 jours de marche, à 
peu près 350 kilomètres, dans une direction sud-sud-ouest, ce qui 
place ces marchés par 7° 40' de latitude nord- Sakhala, d'après les 
mêmes calculs, se trouverait par 7° 20'. 

u Mais nous avons vu au chapitre Samory (III), que ces marchés 
étaient situés à une trentaine de kilomètres au nord des lieux de pro- 
duction ; nous pouvons donc inférer que les kolas se trouvent envi- 
ron par 7° 15'. 

(( Dans l'Achanti, l'habitat du kola est sensiblement le même ; les 
missionnaires de Bâle et le docteur Mâhly, qui ont exploré la basse 
Volta, signalent le kola dans l'Akam et l'Okouav^ou ; or, ces deux 
régions se trouvent précisément entre 6° 30' et 7° 30' : on peut donc 
en déduire que le kola se trouve en plein rapport dans la zone com- 
prise entre 6° 30' et 7° 30' et, par extension, dans certaines régions 



134 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

(lu 6° au 8" ; qu'à l'étut isolé et stérile il est rencontré jusque par 10° 
de latitude nord. » 

Au sujet de la culture de cet arbre dans l'Anne (Côte d'Ivoire), 
le même auteur dit (ouvrage déjà cité, tome II, p. 244) : 

« En quittant Babraso, nous traversons de splendides plantations 
de kolas. Ces arbres sont plantés en quinconces alternant avec des 
palmiers à huile. Cette variété de StercuUa produit le kola blanc et 
le kola rose. Le tronc ressemble un peu comme écorce à notre hêtre ; 
et la feuille, au ficus ; mais, ce qui m'a frappé, c'est qu'à un mètre 
de terre tous les troncs se bifurquent. Les branches ne sont pas 
émondées quand elles sont jeunes, de sorte que dès que l'arbre 
commence à prendre de la vigueur, les indigènes sont forcés d'étayer 
les branches pour les empêcher de se briser. » 

Babraso se trouve dans l'Anno. 

D'autre part dans le bassin de la Sassandra (Côte d'Ivoire), l'ex- 
plorateur Thomann n'a rencontré le kolatier ni chez les Lo, ni 
chez les Boboua, mais seulement au sud, dans le Bo"-iié et le Balo. 

Eniin, M. Famechon donne quelques indications au sujet de la 
culture du kolatier en Guinée, dans la Notice sur cette colonie 
publiée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 : 

« Le kolatier existe en abondance dans les pays soussous depuis 
la frontière Sierra-Léonaise jusqu'aux confins sud du Rio-Nuhez, 
mais ne pousse pas plus au nord, ni dans le massif du Fouta-Djal- 
lon. On le retrouve en bosquets près de Yomaya, sur le territoire 
Limban resté français ; puis en grande abondance dans la province 
de Kissi, au sud-est du Tembicounda. 

<( La Guinée anglaise est mieux partagée que nous en terrains pro- 
ducteurs de colas, puisque cet arbre prospère sur tout son territoire. 
Néanmoins on peut en récolter chez nous en quantité suffisante pour 
les besoins de notre hinterland, pour le Fouta et le bassin du Niger 
qui en sont dépourvus, et les bonnes années il en reste encore suf- 
iisamment pour que l'on puisse en exporter une cinquantaine de 
tonnes sur le Sénégal et la Guinée portugaise. 

<( Chez les Bagas, on plante un kolatier pour commémorer la 
naissance de chaque enfant ou tout événement mémorable pour 
la famille. 

« Les villages soussous sont entourés de bosquets de kolatiers que 
les habitants exploitent, mais il semble que les Soussous, proprié- 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 135 

taires actuels, n'en ont planté que très peu, et que les populations 
baga ou mandényi, qui habitaient avitrefois la contrée et étaient de 
bons cultivateurs, en avaient avant eux répandu l'espèce. » 

D'une façon générale, pour cultiver le kolatier en Afrique occi- 
dentale, on ne devra pas s'éloigner de plus de 9° de l'équateur, 
sinon la longueur de la saison sèche et les variations de la tempé- 
rature, qui descend parfois au-dessous de -|- 10" à la hauteur du 10° 
latitude nord, entraveraient la végétation de la plante. 

M. Ch. Rivière a constaté, au Jardin d'essai d'Alger, que cet 
arborescent ne supportait pas des abaissements de température de 
-|- 12° dans une serre chauffée. Sous un climat marin, le même 
arbre peut réussir dans toute la zone torride. 

Le kolatier a une racine profondément pivotante. Il ne résiste pas 
dans les endroits où, sous un sol peu profond, il rencontre soit l'eau, 
soit une couche rocheuse. Il redoute les emplacements inondés par 
les marigots et ceux où l'eau séjourne pendant la saison des pluies. 

La transplantation étant très délicate, on devra le semer à demeure 
en une place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de 
diamètre et de profondeur. On pourra aussi le semer en pépinière 
ombragée et le transplanter en grosses mottes au bout de quelques 
mois, avant que sa racine ait pu prendre un développement impor- 
tant, dans des trous préparés dans les mêmes conditions. 

Il demande un ombrage modéré, qu'on peut lui procurer facile- 
ment en plantant avec lui des Acacia Lebbeck et des bananiers de 
la façon suivante : les kolatiers à 10 mètres en tous sens, les acacias 
à 20 mètres en tous sens à raison de un acacia pour quatre kolatiers, 
et les bananiers sur les lignes de kolatiers à 1"^ 50 environ des arbres 
qu'ils devront protéger. Les touffes de bananiers devront être 
émondées, soigneusement et souvent, pour permettre aux kolatiers 
de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés complètement 
dès que l'ombrage des Acacia Lebbeck, dont la croissance est 
rapide, sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour 
la nourriture des ouvriers. 

Le kolatier exige peu de soins d'entretien. Il convient pourtant 
de bêcher profondément autour de lui sur un mètre de rayon au 
commencement et à la fin de la saison des pluies, et de profiter de 
cette opération pour lui donner les engrais dont on pouri^a disposer, 
fumier et ordures de village par exemple. 



136 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Ce bêchage doit être complété, au moins pendant les premières 
années, par un sarclage général de la plantation, donné entre les 
deux bêchages dans le but de dégager les jeunes jolants des herbes. 

Il commence à fructifier vers l'âge de cinq ou six ans, mais on ne 
peut en attendre une récolte rémunératrice avant la dizième année : 
à partir de ce moment, il peut donner annuellement plusieurs mil- 
liers de noix. Cet arbre se multiplie aussi par boutures et marcottes. 

Au sujet de la culture du kolatier, il nous semble intéressant de 
citer l'opinion de M. Auguste Chevalier, que cet explorateur exprime 
dans une étude sur l'avenir de la culture du cotonnier au Soudan 
français, publiée dans le bulletin d'août 1901 de la Société Natio- 
nale d'Acclimatation de France : 

« De même que le kolatier est la seule plante dont le rendement 
paraisse actuellement devoir être rémunérateur pour l'Européen qui 
saura le cultiver dans la zone guinéenne (haute Côte d'Ivoire et 
régions boisées de la Guinée française); de même le cotonnier est la 
seule culture indigène actuelle, dont le développement soit suscep- 
tible d'alimenter un courant commercial important du Soudan pro- 
prement dit (du 10'' au 1(3'' degré lat. X.) vers l'Europe. » 

Le kolatier est actuellement cultivé sur différentes parties du 
globe, aux Antilles, dans les colonies du golfe de Guinée et en 
Extrême-Orient, notamment. 

[A suivre.) Jean Vuillet, 

Chef du Service de r Agriculture du Haut-Sénégal-Niger. 



CULTURE DU COTONNIER 

A LA STATION EXPÉRIMENTALE DE MAROVOAY, PRÈS DE MAJUNGA 

Essais 1904-1905. 
{Suite 1.) 

MOIS D'AVRIL 

RÉGLME MÉTÉOROLOGIQUE 



DATES 


QUANTITÉS 


D.VTES 


QUANTITÉS 






millimètres 




niillimèlres 




1 

2 
3 


0.0 

29.7 

127.5 


5 
6 

7 


90.0 

14.4 

0.0 




4 


45.9 


La saison sèche commence; 
aucune pluie. 















OBSERVATIONS 

La plantation ne nécessite pas de travaux. 

Les journées de pluie continues et violentes survenues du 2 au 6 
ont été les dernières de la saison; un temps sec a régné ensuite. 

Ce régime météorologique a apporté de graves ehangements dans 
le mode de végéter de nos cotonniers. 

Brusquement, sous Tinfluence d'un vent sec qui s'est élevé du 
sud à partir du 8, les plants ont perdu leurs nouvelles capsules, 
leurs fleurs et une partie de leurs feuilles. 

Celles de ces dernières qui persistaient étaient plus ou moins atta- 
quées par les insectes et une sorte de brunissure. 

Quelques capsules formées et déjà grosses se rencontrent encore 
à la base des plants. Ce sont celles qui nous fourniront le semblant 
de récolte objet du tableau qui va suivre. 

Sous la pluie des premiers jours du mois la maladie cryptoga- 
mique a redoublé d'intensité sur les variétés qu'elle affectionne, elle 
s'est beaucoup atténuée vers la fin, sans doute par suite de la séche- 
resse. 

En somme, dans son ensemble, le champ revêt une teinte bronzée 
peu satisfaisante. Aucune floraison nouvelle; certains plants, Yanno- 
vich, Sea-Island, atteignent jusqu'à 2"^ 50 de hauteur ; les essais de 
rabattage ne nous donnent pas de résultats intéressants. 



1. Voir Bulletin, n" 34. 
Bulletin du Jurdin colonial. 



10 



138 ÉTUDES ET .MÉMOIRES 



MOIS DE MAI 



AUCUNE PLUIE 



OBSERVATIONS 



L'état général mauvais du mois dernier se maintient, il se 
reforme quelques nouvelles feuilles et fleurs ; mais le champ con- 
serve sa teinte noirâtre. 

Les variétés que nous avons mentionnées comme atteintes de la 
maladie crvptog-amique semblent revivre avec la sécheresse, les 
lésions deviennent plus rares, se cicatrisent ; enfin une nouvelle 
charpente cherche à se reformer qui n'est plus atteinte par des 
taches. 

Les capsules de la base des autres variétés qui avaient persisté, 
arrivent à maturité pendant ce mois, le coton qu'elles nous donnent 
est taché plus ou moins. 

En voici les poids ; ils nous permettront de classer les variétés 
dans leur ordre de résistance aux pluies ; nous l'avons établi pour 
un millier de pieds de chacune d'elles. 

Par 1.000 pieds. 

1 N" 7 Fort-Dauphin 50 kil. 

2 B. Assoc. cotonnière 23 — 

3 Turquestan F. D 20 — 

4 Russel 19 — 

5 Griffin 18 — 

6 King- Early A. C 17 — 

7 Ozier Silk"^A. C IS _ 

8 Han Kins F. D [l] — 

9 Russel big boll A. C 12.500 

10 G. F. D 12 — 

H Allen 10.500 

12 Choice Upland 10 — 

13 B. Majunga 9 

14 N° 5 F. D 8 — 



CULTURE DU COTOiN'MER 139 

15 Excelsior 7.200 

1 6 Louisiane 7 — 

17 NM F. D 5.400 

18 Yannovich 5 — 

19 Sea Island 2.100 

20 Mit Affifi 0.200 

21 Abassi 0.100 

22 Peterkin 0.080 

23 Géorgie longue soie . 042 

24 Pérou dur 0.000 

Aucune de ces variétés ne mérite d'être considérée comme devant 
se cultiver pendant cette période. 

Les observations de l'an dernier se confirment et comme elles 
s'appliquent là à des espèces bien différentes, nous demeurons per- 
suadés, jusqu'à preuve du contraire, que cette culture a été entreprise 
à une mauvaise époque ; elle l'est certainement pour les dernières 
variétés de la liste qui n'ont même pas fructifié, ou pour ainsi dire 
pas. 

MOIS DE JUIN 

Rég-ime de la saison sèche : brouillards, le matin fortes rosées, le 
temps se rafraîchit, les journées sont un peu moins long-ues. 

OBSERVATIONS 

Peu de modifications, la maladie cryptogamique des variétés 
attaquées a complètement disparu, ces espèces continuent à former 
des pousses et des fleurs ; toutes les autres aussi, mais plus lente- 
ment. Nous voilà bien en présence d'un nouveau départ de la végé- 
tation, il n'est guère possible d'en douter. 

Les anciennes feuilles sont couvertes de taches bronzées et se per- 
sillent. 

Les plants sont g'énéralement pourvus d'une charpente puissante, 
la chute des feuilles permet d'en jug-er, certains troncs atteignent 
3 centimètres de diamètre à la base. 

Nous aurons à constater à dater de ce jour, si, suivant l'exemple 
des cotonniers indigènes, ceux-ci vont se regarnir de feuilles et 
nous donner en octobre une belle récolte. 



140 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Essai n** 2. 

Sauf en ce qui concerne l'époque des semis, nous nous sommes 
appliqués, clans l'établissement de ce deuxième hectare d'essais, à 
réunir des conditions identiques à celles précédemment exposées. 

Nous y sommes parvenus assez aisément ; c'est ainsi qu'en ce qui 
concerne le sol, les variétés, les façons culturales rien ne différait, 
sauf les frais de premier établissement qui se sont trouvés moindres 
par suite des difficultés plus g'randes pour le travail du terrain à la 
charrue. 

TRAVAUX ET PKIX DE REVIENT 

Dates du semis : le 25 janvier. 

Dépense y compris cette opération : 138,20 

Germination : le 28. 
Levée générale : le 31, très rég^ulière. 

Les pluies de la fin de janvier ont favorisé beaucoup la sortie des 
jeunes plants. 

MOIS DE FEVRIER 
Pour le régime des pluies, se reporter au tableau déjà donné. 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses 138,20 

Eclaircissagedes touffes, on laisse deux plants 

par poquet le 3 février : 10 journées 10 

148,20 

Végétation bien régulière de toutes les variétés; les pluies conti- 
nues rendent leur développement assez lent. 

MOIS DE MARS 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses ' 14tS,20 

Le 19 mars, sarclage : 19 journées 19,25 

167,45 



CULTURE DU COTONNIER 141 



ORSERVATIONS 



Vers le 9, les pluies deviennent moins nombreuses, les plants se 
mettent à pousser avec une extrême vig-ueur, ils atteignent rapide- 
ment 1 mètre de hauteur. 

Sauf les variétés d'Eg-ypte, le Pérou dur, le Sea-Island et espèces 
de ce type, les autres variétés donnent, à la date du 20, leurs 
premières floraisons. 

Nous relevons les premières traces de la maladie cryptoga- 
mique déjà signalée. 

MOIS D'AVRIL 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report 167,45 

Le 18 avril, sarclage : 25 journées 25,25 

192,70 

OBSERVATIONS 

Pleine floraison pour les variétés déjà citées : le 1'^'' avril. Comme 
pour rhectare du premier essai, les pluies Adolentes des six premiers 
jours suivies de la sécheresse amènent la chute des fleurs et des nou- 
velles capsules qui s'étaient formées. Un bien petit nombre persiste. 

Ce champ n'a plus un aspect aussi satisfaisant, les feuilles com- 
mencent à prendre la teinte bronzée dont nous avons déjà parlé. 

Cependant ce phénomène est moins intense que dans la planta- 
tion de décembre, les plants continuent à pousser, ils ont 1'" 50 de 
hauteur, un tronc fort et beaucoup de branches latérales. 

La maladie cryptogamique des variétés d'Egypte et autres perd 
son intensité, ces espèces émettent de nouvelles pousses vigoureuses 
et d'un beau vert. 

MOIS DE MAI 

Aucun travail, l'herbe ne se développe plus, on conserve le béné- 
fice du précédent binage. 



142 



ÉTUDES ET MÉMOTKES 



OBSERVATIONS * 

La teinte bronzée qui commençait à apparaître sur une partie du 
champ s'est accentuée et étendue. 

Le Pérou dur reste très vert, vigoureux et ne porte toujours pas 
de fleurs. 

Déjeunes capsules s'étaient formées sur les autres variétés, elles 
tombent ainsi qu'une partie des feuilles. 

Les anciennes capsules qui avaient persisté après les dernières 
pluies, en petit nombre, il est vrai, commencent à s'ouvrir. 

Nous assistons en somme à la répétition de ce que nous avons 
décrit pour Thectare de décembre, sous une forine beaucouj) plus 
atténuée cependant. 



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3/ >«' W^lHiâ^^^^l 


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Pliot. Duchéne. 



Cotonnier Russel Bigboll. 



CULTURE DU COTONNIER 143 



MOIS DE JUIN 



Pas de changement, les variétés d'Ég-ypte se remettent à pousser 
et à lleurir ; le Pérou dur continue à prendre un grand développe- 
ment. Quelques fleurs apparaissent. 

Enfin, tout à fait à la fin du mois, les autres variétés commencent 
à vég-éter un peu. 

En résumé, ce champ qui a été semé un mois après celui de 
décembre est au même point que lui, ses plants ont un développe- 
ment aussi puissant, son aspect g'énéral est un peu meilleur. 

3® essai. 

Nous avons établi ce S*" hectare d'essais avec les mêmes méthodes 
et dans des conditions identiques aux précédentes. 

En coteau, avec pente plus forte que celles des deux autres 
champs, des dépenses plus réduites, tels sont les seuls chang'ements 
apportés. 

Semis : le 27 février 1903. 

Dépenses jusqu'à cette date, semis compris. . 177,23 

MOIS DE MARS 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report 477,23 

Remplacement des manques et léger binage : 

7 journées 7,23 

184,30 

OBSERVATIONS 

Commencement de la levée le 2 mars, levée irrégulière terminée 
le 3 mars. 

Pluies assez fortes suivies de périodes sèches de quelques jours. 
Des plants déchaussés par les pluies se dessèchent, d'autres sont 
cassés par suite de la violence de ces pluies. 

Il en résulte de nombreux manquants que l'on remplace ; plants 
peu développés à la fin du mois. 



144 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

MOIS DAVRIL 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report 184.30 

Remplacement et binage léger : 9 jomniées 9-^3 

193.73 

OBSERVATIONS 

De nombreux manquants se produisent sous Tinfluence des 6 
journées de pluies violentes survenues au début du mois, il est 
nécessaire de faire de nouveaux remplacements. 

Le temps sec s'étant établi définitivement, tous les plants, sans 
distinction de variétés, prennent un développement rapide. Ils 
atteignent 80 centimètres h la fin du mois et revêtent une belle 
teinte verte. 

MOIS DE MAI 

Aucun travail, l'herbe ne se développe plus. 

OBSERVATIONS 

Pleine floraison dans les premiers jours du mois. Ces plants con- 
tinuent à pousser avec une vigueur extrême, aucune maladie. Si 
nous notons ces plants de 0, à 20, nous ne voyons pas de variétés que 
l'on puisse noter au-dessous de 13, plusieurs méritent la note 18. 
Ce champ forme contraste absolu avec ses voisins. 

[A SlÙVI^e.) DUCHÈNE, 

Directeur de la Station 
dressai de Marovoay. 



LES MATIÈRES TANNANTES DE NOS COLONIES 



L'industrie a besoin de plus en plus de matières tannantes riches ; 
nous avons donc recherché si nos colonies pouvaient fournir des 
matières tannantes susceptibles d'être exportées soit à l'état de 
nature, soit sous forme d'extraits concentrés. 

Une enquête a été ouverte, dans chacune de nos colonies, et les 
renseig-nements recueillis furent envoyés au Jardin colonial : celui- 
ci recevait en même temps des échantillons des végétaux renfermant 
du tannin, échantillons qui ont été analysés dans les laboratoires 
le Jardin i. C'est l'ensemble des documents, rapports et analyses, 
réunis sur cette question, qui sont rapportés ci-dessous. 



MADAGASCAR 

On trouve à Madagascar de nombreuses essences à écorces tanni- 
fères. Le laboratoire municipal de Tananarive a procédé à l'analyse 
des écorces les plus riches en tannin pour l'École professionnelle de 
Tananarive, et a obtenu les résultats suivants (le tannin a été dosé 
dans les écorces séchées à l'air libre, par le procédé J. Jean, et les 
résultats rapportés à un kilog-. de matières) : 



Ecorce de chêne 

Ecorce de rotra 

Ecorce de Harongana 

Ecorce de pêcher 

id. 

Ecorce de Zamborozano 

Ecorce de Lalona 

id. 

id. 

Ecorce de Volomborona 

Noix d'Arec (récoltées trop tard) 

Ecorce d'Eucalyptus 

Ecorce d'Eucalyptus (jeunes branches 

Feuilles d'Eucalyptus 

Ecorce de Lakitra 

Ecorce de Nato, 



TANNIN 

absorbable 
par la peau 



88.90 



8.3 . 33 



58.06 

62 . 3 i 

(( 

« 

29.33 

39.88 

22.61 

128.00 

128.28 



TANNIN 

non 
absorbable 
par la peau 



« 
12.70 



21.43 



18.21 
13.47 



17.47 
13.69 
12.50 
13.00 
3.72 



TANNIN 

total 



54.00 

101.60 

5.30 

102.50 

104.76 

44.25 

66.00 

76.27 

75.81 

6.73 

21.10 

46.80 

53.57 

35.11 

141.00 

132.00 



1. La méthode employée est la suivante : épuisement des végétaux à l'eau, et dosage 
des matières tannantes par le permanganate de potasse par rapport à du tannin pur. 



ii6 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



Les échantillons analysés au Jardin colonial ont donné les résul- 
tats suivants (les résultats étant rapportés à 100 de matière sèche) : 



PRECIPITE 

avec les sels 
de fer 



Ecorce de Palétuvier f Majunga) 

[ Ecorce interne 

Ecorce de Palétuvier ] Couche extérieure de 

( récorce avec lichens 

Ecorce de goyavier 

Ecorce de Sana (Faralanfiana 

id. 

Ecorce de rotra • • • • 

Palétuvier (Ecorce sans la parlic nU'vw. irAiiliikiifèsj . . 

Ecorce de Lalona 

Ecorce de Nato i^Prov. dWmpasipotsy) 

Ecorce de Ilafopotsy 

Ecorce de Palétuvier (Maintirano) 

Ecorce de Hempa (Forl-Daui)lun 



vert olive 



SOLUTION 

ac[ueuse 



rouge 



TANNIN 

o/o mat 
sèche 



noir bleu 


jaune 


— vert 


jaune rouge 


— bleu 


— — 


gris olive 


grenadine 


brun noir 


— 


— — 


rouge 


brun 


rose 


brun noir 


jaune rouge 


noir bleu 


jaune vert 



21.40 
12.00 

2.40 
16.00 

9.30 
12.10 

!» . 30 
24.50 

9.30 
l'.OO 

5.50 
13.00 
1 . 00 



De Texamen de ces deux tableaux il ressort qu'un certain nombre 
d'écorces, celles de Lakitra, de nato, de j^ovavier, de pêcher, pré- 
sentent des teneurs en tannin assez fortes. Malheureusement la plu- 
part des écorces de ces arbres sont inemployables en tannerie pour 
des raisons diverses. 

L'écorce de nato est un produit colorant dont les indigènes se 
servent pour teindre en un rouge bien caractéristique leurs lambas 
mortuaires ; de ce fait cette ecorce atteint sur les marchés une • 
valeur qui la rend inemployable pour la tannerie. 

L'écorce de Lalona. qui est la seule essence assez répandue en 
forêt, donne aux cuirs une couleur vineuse qui ne permet pas de 
conseiller l'emploi de cette ecorce. 

L'écorce de Lakitra réunit toutes les qualités d'une excellente 
ecorce de tannerie, elle donne aux cuirs une teinte blanche très 
précieuse ; par contre l'arbre est trop peu répandu pour qu'on puisse 
songer à l'employer économiquement : en outre le Lakitra ne vit 
pas sur les plateaux secs et dénudés. 

L'écorce de rotra serait utilisable pour la tannerie : l'arbre qui 
n'est pas très répandu en forêt est par contre susceptible d'être cul- 
tivé à proximité des villages, mais c'est un arbre de haute futaie à 
croissance très lente, et ce n'est guère qu'à 25 ou 30 ans qu'il est 
exploitable, car il fournit du bois de construction qui commence 
seulement à prendre toute sa valeur à cet âge. 



LES MATIERES TANNANTES DE NOS COLONIES 



147 



Tous les arbres précédents étant ainsi éliminés, restent le pêcher, 
le zamborozano et le g-ovavier pour la production d'écorces de tan- 
nerie : ils peuvent être cultivés à proximité des villages et ont une 




Phot. Em. Prudhomme. 
Le Palétuvier dans le nord-ouesl de Madagascar. 

croissance assez rapide. Mais ces essences, bonnes pour être utili- 
sées sur place, ne sont cependant pas assez riches pour pouvoir 
supporter des frais de transports élevés. 

Il ne reste donc plus que le palétuvier qui soit susceptible d'être 
exporté : cet arbre fournit en effet une écorce très riche en tannin 



148 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

(une écorce de palétuvier d'Antakarès dépouillée de sa couche 
externe a donné 24,50 %) et cependant les peuplements qui couvrent 
le littoral de la côte Ouest, et qui pourraient donner lieu à une 
exploitation d'une durée illimitée, restent jusqu'à présent inutilisés 
par suite du prix trop élevé réclamé par les compagnies de naviga- 
tion pour le transport de ce produit. Un commerçant de Morondava 
en a récemment tenté l'exportation : le prix du transport, réduit, de 
Morondava à Marseille était de 60 francs la tonne pour le tan en 
poudre, et 60 francs les 700 kilos pour le tan concassé. L'écorce 
coûtait à Morondova seulement 1 fr. les 100 kilos mais par suite 
de tous les frais elle revenait au quai de Marseille à 11 fr. 97 les 
400 kilos. Le prix de vente était de 12 francs, ne laissant qu'un 
bénéfice de fr. 03 par 100 kilos. 

Il serait cependant intéressant de recommencer cette tentative, 
soit en obtenant un nouvel abaissement de fret, soit en effectuant 
les transports par voiliers; les frais seraient ainsi très réduits et 
pourraient laisser un bénéfice appréciable. 

CONGO 

Les indigènes du Congo, à l'exception de ceux qui habitent les 
régions de la haute Sangha et du Chari et qui sont soumis à l'in- 
fluence arabe, n'utilisent pas les principes tannants contenus dans 
les végétaux. Ils se contentent de faire subir aux quelques orne- 
ments, sacs, fourreaux de sabre, ou tapis en peaux d'animaux une 
préparation rudimentaire. 

Les peaux servant à confectionner ces objets, débarrassées des 
parties graisseuses, sont étendues sur le sol en plein soleil : elles 
sont fixées en place et maintenues à l'aide de chevilles de bois. L'in- 
térieur est saupoudré de cendres pour empêcher la putréfaction. 
Pour ces motifs, les indigènes ne peuvent être appelés à fournir 
aucun renseignement intéressant permettant d'établir l'inventaire 
des matières tannantes qui peuvent exister dans les forêts de la 
colonie. 

Il existe cependant au Gabon des palétuviers dont l'écorce est 
riche en tannin : des dosages, effectués sur des échantillons décorées 
expédiés au Jardin colonial ont donné 12,70 de tannin p. 100 de 
matière sèche. Mais ces écorces expédiées très humides avaient moisi 
en route et perdu une partie de leur tannin ; elles doivent certaine- 



LES MATIÈRES TANNANTES DE NOS COLONIES 



149 



ment en renfermer une proportion plus grande que celle indiquée 
par l'analyse. 

Mieux que toute autre plante, le palétuvier serait facilement 
exploitable étant donné son habitat au bord des nombreuses criques 
navigables de la côte. La question du transport dans la colonie qui 
est la grosse difficulté pour beaucoup de produits à exporter, serait 
par conséquent fort simplifiée. Quant à la quantité pouvant être 
exportée, on peut la considérer comme illimitée. Il reste à savoir si 
ce produit peut remplir les conditions demandées par l'industrie. 

AFRIQUE OCCIDENTALE 

Dans les divers pays qui forment nos possessions d'Afrique occi- 
dentale, les indigènes connaissent et pratiquent le tannage des 
peaux : on pourra donc facilement, en notant leurs pratiques, con- 



naître les végétaux dont ils se servent 



ces renseignements nous 



seront transmis par la suite ; les chiffres que l'on trouvera dans le 
tableau suivant sont seulement le résultat des analyses effectuées 
sur les échantillons qui nous ont été expédiés : 





Ecorce de Palétuvier (Sénégal) 


l'HÉr.IPlTÉ 

avec les sels 
de fer 


SOI.I-TIOX 

aqueuse 


TANMN 

»/o mat. 
sèche 




Vert olive 


rouge 
— clair 


15.00 
4.60 
6.10 




Fruit de g'nigni (Cercle de Thics) 




Ecorce de gnigni (Cercle de Thiès) 




Feuilles de Ratte (Cercle de Longa) 


bleu noir 


jaune orange 


11.00 




Ecorce de Siri (Haut Niger et Soudan) .... 


vert noir 


lilas 


15.20 




Rameaux de Siri (id.) 


noir bleu 


rouge clair 
rouge 
jaune clair 


11-50 
1 . 40 

45.00 




Ecorce de Guélé (id.) 




Nep. nep. (^gousses d'acacia) (id.) 




id. id. 




45.00 




id. id. 


— 


— — 


33.00 




id. id. 


— — 


— — 


31.20 




Ecorce de nep. nep. (acacia) (id.) 


vert noir 
noir bleu 


rouge 
Jaune clair 


9.90 
15.00 




Ecorce de Gueleba (Côte d'Ivoire) 




Ecorce de tamarinier (Côte d'Ivoire) 


vert brun 


rose 


3.00 




Ecorce de palétuvier rouge (Guinée) 


— olive 


très rouge 


19.50 




Ecorce de palétuvier noir (Guinée) 


— — 


brun 


2.60 




Noyaux de mangues 


noir bleu 


brun jaune 


12.90 







L'étude de ce tableau montre qu'il existe en Afrique occidentale 
des végétaux dont les teneurs en tannin sont très élevées. Les 
gousses de nep nep sont, sans contredit, de beaucoup les plus 



loO ÉTUDES ET MÉxMOlRES 

riches. Malheureusement ces gousses d'acacia ne se trouvent qu'en 
quantité limitée dans la province du Haut-Niger et Soudan, et ne 
peuvent par conséquent apporter qu'un faible appointa l'industrie des 
matières tannantes. 

Le palétuvier rouge du Sénégal et surtout de Guinée pourra plus 
facilement, par suite de sa présence sur les côtes, près des points 
d'embarquement, supporter les frais de transport si l'industrie se 
décide à l'employer. 

Quant aux autres essences, dont les teneurs en tannin ne sont 
cependant pas pour quelques-unes négligeables, il semble difficile 
que l'on puisse trouver du bénéfice à les exporter. On doit remar- 
quer en passant la faible teneur des écorces du palétuvier noir de 
Guinée : ces écorces, très minces, ont été expédiées mouillées, sont 
arrivées moisies et ont pu de ce fait perdre une grande partie de 
leur tannin : mais elles doivent cependant être sensiblement moins 
riches que les écorces de palétuvier rouge dont l'écorce est très 
épaisse. 

INDO-CHINE 

D'après les renseignements ' transmis par le service de l'Agricul- 
ture en Cochinchine, il ressort que plusieurs espèces de jaalétuviers 
croissent en grande abondance sur les berges des fleuves^ dans la 
zone des eaux salées. 

Suivant les analyses faites récemment pour trois variétés par le 
directeur du laboratoire de Saigon, les teneurs en tannin sont les 
suivantes : 

Vo du oc 18,93 »/o de tannin soluble à froid 

Vo da xuong. . . . 18,38 — — — 

Vo da que 24,13 — _ _ 

Les écorces se vendent respectivement de 0$ 80 à 1$ 20, de 1$ 
à 2$ 50, de IS 20 à 2$ le picul de 60 kilogrammes. 

Il est peu probable qu'il y aurait avantage à importer les écorces 
en France, par suite du prix très élevé du fret, et l'on devrait pro- 
céder à. la fabrication d'extraits sur place. 

1. Ces renseignements ont été publiés dans le n" 25 du Bulletin économique da 
Gouvernement générul de l'Indo-Chinc. 



LES MATIÈRES TANNANTES DE NOS COLONIES 151 

Les palétuviers sont de beaucoup la source la plus importante 
de tannin de la Cochinchine. Mais on y trouve aussi en petite quan- 
tité : les Mjrobolans, représentés par le Terminalia chebula (en anna- 
mite: chieû lieu) dont les fruits non mûrs contiennent de 31 à 43 ° j^ 
de tannin, et l'écorce de l'arbre jeune 34 °/o environ, et par le Ter- 
minalia tomentosa (en annamite : bàng-làng khê), renfermant de 4 à 
6 7o de tannin dans les fruits et 6 à 13 *>/o dans l'écorce. Enfin les 
épicarpes du mangoustan contiennent un peu de tannin mais dans la 
faible proportion de 6, 58 "/q. 



NOUVELLE-CALÉDONIE 

Il existe dans la colonie plusieurs essences forestières suscep- 
tibles de fournir du tannin, parmi lesquelles on peut citer : 
le chêne g^omme (Spermolepsis tannifera) dont l'écorce peut fournir 
environ 12 °/o de tannin et ne contient aucune matière colorante; 
le chêne blanc (Weinmannia parviflora) qui, comme le chêne ordi- 
naire, possède environ 5 ^jo de tannin et se trouve en abondance 
dans la chaîne centrale; les casuarina ; l'acacia fornesiana qui 
est fort répandu dans la colonie ; enfin la canaigre qui peut 
renfermer 16 "/o de tannin et dont la culture, qui paraît devoir 
réussir, pourrait être propagée. 

Mais ces diverses espèces présentent l'inconvénient ou de ne pas 
être assez abondantes dans l'île pour faire l'objet d'une exploita- 
tion suivie ou de ne se trouver que dans les parties peu accessibles 
de la chaîne centrale. 

Le palétuvier est le seul arbre de la colonie qui semble se prêter 
à une exploitation facile. Il est très répandu, surtout sur la côte 
ouest dont il recouvre tous les marais ; il est moins abondant sur la 
côte est où les fonds marins sont en général plus inclinés que sur 
l'autre côte. 

On distingue deux espèces de palétuviers : le blanc et le rouge. 
Le palétuvier blanc est de beaucoup le moins répandu : sa richesse 
en tannin est d'ailleurs notablement inférieure à celle du palétuvier 
rouge dont la teneur ne descend pas au-dessous de 16 °/o. Cepen- 
dant l'échantillon qui nous a été envoyé n^accusait à l'analyse que 
11,35 °/o. Ce chiffre, qui serait inférieur au chiffre normal, doit tenir 
à une mauvaise préparation des écorces : celles-ci sont du reste 



152 ETUDES ET MÉMOIRES 

beaucoup moins épaisses que les écorces des palétuviers rouges de 
Madag^ascar renfermant 24,50 °/o- 

Si cependant on voulait utiliser l'écorce de ces palétuviers, l'ex- 
ploitation pourrait être entreprise avec des chances de succès. 

Cet arbre se trouve sur la côte et ne s'étend jamais bien loin du 
rivage de la mer ; le transport des matières tannantes pourrait donc 
être assuré facilement et sans trop de frais par les divers bateaux 
qui desservent l'île dans toute son étendue. 

La main-d'œuvre qui conviendrait le mieux à ce genre d'industrie 
serait la main-d'œuvre indigène qui reviendrait à 60 francs par mois 
environ, frais de nourriture compris. 

En dehors de ces frais, le concessionnaire du droit d'exploiter les 
palétuviers aurait à verser au domaine de l'Etat une redevance qui, 
très modérée au début, pourrait être augmentée dans des proportions 
raisonnables, si l'entreprise prospérait. 

* 
* * 

Parmi toutes les essences que nous avons rencontrées, il n'y a 
guère que le palétuvier qui soit assez abondant et assez riche pour 
qu'on puisse songer à l'importer en nature en France. On peut en 
effet trouver des écorces de palétuviers assez riches pour supporter 
les frais de transport : mais il faut choisir avec soin les espèces 
auxquelles on s'adresse, les dosages montrant que les teneurs en 
tannin varient dans de grandes projDortions non seulement suivant 
ces espèces mais encore avec l'âge des arbres. 

La préparation des écorces joue aussi un rôle très important : il 
faut les débarrasser de la couche externe qui contient fort peu de 
tannin, les récolter et les emmagasiner à l'abri de la pluie (le tannin 
de palétuvier est en effet très soluble même à froid), les faire sécher 
pour éviter les moisissures, et les expédier de façon à les conserver 
en bon état K Les teneurs de 25 à 30 *'/o en tannin que l'on obtient 
en procédant ainsi sont suffisantes, quoiqu'elles n'approchent pas des 
teneurs de 45 et 50 ^/^ qui ont été signalées pour des écorces ven- 
dues sur le marché de Hambourg (un morceau d'écorce de palétu- 
vier achetée sur le marché de Hambourg et analysée par nous n'a 
donné qu'une teneur en tannin de 24,42 *>/o). 

1. Vrtip le Journal d' Agriculture tropicale, ii"' 34 et 37. 



LES MATIÈRES TANNANTES DE NOS COLONIES 153 

Malheureusement le tannin de palétuvier donne aux cuirs une 
couleur rouge très prononcée qui fait rejeter ces cuirs sur les mar- 
chés d'Europe. Comme il est très difficile de décolorer ces tannins, 
l'exploitation des palétuviers ne pourra être entreprise en grand que 
lorsque, à l'imitation de ce qui se passe en Amérique, les cuirs 
rouges seront acceptés sur nos marchés. 

L'autre méthode pour l'exploitation du tannin contenu dans les 
végétaux consiste en la fabrication d'extraits. Cette fabrication résou- 
drait en partie la question du fret : comme on ne transporte plus que 
les matières utiles, on pourrait exploiter un plus grand nombre de 
végétaux à teneur en tannin plus faible, mais pouvant donner 
des cuirs de bonne qualité. Malheureusement la fabrication des 
extraits, sans être difficile, est encore assez délicate et demande à 
être conduite avec soin pour être économique. De plus, le manque de 
tonneaux en bois pour le transport des extraits serait dans beaucoup 
de cas sinon un empêchement, du moins une gêne très grande. Ce 
serait donc à tous les points de vue une industrie nouvelle à étudier, 
et à créer aux colonies. 

Paul Ammann, 

Ingénieur Agronome, 

Chef du service chimique au Jardin colonial. 



Bulletin du Jardin colonial. 11 



NOTES 



NOTE SUK UNE FLORAISON DE BAMBOUS 

Floraison de V Ariindinaria Simoni au Jardin colonial 

Il y a quelques mois, en août dernier, M. le Dr. F. -H. Forel, 
professeur à l'Université de Lausanne, a publié un intéressant 
article 1 sur la floraison du Bamhusa gracilis, Hort. S, dans plu- 
sieurs localités de la Suisse. C'est qu'en effet, lorsqu'une espèce de 
Bambou se met à fleurir, sans que quoi que ce soi|. ait annoncé ou 
fait prévoir cette floraison, on voit quelquefois, à des intervalles de 
plusieurs dizaines d'années, qui ne se répètent d'ailleurs pas exacte- 
ment et, aussi parfois, pendant plusieurs années de suite, toutes les 
tiges d'une même touffe, toutes les touffes d'un même jardin, d'une 
même contrée et d'un même pays, touffes souvent séparées par des 
distances considérables, se mettre à fleurir en même temps. Ces 
plantes qui jusqu'à leur floraison avaient grandement contribué à 
la décoration de nos jardins et de nos parcs, prennent immédia- 
tement un aspect mort qui persistera tant c[ue leurs tiges resteront 
dressées. Celles-ci ne tarderont pas à se casser et à barrer le sol 
dans tous les sens, à des hauteurs variables, rendant toute circula- 
tion à peu près impossible sur le terrain qu'elles couvrent. 

Ce que nous constatons sur des plantes peu nombreuses, presque 
isolées, est tout à fait frappant lorsque Ton se trouve en présence 
d'une forêt de bambous qui sont en fleurs ou qui viennent de fleurir. 

Cela me remet en mémoire un spectacle fort curieux dont furent 
témoins les membres de la mission J. Dybowski dans l'Afrique 
centrale, vers le 7" de latitude nord et entre le 17° et le 18" de 
longitude est, en octobre 1891, et que le chef de mission a rapporté 
en ces termes ^ : 

1. Bevae Horticole de VAUjcrie, il" 10, 9' année — octobre 1905. 

2. Lu route du Tchad. — Paris, 1S93. 



UNE FLORAISON UE BAMBOUS 



155 




Pliot. Jardin Colonial. 
Rameau cT Arnndinaria. Simoni, après plusieurs mois de floraison. 

« Mais après quatre kilomètres rapidement franchis, les herbes 
deviennent plus hautes et recouvrent un g-rand nombre de perches 
gisant sur le sol ou enchevêtrées les unes dans les autres et main- 



156 NOTES 

tenues quelquefois à plusieurs décimètres au-dessus du sol ; je les 
examine et, non sans ime très grande surprise, je constate que ce 
sont des bambous ' ; puis bientôt je vois quelques touffes de cette 
plante encore sur pied, mais desséchées. Les tiges ont de 15 à 18 
mètres de haut ; elles se sont abattues sur le sol et forment comme 
un immense jeu de jonchets au milieu duquel on a toutes les peines 
à marcher. Il faut lever les pieds, enjamber ; on saccroche, on 
tombe et on n'avance qu'au prix d'une réelle fatigue. Puis nous 
tombons dans une région où tous les bambous sont vivants. Ce 
sont des plantes superbes. Les touffes ont 6 à 8 mètres de dia- 
mètre et les brins s'élancent en une gerbe haute et élégante et s'in- 
fléchissent en des courbes gracieuses. » 

Les bambous dont il est question, au début de cet extrait, avaient 
fleuri un certain temps auparavant et l'on voyait déjà, au milieu des 
tiges mortes, un jeune peuplement de jeunes bambous âgé d'environ 
2 ans, c'est-à-dire correspondant à la floraison des pieds-mères. 

Les graines de certaines espèces de bambous sont comestibles ; 
non seulement elles peuvent servir pour la nourriture de la volaille 
mais aussi pour celle de l'homme. On a pu observer, dans l'Inde, 
que dans les années de disette, si une floraison de bambou se produit, 
les graines sont largement utilisées, à l'égal du riz, pour l'alimen- 
tation des habitants dans les contrées pauvres où les récoltes habi- 
tuelles ont fait défaut. 

Dans un autre cas, les graines de bambous sont indirectement la 
cause de grands désastres, ainsi que le rapporte M. le Dr Forel, 
Les années où ces plantes fructifient, leurs graines peuvent être si 
abondantes que les rongeurs : rats, souris, etc., se nourrissent facile- 
ment et abondamment. Cet excès de nourriture fait qu'ils se multi- 
plient énormément ; l'année suivante, ne trouvant plus cette nour- 
riture exceptionnelle, ils se jettent sur les récoltes et détruisent les 
céréales des plantations. La famine qui survient de ce fait est, dans 
ce cas, la conséquence de la fructification abondante des bambous. 

Dans le courant de l'été dernier on a pu constater, au Jardin colo- 
nial, la floraison de plusieurs touffes à'Arundinaria Simoni 
A. et Ch. Rivière, originaire de la Chine. 

Cette floraison a duré plusieurs mois, de mars à décembre au 



1. Oxytenaiithera abyssinica. 



UNE FLORAISON DE BAMBOUS 157 

moins, et a fait prendre aux plantes im aspect tel que nous nous 
sommes vus dans la nécessité d'en faire arracher la plupart. Il esta 
noter qu'au Jardin colonial V Arundinaria Simoni a porté tant de 
graines que des bandes de moineaux se trouvaient constamment 
dans le voisinage immédiat des plantes, et semblaient se nourrir 
presque exclusivement de leurs semences. 

Nous devons rappeler que le bambou dont il s'agit a fleuri plu- 
sieurs fois ailleurs, en 1902 et 1903, et que les observations qui 
ont été faites à ce moment par M. Ed. Bureau, sont relatées dans 
le Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, n° 8, année 1903. 

La floraison de cette espèce semble donc être assez fréquente et 
se produire à des intervalles très rapprochés dans un même pays. 

C. CUALOT, 

Professeur à V École supérieure 
d'Agriculture coloniale. 



LES MOUCHES 
ET LES MALADIES CONTAGIEUSES 



LE CLOSET A LA TERRE 

A juste titre, on s'est beaucoup préoccupé, ces dernières années 
durant, du rôle que les parasites jouent dans la transmission des 
maladies infectieuses. Les dernières découvertes modernes ont 
prouvé l'importance de la destruction des rats, colporteurs de la 
peste, des moustiques, agents intermédiaires de la malaria, de la 
fièvre jaune, sans parler des puces, des punaises et autre vermine. 
Les récents travaux de MM. Ghantemesse et Borel ont attiré Tat- 
tention sur d'autres parasites qui paraissent être un des principaux 
organes de propagation de deux fléaux : le choléra et la lièvre 
typhoïde . 

La mouche commune, trop connue pour que nous en donnions ici 
une description, appartient à la grande famille des diptères. 

La femelle pond, par jour, environ 120 œufs, d'où, au bout de 
quelques jovn-s, sortent des petits vers blanchâtres qui sont les larves 
des mouches. En trois semaines, dans nos climats (avant, dans les 
pays tropicaux), l'insecte parfait est parvenu à son entier dévelop- 
pement. En calculant d'après la durée de la ponte, une mouche peut, 
à elle seule, pondre 25 millions d'œufs en un été, qui, s'ils sont 
déposés sur des matières nutritives, donneront à peu près le même 
nombre d'insectes. Les mouches vivent de préférence sur le fumier, 
sur les déchets de toute sorte, sur les viandes putréfiées, sur les 
cadavres des animaux : elles s'attaquent à ceux-ci, même avant la 
mort, quand ils sont affaiblis par la maladie. 

Ces insectes, qui dans les pays chauds constituent une véritable 
plaie, sont une des causes probables de la promptitude avec laquelle 
se propagent les maladies contagieuses. Si, dans nos pays, les mouches 
sont moins nombreuses que dans les pays chauds, elles ne con- 
stituent pas moins, outre les dangers auxquels elles nous exposent, 
un de nos plus réels ennemis. Leur présence nous incommode prin- 



LES MOUCHES ET LES MALADIES CONTAGIEUSES 159 

cipalement en été dans les habitations, surtout si ces dernières sont 
situées à proximité d'un jardin ou d'une écurie. 

Tout comme pour les autres parasites, la destruction de ces enne- 
mis ailés s'impose et il faut lutter pour diminuer le plus possible le 
nombre de ces hôtes dangereux qui, par la facilité avec laquelle ils 
se transportent d'un endroit à l'autre, peuvent si aisément venir nous 
infecter. 

Or ce n'est pas au point de vue contagion que les mouches 
inspirent le plus de crainte au vulgaire. On est, pour ainsi dire, trop 
habitué à ce danger pour le considérer comme redoutable. Seul un 
petit nombre, composé des initiés à la microbiologie et à la parasi- 
tologie s'en rend compte et le craint. Mais la masse ne voit dans 
les mouches qu'un léger fléau auquel il est superflu de se soustraire 
et qu'il serait oiseux d'éviter. En vain parlera-t-on de la mouche 
charbonneuse, de celle qui transporte les germes de telle ou telle 
maladie, on vous répondra couramment que c'est un péril pres- 
que imaginaire tant la chose doit être rare, on aura un sourire d'in- 
crédulité et cela malgré les affirmations des savants, et les cam- 
pagnes des gens les plus autorisés. Nous croyons qu'un bon moyen 
de frapper les esprits et d'agir sur eux de façon plus efficace sera 
de faire considérer la mouche à un autre point de vue qu'à celui 
infection. Celle-ci, le fait est connu, cause un préjudice énorme au 
point de vue économique. En attirant l'attention sur les dégâts que 
ces insectes commettent dans nos maisons, à la ville ou à la cam- 
pagne, dans les exploitations agricoles et dans toutes les industries, 
on habituerait le gros public à l'idée de l'avantage qu'il y aurait à 
se débarrasser de cette engeance nuisible et peu à peu à persuader 
le public du danger qu'elle offre au point de vue hygiénique. 

Nos animaux domestiques, que les soins et l'éducation ont élevés 
au rang de bêtes de race, délicates et d'une organisation très fine, 
sont très sensibles aux atteintes des mouches. 

Actuellement nos animaux soigneusement élevés et entretenus 
avec soin, représentent une gi'osse dépense de travail et de capital 
et ont, par conséquent, une grande valeur. 

Il est reconnu que pendant la saison où les mouches abondent, le 
lait des vaches diminue et que les animavix se nourrissent moins 
bien, surtout s'ils sont dans une écurie mal aérée et qui n'est pas 
dans un état d'extrême propreté. 

Lahmann dit que la dépense complémentaire de force avec une 



160 MOTES 

grande agitation causée par les mouches équivaut, par tête et par 
jour, à une livre d'avoine. Dans de mauvaises conditions, cette perte 
peut se chiffrer par une livre de poids vif par tête de gros bétail. 

On permet aux mouches de bourdonner à l'aise dans les écuries 
les mieux tenues. Piares sont les personnes qui songent à les 
détruire : on les considère comme un tourment inévitable pour les 
chevaux ; on n'essaye même pas de les soustraire à cette plaie et, 
si l'on essayait de catéchiser sur ce point tous les éleveurs de che- 
vaux, presque tous répondraient : et où a-t-on vu jamais une écurie 
sans mouches 1 

Dans les a[)partements, les mouches se posent librement sur les 
g-laces, les meubles, les tableaux, les dorures, les livres des biblio- 
thèques, les objets qui ne peuvent chaque jour subir un minutieux 
nettoyage, les criblant de points noii-s c{ui ne sont autres que les 
excréments de ces insectes. Les considérations de l'hygiène autant 
que celles de la propreté engagent cependant à combattre l'invasion 
des mouches. Celles-ci, quand on les voit voler par nombreux 
essaims, donnent à l'endroit le plus propre une impression de saleté, 
lorsqu'on les rencontre dans les cuisines où ces insectes souvent 
posés en nombre sur les murailles, tombent fréquemment dans les 
aliments, ou dans les salons où on les voit butiner autour des fleurs 
et des plantes vertes. 

Et pourtant on regarde généralement comme inutile tout essai 
d'extermination et on ne lutte en aucune façon contre cette plaie 
considérée comme un mal établi par la nature. 

D'après ce que nous venons d'énumérer, il est évident que leur 
destruction devrait être prescrite par des règlements de police, 
autant, par exemple, que la lutte contre les chenilles et les rats. 
Un procédé, recommandé par Spitze, consiste à enduire de glu une 
feuille de papier que l'on place dans les endroits où les mouches 
abondent. Cette glu est préparée de la façon suivante : Deux parties 
de colophane pour une partie d'huile de navette mélangées sur le 
feu, auxquelles on ajoute ensuite de la térébenthine épaisse. On remue 
le tout jusqu'à ce que la masse soit refroidie et on ajoute quelques 
cuillerées de miel ou de sirop. 

En Afrique du Sud, j'ai vu maintes fois se servir de cette prépara- 
tion, mais rien ne m'était, je l'avoue, aussi répugnant que ces 
feuilles où venaient s'engluer les insectes, et qu'on voyait suspen- 
dues à la muraille des chand^res ou au lustre de la salle à manger 



LES MOUCHES ET LES MALADIES CONTAGIEUSES 161 

dans laquelle volaient de véritables essaims. Souvent j'ai été exas- 
péré par ces pièges où plus d'une fois, en passant, se prenaient nos 
vêtements et même nos cheveux. 

Il n'est pas de contrée où il soit possible de rencontrer les mouches 
en aussi grand noml:»re qu'en Afrique Australe et, vers la fin de mon 
séjour dans le pays, j'avais vu sinon disparaître, du moins considé- 
rablement diminuer autour de moi ces hôtes ennuyeux qui nous 
poursuivaient partout et sans relâche. Je m'étais aperçu que, avec 
les solutions de formol ou de lusoforme, on enlevait les mauvaises 
odeurs et que, cessant d'être attirées par ces dernières, les mouches 
disparaissaient. Celles dont la présence nous avait incommodés 
étaient tuées par la solution au formol qu'on exposait dans un réci- 
pient où elles venaient se noyer. 

Mais pour empêcher les mouches de se multiplier, surtout dans 
les pays chauds, où cette rejDroduction n'est limitée que par la quan- 
tité de nourriture qu'on leur donne, il est nécessaire d'enterrer 
toutes les matières organiques le plus rapidement possible, en par- 
ticulier les matières fécales. Or dans la plupart de nos colonies, on 
se sert le plus souvent du water-closet, ce qui est une grande faute. 
Alors que j'étais en Tunisie, j'allai un jour à quarante kilomètres 
de Tunis, dans la presqu'île du Cap Bon, et là, un colon voulant 
me faire voir tous les avantages de son installation me montra, en 
particulier, un water-closet dans lequel il avait installé une chasse 
d'eau de dix litres, appareil acheté dans le plus grand magasin d'ac- 
cessoires sanitaires de Tunis, comme étant le dernier perfectionne- 
ment de la science de l'hygiène. Pour avoir de l'eau, il allait, au 
moyen d'une pompe, en chercher dans le puits voisin et l'amenait 
sur le toit de sa maison dans un réservoir qui servait à alimenter 
d'eau toute la maison, cuisine comprise. Cette chasse d'eau créait 
dans le terrain dans lequel elle arrivait des fissures qui la condui- 
saient sans filtration jusqu'à la nappe d'eau souterraine qui alimentait 
le puits situé à vingt-cinq mètres de la maison. Qu'une personne 
atteinte de fièvre typhoïde soit venue habiter cette maison et cela 
suffisait, non seulement pour répandre l'infection parmi les autres 
habitants de cette demeure, mais encore pour polluer les eaux du 
sous-sol. Combien d'endémies typhiques n'ont pas d'autres causes! 
A ce moment, là, tout autour de l'habitation, commençaient à se 
grouper des métayers qui, tous, avaient besoin de l'eau du sous-sol 
pour leur alimentation. Ceux-ci étaient ainsi deux fois exposés aux 



1 62 NOTES 

dangers de la contag-ion soit en faisant usag-e de Teau, soit par les 
parasites qui auraient été en contact avec les matières diluées et 
ramenées par Teau à la surface du sol. 

On voit les grands désavantagées que peut jjrésenter cette méthode : 
par la chasse d'eau, sous prétexte d'hvgiène, nous diluons les 
matières fécales et nous favorisons l'envahissement de ces matières 
qui se désagrègent dans l'eau qui les aide à se répandre sur un 
espace beaucoup plus étendu où elles vont semer les causes de con- 
tagion. Il serait certainement plus conforme aux règles de l'hygiène 
d'abandonner, dans les pays chauds, les matières fécales à elles- 
mêmes. Bien que ce ne soit pas le desiderata au point de vue hygié- 
nique, le mal serait moindre que dans le premier cas, car les 
ardeurs du soleil tropical ferait disparaitre rapidement les excré- 
ments et la dessiccation de ceux-ci détruirait promptement les causes 
de contagion qu'elles peuvent contenir. Le mieux est de recouvrir 
de terre les déjections, car alors, les microbes saprophytes pullulent 
et ceux-ci détruisent les microbes pathogènes. En outre les 
matières se trouvent cachées et la transmission des maladies par le 
contact des mouches ne peut avoir lieu. 

Il faut remplacer le closet à l'eau par le closet à la terre. En 
Angleterre, cette dernière forme de closet a été particulièrement 
étudiée et elle est maintenant presque aussi perfectionnée que le 
closet à l'eau. Dans ce pa^^smême, à Hanover, ville de 20.000 âmes, 
dans laquelle on ne pouvait établir le closet à l'eau, on aménagea le 
svstème des earths-closet ou closet à la terre. En recommandant 
l'enfouissement immédiat de tout déchet organique, nous n'inven- 
tons pas une nouvelle mesure d'hygiène. Moïse a eu à lutter contre 
une plaie de mouches et il s'est rendu compte qu'il fallait être très 
explicite dans les instructions à donner à son peuple. Dans le Deu- 
téronome, on trouve le passage suivant : « Il doit exister en dehors 
« du camp une place où on ira faire ses excréments. Une pelle sera 
« en la possession de chacun et on devra s'en servir pour couvrir 
« avec de la terre les matières que Ton aura déposées car alors le 
<( camp sera sain, tout y sera propre et Dieu pourra venir pour t'ai- 
« der et te délivrer de tes ennemis ». 

Lorsque l'on veut établir le closet à la terre, il faut construire une 
maisonnette dans laquelle l'air et la lumière pénétreront facilement. 
Le réceptacle sera un seau en métal et suffisamment plus large que 
le trou du siège. La terre, contenue dans une caisse, s'y trouvera 



LES MOUCHES ET LES MALADIES CONTAGIEUSES 163 

en assez grande quantité, de façon à n'avoir pas à en remettre 
tous les jours. Auprès de cette caisse on mettra une petite pelle 
qui servira à jeter de la. terre dans le seau chaque fois que des 
excréments y seront déposés. 

Le seau doit pouvoir être enlevé par l'extérieur ainsi que la caisse 
quand on aura à renouveler la provision de terre. On aménagera 
donc deux ouvertures pour ces petits services de vidang-es car, s'ils 
doivent être faits par l'intérieur du closet, celui-ci se trouvera sali 
par ces opérations. J'ai vu, en Australie et en Afrique du Sud, 
des ag-encements de ce genre ayant l'aspect aussi propre, aussi net 
que celui de water-closets les mieux tenus. Au-dessous du sièg-e, 
très propre, on aménag-era une ventilation afin que les odeurs désa- 
gréables s'échappent par cette issue et non par l'intérieur du closet, 
qui sera aussi muni d'une fenêtre afin de pouvoir y établir un cou- 
rant d'air. 

Souvent on voit, en Angleterre, dans les châteaux et dans les 
maisons suburbaines, des earths-closet perfectionnés oii la réserve 
de terre, placée dans un récipient, à une certaine distance du sol, 
retombe dans le seau recouvrant les matières lorsque, en tirant sur 
une chaîne, il se produit un déclanchement. C'est, pour ainsi dire, 
le système de la chasse de terre, remplaçant celui de la chasse d'eau. 

Pour enterrer les matières fécales provenant du closet à la terre, 
il ne faut pas creuser une grande tranchée, longue à remplir et qui 
laissera les matières à découvert pendant longtemps. Il faut, au con- 
traire, faire de petits trous et recouvrir les excréments dès qu'ils 
sont déposés dans ceux-ci. Il est nécessaire de soigner la façon de 
procéder qui, en somme, ressemble assez à celle du jardinier qui 
veut faire des plantations. Il a été reconnu qu'il suffisait d'un hec- 
tare pour permettre d'enterrer, pendant une année, les excréments 
de cinq mille hommes. Le terrain dont on aura besoin sera donc 
très limité lorsqu'il devra être annexé à une petite exploitation 
agricole. Il sera plus ou moins grand suivant le nombre des habi- 
tants. Voici la méthode à suivre pour avoir un lieu de vidanges 
bien aménagé : 

En admettant que l'on dispose d'un carré de SO mètres de côté, on 
divisera celui-ci en 16 bandes ayant chacune environ 3 mètres de 
large et 50 mètres de longueur, en ménageant au milieu de chacune 
d'elles un passage de près de 40 centimètres. De chaque côté de ce 
passage on disposera de petites tranchées creusées méthodiquement 



164 NOTES 

les unes auprès des autres, destinées à recevoir les déjections. On 
procédera, de la façon suivante, à l'enfouissement de celles-ci : 

On apportera le seau du closet à la terre contenant les excréments 
d'une journée. On déversera celui-ci dans la première tranchée, 
pratiquée sur le point le plus éloigné des latrines. Les matières 
seront ensuite recouvertes d'une pelletée de terre provenant 
d'une seconde tranchée, suivant immédiatement la première et des- 
tinée à recevoir le lendemain le contenu du seau. Les matières 
seront déposées le jour suivant dans la tranchée restée à découvert 
et dont la terre aura servi à recouvrir la seconde et ainsi de suite 
jusqu'à ce que le carré de 50 mètres soit entièrement utilisé. Ces 
petites tranchées seront de la larg-eur d'une pelle ordinaire de jar- 
din. Naturellement on ne devra y enterrer que les matières, l'urine 
et le papier, en évitant d'enfouir des tessons de faïence ou de fer- 
blanc. La surface du terrain sera aussi soig-neusement ratissée que 
celle d'un jardin, ne laissant voir aucune trace désagréable de ce qui 
s'y trouve enterré. 

On évitera ainsi les mauvaises odeurs et les mouches qui, attirées 
par les émanations putrides quand les émanations organiques sont 
laissées à découvert, viennent y déposer leurs œufs. 

Le terrain pourra être ensuite converti en un jardin potager où 
l'on cultivera soit de l'herbe, soit des choux, des céréales, des 
oignons, des épinards ou toute autre plante servant à l'alimenta- 
tion. Il y aura donc pour le colon, un jardin potager des plus utiles 
pour son alimentation et en même temps, par l'enterrement des 
déchets organiques et de toutes les matières pouvant servir à l'ali- 
mentation des parasites, c'est-à-dire susceptibles d'être utilisées par 
les mouches pour leur reproduction, on arrivera à lutter avantageu- 
sement contre l'invasion de ces diptères à l'aide de ces deux agents : 
propreté et désinfection. 

D"" Adrien Lom, 
Professeur à VEcole nationale supérieure 
d' Agriculture coloniale. 



SUR L'EMPLOI DE L'ACIDE GYANHYDRIQUE 
POUR LA DESTRUCTION DES PARASITES 

(désinfection des serres par l'acide cyaniiydrique) 

Les essais qui ont été poursuivis au Jardin colonial, et dont on 
lira plus loin le compote rendu présenté par M. L. Tillier, avaient 
pour but la recherche d'un appareil simple et commode, qui permît 
d'utiliser sans danger l'acide cyaniiydrique aux colonies. 

La destruction des insectes à l'aide de l'acide cyaniiydrique est 
poursuivie d'une façon courante aux Etats-Unis. A cet effet, les 
plantes à traiter sont recouvertes d'une sorte de cloche en papier 
huilé : à la base de la plante et sous la cloche se trouve une terrine 
contenant de l'acide sulfurique dans laquelle on projette du cyanure 
de potassium ; la réaction est très vive et les vapeurs d'acide cyanhy- 
drique se dégagent brusquement : le gaz est retenu par la cloche et 
peut agir ainsi pendant un certain temps sur les parasites. 

Cette façon de produire le gaz est très dangereuse, car elle peut 
exposer l'opérateur à des accidents graves, l'acide cyanhydrique 
étant un des poisons les plus puissants que l'on connaisse. 

Avec l'appareil dont nous nous occupons ici, le gaz est produit 
dans un petit espace clos, sans danger pour l'opérateur, et il peut 
être dirigé au fur et à mesure de sa production à l'aide d'un tuyau 
à l'endroit où il doit être utilisé. 

L'emploi de l'acide cyaniiydrique pour la destruction des insectes 
parasites des végétaux, les cochenilles qui rongent les caféiers par 
exemple, est très simple. Les arbustes sont recouverts de leur 
cloche en papier dans laquelle on fait déboucher le tuyau amenant 
le gaz : on laisse agir le gaz le temps nécessaire, puis à l'aide d'une 
corde on tire la cloche pour permettre au gaz de s'échapper dans 
l'atmosphère. L'application du procédé pourra se faire à tous les 
végétaux : il y aura seulement lieu de rechercher les doses de cya- 
nure de potassium à employer par mètre cube d'air suivant les 
espèces végétales à traiter, celles-ci ne supportant pas également 
bien Faction du gaz. 



166 KOTES 

Comme aux colonies la température est facilement supérieure à 27", 
l'on n'aura pas à craindre la condensation du gaz qui s'effectue à 
cette température. Le sol lui-même est généralement à une tempé- 
rature supérieure à 27°. On pourra donc emploj'er aussi l'appareil à 
la destruction des termites dans leurs termitières, et comme dans 
ce cas on n'aura pas à craindre d'employer des doses de cyanure 
trop fortes, on pourra détruire avec certitude tous les êtres vivants 
qui se trouveront dans les galeries. 

Par suite de la facilité avec laquelle on pourra l'employer, le gaz 
cyanhydrique pourra être utilisé à la destruction de tous les insectes 
qui se trouvent dans les habitations, puces, punaises, moustiques, 
mouches, et que l'on reconnaît aujourd'hui comme les principaux 
agents de transmission des maladies contagieuses. Même pour les 
maisons d'habitation, l'usage de l'acide cyanhydrique pourra être 
préconisé sans danger, avec un opérateur soigneux toutefois : dans 
les essais effectués au Jardin colonial, on pouvait entrer sans aucun 
danger dans les serres après une heure d'aération. 

La meilleure sanction aux expériences poursuivies au Jardin 
colonial est de voir l'appareil à produire l'acide cyanhydrique 
employé et rendre des services dans nos colonies. 

(P. A.). 

L'action de l'acide cyanhydrique au point de vue de la destruction 
des insectes a été suffisamment démontrée pour qu'il ne soit pas 
utile de s'étendre sur les avantages procurés par l'emploi de ce 
puissant insecticide. 

Nous rappellerons seulement que si l'acide cyanhydrique est un 
insecticide de premier ordre, il présente un très sérieux inconvénient, 
c'est d'être d'un emploi très dangereux, et si l'on considère avec 
quelle imprudence on a, jusqu'à présent, employé ce terrible poi- 
son, on peut s'étonner de n'avoir pas eu d'accidents mortels à 
enregistrer. 

Justement ému de cet état de choses, M. Dybowski, directeur 
de TEcole Nationale Supérieure d'Agriculture coloniale, qui fut des 
premiers en France à appliquer le gaz cyanhydrique à la destruction 
des insectes, rechercha avec M. Ammann, l'un des professeurs de 
l'établissement, un appareil permettant d'opérer en dehors de la 
serre, c'est-à-dire en toute sécurité. 

Un appareil provisoire fut d'abord établi et donna d'excellents 



LA DESTBUCTrON DES PARASITES PAR l'aCIDE CYANHYDRIQUE 167 

résultats. La maison Glayton construit le modèle définitif repré- 
senté par la fig-ure, lequel fut exposé à l'Exposition coloniale de 
Nogent-sur-Marne, en juin-juillet dernier. Au cours de cette expo- 
sition, une commission fut nommée pour examiner l'appareil et 
assister à une expérience. 



"^SBH 



J***4^ 







ApiJarcil producteur d'acide cyanhydrique. 



L'appareil consiste en un récipient de tôle doublée intérieu- 
rement d'une enveloppe de plomb, inattaquable par l'acide. A 
la partie supérieure sont disposées deux ouvertures à fermetures 
hermétiques, dont l'une sert à l'introduction du cyanure et de 
l'eau nécessaires et Tautre à l'introduction de l'acide sulfurique. 

A cet effet, la seconde ouverture laisse passage à un siphon de 
plomb mis en communication, au moyen d'un robinet, avec un 
entonnoir de verre gradué, dans lequel est mis l'acide suliurique. 
Le robinet porte une aiguille se mouvant sur un cadran gradué 



168 NOTES 

permettant ainsi de régler le débit de Tacide, et par conséquent la 
production du gaz. 

A la partie inférieure de l'appareil se trouve un tuyau de vidange 
et enfin, sur le côté, est adapté le tuyau d'échappement du gaz 
qu'un robinet met en communication avec une rampe à gaz disposée 
à l'intérieur de la serre sur le sol des sentiers. 

Voici dans quelles conditions fut faite l'expérience à laquelle 
nous avons assisté : 

L'appareil placé en dehors de la serre à caféiers fut mis en com- 
munication avec une rampe placée intérieurement ; dans l'ouver- 
ture ad hoc on introduisit un litre d'eau et 62o grammes de cya- 
nure de potassium, représentant une dose de 2 gr. o par mètre 
cube d'air contenu ; puis dans l'entonnoir de verre fut versé un litre 
d'acide sulfurique. 

Cette dernière quantité est un peu supérieure à celle qui est 
nécessaire, mais il est préférable d'avoir toujours un excès d'acide 
sulfurique pour être certain que tout le cyanure est bien décomposé 
à la fin de l'opération. 

Le robinet à cadran fut réglé de façon à ce que l'acide pût pas- 
ser dans l'appareil en un quart d'heure. Inutile d'ajouter que les 
serres avaient été, au préalable, closes aussi hermétiquement que 
possible et que les portes avaient été disposées de façon à pouvoir 
être ouvertes à distance au moyen de longues ficelles. 

La production du gaz terminée, on le laissa agir pendant une 
heure sur les [liantes et l'aération fut donnée. Quand elle fut suf- 
fisante pour permettre aux membres de la Commission de péné- 
trer sans danger dans la serre, ceux-ci purent constater que les 
nombreuses cochenilles qui envahissaient les caféiers avaient cessé 
de vivre, ainsi que les kermès dune passiflore tapissant le vitrage 
de la serre. Quelques vers de terre et des cloportes avaient subi le 
même sort. Aucune trace de brûlure ne put être constatée, même 
sur les feuilles les plus tendres de jeunes caféiers qui garnissaient 
les tablettes. 

L'opération complète avait duré une heure et demie et, pour un 
cube d'air de 250 mètres, la dépense avait été de 1 fr. 70 (acide 
sulfurique, fr. 20 ; cyanure de potassium, 625 grammes k 3 francs 
le kilogramme =: 1 fr. 50), 

Des nombreuses expériences qu'il a entreprises au Jardin colo- 
nial, M. Dybovvski a pu établir les conclusions suivantes : 



LA DESTRUCTION DES PARASITES PAR l'aCIDE CYAMIYDRIQIE 169 

1" Pour obtenir la destruction complète des différents insectes 
qui peuplent les serres, une dose de 2 gr. 5 par mètre cube d'air 
contenu est nécessaire et suffisante; 

2" Pendant l'opération, une température supérieure à 27° est 

indispensable, le gaz opérant sa condensation à 27° et cette conden- 

• sation étant nocive ; 

É 3° La meilleure époque pour opérer est pratiquement de mai à 

K septembre, la difficulté pour les traitements d'hiver consistant dans 

^B la masse d'air du haut de la serre qui se refroidit rapidement et 

aide à la condensation. Pour opérer en hiver, il est nécessaire de 

couvrir la serre de paillassons ; 

4° Enfin, il est utile d'opérer le soir plutôt qu'à la grande 
lumière, celle-ci favorisant la brûlure. Ce dernier fait a été établi 
par une expérience très concluante, faite dans une serre dont une 
moitié avait été recouverte de paillassons ; des brûlures furent 
constatées dans la moitié de la terre soumise à la lumière du soleil, 
alors que dans la partie couverte aucune trace de brûlure ne put 
être relevée. De ce qui précède, il résulte que, tant par la modicité 
de la dépense que par les garanties de sécurité qu'il peut offrir, il 
est à souhaiter de voir cet appareil se répandre dans les établisse- 
ments. 

Il contribuera sans aucun doute à la généralisation d'un puissant 
moyen de destruction des insectes, en même temps qu'il mettra 
les opérateurs à l'abri des funestes effets du gaz cyanhydrique. 

A ce double point de vue, les inventeurs ont droit à la recon- 
naissance des horticulteurs. 

Louis TlLLIER, 

Professeur d'arboriculture 
de la ville de Paris. 



Biillelin du Jnrâin rnlmunl. 12 



LAGRICILTURK DANS LA VALLÉE DU NIGER 

OUSSOUNIFING 

Colcus Coppini [Max Cornu) 

\uOussounifing est une petite labiée dont les parties anciennes 
sont légèrement odorantes, dont les tig-es rampantes émettent des 
racines adventives. Les tiges se terminent par une inflorescence qui 
avorte presque constamment. Les racines donnent de petits tuber- 
cules comestibles très nombreux, de la forme de la pomme de 
terre, de coloration rougeàtre, devenant noirâtre en vieillissant, 
d'où le nom d oussounifing qui signifie en Bambara petite patate 
noire. 

Son véritable habitat est la zone moyenne, de Kita à Sikano. 

On n'en connaît pas de variétés. Par la sélection, par la culture 
on améliore l'espèce et 1 on obtient des tubercules atteignant jus- 
qu'à cinq centimètres dans leur plus grand diamètre. On arriverait 
à en obtenir de blancs, car beaucoup ont la chair à peine teintée. 

Les Bambaras réservent à loussounifing les sols légers, riches 
en matières organiques, ou bien les terres éboulées. 

Une bonne fumure est du meilleur effet sur la quantité et la qua- 
lité du produit. 

La multiplication se fait de deux façons, directement au moyen 
de tubercules, ou bien par boutures. 

A la fin de la saison sèche, les tubercules ont déjà bourgeonné 
en magasin. On les plante, au commencement de l'hivernage, dans 
un sol bien sain. Puis au milieu de cette saison, on coupe la plante 
au ras du sol et les tiges servent de bouture pour un nouveau 
champ. 

L'indigène prend aussi ses boutures sur les repousses produites 
par les tubercules oubliés dans son champ de Tannée précédente. 

Les boutures sont plantées par paquets de trois ou quatre géné- 
ralement sur buttes. La meilleure distance à adopter entre les 
plants est de 50 centimètres. 



1 



l'agriculture dans la vallée du NIGER 171 

Les pluies assurent la reprise. Si elles font défaut, la plantation 
est compromise. 

Les touffes ne tardent pas à s'étaler. Quand des sarclages sont 
nécessaires, il faut bien éviter de passer l'instrument sous la plante 
pour ne pas contrarier l'enracinement adventit. 

Déjà à la fin de septemfjre on peut cueillir de petits tubercules 
très appréciés des Européens. Mais ils n'atteignent tout leur déve- 
loppement qu'en octobre après la floraison. On en juge par l'aspect 
des tiges qui commencent à se dessécher. 

La récolte est facile, les tubercules étant très superficiels. Pour 
les conserver, il faut les mettre en lieu très sec et les étaler en 
couche peu profonde. 

L'indigène consomme l'oussounifing cuit à l'eau. La chair en est 
ferme, point filandreuse comme l'igname, ni pâteuse comme la 
patate. 

Pour l'Européen, l'oussounifing remplace la pomme de terre. 

La culture de cette plante est facile, sûre et d'un bon rendement. 
Nous avons obtenu, calculé à l'hectare, de 8.000 à 10.000 kilos de 
tubercules. La charge de 20 kilos se vend sur les marchés de 3 à 
5 francs ; un kilo au détail, se paye de 0,20 à 0,30. L'oussounifing 
ne figure guère sur les marchés que pendant octobre et novembre. 
En décembre, la récolte est déjà consommée. 

Dumas, 

Agent de culture de V Afrique 

occidentale française. 



FORMATION DE BULBILLES 
CHEZ LE GOLEUS DAZO • 

Lorsqu'on étudie la morphologie des bulbilles, même en suivant 
leur développement, on se trouve en présence d'une condensation 
des tissus qui peut laisser quelque obscurité sur l'interprétation 
précise de ces organes ; aussi est-il intéressant de rechercher les cas 
où la tubérisation des rameaux aériens est jaour ainsi dire acciden- 
telle, car il devient généralement possible d'étudier les divers 
stades du phénomène et par consécjuent de comprendre la synthèse 
des tubercules aériens. 

J'ai été amené à faire des observations de ce genre sur des plants 
de Coleus Dazo cultivés dans les serres du Jardin colonial. Cette 
espèce, récemment décrite par M. Aug. Chevalier 2, produit au 
Congo, normalement, des rhizomes charnus, cylindriques, riches 
en matière de réserve et en outre, parfois, à l'aisselle des feuilles, 
des bulbilles ovoïdes atteignant 1 centim. 5 de long sur 8 milli- 
mètres de diamètre. En serre, je n'ai observé de tubérisations 
aériennes qu'exceptionnellement sur des plants provenant de bou- 
ture et mesurant à l'état adulte à peine 15 centimètres de haut, 
alors que la plante acquiert, dans son pays d'origine, environ le 
triple de cette dimension. Ces plants avaient été placés dans des 
conditions défavorables de végétation : les pots trop petits et la 
terre maintenue trop humide avaient empêché la formation d'aucun 
organe de réserve souterrain ; dans ces conditions, les substances 
élaborées par les feuilles, ne pouvant s'accumuler à la base de la 
tige, s'étaient localisées aux différents nœuds et presque tous les 
bourgeons axillaires s'étaient tubérisés à divers degrés. 

L'un des plants, par exemple, avait développé dix nœuds au moment 
où il commençait à se dessécher ; il présentait des phénomènes de tubé- 
risation à partir du troisième nœud et jusqu'au septième. Au premier 
nœ,ud, un seul des rameaux axillaires (les feuilles sont opposées) s'était 

1. Comptes rendus de rAcadémie des Sciences, 13 novembre 1905. 

2. Chevameu et Pehkot, Les végëUiux uliles de VAfriqne Iropicule française, 
vol. I, fasc. I. p. 126 Challamel, éditeurj. 



FORMATION DE BULBILLES CHEZ LE COLEUS DAZO 173 

tubérisé; ce rameau, mesurant 12 millimètres de long, était fortement 
renflé sur la moitié de sa longueur, à partir de la base, tout en restant 
cylindrique ; il portait à sa partie inférieure quatre proéminences tubèri- 
sées, dont l'une, saillante de 6 millimètres, alFectait extérieurement la 
forme dune fleur et il se terminait par une région très légèrement char- 
nue, à l'extrémité de laquelle étaient groupés quelques bourgeons floraux 
peu développés ; il constituait, en somme, un acte d'inflorescence. Au 
quatrième nœud, un bourgeon axillaire était resté très court en se tubé- 
rifîant et l'autre atteignait 10 millimètres, renflé en forme de massue sur 
son tiers inférieur qui portait quelques bourgeons rudimentaires et ter- 
miné par une partie non tuberculisée, munie de jeunes fleurs, mesurant 
1 millimètre à 2 millimèlres et encore très éloignées de leur épanouisse- 
ment. Le cinquième nœud portait un seul bourgeon développé, ayant 
donné un organe long de 3 millimètres et constitué par une petite masse 
ovoïde surmontée de deux fleurs. Au sixième na'ud un des bourgeons 
axillaires était resté rudimentaire, l'autre était disposé à peu près comme 
celui du quatrième nœud, mais sa région basale tubérisée montrait exté- 
rieurement par rapport à la tige un bourgeon renflé, mais non difTéren- 
cié, se détachant à l'aisselle même de la feuille mère ; de sorte que cette 
feuille possédait en apparence deux bourgeons axillaires, dont l'un, exté- 
rieur, était devenu charnu sans évoluer, l'autre, intérieur, avait fourni 
une inflorescence tuberculisée à la base : cette disposition rappelle les 
bourgeons axillaires prétendus multiples de certaines Dioscorées. Enfin 
le septième nœud portait deux bourgeons axillaires très courts formant 
de petits tubercules ovoïdes, surmontés de jeunes bourgeons floraux. 

Au point de vue anatomique, je signalerai seulement l'abondance des 
réserves amylacées dans la région médullaire des rameaux tubérisés ; les 
cellules sont bourrées de grains d'amidon qui deviennent polyédriques, 
par suite de compression réciproque ; on trouve également de l'amidon 
dans le tissu cortical, mais les grains sont beaucoup plus petits et peu 
abondants. M. Chevalier avait simplement observé le bleuissement par 
l'iode du contenu cellulaire, mais n'avait pu déceler dans ses échantillons 
d'éléments figurés '. 

Il résulte des faits précédents que : 1° le Coleus Dazo présente 



1. 11 n'y a pas lieu, je pense, de voir là une contradiction. Dans les échantillons 
nomiaux recueillis par M. Chevalier, les tubercules axillaires ne sont que des 
organes à peine ébauchés et les matières de réserve ne s'y sont point encore con- 
densées ; dans les conditions défavorables de culture, où j'ai fait mes observations, 
les bulbilles acquièrent une utilité beaucoup plus considérable pour la plante qui 
différencie alors plus profondément les tubercules aériens qu'elle avait une tendance 
à produire ; dans ce cas, les bulbilles deviennent véritablement des organes de 
réserve avec précipitation des substances amylacées. 



174 NOTES 

une tendance manifeste à accumuler ses réserves dans ses organes 
aériens, lorsque les conditions de vé^^étation ne sont pas favorables 
à la formation des tig-es souterraines ; 2° ces réserves, de nature 
amylacée, se déposent dans les bourgeons axillaires destinés primi- 
tivement à former des inflorescences ; l'axe d'inflorescence se tubé- 
rise en conservant d'abord une forme cylindrique, puis, le phéno- 
mène s'accentuant, il se renfle en massue à la base et tend de plus 
en plus vers la forme ordinaire des bulbilles ; 3° les bourgeons flo- 
raux inférieurs prennent part également à la tubérisation et, par 
suite d une abréviation considérable des entre-nœuds, peuvent 
donner Tillusion de bourg-eons axillaires multiples : 4" les bour- 
g^eons floraux supérieurs ont une évolution de plus en plus limitée 
à m^esure que la tubérisation s'accentue ; la région florale terminale 
tend par conséquent à disparaître, à mesure que les bulbilles se 
différencient davantag^e ; la reproduction par graines est donc com- 
pensée par la multiplication facile que permettent ces org-anes de 
réserve. 

Ces phénomènes, quoique décrits sur un exemple particulier, 
présentent une portée plus considérable, si Ton songe qu'ils doivent 
retracer, à quelques détails près, l'histoire de la formation des bul- 
billes chez les plantes où ces org'anes sont devenus normaux et 
qu'ils expliquent la suppression fréquente des fleurs chez les 
plantes qui ont des bulbilles. 

« 

Marcel Dubard, 

Professeur à l'Ecole supérieure 

(f Agriculture coloniale. 



COMMUNICATIONS DIVERSES 



Commerce des fruits exotiques à Southampton. — La grande faveur 
dont les fruits exotiques jouissent en Angleterre et les facilités qu'offre 
Southampton à leur importation semblent devoir attirer l'attention de 
nos producteurs d'Algérie et surtout de l'Ouest africain. 

La consommation des citrons ayant, paraît-il, été exceptionnelle aux 
Etats-Unis, a amené une hausse de prix dont les producteurs algériens 
pourraient profiter. Actuellement, c'est surtout la Sicile qui alimente le 
marché sud-ouest de l'Angleterre. 

Les bananes reçues à Southampton proviennent des Canailles. Elles 
sont importées, chaque année, en quantité de plus en plus grande, mais 
les demandes ne cessent d'augmenter. 

Southampton possède plusieurs entrepôts spécialement aménagés pour 
que ces fruits puissent être emmagasinés et terminer leur maturité 
dans une atmosphère régulièrement ventilée, maintenue à une tem- 
pérature favorable. Ces entrepôts possèdent une réelle importance, car 
Southampton ne reçoit pas des fruits exotiques seulement pour sa con- 
sommation, mais surtout en vue de la distribution dans d'autres régions 
de l'Angleterre (Communication du Consulat de France à Southampton.) 

Le « Buntal ». — Son utilisation en chapellerie. — En étudiant l'indus- 
trie de la chapellerie malgache, dont les exportations ont pris, dans ces 
dernières années, une certaine importance en France, l'Inspection géné- 
rale de l'Agriculture coloniale a été amenée à s'occuper des chapeaux de 
paille connus dans le commerce sous le nom de « Chapeaux Buntal ». 
Grâce à l'obligeance de M. le Consul général de France à Manille, le Jar- 
din colonial a pu se procurer, sur cet article, les quelques renseignements 
qui suivent : 

« Ces chapeaux sont confectionnés uniquement aux Philippines, sur- 
et tout dans la région du Lucban (province de Tabayas). La fibre de buntal, 
« dont on se sert pour les tisser, est élastique, très solide et de couleur 
« jaune pâle. 

« A Lucban, le buntal est également utilisé pour confectionner des 
« étuis à cigarettes. Il est extrait du pétiole du Livistona rotundifolia 



176 



COMMUNICATIONS DIVERSES 



(( (Mart) et du Livistona australis : palmiers désignés aux Philippines 
« sous le nom de Bu ri. 

« Les feuilles étant coupées, on débarrasse les pétioles de leurs épines 
« puis on les sectionne en fragments d'un mètre à 1 "^ 50 de long. On 
« débarrasse alors chaque morceau de pétiole de son enveloppe corticale 
« à l'extrémité qui, primitivement, se trouvait la plus rapprochée du 
M tronc du palmier; puis on lui donne quelques coups de maillet afin de 
u dégager les fibres qui s'y trouvent renfermées. 

« Dès que ces dernières se trouvent suffisamment dégagées, on les 
« arrache une à une en les tirant avec les doigts, après avoir pris soin de 
« se protéger la main au moyen d'un gant de cuir. Cette précaution 
« paraît indispensable pour éviter les blessures. 

« Dès qu'un ouvrier a retiré 10 ou 15 fibres, il en fait une sorte de 
« couronne qu'on met pour ramollir dans un tonneau rempli de 
« vinaigre où on la laisse séjourner pendant 10 ou 12 heures. Les fibres 
« sont alors retirées et jetées à diverses reprises dans de l'eau bouillante. 
« La préparation est achevée en les mettant sécher à l'ombre. » 

Le Jardin colonial possède dans ses collections des fragments de 
pétioles de Buri, du « Buntal » préparé à Lucban suivant la méthode 
indigène et un spécimen de chapeau confectionné par les Philippins avec 
cette fibre. 



MAÇON, PROTAT FHERES, IMPRIMEURS 



L Editeur-Gérant : A. Challamel. 



i 





LIANE A CAOUTCHOUC 
Landolphia Hauclelotii 



VlLMOIilN-ANDUlEUX k C'^ 

4, Quai de la Mégisserie, PARIS 



gj^ La Maison VILMORIN-ANDRIEUX ET C-, toujours son- 
^^^'^ cieuse d'être utile à son importante clientèle, a cru devoir] 
s'ocruper d'une façon toute particulière de l'importation et de la vulj 
risation des çraines et plantes précieuses des pays chauds 

Ses relations commerciales avec toutes les parties du globe la placen^^ 
certainement au premier rang des maisons recommandables pour^ 
résoudre cette importante question. i 

Du reste, ses efforts ont été couronnés de succès puisqu'elle a-. 
obtenu 7 Grands Pria; à l'Exposition Universelle de l'joo, dont A; 
spécialement accordé pour son Exposition Coloniale En outre, le Jury^ 
de la dernière Exposition qui a eu lieu en igoo, au Jardin Colonial de^ 



Noçent-sur-Marne, a confirmé les décisions du Jury de l'Exposition Uni-j 
verselle en lui attribuant le Premier Grand Prix d'Honne''. 
Enfin, suivant une longue tradition, la Maison se fait un devoir de répondre de la façon la plus désii^ 
téressée à toutes les demandes qui lui sont adressées. 

Graines et jeunes plantes disponibles au fur et à mesure de la récolte : 

Plantes textiles. — Agave Sisalana du Yucatan (vrai), Cotons sélectionnés, Jute, Fourcroyai 
gigantea, etc. î 

Plantes économiques. — Cacaoyer (variétés de choix). Caféiers (espèces diverses', Coca, Kola,,; 
Tabacs divers, Thé d'Annam et d'Assam, etc. ! 

Plantes à caoutchouc. — Castilloa elastica, Euphorbia Intisy, Ficus divers, Hevea brasiliensiS|!. 
Landolphia (diverses sortes), Manihot Glaziovii, Marsdenia verrucosa, Wiilughlieia edulis, etc. .'ç 

Plantes à épiées- — Caneliier de Ceylan, Gingembre des Antilles, Giroflier, Muscadier, Poivrief^ 
Vanilles du Mexique et de Bourbon (boutures), etc. '^ 

Graines de plantes médicinales, à gomme, à huile, à essence, à tanin, etc , etc. ^ 



Emballage spécial. — Nous croyons devoir appeler l'attention de notre clientèle d'outre-mer sur.l 
l'avantage qu'ils trouveront à employer nos caisses vitrées (caisse Ward; pour l'expédition des jeunes, 
plants ou des graines en stratification. ■^ 



GRAINES AGRICOLES ET- INDUSTRIELLES 

Graines d'Arbres et d'Arbustes pour pays tempérés et tropicaux. 

Assortiments de Graines potagères. Fleurs, etc., appropriés aux différents climats. 



CATALOGUE SPÉCIAL POUR LES COLONIES FRANCO SUR DEMANDE 

Correspondance en toutes langues. — La maison n'a pas de succursale ni de dépôt. 



6e Année Mars 1906 N<> 36 



MINISTÈRE DES COLONIES \ 

Inspection générale de l'Agriculture coloniale 



Z 'Agriculture pratique 

des pays chauds 



BULLETIN MENSUEL 

DU 

JARDIN COLONIAL 

ET DES 

Jardins d'essai des Colonies 



Tous documeuts et toutes communications relatives à la rédaction 

doivent être adressés 

à CInspection générale de l'Agriculture coloniale 

au Ministère des Colonies 



PARIS 

Augustin CHALLAMEL, Editeur 

Rue Jacob, 17 

Librairie Maritime et Coloniale 



Les abonnements partent du /er Janvier et du /er Juillet ! 

Prix de l'Année (France, Colonies et tous pays de l'Union postale). — 20 h. \ 



La reproduction complète d'un article ne peut être faite qu'après autorisation spéciale. 
Les citations ou reproductions oart telles sont autorisées à condition de mentionner la source. 



i 



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Etudes économiques ] 

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DU JARDIN COLONIAL ET DES JARDINS D'ESSAI DES COLONIES 

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Feuille de Renseignements de l'Office Colonial 

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COLONISATION : Exploitations agricoles et industrielles, enquêtes économiques, etc. 
COMMERCE : Renseignements commerciaux et statistiques ; Avis d'adjudications 

Offres et demandes commerciales; Mouvement des paquebots; Liste des maisons 

ie commerce, etc. 

ABONNEMENT ANNUEL : France, 5 fr. — Colonies et Union postale, 6 fr. 



\ 



L'AGRICULTURE PRATIQUE 

DES PAYS CHAUDS 



BULLETIN MENSUEL DU JARDIN COLONIAL 

ET DES JARDINS D ESSAI DES COLONIES FRANÇAISES 
6e année Mars 1906 N» 36 

SOMMAIRE 



DOCUMENTS OFFICIELS 

Pages 

Afrique occidentale . — Quantités de cafés et de bananes de la Guinée 

française à admettre au bénéfice de la détaxe en 1906 177 

Transport du matériel agricole sur le chemin de fer de Kayes 

au Nig-er 178 

Guinée française. — Arrêté soumettant à une visite sanitaire les 

animaux importés en Guinée 179 

Congo français. — Quantités de cafés et de cacaos du Cong"o à 

admettre en 1906 au bénéfice de la détaxe 180 

Indo-Chine. — Arrêté créant un tarif spécial P. V. pour le transport 

des noix d'arec sur les chemins de fer indo-chinois 181 

Rapport de l'Exposition nationale d'ag"riculture coloniale, classe II. 

Animaux invertébrés i83 

ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Cours de génie rural appliqué aux colonies. Irrigations, par 
M. Max Ring-elmann, directeur de la Station d'essai de Ma- 
chines agricoles 198 

Les maladies des plantes cultivées dans les Pays chauds, par le 

D"" Georges Delacroix (suite) 2o4 

Les kolatiers et les kolas, par M. Jean Vuillet, chef du service de 

l'agriculture du Haut-Sénég-al et Niger (suite) 212 

Culture du cotonnier à la station expérimentale de Marovoay, 

par M. Duchêne, directeur de la station d essai de Marovoay. 219 

Entretien des cacaoyères. par M. Fauchère, sous- inspecte ur d'ag-ri- 

culture à Madag-ascar 227 

/. B. Louis Pierre, par M. A. Chevalier en mission du Gouver- 
nement g'énéral de l'Afrique occidentale française 284 

NOTES 

L'agriculture dans la vallée du Niger : le Maïs, par M. Dumas, 

ag-ent de culture du Haut-Sénég"al et Nig-er 247 

Le Cacao à Cuba, par M. Lefaivre, ministre de France à la Havane 261 

Seconde note relative au Boulouba, par M. Marcel Dubard, maître 

de conférences à la Sorbonne 254 

Le Caoutchouc de In Côte d'Ivoire, par M. Nicolas, ag-ent de culture 

de l'Afrique occidentale française 256 

Communications diverses : Analyses de noix de coco 259 



Dans le cours de la cinquième année (igoS) 

« L'Agriculture pratique des Pays chauds » 

(bulletin du jardin colonial) 

a publié, outre les Documents officiels, 150 mémoires, 
notes et articles divers sur les cultures, l'élevage ou les 
productions des pays tropicaux ; ces articles contenant 
267 photographies, figures ou croquis forment ensemble 
deux volumes in-S" de 536 pages chacun. 



Un numéro spécimen est adressé franco sur demande. 



UR COIiliECTIOfi DE 

** L'Agriculture pratique des pays chauds " 

COMPREND A CE JOUR 6 VOLUMES 



lo Juillet 1901 à Juin 1902 . . 
20 Juillet 1902 à Juin 1903 . . 
3o Juillet 1903 à, Juin 1904 . . 
40 Juillet 1904 à. Décembre 1904 
50 Janvier 1905 à. Juin 1905 
6» Juillet 1905 â, Décembre 1905 



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(Envoi franco contre mandat-poste) 



Pour les abonnements, demandes de spécimen, rensei- 
gnements divers, publicité, adresser lettres et mandats à 

M. Augustin CHALLAMEL, Editeur, 

Librairie Maritime et Coloniale 

17, rue Jacob, Paris. 



Demander le prospectus détaillé, contenant le titre de 
tous les articles de la collection, avec le nom de l'auteur, 
l'indication du Numéro dans lequel l'article a été publié. 



é« Année Mars 1906 N" 36 



PARTIE OFFICIELLE 

LIBRARY 
NEW YORK 
BOTANICAL 

AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE Qarden. 

DÉCRET 

fixant les quantités de cafés et de bananes originaires de la Guinée fran- 
çaise à admettre en France du 1^'' juillet 1905 au 30 juin 1906 au 
bénéfice de la détaxe. 

Le Président de la République française, 

Sur le rapport du Ministre des Colonies et du Ministre des Finances, 

Vu les lois du H janvier 1892 (art. 3), du 24 février 1900 (art. 2), et du 
17 juillet 1900 (art. 2), relatives au tarif des douanes ; 

Vu les décrets des 30 juin 1892, 22 août 1896 et 2o août 1900, accordant des 
exemptions ou détaxes à certains produits originaires des colonies. 

Décrète : 
Article F"". — Sont fixées ainsi qu'il suit les quantités de produits origi- 
naires de la Guinée française qui pourront être admises, du P"" juillet 
1905 au 30 juin 1906, dans les conditions fixées par les décrets susvisés 
des 30 juin 1892, -22 août 1896 et 25 août 1900 : 

Cafés 25.000 kilos 

Bananes 2.500.000 — 

Art. 2. — Le Ministre des Colonies et le Ministre des Finances sont 
chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret. 
Fait à Paris, le 26 janvier 1906. 

Emile Loubet. 

DÉCRET 

fixant les quantités de cafés originaires de la Côte d'Ivoire à admettre en 
France pendant l'année 1906 au bénéfice de la détaxe. 

Le Président de la République française. 

Sur le rapport du Ministre des Colonies et du Ministi'e des Finances, 

Vu les lois du 11 janvier 1892 (art. 3), du 24 février 1900 (art. 2) et du 

<X3 17 juillet 1900 (art. 2) ; 

çj^ Vu les décrets des 30 juin 1892 et 25 août 1900, accordant des détaxes à cer- 

' tains produits originaires des colonies, 

,__) Bulletin du Jardin colonial. 13 

ce 
a. 

<c 



478 



DOCUMENTS OFFICIELS 



Décrète : 
Article 1*"". — Est fixée à 60.000 kilos la quantité de café orig^inaire de 
la Côte d'Ivoire qui pourra être admise en France, pendant Tannée 1906, 
dans les conditions prévues par les décrets susvisés des 30 juin 1892 et 
25 août 1900. 

Art. 2. — ■ Le Ministre des Colonies et le Ministre des Finances sont 
chargées, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret. 
Fait à Paris, le 26 janvier 1906. 

Emile Loiret. 



TRANSPORT DE MATÉRIEL AGRICOLE 
OU INDUSTRIEL 

SUR LE CHEMIN DE FER DE KAYËS AU NIGER 

Un arrêté ministériel en date du 1 4 nocembre 1 905 porte homologation 
du tarif spécial suirant relatif au transport des machines et éléments de 
machines ayant une destination industrielle ou agricole sur le chemin de 
fer de Kayes au Niger. 



CHEMIN DE FER DE KAYES AU NIGER 

Tarif spécial P. V. N° 4. 

(Homolop^atioii ministérielle du 1 1 novembre 1905.) 

Machines ou éléments de machines ayant une destination industrielle 

ou agricole. 

Par wag-on complet de deux tonnes ou payant pour ce poids : 

Jusqu'à 150 kilomètres : fr. 40 par tonne et par kilomètre ; de l5l à 
350 kilomètres : fr. 30 par tonne et par kilomètre en sus ; au delà de 
350 kilomètres : fr. 20 par tonne et par kilomètre en sus. 

Les conditions d'application du présent tarif sont les mêmes que celles 
du tarif spécial P. V. n" 2 homologué le 28 juillet 1905. 

Vu pour être annexé à mon arrêté de ce jour. 

Paris, le 14 novembre 1905. 

Le Ministre des Colonies, 
Clémentel. 



ARRÊTÉ 179 

GUINÉE FRANÇAISE 

ARRÊTÉ 
du Lieutenant-Gouverneur soumettant à une visite sanitaire tes animaux 

importés en Guinée. 

JOURNAL OFFICIEL DE LA GUINEE FRANÇAISE, 15 novembre 1905, n"* 99. 

Le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée française, officier de la Légion 
d'honneur, 

Vu rordonnance organique du 7 septembre 1840 ; 

Vu le décret du 18 octobre 1904 réorganisant le Gouvernement général de 
l'AfriqVie occidentale française ; 

Vu l'arrêté du 31 décembre 1904 du Gouverneur général de l'Afrique occi- 
dentale française créant dans les colonies de l'Afrique occidentale française un 
service zootechnique et des épizooties ; 

Afin de prévenir l'importation d'animaux atteints de maladies contagieuses. 

Arrête : 

Article l^''. — Les animaux des espèces chevaline, asine, bovine, 
ovine, caprine, cameline et porcine sont soumis en tous temps et aux 
frais des importateurs conformément à la loi, à une visite sanitaire au 
moment de leur entrée en Guinée ; à Conakry, celte visite est faite par le 
vétérinaire chef du service zootechnique. 

Art. 2. — Dans les autres ports de la colonie, les animaux des espèces 
précitées font l'objet, au moment de leur débarquement, d'un examen de 
l'administrateur ou de son représentant qui constate l'état général de ces 
animaux. 

Si ces animaux ne présentent pas les apparences de la bonne santé, 
l'administrateur les fait mettre en quarantaine en les isolant et rend 
compte au Gouverneur par télégramme. 

Art. 3. — Par mesure de prudence, même si les anim;!ux débarqués 
sont reconnus sains, les importateurs devront les garder pendant huit 
jours au minimum, enfermés dans leurs propriétés, avant de les utiliser 
ou de les laisser circuler sur la voie publique. 

Art. 4. — En cas de constatation dune maladie contagieuse à bord ou 
venant à apparaître sur un animal déjà débarqué, le vétérinaire, confor- 
mément à la loi, indique à l'administration les mesures à prendre. 

Art. 5. — Le présent arrêté est applicable d'urgence, sans délai. 

Art. 6. — Le Secrétaire général est chargé de l'exécution du présent 

arrêté qui sera enregistré et communiqué partout où besoin sera et inséré 

au Journal officiel de la Colonie. 

Conakry, le 15 novembre 1905. 

A. Frézouls. 



iiSO bOCUMENTS OFFICIELS 



CONGO FRANÇAIS 



DÉCRET 

fixant les quantités de cafés et de cacaos en fèves, originaires du Congo 
français (Bassin conventionnel), qui pourront être admises en France 
pendant V année 1 906 au bénéfice de la détaxe. 
Le Président de la République française, 

Sur le rapport du Ministre des Colonies et du Ministre des Finances ; 

Vu les lois des M janvier 1892 (art. 3), du 24 février 1900 (art. 1 et 2), et du 
17 juillet 1900 (art. 1«'") relatifs au tarif des douanes; 

Vu les décrets du 22 avril 1899 et du 25 août 1900, édictant les détaxes pour 
les cafés et les cacaos en fèves originaires de la partie française du Bassin 
conventionnel du Congo, 

Décrète : 

Article 1". — Sont fixées ainsi qu'il suit, les quantités de cafés et de 
cacaos en fèves, originaires du Congo français (Bassin conventionnel), qui 
pourront être admises en France pendant Tannée 1906, dans les condi- 
tions prévues par les décrets des 22 avril 1899 et 25 août 1900 : 

Cafés 50.000 kilos 

Cacaos 25.000 — 



Art. 2. — Le Ministre des Colonies et le Ministre des Finances sont 
chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, 
qui sera inséré au Journal officiel de la République française et au Bulle- 
tin officiel du Ministère des Colonies. 



Fait à Paris, le 30 novembre 1905. 



Emile Loubet. 



MAYOTTE ET DÉPENDANCES 

Un décret du 13 janvier 1906 autorise provisoirement le gouverneur de 
Mayotte et Dépendances à fixer, par voie d'arrêté pris en conseil d'admi- 
nistration, un prix maximum de vente du riz blanc et du riz en paille dans 
la colonie et les protectorats qui en dépendent. 



DÉCRET 



181 



INDO-CHINE 

Un arrêté du Gouverneur général de l'Indo-Chine, en date du 10 no- 
vembre 1905 crée un tarif spécial P. V. n" 13 pour le transport en petite 
vitesse des noix d'arec fraîches ou sèches sur le réseau des chemins de 
fer de l'Indo-Ghine. 

Les prix et conditions d'application de ce tarif sont les suivants : 

Prix fermes : Noix d'arec fraîches. 



1" Noix d'urée fraîches, 4' série 
De Ben-thuy à Nam-dinh 


B 

« 

-a 
S 
c 


AU-DESSOUS 

de 5 t. 000 
(par tonne) 


PAR WAGON 

complet 

de 5 t. 000 

(par tonne) 


PAR WAGON 

complet 

de 8 t. 000 

(par tonne) 


2;o 

327 
151 
375 

49 
148 

99 


10 S 50 
13 91 
6 82 
15 71 
2 35 
6 69 
4 60 


7 $35 
9 74 
4 77 
10 00 
1 65 
4 68 
3 22 


6 $30 

8 35 
4 09 

9 43 

1 41 
4 01 

2 76 


— à Hanoï 


— à Thanh-hoa 


— à Phu-lang-Thuong 

De Hanoï à Phu-lang-Thuong 


— à Langson 


De Phu-lang-Thuong à Langson 



Prix fermes : Noix d'arec sèches. 



2" Noix d'arec sèches, 3' série 
De Ben-thuy à Nam-dinh 


Cil 

S 

-B 
S 
O 


AU-DESSOUS 

de 5 t. 000 
(par tonne) 


PAR WAGON 

complet 

de 5 t. 000 

(par tonne) 


PAR WAGON 

complet 

de 8 t. 000 

(par tonne) 


240 
327 
151 
375 

49 
148 

99 


12 $60 
16 70 
8 is 
18 86 
2 82 
8 03 
5 53 


8 $40 

1 1 13 
5 45 

12 57 
1 88 
5 35 
3 68 


7$25 
9 74 
4 77 
11 00 
1 65 
4 68 
3 22 


— à Hanoï 


— à Thanh-hoa 


— à Phu-lang-Thuang 

De Hanoï à Phu-lang-Thuong 

• — • à Langson 


De Phu-lang-Thuong à Langson 



182 



DOCUMENTS OFFICIELS 



Les arecs expédiés sous le régime de ce tarif, en provenance ou à desti- 
nation d'une gare non dénommée, mais intermédiaire entre deux gares 
dénommées, jouiront du bénéfice dudit tarif, en payant pour la distance 
entière comprise entre la première gare dénommée qui précède la gare 
expéditrice et la première gare dénommée qui suit la gare destinataire, si 
la taxe ainsi calculée est plus avantageuse pour Texpcditeur que celle pré- 
vue au tarif général. 

Les noix d'arecs fraîches ou sèches faisant l'objet de wagons complets 
devront être chargées dans les trois heures qui suivront la mise à dispo- 
sition des wagons à l'expéditeur. 

Les wagons devront être déchargés trois heures après l'heure de la 
remise de la lettre d'avis au destinataire. 

En raison de la nature particulière de la noix d'arec qui subit par le 
seul fait du transport, de sa durée et de la température du déchet de 
poids, l'Administration ne i^épond pas de ce manquant à moins qu'il 
ne dépasse le maximum de 3 % par cent kilomètres ou fraction de cent 
kilomètres. 

Un délai de quatre jours en plus de ceux fixés par les tarifs généraux 
est accordé à l'Administration pour effectuer ces transports. 

Toutes les expéditions ell'ecluées aux prix et conditions du tarif P. V. 
n° 13 sont soumises aux conditions des tarifs généraux et spéciaux en 
tout ce qu'ils n'ont rien de contraire au présent arrêté. 



ERRATUM 



Dans le dernier numéro, page 90, une disposition typographique sans 
séparation, semble indiquer que le Jardin d'Essai de Libreville n'a obtenu 
qu'une mention honorable à l'Exposition d'agriculture coloniale. Il n'en 
est rien, car cet établissement ancien et bien connu, exposait hors con- 
cours. Voilà pourquoi le Jury n'a pu que le féliciter, de la manière la plus 



élogieuse. 



Exposition nationale d'agriculture coloniale 

1905 

Rapport sur la classe II. 

3® Section 

Animaux invertébrés {Insectes utiles et nuisibles, Crustacés^ Mollusques 
producteurs de nacre, Collections entoniologiques et malacolo- 
giques, etc.). 

Parmi les différentes sections que comportait la classe II bis, celle de 
la Sériciculture et celle des Insectes nuisibles se distinguaient par la 
richesse de leurs collections et l'intérêt des documents qu'elles offraient 
au visiteur. L'Apiculture par contre n'était représentée que par un très 
petit nombre d'exposants et si l'on excepte celle du Rucher-École, leurs 
expositions étaient de faible importance. La section des Crustacés et 
Mollusques utilisés dans l'industrie n'occupait qu'un emplacement très 
restreint. 

Je passerai en revue, dans ce rapport, chacune des sections représen- 
tées à l'Exposition coloniale, en proportionnant autant que possible les 
développements dans lesquels j'entrerai, à l'importance ou à l'intérêt de 
chacune d'entre elles. M. Prudhomme, Directeur de l'Agriculture de 
Madagascar, m'a libéralement communiqué toutes les données qu'il a 
réunies sur la Sériciculture dans cette colonie. M. Fleutiaux m'a fourni 
d'intéressants renseignements sur les insectes nuisibles et sur l'apiculture. 
Je tiens à remercier l'un et l'autre pour l'obligeant et précieux concours 
qu'ils ont bien voulu m'accorder. 

SÉRICICULTURE 

Tandis que la France tient la tête au point de vue de l'industrie des 
soieries et laisse loin derrière elle, à cet égard, les autres nations euro- 
péennes, les conditions économiques ont voulu que, malgré le perfection- 
nement des méthodes employées pour augmenter les rendements, elle se 
soit laissé distancer par l'étranger comme productrice de la matière pre- 
mière. Aujourd'hui la France ne récolte plus le tiers des cocons qu'elle 



184 DOCUMENTS OFFICIELS 

récoltait en 1850 et sa production de soie est devenue très inférieure à 
celle que nécessitent les filatures de notre pays. L'industrie des soieries 
françaises exige en effet tous les ans 4.500.000 kilos de matières premières 
(soie grège) alors que le rendement de notre territoire est actuellement 
tombé à un chiffre inférieur à 500.000 kilos. Tout le reste vient de 
l'étranger, soit sous forme de cocons, soit sous forme de soies grèges, de 
soies sauvages ou de déchets. 

LTtalie et l'Extrême-Orient profitent principalement du débouché qui 
résulte pour la sériciculture de cette inégalité existant dans notre pays 
entre la production de la matière première et celle des soieries. 

Il est naturellement indiqué de faire bénéficier de cet état de choses 
nos colonies dont le climat et les conditions économiques se prêtent à 
l'élevage des vers à soie. Parmi elles, l'Indo-Chine et Madagascar 
tiennent une place importante, et doivent, en raison de l'intérêt de leur 
exposition, retenir notre attention. 

Madagascar. 

Le grand développement donné à l'exposition de sériciculture de Mada- 
gascar est en rapport avec l'extension rapide, qui a été prise par cette 
industrie depuis quelques années, dans notre colonie, grâce au grand cou- 
rant de vulgarisation créé en sa faveur par M, Prudhomme, directeur de 
l'Agriculture, et grâce aux services qui ont été organisés par ses soins 
pour étudier et mettre en valeur les richesses séricicoles de la grande île 
africaine. 

Des conditions favorables de premier ordre désignaient Madagascar 
comme un pays d'avenir au point de vue delà sériciculture. Là, en effet, 
les difficultés si grandes que l'on rencontre dans d'autres colonies et qui 
résultent de la nécessité d'introduire une culture et une industrie nouvelles 
n'existaient pas. Le mûrier connu des indigènes sous le nom de landikelij, 
a été depuis longtemps importé et l'élevage des vers à soie y est ancienne- 
ment connu ; le climat se prête de plus admirablement à l'industrie sérici- 
cole, le mûrier y présente une très grande rusticité et le Bombyx mori s'y 
élève avec la plus grande facilité. Enfin l'importante récolte de soie sau- 
vage que fournit la chenille Landihé [Borocera Machiçfascariensis) et 
qui, sans grand travail, peut être recueillie dans les forêts, constitue un 
avantage qui mérite d'être pris en sérieuse considération. 

C'est pour tirer tout le parti possible de cet ensemble de conditions 
favorables et pour donner à la sériciculture tout le développement dont 
elle était susceptible, que le général Galliéni créa en 1901 le Service de 
sériciculture. Ce service, à Torganisation duquel M. Prudhomme consa- 
cra toute son activité, comporte- les opérations effectuées par la Station 



EXPOSITION NATIONALE d'aGRICULTURE COLONIALE 185 

d'Essais de Nanisana, renseignement essentiellement pratique donné par 
deux écoles, l'une séricicole annexée à cette station, l'autre profession- 
nelle existant à Tananarive, enfin des tournées séricicoles : celles-ci ont 
pour but la création et l'or^^anisation de mûraies nouvelles dépendant des 
villages, la vulgarisation des méthodes de la sériciculture, l'inspection 
des magnaneries et l'encouragement à la culture du mûrier ou à l'élevage 
par la distribution de primes aux indigènes. 

La station d'essais de Nanisana comprend une magnanerie d'études qui 
comporte environ 500 mètres carrés de claies, des champs de culture et 
d'expériences. Elle s'occupe de toutes les questions intéressant la sérici- 
culture et son personnel y poursuit toutes les recherches qui peuvent 
contribuer à son développement et à ses progrès dans la grande île afri- 
caine. La pratique du grainage cellulaire, pour faire face aux demandes de 
cessions de cellules préparées suivant la méthode Pasteur, tient également 
une place importante dans ses attributions. 

La station, dès le début de son installation, s'est préoccupée de propa- 
ger la culture du mûrier, et on lui doit l'introduction de plusieurs espèces 
nouvelles (mûrier multicaule, mûrier des Philippines, mûrier du Tonkin, 
mûrier blanc, envoyés par M. Maxime Cornu), ainsi que la distribution 
d'une grande quantité de graines, plantes et boutures de difTérentes 
espèces de végétaux servant à l'alimentation des chenilles séricigènes. Ce 
dernier service a pris aujourd'hui une grande importance et, en 1904, 
près de 12.000 plants de mûrier et plus de 2.000 boutures étaient distri- 
bués par les soins de la Station. 

Les champs de culture comprennent actuellement plusieurs mûraies 
occupant une surface de plus de 3 hectares, qui continuent à s'étendre, et 
qui sont utilisées aussi bien pour l'approvisionnement des magnaneries, 
que pour des expériences culturales. Ils comprennent, en outre, des ter- 
rains destinés à la culture des plantes servant à l'alimentation du Landibé 
et notamment de l'Ambrevade [Cajanus indiens). 

On peut dire que la prospérité de l'industrie séricicole dépend dans une 
large mesure des conditions dans lesquelles le grainage est efîectué ; or, 
avant l'organisation du service actuel de sériciculture, le sélectionnement 
des graines avait été si complètement négligé par les Malgaches qu'il était 
impossible de se procurer dans l'île des graines de bonne qualité, et il en 
rsultait que les cocons produits par les indigènes étaient tellement défec- 
tueux que l'on pouvait les considérer comme un déchet de qualité bien 
inférieure à celle des plus mauvaises éducations européennes. 

Il importait donc au plus haut point, pour assurer l'avenir séricicole du 
pays, de préparer en quantité suffisante une graine irréprochable, de la 
distribuer aux indigènes et de vulgariser les méthodes du grainage. Cette 
tâche incombait à la station séricicole. Elle entreprit la sélection métho- 



186 DOCUMENTS OFFICIRLS 

clique des diverses races existant à iMadag-ascar et fît venir en même 
temps de France des graines de variétés univoltines qui, au moyen d'édu- 
cations successives et sous Finfluence du climat, ne tardèrent pas à être 
transformées en races polyvoltines. Ces deux voies permirent d'obtenir 
des variétés bien adaptées au pays, produisant une graine à éclosion spon- 
tanée et régulière et donnant des cocons de très belle qualité. 

Ce furent ces variétés sélectionnées qui furent entretenues par la Sta- 
tion d'essais, pour assurer la production de la graine, et celle-ci fut elle- 
même exclusivement préparée suivant les principes du grainage cellu- 
laire afin d'éliminer les germes de la pébrine. 

Toutes les cellules produites à Nanisana sont mises gratuitement à la 
disposition des personnes qui en font la demande ; depuis le début des 
distributions (mai 1902' jusqu'au l'''" avril 1904,1e service de sériciculture 
a produit et livré plus de 25.000 cellules sélectionnées suivant la méthode 
Pasteur et l'on constate que les Malgaches, méfiants au début, apprécient 
de plus en plus les avantages résultant de Femploi pour leurs éducations 
de la graine produite par la Station de Nanisana; aussi ceux qui 
s'adressent à elle deviennent-ils de plus en plus nombreux. 

L'école séricicole annexée à la Station est avant tout une institution 
d'apprentissage professionnel, dont les élèves sont exercés à tous les tra- 
vaux intéressant la culture du mûrier et l'élevage des vers à soie. Elle 
comprend une magnanerie d'études, un atelier de dévidage et un village 
séricicole ; ce dernier est formé par les logements des élèves (20 ménages) 
et par les petites magnaneries destinées aux éducations particulières de 
chaque pensionnaire. 

La collection présentée au Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, com- 
porte une série complète d'échantillons de toutes les éducations faites à 
Nanisana ; elle est exactement semblable à celle qui figure à la Station de 
Madagascar, permet de suivre les progrès réalisés pour chaque race mise 
à l'étude et retrace en quelque sorte à nos yeux l'histoire de l'évolution 
de la sériciculture dans notre colonie. 

Ou sait que les vers à soie de Chine ont été introduits à Madagascar 
par Jean Laborde vers le milieu du siècle dernier; mais les indigènes 
avaient laissé dégénérer ces vers à un tel point que les cocons formés 
d'une paroi soyeuse très mince et peu résistante ne donnaient plus qu'un 
faible rendement. Des spécimens de ces cocons qui ont été conservés par 
la Station de Nanisana et qui sont exposés au Jardin Colonial, forment 
un contraste frappant avec ceux qu'on obtient aujourd'hui à l'aide des 
variétés sélectionnées par le service séricicole. 

Les variétés qui sont actuellement utilisées par la Station de Nanisana 
viennent pour la plupart de graines nouvellement introduites d'Europe ; 
contrairement à ce que l'on pourrait croire, les races d'Europe, bien 



EXPOSITION NATIONALE d'aGRICULTURE COLONIALE 187 

qu'univoltines, sont en elfet susceptibles de donnera Madagascar de bons 
résultats dans un temjjs relativement court. Au début, elles éclosent 
dune manière très irrégulière ; mais ces inégalités d'éclosions cessent au 
bout de six ou sept générations et peu à peu, sous Tinfluence du climat, 
les vers de race primitivement univoltine deviennent régulièrement poly- 
voltins : il suffit d'un an et demi pour que cette transformation s'opèi^e 
d'une façon complète. 

Les races dites indigènes ^ qui offrent lavantage d'une rusticité plus 
grande ont été aussi utilisées par la Station et leurs produits ont été 
grandement améliorés par la sélection. 

Parmi les cocons exposés, on remarque ceux appartenant aux variétés 
suivantes : 

Blanc de Turquie ; 

Bionne pure ; 

Blanc école professionnelle ; 

Jaune mat école professionnelle ; 

Blanc de Sabotsy ; 

Jaune doré de Sabotsy. 

Le Blanc de Turquie est une variété envoyée par le Jardin Colonial, qui 
donne de très gros cocons de couleur blanche très légèrement verdâtre, 
fournissant au dévidage une soie d'un blanc éclatant ; cette variété est en 
outre caractérisée par ses œufs non adhérents, de telle sorte que le grai- 
nage ne peut se faire qu'à l'intérieur de sacs et non sur des carrés de 
toile, comme il se fait le plus souvent. 

La race Bionne pure, introduite du Gard par M. Agniel et transformée 
en race polyvoltine, a donné d'excellents résultats; elle doit être placée en 
tête de toutes les variétés élevées à Nanisana sous le rapport du rende- 
ment à la dévideuse : un kilo de 525 cocons frais donne 92 grammes de 
soie grège. Cette race ofîre toutefois l'inconvénient d'être un peu plus 
délicate que les autres ; aussi est-elle plus recommandable pour les éle- 
veurs européens que pour les indigènes. 

Les races école professionnelle provenant de graines données par l'école 
de Tananarive sont remarquables par leur rusticité et leur résistance aux 
maladies ; elles donnent, en outre, surtout la race jaune mat, un excellent 
rendement. 

Les races de Sabotsy proviennent de graines indigènes sélectionnées. 

Les i^emarques auxquelles peuvent donner lieu les éducations de vers à 
soie aux environs de Tananarive ont été enregistrées sur d'intéressants 
tableaux récapitulatifs qui ont été exposés par la Station de Nanisana. Les 

1. En réalité importées, mais avant l'occupation européenne. 



188 DOCUMENTS OFFICIELS 

races polyvoltines étant seules utilisables à Madagascar, cette condition 
imprime aux opérations séricicoles une marche assez difîérente de celle 
qu'elles présentent en France. En raison du polyvoltisme, on est, en effet, 
oblig-é, pour ne pas perdre les variétés, de l'aire cinq élevages successifs 
par année. Sur ces cinq éducations, quatre peuvent être considérées 
comme des opérations normales susceptibles de donner de très bons résul- 
tats; elles correspondent à la période normale de végétation du mûrier et 
s'étendent du mois de septembre jusque vers le 15 mai. La cinquième 
éducation à laquelle on peut donner le nom d'éducation d'hiver, corres- 
pond à la période sèche et froide et s'étend du 15 mai à la fin d'août; elle 
a simplement pour but de perpétuer les variétés, on ne doit pas compter 
sur elle pour produire de la soie, et elle doit être déconseillée aux éleveurs 
qui ne sont pas obligés de produire eux-mêmes leur graine. Lorsqu'une 
installation suffisante le permettra, il est bien certain que l'on arrivera, en 
employant les glacières, à. supprimer cette éducation faite à contretemps, 
à une époque où les feuilles sont très rares et de mauvaise qualité ; on 
conservera alors par le froid la graine depuis le commencement de mai 
jusqu'au mois de septembre. Pour le moment toutefois, aucune installa- 
tion n'a été organisée pour atteindre ce résultat. 

Parmi les données caractéristiques de l'élevage à Madagascar qui 
ressortent de l'examen des tableaux récapitulatifs exposés par la Station, 
nous relevons les suivantes. 

Sauf pour la première éducation (septembre, octobre), il n'est générale- 
ment pas nécessaire d'élever artificiellement la température. — Un fait 
assez curieux est que la quantité de feuilles nécessaire pour obtenir 
1 kilo de cocons frais est notablement inférieure à celle qui est employée 
en France et ne dépasse guère 12 kilos. — La durée des âges est à peu de 
chose près la même qu'en France. — Le rendement moyen varie entre 
8 kil. 200 et 8 kil. 700 de cocons frais pour 100 kilos de feuilles employées 
et entre 44 et 51 kilos de cocons frais par once de 25 grammes de 
graines employée. — Les meilleures éducations sont la deuxième 
(novembre-décembre) et la troisième (janvier, février, mars); la quatrième 
(mars-avril) est également bonne, mais il peut y avoir parfois avantage à 
chauffer légèrement. La cinquième, l'éducation d'hiver (mai, juin, juillet) 
est très mauvaise à tous les points de vue et entrave la sélection; son 
influence retentit sur sur la première éducation (septembre-octobre) 
dont les cocons sont en général de qualité inférieure à celle des élevages 
suivants relevés par l'influence d'une nouvelle sélection. Les efforts 
doivent donc tendre vers la suppression de cette éducation d'hiver. 

Les tableaux, les photographies et les spécimens qui sont exposés par 
la Station de Nanisana permettent de se rendre compte de la nature du 
matériel et des dispositifs employés pour l'élevage. L'emploi de supports 



EXPOSITION NATIONALE D^AGRtCULTURE COLONIALE iSO 

mobiles et démontables permet à la lin de la période d'éducation normale 
de débarrasser la magnanerie des bâtis qui l'encombrent et de la faire 
servira d'autres usages. Les claies sont remarquables par leur disposition 
essentiellement pratique qui rend leur maniement des plus faciles : elles 
sont, enelTet, simplement formées de bambous qui sont réunis parallèle- 
ment les uns aux autres au moyen de ficelles, de telle sorte qu'elles 
peuvent s'enrouler sur elles-mêmes comme les paillassons employés par 
les jardiniers. 

L'encabanage se fait soit par la méthode ordinaire, soit au moyen de la 
claie coconnière Davril, soit encore au moyen d'une claie coconnière 
prismatique dite de Nanisana dont le modèle appartient en propre à la 
Station. 

Landibés. — Outre le Bombyx du mûrier, il existe à Madagascar plu- 
sieurs espèces de papillons séricigènes, dont les chenilles vivant à l'état 
sauvage sont connues des indigènes sous le nom de Landibés. Le plus 
commun d'entre eux, très répandu dans le centre de l'île, est le Borocera 
Madagascaviensis Boisd., qui donne lieu à une culture en plein air, faite 
dans différentes parties de l'île par les indigènes. La station de Nanisana 
a exposé une intéressante collection relative à cet insecte, aux produits 
qu'il fournit et aux plantes principales qui servent à son alimentation. 

Bien que la chenille du Borocera soit polyphage et puisse même causer 
de grands ravages dans les jardins en s'attaquant aux plantes les plus 
diverses, elle a cependant une préférence marquée pour quelques-unes 
d'entre elles et en particulier pour l'Ambrevade [Cajanus indica) qui 
paraît être actuellement la plus importante de ces plantes nourricières. 
Une culture de cette Légumineuse avait été faite dans le Jardin Colonial 
et le visiteur pouvait se rendre compte, daprès des spécimens en pleine 
végétation, des caractères présentés par cette plante fourragère, dont la 
culture faite principalement en vue de l'élevage du Landibé prend actuel- 
lement à Madagascar une rapide extension. Les deux autres plantes utili- 
sées pour l'alimentation des Landibés étaient également représentées à 
l'exposition par quelques échantillons d'herbier. Ce sont d'une part le 
Tsitoavina [Dodonea Madacjascariensis) petit arbre de la famille des 
Sapindacées, qui, à cause de sa remarquable rusticité et de la rapidité de 
sa croissance, paraît appelé à jouer un rôle important, comme producteur 
de soie de Landibé, et d'autre part le Tapia [Chrysopia sp.), arbre de la 
famille des Guttifères qui est très rustique, mais de croissance très lente 
et d'une culture exigeant des soins assez grands. 

Les cocons du Borocera sont un peu différents suivant les plantes qui 
ont servi à l'alimentation des chenilles; ceux de l'Ambrevade sont gri- 
sâtres et plus petits que ceux des autres, mais plus denses et beaucoup 
plus estimés. 



190 DOCUMENTS OFFICIELS 

Parmi les produits exposés venant des Landibés, on remarquait outre 
les cocons, une bourre de teinte brune ou grisâtre, qui provenait du car- 
dage des cocons par les indigènes ; car on ne^ connaît pas encore de 
moyen bien pratique pour dévider les cocons des Landibés. Ln bourre est 
filée au moyen d'une sorte de fuseau et c'est avec le fil ainsi obtenu que 
l'on tisse des étolFes de couleur brune très appréciées des indigènes à cause 
de leur grande solidité. Ces étoffes dites de sole malgache ou de soie 
helsiléo, qui se trouvent représentées par des échantillons divers, sont 
assez grossières et n'ont rien qui, par leur éclat, puisse rappeler la soie du 
Bombyx du mûrier. Si l'on met toutefois en ligne de compte leur extrême 
résistance qui les fait utiliser déjà par les Européens pour les vêtements 
de A'oyage et de chasse, et si Ion songe qu'une coutume du pays très 
observée parmi les familles aisées veut que les morts soient enveloppés 
dans un ou plusieurs linceuls de soie de Landibé (lambamenAj, on com- 
prendra sans peine que l'industrie des soies sauvages est susceptible de 
donner lieu à d'importantes transactions. Aussi l'Ecole professionnelle de 
Tananarive vient-elle de mettre à l'étude la question du dévidage des 
cocons et de la filature de la soie des Landibés. Tout permet d'espérer 
qu'en dissolvant Le grès par l'action de l'eau portée à une température 
supérieure à 100% on obtiendra une soie brillante et d'excellente qualité, 
qui trouvera de faciles débouchés. 

L'exposition de la Station de Nanisana comporte en outre une collec- 
tion des principaux ennemis du mûrier à Madagascar. Parmi eux, on 
remarque un Longicorne rouge et blanc, le Callimalum venustum Guérin 
dont les larves causent d'assez grands dégâts dans les mûraies en creusant 
des galeries dans l'intérieur du bois ; les insectes parfaits rongent en 
outre les jeunes pousses. Un autre insecte appartenant à la famille des 
Charançons et connu des indigènes sous le nom de Forato^ VAlcides 
excavatus, fait un tort considérable en coupant lesjeunes pousses, ainsi 
que les feuilles du mûrier. 

Comme parasite végétal, nous devons citer VOvulariopsis moricola 
décrit par le D"" Delacroix qui, en se développant sur les feuilles, peut 
rendre une grande partie de celles-ci inutilisables. 

A côté de l'exposition de la Station de Nanisana figurent un nombre 
\m\)Ovl?ini A" exposilions parliculières, témoignant de l'impulsion qui a été 
récemment donnée à la sériciculture par le gouvernement de Madagascar. 
On remarque notamment les cocons et les soies exposées par : 

M. Lalandre, colon militaire de l'Angavo-Mandora-Alastra ; 

M. Lemaire, à Borbona, près de Tananarive; 

M. Cotolendry de Beauregard, à Tananarive; 

Les écoles d'Ambohisio et de Soavimbahoaka, près de Tananarive. 



EXPOSITION NATIONALE d'aGRIGULTURE COLONIALE 191 

Les travaux particuliers des Elèves de VEcole de Nanisana donnent 
également lieu à une exposition distincte des plus intéressantes et qui 
atteste toute la valeur que présente cette institution au point de 
vue de la diffusion des méthodes séricicoles perfectionnées parmi les 
indigènes. 

L'Ecole professionnelle de Tananarive vient enfin compléter Fen- 
semble qui précède et qui constitue au Jardin Colonial Texposition per- 
manente de Madagascar. L'École professionnelle de Tananarive s'occupe 
spécialement de tout ce qui concerne le dévidage des cocons, l'emploi 
des déchets et, d'une façon générale, de tout ce qui se rattache à la par- 
tie purement industrielle de la sériciculture. En outre, elle sert d'inter- 
médiaire aux éleveurs et, en leur achetant leurs cocons, elle encourage 
les personnes désireuses de faire des éducations, mais qui pourraient èti e 
arrêtées par la crainte de ne pas trouver de faciles débouchés à leur pro- 
duction. Tout porte à penser d'ailleurs que ce rôle d'intermédiaire dévolu 
à l'Ecole professionnelle n'est que provisoire; car il est probable que, 
dans un avenir prochain, les ventes de cocons seront assez importantes 
pour que leur écoulement se produise d'une façon régulière et pour que 
l'intervention de l'administration soit devenue superflue. 

L'Ecole professionnelle de Tananarive captive surtout l'attention du 
visiieur par l'originalité des produits qu'elle présente ; outre les soies 
filées ou cardées des Landibés et du Bombyx niori^ elle nous montre le 
parti qu'elle a su tirer de la soie, à la fois si fine et si tenace de l'Halabé 
ou Araignée fileuse de Madagascar [Nephila Madagascariensis Vins). 
M. Nogué, sous-directeur de l'Ecole, perfectionna les instruments qui 
avaient servi aux premiers essais du missionnaire Camboué et réussit à 
construire un appareil permettant le dévidage simultané des fils d'une 
douzaine d'araignées et la réunion par torsion des brins obtenus. Le fil 
résultant de cet assemblage est lui-même doublé, de sorte que l'on a finale- 
ment un fil formé de 24 brins. L'Ecole expose de magnifiques écheveauxde 
soie jaune obtenus par ce procédé, et de belles étolfes tissées avec la soie de 
l'Halabé, remarquables par leur exti^ême solidité et par leur belle couleur 
jaune d'or. 

Dans une autre partie de l'exposition coloniale, les visiteurs pouvaient 
d'autre part observer vivantes des Halabés rapportées de Madagascar par 
M. Prudhomme et qui pendant la plus grande partie du jour se tenaient 
immobiles au milieu de leurs toiles radiées, attendant les mouches qu'on 
leur donnait en pâture. 

Malgré le grand intérêt que présentent les tentatives d'utilisation de la 
soie des Araignées à Madagascar, il est vraisemblable qu'elle ne pourra 
jamais donner lieu qu'à des applications très limitées. 



192 DOCUMENTS OFFICIELS 

La même réflexion s'applique, avec une probabilité plus grande encore, 
à la soie provenant d'un Bombycide social Vllypnoïdes Rhadama : les 
curieuses poches remplies de cocons appartenant à cette espèce, qui ont 
été adressées par M. Prudhomme au Jardin Colonial, rappellent celles 
des Anaphés du Soudan et donnent une soie qui est parfois utilisée par 
les indigènes. 

Indo-Chine. 

Les méthodes d'élevage des vers à soie et les procédés de filature des 
cocons avaient, il y a peu de temps encore, conservé en Indo-Chine 
toute leur simplicité primitive ; aussi les soies obtenues par les indigènes 
élaient-elles trop grossières pour être vendues sur les marchés européens. 

La mission lyonnaise d'exploration en Chine (1895-97), sous le patro- 
nage de la Chambre de commerce de Lyon, mit en lumière tous les avan- 
tagée que la France pouvait retirer de la transformation de l'industrie 
séricicole de l'Indo-Chine et en particulier du Tonkin qui, avec l'Annam, 
forme la région la plus favorable à la sériciculture. 

Pour préparer cette œuvre, ^L Dadre fut chargé en 1901 d'une mission 
séricicole, et tout récemment une société française a pu, avec le con- 
cours du gouvernement de llndo-Chine, créer à Nam-Dinh une Station de 
sériciculture avec une magnanerie modèle, une filature à l'européenne, 
une chambre d'hibernation et un champ d'essais pour la culture des 
mûriers. 

Ce sont les produits de cette industrie séricicole de notre colonie de 
l'Extrême-Orient que présente \e Laboratoire d éludes de la soie de Lyon. 

Les cocons des races du Tonkin sont jaunes, de forme ovale, 
sans étranglement, satinés, à tissu mou, lâche et floconneux. Il faut 
1400 cocons pour faire 1 kilogramme et 20 kilos de cocons frais pour 
fournir un kilo de soie filée. Les races du Tonkin étant polyvoltines, 
chaque éducateur fait de cinq à six récoltes de cocons par an d'avril à 
décembre. La durée totale de l'évolution d'une génération est de 50 jours 
environ. 

Le Tonkin récolte annuellement plus de 10.000.000 de kilos de cocons, 
fournissant environ 550.000 kilos de soie ^rè^e. Les deux tiers de cette 
production sont consommés sur place, le reste est exporté à Hongkong, 
Singapour et Saigon. Grâce à l'industrie des procédés européens de fila- 
ture, la soie du Tonkin trouvera à des prix plus élevés de nombreux 
débouchés sur les marchés d'Europe, la production ira en augmentant et 
avec elle la richesse de notre colonie. 

(A suivre.) 



ÉTUDES ET MEMOIRES 



COURS DE GÉiME RURAL APPLIQUÉ AUX COLONIES ^ 

IRRIGATIONS 

En comparant les procédés en usage dans les contrées septen- 
trionales avec ceux suivis dans les rég'ions méridionales, la pre- 
mière différence qui se manifeste est relative au volume deau uti-' 
lise : dans le Nord, où Févaporation n'est pas exagérée, on emploie 
beaucoup d'eau à laquelle on demande surtout d'apporter des 
matières fertilisantes au sol (d'oii le nom à' irrigations fertilisantes), 
alors cfue dans le Midi, où la température est élevée ainsi que léva- 
poration, on ne donne que peu deau nux plantes, on humecte la 
terre pour ainsi dire (d'où le nom à' irrigations arrosantes). En défi- 
nitive, si l'on procède avec largesse dans le Nord et avec parci- 
monie dans le Midi, ce n'est pas une c{uestion de plantes, de sol 
ou de climat qui domine ; on tient toujours et partout à fournir 
le plus d'eau possible, et lorsqu'on en a beaucoup ou trop à sa 
disposition, on la gaspille, tandis que si le volume d'eau est limité, 
comme dans le Midi et dans les pajs chauds, on cherche à alimen- 
ter avec le même débit le plus grand nombre possible de plantes 
en donnant à chacune d'elles la quantité strictement nécessaire. 

Le vieux dicton méridional disant qu' <( avec de l'eau et du soleil 
on fait pousser du blé sur une pierre » est très significatif dans son 
style lapidaire ; l'inverse est tout aussi exact : sans eau, aucune 
végétation n'est possible, et il est permis d'ajouter que dans la 
plupart de nos colonies l'eau vaut bien plus que la terre. 



En Egypte, selon Granger-, les terres les plus avantagées, c|ui 
étaient couvertes d'eau pendant 40 jours, rendaient 10 pour 1, alors 

1. \o\v\e Bulletin n" l(juillet 1901, page 401) (2<^ année) ; page 302 (1905, 1" semestre) 
et page 11 (1906, 1'="' semestre). 

2. Relation du voyage fait en Egypte, 1730. 

Bulletin du Jardin colonial. H 



194 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

que celles qui n'étaient inondées que pendant 5 jours i donnaient 
rarement plus de 4 pour l ; ajoutons qu'une terre non arrosée en 
Egypte (où il ne pleut pas) ne produit aucune récolte. 

Nous trouvons dans un rapport de M. Georges Rolland - les 
renseignements suivants qui peuvent donner un aperçu sur les 
volumes d'eau nécessaires aux arrosages des palmiers-dattiers dans 
lesoasisalgériens;les chiffres se rapportent surtout à l'Oued Rir', entre 
Biskra et Ouargla. Selon le commandant Rose, il convient, pour 
cette région du sud de l'Algérie, de diviser l'année en trois périodes 
d'environ 1 7 semaines chacune ; ce colon estime que les arrosages 
doivent varier comme l'indique le tableau ci-dessous : 



NOMBRE 



VOLUME 
DEAU 
par 

de jours d'arrosages palmier 

de (3 mètres cubes et par 
la période. par palmier), période 

(mètres cubes). 

Période dliiver ,oct., nov., déc, janvier) 123 2 6 

— de printemps (février, mars, avril, maij. 120 5 Ib 

— d'été (juin, juillet, août, septembre).... 122 17 51 



Totaux. 



A raison de 144 arbres à l'hectare (espacés d'environ 8 mètres 
les uns des autres), le volume d'eau total annuel fourni est de 
10.368 mètres cubes. 

On évalue souvent en débit continu le volume d'eau nécessaire 
aux irrigations ; de cette façon, durant la période estivale (juin à 
septembre), qui est la plus importante à considérer, les 51 mètres 
cubes à fournir par arbre pendant les 122 jours représentent 
418 litres par jour, ou 17 lit. 4 par heure, ou enfin près d'un tiers 
de litre (0 lit. 29) par minute et par palmier. 

Dans les oasis de l'Oued Rir', M. Jus a constaté « que le palmier 
dont la moyenne d'irrigation était de lit. 30 à lit. 33 par minute 
était vigoureux et d'un rapport supérieur à celui dont la moyenne 
était au-dessous de ce chiffre (certains ne reçoivent que lit. 10), 
et que le palmier dont la moyenne était de lit. 40 à lit. oO était 
d'une vigueur exceptionnelle et d'un rapport supérieur de 20 "/„, 

1. Voir nolve E.isai sur V histoire du Génie Rural. l'Egypte, chapitre III. 

2. Hydrologie du Sahara algéi-ien. 



IRRIGATIONS 1 9Î) 

comparé à celui dont la moyenne n'était que d'un tiers de litre par 
minute ». 

M. Rolland admet qu'on peut planter 200 palmiers à l'hectare 
et qu'une moyenne dirrig-ation d'un demi-litre d'eau par minute et 
par arbre est désirable, en été, surtout si l'on veut faire en même 
temps des cultures diverses entre les palmiers. — Dans ces condi- 
tions, et en plus de l'eau fournie aux palmiers, un hectare de 
céréales demande pendant l'hiver et le printemps 5 arrosages de 
800 à 900 mètres cubes chacun (soit 4.000 à 4.500 mètres cubes) 
et un hectare cultivé en vergers et en jardins exige pendant l'an- 
née 10 arrosages semblables (soit 8.000 à 9.000 mètres cubes 
d'eau). 

En transformant les différents chiffres qui précèdent en épaisseur 
de lame d'eau à admettre sur le sol, on a : 

Palmiers-dattiers : 

Période d'hiver.' 86"'"'4 

— de printemps. 216. 

— d'été 734 . 4 

Couche annuelle totale 1 .037'»™ en 24 arrosages 

Céréales 400 à 450'»'» 5 — 

Vergers et jardins 800 à 900 10 — 

Selon des observations faites à Java (moyennes de 12 ans, 1885- 
1896), un hectare de rizière donna, dans diverses conditions d'irriga- 
tion, les récoltes suivantes : 

Irrigations soignées 2.566kilogsd6paddy 

Irrigations marécageuses 2.374 — — 

Non irrigué, ne recevant que les eaux des 

pluies 1 . 652 — — 

En dernier lieu, citons les chiffres ci-après relatifs à l'irrigation 
de la canne à sucre, et que nous puisons dans le volumineux rap- 
port de M. Léon Colson ^ 

L'influence de la quantité d'eau fournie à la canne à sucre sur le 
rendement à l'hectare a été indiqué par la Station expérimentale de 

1. Chambre d'agriculture de l'île de La Réunion : Culture et industrie de la canne k 
sucre aux îles Hawaï et à La Réunion, Rapport de M. Léon Colson, ancien élève de 
l'École Polytechnique, président de la Chambre d'agriculture, 1903. 



196 ÉTUDES ET .MÉMOIRES 

Hawciï, pour les campagnes 1897-98 et 1898-99 (sol dorigine vol- 
canique ; laves) : 

Mètres cubes d'eau fournis par hectare :28 632 31.580 

Kilogrammes de sucre produits par hectare . . 32.983 38.952 

Litres d'eau par tonne de canne ' 108.500 101.200 

Litres d'eau par kilog'ramme de sucre 868 810 

La quantité d'eau indiquée dans ce tableau comprend non seule- 
ment l'eau d'irrigation, mais aussi l'eau fournie par les pluies (hau- 
teur moyenne de 7U0 k 800 millimètres par an). 

La canne à sucre contenant en moyenne 70 "/,, d'eau et 30 "/g de 
matières sèches (sucre, sels, matières org-aniques, ligneux), on voit 
que la plante doit avoir à sa disposition de 334 à 362 kilogrammes 
d'eau pour fabriquer 1 kilogramme de matière sèche. 

Dans la culture courante, les rendements moyens en sucre emballé, 
par hectare non irrigué, varient de 6.000 à 9.810 kilogrammes selon 
les années (189o à 1901), alors qu'ils s'élèvent, pour la même 
période, de 8.700 à 13.900 kilog-rammes par hectare en cultures 
irriguées, soit le rapport de 1 à l,4o. 

On compte, aux îles Hawaï. que l'irrigation nécessite de 25.000 à 
oO.OOO mètres cubes d'eau par hectare, depuis la plantation jusqu'à la 
ricolte (18 à 20 mois), répartis en arrosages répétés tous les 8 à 
10 jours. La canne k sucre reçoit donc de 5i k 7o arrosag'es consom- 
mant chacun de 300 k 930 mètres cubes d'eau par hectare, suivant la 
saison, la nature; du sol, l'exposition, etc.'-. A l'île de La Réunion, 
on pense ([uil sufïirait d'un arrosag-e tous les 15 jours, mais le 
volume total d'eau pourrait être porté de 50.000 k 1. "30. 000 mètres 
cubes par hectare. 

Les boutures de cannes à sucre sont plantées k un mètre d'écarte- 
ment les unes des autres sur des lignes espacées de 1'" 50 k l'" 66 ; 
dans le sillon central de l'interligne on fait couler, au moment 
voulu, l'eau d'irrigation sur une longueur de 20 k 30 mètres au 
plus : c'est une application de la méthode d'irrir/ation à la raie, dite 
encore par infiltration. 

L'ensemble de ces documents (Egypte. Algérie, Hawaï) nous per- 
met d'établir les progressions suivantes en chiffres relatifs : 

1. Le reiulenienl moyen des usines des îles Hawaï est de 125 kilogs de sucre par 
tonne de canne. 

2. Il faut tenir compte de la perte de l'eau dans les canaux d'amenée : dans les sols 
léj;ers, c?tte perte due aux inliltrations, combinée avec celle due à l'évaporation, 
atteint souvent 50 et âO "/„ de l'eau transportée. 





IRRIGATIONS 




Eau employée 




Récolte obtenue 










3 




3.3 


3.5 




3.5 


4 




3.7 


5 




4.0 


10 




5.5 



197 



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1 





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et de donner le graphique de la fig. 1 ; c'est, à notre connaissance, 
la première fois qu'on traduit le résultat des irrigations par une 
courbe qui montre que dans 
les pays chauds, comme sous 
les climats tempérés, la ré- 
colte augmente, jusqu'à une 
certaine limite, avec le vo- 
lume d'eau mis à la dispo- 
sition des plantes. 

Si nous portons suivant 
les abscisses ox (fig. 1) les 
quantités d'eau fournies et 
suivant les ordonnées oy les 

récoltes produites, on obtient ^,._,. ^ _ Représentation graphique du rende- 
la courbe O n m dont la ment des cultures suivant le volume d'eau mis à 
branche o n monte très ra- la disposition des plantes. 
pidement : un peu d'eau pro- 
duit un effet immédiat ; après un certain 
point n correspondant à un volume d'eau 
V l'augmentation de récolte devient plus 
faible, la branche n m se rapprochant 
d'une parallèle à l'axe des x ; au delà 
d'un point m' la récolte doit diminuer 
vers X au moment où, par suite de 
l'excès d'eau, le terrain devient trop hu- 
mide, marécageux ou aquatique ; la zone 
A, comprise entre les volumes v et i'', 
correspond à la meilleure utilisation de 
l'eau et on arrive à la déterminer d'une 
façon empirique par des tâtonnements 
successifs; en A se trouve la zone avan- 
tageuse, au delà, vers m', l'augmentation 
de récolte ne rembourse souvent pas le prix de l'eau. 



a 

H 



b> 



c 



Fig. 2. — Représentatiou gra- 
phique de la consommation 
d'eau des cultures irriguées sui- 
vant les saisons. 



198 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Au sujet de la consommation d'eau suivant les périodes de Tan- 
née, nous avons la courbe a h c (fig. 2) dont les coordonnées sont 
les volumes d'eau y et le temps .r; les points a, h eXc correspondent 
à la fin des périodes : hiver (H. octobre, novembre, décembre et 
anvier) ; printemps (P. février, mars, avril, mai); été (E. juin, 
uillet, août, septembre) ; (voir plus haut les chiffres relatifs à l'arro- 
sage des palmiers-dattiers de l'Algérie). 

A Biskra, on estime qu'un palmier doit recevoir au moins 
9.000 litres d'eau par an, dont 1.000 litres par mois du !«•• février 
k fin septembre, et 1.000 litres répartis dans les quatre mois d'oc- 
tobre à (in janvier; pendant cette dernière période, l'eau est uti- 
lisée à l'arrosage des cultures faites sur les terres labourées k 
l'ombre des palmiers. 

Nous donnons, dans le tableau ci-dessous, les chiffres de Wohlt- 
mann indiquant les quantités d'eau, exprimées en millimètres de 
hauteur, nécessaires pour ditférentes cultures industrielles : 

Cacao -JOOO"'"' par an 

Gutta-percha 18(MI — 

Quinquina . 170() — 

Girollier 1 iOO — 

Ananas \ '200 — 

Elœis 1-200 — 

Cocotier 1200 — 

Bananier 1000 — 

Vanillier 1000 — 

Indigotier 150""" par mois 

Maïs 100 à ISO""' par mois 

Tabac 100 — 

Manioc 160""" pendant les 2 ou 3 premiers mois 

Caféier (Libéria).. 150""' pendant 9 à 10 mois 

Caféier (d'Arabie). 100 — — 

En Egypte, d'après Sir William Willcocks, pour le cotonnier et 
pour la canne k sucre, un arrosage tous les 20 jours donne de très 
beaux produits'; il faut de 10 k 12 arrosages, répartis d'avril à 

1. On arrose quelquefois les champs de cotonniers tous les 10 ou tous les 15 jours, 
mais le Service des irrijiations éjjyptiennes déclare que la plante est dans les meil- 
leures conditions avec un arrosage tous les 21 jours ; la plante commence à souffrir 
avec un arrosaj^e lous les 30 jours; elle dépérit lorsqu'on porte ce chiffre à 40 jours et 
la vé;^étatiim ne [)onvant suivre son cours avec un arrosage tous les 50 jours, la plante 
meurt. 



IRRIGATIONS 199 

septembre, à raison de 830 mètres cubes par hectare et par arro- 
sage, soit une hauteur d'eau de 830 à 1.000 millimètres pour obtenir 
une récolte de coton ou de canne k sucre. Le riz n'est souvent 
arrosé que tous les ià 8 jours, mais il supporte toute l'eau qu'on 
peut lui donner ; ce n'est qu'en cas de manque qu'on l'arrose d'une 
façon intermittente et, en moyenne, tous les 5 à 6 jours. Le maïs 
est arrosé tous les 10 à 12 jours. Les cultures dites d'hivei^ appe- 
lées chetoui^ qui occupent le sol d'octobre à mai (blé, org-e, fèves) ', 
reçoivent 2 ou 3 arrosages k partir du mois de février ; une récolte 
de trèfle demande 8 arrosages (un toutes les deux semaines). 

Dans la Présidence de Madras, on estime qu'on doit maintenir sur 
une rizière, pendant 72 jours, une couche d'eau de 0"" 13 d'épaisseur 
et qu'un hectare perd 1 30 mètres cubes d'eau en moyenne par jour ; 
une récolte de riz nécessite en pratique de 12.000 k 13.000 mètres 
cubes d'eau par hectare. 

Au sujet des conditions d'utilisation de l'eau et de l'influence des 
arrosages sur les diverses cultures coloniales, suivant les plantes, le 
sol, le climat, le débit, la composition et la température de l'eau, il 
y aurait lieu de procéder dans chacune de nos possessions k des 
recherches spéciales en s inspirant des anciens travaux de notre 
maître Hervé-Mangon (essais en Vaucluse et dans les Vosges, 1859- 
1863) qui ont servi de point de départ aux expériences des Stations 
d'irrigations si bien établies en Allemagne. 



Dans l'étude de toute irrigation, on peut distinguer les parties 
suivantes : 

a. — Les moyens employés pour se procurer Feau nécessaire, 
h. — L'amenée des eaux depuis leur point d'obtention jusqu'au lieu 
d'utilisation, 

c. — Les procédés d'utilisation (irrigations proprement dites), 

d. — L'évacuation des eaux usées ou de colature. 

Les travaux applicables aux parties a, h et d n'étant pas obligatoi- 
rement spéciaux aux irrigations, leur étude peut être traitée k part. 

1. Les cultures dites d'été, appelées sefi, comprennent : le coton, la canne à sucre, 
le maïs, le i^iz; elles occupent le sol du printemps à l'automne. — Les cultures inter- 
calaires de maïs et de sorgho ou dourah ont lieu de juillet à octobre, pendant la crue 
du Nil (cultures appelées nabari ou nili) ou avant la crue, de mai à août dans les 
bassins d'inondations (cultures appelées qedi). 



200 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Ainsi, on peut se procurer l'eau nécessaire aux irrigations, comme 
à l'alimentation des hommes et des animaux, à l'aide d'une dériva- 
tion, d'un barrag-e, d'un captage de sources, de puits ordinaires ou 
artésiens (oasis de l'Algérie), de machines élévatoires plus ou moins 
puissantes, de réservoirs recueillant les eaux pluviales (comme dans 
la Présidence de Madras où l'on compte près de 60.000 de ces réser- 
voirs). — L'amenée des eaux s'effectue rarement par des tuyaux ou 
conduites, mais le plus souvent par des canaux découverts. — L'éva- 
cuation des eaux de colature est assurée par des rigoles et des 
canaux établis sur le principe des travaux destinés à l'assainisse- 
ment des terres ; cette évacuation, très importante à considérer 
quand on a beaucoup d'eau à sa disposition, diminue d'intérêt et 
disparaît même lorsqu'on est obligé de mesurer l'eau aux plantes 
avec la plus grande parcimonie, toute leau fournie pénétrant assez 
rapidement dans le sol. 

Dans ce qui précède, on peut considérer de grands travaux desti- 
nés à une vaste étendue ou des applications j)lus restreintes. 

Les grands travaux, qui sont étudiés dans nos cours de Génie 
Rural, sont des plus intéressants pour nos colonies; le Gouverne- 
ment anglais a très bien compris son rôle dans l'Inde comme en 
Egypte, en organisant le Service des irrigations comme les autres 
services publics. Il sera donc utile d'étudier les grands réseaux d'ir- 
rigations de France, de l'Egypte, de l'Inde, de l'Amérique, ainsi que 
les irrigations de l'Italie et du littoral méditerranéen de l'Espagne. 
Pour nos colonies, il est plus probable que les canaux principaux 
seront exécutés directement par l'Administration ; mais, pour ne 
pas perdre de temps, nous croyons qu'il y aurait tout intérêt, dans 
des circonstances favorables, à engager des Sociétés sérieuses à 
entreprendre ces grands travaux d'amélioration foncière ; si ces 
Sociétés disposent du personnel technique et des capitaux néces- 
saires, si elles ne sont pas entravées dans leur entreprise, elles pour- 
ront mettre rapidement en valeur une grande étendue de territoire 
au profit de la colonie comme de la métropole ; c'est dans cet ordre 
d idées que nous croyons intéressant de donner ici l'analyse d'une 
note de M. G. Dauphinot, publiée dans le Bulletin économique de 
la Direction de V Agriculture et du Commerce du Gouvernement 
général de llndo-Chiiie (janvier 1904) et relative au Siam : 

Le Gouvernement du roi de Siam s'est depuis longtemps déjà rendu 



IRRIGATIONS 201 

compte que le meilleur moyen d'augmenter la richesse du pays était 
d'encourager les travaux d'irrigation destinés à livrer à la culture du riz 
des terrains jusque-là improductifs; dans cette intention fut fondée, il y 
a une douzaine d'années, la Siani Ca/îa/'s, Land and Irrigation Com- 
pany, à laquelle fut accordée la concession de la vaste plaine du klong 
Ransit, située au nord-est de Bangkok. Cette compagnie, dont le capital 
est partie siamois, partie européen, a pour principal actionnaire et pour 
directeur un Autrichien, M. Muller. La concession avait été accordée aux 
conditions ci-dessous : 

1° La compagnie devait être siamoise, c'est-à-dire soumise à la juridic- 
tion siamoise ; 

2'^ Les prix de vente des terrains irrigués seraient fixés par le Gouver- 
ment. 

Au début, les prix furent de 2 ticaux le rai (1.600 mètres carrés) pour 
tous les terrains irrigués, excepté pour ceux qui se trouveraient le long 
du grand canal et dont le prix était de quatre ticaux ; les terrains d'angle, 
c'est-à-dire limitant deux canaux, pouvaient être vendus un tiers en plus. 
Enûn, le Gouvernement se réservait quelques terrains destinés à des 
bâtiments administratifs. Plus tard, sur la demande de la compagnie et par 
suite de la baisse du tical (1 fr. 40), les prix furent portés à 5 et à 
10 ticaux. Aujourd'hui, on ne peut acheter à moins de '20 ticaux le rai. 

La plaine concédée, qui a une longueur de 64 kilomètres et une largeur 
moyenne de 30 kilomètres, était traversée en diagonale par le klong 
Ransit, canal peu profond qui reliait la rivière de Mahon au Ménam. Les 
travaux, dont les plans sont actuellement (janvier 1904) en très grande 
partie exécutés, consistaient à creuser ce canal, à en faire deux autres à 
peu près parallèles, l'un au nord, l'autre au sud, et à relier ces trois canaux 
par une vingtaine de petits canaux distants les uns des autres de deux 
kilomètres environ. 

Au début la compagnie employa la main-d'œuvre indigène et chinoise, 
mais elle y renonça bientôt et la plus grande partie des travaux ont été 
exécutés au moyen d'excavateurs mécaniques chauffés au pétrole. 

Malgré les difficultés du début, les résultats ont toujours été fort beaux 
et le prix de vente des terrains a été en moyenne au moins le double de 
ce qu'avait coûté leur mise en valeur. 

La plaine du klong Ransit, qui comprend 192.000 hectares et dont 
l'irrigation sera terminée dans deux ans, a déjà 150.000 hectares environ 
en culture. Plus de 30.000 habitants sont venus s'installer sur des ter- 
rains qui étaient entièrement déserts avant les travaux et, au mois de mars 
1903, le roi de Siam a solennellement inauguré la ville de Tania- 
Buri, qui s'est élevée rapidement au milieu des nouvelles rizières. Nous 
ajouterons que la moitié au moins des travailleurs qui cultivent cette 



202 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

plaine sont des Laotiens qui descendent par villages entiers amenés du 
nord du Siam par leurs chefs et ne séjournent au klong Ransit que pen- 
dant la période de culture et de récolte du riz, c'est-à-dire penda,nt six 
mois environ. A cette époque de l'année, la population de la plaine est de 
près de 65.000 habitants. 

L'hectare produit 175 francs de riz et les 150.000 hectares cultivés 
aujourd'hui au klong Ransit donnent en moyenne un revenu brut de 
26.250.000 francs, dont il faut déduire l'amortissement du prix d'achat 
des terrains, du matériel et les frais d'exploitation. 

Ainsi, en douze ans, le Gouvernement siamois a, sans aucune dépense, 
augmenté, par suite des impôts agricoles et d'exportation, ses revenus 
dans de grandes proportions et a doté le pays d'un élément de richesse 
considérable. 

Encouragée par ce premier succès, la Siam CanaVs, Land and Irriga- 
tion C" avait demandé la concession de la plaine comprise de l'autre côté 
du Ménam, entre ce fleuve, le klong Bangkok-Mai, la rivière de Tachin 
et le klong Bang-kaming. Elle était sur le point de l'obtenir, quand le 
Gouvernement du roi, se ravisant, annonça tout récemment son inten- 
tion d'entreprendre lui-même en régie l'irrigation de ce district et de s'en 
réserver ainsi tous les bénéfices. 

Les projets du Ministre dé l'Agriculture ne s'arrêtent d'ailleurs pas là. 
Il a fait engager l'an dernier, aux appointements de 30.000 francs par an, 
un spécialiste hollandais, M. Homan Van der Heyde, et l'a chargé d'éla- 
borer un plan d'ensemble d'irrigation de tous les terrains du delta propres 
à la culture du riz. De plus, il a envoyé à Java une mission dont le but 
est d'y étudier les travaux similaires et d'y recruter plusieurs ingénieurs 
qui seront placés sous les ordres de leur compatriote et constitueront 
ainsi un véritable Département de l irrigation. 

D'autre part, il est question de faire l'essai au klong Ransit de moulins 
à vent, en acier galvanisé, d'un diamètre de cinq mètres. Ces moulins 
seraient disposés de façon à transmettre leur force dont on pourrait se 
servir pour faire de l'irrigation pendant la saison sèche, et pour décorti- 
quer et moudre, pendant la saison des pluies, le riz destiné à la consom- 
mation locale. Il est probable que dans les plaines bien iri^iguées, on pour- 
rait, grâce à ces moulins, obtenir régulièrement deux récoltes de riz par 
an. 

L'importance des parties désignées précédemment par les lettres 
a, h et d (prise et amenée des eaux ; évacuation des eaux de colature) 
est fonction de l'étendue arrosée ; il n'en est pas de même pour 
la partie c (irrigations proprement dites), parce qu'ici nous n'avons 
à considérer que les méthodes et les dispositifs à employer pour 



IRRIGATIONS 



203 



Tutilisation de Teau sur un champ ou sur une parcelle, que ce champ 
soit isolé dans un domaine ou qu'il soit juxtaposé à un nombre quel- 
conque d'autres champs soumis aux arrosages. Ce sont les principes 
généraux de ces diverses méthodes d irrig-ation que nous allons exa- 
miner dans ce chapitre. 



Tous les procédés adoptés pour fournir l'eau nécessaire aux 
plantes ne comportent pas obligatoirement l'emploi d'eau s'écoulant 
à l'air libre ; lorsqu'à une profondeur déterminée se trouve une zone 
humide, il suffît de déblayer le sol sur une certaine épaisseur pour 
que les racines des plantes puissent atteindre facilement la partie 
supérieure de la nappe sou- 
terraine ; d'autres fois, cette 
excavation est pratiquée 
dans le but de diminuer la 
hauteur à laquelle on doit 
élever l'eau d'arrosage et en 
même temps pour abriter les 
cultures ; on trouve des exem- 
ples de ces procédés dans 
beaucoup d'oasis d'Algérie. 

Aux oasis de Tolga et de 
Foughala, faisant partie du 

groupe du Zab Dahraoui, aux environs de Biskra, chaque palmier^ 
dattier est planté au fond d'un trou tronconique A (fîg. 3) creusé 
d'une profondeur h de 1'" 50 à 2 mètres environ dans le gypse infer- 
tile a surmontant la zone humide h ; les déblais sont rejetés en d cl' 
autour de l'excavation. 




Fig-. 3. — Palmier des oasis du Zab Dahraoui. 



[A suivre. 



Max Ringêlmann, 

Professeur à VInstitut agi^onomiqiie 
et à VEcole supérieure d'Agriculture coloniale, 
Directeur de la Station d'Essais de Machines. 



LES MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES 
DANS LES PAYS CHAUDS 

{Suite K) 
LES CHAMPICxNONS 

Les Champio^nons constituent parmi les parasites des végétaux le 
groupe de beaucoup le plus important, quant au nombre et quant 
à Fimportance des dégâts commis. 

Le caractère le plus saillant est constitué chez eux par l'absence 
de chlorophylle. Comme les Bactéries en général, ils doivent 
donc emprunter les matériaux carbonés, aussi nécessaires à leur 
existence qu'à celle de tous les êtres vivants, non à l'acide carbo- 
nique de l'air, mais à des composés plus complexes, élaborés par 
des organismes animaux ou végétaux suivant le cas. 

La privation de chlorophylle est corrélative chez les Bactéries et 
les Champignons de l'absence d'amidon vrai, à l'état d'élément 
figuré. Il faut observer que cette règle n'est pas absolue pour 
le règne végétal. Certains phanérogames (Cuscutes, par exemple), 
entièrement privés de chlorophylle, possèdent néanmoins beaucoup 
de grains d'amidon ; on doit supposer, il est vrai, que, dans ce cas, 
la substance en question est empruntée sans doute à l'état dissous, 
à la plante hospitalière. Au contraire, certaines Algues, comme les 
Fucacées, qui possèdent de la chlorophylle, ne montrent jamais d'ami- 
don. Une substance ternaire, un hydrate de carbone voisinde l'amidon, 
l'amyloïde, se rencontre, mais dans quelques cas seulement, chez les 
Champignons ; elle imprègne les membranes, tantôt à Tétat soluble 
dans l'eau (certains Bolets), tantôt à l'état insoluble (membrane des 
asques de certains Discomycètes), et dans ces cas elle bleuit par 
l'eau iodée. 

Structure. — L'appareil végétatif, le thalle d'un champignon 
peut être uni- oupluricellulaire, et chez quelques groupes très infé- 

1. Voir Bulletin, n"' 21, 22, 23, 24, 25, 29, 30, 32 33 et 34. 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 205 

rieurs il est dépourvu de membrane (Myxomycètes, certains 
Oomycètes). Le noyau existe toujours dans les éléments vivants. 
Le plus souvent, le thalle est filamenteux et prend le nom de mycé- 
lium, qui peut être cloisonné (Basidiomycètes, Ascomycètes) ou 
dépourvu de cloisons (nombreux Oomycètes). On donne fréquem- 
ment aux filaments du mycélium le nom àhyphes. 

La membrane est de composition variable suivant les groupes; 
d'après Mangin, la cellulose, les substances pectiques, la callose, 
associées diversement et en général par deux, en sont les corps fon- 
damentaux. 

Reproduction. — La reproduction s'accomplit par reproduction 
sexuée, c'est-à-dire par l'intervention de deux cellules de sexe diffé- 
rent, gamètes, qui mélangent leur contenu et donnent naissance à 
un œuf onoospore, dont le développement reproduit la plante. Dans 
de nombreux cas, on n'a pu encore mettre en évidence cette repro- 
duction sexuée. 

Le terme de spore est appliqué souvent en pratique à des organes 
d'origine fort différente, dont le développement est également apte 
à reproduire le champignon. Les spores qui naissent par un simple 
bourgeonnement sur le mycélium portent le nom général de coni- 
dies. 

Les notions générales sur le parasitisme, le saprophytisme et la 
symbiose, impliquant l'idée du mode de vie dun être, s'appliquent 
intégralement aux champignons. 

Beaucoup de champignons, des saprophytes et aussi quoic[ue 
moins fréc[uemment des parasites sont susceptibles de culture en 
milieu artificiel. La stérilisation de ce milieu, comme il a été exposé 
pour les Bactéries, est une condition indispensable de bonne réus- 
site. 

Classification. — Les Champignons constituent une classe qui se 
subdivise en 4 ordres : 

1° Les Myxomycètes, de consistance molle et gélatineuse, à 
thalle nu, c'est-à-dire à cellules dépourvues de membrane. Se repro- 
duisent unicpiement par spores, enveloppées d'une membrane. Pas 
de reproduction sexuée connue. 

2° Les Oomycètes, à structure filamenteuse continue générale- 



206 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

ment, c'est-à-dire le plus souvent dépourvue de cloisons, produi- 
sant des spores et montrant le plus souvent une reproduction 
sexuée. 

3° Les Ascom jjcètes, à structure fdamenteuse cloisonnée, produi- 
sant à un moment donné de leur développement des cellules parti- 
culières, ascospores qui naissent, souvent au nombre de huit, dans 
des cellules-mères spéciales, les asques ou thèques. Chez un certain 
nombre d'espèces, la reproduction sexuée existe. Ce fait permet de 
rattacher directement les Ascomycètes aux Oomycètes. 

4'^' Les Basidiomycètes à structure fdamenteuse cloisonnée, pro- 
duisant quand ils arrivent au terme de leur développement des 
spores spéciales, hasidiospores. naissant sur un org-ane uni- ou plu- 
ricellulé, la baside. Une reproduction sexuée identique à celle des 
Ascomycètes se rencontre dans cet ordre de Champignons. 

MYXOMYCÈTES 

Les Myxomycètes possèdent des caractères très tranchés. Leur 
appareil végétatif mucilagineux, mobilç, — le plasmode — unique- 
ment formé d'un protoplasme et de noyaux, a quelque appai:ence 
d'animalité. Aussi de Bary, les considérant comme des animaux, les 
appeta-t-il Mycétozoaires ; cette opinion n'est plus acceptée aujour- 
d'hui. 

Un Myxomycète montre à étudier deux phases successives, le 
corps végétatif et un appareil sporifère, qui se succèdent régulière- 
ment. Etudions le Fiiligo septica^ une espèce très répandue. 

Le corps végétatif, le plasmode, plasmodiiim (Cienko\vsky), est 
formé de protoplasma nu, avec nombreux noyaux, généralement 
blanc, vu en masse et incolore sous le microscope pour beaucoup 
d'espèces, du moins, coloré diversement dans quelques autres, jaune 
dans le Fuligo septica. L'absence d'enveloppe rend le plasmode émi- 
nemment mobile, comme tous les protoplasmas nus. Le volume du 
plasmode est variable ; il atteint et dépasse même celui d'une grosse 
orange ; la forme est fort inconstante, car pour progresser, le plas- 
mode émet des prolongements, pseudopodes^ dans lesquels s'accu- 
mule la partie la plus dense du protoplasma ; c'est par ce méca- 
nisme que s'établit le mouvement de toute la masse. Les pseudo- 
podes varient de forme à tout instant, suivant la direction de la 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DANS LES PAYS CHAUDS 207 

source active provoquant le mouvement. Ce mouvement, analogue 
à celui des amibes, est dit amihoïde. Le plasmode se meut sur son 
support, quand celui-ci est vertical, en sens contraire de la direc- 
tion de la pesanteur ; il est donc doué d'un géotropisme négatif 
(Rosanoiî). Une humidité excessive le repousse; on s'en rend 
compte quand le Fuligo septica végète sur les tas de tan (tan- 
née), oîi on le trouve assez souvent. Si on mouille le plas- 




Plaivche XVI. — Fuliyo seplica. 
1. Plasmode à l'état naturel (réduit). — 2. Plasmode développé sur une plante en 
serre (réduit). — 3. Coupe longitudinale du plasmode fructifié. — 4. Le capillitium ; 
n, un nœud. — b. a' b' c' c" d' e' /"', phases successives du développement de la spore 
(d'après de Bary). — -6. Un myxamibe volumineux en voie de division (d'après de 
Bary). — 7. Un jeune plasmode ; P s, pseudopodes ; X, noyaux ; C E, corps étrangers 
inclus (réduit et schématisé). — 8. Un myxamibe volumineux (d'après de Bary). — 
9. Un myxamibe enkysté; F, vacuoles (d'après de Bary). 



mode, il s'enfonce dans la masse. La lumière diffuse l'attire; la 
lumière vive du soleil le repousse, surtout les rayons les plus 
réfrangibles bleus et violets (Baranetzki), et en moins d'un quart 
d'heure, au soleil, le plasmode a disparu de la surface de la tannée. 
Un plasmode étant taillé en morceaux, chacun de ceux-ci jouit de 
la même propriété. Le plasmode possède aussi des propriétés chimio- 
tactiques, une décoction de tan l'attire (Stahl). 

Sous l'influence de conditions mauvaises, le plasmode cesse de se 
mouvoir et rentre tous ses prolongements ; il se divise en autant de 
masses qu'il renferme de noyaux et chaque masse avec la partie 



208 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

correspondante de protoplasme s'enveloppe d'une membrane de 
composition chimique ternaire qui a les réactions de la cellulose. 
Toutes ces masses de consistance cireuse ou cornée forment un kyste, 
qui peut être assez volumineux, se conserve parfois pendant un cer- 
tain nombre d'années et peut reprendre sa végétation quand les 
conditions chaleur, humidité, alimentation, redeviennent bonnes. 

Les plasmodes laissent intacts les grains d'amidon qu'ils ren- 
contrent, ils ne sont pas pourvus de ferment diastasique (Harshber- 
g-er). Ils sont susceptibles de digérer certaines substances quater- 
naires (albuminoïdes, etc.). 

Green [The soluble ferments and fermentation, 1899) rapporte 
que le plasmode traité par la glycérine donne un extrait doué de 
propriétés digestives vis-à-vis de l'albumine, en présence des 
acides lactique ou chlorhydrique ; plusieurs observations fPinoy, 
etc ) prouvent que le plasmode digère les corps de certaines 
espèces de bactéries. Il est donc doué de diastases protéoly tiques 
(pepsines). Dans ses mouvements, le plasmode peut englober 
de nombreux corps étrangers qu'il" expulse peu à peu de sa 
substance, s'ils ne sont pas susceptibles d'être assimilés. Le plas- 
mode renferme dans le Fuligo septica et dans beaucoup d'autres 
ici encore des granules de carbonate de chaux. 

Lorsqu'il est arrivé à sa période de fructification, généralement 
le plasmode s'élève s'il rencontre un support vertical, ou en tous 
cas il se dispose à la surface et y adhère fortement. La fructifica- 
tion est un sporange, de couleur, de taille variables suivant les 
espèces. Dans le Fuligo septica. ce sporange forme une espèce de 
gâteau à membrane extérieure mince, anhiste, c'est-à-dire sans 
structure cellulaire, pouvant atteindre ™ 30, différencié à l'inté- 
rieur en filaments anastomosés, le capillitium, qui sont d'épaisseur 
variable, dans les mailles desquelles sont des spores très nom- 
breuses, noirâtres. Ces organes, capillitium et spores, résultent de 
la différenciation du plasmode, dont les nombreux noyaux, entourés 
de protoplasma, s'enveloppent chacun d'une membrane. 

Les spores germent sur leur support naturel. Pinoy a démontré 
récemment que la présence de certaines bactéries facilitait beaucoup 
cette germination et aussi la culture du Myxomycète en milieu arti- 
ficiel (tranches de carotte, etc.). 

Pour germer, la spore déchire sa membrane, épanche en dehors 
son contenu, noyau et protoplasma. La présence de l'eau est néces- 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉES DAlSS LES PAYS CHAUDS 209 

saire, et le contenu sorti au dehors ne tarde pas à s'allonger à une 
de ses extrémités où il est muni d'un long cil vibratile, dans le voi- 
sinage duquel est le noyau. La masse ainsi dépourvue de mem- 
brane est une zoospore, capable de ramper sur le support ou de 
nager en tournoyant dans une gouttelette d'eau. Bientôt la zoospore 
perd son cil, devient une fine masse molle, protoplasmique, avec 
un noyau, qui se meut par reptation, soumise aux mêmes excitants 
que le plasmode. Si l'aliment est convenable, si les autres condi- 
tions biologiques sont bonnes, chaque myxamibe se divise, proto- 
plasma et noyau, un certain nombre de fois. La fusion des myxa- 
mibes en un corps unique constitue le plasmode qui renferme autant 
de noyaux qu'il y a de myxamibes ayant concouru à sa formation. 

Les myxamibes sont susceptibles d'enkystement au même titre 
que les plasmodes. 

Ce développement se fait très rapidement, et on a pu voir sou- 
vent dans les serres le plasmode arriver à maturité et donner ses 
spores en moins de douze heures. 

Le Fuligo septica ou Champignon de la tannée est une espèce 
très répandue, assez fréquente dans les serres, et répandue aussi à 
l'air dans beaucoup de régions. Dans les serres en particulier, elle 
couvre les plantes de ses plasmodes et de ses fructifications, et, 
quoique ne pénétrant pas les tissus, elle leur nuit à la façon des 
fumagines, en obstruant les stomates et en interceptant la lumière, 
gênant ainsi la respiration et la fonction chlorophyllienne. 

Les Myxomycètes renferment 4 groupes, dont 2 seulement 
peuvent présenter pour nous quelque intérêt : les Endomyxées, 
dont le Fiiligo est un type, et les Plasrnodiophorées. 

Les Plasrnodiophorées ne sont pas classées par tous les auteurs 
dans les Myxomycètes. Van Tieghem les considère comme des 
Oomycètes très inférieurs. Ce sont de francs parasites, dont l'espèce 
la plus authentique et la plus connue, le Plasmodiophora Brassi- 
cse Woronine, envahit la racine des choux [Brassica) et de certaines 
Crucifères, du genre Brassica le plus souvent. 

Ce parasite est assez fréquent dans toutes les contrées où ces 
plantes se rencontrent. L'irritation amenée par sa présence dans les 
tissus se traduit par une hypertrophie notable, qui déforme considé- 
rablement les racines de la plante hospitalière. 

Bulletin du Jardin colonial. 9 



210 



ÉTUDES ET MÉMOIRES 



Les cellules atteintes par le plasmode perdent peu à peu leur 
protoplasma propre, dont le noyau, avant de disparaître complète- 
ment, montre de fréquentes déformations. Ce plasmode est suscep- 
tible d'émigrer d une cellule épuisée vers les voisines encore 
vivantes, en traversant les parois par de Unes perforations. Il se 
nourrit ainsi du protoplasma de son hôte, dont il peut être diffé- 
rencié par ses granulations, ses leucites plus nombreux, des goutte- 
lettes de graisse, de taille variable : tous caractères d'un proto- 
plasma actif. Au bout d'un certain temps, quand l'aliment tend à 
disparaître, le plasmode fructifie et donne ses spores. Celles-ci se 




Pla>che XVII [Plasmodiophora Brassicœ Woronine). 
1. Pied de chou atteint par la hernie. — 2. Cellules de la racine, montrant la forme 
jeune (plasmodique), Ci Ca, du parasite. — 3. Le plasmode s'est transformé en spores 
dans les cellules; C3, jeunes; C^, adultes, dans une cellule gréante. — 4. Le déve- 
loppement de la spore ; Sp g, germant ; =, phase zoospore ; itfy, myxamibe (d'après 
Woronine). 



voient plus souvent dans des cellules de dimensions sensiblement 
plus grandes du parenchyme, de véritables cellules géantes. Les 
spores, munies d'une membrane et d'un noyau, forment une masse 
compacte, aux lieu et place du plasmode qui s'est entièrement divisé 
pour les former. Elles sont hyalines, réfringentes, arrondies, très 
petites, i[/, 6 de diamètre. 

Lorsque le parasite a atteint cette période de son développement 
dans un nombre déjà assez considérable de cellules, la plante 



MALADIES DES PLANTES CULTIVÉKS DANS LES PAYS CHAUDS 211 

atteinte a perdu toute résistance aux attaques, même de sapro- 
phytes ; g-énéralenient, la racine succombe sous la pourriture cellu- 
laire produite par le Bacillus Amylobacfer, avec production d'acide 
butyrique à odeur infecte. C'est cette pourriture qui met en liberté 
les spores ; celles-ci peuvent séjourner dans le sol un certain temps, 
sans germer. 

Le développement de la spore se fait chez le Plasmodiophora, 
comme chez les Myxomycètes en général, et c'est lorsque la zoo- 
spore a perdu son cil qu'elle pénètre les tissus jeunes de la racine 
des choux, plus spécialement, semble-t-il, les poils radicaux, d'où 
elle s'étend à la racine. 

Il est nécessaire de détruire et brûler les pieds atteints. On veil- 
lera au repiquage à éliminer et brûler les jeunes pieds qui montrent 
la moindre trace de tubérosité et à pratiquer une longue alternance 
de culture sur les sols où la maladie a sévi. D'après Seltensperger, 
puis G. Massée, le mélange d'une poignée de chaux éteinte, au sol 
de repiquage, empêcherait la maladie de se produire. 

[A suivre.) D'' Georges Delacroix, 

Directeur de la Station de pathologie végétale. 
Professeur à VEcole nationale supérieure d'Agriculture coloniale 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 

(^Suite K) 

in. — Conservation du fruit, Commerce. 

La conservation des noix de kola offre certaines diflicultés, dont 
la principale résulte du parasitisme d'une petite larve blanche. Les 
procédés employés par les noirs pour l'assurer varient suivant les 
pays. 

Dans les colonies du Gouvernement général de l'Afrique Occiden- 
dentale française, les noix sont généralement gardées et transpor- 
tées fraîches par petits paquets enveloppés de feuilles maintenues à 
un certain état d'humidité. Les indigènes qui en font le commerce 
doivent leur donner des soins spéciaux et enlever de leurs lots en 
temps opportun celles qui commencent à se gâter, moyennant quoi 
elles peuvent se conserver pendant plusieurs mois. 

Les habitants de la Haute-Cavally utilisent pour leur emballage 
une scitaminée à larges feuilles, appelée « Gon » en dioula (Aug. 
Chevalier. — [Note sur les observations et collections de la mission 
Wœlffel). Dans d'autres régions on emploie des feuilles de stercu- 
liacées, et les indigènes du Tapa se serviraient pour le même usage 
des feuilles de Thaumatococcus Danielli Benth., qu'ils nomment 
(( F'ita » ou (( Aworom ». 

Nous avons vu très souvent des noirs mettre des kolas dans une 
jatte d eau pour les conserver jusqu'au moment de les consommer. 

Les noirs du Cameroun font sécher les noix qu'ils récoltent 
dans la forêt. M. L. Bernegan, pharmacien de l'armée allemande, a 
pu constater que leur procédé détruit toute la matière colorante du 
kola. 

Enfin, les populations du Gabon-Congo conservent les kolas 
d'une façon très curieuse, que M. Berthelot du Chesnay rapporte 
dans une note sur le kolatier du Con^o français du n° de février 1903 
Journal d'Agriculture tropicale : « Chaque année, les différents 
villages qui habitent la forêt, vont faire leur récolte dans la brousse, 
vers la fin de décembre, et en ramassent suffisamment pour leur 
consommation de l'année. Ils n'attendent pas que les noix soient 

1. \'oir BuUclin, n° 15. 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 213 

mûres, c'est-à-dire que les gousses jaunissent et s'ouvrent, mais 
simplement que la noix puisse se séparer facilement de la gousse. » 

La cueillette donne environ 20 à 2o kilos par arbre ; les noix 
sont enlevées de leur gousse et enfouies au milieu d'une termitière ; 
les fourmis blanches dévorent le mucilage blanc jaunâtre qui les 
recouvre, mais n'attaquent pas les noix, probablement à cause de 
leur amertume ; ne pouvant les détruire, elles les recouvrent com- 
plètement de l'espèce de glaise battue qu'elles forment sans cesse^ 
afin de réparer les dommages causés à leur fourmilière. 

Lorsqu'on a besoin de kola, on creuse dans la termitière pour en 
retirer la quantité nécessaire, et les termites, aussitôt après, recom- 
mencent leur travail de construction. 

De cette façon les noix sont constamment privées d'air et par 
suite à l'abri des ferments qui pourraient s'y développer ; leur conser- 
vation est regardée comme indéfinie, ou du moins, comme pouvant 
durer plusieurs années. 

Dans les pays de savane où les forêts sont très éloignées, on y 
transporte les noix à l'état frais ; une fois rendues à destination, 
elles sont conservées également à laide des termitières. Toutefois 
comme durant le transport elles pourraient s'avarier, on prend cer- 
taines précautions ; la noix est débarrassée par frottement de son 
mucilage, enveloppée avec soin dans les grandes feuilles d'une 
sterculiacée, [N'Zomhi des indigènes) et placée dans un long et 
étroit palmier à huile, dit « montêté », que le noir porte sur sa tête 
durant le trajet. 

Les noix de kola récoltées par les populations forestières de 
l'Afrique Occidentale sont achetées sur place par des intermédiaires, 
simples colporteurs et riches caravaniers, et ceux-ci vont les vendre 
SLW^ comptoirs de la côte ou sur les marchés de l'intérieur. 

La zone africaine de consommation ordmaire des kolas est limitée 
approximativement, au nord par une ligne brisée allant de Saint- 
Louis à Tombouctou et de Tombouctou à Kouka, au nord-est par 
le Ouadaï. 

Dans le Haut-Sénégal et le Moyen-Niger, les kolas se vendent 
depuis 2 pour fr. 03, jusqu'à fr.lo pièce, suivant l'éloignement 
des centres de production, l'époque de l'année, la grosseur et la 
qualité des noix. 

Les chemins de fer et la navigation à vapeur, qui font en ce 
moment de grands progrès en Afrique Occidentale, permettent de 



21 i ÉTUDES ET MÉMOIRES 

transporter ce produit plus rapidement, donc avec moins de frais 
et de déchets, et facilitent ainsi sa dilfusion. 

De nombreux « dioulas » porteurs de charges de kolas, se 
remarquent déjà parmi les voyageurs du railway de Kayes au Niger, 
et ils savent fort bien apprécier les avantages de ce moj'en de 
transport. 

Jusqu'au moment de Foccupation européenne, l'insécurité de la 
brousse soudanaise entravait singulièrement le commerce des kolas. 
Le commandant Monteil pouvait dire, dans une conférence faite à 
la Sorbonne et reproduite dans la Bévue bleue du 4 février 1893 : 

«... La région est traversée par de nombreuses caravanes, qui 
viennent près des confins du Dahomey chercher la noix de kola, 
objet, dans le Soudan, d'un commerce considérable. Or cette noix 
de kola, qui coûte environ cinq eau ris ', arrive à en coûter 250 à 
Kouka. 

« Pourquoi cette majoration énorme ? C'est que les caravanes 
perdent en route les deux tiers de leur chargement pour assurer 
leur passage, et c'est dans la région dont je parle que leurs pertes 
sont surtout les plus grandes. Composées d'environ six cents indi- 
vidus et d'autant d'animaux, ces caravanes marchent en file indienne, 
avec une extrême lenteur, et sont suivies de chaque côté par des 
cavaliers du pays, qui ont tous le droit de demander quelque chose, 
et, sous peine d'être attaquées, elles doivent satisfaire à ces 
demandes incessantes. Tous les soirs elles sont obligées de cons- 
truire un camp retranché et de s'y enfermer, après avoir payé au 
chef du village le prix de l'emplacement. Mais alors survient un 
chef voisin qui leur dit : — Vous passez ici, c'est bien ; mais vous 
auriez pu passer chez moi ; il faut me donner quelque chose. — Et 
la caravane se voit contrainte de payer un prix de passage de 20, 
30, 40 et quelquefois 100.000 noix de kola. >) 

Cet état de choses n'existe plus aujourd'hui, et, quelques rares 
territoires encore imparfaitement occupés exceptés, le commerçant 
ambulant indigène peut voyager librement en tous sens, sans payer 
d'autre tribut que sa petite patente de colporteur. 

Tout permet donc d'escompter qu'à un moment donné, dans les 
limites imposées par la production, l'usage des kolas se générali- 
sera en Afrique chez ceux oîi il n'est encore qu'une pratique de luxe. 

1. Cyprea monela, pcLils coquillages servant de monnaie en Afrique et dont 10 à 50 
représentent fr.05 dans le Moyen-Niger. 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 215 

M. Jean Fonssag^rives dit, au sujet du commerce du kola au Daho- 
mey (ouvrage déjà cité) : 

« Le commerce en est peu important, les indig-ènes du bas pays 
étant seuls à en consommer. 

(( La kolah du Dahomey n'est pas appréciée en Europe. Il y a 
quelques années on exportait énormément de kolah au Brésil. Les 
communications directes par voiliers ayant cessé, ce commerce est 
devenu nul. 

(( L'échang-e de la kolah entre indigènes est un gage d'amitié. 
Actuellement elle coûte de 2 fr. 50 à 3 fr. le kilogramme. » 

De son côté, M. Famechon donne les renseignements suivants 
sur le commerce de ce produit en Guinée (ouvrage déjà cité): 

« Le poids moyen des graines est de 80 au kilog., et la valeur de 
250 à 400 pour cinq francs à la côte, tandis qu'elle est déjà de 80 
à 100 pour cinq francs à Siguiri, et que le prix augmente rapide- 
ment à mesure qu'on s'élève dans le nord.» 

En Europe et en Amérique cette denrée n'est consommée qu'ex- 
ceptionnellement sous sa forme naturelle, mais elle est par contre 
utilisée pour la préparation d'un grand nombre de produits phar- 
maceutiques ou alimentaires dont nous parlerons plus loin. 

On l'importe ordinairement sous forme de noix sèches, cotées 
cette année de fr. 25 à fr. 35 la livre anglaise sur le marché 
de Liverpool. 

D'après le Professeur Heckèl, un kola sec de valeur doit : 

1° Ne pas avoir d'odeur, surtout nauséabonde ; 

2** Avoir une saveur astringente et légèrement amère, puis 
sucrée ; 

3° Etre extérieurement de couleur rouille, ou marron, plus pâle 
sur la face commissurale que sur la face externe ; 

4° Ne présenter aucune tache, ni blanche, ni noire, sur les deux 
faces ; 

5° Présenter un tissu résistant, cassant, sec, ne se déprimant 
pas sous la dent ; 

6" Ne montrer aucune trace de piqûre d'insecte. 

II convient de compléter cet examen superficiel par une analyse 
quantitative des principes actifs. 

Certaines maisons reçoivent aujourd'hui des kolas à l'état frais. 
A l'Exposition d'Agriculture Coloniale, tenue cette année à Nogent- 



216 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

sur-Marne, au Jardin Colonial, quelques exposants en présentaient 
de parfaitement conservés. 

IV. — Composition. Propriétés. Usages. 

La composition de la noix de kola {Cola vera de K. Schumann), 
est la suivante : 

Caféine 2.346] 

Théobromine . . . 023 / Matières solubles 

Tanin 0.027 ( dans le chloroforme : 2.983 

Corps gras. . . . 0.585 ] 

Tanin 1.591 j 

Rouge de kola. 1 .290 ( Matières solubles 

Glucose 2 . 875 i dans l'alcool 

Sels fixes . 070 

Amidon 

Gomme 

Matières colorantes. . . . 
Matières protéïques. . . . 

Cendres 

Eau 



5 . 826 


33.754 


3.040 


2.561 


6.761 


3.325 


H. 919 



70.169 
Cellulose par différence 29.831 



100.000 



Le kola du Gabon [Cola acuminata de K. Schumann. var. Bal- 
layi) est moins riche en caféine et théobromine. 

Dès l'origine de leurs travaux, MM. Heckel et Schlagdenhaufen 
ont signalé le rôle physiologique important de la matière colorante 
rouge soluble dans l'alcool, qu'ils désignent sous le nom de « rouge 
de kola », mais ils n'ont pu la définir chimiquement. 

Knebel en a reconnu la nature complexe et glucosidique, et a 
montré que sous l'action des acides étendus, ou même de l'eau, ce 
composé, qu'il nomme « Kolanine », se dédouble en glucose, 
caféine et en un autre corps auquel il réserve le nom de « rouge 
de kola ». 

Un autre auteur, le docteur Caries, appelle « Kolanine » la com- 
binaison naturelle et entièrement soluble des alcaloïdes, qui se 



LES KOLATIERS ET LES KOLAS 217 

trouverait dans toute son intégrité uniquement dans les fruits frais 
et sains. 

M. Bernegau sig-nale la réaction suivante : si Ton fait bouillir 
dans l'eau le kola do Libéria {Cola vera de K. Sehumann), la décoc- 
tion devient d'abord verte (par fluorescence), et ensuite roug-e brique 
(par réaction sucrée). Si Ton ajoute à la même décoction quelques 
g-outtes d'acide chlorhydriqus, elle prend une magnifique couleur 
rouge framboise. L'extrait de kola par l'éther acétique prend la 
même couleur par l'addition de quelques gouttes d'acide chlorhy- 
drique. Le kola du Cameroun [Cola acuminata de K. Sehumann) 
donne absolument les mêmes réactions. 

Le même auteur, en parlant des fruits du Cameroun, a préparé 
un extrait dont l'étude a été faite à son retour au laboratoire de 
M. le professeur Thoms. La proportion de caféine était de 1 ,552 p. 1 00. 
Il a aussi étudié le rouge de kola préparé avec ces noix : ce rouge 
se dissout lentement dans l'eau en donnant une solution de couleur 
rouge framboise et au bout de quelque temps il se forme un préci- 
pité blanc, cristallin, qui a été identifié avec la phloroglucine. Ceci 
démontre que le rouge de kola, qui est un glucoside, appartient à 
la classe des phloroglucides. Dans le liquide séparé de la phloro- 
glucine, il a pu démontrer la présence de la caféine. (L. Bernegau, 
Apotheker Zeituncf, 1901, p. 764, Mittheilungen ûher eine Reise 
nach West-Afrika). 

M, J. Warin a formulé de la façon suivante le mode opératoire 
du dosage des alcaloïdes dans l'exti^ait du fluide de kola et dans la 
poudre de kola [Journal de Pharmacie et de Chimie, 1902) : 

« Prenez 15 gr. de l'extrait fluide à essayer : chauffez au bain- 
marie pour chasser l'alcool (jusqu'à perte de 8 gr.). Triturez l'ex- 
trait ainsi réduit avec 10 gr. de magnésie calcinée en ajoutant 
environ 2 gr. d'eau. Laissez la réaction s'oj)érer. Placez le mélange 
pulvérulent humide dans un flacon sec, à large ouverture, d'une 
capacité d'environ 20 ce. Versez dans ce flacon 1 50 gr. de chloro- 
forme, notez le poids total du flacon et son contenu. Fermez par 
un bouchon traversé par un tube en verre d'environ un mètre de 
longueur. Portez au bain-marie et maintenez le chloroforme en 
ébuUition modérée pendant trois quarts d'heure. Laissez refroidir. 
Portez sur la balance le flacon dépourvu du bouchon et du tube ; 
rétablissez, s'il y a lieu, le poids primitif par addition de quantité 
suffisante de chloroforme. Agitez. Jetez le contenu sur filtre et 



218 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

prélevez 100 g-t\ du liquide filtré que vous évaporez au bain-marie 
(en vase profond afin d'éviter que le résidu ne grimpe par-dessus 
les bords), jusqu'à obtention de poids constant. 

« Le poids du résidu ainsi obtenu multiplié par 10 donne la teneur 
en alcaloïdes bruts de 100 gr d'extrait fluide. 

« La différence entre le poids des alcaloïdes bruts et celui des 
alcaloïdes purifiés est assez faible pour que l'on considère le pre- 
mier comme suffisamment exact dans l'estimation de la richesse 
des extraits fluides de kola en bases végétales. Il n'en est pas de 
même dans les essais effectués sur la poudre et, d'autre part, si l'on 
veut comparer les rendements dune poudre à ceux de l'extrait cor- 
respondant, il faut le faire en alcaloïdes purifiés. Voici comment 
nous obtenons ceux-ci : 

« L'alcaloïde brut est chauffé légèrement au bain-marie avec 10 gr. 
d'acide chlorhvdrique étendu de 10 gr. d'eau. La solution est filtrée 
dans une boule à décantation; le filtre et le vase sont soigneuse- 
ment rincés à l'eau distillée. On ajoute à la solution un excès d'am- 
moniaque pour mettre en liberté les alcaloïdes. On agite à trois 
reprises, chaque fois avec 20 gr. de chloroforme. Ce dernier, séparé 
et évaporé, abandonne les alcaloïdes purs qui sont pesés. Le résul- 
tat multiplié par 10 donne le rendement p. 100 de l'extrait fluide. 

« Pour le dosage de la poudre : Prenez 15 gr. de la poudre à 
essayer ; triturez-la avec 10 gr. de magnésie calcinée et 15 gr. 
d'eau. Laissez la réaction s'opérer. Placez le mélange avec 150 gr. 
de chloroforme dans un flacon à large ouverture, ainsi qu'il a été 
dit pour l'extrait et l'opération se poursuit comme pour ce der- 
nier. » 

Les bases xanthiques se trouvent aussi dans la feuille du kola- 
tier. M. J. Dekker a constaté la disparition de ces bases à mesure 
que les feuilles vieillissent, et que dans les feuilles le rapport des 
bases entre elles est l'inverse de ce qu'il est dans les graines : 

Feuilles jeunes 0, 049 p. 100 de caféine.- 

Feuilles jeunes 0, 101 p. 100 de théobromine. 

Feuilles âgées. Traces de bases xanthiques. 

[Untersuchung der Blilttcr von Theohroma Kakao und Sterculia 
Cola auf darin enthaltene Xanthinhasen Scheweiz ; \Voch. f. 
Chim. et Pharm. XL, 592, 1902). 

{A suivre.) Jean Vuillet, 

Chef du service de V Agriculture 
du Haut Sénégal-Niger. 



CULTURE DU COTONNIER 

4 LA STATIO.N EXPÉRIMENTALE DE MAROVOAY, PRÈS MAJUNGA 

Essais 1904-1905. 
{Suite 1.) 

MOIS DE JUIN 

La plantation continue à prendre un développement considé- 
rable, les plants ont une charpente aussi bien formée que ceux des 
deux j)i"emiers hectares. Aucune maladie, feuillage très fourni et 
très vert, nombreuses capsules en formation. 

En résumé nous avons là le type vrai d'un beau champ de coton, 
présentant de Thomog^énéité malgré le nombre des variétés diffé- 
rentes dont il est constitué. 

Les variétés qui se comportent le mieux sont : 

Pérou dur 18 

Russel big- boll 18 

Turkestan 18 

Choice Upland 18 

Mit Affifi 17 

Abassi 17 

Yannovich 17 

Peterkin 17 

Griffîn 16 

Han Kins 16 

King Early 16 

Géorg-ie longue soie 16 

Sea Island 16 

B. A. C 16 

Les notes ci-dessus ne s'étendent que pour l'époque où nous 
sommes et n'indiquent que le degré de vigueur. 

11 est bon de rappeler que ces plants sont en terrain de coteau et 

i. Voir Bulletin n<" 34-35. 



220 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

qu'ils ont fourni seulement pendant la période sèche la puissante 
végétation que nous leur voyons. 

Ceci semblerait prouver que, contrairement à ce qui se passe dans 
les autres pays producteurs, le cotonnier ici a un mode de végéter 
très particulier. Il redoute la pluie au point de ne très bien pousser 
qu'en saison sèche. 

Nous reviendrons tout à l'heure sur ce que peut avoir de très 
avantageux au point de vue économique une pareille préférence. 

4'' essai. 

L'expérience a été entreprise dans des conditions analogues aux 
précédentes, les seuls changements portent sur le semis qui n'a 
pas été fait en billons mais à plat; il date du 30 mars. 

Les dépenses à cette date s'élèvent à 148 fr. 50, les frais de 
semis y sont compris. 

AVRIL 

Le terrain occupé par cet essai offre peu de pente dans certaines 
de ses parties, aussi les pluies des premiers jours d'avril noyèrent- 
elles complètement les semences. 

II n'en aurait peut-être pas été ainsi si ce semis avait été fait au 
sommet des billons comme pour les précédents hectares. 

Voyant la saison sèche approcher, nous avions pensé que les 
plants seraient en meilleure posture pour résister au manque de 
pluie en opérant le semis à plat. 

Mais nous avions compté sans ces violentes chutes d'avril dont 
la venue tardive n'a pas été sans surprendre les gens du pays. 

5^ essai. 

Cet essai est la suite de l'autre. Après un rapide retournement 
du sol au polysoc, je faisais recommencer le semis sur le même 
terrain le 23 avril. 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses précédentes 1 48 . 50 

Le IG avril, labour au polysoc 15.00 

Semis, 23 journées, dont 3 à 1 ,25 23 . 75 

187^25 



cIjLtùrè du cotonnier 221 

observations 

Les semences sont placées à 8 ou 10 centimètres de profondeur, 
dans un sol légèrement humide; la levée est lente et irrégulière. 

MOIS DE MAI 

Report des dépenses 187.25 

Léger binage et remplacements 10.25 

I97T5Ô 

OBSERVATIONS 

Les jeunes plants à peine sortis sont dévorés par les insectes 
Ceux qui arrivent à prendre le dessus se développent lentement. 

MOIS DE JUIN 

Les plants qui ont résisté ont poussé convenablement; ils sont 
bien verts et n'ont aucune maladie. 

Tous commencent à fleurir, excepté le Pérou dur et les variétés 
d'Egypte. Ils ont en moyenne 50 à 80 centimètres de hauteur. 

6^ essai. 

Entre temps nous avons exécuté un 6'' essai en sol riche dans la 
plaine ; les opérations culturales ont été réduites en raison de 
l'excellente qualité du sol. 

Le semis est fait le 29 mars et le prix de revient s'élève à cette 
date à 113 francs. 

OBSERVATIONS 

Nous avons eu recours à une seule variété, le Pérou dur ; semis à 
plat comme précédemment et pour les mêmes raisons. 

MOIS D'AVRIL 

OBSERVATIONS 

Les pluies noient une partie des graines ; on recommence le semis 
le 19 avril. 



222 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

TRAVAUX ET PRIX. DE REVIENT 

Report 113.00 

Semis 7.00 

120.00 

Les seuls plants qui persistent avant ce deuxième semis se 
trouvent placés sur des éminences que forment les irrég-ularités du 
sol, le billonnage nous aurait donc évité de faire ce double semis. 

La deuxième levée se fait lentement ; elle est régulière, mais les 
plants vers la fin du mois sont encore peu développés. 

Ce champ olfre une dépression où le sol reste humide ; les graines 
y ont levé mais les plants sont chétifs et quelque peu jaunes. 

MOIS DE MAI 

TRAVAUX ET PRIX DE REVIENT 

Report des dépenses 120 . 00 

Léger binage le 14 et quelques remplacements (qui d'ail- 
leurs ne lèvent pas) : 8 journées 8 . 00 

128.00 

OBSERVATIONS 

Pendant la deuxième semaine, ce champ a pris un aspect très 
brillant, les plants retardataires ont peu à peu rattrapé les plus 
anciens. 

Ces cotonniers montrent de belles pousses vertes d'une grande 
vigueur, ils atteignent 1 mètre à 1"' 20 de hauteur, ne montrent 
ni maladies, ni insectes, enfin n'ont encore aucune fleur. 

Les plants dont nous avons parlé qui occupent la partie humide 
du champ continuent à rester jaunes et se développent. 

MOIS DE JUIN 
Pas de travaux. 

OBSERVATIONS 

La végétation poursuit son cours d'une façon remarquable, les 



CULTURE DU COTONNIER 223 

plants ont 1"* SO de hauteur, sont très branchus et g-arnis de feuilles 
larges très vertes; il ne reste aucun intervalle libre entre eux. 

Les fleurs comnjencent à apparaître. De leur côté, les plants 
placés dans la partie humide se sont mis à vég-éter et à reverdir. Ils 
atteignent 80 centimètres de hauteur. Le sol d'ailleurs s'est assé- 
ché. 

Remarques générales 

Nous n'avons certes pas la prétention de dégager de ces diverses 
observations des conclusions que par la suite on ne puisse réfuter. 

Nos expériences de la Station d'Essais de Marovoay datent de 
6 mois, leurs résultats mériteront d'être confirmés pendant de nom- 
breuses années encore. 

Nous ne pouvons cependant nous empêcher d'être frappés par 
certains faits bien tranchés que les remarques suivies faites sur 
différents cotonniers depuis deux années nous obligent à prendre 
en considération. 

Nous les avons déjà exposées au début de ce rapport; nous allons 
j revenir en essayant de répondre aux trois questions établies pri- 
mitivement comme but de nos recherches. 



- l""** QUESTION 

De l'époque du semis. 

Le mode de vé<j:éter du cotonnier indi^-ène et la série de nos 
essais de 1905 nous indique le mois de mars comme une époque très 
favorable. 

Il importe cependant de tenir compte des changements qui peuvent 
se produire d'une saison à l'autre ; ainsi généralement on ne relève 
pas de pluies torrentielles en avril. Cette année a donc fait excep- 
tion. 

Nous estimons que les meilleures conditions sont remplies lorsque 
les plants atteignent 25 à 30 centimètres au moment où la saison 
sèche commence. Ils pourront être moins avancés s'ils se trouvent 
en terrain de plaine à sous-sol humide. 

L'absence ou la fréquence des pluies modifient beaucoup la durée 
du développement des jeunes cotonniers jusqu'à ce qu'ils aient 



224 ÉTUDES p:t mémoires 

atteint la taille à laquelle ils doivent être parvenus au moment où 
cessent les pluies, 

A Marovoay nous comptons 20 à 2o jours si la saison est nor- 
male avec des pluies bien réparties. 

Il est prudent de semer en billons afin d'éviter les inconvénients 
déjà cités, puis ménager convenablement les écoulements d'eau et 
le drainage, car les graines sont facilement entraînées ou noyées ; 
il devient dans ce cas nécessaire de faire des semis de remplace- 
ment, ce qui augmente les frais et ne donne pas de plantations bien 
homogènes. 

2"^ QUESTION 

Du choix des variétés. 

Nous avons vu que jîai'nii toutes celles ayant fait l'objet de nos 
expériences, pas une ne s'est révélée parfaitement mauvaise. 

Nous nous bornerons donc à conserver provisoirement comme 
ordre de préférence celui qui a été donné précédemment, et atten- 
drons davoir récolté et fait expertiser les produits avant de nous 
faire une opinion définitive. 

D'ailleurs nous préparons en ce moment un nouveau plan d'es- 
sais pour 1906 qui nous fixera tout à fait sur la valeur des variétés 
qui cette année se seront bien comportées. 

Signalons enfin, pour faire cesser toute méprise au sujet du coton- 
nier indigène, qu'il ne végète pas mieux que nos variétés intro- 
duites ; il est même inférieur à beaucoup d'entre elles sous ce rap- 
port, 

.S*" QUESTION 

Du choix des terrains. 

Le cotonnier, nous l'avons dit, n'est pas exigeant ici, il pousse 
aussi facilement que les autres plantes cultivées par les indigènes, 
mais il redoute beaucoup les terres acides ou mal drainées et les sols 
sableux. Sous les arbres il vient mal, trouve sans doute peu à se 
nourrir et craint leur ombrage (je parle surtout des manguiers ou 
autres arbi-es épuisants à ombre épaisse"). 

En forêt, après une forte éclaircie et brûlage du sous-bois, il 
pousse très vigoureusement ; les plantations d'Abassi à Marohogo 



CULTURE DU COTONNIER 225 

ne laissent aucun doute à ce sujet. Ces terres de forêt sont saines 
et bien drainées ; il n'a été donné aucun labour. 

Enfin le cotonnier pousse très bien aussi sur les sols de fertilité 
moyenne qui ont reçu une ou deux cultures au préalable. 

Il serait indispensable, croyons-nous, lorsqu'on attaque les terres 
de plateau que recouvrent ordinairement les hautes herbes, d'y cul- 
tiver la première année d'autres plantes que le cotonnier. 

Cette culture préparatoire faciliterait l'assainissement du sol et 
permettrait au planteur de juger de ses qualités. 

Parmi ces plantes nous citerons le maïs, le manioc, la patate, 
l'arachide, Tambrevade, le pois mascate dont on ne cherchera à 
obtenir qu'un produit accessoire. 

Jusqu'à preuve du contraire nous restons partisan de la culture 
du cotonnier sous la forme intensive ; la culture extensive telle que 
les planteurs et les indigènes l'ont pratiquée jusqu'à présent, ne doit 
pas donner de résultats avantageux ou bien il faut pouvoir réunir 
des conditions toutes particulières analogues à celles que M. Bil- 
laud a réalisé dans ses forêts de Marohogo. 

Cette opinion est basée sur l'état de vigueur des plantations au 
moment où nous écrivons ; les rendements doivent conlirmer ces 
données avant qu'elles puissent être considérées comme certaines. 

Économie de la culture 

Le but vers lequel nous tendons est de produire dans le temps le 
plus court un plant de cotonnier suffisamment développé pour ame- 
ner à maturité toutes en même temps un nombre déterminé de 
grosses capsules. 

Nous insistons sur ces derniers mots, car l'économie considérable 
que l'on peut réaliser par ce résultat sur le travail de la récolte est 
des plus importante dans une région où la main-d'œuvre est rare. 

Récapitulation des prix de revient de nos essais. 

Date des semis : 

16 décembre : 1 hec. 219 fr. 05. Champ en mauvais état, épuisé 
par une fausse récolte; a nécessité de nombreux binages. 

25 janvier : 1 hec. 193 fr. 75. Très beau, chargé de capsules, 
vigueur extrême, défrichement coûteux, obligation de faire des 
Bulletin du Jardin colonial, 10 



226 ÉTUDES ET MÉMOIRSES 

remplacements; économie cependant par suite des binages bien 

moins nombreux. 
30 mars, 23 aw'û : 1 hec. 197 fr. 50. Peu développé, irrégulier; il 

est nécessaire de refaire un labour et un semis. 
29 mars et 19 avril : 1 hec. 128 fr. Très beau, une seule variété, 

façons culturales moins nombreuses, conditions spéciales, sol très 

riche. 

Ces chiffres nous démontrent qu'au point de vue économique 
l'avantage reste encore à 1 essai n" 3 de la lin de février. 

En résumé, nous avons obtenu avec une somme de 193 francs un 
champ de coton dun hectare qui certainement ne le cède en rien 
pour la vigueur de ses plants aux plantations d'Egypte ou d'Amé- 
rique. 

Deux mois environ nous séparent de la récolte, et nous n'avons 
plus à redouter la pluie qu'accompagnent toujours les maladies et 
les insectes. 

En cette saison d'ailleurs ceux-ci sont moins nombreux et 
hivernent plus ou moins. La plupart des conditions favorables nous 
semblent réunies, aussi espérons-nous, par l'emploi des meilleurs 
procédés culturaux, obtenir des prix de revient inférieurs à ceux des 
cultures d'Egypte et d'Amérique. 

Les irrigations et les nombreux binages qu'elles nécessitent, la 
pente élevée du sol dans ces régions sont autant de frais évités ici, 
grâce aux conditions toutes spéciales dans lesquelles nous nous 
trouvons. , 

Telles sont pour l'instant nos remarques les plus importantes ; les 
expériences qui suivront pourront peut-être en modifier légèrement le 
sens ; en tous cas nous avons fait notre possible pour exposer dans 
toute leur exactitude les résultats obtenus jusqu'à ce jour. 

L'examen des rendements et l'étude des produits fourniront les 
éléments du prochain rapport. 
Le 30 juin 190o. 

DUCHÈNE, 

Ancien élève de Grignon 

Directeur de la Station d'Essais 

de Marovoay . 



ENTRETIEN DES CAGAOYÈRES 

L'entretien des jeunes cacaoyères demande à être fait avec beau- 
coup de soin et d'idées de suite, surtout pendant les deux premières 
années qui suivent l'établissement de la plantation. Dans les véri- 
tables régions à cacao, où le climat est très chaud et très humide, 
l'herbe envahit le sol très rapidement. Il est absolument nécessaire 
de défendre les jeunes plants contre elle, sous peine de les voir dis- 
paraître. 

A Trinidad et à la Guyane hollandaise, on se contente ordinaire- 
ment de couper les herbes huit, dix et même douze fois par année 
autour du pied des jeunes plants, ou du trou où sont semées les 
graines, sur une surface circulaire d'environ 73 centimètres de rayon. 
A la place occupée par lesg-raines, on arrache bien entendu les plantes 
adventices à la main; sur le reste du champ, on fauche les herbes 
cinq à six fois par année. On se sert, pour ce faire, du machete, sorte 
de long- coutelas que les ouvriers manient d'une main et qui est d'un 
emploi général aux Antilles et dans l'Amérique Centrale. 

Le nombre des sarclages nécessaires est naturellement variable 
suivant la richesse du sol, le plus ou moins d'humidité du climat et 
l'âge des plantations. On conçoit qu'à mesure que les cacaoyers et 
les arbres d'ombrage grandissent, ils couvrent de plus en plus le 
sol de leur ombre et que, lorsque leurs cimes viennent à se toucher, 
ils entravent à peu près complètement la croissance des herbes. 
Aussi, dans les cacaoyères âgées de 8 ou 10 ans, 2 sarclages par 
année, 2 coutelassages, pour employer le terme usité à Trinidad, 
suffisent pour que les plantations soient parfaitement propres. 

Ces travaux, à Surinam, de même qu'à la Trinidad, sont générale- 
ment exécutés à la tâche; dans cette dernière île, on donne, pour 
les coutelassages de la première année, 1 fr. 50 pour la surface cou- 
verte par 30 arbres. Les années suivantes on abaisse ce prix à 2 fr. 
50, puis à 2 francs pour la surface occupée par 100 plants. Enfin^ 
lorsque les plantations ont atteint leur complet développement, on 
paie à raison de 1 fr. 50 par sarclage et par 100 plants. Les sar- 
clages autour des jeunes cacaoyers, qui ne sont indispensables que 



22S ÉTUDES ET MÉ-MOJKES 

pendant les deux ou trois premières années seulement, se paient, à 
la Trinidad, à raison de 1 fr. 50 pour 80 ou 100 pieds, suivant 
l'état de la végétation. Ces bases établies, qui ont presque force de 
loi puisqu'elles sont adoptées par tous les planteurs, sont calculées 
de telle façon que les ouvriers gag-nent de 1 fr. 2o à \ fr. 50 par 
jour. 

Dans certaines plantations bien tenues, on laboure à quelques cen- 
timètres de profondeur, deux ou trois fois par année, autour du 
pied des jeunes plants, dans un rayon de 0™ 75 environ. Cette opé- 
ration est évidemment très utile, et il ne faut, autant que possible, 
pas la négliger; néanmoins, il est prudent de recommander aux 
ouvriers qui la font de ne pas trop approcher du tronc des jeunes 
plants, de peur d'en coupei' les racines principales. 

Si quelques plants poussent mal et se développent moins rapide- 
ment que les autres, on ne doit pas hésiter à les fumer avec du bon 
fumier de ferme qui doit être répandu et enfoui au moment de l'un 
des sarclages. 

A Madagascar, dans quelques plantations, on a l'habitude de racler 
la surface du sol à laide d'une angadv, et de ramasser en tas, dans 
les interlignes, le produit de ces sarclages composé des herbes et 
de la partie supérieure du sol ; ces détritus, lorsqu'ils se sont décom- 
posés, sont répandus su;- toute la plantation. Ce procédé qui est 
ong, et par suite coûteux, ne semble pas recommandable et nous 
avons, depuis 6 mois environ, mis en pratique, à la station de l'Ivo- 
loina, le système du coutelassage, avec cette différence que l'ouA'rier 
chargé de couper les herbes est muni d'une faux. 

Les résultats obtenus sont très satisfaisants ; nous avons ainsi 
réduitde beaucoup les frais d'entretien. Dans les jeunes plantations, 
un faucheur peut très facilement entretenir plusieurs hectares. Il 
faut toutefois remarquer que la faux ne peut servir que dans les 
jeunes plantations et il serait intéressant d'introduire à Madagascar 
l'usage du machete, dont les ouvriers des Antilles se servent si 
habilement. 

Quelquefois, et surtout dans les plantations peu étendues, on pra- 
tique des cultures intercalaires, pendant les trois premières années; 
le taro (colocasia) les courges, le manioc, sont ordinairement les 
cultures que l'on fait dans les cacaoyères. Cette façon de procéder, 
qui rend plus économique la création de nouvelles plantations, n'est 
recommandable que là où le sol est suffisamment riche, et cela à la 



ENTRETIEN DES CACAOYÈRES 229 

condition que Ion n'exag-ère pas le nombre et l'intensité de ces cul- 
tures. 

A Grenade, oîi le cacaoyer est cultivé d'une façon très intensive 
et sur des étendues restreintes, le sol des cacaoyères est maintenu 
dans un état constant de propreté par de véritables labours, dont 
on profite pour enfouir les fumures régulièrement appliquées dans 
toutes les exploitations bien tenues. 

Dans les régions relativement sèches, il y aurait sûrement avantage 
à maintenir la surface du sol constamment meuble par des labours 
fréquents; on sait, en efîet, et les expériences de M. Déhérain l'ont 
bien mis en évidence, que les terrains maintenus meubles par des 
labours répétés se dessèchent beaucoup moins que ceux recouverts 
d'herbes. Il est certain que dans les pays où l'on a à redouter une 
sécheresse un peu longue, il y aurait intérêt à labourer toute la sur- 
face des cacaoyères quelque temps avant l'arrivée probable de cette 
période sèche. Malheureusement, le nombrepresque toujours restreint 
de travailleurs ne permet jamais aux planteurs, propriétaires d'impor-- 
tantes plantations, de faire ce travail. Ilnefautpas, d'autre part, son- 
ger, à cause des arbres d'abri, toujours très nombreux, a faire pas- 
ser, dans les cacaoyères, des instruments aratoires traînés par les 
animaux. 

Il faut donc renoncera l'ameublissement du sol. On peut recom- 
mander, pour combattre l'effet de la sécheresse, de laisser les herbes 
se développer un peu plus et de les couper juste au moment où 
les pluies s'arrêtent, puis de les répandre uniformément à la surface 
du sol. On forme, de cette façon, une sorte de paillis qui peut, dans 
une certaine mesure, dominer le dessèchement. On ne devra jamais 
manquer, au début delà saison sèche, de pailler très soigneusement 
autour du pied des cacaoyères, sur une surface circulaire de 1 "'30 
à 2 mètres de diamètre. Ces précautions sont superflues lorsque les 
arbres se touchent et couvrent complètement le sol de leur ombre. 

Le surveillant, en même temps qu'il s'occupe de veiller à ce que 
les ouvriers exécutent consciencieusement leurs tâches, taille les 
bananiers. Cette taille consiste à supprimer les feuilles qui pour- 
raient gêner les cacaoyers, à enlever celles qui sont moites ou bri- 
sées et enfin à faire disparaître les troncs qui menaceraient déchoir 
sur les cacaoyers. 

Les bananiers se développent en général avec une très grande 
vigueur; il faut les modérer en supprimant un certain nombre de 



2^0 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

tig-es, et diminuer prog-ressivement l'importance de leurs touffes, de 
façon à pouvoir, sans inconvénient, les enlever complètement pen- 
dant la cinquième ou la sixième année qui suit l'établissement de la 
plantation. A cette époque, les arbres qui doivent fournir l'ombrage 
permanent sont assez développés pour protéger suffisamment la 
cacaoyère contre le soleil. 

Inutile de dire qu'il faut, où besoin est, diriger et tailler les arbres 
d'ombrage, auxquels on doit s'appliquer à faire développer un tronc 
assez élevé, pour que leur cime ne puisse pas g-êner les arbrisseaux 
qu'ils doivent protég-er. 

Dans les Guyanes et les Antilles, où la vég'étation est excessive- 
ment intense, les arbres d'ombrage et les cacaoyers eux-mêmes sont 
toujours envahis par une quantité considérable d'épiphytes, appar- 
tenant principalement à la famille des Broméliacées. Il faut avoir 
soin de les débarrasser de ces parasites. A Surinam les planteurs 
sérieux font débarrasser les Erythrines des Broméliacées quelles 
portent tous les deux ans ; si on laissait ces plantes se développer 
librement, elles prendraient un développement tel, que les plus 
grosses branches se rompraient sous leur poids, et briseraient en 
tombant les cacaoyers situés au-dessous d'elles. 

A Surinam, dans les vieilles plantations, on ramasse, après 
chaque sarclage, les herbes qui en proviennent ainsi que les feuilles 
tombées sur le sol ; on réunit ces feuilles et ces herbes dans les inter- 
lignes, où elles se décomposent. A Trinidad, ce procédé n'est pas 
mis en pratique; les herbes et les feuilles restent là où elles sont 
tombées, recouvrant le sol dun épais feutrage qui peut s'opposer, 
dans une certaine mesure, au dessèchement de la partie supé- 
rieure. 

Cette différence dans la façon de faire des planteurs hollandais et 
anglais s'explique par les différences de conditions dans lesquelles 
ils se trouvent. 

Il a été dit plusieurs fois, précédemment, que le sol argileux des 
cacaoyères de Surinam est ordinairement très humide et n'a pas 
besoin d'être protég-é contre la dessiccation ; tandis que celui de 
Trinidad, surtout dans les districts montagneux de Montserrat, est 
beaucoup plus sec et, par suite, il a davantag-e besoin de paillis ; le 
climat de Trinidad est lui-même sensiblement moins pluvieux que 
celui de Surinam. 

Si le sol est humide et qu'il ait fallu drainer, on devra, à chaque 



ENTRETIEN DES CACAOYÈRES 



231 



sarclage, faire nettoyer les rig-oles et les faire approfondir s'il est 
besoin. 

Si l'on opère dans un climat à saison sèche, il peut être utile 
d'arroser pendant les deux ou trois premières années ; mais il est 
préférable, dans ce cas, d'établir un système d'irrigation qui permette 
de donner au sol une quantité d'eau convenable pendant toute la 
durée de la plantation. 

Quand le terrain n'est pas d'une fertilité bien grande, il faut 
compter qu'on sera obligé de l'améliorer dans les années qui suivront 
les jDremières récoltes. A ma connaissance, il n'a pas encore été fait 
d'expériences méthodiques sur la fumure des cacaoyères. On est 
certain que le fumier de ferme a un très heureux effet sur le déve- 
loppement et le rendement des cacaoyers, mais on ignore, je crois, 
les services que les engrais chimiques judicieusement appliqués 
pourraient rendre aux cultivateurs de cacao. 

Les analvses ci-dessous, dues à M. Boname, ex-directeur du 
laboratoire de la Basse-Terre, indiquent ce qu'emprunte au sol une 
récolte de 1.000 kilos d'amandes sèches de cacao. M. Boname 
compte qu'il faut 8.130 kilogrammes de fruits pour donner 1.000 
kilogrammes de graines sèches. 



Acide phosphorique 


AMANDES 


POUSSES 


FRUITS 

entiers 

1 


6 k 348 

1 . 080 

0.085 

0.934 

3.118 

9.697 

0.307 

0.073 

traces 

2.718 


2 k 794 
3.111 

0.366 
4.166 
5.087 

47.842 
4.240 
0.140 
403 

19.691 


9kl42 

4.191 

0.451 

5.100 

8.205 

57.539 
4.547 
0.213 
0.403 

22.409 


— sulfurique 

Chlore .... 

Chaux 


Magnésie 


Potasse 


Soude 


Oxyde de fer 


Silice 


Acide carbonique 

Matières minérales totales 


24. 360 
16. 2i0 


87.840 
9.760 


112.200 
26.000 


Azote 





Les analyses reproduites ci-dessus montrent que les graines de 
cacao exportent surtout de la potasse, de l'acide phosphorique et 
une forte proportion d'azote. 

Si Ton veut bien se reporter à l'article : « Abris permanents », on 
verra que, d'après des expériences scientifiquement conduites à Tri- 
nidad par M. Carmody, chimiste du Gouvernement, le sol récupère, 



2.32 ÉTUDES ET INl E:\10IRES 

grâce à la puissance de symbiose des légumineuses employées 
comme abri, une quantité d'azote au moins égale à celle exportée 
par les amandes de cacao livrées au commerce. Il reste donc à s'oc- 
cuper de lacide phosphorique et de la potasse. 

En se basant sur les chiffres donnés par Boname, et en admettant 
que l'hectare de cacaoyers donne, en moyenne, 600 kilos de graines 
sèches par année, on est forcé de conclure que cette espèce végétale 
n'est pas très exigeante, puisqu'elle exporte annuellement 3 k. 804 
d'acide phosphorique et 5 k. 810 de potasse. On peut en déduire 
très facilement que, dans un sol tant soit peu fertile, on peut cul- 
tiver le cacaoyer de longues années sans qu'il soit besoin d'apporter 
d'engrais. 

C'est un peu ce qui se passe dans tous les pays grands produc- 
teurs de cacao ; iln'est pas rare de voir, à Trinidad et à Surinam, des 
plantations âgées de plus de 70 ans. qui rapportent encore beaucoup, 
dans lesquelles on n'a jamais appliqué les fumures; seuls les plants 
souffreteux reçoivent des matières fertilisantes pour leur permettre 
de rattraper leurs congénères. 

Si à Grenade, où le cacaoyer est cultivé en plein soleil, les 
fumures fréquentes sont absolument nécessaires, il n'y a rien à cela 
d'extraordinaire; car, en plus de la potasse et de l'acide phospho- 
rique, les graines exportent une notable quantité d'azote. Celle-ci 
ne peut être rendue au sol que par l'apport d'engrais spéciaux quand 
les arbres d'abris n'existent pas, ou quand ils appartiennent à une 
autre classe qu'à celle des Légumineuses. 

Bien entendu, tout ce qui précède suppose que les écorces des 
fruits sont enfouies sur-le-champ. Si, pour une raison quelconque 
toujours inexcusable, elles étaient jetées et perdues, l'épuisement 
du sol serait beaucoup plus considérable, puisque, toujours d'après 
M. Boname, les gousses correspondant à BOO kilos de graines sèches, 
contiennent 28 k. 680 de potasse, 1 k. 620 d'acide phosphorique et 
5 k. 820 d'azote. Ces gousses doivent donc être regardées comme un 
engrais très précieux, et il ne faut jamais négliger de les enfouir après 
la récolte. Dans jîlusieurs exploitations bien tenues de Trinidad, j'ai 
vu faire avec elles, en leur mélangeant de la chaux pour détruire 
les cryptogames qu'elles peuvent porter, un compost dont on se 
sert pour fumer les plants dont le développement laisse à désirer. 
Ce procédé est très recommandable. surtout lorsque le sol manque 
de chaux. 



ENTRETIEN DES CACAOYÈRES 233 

Il ne faut, sous aucun prétexte, laisser traîner les débris de 
cabosses sur le sol. Ils portent toujours des cryptogames, notam- 
ment du Phytophthora omnivora, qui trouvent là un champ de pré- 
dilection pour se développer et donner naissance à des foyers din- 
fection très dangereux. 

Il n'est pas douteux que l'apport d'engrais calcaires produirait de 
très heureux effets dans les cacaoyères de la Côte Est de Madagas- 
car, et l'emploi des scories paraît devoir être recommandé pour 
améliorer ces terres pauvres en chaux et en acide phosphorique. 

Fauchère, 
Sou>i-Inspecfeur d' Agriculture à Madagascar. 



J.-B. LOUIS PIERRE (1833-1905) 

Il y a environ un quart de siècle, un créole originaire de La Réunion, 
absolument inconnu des botanistes officiels, arrivait à Paris, rapportant 
pour l'Exposition universelle de t878 une énorme cargaison de collec- 
tions botaniques qu'il avait recueillies en Extrême-Orient. 

Pierre, — car c'était lui — venait de passer plus de dix années consé- 
cutives dans les forêts de la Cochinchine. Jardinier de la marine, il 
n'avait pas tardé à se laisser séduire par l'exubérance des flores tropi- 
cales, la variété des arbres qui peuplent les forêts équatoriales, la multi- 
plicité des produits végétaux que le commerce, l'industrie et la méde- 
cine pouvaient tirer de ces réserves séculaires. 

L'étude de la botanique était devenue pour lui une véritable passion 
et sans aucun maître, avec les seules connaissances qu'il avait acquises 
pendant un court séjour au Jardin botanique de Calcutta, aidé du natura- 
liste Anderson, il était parvenu à classer et à nommer la plus grande 
partie des arbres de ces contrées lointaines. Il n'avait pas tardé à être 
chargé officiellement d'inventorier les richesses forestières de nos posses- 
sions asiatiques par le Ministre de la Marine d'alors, l'amiral Duperré. 

A son retour en France, Bâillon et de nombreux botanistes systémati- 
ciens — car les flores exotiques n'étaient pas aussi délaissées en France 
qu'elles le sont aujourd'hui — furent pris d'étonnement lorsqu'ils purent 
examiner l'abondance et la richesse de matériaux rapportés par ce voya- 
geur. Depuis la mort de Boivin, les botanistes n'étaient plus habitués à 
pareille moisson. 

Mais la surprise fut beaucoup plus grande quand on apprit que ce col- 
lectionneur occasionnel avait la prétention de vouloir étudier lui-même 
le riche butin dont il avait dépouillé l'Asie pour l'apporter en France. 

L'œuvre que Pierre s'était proposée d'accomplir, il l'a poursuivie sans 
relâche ; jusqu'à sa mort, il s'y est consacré avec un labeur opiniâtre et 
s'il n'est pas parvenu à accomplir complètement cette tâche, que d'autres 
termineront bientôt, il faut l'espérer, c'est qu'elle était trop étendue et 
qu'en sciences naturelles jamais les recherches ne sont définitives. 

Pendant vingt-cinq ans, il a travaillé à l'étude des flores tropicales. Il a 
apporté à la connaissance de la végétation de nos possessions d'Asie et 
d'Afrique des contributions très importantes, et les nombreux travaux 
scientifiques qu'il laisse sont de ceux qui honorent la science d'un pays. 

Chez Pierre, du reste, l'homme privé était à la hauteur du savant. Sa 



J.-B. LOUIS PIERRE 235 

puissance de travail était légendaire. Que de l'ois, enfermé dans le 
modeste cabinet où le Muséum abrita ses herbiers durant seulement les 
quatre dernières années de sa vie, nous avons vu cet énergique vieillard 
décrire et étudier minutieusement des spécimens, passant parfois dix 
heures de suite dans son laboratoire. 

On cite de lui ce joli mot. A un ami qui, le voyant fatigué il y a 
quelques mois, lui conseillait de se reposer, il répondit : « Mais, Mon- 
sieur, je n'ai pas le temps, il y a tant à faire en botanique et la vie est si 
courte ! » 

Son caractère un peu aigri vers la fin de sa vie savait pourtant 
rendre toujours hommage au mérite des autres. Mais son désintéres- 
sement surtout n'avait point de limites. Tout jeune botaniste qui venait 
lui demander des renseignements ne sortait jamais les mains vides. Non 
seulement il prodiguait des conseils, mais aux uns il remettait des maté- 
riaux d'études avec les dessins non publiés contenant les analyses minu- 
tieuses auxquelles il s'était livré ; aux autres, il distribuait ses manuscrits 
qu'il s'entêtait à ne pas publier lui-même. « Je n'ai pas le temps de revoir 
ce groupe ; voyez si vous pouvez tirer quelque parti de ces notes », 
disait-il, et il se remettait au travail. Avait-on besoin de la détermination 
d'une espèce, aussitôt il abandonnait toutes ses recherches pour satisfaire 
les autres. Les botanistes qu'il a ainsi aidés dans leurs recherches sont 
innombrables. 

Jean-Baptiste-Louis Pierre ^ naquit au Champ Borne à La Réunion, le 
23 octobre 1838; il est mort à Paris le 30 octobre 1905 et ses obsèques 
civiles ont eu lieu le t*"" novembre en présence de sa famille et de 
quelques-uns de ses amis. 

Fils d'un riche planteur de l'ile de La Réunion, descendant d'une 
ancienne famille normande, il vit pendant son adolescence chavirer la 
fortune de sa famille à la suite des ravages causés par les cyclones et des 
pertes éprouvées du fait de l'affranchissement des esclaves. 

Cet événement eut une influence sur l'orientation de sa carrière. Il dut 
interrompre ses études de médecine et chercher dans les colonies un 
emploi pour vivre. 

L La carrière de Pierre en Extrême-Orient 

En 1865, à l'âge de 32 ans, après un séjour de quelques années dans 
les Indes anglaises, Pierre fut nommé directeur du Jardin botanique de 
Saigon. 

1. M. le D"' F. Heim a créé le genre Pierrea, pour une Diptérocarpée d'Indo-Chine. 
(Voir Bulletin de la Société Linnéenne de Paris, 1881, p. 958.) 



236 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Cette fonction sédentaire ne suffisant pas à occuper son activité et à 
satisfaire sa passion pour la botanique, Pierre parcourut de 1865 à 1877 
les forêts du Cambodge et de la Basse Cochinchine, il remonta le long 
de la côte du Siam jusqu'au 17'' degré de lat. N. 

C'est de ces voyages à travers les forêts et les savanes asiatiques qu'il 
rapporta lun des plus riches herbiers tropicaux composés par un seul 
collecteur, qui soient parvenus en Europe. 

Il consacra en outre au Jardin botanique et au Jardin du Gouverne- 
ment situés tous lès deux à Saigon une partie de son activité ; il créa 
de vastes pépinières qui ont servi aux plantations des rues de la ville et 
de ses squares ; il poursuivit divers essais agricoles à la ferme gouverne- 
mentale des Mares ; enfin il distribua largement aux colons quantité 
d'arbres fruitiers et de plantes industrielles et il contribua ainsi à disper- 
ser ces plantes utiles à travers nos possessions d'Asie. En ce qui concerne 
la vanille [Vanilla planifolia), il a été son introducteur en Indo-Chine. 



II. La Flore forestière de la Cochinchine 

L'œuvre principale de Pierre, celle qui assurera à son nom une place 
prééminente parmi les savants qui, à la fin du xix'' siècle, se sont occupés 
de l'étude de l'histoire naturelle de l'empire colonial français, est incon- 
testablement la Flore forestière de la Cochinchine. Pendant vingt années, 
Pierre s'est consacré à cette tâche, et sa grande publication bien que par- 
venue à peine à moitié, lorsqu'elle fut interrompue en 1899, reste néan- 
moins l'ouvrage consacré à nos flores coloniales le plus important qui ait 
été élaboré en France et l'un des plus vastes travaux qui aient jamais été 
publiés sur les flores forestières mondiales. Son importance n'est pas bien 
moindre que celle du Sylva of N . America de Sargent publié dans ces 
dernières années par le Département forestier des Etats-Unis. 

Le Gouvernement de la Cochinchine, puis plus tard le Gouvernement 
général de rindo-Chine ont consacré à cette œuvre une somme de plus 
de 300.000 fr. 

J'avais récemment l'occasion de parler de ce grand ouvrage à Sir Die- 
TRiGH Brandis, l'ancien directeur du service forestier des Indes, qui me 
dit en quelle estime on tenait cette vaste publication à l'étranger. 

Il a fallu cet heureux concours de circonstances : d'une part, une 
administration coloniale éclairée, disposée à s'imposer de lourds sacrifices 
pour l'étude de ses ressources naturelles, d'autre part la rencontre d'un 
savant laborieux de la valeur de Pierre, pour arriver à mettre debout un 
monument qui non seulement fait le plus grand honneur à la science 



J.-B. LOUIS PIERRE 237 

française, mais aussi qui montre, comme on l'oublie trop souvent, la part 
que prennent déjà nos colonies aux travaux même de science pure ne 
comportant pas toujours un intérêt pratique immédiat pour elles. C'est 
pour cela qu'il convient d'associer au nom de M. Pierre celui des hautes 
personnalités qui ont soutenu son entreprise dès le début ou l'ont encou- 
ragée aux moments ditTiciles. 

Lorsque la colonie de la Gochinchine s'engagea dans cette publication, 
l'amiral Duperré était ministre de la Marine. Plus tard, lorsque le ver- 
sement des modestes allocations que recevaient M. Pierre et son dessina- 
teur M. Delpy fut sur le point d'être suspendu (en 1900), M. Pavie, l'an- 
cien chef des belles missions scientifiques en Indo-Chine et M. Capus, 
directeur de l'Agriculture, des Forêts et du Commerce de Tlndo-Chine, 
employèrent toute leur activité pour faire rétablir ces subventions. En 
continuant à s'intéresser à cette publication, MM. Doumer et Beau, suc- 
cessivement gouverneurs généraux de l'Indo-Chine, ont accompli un 
acte dont la science française leur est reconnaissante. 

On trouve dans la flore de Pierre les qualités maîtresses qui caractéri- 
saient tous ses travaux : un profond souci de la vérité, une abondance 
de détails dans les descriptions, une riche documentation. 11 ne néglige 
rien, et décrit minutieusement les organes d'apparence insignifiants ; au 
besoin, il s'adresse à la structure anatomique : c'est ainsi que, dans les 
fascicules 16 et 17, il consacra huit grandes planches à l'organisation des 
Diptérocarpées. Cette partie anatomique est certainement la plus faible 
de ses travaux; cependant, on reste plein d'admiration pour les faits qu'il 
a observés exactement, si l'on songe que Pierre n'eut aucun maître pour 
s'initier à ces recherches difficiles. 

Les plantes décrites dans la flore forestière proviennent de la Cochin- 
chine, du Cambodge et du Laos inférieur, c'est-à-dire des régions oià 
Ion pouvait circuler à l'époque lointaine où M. Pierre résida en Indo- 
Chine. La presque totalité des spécimens énumérés avaient été récoltés 
par lui. 11 a accessoirement utilisé des exsiccata provenant d'autres col- 
lecteurs : 

MM. le D'' TiioREL, M. Harmaxd actuellement consul de France à Tokio, 
M. Pavie l'explorateur si connu, enfin quelques échantillons de Balansa 

et du R. P. MONTROUZIER. 

Toutes les descriptions contenues dans l'ouvrage, y compris les dia- 
gnoses, sont en français. A la suite du nom scientifique et des synonymes, 
Pierre énumère quand il y a lieu les noms knier et annamites, parfois 
les noms en langue moi ou en siamois. Puis il mentionne l'habitat et la 
distribution géographique, enfin le n° de la plante dans son herbier. 

En second lieu vient la diagnose, puis la description détaillée avec l'in- 
dication des dimensions des principaux organes. 



238 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

Le principal ouvrage de Pierre ' est, comme Ton sait, composé de 
grandes planches in-folio, accompagnées chacune d'une page ou deux 
de texte même format. 

Il comprend 25 fascicules de chacun 16 planches soit 400 planches au 
total. Les espèces de chaque famille qu'il a observées sont énumérées 
dans Tordre systématique d'après la classification de P. de Candûlle, et le 
travail s'étend des Magnoliacées aux Légumineuses. Du reste, nous don- 
nons dans le lableau suivant l'énumération des familles traitées avec la 
date d'apparition des fascicules. 

l'"" fascicule (Planches 1 à 16), Magnoliacées, Dilléniacées, Anonacées, 

2« — (PI. 17 à 32), Anonacées. 

3<= — (PI. 33 à 48), Anonacées, Chaillétiacées. 

Les trois premiers fascicules ne portent pas de date. Ils ont 
été publiés entre 1879 et 1882. 

4« — 1") mai 1882 (PI. 49 à 64), Hypéricinées, Guttifères. 

5« — LJ fév. 1883 (PL 6:i à 83), Guttifères. 

6e _ l'y novembre 1883 (PL 84 à 96), Guttifères. 

Consacré à une monographie du genre Garcinia (40 pages). 

7e — l^i- juillet 1883 (PL 97 à 112), Guttifères, Menisperniacées. 

S" — 2u janvier 1887 (PL 113 à 128), Ternstroemiacées. 

Contient une magnifique monographie illustrée des Thés 
d'Indo-Chine. Le genre Thea est divisé en trois sections. 

9« _ 1er janvier 1888 (PL 129 à 143), Tiliacées. 
. 10« — l'-- février 1888 (PL 14o à 160), Tiliacées. 

Ile _ lei- niai 1888 (PL 161 à 176), Tiliacées et Malvacées. 

.12e _ le.- d^.^. 1888 (PL 177 à 194), Malvacées. 

13e _ 1er f^y. 1889 (PL 19o à 208), Sterculiacées, Bulttnériacées. 

14e _ 1er goût 1889 (PL 209 à 224), Diptérocarpées. 

irie _ 1er ,nars 1890 (PL 22o à 240), Diptérocarpées. 

16e _ i.r oct. 1891 (PL 241 à 256), Diptérocarpées. 

17e ._ 1er Q^t. 1892 (PL 257 à 272), Styracées et Mastixiacées, Simaru- 
bées, Irvingiacées, Olacinées, Icacinées, Malpighiacées. 

Pour la première fois se trouve décrite la famille des Irvin- 
giacées et l'étude de quelques plantes africaines est abordée 
notamment du Fegimanra africana Pierre ^ Mangifera afri- 
cana Oliver. 

18e _ 1er juin 1^93 (pj 973 à 288), Malpighiacées, Ilicinées, Linacées, 
Erythroxj'lées, Rutacées. 

19e _ 1er (jéc. 1893 (PL 289 à 304), Zanthoxylées, Célastracées, Hippo- 
cratéacées. 



1. Le titre exact est : Flore forestière de la Cochinchine, ouvrage publié sous les 
auspices du Ministère de la Marine et des Colonies (puis par le Ministère des Colo- 
nies). Paris, Octave Doin, éditeur, 18.S0 (?) à 1899. 



J.-B. LOUIS PIERRE 239 

20* — 1"' juillet 1894 (PI. 305 à 320), Célastracées, Rhamnées, Sapin- 

dacées. 

21e — 1"' juillet 189o (PI. 321 à 336), Sapindacées, Méliacées. 

22e _ l"juillet 1896 (PI. 337 à 352), Méliacées. 

23e _ lei- juillet 1897 (PI. 353 à 368), Méliacées, Anacardiacées. 

24^ — !"■ sept. 1898 (PI. 369 à 384), Anacardiacées. 

25« — 15 avril 1809 (PI. 385 à 400), Légumineuses. 

Nous avons donné cette longue énumération pensant qu'elle pourrait 
être utile à ceux qui aui^ont besoin de consulter l'ouvrage dépourvu de 
table des matières et d'un maniement difficile en raison de son grand 
format. Ce qui donne surtout une valeur inestimable à la Flore de Pierre, 
c'est que chaque plante est accompag'née d'une grande planche représen- 
tant un rameau de l'arbre reproduit ordinairement grandeur naturelle et 
le détail de tous les organes de la plante minutieusement étudiés ; les 
planches des premiers fascicules furent dessinées par l'auteur lui-même, 
ensuite par M. Delpy, ancien sous-officier d'infanterie de marine, que 
M. Pierre avait connu en Asie et qui est resté jusqu'à la fin le dessina- 
teur de tous les ouvrages de Pierre. C'est à M. Delpy que sont dus aussi 
les innombrables planches autographiées relatives surtout à la flore 
d'Afrique, planches distribuées dans ces dernières années aux g-rands her- 
biers du Muséum de Paris, des Jardins royaux de Kew, du Muséum bota- 
nique de Berlin, du Jardin botanique de l'État à Bruxelles, etc. 



III. Autres travaux sur la flore asiatique 

En même temps qu'il poursuivait l'élaboration de sa grande flore, le 
laborieux botaniste publiait dans différentes Revues des observations sur 
des questions de détail, des diagnoses d'espèces nouvelles et des études 
extrêmement importantes sur la botanique économique. 

Il s'était attaché d'une façon toute spéciale à la famille des Sapotacées. 
Pour l'étude de l'origine de la gutta-percha, il avait été conduit à exami- 
ner ce groupe de végétaux dans leur ensemble et, dès 1890, il publiait 
l'ouvrage suivant, demeui^é malheureusement inachevé comme la plupart 
des travaux de l'auteur. 

1. Notes botaniques. Sapotacées, Paris, in-8, Klinsieck, 5 janvier 1891 

(an'êté à la page 58). 
Les autres publications sur la flore asiatique sont : 

2. 1881. Sur deux espèces d'Epicharis produisant les bois dits Sandal 

citrin et Sandal rouge. Bulletin de la Société linéenne de Paris, 
I, p. 289. 



240 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

3. 188Î). Sur le genre Philastrea, Ihid., p. 474-47o. 

4. 1885. Plantes à gutta-percha, ILid., p. 497-499, 50o-U08, 519-o20, :i23- 

528,529-531. 

5. 1885. Sur la laque de Cochinchine, Ihid., 537-539. 

6. — Sur le geni'e Zollingeria, Ihid., 633-635. 

7. — Sur le genre Suringaria, //jjJ., 635-636. 

8. 1887. Sur le genre Stixis Louv, Ibid., 652-656. 

9. — Sur le genre Tirania, Ibid., 657-658. 

10. 1888. Sur le genre Telotia, Ibid., 754-755. 

11. — Sur le genre Melientha, Ibid., 762. 

12. 1889. Sur IHarmandia, Ibid., 769-770. 

13. — Sur le genre Eggersia, /Aie/., 787-789. 

14. 1898. Observations sur quelques Bixacées, Bulletin du Muséum, 1898, 

p. 109. 

15. 1903. Sur les Plantes à caoutchouc de l'Indo-Chine, Bévue des Cultures 

coloniales, t. XI, p. 225-229. 

16. 1905. Quelques plantes nouvelles de l'Asie tropicale. Bulletin de la 

Société botanique de France, novembre 1905 (posthume). 

Enfin il convient de mentionner ici les descriptions d'espèces nouvelles 
publiées dans la récente thèse de M. le D"" Spire, sur les Plantes à caout- 
chouc cl' Indo-Chine. 



IV. Travaux sur la flore africaine 

Les travaux de Pierre sur la flore de l'Afrique tropicale ont été exces- 
sivement féconds en résultats scientifiques. On peut dire qu'il est le seul 
à avoir osé aborder l'étude d'ensemble des familles végétales représentées 
dans le Gabon et le moyen Gong-o français et les genres nouveaux très 
nombreux qu'il a été amené à créer sont aujourd'hui classiques dans les 
ouvrages de botanique générale. ^ 

La première note de notre auteur où il soit question d'une plante afri- 
caine est de 1886, mais c'est 10 ans plus tard, à partir de la séance du 
7 février 1896 de la Société Linnéenne de Paris, qu'il se mit à poursuivre 
sans interruption des études surlailore gabonaise, études qui ont pris fin 
seulement quelques jours avant sa mort. 

Dès 1896, il était en possession de 600 espèces récoltées par M. Jolly, 
ancien préparateur de Bâillon, aujourd'hui directeur du Jardin d'essais 
de Bingerville (Gôte-d'Ivoire) et par le P. Klaine de la mission catho- 
lique de Libreville (Congo français). 

Par la suite, le P. Klaine lui fournit une abondante moisson de maté- 
riaux botaniques, aujourd'hui complètement étudiés et répartis dans les 
grands herbiers d'Europe. Grâce à ces envois, la flore forestière de la 
région du Gabon avoisinant Libreville est aujourd'hui en grande partie 
connue. 



J.-B. LOUIS PIERRE 241 

Pierre eut également à sa disposition les collections anciennes rappor- 
tées du Congo au Muséum par Griffon du Bellay, Aubry-Lecomte, 
R. P. DuPARQUET et les herbiers récents de MM. de Brazza et Thorlon, 
H. Lecomte, Dybowski, Giialot, p. Trilles, Spire, Chevalier. Il est pro- 
fondément regrettable qu'une grande partie des recherches du laborieux 
chercheur soient restées en manuscrit et connues seulement d'un public 
très restreint de savants. Les publications de Pierre sur la flore d'Afrique 
forment néanmoins un riche bagage. Les notes dont nous donnons l'énu- 
mération sont la plupart très laconiques, mais elles se rapportent à des 
découvertes d'un grand intérêt scientifique. Les suivantes ont paru 
dans le Bulletin de la Société Linéenne de Paris. 



17. 1880. Sur rOmphalocarpum Radlkoferi, 1, 1377-082. 

18. 1896. Guttifères, 1, 1212, 1223. 

19. — Guttifères, Rhizophiracées, 1225. 

20. — Irvingiacées, Simarubacées, Burseracées, 123.3, 1241. 

21. — Sapindacées, Anisophyllées, 1249. 

22. — Panda, Pandacearum, 12ij"). 

23. — Ochocoa, Myristicacearum, 1257. 

24. — Thespesocarpus, Incertee sedis, 1258. 

25. — Dichostemma, Eupliorbiacearum, 1259. 

26. — Chelonecarya, Men.ispermacearum, 1260. 

27. — Alractogyne, Rubiacearum, 1261. 

28. — Rhopalopilia, Opiliacearum, 1263. 

29. — Erytropyxis, Styracearum, 12(55. 

30. Sur le genre Pappostylurn des Rubiacées, 1268. 

31. — Sur le genre Karlea des Rhamnacées, 1270. 

32. — Sur le genre £'rt/)ro7/ia des Rubiacées, 1273. 

33. — Sur le genre Z)e/ptc/o/'a des Chrysopliyllées, 1275. 

34. — Apocynées, 1277. 

35. — Espèces nouvelles de Santlriopsis, 1279. 

36. — Sur le Mannia af ricana, 128^1. 

37. — Ileckeldora, nouvelle Méliacée, 1286. 

38. 1897. Sur le genre Oricia, 1287. 

39. . — Sur quelques Olacacées, 1290. 

40. — Sur le Monotes glandulosa, i298. 

41. — Sur le genre Crioceras de la famille des Apocynées, 1310. 

42. — Sur le genre Ongokea de la famille des Aptandrées, 1313. 

43. — Sur quelques Phytocrénacées du Japon et de l'Indo-Chine, 1315. 

44. — Sur le genre Pteronema des Simarubacées, 1322. 

45. — Sur quelques Raphiostyles, 1324. 

46. - Sur le genre Plagiostyles, 1326. 

47. 1898. Observations sur quelques Laiidolpliiées, t. Il, p. 33-40, 89-96, 

97-104. 

4^8. — Sur le N'Dyembo ou Landolphia Klainii, 13-16. 

Bulletin du Jardin colonial. 17 



242 . ÉTUDES i:t .mémoires 

49. — Observations sur quelques Méaisperniacées africains, 76-85. 

50. — Sur le genre Ilelictonema des Hippocratéacées, 73-74. 

51 . — A propos d'une Macarisiée du Gabon, 74-76. 

52. — Sur les genres Oricia et Diphasia Rutse, 68. 

53. — Sur le genre .ln</'ocar?/o/j des Anacardisées. 

54. — Sur le genre PolycephaUuin Engler des Icacinacées, 16. 

55. — Sur le genre Acrusepaluiu des Tiliacées, 22. 

56. — Sur les genres Allanhlackia et Pentadesina, 19. 

57. — Sur le genre Allexi^ des Violacées, 25. 

58. — Sur le genre (^hlnromyatus Myrtacées, 71. 

59. 1899. Observations sur quelques Bixacées, 109-119. 

60. — Sur le genre Xylinabaria des Echitidées, 26. 

61. — Sur le genre Nonettea des Echitidées, 29. 

62. — — Amalocalyx, 28. 

63 . — — Paravallaris, 30. 

64. — — Micrnrhonea, ^i. 

Les 5 g^enres précédents appartiennent à la flore asiatique, mais c'est 
au cours de ses recherches sur les Landolphiées africaines que Pierre 
fut amené à les étudier. 

65. 1898. Sur le genre /-'e/-i7/i/-j,r des Périplocées, 05. 

66. — Sur te genre Peripelus des Psychotrichées, 66. 

67. 1899. Caractères du fruit de VAcrosepaluni Klaineaniim, 119-120. 

68. — Sur l'Ancyclobothrys pyriformis, 126-128. 

Enfin dans d'autres périodiques nous relevons les noies suivantes : 

69. 1901. Un nouveau Mimnsops de l'Afrique tropicale, Bulletin du Muséum 

de Paris, 1901, p. 139. 

70. 1904. Sur quelques landolphiées nouvelles de Madagascar, Agricult. 

pratique des pays chauds, 4" année, n" 19, ]). 107-112. 

71. — Coffea canephora var. opaca Pierre, Ihid., 117-118. 

72. 1905. Une sapotacée nouvelle de la Côte-d'Ivoire, Ihid., n'^ de juillet 

1905, 88. 



V. MONOGRAPUIKS DE FAMILLES. COLLABORATION \ DIVERS TRAVAUX 

lîotaniste descripteur de premier ordre, Pierre fut surtout un analyste. 
Il a probablement décrit dans sa vie plus de 2.000 espèces végétales nou- 
velles. La plus grande partie est malheureusement encore inédite, car 
notre auteur ne se soucia jamais de publier des travaux qu'il considéi^ait 
toujours comme inachevés. « Il me faudrait plus de matériaux et il serait 
indispensable qtie je fasse un examen d'ensemble de la famille », répétait- 
il toujours quand nous l'exhortions à mettre à jour les fruits de son labeur. 
C'est que son esprit si positif s était vite alfranchi de ces étroitesses de 



.J.-15. LOUJS PIERRE 243 

vision, communes à lant cFestimables naturalistes systémaliciens qui 
pensent que la description des espèces ou des genres nouveaux placés au 
bout des espèces ou des genres déjà connus est toute la science. Il pen- 
sait, au contraire, que c'en est à peine le commencement. 

Ce qu'il cherchait avant tout, c'était de découvrir des faits généraux et 
pour cela il ne se contentait pas de l'examen macroscopique des fleurs et 
du corps végétatif de la plante. 

11 fut souvent amené à faire l'étude anatomique détaillée des organes de 
la reproduction et de l'appareil végétatif. 

C'est ainsi qu'il fut conduit à diviser les Angiospermes dicotylédones 
en grandes classes, d'après le nombre et la disposition des cordons libéro- 
ligneux qui existent dans le pétiole : monoxi/lées, trixylées, polyxilées. 
Cette classification est exposée aux mêmes critiques que toutes celles qui 
sont basées sur un seul ordre de faits, mais nous pensons qu'elle a été en 
grande partie la cause de l'activité prodigieuse de Pierrk qui, pressé de 
découvrir les enchaînements du règne végétal, n'hésita pas à aborder 
l'étude simultanée d'un grand nombre de familles. 

A toutes, il applique les mêmes méthodes d'analyse scrupuleuse qui se 
perd jusque dans les plus infimes détails et c'est là le travers de cette belle 
intelligence. Il ne parvient pas à sérier tous les travaux qu'il entreprend 
de sorte que la plupart demeurent inachevés. Une observation inattendue 
dans un groupe de plantes qu'il est en train d'étudier l'amène à aller 
chercher dans une autre famille la portée qu'il faut donner à son obser- 
vation et le voilà bientôt entraîné par sa passion scientifique à délaisser 
la première famille pour la seconde. 

Un autre côté original de la manière de travailler de notre ami fut de 
s'attacher toujours à l'étude des plantes ligneuses et spécialement des 
arbres en délaissant les espèces herbacées. Qu'un spécialiste, un forestier 
par exemple, s'attache ainsi à un groupe déterminé, non naturel d'espèces, 
qui offrent un intérêt spécial pour le genre de recherches qu'il poursuit, 
rien de plus naturel. Mais, lorsqu'on veut élucider les enchaînements de 
tout un embranchement du règne végétal, comme s'y attacha Pierre, il 
est imprudent de faire abstraction de certaines espèces sous prétexte 
qu'elles présentent de ces adaptations spéciales. 

C'est pour cela que l'œuvre de Pierre n'a pas eu toute l'ampleur qu'elle 
eût pu avoir s'il avait travaillé avec plus de méthode. 

On peut dire également sans s'éloigner de la A'érité que, pour le même 
motif, les travaux les plus remarquables de Pierre sont ceux que 
d'autres publièrent à l'aide des notes que l'obligeant et modeste botaniste 
mit avec un absolu désintéressement à leur disposition. Tous ceux qui ont 
utilisé ces notes, MM. Engler, K. SchuxMann, de Wildemann, Stapf, Spire, 
etc., ont eu soin de décrire sous le nom de Pierre la part qui lui rêve- 



244 ÉTUDES ET MÉMOIRES 

nait. Son nom a été ainsi intimement lié aux progrès de la botanique 
systématique dans ces dernières années. 

On a reproché à Pierre d'avoir négligé parfois au cours de ses études 
la flore de Tlndo-Chine pour se laisser emporter vers l'étude plus 
attrayante de la ilore de l'Afrique qui lui réservait tant de belles décou- 
vertes./ 

Il s'est disculpé lui-même de ces critiques. 

(( La nécessité tenant à des causes diverses, plus souvent par suite de 
matériaux incomplets, de remanier entièrement les genres et les tribus 
d'une famille, m'a entraîné à des recherches considérables, à des travaux 
embrassant tout l'ensemble d'un genre ou d'une famille. On conçoit alors 
la perte de temps qui en est la conséquence. Ainsi j'ai dû refaire entière- 
ment l'étude des genres de plusieurs familles, ce qui m'a conduit à des 
monographies. C'est ce qui a eu lieu pour les Garcinia, Manxjifera, Cof- 
/"ea, Landolphia, Carpodinus, Clitandra, Willucjbeia, etc., et pour les 
familles des Diplérocarpées^ des Giillifères, des Sapolacées, des Apocy- 
nêes. J'ai dû même créer des familles nouvelles, Kurriniacées, Irvimjia- 
cées, Rhaptopéialacées , Napoléonacées. 

« Ces études nécessairement ont dû être publiées dans mes notes bota- 
niques, rtans le Bulletin de la Société Li