(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "La langue et la littérature hindoustanies de 1850 à 1869: Discours d ..."

Google 



This is a digital copy of a book that was preserved for generations on Hbrary shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose legal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia present in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journey from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we liave taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use these files for 
personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's system: If you are conducting research on machine 
translation, optical character recognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for these purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogXt "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it legal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is legal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any specific use of 
any specific book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 

at |http : //books . google . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ccci est unc copic numdrique d'un ouvrage conserve depuis des generations dans les rayonnages d'unc bibliothi^uc avant d'fitrc numdrisd avcc 

pr&aution par Google dans le cadre d'un projet visant ii permettre aux intemautes de d&ouvrir I'ensemble du patrimoine littdraire mondial en 

ligne. 

Ce livre dtant relativement ancien, il n'est plus protdgd par la loi sur les droits d'auteur et appartient ii present au domaine public. L' expression 

"appartenir au domaine public" signifle que le livre en question n'a jamais €l€ soumis aux droits d'auteur ou que ses droits Idgaux sont arrivds & 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombc dans le domaine public peuvent varier d'un pays ii I'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le pass6. lis sont les t^moins de la richcssc dc notrc histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine ct sont 

trop souvent difRcilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte prdsentes dans le volume original sont reprises dans ce flchier, comme un souvenir 

du long chcmin parcouru par I'ouvrage depuis la maison d'Mition en passant par la bibliothi^uc pour finalcmcnt se retrouver entre vos mains. 

Consignes d 'utilisation 

Google est fler de travaillcr en partcnariat avcc dcs bibliotht^ucs ii la numdrisaiion dcs ouvragcs apparicnani au domaine public ci dc les rcndrc 
ainsi accessibles h tous. Ces livres sont en effet la ptopri€t€ de tons et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
D s'agit toutefois d'un projet coflteux. Par cons6^uent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources in^puisables, nous avons pris les 
dispositions n&essaires afin de prdvenir les dventuels abus auxqucls pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes tecliniques relatives aux rcqufitcs automatisdcs. 
Nous vous demandons dgalement de: 

+ Ne pas utiliser lesfichiers & des fins commerciales Nous avons congu le programme Google Reclierclie de Livres ^ I'usage des particulicrs. 
Nous vous demandons done d'utiliser uniquement ces flcliiers ^ des fins personnelles. lis ne sauraient en effet Stre employes dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas proc^der & des requites automatisees N'cnvoycz aucune requite automatisfe quelle qu'elle soit au syst^me Google. Si vous cffcctuez 
des reclierclies concemant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractferes ou tout autre domaine ndcessitant dc disposer 
d'importantes quantitds de texte, n'lidsitez pas ^ nous contacter Nous encourageons pour la realisation dc cc type dc travaux I'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serious lieureux de vous Stre utile. 

+ Ne pas supprimerV attribution Le flligrane Google contenu dans cliaque flcliier est indispensable pour informer les intemautes de notrc projet 
et leur permettre d'accMer h davantage de documents par Tinterm^diaire du Programme Google Rccherclie de Livres. Ne le supprimcz en 
aucun cas. 

+ Rester dans la Ugaliti Quelle que soit I'utilisation que vous comptez faire des flcliiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilitd dc 
veiller h respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public amdricain, n'en dMuisez pas pour autant qu'il en va de m£me dans 
les autres pays. La dur& legale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays ^ I'autre. Nous ne sommes done pas en mesure de rdpertorier 
les ouvrages dont I'utilisation est autorisfe et ceux dont elle ne Test pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afflcher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifle que celui-ci pent Stre utilise de quelque fa§on que ce soit dans le monde entier. La condamnation h laquelle vous 
vous cxposcricz en cas dc violation dcs droits d'auteur peut £tre s6vtre. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et Facets ^ un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le fran9ais, Google souhaite 
contribuer h promouvoir la diversity culturelle gr§ce ^ Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres pcrmet 
aux intemautes de d&ouvrir le patrimoine littdraire mondial, tout en aidant les auteurs et les dditeurs ^ dlargir Icur public. Vous pouvez effectuer 
dcs rccherches en ligne dans le texte integral de cet ouvrage ^ radresse fhttp: //books .google. com| 



1> 



r 




T --IP- v^7 -^ 



r -^ - -» -T 



LA LANGUE 



ET 



LA LITTfiBATUBl fflNDOUSTANIES 



L- 



:i^ 



LA LANGUE 



ET LA 



lITTfiRATURK HINDOUSTANIES 



OE 1850 A 1869 



DISCOURS D'OUVBRTURE 



DU COURS D'HINXtOUSTANI 



FAK 



M. GARCm DE TASSY 

MEMBRB DB L*IIf8TITDT 
PROFMMUl A L*]£COLE SPICULE DIS LANGUEB ORIElfTAIiBS VtTAllTBS, ETC. 



SECOiTDE Edition 



PARIS 

UBRAIRIB ORIENTALE DE MAI80NNEFVE ET €*• 

QUAI VOLTAIRE, 15 
M OCCC LZXIV 



1 ■■■» T -^-iW- 



^ 



* 
I 



I: 



VERSAILLES. — IMPRIMERIE G. BEAUGRAND £T DAX» 

9, me da Potager, 9. 

I> ■ II M HI fill ^ 1 I ■! I >< ■ I I 



AYEIITISSEMENT 



Depuis 1870 je publie une « Revue annuelle » 
intitulee : la Langue et la literature hindmLS" 
tanies. Jusqu'alors, d6s 1850, j'ouvrais mon 
cours par une allocution que je publiais en- 
suite sous le litre de : Discours d'ouverture 
du Cours d^hindoustani. La plupart de ces 
anciens discours sont 6puis6s depuis long- 
temps et plusieurs personnes qui d6sirent en 
avoir la collection complete m'ont engage a en 
donner une seconde edition, Je d6f6re k leur 
invitation et je publie de nouveau ces discours 
en y comprenant la lecture qui remplaf a mon 
allocution en 1854 et qui vit le jour sous le 
titre de : Les Auteurs hindou^tanis et leurs 
ouvrages. 



^ 



&'? 



DISCOURS D'OUVERTURE 



DU 



CO0R8 S'mNOOnSTANI. 



PREMIER DISCOURS 

3 d^mbre i850» 

Messieurs, 

Avant de commencer rexplication du texte que nous 
avons sous les yeux, je veux vous dire quelques mots sur 
Tutilit^ pratique et sur Tint^rSt litt^raire actual de Thin- 
doustani. 

Oa ne sait pas assez que rhindoustani est parl^ dans tou- 
tes les provinces de I'lnde, soit concurremment avec d'au- 
tres idiomes provinciaux, comme au Bengale et dans les 
pr^sidences de Madras et de Bombay, soit exclusivement k 
tout autre idiome, comme dans les provinces nord-ouest do 
I'Hindoustan : le Bahar, Allahabad, le Malwa, Aoude, 
Ajmir, Agra, Dehli, auxquelles il faut joindre Lahore et le 
N^pal, ainsi qu'on a pu s'en assurer derni^rement k Paris. 
II faut done, pour r^sider dans ces contr^es, ou m6me pour 
y voyager, ce qu'on pent faire actuellement avec la plus 
grande facility et sans avoir besoin de passe-port, il faut 
done, dis-je, savoir I'hindoustani. Voilk pourquoi I'hono- 
rable compagnie des Indes orientales n'admet k son ser- 
vice civil ou militaire que ceux qui ont appris cette langue 
et qui ont subi un examen satisfaisant sur cette ^tude. 

Mais il ne faut pas croire que les Anglais seuls peuvent 
trouver k s'occuper dans Plnde. Bien d'autres Europ^ens 

1 



»«■ 



2 — 






J remplissent des fonctions lionorables. D'ailleurs on pent 
s*y faire facilement une position ind^pendante quand on 
sait I'hindoustani. Sans parler du commerce, qui est une 
source de richesses pour nombre d'Europ^ens, on pent j 
exercer avec avantage la medecine, s'y livrer avec succfes 
h la peinture, mais surtout k la profession d'avocat, si tou- 
tefois on joint k la connaissance des lois indiennes, musul- 
manes et anglaises, la facilite n^cessaire pour plaider en 
Lindoustani. 

Un eccl^siastique pent y prSclier aussi en hindoustani 
dans la belle cath^rale que la B^gam Samrou a fait b&tir 
i Sirdi&na, dans les chapelles de V&v^hi catholique 
d'Agra et ailleurs. H y a mSme k Calcutta, dans rint<5r6t 
des natifs convertis k I'Eglise anglicane, une chapelle dite 
hindoustani guirchaj c'est-i-dire chapelle hindoustani, oil 
le service divin ne se fait absolument qu'en hindoustani. 

On ne sait g^n^ralement pas que les natifs ont des im- 
primeries lithographiques dans les principales villes de 
rinde, et qu'ils y publient journellement des ouvrages 
liindoustanis, soit originaux, soit traduits. Pour ne parler 
que des provinces nord-buest que nous venous de mention- 
ner, il y avait, au l''^ Janvier de cette ann^e, 23 imprime- 
ries oil on avait imprim^, en 1849, seulement, 141 difF(S- 
rents ouvrages. A la m^me ^poque, on y publiait 26 
differents journaux, dont 23 en hindoustani, 2 en persan et 
1 en bengali. Or, si on ajoute k ces joumaux ceux qui pa- 
raissent dans d'autres provinces de I'Inde, on aura facile- 
ment un total d'au moins 50 diiferents joiirnaux hindous- 
tanis actuellement existants. 

L'hindoustr.ni est evidemment en progrfes. Cela tient k 
ce que, au lieu d'etre simplement, comme autrefois, la lan- 
gue usuelle, la langue des poesies populaires, il estdevenu, 
en outre, comme Tetait auparavant le persan, la langue 
officielle du gouvemement, la langue des correspondances 
diplomatiques, des tribunaux et des administrations. On 
^crit mSmo actuellement en hindoustani les trait^s scienti- 




-^ 3 — 

fiqnes, qui, josqu'^ ces denu&res ann^es, ^taient r^dig^s en 
persan. 

L'hindqastani a une litt^rature contemporaine qui n'est 
pas saos importance, et qui, d'aillenrs, offre an int^r^t 
d'actaalite propre k la faire distinguer an milieu des litt^- 
ratures de TOrient. On peut^ s'abonner, par exemple, au 
journal hindoustani de Simlah, dans les montagnes da 
nord de THindoustan, et le reoevoir r^guliirement k Paris 
par la poste. 

On pent sooscrire aux comptes rendus d'une soci^t^ lit- 
t^raire de Dehli, et prendre ainsi mensuellement connais- 
sance des travaux acad^miques qui se produisent dans Tan- 
cienne capitale de I'lnde. 

Parmi les ouvrages hindoustanis demi&rement impri- 
mis, il 7 a d'abord beaucoup de trait^s relatifs aux sciences 
exactes, aux arts, k la geographic, k la legislation, etc., 
les uns originaux, les autres traduits de Tanglais ; il 7 a des 
ouvrages th^ologiques et de controverse, 7 compris un ca- 
tediisme catholique imprim^ k Agra ; il 7 a des histoires 
anciennes et modernes;il7 a des traductions d' ouvrages 
moranx et reUgieux, tels que le Pilgrim's progress de Bu- 
n7aii, et le Self knowledge de Mason ; de romans, tels que 
Easselas et le Kuzzil hash, et mdme de poesies, telles, par 
exemple, que les fables de Ga7. 

On sait qu'il existe beaucoup de traductions du Sanscrit 
en hindoustani ; toutefois on n'en a pas public dans ces 
demiers temps ; mais on fait paraitre un grand nombre de 
traductions de Tarabe et du persan, parmi lesquellesje dois 
citer plusieurs traductions hindoustanies du Coran avec 
commentaires; un dictionnaire arabe expUqu^ en hindous- 
tani ; des grammaires arabes et persanes, plusieurs traduc- 
tions du Gulistan, deux traductions des Mille et une Nuits, 
VAJchldqu-ijalali et Akhldqu-i muhcinty V^hvig^^ du Sh&h- 
n&ma, le dictionnaire biographique d'Ibn Khallican, I'his- 
toire d'Aboulfeda, le Borda. 

Enfin, quant aux ouvrages reellement originaux, je me 




— 4 — 

contenterai de mentionner plusieurs charmatits poemes snr 
les l^gendes populaires de Sakuntala^ de Laild o MajnUny 
d'Ibrahim Adham, de Kald o Kdmriip^ de Husii, o ischc ; 
des voyages, des histoires, entre antres celle de Haider All, 
p&re de Tippou, derite par un fils da roi de Mysore ; nom- 
bre de nouvelles et de contes en prose ; d'utiles travaux de 
lexicographie et de grammaire anglaise en hindoustani ; 
enfin les prodactions des poetes k la mode : Mamin, N&cir^ 
Zanc, Nd^cikh et Atasch, dcrivains qui exercent en ce mo- 
ment nne grande influence sur la litterature contemporaine 
liindoustanie. 



i 



•^ *, 



5 — 



SECOND DISCOURS 



4 d6cembre 1851. 

Messieurs, 

Je suis heureux de me trouver au milieu de roes anciens 
et de mes nouveaux auditeurs k Tonverture de mon cours 
de cette ann^e scolaire. Vous avez raison de vouloir vous 
livrer k IMtude de la langae indienne. Cette langue, une 
<les plus r^pandaes dans le monde, paisqa'on peat ^valuer 
a plus de 80 millions les individus qui la parlent, offre ainsi 
un immense int^r^t politique et commercial ; mais elle a de 
plus un veritable interfet litt^raire, et c'est surtout sous ce 
point de Tue que son ^tude est utile sur le continent de 
I'Europe. La branche bin done est une sorte de Sanscrit 
simplifi^, k pen pr6s comme le grec modeme I'est au grec 
ancien et I'italien au latin. Sa connaissance pent 6tre ainsi 
fort utile k I'indianiste, qui dans les formes modemes 
trouve tant6t la contraction, tantdt le d^veloppement des 
formes antiques. La brianche musulmane offre aussi un 
grand avantage k ceux qui s'occupent du persan. Le persan 
et I'hindouistani out la m6me origine; mais Thindoustani a 
une phras^ologie plus simple. En appliquant, dans Tanalyse, 
la construction hindoustanie aux longues p^riodes persanes, 
on en saisit plus facilement le sens. Vous vous convaincrez 
par Yous-m^mes^ messieurs, de la v^rit^ de ces assertions > 
Yous qui Yous occupez de ces belles langues .: le Sanscrit, 
origine de toutes nos langues d'Europe, et auquel on com- 
mence k rattacher mSme les langiies s^mitiques, car on 
salt que le syst^me arabe des racines trilit&res est fadice et 
qu'un grand nombre de ces racines est en r^alit^ monosyl«» 



— 6 — 

labique, ce qui fait rentrer leur formation dans le systfeme 
Sanscrit et manifesto I'homog^n^it^ do quelques rapines 
arabes et sanscrites ; le persan, riche en ouvrages histo- 
ques, et qui so distingue par une litt^rature sp^ciale vivifi^e 
par le spiritualisme des th^osophes musulmans. 

Les deux branches de rhindoustani, la branche hindoue 
et la branche musulmane, offrent une littirature abondante 
et vari^e. II y a de plus en hindoui des traductions ou du 
moins des imitations des chefs-d'oeuvre de la litt^rature 
sanscrite, tandis qu'en urdA et en dakhni nous avons la re- 
production des chefs-d'oeuvre de la litt^rature persane. 

Dans le cours de cette ann^e scolaire, j'aurai I'occasion 
d'expliquer des compositions litteraires appartenant k ces 
diffi^rentes ecoles. L'ecole sanscrite nous offrira I'int^- 
ressante histoire de Sacuntala, presque populaire en Eu- 
rope, et celle d'Uscha, moins connue, mais non moins 
attachante. 

L'ecole persane nous fournira Wali, le Hafiz de I'lnde, 
dont les gazals, un peu pn^tentteux, offrent n^anmoins des 
beautes r^elles, ^gales k celle des lyriques persans. En prose, 
nous lirons un fragment de I'histoire de Scher Sch&h, oi 
nous trouverons, entre autres, des r^nseignements curi^ux 
Bur I'administration des anciens gouvemements musulmans 
de rinde. 

Dans l'ecole pureraent indienne, hindoui, hindi et hin- 
doustani, je choisirai, pour vous I'expliquer, messieurs, le 
Mihr o Mdhy histoire romanesque, oii vous trouverez d'in- 
structifs details ethnographiques, relev^s par des m^taphores 
d'une remurquable originality. Voici, par exemple, la des- 
cription qu'on y lit d'une noce : 

« 

a: Les pr^paratifs de la noce furent promptement ter- 
minus* Tout se trouva bientdt dispos^. La £^te comment 
sans retard et la musique I'annonQa. On entendit en effet, 
au loin, le son des instruments de musique : le firmament 
parut en retentir. On se livra partout k la joie; les felats 



— 7 — 

de rire s'unirent, de toutes parts, au bruit melodieux. L'ar- 
bre de la joie fructifia; la rose printanifere fleurit. On briila 
de la graine de hinn^ paur chasser les m^chanls esprits et 
les mauvaises influences, et la fum^e en monta jusqu'an ciel. 
La nature entiere participait k I'all^gresse qui ^panouissait 
les coeurs, II n'y avait plus de boutons aux plantes, mais 
seulement des fleurs ^closes. Les sons les plus doux se fai- 
saient entendre. On distinguait ceux de la fliite, de la harpe, 
du tambourin, qu'accompagnaient les cymbales, G'^tait i 
faire tomber en pfi.moison les hommes et les g^nies. Pour 
jouir aussi du spectacle de la danse, on avait fait venir des 
bayaderes. Ces femmes ktaille de cyprfes agitaient leurs pieds 
avec line gr^ce charmante et pirouettaient avec une admira- 
ble l^gferet^. Elles lan^aient en mSme temps des oeillades 
qui produisaient I'effet de I'^clair. 

J> Cependant Mihr monta k cheval pour aller au-devant 
de sa fianc^; son coursier faisait, en galopant, un bruit tel 
qu'on aurait cru entendre celui du jour de la resurrection. 
Ce coursier egalait dans sa vitesse le vent matinal ; aussi ses 
pieds montraient-ils continuellement le croissant des fers. 
Le prince ^tait entour^ de ses jeunes amis qui formaient son 
cortege. On les aurait pris pour les ^chansons du paradis. Au 
soir, tons, converts de vfetements broch& d'or, ^taient pr^ts 
pour la c^r^monie. De nombreux flambeaux dissipaient Tob- 
scurit^, et les murs et les portes en r(5fl^chis8aient I'^clat 
comme des miroirs. Ces flambeaux ressemblaient k la fleur 
du grenadier, ou, pour mieux dire, k de brillantes ^toiles. 
On tirait des feux d'artiflce qui changeaienten jour la nuit; 
on lan9ait dans I'air des fleurs de papier qui se dispersaient 
partout comme les Europ^ens. 

3^ Lorsque la premifere veille de la nuit fut pass^e, M&h 
s'assit sur le dos d'un palefroi pareil & celui de Schirin.EUe 
cachait son visage sous un voile, comme la lune cache ses 
)*ayons sous la surface de Teau. Le prince s'avauQait, de son 
c6te, vers la maison de sa fiancee, semant Tor sur sa route. 
Le tambour se fit entendre et le tonnerre lui- mSme en 



— 8 — 

trefsaillit, tandis que le son per9ant do la trompette parvint 
anx oreilles des auges et des houris. Enfin, les deux proces- 
sions s'^tant r^unies, on parvint au chdteau de Mkh et on 
y entra. Lk ^tait pr^par^ le banquet du plaisir et de Talld- 
gresse : on ex^cuta de nouvelles danses; le vin circula k la 
ronde : on aurait cru etre dans une ville d'Europe. La li- 
queur vernieille brillait dans la coupe, et son ^clat excitait 
la jalousie du soleil. La fiSte dura jusqu'k I'aurore. Lorsque 
la nuit fit place au jour, alors eurent lieu les ceremonies 
d'obligation et de sur^rogation. La marine prit un nouveau 
vfitement jaune et rouge, Elle orna le haut et le bas de ses 
oreilles de boucles et de pendants, et son nez d'un coquet 
anneau. Elle mit k son cou un collier de perles qui ressem- 
blait k la voie lact^e, k ses bras des ornements de metal que 
le calam ne saurait d^crire, k son poignet un bracelet de 
pierreries dont I'eclat se refl^chissait au loin, k ses doigts 
d'^l^gantes bagues, k ses jambes de sonores anneanx. Elle 
m^cha du b^tel et rendit par Ik plus fonc^ Tincarnat de ses 
levres. Jamais marine ne ftit plus belle. Elle ^tait la bougie, 
et ses compagnes et suivantes I'entouraient comme le fanal. > 
Enfin, nous lirons une descripti(»n po^tique du Kali-yug^ 
ou VAge noiry I'&ge de fer de la mythologie grecque, descrip- 
tion qui semble analys^e par ces vers de Dryden sur le 
m^rae sujet : 

Mankind is broken loose moral bands ; 

Nor rights of hospitalily remain ; 

The guest, by him who harbour'd him^ is siain : 

The son-in-law pursues the father's life. 

The wife the husband murders ; he, the wife. 

Plusieurs de ces compositions sont en vers. Mais ne 
croyez pas, messieurs, qu'elles soient pour cela beaucoup 
plus difficiles que celles en prose. Si dans les vers les regies 
ordinaires de la construction ne sont pas suivies, si on j 
trouve m^me des inversions peu naturelles et des figures 
plus exag^r^es que dans la prose, on a du moins Tavantage 
de voir clairement oil finit le sens ; car les enjambement» 






9 — 



n'j sont pas permis. Le sens ficit la plus souvent avec le 
rers, et, dans tons les cas, il ne s'^tend pas au-del& de denx 
ou de trois vers. 

De mdme qu'on se sert en hindonstaoi do deux Venture?, 
IMcriture persane pour rhindoustani-muBuIman, et T^cri- 
ture d^vanagari pour rhindoustani-hindou, amsi on se 
sert de deux systimes, pour la m^trique. On a adopts, 
pour rhindoustani-urdd. et dakhni, la m^trique arabe, 
avec les seules modifications qu'exige la diflKrence du Ian- 
gage; et pour I'hindi ou rhindoui le systfcme Sanscrit 
simplifi^. 

Les Arabes, vous le savez, messieurs, considirent le vers 
comme une tente, et lis lui donnent en consequence le nom 
de bafty qui signifie tentey et par suite maison. Les tentes out 
deux entries qui se nomment misra : or ces deux entries 
sont les deux hemistiches des vers, lesquels portent au?si lo 
nom de misra. La 'tente est soutenue par des pieux (rukn) : 
ce sont les diffi^rents pieds des vers, dont on compte dix 
primitifs et soixante et douze recondaires. L'int^rieur de 
la tente est s^par^ par des cloisons (fddlajj et elle est fix^e 
par des chevilles {watad)^ et par des cordes (sabab). Ce sont 
les noms qu'on donne aux six subdivisions grandes et peti- 
tes du pied. 

La combinaison des pieds primitifs et des pieds secon- 
daires donne naissance k une infinite de mitres ; mais il 
n^ en a que vingt it peine qui soient usit^s en urdii et en 
dakbni. Les vers sont toujouis rim^s. 8Mls le sont par 
b^mistiche, la rime change it chaque vers ; si la rime ter- 
mine seulement les vers, elle est la m£me pour tout le 
poeme. 

Le sjstime hindou est beaucoup plus simple. On n'y fait 
attention qu'aux syllabes, sans distinction de longues ni de 
br&ves, comme en anglais ; et, ainsi que dans cette demi&ro 
' langue, le rhythme oblige souvent it contracter plusieurs 
syllabes en une, ou mSme k faire quelquefois le contraire. 
Ge pied syllabique se nomme mdtra comme en Sanscrit. 



-^ 



— 10 — 

Dans le dialecte hindou, comme dans le dialecte mustd- 
man, les vers sont rim^s, et, de plus, les hemistiches ri- 
ment toujours ensemble. Le vers du Chaup^i, qui est le 
poeme le plus usil^ en hindoui^ressemble au aloka Sanscrit; 
11 est de huit syllabes par h^mistiche. Quant au dohra^ qui 
r^pond 9MfardovL halt arabe isol^, il se compose de douze 
ou de quatorze syllabes par h^mistiche. 

J'aurai soin, messieurs, de vous indiquer la mesure des 
-Vers que nous lirons, et de les scander cpnform^ment aux 
principes que je viens de vous exposer. 

La langue dont nous nous occupons est essentiellement 
vivante; car, pendant que nous lirons k Paris les produc- 
tions que je vous ai signal^es, il en paraitra par centaines 
dans rinde. On ne pent, en eflFet, se faire en Europe une 
id^e de la quantity de volumes, de brochures et de feuilles 
p^riodiques hindis et hindoustanis qui se publient. 

L'an pass^, je vous disais que, dans les provinces nord- 
ouest, provinces dont le gouvemement anglais de I'Lide 
est sur le point de former une grande pr&idence ayec La- 
hore pour capitale, et dont I'hindoustani est I'unique lan- 
gue, il J avait, en Janvier 1850, vingt-trois imprimeries li- 
thographiques consacr^es a I'impression d'ouvrages indiens. 
Dans le courant de Tann^e pass^e, on en a ^tabli une nou- 
velle k Lahore, ce qui porte k vingt-quatre le nombre de 
ces imprimeries au 1*'^ Janvier de cette ann^e, k savoir : 
sept k Agra, cinq k Dehli, deux k Mirat, deux k Lahore, 
quatre k Benares, une k Bareilly, une a Cawnpour, une k 
Simla et une k Lidore, Mais cette partie de Tlnde n'est pas 
la seule oil Ton imprime des livres et des joumaux hin- 
doustanis. il y a des imprimeries du meme genre non- 
seukment dans les chefs-lieux des trois pr^sidences actuel- 
.les, mais dans plusieurs auti*es villes ; et k Lakhnau seule- 
ment on en compte treize activement occupies. 

J'ai pr^cis^ment re^u, il y a peu de jours, la liste d^- 

, taill^des nombreux ouvrages hindoustanis de tout genre, 

origiDaux ou traduits, qui ont vu le jour en 1850 dsms les 



F • 




. — 11 — 

provinoes nord-ouest. Je venx, messienrs, voiis en dter 
quelquea-iuiB qui ont pour nous nn int^rfit philosophique 
ou litt^raire. Ce sont, entre autres, plusienrs Editions du 
Goran en arabe et en utdA, dont une de format in-18 ; un 
martyrologe musulman ; nn poeme sur les pr^tendus mi- 
racles de Mahomet; une refutation delasecte des vah&bis; 
des trait^s de la secte h^t^rodoxe hindoue des jams, r^dig^s 
en hindi ; un recueil de poesies de Nazir d'Agra^ rdcem- 
ment d^c^d^, et qui a acquis dans I'lnde^ comme poete, une 
grande reputation; une vie du c^l^bre spiritualiste Ali- 
Hazin, auteur^ entre autres, d^int^ressants memoires qui ont 
ete traduits en anglais ; une histoire du Penj&b, par D^bi- 
PraQ&d, de B^nar^s ; une histoire de la dynastie Sindhya, 
par Dharm-N&r&yan, d'Indore; un roman en vers intitule 
LakM-i-jigar ou V Enfant chSri par Bal-Mukund, de Sikan- 
dard^bad, qui, bien qu'Hindou, ainsi que son nom Pindique, 
a n^anmoins ^crit en urd&, qui est I'liindoustani musulman 
du nord. 

C'est surtout la po^sie qui continue d'etre cultiv^e avec 
le plus de succ^. Le feu sacr^ est entretenu par des reu- 
nions litteraires sp^ciales nommees muschd ^ara. Les Indiens 
ont beaucoup de go&t pour ces sortes de reunions aoademi- 
ques ; aussi les amateurs de la poesie en tiennent-ils chez 
eux k des epoques fixes, plus ou moins rapprochees, mais 
generalement tous les quinze jours et le soir. Celui qui tient 
chez lui la reunion dont il s'agit la preside ordinairement 
n convoque les personnes de la yille connues par leur ta- 
lent poetique, et il les invite k preparer pour la reunion une 
pi^ de vers, souventsur un m&tre donne. 

Parmi les poetes vivants les plus ceiibres, on compte 
deux Bouverains : le sultan de Dehli et le roi d'Aoude. Au- 
trefois les princes musulmans de Tlnde ne parlaient et 
n'ecrivaient qu'en persan; ils dedaignaient la langue 
usuelle. Mais aujourd^hui, k Texemple de leurs sujets, ils 
ont adopte Thindoustani pour exprimer leurs pensees, soit 
de vive voix, soit par ecrit. Des deux poetes royaux dont je 



J 



'^^^ 



~ 12 — 

vous parle, messietirs, le premier Bahadur Schah II, est 
petit-fils de Sch&h-Alani, qui est comptd lui-mSme parmi 
les poetes hindoustanis, et pire du prince D^rft, qui s*oc- 
cupe aussi avec succfe de po^sie. H a pris dans ses vers lo 
snmom po^tique de Zafar (victoire), et c'est ainsi qu'on lo 
nomine quand il' est mentionH^ comme poete. Le second, 
W&jid-Ali Scli^h, a pour sumom po^tique Akhtar (astre), 
II est non-seulement poete, mais musicien, et il met Jui- 
inSme en musique les gazals qu'il compose. Les productions 
de ces deux poetes sont fort estim^es dans I'Inde, et elles 
sont, en effet, digues de Tfitre, si j'en juge parce quej'en 
ai lu. On pent ainsi leur appliquer, sans trop d'exag^ration, 
un proyerbe ^rabe connu : d Les. discours des rois sont les 
rois des discours. y> 



— 18 — 



TROISIEME DISCOURS 



5 d^cembre 1812. 

Messieurs, 

Le nom d^hindcmstani fait du tort k la langae qu'il in- 
dique. II est barbare pour nous, car il a ^t^ emprunt^ tel 
quel h rinde. Nous aurions pu le rendre ^zx hindoustanien ; 
mais, k Timitation des Anglais, nous avons maintenu la 
forme originale. Ainsi que lenoml'indique, rhindoustani est 
le langage de rHindoustan ; mais il ne s'arrSte pas h. ses 
limites r^elles ; il est usit^ dans toute la presqu'ile, sp4cia- 
lement parmi les musulmans et les Sipahis, jusqu'en Perse, 
au Tibet et k Assam ; aussi le nom dUindien ou hindi donne 
dts Torigine k cette langue, et que les natifs lui ont conserve, 
est-il bien pr^f^rable k celui sous lequel la d&ignent com- 
mun^ment les Europ^ens. Ces derniers, it la v^rit^, r^ser- 
rent le nom de hindi au dialecte des Hindous plus r^gulife- 
rement appel^ hindouiy et donnent le nom d*hindou8tani au 
dialecte musulman. 

Quoi qu'il en soit, ces deux principaux dialectes de la 
lanf;ue indienne modeme sont paries dans la plus grande 
pariie de I'lnde anglaise, et le dialecte mulsuman du nord, 
rhindoustani-ourdou, a et^ adopts comme langue officielle 
dans les provinces nord-ouest, quoique 1? hindi y soit em- 
ploy^, concurremment avec I'ourdou, comme il I'^tait aupa- 
ravant avec le persan. En effet, )es princes musulmans 
avaient autrefois un secretaire hindi (hindi nawts) aussi bien 
qu'un secretaire persan (farst nawia)^ et ils faisaient ^crlre 
dans ce;s deux langues leurs ordonnances. De m^me, dans 




— 14 — 

les provincos nord^-ouest^ radministration anglaise accom- 
pagne souvent d'une traduction hindi en caract^res d^va- 
nagaris le texte ourdou en caract&res persans des actes 
du gouvemement, dans Tint^rfit des populations hindoues. 

Je Yous aiparl^ d'autres fois^ messieurs^ de la litt^rature 
hindoustanie et et de ses diffe^rentes branches. Vous savez 
que, dans le premier volume de mon histoire de cette litt^- 
rature,j'ai mentionn^ sept cent cinquante auteursetplusde 
huit cents ouvrages. Dans le troisifeme, dont difi&entes cir- 
constances out retard^ jusquMcil'impression^jementionne- 
rai deux fois plus d^^crivains noureaux, mais seulement un 
m^me nombre d'ouvrages. Cela tient& ce que les biographes 
originaux se boment presque toujours k citer des vers des 
poetes qu'ils font connaltre, sans indiquer d'eux aucun ou- 
vrage special. 

Je yeux vous dire quelques mots de trois seulement des 
nombreux ^crivains sur lesquels j*ai recueilli des renseigne- 
ments. Tons les trois sent actuellement professeurs au col- 
lege des natifs de Debli, k ce college qui a eu pendant 
douze annees k sa t^te xm Fran9ais d'un m^rite distingu^, 
M. F^lix Boutros, un des fondateurs du Vernacular Trans- 
lotion society^ institution qui a rendu de si grands services k 
la litt^rature hindoustanie contemporaine, en renrichissant 
de traductions varies du Sanscrit, du persan, de Tarabe et 
de I'anglais. 

Le premier de ces ^crivains, c'est BAm-Chand, dont I'i- 
clatante conversion au christianisme, la premifere, dit-on, 
qui a eu lieu & Dehli parmi les Hindous, a produit, au mois 
de juillet de cette ann^e, une immense sensation. Ce pandit, 
&g^ aujourd'hui de trente-cinq ans, fiit d'abord ^Ifeve du 
college de Dehli avantd'y 6tre professeur. Li il apprit I'an- 
glais et il ^tudia la litt^rature hindoustanie et persane ; mais 
il s'adonna surtout aux math(imat]ques. On lui doit plu- 
sieurs trait^s utiles Merits en hindoustani et traduits de Tan- 
glais; un traits d'algibre, d'apr^ Bridge et Euler, dont il a 
donn^ plusicurs Editions ; un traits de trigonometric analy- 



— 15 — 

tique, avec les sections coniques et une g^om^trie analjtiqne 
d^apr&s Hutton et Boucharlat ; un traits d'arithm^tique, et 
enfin des ouvrages litt^raires. II est aussi I'^diteur de deux 
publications p^riodiqueSy dont la piindpale intitule Muhibb- 
i'Hind (V Ami de VInde) est un recueil mensuel oi parais- 
sent des articles sur les questions les plus importantes du 
moment sur I'^tat de T^ucation chez les natifs, et sur les 
progrfes de la litt^rature yulgaire, c'est-i-dire hindous- 
tanie. 

Le second des ^crivains contemporains sur lesquels je 
veux appeler votre attention , c'esb B&m-Krischn, autre 
Hindou fort spirituel et tres-savant, aussi habile que le pre- 
mier dans la langue anglaise. II est originaire de Cache- 
myre, natif de Dehli, et &g^ d'environ quarante ans. On 
lui doit nombre de traductions de Tanglais en hindoustani, 
qui se distinguent par la puret^ et par I'^Wgance du style. 
Ce sont, entre autres, celles des « Principles of hindu 
Law, D de sir W. M'Naghten, Tediteur des Mille et une 
nuits en arabe, qui fut assassin^ k Caboul, dans la derni^re 
guerre des Anglais contre les Afgans; des <s: Principles of 
government, 3> de Norton, et d'autres ouvrages sur la le- 
gislation. R&m-Krisclm est auteur, en outre, d'un traits 
d'agriculture, d'un traits de mMecine et d'une grammaire 
anglaise en hindoustani, travail dans lequel il a iti sidi par 
le docteur Sprenger, alors principal du college de Dehli, 
aujourd'hui examinateur du college de Fort-William, et se- 
cretaire de la society asiatique du Bengale. 

Enfin, le troisifeme ^crivain dont j'ai k vous parler, c'est 
Karim-Uddin. Ce dernier, natif de Panipat, et musulman, 
ainsi que son nom Tindique, fut admis au college de Dehli 
en quality d'^lfeve dfes 1812, et il a aujourd'hui cinquante- 
neuf ans. On lui doit de nombreux ouvrages, tons Merits en 
prose, car ce savant se glorifie mfime de ne pas ^crire en 
vers, et il s'^lfeve k ce sujet contre I'usage qui existe dans 
rinde, de faire de la po^sie une sorte de profession. De ses 
ouvrages, les uns sont originaux, les autres des traductions^ 



— 16 — 

les troisi^mes des compilations. Dans la premi&re cat^gorio 
peuvent 6tre rang<5s: un volume sur T^ducation des femmes^ 
si negligee dans I'Inde ; la biographie des femmes celfebres 
del'Asie et de TAfrique; enfin, un traite sur la m^trique, 
qui a eu beaucoup de succ^s. Dans la seconde : la tradue** 
tion de I'histoire d'Abulfeda, I'histoire des poetes arabes efc 
celle des poetes bindoustanis. Dans la troisi^me, une antbo- 
logie des poetes classiques hindoustanis, un traite sur la re- 
partition des successions, mati^ire fort embrouill^e dans la 
legislation musulmane ; un abr^g^ des sciences exactes^ 
enfin nne collection de bons mots et d'anecdotes, intitul^e : 
< Le Jardin de Tlnde, » 

En 1851, comme en 1850, les presses bind oustanies n'ont 
pas cess^ d'etre en mouvement dans les provinces nord- 
ouest. Des journaux ourdous et bindis ont continue k pa- 
raitre, et un grand nombre de volumes ont vu le jour. Cetto 
ann^e encore j'ai pu, gr&ce a d'bonorables amities, obtenir 
une liste de ces publications nouvelles. Je ne vous parlerai 
pas, messieurs, des impressions et r^impressions d'ouvrages 
ei^mentaires, de livres classiques, d'^crits religieux k I'u- 
sage des musulmans, quoique je dusse vous citer cependant, 
parmi ces derniers, une Edition de Debli et une d'Agra de 
la traduction ourdoue du Goran accompagneedu texte arabe. 
Mais je veux vous signaler en ourdou VHistoire d'Agra (1) 
le Bahdr-i-ischc (le Printemps d' amour) par N6r-i-Ali, ce 
qui n'est pas autre cbose que « I'histoire de Nalus; le 
Quissa-i gourou chdd ou I'histoire du gourou et de son dis- 
ciple, 5> imitation du conte de Kalila et dimna ; le Quissa-4 
sipdht'i-Zdday ou « I'histoire du fils d'un sip^hi ; le diw&n 
de Nawed, c^lfebre poete contemporain ; celui de Nazir, qui 
n'avait pas encore (5te public en entier ; un Gulistmi en hin- 
doustani, enrichi, pour la premiere fois, du texte persan ; 
unpoeme historique ^xirlesconqu^ants deV Inde^ accompagn^ 
d'uue traduction anglaise. Ce dernier ouvrage execute par 

< 
(i) TarXhh'Agra par Muhommad sadiduddin. 



-^ 17 — 

Tordre da sultan de Dehli, estdiiaa ppete royal Mah&rftj&- 
Aparva-Krisclina-BahAdiir, qui, bien qu*Hindou, a forit en 
ourdou et non en Hindi, plus ordinairement employ^ pax lelft 
Hindous. Enfin un conte int^ressant sous le rapport ethno- 
logique, dcrit en pur hindoustani, sans melange de persan 
ni d'arabe, par Inschfir Allah Kh&n, poete celfebre qui vivait 
au commencement de ce si&cle, et public dans le Journal de 
la socid4 asiatique du Bengale. 

En hindi je me bornerai k vous citer des maximes mo- 
rales intitulees : NUi-Binod ; un mietnuel des banquiers hin- 
dous (Mahajani sdr dtpikd) ; enfin, parmi les publications 
hindi qui ont ^te annonc^s cette ann^e, je dois mentionner 
une traduction complete des Y^as qui sera jointe au texte 
Sanscrit dans une edition pr^par^e par une soci^t^ fondle 
dans le nord de Flnde, pour la diffusion des livres sacr^s 
des Hindous. 

Mes lemons vous foumiront, messieurs, je I'esp^, les 
mojens de lire les productions litt^raires de la langue in- 
dienne modeme. La methode que je suis, vous le savez, 
c*est la methode analytique. Je vous rends compte de 
chaque mot, et, tout en expliquant les textes, je dt^veloppe 
au fur et k mesure les regies de la grammaire, et j 'analyse 
chaque idiotisme. C'est, il me semble, le seul mojen de 
provoquer des progris r&ls et solides. 

Nous terminerons cette ann^e la lecture que nous avons 
commence Tan dernier d*im fragment de I'histoire de 
Scher-Soh&h, le lAonrRoif le Xerxh des Afgans, qui, fils 
d'un gouvemeur de district, parvintautr6nede Dehlipar son 
habilete et par Tdnergie de son caract&re, second^es par une 
impartiale justice envers ses subordonn^s. II ^tait en effet 
bien jexme encore, lorsque son pfere Tayant charg^ d'admi- 
nistrer une portion de ses domaines, il lui dit en prenant 
cong^ de lui : 

a: Permettez-moi, mon p^re, de vous parler avec franchise. 
Je veux travailler au d^v^oppement de ragrioulture dans 

2 



— 18 — 

Tetendue da pays que vous me confix et en rendre I'etat 
pro»p^re. Toutefoia, il est impossible qae je parvienne k ce 
but sans exercer lojalement la justice ; car les sages out dit 
que la justice est la plus excellente des vertus, puisqu'il en 
r^sulte la stability et ragrandissement de Tempire, I'abon- 
dance dans le ir^sor, la prosp4rit^ des viUes et des campa- 
gnes. La tyrannic, au contraire, est le pire des d^fauts, 
parce qu'il en r^ultela decadence et la mine et qu'elle des- 
honore dans ce monde et dans I'autre celui qui s'en rend 
coupable. H faut done traiter les sujets avec bont^ et avoir 
pai-ticuli&rement de la bienveillance pour les petit s; car Dieu 
les a plac& sous la tutelle des souverains, dont le devoir est 
de les prot^ger centre les oppresseurs et de les rendre heu- 
rcux. Four cela une exacte justice et une administration 
vigilante sent n^cessaires. Mais, sans une bonne police, il se 
forme des abus incessants et les droits individuels sont an^- 
antis* Elle est comme une pluie bienfaisante qui abat la 
poussi^e de la sedition et comme un sabre dont le moir^ 
. brillant so reflate sur la joue du royaume et lui donne 
r^olat du soleil. 

» Je n'ignore pas que quelques-uns des of&ciers qui vont 
fetre sous mes ordres exercent la tyrannic et Toppression. Je 
les avertirai d'abord avec douceur. S'ilsobtemp^ent k mes 
observations, je n'aurai pas recours k la seventh; mais s'il 
s'en trouve en qui le mal soit etabli de telle sorte qu'ils ne 
veuillent pas y renoncer, je serai envers eux inexorable et 
je les punirai de fa^on qu'ils servent d'exemple k ceux qui 
seraient tentes de les imiter. En effet, quand les gens vicieux 
et les fauteurs de d^sordres voient briller les flammes du 
feu d'une bonne police, ils vont se cacher dans leurs repai- 
res, Au contraire, quand ils s'aper^oivent du moindre rel&- 
chement dans radministration, ils excitent partout du 
trouble, et Tedifice de I'Etat en est bientot Idzarde. Les 
sages ont.dit : Le royaume est un arbre dont il faut arro- 
ser la rucine avec I'eau d'une habile administration, 



— 19 — 

poor qn'il produise le fruit de la s^curlt^ et de la con- 
fiance.... > 

Je Tons expliqnerai anssi, messieurs, cette ann^e, le 
PremrSdgarj ce r^dt, en prose po^tique entremfil^e de 
rers, de la l^gende de Krischna et qui est bas^ sur le 
dizi&me livre du BhdgavaU L'^dition et la traduction de ce 
purftna avaient ^t^ entreprises, vous le savez, par un Emi- 
nent indianiste. II ^tait preciseraent arrire it ce dixi&me 
livre lorsque lamort Fa enlev^ k I'i^rudition dont il ^tait un 
des plus beaux omements. Mais une imitation de ce m6me 
dixi^me livre, ^crite en vers bindouis et dont la reaction est 
plus andenne que celle du Prem-Sdgar^ vient d'fitre publi^e 
en fran^ais par M. Th. Pavie, que je m'honore d'avoir 
compt^ autrefois parmi mes auditeurs, sous le titre de 
c Krischna et sa doctrine; 2> et elle pent Stre consid^rde 
comme une suite de Touvrage d'Eug&ne Bumouf on comme 
son complement. 

Le Prem-Sagar est un roman excessivement attachant 
qui semble puis^ dans Thistoire sacr^e du Sauveiir. II pr^-* 
sente k chaque page des souvenirs confus des narrations 
^vang^liques ; mais ici est la v^rit^, \k Perreur ; et ainsi ces 
ressemblances sont en mSme temps des contrastes. Cepen- 
dant rhistoire de Krischna, quoique par^e de tout le mer- 
veilleux de Timagination orientale, et soiiiil^e, il faut . le 
dire, par la depravation paienne, offre neanmoins des rap* 
ports frappants avee I'histoire du Sauveur. CTest ce que j'ai 
cherche k ^tablir dans un de mes ouvrages, persuade que 
ces rapprochements, faits dans un esprit fonci&rement chr^* 
tien, bien loin de pouvoir chequer personne, seraient un 
sujet d'edification plus m^me que de simple curiosity. II 
m'a paru int^ressant de montrer que la vie de Krischna 
etant un ^cho lointain de celle de notre Seigneur, et sa doc-* 
trine un reflet de la doctrine fondamentale du christianisme 
on devait en tirer la consequence que la religion chretienne 
avait, d^ les temps les plus anciens, p^netre dans Tlnde^ 



-- 20 — 

conform^ment k la tradition de I'Eglise. En efFet, saint 
Fran^ois-Xavier, cet illustre ilhve de runiversit^ de Paris, 
nomm^ k juste titre VApStre des IndeSy trouva, en (Svang^li- 
sant les c6tes de la pteherie, Cochin et Travanoore, des 
clirdtiens d'origine, que les chroniques du temps nomment 
Paravasy et onlui montramSme, k M^Iiapour, letombean 
de saint Thomas. Permettez-moi d'ajouter, messieurs, quo 
dans la province de B<5japour, dont Goa est une des princi- 
pdes villes, le saint dut prScher dans le dialecte hindous- 
tani da D^can, qui est usit^ en B^japour aussi bien que le 
mahratte. 






21 



QUATRIEME DISCOURS 



29 novembre 1853. 

Messieurs, 

La langue hindoustanie, comme il est. facile de le snp* 
poser, est de plus en plus employ^ non-seulement comme 
langne parl^e mais comme langue ^crite dans oette con* 
tr^e qu'on appelle IMnde, aussi vaste que I'Europe conti- 
nentale et peupl^e de cent soixante millions d'habitants* 
Aussi sa litt^rature continue-t-elle d'etre en progrfes et 
s'enricliit-elle joumellement de productions remarquables. 
Depuis 1851, il a ^te ^tabli de nouyelles imprimeries 
lithograpbiques d'od sont sortis d'int^ressants ouvrages. 
De nouTeaux journaux ont ^t^ fond& et presque tons ceux 
qniexistaient se sont maintenus. 

Grftce k des renseignements que je dois k d^obligeants 
amis et II un journal anglais de I'lnde (the Friend of India), 
je puis Yous donner, Messieurs, quelques details certains 
sur r^tat de la presse hindoustanie, au commencement de 
I'ann^e 1852, dans les provinces nord-ouest, qui ont le 
double d'^tendue de la France, et dont rhindoustani, soit 
onrdou soit hindi, est la langue usuelle. Je regrette de no 
pouYoir rien yous dire de nouveau quant k ce qui concerne 
le Rajpoutana, le D^can, le rojaume d'Aoude et m^me les 
capitales des trois pr^sidences anglaises. Toutefois les de- 
tails partiels que je Yais yous donner yous permettront de 
juger, par analogic, du mouYement litt^raire qui se mani- 
festo actuellement dans I'lnde au moyen de la langue que 
Tons Yenez apprendre ici et de Taccroissement de Timpor- 
tance qui lui est acquise depuis longtemps. 



— 22 — 

An commencement de 1852, on comptait, dans qninze 
villes des provinces nord-onest, trente-qnatre imprimeriea 
lithographiques consacr^es k rimpression d'oavrageB indiens, 
et trente et nn jonmanx liindoustanis. Les imprimeriessont 
ainsi r^parties : sept k Agra, six k Dehli, deux k Mirat^ 
deux k Lahore, sept k B^narfes, et une dans les villes de 
Sirdhana, Bareilly, Cawnpour, Mirzapour, Simla, Indore, 
Loudiana, Bhartpour, Amritsir et Moultan. 

Les joumaux hindonstanis publics dans ces imprimeries 
sent, k Agra, le Matba ulakhbdvy on « I'Lnpression desnou- 
relles 3> qui est celui qui a le plus de vogue dans cette 
ville; VAkhbdr ulhacdic ou « les Nouvelles des choses cer- 
taines, i> qui parait deux fois par semaine, et VA^ad ulakh^ 
bar on <c le Lion des nouvelles, }^ qui ne parait qu'une fois. 
Un autre journal de la m6me ville, le Cutb ulakhbdr ou «le 
Pivot des nouvelles, d traite surtout des matiferes reli- 
gieuses musulmanes. II reproduit les traditions de Pisla- 
misme, les biographies des prophites, des martyrs et des 
saints musulmans, et donne des extraits d'anciens ^ri- 
vains. Le Maar usschu'ard ou « I'Excitaiion des pontes » 
est un journal litt^raire, ou pour mieux dire un recueil 
p^riodique des productions po^tiques anciennes et contem* 
poraines; enfin YAhhbdr unnawdh ou « les Nouvelles des 
diflR^rentes contr^es » qui ^tait, dans rorigioe, un journal 
scientifique, est aujourd'hui devenu un simple journal de 
nouvelles. 

Je dois citer aussi VAgra Government Gazettey journal 
ofHciel du gouvernement, en anglais et en hindoustani. 

Si nous passons actuellement a Dehli, nous y trouvons le 
Sirdj ulakhbdr ou « la Lampe des nouvelles, i> le plus an- 
cien des journaux de cette ville ; le Dehli urdtt akhbdr ou 
« les Nouvelles de Dehli, » en langue ourdoue; le Mazhar 
ulhacc ou d la Manifestation de la verite, i> journal r^dig^ 
par Muhammad Alt, k qui on doit un ouvrage qui porte 
le m6me titre et qui a pour objet Texplication des diflSe- 
rentes c^r^monies du culte musulman. 



— 23 — 

lie Qairdn ussa^dain on < la Goi^jollotion doB deux astres 
heureux (Japiter et V^nas), » journal scientifiqaey litt^- 
raire et politique illustr^. A en juger par qaelques nam^roa 
qn'on m'a envoy^, ee jaaraal est k la fois une esp&ce de 
Magasin pittoreaqne destin^ k populariser ohez lea Indiens 
les cozmaissaaceB enrop^emies et k lent rappeler leur hi&- 
toire, et une gaiette des nonvelles du ioor : il parait 
le lundi de cbaque aemaine par cahier de douze pages petit 
in-»foIio. 

n 7 a ensnite le Fawdzd unndzirtn on c les Avantages 
des observatenrs, :^ journal mensnel qui contient, outre les 
nouvelles courantes, des articles de fond g^n&ralement em- 
prunt^ k des sources anglaises. Enfin le Daqutc ulakhbdr 
ou 6: la Quintessence des nouvelles^ > qui est surtoat destine 
aux Bindoux. 

A Mirath, il j a deux joumaux hindoustanis t le W/tdli 
ulakhbdr on € la Clef des nouvelles, :» dont Tdditeur Mah- 
bub All est connu par un abi^g^ du c Diotionnaire des 
Diotionnaires hindoustanis,]) imprim^ k Lakhnau en 1847 ; 
et le Jdm'ijahdnrnumdj cVst-&-dire c la Coupe qui montre 
le monde, i> titre qui fait allusion k la coupe magique de 
J&mscbed, au fond de laquelle ce prince pr^tendait voir 
tout ce qui se passait dans le monde. Ce dernier journal 
contient des extraits de la gazette du gouvernement, les 
decisions du tribunal supreme des provinces nord-ouest et 
les nouvelles du jour. Dans une feuille suppl^mentaire, les 
^teurs publient la traduction persane du Mahdbhd'- 
rata de Faizt comme une sorte de prime accord^e aux 
abound. 

A B^nar&s, il existe six joumaux hindoustanis. Le mdme 
^teur ^1 publie deux : un en hindi, caractferes ddvana- 
garis, et Fautre en ourdou, caract^es persans. Le pre- 
mier porte le titre de Benares akhbdr on <i: les Nouvelles de 
Benarte^ > et il est, dit-on, subventionn^ par ler&jftde 
N^pal dont la femme tk r^d^ k B^narte. lie second a re^u 
le titre un peu trop europ^ de Benares Gazette. Ton- 



] 



— 24 — 

tefois, dans. I'un coinme dans I'antre, I'^ditenr qiii est un 
zili HindoQ, defend avec ardenr la religion hindoue 
contre les missionnaires chr^tiens. 

Le troisi^me journal liindonstani de B^naris^ c'est Is 
Sudhdkar akhhdr on a: les Nonvelles satisfaisantes. i> Ce 
jonmal, qni est favorable an gonvemement anglais, avait 
d'abord paru dans les denx dialectes bindi et onrdon; il ne 
pandt pins anjonrd'hni qn'en bindi, mais trop recbereb^ et 
trop cbarg^ de mots sanscrits, ce qni borne sa circulation 
aux Hindons lettr^s. 

Le qnatri^me est intitnld Bdg o Bahdr on « le Jardin et 
le printemps, d par allusion a I'onvrage qui porte ce 
titre. n est public sous les auspices dn r^j4 de B^nar&s, nn 
des protecteurs de la litt^rature modeme, dont il a fait im- 
primer k ses frais plusieurs productions, et anteur de 
po&ies bindoustanies et persanes. 

Le cinqui6me, c'est le Sdirinri Hind on a les Courriers 
de I'Lide. l> Ce journal, qui parait seulement tons les 
qninze jours, par cabiers de buit pages petit in-folio, sur 
deux colonnes, contient des articles de fond varies et les 
nonvelles dn jour assez d^velopp^es. 

Le sixifeme, c'est le Benares^Harkdra on « le Mes- 
sager de B^nar^s, ]e> journal bebdomadaire qui parsdt 
depuis 1851. * 

A Barcilly, nous trouvons le Umdat ulakhbdr on « le Fi- 
ber des nonvelles, 2> dont P^teur Lakscbman Fra^^ est 
connn dans la Htt^ratnre indienne contemporaine par une 
petite encyclopedic morale et scientifique qui porte letiire 
oriental de € les Joyaux intellectuels. i> 

A Mirzapour, on imprime le Khair khd^d Hmd on « le 
Zeiateur de Tlnde, i> journal r^ig^, snrtont dans nn inte- 
rSt de pros^lytisme rebgieux, par des missionnaires pro- 
testants am^ricains. 

A Simla, nous avons le Simld akhbar on <K les Nonvelles 
de Simla^ 3> excellent journal r^dig^ aujourd'bui par le 
scbaikh Abd-nllab, qui a Tavantage de connaitre anssi 



— 25 ~ 

bies Fanglais que rhindoastaiu, sa langae matemelle. 

A Indore, capitale da Malwa^ on publie le JlfaZtra a^^dr 
oa « les Nouyelles de Malwa^ d joamal qui pf^rait nne fois 
par semaine^ en bait pages^ sar deax colonnes, une hindie 
et I'aatre oardoae^ et qui est r^g^ par Dharm N&r&m, 
kgi sealement de yingt-six k vingt-sept ans et autear de 
ponies remarqaables, d'ane traduction de a: rBconomie 
politique 2^ de Mill^ et d'une a: Histoire d'Angleterre. y> 

A Bhartpour, dans la province d'Agra, il y a le Mazhar 
UBguHir ou € la Manifestation de la joie, 3> journal public 
sous le patronage du r&jft de Bhartpour, sur deux 
colonnes, comme celui du Malwa, une hindie et I'autre 
ourdoue. 

Enfin nous ayons les journaux du Penjftb qui semblent, 
plus que les autres encore, tendre & la diffusion des lu- 
mi&res, k en juger du moins par leur titre, qui portent tons 
le mot nOr a lumi^re. :» Ainsi nous avons a Lahore le 
Daryordniir ou a l^Oc^an de lumifere, :i> et un autre journal 
qui parait deux fois par semaine, le KohA nUr ou € la Mon- 
tague de la lumiire, x> dont le titre fait allusion au c^l6bre 
diamant qui appartient aujourd'hui k la reine d' Angle- 
terre. 

A Loudiana, il y a le Ifiir cda ndr ou <l Lumiire des lu- 
mitres, 3>joumalhebdomadairefond^en 1851 par Muham- 
mad Hu^aiUy connu dans le public indien par une a Des- 
cription en vers des productions de la nature, i> telles 
qu'elles sent expliqu^ dans les hadis^ c'est-li-dire les <2i9- 
cours de Mahomet, A Amritsir, il y a le Bag-^ niir ou <L le 
Jardin de lumiire, i>eik Moultan, capitale de la province 
de ce nom, le Rif/dzA ndr ou < les Parterres de lami&re. » 

Quant aux ouvrages hindoustanis qui ont paru dans les 
proyinces nord-ouest en 1851, je puis ajouter, messieurs, 
quelques nouyeaux renseignements k ceux que je yous ai 
donnas I'an pass^. 

Sirdhana est comnie une oasis catholique dans ces pro- 
yinces. II y a une typographic fondle par des mission- 



— 26 — 

naires romains oil on a imprim^, e^ire autres, dans ces 
derniers temps, nn catechisme pins d^taill^ que celni qni a 
itb public k Agra, des livres de pri^s, nne traduction onr*- 
doue du Cat^hisme faistoriquede Flenry, nne Vie des saints 
et plosienrs autres onvrages de pi^.t^ tant en caract^res 
persans qa'en caract^res d^vanagaris. 

Quant anx publications religieuses protestantes, il va 
sans dire qu'elles sont tr^nombreuses, et que lenr diffu- 
sion parmi la population indigene y infiltre peu k peu les 
id^es chr^tiennes, tandis que les onvrages ^l^mcntaires de 
tout genre traduits de Tanglais y r^pandent de leur cdt^ 
nos connaissances. Je vons ai entretenus Tan passd de la 
conversion k I'anglicanisme de EAm Chand, I'editenr d'nn 
des journaux que nous venous de passer en revue. Cette 
ann^e, il s'agit d'un prince indien, et m6me du seul prince 
indien qui so soit converti de nos jours an christianisme : 
du mahHr&jd. Dhulip Singh, prince sikh de la famille royale 
de Lahore, qui a ^te solennellement baptist k Fattehgarh, 
oil il reside actuellement, le 8 mars dernier. 

Mais occupons-nous de la presse des natifs, car c'est 
celle-li qui m^rite surtout I'attention de I'Europe. On a 
fait le relev^ des onvrages imprim&, dans le courant de 
I'annfe 1851, dans trente typographies indigenes, et ils se 
montent k cent vingt-six, dont quatre-vingt-quatre hin- 
doustanis. Malheureusement nombre de cess derniers on- 
vrages ne sont mentionn^s que par leur titre original, sans 
aucune explication, ce qui ne pent pas toujours en donner 
nne id^, les titres des livres oriantaux n'ayant souvent pas 
de rapport avec le sujet des onvrages. Je suis ainsi priv^ de 
vous citer, messieurs, des volumes qui offrent peut-fetre un 
grand interfet. 

Parmi les onvrages hindis que je puis vous signaler, en 
voici quelques-uns qui m^ritent votre attention : 

Un Commentaire sur le Rdmai/dna, dont I'impression, 
ordonn^e par le rkj^ de Benar^, ^tait presque termm^ en 
Janvier 1852. 



— 27 — 

Le Sujdn chariir (la Condaite des sages), ouvrage im- 
prim^ par Tordre da rftjft de Bhartpoiir, et qui oflfre le r^cit 
en vers des combats livr^s par Sur&j Mall, Taieul du r&jft, k 
Sal&bat khftn, et autres che& afgans. 

Le Najdt tdmumintn ou € le Salut des croyants >, ou- 
vrage ^crit, malgr^ son titre arabe, dans le dialeete hindi 
du Penjab, qu'on distingue par le nom particulier de pan- 
jabt. C'est un traits sur la religion musulmane qui a ^t^ 
public k Loudiana. 

Un Hdtim Tal en vers hindis, publi(§ k B^nar^, et 
un Dictionnaire hindi ^ public k Dehli par Taaschuc, 
auteur de plusieurs ouvrages mis ant^rieurement au 

J'^tendrais facilement cette liste si je mentionnais les pu- 
blications officielles^les almanachs, lespetits livres de religion 
et surtout les rAmpressions. Or ceci s' applique aussi aux pro- 
ductions ourdoues, bien plus nombreuses que les autres, car 
les Hindous eux-mSmes ^crivent de preference dans le dia- 
leete ourdou, auquel les ^crivains de I'Inde musulmane ont 
donn^ ime admirable perfection. 

Quant aux publications ourdoues, j'ai, messieurs, k vous 
en signaler cette ann^e plusieurs qui me paraissent avoir une 
veritable valeur. 

A Cawnpour, ofi est ^tablie une des imprimeries hindou- 
stanies les plus f<^condes en produits litt^raires, il a ^t^ pu- 
blic entre autres, en 1851,uiipoeme intitule Quissa-^ Manswr 
ou <L Histoire de Mansur ]^, qui n'est autre quele od^brecou' 
templatif plus connu sous le sumom de Halldj (cardeur de 
coton). Ce famoux personnage, qui ^tait sofi, c'est-i-dire pan- 
th^iste-spiritualiste, fut empale en 922 de notre ^re pour 
avoir blasph^m^ en se donnant le nom de Ulhacc « la v^riti d, 
expression par laquelle on d^signe Dieu. Toutefois les sofis le 
. eonsid^ent comme un saint martyr, et il est cit^ avec ^loge 
dans tousleurs ouvrages. D'un aatre c6te on a pr^tendu qu'il 
etait Chretien, et d'Herbelot cite de lui, dans sa <r Bibliothi- 
que orientale 2>, des vers qui semblent donner de la consis- 



— J« — 

tanoe k cette asaeitioii^ ei dont il pronon^ le denmr en 
raardbant aa snpjdioe : 

<Lcni^ soit k jamais odiii qui nom a manffeate aon hanuir 
nit^ en nons cacliant sa diTinh^ qni pdnetre toofte chose, 
juaque-lk qn'il a vonla paraitie parmi noos buyant et man- 
geant comme le reste des hommes. 

> Ceini qni me convie k son banquet ne me fait ancnn 
tort, car il me donne a boire le calioe qn'il a bn Ini-meme. 
II me traite en efhi comme celni qni invite traite son 
convive. > 

On distingue parmi les antres onvrages pnblies pendant 
la mSme ann^ k cette imprimerie : le Mc^mua masnawi 
(Collection poetiqne), contes en vers ourdous; le HUcayat 
namhat-amez on < Fables morales >; le JVo? o myaz (Pridre 
ek supplication), poeme k la louange de Dien et de Maho- 
met, ainsi qu'un autre ouvrage qu*on imprimait dans le 
m£me temps k Agra sous le titre de NazmA nadir (le Poeme 
merveilleux) et le Gtdigtdn-i ma^arrai (le Jaidin de la joie) 
anthologie poetique recneillie par MnstafIL kh^, directeur 
^clair^ de la typographic. 

Les onvrages ourdous sortia des antres presses et snr les- 
quels je crois devoir appder votre attention sont : une 
traduction d u c^lftbre ouvrage arabe de Hariri intitule Moum^ 
mat on < Stances »; le Dharm Singkkd quissa < ou FHis- 
toire de Dharm Singh >, roman int^ressant; un Commen- 
taire des ponies persanes de Bii All Calandar; le BahdrU- 
tdnri sukhan ou c le Printemps du disoours >, recueil des 
poesies de Nacikh, Atasch et AbM; et le iGzan uttibb ou 
c la Balance de la mddecine >, traduction d^un livre persan 
qn'on a voulu mettre k la port^ d'un plus grand nombre 
de lecteurs. 

Un journal de Lahore a annonce an commencement de 
cette annee la prodiaine publication d'une traduction our- 
doue de Touvrage du major Edwardes intitule € A Year in 
the Punjab », par le nab&b Lnftm uddin, ancien gouvemeur 
du Cachemyre, qui prit part d'une mani&re distingu^Se au 



— 29 — 

sUge de Caboul et k d^aatres faits d^armes post^rieurs dans 
le Penjab. 

Je ne dis rien des cartes g^ographiques de tout genre 
qni ont ^t^ pnbli^es. Depnis celles d^Herklotts et de Tassin, 
on a fait paraitre dans les typographies des provinces nord- 
onest non-seulement des mappemondes et des cartes de 
rinde, mais des cartes particuliires des districts {ztUa). 

J'ai expliqu^ k mon cours, pendant plusieurs ann^es, les 
Hindustani sdediona du savant M. Shakespear, recueil qui 
etait alors le livre ckssique des colleges de la compagnie 
des Indes orientales. Le Totd Kahdni et le B6g o bahdr ajant 
M actnellement adopt^s, je vous les expliqnerai cette aim^, 
messieurs, non*^seulement dans Tintdr^tdes Anglais qui fr^- 
quentent mon cours et qni ont k subir des examens sur oes 
ouvrages, mais parce qu'ils ofirent un module pr^cieux du 
beau style onrdbu, c'est-k-dire de cet ^l^gant langage indien 
dans lequel le persan et son accessoire arabe n'entrent que 
mod^r^ment; oh il est fait un usage limits des figures, des 
antith^es, des ieux de mots, toutes choses si recherch^es des 
Orientanx. 

Le premier de ces deux ouvrages vous est connu par les 
traductions qu'on en a faites sous le titre de <c Contes d'un 
perroquet 2>; aussi n'entreprendrai-je pas de vous I'analyser. 
Le second est un oonte cS^bre qui, en bindoustani, a plu- 
sieurs redactions, dont celle qui est intituled Bdff o bahdr 
est si estim^e qu'elle est devenue populaire dans I'lnde, oil 
on en a public de nombreuses Editions et jusqu'k une tra- 
duction en arm^nien. EUe se distingue entre autres par de 
nombreuses citations de proverbes et de vers ourdous et 
bindis. L'auteur nous donne lui-m^me dans son epilogue le 
motif du titre singulier de Bdff o bahdr on <l le Jardin et 
le printemps ^, qu'il a donn^ k son roman. <l C'est, dit-il, 
:» que ce titre offire, par les lettres qui le composent, le chro- 
3> nogramme de la date de Fouvrage, et que sa lecture est 
x> comme une promenade dans un jardin printauier. » 

Oe roman ou plut&t ce conte enoadre d'autres contes 



-^_ li~("' 






— 30 — 

d'apr^ Fnsage oriental) et ainai qae dans V Orlando farioaOy 
l&d^no&ment est general et tons les personnages dn roman 
y figorent. Quant k Tensemble de l^ouvrage il offire un tissn 
d'aventnres coinpliquees, oh est mis en jea le merveilleax 
f^riqne si 2imi des Orientaux malgr^ sa monotomie, et qui 
ici diminne sonvent en r^alit^ Tint^rfet des r&its, Heureuse- 
ment il est m€16 an merveilleux musulman, plus acceptable 
et pins satisfaisant. 

Ponr vons donner, messieurs, une idfe du Bag o bahdr et 
vons faciliter Tentente g^n&ale dn texte, je vais vous en 
donner une courte analyse. 

Oe roman commence comme beanooup d'ouvrages orien- 
taux du mSme genre. H s'agit d'un empereur de Constan- 
tinople nomm^ A^d-bakht qui n'avait pas d'enfant. Arriv4 
k I'&ge de quarante ans, un jour qu'il r^itait les attributs 
de Dieu sur son chapelet dans la salle des miroirs, il aper- 
9oit pour la premiere fois un poil blanc dans ses moustaches. 
II le consid^ comme un messager de la mort, et ses yeux 
se remplissent de iarmes en songeant qu'il n'a pas d'li^ritier. 
D^goiit^ du monde, il prend la resolution d'abdiquer et de 
se faire derviche. Son ministre I'engage k ne pas d^ses- 
p^rer de la bonte de Dieu. <£ Oelui, lui dit-il, qui a cr^^ dix- 
huit mille esp^s d'animaux en pronon^ant le mot kun 
(sois) pent sans peine vous accorder des enfants. II n'est pas 
n^ssaire que vous alliez errer dans les bois pour adorer 
Dieu4 Vous pouvez vouslivrer k la contemplation au milieu 
de votre palais. Beconmiandez-vous aux pri&res des dervi- 
cbes, distribuez joumellement des vivres aux malbeureux, 
et Dieu vous accordera peut-i6tre ce que vous desirez si 
ardemment. d 

Le roi suit ce sage conseil. Une nuit, pour m^diter avec 
plus de recueillement sur le neant des choses du monde, il 
va tout seul, revetu d'un babit grossier, dans un cimeti^re.. 
L& il aper^oit dans un coin quatre derviches assis autour 
d'une.lampe. H s'en approcbe sans en 6tre aper^u, et se tient 
cache pour entendre ce qu'ils peuvent dire. C'etait le hasard 



— 31 — 

qui les avait r^Tmis, et ila ne sayaient pas oe qui lenr ^tait 
respectivement aniv^ avant ce moment. Un d'eux propose 
de satisfaire mutuellement leur curiosity par le r^cit de lean 
aventures, et sa proposition est agr^^e. 

Le premier de oes derviches ^tait le fils d'nn marchand 
de I'Arabie heureuse. Quarante joars apr^ la mort de son 
pire, on entonra sa tSte da turban patemel pour Tinstaller 
dans sa succession. H^ritier d'immenses richessesy il se met 
k les dissiper en se livrant an plaisir^ et bient6t il est oblig^ 
de recourir k une soeur qu'il avait, et il pent ainsi expMier 
par mer quelques murchandises k Damas, oil il se rend lui- 
mSme par terre. H arrive de nuit k la porte de la ville qu'il 
trouve ferm^e; mais bientdt, k la lueur d^ la lune, il voit 
descendre un coffre le long du mur. II s^en approche^ et il 
entend des g^missements : il I'oavre, et il y trouve une 
jeune et belle femme assassih^e. A Taurore il charge ce cof- 
fre sur son cbeval, entre dans la ville, y loue.une maison, 
etfait appeler le chirurgienqu'onlui designe comme le plus 
habile. Celui-ci donne ses soins k la belle assassin^e, et en 
quelques jours elle est hors de danger, et pent faire Tablu- 
tion de la gu^rison. Comme on le pense bien, le marchand 
est fort ^pris de cette femme ; mais celle-ci tout en parais- 
S£int reconnaissante de ses soins, le traite avec hauteur et 
lui park avec autorit^. Un jour elle Tenvoie chez un mar- 
chand nomm^ YftQuf acheter des ^tofFes. Yu^uf fait grande 
connaissance avec le jeune Arabe, et finit par le decider k 
venir passer quelques jours avec lui. La grande dame, dont 
r Arabe s'^tait fait pour ainsi dire le maitre d^h6tel, consent 
non-seulement k ce qu'il se rende k cette invitation, mais 
elie veut qu'il invite & son tour Yii9uf aiosi qu'une esclave 
noire qu'il afFectionnait beaueoup. Cette demise invitation 
est acceptee comme Tavaitet^la premiere. La grande dame 
fait servir aux convives un excellent repas oh les vins les 
plus exquis sontsipeu oublies que tous s*enivrentet par- 
dent 1' usage de leurs sens. Au matin I'Arabe se reveille, et 
il ne trouve plus ses hdtes ; il les cherche et decouvre Y&- 



-32- 

9uf et sa n^gresse morts assassin^s Fun et I'autre. La dame 
avait disparu : il finit par la retrouyer^ ct aprte bien des p^ 
rip^ties il en derient I'^ponx. C'est senlement alors qa'il 
apprend que la belle dame ^tait fille da roi de Damas^ 
qu'Yii^uf avait ^te son amant, qn'elle allait fiirtivement le 
trouver, que voyant un jour chez lui une esclave noire qu'il 
paraissait affectionner et lui ayant adress^ des reproches^ 
il lui donna un coup d'ep^ qu'il crut mortel, et la mit 
ensuite dans le coffre dont il a ^t^ question. On comprend 
le reste. 

Cependiint la princesse jit^e k propos de quitter Damas, 
I'Arabe se' rend k ses d&irs ; ils se mettent en route et 
finissent par arriver au bord d'une rivi&re. Ii'Arabe luisse 
la princesse se reposer sous un arbre ded Banyans, et ya it 
la recherche d'un bateau ou d'un gue ; mais lorsqu'il re- 
yient trouyer la princesse elle ayait disparu, ot il lui est 
impossible de d^couyrir sa trace. D^sesp^r^, il allait atten- 
ter k ses joiu*s, lorsqu'Ali sous la figure d'un cayalier le 
retient et lui annonce sa rencontre k Constantinople ayec 
trois derviches aussi malheureux que lai, et ayec Azftd- 
bakht, roi de ce pays, qui ^tait aussi en proie k I'affliction. 

Le second deryiche ^tait roi de Perse. Frappe des r^its 
qu'il ayait entendus de la g^n^rosit^ extraordinaire de H&- 
tim, il yeut Timiter, et fait construire en dehory de la yille 
d'Ispahan un ^ifice k quarante portes oh chaque jour il 
donnait une pi^ de monnaie k tons ceux qui se presen- 
taient k I'une de ces portes. II apprend cependant que la 
reine de Bassorah est encore plus g^n^reuse que lui (grftce^ 
a la y^rit^, ^des richesses tout k fait extraordinaires dont 
elle etait en possession par des moyens sumaturels). Le roi 
de Perse yeut connaitre cette princesse, et il part pour 
Bassorah sous le costume d'un faquir. Arnv^ dans cette 
yille, il est accueilli ayec les plus grands ^gards : il est 
combl^ de pr^yenances et de magnifiques cadeaux. Emer- 
yeill^, il d&ire yoir la reine et il obtient cette fayeur. 
H lui fait savoir qu'il est roi,et qu'il desire Stre son ^poux. 



— 33 — 

EUe Ini declare alors qu'elle ne sera la femme qae de celvi 
qai lai donnera rexplication d'nn fait extraordinaire dont 
un de ses esclaves avait ^t^ t^moin dans un pays lointam 
nomm^ Nimroz. Le roi de Perse part pour ce pajs et finit 
par J parvenir apr^s nn an de voyage et de peines infinies. 
Lky il lui arrive une s^rie d'aventures extraordinaires dans 
le goiit des <i Mille et une Nnits. t> Enfin il trouvele prince 
de Kimroz, dont Tamonr ponr nne £^, on g^nie du sexe 
£$minin, avait alt^r^ la raison, et qui ^tait pr^cis^ment 
I'auteur des excentriqnes cruaut^s qni avaient ^t^ mention- 
n^es k la reine de Bassorali. Ponr I'obliger il parconrt en 
yain le monde pendant cinq ann^ k la recljerche de la 
f(^e. D4sesp((r^, il vent se pr^cipiter en bas d'nne montagne 
pour en finir ayec la vie^ lorsqu'il est retenu par le m&ne 
cavalier qui avait apparu an premier derviche, et qui lui 
annonce aussi sa rencontre avec ses interlocuteurs et avec 
Tempereur de Constantinople. 

Pendant ces deux r^cits la nuit s'^tait ^coul^e. Lorsque 
Faurore parait Azftd-bakht s'empresse de retourner furti- 
vement k son palais et envoie cbercber sans retard les qua- 
ire deryicbes. Ceux-ci se rappelant la promesse du cavalier 
myst^rieux obtemp^rent & son d^sir. Le roi les accueille 
avec distinction, leur fuit savoir ce qui s'est pass^^ et de- 
mande au troisi^me et an quatri^me derviche de raconter k 
leur tour leurs aventures. Pour les y encourager il leur 
xapporte les siennes, qui consistent en ce qui suit. 

n avait succ^d^ k son p^re sur le trdne de Constantino- 
pie, lorsqu'un ricbe marchand lui fit cadeau d'un rubis 
d'une grosseur extraordinaire. Ce rubis excitait son admi- 
ration, il Pavait sans cesse dans ses mains, et le montrait 
avec orgueil aux ambassadeurs Strangers. Son vizir cbo- 
que de cette pu^rilit^ lui apprend qu'il avait entendu dire 
qu'un marcband de Nischapour poss^dait douze rubid plus 
gros encore dont il avait fait un collier k son cbien. Le roi 
vent punir de mort ce qu'il prend pour une offense ; mais 
enfin il se borne k retenir en prison le vizir jusqu'i ce 

3 



-^ 



34 — 



qn^on puisse T^rifier la y^rit^ on la fausset^ de son asser- 
tion. La fiUe de ee dernier se d^vone pour sauver son pfere; 
elle prend des y^tements d'homme^ et d^gnis^e en mar- 
chand elle part pour Nischapour. Li, en parcourant les 
raes de la yille, elle ayise la boutique d'un joaillier ou 
^taient ^tal^es une grande quantity de pierres pr^cieuses. 
Pensant que ce joaillier pourrait bien 6tre celui dont ayait 
parl6 son pfere, elle considire avec soin sa boutique, et ne 
tarde pas d'apercevoir le chien an collier de gros rubis, 
couch^ sur un coussin de velours, et servi par deux domes- 
tiques. Auprfes de lui ^taient deux cages de fer dans cba- 
cune desquelles se trouyait un homme, et k cdt^ de ces 
cages se tenaient deux nfegres armes. Dfes lors le discours 
du yizir ^tait y^rifi^ ; il s'agissait de decider le joaillier k 
yenir ayec son cbien k Constantinople ; la chose sWectue, 
et Az&d-bakht apprend que les deux indiyidus renferm^s 
dans les cages de fer sont les frferes du marchand de Nischa- 
pour, que ce chien lui a sauy^ quatre fqis la yie que ses m^- 
chants frferes ont aiitant de fois youlu lui rayir ; que quant 
aux pierreries extraordinaires qu'il posside, il les doit k des 
aventures meryeilleuses qui lui sont arriy^es, et qui ressem- 
blent beaucoup k celles du deuxi^me et du quatri^me 
voyage de Sindebad le marin. 

Le troisifeme derviche encourage par le r^cit d'Az&d- 
bakht lui fait connaitre son histoire. II ^tait fils du roi de 
Balkh. Un jour qu'il se livrait au plaisir de la chasse, il 
aper9oit un daim noir revetu de brocart, et le con entour^ 
d'une ehaine d or. H va & sa poursuite voulant le saisir en 
vie ; mais I'animal fuyant toujours, et la nuit s'approchant, 
le priuce lance centre lui une fliche qui I'atteint ilajambe. 
L'animal continue k marcher en se trainant : le prince le 
suit et arrive dans I'habitation de celui k qui le daim ap- 
partenait, Li il trouve la statue d'une femme ravissante de 
beauts, et dont il apprend I'histoire. Le prince va en Eu- 
rope k la recherche de cette femme, ouplut6tde cette prin- 
cesse admirable ; il la trouve, se fait aimer d'elle et Ten- 



r- 



— 35 — 

live; il retourne dans son pajs^ mais en traversant nn^ 
riyi^e^ la princesse tombe dans Peau^ et on ne pent la d^- 
convrir. Ce triste accident jette le prince dans le d^se^poir^ 
et il se fait derviche ; Ali se pr^sente k lui, il lui annonce 
que la princesse est yirante: et qu'il la retrouvera apr^s 
sa rencontre k Constantinople ayec les trois antres dervi- 
cliet). 

Le quatri^me derriche ^tait fils dn roi de la Chine. II 
perdit son pire fort jenne, et la r^gence de I'empire fut d^ 
Yolue k son oncle, k qui le roi avait recommand^, avant de 
mourir, de retnettre fid^lement la couronne k son fils k sa 
majority. L'oncle garde la couronne pour Ini, et ordonne 
meme k un esclave de faire p^rir son nereu. Celui-ci, qui 
avait ^t^ le confident du roi d^funt^ non-seulement n'ex^ 
cute pas Tordre qu'il a re<^u, mais il fait connaitre an jeune 
prince les triors enfouis de son pere, tr&ors dus k un roi 
des g^nies. Bien plus, il conduit le prince aupr^s de ce roi, 
nomm^ Mdlik S&dic ; et celui-ci lui promet un talisman 
s'il trouve une femme dont il lui montre le portrait. Le 
prince finit par la trouver, mais il on devient lui-m6me 
amoureux ; et & la suite de longues aventures il se trouve 
dans une plaine aride oixy d^sesp^r^, il est sur le point 
de se suicider, lorsque Ali Tencourage par les m^mes pa- 
roles dont il avait encourag^ les autres derviches ses com- 
pagnons. 

A peine ce r^cit est-il termini qu'un eunuque vient an- 
noncer au roi Az&d-bakht la naissance d^un fils, et bientdt 
apris on lui apprend que le prince nouveau-n^ a disparu 
emport^ dans un nuage. Or, c*^tait I'oeuvre du souverain 
de tons les g^nies, qui destinait le jeune prince k Stre 
r^poux de sa fiUe n^ le m^me jour. II fut enfin donn^ k 
Azftd-bakbt et aux derviches d'etre transport's aupr^s de 
oe roi des rois, Lk le marchand arabe (le premier derviche) 
retrouye la fille du roi de Sjrie, la belle assassin'e ; le 
prince de Perse (le second derviche), la princesse de Basso- 
rah ; le prince de Balkh (le troisi^me derviche), la prin- 



■ 



— 36 — 

cease europ^nne qu'il avait cme noj^; le prince de Chiae 
(le quatriime derriche), la princesse qu'il disputait k M&- 
lik S&dic, lik auasi le prince de Nimroz retrouve la f^e dont 
il ^tait ^pris, et toat se termine par des manages et des 
r^jouissances. 

Yoilit en pen de mots le canevas du Bag o bahdr; mala 
ce que le d^veloppement de ce th^me offre de plus profita- 
ble et de plus utile, c'est qu'on trouve k chaque page dea 
details ethnographiques fort instructifs, et qui nous font 
connaltre fonciirement I'lnde, et surtoufc I'lnde musul- 
mane, Oes details s'infiltrent dans toutes les scenes du ro- 
man, dont quelques-unes sent invraisemblables, il est yrai, 
et ofirent un melange f&cheux de z^le religieux et de 
cruaut^, mais dont plusieurs sont babilement combin^es, et 
Bont vraiment attachantes. Ainsi, messieurs, en ^tudiant 
dans cet ouvrage la langue appelee sp^ialement iridienne^ 
youB n'apprendrez pas seulement des mots vides de sens, 
jnais des mots qui expriment des cboses pleines d'int^r6t, 
Et m^me, en tant que mots, ils repr^sentent encore des 
id^s ; car, en les d^mposant, on arrive aux racines qui 
donnent la clef de Timmense groupe des langues indo-en- 
rop^ennes, dont fait partie notre propre langue, sceur en 
r^alit^ de I'hindoustani. 



— 87 



CINQUIEME DISGOURS 



4 d^cembre 1854. 

I. Le Sanscrit, langae dies anciens Arias, ne fat jamais 
la langue g^n^rale de rinde, le pays des sept rivieres, 
mpta sindhuy comme le nomment les Y^as (1). Dans les 
pi^s de th^^tre, on le met seulement k la bonche des prin- 
dpaux personnages, mais les femmes et les pl^beiens 
parlent des espices de patois nomm^s pracrit (mal form^), 
par o|)po8ition an Sanscrit (.bien form^) (2), Le pracrit, qui 
fht toujonrs nsit6 k Dehli, ainsi que I'assnrent les Indiens (3)^ 
et qni s'appelait hhdscha on bhdkhdj c'est-k-dire <£ Ian- 
gage (nsuel) ]>, finit par dominer tout k fait le Sanscrit, et 
regut le nom de i langue indienne (hindi) i>, qui ne fut 
jamais donn^ an Sanscrit (4). 

D^ le commencement du' viiie siicle, les musulmans 
parorent en conqu^rants dans I'Inde; Mahmud le Gazn^- 
vide, surtout, y obtint, vers Tan 1000 de notre fere, des 
succfes ^clatants ; et, dfes lors, le bhakha indien fut modifi^ 
dans les villes. Quatre cents ans plus tard, Tamerlan, de 
race mongole (5), entra dans I'Hindoustan^ s'empara de 

(1) C^est-i-dire les cinq rimires du Panjab. T Indus et la Saras^ati. 

(2) Ant^rieurement aux drames, les livres des budhistes et les inscrip- 
tions d'Asoka sont Merits dans une sorte de pracrit^ dialecte populaire du 
temps. 

(3) Preface origlnale du Bag o Baharei YAgar ussanadid, cit6 plus loin. 

(4) Si ce n'est par les auteurs arabes, oui ont confondu Ic langage parM 
tvec le langage 6orit. J'ai d^ji remarqu^ ailleurs qu'il en est de m6me 
pour la langue latine, k laquelle on n'a jamais donn^ le nom de langue 
romaine, tandis que cette appellation a M r^serv^e au vieux frangais^ 
^ise forma au moyen-dge par la simplification du latin enrichi des de- 
bris de Tancienne langue des Gaules. 

(5) G'est k cause de cette circonstance que les Indiens ont appdd 
Empire Mogol le ^rand empire musulman de Dehli^ et que nous en nom- 
mions le souverain le Grarui MogoL Au surplus^ on donne dans I'lnde les 
ooms de MogoU k tous les musulmans venus du Nord, qu'i's soient Pcrsans 
OQ Tartares d'ongine. 



— 38 — 

Dehliy et jeta lea fondements du puissant empire ^tabli en 
definitive par Baber, en 1505. Alors la langue indienne 
(hindi) se satura enti^rement de persan^ d^jii charg^ Ini- 
mfime du nombre illimit^ des mots arabes que la conquSte 
et la religion y ayaient introijLuits, et Tindien modeme-' 
devint, par ce curieux m^lange^ le confluent du courant 
japb^tique et du courant s^mitique, sorte de syntbfese phi- 
lologique tout k fait anormale (1). II se forma m^me un 
double idiome indo-musulman,une langue d'oi7 et une langue 
d^oc: rindien du nord, auquel on donna le iiom d^urdu (2) 
parce que ce fut dans Vurdu (camp) imperial qu'il prit 
naissance, et celui du midi ou Decan, qu'on nomma 
oons^quemment dakbni. Mais le bindi ne se perdit pas; 
il continua k 6tre usit^ en caract&res d^vanagaris, sans 
melange de mots persans et arabes, parmi les Hi&dous 
qui ^talent peu en rapport avec les musulmans, surtout k 
la campagne. H y eut aihsi deux idiome? indiens diffiirents 
et identiques k la fois, doubles et uniques (3). 

Cette separation de la langue indienne, nomm^e plus 
specialementbindoustani, c'est-i-dire langue de I'Hindous- 
tan, en idiomes hindi et urdu, a re^u sa consecration par 
la religion, car on peut dire d'une manifere g^n^rale que le 
hindi est le langagedes Hindous,et I'urdu celui des musul- 
mans. Cela est si vrai que les Hindous qui out ^erit en 
urdu out imite non-seulement le style musulman, mais 
encore se sent pen^tr^s des id^es musulmanes, et en lisant 
leurs poesies on ne s'apergoit guire qu'ils soient Hindous. 
En g^n^ral, les poesies hindies ont plus de yigueur et 

(.) Ce qae je dis ici se rapporte & I'arabe, car les mots proprement 
persans rentrent dans la famille indienne. 

(2) Pour aaban-i urdu^ • langue de camp »/ainsi qu'on le verra plus 
loin. 

(3) M. J. Beames, auteur des Outlines of indian philology , m*apprend 
que, d'apr^s un recepsement ofOciel recent, il y a plus de Boixante-dix 
millions d'Indiens dont la langue maternelle est rhindoustani, qui est 
d'fldlleurs entendu dans toute 1 Inde et m6me dans les pays voisins. L'bo- 
norable sir Erskine Perry, president de la Soci6t6 asiatique de Bombay, 
a donn^, dans le num^ro de Janvier 1853 du journal de cette Soci6t6, un 
article int^ressant sur la distribution g^ographique des principales languet 
de rinde, lequel est accompagnS d'une carte qui la montre aux yeox. 



— 89 — 

d'^nergie que les po&ies urdues et dakhnies. Elles resiam- 
blent anx anoiennes poesies arabes^ qui se distingaent par 
les mdmes qnalit^s, et on pent appliqner anx nnes et aux 
antres ce qne Thompson a dit de la beaat6 (love- 
liness) : 

Needs not the foreign aid of ornament, 
But is vfh n unadorned adorn'd the most(lj. 

Pendant longtemps les Hindous continn&rent k ^crire 
leurs compositions litt^raires en Sanscrit et les musulmans 
en persan, et on ^crivait dans les idiomes nsnels que- des 
chants populaires ; mais pen k pen des ouvrages remarqua- 
bles fix6rent les dialectes indiens, qui ont aujourd'hui^ ainsi 
que I'a dit avec juste raison I'^minent indianiste Wilson, 
une litt^rature qui leur est propre et qui offre un grand 
int^rfet (2). 

Voici ce que Saiyid Ahmad, ^crivain contemporain, dit 
an sujet de I'urdu dans son Aqqv ussanadidj sous le titre 
a Eclairdssemefds sur la langue urdue (3). 

€ Dans le royaume des Hindous, on parlait, on lisait 
et on terivait la langue hindie. Lorsqu'en Fannfe 587 de 
I'h^gire, 1191 de J^sus-Christ, et 1248 de Bikrmajit, I'em- 
pire des musulmans s'^tablit k Dehli, on tint en persan les 
icritures de I'administration royale; mais la langue dea 
rayas resta {k pen pris) la mfime. Jusqu'en Tann^e 894 de 
I'h^gire, 1488 de Jesus-Christ, le persan ne fut usit^ que 
pour lesdcrituresde ^administration royale etne s'introduisit 
pas parmi le peuple. Peu de temps aprfes, pendant le rigne du 
sultan Sikandar Lodi, les kayaths (4), qui ^taient g^u^- 

(1) The Seasons t Autumn. Un vers hindoustani cit6 dansle Bag o hahar 
exprime la mdme id^e plus agr^ablement encore : 

« Celle k qui Dieu a d^parti I'ornement de la beauty n'a besoin d'au- 
cnne autre parure. Vols combien la lune est belle lorsqu*elIe se montre 
sans nuage. * 

(2) J'ai pris ces mots pour ^pigraphe de mon Histoire de la littirature 
hindoustani. 



(3) P. 104, chap. 111. 

(4) ' 



On nomme ainsi en bindoustaui les kayastha des livres sanscrits, 
c'est-lL-dire les membres de la sous*caste des 6crivains, dont T^criture 
nagari cursive est appel6e, d'apr^s leur noro, kaUhi-nagari. 



— 40 — 

ralement charges des affaires de TEtat et de la tenue des 
registres^ Be mirent, les premiers d'entre les Hindous, k 
^crire en persan; puis, peu k peu, d'autres categories de 
persomies les imit^ent, et ainsi I'nsage du persan te r^pan- 
dit parmi les Hindous. 

i> Jusqu'an temps de Baber et de Jahanguir^ le hindi 
(qui etait tonjours la langae parl^e) n'^prouva aucnn 
changement. Les mnsulmans s'exprimaient en persan, et 
les Hindotts en hindi. Dans le temps des rois Khilji (au 
XIII® si^cle de I'ire chr^tienne), I'^mir Khusrau com- 
men^a k m^ler au persan des mots indiens, et ^crivit en ce 
style des pahdisy des mukris et des nisbats (1), avec beau- 
coup de mots bhakhas ou hindis. Enfin, ce melange se 
propagea peu k peu, mais il ne constitua pas encore une 
langue particulifere. 

> Lorsque le sultan Schah Jahan fonda, en 1056 (1648), 
la ville de Schah Jahan {Schak Jahan abad^ la nouvelle 
Dehli), il j eut un grand concours de gens venus de toutes 
les proTinces de I'lnde. Ce fiit alors que le hindi et le per- 
san s'amalgamferent, et qu'i cause de I'emploi frequent de 
quelques mots persans et de beaucoup de mots indiens, il 
s'j introduisit des changements et des alterations. Le fait 
est que dans rarmieroyale et dans le grand camp de Dehli 
(nomm^ urdu mu'alla) (2), il se forma, par I'effet du 
melange des idiomes, une nouvelle langue qui, par cette 
raison, fut nomm^e zaban-i-urdu (la langue de Turdu) ; et 
puis, k oause de Temploi frequent de cette expression^ le 
mot de langue (zaban^ ayant ^t^ retranch^, on appela 
cette langue urdu, Peu k peu, la langue urdu se perfec- 
tionna et s'embellit au point que, vers Tan 1100 de I'h^gire 
(1688), c*est-k-dire sous le rigne d'Aurangzeb Alamguir, 
OB se mii k ^crire de veritabls vers urdus. 

(i) Ges mots son! expliqu^s plus loin. 

(2) Urdu mu'alla signifie « le grand camp » ; mais dans Tespfece on 
donne k ces mots le sens de « grand mapch6 •• Les 6cpivams originaux 
disent en effet que ce ful dans ce march6 que, par suite des rapports 
des soldats musulmans avec les Indiens, le melange linguistique. dont il 
s'agit commenQa surtout d' avoir lieu. 




— 41 — 

:» Quoiqn^on croie g&i^ralement que Wall a ^t^ le pre- 
mier k faire des yers dans cette langne (1), tontefoia on 
Toit par ses po&ies monies qu'on en a ^crit arant lui. A la 
y^rit^, on faisait^ dans ce temps-l&, les yers ayec incnrie et> 
negligence. Mais la po^sie nrdue fnt de jour en jour en pro* 
gris, et enfin Mir et Sauda la firent paryenir k la perfec- 
tion. ^ 

Ayant cette demiire ^poque cependant, H&tim dit, dans 
la preface de son Diwan zada^ qu'il redigea yers 1750 : 
<r J'ai adopt^y pour ^crire, la langue de toutes les proyinces 
de rinde, c'est-i-^ire Vhindoui (2), qu'on appelle bhakhuy 
parce qu'il est compris par le yulgaire et qu'il est en 
m^me temps agr^able aux gens distingu^s. :» En effet^ tout 
ce que dit Saijid Ahmad n'est pas^ k beaucoup pr&s^ d'une 
rigoureuse exactitude. On trouye rarement^ il est yrai^ cette 
quality chez les Orientaux, qui out trop d'imagination pour 
etudier une question sous toutes ses faces. 

Saiyid Ahmad dit d'abord que depuis la conqudte musul- 
mane, en 1191, jusqu'en 1648, il ne s'introduisit auoun 
<^angement dans le langage des Indiens. Mir Amman (3) 
dit au contraire : <c Lorsque Akbar monta sur le tr6ue 
(en 1556^, il yint k sa cour des gens de toutes les pro- 
vinces, attires par sa bont^, sa justice et sa Hb^ralit^. 
Qnoiqu'ils eusent tons un langage difftireut, cependant ils 
entretenaient ensemble des relations de commerce et d'agr^- 
ment. Ce fut de ce melange que naquit la langue urdue. i> 

II y a plus : avant la fin du xi* sifeole, peut-^tre d6s 
I'an 1080 de J^sus-Christ, Ma<;'oud ben Sehnan ^criyit un 
diwan en yers rekhtas, expression par laquelle on entend^ 
comme Texplique Siuyid Ahmad Im-mdme, le hindi m^l^ de 



(i) G'est k cela que Mir fait allusion dans la pr^.faco de son Nikat 
tuteku'ara, lorsqu'il dit : Rekhta ax Dakhan astcde rekhta tire son origine 
dn I>6can. » 

(2) Ce mot est employ^ ici comme synonyme de hindif signiflant la 
Itmgue indienne en gen^raL Proprement I'hindoui est I'anoien bhaklia 
indien sans melange d'arabenidepersan^et^crit en caract^res d^vanagaris} 
le hindi est le dialecte hindou plus moderne. 

(3) Preface du Bag o Bahar, 



\ 



— 42 — 

mots persans^ c'estrii-dire I'urdii. En oatre, plasieors bio- 
graphes originanx attribuent k Saadi des vers rekhtas qu'il 
adii (k^rire dans le D^n^ de 1250 k 1280 (1), Kamal ap- 
pelle m^me^ dans son diwan, Saadi rinyentenr de la langne 
rekhta, mujid zabanri rekhta. Mais ii faut sous-entendre 
a: dans le Midi on D^can > pour qne la proposition pnisse 
6tre compl^tement juste, puisqne cent ans auparavant 
Ma^'oud avait ^crit en rekhta. Toutefois ce ne fat qu^apr&s 
Ini que Khusrau et N&ri ^rivirent leurs ponies. 

Post^rieurement, il semble que ce fiit encore dans le 
Midi et, par consequent, dans le dialecte sp^cialement ap- 
peie dakhnij qu'on ^crivit surtout des poesies rekhtas, dont 
la vogue d^termina les pontes du Nord, qui, jusque-Ui, 
^crivaient g^n^ralement en persan, k adopter pour leurs 
poesies la langue usuelle. Nous trouvons, en effet, dans le 
XVI® sitele, plusieurs po^s dakhnis distingu^s, tels que les 
rois de Golconde Culi Cutb Schah, Abd ullah Cutb Schali 
et Abu'Iha^an, surnomm^ po^tiquementTana, Afzal, Wali, 
Awari, G-auwaci, Basmi et plusieurs autres, tandis que ce 
n'est gufere que dans le xviii* sitele qu'il y a eu dans le . 
Nord des pontes qui ont acquis de la c^l^brit^. Hfttim, qui 
vivait k la fin du xvii" si6cle, est peut-fetre le premier pofete 
de Dehli, qui ait ^crit en veritable urdu, et il avoue que ce 
ne fut que lorsque le diwan de Wali fut parvenu k Dehli 
qu'il se d^cida k ^crire dans la langue usuelle, et qu'il fut 
suivi dans cette voie par d'autres pontes. 

D^s 1828, 1'indication d'une biographic originale, dans 
la grammaire du c^l^bre Gilchrist, qui est le fondateur de 
I'^tude de I'hindoustani chez les Anglais, attira mon atten- 
tion sur I'histoire litt&aire de cette langue. A force de re- 
cherches, je pus me procurer sept difil^rents ouvrages 



(i) II estdit dans les biographies originales que Saadi v^cut cent trois 
ana (6tant n6 en ii93 et mort en 1296^ et qu'il passa trente ans k ^tudier, 
trente ans^ voyager et trente ans dans la retraite. Or^ en ^joutant lestreize 
anndes de son enfance aux trente ann^es d*^tude, nous avons quarante- 
trois ans. C*est done de 1250 k 1280 qu'il a voyag^ et qu'il a dA 6crire 
les vers rekhtas qu'on lui attribue. 



_ 48 ~ 

origjnaux de biographie, et, malgr^ I'insnffisance des mat^ 
riaux, je fis paraltre, en 1839, tine < Histoire de la litt^ra- 
tmre hindoni et hindouBtani, :» trarail bien imparfait, k la v^ 
rit^9 maiA le premier qui ait iii tent^ en ce genre, ce qui lui 
a valu Thonneur d'etre tradnit en bindoustani mSme, et de 
T^Teiller le zMe des savants orientalistes anglais sur le mfime 
objet. Leurs rechercbes, jointes k celles que j'ai faites de* 
puis ce temps, ont eu pour resultat la connaissance d'un 
grand nombre d'autres biograpbies originales, que j'ai pu 
consulter en partie seulement, car il j en a plusieurs que je 
n'ai pu me procurer ou dont je n'ai pu avoir communica- 
tion, et d'autres que je ne connais que parce qu'elles sont 
citeespardes ^crivains originaux. Beaucoup sansdouteme 
sont encore tout k fait inconnues. 

On congoit ais^ment combien j'ai de mat^riaux nouveaux 
pour une nouvelle Mition de cette histoire ; mais je me 
bomerai aujourd'bui kindiquer sommairement ce que la bio- 
graphie et la bibliograpbie ont k recueillir de ces ouvrages 
originaux. 

Les Persans, et, k leur imitation, les musulmans de 
I'Lude, aiment beaucoup les biograpbies, surtout les biogra- 
phies contemporaines, oh il ne manque, comme chez nous, 
que la date de la mort. Mais, au Ueu d'etre des speculations 
de commerce, elles ferment une brancbe importante de la 
litt^rature. Elles donnent, en effet, k celui qui les r^dige 
I'occasion de d^ployer son Eloquence dans les hyperboles 
dont il grossit I'^loge des pontes c^lfebres ou amis, et d'y 
faire preuve de bon goiit dans le choix des vers qu'il cite. 
En effet, ces biographies, qu'on nomme ^a^^ra,^ memorial i», 
sont des esp&ces d'anthologies od la vie des auteurs se re- 4 
duit k de pompeux ^loges d^lay^s quelquefois en plusieurs 
pages emphatiques de : 

Words of gigantic bulk and uncouth sound (1); 

tandis que le plus souvent on n'y indique que le nom de 

(l).Gifford. 



— 44 — 

r^riyain. Dans le premier cas, dix^ "^g^j trente pages 
d'extraits Buivent les ^loges ; dans le second, deux ou trois 
vers et quelquefois un seal. C'est aussi nne manifere indi-^ 
recte de se faire connaitre an public, car les auteurs de ces 
tazkiras ont toujours soin de glisser leur nom au milieu des 
^orivains qu'ils signalent. Le plus souvent, ils s'^tendent 
complaisamment sur ce qui les concerne. Ils ^crivent alors 
ime veritable biographie telle qu'il serait k d^sirer qu'ils le 
fissent pour les autres ^crirains, ot ils ne manquent pas d'y 
joindre de nombreuses pieces de po^sie de leur fa^on. Ainsi, 
tandis qu'en Europe, dans les biographies des hommes plus 
ou moins celibres, on s' attache minutieusement k r^v^ler 
des details qui souvent n'int((ressent personne, on neglige 
g^n^ralement toute particularity dans les tazkiras indiens. 
On n'y trouve mfime aucune indication precise. y ap- 
pelle pontes anciens les pontes qui ont pr^c^d^ le temps de 
r&rivain ; pontes modemes ses contemporains. II n'y a 
presque pas de dates, surtout pas de date de naissance, car 
les Orientaux n'ont pas d'etat civil et ne savent g^n^rale- 
ment pas leur &ge. On est souvent r^duit k conjecturer, par 
le style des citations, le sitele dans lequel le po^te a ^cidt, 
ce qui est souvent impossible, k cause des alterations que 
les copistes font subir aux textes. 

Toutefois, les auteurs de ces ouvrages cherchent k les 
grossir de noms de pontes fort insignifiants, quelquefois in- 
connus, absolument comme nos entrepreneurs de biogra- 
phies qui, pour augmenter le nombre de leurs volumes, vont 
d^terrer les noms les plus obscurs. Mais, ainsi que I'a dit 
Cooper de ces illustres inconnus : 

* Oh, fond attempt to give a deathless lot 

To names ignoble, born to be forgot I 
In vain, recorded in historic page, 
They court the notice of a future age. 

Ainsi ces biographies ne sont pas des modules de critique, 
.n y a souvent confusion entre des pontes qui ont, par 
hasard, le mSme nom et le m^me sumom, et il est tr^- 



— 45 — 

difficile de determiner s'il j a doable emploi, k cause du 
manque de details. G'est n^anmoins, on le voit, un genro 
particalier de composition qui a son ini^r^t et qui pent avoir 
son m^rite, et il n'est pas ^tonnant qu'il ait ^t^ cultiy^ par 
un bon nombre d'^crivains. Incidemment, ces tazkiras nous 
apprennent beaucoup de cboses utiles k Thistoire litt^raire 
de rinde. Ainsi, nous j voyons que les Indiens ont des r^ 
unions po^tiques ou litt^raires nomm^es mu^ascharaj sortes 
d'acad^mies fondles dans le but special de cultiver la po^sie 
urdue, et oil les beaux esprits s'^vertuent k composer des 
vers ex tempore^ ou k reciter ceux qu'ils ont pr^par^s k I'a- 
vance. Ces reunions, qui ont lieu dans les principales villes 
de rinde^ se composent de quinze k vingt personnages fort 
lettr^s et appartenant g^n^ralement aux meilleures families 
du pays. Le maulawi Karim uddin, dont j'aurai I'occasion 
de parler encore, publiait demi^rement k Dehli les impro- 
visations et les lectures de ces stances dans un journal spe- 
cial intitule Gul-i rdna^ e la Hose vermeille ]>. II y a aussi 
des reunions oti des contours amusent les assistants par 
leursrecits, distinj^ait k Dehli, parmi ces contours, il y 
a quelques annees, Mirza Ha^an, qu'on a engag^ k ecrire 
quelques-unes des l^gendes nationales qu'il raconte si 
bien (1). 

Dans les tazbiras, on a generalement suivi I'ordre alpha- 
bdtique des takhalltu ou sumoms po^tiques; quelquefoia 
cependant on a suivi un autre arrangement. 

Bien des tazkiras hindoustanis sent Merits en persan, 
parce que, jusqu'en ces demiers . temps, les ouvrages di- 
dactiques ^taient Merits dans la langue savante de I'Inde 
musulmane, comme autrefois chez nous dans la langue de 
Rome, lorsque Dubois (Sylvius) ^crivait en latin sa gram- 
maire fran^aise, et P^trarque des notes latinos k ses admi- 
rables poesies italiennes. 

(i) Rapport des six premiers mois de 1845^ du secretaire de la Soci^td 
« for the promotion of vernacular education^ » par le docteur Sprenger. 



^ 



— 46 — 

Pour donner ane id^e dn genre extreme que j'ai signal^ 
dans les articles biograpWques des tazkiras indiens, de leurs 
qnalit^s etde leurs d^fauts, qui les sorpassent, je vais don- 
ner la traduction litt^rale de denx articles^ d'un grand et 

« 

d'un petity extraits I'uu et I'autre du tazkira ecrit en hin- 
doustani par Lutf (Mirza Ali Khan), et intitule : Ghilschan" 
^'JBindj d le Jardin de I'lnde. d 

Voici d'abord le petit article, qui, malgr^ sa brifevet^, 
roule sur Hfttim, po^te calibre que je viens de citer, et sur 
lequel d'autres biographes donnent plus de details. 

« H&tim (de sumom) de Dehli fut c^l^bre parmi les ^cri- 
vains rekhtas de cette ville. II fut le contemporain de Schah 
Kajm uddin Abru et de Mirza Rafi Sauda. C'^tait un po^te 
Eloquent, et il est auteur de deux divans : un dans lequel 
11 a employ^ beaucoup d'expressions difficiles k compren- 
dre (1), et I'autre qu'il a ^crit it la modeme, Ce pofete r&- 
nit ainsi en sa personne la maniire des modernes et celle 
des anciens. i> 

(Suit une citation de vingt vers extraits des poesies de 
Hfttim, et dont j'ai donn^ ailleurs un ^chantillon). 

Voici le second article, qui a pour aujet un roi po&te, 
c'est k savoir Abu'lhagan, roi de Golconde, qui monta sur 
le trdne en 1080 (1672-73), et qui, k la prise de la ville de 
Golconde par Aurangzeb, en 1690, fiit retenu par ce der- 
nier en prison et j mourut en 1704. De m^me que son pr^- 
d^cesseur, Abd Allah Cutb Schah, il ne se contenta pas de 
cultiver la litt^rature hindoustanie sous le takhallus de 
Tana on Tana Schah (le roi Tana), mais il en fut le patron, 
et on cite entre autres un de ses officiers, Mirza (Abu'lca- 
cim), parmi les pontes hindoustanis les plus distingu^s de 
oette ^poque dans le D^can, 

€ Tana Schah est le nom insigne et I'appellation honora- 
ble de ce roi, aini du plaisir, Abu'lhagan Schah. II etait du 



(1) Ihham, « obscurity ». On entend par 1^ le style ancien, lequel^tatt 
tr^s-recherch6 et plein de mots arabes et persans. II en a 6t6 parI6 dans 
la citation de Saiyid Ahmad. 



— 47 — 

nombre des sultans c^Ifebres et des potentats de haate di- 
gnity du D^can. Quoique la renomm^ des plaisirs et des 
joies de ce personnage bon vivant, et la o^I^brit^ de ses re- 
creations et de ses divertissements soient connues jnsqu'i 
la lane et au poisson (1), toutefois, il me parait n^cessaire 
d'^crire quelque pen les circonstances de la vie de cet or- 
nement du trdne da palais de la gaiety et de la pleine sa- 
tisfaction. 

€ Anx jours oil Alamguir (2), qui habite rimmortalit^, 
renversa les Adil Schahis et les Nizam Scbahis (3), et s'em- 
para de la province (souba) du D^can^ apr^s beancoup de 
perturbations, Abu'lha^an Tana Schah fut detenu prison- 
nier. La capricieuse fortune se touma ainsi centre lui et 
lui montra tout autre chose que le plaisir et les divertisse- 
ments. La joie de la nuit fat troubl^e, et, au lieu de la reu- 
nion des viveurs qui Fentouraient auparavant, il n'eut que 
le eercle du deuil. Tcutefois, Tana se soumit k la duret^ de 
la position que lui avait faite Alamguir. II lui envoya dire 
cependant, avec de vives instances relativement k I'usage 
de la pipe : Je Faime beaucoup ; si on veut me laisser fumer, 
ce sera Tesgence de la favour. 

y> Comme ce padschab (Tana) ^tait aihi du plaisir et res- 
tait plough dans I'ivresse de la bonne cb&re pendant les 
huit pahar (4), le hucca (pipe) ne s'^loignait pas un ins- 
tant de sa bouche ; et il avait Thabitude, apr^ avoir fum^ 
chaque pipe, d'en rafralchir le foumeau par une fiole d'eau 
de rose (5), puis son hucca hardar (domestique charg^ 
du soin de la pipe) trempait d'abord le tabac dans de Teau 
de saule (6). Adonn^ qu'il ^tait k cette jouissance, il dor- 

(1) Expression m^taphorique qui signifie jusqu'aux extr^mit^sdu monde, 
en hautet en bas. 

(2) C'est-^-dire a conqu^rant da monde», surnom du sultan mogol plus 
connusous ceiui d'Aurangzeb.' 

(3) C'est-^-dire les rois de ces dynasties. 

(4) G'est k dire « jour et nuit^ le pahar ^tant la division par quart du 
jour et de la nuit. 

(5) Les Indiens font passer k travers de Teau fraiche la fum^e pour la 
rafraiohir. II parait que Tana ne se contentait pas de cette superfluity 
^picurieone. 

(6) Sur cette eau^ voyez ma note dans les Oiseaux et les Fleurs^ n. 144. 



— 48 — 

mait peu pendant la nnit, et il consumait, entre la nnit et 
le jour, des oentaines de fioles d'excellente eau de rose et 
d 'essence d'ean de saule. Ces circonstances ^talent oonnnes 
k Alamguir dans tons leurs details. Alors le padschah 
(Tana) envoja demander hnmblement qu'on lui accord&t 
au moins seize fioles d'eau de rose et huit d'ean de saule 
(par jour), Oonform^ment k I'ordre ^lev^, il arriva cette 
r^ponse, apr^s quelques jours, de la part du gouvemement 
sublime : < Dieu I le hucca ne quitte pas ta bouche pen- 
D dant les huit pahar, et, k cause de la jalousie excite par 
i> la vapeur qui se r^pand du lieu de ta reunion, la fum^e 
:» de I'envie dit au ciel trompeur qu'au-dessous du firma- 

> ment, qui se joue des mortels, celui-ci fume huit huccas 
1^ de tabac par jour et autant par nuit, et qu'ayant avaM 
:» des bouffies de poison, il vit dans xm accablement fH- 
:» cheux. 

i> Sur ces entrefaites, quelques jours apr&9, Alamguir 
:» dit : 1 O'est une grande d^pense que d'employer seize 
1^ fioles d'eau de rose et d'eau de saule par jour pour le 

> hucca. Toutefois comme la loi permet de fumer du ta- 
:» bac, et qu'on est excus^ d'une prescription p^nible (1), 
1^ nous enverrons chaque jour de mon palais huit fioles. > 

> En cons^uence. Tana se borna k r^^er son coeur par 
quatre huccas pleins, rafraichis apr^ chaque dose par une 
fiole, 

}> Aurangzeb ajant appris oe qui se passait, lui retrancha 
quatre fioles, contrairement k ce qu'il avait dit. Alors Tana 
ne demanda que deux huccas pleins k son hucca bardar. 
Apr& quelques jours, comme on diminua encoie dedeux 
fioles sa ration, il ne demanda plus qu'un hucca plein pen- 
dant le jour et un autre pendant la nuit. Enfin, un jour, 
OA ne lui apporta pas m^me les'deux fioles; dka lors il ne 
Toulut plus fumer. Apr^s trois jours, son hucca bardar lui 

(1) Les musulmans s^v^res s abstiennent de tout laxe dans les Y6te- 
ments et de toute d^licatesse dans la nourriture. Jls se privent de cafd et 
de tabac, et surtout des raffinements que se permettait Tana Schah. 



1 



— 49 — 

dit : < Le d^vou^ a pu ^conomiser, par la faveur de I'asile 
» da monde (Aurangzeb), de quoi foumir k .Votre Majesty, 
"P oQtre la d^pense de la coupe, k fumer dix pipes pleines 
:i> pendant nombre d'ann^es. II espfere que Votre Majesty 

> voudra bien lui donner I'ordre de preparer la salle. pour 
i> fumer le tabac, afin que le scion de la fid^lit6 soit plants 
» dans la terre de Thonneur. i> Tana r^pondit : « Sa Ma- 
p jesti elev^e (Aurangzeb") se pr^occupe beaucoup des 

> prescriptions de la loi, quoiqu^il ait creus^ la mosquee 

> (de la Mecque), et qu'il s'en soit appropri^ le tr^sor. S'il 

> apprend cela^ il voudra que tu lui remettes en cautionne- 
^ ment le capital de la d^j^ense que tu ferais pour mon 

> hucca. i> Alor8 le hucca bardar, avant mis la main sur sa 
tSte, se init k pleurer. 

y> Depuis ce jour, Tana ne fuma plus, tant qu'il resta 
prisonnier, et jusqu'i ce qu'il passa de cette habitation pe- 
rissable k Phonneur du sejour ^temel. Dieu I si on regar- 
dait les cboses avec Toeil de la certitude, on se convain- 
crait que le monde est k la fois un sejour de peine et une 
maison d'avertissement, 

» Vers. — OCi sent les heureux Khosroes ot Jamsched? Oil est 
Gubad, oi!i sent Alexandre et Darius? oCi estCaicaus? En contem- 
plant avec les deux yeux de robservation ces personnages qui 
etaient enivres par leur haut rang, on ne pjurra que deplorer et 
plaindre leur sort. 

» Puisque Tintelligence du gouvemement, pour la con* 
quSte et la possession des royaumes, est parfaitement pos- 
sedee par les rois de race illustre, ce pauvre (rauteur), du 
coin qu'il habite, peut-il s'immiscer dans ces affaires? 
Toutefois, quelques sages disent qu'Aurangzeb, qui traita 
si djirement les souverains du D^can, malgr^ leurs recla- 
mations, et qui avait fait creuser la mosquee de la Mecque 
(pour en enlever le tr^sor), a pris sur son cou une action 
bl&mable. Dieu sait quelle retribution est r^servee k cet 
acte. JiC fait est qu'on pent ajouter encore qu'avant de con- 
querirle Decan^ les impdts et les G0ntributio^s anuvaient 

4 



— 50 — 

a Aurangzeb de cette contr^e, et il etait appele Roi dei 
m«(8chahin schah) de rHmdoustan, Toutefois, I'argefit 
provenant de cette vexation (qu'il fit eprouver k Tana) lui 
parut dnorme, et il semble que par cette mesure, qu'il crut 
de bonne administration, il ait voulu s'^lever en dignity. 

» Vers. — Lcs rois sont instruits des difficultes de Tempire. 
Toi, pauvre malheureux, du coin 01^ tu es assis, n\iie pas la pre- 
tention de hen dire de bien. 

j> Bref, on attribue au schah ilev^ Abu'lha^an Tana 
Schah, ce matld* (1) et, a cause du langage du Decan et de 
la facture antique qu'on y remarque ; feu AU Ibrahim 
Khan (2), qui I'avait entendu reciter, Tavait retenu. Voici 
ce vers. 

» A quelle porta irai-je dire (ma peine)? Ou pourrai-je aller? 
Adressons-Qous a mun propre cceur, qu'il soil pour moi mon 
mihraby^), 

» Si mes amis me disent seuiement une parole, ce sera pour 
moi comme un frais pavilion dans la saison d'ete. • 

Quoiqu*il y ait plus de poemes de longue haleine dans 
le dialecte hindoustani du midi ou dakhni qu'en celui du 
nord ou urdn, dans lequel on a plutot ^crit des gazals, des 
cacidas et de courts masnawis, souvent r^unis en diwans ; 
toutefois, ce dernier dialecte a toujours conserve une sorte 
de superiority sur Tautre, parce qu'on I'ecrit plus r^gu- 
li&rement ; et ainsi tons les tazkiras dont je parle roulent 
sp^cialement sur les poetes urdus, et ne parlent que subsi- 
diairement, pour ainsi dire, des poetes du D^can. Ce que 
dit Mir, dans la preface de son Nikdt usclischu'ard vient h 
Tappui de mon assertion : 

i> Quoique le rekhta, dit-il, ait son origine dans le IM-* 
can (4), toutefois, comme ce pays n'a pas produit des poe- 

(1) C'est ainsi qu'on nomme le premier vers d'un poeme. 

(2) Le biographe auteur du Guljtar'i Ibrahim, 

(3) Niche vera laquelle on se tourne pour prier dans les roosqu^es. 

(4) "Voyez ce qui a M dit plus haul a ce sujet. 



— si- 
ted bien distingadd (1), je n^ai pas it commencer par 
mentionner les noms de oes poetes, mais je ne veux pas 
cependant les n^gliger enti^rement, et j*en mentionnerai 
quelques-uns. » 

n 7 a des biographies sp^ciales des ^crivains hindis : on 
les nomine Kab mdla a: fiosaires des pontes ]>, mais cel- 
les qui sont parvenues k ma connaissance sont peu nom- 
breuses. 

Je connais en tout environ soixante et dix TazkiraB (2) 
et autres ouvrages bibliographiques on anthologiqnes ori- 
ginanx des auteurs hindoustanis. On trouve des details sur 
ces TazJdraa et sur leurs auteurs dans mon histoire de la 
litterature hindoue et hindoustanie. 

II. Le nombre des poetes mentionn^s dans les tazkiras 
et autres ouvrages auxquels j'ai pu avoir acc^, soit imm^- 
diatement, soit m^iatement, est d'environ trois mille. Mais 
il ne faut pas croire que tons ces ^crivains soient pr^cis^- 
ment des poetes. On les classe sous cette denomination, 
parce que tons les auteurs indiens, m^me ceux qui ont 
^crit sur les sciences exactes, sur la jurisprudence et sur 
la th^ologie, ont toujours ^crit quelques vers, et peuvent 
ainsi Stre appel^s poetes, et que d'ailleurs cette demifere 
appellation est une expression vague pour signifier autenr, 
comme on I'emploie quelquefois vulgairement en Europe 
daus le m6me sens. 

Ainsi par poSte il faut entendre auteur^ et quoique les 
tazkiras originaux soient surtout des biographies antholo- 

(1) A la lettre : « Bien ficel^s, » tnarbia. (2) U. £p. H.* 

(2) Ce mot signifie proprement « memorial »« On le donne aux biogra'> 
phes anthologiqaes des poetes de TOrient musulman, 

Les biographes ou taxkWca des poetes persanS) tant de la Perse que de 
rinde, sont aussi fort nombreux. Feu NaUi. Bland en a signal^ quarantc- 
six dans le Journal de la Soci^t^ rople asiatique de Londres (t. IX, p. IH 
etsuiv.), depuis celui de 'Aufi, qui est Ic plus ahcien et Tobjet principal 
de son m6moire, jusqu'au taxkira contemporain de Ahmad* Ali, sans 
compter ceux qui ne sont pas parvenus k sa connaissance, cequi lesporte 
& plus de soixante, non compris les ouvrages oil se trouvent des rensei* 
gnements bibliographiques. 



— 52 — 

giques de*^ poetes, ils contiennent aussi des documents (plus 
rares, il est vrai) sur des aut^urs qu'on peut difficilement 
classer parmi les poetes, et donnent Tindication d'ouvrages 
vn prose de difKJrents genres, 

II est vrai que la po&ie domine toute la littdrature orien- 
tale, et sp^cialement celle de I'lnde, et je ne parle pas 
seulement ici de la versification, qui n'offre qu'une combi- 
naison syst^matique des mots, mais je veux parier des 
pens^es harmonieusement exprira^es, qui sont comme Fes- 
sence de la civilisation et qui nous la font connaitre mieux 
encore peut-etre que I'hi^toire. H est vrai que parmi oes 
poetes il y en a un bon nombre auxquels peuvent s'appli- 
quer ces vers d'Horace : 

Hidentiir mala qui coniponunt carmiiia ; veriiin 
Gaudent scribeates, et se venerantur, et ultro, 
Si taceas, laudant quidquid scripsere beati (I). 

Les ouvra^es hindoustanis en prose peuvent d'ailleurs 
rentrer en partie dans la po^sie, car on y distingue, comme 
dans les autres langues de TOrient musulman, trois esp^ces 
dp prose (2), dont une seule est ce que nous entendons par 
ce mot. En effet, la premiere, appellee murajjaz, a le rhy thme 
sans la* rime; la seconde, nomm^e mugajja\ a la rime sans 
mesure; et enfin la Iroisitee, qui porte le nom de 'aW, 
« nue », n'a ni rime ni mesure (3). 

Ud assez grand nombre de poetes hindoustanis out aussi 
ecrit des poesies persanes, comme autrefois on faisait chez 
nous des vers latins aussi bien que des vers fran^ais, et k 
Rome, des vers grecs en m^me temps que des vers latins, 
ce qui faisait nommer ceux qui ecrivaient dans les deux 
langues elassiques utriusque linguce scriptores. L'usage in- 
dien dont je parle en a fait naitre un autre qui le constate. 

(1) n Ep., ir, 106. 

{2) Danbles -langues del-Orient musulman, on nomine laprosena^r, a la 
lettre, « i^panchement, dispersion », en contraste avec la poesie, qu'on 
-Bommc naznij « resserrement, arrangement ». 

(3) Voyez l&-dessus des details dans ma RMt. des nat. musul, secr 
tion XII. 



— 53 — 

C'est que les autenrs qui se piquent de cette facilite de 
compositioii prennent alors deux diff^rents su^'noms po<i- 
iiques ou takhallus^ selon qu'ils ^crivent en hindoustani ou 
en persan : ainsi Wajih uddin se nomme Wajih, et Barin; 
et Muhammad Khan, Walih et Saquib, selon qu'ils ont 
^crit en hindoustani ou en persan. 

Essayons d'^tablir des categories parmi ce nombre con- 
siderable d'ecrivains. La premiere distinction k ^tablir, 
celle qui semble la plus naturelle, c'est de les sdparer en 
Hindous et en Musulmans, en faisant observer toutefois que 
presque aucun musulman u'a ^crit dans le dialecte hindoui 
ou hindi, tandis que nombre d'Hindous ont ^crit en urdu 
et m^me en dakhni, de meme qu'ils ont ^crit plus ancien- 
nement en persan, ainsi que Saijid Ahmad I'a dit dans 
I'extrait que j'ai donn^ plus haut de son Agar ussanadid. 
Mais tandis que surles trois mille ecrivains indions dont j'ai 
parle, on compte plus de deux mille deux c^nts ecrivains 
musulmans, onne compte pas huit cents ecrivains hindous 
et ce ne sont ^icore qu'environ deux cent cinquante de ces 
derniers qui ont ^crit en hindi, A la verite, nous sommes 
loin de connaitre tons les ecrivains qui font partie de cette 
categoric, car nous manquons de tazkiras pour les pontes hin- 
doiiisethindis,et ainsi un grand nombre nous sontiuconnus, 
tandis qu'il n'en est pas de m^me des ecrivains urdus, 
dont les biographies originales ont eu soin de citer au 
moins les noms. Ce sont surtout des Hiadous habitants du 
Penjab, du Kachmyr, du Rajpoutana et des pays classi- 
qnes des provinces nord-ouest (ainsi nommees par rapport k 
Calcutta, le siege du gouvemement anglais), Dehli, Agra, 
Braj et Benares, qui ont ecrit en hindi. 

Quant aux pontes dakhnis positivement designes comme 
lels, il n'y en a pas deux cents ; ainsi la plus grande partie 
des pottos dont je parle ont ecrit dans le veritable dialecte 
Urdu, qui est considere comme I'hindoustani le plus par. 

Si nous faisons attention aux noms des villes de ces 
pontes, nous saurons par Ik celles dans lesquelles les deux 



— 5i — 

dialectes musulmans sont non-seulement usit^s, mais le 
plas cultives. Ce sont pour le dakhni : Sarate, Bombay^ 
Madras, Haiderabad, Seringapatam, Golconde; poui* 
Turdu : Dehli, Agra, Lahore, Mirat, Lakhnaa, B^naris, 
Cawnpoar, Mirzapour, Faizabad, Ilahabad et Calcutta oil 
I'hindoustani est aussi usit^ que le dialecte provincial, 

Amman, qui est consid^re comme le premier prosateur 
hindoustani, a ^crit k Calcutta, et 11 dit k ce sujet, dans la 
preface du Bag o Bahar : 

« Moi aussi j'ai parl^ la langue urdue, et j'ai metamor- 
phose le Bengale en Hindoustan. » 

II est facile de reconnaitre k leur nom seul les ecrivains 
musulmans on hindous, et il y aurait m^me une dtude cu^ 
rieuse k faire sur les noms de ces pofetes. J'ai traite ail- 
leurs (1) de ce qui concerne lea noms et les titres musul- 
mans; je me bornerai k rappeler que les poites musulmans 
de rinde peuvent avoir jusqii'i six noms, surnoms ou titres 
difierents, dont plusieurs doubles et triples, c'est-k-dire des 
alam ou noms de saints musulmans, des Icwah^ sortes de 
sobriquets honorifiques, comme Gulam Akbar (serviteur 
de Dieu), Imdad Ali (la faveur d'Ali); des kunyats, sur-^ 
noms e!sprimant la descendance ou la paternity, comme 
Ahu Talib (pfere de Talib), Ihn Bischam (fils de Hischam); 
des nisbats, surnoms indiquant le pays ou Torigine, comme 
LaJiori ^de Lahore^; Canauji (de Canoje); deskhitdbs, ti- 
tres de rang ou de nationalit<^, tels que Khan, Mirza, etc., 
et enfin le surnom po^tique ou takludlusy qui est ordinai- 
rement un substantif ou un adjectif arabe ou persan et noil 
indien. 

Au lieu des noms des saints de Tislamisme, que portent 
les auteurs musulmans, les Hindous prennent les noms de 
Irturs dieux ou de leurs demi-dieux. Les musulmans se nom^ 
ment, par exemple, Muhammad, Ali, Ibrahim, Ha^ah, 
IIu<;ain, etc.; les Hindous, Har, Narayan^ Bam^ 

(i) MHnoin sur Us noms et titres musulmaifu. 



— 55 ~ 

Lflkhschman, Gopinatti, Goknlnath, Kascfainath (1), etc* 

Les sumoms honorifiqnes rauaulmans do AbdurAH (ser-^ 
viteur du Tr^s-Haut), Gulam Muhammad (serviteur de 
Mahomet), 'Ali mardan (2) (serviteur d'Ali), etc., out 
leurs equivalents hindousdans Sivadas (serviteur de Siva)^ 
Krischnadas, Madhodas et Ke^avadas (serviteur de Kris- 
chna), Nanddas fserviteur de Nand), Haldhardas (servi- 
teur du porte-soc de charrue, c'est-i-dire de Bal), Surdas 
fserviteur du Soleil^. 

Et les Hindous ne sont pas seulement serviteurs de leurs 
dieux, ils le sent de leurs rivieres, do leurs plantes et de 
leurs villes sacrdes. 

Ainsi, nous avons des Gangadas (serviteur du Gange^, 
des Tulcidas fser viteur de Vocimum sanctum), des Agra- 
das (serviteur d'Agra), des Kacidas (serviteur de B^naris)', 
des Mathuradas (serviteur de Mathura)^ des Dwarikadas 
(serviteur de la ville fondee miraculeusement par Krischna). 

Aux titres de Mahbub'Ali (ch6ri d'Ali), Mahbub 
Hu^ain (ch(5fi de Hugain), etc., r^pondent ceux de Schri 
Lai (cheri de Sri ou Lakschmi), Harbans Lai (chdri de la 
racede Siva). 

Aux titres musulmans de 'Ataullah (don de Dieu), 'Ata 
Muhammad (don de Mahomet), 'AH Bakhsch (don d'Ali), 
repondent les titres hindous de Bhagavandat (Deo datusj, 
Bam Prasad (don de RamaJ, Schiv Pragad, fdon de Siva^, 
Kali Pragad (^don de Durga). Les Hindous emploient m6- 
me quelquefois en ce genre des compost hybrides hindi- 
persans, tels que Ganga Bakhsch (don du Gauge), etc. 

Les titres musulmans d'Afadet de AScA/'r(lion),sontrepr^- 
sentecvpar letitrehindou deSinffk^qui a la m6me signification. 

Quant aux titres, appeles Khitaby il y en a de sp^ciaux aux 
differentes castes d'Hindous. 



(1) Lea Ipois flerninrs noms sont des noma de Krischna. 

h' Ccnom, (]ui est celui dun penionnagede I'Inde, si^^nifle propremeni 
« les g^ens d'Ali », car mardan est In pluriel du mot mard^ « homme ».; 
mais le pluriel so prend souvent dans I'lnde pour le singuller, ainsi que 
je I'ai dej^ dit dan« mon Memoire sur Us noms el litres musulmans. ,j 



L^ 



" — 56 — 

Ainsi on donne aux brahmanes les titres de chaubSy de 
tiwariy de dob^y de pand^; aux kschatriyas, rajpoutes et 
Sikhs, ceux de thakuvy de ra^, de singh ; aux vaicyas, mar- 
chands ou banquiers, beux de sah ou seth ; aux lettr^s, ceux 
de pandit et de sen ; aux medecins, celni de misr (1). 

Les faquirs hinloas sont nouim^s gnrUy bhctgcUy gosain ou 
' 9ainy et les sikhs, bhais (frferes) (2). 

A rimitation des Hindous, les musulmans de I'lnde se 
divisent en quatre classes : les saiyids, les schaikbs, les 
Mogols et les Pathans. Les premiers sont les descendants 
de Mahomet; les seconds, les Arabes d'origine, ce qui 
n'empSche pas qu'on appelle de ce nom les convertis & I'is- 
lamisme ; par Mogols, on entend les Persans d'origine, et 
par Pathans, les Afgans. 

On donne aux saiyids le titre de Mir pour (Amir) ; les 
schaifkhs n'ont pas de titre particulier. Les Mogols pren- 
nent le titre de Mirza (3) avant leur nom, ou de Beg apris ; 
on les nomme aussi Aga ou Khaja Les Pathans enfin sont 
appelt5s Khan. Les faquirs mi^sulmans re^oirent les titres 
de sckahy de sufiy ou de pir. Leurs docteurs sont nomm^s 
maula ou mulla. Les dames regoivent les titres de khananiy 
hdgarriy khaturiy sahiba ou sakiby bi ou Mbi, 

Schri et D^va sont des litres d'honneur hindous : le 
premier signifie proprement saint, et le second dieu, Schri 
se met avant les noms et Deva apris. On emploie aussi ces 
titres avec les noms de villes, de montagnes, de riviferes, 
etc. (4). On donnait aur^si autrefois dans les Gaules les 
noms de divus ou diva aux villes, aux forfets, aux monta- 
gnes. C'^taitun usage indien transport^, avec les origines 
du langage celtique et de la religion druidique, des bords 



(1) Lea musulmans noroment leurs medecins hakim, « docteurs ». 

(2) U Y a parmi les poetes hindouslanis un Bha'i durdas etun Bhat 
Nana Lai. 

(3) En Perse, le litre de Mirxa, qui si^^niiie « fib d*6mlr », d^aigne un 
prince apres le nom ; mais avant le nom, c est un titre banal qu*on donne 
entre autres aux Icttr^s. 

' (4) Les musulmans emploient, dans ce cas, I'expression de llazrat. ll;s 
disent ainsi : Uazrat DUU, Uazrat Agra. 



— 57 — 

dn Gbnge k cenx de la Mense^ de la Mame et de la Seine. 

De nos jpursy lea Busses nomment encore leor pays la 
sainte Ilussie. 

Lea souverains de I'lnde donnent^ mSme actuellement^ 
aux pontes les plus distingu^s de leurs Etats, on aux pins 
favoris^s, soit le titre musnlman de Salyid uschschu^ara 
(seigneur des pontes)) ou Malik uschachu^ara (roi des 
pontes), soit les litres hindous de Kabischar (seigneur des 
pontes), iSar ^am (excellent po^te), etc. 

Les Hindous qui out Lenten urdu ont adopts I'usage 
zousulman de prendre un takhallus^ et conime ces surnoms 
de fantaisie sont g^n^ralement emprunt^s au persan, qui 
est la langue savante des musulmans de Tlnde, les niSmes 
takhallus peuvent 6tre pris par les pontes des deux religions^ 
et on ne pent savoir, par consequent, lorsque ces auteurs 
ne sont d^sign^s que par ces surnoms, s'ils sont Hindous ou 
musulmans. 

Parmi ces ^crivains, nous trouvons un certain nombre 
d'Hindous devenus musulmans, mais aucun musulman qui 
ait fait profession de Thindouisme (1), & moins qu'il ne 
soit entr^ dans une secte radicalement reform^e, telle que 
celle des sikhs, par exemple, qui nomment Mazhabi (reli- 
gionnaires) les musulmans convertis k leur croyance. En 
effet, passer de Tislamisme & Thindouisme, ce serait r^tro- 
grader, tandis que pour les Hindous Tislamisme est un pro* 
grfes Evident, puisque la croyance en FunittJ de Dieu 
et en la vie Aiture en est la base. D'ailleurs, le ra- 
tionalisme n'a pas pdn^tre chez les musulmans de Tlnde ; 
ils sont encore tris-z^les pour leur culte, bien que dans la 
pratique il soit entach^ d'hindouisme, et ils font jour- 
nellem^t des proselytes. G^est ainsi que nous voyons 
des pontes hindous embrasser Tislamisme, renoncer au 
monde et chanter dans leurs vers Tunite de Dieu. Tels 
sont entre autres Muztarr (Lala Kunwar Sen), qui 

. ^ (1) 1'outefols le Bhakta mftl {Bitt. de la litUr. hind,^ t. ii, p. 58) men- 
tionne la conversion d'un musulman a Miindouisme. 



— 58 — 

a cel^br^ en beaux vera liindoustanis ce que les^ musul- 
mans appellent « le martvre de Huguin, et une douzaine 
d'autres poetes mentionnes par les biographes originaux. 

2sou8 trouvons aussi parmi les ccrivains hindoustanis 
quelqnes Hindons oonvertis au christianisme, et m^me, 
chose beauconp plus rare et presque Inouie, quelqnes rau- 
sulmans devenus chrdtiens. Voici comment s'enonce le 
biographe Schefta on parlant d'un pofele urdu surnomme 
Schaukat, qui, de musulman qu'il ^tait, j»e fit chretien :. 

a: On dit que Suhaukat se lia de grande amitie avec un 
Europeen, a B^narfcs, et qu'a son instigation il quitta Tis* 
lamisme pour se faire chretien. Que Dieu nous garde d'un 
pareil malbeurl II changea cons(5quemment son nom de 
Munif^Ali (exalte par Ali) en celuide Munif Macih (exalte 
par le Christ). » 

Dans ce cas, le changement de nom estpres^que toujour.^ 
necessaire. Un autre poete hindoustani, qui se nommait 
Faiz Muhammad (la gr&ce de Mahomet), prit, en se con- 
vertissant au christianisme, le lacah de Faiz Macih (la 
grfi,ce du Christ). 

II parait n^anmoins qu'arexemple des premiers chrel iens, 
les Hindous convert^'s eonservent leur nom malgre la signi- 
fication paienne qu'il pent avoir. Ainsi nous avons parmi 
les auteurs hindoustanis contemporaina le Babu Schri das, 
c'est-k-dire a le serviteur de Sri (Lakschmi), d qui, devenu 
musulmam, a ecrit un ouvrage sur les attributs de Dieu, 
intitule Safat Rahb uValamin « perfection du seigneur des 
creatures. » 

Les tazkiras originaux signalent parmi les poetes hin- 
doustanis quelqnes Juifs d'origine devenus musulmans. 
Tels sont Jamal ('Ali) de Mirat, d^jk cite, qui vivait k Hai- 
derabad, il y • a une soixantaine d'ann^es ; Jawan (Muhibb 
ullah), de Dehli, m^decin de profession, ^leve de 'Ischc 
pour la po^sie, et Muschtac, I'auteur d'une anthologie. 

Quoique les Parsis ^criventg^n^ralement en guzarati et 
quelquefois en persan, 11 y en a qui ont employ^ I'hindous- 



rff^-"' ■■■ 



— 59 — 

tani, et c'est ainsi qne Bomangi Do^abji, de Bombay, a 
donn^ une edition du Sakuntala naiah ■ 

Les m^pies biographes nous signalent parmi lea pontes 
indiens quelques chretiens europ^ens, du moins d'origine* 
Par exemple, le fils de TEurop^en (Frangui) Sombre et de 
la c^lfebre Bigam Samru^ reine de Sirdhana, snmommee 
Zinat imniga « rOmement des Femmes, D c'est i savoir 
SaLib, car tel est son takhallus, tandis que son principal 
titre d*honneur est : Zafar-yah ( Victorieux). II fut ^16ve de 
DilsoZ) et on lui doit des poesies iirdues qui eurent du sue* 
c&. II tenait chez lui, a Dehli, des reunions litt^raires 
auxquelles assistaient les principaux poites de cette capi- 
tale, et, entre autres, Sarwar, k qui nous devons ce detail. 
II etait aussi habile, dit-on, en calligraphie, art fort estim^ 
des Orientaux, en dessin et en rausique. II mourut & la 
fleur de-r^e, en 1827. 

II avaft un ami appele Balthazar de nom de baptfeme, ot 
Acir (esclave) de takhallus, qui cultiva aussi avec succ^s la 
poesie hindoustani. Sarwar nous apprend qu'il etait /Vcm- 
S^wi et chr^tien (nasrani)^ et que ses vers, dontil donne^ 
au surplus, des ^chantillons, nemanquentpasd'originalite* 

La petite cour de Sirdhana comptait, k la meme <'poque^ 
un troisi^me pofete hindoustani Buropeen et, de plus, Fran* 
<?ai8, qui se nommait « Faragu ou Franm c'est-k-dire Fran- 
^ais. » On le dit fils d' Auguste ou d' Augustin et officii^r de 
la reine de Sirdhana. II est anteur de gracieuses poesies, 
et il fut ^leve, comme Sahib, de Dllaoz, po6te distingue de 
Dehli. 

On cite aussi un po&te hindoustani contemporain, chr^- 
tien et anglais, que le biographe original (1) qui enparle 
nomme Jarij Bans Schovy o'est-i-dire probablement , 
Georges Bums Shareyle nom de famille ay ant (5te consid<5r^ 
par le biographe comme un takhallus signifiant brtiit 

Enfiu, on signale parmi les poetes hindoustani^^, deux 

(i) Karim. 



L. 



— 60 — 

Anglais natifs de Dehli, Isfan^ c'est-k-dire, sansdoute, SU" 
pJien ou ^S^ren^^ lequel (^tait encore vivant en 1800, et Jan 
Tumasy c'est-k-dire John Thomas nomme aossi Khan Sa- 
hib (Monsienr le Khan), poete contemporain. Ces poetes 
Bont probablement tons de sang la^li (Iwlfcast), 

J'ai connu moi-m6me uu poete hindoustani de la m&me 
cat^gorie, feu Dyce Sombre, fils adopiif de la reine de Sir- 
dhana, dont je viens do parlor, personnage dont le nota 
reteutit si souvent dans les jonrnaux anglais, a propos de 
son interdiction, contre laquelle il no cessa de reclamer. 
Dyce Sombre faisait avec une certaine facility les vers bin- 
doustanis et il les r^citait admirablement. 

On cite an poete hindoustani qui ^tait n^gre et qui se 
nommait Sidi (1) Hamid Bismil. C^est un nom k ajouter a 
la liste des nfegresdistingu^s qu'a donnee I'^v^que Gr^goire 
dans sa LittSrature des Nlgres. Notre poete nfegre ^tait na- 
tif de Patna, et, k ce qu'il parait, esclave. Ilvivait au com- 
mencement de ce si^le (2). 

Presque tous les ecrivains hindis appartiennent aux sec- 
tes r^formees des Hindous, c'est-k-dire aux jains, aux ka- 
bir panthis, aux sikhs et aux waischnavas de toute nuance ; 
et les chefs de ces sectes, les plus c^lfebres comme les moins 
connuos, sont aussi des pOetes hindis ; tels sont : Bamanand 
Vallabha, Daryadas, Jayadeva (I'auteur du calibre poeme 
Sanscrit intitule Ghiita Govinda)^ Dadu, Birbhan, Baba Lal^ 
Bam Gharan, Siva Narayan, etc. 

D n'y a que trfes-peu de sivistes qui aient ecrit en hindL 
La plupart d'entre eax sont restes fid&les k Tancienne Ian- 
gue aus»si bien qu'k Pancien culte. 

Quant aux musulmans, ils se divisent, dans I'Inde, sdus 
le rapport religieux, en sunnites ou a: traditionnaires :» et 
whiites ou a sdparatistes 3». On a souvent compart (3) les 

(!) Ce titre, qui est la prononr.iation africainede Sayidi, n*est donn^ dans 
rinde qu*aux musulmans d origine negre. 

(2) Sprenger d'apres Iscb^ui (Ca^, t. 1, p. 215). 

(3) Je suis un de ceux qui ont fait cette comparaison dans mon M4* 
moire sur un cbapitre inconnu du Coran. Journal AsiaL 1842, 




~ 61 — 

sannites aux catholiqnes et les schiites aux protestants, 
parce que ces demiers rejettent la sunna ou « traditioii rela** 
dve aax actions de Mahomet » (tout en admettant les Aa- 
disj c'est-i-dire les paroles attributes par la tradition k Ma- 
homet). Toutefow*, Chardin, qui, k la v^rit^, ^tait protea- 
tant, fait Tin verse, k cause, peut-toe, des ceremonies exte- 
rieures du culte des schiites. 

n 7 a aussi des dissidents, nommea saiyid ahmadis, du 
ftom deleur fondateur. Ce sont les wahabisde Tlnde, et on 
les appelle quelquefois ainsi. Plusieurs ^crivains hindousta- 
nis appartiennent k cette secte ; tels sont : Haji Abd uUah, 
Haji Ismail, et plusieurs autres dont j^aurai Toccasion de par- 
ler pins loin. 

Onlrouve ^galement parmi les ^crivains hindoustanis 
un grand nombre de philosophes musulmans ou sofis, dont 
plusieurs sont r^put^s saints ; des poetes mendiants, non- 
seulement volontaires ou faquirs, mais de v^ritables men- 
diants, qui vont vendre dans les marches, sur des feuilles 
volantes, les pieces de vers de leur composition. Tels furent 
Mukarim (Mirza), de Dehll, et Kamtarin (Miyan), sur- 
nomm^ Pir-Khan (1) , qui vcndaient eux-m^mes k Vurdu 
mu*alla (2) leurs gazals a deux pai^a (environ dix cen- 
times) la pifece. 

A cote de ces poetes mendiants, nous avons des poetes 
de profession, c'est-k-dire des gens de lettres occup^s ex- 
clusivement de po^sie, puis des pontes amateurs de toutes 
les classes, et mSme d'entre des gens du bas peuple, et 
enfin un bon nombre de poetes rois, des poesies desquels 
il a ete dit : <£ Les discours des rois sont les rois des dis- 
cours (3). T> Tels sont, outre les trois rois de Golconde dont 
j'ai d^ji parle, Ibrahim Adil Sohah, roi de B^japour, le 



(1) II est mort en 1168 (1754-55). Quant 4 son titre ponipeux de Khan, 
onledonne dans I'lade h tons les Pathans ou Afgans, et^ en effet^ notre 
poete 6tait Argan. * 

'2) On a vu plus haut qu'U faut entendre par cette expression le grand 
march6 de Denli. 

(3 Discours d'ouverture du cours d'hindoustani de 1851. 



— 62 — 

malheureox Tippou, roi de Maissour^ les grands Mogbls 
Schah Alam II, Akbar II et Bahadur Schahll, le nabab etl^ 
roisd^Aoude Agaf uddaula, Gazi ubdin HaidaretWajid Ali. 

On peat s^parcr enfia de la masse des poetes hindons- 
tanis les femmes poetes, dont j'ai cit^ plusiears dans tm 
article sp^ial (1). Parmi celles dont je n'ai pas parl^, 
je puis mentionner la princesse Khala (2), c'est-i-dire la 
tante materrcelle. EUe avait pris, on effet, ce takhallus parce 
qu'on la designait famili&rement sous ce nom dans le ha-* 
rem de son neveu, le nabab Imad ul mulk de Farrukhabad ; 
mais son surnom honorifique ou khitab ^tait Badr unnipa 
« la Pleine Lune des Femmes, 3> e'est-i-dire la plus remar- 
quable des femmes (3). 

Je cit'erai aussi Amat ul Fatima B^gam, eonnue sous le 
takhallus de Sahib, et nommie famili&rement Ji Sahib oa 
Sahib Ji (Madame la Dame), celfebre parmi les ^crivains 
Urdus, surtout par ses gazals. EUe est ilkve d'an poete 
trfes-distingu^, Mun'im, qui a it& aussi le maitre de Schefta, 
un des biographes que j*ai le plus consult^s, et de plusieurs 
autres dcrivains. EUe a habits tour a tour Dehli et Lakhnau, 
et elle est Tobjet d'un masnawi de Muzi uUah Khan, inti-> 
tul^ a: Le tendre discours 7> (Catd-i-gamin). 

Une autre femme poete, probablement musulmane, mal- 

« 

gr^ son nom hindou, c'est Champa, dont le nom est celoi 
de la jolie fleur du michelia champaka. Elle faisait partie du 
harem du nabab HuQam uddaula, et Cacim la met au nom^ 
bre des poetes urdus. 

Nous avons aussi une simpb bayadfere nomm^e Fark 
( Joie), ou plutdt Farh Bakhsch (Donneuse de joie), k qui 
on doit des poesies hindoustanies. Schefta mentionne une 
autre bayad&re nommde Ziya (Eclat) ; et 'Ischqui une troi* 
si^me, nomm^e Ganchin. , 

(i] « Les femmei poetes de VInde, » num^ro de mai 1854 de la Revue de 
V Orient, 

(2) Ce mot est arabe et signifie « la sceur de larndre *. 11 estle f^minia 
de khal « fr^re de la m6re, oncle maternel ». 

(3) Ischqui, cit6 par Sprenger. 



— 68 — 

Une quatri^tne bayadere a acquis, comme poete hin- 
doustani, one plus grande c^l^brit^ que les pr^c^dentes, 
c'est J&n (Mir Tar Ali Jan Sahib), native de Farrukhabad, 
mais qui a surtout habitxi Lakhaau, oil elle a obtenu ses 
sneers litter aires. Elle s'appliqua d^ son enfance &la mu- 
siqae at k la litt^rature, et elle apprit le persan. Elle s'adonna 
surtout k la po^sie hindoustanie, et le biographe Karim la 
coQsid^re comme son maitre et la consulte sur «es propres 
vers. Elle a public k Lakhnau, en 1262 (1846), undiwan 
ou recueil de Si^s poesies, qui a eu un grand succfes et qui 
est dcrit dans le style particulif*r aux zananas ; elle dtait 
alors kgie d'environ trente-six ans. 

Je dois men tionHer encore une femme poete hindoue, Bam 
Ji de Namaul, sumomm^e Nazakat (Gentillesse), dont le 
prodigieux talent et la rare beauts sent c<il^br^s par des 
expressions extravagantes dans ks biographies originales, 
etqui vivait encore en 1848 ; Taswir, dont le nom signifie 
d Peinture, ]» c'est-:it-dire c belle comme une peinture, ]> et 
Saraiya (les Pleiades), poetesque nous font connaitre Ba- 
tin et Karim; Yas (D^sespoir), nomm^e Mijan Banu, 
c*est-a-dire <k Madame la Dame ; "» de Haiderabad, ^live 
de Falz, de Dehli, I'auteur dWe traduction du Pand nama 
d'Attar. 

Un autre classement bien important, mais difficile k faire 
qnelquefois, surtout pour les poetes anciens, k cause du 
manque de renseignements biographiques, c*est le classes 
ment par ordre chronologiqne. En le suivaut, nous avona 
d'abord des poetes hindous (1) et, d^ le xi* siede (2) le 
poete musulman Ma^'oud-i Sa'ad, sur lequel Nath. Bland 
a ^rit dMnt^ressantes pages dans le Journal Asiatiquey en 
1853 ; puis, dans le xli* siMe, Chand, qu^on a nomm^rHo-^ 



(1) Le temps precis dans lequel \ivaient les poetes hindis les plus an* 
ciens ne peuf gu^re se fixer. Je puis citer^ n^anmoinB^ Sankara Acharya, 
le poete sanscril connu par VAmara tataka, qui vivait dans le ncuvi^me 
fti^cle et qui paraH avoir 6crit des vers hindis, Voyez men Hiatoire de la 
liitr, hind,t L II, p. 43 ct suiv. 

(2) Vera 1080. 






^ 64 — 

mkte des Bajpoutes, et Pipa, dont les poesies font partie de 
VAdi granth dels sikhs. Dans le ZIIP si^Ie (1), Saadi, qui 
n'a pas d^aigne, ainsi qu'on I'a vu plus hant^ d'^crire des 
yers dans le dialeote urdn ; Baiju Bawara, poete et musi- 
cien o^l^bre; et, dans le xiv* siicle, Ehusrau, de Dehli et 
Nuri de Haider&b&d. 

II y a, sans doute, bien d'autres ^crivains hindoustanis 
qui ont v^cu dans les mSmes sik^les et ant^rieurement. Les 
biblioth^ues de Tlnde centrale conservent certainement 
d'anciens ouvrages hindis qui sont inconnus; et, dans tons 
les cas, nombre de chants populaires remontent aux pre- 
miers temps du d^veloppement de la langne indienne. 

Dans le zv* siicle se montrent les plus anciens fondateurs 
des sectes modemes qui aient employ^ le hindi comme 
langue liturgique, et qui aient compost des hymnes reli 
gieux et des poesies morales en cet idion;ie. Ce sont surtout 
Kabir, qui s'^leva ^nergiquement contre I'emploi du sans-^ 
crit; ses disciples Srutgopaldas, r^dacteur du Sukh-Nv^ 
dhan (2), et Dharmadas, I'auteur de VAmarmal (3) ; Nanak 
et Bhagodas, qui sont les plus connus et sur lesquels je ne 
r^p^terai pas ce que j'ai dit ailleurs (4) ; Lalach, r^dacteur 
d'un Bhagavat ^crit en hindoustani de I'ouest, etc* 

Dans le xvi' sifecle, nous avons, parmi les Hindous, 
Sukhd^o, auquel le biographe Priyadas a consacr^ un ar- 
ticle special ; Nabhaji, Tauteur des chants biographiques 
qui constituent le texte fondamental du Bhaktamal ; Yalla- 
bha et Dadu, chefs de secte et poetes distingu^s ; Bihari, 
le c^lfebre auteur du Satsai (5); Ganga-das, Thabile rh^tori- 
cien, et plusieurs autres. 

Parmi les ^crivains musulmans du nord de I'lnde, nous 
avons, entre autres, Abu'lfazl, le ministre d'Akbar, et 

(1) Vers 1250. 

(2) Sur cet ouvrage, voyez Tarticle Kabir, dans mon Histoire de la Utter. 
M'nd.,t. 1". 

(3) Voyez la Preface de mes Rudiments de la langue htndovi, p. 5. 

■ (4) Dans mon Histoire et dans la Preface des Rudiments de langue 

hinaoui. 
(5) Sur diff^rents personnages^ voyez les mdmes ouvrages* 



^. 65 — 

Bayazid Ansari^ le chef de la secte des roschanis ou jalalis 
(illumines)* 

Parmi les (^crivains du D^can^ nous avons : 

Afzal (Muhammad), duquel le biographe Ki^mal dit : 
« Son style n'est pas ch&d^, parce qu'i I'^poque oii il ^cri- 
vait, la po^sie rekhta n'ctait pas en grande faveur, et qu'il 
fut oblig^ d'&jrire en dakhni; » Muhammad CuU Gutb 
Schah, roi de Golconde, qui r^gnade 1582 k 1611, et qui 
eut pour successeur Abd uUah Cutb Schah, qui patronna et 
encouragea sp^cjalement la littdrature hindoustani* 

Pour le xvii" siicle, ^poque k laquelle commenga, sur- 
tout dans le D^can, la culture de la veritable po&ie urdue, 
soumise k des regies exactes, je me bomerai k citer, parmi 
les poetes hindis, Surdas, Tulcidas et K^^avadas, les trois 
poetes favoris des Indiens modernes, dont il a eii dit : 
<( Surdas est le soleil; Tulci, la lune; KfJ^aradas, les 
etoiles ; les autres poetes sent des vers luisants qui brillent 
^i et Ik (1). 3> 

Parmi les poetes urdus, nous avons Hatim, dont j'aidcji 
parle, Azad (Faquir Ullah), qui, bien que natif de Haider- 
abad, habita Dehli et y acquit de la popularity par ses 
vers ; Jiwan (Muhammad), auteur de plusieurs ouvrages 
religieux, etc. 

Parmi les poetes dakhnis : Wali, qu'on a sumomm^ a le 
P^re de la po^sie rekhta a: baba-^'rekkta ; Schah Gulschan, 
son maitre; Ahmad de Guzarate; Tana Schah, dont j'ai 
d^ja parle ; Schahi de Bagnagar et Mirza Abu'lcacim, offi- 
ciers de ce prince ; Awari ou Ibn Nischati (2), I'auteur du 
PhiUban; Gauwas ou Gauwaci, I'auteur d'un poeme sur la 
Kgende du Perroquet ; Muhacquic, un des plus anciens 
poetes du D^can qui aient ^crit dans un rekhta fort ressem- 
blant kcelui de I'Hindoustan ; Rasmi, Tauteur du Khaivir 
nama,. dont j'ai donne ranalyse(3) ; 'Ajiz (Muhammad) et 
nombre d'autres. 

[{) Voyez le texte de cctte citation, p. 8. de mes Rud, hindouig. 

f2) Ces deux noms^ en effet, paraissent se rapporter au mdme dcHvain* 

(3) T. 11 de mon Htstoire de la it((#r* Mndt 



— 66 — 

n serait trop long de citer les poetes hindoustanis qui, 
dans le xvni* sifecle, se sont fait un nom distingu^ parmi 
leurs compatriotes. Qa'il me suffise de mentionner d'entre 
les ^crivains hindis : Gangapati, auteur d'un traite sur les 
differentes doctrines philosophiques des Hindous; Birbhan, 
fondateur de la c^lfebre secte des sadhs ou « purs d et autenr 
de poemes religieux remarquaUes (1), Ram Cbarau, fonda- 
teur d'une secte qui porte son nom et auteur d'bymnes aa- 
cr& ; Siva Narayan, autre fondateur de secte, auteur de 
onze livres en vers bindis (2) qui, an lieu de commencer 
par I'invocation commune de « Louange k Ganescba > 
(Sri Ganeschaya nama /J, commencent par les mots : « La 
protection des saints » (Santa Saran). 

Parmi les ^crivains urdus, je me bomerai k mentionner 
Sauda (3), Mir et Ha^an, les trois poetes les plus c^lfebres 
du dernier sifecle, Jur'at, Arzu, Dard, Yaquin, Figan, 
Amjad, de Dehli, Amin uddin, de B^nar^s, Ascbic, de Ga- 
zipur; et parmi les ^crivains dakbnis, Haidar Scbab, sur- 
nomm^ Mardya-go (Cbanteur de marciyas), parce qu'il 
cbantait les complaintes dont il ^tait auteur. On lui doit, en 
outre, une s^rie de pieces de vers qui offrent le d^veloppe- 
ment de celles dont se compose le diwan de Wall. Dans ces 
poemes, nomm^s rnvMw/mmas^ cbaque hait, ou double W- 
misticbe, est accompagne de trois autres Wmisticbes, et 
forme ainsi une stropbe differente. Abjadi est un autre ^cri- 
vain dakbni digne d'etre cit4 ; il est auteur d'une petite en- 
cyclopedic en vers (4) qui se compose de plusieurs cbapitres, 
chacun sur un mfetre diffi^rent, que I'auteur a eu soin de 
faire connaitre en t^tedu cbapitre. Siraj d'Aurangabad, 
mortvers 1754; 'Uzlat, de Surate, un des poetes les plus 
c61febres du D^can, mort en 1165 (1751-52), doivent aussi 
trouver leur place ici. 

(1) Histoire de la littir. hind, et Preface des Bud. hind. 

(2) Voyez le t. l^r, p. 475, de nion Histoire de la litter, hind, et mes 
Rudiments de la langue hindoui, p. 5. 

(3) On a meme appele sp6cialement Sauda, « le roi des poetes hindous- 
^is », Malik schu o/rori rekhta. 

(4) Tuhfa lissibiyany « Cadeaux aux enfants. » 




— 67 — 

Enfin les plus distmgu^s d'entre les ^criyaiuB indicns da 
dix-neuvi^me sik^Ie etles contemporains sont pour le bindi : 
Bakhtawar, k qui on doit line exposition en vers de la doc- 
trine des jams, le bio^aphe Drdbaram et Cbatradas, son 
snccesseur dans la dignity religieuse de cbef des ramsa- 
nehis (1). 

Poor I'urdUy Sabbayi et Earim nous donnent les noms 
de Mumin de Debli, fertile et Eloquent poete, mort en 1852, 
dont le diwan est appel^ par eux incomparable; Nacir, 
mort en 1842 on 43, et Atascb, mort en 1847, ^cbacun J 

desquels on doit un diwan devenu populaire ; Mul Cband, j 

Tanteur d'une traduction abr^g^ en vers du Schah nama, 
Mamum, un des plus c^l^bres ^crivains contemporains, et 
plusieurs autres que j'ai mentionn^s dans mes discours 
d'ouverture. 

Pour le dakbni, je me bomerai k citer Kamal de Haider- 
abad et Abd ulbac, de Madras. 

Si nous faisons actuellement attention k la maniire dont 
les biograpbes originaux parlent des poetes qu'ils nous si- 
gnalent, pons j reconnaitrons facilement trois classes : les 
poetes dont il n'est fait qu'une simple mention, ceux dont il 
est fait une mention que je nommerai bonorable, et enfin 
oeux qui sont I'objet d'une mention trfes-bonorable, pour 
me servir des expressions consacrdes dans les concours. Je 
comprends dans la premiere classe les ^rirains qui sont 
indiqu^s sans aucun detail, quelquefois arec la simple men- 
tion de leur nom et de leur ville natale, et une citation de 
leurs vers. Ce sont ceux qui ne sont auteurs que d'un nom- 
bre de gazals insuffisant pour fetre rdunis en diwan, ou k 
qui on doit des poemes d^tacbfe d'une plus grande ^tendue, 
mais qui ne sont pas connus sous des titres sp^ciaux. Dans 
la seconde, je range les ^crivains k qui on doit un recueil 
de poesies nomm^, selon les cas, diwan ou kulliyat^ ainsi 
qu'il sera expliqu^ plus loin. Enfin la troisi^me s^rie se 
compose des auteurs d'ouvrages en vers ou en prose por- 

(1) ITtft. de la litUr, hind,, t. I^ p. i61. 



— 68 — 

tant des litres particulier>, presqae tonjours en Sanscrit sUls 
Bont bindis, en persan et m§me en arabe s'ils sont urdns 
ou dakbnis. 

III. En hindoustanijles difFerents genres de composition 
sont distingn(58 par la forme seulement. La lettre I'emporte 
snr I'esprit. Ainsi le gazal est un conrt poeme de bix a 
douze vers sur une m^me rime, r^petee aux deux premiers 
hemistiches, mais le sujet en est tellement indifferent qu'il 
pent Stre plaisant on serieux ; mais le plus souvent ^ro- 
tique et mystique a la fois (1). C'est le sonnet dans le 
goftt particulier de Petrarque et de Shakespeare, cont les 
sonnets faits k Timitation du cel^bre poete italien sont an 
moins anssi beaux, quoique moins cit-^s, ses drames les ayant 
fait oublierponr ainsi dire. Le cacida est nn poeme form^^ 
de la m6me maniere, si ce n'est qu'il est plus long, mais 
tantot c'est nne pifece d'eloge, madh ou mancaba, tantot 
une satire, Ao/m, ou tout autre chose. 

Le masnawi, qui se compose de vers dont l^s hemis- 
tiches riment ensemble (2), pent rouler aussi sur toutes 
sortes de sujets. II pent Stre trfes-court ou trfes-long; se 
composer par consequent de deux ou trois pages ou pren- 
dre les grandes proportions d'un poeme ^pique de plus 
de mille pages. II pent 6tre un conte, un roman, un 
traite didactique, un poeme religieux, car les ecrivains 
hindoustanis ont abord^ sous cette forme tons les 
sujets : sevferes et gracieux, graves et lagers. 

Les pitees en strophes de trois, quatre, cinq, six, sept, 
huit, dix hemistiches nommees consequemment mugallasy 
murahba\ mukluzmmaSy mugaddas^ mufabba\ musammariy 
mu'aschscliar^ peuvent 6tre des complaintes ou marciyas^ 
des chants de rejouissance, mubarak-bady ou tout autre 
chose. 

II y a mSme des poemes dont le titre special semble fixer 

(1) II en est ainsi chez nous du sonnet et du quatrain* 

(2) Les vers masnaiws rcpr(§sentent les vers Ijonins. 



' _. 69 ~ 

le sujet et qui cspendant n'en ont en rdalite aucun de d^ter- 
miu^. Tel est par exemple : le Saqui-nama « Poeme (pro- 
prement, Hvre^ de Teclianson >, qui devrait, il semble, fetre 
ioujours une chanson k boire, et qui roule quelquefois 
cependant sur d'autres sujets. Ainsi, par exemple, Haidar 
(Haidar Bakhsch) en a fait un h, la louange d'Ali. 

Il en est k pen prfes de m^me pour les pc^sies hindies 
proprement dites. Les noma parti culiers des poemes n*ont 
pas trait a leur sujet. Ainsi on tiouve des pad sur toute 
chose, et les tappa servent & la fois pour les chants du holi 
et pour ceux des manages, qui ont quelquefois rappellation 
sp^ciale de badhawa, 

Les poesies musul manes de peu d'etendue ont un cachet 
mystique qui les fait reconnaitre. Dans les vers hindous- 
taDis il est d'usage, comme en persan, de decrire sous les 
traits d'un jeune horame la bcaute des femmcs. 

Dans le dialecte hindi, on met au contraire dans la bou- 
clie d'une femme des vers d'amour h regard d'un jeune 
homme ; cet usage a meme lieu quelquefois en urdu, et 
dans ce cas, on donne k ces poesies le nom de rekhtiy femi- 
nin iudicn du mot persan rekhia a bigarr<i d, donn^ k la 
po^sie hindou^tanie. Inscha ullah !Khan avait mis en vogue 
au commencement de ce sifecle ce genre de podsie. 

Les memes mitres et genres de po^sie usites en persan 
exiatent aussi en urdu, si ce n'est qu'il y a deux genres de 
poemes particuliers k la langue indienne, le mukri et le 
pah^li, dont je parlerai plus loin. 

En arabe on a d'abord nomm^ diwan un simple recueil 
de poesies : ainsi on dit le diwan de Mutanabbi, le diwan 
d'Ibn Fared, le diwan d'Amru'lcais, en parlant du recueil 
des poesies de ces dcrivains calibres; mais actuellement, 
en aiabe, aussi bien que dans les autres langues de TOrient 
mosulman, en hindoustani, en puschtu, en persan, en turc, 
on entend par cette expression un recueil de gazals classes. 
Bans egard pour leur suje!:, par I'ordre alphab^tique de la 
demiere lettre de la rime, auquel on joint le plus souvent 



^-- -T 




— 70 — ' 

accessoirement d'autres poemes de genres varies, et on 
nomme kulliyat (oenvres completes) nn recueil de plusienrs 
diwans ou d'un diwan et d'un grand nombre d'autres poe- 
sies d'un mfeme auteur. Ces deux expressions ne s'appli-* 
quent pas anx poesies hindies. Ainsi les recneils de dohras^ 
de kabits et de slokas, g^n^ralement ^rits en caract&res 
d^vanagaris, ne portent pas ces titres. 

On donne rarement aux diwans et anx kulliyats des ti- 
tres sp^cianx. Quelqnes-uns en ont cependant. Ainsi le diwan 
d'Akhtar (Wajid Ali), le roi d'Aoude actual, porte letitre de 
Faiz hunyan (Assise de gr^ce) (1); celui de Josch (Ahmad 
Hagan khan) porte le titre de Guldasta-i-mkhan (Bouquet 
d' (Eloquence) ; les deux diwans de Baschk sent intitules 
Nazm mubarak (Po^sie bt5nie) et Nazm guirani (Po&ie 
excellente) ; et le kulliyat de Tapiscb est intitule Gulzar-i 
mazamin (le Jardin des significations). 

Les courts poemes, ai-je dit, Jont se composent ces re- 
cneils sont presque toujous mystico-^rotiques, parce que les 
musulmans, qui en sont en majority les auteurs, font une 
confusion qui nous parait avec raison impie entre la beauts 
immortelle et la beauts cr^. lis voient Dieu dans la femmo 
ou sous les traits d'un jeune adolescent, et on a ainsi quel- 
quefois, k cot^ d'une tirade du plus pur spiritualisme, des 
vers voluptueux et mSme obsc^nes (2). On a pu juger de ce 
genre particulier de po^sie dans les limites des convenances 
europ^ennes et chrdtiennes, par la traduction que j'ai donn^e 
d'une partie du diwan de Wali et de beaucoup d'autres 
gazals dans mon « Hiatoire de la litt^atv/re hindoustani d et 
dans mes Chants populaires de VInde (3) 3>. Quelques-uns 
de ces gazals sont fort beaux et ^galent, il me semble^ 



(^] Ce diwan, public h Lakbnau en i259 (1843-44), a encore ceci de 
particulier qu'on y trouve indiqu6^ en tete de chaque gazal, le nom du 
m^tre qu'on y a suivi, ce qui le rend pr^cieux pour T^tude de la ra^tri- 
que arabe. * 

(2) Je ne parle pas ici des poesies ordurieresetreconnues comme telles ; 
celles par excmpic de Chirkin, dont le noro meme, qui signifle ordurier, 
indique assez ce qu'on doit y.trouver. .i 

(3) Revue corUemporaine^ t. XV, p. 562. 



^t 



— 71 — 

taiit6t les odes de Pindare, tantdt celles d'Anacr^on ou 
plut6t les gazals persans de Hafiz, qui ont tant de repu- 
tation, et ils surpassent certainement les gazals turcs de 
Baqui. 

Le plus grand d^faut de ces recueils, c'est la monotonie. 
Les m^es id^ y sont r^p^t^es k sati^t^ sous toutes les 
formes et souvent avec des expressions identiques ou ana- 
logues. 

Les vers de remplissage j sont nombreux; car c est sur- 
tout aux poetes orientaux qu'on pent appKquer ces vers de 
Butler (1) : 

Those that write in rhime, still make 

The one verse for the other's sake. 

Aussi k Fexception de quelques diwans remarqubles qui 
ont acquis de la c^lebrit^, la lecture de ces recueils est g^- 
n^ralement insoutenable. 

Un autre d^faut des gazals qui composeut ces diwans, 
c'est I'obscurite, que les Orientaux considferent k la v^ritd 
Gomme une quality estimable, car ils n'acceptent pas I'axiome 
d^velopp^ dans la fable du singe et du jongleur d'Yriarte : 
« Sin claridad no Jiai obra buena, » 

Parmi les diwans bindoustanis celui de Wali est le plus 
c^lfebre. Toutefois il parait qu'on le lit peu actuellement 
dans les provinces nord-ouest, non-seulement k cause qu'il 
est ^crit dans le dialecte du midi, mais encore parce que 
le fetyle en est surann^. 11 n'en est pas de m6me des diwans 
de Sauda, de Mir, de Dard, de Jurat, d'Yaquin, qui sont 
plus modernes et qui conservent toute leur vogue. 

Parmi les diwans des poetes contemporains, on distingue 
cenx de Atasch, de Zauc, de Nawed, de Nazir. ^ 

Les poemes qu'on trouve k la suite ou en t6te des diwans 
ont des formes varices que j'ai fait connaitre dans men 
< Histoire de la littAxxture hindouetani (2) "». 



(i) Hudibras, chant iv. 
(2 Preface. 






~ 72 -- 

Les longs inasnawis ont pour objet de traiter un stijet 
6p(icialy de chanter un trait liidtorique^ quelquefois de faire 
connaitre une Idstoire entifere ; le plus souvent ce sont des 
romans plus ou moins Idstoriques ou tout k fait fabuleux ; 
mais plus g^n<5ralement ils offrent le ddveloppement, selon 
le genre d'esprit du poete, d'une l^gende ddjk connue. II y 
a en ce genre de volumineux poemes dont quelques-uns 
sont dignes d'attention. Le mfeme auteur en a quelquefois 
ecrit plusieurs, et il y a mSme des poetes liindonstanis, per- 
sans et turcs qui en ont ^crit jusqu'k cinq ou sept. De Ik 
les recueils nomm^s Khamsa ou « Quint^naire » et Ilafta 
ou a Bept^naire,i>qui sont des espfeces de diwans, de grands 
masnawis. Les plus connus de ces recueils sont les Kham- 
sas de Nizami (1) et d'Amir Khusrau et le hafta de Jami, 
auti'ement dit, par metaphore, Haft aurangy c'est-k-dire 
« les Sept ^toiles de la grande ourse (2). :^ 

Quelques legendes favorites dominent ce genre de litt^- 
rature et font ordinairement partie des collections de mas- 
nawis. Ce sont celles des amants celfebres de I'Orient : 
YuQuf et Zalikha, Farhad et Schirin, Majnun et Laila, 
Wamic et Azra. 

Ce sont encore celles des beros davenus fabuleux, tels 
que : Iskandar (Alexandre), Rustam (3), Hamza, Hatim 
Tai, Babram (le Varanes des Grecs) surnomm^ Gor^ e'est- 
k-dire « I'Ane sauvage, d k cause de sa passion pour la 
cbasse de cet animal. 

En bindoiistani, ces legendes musulmanes ont ^t^ ex- 
ploitees avec succfes, et elles ont re^u une couleur locale 
qui les modifie avantageusement. 

Plusieurs sont denudes par leurs auteurs comme des 
traductions du persan; mais c'est tme manifere de parler 

(1) Un de ces poemes^ le Makhsan ulasrar, a M publl6 par feu N« 
Bland, sous les auspices de V Oriental text fund, 

(2) Deux de ces poemes, le Tuhfat ulahrar et le Salaman o AbstU, ont 
6te publics par feu le savant et modesto F. Falconer, sous les memes 
auspices. 

(3) Le h6ros du Schah nama et entre autres aussi d'un roman en vera 
tupcs intitul6 Baft khun « les Sept Combats », par NauH-Zada-'Atai, 



rr^-:^ 



— 73 — 

pour signifier seulement qti'elles ont pour base des redac- 
tions persanes qui ont acquis une grande c^lebrite en 
Orient. On a vu plus haut que les musulmans de I'lnde, 
et par suite les Hindous mSmes, ont longtemps ^crit en 
persan, avant qu'il devint de mode d'ecrireen hindoustani; 
alors m£me, on le fit d'abord avec une sorte de timidite, en 
s'excusant d'employer la langue usuelle, et on ne manqua 
pas de rattacher k des compositions persanes les nouvelles 
compositions. Mais en prenant la peine d'examiner ces 
pretendues traductions, on s'aper^oit facilement que ce ne 
sent souvent pas m6me des imitations, mais des ouvrages 
k part, sur le m6me sujet, il est vrai, quoique tout k fait 
difie rents tant pour la forme que pour le fond. 

II en est de mfime pour les ouvrages sericux. Ainsi 
YAraisch-i mahfily qui est cens^ la traduction de I'ouvrage 
persan de Sujan Ra^ (1), intitule Khuldcat uttawarikh^ est 
une topographic et une histoire de I'lnde qui n'est pas k 
beaucoup prfes la simple reproduction de I'ouvrage persan. 

Je connais six « Yu^uf et Zalikha. 3> Celui d'Amin, 
ecrit en 1600 (2); celui de Tapisch, queTauteur ^crit (Jtant 
en prison (3) ; celui de Fidwi, de Lahore, critiqu<5 par un 
poete rival (4); celui de Mujib, poete contemporain; celui 
de Aecbic (Mabdi Alij, qui fait partie d'un khamsa, et 
enfin celui auquel a ^te donn4 le titre de ^hchc nama « le 
Livre d'amour 5), et qui a ^t^ imprim^ k Bombay en 1847. 

Je connais en hindoustani cinq € La3a et Majnun i> : 
celui de Tajalli (5); celui de Azim, de Dehli, surnomm^ 
Bchah Jhulan, ^crit sur le mitre harmonieux du Schah 

(i) Tel est Ic vrai nom de cet ^crivain, ainsi que jc Tai dit dans mon 
article sur le Cat.^ des Mss. bist. de la Soc. roy. As., par M. Morley, 
Journal As 1854. 

(2) Dont j'ai public un cbapiire k la suite de mes Rudiments de la 
langue hind.^ et doutjai traduit plusieurs fragments dansle tome l^*" de 
iDon histoire, 

(3; Cette indication est donnde par Cacim. Voyez au surplus sur ce 
poete le tome !•''. page 502 de mon Histoire. 

(4) Mir Fath All, qui ^crivit pour le critiqucr son poeme intitule : 
Viitoire du Bihou et du Fruitier (Quissa-i bum o baccul), par allusion k 
la profession dup6re de Fidwi. Voyez t. \*' de mon Histoire^ p. 17.^. 

(5) Voir son article, t. ]•' de mon Histoire. 



— 74 — 

nama; celui de Hawas, parent du nababd'Aaoude A^af ud- 
daula, connu aussi sous les trois noms de Kazi, Biza et 
Ba^a; celui de Wila, imitation urdue du calibre poeme per^ 
san d'Amir Khusrau sur le mSme sujet, et enfin une re- 
daction plus ancienne signal^e par lie docteur Sprenger (1). 

Je connais trois « Bahram-Gor d en hindoustani. Celui 
de Haidari, qui porte le titre original de Haft Paikar « les 
Sept belles (2) 3>, comme le poeme de Nizami; celui de Tabi, 
de Golconde, ^rit en 1081 (1670-71), et celui de Haqui- 
cat, de Bareilly, ^crit en 1225 (1810-11), et intitule Hascht 
Gulzar « les Huit jardins d, en souvenir apparemment 
des huit deux^ au lieu de Haft Gulzar <r les Sept jardins, J) 
titre qui serait plus en rapport avec le pr^c^dent de Haft 
Paikar et avec celui de Haft Manzar^ qui a le mSme sens, 
et que Hatifi a donn^ k un poeme de sa fa^on sur le mSme 
sujet, c'est-k-dire sur le roi de Perse Bahram Gor, fils de 
Tazdajard, qui avait sept femmes dans des pavilions s^parfe 
au milieu de sept diff(£rents jardins. 

Je connais deux romans d' Alexandre en hindoustani. 
Celui de A'zam, d'Agra, poete contemporain, en imitation 
du Sikandar namay de Nizami, et celui de Nakhat, de 
Dehli, autre imitation du m^me ouvrage. 

Les romans sur Hatim Tai sont aussi communs en hin- 
doustani qu'en persan. Je connais ceux de Hai'dari, de Si- 
raj et de Gobindnath. 

La l^gende du « Boi et du Faquir d Schah o Darweschy a 
eu des interprfetes en hindoustani aussi bien qu'en persan et 
en turc. La redaction de Jahan (B&i Narayan) est la plus 
connue. 

II J aussi des romans qui roulent sur les avantures 
merveilleuses d'Amir Hamza, Toncle de Mahomet. J'en 
connais une reaction par Aschk, sur laquelle j'ai donne 
ailleurs des details (3) , et une autre par Galib et Lakhnati, 



(1) Dans son Catal., k Tarticle siir le Diwan-i Hawas^ t. I«% p. 612. 
{2) Voyez t. !««" Hist, de la litter, hind., p. 209. 
(3) T. !•', p. 75 et suiv. de mon Histoire, 



— 75 — 

qn'on dit traduite da persan, et qui a it& imprim^e k Cal- 
cutta. 

II y a aassi des romans snr Hanif ou Ben-Hanifa (1) ^ 
fils d'Aliy plus ou moins d^velopp^s et plus ou moins int£- 
ressants, selon les reactions. J'en connais trois difiiSrentSy 
soQs des titres divers. Oelui d'Azad (2), oelui de S^wak (3) , 
celuido Wahidi (4). 

Parmi les romans qui roulent sur des personnages c^l^ 
bres en Orient, je mentionnerai encore une € Histoire de 
Hnrmuzy fils de Schapur, > roi de Perse, autrement dit 
Honnizdas, fils de Sapor, le m6me qui favorisa la pro*- 
pagation des erreurs de Mani, c^est-&-dire de Man&s, 
grand peintre et grand prestidigitateur selon les Orientaux* 

Mais, outre ces l^gerfdes communes k tout I'Orient mu* 
snlmau, il y a des l^gendes indiennes aim^es des natifs, et 
qne les poetes hindoustanis n'ont pas manqu4 d'exploiten 
Telle est par exemple la touchante histoire de Sakuntala, 
non selon la variante du drame, mais selon le r^cit original 
du Mahabharata, que j'ai fait connaitre par ma traduction 
de la version hindie de cet Episode (5) . Je connais quatre 
diffi^rents romans hindoustanis sur ce sujet : celui de Nawaz, 
qtd avait re^u du sultan Farrukh Siyar le titre de kahiach" 
war (6) « roi des poetes, d celui de Jawan (Kazim AliJ , in- 
titule Sakuntala natak <c le drame de Sakuntala, 7> et qui a 
^ public k Calcutta en 1801 en caract^res latins, d'apr^s 
le Romanized system du docteur Gilchrist; celui de Gulam 
Ahmad, intitule Faramoach Yad <L Oubli et Souvenir, 5) 
imprimd k Calcutta en 1849, et dont il a ^t^ donn^ une 
analyse dans le Journal Asiatique (7) ; enfin celui d'un &ri* 
vain gu^bre (8). 

(1) Snr ce personnage, voyez Vlhn KaUican, traduct de M* 6. dc 
Slane, t. II, p. 574. 

(2) lb., p. 87. ^ 
(3 lb., p. 471. 

(4) J6., p. 511. 

(5) Revue orientale, 1852. 

. (6J Vcjyez 1. 1«% p. 209, de mon Histoire. 
m Par M. ]e chanoine Bertrand, en 1850. 
(8) Bomai^ji Do^abji, dont 11 a M parI4 plus haut: 



^ 76 — 

Telle est encore la l(5gende de Padmawati, c^lfebre reine 
du moyen-ftge de I'lnde. Elle ^tait fille du roi de Ceylan, 
et marieeii Batan, roi de Chitor, qui fut vaincu par Ala ud- 
din eu 1303. Selon JaTci, un des romanciers indiens qiii a 
developpe en yers son histoire, elle p^rit volontairement 
dans les flammes, k la tete de plusieurs milliers d'autres 
femmes, pour ne pas tomber dans les mains du vainqueur. 
Selon Jatamal, au contraire, autre auteur d'un reman 
hindi sur le m^me sujet, Padmawati, bien loin de perir dans 
les flammes, trompe les chefs de I'arm^e musulmane, se 
rend dans leur camp suivie de neuf palanquins qui, pareils 
au clieval de Troie, renfermaient des guerriers rajpoutes, 
lesquels font main basse sur les musulmans surpris sans 
defense. 

Deux autres poetes bindoustanis^ Iscbrat et Ibrat, payent 
aussi leur tribut, dans des poemes sp^ciaux, k I'intrepide 
heroine rajpoute. 

L'admirable histoire de Kriscbna, sujet du Bhagavat, 
reproduit en plusieurs versions hindoustanies, dont liue des 
meilleures, celle de Lalach, a it6 traduite en frangais (1) 
est aussi Pobjet des belles compositions de Bhupati, de 
Krischnadas et surtout de Lai, sous le titre de Prem Sugar, 
«n des ouvrages les plus remarquables de la litterature 
hindie. Le texte de ce dernier ouvrage est entremfile d'une 
redaction archaique en vers, dont les tirades coupent agrea- 
bloment la prose du recit. 

Enfin, rhistoire de Bama n'a pas ete seulement celcbree 
en Sanscrit par Valmiki, mais en hindi par plusieurs poetes, 
eritre autres par Tulcidas, dont le poeme, ^crit avant 1580, 
a encore aujourd'hui chez les natifs une vogue plus grande 
peut-6tre que n'eut jamais celui de Valmiki. On doit k Ke- 
gavadas le Bama Chandrika, autre Bamayana, dont Jhigan 
Lai a donn^ un commentaire ; enfin, Snraj Chand et plu- 
sieurs autres ^crivains hindis out cousacr^ lour talent 

(1) Krischna et ta doctrin:, par Th. Pavio, 



— 77 — 

poetique k oette grande figure, que le beau travail de Gor- 
resio et la traduction de M. Fauche out fait connaitre k 
TEurope. 

Apres ces l^gendes, fond<ies sur un point historique em* 
belli par Timagination, viennent celles qui n'ont pour tout 
fondement que I'imagination elle-mSme. On peut ranger, 
je pense, dans €ette cat^gorie, les Aventures de Kamnip^ 
l^gende curieuse, qui a eu en hindoustani plusieurs inter» 
prates, tant en vers qu'en prose. En ver8,Tahcin uddiii(l), 
Zaigam, Arzu, Ha^an, Siraj ; en prose, Kundan Iial, dont 
I'ouvrage est intitule Dastur-i-himmat a: le Modfele de la 
Hoble ambition, ]> ou plutdt de Himmaty par allusion au 
nom d'un auteur persan qu'il a pris pour module. On sait 
que cette I^gcnde a doun^ naissance k celle de Sindbad le 
Marin, qu^on a introduite dans les Mille et uneNuits, et k 
celle de saint Brandain, racont^e par Marie de France. Les 
principales l^gendes indiennes de fantaisie sent celles de 
N^al Damai/antiy plus connue en Europe par I'^pisode de 
Nalos du Mababbarata que par les nombreux poemes hin- 
doustanis dont elle est le sujet. Le plus celfebre de oes re- 
mans est celui qui est d& au grand poete hindi Surdas. 
Viennent ensuite ceux de Mir Ali, du Bengale (Bangali)^ 
intitule BaharA^ uchc « le Priu temps d'amour, d et celui 
de Abmad Ali public derni^rement k Lakbnau. 

La Rose deBahawali^ cbarmante l^gende, oil Ton trouve 
les doctrines indiennes encadr^es dans celles du Coran, 
chose commune dans I'Lide et qui constitue une des parti- 
enlarit^s les plus originales de la litt^rature indienne mo- 
deme. Cette l^gende, que j'ai fait connaitre d'aprfes la re- 
daction en prose, entremfel^e de vers, de Nihal Chand (2), 
a et^ trait^e en vers par Nacim, qui ^tait professeur au col- 
lege d'Agra, sous* le titre de Gulzar-i^Nacim a le Jardin du 
Z^pliir oil do Nacim ; i> par un autre poete, qui a mis k 
sa reaction le titre chronogrammatique de Tuhfa-i maj^ 

(1) J*enai pnbli^le texte et la traduction. 

U) ioib'-nai At.^ 1836, et sous le titre de \a Doctrine de Vamour, 1858. 



— 78 — 

lis^ Salatin ^ Cadeau fait It la cour des rois, J> lequel donne 
I'aim^e 1151 (1738-39) pour la date de ce poeme; et par 
Bihan, sous le titre de Khiyaban4 RihanlQ Lit de basilic 2> 
ou oc de Bihan. i> Oette demiire redaction est beaucoup 
plus ^tendue que les autres ; elle se compoHe de quaraute 
chapitres ou chants, auxquels I'auteur a donn^le horn de 
Gulguschni a: Procreation de roses. i> Le docteur Spren- 
ger (1) avait aussi trouv^ sur cette mSme l^gende, dans le 
Top-kliana de Lakhnau, tui manuscrit en dialecte dakhni 
^crit en 1035 (1625-26). 

Hir (2) et Banjhan, l^gende du Panjab dont j'ai tra- 
duit (3) une reaction en prose entrem^l^e de vers hindous- 
tanis et persans par Macbul, poete contemporain, qu^il ne 
faut pas confondre avec ses homonymes. 

Saci et Panun, dont les amours, analogues a celles de 
Hir et Banjhan, ont ^t^ c^l^br^es en prose par le mSme 
Macbul, en vers par Muhabbat, et qui ont eu aussi en per- 
san des interpr&tes hindous (4). 

La l^gende de Phulban et de son amant Taila Scbah, 
qui a 4te exploit^e par plusieurs poetes du D^can, et dont 
une redaction, celle d'Awari, a une grande c^l^brit^, ainsi 
que nousTapprend Muhammad Ibrahim, traducteur dakhni 
de VAnwar-i Suhaili. 

Gul Sanauhar a Bose et Cyprfes. » Je cqnnais six re- 
dactions de cette singuliire l^gende : celle de Ahmad Ali 
qui fait partie d'un Khamsa, celle de Nem Chand, de la 
tribu des kschatriyas (5), une troisifeme qui porte le titre 
donnd k d' autres ouvrages de Grulschan^i Hindy une qua- 
trifeme en dialecte dakhni, dont on trouve un exem- 
plaire i la bibliothfeque du Nizam (6), ime cinquifeme, 
publi^e & Lakhnau en 1845, et une sixi^mo k Calcutta 

(1) Cataloguej etc., t. le*", p. 633. 

(2) Ce nom rappelle celui de H^ro^^ la maitresse de L6andre. 

(3) Revue de VOrierU et de VAlg^rie, sept. 1857. 

(4) A7i4erjit Munschi, Jont-Prakasch, etc. 

(5) J'ai donn^, en 1860^ Ja traduction de la version de Nem Ghand, dans 
la Revue orientale et am^ricaine. 

{6) Voyez le tome I«' de mon Histoire de la litter, hind., p. 43. 



— 79 — 

tn 1847, aiiii9nc^e comme ^tant traduite du persan (1). 

La l^gende des Quatre Derviches, dont la redaction 
d' Amman, qui porte le titre de Baff o Bahar^ € le Jardin 
et le Printemps, t> chronogramme de Ba date, est le texte 
choisi pour les examens des aspirants au service civil et 
militaire de la Compagnie des Indes, a exerc4 la plume 
d'autres ^crivains indiens : de Tahcin (Ata Hu^axn) entre 
autres, qui a donn^ k sa redaction le titre de Nau tarz^i 
murassa* « Nouvelle redaction enrichie de joyaux, d c'est- 
i-dire de citations de vers. 

Les Aventures du guru Paramartham, c^l^bres surtout 
en tamoul, mais qui existent aussi en lundoustani, et qui 
ont et^ imprim^es k Madras, en 1848, dans cette demi^re 
langae. 

Le Battal pachid'et le SingJiagan battici, on ii les Vingt- 
dnq r^cits du Vampire d et « les Trente-deux r^cits des 
Statuettes du tr6ne de Bikram, d sent des Hgendes trop 
connues pour s'y arrfeter. Dharm Narayan, Lallu, Surat et 
plusieurs autres ^crivains hindis les ontexploit^es. 

Je ne cite que pour m^moire les Oontes d'un perroquet, 
qui sont d'origine sanscrite et dont je connais huit redac- 
tions diflferentes tant en hindi qu'en urdu et en dakhni (2) ; 
et je rappelleraiseulement les titros de-STAamr Schah (3), 
de Lai o Gauhar et de Jazh^^ischc que j'ai traduits en 
abr^g^ (4) ; de Mihr o Mah (5) et de Mah munauwarj dont 
j'ai public le texte (6). 

. Outre les romans en vers qui roulent sur les l^gendes 
populaires, il y en a beaucoup d'autres dont les h^ros sont 



(1) Cette derni^re pourrait bien etre la mSme ^ue cellc de Nem Ghand . 

(2) Voyez le tome l*"" de nion Histoire de la liU^r. hind,, p. 85. 

(3) Outre celui de Aschic dont j'ai donn6 I'analyse t. II, p. 550 de mon 
Histoire, il y a celui de Rasmi, dont la biblioth^que de T East- India House 
poss^de un magniflque exemplaire en caract^re naskhis, orn6 de nom- 
breux et curienx dessins colopl6s. 

(4) T. II, p. 573 et suiv. de mon Histoire. 

(5) Outre la r6daction de Akhi, qui a 6t6 publi6e dans ma Chrestomatbie 
hindoustanie (urdu et dakhni, il y a celle de Salih qui est plus ancienne, 
ayant6t6 6criteen 1133 (1720-21). 

(6) Dans la m6me Chrest. 



— 80 ~ 

inconnus. Us fourmillent en hindoosiatii, et plusieurs ont 
de la celebrity. Je me bomerai k citer en ce genre I'His- 
toire de Buland Akhtar, exploit^e par Mir Khan ; eelle de 
Rizwan Schah, dont je eonnais deux reactions ; celle de 
Chandar-badan et de Mahjar, dont je eonnais aussi plu- 
sieurs redactions (1) ; celle de Dilaram et Dilruba, mise 
entre autres en oeuvre par Mali Ram ; de Pari Rukh o 
Mah Sima, sur laquelle Wajih a Airit un masnawi ; la 1^- 
gende do Fagana-i ajaib « TEistoire merveilleuse, 3> par 
Surur de Cawnpour, laquelle a presque ^gale la vogue des 
« Quatre Derviches. » 

II serait fastidieux d'en citer un plus grand nombre. On 
pent juger de la marche ordinaire de ces romans par la 
traduction on Tanalyse que j'ai donn6e de plusieurs (2>* 
On y trouve d'abord g^n^ralement une description detaillee 
du litres et de Theroine an physique et au moral, puis 
leurs aventures plus on moins mervei Ileuses et plus ou 
moinscompliqu^es qui tendent presque toujours k contrecar- 
rer leur union, et enfin leur fidelite r(5ciproque recompen- 
s<5e. Quelquefois, mais rarement, le denouement esttragique, 
corame dans le masnawi de Mir, intitule « la Flamme de 
I'amour, d ou plutot « le Fleuve de I'amour (3); d dans le 
''Ijaz'7 ischc « Prodige d'amour » de Majruh, et dans ce- 
lui de Mihr o Mahy par Akhi. 

Un genre de composition fort usit^ dans I'lnde est 
celui qui consiste k d^crire les ph6nomfenes de la nature 
dans les diverses saisons de I'ann^ et mdme mois par mois. 
C'est ainsi qu'il y a nombre de poemes intitules les Douze 
moisy oil Ton trouve tantot une simple description de ces 
phenomfenes, tantfit une description encadr^e dans un rev- 
olt dramatique. On y suppose, pur exemple, une femme 
dont le mari reste absent pendant une ann^e enti&re. 



(1) Celui de Muquim, dont il y avait on exennplaipo au Top-khan.i, de 
Laknau, et celui doatj'aiparl6 t. 1«% p. 20 >, de mon Histoire, 

(2) La traduction de Kamrup, celle de la Rose dc Bakawali, etc* 

(3) Voyez-en la traduction t II, p. 532 et suiv., de mon Histoire. 



w^ 



— 81 — 

Alors, au milieu des plaints de la femme d^laiss^, s^inter- 
cale naturellement la description des changements p^riodi- 
ques de la nature. On se rappelle le joli monologue drama- 
tiqne sur ce sujet dont Tb^roine envoie, chaque mois, en 
message, k son mari absent, Toiseau qui fait plus spc^ciale- 
ment entendre alors son chant (1). D*autres poetes ^ten- 
dent ce thfeme et c^l^rent non-seulement lea merTeilles 
de la nature, mais les fetes religieuses et civiles de Tlnde 
taut hindoue que musulmane. Nous avons en ce genre 
plosieurs ouvrages que j'ai eu Toccasion de faire con- 
naitre (2)., 

II y a des poemes plus sp^ciaux encore. Ainsi, je puis 
citer un poeme descriptif des fleurs de Tlnde, intitule : 
Phul Charitr <l Histoire des fleurs. :» 

II existe dans la litt^rature musulmane un genre particu- 
lier de composition qui n'est pas notre fable, mais une sdrie 
de fables renfermees dans un cadre et formant une composi- 
tion unique, d'un but moral et quelquefois philosophique et 
religieux. Tels sont les ouvrages intitule : Kaachf ulaarar (3), 
Mardic uttair (4), Ikhtoan ussafa (5), et plusieurs autres qui 
ont acquis de la celebrity. Ulkhioan ussa/a est populaire 
dans rinde, gr^ce k Telegante traduction qu^en a faite 
Ikram Ali (6). Lk, les animaux viennent tour k tour d^velop^ 
perleursqualit^s etleur donner m6me Ta vantage sur celles 
de Thomme. Dieu, il est vrai, nous offre souvent dans les 
animaux des modules a suivre, et c'est ainsi que le fabuliste 
Gay a dit : 

The daily labours of the bee. 

(1) Voyez M AnalvRC d'un monologue dramatique indien. » (Journal As, 
1850). 

(2) Gntreautres le Barah maga de Jawan. Voyez 1. 11^ p. 473 et siiiv. de 
in(»n Histoire. 

(3) Par Mucaddeci, publi6 sous le titro de les Oiseaux et les Pleura, 

(4) Le langage des oiseaux, par Farid uddin Attar^ dont j'ai public le 
texte et la traduction. 

(5) Je ne parlc ici que de la partie allegorique de cet ouvrage, surle- 
quel on peut consuiter le tome IX des Notices et Extraits des manuserits, 
P- 397; le Journal des Savants, 1817, p. 685. etle Journal de la Soci^t6 
wiiiiqMt de Calcutta, n^* de juin el d'aoilt 1848. 

(6) Je Vol rcproduitc en fran^ais 90u% le titre de let Animaux» 

6 




— 82 -- 

Awake my sou] to industry 
Who can observe the careful ant. 
And not provide for future want? 
My dog the trustiest of his kind 
With gratitude inflames my mind... 
In constancy and nuptial love 

I learn my duty from the dove 

And ev'ry fowl that flies at large 
Instructs me in a parent's charge (1). 

Ce genre de composition n'exclnt pas le veritable apo- 
lonrue. Le plus c(51febre en ce genre, le Pancha tantra^ « les 
Cinq chapitres, » d'origine sanscrite, a ^t^ reproduit en hin- 
donstani ; plnsienrs des fables qui le composent ont p^n^ 
tr^ en Europe sous toutes les formes et dans toutes les Ian- 
gues, et notre immortel La Fontaine en a popularise chez 
nous les principaux sujets. 

Le*^ Indians ont conserve le gofit de leurs ancdtres pour 
le drame; mais ce n'est cependant que dans les grandes 
occasions qu'ils ont des representations dramati(]ues. Ainsi, 
demiferement, la l^gende de Yu^uf et Zalikha, arrang^e en 
drame, a ^te representee k Calcutta dans la maison d'un 
riche musulman (2) . Souvent, ce sont des myst^res qui sont 
ropresentes h, la ffete de Hucaln dite du TcCaziya (deuil) 
pendant les dix premiers jours du mois de muharram. 
Les principaux de ces mystferes sont la mort de Maho- 
met, celle de Ha^an et surtout ceUe de Hu^ain, dont 
les diverses peripet'es forment plusieurs pieces distinc- 
tes. Quant aux Hindous, c'est i la fdte du AoZz, qui est leur 
carnaval, qu'ils ont ces representations. lis nomment swang 
(raimologie) les pi6ces qu'ils jouent k cette occasion. EUes 
sont souvent d6bitees, ex tempore^ k peu prfes comme nos 
]»roverbes de societe. La langage qu'on y emploie est ge- 
neraleraent de mauvais goiit et m6me grossier, Cependant, 
ces pieces ont quelquefois les mSmes sujets que les anciens 
drames sanscrits. Rag Sagar cite par exemple, en ce genre, 

(1) The Shepherd and the Philosopher. 

(2) Lettre particuli^re de >1. A. Grotc, pr(^sident dela socidtd asialiqoe 
du Bengale, 



- 83 - . 

le Harmman natak^ qui est ^videmment calqu^ sar le drame 
Sanscrit tradnit par Wilson, 

J'ai consid^r^ plus haut^ aveo jnste raison, le tazkira 
Gomme nn genre de composition particnlier k TOrient ma* 
solman. II 7 en a nn antre dont je ne vonx pas onblier de 
parler, c'est Vinschay expression qoi signifie k la lettre € r^* 
daction, d et par laqnelle on entend nu <( Manuel ^pisto- . 
laire » ou plnt6t une collection de modMes de lettres Veritas 
par nn m^.me antenr, nne sorte d'amplification epistolaire 
de rh^toriqne. Les inschas hindoustanis les plus connus 
sent cenx de Faiz, TaHteur d'une traduction du Pand 
nama de Farid nddin Attar (1) , de Khalic (Karamat uUah), 
de Nizam uddin (de Pounah], ^crivain contemporain, 
anteur d'une traduction des fables d'Esope; de Chironji 
Lai, autre ^crivain contemporain, dont Tinscha a ^t^ im* 
prim^ k Agrsi (2), de Yu^uf Dakhni, ^crivain du D^can, 
ainsi que son surnom I'annonce. Enfin Vlnscha^d Harkaran 
(Herkem), qui a une grande c^l^brit^ en persan, a ^t^ tra- 
dnit en hindoustani. 

L'hindoustani offi*e, quant k la linguistique, des tra- 
vaux que peuvent consulter avec fruit ceux qui cultivent 
les langues savantes de I'Asie. Je me bomerai k citer en 
ce genre une grammaire sanscrite en urdu intitul^e : Mtf- 
tah id lugat « la Clef de la langue (sanscrite) J); la traduc- 
tion de la grammaire sanscrite originale intitul^e : Lcughu 
Kaurrmdi^ publico k B^nar^s en 1849 : le Masdar ulafazU 
€le Capital des savants y>j dictionnaire persan et arabe 
tradnit en hindoustani, dont le due de Sussex avait dans sa 
magnifique hiblioth^ue un exemplaire qui avait pass^ dans 
celle de N. Bland; le Luffat-i urduy autre dictionnaire des 
mots arabes et persans traduits en urdu; le Masdar faiyaz 
« le Capital abondant d, grammaire persane en hindou- 
stani par Mazir uddin; le Mizan-ifarai <{ Prosodie persane 'P 
en urdu; le Mazahir-i nahv « Demonstration grammati- 

(1) Inteha 6 Faiz^ imprime k Cawnpour en 1850. 

(2) Sous le litre de Imchori urdu. 



— 84 — 

cale », c'est-a-dire grammaire arabe en urdu. Un diction*- 
naire des mots urdus^ avec des citations empruntces aux 
poetes. Le Lugat ussaidy dictionnaire urdu; un autre die- 
tionnaire urdu, en urdu, imprim^ k Agra en 1851. Plusieurs 
grammaircs urdues dont une par Sahbayi, auteur d'autres 
ouvrages de philologie; les Bhascha Pingala^ traites de 
prosodie hindie, dont il y a plusieurs reactions. 

Subsidiairement, je mentionnerai les gramaiaires an- 
glaises en hindoustani de Ram Krischn et d'autres autcurs. 

L'histoire, qui n'existe en Sanscrit que d'une mani^re 
romanesque, se fait jour k travers la litt^rature modeme 
dp rinde; mais elle n'y occupe qu'un angle modeste, quoi- 
qu'on y trouve, a la verity, quelques chroniques (;n vers Hin- 
dis qui offrent des donnees precieuses qu'on cbercherait en 
vain ailleurs. 

J'ai eu ant^rieureraent I'occasion de mentionner, en fait 
de poemes bistoriques, ceux de Cband, qui est a la fois 
I'Homk'e et le Thucydide du Rajpoutana, le CJiatra pra-^ 
kaaclij c'est-a-dire I'histoire de Chatra Sal, roi de Bandek 
kband, par Lai Kavi ; le Gopa chaka kaiha, on « THistoire 
de Gualior », et quelques autres. Aujourd'bui, je puis ci- 
ter de plus, le Raj vilasy « le Divertissement royal », par 
Man Kabiscbar, le poetede Rama Raj Singb,roi de M^war, 
I'adversaire d'Aurangzeb (1); le Ilamir raga^ « Histoire de 
Hamira, roi de Cbitor d; le Harichandra Lila « Histoire 
du raja Haricbandra » ; le Suraj Prakeiacliy <t Histoire de 
la dynastie solaire », par Kama, babile poete et bon guer- 
rier, Cette cbronique, en vers, n'est en r^alit^ que Tbis- 
toire d'Abbai Singb, roi de Marwar, qui a regn^ de 1724 
k 1728, mais elle est preced^e, comme introduction, d'un 
coup d'oeil sur Tbistoire des Rabtores, lesquels se ratta- 
cbent a la dynastie solaire. Le Garb chintamani « I'Or- 
gueilleux d'esprit 5), poeme bbascha sur Karan, celebre 
roi du Guzarate, vaincu par le sultan patban Ala uddin 

(1) Mis k contribution par Tod^ dans les « Annals of Hajasthan. » 



— 85 — 

Muhammad ScLah Sikandar Sani, c'est-ft-dire second 
Alexandre, k la fin du xvi' si&cle de notre fere. Le 
Raja hattana^ « Histoire dn M^war 3>, par Rinchorbat (1), 
le Rischabha Charttra, « Histoiro de Rischabha, nn des 
principaux saints jams (2), le Vanmcuti, « Livre de 
g(5neaIogie », par Bakuta (3), le Kalpa druma^ « I'Ar- 
bre de Kalpa (4) », sorte de journal historiquo par Jai 
Smtyli (5), etc. 

C'est, en effet, aux (5crivains hindis que nous devons 
presque entiferement le peu de monuments histopques 
qu'on rencontre en hindoustani. lis ont mSme <^crit sur 
des sujets musulmans : ainsi on trouve une histoire de Mu- 
hammad Schab (Pothi Muhammad Sclmh) par Harinath (6). 

Dans le dialecte urdu, on ne trouve guere, en ce genre, 
que des traductions ou des compilations. Toutefois, on dis- 
tingue quelqucs <?crits qui ont un int<5r^t propre. Outre 
ceux dont j'ai en Toccasion de parler, je mentionnerai ici 
les int^ressantes monograpbies de Dehli (7) et d'Agra (8), 
le Calcutta nama^ ouvrage analogue sur Calcutta, si ce n'est 
qn'il est en vers, VAli nama^ <r Histoire d'AU'Adil Schab, :^ 
par Nusrati, les Annates de Gurkba, province du N^pal, 
do:.t les souverains ont ^tendu leur dcmaine sur tout 
le Nepal^ un poeme sur la destruction de Somnath Pa- 
than (9), une histoire de I'^tablissement des Anglais 
an Bengale, par NAr-Mubammad, Tbistoire de la dy^ 
nastie Scindia par Dbaram Narayan, etc. H y a aussi 
en hindoustani des mi^moires int^ressants, outre ceux 
de Timour, de Baber, d'Akbar et de Jabanguir, qui 
sent traduits ou imit^s du persan, tels que ceux de 
Pitambar Singh, do Mohan Lai, de AH Hazin et plusieurs 

(1) Mentiohn6 daus Tod, a Anaals of Rajasthan. » 

(2) Ihid. 
(3i Ihid. 

(4) Ibid. 

(5) Ihid. 

(6 Vuycz t. 1«% p. 218 dc mon Histoire de la littir. kind. 
[i] C'c«t VAgar U';sanadid ciU plusieurs fols. 
. (8) History of Agra, 
(9) Tod, Travels, p. 321. 



— 86 — 

autres que j^ai euroccasion de signaler dans mes discoots 
d'ouverture, 

Au surplus, les Orientaux sont loin d'avoir pour This- 
toire la consideration que nous lui aceordons. C'est 
ainsi qu'un historien modeme de I'Inde a pris pour 
^pigraphe de son livre un vers de Hafiz dont voici 
la traduction : 

« Entreliens-DOus du musicien et du \in, mais ne t'occupc 
pas des secrets des chcses du temps, car nul, quelque inteUigent 
qu*il puisse 6tre, n'a decouvert et ne decouvrira jamais ces obs- 
curites. » 

En fait de voyages, je citerai ceux de Yu^uf Khan, de 
Lakhnau, en France et en Angleterre en 1838, public a 
Dchli, et deKarim Kh^n de Debli k Londres en 1840, dont 
j'ai public la traduction dans la « Revue de TOrient. i> Le 
premier est Patban de naissance, dervicbe ou plutot sofi, et 
porte le surnom de Kamalposch^ c'est-i-dire « v6tu du ka- 
mal ou manteau des dervicbes. i> 

La pbilosopbie religieuse tant bindoue que musulmane, 
par laquelle j'auraisdA r^guliferement commencer ma revue, 
nous ofire une suite aussi nombreuse qu'int^ressante. Lea 
ouvrages des kabir pantbis, des sikbs, des jams et 
des sectes varices des waiscbnavas, sont les principaux de 
la categoric bindoue. Par extraordinaire, il y a quelques 
cuvrages saivas : par exemple lo MahadSva haritra <t His- 
toire de Siva, i> le Siva Lilamritam « TAmbroisie des jeux 
de Siva, » le Gaura Mangal a le Mariage de Siva avec 
Gaura Parwati, » etc. 

Quant k la pbilosopbie religieuse des musulmans, c'est- 
k dire k leur tb^ologic, elle est repr^sent^ en bindoustani 
par des trait& sur leur religion ou des ouvrages asc6tiques, 
des d(5veloppenients po^tiques de leur croyance, des 
poemes sur Mabomet, sur Fatime, sur les imans 
Ha^an et Hu^ain, et mSme sur Notre-Seigneur J(5sus- 
Cbrist et la vierge Marie, que les musulmans anti- 



— 87 — 

trinitaires ont soin do mettre toujours ensemble et 8ur la 
mdme ligne* 

Quoiqu'il y ait beaucoup de schiitett dans Tlnde, je re- 
marque que la plupart des ouvrages de th^ologie musul- 
mane hindoustanis sont Merits par des sunnites. II y en a 
cependant aussi qui sont dus & des schiites, mais les plus 
corieux de ces traits sont ceux des sectes musulmanes par- 
ticuli^es k Tlnde, telles que celles des salyid ahmadis ou 
€ wahabites indiens^ j> et des roschanayU ou a illumin^s^ ]» 
et leurs refutations. 

La jurisprudence se rattache k la religion^ tant chez les 
Hindous que chez les musulmans. Chez eux, la loi civile 
se confond tout k fait avec la loi religieuse. En ce genre, la 
litt^rature hindoustanie offrequelques ouvrages utiles it con- 
suiter, mais qui ne sont, en g^n^ral, que des traductions. 

Les sciences et les arts ne presentent rien qui m^rite une 
mention sp^ciale : les ouvrages en ce genre £ont preMjue 
tons modemes et r^dig^s d'apres I'anglais. Toutefois, ces 
compilations ou traductions sont utiles aux natifs k qui 
elles sont destin^, et il y en a de tout genre propres 
k mettre les Indiens au courant de nos connaissances et 
m6me des d^couvertes les plus recentes. 

Parmi les traits originaux, on en trouve sur Parchitec* 
tare et la sculpture ; sur a la mMecine des jardins, > 
c'est-ii-dire sur le traitement medical par les simples, entre 
autres sur le medicament nomm^ chob chini (smilax 
de Chine) ; sur Tart de dresser et d'elever le faucon pour la 
chasse, traits analogue k celui que feu de Hammer a fait 
connaitre; sur Tart v^terinaire, sur le poids et la valeur 
des perles (1), sur le jeu des tehees, sur rinterpr6tation 
des songes, et mSme sur Tart culinaire. 

Une des branches les plus importantes de la litt^rature 
indienne, ce sont les traductions des langues de I'Orient. 
Elles peuvent, en effet, rendre de grands services pour Tin- 

(1) Ri^ala-i Moti, lithographic k Haiderabad en 1251 (1835-36). 




— 88 — 

telligence des textes anciens et difficiles, sanscrits, per- 
sans et arabes^ car elles en repri^sentent fidfelement le g^nJe 
etant Sorites au milieu des m&mes scenes de la nature, 
des m^mes moeurs et des m^mes usages. J'ai eu I'oc- 
casion d'en citer d^ja un bon nombre que je ne rappellerai 
pas ici. 

Je ne connais pas de traduction hindoustanie des V&ias; 
toutefois, on en a annonc^ une qui devait accompagner une 
ddition complete donnfe dans Tlnde des livres sacr(5s des 
Hindous. Quant au Coran, il y en a plusieurs tra- 
ductions qui se distinguent par une scrupuleuse exac- 
titude. 

Salyid Ahmad, dans son Agar ussanadid^ signale celles 
d'Abd ulcadir et de Rafi' uddin. La plupart sont accompa- 
gnees de notes marginales et de commentaires. II y en a 
une qui a 6t& publiee k Dehli dans un gi'and esprit de tole- 
rance, car on y trouve k la fois les explications sunnites ou 
des orthodoxes, et les explications schiites ou des dissidents. 
H y a mfime une explication du Coran, en vers, par 
Ascliraf. Je ferai observer, en passant, qu'a I'exemple des 
Persans, les musulmans de I'lnde ne r^prouvent pas, 
comme les Turcs, les traductions en langue vulgrire de 
leur livre sacre, et que les dames indiennes lisent le Goran 
le vendredi, comme les Anglaises lisent la Bible le diman- 
che. Au surplus, elles sont g^neralement plus instruites qu6 
les femmes turques, renomm^es surtout pour leur beauts. 

En fait de traductions du Sanscrit, je puis mentionner : 
le Mahabharata, THitopadesa, lo Tarka Sangraha, ouvrage 
de philosophic indienne ecrit en Sanscrit par Aunam Shat- 
ter (1). 

Les drames indiens, c'est-Ji-dire, je pense, les principaux 
drames traduits par Wilson, Sanscrit natak. Dehli. 1845. 



(1) Get ouvrage a et^ impiime k B^nar^s, en i852, par les soins d un 
savant indianiste Ballantyne, neveu de mon ami le capitaine J. Michael. 
Ce volume contient k la fois le texte Sanscrit, la version hindie et une tra- 
duction anglaisie. 



— 89 -- 

Le MaLimna Stotra, traduit du Sanscrit par Samara 
Singh, quoique oe soit an onvrage siviste, etc. 

On pr<5parait k Dehli, en 1845, une traduction du Ra- 
ghuvansa, poeme attribu6 kKalidas sur la race de Raghu; 
dtt Ramayana d^Adyatma, et d^autres traductions du sans- 
crit, maisj'ignore si elles ontvu le jour. Je cite dans mes 
discours d'ouverture nombre d^autres traductions. 

Accessoirement au Sanscrit, je dois mentionner quelques 
traductions des langues modernes deTInde, du tamoul, du 
bengali, du mahratte. £n cette demi6re langue, il y a 
entre autres le Sati/a Ninipan « Essai sur la v^rit^, d ou- 
yrage qui a une certaine c^l^brit^. 

Quant aux traductions de Tarabe, les principales ^ont 
celles de I'Histoire d'AbulfiSda, par Karini et Irci; d'Ibn 
Ehallican, par Snbhan Bakhsch; de Vlkhwan u%safa^ dont 
il a ^t^ parl^ plus haut; du MUchkat scharif a: la lampe 
exeellente, i> c^I^bre ouvrage de jurisprudence; de VAdah 
ulcazi <L le Devoir du juge, d autre ouvrage de jurispru- 
dence, dgalement c(51ibre, par Cuduri, traduit sur Tabreg^ 
(mukhtagar). 

On avait entrepris k Dehli une traduction litteraledes 
Stances de Hariri; mais la mdme raison qui m'a fait re- 
noncer k poursuivre ma traduction frauQaise a d^termin<^ 
les traducteurs indiens k renoncer a la leur, c*est-k-dire 
Timpossibilit^ de reproduirelesjeux de motset les allitera- 
tions qui font, en arabe^ le principal merite de ce livro. 

Les Mille et une NuiU^ un des ouvrages capitaux de la 
litt^rature arabe, out eu en hindoustani non-seulement des 
interpr^tes mnsulmans, mais hindous. En fait de musul- 
mans, je puis mentionner le maulawi Ha^an Ali Khan de 
Kachmyr, ^crivain contemporain, qui a ^t^ professeur an 
college de Dehli, et qui est auteur de plusieurs autres tra- 
ductions ; et Schams uddin Ahmad, qui a public k Madras 
la traduction des deux cents premieres nuits, d'apr^s la 
premiere edition de Calcutta, qu'on a reproduite en litho- 
graphic, et qui diff^re essentiellement de celle de Habioht 




— 90 — 

y 

et Fleischer. En fait d'EUndous, je mentionnerai Nacim 
Daja Sankara (l),dont la traduction a ^t^ lithographi^e ^ 
Lakhnau en 1244 (1828-29), en trois volumes in-8^ Enfin 
on a plus r^mment imprim^ & Dehli cinquante nuits tra- 
duites de Tarabe en urdn, et un choix de contes tir^s de 
cet ouvrage. On a aussi public k part le conte de « Cranini) 
le fils du marchand (2). ^ 

La soci^t^ pour la propagation des connaissances utiles 
cbez les indigenes, au moyen de traductions en langue in^ 
dienne usuelle (Vernacular translation Society), a public 
une traduction de la Geographic d'Abulfikla; elle avait 
annonc^ une traduction de THistoire des Mongols de 
Baschid uddin, de PHistoire andenne et de I'Histoire des 
B^r^bferes d'Ibn Khaldoun et d'autres c^lfebres ouvrages, 
mais je crois que ces ^ traductions n'ont jamais vu le 
jour. 

Les traductions du persan sont les plus nombreuses. Je 
puis mentionner en ce genre plusieurs versions du plus 
connu des ouvrages persans, c'est-k-dire du Gulistan, ver- 
sions dont qnelques-unes sont imprim^es et ont plusieurs 
Editions. La traduction du Bostan de Saadi, par Mugal, 
laquelle pent ^claircir bien des passages obscursdutexte; 
la traduction abr^g^e du c^lfebre poeme l^gendaire du 
Schah nama en vers, par Munschi (3), en prose, une par 
Muhammad Ali Tirmizi, et une autre par Surur sous le 
titre de Surur^i-mltani « la Joie royale, 5> par allusion au 
nom de I'auteur; la traduction particulifere de I'^pisode de 
Sohrab par Kazim ; des versions du fameuz poeme de Jalal 
uddin Bumi, nomm^ € TExcellent masnawi 7> Masnam 
Schanf(i) 5 du Pand nama d' Attar et de Saadi; du Man- 
tic uttair ; du Husn o^isclui ; de V Izhar-Danuch^ traduit par 

(2) On doit au m^me 6crivaia un poeme sur la l^ende de Bakawali. 
i2\ Voyez la traduction dans Lane, Al( Mia, t. I. p. 487 et suiv. 

(3) Sous le titre de : Khusrawan-i Ajam^ « les rois de Perse. » 

(4) II y en a une traduction complete signal6e par Karim et qui est due 
k Nigchat, et une autre, abr^g^e par Schah Musta'an et qui a^t^ imprim^ 
k Calcutta en 1845, EUes sont toutes les deux en vers. 



r 



— 91 — 

Dost; du Bahar-JDanisch ; de THistoire du Kachmyr de 
Mnhammad Azam, traduite par Scharafat, et qui a eu 
plasienrs Editions, de THistoire de Tabari par Ja'far Schah 
et de beancoup d'autres oavrages. 

A leur tear, quelqucs compositions indiennes ont ^t^ 
honor^es d'une tradiiction orientale. Ainsi, le Satsai de 
Bihari a ^t^ tradnit en Sanscrit; le Baff o Bahavy en arm^- 
nien; le Rag darsan ^ le Miroir des rags (1)» en persan^ 
etplasieurs onvrao^es urdns contemporains ont ^t^ traduits 
dans cette m6me langne, qui est le latin de Tlnde moderne* 
Tels sont entre autres le Dharam Singh ka Quissa (2) et le 
Surajpur hi Kahaniy contes moranx tradnits en persan, le 
premier sons le titre de Quissa Sadie KhaUj et le second 
seas celni de Quissa Schams-^had, 

Anx traductions hindoustanies des langues de I'Orient 
viennent s'ajouter des traductions sans nombre de Tanglais, 
tribut litt^raire pay6 aux nouveaux maltres de Tlnde^ et 
m@me du frangais, comme, par exemple, la traduction du 
Catechisme historique de Fleury, due k des missionnairos 
catholiques; ceUe de la Grammaire arabe de notre 6mi* 
nent orientaliste de Sacy, qu'on pr^parait pour la presse k 
Dehli, il y a quelques ann^es ; VHistoire ancienne abr^g^e 
de RoUin, etc. Mais c'est surtout k travers Tanglais que 
des ouvrages fran<;ais ont ^t^ traduits en hindoustani, et 
plusieurs de nos savants, tels que Elie de Beaumont (3), 
par exemple, ignorent qu'on lit a Dehli et k Agra leurs 
ouvrages sous ce costume exotique. Chose assez extraordi- 
naire, Sd,iyid Ahmad a entrepris une traduction de la 
Bible d'aprfes Th^breu, dans son curieux a Commentaire 
musulman de la Bible. > 

Chi ne saurait contester Tutiliti^ de ces traductions, des- 

(1) Get ouvrage^ quifut compile par ordre de Man Singh, roi de Gualior, 
et qui est sans doute une description po^tique des rags, plut6t qa*ua 
traits ex professo sur la niusique indicnne, a 6t6 traduit en persan par 
Faquir ullah. W. Ouseley, Oriental collect., t. Ill, p* 75. 

(2) 11 est dd a Sri Lai, ^crivain vivant, auteur de plasienrs autres on* 
vrages. 

(3] Treatipe on Geology, etc. 



'■•■V' 




— 92 — 

tmdes h enseigner aux populations de I'lnde nos sciences 
et nos art9, notro histoire ancienne at modeme, celle de la 
Grece et de Rome, et meme quelques compositions celfebres, 
telles que Rasselas, le Cnzilbascli, le Vicaire de Wakefield, 
Robinson Cru8o^,. les Voyages de Bunyan, V Economy of 
human li/ey etc. Ce qu'elles ont de plus important, c'est de 
faire conuaitre la religion chretienne, arbro vivifiant qui, 
de la Jud^e, a repandu son ombre sur le monde entier. Des 
traductions qui concernent la religion chretienne, les unes 
exposent simplement nos doctrines et reproduisent sous 
toutes les formes nos livres saints ; les autres abordent la 
pol^mique sp&ialement h I'egard des musulmans, dont les 
pr^jug^s contre le christianisme sout surtout tr6s-pro- 
nonces. 

Une des publications les plus int^ressantes en ce genre, 
c'est une edition du Coranfaite a Ilahabad, en 1844, par des 
missionnaires am^ricains presbyt^riens. EUe est prdc^d^e 
d'une preface dans laquelle sent refut^es les erreurs des 
mahometans et sont resolues toutes leurs objections contre la 
religion chretienne; et elle est est accompagn(5e d'un com-' 
mentaire oppose au Coran, k peu prfes comme I'a fait Ma- 
racci. Au reste, cette voie avait dejaete ouverte dans I'Inde 
par le missionnaire protestant Benj. Schultz, et sa Com- 
pendiosa Alcorani refutation indickj a ete publiec a Kalle 
dfesl744. 

Parmi les traductions religieuses figure celle de la litur- 
gie anglicane, qui n'a pas ^t^ traduite en hindoustani dans 
le seul but de la faire connaiire aux Indiens ; mais c^est 
qu'i Calcutta, et sans doute dans d'autres villes indiennes, 
on a etabli des chapelles pour les Indiens convertis ou h 
convertir dans lesquelk^s on fait le service divin en hin Jous- 
tani selon la liturgie anglicane, comme on le fait k Londres 
et k Jerusalem en hebreu, en faveur des Juifs qui sont dans 
la m^me position* On a m^me redig^ des cantiques hin- 
doustanis sur des m&tres anglais, et on les chante sur les 
mfimes airs qui sont usit^s k Saint-Paul et k Westminster- 



— 93 ~ 

Abbej, k pea pi is comme les luthdriensde Paris ont adapts 
des paroles fran^aises k leurs airs allemands. 

Jusqu^en ces derniers temps, les publications indiennes 
etaient gen^ralement maunscriteSy car rimprimerie n'avait 
en que tr^-pen de succes dans Tlnde. On en trouvait les 
caract6res lonrds et sans ^l^gance; ils ne pouvaient snr- 
tout representer que tris-imparfaitement le caractere per- 
san (nastalic), usit^ pour les manuscrits soigu^s, et nuUe- 
ment le caractere cursif (schiskasta) pas plus que celui des 
titres et les embellissements de la calligraphie orientalc. 
Heureusement, la lithographic a aplani les difBcult^s, et 
ellea^te adoptee arec empressement par les natiff. Lapre<» 
miire presse lithographique de Dehli n'a eii dtablie ru'en 
1837, et dej&il en existait trente-quatre en 1852 dans les 
provinces nord-ouest. II s'en est aussi ^tabli dans presque 
toates les villes du nord et dans les principales villes de 
rinde entifere. On en comptait, par exemple, vingt-trois 
dans les seu'es villes de Lakhnau et de Cawnpour, et les 
onvrages lithographi&i pendant ces derniires ann^es, dans 
ces deux villes, s'ilfevent k plusieurs centaines (1), dont 
qaelques-uns out eu jusqu'k dixMitions. Utie seule liste, 
donn^e dansle num^ro du 1*' juin 1855, de VA^ra Gover^ 
nment Gazette^ accusait pris de deux cents articles hindous- 
tanis, sans compter les cartes et les dessins lithographies^ 
et qaoique la plupart de ces ouvrages ne soient que des li- 
vres el^mentaires sur la litterature, les sciences et les arts 
destines aux natifs, et quails n'aient ainsi que pen d'int^r^t 
ponr nous, on en distingue cependant un bon nombre dont 
TEurope savante pourrait tirer parti, tels que Tabr^g^ de 
YAnwar^ Suhaili et du Gulistan^ par Karim uddin,le Sa/ar 
mma, relation des voyages dans h Panjab, le Kachmyr, le 



(1) La raison pour laqaelle je mets ensemble les lithopaphics de ces 
deux villes et leups publications, c'ost qu'cn 1849 il fut defendu de rien 
imprimer k Lakhnau par suite de rimpression d'un ouvrage qui avait d6- 
plu au roi d'Aoude. Les imprimeurs transport^rent alors leurs presses k 
Cawnpour, et 11 y a ainsi une sorte de coinmunaitd typographique entre 
ces deux villes. Spre.ijor, A, Gal. p. vi. 




^94 -^ 

Sindh, une partie da D^can, le Khandeisch^ le Malwa et Id 
Bajpoutana^ par Amiii Chand ; le Chando dipika^ € Traits 
de la prosodie hindie ^y inconnue jasqu'ioi en Earope, etc. 

Une association digne d'eloges a fortement contriba6 it 
r^pandre parmi les natifs Pinstraction litt^raire et aussi 
I'emploi de la lithographie. G'est le Vernacular translation 
Society y qui a en, dans Torigine, poor secretaire notre com- 
patriote M. Bontros, alors principal dn college des natifs de 
Dehli. EUe a rendu, en effet, de grands services aux 
Indiens en leur donnant acc^s^ par de bonnes tradnctiont 
dans leurs langues nsuelles, anx chefs-d'oeuvre de la litt^ra* 
ture sanscrite, persane et arabe, en mSme temps qu'aux 
ouvrages anglais d'une utility reconnue. 

LHmprimerie m'am^ne naturellement k parler d'une 
sorte de litt^rature longtemps inconnue k TOrient, et qui a, 
n^anmoins, acquis dans I'lnde un d^veloppement remar- 
quable. Je veux parler de la presse, dont Tempire sMtend 
de plus en plus et commence k dominer mSme rinsouciant 
Indien. Je connais plus de oinquante diffiirents joumaux 
hindis ou hindoustanis. A Calcutta, il y avait, il 7 a quelques 
ann^es, seize joumaux public par les natifs^ c'est k savoir 
cinq en persan ou en hindoustani, neuf en bengali et deux 
en anglais (1), Pendant quelque temps, le maulawi Nacir 
uddin avait public le Martanda k cinq colonnes et en cinq 
langues : liindie, hindoustanie, bengalie, parsane et an- 
glaise (2), et on a annonc^ derni^rement un journal sp^- 
cialement adress4 aux femmes, rddig^ en langue usuelle 
(vernacular). A Bombay, il y a trois ou quatre journaux 
hindoustanis (3) destines k la population indienne en gen^ 
ral, et deux uniquement aux mnsulmans, sans compter 
quatre autres journaux r^digfe en guzurati pour les Parsis, 
et deux en mahratte pour les Hindous qui se servent de 

(!) Wilson, Athen. du 23 d6c. 1848. 

(2) En 1846. 

(3) Le Mambaiha harkara, • Courrier de Bombay • le Akhbar daftav 

i'a-xra-i Bombay, a Cahier des nouvelles de Tile de Bombay », le Taza 
akaVy u le Frais Prlntemps >, etc. 



— 95 — 

cet idiome. A Madras, il 7 a anssi plusieurs jonmanx hin- 
doustanis (1), et le nombre en est plus grand encore k 
Dehli, k Mirat, k Agra, k Lahore, k B^nar^s, k Lakhnan(2), 
n 7 en a aussi k S^rampore, k Kidderpore, k Mirzapore, k 
Bhartpore, k Multan, k Bareilly, k Indore, (3), eto. Si ces 
jonmaux parrenaient facilement en Europe, on trouverait 
sans doute k j puiser des renseignements int^ressants, 
dignes d'etre reproduits dans nos joLaux, et on pourraiJ 
leur appliquer ces mots d'Hora'ce : 

;. alterius sic 

Altera poscit opem res et conjurat amic6. 

(1) Le Mirat ulakKbar, « le Miroirdes nouvelles *, le Cacid-i MadrckSf 
a le Gourrier de Madras », etc, 

(2) Report of the Society for the promotion of vernacular education 
f845, by D' A. Sprenger. 

(3) Voyez le tableau statlstique de ces joumaux dans le « Friend of 
India », n® de mars 1853. 



— 96 — 



SIXIEME DISGOUHS 



2 dkembre 1855. 

Messieurs, 

Chaque ann^e, k I'ouverture de mon cours, j'aiine k vous 
mettre au courant de la marche du mouvement litt-^raire 
qui se manifeste dans I'lnde, au moyen de lalangue appelee 
specialement indienne^ que vcus venez etudier ici dans ses 
deux branches, hindoueet musulmane. Je puis le faire ais^- 
ment cette fois, du moins pour les provinces nord-ouest; car 
j'ai recemment rcQU les rapports officiels publics cette an- 
nee mfeme, dans les Records du gouvernement anglais de 
ces provinces, sur les presses des natifs, sur les journaux et 
sur les ouvrages qui y sent publics, et j'ai mSme entre les 
mains une liste de ces ouvrages dans VAgra Government 
Gazette du l**" juin dernier. 

Dans une prec^dente allocution, je vous ai fait connaitre, 
messieurs, I'^tat de ces presses au 1®' Janvier 1852. D'apr^s 
le& renseignements officiels, les natifs avaient alors, dans 
les provinces nord-ouest, trente-deux imprimeries, et il y 
paraissait vingt-six journaux hindoustanis. II etait sorti de 
ces imprimeries, dans le courant de 1851, cent vingt-six* 
differents ouvrages, presque tons hindoustanis. Au 1*' Jan- 
vier 1853 le nombre des imprimeries se montait k trente- 
sept, celui des journaux hindoustanis, k trente, et les ou- 
vrages imprimes dans le courant de 1852, s'^levaienticent 
trente, Enfin, au 1*' Janvier 1854, terme de mes renseigne- 
ments, nous trouvons quarante imprimeries, trente-trois 



— 97 — 

joumaux hindoustanis, et nous apprenons que cent quatre^ 
vingt-quinze ouvrages outvu le jour pendant 1853. A cette 
^poque, quelques-uns des anciens journaox que je vous avais 
signal^s ant^rieurement avaient cess^ de paraitre ; mais le 
nombre de ceux qui avaient et^ nouvellement^tablisd^pas- 
s&it cependant de trois la statistique du 1^' Janvier 1852. 
Les journaux qui avaient eesse de paraitre sont : le Sairin 
Hind, de Benares, surlequelj 'avals public, dans le&DSats 
du 16 Janvier 1851, un article d^veloppe; le^o^ oBabxir^ 
de la meme ville, et le Benares Gazette^ qui, malgr^ ion 
titre anglais, etait redige en ourdou ; le Fawaid unndzirin 
de Delili ; le Miftah ulakhbdr, de Mirat ; le Darya noury de 
Lahore ; le Simlah akhhdr, le Nour*ala nour^ de Loudiana, 
etle Bag nour, d'Amritsir. 

Les quarante imprimeries qui cxistaient an 1°' jAnvier 
1854 dans les provinces nord-ouest dtaient ainsi distribuees, 
dix k Agra, une a Bareilly, sept h B^narfes, une k Bhartpur, 
deux a Cawnpour, une k Coil, dix k Dehli, une k Gualior, 
une a ludore, deux a Mirat, deux a Lahore, deux k Moultan 
et une k Sialkot. 

Les nouveaux journaux que je n'ai pas encore eu I'occa- 
sion de vous faire connaitre sont, k Agra, le N^our ulabsdr 
(la Lumifere des regards) et le Buddhi prakdsch (le Flam- 
beau de I'intelligence), journaux identiques, car ils offrent 
la meme redaction, le premier en dialecte musulman, et le 
second en dialecte hindou ; et ils sont edit^s I'un et Fautre 
par Sadasukh Lai, Hindou instruit, habile en anglais et 
auteur de plusieurs ouvrages. Ces journaux ont un succes 
m^rite, qui est dii k la quantity d'interessantes nouvelles 
qu'on a soin d'y donner, et des articles de fond qu'on y 
trouve sur I'histoire, la geographic, la geologic, I'educa- 
tion, etc. Le style en est elegant, mais sans recherche, car 
il est d^pourvu de ce luxe d'expressions pompeuses et me- 
taphoriques que les Orientaux emploient si fr^quemment. 

A Benares, il a ^te ^tabli un nouveau journal ourdou, 
YAftalM, Hind (le Soleil de I'lnde), qui a pour dditeur le 

7 



— 98 — 

Babou Gobind Baghti Nath, k qui on doit une histoire de& 
Sikhs et plasieurs outrages estim^s. Ce journal est repute 
pour son style soign6 et pour la valeur des reuseignements 
scientifiques et litt^raires qu*on y trouve habituellement. 

A Coil, dans le zillah d'Aligarh, on a ^tabli avec succ^s 
en 1853 un Journal ourdou, intitule Fathutakhbdr (la Pree- 
minence des nouvelles), et qui, malgr^ ce titre pompeax, 
est ecrit d'un style simple et clair. On y trouve, outre les 
nouvelles courantes et les extraits du journal officiel d'A- 
gra, les comptes rendus des affaires port^es devant les tri- 
bunaux. 

A Dehli, I'ancienne capitale de I'Empire mogol, malgr^ 
les cinq journauxhindoustanis qu'ilyavait ddja, on en a 
(^tabli trois nouveaux en 18S3, ce qui en porte le nombre k 
huitj tandis qu'on n'en public que cinq en langue turque k 
Conitantinople. Les nouveaux journaux sont: le Sadie 
ulakhbdr (le V^ridique des nouvelles), public par Mustafa 
KhUa, directeur de Timprimerie appelee de son nom Mus^ 
tafui*. Cette imprimerie, qui fut d'abord etablie k Lakhnau, 
ayant par suite des circonstances cesse de fonctionner dans 
cette ville, Mustafa KhS^n en a etabli deux branches nou- 
A elles. Tune k Cawnpour et Tautre a Dehli ; c'est cette der- 
ni^re qui met au jour la feuille dont il s'agit, et qu'il ne faut 
pas confondre avec un jouraal persan qui porte le mSme 
titre. Les autres nouveaux journaux de Dehli sont : le 
Nour-i maschriqui (la Lumifere orientale) et le Nour-i ma-' 
gribi (la Lumifere occientale), journaux rMig^s I'un et I'au- 
tre dans le but de-r(5pandre parmi les Indiens les connais- 
sances utiles, et de leur inculquer les principes d'une sage 
philanthropic; mais, conformement k leur titre, le premier 
d'apres les idees orient ales et le second d'aprfes Ips id^es oo- 
cidentales, c'est-k-dire europdennes. 

A Gualior, Lakschman Pra^ftd, aujourd'hui officier du 
gouvemement local, public depuisl853 un journal officiel 
hindoustani, sur deux colonnes, Tune hindie et I'autre our- 
doue. LemSme savant r^digeait auparavantun journal de 



J 



-^ 99 -^ . 

Bareilly, oh on ft remarque quelques articles d'nn veritable 
int^rStlitt^raire: un, parexemple, sur I'exoellence relative 
de I'ourdoa de Dehli et de celni de Lakhnau. 

Un noavean journal oardou paralt k Moultan depuis 
1853, outre celui qui y existait d^jk; c'est le Schua^-i acham^ 
(les Bayons du soleil), qui est patronne par le maharaja 
Holkar, et r^dig^ par Q-ulam Nacir uddin, faquir fort 
instruit. 

Enfin, il paralt k Sialkot, depuis le mois de juin 1853,un 
journal ourdou intitule Chaachma-ifalz (la Source deTabon- 
dance). Dans cette ville du Penjab et dans le district au- 
qnelelle donne son nom, on appr^cie, plus peut-6tre que 
partout ailleurs dans I'lnde, les avantages de Tinstruction^ 
car le Friend of India annon^ait demiirementque neuf cent 
cinquante villages de ce territoire avaient pay^ d'avance la 
taxe spdciale que le gouvemement anglais a etablie pour 
Tedacation des natifs, afin que les ^coles projet^s fussent 
^rigees sans retard. 

Je ne vous parlerai pas, messieurs, des livres hindousta- 
nis plus ou moins ^l^mentaires sur les sciences, qui ont ^t^ 
imprimis en 1852 et 1853 dans les provinces nord-ouest ; 
je vous signalerai seulement les principaux ouvrages qui 
rentrent dans les categories des belles-lettres, de la philoso- 
phie et de I'histoire. C'est ainsi que je dois citer le Chiraff 
AajMim^ (la Lampede la v^rit^), traits ,sur les principes 
religieux des sofis ; le Tazkirat uttamldn (Memorial de la 
puissance de Dieu), ouvrage qui contient des considera- 
tions sur les phenom^nes de la nature, sur les monuments 
remarquables, sur les animaux extraordinaires ; des re- 
flexions morales, des r^cits historiques. JjAjaib rozgar (les 
Nouvelles du temps), semble une autre edition du m6me 
ouvrage sous un titre different; le Makhzan cudrat (la Ma- 
nifestation de la puissance) et le Kliiyalat ussanayi (Aper- 
?tis des oeuvres de Dieu), sent des livres du mfime genre, 
offirant le tableau de la nature au point de vue religieux. 

Je dois citer encore la traduction ourdoue des Lois de 



— 100 — 

Manouj intitul^e Manu Sanhita (le Recueil de Manou) ; 
celle du Mukktagar CWun, c^lfebretraitearabedejurisprn- 
dence d'Abu'lha^an de Bagdad, surnomm^ Cuduri ; le Bhd 
nihang (le revenant mis k nu), par R§.in Chand, savant Hin- 
dou converti au christianisme, dont j'ai d^ja eu I'occasion 
de vous parler, ouvrage destin^ k pr^munir les Indiens cen- 
tre leur cr^dulit^ relativement aux esprits. Ainsi, pendant 
qu'en Europe on chercliait k ^tablir la r^alit^ des commu- 
nications avec les esprits, des Hindons inspires par les id&s 
europ^ennos et chr^tiennes, t^chaient d'en dissuader leurs 
compatriotes. 

Je ne veux pas oublier les romans moraux de SvhuddU 
Kiibuddhiy contraste entre une bonne et une mauvaise con- 
duite, et du Banjara, recit destine k mettre en relief 1' instabi- 
lity des choses du monde; VHistoire du Cacliemirey traduit 
du persan de Muhammad 'Azim ; VHistoire des jurisconsidtes 
musulmansj par Subhan ; les Voyages en Europe d' YuQuf 
'Ali Khan, et les Voyages bien plus interessants du prince 
d^Indore dans les parties les moins connues de Tlnde, pu- 
blics par Arain Chand ; enfin, les ouvrages d'Imam Bakhsch 
Sahb^yi : sa lihetorique, son Anthologie po/tique et sa Gram- 
maire ourdoue^ travail dont augmente la valeur une collec- 
tion de proverbes et d'idiotismes qui la tcrmine. Le bio^ 
graphe Karim nous apprend que ce savant ecrivain con- 
temporain est considere comme le plus habile per^iste de 
Dehli, et que c'est a ce titre qu'il a ete nomnie professeur 
de persan au college des natifs de cette ville. II j demeure 
dans la rue des Ecoliers {chdlonka kouchd)^ et il est v6tu a 
I'ancienne mode; sa barbe estrousse, il est marque de la 
petite verole et il est aujourd'hui age d'environ soixante 
ans. 

Parmi les ouvrages d'imagination, tant originaux que 
traduits, en hindoustani, d'autres languesde I'Asie, je me 
bornerai k citer, d'entre les publications de 1852 et 1853, le 
Krischna Balpan, pocme sur Tenfance de Krischna; le 
LailaMajnun de Muhammad Hu9ain ; le Safina Zarafa (Al- 



— 101 — 

bum d'^ygance), recueil de pieces drdlatiques, un commen-* 
taire sur les cacidsis de Sauda, le roi des poetes hindousta- 
nis modernesy one edition da Diwau de Dard, un des poetes 
hindoustanis les plus oJlebres du dernier siecle, une belle 
Edition da Rdmdyana en hindi^ om^e de dessins lithogra-' 
phi<^s, des extraits de VAnwdr^i Suhailij ee chef-d'oeuvre de 
la litt^rature persane dont le savant M. Eastwick, nouveau 
de Hammer pour la f^condit^ litt^raire, vieut de publier 
une traduction anglaisc fiddle et de bon goiit. 

Je pense, messieurs, que vous ne partagerez pas, relati- 
vement k ces productions, ie superbe d^daiii d'un fonction- 
nairedeTInde anglaise qui, dans un rapport du 23 septem-* 
bre 1854, iraite ces ouvrages,etnotamment le Bdff o Bahdvy 
le Ghd'i Bakawaliy VAkhldq-t Jaldlij le Zubdat ulkhiydlj le 
Prem Sdgar^ le Satsat et le Rdjnitij ces admirables ouvra- 
ges de la litterature hindoustanie, de pudrils, d'incapables 
de faire naitre des sentiments vraiment nobles et g^ii^reux ; 
etqui va jusqu'k dire que la lecture du Rdjnitij qui, comme 
on le sait, n'est autre chose qu'une version hindie de VHi" 
iapades si justement celibre, pent seulement produire Teffet 
que faisait sur les Spartiates la vue d*un Ilote ivre. Ce 
m^me fonctionnaire pretend que la litt^rature des natifs est 
entierement k refaire par des traductions de Panglais. II 
oublie que quelques-uns de ces ouvrages sent si iot^res- 
sants, qu'ils ont eu en Europe m@me un succ^ que n'obtint 
jamais aucune oeuvre europ^enne. Tel est, pour n'en citer 
qu'un seul,le recueil des Milli'et une Nuita^ le livre le plus 
amusant qu'on puisse lire, et qui instruii le roieux deft 
mcBurs musulmanes. C'est, k la v^rit^, une lecture un peu 
I£gj;re, mais ellevantbien celie des € Voyages de Gulliver » 
qu'un autre fonctionuaire de Tlnde anglaise proposei de 
tradnire en hindoustani. 

Les ouvrages qn'on traite si dedaigneusement sent, je 
Faroue, messieurs, des r^cits fabuleux; mais Thistoire 
ment souvent aussi, et ses mensonges sont plus dangereux. 
-Bjron Ta^it (Zara, canto I, xj) : 



— 102 — 

History's pen its praise or blame supplies; 

And lies like truth, and still most truly lies. 

Parmi les nombreuses tradactions de I'anglais on a pu- 
blic, entre autres, le Tarikh-i mutacaddimin o mutaakhkki" 
rtn (Histoire aucienne etmoderne) du B^v. J. A. Shurman ; 
VHistoire de la Grece et celle de Home de Golds- 
mitby la Vie des philosophes de VantiquitSy celies d^Aleaan- 
drej de D^mosihkne et de CicSron^ d'aprte la traduction an- 
glaise de Plutarque / VHistoire des decouvertes de mer et de 
<grr« (Maritime and inland Discoveries); VHistoire deVAa- 
blissement des Anglais au Bengalee d'aprte Marsham; VHis- 
toire de V empire chynois^ d'aprfes les r^cits un pen trop favo- 
rables des missionnairesj&uiteSjpar J. F. Corcoran, Ajiglo- 
Indien et z^I^ catbolique. 

II est a regretter, tant au point de vue de Torientalisme 
que surtout dans I'int^rdt des natifs, auxquels ces publica- 
tions sont destinies, qu'on ait aussi traduit de Tanglais en 
hindoustani des ouvrages relatifs a Fhistoire, k la politi- 
que et m6me k la religion des contr^es orientales; tels, par 
exemple, que VHistoire des empereurs mogolsy traduite de 
V Edinburgh Cabinet Library ; la Gdographie de Vlnde^ tra- 
duite de Murray's Encyclopaedia of Geography ; VHistoire 
de Persey traduite du Modem Travelkr^ et plusieurs autres. 
Agir ainsi, c'est vraiment trailer I'lnde en pays barbare, 
car c'est supposer que nous la connaisBons mieux que les 
natifs eux-m^mes, ce qui serait k peine admissible si ce pays 
n'avait pas de monuments Merits. On n'ignore ce^jendant 
pas quenos ouvrages sur I'Orient sont rediges d'apr&s les 
donnas qui nous sontfournies paries ^crivains natifs. Mais 
quelquefois on a mal compris les textca et defigure les noins 
propres. Si done vous ajoutez k ces imperfections celies qui 
sont inherentes k une traduction, vousne pouvez avoir que 
des livres tres-imparfaits et qui donneront aux natifs une 
- fausse idee de leur propre pays et de leur propre histoire, 
Pourqiioi, k d^faut d'ouvrages liistoriques origiAaux en bin- 



~ 103 — 

doostani, ne pas faire tradaire« de pr^fiirenee aux ouvrages 
anglais, des ouvrages persans, ou du moins les prendre poor 
base des textes hindotistanis contemporains, en ^laguant ce 
qui ponrrait 6tre (^.videmment inexact ou qui paraitrait im- 
moral ? Ce genre de traduction serait d'ailleurs bien plus 
facile etbien plus agreable pour les ^crivains natifs. lis se- 
raient l&sur leur terrain, et.on ne les verrait pas dans le 
cas de commettre des erreurs f&cheuses, en rendant sans 
habilet(^, par de serviles^mots hindoustanis, les iddes euro- 
p^ennes et des allusions k des choses qui leur sont tout k 
fait inconnues, bien loin de se p<5netrer du pr^cepte d'Ho- 
race (^Art poAique) : 

Nee verbuni verbo curabis reddere, fidus 
Interpres 

Par exemple, Thonorable M. W. Muir, secretaire du 
gouvernement anglais pour les provinces nord-ouest, ayaut 
examine avec soin la traduction qu'ont faite quatre pro- 
fesseurs du college de Dehli de YHistoire de Vlslamisme de 
Taylor (Taylor's History of Mohamedanism), se plaint, 
comme nioi, de cet inconvenient. Dans le premier chapitre 
seulement de cette histoire, il a trouve nombre d'indications 
confuses, inintelligibles et me me positivement erronees, 
dont il a marqu^ plusieurs sur la marge de son exemplaire. 
< Ceci, ajoute P^minent fonctionnaire, est d'autant plus re- 
grettable, que tout musulman vers^ dans sa propre litt^- 
rature peut ddcouvrir d'abord ces d^fauts, et qu.'ainsi le 
discr^it ne manquera pas de tomber sur tout Touvrage et 
m^me sur toutes nos traductions en g^n^ral. d 

Je remarque m6me qu'on a pas eu soin de charger de 
oette traduction des musulmans seuls, mais deux musul- 
mans et deux Hindous. Les parties traduites par les deux 
professeurs musulmaus sont assez correctes; mais il n'en 
est pas ainsi de celles qui sont traduites par les deux pro- 
fesseurs hindous, od on trouve m^me des fautes d'ortho- 



— 104 — 

graphe arabe. D'ailleurs, dans ces chapitres, ces Hindous 
n'ont pas en soin d'att^nner les expressions dont Tauteiir 
enrop^en s^est servi k I'^gard du Coran et de la religion 
mnsnlmane, ce qui doit r^volter les mnsulmans qui les 
lisent, malgre les formnles rontiniires de respect qui sui- 
vent le nom du prophfete mecqnois, et qui contrastent avec 
Pensemble du discours. 

Je n'ignore pas, messieurs, qu'en accordant k ces publi- 
cations son patronage, le gouvemement anglais a en vue 
d'infiltrer chez les natifs non-seulement les id^es europ^ 
enncs, mais les id^s chr^tiennes. Ce but est trop respecta- 
ble pour qu'on puisse leblftmer ; maisil serait, il me sem- 
ble, possible de Tatteindre, du moins indirectement,en /?^i?- 
purgeanty comme je viens de le dire, les ouvrageshistoriqnes 
orientaux. Quant aux ouvrages de philosophie ©t de morale 
chri^tienne, il n'y a rien k objecter k leur traduction, et elle 
est sans contredit trfe-utile et trfes-profitable aux natifs. 
J'approuve ainsi tout k fait la traduction de Rcbirson 
Crvso^et surtoutcelle des Pens^es de Finelon ywr Vesmtenoe 
de JDieuj admirablement traduites en hindoustani, k travers 
I'anglais de E. Bawenshaw. J'approuve m§me la traduction 
des chefs-d'oeuvre europ<5ens quand elle est possible. Ainsi 
j'apprends avec plaisir qu'on a public dans le Sudhdkar de 
B^naris la traduction hindie du Midmmmer Nights 
Dreamde Shakespeare. C'est un vrai tour deforce, beaucoup 
plus grand que celui quia ^te fait lorsqu'on a traduit en 
bengali le Merchant of Venice qui, avec quelques Mg&res 
modifications, rentre davantage dans les moeurs orientales. 
On traduira sans doute biientOt en hindoustani tons les che&- 
d'ceuvre du grand dramatiste anglais, et qui sait m^me si 
on ne joue pas d^ji sur les th^fttres de Dehliet d' Agra, avec 
plus de suco^s que demi^ment k Paris, I'admirable tra- 
gedie de Macbeth, et si on n'y applaudit pas, sous des mots 
indiens, ces beaux vers, par oxemple, que I'^minent poete 
amis dans la bouche de Macbeth apr^s le meurtre de * 
Duncan : 



— 105 — 

Methougbt, I heard a \oice cry : « Sleep no more! 
Macbeth does murder sleep, the innocent sleep ; 
Sleep, that knits up the ravell'd sleave of care, , 
The death of each day's life, sore labour's bath. 
Balm of hurt minds, great nature's second course, 
Chief nourisher in life's feast. » 



' iw 



— 106 — 



SEPTIEME DISGOURS 



4 d^cembre 1856. 

Messieurs, 

Depuis notre demifere r^anion, un ^v^nement considera- 
ble s'est pass^ dans un grand royaume de Tlnde, dont I'hin- 
doustani est le langage exclusif. Le roi d' Aoude, I'ancienne 
Ayodhya, le successeur du dieu R&ma, S. M. W^id Ali 
Sch&h, a ete priT^ de son royaume , par le gouvemement 
anglais de I'lnde. Je n'ai pas k appr^cier ici cette revolu- 
tion toute politique, non plus que les qualit^s ou les d^fauts 
de W&jid Ali comme souverain ; mais je mMnt^resse k lui 
comme litterateur distingue et comme poete hindoustani 
eminent, sous son takhallus ou surnom poetique de Akhtar 
ou € astre, » parce qu'il est, en effet, une des etoiles du fir- 
mament poetique de I'lnde modeme. Je vous ai dijk parie, 
messieurs, dans d'autres occasions, des productions de ce 
digne heritier des traditions des princes de sa dynastie, qui 
tons ont patronne la litterature hindoustanie et dont plu- 
pi'eurs I'ont cultivee eux-mSmes : Safdar Jang, Schuja 
uddaula, A^af uddaula, connu comme poete hindoustani 
sous le simple nom d'A^af, Saadat Ali Khd.n, G4zi uddin 
Haidar, auteur du cei^bre dictionnaire persan intitule Saft 
culzum ou a les Sept mors, i> parce qu'il forme sept vo- 
lumes ; Ndx3ir uddin Haidar, N&cir uddaula et Amjad Ali 
Schfth, p&re du roi detrdne. W^id Ali a aussi Thonneur 
d'etre fils de cette noble et courageuiie reine dont le devoua- 
ment aux interSts de sa race I'a portee, elle qui n'atait ja- 



— 107 — 

mais vn la mer et qui ignorait ce que c*^tait qu'un navirey 
k franchir TOo^an.et k venir en Angleterre r^clamer contre 
la mesnre dont le gouyemement de son fils a et^ Tobjet. 
Mais venoBB-en k ce qui fait ordinairement le sujet de 
mon allocution annuelle, c'e8t*&*dire Tetat du mouvement 
litt^raire qui a lieu dans Tlnde au moyen de rbiadoustani^ 
de cette langue que j^ai appel^e sceur (1), mais qui estplu- 
tot consine germaine du fran^ais comme elle Test de I'ita- 
lien (2), la langue sanscrite etant sceur du latin et m&re de 
Thindoustani, ou plutdt de Thindi ou indien modexTie. Le 
mot hindoustani, ainsi que je tous Fai dit plusieurs fois, 
messieurs, est, en effet, le nom g^n^rique qui indique 
la langue de THindoustan et sp^cialement des provinces 
nord-ouest et du Penj&b, L'urdu, c^est Tbindoustani m&l6 
de mots persans et arabes, employ^ dans toute Flnde par les 
musulmans et parle surtout avec purete dans leurs capitales 
de Debli, d'Agra, de Lakhnau et de Halderabad. L'hindi 
est Fbindoustani des Hindous : il est presque enti&rement 
compose de mots sanscrits ou purs ou alt^r^s. L'alpbabet 
g^neralement usjtci pour I'hindi c'est le dicanagari <l ecri- 
tare des dieux, d nomm^ simplement dans Fusage nagari 
<c ^criture; d laais on emploie, en outre, les caract^res 
nommes kayasthi et aarrdfiy lesquels sont une corruption du 
nagari. Ce dernier caract^re sert k ecrire Tbindi dans les 
districts de Matbura, d'Aligarb et de Mainpuri. A Agra 
le nombre des ^coles nagari exc6de un peu celui des ecoles 
kayastbi; mais dans les autres districts, c'est le caract^re 
kayastbi qui est invariablement usite. L'^criture kavastbi 
est plutot appel^e kaithi nagari « ecriture des kayatbs, » 
nom vulgairo des kayastbs, c'est-i-dire des membres de la 
soug-caste des ^crivains k laquelle appartiennent, en g^n^- 
ral, les patwdria (agents comptables des villages). Le ca- 
ract^re adrrafi^ nomm^ aussi mahdjani, est celui dont se 
servent les sarrd/s « cbangeurs 7> et les mahdjan (grandes 

(1) Discoure d'ouverture de 1853, dernier alin^a. 

(2) Max Miiller^ Suggestion* in learning the languages^ etc.^ p. 6. 



— 108 — 

gens) ^banquiers. d Ce dernier caract^!^, ezclusivement 
employ^ pour les transactions commerciales, est une- sorte 
d'^criture en chiffres que les initios seuls peuvent lire, 
Toutefois, on se familiarise sans trop de difficult^ avec les 
lettres sarrafis qnand on connait I'alphabet nagari cnrsif^ 
tandis qn'un indianiste qui n'a jamais lu que du Sanscrit en 
beaux caract^res artistement traces ne saurait d($chiffi-er les 
•grimoires des banyans (1). Le caractfere usit^ pour Purdu 
dans les ^critures soign^s, c'est le nestaliCj ainsi nomm^ 
parce qu'il est un melange du neskhi « cursif i> et du talic 
n suspendu ; i>et, dans Tusage commun, le schikasta <i bris^, :f> 
dont le nom indique assez la negligence avec laquelle on 
r^rit. 

£n 1854, les nati& avaient trente-sept presses et trente- 
trois joumaux dans les provinces nord-ouest et dans le Pen- 
jUb. Les exemplaires en circulation de ces journaux s'ele- 
yaient k deux mille deux cent seize (2), et le journal dont 
la reputation avait le plus de popularity, c'^tait toujours le 
Koh-i nCtr^ journal urdu de Lahore, qui ne comptait cepen- 
dant que trois cent quarante-neuf abounds, et qui ^tait 
edite par Har SukL B^^, directeur d'une imprimerie qui 
porte le nom de ce journal. Je ne parle pas ici des joumaux 
r^dig^s en anglais dont les exemplaires en circulation la 
mSme ann^e s'^levaient, en les ajoutant aux premiers, k 
162,408, c'est-i-dire 58,793 de plus que rann^e prc^cd- 
dente, qui accusait le chi£Fre de 103,615 (3). 

Les imprimeries dont je parle out, en outre, mis au jour 
deux cent sept ouvrages orientaux dans le courant de la 
m^me ann^e. Je manque de renseignements positifs pour 
1855 ; mais il est hors de doute que le nombre des ouvrages 
qui out paru pendant cette ann^e est plus considerable. II 
J a probablement parmi ces ouvrages, comme les ann^es 
precedentes, des traductions d'ouvrages anglais purement 

(1) H. S. Reid, Report, Agra, 1853, p. 69 et70. 

(2) Allen's, Indian Mail, mim^ro du 16 aoCIt 1836. 
(3)> Ibid., Dum^ro du 31 juiUet 1856. 



— 109 — 

litteraires. On ne peut qu^applaudir aax traductions pos- 
sibles des chefs-d'oeuvre de la litt<5rature anglaise, pourvu 
qu'elles ne tendent pas k op^rer une r^forme qui denatu- 
rerait le caract&re de la litt^rature ordue. Milton a dit : 



Be not over exquitiite 

To cast the fashion of uncertain evils. 



M. Francis Taylor, digne principal du college des natifs 
de Dehli, a bien voulu m*envoyer, il y a quelques semaines, 
une liste d'ouvrages hiadoustanis publics en dernier lieu 
dans la capitale de Tempire mogol, et cette liste ofFre quel- 
ques volumes que je ne vous ai pas encore indiquds et qui 
sont une acquisition pr^cieuse pour la litterature indienne. 
Je trouve aussi un certain nombre de livres nouveaux dans 
un envoi de cent soixante-quinze ouvrages differents que 
le gouvernement d'Agra a fait a IMjistitut de France, par 
TentrcJmise de mes honorables amis, MM. William Muir, 
secretaire du gouvernement des provinces nord-ouest de 
rinde, et H. S. Reid, directeur de Imstruction publique 
dans les mSmes provinces, tons les deux z^l^s promoteurs 
de la litterature hindoustanie, qui est destinie a remplacer 
avantageusement dans Tlode celle du persan et du Sans- 
crit. Qaoique ces ouvrages aient Hi publics par le gouver- 
nement anglais pour les colleges et les ecoles des natifs, 
plusieurs n'en sont pas moins^ utiles aux Europ^ens, sur- 
tout aux fonctionnaires anglais, tant de I'ordre civil que de 
Tordre militaire, lesquels sont tenus de savoir I'hindous- 
tani, m^me dans la province du Bengale, quoique le peuple 
y parledans plusieurs districts le bengali, dialecte particu- 
lier k ces localites, I'hindoustani ^tant n^anmoins usite 
dans bien des endroits du Bengale, et le seul qui 
soit employ^ dans les cours de justice k Calcutta et dans 
les autres villes de la province (1). 

(1) H. H. Wilson, Glossary of Indian Terms preface, p. 20. 



— 110 — 

D'aprfes les deux listes dont je viens de parler, je vong 
mentioniierai done, messieurs, nn nonveau Tazkiray on 
€ Biographie antholo^que des poeies hindoustanis, DintituI^ 
Gfulistan-i sukJian € le Jardin de T^loquence, 3> par Mirza 
Cadir Bakhsch, sumomm^ Sabir (le patient), fils de Mirza 
Mukarram-Bakht, prince de la famille royale de DeMi, 
dont le chef Siraj nddin est encore salu^ du titre de roi, 
schdhy et mfeiije de roi des rois, padschdh. Sabir est ^Ifeve du 
maulawi Imftm-Bakhsch Sahbai, un des ^crivains hindous- 
tanis contemporains les plus estim^s. 

La pr^fd^rence pour la po^ie est toujours la m^me chez 
les Indiens. On ne saurait les en bl&mer. Aristote dit dans 
le chapitre IX de sa Po^ique : <t La po^ie est beaucoup 
plus philosophique et plus instructive que I'histoire (1). » 
n y a cependant peu de nouveaux ouvrages en vers dans 
les listes que j'ai sous les yeux. On n'y trouve gukre que 
le Gruydn Chdlict « les Quarante maximes, d recueil de 
sentences en doJiaa ou distiques hindis, par le pandit Schri 
Lall, auteur d'un grand nombre d'ouvrages utiles, et le 
Puschpa hdtika <t le Jardin des fteurs, » traduction hindie 
par Bansidar du huiti^me livre du Gulistan, qui traite de 
la conduite des rois, imprim^ k Agra, k trois mille exem- 
plaires. Un autre ^crivain, Camar uddin, a donne des ex- 
traits du Gulistan en urdu , accompagnds du texte persan, 
et il a fait la mSme chose pour le Bostan : sa traduction est 
k la fois ^l^gante et fiddle. 

Parmi les ouvrages de philosophic et de morale recem- 
ment parus dans les provinces nord-ouest, on distingue le 
Sifat rahbulalamin « Attributs du Seigneur des creatures, » 
c'est-i-dire exposition des attributs de Dieu par le babu 
Schri d&s qui, malgr^ son nom paien qui signifie <r servi- 
teur de Schri ou Sri (I'heureuse) d, c'est-k-dire de Laks- 
chmi, qui est k la fois la C^res (2) et la V^nus des Hindous, 



(1 ) <&iXoffocp(OT6pov xai ff7rou5a(oT5pov 0:0(7)^1; iTropiac wtiv. 

(2) Le nom de Schri rappelle d*ailleurs naturellement celui <1< 



de C^r^s. 



— Ill — 

est n^anmoins chr^tien et doit fitre ajont^ au petit noinbr6 
d'auteurs hmdoustanis Chretiens qiie j'ai signal^ ily a pen 

de temps (1). 

Le Bho] proband s&r € Choix des proverbes de Bhoj i>, 
aveo un commentaire par Bansidhar. Bhoj, le Salomon de 
PInde, est, ainsi qoe vous le savez, messieurs, un celfebre 
souverain du Malwa qui regnait k Ujjain dans le cinquifeme 
siicle et dont il est fr^quemment question dans les ouvragea 

indiens. 

Le Buddhi vidyodyot « Lirre sur la connaissance de la 
sagesse >, ouvrage hindi oil Ton d^veloppe les avantages de 
Pinstruction et de I'^ucation. 

Le Sikhacha manjart <r Bouquet de Tenseignement d, 
traduction hindie par Bansidhar des morceanx choisis par 
H, C. Turner dans I'ouvrage de Tod intitule « Hints on 
self improvement » 

C'est, je pense, le cas de parler ici des romans moraux 
qui ont nouvellement paru, tels que Farruhliahdd M kahdnt 
« Histoire de Farrukhabad > SurdjpAr M kahdnt « Histoire 
de Surajpur d, et Btidh phalodaya « Manifestation du 
fruit de la sagesse 3>. Ce dernier ouvrage, ^crit par le 
pandit Kischan datt, professeur adjoint k TEcole centrale 
d'Agra, est une reproduction en Hindi, k I'usage des Hin* 
dous, du Kvbuddhi subuddhiy conte urdu k Tusage des mu* 
sulmans, dont Je vous ai parl^ I'an pass^. 

Parmi les ouvrages historiques les plus saillants des 
listes que j'ai sous lesyeux, je trouve la traduction hindous- 
tanie du c^lfebre ouvrage de Mirkhond intitule Rauzat 
ussafd d le Jardin de la puret^ 3>, qui est une histoire gen^- 
rale de la Perse depuis les temps les plus anciens jusqu'ila 
fin du seizifeme sitele, ^poque ou ^^vait Tauteur. 

Le Tuhfat ul-Hind a le Cadeau de I'Inde 3>, exposition de 
la religion des Hindous par le maulawi Ubaid uUah Abu 

(1) Lesauteurs hindoustanis et leurs ouvrages, p. 20; et page 58 ile 
ce volume. 



— 112 ~ 

Muslim, docteur mnsulman. La mani&re dont les musulmaiis 
exposent les id^es religieuses des Hindous est curieuse k 
connaitre : ils les adaptent assez bien k leurs propres id^, 
sans cependant les alt^rer absolument (1). 

Citerai-je encore le Tazkiratulmaschdi/didi/LemoriiLldeB 
personnages ^minents 2>, par Sada Sukli Lai, ouvrage bio- 
graphique traduitde I'anglais; et la traduction deo: T^' ilson's 
Manual of ancient history », en urdu, sous le titrede 
Tarikh-€dlam, et en hindi sous celui de Jaffat vrittanty titres 
qui signifient Tun et Tautre « Histoire du monde. 3> 

Les ouvrages didactiques oocupent une place importante 
dans les publications nouvelles. Je dois citer en premiere 
ligne le Chando dipiJca « la Lampe de la prosodie », traite 
de prosodie hindie, imprime k Agra en 1854. Jusqu'ici la 
prosodie du dialecte hindi ^tait a pen prfes inconnue. EUe 
n'est k la vcrite que la prosodie sanscrite l^gferement modi- 
fiee, comme celle de I'urdu a regard de la prosodie per- 
sane. Toutefois, il manquait un traits exprofesso a ce sujet, 
et Bansidhar a rempli cette lacune. 

II serait trop long de mentionner les grammaires de tout 
genre qui ont ^te rdcemment publi^es en urdu et en hindi, 
tant pour ces dialectes que pour le persan et le Sanscrit; 
qu'il nous suffise de dire que les Europeens trouveraient 
€ertainement k y appreodre. 

Viennentensuite plusieurs manuelsepistolaires : lo Pattar 
malika « Guirlande de feuilles », rddige en hindi par Schri 
Lai, YInschd khirad afroz € Modules de lettres propres k 
eclairer I'intelligence 3), r^dig^ en urdu par Camar uddin, 
et dont il y a plusieurs editions tiroes k des millicFs d'exem- 
plaires ; VInschd khalifa^ sorte d'abr^ge en urdu accompa- 
gne du texte persan du « Manuel epistolaire d de Schah 
Muhammad, lequel est tout k fait classique dans I'lnde, 
ainsi que nous le fait savoir I'habile directeur de I'instruc- 



(1) On entrouvera un exemple dans mon article sur VAgar ussanadid, 
(Journal asiatique, num^ro de novembrc.) 



— 113 — 

tion publique des provinces nord-ouest, M. Beid, qui, dana 
son inspection des ^les des natifs en 1853-54, a troavi 
ce traits entre les mains des ^l^res de trois cent qnarante- 
trois ^coles. 

Puis nous avons le Sudh darpan a: Miroir de la puret^ Vj 
traits Idndoustani relatif kla propret^ telle que Tentendent 
les HindouSy par Seth Biddhi Chand Narayan, inspec- 
tear des ^coles de Mathura, auteur de plusieurs autres 
ouvrages. 

Le Bidydnkdr « Don de sagesse ]>, ouvrage hindi de 
Seliri Lai, qui a ^t^ reproduit en urdu par Bansidhar, sous 
le litre de HacdU ul maujMdt d les Y^rit^s des choses 
cr^es i>. Iltraite du monde materiel, des ^toiles et du sys- 
t^e solaire, de la chaleur, de la lumi^re, de ratmosph^e, 
de la gel^e, des nuages, du r^gne animal, v^g^tal et mine- 
ral, etc. 

Je dois citer aussi quelques ouvrages sur Tagriculture 
dans lesquels se trouvent sans doute des renseignements 
dont pourraient profiler nos soci^t^s agricoles. Tels sont le 
Khet haran (L Affaire des champs d, traits d'agriculture 
adapt^ aux usages des Indiens dans les provinces nord-ouest, 
^rit en hindi, par Kali E^, d^put^ collecteur de Fath 
garli, et ^crivain contemporain estim^. Ce traits a ^t^ im- 
prime plusieurs fois k Agra et k Dehli, tant en hindi qu'en 
urdu. II traite des diffiSrentes espfeces de terres, des instru- 
ments du labourage, des diverses mani^res d'arroser les 
champs, etc. On indique aussi le mode employ^ pour perce- 
voir le revenu du fisc, et comment on doit s'y prendre pour 
r^clamer centre les surtaxes. Le traits est accompagn^ de 
dessins, et les mots techniques y sont Merits k la fois en ca- 
ract^res persans et en caract^res d^vanagaris. 

Le Kigdn upades d Avis aux agriculteurs d, ouvrage 
hindi, par Bansidhar, traitant de la population de la cam- 
pagne, deTusage et de la nature des registresde possession 
et des comptes annuels des patwaris. Je pense que c'est le 
mfime ouvrage qui a it6 reproduit en urdu sous le titre de 

8 



— 114 — 

' Pand-ndma-^ kaschtkdrdn <c Livre de conseils pour les agri- 
culteurs d, par Mohan Lai, avec la collaboration de Ros- 

" chan Ali, Hindons instraits, et tons le8 deux ecrivains cpn- 
temporains distingu^s : il y a aussi une Mition persi-nrdue 

' de cet ouvrage. 

Oserai-je ajouter ^ cette nomenclature, un pen fastidieuse 
peut-^tre, quoiqne j'aie t^he de I'abr^ger le plus possible 
la traduction qui vient d'etre publi^e k Dehli, en dialecte 
Urdu, par Muhammad Zuka ullah, de ma « Notice des Bio- 
graphies originales des auteurs qui out ^crit en langue in- 
dienne ou hindoustanie (1), 3> dont j'ai re^u il y a trois 
jours seulement quelques exemplaires. J'avoue que c'est 
une grande satisfaction pour moi que de voir mes modestes 
travaux snr la belle langue de THindoustan appr^cife par 

• les Indiens eux-mfemes. Ce n'est pas, au surplus, la pre- 
miere fois qu'ils obtiennent Thonneur d'etre reproduits en 
bindoustani : il a paru aussi k Dehli, 11 y a quelques annees, 
sous le titre de Tabacdt-i schu'ard-d hindt a: Rano^^e des 
poetes indiens », une traduction de mon a: Histoire de la 
litt^rature hindoustanie ». 

La plupart des ouvrages destines aux ^coles des natifs 
ont it6 rMig^s k la fois en urdu et en hindi dans le double 
int^rfet des populations musulmanes et hindoues, et mfeme 
<juelquefois en persan, qui est le latin de I'lnde musulmane 
et qui est g^neralement enseign^ dans les ecoles, m^me 
aux Hindous, concurremment avec I'urdu, pour TinteUi- 
gence duquel il est presque indispensable. 

Je ne vous ai pas parl^, messieurs, des livres religieux de 
toute sorte que publient de z^l^s missionnaires pour les r^- 
pandre parmi les natifs. L'Ancien et surtout le Nouveau 
Testament y tiennent tpujours la premifere place. On ne 
saurait disconvenir en efFet que si la lecture des saintes 
Ecritures ne convertit que peu d' Indiens, elle ne peut 
manquer cependant de rend re meilleurs et plus heureux 

(1) Journal « rinstitut », num6ro d'octobre 1855. 



. — 115 — 

ceux d'entre eux qui les liscnt, car on peat leur dire avec 
Young: 

Retire and read the Bible, to be gay. 
There truth abounds of sovVeign aid to peace.... 
Read and revere the sacred page, a page 
Where triumphs immortality : a page 
Which not the whole creation could produce, 
Which not the conflagration shall destroy. 



— 116 — 



HUITIEME DISGOURS 



10 d^cembre 18^7. 

Messieurs, 

• 

Les ^venements ^pouvantables qui ont eu lieu cette 
annee dans I'Inde, surtout dans les provinces nord-ouest 
qui sont precise ment celles dont Thindoustani est plus spe- 
cialement le langage et oil il est le plus cultive, ces eveDC- 
ments, dis-je, y ont suspendu entifereinent les travaux 
litt^raires, et me privent de vous donner, comme je le fais 
ordinairement dans mon allocution annuelle, la statistique 
des publications nouvelles en urdu et en hindi et celle des 
journaux ridig& dans ces m^mes idiomes. Vous le savez, 
messieurs, une nouvelle Saint-Barthelemy, ou pour mieux 
dire de nouvelles V^pres siciliennes ont signal^ le commen- 
cement d'une insurrection terrible et vraiment bien extra- 
ordinaire centre le gouvernement anglais de I'Inde; car, 
quoi qu'on en ait pu dire, les Indiens preferaient a leurs 
gouvernements indigenes, capricieux et tyraniques, le 
gouvernement anglais, qui etait sinon paternel, da 
moins regulier et fidfele aux lois ^tablies. J'ai vu bien des 
natifs de I'Inde, et c'est d^eux-memes que je I'ai appris, 
ainsi que dans plusieurs de leurs ouvrages que j'ai eu I'occa- 
sion de lire. Toutefois ce bel empire anglais de I'Inde qui 
excitait Tadmiration et la jalousie des nations europeennes, 
avecles cent trente et un milions neuf cent quatre-vingt- 
dix mille neuf cent un habitants qui occupaient un espace 
de huit cent trente-sept mille quatre cent douze milles 
Carres (1), a ^te tout k coup violemment ebranle, comme 

(1) Seloii le colonel Sikes cit6 par le Times. 



— 117 — 

pour verifier ce refrain d'one m^lodie indienne (Indian air) 
de Thomas Moore : 

All that's bright must fade, 
The brightest still the fleetest. 

On a accns^ le gonvemement anglais de I'lnde d' avoir 
donn^ lien i rinsnrrection en favorisant le prosflytisme des 
missionnaires. C'est nne errenr, car les Anglais fervents se 
sont toujours plaints non-senlement de TindiflKrence de 
r.administration de Flnde ponr lenrs efforts, mais des 
entraves qu'il j met; et on a pu lire dans les jonmanx que 
les sipahis qui se faisaient chr^tiens ^taient renvoy^s du ser- 
vice, afin. Ls doute, que les natifs ne pussent croire au 
d^sir qu'aurait en le gouvemement de leur faire changer 
de religion. Bien plus, les chr^tiens z^l^s ont souveut accus^ 
la compagnie de I'lnde d'avoir pactise avec la superstition 
en tolerant et en prot^geant mfeme les coutumes paiennes 
les plus d^plorables et en ne distinguant pas des Hindous 
idol&tres les musulmans essentiellement monoth^istes. Dans 
tons les cas, les missionnaires protestants n^^taient pas plus 
favoris^s que les missionnaires catholiques. Le gouveme- 
ment anglais laissait k ces demiers toute liberty. II donnait 
un traitement k des chapelains catholiques dans ses stations 
militaires, et souffrait un convent de femmes k Agra au 
coeur mSme des possessions anglaises. De plus, les catho- 
liques, d'ailleurs beaucoup plus nombreux dans I'lnde que 
les protestants, ont deux ^v^ues ou vicaires apostoliques 
pour la pr^sidence du Bengale et deux pour la pr&idence 
de Bombay; d'autres k Madras, k Haiderabad, k Visiga- 
patam, k Maissour, k Coimbator, k Sirdhana, k Agra, k 
Patna, k Verapoli (Virapelly), k Canara ou Mangalore, k 
Quilon et k Madur^ ; en tout, seize ^vdch^s ou vicariats 
apostoliques (1), tandis que les anglicans n'ont que trois 

(1) Je ne parle ici ni de I*archev6ch6 de Goa ni du vlcariat apostolioue 
de Pondicheiy^ attendu que ces villes appartiennent I'nne au Portugal et 
Tautre k la France. Voyez Notizie per Vanno 1856^ Roma, tipografia delU 
Rev. Gam. apostolica, 



— 118 — 

^v^ch^s dans Tlnde : ceux de Calcutta, de Madras et de 
Bora bay. II est h la verity question d'^tablir xin ^vSch^ a 
Dehli et Je convertir en catli^drale la vieille mosqu^e aux 
mnrs do trranit rouge, nomm^e Jumi Mayidy si toutefois 
elle est rest^e debout apres I'aspaut qu'elle a soutenu k la 
prise de la capitale de I'lnde. D'un autre c6t^, Tarcheveque 
de Cantorb^ry demande I'^rection de trois autres ^vfeches : 
un h Lahore pour le Penjab, un h Agra pour les provinces 
nord-ouest, et un a Tinnevelly pour le Carnatic meridional* 
Au surplus les raissionnaires tant catholiques que protes- 
tants rivalisent dez&le; les premiers convertissent plutot les ' 
Hindous, et les seconds les musulmans, k cause de la repu- 
gnance de ceux-ci pour les statues et les images. 

Les causes immediates de I'insurrection ne sont-elles pas 
siraplement les cartouches graiss^es dont Tusage faisait 
perdre aux Indiens leur caste, et la r^cente annexion du 
royaume d'Aoude, quoique n^anmoins dans la hi^rar- 
chie de I'lnde le roi d'Aoude ne fdt en r^alit^ qu'un nabob 
et un vizir des provinces^ et que sa quality de Roi ne f6t pas 
reconnue par le descendant legitime de Timur et d'Akbar 
qui si^geait sur le trone nominal de Dehli? C'est k I'occa- 
sion de ces cartouches n^fastes que les joumaux de Plnde, 
organes des m^contents, profitant de la liberty illimitee de 
la presse qui existait arant I'insurrection, excitferent les 
Indiens k refuser de s'en servir, parce que, disaient-ils, le 
gouvemement anglais voulait les forcer par \k k faire acte 
de christianisme. Pretexte ou r^alit^, on doit d^plorer Fim- 
prudonce de ceux qui ont cm qu'on pourait sans peril fou- 
ler aux pieds les pr^jug^s qui constituent Fessence meme 
de la religion des Indiens. 

Quoi qu'il en soit, un mouvement insurrectionel s'est 
manifest^ cette ann^e presque partout dans Tlnde. Co fiit, 
Yous le saTez^messieurs, au commencement du mois de mai 
que les premiers regiments de sipahia se r^volt&rent k 
Mirat. De \k ils se portirent vers Dehli qu'ils prirent* 
L'op^ration fut dirig^e par les musulmans, leg anciens eon- 



— 119 — . 

qu^rants et maitres de Tlnde, que lenr ^nergie devgit 
d'ailleurs placer naturellement k la tSte de rinsorrectioD. 
lis r<^tablirent le trone du Grand Mogol^ ils reconnurent 
pour VAsile du klialifat et lea Hindous pour d nouveaa 
Toi i> ^au Rdjdj le m6me sultan h qui la Compagnie des 
Indes avait laisse le titro de padschdhj relev^ par une allo- 
cation annuelle pour lui et sa famille de pr^ de cent 
cinquante mille livres st. (3,750,000 fr.), c'esti savoir Sirdj 
uddin (Lampe de la religion) Muhammad BahMur Sch&h 
Sslni (1), qui cbangea k cette occasion son nom en celui de 
Sir^j uddin Haidar Sch^h G^zi ( « Combattant les infi- 
dfeles D oil « D^fenseur de la foi » ), ainsi qu'on le voit dans 
les monnaies qu'il a fait frapper pendant son gouvernement 
^pMmfere et qui portent cette legende rim^e d*apris Tusago 
oriental : 

Ba-zar zad sikkha nusrat tarrdzi 
Sirdj iMin Haidar Schdh Gdzi 

4 

c'est-k-dire a: Sir&j uddin Haidar Sch&h Gizi a fait frap- 
per cette monnaie d'or, gage de la victoire. » 

On sait comment se sont terminus les quatre mois da 
r^gne de Sirdj, et comment apr^s le sao de Dehli il a ^t^ 
pris avec la h^am sa femme, nommee Zinat ulmahal (rorne- 
ment du palais), ainsi que cinq princes de sa famille, dont 
trois out ^t^ passes par les armes k Tinstant mSme et deux 
condamn^s juridiquement k mort; mais on a ^pargn^ jus- 
quMci les jours du vieux roi et ceux de la reine. 

L'occision g^nerale des sipahis de Dehli et la d^route 
complete d'nne grande partie de ceux d'entre eux qui 
avaient pris la fuite et qui ont ^t^ atteints k Mathura, la 
vilie^acr^e de Krischna, ainsi que les autres rictoires des 
Anglais, arr6teront probablement la marche de I'insurreo- 
tion, et tout rentrera peu k peu dans Fordre. Tels sont leu 

(1) C'est-i-dire a Second. » Le premier souverain mogol de ce nom, 
plus connu sous le litre honorifique de Schab. akim (le Roi da monde)^ 
r^gna de i707 h 1712. 



— 120 — 

Toeux les pins chers des amis de rhnmanit^^ qni s'int^- 
ressent d'abord anx Anglais repr^sentants dti christianisme 
et de la cirilisation earop^nne, pnis aux natifs de Tlnde, 
qui, malgr^ Thorreur. qu'inspirent les atrocit^s dont ils se 
8ont rendus conpables daos cette deplorable rebellion, 
int^ressent encore, soit les Hindous k canse de lenr vieille 
civilisation, soit les Masalmans k cause qu'ils appartiennent 
en quelque sorte k la grande famille chr^tienne, puisqn^ils 
reconnaissent en Christ d la parole de Dieu J> Kalimat 
allahj et qu'ils admettent la revelation de PAncien et du 
If ouveau Testament. 

Le roi de Dehli est kgk non pas de quatre-vingt-douze 
ans, comme les journaux I'ont dit, mais de quatre-vingt-qua- 
tre ans, puisqu'il en avait soixante-quatre en 1837 (1). On 
le disait, quelques ann^es plus tard (2), dou^ d'une belle 
physionomie, de mceurs douces, de mani&res distingu^es, et 
il etait aim^ de tons ceux qui I'approchaient. H est ifils 
d'Akbar Sch&h II qui, en 1806, futplac^ pur les Mahrattes 
8ur le trdne de Dehli, et k qui il succ^da le 28 sep- 
tembre 1837. 

Du vivant de son pire, lorsqu'il ^tait prince royal, il se 
nommait Mirza AbA Zafar (Pfere de la victoire) Khan 
Bahadur. De ces noms il tira celui de Zafar pour en faire 
son takhallus on surnom po^tique, car il ne cessa d'occuper 
son temps k la culture de la po^sie avant et aprfes son ac- 
cession autrSne, jusqu'au moment de la malheureuse insur- 
rection qui alia le trouver dans son paisible palais. 

Petit-fils de I'empereur Schah alam et neveu du prince 
Salaiman Schikoh, lesquels sous les noms d'Afldb (Soleil) 
et de Schikoh (Energie) cultiv&rent avec un talent remar- 
qaable la po^sie hindoustanie, Zafar a march^ honorable*^ 
ment sur leurs traces. Son maitre dans Part des vers futle 
schaikh Ibr&him Zauc, ^crivain distingu^, qui lui a tou- 



'(4) Bengal and Agra Guide and Gazetteer, 1841. T. Il, p. 288. 
(2) Asiatic Journal^ n. 5^ t. XVIII, 1842. As, intelL^ p. 14. 

\ 



— 121 — 

jonrs donn^ d'ntiles conseils pour ses prodactions. Les bio- 
graphes Schefta et Kailm, poetes eux-m^mes, font le plus 
grand ^loge des qualit^s intellectnelles et morales de Zafar : 
ils le placent au premier rang des poetes actuels, et en 
effet ses compositions ont de Poriginalitd et sent d'une belle 
factnre. Zafar a abord^ tous les genres de la po^sie, et plu- 
sienrs de ses gazals, de ses ffuits et de ses thumris sont 
devenns populaires, et sont chant^s dans les lieox publics 
et par les femmes dans Tinterieur des maisons. H est.au- 
teur entre antres d'un Yoluminenz Divan (Diw&n-i Zafar) 
qui a ^t^ imprim^ k Dehli^ et dont Scbefta et Karim ont 
cite de nombreux extraits. On Ini doit aussi un commen- 
taire du Gulistan Scharh-i GuUstdn^ qui a it^ imprim^. Ce 
prince est de plus habile calligraphe, et il a ^crit de sa 
main des passages du Coran pour romement de la piinci- 
pale mosqu^ de Dehli. A son exemple^ son fils le mirza 
Dara-bakht Bahadur a aussi ^crit des gazals hindoustanis 
qui le font consid^rer par les biographes Cacim, Sarwar et 
Karim, comme un des meilleurs poetes contemporains. 
Esp^rons qu'il n'aura pas p^ri et qu'il pourra, endos^ 
sant, s'il le faut, le froc des faquirs, se livrer encore h, ses 
gouts litt^raires. 

Dans quel ^tat doit 6tre aujourd'hui cette malheureuse 
villa de Dehli I H est k craindre qu'aucun de ses monuments 
ne soit rest^ intact. D^ji avant le demi^re insurrection 
bien des &Lifices de cette ville c^l^bre ^taient en mine par 
suite des guerres et des revolutions : ses cascades et ses jets 
d'eau qui rivalisaient avec ceux de Versailles n'existaient 
plus, ainsi que bien d^autres monuments anciens. Heureu* 
sement il nous restera, h, d^faut des monuments eux-mdmes, 
leur description d^taill^ qu'en a donn^e r^cemment le 
Maulawi Saiyid Ahmad sous le titre de Afdr ttssanddtdy 
€ les Vestiges des grands personnages >, et dont j'espire 
publier bientdt la traduction complj^te. Je remarquerai en 
pasaant que les inscriptions reproduites dans les planches 
lithographic qui accompagnent le texte de Pouvrage sonb 



— 122 — 

predque toutes en person ou en arabe, les langued sav^tes 
de rinde musulmane. H j a seulement en Sanscrit celles 
des laths .d'Agoka, et en hindoustani celle que fit graver 
Alamguir II en 1755 sur le tombeau da c^l^bre sofi Nizam 
nddin Auliya. 

Les journaux anglais ont donn^ dans ces demieas temps 
d"int^ressantes descriptions de Dehli, et moi-mSme j'ai 
fait connaitre in extenso dans mon HiHoire de Id littdraJbure 
hindoustanie celle qu'en a faite 1 eloquent ecrivain Afsos dans 
son ArdischA mahfil. Voici quelques lignes emprunt^es a 
ce morceau : el les contrastent d'autant plus arec T^tat ac- 
tuellement desert et desoM de cette malheureuse capitale, 
qu'elles sont empreintes du caract^re d'exag^ration qui fait 
le propre des Merits orientaux. 

(L Les nombreux Edifices de Debli sont ^l^gants et agrea- 
bles, et ses jardins sont les plus beaux du monde. Partout 
il 7 a des ruisseaux d'eau courante ; de lieu en lieu se trou- 
vent des ^tangs pleins comme une coupe... Si Rizwdn 
voyait la beauts de cet endroit, il ne'voudrait plus garder 
la porte du paradis. Chaque quartier de cette ville est plus 
spacieux qu'un des sept climats, sa plus petite rue est plus 
grande qu'une ville entifere. II y a foule en chaque lieu et 
partout il y a de quoi satisfaire les regards. Les habitants 
de diflKrentes. villes et de dirers villages ont fiie Ik leur re- 
sidence, y ayant trouv^ leuravantage et leur bien-^tre. On 
y voit en quantity toutes sortes de personnes et des objets 
de chaque royaume. II est impossible d'y manquer d'une 
chose quelconque. Tout le bazar est remarquable, mais sa 
principale rue est oe qu'il y a de plus beau dans la ville 
enti^. Chacune de ses boutiques est incomparable. Les 
marchandises qui y sont ^al^ sont dignes d'un roi. L'em- 
placement du march^ est tellement dihid que le coeur se 
dilate en le voyant : il est tellement propre, que si on y 
r^pandait du riz cuit on pourrait le manger encore. Lkles 
courtiers ne daignent pas regarder les commer^ants et les 
pluB petits marchands ne font pas caa des jbailliers : k 



— 123 -- 

magasin d'un seul mercier a aatant de mercerie que tout 
Constantinople; le comptoir d'un seul chan^eiir vaut tous 
les comptoirs de I'lran. Dans chaque boutique les roupies 
tintent... SMI s'agissait d'approvisionner un royaume entier, 
nnseul marehand pourrait le faire k Tinstant. Si une arm^e 
enti^re voulait des munitions^ on eft trouverait Ik Buffisam- 
ment en un seul jour. L'ouvrier n^ est jamais sans travail; 
1ft vente et Tachat ont lieu sans cesse. Le magasin de 
pierres precieuses le moins foumi est une ventable mine de 
pierreries. Si on transportait ici les ricbesses de toute une 
partie da monde, un seul banquier pourrait s'en cbarger 
sur-le-cbamp... Ghaque boutique est par sa beant^ I'image 
da printemps... le manque d'aucune chose ne s'y fait sentir... 
Prrtout il 7 a du monde en foule, partout r^gne la gaite... 
Chaque endroit de cette ville est d^licieux et dans un 
k&t prosp^re : il j a un grand nombre de mosques, 
de monast^res, de colleges ^ et quantity de grandes et 
belles maisons... d 

Le principal acteur des seines cruelles qu'on a eu & d^ 
plorer, c'est le farouche Hindou Ndnd Sahib (le sieur Grand- 
Phe\ fils adoptif du peschwa des Mahrattes Baji B4o, qui 
avait fixS sa residence k Bhitour^ auprte de Cawnpour. On 
dit que cet homme sanguinaire parle et ^crit admirablement 
Tan^laiSy chose assez commune k la y^rit^ chez les Lidiens 
instruitSy et qu'on lui doit une traduction du Hamlet de 
Shakespeare, Mais si beaucoup d'Indiens ont commis des 
cniaut^B dans ce malbeureux soulivement) combien d'autres 
ont ^t^ fid&les k leurs maitres Strangers et ont expos^ leur 
vieet celle de leur famille pour sauTer des Anglais qui leur 
^ent quelquefois inconnus. D'ailleuro, comme I'a dit lord 
Palmerston^ an dernier banquet annuel du lord maire, 
€ si les coupables doivent se compter par miUiers^ les inno- 
cents doivent se compter par millions, » 

Les journaux ont eit^ nombre de faits d'un. admirable 
d^Touement, La plupdrt des princes indiens ont fait tout 
oe qu'ils ont pu dans. Fint^rfit des Anglais. Us leur out 



— 124 — 

pr6t^ lenrs soldats et leur ont fonmi de Targent et dea pro- 
visions. En Aonde m^mo plnsienrs rajas ont secoom les 
Anglais au p^ril de leur propre vie et en ont sanv^ nn bon 
nombre. 

Le mabaraja de GuaKor, Scindia, qni avait appr^ci^ la 
civilisation europ^nne^ car 11 avait ^tabli dans ses Etats 
avant rinsnrrection trente et nne fcoles qui comptaient 
qnatre-vingt-dix professenrs^ lesquelsdonnaientnneWuca- 
tion digne du contact avec les Anglais k plus de denx mille 
cinq cents enfants indiens (1); Scindia, dis-je, assist^ d'un 
nombre considerable d'hommes de sa rayaty entonra les 
troupes rebelles de son contingent et leur ordonna de d^po- 
ser les armes de bonne gr&ce s'ils ne voulaient j fetre con- 
traints par force; les sipabis, ne vojantpas d'autre alter- 
native, ob^irenfc, et se retirirent dans leurs habitations 
respectives. Je dois rappeler aussi les nobles paroles que le 
chef mahratte d'Indore Holkar, reste fiddle aux Anglais, 
adressa aux insurg^s de son contingent, que <t le meurtre 
des femmes et des enfants n'est autoris^ par aucune reli- 
gion D, et enfin faire observer avec YJExaminer que beaucoup 
d' Anglais qu'on croifc morts sent caches chez des Indiens 
fiddles et sortiront de leur retraite apr^ que la tranquillity 
sera retablie. 

Des Indiens qui n'ont pu faire des actes r^ls de d^voue- 
ment ont hautement t^moign^ de leur vive sympathie pour 
les victimes. De ce nombre est Syed Ahdoollahj de la suite 
de la reine douairi^re et des princes d' Aonde qui, a lanou- 
velle de la mort de sir Henry Lawrence, un des g^n^ranx 
qui ont p^ri dans les combats qu^a entrain^s la revolte et 
qu'il avait particuli&rement connu lorsqu'ilremplissaitdans 
le Fenjab les fonctions de traducteur dans les bureaux de 
Fadministration anglaise, a public un poeme (masnawi) 
en hindoustani dont 11 a donn^ lui-m^me une imitation 
abr^g^ en vers anglais qui attestent sa facility k 4crire cette 

* 

(1) AUeiCt Indian Mail, n« du !•' septembre 1857. 



. s - ."»»§• 



— 125 — 

langue. Yoici la tradaction litt^rale de qnelques vers du 
sujid faite d'apr^s le texte original : 

« Lawrence ^tait le grand ami de Flnde^ il cherchait 
toujonrs k en relever I'&slat... II enlerait la pousssi^re de 
I'afHiction de toutes les tStes, il essuyait les larmes de 
tontes les jones... An jour de la bataille et dn combat son 
visage 6tait commedu fer rougi, quoiqne son coeur fdt pour 
la piti^ plus mou que la cire... Toujours attach^ aux com- 
mandements divins, il n'^tait pas preoccup^ des interSts du 
monde, tout son d^sir ^tait de plaire k Dieu et de se rendre 
henreux tous les coeurs... E^las I par la tyrannie des astres 
n^astes, un fusil de malheur Ta convert de sang. Mais 
quoique cet homme si justement consid^r^ ait quitt^ le 
monde, il j vitpar sa renomm^e. Non, cet homme excellent 
n'est pas mort, car son beau nom demeurera jusqu'au joiir 
de U resurrection. Le souvenir des admirables qualit^s qu'il 
poss^ait est ihefFa^able dans les coeurs comme la sculpture 
sur la pierre. 3> 

La pi&ce se termine par un vers ing^nieux qui donne le 
double chronogramme de Fannie de la mort du heros, tant 
d'apris r^re chr^tienne que d'apr&s celle de Th^gire, et 
qui signifie: <£ Sir Henry Lawrence de bon lignage est 
d^c^d^ : son nom distiugu^ reste en m^moire. i> En addi- 
tionnant les lettres qui forment le premier h^mistiche de ce 
vers on a le nombre 1857^ et en faisant la mSme operation 
pour le second, 1274. 

Mais ce n'est pas dans les rangs seuls des braves militai- 
res anglais qu'on a de cruelles pertes k d^plorer. Le massacre 
de Dehli, celui de Cawnpour, et tant d'autres incidents ter- 
ribles de la lutte actuelle, ont fait p^rir nombre de civiliens 
de tout rang. Parmi ceux qui m^ritent d'etre distingu^s de 
la foule, je dois citer mon ami M. Francis Taylor, que j'ai 
mentionn^ dans mon allocution de Tan pass^, comme celui 
k qui je devais la liste des ouvrages hindoustanis r^cemment 
publi& k Dehli. M. P. Taylor etait le principal du college 
des natifs de la malheureuse capitale de I'lnde, de ce col- 



— 126 — 

l^ge qui comptait trois cents Olives, auxquels on enseignait 
les math^matiqaes et Tastronomie d'apr^s les principes en- 
rop^ens, mais les langues et les scienoes de POrient d'apr^ 
les principes asiatiques. C'est sur M. Taylor que je comptais 
principalement pour me tenir au courant du mouvement 
litteraire des provinces nord-ouest. lEn eflfet, il ^tait men 
correspondant le plus assidu et le plus obligeant, et comme 
il avait une connaissance parfaite de I'hindoustani, qu'il fr^ 
quentait les Indiens lettr&, avec lesquels il pouvait s'entre- 
tenir facilement, on sent combien il devait m'fitre utile i>our 
les renseignements litt^raires dont j'avais besoin. Son ami- 
ti^ pour les natifs ne I'a pas sauv^ du massacre g^n^ral de 
Dehli, et il a et6 tu^ le 10 mai, laissant ime jeune veuve 
et des enfants en bas kge. C'est ime perte reelle ])our la 
litt^rature hindoustanie qu'il afiectionnait et k laquelle il 
rendait de grands services; car, continuant I'oeuvre des 
hommes de m^rite qui I'avaient precede dans I'administra- 
tion du college de Dehli, MM. Boutros et Sprenger, il a 
encourag^ la composition et la publication d'ouvrages hin- 
doustanis (urdu et Hindi) tant originaux que traduits du 
persan et de I'arabe, du Sanscrit et de 1' anglais. 

Et ce n'est pas I'insurrection seule qui a fait ^prouver 
des pertes cruelles k la litt^rature orientale. A Teheran, il 
est mort r^cemment Mirza Muhammad Ibrahim, qui fut 
longtemps professeur a YEast-India college d'Haileybury, 
oil je I'ai connu en 1837, et qu'il quitta pour aller remplir 
les fonctions de gouverneur du roi actuel de Perse. II par- 
lait et ^crivait parfaitement I'anglais, et il ^tait connu par 
ses i-propos et ses reparties spirituelles. On lui doit une 
grammaire persane trfes-estim^e^ une suite d'interessants 
articles sur la litt^rature persane qui parurent il y a une 
vingtaine d'ann^es dans VAthenceum^ une traduction per- 
sane du « livre d'lsai'e d, et une « Histoire de Rome » 
^crite aussi en persan pour le roi de Perse son <51feve. En 
Europe, M. N. Newton, orientaliste distingu^, surtout en 
hindoustani^ associ^ litteraire de I'^minent editeur d'Hert- 



■ — ^" 



— 127 — 

ford, Stephen Austin, est d^d^ au mois id'avril k la flenr 
deYkge; etj au mois de mai, M. le capitaine Adam Gordon, 
qui a enseign^ avec un grand succ^s, au c^l^bre college de 
Cheltenham pendant de longues ann^es Thindoustani, d<Hit 
il avait acquis la connaissance dans I'lnde, a et^ enlev^ su- 
bitement kla science, k sa famille et& ses amis. 

Enfin, i Paris, le 18 septembre, la mort est venue frap- 
p T dans sa chambre k coacher, au moment de son lever, et 
lorsqu'il (5tait en pleine sant^, M. Quatremfere, un des 
orientalistes les plus 4minents et I'homme peut-fetre le plus 
4rudit de notre temps. Ce savant illustre, qui a enseign^ 
ici pendant vingt-cinq ans la langue persane, a consacr^ 
sa vie entiire k T^tude. II a toujours vica ^loigne du 
monde et il a conserve jusqu'k son dernier jour une sim- 
plicit(5 de moeurs antiques, qui ne manquait ni de noblesse 
ni de gr^e. N^ en 1782, il se fit connaitre d^s Vkge de 
^ingt-six ans par un ouvrage remarquable sur la langue et 
lalitterature de I'Egypte. Admis k trente-trois ans k 1' Aca- 
demic des inscriptions, et nomm^ dix ans plus tard k la chaire 
d'h^breu du college de France, ses occupations consist^rent 
depuis cette ^poque k donner r^guli^rement ses lemons et k 
assister assidiiment aux stances de 1' Academic, axquelles il 
prenait une part active, soit dans les deliberations, soit dans 
les discussions litt^raires. II y remplit m^me pendant assez 
longtemps, en remi)lacement du baron Dacier, les fonctions 
de secr<5taire. Le reste de son temps dtait employ^ k ses tra- 
vaux parliculiers, desquels il n'^tait pas d^tourn^ par des 
soins de famille, car il ^tait rest^ garden. Ce fut ainsi qu'il 
put donner tour k tour ses Mdinoires historiques et giogra- 
plaques stir VEgypte^ son Mdmoire sur les NdbatMenSj un 
de ses travaux qui ont ^t^ le plus appr^ci^s, sa traduction 
de VHistoire des Sultans Mamlouks, de Makrizi, le texte 
et la traduction de VHistoire des Mogols de Perse^ de Ra- 
chiduddin, les ProUgomhies Idstonqw^s d'Ibn Khaldoun, 
qui occupent plusieurs volumes des « Notices des manus- 
crits 3), publi^es par I'AcadiSmie des inscriptions ; les nom- 



— 128 — 

breux articles dont il aenriolii le Journal des Savants et 
d'autres racueils. Pendant tout ce temps, il n'a oess^ de 
travailler k cinq dictionnaires, dont il a laiss^ tons les ma- 
t^riaux manuscrits; c'est k savoir: nn Dictionnaire arabe, 
un Dictionnaire persan, un Dictionnaire tare oriental, iin 
Dictionnaire copte et un DictioAnaire syriaque. Son uni- 
que recreation ^tait d'aller visiter les libraires de seconde 
main pour y chercher des manuscrits et des livres rares, et 
de suivre les ventesdes biblioth^ues dans le m6me but; 
son plus grand plaisir, de voir les membres de son honora- 
ble famille et un petit nombre d'amis. 

II accueillait ses auditeurs avec la plus affectueuse bien- 
veillance ; il les admettait mSme k sa table et k son Jire 
sidey et il leur livrait ainsi, non-seulement officiellement, 
mais officieusement, les secrets de sa science. II recevait 
avec une affable politesse tons ceux qQi le visitaient, il ^tait 
g^n^reux envers I'infortune, et sa main gauche ne savaitpas 
ce quefaisait sa droite. Une femme d'esprit (1) a dit, avec 
raisoQ, de sa conversation toujours instructive et en meme 
temps aimable et spirituelle : 

L'homme du monde alors remplace le savant, 
Interesse toujours, fait sourire souvent, 
Plaisante avec bon gotlt, sans pedantlsme eclairs, 
Daigne m6me ecouter I'objection vulgaire, 
Ouvrant k I'anecdote un limpide courant, 
Gharme Thomme qui sait, amuse Tignorant. 

On a dit que M. Quatremfere ^tait jansdniste. Si par cette 
expression on entend un h^t^rodoxe qui croit k la grice 
n^cessitante, certes ce respectable savant n'etait pas jans^- 
niste; car nul n'etait plus profondement catholique quelui; 
mais si on donno ce nom a un chretien de moeurs austferes, 
rigide observateur des lois de I'Eglise, attach^ de cceur k 
nos usages gallicans, ennemi des innovations, dans cesens, 
M. Quatremfere 6tait jans^niste. 

(1) M"« la marquise de Saffray, Epitre & M. Quatrem^pe, 



— 129 — 

Personne ne futmoins ambitieux que M. Quatrem^re. I^ 
n'etait qne d'on petit nombre d' Academies et de Soci^t^s 
savanles ^trangferes, et il n*eut d'autre decoration que celle 
decbevaUer de la Legion d'bonneur; encore ses amis de-* 
jnand^rent-ils pour lui cette faveur k son insu, k Foccasion 
de son election k la pr^sidence de 1' Academic des inscrip- 
tions en 1829, lorsqu'il avait dijk quarante-sept ans et 
qn'il etait depuis quatorze ans membre de Flnstitut. 

En perdant cet Eminent professeur, notre Ecole, mes- 
sieurs, a pu du moins le remplacer par un de ses ^l^ves 
qu'il distinguait le plus, par M. Ch. Schefer, nourri k 
Yioole des bonnes et saines doctrines litt^raires, et poss^- 
dant de plus Tayantage immense que ses fonctions et ses 
yojages lui ont procure de parler et d'dcrire avec ^I^gance 
et facility la langue qu'il est cbarg^ de faire connaitre. Je 
ne saurais trop yous engager, vous, messieurs, qui vous 
proposez de suivre mon cours d'bindoustani, de suivre 
anssi celui de persan, car le persan est si intimement li^ k 
la brancbe mnsulmane de Tbindoustani (I'urdu), qu'on ne 
peat la connaitre k fond sans le secours du persan ; et d'un 
autre cot^, il est certain que la connaissance de l!urdu est 
trfes-utile pour Tintelligence du persan, du moins du per* 
Ban de Tlnde, oil se glissent presque toujours des expres- 
sions et des constructions indiennes. Mais si le persan est la 
clef de Turdu, le Sanscrit est la clef du bindi, qui est la 
brancbe hindoue de Tbindoustani. Je vous engage done, 
messieurs, k vous occuper aussi de cette langue antique, 
qui doit £tre profess^e dans cette m^me salle par un babile 
pbilologue. J'ai assez parl^, dans d'autres circonstanees, 
de Futility propre de Tbindoustani.Son importance s'accroi- 
tra sans doute jictuellement qu'on sentira plus que jamais 
la necessity de I'^tude des langues de Tlnde, et sp^ciale- 
ment de celle que j'enseigne, dont on exigera sans doute 
plus s^virement la connaissance pour les emplois civils et 
nulitaires. 
Un babile orientaliste anglais, M. W. Nassau Lees^ 

9 



— 130 — 

connn par ses sayantes et pr^ciefoses publications arabes, a 
pris, il 7 a quelqnes mois, dans nn«$ broclinre sp^ciale, la 
dtfense ^ergique des Etudes orientales, que loi semblent 
menacer les r^formes proposees par lord Macanlaj et ap- 
payees en dernier lieu par le Times, qui demande qn'on 
n'emploie pins dans I'lnde qne les caract&res latins et que 
I'anglais en soit d^sormais la langne ofQcielle. Sa brochnre 
intitnl^e : € Instruction in the oriental languages conside- 
red y> d^montre une fois de plus que la connaissance des 
langues de VAsie, et specialement de rhindoustani, est in- 
dispensable pour le service civil et militaire de I'lnde, et que 
e'est se faire une veritable illusion que de croire que I'an- 
glais pourra ^tre adopte avant longtemps assez £:<5n^rale- 
ment pour rendre inutile aux Europeens I'^tude des langues 
de I'Asie. H se plaint du d^faut d'entente qui a exist(5, a ce 
sujet, entre les autorit^s comp^lentes de I'Angleterre et de 
rinde ; enfin, il defend la cause de toutes les langues de 
rOrient dans I'int^rfet politique de I'Angleterre, et il de- 
mande qu'& I'imitation de la Russie et de I'Autriche il soit 
fond^ pour I'^tude et renseignement des langues orientales 
un college oriental digue de la grande nation qui s'inti- 
tule Regina maris. 

On ne pent qu'approuver un tel voeu, surtout dans les 
circonstances actuelles, oii I'Angleterre doit se faire accep- 
ter une seconde fois par les Indiens. La force seule des 
armes ne pent suffire pour gouvemer une nation de moeurs 
et de langage si diflKrents, il faut aussi chercher k gagner 
des sympathies, et on ne pent y parvenir qu'en se mettant 
en rapport avec le peuple vaincu. On I'a vu par I'exemple 
deLutfullah (1) qui, du moment qu'il put s'entretenir 
avec des Anglais, fdt gagne k lear cause. 

Mais si le gouvemement britannique ne fait pas assez 
pour I'^tude des langues orientales, on ne saurait adresser 



(1) Autobiography of Lutf uUah, Voir le Journal des Vibats, num6ro 
du 10 octobre 1857. . 



— 181 — 

aox Anglais eux-mdmes ce reproche. Sans parlor des pn- 
bb'cations orientales si nombrenses en Angleterre, oi!i 
trouve-t-on, si ce n'est dans ce triple royaume, nne soci^t^ 
sp^ciale pour la publication des textes orientaux et une 
autre pour leur traduction ? Et n'est-ce pas k Calcutta 
qu'on public la Bibliotheca indica^ c'est-k-dire la collection 
des ouvrages classiques sanscrits, persans, arabes, in^dits 
jnsqu'ici et dont nous poss^dons d^& cent trente*neuf fas- 
cicules? De leur cdt^, les natifs n'ont pas cess^ jusqu'au 
moment de I'insurrection de continuer k publier, comme 
les ann^s pr^cedentes, des ouvrages varies et des Merits p^- 
riodiques. Quelques jours avant Tentr^ des insurg^ k 
Debli, il venait d'j paraitre une traduction hindoustanie de 
YAyin Ahbain^ ouvrage capital r^dig^ par Tordre du cali- 
bre Akbar, et oil se trouvent sur Tempire mogol les details 
statistiques les plus exacts et les plus instructifs. L'^dition 
bindoustanie a Favantage d'etre accompagn^e de planches 
litbograpbi^es avec soin d'apr^s des dessins ex^cut^ par 
les meilleurs artistes du pays et repr^sentaut les objets d^- 
crits dans I'ouvrage, tels que monnaies, armes, plantes, 
fruits, etc. ; cette traduction est due au m6ine ^crivain dis- 
tingu^ qui nous a donn^ la € Description des monuments 
deDehli d que j'ai mentionn^. 

Maintenant la guerre a tout boulevers^ dans I'lnde; 
esp^rons n^anmoins que les natifs pourront, aussit6t que le 
calme aura reparu, continuer k charmer leurs loisirs, 
comme avant la r^volte, par la lecture de leurs grands 
poetes modernes, qui ne sont pas k d^aigner, m6me apr^s 
Valmiki et Vyaga, de Sauda surtout, leur poete favori, et 
de Wali qui, le premier, leur a fait connaltre le genre per-« 
Ban de la po^sie musulmane, et qui a pu leur dire de Hafiz 
comme Horace le disait d'Archiloque aux Bomains : 

Hunc ego, non alio dictum priils ore, Latinis 
Vulgavi fidicen. Juvat immemorata ferentem 
Ingenuis oculisque legi, manibusque teneri, 

Ep. I, XIX, 32-34. 



— 132 -r- 

Et k rimitation de leurs poetes nationaux ils ^riront 
encore ces gazals oii respire Tamour tant6t sacr^ tantot 
profane, tantot Tun et Fautre k la fois, comme dans las 
chants des Minnesinger ^ des trouvires et des troubadours, 
dans le triple poeme de Dante et dans les sonnets de P^ 
trarque et de Shakespeare. Walter Scott a dit (Lay of the 
last minstrel^ canto III, stanza li) : 

Love rules the court, the camp, the grove, 
And men below and saints above ; 
For love is heaven and heaven is love. 



— 133 — 



NEUVIEME DISCOURS 



5 mai 1859. 

Messieurs, 

En reprenant aujourd'hui mon cours, apr&s la longue 
interruption que rembellissement de la Bibliothique na- 
tionale a occasionn^e, j'ai la satisfaction de le faire avec 
Tassurance que le calme est enfin rendu k I'Inde, nagu&re 
encore si violemment agit^e par IMpouvantable insurrec- 
tion de 1857, qui avait voulu arraclier k I'Angleterre ce 
pays, le plus beau fleuron de sa couronne. Esp^rons que le 
gouvernement britannique va s'attacher k r^parer les d^- 
sastres de la guerre et k faire le bonheur des peuples de 
rinde, que la Providence I'a destine k administrer. Les In- 
diens ont sans doute des d^fauts, mais ils out aussi d'excel- 
lentes qualit^s, et ils en ont une surtout qui les rapproche 
des Anglais, c'est-k-dire leur attachement on plutdt leur 
enthousiasme pour leur belle patrie. On pent s'en con- 
vaincre facilement en lisant leurs ouvrages. Ecoutons, par 
example, Afsos (1) : 

« Depuis, dit-il, que le vaste espace de terre appel^ FHin- 
doustan a i\A peupK, des centaines, quedis-je? desmilliers 
de villes et de villages s*y sont ^levAs. De ces lieux habitus, 
les uns sont mis^rables, les autres florissants ; mais ce qu'il 
y a de certain, c'est que FHindoustan est un pays k part, 
bien diffS^rent des autres contr^es. 11 n'y a pas de region 
aussi vaste, il n'y a pas de royaume aussi propire. Chaque 
village compte une population relativement considerable/ 

(1} Amsch*i Mahfil, p. 6 et 7. 



i^'T—T- 



— 134 — 

Les villes, grandes oa petites, contlennent des caravanse- 
rais de brique, beaux et propres, oji, dans chaque saison^ 
on trouve pour les Toyageurs des lits, des couvertures et 
des aliments convenables. Elles possedent des mosqu^, des 
convents, des colleges, des jardins. II y a diflTerents edi- 
fices pour les malheureux, les gens sans asile, les voya- 
geurs. II y a des ch&teaux bien fortifi6*, tellement spa- 
cieux que des centaines de villages pourraient y tenir, et 
tellement ^lev^s que les nuages qui versent la pluie sent 
au-dessous de leurs cr^neaux. H y a mille rivieres, mille 
rmsseaux, mille ^tangs, mille puits propres et elegants 
dont I'eau est douce, fraiche, bonne et abondante. Les fleu- 
ves de ce pays sont sillonnes par des bateaux, des nacelles 
et d'autres embar cations sans nombre. Dans beaucoupd'en- 
droits, on a ^lev^ des ponts sur les rivieres et les ruisseaux 
qui traversent la route royale. Aux deux c6t^s de la plu- 
part des grandes routes, jusqu'i plusieurs kosses (lieues) 
des villes, il y a un rang d'arbres touffus. A chaque kos il 
y a une tour pour marquer les distances. Sur les bancs qui 
sont auprfes se trouvent les denr^es dont les voyageurs peu- 
yent avoir besoin : il y a partout des boutiques de mar- 
chands. Les voyageurs mangent et boivent gaiement, se 
Invent et s'assoient k leur gr^. lis marchent pendant le 
jour, et le soirils trouvent k se reposer commod^ment dans 
les caravanserai's. » 

L'^crivain hindoustani Macbftl (1) parle aussi avanta- 
geusement de I'lnde, mais en termes plus figures : 

<r L'Inde, dit-il, est un cinquifeme du quart habits de 
I'univers (2), que dis-je ? elle est k elle seule un monde 
entier. Elle a emport^ sur tons les autres pays la boule (3) 

(1) Hir o Ranjban^ p. 4 et 5. 

(2) Cette id6e est ^loquemment d6velopp6e par Young, premiere Nuit, 
vers 287 et suiv. : 

A part bow small of the terraqueous globe 
Is tenanted by raan I Tbe rest a waste, 
Rocks, desarts, frozen seas and burning sands ; 
Wild haunts of monsters, poisons, stings and death. 

(3) Allusion au jeu du mail. 



— 185 — 

de la preeminence quant k la grandeur et a I'etendue, et 
les perfections sans norobre et parfaites de son air et de 
son eau sont bien autres qu'ailleurs. Quant k la science, k 
rhabUete, kl'esprit, k I'art, au langage, k I'intelligence, au 
discernement, k la penetration, ce pays est la niche (1) de 
la ceiebrite des horizons (2). Quoique dans les autres con- 
trees il 7 ait aussi ces quaUtes si on les j cherche bien, 
cependant leur difference est celle du soleil et de I'etoile 
obscure de la Grande Ourse; bien plus, de la terre et du 
ciel. Ceux qui, dans I'lnde, veulent imiter ]es choses des 
autres pays, sont comme des inventeurs^ et ils apprennent 
si bien toutes les langues qu'ils y sont plus habiles que ceux 
mSmes k qui elles ^ont propres ; tandis que les Turcs, les 
Arabes, les Ethiopiens, les Persans, les Europeens, qui 
demeurent de longues annees dans Tlnde, ne peuvent en 
apprendre la langue conrenablement et brulent du feu de 
la jalousie. J> 

La terrible commotion hindoue-musulmane de 1857 n'a 
pas decourage I'Angleterre : elle en a triomphe, et I'ordre 
est presque enti^rement retabli partout dans ce pays : 

Where the rage of the vulture, the love of the turtle, 
Now melt into sorrow, now madden to crime (3). 

Desormais Plnde releve immediatement de la couronne 
britannique. La Compagnie des Lides (4) est remplacee par 
ime gracieuse Seine, k laquelle les Indiens se soumettront 
sans doute plus volontiers qu'k ce qui etait pour eux une 
sorte d'etre de raison qu'ils appelaient honourable Com- 
pany bahddur (la brave et honorable Compagnie), et que 

(1) C*est-^-direrendroitIe plus remarauable. Dans les salons orientaux^ 
il Y a ttn ou plusieurs enfoncements dans le mur, ou niches, oil on place, 
comma sur nos chemin^cs^ des objets de luxe. Dans les inosqu6es, une 
niche. remplace I'autel de nos ^glises : on y met des cierges et on y tourne 
le visage pour prier. 

(2) Par 1 'expression figur^e des horizons^ il faut entendre les diff^rentes 
contr6es de la terre. 

fSJ Lord Byron, « Bride of Abydos », ch. i«'. 

(4) Ce fut en 1601 que la reihe Elisabeth accorda k une reunion de 
marchands le droit de faire le commerce des Indes orientales. 



-:- 136 — 

beaucoup d'lndiens croyaient 6tre une yieille sempiter- 
nelle r^sidant dans tin pays lointain et goayemant au 
moyen de ses agents. 

La proclamation (1) qai annonce ce changement a et^ 
lue en ceremonie k Calcutta, la m^tropole de I'lnde an- 
glaise, et dans les principales villes de I'lnde, le 1*' novem- 
bre dernier, et elle y a produit I'effet le pins favorable j 
ainsi que le prouvent les nombreuses adresses qui Font 
suivie et les poesies qu'elle a inspir^es. 

J'ai sous les yeux un de ces poemes bindoustanis lithogra- 
phic k Agra (2). C'est un cacida qui porte le titre de Tahnyat 
JuMsj « fiSlicitation d'avCnement, » et qui est du k Mirza 
H^im'Ali, connu dans le public litteraire de I'lnde sous le 
surnom poCtique de Mihr (soleil). Ce savant musulman, ami 
de la civilisation europeenne, occupait le poste de munsif 
(juge) k Cbanar avant I'insurrection de 1857, dans laquelle 
il a eu le bonheur de sauver sept hommes et plusieurs en- 
fants europeens, ainsi qu'il est dit dans la lettre originale qui 
accompagne son poeme. Bien que ses vers aient regu Tap- 
probation d'un calibre poete contemporain de Debli, Mirza 
A^ad ullab Kb^n Muztarr, je dois avouer que je n'y ai rien 
trouvC de bien saillant (3). L'auteur demande, en commen- 
^ant, ce que signifient tons les prCparatifs qu'il voit faire. 
D T^pond que c'est k cause de la lecture solennelle de la 
proclamation royale. Vient alors un Cloge tout k fait orien- 
tal de la Reine de Londresj a dont la brillante planfete de 
VCnus reflete le gracieux visage d. L'eloge de lord Canning 

(1) Grdce k de bons amisje poHs^de un exeinplaire des deux versions 
hindoustanies de la proclamation royale dans les deux caracteres. persans 
pour les musulroans^ et schdstaris, ou, comme on lesnomme plus com- 
munement^ d^vanagaris, pour les Hindous. EUes sont. k mon sens, redi- 
g^cs de la roani^re la plus convenable pour la g6n6ralit^ de ceux k qui 
elles s'adressent ; toutefois, T^dition que j'ai sous les yeux, qui est dat^e 
d'Allahabad, est litbographi^e avec une licheuse negligence. 

(2) 11 a paru sans doute bien d'autres poemes du mSroe genre. Par 
exemple, le ra^ja Kali Kriscbna Bahadur en a public un que je ne cite que 
pour m^moire, parce qu'il est en Sanscrit, le latin des Hindous, que ce 
pjga a cru devoir employer par etiquette. 

(3) L'auteur a cru sans doute se rendre agr^able k ses lecteurs euro- 
peens en insurant q& et \k dans son poeme quelques mots anglais, ce qui 
ne donne pas une haute id^e de son bon goilt. 



— 1S7 — 

suit imm^atement, puis celui d'autres hauts fonotionnai- 
res, tels que Mr. Edmonstone et le savaiit et respectable 
W. Muir, € qui est, dit-il , profond daus toute science et tout 
art, et qui connait Thistoire de tous les rois de la terre de- 
puis Kayuipurs jusqu'i ce jour :d. 

Dans sa proclamation, Victoria prend le titre de Heine 
des colonies et des dependances de I'Angleterre en Europe, 
Asie, Afrique, Ameriqae et Australie, et elle institue lord 
Canning premier vice-roi et gouverneur general de Tlnde 
anglaise pour Tadministrer, de sa part, par I'entremise da 
secretaire d'Etat pour Tlnde, lord Stanley, qui est assist^ 
d'un conseil oi les amis de I'lnde scat heureux de troaver 
Sir Henry Rawlinson, M. H. P. Priosep, frire de feu 
James Prinsep, Tilluscre ^rudit, et M. W. J. Eastwick, 
frfere de I'^minent orientaliste Edward B, Eastwick, 
anjourd^hui secr^tai^e adjoint du departement secret k 
TEast- India House. 

Le Penjab formera une nouvelle pr^sidence, et sir John 
Lawrence, fr&re de Sir Henry, de si regrettable memoire, 
en aura le gouvemement d^finitif dont on a provisoirement 
investi Tbonorable Robert Montgomery. 

Mais ces changements ne sont pas les seuls. La cloture 
definitive de VEast-India College de Haileybury a eu d^ci- 
d^ment lieu le lundi 14 d^cembTe 1857, par une stance so- 
lemielle de distribution des prix pr^sid^e par le Reverend 
M. Melvill, principal de I'^tablissement. Ce college, qui 
existait depuis un demi-sitele, a form^ deux mille cinquante- 
cinq ^l&res (1), au nombre desquels se trouvent des bommes 
qai out acquis une reputation europ^enne. II a compt^ parmi 
ses professeiirs les Mackintosh, les Malthus, les Empson, 
les Jeremie; et pour les langues orientales, les Haughton, 
les Stewart, les Johnson, les Eastwick. U n'est done pas 
^nnant que de tels professeurs aient form^ d'habiles Olives. 

On sent d^ji le vide que fait le college de Haileybury 
pour les etudes orientales, et on esp&re que le conseil de 

(1) « AUen'8 Indian Mail •, ddoembre 1857. 



— 138 — 

rinde ^tablira un nouveaii college pour les jeunes gens des- 
tines au service civil de I'lnde, puisqu'il a conserve pour 
le service militaire le « Royal military College » d' Addis- 
combe, en y introduisant des ameliorations qni maintien- 
nent dans le cours d'instruction Thindoustani comme 
langue g^n^rale de Tlnde anglaise. On enseignera aussi la 
langue de I'Hindoustan dans le a Royal military College » 
de Sandshurst, qui ouvrira ses portes en 1860, sans distinc- 
tion de rang, k tons les aspirants qui rempliront les condi- 
tions fix^es pour I'admission dans cet etablissement. Enfin 
il a m decide qu'on enseignerait I'liindoustani k I'univer- 
• site d'Oxford, la premiere d'Angleterre, et qu'on y cta- 
blirait a cet effet un Teachership special. 

L'etat actuel de I'lnde vous fait assez comprendre, mes- 
sieurs, que je ne puis avoir aucun fait litt^raire digne de 
remarque, aucune publication importante k vous signaler 
cette fois. L'insurrection a arrrSt^ r<51an litt^raire qui s'i- 
tait fait sentir chez les Indiens dans ces derniferes anuses et 
qui les avait engages, au risque de perdre leurs convictions 
religieuses, k envoyer leurs enfants dans des ^coles anglo- 
indiennes a d^faut d'^tablissements nationaux; car il y 
avait au moment de l'insurrection plusieurs milliers d'&o- 
les organisees par les Societes des missions chretiennes, et 
fr^quentees par soixante-dix mille ^Ifeves, oh Ton ensei- 
gnait I'anglais gen^ralement au moyen de Thindoustani (1). 
C'est en vain qu'un poete arabe (2) a dit, comme variante 
du mot de Cic^ron : Cedant arma togce^ comedat laurea 
linguce^ <£ Dieu I'a ainsi d^cid^ : le calam, depuis qu'il a ^t^ 
tailie, a pour esclave le sabre depuis qu'il a ^t^ aiguise; » 
^ la guerre a r^duit a I'inaction le calam, et les muses du 
Gauge out garde depuis deux ansle silence. Toutefois j'ap- 
prends que le mouvement litteraire, suspendu par la guerre, 



(1) 11 est probable que Gamar uddin Taiyibi-ji, qui, api'es 6tre alI6 
terminer ses etudes en Europe, est retourn^ k Bombay exercer officielle- 
ment la profession d'avocat (barrister), estsorti deces ^coles. 

(2) Voyez lelivre d*AbduIcadir, traduit par M. G. Dugat, p. 118. 



— 139 — 

86 ravive, et que les premieres fleurs po^tiques qu'il a fait 
iclore sont des poemes, des histoires^ des traits sur lesder- 
niers troubles. Tel est, outre le cacida dout j'ai dejk parley 
tin traits ^rit par un musulman et imprim^ k Agra sous 
le titre de Haquicat uljihddj « le vrai sens du jihad », c'est- 
i-dire la diflSirence qu'il j a entre le jihdd (la guerre reli- 
gieuse) et le Jigdd (la r^volte), par allusion a la demiire 
insurrection, et un poeme hindoustani sur la prise de Dehli 
par les Anglais, intitule Fath Dehliy « la Conqu^te de Dehli 3>, 
par Rahat, auteur d'autres productions. J'ai appris 4gale- 
ment que M. E. de Lautour a public une traduction urdue 
d'un « Note Book of judicial Principles i>; et que le p^re de 
r^minent sanscritiste le Babu B4jendra Lala Mitr a sous 
presse en ce moment, a Calcutta, un nouveau Tazkira 
(Biographic et bibliographic) hindoustani. 

D'autre part un journal intitule Bdmdddy ou « I'Aurore 3>, 
a paru k Bombay cette ann^e m6me; il est favorable aux 
ideas europ^ennes, car, dans un de ses derniers num^ros, 
il engageait ceux de ses lecteurs qui peuvent disposer 
de leur temps et d^penser sans inconvenient 3,000 rou- 
pies (7,500 francs), d'aller en Angleterre. <£ Mais, ajoute- 
t-il, quelques-uns de ceux k qui je m'adresse objecteront 
qu'ils craignent de mettre en danger leur religion et meme 
de la perdre tout k fait. Quelle est done cette religion que 
vous ne pouvez emporter avec vous jusqu'aux confins de la 
terre (1)? D 

La plupart des autres joumaux hindoustanis dont j 'avals 
annonc^ ant^rieurement I'existence ont disparu au mois de 
niai 1857 avec I'insurrection. C'est ainsi qu'a cess(5 de voir 
le jour le Khatr-Khdh-i Hind^ a I'Ami de I'lnde, D journal 
de Mirzapur, qui existait depuis 1837 et qui ^tait imprim^ 

(I) AllerCs Indian Mail 1852, p. 869. Onannonce dans le ni6me journal 
0858; p. 944) que les ^l^ves les plus distingu^s du college d'Ajmir sont 
decides k publier un journal r^dig^ sur deux colonnes, en urdu et en 
hindi. Enfin, je voiscii^ un journal de Bombay intitule : iiast guftdr, « La 
parole intdgre n, dont j'avais ignor^ jusqu*^ ce jour I'existence, et dans 
icquel le pars! Dosabhoy Fran^i a donn4, entre autres articles^ la descrip* 
tion dc la cath^dMle de Saint-Paul de Londres. 



— 140 — 

k la fois en caract^res persans et en caract^res latins. Ce 
journal ^tait dirige depuis dix-sept ans par le R^v^rend 
Mr. Mather, de la Soci^t^ des missions de Londres, anteur 
de plusieurs ouvrages religieux Merits en hindoustani, et 
^diteur en ce moment d'une Bible hindoustanie romanisk 
et publi^e k Londres k trois mille exemplaires, avec les pa- 
rall^les en marge (1). Ce n'^taient pas seulement les mis- 
sionnaires am^ricains qui r^digeaient ce journal, comme 
je I'ai dit dans mon allocution de 1853, mais on j ad- 
mettait lib^ralement les articles fournis par les mission- 
naires de toutes les nuances protestantes, et ce n'^tait pas 
tant le pros^lytisme religieux qui ^tait I'objet de ce journal, 
que la diffusion des connaissances utiles parmi les natifs. 
Esp^rons qu'il sera bient6t r^tabli, comme Ta ^te la Ga- 
zette de Dehliy dont I'^diteur, apr^ une ann^e d'intermp- 
tion, a pu faire reconstruire sa maison d^truite, r^organiser 
ses presses et reprendre sa publication avec plus de succfes 
que jamais. 

La province du Penjab ^tant rest^e ^trangfere k l'insui> 
rection, les publications litt^raires ri'y ont pas ^t^ inter- 
rompues. Ainsi, mon ami Syed AbdooUah vient de m'en- 
voyer une liste de prfes de deux cents publications differentes 
r^cemmentimprim^es k Lahore parmi lesquelles se trouvent 
deux nouveaux diwans, un d^veloppement po^tique (tazmin) 
des vers du Gulistan, par Tafia; une <51^gie (rnarciya)^ par 
Amlmat, et enfin le Makhzan ulischc (le Magazin de I'a- 
mour), par Tulci B&m, et le Guncha-i Arz'dy<i Le Bouton du 
d&ir 3), ouvrages que je ne connais que par leurs titres, et 
qui sont probablement des romans en vers. D'un autre 
o6t^, le Koh-i nHvy journal bi-hebdomadaire de Lahore, 
continue k paraltre et est arriv^ k son dixi&me volume. 
J'ai sous les yeux le num^ro du 17 Janvier 1859, qui se 
compose d'un cahier de seize pages petit in-folio sur deux 



(1) J^ai sous les ycux quelques feuilles de cettc Edition (qui roe parait 
executes avec beaucoup de soin), en bon style hindoustaai, trds-iDtelli- 
gible par consequent aux natifs. 



— 141 — 

colonnes^ mais qui n'offre rien de particuli^remant in- 
t^ressant. 

J'ignore si le vieux roi de DeUi continue k faire des vers, 
malgre Tissue si f&eheuse pour lui de Tinsurrection dont il 
^tait cens^ le chef. Dans tons les cas, il en faisait encore pen- 
dant son r&gne ^ph^m^, et voici trois de ses vers que des 
journaux anglais nous ont fait connaitre : 

a Laissez-moi admirer la force du droit ! Les chr^tiens 
sont terrass^s par leurs armes m6mes. 

D Ce n'est ni de la Bussie ni de la Turquie que nous avons 
eu du secours; ce sont les propres cartouches des Anglais 
qui les ont fait p4rir. 

i> Nos troupes les ont entour^s : pour eux plus de sommeil, 
plus de repos. Leur mort a ^t^ d^cid^e : elle aura lieu, soit 
le matin, soit le soir (1). 3> 

Ces vers ont dd 6tre dents en juin ou juillet 1857 ; 
car au mois d'ao&t Siraj uddin dtait tout k fait d^uragd, 
et il dcrivait en simple prose au nabab de Jhajhar : <! Je 
venx partir pour la Mecque : je suis vieux et mal portant. 
Le monde est sens dessus dessous ; tout est anarchie ; on 
n'obdit k aucun ordre; ainsi je suis d^idd k me faire pile- 
rin (2). 2> Actuellement il n^est pas pilerin, mais prisohnier 
d^Etat, et la Gazette de DehU (3) a annoncd son depart 
par la porte de son palais dite € de Lahore 3> pour sa trans- 
portation k Rangoun, oil il est arrivd apris s'Stre embarqud 
k Calcutta le 4 ddcembre dernier. H dtait accompagnd dans 

(1) En voici le texte avec les corrections que la mesure et le sens m*ont 

DiUiy cuvahi hctc pa kar to tiaxar; 

Nagara ki juU na^ra ka sar^ 
Kuck kam i rumine na kiya aor na Rutine ; 

Angrez i ko tabah-i kiya karitus i ne, 
Fauj i ne akar ghara hai^ nend gayi aram gay a; 

Jxika jana takahra suhh i kya ya scham i kya. 

Ces vers sont sui trois mesnres difT^rentes. Le premier appartient an 
m^ire vMUacarib, et se compose de trois amphibraques et d'un iambe ; le 
second au m^tre muxari\ et se <sompose d'un antibacchique et d'un 
double trocb^e, d*un antipaste et d*un amphimacre ; le troisi^me, au m^tre 
rami, et se compose de trois ^pitrites seconds et d'un ampbimacre. 

(2) « Allen's Indian Mail, » 1858, p. 256. 
(3)/bid., p. 931. 



— 142 — 

ce triste voyage de la reine la B^gam Zinat ulmahal (I'or- 
nement dupalais) et d'une autre de ses femmes, la B^gam 
Taj ulmahal (la couronne du palais) de ses fils Jaw&n- 
bakht et Sch&li Abb&s^ de quelques autres membres de la 
famille royale et d'une suite nombreuse. 

n a paru quelques ouvrages relatifs k I'^tude de la langue 
de THindoustan. Ainsi^ k Bombay, Gul&m Muhammad a 
public des dialogues; k Calcutta, M. S. W. Fallon, d'Aj- 
mir (1), a public un dictionnaire anglais-hindoustani des 
termes de loi et diB commerce (2), ouvrage fort utile, et 
qui est pr^c^d^ d'une dissertation sur Thindoustani consi- 
d^r4 surtout dans sa comparaisou historique et philologique 
avec I'anglais; k Londres, le B^v^rend M. Small a doBs^ 
une nouvelle Edition de la grammaire hindoustanie de 
M. Eastwich, avec d'utiles additions (3), et, a Paris, 
M. I'abb^ Bertrand a fait paraitre un vocabulaire pour men 
Edition des « Aventures de Kamrup d, dans I'int^rgt des 
^Ifeves de notre ^cole. 

Qaant aux autres publications dont j'ai a vous parler, 
messieurs, elles sont toutes en caract^res remains, ou latins, 
comme nous les appelons plus commun^ment. Ce fut le 
c^lfebre docteur Gilchrist, le p6re de la grammaire hin- 
doustanie, qui le premier, au commencement du si^cle, eut 
I'id^e d'^crire r^guliferement I'hindoustani en caractires 
latins. II adopta pour les voyelles Torthographe particu- 
lifere k la langue anglaise, ce qui est excellent pour les 
Anglais, mais non pour les nations du continent de I'Eu- 
rope. En effet, on a beau dire que Vu j repr^sente Va bref, 
que deux e j repr^sentent Yi long et deux o Tu long (pro- 
nonc^ou), on n'enpersistepas moins k ^crire en fran9ais une 
sutee^ xmpundeety Tippoo^ etc., au lieu d'une sati^ ua pandit j 



(1) Get orientaliste est le m^rne qui a tradnit, en collaboration de Karim 
nddin, mon « Histoire de la litt^rature indienne. » 

(2) An english-bindustani law and commercial Dictionary, etc. Cal- 
cutta. 1858, gr. in-80. 

(3)' Voyez la notice flue j'ai donn6e de cet ouvrage dans le Journal 
Miattqus* num6ro de a6cembre 1858. 



— 143 — 

TippH. Or rien n'est plas ridicule que de suivre eu fran^ais 
Torthographe anglaise pour les mots orientaux. C'est 
comma si on voulait ^crire phon^tiquement, d'apr^s la 
prononciation anglaise, la phrase latine : Amictis Socrates^ 
amicus PlatOy aed major Veritas^ de cette fa^on : cc I may cuss 
(curse) Socrates, I may cuss (curse) Plato, said major 
Veritas, j> ce qui signifierait alors : € Je veux bien mau- 
dire Socrate, je veux bien maudire Platon, a dit le major 
Veritas. 3) 

Heureusement on renonce aujourd'hui, en Angleterre, k 
cette orthographe pour adopter celle de Sir V^illiam Jones, 
c'est-i-dire Torthograplie latine, cimme plus conforme aux 
habitudes du continent de I'Europe et plus simple pour les 
Asiatiques. Ainsi, au lieu de rendre les voyelles et les di- 
phthongues indiennes par i/, a; i, ee; oOy oo; «, ue; o, wo, 
avec Gilchrist, on les rend actuellement par a, a; i, i; w, , 
M (!);.«, ai; o, au. Ce sera cependant, il faut I'avouer, une 
^tude kfaire pour les Anglais pen habitues k cette orthogra- 
phe, ainsi que pour les Indiens qui savent T anglais, et dont 
laplupart avaient dejii adopts Talphabet de Gilchrist. Le 
nouveau syst&me offre aussi I'incony^nient d'avoir pour les 
voyelles longues un signe de convention (g^n^ralement un 
accent aigu) dont n'avait pas besoin I'ancien syst^me. Dans 
les deux orthographes les cqnsonnes c^r^brales et guttura- 
les, qui n'existent pas dans I'alphabet latin, sent repre- 
sentees par leurs analogues marques d'un point au-dessous. 
Le ain arabe est simplement represents par la voyelle qui 
sert k le prononcer, Sgalement marquee d W point au-des- 
sous; le achin conserve Torthographe anglaise «A, et le n 
nasal est marquS d'un point on d'une barre. 

La domination de TAngleterre aura necessairement une 
influence puissante sur la littSrature hindoustanie, qui se 
transformera et deviendra une littSrature hybride, moitiS 



(1) Ou pour mieuz dire par a, t, u, pour les voyelles braves, etparces 
monies lettres avec un accent aigu pour les longues, ainsi qu'il est dit 
plus bas. 



— 144 — 

indienne et moiii^ anglaise. Les traductions et les imita- 
tions de Tanglais y abonderont. Beaucoup d'Indiens de- 
viendront chr^tiens et anront nne litt^rature sp^ciale indo- 
chretienne. Par suite Talphabet latin fera necessairement 
des progr&s et finira peut-fetre par supplanter les deux 
autres caractferes. De m§me Thindoastani semble destini 
k verifier de plus en pliis sa qualification de langue g^n^- 
rale de I'lnde qu'on lui donne^ et k absorber une partie 
au moins des nombreux dialectes propres k difierentes 
provinces. 

Le 20 mai dernier dans une reunion tenue k Londres, 
sous la pr^sidence du comte de Kalisbury, on a d^cid^ I'^ta- 
blissement d'une soci^t^ appeMe Christian vernacular Edu- 
cation Society of India^ qui devra fonder dans les grandes 
villes de I'lnde des institutions oil on enseignera les prin- 
cipes du christianisme dans la langue du pays^ et qu'on 
pourvoira de livres r^diges dans un esprit chr^tien. On 
compte parmi les souscripteurs le Maharaja Dhulip Singh^ 
ex-roi de Lahore, converti au christianisme, lord John Rus- 
sell, sir Charles Trevelyan, aujourd'hui gouverneur de la 
pr6sidence de Madras, et plusieurs autres personnages dis- 
tingu^s. 

Ce n'est pas dans Tlnde seulement que les Europ^ns 
ont introduit leur alphabet. Les caract^es latins ont ^t^ 
adopt^s pour ^crire la langue malaise par les Chretiens de 
Java, d'Ambojne et des iles adjacentes, qui ont ^te con- 
veriis par les missionnaires hollandais (1). Les Malgaches 
qui s'^taient d'abord servis des caract&res arabes, parais- 
sent avoir d^cid^ment adopts I'alphabet latin. Au surplus 
les Europ^ens ont ^t^pr^c^d^s dans cettevoie piarlesOrien- 
taux eux-m6mes. Ainsi, les Arabes ont ^crit I'espagnol en 
caract^res arabes; les Syriens ecrivent souvent I'arabe en 
caract&res syriaques ; les Arm^niens et les Grecs emploient 



(1) Le doctenr Carey assure qu*& Amboyne seulement, vingt mille natifs 
se ser.vent de Ja Bible en caracteres latins. Voyez cc Papers on the appli- 
cation of the roman letters to the languages of India, d p. 17. 



— 145 — 

lenr alphabet pour ^crire le turc 11 en est de mfime des 
Juife, qui icnvent I'arabe, Pallemand et I'espagnol en ca- 
ractires hdbreux. 

Dans une lettre adress^e k sir Charles Trevelyan, et pu- 
blico dans la brochure intitulde : Papers on the application 
oftherorrian letters to the languages of India^ le R^v^rend 
M. Mather^ de Mirzapur, nous fait savoir que les carac- 
t&res latins sent tellement en favour dans I'lnde, qu'ils sont 
pr^f^res non-seulement par les Indiens des provinces nord- 
ouest qui ont appris I'anglais^ mais g^n^ralement par tons 
ceux qui ont des rapports avec les missionnaires, tout en 
ignorant Fanglais, cet alphabet ^tant consid6:^ comme I'aZ- 
phabet chr^ien des provinces nord-ouest, H a iH admis dans 
plnsieurs ^coles des natifs, et il j ^tait suivi par six mille 
jennes Indiens avantl'Insurrection, entre autres an college 
de Dehli, qui comptait deux cent soixante Olives d^ji habi- 
tats k lire et k ^crire leur langue sous ce costume euro- 
pfen. 

On a donn^ dans oes caract&res plusieurs Editions du 
Nouveau Testament et de la Bible entifere (1), etparmi les 
ouvrages publics d'aprfe ce systfeme, on distingue I'abr^ge 
dela c^lfebre allegoric religieuse du Pi'Z^mn'a Progress^ ^2cc 
le R^v^rend M. Bowley; une traduction in extenso du 
m^me ouvrage par le Babu Hari^ ^crivain hindou d^ji 
connu par divers travaux litt^raires et un certain nombre 
d'autres publications chr^tiennes (2). 

Le plus utile de ces ouvrages sera T^dition que public en 



(1) Ant6rieupement et concurremment on a donn^ plusieurs Editions du 
Nouveau Testament et de la Bihle enti^re, en caraoleres persans et d6va- 
nagaris; et en ce moment mdme la Soci6t6 biblique de Londres pr6pare^ 
dans cette capitale, en m6me temps que T^dition romanisiet une Edition 
en caract^res persans de la Bible hindoustanie. Glle a charge du soin de 
cette Edition M. Hoerne, du « Church missionary, Society » envoy^ tout 
expres d'Agra. Cette derni^re traduction, aussi blen que celle qu'est 
charg6 de publier M. Mather, en caract^res latins, sont nouvelles Tune et 
Tautre, et ainsl on a pa les rendre k la fois plus exactes et plus indiennes 
que les pr^c6dente8. 

(2) On en trouve la liste dans « Papers on the application of the roman 
letters to the languages of India, » 1858, p. 55 et suiv. 

10 



— 146 — 

ce moment la Soci^t^ biblique de Londres du Nouveau 
Testament et des Psaumes sur denx colonnes, une en bin- 
doustani et Tautre en anglais^ qni sera tir^ k vingt mille 
exemplaires, et accompagn^e d'un vocabnlaire de tons les 
mots dn texte hindoastani (1) r^dig^ par M. Cotton Ma- 
ther, professeur adjoint d'hindoustani k Addiscombe, et fils 
du missionnaire de ce nom. 

Les missionnaires catholiques ont aussi adopts I'alphabet 
latin, et j'ai entre les mains un cat^chisme imprim^ en 1852, 
k Bombay, par I'ordre du vicaire apostolique de Patna, en 
excellent style bindoustani, mais qui a malheureusement le 
d^faut d exprimer les id^es sp^cialement chretiennes par 
des mots latins tout k fait barbares pour les Indiens (2), 
tandis que des mots emprunt^s k la langue arabe sont con- 
sacr^s par I'usage et rcQus dans tout T Orient pour designer 
ces choses. 

Les publications hindoustanies en caract&res latins ont 
^t^ g^n^ralement faites par les missionnaires pour leurs 
^coles et les agr^gations indo-chr^tiennes. II y en a toute- 
fois im certain nombre qui appartiennent k la litt^rature 
profane. Telles sont, par exemple, les editions romanisitB 
du € Bitg o BahUr ]> et du o: Gulistan d en urdu (3). De 
plus, une nouvelle Edition romanis^e du « B^g o Bah&r, J 
revue par M. Monier Williams , est actuellement sous 
presse, ainsi qu'une edition du « Prem-S^gar *, le chef- 
d'oeuvre des ouvrages indiens, que donne M. Ed. B. 
Eastwick, k qui on en doit une Edition en caract^res deva- 
gauaris, et une excellente traduction. Enfin, mon savant 
^Ifeve, M. I'abb^ Bertrand, public une Edition ^galement 
romanis^e du texte de « Kamrup » dans I'interdt des per- 
sonnes qui voudront assister kmon cours sans avoir la peine 



(1] Glayis hindustani and english to the New Testament and Psalms. 

(2) Tels sont les mots de Catholic Eklesia , Episcop , Sacrament, 
Baptisma, Paska^ AUaVy Uostij Indulgens, Sacrilej, Miss, Yukarist, et 
nombre d'autres. 

(:^) 11 exibte, k ce qu'il parait, une Edition Indicnne du Goran en hin- 
doustani romanis^, accompagn^e de notes. 



— 147 — 

d'apprendre k lire les caract^res indieAs, et qui pouiront 
ainsi suivre Texplication de ce poeme. 

Des ouvrages ^16mentaires r^dig^s d'aprfes le systfeme 
romanisantj ont ^galement vu le jour. Je dois signaler d'a- 
bord en ce genre, YEasy introduction to the study of the 
hindustaniy par MM. Williams et Mather, qui comprend, 
outre la grammaire, un choix de morceaux avee un voca- 
bulaire et des dialogues (1). Nous avions d^ji, en caractires 
latins, les dictionnaires de Bosario, de Thompson et de 
Nathaniel Brice, ainsi que nombre d'ouvrages ^lementaires 
tels que le Student^ s Assistant y le Hindustani Reader ^ etc. 
Enfin on prepare une Edition romanis^e du Dictionnaire de 
M. le professeur D. Forbes, et un abr^g^ du m6me Dic- 
tionnaire, egalement romanis^. On annonce aussi que la 
Reine d'Angleterre a defendu I'emploi ult^rieur des carac- 
tferes persans sur les m^dailles et dans les autres inscrip- 
tions (2). De plus, M. Tucker, ancien commissaire du dis- 
trict de B^narfes, personnage consid&e, qui remplit en ce 
moment les fonctions de secretaire du Christian veimacular 
Education Society y dontj'ai d^Jiparl^, insiste auprfes de lord 
Stanley sur la necessity de faire imprimer en caractferes 
latins et non en caract&res persans la gazette du gouverne- 
ment, ainsi que les lois et les r^glements, et de permettre 
que les natifs puissent adresser aux cours de justice et aux 
bureaux publics de I'lnde, leurs petitions et autres docu- 
ments en langue hindoustanie , mais en caracteres ro- 
mains. 

Cette tendance k abandonner I'alphabet indien est, comme 
vous le voyez, messieurs, assez prononc^e. Le nouveau 
systime offre certainement des inconv^liients, mais il pr^- 
sente aussi des avantages.Ce qui,milite le plus, il me semble, 
en favour de son adoption, c'est qu'il n'y a pas d'alphabet 
uniforme pour ^crire I'hindoustani, puisqu'on I'^crit selon 



(i) Voyez le Journal asiatique^ cahier de d^cembre 1858. 
(2) Lettre particuliere de M. C. M^her. 



— 148 — 

les lieux et le go&t des personnes, dans les formes varies 
des caraci^res persans et schastaris, ou d^vanagaris. Or, 
les caract^res persans sont aussi etrangers k la langue in- 
dienne que les caract^res latins, et les caract^res indiens ne 
rendentpas mieux que les ndtres les mots d'origine persane 
ou arabe. 

Le mouvement romanisant qui s'est manifest^ dans I'lnde 
et en Angleterre a eu en France son retentissement. Un 
homme d'esprit et de science, poete et ^rudit k la fois, a 
donne, sous le titre de « Fleurs de I'lnde d, une ^l^gante 
traduction en vers fran^ais d'un Episode du Bamayana, et 
d'autres morceaux, et il a accompagn^ sa traduction, du 
texte en caractferes latins, d'aprfes un systfeme de transcrip- 
tion d'une irr^prochable exactitude. Par cette publication, 
et par son a: Orientalisme rendu classique d, il a eu surtout 
le but louable de populariser en France le goiit de Tetude 
des langues orientales, et sp^cialement du Sanscrit, afin que 
ce ne soit pas seulement k Paris qu'on s'occupe de cette 
^tude, mais dans les principales villes de province aux- 
quelles I'ancienne capitale de la Lorraine, sa ville natale, 
donne dijk par son impulsion un excellent exemple ; car on 
y publie en ce moment une grammaire sanscriie, en carac- 
t^res remains, laquelle sera bient6t suivie d'un dictionnaire 
Sanscrit en ces mSmes caractferes. 

La mort a demiferement enleve aux lettres orientales 
qu'il cultivait avec succ^s depuis le commencement du sitele, 
un savant trfes-distingue, qui ^tait fort oppose il'adoption 
de I'alphabet latin pour ecrire la langue de I'Hindoustan. Je 
veux parler de John Shakespeare, mon maitre pour Thin- 
doustani, comme le fut pour Tarabe et le persan Tillustre 
S. de Sacy. 

J, Shakespeare est ne le 14 aoiit 1774, k Staunton- 
Harold, dans le comte de Leicester, oil ses ancdtres pater- 
nels residaient depuis plusieurs sifecles, etavaient la croyance 
traditionnelle qu'ils appartenaient a la famille du grand 
poete anglais du mime nom, qui naquit, comme on le sait, 



— 149 — 

k Stratford on Avon, dans le comt^ contigud'Harwickshire. 
II ne descendait done pas de W. Shakespeare, et surtout il 
n'^iait pas le dernier heritier de son nom, comme Pont dit 
qaeIquesjonmanx,paisqaeIec^I6bretragiqae ne laissa pas 
d'enfantmftle. 

John Shakespeare se livra de bonne heure k I'^tude des 
langaes orientates, et sp^eialement de Tarabe, du persan et 
de rhindonstani. En 1805, il fut nornm^ professeur de lan- 
gaes orientales au college naval militaire. Cette place ayant 
m supprim^e, il fut nomm^ prgfesseur d'hindoustani au 
college militaire de la Compagnie des Indesd'Addiscombe, 
et il en remplit les fonctions jusqu'en 1832, ^poque oil il fut 
remplac^ d'abord par Richard Haughton, ilkve de cette 
^cole et frfere de Sir Graves, membre de notre Institut ; puis 
par M. Bowles, fils de sa soeur, et enfin par le colonel 
Rowlandson, qui est le titulaire actuel de cette chaire. Lors 
de la formation de la Soci^t^ royale asiatique, il en fut 
nomni^ biblioth^caire, et il a conserve jusqu'i sa mort ces 
fonctions honorifiques. 

II vint k Paris en 1829 ; il assista k Touverture de mon 
cours d'hiver de cette ann^e, et j'eus la satisfaction de lui 
procurer la connaissance personnelle de M. de Sacy, qui le 
connaissait dijk par ses ouvrages et faisait cas de son Eru- 
dition. Nous all^mes ensemble k Argenteuil visiter au cime- 
tifere de la ville le tombeau de son frfere uuique, Deputy cw- 
mtant Commissary general des armies britanniques, mort 
accidentellement d*une chute de cheval, le 20 septembre 
1815, ainsi qu'on le lit sur une inscription anglaise que 
porte le marbre tumulaire. J. Shakespeare n'est venu que 
cette seule fois k Paris, et c'est surtout en Angleterre que 
j'ai pu m'entretenir verbalement avec lui. 

Sa premiere publication fut une histoire des Arabes d'Es- 
pagne, tradaite de Tarabe, travail qui fut imprime dans 
« The arabian Antiquities of Spain > par J. 0. Murphy, 
Londn^s, 1816, in-4° ; puis il fit imprimer les difBirentes Edi- 
>tions de sa grammaire, de ses Hindustani selections^ de son 



— 150 --• 

Dictionnaire et son Introdnction k T^tude de rhindoustam. 
H n'avait jamais ^t^ mari^, et c'est k Langley Priory, Ashby 
de la Zouche, dans une terre qu'il avait achet^e depuis peu 
d'annees, qu'ilest mort le 10 join 1858, &g6de quatre-vingt- 
quatreans, laissant,dit-on, une fortune de prfes de 250,000 L 
(6,250,000 fr.). II n'est pas sans int^rSt de savoir qu'il a 
dispos^ par son testament d'une somme de 2,500 1. 
(62,500 fr.) pour la restauration et rentretien de la maison 
oil naquit le grand Shakespeare, k Stratfort on Avon. Deji 
il avait donne de son vivant une somme pareille pour le 
mSme objet : cette fois il demande express^ment que ses 
ex^cuteurs testamentaires s'entendent avec les administra- 
teurs de la maison du Cygne de I'Avon, pour y former un 
« Museum Shakespearien J>. H a laiss^ de plus une rente 
annuelle de 60 1. (1,500 fr. ) pour les gages du gardien de 
la maison et de Talbum destin^ aux visiteurs qui voudront 
y ^crire leur nom accompagn^ d'une sentence en vers ou 
en prose. 

L'immense fortune que ce savant orientaliste a laissee est 
principalement due au prodigieux succfes de ses ouvrages 
elementaires sur la langue del'Hindoustan, et surtout de son 
Dictionnaire, qui a eu quatre editions tiroes &plusieursmil- 
liers d'exemplaires. C'est une preuve de plus de I'impor- 
tance gen^ralement reconnue de rhindoustani, et de Tin- 
t^ret qu'on met en Angleterre et dans Tlnde k son ^tude ; 
car les outrages de Shakespeare, outre qu'ils sont fort chers, 
ne sont pas les seuls en ce genre. H y a des travaux ana- 
logues qui ont eu aussi un grand succ^ qu'ils out obtenu 
concurremment avec ceux de Shakespeare. 

Etudions done, messieurs, la belle langue moderne de 
rinde, et appliquons-y , comme Shakespeare, dansl'^pigraphe 
de sa Grammaire, deux vers de Ha^an dont voici le sens 
special pour la drconstance : 

€ Les jeunes gens prudents qui se destinent k Flnde doi- 
vent en apprendre la langue ; c'est ainsi qu'ils peuvent 
s'avanoer plus facilement et acqu^rir un nom. Ceux qui 



— 151 — 

s'occapeat des affaires publiques fqnt grand cas de cette 
connaissance; car elle leur assure one position hono- 
rable (1). 



(l) Sukkan ki ialabgar hain ^atlmand sukkan M kai nam-i nikoxan kuiamd 

Sukkan ki kareu taJr mardan^i kar smkhan nam un ka raUk* tar tmrar. 



— ¥-^ 




— 152 — 



DIXIEME DISCOURS 



7 ftvriep 1861. 

Messisubs, 

La grande insnrrection de 1857 a consolide le ponvoir 
de TAngleterre dans Tlnde bien loin de T^branler. Sa do- 
mination y est anjourd'hni incontest^e, et k I'avenir les 
deux pays paraissent devoir ^tre, pour employer les expres- 
sions du grand Shakespeare : 

Like to a double cherry, seeming parted, 

But yet a union io partition ; 

Two lovely berries moulded on one stem. 

So with two seeming bodies, but one heart (1). 

II est done k esp^rer que d^sormais rendu k la tranquil- 
lit^, ce beau pays verra se d^velopper de plus en plus la 
culture des litt^ratures nationales modemes et sp^cialement 
de I'hindoustani, la langue indienne proprement dite, gini- 
rale dans toute la presqu'ile, et sp^iale k cinquante mil- 
lioiis d'habitants. D&jk la presse urdue et hindie commence 
k se reconstituer, et plusieurs joumaux ont vu le jour de- 
puis ma demi^re allocution de mai 1859. 

A Surate, oil il n'y avait jamais eu de journal hindous- 
tani et oil il n'existait qu'un journal (2) &rit en persan, 



(1) W. Shakespeare, Midsummer nigh4^'t Dream, act. III,8C. ii. 

(2) Le'Ajaib utakhbdr u Les Merveilles desnouvtlles ». Ce journal, qui 
est hebdomadal re, a poor ^diteur Muhammad Rizl-ul-Khurlc&ni et pa- 
rait par cahiers de huit pages petit in-folio. La premiere page de cbaque 
num^ro contient k peu pr^s le mdme gazal, commengant par les louanges 
de Dieu, et flnissant par les conditions de I'abonnement. Le reste de 
ohaque num^ro est rempli par un ou plusieurs petits articles de fonds, 
pour rinstruction des lecteurs, et par les oouvelles. 



.J 



— 153 — 

« 

d'apr^l'ancien usage, on a ^tabli depnis le mois de mai 1860 
Tm journal ^Mgamment ^crit en urdii, dont I'Miteur a bien 
voulu m'envojer quelques num^ros, grftce k I'obligeante 
intervention de Mirza LutfuUah, qui a acquis pair son in- 
t^ressante Autobiography une reputation europ^enne. Ce 
joamal, intitule ManzHir ulakhbdr^ c Bevue des nouvelles, :» 
par allusion au nom de r^diteur, Muhammad-Manz&r, est 
imprim^ k la typographic appel^e Matba^cddirt, dans la- 
quelle ont ^t^ imprimis plusieurs ouvrages urd&s (1), et 
parait tousles dimancbes par cahiers petit in-folio, de douze 
pages. H porte pour ^pigrapbe un vers urdd qui signifie : 

€ Le ManzHr ulakhbar est le miroir des informations ; le 
ManzHr ulakfAar est le jardin des perles du discours. > 

Les num^ros que j'ai sous les yeux se composent d'avis 
et d'annonces, d'un « premier Surate, » contenant des sen- 
tences dans le genre de celles de rEccl^siaste, des nouvelles 
des provinces de I'lnde et du reste de 1' Orient, puis de 
PEurope, surtout sous le point de vue scientifique. Plu- 
sieurs de ces articles se terminent par un ou deux vers, car 
la po^sie domine en Asie toute composition litt^raire. Les 
articles de simples nouvelles sont souvent m^me empreints 
de ce cacbet po^tique qui embellit les cboses les plus ordi- 
naires. C'est ainsi que la narration de la perte d'un batelier 
et de son bateau dans un tournant d'eau commence par ces 
mots : 

€ Aujourd'hui le plongeur de notre pens^e doit plonger 
dans Toc^an de la douleur. Le miroir d'acier de la stupefac- 
tion se cbange en eau. Le calam qui enfile les perles du dis- 
* coars est submerge dans un goufire obscur et ten^breux. 
Le bateau de la security et de la confiance chancelle et de- 
rive; la nacelle paratt ne devoir pas arriver au rivage. Les 
spectateurs sur la berge voyant le batelier frapper le mfi,t 
de sa t^te, se mettent k frapper leur poitrine, comme les va- 
gnes le bateauj dans leur compatissante sympathie. 

(l)Entre autres un Cd'idanahw-sarf urdd « Grammaire hindoustanie.w 



— 154 — 

Dans un autre Dumero, rannonce de la mort d'tin mu- 
sulman distingti^ commence par une phrase dont voici le 
sens : <r H^Ias ! de qui avons-nons h porter le denil, en 
sorte que la coulenr que rev6t notre ^criture soit noire? 
H^las ! de qui avons-nous k deplorer la perte, en sorte que 
le grattement du calam figure des cris et d^s g^misse- 
ments. d 

On trouve au surplus dans ces num^ros plusieurs arti- 
cles historiques et g^ographiques pleins d'int^r^t, un entre 
autres sur les fils du dernier roi de Dehli; des proverbes, 
de petites pieces de vers, tellesque marciyas, gazals, etc., 
et plusieurs de ces numeros out des suppMments. 

A Ajmir, M. S. W. Fallon, surintendant de I'^cole 
sup^rieure, inspecteur des ficoles des districts. d'Ajmir et 
d'Agra, etc., a ^tabli une presse lithographique et avait 
fonde un journal hindoustani, le premier qui eAt paru dans 
ces contr^es, et qui ^tait dirig^ par les BKndous Sohan Lai 
et Ajodya Pra^fld, Tun et Tautre anciens ^Ifeves du college 
d'Ajmir, ou ils ont appris I'anglais et out acquis un style i 
la fois simple et ^l^gant qui, tout en conservant le cachet 
indien, se ressent de I'influence de I'^ducation anglaise. Ce 
journal etaifc intitule Khatr khdh-i hhalcy « I'Ami du peu- 
ple D ; il paraissait aussi hebdomadairement par cahiers de 
huit pages petit in-folio, et il conienait gen^ralement, outre 
les nouvelles du jour, des articles de fonds sur des sujets 
varies. H y en a un, par exemple, sur la mesure jug& im- 
politique du d^sarmement, et un autre sur les illusions 
populaires relatives kla violation des castes et aux conver- 
sions forc^es ; mais il parait que I'autorit^ a trouve que les * 
^diteurs avaient des allures trop ind^pendantfis, et comma 
depuis la grande insurrection la presse n^est plus libre dans 
rinde, la publication de ce journal a i^A interdite. 



(1) II est bon de Taire observer en passant que cettc expression diegaxeiii 
est indo-persane : clle derive en effet du mot Mged ou kagix « papier »; 
mot qui au pluriel s'emploie, mdmc en f ran^ais, dans le sens de « jour- 
Aaux. 9 



— 155 — 

J'ignore si quelques-nnes des Gazettes (1) hindoustanies 
d'Agra ont reparu, mais dans tons les cas on en publie une 
nonvelle sous le titre de Mufid'i khaldtCy « I'Avantage des 
peuples D ; et I'editeur Siva N&rdyan, ancien ^Ifeve du col- 
lege de Dehli, puis professeur an mSme ^tablissement avant 
Finsurrection, est connu par plusieurs traductions de I'an- 
glais. Enfin on annonce la publication a Peschawar d'un 
journal mensuel de m^decine intitule AkJibdvi tabibaty 
« Annales de la m^decii\e ». On voudrait en faire un 
mojen de communication entrelesm^decinsnatifshindous 
(missr) et musulmans « hakim d, tant ind(5pendants qu'em- 
ployes par le gouvernement anglais, pour am^Iiorer parmi 
eux les connaissances m^dicales et chirurgioales si arri^rees 
dansTInde, du moins au point de vue europ^en (1). 

Les publications nouvelles sont encore pen nombreuses. 
Une des plus curieuses, c'est le r^cit d^ velopp4 de la grande 
insurrection de 1857. EUe est intitul^e Tarihh-i hagdwat-i 
Hindy « Histoire de la r^ volte de Tlnde ». Je dois k la 
bonne amiti^ de M. Fallon, dont j'ai d^ji parl^, de poss6- 
der les treize num^ros publics en 1859 et en 1860 de cette 
importante relation, r^dig^e par Mukund Lai, ancien 
^14ve du college de Dehli, aujourd'hui sub-assistant surgeon 
et lecturer d'anatomie au college medical d'Agra, et publico 
par les soins du pandit Siva Nftr&yan. 

Une brochure sur le mSme sujet a ^t^ derniferement 
mise au jour k Calcutta par Salyid Ahmadj I'auteur de la 
Description de Dehli, intitule Agar ussanddtdy dont je 
publie en ce moment la traduction dans le journal asiatique ; 
mais il parait qu'elle est r^ig^e en anglais, car elle est 
annonc^e sous le titre de c An account of the hyal Mahame- 
dans in India, ^ 

Un autre ouvrage hindoustani que m'a aussi envoy^ 
M. Fallon, c'est le Radddn^i schdi^ 4: Les messagers 
royaux », qui est la traduction d'un conte moral anglais 

(i) Indiwi Mail, septembre 1860. 



— 156 — 

intitule King^a messengers^ par Siva Na/rdyan. Le style alle- 
gorique de ce petit volume s'adapte tout k fait au gofit 
oriental et rentre dans le domaine de cette litt^rature si 
diflR^rente de la ndtre, et qui a n^anmoins un genre de 
beauts particuliire, car, ainsi que Pa dit un poete persan : 

Har guUrd rang o hoi digarast, 

« Ghaque fleur a une couleur et une odeur difiT^rentes. » 

Le maharaja Aparva Krischna Bah&dur, poete laureat 
du dernier roi de Dehli, d^ji connu comme ^crivain hin- 
doustani, a public k Calcutta, en 1859, un r^cit fidfele de la 
p^riode hindoue v^dantique, sujet qui n'avait encore 6te 
traits par aucun savant europeen. 

Le gouvernement de Madras avait mis au concours un 
traits sur la culture de I'indigo et sur la manifere d'en 
obtenir la mati^re colorante d'aprfes la m^thode europeenne. 
H a re^u sur ce sujet deux m^moires, dont un, jug^ digne 
du prix, sera traduit et imprim^ en hindoustani, en tamoul 
et en t^linga, aux frais du gouvernement, conform^ment k 
une ordonnance du 12 Janvier 1860. 

II a ^te public en 1859 et 1860 nombre d'ouvrages hin- 
doustanis sous les auspices du directeur de rinstruetion 
publique des provinces nord-ouest. Dans un catalogue, que 
j'ai sous les yeux, du 20 avril 1860, du d^pSt d'Allah&b&d, 
j e trouve indiqu^s cent soixante diflKrents ouvrages tant 
urd6s et bindis qu'urdus-anglais, bindis-anglais et urdfls- 
persans. Oes demiers pourraient ^tre trte-utiles en Europe 
s'il y en arrivait des exemplaires. Tels sont les Extraits du 
Gulistan, du Bostan, de rAnwS,r-i Suhaili, d'Abii'l Fazl, 
et de plusieurs autres ouvrages cel^bres. Les autres ne sont 
en g^n^ral que des livres ^lementaires pour I'^ducation des 
natifs. On en a public quelques-unssurdes matiferes d'admi- 
nistration pour les mfemes provinces. Tels sont le KaHd-i 
ffanj-i imtihan-i mdly « la Clef du tr&or de la verification 
des richesses >, et le Dast4r uVamal d rfegles du gouverne- 



Ft" f 



— 157 — 

ment i>j publics Tun et Fautre par les soins du laborieux 
orientaKste Robert Gust, d'Amritsir. Le premier de ces 
ouvrages, qui est un Manuel pour la perception des impfits, 
traduit en hindoustani par Ram Pragdd^ a plusieurs Edi- 
tions, dont la plus r^cente que je connaisse est de Lakhnau, 
1859, in-octavo. 

Le second est un ExposE du droit coutumier pour les 
menues affaires relatives aux finances; il a EtE traduit par 
le munschi Hukm Chand et imprimE aossi k Lakhnau 
en 1859, in-octavo. 

Ces deux volumes font partie d'un envoi considerable 
d'ouvrages indiens et de traductions que M. Robert Oust 
m'a gracieusement adressE, envoi dont fait partie la liste 
interessante des ouvrages hindoustanis et persans trouv& 
dans le palais imperial de Dehli lors du pillage et mis en- 
suite en vente publique aux enchferes. Dans ce curieux cata- 
logue, j'ai trouvE I'indication de quelques ouvrages urdiis 
dont j'ignorais auparavant I'existence. 

M. Fallon, qui travaille i mettre en sens inverse son 
Dictionnaire hindoustani de droit et de commerce, a I'in- 
tention de donner une <5dition des ballades et hymnes en 
hindi du Marwar, ainsi qu'une collection de proverbes 
hindis et urdiis beaucoup plus Etendue que celle de 
Roebuck. 

De son c6te, M. Fitz E. Hall, qui a demi^rement donne 
une Edition du SingJuigan batttct, m'apprend qu'il espire 
pnblier bient6t dans I'lnde, oil il est de retour d'un voyage 
qu'il vient de faire en Europe et en AmEi;ique, une histoire 
speciale, toute prete pour la presse, de la littErature bin- 
die qui contiendra des notices de plus de deux mille ou- 
vrages hindous Ecrits en hindi, qu'il a examines lui-m§me, 
et qui complEtera le pen que j'ai pu dire, loin des sources, 
dans mon « Histoire de la littErature hindouie et hin- 
doustanie 3>. 

Le capitaine H. G. Raverty a publiE un d Thesaurus of 
^lish and hindustani technical Terms 3>; enfin M. W. 



— 158 — 

Wright, professenr 1^ rnniversit^ de Dablin, prepare un 
dictionnaire anglaia-hindonstani, r^dig^ d'apr&s les meil- 
leares sources, et compile snrtont d'apr^ sa propce lecfnre 
des textes ori^iiiaiix. 

La musiqae est la soenr de la po&ie, anssi dois-je men- 
tionner nne matinee mnsicale dont les joumaux de Madras 
out parle avec enthonsiasme, et qui a ^te donn^e en de- 
cembre 1 859 par un chantenr indien de grand talent, disr 
ciple du celfebre poete Day4 lUm, leqnel est auteur entre 
autres du Dayd Vildsy 'd Les plaisirs de la cWmence ou le 
Day& (1) :^, et d'un grand nombre de chansons et de bal- 
lades sur des sujets varies qui forment une collection con- 
siderable. Parmi ces poemes, il y en a de religieux, d'el^- 
giaques, d'drotiques ; quelques-uns offrent la description 
de sites indiens ; d'autres, Thistoire traditionnelle des sou- 
verains hindous et celle des divinit^s mythologiques. Ces 
chants, la plupart en hindoustani, ^loquents de langage et 
riches en images poetiques, sont ceux qu'a fait entendre 
Tartiste dont il s'agit, aux applaudissements des natifs. 

En fait d'editions nouvelles d'ouvrages hindoustanis cla»- 
siques, je signalerai ceUe du Baital pachiciy par M. Duncan 
Forbes, enrichie d'un vocabulaire, qui, jointe k Tuition 
avec traduction interlineaire de feu le regrettable B. Bar- 
ker, permettra k Tetudiant de lire ce livre classique avec 
la facility desirable. 

Les autres ouvrages hindoustanis dont j'ai k parler sont 
imprimis en caractires latins. L'edition k trente mille 
exemplaires du Nouveau Testament et des Psaumes, sur 
deux colonnes, Tune en hindoustani et Tautre en anglais, 
que j'annonQais dans ma derni^re allocution, a paru en 
1860; et le vocabulaire dont M. Cotton Mather doit 
accompagner ces publications est sous presse et verra bien- 
t6t le jour. La traduction du Nouveau Testament, actuel- 
lement public par la Soci^t^ biblique britannique et etran- 

(1) La Soci6t6 Asiatique de Calcutta poss^dc un exemplaire de cetou- 

VRliJC. 



_ 159 ~ 

g^re, est celle du « Translation Committee :» de B^naris. 
Elle me parait avoir pour base celle de H. Martyn ; mais 
elle Ta sensiblement am^lior^e, et comme celle-I& elle est 
directement tradnite du grec et annonc^ comme etant la 
troisiime Edition de cette version. Je n'ai que des ^loges k 
donner k ce travail, dont le style est en pur urd&, et doit 
satisfaire pleinement les natifs. Toutefoisje me permettrai 
de d&approuver Temploi des mots barbares Ahirahamy 
PairaSy Yaruscdaniy Sihya^ etc., pour Ibrahim^ BoutroSj 
Ydraichalim, Schdniy etc., connus dans tout I'Orient chr^- 
tien pour signifier Abraham, Pierre, Jerusalem, Syrie, etc. 
Quant aux expressions saiTamentellee, je ne ferai pas tout 
kfait aux auteurs de cette traduction le mSme reproche que 
j'avais adress^ dans une autre occasion au r^dacteur d'un 
Cat^chisme imprim^ k Bombay, sur les expressions latinos 
inintelligibles aux Orientaux dont il s'^tait servi. A Pexcep- 
tion, je crois, des mots baptUma et halifij/a pour a: bap- 
teme d et ^ ^glise (Edifice) > qui auraient ^te mieux ren- 
dus par les expressions arabes de mamHtdiyat ou itimdd et 
de hiy*aty famili&res aux chr^tiens orientaux, les autres 
mots sp^ciaux sont traduits intelligiblement par des analo- 
gues hindoustanis. 

Le Timesy dans un article plein d'int^r^t du 26 Janvier 
dernier, nous apprend Tapparition de la Bible urdAe, in- 
folio en caract^res latins, aveo les parall^es, publico par les 
les soins du B^v. B. C. Mather, qu'un long s^jour 
dans I'inde a familiarise avec rhindoustani. Le texte ori- 
ginal de la traduction, qui ^tait en la possession de la 
Soci^ biblique britanm'que et ^trang^re, est d(i, dumoins 
en grande partie, k un ^crivain hindoustani distingu^i 
Muhammad Makhdiim-Bakhsch, de Lakhnau, mentionn^ 
parmi les poetes indiens contemporains dans la Biblio- 
graphic anthologique, intitulde GuUchan-M khdr « le Jar- 
din sans Opines. :o 

Les missionnaires anglais ne se contentent pas de distri- 
buer la traduction des livres saints, des livres de pri^res et 



— 160 — 

des traites en hindoustani, ils pr6chent et o^l^rent le ser- 
vice divin en oette langne nniverselle de Tlnde. Lies jonmanx 
locanxmentionnent entre autres, aTecoomplaisanoe, Tallocn- 
tion adress^ en urdCi par T^v^ne de Calcatta aux chretiens 
natife qu'il a confirmes k Bareillj en novembre dernier. 

Si nons en venons maintenant anz onvrages purement 
litteraires, nons tronvons qu'il a pam denx ^itions roma- 
nisdes dn Bag o bahdr^ Fnne dne a Tinfati^ble Duncan 
Forbes, et Tautre a Monier Williams, rhenrenx snccesseor 
de Wilson k la chaire de Sanscrit d'Oxford. 

Le dernier cahier du cMadras Journal of literature and 
science "» contient denx articles pleins d mteret sur le sjs- 
t&me romanisant Le premier est nn rapport de MM. Wal- 
ter Elliot, W. A. Baylej et M.Norman sur la transcription 
des mots indiens en caract^res remains; le second, nne dis- 
sertation du Bev. Dr. Caldwel, le tamuliste, sur la substi- 
tution des caract^s remains aux caract^res indiens. J'ai 
traits sommairement moi-m^e cette question dans ma 
derniere allocution, etjen'y reviendrai pas aujourd'bui. On 
ne saurait disconvenir, dans tous les cas, que les publica- 
tions romanis^es ne soient utiles aux commer9ants et aux 
personnes qui se contentent d'une connaissance superfi- 
cielle de la langue. L'ecriture persane est reellement tr^s- 
imparfaite, k cause de Tabsence des voyelles brfeves; et 
Tecriture d^vanagari est impropre k rendre les mots per- 
sans et arabes qui abondent dans Tbindoustani musulman, 
le plus utile sinon le plusint^ressant des deux dialectes entre 
lesquels la difference de religion a partag^ Tbindoustani : la 
brancbe bindouie et bindie, et la brancbe urdiie et daknie. 

Pour faire comprendre I'enorme difference qu'il y a entre 
r^criture d^fectueuse de I'lnde musulmane, pour laqaelle 
on emploie les caract&res persans, et I'^criture romaine 
adapt^e k I'bindoustani, et montrer Tavantage de cette der- 
niire m^tbode sur I'autre, Gul^m'Ali, de Madras, auteur, 
entre autres, de dialogues bindonstanis estimes, a public, en 
parall&le sur deux colonnes, quelques pbrases bindoustanies 



— 161 — 

exprim^es dans les deux systimes, lesquelles ont 6i& repro*^ 
dnites k la suite d'une lettre de M. Monier Williams, dans 
le c Times :d du 25 octobre dernier (1). Ce parall&le est fait 
ponr convaincre de la superiority de notre ^criture sur 
r^criture arabe. « C'est en effet un plaisir, .dit k ce sujet le 
savant orientaliste M. A. Sprenger, de lire un livre avec 
toutes ses vojelles et sans Hre oblig^ de compter les points 
diacritiqnesy tandis que la lecture des caract&res persans, 
bien qu'on y soit trte-habitu^, est fatigante et exige beau- 
oonp d'attention. :» 

L'Inde vient d'etre privee de la presence d'un homme 
d'Etat qui ^tait un des promoteurs les plus ^clair^s de Ta- 
doption des caract&res latins pour ^crire'les langues de 
rinde, et particuliirement rhindoustani. Je reux parler de 
sir Oh. Trevelyan, qui a quitt^ Madras en juin dernier, 
mais qui, de retour en Angleterre, continuera sans doute k 
s'int^resser, avec le zile qu^on lui connait, aux Indiens dont 
il a su se faire aimer, et k leur langue harmonieuse. 

Les visites des Indiens en Europe deviennent plus fr^- 
qnentes. Chaque paquebot amine quelque Indien en Angle- 
terre. Ceux-ci viennent y faire un voyage d*agr6ment, ceux- 
]k viennent y etudier la m^decine, les lois, la maniire de 



(1) Voici cct 6chantilloii : 
Maniere ordinaire d'icrire : 

Atny khyn pr mskrakrfrmaya bhla 
k'wy bw asy daralshfa myn rkhw jb 
bhla chnga hwga tab as kv abwal ky 
prsshkyjaygy khwjy ny khaagrapny 
dst kbas sy glab as pr chhrky awr 
zbo sy kchh frmay tw as kw apny 
jyny ka bhpwsa bndhy naamydy Dry 



jyny ka 
Ayz by 



dnya bamyd qaym by. 



Sy$tim» romanitant : 

Itne kabne par, muskursikar far- 
m^v^ : « Bbali : kof bo, ise dar-ush- 
sbifa men rakbo ! Jab bhala chanr^ 
bog^^ tab us ke abwal ki pursisb ki 
j^egi. » Kboje ne kahd : « Agar apne 
dast-i-kbds se gulab us par cbhir^ 
kiye^ aur zub^n se kucbb farmdiye, 
to us ko apne j jne k^ bbarosa bandbc. 
Ni ummedi buii cbiz bai; dunya 
bjji-ummedd qsiim bai. » 



TaADUCTioN : 



Apr^s avoir eniendu ces mots, elle dit en souriaut : • Bien, s'il y a 
ici quelqu'un, qu'ilporte (ce ieune bomme) k I'bospice, et lorsqu'il sera 
guM on Ini demandera son bistoire. L'eunuque dit : « Si vous jetez sur 
IqI de I'eau de rose de votre propre main, et que vous lui adressiezquel- 
qoes paroles, il pourra esp6rer de vivre. Le desespoir est une mauvaise 
chose. Le monde ne vit que par Tespdrance. » 



— 162 — 

tenir le« ^ooles. D'un autre c6t^, I'^tude de Phindoustani 
prend de plus en plus du d^veloppement, a cause de Timpor- 
tance croissante de la langne. La chaire (teachership) 
d' Oxford, etablie pour Tenseignement special de cette Ian- 
gue, a ^t^ confine en definitive au capitaine J. Chambers. 
On en ^tabli une pareille k Tuniversitd de Cambridge, eton 
y a nomm^, le 28 novembre dernier, le major J. G. Ste- 
phen, dont le principal concurrent (1) etait Saiyid Ahmad, 
qui enseigne dejk avec succes Thindoustani k VUniversib/ 
College de Londres, oil il a succ(?d6 k I'excellent F. FsJ- 
coner. Ne pourrait-on pas I'adjoindre, k Cambridge ou a 
Oxford, au professeur titulaire, pour enseigner k bien pro- 
noncer, k parler et k ^crire I'hindoustani, comme on I'avait 
fait jadis k notre ^cole lorsqu'on j adjoignit pour arabe, 
k feu I'illustre de Sacy, le savant ^gyptien dom Raphael 
Monachis? 

Dans tons les cas, voili done les anciennes universites 
d'Anglelerre pourvues, aussi bien que leur jeune soeurde 
Londres, de cet indispensable enseignement. Tout fait pen- 
ser que la m^me mesure ne tardera pas k tire prise pour les 
universites de Dublin et d'Ecosse, et qu'ain.«i toutes les uni- 
versites du Royaume-Uni seront egalement dotees. On doit 
nommer aussi un professeur d'hindoustani k rAcad^mie 
royale militaire de Woolwich, a laquelle il est decidement 
question de r^unir le college militaire de la compagnie des 
Indes d'Addiscombe. 

On a nommi conservateur de la biblioth^ue de VEad" 
India House un hindoustaniste tris-distingue qui ne le cMe 
en rien, dans sa connaissance du Sanscrit, k ses predeces- 
seurs Wilkins et Wilson, c'est k savoir le D** J. Ballan- 
tyne, connu par des publications nombreuses et estimees. 

(l)Pariniles candidats malheureux k ces deuxchaires, on me permeltra 
de mentionner le major M. S. Otley que je m'honore d'avoir eu autrefois 
pour auditeur, et dont difTerentstravaux annonccnt une connaissance pfo- 
londede Thindoustani : entre auires les trois lettres adressees au tres-hono- 
raUe lord Stanley sur la langue et la liUerature bindoustanies, ias^rees 
dim lea num^rua da ^ man, du 12 et du 25 avril 1859 du IfortMiif 
ChrenUU, 



— 163 — 

Nous deyons nons f^liciter aussi de ce qne les candidats 
pour le d^partement da commissariat de Tarm^ de Tlnde 
devront d^sormais lireetexpliquer en anglais trois morceaux 
hindonstanis quails n'auront jamais vus auparavant, traduire 
de fa^on k £tre compris d'un natif une piice relative k Tad- 
ministration, de I'anglais en hindoustani et en hindi, dieter 
cooramment la traduction en hindoustani d'une lettre an- 
glaise, enfin converser avec deux ou trois natifs, de mani^re 
a les comprendre et 'k en 6tre compris. 

Depuis ma demi^re allocution, la mort a enlev^ plusienrs 
savants qui ^taient vers^ dans la connaissance de I'impor- 
tante langue dont nous nous occupons. Le plus considera- 
ble, c'est rhabile ^rudit H. H. Wilson dont M. J. Mohl a 
donne, dans son rapport de 1860 sur les travaux de la So- 
ci^t^ asiatique, une biographic si exacte et si intelligente, 
et anquelj'ai consacr^ moi-m6me un article dans la <i Revue 
orientale 2> (1), mais que je ne consid^re ici que comme 
Mndoustani8t€f qualification qu'on est bien en droit de lui 
donner, k cause de son curieux € M^moire sur les sectes 
hindoues :^, d Vpr^ les ^crivains hindisetdeson « Glossaire 
des termes indiens de droit et de finance i>. 

Je dois mentionner ensuite deux orientalistes anglais 
distingu^s, morts tons les deux k la fleur de I'&ge au mois de 
mai dernier : William H. Morley et Cockburn Thompson. 
NiPun ni Tautre ne s'occupaient specialement d'hindoustani, 
mais ils Tavaient cultive tons les deux, et le dernier avait 
frequent^ mon cours. 

Enfin, deux ^minents personnages amis de I'lnde m^ri- 
tent d'etre rappel^s ici. Le premier, c'est le grand historien, 
orateur, essayiste et poete lord Macaulay, dec^d^ le 28 d^- 
cenbre 1859. II avait pass^ plusieurs ann^s de sa vie dans 
rinde, et il s'int^ressait vivement k la prosp^rit^ de cette 
belle contr^e, qu'il connaissait k fond. II j avait rempli les 
fonctions de membre du conseil supreme, et avait ^t^ sp^cia- 

(t) Nam6ro d octobre 1860. 



— 164 — 

lement charg<i de preparer un noavean code des lois in- 
diennes dont il ne put terminer que le code p^nal, vrai chef- 
d'oeuvre, trop parfait pour Hre mis en pratique, et qui est 
ainsi devenu lettre morte. 

Le second, c'est I'honorable Montstuart Elphinstone, ne 
en 1778 et mort en 1859, oncle du gouverneur actual de 
Bombay, lord Elphinstone. Je ne parlerai pas de sa brillante 
carriere politique, mais seulement de sa connaissance de 
rhindoustani et des encouragements qu'il a donnas k Tetude 
de cette langue. II est connu dans le monde savant par la 
relation de son ambassade au Caboul en 1809, et siu^out 
par son « Hi&toire del'Inde j>, malheureusement inachev^e, 
mais qui a eu n^anmoins plusieurs Editions. II fut pendant 
longtemps gouverneur de Bombay, et Muhammad Ibrahim 
Machab (1) lui d^dia. en 1823, une « Grammaire hindous- 
tanie 3) qu'il intitula en consequence Tuhfa-e Elphinstone 
€ Present h Elphinstone 3>. On pent dire de cet excellent 
ami de Flnde ce qui a ^te dit de Thistorien am^ricain 
Prescott ; 

* 
None knew him but to love him, 
None named him but to praise. 

Je continuerai cette ann^e I'explication, taut en carac- 
tires indo-persansqu'en caract^res remains, du JBdff o bahdr^ 
qui est ^crit en pur dialecte urd6, et des « Aventures de 
K^irariipD, d'aprfes la redaction de Tahcin uddin, en dialecte 
du D^can. Je vous ai donn^, messieurs, dans une allocution 
antdrieure (2), I'analyse du premier de ces ouvrages. Quant 
au second, il est fond^ sur une l^gende que Goethe a appelee 
inappreciable (unschatzbare), et qui, bien qu'indienne, fait 
le sujet de plusieurs romans hindoustanis et persans &rits 
par des musulmans. EUe a beaucoup d'analogie avec le conte 



(1) Voyez sur cet 6crivain et sur cet ouvrage men Hist, de la litter. 
hind,, t. I, p. 314. 

(2) Celle de 1833. 




— 165 — 

arabe de € Sindebad le Marin }>, et rappelle quelques aven* 
tares d'Ulysse. On en jugera par la courte analyse que je 
vais en donner aujourd'hni. 

Le poeme commence par une ^loqnente invocation dans 
laquelle se trouve ce melange d'amour sacr^ et profane au- 
quel doit s'habituer celui qui ^tudie les litt^ratures de I'O- 
rient. 

€ Dieu, s'ecrie le poete, tu es vraiment le cr^ateur de 
I'univers; tu es Tauteur du monde visible et du monde in- 
visible (1). C'est de tes tr^sors que vivent les creatures 
sans les trouver jamais ^puis^s. Tu as tout cr^e par amour, 
et ton amour a agit^ tons les coeurs. Mais le sifecle se rit de 
Thomme dont le coeur est la residence de I'amour, et toute- 
fois celui en qui rijgne I'amour a sur les autres hommes 
une honorable prominence. » 

L'auteur termine Son invocation, dont je ne cite que quel- 
ques phrases, par I'analjse du mot ^isckc a: amour », et . il 
explique la signification des lettres dont il se compose; 
enfin il arrive k son r^cit. H s'agit d'un souverain qui r^gnait 
sur le royaume d'Aoudh, mais qui n'etait pas musulman 
comme de nos jours. H descendait sans doute du grand 
Rima, toutefois le poete ne donne pas son nom, car il I'ap- 
pelle simplement le m&hdr&j Pit ou Pat (pour Pati), c'est- 
i-dire « le Seigneur Grand Roi ». Pit n'avait pas d'enfant, 
pas d'h^ritier direct. Pour en obtenir un, il annonce une 
large distribution de vi vres aux faquirs dans la ville d' Aoudli- 
piir, sa capitale. II en vient de tons les c6t&, et enfin il 
s'en trouve \m qui lui donne un fruit de sri € prosp<5- 
rit^ j> (2) en lui recommandant de le faire manger k la 
reine. Sundar-riip « beau visage », tel ^tait le nom de cette 
princesse, mange en eifet ce fruit, et ne tarde pas k en 
ressentir Tefiet desire; bien plus, six autres dames, femmes 
des principaux ofHciers du roi, qui avaient goiit^ du m^me 

(i) Visibilium et invisibilium du symbole de Nic^e. 
v^i Ce fruit, qui est nomiiK^ plus ordioairement hel en hindoustani, 
k'appelle^ en terriie de botanique, cralceva marmelot. 



^ 166 — 

fruit, 8ont aussi enceintes en mSme temps et aocouchent le 
mSme jour que la reine, qui met au jour un prince beau 
comme la lune de la quatorzifeme nuit et qu'on nomme 
K^mriip « visage d'amour ». De ^andes rdjouissances 
suivent le joyeux ^v^nement; de nombreux nazar sont 
d^pos^s devant le roi; Tor et I'argent lui sont offerts (1). 
Los instruments de musique r^sonnent. De tonte part de 
jeunes gargons, de gentilles bayaderes ex^cutent des danses 
gracieuses. Puis les pandits tirent I'horoscope du jeune 
prince, d'aprfes lequel il devait courir de grands dangers par 
suite d'un sentiment amoureux qu'il ressentirait dis sa dou- 
zi^me ann^e. De Ik, grande inquietude du roi et ordre de 
garder k vue, dans un chateau entour^ d'un immense pare, 
le prince royal avec les six enfants n^s en m6me temps 
que lui jusqu'aprfes I'^poque fatale. On ne neglige pas 
cependant I'^ducation de K^mriip et de ses compagnons. 
D^s r^ge de cinq ans, on met entre leurs mains une 
tablette d'or et on leur apprend k ^crire. On enseighe sp^ 
cialement au premier I'art der^gner ; k Mitarchand, fils du 
vizir, I'art degouverner; la medecine k Kunwalr6p, fils du 
medecin du mah^r&j ; la joaillerie k Manik, fils du joaillier 
de la couronne; la litterature, I'astronomie et la th^ologie i 
AchAraj, fils de I'astrologue de la cour; la peinture k Chi- 
tarmau, fils du peintre de Sa Majesty ; enfin la musique k 
Basrang, fils du chef de I'orchestre royal. Ces enfants 
passaient assez gaiement leur temps, partag^ entre I'^tude 
et des amusements varies, y compris le plaisir de la cliasse, 
Mais personne ne pent annuler I'^crit du destin : la fatale 
douzi&me ann^e arriva, et un jour qu'accable par la chaleur 
K^mriip s'^tait endormi, il se trouva, en songe, dans un 
admirable jardin dont la gracieuse habitante ^tait la prin- 
cesse Kala, fiUe du roi de Sarandip ou Ceylan, au cou de 



(!) Dans Rome imp6riale on mettait aux pieds des protecteure et des 

Satrons une pi^ce d'argenterie, un poisson, des dattes^ des rubans, une 
gure de cire, un papyrus, etc., et a d^faut d'autre chose, le consul ou le 
s^nateur recevait, comme dansl'Inde, Targent monnay^ queluioffraitson 
client. 



— 167 — 

cjgne, a la bonche de nenuphar, k la taille de lion. Ses 
pieds ('talent om^ de dochettes qui retentissaient lordqu'elle 
mi^rehait; ses mains rongies par le hinna, ses cheveux 
ornes de perles, ses yeux de gazelle entourfe de noir col- 
lyre, ses l^vres teintes de missi. EUe ^tait suivie de jolies 
compagnes au v^tement couleur de rose qui fol4traient 
sous les arbres touffus. Chose singulifere ! pendant que 
E^mriip voit Kala en songe, Kala r6vo de son cote et voit 
aussi en songe le prince. Ds deviennent ^pris Tun de I'autre; 
la fliche de I'Amour les perce tons les deux; la chaine do 
TAmour les serre tons les deux, et ils se jurent un eternel 
amour aprte s'^tre dit Tun k I'autre qui ils ^taient. 

Cependant Kdmrftp se reveille en proie a Tagitation la 
plus vive. L'amour de Kala remplissait son coeur; son image 
errait autour de lui ; les douces paroles qu il avait entendues 
ilaient presentes k son esprit, et cependant le nom de celle 
dentil ^tait]^pris ^tait eflFace de sa memoire. II avait tout oublie, 
excepts les traits ch^ris de Kala, qui ^taient graves dans 
son coeur comme une inscription sur la pierre. La mfime 
chose pr^cis^ment ^tait arriv^e k Kala. Cependant les com- 
pagnons du prince, inquiets, s'infbrment du siijet de son 
trouble, mais il ne dit pas un mot et semblait ne pas enten- 
dre les paroles qu'on lui adressait; il r^pandait des larmes 
abondantes, et de d^sespoir il se frappait la t&te. Mitarchand, 
celui des amis du prince avec qui il sympathisait le plus, 
finit par lui arracher son secret, et alors le mah&r^j son p^re 
voulut essayer de I'exp^dient qui lui avait r^ussi une pre- 
miere fois. II ordonna de nouvelles distributions aum6ni^- 
res auxquelles il invita tons les Strangers qui voudraient y 
prendre part. II les faisait venir, conversait avec eux, et 
lenr iaisait raconter leurs aventures devant K&mrdp. Enfin 
mi brahmane, celui-l& m^me qui desservait la pagode dans 
laqaelle Kala avait fait le pi\j4 aprte son r6ve et qui k sa 
demande ^tait all^ k la recherche du prince inconnu, se 
pr^smita k la cbaudrerie d'Aoudhpiir. On lui demanda qui 
il ^ait et d'od il venait. < Je m'appelle Sumit, dit-il, et je 




— 168 — 

aiiis le purohit du temple d'Hardw&r en Sarandip ». A ces 
mots K&mriip s'ecrie : « Je me le rappelle it pr^nt^ Sa- 
randip est le nom du pays de celle qui a tonch^ mon coeur 9. 
Le brahmane Stranger ajoute : a K^mr^j est mon roi i>. 
Nouvelle exclamation de K&mrClp, qui se rappelle que tel 
itait le nom du pfere de celle qu'il avait vue en songe. De- 
sormais le mystire est ^clairci, Sumit annonce quMl est en- 
voy^ par Kala k la recherche du prince qui I'a charm^, et 
Roj Pit se decide i laisser partir KHmrClp suivi de sea six 
compagnons sous la conduite de Sumit pour aller trouver k 
Ceylan la belle Kala et la demander en mariage. Les pan- 
dits fixent I'heure du d^pai-t, et le prince, apr^s avoir pris 
cong^ de sa mfere, qui, en signe de bon augure, lui tutoue 
le front avec du lait cailleJ, se met en route, II s'embarque 
ensuite k Hougly ; il dtait dijk en vue de Ceylan, et Sumit 
lui montrait m^me de loin la pagode de Kala, lorsqu'une 
afFreuse tempete I'assaillit; le navire que montaient Kto- 
Ttip et ses compagnons, est mis en pieces, et les huit voya- 
geurs s'attachent chacun k une de ses planches, que les 
vagues portent qk et Ik. 

Enfin K4mr6p est jet^ sur im rivage desert, et il se 
trouve dans un bois epais; il s'y nourrit de fruits sauvages 
et passe la nuit sur un arbre. II finit par se trouver dans un 
maguifique jardin qui n'^tait autre que celui de Raota, la 
reinedu pays des Amazones {^Tiryardj)^ oh il n'estpermis 
k aucun hommo do p^n^trer. Oependant K&mr6p a le bon- 
heur de plaire k Baota, et il ^tait sur le point d'oublier pour 
elle Kala, quand celle-ci lui apparait en songe et lui repro* 
che de m^connaitre Thonneur, la v(^rit^ et la justice. Kto- 
r^p s'^chappe, mais il tombe ^vanoui et est enlevd par une 
fee qui le transporte aumont Caf, s^jour des dives et des ogres 
(rdkhkas) . Le fianc^ de la f(5e, anim^ par la jalousie, s'empare 
un jour de K^mr6p et le lance dans TOc^an. Cette fois il est 
jet^ par les flots sur une plage de Tile de Sarandip habitee 
par les Tasmapa'ir (jambes de cuir). Ces monstres, qui ne 
peuvent marcher, s'emparent des voyageurs qui travetseut 



— 169 — 

leur contr^e et s'en servent de monture. Un d'eux grimpe 
8ur les ^panles de K^mriip et le force, en lui donnant dea 
sonfHets, de le porter. Heureusement pour le prince, il 
trouve un jour des vignes charges de raisins; il en exprime 
le jus et en fait du vin marteL Tons les Tasmapa'irs, k qui 
cette liqueur ^tait inconnue, en boivent avidement, et quand 
ils ont perdu la raison, K&mriip et ses compagnons dMnfor- 
tune les tuent impitoyablement et s'enfuient dans toutes les 
directions. I7n d'eux s^attache aux pas du prince qu'il croit 
reconnaitre, c'^tait Mitarchand, son ami d^vou^, qui pris 
par un ogre, nouveau Polyphime, avait ^te mis dans une 
caverne avec d^autres hommes pour 6tre, comme eux, devor^ 
k son tour, mais dont Findiffl^rence pour la vie avait touchy 
le r&khhas, qui T avait rel&ch^, etlui avait donn^ uneboucle 
de ses cheveux a br61er en cas d'accident pour qu'il p6t venir 
a son secours. K^mrilpetMitarcband s' en tret enaient ensem- 
ble, lorsqu'un perroquet vient famili^rement se poser sur la 
main du prince. Un ruban qu'il avait kla patte se detache,et le 
perroquet devient un 6tre humain sous les traits duquel les 
deux amis reconnaissent Ach&raj. Celui-ci raconte qu'une 
fie qui I'avait pris le changeait k son gr^ en perroquet dont 
elle serrait la patte avec un ruban magique, mais qu'enfin il 
avait pu tromper sa vigilance. Les trois compagnons conti- 
nuent leur route, et ils ne tardent pas d'fetre accost^s par 
nn brahmane, lequel ^tait pr^cis^ment celui qui avait donn^ 
k la mfere de Kd^mrfip le fruit miraculeux auquel ^tait due 
sa naissance. .Ce brahmane avait trouv^ dans les bois la 
pierre philosophale, dont il n'avait que faire puisqu'il avait 
embrassd la pauvrete. II remet done la pierre merveilleuse 
k Kkmitiii en lui lisant : a Prends cette pierre et garde-la 
soigneusement. EnTappliquant k du fer, il deviendra de Tor- 
Par I'or toutes les affaires s'arrangent facilement, et c'est 
I'or qui les fait r^ussir. Celui qui poss^de des pieces de ce 
metal ^pr: uv&s par la pierre de touche est s6r d'etre con- 
Bid^r^. » 

Les trois compagnons poursoivent leur route, et voili 



— 170 — 

qii'ils rencontrent un noureau voyageur qui n'etiait autre 
que le peintre CJhitarman, qui apris le naufrage avait aborde 
k Ceylan, et ayant eu Toccasion de faire connaitre son ta- 
lent, avait ^t^ charg^ par K&mr^j, le pfere de Kala, d'oraer 
son palais de peintures. Mais sur ses entrefaites il etait 
tombe malade, et le m^decin que K&mr^j avait charg^ de 
le soigner ^tait precis^ment Kunwalrftp, un autre des com- 
pagnons de K&mrilip, qui par suite d'aventures troplongues 
k rapporter ici avait ^t^ pr^sent^ k Ktorfij comme un ha- 
bile m&lecin capable de gu^rir Kala de la maladie dont 
elle etait atteinte et qui n'^tait autre chose que I'amour de 
K&mriip. Les deux anciens amis n'ont pas de peine k se 
reconnaitre. Kunwalriip, devinant la vraie maladie de sa 
royale cliente, fait faire k Chitarman et remet k la princesse 
une suite de dessins repr^sentant K^mriip entour^ de ses 
six amis, son entre^'ue avec Sumit, et enfin son depart pour 
Sarandip. Kala comprend tout et ^prouve du soulagement; 
son p^re satisfait se decide k convoquer une reunion de 
princes (swayambar) pour que sa fiUe puisse choisir elle- 
m^me un (5poux , conform^ment aux anciens usages in- 
diens. K^mr6p, qui en est intruit par Sumit, prie Ach&r^j 
de reprendre sa forme de perroquet et d'aller avertir Kala 
qu'il se pr^sentera dans le swayambar sous le costume de 
faquir. Kala aconfiance, car elle reconnait parmi les figures 
de ses dessins, AchHr^j, qui, devant elle, avait repris la for- 
me humaine. 

Le swayambar a lieu, Kala reconnait K4mriip et lui met 
au cou le collier qui devait indiquer son choix. K&mr^j qui 
prend K&mrAp pour un veritable faquir, ordonne de lui ar- 
racher le collier et le fait jeter lui et ses compagnons dans 
une citeme; mais au moyen de la boude de cheveux du 
rakhhas et de la pierre philosophale, K&mrdp se pr^sente 
princi^rement devant Kftmrdj, qui Taccepte pour gendre; 
ainsi le double rSve se realise, et le mariage de K&mr6p et 
de Kala termine la s^rie de leurs aventures. 

Sous une forme leg&re^ ce roman nous offjre, messieurs, 



■pir^ 



— 171 — 



un veritable cours d'ethnologie indienne et nous instmit 
mieux peut-6tre que ne le ferait un traits special. La lec- 
ture des ouvrages d'imagination tels que celui-ci fait con- 
naitre intimement, si je puis parler ainsi, I'Orient d'oi est 
partie toute lumi^re, et initie facilement k des etudes plus 
s^rieuses. Que de jeunes gens qui perdent dans le d^soeu- 
vrement un temps pr^cieux et qui trouveraient dans I'^tude 
des langues orientales une int^ressante occupation. Cooper 
a dit : 

A want of occupation is not rest. 

A mind quite vacant is a mind (ii^tress'd. 

Et qu'il me soit permis de citer encore en finissant ce 
queditde I'instruction eng^n^ral le poete persan Attar dans 
son Mantic uttair (vers 3487-88 de mon Edition) : 

€ Le monde, palais de douleur, est tout obscurity, mais 
Tinstruction y brille comme une lampe qui indique le cke- 
min. Ge qui guide en effet ton &me dans ce lieu t^n^breux, 
c'est le jojau de rinstruction, le di&mant de la science qui 
dilate le coeur. ]> 



-^ 172 -r. 



ONZIIEME DISC0I5RS 



2 d^cembre 1861. 

Messieurs, 

Les amis de I'lnde ne peuvent manquer de voir avec sa- 
tisfaction les progrfes litteraires et scientifiqnes qui s'y 
xuaDifestent de jour en jour. Les publications hindous- 
tanies, presque entierement interrompues pendant I'insur- 
rection, deviennent aujourd'hui de plus en plus nombreuses, 
et le gouvemement anglais les encourage et les aide sou- 
vent parses subventions; car Thindoustani ^tant la langae 
des affaires et de la politique employee dans une grande 
partie de I'Inde par les Europeens et les Eurasiens (1) pour 
se mettre en rapport avec les Indiens, il est de la dernifere 
importance que la culture en soit favoris^. Ainsi, quoique 
bien des Indiens ^tudient I'anglais, ils n'auront cependant 
pas k dire : 

My native language (2) now I must forego. 

Dans les provinces nord-ouest, les joumaux hindous- 
tanis, tant en urdix qu'en hindi, reprennent pen k peu le 
nombre et I'importance qu'ils avaient avant 1857. Au com- 
mencement de I'ann^e, il en existait dix-sept, dont je dois 
la liste k I'honorable directeur de I'instruction publique 
dans ces m^mes provinces, I'excellent M. H. Stewart Reid. 

(1) On nomme ains) les m^tis^ fils d'EaropSens et de femrries in- 
diennes. 

(2) Shakespeare, Richard IL 11 y a dans le texte english au lieu de Ian- 
9uage que j'y ai substitu^. 



— 173 — 

Snr ce nombre, on en compte onze en iiidti et six en hindi, 
bait sont publics k AgtB,, denx k Ajmir, denx k Etawah et 
nn dans chacune des villes de Londiana, de Mirath, de 
Jaunpur, de Saharanpnr, d*AUali&bdd, de Cawnpur. Dehli 
ne fignre pas sur cette list^, car les huit k dix jonmaux qui 
y etaient publics disparurent devant I'lnsurrection; mais 
plusieurs sans doute ont paru de nouveau k cette heure ou 
ont remplace les anciens. 

Le iVf2r uU(d>sdr (la Lumifere des regards) et le Bvdhi 
prakdsch (le Flambeau de Tintelligence) d'Agra, existent 
depuis plusieurs ann^es, et j'ai eu Toccasion d'en parler 
d^jk. Le Mufid khaldic (I'Avantage des peuples) existait 
aussi ; mais son ^diteur, Siva Nar&yan, ^crivain distingu^, 
en donne aujourd'hui la contre-partie en dialecte hindl, 
sous le titre de Sarvupkdrik (Action utile k tons), afin de 
plaire aux Hindous, qui aiment k distingiier leur langage 
de celui des musulmans^ ne serait-ce que par I'^criture. II 
continue k publier en outre un cahier mensuel du Bagdwdt 
Hind (histoire de a Tlnsurrection de I'lnde »),par Mukund 
Ml. 

Les nouveaux journaux d'Agra sont : 

TjAftdb^dlam tab (le Soleil qui ^claire le monde), en 
urdii, reproduit en hindi sous le titre analogue de Surdj 
prakdsch (la Lumifere du soleil), et r^dig^ par un Hindou 
nomme Ganescb JM (1). 

IjAklihdr Haidari (les Nouvelles de Haidari) et VAkhhdr 
Hugatni (les Nouvelles de HuQain), r^dig^s Tun et I'autre 
en urdii, le premier par Mirzft 'Ali HuQami Haidari, et le 
second par Sai'yid Hu^ain'Ali, professeur au coll(5ge des 
natifs de Dehli, auteur d'une traduction hindoustanie des 
« Mille et une N uits. 3> 

Les deux journaux d'Ajmir sont : le Jaglabh chintak 
(Pens^es sur les avantages du monde), journal hindi auquel 
parait correspondrele ^Aafr khwdh khaldic (1' Ami des cr^a- 

(1) G'est-^-dire le Gh^ri de Gtoescha (dieu de la sagesse). 



— 174 — 

tures) Journal urdA, ^dit^ par Sohan Ldl et Ajodhya Pra- 
<^y ecrivain hindoustani connu par plusienrs ouvra^s de 
mathematiques et autres productions. 

Nous trouvons k Etawah la gazette bi-mensuelle intitu- 
lee PrajaMt (ramour des sujets), publiee. k rimprimerie 
appelee Masdar vJtC altm (la source de I'instruction), repro- 
duite en urdii sous le litre identlque de Muhabbat RoHdya^ 
et traduite en anglais sous celui de People's Friend (1' Ami 
du peuple). Cc joumaj, qui est public par le hakim (doc- 
teur) Jaw&hir Lai, auteur de nombreux outrages, dont 
plusieurs traduits de Tanglais, parait avoir remplace la ga- 
zette d'Agra, intitule Akhbar unrtawdh (Nouvelles des dif- 
f(^rentes contrees), dont Jaw&hir L^ etait aussi Tcklitear. 
Ici, comme auparavant, son but est de repandre de bons 
principes de morale par ses articles de fond et de donner 
des nouvelles siires et non des caquets pris an hasard. 

A Loudiana, le journal hebdomadaire JVur ^ala un-nur 
(Lumi&re sur lumi&re) a cesse de paraitre, mais il a ^te 
remplac^ par V Akhbar majnuC ulbahram (les Nouvelles du 
confluent des deux eaux (1), qui e&t r^dige par Asgar 
Hu^ain* 

A Mirat, une nouvelle feuille a vu le jour : c'est V Akhbar 
uVdlam (les Nouvelles du monde), imprime k Ia typogra- 
phic du Nixr ulabfdr (lumi&re des yeux), et ddit^ par Mu- 
hammad WajUhat 'Ali Khdn. 

Nous trouvons k Jaunpur le Nacim-i Jaunpur (le Zephir 
de Jaunpur), r^dig^ par Saiyid Muzaffar uddin ; a Saharan- 
pur, le Victoria Gazette^ qui,.bien que r^dig^ par un Anglais, 
et malgr^ son titre anglais, e^t neanmoins en bon hindous- 
tani; k Allah&bftd, 1' Amin ulakhbdr^Ye Confident des nou- 
velles, dont 'Aziz uddin Elhlln, musulman distingu^, est 
I'^teur ; enfin a Cawnpur, un journal quotidien intitule 

(1) G'est-^-dire douce et sal^e, de la riviere et de la mer, ou des deaz 
mers, par allusion k une expression du Coran^ xxv, 55 et ailieurs. On sait 
que le Grand Turc, comme on Tappelait autrefois, s'intitule « le sultan 
aes deux terres (FAsie et I'Europe) et des deux mers (la mer Blanche, ou 
la M^diterran^e, et la mer Noire). » 



— 175 — 

SMhri TUtj c'est-k-dire ala Flarnme de Sinai, J> nora de la 
typographic oi 11 est imprim^ par les soins de I'^diteur 
Jumna Prasad. 

Malheureusement ces jonrnanx ne sont pas tir^s k an 
tr^-grand nombre d'exemplaires (1) et ne sont lus que par 
la plus petite partie des trente-trois millions d'habitants de 
ces provinces, 

Je manque de renseignements sur les journaux. faindous- 
tanis des autres localit^s de I'Inde. Je puis dire aeulement 
que le journal de Surate, public en 1860, sous le titre de 
Manzur ulakhbdr (Revue des nouvelles), a chang^ ce titre 
en celui de Najm ulakhbdr (FEtoile des nouvelles) , et que 
VUrdiX Guide (le guide urdft), de Calcutta, dont un nume5ro 
tomb^ par hasard entre mes mains m'a iev«51^ Texistence, 
continue a paraitre le vendredi de chaque semaine. 

Au commencement de 1860, il y avait en activity 
dans les provinces nord-ouest quarante-six imprimeries 
hindoustanies, en y joignant riraprimerie des missions de 
Mirzapur et le Medical Press ; et, dans le courant de I'an- 
nee pr^c^dente, trois cent quat^e-^^ngt-8ix publications dif- 
ferentes comprenant 653,543 exemplaires, en etaient sor- 
ties, selon ce quem'apprend M. H. Steward Beid, dont j'ai 
meutionn^ il y a un instant la favorable assistance. De ces 
publications, quarante-cinq, comprenant 351,600 exem- 
plaires, sont des livres d'ecole publics par la Direction de 
rinstruction publique des provinces nord-ouest, et les trois 
cent quarante et un autres ouvrages formant 301,943 exem- 
plaires pouvant se classer ainsi qu'il suit : 

1^ Livres ^l^mentaires tels que abec^daires, grammaires, 
rWtoriques, etc., trente-huit ouvrages ou brochures : 
48,700 exemplaires; 

2^ Religion et morale, philosophie et mythologie, cent 
cinq ouvrages : 127,700 exemplaires; 



(1) Le Prajdhitf qui est le pltra i^pandn, n'est itrd qu'4 quatre miUa 
exeujpUirea. 



— 176 — 

* 

3** Astronomie etastrologie, quiaze ouvrages : 7,050 exem- 
plaires ; 

4° Po&ie, vingt et ua ouvrages : 18,044 exem- 
plaires ; 

5" Histoire, neuf ouvrages : 3,550 exemplaires; 
6° Jurisprudence, lois, statuts, cinqaante-cinq ouvrages ; 
26,229 exemplaires; 

7® M^decine, sept trait^s : 5,300 exemplaires ; 
8° Geographie, sept ouvrages : 2,840 exemplaires ; 
9® Arithmdtique, g^om^trie, alg^bre, etc., quatre ou- 
vrages : 1,850 exemplaires ; , 

10° Almanauhs, vingt brochures : 17,325 exemplaires; 
11** Enfin unmanuel des postes, tir^ seulement a 402 ex- 
emplaires. 

L'histoire occupe bien pen de place dans cette liste : c'est 
que les Indiens font peu de cas de cette branche des connais- 
sances humaii)es, adoptant sans doute la definition chagrine 
qui en a et^ donnee quelque part, qu'ellen'est gufere, en ge- 
neral, qu'une reunion de traditions incertaines color^es par 
les pr^jugesi individuels. 

TJne des plus importantes d'entre les publications hin- 
doustanies r^centes, c'est le nouveau code p^nal indien 
(MajmiCa cawdmn ta'zirdt)^ in-quarto d'environ 250 pages, 
traduit de I'anglais par de savants natifs, avec I'aide de 
M. H. Stewart Eeid, et soigneusement revu par le lieute- 
nant gouverneuir, I'honorable G. Edmonstone lui-m6me. Le 
code de procedure devait ^tre public avant la fin de cette 
ann^e, car les nouvelles lois criminelles auront force de loi & 
partir du 1®' Janvier prochain. On m'a annonc^ I'envoi de 
ces ouvrages, mais ils ne me sont pas encore parvenus, non 
plus que le JanCun-nafdia (la Reunion des choses excel- 
lentes), et le ^Ajdibdt mihnat schVdrij titre persi-arabe qui 
parait signifier « Merveilles des travaux intellectuels J>, 
et qui est fond^ sur un traits pratique d' Economic politique 
intitule en anglais : The, Phenomena of industrial Life and 
the conditions of industrial succe&^j queTauteur indien a ap' 



— 177 — 

pliqu^ anx circonstances dans lesquelles se tronve actuelle- 
ment sa patrie. 

Sons le titre do Rdh numd-d hikmat (le Guide de la sa- 
gesse), Nftcir Khftn a doniw5, avec Taide du docteur W. An- 
derson, une traduction urdiie de I'ouvrage du docteur Aber- 
crombie intitule : <l Inquiries on the intellectual Powers »y 
et en a public k Agra, cette annde mSme, la premiere partie. 

Ce n'est pas seulement dans les provinces nord-ouest 
qu'on cultive Thindoustani, Tlnde entiire ^'associe au mou- 
vement litt^raire en favour de la langue usuelle. Ainsi, k 
Lahore, le pandit B&m-dayft a public un livre d'^cole in- 
titule : « Histoire d'un lion fiddle et d'un lion perfide D 
Vrittant wafddar slngh aur gadddr singh) ; Snrftj Bhdn 
Nijar, une « Vie du c^lfebre r^formateur N&nak « Wac&^i 
Bdbd Ndiiak 3) (1) ; Ajodhya PraQ&d, autre hindou connu 
par de nombreux travaux, une « Q^ographie g^ndrale (2), 
et le maulawi Karim uddin, que j'ai mentionn^ plusieurs 
fois dans mes pr^c^dentes allocutions, une € Geographic spe- 
ciale du Panjab d. De ces quatre ouvrages, les deux pre- 
miern ont paru en 1860 et les deux autres en 1861, et ils 
font partie d'un envoi que m'a fait derniferement I'infati- 
gable et z^l^ orientaliste M. Robert Oust, d'Amritsir, par 
Kobligeante entremise de I'honorable M. Lombard, consul 
de France k Calcutta, d'une vingtaine de volumes ou bro- 
chures hindoustanis, la plupart traduits de ses propres ou- 
vrages, y compris une belle carte, aussi hindoustanie, du 
Peojab, de pr^ d'un m&tre carr^, lithographi^e k Lahore 
en 1860, k rimprimerie du Koh mir. 

Je ne saurais parlor du mouvement litt^raire hindoustani 
sans mentionner les travaux des missionnaires etdes societ^s 
religieuses. Je dois placer en premi&re ligne la magnifique 
Bible urdtle in-folio que la Society biblique britannique et 



(1) Ce titre sigrnifle k la lettre : faiit et qestes du Fire Ndnak. L*ou- 
vrage est r^dig6 d'apr^s une compilation de M. R. Cust. 

(2) La deuxi^me partie (car je n at pas la premiere) se compose de quatre 
cent quatre -vingts pages et est tir^e ii quatre mille excmplaires. 

12 



^sr 



^ 178 — 

^trangire apubli^eran pass^, ainsi que je rannon^aisdans 
ma demitre allocution. La traduction en est d'autant meil- 
leure qu'elle est due, du moins en grande partie, k un ecri- 
vain hindoustani Eminent qui s'est .surtout distingu^ dans la 
traduction de VEccUsiaate^ ot sp^cialement du dernier cba- 
pitre de ce livre inspii*^. L'arrangement de cette Bible doit 
satisfaire, il nie semble, les personnes mdticuleuses qui re- 
prochent & la Soci^t^ biblique de donner criinient le texts 
sacrd aux infideles oil aux Chretiens imorants; car dan* 
cette edition on a eu soin de mettre en marge I'indication des 
parallfeles, c'est-i-dire des passages soit analogues soit ex- 
plicatifs on exprimantlar^alit^ de la figure et vice versa, De 
plus, la date des ^v^nements, les variantes des traductions, 
et quelquefois le mot i. mot de Th^breu ou du grec. En tfete 
de chaque chapitre se trouve I'analyse du contenu, en haut 
de chaque page I'indication sommaire dusujet; et le chan- 
gement de matifere est marqu^ d'un signe qui ^quivaut k un 
alin^a. Bref, ce travail consciencieux est tout k fait satis- 
faisant et fait k la fois honneur et k la Society qui I'a 
public et au savant M. Mather, qui en a surveill^ avec tant 
d'attention et de soin I'impression. 

II serait trop long de mentionner les nombreuses publi- 
cations des missionnaires, ces fervents propagateurs de la 
« bonne nouvelle », qui meriteraient bien le titre de schah 
(roi) qu'on donne dans Flnde bxlx faquirs (pauvres volon- 
taires), parce qu'ils sont rois spirituels^ ^tant maitres de 
leurs passions qu'ils ont subjugu^s (1). Cependant quel- 
ques-unes do ces publications offrent plus d'int^rfet que les 
autres : une des plus remarquables, c'est le roman religieux 
hindi intitule Nayd Kdscht Khand (le Nouveau B^narfes). 
Dans Pintroduction, on suppose qu'un ancien habitant de 
B^nar&s r^fl^chit sur les avantages qui r^sulteraient pour 

(1) Cette appellation oricntale explique Tapparente coatradiction qu'on 
trouve dansle discours que N. S. J^sus-Cbnst tient k Pilate lorsqu'ii lui 
dit (S. Jean, xviii, 36, 37) : « Men royaunie h'est pas de ce monde.... (mais) 
je suis roi (spirituel) ; je suis ne et je suis venu dans le monde pour rendre 
t^moignage a la v^rite.... • 



— 179 — 

oette ville sacr^e de I'adoption da cliristianisme. Pius il a 
nn songe qui lui repr^sente son d^sir r^alis^. A son r^yeil, 
il rencontre un libraire et il lui achate le roman dont il 
s'agit, lequel offre le r^cit imaginaire de la mani^re dont le 
changement a eu lieu, des dialogues entre un Hindou et son 
fils converti sur le christianisnie compart an paganisme, et 
incidemment avec Tislamisme, sur les graves inconv^nients 
de la division eu castes, et sur beaucoup d^usages indiens 
r^pr^hensibles. 

Farmi les autres publications religieuses qui sent der- 
ni^rement parvenues k ma connaissance, je distingue une 
Vie de saint Paulj r^ig^ par M. R. Cust, traduite en 
hindoustani par les pandits Sur&j Dh^n Nijar et Ajodhja 
Pra^M, et accompagnie d'une carte des voyages du grand 
Ap6tre; une brochure sur la vraie incarnation; une autre 
sur la diflTerence qui existe entre la vraie Trinity et la 
trimt1>rti; des dialogues entre un missionnaire et un pfelerin 
hindou ; une comparaison entre la Bible et le Coran, un 
traite sur la distinction k faire entre le Saint-'Esprit Paraclet 
« consolateur y> et Mahomet ; des reflexions sur la nais- 
sance, les progr&s et la decadence du mahoru^tisme, et beau- 
coup de trductions de trait^s religieux anglais (1), dont 
plusieurs out ^t^ aussi publics en fran^ais ; les Proverbea 
de Salomon et le Sermon sur la montagne en vers urdiie, 

De son cdt^, la Soci^t^ des livres et trait^s de Bombay a 
public deux cent trente volumes ou brochures en hindous- 
tani et dans les autres langues de cette pr6sidence. C'est 
elle qui public aussi le journal intitule Bamddd (rAurore)^ 
dont j'ai signal^ I'existence dans mon allocution de 1859. 

Outre la distribution des trait^s, les missionnaires conti- 
nnent k Clever des ^glises et des chapelles et k ouvrir des 
&K)les, grilce k la g^n^rosit^ des soci^t^s avec lesquelles ils 
sont en rapport, et souvent k celle de simples particuliers. 
Ainsi, M. Leupolt du Church MxBsion a re^u demiirement 

(1) Tels que : « Life of Muhammad, The c^oldmaker's village, Account- 
from universal History, » etc. 



- — 180-^ 

en don la somme de 5,000 livrea (125,00(^ fr.), pour 6ta- 
blir k Bdnar^s nne ^cole dans laquelle Tenseignement doit 
€tre donn^ en faindonstani (1). 

Au nombre des proa^lytes que font ces zel^s missionnai- 
rss, on compte bien des Indiens lettr^s, et mSme des ^cri- 
vains hindoustanis, qui retrouvent dans le nom de'/p a, que 
les musulmans donnent au Sauveur, celui de I^a, qui si- 
gnifie Seignevvj et par lequel les Hindous designent Siva 
on Mahad^o (le grand Dieu). lis ont adapte d'autant plus 
facilement k rhindoustani les liturgies chr^tiennes de I'Eu- 
rope, que, par son caractere k la fois s^mitique et japh^ti- 
que, cette langue se prSte aux combinaisons de cette double 
origiiie, et que sa po^tique etant ainsi, selon le dialecte, ou 
musulmane ou sanscrite, ils ont pu, par ce dernier c6t^, 
modeler ses vers sur les vers anglais, et appliquer des paro- 
les indiennes aux airs anglais du service divin (2) 

Le 10 aoftt dernier est mort a Lakhnau, kg<^ d'environ 
soixante-dix ans, un auteur hindoustani chr^tien, c'est k 
savoir Yii^uf-Khln Bahadur, surnomm^ Kamal-Posch 
(rev^tu du manteau de faquir), officier au service du feu 
roi d'Aoude Wajid 'AH Sch^h, dans Tarm^e duquel il 
avait servi pendant trente ans. On lui doit un Siyar o safar 
(voyage), r^dig^ en urdu et public a Dehli en 1847. Cette 
relation int^ressante a ^t^ compar^e par M.H.S. Reid au 
a: Hajiji Babain England, » de Morier. Ce qu'il y a de cu- 
rieux, c'est que Ydcuf Kh^n n'^tait pas Indien, mais Ita- 
lien, et qu'il n'^tait pas musulraan, mais catholique, et 
qu'il est mort bon catholique remain. II s'appelait dans 
I'origine Delmerich et descendait, k ce qu'il parait, de la 

(1) Allan's Indian Mail, may 6, 1861. 

(2) Je trouve, par exemple, dans le Khair Khwdh-i Hind de sep- 
tembre 1852, des hymnes dues au missionnaire feu Shurman, et dont 
void un echantillon qui offre des vers iambes de quatre et trois pieds : 

Ham sijda kart^ ba adab 

Sarahte t^ri 'ata 
Kl tu Khuda bap iA abad 

Gair-fan! bikim rahtli. 

« Nous t'adorons avec respect et nous c^I^brons tes.bontes, 6 notre 
Dieu, Pere ^ternel et juge inamovible. » (Te Deum laudamus^ etc.) 



— 181 — 

calibre maison des M^cis de Florence (1). II fit, il y a 
environ quinte ans, un voyage en Angleterre, en France, 
en Espagne, en Portugal, en Allemagne, retourna dans 
I'Inde par la Turquie et PArabie, et publia ensuite en hin- 
doustani la relation dont je viens de parler. 

Aux ouvrages de philosophie religieuse cit^s pr^cMem- 
ment, j'ajouterai la traduction, accompagnee de savantes 
et abondantes notes, d'une refutation ^crite en hindi des 
six principaux sjstfemes de la philosophie indienne; et r^- 
digee par un brahmane converti, qui se distingue par une 
solide instruction et une erudition ing^nieuse. Ce travail, 
d'environ 360 pages, est dix k I'enainent indianiste Fitz 
Edward Hall, et ses appreciations philosophiques comple- 
teront celles de Colebrooke et des autres indianistes qui se 
sent occupes de ces mati^res. 

Parmi les reimpressions, je me bornerai k citer celle de 
la version hindie du c^lfebre Ikhwdn ussafdy ou plnt6t 
Tuhfat ikhwdn ussafd (Cadeau des fr^res de la puret^J, 
iijk imprime plusieurs fois dans I'Inde, k Calcutta, k 
Bombay, k Hougly, k Dehli, mais jamais entiirement en 
Europe (2). Get ouvrage qui, avec le Bdffr o bahdvy est le 
texte de I'examen definitif des civiliens et des interpretes 
dans rinde, a ^t^ public avec le plus gi*and soin et de la 
manifere la plus correcte par le docteur Ch. Bieu, profes- 
seur k V University College ^ que j'ai eu I'honneur de compter 
jadis parmi mes auditeurs, et sous les auspices de mon 
vieil ami Duncan Forbes, I'auteur et I'^diteur de tant 
d'ouvrages sur ou dans la langue dont nous nous occupous. 

M. E. H. Rogers a public sous le titre de How to speak hin- 
dustani (3), un ouvrage tris-utile non-seulement aux mi- 
litaires pour lesquels il est sp^cialement ^crit, mais aux 
avocats (barristers) qui se destinent k I'Inde. L'^tablisse- 

(1) Oudh Gazette {Indian Maily septembre 1861.) 

(2) Feu le capitaine Michael en a donn^ des extraits. 

' <3) c( How to speak Hindustani : being an Easy Guide to Conversation 
in ttiat Ltmguage, designed for the use of Soldiers and others proceeding 
to India.. 9 in*12 de 84 pages. 




— 182 — 

ment de tribuaaax (courts) pour les petitea causes (1) 
ouvre un vaste champ aux jeunes talents encore peu ap- 
pr^cics en Europe ; mais ils doivent s'appliquer d'abord k 
I'etude du langage d(^s natifs, et acqu^rir surtout la con- 
naissance des idiotismes et des phrases les plus usitees dans 
la conversation, ce qu'enseigne d'une manifere simple et 
claire le livre de M. Rogers, qui a 6t& anciennement chef 
du Lawrence Asylum, et est actuellement professeur (tea- 
cher) d'hindoustani aux Indian Uepots, a Chatham (2). 

Deux nouvelles grammaires hindoustanies doivent 6tre 
ajoutees k la longue liste de celles qui ont ^t^ dijk publiees 
en anglais, en latin, en fran^ais, en portugais et en alle- 
mand. C'est k savoir la petite grammaire et le petit diction- 
naire de M. Duncan Forbes, en caractferes remains (3); 
et V Hindustani Primer^ aussi en caractferes remains et con- 
tenant une grammaire el^mentaire, un vocabulaire des 
mots les plus usit^s et une s^rie d'anecdotes, par M. Monier 
Williams, qui, bien qu'il soit actuellement professeur de 
Sanscrit k I'universit^ d' Oxford, continue k s'interesser 
comme auparavant k I'^tude d^3 I'hindoustani. 

Enfin je puis annoncer que I'impression du Glossaire hin- 
doustani-anglais de M. C. Mather, pour le Nouveau Testa- 
ment et les Psaumes, est d^cid^ment achev^e et que le 
volume est en vente. D^jk I'apparition du Nouveau Testa- 
ment et des Pbaumes sur deux colonnes, hindoustani et 
anglais, etait la realisation d'une id^e heureuse. Actuelle- 
ment cet utile complement donnera un nouveau prix k la 
publication ant^rieure, et sera re^u avec reconnaissance 
tant par les Indiens que par les Europ^ens, surtout par les 



(1) Des cours pour les petites causes oni ^te ^tablies dans ]a campagne 
(mufassil), et il a 6t6 decide qa'on y nommerait des juges ^galement 
versus dans la langue des natifs et dans la jurisprudence. Ce sont done de 
nouvelles places avantageuses ofTertes aux jurisconsultes habiJes en hin- 
doustani. 

(2) Indian Vail, iune 44, 1861. 

(Z) a A Smaller Hindustani and English Dictionary, printed entirely in 
the Roman Character, conformsble to the System laid down by Sir 
William Jones^ and improved since his time, » in-4o de 490 pages. 



— 183 — 

^tudianis en hindonstaini, auxquels il doanera la plas grande 
facility pour acqu^rir sans fatigue la langue dont ils s'occu- 
pent, pouvvn qu'ils en connaissent seulement les plus simples 
Elements. 

Vous voyez, messieurs, que le systfeme romauisant gagne 
du terrainj et, en efFet, les Indiens eux-m6mes le discutent 
et proposent des modifications k la transcription g^n^rale- 
ment adopts aujourd'hui par les Anglais. Le savant B^bil 
Siva Pra^&d qui ^ditait le journal intitule Simla Aklibdr (les 
Nouvelles de Simla), et qui est auteur de plusieurs ouvra- 
ges, a public demi&rement k Calcutta un petit traite, ^crit 
en hindoustani (1), sur I'emploi des caractires remains, pour 
lesquels il admet le systime de Wilson avec quelques le- 
geres modifications. 

Vous n'ignorez pas que Fancien college des natifs de 
Dehli avait ete compl^tement d^vaste au fatal 12 mai 1857, 
que sa belle bibliothfeque ^tait devenue la proie des flam- 
mes, et que son excellent principal avait ^t^ mis k mort. 
Mais heureusement I'^tablissement de ce college etait dt. k 
une dotation dont le fonds n'a pas peri et permet d'elever 
au milieu du Chandnt Chauk (2) un autre college, en 
remplacement de Tancien, sous le nom de<i: Dehli Institute i>. 
Quatre cents ^l^ves environ fr^quentent d^jk les nouvelles 
classes; gr&ce aux lib^ralit^s du gouvemement et des par- 
ticuliers, la biblioth^qne se reconstitue et plus de douze 
cents volumes sont r^unis. On forme aussi un mus^e qui, 
k la demande du vice-roi, lord Canning, recevra les doubles 
du riche mus^e de la Society asiatique de Calcutta. Parmi 
ses curiosit^s on signale la pierre originale du Cadam 
icharif (trace du pied de Mahomet), conservde auparavant 
en une chdsse dont la garde cofttait 50 roupies (150 fr.) 
par mois, un cadam de Fatime, les restes du bain d'agate 



(1) AngrijX akscharon ki HkhrUkX Updy (Expedient pour apprendre let 
caraci^res anglais). I860, in-S" de vingt pages. 

(2) Sur cette grande rue ou march6, voyez la Description des moni^ 
menu de Dehli (Journ, asiatique, 1819). 



— 184 — 

de la demi&re sultane, toas les articles varies de la Ma- 
teria medica indienne, la collection des parfums de tout 
genre connus dans I'lnde, enfin les produits des arts et des 
manufactures indiennes, tels que travaux en pierre de savon 
et en mosaique, miniatures, instruments de musique, boites 
de sandal et d'ivoire, vases de jade et de cristal, figurines 
d'argile de Lakhnau, schalls et ^tofies de tout genre et 
m^me jouets d'enfants (1). 

L'Universite de Calcutta, doi^t la salutaire influence s'^- 
tend de Peschawar & Cattack, est dans un etat prospfere. II 
en est de mdme de celle qui a ^te ^tablie h, Bombay. Le 
premier examen pour les degres academiques y a eu lieu a 
la fin de septembre dernier : quinze candidats se sont pre- 
sentes et sept out ete admis. Selon ce que m'append le 
R^v. M. Mitchell, de Pouna, les ouvrages hindoustanis sur 
lesquels a dft rouler Texamen ^taient le Bag o bahdr^ que 
j'explique habituellement a mon cours, VAkhldqu-d hindi, 
traduction hindoustaiiie de V Hitopades^ le cel&bre masnawi 
de Mir Ha9an, intitule Sihr ulhaydn (la Magie de I'elo- 
quence), et le Diw^n de Nicikh, que Lutf ullah, de Surate, 
auteur de V Autohiographie qui a eu un si grand succ^s, 
considere comme un des plus grands poetes de I'lnde 
moderne. 

La cloture des ^tablissements d'Haileybury et d' Addis- 
combe ne fera, a ce qu'il parait, aucun tort i I'etudede 
I'hindoustani. En m6me temps que je reprenais mon cours, 
le 7 fevrier dernier, les ^Ifeves de I'Acad^mie royale mili- 
taire de Woolwich reprenaient aussi leurs Etudes. Les an- 
ciens elfeves de V East-India Companyss military seminary 
sont r^unis a ceux de Woolwich, mais ils forment une 
classe distincte, et comme ils sont destines k devenir offi- 
ciers dans le service indien, ils ont des professeurs sp^ciaux 
pour leur enseigner I'hindoustani et les autres langues 
orientales dont la connaissance leur est nteessaire. 

*(1) Friend of India (Indian Mail, nov. 5, 1861.) 



r^ 



— 185 — 



La biblioth^ne de VEast-^India Houses aujourd'hni dans- 
la maison du JBoard of control^ contient 24,000 volumes de 
litt^ratnre orientate, dont 8,000 manuscrits. L^hindoustani 
y est largement repr^nt^, et la collection des onvrages 
imprimis ou mannscrits en cette langue est, ie pense, la 
plus riche dn monde. C'est \k que se trouve le fameux ma* 
nnscrit du Coran ^ciit en caract^res cufiques par le khalife 
Osman, manuiscrit dont de nombreux autographes et sceaux 
de mouarques orientaux augmentent Tinappr^ciable valeur, 
et une portion du mSme livre sacr6 des musulmans ^erite 
par Ali lui-m6me et enricliie du sceau de Timour et d'une 
note de Sch^h Jah&n, apprenant qu'il avait achet^ ce ma* 
nuscrit 1,500 muhurs (1). 

Le musee indien de TEast-Lidia House est actuellement 
i Fife House, Whitehall- Yard. Dans la salle d'entr^e on 
voit les statues de Wellington, Clive, Hastings, et d'autres 
personnages qui se sont distingu^s dans I'lnde. Les diverses 
salles ont chacune leur sp^cialit^. Une d'elles renferme les 
produits min^raux de I'lnde, une autre les objets d'orf^- 
vrerie et de bijouterie, une troisifeme les vStements de soie 
et les ornements de joyaux, une quatrifeme est remplie 
d^instruments d'agriculturo et de navigation. La plus ins- 
f ructive de ces collections est celle des modules qui mettent 
en Imnifere les usages et les coutumes des peuples de I'lnde. 
II y a aussi une collection d'oiseaux et d'autres animaux 
soigneusement classes. On y trouve les marbres d'Elliot, 
c'estri-dire des fragments de sculpture des ruines d'Am- 
rawatti, lesquels se rapportent an culte de Buddha (2). 

Je ne parlerai pas du nouvel h6tel du ministfere de I'Lide, 
qui a ^t^ construit dans le style italien et non gothique, 
bien que le goiit des choses du moyen-ftge soit de mode au- 
jourd'hui, mSme dans les pays protestants. 

A Paris, le cours d'hindoustani continue k attirer, sinon 

(1] C'est-^-dire 60^000 fr.^ le muhur 6tant une pi^ce d'or de la valeur 
de quarante francs. 
(2) Indian Mail, may 6, 1861. 



— 186 — 

nn nombreux auditoire, du moins un auditoire d^^Hte. Panni 
leR Strangers de distinction qai ont occasionnellement assiste 
k mes lemons cette ann^e, je dois citer le savant et spiri- 
tuel brahmane Mabipntram Rftprdm, inspecteur des ecoles 
des natifs de la presidence de Bombay, qui, bravant les 
pr^jug^s indiens, est venu visiter TAngleterre pour j etn- 
dier le systfeme d'^ducation qu'on y suit et a pa^s^ quelques 
jours k Paris, en route pour Tlnde par Marseille et Suez. 
A son retour, les Indiens instruits et les principaux r^si- 
dants europ^ens d'Abmad-&bid ont tenu une stance publi- 
que pour le f(41iciter sur son beureux voyage, et un poete 
indigene qui assistait k la reunion a dit, entre autres, que 
par son voyage en Europe Riiprdm avait prouv^ que les 
trois obstacles qui en eloignent les Hindous, la d^pense, la 
rigueur du climat, la difficulte d'y suivre les pratiques de 
leur religion, peuvent 6tre vaincus. 

En finissant, laissez-moi, messieurs, feliciter les habi- 
tants de rinde de rexcellent choix que la Seine a fait, k ce 
qu'on assure, pour remplacer, en qualite de vice-roi, lord 
Canning, dont les pouvoirs expirent au mois de mars pro- 
chain, de lord Elgin, I'illustre honime d'Etat si justement 
estim^ et si r^ellement honorable, dont la conduite au 
Canada et. en Chine a ^te si noble et si intelligente. Fils ^ 
d'un c^lfebre ami des beaux-arts qui a dot^ le British Mu- 
seum d'admirables chefs-d'cBuvre arrach^s k la destruction, 
et d'une mfere qui se distinguait par sa piet^ sincere et 
bienveillante, sa science et son Erudition variee, et qui 
m'honorait,je dois le dire avec reconnaissance, de son afiFec- 
tueuse amiti^, lord Elgin sera I'ami des Indiens conmie le 
fut lord Bentinck ; et par son administration paternelle et 
loyale, mais en mSme temps juste et Equitable, il les r^con- 
ciliera tout k fait avec le gouvernement britannique, au- 
quel la Providence les a soumis. 




— 187 — 



DOUZIEME DISCOURS 



{•' d6oembre 1862. 



MSSSIEUBS, 



La langue de VHindmtdn^ ce pays « emblfeme du para- 
dis y> jinnat nischdny comme I'appellent les Indieos, a conti- 
nue, pendant I'ann^e scolaire qui vient de s'^couler, k 
€tre cultiv^e avec empressement soit par les orientalistes 
europ^ens qui ont travailW k en faciliter T^tude, soit par 
les ^rudits hindous et musulmans qui ont enrichi de pro- 
ductions nouvelles le vaste champ de la litt^rature, « le don 
leplus pr^cieux du ciel apr^la religion (1) >. 

Je puis donner d'abord sur les joumaux hindoustanis 
imprimis dans I'Inde de nouveaux renseignements qui 
m'ont ^t^ fournis par le savant indien Bajendra lAl Mitr^ 
qui, k la demande de M. le major James, a bien youIu me 
les envoy er. De ces joumaux, je n'avais pas encore eu I'oc- 
casion de signaler les suivants : 

1® Le Jdm-i jahdn numd la Conpe qui montre le 
monde (2) d, journal urdA de Calcutta, qui ne contient 
gu^re que des annonces ofBcielles ou particuli^res, et qu'il 
nefaut pas confondre avec le journal de Mirat qui porte le 



(1) « Literature, Heaven's best gift, from the pale of religion. » E. L. 
Balwer, Alice. 

^2) Par allusion k la coupe magique de Jamsched, dans laqnelle ce 
piinoe pr^tendait voir ce qui se passut dans le monde. 



— 188 — 

mSme titre, mais qui est plus litt^raire (1). Celui-ci, an 
surplus, est imprim^ et Fautre est lithographic. 

2"* Un journal de Bareilly, special au Rohilkhand, et 
intitule, en consequence, JRohilk/iand akhbdr <l les Nouvelles 
du Kohilkhand 2>. II est bi-mensuel et parait par cahiers de 
seize pages petit in-folio. 

3** Le Kaachf ul-akhbdr « la Manifestation des nouvellesJ, 
journal de Bombay, qui parait depuis 1861, le mercredi de 
chaque semaine, par cahiers in-folio de huit pages, et qui 
est rCdigC par le munschi Amd,n 'Ali de Lakhnau. Chaque 
numCro commence par un petit poeme ofFrant le programme 
du journal. 

4** et 5<* Dans le rapport sur I'Cducation populaire au 
Penj&b, rapport dont j'aurai bientot Toccasion de parler, je 
vois la mention d'un journal hindoustani tr^-repandu dans 
cette contrfe et que je n'ai pas encore signal^; e'est i. 
savoir : le Sirkdri akhbdr « les Nouvelles du gouvernement», 
sorte de moniteur officiel pour les districts de cette immense 
province ; et du Muhihb ra'dyd « TAmi des sujets », autre 
journal mensuel d'Etawa, redigC par des natifs, sous la 
direction de M. A. Hume. 

6° A ces joumaux, je dois ajouter un recueil pCriodique 
intitule Mu*allim uVamala « I'lnstructeur des officiers du 
gouvemement », redigC par Sadft Sukh, auteur hindoustani 
distinguC, journal dont j'ai re^u le second numCro, qui 
contient des details sur la culture du bCtel (p^n) , sur I'ins- 
truction publique dans I'lnde, sur Tadministration des fi- 
nances, sur la gCographie de I'lnde, sur I'histoire Ic^gendaire 
de B&ma Chandra, sur la maniire de former les bibliothfe- 
ques, etc. 

Depiais les derniSres informations que je vous ai commu- 
niquCes, il a paru en hindoustani nombre de publications 
nouvelles qu'il serait trop long d'enumCrer. Une des plus 
importantes sous le point de vuelittdraire, c'est un commen- 

1) Sarce journal, voy. mon dlBCOttrs dii 29 nofembre 1853. 



_ 189 — 

taire des oeuvres choisies de Saud&, le plus c^l^bre des 
poeteshindoastanismodemefly parNacir Kh&n, qui a rendu 
par li un veritable service aux amis de la litt^rature hin- 
doustanie, les poesies de Saudft ^tant tr&s-obscurcs, malgr^ 
leur grande popularity. Une autre que je vous avais d^ji 
signalee dans ma demi&re allocution, mais dont j'ai re^u 
depuis lors I'exemplaire que mon ami M. H. Stewart Eeid 
a bien voulu m'envoyer, c'est ceUe qui a iti publi^e sous 
ses auspices par Karim uddin, le traducteur indien de mon 
Eistoire de la littSrature hindouatanie^ et qui est iutitul^e 
Muntakhahdt'i urdd o: Choix de morceaux en bindou- 
stani (1) }>: et destin^e k Texamen des candidats pour I'uni- 
versite de Calcutta. Ce volume se compose de la traduction 
hindiedes aventuressi attachantes de Sindbadle marin, qui 
ne se trouvent pas dans toutes les Editions (2) des Mille et 
une nuits ; des fragments du Tuhfat Ikhwdn issa/dy curieuse 
all^gorie dont je public en ce moment une traduction dans 
la a: Revue de 1' Orient »; de soixantes pages de morceaux 
choisis du a: Sch&b n^ma 2>, de Firdauci, traduits en hin- 
doustani du m^me mitre que I'original; d'extraits des poe- 
sies de Dard, un des poetes hindoustanis les plus estimes; 
de fragments du Gulistan et de VAkhldci jaldli ; enfin, de 
Pautobiographie de Pazruyiah, laquelle est une sorte de 
petit traite de morale pbilosophique oil Ton trouve le rjOo; 
etle wado<;de la rb^torique grecque. 

Qii'il me suffise de dire, sans entrer dans les details, que 
le heros du r^cit avait ^t^ destine k la mMecine par des 
considerations bumanitaires tout k fait louables. Le dis- 
COUPS que tientkce sujetlepfereisonfilsoffreunes^ried'avis 
etdeconseilsmoraux telsque celui-ci, par exemple : « Qui- 
conque, au detriment de son ftme, amasse des richesses pour 
le bien materiel de ses enfants est pareil k Fencens qtfi brule 



' (1) Lakhnau, 1861, in-S®. l'»partie, de 162 pages, de 15 lignes k la page. 
Je n'ai pas encore re^u la secoode partie. 

(2) Par ^dttions j'entends lei nonseulerneni les impressioDs, mais les 
diff^rents textes manuscrits de cet ouvrage. 



2Si 



D< 



— 190 — 

pour faire paryenir anx personnes qui sont autour sa bonne 
odeur, ou a la bougie qui se consume pour ^clairerun 
banquet, d 

Le jeune homme suivit ces instructions, mais il s'^leva 
plus haut; il nourrit son esprit de meditations philosophi- 
ques, et bien convaincu que les avantages du monde n'ont 
quele brillant de I'eclair, I'instantan^ite de I'ombre du 
nuage, et n'ont pas plus de reality qu'un songe, il vecut en 
vrai philosophe religieux, dans I'espoir de I'^ternit^ bien- 
heureuse. 

On distingue aussi, parmi les ouvrages nouvellement 

publics, des traductions du persan, meme en hindi, comme, 

par exemple, le huitiSme chapitre du Gulistan, par Bih^ri, 

LM ; plusieurs ouvrages en deux langues, persans et urdus 

sanscrits et hindis. Parmi ces derniers se trouvent a: les 

Sentences de Bhoj », Bhoj Prahand sdr^ avec un commen- f^'^ 

taire hindi ; « I'Effort vers la sagesse J> Buddhividdhyodyat) \^ 

traduction et commentaire en hindi de slokas sanscrits par rc< 

Schri L^l ; « L'Essence des lois de Manou », Manava dhar- fir 

masdr^ Sanscrit et hindi; un Khulaga tawdrtkh a: Abr^ge rJi 

des Ghroniques d, histoire des souverains musulmans de p, 

rinde, de la naissance et des progrfes de la puissance bri- hi\ 

tannique, par Gul§.m'Ali, le mfeme a qui Ton doit une His- Ifitoi 

toire de Tippou, sous le gouvernement duquel il occupait fSlg 

un emploi; histoire in^dite dont M. Paul de Gavardie, an- iei 

cien juge k Pondich^ry, aujourd'hui k Bayonne, possMe ijeg 

un manuscrit qu'il a traduit en fran^ais. On distingue en- Upa 

core plusieurs ouvrages sur la grammaire, ouvrages dontla ^l 

connaissance ne serait pas inutile aux orientalistes euro- 

p^ens, tels que VUrdtt martand d le Soleil de Turdu J>, 

grammaire urdue, redigee en hindi par le pandit Bansidhar, 

undes ecrivains indiens contemporains les ]vlus fSconds, a 

qui nous devons aussi cette fois, outre plusieurs ouvrages h^ 

d'^conomie politique et domestique, un Bhilyol ou Q^ogra- ^. 

phie de VHindHstdrij selon Fappellation musulman0, ou du 

Bharat-K/iandy selon Fappellation hindgue, ouvrage dont 



^81] 









— 191 — 

il a ^t^ public un sbrig^ pour les ^coles des natifs, sous le 
titre de BhUgol ear « Essence de la geographic d. De son 
cot^, le bd>bii Siva Pra^ftdadonn^ une gdographie g^n^rale 
dans le double dialecte hindou et musulman, et aussi un 
abr^Gr^ de ce travail sous le titre de « Petit miroir du 
monde d, Choti jdm-i jahdn numd. Enfin, Mathur^-Pra^fid 
a mis an jour une traduction hindie du ^ Maun's Lessons in 
general Knowledge. > 

L'imprimerie du Thamason College k Burki, qui est k \ 

peu pr6s pour Tlinde ce qu'Eton est pour TAngleterre, s'est 
sartout signal^ da^8 ces derniers temps par des publica- 
tions trte-utiles aux Indiens^ mais peu litt^raires. Telles 
sont : plusieurs recueils de modMes de lettres^ entre autres 
le DastUr ulircdm d Manuel ^pistolaire J> par le munschi 
Mij^ Jan, connu par des poesies remarquables cities 
dans les biographies originales, et dans lesquelles il a pria 
le takhallus on sumom po^tique d^Ants. Ce manuel n'est 
pas, comme les Inschas^ une collection de lettres de fantai- 
sie Sorites dans le style m^taphorique et fleuri qui plait 
tant aux Orientaux, mais d'utiles modules de lettres d'af- 
faires, de petitions, etc., dans le genre de la collection per- 
sane de Ch. Stewart. 

Citons encore la Q^ographie du florissant zillah (district) 
de Sftg>ir, accompagn^ d'une carte en caract^res devana- 
garis et persi-indiens, par le pandit Baini B4m ; un ou- 
vrage sur la levie des plans, d'apr^s celui du colonel Boi* 
lean, par le pandit Bd.m-Pra^ftd ; un traite sur Tart de 
tracer les routes (Road making), par Bihari Lftl, et un 
autre sur la telegraphic eiectrique, nommee en hindoustani 
« la Poste d'edair d (Dak bijU). 

La lecture de quelques-unesde ces publications serait pro- 
fitable aux Europeens ; par exemple : ^ le Miroir des In- 
diensi>^ma aM-i Hindj tableau de leurs industries et de leura 
usages, par Krischna B&o, enrichi du portrait de Tauteur et 
i^Uluatrations artistement ex^cutees, pour mettre en lumi^re 
les explications du*texte. Jeneparle pasde plusieurs trait^s 



— 192 — 

• • • • 

de math^matiquesy d'arcbitectare , de m^cauique , etc. 

Parmi les ouvrages hiodis et hindoastanis qu6 j'ai re- 
9US il J a qaelque semaines demon amiM. R. Gnst, jtidicial 
commissioner k Lahore, ville dont I'histoire et les anti- 
qait^s viennent d'etre I'objet d'une interessante notice de 
M. T. H. Thornton, du service civil, se trouve une rAiac- 
tion en vers hindoustanis des vingt-cinq contes connus sous 
le nom de Baitdl Pdchici, et appeles ici JBikram vilds « les 
Divertissements de Bikram d ou « Vikr^maditya », litho- 
graphiee a Lahore, avec accompagnement de jolis dessins; 
un Sabhd-vilds « Charme de la soci^t^ », titre commun k 
plusieurs ouvrages mais qui indique ici un choix de frag- 
ments de poesies hindies. — Le Taschhir zuMrt, reproduc- 
tion en Urdu, d'aprfes le Sih nasr « les Trois .proses J> de 
Mull^ Zuhiiri, des trois parties (dihdja) du Nau ras € les 
Neuf sentiments d, c^lfebre poeme bindi du sultan de B^ja- 
pur Ibrahim Sch^h. 

L'edition de Lahore du Code p^nal indien, r^dige en 
hindoustani, en style correct et aussi intelligible que le 
comporte la mati^re, par les soins de M. H. S. Reid, ce 
zele promoteur des Etudes dans la principale langue usuelle 
de I'Lide, fait aussi partie du m^me envoi, ainsi que le 
Code de procedure criminelle, qui a it6 traduit en hin- 
doustani et public & Allah4bM en 1862 ; in-folio de cent 
quatorze pages. 

II se trouve aussi parmi ces Merits quelques ouvrages de 
philosophic. Par exemple le Siddhanta sangraha a: Abr^ge 
des sciences (Synopsis of sciences) » en hindi, adapte aux 
principes du Nyaya ; et 1' Updes puschpawat « le Bouquet 
des avis d, reproduction du Guldusta-i akhldc <l le Bouquet 
des bons usages » de I'urdii en hindi. 

Un ouvrage hindi plus important que ceux-ci, c'est le 
Schad darsan darpan « Miroir des six systfemes (de philoso- 
phie indienne) », par Nehemiah Nila Kantha Sastri Gor, 
pandit de Benares, converti a la religion chr^tienne, ainsi 
que I'annonce spn pr^npm acluel. Cet ourrage, qui se com- 



~ 198 — 

poee de deux YoInmeH, a attir^ Tattention du sayant india- 
niste M. Fitz-Edward Hall, connu par nn grand nombre 
de publications sanscrites, aujourd'hui professeurd'hindou- 
stani an King's College de Londres, en remplacement de 
M. Dnncan Forbes, qni s'est volontairement retir^. Ce 
laborienx ^mdit a tradnit cet ouvraf^e en anorlais avec mo- 
dificadons, conpnres et accompagnement de notes, en nn 
Tolnme in-octavo, imprimii k Calcutta cette ann^e, sous le 
litre de € A rational Kefutation of the Hindu philosophical 
sjstems j>, 

Enfin, il 7 a toujonrs beaucoup de traductions de I'anglais, 
desquelles je citerai seulement des morceaux choisis de 
€ Todd's Hints of selfs improvement d en urdii, sous le 
litre de TaHim unnafs <( Instruction pour P&me >, et en 
hindi sous celui de Sikscha manjart < le Bouquet des pr^- 
ceptes d; le Manbahlao « Divertissement de Tesprit d, suite 
d'avis en prose et en vers par Siva Pra<j&d. 

A la traduction urdue de « Bobinson Crusoe i>, ce roman 
si attachant, qu'il a 6i6 tradnit dans tontes les langues, le 
pandit Badrt Lftl a joint une traduction hindie qui a ^t^ 
demi^rement public k B^nar^ en un gros volume in-douze 
em*ichi de gravures sur bois. 

En fait de r^impressions, il y a celle du DastUr ul ma^dsch 
€ Economic domestique i>, traduction d'un ouvrage anglais 
d^mentaire, arrange par J. P. Ledlie, d'aprfes Touvrage 
intitule « Money matters d, par S. Gr. le trfes-r^v. D' Wha- 
tely, archev6que de Dublin, correspondant de notre Insti- 
tut. Le mfeme ouvrage a ^t^ reproduit en hindi par Finfa- 
tigable pandit Bansidhar. 

Mais le principal de tons les ouvrages hindoustanis nou- 
vellement parvenus k ma connaissance, c'est le Sardpd 
tukhan <{ Tout Eloquence :», dont je dois un exemplaire k 
M. Fitz-Edward Hall. Ce Tazkira on « Anthologie bio- 
graphique p est le plus ^tendu des ouvrages de ce genre, 
apr&s celui du dernier roi d'Aoude, immense travail qni 
contient, dit-on, des notes snr cinq mille ^rivains, mais 

13 



— 194 — 

dont les exemplaires d^truits dans Piiisarrectioii de 1857 
sontdevenus introuvables. Celui-ci, termin<5 dfes 1852, n*a 
m lithographic que Tan passC k Lakhnau ; il forme un in- 
folio de quatre cents pages doubles, qui Equivalent par con- 
sequent k huit cents, et contient des notices sur plus de sept 
cents auteurs, la plupart contemporains, et dont un grand 
nombre n*ont pas Et6 mentionn^s ailleurs. II est presque 
special toutefois pour les poetes de Laknau, ville natale de 
I'auteur, ou du moins de la province d'Aoude, et il est ainsi 
le plus complet en oe genre. Les auteurs (muliarrar) et par- 
ticuliferement les poetes sont fort nombreux en Aoude; le 
dernier roi W&jid 'Ali, poete distingue lui-m^me, en pen- 
sionnait quatre cents. 

Muhcin, auteur de cet ouvrage, est fils de Haquicat et 
petit-fils de Wazir, tons les deux poetes hindoustanis re- 
nommds. II a iii ilhve de son aieul, de Kaschk, autre poete 
Eminent, et de 'Ischqui, auteur lui-mSme d'un Tazkira, et 
c'est k I'instigation de celui-ci qu'il a redigE le sien. Pour 
ce travail il a mis k contribution, ainsi qu'il nous I'apprend 
dans sa preface, quinze differents Tazkiras et phisieurs cen- 
taines de Diw^ns et d'albums de poesies hindoustanies 
dont il a ex trait six mi He vers, y compris un grand nombre 
des siens, car il est poete aussi et poete trfe-distinguE. Dans 
cette mfeme preface il fait I'Eloge du gouvernement anglais 
dans rinde, « sous lequel, dit-il, semble s'etre leve d&or- 
mais un nouveau primtemps, oil la science est en honneur, 
oil tout le monde est heureux et se livre paisiblement k ses 
occupations. 3> 

L'ouvrage de Muhcin n'ofFre pas la monotonie des au- 
tres Tazkiras. Au lieu d'etre une sorte de Dictionnaire 
biographique anthologique dant chaque article special prE- 
sente un choix de poEsies sans liens eatre elles, si ce n'est 
I'ordre alphabEtique des rimes ; on j cite une grande quan- 
tit6 de vers sur les differents sujets qui constituent la di- 
vision de cette anthologie, avec une courte notice sur les 
poetes auxquels les morceaux sont empruntEs» C'est une. 



— 195 ~ 

anthologie class^epar ordre de mati^res offirant des ^chan^i^ 
tillons des oBuvres des differents poefces que I'auteur a voulu 
mettre en relief. Ainsi nous trouvons tour k tour des vers 
sur la tSte,^ les cheveux, le visage, le front, les j^eux, le 
nez, les joues, la bouche, les livres, les dents, la langue, le 
menton, les oreillcs, le cou, les ^paules, les mains, les doigts, 
les ongles, les pieds, le coeur, I'esprit, etc., etc. Les mots 
qui expriment le sujet des citations terminent g&^ralement 
le vers. Par exemple, dans le premier chapitre qui a pour 
objet la tStey les vers se terminent par le mot sar qui a ce 
sens ; dans le second c'est le mot mH € cbeveu 3>, et ainsi de 
suite. Frt^sque toutes ces citations sont des gazals, sorte 
diodes oi se trouve gendralement m61^ I'amour profane k 
I'amour sacr4; car pour les poetes orientaux la femmo est 
I'image de Dieu, et ils confondent souvent Pun avec Tau- 
tre dans leur imagination d^regl^e, Tennyson, le poete 
laur^at contemporain, s'est tenudansde plus justes limites 
loroqu'il a dit : 

Scarce of earth, nor all divine 
But beyond expression fair; 
With the floating amber (1) hair... 
Like a lily which the sun 
Looks through in his last decline, 

Dans cette foule d'auteurs tons census poetes, bien peu 
en r^alit^, sont des poetes v^ritablement digues de ce nom, 
la plupart sont de simples versificateurs dont les poesies ba- 
nales n'offrent que peu d'int^rfet, d Le dieu de la po^sie, a 
dit Callimaque, n'apparait pas k tout le monde (2), » 

Le Sardpd sukhan m'a fait connaitre plusieurs ouvrages 
dont je n'ai pas trouv^ I'indication ailleurs, en outre de 
nombreux Diwtos, et entre autres plusieurs nouveaux 



jl) Au mot flaxen de lopiginal j'ai 8ub8titu6 le mot ambery I'ambre 
gris, auquel les Orientaux comparent sans cesse les cheveux des femmes^ 
a cause de sa couleur et de son odeur. 

(2) *AitdXXa>v ou icavTl cpaeivsTsu 



I 



— 196 — 

I'azkiras hindoustanis dont j'ignoraig T^xistence. Lorsqne 
. je donnai en 1839 le tome P' de mon « Histoire de la lit- 
I^rature hindoui et hmdoustani D^ je n^en connaissais^ outre 
les sept'queje pus seulement consulter, qu'un petit nombre 
d'autres. Aujourd'hui, ceux qui me sont counus sMlfevent k 
cinquante-quatrey et certainement il y en a bien d'autres 
encore. Aussi ai-je d'abondants mat^riaux pour des addi- 
tions a mon premier travail. 

Et ce n'est pas seulement cette anthologie bibliographi- 
que qui m'ofFre des renseignements pr^cieux pour Thistoire 
de la litt^rature hindoustanie. J'ai aussi re^u de mon ami et 
aneien auditeur M. J.-N. Carter, qui s'est r^cemmentdemis 
de ses fonctions de secretaire de la Society asiatique de 
Bombay, un volume (1) qui, bien qu'^crit en mahratte, con- 
tient des notices d^velopp^es sur les principaux poetes 
bindis, d'aprfes des ouvra^es sanscrits et autres. Entre les 
quar ante-cinq auteurs qui y sont mentionn^s, il y en a 
trente sur lesquels je suis heureux de trouver des renseigne- 
ments qui m'avaient manqu^ jusqu'ici. 

Parmi les publications hindoustanies dues k des Euro- 
p^ens, nous avons d'abord les innombrables publications 
religieuses mises aujour en g^n^ral par le « Calcutta reli- 
gious Tract Society d. De celles qui sont demiferement par- 
venues k ma connaissance je puis citer : la Comparaison 
entre le christianisme et Fislamisme ; un Tableau des con- 
versions de I'hindouisme et de I'islamisme k la relioion 
chr<5tienne (Account of conversions) ; THistoire de Phul- 
mani et de Karuna, roman religieux, etc., etc. 

Le E^v. M. Owen a termini son commentaire urdii de la 
Bible. L'insurrection avait d^truit aussi bien ses manuscrits 
que les livres de pa bibliotbique ; il aainsi dii recommencer 
son travail, qui est aujourd'bui sur le point de paraitre. 



(1) Kavi tharitry Biegraphioal sketches of eminent Hindu authors, by 
Janardan Ram Chandraji. Bombay, 1860, in-8°. 

C'est mon savant 61^ ve et ami M. le chanoine Bertrand qui, k ma pri^re^ 
a bien voalu lire cet ouvrage et m*en donner la substance. 



— 197 — 

Mais, chbse vraiment dtonnante et qui offre un exemple re- 
marquable de cot eclectisme qui annonce le d^din d'une 
croyance, comme on le vit jadis dans les efforts impuissants 
du paganisme grec et romain expirant, un savant inusul- 
man, Saiyid Ahmad de Gazi-pur, a dcrit k son tour un 
commentaire de la Bible, d'aprte le point de vue musulraan 
(^The Muhammadan Commentary of the Holy Bible) j et il en 
a commence la publication k une impriinprie dont il eat 
propri^taire. Get ouvrage qui est ^tendu paraitra p^riodi- 
quement, par caUers de 128 pages sur deux colonnes pa- 
rall^les, une en urdA et I'autre en anglais (1). 

M. Duncan Forbes a publi(5 de son Dictionnairehindous- 
tani une nouvelle Mition dans laquelle il a eu sc»in de don- 
ner les mots hindis non-seulefnent en caract^res persi- 
indiens, mais en caractferes d^vanagaris, excellente atten- 
tion, car bien des mots indiens sont presque m^counaissables 
sous le costume persan. Le meme savant a donn^ une 
quatrieme Edition en caract^res persi-indiens du Bag o 
bakdvy Edition dans laquelle il a, d'apres le sage conseil de 
M. Nassau Lees, fait des coupures que la d^licatesse et le 
bon goiit ne peuvent qu'approuver (2). 

Les Editions romanis^es du meme livre ont eu beaucoup 
de succfes. Dfes 1836, le portugais P. S. D'Rozario, auteur 
d'un dictionnaire anglais-bengali et bindoustani, mort der- 
ni^rement k Calcutta, en avait donn6 ime edition dans 
cette capitale de I'Inde britaunique. G'est I'am^lioration de 
cette Edition qu'a reproduite M. Monier Williams, k la 
demande de sir Charles Trevelyan, dont je salue avec les 
Lidiens Fheureux retour dans I'Lide; tandis que de son 
cot^ M. Duncan Forbes a donn^ en caractires latins la 
contre-partie de son Edition en caractferes persi-indien?, 



(1) « Allen's Indian MaiU, nov. 21.' 1862. 

(2) Je me flatte qu*il a^ira de mSme s'il donne^ avec son intelligent 
coop^rateur M. Charles Rieu, une nouvelle Edition de Vlkhwdn ussafli,ei 
^'il retrancheraj entre autres, un passage de la page 18, ot il s'agit de 
1 amour antiphy8ique,malhcureusen]ent commun en Orient. 



_ 198 ~ 

accompagn^e, comme dans le premier cas, du vocabulaire 
des mots du teste. 

Ce c^lfebre roman du Bag o hahdvy dont f ai dbnn^ Tana- 
lyse dans une de mes pr^c(?dentes allocutions (1), me con- 
duit k ^noncer de nouveau une remarque que j'ai faite il y 
a longtemps. C'est que des vues de pros^lytisme se mani- 
festent dans presque tous les romans des musulmans. Tan- 
dis que dans Ifcrs poesies lyriques il rfcgne un mysticisme 
pantheiste et sensuel, ici la foi est positive et le pros^ly- 
tisme y rev^t quelquefois une forme touchante. Par exem- 
ple, df>n8 les Aventures du marchand de Bokhara (2), 
lorsqu'il est sauv^ fortuitement par la fiUe du vizir de 
Zerb&d et qu'il se prostenye pour rendre gr&ces k Dieu, la 
jeune fiUe ^tonn^e lui demande ce qu'il fait, et il r^pond : 
« Le cr^ateur, qui a tir^ du n^ant tous les ^tres, qui s'est 
servi d'une charmante personne comme toi pour me d^li- 
vrer du fond du puits oi j'avais ^te mis et qui t'a inspir^ de 
la compassion pour moi, c'est lui que j'adore, c'est k lui que 
je rends un culte, et c'est lui que je remercie de ses bien- 
faits. D — « Tes paroles sent agr^ables k mon oreille, 
r^pond la jeune paienne, apprends-moi ta profession de foi 
et fais-la-moi r^p^ter » 

Ailleurs (3), lorsque le marchand de Bassora, assassin^ 
par ses frferes, sort de son ^vanouissement et se voit entour^ 
de la princesse de Serandip et de ses dames d'honneur,. la 
princesse cherche k le consoler en lui disant : « Calme-toi, 
c'est la grande d^esse qui m'a conduite auprfe de toi, et elle 
te sauvera. d. — a: Dieu est unique, s'^crie le bon musul- 
man, il n'a ni compagnon ni compagne d. Puis quelque 
temps apr^s, lorsque le marchand est moins souffirant et qu'il 
pent feire sa prifere, la princesse le d^couvre un jour dans 
cet acte, se prostemant, puis se dressant et levant les mains. 

f !) La quatriSme, celle du 29 novembre 1853. 

(2) Bdg bahdr , p. 157 du texte en car. persi-indiens^ 4d. de D. 
Forbes, 1851, secona alin^a. 

(3) ibid., p. 166, k Talin^a. 



-^ 199 _ 

Elle le croit fou et se met k rire ; puis ello Ini deinande ce 
qu'il fait : « J' adore Dieu, lui dit-il, qui a form^ une belle 
prineesse comme toi dont les charmes ont fait perdre la rai- 
son h des milliers de personnes (1). Pourquoi adorer une 
idole fait« par la main d*un sculpteur et qui est comme un 
filet dans lequel les insens^s mortels vont se prendre ? II n'y 
a qne ceux que Satan a s^duits qui peuvent adorer la crea- 
ture aulieudu Crealeur,et courber leur tfite devantTouvraj^e 
de leurs propres mains. Quant k nous^ musulmans, nous 
n'adoronsque celui qui nous a tir^sduneant. Pour les infi- 
dMes il a crii I'enfer, pour les fid^es le paradis. Croyez 
en Dieu et vous serez heureuse, vous discemerez le bien du 
mal, et vous comprendrez que votre croyance est erro- 

n^e D La prineesse finit par 6tre toucb^e de la gr&ce 

divine, elle se met k pleurer et dit au marcband : <r Eh bien, 

enseigne-moi ta religion » 

Et k ce sujet je dois ajouter, messieurs, que T^tude du 
livre sacr^ des musulmans et de ses commentateurs n'est 
pas sans utility pour la th(^.ologie chretienne, parce que les 
d^veloppements qui y sont donnes aux r^cits bibliques re- 
posant sur des traditions juives et chr^tiennes ne doivent 
pas 6tre tons rejet^s avec m^pris ; et je partage I'avis du 
nouveau traducteur du Goran, le R(5v. M. Rodwell (2), 
sur Timportance reelle de ce livre et sur le role myst^rieux 
de Mahomet. On ne salt pas assez que ce qui forme une 
bonne partie des mat^riaux du Goran, ce sont les l^gendes 
qui avaient cours dans le temps et dans le pays de 
Mahomet, les broderies talmudiques et rabbiniques de 
PAncien Testament, les l^gendes populaires des juifs et des 
Chretiens d' Arabic et de Syrie, les r^cits des Evangiles 
apocryphes, car jl parait que Mahomet connut ces 



(1) Allusion au r^cit qui precede dans rorig^nal. 

(2) The Coran translated from the araoic, the suras arranged in 
, chronological order, with notes and index, Hertford, S. Austin, 1861, 

ln-12. Dans cette traduction, Tauteur a tach6 de suivre de plus pr^s le 
texte arabe que Sale, dont la traduction a n^anmoins une grande reputa- 
tion, que surpasse k la v6rit6 son discours pr^liminaire. 



— 200 ~ 

livres (1), qui sont comme la mjthologie de la religion 
chF^tienne, et qui ainsi par leur merveilleux exag^r^ 
devaient plaire k sa vive imagination. Tout oependant, aingi 
que je Tai d^j^ dit, n'est pas k m^priser dans le Coran. La 
lamifere pent luire dans les i^n&bres^ et je repeterai k oe 
sujet, avec Sale et Bodwell^ ces parotes de saint Angus- 
tin (2) : Nulla /aha doctrina qtue non cdiquid veri permu' 
ceat. 

Le Coran se compose de versets (ay at) comme nos livres 
saints, mais on les s^pare en versets claira (mahkamat) et 
en versets obscurs (mtUaschdbihdt), J'aime cette classifica- 
tion, et je me demande si on ne ponrrait pas rappliquer a 
I'Ancien et plus specialement au Nouveau Testament? 
Quelques passages, heureusement en trfes -petit nombre, 
sont fort difHciles k comprendre. Us semblent d^fier toute 
explication et jettent dans Thi^sitation le chr^tien sincere 
qui croit fermement k Tinspiration divine des saintes Ecri- 
tures. Pourquoi ne pas declarer obscurs ces passages et 
renoncer k les expliquer? lis sont obscurs pour nous, ea 
effet, soit parce que nous manquons des connaissances sp4- 
ciales qu'il faudrait avoir pour les comprendre, soit parce 
qu'il y a eu quelque interpolation eventuelle ou quelque 
faute des premiers copistes qui ont ii/i conservees par res- 
pect pour les exeihplaires primitifs des Livres saints. 
Tenons-nous-en aux versets clairs, et sans repousser les 
obscurit^s peut-6tre providentielles de quelques passages, 
ne nous ^vertuons pas k les expliquer, nous souvenant que 
saint Paul a dit : <i: La lettre tue, et Tesprit vivifie. i> 

Enfin, I'etude du Coran est tr^s-n^cessaire pour les mis- 
sionnaires qui veulent tenter la conversion si difficile des 
musulmans, car on y trouve de nombreux passages eu 
fiiveur de la double r^v^lation de I'Ancien et du Nouveau 
Testament, que Mahomet admettait avec la pretention de 

(1) 11 est douteux qu*il aiteonnu les livres authentiques, du molns dans 
ieur ensemble. 
(2} QuiBStiones evangelioBf II, 40. 




— 201 — 

la confirmer. M. W. Mair^ I'^rudit anteur d'une vie de 
Mahomet (1), appel^ k un durable suoc^> a reciieilli dans 
nn int^ressant volume (2) tous ces passages^ qui ^tonne- 
ront ceux qui ne les connaissent pas. 

Mais revenons a I'lnde: 

J'ai sous les yeux le rapport sur I'^ducation populaire 
dans le Penj&b en 1860-61 par M. le capitaine Fuller, qui 
nous apprend que trente-sept mille deux cent quatre-vingts 
^l^ves y re9oivent Tinstruction au moyen de rhindoustani, 
et que cette langue usuelle j est ^tudi^e grammaticalement, 
plus m6me que le persan, toujours ch^ri des natifs, surtout 
des musulmans dont il est la langue classique. Ainsi dans 
les ^coles dites tahsUij sur six mille quatre cent trente-sept 
el^ves hindous ou musulmans, quatre mille trois cents T^tu- 
dient, et seulement deux mille neuf cent trente-quatre etu- 
dient lepersan. Hen est de mSme dans les ^coles des villa- 
•^ges, oil sur trente-deux mille cent soixante-cinq ^Ifeves, 
trente et un mille neuf cent soixante apprennent Tliindous- 
tani, et quatorze mille deux cent trente-sept le persan ; dans 
les dcoles normales destinies k former des professeurs 
uatifs, sur quatre cent cinquante et un ^I&ves, Thindoustani 
mdti est 4tudi^ par quatre cent seize et le hindi par cin- 
quante-deux, tandis que le persan n'est appris que par trois 
cent soixante-trois. Dans les ^coles de district (ziilah), sur 
deux mille trois cent dix-neuf ^Ifeves, dix-huit cent quarante- 
six 6tudient Turdu et quatre cent soixante-treize seule- 
ment le persan. 

La Bible a ^t^ re^ue sans difficult^ Jans les ^coles des 
natifs, et Toici en quels termes en parle un journal hindou 
du Bengale : a: De mSme que la canne k sucre est pleine de 



(2 



[1) Life of Mahomet, 4 vol. in-8«. Londres^ 1858-61. 

(2) The Testimony borne by the Coran on the Jewish and Christian 
Scrijptures, Agra, 1856. On trouve aussi des renseignements utiles auz 
missionnaires dans The Musulman Religion explained^ par J. D. Ma- 
chride, le savant professeur d'arabe d'Oxford, ami de feu de Sacy, et dans 
h Mahhometanism unveiled, du R^v. Charles Forster^ Vauteur du Histo- 
rical Geography of Arabia et du One primeval language, que complete 
le Sinai photographed, qu'il vieot tie publier. 



-^ 202 ^ 

•douceur dans chacmi de ses noeuds de la racine jasqn'an 
sommety ainsi chaque page de la Bible abonde en instruc* 
tions pr^cieuses. :» 

On ne pent qu'applaudir aux efforts du gouvemement 
des provinces du nord-ouest pour rinstruction des natifs. 
Ce n'est pas seulement Tanglais et les connaissances euro- 
p^ennes qu'il veut leur inculquer, mais leur langue sacr^e 
elle-mfeme et leurs propres sciences. Ainsi il a fait preparer 
sous ses auspices des traductions du Sanscrit en hindi dans 
lesquelles on a conserve du texte original toutes les expres- 
sions quMl a ^t^ possible de maintenir. De cette fa^n 
I'^lfeve pent se preparer k la lecture de I'ouvrage Sanscrit. 
Je possMe iine de ces publications, faite sous la direction 
du savant M. James R. Ballantyne. C'est le premier livre 
de I'Hitopad^^a mis en hindi, ainsi epluch^, par le pandit 
Badri Ml. 

On a ouvert k Calcutta, dans la salle Belvidere^ de» 
soirees scientifiques et litt^raires dans lesquelles les Indiens 
entrent en contact avec les Europ^ens pour Favantage des 
uns et des autres. Les premiers y acquerront des connais- 
sances qui leurmanquent, etles seconds apprendrontk mieux 
juger les Indiens et prendront du goiit pour leur langue et 
pour leur litt&ature. 

On s'occupe aussi actuellement dans I'lnde de T^duca- 
tion des femmes. A Dehli, des musulmans out (itabli quatre 
^oles de jeunes filles, qu'elles fr^quentent avec empresse- 
ment ; une cinqui^me, toute sp^ciale pour les nombreoses 
princesses de la maison de Tim&r, a^t^ aussi t^tablie, et elle 
compte ddj& cinquante ^16ves. A B^nar^s, il s'est form^ une 
soci^t^ compost de notables Hindous pour Tencourage- 
ment de T^ducation des femmes, et dont I'objet principal 
est de publi^r k ses frais tons les livres hindis propres k 
rinstruction desjeunespersonnesdontrimpression lui sera 
propos^e, pourvu que ces livres re^oivent I'approbation du 
pr^sidentet de la majority des membres (1). A Bombay, un 

(1) DeJUi Journal ; DehH GaxtUe (Allen's Ind. Mail, nov. 27, 1862). 



t 



— 203 — 

Parsi riclie et distingn^ par son intelligence, Manockjee 
Cnrsetjee, a r^ussi k appliqner dans sa propre famille le 
Bystime enrop^en. H a m^me ofFert nne portion de sa 
maison ponr y ^tablir une ^cole sous la direction d'une ins- 
titutrice anglaise qu'assisteraient ses deux jeunes filles par 
devonement pour leurs compatriotes. H a re<juice sujet les 
encouragements publics du trfes-honorable lord Elphinstone, 
gouvemeur de Bombay, qui a remarqu^ k ce propos que 
partout oil Ton soigne I'education des femmes, elles sont ho- 
norees et le caract^re moral des hommes est sensiblement 
ameliore. Que devient en effet la femme du s^rail qui n'a 
pour elle que sa jeunesse et sa beauts, quand perdant ces 
avantages elle est d^Iaiss^ : 

Withered and degraded, 

Cast by the spoiler carelessly away, 

Her freshness gone, her various beauties fade. 

Despised, forsaken, hastening to decay (1). 

Ceux qui, comme moi, out eu la satisfaction de voir au 
mois de septembre dernier ces deux jeunes Grufebres, les pre- 
mieres qui aient foule le sol de TEurope, et de s'entretenir 
avec elles, soit en hindoustani, leur langue matemelle, soit 
en anglais, soit m^me en fran^ais, out pu s'assurer que leur 
pfere a r^ussi (2) . Ddji il ^tait venu en Europe en 1841, et 
il y est revenu cette ann^e pour conduire k Londres, oh. 
Bont fix^s plusieurs Parsis distingues (3), ses deux jeunes 
fils, y achever leur Education, et en retournant dans Tlnde 
3 a pass4 quelques jours k Paris pour montrer* k ses gen- 
tilles filles notre belle capitale. 

(1) Balfe, The blighted Fioi&er. Comme il 8*agit dans ces vers d'une 
fletu*,jai dd snbstituer les deux fois. dans le troisi^me, her k^its. 

(2) On lit une gracieuse lettre de I'aln^e, ^crite en anglais et adress^e k 
son p^re, dans le petit volume de Manockjee intitule : « A few passing 
ideas for the benefit of India and Indians ». London, 1862. 

(3) Entre autres, Dadabhai Naoroji. professeur k l*universit6 de Londres, 
k qui on doit un int^ressant opuscule sur les usages et les coutumcs des 
Parsis (The manners and ciutoms of the Parsis; London, 1862, in-8"* de 
24 pages), et d'autres publications. 



L 



— 204 — 

Nous pouTons aussi remarquer, messieurs, que Texpan- 
sion de rhindoustani coatinue a progresser. Ainsi le Bomr 
lay Gazette du 27 fiivrier dernier nous apprend que les 
zamind&rs et autres habitants du Bengale, du Bahar et 
d'Orissa, ont adress^ une petition au vice-roi gouvemeur 
ginir^X en son conseil, pour demander que les procedures 
(proceedings) de la haute cour nouvelle (new high court) 
soientconduites dans la langue usuelle. 

Les regies pour Fadmission des avocats plaidants et des 
agents of practice dans la province d' Aoude, qui se trouvent 
dans les actes ofBciels du gouvemement, portent, entre au- 
tres, qu*ils seront examines sur Thindoustani parl^ et dcrit 
pour s^assurer quails connaissent bien la langue. 

L^investiture des membres du nouvel ordre de chevalerie 
special k Tlnde anglaise, the Star of Indian adonn^ lieu k 
plusieurs c^r&nonies interessantes dans lesquelles des dis- 
conrs hindoustanis ont ^te prononces. Ainsi, lors de Tin- 
Testiture du maharaj de Kachemjre en novembre 1861,2^ 
JambhtL, M. Davies, charg^ de le recevoir, adressa aa 
prince nn discours en urdii avant de poser la decoration 
sur la poitrine du nouvei ^lu, qui r^pondit par nn discours 
aussi en hindoustani. 

D^un autre cote, k Foccasion du depart pour TEurope de 
sir J. P. Grant, le dernier lieutenant-gouvemenr du Ben- 
gale, qui etait tr&s-aime des natifs, nn grand nombre d'ha- 
bitants notables de Calcutta se sont reunis le 16 avril 
dernier, afin d^avisi^ anx mojens de lui t&noigner leur sjm- 
pathie. La, seance etait presidee par le savant rkjk Badha- 
kant Deva Bahlulnr, Tanteur du grand Dictionnaire Sans- 
crit, qui a prononce un discours approprie a la circonstance ; 
puis le t4j& Kali Krisckna Bah4dur, ecrivain distingue & 
qui on doit entre autres une traduction en vers hindousta- 
nis des fables de 6aT,a prislm parole enhmdaustaniyetnon 
en bengali, langne speciale de la provinoe, ainsi que nous le 
fi>nt saToir les joumaux de TLide, poor proposer de voter a 
sir John une adresse, dans le but de Passuier des profonds 



— 205 — 

sentiments de respect et de gratitude des Indiens pour le^ 
^ininents services qu'il a rendos au Bengale pendant le 
temps de son administration. Cette resolution ayant ^t^ 
ttnanimement appny^e, Tadresse a ii& ridigie et voi&e en 
ooms^qaence. Puis le Tkj& Aparva Krischna a pris aussi la 
parole en hvndougtard pour proposer de placer dans un en- 
droit qui serait d^sign^ plus tard le portrait de Thonorablc) 
rir J. P. Grant (1). 

Le College d'Haileybury, d'oi sont sortis tant d'bommes 
distingu^s, digues el^ves des savants qui les avaient ins- 
traits dans les branches des connaissances n^cessaires pour 
le service civil de Tlnde, est en quelque sorte romplac^ non- 
seulement par la classe orientale du Military Academy de 
Woolwich, oil M. Cotton Mather est, heureusement pour 
les flives, charg^ de I'enseignement de I'hindoustani, mais 
par le d^partement oriental qui vient d'etre ^tabli au King's 
College. M. Fitz-Edward Hall, ainsi que je Tai d^ji dit, y 
enseigne Thindoustani, M. Ballantyne le Sanscrit. Mais on 
ne se bomera pas k faire ces cours et plusieurs autres, il y 
tora des examens Merits et des ^preuves orales, k la .suite 
desquels les candidats pour lies emplois de I'lnde recevront 
des certificats d'honneur et de m^rite lorsqu'ils'en seront 
trouv^s dignes. 

Aux cours d'hindoustani dont j'ai signal^ la creation dans 
les universit^s d'Oxford (2) et de Cambridge, il faut ajou- 
ter celui de I'universit^ de Dublin, fbnd^ en 1856 pour 
I'enseignement de I'hindoustani et en m^me temps du persan 
et de I'arabe; et ici commp h, V University College de Lon- 
dres, c'est un savant musulman nomm6 Aul&d'Ali qui en 
est charge. 

Piquons-nous, messieurs, d'une noble Emulation. Les 
Strangers nous reprochent d'exiger que tout le monde 
parle notre langue et de ne vouloir en parler aucune 

(1) a Allen's Indian Mail », may 26. 1862. 

(2) On a cr6e k runiversit6 dOxford une place de precepteur (preceptor), 

{>our aider dans leurs etudes les candidats aux postes du service civil dans 
•Inde. 



~ 206 ~. 

aatre (1). Cessons de m^riter ce rcproch^ et habituons- 
nous k parlerles langaos etrang^res, non-seulement eurcH 
p^ennes, mais orientales, comme le fout nos voisins. 

Aux applaudissements de toat le monde lettr^, le savant 
indianiste M. John Muir, fr^re de rorientaliste M. W. 
Muir, a plac^ la somme de 40,000 roupies (100,000 fr.) 
comme premier fonds k completer par le gonvernement (2) 
pour fonder a I'universit^ d' Edinburgh, son pays natal, 
une chaire de Sanscrit et de philologie compar^e, ce qui 
permettra au professeur d'enseigner Thindoustani. Esp^* 
rons que cette chaire sera definitivement ^tablie et qu'on 
pourra j d^velopper la science du langage, cette science 
si attachante et en m^me temps si utile sous le point de 
vue de la philosophic de Thistoire et mSme de la th^ologie^ 
ainsi que le d^montre si habilement M. Max Miiller dans 
ses d Lectures, :» dont M. B. Saint- Hilaire nous a donn6 
la savante analyse (3). Qu'il me suffise de dire id que les 
philologues modernes classent grammaticalement les lan^ 
gues en trois groupes de families : les monosyllabiques^ 
les agglutinatives et les amalgamiques. Aux premieres 
[ippartient le chinois ; aux seeondes le turc et les autres, 
langues touraniennes ou du Tourdn (A) ; aux derni^res 
celles de Vlrduy ou plutot des Aryas et toute la phalange 
indo-europ^enne. L'hindoustani forme le lien de ces grou- 
pes ; car il est k la fois touranien et iranien quant k la 
grammaire, iranien et s^mitique quant aux mots. 

Mon savant confrere de Tlnstitut, M. le s^nateur baron 
Ch. Dupin, dans le TcMeau de VInde qui fait partie de son 
ouvrage intitule : Force productive des nations de IbOO a 
1851, donnait ddji k I'lude britannique, d'aprfes les pu- 

■ 

[\) A French man thinks that every body is bound to speiEk his Ian* 
guage and that he is bound to speak none but his own. G. P. R. James, 
Tlie forgery, ch. XXViii. 

(2) La commission des universites d'Ecosse a accepts TofTre de M. Mair, 
et le parlement a sanctionne cette decision. 

(3) Lectures on the science of Language, Journal des sav., 1862. 

(4) Les Persans appellent Tourau les provinces au deld de I'Oxus, et 
Iran celles en deQ&. Ces deux noms Equivalent k Tartaric et Perse. 



— 207 — 

blications officielles, cent quatre-vingt-fiept millions d'ha- 
bitants. Or, le lien g^n^ral qui unit la plus grande partie 
des deux cents millions d'habitanis actuels, c'est rhindous- 
toHi, 8ur un espace de terrain aussi vaste que TEurope en-* 
tiire; et, chose providentiellement extraordinaire, cesdlBUx 
cents millions d'hommes ob^issent k ces Bretons 

Penilus toto divisos orbe (1). 
(1) Virgile, iglogue V\ 



— 208 — 



TREmEME DISGOURS 



7 d^cembre 1863. 

Messieurs, 

J'ai cette ann^e encore la satisfactioii de vous aimoncer 
la marche ascendante de rimportaiice politique et litt^raire 
de rhindoustanj. J'apprends d'abord par une publication 
ofEcielle faite en mai de cette ann^e sur les langues qui 
doivent 6tre ^tudi^es par les jeunes civiliens (junior civil ser- 
' yants) destines k des emplois dans les provinces nord-ouest 
de rinde, TAoude et le Penjab, que le conseil des examina- 
teurs dont sir Charles Trevelyan, ministre des finances, est 
president, et qui se compose entre autres du B6v. R. M. Ba- 
nerjea et du maulawi Abd uUatif, que ce conseil, dis-je, 
consult^ par le trfes-honorable sir Ch. Wood, secretaire 
d'Etat pour I'lnde, s'associant k Topinion de sir Charles, 
est d'avis qu'on ' ne doit plus exiger des candidats que la 
connaissance des deux dialectes hindou et musulman de 
I'hindoustani, c'est-k-dire de I'hindi et de I'urdii. H pense 
qu'on satisfera ainsi k Tobligation imposj^ pour Padmission 
dans le service civil de connaitre deux langues, lesquelles 
^talent jusqu'i ce jour pour ces provinces I'hindi et le per- 
san, et pour le Bengale I'urdii et le bengali. 

Sir Charles Trevelyan, dont le nom est cher aux amis 
de I'Inde, propose aussi k V India office pour le concours 
des employes civils, un changement qui sera favorable aux 
Etudes orientales. H voudrait qu'ils subissent leur premier 
examen de dix-huit k vingt et un ans, et quails fussent en- 
suite envoy^s soit k Oxford, soit k Cambridge, passer deux 
ann^es, pendant lesquelles ils etudieraient les deux langues 



— 209 — 

nsuelles de la pr^idenoe de leur destinaticm; et que Fime 
de oes langaes serait n^cessairement I'hindoiistani, qui est 
profess^ k rUnivenit^ d' Oxford par le capitaine J. Cham- 
bers, et k celle de Cambridge par le major J. G. Stephen. 

n y a dijky du reste, des regies favorables k T^tude des 
langnes asiatiqnes, poor radmission dans F^tat-major de 
rinde et pour passer de P^tat-major k des postes civils ot^ 
politiques. Pour les pa<ttes politiques surtout il y a un s^v^e 
examen k passer sur Thindoustani, bien que les officiers 
d'^tat*major aientd^j& subi, avant d'y 6tre admis^un examen 
snr cette langue; et il faut aussi que les candidats connais- 
sent les lois et Thistoire de Plnde, les trait^s avec les Etats 
natifs, etc. On alloue une somme de cent quatre-vingts 
roupies aux ofEciers qui ont subi avec succ^ leur examen 
en hindoustani, pour leur donner les moyens de prendre des 
lemons particuli^es de conversation d'un munschi (1). 

Sir Charles Trevelyan vient aussi de fonder un prix qui 
contribuera en quelque chose k Timportance litt^raire de 
rhindoustani. Ce prix, de cinq cents roupies, sera d^cem^ 
an meilleur essai ^rit en hindoustani (urdu) sur le sujet 
soivant : <i: Comparer I'nfluence scientifique des Qrecs sur 
les Arabes, sous les khalifes Abbassides de Bagdad et les 
khalifes Ommiades de Cordoue, avec celle que post^rieu- 
rement les Arabes ont eue sur la renaissance de I'esprit 
europeen apr^s les sidles de barbaric; et d^uire de cette 
comparaison I'influence probable que pourra exercer k son 
tour Tesprit mtlri de TEurope en contact de nouveau avec 
Tesprit musulman dans Tlnde. 2> Les essais sur cette ques- 
tion doivent 6tre adress^, avant le 1^ octobre 1864, 
k la commission nomm^ ad hoc k Calcutta, et qui se 
compose du professeur Edward B. Cowell et de deux sa- 
vants indiens. 

Je trouve dans Tadh^sion de sir Charles Trevelyan k To- 
pinion de sir Charles Wood, un passage dont je crois devoir 

(t) AUen's Indian Mail, nov. 1863. 

14 




. — 210 — 

donner ici la traduction^ bien que j'aie dit maintes fois 
moi-mfeme a pen prfes^les mSmes choses; mais parce qn'elles 
sont mieux exprim^es et avec plus d'autorit^ : « L'hin- 
doastani, dit cet Eminent homme d'Etat, est la vraie langne 
de toutes les provinces da Tlnde depuis Patna jusqu'a 
Peschawar, c'est-i-dire la langue des grandes et petites 
villes, des villages popnlenx, des stations civiles et mili- 
taires, des conrs et des bureaux du gouvemement, de tout 
homme qui a re^u de rinstruetion, et des personnes de tout 
rang et de toute Education qui fr^quentent le monde et qui 
out aflFaire avec les diflR^rentes classes de la soci^l^. Pour 
ces vastes r^gions^ Thindoustani est plus que Fitalien pour 
PItalie : il est k peu pr&s dans Tlnde ce que Tanglais est en 
Angleterre. 

<r L'hindi est un terme g^n^rique pour les dialectes rus- 
tiques de I'Hindoustan. Le dialecte particulier qu'on ensei- 
gne aux jeunes civiliens sous ce nom, c'est le braj-bhakha 
ou la langue de Braj (1), district aux environs de Mathura 
et de Brindaban : il a le m6me rapport au peujabi que le 
dialecte du Somersetshire k celui du Northumberland; tan- 
dis que ]es dialectes hindis sont par rapport k I'hindoustani 
(urdii) comme ces deux dialectes k regard de la vraie lan- 
gue anglaise. Partout les villageois entendent Thindoustani 
courant, et celui qui sait I'hindoustani pent ais^ment se 
rendre maitre en peu de semaines du dialecte local de quel- 
que partie du pays que ce soit (2)..... » 



(1) Ce dialecte estle vrai hindi; ila une belle litterature, dont lespro- 
duclioDs lie sont pas i d6daigner, meme ic6t6 des chefs-d'oeuvre sanscrits ; 
et a ce sujet je ne saurais trop p6p6ter, d*accord avec le savant capitaine 
W. Nassau Lees et avec sir J. P. Grant, dont je tpouve, dans la mSme 
publication, les avis motives, que I'hindi a la m^me grammaire et la m6me 
syntaxe que I'hindoustani urdii et dakbni, et qu'il ne forme en realite 
qu'une seule langue, bien que les mots soient g6n6ralement differents, 
rhindi les empruntant en grande partie au Sanscrit et Turdu au persan et 
i I'arabe; I'alphabet du premier 6tant celui du Sanscrit et I'alphabet du 
second celui du persan. 

(2j « Le persan, ajoute sir Charles, n'est dans ces contr6es ni une lan- 
gue officielle ni une langue parlee, et il est de moins en moius etudi6. » 
Sir Charles dit ceci pour repondre a ceux de ses collegues qui voulaient 
mainlenir I'dtude obligatoire du persan pour les provinces nord-ouest. 



— 211.— 

M» Montgomery Martin (1) dit plus explicitement que 
I'hindoustani est la seule langue des provinces nord-ouest^ 
c'est-i-dire de celles de Dehli, d'Agra, d' Allahabad et des 
royaumes annexes de Lahore et d'Aoude, et que I'hindi est 
la langue du Bihar et des provinces centrales; mais Thin- 
doustani urdu ou dakhni est g^n^ralement compris dans 
les villes de toutes les pr^sidences. 

Cette citation confirme ce que je vous ai souvent dit^ 
messieurs, sur I'universalit^ de I'emploi de Thindoustani 
dans rinde. Je vous faisais observer I'an pass^ que dans la 
reunion qui eut lieu k Calcutta, pour s'occuper d'un t^moi- 
gnage de sympathie k donner k sir John P. Grant, plusieurs 
Hindous prirent la parole en hindoustani et non en bengali 
langue sp^ciale d^ la province. La mferae chose est aussi 
arrivfe k Calcutta dans la reunion hindoue qui s'est tenue 
pour le soulagement des ouvriers cotonniers d'Angleterre. 
Le Friend of India a eu soin de remarquer que le rajah D^o 
Nar^yan Singh a parle en hindoustani pour appuyer les 
resolutions qui ont ^t^ adoptees. D a rappel^ la noble lib^- 
ralit^ de I'Angleterre k regard de I'Lide pendant I'ann^e 
de la famine, a: Actuellement, a-t-il dit, si k notre tour nous 
essayons d'assister ceux qui souffrent d'entre nos bienfai- 
teurs qui d*une main g^n^reuse nous ont sauv^s dans un 
temps plein de* perils et de dangers, ce ne sera pas de notre 
part un simple acte de lib^ralit^ ou de bienfaisance, mais 
nous devons plutSt le consid^rer comme une dette que nous 
acquittons. Un lien de gratitude nous attache au peuple an- 
glais, et dans tons les cas il est reconnu en axiome qu'il est 
du devoir de tons d'assister ceux qui ont besoin de se- 
cours (2). y> 

On a pu dire, avec Po|)e, de cette reunion de bienfaisance 
composee de membres des diverses communions chr^tiennes 
et de differentes branches d'Hindous et de musulmanstous 
animus d'un mfeme esprit : 

(1) Dans son « Eastern India ». 

(2) Indian Mail, d^c. 1862. 



I 

I 



— 212 — 

€ Le monde est en dissidence quant k la foi et & Ve^fi- 
ranee ; mais la charMrboimi toutes les sympathies (!)• » 

Lh manage da prince de Galles a donn^ lieu dans Tlnde 
^ des assemblies publiques dans lesquelles ont e\k. aussi 
prononc^s des discours en hindoustani. Ainsi, dans celle 
qui a eulieu & Calcutta le 18 mai dernier, pour s'occuper 
d'oflFrir un pr(5sent au prince et k la princesse de Galles, le 
munschi Amir Ali a prononc6 un Eloquent discours urdCl 
dont les journanx locaux ont donn^ la traduction an- 
glaise. 

Une preure encore que Thindoustani est consid^r^ comme 
la langue g&^rale de I'lnde, c'est la rfegle adoptee par le 
gouvernement, lorsque les services d'un interprfete sont 
n^cessaires dans un regiment et qu'on n'a pas k port^e un 
interprfite dement qualifi^, de se servir d'un officier qui a 
seulement subi son examen pour Thiudoustani. 

Enfin quand il a ^te question d 'adopter une designation 
or^n^rale de la valeur des monnaies en circulation dans 
rinde, il a ^t^ d^cid^ qu'elle serait toujours, outre les chif- 
fres indiens et arabes, en hindi et en urdii, quelle que soit 
la province, sauf k y ajouter, s'il y a lieu, une troisi^me de- 
signation dans la langue sp^ciale du district. 

L'hindoustani n'est pas parle dans I'Inde settlement : il 
I'est dans les ports de mer du midi de 1' Asie et sur les c6tes 
d'Afrique. M. Schefer, premier interprite de I'Empereur, 
I'a entendu parler & Aden, et M. Jules Oppert, laur^at de 
I'Institut, & Bassora. J'aieuderni^rement sous lesyeuxun 
connaissement de marchandises chargees & Lamou, pr^ de 
Zanzibar, pour Aden, en hindi, caractferes nagaris cursife, 
les mSmesdont les Banyans se servent dans leur correspon- 
dance (2). Nous lisons aussi daus le r^cit que le <L Rangoon 



(1) In faith and hope the world all disagree^ 

But all maakind's concern is charity. 

Exsay on man^ epistle HI. 
^ J2) Vovez des specimens de ces caract^resdans les lettres originales que 
j'ai publi^es dans X « Appendice aux rudiments de la langue hiodou- 
stanle d, 1833. 



— 213 — 

Times i> a public aa siijet de la mission anglaise k Ava du 
colonel Phayre, pour la conclusion d'un traits de com- 
merce, qu'un des deux fils du Roi, qui ne pouvait s'expri- 
mer en anglais, le fit en hindoustani (1). 

Les ouvrages hindoustanis adopt^s pour servir d^sor- 
mais de texte aux examens que devront subir les jeunes ci- 
viliens sont : 1° pour I'urdii des morceaux choisis du Bag 
baMry de VIkhwdn ussd/a et du Siyar ulmutaakhirin 
« Faits et gestes des modernes, 3> qui contient I'histoire de 
la decadence de I'empire mogol et de I'origine de la puis- 
sance anglaise dans Tlnde, et qui est ecrit en excellent 
style narratif, par un musulman distingu^ qui connut 
Olive, Warren Hastings et autres notabilit^s de I'^poque ; 2^ 
pour rhindi, des morceaux choisis du Pi^em sdgar, du 
Singlidfan battictj et probablement du Rdjniti et du 
Rdmdydna de Tulci-d&s, conform^ment aux indications du 
maulawi Abd ullatif ; 3° enfin une collection delettres et de 
documents d'un caraclire ofBciel, tels que petitions, ordres, 
extraits du code p^nal des codes de procedure civile et 
criminelle. 

Eq 1862, les imprimeries des natifs ont mis au jour 
plus de six cents publications difiPiirentes et douze nouveaux 
joarnaux hindoustanis (2). La presse indienne a acquis une 
importance telle, que le gouvemement du Bengale a ^tabli 
k Calcutta un « rapporteur de la presse indigi^ne (3) d assist^ 
d'un maulawi pour I'urdii efc d'un pandit pour le bengali, 
lequel est charge non de censurer la presse, mais d'en 
&ire connaltre par un rapport hebdomadaire les opinions k 
I'autorit^, pour I'dclairer sur les besoins et les d^sirs des 
Indiens. 

On trouve des presses lithographiques dans toutes les 



(i) Jndian Mail, juin 4863. 

(2) D'aprfts les rapports offlciels, il y avait, en 1858, dans les provinces 
nofd-ouest seulement, vingt-deuxjournauxurdilks ou Hindis, g^neralemont 
ne paraissant qu'une fois par seraaine. 

(3) JC'est « le traducteur du gouvemement », M. John Robinson, qui 
cumule ces nouvelles fonctions avec celles dont il 6tait d6j^ investi. 




— 214 — 

grandes villes entre Calcutta et Peschawar. A Oalcntta seu- 
lement il y avait en 1859 vingt imprimeries hindous- 
tanies (1). 

J'ai re^u quelques nnm^ros 'des deux joumaux hindous- 
tanis du Penjab dont j'avais pu simplement Tan pass^ iiidi- 
quer les titres. C'est k savoir le Sarkdrt Akhbdr « Nouvelles 
du gouvernement d ou a: Moniteur du Penjab 3>, et le 
Muhibb ra^dyd <t I'Ami des sujets >. 

Le premier, dont le titre est surmont^ des armes de la 
Grande-Bretagne, est public k Lahore (2), k I'lmprinerie 
lithographique du gouvernement. II parait par cahiers pe- 
tit in-foHo, sur deux colonnes, le 1®' de chaque mois, par 
les soins du pandit Ajodhya Pra^ftd, auteur de nombreux 
ouvrages hindoustanis; et de r^criture de Muhammad Ali 
le calligraphe, circonstance qu'on a soin d'indiquer. On 
trouve entre autres, dans le n® du l®*" octobre 1863 que j'ai 
eu sous les yeux, le r^sultat des examens du 1®' trimestre 
de 1862 de IMcole normale de Rawalpindi ; et dans celui du 
1«' novembre, le compte rendu d'une grande stance d'inau- 
guration de r^colede Multan tenue le 24 octobre pr^cident. 
Un autre journal qui est une sorte de supplement de celui- 
ci, ainsi que son titre I'annonce, le Tatimma Sarkdri Akhbdr 
« Complement du Sarhdri Akhbdr )>, est la Gazette de po- 
lice des provinces du Penjab. 

Le Muhibb rd^dya^ dont j'ai entre les mains le num^ro du 
28 f(5vrier de cette ann^e, parait bi-mensuellement aussi 
par cahiers petit in-fblio sur deux colonnes. H est imprim^, 
chose assezrare dansl'Inde, car on y prSftre la lithographie, 
surtout pour les joumaux ; et de plus on emploie pour Tim- 
pression de celui-ci les caracteres neskhi, chose plus rare 
encore, car on ne se sert generalement dans I'Lide que des 



(1) On en trouve la liste dans le num^ro XXXHI des « Selections from 
the Records of the Bengal government », r6dig6 par le Reverend J. Long.; 
Calcutta i259« 

(2) On appeile aussi Lahore lohkot « la forteresse (Icoe) de Loh », c'est- 
a-dire de Lava, fils de Raraa. Lahore signifle sans doute papeiUement 
« Tendroit [or) de Lava ». 



— 215 — 

caract^res appel^s nestalic. Ce journal porteponr epigraphe 
nn vers hindonstani dont void le sens : 

« De la condition la pins obscure^ on pent un jour arri- 
ver au rang le plus ^lev^, si, comme le pion des echecs, on' 
va droit son chemin. » 

Ce journal a pour ^diteur le docteur (hakim) Jaw&hir 
Laly ecrivain hindonstani qui tous est connu, et il sort des 
presses de rimprimerie apj)el^e Sadr uVilm <l le Centre de 
rinstruction d, kEtawa(]). 

Des joumaux hindoustanis nouTellement fond^s, je puis 
Tous signaler : 1*» le Khalr khdh-i khalcy a I'Ami du pen- 
pie » qu'il ne faut pas confondre avec le Khalr khdh-i 
khaldic d'Ajmir dont j'ai parle ant^rieurement (2). Ce 
journal^ qui parait bi-mensuellement en une feuille pstit in- 
folio sur deux colonnes, k rimprimerie de Sikandara, a 
Agra (3) est r^dig^ dans un but religieux chr^tien. II porte 
pour Epigraphe ces mots : <t La crainte de Dieu est le com- 
mencement de la sagesse (4), et la science de I'homme re- 
ligieux, c'est la prudence. » II contient, outre les nouvelles 
politiques et autres^ des articles de fonds religieux, histori- 
ques, scientifiques et litt^raires', occasionnellement accom- 
pagnes de dessins Uthographi^s. Dans le supplement du 
numdro du 15 d(5eembre 1862, on trouve la figure de I'ar- 
bre de Noel (Christmas tree), avec les explications neces- 
saires pour les lecteurs indiens. 

2° Le Loh-^iitr c( I'Ami des gens i>, journal hindi en ca- 
ract^res d^vanagaris, imprim^ comme le Khair khaJi-i 
Jchalcy k la typographic de Sikandara, a Agra. II parait de- 
puis le 1" Janvier 1863 par cahiers petit in-folio sur deux 
colonnes, ime fois par mois seulement. Ce journal, r^dig^ 
dans le m^me esprit et de la mSme mani&re que le Khair 

(1) Ce journal est sans doute le meme dont j'ai parl^ dans mon allocu- 
tion du 8 d^cembre 1861, sous le litre de Muhabhat radyd « TAmour des 
sujets ». 

(2) Dans le meme discours du 8 d^cembre 1861. 

\3) J'ai un numero de ce journal, mais il est imprimd au « Mission 
Press » de Ludiana. 
(4) Eccl^siastique, eh. I«', v. 16. 



— 216 — 

hhah-i khaky paratt en fetre une sorte de reproduction i Fu- 
sage des Hindous, Fautre journal ^tant plut6t destine aux 
musulmans. H est r^dig^ par un anonyme qui est sans 
doute un savant hindou^ kenjugerpar les articles defonds, 
entremSl^s de citations sanscrites, de dohas et de chaupms 
hindis. 

J'ignore si on a fond^ de nouveaux joumaux liindoustanis 
a Calcutta : ce que je sais seulement, c'est qu'il en parais- 
sait r^gnliirement quatre Tan pass^. 

Mais laissons la litt^rature des journaux pour en venir 
aux autres publications. La principale dont j'ai a vous en- 
tretenir, messieurs, c'est le curieux commentaire musulman 
de la Bible (1), par Saiyid Ahmad Kh&n, sadr-amin (prin- 
cipal juge) du Gazipur, un des ^crivains hindoustanis con- 
temporains les plus distingu^s, celui-lk mSme dont j'ai tra- 
duit la « Description des monuments de Dehli (2) ; mais 
qui, cette fois, se lance dans la controverse, ce qu'il n'aurait 
pu faire il y a quelques ann^es, carle roi de Dehli, ou pour 
mieux dire le padischah de FHindoustan, avait d^fendu k 
ses Bujets musulmans d'entrer en controverse avec les mis- 
sionnaires chr^tiens (3). Je vous avals annonc^ Tan pass^ 
la prochaine publication de ce travail, j'ai aujourd'hui la 
satisfaction de vous faire savoir que la premiere partie a 
paru et que j'en possMe un exemplaire dont I'auteur a bien 
voulu me gratifier. Le titre original de Touvrage signifie 
proprement k la lettre : € D^veloppement du discours au 
sujet de I'explication du Pentateuque et de I'Evangile, selon 
la religion musulmane (4). 

Je ne crois pas devoir mieux faire que de commencer 
par vous donner quelques extraits du prospectus urdCL 
anglais que Fauteur avait d'abord public. 

<£ II est convenu et universellement admis, dit Saiyid 



(1) a Mahomedan commentary of the holy Bible ; iiazipur^ 1278 H, 
1862 G. 

(2) « Journal asiatique n, 1861, et voir la notice aur Tauteur, i5tcl., 1856 
f3) « Friend of India », juillet 1863. 
[4) Tabiytn ulkaldm ft tafsir it-taurat wal-injU 'ala miUat ilrdsldm* 



9 
(^ 



~ 217 — 

Ahmad, que les livre8 compris dons J'Anden et le Noa<>- 
veau Testament sont des documents sacr^s qui doivent 
6tre accept&9i et suiyis religieusement tant par les Chretiens 
que par les musulmans, bien quHls soient surtout entre les 
mains des juifs et des chr^tiens. 

» Les musulmans sont en g^n^ral aussi Strangers aux 
T^rit^s de la Bible que les disciples de Jians aux doctrines 
et a la foi des musulmans. L'ignorance respective des 
croyances des uns et des autres a amen^ bien des malen- 
tendus et fr^quemment d'am&res controverses. 

x> Les musulmans ne sarent comment ils doivent accep- 
ter selon les lumi^res et la direction de leur religion les 
saintes Ecritures qui sont en possession des juifs et des 
Chretiens. Us ignorent si ces Merits sacr^s s'accordent, 
d'apr^s leurs id^s, avec ce qu'ils trouvent dans les pages 
de leur ven^r^ Goran ou dans le recueil des paroles du pro- 
ph^te (hadis). 

» Les Chretiens, de leur c6t^, ignorent ce que la religion 
musulmane enseigne par rapport k la Bible, et comment 
lesprincipes importants et fondamentanx qui j sont expo- 
8^8 doivent Hre interpr^t^s et expliqu^s par les musul- 
mans. 

^ C'est k cause de cette deplorable ignorance de part et 
d'autre qu'on se trompe si souvent et qu'on se livre k Tin- 
decision et aux conjectures. Ainsi les chr^tiens sont port^s 
k se former touchant certains dogmes quMls supposent 6tre 

ttiseign^ dans Pislamisme des iddes contraires k la r^alit^ 
et tout k fait fausses. 

> Pouss^ par la consideration serieuse de cet ^tat de 

choses qui am^ne de f&cheuses dissidences, j'ai voulu es- 

sayer d'^crire un commentaire sur la Bible sans m'^carter 

des regies' de la theologie musulmane, pour Tavantage k 

la fois des musulmans et des Chretiens. En entreprenant 

cette tftche, j'ai d'abord exposd dans une s^rie de discours 

preiiminaires les donn^es g^nerales que les musulmans 

poesUent dans leurs propres livres religieux sur les saintes 



-- 218 — 

Ecritures. Ces discours seront suivis du texte h^breu des 
livres saints, accoinpagn^ de la traduction interlin^aire en^ 
urdii et en anglais, et dans une colonne parall^le je don- 
nerai les passages du Goran et des liacUs, ^galement accoHi- 
pagnes de la traduction en urdd et en anglais, afin qu'on 
voie si ce qui est rapport^ dans la Bible est ou n'est pas 
aussi dans le Coran ou dans les hadis. Le commentaire 
^crit en urdii occupera la moiti^ de la page, et il sera 
reproduit partiellement en anglais. j> 

La premiere partie de ce travail, imprim^e dans la villa 
de Gazipur aux frais et par les presses particuliferes de 
I'auteur, est un grand in-quarto de plus de 400 pages, 
dent le texte urdii est presque partout accompagn^ d'une 
traduction anglaise, A en juger par ce premier volume, 
qui n'est en r^alite que Tintroduction de Touvrage, le tra- 
vail complet sera tr^s-etendu. Salyid Ahmad diploic dans 
ce volume une connaissance approfondie, non-seulement 
du Coran et de nos textes sacr^s qu'il parait avoir scrupu- 
leusement ^tudi^s, mais de quantity d'ouvrages orientaux,- 
et, chose plus remarquable, dont il est facile de se con- 
vaincre par ses nombreuses et cat^goriques cifcations, de 
beaucoup d'ouvrages europ^ens qu*on est ^tonne qu'il ait 
pu consulter. Cette production est r^ellement le resultat 
d'un savoir ^tendu, et je me f^licite qu'elle soit ^crite dans 
la langue que je suis charg6 d'enseigner ; car c'est, je 
crois, la premiere fois que ces mati^res sont trait^es par un 
musulman d'nne mani^re si developpfe et si complete, non- 
seulement en hindoustani, mais dans une langue quelconque 
de r Orient 

Saiyid Ahmad a pris pour ^pigraphe ce passage caract^ 
ristique du Coran (II, 130) : « Nous croyons en Dieu eten 

ce qu'il nous a r^v^le Nous croyons k ce qu'il a TiY&& 

k Moise, k J^sus, k tons les prophfetes, et nous n'^tablissons 
pas de diflKrence entre eux. 3> 

Ce premier volume se compose de dix chapitres ou dis- 
cours. Le premier traite de la necessity de la mission des 



— 219^ — 

proph&tes pour le sahit dn genre hnxnain ; le second de ce 
qu'il faut entendre par r^ilatwn ei parole de Dieu, En con- 
sequence de son systfeme, Saiyid Ahmad n'admet dans le 
Nouveau-Testament comme r^v^l^ que les propres par6les 
de J^sus-Christ. 

Le troisi^me roule sur les livres dent il est fait mention 
dans le Coran, sous les noms de Taurat (Pentateuque) , 
Suhufulanhyd (Iiivres des prophites), ZaMr (Psautier) et 
/7z/iZ(Eyangile); le quatri&me sur la foi qu'ont les musul- 
mans en ces livres; le cinquiime sur le nombre des livres 
inspires et s'ils sont tons compris dans la Bible. Ce chapitre 
contient, entre autres choses, la liste exacte et complete des 
livres canoniques, tant de ceux qui sont admis par toutes 
les Eglises chr^tiennes que de ceux qui ne le sont pas par 
toutes, celle des apocryphes de 1' Ancien et du Nouveau Tes- 
tament, et des livres qui j sont mentionnSs et qui ont 
m perdus. Cettelongue liste est accompagn^e de reflexions 
jndicieuses. 

Dans le sixi&me discours, Saijid Ahmad traite de lam^- 
thode que suivent les musulmans pour s'assurer de I'authen- 
ticite des livres inspires. EUe consiste k pouvoir remonter k 
nn personnage digne de foi qui ait roQu le livre inspir^ de 
son auteur. Saiyid Ahmad cite k ce sujet son propre exem- 
ple, et il nous apprend que par une suite non interrompue 
de vingt-huit personnages plus ou moins connus, il pent 
dire qu'il tient le Coran de Mohomet mfeme. 

Le septiime discours fait connaitre I'opinion des musul- 
mans sur la pr^tendue corruption de nos livres saints. Cet 
article est le point le plus d^licat queTauteur a eu k traiter. 
II I'a fait avec une grande habilet^ et beaucoup d'erudition : 
il distiugue huit genres d'alt^rations avec preuves k Tappui, 
et il en trouve dans nos livres saints. Puis il donne This- 
torique de tousles anciens manuscrits des saintes Ecritures, 
et il entre k ce sujet dans des details circonstanci^s. 

Dans le huiti^me discours, Saiyid Ahmad s'occupe de la 
question de savoir si les livres qui ferment le corps de la 



— 220 — 

Bible sont bien identiques avec roriginal des 6crivains ins- 
pire, question que Fauteur r&out naturellement dans le 
sens musubnan, 

Le neuvi^me discours roule sur la confiance que les mn- 
sulmans peuvent avoir dans les traductions de la Bible. Ge 
cbapitre est un des plus int^ressants du volume. Apr^ des 
reflexions g^n^rales qui se r^duisent au proverbe connu ; 
Traduttorey traditorey I'auteur parle en detail et avec impar- 
tiality des traductions orientales et occidentales plus ou 
moins anciennes, et des traductions des soci^t^s bibliques, 
dout quelques-unes sont la reproduction des Mitions de la 
congregation de propaganda fide^ telles par exemple que les 
traductions syriaque et arabe que mon illustre maitre Sil- 
vestre de Sacy et moi avons coUationnees sur les Editions 
originales. Saiyid Ahmad nous fait connaitre les Editions 
de r£criture sainte qu'il a cues k sa disposition tant en 
hindoustani qu'en persan, en arabe et en anglais, au nombre 
de dix-huit, et deux manuscrits, un du Psautier en arabe 
avec une paraphrase par M§,zni, ecrit probablement dans 
le seizi^me ou le dix-septifeme sifecle, et qui difFfere beaucoup 
du Psautier connu ; Tautre, des quatre Evangiles en arabe, 
presque semblable k I'^dition de Borne de 1671, sur laquelle 
il parait avoir et^ copi^. Ce chapitre se termine par la no- 
menclature par families ethnologiques empruntee au « Bible 
of every land J> des langues dans lesquelles la Bible a ^t^ 
traduite et m^me de celles dans lesquelles la traduction a 
ete resolue. Cette classification Erudite offre elle-m^me de 
I'intergt. 

Le dixiime et dernier discours, qui ne le c^de pas en 
importance aux autres, traite de Topinion des musulmans 
touchant les commandements de Dieu qui en abrogent 
d'autres. Enfin, deux appendices terminent le volume : 
Pun sur les dates des principaux evenements mentionn^s 
dans la Bible, d'apr^s le c^lfebre th^ologien anglioan 
Usher ; Pautre oflFre la concordance des annees de 
Ph^gire avec Pfere chr^tienne jusqu'i Pan 1300 (1882)> 



— 221 — 

^poqne de la fin da monde selon la tradition mnsulmane. 
En resnm^, cette introdnction est non-senlement curieuse 
et originale, mais r^ellement tr^-instrnctive, mfime ponr 
nn chr^tien. On pent la consid^rer comme nn traits com- 
plet d'ex^g&se biblique : elle contient 8ur nos livres saints 
tous les renseignements d&irables qu'on ne tronve peut-Stre 
pas r^unis aiilenrs. II fant se souvenir que Pauteur est 
mnsulman et qu'il a ^videmment ^rit dans nn esprit de 
rapprochement entre Fislamisme et le christianisme ; mais 
il est dbuteux que ses coreligionnaires ^content ses paroles 
accommodantes; et, d'un autre oot^, los chr^tiens n'admet- 
tront jamais Tinspiration du Coran. Ainsi les premiers 
condamneront probablement les opinions de notre auteur 
quails trouveront trop ^lastiques, et les seconds ne lui sauront 
aucun gre de ses pacifiques efforts d'^rudition. Quoi quMl 
en soit, le travail dont nous venous de parler fait k la fois 
honneur k la science et k I'esprit religieusement conciliant 
de Tauteur, qui paralt, de la mcilleure foi du monde, vou- 
l(»ir rester bon musulman tout en expliquant le plus chr^- 
tiennement qu'il le pent les doctrines islamiques. II parle 
de J^sns-Christ presque comme un chr^tien : il le nomme le 
Seigneur Christ « Hazrat Macih D (1) ; et, avec le Coran, 
V esprit de JDieUy la parole de Dieuj le messa^ger de DieUj 
celui qui a dtd engendri par V esprit de Dieu, Ce travail 
prouve aussi, ^videmment, que les .musulmans lisent la 
Bible et en appr^cient le contenu. II existe plusieurs diff<£- 
rentes traductions des livres saints en liindoustani, et le 
docteur Mather s'occupe k Mirzapur d'une Edition en carac- 
tferes persi-indiens, revue et corrig^e, de la version qu'il a 
publide en caract&res latins k Londres en 1860. Cette Edi- 
tion sera faite comme la premiere aux frais de la Soci^t^ 
biblique britannique et ^trangire. D*un autre cdt^, une 
conference de missionnaires dans les provinces nord-ouesta 
sugg^r^ rid^e de prendre des mesures pour preparer une 

(1) Les musulmans appellent habituellement J^sus-Christ SaiyidrnA 
7^, c'est-^-dire « Notre Seigneur J^sus »• 



— 222 — 

Vulgate hindonsianie des saintes Eojtnres qui Beraitrecon- 
nue comme texte anthentique pour rinde, mais 11 est 
. douteuz que ce prqjet puisse 6tre mis k execution. 

A la t^te des auteurs des publications nouvelles, nous 
trouYons le f<£cond maulawi Karim uddin, dont le nom vous 
est familier. On lui doit cette annee six ouvrages difiES- 
fents (1), dont je possMe des exemplaire^y gr^e a la gen^- 
reuse obligeance de M. Robert Cust^ de Lahore. 

l"" a: La simplification des r&glesdelalangueurdiie ^(2), 

nouvelle grammaire k I'usage des ^coles du Penjab, ouvrage 

^l^mentaire dans le genre de mes <i Rudiments de la lan- 

gue hindoustanie 2>, dont je yiens de publier une nouvelle 

Edition, 

2^ Karim ullugdty « Le liberal en expressions » (3), voca- 
bulaire des mots persans et arabes rendus en hindoustani, 
pubUe par les soins du pandit AJodhya Pra^M (4). 

3** Giographie du Penjaby nouvelle Edition revue et cor- 
rig^e par Tauteur et public par le mSme pandit (5). 

4** Inschd-d urduy a Manuel ^pistolaire (6) d, qui se com- 
pose de quatre parties. La premiere contient des modules 
de lettres et de billets de correspondance entre sup^rieurs 
et infiJrieurSjinfiSrieurs et sup^rieurs, et ^gaux. La deuxi^me 
expose la maniire de r^diger les petitions et en offre des mo- 
dules. La troisi^me contient des modules de lettres et ^rits 
des bureaux et des tribunaux ; la quatriime entin contient 
des lettres d'affaires. 

n y a dans cet imckd des renseignements qu'on cherche- 
rait vainement ailleurs. On y trouve entre autres le proto- 
cole des en-t6tes de lettres selon le degr^ de parent^, le 

(1) Ces ouvrages spnt publics par I'ordre.du capitaine Fuller, directeur 
de rinstruction publique dans le Pei^ab. 

(2) TashXi ^lcawd*id urdd-zahdn hu Lahore, 1863, in-8' de 34 pages 
irnprim^ k deux mille exemplaires. 

(3) Par allusion au nom de Tauteur Karim pour Karim uddin in extenso. 
Lahore, 1863. 

(4) In-S** de 432 pages sur deux colonnes, tir6 k quatre mille exemplaires. 
Lahore, 1862. 

(5) In-8* de 87 pages. Lahore 1863.. 

(6) In-S*" de 47 pa^es tir6 h deux nillle exemplaires. Lahore^ 1862. 




rang ou la dignity. Ainsi, poor un pire, il faut mettre : 
<K A sa seignenrie lien de quihla^ que son ombre subsiste ! t> 
Ponr une m^re : <k A madame mon honorde et tendre mire, 
quH sa loaange subsiste I i> Pour un grand-p&re patemel 
(dada) ou maternel (n&nd) : <k A sa seigneurie quihla et 
caahay monsieur mon grand-pire, que son ombre subsiste 1 2> 
Pour un ills ou un petit-fils : <l Mon ch^ri, la lumi6re de 
mes yeux, joie de mon ftme^ que sa vie se prolonge I » Et 
ainsi de suite pour yingt et un autres degr^s de parents. Les 
formules k employer pour un ami sent varices, mais il y en 
a de particuli^res pour les schaikhs^ les saiyids, les kh&ns, 
les mogols, les munschis, les pandits^ et pour les diffirents 
fonctionnaires, 

II a paru k Lahore un autre <i Manuel ^pistolaire ^ en 
hindi, intitule : Pair malika <L Guirlande de lettres i>, 

5'* Pand sUdmand « Conseils utiles (1) d, Cet ouvrage, 
public par les soins du munschi Muhammad 'Azim^ se com- 
pose de cent cinquante sentences tiroes d'auteurs anciens et 
modernes, y compris cent axiomes adressds, y est-il dit, par 
Locman k son fils. Axiomes et proverbes sent souvent 
identiques. Laissez-moi tous citer^ messieurs ^ quelques 
proTerbes hindoustanis (2), int^ressants sous le rapport 
ethnologique : 

II serre ses provisions et 11 consomme celles des autres. 

Laissez teacher votre doigt, et on vous saisira le poignet. 

ELle devoile sa honte et meurt ensuite de chagrin. 

Tout chien dans sa rue est un lion. 

L'amitie d'un sot est un mur de sable. 

La rosee ne calme pas la soif. 

II prend k Ahmad son turban pour le mettre sur la tdte de 

Un et un font onze (3). [Mahmiid.J 

(1) Lahore^ 1862, in-S* dc 24 pages tir6 & deux mille excinplaires. 

(2) Le texte hinaoustani de coh proverbes se trouve dansl'ouvrage inti- 
tule : « Collection of proverbs in the pertfian and hindoostanee languages » , 
ouvrage posthume de T. Roebuck, 6dit6 par feu le savant H. H. AVilson^ 
et d6die par luiau fondateur de I'^tude de rhindoustani chezles Anglais: 
J. B. Gilchrist. 

(3) En chiirrcs arabes. Ce provcrbc s emploie pour indiquer qu'll est 
avantageux dc ne pas agir scul dans une entreprise. 



— 224 ~ 

Un poisson peut infecter tout un.Iac. 
II alltmie riacendie et court chercber I'eau pour Tetciadre. 
Apr6s avoir re^u le prix de la mangue, il demaade celui du 
Pleurer devant un aveugle, c'est perdre ses yeux. [noyau. J 

6** Khatt tacdir « L'^crit du destin (1), y> conte moral en 
prose, entrem^^ de vers nombreux qui sont poor la plnpart 
des citations. Ce volume attachant a pour epigraphe nn 
bait (distique) dont voici le sens : ^ Le destin est comme nne 
boucle de cheveux embrouill^e que le peigne seul pent 
d^m^Ier. II est aux pieds de Thomme intelligent une 
chaine pareille au vent du printemps qui arr^te les pas dn 
voyageur, d 

L'lnfatigable Karim n'a pas oubli^ les amis de la litt^ra- 
ture persane, et il a public cette ann^e mSme un choix de 
poesies tiroes du Diw&n de H&fiz, et ce qui est plus apprecia- 
ble, vu la raret^ des manuscrits et des exemplaires de 
r^dition de Calcutta, un choix pareil du Diw&n de Saadi, 
pr^c^d^ de sa biographic. 

Parmi les autres publications r^centes qui sont parvennes 
k ma connaissance, jo puis indiquer un curieux almdnach 
(jantrl) pour 1863, public k Lahore par le pandit Surfij 
Bh&n (2), ^crivain hindoustani distingu^, k qui on doit 
plusieurs autres ouvrages. Cet almanach contient beauconp 
de renseignements incontestablement pr^ieux. On y trouTe 
d'abord sur vingt et une colonnes le jour du mois selon 
les diiF<^rentes kr^ suivies dans- Plnde; le jour lunaire, la 
longueur du jour, le lever du soleil et de la lune, etc. Cha- 
que mois occupe deux pages : la premi&re est remplie par 
les details que je viens d'indiquer, et la seconde contient 
des observations sp^dales sur certains jours. Apr&s le ca- 
lendrier viennent des explications sur le comput chr^tien, 
musulman, fasliy persan d^Yazdajard et du naurozy aamr 
tocUy etc. ; sur les mansions lunaires et les jours ntfastes, 

(i) Lahore, 1863, ln-8<» de 162 pages. 

(2) Petit in-folio de 100 pages imprim6 k la typographie du Koh-i nAr, 
dont ce pandit est propri^taire et directeur. 



— 225 — 

sur les divisions de I'^cliptique, snr les difF(6rentes mesures 
da temps, snr la connaissance da vent, sur la quinzaine 
obscure (badi) et la quinzaine lumineuse (siuli) des lunai- 
sons. On y trouve aussi an tableau des signes du zodiaqne 
avec leurs noms tant en caract^res persans qu^en caract^res 
d^vanagaris et les signes qu'on emploie pour les repr^sen- 
ter; des details de tout genre, entre autres sur la chiro- 
mancie, accompagn^ de la figure d'une main portant les 
signes auguraux; des recettes centre la peste, centre la 
c^cit^, centre la piqiire on la morsure des animaux mal- 
faisants, etc. 

A la publication du Code p^nal, traduit en hindoustani 
par le maulawi Abd uUatif kh&n, un des examinateurs dont 
j'ai parl^ il y a un instant, s'est ajout^ : « Le tr^sor des 
questions sur le Code penal (1), j> travail utile traduit de 
Tanglais de M. B. Cust. Nous avons aussi le Code de pro- 
cedure criminelle, le Code civil du Penjab, le Guide des 
magistrats, traduit de Tanglais de Skipwick, un Manjiel de 
droit administratif (2) et plusieurs ouvrages du m&ne genre. 
Nous avons encore le rapport ofHciel sur Tadministration 
da Penjab en 1861-62, traduit en hindoustani par le pandit 
Ajodbya Prasad, ouvrage tr^s-important et dont la lecture 
pourrait seule donner une juste id^ ; le m^moire non moins 
important du capitaine Fuller sur Tinstruction publique 
pour les m^mes ann^s, traduit par Lala Bamjas (3) ; dif- 
f<irents trait^s tels que les a: Ragles k suivre dans les ^ooles 
normales du Penjab }> (4), opuscule qui fait connaitre les 
conditions d'admission k ces ^coles; les Etudes auxquelles 
les ilkyes doivent se livrer, les examens qu'ils ont ensuite k 
sabir, les matiires et les ouvrages sur lesquels ces examens 
doivent rouler, etc. ; un traits d'astronomie intitule : « Har- 

(1) Ganj'i sualdt candn-i faujddri. 

(2) Kaltd'i ganj i imtthdn-i canAn-i dlwdnl <x Clef du tr63or de I'exa- 
mea pour les regies administratives. ». 

(3) LAhore, 1862, petit in-4" de 49 pages. Voyez ce que j'ai dit du rap- 
port original dans men discours du 1«' d^cembre 1862, page 2oi. 

(4) DastAr ul'amal maddris ta*ltm ulmiX'aUimtn, Lahore^ 1862^ in-8* de 
34 pages. 

15 



— 226 — 

mohie da soleil et des ^toilesi^ (1); la reproduction en 
hindi de la petite encyclop^die intitaMe Hdcatc ulmaujMSt 
« V"^rit^s sur les creatures » (2); le Jam^unna/disy « Col- 
lection de raret^B j> ; Tableau des mers et des riviferes d ; un 
traits de I'imprimerie (3), etc. 

Parmi les ouvxages litt^raires nouveaux je trouve nne 
grammaire persane en urdd par Abd ulwSci' Hansawi et 
D^bi-PraQftd, savant hindou, ancien ^Ifeve du college de: 
Bareilly, capitale du Bohilkhand, aujourd'hui inspecteur 
des ^coles du district de Farrukhabad^ k qui on doit nne 
histoire de ce district, ecrite en urdii, un traits de th^ologie 
naturelle intitule : Mazhar^ cudrat « Manifestation de la 
puissance divine 2>, et d'aut^es ouvrages, et qui a public 
demiferement une grammaire et un dictionnaire polyglot te 
hindoustani (urdii et hindi) persan, arabe, bengali et an- 
glais, accompagne d'exercices et de r^cits amusants (4). 

Je trouve mentionn^s deux nouveaux ouvrages hindis 
qui ne manquent pas d'int^rSt t le Bhakti bodak <l 1' Intelli- 
gence de la pi^t^, d recueil de cent anecdotes religieuses par 
J. Parsons ; et le Sahaara ratri aankachdpa « Extraits des 
Mille et une Nuits », traduits du bengali par le pandit Ba- 
dri Lai, auteur et surtout traducteur de plusieurs ouvrages 
en hindi. 

A ces publications il faut en ajouter quelques-unes 
bonnes i signaler, parmi nn grand nombre d'autres qni 
sont indiqu^es dans le catalogue de la biblioth^ue classiqne 
du gouvemement k Lahore, public ie 1®' Janvier de cette 
ann^e; et il est utile de rappeler ici que bien qu'il y ait un 
dialecte particulier au Penjab, le penjabi, 1 'hindoustani 
(nrdii et hindi) est seul usit^ dans les bureaux du gouver- 
n;ement et appris dans les ^cbles. 



(1) Bxcdla nizdm-iichatnst, 

(2) Cette redaction a 6te imprim^e k Lahore en 1860 ; in-8* de 96 pa^es 
avec figures. 

. (3) Ricdla chdpa, Agra. 

(A) 1* Polyglott grammar and exercises; 2* Polyglott moonshoe or vooa- 
bulatry^ exercises and pleasant stories. - • 



IX 



it. 



^ 227 — 

Ces ouvrages sont : line nonrelle giographie, intitulee 
Jagrdfia jahdn € Gr^ographie du monde ]8>, une g^ographie 
de THindoustan et des contr^ adjacentes intital^e Jdm/4 
jahdn-numd <t La coupe oh Ton voit le monde i> ; une histoire 
g^n^rale depuis le commencement du monde, intitul^e 
Tamkh-^dlam « Chronique du monde D ; une histoire du 
royaume d'Aoude {TarikhA Awadh); une histoire des pro- 
vinces du Penjab {Tarikh-^, goscha-d Panjdb) (1). 

La plupart des ouvrages que j'ai mentionn^s sur la 
g^graphie et I'histoire de I'Inde sont traduits de Tanglais, 
chose trfes-flatteuse pour les Europ^ns , puisque leurs 
ouvrages sur ces mati^res sont tellement appr^ci^s par les 
Indiens eux-m^mes qu'ils les traduisent dans leur langue. 
C'est ainsi que I'lntroductiou an Rig-V4da de Wilson a ^t^ 
traduite en hindoustani par Siva Prasad, ^crivain coutem- 
porain k qui on doit plus de trente ouvrages diffi^ rents, 
tant en hindi qu'en urdd; entre autres une histoire des pro- 
gr^ et de la chute de la nation des Sikhs, des pr^ceptes 
moraux traduits du Sanscrit, des extraits des lois de Manou, 
traduits en hindoustani avec le texte Sanscrit, et de nom- 
breuses traductions de I'anglais. 

Quant aux autres ou\Tages d'une utility tout k fait pra- 
tique qui ont paru cette annee, il serait fastidieux d'en dres- 
ser la liste nombreuse (2). 



11 



ri) In-S*" de 200 pages. Lahore, 1862. 

[2) Void les titres de quelques-uns : 

Kors wrdO, c< Gours d'urdii ». ou choix de morceaux en hindoustani, 
pour I'examen des aspirants k 1 university de Calcutta. Lahore, 1863. 

Pandr-ndma'aydt'ddrdn • Livre de conseil pour les p^res de famille ». 

Miftdk uleawdid • la Clef des regies », nouvelle grammaire anglaise en 
trois parties. Lahore, 1863. 

Kalid-i ganj^t mdl « la Clef du revenu » (Revenue catechism), par 
R. Cust. Ibid. 

Zubdat uUiiedb <c TEssence du calcul », traits complet d*arithm^tique 
en urdtij par Ajodh^ Pra^Ad. Lahore. 1863, in-8* de 90 pages. Ce traits 
a6t6 reproduiten hindi parR&m-Dayal, sous le litre identique au premier 
de Gamt sar, Lahore, 1863, in-8* de 92 pages. 

HiddycU-ndma jagiUr-ddrdn « Guide des possesseurs de fiefs », r6dig6 
par M. R. Cust, et traduit par le pandit Moti-Lal, interpr^te des bureaux 
du gouvernement, Lahore, 1863, in-8* de 61 pages. 

Le rdsum6 des ordonnances du gouvernement, dont j'ai sous les yeux 
le cahier de novembre 1862, imprim6 k Lahore par les soins du pandit 
Surdj-Bh&n, in-folio, de 110 pages. 



— 228 — 

Les publications dont je viens de toub entretenir, mes- 
sieurs, contribuent sans aucun doute k propager Finstrao- 
tion chez les Indiens, aussi leurs progr^s dans nos sciences 
europ^ennes se font-ils remarquer de jour en jour. II est 
malheureux qu'un aussi petit nombre vlennent au wildyot 
<r le pays 2> (comme ils Tappellent) de leurs vainqueurs se 
perfectionner dans leurs connaissances. La chose n'est pas 
bien difficile pour les musulmans ; mais il est yrai que les 
Hindous ne pen vent le faire sans apostasier pour ainsi dire; 
n^anmoins quelques-uns d'entre eux, comme Mahiputram 
Bapram (1^, bravent rexQommunication et ses conse- 
quences (2). Ainsi par exemple un ^l^ve du <£ Presidency 
college 3> de Calcutta, le b&bu Satendra N&th Tagor est 
venu passer en Angleterre avec succ^ les examens 
obligatoires pour fetre admis dans le service civil, et il a 
et^ envoy4 a Bombay pour y occuper un emploi admi- 
nistratif. 

II y a au jourd'hui trois universites dans I'lnde : celles de 
Calcutta, de Bombay et de Madras, qui fonctionnent regu- 
lifei-ement et qui comptent de nombreux candidats indiens. 
Depuis six ans que Tuniversit^ de Calcutta est (^tablie, deux 
cent vingt-cinq jeunes gens y out ^t^ admis en quality d'as- 
pirants aux grades universitaires, Durant les deux derniires 
annee.s,deux cents environ out passe leur premier examen 
pour les arts ou plut6t pour les lettres, et sur ce nombre 
qiiatre-vingt-neuf out regu le grade de bachelier. Quant 
aux branches speciales, vingt out re^u le grade de licencie 
pour le g^nie civil, vingt et un pour la mMecine et vingt- 
sept pour le droit. Chose digne de remarque, les musul- 
mans sont gdn^ralement restes en arriire des Hindous, et 
les chr^tiensi (natifs) en arrifere des uns et des autres. 



(1) Voyez mon discours du 2 d6c. 1861, p. 186. 

(2) 11 faut, dit-oii, avaler, pour se rehabiliter, le breuvage degoiitant 




— 229 — 

Anx demiers examens il s'est pr^sent^ treize cent trente^ 
qnatre candidats, de seize iiTingt ans, dont soixante et onze 
chr^tieDs et qnarante-Bix musulmans ; il en ^tait venu de- 
puis Lahore au nord-onest jnsqn'k Colombo au snd. Tons 
ont dt ^tre examines en anglais et dans nne antre langae 
an choix du candidat : cent deux ont vonlu Tetre en hin- 
doustani, trente en Sanscrit, six en persan, etc. 

L'instruction ^l^mentaire est dans un ^tat de plus en 
plus satisfaisant. Dans le Bengale il y a huit cent seize 
^coles qui sont fr^quentees par cinquante mille ^l^ves; dans 
la pr^sidence de Bombay il y a six cent quatre-vingts ^coles 
fr^uentees par trente-six mille sept cent cinquante Olives; 
dans celle de Madras il y a cinq cent soixante-dix-neuf 
^oles fr^quent^es par vingt-trois mille neuf cent soixante- 
cinq ^l^ves. Dans les provinces nord-ouest, ou I'hindoustani 
est la seule langue parl(^e, T^ducation est plus populaire; il 
J a dix mille quatre-vingt-six ^coles et cent soixante-qua- 
torze mille six cent quatre-vingt-neuf Olives (1). 

A Agra il existe depuis 1850 un ^tablissement d'educa- 
tion appel^ St John College j oii les jeunes Hindous sont ins- 
truits dans la litt^rature et les sciences de 1' Occident. Con- 
form^ment aux maximes de la philanthropie ehr^tienne on 
y Teqoit des Hindous de toute caste (2), etla chose parais- 
sait jusqu'ici n' avoir pas prisent^ de difficult^ ; mais der- 
ni^rement k la suite de Tadmission du fils d'un sudra de la 
sous-caste des balayeura (miktar), converti & la religion 
chr^tienne, deux cents Hindous des autres castes ont quitt^ 
P^tablissement. Rien de pareil n'est arriv^ k une institution 
analogue qui existe aussi k Agra, le a: Victoria college j», 
qui comptait en septembre dernier trois cent cinquante et un 
flfeves, dont trois cent quatorze BUndou8,vingt-cinq musul- 
mans seulement et douze chr^tiens. L'instmction y est don- 
n^e dans trente-cinq classes diff^rentes, dont dix-huit appar- 

(1| Indian Mail, sept. 1863. 

(2) On agit ainsi 4 runiversitd de Calcutta et au college m^tropolitain^ 
Men qu'il soit fond6 par les natifs eux-mdmes. 



— 230 — 

tieonexit au d^partement anglais et dix-sept an d^partement 
oriental; e'est h gavpir onze ponr rhindonstani (nrdn et 
liindi), quatre pour le persan, nne poor Tarabe et un^ pour 
le Sanscrit (1), 

Je manque de renseignements sur Tancien royaume 
d'Aoude, mais il n'en est pas de m^me pour le Penjab. Cet 
immense pays des cinq riviires, et qui, il y a quinze sm 
seulement, formait un puissant itat ind^pendant, est dev«na 
actuellement une paisible province de I'lnde britannique et 
nne des plus prosp^res sous le rapport de Tinstruction. D'a- 
pr^ le nouveau rapport du capitaine Fuller, il y a eu en 
1862-1863, malgr^ le manque de fonds dont on se plaint, 
une augmentation de cinquante-quatre ecoles et de sept 
mille cinq cent dix ^l^ves, ce qui portait au V^ Janvier der- 
nier le nombre des ecoles dans cette province k deux millQ 
trente-six et k soixante mille celui des ^ISves natifs, dont 
cinq mille huit cent trente-quatre apprennent I'anglais aa 
moyen de I'hindoustani. On y compte aussi cent trois ecoles 
de fiUes fr^quent^es par deux mille deux cent vingt-quatre 
jeunes Indiennes : le double de Tannee pr&^ente (2). II y 
a en outre des Ecoles normales destinies k former des insti- 
tuteurs; et, k Lahore, un college pour Tenseignement sup^- 
rieur qui compte deux cents ^Ifeves (3). 

Le college medical de Lahore continue k Stre dans une 
situation prospire. En dernier lieu il y avait cinquante itu- 
diants (natifs), dont trente devaient passer en juillet leur 
dernier examen. 

La pr^sidence de Bombay ne le cide en rien aux autres 
provinces de PLide quant k Tencouragement qu'elle doniiid 
k I'instruction. L'universit^ de Bombay a acquis la biblio- 
thfeque du college d'Haileybury, qui a rendu de si grands 
services aux Etudes indiennes. L'opulent parsi Cowasji Ja- 



(1) Ind. Mail, no v. 1863. 

(2. Hurkaru {Ibid). 
. (3) « Force productive des nations », par M. le baron Charles Dupin, 
t. V, p. 622. 



— 231 — 

hsLngaiTj que ees grandes riohe98es ont fait sumommer par 
les Anglais ^ Argent comptant (Ready money) » a contri- 
bne pour an lakh de roupies k la oonstmction des nouveanx 
.Mtiments de cette university. Le m£me philanthrope a 
offert un prix de cinq milie roupies .au parsi qui se dis- 
tinguera comme avocat plaidant (barrister) k la haute cour 
de Bombay. 

L'ecole anglaise pour les jennes Indiennes de Bombay, 
appelde en Thonneur de la princesse de Galles d Alexandra 
native girls english institution d, a ^t^ inaugur^e le 1^' sep- 
tembre dernier, dans la propre maison de Manockjee Car- 
se^ee, en attendant que les ofirandes de ses amis jointes k 
oelle qu'il a faite de quatre mille roupies, permettent d'avoir 
un local sp^ial plus vaste et mieux appropri^ k cette des- 
tination. 

Un autre parsi de Bombay a donned quarante mille 
roupies pour T^tablissement d'une ^cole anglaise, et un 
troisi^me la mSme somme pour une ^cole sanscrite. Deux 
parsis se sont r^unis pour offrir au vice-chancelier de Tu** 
niversite la somme de cinq mille roupies, k Teffet de fonder 
une m^daille d'or k d^cerner chaque annee pour le meilleur 
essai ecrit par un elfeve de TUniversit^, sur un sujet d'his- 
toire ou d'antiquit^s indiennes, ou sur une question relative 
k rintroduction de la science europ^enne dans Tlnde. 
Enfin sir Jamsetjee Jeejeebhoy a foumi un lakh de rou- 
pies pour la construction d'un college k Founa et deux 
parsis moins connus ont promis Tun un lakh et Tautre cin*- 
quante mille roupies pour Torganisation de T^ducation en 
Guzarate. 

La photographic a p^n^tr^ dans Tlnde, et les Indiens 
veulent en connaitre les proc<kl^. La Gazette d 'Allahabad 
,annonce qu'un photographe doit Stre attach^ au € Thor 
masson college ]> k Rurki, pour instruire les natifs dans cet 
art, qui prend partout un si grand d^veloppement. En Tra- 
vancore, un natif a accompagn^ d' illustrations photographi- 
ques VEssdi sur V architecture y la sculpture et la peinture dans 



L 



— 232 ~ 

VInde andenney du R^v. W. Taylor, qui a remport^ le prix 
fond^ par ]e raja (1). 

L'initiation des Indiens aux sciences europ^ennes les 
rapproche de notre civilisation et de nos principes'religieux 
qui en sont la source. Les progrfes du christianisme dans 
I'lnde sont indubitables et r^jouissants pour tout coeur chri- 
tien (2). a: La v^rit^ fait chaque jour des progris 3>, a dit 
Jami dans son c^lfebre poeme de Yu^uf o Zalikha j> (3). 
Les catholiques (remains), obliges qu'ils sont de c^l^brer 
en latin le service divin, out soin de faire chanter aux 
natifs des cantiques dans les langues usuelles; les anglicans 
et les protest ants s^par^s de I'Eglise nationale cilfebrent le 
service entier en hindoustani ou dans les autres langues 
locales. lis avaient essay^ d' adapter des paroles hindou- 
stanies aux airs unglais de la liturgie; mais ces airs n'^taient 
pas du gotit des Indiens : aussi nombre de missionnaires se 
sont-ils decides, et il parait avec succ^s, k adapter au con* 
traire des paroles chr^tiennes k des airs indiens. Pour cela 
on a rdduit en notation europ^enne quatre-vingt-dix diflPe- 
rents airs hindous ou musulmans classiques, qui ont et^ 
fournis par des musiciens natifs, et on en a publie la coUec* 
tion (4), qui sert comme d^appendice k la s^rie des hjmnes 
qu'on a aussi publi^es (5). On a. dft adopter la notation eu- 
ropeenne, parce que les Indiens n'ont pas de systSrae 
usuel de notation et ne peuvent apprendre les airs qu'en les 
entendant chanter; mais il a fallu les fixer k cause surtout 
des missionnaires. De ces airs, les uns ont ^t^ composes 

(1) Ind. Mail, aoi!lt 1863. 

(2) On trouve dans Y Indian Mail du 6-juin 1863 unextraitdes « Statis- 
tical tables of Indian missions » par le D^^ Mullens. 

(3) Haquicatrd hahar roz^ zuhUr, 

(4) Le recueil de ces airs, avec Tindication des hymnes ou cantiques qui 
y sent adapt^s, a ^t^ publie k B^nar^sen 1861 par le reverend h Parsons, 
aid6 de J. Christian et H. Collins, sous le titre anglais de : « The hindu- 
stani choral book •, et en hindoustani : Swar Sangrah « Collection de ' 

.tons », in-S* d'environ 100 pages. Cestui Tobligeance de M. L^on Bureau, 
de Nantes, quej'en dois un exeihplaire. 

- (5) EUe est intitul^e : Git (guit) tangrah • A collection of 293 hindee 
and oordoo hymns in the devanagari character *, by J. Parsons and 
J. Christian. 



— 233 -^ 

tont expr&s, les autres sont les airs hindons olassiqnes ap- 
propria aux diffi^rentes parties du jour et anx dlff^rentes 
saisons de Tann^, et qni out des noms particuliers. II 7 a 
anssi des chants musulmans distincts des autres, dent quel- 
qaes-uns sout dus k Schujd,*at Ali, musulman converti, 
devenu pasteur d'une ^glise chr^tienne des natifs k Cal- 
cutta. Outre la diffiirence m^lodique, qui est grande entre 
les chants hindous et les chants musulmans, il 7 a encore 
la diffi^rence rhythmique, car dans les chants hindous les 
vers sont mesur^s par la quantity des syllabes comme en 
grec et en latin, tandis que dans les chants musulmans ils 
le sont par le nombre des syllabes, ce qui est beaucoup plus 
simple (1). 

L'^tat des missions anglaises est florissant et T^glise an- 
glo-indienne voit chaque jour ses rangs s'^largir. On comp- 
tait en 1862, tant dans le Bengale que dans les provinces 
nord-ouest et dans les pr^sidences de Bombay et de Madras, 
cent dix-huit mille huit cent quatre-vingt-treize chr^tiens 
nati£», conduits par quatre cent dix-huit missionnaires et en 
possession de huit cent quatre-vingt-dix egh'ses ou chapelles. 
Un voyageur qui s'est trouv^ k Dehli en mai dernier, et 
qui a assist^ au service divin qui y ^tait c^Idbre en urdii 
dans r^glise de la soci^t^ pour la propagation de TEvangile, 
a remarqu^ que les assistants natifs, hommes, femmes et 
enfants, r^pondaient aux pri^res et chantaient en choQur. 
Un autre voyageur avait fait la m^me observation, le 
P' mars, k T^glise de Banchi en Chota-Nagpur, o{i le ser- 
vice divin se faisait en hindi (2). A Amritsir, les mission- 
naires ont convert les murs de leur chapelle des dix com- 
mandements et d'autres portions de T^Icriture sainte en 
hindoustani (urdii ou hindi). II en est de mSme dans la 
plnpart des villes des provinces nord-ouest^ oil partout le 
service divin est c^l^br4 en hindoustani. 

(1) Voyez ma « Rh^torique et Prosodie des langueeiMe 1' Orient musul- 
man >. 

(2) Colonial Church chronicle, num^ros d'aotkt et de d^cembre 1863 



— 234 -r 



Dans la stance de la Soci^t4 pour rencouragement de 
I'instractioii chr^tienne (Society for promoting the christian 
knowledge) (1) tenne k Londres, le 3 m^x dernier, il a ^t^ 
dpnn^ d'int^ressants details sur les ^coles des mission- 
naires fr^uent^es par les enfants hindous et musnlmans^ 
Celles de Simla (2) et de Jabbalpor sont nouvelles. Der- 
ni&rement examine par S. G. T^y^ae de Calcutta et par 
le directeur de Finstruction publiquedesprovinees centrales, 
les ^l&ves de Jabbalpur ont repondu de la mani^e la plus 
satisfaisante k toutes les questions. II en a ^t^ de mSme 
pour r^cole de Nagpur, qui est tr^s-florissante. Dans la 
m6me stance on a lu une lettre do T^v^que de Calcutta, 
annongant qu'il a administr^ la confirmation en hindon- 
stani (urdu) k Agra, k Allahabad (3), k Bhagalpur, k 
Cawnpur et k B^nar&s, od il a aussi ordonn^ un pr6- 
tre natif, qui, rest^ diacre pendant quatre ans, s'^tait 
distingu^ durant oe temps par son z&le et par son talent 
pour la predication. 

Les conversions des musulmans sont toujours fort difi- 
ciles, car, ainsi que Pa dit le poete Moore : 

<L Quand une croyanoe fanatique s'est attach^e k uue er- 
reur cherie, elle s'y tient ^treinte jusqu'k la fin (4). 3> 

Et malheureusement les dissidences des communions 
clir^tiennes exercent une f&cheuse influence sur Tesprit des 
Asiatiques, et s'opposent ainsi k ce que le nombre des con- 
versions atteigne les proportions qu'on serait en droit 
d'esp^rer. La deplorable attaque du D"" Colenso contra la 
Bible (5) a produit une impression encore plus filchense, 
car cet dvSque refractaire est tr^-connu dans I'Lide par ses 

(1^ Colonial church chronicle, num^ro de juin 1863. 

(2) II est question de transferer le 8J6ge dn gonvernement supreme i 
Simla. C&Icutta resterait alors la capitale du Bengale^ mais ne serait plos 
celle de I'inde britannique. 

(3) Cette ville est actuellement^ en remplacement d'Agra, la capitale des 
provinces nord-ouest, qui comptent trente millions d*habitants. 

(4) Fanatic faith once wedded fast 

To some dear falsehood, hugs it to the last. 

Lalla Rookh, veiled Prophet, Part III. 

(5) The Pentateuch and the book of Joshua criUcaUy examined. 




1 ■»■ 



— 235 — 

ouvrages d'arithm^tiqne, qui j sont classiques. A ce propoB 
nn journal hmdon de Calcutta, le Bengaliy demande com^ 
mest on peut esp^rer que les Hindous renoncent k la foi 
de leurs p^res pour adopter des doctrines sur lesquelles de^ 
hommes ^minents d'Europe out des doutes (1). Mais le 
joumaliste hindou qui ^crit ces lignes ignore sans doute 
que le D' Colenso, bon math^maticien mais faible th^olo-*- 
gien, a rep^t^ des objections auxquelles on a cent fois r^- 
pondu. Chose digne de remarque, dans le specimen que le 
mnsulman Saiyid Ahmad, dont j'ai parl^ il j a un instant^ 
a donn^ de son commentaire du Fentateuque, il refute 
les objections de T^v^que de Natal sur Taccroissement du 
nombre des Isradlites et sur T&ge de Juda et de Joseph en 

^gypte. 

La. civilisation europ^nne et chr^tienue fait m6me sen- 
tir son influence chez les Hindous restes ^diles k leur reli- 
gion, en les portant k abandonner de bonne gr&ce des pra- 
tiques que r^prouvont nos moeurs chr^tiennes. C'est ainsi 
qu'un certain nombre de respectables Hindous du Bengale 
ont r^cemment adress^ au gouvemeur g^n^ral et au Conseil 
l^gislatif del'Inde une petition pour demander la suppres* 
sion ofiScielle de la polygamic par une loi, comme il Ta ^t^ 
iait pour Thorrible pratique des Satis, Le raja D^o N&rftyan 
Singh doit m^me, dans la prochaine reunion du conseil 1^ 
gislatif , proposer un bill pour la suppression de cette anti* 
que coutume orientale^. II serait bien ii d^sirer en efFet qu'on 
pM adopter cette mesure, si elle ne devait pas trop froisser 
les moeurs du pays. On ^carterait par Ik I'embarras qu'4- 
prouvent les missionnaires qui ont k baptiser des convertis 
hindous, et qui h^sitent avec raison k conferer le sacrement 
r^g^nerateur k ceux qui sont polygamistes. 

Et non-seulement les philanthropes indiens s'^l&vent cen- 
tre le brMement des veuves et la polygamic, mais centre 
beaucoup d'autres pratiques nuisibles au bien-Mre social des 

(1) Indian Mail^ mai 1863. 



^"7^ 



— 286 — 

femmes, telles, pour ne citer qn'nii exemple, que Tusage 
hindou adopts par les musulmans, de ne paspermettre aux 
veuves de contracter un nouveau manage. II existe k 
Schahjahaopur une socidte composee d'Hindous et de mu- 
8nlman8, dont I'objet special eat de reformer ces f&cheases 
coutumes. Dans une des demi^res stances il a ^t^ decide 
qu'on agirait ^nergiquement pour les abolir; et le cazi Sar- 
far&z Ali a ^t^ charg^ de r^diger un Dastur uVamal^ ou 
« Manuel i> pour I'instruction des parda-naacMn (assises 
derri^re le rideau) ou <l femmes des harems i>j afin qu'elles 
r&istent de tout leur pouvoir aux pratiques degradantes 
auxquelles on les soumet 

Je Grains, messieurs, de m'Stre trop ^tendu sur ces der- 
niers details, mais je ne saurais terminer cependant mon 
allocution sans mention n^crologique. 

Le dernier roi de Dehli (1) est mort ^g^ de plusde qua- 
tre-vingt-dix ans, le 7 novembre 1862, k Bangoun, oil il 
^tait exile depuis Tinsurrection de 1857, et oil I'avait fidi- 
lement suivi sa femme ch^rie la begam Zindt Mahal « I'or- 
nement du palais, » et son jeune fils J^m-Bakht (2). Fils 
d' Akbar Schah II, Mirza Muhammad Ali Zafar, comme on 
Pappelait alors, succeda en 1837 k son p^e, sous le nomde 
Sir^j-uddin (3) Muhammad Bahfidur Schah s&ni (4) Gizi, 
Le souvenir de cet infortun^ monarque, descendant legitime 
de Timour, doit Stre cher aux amis de la litterature, car il 
^tait un ides poetes hindoustanis contemporains les plus dis- 



(1) Voyez les details que j'ai donnes sup ce malheureux prince dans mon 
discours du JO d^cembre 1857, p. 119 et suiv., et dans celui du 5 mat 1859, 
p. 141. 

(2) Je ne suis pas sftr de Torthographe de ce nom, car je ne Tai pas vu 
ecrit en caract^res orientaux, mais seulenient dans les journaux anglais, 
oil il est g^u^ralement 6crit Jumma-Bukht ou Juwan-Bukht. En admet- 
tant mon orthographe, ce nom signifie « Fortune de Jdm », c*esl-i-dipe 
celui dont la fortune est parellle a celle de Jam ou Jamsched (Ach^ra^nes}, 
roi de Perse.. 

(3) C'est-4-dire la « Lampe de la religion ». Ce sumoro honoriflque est 
arabe, et ainsi il ne faut pas ^crire, comme on I'a fait dans des joumaox 
anglais, Sdraj, qui signiGe « Soleil », et qui, ^tant indien, ne peut entrer 
en composition avec un mot arabe. 

(4) C'est-i-dire « second, II ou deuxi^me ». , 



i^rv- 



— 237 — 

Ungais. Yoioi la traduction de qnelqnes-nns de ses vers (1), 
qui Bont fort gracieux dans I'ori^nal : 

< A la nnit ma bien-aim^ m'est appame an bord de la 
terra8se de mon palais : e'est T^toile de mon bonbenr qui 
s'eBt lev^e but Tliorizon... 

]> La fum^e qui en ondojant entoure la bougie, rcBsemble 
aux cheveux que la femme du jogui laisse flotter Bur son 
visage.... 

:» Le hinna fSut ressortir la solide transparence de tes 
ongles, qu'on dirait de fraiches feoilles de rose, et pour les- 
qnels je me sacrifierais Tolontiers. 

:» Les veines de mon coeur, comme autant de cordes, font 
entendre des sons plaintifs, lorsque cette charmante musi- 
denne essaje sur son ongle le bee de plume qui va faire 
r^sonner sa mandobne. 

y> II n'y a pas de profit k attendre par la folic de I'amour ; 
le ooeur est bris^ et la vie est compromise. Mais ne pomr- 
rais-je pas supporter les coups d'^pee de tes drains, puis- 
que le bouclier de mon coeur est la blessure m6me qu'y a 
faite ton amour? 

j> Je ne demande paa la gu^rison de la maladie de mon 
coeur au souffle vivifiant du Messie Je ne veux I'obtenir que 
des l^vres de celle que j'aime. i> 

Le !•' ao6t dernier, est d^^d^e a Londres I'ex-reine 
douairi^re du Penjab, la maharani Chanda Kuwar (2), 
mire du mabaraja Dhulip Singh. EUe ^tait rest^e attach^e 
k la religion de ses p^res, bien que son fils le mabaraja en 
eiit depuis longtemps reconnu la vanity et fClt devenu sin- 
o^ement cbr^tien. Comme moyen terme, ses obs^ques ont 
eu lieu sans aucune c^r^monie religieuse quelconque, ni 
hindoue ni cbr^tienne; mais elles ont donn^ lieu k des re- 
clamations de deux officiers sikbs de la maison de la d^funte, 
qui auraient voulu que son corps fAt bruM et ses cendres 

(1) Les deux premiers sont cit^s dans I'AnthoIogie de Manni\ Lai et les 
autres dans celle de Muhcin. 

(2) Ou Jinda Kour, selon une autre orthographe. 



— 238 — 

enroy^es dans rinde pour y 6tre jet^es dansle Gange, oon- 
form^ment aux pr^ceptes de sa religion. J'ignore le parti 
d^finitif que prendra lemaharaja. 

Le 21 da m^me mois d'aoM, le nabab de Sorate S. A. 
Mir Jafar Ali IQian Bahftdur est mort an Surat Pakieej oil 
vivait anpr^s de lui son ancien compagnon de voyage Mirza 
Lntf ullah, Tauteur de V Autobiography qui a eu tant de sniS- 
c&s (1). Le feu nabab ^tait cheri tant par les natifs que par 
les Europ^ens, car il se distinguait par sa g^n^rosit^ et par 
sa bienfaisance. H ^tait venu en Angleterre une premiere 
fois en 1844, puis en 1854, et cette fois il visita Paris, oii 
Ton avait remarqu^ sa ressemblance frappante avec Tippou. 
Je Tavais tu plusieurs fois k cette ^poque, et il m'avait an- 
nonc6 Tintention de publier, k son retour k Surate, la nar- 
ration de ses voyages en Europe (2), resolution qu*ii parait 
n'avoir pu executor. 

Enfin Tauteur de Touvrage intitule : <( Money Matters, » 
dont je vous annon^ais Pan pass^ la traduction en hindons* 
tani, John Wately, archev^que de Dublin, est d^ed6 le 
8 octobre dernier. Un des ouvrages les plus populaires de 
ce c^l&bre th^ologien philosophe, ge sont ses € Lessons on 
christian evidences, d analogues k VEvidence of Christia- 
nvty de lord Summer qui ^tait aussi archevSque de Dublin, 
ouvrage ^l^gamment traduit en frangais par M. Maroellin 
de Fresne, ancien conseiller d'Etat (3). 

Nous nous attachons naturellement aux Indiens en nous 
en occupant : nous suivons en cela I'exemple du tr^-hono* 
rable sir Charles Wood, secretaire d'^^Jtat pour I'Lide, qui 
prend, on le sait^ le plus grand int^r^t k leur sort, et qui a 
declare qu'il voulait que les cent quatre-vingts millions de 
sujets indiens de la couronne d'Angleterre fussent gouver- 

(1) J*ai consacr^4 cet ouvrage un article dansle ■ Journal des Debate » 
du 10 Oct. 1857. 

(2) Voyez sa lettre ^crite en hindoustani et publiee, texte en fac-simile 
et traduction, dans la « Revue de TOrient », num^ro de Janvier 1855. 

(3) Au moment de mettre soud presse^ j'apprends que lord Elgin, vice- 
roi et gouvemeur g6n6ral de I'lnde, d6ji remplac6 par sir John Lawrence, 
a expir^ le 20 novembre, k Dharmsala. 



— 239- — 

n&, pour le bien du plus grand uombre, d'aprfes le principe 
de la proclamation rojale et par des lois uniformes, sans 
acception des personnes pour les Hindous et les musulmans 
comme pour les cht^tiens. II j a dans Plnde une soci^t^ qui 
seconde ses vues, c'est le British Indian Association qui, par 
ses publications en bindoustani et dans les dialectes provin- 
ciaux, a fait connaitre aux Indiens les traits caract^ristiques 
du gouvernement de I'lnde et les avantages qu'il offre aux 
natifs. Cette Soci^t^ a tenu r^cemment k Calcutta une reu- 
nion int^ressante, pr^sid^e par le savant raja Badakant D^o 
Bahadur, dans le but de donner son assentiment aux me- 
sures liberales de sir Charles et de lui en t^moigner sa 
reconnaissance. Le raja Kali Krischna a parl^ avec ^lo- 
(|uence en hindoustani k cette occasion , comme dans de 
pr^c^entes circonstances, et il a lou^ sir Charles d' avoir 
admis les natifs dans les rangs de la magistrature et de Tad- 
ministration. Plusieurs autres Indiens ^minents se sont 
associ^s k ses paroles, et il a ^t^ vot^ une adresse ^logieuse 
k Texcellent ministre. 

Tout ce que je viens de vous exposer, messieurs, ne doit- 
il pas nous faire esp^rer que Tlnde, le plus beau pays du 
monde, graduellement r^g^n^r^e par la civilisation chrd- 
tienne, continuera k voir se former de jour en jour sa nou- 
Telle litt^ratiire, qui a d^j& pris d'heureux d^veloppements, 
et qu'elle verra revivre d'une mani^re diff^rente, mais non 
moins belle, les ftges fi^conds de ses cheis-d'ceuvre qui font 
Vadmiration de TEurope? 



— 240 — 



QUATORZIEME DISCOURS 



5 d^embre 1864. 
MsSSIEtTBS, 

Je vons faisais connaitre, Tan pass^^ par des documents 
ofificiels, la diffosion toujours plus grande de Thindoustani 
dans toute Tlnde, Je puis^ cette ann^e encore, vous assurer 
que cette marche progressive continue, grUce surtout aux 
eflforts de I'honorable sir Charles Trevelyan, qui voudrait 
mSme introduire une r^fonne dans cette langue, en en re- 
jetant les parasites persans et arabes amends par la conqu6te 
musulmane, lorsqu'ils out leurs Equivalents indiens, et en 
les remplagant m6me dans certains cas par des mots em* 
prunt^s k la langue des vainqueurs contemporains. Cette 
tendance se manifeste dEj&, Eelon ce que me dit sir Charles 
dans une lettre particuli^re, et elle Etablit visiblement une 
nouvelle phase de Thindoustani (urdiCl). En effet, de m^me 
qr.e dans nos possessions africaines les natifs out adopts une 
certaine quantity de mots fran^ais intraduisibles en arabe, 
de mSme aussi les Indiens ont incorporE des mots anglais 
en leur langue dans le m^me cas, et mSme quelquefois lors- 
qu'ils ont de vEritables synonymes en hindoustani. Ainsi, k 
cause de la valeur que les Anglais donnent au temps, comme 
le tdmoigne leur proverbe Time is moneys valeur inconnue 
aux Orientaux, ils emploient le mot time comme repr^sen- 
tant une id^e diff(£rente de leurs mots samdn ou daur (1). 

(1) Ainsi ane Indienne voulant rappeler k son mari^ employ^ dans un 
bureau anglais^ que Theure de s*y rendre est arriv^e, lui dira : «c lumhari 
office j§n6 ka taim hai. » « 11 est temps d'aller k votre bureau. » 



— 241 — 

De m^ine ils pr^f&rent anx mots kumba ou khanddn le mot 
€ family t^ qui leur parait repr^nter mieux le € home > 
aoglais ; au mot matba^ € imprimerie :^y Pexpression an- 
glaise press ; au mot dMrn-dhdnij ou tout autre, le mot 
anglais aussi bien que frauQais j^aro^ (1); au mot gunah'* 
gavy d coupable d, I'anglais « guilty d (2), et tant d'autres 
mots europ^ns qui leur semblent plus caract^ristiques que 
leurs Equivalents indiens. Cost dans ce langage, qu'ou 
pourrait appeler Thindoustani vulgaire ou I'urdil anglais, 
qu'est Ecrit le journal de Mirzapur intitule Khaw Khdh-^ 
Bind <r TAmi de Tlnde J> et la plupartdes publications des 
missionnaires. 

Un Eminent musulman d'Agra, Muhammad Mard&n Ali 
Khd.n, dEplore cette tendance dans un journal indien (3) i 
a Les gens de TEurope, dit-il, dEdaignent Thindoustani et 
ne 8*en servent que pour les affaires de bureau. Far le mE* 
lange quMls font de cette langue avec la leur, surtout au 
Bengale, ils Talt&rent complEtement. De notables Euro- 
pEens emploient, avec une negligence affectEe et un mEpris 
choquant des regies du bon langage, les expressions les 
plus vulgaires (4). On suit ainsi leur mauvais exemple, 
d'apris le proverbe arabe : « Les subalternes se conferment 
anz usages de leurs chefs (5) d, appliquant faussement &la 
circonstance cet autre proverbe : € Le langage des gens dis-> 
tinguEs est le plus distinguE des langages (6). » 

Quoi qu'il en soit, il a it6 dEcidE que I'hindoustani 
(urdA) doit 6tre definitivement adopts comme moyen de 
communication dans la vie militaire pour I'Inde enti^re. 

(1) Par exeraple : « Uh pardd par nahln &y&. » « II n'cst pas venu k h 
parade. » 
(2; Par exemple : <■ Uh guiltl hai. » a II est coupable. » 

(3) VAwadh Akhbdr dont je parleraiplus loin, num^ro du 7 juin 1864. 

(4) Mard4n AH cite commo exemple de ces mauvaises locutions em- 
ployees par les Europ^ens : « Ham natiln jd^ga, au lieu de jdengui. « Je 
nirai pas •> ; Turn kya mangtd ha6y au lieu de mangU ho, « Que voulez- 
vouft? et plusieurs autres. 

(5) Ennds 'aia d\n muldkhim; mot k mot : « Les sujets suivent la re* 
ligion de leur roi. » 

(6) Kaldm ulmalik, malik ulkaldm; k la lettre : « Le discours du roi 
Mt le roi des discours. » 

16 



^1 



— 242 — 



C'e8t en effet rhindonstani furdil) qui est entendu et parl^ 
dans toutes les parties de I'lnde ; dans les camps et les 
bazars, m£me au D^can, snrtont k Haiderabad et k Mais- 
sour, oil il a ^t^ introdnit jadis par les troupes musulmanes^ 
et oil il est maintenu actuellement par les sipahis de Tarmee 
anglaise. Ainsi, quand les^ autorit^s anglaises se trouvent 
dans le cas de haranguer les Indiens, ils le font actuelle- 
ment en hindoustani. Par exemple, dans la visite que fit en 
fevrier dernier sir Henry Montgomery, lieutenant-gouver- 
neur du Penjab, au raja de Kapurthalla, en retoumant de 
Dehli k Lahore, il adressa aux ilhves de TEcole des mis- 
sionnaires, dont Tetat florissant le satisfit, une allocution 
bien sentie en hindoustani. Lorsqrle, il y a quelques mois, 
le vice-roi actuel, sir John Lawrence, tint un darbdr (rir 
ception^ k Simlah, ou en tint un pareil, en 1827, lord 
Amherst, il adressa aux rajas des montagnes qui, suivis de 
leurs gens converts de vetements eclatants, vinrent lui pre- 
senter leurs nazars (cadeaux) (1) en signe de soumission, 
sir John, dis-je, leur adressa un discours en hindoustani, ce 
que, du reste, remarquent les journaux de I'lnde, aucun 
autre gouverneur general n'avait pu faire avant lui, si ce 
ii'est sir John Shore. Plus tard, le 18 octobre dernier, le 
vice-roi a tenu, a' Lahore, un autre grand darbdr qu'il a 
aussi ouvert par un eloquent discours en hindoustani, pro- 
nonce du haut de son trone devant six cents rajas ou chefs 
indiens. Ce discours, d'un caractfere tout a fait historique, 
occupera, disent les journaux de I'lnde, qui en donnentles 
uns le texte, les autres la traduction, une place marquante 
dans les annales du Penjab. 

€ L'hindoustani (urdii), dit le savant toivain hindou 
Siva Pra^^d, dans sa preface de Vltihas timir nagdk (2), est 
d(5sormais notre langue matemelle. » EUe est parMe 
plus ou moins, bien ou mal, presque partout dans I'lnde. 

(1) Ces presents consislerent generalcment en deux ou trois muhurs 
(pieces d'o/ de la valeur de trente francs). 

(2) 1) sera parl6 plus loin de cet ouvrage. 



— 243 — 

Ainsi on est stir de se faire entendre par son mojen non- 
seulement dans notre possession fran^aise de Chandema* 
gor, mais mSme dans nos dtablissements d'Yanaun, de 
Pondich^ry, de Karikal, de Mah^ ; et dans les possessions 
portugaises, dont le gonvemenr g^n^ral a pour secretaire 
nn orientaliste de grand m^rite, M. da Cunha Rivara. 

Yoici ce que je lis dans une lettre que m'a adress^e un de 
mes anciens auditeurs, M. E. Sic^, commissaire-adjoint de 
marine & Karikal, en r^ponse k une explication que je lui de- 
mandais sur Passertion d'un Pondich^rien qui pr^tendait que 
rhindoustani ^tait tout k fait inconnu dans ce qu'on nomme 
vulgairement le pays tamoul : « Ce qu'on vous a dit de rhin- 
doustani est contraire k la r^alit^, m'^crit M. Sice, dont le 
tamoul est la langue maternelle. Moi qui viens de parcourir 
douze cents milles de pays, en allant de la c6te de Coro- 
mandel a la c6te de Malabar, je n'ai pu me faire com- 
prendre qu'en parlant Thindoustani, auquel pas un indigene 
n'est Stranger. Cette langue est universellement connue 
dans rinde, tandis que les autres telles que le tamoul, le 
guzarati, le t^linga, le karnataka, le malayalam, le ben- 
gali, etc., sent des langues locales circonscrites dans leurs 
provinces respectives. 3> Les habitants du Kachemyre, par 
exemple, qui sont k la v^rit^ pour la plupart musulmans, 
bien que leur maharaja, qui reside a Srinagar, sa capitale, 
soit Hindou, ainsi que ses principaux officiers, les Kachemy- 
riens, dis-je, ont une langue particulifere, et cependant I'hin- 
doustani est compris et parl^ dans tout leur pays, et le 
persan m^me y est trfes-cultive. La g^n^ralite de I'usage de 
rhindoustani n^cessite une severity toujours plus grande 
dans les examens k subir par les Europ^ens qui ont k rem- 
plir des fonctions dans I'lnde. D'aprfes les nouvelles regies 
d'examen pour les langues des natifs, en date du 3 septem- 
bre dernier et applicables aux trois pr&idences, regies qui 
seront mises k execution k partir du mois de fi vrier prochain, 
il y aura deux programmes pcur rhindoustani, un pour le 
commandement des troupes et pour les places de ni^ecin^ 



— 244 — 

etTantre plus special, pour les interprfetes. Pour le premier 
examen, le candidat devra lire et traduiro des passages 
d'ouvrages hindoustanis Merits tant en caractferes persons 
qu'cn caractferes d^vanagaris, s'exprimer de fa^on k 6tre 
compris et pouvoir comprendre le nalifcharg^ de Texa- 
miner. Pour le second examen, le candidat devra lire 
et traduire avec facilite un passage du Bd^ o Bdhdr et do 
Prem Sagar^ les monies ouvrages pr^cis^ment que j'ex- 
plique habituellement k mon cours, traduire quelque chose 
de I'anglais dans un style analogue k celui de ces livres, lire 
et traduire facilement des lettres et autres textes manus- 
crits dans les deux Ventures indienne et musulmane 
mentionn^es pour le premier examen, et pouvoir ecrire 
couramment, k la dict^e, dans ces m^mes caract&res. Je ne 
parle pas des examens k subir, selon I'occasion, sur d'autres 
langues. 

Les candidats pour le d^partement du commissariat 
doivent, d'aprfes les regies ^tablies par sir Charles Wood (1) 
lire et expliquer avec facility trois diflKrenta morceaux hin- 
doustanis pris au hasard dans les actes officiels, et la tra- 
duction doit ^.tre correcte en grammaire et en orthographe* 
lis doivent dieter la traduction en hindoustaui d'une lettre 
anglaise, et ccnverser avec deux ou ^rois natifs de diffe- 
rentes classes, etc. 

Les examens pour Fetat-major (staff corps) sont actuel- 
lement semestriels au lieu d'etre annuels ; et pour la pro- 
vince du Penjab dont Dehli fait partie depuis la derniire 
rebellion, et non plus des provinces du nord-ouest, qui ont 
d^sormais pour capitale Allahabad et auxquelles on a rat- 
tach^ Fadministration provinciale de FAoude, ces examens, 
dis-je, pour ce qui concerne Fhindoustani, continuerontde 
recevoir la direction du college de Fort- William (2). 

(i) c( Aliens Indian Mail », august 15, 1864. 

(2) The examination for the high ppoflciency list in hindoostance will 
still he directed from the College of Fort William. • Ind. Mail », au- 
gust 4^ 1864. 



r 



— 245 — 



On est tr^-s^v&re snr robligation de subir ces examens ; 
etc'est ainsi que le gouvemement de Flnde yient de refaser 
son assentiment k la nomination d\m ofHoier sup^rieur da 
corps d'exp^dition du Bhutan parce qu'il n'avait pas reussi 
dans I'examen exig^ pour la langue usuelle (1). 

Les jonmaux hindoustanis qui existaient I'an pass^ conti- 
nnent k paraitre et sont lus de plus en plus par les Indiens 
qui cherchent k s'instruire, car ces journaux contiennent 
g^neralementy outre les nouvelles, des articles sur les de- 
couvertes modemes et sur tout ce qui a rapport aux progr&s 
de la civilisation. Tel est le Awadh Akhhdr « Nouvelles 
d'Aoude, :» journal qui parait & Lakhnau depuis longtemps(2) 
et dont j'ai sous les yeux quelques num^ros oh se trou- 
vent d'int^ressants articles litt^raires, des annonces de 
publications nouvelles, incidemment en caract^res d^va- 
nagaris quand elles s'adressent sp^cialement aux Hindous. 
Le num^ro du 21 mai dernier contient un article sur I'inon- 
dation de Sheffield, dft k M* Edward Henry Palmer, de St 
John College, Cambridge, qui, k peine ^g^ de vingt-quatre 
ans, a acquis, gr&ce surtout aux le<;ons intelligentes de 
Syed Abdoollah, professeur d'hindoustani k V University 
College de Londres, une telle facility pour parler et ecrire 
rhindoustani que, si ce n'^tait son teint et son nom, on le 
prendrait facilement pour un musulman de Tlnde, d'autant 
plas qu'& la connaissanoe de Thindoustani il joint celle des 
Ungues classiques musulmanes, le persan et Parabe, qu'il 
sait aussi parfaitement. Un savant Jndien que j'ai A&]k men- 
tionn^, Muhammad Mardlln All, d'Agra (3), lui rend, dans 
le num^ro da 7 juin du journal dont il s'agit, un t^moi- 
gnage qui ne saurait^tre suspect: a: Mon admiration, dit-il, 
pour la connaissanoe de I'hindoustani et T^loquence de style 

(1) <c Ind. Mail d, nov. 16, 1864. 

i^l) Ce journal est public hebdomadairement par cabiers de 16 pages 
petit in-folio sar deux colonnes. 11 a pour ^diteur le iLftnne Siva Pragld, 
un des ^crivains hindoustanis contcmporains les plus f6conds, que j'ai 
cU6 page 242. 

(3) Voir plus haut, page 241. 



— 246 — 

de M. E. H. Palmer est d'autant plus grande qu^ancan 
Europ^en no me parait avoir acquis cette perfection. 
Depuis bien des ann^es que je suis fonctionnaire du drMr 
(r administration), je n'ai entendu que deux a quatre Euro- 
p^ens parler et prononcer comme les Indiens; tandis que 
M. Palmer a acqiiis en pen de temps, sans quitter I'An- 
gleterre, une eonnaissanoe plus parfaite de la langue que 
des milliers de ses compatriotes. Si, k son exemple, beauconp 
d'autres Europ^ens s'appliquaient avec soin k P^tude de 
rhindoustani, et que le gouvernement donn&t k cette ^tude 
un encouragement efficace, il en r^sulterait un grand avan- 
tage, tant pour I'lnde que pour I'Angleterre... Que M. 
Palmer vive longtemps, lui qui a compris I'importanoe de 
rhindoustani et qui a 6crit I'^l^gant article qui a exciti 
mon ^tonnement. d LesTprofesseurs Syed AbdooUah et Mir 
Aul&d All se sont associ^s k ces ^loges dans des num^ros 
subs^quents du m^me journal, ainsi que Muhammad Wa- 
jdhat All, Tediteur du journal urdA de Mirat, intitule 
Akhbdr^^dlam € Nouvelles du monde » (1). 

Parmi les journaux hindoustanis nouvellement ^tablis et 
dont je n'ai pas encore eu I'occasion de parler, je dois citer 
le N^ajm xdakhbdr « I'Etoile des Nouvelles », journal de 
Mirat (2), un des meilleurs des provinces du hord-ouest, 
dont j'ai sous les yeux quelques num^ros que je dois i 
I'obligeance de M. M. Kempson, directeur de rinstniction 
publique dans ces provinces. Ce journal parait hebdomadai- 
rement^par -cahiers petit in-folio de 12 pages k deux 
colonnes. 

J'ai aussi k mentionner le Bahrat Khand Amrit <r I'Ain- 
broisie pour I'Inde i>, journal qui sert d'organe k une 80ci^t<5 
d'Hindous form^e k Agra, et qui a pour objet une rtforme 



(1) Jai parl6 de ce journal dans mon discoura de 1861, p. 174, comme 
^tant imprim^ k la typographic du hdr ulislAmy tandis qu'il Test en^r^t^ 
4 celle du N(Lr ulabsdr oc la Lumi^re des yeux ». 

(2t II ne faut pas confondre ce journal avec le journal urdil de Surate, 
qui porte le mdme litre,, et qui est r^dige par Muhammad Manztlr. Voir 
mon discours du 2 ddcembre 1861, p. 174. 



— 247 — 

religieuse et eociale (1). Ses fondatenrs reconnaissent, en 
priiicipe, Torigine divine des V^das et prennent pour rigle 
de lear condaite les pr^ceptes contenas dans ces livres, 
invitant leurs coreligionnaires k revenir k la purete de la 
foi et du culte, k la simplicity des usages et des coutumes 
des temps anciens. C^est probablement k cette soci^te qu'on 
doit la publication d'un ouvrage centre les d^penses ex- 
cessives qu'on fait dans Tlnde k Toccasion des manages 
et qui est intitule d Opposition k la prodigalite du ma- 
nage D Imtind^ israf^i schddij ouvrage qui a ^t^ refute par 
une brochure imprim^ k Dehli en 1863 et intitul^e Mufid 
andm <l Ce qui est utile aux bommes :». 

Le nouveau propri^taire du Madras Timesj M. Vans 
Agnew, a annonc^ en Janvier de cette ann^e I'intention de 
publier ce journal, aussitot que les types n^cessaires seront 
ex^cut^s, sous le titre de Times of Asia non-seulement en 
hindoustaniy mais en tamoul, en t^linga et en canara. II a 
sans doute ex^cut^ ce dessein, et il existe ainsi un nouveau 
journal hindoustani k Madras, oh. on public ddj&. entre 
Hutres , depuis longtemps dans la m^me langue le JdmV 
vlakhbdr € Becueil de nouvelles d, ^dit^ par Eabmat uUah, 
Journal qui parait tons les lundis par cabiers in-4° de 16 
pages sur deux colonnes. 

Le d^veloppement de I'^ducation finira par produire 
cbez les Indiens, malgr^ leur insouciance naturelle, une 
opinion publique. a: Des joumaux natifs surgissent dans 
rinde de tons c6t^a, a dit le Times (2) et g^n^ralement ils 
ne manquent pas d'une certaine babilet^ dans leur di- 
rection. Quelques-uns annoncent une connaissanoe ^tendue 
de la litt^rature et des journaux anglais, et bien qu'ils 
soient rarement soutenus par le gouvernement, ils le d^- 
fendent assez bien. a: Les Indiens ont une haute id^e des 
Europ^ens, et ils semblent dire d^eux: 



\{) Bengal Hurkaru (« Ind. MaU», oct. 11, 1864). 
(2^ Num^ro du 27 f^vrier 1864. 



— 248 -T- 

Pride in their port, defiance in their eye, 
I see the lords of human kind pass by (1). 

Bien que celui de mes correspondants de Tlnde qui me 
foumissait avec una grande bienviellance le plus de ren- 
seignements pour men discours annuel, M. K. Oust, ait dfl 
quitter Lahore ^ourvenir passer quelque temps en Europe, 
d'autres amis non moins obligeants et qui appr^cient avec 
moi I'importance que pent prendre de jour en jour la litt^ 
rature hindoustanie contemporftine, ne m'ont pas fait 
d^faut et me permettent de vous signaler, messieurs, plu- 
sieurs noureaux ouvrages. On se plaint, il est vrai, de ce que 
cette litt^rature n'est qu'une litt^rature de traduction et 
d'imitation; mais quelle est celle qui est tout k fait origi- 
nale ? « Le g^nie, disent les Indiens, est un voleur (2). » H 
est habile, en eflfet, k s'approprier les pens^es d'autrui, en 
les rajeunissant par une tonmure nouvelle ou une ex- 
pression plus heurense: 

Les fleuves opuleuts se transvasent sans cesse, 
Les fleurs en s^efiTeuillaat fecondent leur sillon (3). 

Tout d'ailleurs n'est pas imitation dans Phindoustani - 
le savant Wilson Pa dit avant moi. Tel est le Daftar bS- 
migal <L le Cahier incomparable d, dont je dois un exem- 
plaire de I'^dition imprim^.e a la g^n^reuse amitie de 
M. Ed. B. Cowell, le savant sanscritiste, qui rient tout 
nouvellement de publier le Kugumdnjali « le Bouquet de 
fleurs, » c^lfebre ouvrage de philosophie indienne, oil se 
trouvent r(5unis presque tons les arguments des ferivains 
modemes sur la th^ologie naturelle (3). Le Daftar Mmi" 
fdlj malgr^ son titre pr^tentieux, est simplement le Diw&n 



ilj Oliver Goldsmith s Traveller, 
2) Tab* insdnt chor hau 
3) Marquise 6. de Saifray, Contes et Huetteg. 

(4) On cloit k M. Cowell plasieurs autres publications aussi importanies, 
et on apprendra sans doute avec ane grande satisfaction que c*est i lai 

?u*e8t d6voIu rhonneur de publier les travaux de feu sir H. Elliot sor 
Hittoire de llnde mumlmane. 



— 249 -^ 

ou Becueil des po^es d'un musulman distingu^ de Cal- 
cutta, qui cultive avec succ^ la po^sie hindoustanie. Ce 
musulman, le maulawi'Abd ulgaf%lr, qui a pris le sumom 
po^tique aussi pr^tentieux que celui de son livre, de iVa«- 
sdkhj « efiaceur (des reputations ant^rieures), » a public 
cette ann^e mfime ce recueil, qui forme lyi volume in-4^ 
de 182 pages, imprimc et non lithographic. Nass&kh, qui 
est proche parent d'un notable musulman de Calcutta, le 
maulawi Abd ullatif Kh&n BahAdur, Ctait ddjk connu par 
une traduction en vers du Pand ndma de IFarid uddin 
Att&r (1). On pent considCrer le Diw&n dont je parle 
comme un ClCgant specimen de la poCsie musulmane ac- 
tnelle, car c'est toujours la poCsie qui est cultiv^e de 
pr^f(£rence par les Orientaux. Ceux mimes qui habitent 
TAngleterre ne renon^ent pas pour cela k Ccrire des poe- 
sies dans leur langue. J'ai eu I'occasion de citer, dans un 
autre discours (2), des vers de Syed Abdooliah, et j'ai ac- 
tuellement sous les jeux un gazal d'lm autre savant in- 
dien, Mir Aul&d 'Ali, qui a le mime takhallus qu'im des 
poetes hindoustanis les plus calibres, Jfir Taqul. Nass&kh 
a voulu rivaliser avec feu Zauc, le plus estimC des poetes 
modernes et qui a ainsi mCritC d'ltre appelC le Khac&ni de 
rinde (3). 

Le laborieux Crudit BAbft Siva Pra^fid a entrepris la pu- 
blication d'une histoire abrCgCe de I'lnde, en hindi, pour 
les Ccoles, laquelle porte le titre significatif de « B^cit des- 
tructeur de I'ignorance (4), j) et il doit publier le mime 
travail en urdi!l. Cette histoire aura trois parties. La pre- 

(1) Dds 1803, FaiZ; aatre poete hindou^tani, en avait donn^ ane sous 
le titre de Cfictschma-i FaU, la Fontaine de I'abondance », on a de 
Faiz ». 

(2) Discours de 1857, p. 125. 

(3) Dans le « M^moire sur le poete persan Khac&ni m, qu'a pabli6 
M. N. de KhanikofT dans le Journal asiatique (septembre 1864), ce savant 
fait observer que les poesies de Khac&nt ofTrent d6i4quelques traces de la 
po68i6 mystique dont Sanlvl (auteur de Vlldhi ndma) est, dit-il, le veri- 
table cr^ateur, bien que Jalal uddin Rilmt et Farld uddin 'Attir, qui ne 
▼inrent qu'api^s lui, aient une reputation plus 6tendue. 

(4) lUhdi timir nd^ak. 



^ 250 — 

miire, la seule qui ait encore paru (1) et dont je dais un 
exemplaire k I'obligeance de Fauteur, donne une esquisse 
de la p^riode hindoue et mnsulmane ; la deuxi^me traitera 
de la naissance et du d^veloppement de la puissance an- 
glaise, et la troisi^me^ des changements qui out eu lieu 
dans les moeurs et dans les usages, les lois et les religions. 
II n'est pas sans utility d'ajouter qu'en s'occupant de ce 
travail Siva Pra^^d nous dit s'Stre assur^ que les ouvrages 
d'EIphinstone et de Marshman, quoique fort estimablies, 
sont loin d'etre exempts d'erreurs. 

Je dois k la sympathique bienveillance de M. le capitaine 
A, R. Fuller, directeur de Tinstruction publique en Pen- 
jab, de connaitre une nouvelle histoire de Tlnde, ^crite d'a- 
pr^s ses ordres, en hindoustani, et dont il a bien vouln 
m'envoyer un exemplaire. EUe est rMig^ d'apr^s les do- 
cuments orientaux et europ^ns, par I'infatigable Karim 
uddin, sous le titre de : WaquVdt-i Hind « Ev^nements de 
rinde J>, et publico il y a quelques mois k Lahore; et le 
Miftahul arz a la Clef de la terre 5>, par le mSme &5rivain, 
c'est-k-dire une g^ographie g^n^rale abr^g^e, lithogra- 
phide dans la capitale du Penjab, d'apr^ la belle ecriture 
du calligraphe Muhammad Fazil, de Lahore (2). 

Ces deux ouvrages et bon nombre de ceux de Karim ne 
sont gufere que des traductions t ce maulawi, ainsi que 
bien d'autres de ses compatriotes, profite de la liberty lit- 
t^raire qui existe dans I'lnde, oh. les traducteurs n'^prou- 
vent aucune entrave par suite des traites internationaux, 
qui, avantageux pour les auteurs en vogue et pour leurs 
Miteurs, sont peut-^.tre d^favorables au d^veloppement 
des forces productives de I'esprit, 11 n'en est pas de mSme 
pour unnouvel ouvrage urdil dont Karim- uddin s'occupe 
en ce moment, ainsi qu'il me le fait savoir dans une letfcre 
particuli^re, ouvrage qu'il espfere publier aux frais du gou- 



(1) In-8<> de 80 pages, tir^ k dix mille exemplaires ; B^nar^s, 1864^ 

(2) 11 y en a une autre Edition de Dehli en deux parties. 



— 251 — 

yernement et qui ^psera (oe sont ses expressians) sea 
Merits ant^rieurs. Cet ouvrage portera le titre arabe de 
Khuz md safd n Prends ce qui est ptir ]>) titre qui paratt 
annoDcer quelque chose d'eclectique. 

J'ai aussi regn de Thonorable directeur de rinstruction 
pnblique au Peojab une liste des publications hindousta- 
nies r^centes, en attendant rarriv^e de quelques-unes, et 
dans cette liste je remarque quelques ouvrages que je crois 
devoir vous signaler. Par exemple, parmi ceux qui ont ^t^ 
imprimes k Lahore : 

Des principes de philosophic naturelle, UgM-i Hlm-i tabV- 
ytj en deux volumes dont le second, qui porte le titre spe- 
cial de « Tr^sor des choses naturelles 3> Makhzan-i tabVt/ij 
est une sorte de, tableau de la nature. 

Une traduction urd6e de 584 pages du a Bhdgavai 7> 
hindi de Gruirdhari L&l ; 

Un conte intitule Aack&b'ndma « Livre d'^motion, "» 
ou Histoire des deux fr^res Bhagw&n-d&s et Gopal E4m ; 

Une nouvelle grammaire per sane r^ig^e en urdii par 
Mir Hu^ain, qui dans ses poesies a pris le nom de I'oi- 
seau fabuleux Huma ; 

Un nouvel Inschd ou a Manuel ^pistolaire 7> intituU 
Miftah unnaHm « Laclef delajouissance d; ainsi nomm^^ 
k ce qu'il parait, parce qu'il offre des modules de billets ou 
petites lettres en style concis^ qualit(S que n'ont pas en g^- 
n^ral les Merits prientaux. 

Parmi les ouvrages hindoustanis imprim^ k Ludiana je 
distingue : 

Plusieurs volumes relatifs aux doctrines et aux devoirs 
de la religion musulmane et de pol^mique sur les questions 
d^battues entre les sunnia et les acMdSy c'est-&-dire entre 
les orthodoxes ou pr^tendus tels et les dissidents. Un^ de 
ces ouvrages n'a pas moins de 1,122 pages; 

Un recueil de 104 pages de cacidas et autres poemes k 
la louange des im&ms, intitule Ischrdcdt ^arschiya c Splen- 
deurs celestes i>, par le saiyid Farzand'All ; 



^ 252 — 

One lustoire des prophites intitul^e c le Jardin d'A- 
dam ]>, de 433 pages; 

Une histoire de Mahomet intitul^e « le Z^phir des jar- 
dins y>y de 442 pages ; 

Les « Infortunes de HuQain » (fils d'Ali et petit-fils de 
Mahomet), volume de 600 pages; 

La reproduction en urdii par Nacir Kh&n de Thistoire 
connue du Voleur etdu Cadi; 

Les merveilles du monde habits d ^Ajaih mh* masMn », 
abr^ge du Habib usdyar « I'Ami des voyages d, de Mir- 
khond. 

Enfin parmi les ouvrages imprimis k Dehli je distin- 
gue entre autres : 

Un commentaire sfrang urdii du calibre ouvrage per- 
san intitule Dagdtir (1) ; 

Une nouvelle grammaire anglaise avec exercices; 

« Les lamentations de Dehli d Figdn-i Dehlty recueil de 
pieces de vers par diff^rents poetes sur la demise insurrec- 
tion, le pillage et la devastation de cette ancienne capitale 
de I'empire mogol, imprim^e k la typographic appel^ « la 
plus parfaite des imprimeries j), Akmal ulmatdhV ; 

a Le Repousseur des mots inutiles j> Ddfl Mziydn^ travail 
de critique lexicographique sur quelques mots ins^r^s dans 
le dictionnaire persan intitule : Burhdn-i cdtV ; 

Une dissertation sur I'ancien persan ou perse intitul^e : 
Dari kuscha a: rExplicateur du perse » ; 

Enfin un ouvrage intitule Mahtdb-i ma'rifat € le Clair de 
lune de la connaissance (des choses spirituelles) d, traduit 
du Sanscrit en urdii (2). Get ouvrage calibre de philosophie 
morale est une sorfce de drame qui repr^sente le combat de 
la passion et de la raison sous les traits d'Stres m^taphy- 
siques, on pour mieux dire du Imddhisme et du vidanr- 

(1) Ce commentaire forme 194 pages. Aa reste le Dacdtir a ^te publie 
en persan et en anglais k Bombay en 1818 par Mulla Firoz. 

(2) L'original Sanscrit dH k Krischna K^^^va Misra, et int!taI6 Pra- 
hodha chandrodaya, a M traduit en anglais par J. Taylor, sous le titre 
de : The moon of intellect. 



— 253 — 

tisme (1). II avait ^t^ dijk traduit en hindi par Nand-d&s, 
et la Biblioth^ae de raniversit^ de Cambridge possMe 
un exemplaire de cette traduction. 

W\m autre cdt^, le B^v. M. Shackel, d'Agra, me fait 
savoir qu'il a parn lea six demiers fascicules du Bagdwat'-i 
Hind <L B^volte de Plnde i>y par Mukund L&l, dont j'avais 
signal^ les premiers (2). 

Je trouve ausssi indiqu^s dans le num^ro de fSvrier der- 
nier du journal hindoustani intitule KhxjCtr Khdh-i Hind 
« TAmi de Flnde 3> de Mirzapur, que je dois & la bienveil- 
lante amiti^ de T^minent homme d'Etat sir Charles Tre- 
velyan, et dans lequel on trouve entre autres une notice 
biographique sur sir John Lawrence, vice-roi de I'lnde, 
accompagn^ de son portrait, je trouve, dis-je, indiqu^s un 
grand nombre de nouveaux ouvrages hindoustanis publics 
a Mirzapur, la plupart dans I'int^rfet des chr^tiens natifs 
ou pour faire connidtre aux indigenes les Veritas du chris- 
tianisme et les sciences europ^ennes. II y en a toutefois 
quelques-uns d'un caract&re tout k fait indien; tels sont : 
une nouvelle Edition de B&m&yana de Tulci-dfts, le plus 
calibre et le plus populaire des ouvrages hindis, publi^e en 
caract^res d^vanagaris; une grammaire danscrite, en hindi: 
un discours <t sur I'Mucatien des femmes dans Tlnde i>, par 
le pandit Badri L&l; le Chirdg-i Kaldm <c Flambeau de la 
Bible :i> en douze fascicules, etc. 

Les Europ^ens eux-m^mes contribuent aujourd'hui k 
enrichir la litt^rature hindoustanie de productions nouvelles 
tellement empreintes du cachet oriental qu on les dirait 
Sorites par des Asiatiques mSmes ; et je ne parle pas seule- 
ment ici des volumes et des brochures sans nombre que pu- 
blient les missionnaires chr^tiens, mais des ouvrages 
purement litt^raires ou scientifiques qui sont dus k des 
Anglais familiers avec les langues de rOrient. Je dois, mes- 
sieurs, vous signaler en ce genre, cette ann^e, le petit roman 

(1) J. Long, Catalogue, p. 37. 

(2) Discours de 1861^ p. 155. 



~ 254 — 

intitule Daatdnri Jamila KhdtHm <i Histoire de la princesse 
Jamila (belle) :», sans nom d'autear, mais ^crit en r^alit^ 
par M. M. Kempsou, directeur de rinstruction publique 
dans les provinces du nord-ouest (1), poste dans lequel il a 
succ^^ & mon ami M. H. 8. B«id. Cet ouvrage est ^crit 
dans un style indo-musulman si parfait, il est si riche de 
m^taphores tout k fait orientales, de citations non-seule- 
ment en hindoustani, mais en persan et en arabe, qu'il 
serait impossible de I'attribaer k un Europ^en si on en 
ignorait I'auteur ; et je suis siir que les Indiens s'j trompe- 
raient eux-m£mes,si cen'^tait Tabsence de I'initial Bismillah 
musulman, et la sentence dn Nouveau Testament qui ter- 
mine le livre. 

Aprfes avoir, dans une courte preface, exprim^ le 
regret que la plupart des ouvrages qui sont mis dans I'Inde 
entreles mains de la jeunesse des ^coles sont plus oumoins 
immoraux, ne roulent en g^n^ral que sur des sujets &*o- 
tiques offrant des tableaux sensuels, et mentionnent rare- 
ment des actes de bienfaisance et de d^vouement, Tauteur 
engage les Indiens k ^rire actuellement des ouvrages d'un 
autre genre, dont la lecture inspire le d^sir de faire de 
bonnes actions et de s'abstenir des mauvaises, comme le sont, 
il est vrai, la plupart des romans anglais, qui se distinguent 
g^n^ralement par un but moral et par un fond religieux. 
Puis I'auteur entre en mati^re. L'intrigue de ce petit 
roman est ce qu'il y a de plus simple. C'est Noscha, jeune 
prince, h^ritier legitime du trSne de K^schgar, que son 
oncle Anwdr, regent du royaume pendant lla minorite, 
veut faire perir pour s'emparer du trfine. II charge du crime 
un esclave nomm^ Halbi, qui, bien loin de Tex^cuter, sauve 
Noscha et se refugie avec lui k Schiraz, oh. le prince devient 
amoureux de Jamila Khdtun^ fiUe du vizir. Aprfes une s^rie 
d'aventures merveilleuses, Halbi trouve moyen d'enfermer 
Anw&r dans une cave souterraine de son palais et de faire 



(1) In-8*de 58 pages^ Cawnpur, 1863. 



— 255 — 

pr oclamer le roi l^^time^ qui fait venir Jamila Kh&tM de 
Scliiraz pour partager son trone avec elle. 

II a ^t^ ^tabli k Calcutta une soci^te litt^raire musul- 
mane (1) & la suite d'un appel ^crit en hindoustani du 
saijid Ahmad Elhin, Tauteur du a: Commentaire de la 
Bible J> etde la c Description des monuments de Dehli :», 
et j ai sous les yeux un discours du meme savant prononc^ 
& la seance du 6 octobre 1863, dans la maison et sous la pr^- 
sidencedu maulawi Abdullatif Kh^n Bahadur, le mSmedont 
j'ai parl^ il j a un instant. Dans son appel, iSaiyid Ahmad 
prend a td,che de prouver que g^neralement toutes les 
nations qui out excell^ on qui excellent actueltement dans les 
leitres, les sciences et les arts, out re^u du dehors les 
semences vivifiantes qui out produit ce r^sultat; elles 
n*ont qu'am^lior^ et perfectionn^ ce dont elles ont 
emprunte aux autres les rudiments. Ainsi, les musulmans, 
qui, dans les commencements de Tislamisme, n'avaient 
aucune connaissance de la philosophic et des sciences 
naturelles, en emprunt^rent les^l(5ments aux Grecs; mais, 
par leur travail et leur perseverance, ils atteignirent k une 
grande perfection, qu'attestent leurs ouvrages; et les Hin- 
doos, quoique ^minents par leur savoir d^s les temps les 
plus anciens, ont rcQU n^anmoins leur instruction, s'il 
faut en croire des donn^es authentiques, d'une nation voi- 
sine de la fronti^re du nord-ouest (les Aryas). 

Les Anglais eux-m6mes, qui^ dit Ahmad, sont au- 
jourd'hui k la t^te de la civilisation, doivent aux autres 
pays la connaissance des arts et des sciences qu'ils ont per- 
fectionfe par leur infatigable perseverance. La consequence 
de ces premisses est d'cDgager ses compatriotes, soit les 
musulmans, qui pendant tant de sifecles ont iti ceifebres par 
leur activite et leur g^nie, leur science et leur sagesse ; soit 
les Hindous, k qui, des les temps les plus anciens, sont dues 
des decouvertes dans les differentes branches de la science, 

(1) Majlis muzdkara 'ilmiyaahl-i isldmj « Compagnie d'ei^iretiens scien- 
tifiques des musulmans ». 



— 256 — 

de les engager, dis-je, k sortir de la deplorable apathie et 
dii d^couragement moral oiiih sont tomb^s, et k se retrem* 
per en empruntant aux nations ^trang^res leurs sciences et 
leurs arts. II les exhorte k se reveiller de leur sommeil 
lethargique, et les uns et les autres, k I'imitation de leurs 
anc^treSy k cultiver de nouveau les branches des connais- 
sences dans lesquelles ils brill^rent et i y acqn^rir un nou- 
veau lustre. Le moyen que Saiyd Ahmad propose pour 
arriver^ce r^sultat, c'est de former unesoci^t^compos^etant 
d'Hindous que de musulmans^sans distinction de castes^ de 
croyance ou de pays, dont un comit^ pris dans son sein 
serait charg^ de publier des traductions des ouvrages euro- 
p^ens utiles k connaitre, en ayant soin d'en barter ce 
qui aurait trait aux matiferes religieuses, en hindoustani 
(hindieturdft), dans I'intc^rfet a la fois des Hindous et des 
musulmans, et mSme, si on le jugeait opportun, dans les 
langues savantes de I'lnde. 

Dans son discours, qui est sp^cialement adress^ aux mu- 
sulmans, il traite du patriotisme, dont il deplore chez eux 
I'absence, et sur la n^cessit^ qui leur incombe d'encourager 
parmi leurs coreligionnaires I'extension des connaissances, 
seul nioyen de les relever de I'^tat de decadence oh. ils se 
trouvent k la suite de tons leurs d^sastres, et par la negli- 
gence qu'ils ont mise depuis longtemps a se tenir au niveau 
des progrfes que la science a faits dans les temps modernes 
en Europe. « II faut, leur dit-il, ^tudier les ouvrages 
scientifiques europ^ens, bien qu'ils ne soient pas Merits par 
des musulmans et qu'on puisse y trouver des propositions 
contraires a renseignement du Coran, » de ce livre qui, 
selon r admirable definition de M, Barthelemy Saint -Hi- 
laire (1), « est tout k la fois un hymne, un psaume, une 
priere, un code, un sermon, un bulletin de guerre, une poie- 
miqueet nifeme une histoire. y> Ilfaut agir ainsi, ajoute-t-il, k 
I'imitation des anciens Arabes, qui ne croyaient pas d^ro- 

(1) Journal des savants, dScembre 1863. 



— 257 — 

get k leur foi en ^tadiant rastrologie de FjUiagare; niais 
sans se laisser dgarer par les argnments fantastiques de8 
philosophes irr^ligienx ; car, ainai qae Ta dit un poete per* 
san, les raisonnements de la fausse philosophie sont pareils 
k des jambes de bois (1). '» 

Des Hindons, k leur tour, ont ^tabli k Madras une so- 
ci^t^ analogue k celle dont je yiens de parler, mais qui a un 
caract^re chr^tien, car elle est fondle sur les principes bibli- 
ques. Cette soci^t^, appel^e Sathia Veda samajdm c Soci<^t^ 
du vrai V^da ^, a pour objet le d^veloppement des progrfts 
religieux, moraux et sociaux parmi les Hindous, an mojen 
de cours publics, de discussions s&rieuses et de traits reli- 
gieux. 

De son c6t^, la Soci^t^ asiatique de Calcutta, dont le 
vice-roi actuel, sir John Lawrence, a accept^ la prdsidence, 
admet fr^quemment dans son sein les Indiens instruits 
auxquels le contact avec les savants europ^ens ne pent 
qa'^tre avantageux. 

Les etablissementsd^&iucation pour les natifs continuent 
k 88 d^yelopper, et chaque jour il s'en forme de nouveaux, 
grftce k Tint^r^t r^l que leur porte sir John Lawrence, 
qui prodigue des soins tout sp^ciaux aux progr^ de la ci- 
vilisation dans FLide. Dans la province d'Aoude, il y a & 
Lakhnau le Canning College^ fond^ par les ta^allucddrs 
(propri^taires de terres), et le British Indian Association^ 
^tablissements destin^ k favoriser les Etudes tant occidenta- 
les qu'orientales. La langue anglaise j est enseign^e avec 
soin, comme elle Test dans les colleges du gouvemement, 
oji on ^tudie ni6me les chefs-d'ceuvre du grand tragique 
anglais, que les Lidiens savent appr^cier ; car on a dit avec 
raisoD (2) que, bien que n^ dans une petite ville d' Angleterre 
auseiziime sitele, Shakespeare est le poete de tons les temps 
6t de tous les pays, ajant ^rit si naturellement et avec une 



(i) Pi6 utidlMiydn chobin buwad, 
(2) « Indian Mail o, march, 1864. 



17 



*^n^mH 



S58 — 



telle touche de v^rit^, qa^on pent, dans toutes les contr^, 
en appr^cierles beaut^s : 

One touch of nature makes the whole world kin (I). 

Sorabji Jamsetji Jijibhoy a contribu^ pour une somme 
de soixante-cinq mille roupies (cent soixante-deux mille 
cinq cents francs) k la construction d'un college k Surate. 

Le college du gouvernement k Lahore est officiellement 
etabli,etc'est M. G. W. Leitner, habile orientaliste, qui en 
a ^te nomm^ principal (2). 

A Burhampur on va construirepour le college du gou- 
vernement, qui J existe depuis plusieurs ann^es, un nouTel 
Edifice en style gothique, pour suivre la mode du jour. H 
contiendra quatorze salles pour les cours, un the&tre pour 
exercer les elfeves k d<5biter correctement, une bibliothique, 
et de quoi loger cinquante Olives. 

Un riche Parsi a fait don d'une somme de cinquante 
mille roupies (cent vingt-cinq mille francs) pour foumir k 
cinq Indiens les moyens d'aller en Angleterre passer leurs 
degi'^s universitaires, afin de pouvoir exercer ensuite dans 
leur pays natal les fonctions d'avocat plaidant (barrister); 
un Hindou distingu^, Prem-Chand Ra^-Chand, a contri- 
bu^ pour r^norme somme do deux lakhs de roupies (cinq 
cent mille francs) a I'^tablissement d'une bibliothfeque pour 
I'universite de Bombay. Un musulman qui vient de mourir, 
Muhammad Habib Bhd,y, a laiss^ deux lakhs et demi de 
roupies (625,000 francs) pour I'^tablissement d'une ^cole 
dans la mfime ville de Bombay, oi le 15 octobre dernier sir 
Bartle Frere, gouvemeur de la pr^sidence, a pos^ la pre- 
miere pierre du grand college qu'on appellera « le College 
du Dccan ». Et ce qui sera bien pr^cieux pour la capitale 
de cette pr^sidence, c'est le mus^e et le jardin ( Victoria and 
Albert Museum and Victoria Garden) qui vont y fetre eta- 



(1) Shakespeare, Troilus and Cressida. 

(2) a Ind. Mail », febr. 18G4. 



— 259 — 

bfis' sous la direction de M. Greorge Birdwood, secretaire 
honoraire de la branche de Bombay de la Soci^t^ rojale 
asiatique. Le gonvemement supreme de I'lnde a sanctionn^ 
Tallocation de onze cents ronpies (denx mille sept cent cin- 
quante francs) par mois pour le traitement du directeur 
professenr de I'^tablissement. Si jamais M. Birdvood venait 
iireuoncer k son poste' lorsqu'il aura donn6 au mus<$e et au 
jardin les d^veloppements qu'il a en vue, la lice pourra 6tre 
alors ouverte, et c'est de quoi tenter un jeune enthousiaste 
de la science, qui aurait sous sa direction un beau mus^e et 
un grand jardin des tropiques. 

Le mus^e et la biblioth^ue (Government Museum and 
Lihrary) d' Allahabad sent du nombre des ^tablissements 
destines k assurer le progrfes des connaissanees indiennes. 
On 86 propose d'y r^unir : 1® des objets propres k faire con - 
naitre I'antiquit^ indienne, tels que armes, monnaies et m^- 
dailies ; anciens manuscrits ; 2° des mat^riaux bruts tels que 
fibres, bois, min6raux ; 3® des produits de Tagriculture ; 
4® des objets manufactures ; 5° des specimens d'histoire natu- 
relle ; 6° des modules de machines. On dotera la bibliothi- 
que des liVres pr^cieux diss^mines dans les diff^rents ^ta- 
blissements publics, et on engagera les Europ^ens qui quit- 
tent I'Inde k laisser leurs livres k cette bibliothique. 

Une adresse vidAgie en hindoustani (urdii) vot^e par plu- ' 
sieurs provinces de I'Inde a ^t^ presentee au lieutenant 
gouvemeur du Beugale, I'honorable Cecil Beadon, au sujet 
des expositions de I'agriculture qui out eu lieu par les soins 
du gouvemement k Alipur et ailleurs, et qu'on desire voir 
devenir annuelles (1). Ces expositions ont offert cecide re- 
marquable qu'il y a eu un jour pour I'admission exclusive 
des dames natives, qui se sent empress^es de faire acte de 
presence et qui ont paru fort contentes de leur visite. 

L'edueation des femmes continue de faire k Lahore des 

(1) Jg nai pas sous les yeux roriginal de cette adresse, maisj'en ai lu 
^%V Indian Mail (numero du 14 mars 1864) et ailleurs, plusieurs para- 
graphes traduits en an^^lais, et exceUents de pens^es et d'exprebsions. 



> 



— 260 — 

progr^s satisfaisants. Le nioavement e&t dA en partie & Tin- 
t^r6t qu'y porte un natif tr^s-influent, Bdb& Kh&n Singh, 
descendant direct, dit-on, du grand r^formatenr B&M 
N^ak, qni a donne aux Sikhs lec^l^bre Grranthy leur code 
religieux ; et le pandit Eftm Day&l a public tout expres 
pour les jeunes filles indiennea qui fr^quentent les ^coles un 
petit livre intitule Pahld cd'ida « La premiere rkgle 5>, et 
un autre plus special pour le Penjab en caractferes particu- 
liers aux Sikhz (appel^s ffurHmukhf) intitule Bdl upades 
€ Instruction pour les jeunes filles 3>. 

Calcutta a de son cdt^, pour les filles, le Betkam 
Sclwoly ainsi appel^ du nom de son fondateur, et qui fait 
autant de bien qu'il est moralement possible. En outre, k 
Calcutta et ailleurs, des dames europ^ennes, les unes par 
d^vouement et les autres mojennant un salaire, ont entre* 
pris r^ducation des femmes dans les zandnasy mode d'ins- 
fruction plus convenable peut-Stre pour I'Inde. En effet, les 
femmes indiennes que nous appellerions comme ilfaut ont 
de la repugnance k faire sortir leurs filles de derri&re le ri- 
deau du gyn^c^e pour les envoyer k I'^cole. D'autre part, 
les femmes sont fiancees dans Tlnde d^s F&ge de quatre k 
cinq aus, et m&res d^ celui de treize k quatorze ; ainsi il 
leur est difficile de suivre des cours k rext^rieur. Le mode 
d'instruction k domicile offire done plus de chance de 
r^ussite, sauf I'^mulation qui y manque. 

Quant aux succ^s des missionnaires anglais dans I'Inde, 
s'ilsn'ont pan ^te aussi prononc^s qu'en Turquie, il y a 4?e- 
pendant chez les musulmans de Tlnde comme chez ceux 
de Turquie un r^veil religieux soutenu par la Moslem mis^ 
donari/ sodetyyqm tend rers le christianisme, dont ils ne sont 
pas aussi 6loign68 qu^on le croit commun^ment, ainsi que le 
remarque judicieusement Ip Trfes-E^v. Mgr Cotton, ^vfique 
de Calcutta, dans son dernier mandement (1). 

(1) « A charge to the clergy of the Diocese and Province of Calcutta, » 
p. 27. — Sur ce siget, voyez Topuscule d6 M. Menge, intitule : On tht 
relation ofltlam with the Go8j>et, translated from the German of D' J. A. 
Moehler^ with additions^ etc. ; in-S**. Calcutta^ 1847, xxxir et 57 pages. 



— 261 — 

A la t^te de ce moavement consid^r^ comme ^clectiqne se 
trouve Saijid Ahmad, de Qazipur, dont je tous ai parl<$, 
messieurs, il j a un instant, et dont j'ai mentionn^ en de- 
tail Tan pass^ le commentaire sur la Bible et la refutation 
des attaques du docteur Oolenso confcre le Pentateitque. 
Mgr de Calcutta, dans le mandement que je viens de citer, 
86 plaint de Timmense ^tendue de son dioc^e (1), qui ne 
vacependant pasjusqu'k Maurice, od il 7 a un ^vSque par- 
ticulier, et oil, k Port- Louis, la Church association a faitb&tir 
pour les immigrants indiens une ^glise dans laquelle, k Toc^- 
caion de la consecration qui en a ^t^ faite le 27 aoM der- 
nier, on a entendu reciter une le^on du service en hindou- 
fitani,et plusieurs chants et hymnes dans lam^me langue (2% 

Le comite dioc^sain de Madras, de la soci^t^ ^tablie pour 
r^pandre la connaissance du Christianisme (for promoting 
Christian knavoledge)^ a public plus de six mille volumes ou 
brochures en hindoustani et dans les dialectes locaux, ta- 
moul et teiinga. Le Vernacular committee du dioc^e de 
Calcutta, de la m^me soci^t^, a entrepris de publier une 
traduction hindie du Morning and evening Prayer^ par le 
Reverend H. Sells, de Rurki (3). La mfeme society a foumi 
au missionnaire Winter, de Dehli, deux cents exemplaires 
d'afBchesillustree8,traduitesenurd6parleSev. M. Slater(4). 

La Church missionary /Soci^^y a transfer m^ iPeschawar, 
en une maison de mission, un ancien ch&teau royal qu'oc- 
cupait le g^n^ral Avitabile, du temps de Banjit Singh (5). 

Le maharaja Dhulip Singh, k son passage k Bombay, de 
retour de I'accomplissement des demiers devoirs rendus k 

(1) Les ^v^ques catboliques (romains^ ne sont pas dans ce cas ; car on 
en compte dix-sept dans les indes oncntales^ un de plus qu'en 1857. 
Voir au sujet de ces 6v6<5h6s d'alors mon Discours d'ouverture de cette 
iDD6e. 

(2) La Colonial Church Chronicle (num6ro de novembre 1864), d'oCi je 
tare ce renseignement, parle de Thindoustani sous le nom de nagari, qui 
est celui des caract^res dont se servent les Hindous pour T^crire. 

(3) Le Prayer Book, traduit depuis longtemps en urdQ, ne Test pas 
encore, k ce qu'il paratt, en hindi. The Colonial Church Chronicle, 
inarch, 1864. 

(4) Ibid,, January, 1864. 

(5) - Ind. Mail », febr. 1864. . 



— 262 — 

8am^re, selon les desirs de celle*-ciy sar les bords du Go- 
dav^ri (1), a assists, le 10 avril dernier, au service dirin, 
k r^glise libre du docteor Wilson, qui, k sa demande et 
dans TinterSt de ses gens qui connaissaient trop peu Tan- 
glais, a pr^ch^ en Lindi. Puis, le 12, il a donn4 une f%te 
aux convertis de Thindouisme au christianisme (2), dans la 
grande salle du Free general assembly institution. La reunion 
se composait d'environ quatre cent cinquante personnes, y 
compris les missionnaires et leurs families. A cette occasion 
on a prononc^ plusieurs discourb, et le docteur Wilson a fait 
ressortir I'importance de la conversion du maharaja, etTin- 
fluence qu'elle doit avoir sur I'esprit des Indiens. Un mis- 
sionnaire natif a donn^ des details sur les conversions qui 
se sont operces parmi les paiens du D^can. D'autres natifs 
ontpris la parole, et les jeunes filles des <5coles indighnes oni 
chants des hyinnes en hindi, et aussi le God save the Queen, 
traduit de pref(Jrence en cette langue, plut6t qu'en marathi 
ou en guzarati (3). 

Les travaux des missionnaires, on le voit, ne sont pas 
sans r^sultat : celui de tons peut-Stre qui en a obtenu le 
plus dans ces derniers temps, c'est le docteur Duff, qui a 
quittd rinde a la fin de Tannic passee, apr^s j avoir s^- 
journ^ trente-quatre ans, constamment occup6 k r^pandre 
la connaissance du christianisme et j avoir op^r^, dit-on, 
une sorte de r(5volution religieuse et sociale. Sesadieuxont 
6t& touchants; mais en exprimant son chagrin de quitter 

(1) On se souvient que le corps de la reine douairidre de Lahore atten- 
dait Tan pass6, k cette m^me ^poque^ son transport dans I'fnde. Ce trans- 
port a eu lieu en effet^ et le corps a ^te consume par les flammes. Toutefois, 
comme cette princesse avait perdu sa caste en adiant en Europe, aucnn 
brahmane n a voulu prendre part k la c«r^monie, et ceux memes qui y ont 
cooper6 ont 6t6 ce que nous appellerions €xcornmuni4s» 

(2) Les Indiens convertis appellent le vrai Dieu (le Dieu des Chretiens) : 
Bard DiOy « le grand Dieu », expression qui ^quivaut ^ VAUah des 
muRulmans, qui signifie en reality le {vrai) Dieu. 

(3) C'est k I'ecole presbyt6rienne des missions am^ricaines da Cairo, i 
son passage en cette ville, en revenant de I'lnde, en juillet, que le maha- 
raja vit la jeunc fille dont la beaut6 et la modestie le cbarm^rent, et qn'il 
r^pousa k Alexandrie, au consulat anglais. Cette nouvelle princesse de 
Lahore n'a que seize ans : elle est ^ypticnne par sa m^re, qui est Copte; 
mais son p5re est un banquicr allemand nomm^ Miiller. 



— 268 — 

aes amis indiens, il apu annoncer la fondation de six ecoles 
tennes en langue iisnelle et en anglais (angl(M)emacular)y 
dans le district d'Honglj (1). On a pu dire de lui avec 
raison : 

At church Yiith 6weetand unalTected grace» 
His looks adorned the venerable place ; 
Truth from his lips prevailed with double sway. 
And fools who came to scotl' remained to pray (2). 

Cette ann^e, la b'ttdrature hindoustanie a fait encore plu« 
sieurs pertes sensiblea. Une des principales est celle du doc* 
tenr James R. Ballantyne, qui, k la v^rit^, avait depuis as* 
sez longtemps neglige la langue vivante pour la langue sa« 
cr^e. Ce savant indianiste est mort le 16 fSvrier de cette 
ann^. II ^taitneveu d'un bindoustanistediic^^ ily a long- 
temps, le capitaine James Michael. On doit an docteur Bal- 
lantyne nne grammaire hindie et bhakha (3), une gram- 
maire hindoustanie, dont il j a eu deux Editions (4), des 
Hindustani selections (5) , des lettres originales hindou- 
stanies (6), et des denudes sur la maniire de traduire Tan- 
glais en hindoustani et en persan (7). 

M. Ballantyne fnt d'abord, tr^s-jeune alors, professeur 
d^hindoustani k FAcad^mie navale et militaire d'£dimburg; 
puis apr&sayoir et^ pendant plusieurs amines principal du col- 
lege deBenar&s,il avait ^t^nommei bibliotb^caire de T East- 
India House, en remplacement de feu Tillustre H. H. Wil- 
son, qui Ini-m^me avait succ^de au respectable Wilkins, et il 
aen pour successeur^ son tour le savant Fitz-Edward Hall, 
professeur d'hindoustani au King's College. M. Ballantyne 

(i) Friend of India ( a fnd. Mail » ), febr. 1864. 

(2) Golds iiiith*8 Deserted Village, 

(3) Elements of hindi and hhakha grammar. Londres, 1839, in-^**. 

(4) Hindustani grammar and exercises, gp. in-S®, Londres, 1838 ; 
deunibme^diWon, with brief notices of the braj and daktini dialects, 1842. 

(5) Gr. in-8«, 1840. 

(6) Hindustaniy letters lithographed in the nusk-tuleek and shikustU" 
amex character, gr. in-8<», 1841. 

(7) Practical oriental interpreter, or hints on the art of translating 
readily from english into hindustaai and persian, etc.^ gr. in*8«, 1843. 



— 264 — 

avait, ^1 dernier lieu, entrepris, asm frais du gQUvemement' 
file I'Inde, la publication d'un immense ouvrage Sanscrit^ 
c'est ik savoir : le Mahd Bhdshya^ ou le « Grand Commen- 
taire 3> de la grammaire de Panini, ouvrage qui devait for- 
mer qtiatre volumes, et dont il n'a paru que le premier, qui 
est un in-folio de 850 pages, oblong, selon Tancienne ma- 
ni^re hindoue. 

Le 7 raai dernier, est d^de k Angers, un homme moins 
connu dans le monde savant, mais qui avait n^anmoins una 
valeur r^elle, que voilait sa modestie. Je veux parler de 
M. P^ix Boutros, un des Europ^ens qui ont le plus con- 
tribue k substituer, dans Tlnde, I'hindoustani au persan, 
pour les ouvrages en prose Merits par les natifs, la poesie 
seule ayant auparavant le privilege d'etre ^crite dans la lan- 
gue usuelle. On lui doit en effet, en trte-grande partie, ce 
progrte veritable, pareil k celui qui en Italie, en France, 
en Angleterre, en Allemagne, fit sucoWer I'etude et Tem- 
ploi litt^raire et scientifique de I'italien, du fran^ais, de 
Tanglais, de Pallemand, k I'^tude et k I'emploi exclusif de 
la langne latine; les langues nationales n'^tant ant^rieure* 
ment cultiv^es que par des poetes populaires. 

M. Boutros ^tait Fran^ais, il etaifc n^ a Mayenne, en 
1806; mais, d^s 1824, il alia rejoindre un de ses parents qui 
l\abitait I'lnde, et oe fut ainsi qu'il acquit de bonne heure 
une connaissance approfondie de I'liindoustani , et quMl 
apprit k le parler et k I'^crire correctement. En 1834, il 
commen^a k prendre part k Tinstruction des Indiens, et en 
1840, il fut nomm^ par le gouvemement anglais directeur 
du college des natifs de DehU, membre et secretaire du 
conseil de Tinstruction publique de cette ville, et charge de 
I'inspection de tons les ^tablissements d'education sous la 
direction du conseil. En 1841, il fat nomm^ secretaire d'une 
commission qui avait pour objet de dinger la preparation 
d'une serie d'ouvrages classiques pour rinstruction des In- 
diens, au moyen des langues vulgaires de I'Inde, et specia-^ 
lement de Thindoustani ; car jusque Ik rinstruction sup^- 



— 265 — 

nenre ne 8e donnait qu^en penan, et m6me quelqaefois en 
Sanscrit et en arabe. De 1841 & 1845, cette commission fit 
imprimer une trentaine dWvrages classiques r^dig& en 
hindoustaniy sur la physique, la chimie, les math^matiques, 
I'astronomie, la legislation, r^conomie politique, le droit des 
gens; et aussi des ouvrages originaux, des poesies remar- 
quables, existant seulement alors en manuscrit. M. Boutros 
foumit Ini-m^me trois des ouvrages les plus importants et 
les mieux r^dig^, ouvrages qu'il avait d'abord pubU^s en 
anglais, et qui dtaient le r4sum4 des cours qu'il avait faits 
auparavant, c*est k savoir : 1" Prindpes de l^ffislation ; 
2® Prindpes du revenu public appliquie h VInde; 3® Priw 
dpes du droit des gens (1). 

Yers la fin de 1845, la sant^ delicate de M. Boutros le 
mit dans la n^essit^ de revenir en France respirer Fair na- 
tal, n fat entonr^ k cette occasion des t^moignages les plus 
flatteurs et de la plus vive sympathie de la' part des grands 
fonctionnaires du gouvemement anglais de I'lnde, qui lui 
exprimirent leurs regrets de sa determination et luiofi^rirent 
un poste aussi avantageux que celui qu'il avait quitt^ si sa 
sante se r^tablissait et qu'il voulflt retoumer dans I'lnde. 
n ne s'j d^cida pas, et il se retira k Angers, oil il s'unit k 
la fille d'un honorable magistrat; il a eu de cette union un 
fils, mon fiUeul, qui suivra sans doute les bons exemples que 
lui a l^gu^s son estimable p6re, et les sages conseils de son 
excellente m^re. 

Le 17 juin est ddc^de, en Angleterre, kg6 seulement de 
cinquante-six ans,imdesorientalistes contemporains les plus 
&ainents, le IWv. W. Cureton, qui ne s'itait oecup^ qu'inci- 
demment d'hindoustani, mais qui s'^tait surtout distingue 
par sa oonnaissance des langues s^mitiques, sp^cialement 
de I'arabe, dont il a public des textes et des traductions 
importantes, et surt(nit du syriaque qui a ^t^ de sa part 

(1) Je poss^de dans ma collection particuli^re un exemplaire de ces 
OQvra^s que j*ai eu de la peine k me procurer : ils sont in-8* et lithe-' 
gtvphi^s ft Dehli ; le premier est de 350 pa^es, le second de 166, et le 
troisi^me de 210. 



— 266 — 

Fobjet de plnsieurs beaux travanx. Cest it loi qu'on doit 
eDtre autres r^dition da texte original, on da moins da 
texte le plus ancien ecrit en sjriaque, de T^^vangile do 
saint Mathiea, et I'^dition de la version syriaqae avec 
la traduction des lettres de saint Ignace, d'apr^s des ma?- 
nuscrits dont madame Cureton avait elle-mSme ex^cut^ le 
faoeimile. 

Le 7 avril est mort k Geneve M. Andr^ Janin, on de 
mes anciens auditeurs, connu par plnsieurs travaux esti* 
mables de philologie, apr^ une douloureuse maladie qiu 
I'avait retenu pendant neuf mois dans son lit ou dans sa 
chambre, sans qu'aucune plainte se fdt jamais ^chapp^e de 
ses l&yres. Quelques jours avant sa mort, sous Timpression 
d'une mort prochaine, il fit imprimer, pour le laisser comme 
un dernier souvenir k ses amis, un petit poeme intitule a le 
Depart du missionnaire, d qui se termine par ces vers qui 
peignaient bien I'^tat de son toe : 

Hpureux, quoique meurtri, joyeux dans la souffrance, 
L'Esprit-Saint te donnant et force et patience. 
Par la foi soutenu, mais contemplant la croix, 
Tu diras : mon ame, adore^ attends et crois (1)1 

Enfin le 10 octobre dernier est d^c^d^ k Abbotabad le 
commissaire (commissioner) du Penjab, major H. R. James, 
tr^-habile Mvdoustaniate^ que j'avais eu I'occasion de con- 
naitre lorsqu'il accompagna k Paris, il j a quelques annees, 
Jang BahMur, souverain effectif du N6pal. La mort de 
cet homme si recommandable et si justement estim^ est an 
veritable malheur pour TLide. B avait contribu^ dans sa 
sphere, on pent le dire, k assurer la prosp^rit^ actuelle dont 
ce beau pays jouit sous le sceptre britannique, comme I'Al- 
g^rie est ^orissante sous le gouvernement fran^ais. Qae 

(i) Par une coincidence bien malheureuse^ quelques semaines apres le 
d^c^s de M. Andr^ Janin, son fils et son neveu se uoyaient dans le lao 
de Geneve, la barque qu'ils avaient mont^e pour une promenade sur 
Teau ayant cbavir^ par Huite d une bourrasque. 



— 267 — 

* 

I'Angleterre jouisse done de sei^ possessions indiennes de 
mSme que nous jonissons de nos possessions atg^riennes^ 
et continnons k r^aliseir les yoeux de philanthropie chr^- 
tienne que Shakespeare formait, il J a trois siteles, dans ces 
beaux vers : 



..... That the contending kingdoms 

Of France and England, vhose \ery shores look pale 

With envy of each oother's happiness 

May cease their hatred ; and this dear conjunction 

Plant neighbourhood and christian-like accord 

In their sweet bosoms, that never war advance 

His bleeding sword 'twixt England and fair France. 

(Henry Yth, act. v. sc. 4.) 



J68 — 



QUINZIEME DISGOURS 



4 d^cembre 1^65. 

Messieubs, 

II est loin de nous le temps oh Ton traitait de jargon la 
langne nationale de Tlnde modeme ; et s'il j a encore 
quelques amis du paradoxe qui en parlent avec d^dain 
parce qu'elle manque d'homog^n^it^j ils oublient que plu- 
sieurs de nos langues d'Europe, et plus specialement I'an- 
glaisy sent form^es d'^Mments divers. Dans tons les cas, 
rhindoustani (urdii) tend peu k pen h devenir le seul 
idiome usuel de I'lnde, la langue du pays, zabdn-^-^esj 
comme on Tappelle, par I'extension qu'il prend de jour en 
jour. C'est ce que m'^crit I'habile interprfete du gonver- 
nement supreme, le capitaine H. Moore : 

« Sans doute, dit-il, avant peu d'ann^es, rhindoustani 
sera une des langues les plus importantes de 1' Orient, car 
il devient de plus en plus la langue au moyen de laquelle 
des millions d'Asiatiques sont en communication, actuelle- 
ment que le chemin de fer (que les Indiens appellent che- 
val defeu) s'avan^ant jusqu'k cent milles dans I'int^rieur 
du pays, des personnes de toutes les parties de Tlnde et de 
TAsie centrale se trouvent ensemble et sentent la n^cessit^ 
d'une langue commune pour s'entendre. L'hindoustani 
(urdd) a ^t^ admirablement adopts pour satisfaire k ce 
besoin. Compost, comme il I'est, de hindi, de persan et 
d'arabe, il satisfait k la fois les deux divisions du peuple de 
Plnde, les Hindous et les Musulmans. L'hindoustani est 
done appele k acqu^rir une grande importance par le rapide 
d^veloppement des ressources qu'offre si abondanmient le 



p^'-* 



~ J69 



pars 9i qui 7 attirent des Eiir(^>4ens de toutes les natio<- 
nalit<is. J'ai rencontr^ des Fraoi^is k Kachemjre, ^tablis 
\k en quality d^agents de grandes maisons de oommerce de 
France. II 7 a maintenant pen de villes considerables de 
rinde oil Ton ne rencontre quelques Fran9ais. A Calcutta 
et a Bomba7 (1) leur nombre s'est remarquablement accru 
depuis les dix demi^res anndes. Le drapeau fran^ais se 
Yoit presque partout dans les rivieres et les ports oil se 
trouvent des vaisseaux de la marine marchande du monde. t> 
Dans son m^moire (2) sur I'origine de rhindoui (3) ou 
hindiy premiere forme de Thindoustani qui a donn<S nais* 
sance au dialecte musulman nomm^ urdttj et qui est rest^ 
le dialecte plus sp^cialement emplo7e par les Hindous, le 
babu Bajendra Lai Mitr, dont Pheureuse ph7sionomie^ 
fid^lcment rendue par une belle pbotographie, annonce la 
distinction et Fintelligence, sentient que le hindi est la 
plus importante des langnes usuelles dans I'Inde, parce 
qu'il est emplo7e par la parde la plus civilis^e de la race 
bindoue, depuis la frontifere orientale de Bihar jusqu^au 
pied de la chaine des montagnes Solimani, et depuis le 
Vindh7a jusqu'au T^rw. Les Gurkas Tout port^ jusqu'& 
Eamaun et au N^pal ; et comme lingua franca il est intel- 
ligible partout, dit le Babu, depuis le Kohistan de Pea- 
cbawarjusqu'li Assam, et depuis le Kachem7re jusqu'au 
cap Comorin. II est cultLv^ depuis mille ans, et sa litt^- 
tare est plus riche et plus d^yelopp^e que celle d'aucun 
autre des dialectes modemes de Flnde. Le savant Babu 
affirme avec raison ce que j'ai dit bien des fois moi-m6me, 



(1) Nous avoDS depuis longtemps un consul k Calcutta^ et le gouverne* 
ment vieni de nomroer consul k Bombay, M. A. Thenon, qui, ainsi que 
son collogue de Calcutta, M. Lombard, s'int^resse k I'^tude de Tbindou- 
staniqu'il cultive lui-m6me, et qui m'a promis son concours pour faciliter 
mes travaux sur cette langue, de mSme que veut bien le faire Al. Lombard. 

(2) (( On the origin of the hindvi language and its relation to the urdu 
dialect. » Journal of the Asiatic Society of Bengal, n« 5^ 1864.) 

(3) J'ai dit maintes fois qu'on appelie « hindoui, liindavi ou hindviv, 
le dialecte le plus ancien de Thindoustani, et que le nom plus usit^ de 
« hindi » est attribu^ de pr6f^rence au dialecte hindou actuel^ qu'on 
nomme aussi « braj-bbakha » et « nagari »• 



_ 270 — "^ 

que la senle diff<$renbe r^elle k signaler ehtre le hindi et 
I'urdii consiste dans les noms tons indiens dans le premier, 
et m^lang^s de persan et d'arabe dans le second, et non 
dans les verbes, qui sont tonjours indiens, ni dans la gram- 
maire, qui est la m6me pom* les deux dialectes. 

Bajendra Lai soutientle caract^e aiyendvL hindi prenyl 
par quatre-vingt-dix mots sur cent qu'on pent rattacher 
au sandcrit, par sa phonologie et par ses regies de permu- 
tation. Max. Miiller parait avoir adopts la mSme opinion : 
« L'hindoustani, dit-il (1), n'est pas la fille du Sanscrit tel 
que nous le trouvons dans les Y^das, ou dans la litt^ra- 
ture plus moderne des brahmanes : elle est une branche 
vivante de la langue de Tlnde, issue du m^me tronc du- 
quel est sorti le Sanscrit, 3> ce qui n'empfeche pas qu'on j 
trouve les restes de I'ancienne langue indienne qui existait 
ant^rieurement dans ces parages. II n'en est pas du hindi 
comme du fran^ais, qui est une langue tout k fait latine, Fan- 
cien celtique s'^tant an^anti pour ainsi dire derant Tinvasion 
du latin. Le hindi conserve au contraire uu caractire parti- 
culier et une physionomie qui lui est propre, malgr^ le 
tris-grand nombre de mots sanscrits ou derives du Sanscrit 
qui ont submerge, si je puis parler ainsi, la langue primi- 
tive, comme plus tard le persan et Parabe Font fait a Te- 
gard du hindi lui-m^me. 

L'^rudit Babu etablit que c'est k tort qu*on pretend que 
le hindi n'a pas d'alphabet qui lui soit propre, puisque I'al- 
phabet dSvanaffari ou simplement nagari est son alphabet 
naturel comme 11 est celui du Sanscrit. On se sert, k la 
v^rit^, pour ^crire Thindoustani, de deux caract&res diflK- 
rents, le nagari et le persan, mais non pour le mSme dia- 
lecte, ainsi que j'ai eu soin de le faire remarquer dans 
d'autres occasions, car on emploie le nagari pour I'hindous- 
tani-hindou et le persan pour rhindoustani-musulman ; 
mais je difffere de I'opinion de Rajendra Lai, qui voudrait 

(1) The science of language, t. \, p. 63. 



— 271 — 

^u'on ^crivit Turdii aussi bien que le hindi avec les carao- 
t&res nagarisy car il est bien plus difBcile de lire les moto 
persans et arabes en caract&res nagaris que les mots sans- 
erits en caract^res persans (1), C'est ainsi que, malgr6 le 
oaract&re sacr^duc/^ano^an (^critnre divine)^ la plupart 
des Hindoas ont adopts de pr^firence Talphabet persan 
et ^crivent mfeme souvent (i tort, il est vrai) le plus pur 
Iiindi en caract&res persans (2). Je suis au contraire de 
Favis du Babu quaud il bl&me I'adoption qu'on propose 
ponr ecrire I'hindoustani do Talpbabet latin, surcharge de 
signes accessoires qui constituent un nouvel alphabet plus 
difficile a apprendre que les alphabets regus. 

Le savant sdmitiste Nassau Lees, dont tons les orienta- 
listes connaissent les consciencieuses publications (3), s'est 
declar^, dans le journal de la Soci^te asiatique de Calcutta, 
partisan de Phindoustani romanise, c'est-i-dire ecrit en ca- 
ract&res latins, sous le pr^texte que cette langue n'a pas de 
caractfere qui lui soit propre, et que Talphabet persan g^ne- 
ralement uslt^ en hindoustani ne repr^sente pas exacte- 
ment Talphabet indien, tandis que I'alphabet d^vanagari, 
employ^ par bien des Hindous, ne pent rendre convenable- 
ment plusieurs ^l^ments de Talphabet persan. Je viens de 
r^pondre avec Rajendra Lai k la premifcre objection. II 
faudrait d'ailleurs, pour Tadmettre, prouver que I'alphabet 
dont la forme la plus parfaite est le devanagari est propre 
& la langue sanscrite, et quMl n'^tait pas d^ja celui de la 
laugue indienne qui I'a prcc^d^e, au Kord comme au Midi ; 
et, dans tons les cas, la mdme objection pent dtre faite au 

(1) Les Indiens ne sont ^as les seuls qui aicnt adopte les caract^res per- 
sans, eiDprunt^s par ceiix-ci comme par les Malais aux Arabes^ les Turcs • 
et les Afgans ont agi de m^nie. 

(2) Je poss^de des manuscrits de Diliari Lai, de Kabir et d autres c^I^- 
bres ecrivains hindous en caract^res persans. 

(3) A propos du sovereign (souverain), monnaie d'or anglaise qui est 
d^sormais admise dins I'lnde pour dix roupies (et le demi pour cinq», 
M. N. Lees a fait observer, dans une des derniores stances de la Soci6t6 
asiatique de Calcutta que, par une sigull^re coincidence, ce mot se trouve 
Mre Indien, car su-haran « belle couleur » signifle or, et par suite pi^ce 
d'or; et que u souverain * supemus, dans le sens de t monarque », pour- 
rait avoir la n.cmc urigine. 



— 273 ~ 

persan, an malai, au tnrc, et k bien d^aatres langues orient 

tales et ooddentales qui ont emprunt^ lent alphabet k 

d^autres langues. Quant k la seconde objection, il est vrai 

que Talphabet d^vanagari ne pent rendre plusieurs lettres 

de Talphabet persan, mais aussi ne se sert-on des carac** 

teres devanagaris que pour le dialecte particulier aux Hin- 

dous, et dans lequel on n'emploie pas ou peu de mots per- 

sans et arabes ; mais pour I'hindoustani proprement dit, 

tant urdd que dakhni, on emploie les caract^res persans, 

qui repr^ntent fid&lement toutes les lettres indiennes, k 

Toxeeption des lettres dites cSribrales ou Ungtudes ^ qjaCon 

distingue par des signes de conrention ajout^s aux lettres 

dentales analogues. L'alphabet persan pent done servir k 

tons les mots indiens, et c'est ce qui explique la facility, avec 

laquelle il a ^t^ g^n^ralement adopts par les Hindons 

m^mes. C'est d'ailleurs le dialecte urdd qui a la primaut^ 

sur le hindi ; et c'est ce^ m6me dialecte qui, avec I'anglaiB, 

pent 6tre consid^r^ comme la langue officielle de Tlnde 

britannique (1). II est vrai qu'il y a des Hindous qui au- 

raient pr^f(ire qu'on adopt&t le hindi pour les tribunanx 

des provinces nord-ouest, parce que le hindi j est plus 

usit^ que Turdii dans quelques localit^s, au point que dans 

beaucoup d'^coles du cercle d'Agra on emploie le hindi 

comme medium pour Tinstruction, et non I'urdilk) ainsi que 

me le fait savoir le D' W. Anderson, inspecteur des ^coles 

de ce cercle. Mais c'est bien le dialecte urdd et non le hindi 

qui a la prominence et qui est v^ritablement la langue de 

rinde mtisulmanis^ey si je puis employer ce barbarisme. 



(1} Pour r^parer en quelque sorte la deplorable mesure qui a ^t^ prise 
de Q^cider Temploi de ranglais dans lesprincipaiixtribnnaux (chief courts) 
de rfnde, le gouvemeroent met un soin plus grand encore qu'auparavaDt 
k ce que les avocats, tant consultants (barristers) que plaidants (pleaders), 
et les procureurs (attorneys), sacbent les langues usuelles de la province 
oil ils doivent exercer leurs fonctions, et ils ne sont admis k ces fonctions, 
qui peuvent les mettre en rapport avec les natifs^ qu*apr^s avoir obtenu 
un certificat qui constate leur habilet^ en ce genre. Les natifs ont, du 
reste, reclame contie la mesure dont je parle, et il est k esp^rer ^'elle 
ne sera pas maintenue et que Thindoustani reprendra la place qui lui avait 
M assignee. 



— 273 — 

Qaant an regret qu'eprouve M. Anderson du d^lin des 
Etudes persanesy arabes et sanscrites (1) dans Tlnde, je le 
partage avec lui ; mais j'espere qu'il coutribuera k les 
relever dans le Victoria College j un des 6tablisseinents lea 
plus prospires et les mieux organises de I'lnde, et auquel 
sent attachees quatre ecoles prtSparatoires. 

Mais revenons k mon th6me favori sar la preeminence 
de rhindoustani-urdu. Par exemple, le 7 Janvier dernier, 
le lieutenant gouverneur du Penjab et de ses d^pendanceSi 
Bur le point de quitter Tlnde, a tenu k Lahore un dav'^ 
bar (2) pour conferer aux magistrate de Lahore et d'Am- 
ritsir les titres et les distiactions que yenait de leur accorder 
le vice-roi, et pour pr&enter des hhiTats k ceux qui s'^- 
taient distinguds dans la cause de r^ducation des femmes. 
A cette solennite assistaient plusieurs rajas, beaucoup de 
notables Lidiens et les autorit^s anglaises. Toutefois, ce 
n'est paft en anglais, mais en hindoustanij que le lieute- 
nant gouverneur a adress^ la parole k Tassemblee. 

Dans une reunion tenue en f^vrier, k Lakhnau, sous la 
presidence du commissaire en chef, en faveur du Canning- 
Collpgej le president a adress^ k cette occasion un discours 
tr^s-developpe en hindoustani aux ta^lucddre ou possesseurs 
de fiefs de la province d'Aoude (3). 

En adoptant pour son heritier Gangat Rao Scindia, le 
Maharaja de Gualior lui a fait subir, le 6 octobre dernier, 
8ur Thindoustani, le persan et le mahratte, un examen qu^il 
a passe avec beaucoup de succfes (4). 

Fidele k sa promesse, le gouvernement de Tlnde donne 
une gratification lib^rale aux jeune3 civiliens qui, dans les 
premiers mois de leur s^jour dans TLnde, ont r^ussi dans 
leur examen linguistique (5). D'un autre cot^, pour facili- 



(i) Bon nombrc d'Hindous savent le persan et memerarabc; mais ti'^s- 
peu de musulmans ont quelque id^e du Sanscrit. 

(2) • Allen's Indian Mail » fevr. 23, 1865. 

(3) a Akhb^r-i 'alam », n^ du 5 ramazan 1281 (6 f^vrier 1865). 
• (4) Times of India, du 28 octobre 1865. 

(5) Un d'eux, M. Stogdon, a de plus re^u du gouverneur g^nSral une 

18 



— 274 — 

ter aux oflBciers de Tarm^ I'etude des langues orientales, 
les interprfetes sont invites k leur en donner lea premiers 
^l^ments, pour faciliter la t&uhe des munschisy et ils rece- 
vront k cet effet des honoraires sp^ciaux (1). 

Celui peut -fttre des hauts fonctionnaires de I'lnde an- 
glaise qui s'int^resse pratiquement le plus k I'hindoustani, 
c'est le capitaine Puller, directeur de rinstruction publique 
k Lahore. On lui doit non-seulement de nombreuses reim- 
pressions d'ouvrages hindoustanis devenus rares, mais de 
nouveaux ouvrages qu'il a r^dig^s lui-m6me ou qu'il a fait 
r^iger par ses soins. II fait connaitre ses actes non seule- 
meut par son rapport annuel sur I'instruction publique, 
dans lequel on voit d'un seul coup d'oBil tout ce qui a et^ 
fait dans Tann^e pour Tinstruction des indigenes dans le 
va'^te pays soumis litter airement k lui, mais par un journal 
mensuel dont je parlerai bientot. 

• II existe k Londres un comit^ qui s'occupe k r^unir des 
informations au sujet du bien-6tre social, moral et mate- 
riel des Indiens. Le 2 uiai dernier, I'honorable M. Kin- 
naird a r(5uni chez lui, avec des membres de ce comite, 
plusieursnatifs del'Indeet des amis de I'oBuvre des mis- 
sions dans ce pays, entre autres le B^v. John Long de Cal- 
cutta, qui, aprfes avoir parcouru I'Europe pendant trois 
ans, etait sur le point de retoumer dans I'lnde. M, Thomas 
de Madras a donn^ d'interessants details sur ram^lio- 
ration de Tesprit public dans le midi de Tlnde et le D' 
Dods sur les progrfes du christianisme, malgr^ I'assertion 
contraire d'un Hindou rest^ fidele k ses pr^juges. 

Le celebre orientaliste le D' J. B. Gilchrist, fondateur 
de I'etude liut^rairede Thindoustani, mort k Paris en 1841, 
et dont la veuve, aprfes avoir Spouse le general Pepe, est 
d(5cedee derniferement elle-mfime, ce savant, dis-je, a l^gue 

medaille d'or pour les grands progr^s qu'il a foits en hindoustani (updili, 
dans Tespace de quatre mois depuis son arrivee dans I'lnde. Jnd. Mail, 
Jan. 5, 1865. 

(i) « Indian Mail, ■nov. 6, 1865. 



— 275 — 

k Faniversit^ d'Edinbargh, capitate de son pays natal, une 
rente annuelle de 300 1. st. (7,500 fr.) pour fonder trois 
bourses k I'effet de subvenir k T^ducation universitaire de 
trois elfeves natifs^ un de chacune des trois pr^sidences de 
I'lnde, lesquels devront obtenir cette favour dans un con- 
cours pr^alable qui aura lieu dans les colleges de leurs 
pr^sidences respectives. 

Les Indiens ne restent pas en arrifere du mouvement. 
Le nabab Nazim de Murscliid-abad, ou pour mieux dire 
du Bengale, afin d'encourager les progris de I'^ucation 
earop^enne parmi les musulmans bengaliens ses coreli- 
gionnaires, a fond^ pour six ans quatre bourses d'^l^ves, k 
savoir une dans le Nizdmat College^ une dans le Madraga 
College J et les deux autres dans le Presidency College de 
Calcutta. Ses fils les jeunes princes Ha^an Ali Mirza, Hu- 
^ain Ali Mirza et Muhammad Ali Mirza, sont venus passer, 
pour leur instruction, une annee en Angleterre, accompa- 
gn^s du savant Saiyid Wazir Ali et du colonel C. Herbert. 
Les deux premiers ont re^u une Education europ^enne et 
peuvent s'entretenir facilement en anglais. 

Nous avons une preuve de plus de I'extension toujours 
croissante de I'hindoustani par le nombre des nouveaux 
joumaux que j*ai k signaler cette ann^e , et qui est plus 
grand qu'il ne I'a jamais ^t^. II en a surgi dans plu- 
sieurs villas • des provinces nord-ouest od il n'y en 
avait pas auparavant, au Penjab, en Aoude, k Bombay, 
et jusqu^en Afganistan et dans le Sindh. Yous allez en 
juger : 

1** Sarvuphdrak « I'Utile kious D, reproduction en hindi 
par Siva Nfi.r^yan du journal urd6 d'Agra Mufid ul-khaldXc 
« rUtile au peuple (1) d, qui parait dspuis plusieurs 
ann^es. 

2** DU kuschd « Ce qui dilate Tesprit », de Fathgarh, 
dans la province d'Agra, en urdA. 

(1] Surce journal, voyozle dlsconrs du7 fi^vrier 1861, p. 155. 



— 276 — 

3^ Schu^hri THr « La flamme de Siani d, de Cawnpur, 
en urd6. 

4® Ahfan ul-akhbdr « Les meilleures nouvelles d, ainsi 
appel^ du nom de IMditeur et r^dacteur Ah^an Muham- 
mad. Journal hebdomadaire de Bareilly (en urdu). 

5° Aina Hind « Miroir de I'lnde », autre journal de Ba- 
reilly, redige par Hardas Singh (en urdu). 

6° Tdtwa bodhni patrika « Feuille pour faire connaitre 
I'essence des choses », autre journal de Bareilly, redige par 
Gui^b Schankar (en hindi). - 

7° Rafd khaldic « Pacification du peuple d, journal bi- 
mensuel de Schajahanpur, r^dig^ par Kor BahMur (en 
urdu). 

8° Nur nazar a La lumifere des yeux » , journal 
hebdomadaire de Bulandschahr, par Siva Prasad (en 
urdu). 

9° Mazhar uWajdib « Manifestation des choses extraor- 
dinaires d, journal urdu de Rurki, public hebdomadaii'e- 
meni par Najaf Ali. 

10^ Lawrence Gazette ^ de Mirat, autre journal hebdoma- 
daire dcrit en urdu par Ismail Khan. 

11" Mirath Gazette j zamima Akhhdr-V dlam « Gazette de 
Mirath annexe aux Nouvelles du monde ». Ce journal urdu 
suppl^mentaire parait depuis la fin de 1864 en nura^ros de 
quatre pages, petit in-folio, sur deux colonnes, quatre fois 
par mois, comme le journal dont il est le supplement. Best 
imprim^, ainsi que VAkkbdvy k la typographic du Ddr ut- 
islam. J'ai sous les yeux quatre numdros de ce journal, les- 
quels je dois k Tobligeance de mon jeune ami Ed. H. Pal- 
mer, de Cambridge, mais qui ne renferment rien d'assez 
interessant pour fetre mentionnd. Quant k VAkhbdr-Valxm 
dont ce journal est une annexe, il continue k donner a ses 
lecteurs d'int(5ressants articles. Ainsi, dans le numdro du20 
scb&ban 1281 (19 Janvier 1865) nous trouvons rannonoe 
raisonnde de quelques ouvrages hindoustanis noaveaux et 
un gazal du gdndral (sal&r) Saiyid Abd ul-Grani Khan^ fils 



— 277 — 

du sonverain de Sacfain en Quzerate, appel^ pcx^tiqneinent 
Schorida « fou d'amour J>, 

Voici la traduction de quelques vers de ce poeme : 

€ Le frais printemps ar.rive, allons nous promener dans 
le jardin : je veux te faire un v^tement avec des feuilles de 
rose. 

3) Jusques k quand te cacheras-tu derriire le rideau, 6 toi 
dont la beauts aurait excite la jalousie de Laila I Montre 
done ta face hors de ton palanquin, k moi qui suis fou 
(MajnAn) de toi. 

T> Le filet de tes cheveux boucl(?8 semble dressd pour se 
saisir du monde entier. L'oiseau de mon coeur doit n^ces- 
sairement s'y prendre. 

"h N'eprouveras-tu pas le d^sir de te baigner dans 1^ ri- 
vifere que ferment actuellement mes larmes? 

» Dans I'excfes de mon amour, je veux quitter la caabaet 
aller k la pagode ; 6 brahmane, entoure mes reins de la cein- 
ture du polyth^isme. 

> Sans toi, 6 mon amie, Schorida n'a aucun go6t pour 
la vie ; aie piti^ de son etat deplorable. » 

Dans le num^ro du 5 ramazan (6 f^vrier), nous trouvons 
un long gazal qui est, k ce qu'il parait, la premiere produc- 
tion du nabab Muhammad Zain ul-Abidin Khan, gendre du 
souverain de Rampur, et qui pour entrer dans la carriire 
litt^raire a pris le takhallus (nom po^tique; de ^Abid a ado- 
rateur (de Dieu) ». Mais, bien que le redacteur du journal 
fasse un eloge p6mpeux du talent du jeune auteur, je ne 
trouve rien d'assez original dans son poeme pour en faire 
Tobjet d'une citation. 

12° Depuis ma demifere allocution, il a paru k Agra un 
journal de droit {Agra Law journal) en urdii et en an- 
glais (1) ; 

13** Et k Lahore le journal. intitule Panjdbiy « le Penja- 
bien. » 

(1; • Indian Mail *y ddcemb. 15, 1864. 



— 278 — 

Je ne quitterai pas les provinces nord-ouest sans vous 
faire savoir que le D*" R. C. Mather continue k publier k 
Mirzapur deux Editions du Khair Khah-i Hind a TAmi de 
rindeD, Tuneen caractires persans etTautre en caracteres 
latins, accompagn^es, pour les parties les plus importantes, 
d'une traduction anglaise. Dans un numero que Mirza Syed 
AbdooUah m'a envoye, j'ai trouve plusieurs morceaux de 
fonds vraiment int^ressants, et d'utiles aanonces d'ou- 
vrages. 

14° II parait a Lakhnau, capitale de I'ancien royaume 
d*Aoude, outre les journaux hindoustanis que j'ai signales 
ant^rieurement, r^i£7adA Gazette^ appele auparavant Awadh 
Gazette Samdchar a Les nouvelles de la gazette d'Aoude ». 

Quant k Y Awadh Akhbdvy il continue a offrir de Tint^ret : 
j'en ai entre les mains plusieurs numeros, grkce a I'obli- 
geance de M. E. H. Palmer, qui y fournit quelquefois des 
articles. J'y ai trouv^ entre autres des details sur les reu- 
• nions de la Societe d' Agra pour la propagation des connais- 
sances utiles dont est membre le munschi Nawal Kischor, 
directeur de la typographic de Lakhnau oil s'imprime 
VAkkbdvy sur le college (madri^a) de Sand^la, etablisse- 
ment trfes-prospfere et qui contribue k la diffusion des con- 
naissances europdennes,fond^parleraja Fath Chand, grand 
ami de la litt^rature hindoustanie, souverain du pays dont 
cette ville est le chef-lieu. On lit souventdans ce journal de 
jolies pieces de vers hindoustanis qui nous r^velent des 
noms de poetes contemporains deji distingu(5s, tels que 
Ra'na, qui a fait sur son futur d^cfes un poeme d'outre- 
tombe (1); Jauhar, elfeve de Jurat; Safi, Mujid, Faz&, etc. 
J'en ai surtout remarque plusieurs dans les numeros du 3 
et du 24 Janvier dernier, k I'occasion de la nouvelle annee, 
et dans celui du 21 f^vrier. Une de ces pi&ces ^crite par un 
Musulman se tormine par ce vers : 

n Le pan de la robe immaculee de Marie ombrage ma 

(1) N- du 21 fevpier 1865. 



— 279 — 

t^te, et le souffle vivifiant du Christ rafraichit mon coeur et 
mon lime. ^ 

15° AuX joumaux hindoustanis de Bombay que j'ai men- 
tionn^s antdrieurement, il faut ajouter le Rauzat ul-aklibdr 
€ Jardin des nouvelles 3>, jourual hebdomadaire. 

16"* Le MuffarrUi ul-culiib « Le refrig(5ratif des coeurs (l),i> 
journal urdu de Schikarpur en Afghanistan. Bien qu'il n'y 
ait dans cette ville qu'un fort petit nombre de musuhnans, 
et que la langue du pays soit le puschtu, comme Thindous- 
tani y est gdn^ralement compris, on a pu y dtablir avec suc- 
c^ un journal ^crit en cette langue. 

17° II parait k Karrachi, port du Sindh, un journal per- 
san, dans lequel on admet des articles Merits en hindoustani. 
Ce journal, qui porte le titre de MatVa khursched d le Lever 
du soleil 3>, parait depuis longtemps, mais il m'^tait inconnu 
jusqu'ici. H est r^dig^ par Mirza Muhammad Schafi, direc- 
teur de la typographic oil on I'imprime. 

A Madras, le journal urdu intitule Aklibdr anbh sddic » 
les Nouvelles de la veritable aurore », continue k paruitre 
avec succ&s et k publier des renseignements utiles. C'est un 
journal hebdomadaire qui est public tous les mardis, sur 
deux colonnes grand in-folio, par Abdurrahman Saccd/y 
c'est-k-dire « le Couvreur. > J'en ai lu quelques num(5ros r^- 
cents, dans un desquels j'ai trouvd un excellent article cen- 
tre certain'es pratiques barbares et immorales des Hindous, 
telles que celle du charkhpdjdy pratiques qu'il serait desira- 
ble qu'on interdit absolument, comme on I'a fait pour le 
brftlement des veuves. On s'y plaint de la d^goiitante im- 
portunity des mendiants et de la nuditd absolue de quelques 
femmes hindoues du Malabare, bien que contraire aux 
SchdstarSy du c^libat auquel les femmes sent condamnees 
quand on n'a pu les marier d^s leur enfance, de leur con- 
secration aux djeux, c'est-ii-dire k la prostitution. J'ai 

(1) Ce titre est emprunt^'i celui de la version urdue de VHitopadega 
^ 'All UuQain. 



— tm — 

aossi remarqa^ un article sur tin nouvel ouvrage de Saifi, 
^crivain distingu^, relatif aux grands martyrs mnsulmaBS 
Ha^an etHu^ain; un ^azal du poete G&Hb de Dehli, dont 
les vers se terminent par le mot paon <r pied d ; des observa- 
tions sur les articles donnas par M. Ed. H. Palmer a 1'^- 
wadh AMjbdr et k VAkhbdr ^dlam; que le redacteur trouve 
ocrits dansle veritable style urdu, entendu dans toute I'lnde, 
ajoutant qu*il serait a d(5sirer que le Gouvernement nomm&t 
pour les ^coles de Madras des Europ^ens aussi instruits, 
qui joindraient k la connaissance de Tbindoustani celle du 
persan et de I'arabe, qui entrent dans sa composition. 

Aprfe avoir indiqu^, messieurs, ces nouveaux journaux 
hindoustanis, il me sera bien permis d'en mentionner ufl 
ecrit, il est vrai, en anglais, mais destin^ k favoriser le 
mouvement litt^raire propag^ par cette langue. Je veux 
parler du Penjabi educational Magazine. Ce journal, qui pa- 
rait mensuellemert k Lahore depuis Janvier, et dont cinq 
num^ros sont parvenus en Europe, contient, outre les a\*is 
et nouvelles concernant I'^ducation, des articles de fonds, 
un rdsum^ sommaire des nouvelles litt^raires du mois, des 
rapports sur les cours et sur les stances des societ^s savan- 
tes du PeDJab. 

Le premier num^ro contient plusieurs articles qui nous 
int^ressent sp^cialement : d'abord des observations sur 
I'alpbabet arabe, par le savant D"* Leitner ; puis des 
modMes de reponses aux examens pour fetre admis k I'uni- 
versite de Calcutta, lesquels roulent, quant k I'bindoustani, 
sur des passages de VArdi8ch4 Malifil et de VIkhwdn ussafa. 
11 se termine par des extraits relatifs k I'^ducation et des 
rapports sur des reunions litteraires et scientifiques, etc. 

Apres les journaux, j*ai k vous entretenir, messieurs, 
des autres publications nouvelles, fort nombreuses cette 
ann^e (1), et dont plusieurs offrent de IMnt^rfet, non-seule- 
ment pour I'lnde, mais pour 1' Europe savante. 

If] Ces publications prennent on te] d^veloppement que le gt>iivern6- 
inent, sentant la n^essitd d'en avoir une connaissance exaote et r^gulidre^ 



— 281 — 

Une grande partie de ces ouvrages a i^ imprim,5e 4 
Agra, et j'en dois la liste au D' W. Anderson et k M. W. 
Piatt. Plusieurs ont ^t^ publics par ordre dn capitaine 
Fuller, directeur de rinstmction pnblique en Penjab. Per- 
mettez-moi, messieurs, de vous en indiquer quelques-nns, 
tmais ancun, n^anmoins, des ouvrages religieux de tout 
genre qui ont r^cemment vu le jour, ear la nomenclature 
en serait trop longue (1). 

Nous avons en urdu : 

Le MajvuLa uUfawdid € Becueil de choses utiles 3> (2). 
Get ouTrage, dont je dois un exemplaire au R^v. H. W. 
Shackell et k M. W. Anderson, est litbographiii, etom^ du 
portrait grav^ sur bois de Fauteur, le munscbi Raja Bam, 
dans son costume indien, assis a rorientale et son hucca 
devant lui. Conform^ment k son titre, cet ouvrage ren- 
ferme des documents utiles en diff^rents sens, et il paralt 
destin^ aux ^coles des natifs. On j trouve d'abord une des- 
cription de la ville d'Akbarabad ou Agra et de quelques 
autres villes de cette province, de Kachemyre, de Lahore, 
d'aprfes le Sa/ar^ndma d' Amin Chand ; la liste des maha- 
rajas, nababs et rajas de I'lnde ; celle des gouverneurs 
g^n^raux; des. observations sur les montagnes, TOcean, 
les vents, la pluie, sur le commerce avec I'Angleterre, sur 
Torganisation actuelle de I'lnde; des avis moraux sur 
I'envie, Torgueil, le prix du temps, I'ignorance, etc., entre- 
m^l^s d'autres avis purement domestiques portant le cachet 
musulman, bien que, d'aprfes son nom, Tauteur paraisse 
ttre Hindou ; une traduction de I'ouvrage persan intitule 
Kimif/a-i sa^ddat « TAlchimie du bonheur », ouvrage de 



a, & ce qu'il paralt^ Fintentionj conform^ment au vobu exprim^ par 
M. Wheeler, il y a d6'}k deux ans, dana un memoire special, de prendre 
des mesures pour arriver h ce r^sultat. 

(1) Parmi lea annoncesdu Khair-Khdh^i Hindy journal de Mirzapore, 
des ouvragea hirtdoustanis nouvellement publics p»r les miaaionnaires, je 
trouve entre autrea un recueil d'hymnea et cantiquea hindouatania aveo 
leun* tons muaicauz, lea una originaux, lea autres reproduita de I'anglaia 
et de Tallemand par le R6v. S. H. Ullman, d'Etawah. 

(2) Un vol. in-8* de 198 pagee, de 19Ugnea k la page, impriin6 4 Agra 
en 4864. 



— 282 — 

morale de Gtuftii ; Thistoire de Dabischalim/et Tabreg^ du 
Kalila Dimna, 

II 7 a CD outre dans ce livre quelques indications 
curieuses qu'il serait difficile de tirouver ailleurs, par 
exemple : la liste des villes de Tlnde sacrees pour les mu- 
sulmans (accompagn^e de details explicatifs) : Ajmin 
Multan, Dehliy Lahore, Agra, IlaLabad, Panipat^Tahn^^ar, 
Kachemyre, Lakhnau, et, ce qui est plus singulier, les 
villes hindoues de Hardwar et de Benares, oil se trouvent 
de belles mosqui^es b&ties par Aurengzeb. Cette liste est 
snivie (5clectiquement de celle des lieux de pfelerinage et des 
lieux saints de Flnde brabmanique. Puis viennent des 
notes sur la culture de la mangue, du b^tel, etc.; mais la 
pi^ce la plus int^ressante et la plus curieuse, c'est la pro- 
clamation du roi de Dehli adress^e aux rajas, aux rals et k 
tons les Indiens, lors de la r^volte de 1857 (1), suivie d'un 
abr^g^ de I'histoire de I'empire mogol. 

Nous avons encore le Diwan de Goya, poete distingue 
de Lakbnau, mort r^cemment, diwan imprim^ pour la pre- 
miere fois a Cawnpur en 1864, et formant 228 pages. 

La traduction du diwan du c^lfebre poete persan Hafiz) 
imprim^e k Agra : celle du a: Bhagavat guita 3>, imprim^ 
k Etawab. 

Le Jauhar-Vacl « le Joyau de I'esprit 3x roman moral 
all^gorique dans le genre du PilgrirrCs ProgresSj en prose 
entremfelee de vers, r^dig^ par Aziz uddin khan, I'Miteur 
de r Amin ulrakhbdr « le Confident des nouvelles », jonmal 
urdii d'llahabad et imprim^ k Lahore (2). 

Le Zahi*i8chc « la Bfegle de I'amour j>, masnawi par 
Ka'na, imprim^ k Lakhnau (3). Ce poeme est ce que Ton 
appelle un wdpHkht (4), compost de strophes de trois vers, 



(1) EUe se trouve page 118 et euivantes^ et elle occupe quatre pages 
entieres. 

(2^ Grand in-octavo de 96 pages de 17 lignes a la page. 

(3) In-octavo de 68 pages de 21 lignes k la page. 

(4) Sur 06 genre de poeme, voyez la preface du t. II de a rHisioire de 
la litterature hindoustanie. > 



— 283 — 

les deux h^mifiticbes des deux premiers sur une mSme rime 
et ceux du troisifeme sur une autre. II offre un r^cit 
romanesque d^un but moral contre les ruses des femmes de 
rOrient. 

Bagdvat Malwa € Tlnsurrection du Malwa (1) i^^ par 
Nizam uddin. Ce volume, qui est trfes-vant^ dans VAMbar 
'dlam du 27 schaban 1281 (26 Janvier 1865) pour la fid^-* 
lite do r^cit et pour le s'yle, contient I'exposition d^taillee 
de la r^volte de 1857 dans la province de Malwa, et acces- 
soirement de beaucoup de faits qui se rapportent k eette 
insurrection. L'ouvrage est accompagn^ de portraits et de 
cartes des localit^s oh, les combats ont eu lieu. 

Cdcaldri Tihi a Recueil de cacidas d, poemes humoriques 
par Tibi, qui a accompagn^ ses vers d'une sorte de commen- 
taire equivalent a des notes explicatives (2). 

Jahdn-numd a: le Miroir du monde », qui est le titre 
d'une g^ograpbie turque celfebre, est ici celui d'un ouvrage 
qui offre le tableau d^taill^ des merveilles de la creation, 
des montagnes, des mers, des forSts, de I'homme et des 
animaux, dans un style ^l^gant et facile (3). 

Balidristdn-i ndz « le Printemps de la gentillesse », 
poeme, par T&ci uddin. 

Natrang nazar « la Magie du regard » , ouvrage 
fl^mentaire pour les ^coles des filles par Mubammad 
Ismail. 

Dard gamndk a Amour malheureux », roman probable- 
ment erotique. 

Un aper^u (RMdd) des usages et pratiques de I'Hin- 
doustan, par Ganga-Pra9ad, auteur de plusieurs autres 
ouvrages. 

Le Tamiz uMzigat « Distinction des mots :&, c'est-k-dire 
Dictionnaire des synonymes arabes, avec Tindication de 
leurs differences, ouvrage dans le genre des Synonymes 

(1) Volume de 204 pages, imprim^ k Mirat en 1864. 

(2) Volume de 44 pages, imprim^ k Mirat en 1864. 

(3) Volume de 56 pages, imprim6 a Mirat en 1864. 



— 284 — 

fran^ais de Girard et Bauz^e, et des Synonymes anglais 
publics k rimitation de ceux-ci (1). 

Un ouvrage analo^rue d6 k Tinfatigable Karim uddin, 
c'est k savoir Takrtm ZuMrt^ qui fait suite au ToBclmh 
ZuMriy dont j'ai parle ant^rieurement (2), et qui, tout en 
commentant le DuUm Naar de Zuhuri, s'^tend sur les diflK- 
Tences synonymiques des. mots employes dans le texte 
original. 

Je ne quitterai pas le terrain urdii sans vous parler, 
messieurs, du Masnawi Ma'nawi « Poeme spirituel » de 
Jalal uddin Rumi, dont j'ai enfin entre les mains, grfix5e k 
la gendrosite de Muhammad Karim uddin, un exemplaire 
manuscrit de la traduction en vers urdus, qu'il a fait copier 
tout expris pour moi, chose singulifere, sur papier de 
fabrique fran9aise, du premier livre (3) par les maulawis 
Hah Bakhsch Nischat et Abtl'lha^an. Les traducteurs 
indiens ont intitule MajnCa falz ul-uMm a: Reunion de 
I'abondance des sciences (th^ologiques) 3> leur travail, fait 
probablement d'aprfes la belle ^ition persane lithographiee 
k Bombay en 1243 (1827-28). 

Je dois au m6me savant un autre travail bien precieiix 
aussi : c'est une nouvelle Edition, faite k Bombay en 1277 
(1860-61), dn Bdg Iram a le Jardind'Trem », traduction, 
aussi en vers, de morceaux choisis du mSme poeme, par 
Sch^h Mustato, de Madras, dont la premiere <5dition,donn& 
k Cal(»>iitt a, avait ^t^ retouch^e et mise en style plus usuel 
par Hftfiz Kamal. Ce poeme, le plus c^l^bre des ouvrages 
mystiques persans, consid^r^ par les sofis comme un com- 
mentaire r^el du Goran Tafdr^X Curdn^ et surnomme m6me 
« le Goran persan 3> Curdn-ipahlwi^ contient excellemment, 
en quarante mille halt (vers de deux hemistiches), le deve- 
loppement, accompagn^ d'anecdotes k I'appui, des opinions 



(1) Par le maulawi Niy&z HuQain ; Lahore, 1865, public par ordre da 
cap. Fuller. 

(2) Discoars de 1862^ p. 192. 

(3) Le meme livre a M tmdait en vers altemands et imprim^ k LeipzigTi 
en 1849^ par G. Rosen, fr^re de feu Tillustre sanscritiste. 



— 285 — 

dogmatiqaes des sofis, et il ofire un charmo rdel aux amis 
de cette podsie nnageuse qu'il faut deviaer. d H y a do la 
saintet^ dans I'obscurit^ », selon Euripide (1). Appellerons- 
nous imperfection, a dit Pope (2), ce que nous nuus figurons 

retre? 3> 

G^neralement tons ces ouvrages Font terminus par une 
petite pifece de vers qu'on nomme Tartkh (3) a: Chrono- 
gramme d, parce qu'elle contient la date de la composition 
da livre au moyen des lettres de Talphabet avec une valeur 
arithm^tique formant certains mots corabinds ad hoc. Get 
usage parait n'avoir pas dte inconnu aux anciens Hdbreux; 
ainsi, dans les manuscrits de TAncien Testament et m^me 
dans les bonnes Editions, il y a des lettres plus grandes que 
les autres qui peuvent donner des dates jusqu'ici incertaiinea, 
comme le prouve M. W. H. Black (4), qui a trouvd par ce 
moyen que la mort de Moise a eu lieu en 1451 A. C, que 
Malachie a dcrit en 463, Daniel en 625, et que IMvdnement 
d'Esther s'est passd en 347. 

Permettez-moi, messieurs, de mentionner maintenant 
quelques ouvrages Hindis d'entre ceux que j'ai re^us ou qui 
sent parvenus & ma connaissance : 

D'abord j'ai re^u de I'auteur Siva Pra<jad la deuxi^me 
partie de THistoire de I'lnde, intitulde : Itihds timir ndgak 
« Recit destructeur de Tignorance d (5). Cette partie, qui 
porte la date de 1865, va de 1566 k 1857 ; elle est, comme la 
premiere imprimde a Bdnar6s. Siva Prasad s'est attach^, 
cette fois encore, k donner le plus de renseignements pos- 
sibles sous la forme la plus abregde. II ne reste k paraitre 
que la troisi&me partie pour que I'ouvrage soit complet. 

Je vous annongais. Tan passd, la publication de la traduc- 

(1) 2e(xvotYiT' ty%i ffxdTo;. 

(2) Call imperfectioQ what thou fancy'st such. 

£«ay on man, Ep. I, v. 115. 

(3) En grec eTcoffTt/ov. 

(4) Ancient Biblicalchponograms, or a discovory of the chronological 
use of the majuscular letters occurring in the text of the hebrew Scriptu- 
res. London, 1864. 

(5) In-8* de 74 pages. 



— 286 — 

tion en urdA du Prabodha Chandrodaya. Aujourd'hui jepuis 
Yous faire saroir qn'on amis au jour la traduction hindie da 
m^me drame alWgorique, par Nandas, traduction dont je 
vous apprenais rexisteiice. 

Je nommerai actuellement VIndra Sabhd a la Cour d'ln- 
dra D, roman Hindi qui n'est malheureusement pas original, 
car on le dit traduit du persan par Baldeo Prasad. 

JjeKrischna ha Bdramdga <i les Douze mois deKrischnai>, 
description do I'annee sous form3 d'hymnes en I'honneurde 
Krischna. 

Un choix de poesies hindies intitule : Ras-rdj « le Roi du 
goAt 3>, volume de 200 pages. 

Un recueil de contes intitule Bhartari Charitr « les His- 
toires de Bhartari » (1). 

Un recueil de chants populaires hindis, par Amrao Singh, 
intitule : Hag mdla « Guirlande de chants i>, Mirat, 1864. 

Le Vinaya patriha « Feuille de direction J>, poeme de 
Tulcid^ publi^ ant^rieurement, mais cette fois avec un 
commentaire par Siva-Prak&s (2). 

Le Panch rain « les Cinq pierres pr^cieuses », c'est-a- 
dire les cinq principaux petits poemesdu mSme grand poete, 
public par le pandit Durga Pra^d (3). 

Le jSur sdffar ratn « le Joyau de Foc^an (des po^des) de 
Surdfis 3>, publication du mfeme genre, due k un autre sa- 
vant hindou, des poesies choisies de I'Homfere de I'lnde 

modeme. 

La traduction du Sakuniala de Kalidas, imprim^ k B^ 

nar&s en 1864. 

Le Bed darpan <t Miroir de la medecine 3>, par Batthaji, 
Mirat, 1864 ; etun autre ouvrage de medecine, de 304 pa- 
ges, intitule : Amrit adgar € rOc(5an de Tambroisie > im- 
prime k Agra. 

Deux trait^s de prosodie hindie : Tun intitule Ban madhu 

ii) Petit- in-8» de 34 pa^es, Agra, 1864. 
(2) Benares, 1864, iii-4« de 380 pages. 
(3 Benarfes, 1864, in-8- de 274 pages. 



— 287 — 

c le Miel des forfits », et Tautre Padmdla € la Gcdrlande des 
vers;*, imprimes I'lm et Tautre k Agra en 1864. 

Enfin le babu Mathura Fragad a actnellement sous 
presse k B^nar&s un volumineux Dictionnaire anglais-hin- 
doustani (urdd ethindi), qu'il publie dansJ'int^ret de ses 
compatriotes qui s*ocGupent d'anglais (1). 

U a paru cette ann^e uu ouvrage qui nous fait connaitre 
quatre-ringts productions hiadies, g^n^ralement en dialecte 
braj-bhakba, dont quelques-unes, mSme des principales, 
servent de base k ce travail. Je veux parler de c rHi.stoire 
de la secte des Maharajas on plutot des Wallabh^cha- 
ryas i> (2), excellent travail non-seulement sous le point de 
Tue de r^rudition, mais pour I'histoire de la philosophic et 
de la religion hindoues. Nous savions dejk que les compo- 
sitions originales Writes en hindi ^taient fort nombreuses; 
mais cet ouvrage nous prouve qu'elles sont loin d'etre toutes 
connaes et que les biblioth^ques de Tlnde offrent en ce 
genre des ressources trop negligees jasqu'ici. 

On trouve aussi des manuscrits hindis dans Timportante 
collection des manuscritsde feuErskine,letraducteurdes M^- 
moires de Baber, collection dont a derni&rement fait Tacqui- 
sition le Urifish Museum^ et qu'est en ce moment occup^ k 
classer et a d^crire le savant orientaliste M. Charles Rieu, et 
sans doute encore parmi les deux cent quatre-vingt-douze 
volumes de litt^rature orientale dont le riche Parsi Cowajee 
Jehanghir, sumomme par les Anglais Ready Money fi. fait 
don&labranchede Bombay de la Soci^t<5roy ale asiatiqne (3). 

Je dois aborder actnellement la question de r^ducation^ 
parler des soci^t^s ^clectiques des natifs^ot enfin des progr^ 
de la civilisation europ^nne et du christianisme. 



(1) Triibner, Am. and oriental Literary Record, oct. 1865. 

(2) History of the sect of Maharajas or Wallabhdcharya in western India, 
London, 1865, in-8". 

(3) Ce Parsi a donn6 k la meine Soci<^t43 une collection de monnaies et 
medaiiles anciennes et modernes de Tlnde, entre autres do toutes les 
roupies qui ont en cours dans la partie ouest de I'lnde. II a donn6 
50,000 roupies (125,000 fr.) pour le college des natifs de Pouna, dont la 
premidre pierrc a 6t6 pos^e le 9 aoOt. dernier. 



— 288 ~ 

L'^crivain hindoustani Afsos a dit dans VArdisch-i 

Mah/il{l): <i Les habitants derHindoustan ont tous de la 

capacite etdeTinstructiou; ils reconnaissent le m^rite; ce 

qu'ils disent de bouclie, ils le font avec plaisir ; ils ne met- 

tent pas de difference dans la vente et Tachat ; ils ont 

en partage la donceur, la modesjbie, la pudeur, la fid^lite ; 

ils sont magnanimes, gen^reux, bienfaisants ; leur conduite 

est telle, quant k I'amitie, qu'ils donnent jusqu'i leur vie, k 

bien plus forte raison leurs richesses ; ils possedent en abon- 

dance les perfections du genre humain; dans un seul d'en- 

tre eux on trouve les vertus du monde entier. 3> 

Ce tableau se ressent de I'exag^ration qui caract^rise les 

ecrits orientaux; mais il aquelque chose de vrai,et I'^ducation 

que le Gouvemement r^pand largement dans Plnde ne peut 

manquer, d'ailleurs, de produireles meilleurs r^sultats. L'a- 

m^lioration des moeurs hindoues, la r^forme de leur religion, 

ou du moins de quelques-unes de leurs pratiques religieu- 

ses anti-sociales, s'effectueraajnsi pen a pen, du.deda?i8yGtnon 

dudehorsy comme raditspirituellement M. J. B. Norton (2). 

Deja le Brahma Samdj a Soci^t^ de Brahma » de Calcutta, 

le Vdda Samdj a Society du Veda 3> de Madras, et d'autres 

Societes, y travaillent activement. Le principal objet de ces 

compagnies, c'est d'encourager le pur d^isme, d^gage des 

superstitions indiennes qui I'obscurcissent, de renoncer gra- 

duellement aux distinctions des sons-castes, de n'avoir 

qu'une femme, d'encourager le mariage des veuves (3). Un 

commerce littcraire qui pourra devenir religieux s'etablit 

entre les Indiens et les Europ^ens. Ainsi, le Calcutta Tract 

Society ^change ses publications chretiennes avec celles da 

Brahma Sam4j, ' 

En Fenjab, le d^partement de I'instruction publique fut 

f 

(1) Page 44 de la ppemi6re Edition de Calcutta. 

(2) Address delivered at Madras upoa the result of native education. 
« Ind. Mail », aoM 8, 1865. 

(3) C'est ainsi. qu'eh Janvier dernier, un Babu de Calcutta epousa une 
jeune veuve, 6lhve de lecolc des fllies de Kischn-nagar, mariage qui fut 
c616bre, en presence des notabilit^s hindoues du lieu, d'apres le rituel 
particulier du Brahma Samdj, 



— 289 — 

form^ en 1856, lorsque sir John Lawrence, le vice-roi 
actuel de I'lnde, ^tait commissaire en chef; mais I'inftur* 
rection en suspendit les progrte, que fit reprendre le r^ta- 
blissement de la tranquillity. Cependant on ne s'occupa, 
jnsqu'en 1860, que de ce que nous pourrions appeler les 
ix)les primaires (vernacular schools), et ce ne fut qu'4 
partir de cette ^poque qu'on songea k T^ducation sup^- 
rienre. Depuis 1860, le nombre des ^coles de district dans 
lesquelles on apprend Thindoustani et Tanglais s'est accru 
consid^rablement, et, quant aux ^coles primaires, il y en a 
actnellement deux mille sept cent trente-trois fr^quent^es 
par quatre-vingt-six mille deux cent quatre-vingt-dou^e 
el^ves. Les trois principales ecoles des gouvemements de 
Lahore, d'Amritsir et de Dehli ont envoy^ pour les exa- 
mens de Tuniversit^ de Calcutta des candidats, dont plu- 
sieurs ont ^t^ admis, ainsi que d'autres de Tecole des Mis- 
sions de Lahore. 

A r^cole de m^decine de Lahore, il y a la classe anglaise 
et la classe indienne. Pour Stre admis dans la derni^re, il 
fant subir un examen en hindoustani, en lisant et en ^cri- 
vant k la dict^e en caractferes persans de I'Inde. 

II me serait facile d'entrer dans des details circonstanci^ 
BUT I'enseignement qu'on donne dans les ^tablissements 
dont je parle ici, sur le nombre des professeurs et sur celui 
des ^Ifeves. Nous les trouvons tant dans un discours du ca* 
pitaine Fuller, directeur de Tinstruction publique au Pen- 
jab (1), que dans son dernier rapport (2), qui donne une 
juste id^e des progrfes de T^ducation chez les natifs dans 
la vaste province du Penjab et ses dependances, et du d^- 
veloppement qu'y prend la culture de Thindoustani (3), 

(1) Discours du cap. Fuller au darbdr tenu k Lahore, le 14 f6vrier 1863, 
pour la distributioa des prix aux 6coles des natifs. 

(2) Lahore, 142 pages in-folio. 

(3) Ainsi k l'6cole normale de Dehli, les 616ves apprennent tons 1 hin- 
doustani, et c'est le maulawi Khuda-Bakhsch qui le leur enseigne. A 
l'6cole des filles du Kdli Masjid (la mosquee noire, c'est-Ji-dire construite 
en pierres noirdtres), les jeunes 616ves lisent le Nouveau-Testament en 
hindoustani. 

19 




— 290 — 

developpement anquel le Grouvernement a t&vcioigai son 
int^rfet en nommant une commission pour preparer des on- 
vrages classiqnes hindoustanis destines k ce pays (1). 

Dans nn darbdr tenu k Lahore le 7 Janvier dernier, sir 
R. Montgomery, lieutenant-gouverneur du Penjab, haran- 
gua I'assembl^e en hindonstani, et donna de cnrieux rensei- 
gnements sur I'education des femmes, pour lesquelles il y a 
anjourd'hui an Penjab six cent soixante-deux ecoles, qui 
comptont plus de treize mille ^Ifeves. Le capitaine Fuller 
parla aussi en hindoustani, et entra k ce sujet dans de plus 
amples details. Des natifs prirent egalement la parole et 
promirent d'entrer dans ce mouvement humanitaire. 

C'est surtout dans les zananas on harems qu'il est difficile 
de faire parvenir Tinstruction aux Indiennes que I'^tiquette 
y retient derriire le rideau. II n' y a que des femmes qui 
peuvent se charger de cette t^che, et je vous annon^ais, Tan 
pass^, ce qu'on avait tente (2). Le R(5v. J. Long a fait un 
appel aux dames anglaises k ce sujet, et il excite leur Emu- 
lation par Texemple des dames russes du plus haut rang^ 
qui ne d^daignent pas d'instruire elles-mSmes ceux qui na- 
gufere Etaient leurs serfs (3). 

Le 25 fSvrier dernier a eu lieu k Lahore la distribution 
solennelle des prix aux indigenes hindous et musulmans qui 
fr^quentent les Ecoles du Gouvemement. A cette occasion, 
M. Alexander, inspecteur des Ecoles du cercle de Lahore, 
le D' Leitner, principal du coUEge, et M. Cooper, ont chacun 
prononcE des allocutions en hindoustani (4). 

Dans une autre distribution de prix faite k BEnarfes pour 
les Ecoles anglaises des Missions, on a couronnE, entre 
autres, un enfant qui avait composE une jolie pifece de 
vers hindoustanis k I'occasion de la visite du vice-roi (5). 

{\] c( Indian-Mail r, d^cembre 26, 1854. 

(2) Discours du 3 d6cembre 1864, page 260. 

(3) L'article du R^v. J. Long a paru d'abord dans le Female missio-Mrri 
intelligencer f et il a 6t6 reproduit dans le Colonial Church Chronicle du 
!•' noverabre 1865. 

(4) Penjab educational Magazine, n" du 26 f6vrier 1865. 

(5) Friend of India, de Mirzapore, n" du !«' decembre 1864. 






291 — 



A rouverture,le l®'f<5vrier dernier, de Texposition de Ta- 
griculture k Agra, le secretaire de Victoria College a fait un 
discours en hindoustaui, afin d'etre compris des natifs pre- 
sents k la stance (1). 

En quittant la direction de I'instruction pnblique dans 
la pr^sidence de Bombay, M. E. I. Howard a pnblie son 
rapport snr les progrfes de r&lucation dans cette pr^sidence 
pendant son administration. Nons j apprenons que le nom- 
bre des ^coles et des demi-coUeges j est actuellement de 
neuf cent cinqnante-quatre, et celui des ^l^ves de soixante- 
six mille. Dans ce nombre ne sent pas comprises les ^coles 
indiennes ind^pendantes du Gonvemement anglais, dans 
lesquelles sont instmits k pen prfes autant d'eifeves. An 
moyen des ^tablissements officiels, la connaissance de I'an- 
glais se r^pand n^cessairement, mais aussi la lecture, Tecri- 
ture et la litt^rature de I'hindoustani et d'autres langues 
nsit^es dans la presidence deviennent plus g^n^rales, et ces 
langues s'enrichissent de traductions delivres anglais clas- 
siques et d'ouvrages originaux (2). 

L'universite de Bombay continue d'etre dans un ^tat pro- 
spire. En d^cembre dernier, deux cent quarante et un can- 
didats, donfc la majority ^taient Hindous, se sont pr^sent^s 
pour y ^tre admis, et, sur ce nombre, cent neuf ont subi 
aver succfes leur examen et ont ^t^ re9us. 

GrUce au zfele du D' Birdwood, ainsi que je I'ai annonce 
I'aa passe, Bombay aura bientot aussi son Victoria Museum^ 
ou THindoustan et le D^can seront dignement representes. 
Madras a dijk le sien, et les doubles des musses indiens 
seront donnas k' celui de V India House de Londres. 

Les renseignements sur I'^tat de TinStruction publique 
officielle dans I'ancien royaume d'Aoude me sont fournis 
par le journal hindoustani de Lahore intitule : Sarkdri 
Akhbdr (3). L'Aoude, desormais simple province de Tlnde, 

(1) Ind, Mail, mars 15, 1865. 

(2) Indian Mail, octobro 28^ 1865, 
(3j No du 1" octobre 1864. 



-» H" 




— 292 — 

e^t divise en douze zillas^ ou districts (1) subdivis& en 
talidls « perceptOrats J> et en diJias « villages ». H y a, 
comme dans les autres provinces de I'lnde, un grand col- 
lege dans chaque district^ o{i, entre antres fonctionnaires, 
soht deux professeurs speciaux pour Thindoustani : run 
pour Vurdu^ I'autre pour le hindi. On y enseigne en outre 
le persan, le Sanscrit et Tanglais, les sciences, exactes, Fhis- 
toire et toutes les connaissances utiles. L'instruction y est 
naturellement donnee en hindoustani ; mais cependant elle 
I'est en anglais pour les classes du plus haut degr^. 

C'est encore de Thindoustani que se sert, k Lahore, la 
<L Soci^te pour la diffusion des connaissances utiles i> 
Anjuman ischa^at matdHb^mufida^ que le savant D"" Leitner, 
principal du college de Lahore, a fondle sous le patronage 
du capitaine Fuller, d'accord avec plusieurs natifs in^truits, 
tant musulmans qu'Hindous, entre autres, de Harsukh 
R^e, r^iteur du jBToA-i wwr, qui remplit les fonctions de 
secretaire. 

Cette Society, que les Hindous nomment aussi Siksch 
mhhd c( Reunion d'instruction >, poursuit ses utiles travaux 
et acquiert journellement de Timportance. Elle poss^de una 
bibliothfeque k laquelle est admis le public, et elle a I'intfln- 
tion de fairs des publications sur des questions litteraires 
et sociales; elle compte dejk des branches dans plusieurs 
autres villas dii Penjab. Depuis le 1«' octobre dernier, on 
fait, sous ses auspices, des cours publics en urdu sur des 
sujets instructifs varies. Le D"" Leitner veut m6me (5tablir k 
Lahore une veritable universite hidienne sur les bases les 
plus larges, pour faire revivre le savoir chez les Indiens, 
pour encourager la litteraturo hindoustanie, ou plutot pour 
creer une nouvelle litt^rature dans la langue usuelle. A cet 
effet, il a fourni des fonds pour distribuer des prix a eeux 
qui reussiront dans les examens qu'il veut etablir sur I'hin- 



(II C'est k savoir : Lakhnau (la capitale), Unam, Raa, Bareilly, Darya- 
bad, Faizabad, Partab-Garh, Muhammadi, Silapur, Sultanpup, Gundh, 
Bahraich. 



~ 293 — 

doustani-urdu, le persan, le Sanscrit et Tarabe, k TefFefc 
d'excitcr h la culture de ccs langues. J'ai sous les yeux le 
prospectus d^velopp^ du projet, rddig^ en bindoustani, que 
le savant docteur a bien voulu m'envoyer, et qui a ete 
accepte par les chefs (rals) de Jjahore. Lo lieutenant-gou- 
yemeur M. M* Leod, juste appr^ciateur des litteratures de 
FAsie it lui-mSme orientaliste de grand m^rite, a adress^ 
aux chefs du d^partement de I'lnstruction publique au sujet 
de cette universit<4 orientale une circulaire qui a ^t^ re^ue 
avec enthousiasme (1). 

\2Anjuman de Lahore tient de temps en temps des 
stances dont rendent compte les journaux hindoustanis du 
Sarkdri Akkbdr et du Koh-d nur, Le 21 Janvier a eu lieu la 
stance d'inauguration, stance dans laquelle le D' Leitner 
et le pandii Man Ph^l ont expos^ les vues de la savante 
Compagnie dans I'int^rfet des masses, dont elle desire ame- 
liorer la condition, et de la classe plus ^clair^e, qu'elle veut 
instruire davantage. 

Je viens de recevoir les deux premiers fascicules des 
comptes rendus des actes de la Soci^t^, publics en hin- 
doustani. : 

Dans un essai du babu Nobin Chandr sur la n^cessite 
d'encourager la connaissance du hindi en Penjab, et public 
dans le premier num^ro, le babu s'adresse en cqs termes k 
sebcompatrioteshindous : 

« Le si^cle dans lequel nous vivons est un sifecle de pro- 
grfe ; chaque nation ^clairee s'avance en cirilisation. Est-il 
convenable pour nous de rester en arrifere ? Combien de 
temps encore laisserons-nous notre pays priv^ des bienfaits 
dont jouissent les autres nations ? II n'est pas. trop tard, 
Joignons-nous ensemble, encourageons notre litt^rature 
ii8uelle ; traduisons en hindi les meilleurs ouvrages de la 
langae sanscrite, et foumissons-la en mSme temps des 
ouvrages scientifiques et philosophiques de source enro- 
ll) Times of India, 28 oct. 1865, j ' 



— 294 — 

p^enne. Compatriotes musulmans, que les encouragements 
que vous donnez k Furdu ne vous fassent pas oublier les 
droits du liindi. Nous devons regarder ces deux dialectes 
comme des frferes jumeaux et nous donner pour leur cul- 
ture une assistance mutuelle. :» 

TJne Soci^te analogue s'est ^tablie k Bareilly peur le 
Bohilkhand, et c'est dans le journal hindoustani de Mirat 
intitule Akhhdr ^alam que je trouve une notice sur cette 
association, dont le principal objet est aussi le progrfes et la 
diffusion de la science, en favorisant la publication d'ou- 
vrages d'une utility g^n^rale. EUe desire que des Indiens 
instruits et capables ^crivent ces Uvres, dont elle r^compen- 
sera les auteurs et favorisera I'impression. Elle d&ire que 
ces ouvrages n'aient pas seulement un int^rfet intrinsique ; 
mais son but aussi est de faire connaitre par ces composi- 
tions la heauU de Vhindoustani^ c'est-i-dire I'^loquence, 
r^locution, la bonne diction, la clart^, qui caract^risent 
cette langue, afin qu'on s'etudie k observer I'^Mgance dans 
les entretiens et la distinction dans la conversation (1). La 
Soci^t(5 s'occupera elle-m§me de la traduction en hindous- 
tani (urdu et hindi) d'ouvrages europ^ens, et les auteurs 
de bonnes traductions d'ouvrages approuv^s par la Soci^fc^ 
seront remun^r^s. Si un auteur des provinces nord-ouest 
ou de tout autre endroit ^crit un ouvrage scientifique k sa 
mani&re pour I'instruction et le bien-fetre des Indiens, et 
qu'il le soumette k la Soci^t^, elle Texaminera avec atten- 
tion et le publiera sMl j a lieu. L'administration de la 
Soci^t^ se compose d'un comity, avec president, vice-pr&i- 
dent, secretaire et tr^sorier. Le nombre des membres est 
illimite (2). Le comity se compose en grande partie de nota- 
bilit^s hindoues et musulmanes, de savants de Bareilly et 
des autres parties du Bohilkhand, et de fonctionnaires qui 



(1) Geci est traduit du journal hindoustani AkKbdr-i ^dlam de Mini, 
du 29 septembre 1864. 

(2) La souscription est de 24 roupies.(52 fr.) par an. 



— 295 — 

preiment ini^rdt a Ja difiusion des lumiires. H se r^unira 
one foifl par mois. 

La Sod^t^ a I'intention de publier, par les soins de sea 
secretaires, xm journal littSraire mensuel. Chaque ann^eelle 
tiendra une stance solennelle, dans laquelle on lira an rap- 
port ^crit en hindonstani (urdii) sur les travaux de la So- 

A Badaun, plnsieurs rajas etd'autres notables hindousse 
sent r^unis, il J a. quelqucs mois, afin de prendre en consi* 
deration les meilleurs moyens qu'ily auraitkemployerpour 
faire cesser Tabus des fiStes et processions auxquelles don- 
nent lieu les manages. On a lu, k cette occasion, k haute 
Toix, chapitre par chapitre, Tessai ^crit en hindoustani 
(urdii) sur ce sujet (1) par le babu Ischri-das de Fatbgarh, 
auteur connu par d'autres ouvrages (2), et qui, malgr^ son 
Qom tout hindou de Sri-d4s (serviteur de la ddesse Sri ou 
Lakschmi), est un converti au christianisme. 

Je Yous ai parl^ Tan pass^, messieurs, d'une soci^t^ litt^- 
raire musulmane (3) fondee k Calcutta par Teminent ^cri- 
vain hindoustani Saiyid Ahmad, I'auteur du commentaire 
de la Bible, qui est en ce moment pour les musulmans de 
rinde ce que Ram Mohan B4e fut pour les Hindous il y a 
nne quarantaine d'ann^es. Grr&ce a son zile, kcelui du mau- 
lawi Abdullatif, et au concours de quelques Europ^ens^ 
cette Society a pris de la consistance, elle ne pent manquer 
d'etre avantageuse k la communaut^ musulmane de Tlnde 
qui compte plus de vingt millions d'd.mes sous la domina- 
tion anglaise, et de prendre une part active au grand mou- 
vement qui s*op^re au Bengale et dans toute Tlnde en fa- 
veur de rinstruction des natifs, Elle promet, pour encou- 



(1) Je pense qu'il s'a^tici de I'ouvrage intitule : Imtina* itrdf'i Sehddt$ 
dontj'ai parl6 dans inon discoura de 1864, p. 7. 

,(2) Entre autres par un vovago en Angleterre et en Am^rique, 6crit ed 
hindoustani et inoprirod k Allahabad. 

(3) 11 existe k Constantinople uno soci^t^ orientale litt^raire dont le but 
principal est, comme dans I'lnde, do publicr des traductions des meilleurs 
ouvrages europ^ens, soci^t^ k laquelle le sultan accorde annueilement, 
di^n^ une somme do deux cent cinquante mille francs. 



— 296 — 

rager la litt^rature nationale, d'accorder nn prix de six 
mille roupies (15,000 fr.) aux meilleurs essais terits en 
hindoustani sur les sujets suivants : une Vie d'Anrengzeb, 
nn M^moire snr rhindouisme mnsnlman, un Traits de la 
locomotion, nne Histoire de Timprimerie eide son influence 
snr la civilisation. Le 16 aoiit dernier, le conseil ex^cutifde 
la Socic^.t^ a tenu une seance k Aligarh pour s'occnper des 
moyens k prendre afin de faire constrnire nnb^timent k son 
usage, fournir de livres sa bibliothfeque et acqu^rir des 
instruments de sciences (1). 

Le lieutenant-gouverneur du Bengale a accept^ le pa- 
tronage de cette compagnie, ce qui annonce qu'on lui re- 
connait de I'importance. 

Daus une des demiires stances, le maulawi Ubaid nllah 
a lu une notice sur I'origine et la formation de Tempire re- 
main, et le maulawi Abdurraiif une topographic de Londres, 
sujet traits en hindoustani par plusieurs voyageurs, notam* 
ment par Schamscher (2) et par Karim khan (3). Sir 
Charles Trevelyan ^tait nne des notability europ^nnes qui 
s'int^ressaient le plus k cette Society. En quittant Calcutta 
pour se rendre en Europe, il en a re^u une adresse par la- 
quelle ses membres Iniont exprim^ leursvifs regrets deson 
depart, qui les prive de son active cooperation. 

Combien ne serait-il pas desirable que ce beau pays de 
rinde fiit arrach^ aux t^n&bres du paganisme, car, ainsi 
que I'a dit, il y a ddji cinquante ans, I'ev^que de Calcutta, 
Beginald Heber, auteur d'agr^ables ponies et d'un int^r 
ressant voyage : 

In vain with lavish kindness 
The gifts of God are strewn. 
The heathen in his blindness 
Bows down to wood and stone. 



fi) c Indian Mail, » Janvier 8, 1865. 
|2) Dans le Sckigarf nd,ma-i wildyat. 

(3) Dans son Siydhat-ndma, dont je publie en ce moment la traduction 
dans la « Revue de TOrient, » 1865. « ' 



r 

I - 297 - 

<i II vant cependant mieux 6tre poljihSste qu'ath^ >, 
ainsi qae Ta dit le poete persan Khac&ni (1). 

Esp^rons qae les travaux des missionnaires dans I'lnde 
et dans le monde entier v^rifieront ces paroles du Psal- 
miste (2). 

< Dien r^gnera sur les gentils; il est en possession de son 
saint tr6ne. » 

Qne les Indiens entrent done dans cette barque myst^ 
rieuse qui les conduira au port du salut, dans ce bercail oh 
Yon est en siiret^ ; quails s'attaclient k la eolonne in^bran- 
lable de la verity (3). 

Bien que les conversions des musulmans soient toujours 
raresy elles ne sent pas sans exemple. Ainsi, un musulman de 
bonne Education et de position distingu^e, le maulawi Saf- 
dar Ali de Nagpur, inspecteur des ^les k Jabbalpur, s'est 
converti de lui-m^me, apr^s avoir ^tudi^ consciencieusement 
les faits et s'^tre convaincu de la v^rit^. II a converti k sa 
suite un autre musulman, maitre d'une ^cole qu'il ^tait 
charg^ d'inspecter. On ne compte pas moins de cinq cent 
quinze missionnaires anglicans et autres non catholiques 
(remains) dans les diffdrentes provinces indiennes (4). 
n 7 en a sans doute bien plus pour le catholicisme , 
puisqu'il existe dans Tlnde un million de catholiques 
(romains) (5). 

Les missionnaires ne perdent aucune occasion de ddplojer 
leur zkle. Aux jours des p^lerinages, qui sont en mSme 
temps des foires a: mdla ^ , ils ne manquent pas de dresser 
leurs tentes au milieu de la foule des Indiens, de les ha- 

(1) Ham mnschrik bihtar az mu'aUil. 
N. de KhanikofT, M6m, gur Kha^rU, Journal AsiaUque, 

n* de septembre 1864, p. 156. 

(2) Ps. XLVii, vera. 9. 

(3) HflBC est cymba quft tuti vehlmur. 

Hoc ovile quo tecti condiniur, 
Hsc columna qu& flrmi nitimnr 

Veritatis. 
Prose de la D^dicace, de la liturgie pariaienne. 
U) « Church miseionary intelligencer ». 

(5) C'eat ce que nousapprend le R6v, G. Treverdans son inUressant ei 
innructif ouvrage, intituld : « India, its nations and missions »• 




— 298 — 

rangder et de lear distribuer des traits (1). C'est ce Ijn'ils 
ont fait, par exemple, dans lo dernier m4la d' Allahabad, oil 
se trouvaient r^unies, dit-on, au confluent da Gange et de 
la Jamuna, le 28 lanvier, dernier jour de la £^te, soixante- 
dix miUe lirsooni. 

Le 21 d^mbre dernier, Viv^qne de Bombay a donn^la 
confirmation aux Chretiens natifs, consistant en neuf gar- 
dens, dont deux musulmans, un Parsi, un Tamoul, quatre 
Malirattes et nn natif d'Aoude, et dix filles, dont deux ma- 
sulmanes et les autres EUndoues, j compris une brahmine. 
Sa Grd^ce leur adressa la parole en Iiindoustani, et aussi en 
mahratte, qui est la langue particuli^re de la locaiite (2). 

Le 9 avril de cette ann^e, I'^vSque de Calcutta, k Toccasion 
de la confirmation qu'il a donnee, k Amritslr, k plus de 
quarante natifs, a prononc^, avec une grande pr^ision et 
beaucoup de correction, une allocution en hindoustani, la- 
quelle avivement impressionn^ Tauditoire indien, auqiielil 
s'est attach^ k faire comprendre I'importance de I'acte qu'il 
aceomplissait k leur ^gard (3). 

Sa Gr&ce a ordonn^ pen de temps apr^ un jeune bomme 
sachant parfaitement Thindoustani (4), et employ^ jns- 
qu'alors comme cat^chiste. II Ta nomm^ pasteur special 
d'une population de chr^tiens natifs ignorants qui babitent 



(\) DansTint^rfit des J ndiens ignorants des choses chr6iiennes, les pro- 
testants ont ^te oblige de donner quelquefois des commentaires de TEcri- 
ture sainte, contrairement k leurs usages. Ainsi, j'ai dans ma collection 
particuliere un ezemplaire d'une Edition de FEpitre de saint Paul auz H^ 
Dreux, dont chaque verset est expliqu6 avec tons les d^veloppements n&- 
cessai res 

(2) « Indian Mail, « f6y. 8 1865. 

(3) Au sujet de la confirmation, je me permettrai de faire observer qu'il 
s'est introduit en France, depuis le Concordat de Pie VU^ un usage con- 
traire k Tessence mdme de la confirmation, c'est celui de donner ce sacre- 
iLent apr^sla premiere communion et nonapr^sle bapifime. Toutefois, les 
statuts synodaux de I'^vdque de Paris, de I'an 1296, portent en propres 
termes que « le sacrement de la confirmatioa doit dtre re^u apr^s le bap- 
t^me. » En eCTet, ce sacrement est placd dans cet ordre dans le cat^chisme, 
c'est k savoir : le baptSme, la confirmation, reucharistie, la penitence, 
Textr^me-onction, Tordre et le manage. 

(4] J'ai souvent dit que Thindoustani 6tait ausi usitS en Bengale que le 
bengal!; ce r6cit, que j'emprunte au Colonial Churn Chrondde, du !•' jain 
de cette ann^e, en offre une nouvell6 preuve. 



— 299 — 

Id quartier nord de Oalcutta, et qui se compode d'eurasiens 
anglais et portagais. 

Mais quittons la vie pour nous occuper de )a mort; car 
rinde a perdu oette ann^e plusieurs personnaofes dont je 
dois rapiSer la m^moire. 

J'ai d'abord k mentionner le D*" Falconer, que j'ai connu 
a son retour de I'lnde, il y a environ dix ans, et avec qui 
j'ai pu m'entretenir en hindoustani, qu'il parlait avec une 
grande facility. Je le vis en compagnie de M. P. de Gra- 
vardie, venu sur le memo navire, et qui, lui aussi, parle 
couramment Thindoustani, bien qu'il n'ait pu le cultiver 
qu'k Pondicb^ry. 

Hugh Falconer, vice-pr&ident de la Soci^t^ royale, long- 
temps surintendant du jardin de botanique de Calcutta, n^ 
dans le nord de TEcosse, est dc^ced^ k Londres le 31 Jan- 
vier dernier, &g6 seulement de cinquante-cinq ans. II ^tait 
peu connu du public, mais il s'^tait acquis une grande re- 
putation dans les soci^t^s scientifiques de Londres. II ^tait 
alie dans Plnde d^s 1830 et j avait pass^ les vingt ann^es 
les plus actives de sa vie. II ^tait tris-savant en botanique 
et g^n^ralement en histoire naturelle ; mais il s'dtait surtout 
occup^ de pal^ontologie. Sa m^moire etait prodigieuse, et il 
avait k son service un tel capital de connaissances, que [les 
savants de Londres consid^rent sa perte comme celle d'un 
grand tr^sor de renseignements. Ce fiit lui qui introduisit 
dans rinde la culture du th^ et celle du quinquina.*Il a fait 
de grandes d^uvertes dans les fossiles de Tlnde, et on 
voit dans le British Museum le r^sultat des ses recherches 
arrange par Iui-m6me, et offrant une magnifique suite de 
specimens, telle qu'elle n'existe nulle autre part (1). 

Son vieil ami le capitaine Antony Troyer d'Aufkirken 
Ta suivi de pr&s, mais k un kge bien different, car il n'avait 
pas moins de quatre-vingt-treize ans. Cet excellent homme, 
qui k la connaissance profonde du Sanscrit (dt du persan 

(1) Timetf da 2 f6yrier 1865. 



— 300 — 

joignait oelle de Phindonstani, avait ^t^ aide de camp du 
gouvernenr g^n^ral lord William Bentinck. II est mort a 
Paris (1) oil il sMtaitretir^ depuis longtemps, le 2 juin der- 
nier ; et on pent dire de lui : 

Oh what a glory doth this world put on. 
To him who, with a fervent heart, goes forth 
Under his bright and glorious sky, and looks 
On duties well performed and days, wel spent (2)! 

C'est par Tobligeance de ce bienveillant ami que j'ai pu 
posseder plusieurs manuscrits hindoustanis qu'il fit copier 
pour moi pendant son s^jour dans I'lnde. On lui doit la 
traduction du Dabistdn^ commenc^e par D. Shea (3), celle 
du Rdjdtarangini , on « Histoire du Kachemyre (4) », et 
plusieurs autres travaux publics dans le Journal Asiatique 
et ailleurs. 

• Edward Place Stevenson est d^c^de a Bombay le 21 juin 
dernier, fi-ge de quarante-cinq ans. II avait ^te I'^diteur du 
Deccan Herald^ puis professeur en chef au Central School de 
V Elphinstone Institution^ et enfin il venait d'etre nomme 
principal du college d'Ahmadabad lorsque la mort est ve- 
nue I'enlever & la science et k ses amis. 

Le 31 aoM, la mort a moissonne un autre orientaliste 
distingu^ de la pr^sidence de Bombay, c'est k savoir I'ho- 
norable Alexander Kinloch Forbes, appel^ Justice Forbes, 
c'est-k-dire « le magistrat Forbes, » mort a Poonah. II 
^tait un des vice-presidents de la branche de Bombay de 
la Society royale asiatique et vice-chancelier de I'universit^ 
de cette ville. II ne s'etait occupy qu'accessoirement d'hin- 
doustani, mais il ^tait surtout connu par son zMe pour la 
litt^rature particulifere au Gruzarate, pour laquelle il avait 
fond^ une society sp^ciale dont il ^tait president, et par 

fl) Ou plutdt h Royaumont^ lieu c^l&bre par Tabbaye qui y existait avant 
la Revolution. 

(2) Longfellow. 

(3) Paris, 1843, 3 vol. in-8*, impr, aux frais de VOrieiaal translfUion 
committee of Great Britain and Ireland, 

(4) Paris, 1851 et 1852,3 vol. gr. in-8% . , : 



— 301 — 

8es travaux sar Fhistoire et les antiquity de oette oontr^e 
d'apr&s les traditions et les chants des bardes (1), comme 
Pavait fait avant lui pour le Bajpntana le colonel Tod. 
LMminent president honoraire . de la Soci^t^ asiatiqiie, le 
B^y. D" Wilson, s'est etendu ^loqnemment dans la stance 

. du 14 septembre dernier sur les m^rites divers de M. Forbes 
et sur sa carri^re si bien remplie* II a fait observer que le 
nom de Forbes est particuli^rement cher k Tlnde, et sans 

, dter Sir Charles Forbes et Duncan Forbes, il a mentionn^ ' 
James Forbes, I'auteur des charmants ^ Oriental memoirs, ]> 
^and-pire du spirituel comte de Montalembert. Enfin, il 
Tientde mourir, le ITnovembre, aux environs de Londres, 
k Tdge de soixante-quatre ans, le major David Lister 
Richardson. II avait 6iA principal du college hindou de 
Calcutta (Hindoo Metropolitan College) ^ et ^diteur du Ben- 

: galHurkaru. En 1857, il avait quitt^ I'Inde et ^tait devenja 
^diteur du Court Circular^ et ensuite de VAllen^s Indian 
Maily journal auquel j'emprunte souvent d'utiles renseigne- 
ments sur I'Inde. II avait travaill^ avec I'illustre lord Ma- 
caulay k favoriser et k encourager I'Mucation chez les 
Indiens, et il ^tait d'ailleurs fort distingu^ comme littera- 
teur et comme poete. 

Je terminerai ces notices n^crologiques par quelques 
details que je trouve assez curieux pour Stre reproduits ici, 
sur la mort d'un Hindou tr^s-distingu^, r^cemment d^c^d^ ; 

^ je veux parler de Jagganath Sunkersett, k qui il y a dix- 
huit mois les habitants de Bombay avaient vote une statue. 
II etait president de V Agri-horticultural Society^ un des 

. fondateurs de VElpIdnstone College, un des plus grands 

. promoteurs de I'^ducation parmi les natifs de Touest de 
rinde. Lorsqu'il se sentit prfes de sa fin, il voulut qu'on liit 
en sa presence le Bhagavat guita ; il se fit descendre au 
plain-pied de sa raaison et coucher par terre. Li, des brah- 



(1) Entre autres pap le Rds Mdla or Hindoo Annals of tte Province of 
•Gujerat. 2 vol. avec planches. 



— 802 — 

manes Ini pr^sent^rent c^r^moniensement des yaches, on 
Ini lut le Gajendra Mohcha, « le Salut par T^l^phant 
d'lndra^ > o^l^bre passage du Bhagavat Purana; on Ini 
r^cita les mille noms de Wischnu. Lorsque le moment de 
sa mort fnt Brnvij on r^pandit sur son corps, de Tean dn 
Grange apport^ des endroits les pins sacr^s de la riviere. 
Pen de temps apr&s sa mort, le convoi fnn^bre se mit en 
marche condnit par le fils du d^fnnt, nu-tSte et nu*pieds, 
portant le feu destind k embraser le biicher de la cremation. 
II ^tait suivi d'environ cinq cents membres de la sous-caste 
des sonars (joailliers) k laquelle appartenait Jagganath, des 
brahmanes charges du seryice religieux et de quelqnes 
banyans. Sur la route on distribua cinq cents roupies 
(1,250 fir.) aux pauvres en petite monnaie d'argent. Lors- 
qu'on fut arriv^ an biicher, pour lequel on avait employ^ 
du bois de sandal, du tidci (ocimum sanctum) et du bilijoa 
(cratsBva religiosa) consacr^ k Siva, on y mit le feu. Quand 
il n^y eut plus que de la cendre embras^e, on T^teignit 
avec du lait, et chacun alia faire k sa maison les ablutions 
obligees. 

Si rinde est bien ^loign^e de I'Europe par les usages 
dont vous venez d'entendre un Episode, elle en est actuelle- 
ment rapprocb^e par les bateaux k vapeur et par le t^le- 
graphe. Les voyages d'interfet commercial et d'agrement 
des Europ^ns dans Tlnde deviennent plus frequents, et 
ceux des Indiens en Europe moins rares. Cette ann^e^ 
rinde a re^u la visite du due de Brabant et du prince 
Fr^^ric de Holstein, qui, k la connaissance du Sanscrit, 
joint celle de I'hindoustani, dont il s'^tait ddja occup^ k 
Paris et k Londres. Paris de son c6t6 a ^t^ visits par S. A. B. 
le nabab Icb^ uddaula Bah&dur, prince d'Aoude (1), avec 

(1) Ge prince esi filsde Schams uddaula, fr^re de Gazi uddin Haidar, 
I'auteur du dictionnaire persan intitule Haft-culzum, et de Muhammad 
All Schab, roi d'Aoude^ lesquels 6taient fils de Saadat All Ktiaa, pi'emier 
roi d'Aoude. On donne k Icbal uddaula le litre de wali uVakad, « b^ritier 
du trdne (supprime) » d'Aoude ; titre que d'autres personnel donnent, i ce 
qu'il parait, ^Hamid Ali, filsde Wegid AH, leroi a^trdn6. 

Icbal uddaula a pubiid dans sa jeunesse, k Calcutta, en 1834^ un ou- 



— 808 — 

qni il m'a ^t^ donn^ de converser en hindoustani, accom- 
pagn^ de M. Ed. H. Palmer, dont j 'admire la grande faci- 
lity et I'admirable aisance avec laquelle il s'exprime dans 
U langue nationale de Tlnde moderne ; oui, nationaley car 
les Indiens ferment encore une nation, ainsi que le faisait 
observer derniirement le journal hindoustani-anglais de 
Calcutta intitule Urdu Guide j et T^ucation que le gouver- 
nement anglais leur distribue gen^reusement au moyen de 
rhindoustani servira k les unir davantage, la civilisation 
europ^enne tendant k adoucir leurs dissidences religieuses. 
L'Angleterre, comme nous venous de le voir, s'efforce de 
faire avancer les Indiens dans la voie du progrfes ; elle veut 
par Ik non-seulement se les concilier, mais se les attacher, 
suivant en cela le conseil d'un de ses poetes favoris 
(Byron) : 

Safer to reconcile a foe, than make 
A conquest of him, for this conquest's sake; 
This tames the power of doing present ill. 
But that disarms him of the very will. 



vrage en persan et en anglais, intitul(§ d'apr^s son nom Icbdl-i Farang 
« La prosp^rite des £urop6ens », lequel est orn6 de son portrait. 

Nous avons eu aussi la visile du Parsi Manockjee Cursetjee, qui est 
vena k Paris pour la troisidme fois^ en route pour la Russie d'oil il doit 
retoumer dans Tlnde. 



— 304 



SEIZIEME DISGOURS 



M d^cembre 1866. 

Messieurs, 

Le nombre des journaux hindoustanis s'est encore accru 
cette annee : j'en ai vingt-six nouveaux k vous signaler, et 
ils se distinguent toujours non-senlement par un style en 
general fleuri, mais par les m^taphores dont ils abondent : 
les Orientaux s'expriment rarement avec simplicity, comme 
le prouvent ces quelques lignes tiroes dn Koh-i nHv de 
Lahore (1) : • 

« A Calcutta, le 27 d^cembre, a eu lieu & Tuniversit^ la 
stance d'examen pour lequel il y avait treize cents candi- 
dats. On doit se f(^liciter d'un tel progrfes dans la science en 
Hindoi^stan : il est par Ik certain qu'en peu de temps on 
verra notre pays devenir un jardin toujours printanier, cou- 
vert des fleurs de la science et de la philosophie. 3> 

Pour commencer par les provinces du nord-ouest, oi il 
y avait i la fin de 1865 dix-buit difi5^rents journaux 
hindoustanis, parmi lesquels YAkl\bdT-i ^dlam (2), celui 



(1) N* du 2 Janvier 1866. 

(2) Mirza WajahatAIi Khin, Thabile ^diteur et le proprietaire de 
YAkhbdr-i'dlam qui parait tous les jeudis par cahiers de 16 pages sur 
deux colonnes, suivies assez souvent d'un supplement appel6 sp6ciale- 
ment Mirat Gazette), veut bien m'envoyer ce journal, un des plus mt6- 
ressants de TJnde, et j'y trouve k glaner des nouvelles litt^raires et 
quelques indications d'ouvrages nouveaux. J'y trouve aussi de temps i 
autre des pieces de vers hindoustanis et d'int^ressants artinles de fends, 
tels que dans les derniers num6ros, ceux sur Tutilite des voyages, sur ce 
que nous nommons en France « I'assistance publique », et sup 1 excellence 
de la m^decine^ au sujet de laquelle Mahomet a dit dans un hadis : « il 



— 305 — 

qui a le plus d'abonn^s, est tir^ k cinq mille trois cent 
soixante-dix exemplaires, noas trouvons de plus cette 
aon^e : 

V Le If^ajm rdaJchbdr « I'Astre des nouvelles d, journal 
de Mirat, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Sorate 
qui porte le mSme titre. 

2° Ijq KanpH^r (^Cawnpour) Gazette^ ^oxirnsl urdu public 
par le munschi Nawal Kischor, qui est en mSme temps di- 
recteur de la typographie de Lakhnau o{i est imprim^ 
VAwadh akhbdvy dont il est aussi ^teur. 

Qaant k Tautre journal de Cawnpour dont je vous ai 
parle Tan pass^, j'en ai re9u un num^ro,gr4ce k robligeance 
du savant M. J. Platts, et je suis siir maintenant de la 
vraie orthographe du titre, qu'on doit lire : Schu^la-^ THr 
et traduire a la flamme du mont Sinai ]>. Je sais aussi 
aujourd'hui que ce journal, qui parait depuis longtemps le 
mardi de chaque semaine par cahiers de seize pages sur 
deux colonnes, est urdu et non hindi, qu'il est ^dit^ par 
Jamna Pra^M et r^g^ par le schaikh' Abdullah, Tancien 
editeur du Simla Akhbdr, 

3** Le MajmoU ulhahram <i le Confluent des deux mers » 
de Ludiana,r4dig^ par Muhammad N&cir Khd^n et Muham** 
mad Sch&h. 

4® L^Ab-i hat/dt-i Hind a: I'Eau de la vie de I'lnde », 
journal urdu d'Agra, ^dit^ par le pandit Bansidhar, profes- 
seur k I'^cole normale de cette ville, k qui on doit pr^s de 
cinquante diflKrents ouvrages ou opuscules. 

Le m6me journal est reproduit en hindi sur la seconde 
colonne de chaque page, sous le titre analogue de Bharat 
Khand amrit € I'Ambroisie de I'Inde 3> (1). II est Torgane 
de Tassociation pour la r^forme religieuse et sociale dont 

n'y a (proprement) que deux sciences : celle des corps (la m^decine) et 
celle des religions (la thSologie). » '/im; 'iimdn; Him ulabddn o ilm 

uladydn, 

(I) J 'en ai papl6 incompl6tement dans mon Discours de 1864, p. 246. 
Ge journal parait rnensuellement par numSros de 16 pages k rimprimerle 
appel6e NUr ul 'ilm u la Lumi^re de la science •• 

20 



'— 306 — 

Bansidhar est president et qu'on appelle Anjumfin4 hace 
a: la Soci^t^ de la v^rite ». 

5° Le Kdr~7idma~i Hind « Annales de I'lnde j>. Ce jour- 
nal, r^dig^ par le khfija Muhammad H^ehim, parait depuis 
septembre dernier a Sohnah, district de Gurganw; il est 
fort lon^ par Waj&hat Ali (1) pour I'^legance de sa r(Sdac- 
tion et la variete qui y rfegne. WajS-hat regrette seulement 
qu'on y ait donn^ le titre d'un journal de Lakhnau. 

A propos de cette vilie, je dois vous dire, messieurs, que 
le succ^s de VAwadh akhbdr^ qui compte sept annexes d'exis- 
tence, a determine I'^diteur k en agraudir le format et a 
augmenter le nombre des pages de cliaque num^ro. Ce jour- 
nal, qui parait tons les mercredis, n'avait d'abord que qua- 
tre pages petit in-quarto, puis seize; il en a actuellement 
quarante-huit grand in-quarto, et il est ainsi devenu le plus 
voluminenx de I'lnde. On peutjuger par Ik du progr&j que 
fait parmi les Indiens le gottt des journaux, qui deviennent 
de jour en jour de premifere n^cessit^. 

Dans le numero du 12 decembre dernier, que j'ai eu Too- 
casion de lire^ j'ai trouve un gazal de B^^sabr (Sans pa- 
tience), poete de Saharanpur, et une lettre sur le Bhutan, 
par Ka'na, autre poete contemporain. Ce numero se termine 
par un (5pithalame d'un jeune poete nomm^ Aisch (Vie). 
Dans les provinces du Penjab nous avons : 
6® Le Panjabiy journal urdu de Lahore, redige par le 
munschi Mahammad'Azim, qui en est proprietaire. 

7°Le Guydn pardami patmhd<iYem\[Q distributriee dela 
science », journal scientifique mensuel de Lahore, public 
par les soins du pandit Mukimd R^m de Kachemyre, sur 
deux uolonnes, une en hindi (caract^res devanagaris), et 
I'autre en urd^ (caractferes- persans). Ce journal donne 
d'int^ressants articles scientitiques sou vent accompagnes de 
figures, et des articles historiques, g^ographiques et litt^* 
raires (2). 

(1) Akhbdr-i 'dlam, n" du 11 octobre 1866. 

(2} Voyez plus loin le n" 19 de cette liste. p. 311. 



— 307 — 

8** n parait, il y a d^ji longtemps, a Lahore un journal 
hindoustani dont je n'ai connn que cette ann^ Fexistence/ 
avantage que m'a procure la bonne amiti^ de r^minent D' 
Leitner^ qui m'en a envoy^ quelques num^ros par I'entre- 
mise de son jeune ami, M. Lepel GrifSn, vioe-pr^sident do 
I'Acad^mie {Anjunum) de Lahore et auteur d'une a Histoiro 
des prihcipaux chefs du Penjab (1) :^;je venxparlerdu 
Bahr-i hikmat d I'Oc^an de la sagesse d, journal mensuel de 
m^decine musulmane, bien que r^ig^ par le munschi bin- 
don Gauri Sankar. 

9^ Depuis le mois de d^cembre 1865, il parati k Sialkot 
un nouveau journal hindoustani qui porte le titre de Khalr 
khdh'i Partjdb « I'Ami du Penjab 3>. Ce journal, annone^ 
dans le Koh^i nUr de Lahore et dans VAkhhdr-^'^dlam do. 
Mirat, est ^dit^ par le munschi Diw&n Chand, qui, avant 
I'insurrection de 1857, avait public trois autres journaux : 
le ChdschnwA faiz <L la Source de I'abondance »,le Khur^ 
sehed^dlam € le Soleil du mondei>, et VAkhbdr^ Fanjdb 
« les Nouvelles du^Penjab ». Oe noureau journal parait 
bi-mensuellement, et le joumaliste qui I'annonce assure 
qu'il est r^ellenient a: la source de Pabondance :^, 
par allusion au titre de I'ancien journal du m6me 
^diteur. 

Le Koh'i ndr et le Sarkdrt ahhbdr de Lahore continuent 
k paraitre avec succfes et conservent dans la presse indienne 
la place distingu^e qu'ils y ont acquise. Dans le KohA nt2r , 
un des journaux les plus importants de I'lnde sous le rap- 
port litt^raire, on trouve souvent des annonces diJvelopp^es 
des ouvrages nouvellement imprimis, non-seulement en 
hindoustani {urM et hindi)^ mais en arabe, en persan et en 
Sanscrit (2), le compte rendu des stances et des actes de la 
Soci^te de Lahore pour la diffusion des connaissances, des 
articles sur I'^dtication des femmes, des pieces de po^sie qui 

> 

(1) History of the principal chiefs and native gentry of the Penjib. 

(2) Dans lo num6fo da 6 mars 1866 se trouvent annonces cent soixante- 
sept ouvrages. 



. — 308 — 

nous r^y&lent le nom de jennes poetes qui d^bntent dans la 
carrifere litt^raire. 

Dansles derniersnum^ros du Sarhdri akhbdr^je distingue 
les articles de fonds sur la r^forme k faire de la trop cursive 
^criture persane non^m^ schikasta^ c'est-i-dire « bris^ », 
et g^n^ralement sur le soin qu'on doit avoir d'^rii'e lisible- 
ment, cbose que les Indiens negligent tout k fait, sor 
I'emploi du gaz au lieu de Thuile, sur le coton indien, snr 
Lahore et ses environs, sur I'hygiine indienne, sur le com- 
merce du Penjab, sur I'avantage de la connaissance de Tas- 
tronomie, etc. 

10® Le Nalyir-i Rdjaatdn « le Soleil du Rajastan ou Baj- 
putan& i>, province plus connue sous le nom d'Ajmir. Ce 
journal, imprim^ k Jaipour et dont je dois la connaissance 
de quelques num^ros k mon jeune ami M. E. H. Palmer, 
parait hebdomadairement. II a pour ^pigraphe deux vers 
hindoustanis dont voici le sens : 

a: Comment ne contemplerait-on pas volontiers ce monde 
d'illusion, puisqu'on y trouve la preuve et I'indice de Texis- 
tence de Dieu? 

» Or, cette feuille qui oflfre le tableau de la situation du 
temps actuel, donne les moyens d'admirer de Toeil de la 
meditation la bont^ du Cr^ateur. i> 

IP A Madras, nous trouvons d'abord un nouveau journal 
intitule : Akhbdr^ Kurtdn (1) « Nouvelles des deux globes 
(celeste et terrestre) 5>, qui parait trois fois par mois, par 
cabiers petit in-folio, depuis octobre 1865. 

Toutefois, ce journal a dAexister auparavant, car surle 
frontispice illustr^ on d^couvre le chiflBre de rann^e 1278 
(1860J. 

Voici la traduction d'un petit poSme de louange (gazal 
madhiya)^ c'est-k-dire a: d'annonce 3>, d'un goftt tout orien- 
• tal, qu'on lit en t6t« du premier num^ro : 



(1) Duel un peu dSfi^rd du mot arabe kurat, et employ^ abusivement 
au nominatif au lieu du g^nitif kuratain. 



— 309 — 

IjAMbdr Kurtdn est un oc^an dislocation; VAklibdr 
Kurtdn est une source d'Sloquence. 

i> Ses saillies spiritaelles vont actuelli^ment planer au ciel : 
VAkhbdr Kurtdn est comme I'Stoile du firmament. 

3) On s'entretient de son exactitude : oui, VAkhbdr Kur- 
tan est un fort bon journal. 

3) Les scenes du monde y sont mises en lumi^re : VAkhbdr 
Kurtdn est pour les yeux I'astre de Tinstruction. 

D Le bouton s'epanouit en vojant dSploySe la feuille de 
VAhhbdr Kurtdn^ vrai bouquet du jardin du beau langage. 

» Son style est, en eflfet, trte-pur ; VAkhbdr Kurddn est 
unique pour la clartS d'expression. 

D H donne k tout le monde les vraies nouvelles : VAkhbdr 
Kurtdn est le vSridique du temps. 

3) On y trouve dScrit tout ce qui, dans le monde, attire 
Tattention, et VAhhbdr Kurtdn lui-mSme attire a juste titre 
I'attention. 

» Aussi, tons ceux qui ont pu voir ce journal disent-ils 
toujours : Bravo, bienvenu soit VAkhbdr Kurtdn! 

» Sa renommSe est telle, en ce temps-ci, que VAkhbdr 
Kurtdn sera le journal le plus cSlfebre du monde. 

» En un mot, pour ceux qui ont le coeur mort, VAkhbdr 
Kurtdn sera vraiment S. S. Jo Christ (qui ressuscitait les 
morts). » 

12^* Nous trouvons ensuite, i Madras : le Schams ulakh" 
bar « le SoleiLdes nouvelles », qui parait, tons les dix 
jours, en cahiers petit in-folio de douze pages sur deux co- 
lonnes, de 21 lignes k la page. 

13** Puis, le ' Umdat ulakhbdr « le Pilier des nouvelles i>. 
Ce journal, qui porte le m6me titre qu^me autre gazette de 
Bareilly, existe k Madras depuis assez longtemps. II parait 
trois fois par mois, et il est occasionnellement omi^ de des- 
sins. 

14° Le Mazhar ulakhbdr <r la Manifestation des nou- 
velles }i>, est un autre journal de Madras que 'Ibrat, Scri- 
vain connu surtout par ses poesies, y publie depuis assez 



^ 



— 310 — 

. loBgtempB tons les dix jours, par cahiers de douze pages 
sonvent accompagnes d^^xinzamima on supplement. 
' En vous parlant, messieurs, Tan passe, du journal urdii 
de Madras* intitule : xSt^JA sddic a: la Vraie auroro », j'aurais 
.d(i ajouter que ce journal (1) parait aussi tons les dix jours 
par cahiers de douze pages et quelquefois avec un supple- 
.ment qui est en m^me temps une sorte de feuilleton litt^- 
raire ; qu'il est lithographic avec un certain luxe, que le 
titre est entourC de jolies vignettes rouges, ou sout enca- 
,dr& les hemistiches de huit vers qui servent d'Cpigraphe 
ou plut&t de programme k ce journal, et dont voioi la tra- 
duction : 

c( Tout s'arrange par rCloquence ; aussi est-elle univer- 
sellement appreciee. 

5> Ceux qui en comprennent bien le merite sont dispos& 
k la payer de monceaux d'or. 

D L'obscuritC n'y a pas de trace ; elle est pour le monde 
. la vraie aurore, 

» Dans I'assemblCe oil des mati&res sont en discussion, 
on constate I'avantage de I'Cloquence. 

D Les feuilles recouvertes de lignes Cloquentes sont tout 

• a fait comparables aux diamants; chacune de ces lignes est 
eomme un chapelet de perles. 

D Telle est la feuille dont il s'agit d'acquCrir TutilitC, 
<3ette feuille qui, louange a Dieu, donne les bonnes nou- 
velles. 

5> On esp^re de Dieu qu'elle reussira toujours et sera 
semblable an soleil qui Cclaire le monde entier. 

3) On esp^re que tant que Tastre du jour se montrera sur 
Fhorizon, elle brillera sur la surface de la terre. 3> 

15° Outre le Riydz ulakhbdr, de Bombay, il y a celui de 

• Madras, dont le titre complet est rimC de cette {siqoiiiEif/ds 
ulakhJbdr Madras^ maimanat afds <i le Jardin des nouvelles 
de Madras, dont le fondement est le bonheur >. Ce journal 

, (1) J'en ai sous les yeux quelrjucs num^ros de la fln de 1865 que m'a 
envoy^s M. E. Sice, sous-commisspipe de marine k Pondich6ry. 




^- 811 — 

est hebdomadaire, de seize pages petit in-folio siir denx co- 
lonnes de dix-huit ligDes k la page, et redig^ par le Saiy'd 
Hu^ain. 

16® A Bombay, outre les journanx que j'ai signalers an- 
terienrement, je dois mentionner cette fois le Bare khdtif 
« TEclair saisissaut d, journal urdd rddig^ par le muoschi 
Muzaffar Hu^ain. 

17° II y a aussi un autre nouveau journal, k Bombay, 
intituli^ Satya dipakd « le Flambeau dela v^rite d; maisje 
ne suis pas tout k fait stir qu'il soit en hicdi. 

Je trouve de plus, mentionn^s ou cit^s dans VAkhhdr'i 
^dlam de Mirat ou ailleurs, les journaux dont voici les titres 
mais dont je n'ai jamais eu entre les mains aucun nurc^ro, 
c'est k savoir : 

18® Le Muhcin ulakhbdr « le Gratificateur des nou- 
velles. ]D 

19® Le Kdrndma « les Annales 3) de Lakhnau. 

20® Le Som Prakdsch <l la lumifere de la lune. i> 

21® Le Cdcim ulakhbdr € le Distributeur des nouvelles » 
de Bangalore (1). 

22® Le MajrrCa ulhahram « le Confluent des deux mers » 
de Haiderabad (2). 

23® JjAkbbdr^i anjuman Hind Lakhnau (t Journal de 
TAcad^mie indienne de Lakhnau. 

24® Akhbdr-^ Suluiil^ Panjah « Nouvelles canopiques du 
Penjab ». 

25** A la suite de ces journaux, je puis mentionner le 
Ganj'i Schmgdn d Tr^sor des desireux », recueil m rnsuel 
des ordonnances du ffouvemement en urd6, avec I'ancrlais 

(1) VAkhhdri' dlam de Mirat cmprunte souvent des articles k ce 
journal. 

(2) Comme je n'ai pas vu de numero de ce journal, qui porte le m6me 
titre qu'un journal urdu de Ludiana dont j*ai parl^ plus haut, jMgnore 
8*il est en urdA ou en persan; mais je suis port^ k croire qu'il est dans 
cette derni^re langue. 11 est vrai que le persan est si peu usit^ aujour- 
d'hui dans I'lude comme langue usuelle, que sur vingt-cinq journaux 
indigenes que revolt rAssociation de Lahore pour la diffusion des con- 
naissances. un seulement est en persan, et les vingt-quatre autres en 
hindoustani. 



L 



'7:t 



- '^'^ 



— 312 — 



en regard, public k Lahore par le pandit Sur&j Bh&n, 
anteur d'une grammaire anglaise et de nombrenses traduc- 
tions hindonstanies. 

26** Et le Rigdla anjuman ischd^at matdlib « Actes et m^- 
moires de i'association du Penjab pour la diffusion des 
connaissances ]», qui parait k Lahore, par cahiers, trimes- 
triellement (1). 

Je ne vous parlerai, messieurs, que pour memoire du 
Southern Cross <c la Croix du midi D, journal de I'Eglise 
indienne (anglicane) public a Allahabad depuis juin der- 
nier, car ce journal est ecrit en anglais, et Je ne vous signals 
que les joumaux hindoustanis. La redaction de ce journal 
est europ^nne : on j trouve, cela va sans dire, des rensei- 
gnements int^ressants pour la religion (2), mais aussi pour 
la philologie. 

Mon honorable ami M. le major Fuller m'a envoy^ les 
derniers num^ros du Penjab edv^cational Magazine ]x\s,(\yjL2iM 
douzi^me, qui sera malheureusement peut-fetre, le dernier, 
aucun nouveau num^ro n'ayant paru en 1866, les occupa- 
tions du W Leitner, qui dirigeait ce journal, ne lui per- 
mettant plus, a ce qu'il parait, de s'en occuper. Dans un 
de ces derniers numeros, on lit un article sur reducation 
dans rinde, oh il est remarqu^ qu'on y donne trop de 
developpement k T^tude de 1' anglais, cette connaissance 
n'^tant utile qu'aux employes du gouvemement et pou- 
vant ^tre d^favorable pour les autres situations de la vie 
indienne. 

Le num^ro 7 contient, entre autres, un gazal de Bind 
de Dehli, c^l&bre poete l^ndoustani contemporain, dent 
les poesies, recueillies en deux diw&ns, portent le titre de 



(1) J 'en ai re^utrois cahiers grand in-8*, lithographies k Lahore. 

(2) On y trouve entre autres la mention reproduite dans le « Colonial 
Church Chronicle » du 1«' octohre dernier, d'une conference de mis- 
sionnaires tenue k Calcutta, dans laquelle^ d*apr6s les vues exprim^es par 
le R^v. J. Long et appuy^es par la majority des meinhres de la reunion, 
il a et6 decide d*exprimer k 1 antorite episcopale le d^sir d*additions spe- 
dales pour Tlnde au Common Prayer et de I'introduction pour le service 
divin d'hymnes et d'boni^lies indigenes. 



— 313 — 

Gruldastai'^isclic <i Bouquet d'amour >. Comme ce gazal est 
fort court, je me permets de vous en douner la traduction : 

<c Pourrai-je jamais me detacher de Famour des belles 
aux joues de rose, de ces belles qui ont marqu^ mon coeur 
de tant de blessures ? 

i> De ces belles dont ni mon cceur ni mon cerveau ne 
peuvent supporter les capricieuses gentillesses ? 

2> L'empreinte de I'amour s'eiFacera-t-elle jamais de 
mon coeur ? Ma blessure est gu^rie, mais l'empreinte reste. 

:» Quiconque a pu te voir une seule fois, 6 mon amie, 
suivra pendant toute sa vie la trace de tes pas. 

» Que d'autres se souviennent aveo plaisir du gazouil- 
lement du rossignol : mais pour moi, je me complais depuis 
longtemps au croassement du corbeau. 2> 

Si maintenant, messieurs, nous arrivons aux ouvrages 
nouveaux qui, depuis ma derniire allocution, ont enrichi 
la double litt^rature 'hindoustanie, nous en trouvons un 
grand nombre; car dans les provinces nord-ouest seu- 
lementil a paru en 1865, en dehors des publications faites 
par ordre du directeur de Tinstruction publique, trois cent 
quarante-neuf ourrages, formant en tout deux cent soixante 
liuit mille cinq cents exemplaires. Malheureusement, il est 
vrai que trfes-peu de ces ouvrages sent originaux, la plu- 
part sont des traductions (1) ou des r^impressions. Sur ce 
nombre il y a soixante-dix-huit ouvrages religieux hin- 
dous et treute-six musulmans. Je me bornerai d'apr^s mon 
usage k vous signaler seulement les principales de ces pu- 
blications, en commen^ant par le bindi, qui en ofFre un 
moindre nombre, circonstance dont les considerations sub- 
s^qtientes vous feront comprendre la raison. 

Nous avons done en ce dialecte une grammaire sanscrite 
litbograpbi^e k Lahore cette ann^e m^me (2), plus simple 



(1) Par exempic, le « Journal des D^bats • du i«»juin dernier annonce, 
d'apr^s le Cosmopolitan de Londres, qu*on vient de publier k Bombay le 
tome !•' d'une traduction de Shakespeare en hindoustani. 

(2) Sanscrit Bydkaran, par Nobtn Chand ; petit in*folio de 148 pages. 



— su- 
et plus daire que beaucoup d'autres trait^s de ce genre, et 
que mon honorable ami M. le major Fuller me dit fetre fort 
estim^ en Penjab, 

Puis un ouvrage hindi sur la po^tique, intitule Chitr 
chandrik « les Rayons lunaires de la peinture poetique (1) > 
par le maharaja Balwant Singh, auteur d'un diwan, et qui 
tenait chez lui, k Agra, dies reunions po^tiques. 

h^Anand pius hdra « le Possesseur du nectar de la joie >, 
traduction en hindi et en caractires persans du Tat-anGr 
sandhan a: les Secrets des elements et des atomes i>, abr^ge 
du V^danta Schdstar^ par Sankar Achfi-rya, imprim^ k 
Buland-schahr (2). 

Barat mahdtam « le M^rite des bonnes oeuvres », ouvrage 
(pothi) en vers hindis (S) par Bal Gobind Mehtar. Get on- 
vrage, comme le pr^cMent, bien qu'en hindi, a: a ^te trans- 
crit (dit le redacteur du -ffoA-i nitr) en caractferes persans 
pour I'utilit^ g(5n^rale des Indiens ». C'est simplement,ice 
qu'il parait, un recueil d'histoires edifi antes pour les Hin- 
dous, et dont la lecture on I'audition est m&itoire, Comme 
les livres d'ofi elles sent tiroes sont Merits en Sanscrit et ainsi 
inaccessibles k la g^n^ralit^ des Hindous, I'auteur a era ac- 
complir par ce travail une ceuvre m^ritoire. 

Je trouve aussi annonc^ dans VAJcIibdr-i^dlam^ de 
Mirat, du 23 aoftt dernier, une Edition en caractferes per* 
sans du poeme hindi de Jaici sur Padmawat, la celfebre 
heroine indienne du commencement du quatorzi^me 
sifecle. 

Une (Edition du Bhdgavat guita^ le texte Sanscrit en &ri- 
ture des Schastars, c'est-k-dire en d^vanagari, accompagni 
d'une traduction interlin^aire, de Fanalyse grammaticale, 
du texte et d'un commentaire en langue bhascha (hindi), 
et, encore cette fois,en ecriture [urdue, c'est-a-dire persane, 
par Ummed Singh, pr^cepteur du maharaja Holkar. La 



vl) N« da 6 roars j866 du Koh- nUr dc Lahore. 
(2) Koh'i nilr du 6 f6vrier 1866. 
■(3) Koh'i nxir du 20 mars 1866. 



~ 815 — 

pr^iace et les explications du traductenr, s'il fant en croire 
VAkhhdr^''dlam du 15 arril dernier, penvent r&oudre tontes 
les difficult^ da texte, ce qui sera tr^-utile aux Hindous 
et surtout aux musulmans qui voudraient ^tudier le Sanscrit, 
chose fort rare chez eux. Je pense que c'est la mfime tra- 
duction qui a ^t^ publico dans le journal scientifique de La- 
hore intitule Guydn pardalm patrikdy dont j'ai parl^ il y a 
on instant. 

Le Sakuntala ndtak en hindi, par le kabischwar (prince 
des poetes) Nay&z, imprim^ pour la premiere fois k B^nar^s 
en caractires d^vanagaris. J'ai un manuscrit de cet ou- 
vrage que feu John Bomer m'avait donn^. C'est sur ce 
texte que Kazim Ali Jawan traduisit en nrdii cette Mgende 
sujet d'iin c^lfebre drame Sanscrit de Kalidfts. 

Le Bardhmdcdj par Khaira iSchd.h, ouvrage d'un certaine 
c^l^brit^, a ^t^ nouvellement imprim(5 k Agra : c'est le 
mtoe ouvrage dont feu mon ^l^ve Ch. d'Ochoa avait rap- 
port^ de rinde un manuscrit qui fait aujourd'hui partie des 
manuscrit s de la Biblioth^ue imp^riale. 

Panni les ouvrages hindis publics en 1865, je remarque 
le Vana yatra « Description du pfelerinage de la forfet de 
Braj j>j lithographic k Mathura (1), chose remarquable, 
oar dans cette ville sacrfe, actuellement rCduite k une 
espfece de village, on n'avait encore rien imprimC k ma 
connaissance, et j'ignorais mSme qu'il j ett une presse 
lithographique. 

Mais I'ouvrage hindi- le plus important et le plus volu- 
mineux qui ait iii nouvellement imprime, c'est VYoga 
Vaeischta, public k Bolnbay en 1865 par Hirft Chand, Ccri- 
vain distinguC a qui on doit aussi un « recueil de poesies 
brajbhakha {KavycL Sangraha) qui offre de I'intCr^t, et 
une prosodie hindie intitulCe Pingala darsch « Coup d'oeil 
sur la prosodie i>, ouvrages imprimis aussi k Bombay 
en 1865. 

(1) In-8* de 20 pa^s seulement avec illustrations. 



— 316 — 

L' Yoga Vcunschta est nne traduction hindie en un in- 
folio oblong, illastre, de 526 feuillets, du poeme philoso- 
phique Sanscrit attribn^ k Yalmiki) I'auteur dn R&m&y^a, 
sur 1' Yoga (union k Dien), qui repr^sente tout k fait le to- 
f awi^^w/* ou plutOt le m<iri/a< musulman (1). Get ouvrage 
noms montre R&ma discutant avec Yacischta, Yiswamitra 
et autres sages sur I'eziBtence materielle, sur les bonnes 
oeuvres et la penitence, sur la devotion, Eur les vertus k 
pratiquer et sur la beatitude. B est divis^ en sh principales 
parties, qui portent en titre I'indication des mati^res qui y 
sont trait^es (2). 

Le dialecte urdd nous offre, je Tai deji dit, une moisson 
plus abondante. D'abord vous apprendrez Bans doute avec 
satisfaction, messieurs, que d THistoire ancienne 7> de Bollin, 
un des principaux ^crivains du grand si&cle, aussi distin- 
gu^ par son god^t et sa precision conforme aux connais- 
sauces de I'^poque que par son attachement i la religion 
et k nos vieilles traditions gallicanes, que cette histoirei 
dis-je, ou plut6t une compilation de cette histoire a ^ 
traduite en hindoustani (urd6) et publico k AHgarhen 
trois parties. 

Aprfes cet ouvrage, laissez-moi vous mentionner le Ja- 
wdhir mafizHm « les Perles enfil^es » (1'® partie). Cette 
brochure (3), qui, bien qu'imprim& k Allahabad en 1864, 
ne m'est parvenue qu'aprfes ma demiere allocution, est un 
choix de quinze morC/Caux de poesies anglaises admirable- 
ment traduits en vers urdus, avec I'indication en marge du 
mitre oriental, afin que les Olives des colleges et ecoles 
anglo-vemacular des provinces nord-ouest auxquels Tou- 
vrage est destin^, puissent s'exercer k la scansion. D a sa 
contre-partie anglaise, pour que les Olives se ferment aux 



(1) Sur oette doctrine, voyez mon m^moire intitule : « La Po^sie phi- 
losophique et reiig^ieuse chez les Persans. » 

(2) II parait qu'il y a d autres traductions hindies de cet ouvrage, une 
entre autres • en trente-six sections, mentionn^e dans Maekeniie's ColUe- 
Hon, t. 11, p. 109. 

(3) 1q-8« de 22 pages. 



rj-T"- 



— 317 — 

deux exercices, k savoir : k traduire de3 vers anglais en vers 
hindoustanis et vice versa. 

Plusieurs de oes morceaux anglais ^iaient fort difficiles k 
rendre en hindoustani^ mais le traductenr s^est acqnitt^ de 
sa t&che aussi bien qu'on ponvait I'esp^rer (1). II y a une 
telle dissemblance entre les poesies anglaises et les poesies 
indiennes, les idees en sont si ^loign^es les unes des autres, 
les expreHsions si diffi^rentes, qu'il faut une grande habilete 
de la part d'un traduoteur oriental, d'une part, pour 
rendre le sens original, d'autre part pour se rendre intel- 
ligible k ses compatriotes (2). H me semble, toutefois, 
qu'on aurait pu choisir des morceaux un pen moins 
anglais et d'un int^rSt plus cosmopolite, si je puis parler 
ainsi. 

Je trouve dans le num^ro du 31 octobre 1865 ieVAwadh 
akhbdr Tannonce d'un ouvrage dont I'impression ^tait com- 
mence k la typographie du journal, c'est k savoir le Ta- 
mmchord Oudrat € la Manifestation de la puissance (divine) :»y 
par allusion au sumom de I'auteur (Cudrat), que le r^dac- 
teur du journal appelle le Firdauci du si^le. II ajoute m^me 
que Firdauci de Tiis employa trente ans k r^diger en per- 
san son Schdh ndmdj tandis que Cudrat, dans le court espace 
de deux ann^es^ a d^crit on vers urdus « la Grande guerre 
(Muhdrdba-i dzim) », c'est-k-dire, je pense, la grande in- 
surrection de 1857. 

Le mSme num^ro de VAwadh akhbdr an nonce du mSme 
auteur une <l Histoire de la Grfece {Tartkh-i RUm) », tra- 
duite en urdA de Farabe, probable ment d'un des nouveaux 
ouvrages imprimis k Boulac; et un recueil de six poemes. 
Cudrat est, en outre, auteur, nous dit le journaliste indien, 
de onze diff^^rents ouvrages tant en vers qu'en prose. II 



(1) Je n*y trouve qu'un mot k reprendre : c'est le mot anglais yes 
« cui » employ^ k la fln d'un vers dans Tint^rdt de la rime. 

(2) M. Kempson, directeur de Tinstruction publique dans les provinces 
nord-ouest, a revu lui-m6me ce travail, pour s'assurer de I'exactitude de 
la traduction. C'est k sa bienveillance que j'en dois I'exemplaire qui me 
donne la possibilite d'en parler. 



— 818 ^ 

poBs^de en propre des impritneries & B^nar&s^ k Bhopal ei 
h Agra. 

Dans le nnm^ro du 28 novembre 1865 de VAwadh akhhdr 
je tronve Tannonce d'nn autre oavrage qui, bous una 
forme romanesque, est une esp^ce d'encyclop^die des scien- 
ces entremfilfe de vers, un vrai tr^sor, dit de son cote le 
Koh-i ni)ir (1), des sciences philosophiques, astronomiques 
et historiques. Cet ouvrage, intitule Hadayik anzdr (2) 
« les Parterres des regards i>, c'est-i-dire des choses dignes 
d'etre vues d, titre qui donne la date chronogrammatique du 
Iivre, est une imitation en urdu d'un ouvrage persan en 
quinze volumes, qui a une grande reputation dans Tlnde, 
et qui a ^t^ dejk traduit on imit^ partiellement. Aman, le 
nouvel auteur, a publie k Dehli deux volumes de son tra- 
vail, et il s^occupe du troisiime.' 

Une autre traduction du persan, qui me parait plus im- 
portante, c'est celle du Bustdn de Saadi, qu'on dit tris- 
correcte et en bon urdu, et qui a et^ imprimee k Bangalore 
en 1865 sous le titr^ de Bahdriatdn Kurtdn a le Printemps 
des globes i> (3), par Muhammad C&cim, qui a donn^ ce 
titre k son ouvrage par allusion k VAJchbdr^ Kurtdn^ qui 
rannonce precis^ment dans son premier num^ro. 

Un Rdmdyana (4) en vers urdus^ imprim^ k Lakhnaa et 
illustr^ de plusieurs centaines de dessins. 

Le Tarikh Rajastdn^ on Alt ndmjdt, c'est-i-dire rhistoire 
traduito en urdu, de Tanglais, du Rsyast&n ou Bajputana et 
des relations de ses rajas avec le gouvernement anglais, par 
le munschi Lala Jwala sabai, en deux volumes, le premier 



(1) N* du 2 Janvier 1866. 

(2) Le mcme ouvrage est annonc6 dans le n* du 2 Janvier f866 da 
Koh'% ndr de Lahore sous le titre un pen different de Haddyik unM* 
zdir a les Jardins des notables ». 

(3) II forme 93 pages de 27 lignes compos^es de deux vers (qaatre 
hemistiches) par ligne. 

(4) M, James Hutchinson a voulu prouver la ressemblanoe da Rd- 
mdydna k I'lliade, ce qui est exact iusqu'4 un certain point ; mais il a 
d^passe les homes du vraisemblable en pr^teadant qu'Hom^re 6tait 
Hindou. 



— 319 — 

cohcernant la principaut^ d'Odej^our, le 8ecofnd>y les autres 
Ecats de cette partie de riode. 

Mais chose assez rare, j'ai k yous annoiioer cette ann^e 
un ouvrage liistorique hindoustani, original et d'une impor- 
tance r^elle. C'est le Tarikh JRascMd itddin Khdniy qui n'est 
pas, comine on pouiTait le croire d'apr^ le titre, une tra- 
duction de a THistoire des Mogols 3>, du calibre historien 
persan Raschid uddin, dont nne Edition du texte, accompa- 
gn^ de la traduction, avait et^ commenc(^e par feu mon 
confrere le savant E. Quatrem^re, mais une Hi&toire de 
rinde, et specialement du D^can, d'apr^ les ouvrages an- 
ciens et nouveaux, rMig6e par Hijr de Haiderabad, ^cri- 
vain tres-distingu^ en vers et en prose, et ainsi intitule 
d'apr^s le nom du vizir du Niz4m, souverain des douze pro^ 
vinces du Decan (1), sous les auspices duquel I'ouvrage fut 
compose en 1854, Get ouvrage, lithographic cette annCemSme 
en un volume in-folio de pres de 800 pages, a rimprimerie du 
vizir actuel Teg-jang, k Haiderabad a aux fondements heu- 
reux (2) d, est Cent en bon urdu classique de Dehli et non 
dans Tidiome meridional (dakhni), employC plus ordinuire- 
ment dans le DCcan. Les documents que I'auteur donne sur 
les temps anciens sont gCnCralement connus; mais il n'en 
est pas de m^me pour les temps modemes : on y trouve sur 
les Ctablissements fran^ais et anglais des renseignements 
curieux accompagnCs de piices justificatives. Je dois k la 
genereuse amitiC du RCv. G, Small, qui a derniferement pu- 
blic un utile Compendium de la littCrature sanscrite, un 
exemplaire de ce prCcieux travail, qui mCriterait I'honneur 
d'une traduction europeenne. 

(1) On donne h. ce prince le titre dc nabob {nawdb) qui ^tait celui des 
lieutenants du Grand Mogol, vice-rois des provinces do I'empire. Or il 
e<*t bon de rappeler h celte occasion la noble reponsc que fit le niz^m de 
Haiderabad k ceux qui lui conseillaient de suivre I'exeniple du nabab 
d'Ao^de lorsqu'il brit, du conscntement de la compagnie anglaise des 
Indes, le titre de roi : « Je suis bicn cornme je suis : il ne reste au Rot 
de Dehli qu'un simple titre ; mais, au nom de Dieu, lalssons-Ken jouir au 
moins dans toute sa plenitude. » Voyez H. Russell, Letters on indian 
affairs J London, 1840, p, 21. 

(2) Haiderabad, farkhunda bunydd. 



^ _ 820 — 

JjAkhb&r^^dlam, de Mirat (l), annonce la publication 
d'un choix des poesies les plus remarquables de N&zir, un 
des bons ^crivains hindoustanis des temps modemes. Le 
mSme journal (2) annonce le Mazahir ulhacc <l les Manifes- 
tations de la y^rit^ », traduction urdue du Mischkat (3), 
c^lfebre ouvrage arabe sur les sentences traditionnelles de 
Mahomet, lesquelles ferment, avec le Coran, le code reli- 
gieux des musulmans. Quant au Goran, vous savez, mes- 
sieurs, qu'il en existe en hindoustani et en persan plusieurs 
traductfons ; mais jusqu'ici il n'en existait pas en turc. Les 
Osmanlis ^tant sunnites se faisaient un scrupule de traduire 
en langue usuelle leur livre sacr^, ^crit en arabe litt^raJ. 
Toutefois, il en a paru derni^rement une traduction turque^ 
ex^cutee par I'ordreexprisdu sultan, qui desire, a-t-ildit, 
que c( ses sujets puissent lire en leur langue le livre quisert 
de base a leur religion, d'autant plus que les Chretiens (non 
catholiques) placent entre les mains des musulmans des 
traductions turques de leurs livres saints, et qu'ainsi il est 
n^cessaire d'agir de mfeme pour le Coran, afin que par sa 
lecture les fiddles puissent fortifier leur foi (4) . 

Le maulawi 'Ubaid uUah, professeur au college d'Hougly, 
et deji connu du public litt^raire indien, a public la pre- 
miere partie d'une grammaire arabe r^dig^e en hindoustani 
et dont on fait I'^Ioge (5), en attendant la seconde partie, 
qui traitera de la syntaxe ; et le munschi Hu^am, auteurde 
nombreuses traductions de I'anglais, une nouvelle gram- 
maire persane r^dig^e aussi en hindoustani (6) et in- 
titul^e d'aprfes son nom : Caiodid Hugaini n les Ragles de 
HuQain 3). 

II a paru k Cawnpur un traits abr^g^ de medecine par le 



(1) N° du 3 mai de cette annSe. Le volume dont il s'agit ici se compose 
de 219 pages de 21 lignes k la page. 
f2) N » du 22 mars 1866. 

(3) Get ouvrage avail 6t6 imprim^ une premiere fois il y a seize k dix- 
sept ans ; mais Tedltion ^tait epuis^e depuis longtemps. 

(4) Trubner*s Literary ileoord, d6cembre 1865. 
The Punjab Educational Magazine n° 8. 
Calcutta^ 1865; in-12. 



(5) 
\6) 



n 



— 321 — 

hakim Ih^&n 'Alt, traits fort vant^ dans VA}chbdr-4''dlam de 
Mirat (1), et une arithm^tiqne ^I^mentaire envers^ annonc^e 
dans le Koh-i ndr de Lahore (2). 

Le Schaikh Hid4yat a ^crit en hindoustani, sur les causes 
de la grande insurrection indienne de 1857, un article tr^s- 
d^velopp^. Cet article, tradnit en anglais par le capitaine 
T. Rattray, a paru dans VIndian Mail en plusieurs colon- 
nes (3). Apr^ avoir relate en detail tons les motifs de m^- 
contentement des sipahis, qui, selon lui, remontent k seize 
ans avant la r^volte, Tauteur les resume ainsi : I'obligation 
pour les soldats de manger ensemble sans distinction de 
caste, les exhortations des missionnaires, Tannexion du 
royaume d'Aoude, le serment exig^ des recrues dialler par- 
tout oJ!i on les enverrait, Femploi des fusils k balles forc^es 
avec des cartouches ointes, disait-on, de graisse d'animaux. 
n discalpe le vieux sultan de Dehli qui avait toujours v^cu 
dans I'isolement, occup^ seulementde litt^rature, et quicrut 
i une revolution accomplie. II pretend que si, comme autre- 
fois, les Anglais avaient continue k frequenter les sipahis et 
leurs femmes, ils auraient appris sans doute ce qui se tra- 
mait centre eux, tandis que, frequentant peu les sipahis et 
pas du tout leurs femmes, ils n'ont rien pu savoir des me- 
nses des conspirateurs. L'auteur conclut en disant que, 
quant k lui, il est convaincu que tout ce qui avait ^t^ fait 
par le gouvernement Tavait ^t^ pour le bien des indigenes; 
mais qu'ils sont g^neralement fanatiques et ennemis mortels 
des changements. 

II serait trop long de vous mentionner, messieurs, les 
nouvelles publications chretiennes de Tlnde : elles n'ont, 
d'ailleurs, que peu d'importance litteraire. Je veux n^an- 
moins faire une exception pour le commentaire urdii des 
E^angiles de saint Matthieu et de saint Marc (4), lequel 

(1) N» du 19 juillet dernier. 

(2) No dn 8 mars dernier. Elle est iniitul^e : Mdbddi ulhigdb « E16« 
ments d arithm^tique ». 

(3) N»' du 6 et du 18 d^cembre 1865. 

(4) Injiiri Mail o Markas ki tafiir^ ilahabad^ 1866 ; in-8« de 316 pages. 

21 



— 322 — 

aura sans doute une suite, puisque Fouvrage est annonc^ 
comme un tome P^ Ce commentaire explicatif, public par 
la Soci^t^ amdricaine des Trait^s religieux, et principale- 
ment fond^ sur les Merits trte-estim^s en Angleterre, sur- 
tout des dissidents, des arminiens Barnes et Jacobus, est 
tr^-satisfaisant. Le volume, accompagne occasionnelle- 
ment de figures, est malheureusement imprim^ en carac- 
tferes romains ; mais le savant auteur, le R^v. J. F. Scott, 
qui habite Tlnde depuis vingt-sept ans, annonce dans sa 
preface, ^crite en hindoustani, que, si I'ouvrage a du succis, 
il en publiera une Edition en caract&res persans. Ce travail 
est destin^ d'abord aux Chretiens indigenes, puis aux mu- 
sulmans et aux Hindous, qui y trouveront bien des choses 
k leur adresse. L'auteur termine sa preface par une prifere 
^crite en hindoustani, maisd'apreslam^triqueanglaise, en 
iambe de quatre et de trois pieds. Elle oflFre un exemple de 
rhindoustani anglis^y si je puis parler ainsi, c'est-a-dire 
adapts aux croyances, aux moeurs et aux usages an- 
glais (1). 

Au sujet des deux dialectes qu'on distingue en hindon- 
stani et qui se partagent las publications dont je viens de 
parler, il s'est elev^ dans Tlnde de grandes discussions en- 
tre des Hindous et des musulmans, les premiers defendant 
leur ancien dialecte,et les seconds leur dialecte reg^n^re (2). 
Je vousai dijk entretenus, Tan pass^, de cette polemique, 

(1) Voici la ppemidre strophe de ce petit poeme : 

T^rd kaldm hat pdk aur rdst, 

At mihrhdn Khuddl 
Hat sach aur hacc, hi ham o kdst, 

'Aziz aur h6 hahd. 

«i Dieu mis^ricordieux, ta parole est pure et juste ; elle est franche et 
vraie : sans amoindrissement ni diminution, chdre & nos cceurs et inappr^ 
ciable. » 

J'ai d^jk fait connaitre une pi^ce de vers de cette sorte dans mon 
Uiscours du 2 d6cembre 1861. 

(2) L*hindoustani formant deux branches d une langue qui est une en 
r6alit6, on en separe souvent Tensei^ement C'est ainsi qu'on a r6cem- 
ment nomme professeur d'urdft et de hindi k V University College de 
Londres, en remplacenient de mon ami Syed-Abdoollah d^missionnaire, 
le Rev. J. F. Ullmann, de la mission presbyt6rienne am6ricaine de I'Inde 
du Nord, auteur dune traduction hindie du Nouveau Testament, d'un 
volume d'hymnes hindoustanies, etc. 



— 323 — 

etvoicile babu Mathara Pra^ld qui 88 proaonce ausai, 

comme le babu Nobin Ohand, pour le hindi, dans la preface 

.de son « Trilingual Dictionary (english, urdCl and hiadi)i>y 

qui a dernierement paru k B^nar^s. dependant, 11 j a dans 

tons les ca8 un obstacle r^l a la substitution du hindi k 

Ynrdtiy c'est la grande quantity des branches de cet idiome 

qui s'elfevent au moins k dix-sept (1) et dont aucune n'est 

^n^ralement reconnue comme classique, tandis que Thin^ 

doastani (urdtL) du nord est regard^ comme tel et semble 

destine k relier enticement un jour les deux cents millions 

d'hommes quihabitent I'lnde. Telle est Topinion du saiyid 

Hddi Hu^ain Kh&n, qui a lu, dans nne des derni^res 

stances de VAnjuman de Lahore, un memoire sur les 

moyens de faciliter Temploi g^n^ral de rhindoustani (urdu). 

Cans une autre stance de cette academic indienne, le babu 

Nobin Chand, toujours enthousiaste du hindi au detriment 

de Turdu, a lu six grandes pages en r^ponse aux attaques 

dont son m^mpire anti-urdu a ^t^ Tobji^t, avec juste r$dson 

selon moi, de la part du r^dacteur du Mcdtod akUbdrj qui a 

pris la defense de I'urdii. V^oici quelques arguments de 

cette defense, qui debute ainsi : 

<i Le Sanscrit ^tait la langue de TLide ancienne, il y eut 
d'abord le dialecte des Yedas, puis la langue se modifia et 
devint telle qu'on la trouve dans les Pur^nas et les Schas- 
tars. Dans Tespace d'environ deux mille ans, cette langue 
iut encore alt^r^e et setransforma endenouveau^ dialectes 
nomm^s gtha a ou prcritSy qui continu&rent k se modifier 
josqu'a Tepoque du gouvernement musulman. On nommait 
alors le plus estim^ de ces nouveaux dialectes hindous le 
par indien (tenth hindi)* Sur ces entrefaites, prit naissance 
Turdil, qui admit avec les mots Sanscrit s et hindis un 
grand nombre de mots persans et arabes. J> Nobin Chand 
pretend qu^uue langue ainsi form^e d'^Mments divers ne 
pent servir k faire revivre les ^tudeschez les Lidiens et n'est 

(1) On en trouve la liste dans le Journal de la SociM6 asiatlque do 
Bengale^ n* 1, premiere partie^ 1866^ p. 12. 



— 324 — 

propre qu'i 6tre lalangue ofBcielle deradministration,tan- 
dis que les Indiens devraient se servir, pour leur litterature 
nouvelle, de leur langue nationale modeme,le veritable in- 
dien (hindi), et non de Turdii, qui est plus musulman qu'in- 
dien, k cause, de la grande quantite de mots introduits par 
les conqu^rants. Le savant babu voudrait former une nou- 
velle litterature hindie, rien de plus juste ; mais vouloir con- 
sidererle hindi et TuTdii commedeuxlangues tout & fait dis* 
tinctes, et ^tablir ensuite la preeminence du hindi sur Tur- 
du, c'est ce qui me parait plus difficile k admettre. Le hindi 
et I'urdu ne sent que deux dialectes d'une mSme langue; 
laissons-les vivre k cdt^ Tun de I'autre, tout en donnant le 
premier rang k Turdu, pr^cisement parce qu'il n'est pas tout 
k fait indien et qu'il est le trait d'union entre Tislamisme et 
Phindouisme. 

Le babu reproche k la litterature urdue de n'Stre gafere 
form^e ({ue de compositions ^rotiques ; mais ceci n'est pas la 
faute de la langue, et d'ailleurs les trait^s interminables de 
philosophic pan thdiste qui semblent ^trela speciality des ou- 
vragea hindis sont-ils en r^alite prefdrables ? C'est toujours 
une philosophic plus ou moins pantheiste, ici plus gracieuse, 
Ik plus sfeche : je n'en excepte pas m^me N&nak et Kabir, 
que mentionne le babu. Le r^dacteur du Malwd aklJbdr fiiit 
remarquer d'ailleurs que les compositions erotiques ne sent 
pas rares en hindi ; que si on consid&re comme immoraux 
le Badr munir et le Daryd'4\schc^ qui sont Merits en urdu, 
il doit en 6tre de mSme du Prem-Syar et du Madhmalat^ 
qui sont ecrits en hindi. 

Le babu, en bon Hindou, n'aine pas recriture persane, 
qui a prive I'urdu de sa physionomie indienne et dont Tem- 
ploi a amene selon lui I'introduction successive d'un trte- 
grand nombre de mots persans et arabes, tandis que, si Ton 
etait reste fidfele k I'alphabet indien, cet inconvenient n'au- 
I'ait pas eu lieu, et qu'au contraire les mots d'origine etran- 
gire auraient disparu peu k pen, comme il en a 6t6 dans le 
dialecte provincial du Bengale, dans leque), dit-il, k cause 



— 325 — 

de rinfluonce des caract&res indiens, la grande quantity de. 
mots persans qui j ^taient d'abord usit^s ont disparu gra- 
duellement. 

La qnerelle me parait peu importante au fond, puisqa'il 
ne s'agit en r^lite, comme je viens de le dire, que d'une 
mSme langue s^parde en deux dialectes. Mais il y a Ik-des- 
sous quelque chose de bien plus grave qu'une simple 
question grammaticale : c'est que le hindi repr^sente Thin- 
do uisme, le polythe^isme avec ses malheureuses consequen- 
ces, tandis que Turdu repr(^,sente Tislamisme, c'est-i-dire le 
s^mitisme, le monoth^isme, et par suite la civilisation euro- 
p^nne et chr^tienne. 

Au surplus, le mouvement retrograde vers le hindi est k 
constater : il est pareil k celui du romaique vers le grec 
ancien, et, chose singuli^re, on se met a publier dans I'Inde 
des ouvraffes urdas en caractires d^vanaoraris ou naojaris. 
C'est ainsi qu'on a r^cemment lithographic de cette manifere 
le Diw&n de N&zir, le cClfebre Sihr uJhaydn de Hagan, et 
plusieurs autres ouvrages Merits par des musulnians en ve- 
ritable dialecte classique de Dehli. 

On ne pent bl^raer les Hindous d'exclure autant que 
possible de leur dialecte particulier, dcrit en caractires na- 
garis et souvent appelC de ce nom, Teiement musulman, 
c'est-a-dire les mots persans et arabes; mais quelques-uns 
d'eux voudraient m^me les retrancher de I'hindoustani offi- 
ciel, et il y a des Anglais qui ont adopts cette idCe. C'est 
centre ce retranchement, qui dCnaturerait tout k fait cette 
langue essentiellement melde et qui porte mSme le nom de 
Ugarrde (relchta)^ que s'Clfeve M. J. Beames, dans un article 
du journal de la Society asiatique de Calcutta (1). 

« II est de mode aujourd'hui, dit-il en debutant, de pro- 
diguer les attaques centre la langue gCneralement employee 
dans les tribunaux et les bureaux de I'Inde, parce qu'elle 



(1) « Outlines of a plea for the arable element in ofliclal hindustani. » 
Journal As. Soc. Bengal.^ n* i, 186G. 



— 326 — 

est, dit-on, un melange d^^Mments h^t^rog&nes et inooW- 
fents (1). Je viens la dtfendre aprfes sept ann^es d'exp^- 
rience journalifere, car je la considfere comme la forme la 
plus progressive et la plus civilis^e du grand langage de la 
horde (rhindoustani) i>. En effet, cette langue, qui plane, si 
je puis parler ainsi, sur toute I'Inde, est non-seulement con- 
cise, ^loquente, expressive et riclie, mais elle est,selon I'au- 
teur de I'article, la seule forme dans laquelle pent se d^ployer 
le d^veloppement legitime du langage des tribus gang^ti- 
ques. Denier, dit M. Beames, le libre usage en hindoustani 
des mots arabes et persans, serait aussi absurde que de s'op- 
poser k I'usage en anglais des mots d'origine latine pour n'y 
admettre que du saxon. Or les langues ne peuvent pas ^tre 
form^es k volont^ : elles suivent la marche ordinaire des 
choses; elles se modifient forc^ment et admettent forc^ment 
les mots que la conqufete, les reLations commerciales, les 
besoins litt^raires et scientifiques y introduisent. L'auteur 
compare justement I'admirable mosaique de I'anglais, avec 
ses elements teutoniques et latins, k I'urdu avec ses elements 
sanscrits ou plut6t art/asj et s^mitiques ou plutot musul- 
mans. Cette comparaison n'est pas nouvelle : feu le D*" Gil- 
christ avait ^tabli il y a longtemps ce parallfele, qui est en 
effet frappant. M. Beames trouve ces emprunts bien pr^f^- 
rables k'la composition des mots indigenes euxi-m^mes, 
COmme on le fait en allemand et en Sanscrit, usage qu'on 
voudrait introduire en hindoustani pour n'avoir que des 
41^ments indiens, mais que repousse I'^rudit defenseur de 
Furdu en soutenant que Fhindoustani s'adapte mieux aux 
exigences de la civilisation en empruntant librement aux 
sources ^trangferes. « Quand une langue, dit-il, pent s'en- 
richir aux d^pens d'autres langues, il est naturel d y avoir 
recours plut6t que de former de longs et embarrassants 

(1) On est 6tonn6 de trouver parmi les adversaires de I'emploi en urdft 
des mots persans et arabes un musulman distingu6, le saiyid Hddi Hugain 
Khin, qui a lu dans une des stances de lAnjuman de Lahore un in6- 
moire sup Temploi g6n6ral de I'hindoustani, qui serait facilite, selon lui, 
par Texclus-ion, autant que possible, des mots persans et arabes. 



— 327 — 

compost. » On a pris pourle bengali ce dernier parti ^ qui 
ne parait paa heureux a M. Beames, et, effectivement, ce 
dernier langage provincial cfede vi*iblemenfc le terrain i 
rhindoustani. II y a d'ailleurs des raisons particuliires pour 
maintenir dans I'liindoustani les mots persans et arabes. Le* 
bindi, ou plut6t I'hindoui, c'est-k-dire I'ancien indien du 
Nord, que notre auteur considfere comme touranien, exis- 
tait avant le Sanscrit; mais il a iti tellement ^crase, sije 
puis parler aiiisi, par la langue des Aryas, qu'on le consi- 
dfere comme un d^riv6 de ce langage, duquel derive aussi le 
Sanscrit (1). Puis vinrent les conqu^rants mogols, qui par- 
laient le persan charge de mots arabes, lesquels changerent 
Torganisation civile et religieuse de I'lnde. Des provinces 
entiires furent converties k Tislamisme, dont la langue sa- 
cr^e est I'arabe : le syst^me administratif fut transforme, et 
de nouvelles charges furent cr^ees sur le module de celles 
du Caboul et de la Perse, avec les noms qu'elles avaient 
dans ces pays. Ce fut ainsi qu'une grande quantity de mots 
Strangers, arabes et persans, relatifs a la religion, au gou- 
vernement, k la guerre et aux arts, s'introduisirent dans le 
hindi, qui changea m6me de nom et fut appel^ la langue de 
Vurdu ou du camp (urdu zabdn). Tons ces mots ne peuvent 
6tre remplac^s par d'autres : M. Beames lo prouve ample- 
ment, et defend specialement I'emploi des mots arabes, 
mSme de ceux qui sont inusites ailleurs que dans Tlnde, 
mots que les musulmans, et a leur imitation tons les Hin- 
dous, emploient de pref(^rence aux expressions indiennes 
qui, k la rigueur, pourraient les remplacer (2). Les details 
qu'il donne k ce sujet sont pleins d'int^rdt et seront sans 
doute appr^i^s par les adversaires de T^l^ment musulman 
dans rhindoustani. 

L'acad^mie indienne de Lahore partage I'opinion de 

(1) Telle est ropinion de M. Max. MuUer. Voyez mon Discours de 
1865, p. 270. 

(2) Sf. Beames en doane une Uste curieuse^ p. 40 et 11 de son m^- 
moife. 



■ •UH Jll 



— 328 — 

M. Beames, et elle a demiferement rejet^ un ouvrage qui 
ltd avait ete soumis (1), ^crit en urdu, sans mots persans 
ni arabes, et dont I'auteur aurait voulu faire un specimen 
pour le style k employer dans les tribunaux et les bureaux 
du gouvemement. La compagnie a pens^ qu'il fallait s'en 
tenir au pur urdu, distinct du hindi, surtout par les mots 
arabes et persans qui y sont employes, et dont la litt^rature 
renouvel^e est soutenue et favoris^e par Tuniversit^ orien- 
tale. 

Quoi qu'il en soit, I'urdu, tel qu'il existe actuellement, 
conserve dans la pratique sa preeminence, et c'est par son 
moyen qu'on donne Tinstruction dans les colleges et les 
^coles des provinces mfemes oil il est en presence du dialeete 
hindi. 

Les universit^s de Calcutta, de Madras et de Bombay 
continuent k prosp^rer. L'universit^ orientale de Lahore, 
cette nouvelle fondation des indigenes eux-memes, est en 
bonne voie de succfes. L'initiative de ce grand ^tablissement 
est due au savant Dr Leitner, qui poursuit avec zfele ses 
louables id^es pour la regeneration litteraire de FLide. Non 
content d'avoirfonde avec succfes 1' academic de Lahore, il 
a voulu creer pour le Penjab et m6me pour I'lnde ei^tifere 
une grande universite, specialement orientale, destinee sur- 
tout k favoriser I'etude des langues et des sciences asia- 
tiques, tandis que dans les trois autres universites on s'oc- 
cupe surtout des etudes europeennes. Les chefs indigenes 
pnt accede avec empressement k son appel, « L'universite 
de rinde », comme on I'appelle,. est etablie, et j'en ai sous 
les yeux les premiers actes {Tajvnz auwat)^ rediges en hin- 
doustani, actes par lesquels j'apprends qu'il y a un conseil 
et plusieurs comites speciaux, un entre autres pour la 
langue du pays {did)^ c'est-k-dire I'hindoustani, et un 
autre pour les sciences orientales (2). On y trouve aussi la 



(1) Ce travail avait pour titre : Micro' uVamla « le Fouet des officiers 
du gouvemement ». 
(2} II y a, comme dans quelques universites d'Europe, des membres 



— 329 — 

lettre adress^e aux indig^es fondatenrs par le lieutenant- 
gouvemenr du Penjab, Thonorable D. F. M® Leod, vrai 
patron de runiversit^ de Lahore, comme il Test de I'acad^- 
mie, lettre dans laquelle se manifestent les vues les plus 
larges et les plus g^n^reuses. 

Cette university a pour objet special, ai-je dit, de donner 
un encouragement effectif aux Etudes orientales, et de cr6er 
une nouvelle litt^rature hindoustanie. Pour cela, on aura 
soin de ne pas perdre de vue le milieu dans lequel on vit, et 
de ne pas oublier qu'on s'adresse non k des Europ^ens, 
mais k des Asiatiques. On se p(5n^trera, avant tout, de leurs 
id^es, et on connaitra leur propre litt^rature,afin de pouvoir 
^tablir une nouvelle litt^rature indigine' et originale, tout 
en I'adaptant aux circonstances dans lesquelles se trouvent 
actuellement les Indiens. Les natifs distingu^s fondateurs 
de cette university sont pdnetr^s de ces id^s. lis veulent 
done, d'une part, ressusciter le goMpour les anciennes litt4- 
ratures hindoue et musulmane, et, d'autre part, en intro- 
duire une nouvelle et par ce moyen importer dans Plnde les 
connaissances europ^ennes et ce qui dans la litt^rature 
d'Europe pent se concilier avec les id^es asiatiques. 

La comniission qui devait preparer des ouvrages classi- 
ques destines particuliiremeht au Penjab, et dont je par- 
lais I'an pass^, est pr^sid^e par le lieutenant-gouverneur 
de cette province. Le but de cette commission, ainsi que me 
I'apprend I'honorable sir Ch. Trevelyan, est de publier des 
ouvrages classiques dans Phindoustani courant, compris par 
la population des villes et de la campagne. Cette commis- 
sion a fait un rapport int^ressant et circonstanci^ qui a ^t^ 
envoy^, avec les specimens des ouvrages proposes, aux 
gouvemements locaux. H ne nous reste plus qvCk attendre 
le r^ultat d^finitif de ce travail pr^paratoire. 

honoraires, et le D** Leitner m*a fait Havoir qu'on m*a d^cern^ ce titre et 
Qu'il in'a fait inscrire aussi en t6te de la liste des membres correspondants 
de VAnjuman, bonneurs dont je remercie publiquement les savantea 
compagnies^ et le docteur Leitner en particulier. 



^^^PB 



— 330 — 



De runiversit^ orientale d^pendrorit deux principaox 
colleges : celui de Lahore et oelui d'Amritsir (ou de Dehli), 
lesquels seront pourvus d^un principal, de six professeurs 
et d'un secretaire. Deux des professeurs enseigneront la 
langue et la littdraiure hindoustanie (urdue et hindie), 
et les autres le persan et I'arabe dans I'int^r^t de Turdn, 
et le Sanscrit dans Tint^r^t du hindi. Afin d'encourager ces 
Etudes, un examen sur les langues hindoustanies (urdu et 
hindi), sanscrite, persane et arabe, aura lieu chaque ann^ 
k une ^poque d^terrain^e, par les soina des membres com- 
p^tents de I'universit^. Les candidats qui seront jug^s les 
plus capables par les examinateurs recevront une recom- 
pense distinguee et un dipl&me de capacity. L'examen pour 
chaque langue sera de trois degr^s, et il devra rouler sur 
six points : V la grammaire; 2^ la politesse d'expres- 
siou, etc. (adab) ; 3** la redaction des lettres ; 4° Toriho- 
graphe ; 5*^ I'ecriture; 6** la bonne prononciation (1). D y 
aura sans doute aussi des examens ulterieurs d'un ordre 
plus elev^. La litt^rature nouvelle recevra^videmment parli 
une grande impulsion. Aucun eflFort serieux n'avait encore 
^t^ tent^ en ce genre, si I'on en excepte ce qu'avait entre- 
pris le Vernacular society de Dehli, il y a quelques ann^. 

Dfe 1854, il fut decide d'adopter un systfeme general d'e- 
ducation pour toute I'Lide, afin d'y r^pandre les connais- 
sances eur<»p^nnes, et en consequence il fut ^tabli dans 
chaque lieutenance du gouvemement un d^partement sp^ 
cial pour I'^ucation ; des universit^s, sur le modile de 
celle de Londres, fiirent fondles k Calcutta, k Madras et I 
Bombay avec des colleges affili^s, soit exclusivement carien- 
taux soit anglo-indiens, sans intention arrdt^ de pros^ 
lytisme, la Bible se trouvant simplement dans les biblioth^ 
ques de ces ^tablissements pour y avoir recours dans 

(1) N* du Je' octobre 1865 du Sarkdrl Akhbdr de Lahore. VA/chbdr-i 
dlam de Mirat du 4^ fi6vrier de cette ann^e annoDQait que les examev 
devaieni avoir lieu du 26 au 30 mars, et qu'ils devaient Mre suivfs d(3 li 
distribution solennelle des recompenses et de la collation, des grades 
acad^miques. 



-- 331 -^ 

* 

I'oocasion (1), tandis que la loi miisulmane est ens^ign^ 
anx mnsiilmans, et lea Schastars aux Hindous. 

Ghaque ann^e, le nombre des ^l&ves qui se portent aux 
colleges et aux ^coles tant de I'Etat que des missionnaires 
et qui aspirent aux lionneurs universitaires, s'accroit daus 
toute rinde, mais sp^cialement au Bengale. II y a quelques 
semaines qu'on voyait dans la grande salle du nouvel h6tel 
des postes de Calcutta, adapts k la circonstance, quinze 
cents jeunes Indiens de seize ans et au-dessus, qui se fai- 
saient inscrire comme candidats de I'Universit^, et quatre 
cent quarante-sept ^tudiants de deux ann^es qui devaient 
subir leur premier exanien ; mais, chose qui me paralt re- 
marquable, c^est que ce ne sont gu^re que des Hindous et 
Don des musulmans qui se pr^sentent pour Tobtention des 
grades universitaires (2). 

Au commencement de cette ann^e, plusieurs jeunes Eu- 
rop^nsont au!;si subi avecle plus grand succ^s k Calcutta 
leur examen linguistique : un d'eux, du service invil, a ^t^ 
r&ompens^ de ses progrte marques (marked proficiency) 
en hindoustani (urdu) par une m^ailled'or (3). 

Le nombre des colleges et des ^coles subventionn^s par le 
gouvemement est actuellement au Bengale de deux mille 
deux cent trente sept, et celui des Olives de cent trois mille 
soixante-seize. II y a en outre cent cinquante sept ^coles 
qui ne re^oivent pas de subvention et qui sont fr^quent^es 
par cinq mille sept cent soixante-dix Olives (4). 

Les colleges chr^tiens de Calcutta sont florissants : le 
Presidency College^ le Doveton College^ le Free Church Ins^ 
titutionj le Bishop's College^ le college delaMartinifere, qu'il 
ne fant pas confondre avec T^tablissement de Lakhnau 



(1) On trouve dod details trds-d^velopp^s et tr^s-int^ressants Rur 
rinstruction publique dans les diff^rentes provinces de Tlnde dans le 
rapport pr^sent^ aux cbambres d'Angleterre par Henry Waterfield, 
esq., et imprim^ sous le titre de Eatt-Indian Progress,^ 1864-65, 
p. 54-61. 

(2) Indian Mail, febr. 7, 1866. 
C3) Indian Mail, april 6, 1866. 

(4) Ahhbdr-i 'dlam de Mirat, n* du 2 aoiit 1866. 



^ 



-- 332 — 



qui porte aussi le nom da g^n^ral franQais qui Pa fonde^ le 
St Paul Schoolj et le St Xavier School tenu par les j^* 
suites (!)• 

Dans la pr^sidence de Madras, le uombre des ecoles ^tait 
k la fin de 1865 de neuf cent quatre-vingt-trois, et celui des 
^Ifeves de trente-neuf mille cent, desquels vingt-huit mille 
n'appartenaient pas k des Ecoles du gouvemement, mais k 
des ^tablissements libres (2)« 

Je n'ai pas les chiffrespourla pr^sidence de Bombay : jo 
sais seulement qu'au dernier examen de Tuniversite, d'a- 
pr^ leravport lu dans la stance gen^rale du 6 avril der- 
nier, sur deux cent quatre-vingt-deux candidats, cent onze, 
desquels quatre-vingt-dix Hindous, dix-huit parsis, deux 
musulmans seulement et un juif, ont pass^ leur exaraen 
avec succ&s. Le fils du ricbe hindou Sankersett, dont je vous 
annon<;ais I'an pass^ le d^cfes et les curieuses fun^railles, 
a fait don k cette university de la somme de 30,000 roupies 
(75,000 fr.) pour la fondation de deux nouvelles bourses pour 
des ^Ifeves qui devront s'occuper sp^cialement du Sanscrit, 

Dans les provinces nord-ouest, d'aprfes le rapport sur Tin- 
struction publique mentionn^ dans le Sai^kdrt Aklibdr de 
Lahore (3), il y a trois cent soixante-dix-neuf Ecoles du 
gouvemement, dans lesquelles ^tudient un million deux 
cent vingt mille cinquante-quatre Olives (4), dont neuf 
mille cent trente-cinq jeunes filles. Dans le nombre de ces 
^tablissements n'est pas comprise VEcole arabe de Mirat, 
oil les musulmans resolvent, d'aprfes les ouvrages de leurs 
grands ^crivains, les connaissances sp^ciales k leur loi et a 
leur rhetorique. 

. Le rapport du major Fuller, directeur de rinstruction 
publique en Penjab pour 1864-65, offire un tableau complet 
de la situation de I'instruction publique chez les natifs dans 

(1| Indian Mail march 6^ 1866. 

(2) Indian Mail, april 6, 1866. 

(3) N» du 1*' Janvier 1866. 

(4) n y a sans doute une erreur dans ce comple; que le journal donne 
en chlffres. 



— 333 — 

cette vaste contr^e : il n^cxscupe pas moins de cent quatre- 
vingt-dix pages in-folio du plus grand int^rfit. II r^sulte 
de ce rapport et de celui qui a ^t^ fait dans la stance solen- 
nelle de la distribution des prix k Amritsir, en f<£vrier der- 
nier, qu'il y a actuellement en Penjab deux mille six cent 
vingt-quatre ^oles et quatre-vingt-douze mille onze Oli- 
ves. Le nombre des ^coles s'y est accru en cinq ans de plus 
de sept cents, et celui des ^l&ves de quarante-cinq mille. La 
proportion a Hi analogue pour les fiUes, car en 1860 il n'y 
avait que six ^coles et cent ^I^ves, et main tenant il y a pris 
de sept cents ^coles et quinze mille deux cent cinquante 
^Ifeves. L'ecole normale de Lahore forme les professeurs 
de ces ^tablissements. 

Pour encourager les Olives et pour exciter les parents k 
faille profiter lours eniantsde T^ucation qui leur est offerte, 
le gonvernement a soin de donner un grand ^clat aux dis- 
tributions des prix, d'yinviter les notabilit^s indig^nes^ et 
d'y faire prononcer des discours dans la langue du pays. 
Cost ainsi qu'i Simla, le 26 septembre 1865 (1), une de 
ces grandes stances qu'on appelle darbdr fut tenue sous la 
pr^sidence du d^put^ commissaire, qui cita a I'auditoire ce 
vers du Pand-ndma de Saadi : « Va, et saisis ^nergique- 
ment le pan de la robe de la science, car elle te conduira au 
palais de Timmortalit^. 2> L'inspecteur d'Amballa rendit 
ensuite compte en hindoustani de la situation de I'e^cole, 
qui est trfcs-florissante depuis que M. O'Connor en est le 
principal. 11 annon^a qu'on avait^tabli une succursale au 
centre du bazar pour la commodity des jeunes enfants, et il 
loua le z&le que L&1& MAI Chand, le traducteur du Schdh-- 
ndma en hindoustani, avait deploy^ pour exciter ses coni- 
patriotes k faire instruire leurs enfants, qui, lorsqu'ils sont 
pauvres, sont admis gratuitement dans ces ^tablissements. 
Pour ces derniers, onouvrit stance tenante une souscription 
qui produisit sur-le-champ 108 roupies (266 fr.). 

(1) Sark&rl ifc/iMrde Lahore, n" du !«' novembre 1865. 



-r- 334 — 

Jje 6 da mois de novembre suivant, la ville de Mttltan 
fat t^moin d'une solefnnite pareille k roccasion de la distri- 
bution des prix aux ^I^ves des ^coles du district; mais ony 
remarqua avec peine le petit nombre des habitants notables 
du pays, oe qui annonce chez eux peu d'ardeur pour I'a- 
vancement de rinstruction. N^anmoins plusieurs orateurs 
harangu&rent en hindoustani I'assembl^e, qui parut fort 
satisfaite de leurs discours (1). 

Le 25 novembre il fut aussi tenu un darb r du m^me 
genre (2) k Biipar (province de Dehli) , sous la pr&idence 
du tahcilddr (collecteur), qui, dans un discours hindoustani, 
fit ressortir les bienfaits du savoir, aux quels tout le monde 
pent avoir acc^s, Dieu ayant donn^ aux femmes une capa- 
city ^gale k celle des hommes (opinion k noter, Torateur 
^tant musulman) . II annouQa que les enfants pauvres se- 
. raiient non-^seulement admis gratuitement k P^cole de Bii- 
.par, mais recevralent les^Uvres qui leur seraient n^cessaires, 
les contributions des Olives payants et les souscriptions vo- 
lontaires permettant de le faire. 

Je trouve dans deux journaux hindoustanis diff^rents, le 
SarkdriAkhbdr de Lahore du !•' mars dernier et le P'anjaHn 
de Siyalkot du 5 mars, le r^cit du grand darb r de distri- 
bution des prix aux ^l^ves des ^coles pour les indigenes de 
la province du Penjab, le mardi 27 fevrier precedent, i 
Amritsir (la Source de I'ambroisie), Tancienne capitale 
des Sikhs, et les discours hindoustanis, dans le premier 
journal in eatensoj dans Tautre on abr^g^, qui ont ^t^ pro- 
nonces k cette occasion. II r^sulte des renseignements qui 
sont donnas par ces journaux, que les Olives des ^coles de 
Lahore, de Grurd&spur et des autres villes du Penjab 
s'^taient rendus d'avance k Amritsir pour assister k la 
solennite. D&s la veille on dressa une grande tente poor 
abriter les assistants. Le lendemain matin 27, tons les invi- 
tes arriv&rent ; leurs frais de voyage avaient ^t^ pay^s par le 

(1) Sarkdri Akhbdr du l«r Janvier 1866. 

(2) Sarkdri J^hbdr du !«' Janvier 1866. 



— 385 — 

gQUvemementy et on ayait pourvu k leur nourritare. Les 
el&ves tenaient en main de petits drapeaux de difieientes 
oonleurs, poor distingaer les ooulenrs les unes des autres, 
et ils 66 dirig&rent vers le lieu de la r^nnion an son d'instm- 
ments de musique. Quand tout le monde iut en plaoe^ Tins- 
pecteur da cercle de Lahore Iut son rapport sur TinstructicHi 
publique, d'apris lequel nous apprenons que le gouveme- 
ment a eu k lutter centre bien des difficult^s, dont la 
principale ^tait le changement qu'il a fallu op^rer dans la 
mani^re d'enseigner, le mode asiatique <^tant contraire, dit 
le rapporteur, & Texperienee des savants anglais, qui le trou- 
vent pen propre au d^veloppement de I'esprit, tandis qu'ils 
considferent les moyens exp^ditifs d'Europe comme y ^tant 
plus favorables. Le college de Lahore est tr^-florissant, 
dirig^ qu'il est par le savant et z^l^ Dr Leitner. Le college 
de Dehli est habilement conduit par M. Wilmot, et T^cole 
d'Amritsir a un principal fort capable en M. Lindsay. Dans 
toutes les ^eoles du Penjab on enseigne Thindoustani (urdu) 
et Tanglais; et en outre, dans les principales ecoles, le hindi, 
le persan et mSme Tarabe; mais jusquMci on n'y enseigne 
pas le Sanscrit. Aprfe cet expos^, dont je ne donne que quel- 
ques points, Pinspecteur fiilicita ceux des assistants indi- 
genes qui avaient contribu^ k fonder Tacad^mie {anjuman) 
et I'universit^ orientale de Lahore^ c^tablissements qui con- 
tribueront beaucoup k r^pandre le goiit de Tinstioiction et 
k favoriser les progr^ intellectuels de leurs compatriotes. 
II les engagea k donner Texemple en faisant instruire leurs 
propres enfants et en poussant a I'education des femmes ; k 
renoncer pour cela aux manages pr^matur^s, usit^s chez 
les Hindous, ce qui est un grand obstacle k Tinstruction, 
les ^l^ves dans ce cas abandonnimt leurs Etudes. 

Puis Torateur s'adrcssa aux elfeves pour leur donner 
quelques avis. A ceux qui n'avaient pas r^ussi dans leur 
examen il recommanda de ne pas se d^coura^er, de mieux 
apprendre ce qu'ils ne savaient pas bien, ann de r^parer 
leur ^ohec, et de se bien garder de I'attribuer k la partiality 



'» r »T" 



"■■II 



— 336 — 

des juges, ou an destin, selon les id^ des Asiatiqaes. H 
dit k cenx qui avaient r^nssi de ne pas s'enorgueillir sotte'^ 
ment & ce sujet, ni de s^imaginer que leur iimtruction est 
parfaite et qu'ils n'ont plus rien ik apprendre; tandis qu'ik 
ne sent qu'au seuil de la porte du tr^sor de la science, et 
qn'ils ont encore beaucoup de peine et de fatigue a suppor- 
ter avant d'y entrer ; auquel cas ils en seront largement 
r^compens&. 

Apr^ ce discours, le juge*commissaire prit 2i son tour la 
parole, et, pour exciter IMmidation des assistants indiens, 
il leur rappela les excellents ouvrages que, dans les temps 
anciens, les Hindous et les musulmans ont Merits, en quoi 
ils pourront les imiter s'ils n'^tudient pas seulement pour 
obtenir un emploi, mais par amour pour la science. 

Vous avez vu, messieurs, que le nombre des ^coles de 
fiUes et des ^Ifeves qui les fr^quentent s'est consid^rable- 
ment accru. H y a plus : la repugnance qu'avaient les in- 
digenes de haut rang ilaisser visiter ces ecoles par les dames 
anglaises tend & disparaitre; le major Fuller me fait savoir 
en efiet que deux musulmans de Lahore lui ont derni^re- 
ment offert de donner libre entree aux dames europ^ennes 
qui voudraient visiter leurs Ecoles, et qu'en cons^uence 
quelques dames y allirent et furent satisfaites des progrfes 
qu'avaient faits les jeunes ^Ifeves (1), On a public speciale- 
ment pour elles, ainsi que je vous I'ai dit Fan passd, plu- 
sieurs petits livres, et le major Fuller m'en a envoy^ quel- 
ques-uns. 

De son c6te, le gouverneur de Balrampur, dans la pro- 
vince d'Aoude, a public sur TMucation des femmes {htn 
sikacK) plusieurs ecrits qu'il a eu soin de r^pandre; aussi 
depuis quelques ann^es beaucoup de femmes dans ses pos- 
sessions ont-elles appris i lire, chose tout k fait n^gligfe 
jusqu'alors. A son exemple, le gouverneur de Rampur, dis 



(1) Ed preuve des progr^s gu'a faits dans I'lnde r^ducation des femmes^ 
VAkhhdr-i 'dlam du 15 f6vrier dernier annonce qu'un ouvrage ecrit en 
anglais par une fiengalienne a 6t6 derni^rement public h Calcutta. 



— 337 — 

I'instant qu'il est mont^ sor le masnady a tonrn^ son atten- 
tion vers cet objet; il a engag^ les personnes distingu^es do 
la ville a employer dans lenrs maisons des femmes intelli- 
gentes pour Clever leurs jeunes fiUes, et il a aussi ^tabli 
one ^cole ponr lenr instruction, a: Si, ajoute le r^dacteur 
de VAkhbdr-H^dlam (1), kqui j'emprunte ces faits, les autres 
chefs indigenes agissaient de mSme, ce qui est entiirement 
conforme tant k la religion musulmane qu'& la religion bin- 
done, il en r^ulterait sans doute nn grand bien religienx 
et civil, et il ne pourrait en r&ulter aucun mal. Esp^rons 
quMls suivront ces nobles exemples. ]> 

11 y a & Bombay, n pour F^ucation des femmes, » une 
Association litt^raire et scientifique dont est president le 
savant Hindou Bbau D&ji (2). 

L' Academic indigene de Lahore , appel^e Anjuman 
i9chd*at ^ulum <i Reunion pour la diffusion des sciences d, 
poursuit le cours de ses travaux, et les joumanx hindou- 
stanis de I'lnde, surtout ceux du Penjab, en entretiennent 
de temps en temps leurs lecteurs. J'ai re^u le n° 3 de ses 
Actes des demiers mois de 1865, par lesquels j'apprends 
que le major Fuller, directeur de Tinstruction pubUque en 
Penjab, a appel4 Tattention de la Compagnie sur la crea- 
tion et Textension de la nouvelle litt^rature hindoustanie 
qu'il Skagit d'^tablir, ce qui lui parait pour I'lnde un desi- 
deratum de I'epoque. Je regretterais toutefois qu'on voulftt 
europAiniaer oette littdrature, et j'espfere que tout en s'^clec- 
tisant par le contact europ^en, elle conservera n^anmoins 



(1) N" do 26 avril 1866. 

(2) On distribaera ^ravenir en prix aux ^coles de filles de Bombay une m^- 
dailled'argent que Manockjee Cursetjeeet d'autresindig^ne? ont fait f rapper 
a lefllgie da colonel W. H. Sykes, en souvenir de ses services dans la cause 
du progr^s intellectuel et moral des Indiens, et dont un exemplaire ea 
or a 6t6 pr6sent^ au colonel par le spirituel pars! k sou dernier voyage en 
Europe. {Indian Mail, oct. 4, 1866.) 

Quant au colonel hlphinstone, qui a d4ploy6 lo plus grand zdle poar la 
cause de i'^ducation des femmes indiennes^ le mahar^ja du Kachemjre^ 
les principaux rajas et chefs du Pemab, au nom de toute la province^ lui 
ont otfert, en t^moignage de grAtituda, un magniflque service d'argeoterie . 
(Court circular, ocU 6, 1866.) 



— 338 — 

fonciirement son caractire oriental, qui n'est pas depourTU 
d'un charme particulier (1). 

Le n^ 12 da* <i: Penjab edncational Magazine i> contient 
des observations tr^s-judicieuses sur les onvrages k faire lire 
anx Indiens qui apprennent I'anglais, le nombre de ceux qii 
ne choquent pas leurs idees ^tant tr^-restreint. Les m^mes 
considerations s'appliquent, k bien plus forte raison, au 
choix qu'on doit faire des ouvrages k traduire des langues 
europ^ennes dans les langues usuelles de I'Inde, ou a faire 
composer en ces derniferes langues pour les ^coles des na- 
tifs, afin qu'ils ne soient pas contraires aux moeurs et anx 
usages indiens. 

Ij^ Anjuman du Penjab a public en juin de cettc anu^e 
un rapport complet, en hindoustani et en anglais, sur ses 
travaux de 1866, premifere ann^e de son existence. Nous 
apprenons par ce rapport que la Society a ouvert au public 
une bibliotheque fournie par des dons volontaires, et qu'on 
y trouve, avec d'excellents livres urdus, Hindis et anglais, 
au nombre de quatorze centtrente volumes ila fin de 1865^ 
vingt-six joumaux,dont vingt-quatre en hindoustani, unen 
persan et un en anglais. II y a un comit4 d^ Education com- 
post des membres les plus comp^tcnts pour I'hindoustani 
etpour les autres langues orientales dont' on veut fa voriser 
I'etude, soit en publiant des ouvrages, soit en fondant des 
colleges, ou de toute autre manifere. II a ^t^ ^tabli un cours 
qui »^st fait en urdu deux fois par semaine, sur des sujets 
litteraires ou soientifiques, conformement aux vues de la 
Soci^le et pour en faire connaitre les travaux. Un comite 
medical est charg^ de comparer les systfemes asiatiques et 
europ^ens et d'enobtenir unr&ultat utile pour les indigenes. 
Ce comity a public dans le journal de )a SocicJt^, des essais 
sur les lois de la sante, et il fait traduire en urdu un traits 
de physiologic populaire, en attendant la traduction ou la 
composition d'autres ouvrages utiles, 

(1) Horace a dit : 

Katuram tspcllu f jrtA Uim«a Mque ncarreC. 



— 339 — 

La Soci^te compte deux cent quarante-^uatre membres, 
ei elle esp&re que ce nombre s'accroitra de plus en plus. 

Parmi les m^moires qui out Al& lus dans les seances de 
Tan dernier, je remarqne entre autres un m^moire dn babu 
Chandar Nath Mitr sur les progr&s qu'avaient faits les 
sciences chez les Arabes et les Indiens dans les temps an- 
ciens, sur les causes de leur d^clin et sur les moyens de les 
faire revivre ; du maulawi Muhammad Hu^aln sur la com- 
paraisondes gouvemements musulman et anglais; du pan- 
dit Man Phtd centre Tabus de la polygamic qui existe chez 
les Kschatryas ; du munschi Gopald&s centre Tusage des 
parents hindous d^exiger de Targent de celui qui leur de- 
mande une fiUe en manage, ce qui ^quivaut k la vendre, etq. 
Le maulawi Muhammad Hu^ain Kh&n a donn^ dans le lo- 
cal de la Soci^t^ plusieurs confiirences sur les poetes de 
rinde, en outre des m^moires qu'il a lus ii la Soci^t^. 

Trois autres soci^t^s du mfeme genre ont ^t^ dernifere- 
ment ^tablies k Siyalkot, k Hissar et k Dehli. Celle de Dehli, 
fondle, je crois, par M. Goldstreamjmembredel'-^Ti/Mman 
apour objet, comme celle de Lahore, le progris des sciences 
et le bien-dtre g^n^ral des Indiens, qu'elle veut am^liorer 
et reformer. Le Sarkdri Akhbdr (1) nous fait savoir que 
beaucoup de notables Indiens en font partie, la soutiennent 
et s^en occupent. Le but de cette soci^te est surtout d'exci- 
ter les habitants de Tlnde k cultiver les sciences et les arts 
de mani^re k donner plus d'^lat k leurs di verses industries 
et k leur commerce, et a ^galer en tout les Europ^ens. Le 
r^dacteur du journal hindoustani auquel j'emprunte ces 
lignes ajoute qu'il est k d^sirer que les maharajas, les rajas^ 
les rais et tons les fonctionnaires publics s'associent k cette 
compagnie , en sorte qu'elle puisse prendre un grand 
d^veloppement; que, par son moyen, le voile de Tignorance 
soit ^cart^ de Tesprit des Indiens , et qu'ils jouissent du 
bonheur dont les prive leur apathie. 

(\) N* dn !•' octobre 1865. 



— 340 — 

A Lakhnau nous troavons une association poetique (mu- 
tchoHara mentionn^e dans VAwadh Akhbdr (1), qui donne 
deux gazals que la coinpagnie a couronnes, etqui ont pour 
auteur Nadfr^ k qui on doit plusieurs ouvrages en vers et en 
prose, et entre autres une Biographie des poetes hindou- 
stanis. 

Yous savez, messieurs, que les musulmans ont fond^ en 
Bengale une academie exclusivement musulmane (Anju- 
man isldmt) qui tient ses stances mensuelles tantot k Cal- 
cutta, tant6t k Aligarh, residence du president de la Soci^t^, 
Saiyid Ahmad Kh&n : de la vient qu'on la nomme tant6t 
Society scientifique ou litt^raire de Calcutta, tantdt d'Ali- 
garh (2). C'est une grande errcur de croire que les musul- 
mans sont ennemis de la science. Mahomet a dit, d'apris 
un fiadis : <i L'encre des savants est plus pr^cieuse que le 
sang des martyrs. y> La society islamique dont je parle est 
en grand progrfes : elle correspond avec TAssociation in- 
dienne (East-India Association) de Londres, qui s'occupe 
du bien-Stre des Indiens, et se compose de plusieurs mem- 
bres du Parlement et d'autres personnages distingues (3). 
Beaucoup de notables et ^minents musulmans du Bengale^ 
des localites qui Tentourent, et mgme de toutes les provinces 
de Pouest, font partie de cette soci^te islamique, bien qu'ils 
ne puissent prendre part aux reunions. Elle comptait d^j^ 
le 30 septembre de Pan passe, trois cent quatre-vingt-sept 
membres (4), et leur nombre a augmente depuis lors. € Les 
efforts du secretaire Abd uUatif Kh^n sont, dit le r^dactenr 
de V Akhbdr^ ^diam de Mirat (5), digues de tout eloge. i> 



(l>No du28 novembre 1865. 

(2) L'Akhhdr~i 'dlam du 12 avril dernier annon^t, sous ce titre, la 
publication des travaux de la Soci6t6. Elle a public entre autres une 
(( liistoire d'Kgjjpte ». 

(8) VAkhbdr-i 'dlam du 6 septembre dernier donne une lettre de cette 
association adress6e k celle de Calcutta. 

(4) Paris a ^i6 visits cette annexe par un musulman distingu^^ membre 
de cette Academie, c'est k savoir Mirza Bazl urrahim^ avec qui mon jeune 
ami M. E. H. Palmer m'a fait faire comiaissance et m'a procure Tavantage 
de converser en hindouBtaai. 

(3) N" du 29 mars 1866. 



— 341 — 

Lo m^me journal nons apprend , d'apr^ le Dur btrij 
^zette persane de Calcutta (1), que le 18 de schawftl 
(7 mars dernier), a eu lieu aveo solennit^ la stance annuelle 
de cette acad^mie^ stance k laquelle out assist^ le vice-roi^ 
le lieutenant gouverneur du Bengale, les membres du con- 
seil g^n^ral et de celui de la Pr^idence, les secretaires du 
gouvernement de I'lnde et du Bengale, rh^ritier pr^somptif 
du roi d'Aoude (2). le prince de Maissour, tous les rajas et 
^mirs de Calcutta et des environs, et tous les notables, taut 
mnsulmans qu'Hindous et Anglais, au nombre d'environ 
deux mille perdonnes. 

La Society dont il s'agit a public plusieurs numeros de 
ses actes, mais ils ne me sont pas encore parvenus. Je sais 
senlement que dans une de ses stances il a t^t^ lu une notice 
d^veloppfe sur la constitution d'Angleterre (3), ce qui 
annonce dans Pauteur ime grande connaissance de la lan- 
gue anglaise. 

Vous vous souvenez, messieurs, que Thonorable sir Charles 
Trevelyan avait propose un prix de 500 roupies (1,250 fr.) 
pour le meilleur essai ^crit en bindoustani sur I'influence 
mutuelle de la science arabe et de la science europdenne* (4). 
Deux essais seulement ont ^t^ re^us en temps opportun : 

(1) N" du 14 maps. 

(2) Lc personnage dontil s'agit ici est probablement le fils da roi 
delrdne Wdjid'Ali, car le nabab Icbal uddaula, autre h^ritier pr^aomptif 
de ce trone bris^ (que nous avons vu plusieuro fois k Paris) 6tait au 
monicnt mdme k Londres, d'oi!i il m'^crivit, k I'occasion de mon dernier 
Discours, une lettre en bindoustani, dans laquelle il me disait entrc autres 
cboses : fc Je me r^jouis de ce qu'U y a dans Paris un pprand cmpresse- 
ment k apprend re les langues orientales, et que c*»8t ainsi qu'on y a fond6 
pour leur enseignement une ^cole sp^ciale (font les 416ves, par leur habi* 
lel^, illustrcnt la France. Des savants tels que ceux qu on trouve k Paris, 
de telles institutions et une telle ville sont des arguments d^cisifs pour 
d6mbntrer que Paris deviendra de plus en plus la gloire des contrives 
d'Europe et la plus excellente des villes. Paris et Londres, ces grands 
centres d'instruction lib^rale, sont comme Toeil et le flambeau du munde.» 

Dans une autre lettre du m6me prince, il est fait une allusion spiri- 
tuelle an moi arabe schukr « gratitude », qui n est pas, dit-il, sumsant 
pour exprimer la reconnaissance, car il n'est compost (jue de trois Icttrcs 
{schiUy kaff ri), tandis que les mots persans mihrMniydn a bont^s » et 
doitiydn « amitids », auxquels il correspond, en ont un bien plus grand 
nombre. 

(3) Awad Akhhdry n* du 5 decern bre' 1865. 
(4 Discours de 1^63, p. 209. 



— 342 — 

nn Venn de Bombay, et I'antre dft an maulawi 'Ubaid uUah 
de Calcutta, le mtme dont j'ai mentionn^ une grammaire 
arabe. En I'absence de M. Cowel, retoum^ en Europe, 
rhonorable W. Muir et les maulawi Muhammad Wajih et 
Abd ullatif Kh&n^ secretaire de Taoad^mie islamique, ont 
adjng^ le prix et Pont partag^ entre 'Ubaid uUah et I'au- 
teur de I'Essai de Bombay, qui ^tait meiUeur, mais qui 
n'avait i)as rempli toutes les conditions du concours. Sir 
Charles, k qui on a envoye le rapport des commissaires du 
prix et les deux essais, a adress^ le tout k VAnjuman ialdmiy 
qui publiera saijs doute et le rapport et les m^moires. 

La plus grande liberty religieuse existe dans I'Inde : 
c'est le vrai moyen de faire cesser de ftxjheux antagonismes 
et d'amener, sinon un rapprochement dogmatique, du moins 
une tolerance mntuelle, en d^truisant d'hostiles pr^jug^s, 
qui souvent sont I'unique r^sultat de Tignorance respective 
des membres des divers cultes. Les Hindous veulent prou- 
ver que leur religion n'est pas ce que disent leurs antago- 
nistes. Beaucoup d'entre eux en repoussent les pratiques 
immorales et demandent meme avec instance au gouveme- 
ment de sevir centre les satis (1), d'empfecher les exhibi- 
tions cruelles du charkh pAjd et I'homicide procession de 
Jaggarn§.th ; et tandis que. les Hindous petitionnent centre 
la polygamie, les musulmans petitionnent centre I'infilme 
usage des eunuques qu'ils veulent abandonner, et deman- 
dent une loi centre le crinie auquel on les doit. 

Le brahmaisme, c'est-k-dire le retour aux principes pri- 
mitifs, ou pretendus tels, de la religion hindoue, qui seni- 
blait endormi depuis la mort de Ram Mohan Boy, parait 
revivre, ainsi que je Tai d^jk dit ant^rieurement. A Cal- 
cutta, un membre z^l^ du Brahma sahhd ou samdjy asso- 
ciation dont les opinions tendent k se rapprocher du chris- 

' (1) Lc raja de Kotah a demi^rcment empech^ la veuve d'un banquier 
d'etre sati, c'est-4-dire de se brfller sur le corps de son mari, ce dont il 
a 6t6 compliments ^ar le vice-roi 'dans ane lettre qui exprimc I'espoir que 
cet exemple sera suivi et qu'on n aura plus k dSplorer de pareils actes de 
cruautd. 



— 343 — 

tianisme, le babu Keschab Chandar Sen, a demi^rement 
prononc^ un disoours tr&s-applaadi par un nombrenx audi- 
toire, et dans lequel il a ddvelopp^ ces idees d'nne maniire 
remarquablement ^loqnente, k en croire les journaux de la 
locality (1). 

A Lahore, le gouvernement anglais ayant rendu au culte 
musulman la mosqude d'Alamguir, I'lmto qui presidait k 
la khutba (priire publique) du dernier ^id (2), a pri^ pour 
la premiere fois dans I'lnde pour la reine d'Angleterre (bien 
qu'infidele h ses yeux), et il I'a fait dans les termes sui- 
vants : 

a Seigneur, soutiens et protege celle qui nous a gratifies 
de cette belle mosqu^e et qui nous a donn(5 ce somptueux 
Alifice; c'est k savoir la reine Victoria, cette excelleate 
dame dont I'empire s'^tend de Test a I'ouest par les vic- 
toires qu'elle a remport^es sur les souverains des Arabes et 
des Barbares, Veuille conserver son empire et son autorit^, 
et accorder k ses sujets de jouir des avantages de son gou- 
vernement, 6 toi grand Dieu, gracieux conservateur et 
gardien de I'humanit^ I Amen (3). i> 

Au reste, I'islamisme continue k gagner du terrain 
sur rhindouisme> quoiqu'il ne soit plus soutenu par le 
fanatisme des conqu^rants.Ainsiilest annonc^ dansl'^M- 
hdr-i'^dlam du 11 octobre dernier, d'aprfes le Mufussality 
qu'un musulman seul, nomm^ H^ji Muhammad, a fait 
r^cemment deux cent mille proselytes parmi les Hindous 
du Penjab. 

Un marchand wahabite a derniferement voyag^ dans le 
Concan accompagn^ de quelques disciples, et il y a pr^ch^ 
avec grand z^le ses doctrines aux musulmans du pays. Les 
wahabites sont des protestants musulmans et, de mfime que 

(1) Colonial Church Chronicle de septembre 1866^ d^ap.^s V Indian 
Mirror, 

(2) Les musulmans ont deux principales grandes fMes (id)» La pre- 
miere est celle qui termine le jeilne du ramazan ; la seconde, qui est, je 
pense, celle dont il s'agit ici^ nomm^e plus sp^cialement 'td ulcurbdn 
« fftte du sacrifice », est c616br6e le 10 dezClhijja. 

&) Indian Mail, sept. 21, 1866. 



^^T^, 



— 344 — 

les protestants chr^tiens, ilsse servent pour leurs livres 
religienx des langnes usuelles, et notamment de rhindons- 
tani. n 7 en a beancoup k Pouna et k Ahmadnagar : ils 
sont anssi tr^B-nombreux k Haiderabad du D^can, et les 
Arabes qui sont au service du Nizdm cherchent k propager 
ces doctrines. 

Les conversions au christianisme (1) seraient plus fa- 
ciles k op^rer chez les Indiens si la reunion si d^sir^e de 
I'Eglise anglicane avec I'Eglise romaine pouvait avoir 
lieu ; mais cette reunion me parait malheureusement bien 
difficile, aucune concession n'^tant k attendre en fiveur 
de I'Eglise d'Angleterre, pas plus qu'en faveur de TEglise 
grecque ni m^me de Fancienne Eglise de HoUande dite 
jansiniate. N^anmoins il se fait de temps en temps de sin- 
cferes conversions, m€me parmi des musulmans distingu^s 
par leur instruction et par leur position sociale. Ainsi la 
connaissance de I'anglais que poss^de le maulawi Karim 
uddin, le plus f^cond des ^crivains hindoustanis contempo- 
rains, et a,a frequentation de quelques Europ^ens, hommes 
de science et de foi, Font conduit k reconnaitre, aussi bien 
que son frfere 'Im&d uddin, savant comme lui, mais moins 
connu par ses productions, la vanity de Tislamisme et la 
v^rit^ du christianisme. 'Imfid a d^jk ^te baptist, Karim le 
sera sans doute bient6t, et dans tons les cas ils ont sous 
presse un ouvrage qu'ils ont r^dig^ en commun sur les 
illusions de I'islamisme (2). 



(1) Dans un discours prononc6 k VExeter Hall, sir Herbert Edwards a 
assure que les deux cent mille Chretiens indigenes de I'lnde anglaiseres- 
teraient fiddles k la religion de leur choix, quand mSme il cesseraient 
d etre les sujets d une puissance chr^tienne. 

[2) Ce qui cheque surtout les musulmans, ce sont les signes ext^rieurs 
du culte. C'est pour 6carter ce motif de repugnance que r^vfeque de 
Bombay n*a jamais voulu qu on suivit pour sa catb^drale Tusuge adopts 
d^ns beaucoup d'^glises anglaises d'orner Tautel dune croix entour6e de 
chandeliers et de fleurs. Ainsi le jour de Noel dernier, ayant su qu'on 
avait d^cor^ I'autel de cette mani^re, il refusa d'entrer dans I'Eglise tant 
qu'on n'aurait pas depouill^ lautel de ces ornements; en quo! il a ^t^ 
fortement bl&me par les organes de la haute Eglise. {Colonial Church 
Chronicle, march 1, 1866.) 

Les conversions des Hindous sont plus communes que celles des mu- 
sulmans. A Paris, un Indien a et^ baptist, il y a peu de temps, k TEglise 



— 345 — 

€ Le Christy sanvenr dn genre humain, appelle toutes 
les nations dans un m6me bercail. 

D Qu'il r^gne sur les coeurs, et que, victorienx de oenx qui 
lui sont rebelles, il ^tablisse d^sormais son empire (1) I ^ 

La n^crologie hindoustanique de cette ann^e est tr^s- 
afHigeante. J'ai d'abord k vous annoncer la mort de deux 
de mes anciens auditeurs, dont le premier, N. Bland, a fini 
tristement sa vie k Hombourg-les-Bains, oil il s'^tait retir^ 
apr^ la perte de sa fortune. Ce fut sous la direction du 
laborieux Duncan Forbes qu'il se livra d'abord k P^tude 
du persan et de I'hindoustani ; puis il avait r^sid^ k Paris et 
ensuite de nouveau k Londres. II avait Tintention de 
publier une <i: Histoire de la litt^rature persane y>; mais 
il n'a pu mettre k execution ce dessein : il a seulement 
donn^ une notice sur VA teach Kedehy immense biographie 
des poetes persans, dont j'avais pu lui donner un exemplaire 
en ^change d'un manuscrit de Sauda. On lui doit aussi une 
magnifique Edition illustr^e du Mdkhzan ul asrdr de Niz&mi, 
et, ce qui nous conceme plus sp^cialement, un m^moire sur 
Ma^'M-i sa'd, le plus ancien des poetes bindoustanis mu- 
sulmans. 

Le second de mes anciens auditeurs que j'ai perdus cette 
ann^e, c'est M. I'abb^ Bardelli, de Pise, sur lequel mon 
confrere et ami M. Mohl a donn^, dans le rapport de 
cette ann^e sur les travaux de la Soci^t^ asiatique (2), une 
notice ^tendue qui nous fait connaitre tout ce que I'^rudi- 
tion biblique et orientale a perdu par la mort de ce savant 
et excellent eccl^siastique,cismontain de sentiment quoique 
g^ographiquement ultramontaip. M. I'abbe Bardelli avait 

anglicane de la rue d*Ague8»eaa, et il est mort di riii^rement ^ Hambourg 
un brahmane qui avait 6t^ baptist en 1840 et avait eu pour parrain 
Christian VII, roi de Dancmark. 

(i) Christus gentes convocat 

In unum tugurium 

Regnet Christus cordibus, 
Et victiii rebellibua 
Proferat imperium. 

(Prose de TEpiphanie des liturgies pari- 
sienne el lyonnaise.) 
(2) P. 18^ fUiV^. du n* de juillet 1866 du « Journal asiatique ». 



~ 346 — 

suivi avec goM et assiduity mon coars pendant les ann^es 
1843 et 1844, et je le rev'endique comme un des orientalistes 
europ^ens qui ont voulu ajouter k la . connaissance des 
idiomes savants et des abondantes litt^ratures de I'Asie 
celle d'une langue qui k une grande utility pratique joint 
un int^rfet pliilosophique, philologique et litt^raire bien reel. 
Le 24 avril dernier est mort du cholera k Allahabad, 
k Vkge de soixante-trois ans, le Tr^-R^v. D"* Anastaee 
Hartman. Ce v^n^rable evSque, n& en Suisse, y avait ^t^ 
d'abord professeur deth^ologie, puis en 1843 il ^tait alle 
dans rinde en quality de missionnaire. En 1845, il avait iti 
nomm^ vicaire apostolique de Patna, ensuite de Bombay en 
1858, et enfin replac^ k Patna en 1861. II ^tait trfes-habile 
en bindoustani, et il avait r^dig^ en cette langue un cat^- 
chisme qui a eu plusieurs Mitions (1). H ^tait aussi auteur 
d'un ouvrage plus important, mais que je ne connais pas, 
c'est k savoir une traduction du Nouveau Testament en 
bindoustani, la premifere qu'on ait faite en cette langue 
d'apr^s la Vulgate (2) ; car les traductions directement faites 
du grec sont nombreuses, tant en urdu qu'en hindi. Celle-ci 
est d'une incontestable utility pour les catholiques (remains), 
et fait le plus grand honneur au pieux eccl^siastique. 

{]) J'ai parle, dans mon Discours du 5 mai 1856, de la premiere 6di- 
ti(m de ce catechisme, imprim6c k Bombay, en 1851 et 1852, de trois 
mani^res : 1® en caracteres persans, i» en caract^res d^vanagaris. 3' en 
caract^res romains. L'edition en caracteres romains, k Tusage des mis- 
sionnaircs, est accorapagn^e des Elements de la grammaire hindousianie 
et d'un petit vocabulaire. La seconde Edition a paru Tan passe a Patna ea 
caracteres d^vanagaris, bien qu'en bon urdd. C'est a mon ancien auditeur, 
M. E. Sice, de Pondich6ry, que je dois de connaitre cette seconde 
Edition. 

.(2) Je le suppose du moins, car Rome ne toldre les trrductions de la 
Bible qu'autant qu'elles sont faites d'apr^s la Vulgate. Cela est si vraiqa'aa 
lieu de laisser aux Grecs catboliques (romains) Tusoge du Nouveau Testa- 
ment dans le texte grec originaly il en a 6t6 public pour leur usage one 
traduction en grec moderne d'apres la Vulgate. Quant h Topinion gen^ra- 
lement r^pandue k cette beure que la lecture de la Bible est rorroellernent 
interdite aux catholiques, elle n ent sans doute pas fondle, car en 1757, 
sous le pontificat de Benoit XIV, la congregation de I'lndex permettait la 
lecture de la Bible en langue vulgaire, pourvu que la traduction fut ap- 
prouv^e; et la Propagande elle-meme a public dans son temps de prospe- 
rity des traductions de la Bible en langue vulgaire, sp^cialement dans les 
langues oricntales, une en arabe par exemple, traduction qui a ^t6 repro- 
duite tcxtuellement par la Society biblique britannique et strangers. 



I 



— 347 — 

I Enfin j'ai It mentionner un d^c^ bien pins triste encore 

I k cause du funeste accident qui Pa ddtermin^. En effet, S. 
6. le Tris-R^v. D' George Edward Lynch Cotton, ^vgque 

. de Calcutta, s'est noy^ le 6 octobre dans le Gauge en mon- 
tant sur un bateau k vapeur k Kuschtia, od il ^tait all^ b^nir 
nn cimeti^re k son retour de sa visite pastorale en Assam. 
Le respectable defunt se distinguait par des connaissances 
profondes et varices k la fois et par une active charity. H 
^tait non-seulement z^le pour la conversion des indigenes, 
inais aussi pour leur instruction litt^raire et scientifique. II 
voulait par li, comme Fillustre Reginald Heber, un do ses 

I pred^cesseurs, Eloigner d'eux les pr^jug&, et les convertir 
ainsi plus aisement k la foi cbr^tienne. De m^me que le D' 

' Hartman, il dtait babile en hindoustani, et je vous avals 
(ate de lui Fan pa«s^ plusieurs allocutions faites en cette 
langue. H ^tait le sixiime ^vfique de Calcutta, immense dio- 
c4se qui comprend, outre le Bengale, les provinces nord- 
ouest, I'Aoude, le Peujab, I'Assam, I'Arracan, le Tenna- 
sarim et ce qu'on appelle Strait settlements (1) 1 

Puis^ent ces deux pr^lats, qui s'estimaient I'un Tautre, 
to aujourd'hui r^unis dans « le s^jour oil rien ne cache le 
Soleil de justice ni ne I'obscurcit; oi ceux qui y sont admis 
ne se s^parent plus, et oil ceux qui out et^ longtemps s^- 
par&ne se quittent plus (2) I i> 

(1) Indian Mail, oci. 15, 1866, oa « States settlements »; Indian Mail, 
^py. 12, 1066. Eastern Straits settlements, c'est-4-dire Penang Malacca, 
Singapore. 
(^) A land upon "whose blissful shore- 

There rests no shadow, falls no stain ; 
There those who meet shall part no more, 
And those long parted meet again. 

(The Psalmist, new Collection of hymns, 
Boston, 1854, p. 687.) 



/ 



— 848 — 



DIX-SEPTIEME DISCOURS 



2 d^cembre 1867. 



Messieurs, 

Mon allocution annuelle est forc^ment monotone, car 
elle doit se bomer, d'aprfes le cadre que j'ai adopts, k vous 
entretenir des progrfes de la culture des deux branches de 
I'hindoustani et de ce qui s'y rattache par un lien naturel 
Je veux vous parler tout d'abord cette fois de la perte si 
fiksheuse, et j'oserais presque dire irreparable, que la litt^- 
rature hindoustanie a faite r^cemment par le d^cfe aussi 
premature que fortuit de mon excellent et pr^cieux ami le 
major A, R. Fuller, directeur de I'instruction publique au 
Penjab. 

Get homme recommandable avait obtenu un conge ponr 
voir ses enfants en Angleterre, en ramener sa femme, et 
visiter k Paris sa soeur ch^rie, A peine de retour dans 
I'Inde, oblig^ de faire un voyage pour Texercice de ses 
fonctions, il ^tait parti le 20 aoftt dernier dans la malle- 
poste du pays, en compagnie d'un jeune officier, lorsque, 
prfes d'arriver k Rawal-Pindi, ils rencontrferent un wai'« 
(ruisseau) quij grossi par les pluies, s'^tait chang^ en tor- 
rent. La malle s'accrocha k des pierres, et ce fut alors que 
le major Fuller et son compagnon de voyage eurent la &- 
tale id^e de descendre de la voiture pour lui faire franchir 
Tobstacle qui se pr^sentait, Mais ils furentrenvers^sFunc^ 
I'autre par le torrent, qui les emporta assez loin de lij et 



-T 



— 349 — 

kors coirps ne farent reiTonT& que plusienrs heures pins 
tard. 

Le major Fuller n'etait kgi que de trente-huit ans quand 
il est mort d'une fa^on si malheureuse, qui rappelle le fii- 
neste accident du mSme genre qui Pan pass^ priva de la vie 
r^v^que de Calcutta : et ce qui futvraiment extraordinaire^ 
c'est que TevSque de Bombay ^ en allant remplir par interim 
led fonctions du pr^lat defuut, faillit se nojer aussi en mon* 
tant k bord du navire qui devait le transporter. 

Presque en m^me temps que le major Fuller, Fancien 
directeur de rinstruction publique k Bombay, M. E. I. Ho- 
ward, perdait la vie k peu pr&s an mSme ftge (quarante 
ans), et par un accident ^galement funeste (1). 

Le major Fuller, dont nous d^plorons la perte, avait or- 
ganist dans le Penjab Tinstruction publique chez les natifs. 
On lui doit, outre ses lumineuz rapports annuels, un nom- 
bre considerable d'ouvrages et d'opuscules soit r^dig^s par 
loi-m^me en hindoustani avec I'aide des indigenes soit re- 
digis en anglais et traduits sous ses auspices, travaux dont 
j'ai eu Toccasion de vous signaler les principaux dans mes 
allocntions ant^rieures. 

Un autre orientaliste de mes amis est moirt cette ann^e k 
r^ de quatre-vingt-six ans. Je veux parler du Rev. 
George Cecil Benouard, ancien aumdnier de Pambassade 
anglaise k Constantinople, puis recteur de Swascombe en 
Kent pendant quarante-cinq ans. II se distinguait par sa 
science dans les langues de P Orient, sp^cialement en turc, 
et par une bienveillance cosmopolite qui le faisait ch^rir de 
tons ceux qui le connaissaient. 

€ Si Pinevitable n^cessite de la mort attriste la nature 
hamaine, la foi en Pimmortalit^ fixture qui nous est promise 
nons console... La vie ne nous est pas enlev^e, elle est seu- 
lement chang^e, et lorsque cette maison terrestre tombe en 



(1) Le choc centre le wagon qu'il montait d'une locomotl?e dont on 
ayait oubli^ d'arrdter la vapeur. 



"*-^ 



— 850 — 

ponssik'e, nous acqaerons nne habitation etemelle dans k " 
ciel (1). > 

Les communications de fen le major Fuller et de mes 
antres amis de I'lnde, la lecture des journaux indiens^ tant 
hindoustanis qu'anglais, et la reception d'ouvrages nouvel- 
lement publics, me permettent de vous mettre cette ann^e 
encore au conrant du mouvement social et litt^raire qui 
continue k se produire dans Plnde. 

Comme Ta dit avec raison M, F, H, Jeune (2), dans son 
attachant Prize Essay sur lepouvoir musulman dans Flnde: 
€ Les Hindous, dont- le sjst^me social a rendu faciles les 
invasions ^trang^res, ont r^sist^ n^anmoins, par une sorte 
de compensation, aux effets de la conquSte en conservant 
les institutions qui les distinguaient des autres nations bien 
avant Vhre cbr^tienne, et ils sont rest^s un peuple k part. » 
Esp^rons toutefois que le contact des Hindous avec les Ea- 
rop^ens leur fera secouer le joug des prejug^sfimestesdont 
ils sont encore les esclaves, T>6}k ce contact a porte des 
fruits. 

Je vous ai parl^ dans d'autres circonstances des sod^t^ 
r^form(5es bindoues. Celle qu'on nomme V^da Samdj « So- 
ciety des y^das d exige des associ^s les deux declarations 
suivantes : 

l** J'adorerai I'Atre sup^rieur, le cr&.teur, le conservateur, 
le destructeur, le sauveur, romniscient, le tout-puissant qni 
n'a pas de forme ni de pareil, et je n'adorerai aucun autre 
6tre; 

2"* Je travaillerai a composer un rituel conforme a 
Tesprit du pur th6isme et d^gag^ des superstitions qui 
caract^risent mainteoant les c^r^monies bindoues (3). 

(1) Preface des Tr^pass^s des litargiesparisiense et lyonnaise. 

(2) The Mahometan power in India, in-8<» de soixante-dix-sept pages. 
L'auteur de cet ^crit^ el^ve de i'Universit^ d'Oxford, est tils du respecta- 
ble 6v6que de Peterborough, dont le dernier mandement (charge) a fait 
beaucoup de sensation en Angleterre. Ce jeune homme se distin^e par 
une grande facility de conception, qu'^gale celle qu'il poss^e d'exprimer 
ses id^es. Le prix dit Arnold Prize que lui a valu cette disertation^ est 
le quatritoe qull a obtenu. 

(3) Les d^tuls des choses k reformer sont donnas daos le Colonial 



— 351 — 

Cette compagnie est^ comme on le yoit, analogue & celle 
qui porte le nom Brahma Samdj € Soci^t^ de Dieu i>j dont 
les principes ont 4i& exposes par le babu Kaschab Chandar 
Sen a Lahore, le 23 f(£vrier dernier, dans une conference k 
laquelle ont assist^ pr^ de quatre cents personnes, tant 
d'entre les indigenes que d^entre les Anglais, parmi lesquels 
on disiinguait le gouvemeur du Penjab. Dans cette conf<5- 
rence, le babu a traite de la mani^re la plus spirituellejet la 
plus (iloquente la question de la renaissance religieuse des 
Hindous. H a dit que ce qu'il appelait renaissance ou nou" 
velle vie consistait k abandonner le culte des idoles, bien 
qu'il eiit pour princlpe celui de Dieu, qu'il fallait seul re- 
connaitre et adorer. 

Le discours du philosophe hindou fut ^cout^ avec le plus 
grand interSt. Le lieutenant-gouverneur complimenta I'ora-. 
teur et souhaita k ses, bonnes doctrines le succ^ qu'elles 
m^ritent. Comme rallocution avait ^te faite en anglais, il 
exprima le ddsir qu'elle iti traduite en hindoustaui et im- 
prim^e, afin que tout le monde piit en profiter (1). 

n s'est aussi forme depuis quelques ann^es dans le 
Penjab une soci^t^ religieuso demi-secr^te qui n'admet dans 
son sein que des Hindous et des Sikhs unitaires, rejetant 
les idoles, les images et tons les objeis mat^riels du culte (2). 

Les missionnaires chr^tiens aiment ces soci^tes hybrides, 
dont les opinions eclectiques leur paraissent favorables k la 
propagation des idees chretiennes. Nous voyons ainsi que 
le R^y. M, Kirk a donn^ aux indigenes, en Janvier der- 
nier, dans la cathedrale de- Bombay, une conf(6rence dans 
laquelle il a engag^ les Indiens instruits, qui sentent le 
besoin d'une r^forme religieuse, k former entre eux tme 
association qui reconnaitrait, avec les musulmans, un Dieu 
unique et absolu; qui dirait aux brahmanes ^clairiSs qu'ils 
ne sont s^par^s du reste des hommes que pour se conduire 

Church Chronicle du !«' d^ceinbre 1866, auquelj'emprunte ce que je dis 
ci. 

(1) Akhbdr-i 'dlam de Mirat, n^ du 7 mars 1807. 

(2) Indian Mail, f^vrier 1867. 



— 352 — 

mieux qu'eux (1), et que, si an sudra les sorpasse en m^rite^ 
il appartient de droit k la caste d'^lite (ce qoi renverse le 
syst^me des castes, que rejettent au surplus les jams, fort 
nombreux k Bombay); enfin qui admettrait avec les parsis 
que les hommes se divisent en deux classes, les bons et les 
m^chants, et que les premiers seront recompenses et les 
seconds punis. <l Les anciens Hindous, ajouta-t«il, d^siraient 
d'etre parfaits ; efforcez- vous done par une conduite irrdpro- 
chable de tendre k cette perfection, afin de pouyoir faire nn 
jour partie de ce nouveau monde oil il n'y aura ni parsi, ni 
musulman, ni Hindou, ni Europden, mais des fr^res asso- 
cids en honneur et en gloire, et par Tineffable manifestation 
de Dieu recompenses eternellement des souffrances qu'ils 
auront endurees dans ce monde pour Stre fiddles aux vrais 
principes reveies aux hommes (2). ]e> 

Le goiivernement anglais seconde toujours de son mieux 
les bonnes dispositions des indigenes, et s'oppose autant 
qtiiil le pent aux injonctions vexatoires de leurs autorites ; 
c'est ce qu'il a fait demi^rement k Baroda, oji, ne pouvant 
plus briiler les veuves, on voulait les obliger k se faire 
raser la tSte. II est cependant quelquefois force de transiger 
avec les superstitions m6me les plus deplorables. Ainsi, 
pour ne pas chequer les Hindous, consideres comme ortho- 
doxes, le gouvemement de I'Lide, malgre les reclamations 
des Hindous edaires, soit par la lumi^re qui illumine tout 
homme qui vient au monde (3), soit par la frequentation des 
Europeens, n'a pas voulu intervenir pour empfecher absolu- 
ment la pratique revoltante et homicide de plonger dans le 
Gauge les mourants et de les etouffer en remplissant leur 
bouche de la vase du fleuve sacre. On est seulement oblige 
d'avertir dans ce cas la station de police la plus proche, afin 
que cette choquante ceremonie soit surveiliee et ne degd- 
nkve pas en un veritable assassinat. Cette sorte de moyen 



{\) Nous disons aussi : « Noblesse oblige. » 

{2) Colonial Church Chronicle^ no du i^** mai 1867. 

(3) Evanglle de saint Jean, I, 9. 



— 353 — 

terme a ^t^ acoepte par les fanatiques partisans des vieilles 
superstitions, mais hautement d^sapprouvee par les Indiens 
philanthropes. 

Ecoutons an sujet de cette abominable pratique Id tableau 
dontla naiFe simplicity attestePexactitude, tableau que trace 
dans son Ard'isch-i mahfil I'^crivain hindoustani Afsos (qui, 
en bon musulman, est r^yolt^ de ces atrocit^s) k propos du 
village de Chakdah, en Bengale, connu sous le nom de 
€ rille des morts d. 

<L Depuis les temps les plus anciens, nous dit-il, il est 
d'usage dans la province du Bengale que si un Hindou est 
malade, sans espoir de guerisdti, ses parents le portent au 
bordduGangeet I'y plongent jusqu'i la moiti^ du corps, 
en jetant de Teau sur la partie qui est en dehors, afin qu'il 
meure par Teffet de la fraicheur de Feau. Si la mort se fait 
attendre, ils posent leur genou k^ur la poitrine du malade, 
en invoquant le nom de Hari. Le patient a beau faire enten- 
dre des plaintes et supplier en disant : J*irai mteuxy je me 
r^abliraiy ces prices sont sans effet sur le coeur de ces 
hommes d^natur^, et ils le tuent violemment; puis ils aban- 
donnent le cadavre au courant, et retoument tranquillement 
k leur demeure. Toutefois, actuellement, dans la crainte du 
gouvemement anglais, ils ne pratiquent plus ces meurtres 
abominables en public, mais en secret. Quand ils ne font 
pas p^rir le malade de cette fa^on, ils ont coutume de 
Ini donuer de la nourriture pendaili quarante jours et de 
I'abandonner ensuite, le consid^rant comme mort. Or, un 
certain nombre de ces pauvres gens reviennent k la sant^; 
mais personne d'entre les Bengaliens ne vent plus le recon- 
naitre : des villages entiers sont peupl^s de ces malheureux, 
et celui de Chakdah est de ce nombre. j> 

Les superstitions inoffensives sont loin d'etre en d^- 
croissance, car on n'a pas compt^ moins de deux millions 
huit cent cinquante-cinq mille p^lerins au dernier mdla (1) 



(1) P^lerinaj^e et foire. 

23 



— 354 — 

d'HardwaTj le 12 avril dernier (1) ; et plus r^cemment, en 
octobre, les fStes toutes palenneft du Durga pujd et du 
Dashara ont ^t^ excessivement brillantes. 

Un journal hindoustaui (2) nous raconte aussi qn'nn 
vieux brahmane arriva naguere du D^can en pfelerinage k 
Mathura, ville sacr^e pour les Hindous k cause qu'elle est 
le lieu de naissance de Krischna, la plus c^lfebre des incar- 
nations de Wischnu. Ce brahmane avait avec lui sa jeune 
fille de neuf ans, qui annon^a un beau jour que Krischna 
lui avait apparu en songe et lui avait propose de repouser. 
On ne douta pas de la chose, et le lendemain on maria la 
JT^une fille i la statue du dieu. Les Hindous firent de grandes 
rejouissances k I'occasion de ce pr^tendu mariage, et vcn^- 
rferent dfes lors la jeune fille comme une sorte de divinit^. 
Elle est allee ensuite k Lakhnau, et elle y denieure prfej 
de la porte noram^e Gul darwdza (Porte aux roses). Li 
chaque matin se r^unissent des Hindous de tout ^ge et de 
tout sexe, pour I'entendre reciter ou plutot chanter des 
vers du Bhagavat^ et on lui offre des dons en argent et 
en friandises. 

Cependant beaucoup de rajas hindous entrent decidement 
dans la voie du progrfe. Parmi ces souverains on pent 
mentionnerle maharaja de Jaipur, qui a ^tabli un conseil 
d'Etat de huit membres charges de I'aider k gouverner. 
On pent dire que ce raja (qui descend de Rama, roi 
d'Ayodhya, le h^ros du Ramayana, et de Jai* Singh, qui, 
a la fin du dix-septifeme sitele, s'occupa avec tant de sue- 
cfes de math^matiques et d'astronomie) est aujourd'hui a la 
tfete de la civilisation indienne, et que sa capitale est deve- • 
nue la premiere des villes indigenes. Waj&hat Ali (3) cite 
aussi avec de grands ^loges le nabab de Rampur, nomm^ 
Kalb Ali (le chien d'Ali), qui protege la culture des con- 



(\) Indian Hail, n* da 4 novembre 1867. 

(2) VAwadh Gazette, dont Tarticle est reproduit dans V Homeward 
Hail du 12 septembre 1867. 

(3) Akhbdr-i 'dlam du 8 aoiit 1867. . 




— 355 — 

naissances utiles, qui fonde des colleges, qui propage rem* 
ploi des machines, qui appricie les savants et leur donne 
des titres honorifiques. Citons aussi le maharaja de Mai- 
nour, qui a exprimi I'intention d'^tablir une bibliotheque 
publique compos^e de livres hindoustatiis. persanset arabes, 
et qui a fait ^crire par son secretaire aux imprimeuis de 
rinde pour les inviter k lui envoyer les ouvrages qu'ils pu- 
blient et dont le prix leur sera pay^ (1). 

Les journaux indiens out annonc^ le voyage en An<rle- 
terre du maharaja de Bharatpur. Sa femme et ses princi- 
paux officiers le d^toumaient de I'id^e de ce voyage, qu'ils 
traitaient de/antaisie crue (Jchdm khii/dlt) y-parce qu'ils crai- 
gnaient qu'il ne se fit chretien. Le jeune prince, qui a reqn 
une edacation europ^enne, n'a pas eu ^gard k leurs obser- 
vations; son voyage a ^te d^cid^, et il sera represente, 
pendant son absence, par un conseil de r^gence (2). 

Le maharaja d'Indore a voulu suivre cet exemple, mais 
il a demand^ auparavant Tavis d'un comity, de th^ologiens 
brabmanes qui ont pens^ que, pourvu qu'il suivit les pres- 
criptions l^gales pour la nourriture et la boisson, son 
voyage en Europe ne pouvait lui faire perdre sa caste, et 
lui serait au contraire utile et profitable (3). 

On annonce aussi la visite en Angleterre du nabab Xazim 
de Mnrschidabad (4). Enfin un Europ^en fort instrait, ha- 
bitant de Calcutta, qui parle et ^crit couramment I'hindou- 
stani, ofFre, par I'entremise des journaux indiens, de mener 
avec lui, k un prochain voyage en France et en Angleterre, 
les Hindous ou musulmans qui d^sireraient visiter ces pays : 
et Nawal Kischor, I'editeur de VAwadh Akhbdr^ se charge 
de donner l^-dessus tons les renseignements desirables. 

Les soclet^s litt^raires, tant hindoues que musulmanes, 
contribuent dans la mesure de leur pouvoir k Textension de 



(1) AkhMr4 "dlam du 3 Janvier 4867. 

(2) Akhhdr-i 'dlam du 7 f6vTiep 1867. 
Mirat Gazette du 23 mars 1867. 
Indian Mail du 5 avril 1867. 



Si 



— 356 — 

la culture des sciences et des lettres orientales, ^largie par 
celles de I'Europe. jAAnjuman de Lahore et la Society 
islamique d'Aligarh sent les principales de ces compagnies. 

La premiere, dont le D«- Leitner est toujours le membre 
le [)lu8 actif, avait un peu langui ; mais en avril dernier 
elle a ete reunie en stance g^n^rale, et le secretaire, le 
maulawi Muhammad Hugain, a annonc^ qu'elle publierait 
des traites sur des sujets scientifiques et d'utilit^ publique. 
Dans cette stance, on s'occupa des plaintes des pauvres, trai- 
tes dans les hospices du gouvemement, des r^formes k ope- 
rer dans les ventes k I'encan, des reglements k adopter dans 
le dibit des medicaments, des encouragements a donner & 
la culture des vigetaux propres aux lieux montagneux. 

En septembre dernier, il a eti tenu une autre seance, 
dans laquelle il a ite propose de demander an gouvemement 
I'admission des indigenes non-seulement aux petits emplois, 
mais aussi aux grands, et de reclamer centre certains abus 
dans les chemins de fer (1). k. la stance du 5 octobre, il a 
ete presente k la Societe le manuscrit d'une grammaire 
comparoe urdue, persane, arabe et turque, dont I'auteur, 
Muhammad Mirza, a demande I'impression. 

Le college de I'universite du Penjab a continue de fonc- 
tionner. L'urdii litteral, le persan et I'arabe, dont Tensei- 
gnement public etait vivement desire dans cette pronnce, y 
sont I'objet de cours reguHers, et des eifeves sontaccourus des 
endroits les plus recuies du Penjab et mSme du Caboul (2). 

La Societe islamique (^Anjuman isldmi) a tenu sa seance 
gencrale annuelle a Calcutta en mars dernier. L'assistance, 
qui s'eievait k deux mille personnes, se composait des rais 
(chefs indigenes) les plusdistinguesde I'Hindoustan, d'entre 
les musulmans et aussi d'entre les Hindous, de beaucoup 
d'autres notables indigenes et d' Anglais, k la t^te desquels 
etaient le vice-roi, gouvemeur general, et le lieutenant 
gouverneur du Bengale. On fut d'abord interesse par les 

{{) Mirat Gazette du 21 septembre 1867. 
(2) Akt^bdr-i 'dlam du 25 avril 1867, 



r -»,-, 



— 357 — 

I 

experiences scientifiques dont la Soci^t^ donna le spectacle; 
puis on entendit dcs discours^ et le vice-roi complimenta le 
s^cr^taire le maulawi Abd-uUatif Khan sur le zfele qu'il met 
k s^acquitter de ses fonctions (1). 

Dans un m^moire adress^ au vice-roi, cette soci^td a de- 
mand^ Temploi de I'hindoustani (urdu) ou du bengali pour 
I'enseignement et les examens de runiversit^ de Calcutta , 
au lieu de Fanglais, dont on se sert dans certains cas ; en 
sorte que le m^me d^gr^ universitaire soit confiir^ a ceux 
qui r^pondront dans la languedu pays; ou, si onle preftre, 
qu'il soit ^tabli une section particuliere dans laquelle la 
langue usuelle soit seule admise. L' association demande 
mSme la fondation d'une university speciale pour les Indlens 
des provinces du nord-ouest, dans laquelle I'enseignement 
serait donn^ en hindoustani , I'universit^ que le docteur 
Leitner a voulu ^tablirn'ayantpas obtenu, k ce qu'il parait, 
I'appui du gouvernement (2). 

Le maharaja de Jamun et du Cachemyr (pays surnomm^ 
Jinnat naztr cc pareil au paradis »), a invito les savants de 
I'endroit k se r^unir hebdomadairement pour se livrer k 
des discussions Erudites, sans fanatisme sectaire, recomman- 
dation fort utile, k cause des difFerentes religions auxquelles 
appartiennent ceux qui sont appel^s k ces reunions. Les 
joumaux de Tlnde (3) mentionnent sp^cialement une sdance 
preside par Kripa BAm Ji, ministre du souverain, auteur 
d'un Diwan de poesies, et qu'ils appellent « I'Aristote du 
temps, le Platon du sifecle, Tasile des gens instruits, I'uni- 
que de nos jours, la gloire de la nation, d Dans cette s(^ance 
il fut question d'astronomie et de gdomdtrie, du V^danta 
et du Dharma Schdstar, 

Les journalistes indiens font observer que si les souve- 
rains ou les gouverneurs des autres provinces agissaient 
comme ce maharaja, les tdnfebres de Tignorance se dissipe- 



(1) Akhbdri 'dlam du 14 mara 1867. 

(2) Homeward Mail, 14 et 21 octobrc 1867. 

(3) Bidya-biUU, AkhUr-i VUdm. 



— 358 — 

rsiient en pen d'annees ; mais qu'il n'en est malheurense- 
ment pas ainsi, les chefs indigenes ne s* occupant que de 
leurs plaisirs, de voir danser, d'entendre de la musique, de 
jouer aux des (chaugar)^ aux dames (pachid)^ aux cartes 
(ffanjt/a)^ et ne s'occupant jamais de choses graves. 

C'est surtout Thindoustani qui sert de v^hicule aux trans- 
actions sociales et litt^raires dont je parle. Les autorites an- 
glaises I'emploient quand elles s'adressent aux natifs, ct j'ai 
mentionn^ anterieurement plusieurs de leurs discours. A 
Pondich^ry, on a fait demiferement Tinverse (1), car un se- 
minariste indigene a eu la singuli&re id^e de harangaer 
lord Napier, dans sa visite aux ^tablissements fran^ais, en 
latin, au lieu de le faire en hindonstani, en anglais on en 
frangais. II a vaulu sans doute prouver par Ik quMl savait le 
latin, chose obligatoire pour lescandidats a la pr^trise de 
I'Egli^e romaine, dont les pri^res officielles de la liturgie 
sont en latin. 

Le gouvernement de I'lnde reconnait de plus en plus 
I'iraportance de I'hindoustani pour les Europeehs. Un ar- 
r^te de juin dernier, qui prescrit de nouvelles rfegles pour 
Tencouragement de I'^tude des langues orientales parmi 
les membres du service civil en Bengale, porte qu'une al- 
location de mille roupies (2,500 fr.) sera donnee pour 
chacun des deux dialectes, urdii et hindi, aux candidatsqui 
auront m^rite par leur examen le degr^ de high pro/lcien^t/ 
(grand progrfes), et de deux mille (5,000* fr.) toujours pour 
chacun des deux dialectes, kceux qui auront acquis le de- 
gT& superieur, nomm^ honour (honneur), en outre du di- 
plome constatant le succ^s (2). 

li) Indian Mail da 12 septembre 1867. 

(2) Les ouvrages sur Icsquels les candidats pour Ic high proficiency 
devrout 6tre examines, sont^ pour I'urdfi, VIkhwdn ussafd, le fiasr 
Benazir et VArdisch-i mahfil (que I'^minent indianiste Skakespeare^ mon 
mattre, avail choisi avec raison^ k cause de la purei6 du style, pour 
base de scs Selections^ dont s'est servi si longtemps avec succ^s le Mili- 
tary seminary d'Addiscombe); pour I'hindi, le Rij-n-ti, le Prem Sdgar 
et le Vidyankar (Elements des sciences, par Sri IA\). Quant au degr6 su- 
perieur nomm6 honour, ce sera, p'»ur I'urdil, le Fagdna Ajdib (R6cit do 
merveilles), roman presque aussi c^l^bre dans I'lnde que le Bdg o haMu 



— 359 — 

Dd plus, pour eucourager les ofBciers deTarmee derinde 
k etudier les laDgues du pays, et sp^cialemeut riiindou- 
stani, on leur donne pour s'y appliquer, quand ils le d^si- 
rent, un cong^ de deux ans, qui comptent comme service 
eflfectif s'ils obtiennent le degre a*honneur. 

Afin de promouvoir la m^me ^tude, le commandunt en 
chef du quartier general k Simla a public une circulaire le 
22 juillet dernier, pour exciter les officiers de ses regiments 
k bien comprendre les avantages qu'il y a poiu: eux k passer 
Texamen du degr^ le plus ^lev^ en hindoustani, leur apti- 
tude sous les autres rapports ne pouvant supplier en rien k 
la connaissance parfaite qu'ils doivent avoir de la langue 
usuelle pour remplir les fonctions auxquelles ils peuvent 
etre appeles (1). 

Les editeurs de 1' Oriental Circular de Londres ont bien 
senti rimportance de Thiudoustani pour se mettre en rap- 
port avec rinde, et les premiers, je crois, ils donnent, gr§u*e 
a Tassistance du saiyid Abdoollah, des aunonces redigees 
en hindoustani et accessoiremeut daus d'autres langues 
orientales, chose que uos etablissemeuts industriels feraient 
bien d'imiter. 

Les progr^s que j'ai signalt^s chez les indigenes ne sent 
pas encore du christianisme, mais ils peuvent y conduire. 
Ces progrfes am^uent, dans tons les cas, la tolerance. Nous 
voyons, par exemple, que le raja de Schumla a fait une pro- 
clamation pour permettre la propagation de TEvangile et 
interdire toute vexation a Fiigard de ceux de ses sujets qui 
se convertiraient au christianisme. 

Le'Travancore, bien que soumis k un souveraiu hindou, 
jouit d'une grande liberty religieuse, et k Toccasion de la 
nomination du maharaja k Tordre de TEtoile de Tlnde {Star 

)e Diwan d'Atasch etleRGBuvres dc Sauda ; et pour I'hindi le Bvkmin 
Purdniya, le Sabhd vH4Sf le Hdmdyand de Tulcid&s et le Hdm^guUa- 
boli^ ouvrages (jue j'ai eu rocca8i«»n de faire connaitre dans dea allocu- 
tioDA ant^rieures. Les candidats devront en outre traduiie de laitglais en 
hindoustani, et soutenir une conversation en .cette langue. {Indian. Mail 
du laaoilt 1 67.) 
(i) Indian Mail du 20 jeptembre 1867. 



— 360 — 

of India) ^ son ministre a assort les missionnaires que non- 
soulement ils ^taient rus avec plaisir dans le pays, mais 
qu'on reconnaissait qu'ils y ^taient utiles (1). 

Le gouvemement anglais n'intervient pas, et agissant 
avec une prudente sagesse, il se borne ik laisser faire, adop- 
tant aiusi dans Tlnde la distinction entre le spirituel et le 
tempore! ^tablie par Dieu m6me; car il est dit dans les 
Psaumes (cxiii, 25) : <l Les choses du Ciel sont au Sei- 
gneur; mais il a abandonn^ aux hommes les choses ter- 
restres. t> 

Le nouvel ^v^que de Calcutta, Sa Gr&ce le Trfes-R^v^rend 
Robert Milman, s'occupera sans doute avec le m6me zfele 
que son pr^d^cesseur du bien-6tre moral et intellectuel des 
indigenes.' Ses antecedents offrent la garantie de ce qu'on 
doit attendre de lui. El&ve de Tuniversite d'Oxford,il etait 
cure,lors de sa nomination, dans le comt^ de Buckingham* 
Fils du baronet sir W. G. Milman, il appartient k ce qu'on 
nomme la haute Eglise (high Church) dont les sentiments 
sont, on pent le dire, catholiques, tandis que ce qu'on nomme 
la basse Eglise {low Church) a des sentiments protestants 
trfes-tranch^s. M. Milman est un pr^dicateur d'autant plus 
distingue qu'il pr^che ex tempore d'une maniire peu com- 
mune, et on lui doit plusieurs ouvrages estim^s (2). II a^t^ 
sacre k Cantorbery le 2 fevrier dernier par I'archev^que 
primat, assiste, d'aprfes I'usage cathoHque, de deux autres 
evfeques; et il a Hi install^ ofBciellement en avril dans 1'^- 
glise de Saint-Paul de Calcutta. Dfes le mois de mai, trente- 
cinq ecciesiastiques r^unis dans son palais episcopal out exa- 
mine avec lui plusieurs questions interessantes, celle, entre 
autres, de I'avantage qu'il y aurait k adopter im recueil 
d'hymnes pour I'usage general de toute I'tide. Les hymnes 
dont il s'agit sont des chants simples et touchants, et \e& 
indigenes qui les entendent doivent dire, comme Bilm Mo- 

(1) Indian Maildu 20 juin 1867. 

(2) Tels que : The Love of atonement, the Voice of Harvest, the Con- 
version of Pomeraniay etc. 



— 361 — 

ban Roy (1) lorsqu'il assistait an service divin dans une 
^glise chr^tienne, ce qui est si bien exprim^ par ces vers 
du docteur Watts : 

Lord! how delightfurtis to see 
A whole asseuibly worship thee : 
At once they sing, at once they pray. 
They hear of heaven and learn the way. 

Le digne pr^lat s'est mis k F^tude de I'hindoustani d&s 
son arriv^e dans I'Inde, et, chose ^tonnante, aprfes un si 
court s^jour, il pent prdcher aux indlgfenes dans leur propre 
langue. C'est ce qu'il a fait le 17 octobre dernier, k Dehli, 
k Toccasion de la consecration de I'^glise de Saint-Etienne, 
ei^gant Mifice, dont les murs sont orn^s de joli^s arabes- 
ques, de symboles religieux et de textes de TEcriture sainte, 
en urdii et en anglais (2), 

Les nouveaux convertis ne sont pas des gens illettr^s, 
ce sont g^neralement au contraire des savants, et plusieurs 
sont entr^s dans les ordres. L'^vfeque de Madras, dans sa 
demifere visite pastorale, a confirm^ cinq mille deux cent 
cinquante-deux natifs, et donn^ I'ordination a neuf prdtres 
et a onze diacres natifs aussi (3). A Mathura, un babu qui 
en dirigeait I'^cole a ^t^ ordonn^ prfetre par I'^v^que de 
Bombay. 

On c^lfebre k I'^glise d'Agra, deux fois par dimanche, le 
service divin en hindoustani. On y a baptist I'an pass^ huit 
adultes, dont un brahmane. Plusieurs villes de la province 
out aussi des chapelles ou Ton pent assister au service divin. 
Toutefois les missionnaires ^prouvent souvent beaucoup 
d'opposition. A Hatras, lenrs agents out m battus et la- 
pid^s (4). 

Les missionnaires out aussi du succis sur les peuplades 

!1) Calcutta Review, n? 87 (1866). 
2) Dehli Gazette (Ind. Mail du 27 tiov. 1867.) 
3) Colonial Church Chronicle^ n* du 22 mars 1867. * 

4) Indian Mail, n" du 22 mars 1867. 



L 



^ 862 — 

demi-sativages qui se trouvent qk et Ik dan6 I0 vaste t^^ 
toire soumis k 1' Angleterre. C'est aiusi que dans une depen- 
dance de Nllgpnr, au midi et a Touest du Bengale, un 
missionnaire allemand a pu convertir derniferement qua- 
torze miUe indigenes de ceux qu'on nomme cult (manou- 
vriers) et dangri (laboureurs) , selon ce que nous apprend 
le journal urdii de Mirat^ AkhhdrA ^dlam^ du 3 Janvier 
pass6, journal ^crit par un musulman. Malheureusement, 
le raja de Fendroit, qui est Hindou, a vu de mauvais oeil 
ces changements, et y met obstacle de tout son pouvoir en 
accablaQt de vexations de toutes sortes les nouveaux con- 
vertis. 

La Soci^te pour Teducation chretienne des indigenes au 
moyen de la langue usuelle f Christian vernacular Education 
Society) a fonde quatre ecoles normales qui sent en pleine 
activity (k Calcutta, k Amritsir, k Ahmadnagar et a Din- 
digal), Ecoles destinies a devenir des centres d'edacation 
chretienne pour les natifs, et soixante-dix-huit ecoles pro- 
prement dites fr^quentees par quatre mille enfants qu'elA- 
vent des mattres indigenes nommes par la Socidte. En outre, 
la Soci^te a fait de nombreuses publications tirees k des 
milliers d'exeniplaires, et on peut dire qu'elle a fourni un 
tiers a la litterature chretienne de I'lnde. Son principal 
but est de former des pirofesseurs pour les deux cents mil- 
lions d'&mes qui peuplent I'lnde, et elle est deji pai-venue 
k phxcar des professeurs indigfenes chr^tiens dans bien des 
ecoles paiennes, dont on compte cinquante mille au Ben- 
gale seulement (1). 

Je dois k M. 0. W. W. Alexander, inspecteur des ecoles 
du cerclede Lahore, des details sur la publication dontje 
Tous ai parl^ I'an pass^, de Touvrage justificatif d'Im&d 
uddin, fr6re de Karim uddin, qui, a embrass^ ouvertement 

(1) Indian Mail, n» du 29 avril 1867. Je pcKPette de n avoir pas k 
donner des nouvelles r^centes sur les ctablissements catholiques 'romains) 
des provinces de I'lnde oil Ton parle hindoustani : mais je ne trouve rien 
dans Ic8 demiers num^ros des a Annales de la Propagation de la foi » ({ue 
je puisse signaler ici. 



^ 863 — 

le christianisme, ce que son frhre n'a pas os^ faire encore. 
ImM nddin, dont la conversion parait trfe-sincfere, a 
^prouve toutes sortes de difficult^s pour mettre au jour 
cette refutation en urdu de Tislamisme. La nouvelle qn'il 
s'occupait de la redaction de cet ouvrage, qu'il a intitule 
Tahquic ul-imdn « la Certitude de la foi, » mit en ^moi la 
ville de Lahore, et 1 'usage de toutes les presses lui fut 
refuse. Les marchands de papier eux -monies ne voulaient 
pas vendre de papier pour Timpression. M. Alexander put 
cependant determiner un Hindou, proprietaire d'une Htho- 
graphie, k im primer Touvrage ; raais il se pr^senta une 
autre difficult^ : aucun calligraphe musulman ne voulut le 
transcrire pour Timpression lithographique, et les Hindous 
ne sont pas calligraphes. Enfin Touvrage a pu paraitre k la 
typographic hindoue appel(5e Maiba\aftdhi Panjab « Im- 
primerie solaire du Penjab. i> Comme ImM uddin est un 
homme actif et intelligent, sa defection a porte un coup 
sensible a Tislanlisme dans le pays, car son livre et son 
exemple ont d^termin^ plusieurs autres de ses coreligion- 
naires k abandonner la religion de Mahomet. II s'occupe 
d'ailleurs de la redaction d'autres ouvragesdecontro verse, 
en continuation de la t&che qu'il s'est donnee. Quant ^Tou- 
vrage dont il s'agit, in-octavo de 154 pages, dont je pos- 
sede un exemplaire qu'a bien voulu m'envoyer M. Alexan- 
der, il est reellement satisfaisant, et il montre qu'Imad 
uddin a s^rieusement etudi^ la question qu'il traite. Dans 
la preface, oil se manifesto la bonne foi la plus vraie, Im4d 
fait Gonnaitre la marche qu'il a suivie pour s'assurer de la 
Y^rite qn'il recherchait, dit-il, depuis vingt ans. Vient en- . 
suite une introduction, oil il etablit Uauthenticit^ des saintes 
Ecritures centre I'assertion de Mahomet regue par les mu- 
sulmans, qui, tout en les admettant en principe, assurent 
qu'elles ont dte corrompues par les juifsetpar les chretiens* 
Puis suivent deux parties subdivis(5es en chapitres. Dans la 
premiere, Tauteur discute sur Mahomet, et dans la seconde 
sur J^sus^Christ. II montre la difference ^vidente qu'il y a 



TT -T%- — -WT»j"^jri 



— 364 — 

entre leur caractere, et conclut en recbnnaissant la vraie 
parole, le vrai Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, Dieu lui- 
m^rne manifest^ en chair. 

L'instruction publique dirig^e par rautorit^ anglaise ne 
peut manquer d'amener des r^sultats favorables k Texten- 
sion du christiamsme. 

On doit f(51iciter le gouvemement de la Reine de Texcel- 
lent choix qu'il a fait en nommant secretaire d'Etat pour 
I'lndesir Stafford Northcote, dont la haute capacite n'est 
^gal^e que par son extreme bienveillance ; et secretaire du 
gouvemement supreme, commandeur de I'ordre royal du 
Sta7* of Indiay sir William Muir (frfere de M. John Muir), 
honneurs que lui ont valu sa grande science orientale et 
ses solides principes religieux et politiques. 

Comme les ann^es^pr^c^dentes, feu le major Fuller m'a- 
vait adress^ son rapport (1) sur rinstruction populaire au 
Penjab et dans ses d^pendances pour Texorcice 1865-66, 
rapport qui forme un volume in-folio de 140 pages, et qui 
offre comme toujours un tableau d^taill^ de I'etat de Tins- 
truction publique dans ce pays, et accessoirement des ^ta- 
blissements d'instruction libres dirig^s par des mission- 
naires. Le rapport g^n^ral est suivi en appendice des 
rapports particuliers adress^s au directeur. Par un de ees 
rapports nous apprenons qu'il yak Simla une ^cole de 
gargons et uue de filles pour les catholiques (remains), 
etablissements dont I'^tat parait fetre trfe-satisfaisant. 

II serait bien difficile d'analyser le travail du major Ful- 
ler : qu'il me suffise de vous apprendre que dans toutes 
les ^coles du premier et du second degr^ on ^tudie I'hin- 
doustani, surtout Turdii, et aussi 1' anglais et le persan, qui 
continue k 6tre la langue savante de I'lnde, les langues 
etudi^es plus sp^cialement par les ^rudits ^tant, comme on 
le pense bien, le Sanscrit pour les Hindous et I'arabe pour 

(1} Au moment d^ mettre sous presse ces pages je re^is le nuni^ro 90 
(Kotii 1867 j du Calcutta Review, qui contient entre autcttSj an sujet de 
1 'Ediicational minute de M. M onteath^ un important artlele sur I'^tat de 
r^ducation dans toute I'lnde. 



— 365 — 

les musulmans. Dans les ^coles des districts des fronti^res 
(frontier circles) ^ on s'occupe, en outre, du puschtu, qui est 
la langue particuli^re aux Afghans, et pour laquelle on a 
prepare des livres ^I^mentaires. 

Les universit^s de Calcutta, de Madras et de Bombay out 
fonctionu^ comme auparavant et ont conf(Sr^ les degres uni- 
versitaires k un • assez grand nombre de candidats. On a 
appliqu^ aux universites de Tlnde le systime g^neralement 
suivi en France et en Angleterre de compliquer les examens 
pour diminuer la concurrence. Ce systfeme a ^te vivement 
critique pour I'lnde, et surtout quant k ce qui concerne les 
Indiens (1). Dans tons les cas, il ne faudrait pas que par le 
mode d'enseignement de ces ^tablissements, fond^s k Tinstar 
de ceux de I'Europe, on voulM exclure les Etudes indiennes, 
faire oublier aux indigenes leur passe et detruire leur uatio- 
nalite : cette tentative serait vaine. II est k d^sirer, au con- 
traire, qu'il r^sulte du nouvel enseignement une fusion entre 
les diverses fractions de la soci^t^ indienne qui en reunisse 
les elements en un corps de nation soumis a 1' Angle lerre, 
mais non anglais. 

A Lakhnau, le Canning College a pris un notable deve- 
loppement. On y compte trois classes d'instruction : la divi- 
sion hindoustanie (urdu), la division anglaise, et la division 
sup^rieure. On n'apprend pas Tanglais dans la division 
urdue, mais les langues savantes de Tlnde. Sur cent qua- 
rante cinq Aleves, sept apprennent le persan, trente le Sans- 
crit et soixante-dix I'arabe. Dans la division anglaise, c'est- 
Ji-dire celle dans laquelle les cours se font en anglais, on 
apprend Thindi consider^ comme langue savante, le Sanscrit 
et I'arabe. Enfin, dans la troisi&me, on pr(5pare les ^Ifeves 
aux examens pour I'universitd de Calcutta. Le nombre total 
des Olives ^gale deji, bien que ce college n'existe a peine 
que depuis trois ans, celui des (Stablissements les plus floris- 



(1) On trouve d'excellentes observations a ce sujet dans le volume inti- 
tule : Short Essays and Reviews on the educational policy of the govern- 
ment of India, par le savant major W. Nassau Lees. 



— 366 — 

sanis d«8 provinces nord-ouest et du Penjab, et il n'est sur- 
passd que par le college de Benaris^ qui est en exercice 
depnis plus d'un demi-sitele. Ce qui est digne de remarque, 
c'est qu'il est soutenu par les rats du pays, qui ont souscrit 
en sa faveur, cette derni^re ann^e, une somme de 
70,(K)0 roupies (175,000 fr.) (1). 

II y a, chose remarquable, des ^coles mixtes k la mani^re 
am^ricaine dans les collectorats de Surate, de Kaira et 
d'Ahmadabad, Old fiiles et gardens ^tudient ensemble. Ony 
trouve non-seulement de jeunes filies hindoues, mais mu- 
sulmanes, ce qui doit nous (^tonner, les musulmans etant si 
jaloux de leurs femmes et de leurs filies. 

Le docteur Sinclair, directeur de Tinstruction publique 
an Berar, a fonde dans cette province deux nouvelles ^coles 
pource que nous appelons I'instruction secondaire, ce quiy 
porte k cinquante-sept le nombre de ces etablissements (2). 

A Ra^pur, dans I'lnde centra le, on a ouvert une ecole 
speciale pour les ouvriers indigenes. II est question d'yeta- 
blir une presse lithographique et d'y publier un journal 
hindoustani (3). 

En Rjijpoutana, Teducation g^n^rale du peuple consists 
dans Tenseignement de I'hindi et de rarithmetique. Chaque 
village a une ^cole (pa^#a7a^, dirig^e par un brahmane, qui 
re^oit sou vent une allocation de I'Etat. Ce n'est que dans 
les grandes \illes qu'on trouve renseignement des hautes 
dtudes, soutenu qu'il est par le gouvernement. Li, les brah- 
manes apprennent le Sanscrit, et les kdyath (4) Turdu et le 
persan, comme les musulmans. Aussitdt que le jeune Eajpnt 
sort du zandnay on lui fait lire le Ramayana de Tulcid&s et 
la traduction hindie du Mahabharata, poemes dans lesqaels 
il trouve le r^cit des exploits guerriers de sa race (5). 

Je manque de renseignements sur I'empire du Nizam, et 



(1) Akhbdr-i 'dlam, n* du 2 ma! 1867^ 

(2) Akhbdr-i 'diam, n» du 30 Janvier 1867. 

(3) Homeward Mail^ n* du 20 septembre 1867. 

(4) Ou 6crivain8 hindous. Us equivalent aux munsehi musulmans. 
{5) Calcutta Review, w BH {iSQl),^ 



— 367 — 

notamment sur Haider abab, sa capitale, oiij comme nons 
Tapprend le baron Ch. Diipin (1), des missionnaires catbo^ 
liqaes ont fond^ en 1866 un college fran^ais, dans leqtiel 
on enseigne I'Lindoustani (urdu), le persan et les ^l^ments 
des sciences (2). 

A c6t^. des ^coles ofScielles dn gouvemement, on soute-^ 
nues par lui, il existe toujours des ^coles purement indi- 
genes, mais dont le nombre diminnen^cessairement de jour 
en jour k cause de la concurrence que lenr font les pre- 
mieres. Les ^coles dont je parle setrouvent surtout en bon 
nombre dans les villages des provinces nord onest, oi Phin- 
doustani est la seule langue usit^e. L&, quand un enfant 
approche de sa cinquieme ann^e, ses parents le baignent 
d'abord, puis Thabillent de nenf et le conduisent au maitre 
d^^cole. A cette occasion les amis de la famille sont invites 
k prendre part k une collation de gliteaux lagers et de sucre- 
ries sur lesqnels, si les parents sont musulmans, le maitre 
recite avant tont lefatiha {V' chapitre du Coran) , qui sert 
de Benedicite, et s'il est hindou, une priere analogue. Le 
maitre apprend d'abord k I'enfant les lettres de Talpbabet^ 
qui n'ont pas perdu leur nom comme en France, puis il lui 
fait lire des monosyllabes. Ce n'est qii'i sept ans qu'il lui 
enseiffne k ecrire avec de la craie sur nne tablette noire. 
Aprfes quelques mois de cet exercice, le jenne Indien apprend 
par coeur le Khdlic tart, petit vocabulaire rim^ urdu-persan, 
ainsi nomm^ des premiers mots par lesquels il commence. 
L'^lfeve passe ensuite, quelques mois plus tard, k la lecture 
du Karimd on Pand ndma de Saadi, et k huit ans son 
maitre lui fait lire, le matin le Gulistdn et le soir le Bostdn^ 
classiques persans de Tlnde comme ils le sont de la Perse 
et de la Tnrquie. Tons ces exercices n'ont pas lieu sans 

(1) Force productive des nations, t. VII. 

(2) J'ose espdrer que sir Richard Temple, le nouveau resident d*Haide- 
raaad, qui est un habile oricntaliste, et qui parle couramment le persan, 
pouppa avoir I'extr^me obligeance de me fairc parvenirles renseignements 
qui me manquent sur le progr^s des etudes et les productions faindou- 
stanies dans le D^can. ■ 



— 368 — 

qtielques frottemeuts d'oreilles (goschmdli)^ chose que les 
parents ne d^sapprouvent pas, car on en cite m^me qui 
disent au maitre en lui confianl^leur enfant : « Je vous aban- 
donne sa poau mais non ses os d, Ckamrd tumkdrdy hdddi 
hamdri. A douze ans, on lui fait ordinairement ^tudier le 
Sikandar ndma de Nizami et un Inschd ou a: modules de 
lettres }>, et on lui apprend alors un peu d'arabe, mais tout 
juste assez pour en comprendre les expressions qui ont passe 
en hindoustani et en persan. 

Le vendredi, jour <;onsacr^ sp^cialement au culte de 
Dieu chez les musulmans, est aussile jourde cong^delenrs 
ecoles ; ce cong6 commence dfes I'aprfes-midi du jeudi, appel^ 
en consequence en hindoustani^'i^m'ar^^o: lanuit (lavigile) 
du vendredi. d 

Les jours de grand cong^, k Toccasion des principales 
fetes, relive apporte souvent k son pfere une pifece de vers 
de la composition de son maitre, et celui-ci re^oit en ^change 
une petite gratification qui n'est pas k d^daigner pour lui, 
car il ne prend souvent que douze anas (environ seize cen- 
times) par mois de chaque ^l^ve. Au sortir de I'^cole, Thieve 
a une connaissance classique du persan ; il salt quelques sen- 
tences et anecdotes en vers et un peu d'arithm^tique, mais 
ni geographic ni histoire; encore moins a-t-il la moindre 
teinture scientifique et phiiosophique. D en est k peu prfe 
demSme de I'^lfeve hindou, si ce n'est que dans les Ecoles 
tout k fait hindoues on lui fait lire, de preference aux 
ouvrages persans, des ouvrages sanscrits (1). 

On voit, par ce que je viens de dire, I'importance du ser- 
vice que le gouv emement a rendu en faisant publier, snr 
toutes les branches des connaissances, des ouvrages ecrits 
en hindoustani, urdu ou hindi, seloli les localites, ou 
plut6t selon qu'ils sont destines aux musulmans ou aux 
Hindous. 

L'education des femmes n'a pas ete negligee cette annee. 

(1) Report on indigenous education and viUage Schools in Agra, Ali- 
garh, etc., by H. S. Reid. 



— 369 — 

Sur cet int^ressant sujet, il a pam dans le Madras 
Times (1) une lettre fort sensee ecrite par un indigene. 
a II est hors de doiite, 7 est-il dit, que les membres les 
plus intelligents de la commnnaut^ indienne d^sirent que 
leurs fiUes re9oivent de I'instruction, mais dans leur langue 
• matemelle. Ds trouvent ridicule YiA&e qu'on a ^mise de la 
leur donner k travers Tanglais. C'est seulement en se ser- 
vant de leur propre langue qu'on pent communiquer aux 
femmes indiennes les connaissances dont elles ont besoin, et 
on doit renoncer an vain r^ve de I'imagination ardente de 
quelques enthousiastes europ^ns (2) qui voudraient les leur 
apprendre en une qui leur est ^trangfere. Par le moyen 
qu'on propose, TMacation des femmes deviendrait impos- 
sible et serait dans tons les cas tout k fait impopulaire. En 
donnant d'ailleurs aux femmes une Education europ^enne, 
on les d^gotlterait de la vie de famille indienne et on les 
declasserait. » 

L'an pass^, il y avait en Penjab trois cent trente-trois 
ecoles de jeunes fiUes, d^pendaAtes du gouvemement et 
frequent^es par six mille huit cent trente-quatre ^Ifeves, 
et six cent quatre-vingt-seize Ecoles recevant I'appui du 
gouvemement, mais qui sent ^tablies soit par des mission- 
naires, soit par des comit^s locaux, et sont fr^quent^es 
par douze mille sept cent vingt-sept ^Ifeves. La plus int^res- 
sante de ces Ecoles est celle des membres de Tancienne 
maison royale du grand Mogol, si nombreux encore. Dans 
cette ^cole, ^tablie prfes de Dehli, les ^Ifeves lisent le GruUstdriy 
le traduisent en hindoustani, et etudient Thistoire de 
rinde (3). 

(1) Cit6 dans Vlndian Mail du 20 f6vrler 1867. 

(2) Ceci est surtout, je pense, une allusion k miss Carpenter, de Bris- 
tol, qui est aU6e tout expres dansl'Jnde donner desconf^rences 4 Calcutta, 
k Madras et i Bombay, pour y promouvoir leducation des femmes. Elle 
a eu du reste un certain succes dans sa campagne, car k Madras une cen- 
taine de notables habitants, excit6s par elle, ont demand^ relablissement 
dune 6cole normale pour les institutrices indigenes, et elle a contribu6 k 
fonder k Bombay une association scientifique. 

(3) J'ai d^k dit ant6rieurement qu'on avait publi6 des ouvrages bin- 
doustanis speciaux pour I'^ducation des femmes. J 'en trouve trois encore 



— 370 — 

Sur la proposition du commissaire en chef de la province 
d'Aoude, faite k la demande du directeur de rinstruction 
publiqne^ le gouvemement de I'lnde a consent! k fonder a 
Lakhnau un ^tablissement d'Mucation potir les jeunes filles 
des families respectables du pays, ^tablissement dont les 
frais seront pay^s, moitie par le gouvemement et moiti^ par 
des contributions locales (1). 

On doit ^tablir k Dehli une ^cole de m^decine pour les 
femmes. Les habitantes des harems ne pouvant y recevoir 
les soins des m^decins, les accepteront volontiers des p^r- 
sonnes de leur sexe qui auront re<5u dans cefcte ecole leur 
instruction m^dicale des dames anglaises chargees de Ten- 
seignement. Le journaliste indien qui nous donne cette 
pouvelle applaudit a ce projet, mais il voudrait qu'on 
enseignfi,t la m^decine grecque adoptee par les musulmans 
comme plus appropriee aux temperaments et aux moeurs 
des natifs que la m^deciue europeenne {2). 

La presse p^riodique se rattache naturellement k Tins- 
truction publique, car elle contribue k ^clairer un grand 
nombre de personnes qui ne peuvent ou ne veulent se livrer 
a des lectures plus substantielles et d'une plus grande eten- 
due. La lecture des joumaux bindoustanis est m^me avan- 
tageuse, sous le point de vue philologique, pour les 
Europeens qui veulent connaitre a fond le langage actuel- 
Icment usit^ dans I'Inde. C'est une remarque qui a et^ 
sagement faite dans un article sur I'etude des langues 
orientales de V Indian Mail (3). L'auteur de cet article 
mentionne entre autres, comme modeles de ce style mo- 
derne de la haute et de la moyenne society, VAwddh akhbdr 
et VAkhbdr-i ^dlam que je vous cite souvent, et il aimerait 
mieux qu'on examin^t les candidats pour le service indien 

sur les nouvellcs listea : Ylslrl siksch « rEnseignement des femmes » 
le Guydn dipika « le Flambeau de I'instruction », et Ylstri updes * Avis 
aux femmes •>. 

(1) Homeward Mail, n" du 20 septembre 1S67, 

(2) Akhhdr-i 'dlam, n^ du 20 Janvier 1867. 

(3) N« du 7 roai 1867. 



•I 



— 371 — 

sur des ouvrages r^ig^s en ce style, plutdt que sur VIkJmdn 
umifd et le Singhdgan battici qui ont d^possM^, on ne sait 
pourquoi, le Bdff o Bahdr et le Prem Sdgar^ qui leur ^taient, 
il me semble, bien pr^fi^rables, et dont je maintiens I'expli- 
cation k mon cours. 

Dixnouveaux joumaux hindoustanis (1) ont vu le jour 
oette atinee, ou du moins sont parvenus k ma connaissance. 
lis contiennent g^n^ralement, comme ceux que j'ai d^ji 
fait connaitre, outre la partie des nouvelles, des articles 
qn'on nomme de fond^. 

Nous avons d'abord en fait de joumaux urdus : 

1® IkAma-i Him « le Miroir de la science i>, qui parait k 
Agra depuisle 1®' octobre de cette ann^e (2) ; 

2° L' Urd4 akhbdr « les Nouvelles ^crites en urdft D, autre 
journal d'Agra ^t^ par le munschi Bal Gobind de 
Mathura ; 

3** li Akhbdr mufid ul-andm « Nouvelles utiles aux hom- 
mes 3) journal de Fathgarh qui existe depuis le 31 d^cem- 
bre 1861, et qui parait hebdomadairement (3) ; 

4° Le Latiful-ahhhdr « Ce qui est agr^ble en fait de 
nouvelles J), journal de Bombay mentionn^ dans VAkhbdr^i 
^6lamAQ Mirat (4) ; 

5** Le Tilism-i hikmat « le Talisman de la sagesseD, jour- 
nal ment»uel de Mirat; 

6° Le Suhail-d Panjdb « le Canope du Penjab » (5) ; 

7^ Le Byopdri sH Amritsir a la sainte yille d'Amritsir 
ipommer^ante d, journal d'annonces de toutes sortes et sp^- 
cialement commerciales, r^dig^ en urdii, malgr^ son titre 
hindi (6). 



(1) En outre, la propri6t6 de quatre joumaux anglaif* a passe entre les 
mains de rajas indiens, et ainsi ces journaux seront d^sormais redig^s 
d apres les id^es des indig^nes^ bien qu'ecrits en anglais. {Indian Ulail 
du 5 septembre 1867.) 

(2) J. Long, Descript. Cat. 1867, p. 34. 

(3) J. Long, Descnpt. Cat,, 1867, p. 36. 

(4) N* du 27 d6cembre 1866. 

(5) Mentionn^ dans le Times du 28 mai 1867. 

(6) Akhbdr-i 'dlam, n« du 14 avpill867. 



r • 



— 372 — 

En fait de joumaux hindis nous avons : 

%^ Le Britant bilds <x les Plaisirs de la science », journal 
de Jamiin, yiile situ^o dana le Kohistan, monts du nord de 
la province de Lahore (1); 

9® Le Guydn dipikadlQ Flambeau desconnaissancea 3>, en 
caractferes remains, public depuis septembre 1866 k Sikan- 
dra, sorte de faubourg d'Agra, oel^bre par le magnifique 
mausolee d'Akbar qu'on j admire encore (2) ; 

10^ Le Kavi bachan sudhd n le Nectar des discours des 
poetes D. Eecueil mensuel pour la publication des poemes 
hindis calibres in(5dits jusqu'ici. II a paru de ce recueil, qui 
a. une importance trte-r^elle, deux cahiers, dont le premier 
a vu le jour en aoAt dernier. Ces num^ros mensuels forme- 
ront e.nsuite des volumes. Les deux premiers que j'ai 
reQUfl contiennent un poeme entier, Aschtajdm <l les Hnit 
Pah&r (3) d, par Sri D^vadatt, et une partie de deux autres 
poemes. 

II a paru i Calcutta, avec I'annee 1867, le premier nu- 
mero d'une revue illustr^e en vers et en prose de la litt^ra- 
ture anglo-indienne, intitul^e Indian Society (4). 

Je ne li^ reguliferement que VAkhbdr^i ^dlam de Mirat, dont 
le savant editeur Mirza Muhammad Wajahat AH S^hib (5) 
vent bien me gratifier. Ce journal contient toujours de 
temps en temps des pitees de vers hindoustanis. Parmi ces 
pitees, je dois distinguer un mukhammas (pifece en strophes 
de cinq hemistiches) de Muhr, poete contemporain celfebre 
dans rinde. Ce qu'offre de particulier ce poeme, c'est que 



ii 



'\)J^khhdr'i'dlamy n" du 12 septetribre 4867. 

(2) J. Long, Desert pt. Cat., 1867, p. 36. 

(3) Lc pahar est le huiti^me du joup entier (jour et nuit) ; le jour a 
quatre pabar et la nuit autant. De Ik vient que hutt pahar signifienl 
« toujours ». 

(4) Indian Mail, n" du 12 f6vrier 1867. 

(5) Le mot sduib est une sorte de litre d'honneur qui 6quivaut h noire 
mot moMStettr, ou plutdt au mot anglais esquire, qu'on place commc 
sdhib apres le nom propre. Le journal de Bombay, intitul6 « Native Opi- 
nion » (Indian Mail du 22 ii;ap.s 1867), fait observer k ce propos ^uon 
ne doit pas employer le mot stihih apres ce que nous noramons le pre- 
nom (alam), mais seulement apr6s le nom honorifique, comme c'est ici 
le cas. 



— 373 ~ 

le dernier hemistiche de chaque strophe est en persan et em-* 
prunt^ k an eacida de Gd.lib, et que les quatre hemistiches 
pr^^dents sent en hindoustani,» 

Des autres articles, je puis citer one dissertation sur le 
thermomitre, accompagn^e de figures pour ^lucider le texte, 
uti article sur les a^rolithes, un autre sur I'air, avec le defr* 
sin do la machine pneumatique, enfin Tarticle sur la ma- 
gnifique exposition d'Agra qui a eu lieu en fiSvrier dernier, 
et qui parait avoir it6 pour I'lnde ce que notre exposition 
de cette ann^e a ^t^ pour I'Europe et m6me pour le monde 
entier (1). 

TjAwadh AklAdr^ le plus d^velopp^ des joumaux hin- 
doustanis, car chaque num^ro se compose de vingt-quatre 
pages in-folio de deux colon nes, continue aussi h paraitre 
avec succfes. L'editeur en publiait k Cawnpur une sorte de 
r^sum^ pour la locality, intitule Kavmpur Gazette^ mais le 
chemin de fer qu'on a nonstruit entre Lakhnau et Cawn- 
pur permettant actuellement d'envoyer facilement et prompr 
tement dans cette demifere ville VAwadh Akhbdr^ cette au- 
tre publication a ^t^ supprimee, 

Je n'ai pu lire qu'un seul num^ro de VAwadh Akhbdr de 
cette annee, celui du 29 Janvier, et I'int^r^t qu'il ofFre me 
fait vivement regretter de ne pas recevoir habituellement ce 
journal. Outre les renseignements de tout genre que ren- 
ferme le num^ro dont je parle, on y trouve une jolie pifece 

(1) On trouve dans le Mirat Gazette (annexe de VAkhbdr-i 'dlam) du 
29 juin 1867, une slatistique emprunt^e au Panjdbt Akhbdr de Lahore, 
des habitants des provinces nord-ouest classes par professions. En voici 
quelques articles : 
176,701 purohits et pirs (prStres hindous et religicux musulmans). 
40,344 pandits (savants). « 

11,821 m^decins. 
1,123 astrologues. 
195 magiciens. 
125 acrobates. 
209 acteurs. 
851 bouffons. 
2,251 eunuques oa hermaphrodites. 
26,806 prostitutes. 

321 prox^n^tes, etc., etc. 
Le joumaliste indien fait observer Timpudcur des gens qui ont declare 
eax-mdmes leurs honteuses professions* 



— 374 — 

de vers ^crite k Madras en dialecte dakhni (mdridional), et 
plusieurs articles de fonds que ne d^daigneraient pas nog 
joumaux, dont un k la louange de rimpj^ratrice^ par le sa* 
vant Saiyid Awl&d Ali (1). Get article, chef-d'oeuvre de 
rhetorique orientate, a ^t^ reproduit dans VAkhbdr^^dlam; 
mais il est intraduisible k cause de Texag^ration des meta* 
phores que notre godt r^prouve. 

H serait beaucoup trop fastidieux de vous donner ici la 
liste des ouvrages hindoustanis qui out paru cette annee, et 
je serais moi-m^me fort embarrasse de le faire ; car je suis 
loin de savoir les titres seulement de toutes ces publications, 
Toutefois, j'en connais assez pour en* signaler quelques- 
unes qui me paraissent ofFrir de I'int^rfit. 

La classe des litterateurs musulmans est encore nom* 
breuse (2), quoiqu'elle ait perdu le soutien et les encoura- 
gements du pouvoir mogol, ce qui explique en partie le 
manque d'originalit^ de la plupart des productions nou- 
velles. Mais les Editions d'ouvrages classiques (3), les imita- 
tions ou les traductions d'anciennes et c<^l&bres compositions 
se multiplient en abondance. 

Bien des publications actuelles ont vu le jour k B^na- 
rfes, la cite de Siva (Siva purijj c'est-k-dire du vieil liin- 
douisme, de Tancien culte dont les fiddles continuent k se 



(1) Awlad Ali est natif du royaurae d*Aoudc : il vint en Europe a la 
suite de la r-eine douairiere, d^ced^e k Paris : il est actuellement attache 
k rUniversite de Dublin en quality de professeur d'hindoustani, de persan 
et d'arabe^ poste que liii a valu sa profonde connaissance des langues de 
rindc musulmane, dont les grands 6crivains lui sont familiers, et dont il 
pent expliquer avec lucidity les passages les plus difficiles, et les plus 
obscurs. Sa reputation d'^rudition, qu'il m6rite k tons ^gards, est telle 
chez les indigenes^ qu'ils le consid^rent com me la gloire de IHindoustaii, 
en ce qu*il ofTre aux Europ^ens un dcbantillon de la science orientate, 
qui leur prouve que VAsie poss6de de nos jours encore des savants dignes 
de leurs devanciers. (Akhhdr-i 'dlam du 27juin 1867.) 

(2) Les poetes ^talent autrerois en si grand nombre dans I'lnde^ qu'ils 
y formaient^ d'apr^s une l^gende, une cTnqui6me caste: {SelectcB e san- 
scriticis scriptonbus pagince, p. 101.) 

(3) Je remarque que- bon nombre des nouvelles Editions des ouvrages 
classiques tant urdils qn*hindis, tels que le Bdg o hahdr, le Cul-i Bakd- 
wait; le Singhdgan-hatticty le Prem Sdgar, etc., ont 6t6 publics avec 
oe qu'on appeile des illustrations, cbose tr^s-avantageuse pour rintelli- 
gence de ces ouvrages, et g6n^rdement pour retfanographie. J'ai vu 
entre autres I'annonce d'une Edition illustr^e da Schdh ndma en urdd. 




— 375 — 

servir du Sanscrit, tandis que les r^formes (vaiachnavas) 
se servent de rhindi. C'est li qu'on a public VHanuman 
Bdhuk « le Sin^e Hanuman :d, poeme qui fait suite au 
Bamayana ; le Kanh lild les Jeux de Erischna » ; le Vi- 
naya patrika <t Ragles de conduite D du c^Ifebre Tulcid^s 
le Sinffdr sangraha « Collection de poesies religieuses choi- 
sies D, etc. 

On regrette toujours que Thistoire soit si mal repr<5- 
sentee dans la litt^rature indienne. C'est, en eiFet, au 
point que ces bons Indiens en sont k traduire de nos Ian- 
gues europ^ennes les ouvrages sur leur propre histoire. 
J'ai deji eu Toccasion de vous signaler quelques-unes de 
ces traductions, et aujourd'hui j'ai k vous annoncer celle 
de cc I'Histoirede Tinder d'Eiphinstone, bonoree denom- 
bre d'^ditions, et tellement estim^e dans I'Inde mfeme, 
qu'elle a ^t^ traduite en bindoustani et publico k Ali- 
garh (1). 

Nous sonunes obliges d'en revenir toujours k la po^sie* 
Une des principales publications dont j'ai k vous parler, 
c'est la collection de khiydl (2) de J, Bobson, d'Ajmir. Le 
khiy^l est une sorte de ballade ou plut6t de petit drame 
d'un genre particulier, trfes-appr^cie en Rajputana, oh il 
existe un grand nombre de ces poemes, la plupart ^roti- 
ques, les autres politiques, moraux et religieux. La collec- 
tion dont il s'agit of&e un choix de cinq de ces pieces dans 
le dialecte bindi tel qu*il est parl^ en Marwar, pieces inte- 
ressantes aussi bien sous le rapport linguistique que par 
leur valeur intrins^ue trfes-r^elle. Ces pieces ne sont 
malheureusement pas accompagn^es d'une traduction, mais 
elles sont pr^c^d^es d'une introduction oil s'en trouve Fa- 
nalyse, et elles sont suivies d'un vocabulaire des mots par- 
ticuliers au dialecte du Marwar ou pris dans un sens sp^- 

(1) Du moins la p6riode hindoue. J. Long^ Descript, Cat., 1867, p. 35* 

(2) «Selection of Khiyals or Marwari Plays*, Boawr mission Press., iS6% 
in>8o. Je dois un oxemplaire de cet ouvrage k M. J. Mardoch^ Tauteur de 
y Indian Year Book et du Classified catalogue of tamil printed books, Lc 
mot khiydl signifle propreraenta imagination ». 






— 376 — 

cial. De ces khiydl il y en a deux politiques, hostiles ^ la 
domination anglaise, et un sur la calibre legende de Hir 
et Ranjha, qui estle thfeme de beaucoup de chants populai- 
res en Rajputana. 

J'ai aussi re^u une s^rie de chants populaires hindousta- 
nis (urdiis) publics a Calcutta, avec la traduction en regard, 
par le capitaine W. HoUings, deji connu comme hindous- 
taniste pard'autres travaux. 

Les collections de gazals nomm^es Diwdn sont toujours 
fort k la mode, et plus encore est k la mode leur obscurite 
mystique imit^e de Hafiz, dont les vers sont bien loin 
d'etre compris par le commun des lecteurs orientaux, car 
le celibre poete hindoustani Sauda dit dans un de ses pro- 
pres gazals : « Les secrets myst^rieux de Hafiz me sont 
devoil^s, et c'est ainsi que jai pu en piller les vers fleu- 
ris (1). » 

Un de ces recueils a ^te public h. Bombay par un parsi, 
qui a ajoute k ses gazals urdiis quelques pieces en persan. 

Nous avons aussi le Diw^n de Taslim un des ecrivains 
contemporains les plus estim^s, auteur de plusieuis poemes 
dits masiiawty et d'un recueil d'^nigmes en vers, nommees 
pak^li. 

En fait d'ouvrages en prose entremfel^e de vers, nous 
avons le NoBchaddrUt « I'Aniidote d; iont M. Beames (2) a 
bien voulu m'envoyer un exemplaire. Get ouvrage, public 
k Mirat et traits de remarquable par un journal indi- 
gfene (3), offre une serie de recits curieux et d'anecdotes 
int^ressantes suivies d'avis utiles : il est dft k un musulman 
qui a pris modestenient le sumom po^tique de Ndmi (cali- 
bre) ; enfin jedois mentionner VAjdib o gardib « les Choses 

(1) KhuUmuih pah hain rdx-4 nihufta-i Hdfiz : 
Ki sunkS IdtAn hun schi'r- i schigufta-i Hdfis. 

Ce vers est cite par lidw. H. Palmer dans son article sar Hafiz {The 
Eagle, n» 27, vol. V., d6cembre 1866). 

(2} Ce savant se propose de donner une gmmmaire du dialecte bindi 
particulier an district de Champanir^ oi!i il habite actuellement, ce dialecte 
diff^rant d une manidre notable des autres branches de Thindi, et remar* 
quable surtout en ce qu'il a conserve I'^l^mcnt Sanscrit plus que les autres. 

(3) Akhbdr-i' alam du 3 octobre 1867. 



— 377 — 

^tonnantes et merveilleuses (de Thistoire naturelle) 3>, ou- 
vrage illusM dont Waj&hat Ali (1) fait un pompeux ^loge, 
et qui cependant a excitti une pol^mique dans une stance de 
VAnjuman de Lahore, plusieurs membres ne Tayant pas 
trouv^ assezjustifi^ pourTadopter dans les ^coles. 

De mSme ^n'on reproduit en hindi (ce qu'on vient de 
faire pour lo Hdtim Tai) ou simplement en caractires d^- 
vanagaris des livres urdds, on repro4uit aussi des livres 
hindisen urdu,et j'ai eu I'occasiOn de vousen signaler plu- 
sieurs Tan passe. Je puis annoncer aujourd'hui en ce genre 
le Prem Sdgar traduit en urdft, et un Mahabhdrata proba- 
blement abr^g(5, en vers urdus, public k Agra. 

TaAkhhdr^i^dlam donnc de temps k autre la liste des ou- 
vrages nouveaux, et j'en trouve quelques-uns qui meritent 
nne mention sp^ciale. Tels sont d'abord une nouvelle tra- 
dnction inter lineaire hindoustanie et persane duCoran, im- 
prim^e k Mirat et formant 693 pages de 10 lignes du texte 
arabe (2). Simultan^ment il a paru k Calcutta une autre 
traduction du Coran en urdu, sous le titre de Tafsir macbill 
« Explication acceptable (3) :^. Ensuite une nouvelle re- 
daction, en vers urdUsy de la calibre l^gende musulmane 
d'Amir Hamzah, de 376 pages de 25 lignes. Puis encore, 
lee Kulliydt ou recueil complet des po&ies de Schfi,h Tur&b 
qui foiment 349 pages de 19 lignes; le Gulistdn-i Sukhan 
< le Jardin de I'^loquence 3>, collection fort appreciee de 
poesies urdues, de 544 pages de 13 lignes; plusieurs trait^s 
de jurisprudence et de m^decine, un des premiers portant le 
wtre de Zdd uaaahil a le Viatique du chemin d, et un des 
demiers, de Zvbdat ul-hikmat d TEssence de la sagesse :d, 
^ qni suppose plut6t un traits d'hygitoe ; enfitt ce journal 
*nnonce pour paraitre, k partir du l** Janvier prochain, une 
fiorte de Bulletin des lois pour les provinces nord-ouest, qui 

ill iti.^5*^*''"* M<wMn, n<» du 23 noverabre 1865. 
d*Mi- ^"*''"* 'I'tt'w, n* du 7 mars 1867, ot on entre daha de longa 
/^ 1 V^^ ^®**e Edition. ^ 

W J. Long, Descrip. CaL, 1867, p. 20. 




— 378 — 

sera intitxil^ Ganjina-i aJikdm « le Magasin des ordonnan- 
ces D, et qui publiera tons les arrfet^s, ordres et avis qud- 
conques de i'autorit^, dont il sera donn^ k la fin de Taimee 
une table indicative g^n^rale. 

En fait de listes de livres hindoustanis, nous avons la 
plus <5tendue de toutes dans celle du R^v. James Long, de 
Calcutta, dont on connalt le z^le pour I'lnde (1), et qui 
nous donne dans son Descriptive Catalogue des ouvrages et 
brochures envoy& k notre' Exposition universelle, Tindica- 
tion de plus de 650 publications soit hindies, soit urdues, et 
dans le dialecte populaire musulmau tirdu-bengali propre 
au Bengale, contr^e nomm^epar les musulmans Jinnatvlr 
hildd <L le paradis des pays J>, Les publications dontil s'agit 
sont seulement celles qui ont vu le jour a Calcutta et dans 
les villes des provinces nord-ouest; encore M. Long nous 
avertit-il qu^il n'a pu obtenir la Hste des publications d'un 
grand nombre d'imprimeries indigenes. 

J'ai aussi roQU, par I'entremise de M. Beames, le Cata- 
logue des livres, pour la plupart urdus, imprimis k Lakh- 
nau k la typograpbie de Nawal Kischor, I'&liteur de 
VAwadh Akhbdvy et qui s'^lfevent k prfes de six cents; enfin 
le directeur de I'instruction publique de la pr^sidence de 
Bombay, sir Alexandre Grant, baronet, a bien voulu m'en- 
Voyer aussi le catalogue des publications indigenes de cette 
pr4sidence, catalogue qui m'apprend que Mirza Lutf ullah, 
de Surate, qui a acquis en Europe une grande c^l^britdpar 
son Autobiography y a public dans sa ville natale deux ou- 
vrages Merits en hiudoustani, un sur la m^decine en g^n&ral, 
et 1' autre sur le cholera. 



(1) Les Indiens, il faut le dire, lui en sont tr^s-reconnaissan.ts, ainii 
qu'on pent le voir par I'eitrait d*un adresse que VAnjuman isldnd Iw 
a envoy6 : 

« R6v6rend M. Long, vous savez combien les natifs de rHindoustaji 
vous aiment et vous admirent. Et n'aimeraient-ils pas celui qu*ils eonsi- 
derent pour eux comme une planche de salut ! (Men I combien les cbo- 
ises ne changeraient-'ell^s pas si tous lee Europeens qui vivent avec nous 
sympathisaient comme vous le faites avec les indigenes ! {Aligarh InstituU 
Gazette et Indian Mail da 27 d^cembre 1866.) 



— 379 — 

Je me dispense, d'aprfes mon usage, de mentionner les 
ouvrages ^l^mentaires (1) etles livres religieux chr^liens, 
musulmans et hindous qui out iti demiirement imprimis. 
Une dame (madame Leupolt) a m^me public en Hindi des 
livres el^mentaires pour les aveugles en caract^res relevfe 
d^vanagaris, et on a pu les voir k I'Exposition. 

La discussion (2) sur la question de la preference k don- 
ner k la brancbe hindoue on k la branche musulmane de 
I'hindoustani, c'est-i-dire k Thindi on k Turdu, et sur les 
mots arabes et persans k retrancher ou a conserver dans, 
ce dernier idiome, cette discussion, dis-je, a continue eette 
ann^e dans Tlnde ; question oiseuse en definitive, car on ne 
pent cr^er ou modifier des langues k volont^. Les savants 
hindous auront beau s'evertuer k d^nigrer I'urdu, ils ne le 
ddposs^deront pas de la place qu'il a acquise dans Tlnde, 
pas plus qu'ils ne pourront empfecher qu'on se serve des 
mots arabes et persans que plusieurs sifecles de la domina- 
tion miisulmane ont introduits dans leur langage usuel (3). 
Ce serait comme si les savants anglais voulaient decider 
leur nation k s'abstenir d'employer les mots frangais que lui 
a legu^s la conquSte normande. 

La masse des Hindous eux-mfemes, bien loin de pr^ferer 



(1) Je dois citer seulement h cause du singulier assemblage des lan- 
gues le « Handbook of the amharic language, containing a vocabulary in 
english oordoo and amharic^ wilh parallel sentences in those languages by 
the Rev. C. H. Blumbart » public dans Imterdt de Texp^dition. 

(2,) Quant a celle (}ui s'est ^lev6e dans le sein de la Soci^t6 asialique de 
(>alcutta sur la question de savoir si on doit admettre les termes scicnti- 
flques europ6ens au lieu des termes indiens (arabes ou sandorits) d^ji 
usit^s^ ou qui sont la traduction des nouveaux termes, le savant Raja Babii 
Bsyendra Lai Mitr, contrairement k Topinion de I'honorable G. Campbell^ 
est d avis, conime je le suis rooi-mSme, de a'en tenir aux expressions asia- 
ttques toutes Ics fois que la chose est possible, ct de n*avoir recours aux 
expressions europ6ennes que lorsqu'on y est absolumnnt forc4. On litavec 
inferSt dans les n** 7 et 8 dee Proceedings dc la Soci6t6 asiatique du Ben- 
gale de 1866, les diecours amends par cette discussion. 

(3) J*ai lu avec plaisir Tapprobation qui m*a 6t6 donn^e dans le Calcutta 
Review du 7 mai de cette ann^e, sur le parti que j'ai pris dans la discus- 
sion qui s'est ^lev6e au sein de la Soci^t6 asiatique du Ben^^ale au sujet de 
1 'importance relative de lurdA etde Thindi. « Dan» cette circonstance, dit 
)e r^dacteur, M. Garcin de Tassy se range tr^s-sagementdu o6t6 de Turdi). ■ 
Le Bombay Poola da 4 juillet dernier parait approuver aussi mes id^es 
sur I'urdd. 



— 380 — 

rhindi k I'urdu, urduisent^ si je puis me servii* de ce rerbe 
barbare, leurs idiomes provinciaux tout hindous, en y 
introduisant un grand nombre de mots hindoustanis. U 
s'est mSme form^ au Bengale une sorte de patois urdu 
appei^ urdu-hengalij dont j'ai d^jk parl^, et qui parait 
satisfaire h, la fois les musulmans et ies Hindous (1)« 

Nous ne sommes pas les seuls, M. Beames et moi, a d^- 
fendre le bon hindoustani urdu classique de Dehli, enrichi 
de riiots persans et arabes, centre ceux qui voudraient le 
d^pouiller de (?fette opulence ^trangfere et I'an^antir meme 
au profit de I'hindi. Un correspondant de la Gazette de 
Dehli (2), k Toccasion du grand darhdr (reception) tenu k 
Agra le 10 novembre 1866 et decrit au long en hindoustani 
dans VAkhbdr-Vdlam de Mirat du 6 d^cembre suivant, 
exprime le regret que lea discours qui y ont ete pronorices 
ou traduits dans la langue des indigenes I'aient ^te en urdu 
tout simple et tout cm, sans ces belles periodes charg^es 
d'arabe et de persan qui plaisent tant aux musulmans et 
m6me k la plupart des Hindous. Le correspondant dont il 
s'agit pense que pour de pareilles occasions il n'y a pas de 
langue au monde pr^f(5rable k I'urdu, quand sa simplicity 
est convenablement relev^e par les expressions fleuries que 
les bons ecrivains indiens empruntent aux langues savantes 
de rOrient musulman. 

Pour la premiere fois depuis trois ans que durait son 
administration, sir John Lawrence s'est montr^ dans cette 
circonstance entour^ de tout T^clat de sa vice-royaut^. Le 
darb^r tenu k Lahore deux ans auparavant avait sans doute 
son merite, mais il etait local; il ne se rapportait qu'aa 
Penjab , qui n'^tait qu'une province du grand Mogol. B 
n'en a pas ^t^ de mSme du darbftr d'Agra, qui a donn^ lien 
aux remarques dont je yiens de parler. Aucune ville n'est 



(1) Le Reverend J. Long a signal^ il y a plasiears ann^es ce ph^no- 
mdne philologique, et dans son dernier « Descript. catalogue » il donne 
la liste de soixante-cinq diff^rents ouvrages imprimis dans ce patois. 

(2) Indian Mail, n« du 22 d^cembre 1866. 



— 381 — 

mieiix plac^ qu'Agra pour 6tre la capitals indigene de 
rinde^bien qne la capitale enrop^enne soit mieux plac^e 
prfes de la mer. 

Au centre de la grande tente du vice-roi s'^levait le tr6ne 
recouvert de drap d'or. A droite et k gauche ^talent des 
rangees de nobles Hindous et musulmans par(5s de riches 
^toffes et de beaux joyaux rappelant au spectateur europ^n 
qu'il ^tait dans le pays du Koh-i nUr et des mines de Gol- 
conde, des perles et des diamants. On remarquait sartout 
les Bund^las avec leurs vieilles ^p^es k poignees enrichies 
de rubis, leurs boucliers en ronde bosse d'argent et leurs 
Elegantes massues. On y voyait m^me quelques dames, 
chose nouvelle dans un darbdr indien. Cependant les trom- 
pettes r<53onnent, la mousqueterie du salut royal fait enten- 
dre ses detonations. Le vice-roi s'assoit sur le trone, I'ho- 
norable sir W. Muir lit en les traduisant les lettres royales 
conf(Srant aux nouveaux d^cores, commandeurs, chevaliers 
et compagnons, TEtoile de I'lnde (Star oflndiajy et le vice- 
roi les harangue en hindoustani (1). On distinguait entre 
autres, parmi ceux qui ^taient Tobjet de cette favour, le 
maharaja de Jaipur, et plusieurs autres princes egalement 
considerables. On y voyait T^rudit Sri Radakant Deb, I'au- 
teur du volumineux dictionnaire Sanscrit, grand orthodoxe 
hindou, oppos^, malgr^ sa science, k tout progrfes social (2) ; 
le raja Deb Narayan Singh, qui, ^clair^par I'dducation an- 
glaise, en a accepts les id(5es lib^rales et s'est declare en fa- 
veur de Tabolition de la polygamic chez les Brahmanes de 
haute caste, et Prosunno Kumar Tagor,le traducteur d'un 
important ouvrage sur la loi hindoue (3). 

Cependant les chefs arriv^rent months sur des elephants, 
et ye^urent de la main du vice-roi les Ichilat (vfitements 

(1) Le discoups du vice-roi est donn6 in extenso (en anglais) dans I'/n- 
dian Mail et le Times (N"» du 22 decembre 1866) , mais sa longueur ne 
rae permet pas de le reppoduire. 

(2) Le monde savant d6plope la perte de cot 6minent Hindou, mort le 
19 avril dernier ii I'age de quatre-vingt-cinq ans. On dit que rimpression 
de son Dictionnaire lui a coAt6 deux lakhs de i*oupies (500,000 fr.). 

(3) Vivada chintatnani, Calcutta, 1863, in-8» de Lxxxvii et 340 pages. 



— 382 — 

d^honnenr) conformes k leur rang, en ^change des cadeaax 
qu'ils ofiraient : nommement Bdhk Kh&n Singh B^di, qui a 
travaill^ avec sncc&s k Textension de T^ducation des femmes 
an Penjab; Schiva Prag&d, de B^nar^, fertile auteurd'ane 
multitude de livres hindoustanis destines k ^clairer ses com- 
patriotes ; Saiyid Ahmad Khan, de Bareillj, ce musulman 
^clectique qui a entrepris la publication d'un grand corn- 
men taire de la Bible au point de vue musulman (1), et qui 
est le fondateur et le president de I'importante Societe isla- 
mique (Anjumanisldmi). 

Apr^s la c^r^monie, on distribua aux assistants, salon 
1 'usage indien, le betel (pan) et I'essence de rose {atr)\ il 
y eut en suite des divertissements varies et une grande illu- 
mination. Le merveilleux Taj (2) fut ^clair^ par la lumi^re 
^lectrique, tandis que la Jamuna elle-mdme, chose qu'on ne 
Yoit que dans Tlnde, ^tait resplendissante de la lueur des 
lampes (cldrdg) lanc^es sur la rivifere. 

Mais revenons au sujet qui a amen^ cette digression. 

L'hindi (3) a trouv^ un nouveau champion dans M. F. S. 
Growse (4), qui partage centre I'urdu les pr^juges d^ji 
r^fut^s bien des fois. II consent cependant k conserver quel- 
ques mots arabes et persans dans Thindoustani, comme il 
en ^tait, dit-il, il y a trente k quarante ans (5). Mais c'est 
pr^ois<5ment avant cette ^poque qu'ont v^cu les principaux 
poetes hindoustanis, k commencer par H&tim et Wali, qui 

(1) 11 en a parudeux volumes. J'ai parl6 du premier dans mon allocu- 
tion de 1863. Le second, qui est, & ce qu'il parait, parvenu en Europe, 
mais que je n'ai pas encore re^u, contient la Genlse, traduite en urdu 
d'apr^s Toriginal h6bpeu. 

(2) Ce monument, le plus beau de I'lnde, fut, comme on le salt, 61ev6 
par Schah Jaban pour servir de sepulture k Ndr Jah^, sa fiddle com- 
pagne. 

(3) Les limites de cet hindoustani des Hindous sont bien difOciles a 
determiner, nous dit M. Beanies {Outlines of Indian Philology, p. 10) ; 
car du c6t6 du Penjab il se confond avec le panjabi, qui n'en est qu'un 
dialecte; du c6t6 du Sindh, avec le sindhi; k Indore, avec le guzarati ; sur 
les confins du Bengale, avec le bengali; enfin dans I'Jnde centrale, avec 
le mahratte et d'autres idiomes. 

(4) « Some objections to the modern style of official hindustani. » 
Journal of the Asiatic Society of Bengal, N. S., n* 134, p* 172 et suiv.) 

(5) « Let the language of the country be the urdu of thirty or forty years 
ago. • 



— 383 — 

^Grivaient dans le dix-septi&me si^le (1). Or les poesies de 
oes auteurs sont pleines de mots persans et arabes, au point 
qne le dictionnaire de Shakespeare, malgr^ son ^tendue, est 
tr^-8onyent insuffisant pour les lire quand on ne connait 
pas oes mots, et qa'il faut avoir recours au dictionnaire 
persan de Jolmson et m£me au dictionnaire arabe de Frey- 
tag ou de Grolius. Ce dialecte. que M. Growse appelle arixfir 
ciely a bien r^llement une litt^rature, et une litt^rature 
digne d'etre connue (2). Au surplus, je suis tout k fait de 
Tavis de M. Growse quand il deplore la separation rigou- 
reuse que les munschis du college de Fort-William ont faite 
de rbindoustani en urdu ethindi, qu'on finit par consid^rer 
comme des langues enti^rement distinctes. 

Le pandit Nebemiah Goreh, Hindou converti au christia- 
nisme, dans une lettre (3) adress^e au savant M. Cowell, 
aujourd'hui professeiir de Sanscrit k I'universite de Cam- 
bridge (4), est aussi venu se ranger parmi les d^fenseurs de 
rbindi au d^trimentde Turdu ; mais on pent lui faire la m^me 
r^ponse qu'aux autres Hindous ses compatriotes : c'est 
qu'etant Hindous, ils ne peuvent pas 6tre impartiaux dans 
cette question. Leur orgueil national estr^volt^ de la grande 
quantite de mots arabes et persans introduits dans Thin- 
doustani-urdu, et ils pr^f^reraient le pur bindi ou braj- 
bblLkba, sans mots arabes ni persans ; mais c'est se plaindre 
un peu tard : on devait r^clamer dfes I'origine de I'introduc- 
tion de ce langage bigarr^. 

L'^rudit pandit chr^tien fait heureusement un aveu qu'il 
est essential denoter : c'est que le bon hindi (high hindi)y 



4 

(1) Des auteurs musulmans ont 6crit en hindoustani d^s le xi® siecle. 

(2) Je suis bien etonn6 que M. Growse ait pu dire en parlant de I'hin- 
doustani : « This artificial dialect has neither history nor literature ! 

(3) « Letter from Pandit Nehemiah to E. B. Cowell, Esq. » {Church 
Missioaary Intelligpncer, new series, n" vii, vol. 111.) 

(4) Nul ne p«)uvait etre plus digne d'occuper cette chaire de creation 
nouvelle que M. Cowel, avantageusement connu daps le mpnde savant 
par sa profonde connaissance du Sanscrit, k laquelle i^joint celle de I'hin- 
donstani, qu'on exigeait des candidats; on ne doit pas oublier aussi que 
pendant son s6jbur dans I'lnde il a rendu de grands services pour I'instruc- 
tion publique en faveur des natifs. 



— 884 — 

anssi bie^ qne le Sanscrit, dont la connaissance, dit-il, est 
presque morte maintenant (indeed the learning of Sanscrit has 
almost died now) y est tres-peu cultiv^ parmi les Hindons. D 
confesse aussi que I'nrdii est g^iifJraleineiit plus compris 
dans rinde que rhindi ; enfin il dit avec moi, ce qu'on 
ne saurait trop r^p(5ter, que Thindi et I'urdii ont la mfeme 
base et le mSme ibndement, et sent une mSme langue qu'on 
a appel^e hindoustani, mais qui devient I'urdu lorsqu'on y 
emploie des motspersans et arabes k la place des expressions 
r^ellement indiennes employees dans Thindi, au sujet du- 
quel notre pandit reproche Tabus, qu'il appelle intolerable, 
d'y employer des mots sanscrits au lieu des expressions 
usuelles. 

Laissonsdonc les choses telles qu'ellessont. L'hindoustan! 
se compose de deux dialectes : I'hindi, qui n'admet presque 
pas de mots d'origine musulmane, et n'est que Fancien 
hindoui des ^crivains du moyen kge de I'lnde, conser^^ 
dans les villages daijs toute sa puret^ ; Turdu, on Thindou- 
stani musulman enrichi d'une grande quantity de mots ara- 
bes et persans, qui est usite dans les villes, et par cons^uent 
employ<i de preference pour Tinstruction publique, pour les 
joumaux et les livres, et par les missionnnaires ch^tiens. 
N'oublions pas enfin la veritable et simple definition de 
Furdu que nous a donn^e Amman, de Dehli, dans sa pre- 
face du Bdff bahdr : « Dfes I'invasion de Timur, dit-il, il 
y eut melange entre le persan que parlaient les Mogols, et 
I'hindi que parlaient les Hindous. De \k on nomma la lan- 
gue form^e de ce melange zabdnA urdu « langue du camp », 
ou simplement urdU ; cette langue se perfectionna peu k 
pen et devint telle qu'aucune autre ne pent lui fetre com- 
par^e. j) 



— 385 — 



DIX-HUITIEME DISCOURS 



7 d6ceinbre 1868. 

Messieur Bj 

La revue que je donne ehaque aunee, sous forme de dis- 
cours d'ouverture, du mouvement intellectuel qui se produit 
dans I'Inde, sp^cialement pour ce qui concerne la culture 
des deux branches hindoue et musulmane de rhindoustani, 
auxquelles je maintiens ce nom coUectif, k I'exemple de 
mon maitre John Shakespeare, doit, ce me semble, in- 
t^resser tons ceux qui veillent au developpement des pro- 
grk& de I'esprit humain. Us apprendront sans doute avec 
plaisir que dans I'ann^e qui vient de s'ecouler les Indiens 
86 sont avanc^s d'un pas encore dans cette voie. 

I. Le Brahma Sabhd (1), cette association reformatrice 
des Hindous qui veulent faire revivre ce qu'ils croient 6tre 
les v^ritables doctrines de I'antiquit^ indienne, cette asso- 
ciation, dis-je, prend chaqiie jour plus d'extension et d'im- 
portance. EUe se compose d^j^ de prfes de deux mille fa- 
milies k Calcutta seulement, et elle compte ailleurs plusieurs 
milliers d'adh(5rents qui ont renonc^ k Tidolfttrie, et qui ont 
second en principe le joug du syst^me des castes, sans oser 
le faire n^anmolns encore dans la pratique (2). 

Le developpement de cette soci^t^ presage une fere nou- 
velle pour Tlnde, lorsqu'une heureuse alliance entre la 

(1) 11 a papu sur cette association, nomm6e aussi Brahma Samdj (expres- 
sion qui signifie comme celle de Brahma Sabhd • Soci6t6 ou compagnie 
de Dieu » ;, un article tr^s-interessant dans le Daily Telegraph du 
2 mai 1868. 

(2) indian Mail du 23 avril 1868. 

25 



— 386 — 

civilisation occidentale et Tancienne constitution indienne 
aura form^ une sorted'&lectismevivifi^ sinon par le chris- 
tianisme, du moins par un bienfaisant reflet de la vraie 
lumi^re k laqnelle les brahmanes membres du Brahma- 
Sabh& doivent sans qu'ils s'en doutent leurs id&s de 
reforme (1). 

C'est le 24 Janvier dernier qu'a iti cfl^br^ I'anniversaire 
de la fondation de cette soei^t^, qui fut form^e, il y a 
trente-huit ans, par le calibre ^am Mohan Roy. A cette 
occasion, les membres de la compagnie partirent en pro- 
cession de la maison du Babu Keschab Chandar, jeune 
homme de vingt-cinq ans, coryph<5e actuel de cette ^cole 
d'unitaires bindous, pour se rendre k Mirzapur, oi doit 
s'elever leur nouveau temple, en chantant des cantiques 
compost pour la circonstance. lis portaient tons de petits 
drapeaux charges de textes sanscrits exprimant leurs 
opinions. Arrives a leur destination, la pose de la premiere 
pierre de r<5difice cut lieu en c^r^monie, avec acoompa- 
gnement de priferes. II y eut encore le soir une reunion dans 
laquelle le babu pronon^a un discours plein de sentiments 
j)resque chr^tiens, et le cHant d'un hymne termina la 
bolennite (2). 

Le mSme babu a tenu pen de temps apr6s k Bombay (3), 
une s<5ance dans laquelle il a ^loquemment d^veloppe les 
principes de lasoci^t^ devant une assemble choisieet nom- 

(1) Un brahmane de Calcutta convei'ti au christianisme, pour engager 
les niembrer du Brahma Sabhd a faire un pas de plus et 4 reconnaitre la 
vraie r6v61ation, a publi6 i ce sujet une lettre qu'il leur a adressee pour 
leur faire comprendre qu'ils sont redevables des principes qu*ils profes- 
sent a latmospnere chretienne au milieu de laqnelle ils vivent, bien plus 
qu'aux pr^tendues v^ritables doctrines de rhindouisme, et qu*iis doivent 
Itre amends k accepter I'ensemble de ce qu'ils adoptent en partic. Colo- 
nial Church Chronicle, n" d'avril 1868, d'aprds le Southern Cross. 

Au surplus, il a paru derniferernent dans 1 Jnde plusieurs trait^s en de- 
fense des doctrines catholiques adress6s aux membres du Brahma Sabhd; 
tel est celui sur I'dternit^ des peines, par Nehemiah (loreh, brahmane de 
Benares converti au christianisme. Col. Church Chron., septembre 1868. 

(2) Indian Mail du 12 mars 1868. 

(3) [/association dcvant laquelle le Bahu Keschab Cfaandar a parld ill 
Bombay est proprement appelee Prathan Samdj « Association de la 
priere «», et ello parait tire identique au Vdda Sj>>rndj « Association des 
V6das », dont j'ai parl6 dans mon discours de Tan pass6. 



— 387 — 

breuse. Dans un premier discours, il a proclam^ le Dieu 
inoonnu, mais non k la v^rit^ le Dieu des chr^tiens que 
saint Paul pr^ha k Ath&nes. Toutefois, k cdt^ des pagodes 
qui entourent rh6tel de ville (Town Hall) oil il haran- 
gnait ses compatriotes, il d^clama centre le Tain culte 
qu'on rend aux idoles muettes de Wischnu et de Siva, de 
Gknescha ct d'Hanuman, de Lakschmi et de Parvati; etil 
proclama la foi en Funit^ de Dieu et en la morale qui en 
d^coule, la m§me, ditril, que celle qui a it6 annonc^e par le 
Christ. II Boutint que toutes les questions sociales sontren- 
fermees dans la croyance en Tunite de Dieu, de laquelle 
derive celle de I'unit^ de la famille humaine, et par cons^ 
quent la confraternity qui exclut la distinction des castesetqui 
exige r^galit^ dans la justice, qui defend les manages an- 
ticip^s, la r^clusion des femmes, le meurtre des enfants, les 
tortures religieuses, d^plorables fl^aux de I'lnde. <t Si je 
crois, dit-il, en Dieu unique, je dois alors instijictivement 
regarder comme mes frires non-seulement tons les Hindous, 
mais les mnsulmans, les parsis et les Europ^ens. }> 

Dans la seconde stance, le babu s'attacha k faire con- 
naitre les vrais caractires de la prifere, qui doit surgir du 
coBur et ne pas Stre une recitation de mots appris par coeur 
et dent on ignore souvent le sens. Dans son amour de IM- 
clectisme, il mentionna des priferes des Sch&stars sanscrits, 
du Nouveau Testament, du Zend-Avesta et du Coran. 
« Prions tons un seul Dieu, s'^cria-t-il, Hindous, parsis et 
musulmans, et puissent ces denominations qui nousdivisent 
cesser d'exisler 1 b , 

Dans une allocution qu'il fit k B^nar&s devant une reunion 
dont faisaient mfime partie des Bengaliennes, voil^es k la 
verite, le Babu Keschab Chandar tint k peu pris le mSme 

langage (1). 

En mars dernier, H pr^sida k Dacca une assemble de 
deux cent cinquante Hindous. Lk on ouvrit la stance par la 
lecture du symbole de Tassociation, leqijel est analogue k 

m 

(i) A. S. Sherring, The Saered City of Benares, p. 344« 



— 388 — 

cdtti du VSda Samdj (1) et consiste dans lea articles sni vants : 
c V Om (2) Dieu seul a existe avant toute chose. L uni- 
vers a Hi produit par sa volont^. 

i> 2° 11 est le senl maitre et cr^ateur. H est pr&ent par- 
tout et il est tout-puissant. II est invisible, existant par lui- 
inSme et sans ^gal. II est la source du bien et de lintelli- 
^ence. 

» S'* L'essence de son culte c'est de Paimer et de bien 
agir. 

3) 4® Son service seul pent nous procurer le bonheur 
iemporel et spirituel. » 

Cette lecture fut suivie d'une pri6re plus indienne, c'est-i- 
dire empreinte de I'esprit payen du polytheisme ou plutot 
<lu panth^isme, car elle ddbute par ces mots: 

« Om. Seigneur, nous t'offrons nos horamages. Tu es 
dans le feu, tu es dansl'eau, tu es dans lesplantes et les 
arbres, et tu p^nfetres tout Tunivers (3). 

Aprfes la prifere dont je viens de citer les premiers mots, 
un babu, autre que Keschab Chandar, pronon^a uu discours 
dans lequel il loua le gouvernement anglais de ce qu'il admet 
la liberty de conscience, de ce qu'il favorise rinstruction 
et met ainsi les Hindous en position de recouvrer leur 
ancienne excellence, qui les distinguait jadis des habitants 
du globe. 

Voici la description donn^e par un t^moin oculaire dans 
le Bombay Times d'une assemblde du Brahma Sabh4 tenue 
k Calcutta : a La maison ou se reuhissent les adeptes u'a pas 
de marque ext^rieure : elle est situ^e dans une rue habitue 
par les Indiens et trfes-fr^quentee. II y a deux marches a 
monter pour entrer dans la salle, qui est oblongue et garnie 



(1) J'ai donn6 ce symbole dans mon discours du 2 d6cembre 1867, 
p. 350. 

(2) Interjection myst6ricuse par laquellc les Hindous commencent sou- 
vent leups Merits, et sur laquelle on tpouve de tpcs-6rudites considerations 
dans le n" de septembre lo66 des • Proceedings of the Asiatic Society of 
Bengal », par MM. J. 4Jeames, H. Blochmann ct RajendraLal Mitr. 

(3) Le reste de cette priere est le developpemeat du symbole ci- 
dessus. 



— 389 — 

de bancs de bois, maia sans inscriptions ni emblimes d'au- 
cune sorte, Au miliea se trouve un endroit r&erv^ entour^ 
d'une balustrade; le sol de marbre est en partie reconvert 
d'un tapis. II y a i gauche de I'endroit r^serv^ un si^ge de 
marbre sur lequel ^taient assis deux brahmanes, les jambes 
crois^es, ay ant devant eux des tabourets sur lesquels se trou- 
vaient plac(5s des livres de priferes et d'hymnes. En face, de 
I'autre cote, on voyait une estrade en bois, sorte de chaire 
oil ^tait plac^ le chantre, qui avait derrifere lui un harmo- 
nium que faisait r^sonner le fils ain^ du president de I'an- 
cien (1) Brahma Samdj, le Babu Debender Nath Tagore. 
On fit d'abord des pri^res, puis on lut des extraits des Upa-^ 
nischads sanscrits, et un des brahmanes assis dans Tendroit 
r^serv^ d^bita un sermon fort court. Ensuite le chantre seul 
entonna des hymnes accompagn^s du son de I'harraonium. 
La stance se termina ainsi, et les assistants quitt^rent im- 
mediatement la salle. 

i> Je dois avouer que tout cela me parut froid. On resta 
assis pendant tout le temps de la r(^union, qui dura plus 
d'une heure et demie, sans se lever ni s'agenouiller, ni 
changer de posture. Toutefois I'auditoire, qui se composait 
d'une oentaine de personnes, ^tait trfes-attentif et donnait 
par moments des marques de devotion. II n'y avait aucune 
femme ni dans la salle ni autour. > 

Les membres du Brahma Sabh4 ont adres&e une supplique 
au gouvemement pour qu'il reconnaisse les mariages con- 
tractus entre eux selon leur rite, mais en mfeme temps le 
Babu Keschab Chandar s'est prononc^ centre I'idee qu'on 
avait ^mise d'inclure dans la legislation des mariages des 
dissidents hindous et musulmans, les panth^istes, les utili- 
taires, les sceptiques et les rationalistes de toute esp^ce^ avec 

(1) Ce mot ancien parait expliqu^ dans une lettre de la ct'16bre voya- 
geuse Miss Carpenter (fille du R6v. Lant Carpenter, le commensal i 
Bristol de Ram Mohan Roy), d apr^^t laquelle le chef (leader) actuel du 
Brahma SabM serait Debender N&th Tagore, fils de feu Dwarka Nath 
Tagore^ ami de Ram Mohan Roy, et (^ui apr^s lui visita Paris, oi!i je Tai 
connu. u Keschab Chandar s est, dit Miss Carpenter, s6par6 de Debender 
Nftth et est devenu chef d'une nouvellc 6co]e plus avanc(^e que Tautre. » 



— 390 — 

lesquels leut' r^forme ne veut pas 6tre oonfondue (1). 

Les chamdrs (peaussiers, cuiratiers, tauneurs) forment 
une sous-caste de sudras qui est tenue en trte-grand 
m^pris par les Hindous. Ce m^pris a paru tellement intole- 
rable k un nombre considerable (environ qtiatre cent mille, 
dit-on) de* ceux qui habitaient les provinces nord-ouest, 
qu'ils ont quitte le pays et sent all^s demeurer sur le pla- 
teau de Chattigarh, dans la province d'Agra, prfes de la 
source du Mahanaddi (2). Lk, quatre cents seulement ont 
continue k s'occuper de leur Industrie, mais la plupart des 
autres se sont adonn^s a la culture de la terre, et ils ont 
non-seulement rejete la croyance aux castes, mais ils ont 
renonce k Tidolfi-trie et ont adopts la reforme des Sat- 
nami (3), sorte de d^istes dont ils ont pris le nom. Cette 
reforme hindoue enjoint la charity dans toute I'etenduedu' 
mot, ordonne la prifere, defend de fumer et de boire des 
liqueurs enivrantes (4). 

Sous le nom de chaU-m4la <t ' reunion (foire) du mois de 
mars-avril», des Bengallens onttenu, an printemps dernier, 
uue assemblee afin de s'entendre pour etablir des sentiments 
de confraternite parmi lesmembres des differentes religions 
et des differentes classes des indigenes, et pour encourager 
et favoriser tout ce qui tient k I'ameiioration generale. Un 
comite a ete charge d'etablir les bases de ce qu'il aurait k 
faire pour y parvenir ; mais il faudrait avant tout, fait obser- 
ver le journal (5) auquel j'emprunte cette nouvelle, renver- 
ser les barrieres des castes, qui s'opposent k tout espoir 
d 'unification. Toute fois cette tentative est louable et me rite 
la sympathie des Europeens. 

II y a en ce moment, parait-il, dans le Penjab im Hin- 
dou' nomine Ram Sing^ auteur d'une reforme puritaine des 

(1) Indian Mail du 27 aoAt 1868. 
;2. Times du 20 octobre 1868. 

(3) Adjectif d6riv6 de Satnam • le vrai nom (de Dleu). » 

(4) H. H. Wilson a donn^ de longs et curieux details sur cette secte 
dans son « M^moire sur les sectes religieuses des Hindous », p. 336 et 
suiv. de la nouvelle Edition in-8*. 

(5) Native Opinion du 12 avril 1808. 



J 



-^^rr^ 



— 391 — 

Sikhs, qui est venu k bout de faire quelques conversions 
parmi les musulmans. On pretend qu'il compte cent mille 
adeptes, mais que sa r^forme est plut6t politique que reli- 
gieuse (1). 

Au surplus, la civilisation, telle que nous Tentendons et 
dans ce qu'elle a d'acceptable pour les Indiens, suit urve 
marche ascendante. « L'homme, a dit Saadi, doit d^velop- 
per la capacity dont il est pourvu. Le bois d'alofes, sans 
Fodeur qui le distingue, ne serait que du bois k brUler. » 

Un journal indigene (2) constate les progris de Tlude; 
« II y a dix ans seulement, dit-il, on voyait les Indiens jeu- 
nes et vieux passer leur temps dans le d(5soeuvrement. C'est 
tout autre chose aujourd'hui. Les enfants sont occup^s k etu- 
dier, les jeunes gens et les hommes faits se livrent a leurs 
aflFaires, les gens Ag^s eux-mfemes ont second leur ancienne 
insouciance. Auparavant la paresse des laboureurs et des 
manouvriers ^tait cause qu'ils avaient difficilement de quoi 
pourvoir k leurs besoins, mais actuellement ils travail lent 
et ne manquent de rien. La diffusion de I'education, les pro- 
grfes du commerce, et enfin la facility des communications 
due aux chemins de fer, ont amenc cette revolution. 3) Tou- 
tefois le journaliste hindou deplore « I'usage qui s'est intro- 
duit des liqueurs alcooliques et le declin de la foi hindoue, 
qui est tel qu'on n'observe presque plus les c^r(5 monies reli- 
gieusesprescrites paries Sch&stars, qu'on ne r<5 cite plus les 
priferes qu'on doit faire trois fois par jour, qu'on n'allume 
plus les lampes de beurre clarifie, que les statues des dieux 
ont disparu et ont ^te renferm^es dans des cofFres. y> 

On trouve n^anmoins dans les journaux indiens (3) des 
articles sur la negligence des princes et des dignitaires indi- 
genes k s'instruire, et sur I'importance qu'il y aurait pour 
eux au contraire d'^tudier I'histoire et les sciences utiles. 
On les excite k sortir de leur apathie et k suivre I'exemple 

(1) Indian Mail du 14 ddcembre 1867 et du 9 juillet 1868. 

(2) Le Soma-Prakdsch « I'Eclat lunaire ». (Id. du 30 juilleU) 

(3) Entre autres danfl VAwadh Akkhdr du 18 aoiit 1868. 



— 392 — 

des Europ^ens, dont les plus di8lingu& de naissance sont les 
phis empresses i acqu^rir des connaissances soHdes et va- 
rices, Ces mfemes joumaux signalent cependant quelques 
nababs instruits et ^clair^s ; tel est par exemple le souverain 
de Rampur, Muhammad Kalb Ali Khan, qui re^oit a ce sujet 
les plus grands ^loges de la part des journalistes natifs, et 
qui est entre autres I'objet d'un Eloquent et trfes-fleuri ca- 
c/ida de quatre-vingts vers urdus public dans VAhlibar de 
Mirat (1). Tel est aussi le Maharaja de Kappurthala, qui a 
donne dix mille roupies (25,000 fr.) pour la diffusion 
des connaissances europ^ennes au moyen de la langue 
usuelle (2). 

Les indigenes ont besoin d'encouragements, aussi ne sau- 
rait-on trop applaudir k la determination qu'a prise le gou- 
vernement de s'adjoindre des notabilit^s indiennes. Cette 
mesure, qu'on r^clamait depuis longtempa, donne aux In- 
diens une grande satisfaction et les rattache d'autant plus i. 
FAngleterre, cette ile que Procope, dans le sixifeme sifecle, 
representait com me « couverte de serpents, oil les ^mes 
des trt?pass6s ^taient conduites a minuit de la terre des 
Francs par des pecheurs proposes k ces fonctions ». 

D'aprfes le nouveau hill de Sir Stafford Northcote, les 
Indiens ])ourront d'ailleurs ^tre admis au service civil dans 
I'lnde sans 6tre oblig<5s de subir les m^mes examens que 
les Ancrlais. 

Au surplus, bien des Indiens parlent et ^crivent Tan- 
glais avec une perfection remarquable. Un d'eux, Mahad^o 
Govind Ranad, de Kolapur, a pu^tre nomme professeurde 
litt^rature anglaise k V Elphinstone College de Bombay, et 
on assure qa'il m^rite tout k fait cet honneur (3). 

A roGcasion de oe qu'on appelle le Bism illah (4) et Ten- 

[1) A la suite da n* du 13 aodt 1868. 
2) Indian Mail da 9 avril 1868. 

(3) Homeward Mail du 10 fevrior 1868. 

(4) Ces mots signiflent « Au nom de Dieu • et Equivalent k notre signe 
de la croix. La c^r^monie qui porte ce nom consiste a faire lire soIenneUe- 
ment ces motsau jeune enfant qui apprend k lire. J*en ai parle dans moa 
discoura de I'an passd, p. 367. 



i 



— 398 — 

tr^e en Education de Th^ritier pr&omptif du masnard 
(tr6ne)de Jonagarh, le Prince Buland-Akhtar (1), il fut 
tenu dans cette ville, le 22 juillet dernier, une assembl^e k 
laquelle assistferent, aveo les parents du nabab de Jonagarh 
Tin grand nombre de fonctionnaires et de notables, des 
schaikhs etdes ulemas. Le precepteur dujeune prince, Mu- 
hammad Khairat Ali, pronouga en hindoustani un dis- 
cours qui a et^ public dans VAwadh Akhbdr (2) et dont voici 
la traduction partielle : 

<i Avant de commencer I'education du prince h^ritier, il 
me parait utile de dire quelques mots a la louange de la 
science. Toute connaissance est utile et profitable, car, d'a- 
prfes un philosophe, (( il vaut mieux savoir qu'ignorer. » 

2> Vous qui aimez rinstruction, sachez que Dieu, qui a 
cr^ tant de choses dans le monde, y a donne le premier 
rang a la science. Or, connaitre la formation des ^tres, leur 
mode d'existence et leurs propri^t^s, c'est en quoi consiste 
la science. La science est la lumifere, Tignorance I'obscurit^ ; 
la science est T^me du monde, sans elle le monde serait un 
corps (3) sans ftme. La science est notre guide, sans elle on 
s'^gare. La science est la richesse, I'ignorance la pauvret^; 
la science est I'honneur, I'ignorance I'avilissement. On s'^- 
Ifeve par la science, on s'abaisse par Tignorance. 

'» L'homme, par son intelligence, son jugement et la dis- 
tinction qu'il sait faire du bien et du mal, est la plus excel- 
lente des creatures. Or, rintelligence etle jugement regoi- 
vent leur lucidity par la science, et c'est par elle qu'est par-» 
faite la connaissance du bien et du mal. Ce n'est done que 
par la science que Thomme devient vraiment homme. La 
science pout seulele faire arriver k comprendre ce qu'il est 
et comment il est, d oi il vient et oi il ira ; et lorsque 
l'homme se connatt lui-mfeme, il conait Dieu. Puis, selon sa 
capacity, il connait toute la nature que Dieu a cr^ee, il ap- 



(1) C*e8t-i-dire « Aslre 61ev6 »• 

2) N* dn 18 aodt 1868. 

3) A la lettre : « un moule {cdlH) ». 



f 



-^,-*.' ■•••^ 



— 394 — 

pr^cie la paissance divine et comment Dieu r^gle tout et 
veille sur tout. Bref, la science ^claire les choses du inonde 
et celles de la religion ; la langue.humaine est incapablede 
lalouerdignement. 

» II y a bien des sciences diverses relatives k ce qui peut 
contribuer k notre bien-6tre. Telles sont I'astronomie, par 
laquelle on explique la marche et la revolution des astres, 
leur lever et leur coucher, leur ^l^vation et leur d^clin. Le 
soleil rechauffe I'univers entier et le vivifie ; c'est k lui qu'on 
doit le changement des saisons. Le p61e guide la boussole 
au moyen de laquelle on peut, mont^ sur un na\ire, aller 
sur rOc^an et visiter le monde, faire parvenir les moeurs et 
les connaiissances, les marchandises et les denr^es d'un pays 
dans un autre. Telle est la science de Tagriculture, par la- 
quelle on se procure les fruits et les grains qui servent de 
nourriture, et tant d'autres sciences qu'il serait trop long 
d'^num^rer... Animaux, v^g^taux et min^raux, tout est des- 
tine k notre usage, soit que nous nous en servions pour nos 
besoins ou pour notre agr^ment; et nous pouvons user de 
ces choses quand nous le voulons et les employer soit pour 
la sante, soit pour la maladie. 

:» II n'y a que deux sortes de science : la science des 
choses spirituelles et celle des choses temporelles. En dehors 
de cela il n'y a rien, puisque par I'une nous connaissons 
Dieu et par I'autre la nature, II faut done que I'homme 
fasse ses efforts pour atteindre k ces connaissances, tout en 
Confessant que ce n'est que par la fareur celeste et le don 
divin qu'il peut les acqu^rir. La raison, qui est chez tous 
les hommes le plus grand des bienfaits de Dieu, reside 
dans le cerveau ; mais c'est la science qui en est le polissoir. 
Si I'homme n'a pas soin de s'instruire, son esprit se rouille; 
tandis qu'au contraire la science lui donne sa nettet^, les 
.t^nfebres de la sottise en sont dissip^es, et on obtient I'intel- 
ligence des choses. ... 

j> Mais si I'acquisition de la science est bonne pour tont 
le monde, elle est particuli&rement n^cessaire k ceuz que 



^- 395 — 

Dieu a charges de gonvemer les hommes. II fant quMIs 
^tudient pour administrer sagement et ponr assurer la 
tranquillity et le bonheur de leurs sujets, le contentement 
de Tarm^e et le bien-6tre de tous. lis doivent aussi faire des 
eflForts pour r^pandre rinstruction non^seulement dans I'in- 
t^rSt de ceux qui leur sont soumis, mais pour eux-mSmes ; 
car ils trouveront par 14, dans Toccasion, de la part de 
leurs sujets, un pr^cieux seoours. » 

II, Apris avoir parl^ des r^formes religieuses et sociales 
tout indiennes qui prennent naissance chez les indigenes, 
Tenons a la r^forme bien autrement importante qu'ami- 
nerait chez eux I'adoption du christianisme. Mais leurs 
progr^ vers la vraie religion ne sont pas aussi rapides, 
sans ccpendant n'Stre pas moins r^els. 

Les Annates de la propoffation de la foi (1) portent le 
cbifFre total des catholiques (roraains) dans I'Inde k prfes 
de huit cent mille, dont cent soixante mille & Ceylan, ainsi 
que le fait savoir le vicaire apostolique de I'ile, le Dr Bon- 
jean, ^v^que de M^d^a (in partilms injideliumj , qui se dis- 
tingue par son ardeur k instruire les chr^tiens indigenes et 
k d^fendre leurs int^rSts spirituels (2). 

Le Christ, prfeche jadis dans Tlude par saint Thomas 
lui-m^me, puis par un autre Thomas et plus' tard par 
Fran^is-Xavier, Test de nos jours encore par de z^l^s 
missionnaires; et v^rifiant la parole biblique, Dieu Vy fait 
triompher de ses ennemis du vieux paganisme et du nou- 
veau naturalisme. <t La lumi^re se manifesto pour les 
coeurs droits dans les tenebres (3). » — « L'heure vient, 
et eUe est d^jk venue, oi ceux qui sont morts (spirituelle- 
ment) entendront la vbix du fils de Dieu (4). :» 



(1 J N" de mars 1867, Dans le N' de novembre 1868, on trouve un rapport 
tr5s-int^ressant et tr^s-d6taill6 sur Tetat des missions d'Agra par le vicaire- 
apostolique Mgr Jacopi. 

(2) « Answers to the Questions proposed by the suboommittee of edu- 
tsation of Ceylon », by the Rev. Ch-. Boiyean, Colombo^ 1867. 

1 3) Ps. CXI, 4. 

(4) Evangrile de saint Jean, v. 23. * 



— 396 — 

€ J^sns-Ghrist a qttitte la terre, mais son esprit toujoars 
present ne cesse d'animer son EgUse, qui est son corps 
'mystique, auquel ^tantuni mystiquement, il influesurtous 
les membres et leurdonne la vie (1). 7> 

Mrs R. Clark, d'Amritsir, dans une lettre en date dn 
13 f(5vrier dernier, me donne des nouvelles du Chnrck Mis- 
don de cette ville : « Les progrfes du ehristianisme, dit- 
elle ^loquemment, en bon frangais, sont lents, mais ils ne 
sont pas d^courageants. Quand de temps en temps il se 
d^tache un glacjon de Toc^an d'indifference et de paga- 
nisme qui nous environne, le courant qui s'^tablit entraine 
plus d'une ^me vers les rives du salut et donne aux esprits 
r^flechis un ^lan qui les conduit aux routes del'^ternit^ 3 

La mission de TEgliselibre d'Ecosse, fondle k Nagpore 
par le savant philanthrope E. Bishop, travaille activement 
k I'oeuvre de civilisation chr^tienne. La mission am^ricaine 
de Lahore est trfes-prospfere. Sir Donald Mac Leod a pr^sid^ 
au commencement de cette ann^e la distribution des prix 
aux Olives du college que les missionnaires ont ^tabli dans 
cette ville, et il a insist^ sur Timportance de la culture des 
langues parlies dans le pays, connaissance indispensable, 
tant pour la predication que pour la redaction des trait^s 
religieux k distribuer aux natifs (2). 

A Sehore, dans le territoire de la B^gam de Bhopal, on 
a b&ti une belle ^glise, qui a coAt^ de construction prfes de 
quarante mille roupies (100,000 fr.),foumies en grande par- 
tie par la B^gam, par le Holkar d'Indore, et par de nota- 
bles indigenes (3), 

(t) Discessit et suis adest^ 

PrsQseutc semper spiritu ; 
Miscens suo se corpore, 
Omnes in artus influit. 
(Hymne des premieres vfipres de Toct. de rAscension 
de la LiTURGiB pabisienne.) 

(2) Le Colonial Church Chronicle (n* de septembre 186S) annonce que 
le Vernacular Committee de la Socl^t^ pour propager la connaissance da 
ehristianisme (Society for promoting christian knowledge) prepare pour 
les provinces nord-ouest des trait^s et des livres Chretiens en hindousUoi* 
urdii. 

(3) Indian Mail, 5 mars 1868. 



— 397 — 

, Le nombre des eglises anglicanes oh. on c^l^bre le di- 
manche le service divin et oil on recite journellement des 
priferes, s'est consid^rablement accru (!)• 

Une mission qn'on pent appeler d m^dicale 3> s'est for- 
m^e k Defali, k VeSet d'agir aupr^s des femmes indigenes, 
dans le donble but de soulager leurs soufirances physiques 
et de leur faire parvenir la connaissance du cbristianisme. 
Une dame qui possMe toutes les qualit^s que demande la 
t&che qu'elle a entreprise s'est charg^e d'aller trouver les 
Indiennes dans leurs zenanas et de les former a soigner les 
malades et elle s'est dejk acquitt^e de ces fonctions avec 
plus de succfes qu'on n'esp^rait. II y a k Dehli beaucoup de 
femmes pauvres qui pourront trouver par la une occupation 
lucrative, quand elles auront acquis les connaissances n^ces- 
saires (2). 

Depuis ma dernifere allocution, I'^minent ^vfeque de Cal- 
cutta, ra^tropolitain de I'Inde et de Ceylan, a lu dans sa 
cath^drale, le 12 decembre dernier, son premier mande- 
ment, dent il a bien voulu m'envoyer un exemplaire. Nous 
y apprenons que d(5jk icette ^poque il avait administr^ la 
confirmation dans quarante stations, tenu vingt cinq 
reunions de laiques (3), visits des ^coles ct des colleges, 
vingt-quatre h6pitaux et quatre prisons, consacr^ trois nou- 
velles Eglises et b^ni neuf cimetiferes. C'est dans ces visites 
et ces c^r^monies qu'on a pu juger non-seulement de son 
zfele apostolique, mais de sa grande facilite k parler les lan- 
gues des indigenes et sp^cialementl'hindoustani. Dans son 
mandemfent, il adresse k son clerg^ les plus salutairesavis et 
I'engage k s'appliquer avec soin k Tetude des langues du 
pays, afin de pouvoir se mettre en rapport avec les natifs, 
dont les superstitions perdent chaque jour du terrain, mais 

(1^ Indian Mail, 6 mars 1868. 

(2) Ibid., 30 Janvier 1868. 

(3) Non content de s'occuper des int6reta religieux de ses ouailles, 
Mgr Milman, suivant Texeinple de son preddcesseur le docteur Cotton, 
donne de temps en temps, lorsqu'il est k sa residence officielle, des soirees 
littepaipesetscientifiquesauxqueiles 11 invite non-seulement les Europ6ens, 
mais les indigenes tant Hindou^ que musulmans. 



I,- 



— 398 — 

sans cependant le c^der encore a PEglise. a: Les Indiens, 
il est vrai, dit le v^n^rable Pr^lat, rendent g^n^ralement 
justice k la puret^ des principes chr^tiens, k la saintet^ du 
caractire de Notre-Seigneur J&us-Christ ; mais quand ils 
voient ce qui se passe chez les chr^tiens actuels, ils le tron- 
vent en contradiction avec la th^orie. Des nuages de diffi- 
cult^s s'interposent entre eux et la v^rit^, et leur coeur re- 
prend son inquietude. Le torrent du rationalisme, qui 
sillonne de nos jours FEurope, fait sentir chez eux son in- 
fluence ; et quand ils voient tant de chr^tiens ne pas croire 
eux-m^mes k leur religion, peuvent-ils ^tre port^s i y 
croire? ]> <c Mais, ajoute Mgr Milman, les r^sultats des doc- 
trines mat^rialistes abaissent tellement I'esprit et la nature 
de I'homme, ils le font si visiblement revenir aux anciennes 
theories de revolutions et de transmigrations sans fin, on k 
un froid et desesp^rant fatalisrae, une absorption et une 
annihilation telle que I'ofire le pantheisme, que je ne pense 
pas que les tb^ories actuelles doivent vivre plus longtemps 
dans leur phase pr^sente qu'elles ne Font fait dans leurs an- 
ciennes formes et leurs d^veloppements ant^rieurs^ » Je le 
crois aussi et je I'espfere avec tons les vrais chr^tiens. 

€ L'heure du p^ril est un moment favorable pour le reveil 
de la foi. Le minuit le plus sombre est souvent pour la foi 
un radieux midi (1). » 

A Calcutta, sous les auspices de deux Hindous convertis, 
le B^v. Professeur Banerjee et le Babu Gamendra Mohan 
Tagore, il s'est form^ une association pour promouvoir la 
piete des nouveaux Chretiens et pour d^fendre leurs 
droits (2), 

B y a eu encore cette annee quelques conversions de no- 
tables musulmans, et on compte parmi les personnes nou- 



(i) The hour of peril is to faith 

A season opportune; 
And darkest midnight is to her 
A bright and glorious noon. 

(Ch. Wordsworth, Holy Tear, hymn 84.) 
(2) Colonial Church Chronicle, oct 1868. 



— 399 — 

vellement baptises plasieurs princesses de la maison royale 
de Dehli. 

D'autre part^ VAioadh AJcbhdr du 2 juillet dernier annonoe 
la conversion k Tislamismo d'un Hindou tr^s-distingut^ et 
fort savant^ le Babn Bam Nath, chose qui n'est pas raxe 
dans rinde et facile k concevoir, car les Hindoas abandon- 
nent ainsi I'erreur pour les ^l^ments de la v^rite trouv^s 
par Mahomet dans la r^v^lation biblique. Et k c« propos je 
ne saurais trop bl^mer certains ^crivains qui confondent 
dans leur mepris religieux les Hindous et les musulmans, 
et qui m^me mettent ces derniers au-dessous des premiers 
sous le rapport des doctrines. lis oublient que la religion mu- 
sulmane n'est en r^alit^ qu'ime h^r^sie chr^tienne, tandis 
que les Hindous sont idol toes et professent un polyth^isme 
analogue k celui de la Grtee et de Home, que le chridtia- 
nisme a d^truit. Leurs idoles sont pareilles k celles que ren- 
versa saint Paul, leurs superstitions sont identiques ou plus 
d^plorables encore. Seulement les musulmans de Tlnde se 
ressentent un pen de Tentourage hindou, et la simplicity 
premiere de leur croyance et de leur culte en a souffert 
quelque atteinte. 

Un journal indigene (1) parle d'un singulier arrangement 
fait entre des missionnaires chr^tiens et des maulawis, qui 
ont d^cid4 de conf(^rer ensemble avec calme sur leur reli- 
gion respective, k la condition que, si les arguments des 
missionnaires sont victorieu8ementr^fut^s,ils se feront mu- 
sulmans, et que dans le cas contraire les maulawis se feront 
Chretiens. Je ne sais si la conference a eu lieu ; mais, dans 
tous les cas, je doute fort que les musulmans s'avouent ja- 
mais vaincus. 

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est permis aux musul- 
mans et aux Hindous de pr^cher comme le font les mis- 
sionnaires; et les musulmans surtout, profitant de la liberty 
qui leur est accord^e, annoncent k Dehli Fislamisme dans 

(i} AkhUr-i 'dlam du 21 mai 1868. 



»p *" 



— 400 — 

les rues et font des lectures publiques pour d^fendre centre 
les attaques des missionnaires leur religion et tacher m^me 
d'en prouver Texcellence et la sup<5riorit^ (1). lis ne vont 
pas n^anmoins, je pense, iusqu'k parler de la proph^tie qui 
circule dans le Penjab parmi les schiites, et d'aprfes laquelle 
I'annde prochaine de Thegire 1286 (1869-70) verra la r^ap- 
parition dii fameux imam Mahdi, disparu en 336 (879) 
et qui doit revenir sur la terre avant la fin du monde d61i- 
vrer les musulmans du joug Stranger. 

Le JBidt/d'bilds (2) nous apprend k ce sujet qu'a Dehli 
les missionnaires prSchaient souvent la religion chretiene, 
et avaient de temps en temps des conferences avec les Hin- 
dous et les musulmans. Mais comme les refutations ^talent 
passionn^es, qu'on se permettait de part et d'autre des cri- 
tiques blessantes, et qu'on en ^tait venu aux invectives et 
aux injures, les magistrats defendirent ces discussions^ 
mais permirent aux uns et aux autres de faire connaitre 
publiquement leur religion. Les savants hindous et musul- 
mans pen vent done prScher comme les missionnaires; mais 
il est d^fendu d'insulter la religion d'autrui, Le r^dacteur 
de VAwadh Akhbdrj k qui j'emprunte ces details, nous fait 
savoir d'aillours qvCk Lakhnau, depuis que le gouvemement 
anglais est ^tabli en Aoude, les musulmans, soit sunnites, 
soit schiites, pr^chent aussi dans le bazar pour r^pondre 
aux attaques des missionnaires, sans en 6tre emp6ches par 
I'autoritci. <i II est k esp^rer, dit en terminant son article le 
journaliste indien, qu'i I'exemple de ce qui se passe a 
Lakbnau et k Dehli, des savants hindous et musulmans se 
livreront dans leurs villes respectives k cette bonne ceuvre, 
mais sans employer jamais des paroles de mepris et de deri- 
sion centre la religion chretienne. » 

J'ai parie Tan pass^ de la conversion d'Imad uddinetde 
I'ouvrage qu'il a ^crit en refutation de I'islamisme. J'ai 



(1) Homeward Mail du 5 octobre <8G8, 

(2) Awadh Akhhdr du le'-septeinbre 1868. 



— 401 — 

rega depuis lors lo texte m^.me de la r^fbtntion (1) et celoi 
dn r^cit circonstanci^ de sa conversion (2). Ce r^cit est pr^- 
o6di de sa biographie, qui est peut-6tre un peu pr^ten- 
tiense, mais ces sortes de productions n'ont pas ce carac- 
t^re en Orient seulement. Quant an r^cit en lui-mSme, 11 
me parait naif et sans art, et surtout y^ridique pour ce qui 
conceme les motifs qui ont d^termin^ Imad k changer de 
religion. D&s T^ge de quinze ans, j est-il dit, I'^tude de la 
religion attira son attention, et il se lia, pour s'instruire 
sur cet important sujet, avec des ul^mas et des faquirs ; il 
fr^quenta les mosqu^es et les convents musulmans, apprit 
lejiqh (la loi musulmane), Tinterpr^tation du Coran et les 
Juzdis (paroles de Mahomet). Mais d^ lors, ajant eu I'oc* 
casion de fr^uenter quelques cbr^tiens, il congut des* 
doutes sur la v^rit^ de la religion musulmane, et il les 
avoua k ses maitres^ qui le gourmand^rent et t^ch^nt de 
le satisfaire par leurs explications. II cessa alors de s'occu- 
per d'^tndes religieuses, et selivra enti&rement k des Etudes 
scientifiques et litt^raires; mais ses doutes revinrent, et 
pour les faire cesser il se fit sofi et s'adonna k la contem- 
plation. II parlait et mangeait peu, passait les nuits k lire le 
Coran, et ne fr^quentait que des musulmans connus par 
leur pi^t6. Non content de faille r^guli^rement les cinq 
pri&res journali^res d'obligation, il faisait encore les trois 
pri^res de sur^rogation de la nuit, du lever du soleil et du 
dejeuner. II allait en p^lerinage aux tombeaux des saints 
musulmans; il errait dans les jangles j se livrant k des pra- 
tiques plus ou moins singuli^res ou aust^res, qu'il serait 
trop long d'exposer. H ^rivait, entre aulres, d'apr^ I'indi- 
eation d'un ouvrage mystique, le nom de Dieu {AUah) des 
milliers de fois sur du papier dont il s^parait ensuite cbaque 
nom avec des ciseaux, Tenveloppait avec des boulettes de 

(1) lQtital6e Tahqulc vJIrimdn * la Certification de la foi. » Voir luon 
discours de 1867, p. 363. 

(2) ln-80 de 18 pages de 17 lignea, intitul6 : Waqui' dt-i Imddiya 
<x Incideats relatifs k Imad (uddin). » En outrQ, Imad publie un journal 
mensuel dont il sera parl6 plus loin. 

26 



— 402 — 

farine d'orge et le donnait a manger aux poissons de la 
rivifere. 

Toutes ces meditations, ces penitences et ces pratiques 
de piete ne le satisfirent pas. Un verset du Goran (5tait, 
dit-il, nne ^pine dans son coeur. Ge verset, fort extraordi- 
naire k la vdrite, est ainsi conQU : a II n'y aura aucun d'en- 
tre vous (hommes) qui n'ira en enfer ; c'est un decret im- 
muable et decide (1). d Quelle difference entre ce verset 
d&esp^rant et Passurance du salut promis k la foi en Notre- 
Seigneur J^sus-GIirist I Imad ^tait cependant encore fidfele 
k rislamisme, et il precha m^me dans la mosquee royale 
d'Agra centre le missionnaire Pfander, auteur d'ouvrages 
de controverse musulmane Merits en hindoustani et qui ont 
produit dans I'lnde une certaine sensation et ont amen^ des 
repliques. II s'^tourdit vainement : il avait beau consulter 
les docteurs musulmans les plus instruits, leurs r^ponses 
ne le satisfaisaient pas et ne calmaient pas ses inquietudes. 
II se retirait dand sa chambre et pleurait am^reraent. Sur 
ces entrefaites, il apprit la conversion au christianisme 
d'un musulman trfes-savant, le Maulawi Safdar Ali (2). II 
se mit alors k lire le Pentateuque, I'Evangile et des livres 
de controverse ; il se fit expliquer par un Anglais religieux 
et bienveillant, M. Mackintosh, directeur de I'^cole nor- 
male de Lahore, tout ce qui Tembarrassait, et enfin, aprfes 
bien des combats int^rieurs et des persecutions exterieures, 
il se dedda, et par I'entremise du Rev. T. R, Glarfc, mari 
de la dame dont je viens de citer une lettre, il re9nt le 
baptfime k Lahore le 29 avril 1866, et trouva enfin, dit-il, 
la tranquillite^d'espritdont il etaitpriv^depuis si longtemps. 

III. Les societes scientifiques et litteraires qui se dont 



(1) Chap. XIX, verset 72. 

(2) Ce musulman converti n publie un ouvrage 6.c.ni en urdfl en reponse 
aux reproches qu'il avait re^iis de ses amis. Get ouvrage, intitule Niydz 
ndma « Appel affectueux » (k la lettre ; • Livre de supplication » ), a ete 
mis au jour par la mission am6picaine d' Allahabad, et le R6v. J. J. WaUh 
a bien voulu m'en envoyer un exemplaire. 



— 403 — 

formees dans Plnde pendant les demiferes ana^es continuent 
h se maintenir avec avantage. La principale est celle d'Ali- 
garh, fondle par T^minent musulman le Saiyid Ahmad 
Khan, president du tribunal {sadr nssicddr) de B<5nar^s, 
conDU surtout par son travail sur la Bible. Cette soci(5t^, 
qui est distincte de la Society islamique {Anjuman isldmi)^ 
dont je vais bientot parler (1), ne s'occupe pas des ques- 
tions religieuses, car elle admet dans son sein non-seule- 
inent des musulmans, mais des Hindous et des Anglais. 
Son but special est de faire connaitre i I'lnde la science . 
europeenne en reproduisant en hindoustani les ouvrages 
qui en traitent, afin de la rendre accessible k tons les 
Indiens. 

J'ai sous les yeux le n** 7 de ses publications, c'est k s.a- 
voir la traduction, sous le titre de Rigdla Hlm-i faldhat 
a: Traits de la science d'agriculture, » des « Outlines of 
modern farming d de R. S. Burn, illustrees et avec des 
additions faites k I'original (2). 

Les d^penses de la soci^te sont d^fray^es par les dons 
yolontaires des membres qui la composent. Elle a ouvert 
en outre une souscription speciale dont le produit doit 
servir a envover des Indiens ^tudier en Europe et en con- 
naitre tout ce qu'il y a de bon a apprendre dans I'int^rgt 
du progrfes (3) ; et on dit que le Saiyid Ahmad doit bien- 
tot partir lui-m6me pour I'Angleterre. Get illustre savant, 
qui, aprfes avoir fond^ cette society, en a ^t^ nomm^ secret- 
taire honoraire, s'occupe d'un a Catalogue de tons les livres 
nrdds publi& jusqu'ici, » ce qui formera une sorte d'his- 
toire de la litt^rature indienne-urdde, et d'un a. Diction- 
naire urdfi, » contenant toutes les particularites idioma- 



(1) J'ai confondu raal k propos dans raon discoups du 3 d^cembre 1866, 
p. 304, et danscelui de 1867, p. 343, celte sooiete avec ceile d'Aligarh. 

(2) Un volume grand in-8" de 234 p., impriin6 (et non lithogi'aphie) 
^ la typogpaphie papticuliere du Saiyid Ahmad Kban, qui en fournit gra- 
tuitement les presses k la soci6t6, laquelle publie depuis quelque temps un 



joarnal dont ii sera parl6 plus loin. 
(3) Xkhbdr-% 'dia/n du 6 avril 1868. 



^■"^^ 



— 404 — 



tiques de la branChe mudulmane de rhindoastani (1). Ces 
ouvrages feront partie de ceux que doit publier la societ(5, 
parmi lesquels je distingue un choix de morceaox en vers 
urdiis classiqaes des anciens auteurs, un traits de poesie et 
de versification urdfte et persane, une rh^torique purement 
urd(le ; sans parler des nombreuses traductions en urdii de 
beaucoup d'ouvrages bistoriques arabes et persans et d'au- 
tres liyres cdl^bres dans ces langues classiques de I'Inde (2). 
La soci^t^ a dijk traduit en hindoustani plusieurs ouvrages 
anglais, et elle a mSme entrepris la t&cbe difficile de repro- 
duire des livres sur les sciences exactes et des trait^s de 
logique, ces derniers probablement comme objets de curio- 
site, vu r^nonne diflKrence qui existe entre la maniere de 
voir europ^nne et asiatique. Mais dans ce moment de 
transition, ces ouvrages peuvent Stre utiles anx auteors 
des productions de la nouvelle ^cole qui prend naissance 
dans rinde. 

Je n'ai pas re^u depuis longtemps le journal (RifcUa) de 
VAnjunian de Lahore pour la propagation des connaissances 
.utiles (3), dont j'ai n^anmoins I'honneur d'etre membre, 
maisje sais qu'il en a paru trente-deux numeros, et VAkhbdr- 
i ^dlam en reproduit un article (4) sur ce qu'on appelle « la 
chatne des 6tres d, et sur les quality et les propri^tes des 
difFdrentes esp&ces d'animaux, a depuis lemoucheron jusqu'i 
I'^lephant, le chameau et le crocodile » (5). « Quelques ani- 



(1) Rappoii, du Raja Jai KrischendlLs, secretaire de la soci^t^^ lu & la 
stance generale du 9 mai dernier. (N"* du 22 mai du journal de la so- 
ci6t6.) 

(2) Notamment ceux-ci : Tarlkh-i Yamant, Tankh-i Abd Fasl, Tarlkh 
ulmad^r, Tabacdt-i hdctri, Tarikh-i Firoz SckdhU Tarikh-i Timilrt 
Intikhdb-i Tartkh-i Ibn Khallicdn. 

(3) J apprends par VAkhbar-i 'dlam du 10 septembre 18J>8 que le 
NaJ[)ab Siksndar Ali Khan, Rais de Mullair et de Kotila, en outre des mille 
roupies (2,500 fr.) qu'il avait d6ji donnees h cette soci6t6, vient de Ini 
faire un nouveau don d'un lakh de roupies (250,000 fr.). Le journal hin- 
doustani nous fait savoir de plus (|ue ce nabab est sur le point de partir 
pour I'Angleterre, et qu'il y conduit son Ills, ag6 de douze ans, pour y 
faire son Education. 

(4) Mirat, 14 novemb.-e 1867. 

(5) C'est une sorte de tableau descriptif analogue k celui de VlkhvoAn 
Hssafdj que j ai traduit sous le titre de « les Animaux ». 



J 



— 405 — 

maux, y est-il dit au d^but, sent plus grands que rhomme 
et vivent plus longtemps, mais ils sont priv^s de I'iutelli- 
gence, qui (ilfeve I'homme jusqu'a Dieu. d L'auteur s'^tend 
particuli^rement sur la grande difference qui existe entre 
I'homme et I'animal. Incidemment, il remarque que les plus 
petits animaux paraissent avoir un instinct plus d^velopp^ 
que les plus grands ; mais je ne le suivrai pas davantage 
dans ses (^lucubrations. 

L'auteur d'un autre memoire, public dans le recueil de 
larafeme soci^te (1), pense que les progr^ de la civili'^atioii 
dans I'Inde sont plus imaginaires que r^els, « II est bien 
difficile en effet, dit-il, d'arracher de I'esprit des natifs leurs 
pr^jug^s, et de leurs moeurs les usages centre nature qui 
sont r^pandus dans toute la population de I'Inde. II faudrait 
que Dieu dans sa puissance op^r^t instantanement ce chan- 
gement. On etablit^il est vrai, qk et Ik, des colleges et des 
^coles, mais aussitSt que les Indiens y ont re^u quelque 
instruction, qu'ils savent lire et ecrire, ils recherchent un 
^mploi tout modique qu'il soit, et quand ils Font obtenu 
ils n'^tudient plus, car naturellement ils n'ont aucun desir 
d'acquerir des connaissances. S'ils lisent quelque chose, ce 
sont des romans ou des contes, tels que le Badr munir (2), 
le Bdhawali (3), « les Quatre derviches (Bag o hahdr) d, 
etc. Mais dans I'dtat actuel des choses, nous ne pouvons pas 
esp^rer que les Indiens lisent d'eux-mSmesdes livres d'his- 
toire, de morale, de philosophic, et voilk cependant les 
livres qu'il faudrait leur faire lire et leur expliquer. II est. 
f&cheux que le gouvemement n'ait pas continue h. publier 
les traductions d'ouvrages anglais qu'ont avait entreprises k 
Dehli en 1840 (4). d 



(1) Le n« 25. 

(2) Ou I'hisloire de Benazir et de Badr Munir, dont il y a plusieurs r6- 
dactions, la ppincipale en vera, sous le titre de Sihr ul-baydn, par Hagan. 

^3) J'ai public ce roman sous le titre de « la Doctrine de I'amour ». 

(4J En effet, en 1840, feu mon ami F. Boutros, principal du college 
de Dehli, et son savant successeur leDrA. Sprenger, avaient, sous les 
auspices du gouvemement, fait traduire et publi6 de I'anglais en hln- 



— 406 — 

Comme les ann^s pr^c^dentes, la Soci^t^ Islamique 
(Anjuman isldmi) a tenu k Calcutta, oi elle a son siege, 
le 8 zicada 1284 (4 mars 1868), au Town Hally sa seance 
gen^rale pour la lecture de differents memoires et I'exhi- 
bition d'objets curieux et d'int^ressantes experiences. A 
cette stance ont etc convoques : le vice-roi, le lieutenant- 
gouverneur et toutes les notabilit^s indiennes et anglaises, 
L'^diteur de VAkhbdr-i ^dlam exprime dans son journal (1) 
le regret qu'il a ^prouve de ne pouvoir assister k cette reu- 
nion annuelle d'une societe qui a toutes ses sympathies 
et dont il fait le plus grand ^loge, fonnant des voeux pour 
qu'il s'^tablisse dans les principales villes de I'lnde de pa- 
reilles compagnies, dans I'int^r^t de I'avancement des 
sciences, des arts et de la litt^rature, qui rendrait I'lnde 
prospfere et florissante. 

Le cc Social Science Association d du Bengale a tenu 4 
Calcutta, le 31 mars dernier, une seance solennelle, k 
laquelle ont assiste beaucoup de rai's (chefs indiens) , d'omras 
et d' Anglais, civiliens et militaires (2). Elle a public enjoin 
dernier le second numero de ses Memoires. On y trouve 
I'allocution inaugurale par laquelle le President ouvrit la 
seance dont il vient d'etre parli, des articles sur le com- 
merce et les industries du pays, sur son hygiene, sur les 
fetes indiennes, etc. On y remarque ceux sur Fe^ducation 
des musulmans et sur celle des femmes, d'autant plus in- 
t^ressants qu'ils sont ecrits par des indigenes; (?t enfinune 
collection curieuse des proverbes usit^s au Bengale et re- 
cueillis par le B^v. J. Long (3). 

Cette m6me association a mis au jour la liste d'un certain 
nombre de questions, auxquelles elle invite les personnes 
compe.tentes k reponcjre, sur I'etat de Tinstruction et sur le 

doustani nombre de bons livres qui Bont encore tr^s-recherches dans 
rinde. Malheureusement il n'a pas M donn6 suite k ces publications si 
Utiles^ et qu'il serait bien k desirer qu'on reprit. 

(i) No du 12 mars 1868. 

<2) Akhbdr-i 'dlam du 16 avril 1868. 

(3i Homeward Mail du 6 mai 1868. 



— 407 — 

mode d'cnseignement des ^tablissements poar les gar^ons 
. ef ponr les filles et des ^coles mixtes (1). 

II se forma k B^nar^, en 1861, sous les auspices des 
mabarajas de B^narfes, et de Vizianagram, une sorte de 
cercle litt^raire (Debating Club), qui, sous le nom actuel 
"d^InstitiU de B^arh (Benares Institute), est devenu une 
vraie acad^mie, d'oii sont exclues les questions religieuses et 
politiques. Cette soci^t^, compos^e d'Hindous et de musul- 
mans distingu^s de naissance, tons savants en litt^rature 
bindoue ou musulmane, auxquels se sont adjoints quelques 
Europ^en^ amis des Indians, se r^unifc hebdomadairement et 
entend des lectures sur des sujets varies, lectures i la suite 
. desquelles il s'^tablit des discussions erudites entre les mem- 
bres de la compagnie, qui ont ainsi I'occasion de d^velopper 
leurs id^es particuliires, ainsi que dans nos soci^t& savantes 
d 'Europe. 

La society est divis^e en cinq classes comme I'lnstitut de 
France ; c'est k savoir : Education, Progrfes social, Pbiloso- 
phie et Litt^rature, Sciences et Arts, Jurisprudence. Le 
President de cbaque classe est un Europ^en, mais tons les 
. secretaires sont des indigenes. Je ne connais malheureuse- 
ment pas la s(5rie des publications de cette soci^t^ ; mais il 
m'est cependant tombe sous la main le volume de ses 
M^moires (Transactions) lus dans les stances de 1864-65. 
II se compose de trente-sept articles, tons Merits, a I'excep- 
tion d'un seul, par des indigenes et presque tous en hindou- 
stani Urdu ou Hindi, et ils ont, en general, rapport k I'ame- 
lioration intellectuelle et morale des Indiens* 

C'est ainsi qu'ils traitent des bons effets de I'^ducation 
des femmes, des inconv^nients de leur reclusion, des avan- 
. tages scientifiques qu'oflfre la fr^quentation des Europ^ens, 
de la situation des sciences physiques dans Tlnde, de la 
rb^torique sanscrite, de la philosopbie arabe, de la musique 
bindoue, etc.; et enfin^ pour ce qui conceme specialement 

(1) Indian Mail, 27 fevrier 18C8. 



— 408 — 

rbindoustani, on y trouve un article sur I'importance de 
Tetude de rhindi, un autre sur les ouvrages ^l^mentaires 
publics dans les demiers temps pour I'^tnde de I'urdu, et 
sur la preference k donner aux caractferes persans pour F^- 
crire et non aux caractferes remains. La Soci^t^ n'est mSme 
occup^e, dansune des stances dumois de juin de cette an- 
n^e, de la question des exercices corporels, tels que les pra- 
tiquaient les anciens Grecs (1). 

On annonce la formation k Lakhnau, sous le nom d'-4n- 
juman tahzib cc Association de reforme », d'un autre cercle 
litter aire indigene analogue k celui de B^nar^s, pour la 
discussion de la politique g^n^rale, des lois, des usages, des 
arts, des sciences et de la litt^rature hindoustanie actuelle* 
Des pandits et des munschis sont k la idte de cette associa- 
tion, et elle a pour secretaire Siva Narayan, qui a d^ji de- 
mande I'echange des publications (Je la society avec les 
joumaux urdus et hindis, 

Plusieurs societ^s du m§me genre ont et^ fondles dans 
differentes villes du nord de I'lnde, et elles sont le r^sultat 
naturel de I'education qui est actuellement donn^e, soit dans 
les ^coles officielles du gouvernement, soit dans celles des 
missions. Elles annoncent dans une certaine classe d'indi- 
g^nes un esprit de recherche et une soif d'instruction qui 
sont de bon augure pour Pavenir de rinde(2).Celle de Dehli 
continue la publication de ses actes, qui sont redig^sen ur- 
du par son secretaire Piyari Lai, et qui paraissent sf)us le 
titre de : Ricdla Dehli Sucditi a Trait^s de la Societc de 
Dehli. D 

11 s'est etabli k Mirat une society astronomique d^ja 
composee de pres de cinquante membres. J'en ai re^u le 
prospectus, redig^ en bon hindoustani, qui annonce la pu- 
blication mensuelle des actes de la society, et plus tard la 
creation d'un journal special. 



(1) Awadh Akhbdr du 23 juin 1868. 

(2) Je m associe k ce sujet a ce qui est dit dans le Trubner's literary 
Record, f6vrier 1868. 



_ 409 — 

Mais c'est snrtout Lahore qui devient T^ritablement un 
grand centre litt^raireindien.Cette villepofls&iaitd^jk VAn- 
juman et bien d'autres corporations plus ou moins scienti" 
fiqnes, en attendant IMtablissement d^finitif de Tuniver- 
sit^ orientale ; et maintenant M. Lepel GrifBn vent y 
fonder nne Himalayan Society^ qui aura pour but de r^unir 
toutes sortes d'informations sur I'Himalaya , relativemen* 
k Tethnologie, k la philologie, k rarcheologie et k la 
religion. 

II s'est aussi form^ k Lahore une Society zoologique qui 
doit r^unir, pour en ^tudier et en comparer les moeurs, des 
^chantillons d'animaux de tons pays (1). 

IV. J'ai parl^ Pan pass^ d'une demande qui avait ^t^ 
adress^e par des Lidiens instruits des provinces nord-ouest 
k I'universit^ de Calcutta, que Sir A. Grant (2) appelle le 
Cambridge de Tlnde, tandis qu'il nomme I'Oxford de Tlnde 
celle de Bombay. Ces Indiens voulaient done qu'on confi^r&t 
les degr^s universitaires pour les Etudes orientales aussi 
bien que pour les Etudes europ^ennes. Le syndicatde Tuni- 
versit^ayantrejet^leur demande, ils ont maintenant d^cid^ 
d'avoir leur university propre (3), dans laquelle Tensei- 
gnement sera tout k fait oriental et donne en hindou- 
stani (4). On Tappellera orientale^ parce qu'elle sera destined 
k I'enseignement des langues classiques del'Inde, sans pre- 
judice n^anmoins des autres connaissances, pour la disfcin- 
guer des universit^s des trois Presidences, qu'on peut ap^ 
peler occidentales^ puisque I'enseignement y est donn^ eu 
anglais (5) et que les Etudes y sont europ^ennes. Si, comme 

(1) Akhbdr-i 'dlam du 30 avrU 1868. 

(2) Ancien directeur de I'instruction pnblique k Bombay et aujourd'hui 
principal de runivcreit^ d'fcTdinburgh. 

(3) Proceedings of the Asiatic Society of Bengal, 1866, p. 120. 

(4) Homeward Mail du 14 mars 1868 ; Indian Mail des 19 et 26 mars 
1868 

(5) II V a ^ Ih v^rit^ une reaction contre cette anglomanie, mais il est 
deplorable devoir des Indiens de m^rite Mre plus Anglais que les Anglais, 
«t vouloir dans ces universit^s lusageexclusifde lalangue de leursvain- 
queurs. On cite un musulroan distingu^, 2^16 partisan de I'^ducation 



. ^ 410 -^ 

il faut I'esp^rer, cette universite est d^cidement etablie, 
elle marquera dans I'lnde Vkre de la renaissance, par la for- 
mation ^clectique dans la langue de ces provinces, le pur 
hindonstani urdu, d'une litt^rature qui, conservant les ex- 
pressions et les m^taphores d'un goM acceptable de I'Orient, 

• y ajoutera celles de notre Europe qui pourront s'y adapter, 
et en vivifiera surtout le fond par des id^es et des doctrines 
nouvelles. 

Rendons hommage k Sir D. Mac Leod, lieutenant gou- 
vemeur du Penjab, qui, dans un discours public k Lahore, 
& dit que les Indiens avaient droit a ,ce que les langues de 
leurs pferes et d'eux-mfimes re^ussent dans le sy st&me d'edu- 
cation officiel la consideration qui leur est due. Une parfaite 
connaissance du langage usuel est, a-t-il ajout^, indispen- 
sable aux fonctionnaires du gouvemement, surtout k ceux 
qui sont charges de Tenseignement des indigenes, dont un 
certain nombre pent bien recevoir une Education anglaise, 
mais non la masse du peuple, qu'on ne saurait instruire que 
par I'entremise de personnes s'exprimant facilement dans 
ses langues, et, de plus, joignant aux connaissances occi- 
dentales celles de I'Orient, familiers avec les classiques orien- 
taux, habitu^^s k la nianifere de penser orientale; en sorte 
qti'on puisse espferer de voir se former un jour une nouvelle 
litterature hindoustanie, produit du contact des Europ^ens 
et d^s Asiatiques. 

Un de mes anciens auditeurs, M, Seton Karr, vice- 

, chancelier de Tuniversit^ de Calcutta, a pr^cisement pro- 
pose, dans I'allocution qu'il a faite k Poccasion de la collation 
annuelle des degr^s universitaires, par une sorte de com- 
promis, pour parer an refus du synoicat de I'universit^, 

. d'etablir une quatrifeme university proprement orientale 
dans une des grandes villes du nord de Tlnde, adoptant 
ainsi en principe le projet relatif k Puniversit^ de Lahore. 

, europ^enne, le Maulawi Wahid uddin, qui a ^tabli k ses frais, dans un 
Tillage du district de Patna^ une 6cole oh Ton enseigne Tanglais aux 
: jeunes enfants. 



— 411 — 

. « Pourquoi, en effet, dit le Friend of India (1), n'y aurait- 
il pas des docteurs en Sanscrit, des licencies en arabe (2) et 
des bacheliers en hindi? Ces langues valent bien Tanglais, 
et elles sont en reality bien plus utiles aux Indiens. Croit- 
on que I'anglais pourra jamais supplanter la langue du pays? 
Le persan a disparu (3), ajoute le Friend of India, avec la 
domination mogole; il en serait de m^nie do I'anglais dans 
un cas semblable. d 

Le succfes de cette quatrifeme university tout orientale k 
^tablir dans la capitale du Penjab, vaste province dont la 
population s'^lfeve k dix-sept millions d'^mes, parait d&or- 
mais assure (4). Voilk que le Maharaja de Kachemyre, de 
ce pays dont Thomas Moore a dit : d Qui n'a pas entendu 
parler de la valine de Kachemyre, avec ses roses, les plus 
brillantes que la terre ait jamais produites, avec ses temples, 
ses grottes et ses sources d'eau aussi pures que les yeux 

• animus par Tamour qui les contemplent (5) ? d le Kaja du 
Kachemire, dis-je, a donn^ un lakh de roupies (250,000 fr.) 
pour I'c^tablissement de cette university, et son example 
sera sans doute suivi par tons les autres princes du Penjab. 
En efFet, le raja de Pattiala a mis k la disposition du gou- 
vernement pour la mfeme fondation la somme de cinquante 
mille roupies (125,000 fr.); les Eajas de Jhind et de Nabha 
ont donn^ chacun onze mille roupies (28,000 fr.); le Sirdar 
de-Kalsia, trois mille (7,500 fr.); le Raja de Balaspur et 

(1) Indian Mail Am 9 avril 1868. 

(2) Je dirai k propos de I'arabe que M. Howell, inspecleur des 6coIes 
du cercle de Mirat, a entreprls^ k la demande du gouvemement, un « Dic- 
tionnaire arabe-urdu » pour 1 usage special des candidats aux universit^s, 
et qui sera aussi tr^s-utile h. tous les Indiens et surtout aux musulmans. 

(3) L'assertion n'est pas tout a fait exacte : le persan n'a r^ellement 
disparu qu'en tant que langage parl6; car on T^crit encore dans Tlnde 
comme on I'a fait pendant longtemps pour le latin en Europe. 

(4] Ainsi seront r^alis^s les voenx les plus chers du Dr Leitner, qui 
publie en ce moment son grand ouvrage sur le Dardistan, le Kachemyre, 
le petit Tibet etc.^ et su^ le groups des langues peu connues de ces pays, 
desquelles il semblerait^ selon lui, que le Sanscrit se serait form6. 
(5) Who has not heard of the vale of Cashmere, 

With its roses the brightest that earth ever gave, 
Its temples and grottos and fountains as clear 

As the love-lighted eyes that hang over thievwave? 

Lalla Rookh. 



— 412 — 

le Rai's de Nahan, chacun cinq cents roupies (1,250 fr.). 
Le Maharaja de Kappurthala, qui s^^tait d^ja engage k 
souscrire annuellement k une somme de deux mille roupies 
(4,500 fr), en a de plus donne dix mille pour coop^rer k 
cette fondation; plusieurs autres princes indigenes ont 
double leur premifere souscription, et d'autres ont promis 
de fortes sommes (1) pour favoriser T^tablissement de ce 
qu'ils espferent 6tre un foyer de lumifere pour I'lnde. Enfin 
les liabitants de Lahore ne se boment pas a des voeux st^- 
riles, mais ils soutiennent aussi de leurs propres deniers 
cette entreprise si digne d'int^rSt (2). 

Au demeurant, cette university orientale parait 6tre con- 
sid^r^e comme constituee, car VAwddh Aklibdr nous apprend 
qu'un comity de cette university , composd d'Indiens et 
d'Europeens, et entre autres du D*" Leitner, le promotenr 
du mouvement en sa favour, s'est r^uni k Lahore le 9 sep- 
tembre dernier, pour d^lib^rer sur Pencouragement a don- 
ner au college du gouvemement de Lahore, en lui faisant 
adopter une organisation conforme aux vues de 1' university. 
II a et^ d^cid^ qu'i cette condition on allouerait annuelle- 
ment au college, j^owr favoriser V4tvde de Vurdu et duper^ 
sariy et pour cr^er des bourses en favour des ^tudiants en ces 
langues, la somme de seize cents roupies (4,000 fr.), ponr- 
vu n^anmoins que le gouvernement doublet cette somme. 

C'est aussi k Lahore que sera ^tabli le principal mus^e 
d'antiquites indiennes qu'il s'agit de former dans les chefss- 
lieux des provinces (3), Deji le gouvemeur general a 
nomm^ une commission pour lui faire un rapport sur les 
monuments historiques qui existent dans les diflKrentes 
provinces, et dont quelques-uns ont une antiquity de plus 
de trois mille ans, afin de pourvoir k leur conservation. 



(1) Awadh Akhbdr du 4 aout, Akhhdr-i *dlam {Mirat Gazette) du 15 aoAt 
18f.8. 

(2) Pendant le seul mois de juin dernier, ils ontsouscrit pourneuf cent 
onze roupies (2,277 fr. 50 c.) ; homeward Mail du 14 septembre 1868. 

(3) Akhbar-i 'dlam du 21 novembre 1867. 



— 413 — 

Des monies, des empreintes, des photographieB devront 6tre 
pris avec soin, conserves et reproduits ensaite par I'lmpreB- 
sion. 

Le capitaine Holrojd, qui a 6i& r^cemment appeld an 
poste de directear de rinstruction publique en Penjab, avait 
6ii& pendant dix ann^ inspecteur de rinstruction publique ; 
il avait suppl^^ le major Fuller pendant son absence, et per- 
sonne mieux que Iiii n'^tait digne de lui succ^der. A Pexem- 
ple de son pred^cesseur, il a tenu le 25 mars dernier un 
darbdr (assembl^e) pour la distribution des prix aux ^l^ves 
des &)oles indigenes de Dehli. Dans son discours, qu'il a 
prononc^ couramment en hindoustani, il n'a pas manqu^ 
de mentionner la perte si deplorable du major Fuller et 
celle non moins regrettable de M. Hutton, directeur du col- 
lege de DehU (1). 

Les habitants des provinces nord-ouest veulent, eux 
aussi, avoir, comme ceux du Penjab, une university orien- 
tale k Dehli (2), dont le palais imperial, aujourd'hui desert, 
voit peut-Stre, comme Fa dit Saadi d'un autre palais (3) : 

^ L'araignde tapisser les murs de sa toile, et le hibou 
faire entendre son chant lugubre dans Tantique tour. i> 

A cette university I'enseignement serait donnd en hin- 
doustani; cette langue y serait ^tudi^ avec soin dans ses 
deux branches et rendue propre k rempl^cer avantageuse- 
mentles langues anciennes ; elle s'enrichirait ainsi da nou- 
veaux ouvrages et de nouvelles traductions qui contribue- 
raient k former cette nouvelle litt^rature indo-europfenne 
dont j'ai parl^. Je suis siir que Sir W. Muir, le nouveau 
lieutenant gouvemeur de ces provinces, Eminent orienta- 
liste, dont les excellents ouvrages sont si estim^s en Europe 
comme dans Flnd^, secondera cette impulsion et ^tablira 
cette university qu'on pourra bien appeler indienne. 

Les trois universit^s pr&identielles de Calcutta, de Ma- 



il) Homeward Mail du 4 mai 1868. 

(2) Indian Mail du 26 mars 1868. 

(3) Celtti d*Afraciab. 



— 414 — 

dras et de Bombay, continuent k s'occuper paisiblement de 
leur t^che. Aux examens qui ont eu lieu k celle de Bombay 
dans la dernifere quinzaine de novembre 1867, cinq cents 
candidats se sont pr^sent^s pour I'admission (1), nombre 
considerable, eu ^gard k la population. A Calcutta, il y en 
a eu quinze cent neuf (2), ce qui porte k douze mille cent 
soixante et un ceux des onze annees de I'existence de cette 
universite. Sur ceux de cette ann^e, tant du Bengale que de 
rinde du nord (3) et de Ceylan, il y avait douze cent vingt- 
huit Hindous, cent trois chr^tiens, cinquante-huit musul- 
mans seulement et cent vingt dissidents (4). Oes candidats 
parlaient tons hindoustani ; mais lea uns ont voulu 6tre exa- 
mines en Urdu ou en Lindi (5), les autres en bengali, quel- 
ques-uns en persan, en arabe et en Sanscrit, en anglais et 
mSme en latin. Le nombre de ceux qui .se sont presentes 
pour le degre de bachelier es lettres {master arts) a ^te de 
deux cent onze, tandis que I'annfe pr^c^dente il n'avait ^te 
que de cent quarante et un (6). 

Pour les examens universitaires qui ont eu lieu k Benarfes. 
le 9 decembre 1867, les candidats ont dti d^velopper en an- 
glais des thfeses un peu difficiles k traitor, ce semble, par de 
jeunes Indiens, surtout dans une langue qui leur est etran- 
gfere, c'est k savoir : a: Que Dieu a cr^^ la campagne et los 
hommes la ville. j> — « S'il est vrai que le vice soit moins 
criminel en perdant de sa grossiferet^ (7). » 

Sir Stafford Northcote a mis de sa propre cassette k la 
disposition de 1 'university de Calcutta la somme de deux 



(1) 11 n'y en avait eu que quatre cent quarante Tannic pr6c^dente« 

(2) 11 n'y en avait eu que treize cent cinquante I'ann^e prec6dente. 

(3) VAkhbdr-i 'dlam du 16 Janvier 1868 distingue parmi les candi- 
dats qui ont eu le plus de succ^s k V University College^ Lai Bhori Singh,. 
el6ve de I'Ecole des missions' de Mirat et traducteup de I'anglais en hin- 
doustani pour ce journal, Hindou tr^s-intelligent et dune grande aptitude 
litt^raire. 

(*) Friend of India {The Homeward Mail du 13 Janvier 1868). 

(5} Cette ann6e, les examinateurs de luniversite de Calcutta sont pour 
I'urclu le Br H. Blochmann, et pour Thindi le Babu Krischna Komal 
Bhatlacharjia. 

(6) Indian Mail du 20 Janvier 1868.- 

n) Ibid. 



— 415 — 

mille roupies (4,500 fr.) pour fonder qaatre prix en faveur 
des ^I&ves qui subiront avec le plus de succ^ leur examen 
d'entr^e en 1869, d'entre les*candidats du Bengale, des 
provinces nord-ouest et du Penjab, d'Aoude et des provin- 
ces centrales. 

Enfin Pexcellent vice-roi Sir John Lawrence, dont la re- 
traite vivement regrett^e n'empSchera pas d^accueillir favo- 
rablement le nouveau vice-roi Lord Mayo qui, k son exem- 
ple, saura sans douts se faire aimer des natifs et des 
Europfens ; Sir John, dis-je, a obtenu la sanction du con- 
seil ex^cutif an projet d'envoyer annuelleihent en Angle- 
terre, aux frais de I'Etat, neuf ^tudiants indigenes, pour les 
preparer k entrer dans une universite en vue du service ci- 
vil ou pour toute autre destination. On elira deux candidats 
dans chaque pr^sidence, un dans les provinces du nord-ouest 
on du Penjab alternativement, un d^Aoude et un des pro- 
vinces centrales. Six de ces neuf ^Ifeves devront 6trechoisis 
par les gouvernements locaux, et les trois autres, sans doute 
des pr^idences, seront soumis au concours (1). 

Quant a I'instruction publique donn^e dans les ecoles, 
1' Aklibdr-i \Uam du 6 f^vrier dernier (2) en public le ta- 
blau sommaire de 1865 pour toute Tlnde, et en voici les 
chiflres les plus essentiels : 

En Bengale, 2,704 Ecoles et 117,644 ^Ifeves (3). 

Dans les provinces nord-ouest, 9,184 Ecoles et 199,269 
^l&ves. 

En Penjab, 2,965 4coles et 101,993 ^Ifeves. 

Dans la pr^sidence de Madras, 1,245 Ecoles et 38,255 
dlives (4). 

(i) Homeward Mail du lOaoM 186 ^ 

(2) On lit dans le meme num^ro que le Mahareya de Jaipur a fond^ une 
<5cole des arts et m6tieP3 pour laquefle on fera venir d'Kupope les instpu- 
ments scientifiques et les livpes n^cessaires pour rcnseigrnement. De son 
cdt6, \ Indian public Opinion annonce 1 etablissement de quatpe autpes 
ecoles dum^me genpe, dont une & Lahore. 

(3) Un joupnal an{?lai3 {VEtpress) donne d«3 chrffres differents, mais 
ppobablement poup 1866. C*est & savoip deux raille neuf cent huit eooles 
ct cent vingt et un mille quatpe ceat quatre-vingts ^l^vcs. 

(4) D'apr^s le rappopt offlciel poupl867y les ppogr^ de rinstruotion 



— 416 — 

Dans celle de Bombaj, 1^419 ^les et 99,856 el^ves. 

En Aoude, 168^coles et 10,075 ^l^ves. 

Dans les provincea centrales, 1^436 Socles et 46,585 
^Ifeves. 

En Mainour, 80 ^ooles et 5,583 ^Ifeves (1). 

Total, 19,201 4ooles et 619,360 ^Ifeves. 

Les chiffires pour les ^les de filles, dont je vais parler 
plus sp^cialement, sent pour les mSmes provinces : 220, 574, 
1,029, 139,. 65, 18, 92 et 7, faisant en tout 2,144 ^coles 
fr^quent^es par 5,712, 10,763, 19,561,3,315, 2,436, 406, 
2,361 (2), en tout 44,554 Olives (3). 

Sir William Muir a profit^ de Tocoasion d'un s^jour qu'il 
a fait dans les montagnes en juillet dernier pour examiner 
k Kamaun les ^coles dee missions de Londres et leur distri- 
buer des prix. Ces ^tablissements comprennent ime ^le 
hindoustanie et une ^cole anglaise pour les gar9ons, une 
pour les filled et une ^le du dimanche pour I'enseigne- 
ment du eatecliisme. L'^ole hindoustanie a joumelle- 
ment en mojenne cent vingt-cinqflferes, et I'^cole an- 



publique dans la pr^sidence de Madras sont encore plus satisfaisants. Le 
nombre des ecoles 6tait k la fin de mars de treize cent qaatre-vingt-«ix, et 
celui des eldves de cinqiiante et un mille cent quatre-ving^t-huit. nombre 
sur lequel on comptait trente-huit mille six cent quatre-vingt-nuit flin- 
dous et dix-huit cent vmgt-deux musulmans : les autres ^Idyes ^talent 
quelques chrStiens indigenes, des Europ^ens et des Eurasiens. 

(1) Dans le Mainour (prononciation fran^aise de Mysore), les musul- 
mans sont tres-empress^s k s mstruire. D'apr^s le dernier rapport officiel, 
on y trouve actuell^ment ^uarante-quatre 6coles du gouvernement et 
vingt-six^ dont buit pour les jeunes filles. qui ne resolvent qu une subven- 
tion du gouvernement. Le nombre des Steves se monte k six mille gargons 
et six cents jeunes filles. {Indiafh Mail du 48 Janvier 1868.) 

(2) Le chilTre seul du Mainour est Snconnu. 

(3) Yoici le tableau des 6coles de femmes et d3 leurs 616ves en i867» 
d'aprds VAkhbdr du 23 juillet 1868 : 

Ecoles du gouTcriiemrut. Par souKriptioD. Total des ilevcs* 

Bengale 4 273 5,510 

Bombay 16 29 4,030 

Madras 75 3,109 

Provinces du nord-ouest. . . 481 114 12,001 

Pei^ab 296 254 30,534 

Aoude ^ . . . 6 12 403 

Provinces centrales* 131 1 3,662 

La statistique des Ecoles du Penjab differe en moins de celle que j'ai 
donn^e dans mon discours de Tan pass6. 



— 417 -* 

glaise cent. Sir William a adress^ en hindoustani (1) aux 
<51feves indiens nne s^rie de bons conseils et de 'solides con- 
sid^rations sur les avantages que procure une Education 
liWrale et sur I'importance pour eux de Tetude de I'anglais. 

L'^ucation des femmes ^tait tout k fait n^gHg(5e dans 
rinde, comme dans toute I'Asie,. avant I'invasion euro- 
peenne ; et cette negligence est sans doute une des causes 
de rinferioritiactuelledes Orientaux i regard des Euro- 
p^ens, car, ainsi que I'a dit le poete laureat Tennyson : 

« La cause de la femme est celle de Thomme : ils s'elfe- 
vent ou s'abaissent ensemble : ils sont ensemble ou de che- 
tives creatures ou des 6tres digues de leur celeste origine : 
litres ou esclaves (2). :& 

C'est done dans Tinterfet des Indiens eux-mfemes que le 
gpuvernement anglais favorise et encourage par des allo- 
cations le d^veloppoment de ) 'Education feminine, qui n'a 
pas cess^ de progresser depuis 1851, ^poque oil on com- 
mcn^a k s*en occuper. Depuis lors, il a ^te mfeme fourni les 
fonds n^cessaires k r^tablissement dMcoles norm ales d'insti- 
tutrices (3) dans les trois pr^sidences de Calcutta, de Ma- 
dras et de Bombay (4). 

Les habitants indigenes d^ Bombay out toujours tenu lo 
premier rang sur les autres Indiens dans les eflforts qu'ils 
out faits pour I'avancement moral et intellectuel des fem- 
mes. Pendant les dix-sept derniires ann^es, ils ont etabli 
d'eux-mSmes soixante-seize ^coles, oil quatre mille jeunes 
fiUes re^oivent 1 'instruction; etil est k remarquer k ce propos 
que ce sont surtout desparsis qui fournissent k Bombay des 
fonds pour les ^tablissements d'^ducation et de bienfaisance. 

(1) VAwadh Akhhdr du 25 aoAt 1868 donne le texte de oe discours 
tout k fait paternel. 

(2) The woman's cause is man's, they rise op sink 
Together, dwarfed or god-like, bond or free. 

(3) II y a 5, Nagpore une ecole normale pour pp6parer des institutrioes 
inoig^nes, et vingt-cinq Indiennesen suivent deja les cours. Dans larotoe 
ville, une 6cole de jeunes fiUes est dirigee par une musulmane qui a fait 
le p^Ierinage de la Mecque, et qui porte en consequence le titre de 
Hajji : elle est tr^s-instruite^ lit et 6crit I'hindoustani et le mahratte. 

(4) Akhhdr-i'dlam du 23 juillet 1868. 

27 



~ 418 — 

Le rMacteur de VAkhbdr^ ^dlam (1) dit n^anmoins que 
I'^ducation fles femmes est encore plus en progr^s au Ben- 
gale qu'ailleurs, et pour prouver son assertion il mentionne 
huit femmes auxquelles on doit des ouvrages connus et qui 
sont toutes Hindoues : une de Patna, une de Basantpur, et 
les autres de Calcutta. 

Dans une stance de TAssociation appel^e Bethune So- 
ciety y temxe k Calcutta & la fin de Tan pass^9 M. Justice 
Phear a prononc^ un discours sur I'^ducation des femmes 
et a fortement insiste pour qu'elle soit donn^e par les fem- 
mes, ce qui n'a pas toujours lieu ; car souvent ces ^ooles, 
frdquent^es par de jeunes fiUes de cinq k douze ans, soutdi- 
rig^es par des brahmanes. Afin de parer k cet inconvenient, 
Torateur a naturellement traite de Timportance des ^coles 
normales destinies a former de bonnes institutrices, afin 
qu'on puisse remettre entre Jeurs mains I'Mucation des 
jennes personnes de leur sexe (2). 

L'^ducation des femmes a pris du d^veloppement dans 
les provinces nord-ouest, gr&ce au z^le ^clair^ du directeur 
de rinstruction publique, M, Kempson. A Bareilly seule- 
ment, il y a quinze ^coles de jeunes filles, fr^quentees par 
deux-cent quatre-vingt-six ^Ifeves, et il a ^te decide qu'on 
donnerait aux musulmanes I'instruction en urdu et aux 
Hindoues en Lindi, ces deux dialectes de I'hindoustani, dis- 
tincts surtout par la difRirence des caract^res qu'on enaploie 
pour les ^crire, 6tant en effet, ainsi (j^ue je I'ai dit bien des 
fois, ceux des deux divisions religieuses de I'lnde. Li, les 
eifeves n'ont pour maitresses et pour inspectrices que des 
femmes. Les jeunes Indiennes, on doit le dire, tant musul- 
manes qu'Hindoues, n'aimentpas les inspections officieiles, 
surtout lorsqu'elles sont faites par des hommes et par des 
Europeens. Elles sont toutes interdites quand un inspecteur 
entre dans leurs ecoles, et elles se mettent mSme quelque- 
fois k fondre en larmes. O'est ce qui est arrive k Bangalore 

(IjN-du 19 mars 1868,' 

(2} Homeward Mail du 13 Janvier 1868. 



— 419 — 

en avril dernier^ lorsque M. Bice, directeur de riDstruction 
publique en Mai^aour, alia visiter P^cole normale nouvel* 
lament etablie dans oette ville (1). Quelques ^l&ves finirent 
par se rassnrer et satisfirent pleinement le directeur, qui, 
pour les encourager et les habituer k ces inspections, lenr 
avait fait distribuer des friandises, ce que les jeunes filles 
aiment en tout pays. 

Miss Carpenter donne des details circonstanci^s sur T^- 
ducation des femmes dans ses Sia Months in India^ et 
ceux qui s'int^ressent k Tlnde les liront avec plaisir (2). 
Cette ardente philanthrope veut, ello aussi, doter d'insti- 
tutrices'les ^coles des jeunes Indiennes, et elle a propose 
r^tablissement de nouvelles ^coles normales pour les fem- 
mes. Sa proposition, appuy^e par de notables indigenes, a 
d^termin^ le gouvernement k allouer pour cet objet une 
somme de douze mille roupies (30,000 fr.) par an pendant 
cinq ans k la capitale de chaque pr^sidence, c'est-k-dire k 
Calcutta, a Madras et k Bombay. 

Afin de poursuivre son oeuvre. Miss Carpenter est de 
nouveau partie pour Tlnde en septembre dernier (3) ; et de 
jeunes enthousiastes de Bombay, oil elle d^barque, devaient 
aller en deputation la recevoir k son arriv^. C'est k Ah- 
madabad, I'ancienne capitale du Quzerate, qu'elle doit d'a- 
bord agir, cette ville lui ayant paru la mieux disposee 
d'entre les villes qu'elle a visit(5es, k accueillir ses id^es. 



(Ij Uen^alore Herald dn 8 avril. {The Times of India.) 

(2) Voir Tarticle que j*ai dernieremcnt publie sur cet ouvrage dans la 
« Revue orientale ». 

(3) L'Inde a re§u du resle cette ann6e la visite de plusieurs autres per- 
sonnages de distinction, enire autres du Prince Fr6d6ric Scbleswig- 
Holstein, qui dej4 y avait fait un premier voyage et qui cette fois a pouss^ 
ses excursions jusqu'au Kachemyre, oh il se trouvait en juillet dernier. 
Son savoir en Sanscrit et sa facilite k parler rUindoustani ont surpris, 
dit-on^ les pandits de Tanjore et de Lahore^ et lis ont pu apprendre que 
r^tude de leur langue sacr6e etait mieuK comprise peut-Stre par les 
Europ^ens que par les brahmanes eux-m6mes, qui s'attacbent trop aux 
puerues niinuties de leurs grammairiens. Ge prince 6tait h, Labore en 
meme temps que s'y trouvait incognito le Prince d'Alengon, occupy k 
^tudier Tbistoire da Pei^jab tant dans les livres que surtout dans les con- 
versations qu'il pouvait tenir en bindoustani, comme le prince de Hoi- 
stein, avec des indigenes instruits. 



— 420 — 

On ne pent qu^applaudir an zcle vraiment louable que met 
Miss Carpenter a relever la femme indienne sans vouioir 
sHnnniscer en aucune fa^on dans ce qui conc.eme la reli- 
gion. Elle laisse ce soin aux missionnaires, aux predica- 
tions desquels elle prepare ainsi les coeurs en les ouvrant k 
la civilisation europ^enne. 

Mrs. R Clark m'annonce (1) qu'i Amritsir I'Muca- 
tion des femmes avance douoement, Elle y etablit la pre- 
miere ^cole des jeunes indiennes en 1865. Actuellement 
ellevientd'y fonder uue ecole norm ale de musulmanes re- 
crut^es dans les ^coles primaires. EUes ^tudient la geogra- 
phic, rhistoire de I'lnde, Tarithm^tique et la grammaire, 
EUes ^crivent k la dict^e, apprennent le chant et la bro- 
derie. Le nombre des ^Ifeves des ^coles primaires d' Amritsir 
s'^l^ve k vingb-cinq environ. « C'est pen de chose, sans 
doute, dit Mrs. Clark, mais c'est un commencement. i> 

II ne manque pas cependant de lettr^s indiens qui trou- 
vent des inconv^nients k I'enseignement officiel^ et VAwadh 
Akhbdr du 18 ao6t dernier contient centre cet enseigne- 
ment un long article, oil Ton fait ressortir T^norme des- 
accord qu'il y a entre la mani^re indienne d'exprimer les 
id^es et la mani^re europ^nne, ct le soin qu'il faudrait 
avoir d'adopter un pen la mani^re indienne de s'enoncer si 
Ton veut que les indigenes appr&5ient Penseignement qu'on 
leur donne. € La force intellectuelle dans les diff^rents 
pays est en r^aiitd la mfime, est-il dit dans cet article ; 
mais les id^es diflG&rent selon les pays, ^ et elles sont expri- 
m^s autrement. Ainsi les Orientaux les traduisent par des 
expressions allegoriques et des termes de comparaison, et 
lis n'aiment pas la mani^re simple de s'(5noncer des Euro- 
p^ns. lis n'acceptent done pas les id^es europ^ennes si 
elles leur sont present^s sans ^clat et sans \'igueur. II faut 
ainsi dans I'enseignfement k donner aux Indiens tenir 
compte de ces observations, et ne pas se borner, dans This- 

(i) Leltre du 13 f^vrier 1868. 



m.t 



— 421 — 

toire de rHindoustan, par oxemple, k indiquer seolement 
les ^poques des ^v^aements et les noms des actears, comme 
on le fait dans les livres ^l^mentaires,. mais pr&enter 
leH faits ^d'une mani&re nourrie et attachante et dans nn 
style fleuri. i> 

V. Quant k ce qui se rapporte directement k la langue 
hindoustanie, au mojen de laquelle s'infiltrent chez les 
Indiens les id^es civilisatrices et chretiennes, sa litt&ature 
contemporaine, je le dis avec plaisir, devient chaque jout* 
pins varife et plus plantureuse. En confirmation de ce que 
j'ai dit bien desfois, voici ce que m'ecrit M. M. S. Howell, 
inspecteur de I'instruction publique des provinces nord- 
ouest : 

« Mon opinion au sujet de la superiority de Purdu sur 
I'hindi en tant que langue des transactions oiEcielles, des 
affaires et des rapports ordinaires de la soci^t^, est entifere- 
ment d'accord avec les id^s que vous avez exprim^es dans 
votre discours (1). Pendant I'exercice de mes fonctions 
d'inspecteur dans le d^partement de I'instruction publique, 
je n'ai perdu aucune occasion de defendre I'exten&ion et le 
di^veloppement de I'urdii comme la langue la plus riationale 
de rinde (par quoi j'entends la langue de I'usage le plus 
g«5n^ral parmi toutes les classes), et je crois que M. Kem- 
son, chef du d^partement de I'instruction publique dans les 
provinces nord-ouest, partage jusqu'i un certain point mes 
iddes li-dessus. Malheureusement, cependant, il s'est ^lev^ 
dans certaines ecc^les primaires le systfeme d 'employer, selon 
les cas, un des deux dialectes comme moyen d'instruction, 
c'est-k-dire que si les enfants hindous y sont en majority, 
on emploie I'hindi, et si ce sont les musulmans on des 
Hindous parlant I'urdu, on emploie I'urdu (2). Je pense 

(1) C'esU-dipe celui de 1867. 

{2} *Poup se (aire une id^e de la difference de Thindi et de rurdii, oA 
ii*a qu'ii lire les passages du Bdg o bahdr dans lesquels un musulman 
converse avec un Hindou. L'auleur a eu judicieusemont soin de fairc 



— 422 — 

que la perp^tiut^ de ces differences lingaistiques est r^tro* 
grade et f&cheuse, et qu^il serait raSme beaucoup plus 
avantageux pour les enfants hindous de leur faire urduiser 
leur langue que de les entretenir dans I'usage d'un idiome 
qui, aprfes tout, n'est maintenant qu'un patois (1) destin<^ k 
c^der le terrain k I'urdu. » 

■ 

M. Henry Carter, que j'ai eu Thonneur de compter 
parnii mes auditeurs et quia rempli pendant plusieurs ann^es 
les fonctions de secretaire de la branche de Bombay de la 
Soci^t^ Royale Asiatique de la Grande-Bretagne et 
d'Irlande arant le D' G. Birdwood, de retour aujourd'hui, 
com me lui, en Europe, me dit aussi dans une lettre parti- 
culifere au sujet de la discussion dont j'aiparl^ dans mes 
allocutions prdc^entes sur Timportance relative de Turdu 
et de I'hindi : 

a: L'urdu est le plus usit^ (des deux idiomes), il possMe 
les plu3 riches ressources pour s'ameliorer, et il finira par 
devenir incpntestablement le plus important de toute 
rinde. » 

Si rhindoustani n'a pas un long pass^ derrifere lui, il a, 
dans tons les cas, I'avenir devant lui, et le percement de 
risthme de Suez I'amenera jusqu'k nos ports de la Mediter- 
ran^e. En attendant, il est parle dans ceux de I'Asie, et 
bien qu'il ne soit pas le langage du Birman, il y est 
n^anmoins usit^, comme je m'en suis assur^ par la conver- 
sation que j'ai eue avec Mong Shaw Loo, de Maulmain, k 
'bon passage k Paris, aprfes im long s^jour k New- York, oil' 
il a obtenu le diplome de docteur en m^deoine. 

A Rome m^me, on a pu entendre cette annie la lecture 
d'un poeme ecrit en hindoustani par un ^Ifeve du college 
de la Propagande, natif d'Agra, qui, a I'occasion dela f^te 



Sarler le rousulman en urdtk et rHindoii en hindi. Le contraste entre les 
eux dialeotes est manifeste, bien que la langue soit la mdme et que les 
deux raani^res de parle r soient dgalement intelligibles. On trouve surtout 
des exemples de ces conversations dans les Aventures d*Axdd-haktU» 

{V Malgr6 ma predilection pour 1 urdA, cette expression me pandt un 
peu trop forte. 



— 423 — 

de rEpiphanie, I'a debits devant rAcademie polyglotte, 
r^unie^ d'aprte I'usage, en cette circonstance pour entendre 
la lecture des composifions po^tiques des el6ves de tous les 
pays de ce college, lesquelles ont pour th^me uniforme la 
vocation des gentils, qu'ils c^librent dans leur langage avec 
des intermMes de musique (1). 

Le savant ^rudit M. J.Beames a continued daus le jour- 
nal de la Soci^t^ Asiatique de Calcutta (2) a defendre 
rintroduction de I'el^ment persan et arabe dans Thindous- 
tani officiel. D d^veloppe dans ce nouvel article une pens^e 
fort juste exprim^edans le Quarterly Review (n° 234), c'est 
k savoir que : a: si d^cid^ment I'hindoustani doit etre 
adopts officiellement comme le lapgage g^n^ral de I'lnde, 
la chose pent seidement avoir lieu par son alliance avec le 
persan, que tous les musulmans tant soit peu instruits con- 
naissent, et qui est leur pourvoyeur pour toutes les idees 
abstraites, pour la politique, la science et la poesie, ce qui 
constitue I'urdu, qui n'est autre chose que I'hindi greft'e sur 
le persan. :& M. Beames, k qui j'emprunte cette expression, 
soutient done, centre I'opinion oppos^e, que lorsqu'on a en 
Urdu k choisir entre deux mots, I'un hindi ou Sanscrit et 
I'autre persan ou arabe, on doit choisir de pr^ftrence un des 
demiers. J'ajouterai que le choix est fait depuis longternps , 
et que dans ce cas les Indiens ont pr^fer^ les mots persans 
ou arabes aux mots hindis ou sanscrits. On ne pent revenir 
Ui-dessus. Ce dialecte m61^ est employ^ aussi bien par les 
rayas que par les banyans. II est surtout le langage des 
villes. On ne nie pas I'existence de Thindi dans les viilages 
etchez le peuple hindou, ni qu'il soit cultiv^ litt^rairement 
encore par les pandits, comme il Ta anciennement ^t^ par 
les bardes ; les publications importantes en hindi du Babu 
Hari Chandra et d*autres z^l& Hindous m^ritent Tappro- 
bation des savants de Tlnde et des indianistes europ^ens, et 

(4) Accademia poliglotta che gli *ilumni del collegio de Prop, Fide 
ofprone a' Santi He magi^ Roma, 1868, p. 10. 
(2) N* 3 de la Section philologique de 1867. 







— 424 — 

je ne puis, en ce qui me concerne, qu'exprimer ici haute- 
ment mon estime pour leurstravaux, tout en donnantla pr^- 
f(^rence k ceux qui tendent k populariser de plus en plus 
r^tude de rhindoustani-urdu. , 

C'est ici le cas de r^peter ce que j'ai dit d'autres fois, c'est 
que si la connaissance du persan et une teinture de I'arabe 
sent n^cessaires pour bien savoir I'liindoustani, il est tr&s- 
utile aussi pour bien savoir le persan de savoir I'hindou- 
stani (1). En efFet, un grand nombre d'excellents auteurs 
persans out eciit dans I'lnde sous Tinfluence de I'liindous- 
tani, et ce sent des musulmans de Tlnde qui ont le mieux 
itudie le persan, actuellement leur langue classique, et aux- 
quels on en doit les meilleurs dictionnaires, de I'aveu des 
Persans eux-mfemes. C'est ce qu'a prouve le Dr Brocli- 
mann dans ses Contributiona to Per dan leadcograpJiy. Le 
meme savant nous y donne des details interessants sur les 
differences qui existent entre la prononciation, la forme, le 
sens et la construction du persan de la Perse et du persan 
de I'lnde, et ce qui a i.i& introduit en hindoustani. C'est ce 
qu'on nomme VistVmdl-i Hind a I'emploi du persan dano 
rinde 5). 

a La connaissance de Visti^mdUi Hind^ dit-il, est d'une 
grande importance non-seulement pour ceux qui lisent des 
ouvrages persans ecrits ou imprimis dans I'Lide, mais 
m^me pour tons ceux qui s'occupent d'hindoustani... Ses 
singularity sont g^ndralement adoptees et, par suite, cor*^ 
rectes, an moins pour I'liindoustani, conform^ment au pro- 
verbe arabe : <r Une faute g^n^rale est regulifere et mdme 
^loquente (2).... JjistPrndl-i Hind est visible dans tons les 
Ouvrages persans Merits par les Lidiens... Ceux mSme 
d'Abu Fazl en contiennent des ti*aces... L'is^i'maZ-i Hxni 



(1) Je Buis beureux d 'avoir li-dessus Tapprobation du savant Dr Bloch- 
mann, qui s'occupe avec une si grande erudition de lexicographie per- 
sane. II dit k propos de VUtCmdl dont je vais parler : « Hence the truth 
of Mons. (>arcin de Tassy's remark that every persian scholar ought to be 
acquainted with hindustani. » ContribuUowi to Persian Lexicography. 

(2; GaMdm, sahtth wa facih. 



— 425 — 

pomprend des particularit^s qai appartenaient autrefois aa 
persan tel qu'il ^tait parl^ eu Perse, mais que les Iraniens 
modernesy dans le cours du progr^s de la langue, ont tou^ 
k fait abandonn^es (1). j> 

Le 28 juillet dernier, au Benares AssodoHony un pro- 
fesseur du Queens College a donne une lecture sur les 
moyens les plus capables d'ameliorer I'hindoustani des 
provinces du nord de I'Inde, « un des sujets, dit le corres- 
pondant de V Indian Mail (2), les plus populaires et les 
plus interessants. i> L'orateur entend malheureusement par 
amelioration le remplacement de la double litt^rature mu- 
sulmane et hindoue, representee par Turdfl et Thindi, qui 
lui parait immorale, par des traductions de Fanglais qui 
exprlmeraient de meilleurs sentiments. II est bon sans 
^oute de traduire en hindoustani les chefs-d'oeuvre de la 
litterature europeenne traduisibles; mais vouloir changer 
^ntiferement Tesprit de la litt^rature orientale pour Yeuro- 
pdaniser^ c'est une ide^e qu'il ne me parait pas possible 
d'admettre et que j'ai d^jk ea Toccasion de combattre (3). 

Dans une stance de la fin de I'an pass^ de la Societe 
g^ographique de Bombay, M. Burgess a appeie avec juste 
raison I'attention de la compagnie sur Timportance qu'il y 
aurait d'adopter une orthographe uniforme en caractferes 
latins pour les noms propres hindous et musulmans d'hom- 
mes et de lieux. Le Babu Siva Prasad, dont je ne puis 
partager I'opinion sur I'hindi et sur I'urdii (4), a publie 

[\ ) Ces particular it^s sont prindpalement : des siirnificattons difT^rentcs 
pour un grand nombre de mots, Temploi occasionnel du wav et du yi 
majhai, c'est-^-dire prononc^s o ettf, tandis que les Iraniens les pronon- 
<}ent toujours ma*rAf, c'est^-dire u et t; la prononciation nasale du noun 
api^fl les voyelles longues, ce qui n'a pas toujours lieu chez les Iraniens; 
la frequenie suppression du tescbdid et d'un second fatba qnand il doit 
Mre T^guli^rement r^p^t^ apr6s un premier. 
' (2) Indian Mail du 2 septembre 1868. 

(8) Comma consequence naturelle de son opinion, le professeur dont il 
s'agit .est hostile au projet d'^tablir une university onentale, du moins 
maintenant. 

(4) Dans la brochure enrite en hindoustani sous le tiire de Kuch baydn 
apnl xabdn kd « Quelques explications sur notre languc », et en anglais 
de Our Yemaeulars, Benar^s^ i 868 ; et dans celle qui est r6dig6e en an-* 
glais et qui porte le titre de a Court characters •, ihid. 



— 426 — 

une note dans le mSme sens (1). La chose serait en effet 
extrSmement desirable, les m^mes noms ^tant soavent 
Merits de plnsienrs mani^res tellement diff<£rentes qu^on 
peut croire quelquefois qu'il s'agit de villes ou de person- 

nages distincts (2). 

On est toujours exact k faire subir les examens sur la 
langue hindoustanie, et les chapelains enx-m^mes j sont 
soumis. La gazette officielle contient dans chaque num^ro 
la liste de ceux qui ont subi ces examens, pour lesquels 
Sir S. Northcote vient de recommander une plus grande 
s^v^rit^ (3) ; aussi les autorit^s anglaises parlentrelles faci- 
lement I'hindoustani et haranguent-elles dans les occasions 
solennelles, et, toutes les fois que la chose est utile, les 
Lidiens dans leur propre langue. J'ai cit^ dans nion der- 
nier discours, Fallocution du Vice-roi gouvemeur a Agraj 
et cette fois j'ai k mentionner celle qu'il a prouoncee en 
hindoustani du plus pur urdU (4) an grand darhdr tenu i 
Lakhnau en novembre de I'an pass^, et dont le style, bien 
loin d'avoir ^t^ attaqu^ k cause de sa simplicity par les 
journaux indiens, qui n'aiment pas moins la critique que 
les journalistes europ^ens, a obtenu leurs ^loges. C'est en 
r^ponse k I'adresse des ta'llucddr (possesseurs de fiefs) que 
sir John Lawrence pronon^a ce discours compl^tement 
reproduit dans les journaux indiens, et qui a trait aux 
sanad (diplomes) donnas aux propri^taires reconnus par le 
gouvemement, et auxquels il recommande la bienveillance 
et les ^gards envers ceux qui ont et^ d^possed^s par suite 
des nouvelles dispositions. 

Dans I'Inde centrale, k Ajmir, k I'occasion de la pose 
de la premiere pierre d'un college pour les indigenes (5), 

(1) ^ Transliteration of oriental words into roman characters n. Be* 
nar^s^ 1868. Le capit. Holroyd a public un tableau de transcription i 
I'usage des indiens. 

(2» On en trouve des exemples frappants dans le « Glossary of Indian 
Tnrrns » de H. H. Wilson. 

(3) Homeward Mail du 10 octobre 1868. 
. (4) c( In the purest oordoo »^ Homeward Mail du 23 d^cembre 1867, 

(5) Le 17 f6vrier de cette ann^e. 



— 427 — 

le colonel Keatinge, agent da gouvemenr g&^ral, a ansai 
prononc^ nn disconrs en hindoustani qui a iii tr^-appr^- 
ci<^ par Tassembl^e. Le mSme colonel en a prononc^ un 
autre (1) k I'ouverture de I'^ole industrielle fondle k 
Jaipur, oil une soci^t^ litt^raire et scientifique a iti aussi 
form^e, et oi on va etablir une typographic qui sera foumie 
de caract^res bindis et anglais, et dont tes presses impri- 
meront un journal (2). 

Sir W. Muir a public des rfegles pour I'encouragement 
de la litt^rature urdue et bindie. H sera donn^ cinq prix 
chaque ann^e dans la moyenne de mille roupies (2,500 fr.) 
chacun, selon le m^rite du travail, aux auteurs soit d'ou- 
vrages originaux, soit traduits ou compiles, mais en bon 
style et irr^procbables moralement, sur une branche quel-* 
conque de la litt^rature ou de la science. De plus, le gou- 
vernement souscrira k un nombre d'exemplaires suffisant 
pour assurer le placement d'une grande partie do I'^dition, 
et Tauteur restera propri^taire de son travail (3). 

Le raja de Bampur sentant Timportance de I'hindous- 
tani, a ^tabli plusieurs ecoles oil on I'enseigne speciale- 
ment. Taut lui-mfeme que de notables habitants de sa prin- 
cipaut^ ont aussi fond^ des Ecoles particuli^res pour Ten- 
seignement des femmes, malgre la repugnance populaire 
pour ce dernier genre d'^tablissements (4). 

J'approuve tout k fait le Syed Abdoollah qui, dans sa 
lettre k Sir Stafford Northcote (5) , insiste avec raison pour 
que le gouvemement de Tlnde exige dans les concours 
pour le service civil la connaissance des langues vivantes 
de I'Inde, bien autrement utiles, dit-il, que le Sanscrit et 
I'arabe, qui n'ont pour I'Inde qu'un int^r^t litt^raire et 
scientifique indifferent k la grande majority des competi- 



(!) Le 24 Janvier dernier. 

(2) Indian Mail du 26 mars 4868. 

(3) Homeward Mail du 5 octobre 1868. 

(4) Awadh Akhbdr du 26 juillet 1868. 

(5) t Indian civil service examinations. » Letter to the Riglit Honoura- 
ble Sir S. Northcote, Bart. 



— 428 — 

ienrs. II voiuirait qn'on s'assur&t que le candidat stlt parler 
passablement bien la langae da pays, lire facilement I'^cri- 
ture cursive, tradnire en anglais de cefcte langne et vice versa^ 
Glioses fort importantes et que recommandaient autrefois 
les directeurs de la Compagnie des Indes anx elhves da 
college d'Haileybury. Ses sentiments sont partag^s par le 
digne ^leve da saiyid, Ed. H. Palmer (1), qui offre un 
exemple frappant de la perfection k laqaelle peat parvenir 
en ce genre an Europ^n. 

II est bon de pousser le gouverneroent dans cette voie ; 
mais il sent de lui-mSme le besoin d'encoarager les jeunes 
civiliens k s'occuper dans tons les cas de rhindoustani, qui 
^tant la langue usuelle d'une importante portion de la po- 
pulation indienne et plus ou moins la lingiui franca^ comme 
je Tai dit plusieurs fois, d'un bout de Flnde k Tautre, est 
flr^quemmeni d'un grand usage pour le service public, 
lorsque, par exemple, un officier est envoy^ dans un district 
dont il ne connait pas la langue locale, et pour le service 
diplomatique, surtout si on joint k laconnaissance de rhin- 
doustani celle du persan (2). 

II a ^t^ fait des publications sp^ciales pour la preparatioB 
aux examens que les militaires doivent subir. Dans ces 
examens, qui sont de deux degr^s, le premier, the higher 
standard^ et le second, the lower standardy on distingue de 
I'hindi Turdu, auquel on donne k Madras le nom d'hindou- 
stani (3), qu'on doit appliquer, selcm moi, k I'ensemble des 
deux dialectes. 

VI. Pour ne pas donner une enauyeuse nomenclature 
des principaux ouvrages hindoustanis qui out paru depnis 



(i) ff The study of the oriental languages ». {Ind, Mail du 23 Janvier 
1868.) Lettre reproduite k la suite de celle du Sy«l Abdoollah. 

(2) Homeward Mail du 23 mai 1868. 

(3) L'orthographe de ce mot aussi Men que eelle d'urdU marie seloo 
les Pr^sidences. Ainsi on 6crit dans Tune hvndiutani et urdA, et dans 
Tautre hindoostanee et oordoo. Voy. entre autrea le n* du 12 mars 1868 
de VIndian Mail, p. 254. 



— 429 ~. 

ma demiire allocation, je me bomerai k en mentionner un 
petit nombre. 

Le plus important de ces ouvrages, c'est € THistoire des 
Afgans i>j intitul^e, par allusion an nom de I'auteur, Haiy&t 
(Muhammad Haij4t Kh&n), HaiydtA A/gdnt^ a: la vie des 
Afgans }>, beau volume grand in-4° de plus de 750 pages, 
avec cartes, public k Lahore en 1867, et dont je dois un 
exemplaire k I'amitid de M. T. H, Thornton, secretaire du 
gouvernement du Penjab. Cette histoire est divis^e en trois 
parties. La premiere donne des details g^ographiques sur 
PAfganistan, pays des Afgans, nomm^s aussi Pathans et 
Puschtus, sur see limites anciennes et modernes et sur sa 
population. II fait eonnaitre ses mines, ses canaux, ses pro- 
ductions v^g^talesetsazoologie ; il en d^crit les principales 
villes, depuis Attock jusqu'k la fronti^re occidentale de la 
Perse. II parle de son commerce et de ses differentes classes 
de marchands, des produits du pays, de ses manufactures, 
de rimportation et de Texportation qui y a lieu et des routes 
du negoce. A ce sujet, I'auteur indique ce qui lui parait la 
meilleure manifere d'amdliorer le commerce du pays. Puis 
vient rhistoire gen^rale de T Afganistan, depuis une p^riode 
de deux mille cinq cents ans, avec les noms du pays qui 
ont i\A change pendant difierents rfegnes ; le r^cit de T^le- 
vation et de la decadence des dynasties hindoues, grecques 
et musulmanesjusqu'^ cejour. L'auteur passe ainsien revue 
les dynasties des khalifes des Arabes et de Bagdad, d'lsmaU 
Samani, des Gazn^vides, des Gori, du Mogol Nadir Schah 
de Perse et des amirs afgans. II parle de la domination 
sikhe et de la conqudte qu'ont faite les Anglais des parties 
orientales du pays ; il dferit les tribus rebelles qui habitent 
la frontiire ouest du Penjab et ce qui lui parait le moyen 
le plus efficace de les contenir. La seconde partie d&rit 
I'histoire des diff^rentes tribus dont se compose la 
nation. II traitede I'origine de leur langue, de leurs Emi- 
grations en Hindoustan, en Turkistan, en Mazenderan 
et en d'autres pays. Enfin, dans la troisi^me partie^ 



— 430 — 

rantetir trace Fhistoire d^taill^e dn district de Bannn. 

Une des publications hindies les plas considerables qui 
aient r^emment pam, c'est celle du Bal Ram Kathdmrit 
€ I'Ambroisie de Fhistoire de Bal Bftm (1) :»,de Guiridhar- 
das, curieux poeme retrayaill^ par Gopal Chandra (p^re du 
Babu Hari Chandra), un des ^rivains hindis modernes les 
plus f<£conds ; car, d^c^^ pr^matur^ment a Fftge de vingt- 
sept ans, il avait eu le temps (d^s I'dge de douze ans, il est 
vrai, qu'il avait commence k ^crire), soit de composer, soit 
de compiler ou d'^diter trente-deux ouvrages, dont vingt* 
quatre en hindi et huit en Sanscrit. II est entre autres auteor 
d'une traduction en kabits hindis de tout le Bamayana de 
Valmiki. Son fils Hari Chandra a Tintentioti de publier 
tons ces ouvrages, et il a commence par le Bdl Rdm Kaih- 
dmrita. 

II a aussi paru cette ann^e en hindi, k Dehli, un ouvrage 
sur le syst^e musical indien (2); k Lahore, le Sdr guU 
« I'Essence du Bhdgavat Gutta (3), et k Benaris, les 
» Hindi selections 3> de Siva Pra^&d (4). 

D'aprfes rinitiative d'un membre de la Soci^t^ asiatique 
de Calcutta, M. F. S. Growse (5), qui en a fait k la Com- 
pagnie la proposition, appuy^e par le R^v. James Long, 
Cfette Society a d^id^ la publication du grand poeme hindi 
du Kavi (poete) Ghand Bardai, THomfere des Bajputs, inti- 
tule Prithwi Rdjd Rds « Les Faits et Gestes de Prithwi », 
le dernier roi hindou de Dehli, ouvrage d'une inestimable 
valeur, iion-seulement pour Fhistoire, mais pour la philo- 



(1) Un vol. oblong de 257 feuillets de 11 lignes par page, 

(2) Intitule Rukminl Mangal « la Joiede Rukmini », in-S** de 80 p. 

(3) Grace k M. Beames je poss^de un exemplaire du Bhdgavat illustr^, 
ou pour ndeuz dire, du dixi^me chapilre de ce livre traduit en vers 
urdfts par le Munscni Jag-Nath, gr. in-8°, imprim6 k Lahore en 1280 
(1863-1864), 124 p. de 26 lignes de deux vers chacune par page. 

(4) Voir des details pen ^logieux sur cette publication dans fe Literary 
Record de Trubner, n" 39. M . R. Perkins a aussi publi6 cetle ann6e a 
Lahore un choix de morceaux urdils {MurUakhdbdt'i urdu), in-8' de 
314 pages. 

(5) Ce savant, suivant en cela Texemple de M. EichhofT, qui a tradait 
en vers latins de nombreux passages du RdmdrMya, a traduit aussi en 
vers latins le poeme hindi du Sahhd vilds, , 



— 431 — 

logie, k catiae des partJcuIarit^s dn dialecte hindi dans lequel 
il est ^rit. M. Beames a offert de se charger de cette publi- 
cation, et il est en ce moment en Angleterre occnp^ k cpl- 
lationner les denx manuscrits de ce poeme que poss^de la 
Soci^t^ royale Asiatique de Londres et que j'ai moi-m^me 
examines dans nn de mes voyages. De son c6t^, le Babu 
Rajendra Lai Mitr, qui est parvenu k se procurer deux 
manuscrits de cet ouvrage (1), veut le publier textuelle- 
ment en entier. De toute fa9on on est en droit d'esp^rer que 
ce poeme sera enfin ^dit^ et qu'on songera aussi k en donner 
une traduction complete accompagn^e d'^claircissements 
satisfaisants. 

Parmi les livres en hindoustani-urdu que j'ai re9us, ou 
dont j'ai vu I'annonce, je mentionnerai seulement une col- 
lection de poemes ^rotiques de diflKrents auteurs, imprimee 
k DehK sous le titre de MajmoU dilpa^and <l Collection 
agr^able k I'esprit 5> ; un autre recueil de gazals urdus lus 
dans les reunions po^tiques (muachffara) que tient men- 
suellement chez lui le Babu Hari Chandra, a Tinstar des 
reunions du m6me genre qui avaient lieu sous le gouveme- 
ment musulman k Dehli, k Agra, k Lakhnau, etc. ; le Zahr*i 
^isch « le Poison de 1' Amour x>, poeme public avec illusiru" 
tions : le Chirdg-^ Hiddyat « la Lampe de la direction 5), 
lemons morales, par le Munschi Muhammad Ali ; le Jazh 
ulculiib « 1' Attraction des coeurs d, traduction urdue d'un 
ouvrage persan c^lfebre (2) ; le Husn o dil <( I'Esprit et la 

(ly Dans les Proceedings de la Soci6t6 Asiatique du Bengale, N" VII 
(juillet 1868), il est question de trois manuscrits de Chand : 1° celui de la 
biblioth^que du college d'Agra^ k qui il a ete donnS par le Maharaja de' 
Jaipur et que M. Beames a eu ^ sa disposition ; 2" celui du Maharaja de 
B6nar6s, pret6 ^ la Soci6t6 Asiatique du Bengale ; 3» celui du Rao de 
Baedlah. Le Babu Rajendra Lai Mitr en possdde-t-il deux autres manu- 
scrits difff^rents de ceux-ci ? G est ce que j 'ignore. 

(2) Je dois k M. Beames d avoir un exemplaire de cet ouvrage^ im- 
prim6 k Lakhnau, grand in-S" de 288 pages de 32 hgnes, et dont le titre 
complet est Jazab ulculuh ild diydr ulmahhdb « TAttraction des cceurs 
vers les tabernacles du bien-aim6 (Mahomet) », c'est-^-dire de M6dine, 
oil se trouve le tombeau du proph^te. L'original de cet ouvrage, 6crit par 
'Abd ulhacc en 1592, offrc la description circonstanci6e non-seulement 
du tombeau de Mahomet, mais des autres tombeaux et de tous les monu- 
ments de M^dine. 



— 432 — 

beaat^ i>, traduction de TouTrage all^gorique persan qui 
porte ce titre ; le Tawdrikhri jahdn a: Notions historiquea 
snr le monde 2>, d^apres les opinions diverses toncbant la 
creation (1) ; une nouvelle Materia medicay en hindoustani, 
par nn docteur masnlman (2), et la publication des Docu- 
ments statistiques but les provinces nord-onest, publics par 
I'ordre du lieutenant gouverneur, sous le titre de Tari}cli4 
azlSi (3) « Chronique des districts J>. 

M. Pearson, inspecteur des Etudes du cerde de Rawal 
Pindi, a entrepris d'^crire une Histoire de I'lnde en urdu 
avec Paide d'un savant musulman connu par la puret^ et 
lMl(5gance de son style, et k ce propos je dois faire saroir 
que I'Histoire de Tlnde ecrite en bindi par le Babu Siva 
PraQad, sous le titre Itihda Timir ndgak « Histoire des- 
tructive de Tignorance », a 6t4 reproduite en urdu; et que 
Piyari Lai, principal de I'&ole normale de Dehli, est offi- 
ciellement cbarg^ d'^crire une « Histoire d*Angleterre > 
d'aprfes le « Student's Theme », texte adopte par Tuniver- 
sit^ de Calcutta. 

Contrairement k ce qu'on aurait pu attendre, on va pu- 
blier k Bombay, dans la langue des Mabrattes (4), avant de 
le faire en bindoustani, la traduction de Pouvrage de la 
reine d'Angleterre intitule : « Leaves from a journal of our 
life in tbe Highlands 2>, qui a eu tant de succ^ en Europe. 
L'^diteur a obtenu non-seulement la permission de faire 
cette publication, mais il a m^me re^u les plancbes des 
illustrations de I'ouvra^e original pour les reproduire dans 
le sien. 

Je dois an capitaine W. R. M. Holroyd, le nouveau direc- 
teur de rinstruction publique au Penjab, aussi z^l^ que son 
pr^^cesseur pour la culture de I'urdu un exemplaire du 
premier fascicule d'un ouvrage intitule Rufum-i Hiiid « les 



(1) D«hli, 128 pp. in-8\ 

(2) Lahore, 518 pp. in-8\ 

(3 Pluricl du mot arabe ztUah, division Lerritorialc^ dislrict, proviuce. 
(4) Indian Mail du 4 novcmbre 1868. 



— 433 — 

Usages de rinde J>y qui consiste en una esquisse des systfe 
me^ religieox et des principales sectes des Hindous et des 
musulmans, avec diflRSrentes anecdotes destinies k montrer 
dans la pratique les moeurs et les habitudes de la vie do- 
mestique des Indiens du nord.jLe Rup&m^ Hind a ^t^ r^dig^ 
k la recommandation d'une commission form^e k Lahore 
en 1864, et nommde par le gouvernement pour preparer 
de bons ouvrages Merits en hindoustani, commission dont 
Sir D. Mac Leod, aujourd'hui lieutenant gouvemeur du 
Penjab, ^tait president (1). La portion narrative du RugHm-i 
Hind est r^dig^e aussi simplement que le permet le style 
oriental, et les conversations qui ont ^t^ introduites sont 
tenues dans le langage qui est maintenant employ^ par les 
personnes mises en scfene. Le capitaine Holroyd a ^t^ aid^ 
dans la compilation de cet ouvrage par un Hindou, premier 
inspecteur de I'^cole normale, par un musulman, pro- 
fesseur d'arabe au college de Dehli, et par d'autres indi- 
genes instruits. 

Le mSme capitaino Holroyd a mis au concours, pour le 
31 mars 1869, la composition de quatre ouvrages rMig^s 
en Urdu, aux meilleurs desquels il sera donne un premier et 
un second prix. C'est a savoir : 1° des principes de gram- 
maire g^n^rale; 2^ une grammaire sp^ciale pour le persan; 
3° des anecdotes tiroes de I'histoire de Flnde, accompa- 
gn^es de quelques details sur les ^v&ements remarquables 
de cette histoire et sur les personnages qui y ont pris part; 
4® la traduction du livre d'Euclide. Ces ouvrages devront 
^tre Merits en style simple, et autant que possible sans 
phrases ni composes persans. Le directeur de I'instruction 
publique se reserve le droit d'y faire, avant de les livrer k 
I'impression, les corrections et les changements qui lui 
paraitront d&irables (2) . 

(1) Le gouvernement a d6cid6 que la plupart des ouvrages prepares par 
cette commission seraient publics k Lahore. 

(2) VAkhMr-V dlam du 13 aout 1868 donne tout au long le programme 
d6taill6 du concours ; mats ce que je reproduis ici me parait plus que 
suffisant pour le cadre de ma revue. 

28 



— 434 — 

En fait d'ouvrages ^lementaires, je mentionnerai la serie 
des (( Urdu school readers 2>, petits trait^s encyclopMiques 
piiblies gous la direction de M. S. W. Fallon pour les 
ecoles du Bihar dont il est insprecteur, et redig^s par le 
Munschi Suraj Mai, charg^ par delegation de rinspection 
des (5coles de Patna et d' Allahabad, sous le titre de Urdu 
amoz c( rinstruit par I'urdu ». Ces opuscules, dont M. Fal- 
lon a bien voulu m'envoyer les premiers numeros (1), sont 
rediges k I'orientale, la prose sfeche de la theorie etant en- 
trecoup^e par des vers plus faciles k retenir que la prose 
par les ^l^ves auxquels cette publication est destinee. 

Le Maharaja de B^nar^s veut faire traduire de 1' anglais 
en Urdu la grande Encyclop^die britannique (Encyclopedia 
britannica), qui a beaucoup de reputation en Angleterre, 
et il offre pour effectuer ce grand travail la somme de dix 
mille roupies (25,000 fr.), mais i condition que 1' adminis- 
tration anglaise en fournisse autant, la somme de vingt 
mille roupies (S0,000 fr.) lui paraissant necessaire poar 
I'entreprise (2), J 'ignore si cette proposition a ^te acceptee 
et si le travail dont il s'agit pourra etre accompli. 

Le secretaire d'Etat pour I'Inde a autdris^ la publication 
d'aiie edition, destinee au public, de la grande collection 
photographique repr^sentant les races et tribus de THin- 
doustan, travail originairement prepare par I'ordre du gou- 
vcrnement, sous I'administration de Lord Canning. De 
cette edition, qui formera huit volumes tres-grand in-4'\ 
contenant chacun quatre cent cinquante photographies ac- 
compagnees d'explications, les deux premiers ont paru. 

Le vice-roi gouverneur general a pris pour le Bengale 
une me sure fort louable, qu'il est i desirer qu'on etende a 
toute rinde. Depuis juillet dernier, les livres et jouriiaux 
qui s'impriment dans cette pr^sidence sont enregistres. Le 
gouvernement achfetera trois exemplaires de chagiie puhU- 



(1) Grnnrl in-8- de 3G etde 68 pages, 1868. 

(2) Ahlibdr-i'dlamda 6 fovrior 1863. 



— 435 ^ 

cation faite par les indighnes (1), dont un sera adress^ k la 
Society Royale Asiatique de Londres, od on pourra en 
prendre eonnaissance, et, dans tons les cas, dont on saura 
. au moins le titre, que donnera sans doute dans son journal 
rhonorable compagnie. 

Les publications hindoustanies chr^tiennes ont encore 
et^ nombreuses cette ann^e, k Amritsir, k Lahore, k Mir- 
zapore, k BareiQj, a Lakhnau, etc. Un bon nombre de ces 
ecrits ont ^t^ publics par des dissidents, sp^cialement par 
des wesleyens on methodistes, tant ^piscopaux que presby- 
t^riens. Je me bornerai k en mentionner trois, c'est k sa- 
voir : « L'explication des passages difficiles de la Bi- 
ble 3) (2) ; une comparaison entre la Bible et le Coran, et 
le Jang-i mucaddas « la Guerre sainte », traduction de 
Mrs Waist, femme du Rev. J. J. Walsh d'Allahabad, du 
Holj/ wavy de J. Bunyan, dont le Pilgrim's Progress a ete 
traduit, comme B/obinson Cruso^, dans toutes les langues 
du monde. 

On pent classer, si ce n'est parmi les ouvrages chr^tiens, 
du moins parmi ceux qu'onpourraitappeler demi-chretiens, 
le commentaire musulman aussi savant qu'original de la 
Bible en urdu, par le Saiyid Ahmad Khan. J'en ai enfin 
entre les mains la seconde partie, dont la bienveillante 
amitie de M. M. S. Howell m'a gratifie (3), et qui est aussi 
curieuse que la premiere (4). Celle-ci a pour ^pigraphe ce 
verset du Goran : « Nous avons envoye le Pentateuque, . 
qui contient la direction et la lumiere, par lequel les pro- 
phfetes, veritables croyants, ont juge les Juifs. Les docteurs 
et les pr^tres ont aussi juge d'apres le livre de Dieu, qu'ils 

(1) Awadh Akhhdrdu 28 marf 1868. 

(2) Les eclaircissements sup ces passages difficiles sont puis6s dans la 
Bible m6me ; car, coinme I'a dit le poete Cooper : 

« Di«u nous interprete lui-m6me sa parole, et il salt la rendre intel- 
ligible. » 

God is His own interpreter 
And He will make it plain. 

(3) In-4'' de 368 pages, sur deux colonnes, Aligarh, 1865. 

(i) Voir I'analyse que j'ai donn6e de la premiere partie, discours de 
1863, p. 216 et suiv. 



— 436 — 

conservent en t^inoignage; Ne craignez pas les hommes, 
inais craignez-moi, et ne vendez pas ma parole (messignes) 
pour un vil prix (1). x> 

Apr^une introduction g^n^rale ^ I'Ancien Testament, 
dans laquelle I'auteur traite de la classification des livres 
qui le composent, et oil il refute les objections qui ont 6t& 
faites contre I'authenticit^ du Pentateuque, il dbnne les 
onze premiers chapitres de la Genfese verset par verset. 
D'abord la traduction hindoustanie, puis sur ime colonne 
le texte original en caractkres Mbreux^ chaqae mot accom- 
pagn^ interlineairement dumothindoustani correspondant ; 
et sur I'autre colonne les passages analogues du Coran et 
des Jiadis; vient ensuite le commentaire sur chaque verset 
et mSme sur chaque expression, d'aprfes les id^es eclecti- 
ques de I'auteur. Dans ce commentaire, le Saiyid analyse et 
explique en effet la signification des mots h^breux et du 
sens g^n^ral du verset, avec de nombreuses citations k I'ap- 
pui. II cite la Vulgate, la traduction officielle anglaise et 
beaucoup d'autres traductions ; il mentionne les explica- 
tions juives et chr^tiennes (catholiques et protestantes), 
puis celles qu'on pent tirer du Coran d'aprfes les commenta- 
teurs, les docteurs de l^Islam et les opinions g^neralenjent 
recjues cliez les musulmans. II refute les objections des ratio- 
nalistes tout en leur faisant les concessions que permet le 
texte largement compris. 

Ce travail est r^ellement trfes-int^ressant k cause qu'on 
J trouve r^unie k I'^rudition occidentale I'erudition orien- 
tale, relevee par des citations po^tiques d'un heureux a- 
propos. Je regrette que les limites de ce discours ne me 
permettent pas de citer quelquos pages de ce remarquable 
^crit, celles par exemple qui ont trait k I'universalite ou k 
la sp^cialit^ du deluge. Aprfes avoir expos^ les raisons^pour 
et CQntre, le Saiyid conclut pour un deluge partiel (qu'il 
defend contre le fameux Dr Colenso, qui ne I'admet pas 

fl)SurateV, vers. 48. 



— 437 — 

m^me), en se fondant sur I'explication que donne saint 
Pierre par inspiration (1) dans sa premiere ^pitre catho- 
lique, en ces termes : « Les dme^ des hommes (les esprits) 
qui avaient ^te autrefois incredules du temps de No^, lors- 
que la patience de Dieu attendait pour la derniire fois, pen- 
dant qu'^tait construite I'^rche dans laquelle un petit 
nombre, savoir huit personnes ( 2 ) furent sauv^es de 
I'eau (3) 5>. 

Ce passage prouve, selon le docte auteur, qu'il s'agit d'un 
peuple mecr^ant et non de tout le monde. II se fonde d'ail- 
leurs sur les textes du Goran (4), desquels il r^sulte que 
No^ avait re<5U de Dieu la mission de pr^cher ses contem- 
porains, et que c'est k cause de leur obstination k ne pas se 
convertir que Dieu envoya le deluge. Or, dit-t-il, No^ 
n'aurait pu prficher dans le monde entier; mais il est 
aise d'admettre qu'il ait preche chez un peuple parti- 
culier. 

La dissertation sur le deluge n'occupe pas moins de 
qurante-neuf pages, qui se font lire avec un vifint^rfit et 
ne me paraissent pas indignes de Tattention du monde sa- 
vant et religieux. 

VII. Dans le courant de cette ann^e, quelques nouveaux 
journaux hindoustanis ont vu le jour : 

1° Le Ratan prakdsch a I'Eclat des joyaux », qui parait 
hebdomadairement a Ratlam en Bandelkhand depuis mai 
dernier. Ilest^crit en urdii, accompagne d'une traduction 
hindie. JjAwadh Akhbdr et VAkhbdr-i ^dlam lui empruntent 
sou vent les articles, et ce dernier journal fait I'^loge de sa 
redaction pour le fond et pour la forme. 

2° Guiydn Praddyani patrika « Feuille pourvoyeuse d'in- 



(1) Voici les propres paroles du Saiyid : Vski tafsll ilhdm si sent 
Pilar n6 farmdn di jahdn farmdyd.,, 

(2) Non comprls sans doute les serviteurs ou esclaves charges du soin 
des animaux domestiques. 

(3) re Ep. de saint Pierre, ch. Ill, v. 19, 20. 

(4) Voir les surates ou chapitres IV, 7; X, 37; XXill, 23; LXXl, 1. 



."^ri 



— 438 — 

formations i>, journal hindi mensuel d'un iiit^ret capital, 
qui parait par cahiers in-8** depui& mars dernier. H contient 
des traductions d'hymnes des V^das et d'autres livres san- 
scrits, avec commentaires, des articles philosophiques, 
scientifiques et litt^raires, et les nouvelles importantes. II 
est edit^ k Lahore par le Babu Nobin Chandar Ra(5, au- 
teur d'une grammaire sanscrite r^ig^e en hindi. 

3° Akhbar s^ntifak (scientific) Sogaiati (society) Aligarh 
d le Journal de la Socic^t^ scientifique d'-Aligarh. 3> H pa- 
rait hebdomadairement depuis le commencement de cette 
annee, en format in-4° sur deux colonnes, et il porte en 
hindoustani ces mots pour epigraphe : « Permettre la li- 
berty de la presse, c'est le fait d'un gouvernement sage ; la 
conperver, c'est le fait d'un peuple libre (1) ». Le texte 
hindoustani (2) est quelquefois accompage d'une traduction 
anglaise. Le numcro du 12 ^nai, que M. Howell a bien 
voulu m'envoyer, contient le compte rendu de la seance de 
la Soci^te tenue le 9, et des lectures qu'on y a faites. 

4°et5®. Depuis 1867 il parait deux journaux ou plutot 
deux recueils p^riodiques qui contiennent la traduction en 
Urdu de tous les actes et ordres du gouvernement, des deci- 
sions des cas par les principales cours de justice, etc. Ces 
recueils sont imprim& tous les deux a Lahore et ont le 
mdme editeur. Le premier est intitule Ganj-4 schdtgdn ou 
plutot schdicdn « le Tresor des desireux », et le second 
Anwdj" usschams « les Bayons du soleil ». 

Je trouve cites dans VAwadh Akhbdr et dans Akhbdr-i 
^dlam plusieurs autres journaux dont je ne connais pas 
autrement I'existence et dont je ne puis donner que les 
titres : 

6° Le Tilism-i hairat d le Talisman de Tetonnement J> de 
Madras. 



(1) Jdiz rakhnd chhdpa ki azddi M hat kdm ek ddnd siydcat kd aur 
bar quirdr rakhnd uci azddlkd hat kdm sk azdd raiyat kd. 

(2) On pent reprochep a ce texte avec M. Howell Temploi inutile de 
beaucoup de mots anglais qui ont leur Equivalent en urdCi. 



i 



— 439 — 

7^ JjAmir ulaklibdr « le Prince des nouvelles », ibid. 

S^IjAkhbdr-i sarrischta-i ta^lim-i Awadh <r Nouvelles 
de rinstniction publique en Aoude ». 

9"^ IjAkmal ulaklibdr^ a le Parfait en nouvelles. » 

lO"" Le Ziyd ulaklibdr « TEclat des nouvelles. s> 

11° WAkhbdr-i miihtascham « Nouvelles dignes d'atten- 
tion. y> 

12° H existe un journal de Dehli intitule Dehli Neics^ le- 
quel, d'apris son titre, doit fetre redige en anglais. Toute- 
fois, dans le proefes du dernier Grand Mogol, il a (5te fait 
mention d'un journal portant le meme titre (traduction an- 
glaise peut-Stre du veritable titre hindoustani) dont le re- 
dacteur transcrivait tout au long les exemplaires, qu'il por- 
tait lui-m^me k ses souscripteurs, sans doute, fort peu 
nombreux. 

Maintenant j'ai a signaler plusieurs nouveaux journaux 
religieux, dont deux publics par des indigenes, c'est a sa- 
voir : 

13' Le Haqutqut \rfan a le Vrai savoir )>, journal men- 
suel Chretien redig^ par ImMuddin (1), adresseauxmusul- 
mans d'Amritsir, ou reside I'auteur. Ce journal parait de- 
puis Janvier dernier par cahiers in-8°, et contient dans 
cbaque num^ro des Etudes sur le christianisme et sur son 
divin fondateur : il est imprime a la typographic de Lahore, 
appelee Aftdb-i Panjdb « le Soleil du Penjab J>. 

14° Le Mawd^tz ^ucba c( Avis pour le monde futur ]S), 
autre feuille periodique chretienne de format in-4°, editee 
depuis 1867 k Dehli par deux Hindous convertis. 

15° Le MakJizan-i Macthtcale Magasin chreiien » (The 
Christian Treasury), journal mensuel public par cahiers 
in-8°, en caractferes latins, depuis juillet dernier, par le 
Rev. J.J. Walsh, d' Allahabad, et destin^ au public Chre- 
tien de rinde, k qui il fournit k bon maache (2) des lectures 

(1) Voir ce que i'ai dit plus haut de ce musulman convert!. 

(2) Chaque numero ne coftte que trois anas, c'est-i-dire quinzc centimf s 
trois quarts. 



— 440 — 

k la fois instructives et (5difiantes. J'en ai regu lea numeros 
qui ontparujusqn'ici : lis sont fort interessants meme pour 
des lecteurs europeens, et Merits en bon hindoustani (urdu). 
Chaque num^ro se compose d' articles varies, de pi^es de 
vers rhythmes k I'anglaise, et de la traduction publi^e par 
fragments d'ouvrages religieux estimes. ^ 

J'ai pen a dire sur les articles des Journaux hindoustanis 
que j'ai lus. Ces journaux plus que ceiix des autres contrees 
entretiennent souvent leurs lecteurs de la pluie et du beau 
temps \ mais la pluie est souvent, surtout chez les Indiens, 
le beau temps, et ils I'appellent de tons leurs voeux. On 
trouve k ce sujet dans V Akhhdr-i dlam (1) une prifere en 
vers que le maharaja de Balrampur composa pour deman- 
der a Dieu la cessation de la s^cheresse qui desolait le pays, 
et d'y envoyer a: la pluie de sa mis^ricorde », ce qui eut 
lieu en effet imm^diatement, conform(5ment, dit le redac- 
teur du journal, au verset du Goran (2) : » Invoquez-moi 
et je vous exaucerai. » 

J'ai remarqu^ dans un autre num^ro du mSme jour- 
nal (3) un article de douze colonnes sur une grande chasse 
au lion et k I'^lepbant executee par le m^me maharaja de 
Bahrampur. Le recit est en prose poetique pleine de meta- 
phores orientales, et coup^ par un long gazal de Mci, poete 
contemporain c^l^bre parmi ses compatriotes. 

Mais il n'y a pas seulement dans le journal dont je parle 
des articles de ce genre, on y en trouve de fort utiles pour 
ses lecteurs. Tel est celui par exemple sur les voyages (4), 
article plein de bons conseils et de pr^cieux avis, et dont 
voici quelques passages : 

<L Dans le pays de I'Hindoustan, y est-il dit, bien peude 
ceux qui sont riches et possesseurs de dignity et de pouvoir 



(1) N* du 13 aoiit 1868. 

(2) Surate XL, verset 62. 
fa) N* du 4 juin 1868. 

(4) N" du 12 mars 1868. Le Babu Siva Pragad a publi6 en caract^res 
d^vanagaris un article plus special concernant les voyages sur raer, inti- 
tule : Jahdz kd safar h Voyage en navire », in-4o de 8 pages. 



— 441 '— 

s^occapent de choses gen^ralement utiles* Quelques-uns 
seulement, qui ont des rues ^lev^es et qui sont distingn^s 
par leur esprit et leur savoir, ^tablissent k grands frais des 
ecoles, des colleges et des soci^t^s, font blltir des hopitaux, 
des caravanserais, des mosqu^es ou des pagodes, et distri- 
buent des aumones aux pauvres et aux malheureux ; mais 
aucun d'eux ne songe k voyager, k visiter les pays lointains, 
les lies et les presqu'iles de TEurope, et s'ils ne le peuvent 
par eux-m^mes, y envoyer du moins k leurs frais des com- 
patriotes voir les merveiUes dea contr^ ^trangferes, et en 
retirer des avantages pour la science et le commerce. La 
plupart des rajas et des nababs restent pendant des mois 
entiers dans leurs palais, sans en sortir et sans s'occuper 
neanmoins en rien de radministration de leurs domaines. 
Ainsi, quel dommage pourrait-il r^sulter pour les affaires 
du pays s'ils le quittaient pour un voyage d'agr^ment? 
Quant aux fatigues qu'ils appr^hendent, on pent citer un 
vers persan qui a pass^ en proverbe depuis sept siicles : Ce^ 
lui qui jouit des montagnea et du desert n*est pas malheureux; 
partout oil il ra, il dresse une tente et se forme une cour 

y> D'ailleurs, actuellement, par les soins de Tadministra- 
tion europeenne, les voyages sont trfes-faciles ; on y trouve 
m^me les commodit^s dont on pent jouir chez soi. De gran- 
des voies ont t5te ouvertes, des hotels et des bureaux de 
poste ont ii& ^tablis. Les routes sont siires, et, au moyen des 
chemins de fer et des bateaux k vapeur, les voyages de cen- 
taines de kos s'effectuent promptement et k bon march^... 

J) II existe en Europe un si grand accord entre les souve- 
rains, tels que ceux de la Grfece, de la Kussie^ de la France, 
de ritalie, du Danemark,etc., qu'ils vont se visiter les uns 
les autres dans leurs royaumes respectifs. Quant k THin- 
doustan, la B^gam, souveraine du Bhopal (1), est allee jus- 
qu a la Mecque : elle est ainsi rest^e pendant plusieurs mois 

(i) Les derni^res nouvellcs annonoent que cettc princcsse, nommee 
Sikandra ^^AIexand^a), que les jouniaux indiens appcUcnt une heroine, 
est d^c^dee le 30 octo^ro, a I'age de cinquante ans. 



— 442 — 

hors de sea Etats. En faisant des centaines de kos par terre 
et par mer, elle a montr^ qu'elle a plus d'ambition intellec- 
tuelle que les potentats indiens dont nous parlons, qui ne 
veulent jamais quitter leur pays. En realit<5, de tels hommes 
sont inftrieurs aux femtnes, on plutot ils ne sont ni hommes 
nifemmes » 

« 

Muhammad Waj^hat Ali, Tediteiir de VAkhbdr-rdlaniy 
qui est en meme temps propri^taire et directeur de I'impri- 
merie litbographique de Mirat, appel^e Ddr ul ^ulum « la 
Maison des sciences », a ^tabli aussi une imprimerie a carac- 
tferes mobiles, k laquelle il a donn^ I'appellatibn anglaise de 
<r Literary Press d, et oti il imprime le « General Adver- 
tiser )>, journal hebdomadaire d'annonces anglaises et 
hindoustanies. De plus, il tient dans le mfeme ^tablissement 
un depot de livres orientaux dont VAkJibdr-i dlam donne 
de temps en temps la liste. 

Dans VAioadh Akhbdr^ qui continue k paraitire depuis dix 
ans avec un grand succfes, et qui offre de temps en temps 
des illustrations k ses lecteurs, on trouve fr^quemment des 
pifeces de vers hindoustanis fort agr^ables a lire : des mu- 
khammas, des cacidas, des gazals, une description en vers 
de I'Hindoustan, par Farhat, ^crivain hindoustani connu 
par diflfi^rents ouvrages et notamment par une traduction 
Tirdue du Prem Sdgar publi(5e k Lakhnau, avec figures; et, 
dans un des derniers num^ros que j'ai re^us, un article sur 
I'hindoustani ou pluc6t sur la nouvelle Edition de « les Au-. 
teurs hindoustanis et leurs ouvrages », reproduit du jour- 
nal de la Socii^t^ scientifique d'Aligarh (1). 

Le journal hindoustani de Gwalior, qui est a la fois pu- 
blic dans les deux dialectes hindou et musulman, sur deux 
colonnes, donne dans son num^ro du 14 juin une descrip- 



(i) Je rcmercie Tauteur de cet article, que ie n'ai pas rhonncup de 
connaitre, de la manidre flatteuse dont il parle de mes modestes travaux. 
Je regrctte seulement que dans Tai'ticle dont il s'agit (n* du 22 scptembre 
1868, page 909, ligne 23 de la premiere colonne), on ait imprime par 
erreur typographique angrezi ^anglais) au lieu de farsi (persan), ce qui 
fait un non-sens. 



— 443 — 

tion pompense tout k fait orientale des rcSjouissances qui 
out eu lieu k I'occasion du mariage de I'h^ritier du raja 
mahratte Sindia. En voici quelques lignes : 

« Au grand darbdr tenu k I'occasion de ce mariage, la 
danse des bayaderes, aussi belles que des f^es et que des 
paons, attira Tattention de la plan&te de V^us, et leurs 
gracieux mouvements excitferent I'^tonnement du firma- 
ment. Environ une heure avant le coucher du soleil, le 
inari6 quitta le palais royal pour aller accomplir la c^r^- 
monie du pujd (sacrifice). II ^tait monte sur un ^l^phant 
convert d'une ^tofFe brod^e et sous un dais d'or; il 
etait suivi des grands ofliciers de son pere, tous aussi 
sur des elephants hauts comme des montagnes, de 
la cavalerie que distinguait le plus ^l^gant uniforme, de 
I'artillerie, des lanciers. et des porte-drapeaux. Le cortege 
arriva au bruit de I'artillerie au palais de Kampi, dont la 
cour, k cause de T^clat resplendissant du sol et de la beaute 
des tentures, pouvait 6tre compar^e au neuvifeme ciel, fet 
qui etait, k cause de la quantity des lampes et des lustres, 
plus brillante que le jour en plein midi, et devenue, par 
I'efiet de la musique et de la danse, pareille k la salle de bal 
d'Indra. Au cote occidental on avait dress^ une estrade sur 
laquelle se trouvait la statue de Wischnu entour^e de flam- 
beaux et devant laquelle ^tait d'un c6t^ un magnifique 
coussin pr^par^ poiir le maharaja et un de I'autre cot^ pour 
le marie. Puis arriva le cortege de S. A. le Maharaja 
Chunna Raja, qui fut aussi salu^ par une Recharge d'artil- 

lerie Bientot commen^a la c^remonie du pujd. On dis- 

tribua aux assistants de I'essence de rose et du b^tel ; ensuite 
on tira un feu d'artifice dont la bruyante commotion fit 
epanouir et sourire les boutons des fleurs. La lune devint 
honteuse d'elle-m^me en voyant I'excellence des artifices 
nomm^s andr (grenades) et mdhtdbi (clairde lune),tandis 
que les spectateurs qui les admiraient fourmillaient comme 

une legion de sauterelles » 

Le Babu Hari Chandra, de B&arte, un des savants hin- 



•f 




_ 444 — 

dous contemporains qui s'interessent le plus k la litterature 
hindie dont il a entrepris de publier les productions, soit k 
part, soit dans le Biecueil p^riodique intitule Kavi bachan 
sudhd (( le Nectar des discours des poetes d, continue k m'en- 
voyer bienveillamment les num^ros de ce j ournal litt^raire 
a mesure qu'ils paraissent. J'y distingue le Prem ratan « le 
Joyau de I'Amour d, poeme ^crit par une femme, la Bibi 
Batan Kunwar; un autre poeme intitule Dilli bamaiij 
« Eloge de Dehli, :& une anecdote tir^e du Gulistan et tra- 
duite en hindi, un Holt ou « Chant de camaval, d la Vie 
de Surdas, en vers et en prose, des Extraits des Sahkis du 
fameux Kabir, des poemes sur la Saison des pluies et sur 
d'autres sujets. 

Le Babu annonce I'intention de publier la traduction en 
hindi des principales pifeces du th^toe Sanscrit, travail dans 
lequel il sera aid^ par le Pandit Sital Prasad, auteur du 
Siddhdnta sangrahay traduction hindie en collaboration du 
savant indianiste Fitz Edward Hall, du « Synopsis of 
Science », en vue de concilier la science europeenne avec la 
science indienne. 

Le Babu avait ddplor^, dans un num^ro du Kavi bachan 
sudhd, la cessation des representations des ndtak (dramas) 
hindis, notamment du JankiMa/ngal a: la Joie(lJ de Sita», 
dont il avait ensuite annonc^ la prochaine representation. 
Cette representation, executee par des indigenes, a eu en 
eflFet lieu a B^narfes le 4 avril dernier, par ordre du maharaja 
de B^narfes, prince eclair^ q^ui protfege et encourage la cul- 
ture de la litterature hindie. Les nombreux spectateurs se 
composaient du maharaja, de son fils, de son etat-major, de 



(1) C'est-i-dire « son manage ». Sita est appelee Janaki on- Jankt, du 
nom de Janak, roi de Mithila, qui I'avait ^levee et la considerait comme 
sa fille. Le drame doiitil s'agit a 6te 6crit par le c61ebre Tulcidas, etila 
^16 imprime k Miraten 1864, k Agra en 1865, et k Lahore en 1867. 

Ce drame parait dtrc la reproduction du premier acte du Hanumdn 
Ndtak, autrement dit Mahd Ndtak • le grand drame », pi^ce sanscrite 
dont H. H. Wilson a donn6 I'analyso dans son « Select specimens of the 
theatre of the Hindus », t. HI, p. 49 et suiv.^ et dont la traduction hindie 
est mentionnee par Rdg Sdgar, 



^J. 



J^v» ■ 



— 445 — 

beauconp de notables indiens et des principanx habitants 
europ^ens de Benares, qui y avaient ^t^ invites, y compris 
quelques dames. Un orchestre fit entendre des airs natio- 
naux avant la pifece et pendant les entr'actes (1). Le suti*- 
dhdr fdirecteur^ arriva d'abord et lut une sorte de prifereou 
d'invocation. Puis une actrice parut sur la sc^ne et s'entre- 
tint avec le directeur sur ce qu'on pourrait repr^senter pour 
interesser les spectateurs, tout comme on le voit dans les 
drames sanscrJts. Cependant on entendit du bruit der- 
rifere la sciaie, et le directeur Texpliqua k I'auditoire, en 
disant que c'^tait Ram (Rama) qui 6tait dans la forfet 
et qui avait fait ce tapage. Ce fut alors que la pifece 
commen^a. 

Dans le premier acte, on voyait un jardin oil ^tait assise 
Parvati, femme de Siva, le dieu destructeur et la d^esse 
aussi de la destruction, plus connue comme telle sous le 
nom deDurga. Bam et son fr&re Lakschman entrenten sc&ne 
et expriment I'espoir de voir arriver Janki ou Sita : puis ils 
demandent au jardinier la permission deciieillir desfleurs. 
Sur ces entrefaites, Sita arrive, suivie de ses dames d'hon- 
neur ; elle salue la deesse, et se promfene ensuite dans le 
jardin. Une de ses femmes accourt et lui dit qu'elle a 
aper^u dans la for^t un jeune homme dont la grande beaut<5 
I'a frapp^e. Le jeune homme dont il s'agit arrive bientot et 
est a son tour ravi de la beauts de Sita. Au 'second et der- 
nier acte, on voit une salle royale, oil est assis Janak, pere 
d' adoption de Sita. Les rois des diff^rentes contrdes arri- 
vent rev^tus de leurs costumes distincts pour demander 
Sita en mariage. Ram entre le dernier en sc^ne. Lorsque 
tons ces princes sont assis, Janak leur annonce qu'il a fait 
vceu de ne donner sa fiUe qu'i celui qui pourra tendre Fare 
plac^ dans la salle. Tons les princes essayent en vain ; Ram 
non-seulement le tend, mais le met en pifece, et il devient 
r^poux de Sita. 

(1) Indian Mail, 7 m&i 1868. 



— 446 — 

VIII'. Cette ann^e, notre liste necrologique est plus lon- 
gue que de coutume. La mort semble s'Stre appesantie snr 
la classe qui nous interesse; et d'abord est decode, le 25 no- 
vembre de Pan pass^, Gokuldas Tejpal , un des plus notables 
Hindous de Bhattia, grand prgmoteur de I'instruction chez 
ses compatriotes. II avait ^tabli une ^cole de gar^ons, qui 
porteson nom, etil avait d^pense plusieurs lakhs de roupies 
k de bonnes oeuvres, entre autres k la fondation d'un hopi- 
tal. Le Host Guftar a: la Parole vraie », journal hindou- 
stani de Bombay, annonce que ce personnage a l^gu^ en 
mourant un tiers de la fortune qu'il a laiss^e, c'est-k-dire 
dix lakhs de roupies (2,500,000 fr.) pour le developpement 
de Teducation chez ses compatriotes (1). 

Le 30 novembre de la mSme ann^e, est mort k Lakhnau, 
k I'age de soixante-neuf ans, Mir Syed MulKimmad Khan 
Bahadur, pere de Syed AbdooUah, quej'ai souvent euroc- 
casion de mentionner dans mes allocutions. II entra des 
1815 an service de la Compagnie des Indes, et en 1820 il 
fut promu au poste de magistrat adjoint iet de percepteur 
dans le D^can; en 1835, au grade de magistrat et de per- 
cepteur a Jabbalpur, poste qu'il remplit, comme il I'avait 
fait du premier, avec zfele et talent. Contrairement k la 
majority des musulmans ses coreligionnaires, qui par fana- 
tisme religieux sont opposes k I'education europeenne et 
au progrfes socfal, il secoua ces prejuges ^troits, et bien que 
musulman orthodoxe et meine saiyid (descendand de Ma- 
homet), il n'h&ita pas a envoyer, en 1839, son fils au col- 
lege de r administration anglaise etabli k Jabbalpur; et oe 
fils, qui n'est autre que le Syed AbdooUah, fut le premier 
musulman qui apprit I'anglais dans ce college. 

Durant I'insurrection des sipahis en 1857, Syed Muham- 
mad resta loyalement d^vou^ aux inter^ts britanniques. 
Pendant que les Europ^ens s'^taient retranch^s dans I'hd- 
tel de la residence k Jabbalpur, et que la population in- 

(1) Times of India {Indian Mail, 2 Janvier 1868), 



— 447 — 

dienne h^sitait sur ce qu'elle devait faire, le saiyjid resta 
ferme dans son attitude d^cid^e. En consideration de ses 
services, le gouvemement anglais lui d^cema le titre ho- 
norifique de Bahadur ^ et lui accorda une Equitable pension 
de retraite dont iln'a malheureusement pu jouir que peu de 
temps (1). 

Mon jeune ami I'habile hindoustanisle Ed. H. Palmer, 
en ce moment au Caire occupe i compulser les anciens 
manuscrits qui s'y trouvent avantd'examiner ceux du con- 
vent du mont Sinai' qu'il va visiter en compagnie des autres 
membres de la commission de I'exploration du Sinai (Sur- 
vey of Sinai), M. Palmer, dis-je, a public une complainte 
(mgrciya) en vers arabes desa composition sur la mort de ce 
personnage, pfere du saiyid dont il est I'^lfeve le plus distingue. 

Le 24 Janvier de cette annde, le doyen, des orientalistes 
europeens, le respectable D' J. D. Macbride, s'est eteint 
dans sa qiiatre-vingt-dixifeme annee. H etait professeur d'a- 
rabe h. I'universite d' Oxford, et bien qu'il se fut speciale- 
liient occup(5 de cette langue, I'hindoustani ne lui etait pas 
etranger. Son dernier ouvrage est une'savante expoi-ition 
de la religion musulmane et de ses progrfes, avec des indi- 
cations propres k sa refutation (2). II ^tait le plus ancien 
membre honoraire de notre Society Asiatique, I'ami de son 
premier president S. de Sacy, a qui on doit la fondation de 
la chaire d'hindoustani et il estallemaintenanttrouvercet 
excellent chretien dans a: ce monde d'en haut ou la sepa- 
ration est inconnue, dans cette longue ^temit^ d'amour dont 
les bons seulement font partie, dans cette sphere glo- 
rieuse oii la foi voit transporter d'ici-bas les morts (3). i> 

(1) Times du 10 Janvier 1868 ; Indian Mail du 23 Janvier 186S, 
(2; 11 est intitule : « The Mohamedan Religion explained, -with an in- 
troductory sketch of its progress and suggestions for its refutation. » 
(3) There is a world above 

Where parting is unknown ; 

A long eternity of love, 

Formed by the good alone ; 

And faith beholds the dying here 

Translated to that glorious sphere 

MONTGOMblRY. 



— 448 — 

La cause dn progr&s chez les Hindoas a fait nne grande 
perte par la mort du Babu Bam Gopal Glios (1), d^cdd^ It 
Calcutta, k I'^ge de cinquante-trois ans, le 25 juin dernier. 
II avait 6t& membre du conseil d'^ducation jusqu'i sa dis- 
solution en 1855. II fut ^diteur de plusieurs journaux; il 
fonda ou contribua k fonder plusieurs soci^t& litt^raires ^ 
il ^tablit une ecole et une bibliothfeque k Tontoniali, et, tou- 
jours z^l^ pour I'^ducation, il distribua aux ^Ifeves les plus 
m^ritantsdes diff(6rentes ^coks de Calcutta cent exemplai- 
res de dTHistoirederinde 5)de Marsbman, quand parutla 
premi&re Mition de cet ouvrage (2). 

Un autre d^c^s, qu'il me parait opportun de mentionner, 
c'est celui du fils du dernier rajah (nominal) du Mainour 
sous le gouvernement du c^lfebre conqu^rant musulman 
Haidar Ali, le Mabaraja Kriscbna Raj Rudyar (3) Baha- 
dur, que I'administration anglaise donna pour successeur 
en 1799 au vaincu de Seringapatam, Tippou le Martyr ^ 
conime le nomment les musulmans, lorsque ce prince n'a- 
vait encore que six ans. Ce mabaraja, dis-je, est d^c^d^ k 
Bengalore le 27 mars dernier, et la cremation solennelle 
de son corps a eu lieu le lendemain. II ^tait g^neralement 
aim^, surtout par les indigenes, k cause de sa bienveillance 
et de ses nobles qualites. Le gouvernement anglais lui de- 
vait de la reconnaissance pour sa fid^lit^ lors de Tinsurrec- 
tion des sipahis en 1857, car il aurait pu par sa defection 
ajouter aux difficult^s de la situation et amener de nouvelles 
complications. Son fils adoptif, Cham Rdjindar Rudyar 



(1) Ce nom me rappelle le compagnon du premier voyage de Miss Car- 
penter, le jeune Babu Man Mohan Ghos, venu en Angleterre pour ^.tre 
reQu avocat. Ce jeune homme^ bien que d6tache de la religion idolatrique 
de ses p6res, ne s'est pas n6anmoins' fait chr6tien ; mais^ chose singulidre, 
^tant fiance k une jeune fille non nubile, il la fait Clever dans un couvent 
catholique {romain) de Calcutta, non pour lui faire changer de religion, 
roais parce que, parait-il, la r6clusion monastique lui semble pareille k 
celle du zenana dans lequel sa femme est destin^c k vivre. {Indian Mail 
du 6 aout.) 

(2) Calcutta Review, f6vrier 1868, p. 511. 

(3) Je me coiiforme pour I'orthographe de ce mot k VAvoadh Akkbdr 
(du 14 juillet 1868) qui emploie d'ailleurs un R c6r6bral: mais les journaux 
anglais I'ont 6crit les uns Wudayer, les autres Wodiar. 



— 449 — 

Bahadur^ qui a le m§me ftgequ'avait son pere lor-^qu'il fut ap- 
pel(5 a r^gner, lui succfede, et darant sa minority son royaume 
sera administr^jcommeill'avaitet^ pendant plusieursannees 
du vivant de son pfere, par le gouvemement anglais. II ha- 
bitera le ch^teatt de Bangalore, et c'est \k qu'il recevra son 
Vacation. La villo de Mainour perdra sans doute en popu- 
lation ce que gagnera Bangalore, oi il n'y avait pas il y a 
dix ans plus de soixante*dix mille habitants, et qui d^jk 
maintenant en compte cent mille. II est vrai que I'air de 
cette TjUe est excellent, et que le chemin de fer qui la 
relie & Madras fait pour ainsi dire des deux villes une seule 
ville(l). 

Richard Haughton, un de mes condisciples du cours 
d*arabe de I'^minent orientaliste S. de Sacy, frire de feu Sir 
Graves C. Haughton, associ^ stranger de notre Academic 
des inscriptions de I'Institut de France, a termini le 5 avril 
dernier son honorable carrifere, k T&ge de quatre-vingt-six 
ans, k Ramsgate, oil il s'^tait retir^ depuis bien des ann^es. 
D s'^tait beaucoup occup^ d'hindoustani, et il fut longtemps 
professeur de langues orientales au college militaire d'Ad- 
discombe ; mais la faiblesse de sa Vue, quMl perdit tout k 
fait ensuite, I'obligea de se dcmettre de ses fonctions, et ne 
lui permit pas de se faire connaltre comme il aurait m^rit^ 
de rstre dans le monde savant. 

J'ai aussi perdu un vieil ami en la personne de Duncan 
Forbes, ce docte et laborieux orientaliste, si connu par ses 
utiles et nombreux ouvrages (2), sp^cialement par son dic- 
tionnaire hindoustani, qui a supplants celui de Shakespeare 
comme celui d'Alexandre Fa fait pour le grec en France k 



(1) Awadh AkhUr du 14 jiiijlet 1868. 

(2J Voici la liste de ses ouvrages nur Thindoustani : 

1. Hindustani Grammar; 2. The Bagh o Bahar, with a complete voca- 
bulary; 3. The Tola Kahani, id. ; 4.. The Ikhwan ussafa; 5. The Baital 
Fachisi; 6. Oriental Peumanship ; 7. Hindustani-englisn and english hin- 
dustani Dictionary in the persian characters with the hlndi words in 
nagari characters. De plus, en caract^res romains, une Edition du Die* 
tionnaire et un abr^gd du mdme Dictionnaire ; un Manuel hindoustani et 
OB Bagh o bahar, 

29 



— 450 — 

' regard de celui de Planche, et par son enseignement oral 
8ur cette langae, qui ^tait k lui, comme elle Test k moi, sa 
langue de predilection. 

!Ne en 1798 dans une petite ville d'Ecosse, apr^ ses 
annees d'etudes qu^il passa p^niblement, mais avec sncc^^ 
Forbes alia a Calcutta oti il demeura deux ans seulement, 
contraintderetourner en Europe par raison de sante. C'^tait 
en 1826, et ce fut alors que je fis sa connaissance. Elive 
comme son ami Sandford Arnot, mort k la fleur de V&ge 
en 1834, da c^l&bre Gilchrist, il le suppl^a d'abord dans son 
cours, puis, avec S. Amot, il fonda V Oriental Institution de 
Londres, dont j 'essay ai d'^tablir k Paris Tanalogue, encou- 
rage par mes maitres, S.de Sacy et J. Shakespeare. En 1837, 
il fut nomm^ professeur de langues orientales au King*8 
College de Tuniversite de Londres, et en 1843 docteur eu 
droit. Ses ouyrages el^mentaires se distinguent par leur 
claHe, comme il en ^tait de son enseignement. Ses Olives, 
tant directs qu'indirects, sont innombrables, et tous sont 
pleins d'estime et de respect pour sa m^moire. H avait r^uni 
une belle et precieuse collection de manuscrits dont il avait 
jug^ k propos de se defaire il y a trois ans, et dont j'ai pu 
acqu^rir quelques volumes qui ne sont pas les moins pr^- 
cieux de ma biblioth^que. Oe savant modeste a et6 toute sa 
vie le module le plus parfait du veritable homme de lettres. 
II ne s'est jamais occup^ de questions politiques ni de dis- 
cussions religieuses, mais seulement avec conscience et 
honn^tete de sos travaux litt^raires. II est vrai quMl ^tait 
reste garden, comme ses collogues Shakespeare, Quatrem^e 
et Grangeret de Lagrange, et que les soins de la famille ne 
le detournaient pas des labours incessants auxquels il 
s'est livr^ avec ardeur toute sa vie, termin^e k Londres le 
17 aoiit dernier. Honueur k sa m^moire, et qu'il repose 
en paixt 

Enfin, j'ai encore k enregistrer la mort de deux Hindous 
eminents, d^ced^s dans le mSme mois; c'est k savoir : Gra- 
jala Lachmanarsu Chatty, membre du Corps l^gislatif de 



— 451 — 

Madras^ an des prinoipaax promoteurs da joarnalisme hin- 
doa^ de la litt^ratare moderae (vernaoiilar) et de T^daca- 
tion donn^ aa moyen de la langae hindoastanie et des 
aatres dialectes locaux; et Prossonao Cooinar Tagore, baba 
d'ane grande intelligeace^ conna en Europe par son com- 
mentaire ^crit en excellent anglais sar la loi hindoae adop- 
tee en Mithila (le Tirhut actael), d^apr&s Toriginal Sans- 
crit (1). Ce dernier personnage, mort k soixante-sept ans k 
Calcutta, bien que possesseor d^une immense fortune, se 
livra dfes sa premiere jeunesse k I'^tude de la litt^rature et 
des lois de son pays, et il apprit si bien la langue anglaise 
qu'il put publier, avant I'&ge de vingt ans, an journal ^crit 
en anglais et intitule The Indian Reformer d le B^formateur 
indien d. Des operations commerciales dans lesquelles il ne 
r^ussit pas lui firent perdre une partie de sa fortune. II 
entra alors dans le barreau ob. il eut beaucoup de sacc^, 
gr&ce k sa profonde connaissance des lois. Pais, apr&s avoir 
rempli plusieurs fonctions considerables dans la magistra- 
ture, il fiit nomm^ en dernier lieu membre du Corps legis- 
latif, poste que sa sant^ alt^ree ne lui permit pas de rem- 
pUr. On cite avec ^loge sa generosity et sa bienfaisance 
envers ses coreiigionnaires. Agr^g^ (fellow) de TUniversite 
de Calcutta, il prenait le plus grand interdt au developpe- 
ment de r^ducation et au progr^s des Etudes. II fut un des 
fondateurs du € British Indian Association (2) y> ; mais il 
s'en retira lors de la conversion au christianisme de son fils 
le Babu Gamendra Mohan Tagore, avocat au Hiffh Court 
de Calcutta, s'^tant d^sormais degotlte des id^es de r^forme 
religieuse hindoue auxquelles il ^tait d'abord enclin. II est 
mort dans le sein du paganisme, immerg^ dans le Gauge au 
moment de son ddc^s, laissant un revenu annuel de 20,000 



(1) n est intitul6 : Vivada ChirUamani^ Calcutta^ 1863^ in-S^ de 
Lxxxvi et i*40 p. 

(2) Cette association vient sagement de s'opposer ^ la proposition qui 
avait ^t^ faite d'un impdt special .pour T^ducation en remplacement des 
dons volontaires. {Homeuoara Mail du 5 octobre 1S68.) 



— 452 — 

roupies (50,000 fr.) k Fidole de sa famille (1), et d&h^ri- 
tarl son fils, qui reste sans fortune; exhortation fort hono- 
rable pour Ini, qui prouvera, s'il Taccepte sans mnrmnre, la 
sincOrite de sa conversion, et qui ne Temp^chera, en aucune 
faQon, d'aimer et de servir son pays; car les Indiens citent 
souvent ce proverbe arabe : € L'amonr de la patrie est anssi 
sacr6 que la religion j> : Imdjiy hvhb ul-watan. 



Hur i€ 



Ses I^ se monteni en toati iin million de roupies (2^500^000 fr.]; 
[esquels il a heureusement laiss6 troiscent mille roupies (750,000 fr.) 
kdes institutions charitables. 



453 



DIX-NEUVIEME DISCOURS 



6 d^cembre 1869. 

Messieues, 

Je t&che chaque ann^e d'avoir quelque chose de nouvean 
et snrtont de satisfaisant k vous apnoncer sur la situation 
litteraire de I'lnde contemporaine, car je desire qu'on 
puisse m'appKquer ces vers de Longfellow : 

Not enjoyment, and not sorrow, 

Is our destined end and way; 
But to act that each to morrow 

Find us further than to day. 

I. L'antagonisme de Turdu (ourdou) et de I'hindi est loin 
d'etre apais^. La discussion k ce sujet entre les Hindous et 
les musulmans a Hi cette ann& poursuivie avec chaleur de 
part et d'autre, mais surtout par les Hindous, qui dans leur 
fanatique patriotisme repoussent tout ce qui leur rappelle 
I'ancienne domination musulmane, k laquelle ils pr^fferent 
la domination britannique. Mais il n*en est pas de mfime des 
sectateurs de I'lslftm, pour les vingt-cinq k trente millions 
desquels la domination europ^enne est doiiblement antipa- 
thique, puisqu'elle les a priv^s du pouvoir, et qu'il leur r^- 
pugned^fitresoumis a une nation ^trangfere dont la religion 
leur est odieuse. De \k vient mSme que des agitateurs, pour 
les exciter k un nouveau soulfevement, font courir de temps 
en temps le bruit de I'apparition de I'im^m Mahdi, qui doit 
les d^livrer du joug Stranger, et font circuler des pro- 
pheties qui 1' annoncent. C'est ainsi que les Wah&bis, ces 
puritains de I'lsldm, dont les doctrines ont p^netre dans 



-jnr- 



— 454 — 

rinde, ont fait I'an pass^ une tentative d'insurrection (1), 

Chose singuliire I tandis qu'en Europe on parait chercher 
do tout c6t6 k revenir au moyen &ge, si decri^ nagufere, et 
a en faire revivre des langues devenues des patois, les Hin- 
dous veulent ressusciter aussi et remettre en honneur litt^- 
raire Pindien du moyen 4ge, I'hindoui ou hindi devenu lui 
aussi en quelque sorte un patois qui change dans chaque 
village, et le substituer a J'^l^gant urdu qui, en conservant 
le fond indien et Sanscrit, s'est incorpor^ les beaut^s du 
persan et de I'arabe, ces langues admirables de TOrient mu- 
sulman qui seront toujours consid^r^es comme telles par le 
monde savant. 

Je vais passer en revue les raisons futiles qui sont 
denudes pour la substitution de I'hindi k I'urdu, en les ao- 
compagnant des r^ponses que de savants musulmans y ont 
faites. Mais, comme il arrive toujours, ces discussions seront 
sans resultat, car chacun gardera son opinion premiere. 
Un philosophe du sifeclepass^, fort kla mode alors et pres- 
que oubli^ aujourd'hui, a dit : a: On n'^claire par la dispute 
ni soi ni les autres... Sit6t qu'on dispute on s'^chauffe, la 
vanity et I'obstination s^en melent, la bonne foi n'y est 
plus. » 

Pour partir du point ou j'ai laiss^ la lutte I'an passe, je 
dois parler d'abord d'une stance de I'lnstitut d'Allahi,bSd 
de la fin de I'ann^e dernifere, od la question a souleve des 
discussions qui occupent plusieurs colonnes du journal hin- 
doustani de Lakhnau (2); et ce qui est k remarquer tout 
d'abord, c'est que les orateurs, m^me ceux qui ^taient 
opposes k I'urdu, se sont exprim^s dans ce dernier dialecte 
et non en hindi. 

Ce fut k propos de la lecture du procfe-verbal do la 
seance pr^cedente, portant qu'il avait iii decide que lea 
procfes-verbaux seraient r^ig^s dans la langue du pays 



ri) <( Indian Mail » du 23 d^cembre 1868. 
[2) Awadh ahhbdr du 24 novembre 1868. 



— 455 — 

(dA^i) , que commeriQa la discussion. On voulut savoir si on 
entendait par Ikrurdu ou Thindi. Un Hindou pritla parole 
en favour de Thindi, qu'il dit ^tre la veritable langue du pays 
et dont il d^plora I'abandon, et il demanda que la Soci^t^ 
fit une demarche aupr^s du gouvemement pour qu'on le 
substituftt k Turdu dans les cours de justice et les bureaux^ 
enfaisant observer que le changement se bornerait en r^alit^ 
k I'alpbabet. Un autre Hindou appuya la motion, tout en 
avouant que ce changement serait tifes-pdnible pour un 
grand nombre d'Indiens habitues k un autre dialecte 
et k d'autres caractferes, mais qu'on devait n^anmoins le 
demander dans I'int^rfet des Hindous de la campagne, qui 
ne savent lire et^crire que I'hindi, etqu'onpeut facilement 
tromper en se servant d'un autre dialecte et des caractires 
usil^s en urdu, aussi embrouill^s, dit-il,que ceux du chinois. 
Ce z^le Hindou voudrait mdme ressusciter le Sanscrit, qu'il 
appelle devanayari^ du nom de I'alphabet avec lequel il est 
^crit, et qui, neglige pendant dix-huit sifecles, pent, selon lui, 
refleurir de nouveau, 

Un autre Hindou appuya aussi la proposition des pr^o- 
pinants, tout en faisant observer qu'il n'admet pas que le 
changement qu'on propose ne doive consister qu'en un chan- 
gement d'alphabet, mais qu'il doit s'^tendre aux expressions 
mSmes, I'urdii 4tant rempli de persan et d'arabe et I'hindi 
^tant tout indien. 

II est vrai que des ^crivains hindoustanis, comme cer- 
tains ecrivains turcs, pour deploye.r leur erudition, n'em- 
ploient gu^re que des mots per;*ans et arabes, conservant 
seulement de la langue du pays les particules et les verbes 
formatifs ; mais il ne s'ensuit pas que la chose ait lieu dans 
la pratique, et il est trfes-nertain qu'il n'y a pas une ligne 
reelle de demarcation entre ce qu'on nomme I'hindi et ce 
qu'on appelle I'urdii, ces deux dialectes etant compris sous 
le nom d^hindoustanij et I'alphabet seul ^tant le signe dis- 
tinctif des deux dialectes, 

Dans une autre stance du m^me Institut (celle du 25 d^. 



— 456 — 

. cembre), la m£ine question a encore ^i^ agit^. On y a 
Boutenu de nouveau qn^l ne s'agit que d^un changeoient de 
caract^res, mais que la langue restera la mSme, qu^on la 
nomme hindoui ou bind!, urdA ou dakhni, et que ceux qui 
s'en servent continueront d'employer les monies expressions. 

Le gouvemeur anglais parait fetre favorable au mouve- 
ment en faveur de Thindi^ pensant plaire par Ik aux 
Hindous, qui ferment la grande majority des habitants de 
rinde. Dons un long article de V a Indian Daily-News », 
reproduit dans 1' « Indian Mail J> du 27 Janvier dernier, on 
trouve d^veloppees les raisons politiques qui doivent, selon 
le journaliste, determiner le gouvernement k adopter Thindi 
dans les cours de justice et les bureaux de radministration 
des provinces nord-ouest, de I'Aoude et du Penjab. Ces 
raisons sent contestables, et, dans tou&( les cas, Tarticle 
contient des assertions inexactes qu'il serait oiseux de 
relever. On y rend cependant hommage k Turdii, puisqu'il 
y est dit qu'il a pris dans toute I'lnde la position du 
frauQais en Europe, que c'est la langue la plususit^e, qu'on 
I'emploie k la cour et k la ville, que les lettres s'en servent 
dans leurs ouvrages et les chanteurs dans leurs chansons ; 
qu'on s'entretient en urd^ avec les Europ^end; enfin que 
I'urdii a sur Thindi une sup^riorittJ qu'on ne pent nier. 

La question est encore discut^ dans uu article de 
VAkhbdr d'Aligarh, reproduit dans VAwadh Akhbdr da 2 
fevrier. L'auteur de cet article ne se contenterait pas, lui 
non plus, d'un changement d'alphabet. II fitit observer 
que plusieurs lettres arabes conservees en urdOi n'ont pas 
d'^quivalent en devanagari, qu'il faudrait done renoncer 
aux mots qui les contiennent et n'employer que des mots 
indiens. On remplacerait les richesses si vant^s de Tarabe 
et du persan par des emprunts faits au Sanscrit, Thindi 
n'^tant en r^lit^, selon lui, que du Sanscrit altiire. 

On le voit, on vbndrait ^carter tout k fait Tca^ment persan 

et arabe, et bien des Hindous prefereraient m^me a 

. I'alphabet urdii Talphabet remain, comme ils Tappellent, 



'— 457 — 

# 

par nn esprit d'opposition k la domination musulmane. 

L'editeur de VAiuadh akhbdr, apr^ avoir pnbli^ cet ar- 
ticle, d'aprfes le d^sir de I'autenr, le refute et traite tons 
ses arguments d^absurde verbiage. Selon lui, ces discussions 
sent d'autant plus pueriles, que a la langue anglaise finira 
par prevaloir dans Tlnde et terminera ainsi Tantagonisme 
de I'urdii et de Thindi, la langue des gouvemants prenant 
naturellement le dessus ou s'imposant de force aux sujets. i> 

« La langue urdAe, ajoute-t-il, que t^hent de d&rier 
certains Hindous, est n^e du contact oblig^ des vainqueurs 
et des vaincus, comme a eu lieu le melange du saxon et du 
frauQais en Angleterre. On y emploie les mots les plus in- 
telligibles et les mieux choisis des langues formatives. C'est 
ainsi que les magistrats Tout adoptee dans les tribunaux et 
qu'elle a ete employee dans les ecritures du gouvemement. 
Des milliers d'Hindous peuvent attestor la v^rit^ de ce que 
j'avance. Comment pourrait-on vouloir abandonner une 
langue si belle et si g^n^ralement comprise, pour I'hindi, 
qui est tres-dur et dont les caract6res out un aspect roide 
etpeu agreable? i> 

On trouve dans YAkhbdr d'Aligarh du 19 fevrier dernier 
un article ^crit dans un sens tout contraire et oil Ton parait 
confondre encore I'hindi avec le Sanscrit, que les Hindous 
voudraient remettre en vogue, sans songer qu'on ne pent 
faire remonter une rivifere k sa source. Le babu Saroda- 
pra^ad, auteur de cet article, vante la litt^rature sanscrite, 
et il a raison ; mais celle de Tarabe et du persan a aussi sa 
valeur. Cost la concession que le gouvemement anglais a 
cm devoir faire aux Bengaliens d'adopter dans les tribu- 
naux leur dialecte provincial, au lieu du persan qui y ^tait 
usit^ auparavant, qui a donne Tid^e aux Hindous du nord- 
ouest de demander pour leurs tribunaux Fadoptionde Thindi 
au lieu de I'urdu, c'est-a-dire de Tidiome hindou au lieu de 
I'idiome musulman. Le babu dont il s'agft vante les carac- 
tferes devanagaris, qui sont peut-^Hre^ dit-il, pr^firables k 
tons ceux du monde entier pour exprimar les diffSrents 



— 458 — 

HODS et articulations dont la voix homaine est capable. Or, 
pr(^cis^menty il j a en urdu une quantity considerable de 
mots dont les lettres ne peuvent dtre rendues en caract^res 
d^vanagaris: tels sont ceux oil se trouvent le A^etle 
kh^ (la sixi^me et la septifeme lettre de I'alphabet arabe), 
le sddy le zddy le to^^ le ^afn^ le gam et le cdf (1). Aprte 
avoir fait I'^loge des caract^es d^ranagaris et mgme naga- 
ris, Fanteur de Particle critique vivement le caract&re 
schikasta^ c'est-k-dire urdft-persan eursif, et il pretend qu'il 
faut des ann^es de travail pour le bien connaitre. Oe carao- 
t&re est en effet difficile k lire, les lettres n'^tant pas for- 
nixes, raais je soutiens que le caractere nagari employe par 
les Xcrivains et nommX en consequence kalthi noffarij et sur- 
tout celui qui est usite dans les Ventures de commerce, est 
totit a fait illisible si on ne sait pas d*avance ce dont il s'agit* 
Aprfes cet article centre I'urdii, j'en trouve en sa faveur 
un autre de plusieurs colonues et plein d'observations judi- 
cieuses dans le m§me journal (n° du 5 mars), oi Ton s'X- 
tonne que, contrairement an proverbe arabe : « Chaque 
population est contente de ce qu'elle a (2) », les Hindous 
veulent le changement de ce qui existe. L'auteur de cet 
article ne croit pas avec moi (3) que ce soit I'antagonisnie 
de race et de religion qui soit le principal mobile du mou- 
vement hostile k I'urdii : il pense que ce mouvement est 
plutdt politique, comme il vient d'Stre dit, car la langue 
religieuse des musulmans est I'arabe, et la langue religieuse 
des Hindous est le Sanscrit* L'urdu et Thindi sont done en 
dehors de ce qui concerne le culte. L'auteur s'attache 
ensuite k rXfuter toutes les objections que I'on fait centre 
I'emploi de l'urdu. On dit par exemple que l'urdu n'est pas 
entendu partout par les Hindous du peuple ; mais c'est le 



(1) On signnale ailleurs plusieurs exemples dans lesquels cet inconve- 
nient est tel que les *mdmes mots Merits en caract^res devanagaris peuvent 
avoir dea sens tout k fait diff^rents. Ainsi, « 11 est all6 k Ajmir », peut 
signjfler : « 11 est mort aujourd'hui » 

(2) JCull hizh himd li-yadihim farhdn, 

(3) Discours de 1866^ p. 23. 



zrr 



— 459 — 

cas pour tontes les langiies usit^es g^n^ralement dans un 
pays. Ainsi les paysans bretons, proven9aux ou alsaciens^ 
ne comprennent pas le fran^ais : serait-ce une raison pour 
cesser de I'employer dans les tribunaux et les bureaux de 
leurs provinces ? L'auteur fait d'ailleurs observer que dans 
le plus pur hindi il y a toujours n^anmoins des mots arabes 
et persans qu'il est impossible de remplaeer ; que beaucoup 
de princes hindous qui pouvaient pour leurs Etats adopter 
officiellement Thindi ont pr^fi^r^ bien volontairement (bil- 
ikhiiydr) I'urdu : tels sont les souverains d'EUore, de Gwa- 
lior, de Jaipur, d'Indore, de Biy&na, etc. De plus, lorsqu'en 
1837 I'abrogation du persan et I'adoption de I'urdu furent 
decr^tees, personne ne se plaignit de ce qu'on n'etlt pas 
pr^f^r^ I'hindi k I'urdu, et jusqu'i ce jour personne ne s'en 
^tait plaint. Enfin, pendant que le persan (^.tait usit^ on n'y 
fiiisait pas d'opposition, quoiqu*il soit bien plus ^loign^ de 
rhindi que I'urdu. On ne pent done concevoir cette 
guerre soudaine que quelques Hindous font k I'urdu. 
Dans la langue aujourd'hui usit^e, on pent dire que nul 
des deux dialectes n'a pr^valu sur I'autre, mais qu'il 
existe entre eux une sorte d'association qu'il n'y a aucun 
inconvenient k maintenir. Si dans quelques parties de 
rinde les Hindous sont plus nombreux que les musulmans 
dans d'autres ce sont ceux-ci. Leur impos^r I'hindi par une 
inesure retroactive serait attenter a leur droit, car en leur 
quality de sujets ils sont ^gaux aux Hindous. Le reproche 
de melange qu'on fait k I'urdu est vrai, mais il est entr^ en 
arabe mSme des mots syriaques, hebreux et grecs ; le per- 
san s'est incojpore tout I'arabe, et ces melanges ont lieu 
dans la plupart des langues. S'il y a beaucoup de mots 
arabes et persans en urdu, il y en a beaucoup de sanscrits 
en hindi, de latins et de grecs en anglais et en fran^ais, 
mais les uns et les autres sont compris de tout le monde. 
H n'y a pour I'urdu que deux ecritures, I'ecriture soignee 
nommee nasta^liCj et I'ecriture cursive nommee schikaeta ; 
mais il y en a un bien plus grand nonibre en hindi, sans 



— 460 — 

compter celles qui sont particuliferes k des dialectes oonge- 
nferes et que les plus savants sanscritistes ne sauraient lire 
sans une dtude particulifere. Les Hindous eux-m^mes sont 
tellement embarrasses pour lire leur ecriture, qu'on dirait 
qu'il s'agit d*une langue ^trangere. Le d^vanagari cnrsif, 
qu'on nomme simplement nagari, celui mdine qu'on vou- 
drait substituer au caractire urdu-persan, est d^estable. 

L'urdu est entendu dans toutes les villes et meme dans 
tons les villages de I'lnde, bien qu'on puisse y parler d'au- 
tres dialectes, et il est uniquement usit^ dans les provinces 
nord-ouest et en Aoude, Pourquoi abandonnerait-on l'urdu 
avec tons ses avantages, pour adopter avec tons ses incon- 
vdnients I'hindi, delaiss^ depuis longtemps ? 

La r^ponse conciliante du maulawi Saiyid Ahmad Kfa^n 
k I'article pr^cite du babu Saroda-pra^M se trouve dans 
YAJchbdr d'Aligarh du 12 mars. 

Aprfes avoir retract I'histoire de la formation de l'urdu, 
le saiyid relive la confusion que fait le babu entre le dia- 
lecte et I'^criture. En r^alit^, l'urdu comme I'hindi est le 
resultat du melange plus ou moins prononc^ de I'ancien 
bh^khS, et du persan ; c'est I'hindi raffing des villes, et voili 
tout. La langue est la m^me, les earactferes sont diflKrent^. 
Quant aux mots persans et arabes qu'on reproche k l'urdu 
d'employer, le saiyid est le premier k en bl^mer I'excfes, et 
il pense qu'il faut ne les employer que lorsque la chose 
est n^cessaire. Mais il serait f^heux de se priver de I'usage 
de ces mots, qui sont compris de tout le monde, et de les 
remplacer par des mots sanscrits, plus etrangers aux Hin- 
dous mSmes que les mots arabes et persans, auxquels ils 
sont habitues depuis longtemps. Pour fetre logique, il fau- 
drait faire revivre I'ancien bhftkh^ (I'hindoui), mort comme 
le Sanscrit depuis plusieurs sifecles; mais on ne pent ressus- 
citer des langues qui ont cess^ d'etre usit^es. Done le statu 
quo est ce qu'il y a de pr^f^rable. 

L'objection qu'on fait aux caractferes urdus-persans pour 
les affaires courantes est futile, car les formules des somma- 



— 461 — 

tions^ des re^us, de& panodna (firman), sont connues et ne 
peuvent embarrasser personne. II y aurait au contraire de 
I'inconV^nient k les changer. II faudrait d'ailleurs potir les 
iribunaux, au lieu d'un seul greffier qui suffit pour I'^criture 
Tirdue, deux greffiers pour I'ecriture nagari, qu'on ne peut 
^crire que beaucoup plus lentement. 

Le saiyid W&ris 'Ali, de MuzafFarpAr, prend chaude- 
onent, dans VAkhbdr d'Aligarh du 26 avril, la defense de 
Turdu, qui est en r(5alite, dit-il, la langue g^n^rale des 
Indiens, entendue jusqu'en Arable. Je dois ajouter ici, au 
sujet de I'extension de I'hindoustani hors des limites de 
rinde, qu'elle a ^t^ une fois de plus constat^e par le mau- 
lawi Saiyid Ahmad Kh^n dans son voyage de Bombay en 
Angleterre. II s'est trouv^ avec des Chinois et des n^gres 
(Abyssins), et il a ^te agrdablement surpris de pouvoir se 
faire entendre d'eux au moyen de I'urdii, et de l<^s trou- 
ver mSme causant entre eux dans cette langue (1). 

Wftris 'Ali conteste aux Hindous le droit qu'ils semblent 
vouloir s'arroger de substituer leur langue k celle qui est 
aujourd'hui usitfe, et il soutient qu'il faudrait alors en toute 
justice adopter officiellement tons les dialectes employ^sdans 
les diverses localit^s de I'lnde. II r^torque I'argument qui a 
et^ avancdpar un Hindou sur la difficulte dans quelques cas 
de rendre des mots indiens en caractferes urdus-persans, et 
il prouve qu'il est bien plus difficile d'^crire en caractferes 
nagaris les mots persans et arabes qui sont n^cessairement 
employes en hindi oi ils n'ont pas de repr^sentants. Tels 
sont, pour n'en citer que trois, les mots zila\ Faizabdb et 
rama?i, qu'il faut forc^ment icnrejila, phaijdbddy jamdn. On 
confond, en efFet, en devanagari, le gam et le gdf^ le pha et 



(I) 11 etait dans le meme bateau que miss Carpentep, qui revenait en 
Europe pour cause de sant^, mais qui daus son zele pour la cause de \\' 
ducation des femmes de Tlnde, k laquelle elle s'est consacr6e, est d6iA 
repartie pour Bombay. Le saiyid fait un grand eloge, dans ses notes de 
voyage, de la c616bre miss. 11 loue ses efforts, mais il pense quelle doit 
faire des concessions aux idees g6n6ralement adoptees, d'apres I'exemple, 
dit--il, qu'a donn^ la Bible, lorsqu'^ propos de Josu^ elle annonce que le 
soleil saridta. 



— 462 — 

le/^, le cdfei le kdf arabes ; le^a et les quatre z da persan. 

Un article du Jdwdri TOlt « TEclat du Sinai 3>, de 
Mirat, reproduit dans XAldih6.r d'Aligarh du 7 mai, porte 
pour ^pigraphe ce proverbe hindoustani significatif : « Ce- 
lui qui a un bd>ton en main pent dompter le bufSe (I), 'h 
Par quoi on veut indiquer que les Hindous <^tant en majo- 
rity, peuvent exiger le changement qu'ils d^sirenf . Mais 
nous trouvons ensuite dans le mSme num^ro de VAUd)dr 
une adresse dans un sens contraire au lieutenant gouver- 
neur des provinces nord-ouest par le savant maulawt Fid& 
Hu^ain, qui donne les meilleures raisons pour le maintien 
du statu qvi>. 

L'Institut d'AllahUb&d a d^id^ que les actes de la com- 
pagnie seraient r^dig^s en hindi et qu*on donnerait une re- 
compense convenable pour la composition d'un ouvrage sur 
Tusage de Pbindi et des caract&res d^vanagaris. II a et^ 
aussi decide qu'on composerait en langue hindie un 
Inschd (2) contenant les modules des actes judiciaires, tels 
qu'expos^s d'affaires, ordonnances a: parwdna 2>, etc., et 
aussi qu'on r^igerait pour I'instruction des femmes des 11- 
vresen Hindi (3). 

Dans un article en favour de Thindi, reproduit ainsi que 
plusiours autres pour et centre dans VAtoadh akhbdr^ on fait 
ressortir I'inconvenient qu'ily apour les Hindous d'employer 
dans leur int^rieur Thindi et de se servir au dehors de 
I'urdu : mais cet inconvenient, si e'en est un, existe partout 
oh d'anciennes langues sont devenues des patois. Bien des 
personnes k G4nes et k Yenise parlent dans leur maison le 
g^nois et le v^nitien, ethors de chez elles Titalien, langue 
g^n^rale de I'ltalie. 

JjAwadh akhbdr du 12 juillet contient un article favo- 
rable k l*urdu, en r^fiitation de ce qui a ^t^ dit en sens op- 



(i) Jis kl Idthi us hi hhatns. . 

(2) C'est ce qui avait ^t^ fait par Stewart pour le persan & TSpoque oii 
cette langue ^tait employee dans les tribunanx. 

(3) Awadh akhbdr du 18 mai 1869. 



— 463 — 

pos^. L*aatear de Particle, qui donne k Turdu son vrai nom 
d'hindoastani, qu'il n'est plus, k ce qu'il parait, k la mode 
d-employer et qu'il appelle <i un flenve dans lequel se jettent 
plusieuTB rivieres (1), ^ soutient qu'il s'agit du vrai change- 
ment d*im dialecte riche et parfait centre nn autre pauvre et 
»d^fectaeax, et non pas senlement de T^critare, et il relive 
tons les inconv^nients, signal^s bien des fois» qui en r^sultc- 
raient. Ne s'agirait-il que des caraot^res^ il defend Talphabet 
urdu-persan, dont les signes penvent repr^senter toutes les 
lettres sanserites qui ont pass^ en hindi. Les lettres c4r^- 
brales ont leur Equivalent dans les lettres arabes dites em- 
phatiques, qu'on n'a qvCk superposer aux lettres dentales 
pour exprimer les premieres. Quant aux quatre n du Sans- 
crit, elles ne difi&rent en rien pour la prononciation, et on 
pent ainsi sans le moindre inconvenient les repr^nter 
toutes par le noun. PrEcisEment parce que Thindoustani est 
un melange de plusieurs autres langues, ceux qui le parlent 
ont plus de facility que personne k sMnoncer dans les langues 
Etrang^resy et le fait est constant. L'hindoustani est un tresor 
bien foumi : toutes les autres langues sent relativement 
pauvres. € Conservons done, dit-il en finisaant, notre belle 
langue, qui repr^sente notre nationality (2). j> 

L^importsmce de Thindoustani est tellement reconnue que 
lorsqu'il s'est agi demiferement defender k Naples le College 
asiatique, qui remplace Tancien college exclusivement cli i- 
nois, on a tout de suite songE k rhindoustani, et voici ce 
qu'on lit dans le programme r^digE par le secretaire du 
College, le professeur N. La Cecilia, aa sujet de cette 

(1) Ces rivieres soQt le Sanscrit, Tarabe, le persan, le turo, etc. Par une 
singull^re coincidence, j'avais employ^, 11 y a plus de quarante ans, en 
parlant de Thindoustani, la mdme figure, qui fut critiquee par an savant 
peu indulgent de T^poque. 

(2) Je ne puis suivre iei Tauteur dans ses attaques violented que lui 
permet la liberty dont jouit la presse dans I'lnde, centre le gouverneraent 
anglais, auquel il paralt attribuer le mouvement anti>urdd, avec I'jnten- 
tion de supprin.er cette langue nationale et g6n6rale de llnde au moyen 
delaquelle les Indienspourraients'entendre, comme en 1857, pour secouer 
le joug stranger. II termine k la v6n{6 sa tirade par cette sentence de 
Saladi : «i Celui qui se bat avec son poignet contre un bras d*acier se 
blessera inutilement > 



•y 



— 464 — 

langae (I) : € L^indonstaDiy appel^ anssi nrdn, est la lan^e 
nniversello de Flnde anglaise. MSI^e d'^l^ments arabes, per- 
sans, niogols et tartares, cette langue tend k devenir celle 
de lanoiivelle p^riode de ciyilisatioa qui se d^veloppe dans 
rHiadoustan sous Tinfluence bribannique. }S> 

II. Les pubKoations nouvelles de livres et de jonmaux ne 
se ressentent gu^re da mourement anti-urdn* Les Hindous 
ont beau vanter I'hindi et d^crier Turdu, leurs attaques pro- 
duisent, h, ce qu'il parait, pen d'effet dans la pratique. La 
chose est surtout remarquable pour ce qui concerne les jour- 
naux^ car la majorite de ceux qui ont it^ fond^s cette 
ann^e mSme sent ^rits en urdu et non en faindi; et les 
joumaux urdus, sp^cialement VAwadh akhbdr^ donnent sou- 
vent de gracieuses pieces de vers qui annonoent que les 
jeunes ^crivains qui entrent dans la carri^re po^tique ne sent 
pas d^ourag^s paries attaques hindoues centre leur langae 
^clectique. II est done vrai que malgr^ les fantaisies retro- 
grades de quelques Hindous, la masse des habitants de 
ITnde continue It pr^f^rer la langue de fiision entre I'hin- 
douisme et Fislamisme, k I'ancienne langueform^ des debris 
du Sanscrit et du vieux bhdschd indien. ITne preuve encore^ 
entre bien d'autres faits que je pourrais mentionner, c'est 
qu'a la derni&re immatriculation de Tuniversit^ de Calcutta, 
deux cent cinquante-deux candidats ont choisi I'urdu et 
trente-huit seulement Thindi. 

D'apr&s le dernier rapport de M. Kempson, directeur de 
rinstruction publique des provinces nord-ouest, du 19 f^- 
vrier dernier, il j avait dans ces provinces seulement 
vingt-quatre journaux indigenes redig<^s en hindoustani, 
savoir : onze en urdii, cinq en urdu et en hindi, formant 
des publications distinctes; un en urdu et en hindi, sur 
deux colonnes, et un seulement en hindi. De ces journaux^ 
il y en a treize hebdomadaires, cinq bi-mensuels et six 

(1) P. H du texte italien et 12 de la traduction fran^aise. 



— 465 — 

mensuels. Agra en a deux; Allahib&d, quatre; Cawnpnr, 
deux; B^nar^s, un seulement en ce moment; Mur4d^bad, 
xm hebdomadaire etim mensuel; Bareillj^deux; Jaunpur, 
Aligarh, Sch&hjah^npur et Farrukh&bM^ chacun un. 

Yoici maintenant la lisle par ordre alpliabetique des 
nouveaux journaux, magasins et revues urdus et Hindis, 
qui ont ^t^ fond^s k ma connaissance depuis ceux que j'ai 
mentionnes pree^demment, 

1. AindAHlm <r le Miroir de la science 3>, journal litte- 
raire urdu d'Allah&b^, qui parait mensuellement par ca- 
hiers in-8^, et qui est reproduit en hindi sous le titre de Bri- 
tant darpariy dont il sera parl^ plus loin. 

2. Ainai tibdbat d le Miroir de la medecine », revue 
mensuelle ^crite en urdu. 

3. Akhhdr sirisckta-i ta'Um « Nouvelles du d(5partement 
de rinstruction publique 3>. Ce journal urdu parait men- 
suellement k Lakhnau, depuis fevrier de cette ann^e, sous 
les auspices de M. W* Handford, directeur de I'instruction 
publique de la province, ci-devant royaume d'Aoude, par 
cahiers de douze feuillets accompagnes quelquefois d'un 
supplement. II contient des articles originaux en vers et en 
prose, et dans les num^ros qui m'ont ^t^ obligeamment 
adress^s j'ai trouv^ plusieurs documents pr^cieux non-seu- 
lement pour les Indiens, mais pour les Europ&ns, Le r^dac- 
teur en chef et ses coUaborateurs sent des natifs de m^rite 
et connus dans la litt^rature de leur pays. 

4. AJchbdr ulakhhdr a les Nouvelles des nouvelles 3), 
journal urdu de Mirzapftr, en Bihar. 

5. Atdlic^i Panjdb<i le Pedagogue du Penjab d. Ce jour- 
nal remplace le Sirkdri akhhdr^ qui a cess^ de paraitre, 
mais il est beaucoup plus litt^raire que le premier, k en 
juger par les num^ros que M. Holroyd, directeur de I'ins- 
truction publique en Penjab, a bien voulu m'envoyer. 

6. Bidyd darsh <L la Manifestation de la science, i> 
journal hindi bi-mensuel de Mirat, reproduction du journal 
urdu intitule Najm ulakhbdr « I'Astre des nouvelles d. 

30 



^v? 



— , 466 — 

7. Brahma gdyan prahdsch a: Exposition de la oonnais- 
sance de Brahma (Dieu) )!>, revne mensuelle hindie, fondle, 
par le babu Keschab Ciiandr, ohef actuel du Brahma 
sabhd. 

8. Bntant darpan « le Miroir des connaissances », repro- 
duction hindie de VAina-iHlm^ publi^e mensuellement a 
Allah^b^d. 

9. C/iaschma-iHlm a la Source de la science 3>, journal 
Urdu bi-inensuel qui parait a Patna, oil il n'y avait pas en- 
core de journal indigfene, depuis le 1®' Janvier de cette an- 
n^e, en format petit in-folio sur deux colonnes. Dans un 
des num^ros que j'ai re^us d'une main amie, j'ai remarqu^ 
un article sur T unite de I'esptee humaine. 

10. Dahdaba-i Sikandari « les Bruits de Sikandara i>, 
journal urdu de la ville de ce nom, et dont on trouve 
lin int^ressant extrait dans Vd Aligarh Gazette j) du 
7 mai 1869. 

11. Baeca prakdsch a: la Manifestation de Dacca ». Dans 
un de ses num^ros, cc5 journal exhorte le « British Indian 
Association » k soUiciter pour I'lnde, du nouveau parle- 
ment, trois choses que les indigenes reclament : 1^ Que les 
Indiens puissent subir dans I'lnde mSme I'examen pour 
le service civil ; 2^ qu'ils nomment les conseillers munici- 
paux; 3® qu'on augmente le traitement des ofEciers de 
police, pour qu'ils n'aient pas k demander des honoraires 
aux particuliers. 

12. Dharm prakdsch « Manifestation de la religion (hin- 
doue) 5>, d'Agra, reproduction en urdu du Pap mxychxin « la 
D^livrance du mal », de Jw&la-pra^M, qui partage les opi- 
nions lib(irales du b^bii Keschab Chandr. 

13. GdVih ulakhhdr a le Vainqueur quant aux nouvelles i>, 
journal urdu de Sit&pftr, qui parait tons les lundis depuis 
le 1*"' mars de cette ann^e (1). 

14. Ganjina-i 'ulUm € le Tr^sor des sciences », revue 

(1) Akhbdr d'Aligarh du 26 mars 1869. 



— 467 -r-, 

mensuelle publies en urdu k Mur&d&bM, par Gangft-pra- 
9M (1). 

15. Ganjina-i ahkdm « le Tr&or des ordonnances », jour- 
nal mensuel urdu de jurisprudence, public aussi k Mur&d- 
ab&d. 

16. Joffat samdchar « les Nouvelles du monde », journal 
hindi qui parait depuis le mois do mai k Mirat le mardi de 
chaque semaine^ et qui sort des presses de rimprimerie 
appelee Ddr uVuMm a la Maison des sciences, d 

17. Jalwa-i TOlt « I'llclat du Sinai (2) », journal urdd 
imprim^ aussi k Mirat et public, malgr^ ce titre, par un 
Hindou (B4^ Ganeschi L^l), k Ja typographic appel^ Sul- 
tan ulmatdbV « le Roi des imprimeries 3>, quatre fois par 
mois, en grand in-folio de huit pages k six colonnes, qui 
porte pour ^pigraphe quatre vers, dont deux persans et 
deux hindoustanis, oil Ton compare 1' eclat dont pent esperer 
jouir le journal k celui du Sinai, et la chaleur du succfes qu'il 
attend a celle qui empdcha MoLse d'approcher du buisson 
ardent. 

18. KaukalM^ Igawi a I'Etoile chretienne 2), journal urdd, 
annonce dans VAkhhdr^Valam de Mirat, du 26 aoftt der- 
nier. 

19. Khair ulmawaiz <i le Meilleur des conseils. d Ce 
journal, qui parait k Debli une fois par semaine, par Cahiers 
de huit pages, est specialement fond^ pour refuter les doc- 
trines chr^tiennes et soutenir les principes de Tlsl&m. 

20. Makhzan uVuMm a le Tr6sor des sciences (3) », 
revue mensuelle publico en urdu par K&li Charan k 
Bareilly depuis decembre 1867, appelee quelquefois en 
consequence Bareilly makhzan^ et qui parait sous les aus- 

(1) ^crivain hindoustani distingue sur lequel on trouve une notice dans 
mon « Histoire dela litl6rature hindouie et hindoustanie », 2« 6dit., 1. 1*', 

p. 487. 

(2) 11 ne faut pas o(»nfondpe ce journal avec le Schu ala-i Tilr, dont 
j'ai parl6 ant6rieurement. 

(3) On annonce aussi un Makhzan (proprement a Magasiri ») sur des 
sujets relatifs k I'^ducation, qui parait a Schahjabinpiir sous les auspices 
de M. Saunders. 



-^ 468 — 

pices de la Society litt^raire de Eohilkand, si^geant a Mu^ 
rM&bad. 

21. Mufldr^dm n rUtile au peuple ». Ce nouveau journal, 
ecrit en urdu, parait bi-mensuellement par cahiers de vingt 
pages k deux colonnes petit in-folio. A en juger par le 
num^ro que je dois k I'obligeance de M. Kempson, ce jour- 
nal est surtout litt^raire, car ce num^ro seul contient des 
articles sur le rapport de I'instniction publique dans les pro- 
vinces nord-ouest, sur I'^ducation des jeunes fiUes, sur 
rUniversite de Calcutta, sur I'dtat de Tinstruction k Sehor 
et k Jaipiir, sur I'agriculture dans I'Inde selon les difFerentes 
qualites du terrain, sur les ouvrages des philosophes et des 
historiens anciens, sur N^cir uddin Sabaktaguin et sur* 
MahmM, son fils ; des extraits des Diwans de Mulir, de 
Zauc, de Grogft, de Wazir, et pour la premifere fois, je crois, 
dans un journal hindoustani, un article de numismatique, 
c'est-i-dire une dissertation sur les monnaies de Jahtoguir, 
accompagn^e de trente-deux figures (seize pieces) fort bien 
executees. 

22. Mufid-i andm « T Utile au genre humain 5>, journal 
hebdomadaire urdu de Fathgarh, public neanmoins par un 
Hindou (Schankar Sariip). Ce journal a annonce pour la 
conversion des femmes au cliristianisme la formation d'une 
Society sp^ciale dont les souscriptions donnaient deja un 
revenu annuel de quarante mille roupies (100, 000 francs). 

23. Muir Gazette j journal mensuel de Mirat, redig^ aussi 
en urdd et qui est une sorte d'annexe au Jalwa-i Tur^ dont 
je viens de parler. II parait depuis Tan pass^, sous les au!>- 
pices de Sir W. Muir, dont il a pris le nom pour titre, par 
cahiers in-quarto de huit pages sur deux colonnes. Le pro- 
gramme du journal porte en titre le proverbe arabe : € Toufe 
ce qui est nouveau fait plaisir 3> Kull jadid laztz. 

24. Naiyir-i akbar « le Grand luminaire », journal urdu 
de Bijnor ou Biznor, public a la typographic appel^e Zam 
ulmatdhi^ a POrnement des imprimeries 2x, le jeudi de 
chaque semaine, jour favorable, d'apres ce hadis du pro- 



_ 469 — 

ph^te arabe : « Dieu a b^ni le septifeme jour (le samedi) et 
aussi le cinqnifeme (le jeudi). d. 

25. Pap mochan « la D^livrance du mal, reproduction 
hindie du Dliarvi prakdschj dijk nientionn^. 

26. RajpHtdna Gazette y journal iirdu, fond^ par le 
colonel Keating, afin qu'au moyen de cette publication les 
ordrcB du gouvernement soient bien connus dans toute la 
province (1). 

27. Rohilkhand akhbdr c( les Nouvelles du Rohilkhand », 
journal urdu hebdomadaire de MurM&b^d. 

28. Samay hinod c( le Plaisir du temps d, journal bi-men- 
suel hindi, de Naini (Nynee) T^l. 

29. Tazkira Bal Gobind « Memorial de Bal Gobind, )) 
journal urdu qui parait raensuellement a Agra. 

30. Udaipur Gazette yjournsil hindi annonc^ dans VAwadh 
aJchhdr du 24 novembre 1868, qui regrette le pen de succfes 
de ce journal, dA, selon le r^dacteur, a ce qu'il est ^crit en 
hindi et en caractferes d^vanagaris, et non en urdu et en ca- 
ract^res persans. 

31. ^Umdat idakhhdr <r la Oolonne des nouvelles d. II ne 
s'agit pas ici du journal de Bareilly portant ce titre, mais 
d'un jom'nal urdu qui parait i. Madras depuis I'an pass(5 
et dont le titre est compl^t^ par les mots cCzam ulanwdr « la 
plus magnifique deslumiferes )). Ce journal parait trois fois 
par mois par cahiers in-quarto sur deux colonnes. Un nu- 

. m^ro que mon ancien auditeur M. E. Sice, de Pondichery, 
a bien voulu m'envoyer, est orne du portrait du nab^b du 
Carnatic : 'Umdat nddaula (la Colonne de I'Erapire), au 
nom duquel le titre du journal fait allusion. 

III. Je ne veux dire que quelques mots des ouvrages nou- 
veaux, la seconde Edition de mon « Histoire de la litt^rature 
hindouie et hindoustanie », en cours de publication, me 
dispensant de m'^tendre sur ce sujet. 

(1) Akhhdr d'Aliffarh du 4 ddcembre 1868. 



;i 



— 470 — 

D'apres le rapport pour Tannine 1867-1868 du directeur 
de rinstniction publique du Penj^b, le capitaine W. R. 
M. Holroyd, il a et^ imprim^ dans cette province' pendant 
cet espace de temps cent cinquante-deux ouvrages hindou- 
stanis, dont cent dix-neufen urdu et trente-trois en hindi; 
qnatorze uxdus et hiudis; un urdu en caractferes romains et 
deux Urdus et anglais, tant k Lahore qu'k Dehli, k Ludiana 
et ailleurs. 

D'apres le dernier rapport de M. Kempson, 'directeur de 
I'instruction publique des provinces nord-ouest, en date du 
20 fevrier, les publications qui ont et^ enregistr^es en 1868 
sont au nombre de quatre cent soixante-huit, dont deux 
cent cinquante-trois en hindoustani (cent quarante-six en 
urdu et cent sept en hindi), desquelles onze en hindi et en 
urdu k la fois, et heureuseraent six seulement en urdu 
romanis^; dix-huit en hindi et en Sanscrit, ce qui annonce, 
comme le remarque M. Kempson, le desir actuel de popu- 
lariser I'etude du Sanscrit; cinq en urdu et en anglais, dont 
deux en urdu romanis^: deux en urdu et en persan; une en 
Urdu, en arabe et en anglais, et une en urdu, en hindi et en 
anglais, c'est k savoir le d Trilingual Dictionary » de M. H. 
S. Reid. 

Les livres religieux abondent. II j en a une vingtaine k 
I'usage des Hindous, en hindi ; mais ceux qui sont Merits en 
urdu pour les musulmans sont bien plus nombreux, eu 
egard k la minorite de ceux k qui ils s'adressent, car il y 
en a dix-sept Des livres pour les ^coles, il y en a treize en 
urdu et autant en hindi. H y a eu autant de livres relatifs 
k I'dducation publics en dehors du gouvemement que de 
ceux qui I'ont ^te sous ses auspices (1), mais les exemplai- 

(1) Parmi les ouvrages 616mentaires, je remarque une Grammaire 
turque ecrite en hindoustani d'apres une (jrammaire 6crite en arabe et 
imprim(^e k Alep. Le tunc a beaucoup de points de ressemblance avec 
rhindoustani. II s'enrichit comme" lui des tresors des langues arabe et 
persane, comme lui il forme des verbes neutres les verbes actifs, et de 
ceux-ci les transitifs ; comme lui il place I'adjectif avant le substantif et 
sesert de postpositions; comme lui il emploie un grand nombre de verbes 
composes d'un substantif arabe (jt d*un verbe indigene. 



— . 471 — 

res en sont en moins grand nombre. II y a plus d'ouvrages 
de litterature legfere en hindi qu'en urdu, ce qui ^tonne 
M. Kempson, qui d^sapprouve sans doute comme moi le 
mouvement retrograde en faveur de I'hindi. 

Les prix que le lieutenant-gouverneur des provinces 
nord-ouest a promis pour r^compenser les essais litt^raires 
des natifs ont produit un efFet salutaire, et quatre-vingt 
Iraites manuscrits ou lithographies ont ^t^ soumis k I'exa- 
men du comite charg^ de ce soin. 

J'ai reqn quatre pages de specimen du Dictionnaireurdu 
du maulawi Saiyid Ahmad Kh^n, qui, d'apr^s I'opinion du 
savant M. S. Howell et ma propre opinion, que M. Howell 
a bien voulu mentionner, a adopts, k ce qu'il parait, le titre 
plus oriental de Lugat zahdn-i urdu « Dictionnaire de la 
langue urdue », au lieu du titre europeen primitif. Les ca- 
ractferes arabes employes dans le specimen sont ceux de I'im- 
primerie du saiyid, les memes avec lesquels est imprime le 
Commentaire de la Bible, et qui ont le seul d^faut d'etre trop 
petits. On peut regretter aussi, avec M. W. Handford, I'ab- 
sence de Tindication do la provenance des mots, bien que 
les explications soient claires et satisfaisantes, et la classi- 
fication rationnelle, les d^riv^s 6tant places aprfes les mots 
originaux. Mais je n'approuve pas les critiques qui ont ete 
sifjnalees dans le n° du 5 fevrier dernier de VAkhhdr d'Ali- 
garh. Quelques-unes m^me me paraissent absurdes, celle, 
par exemple, qui consiste k dire que I'hindoustani etant 
compose en grande partie de Sanscrit, d'arabe et de persan, 
il vaudrait mieux publier pour les natifs des dictionnaires 
de ces langues, les mots vraiment hindoustanis n'ayant pas 
besoin de dictionnaire, puisqu'ils sont parfaitement connus 
et employes journellement. O'est comme si au lieu de publier 
un dictionnaire fran9ais on publiait un dictionnaire latin, le 
frangais dtant d^riv^ de cette langue, sauf un petit nombre 
de mots tellement usit^s qu'ils n'ont pas besoin d'explication, 
et que pour I'anglais on se servit d'un dictionnaire saxon t»t 
d'un dictionnaire frangais. II est fd,cheux qu'on aime ainsi 



— 472 — 

a critiquer lee meilleares choses, et qa'on clierche toujours 
une paille dans Toeil d'autmi. Boileau a dit avec raison : 

La critique est aisee, et Tart est dif&cile. 

Au lieu d'encourager cet Eminent musulman, si instruit et 
si d^voue k la cause de la civilisation, voili qit'on le decou- 
rage, voilk que des nucta-chin^ qui ne paraissent pas fort ha- 
biles en hiudoustani, veulent lui en remontrer et lui ensei- 
gner sa propre langue. Les vrais savants n'agissent pas 
ainsi; ils ferment les yeux sur les d^fauts des travaux dent 
Tensemble est satisfaisant et ofire une utility reelle. 

La culture du Sanscrit est, depuis quelques ann^es, en 
grande faveur tant en Europe que dans Plnde, oi on pu- 
blic maintenant beaucoup d'anciens ouvrages sanscrits 
rest^sjusqu'ici manuscrits, et qui ainsi n'etaient accessibles 
qu'i un trfes-petit nombre d enidits. Mais com me le Sans- 
crit est bien loin d'etre g^n^ralement connu par les Hin- 
dous, et qu'il y en a mfeme pen, parmi ceux qui le con- 
naissent, qui n'aient besoin de quelque secours pour le 
bicn comprendre, plusieurs des publications sanscrites qui 
voient le jour k Benares sont accompagn^es d'un commen- 
taire hindi. Telles sont le Rama Chandra ndma sahasra 
d les Mille uoms de R^ma », pris dans le Padmd Parana; 
le Rama guita a: Hymne k Bama d, pris dans VUttara 
kdnda de V Adhydtmxi Rdmdyana ; le Siva pancharatrui 
« les Cinq joyaux de Siva 3>, vers en I'lionneur de ce dieu ; 
le Vaidydmrita a I'Ambroisie de la medecine » ; le Vi- 
ddnta-trayi^ c'est-a-dire le Tatwabodhaj V Atmu^bodlui et le 
Mokscha'siddhL 

IV. Les tendances g^nerales des journaux et des livres 
indiens publics aujourd'bui sont ^videmment en faveur des 
r^formes sociales ; mais «»e sont les soci(?t^s dont j'ai eu I'oc- 
casion de parler et dont je parlerai encore qui y contri- 
buent le plus puissamment. Toutes ont pour but principal 



wT^ 



— 473 — 

de promoavoir le bien-^tre des indigenes en les d^livrant 
du joug de Tignorance et deB pr^jug^s qui les iyrannisent, 
et qui out donn^ naissance k de malheureux usages con- 
damn^s par le monde civilis^ ; de faire naitre en mSme 
temps chez eux un g^n^reux sentiment de patriotisme, et 
d'y faire surgir ce qu'on appelle I'esprit public, au lieu de 
Tinsouciance qui les caract^rise. 

Dans ce but, il a ^t^ ^tabli k Bombay une nouvelle asso- 
ciation ou plut6t une nouvelle secte compos^e d'Hindous et 
de musulmans, et appelle du nom hybride arabe-indien de 
Mirdjpanth « le Chemin du progrfes (1) X). 

Pour commen^r par la Society la plus active, k la fois 
politique et religieuse, celle des thc^istes ou unitaires hin- 
douSy le Brahma sabhd ou Samdjy comtne on I'appelle, 
continue son proselytisme et contribue it faire adopter par- 
tiellement des reformes qu'on serait beureux de voir s'^- 
tendre a I'lnde entifere. EUe travaille k s'organiser r^gu- 
liirement, apres quarante ans d'existence, comprenant que 
les groupes dont elle se compose doivent autant que possi- 
ble former une sorte de congregation pour exercer plus 
d'influence sur cbacun de sea membres. Ainsi, k Calcutta, 
le chef ce la secte, le h&ht Keschab Chandr (2), pour en- 
trer dans ces vues, a fait construire au € Machua Bazar 
Road D un temple oil le sendee divin aura lieu d^sormais 
reguli&rement (3). 

A Benarfes, quelques ^clectiques ont, de leur cote, propose 
d'ouvrir une ^glise dont une portion serait consacr^e au 
culte Chretien, une autre au culte musulman, et une troi- 
siime au culte brahmanique (4). 

Une society (anjuman) plus sp^ciale s'est form^ k Cal- 
cutta pour ^purer les pratiques de la religion des Hindous, 

fl) Mirath Gazette du 23 septembre 1869. 

(2) L'enthousiasme des membres du Bratima'Sabtid k r6gapd de leur 
chef esJ tel, qu'ils se prosternent devant lui et I'appellenl « Bon raaitre, 
asile des pecheurs, etc. » 

(3) « Indian Mail » du 13 octobre 1869. 

(4) Quelque chose d'analogue a lieu k I'^glise du Saint-S6pulcre, oh 
toutes les communions chr^tiennes out leur chapelie particuli^re. 



— 474 — 

et c'est le rftja K&li Krischna BahMur, connu par de$ pu- 
blications hindoustanies^ et entre autres par la traduction des 
Fables de Ghty. qui en est pr&ident (1). 

La Society de r^forme {Anjuman talizib) de Lakknau 
prend dejour en jour plusde d^veloppement et s'organise 
de mieux en mieux. EUe n'annonce pas des pretentions 
aussi radicales que le Brahma sabhdy mais elle a pratique- ' 
ment de Pinfluence, et elle fait beaucoup de bien. Elle a 
adopt(5 un r^glement trfes-circonstanci^ et auquel on ne 
peut qu'applaudir k cause des vues lib^rales qui j sont 
manifestoes, dont la principale est Tadmission k la compa- 
gnie sans (Hstinction de religion ni de nationalite (2). Les 
lectures qui remplissent les sdances, et qui toutes ont pour 
objet des questions d'une importance sociale, sont mensuel- 
lement publiOes en urdu sous le titre de Rigdla « Brochure » 
et on m'en fait gOnereusement I'envoi, dont je suis trfes- 
reconnaissant, car j'en lis bien des pages avec le plus grand 
interet. Ces caliiers mensuels portent pour epigraphe un 
tdrikh en deux vers qui signifieat : 

« Ecoutez le chronogramme de la fondation de la So- 
ciOtO des lettres etablie pour I'avancement de la science : 
Jj^ Anjuman tahzib est une compagnie qui Oclaire I'intelli- 
gence (3). » 

Le Rajputana social science Congress ^ fondO k Jaip6r sous 
le patronage du mah^&j^ de cet Etat, a tenu sa stance d'i- 
nauguration en mars dernier. Cette SociOtO a I'lntention 
d'etablir des Creoles et de rOpandre des livres instructifs. Elle 
veut s'occu[>er d'hygi^ne et de TamOlioration de Tagricul- 
ture. Elle public, comme le Tahzib^ un journal (Akhbdr) 
dont le premier numero contient TannoRce d'un projet de 
college special k fonder k Jajfpftr pour les jeunes gens de 
gi'ande famille, qui recevraient Ik une Education digne de 



(1) Awadh akhhdr du 30 mars 1869. 

(2) Awadh akhhdr du l«f juin 1869. 

<3} Anjuman afroz'i 'acljaliga tahzib hat, mots dont la valeur nume- 
rique des lettres produit 1868. 



— 475 — 

leiir position dans le monde, et oi ils apprendraient, avec 
les math^matiqnes, la chimie, les sciences naturelles, et 1'^- 
conomie politique, Turdu et Tbindi, les langues classiques de 
I'lnde et I'anglais, et oi ils pourraifent se lirrer aux exer- 
cices propres k d^velopper la force et la souplesse du corps, 
tels que la natation, I'^quitation, etc. 

La Soci^te ^tablie k Agra pour le bien-6tre genc^ral (^Anm 
juman rafdh khaldic) a tenu le 12 juin dernier une grande 
seance, ou il a ^t^ rendu un compte satisfaisant de ses 
actes. 

La « Society de discussion {JaUa mubdhaga) i>, de Mirat, 
qu'on nomme en anglais a: Debating Society i>, comme la 
Societe h'tt^raire de B^narfes, continue la publication de ses 
M^moires ou essais, qui paraissent avoir une assez grande 
importance, puisque le gouvemement anglais y souscrit et 
doit en feire r^imprimer les parties qui offrent le plus d'in- 
ter^t. 

Jj^ Awadh ahhhdr du 8 mai mentionne aussi VAnjuman 
de Cbanar, qui tient r^guliferement ses stances mensuelles. 

L'dc East India Association 3), qui a son principal si(5gek 
Aligarb, et qui a ^te fondle pour soutehir par tons les 
moyens legitimes les int^rfets des habitants de I'lnde et 
promouvoir leurbien-Mre et leur instruction, se composait 
k la fin de 1868 de cinquante-quatre membres. EUe publie 
Tin journal litteraire mensuel r^dig^ en urdu, od se trouvent 
le compte rendu des seances de la Soci^te et, en tout ou en 
partie, les lectures qui y ont ^t6 faites et les discussions qui 
y ont eu lieu (1). 

11 a et^ ^tabli Tan pass^ k Mur&d4b&d une branche de 
cette association sous le patronage de Sir W- Muir. Dans 
la stance solennelle qu'il presida k la fin de Tan dernier, le 
munschi Gangft-pragM fit I'expos^ du but bumanitaire de 
la Society en general, traduit principalement dans la pra- 
tique par la publication d'ouvrages propres k faire connattre 

(1) Akhb6,f d^Aligarh du 18 d^cenibre 1868. 



— 476 — 

lea sciences europ^ennes ; et pour donner I'exemple il an- 
noiiQa qu'il s'occupait lui-mfeme de travauxsur I'astronomie, 
la chimie, la philosophie et I'histoire. II fit savoir que la So- 
ci^te s'occuperait mSme de politique et discuterait les pro- 
jets de loi relatifs a I'lnde. 

Cette association veut encourager, dans I'intdr^t de la 
civilisation, les voyages des Indiens en Europe, que de no- 
tables pandits ont reconnus n'Stre pas contraires aux pres- 
criptions des Sch^tars. Dans ce but, elle provoque des sous- 
criptions afin de subvenir aux frais si coiiteux de ces voyages 
pour les indigenes qui rempliraient les conditions d^velop- 
pdes dans un programme special. 

De son cote, le Gouvcrnement anglais a d^ide, pour 
encourager les indigenes de Tlnde a aller en Angleterre 
perfectionner leur Mucation, la creation de bourses (scho- 
larships) donndes annuellement pour cet objet, savoir deux 
pour chacune des trois Presidences, et trois autres pour les 
provinces nord-ouest, pour le FenjS.b, et alternativement 
pour I'Aoude et les provinces centrales (1). 

Le nab^b du Bengale (2) a donne k ses compatriotes un 
bon exemple en venant passer quelques mois en Europa 
accorapagnd de ses deux fils, de son mddeciu, du spirituel 
Mir Wazir 'Ali KS,zmi et du colonel Layard, frfere du sa- 
vant drudit et homme d'Etat de ce Horn. J'ai eu I'avantaore 
de voir ces personnages k leur passage k Paris et de m'en- 
treteair avec eux (3). Le nabab etles officiers musulm»ns 
de sa suite etant schiites (4) et ainsi plus stricts encore que 

(1) Le saiyid Muhammad MahmiidT fils du maulawi Saiyid Ahmad 
Khan, a obtenu la bourse des provinces nord-ouest, et il est venu en 
Angleterre avec son pere, ainsi qu'il est dit plus loin. 

(2) On Tappelle aussi nabab de Murschidahad, parce que cette ville 
etait la capitale du Bengale sous le gouvernement musulman. Ses noms et 
titres, d6figur6s par les journaux, sont : « Muntazim ulmulk, Muhcin 
uddaula, Faridun Jah, Nawab Saiyid Mansur 'Ali Khan Bahadur, Nasrat 
Jang Nawab Nazim-i Bangal, Bihar o Orissa. » 

(3) J'ai eu aussi Tavantage de voir cette ann6e a leur passage k Paris 
le Diwan Mathura-das, savant et intelligent ministre de Randhip Singh, 
raja de K»ipupthala, et le nabab Sultan 'Ali Khsin, avec qui je n'ai pas eu 
k papier en hindoustani, car il s'6nonce fort bien en fpangais, ajant termine 
son education ei\ Russie. 

• 4) On peut les appeler a les protestants musuliuans ». Yoyez mon 



— 477 — 

les sonnites (1) au sujet des pratiqaod de lear religion, cette 
circonstance a ^t^ £lchease pour eux dans leurs rapports 
avec les Europeens en France et en Angleterre, car ils j 
ont ^te souvent obliges de refuser les invitations (^ui leur 
etaient adress^es, ou d'y ^prouver une grande gSne, surtout 
pour la nourriture. N^anmoins, ce voyage aura agrandi les 
id^es du nab&b, des princes ses fils, des officiers qi.i les 
accompagnaient, et mdme de ses nombreux domestiques. 

Un autre personnage Eminent et qui a une grande im- 
portance litt^raire est aussi venu cette ann^e en Europe. Je 
veux parler du c^lfebre maulawi Saiyid Ahmad Khin, le 
plus estimable et le plus savant musulman que Syed Abd 
ooUab me dit avoir connu. Comme le nab^b, il est accom- 
pagne de ses fils, qu'il destine au barreau. Son voyage en 
Europe est un nouveau temoignage de ses sentiments lib^- 
raux, dont son Oommentaire de la Bible est la manifestation 
la plus explicite, Le recit si interessant qu'il a donne dans 
VAkhhdr d'Aligarh de ses impressions de voyage et de son 
sejour en Angleterre (2),engagera probablement beaucoup 
d'ladiens avides d'instruction k faire comme lui ce voyage. 
On annonce, en effet, pour I'an prochain, le depaTt du 
fameux b^bA Keschab Chandr. 

Pendant que le maulawi Saiyid Ahmad Kh^n vient 
visiter I'Europe, un autre musulman non moins savant, 
Mir AulM 'Ali, qui habite depuis plusieurs ann^es Dublin, 
oil il enseigne avec distinction k TUniversitiJ irlandaise les 
langues de I'lnde musulmane, va partir pour revoir son 
pays et eontribuer, lui aussi, k exciter ses compatriotes & 
entrer dans la vole de la civilisation moderne, et pour cela 

« M6moire sur la religion musulmane dansl'Inde », 2«6dit., p. 12 et suiv. 

{\) Ou « tpaditionnaires ». lb. 

(2) Un des biUropSens avec qui 11 s'est entretenu le plus volontiers a 
ete I non jeune ami Ed. U. Palmer^ de Cambridge, k qui son habile 
erudition a valu le surnom de pandit dans rexp6dition scientiflque aa 
mont Sina'i h. laqueile il a pris pirt dcrnlerement, et o^ il a copi^ plus 
d*un millier des inscriptions sinai'tiques qui ont et6 Tobjet de tant de 
discussions et de travaux contradiutoires. II est venu k bout de les 
expliquer, et il les attribue k une colonic qui occupa la peninsule dans 
les premiers siecles de TEglise. 



•.. - 



— 478 — 

k lire les jonmanx, qui leur font connattre les progr^ 
qu'on fait en Europe et cenx qu'on tente dims I'lnde (1). 

II n'j a pas dans Tlnde une difft^rence sensible eutre les 
Soci^t^s r^formatrices et les Soci^t^s litt^raires ou savantes. 
Celle de Sch^jahftnpClry fondle d^s 1862, semblait avoir 
plutot ce dernier caract^e. Cette Soci^t^, qui fut le premier 
^tablissement de ce genre dans les provinces nord-ouest, 
a pris une s^rieuse consistance et un grand d^veloppement, 
ear elle a aujourd'hui cinq branches k Jal^&bM et dans 
les autres ta/wils (2) du district. Elle s'occupe de tont ce 
qu'elle croit devoir interesser rXnde, et elle fait antant 
qu'elie pent adopter dans la pratique les theories develop- 
p^es dans ses stances et dans ses publications. Elle invite 
a venir s'expliquer les chefs de corporations dont elle veut 
reformer les abus, et elle parvient quelquefois a les per- 
suader. C'est ainsi qu'elle a obtenu des brahmanes et des 
Mjaths Tabandon de certaines c^r^mouies dans le mariage. 
Elle a fond^ une salle d'asile, une ^cole pour Tenseigne- 
ment de Tarabe et du Sanscrit, et trois ^coles pour les fem- 
mes. Elle voudrait tout reformer, mSme la poesie urdue, 
qu'elle trouve d'une monotonie ^rotico-mystique trop pro- 
nonc^e, et le dialecte hindi, en y introduisant le plus de 
mots sanscrits possible. Elle public un journal hindoustani, 
le Rafdh khaldtc (3), qu'elle ^change avec neuf autres 
journaux indiens, savoir : cinq urdus, un bengali et trois 
anglais, et elle a une biblioth^ue dijk compos^e de deux 
mille volumes (4). 

Ce sent les bons r^sultats obtenus par cette Soci^t^ qui 
ont d^termin^ la creation k son instar des Society d'Ali- 
garh, de Lahore, d'Etawfi, de B^nar&a (5), de Bad^un, de 



(1) C'est dans VAkhhdr-i 'dlam de Mirat du 27 mai dernier que je 
trouve cette nouvelle^ qui ne -pent manquer d'int^resser ses leeteurs 
indiens. 

(2) Ce mot; qui est arabe. signifie ici « perception », et il eat doDn6 
dans rinde aux subdivisions fiscales des districts. 

(3) 11 en sera par)^ plus loin. 
4) Akhbdr d'Aligarh du 13 Janvier 4869. 
^5) G'est sans doute par^e que cette vilio est consid^r^o oomme la ca- 



p- 



-- 479 — 

Mur&d&bftd et d'Allah&b^. Ces deux demi&res pablient 
regali^rement leurs actes en nrdu, celle d'AIIah^b^d sous 
le titre de Karrawd jalsa'i ' dm mahtoar a: Procte-verbaux 
des stances generates meDsuelles 2> ; et de plus K^Ii Cha- 
ran publie sous ses auspices un recueil litt^raire mensuel 
intitule Makhzan uVuMm <i le Tr^sor des sciences 2>. La 
Soci^t^ de Mur&d&b&d publie de soncdt^ le journal intitule, 
je crois, Ganj-VulUm « le Tr^sor des sciences d. 

L' a: Aligarh Institute d, fonde par le maulawi Sai'yid 
Ahmad Kh0.n^ qui en est reste secretaire honoraire, conti- 
nue k prosp^rer sous le patronage du due d' Argyle, secre- 
taire d'Etat pour I'lnde, poste dans lequel il est habilement 
seconde par M. Grand DufF, sous-secretaire d'jfetat. Cette 
Society poursuit la traduction en urdu d^mportants ouvra- 
ges, et elle publie tr^s-exactement chaque semaine son 
Akhbdr^ qui offre toujours un veritable int^rdt et dont la 
lecture m'a fourni pour ce Discpurs mfeme beaucoup d'uti- 
les renseignements. Elle a positivement Tintention d'^ta- 
blir une «5cole des hautes itudes qui portera le nom de Ma- 
drifa muftd khaldicy « College pour Tavantage des hom- 
mes T^y ou un pandit enseignera Thindi etle Sanscrit (1). 

La Society litt^raire de Lahore appel^e Anjuman-i-Panjdb 
continue, comme celle d' Aligarh, de travailler k la traduc- 
tion d'ouvrages anglais en hindoustani, mais il est k craindre 
que ses travaux ne souffrent par I'absence du D' Leitner, 
son fondateur et son president, qui a quitt^ momentane* 
ment, je pense, Tlnde, qu'il habitait depuis plusieurs ann^es. 
C'etait aussi le m6me savant qui avait eu la premiere id^e 
de la fondation d'une University oriientale k Lahore pour 
I'enseignement special des langues classiques de I'Lide. 
J'ai le regret d'avoir k dire que ce projet, qui, mis k execu- 
tion, aiirait i\& si utile pour la resurrection litteraire de 
rinde. et pour la realisation duquel les indigenes les plus 



pitale de la science hindoue^ qu'on nom me la Soci^t6 litteraire de B^nar^s 
Anjuman-i Uind cc Institut de Tlnde ». 
(1) Akhbdr d'Aligarh du 30 avril et du 9 mai 1869. 



~*^T-> 



— 480 — 

distinga^s da Penj&b et d^ailleurs avaient vot^ des sommes 
considerables, n'a pas obtenn rassentiment du gouveme- 
ment anglais, qui vent seulement k Lahore un a College 
oriental » et non une « University orientale i>, qui contras- 
terait avec les Universit4s europdennes de Calcutta, de 
Madras et de Bombay. 

La Society scientifique du Bih&r, qui a son si^ge & Mu- 
zaffarp^ et pour secretaire un savant musulman, compte 
trois cent dix-huit membres, dont cent vingt-huit mnsul- 
mans, cent soixante-deux Hiodous et vingt Europ^ens. EUe 
public un journal sous le iitTQd^Akhbdrulalchydr<i lesNou- 
velles pour les gens distingu^s i>. EUe doit avoir une impri- 
merie en propre et im college special pour renseignement 
des lanf'ues savantes orientales et des sciences euro- 
peennes(l). 

L' « Listitut de Dehli » occupe un b^timent eiegamment 
eonstruit & Teuropeenne : il possMe unebibliothfeque etun 
mus^e (2). 

Parmi les nouvelles Societ^s qui se sont fornixes cette 
ann^e encore, je ne dois pas oublier de mentionner Tlns- 
titut de Naini T^, que des rais & larges vues ont fond^ sur 
les mSmes bases que les etablissements indiens dont je viens 
de patler. 

Les concours po^tiques appeles Musch&ara continuent 
k avoir lieu, et on y entend la lecture des pieces de vers de 
ceux qui y prennent part, Celui d'Agra a dii tenir une 
grande stance le samedi 16 octobre dernier. Les poetes qui 
d^siraient y Stre admis devaient, selon I'avis ins^r^ dans 
le n° du 28 septembre de VAwadh akhhdr^ faire connaitre k 
Favance leur takhallus (nom po^tique) et leurs autres 
noms, leur nation, leur ^ge, les noms de leur maitre litt^- 
raire, et marquer s'il est mort ou vivant ; les titres des ou- 



<1) Awadh akhbdr da 10 novembre 1868^ Akhbdr-i "dlam du 6 mai 
et du 8 juillet 1869. 
(2) Bhola-nath Chandar^ « The Travels of a Hindoo » t. 11^ p. 330. 



— 481 — 

vragesdont lis peuvent 6tre auteurs, et quelques autres d(5- 
tails biographiqaes. 

V. On le voit, ces Soci^tes se ressentent du contact euro- 
P^en et du genre de civilisation que ce contact amine. Les 
universit^s indiennes^ les colleges et les ecoles qui sont au- 
jourd'hui ^tablis dans Tlnde sont fa^onn^s & 1 'europ^enne, 
les Indiens s'y habituent, et leur facility k recevoir Timpul- 
sion ^trangfere les fait reussir dans le nouvel enseignement 
comme dans Tancien (1). 

Plus de trois millions d'Hindous et quatre-vingt-dix mille 
musulmans fr^quentent les Ecoles du gouvemement ; et 
trente-trois mille gardens et huit mille fiUes regoivent leur 
instruction dans les Ecoles des missions. Ces Indiens hin- 
dous, musulmans et parsis, fondent eux-m6mes k leurs frais 
des Ecoles, conduites d'aprfes le systfeme europ^en, non-seu- 
lement pour les gardens, mais pour les fiUes, chose inouie 
jusqu'k nos jours. Un simple particulier de Purneah a 
fait don d'un revenu de huit cents roupies (20,000 fr.) par 
an pour I'^tablissement d'une ^cole dans sa ville natale (2;. 
Le T&}§L de Vizianagram s'est engag^ k payer pour cinq 
Olives, et d'autres Hindous ont promis leur concours k 
Veffet d'^tablir k Madras une (5cole normale pour les femmes 
indigenes, avec cette concession aux prdjug& indiens, 
qu'on n'y admettra, provisoirement du moins, que des 
jeunes filles de bonne caste (3). 

A I'inauguration de I'^qole «up^rieure de Mur&dab&d, le 
lieutenant gouvemeur des provinces nord-ouest, Sit 
W. Muir, a fait savoir dans son allocution que la fondation 
de cet ^tablissement ^tait due en r^alit^ k une dame musul- 
mane qui avait laiss^ pour cet objet un legs accept^ par ]fi 
gouvernement. A la v^rit^, il existait d6jk dans cette vilte 
I'&ole de la mission am^caine mais comme les Indiens en 



(i) Quelques-nns m6me^ k B6nar5s, ont roulu apprendre le latin. 

(2) Akhbdr d'Aligarh du 26 avril 1869. 

(3) a Homeward Mail » du 25 Janvier 1869. 

31 




— 482 — 

tr^grande majority ne sont pas chr^tiens, le gouvemement 
est oblige, da moins en apparence, de garder la neutra- 
lity, et c'est ainsi qu'il doit avec raison ^carter Tenseigne- 
ment religieox de ses ^coles, ce qui ne rempSche nuUement 
de s'int^resser ^ cellos des missionnaires, dont il aime Tar- 
dear sinc^e et d^sint^ress^, 

L'instruction que les Indiens re^oivent non^seulement 
dans les ^coles des missionnaires, mais mSme dans cellos da 
gouvemement, doit naturellement les porter vers le chris- 
tianisme; aussi les musulmans, qui sont persuades que Iiors 
de leur Eglise il n'y a pas de salut, eprouvent-ils une grande 
repugnance k envoyer leurs enfants k ces ^coles (1). Les 
Hindous sont moins scrupuleux, et c'est aussi chez eux que 
les conversions sont plus fr^quentes. Les missionnaires ca- 
tholiques et protestans ne sont pas inactifs, et leur zfele porte 
ses fruits. Les livres, les trait^s, les journaux publics dans 
I'Lide en faveur du christianisme contribuent puissamment 
aux conversions des indigenes. Tel est, pour ne citer qu'un 
exemple, Texcellent ouvrage r^dig^ en bindoustani par le 
capitaine Aikman, sous le titre de Salavat ulkutubj n le 
Trio des livres, » c'est-&,-dire de I'Ancien et du Nouveau 
Testament et du Goran (2), dont le respectable ^veque de 
Madras a bien voulu m'envoyer un exemplaire. La publi- 
cation de ce livre a produit un si grand efFet sur la popula- 
tion musulmane du pays, que les maulawis, qui out aussi 
leur Index expurgatorvus^ en ont formellement et publique- 
ment interdit la lecture. L'ouvrage a principalement trait 
k la controverse entre les chr^tiens et les musulmans sur le 
salut, k propos de quoi beaucoup de traditions musulmanes 
y sont refut^es d'aprfes la Bible et mSme d'aprfe3 le Goran. 

L'^minent ^vfeque de Galcutta a termine Tan pass^ la 



(1) C*est ainsi qu'& HaideMb&d du Sindh^ un musulmao s'^tant con- 
verti au christianisme, les deux cents enTants musulmans qui y fr^qu*^n- 
tai«nt V^cole des missionnaifes en furent tout aussitot retires, par leurs 
parents. 

(2) In-S*" de 232 p., Madras, 1866. Pour que le public europ^en puisse 
juger de la valeur de ses arguments^ lauteur a dobn6 lui-m&me une tra* 
daction anglaise de son ouvrage, in-8* de 156 p.^ 1868. 



izV. 



— 483 — 

visite pastorale qu'il avait entreprise de son immense dio- 
cfese. II est all^ jusqu'& Cachemire et k Peschawar, et il 
parait qu'il a 6i& bien re^u partout. La grande facility qu'il 
a acquise de s'exprimer couramment en urdii (1) lui est 
trfes-avantageuse dansses rapports avecles indigtees. Dans 
le Penj^b, il a visits trente stations, consacr^ quatre nou- 
velles ^glises, b&i huit cimetiferes et tenu trente-six reu- 
nions pour administrer la confirmation k trois cent soixante- 
cinq candidats, dont soixante-treize indigfenes (2). De plus, 
ce m6me pr^lat a fait savoir k la Soci^te pour la propaga- 
tion de I'Evangile qu'il a re^u sur leur demande dans la 
communion de I'Eglise anglicane sept mille Indiens k Cho- 
tanagore seulement, et qu'il a renouvel^ I'ordination de 
quatre pasteurs luth^riens qui ont d6sir6 recevoir I'ordina- 
tion episcopale (3). 

II a m decide, pour ne pas contrarier les usages indiens, 
que les femmes qui sent recluses derrifere le parda (rideau) 
dans les gyn^c^es pourront 6tre baptis(5es dans leur propre 
maison, mais que pour la communion elles devront s'ap- 
prother de la sainte table dans I'Eglise mSme, couvertes de 
leur barca^ (voile), et assister au service divin dans un en- 
droit s^par^ par une sorte de grille sans 6tre vues des assis- 
tants (4), comme dans les cbapelles des Carmelites et des 
Clarisses. 

Je distingue parmi les nouveaux baptises le maulawi 
Sir&j uddin, de Panipat, kgi de cent ans, p^re d'Im&d 
uddin, sur la conversion duquel j'ai donn^ I'an pass^ (5) 
des detftils int^ressants, et qui est aujourd'hui pr^tre de 
I'Eglise d'Angleterre; son frfere le maulawi Khair uddin, 
la femme de belui-ci et la propre femme de 'Im&d, Karim 



(1) II est utile de faire observer que les journalistes indiens mention- 
nent I'urdii et non Thindi. 

(2) « Colonial Church Chronicle • du 2 mars. 1869, 

(3) « Indian Mail » du 21 juillet 1869. 

(4) Rapport de 1368 (le onzi^me) de la mission anglicane d'Amritsir, 
■ par leRev. R. Clark. 

(5) P. 400 et suiv. de mon Distours d'ouverture du 7 d^cembre 1868. 



V" 



— 484 — 

est maintenant le seul membre de la famille qui n'ait pas 
abandonn^ la religion de Mahomet. 

L'entifere conversion de I'lnde finira par avoir lieu, car 
il faut esp^rer qu' a: ils approchcnt enfin ces temps marquee 
dans les d^crets de Dieu, oh le Oiel fera luire au monde ce 
jour heureux achet^ par une si longue attente (1). » 

<i La banni&re de la Croix sera d^ploj^e pour tpus les 
hommes; I'Evangiledu Dieu vivant sera prSch^ dans tout 
le monde... 

a: Sur les rivages m^ridionaux de Tlnde oil Satan ^tait 
ador^ (2), on appr^cie aujourd'hui la parole et les sacre- 
ments de Notre-Seigneur J^sus-Christ (3). d 

Au surplus, puisque dans notre sik^le on aime beaucoup 
les statistiques, voici d'aprfes le journal hindoustajai d'Ali-* 
garh celle del'Inde sousle rapport religieuxpour 1867-1868) 
emprunt^e aux € Annals of Indian administration ^. 

Sur les cent cinquante millions d'Indiens qui dependent 
directement du gouvemement britannique, on compte : 



1,093,000 chr^iiens, dont 640,000 catholiques (remains) 

453,000 autres chr^tiens , pro- 

testants, etc. (4). 

• 

(1) Statuta decreto Dei 

Tandem propinquant teippora ; 
Em plus tot annorum mora 
Affulget ecoelo dies. 

Hymne de TAvent de la liturgie parisienne qui a M admise daiiR ]*antiqae 
et v6n6rable liturgi^ lyoniiaise^ si injustement qualifieedans le mandement 
du 16 mars 1869, qui present la nouvelle liturgie dite romano-lyonnais^* 
On r6p6tait autrefois : 

« Si Romse fueris, romano vivito more; 
». Si fueris alibi, vivito sicut ibl. • 
II n'en est plus ainsi aujoard'hui. 

(2) Annuntiate inter gentes quoniam omnee dii gentium dsemonia. 
Ps. xcv, V. 3. 

(3) The banner of the Cross 

Will be to all unfurl'd ; 

The Gospel of the living God 

Be p reach' d in all the world 

In India's southern shore 
Wherie Satan was ador'd, 
They love the word and sacraments 
Of Jesus-Christ the Lord. 

ICh. Wordsworth, Holy Year, hymn 12.) 

(4) Les anciens chr6tiens de I'lnde appeles u chr6tiens de saint Thomas »* 



trt. 



— 485 — 

110,000,000 HindouB braliinaniques, 

3,000,000 bouddhistes. 

23,000,000 toutiulmans. 

12,000,000 cadtmt bdachindi (aborigines) , demi-sauvages, 

7,000,000 parsis, juifs, etc. 

11 y a souTent des conversions d'Hindons k rislainiBme, 
et la chose est facile k comprendre ; mais ce qui est extra- 
ordinaire, c'est qu'il se trouve des chrdtiens qui embrassent 
la religion de Mahomet. La chose a n^anmoins lieu quel- 
quefois, mais rarement, il est vrai. Cette ann^, par exemple, 
on signale I'apostasie de quelques malheureux Europ^ens 
sans ressource. Sous le titre de <l Mendiants europ^ens et 
progrfes de I'lslftm :^, un journal urdu (le Chaschma^^ ilnij 
€ la Source de la science J>) annonce la perversion d'un 
assez grand nombre de ces mendiants (bhikh-mangnd)^ qui, 
r^unisi k Madras dans une grande mosqu^e, ont fait solen- 
nellement le namdz (prifere officielle) (1). 

Le r^dacteur indigene a appris que beaucoup d'autres 
Europ^ns de cette categoric avaient lamSme intention, et 
que tons devaient entreprendre le p^erinage de la Mecque, 
pour remplir, aj6ute-t-il, « leur ventre 3>. 

Un Suisse a fait pis que les autres, car, non content 
d'embrasser la religion de Mahomet, il la prdche en cos- 
tume oriental en Bandelkhand et j explique le Coran sur 
les places publiques, bien qu'il s'ezprime assez difficile*- 
ment en hindous'tani (2J. 

3ui se servent dans lear liturgie de la langue syria^e que parlait N. S. 
^US-Christ, et qui n'avaient jamais voulu jusqu'ici se r^unir k TEglis^ 
catholique fromaine) ni k aucune autre Eglise chr^tienne, se sont, dit-on, 
d^cid^s k se r^unir k T Eglise orthodoxe (gr6co-ru8se\ comme 6tant plus 
rapproch^e par ses usages de I'Eglise primitive^ qu'in se flattent de re^ 
presenter. 

(1) Dans ce cas, on rase la tdte des neophytes, on leur fait prendre le 
costume musulman^ et apr^s les avoir instruita dans une mosqu^e. oii 
leur fait prononcer la profession de foi saeramehtelle : « 11 n'y a de Dieu 
que (le vrai) Dieu, et Mahomet est son proph^te », et on leur fait chan- 
ger de nom. C'est ainsi qu'un des pervertis^ tfomm^ Thomas Larking, a 
change sOn nom en celui de *Abd urrahlm, • le serviteur du Mis^ricer- 
dienx ». 

(2) Awadh akhhdrdn {^Janvier 18604 



— 486 — 

YL Nous avons cette ann^e encore quelques noms k 
inscrire au n^crologe de Tlndi. D'abord un eminent An- 
glais, Sir Herbert Edwardes, mort le 23 d^cembre der- 
nier, k Tftge senlement de quarante-neuf ans. Brave mili- 
litaire, ^rudit distingu^, il est d'autant plus digne de figorer 
ici qu'il s'int^ressait tout particuli&rement k la culture de 
rhindoustani. C'^tait lui qui patronait le journal indigene 
de Simla, lequel, pour plaire k la majority de ses abounds, 
qui sent Hindous, est imprim^ en caract^res d^vanagaris, 
bien qu'il soit ^rit en urdu. On doit au savant defunt un 
attachant'ouvrage, <l A year in the Penjab, j> dont on avait 
annonc^ une traduction hindoustanie qui devait paraitre k 
Lahore, et plusieurs articles pleins d'int^rdt dans le <e Dehli 
Gazette d. Chretien sincere et ardent, il'aurait voulu con- 
vertir tons les Indiens. II protesta centre la neutrality reli- 
gieuse du gouvemement de Tlnde, et il demanda sa pro- 
tection pour soutenir les efforts des missionnaires. Ce 
ftit lui enfin qui obtint I'introduction de la Bible comme 
livre classique dans les ^coles de I'administration anglaise. 

11 habite aujourd'hui sans doute le sejour oil <l les nuages 
et les ombres s'^vanouiront, oi, rapproch^s du Soleil de jus- 
tice, nous contemplerons librement, dans sa source m6me,la 
V^rit^ par essence (1) ]b, 

J'ai ensuite k mentionner deux c^l^bres auteurs hindou- 
atanis d^c^d^s aussi dans Tannic qui vient de s'^couler. Le 
premier est Suri^r (Rajab 'Ali Beg), dont VAkhbdr d'Ali- 
garh, du 14 mai dernier, annonce le d^c&s, B ^tait surtout 
renomm^ comme prosateur, car, contrairement k la plupart 
de ses confreres en litt^rature, il &rivait de preference en 
prose ses ouvrages d'imagination. C'est k lui qu'on doit le 
roman intitule Fagdna ^ajaib n B^cit de merveilles ^, dont 



(1) Obscure fugient mentis imagines 

Cum stantes propius luminis ad jubar, 
Nog verum sine nube 
Jpso in fonte videbimus. 

{Hymne de la Procession aux autelg du jour de U 
ToussaifU, de la Uturgie parmerme.) 






— 487 — 

la lecture charme les loisirs des Indiens, et plusieurs au-^ 
tres compositions da m^me genre. II ^tait un des princi- 

paux ofHciers da r&j& de Benar&s, et il jouissait d^une 
grande consideration. L'autre ^crivain d^funt est G&lib 
(A9ad aUah) (1), qu'un joornaliste indien appelle, par allu- 
sion k son nom d*Af ad {lion) : a: le lion du champ des Cannes 
k Sucre de I'eloquence, le rossignol du beau langage persan, 
en qui a fini dans I'lnde la veritable po^sie. > II est mort 
deux mois avant Surftr, k Vtge de soixante-treize ans, et il 
parait 6tre, en eflfiet, consider^ comme le plus Eminent des 
^crivains hindoustanis contemporains. Les Indiens consid^- 
rent ses ouvrages comme devant lui assurer Timmortalit^ : 
« Quand la mer se retire, a dit un poete persan, il reste la 
perle royale ; si le palmier est renvers^, le fruit qui en pro- 
vient lui survit. 3> 

Aprfes ces deux grandes notabilit^s litteraires, j'ai k signa- 
ler deux notabilit^s politiques. D'abord la B^gam, veuve du 
nabab Karim Sch&h, frfere de TippA, marine sous le rfegne 
de Haidar Sch&li,et d^c^d^ le 17 avril dernier, i I'^ge de 
cent quatorze ans, dans la plenitude de ses facultes ; et au 
mois de fevrier pr^c^dent, Afzal uddaula Niz^m ulmulk 
Tahniyat 'Ali Kh^n Bahadur, niz^m d'Hai'der^bM du 
D^can. Zm musulman, il entretenait, dit-on, quatre cents 
ha/ts pour lui reciter le Coran, et trois cent quarante moUas 
ou maulawis pour lui lire les ouvrages des calibres docteurs 
musulmans. II n'a laiss^ pour lui succ^der qu'un fils en 
has ^ge schir-khwdra d qui tette le lait » ), nomm^ Mir 
Mahbub 'Ali Kh&n BahMur ; mais le premier ministre 
Sfi^lftr Jang est charge de la regence sous les auspices du 
gouvernement anglais; car le nizd^m est sous le protectorat 
de la Grande-Bretagne, bien qu'il gouverne librement son 
Etat, plus grand que 1' Angleterre, et qui compte un karor 
et dix lakhs (onze millions) d'habitants la plupart mu- 



(1) Voyez I'article consacr6 k cet ^crivain dans la seconde Edition de 
mon « Histoire de la litt^rature hindouie et hindoustanie »^ t. I^r^ p. 475 
et suiv. 






— 488 — 

snlmans, et paxlant tons I'hindoustaai dans sa forme meri- 
dionale (dakhni). De cet empire depend la province de 
Golconde, anden rojaome calibre par ses mines de diamant 
aujonrd'hui ^pnis^es^ dont la fameuse valine a ^t^ d^crite 
d'nne manifere romaiiesque dans les voyages de Sindbad 
le marin, et plus v^ridiquement par de v^ritables voy agears, 
entre autres par le calibre Marco Polo. 

Souverains et sujets sont destines k la mort: € Le gain 
de la vie, disent les Arabes, n^est pas autre chose que la 
mort. J> 




VersaiUes. — Impriraerie ». BRAUGRAND et DAX, rue flu Potager, 9. 



1 



• • 



I 

■1