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LA 

LITTÉRATURE FRANÇAISE 

PAR LA DISSERTATION 

PAR 

M. ROUSTAN 

AGRÉGÉ DES LETTUES, DOCTEUR ES LETTRES. 
PROFESSEUR DE PREMIÈRE SUPÉRIEURE AU LVCÉE DE LYON 



II 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE 



436 SUJETS PROPOSÉS 

ACCOMPAGNÉS 

DE PLANS DE DÉVELOPPEMENTS, DE CONSEILS 

ET D'INDICATIONS 

DE LECTURES RECOMMANDÉES 

A l'usage 

DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES GENS 

ET DES JEUNES FILLES 

ET DES CANDIDATS A LA LICENCE LITTERAIRE 




PAHIS 

LIBRAIRIE CLASSIQUE PAUL DELAPLANE 

48, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE, 48 



jc : 3 francs. 



LA LITTERATURE FRANÇAISE 

PAR LA DISSERTATION 



LE DIX-HUITIÈIVIE SIÈCLE 



EN VENTE A LA MÊME LIBRAIRIE 



Les Genres littéraires 

(ÉVOLUTION DES GENRES) 



L'Épopée, par Léon Levrault, ancien élève de l'École normale 
supérieure, agrégé des lettres, professeur au lycée Condorcet. 

1 volume in-18, broché ." » 75 

Le Roman, par Léon Levrault. 1 volume in-18, broché... » 75 

La Comédie, par Léon Levrault. 1 volume in-18, broché.. » 75 

Drame et Tragédie, par Léon Levrault. 1 vol. in-18, br. » 75 
L^Éloquence, par M. Roustan, agrégé des lettres, docteur 

es lettres, professeur au lycée de Lyon. 1 vol. in-18, broché. . » 75 

La Lettre, par M. Roustan. 1 volume in-18, broché » 75 

La Poésie lyrique, par Léon Levrault. 1 vol. in-18, br... » 75 

La Satire, par Léon Levrault. 1 volume in-18, broché.... » 75 

L'Histoire, par Léon Levrault. 1 volume in-18, broché. .. . » 75 

La Fable, par Léon Levrault. 1 volume in-18, broché » 75 

Maximes et Portraits, par Léon Levrault. 1 vol. in-18, br. » 75 

La Critique littéraire, par Léon Levrault. 1 volume... » 75 

En préparation : 

Le Journalisme, par Léon Levrault. 1 volume. 



La Composition française 

LES GENRES 

(MÉTHODE ET APPLICATIONS) 



La Description et le Portrait, par M. Roustan, agrégé des 
lettres, docteur es lettres, professeur de première supérieure au 

lycée de Lyon. 1 volume in-18, broché » 90 

La Narration, par M. Roustan. 1 volume in-18, broché. . . » 90 

Le Dialogue, par M. Roustan. 1 volume in-18, broché » 90 

La Lettre et le Discours, par M. Roustan. 1 vol in-18, br. » 90 
La Dissertation littéralre,parM. Roustan. 1 vol. in-18, br. » 90 
La Dissertation morale, par M. Roustan. 1 vol. in-18, br. » 90 
Conseils généraux (Préparation à l'art d'écrire), par 
M. Roustan. 1 volume in-18, broché 1 60 






LA 



LITTÉRATURE FRANÇAISE 

PAR LA DISSERTATiON 



PAR 

M. ROUSTAN 

AGRÉGÉ DES LETTRES, DOCTEUR È^S ;^ETTRES, 
PROFESSEUR DE PREMIÈRE SUPÉRIEURE AU LYCÉE DE LYON 



II 

LE DIX-HUITIÉME SIÈCLE 



436 SUJETS PROPOSES 

ACCOMPAGNÉS 

DE PLANS DE DÉVELOPPEMENTS, DE CONSEILS 

ET D'INDICATIONS 

DE LECTURES RECOMMANDÉES 

A l'usage 

DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES GENS 

ET DES JEUNES FILLES 

ET DES CANDIDATS A LA LICENCE LITTERAIRE 




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V 



. PARIS 

LIBRAIBIE CLASSIQUE PAUL DELAPLANE 

48, RUE MO.\SIEUR-l-E-PRINCE, 48 



EN VENTE A LA MÊME LIBRAIRIE 



Histoire de la littérature française, par René Doumic, 
de l'Académie française. 1 vol. in-12, accompagné de résumés, 
d'indications d'ouvrages à consulter et de lectures recommandées, 
de tableaux chronologiques, broché 3 50 

— Relié toile souple 4 » 

Histoire de la littérature latine, par Alfred Jeanroy, et 

Aimé Puech, professeurs à la Faculté des lettres de l'Université 
de Paris. 4 vol. in-12, accompagné de résumés, d'indications 
d'ouvrages et de textes à consulter, de tableaux chronologiques, 
broché 3 » 

— Relié toile souple 3 50 

Histoire de la littérature grecque, par Max Egger, agrégé 

des lettres et de grammaire, professeur au lycée Henri IV^ doc- 
teur de l'Université de Paris, 1 vol. in-12, accompagné de résumés, 
d'indications d'ouvrages et de textes à consulter, broché.. 3 50 

— Relié toile souple 4 » 

La Littérature française par les textes, par René Ganat, 

ancien élève de l'Ecole normale supérieure, professeur agrégé 
des lettres au lycée de Bordeaux, docteur es lettres, lauréat de 
l'Académie française. 1 fort vol. in-12, accompagné de résumés et 
d'indications d'ouvrages à consulter, broché 3 50 

— Relié toile souple 4 » 

La Littérature française par la dissertation. Sujets pro- 
posés, accompagnés de plans de développements, de conseils et 
d'indications de lectures recommandées, par M. Roustan, agrégé 
des lettres, docteur es lettres, professeur de première supérieure 
au lycée de Lyon. 

Tome I«r. — Le dix-sepuème siècle. 1 vol. in-12 contenant 6i4 sujets 
proposés, broché 4 » 

Tome II. —le dix-huitième siècle, i vol. in-12, contenant 4S6 sujets 
proposés, broché 3 » 

Tome l\l. — Le dix-neuoième siècle. 1vol. in-12, broché. iSous presse.) 

Tome IV. — Le moyen âge et le seizième siècle. Sujets généraux. 
1 vol. in-12, broché {En préparation.) 



OUVRAGES DE LEON LEVRAULT 

ANCIEN ÉLÈVK DE l'ÉCOLK NORMALE SUPÉRIEDRK, AGRÉGÉ DES LETTRES 
PROFESSEUR AU LYCÉE CONDORCET 



Auteurs français (Études critiques et analyses). [Second cycle : 
sections A, B, C, D.] 1 vol. in-12, broché 3 50 

— Relié toile souple 4 » 

Auteurs latins (Études critiques et analyses). [Second cycle : 

sections A, B, C] 1 vol. in-12, broché 2 50 

— Relié toile souple 3 » 

Auteurs grecs (Études critiques et analyses). [Second cycle : 

section A.] 1 vol. in-12, broché 2 50 

— Relié toile souple 3 » 



PRÉFACE 



Cette série de quatre volumes qui renferment, le premier des 
sujets de dissertation relatifs au xvu^ siècle, le second des sujets 
relatifs auxxiii'^ siècle, le troisièmedessujetsre/afi/saw xix^siècley 
le quatrième des sujets relatifs au moyen âge et au \\i^ siècle et 
des sujets généraux, s'adresse slux élèves de renseignement secon- 
daire des jeunes gens et des jeunes filles, et à ceux de Venseigne- 
ment supérieur. L'auteur voudrait dire à quelles préoccupations 
il a obéi en la composant. 

Le titre indique clairement le dessein général. Il ne s'agit pas 
uniquement d'entraîner les étudiants et les élèves à une licence 
ou à un baccalauréat. Il s*agit, encore et surtout, de leur faire 
compléter ou reviser leurs connaissances littéraires, de les aider 
à apprendre la littérature française Y)ar la dissertation. Et certes 
il n'est pas, selon nous, un meilleur moyen de se préparer 
à un concours où la dissertation littéraire tient la première 
place, que de parcourir, attentivement et à diverses reprises, 
un répertoire, méthodiquement dressé, des sujets les plus 
fréquemment proposés aux examens. C'est le procédé le plus 
pratique pour éviter d'être pris au dépourvu le jour des 
épreuves. J'ajoute que c'est un procédé intelligent et honnête» 



VI PRÉFACE. 

et non une de ces recettes aussi inutiles que surannées, et qui 
ne trompent personne, sauf ceux qui les emploient (1). 

Mais, à côté et au-dessus de ce profit immédiat, nous avons 
en vue d'autres avantages plus réels et plus durables. Nous 
^vons trop répété ailleurs quelle haute idée nous nous faisions 
•de l'exercice de la composition française, pour qu'on nous 
accuse d'avoir songé seulement à ces courses au clocher qu'on 
■appelle les examens et concours. Nous voulons conduire nos 
lecteurs d'un hout à l'autre de notre histoire littéraire, les 
mener droit aux questions véritablement importantes, les 
inviter à s'y arrêter quelque temps pour les mieux étudier et 
les mieux connaître. Voici comment. 

Il suffît de jeter un coup d'œil rapide sur nos livres pour 
s'apercevoir que les sujets sont accompagnés ou non d'indi- 
cations diverses. Les uns sont suivis de la liste des ouvrages 
qu'il est utile de consulter pour nourrir la dissertation, — de 
conseils, — et, assez souvent, de plans plus ou moins dévelop- 
pés. Pour d'autres, nous n'indiquons que les lectures recom- 
mandées, et pour d'autres que les conseils; pour d'autres 
enfîn, nous laissons l'élève, l'étudiant ou le lecteur marcher 
librement, sans appui et sans guide, c'est-à-dire sans recom- 
mandation d'aucune sorte (2). Cette variété même prouve 

(1) Contre toute préparation a mécanique », nous nous sommes vigoureusement 
élevé dans nos autres ouvrages. Nous citons très volontiers ce passage, extrait des 
Instructions ministérielles sur l'enseignement du français, instructions que 
nous approuvons complètement, comme on le verra dans la suite : « Les pro- 
cédés grossièrement mécaniques, en déprimant l'intelligence, n'assurent même pas 
le succès, plus justement et certainement acquis aux élèves qui auront appris, sans 
tour de force de mémoire, sans fièvre, <\ trouver quelques idées simples, iX les 
disposer dans un ordre logique, à les exprimer dans un style clair et correct. » 
{Instructions ministérielles sur Venseigiicment du français (22 février 11)09), 
p. 21.) 

(2) Il y a, en quelque sorte, une « gradation » analogue h celle qui est recom- 
mandée par les Instructions citées plus haut pour ce qui concerne l'étendue des 

« matières » : « Une matière est utile, sinon toujours nécessaire, et les devoirs sont 
rares qui pourraient s'en passer sans inconvénient grave. Plus ou moins dévelop- 



PRÉFACE. VII 

surabondamment que nous n'avons pas eu la prétention 
d'éviter à celui qui se servira de notre ouvrage tout travail 
personnel. On se tromperait si l'on cherchait ici une col- 
lection assez riche de devoirs tout faits, de dissertations ache- 
vées et qu'il ne resterait plus qu'à copier ou à démarquer. 
Au contraire, et nous le déclarons en toute franchise, nos 
livres ne s'adressent pas à ceux qui veulent s'éviter la fatigue 
de penser et la peine d'écrire. Nous prions ces derniers de ne 
pas confondre, et de chercher immédiatement ailleurs. Nous 
prions en revanche ceux qui viendront demander à ces 
ouvrages la seule chose que nous ayons le projet de leur 
offrir — j'entends un certain nombre de conseils plus ou moins 
nombreux, plus ou moins précis, pour aider leurs efforts 
intelligents, — nous les prions de considérer qu'à chaque 
instant nous comptons sur leur initiative individuelle. 

Ces recueils ne renferment pas ce qu'on appelle des <c sujets 
traités ». Alors même que le plan de la dissertation déroule 
sous vos yeux la suite des idées et des paragraphes, il y a 
encore tout un travail d'invention qui s'impose à qui l'étudié 
sérieusement, et tout un travail de disposition que doit faire 

pée, selon les sujets et selon les âges, la matière impose une discipline utile d 
l'esprit qu'elle enferme en des limites précises, lui apprend à mettre de l'ordre dans 
ses idées, à suivre un raisonnement jusqu'au bout, avant de se risquer à penser et 
à composer par lui-même. » 

Et encore : « Une matière trop détaillée qui ne laisserait plus à l'élève rien à 
découvrir par lui-même, risquerait d'arrêter son élan et de le condamner à une 
besogne de pure amplification. Sans doute, l'art de distinguer dans un sujet l'idée 
essentielle, génératrice des divers développements est surtout œuvre de maître, et 
les écoliers, dont les plus âgés sont très jeunes, ne sauraient être appelés à faire cet 
sffort sans indications préalables, ni secours d'aucune sorte. Mais, sous la direction 
prudente d'un maître qui saura les affranchir graduellement de sa tutelle, ils sau- 
ront découvrir peu à peu par eux-mêmes ce qu'on leur aura d'abord appris à 
observer et à apprécier dans les modèles dont ils font effort pour se rapprocher. A 
mesure donc qu'on s'élèvera dans les classes de lettres, la matière secourable 
jmurra devenir de moins en moins un plan complet, de plus en pltis une 
simple orientation, de façon à ne pas refuser à l'élève devenu plus fort toute part 
d'initiative dans le travail de la composition. » {Instructions citées, p. 13 et 15.) 

C'est bien la méthode suivie dans notre ouvrage, donner des plans de moins en 
moins complets, et qui soient de plus en plus de simples orientations. 



VIII PRÉFACE. 

celui qui veut non le copier, mais le mettre en œuvre. L'idée 
générale vers laquelle tendla composition tout entière, c'est à 
vous à la dégager vigoureusement, à la vérifier par des textes, 
par les lectures recommandées, par votre réflexion autant que 
par vos souvenirs. C'est à vous à saisir comment elle se dis- 
tribue dans les diverses'parties, à fortifier chacune des idées 
secondaires ouchacun des faits particuliers qui l'appuient, grâce 
aux faits et aux idées que vous tirez de votre propre fonds. 
L'effort de méditation est loin d'être supprimé ; l'effort pour 
ordonner les matériaux n'est pas supprimé davantage. 

Quelle est la valeur réelle de chacun de ces matériaux, quelle 
est leur importance respective, comment il faut les subor- 
donner l'un à l'autre en obéissant à la loi fondamentale des 
proportions, pourquoi, dans un paragraphe, il est nécessaire de 
démontrer telle proposition incidente tandis que telle propo- 
sition principale sera établie dès que celle qui en dépend sera 
prouvée, toutes ces questions et d'autres encore du même 
genre doivent être résolues par ceux qui viennent nous 
demander non pas des modèles à reproduire, mais des cadres 
pour classer leurs idées. Et qui sait? Ce plan proposé mais 
non imposé, ce plan que nous avons peut-être bâti nous-même 
mais que nous avons peut-être aussi tiré d'un ouvrage indiqué 
soit dans une note spéciale, soit dans la liste des livres recom- 
mandés, ce plan qui nous a semblé net, logique, commode, 
vous paraîtra, à vous qui le mettrez à l'épreuve, moins bien 
charpenté qu'un autre dont vous verrez les lignes se dessiner 
peu à peu, plus pures ou plus harmonieuses, tandis que vous 
réfléchirez devant ces pages destinées à solliciter votre atten- 
tion et non à endormir votre activité intellectuelle. Tant 
mieux, et nous serons les premiers à nous en féliciter. Nous 
avons dit qu'il n'y avait pas de plan idéal, qu'un plan est tou- 
jours bon s'il satisfait aux lois très générales de l'unité et du 



PRÉFACE. IX 

mouvement, de Tordre et des proportions, si tout se tient et se 
prête un mutuel appui. Nous avons ajouté qu'un planestmeil- 
leur encore s'il fait jaillir la vérité d'une façon saisissante, 
originale. Nous serions heureux de penser que nos lecteurs, 
en lisant les plans proposés, ne se sentiront invités ni à une 
nonchalance confiante ni à une docilité servile, et qu'ils con- 
struiront, avec une partie des matériaux que nous aurons cher- 
chés pour eux et surtout avec des matériaux qu'ils apporteront 
eux-mêmes, des édifices plus réguliers ou plus ingénieux, 
d'une perspective plus nette ou plus élégante. Ce serait même 
pour nous une joie de savoir qu'ils auront jeté à bas l'écha- 
faudage que nous aurons dressé. Nous aurons en effet atteint 
le but que tout maître d'architecture ou de style doit pour- 
suivre, à savoir que l'élève arrive très vite à se passer des 
leçons de son professeur (1). 

A plus forte raison, l'effort que nous attendons de l'étudiant 
ou de l'élève est-il plus considérable lorsque la matière n'est 
suivie que de quelques conseils. Ce sont parfois des remarques 
littéraires qui peuvent orienter le travail de l'invention, des 
extraits d'ouvrages ou des analyses succinctes qui servent à 
préciser le sujet, des rapprochements avec d'autres matières 
qu'il nous a paru bon de signaler brièvement, etc. Souvent 
aussi, ce sontdes avertissements salutaires qui vous préviennent 
des dangers et vous empêchent soit de faire fausse roule^ 

(1) Ces plans développés peuvent avoir un autre avantage ; celui de servir à 
ranger dans un certain nombre de cadres les souvenirs des lectures d'ouvrages qui 
ne seront jamais expliqués en classe et qu'il nous parait impossible qu'on ignore à 
la un de ses a humanités ». Le programme recommande m des lectures complémen- 
taires qui seront contrôlées en classe ». Analogues aux lectures précédemment 
définies, mais prenant moins de temps et risquant moins de tomber dans l'abus, 
puisqu'elles sont seulement « contrôlées » en classe, elles se rapportent le plus sou- 
vent à des ouvrages ou parties d'ouvrages qui ne peuvent être expliqués dans les 
« heures disponibles de français et qu'il y a pourtant intérêt à ne pas ignorer. » 
{Inslriicdons citées, p. I.t.) 

a. 



X PRÉFACE. 

soit d'aller au delà ou de rester en deçà des frontières natu- 
relles auxquelles vous devez arriver, mais que vous ne 
devez pas franchir. Ces périls ne sont pas imaginaires. Notre 
•expérience personnelle nous a appris qu'en présence de 
telle matière les mêmes erreurs se produisaient presque 
toujours. L'expérience des autres nous a prouvé qu'il était 
indispensable de fixer les yeux de ceux qui nous liraient sur 
des écueils où tant de victimes étaient venues lamentablement 
échouer. Je veux dire par ces derniers mots que nous avons 
fait beaucoup d'emprunts aux «Rapports » sur les examenset 
-concours, qu'il nous a été permis de consulter. Ce n'est pas 
la première fois que nous allons y chercher une rhétorique en 
action, et nous avions déjà fait dans ces documents une pnois- 
son trop abondante de remarques et d'observations utiles, 
pour négliger, à l'heure où nous composions un nouvel ouvrage, 
oes pages où des maîtres avisés et des juges d'une autorité 
incontestable ont fait, avec une exactitude serrée et parfois 
avec une vivacité piquante, la critique des dissertations qu'ils 
avaient eu à corriger et à classer. 

Enfin, ces conseils sont aussi des avis pratiques, des pré- 
ceptes relatifs à l'invention, à la disposition ou à l'élocution, 
auxquels on fera bien de se conformer. Nous nous contentons 
généralement de les énoncer. Nous renvoyons à notre collec- 
tion : La Composition française (1), les lecteurs qui auraient 
besoin de les voir appuyés par le raisonnement ou éclaircis 
par les exemples. Dans notre pensée en effet, ce livre est un 
ouvrage d'applications. Nos volumes de la collection : La Com- 
position française sont tous suivis d'une série de sujets, avec 
ou sans plan, avec ou sans conseils. Mais la place nous man- 

(1) M.RousTAN, La Composition française (Méthode et applications) : \. La Des- 
rripfion et le Portrait ; II. La Narration ; III. Le Dialogue ; IV. La Lettre et le 
Discours; V. I^a Dissertation littéraire ; VI. La Dissertation morale ; VII. Con- 
seils généraux (Préparation h l'art d'écrire). (Paris, Paul Dolaplane.) 



PREFACE. XI 

quait pour insérer un assez grand nombre de ceux que nous 
jugions utile de faire connaître aux élèves. Nous demandions 
qu'on voulût bien nous faire crédit jusqu'au jour où nous 
publierions, comme on nous y avait instamment engagé, un 
recueil de sujets répondant à chacun de ces volumes'(l). Voici 
un recueil qui, malgré son titre, ne répond pas au seul ouvrage 
de notre collection : La Composition française, intitulé : La 
Dissertation li ter aire; le lecteur se verra prié de recourir 
souvent aux autres volumes de cette collection. 

Qu'il le sache bien, nous ne lui avons conseillé de faire 
aucune excursion dont il ne retire un profit certain. Nous 
n'avons pas à nous excuser de nous être cité trop fréquemment 
nous-même. Les volumes de la collection : La Composition 
française comprennent, pour ainsi parler, la raison d'être de 
cet ouvrage. Je ne dis pas qu'ils le complètent, je dis qu'ils 
lui servent de fondement. Celui-ci fournit les occasions nom- 
breuses de vérifier et de mettre en pratique les règles et les 
principes, les remarques et les observations, que ceux-là ont 
exposés. Ainsi s'expliquent les renvois nombreux à la collection 
que nous avons publiée à la même librairie. Que l'on ne nous 

(1) Peut-être ferons-nous plus tard quelque recueil analogue pour chacun des autres 
« genres ». Les Instructions récentes remettent en honneur ceui qui semblaient 
sacrifiés, depuis quelque temps, à la Dissertation. Nous en sommes tout à fait heu- 
reux. Nous nous réjouissons de voir que des exercices un peu trop délaissés vont de 
nouveau reprendre quelque faveur, et notamment la Lettre et le Discours : la Lettre, 
qui peu à peu « s'élèvera à des sujets graves, historiques et moraux, quelquefois, 
mais avec précaution (avant la classe de Première), à des sujets littéraires, quand 
ils auront été préparés au préalable en quelque mesure » (p. 18); la Lettre qui « est 
une forme atténuée et plus concrète de la Dissertation » (Ibid.); la Lettre « histo- 
rique, morale » (p. 19) ; — le Discours, « qu'il paraît préférable de réserver à la 
Première, à moins qu'on ne le mette au rang des exercices d'invention et de com- 
position qui ne cesseront pas d'être faits, de temps à autre, en classe, ne fût-ce que 
pour réagir contre la tendance plus marquée de l'élève à se passer d'une discipline 
intellectuelle » (p. 18). Bref, un élève de Première ne sera plus uniquement entraîné 
par l'exercice de la Dissertation : « La Composition française, en Première, prendrais 
formes, déjà connues, de la Lettre, du Discours, même encore de la narration, ou 
de la discussion soit d'une question morale, soit d'une question littéraire, sous la con- 
dition formelle, pour celle-ci, que le sujet en soit circonscrit, défini clairement, et 
puisse être composé par l'élève, corrigé avec méthode par le professeur » (p. 20) . 



XII PRÉFACE. 

accuse même pas d'avoir trop de fois renvoyé au même 
volume, au même chapitre, au même alinéa si l'on veut. Nous 
pourrions répondre, comme le Piarrot de Molière, que 
nous avons toujours dit la même chose parce que c'était 
toujours la même chose. Nous sommes sûr qu'il y a un 
certain nombre de vérités qu'il ne faut laisser passer 
aucune occasion de reprendre, parce que ceux qui écrivent ne 
laissent passer aucune occasion de faire croire qu'ils les 
ignorent. Et enfin, notre livre est un livre d'enseignement, et 
celui-là est un bien mauvais maître qui craint de manquer de 
désinvolture et qui oublie que notre devoir est de nous 
répéter. Un universitaire très distingué, qui fut un de nos 
moralistes les plus délicats, le déclarait sans périphrase : 
« Craindre de passer pour un pédant, dans la profession de 
l'enseignement, c'est être un fat. » J'aime mieux que l'on me 
reproche beaucoup de pédanterie, qu'un peu de fatuité. 

Ailleurs, les seules indications sont celles des lectures 
recommandées. Il est très facile de voir que, dans beaucoup 
de cas, la liste des ouvrages signalés à propos d'un sujet sera 
évidemment utile pour traiter les sujets qui précèdent ou ceux 
qui suivent, bien que nous ne l'ayons pas formellement remar- 
qué. Nous ne nous attendons pas d'autre part (qui donc pourrait 
l'imaginer?) à ce que nos lecteurs, avec un empressement 
qui serait aussi touchant qu'extraordinaire, aillent consulter, 
les uns après les autres, tous les livres que nous leur recom- 
mandons. Je ne crois pas qu'un tel accident se produise 
jamais. 11 aurait des résultats déplorables dont le moindre 
serait qu'un lecteur aussi intrépide finirait par ne plus écrire 
une ligne de dissertation. Nous avons envisagé qu'aucune 
bibliothèque de classe ou de quartier ne renfermerait tous les 
volumes que nous indiquions; a fortiori, avons-nous pensé 



PRÉFACE. XIII 

que ceux qui travaillaient chez eux ne rencontreraient 
jamais tous ces ouvrages à la fois dans une bibliothèque 
publique ou particulière. En allongeant la liste, nous avions 
plus de chances de rencontrer deux ou trois au moins des 
livres qu'il serait aisé à tous de se procurer. Gela est suffisant. 
iNous avons exposé en d'autres circonstances ce que nous 
entendions par une lecture « active », et nous avons établi 
combien une lecture « passive » entraînait de graves inconvé- 
nients. L'important n'est pas de lire beaucoup, mais de lire 
avec méthode et avec réflexion. Ne soyez pas des dévoreurs 
de livres, mais des lecteurs appliqués et consciencieux. Mieux 
vaut lire deux ouvrages dont vous vous souviendrez qu'en 
parcourir plusieurs douzaines dont vous ne garderez rien qui 
meuble votre intelligence, éclaire votre goût et affine votre 
sensibilité. 

Cela posé, il m'est tout à fait agréable de déclarer ici tout 
ce que je dois aux écrivains que j'ai consultés, aux ouvrages 
qui m'ont fourni des idées intéressantes ou des développements 
bien conduits. Je leur ai demandé plus encore. On retrouvera 
dans ce volume un certain nombre d'emprunts, que signalent 
ou non des guillemets et des références. Il ne me déplaît pas 
de me dire que, parmi les objections inévitables que suscitera 
un volume de ce genre où tant de problèmes d'histoire littéraire 
et d'esthétique sont abordés, où sont énoncés tant de jugements 
sur les hommes et les choses, plus d'une en réalité s'adressera 
à des maîtres éminents de la critique contemporaine, ou à des 
collègues dont les ouvrages classiques sont justement et uni- 
versellement appréciés. Il ne me déplaît pas qu'on donne 
une nasarde à Plutarque sur mon nez, et qu'on s'échauffe à 
injurier Sénèque en moi. Ce n'est pas que j'aie tenu seulement 
à K musser » (1) ma faiblesse sous ces grands crédits; maisj'ai 

(l) Cacher. 



XIV PRÉFACE. 

suivi Plutarque et Sénèqiie quand je sentais leur opinion 
profondément vraie, et je les ai cités quand ils traduisaient 
cette opinion sous une forme irréprochable et définitive. 
Surtout j'ai adopté leur idée et leur expression, quand l'une 
et l'autre me paraissaient devoir éveiller chez mes lecteurs 
beaucoup de remarques analogues ou suggérer à leur esprit 
d'autres phrases et d'autres mots, propres à caractériser un 
auteur, un ouvrage, une période. En proclamant tous mes 
emprunts avec une entière bonne foi, je tiens à remercier 
tous ceux auxquels mon livre doit sans doute ce qu'il a de 
meilleur. 

Mais il faut que je m'acquitte plus particulièrement envers 
ceux auxquels je suis le plus redevable. Je nommerai en 
première ligne M. René Doumic, dont j'ai suivi, pour ainsi 
dire pas à pas, V Histoire de Id littérature française; cet ouvrage 
m'a fourni des cadres commodes et d'une clarté parfaite; cette 
clarté, qui est un des principaux mérites de l'ouvrage et qui 
se retrouve ailleurs que dans les divisions, est la qualité 
première qui m'a poussé à désigner VHistoire de la littérature 
française de M. Doumic parmi les livres qu'il faut constamment 
feuilleter. De même j'ai largement mis à contribution le 
volume de M. René Canat : La Littérature française par les 
textes, persuadé qu'on y rencontrerait, à côté de remarques 
fort justes et bien exposées, un choix habile de passages 
"destinés à les illustrer; le volume de M. Léon Levrault : Les 
AMfem's/rançats, et surtout sa collection : Les Genres littéraires, 
dont je ferais un éloge plus vif si je n'y avais pas collaboré 
moi-même. Il est inutile que je dise en quelle estime je tiens 
les précis ou manuels de MM. Bruneticre, Herriot, Lanson, 
Lintilhac, Peliissier. J'ai supposé que mes lecteurs les avaient 
h leur disposition, et j'ai engagé étudiants et élèves à consulter 
régulièrement ces excellents ouvrages tant pour leur utilité 



PRÉFACE. XV 

que pour leur agrément. Je suis heureux enfin de reconnaître 
tout ce que je dois au Cours de littérature de M. Hémon. Je 
désirerais qu'il devînt familier à tous ceux qui, par nécessité 
et par goût, étudient les grandes œuvres de notre immortelle 
littérature. Ceux-là n'ont sans doute pas besoin, il est vrai, 
de cette recommandation. Au temps fort lointain où j'étais 
élève, j'ai retiré moi-même le plus grand profit de ces volumes 
qui peuvent à la rigueur vous dispenser de bien des lectures ; 
durant mes années d'enseignement, j'ai vu peu à peu se 
compléter cette collection, unique parmi les publications 
composées « à l'usage des divers examens », et je constate 
chaque jour qu'il y a là un instrument de travail qui peut 
nous rendre à tous, maîtres et élèves, d'inappréciables services. 
En le disant dans cette Préface, je paye une dette que j'ai 
contractée il y a longtemps, et qui, après s'être accrue depuis, 
s'est considérablement augmentée lorsque j'ai entrepris cet 
ouvrage. 

.Je n'ai pas dit une seule fois que ce livre était réservé 
à ceux qm\oudvei\eni traiter par écrit des sujets de dissertation 
littéraire. Evidemment, si on s'habitue à composer, sur un 
assez grand nombre de sujets accompagnés d'indications plus 
ou moins complaisantes, des dissertations françaises bien 
pensées, bien divisées, bien écrites, on connaîtra infiniment 
mieux la littérature qu'en se contentant de lectures diverses 
approfondies, en même temps qu'on gagnera les qualités indis- 
pensables de style qu'on acquiert et qu'on développe par des 
exercices journaliers. Mais parmi ces matières que nous 
proposons, à peine aura-t-on le temps matériel d'en développer 
par écrit quelques-unes. Nous estimons qu'il n'y en aura pas 
moins un profit réel et sérieux à « méditer » les autres, quand 
on ne pourra pas faire complètement le triple travail d'inven- 
tion, de disposition, d'élocution, qui s'impose à qui veut fixer 



XVI PRÉFACE. 

sur le papier les idées dont il a éprouvé la valeur et dont il a 
déterminé les rapports. 11 y aura de grands avantages à vous 
demander en présence d'un plan : « Si j'avais bâti un plan de 
cette sorte, comment le mettrais-je en œuvre »? — à vous 
interroger en présence d'une matière accompagnée de conseils 
et à vous dire : « Aurais-je pu me passer de ces avis? Gomment 
les suivrais-je si je mettais la plume à la main? » — 11 y 
aura de grands avantages, que le sujet soit ou non éclairci 
par des indications diverses, à réfléchir sur la question qu'il 
pose devant vous, à distinguer avec clarté les souvenirs qu'il 
éveille, à classer les idées qu'il évoque, et c'est là, croyez-le 
bien, une excellente méthode pour bien posséder votre 
histoire littéraire. Car si vous ne vous sentez pas suffisamment 
informés sur ce point, vous serez tout naturellement engagés 
à combler les lacunes ; et si vous êtes suffisamment 
informés, vous serez conduits par cette gymnastique à 
mettre l'ordre et la netteté à la place du vague et de la 
confusion. 

En conséquence, dans un livre qui veut enseigner la litté- 
rature française par la dissertation, les matières dépourvues 
d'indications ou de conseils sont loin d'être les moins utiles. 
Que pourriez-vous tirer, dans un concours ou dans un examen, 
dans une causerie ou dans une lettre, de tel sujet qui est 
offert sans qu'on y ajoute aucun secours ? Cette fois, vous 
avez tout à trouver, le fond, le plan, la forme. 11 reste entendu 
que vous n'avez pas le temps nécessaire pour écrire, mais 
vous vous êtes réservé, je suppose, le temps nécessaire pour 
méditer. Commententendriez-vous la question, comment vous 
approvisionneriez-vous d'idées et de faits précis, comment les 
grouperiez-vous, autour de quelle idée principale et de quelles- 
idées secondaires ? Comment jugeriez-vous bon de conclure 



PRÉFACE. XVII 

les paragraphes et la dissertation tout entière, à quelles 
formules arriveriez-vous, de quels mots ou de quelles 
phrases aimeriez-vous revêtir telle remarque essentielle ou 
telle pensée originale ? 11 est incontestable que d'un tel 
entraînement ne peuvent résulter que de solides et durables 
progrès. 

Et encore j'ai supposé qu'ayant ouvert le livre au hasard, 
un lecteur se trouve brusquement arrêté par une matière 
qui le frappe tout d'abord pour un motif ou pour un autre. 
Mais s'il est passé, d'après l'ordre que nous avons suivi, des 
sujets qui précèdent à celui devant lequel il fait halte, un autre 
travail etnon moins profitable exerce son intelligente attention^ 
Ce sujet fait partie d'un ensemble ; ceux qui l'entourent pro- 
jettent sur lui leur lumière ; ils le situent en quelque sorte et le 
présentent dans tout son jour. Assurément ils ne se confondent 
pas avec lui ; mais ils ont avec lui des liens quelquefois mul- 
tiples et qu'il est curieux de saisir. Regardez en quoi ces sujets 
se ressemblent et en quoi ils diffèrent, quelles sont les parties 
que vous seriez autorisés à transporter de tel édilice dont on 
a dessiné les grandes lignes à tel autre dont on ne vous indique 
même pas les matériaux de construction. Ces essais aiguiseront 
votre vivacité d'esprit, en même temps qu'ils vous conduiront 
à une connaissance plus sûre, plus exacte, plus nette surtout, 
de la littérature dont vous avez pris une première idée dans 
les manuels et que vous avez étudiée d'après les textes eux- 
mêmes. 

Car je veux bien croire qu'il en est ainsi. Je me suis associé 
de tout cœur aux conférenciers et aux écrivains qui se sont 
élevés avec indignation contre l'abus de l'histoire littéraire et 
les sots emplois des manuels. J'ai redit, aussi souvent que j'en ai 
trouvé ou que j'ai pu en faire naitre l'occasion, que le premier 
devoir de tout homme qui parle ou qui écrit est de n'écrire 



XVIII PRÉFACE. 

OU de ne parler que de ce qu'il sait (1). Un des professeurs les 
plus autorisés, parmi ceux qui ont dénoncé la méthode litté- 
raire qui consiste à faire disserter les jeunes gens sur des 
oeuvres qu'ils n'ont jamais lues, a raison de répéter qu'on ne 
peut appeler savoir « s'être frotté d'un manuel ». Mais peut- 
être cette légitime et énergique protestation contre ce qu'il 
nomme un lamentable psittacisme l'a-t-elle entraîné un peu 
loin. Si nous sommes avec lui (Juand il déplore le sort de ces 
malheureux enfants qui dégorgent douloureusement au bacca- 
lauréat des formules de Doumic, de Faguet ou de Brunetière, 
nous ne pouvons le suivre jusqu'au bout lorsqu'il proscrit la 

(l) M. RousTAN, La Composition française : la Dissertation littéraire. In- 
vention, ch. IV, p. 43 sq. Je retrouve les mêmes plaintes dans les Instructions du 
22 février 1909, mais à côté j'y vois défini nettement le rôle du « Précis » de 
littérature ; (( Le « Précis « d'histoire de la littérature française qui, depuis la troi- 
siêtne, -e&t mis entre les mains des élèves, était destiné, dans la pensée des auteurs 
du programme, non pas à remplacer le cours oral par un cours imprimé, mais tout au 
contraire à dispenser le maître de faire un cours, puisque, si besoin était, il pouvait 
se référer au manuel et y renvoyer sa classe. C'est un usage bien différent que font 
«du manuel certains professeurs lorsqu'ils y découpent une série de leçons sans 
lectures correspondantes (le temps manquerait, d'ailleurs), et qu'ils habituent les 
élèves à juger des auteurs qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne connaîtront jamais, 
si l'on excepte les candidats futurs aux examens universitaires. 

M Là est le vice, non pas seulement pédagogique mais moral, de ce régime tout 
livresque : il est une véritable école d'insincérité.* Du « cours » ainsi compris on 
peut dire ce que disait le Directeur de l'Enseignement supérieur de certains sujets 
de composition vainement prétentieux : « C'est une des formes dangereuses du 
mensonge intellectuel; tous nos efforts devraient tendre à Técarter de notre système 
d'études » (p. 16, 17). 

Voilà à quoi les manuels étaient destinés. Est-ce la faute des auteurs si ces 
ouvrages ont été employés à contre-sens ? Je dis mieux : leurs ouvrages seront d'au- 
tant plus indispensables que le cours de Littérature dicté sera supprimé plus radi- 
calement. Les Instructions reconnaissent cette utilité, même pour les classes qui 
précèdent la seconde. Elles recommandent avec juste raison la lecture directe des 
auteurs, elles ajoutent : a La lecture attentive des pages où ils ont été le mieux 
inspirés nous familiarise avec eux. Mais nous n'isolons que momentanément la 
page du livre, le livre de l'œuvre, l'œuvre de l'époque. Ce sont choses inséparables 
et que nous nous attachons à réunir dans la mesure du temps dont nous disposons » 
(p. 17). N'est-ce pas au manuel que le maître renverra sa classe, s'il est vrai que 
« l'histoire littéraire, esquissée à grands traits, est le lien nécessaire, le fond com- 
mun des lectures particulières? » (Ibid). Et, si, après la troisième, « les notions 
littéraires qui encadrent la lecture expliquée... y peuvent être associées dans une 
mesure plus large, quoique prudente encore » {Ibid.), n'est-ce pas au manuel que 
Je maître renverra sa classe, plus souvent encore qu'autrefois ? Voilà de quoi 
justifier l'utilité des ouvrages indiqués ici (p. XIII), et peut-être en même temps 
celle de notre ))ropre recueil. 



PRÉFACE. XIX 

dissertation littéraire, parce que l'esthétique littéraire est au- 
dessus, dit-il, d'un enfant de quinze ans. Il y a sans doute des 
questions d'esthétique littéraire que les jeunes gens devront 
aborder beaucoup plus tard, que certains même feront sage- 
ment de n'aborder jamais. Mais il y en a d'autres que des 
élèves, auxquels on a donné le pli des bonnes habitudes, qu'on 
a appris à lire et à réQéchir, peuvent résoudre d'une façon 
satisfaisante. 

On entendra bien que tout est relatif, et qu'on ne saurait 
être aussi exigeant pour les candidats au baccalauréat que 
pour les candidats à une agrégation. Mais — nous nous en 
sommes rendu compte une fois de plus en composant cet 
ouvrage — on peut proposer à un élève de première le même 
sujet qu'à un licencié, on peut donner au brevet supérieur la 
même matière qu'à l'agrégation. L'essentiel est qu'on ne se 
place pas au même point de vue pour juger les dissertations 
remises par des candidats qui n'ont ni le même âge, ni la même 
culture, ni la même expérience, ni le même entraînement. Nous 
tenions à choisir avant tout des sujets parmi ceux que les candi- 
dats au baccalauréat ont eu à développer. Nous voulions, pour 
des raisons faciles à comprendre, reproduire des matières qui 
eussent une marque d'authenticité, j'allais dire : une marque de 
fabrique. Nous avons réussi à nous en procurer une grande 
quantité, et, sauf quelques exceptions relatives à certaines 
matières que nous avons cueillies dans nos cahiers de textes 
ou dans ceux de nos obligeants collègues, nous avons rassem- 
blé des sujets d'examens. Or nous avons constaté très sou- 
vent qu'un même sujet était proposé, soit dans des facultés 
différentes, soit dans les mêmes facultés mais à des intervalles 
plus ou moins lointains, pour le baccalauréat et pour des exa- 
mens ou concours beaucoup plus élevés. On fera donc bien de 
prendre garde avant de s'écrier : « Ce sujet est trop difficile », 



XX PRÉFACE. 

d'abord parce qu'on condamnera moins l'auteur de ce livre 
que les membres des jurys qui ont présenté cette matière aux 
candidats bacheliers, et ensuite parce que tout dépend des 
exigences qu'on croit avoir le droit de montrer pour tels élèves 
et pour tels autres. 

Un sujet qui invite les jeunes gens à discourir avec une 
superbe effronterie sur des choses qu'ils ne connaissent que 
par ouï-dire ou qu'ils ne connaissent pas du tout; qui les 
oblige, dans les classes, à copier ou à démarquer, dans les exa- 
mens, à souder tant bien que mal quelques débris des phrases 
dont est farci leur cerveau; un sujet qui ne fait pas appela leur 
jugement autant qu'à leur mémoire, à leur réflexion autant qu'à 
leurs souvenirs, n'est pas un sujet « difficile )>. C'est un sujet ab- 
surde. Or tous les sujets de dissertation littéraire sont absurdes 
lorsque les candidats n'ont pas lu au moins une partie des textes 
sur lesquels on les interroge, les œuvres sur lesquelles ils ont à 
disserter, à propos de l'opinion d'un grand critique ou d'une ma- 
xime générale dont ils doivent vérifier l'exactitude et mesurer la 
portée. Mais de cette absurdité ni la dissertation littéraire ni 
les examinateurs ne sont responsables. 11 n'y a d'autres coupa- 
bles que les candidats eux-mêmes, ou, si l'on veut, que ceuxqui 
leur ont permis, durant les années d'études, les amplifications 
vides de sens et les bavardages prétentieux. Nous ne deman- 
dons pas à un apprenti bachelier qu'il sache imperturbablement 
tout un cours de littérature française depuis le Serment de 
Louis le Germanique jusqu'à la dernière pièce de M. Rostand 
ou de M. Donnay. Nous sommes loin d'ignorer que le candidat 
pourra choisir entre trois sujets qui porteront très probable- 
ment sur des périodes différentes de notre histoire littéraire, 
sur des auteurs et des ouvrages différents (1). Il ne mérite 

(1). Pourrions-nous nous flatter de l'espoir que les recueils, tels que le nôtre, 
pourront contribuer à faire disparaître le malentendu qui existe dans l'esprit de 



PRÉFACE. XXI 

aucune indulgence s'il est complètement arrêté et également 
par les trois sujets, s'il n'a pas étudié, ailleurs que dans les 
manuels, un des ouvrages, un des auteurs, une des périodes 
dont on lui demande de parler, s'il est incapable de composer 
quatre pages simples, claires, qui soient sans prétention à la 
haute littérature ou à l'esthétique transcendante, mais qui 
soient aussi autre chose qu'une récitation écrite de passages 
pillés à droite et à gauche, et ajoutés bout à bout avec une 
inconsciente tranquillité. 

Si donc notre livre est lu, comme nous le souhaitons, par 
des élèves formés suivant la méthode probe, consciencieuse, 
dont nous avons tracé les grandes lignes, s'il est adopté par 
des maîtres qui (le contraire nous étonnerait) emploient toute 
leur énergie à faire la guerre au verbalisme insipide et au 
psittacisme machinal, nous leur demandons de ne pas reprocher 
à l'auteur d'avoir reproduit des matières qui soient au-dessus 
d'un jeune homme de quinze à vingtans. Dans le même ouvrage 
où j'ai trouvé ce réquisitoire si éloquent et si mérité contre 
les abus de la dissertation littéraire, un des maîtres de notre 
Université française les plus respectés, qui est aussi un éduca- 
teur de premier ordre, écrit en rassemblant les souvenirs de 

certains professeurs de Première, et que les Instructions citées définissent comme 
il suit? « Les rapports, mal compris, de la Première et du baccalauréat risquent de 
fausser, dans la Première ordinaire, le caractère de cette dernière des classes de 
lettres. C'est pour se placer dans les conditions du baccalauréat, que beaucoup de 
professeurs dictent, chaque semaine, trois sujets, comme si l'on pouvait identifier 
les conditions d'un examen où la multiplicité des sujets est accordée comme une 
garantie contre l'aléa possible, et celles d'une classe où le professeur est toujours là 
pour ménager la préparation et fournir les renseignements nécessaires. 11 en résulte, 
avec une dispersion fâcheuse des esprits, une véritable impossibilité pour le pro- 
fesseur de corriger en une heure trois séries de devoirs, et surtout de faire sortir 
d'une correction ainsi étriquée le principal profit de la correction normale, à savoir 
une leçon de précision, de proportion, de méthode, en un mot de composition » (p. 21). 
Pourquoi dicter trois sujets par semaine? Par ce qu'on augmente les chances de 
réussite des élèves, dans une classe « qu'inquiète la proximité de l'examen » (p. 17). 
Nous leur offrons un moyen de réfléchir méthodiquement, en dehors de la classe, 
à un certain nombre de sujets. Par là, leurs maîtres pourront se croire dispensés 
de leur donner trois matières à la fois. 



XXII PRÉFACE. 

ses années de collège : « Sans doute nous n'étions que des 
écoliers, mais un écolier n'est pas jusqu'au bout un enfant. 
Quand je me suis levé des bancs du collège, ma lèvre et mon 
menton avaientfleuri. J'étais en état de comprendre des choses 
délicates et difficiles. » Cela est vrai. Que leur lèvre et leur 
menton aient ou non fleuri, les écoliers ne sont pas jusqu'au 
bout des enfants, et, parmi les choses délicates et difficiles 
qu'ils sont en état de comprendre, mon expérience m'autorise 
à rangerun certain nombre de questions d'esthétique littéraire 
qu'ils ont assez de qualités intellectuelles et morales pour 
étudier et pour résoudre (1). 

11 me reste à m'excuser d'avoir écrit une si longue préface. 
J'ai moins de scrupules quand je me dis qu'elle aura sans doute 
le sort des préfaces en général, et qu'elle sera très peu lue 
Ce sera le meilleur moyen de ne pas s'apercevoir de sa lon- 
gueur. Mais les élèves et les étudiants qui en affronteront 
la lecture verront plus exactement les services que nous 

(1) Aussi, la Dissertation littéraire n'est-elle nullement menacée. Au contraire 
on peut dire que les Instructions la sauvent une fois de plus, en signalant les 
dangers qui peuvent en compromettre l'efficacité réelle. D'abord, il ne faut pas pra- 
tiquer cet exercice trop tôt : « C'est la Dissertation proprement dite qui doit être en 
Seconde le devoir le plus rare, le plus tardivement abordé, le plus soigneusement 
préparé par les lectures, les explications, les causeries et directions antérieures » 
(p. 18). 

Puis, on doit les appuyer toujours sur des souvenirs précis : « D'une façon géné- 
rale, en littérature, les dissertations doivent être peu nombreuses, restreintes dans 
leur sujet et dans leur étendue, n'avoir jamais le caractère d'une étude critique où 
l'élève soit appelé à formuler par lui-même des jugements d'ensemble, s'appuyer 
toujours, au contraire, sur le souvenir récent d'un auteur étudié en classe » (p. 19). 

Enfin, il est nécessaire qu'on demande à des élèves, non pas d'être de grands 
critiques, mais d'être tout simplement... des élèves. « La dissertation est surtout, 
sinon exclusivement, uti devoir de Première. Là encore, pourtant, elle ne serait 
pas sans danger isolée des lectures antérieures et de l'enseignement récent. Là 
encore, l'explication écrite d'une belle ou bonne peige vaudra toujours mieux pour 
des jeunes gens à qui l'on n'a point de peine h persuader par une flatterie grosse 
de fAcheuses conséciuenccs, qu'ils sont prématurément des critiques » (p. 20). Noug^- 
n'avons jamais dit autre chose. A ces conditions, la dissertation littéraire restera 
l'erercice essentiel dans tous les examens ou concours, depuis le baccalauréat jus- 
qu'aux agrégations. 



PRÉFACE. XXIII 

avons lambition de leur rendre, et nous seront peut-être 
reconnaissants de leur avoir indiqué comment ils devaient se 
servir de ces volumes qui ont été faits pour eux. Quant aux 
maîtres qui iront jusqu'au bout de cet Avertissement, ils y 
verront, comme conclusion dernière, l'expression demasincère 
gratitude pour l'accueil bienveillant qu'ils ont bien voulu faire 
à la collection : La Composition française. C'estleur bienveillance 
qui m'a encouragé à risquer ce nouvel ouvrage ; c'est à eux 
qu'il devra son succès, s'il en a; je les remercie à nouveau 
en leur donnant l'assurance de mes meilleurs sentiments de: 
confraternité. 

M. ROUSTAN. 



LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 

PAR LA DISSERTATION 



SUJETS PROPOSÉS ACCOMPAGNÉS DE PLANS 

DE DÉVELOPPEMENT. DE CONSEILS 

ET D'INDICATIONS DE LECTURES RECOMMANDÉES. 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE 



I 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE — LA SOCIÉTÉ 
FONTENELLE ET BAYLE 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE 

1. EfifFérences entre la littérature du XVII* 
et celle du XVIII*^ siècle. 

Matière. — En quoi diffèrent surtout les littératures des xvii® et 
xvine siècles? 

Lectures recommandées ; Ghamfort, Œuvres complètes, 1824, 5 vol. — 
Duci.os, Œuvres complètes, 1806 ou 1821 (10 vol. Auger, ou 3 vol. Villenave). — 
Garât, Mémoires historiques sur le xviii» siècle. — Grimm, Correspondance 



N.B. — Le tome I est consacré au XVII» siècle, le tome II au XVIII» siècle, le 
tome m au XIX» siècle. Un quatrième et dernier volume sera consacré aux sujets 
généraux et aux sujets relatifs au moyen-âge et au XVI» siècle. 

RoDSTAN. — Le XVIII^ siècle. 1 



2 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

littéraire, philosophique et critique, édit.Tourneux (voir la Table). — La Bruyère, 
Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle. — Marmontel, Œuvres complètes, 
1818. — MoRELLET, Mélanges de littérature et de philosophie du xviii» siècle. — 
RivAROL, Œuvres complètes, éd. 1858. — Senac de Meilhan, Portraits et caractères 
des personnayes distingués de la fin du xvni" siècle ; Le Gouvernement, les 
mœurs et les coîiditions en France avant la Révolution . 

AoBERTiN, L'esprit public au xviii» siècle. — De Baratte, Tableau de la litté- 
rature française au xvii« siècle — Barni, Histoire des idées morales et 
politiques en France au xviii* siècle; Les moralistes français au 
xviii' siècle. — Bersot, Etudes sur le xvin* siècle. — Brunel, Les philosophes 
et l'Académie française au xyin^ siècle. — Brunetière, Etudes critiques sur 
l'histoire de la littérature française ; Histoire et littérature. — Carré, La 
France sous Louis XV. — Desnoireterres, Voltaire et la société française au 
xviii* siècle; La comédie satirique au xviii" siècle. — Dupont, Un poète philo- 
sophe au commencement du xviii« siècle : Houdart de La Motte. — Duprat, 
Les Encyclopédistes. — Faguet, Dix-huitième siècle. — Fontaine, Le Théâtre 
et la philosophie au xviiie siècle. — H. Fouquier, Au siècle dernier. — Gon- 
couRT, Portraits intimes du xviiic siècle; La Femme au xviiie siècle. — Lacrk- 
telle, Histoire de France pendant le xviii' siècle. — Lanfrey, l'Eglise et les 
philosophes au xviii* siècle. — Larroumet, Marivaux, sa vie et ses œuvres. — 
Lenel, Un homme de lettres au xviiie siècle : Marmontel. — De Lescure, Les 
Femmes philosophes. — Rocquain, L'Esprit révolutionnaire avant la Révolu- 
tion. — RousTAN, Les Philosophes et la société française du xyiii« siècle. — 
Sainte-Beuve, Causeries du Lundi (voir la Table). — Scherer, Études sur la 
littérature au xvni' siècle. — Soury, Portraits du xviiie siècle. — Taine, Les 
Origines de la France contemporaine . — Tocqueville. L'Ancien régime et la 
Révolution. — Villemain, Tableau de la littérature au xviiie siècle. — Vinet, 
Histoire de la littérature française au xviiie siècle. — C. de Witt, La Société 
française et la société anglaise au xvnie siècle. 
P. Albert, La Littérature française au xvine siècle : le xviii« siècle, p. 1 sq. 

— Brunetière, Manuel de l'histoi?'e de lalittérature fra?içaise,ch.\U, p. 278 sq. 

— E. Herriot, Précis de l'histob'e des lettres françaises, ch. XIX ; la trans- 
formation de l'esprit classique, p. 557 sq. — Lanson, Histoire de la littérature 
française, 5e partie, p. 615 sq. — E. Lintilhac, Précis de la littérature 
française, t. Il, ch. XII, p. 290, sq. — G. Pelussier, Précis de l'histoire de la 
littérature française, 4» partie, ch. I, p. 291 sq. surtout p. 298. — Vial et Denise, 
Idées et doctrines littéraires du xviii» siècle : Index et Table, p. 425 sq. 

R. DooMiCj Histoire de la littérature française, ch. XXVII, p. 395 sq. : 
le xvni» siècle. — R. Canat, La Littérature française, par les textes, ch. X, 
p. 28 sq.; p. 307 sq; ch. XIII, §1, p. 348 sq. 

Conseils. — Ce sujet a souvent été proposé au baccalauréat sous 
cette forme ou sous une forme analogue (voy. le sujet sui- 
vant). Sachez vous servir de votre manuel. (Cf. Roustan, La 
Composition française : la Dissertation littéraire. Invention, ch. IV, 
p. !k%?,q.)lj'd Littérature française àe hl.'^Qné \)o\im\c{loc. cit., p. 395) 
vous fournira un certain nombre de cadres. Préoccupez-vous d'ap- 
porter votre part de renseignements sûrs, de faits précis, de sou- 
venirs exacts. Pas de développements vagues et oratoires : des 
choses, et non des mots. 



LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 3 

2. Le XVIII^ siècle développe des « genres )> 
nouveaux. 

Matière. — Quels sont les caractères généraux de notre littéra- 
ture au xvm^ siècle ? Quels genres nouveaux apparaissent et se dé- 
veloppent alors ? 

Indiquer les causes qui les font naître, et insister sur les ouvrages 
où l'esprit se marque le plus. 

Conseils. — Voir, pour la dernière partie de ce devoir, le sujet 
n°6. 

3. Les deux grandes périodes 
du XVIII^ siècle. 

Matière. — On divise généralement le xviii" siècle en deux grandes 
périodes : Tune qui va de 1715 à 1750, l'autre de 17.50 à 1789. Pour- 
quoi ? Examinez si cette division est légitime, et retracez à grands 
traits les caractères principaux de ces deux périodes. 

Conseils. — Cette division est, en efîet, adoptée par les critiques 
littéraires. On en trouvera le.«^ raisons dans les différents ouvrages 
que nous avons déjà indiqués. Mais il sera indispensable de se 
reporter aux sujets rangés sous la rubrique : « Diderol, l'Encyclo- 
pédie ». Voir M. Roustan, Les Philosophes et la société française 
du xviiie siècle; on y lira (Préface, p. 11 sq.) le tableau de la révo- 
lution qui s'est faite dans les lettres vers 1750, d'après un témoignage 
contemporain. 

4. Dix-septième ou dix-huitième siècle? 

Matière. — En différentes circonstances, et notamment dans les 
Congrès pédagogiques, on a protesté avec vigueur contre l'étude 
trop exclusive des auteurs du xvii^ siècle, et on a demandé qu'une 
part beaucoup plus large fût faite aux auteurs du xvin«. Tout en 
reconnaissant ce que vous avez dû à notre grande littérature clas- 
sique, ne croyez-vous pas que vous ayez retiré de très grands profits, 
pour votre éducation générale, des œuvres du siècle de Voltaire, 
de d'Alembert et de Diderot? Quels sont ces profits? 

Conseils. — Voici quelques idées extraites de l'article de 
M. G. Lanson qui^ a paru sous ce titre dans la Revue Bleue 
(septembre 1905). 



LE DIX-HUITIEME SIECLE. 



1 



1° Pourquoi on s'en est tenu au xvii* siècle, en 1810, 1820 ou 1840. 
Raisons politiques et religieuses : ces raisons ont disparu. 

2° L'empreinte religieuse et l'empreinte monarchique sont trop 
fortement marquées sur ce siècle. 

3» On se rabat sur les auteurs dramatiques et les moralistes. Leur 
faiblesse au point de vue des idées : 

a) Insuffisance de la casuistique des sentiments et des passions; 

b) La littérature ne peint que la vie de salon et ne décrit que 
l'amour ; 

c) Place de la vie de famille et de la vie civique. 

Conclusion : Cette littérature ne sert de rien pour le plus grand 
nombre, et prépare le petit nombre à rétrécir son idéal. 

11 

1° Idées du xvm« siècle. Gomment, là même où elles ont changé, 
elles nous préparent à la vie contemporaine. Développement. 

2° Nous pouvons goûter ces avantages sans avoir à redouter la 
gravelure. D'où est venu au xvme siècle le goût des polissonneries. Com- 
ment nos recueils classiques nous permettent de vivre sans danger 
au milieu des grands esprit du xvin^ siècle. 

Conclusion : Le « privilège » des auteurs du xvn« siècle est entamé 
de jour en jour. 

(On remarquera que la matière indique une autre partie que 
vous devrez ajouter à celles-là quand vous construirez votre devoir : 
« Tout en reconnaissant ce que vous avez dû à notre grande litté- 
rature classique... » On se reportera aux sujets de notre précédent 
volume : Le Dix-septième siècle. D'autre part, on verra bien que 
le « corps » de la dissertation est constitué parle premier paragraphe 
de la partie II. C'est celui-là que vous aurez spécialement à 
nourrir et à développer.) 

5. Les prosateurs du XVIIP et ceux 
du XVII^ siècle. 

Matière. — En quoi les prosateurs du xvm« siècle diffèrent-ils des 
prosateurs du siècle de Louis XIV? 

» 

Conseils. — On se reportera aux sujets n»' 1 sq. ^ 

Il sera indispensable de se référer aux sujets que nous avons 
proposés sur La Bruyère, dans notre premier volume de La Littéra- 



LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 5 

ture française par la dissertation : le Dix-septième siècle, sujets 
n°s o59 sq., p. 447 sq., et en particulier aux sujets no* 585-595, 
p. 468-472. 

Pour ce qui a trait à l'histoire même de la langue, on consultera 
la grande Histoire de la littérature française, publiée sous la direc- 
tion de Petit de Julleville, t. VI, ch. XVI, p. 819 sq ; le livre de 
Vernier sur Voltaire grammairien ; l'Histoire de la langue française 
de Henry; l'ouvrage de M. Gohin sur les Transformations de la 
langue française pendant la deuxième moitié du xvni« siècle, et 
enfin la grande Histoire de la langue de M. Brunot. 

6. L' « esprit » chez les prosateurs 
du XVIir siècle. 

Matière. — Larroumet définit ainsi la qualité essentielle, « exquise 
et rare », que presque tous les écrivains du xvin^ siècle ont possédée : 
« Nous voulons parler, dit-il, de ce don particulier, qu'on ne peut 
caractériser qu'en renonçant à le définir, ce mélange de grâce 
légère et de facilité, de simplicité et d artifice, don naturel que 
n'avait pas toujours le xvii^ siècle et que le xvm* possédait au plus 
haut degré. C'est lui qui relève d'un attrait si vif les œuvres artis- 
tiques et littéraires de ce temps, les plus élevées comme les plus 
frivoles... » (Larroumet, Marivaux, sa vie, ses œuvres, -l" partie, 
ch. V, p. 558.) 

Quels exemples pourriez-vous citer de cet « esprit » du xvni^siècle? 
Par quelles raisons historiques, littéraires, etc., expliquez-vous que 
les écrivains du xvm^ siècle aient été conduits, suivant le mot de 
La Bruyère, à mettre de l'esprit dans le discours ? 

Lectures recommandées : L'essentiel se trouvera facilement dans les éditions 
des oeuvres des écrivains du xviue siècle (voy. les tables) ; en particulier, consultez 
la table d'une édition de Voltaire. Lire dans le Dictionnaire philosophique les 
articles littéraires qui paraissent devoir vous intéresser, et notamment l'article : 
Esprit (édit. Beuchot, t. XXIX, p. 211 sq.) ; (Cf. Roustan, Les Genres littéraires : 
la Lettre, p. 100 sq.). 

Conseils. — Larroumet (loc. cit.) donne comme exemples les 
croquis de Saint-Aubin ou de Moreau, les fêtes italiennes de Watteau 
ou les scènes intimes de Chardin, et puis — ce sont ces derniers 
exemples qui vous intéressent — « les petits vers, les lettres, les 
romans de Voltaire comme les grandes études historiques, les 
Lettres persanes comme la Pluralité des Mondes, Vert-Vert comme 
la Métromanie. ». Il ajoute que Marivaux a caractérisé avec bonheur 
cette qualité « exqujse et rare », « dans une allégorie digne d'être 
comparée aux plus gracieuses fictions d'Addison. » {Le Cabinet du 
philosophe : 2» feuille, cité par Larroumet, loc. cit., p. 558-561.) 

Lisez Marivaux, et, d'une façon générale, lisez des textes : Mon- 



6 LK DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

tesquieu, Diderot, etc., tous les écrivains dont vous avez les 
ouvrages ou les extraits vous seront utiles, sinon pour « définir » 
du moins pour « caractériser » I' « esprit », que les écrivains du 
xvme siècle ont mis dans le discours. 

La matière elle-même vous indique une source de documents du 
plus haut prix. Reprenez votre La Bruyère; tous ces écrivains 
sont ses successeurs, et c'est lui qui marque l'avènement du goût 
nouveau. (Cf. La Bruyère, Les Caractères, édition Hugues, notice, 
I 2., p. LIV sq.) 



7. Le style « coupé » au XVIIF siècle. 

Matière. — Que pensez-vous de cette opinion partout répandue 
que le style du xvm^ siècle est le style « coupé » ? Le style « pério- 
dique )) n'a-t-il pas été en honneur au xvm" siècle, et le siècle pré- 
cédent n'avait-il pas employé la phrase courte ? Comment 
expliquer alors que tout le monde s'accorde à réserver pour le 
xvnie siècle le mérite d'avoir mis en honneur le style « coupé »? 



Plan proposé : 

Eoaorde : Le mot est répété partout : le style du xviii^ siècle 
est le style « coupé ». Que faut-il entendre par là? 

1° — Définition du style a non coupé », périodique: là, 
ridée maîtresse est enveloppée des idées secondaires, classées 
suivant leur ordre d'importance. Au xvnr' siècle, ce n'est pas 
cette subordination harmonieuse que l'on cherche, mais le 
piquant, la vivacité. On veut éviter jusqu'à l'apparence du 
pédanlisme ; par suite, Je travail qui a brisé la période de 
Balzac se continue et se précise. {CLLa Littérature française par 
la dissertation, t. I : Réforme de la Prose, sujets n°® 27 sq., 
p. 41 sq., et plus particulièrement, sujet 42, p. .^8 sq.) 

2*^ — a) Mais cela ne signifie pas que les écrivains aient 
évité lés phrases longues. 11 y en a chez Voltaire comme chez 
Bossuet; toutefois, elles sont construites différemment. 
Prendre un ou deux exemples caractéristiques, et faire voir 
((ue la phrase du xvin^ siècle, quand elle s'allonge, répète un 
môme membre plusieurs fois, une conditionnelle ou une 
temporelle. . . , additionne les éléments au lieu de les fondre, etc. . . 

b) Ajoutons encore qu'il y a des exceptions : BufTon est 
resté du xvn^ siècle, et il arrive chez les autres ([ue la période 
vient étoller une idée grave ou élevée. (Voy.sur BufTon les sujets 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 7 

n«^ 163 sq. et sur Rousseau les sujets n°^ 341 sq.) Il est bien 
entendu qu'il s'agit ici des caractères « généraux » du style 
du xvni*^ siècle. 

3° — Cela ne signifie pas davantage que le xvnie siècle a 
inventé le style « coupé ». Même avant La Bruyère, nos 
grands écrivains l'avaient employé fort habilement : La 
Rochefoucauld, Bossuet, Pascal, La Fontaine, etc. (voir notre 
Littérature française par la dissertation, t. I, passim) avaient 
connu les ressources du style coupé. 

Si même nous voulions aller jusqu'à Montaigne, nous con- 
staterions que ses longues phrases sont plus d'une fois com- 
posées de petites phrases courtes, pointues, sentencieuses, à 
la manière de Sénèque (Cf. La Littérature française par la dis- 
sertation, t. IV' : Montaigne). 

4° — Que veut-on dire alors lorsqu'on affirme que l'origi- 
nalité du xvin® siècle consiste, en grande partie, dans l'emploi 
du style « coupé » ? On veut dire que le xvni*' siècle en a fait 
son instrument habituel, qu'il en a étendu le domaine, qu'il 
lui a donné des qualités nombreuses et inédites, celles-là 
même que ce style ne paraissait pas apte à recevoir. 

a) Il lui donne d'abord la variété. Déjà La Bruyère avait 
excellé à fuir la monotonie, en mêlant avec dextérité les 
j)hrases plus ou moins courtes. Le xvni'^ siècle tire parti de 
tous ses procédés. Donner des exemples. 

6) 11 le rend compréhensif, c'est-à-dire il lui donne les 
qualités du style périodique. A la suite de La Bruyère, les 
auteurs du xvni*' siècle arrivent à faire entrertout un portrait, 
toute une scène, toute une argumentation, dans une phrase 
composée de petits traits alertes et pressés. Exemples. 

c) Il lui donne le rythme, le mouvement, et par-dessus tout 
la clarté. On peut dire ici que La Bruyère est dépassé. Ce style 
sans attache, sans conjonctions, sans « chevilles », est remar- 
quablement lumineux; il a aussi de l'élan, de l'aplomb, pour 
ainsi dire, et la phrase marche d'un pas dégagé et sûr. Tout 
est dû à l'allure même <les idées. Exemples. 

d) Il lui prête une force comique à laquelle le style de 
La Bruyère n'avait pasatteint.La gaieté, parfois endiablée, du 
xvni^ siècle : montrer, par des passages de votre choix, que 
ce style est le vrai modèle du style des journalistes. 

e\ II lui donne enfin une chaleur que le style des Caractères, 
un peu trop travaillé, a beaucoup plus rarement. Voltaire, 
Montesquieu, Diderot, tous, peuvent nous fournir des exemples. 



8 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conclusion : En résumé, l'opinion partout répandue est bien 
vraie : la prose du xvnr siècle a des traits qui lui sont parti- 
culiers, et sa plus grande originalité consiste dans l'emploi 
nouveau d'une forme de style déjà connue, mais qu'il a faite 
sienne. 



8. Pourquoi le XVIF siècle est l'époque 

de la période, et le XVIIP siècle, 

celle du style coupé. 

Matière. — Expliquer pourquoi en général le style périodique a 
dominé au wii^ siècle, et le style vif et coupé au xyin^. 

t 

Conseils. - Ce sujet, posé en ces termes au baccalauréat» est 
différent du sujet qui précède. Vous pourrez utiliser le plan que 
nous avons indiqué (Cf. Roustan, La Composition française : la Dis- 
sertation inorale, Invention, ch. II, | V, p. 34 sq.), après avoir bien 
vu qu'il s'agit d'expliquer non pas comment, mais pourquoi le 
style périodique a dominé au xvn^ et le style coupé au xvni^. 

On se reportera aux sujets n»» 5 sq., et aussi au tome P^ 
de La Littérature fraiiçaise par la dissertation : III, Réforme de 
la prose, p. 35 sq. ; XIII, La Bruyère, p. 447 sq., et surtout p. 468 sq. 

9. Le style précis du XVIIP siècle est 
accusé de « sécheresse ». 

Matière. — On lit dans la Correspondance littéraire de Grimm 
(février 1782 : édition Tourneux, t. XIII, p. 86), à propos du discours 
de réception de Condorcet à l'Académie française : « Gomment avouer 
de si bonne foi que la précision philosophique doit rendre nécessai- 
rement les langues « moins hardies, moins figurées », leur commu- 
niquer de la « sécheresse » et de 1' « austérité », sans vouloir con- 
venir en même temps qu'elle prive ainsi l'éloquence et la poésie 
d'une partie des ressources qu'il leur appartient d'employer pour 
nous intéresser ou pour nous séduire? » 

Vous semble t-il en effet que le style du xviii« siècle ait manqué 
d'élan, et, pour tout dire, d'éloquence ? Quels passages opposeriez- 
vous à ceux qui reprochent aux écrivains de ce siècle leur « séche- 
resse », et qui pensent que « la précision philosophique » a privé 
le style de chaleur et de mouvement ? 

Conseils. — Si vous voulez voir comment ce sujet touche aux 
sujets nos 11 sq^ ijsez ce passage de Barante : « Les nouveaux 
systèmes de grammaire conduisirent aussi à une autre manière de 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 9 

voir, qui résulte encore de ce qu'on regardait les idées comme des 
images absolues des objets et comme identiques pour tous. Les 
uns avaient voulu que chaque homme fût forcé de s'exprimer 
comme tous ; d'autres en vinrent à ne plus attacher d'importance à 
l'expression des idées et aux formes" du langage. Les idées, sui- 
vant eux, étant les mêmes dans tous les individus, il était indiffé- 
rent qu'ils les fissent comprendre d'une manière ou d'une autre. 
De là, tous les blasphèmes contre la poésie et le style; de là, cette 
assertion que les pensées sont tout et l'élocution peu de chose. » 
{Tableau de la litte'rafiire au wni^ siècle, p. 187 sq.) 

JO. La prose du XVIir siècle jugée 
par Victor Hugo. 

Matière. — Que pensez-vous de ce jugement de Victor Hugo : « Le 
xviiie siècle iîltra et tamisa la langue une troisième fois. La langue 
de Rabelais, d'abord épurée par Régnier, puis distillée par Racine, 
acheva de déposer dans l'alambic de Voltaire les dernières molécules 
de la vase natale du xvi« siècle. De là cette langue du xvni^ siècle, 
parfaitement claire, sèche, dure, neutre, incolore et insipide, langues 
admirablement propre à ce qu'elle avait à faire, langue du raison- 
nement et non du sentiment, langue incapable de colorer le style, 
langue encore souvent charmante dans la prose, et en même temps 
très haïssable dans le vers, langue de philosophes, en un mot, et 
non de poètes » ? (V. Hugo, Littérature et philosophie mêlées, édition 
Hetzel et Quantin, t. XXXIX, p. 20 sq.) 

Lectures recommandées : Voir les sujets n»» 5 sq. 

Pour la langue de Rabelais, voir Roustan, La Littérature française par la dis- 
sertation, t. IV : Rabelais. Sur Régnier et Racine, voir Jbid, tome I, sujets 
n»» 9 sq., p. 9 sq., et n»» 334 sq., pages 283 sq. 

Conseils. — Il y aura sans doute quelques restrictions à faire. 
Il semble bien que Victor Hugo, comme beaucoup d'autres, ait été 
touché des reproches adressés par Fénelon et La Bruyère à la 
langue française, et qu'il ait pensé qu'il s'est produit au xvni^ siècle 
un nouveau travail d'appauvrissement qui a encore desséché le 
vocabulaire. En réalité, il n'en est rien. Voyez la Préface du Diction- 
naire de l'Académie de 1718, et le Manuel de l'histoire de la littéra- 
ture française, de Brunetière, p. 270 sq. On trouvera d'ailleurs tous 
les renseignements désirables dans le livre de M. Gohin, cité au 
sujet n» o. 

11. Le XVIir siècle est le siècle de la prose. 

M.\TiÈRE. — En France, au wm^ siècle, est-ce la prose ou la 
poésie qui a été cultivée avec le plus de succès, et pourquoi ? 

l. 



10 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Les candidats, pour justifier leur réponse à la première question, 
n'oublieront pas de mentionner un certain nombre d'auteurs illus- 
tres, et d'œuvi'es remarquables. 

En traitant le second point, ils insisteront principalement sur les 
causes générales : disposition des esprits au xvme siècle ; objets 
qui attiraient alors l'attention des plus hautes intelligences, et dont 
quelques-uns passionnaient l'opinion publique. Cette disposition des 
esprits, ces objets étaient-ils favorables à la poésie, ou à la prose? 

Conseils. — Cette matière ainsi proposée au baccalauréat rentre 
dans la catégorie des matières complaisantes. Elle invite les can- 
didats à bien distinguer entre les deux points, et à traiter le sujet 
dans toute son étendue (Cf. Koustan, La Composition française : la 
Dissertation littéraire. Invention, ch. II, p. 17 sq.): à développer le 
premier point par des exemples (Cf. Roustan, La Composition 
française :la Dissertation littéraire, Invention, ch. IV, § V, p. 53 sq. ; 
la Dissertation morale, Invention, ch. V, | III, p. 67 sq.); — et le 
second, sans se perdre dans les détails, mais en dégageant les idées 
générales (Cf. Roustan, La Composition française : Conseils géné- 
raux, A l'Examen, ch. II, p. 225 sq.). Le sujet a souvent été pro- 
posé au baccalauréat, mais d'ordinaire avec moins d'indications 
précises, par exemple : « Vous montrerez que le xvni'' siècle a cul- 
tivé la prose avec plus de succès que la poésie, et vous en donnerez 
les raisons, etc . » 

12. La théorie de « la difficulté vaincue » 
au XVIir siècle. 

Matière, — On sait que, pour Fontenelle comme pour son siècle, 
c'est la difficulté vaincue qui fait le mérite de la poésie : la poésie 
ne diffère de la prose que par la contrainte. « Ne sont-ce pas les 
difficultés vaincues qui font le mérite des poètes ? N'est-ce pas sur 
cet unique fondement, par cette seule considération, qu'on leur a 
permis une espèce de langage particulier, des tours plus hardis, 
plus imprévus ; enfin, ce qu'ils appellent eux-mêmes, en se vantant, 
un beau, un noble, un heureux délire, c'est-à-dire, en un mot, ce 
que la droite raison n'adopterait pas ? S'ils ne se soumettent pas 
aux conditions apposées à leurs privilèges, on aura droit de les 
condamnera redevenir sages. » 

Que pensez-vous de cette opinion, et peut-elle vous aider à expli- 
quer en partie le caractère « antipoétique » du siècle des Fonte- 
nelle, des La Motte, des Dubos et des Trublet? 

Lectures recommandées: Voiries n»« précédents. 

Fo.NTENKi.i.E, Réftexions sur la Poétique ; Discours lu (la?is l'assemblée publi- 
que de l'Académie le S5 août 1149 (Rapport sur les prix de poésie) ; Réponse à 
Monseigneur l'Evêque de Luçon. — La MorrE, Œuvres, 10 vol., 1754; Para- 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 11 

doxes littéraires de La Motte, édit. Jullien. — Abbé Dubos, Ré Vexions critiques 
sur la poésie et la peinture. — Trdblet. Essais, IV ; De la poésie et des poètes. 

Locis Maigron, Fontenelle : l'Œuvre littéraire de Fontenelle; le Traité «sur la 
poésie en général ». — P. Dlpo.nt, Un poète philosophe au commencement du 
xvuie siècle : Houdart de La Motte. — H. Rigault, Histoire de la querelle des 
Anciens et des Modernes. — Vial et Demse, Idées et doctrines littéraires du 
xviiie siècle. 

Voir les lectures indiquées dans le tome l"" de notre Littérature française par 
la dissertation : F"énelon, p. 4^26 sq., sujets 534 sq. ; et les lectures indiquées, 
plus haut, sujets n"' i sq., et plus bas, sujets n»* 13-15. 

Conseils. — « Rompez la mesure des vers de Racine, déclare 
l'un, faites dispai\iître ses rimes ; vous n'y perdrez que cet agence- 
ment étudié qui vous distrait de l'acteur, pour étudier le poète, e 
i[ui ne paraîtrait qu'un abus de la parole à tout homme de sens qui 
n'aurait jamais entendu de vers. » 

« La rime, écrit un autre, ainsi que les lîefs et les duels, doit 
son origine à la barbarie de nos ancêtres. » 

« On fait consister le mérite de la poésie, affirme naïvement un 
troisième, dans quelque chose qui diminue tous les jours dans toute 
nation, à mesure qu'elle se perfectionne et que la raison y fait plus 
de progrès. C'est un préjugé bien fort contre la poésie. » (La Motte, 
Discours à l'occasion de la tragédie cl' Œdipe. — Dubos, Réflexions sur 
la poésie et la peinture. — Trublet, fJssaw, IV, cités par L. Maigron 
dans: Fontenelle, p. 213.) 

Ramassez toutes ces citations, auxquelles vous en ajouterez 
d'autres, tirées de vos lectures (Cf. Roustan, La Composition fran- 
çaise : la Dissertation littéraire. Invention, ch. IV, p. 43 sq.) ; 
mettez en lumière l'idée essentielle, celle qui est indiquée par le 
titre, et qui mar(|ue bien l'erreur initiale de tous les écrivains qui 
ont si mal jugé de la poésie (Cf. Roustan, La Composition française : 
la Dissertatio?i littéraire, Disposition, ch. II sq., 63 sq.). 

Vous pourrez conclure par ces mots de Rarante, où la même 
idée se retrouve et où on rencontre une explication des erreurs 
dont nous avons parlé : « Au reste, ce ne sont pas les poètes qui ont 
médit de la poésie, ce ne sont pas les écrivains d'un style animé, 
(jui ont voulu la dessécher... La Motte et Fontenelle avaientdéjà pro- 
fessé des opinions semblables ; ils avaient regardé la poésie comme 
une forme factice donnée à la pensée. La leur n'était pas une pro- 
duction spontanée, elle avait été faite par travail et par industrie. 
Ainsi, ils ont dit ce qu'ils sentaient sur la poésie, et l'ont dit avec 
vérité et persuasion. On a oublié leurs vers, et leur exemple est 
une nouvelle preuve. » {Tableau de la littérature au xvin^ siècle, 
se édit. p. 189.) 

13. L' « athéisme poétique » du XVIIP siècle. 

Matière. — « La Motte a pour lui l'esprit du temps qui n'est pas 
poétique. Duclos s'écrie, entendant de beaux vers : « Cela est beau 



1'^ LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

comme de la prose ! » Trublet ajoute : « La plus grande louange 
qu'on pourrait donner à des vers, ce serait peut-être de dire qu'ils 
raient de la prose, mais je n'en connais pas de tels. » {Lettre à 
Me T. D. L. F., t. I, 15.) 

Ce ne sont pas là de simples boutades : c'est l'expression para- 
doxale d'un sentiment universel. Et, pour tout dire, Voltaire lui- 
même, le vengeur des vers, qu'a-t-il fait autre chose que dégager 
le sentiment intime du siècle et assurer dans les idées et les œuvres, 
dans la langue et jusque dans la poésie, l'éclatante victoire de l'es- 
prit prosaïque? » (P. Dupont, Un poète philosophe au commencement 
du xvme siècle : Houdart de La Motte, p. 301.) 

Que savez-vous de ce qu'on a appelé « l'athéisme poétique » du 
xvme siècle ? Quels sont les auteurs qui l'ont traduit ? Quelles en 
étaient les raisons ? 

Lectures recommandées : Voir le sujet précédent et les sujets n" 14, 15, 221, 
229, etc. 

Conseils. — L'expression « athéisme poétique » est dans Ville- 
main [Tableau de la littérature au xvni^ siècle, 11^ leçon, t. I, p. 44). 
Cette leçon mérite d'être lue attentivement. On trouvera, d'un autre 
côté, dans le livre de P. Dupont, le point de départ, en quelque 
sorte, de cet « athéisme » : Cf. « La Motte théoricien », p. 228 sq., 
et surtout : « Le paradoxe sur la poésie », p. 291 sq. On verra 
comment La Motte remet en circulation les critiques de Fontenelle 
et de Fénelon sur la versification française, et ce qu'il y ajoute. 
Puis, quand on aura amassé un certain nombre de passages où les 
successeurs de Fénelon, de Fontenelle, de La Motte reprennent 
leurs théories antipoétiques, on se préoccupera de montrer que 
Voltaire lui-même se rattache à cette école. Eh quoi ! le « vengeur 
des vers »? l'homme qui a protesté, contre les raisonneurs au nom 
de la poésie? l'écrivain qui a écrit tant de passages comme celui-ci : 
« Je me flatte du moins que le compas des mathématiques ne sera 
jamais la mesure de mes vers, et, si vous avez versé quelques 
larmes à Zaïre ou à Alzire, vous n'avez point trouvé parmi les 
défauts de ces pièces-là l'esprit d'analyse, qui n'est bon que dans 
un traité de philosophie, et la sécheresse, qui n'est bonne nulle 
part. » ? ( Voltaire à de Formont, 20 novembre 1738, t. LUI, p. 354, 
édit. Beuchot.) 

Oui, lui-même, et il sera fort curieux de s'en assurer. 

14. La poésie da XVIIF siècle jugée par 
un contemporain. 

Matière. — Que pensez-vous de cette opinion, exprimée vers le 
milieu du xYin® siècle : ft II faut laisser là la poésie et les odes. Ne 






LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 13 

voyez-vous pas que nous sommes un peuple écrivain et prosaïque, 
et que la belle poésie se perd à mesure qu'une nation se police ? 
Groyez-moi, ce n'est pas un fruit d'automne ». 

Conseils. — On trouvera le passage dans la Correspondance de 
Grimm (15 janvier 1764, édit. Tourneux, i. V, p. 434 sq.). Il est tiré 
d'un dialogue entre un poète lyrique et un philosophe. Ce dernier 
expose les raisons de son aversion indicible pour les odes, et 
résume,- une bonne fois pour toutes, les griefs de la philosophie 
contre « le genre de poésie le plus sublime ». 

C'est d'abord l'avalanche de pièces insipides, qu'on dénomme des 
odes, alors que, depuis la naissance du monde, à peine si on 
peut en reconnaître cinq à six vraiment dignes de ce titre. Le 
xvm^ siècle en particulier a produit une multitude de vers décorés 
injustement de ce nom : le vrai philosophe, trompé tant de fois, 
finit par ne plus lire aucun des poèmes qui se donnent pour tels. 

C'est ensuite l'impossibilité absolue de se retrouver dans les con- 
ditions mêmes qui ont fait naître les lyriques des temps anciens: 
un poète, « avec une perruque en bourse ou un grand bonnet de 
nuit », qui s'assied devant son écritoire, se gratte l'oreille de sa 
plume et se dit : « Je vais faire une ode », n'a rien de comparable 
— suivant le philosophe — à ce Pindare, saisi par le dieu qui le 
transporte dans les sphères inaccessibles aux mortels. 

Dans un cabinet de travail, on a nécessairement « un air tout 
à fait anti-odaïque » ; parlez-moi du chantre inspiré, qui, la lyre 
à la main, dans un paysage solitaire, se réfugie au milieu de ruines 
superbes et s'appuye sur les débris d'une colonne renversée ! Et, 
comme le poète répond que tout le monde ne peut pas habiter la 
campagne, qu'on a des occupations en ville, le philosophe l'inter- 
rompt et déclare que les temps de la poésie sont passés, que 
l'humanité est désormais trop loin des siècles où elle habitait au 
milieu d'un peuple de divinités. 

Ici se place le texte proposé par la matière. La poésie ne peut 
être un « métier de cabinet » ; le philosophe (suivant un mot heureux 
de son adversaire) v expose toujours le poète au grand air ». Pour 
lui, il y a des poètes là où il n'y a pas d'écrivains ; à Florence, par 
exemple, un homme monte sur un tonneau et chante ; en France, 
on a « le courage de fixer sur le papier ce qui, par son caractère, 
est aussi fugitif que le son qui frappe l'air ». 11 faut donc jeter la 
plume, reprendre la lyre, placer un tonneau sur la place de Reims 
« pour tout poète que son génie pourra saisir au toupet. » Cela 
vaudra mille fois mieux que toutes les Académies. 

Certes, Grimm pousse la charge assez loin, et il ajoute cette res- 
triction que le philosophe lui paraît un peu bizarre ; mais il est 
bizarre dans la partie positive de son argumentation, non dans la 
partie négative. Grimm, comme toute son époque, est bien persuadé 
que le temps des odes et de la poésie est passé, que nous sommes 



14 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

un peuple « écrivain et prosaïque » et, pour tout dire, un peuple 
de « raisonneurs ». 

Il lui arrivera de s'en plaindre, par exemple dans ce passage 

(août 1774, édition citée, t. X, p. 465) : « De bonne foi, peut-on nier 

que la philosophie n'ait fait quelque tort à nos plaisirs et à notre 

bonheur, en affaiblissant le ressort de l'imagination, en refroidis- 

V sant 1 ame, en nous otant de douces illusions, etc. ». 

Le plus souvent, il se contente de constater sans aucune plainte, 
ni aucune récrimination (voy. le sujet n» 9). 

On lit à la date de février 1782 : « Il serait absurde de soutenir 
que les arts de l'esprit et de l'imagination sont absolument incom- 
patibles avec le progrès des lumières ; mais il n'en est pas moins 
prouvé que l'éloquence et la poésie ont toujours précédé l'étude des 
sciences exactes, et l'ont rarement suivie. Le célèbre Bacon l'a dit 
lui-même quelque part : toutes les fois qu'on verra discuter avec 
beaucoup d'intérêt les grandes questions du gouvernement et de 
l'économie politique, les belles-lettres seront bientôt négligées ». 
(Édition citée, t. XIII, p. 86.) 

Un membre de l'Académie des Inscriptions qui concourait à 
l'Académie française, M. de Ghabanon, présentait un poème qui 
portait le titre suivant : « Sur le sort de la poésie en ce siècle 
philosophique » (Cf. Grimm, Correspondance, édition citée, t. VI, 
p. 73 sq.), nous y avons trouvé des vers de ce genre : 

Mais, tandis que l'esprit s'appliquait à connaître, 
L'àme se refroidit et perdit de son être.... 

Le sort de la poésie rappelle à M. de Ghabanon celui de Psyché : 

... Elle voulut encore en connaître la source, 

Voir le dieu qui l'aimait, contempler ses attraits. 

L'amour dès ce moment s'envola pour jamais. 

Que dire des Beaux-Arts? Us nous quittent peut-être. 

Quand on veut de trop près les voir et les connaître. 

Sans doute le génie, en ces temps éclairés, 

Voit par trop de liens ces élans resserrés, 

La marche était plus fière, et peut-être plus sûre. 

Quand il n'obéissait qu'à la seule nature.... 

C'est bien toujours cette idée, à savoir que les temps de la poésie 
sont passés ; et c'est toujours la même plainte qui reparaît : « Une 
je ne sais quelle fureur de logique s'est emparée des esprits, a fait 
de nous des raisonneurs, nous en sommes insupportables, et je ne 
conçois pas comment nous avons pu sacrifier si légèrement au petit 
honneur de penser, le plaisir de sentir. » (Rémond de Saint-Mard, 
Œuvres, t. V : Béflexions sur l'ode, etc..) 

A propos d'un ouvrage intitulé l'Homme de leltres par Garnier, 
où la rhétorique, la poésie, la littérature étaient définies : « la dialec- 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 15 

tique appliquée au\ moyens d'opérer la persuasion, au mécanisme 
des passions, aux principes du goût », le Journal Encyclopédique, 
(l«r juin 1764, p. 6 sq.) dit de même : « Il laut convenir que la philo- 
sophie est bien ingrate. L'accueil qu'on lui l'ait en France devrait, 
en laveur de notre faiblesse, l'engager à modérer un peu sa sévérité, 
guérir nos maux, et cicatriser le corps, mais, depuis quelques 
années, elle se plaît à empoisonner nos plaisirs.... Si par esprit 
philosophique, sur la définition duquel on dispute depuis si 
longtemps, on n'entend que la raison, il est certain qu'aucun art, 
aucune science ne peuvent exister sans lui : mais si l'on entend la 
marche dialectique qui exclut tout ornement, tout accessoire, qui 
ne fait que prouver sans s'embarrasser de plaire, nous croyons, 
en ce cas, que transporter cet esprit philosophique dans la poésie, 
la peinture et généralement dans les arts d'imitation, c'est glacer le 
génie, et détruire les arts. » 

A l'autre bout du siècle, Rivarol dira à son tour : « Ce qui 
occupe trop l'esprit laisse le cœur tranqudle. » [Fetit almanach des 
grands hommes : Œuvres, édit. 1808, t. V. p. 51.) 

Il y a là tout un ensemble d'idées qui éclaire le texte. Il est bien 
entendu dailleurs que la vraie question n'est pas le problème 
général : « La belle poésie se perd à mesure qu'une nation se 
police », mais qu'elle a un sens plus précis puisque « l'opinion est 
exprimée vers le milieu du xvnie siècle ». 



15. D'Alembert, théoricien de la poésie 
au XVIir siècle. 

Matière. — D'Alembert, d'accord en cela avec son siècle, estime 
que rien ne distingue « essentiellement » la poésie de la prose. 
Vous dégagerez des passages suivants sa théorie, et vous la discu- 
terez brièvement : « On entend dire tous les jours : cette expression 
est poétique, celle-ci ne convient qu'à la prose. Mais à quel caractère 
reconnaitra-t-on ces expressions ? Quelle règle donnera-t-on pour les 
distinguer? Voilà ce qu'il serait nécessaire de fixer avec précision.... 

« La question demanderait tant de détails, tant de distinctions, 
tant d'exceptions peut-être qu'on a plutôt fait de dire : « Gela se 
« sent et ne s'apprend point! » Il faut avouer que nous voilà bien 
instruits.... 

« Je vais peut-être proférer une hérésie, qui offensera les oreilles 
des poètes, mais je crois que la seule différence essentielle et con- 
stante qui caractérise le versificateur, c'est de parler en langage 
mesuré et cadencé.... Ce qui distingue essentiellement le poète est 
encore à définir, et, pour eji donner quelque idée, il faut s'en tenir 
à la différence matérielle et mécanique des vers et de la prose.... 

« La difficulté vaincue est le grand mérite de la poésie, et peut- 
être ce principe seul suffirait pour proscrire les vers français sahs 



16 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

rime. » (D'Alembert, Œuvres inédites, édit. Ch. Henry, p. 91, 92, 
100 sq.) 

Vous conclurez par des considérations générales sur ce qu'on 
appelle le caractère antipoétique du xvni« siècle, et vous rappellerez 
ce mot de Joubert : « Il faut craindre de se tromper en poésie 
quand on ne pnnse pas comme les poètes ». [Œuvres, 7e édition, 
1880, t. II. p. 26.) 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n»» 12 sq. et 263 sq. 

Conseils. — Que d'Alembert « ne pense pas comme les poètes », 
il vous sera facile de vous en convaincre à chaque pas. Il a même, 
pour ainsi dire, l'oreille « prosaïque ». « Supposons quatre grands 
vers, dont les deux du milieu riment ensemble et le premier avec 
le quatrième. S'aperçoit-on bien à l'oreille, de la rime de ces deux 
derniers? 11 me semble qu'ils ne riment guère que pour les 
yeux ». (D'ÂLEMBEHT, (Œuvres inédites, édit. cit., p. 103.) 

Il sera utile de lire son Discours prononcé à l'Académie à 
l'occasion des prix de 1760, discours recueilli dans les Œuvres, 
(1822, t. IV, p. 291), sous ce titre : Réflexions sur la poésie. Il y 
donne un moyen curieux de juger la valeur d'un ouvrage poétique : 
c'est de le traduire dans une autre langue. Si ses beautés sont 
factices, elles dispara,issent. Si elles sont solides, elles subsistent. 
On assure que les Réflexions eurent le plus grand succès : le public 
était bien de l'avis de d'Alembert. 

Diderot, lui, protesta dans une lettre à iVr'e Volland ; après avoir 
déclaré que le Discours a été « fort blâmé des uns », mais « fort 
loué des autres », il ajoute : « On m'a dit que VIliade et VEnéide y 
étaient traitées d'ouvrages ennuyeux et insipides, et la Jérusalem 
délivrée et la Henriade préconisées comme les deux seuls poèmes 
qu'on pût lire de suite. Gela me rappelle ce froid géomètre qui, las 
d'entendre vanter Racine qu'il ne connaissait que de réputation, 
se résolut enfin à le lire. A la fin de la première scène de Psyché (!) : 
« Eh bien I dit-il, qu'est-ce que cela prouve? » [Œuvres, éd. Assézat 
etTourneux, t. XVIIl, p. 441). 

Le mot était digne de d'Alembert. Mais le philosophe n'était 
pas encore le plus intransigeant de tous : il faisait, du moins, 
une exception pour la Jérusalem délivrée et la Henriade : 

Palissot, dans une Épître adressée à l'auteur, (c'est un de ses 
procédés habituels de s'adresser vers ou prose à lui-même) s'élève 
contre 

la critique. 

Et le zèle antipoétique 

De nos modernes écrivains ; 

{Œuvres complètes, Liège et Paris, 1778, t. III, p. 292), 

et il écrit dans un commentaire : « Un de nos philosophes modernes 
a raênje porté si loin le délire sur cette matière qu'il conseille 



LA SOCIÉTÉ. n 

sérieusement de traduire la Henriade en prose. Lisez le Voyageur 
I Philosophe.... » 

Cette fois, en effet, la « manie antipoétique » touchait au 
« délire ». 



LA SOCIÉTÉ 



16. Les Salons du XVII^ et ceux du 
XVIir siècle. 

Matière. — M. P. Bonnefon écrit dans son introduction au livre : 
La Société française du xvni« siècle. Lectures extraites des Mémoires 
et des Correspondances, p. XII (Colin, édit.) : « L'action de la 
femme et du monde s'étendait sur la pensée française et lui donnait 
le charme qui distinguait la société. Sans doute, ce n'était pas la 
première fois que l'influence de la femme se faisait sentir dans les 
lettres; mais, tandis qu'elle avait été jadis trop raffinée et trop 
étroite, cherchant à faire de la littérature l'occupation des seuls 
beaux esprits, elle servait maintenant à répandre la pensée des 
écrivains en la simplilîant et en lui prêtant les allures dégagées 
de la bonne compagnie. La différence entre les deux époques est 
essentielle et toute à l'avantage de la plus récente ». 

Que pensez-vous de cette opinion qui attribue à l'influence des 
salons du xviiie siècle plus d'étendue et de profondeur qu'à celle 
des salons du xvn^ ? 

Lectures recommandées : Consultez les « épistoliers », du xviue siècle (Cf. 
Roustan, Les Genres littéraires : La Lettre, biblio,'raphie de la page 111, et les 
collections de il/ewioires relatifs à l'histoire de France : Petitot et Monnierqué (Paris, 
Foucault), Michau'l et Poujoulat (Paris, Didier), Lescure (Paris, Didot). 

DocLos, Considérations sur les mœurs, chap. XI (Œuvres, édit. Belin, t. 1, 
p. HOsq.). — Marmo.nfel, Mémoires, t. II. — A. Gasquet, Lectures sur la société 
française aux xvii« et xvuie siècles (Delagrave) ; Introduction et passim. — La 
Société française du xviiie siècle : extraits des Mémoires et des Correspon- 
dances, par Paul Bonxefox (Colin). 

Voir le n» 1, et plus spécialement : Beksot, Études sur le xviiie siècle. — 
Sainte-Beuve, Lundis ; Portraits littéraires (voir la table). — Desnoiueterres, 
Les Cours galantes (Paris 1859-1864, t. IV). — Ch. Giraud. Le Salon de Ma- 
dame de Lambert [Journal des Savants, 1S80). — Gréahd, L'Education des 
femmes par les femmes {i^av'is, 1886). — Scherer, Melchior Grimm (Paris, 1887). 
— Eufi. Asse, J/"c de Lespinasse et M"" du iJeffand. — P. deSégur, Le royaume 
de la rue Saint-Honoré : Madame Geoffrin et sa cour (Paris, Lévy, 1897) ; Julie de 
Lespinasse, 2« édit. (Paris, Lévy). — P. Dkschanel, Figures de femmes (Paris, 
Lévy, 1889). — Mary Summer, Quelques salons de Paris au xviiie siècle (Paris, 



18 LE DIX-HUITIÉME SIÈCLE. 

Société Française d'édit. d'art.) — DeLescuhe, Les Femmes philosophes (Paris, 1884). 

— F. DE GoNCHES, Les Salons de conversation au xvni" siècle (Perrin, 1891). — 
H. FouQuiER, Au siècle dernier (Bruxelles, Kistemaeckers). — Edm. et J. de Gon- 
couRT, Portraits intimes du xviii" siècle (Charpentier, 1880) ; la Femme au 
xviii* siècle (P'asquelle, 1901, nouvelle édit.). — A. Houssaye, Galerie du x\im siècle : 
Louis XV (Dentu, 1878). —A. Guillois, Le Salon de M'^' Helvetius (Lévy, 1894). 

— Larroumet, Marivaux. — Lenel, Un homme de lettres au xviiie siècle : Mar- 
montel (Hachette, 1902). — Jacquinet, Les Femmes de France (Paris, Belin). — 
De Lomicnie, La Comtesse de Ilochefort et ses amis (Lévy, 1878). — P. de Ségcr, 
Le Royaume de la rue Saint-Honoré (Lévy, 1897) ; Julie de Lespinasse (2« édit., 
Lévy). — J. SouRY, Portraits du xvuie siècle (Charpentier, 1879). — Roustan,. 
Les Philosophes et la société française au xvine siècle, ch. VI : Les philosophes 
et les salons, p. 241 sq. (Voir la réfutation des idées contenues dans ce chapitre, 
par Brunetière, Revue des Deux Mondes, 1er décembre 1906, p. 604 sq.). 

Brunetière, Manuel de l histoire de la littérature française : La déformation de 
l'idéal classique, § III, p. 336 sq. — Herriot, Précis de l'histoire des lettres fran- 
çaises, ch. XIX, p. 592 sq. ; ch. XXI, p. 672 sq. — Lakson, Histoire de la littérature 
française, oc partie, p. 614 sq., passim, et surtout ch. VI, p. 793 sq. — G. Pellis- 
siER, Précis de l'histoire de la littérature française, 4* partie, ch. II. p. 297 sq. 

R. DoL.Mic, Histoire de la littérature française, ch. XXVH, § II : La société, 
p. 396 sq. — R. Ganat, La Littérature française par les textes, ch. XIII, § I, 
p. 348 sq.; ch. XVII, § II. p. 413 sq. ; ch. XIX, g II, p. 461 sq. — M. Roustan, La 
Littérature française par la dissertation, t. I, sujets n»' 14 sq., p. 17 sq. 

Conseils. — Toute l'Introduction de M. Paul Bonnefon est à 
lire à ce propos. L'auteur a montré d'une façon nette et vive 
comment « l'influence des salons, capitale au xvm« siècle », avait 
été plus importante pour les écrivains que celle des salons du 
XVII®. Il suffira d'étudier attentivement ces quelques pages très inté- 
ressantes, et de les appuyer par des extraits de vos lectures. Il est 
indispensable de se reporter aux n^^ 17 sq. 

17. Les Salons du XVIIP siècle. 

Matière. — Gomment expliquez-vous le rôle qui revient aux 
salons dans l'histoire de la littérature française du xviii« siècle ? 
Que savez-vous des {principaux d'entre eux et de leur influence sur 
les écrivains et sur le public, sur le goût et sur la langue? 

Conseils. — Il y aura, sans aucun doute, des grandes divisions 
à établir. Adoptez celles que suit M. L. Brunel dans Y Histoire de la 
langue et de la lUtéralure française (sous la direction de Petit de 
Julleville), t. VI, ch. VIII, p. 386 sq : Les salons, la société, 
l'Académie. 

1° Les bureaux d'esprit (la cour de Sceaux, le salon de W^^ de 
Lamberl, de M'"" de "Tencin). 

2» Les salons philosophiques (salons de M™^ Geoffrin, de d'Holbach 
et d'IIclvétius, de M^^e du Dcffand, de Mi''^ de Lespinasse, de 
M'"e Necker), 

Los salons de la fin du siècle, et leur transformation en salons 
politiques. 



LA SOCIÉTÉ. 19 

18. La littérature du XVIIF siècle 
est une conversation. 

Matière. — Expliquer ce mot de Villemain, qui indique bien 
l'influence des salons du xvnie siècle sur les gens de lettres : « La 
littérature du xviiie siècle est une conversation plutôt qu'un 
travail ». [Tableau de la littérature au xvm^ siècle, t, IIL 
XL* leçon, p. 245.) 

Conseils. — Relisez Villemain, vous y rencontrez cette idée à 
diverses reprises ; par exemple : « Il y avait, à cette époque, plus 
de salons que de cabinets d'étude; on pensait pour les autres et 
non pour soi ; on innovait selon la mode, et non d'après une 
rêverie capricieuse et solitaire ». {Ibid., p. 205, etc. etc.). La 
remarque est faite bien souvent. Garât, dans les Mémoires historiques 
sur le xvnje siècle [2^ édition, 1829), déclare : « L'influence de la 
philosophie, si elle n'eût agi que par des livres et par des lectures, 
eût été loin de produire si rapidement des eifets si importants et 
si étendus. Ce fut dans les conversations qu'elle prit cette force 
toujours croissante, que rien ne pouvait vaincre, et qui devait tout 
changer. » (Livre I. ch. II. p. 170.) Voyez aussi le chapitre III, 
p. 171 sq. 

Lisez Sainte-Beuve, Lundis, t. IX, p. 204 sq. (5 octobre 1853) : 
M On s'habillait, on mettait manchettes et jabot, on sortait pour 
dîner en ville, et on ne rentrait plus que très tard le soir ou dans 
la nuit... ». (Cf. M. Roustan, Les Philosophes et la société française 
au xviiie siècle, ch. VI : Les philosophes et les salons, p. 241 sq.) 

19- L'homme de lettres au XVII'^ 
et au XVIIP siècles. 

Matière. — Comparer l'homme de lettres du xvir siècle à celu 
du xvui«. 

Conseils. — Il est facile de trouver les cadres dans lesquels 
vous rangerez les idées souvent exposées par d'autres, mais que 
vous avez à établir d'une façon personnelle (Cf. Roustan, La Com- 
position française : la Dissertation littéraire. Invention, ch. IV, 
p. 43 sq.). La première leçon du Cours de Villemain, le Tableau de 
la littérature par de Barante, le premier chapitre du Dix-huitième 
siècle de P. Albert ou l'article de Brunetière sur « la formation de 
l'idée de progrès » [Études critiques, V« série, p. 188 sq.), et, pour 
tout dire, les chapitres de vos manuels où il est question du 
xvii^ siècle en général vous fourniront non seulement les para- 
graphes mais les idées à développer. 



20 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

II vaudrait mieux aller directement aux textes; il suffirait par 
exemple de consulter la Table générale des éditions de Voltaire, 
Diderot, Grimm, etc., pour avoir immédiatement des textes tout 
à fait caractéristiques. Le chapitre XI des Considérations sur les 
mœurs àQ\}\ic\os [Œuvres, 1821, 1. 1, p. 110 sq.), pourraità la rigueur 
vous dispenser de bien d'autres lectures. (Cf. Roustan, Les Philo- 
sophes et la société française au xviiie siècle, passim et ch. VI. 
p. 241 sq.; ch. VIII, p. 332 sq.) On ferait bien d'y joindre l'His- 
toire de l'Académie française par Duclos [Œuvres, même édition, 
t. I, p. 569 sq.) ; ou encore de s'adresser à d'Alembert et à son 
opuscule intitulé : Réflexions sur l'état présent de la République 
des lettres pour l'article : Gens de lettres, {Œuvres Inédites, 
Paris, 1887, p. 67 sq.). L'opuscule est composé en 1760, « l'année 
même de la comédie des Philosophes (de Palissot), de celle de 
l'Écossaise (de Voltaire), H de la querelle de M. de Pompignan avec 
les gens de lettres. » (Note de d'Alembert.) 

On s'apercevra vite que « les temps sont changés ». Un homme 
de lettres répond avec fierté à un duc qui voulait lui faire sentir la 
supériorité de son rang : k Monsieur le duc, je n'ignore pas ce que 
je dois savoir; mais je sais aussi qu'il est plus aisé d'être au-dessus 
de moi qu'à côté ». (Ghamfort, Œuvres complètes, 1824. t. II, 
p. 116.) Nous sommes loin de l'époque où il était tout naturel qu'un 
grand fît bâtonner un écrivain. Pourquoi ?... 

11 sera, d'ailleurs, facile de constater que cette transformation 
ne s'achève pas tout d'un coup (voyez le sujet n» 3). On doit ici 
oncore tenir compte de la grande division du xviii^ siècle en deux 
périodes. De Barante dit dans sa préface : « Sous un gouvernement 
absolu, où tous les corps de l'État, toutes les classes de la nation, 
se trouvaient privés de leur part légitime dans la conduite des 
affaires publiques, les lettres étaient, par la force des choses, deve- 
nues un organe de l'opinion, un élément de la constitution poli- 
tique. Faute d'institutions régulières, la littérature en était une ». 
{Tableau de la littérature au wiii^ siècle, p. 5.) 

Et plus bas : « Cependant peu à peu le sort des hommes de 
lettres a changé ; ils sont devenus plus nombreux, ils ont acquis 
plus d'indépendance, et leur place a pris plus d'importance dans 
la société. Leur vanité s'en accroît, et leurs opinions se ressentent 
de ce changement; la résistance qu'on croit devoir leur opposer est 
faible et mal dirigée ; elle ne sert qu'à augmenter leurs dispositions 
hostiles. Forts de l'opinion publique et de Taccueil flatteur de 
l'Europe entière, ils se réunissent et forment une sorte de secte, 
dont les membres ne professent pas des opinions arrêtées et uni- 
formes, mais qui, animés du même esprit, tendent à produire le 
même effet ». {Ibid., p. 336 sq.) 

Il faut donc attendre pour que la littérature remplace les institu- 
tions régulières, que celles-ci se soient affaiblies de plus en plus, 
et le sort des hommes de lettres « a changé » de la première à la 



LA SOCIÉTÉ. 21 

deuxième moitié du xviii» siècle. Mais, il y a déjà une transforma- 
tion très sensible dès les années qui suivent la mort de Louis XIV : 
« L'autorité avait perdu sa considération et une partie de sa puis- 
sance ; la. religion avait cessé d'être un frein universel ; le doute 
avait commencé à détruire les persuasions; les lumières, l'habitude 
de réfléchir s'étaient généralement répandues : les jugements sur 
toutes choses étaient conséquemment devenus plus faciles à porter; 
mais ils avaient dû perdre aussi la gravité et la retenue ; chaque 
homme avait appris à attacher plus d'importance à sa personne, à 
son opinion, et à se moins soucier des idées reçues ». {Ibid., p. 80. ) 
Voilà, d'après de Barante, « le tableau que présentent la fin du 
wii^ siècle et le commencement du xvin« ». Regardez le groupe d'écri- 
vains qui fréquentent, au début du xvni« siècle, le café de la veuve 
Laurent, rue Dauphine, « le rendez-vous de tous les jeunes gens qui 
avaient du talent pour la poésie, l'éloquence, les sciences exactes 
ou les arts >-, comme dit Boindin dans ses Mémoires : La Motte, 
Saurin, Grébillon, Danchet, Boindin, la Faye; entrez au café Gradot 
où Maupertuis, Saurin, Nicole (de l'Académie des sciences). Melon, 
l'auteur du premier traité sur le commerce, La Motte, etc., dis- 
cutent sur des matières tout à fait inconnues à leurs prédécesseurs 
et sur d'autres que ceux-ci n'auraient jamais osé aborder; ou au 
café Procope où se réunissent, à l'époque où se forme l'esprit 
nouveau, Boindin, l'abbé Terrasson, Fréret, Fontenelle, Duclos, du 
Marsais, et plus rarement La Motte, Saurin, Maupertuis. .. Gomment 
faire, direz-vous, pour pénétrer dans quelques-unes des «trois cents 
maisons de cafîé » qui sont ouvertes à Paris en 1715? Prenez Duclos 
pour guide {Mémoires de Duclos : Œuvres, t. I, édit. 1821, p, 21 sq.) 
ou choisissez tel autre guide que vous voudrez ; relisez Michelet : 
Tableau de la Régence ; parcourez le chapitre de Lanfrey dans 
l'Église et les philosophes au xviii« siècle, sur « ces sortes de clubs 
improvisés le lendemain de la mort de Louis XIV, où une ardente 
jeunesse agitait librement tous les problèmes dont un pouvoir 
ombrageux voulait lui interdire la discussion », etc., etc., et vous 
serez convaincus de cette vérité que, bien avant 1750, l'homme de 
lettres du xYin^ siècle était tout différent de ses prédécesseurs 
du xvn^. 



20. Siècle de grands talents et siècle 
de lumières. * 

Matière. — Gomraenter ce vers de Voltaire sur le wii» siècle : 

Siècle de grands talents et non pas de lumières. 

Conseils. — Tenez le plus grand compte du nom de l'auteur 
(Cf. Roustan, La Composition française : la Dissertation littéraire. 



22 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Invention, ch. II, | III, p. 25 sq. ; la Dissertation morale, Inven- 
tion, ch. III, p. 36 "sq.), mais élargissez la question jusqu'à ses fron- 
tières naturelles, en songeant que c'est moins l'opinion d'un homme 
que celle d'une époque tout entière que vous avez à examiner. 
(Cf. Roustan, La Cornposition française : la Dissertation litté- 
raire, Invention, ch. Il, p. 17 sq.) « Si quelques talents paraissent 
peut-être avoir moins d'éclat, écrit Duclos, combien de lumières, 
quelquefois, je l'avoue, mêlées d'un peu de fumée, ne se sont pas 
répandues de proche en proche! Plusieurs de ceux qui se bornent 
4. juger des lettres en ont autant que ceux qui les cultivent par 
état, et plus que bien des auteurs qui brillaient auti»fois. Tel qui 
aurait parlé alors ne serait pas aujourd'hui en état d'entendre. » 
[Considérations sur le goût : Œuvres, 1821, t. I, p, 565.) 
Voyez le sujet n» 19. 



21. Le Français du XVIII^ siècle. 

Matière. — « Le peuple français est le seul dont les mœurs 
peuvent se dépraver, sans que le fond du cœur se corrompe, ni 
que le courage s'altère ; il allie les qualités héroïques avec le plaisir, 
le luxe et la mollesse : ses vertus ont peu de consistance, ses 
vices n'ont point de racines. Le caractère d'Alcibiade n'est pas 
rare en France. Le dérèglement des mœurs et de l'imagination ne 
donne point atteinte à la franchise, à la bonté naturelle du Fran- 
çais : l'amour-propre contribue à le rendre aimable; plus il croit 
plaire, plus il a de penchant à airiier. La frivolité qui nuit au déve- 
loppement de ses talents et de ses vertus le préserve en même 
temps des crimes noirs et réfléchis. La perfidie lui est étrangère, 
et il est bientôt fatigué de l'intrigue. Le Français est l'enfant de 
l'Europe. » (Duclos, Co?isidérations sur les tnœurs, ch. I : Sur les 
mœurs en général; Œuvres, édit. 1821, t. I, p. 53.) 

Que pensez-vous de ce portrait du « peuple français », écril 
au xvm'î siècle ? En quoi porte-t-il la date du temps où il fut com- 
posé ? Quels faits empruntés soit à l'histoire en général soit à 
l'histoire littéraire pouvez-vous citer à l'appui de telle ou telle de ces 
observations? Vous conclurez en montrant combien on aurait tort 
d'ajouter foi aux Mémoires qui nous répètent que la- France était 
pervertie et en complète décadence au xvm^ siècle ; puis, vous ferez 
voir que les fils de ces Français du xviii^ siècle prouvèrent, aux 
heures de la Révolution et de l'Empire, qu'ils étaient loin d'appar- 
tenir à une nation vieilli~e et corrompue. 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 23 

LES PRÉCURSEURS I FONTENELLE ET BAYLE 



22. Fontenelle, l'homme de lettres, le savant, 
l'homme du monde. 

Matière. — « L'idée qu'on s'est formée de M. de Fontenelle est 
fondée sur tapt de titres qu'on peut lui appliquer ce qu'il a dit de 
Leibnitz, que, pour le faire connaître, il fallait le décomposer 
Cette application se présentera à tous ceux qui auront à parler de 
M. de Fontenelle. Nous ne pourrons du moins nous dispenser de 
le considérer dans les lettres, dans les sciences et dans la société. » 
(DucLos, Œuvres, t. I,^ édit. 1821 : Éloge de M. de Fontenelle, 
p. 587 sq.). 

En adoptant ces trois divisions, dites ce que vous savez de Fon- 
tenelle. 

Lectures recommandées : Fontenelle, Œuvres, il vol., 1758-1766; 8 vol., 
édit. 1790 ; éd. 1817. — Pages choisies (éd. A. Colin). - - Choix d'éloges des Aca- 
démiciens (Delagrave). — Éditions classiques de Lettres choisies du win' siècle. 

Grimm. Corresponda?ice littéraire (février 1757, édit. Tourneux, t. III, p. 344 sq., 
et Table. — Dcclos, Œuvres, t. I, p. 587 sq. : Éloge de M. de Fontenelle. — 
Abbé Trublet, Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de 
M. de Fontenelle. — Yillenave, Notice, en tète des Œuvres complètes de Fonte- 
nelle, 1817. — Garât, Eloge de Fontenelle ; Mémoires historiques sur le xvine siècle. 

ViLLEMAiN, Tableau de la littérature <iu xviiie siècle, WIU Leçon. t. I, p. 305 sq. 
— Sainte-Beuve, Lundis, t. 111. — Flourens, Fontenelle ou de la philosophie 
moderne relative aux sciences physiques. — J. Bertrand, L'Académie des 
sciences de 1666 d 1793. — Laborde-Milaa. Fontenelle. — L. Maigron, Fonte- 
nelle, r homme, Vœuvre, l'influence. — Bru.netière, Etudes critiques, 5e série 
(La formation de l'idée de progrès). — H. Rigault, Histoire de la querelle des 
Anciens et des Modernes. — Vial et Demse, Idées et doctrines littéraires du 
xvme siècle : Index, p. 4i6. 

P. Albert, La Littérature française au xviiie siècle : Fontenelle et La Motte, 
p. 43 sq. — Bruxetiêre, Manuel de l'histoire de la littérature française : Fonte- 
nelle, p. 229 sq. — Fagoet, Dix-huitième siècle : Fontenelle, p. 31 sq. — Herriot. 
Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XIX, p. 560 sq. — Lakson, Histoire 
de la littérature française, p. 624 sq. — E. Lintilhac, Précis historique et cri- 
tique de la littérature française, t. II, ch. XII, p. 292 sq. — G. Pellis- 
ijiER, Précis de l'histoire de la littérature française, 4» partie, ch. I, p. 294 sq. 

R. Dovmc,^ Histoire de la littérature française, ch. XXVH, § III, p. 400 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XL § II, p. 311 sq. 

23. Un portrait de Fontenelle par lui-même. 

Matière. — Fontenelle vous semble-t-il s'être justement défini 
dans ces deux vers : 



24 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Je ne suis pas des plus aimables, 
Mais je suis des plus délicats? 

Conseils. — Lisez les ouvrages indiqués précédemment, et voyez 
de Barante '..Tableau de la liLtéralure française au xvin* siècle, 
p. 77 sq. « Le zèle pour la gloire de son oncle et le ressentiment 
personnel engagèrent Fontenelle dans un parti opposé aux 
hommes qui régnaient alors souverainement sur les lettres. Il pro- 
fessa des principes de goût différents des leurs. Mais la douceur de 
son caractère et l'amour du repos, qu'il préféra toujours aux jouis- 
sances de la vanité, l'empêchèrent d'embrasser aucune opinion 
avec chaleur. Dans les querelles sur les Anciens et les Modernes, 
il pencha du côté des adversaires de l'antiquité, mais combattit 
sans passion. Telle fut toujours sa conduite. Il eut le bon sens de 
n'attacher ni assez d'importance ni assez de certitude à ses idées, 
pour vouloir les faire adopter aux autres ; aucun parti ne put le 
recruter. Quand il eut des doutes sur la religion, il sut les renfermer 
dans cette juste mesure de réserve et de critique qui distingue 
l'Histoire des Oracles. Les habitudes de sa jeunesse lavaient imbu 
des systèmes de la physique cartésienne ; il lui conserva son 
affection, mais sans vouloir la défendre ni attaquer la nouvelle 
école de savants avec laquelle il vécut en paix. La tiédeur de son 
âme se fait sentir dans son talent, remarquable surtout par la 
finesse ingénieuse et par l'impartialité. Il n'eut ni verve ni imagina- 
tion comme poète, et point d'invention comme savant. Il apporta 
un peu de sécheresse et d'affectation dans les lettres, et donna quel- 
quefois aux sciences un coloris trop frivole ». 

24. L'école poétique de Fontenelle. 

Matière. — « Il y a toute une école poétique, au xviie siècle et 
au commencement du xvni^ siècle, pour laquelle, à certains égards 
essentiels, le siècle de Louis XIV n'a pas existé: elle se continue 
avec le goût Louis XIII et de la première régence, et finit à la 
seconde, sous La Motte et Fontenelle. Elle part de Voiture, Saint- 
Evremond; elle est assez d'accord avec la première manière de 
La Fontaine ; elle se cantonne, durant Boileau et Racine, à l'hôtel 
Bouillon, chez les Nevers, les Des Houlières, Hesnault, Pavillon, 
Charles Perrault ; voici l'anneau trouvé avec Fontenelle ». (Sainte- 
Beuve, Une ruelle poétique sous Louis XIV, dans Portraits de Fem- 
mes, p. 328 sq.) 

Expliquer, 

Conseils. — Il faudra chercher, dans vos recueils de Morceaux 
choisis, un certain nombre de pièces de ces différents poètes, les 
rapprocher, et en tirer les traits communs qui établissent entre eux. 
une sorte d'air de famille. Voyez notamment : Louis Maigron, 
Fontenelle, 2" partie : L'œuvre littéraire de Fontenelle, p. 119 sq. 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 25 



25. Un mot de Fontenelle. 

Matière. — On lit dans les Mémoires siiv la vie de Duclos, écrits 
par lui-même, que Fontenelle, se trouvant au café Procope, demanda 
à un des plus intrépides « tenants de la dispute » pourquoi il se 
livrait si fort à la contradiction. « C'est, lui dit ce dernier, que je 
vois des raisons contre tout. — Et moi, répondit Fontenelle, j'en 
vois pour tout, et j'aurais la main pleine de vérités, que je ne 
rouvrirais pas pour le peuple. » [Œuvres, édit. 1821, t. I, p. 23.) 
Que pensez-vous de cette réponse ? 

Conseils. — Lisez bien attentivement la matière, et ne partez 
pas en guerre sans avoir pesé tous les termes de la réponse de 
Fontenelle. (Cf. Rouslan, La Composition française : la Disser- 
tation littéraire, Invention, ch. I, surtout | III, p. 11 sq. ; la 
Dissertation morale. Invention, ch. I, surtout | IV, p. 11 sq.) 
« Ce n'est pas un philosophe du xvni^ siècle, déclare Barni, celui 
qui disait que, s'il avait toutes les vérités dans sa main, il se gar- 
derait bien de l'ouvrir ». [Histoire des idées morales' et politiques en 
France au xvni^ siècle, 4» leçon, p. o2, note 1.) Gela est tout diffé- 
rent. Voyez notre livre ; Les Philosophes et la société française 
du xvni^ siècle, ch. VU, | VII, p. 315 sq., surtout p. 321 sq., et 
relisez ce passage de Joubert : « Toute vérité n'est pas bonne 
à dire, car, dite seule et isolée, elle peut conduire à l'erreur et à de 
fausses conséquences ; mais toutes les vérités seraient bonnes à 
dire, si on les disait ensemble, et si l'on avait une égale facilité de 
les persuader toutes à la fois. Savez-vous, en effet, d'où vient 
qu'il y en a de pernicieuses? C'est qu'elles ne sont pas offertes à 
l'esprit avec celles qui pourraient leur servir de contre-poison. 
Aussi n'est-il sage de dire une vérité aux hommes que lorsqu'on 
peut leur en dire deux. Tant qu'on en a trouvé qu'une, il faut la 
tenir en réserve, et attendre que la vérité sa compagne vienne, en 
s'unissant à elle, produire l'utilité. Imitons cette intelligence amie 
des hommes, qui, ayant, dit-on, imaginé le vin, ne voulut le leur 
faire connaîtie qu'après avoir aussi imaginé l'eau destinée à le 
tempérer. Si nous faisons quelque découverte, ne la communiquons 
aux autres que lorsque nous pourrons leur offrir ensemble l'eau 
et le vin de la vérité ». (Jolbert, Œuvres, t. II, p. 140.) 

D'Alembert répondait, lui aussi, aux boutades impatientes de 
Voltaire : « Le genre humain n'est aujourd'hui plus éclairé que 
parce qu'on a eu la précaution ou le bonheur de ne l'éclairer que 
peu à peu. Si le soleil se montrait tout à coup dans une cave, les 
habitants ne s'apercevraient que du mal qu'il leur ferait aux yeux ». 
[D'Alembert à Voltaire, 31 juillet 1762, édit. Beuchot, t. LX 
p. 344.) 

RousTAN. — Le XVlll^ siècle. 2 



26 LE DIX-HUIÏIÈME SIÈCLE. 



26. La poésie pastorale, d'après Fontenelle. 

Matière. — « La poésie pastorale n'a pas de grands charmes si 
elle est aussi grossière que le naturel, ou si elle ne roule précisé- 
ment que sur les choses de la campagne. Entendre parler de bre- 
bis et de chèvres, des soins qu'il faut prendre de ces animaux, cela 
n'a rien par soi-même qui puisse plaire ; ce qui plaît, c'est l'idée 
de tranquillité attachée à la vie de ceux qui prennent soin des 
brebis et des chèvres. Qu'un berger dise : «Mes moutons se portent 
bien, je les mène dans les meilleurs pâturages, ils ne mangent 
que de bonne herbe », et qu'il le dise dans les plus beaux vers du 
monde, je suis sûr que votre imagination n'en sera pas beaucoup 
flattée. Mais qu'il dise : « Que ma vie est exempte d'inquiétude 
Dans quel repos je passe mes jours ! Tous mes désirs se bornent à 
voir mon troupeau se porter bien; que les pâturages soient bons, 
il n'y a point de bonheur dont je puisse être jaloux, etc. » Vous 
voyez que cela commence à devenir plus agréable ; c'est que l'idée 
ne tombe plus précisément sur le ménage de la campagne, mais 
sur le peu de soins dont on y est chargé, sur l'oisiveté dont on y 
jouit, et, ce qui est le principal, sur le peu qu'il en coûte pour 
être heureux/). 

Que pensez-vous de cette théorie de la poésie pastorale, contenue 
dans le Discou7's sur la nature de l'églogue pa-v Fontenelle? 

Lectures recommandées : Outre les ouvrages recommandés aux n»» 22 sq., voir 
aussi : M. Egger, Histoire de la littérature grecque : Période alexandrine, 
\). 356 sq. : Théocrite, Bion, Moschus et bibliographie, p. 372. — A. Couat, La 
Poésie alexandrine sous les trois premiers Ptolémées. — J. Girard, Etudes 
sur la poésie grecque : La Pastorale dans Théocrite, l'Alexandrinisme. — Sainte- 
Beuve, Por^rai^s /t^^e'raires, t. m. — E. Legrand, Étude sur Théocrite. — 
I.EVRAULT, Auteurs grecs : Théocrite, p. 301 sq. 

Jeanroy et Pvech, Histoire de la littérature latine, 4e période, ch. 1 : Virgile, 
et bibliographie, p. 186. — Sainte-Bedve, Etudes sur Virgile. — Coixignon, 
Virgile. — A. CkRrxvhi, Revue de renseignement supérieur, 15 janv. 1895: De 
l'évolution du talent de Vir^'ile des Bucoliques aux Géorgiques. — A. Waltz, 
édition des Bucoliques (A. Colin ; Notice). — L. hzyv^kVLi, Auteurs latins: Virgile, 
les Bucoliques, p. 147 sq. 

Sur d'Urfé, cf. M. Roustan, La littérature française par la dissertation, 
t. I, sujet 197, p. 180 sq. 

Conseils. — Une telle conception de l'églogue condamne 
Théocrite et Virgile, au prodt de Bion et Moschus, et plus encore 
au profit de d'Urfé. Il est facile de s'en rendre compte dans le Dis- 
cours de Fontenelle. De là, les lectures n^commandées. Le sujet 
vous conduit d'ailleurs tout naturellement à voir dans les œuvres 
de Fontenelle lui-même ces théories mises en pratique. (Cf. Rous- 
tan, La Composition française : la Dissertation littéraire, Inven- 
tion, ch. II, p. M sq.) 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 



\ 27. Contre l'admiration excessive des anciens. 

Matière. — « Rien rï'arrète tant le progrès des choses, rien ne 
borne tant les esprits que Tadmiration excessive des anciens. Parce 
qu'on s'était voué à l'aulorilé d'Aristote, et qu'on ne cherchait la 
vérité que dans ses écrits énigmatiques et jamais dans la nature, 
non seulement la philosophie n'avançait en aucune façon, mais 
elle était tombée dans un abîme de galimatias et d'idées inintel- 
ligibles, d'où l'on a eu toutes les peines du monde à la retirer. Aris- 
tote n'a jamais fait un vrai philosophe, mais il en a beaucoup 
étouffé qui le fussent devenus, s'il eût été permis. Et le mal est 
qu'une fantaisie de cette espèce une fois établie parmi les hommes, 
en voilà pour longtemps ; on sera des siècles entiers à en revenir, 
même après qu'on en aura reconnu le ridicule. » 

Que pensez-vous de ce passage de Fontenelle, qui est dirigé 
contre « l'admiration excessive des anciens » '? 

Lectures recommandées : Rousta.n, La Littérature française par la disser- 
tation, t. I : De&cartes, sujets n"* 39 sq., p. 51 sq. ; et, Fénelon, n«* 534 sq., p. 426 sq. 
— Max Egger, Histoire de la Littérature grecque, 2e période, ch. IV, § V : Aris- 
tote, p. 290 et Bibliographie, p. 305. — Boutroux, Grande Encyclopédie (art. : 
Aristote). 

Conseils. — Ne vous hâtez pas de condamner Fontenelle. Mon- 
trez d'abord que ce disciple de Descartes est ici parfaitement 
logique avec sa doctrine, et qu'elle le conduit même à ajouter : 
« Si on allait s'entêter un jour de Descartes et le mettre à la place 
d'Aristote ce serait à peu près le même inconvénient ». Vous pou- 
vez critiquer sans hésitation les conséquences que Fontenelle tire 
de cette idée, et indiquer ce qu'il y a de faux à conclure que, la 
philosophie des anciens étant très imparfaite, leur éloquence et leur 
poésie sont loin de la perfection. Mais l'idée elle-même qui se 
dégage du passage que vous avez à étudier est tout à fait vraie. 
\'érifiez-le par l'exemple même que cite Fontenelle. 

28. Dangers de la vulgarisation scientifique. 

Matikhe. — « J'ai voulu traiter la philosophie d'une manière qu 
ne fut point philosophique ; j'ai tâché de l'amener à un point où 
<lie ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni trop badine 
pour les savants. Il se peut bien faire qu'en cherchant un milieu où 
la philosophie convînt à tout le monde, j'en aie trouvé un où elle 
no convienne à personne; les milieux sont trop difficiles à tenir, 
lit je ne crois pas (ju'il me prenne envie de me mettre une seconde 
lois dans la môme peine. » 

Ainsi s'exprime Fontenelle, dans la Préface de ses Entretiens sur 
la pluralité des mondes. Quels sont les dangers auxquels s'exposent 



28 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

les auteurs d'ouvrages appelés de vulgarisation scientifique ? Fon- 
tenelle les a-t-il évités ? 

Conseils. — On trouvera dans le livre de M. Maigron, p. 287 sq., 
un chapitre très intéressant à ce point de vue. Le Journal étran- 
ger (vol. XXXVIII, août 1761), prétend que les gens de la cour 
disaient de \di Pluralité des rnondes : « Le livre est bon pour l'obser- 
vatoire », et les gens de l'observatoire : « Le livre est bon pour les 
gens de cour ». Voilà bien le danger auquel s'expose toujours 
l'auteur d'un ouvrage de vulgarisation scientifique. Mais n'y avait- 
il pas quelque injustice à adresser ces reproches à Fontenelle, « le 
premier des hommes, disait Voltaire, dans l'art nouveau de répan- 
dre de la lumière et de la grâce sur les sciences abstraites » ? « La 
nature, écrivait-il à Fontenelle lui-même, devait à la France un 
homme comme vous pour corriger les savants, et pour donner aux 
ignorants le goût des sciences » (Voltaire, édit. Beuchot, t. LI, 
p. 64 sq.), — pour corriger les savants qui ont parfois le talent de 
rendre confuses les choses simples, pour donner le goût des 
sciences aux ignorants que. rebutent les traités inintelligibles. 



29. Les (^ Dialogues » de Fontenelle. 

Matière. — Quelle est la conception du Dialogue des Morts dans 
Fontenelle? 

Conseils. — On aura tous les éléments nécessaires à cette dis- 
sertation dans notre volume : La Composition française : le Dia- 
logue, passim. 



30. La philosophie des « Dialogues ». 

Matière. — « Fontenelle soutient le pour et le contre, dit Vol- 
taire à propos des Dialogues, il ne veut que briller.... Fontenelle 
me paraît dans cet ouvrage le plus agréable joueur de passe-passe 
que j'aie jamais vu. C'est toujours quelque chose et cela amuse. » 
(Voltaire, Dialogue de Marc-Aurèle, édit. Beuchot, t. XXXIX, 
p. 359.) Que pensez-vous de ce jugement? 

Conseils. — Vous pouvez en appeler de Voltaire à Voltaire lui- 
même, et découvrir dans ses œuvres des jugements bien plus 
favorables aux Dialogues. (Cf. Roustan, Aa Composition française : 
Le Dialogue, Elocution, ch. ITI, % II, p. 118 sq.) Voir dan^ 
L.. Maigron, Fontenelle : L'Œuvre philosophique de Fontenelle, 
chap. 1, p. 217 sq. 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 29 

31. Fontenelle, auteur des « Éloges ». 

Matière. — Flourens a écrit dans son ouvra.::;e, Fontenelle ou de 
la philosophie moderne : i< Fontenelle, par rapport aux savant» 
dont il écrit Ihistoire, a deux mérites : celui d'éclaircir ce qu'ils 
peuvent avoir d'obscur, de généraliser ce qu'ils ont de technique ; 
ot celui de louer toujours chacun d'eux par ce qu'il nous a laissé 
de plus important et de plus durable. 11 loue par des faits oui 
caractérisent. » Montrez-le par des exemples. 

Conseils. — M. Maigron cite comme exemples de l'habileté de 
Fontenelle à choisir les faits caractéristiques, le récit d'une opéra- 
tion merveilleuse de Littre, et l'épisode de Couplet faisant trouver 
de l'eau aux habitants de Coulanges-la-Vineuse. Lisez ces passages, 
mais cherchez-en d'autres. (Cf. Roustan, La Composition française : 
la Dissertation littéraire. Invention, ch. IV, | Y, p. 53 sq. ; la Dis- 
sertation morale, Invention, chap. V, | III, sq., p. 67 sq.) 

32. La manière de Fontenelle et celle de 
Voltaire, 

Matière. — A propos de la fameuse anecdote de «la dent d'or », 
un critique a écrit : « C'est déjà la méthode de Voltaire, timide 
encore, il est vrai, et osant à peine se faire jour; mais le but 
apparaît néanmoins et l'intention se devine. Ce n'est pas encore la 
phrase de Voltaire, si alerte, si vivement troussée, si libre des 
entraves de la période ; mais ce n'est déjà plus la prose du xvn*^ siècle ; 
comme l'esprit, le style s'est allégé et vole. » (P. Albert, La Litté- 
rature française au xvni« siècle : Fontenelle et La Motte, p. 56). 
Vérifiez. 

Conseils. — Rapprochez ce passage, tiré des Mémoires histo- 
riques sur le xvni^ siècle de Garât (t. I, p. 21 sq.) : « Dans les 
Oracles, disait M. Suard, se trouvent les premiers exemples de ce 
ridicule, gai à la fois et terrible, jeté sur les extravagances des 
nations et des siècles, avec le pinceau de la scène comique pris 
un instant pour le pinceau de l'histoire. C'est là très souvent la 
manière de Montesquieu et de Voltaire; et, parce que ce n'est 
jamais celle des anciens, Mably a prononcé qu'elle dénaturait et 
dégradait l'histoire. » 



33. L'éloquence de Fontenelle. 

Matière. — Vérifier la justesse de cette opinion de Villemain : 
« Fontenelle peut donc être considéré comme le modèle d'une élo- 



30 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

queiice à part, châtiée sans être sévère, qui n'emprunte rien à la 
poésie et s'interdit la passion. Elle a quelque chose de cette pureté 
délicate et de cette précision que les anciens, si grands maîtres de 
la tribune, admiraient dans Lysias. Mais elle joint le bel esprit à 
l'atticisme. » {Tableau de la littérature au xvni'^ siècle, t. I, trei- 
zième leçon, p. 317 sq.). 



34. L'Europe au moment du « Projet de 
paix perpétuelle ». 

Matière. — Indiquera la suite de quels événements s'est produit, 
vers la fin du xvii^ siècle, en Europe, le mouvement pacifique et 
expliquer pourquoi le Projet de paix perpétuelle de Bernardin do 
Saint-Pierre vînt à son heure, 

Lectures recommandées : La Paix et l'Enseignement pacifiste (Lib. Alcan 
surtout : l'Enseignement de l'histoire et le mouvement pacifique par E. Bour- 
geois, p. 73 sq. — De Mounari, L'abbé de Saint-Pierre. — Vili.emain, Tableau 
de la littérature, XVe Leçon, t. I p. î<6l sq. — E. Goumy, Etude sur la vie et 
les écrits de l'abbé de Saint-Pierre. — P. Janet, Histoire de la philosophie 
morale et politique da/is l'antiquité et les temps modernes. — Barni, Histoire 
des idées morales et politiques au xvuie siècle, t. I, leçons IV, V^ VI, surtout W, 
p. 87 sq. — P. Albert, Dix-huitième siècle : L'abbé de Saint-Pierre, p. t\ sq. — 
E. LiNTii.HAc, Précis historique et critique de la littérature fra?içaise, t. II, 
ch. XII, p. 292 sq. 

Abbé de Saint-Pierre, Œuvres, 14 vol., 1738-1740; Annales Politiques 
je édit., 1757. 

Conseils. — On trouvera l'essentiel dans l'article indiqué : 
« L'Enseignement de l'histoire et le mouvement pacifique » ; voyez 
p. 86 sq. « Quand, vers la fin du xvii° siècle, par les ambitions de 
Louis XIV ou de ses adversaires, (la guerre) a recommencé ses 
ravages, quand la grande bataille engagée pour le partage de 
l'Espagne et de ses colonies accumula les ruines et les deuils en 
Europe et en France surtout, le même phénomène s'est comme 
fatalement reproduit, la même réaction conVre les pratiques vio- 
lentes, la même aspiration vers le règlement pacifique des procès 
des princes et des peuples. Avec esprit. Voltaire notait cette con- 
cordance dans l'article qu'il écrivait sur Barbeyrac, ce juriste pro- 
testant qui, réfugié en Hollande, traduisait et vulgarisait l'œuvre de 
Grotius pour l'opposer aux maximes et aux excès des conquérants : 
« Il semble que ces écrits, disait-il, soient une consolation pour les 
peuples, des maux qu'ont faits la politique et la guerre. Ils donnent 
l'idée de la justice comme on a les portraits des personnes célèbres 
qu'on ne peut voir. » 

Mais ne vous contentez pas d'examiner les événements extérieurs^ 
D'abord étudiez le contre-coup de ces événements àl'intérieur même 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 31 

(le la France, et cherchez dans quelques écrivains du temps des 
protestations indignées contre la guerre. Voyez à la suite de l'article 
de M. Bourgeois, « La Littérature et la paix » par Ch. Richet, 
p. 133 sq. Puis, montrez le mouvement pacifiste dans le groupe qui 
entoure le duc de Bourgogne, et relisez la fameuse lettre de Féne- 
lon au Roi. Cherchez comment la pensée libre, qui s'est dissimulée 
durant les années les plus brillantes de la monarchie absolue, se 
relève peu à peu, et comment à Naudé et à Saint-Evremond, suc- 
cèdent Bayle et Fontenelle qui parlera chez M'"*' de Lambert de la 
'justice internationale. « L'abbé de Saint-Pierre y a retrouvé cette 
idée, alors, avec la tradition qui la rattachait au grand nom 
d'Henri IV, heureu.t de ce patronage qui lui permettait d'opposer 
les Bourbons aux Bourbons, et la raison d'Etat à la raison d'Etat. >> 
(Bourgeois, Ouvrage cité, p. 88.) 

s 

35. L'abbé de Saint-Pierre jugé par 

J.-J. Rousseau. 

Matière. — Jean-.Jacques Rousseau, qui a adressé des objections 
très fortes au Projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre, 
disait cependant : « C'est un livre solide et sensé, il est très impor- 
tant qu'il existe. » 

Comment faut-il entendre ce jugement"? 

Lectures recommandées : Voir plus loin les sujets n»» 277 sq.. p. -24. 

36. Les « philosophes » et la guerre. 

Matière. — L'idée d'un tribunal international permanent émise 
par l'abbé de Saint-Pierre ne fut pas prise au sérieux par les « phi- 
losophes » du xviii" siècle. Et cependant, on trouverait difficilement 
des réquisitoires plus vifs contre les maux de la guerre que ceux de 
Montesquieu, de Voltaire, de Diderot, etc.. Montrez comment les 
philosophes ont parlé des horreurs de la guerre par des analyses 
précises et par des citations bien choisies. 

Conseils. — Vous trouverez l'essentiel dans le livre de Barni 
cité au n» 34. 

37. Éloge de Pierre Bayle. 

Matière. — La vie de Pierre Bayle (1) a été celle d'un travailleur 



(1) Nous regrettons de ne pouvoir donner à Pierre Bayle la place qu'il mérite, 
mais il n'existe pas d'éditions modernes de ses Œuvres, et Brunetière le regrettait 



32 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

infatigable, d'un érudit qui est mort, pour ainsi dire, la plume à la 
main, après de longues années consacrées entièrementà la recherche 
du vrai. 

Cette vie fut agitée autant que laborieuse. Bayle aurait pu passer 
des jours tranquilles entre ses chers in-folio. Il a tout sacrifié aux 
mpulsions généreuses de sa conscience : situation personnelle, 
fortune, amitiés, patrie môme. 

Il a proclamé sans réserve le principe de la tolérance, et il a 
revendiqué les droits absolus de la conscience et de la pensée libre 
au nom de la raison. 

Son Dictionnaire histùrique et critique a eu le succès le plus pro- 
digieux. Pournous en tenir àrinduence littéraire de Bayle, il semble 
bien qu'il ait ouvert une voie originale à la critique dans ses Nouvelles 
de la République des Lettres, où il juge, loin des règles dogmatiques, 
d'après ses impressions personnelles. 

A sa mort, le Parlement de Toulouse, par un exemple assez rare 
de tolérance, rapporta en sa faveur une des lois les plus injustes 
qui pesaient sur les protestants, et ordonna que son testament 
serait valable, voulant honorer ainsi la mémoire de ce savant qui 
fut un homme de bien. 

Lectures recommandées : Bayle, Œuvres diverses, 1727-1731, 4 volumes. — 
Dictioimaire historique et critique, 1720, '4 vol., édit. Beuchot, 1820. — Choix 
de la correspondance inédite de Bayle, 1890, Piiris et Copenhague, par Gigas. 
(La Correspondance est dans la grande édition de la Haye, 1727-1731). 

Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I. — Lenieint, Etude sur Bayle. — 
¥. Bhunetière. Etudes critiques, Ve série, (La critique de Bayle). — A. Sayous, La 
Littérature française à l'étranger. — Desmaizeadx, Vie de M. Pierre Bayle (1730). 

— Revue Bleue, 23 septembre 1905, p. 390 sq. : Discours deBerlhelot àl'inaugura- 
tion du monument de P. Bayle, le 4 septembre 1905. — Perrens, Les Libertiwi en 
France au xviie siècle. 

Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature française : Pierre Bayle, 
p. 223 sq. — Fagdet, Dix-huitième siècle : Pierre Bayle, p. 1 sq. — Herriot, Précis 
de l'histoire des lettres françaises, ch. XIX, p. 568 sq. — Lanso.n, Histoire de la 
littérature française, p. 630 sq. — E. Lintilhac, Précis historique et critique 
de la littérature française, t. IV, ch. XII, p. 291 sq. — G. Pelussier, Précis de 
l'histoire de la littérature française, 4e partie, ch. I, p. 292 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXVll, g III, p. 402 sq. 

— R. Cakat, La Littérature française par les textes, ch. X, § III, p. 300 sq. 



particulièrement. Nous regrettons à notre tour qu'il n'existe aucune édition d'Extraits 
ou d'Œuvres choisies de P. Bayle ; les élèves n'ont, pour le connaître, que les 
rares passages suivants : un court extrait des Pensées sur la Comète dans les 
Morceaux choisis du xvn" siècle de Bernardin (p. 105) ; un extrait, non moins court, 
du même ouvrage; et une lettre dans les Morceaux choisis de Brunetière et Pellis- 
son (p. 244 sq.). Nous avons publié un certain nombre de lettres de Bayle dans les 
Lettres choisies du xviie siècle par Herriot et Roustan (p. 368 sq.) ; cela ne suffit 
pas, et nous nous en voudrions de donner sur Bayle un certain nombre de sujets 
que l'on serait obligé de traiter sans avoir lu les textes, ce qui est absolument con-' 
traire à nos intentions (Cf. notre Préface). 



LES PRÉCURSEURS, FONTENELLE ET BAYLE. 33 



38. Bayle et l'idée de tolérance. 

Matière. — Indiquer comment Bayle s'est montré le précurseur 
des philosophes du xvnre siècle, en faisant la guerre à l'intolérance 
religieuse et en revendiquant la liberté de penser. 

Lectures recommandées : Voir le n» 37 et ajouter : Lucien Ddbois, Bayle et 
la tolérance (avec une bibliographie assez complète, p. i, t. III). 



39. Bayle, précurseur du XVIII" siècle. 

Matière. — « Nous avons eu des contemporains dès le règne de 
Louis XIV », dira de Bayle, Diderot, et en effet il sera le maître à 
penser des encyclopédistes. Descartes n'avait été que le précurseur 
du rationalisme, c'est Bayle qui en est le vrai père. (Brunetière, 
Manuel de l'histoire de la Littérature française, p. 325.) 

Expliquer et discuter s'il y a lieu. 

Lectures recommandées : Voir plus loin, V. l'Encyclopédie, sujets n»» 249 
sq., p. 196 s [. — RousTAN, La Littérature française par la dissertation, t. I, 
sujets n"» 38 sq., p. 51 sq. 



II 

LE THÉÂTRE 



40. Le théâtre et la philosophie au 
XVIir siècle. 

Matière. — Dans la bataille de l'esprit nouveau contre les privi- 
lèges et les abus, le théâtre, comme les autres genres, fut réqui- 
sitionné par les philosophes : montrez pourquoi et comment les 
genres dramatiques servirent à conquérir le public à la philosophie. 

Lectures recommandées : Fontaine, Le Théâtre et la philosophie au 
xviiie siècle. — ViLLEMAiK, Tablcau de la littérature française au xviii» siècle. 
— Petit de Julleville, Le Théâtre en France. — Ch. Lement, La Comédie en 
France au xvni« siècle. — G. Desnoireterrej, La Comédie satirique ati 
xviii« siècle. — Vinet, Histoire de la littérature française au xvm« siècle. — 
Voir aussi les sujets n»' 374 sq., p. 304 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : Résumer rapidement les avantages que le théâtre 
en général offre au penseur qui veut largement répandre ses 
idées. (Voir M. Roustan La Littérature française par la disser- 
tation, t. IV : Sujets généraux.) 

l*' — Caractère général du xvni^ siècle : il transforme tous 
les genres en machines de guerre, depuis les romans jusqu'aux 
dictionnaires eux-mêmes. Comment n'aurait-il pas réquisi- 
tionné, dans la mêlée générale, le genre dramatique qui pou- 
vait, à lui seul, assurer le succès des idées nouvelles? 

2" — Les philosophes n'avaient pas le choix des moyens pour 
conquérir la France à leurs doctrines. Nous avons aujourd'hui 
la liberté de la presse, la liberté de réunion, etc. On n'avait 
rien de tout cela au xviii^ siècle. Pour gagner la bataille, 
il fallait séduire l'opinion, et le théâtre, plus encore que de 
nos jours, était tout désigné pour devenir rauxiliairc d'une 
propagande active. 

3° — Et puis, la passion du théâtre n'a jamais été plus vive 
qu'à cette époque. Les premiers objets de luxe que recherche 



LE THÉÂTRE. 35 

un prince du sang, un financier enrichi, un mondain distin- 
gué, ce sont une scène et une troupe. 

4° — Les novateurs et les philosophes trouvaient là un 
champ beaucoup plus libre. Les œuvres dramatiques échap- 
pent plus facilement à la censure. 11 était très difficile d'em- 
pêcher Clovis ou Pépin-le-Bref de venir déclarer sur la scène 
que les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour 
les rois, ou d'arrêter Guillaume Tell maudissant la tour odieuse 
d'Altdorf, en termes assez transparents pour qu'on pût y . 
reconnaître la Bastille. -^ 

5° — Bien pkis, grâce aux théâtres particuliers, la censure 
est à peu près impuissante. Exemple de la Partie de chasse de 
Collé. Frappée par le pouvoir, elle est jouée sur un grand 
nombre de scènes particulières, notamment sur celle du duc 
d'Orléans. Elle n'en acquiert que plus de célébrité. Dans un 
grand nombre de cas, on a laissé faire et les idées nouvelles 
eurent dans le .théâtre un secours puissant pour se répandre 
à travers la France entière. 

6° — La division du travail se fit de la façon suivante : 

a) La tragédie se chargea de répandre les idées nouvelles 
en politique et en religion ; exemples. 

6) La comédie prêcha l'égalité des conditions soit par le 
mariage, soit par le travail, au nom duquel elle combat la 
noblesse pour relever la bourgeoisie ; exemples, etc. 

Conclusion : On a souvent montré quels furent les désavan- 
tages pour le théâtre, de cet accaparement de la scène par les ■ 
idées philosophiques. Les dernières tragédies de Voltaire : pas 
de vérité dans l'action, ni dans les caractères; froideur, etc.. 
Mais on a tort de ne pas noter les avantages. Le théâtre eut du 
moins des « idées », et entre les tragédies conventionnelles, 
banales, insignifiantes du début du siècle, et les tragédies qui 
soulèvent l'enthousiasme du public dans la deuxième moitié, il 
y a malgré tout une grande difTérence et qui n'est pas en faveur 
des premières. 

41. La décadence de la tragédie au 
XVIir siècle. 

Matière. — Exposez les causes de la décadence de la tragédie 
au xviii» siècle. 

Lectures recommandées .y oit les lectures indiquées au n" 40. Consulter aussi : 
aNisard, Histoire de la littérature française, t. IV, ch. V, p. 162 sq. — Petit de 



36 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

JcLLEviLLE, Le Théâtre en France. — Vili.emain, Tableau de la littérature 
au xviiie siècle. — La Harpe, Le Lijcée,t. IX, X, XI. — Brunetière, Les Epoques 
du théâtre français. — Dejob, Etudes sur la tragédie. — Dupont, Houdard d& 
La Motte. — Lakson, Nivelle de la Chaussée et la comédie larmoyante. 

P. Albert, La Littérature française au xviii" siècle : Voltaire écrivain; le 
poète, p. 171 sq. — Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature fran- 
çaise : La Tragédie française de 1680 à 1715, p. 258 sq. — Herriot, Précis de 
l'histoire des lettres françaises, ch. XXIII, p. 709 sq. — Lansox, Histoire de 
la littérature française, o« partie, livre II, chap. II : La tragéiie, p. 637 sq. — 
E. LiNTiLHAc, Précis, historique et critique de la littérature française, t. II, 
ch. XI, p. 259 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXVIII : Le théâtre au 
xviiie siècle, p. 407 sq. — R. Canat, La Littérature française par les textes, 
ch. XI, § IV, p. 322 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires : Drame et Tra- 
gédie, ch. IV ; Le déclin de la tragédie. 

Voir plus loin, V, Le Drame, sujets n"' 374 sq., p. 304 sq. 



42. La tragédie de Crébillon et le mélodrame. 

Matière. — Expliquer ce mot de Brunetière : « Les tragédies de 
Crébillon ne sont que des mélodrames en vers. » 

Lectures recommandées : Crébillon, Œuvres, édition A. Vitu, 1885 (Cf. la 
Préface). — Outrait, La Vie et le théâtre de Crébillon. — VillemaixN, Littéra- 
ture française au xvnie siècle. — D'.4lembert, Eloge de Crébillon (Œuvres, 
éd. 1821, t. III, p. o44 sq.). — Voltaire, Table de l'édition Beuchot ou Moiand. — 
Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 258 sq. — 
L. Levrault, Les Genres littéraires : Drame et Tragédie, ch. IV, p. 65 sq. 



43. L'histoire du théâtre de Voltaire. 

Matière. — II est impossible, dans un jugement d'ensemble sur 
le théâtre de Voltaire, de ne pas établir des périodes distinctes ; la 
première irait de 1718, date d'Œdipe, jusqu'en 1725, date de son 
exil; la seconde de 1730, date de Brutus, jusqu'à 1760, date de 
Tancrède ; la troisième de 1760 à la fin de la vie de Voltaire. Quels 
sont les caractères différents de chacune de ces périodes?. 

Indiquez-les très brièvement et concluez. 

Lectures recommandées : D'abord et avant tout : Voltaire (Préfaces, Dis- 
cours, Correspondance, etc.). — Lion, Les Tragédies et les théories dramatiques 
de Voltaire. — Deschanel, Le Romantisme des classiques, 5« série : Le Théâtre 
de Voltaire. — Saint-.Marc Girardin, Cours de littérature dramatique . — Bru- 
netière, Les Grandes époques du théâtre français, XI* Leçon ; Histoire et 
littérature t. I et III; Etudes critiques, séries 3 et 4. — J. Lemaitre, Impres- 
sions de théâtre, séries 2 et 6. — Sainte-Beuve, Lundis, t. II, IV et VI. — Blaze 
DE BuRY, Shakespeare et Voltaire (Revue des Deux Mondes, 15 août 1873). wi= 
Jusserand, Shakespeare en France sous V ancien régime. — Revue Universi- 
taire : 15 février 1897, p. 156 sq. (Voltaire et Shakespeare). — A. Lacroix, /Tts/otre 



LE THÉÂTRE. 37 

de rin/luence de Shakespeare sur le théâtre français. — Mézières, Shakespeare, 
ses ouvrages et ses critiques. — Souriav, De la convention dans la tragédie 
classique et dans le drame romantique. — ^8^>TAiNEj^e^/ied{^re_e?^/(l^^^o5o- 
p hie flL U_ xjgiie ytec/e.; — Lanso>-, Nivelle de la Chaussée et la comédie lar- 
moyante. — ViNET, tfïstoire de la littérature française au xviiie siècle. — Fagdet, 
Dix-huitième siècle. — P. Albert, La Littérature française au xviii* siècle : 
Voltaire. — Petit de Julf-eville, Le Théâtre en France. — Geoffroy, Cours de 
littérature dramatique. — Schlegel, Cours de littérature dramatique (Trad. 
Necker de Saussure). — Vili.emaix, Tableau de la littérature au xvnie siècle. 
— Sarcey, Quarante ans de théâtre. — F. Hémon, Cours de littérature : 
lWj^trg.f4eJChéâiJ^^ile_\V)Jia3x$._:r- R. Docxuc. Histoire de la littérature française^ 
ch. XXVllI, p. i07 sq. — R.CA.yAT, La Littérature française par les textes, ch. XY , 
. 387 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires : Drame et Tragédie, ch. IV, p. 69. 

Conseils. — Établissez très fortement vos divisions, et n'hésitez 

pas à en distinguer d'autres si cela vous paraît utile. (Cf. Roustan, 
La Composition française : la Lettre et le Discours, Disposition, 
p. 75, sq. ; la Dissertation littéraire ; la Dissertation morale. 
Disposition, passim.) 

Ainsi, dans la seconde période, M. Hémon {Cours de littérature : 
Voltaire, Théâtre de Voltaire, p. 21 sq.) introduit les subdivisions 
suivantes : Zaïre; — de Zaïre à Mérope [Alzire et Mahomet); — 
de Mérope à Tancrède. Mais il est évident que les trois parties 
principales sont celles qu'indiqué très nettement la matière (Cf. 
Roustan, La Composition française., loc. cit.). Notez les influences 
qui s'exercent dans chaque « époque », et comment elles s'exercent 
(Corneille, Crébillon, Shakespeare, Racine, etc.). 

44. Les théories dramatiques de Voltaire. 

Matière. — Esquisser l'ensemble des théories dramatiques de 
Voltaire, d'après ses Préfaces, Lettres, Discours, etc.. 

lectures recommandées : Vial et Devise, Idées et docti'ines littéraires du 
xviu« siècle : Index et Table, p. 425 sq. 

Conseils. — On trouvera la liste très complète des œu\Tes 
auxquelles il faut s'adresser dans la Table de l'édition Beuchot ou 
de l'édition Moland. D'ailleurs, un certain nombre des ouvrages 
recommandés aux numéros précédente contiennent un grand nombre 
de références et peuvent fournir un choix de passages très nom- 
breux et d'arguments suffisants. (Cf. les études de MM. Lion, 
Deschanel, F. Hémon, etc., etc..) Pour les « cadres » de cette 
dissertation je renvoie au premier volume de la Littérature fran- 
çaise par la dissertation, ch. IV : la tragédie, sujets n®' 45 sq., 
p. 92 sq. ; ch. IX : Molière, sujets no» 241 sq., p. 216 sq. ; ch. X : 
la tragédie (suite), sujets n" 334, sq., p. 283 sq. 



Roustan. — Le XVI 11^ siècle. 



38 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

45. Services rendus par Voltaire au théâtre 

français. 

o 

Matière, — Voltaire a rendu de grands services à la scène 
française; il lui a rendu des services matériels souvent signalés, 
notamment quand il parvint à réformer le costume et la décla- 
mation; il a abordé tous les genres, et, tirant de son propre fond 
des beautés originales, il a traité la tragédie française et chevale- 
resque; il a délivré le théâtre des Grecs et des Romains, il a montré 
que le poème tragique pouvait avoir d'autres ressorts que l'amour, 
et enfin il l'a rendu plus vivant en y faisant applaudir des idées 
souvent généreuses. 

Lectures recommandées ; Ajouter aux lectui'es indiquées plus haut : J.-J. Oli- 
vier, Voltaire et les comédiens interprètes de son théâtre. 

Plan proposé : 

Exorde : Position dé la question. Services rendus par 
Voltaire à la scène française. 

1° — Énumérer les services matériels rendus par Voltaire 
au théâtre (suppression des banquettes, réforme des costumes, 
réforme de la déclamation, etc.); ajouter que non seulement 
il a dressé d'excellents acteurs, mais qu'il a défendu les 
comédiens, etc. 

3« — L'œuvre dramatique de Voltaire est considérable. 
Variété des genres qu'il a traités : tragédies héroïques et 
sublimes, tendres et passionnées, etc.. Surtout il a ranimé 
la tragédie languissante par une imitation des beautés de 
Shakespeare (voir le sujet n» 43). 

3° — Non seulement il la renouvelle par des emprunts à 
l'Angleterre, mais il tire de son propre fond des beautés 
originales. La tragédie « française », chevaleresque: laHenriade 
et Tancrède. Noter qu'il apporte même des sujets qu'il a 
« créés ». 

4* — Il délivre donc le théâtre des Grecs et des Romains, et 
promène le spectateur dans les mondes les plus divers. Des 
exemples. 

5° — 11 ne s'en tient pas aux procédés toujours employés 
par ses prédécesseurs. Voltaire et la tragédie de l'amour. La 
tragédie sans femmes. 

60 — Il a versé dans la tragédie, devenue vide et insigni- 



LE THÉÂTRE. 39 

fiante, un certain nombre d'idées. Les exagérations. Mais 
quand la mesure n'est pas dépassée, la philosophie de Voltaire 
n'est que « sa marque personnelle, imprimée à des sujets qui 
peuvent avoir par ailleurs leur intérêt assez vivant ». (Hémon, 
ouvrage cité, p. 79.) 

Conclusion : Résumer rapidement et montrer que Finfluence 
de Voltaire sur le théâtre français a été bienfaisante. 



46. La «nouveauté» du théâtre de Voltaire. 

Matière, — Yinet écrit : « La Motte déclarait que Corneille et 
Racine avaient en Voltaire un successeur. Il faut donc qu'il ait été 
nouveau ; on ne succède qu'à la condition de n'être pas pareil. » 

Précisez en quoi Voltaire a été « nouveau », après Corneille et. 
Racine. 

N. B. — On trouvera dans : Roustan, La Composition française : 
la Dissertation littéraire, p. 90 et 91, un plan de ce devoir. 



47. Corneille, Racine, Voltaire. 

Matière. — En quoi le théâtre de Voltaire est-il inférieur à celui 
de Corneille et à celui de Racine? Quels en sont les qualités et les 
défauts? 

Conseils. — Ainsi posé au baccalauréat, ce sujet ne se confond 
pas avec celui qui précède, mais il est certain que le plan recom- 
mandé au numéro 45, sera très utile pour traiter cette dissertation. 



48. Place de Voltaire parmi les tragiques. 

Matière. — Apprécier rapidement la valeur de Voltaire comme 
auteur dramatique, en le comparant aux principaux poètes tragiques 
des littératures classiques. 

Lectures recommandées : Ajouter aux lectures indiquées aux n" 43 sq. : 
Patin, Etudes sur les tragiques gj'ecs. 

Conseils. — Cette matière, proposée en ces termes au bacca- 
lauréat, est beaucoup plus vaste que la précédente. Il s'agit non 
seulement de comparer Voltaire à Corneille et à Racine, mais 
encore aux anciens. Une simple lecture des premières pages du 



40 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

chapitre consacré par M. Hémon (Cours de lUléralure) au théâtre 
de Voltaire (I I, Ce que Voltaire pense du théâtre ancien), vous fera 
voir de combien ce sujet dépasse le précédent, en même temps 
que les notes placées au bas des pages amorceront vos recherches 
et voué obligeront de recourir aux Œuvres mêmes de Voltaire. Ne 
manquez pas d'ailleurs de donner au sujet toute sa portée, 
(Cf. Roustan, La Composition française : la DissertaLion littéraire. 
Invention, ch. II, p. 17, sq.), et de noter l'inlluence des théâtres 
« classiques » sur le théâtre de Voltaire. N'oubliez pas enfin, si 
vous n'avez que quatre heures pour écrire, les recommandations 
que nous avons souvent faites, et notamment dans La Composition 
française : Conseils généraux, A l'Examen, ch. IL p. 225, sq. 



49. Voltaire et le drame bourgeois. 

Matière. — Voltaire écrit dans le Pauvre Diable : 

Eh bien î mon fils, je ne te blâme pas. 
Il est bien vrai que je fais peu de cas 
De ce faux genre et j'aime assez qu'on rie ; 
Souvent je bâille au tragique bourgeois, 
Aux vains efforts d'un auteur amphibie. 
Qui défigure et qui brave à la fois. 
Dans son jargon, Melpomène et Thalie. 

Pouvez-vous, en rapprochant de ce passage ceux que vous 
trouverez sur le même sujet dans vos Lettres choisies, vos Extraits, 
etc.. exposer d'abord, réfuter ensuite et expliquer l'opinion de 
Voltaire sur le « tragique bourgeois » ? Vous vous demanderez 
enfin si le drame bourgeois n'a pas eu une influence assez grande 
sur la tragédie de Voltaire. 

Lectures recommandées : Ajouter aux lectures indiquées : A. A. A, Traité du 
mélodrame, P&r\s, 1817 (A. Maiitourne, Aderer, A. Hugo). 

Conseils. — La matière indique avec netteté les trois parties 
du plan. 

loPour« exposer» l'opinion de Voltaire, il n'y a qu'un moyen, 
c'est de grouper le plus grand nombre possible de passages sur cette 
question. Le plus simple serait de recourir à la table des matières 
analytique de l'édition Beuchot ou de l'édition Moland. A défaut, il 
sera facile de puiser dans les éditions classiques : Extraits de 
Voltaire, Vial (Colin) ; Brunel (Hachette); Fallex (Delagrave>; 
Gasté (Belin). — Lettres choisies de Voltaire, édit. Aubertin (Belin) ; 
Deux cents lettres de Voltaire, édit. Moland (Garnier). 



LE THÉÂTRE. 41 

2° Pour « réfuter » cette opinion dans ce qu'elle a de trop absolu, 
on se reportera aux sujets n°^ 374 sq., p. 304 sq. 

3» Pour « expliquer» l'opinion de Voltaire, il sera bon de se repor- 
ter aux sujets où il est traité de son goût littéraire, de son classi- 
cisme ou même de son pseudo-classicisme (n"» 221 sq., p. 174 sq.). 

Mais cela ne Suffît pas. Gomment Voltaire, qui avait, ne fût-ce 
qu'un moment, admiré Shakespeare, aurait-il pu échapper complè- 
tement au courant qui entraînait la littérature dramatique dans 
des voies nouvelles? N'était-il pas trop à l'affût du succès pour ne 
pas essayer de traiter le genre à la mode ? Il se ressaisit sans 
doute, et ce dévot de Racine proclame avec énergie la nécessité 
d'obéir à la loi de la distinction des genres : mais Voltaire est bien 
l'auteur de V Enfant prodigue d.oni\\ serait intéressant de lire la Pré- - 
face : « Si la comédie doit être la représentation des mœurs, cette 
pièce semble être assez de ce caractère. On y voit un mélange de 
sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C'est ainsi 
que la vie des hommes est bigarrée.... Je me bornerai simplement 
à insister sur la nécessité où nous sommes d'avoir des choses nou- 
velles.... » (Préface de Tédition de 1838.) 

Prenez la Préface de Nanine, et vous y verrez Voltaire discuter la 
question de « savoir s'il est permis de faire des comédies attendris- 
santes », avouer que Nanine « tient beaucoup de ce genre », et 
démontrer que « la comédie peut se passionner, s'emporter, 
s'attendrir, pourvu qu'ensuite elle fasse rire les honnêtes gens ». 
Certaines éditions mettent à la suite de cette Préface un extrait 
d'une lettre du Roi de Prusse à Voltaire : « Comme vous n'avez 
pu réussir à m'attirer dans la secte de La Chaussée, personne n'en 
viendra à bout.... Mon zèle pour la bonne comédie va si loin que 
j'aimerais mieux y être joué que de donner mon suffrage à ce 
monstre bâtard et flasque, que le mauvais goût de ce siècle a mis 
au monde. » Voyez encore la Préface de l'Écossaise : « Quant au 
genre de la pièce, il est dans le haut comique, mêlé au genre de la 
simple comédie.... Il y a des endroits attendrissants jusqu'aux 
larmes, mais sans pourtant qu'aucun personnage s'étudie à être 
pathétique. » Lisez V Enfant Prodigue, Xajiine, l'Écossaise, et 
demandez-vous s'il ne faut pas ranger Voltaire parmi ces auteurs 
« amphibies » qu'il a raillés. Il oublie sans doute un peu trop qu'il 
fut un des leurs, quand il daube sur eux dans le Pauvre Diable. 



50. La tragédie de Voltaire tend vers le 
mélodrame. 

Matière. — La tragédie de Voltaire tend vers le mélodrame, a-t-on 
dit plus d'une fois. Appréciez cette opinion en vous appuyant sur 
celles de ses pièces que vous connaissez le mieux. 



42 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — Ce sujet est différent de celui qui précède ; il est 
plus particulier et beaucoup moins étendu. Il est évident que les 
mêmes lectures seront utiles pour traiter cette dissertation. 



51. La tragédie de Voltaire et le drame 
romantique. 

Matière. — On a souvent rattaché la tragédie de Voltaire au 
drame de V^ictor Hugo, et un critique est même allé jusqu'à dire : 
« Les drames romantiques sont des tragédies de Voltaire enlumi- 
nées de métaphores. » [Fagvet, Dix-huitième siècle : Voltaire, p. 262.) 
Jusqu'à quel point cette opinion vous paraît-elle acceptable ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"» 43 sq., et dans 
notre volume III, les sujets sur le drame romantique. 

Conseils. — Je renvoie spécialement au livre de Deschanel 
(voir n" 43), et au^^si, pour corriger l'opinion de ce critique, au livre 
de M. Hémon, Cours de littérature : Voltaire, le Théâtre de 
Voltaire : « Voltaire aurait peu compris la Préface de Cromvjell. 
C'est à l'extérieur surtout que s'attachent ses velléités de réforme.. ; 
ne faisons pas de lui un précurseur des romantiques, mais ne 
méconnaissons pas ce qu'a de significatif cette inquiétude du 
mieux et du nouveau. » (P. 67, 82, et passim.) 

52. «Zaïre» est la plus racinienne des pièces 

de Voltaire. 

Matière. — On a écrit que Zaïre est la plus racinienne des 
tragédies de Voltaire. Examiner en quoi, malgré toutes les inno- 
vations que l'on peut signaler dans cette pièce, elle se rattache en 
réalité étroitement à la manière de Racine. 

Lectures recommandées : Outre les lectures recommandées aux no» 43 sq., 
voyez spécialement la Correspondance de Voltaire (année 1732), et lisez attentive- 
ment : VÈpitre dédicatoire à M. Falkener, négociant anglais, depuis ambas- 
sadeur à Constantinople. — Seconde Lettre à M. Falkener, alors ambassa- 
deur à Constanti?iople. — Lettre à M. de la Roque sur la tragédie de « Zaïre ». 

Cf. RousTAN, La Littérature française par la dissertation, t. I, ch. X : la 
tragédie, sujets n»» 3-34 sq., p. 283 sq. 

Plan proposé : 

Exorde: Position delà question : « la plus racinienne », que 
signifient ces mots? 



LE THEATRE. 43 

ï 

Il est clair que Racine aurait désavoué pas mal de choses 
dans Zaïre : 

1» — ^ Ce qui dans Zaïre est bien du xvni^ siècle. S'il 
y a du Racine dans la pièce, il y a aussi du La Motte et du 
Grébillon. Le procédé de la reconnaissance ; le mélodrame 
et le quiproquo. 

2o — Ce qui est bien du xvni« siècle, c'est un effort souvent 
gauche mais déjà intéressant pour donner au drame quelque 
couleur locale. La u turquerie » de Zaïre. Voyez le mot de la 
Harpe : << Ce caractère de Saladin est si connu, qu'il serait trop 
absurde de prétendre qu'Orosmane ne pouvait pas lui 
ressembler. . . » 

3° — Surtout l'influence de Shakespeare est ici dans toute , 
sa force. Rapprocher Othello et Zaïre. Les tirades éloquentes* 
et oi^i l'on devine l'allusion sont familières au théâtre anglais. 

Transition : Mais d'abord Voltaire était trop classique, trop 
racinien pour ne pas être un novateur timoré, et il est facile 
de montrer que toutes ses innovations sont partielles; ensuite 
la question n'est pas de montrer que Zaïre échappe à Tinfluence 
du théâtre du xvni« siècle, mais bien qu'elle est < la plus 
racinienne » de toutes. Qu'est-ce qui rattache ici étroitement 
Voltaire à Racine ? 

11 

1° — Place de l'amour dans la pièce. Déclarations de 
Voltaire ; comment celles qu'il fait à propos de l'emploi de 
lamour dans Zaïre s'opposent à celles qu'il fait ailleurs. Le 
fond de la tragédie est bien l'amour de Zaïre et d'Orosmane : 
démonstration. Nous voici en pleine théorie racinienne. 

2° — Zaïre pose très nettement un cas de conscience, un 
problème d'un intérêt général et humain. Généralité de l'art 
classique, intérêt universel de la tragédie de Racine. Zaïre offre 
cet intérêt : pourquoi. 

3° — Zaïre n'est pas une pièce « philosophique » : la tragédie 
chrétienne dans Zaïre. Dans quelle mesure on peut la replacer 
parmi les œuvres du xvu^ siècle: elle s'oppose à la théorie de 
Boileau sur le merveilleux chrétien, mais elle se rapproche 
(ÏEsther et iVAthalie, en même temps qu'elle s'éloigne des 
autres pièces de théâtre de Voltaire. 



44 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

40 — Les défauts même de Zaïre sont des défauts du théâtre 
de Racine. La politesse et la galanterie de la forme : 
Orosmane prince français et les seigneurs courtisans qui 
l'entourent; Zaïre marquise de la cour du grand roi, etc.. 
Reprendre le passage de Voltaire : « Et l'amour qui marche à 
leur suite, etc.. » et montrer comment il s'applique à Idire. 

Conclusion : N'oilà pourquoi Zaïre est la plus « racinienne » 
des tragédies de Voltaire. Mérope et Andromaque : caractère 
général de Mérope, intérêt universel; mais cette pièce n'est pas 
aussi racinienne parce qu'elle ne laisse pas à Famour la 
première place dans le drame, parce qu'elle n'est pas une 
pièce chrétienne, parce qu'il y a moins de passages qui 
rappellent Racine ou Quinault. 

53. Le christianisme de « Zaïre ». 

Matière. — Quel emploi Voltaire a-t-il fait du christianisme dans 
Zaïre ? 

Lectures recommandées : Outre les lectures indiquées aux n"» 43 et 52, voir : 
CHATEAuBRiAîiD, Génie du christianisme, 2» partie, livre II, ch. V, \\. 

Conseils. — « Envoyant dans les lettres de Voltaire tout l'écha- 
faudage de cette pièce turco-chrétienne, on est vraiment honteux 
d'être dupe de ce charlatanisme théâtral. » Ainsi s'exprimait le 
critique Geoffroy (cité par M. Hémon, dans son Cours de littérature : 
Voltaire, p. 34, note). Je ne connais pas de meilleur moyen que 
le suivant pour se rendre compte de l'emploi que Voltaire a fait 
du christianisme dans Zaire : lisez les Lettres^ et peut-être arri- 
verez-vous à un sentiment tout à fait opposé. (Voyez notamment 
la lettre du 27 mai .1732 à Cideyille, celle du 25 juin à de Formontj ejtc^j 



54. « Mérope », c'est « Andromaque ». 

Matière. — Mérope, c'est Andromaque..., a-t-on écrit. Comparez 
la pièce de Racine à celle de Voltaire, et caractérisez les difFérences 
entre les génies dramatiques de ces deux poètes. 

Lectures recommandées : Outre les ouvrages recommandés au n» 43 et qui 
renferment l'essentiel (et même beaucoup plus) pour traiter un sujet de ce genre, 
voyez la Correspondance de Voltaire (années 1737, 1738, 1739). Lisez avec atten- 
tion la Lettre « à M. le marquis Scipion Maffci. auteur de la Mérope italienne et 
de beaucoup d'autres ouvrages célèbres », la Lettre m de M. de la Lindelle à Al. de 
Voltaire » et la Réponse « de M. de Voltîdre h M. de la Lindelle. » (Lettre et ré- 
ponse sont, bien entendu, également de Voltaire). 



LE THÉÂTRE. 45 



55. Les imitateurs de Molière. 

Matière. — Que savez- vous des imitateurs de Molière dans la 
première moitié du xviii' siècle ? Nisard écrit : « Molière ne laissait 
d'autre champ à ses successeurs que le choix dans l'imitation. » 
[Risloire de la littérature française, t. IV, livre IV, ch. VI, p. 209.) 
Certains au moins des successeurs de notre grand comique surent- 
ils garder quelque originalité ? 

Lectures recommandées : Villemain, Tableau de la littérature française 
au wm* siècle. — ^s'isard, Histoire de la littérature française, t. IV. — Ch. Le- 
KiENT, Za Comédie en France au xviii» siècle. — J.-J. Weiss, Essais sur Vhistoire 
de la littérature française. — Broetière, Les Epoques du théâtre français. 
— Petit de Jullevili.e, Le Théâtre en France. — R. Doumic, Histoire de la lit- 
térature française, ch. XXVIII, p. 410 sq. — R. Ca.nat, La Littérature fran- 
çaise par les textes, ch. XII et ch. XV. — L. Lkvradlt, Les Genres littéraires: 
La Comédie, ch. IV, p. 65 sq. 

Sur Regaard : S.uinte-Bedve, Lundis, t. VIL — G. Larroumet, Etudes de cri- 
tique dramatique, t. I. — Sarcey, Quarante ans de théâtre. — P. Toi.do, 
Etudes sur le théâtre de Regnard {Revue d'histoire littéraire (janvier-mars 1903, 
janvier-mars 1904, juillet-septembre 1905). — Gh.bert, Regnard {Revue des Deux 
Mondes, 1859). — Notice d'Éd. Fournier dans ledition des Œuvres de Regnard 
de 1874-75. 

Sur Lesage : Œuvres, éditions 1810-23 ou 1820. — Sainte-Beuve, Lundis, t. II. — 
Brunetière, Etudes critiques, Ille série. — Lintilhac, Lesage {Les Grands écri- 
vains). — Ledition de 1810-23 contient V Éloge de Lesage par Malitourne, et par 
Patin. — L'édition de 1822 contient là-Notice d'Audiffret-Barberet : Lesage et le 
Théâtre de la Foire. 

Sur Dancourt : J. Lemaitre, La Comédie après Molière et le théâtre de Dan- 
court. 

Sur Dufresny : Œuvres, édit . 1747, avec une Notice. 

Sur Plron : Œuvres, éditions Rigoley de Juvigny et Honoré Bonhomme : No- 
tices. — Sainte-Becve : Lundis (voir la table). — Vii,i.emal\, Tableau de la lit- 
tératU7'e au xviii« siècle, Xlle Leçon. — Acg. de Massaing, Les Piron (18ii). — 
Hifp. Babou dans les Poètes français d'Eug. Crépet. 

Sur Gresset : Œuvres, édition 1811. — E. Wogde, Gresset, sa vie et ses 
œuvres. — Campexox, Essai sur la vie et les ouvrages de Gresset. — Sai.nte- 
Beuve, Portraits contemporains, t. V. 

N.-B. — Je recommande tout spécialement le recueil à la fois très coquet et très 
complet dH. Parigot : Théâtre choisi des auteurs comiques du xvu» et du 
xviiie siècle (Delagrave, édit.). 



Plan proposé ; • 

Exorde : Transformation de la comédie au xviii'' siècle : 
comment et pourquoi la comédie s'est renouvelée. Mais, 
pendant une période de transition, l'influence de Molière est 
ti-ès profonde ; peu à peu on s'en dégage, les écrivains 

3. 



46 LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 

deviennent plus personnels; cependant, même alors, un 
certain nombre d'entre eux retournent à Molière. A la fm, 
ceux qui l'emportent sont ceux qui cherchent à créer un art 
nouveau. 

I 

1° — Regnard et les nouveautés de son théâtre. 

A) Ce qui frappe avant tout chez Regnard, c'est l'importu- 
nité des souvenirs de Molière. Regnard imite le maître, de 
parti pris. Les Folies amoureuses et l'École des femmes; le 
Légataire universel et M. de Pourceaugnac, les Fourberies de 
Scapin, le Malade imaginaire ; sujets, situations, personnages, 
que d'emprunts à Molière ! 

B) Et pourtant Regnard est un novateur : 

a) Par le style, plus gai, plus vif, plus pétillant. Les saillies 
et les traits plaisants chez Regnard : son Jtalent pour sauver 
les situations les plus invraisemblables par la franchise de sa 
joie communicative; 

6) Par l'habileté de l'intrigue. Montrer avec quelle dextérité 
dans /eJowewr sontconduitesles variations du héros, amoureux 
quand il perd, joueur quand il gagne. L'intrigue dans Molière 
elles dénouements; 

c) Parle mouvement de Faction. Molière nous montre des 
actions parfois un peu lentes; pourquoi : étude des caractères, 
tirades, etc. Au contraire, Regnard va droit devant lui, parce 
qu'aucune préoccupation grave ne le retarde. Comment se 
déroule l'action du Légataire universel. 

d) Enfin et surtout par la place donnée à la peinture des 
mœurs du temps. Pourquoi Molière n'a pas trop insisté sur la 
représentation des conditions sociales. Dans Regnard, au 
contraire, nous avons déjà des « conditions » plus marquées. 

2° — Lesage et les nouveautés de son théâtre. 

A) La comédie de Turcaret nous annonce-t-elle, par son 
titre, une comédie analogue à celles de Molière, qui pourraient 
s'appeler Alceste, Harpagon, etc. ? Sans doute il y a un carac- 
tère abstrait dans la pièce, une vérité générale à la fois et 
particulière. Ce n'est pas seulement à IsiComtesse d'Escarbagnas 
et au Bourgeois gentilhomme que touche Turcaret, c'est aux 
grandes comédies où nous voyons des types du temps élargis , 
en types humains. 

B) Et cependant il y a entre Molière et Lesage des diffé- 
rences essentielles : 



LE THÉÂTRE. 4^ 

a) Molière n'écrit en prose qu'exceptionnellement. La 
comédie en prose au xvn** siècle est une comédie imparfaite. 
Au contraire, Lesage écrit en prose, de propos délibéré. 

6) L'obstacle des vers est supprimé parce que la comédie 
se rapproche de la réalité contemporaine d'une façon beaucoup 
plus précise. La pièce est beaucoup plus près de la vie du temps 
que celles de Molière : cf. Turcaret, la baronne, le marquis. La 
peinture des mœurs l'emporte de beaucoup sur celle des 
caractères. 

c) Par suite, la peinture des conditions sociales estbien plus 
poussée. Comparaison entre les valets de Molière, héritiers 
des valets de la comédie antique, et Crispin qui est bien du 
xvni« siècle [Ci^ispin rival de son maître), avec Turcaret, qu'on 
peut voir s'acheminer vers Diderot. 

d) On va aussi vers Beaumarchais. La satire est beaucoup 
moins désintéressée et moins générale que dans Molière ; 
elle est plus directe et plus vive. 

3° — Dancourt et les nouveautés de son théâtre. 

A] Dancourt est, surtout au début, un disciple de Molière. 
Ses sujets (Le Chevalier à la mode, 1687 ; le Tuteur, 1695). Dispo- 
sition et conduite de l'intrigue. 

6) Mais il s'en éloigne et fait des comédies d'actualité : 

a) L'actualité dans le théâtre de Dancourt. 

6) La peinture des conditions sociales (les manieurs d'argent, 
le demi-monde, le monde interlope). 

c) La satire moins profonde et plus directe. Valeur « docu- 
mentaire » de ce théâtre. 

4° — Dufresny et les nouveautés de son théâtre. 

A) Ce dernier, lui aussi, part de l'imitation de Mohère. 

B) Mais il se rend très bien compte de l'importunité de ces 
souvenirs et, s'il ne réussit pas à se dégager de cette imi- 
tation, du moins il l'essaye : 

a) En cherchant des sujets nouveaux et des intrigues nou 
velles ; 

6) En essayant d'apporter un dialogue plus original et un 
vers d'une facture différente. C'est malheureusement un écri- 
vain trop médiocre. 

Conclusion : Avec ces quatre écrivains, la comédie, partie 
de l'imitation de Molière, s'est acheminée vers la peinture des 
mœurs et des conditions sociales. 

Transition : Aux environs de 1730, le mouvement semble 
s'arrêter et certains auteurs paraissent vouloir revenir à 



48 • LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Molière pour en tirer autre chose. C est le lien quiunilles trois 
pièces : Le Glorieux (1732), la Métromanie (1738), le Méchant 
(1747), dont les auteurs rapprochent de nouveau la comédie 
de la comédie du xvn<^ siècle. 

II 

l*' — Le Glorieux ï\o\\?> rapproche de la comédie de Molière : 
a) Par la simplicité de l'intrigue, destinée uniquement à 

mettre en relief un u caractère ». 

h) Par une intention morahsatrice, encore plus avouée que 

dans les comédies de Molière. 

c) Toutefois, il faut bien voir que Destouches ignore l'art 
de fouiller un <( caractère », et ce n'est pas parce que le 
Glorieux parle haut, fait du bruit partout où il se trouve, rougit 
d'être tutoyé par son beau-père que nous voyons comment 
son intelligence et son cœur ont été déformés profondément- 
C'est une comédie toute de surface, développée par des mots. 

d) Le style, d'autre part, manque de qualités dramatiques : 
c'est du Molière bien pâle et bien' affaibli. 

2*^ — La Métromanie nous rapproche de la comédie de 
Molière : 

a) Si l'intrigue n'est pas simple (elle est au contraire labo- 
rieuse et compliquée), du moins elle met en scène un ridicule 
déterminé et a pour but de nous faire rire d'un travers général. 

h) Mais loin de nous trouver en face d'un ridicule fonda- 
mental, nous sommes en présence d'une « manie ». Ce goût 
ridicule pour les vers est une sorte de tic. 11 ne suffit pas à 
constituer un caractère. 

c) En revanche, la langue est d'une tenue littéraire très 
louable, certains vers sont restés proverbes, et la « tirade » y 
est par endroits fort bien menée. 

3° — Le Méchant nous rapproche de la comédie de Molière : 

a) Sans doute, il s'en éloigne parce fait que Gresset observe 
surtout les petits-maîtres de son temps; mais Molière, lui 
aussi, avait bien crayonné les petits marquis de son époque, et 
montré ce (fu'ily avait de léger et de vide sous leurs beaux 
dehors. 

5) Gresset montre ce qu'il y a de bas et de lâche sous les^ 
manières élégantes des mondains, et il y a chez lui une étude 
de la« scélératesse » des gens de bon ton, ou plutôt de leur 
« médisance ». La tirade dans Gresset. 



LE THÉÂTRE. 49 

c) Mais la médisance ne constitue pas un caractère, et nous 
sommes loin de la vérité profonde d'un Tartuffe ou d'un 
Alceste. 

Conclusion : xMême errewr chez Destouches, Piron, Gresset. 
Petit nombre des caractères généraux : pourquoi il faut attendre 
de longues années avant d'essayer de les représenter quand 
un homme de génie les a peints en traits immortels. On est 
condamné alors à prendre des caractères sans importance, et 
à les étudier superficiellement. 

Conclusion générale : Le genre de la comédie de caractère 
était épuisé. Les imitateurs de Molière étaient condamnés à 
l'insuccès. Heureusement d'autres écrivains continuaient à 
chercher des voies nouvelles, et déjà Marivaux était là. 

56. De Toriginalité de Regnard. 

Matière. — Que faut-il penser du jugement de La Harpe : « Les 
comédies de Regnard lui ont donné une place éminente après 
Molière, et il a su être un grand comique sans lui ressembler »? 

57. Regnard jugé par Nisard et par 
Sainte-Beuve. 

Matière. — « Personne aujourd'hui, écrit Larroumet, ne contre- 
signerait le jugement de Sainte-Beuve, qui accordait à Regnard « la 
première place dans la comédie après Molière ». On trouve, au 
contraire, de toute vérité cette observation de Nisard que, avec le 
Légataire et les Folies, « la comédie reculait modestement jusqu'à 
l'Étourdi. » (Larroumet, Études critiques et dramatiques; t. Il : 
Regnard, p. 93 sq.j 

Apprécier ce jugement. 

58. Le théâtre de second ordre. 

Matière. — Pouvez-vous, au moyen du théâtre des successeurs 
de Molière, montrer en quoi consiste ce qu'on appelle « le théâtre 
de second ordre » et préciser, en quoi il difTère du théâtre de 
premier ordre, c'est-à-dire classique? 

Conseils. — Le travail a été fait pour la Mélromajiie {Revue 
bleue, 6 août 1892, p. 187 sq.). Les deux « cadres » principaux de 
cette étude sont les suivants : 



50 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

1° Dans le théâtre de second ordre, un ridicule capital et fonda- 
mental devient une manie fort innocente en définitive {Les Femmes 
Savantes et la Mélromanie). 

2» Au lieu que les situations sortent des caractères, l'intrigue se 
complique comme à plaisir. 

Il y a sans aucun doute d'autres paragraphes à trouver : 
cherchez-les. 



59. Les manieurs d'argent au XVII^ et au 
XVIII^ siècle. 

Matière. — Étudier la physionomie du financier dans La Bruyère, 
Lesage et les Lectures sur la société française au xvm* siècle. 

lectures recommandées : La. Bruyère, Les Caractères. — Lesage, Turcaret 
(ou Extraits). — A. Gasquet, Lectures sur la société française aux xviie et 
xym" siècles (Delagrave). — Paul Bonnefoïs', La Société française du xvm» siècle : 
Lectures, etc. (Colin). — Montesquieu, Lettres persanes, XCVIII (Extraits, ou édit. 
1827, VII, p. 263 sq.); CXXXVIII (édit. cit. III, p. 370 sq.) ; Esprit des lois 
(XIII, 15 ; XXX, 13 ; édit. cit. III, p. 66 sq., 316 sq.). — J.-J. Rousseau, Confessions, 
VII (édit. Hachette, t. VIII, p. 205 sq.). — Voltaire, Œuvres, édit. Beuchot, pas- 
sim. — Voir surtout : Duclos, Considérations sur les mœurs, ch. X ; Les Gens de 
fortune (édit. 1821, t. I, p. 103 sq.). 

0. de Vallée, Les Manieurs d'argent, Michel Lévy, 2« édit. 1857 (à lire avec 
précaution). — Desnoireterres, La Comédie satirique au xviii' siècle, passim 
(Ferrin). — Fontaiîje, Le Théâtre et la philosophie au xviiie siècle (Cerf et fils)- 
— Campardon, Les Prodigalités d'un fermier général (Charavay frères). — De 
iahante, Une famille de finances au xviiie siècle (Hetzel). — Larroumet, Mari- 
vaux, sa vie et ses œuvres, p. 431 sq. (Hachette). — Carré, La France sous 
Louis JrF(Lib. et Inip. réunies) .* Le Gouvernement et l'administration, p. 68 sq., 
p. 76 sq ; le Tiers Etat, p. 177 sq. — De Conches, Salons de conversatioîi et 
dîners des fermiers généraux (IV, p. 88 sq., p. 101 sq.). — A. Mauky, L'An- 
cienne Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, p. 301 (Didier). 

Conseils. — Pour les idées et le plan général, voir M. Roustan, 
Les Philosophes et la société française au xvni* siècle (Lyon, Rey : 
Paris, Picard fils et C'*^), ch. V : Les Philosophes et les financiers, 
p. 200 sq. ; on y trouvera indiquées des références assez nombreuses. 



60. Le théâtre des chicanes de l'amour. 

Matière. — « Ce sont des chicanes de cœur que se font les person- 
nages de Marivaux, c'est une guerre d'escarmouche morale. » (S.unte- 
Beuve, Lundis, t, IX, p. 371.) 

Expliquer ce jugement de Sainte-Beuve, et montrer quelles étaient 
les conséquences de ce fait que la comédie devenait le théâtre des 
« chicanes de l'amour ». 



LE THÉÂTRE. 51 

Lectures recommandées ; D'A^embert, Eloge de Marivaux {Œuvres, éd. 1821, 
t, III, p, 577 sq.). — Sainte-Beuve, Lundis, t. IX. — Geoffroy, Cours de littéra- 
ture dramatique. — Notice du Théâtre complet par Éd. Fodrnier (1878). — 
Lesccre, Eloge de Marivaux . — Jean-Fleury, Marivaux et le marivaudage. — 
G. Larroumet, Marivaux, sa vie et ses œuvres. — Brunetière, Zes Epoques du 
théâtre français. — Deschamps, J/ariva «a: (les Grands Ecrivains français). — 
Fagdkt, Dix-huitième siècle : Marivaux. — R. Doumic, Histoire de la litttérature 
française, ch. XXVIII, p. 412 sq. — R. Ganat, La Littérature française par 
les textes, ch. XIV, p. 369 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires : la 
Comédie, ch. IV, p. 84, sq. 

Œuvres, édition 1781 (V" Duchesne), en 12 volumes. — Théâtre complet, 
édité par Éd. Fournier (1878). 

Plan proposé : 

Exorde : « Chez mes confrères, rameur est en querelle 
avec tout ce qui l'environne, et finit par être heureux malgré 
les opposants; chez moi, il n'est en querelle qu'avec lui seul, 
et finit par être heureux malgré lui. Il apprendra dans mes 
pièces à se défier encore plus des tours qu'il se joue que des 
pièges qui lui sont tendus par des mains étrangères. » Ainsi 
Marivaux caractérise son théâtre. C'est le théâtre des « chicanes 
de l'amour ». L'amour n'éprouve pas de résistance extérieure ; 
il est « le bourreau de soi-même ». 

1° — Démonstration par des exemples. Dans le Jeu de Vamour 
et du hasard, les amants luttent contre eux-mêmes et l'un 
contre l'autre ; ils déguisent tout jusqu'à leur costume. Dans 
le Legs, l'amant, qui devrait logiquement faire les premiers 
pas, tremble devant le moment de la déclaration ; c'est l'a- 
mante qui est obligée de se prêter à d'ingénieuses avances 
(cf. Musset, VAne et le Ruisseau). Dans V Épreuve, l'excès de 
méfiance est plus grand encore. L'amour se masque sous un 
faux air de protection bienveillante, il ne veut pas se décla- 
rer, il ne se rend qu'après que l'héroïne a franchi l'obstacle. La 
Double Inconstance nous offre une mécanique plus subtile 
encore ; pas d'obstacle venu de fextérieur, sauf Fopposition 
du prince au mariage des deux amants. Ceux-ci se jurent 
fidélité, mais ils voient rapidement qu'en réalité ils ne 
s'aiment plus> qu'une autre passion aussi vive, aussi sincère 
que la première, est venue... 

2° — Conséquences : 

a) Pour le sujet. L'auteur est obligé en un ou trois actes de 
conduire une passion depuis l'instant où elle commence à 
poindre jusqu'au moment du mariage, ou jusqu'à sa fin. Les 
auteurs dramatiques suppriment d'ordinaire tous ces longs 



52 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

débuts : les « prolégomènes » d'une pièce. Par suite, il y a 
dans le théâtre de Marivaux des sujets plutôt romanesques, 
qui exigeraient beaucoup plus de temps pour se dérouler, si 
nous étions dans la vie réelle. Marivaux est un esprit souple, 
adroit, très habile à user des conventions théâtrales, mais, 
malgré tout, le danger est grand parce que sur la scène il 
vaut mieux peindre l'amour à l'instant décisif. 

b) Pour l'intrigue. Elle est très simple. C'est une analyse de 
sentiments, non pas froide, mais vivante, colorée, nuancée, 
graduée avec art. Mais y a-t-il véritablement une intrigue? 
Peut-on suivre dans ces pièces le développement d'une action 
dramatique, avec exposition, nœud, dénouement. Où sont les 
événements? Où finit l'exposition? Y a-t-il un nœud véritable? 
un dénouement bien distinct ? Il est difficile de répondre 
oui à ces questions, sauf cependant à la dernière. 11 n'y a pas 
d'événements mais des données, pas de péripéties mais des 
transitions, pas d'incidents mais des nuances. De là aussi les 
mêmes procédés pour faire avancer la pièce: travestissements, 
dominos, masques, etc.. 

c) Pour les caractères. Ils se laissent deviner, et c'est un 
plaisir délicat pour le lecteur : ils sont curieusement fouillés, 
mais ils n'ont rien d'accusé. Combien nous sommes loin du 
comique véritablement humain. Sainte-Beuve a prononcé le 
mot « tatillonnage ». Ces créations ont quelque chose 
d'exquis, mais aussi de trop minutieux, de trop conventionnel. 
Rappeler le mot de cette femme d'esprit : ce C'est un homme 
qui se fatigue et qui me fatigue, en me faisant faire cent lieues 
avec lui sur une feuille de parquet », ou le mot de V^oltaire : 
« Il suit tous les sentiers du cœur humain mais n'en connaît 
pas la grande route. » 

cl) Pour le style. Par suite, l'écrivain est porté à quintes- 
sencier, sa finesse devient du raffinement, son ingéniosité 
de la subtilité. Comment il veut tirer d'une idée juste tout ce 
qu'elle contient et comment il la gâte. « Il est un de ces écri- 
vains auxquels il suffirait souvent de retrancher pour ajouter 
à ce qui leur manque. » Originalité de ce style, mais est-ce 
un style dramatique? 

Conclusion : Rapprochement souvent fait entre Racine et 
Marivaux; il est clair qu'on songe moins au Racine de Bnian- 
nicus qu'à celui de Bérénice. 



LE THÉÂTRE. 53 



61. Marivaux jugé par Voltaire. 

Matière. — « Je reprocherais à M. de Marivaux de trop détailler 
les passions et de manquer quelquefois le chemin du cœur, en i 
prenant des routes un peu trop détournées. » (Voltaire à Berger, 
février 1736; Œuvres, édit. Beuchot, t. LU, p. 182.) 

Conseils. — Le devoir se ramène presque au précédent, mais 
prenez garde : usez du procédé de l'analogie. (Cf. Roustan, La Com- 
'position française : la Dissertation littéraire, Invention, passim; 
la Dissertation morale. Invention, ch. II, | V, p. 34, sq.) 

Le mot n'est pas le même que celui qui est partout cité : « Il sait 
tous les sentiers du cœur humain et il en ignore la grande route. » 
La critique est ici bien moins sévère ; regardez le texte attenti- 
vement, et demandez-vous si, sous cette forme, l'opinion de Voltaire 
n'est pas acceptable. M. Faguet répliquerait volontiers : « Là où 
personne n'est allé, il n'y a pas même de routes » [op. cit., p. 132) ; 
reprenez cette repartie pour votre compte ; elle vous servira, dans 
cette circonstance, à montrer Voriginalité de Marivaux. 



62. De Toriginalité de Marivaux. 

Matière. — « J'aime mieux, dit Marivaux, être assis sur le der- 
nier banc de la petite troupe des auteurs originaux qu'orgueilleu- 
sement placé à la première ligne 'dans le nombreux bétail des 
singes littéraires. » Marivaux est-il parvenu à l'originalité'qu'il pour- 
suivait, et son œuvre dramatique a-t-elle été originale au xviii^ siècle? 

Conseils. — « Son originalité consiste en trois points qui sont : 
1» d'avoir abandonné les traces de Molière ; 2» d'avoir transposé la 
tragédie de Racine dans la vie commune; 3° d'avoir mis le principal 
de l'intrigue dans la transformation des sentiments.... » (Bruxetière, 
Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 216). Voilà des 
« cadres » excellents. Cherchez-en d'autres encore, si vous le 
voulez, mais commencez par adopter ceux-là. (Cf. Roustan, La Com- 
vosition française : La dissertation littéraire. Disposition.) 



63. Marivaux et Racine. 

Matière. — On a souvent ■ rapproché Marivaux de Racine : 
pourquoi? 

Lectures recommandées : Voir noire Littérature française par la disserta- 
tion, t. I, ch. X .• la tragédie, sujets n" 334 sq., p. 283 sq. 



54 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Plan proposé : 

Exorde : Grouper les dissemblances (les auteurs, les genres, 
les époques, etc., etc.). Pourtant on a souvent rapproché 
Racine et Marivaux. 

1° — Tous deux ont humanisé leur genre : 

a) Racine et la vérité générale. Marivaux et la vérité générale. 

6) L'effort est plus grand du côté de Marivaux : les éléments 
historiques dans Racine. Rien ne gêne au contraire Marivaux : 
ni couleur locale, ni réalisme : les contours éternels de l'âme 
humaine. 

2° — Tous deux ont fait un drame psychologique : 

a) La psychologie de Racine: la mécanique des passions dans 
ses tragédies ; — la psychologie de Marivaux : la comédie d'ana- 
lyse. 

b) Marivaux est allé plus loin que Racine dans cette voie : 
ressorts plus ténus et plus subtils; dépit, bonté, fausse honte, 
etc.. L'intrigue dans Racine et dans Marivaux. 

3° — Tous deux ont donné à l'amour la place essentielle : 

a) L'amour dans Racine; innovation du poète d'Andro- 
maque; l'amour dans Marivaux; innovation du poète de la 
Double Inconstance : « Avant lui, il y avait eu des amoureux 
sur notre théâtre comique, seulement il y avait pas eu de 
peintres de l'amour. » (Faguet, Op. cit. ^ p. 123.) 

b) ici encore IMarivaux a, plus fortement et complètement 
que Racine, appliqué ce principe : l'amour dans un drame doit 
être tout ou rien. Il n'a peint que « l'aube de l'amour », c'est 
précisément pour cela que l'amour tient chez lui plus de place 
encore que dans Racine. 

4° — Tous deux ont donné aux rôles de femmes le premier 
rang : 

a) Les femmes dans le théâtre de Racine et dans le théâtre 
de Marivaux. 

b) La psychologie de la femme chez Marivaux est plus 
« féminine » que celle de Racine. 

Conclusion : Rapprochement justifié : l'un et l'autre ont 
écrit des tragédies et des comédies le moins romanesques 
qu'il soit possible. Marivaux, dit M. Faguet, est « un Racine à 
mi-chemin..., un Racine qui n'écrit que le second acte à'Andro- 
maqiie. » {Ibid., p. ^25). 



LE THÉÂTRE. 55 



64. Marivaux et Molière. 

Matière. — « Marivaux ne nous donne pas le résultat de son obser- 
vation, mais l'acte même de l'observation. Leâ paroles de chaque 
personnage sont toujours arrangées de façon à montrer que la 
théorie de son cœur était bien connue de l'auteur. Une scène de 
Molière est une représentation de la nature; une scène de Marivaux 
est un commentaire sur la nature. » (De Barante, Tableau de la 
littérature au xvin* */èc^e, édit. citée, p. 138.) 

Expliquer ce passage en vous appuyant sur des exemples précis. 

Lectures^ recommandées : Outre les ouvrages indiqués au n" 60, voir Rocs- 
tan, La Littérature française par fa dissertation, t. I, ch. IX ; Molière, sujets 
nos 241 sq., p. 216 sq. 

65. « Le Jeu de l'Amour et du Hasard » 
et « Ruy-Blas ». 

Matière. — On a rapproché le Jeu de l'Amour et du Hasard et 
Ruy-Blas. Gomment expliquez-vous ce rapprochement, et dans 
quelle mesure est-il justifié ? 

Lectures recommandées : Voyez les lectures indiquées au tome III de notra 
Littérature française par la dissertation, sur le théâtre de Victor Hugo. 



66. Le théâtre de Marivaux et Tesprit de 
Marivaux. 

Matière. — « Enlevez le théâtre de Marivaux : vous mutilerez 
non seulement la littérature française, mais l'esprit français. Celle-là 
sera dépouillée d'un genre unique et charmant, celui-ci d'une Heur 
d'élégance, de poésje et de délicatesse. » (Brunetière, Études 
critiques, 3* série, p. 187). Expliquer. 

67. Marivaux et le « Marivaudage ». 

Matière. — L'éditeur du Spectateur français de Marivaux 
écrit (1755) .: « On n'a pas su sentir d'abord que la finesse de ses 
pensées ne pouvait être rendue autrement.... Depuis longtemps 
les personnes judicieuses sontrevenues à la vérité, et l'on sait gré 
à M. de Marivaux d'avoir pu assujettir son style au genre des 
matières qu'il traitait. » 

Que pensez-vous de cette défense du « marivaudage » ? 



56 LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 

Conseils. — Il y a, sans doute, ici une invitation à vous reporter 
à un certain nombre de passages de Marivaux, et à examiner avec 
attention. les traits principaux du style « de cette coquette, de cette 
caillette, de cette petite baronne de Marivaux », comme dit M. Faguet, 
laquelle n'eût pas été trop déplacée dans certaines ruelles distinguées 
du xvn" siècle. Cependant, on est en présence d'une théorie géné- 
rale du style qui enveloppe cette opinion, et dont il faut se 
méfier. Nous l'avons discutée nous-même, à propos de Marivaux 
{Fm Composition française : Conseils généraux, La Lecture, chap. III, 
p. 81 sq.) ; nous renvoyons à cet ouvrage. Ajoutons que le même édi- 
teur dit plus justement : « Monsieur de Marivaux sera chez la posté- 
rité un auteur singulier qu'on lira avec plaisir et utilité, mais qu'il 
serait dangereux de vouloir prendre pour modèle ; on voit chez les 
peintres des génies pittoresques qu'on ne tente point d'imiter sans 
risque d'être ridicule bien loin de leur ressembler ». 

N. B. — Nous réservons les sujets de dissertation relatifs Beaumar- 
chais pour le chapitre ultérieur sur le drame et les théories de 
Diderot. 



III 

MONTESQUIEU — BUFFON 

MONTESQUIEU 



68. Le caractère de Montesquieu. 

Matière. — Quelle idée vous faites-vous de Montesquieu d'après 
ses Œuvres ? [On consultera spécialement la.' Co?^'espondance et les 
Pensées.) 

Lectures recommandées : Éditions. : Édit. ParreUe (Collection des clas- 
siques français), 1826. — Édit. Laboulaye, 1875-1879 (Garnier). — Mélanges 
inédits, publiés par le baron de Montesquieu, 7 vol., 1892 sq. 

Extraits, par Jullian (Hachette). 

D'Alembkrt, t. V de l'Encyclopédie : Eloge du Président de Montesquieu. — 
Malpertcis, Eloge de Montesquieu. — Voltaire, Table de l'édition Beuchot ou 
Moland, article : Montesquieu. — Diderot, Table de l'édition Assézat et Tourneux. 
Grimmj Correspondance littéraire, édit. Tourneux, t. 1, H, VII et Table. — 
La Harpe, Lycée, t. Il, 3e partie, 1, II, eh. I, section 2. — Garât, Mémoires histo- 
riques sur le xviue siècle. 

Sainte -BEt'vE, Lundis, t. II, IV, VII, IX, XII, XIV, XV (voir la Table); Portraits 
littéraires, t. III ; Nouveaux Lundis, t. II. — De Baraste, Tableau de la litté- 
rature française au xvai« siècle. — Villemain, Tableau de la littérature au 
xvme siècle, t. I; Discours et Mélanges. — Viket, Histoire de la littérature 
au xvme siècle, t. I. — Bersot, Etudes sur le xviiie siècle. — Nisard, Histoire 
de la littérature française, t. IV. — Barm, Histoire des idées morales et poli- 
tiques en France au xvme siècle, t. I. — LovisYiKi\, Histoire de Montesquieu. — 
Broetière, Études critiques, IVe série; Questions de critique. — Albert Sorel 
Montesquieu. — Edgard Zévort, Montesquieu, — F kovett. Dix- huitième siècle j la 
Politique comparée de Montesquieu , Rousseauet Voltaire. — F. Hémon, Cours de 
littérature : Montesquieu. 

P. Albert, La Littérature française au xvme siècle : Montesquieu, p. 73 sq. — 
Brunetière, Manuel de l histoire de la littérature française, p. 278 sq. — 
Herriot, Précis de l'Histoire des lettres françaises, ch. XX, p. 594 sq. — 
La.nson, Histoire de la littérature française, o* partie, liv. III, ch. 700 sq. — 
LiNTiLHAc, Précis historique et critique de la littérature française, t. II, ch. VTII, 
p. 180 sq. — PtLLissiER, Histoire de la littérature française, 4e partie, ch, II, 
p. 299 sq. 

R. DoLMic, Histoire de la littérature française, ch. XXIX, p. 420 sq. — 
R. Ca>at, La Littérature française par les textes, ch. XII, | 11, p. 350 sq. — 
Léon Levrault, Auteurs français : Montesquieu, p. 538 sq. 



LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



Plan proposé 



1° — On notera dans Je caractère de iMontesquieu son 
amour passionné de l'antiquité par où il se sépare de son 
époque, et son amour de l'étude qui a été très grand. « J'ai la 
maladie de faire des livres et d'en être houleux quand je les 
ai faits... L'étude a été pour moi le souverain remède contre 
les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une 
heure de lecture n'ait dissipé. » 

2° — Cela nous annonce un homme d'une sensibilité 
médiocre. Montesquieu est modéré par tempérament, toujours 
maître de lui-même, et il sait assurer sa tranquillité et son 
bonheur: « Je m'éveille le matin avec une joie secrète de voir 
la lumière, et le reste du jour je suis content. Je passe la nuit 
sans m'éveiller: et le soir, quand je me mets au lit, une 

espèce d'engourdissement m'empêche de réfléchir Ma 

machine est si heureusement construite que je suis frappé par 
tous les objets assez pour qu'ils me donnent du plaisir, pas 

assez pour qu'ils me donnent de la peine » « J'aime 

mieux, dit-il encore, être tourmenté par mon cœur que par 
mon esprit. » On a noté qu'il avait fait là un bon calcul. 

3** — Montesquieu d'ailleurs était capable de bienveillance 
et l'on connaît de lui des traits de bienfaisance célèbres. 

4« — En vertu de son tempérament modéré et égal, Mon- 
tesquieu se plaît partout, dans le monde et à la campagne. 
Dans le monde, il se déclare heureux au milieu de ce nombre 
d'hommes qui « égale les sables de la mer ». Dans les salons 
il s'amuse, s'instruit, est auditeur bénévole en même temps 
que railleur : « Je suis presque aussi content avec des sots 
qu'avec des savants; il n'y a rien de si amusant qu'un homme 
ridicule. » 

5* — A la campagne, il goûte le charme du silence et le 
plaisir de travailler. Puis il aime les paysans, soigne sa vigne, 
arrose ses salades, fait semer ses prairies, et vend son vin 
« immédiatement comme il le reçoit de Dieu ». Ce marchand 
de vin est d'ailleurs un gentilhomme. « Quoique mon nom 
n'ait que deux cent cinquante ans de noblesse prouvée, 
cependant j'y suis attaché. » 

6" — C'est aussi un indépendant, n'ayant jamais cherche- 
les intrigues, tenant toujours les puissants à une distance 
respectable, et'( méprisant ceux qui ne l'estimaient pas». « Il 



MONTESQUIEU. 59 

mest aussi impossible d aller chez quelqu'un dans des buts 
d'intérêt que de rester dans les airs. Un jour, M... me fit 
entendre qu'on me donnerait une pension. Je dis que n'ayant 
pas fait de bassesse je n'avais pas besoin d'en être consolé 
par des grâces. » 

7° — Ce fut l'âme la moins religieuse qui se pût imaginer. 
On voit comment il apprécie le christianisme dans les Lettres 
persanes. Il serait difficile de trouver dans Montesquieu le senti- 
ment de ce qu'a été le christianisme. 11 le juge plus sérieusement 
dans VEsp'it des lois, mais il le juge comme une forme sociale. 

Conclusion : Comment ces traits se manifestent dans 
l'œuvre de Montesquieu. 

69. Une heure de lecture dissipe-t-elle 
tous les chagrins? 

Matière. — Apprécier cette pensée de Montesquieu : « L'étude a 
été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, 
n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. » 

Conseils. — Sujet proposé dans plus d'une session de baccalau- 
réat. Il est évidemment indispensable, pour ce sujet comme pour ceux 
qui suivent, de tenir le plus grand compte de l'auteur de ces pensées 
et de ces jugements. (Cf. Roustan, La Composition française : la Dis- 
sertation littéraire, Invention, ch. II, |III, p. 25 sq; la Dissertation 
morale, Invention, ch. III | I, p. 36 sq.) ^ 



Plan proposé: 

Exorde: Position de la question. 

1« — Partie générale ; a) La lecture console : pourquoi et 
comment; faisons appela notre expérience personnelle. (Cf. 
La Composition française : la Dissertation morale, Invention, 
ch. V, p. 55 sq., Élocution, ch. III, § Jl, p. 114 sq.) 

b) La lecture ne peut pas consoler de tous les chagrins sans 
exception. Appel à notre expérience personnelle. N'ya-t-ilpas 
des douleurs devant lesquelles nous ne songerions même pas 
qu'un livre fût capable de nous distraire ? 

2° — Cas particulier : C'est Montesquieu qui a écrit cette 
pensée. 

a) A quelles qualités est due cette disposition d'esprit. 



CO LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

b) A quels défauts elle est liée, d'autre part. 

Conclusion : Résumer rapidement les deux parties du devoir. 

70 . La politesse et la liberté. 

Matière. — Montesquieu écrit dans ses Pensées : « Tout homme 
doit être poli, mais il doit aussi être libre. » Comment concilier ces 
deux obligations ? 

Conseils. — Même remarque pour ce sujet ainsi propose au bac- 
calauréat que pour le sujet n» 69. On fera bien, outre les lectures 
indiquées au n° 68, de se reporter aux sujets relatifs au Misan- 
thrope dans La Littérature française par la dissertation, t. I, sujets 
n» 280 sq., p. 248 sq. Voir encore : «E. Ravot, Précis de morale, 
2e partie, passim. — G. Gantegor, Morale théorique et notions histo- 
riques, passim. — Thamin, Extraits des moralistes, Irv. V, ch. IV et V. 
— Marion et Dereux, Pages et pensées morales, table méthodique. 



71. Une règle pour juger nos semblables. 

Matière. — Que pensez-vous de cette règle appliquée par Montes- 
quieu pour juger son prochain : « Quand je vois un homme de mé- 
rite, je ne le décompose jamais ; un homme médiocre qui a quelques 
qualités, je le décompose »? 

Conseils. — Voir les numéros précédents. 



72. Le bon citoyen. 

Matière. — Expliquer et discuter cette définition du « bon citoyen » 
par Montesquieu : « Je suis un bon citoyen, mais dans quelque pays 
que je fusse né, je l'aurais été tout de même. 

« Je suis un bon citoyen parce que j'ai toujours été content de 
l'état où je suis, que j'ai toujours approuvé ma fortune, que je n'ai 
jamais rougi d'elle, ni envié celle des autres. 

« Je suis un bon citoyen parce que j'aime le gouvernement où je 
suis né, sans le craindre, et que je n'en attends d'autre faveur que 
ce bien inestimable que je partage avec mes compatriotes ; et je rends 
grâce au ciel de ce qu'ayant mis en moi de la médiocrité en tout, il 
a bien voulu mettre un peu de modération dans mon âme. » 

Lectures recommandées : Outre les lectures et les conseils qu'on trouvera aux 
numéros précédents voir : G. Cantecor, Morale, théorique et notions histo- 



MONTESQUIEU. 61 

riques. — E. Rayot, Précis de morale, 2e partie, IX* leyon : La Vie nationale, 
p. 2:29 sq. — Bolglé et Beau.mer, Choix des moralistes français, passim. — 
Thamin, Extraits des moralistes, liv. VI. — Marion et Dereux, Pages et pensées 
morales, table méthodique. 



73. Famille, patrie, humanité. 



1/ 



Matière. — « Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût 
préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais 
quelque chose qui fût utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma 
patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose d'utile à \ 
ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe et au genre humain, i 
je le regarderais comme un crime. » ' 

Que pensez-vous de cette opinion de Montesquieu? 

Conseils. — Voir les conseils et les ouvrages indiqués aux nu- 
méros précédents: 

74. Aux funérailles de Louis XIV. 

Matière. — « Aux funérailles de Louis XIV, dit Voltaire, le peuple 
avait dressé de petites tentes sur la route de Saint-Denis. On y dan- 
sait, on y riait, on y buvait. » 

Raconter ce qui se passa à ces funérailles, et donner sur le règne 
de ce monarque une appréciation générale 

Lectures recommandéee : Voltaire, Siècle de Louis X/V. — Gaillardin, 
Histoire du règne de Louis XIV. — Bourgeois, Le Grand 'siècle. — 
Em. Moret, Quinze ans du régne de Louis XIV (1700-1715). — Boxnemère, 
Histoire des paysans. — Histoire générale du ive siècle d nos jours (publiée sous 
a direction de MM. Lavisse et Rambacd), t. Vil, ch. IV. p. 144 sq. — E. Lavisse, 
Histoire de France, depuis les origines jusqu'à la Révolution, t. VIII : 
Louis XIV, la fin du règne (1685-1715) ; voir surtout le livre VU, p. 429 sq. et 
a Bib'iographie au bas de la page. — Roustan, Les Philosophes et la société 
française du xvuie siècle, ch. II : Les Philosophes et la royauté, p. 29 
et notes. 

Pour des détails plus précis, voir les Collections des Mémoires indiquées au 
no 76. 

Conseils. — Le sujet a été proposé plus d'une fois au baccalau- 
réat. On conçoit de quel secours peuvent être ici les Lettres per- 
sanes de Montesquieu. 



75. La cour de Versailles vers 1715. 

Matière. — Vous ferez un t.ibleau rapide de la cour de Vei- 
sallles vers la fin du règne de Louis XIV (le parti du roi, — le parti des 

Rol'stan. — Le XVIII^ siècle. 4 



62 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

libertins : Meudon, Saint-Gloud, le Temple, — le parti des réformes 
Fénclon, le duc de Bourgogne, — etc....) 



76. Caractères généraux de la Régence. 

Matière. — Pourquoi Cliamfort disait-il de la régence de Philippe 
d'Orléans : « Il paraît difficile d'écrire sérieusement l'histoire de cette 
époque »? (Ghamfort, Œuvres, édit. 1824, t. III, p. 82.) 

Lectures recommandées ; Collections des Mémoires du xvine siècle 
(Méfnoîres de Saint-Simon, Buvat, Marais, Barbier, Dubois, d'Argenson, Noailles, 
Villars, Duclos, Staai-Delaunay, Hénault, etc.)- 

P. BoNNEFON-, La Société française du xvni« siècle : Lectures extraites des 
Mémoires et des Correspondances, — A. Gasquet, Lectures sur la société française, 
aux xvii« et xviiie siècles.' 

Lacreteu.e, Histoire de France pendant le xvm» siècle. — Lemontey, Histoire 
de la régence et de la minorité de Louis XV. — Michelet, Histoire de France : 
la Régence. — Rocqdain, L'Espt'it révolutionnaire avant la Révolution. — 
AuBEfiTiN, L'Esprit public au xviiie siècle. — Thiers, Histoire de Law. — A Vuitry, 
Le Désordre des finances et les excès de la spéculation à la fin du règne de 
Louis XIV et au commencement du règne de Louis XV. — Stoorm, Les 
finaiices de l'ancien 7-égime. — De Seilhac, L'Abbé Dubois, premier ministre 
de Louis XV. — Bâillon, Walpole à la cour de France. — Rapin, Histoire du 
jansénisme. — Hémon, Histoire générale de l'Eglise pendant les xviue et 
xixe siècles, t. I (ou une autre « Histoire générale de l'Eglise »). — Barthélémy, 
Le Cardinal de Noailles. — Crétineau-Joly, Histoire de là Compagnie de 
Jésus. 

Conseils. — Pour ce sujet et le précédent, il y aura le même 
avantage à faire les lectures indiquées au n° 74, et le même profit 
à retirer des Lettres persanes. 



77. Les causes du succès des « Lettres 
persanes ». 

Matière. — Après avoir constaté la vogue dont jouirent les Lettres 
persanes, le critique Barni ajoute : « Ce succès, l'ouvrage de Montes- 
quieu le devait à la fois à la licence de certaines peintures, fort goûtées 
sous la régence ; à la censure des dernières années du règne de 
Louis XIV, qui avaient tant fatigué le pays et dont on commençait 
à parler librement, maintenant que le grand roi n'était plus ; à la 
satire la plus piquante des mœurs et des travers du temps ; à la 
critique hardie d'une religion à laquelle on ne croyait plus beaucoup 
mais qu'on n'avait pas encore osé discuter publiquement; aux tré- 
sors d'esprit qu'avait prodigués l'auteur, et, enfin au style si vif, si 
brillant, si élcxpicnt parfois, dont ces l(Mlr<'s étaient écrites. «(Barni, 



MONTESQUIEU. 63 

Histoire des idées morales et politiques en France au xviii^ siècle, 
t. I : Montesquieu, VIII» leçon, p. 109 sq.) Développer. 

Lectures recommandées : Voir les n»^ 74 sq. 



Plan proposé: 

Exorde : Succès des lettres persanes. Huit éditions ou 
contrefaçons en un an. (Voir Montesquieu lui-même.) x\nec- 
dotes restées célèbres. « Monsieur, faites-moi des lettres 
persanes, » etc.. 

I 

. Ce qui a fait la grande vogue du livre, c'est qu'il a paru 
exactement au moment où son succès devait être le plus 
complet : on ne cite dans notre littérature que trois ouvrages 
qui aient paru ainsi au moment le plus favorable : les Provin- 
ciiiles (1656); les Lettres persanes (1721); le Génie du christia- 
nisme (1802). 

1** — Les dernières années du règne avaient été marquées 
par l'hypocrisie dévote de la cour, l'intervention despotique du 
roi dans les affaires de théologie, les armements ruineux et 
les défaites humiliantes, la famine et la désolation dans le 
pays. Une réaction violente s'était produite dès le jour même 
de l'enterrement de Louis XIV. Le Régent donnait l'exemple; 
la littérature et les arts suivaient (Watteau, Coustou). Cette 
réaction a été marquée par les Lettres persanes beaucoup plus 
que par toutes les autres œuvres de l'époque. 

2° — a) De plus c'est la période où l'Orient exerce une 
véritable fascination sur les Français. Les voyageurs en 
rapportent des récits fabuleux ; le chevalier Chardin vient de 
publier son Voyage en Perse. Il y a quelques années à peine, 
le peuple se pressait pour admirer les ambassadeurs persans 
envoyés à Louis XIV. Montesquieu jeune, ayant de l'imagi- 
nation, utilise cet engouement pour les pays orientaux. 

b) Par conséquent, il suppose une correspondance écrite par 
L'sbek et Rica, qui ont fait tous deux un voyage à Paris et qui 
échangent des lettres avec leurs compatriotes. 

Usbek, grave et respectable, a dû* s'exiler. 11 écrit en 
Perse et se tient au courant des choses de son sérail. C'est la 
partie libertine, dans laquelle le public va chercher un sem- 
blant d'intrigue amoureuse. 



64 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

II 

1° — a) Mais ce que nous y cherchons, ce que Montesquieu 
voulait y mettre est bien différent. Usbek est très attentif, 
très réfléchi; il nous fait la peinture de la France de 17t2 
à 1720. A son côté se trouve Rica, très spirituel, fin, rnalin et 
même un peu blagueur. C'est un Persan qui a pris Fair des 
boulevards. Quand les matières traitées sont un peu scabreuses, 
Rica se charge de les traiter. 

b) Notons d'ailleurs que, dans les moments où la critique 
directe serait dangereuse, nous sommes ramenés en Orient; 
par un procédé constant au xvni^ siècle, on nous dit Alcoran 
quand il faut entendre Bible, et despotisme oriental quand il 
faut entendre monarchie française. Le livre est donc très hardi 
et très habile. Montesquieu ne l'eût jamais écrit sans ce 
mélange extrêmement adroit. 

20 — On peut y distinguer : 

a) Une succession de petits portraits dans lesquels Mon- 
tesquieu se montre l'héritier de La Bruyère. 11 peint d'une 
touche vive le grand seigneur, le fermier, le général retraité, 
le pédant, le fat, l'homme à bonnes fortunes, le poète para- 
site, etc. C'est léger, amusant, plus brillant, plus sautillant 
que les portraits des Caractères. 

b) Le livre est plus profond quand il aborde certaines 
questions qui intéressent l'humanité. Lespassages sur l'orgueil, 
la gloire, la modestie, la vertu des larmes, et surtout sur la 
justice mise au-dessus de Dieu même, sont de ceux qui font 
prévoir que Montesquieu écrira autre chose. 

c) La partie de beaucoup la plus hardie est celle qui a trait 
à la politique et à la religion. On est étonné des audaces de 
Montesquieu, lui qui dira plus tard de lui-même qu'il n'a pas 
l'esprit désapprobateur. On se demande comment on a pu 
souffrir, même dans la bouche d'un Persan, des passages 
comme ceux qui ont trait au roi de France, au pape, « ce 
magicien qui fait croire que trois ne sont que un, et mille autres 
choses de cette espèce », sur le Parlement, la noblesse, les 
riches, les fermiers généraux; et l'on trouve déjà une protes- 
tation en faveur des misérables écrasés par l'impôt, décimés 
par la famine, qui a bien plus de portée que la peinture 
de La Bruyère. 

d) Un apologue assez long qui a pour titre « les Troglo- 



MOiNTESQUIEU. 05 

dytes )). C'est un morceau inspiré de Féneion, du Fénelon 
de Télémaque, dont Montesquieu était un admirateur. On y 
découvre en germe la plupart des théories politiques que 
Montesquieu devait développer dans VEsprit des lois : « Le 
gouvernement républicain a pour principe la vertu, la soli- 
darité des intérêts [de tous les citoyens. » — Dans la 
Lettre XIV, lorsque les Troglodytes vont ofïrir la royauté à un 
vieillard vénérable : <' Je vois bien ce que c'est, s'écrie le 
vieillard, votre vertu commence à vous peser. » 



III 

Tel est ce livre qui renferme des parties si différentes ; 
c'est dire que la variété est une de ses qualités principales. La 
forme y est aussi très variée, et elle contribua longtemps au 
succès du livre. Surtout c'était une forme étincelante, adaptée 
non seulement au sujet lui-même, mais encore à l'époque 
précise àlaquelle le livre a paru. (Voir plus bas les sujets sur 
le style de Montesquieu, et surtout s'appuyer sur des passages 
caractéristiques. Cf. Houstan, La Composition française : La 
Dissertation littéraire, ch. IV, p. ^3 sq.) 

Conclusion : Reprendre le passage de l'Introduction des 
Lettres persanes : « Mais c'est à condition que je ne serai pas 
connu... sans essayer beaucoup son esprit. )> Dans quelle 
mesure cela n'est pas « digne d'un homme grave », mais 
comment Montesquieu a assuré le succès de son livre en 
« mettant l'ouvrage à nos mœurs », non seulement à nos 
mœurs du xvni« siècle, mais aux mœurs des Français en général. 



78. Les «Lettres persanes » jugées par Voltaire. 

Matière. — Voltaire écrit à, Vauvenargucs (15 avril 1743, édit. 
Beuchot, t. LIV, p. 530) : « On a d'abord été ivre dos Lettres persanes 
dont vous me parlez... maintenant je vois que tous les bons esprits 
font assez peu de cas de la frivole imagination des Lettres persanes 
dont la hardiesse en certains endroits fait le plus grand mérite. » 

Étes-vous de l'avis de Voltaire ? 

• 
Conseils. — Ce sujet est, pour ainsi dire, un « cas particulier » 
du sujet n^TT. On fera bien de s'y reporter. 

4. 



66 LK DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

79. La raillerie de Montesquieu 
et celle de La Bruyère. 

Matière. — Commenter et discuter aii besoin ce jugement de Vil- 
lemain : « La raillerie de Montesquieu est sentencieuse et maligne 
comme celle de La Bruyère, mais elle a plus de force et de hardiesse. 
La Bruyère, se plaignant d'être renfermé dans un cercle trop étroit, 
avait esquissé des caractères parce qu'il n'osait peindre des insti- 
tutions et des peuples : Montesquieu porte plus haut la raillerie ; 
ses plaisanteries sont la censure d'un gouvernement ou d'une 
nation. » (Villemain, Discours et Mélanges.) 

Lectures recommai]dées : Voir dans La Littérature fraîiçaise par la disser- 
tation, \.\, les sujets n»* 559 sq., p. 447 sq. 

Conseils. — Suivant notre méthode, regardons attentivement le 
texte de la matière. Les idées essentielles sont : 

1° La raillerie de Montesquieu ressemble à celle de La Bruyère et 
elle en diffère. Elle est sentencieuse et maligne (dans la forme), 
mais plus forte et plus hardie (dans le fond). 

2° C'est que La Bruyère s'était contenté d'esquisser des « carac- 
tères » (types du temps, types humains), tandis que Montesquieu 
raille la monarchie et la France 4^ son temps, le gouvernement et 
la nation. 

Immédiatement se pose la question suivante : Montesquieu n'a-t-il 
donc pas tracé des « caractères » ? N'y a-t-il pas chez lui d'une 
part une satire des mœurs du temps, d'autre part un certain nombre 
de traits généraux ? Sans doute, mais même alors le jugement 
indiqué reste vrai : il y a chez Montesquieu plus de force et plus de 
hardiesse. 

Gela ne signiîîe pas : plus de profondeur ; dans le siècle psycholo- 
gique par excellence, le livre de La Bru^'ère a une valeur psycholo- 
gique à laquelle le livre de Montesquieu ne saurait atteindre. 
Cependant, suivant le mot de Vinet, « tous deux ont le tour vif et 
heurté, la manière satirique et spirituelle ; chez tous deux le style 
aspire à surprendre, mais la force intime appartient à Montesquieu. 
11 a la puissance intellectuelle et l'intention morale qui donne du 
sérieux même à, la raillerie ». 

Est-ce que cela ne viendrait pas : 

a) D'abord, du fait que La Bruyère est davantage le moraliste lit- 
térateur? Nisard qui déclare que dans l'art des portraits, la touche 
de Montesquieu semble plus aisée et plus libre, ajoute : « Dans La 
Bruyère le parti pris de faire des portraits fait pencher l'art vers la 
manière. ^> C'est reconnaître que les portraits de La Bruyère sont plus 
travaillés, plus affinés que ceux de Montesquieu ; ces derniers sont 
plus rapides et plus courts. 



MONTESQUIEU. 67 

b) D'un autre côté Montesquieu n'a-t-il pas un art particulier pour 
mêler intimement ce que La Bruyère avait désuni : la maxime et le 
portrait? Si la forme est sentencieuse et maligne, en réalité il y a 
pénétration plus intime entre la sentence et le trait. Celle-là ajoute 
à celui-ci une partie plus profonde, celui-ci donne à celle-là plus de 
force et plus de vigueur. C'est ce que Nisard comparant La Bruyère 
et Montesquieu résumait en disant : « La Bruyère écrit plus en 
peintre, Montesquieu plus en penseur, non que le premier ne sache 
penser et le second peindre, mais La Bruyère nous donne plus la 
représentation, et Montesquieu la raison de nos ridicules. ^) 

Le critique a très bien vu que c'était le motif pour lequel la langue 
des Lettres persanes avait gagné du côté de la finesse et du tour ; 
et peut-être devrions-nous apporter une correction à la première 
partie de l'appréciation indiquée, et nous demander si la forme de 
la raillerie de Montesquieu n'était pas plus maligne que celle de La 
Bruyère. 

Mais cela n'est qu'une partie du devoir. Car la raillerie de Montes- 
quieu peut être comparée à celle de La Bruyère quand il s'agit des 
« caractères » ou des « mœurs du siècle ». Elle est toute différente, et 
La Bruyère n'a pas pu servir de modèle à son successeur, quand Mon- 
tesquieu fait le procès des institutions et des gouvernements. Cette 
fois il s'agit de la satire politique et religieuse. La raillerie prend 
une autre tournure. Sans doute la pensée est moins générale, moins 
désintéressée que dans La Bruyère ; on distinguera dans la raillerie 
de Montesquieu tout ce qui a trait aux habitudes irrespectueuses et 
même indécentes du temps. Mais, à côté, on distinguera aussi un cer- 
tain nombre de passages véritablement nouveaux dans notre littéra- 
ture. Quand il abordait les plus graves sujets de politique ou de 
religion, la raillerie portait en effet plus haut et, par suite, elle avait / 
des caractères différents; ce n'est plus un psychologue qui veut Y 
nous montrer nos ridicules, c'est déjà un philosophe qui défend les 
grandes idées du xvm^ siècle. Il paraît difficile de trouver dans le 
livre de La Bruyère, où nous admirons avec justice des passages géné- 
reux et vraiment humains, des pages analogues, par exemple, à 
celles où Montesquieu développe une ordonnance imaginaire, por- 
tant que tous ceux qui travaillent doivent donner du pain à ceux qui 
vivent dans l'oisiveté, etc. " 



80. La Bruyère et Montesquieu, peintres 
de portraits. 

Matière. — Étudier dans les .Caractère* et dans les Lettres per- 
sanes l'art du peintre de portraits. 

N. B. — On s'appuiera, si l'on veut, sur ce passage de Sainte- 
Beuve : « Dans les portraits du Fermier, du Directeur, du Casuiste. 



68 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

de l'Homme à bonnes fortunes, de la Femme joueuse, Montesquieu 
égale La Bruyère en sen ressouvenant. Il lui ressemble par la 
langue, mais sans y viser. La sienne, tout en étant aussi neuve, 
est peut-être moins compliquée, elle est d'une netteté et d'une pro- 
priété pittoresque singulière. » 

Conseils. — Voir les conseils donnés pour le sujet précédent, et 
consulter : M. Roustan, La Composition française : la Description et 
le Portrait, passim, et notamment partie II, cli. III, p. 76 sq, et 
partie III, p. 86 sq. 



81. Montesquieu et les poètes dramatiques. 



Matière. — Étudier cette pensée de Montesquieu (Lettres per- 
sanes, cxxxvn) : « Les poètes dramatiques sont les poètes par 
excellence. » 



Conseils. — « Étudier », cela veut dire « expliquer ». Il est 
donc nécessaire de lire d'abord en entier la lettre GXXXVII, où 
Rica raconte son entretien avec le bibliothécaire d'un couvent de 
dervis, la lettre XLVIII (Usbek à Rhédi), et les autres passages où 
nous pouvons voir ce que Montesquieu pensait de la poésie et des 
poètes. 



82. Place des « Lettres persanes » dans l'histoire 
de la prose française. 



Matière. — « Littérairement parlant, on ne peut dire que l'appa- 
rition des Lettres persanes ait été un événement tout à fait heureux ; 
rien n'agit si puissamment pour autoriser l'abandon de la belle et 
gracieuse simplicité du xyii^ siècle. Sous ce rapport, observons que 
les Lettres persanes curent historiquement la portée des P)'ovinciales ; 
elles ont déterminé la langue de leur siècle, comme l'œuvre de 
Pascal détc'rmina celle de son temps. Mais ce style si brillant, et 
sans affectation cependant (car ce perpétuel scintillement d'idéfs 
senrble la végétation naturelle de l'esprit de Montesquieu) n'étant 
pas en soi d'une nature absolument saine, devint une des causes 
de la détérioration du langage. » (Vïnet, Histoire de la littérature 
au xviiic siècle, t. 1.) 

Apprécier vc jugement et marquer la place des Lettres persanes 
dans l'histoire do la jjrosc française. 



MONTESQUIEU. 69 

83. Des « Lettres persanes » 
aux « Considérations » et à « l'Esprit des lois » . 

Matière. — Pourquoi les critiques sont-ils unanimes à reconnaître 
« l'unité fondamentale » de l'œuvre de Montesquieu, et dans quel 
sens peut-on dire que le Montesquieu de l'Esprit des lois et des 
Considérations est contenu tout entier dans le Montesquieu des 
Lettres persanes? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux nos 68 et 76. 

Conseils. — Sainte-Beuve observait que (C la manière des trois 
ouvrages de Montesquieu ne diffère pas autant toutefois qu'on le 
croirait. Le fond des idées diffère encore moins. Le livre sur les 
Romains est celui où l'auteur se contient le plus; il est maître de lui 
d'un bout à l'autre. Dans VEsprit des lois, il a souvent mêlé on ne 
sait comment l'épigramme à la grandeur. Dans \fi^ Lettres persanes , 
Montesquieu jeune, s'ébat et se joue; la plupart de ses idées s'y 
voient en germe ou mieux qu'en germe et déjà développées. Il est 
plus indiscret que plus tard, voilà tout. » 

Sainte-Beuve se rencontrait ici avec Montesquieu lui-même, avec 
M°»' de Staël [De la littérature), avec Vinet, etc. Les critiques ont 
donc-constamment signalé la continuité de l'œuvre de Montesquieu. 

En 1820, paraissait à Paris un ouvrage intitulé De la politique 
de Montesquieu (Th. Desœur). Il y avait là un travail intitulé : 
« Lettres persanes comparées avec VEsprit des lois. » Par des 
extraits le Montesquieu, l'auteur développait certaines idées et 
faisait voir que le Montesquieu de VEsprit des lois était déjà tout 
entier dans le Montesquieu des Lettres persanes. Il s'agit de trouver 
d'une part dans les Lettres persanes, de l'autre dans les Considéra- 
tions, les passages que l'on retrouve dans VEsprit de$ lois. Vinet- 
citait par exemple les Êettres 11, 85, 89, 95, 102, 103, 129, 144, 
etc. ; M. Janct, les Lettres 38, 29, 89, 90, 92, 97, 98, 102, 105, 109, 
124, etc. ; M. Hémon, les Lettres 80, 102, 129, sur les principes des 
gouvernements et sur le respect dû aux lois ; 103 et 104 sur les gou- 
vernements des Anglais et des Turcs ; 121 et 122 sur l'influence des 
climats ; 89 et 98 sur le sort des républiques d'autrefois et sur le génie 
de la nation française ; 94 et 95 surle droit public et le droit des gens. 
L'auteur de la Politique de Montesquieu en cite bien davantage 
et il met en regard les passages correspondants de VEsprit 
des lois. 

La démonstration est peut-être- moins convaincante, si l'on passe 
aux Considérations. Cependant, là encore il y a beaucoup d'idées que 
Montesquieu doit suivre et développer dans VEsprit des lois. 
Janet cite les chapitres VIII, IX, XI, XIII qui montrent qu'un certain 
nombre de sujets abordés dans les Considérations sont complète- 



70 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ment traités dans l'Esprit des lois, et, en définitive, pour comprendre 
à fond VEsprit des lois, il faut avoir lu les Considérations. 

Mais une fois cette partie de la dissertation traitée, lorsque nous 
aurons fait voir l'unité de l'œuvre de Montesquieu, il nous restera à 
montrer que nous en saisissons aussi la diversité. Nous ne croyons 
pas avec Vinet que le Montesquieu de VEsprit des lois soit presque 
tout entier dans les Lettres persanes, nous aimons mieux dire que 
la plupart de ses idées s'y voient en germe mais en germe seule- 
ment. De même, il nous est facile de constater comment l'auteur de 
VEsprit des lois, voyant de plus haut et de plus loin, a jugé d'une 
façon plus large que l'auteur des Considérations. En définitive, c'est 
le progrès de la pensée de Montesquieu que nous avons à suivre et 
le plan pourrait être le suivant : 



Plan proposé: 

I 

Exorde : Opinion générale sur Tunité de Fœuvre de 
Montesquieu. 
1° Les Lettres persanes et VEsprit des lois. 
2° Intermédiaire : les Considérations. 

II 

Diversité de l'œuvre de Montesquieu : 

1° Des Lettres persanes aux Considérations. 

2° Des Considérations à VEsprit des lois. 

Conclusion: « Montesquieu est entré dans la politique par 
deux voies différentes, satire et histoire, écrit M. Janet; plus 
tard on retrouvera ces deux influences dans le monumtint de 
sa pensée. » Mais ce monument restreindra la part deThistoire 
et surtout de la satire au profit de la philosophie. 



84. Montesquieu et Bossuet. 

Matièuk. — Après quelques mots très rapides des précurseurs de 
Mftntesquieu, dans la philosophie de l'histoire de Rome, vous rappro- 
cherez l'auteur des Considérations de l'auteur du Discours sur l'his- 
toire universelle, et vous vous attacherez principalement à montn'r 
l'originalité du jiliilosophe du wm^ siècle. 



MONTESQUIEU. 71 

Lectures recommandées :tàiUons classiques : Petit de JuUeville (Delagravej, 
Compayré (Colin), Jullian (Hachette), Person (GarnierV. Grégoire (Belin), Robineau 
(Dupont). 

Outre les lectures indiquées au n" 68, voir : Victor Ddruy, Histoire des 
Romains. — M^OMMSc^i f Histoire romaine, trad. Alexandre. — Michelet, Histoire 
romaine. — Fcstel de Coclangks, La Cité antique. — Taixe, Essai sur Tite- 
Live. — Jankt, Histoire de la science politique dans ses rapports avec la 
morale. 

F. HéMON, Cours de littérature : Montesquieu : Grandeur et Décadence des 
Romains. — R. Doumic, Histoire de la littérature française, ch. XXI V", ^ I, 
p. 423 sq. — R. Canat, La Littérature française par les textes, ch, XIII, § II. 
p. 353 sq. — L. Levradlt, Auteurs français : Montesquieu, m Considérations », 
p. 560 sq. ; Genres littéraires : l'Histoire, ch. II, l'Histoire au xvuie siècle, 
p. 112 sq. 

Sur Bossuet, voir M. Roustan, La Littérature française par la dissertation, 
t. I, sujets n»* 237 sq., p. 205 sq. et en particulier : F. Hémon, Cours de littéra- 
ture : Bossuet : « Discours sur l'histoire universelle ». 

Machiavel, Œuvres (Le Panthéon littéraire). Les écrits de Machiavel ont 
souvent été traduits en français (1743, La Haye ; 1779, Guiraudet et Hochet, etc.). 
L'édition Périès, 12 vol., 1823-1826, contient une étude et des notices de Ch.Louandre. 
qu'on pourra consulter. — De Bouili-é, Commentaires politiques et historiques 
sur le « Traité du Prince « de Machiavel, etc. — Gcinguexé, Histoire de la litté- 
rature italienne, t. VI, VIII, — Macaulay, Essays, t, II. — .\rtaud de Moxtor, 
Machiavel, son génie et ses erreurs, 2 vol., Paris, 1839. 

Sai.nt-Evremoxd, Œuvres mêlées, 1866, t, II; Œuvres mêlées, 1869, — 
Eloges de S aint-Evremond, par Gidel, par Gilbert (Eloges académiques, 1866), 
Sainte-Beuve, Lundis, t. IV; Nouveaux Lundis, t. XIll. 



Plan proposé : 

Exorde : Quelques mots rapides des prédécesseurs de Mon- 
tesquieu : les Anciens, Machiavel et Saint-Evremond. En réalité, 
sa principale source a été le Discours sur Vhistoire universelle, 
ch. VI : « L'empire romain, et en passant celui de 
Carthage et sa mauvaise constitution » et ch. V^ll : « La 
suite des changements de Rome. » C'est de Bossuet qu'il 
faudra partout rapprocher Montesquieu. 

I 

1° — La première différence, celle qui frappe tout d'abord, 
c'est que Bossuet s'occupe à peine de la décadence des 
Romains. Pourquoi? Est-ce par une raison pédagogique, et 
Bossuet a-t-il cru qu'il y avait un grand désavantage à mettre 
sous les yeux d'un prince qui devait régner, le spectacle d'une 
nation en décadence? L'idée peut être discutée à ce point de 
vue, et peut-être faut-il chercher dans le caractère même du 



72 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

genre oratoire de Bossuet la raison pour laquelle il ne s'est 
pas arrêté aux causes qui affaiblissaient le vaste empire 
romain. Montesquieu, lui, a vingt-trois chapitres; sept à peine 
traitent des causes de la grandeur, seize traitent des causes 
de la décadence. 

a) D'abord il développait d'autant plus volontiers «ette 
partie que son prédécesseur n'y avait pas insisté. 

6) D'autre part, pour un homme qui cherchait à dégager des 
lois générales, le spectacle du déclin de Rome était certaine- 
ment plus instructif que celui de sa prospérité. 

2° — Au point de vue de l'érudition, il ne faut demander 
ni à Bossuet ni à Montesquieu la critique scientifique de nos 
historiens modernes. Chose curieuse, Montesquieu (et en ceci 
il nous rappelle Saint-Evremond) commence par réduire à leur 
juste valeur les affirmations exagérées des admirateurs de 
Rome sur les origines de la ville éternelle. Puis, tout d'un 
coup, il passe à l'idée contraire, et, se mettant à la suite de 
Tite-Live, écrit l'histoire des sept rois de Rome en marchant 
sur les traces de l'historien latin. Cependant, quatre ans après, 
un éfudit français, Louis de Beaufort, émettait des doutes sur 
cette partie de l'histoire romaine dans un ouvrage intitulé: 
Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de Rome. 
Montesquieu n'a pas même l'idée que l'autorité de Tite-Live 
est sujette à caution. 

3** — Pour ce qui est de l'analyse du caractère romain, on 
a souvent répété que Bossuet a dégagé le type du Romain par 
excellence, tel qu'il n'a jamais existé, tel qu'il n'a été réalisé 
par personne, mais plus « vrai » que celui de l'histoire qui 
n'est que « réel ». 

11 semble que Montesquieu ait refusé d'entrer ici en compa- 
raison avec son modèle, et du reste ce n'était pas de ce côté 
que le portaient les tendances de son esprit. Une étude psycho- 
logique, morale, du peuple romain, qui s'imposait au xvu^ siècle, 
n'eût pas séduit au même titre le xvni<^. Montesquieu 
s'est rattrappé sur les détails. Bossuet a beaucoup mieux mis 
en lumière les causes morales de la grandeur de Rome ; 
Montesquieu met mieux en lumière les causes politiques. 
C'est le soldat, c'est le citoyen que Montesquieu veut nous 
faire connaître avant tout. Peut-être a-t-on trop insisté mal à 
propos sur cette idée, car enfin Bossuet lui aussi a écrit sur 
la politique intérieure et extérieure du Sénat, et sur l'organi- 
sation et la manœuvre des légions romaines, des pages que 



MONTESQUIEU. 73 

Montesquieu n"a pas fait oublier. Mais il semble que Montes- 
quieu ait apporté dans cette partie des détails plus nombreux, 
plus soigneusement colligés, plus minutieusement exposés: il 
a accompli la tâche d'un homme pratique, dun homme 
d'affaires. 

4° — Il arrive assez souvent que Montesquieu complète 
Bossuet : a) Ainsi, pour ce qui a trait au parallèle entre Rome 
et Cartilage, il est clair que Montesquieu, qui avait sous les yeux 
le discours de Bossuet, a essayé de combler les lacunes qu'il 
découvrait. Dans ces pages écrites par Bossuet où les causes de 
la supériorité de Rome sur sa rivale sont magnifiquement 
mises en lumière, Montesquieu a vu qu'un point important 
était omis : la question de la marine. 

6) De même, enlisant ce qui a trait à Annibal, Montesquieu 
sent qu'il y a quelque chose à ajouter, et il veut rétablir en 
faveur de l'héi^oïque vaincu la justice qu'on lui refuse sur la 
foi des historiens latins. 11 proteste contre cette opinion, 
jusqu'alors acceptée de tous, qu'après la bataille de Cannes 
Annibal commet la plus grave des fautes en ne marchant pas 
sur Rome. Il le justifie au contraire de s'être arrêté à ce 
moment-là et d'avoir conduit son armée à Capoue. 

5*^ — Enfin, il y a à propos de ces peuples antiques, dans le 
livre de Montesquieu, des remarques parfois très profondes sur 
riiistoire du monde et l'histoire de l'Europe en particulier. 
Bossuet est tout entier à son sujet; il suit attentivement 
son étude sur Rome et sur Carthage ; au contraire, Montesquieu 
dégage les lois générales, et, autant qu'il le peut, il les grave, 
en formules, en maximes. Pourquoi, en effet, Bossuet, parti 
de cette grande idée qu'il y a en histoire une loi souveraine, 
— la volonté providentielle, — irait-il aussi souvent que 
Montesquieu généraliser ses observations? Montesquieu, au 
contraire, fait de ces rapprochements entre les temps antiques 
et modernes, et des lois qui s'en dégagent, le principal sujet 
de son étude. 

La conclusion de la première partie serait la suivante : dans 
létude des causes de la grandeur des Romains, Montesquieu, 
d'une manière générale, n'est pas supérieur à Bossuet, et 
même par moments il lui est inférieur au point de vue du 
fond et de la forme. 

En revanche, étudiant les causes politiques, ce qu'il perd 
en profondeur, il le gagne en précision : ici l'histoire philo- 
sophique l'emporte sur l'histoire oratoire, et déjà dans les 
RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 5 



74 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

premiers siècles fie Rome, celle-là voit mieux que celle-ci 
les causes de la décadence, et distingue plus curieusement 
les imperfections et les défauts. D'ailleurs Montesquieu 
reprend décidément Favantage quand il s'agit des causes de 
la décadence. 

II 

1° — Ici la contradiction entre Bossuet et Montesquieu est 
nette. Montesquieu s'oppose de parti pris à son prédécesseur. 

Bossuet voit dès l'origine une cause de décadence dans ce 
fait que Rome a été déchirée par des divisions intérieures : les 
jalousies furieuses entre les ordres et le conflit des intérêts 
particuliers devaient fatalement mener Rome à sa perle. 
Montesquieu affirme que ces divisions sont la cause de la gran- 
deur de laRépublique, et il s'explique dans un passage où l'allu- 
sion à Bossuet est manifeste. Ces divisions ont été utiles; elles 
pouvaient très bien ne pas aboutir à la guerre intestine, et 
entretenir une agitation profitable à la démocratie. Les causes 
de la décadence, il faut les chercher ailleurs : 

a) La première est que les soldats ne furent plus ceux de la 
République, mais les soldats de leurs généraux; 

6) La seconde est l'extension indéfinie du droit de cité (nous 
avons aujourd'hui la même opinion, mais nous ajoutons que 
ce fut là un grand bienfait pour l'humanité). 

2° — On a réfuté avec raison l'opinion de certaines critiques 
qui prétendaient que le Discours sur l'histoire universelle n'était 
qu'un vaste sermon. Les causes secondes dans l'histoire de 
Bossuet. Mais il est évident que l'évêque catholique n'est pas 
un historien. Selon lui, la Providence mène le monde, et la 
marche de l'univers est de tout temps soumise à une grande 
loi : tout est fait pour assurer le triomphe de la l'eligion 
catholique. La théorie de Montesquieu s'oppose à celle-là. 
« 11 y a des causes générales, soit morales, soit politi- 
ques, etc.. Kn conséquence, l'enchaînement des faits histo- 
riques est tel qu'on peut conclure que les mêmes causes 
entraînent les mêmes effets. » (Voir le sujet n° 86.) C'est la 
théorie fondamentale de Montesquieu. Ces lois, sans avoir la 
rigueur des lois mathématiques, Montesquieu veut les 
démontrer dans son livre et, il est si peu un continuateur 
de Bossuet que son rôle est de chasser de l'histoire l'idée de 
la Providence. 

3<> — Analyse des beautés de quelques passages tirés des 



MONTESQUIEU. 75 

derniers chapitres. On n'aura pas de peine à démontrer que 
certains sont plus admirables que ceux du début. 

III 

Il y a enfin une véritable originalité dans la forme même 
des Considérations. On a dit que Montesquieu s'était fait 
Romain pour parler des Romains, et c'est là un trait qui le 
rapproche de Bossuet, mais il y a entre eux des différences 
qui viennent des grandes causes suivantes : 

A — a) Montesquieu n'écrit plus un discours, c'est à-dire une 
œuvre éloquente, distribuant en larges paragraphes toute 
l'histoire du monde. Ce sont des considérations, des réflexions 
soit historiques, soit morales, soit politiques, soit économiques, 
sur les événements qui ont fait à la fois la grandeur et la 
décadence des Romains. 

6) De là « la riche brièveté de l'ouvrage et cette concision 
de génie dans un sujet immense » (Villemain). De là vient 
que ces jugements « tombent comme des sentences d'Horace 
détachées une par une avec une concision et une vigueur 
incomparables, et que le discours marche d'un pas superbe et 
lent, laissant au lecteur le soin de relier des parties, dédai- 
gnant de leur indiquer sa suite et son but ». (Taine, Essai 
sur Tite-Live.) 

B — Et d'autre part la personnalité de Montesquieu s'affirme 
à la fois dans la forme comme dans le fond. Le « moi » de 
Montesquieu dans les Considérations. (V^oy. F. Hémon, ouvrage 
cité, p. 18 sq.) 

a) Quelques traces des défauts des Lettres persanes; esprit, 
concision affectée, effort vers l'originalité, etc.. 

6) Le « philosophe » : l'émotion, l'énergie, l'éloquence. 

Conclusion: Qu'importent donc les faiblesses de l'érudition? 
Si on peut blâmer Montesquieu d'avoir été trop indulgent pour 
Sylla et trop sévère pour César, si sa science est incomplète, 
cela n'empêche pas son livre d'avoir une très grande valeur. 
Le reproche le plus justifié consiste à remarquer qu'il ne fait 
pas la part du hasard assez grande, que, dans son désir de 
montrer une série de causes logiques qui s'enchaînent très 
fortement, il a écrit un livre qui est parfois trop systéma- 
tique. On a beau jeu à lui opposer Pascal et « le nez de Cléo- 
pàtre ». Mais on peut résumer son livre en disant que ses 
explications sont vraies le plus souvent, et que, lorsqu'elles ne 



76 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

le sont pas, elles sont remarquablement intelligentes; 
d'autre part on doit opposer à Thistoire écrite par un prêtre 
et un théologien, cette histoire écrite par un philosophe et un 
juriste. Bossuet et Montesquieu nous donnent deux « explica- 
tions », mais bien différentes, et leurs livres ne se ressemblent 
pas, quoique Bossuet ait servi de modèle à Montesquieu. Ce 
dernier garde son originalité, même après le Discours sur 
r histoire universelle : originalité dans le fond, soit qu'il marche 
sur. les traces de Bossuet ou qu'il s'éloigne de son modèle; 
originalité dans la forme. « Il n'était pas loin du temps où il 
avait raillé la décadence du grand règne, et il écrivait les 
Considérations avec la plume qui venait d'achever les Lettres 
persanes. » (Nisard.) La même plume allait achever VEspritdes 
lois. 

85. Les Anciens et le suicide. 

Matière. — Montesquieu a dit {Considérations, ch. XII) : « Il est 
certain que les hommes sont devenus moins libres, moins courageux, 
moins portés aux grandes entreprises, qu'ils n'étaient lorsque, par 
cette puissance qu'on prenait sur soi (par le suicide \ on pouvait à 
tous les instants écliapper à toute autre puissance. » 

Cela est-il vrai ? Prendre des exemples dans les temps modernes. 

Lectures recommandées : G. Caktecor, Morale théorique et notions histo- 
riques : Le Stoïcisme, p. 204 sq, — M. Renault, collection Les Philosophes : les 
Stoïciens. — M. Egger, Histoire de la littérature grecque, nouvelle édition, 
Se période, ch. I, | V, p. 391 sq. et bibliographie, p. 418. — Jeanroy et Puech, 
Histoire de la littérature latine, oc période, ch. I, p. 249 sq., et bibliographie, 
p. 261. — L. Levrault, Auteurs latins : Sénèque, p. 244 sq. 

Conseils. — Les candidats au baccalauréat devaient au moins se 
rappeler que ces lignes finissaient le chapitre XIII des Considéra- 
tions., c'est-à-dire étaient relatives au suicide de Brutus, deCassius, 
de Caton. En outre, s'ils avaient lu attentivement leur édition clas- 
sique (Cf. Roustan, La Composition française : Conseils généraux, 
la Lecture, ch. II, | IV, p. 70 sq.) ils devaient se souvenir que ce pas- 
sage avait disparu et qu'il n'était cité qu'en note. Dès la seconde 
édition de 1734, Montesquieu le supprima, mais il reparut, pour 
des raisons faciles à comprendre, dans les éditions suivantes. 
{Voy. édit. Jullîan, p. 131, et d'une façon générale toutes les éditions 
classiques.) « Si Giiarles I*"", si Jacques II avaient vécu dans une 
religion qui leur (!Ût permis de se tuer, ils n'auraient pas eu à sou- 
tenir, l'un une telle mort, l'autre une telle vie. » Montesquieu est 
d'ailleurs revenu avec insistance sur cette idée qui lui était particu- 
lièrement chère. Voyez l'apologie du suicide dans les Lettres per- 
sanes, LXXVI, LXXVII ; Esprit des lois, XIV, xu ; XXIX, ix. 



MONTESQUIEU. 77 



86. Une formule du déterminisme historique. 

Matière. — « Ce iiest pas la fortune qui domine le monde ; on 
peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de 
prospérités quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une 
suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur ud 
autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui 
agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent ou la 
précipitent ; tous les accidents sont soumis à ces causes ; et si le 
hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un 
État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait 
périr par une seule bataille ; en un mot, l'allure principale entraîne 
avec elle tous les accidents particuliers. » (Montesquieu, Considéra- 
lions, ch. XVIII, p. 205, édit. Jullian; p. 168, édit. G. Compayré.) 

Discuter la théorie du déterminisme historique contenue dans ce& 
lignes restées justement célèbres. 



Plan proposé : 

Exorde : Caractère général du xviii^ siècle. Le siècle de la 
science. Montesquieu applique àThistoire l'esprit scientifique 
et il cherche dans son étude à dégager les lois, c'est-à-dire 
les rapports nécessaires dérivant de la nature des choses. 

1° — De là, cette affirmation souvent reprise dans les 
Considérations, à savoir que les événements ont des lois, et 
qu'il y a un déterminisme historique comme il y a un déter- 
minisme scientifique (voyez ch. JX, XVIIU etc.). Mais la 
théorie est surtout exposée avec force dans le chapitre XVIil^ 
intitulé : « Nouvelles tnaximes prises par les Romains » ; il 
semble que Tœuvre entière de Montesquieu est un commen- 
taire du passage souvent cité : « Ce n'est pas la fortune qui 
domine le monde... » L'histoire n'offre plus d'énigme à 
résoudre et dont la divinité garde le secret, tout s'explique par 
l'enchaînement logique des causes. 

2° — Et certes Montesquieu a beau jeu quand il ajoute: 
« On peut le demander aux Romains. » 11 est très vrai que 
ceux-ci «eurent une suite continuelle de prospérités, quand ils 
se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non inter- 
rompue de revers, lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. » 
Il ne pouvait pas y avoir de sujet mieux choisi pour 
démontrer la thèse de Montesquieu. « Dans la naissance de& 
sociétés ce sont les chefs des républiques qui font l'institu- 



78 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 

tion, et c'est ensuite l'institution qui forme les chefs des répu- 
bliques » (ch. 1). L'histoire du peuple romain était tout 
indiquée pour établir que les événements historiques sont 
produits parle simple jeu des institutions. 

3° — Mais on peut se demander si Montesquieu aurait 
trouvé chez tous les peuples des exemples aussi décisifs pour 
sa thèse ; et même si en réalité c'est bien parce que les Romains 
se gouvernèrent sur un autre plan, qu'ils eurent une suite 
ininterrompue de revers. Il n'est pas probable que, si les 
Romains avaient conservé le même plan q^u 'autrefois, cela 
les eût préservés de la décadence. « 11 fallut, dit Montesquieu 
lui-même, changer de gouvernement »; les historiens mo- 
dernes trouvent que Rome ne changea pas assez de gou- 
vernement, et que par conséquent sa ruine eût peut-être été 
retardée si ses institutions avaient été complètement trans- 
formées après le principat d'Auguste. 

4»^ — Montesquieu laisse d'ailleurs entière la question des 
rapports entre ce qu'il appelle les causes générales et ce qu'il 
nomme les causes particulières. Gène sont pas les causes parti- 
culières qui suffisent à gouverner le monde, mais elles le 
gouvernent bien en partie, ne serait-ce que dans la 
mesure où elles modifient et transforment les causes générales. 
La perte d'une bataille, qui elle-même peut être due au 
hasard, réagit sur la marche générale d'une évolution, dans 
une mesure qu'il est difficile de déterminer. 

5° — Et, en définitive, ce qui se pose devant nous, c'est la 
question tout entière du fatalisme historique. Dans sa pré- 
tention d'être une science, l'histoire est obligée de poser en 
principe le déterminisme des événetnents; sans cela tous 
ses efforts nous paraîtraient vains. Mais il faut tenir compte 
de la liberté humaine et nous résoudre à n'appeler l'histoire 
une « science morale » qu'en donnant, au mot « science » un 
sens différent de celui qu'il garde quand il est appUqué aux 
mathématiques et à la physique. 

6» — Ajoutons que ce fataliste est aussi un des admira- 
teurs les plus convaincus et les plus passionnés de ces siècles 
antiques dont les vertus lui paraissent supérieures aux vertus 
chrétiennes, dont la raison lui paraît plus haute que la raison 
contemporaine (voyez le sujet n° 85). Et en même temps qu'il 
s'efforce de cliasser de l'histoire tout ce qui n'est pas rappoil 
logique et nécessaire; il tient le plus grand compte de cette 
puissance morale qui, elle, échappe à la science, et qui fait 



MONTESQUIEU. 79 

qu'on ne peut jamais prévoir d'une façon absolue, définitive 
et vraiment scientifique, la série des événements qui découlent 
d'une autre série de faits. 

Conclusion : L'œuvre de Montesquieu est donc parallèle à 
celle de Bufïon ; elle chasse de l'histoire l'idée de Providence, 
et elle la remplace par une croyance dans la logique des 
événements, c'est-à-dire par une croyance au déterminisme. 
Et certes son livre des Considérations nous donne une 
explication véritablement admirable d'une histoire à laquelle 
aucun d'entre nous ne saurait rester indifférent, mais Mon- 
tesquieu a été conduit à poser d'une façon trop absolue les 
principes du fatalisme historique. On a envie, en présence de 
ces lignes décisives, de murmurer le mot de Pascal : « Le nez 
de Cléopâtre s'il eût été plus court, toute la face de la terre 
aurait été changée. -» 



87. Les idées essentielles de la philosophie 
politique de Montesquieu. 

Matière. — « Deux idées essentielles dominent la philosophie poli- 
tique de Montesquieu : la croyance au déterminisme, c'est-à-dire à 
la logique interne des événements, et un amour profond de la_ 
liberté. » (Ed. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, 
ch. XX, p. 602.) 

Montrez-le par les Considérations. 

Conseils. — On trouvera l'essentiel dans les lectures indiquées 
aux n°s 68, 84, 92, et je me contente de signaler plus spécialement 
les ouvrages de Barni, Aug. Comte, Janet, Flint, Faguet. Il s'agira 
d'ailleurs de vérifier chacune des deux parties par des exemples 
tirés des Considérations. (Cf. Roustan, La Composition française : 
La Dissertation littéraire. Invention, ch. lY, | V, p. o3 sq.) 



88. La « composition » des « Considérations « 
de Montesquieu. 

Matière. — « Jamais Montesquieu n'a su composer : sa pensée 
procède par saillies, non par développement continu. Cela se recon- 
naît dans la médiocre composition de -son livre. Les chapitres y 
sont des cadres artificiels, des formes, où il réunit autour d'une 
idée centrale vme collection {\o traits éclatants ou dr p(Miséfs 



80 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

profondes. » (Lanson, Histoire de la littérature française, 5^ partie, 
liv. III, I III, p. 703.) 

Ce jugement, écrit à propos des Considérations, s'oppose d'une 
façon absolue à celui cjue portait jadis Villemain sur le même 
ouvrage : « Ce livre est un montiment du grand art de composer et 
d'écrire ». {Littérature au xvm^ siècle, t. I, XIV» leçon, p. 344.) 

Où est, selon vous, la vérité ? 



Plan proposé : 

Exorde : Contradiction entre Fopinion de Villemain et celle 
de M. Lanson. 

1° — a) Trait général du xvni<^ siècle : faiblesse de la com- 
position de l'œuvre littéraire ; pourquoi. Opposition avec le 
xvn*^ siècle. 

b) En particulier, Montesquieu composant un livre de 
« Considérations » était davantage exposé à tomber dans ce 
défaut; pourquoi. Opposition avec Bossuet. 

20 — Part de vérité dans l'opinion de M. Lanson. 

a) Montrer que certains chapitres sont, en efTet, mal reliés 
les uns aux autres, et qu'on voudrait un lien plus continu qui 
les unît d'une façon inclissoluble. 

6) Dans l'intérieur même du chapitre, montrer: 

6') Qu'il n'y a pas unité dans tous les cas, et que certains 
chapitres sont « des cadres artificiels ». 

b") Que la loi des proportions n'y est pas appliquée, et qu'on 
ne sent pas la subordination des idées par ordre d'importance. 
Quelques exemples. 

3° — Part de vérité dans l'opinion de Villemain : 

a) D'autre part, il serait exagéré de dire qu'on ne se 
retrouve pas facilement dans une œuvre comme les Considé- 
rations. Quelles sont les trois parties qu'on y distingue facile- 
ment : la grandeur de Rome, du chapitre I au chapitre Vlll ; la 
grandeur annonçant la décadence, du chapitre Vlll au chapi- 
tre XIV ; du chapitre XIV au chapitre XXlll, le speclacle de la 
décadenceet ses raisons. Qu'il y ait disproportion entre la partie 
consacrée à la grandeur et la partie consacrée à la décadence, 
cela est visible ; mais enfin on s'explique cette disproportion, 
et d'autre part elle ne nous empêche pas de nous orienter. 

6) il est vrai que cela ne suffit pas à faire dire d'une œuvre 
(juelle est composée; ce n'est pas parce qu'on sait où fout s'y 
trouve, qu'un ouvrage a une composition har-moniense. Or 



MONTESQUIEU. 81 

lœuvre de Montesquieu a une unité beaucoup plus forte ;. 
cette unité vient des idées générales qui sont à la base de 
l'ouvrage, et de la démonstration qu'il poursuit sans relâche. 
De là vient à la fois l'unité de l'œuvre et son admirable mou- 
vement. 

c) Entin, sil est juste de reconnaître que la loi de la 
proportion des parties n'est p§LS fidèlement observée dans 
rintérieur des chapitres, on ne saurait dire que Montesquieu 
procède par saillies : " Il s'établit d'un saut dans son idée, 
ensuite il atteint à une autre idée sans retenir le contact de 
la première ; sa réflexion n'est pas un acte continu, c'est une 
série d'actes isolés, dont chacun commence et détermine un 
effort entre deux temps d'arrêt. «Ce sont les paroles appliquées 
par M. Lanson à la composition de l'Esprit des lois; elles ne 
pourraient pas être appliquées à celle des Considérations. Quand 
Montesquieu saute d'une idée à une autre, c'est toujours la 
même démonstration qu'il poursuit. Cette série d'actes isolés 
concourt à un acte continu, et si le lien n'est pas établi par 
l'auteur, le lecteur l'établit sans peine. 

Conclusion : il est donc exact que le livre des Considérations,^ 
comparé à un ouvrage du xvne siècle, est une œuvre faiblement 
bâtie. Il est non moins exact de dire qu'au siècle où se 
perdirent les belles traditions de logique et d'ordonnance dans 
le plan, les Considérations restent un monument de l'art de 
composer. « Que Montesquieu soit affecté d'une impuissance 
à composer qui n'a d'égale que celle de son compatriote 
Montaigne », on peut discuter cette opinion à propos de 
Y Esprit des lois; mais à propos des Considérations, c'est tout 
autre chose, parce que cette fois Montesquieu voit sa matière 
de très haut, il la domine du haut de ses idées générales et il 
lui donne cette harmonie supérieure qui vient d'une grande 
pensée directrice. 

89. Les <( Considérations » sont « une étude 

antique ». 

Matière. — Expliquer et discuter cette opiniun de Villcmain i_ 
« Montesquieu, dans le fait, n a eu que deux sortes de maitres, les- 
anciens et Bossuet. De là le caractère élevé, le style grave, simple, 
nerveux de son ouvrage : c'est une étude antique, pour la forme 
comme pour le sujet. » (Villemain, Tableau de la littérature ait 
xvni** siècle, t. I, XIV« leron, p. 3i5.) 

5. 



<S2 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — On trouvera dans le passage indiqué de Villemain, 
les restrictions qu'il faut apporter à ce jugement et un certain 
nombre des idées qui servent à le démontrer. 

On rapprochera ces quelques lignes de cet extrait de Sainte- 
Beuve : « Chez Bossuet la parole grande et simple sort et se f épand 
par un cours naturel, irrésistible, et en déroulant à grands flots ses 
largeurs, ses audaces ou ses négligences; chez Montesquieu, il y 
a eu étude, combinaison profoude, effort, comme chez Salluste, 
pour revenir à une propriété expressive de termes et à une concision 
mémorable, comme chez Tacite, pour faire l'image à la fois magni- 
fique et brève, et imprimer à toute sa diction je ne sais quoi de grave 
et d'auguste. » (Sainte-Beuve, Lundis, i- VII.) 

90. Le style des « Lettres persanes » et le 
style des « Considérations ». 

Matière. — « Les Considérations montrent l'auteur dans la forte 
maturité de l'âge et de l'esprit : c'est un vin généreux qui s'est 
•dépouillé. » (F. Albert, La Littérature française au xviir siècle : 
Montesquieu, p. 93.) 

« S'il est vrai que Montesquieu a une « manière », cette manière ira 
en s'élargissant de plus en plus. Ce n'est pas seulement par le fond, 
c'est par la forme aussi que le Montesquieu des Considérations est 
fort au-dessus du' Montesquieu des Lettres persanes. » (F. Hémon, 
Cours de littérature : Montesquieu, p. 32.) 

En partant de ces deux passages montrez ce que l'écrivain a gagné 
des Lettres persanes aux Considérations,. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"* 6s. S4. 

91. Le style des « Considérations » est-il 
« cornélien » ? 

Matiîcre. — Dans un Éloge funèbre de M. de Montesquieu, paru 
<cn 1755, l'auteur Le Febvre de Boauvray déclare que le livre des 
Considérations est tout à fait digne du peuple roi, de sa grandeur, 
de sa gloire : 

Pour peindre ses vertus avec tout leur éclat, 
Il fallait être au moins Corneille ou Secondât. 

Que pensez-vous de ce rapprochement entre l'auteur d'Horace el 
de Cinna, et l'auteur des Considérations? 

Lectures recommandées ; Voir dans La Littérature française par hi i/is- 
.^ertadon, t. I, ch. IV, la tragédie : Corneille, sujets, n»' 45 sq., p. 62 sq. 



MONTESQUIEU. 83 

92. Place de 1' « Esprit des lois » dans 
la littérature du XVIII' siècle. 

Matière. — « La publication de l'Esprit des lois, en 1748, coupe 
en deux le xvnie siècle par une date mémorable », écrit Villemain 
dans le Tableau de la litlérature française au xviii* siècle, t, I, 
XVe leçon, p. 306. 

Expliquez pourquoi. 

Lectures recommandées : Voir la bibliographie indiquée aux n<" GS, 84. 

Bertolini, Analyse rnisonnée de V m Esprit des lois ». 1754, édit. Laboulaye, 
t. m. — D'Alembert, Analyse de V « Esprit des lois ». 1755, édit. Parrelle. — Govier, 
Observations sur le livre de V « Esprit des lois », 1764. — Voir Moste>ociec, Cor- 
respondance, et Voltaire, Grimni, Diderot, aux ouvrages cités. — Rou^SEAf, Emile, 
livre V; Contrat social. — M™* de Staël, De la littérature, l^e partie. — 
Destitt de Tiiacy, Commentaire sur V « Esprit des lois ». — Taine, L'Ancien 
régime. — De RAY.xAr.. Le Président de Montesquieu et V « Esprit des lois >.. — 
ScLOi'is, Recherches historiques et critiques sur V « Esprit des lois ». — Flint, 
La Philosophie de l'his'oire en France. — Auguste Comte, Cours de philosophie 
positive. — P. Janet, Histoire de la science politique dans ses rapports avec 
la morale. — A. Sorei,, Montesquieu. — Edgard Zrvort, Montesquieu. — 
F. Hkmo>., Cours de littérature : Montesquieu : F « Esprit des lois ». 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXIV, ^ I, p. 424 sq. — 
R. C.VNAT. La Littérature française par les textes, ch. XIII, ^ II, p. 355 sq. 

Éditions classiques des cinq premiers livres (et Extraits des autres): Jauet (Dela- 
• grave), Compavré (Alcide Picard), Zévort (Quantin), Person (Garnier), Bernés 
(Belin). 

Conseils. — Il est de toute nécessité de recourir à un traité de 
littérature, et de jeter un coup d'œil attentif sur les œuvres qui 
paraissent avant 1748 et après cette date mémorable. On se reportera 
aux sujets relatifs à ces ouvrages. 



93. L' (( Esprit des lois >> jugé par un 
contemporain. 

M.\TiÈRE. — On lit dans les Épliémérides du ciloi/en,'a.m\Qe 176'J 
(Notice abrégée des différents écrits modernes qui ont concouru 
à former la science de l'économ.ie politique) : « M. de Montesquieu 
montra à notre nation encore si frivole, que l'étude de l'intérêt des 
hommes réunis en société pouvait être préférable aux recherches 
d'une métaphysique abstraite, et même plus constamment agréable 
que la lecture des petits romans. » 

ExplirpuT et aj^précirr. 



84 LE DIX-HUrnÉME SlÈCl^E. 



94. L' « Esprit des lois » et la science. 

Matière. — Expliquer ce passage de Portails {i\ : «Montesquieu 
nous apprit à ne jamais séparer les détails de l'ensemble, à étudier 
les lois dans l'histoire, qui est comme la physique expérimentale de 
la science législative. » (Portalis, Discours.) 

Lectures recommandées : Voir les sujets n»» 92 sq. 



95. Services rendus par r « Esprit des lois ». 

Matière. — Développer le jugement de Brunetière sur VEfprit des 
lois : « Toutes les observations sur VEsprit des lois n'empêchent 
pas Montesquieu d'avoir fait entrer dans le domaine de la littérature 
tout un ordre d'idées qui n'en faisait point partie, d'avoir esquissé 
le premier une philosophie de l'histoire purement laïque, d'avoir 
entrevu les analogies de l'histoire avec l'histoire naturelle, et, à un 
point de vue plus général, d'avoir éloquemment exprinié sur la 
tolérance et sur l'humanité, des idées [qui ne sont point, même de 
nos jours, aussi banales et aussi répandues qu'on le dit. » (Brune- 
tière, Manuel de l'histoire et de la littérature française, p. 282, 
283.) 

Conseils. — Il faudra rapprocher de ce passage du Manuel, les 
chapitres consacrés à Montesquieu dans les Études critiques, IVsérii», 
et les Questions de critique. On devra aussi se reporter aux n"* 92 sq. 



96. Montesquieu jugé par Joubert. 

Matière. — « Montesquieu fut une belle tête sans prudence... Il 
semble enseigner l'art de faire des empires; on croit l'apprendre en 
l'écoutant, et, toutes les fois qu'on le lit, on est tenté d'en construire 
un. » (Joubert, Œuvres, édit. 1877, t. II, titre XXIV, pensées XVII 
et XXI, p. 3G3, 364.) 

Discuter ce jugement.' 

(1) Portalis (1745-1807), avocat, député de Paris au Conseil des Anciens, conseiller 
d'Eltat en 1»01, un des rédacteurs du Code civil et des négociateurs du Concordai, 
puis ministre des Cultes en 1804 et de l'Intérieur, membre de l'Académie franç^aise. 
Son œuvre la plus remarquable est : De l'usage et de l'abus de l'esprit philo- 
sophique durant le Nvm« sit-rle. Cf. Notice sur la vie de S. F. Af P<ut;ilj< lsa:i 
(publiée par son fils). 



MONTESQUIEU. 85 

97. Histoire de V « Esprit des lois ». 

Matière. — Expliquer ce mot d'un critique contemporain : « Ce 
grand livre est moins un livre qu'une existence. » (E. Faguet, 
Dix-huitième siècle : Montesquieu, p. 153.) 

Conseils. — Allez droit au contexte, et vous verrez combien ce 
mot est justifié. M. Faguet exprime la même opinion sous une 
forme non moins frappante : « Ce livre s'appelle VEsprit des lois ; 
il devrait s'appeler tout î^implement Montesquieu. » {Ibid., p. 154.) J(e 
renvoie tout spécialement à l'ouvrage de M. F. Hémon, Oours de 
littérature : Montesquieu, « Esprit des lois », passim et surtout I-V. 

98. Un mot de Rivarol sur 1' « Esprit des lois ». 

Matière. — Que signifie ce mot de Rivarol : « V Esprit des lois est 
comme le Nil ; large, immense fécond dans son cours : faible et 
obscur à sa naissance » ? 

Conseils. — On trouvera l'essentiel dans les notices, préfaces, etc., 
des éditions classiques indiquées au n» 92. 

99. Les gouvernements, leur nature, 
leurs principes. 

Matière. — PitM i>t'Z ce que Montesquieu e^ntend par « la nature » 
1 un gouvernement et par « son principe ». Quels sont les trois 
gouvernements que Montesquieu distingue par leur nature et par 
leur principe, et que pensez-vous de cette classification ? 

Conseils. — Il sera facile de retrouver dans les éditions clas.>iques 
de l'Esprit des lois (I-V, et Extraits) les passages que vous devrez 
résumer rapidement et nettement. Voici quel sera le plan général : 

Plan proposé : 

Exorde : Distinction fondamentale établie par Montesquieu 
entre la nature et le principe d'un gouvernement. Définition. 

I 

jo Les trois gouvernements définis parleur nature. 

20 Les trois gouvernements définis par leur principe. (Com- 



86 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ment Montesquieu est obligé d'en ajouter un quatrième pour 
r aristocratie.) 

30 Les trois gouvernements se corrompent quand se cor- 
rompent leurs principes. 

II 

1° — Que faut-il penser de cette distinction? 

1° Tout d'abord, comment Montesquieu a-t-il pu classeï* 
ensemble la démocratie et l'aristocratie ? — 11 a été obligé de 
trouver un quatrième principe ; et alors, pourquoi pas une 
quatrième division pour l'aristocratie ? Cela même est-il 
exact? Entre un gouvernement auquel tous les citoyens 
sont associés et un autre où quelques-uns seuls ont la direction , 
il y a moins de rapports qu'entre celui où quelques-uns ont 
la direction et celui où un seul gouverne avec des lois. 
Demandons-nous si à ce genre de république l'honneur. qui 
est le principe de la monarchie ne devrait pas être appliqué ? 

20 Entre la monarchie aux lois fixes et le despotisme qui 
n'est limité que par la volonté du prince, la séparation est- 
elle aussi évidente ? Dans la monarchie il faut que le prince 
soit au-dessus des lois ; tout monarque supprime ou change 
les lois ; c'est là le principe du despotisme. On défend 
Montesquieu en disant : il a songé uniquement à une monarchie 
limitée par les prérogatives des nobles, du clergé, des Parle- 
ments, etc.. de façon à ce que ces prérogatives soient 
toujours debout. 

La réponse est facile : alors ce n'est plus une monarchie 
pure ; c'est un gouvernement mixte, cest une transaction 
entre les régimes démocratique et monarchique ; ce n'est 
pas une « catégorie ». 

3° Quant au despotisme, est-il sûr que dans les pays 
soumis à ce régime il n'y a pas d'autres règles que le caprice 
dusouverain ? La Chine, la Perse, laTurquie, n'ont-ellesrien de 
ce qui ressembleàune constitution? — 11 y aune constitution 
moins complète que dans les autres pays, mais ce ne sont 
pas des tyrannies de brutes. 

4° Sil n'y a pas entre la monarchie et le despotisme d'autre 
différence que celle de la règle à l'arbitraire, cette même diffé- 
rence peut se rencontrer entre l'aristocratie et la démocratie, 
et il faut adopter une autre classification, celle qui sépare les 
gouvernements qui obéissent à des lois de ceux qui obéissent 
à leur fantaisie. Or cette classification existe chez Aristole ; 



MONTESQUIEU. 87 

elle est beaucoup plus siiYiple que celle de Montesquieu. Celui- 
ci confond deux principes : la distribution de la souveraineté 
et l'usage de la souveraineté. Pour distinguer la monarchie 
de la république Montesquieu se sert du premier principe, et 
pour distinguer la monarchie du despotisme il se sert du second. 

2" — Si nous passons à l'étude des principes, nous disons : 

1° Deux d'entre eux sont fort bien vus : 

a) La crainte, principe du gouvernement despotique ; 

b) La vertu, principe du gouvernement républicain. 
2-^ Mais : 

a) La « modération » est négative. Elle est plutôt un prin- 
cipe de ne pas agir que d'agir. Et puis, pourquoi la réserver 
pour Faristocratie ? Quel est le gouvernement qui peut s'en 
passer? 

6) L' « honneur)) est un principe vague. Montesquieu ne le 
distingue pas bien delà vertu, de l'ambition, etc.. Et puis 
comment ce principe était-il appliqué dans les monarchies 
antiques (la Macédoine, par exemple), ou les monarchies mo- 
dernes du xv« siècle? Enfin, l'aristocratie non moins que la 
monarchie s'appuie sur ce principe. 

Conclusion : Réserves à faire, mais il faut louer l'effort de 
Montesquieu et reconnaître qu'il a su trouver des formules 
jtai'fois définitives. 

100. Une objection de Voltaire. 

Matière. — « Vous me parlez sans cesse de monarchie fondée sur 
riionneur, ot de répubhque fondée sur la vertu. Je vous dis har- 
diment qu'il y a dans tous les gouvernements de la vertu et de 
l'honneur. » (Voltaire, Commentaire sur V « Esprit des lois », édit. 
Beuchot, t. L, p. 84.) 

Que pensez-vous de cette objection faite par Voltaire à Montesquieu ? 

Lectures recommandées : Voir les sujets précédents. Cf. édition Beuchot. t. XX. 
p. 79 et 557; t. XXIX, p. 257; t. XXXIX, p. 432; t. XLV, p. 18; t. L, p. 68. 

101. La séparation des pouvoirs. 

M.\TiÈRE. — Montesquieu a attaché son nuùi au .■^ystenle do hi 
séparation des pouvoirs. Que savez-vous de cette théorie? Quelles 
sont les objections que vous pourriez faire au système de Montesquieu? 

Conseils. — Montesquieu, on l'a souvent dit, est un parlemen- 
taire monarchique. Il est elfrayO de la formidable puissance de la 



88 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

royauté en France, etil voudrait opposer des barrières à l'envahisse- 
ment du despotisme qui est en germe dans toutes les monarchies ; 
cette centralisation à outrance lui paraît dangereuse, et c'est en 
Angleterre qu'il va chercher son modèle. Ici se place une 
grave question que tous ceux qui écrivent sur Montesquieu ont 
rencontrée, et à propos de laquelle je renvoie à l'ouvrage cité de 
M. Hémon, p. 21 sq. Toujours est-il qu'il a vu la constitution anglaise 
d'un œil trop favorable, et que ce qu'il veut y louer à tout prix c'est 
le principe qu'un peuple a une constitution libre quand personne ne 
peut y abuser du pouvoir, quand « le pouvoir y arrête le pouvoir ». 
C'est là le principe auquel il a attaché son nom, et s'il admire la 
constitution anglaise, c'est qu'elle lui offre, à son avis, l'application 
et le modèle de son système. 

Sans doute, Montesquieu n'a pas inventé le principe de la sépara- 
tion des pouvoirs, mais c'est lui qui a le mieux mis erj lumière 
cette idée que cette séparation absolue est la seule garantie de la 
liberté civile. Tout serait perdu si le même corps exerçait les trois 
pouvoirs. 

Comment régler la distribution des trois pouvoirs entre le peuple 
et ses représentants, les nobles et le roi ? Le pouvoir législatif est au 
peuple par ses représentants émanés du suffrage universel, sauf 
qu'on excepte du vote ceux qui sont dans un état de bassesse 
tel qu'ils sont réputés n'avoir pas de volonté propre. L'exécutif doit 
être au monarque, parce que, comme cette partie a besoin d'une 
action libre, bien que ses actes doivent être soumis à l'appréciation 
du législatif, ce pouvoir est mieux administré par un que par 
plusieurs. Entre le législatif et l'exécutif, le pouvoir intermédiaire 
paraît être le judiciaire : il n'en t^st rien. « Des trois puissances 
dont nous avons parlé, celle de juger est nulle ; il n'en reste que 
deux. » Entendez que, loin d'y avoir une catégorie spéciale 
de citoyens chargés de rendre la justice, c'est à un jury, « à des 
personnes tirées du corps du peuple » que le pouvoir judiciaire doit 
être confié. Par là cette puissance est « nulle », c'est-à-dire « invi- 
sible » ; « on craint la magistrature, sinon les magistrats ». Nulle et 
invisible, cette puissance n'a aucun rôle dans la distribution des 
pouvoirs : le troisième pouvoir modérateur placé entre le législatif et 
l'exécutif, le peuple et le monarque, c'est celui des privilégiés. En 
elfet, d'une part, ils sont intéressés à défendre la liberté contre le 
monarque, parce que leurs privilèges sont attachés à cette liberté; 
d'autre part, ils sont intéressés à défendre le monarque contre le 
peuple, parce que leurs privilèges sont solidaires de ceux du mo- 
narque. (Voir dans l'pdition P. Janet, p. 47 et note, cette explication 
tirée d'un Mémoire couronné par l'Institut, sur la Séparation des 
pouvoirs, 1879.) Faites alors un premier groupe des objections 
plus spécieuses que solides qui ont été opposées au système de 
Montesquieu. 

On objecte fjiie le p(Mi|)l(', ('Iniit souverain, doit avoir à la fois 



MONTESQUIEU. 89 

le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. La réponse a été faite 
par Montesquieu : il ne faut pas confondre le pouvoir du peuple 
et la liberté du peuple. Le peuple peut être despotique et oppres- 
seur. 

Comment régler les rapports des trois pouvoirs? S'il s'entendent, 
qu'arrivera-t-il des libertés delà minorité, et comment cette unité cen ■ 
traie ne sera-t-elle pas aussi despotique que l'autre ? — Réponse : il 
n'y a'pas de constitution politique qui supprime les abus : en admettant 
qu'il y ait oppression, les opprimés seront en petit nombre. Étant 
donné que les trois pouvoirs seront réunis, il est difticile de penser 
que les intérêts de la nation ne soient pas sauvegardés. Comptons 
enfin avec la force de l'opinion et de la presse. — S'ils ne s'entendent 
pas, 'quel sera l'inconvénient de la séparation des pouvoirs ? Des 
cc-onflits perpétuels et graves éclateront, et la marche de la machine 
sera ralentie. — Réponse : d'abord il n'y a pas de constitution 
qui puisse tout prévoir. Quelle que soit la constitution, si les 
hommes chargés de l'appliquer ne sont pas prêts à tout sacrifier 
ù la vertu civique, la constitution est mauvaise. Ne pourrait-on pas 
prétendre que de ces conflits, de ce ralentissement peuvent résulter 
des améliorations successives, et pour le pays des avantages fa- 
ciles à prévoir ? 

Groupez alors les objections les plus graves. 

Montesquieu énumère les trois pouvoirs : exécutif, législatif, 
judiciaire; d'autre part, trois autres pouvoirs : le roi, les intermé- 
diaires, le peuple. 

De là une confusion fâcheuse, car il faut toujours se demander 
de quelle séparation il s'agit; s'il s'agit de la première, ce n'est pas 
à la monarchie qu'on pense, c'est à toute constitution du genre de 
la constitution américaine, dans laquelle ces trois pouvoirs sont dis- 
tincts; si l'on songe à la deuxième, on est obligé de conclure qu'elle 
n'est possible que dans une monarchie, et que la seule constitution 
acceptable est la monarchie parlementaire. Et alors une autre objec- 
tion se présente encore : Montesquieu a-t-il bien posé la question de 
la séparation des pouvoirs, et, par une admiration trop exclusive de 
la constitution anglaise, n'a-t-il pas été porté à confondre ce qu'il y 
avait de vraiment fondamental et de trop exclusivement anglais ? 
Montesquieu est conduit à affirmer la nécessité absolue, dans tous les 
temps et dans tous les lieux, d'une noblesse intermédiaire ; sa maxime 
fondamentale est : point de monarque, point de noblesse, et récip- 
roquement. Montesquieu peut être considéré comme un apôtre de la 
liberté politique, mais il engage la politique dans une fausse direc- 
tion; ne pouvait-il pas se douter que la noblesse héréditaire était 
sujette à discussion? En tout cas, lorsque la Révolution eut nivelé 
les classes, ce n'est pas seulement de la liberté qu'on s'occupa, 
mais aussi de l'égalité. Et alors, si la théorie de Montesquieu était 
la vraie, plus cette égalité augmenterait, plus la liberté serait com- 
promise, conséquence à laquelle nous ne pouvons nous ranger. 



90 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

102. Montesquieu, « un Saint-Simon qui serait 

intelligent ». 

Matière. — « Un retour en arrière éclairé par la connaissance di' 
l'esprit des constitutions, voilà la sagesse. Montesquieu ne raisonne 
pas d'une autre façon qu'un Saint-Simon qui serait intelligent. Ce 
qui, dans Monsieur le Duc, est rêve confus et entêtement féodal, est 
chez Montesquieu à la fois sens historique, sens sociologique et sens 
commun. » (Faguet, Dix-huitième siècle : Montesquieu, p. 181.) 

Expliquer et discuter, s'il y a lieu, cette opinion. 

Lectures recommandées : V^oir dans La Littérature française par la disser- 
tation, t. I, les sujets 596 sq., p. 472 sq., et se reporter à la dissertation précédente. 

103. Montesquieu et le despotisme. 

Matière. — Grouper tous les passages des œuvres de Montesquieu 
où il a attaqué le despotisme, et résumer vigoureusement ses idées. 

104. La liberté définie par Montesquieu. 

Matière. — La liberté consiste, selon Montesquieu, « non pas à 
faire ce que Ton veut, mais à pouvoir faire ce qu'on doit vouloir, et 
à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. » Il 
dit encore : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois 
permettent. » Que pensez-vous de ces définitions ? 

Lectures recommandées : Voir aux nos 92 sq.. et consulter spécialement : Barni, 
Histoire ries idées morales et politiques, etc., Xe leçon, p. 170 sq. 

105. Montesquieu et l'éducation de la 
démocratie. 

Matière. — « Quand Mont<'S(iui('u plaçait le principal irssort du 
gouvernement républicain dans la vertu, il ne voulait pas dire que 
l'observation des principes du décalogue fût inutile aux monarchies : 
il laissait entendre que, dans un gouvernement où chacun détient 
une part de l'autorité collective, il est nécessaire qiie chacun ait 
aussi quelques-unes des vertus spéciales d'un chef responsable. 11 y 
a des vertus civiijues qui doivent se superposer aux vertus propre- 
ment religieuses et philo.sophiques. Que de fois n'cntend-on pas dire 



MONTESQUIEU. 91 

que tel peuple n'a pas « les mœurs de la liberté » ? Ce qui constitue 
ces mœurs de la liberté, c'est précisément l'ensemble des vertus que 
nous appelons « civiques ». (A. Groiset, « Les besoins de la démo- 
cratie en matière d'éducation », dans LÉducationde la démocratie: 
Paris, Alcan.) 

En partant de ce passage, expliquer et discuter les idées de Mon- 
tesquieu sur l'éducation de la démocratie. 



106. Le commerce et la paix. 

Matière. — Discuter cette pensée de Montesquieu : « L'efïot na- 
turel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négo- 
cient ensemble se rendent réciproquement dépendantes; si l'une a 
intérêt d'acheter, l'autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions 
sont fondées sur des besoins mutuels. » 

Conseils. — Les candidats au baccalauréat eurent tort s'ils ne 
tinrent pas compte que la pensée était de Montesquieu ^Cf. Roustan, 
La Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, 
cb. II, I m, p. 25 sq.; La Dissertation morale, Invention, ch. Ill, 
p. 36 sq.) et s'ils ne la rattachèrent pas à l'ensemble des idées de son 
auteur. Pour le fond même, je renvoie au livre intitulé : la Paix et 
renseignement pacifiste (Paris, Alcan; Leçons professées à l'Ecole 
des Hautes^Etudes sociales). 



107. Montesquieu réformateur. 

Matière. — Montesquieu est un des plus admirables philosophes 
du xviiie siècle ; il a protesté avec énergie contre la barbarie des châ- 
timents, contre l'esclavage, contre l'intolérance religieuse, et il a 
réclamé l'assistance par le travail. 

Plan proposé : 

Exorde : Place de Montesquieu parmi les novateurs du 
xvui*' siècle. Réformes auxquelles il a attaché son nom. 

1° — lia d'abord fait entendre de vives protestations contre la 
barbarie dans les peines. Ni la monarchie ni la république 
ne doivent agir par la terreur. Un seul gouvernement a la 
terreur pour principe, c'est le despotisme. L'expérience 
montre d'ailleurs que les peines sévères sont inutiles, parce 
qu'on s'y habitue peu à peu. .Montesquieu invite tous les 
gouvernements à faire disparaître de leurs codes la barbarie 
des châtiments. 



92 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

2° — Montesquieu a lutté pour l'abolition de l'esclavage. Ici 
on peut dire qu'il est un précurseur. Au xvni® siècle, la 
question n'avait pas été discutée ; l'esclavage était naturel et 
légitime : il n'y avait pas de solution de continuité entre 
l'antiquité et le xvni'^ siècle, en passant par FÉvangile. Les 
Pères n'attaquent pas l'esclavage comme constitution civile et 
ne posent pas la question sur le vrai terrain. La protestation 
de Bodin, au xvi^ siècle, était restée sans écho. Bossuet ap- 
prouve l'esclavage, Montesquieu prend le texte de saint Paul 
à parti et réfute l'opinion juridique qui s'appuie sur ce 
texte. 

D'autres passages réfutent l'argument de la naissance, et 
celui qui allègue l'utilité de l'esclavage pour l'esclave même, etc. 

3° — L'esclavage est aussi opposé au droit civil qu'au droit 
naturel. La religion donne à ceux qui la professent le droit 
de réduire en servitude ceux qui ne la professent pas, pour 
travailler plus aisément à sa propagation. Montesquieu en pro- 
fite pour flétrir les crimes des « destructeurs de l'Amérique ». 

Il faut signaler les pages sur l'intolérance religieuse; la 
distinction faite est très nette et très juste. Montesquieu y 
distingue les délits qui troublent l'exercice du culte, et ceux 
qui attaquent la religion directement. Son principe de la tolé- 
rance s'appuie sur cette idée : « Tolérer une religion, ce 
n'est pas l'approuver ». Cela posé, Montesquieu déduit le prin- 
cipe de la tolérance religieuse. 

Pouvons-nous dire qu'il n'y ait pas d'objections à lui faire ? 
D'abord, pas plus que les autres, il ne dit : liberté religieuse. 
Or qui dit « liberté » dit « droit » ; qui dit « tolérance » dit 
« permission gratuite et révocable ». « Lorsque l'État est satis- 
fait de la religion établie, ce sera une bonne loi civile de 
n'en point souffrir l'établissement d'une autre. » En résumé, 
une religion est-elle établie, tolérez-la; est-il encore temps de 
ne pas recevoir une religion dans un Etat, ne la laissez 
pas s'y établir. — Mais, d'autre part, Montesquieu développe 
cette idée que l'État doit imposer aux diverses religions l'obli- 
gation de se tolérer, de respecter leurs droits réciproques, 
il a éloquemment démontré cette idée que les lois pénales en 
fait de religion sont odieuses. Enfin il a fait un saisissant 
plaidoyer contre l'inquisition ; il a repris le persiflage des 
Lettres persanes, mais avec quelque chose de plus mâle et 
de plus grave; il ne discute plus, il imagine qu'un Juif de 
Lisbonne, élevant la voix après avoir vu brûler au dernier 



MONTESQUIEU. 93 

autodafé une Juive de dix-huit ans, flétrit les inquisiteurs de 
l'Espagne et du Portugal. Cette lettre admirable frappe d'autant 
plus qu'elle est intercalée entre deux passages de discussions 
serrées. Elle repose Fattention tout en entraînant le lecteur 
par son éloquence. 

40 _ Montesquieu, réformateur social après avoir été réforma- 
teur politique : le chapitre xxix du livre XXIU. Les devoirs 
d'assistance de l'État envers les misérables. Définition de 
l'homme pauvre. Situation de l'ouvrier. Inefficacité de l'au- 
mône, u L"État doit à tous les citoyens une subsistance 
assurée. » Cène sont pas les hôpitaux qui diminuent le nombre 
des malheureux ; au contraire. Il faut que l'État fournisse du 
travail à ceux qui n'en ont pas, ou du moins quil favorise 
le travail, qu'il donne certains ouvrages à exécuter, qu'il 
fournisse l'éducation qui conduise au travail. Hardiesse et 
modération de Montesquieu. 

Conclusiûii : Résumer rapidement ce qui précède, en se 
servant du sujet numéro 261, p. 207. 

108. Montesquieu défenseur de la tolérance, non 
de la liberté religieuse. 

Matière, — « Montesquieu peut être justement regardé, sinon 
comme le meilleur défenseur de la liberté religieuse, du moins 
comme l'un des plus éloquents apôtres de la tolérance, et cela à une 
époque où rintolérancejtait encûj£_daai dans les mœurs. » 

{BxRKi,' Histoire des idées morales etpoliliques, etc.7^rnëçbrrripTî77 
sq.) 

Conseils. — Lisez d'abord les textes de Montesquieu : Lettres 
persanes, XXIX, etc. ; Esprit des lois, livres XII, XXV, XXVI, etc. 

Puis attachez-vous très fortement au texte. Pourquoi Montesquieu 
ne peut-il pas être considéré comme un défenseur de la liberté reli- 
gieuse? Bien plus, ne méconnaît-il pas le principe même de la liberté 
dans le passage bien connu : « Quand on est maître de recevoir 
dans un État une nouvelle religion, ou de ne pas la recevoir, il ne 
faut pas l'y établir... » ? Mais d'autre part, pourquoi devons-nous 
l'appeler un apôtre, et un apôtre éloquent de la tolérance? N'est-ce 
pas lui qui a protesté avec force contre les peines temporelles infli- 
gées à ceux qui attaquent la religion mais qui n'en troublent pas 
l'exercice, qui a proclamé ce principe que les religions admises dans 
un État doivent respecter leurs droits réciproques, qui a flétri l'inqui- 
sition avec une ironie mordante dans les Lettres, avec une admirable 
y'i^MQWY (\îv[ïs Y Esprit des lois? 



94 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

109. L'abolition de l'esclavage; la tâche 

de Montesquieu. 

Matière. — Que savez-vous de liiistoirt' de la suppression de 
l'esclavage? Où en était la question à l'époque de Montesquieu ? A 
quelle époque l'esclavage devait-il disparaître, et comment l'auteur 
de V Esprit des lois a-t-il servi cette cause généreuse? 

Lectures recommandées .' Wallox, Histoire de l'esclavage dans l'antiquité, 
— Jakoski, De l'abolition de l'esclavage ancien au moyen âge. — Co(;hin, 
L' Abolition de l'esclavage. (Le livre s'oppose à deux articles, de Despois dans 
l'Avenir, n"^ 31 et 33, et de Larroque dans la Revue de Paris, no» du 15 décem. 
bre 1856 et du 15 juin 1857, et veut prouver que le christianisme a combattu l'es- 
clavage. La thèse de Despois et de Larroque est reprise dans : A. Rivière, L'Eglise 
et l'esclavage). — Voir aussi la bibliographie de Barni, ouvrage cité, Xle leçon, 
p. 200 sq. 

F'our les stoïciens et lesclavage, voir les lectures indiquées au sujet n° 85. 

Sur Bossuet et l'esclavage, voir : Avertissement aux protestants, 5e avertis- 
sement, art. 50. — Sur Montesquieu et l'esclavage, consulter : Esprit des lois, 
livre XV, surtout II, IV, VIII. 

1 

110. Le fond et la forme dans 1' < Esprit 

des lois ». 

Matière. — « Montesquieu portait la peine d'une qualité dis- 
tinctive de son génie. Si nul écrivain n'a plus de trait et de saillie, 
nul publiciste n'a plus de sens et de justesse. Mais sa vive expres- 
sion, son tour ingénieux trompaient les lecteurs français sur le 
sérieux et la solidité de ses réflexions. Le lourd Grevier le trouvait 
frivole; et M™* du Detïand croyait avoir le droit de le juger par un 
bon mot. » (Villemaix, Tableau de la littérature au xviiie siècle,' 
t. F, XV» leçon, p. 391.) 

Apprécier ce jugement. 

Conseils. — On trouvera dans le tome IV de notre Littérature 
française par la dissertation, un certain nombre de sujets relatifs 
aux rapports du fond et de la forme, sujets qui seront très utiles pour 
traiter cette dissertation. 



111. Montesquieu, écrivain du XVir et du 
XVIir siècle. 

Matière. — En quoi le style de Montesquieu se rapproche-t-il, en 
quoi s'éloignc-t-il df celui du xvii* siècle? Vous pouvez vous appuyer 



MONTESQUIEU. 95 

sur ce passage de Nisard : « (C'est) une langue dont les nouveautés 
viennent des choses, non des mots, et quinous donne le plaisir du 
changement sans qu'il en coûte rien au goût. Voltaire a raison de 
compter Montesquieu parmi les auteurs du xviie siècle ; il y est né 
en efTet, et il en a retenu la langue. C'est encore cette finesse qui 
saisit les nuances les plus délicates, cette propriété qui les fixe, cette 
clarté qui les rend visibles. Il semble par moments que les mêmes 
mains tiennent encore la plume... 

« Outre ces beautés de la langue renouvelées du grand siècle, il y 
a dans VEspj'it des lois les nouveautés du style de Montesquieu. Le 
style, c'est proprement ce qui est personnel à l'écrivain dans la 
langue commune. On ne lit pas Montesquieu sans être très attentif 
à son style, et il faut dire qu'il ne nous aide pas à oublier l'auteur. 
Ce style nous tient tout près de lui. Montesquieu nous fait plutôt des 
confidences à voix basse sur des choses supérieures, curieuses, rares, 
qu'il ne veut nous amener de force à des opinions contentieuses. Il 
y a dans cette langue la part du mystère, de la satire voilée, de 
l'ironie détournée. Il y a aussi le demi-mot, et ce n'est pas ce qui 
flatte le moins le lecteur, qui pour tout demi-mot s'estime bon enten- 
deur. » (Nisard, Histoire de la littérature française, t. IV, ch. VIII, 
I IV, p. 343 sq.) 



112. Le style de Montesquieu est le plus concis. 

Matière. — « Le style de Montesquieu est le plus saillant de tous, 
celui qui réveille le plus. Il est le plus comique, le plus rapide, celui 
qui imprime le plus fortement la pensée dans l'esprit du lecteur. Il 
est le plus concis des écrivains que nous connaissons. Quel est celui 
d'entre eux dont sept lignes pourraient produire quatre pages très 
raisonnables d'amplification. « (Stendhal, Racine et Shakespeare.) 

Conseils. —Nous donnons dans notre tome lll une bibliographie 
relative à Stendhal. Il suffira, à propos de ce sujet, de recourir au livre 
d'Ed. Rod : Stendhal, pour comprendre que cet éloge du style de 
Montesquieu est en réafité une critique du style classique. (Cf. Rous- 
tan, La Co7n position française : la Dissertation littéraire. Invention, 
cil. II, I ni, p. 25 sq. ; la Dissertation morale. Invention, ch. III, 
p. 36 sq.). C'est avec les mêmes intentions que Stendhal écrivait 
dans le même ouvrage : « Nous pensons que rien ne se ressemble 
plus que les styles de Montesquieu et de La Bruyère. » 

On se reportera au sujet n» 110, et, dans le tome I de notre 
Littérature française par la dissertation, aux sujets n«»* 588 sq.. 
p. 4G9 8*1. 



96 LE DIX-HUITIÉME SIÈCLE. 



113. Il s'agit de faire penser. 

Matière. — « Il ne s'agit pas de faire lire, mais de faire penser » 
disait Montesquieu dans l'Esprit des lois ; et Voltaire lui-même, 
malgré les traits mf^lins qu'il décochait contre l'auteur, déclarait : 
« S'il n'instruit pas toujours, il fait penser. » Comment Montesquieu 
a-t-il atteint son but? 

Conseils. — Il sera facile de voir combien ce sujet se rapproche 
du précédent. Relisez cette belle page de Taine : « Ses phrases dis- 
continues défdent, chacune à part, comme autant de cassettes ou 
d'écrins, tantôt simples et nues d'aspect, tantôt magnifiquement 
décorées et ciselées, mais toujours pleines. Ouvrez-les ; chacune 
d'elles est un trésor ; il y a mis dans un étroit espace un long amas 
de réflexions, d'émotions, de découvertes, et notre jouissance est 
d'autant plus vive que tout cela, saisi en une minute, tient aisément 
dans le creux de notre main. « Ce qui fait ordinairement une grande 
pensée, dit-il lui-même, c'est lorsqu'on dit une chose qui en fait 
voir un grand nombre d'autres, et qu'on nous fait découvrir tout 
d'un coup ce que nous ne pouvions espérer qu'après une longue 
lecture. » En effet, telle est sa manière ; il pense par résumés ; 
dans un chapitre de trois lignes, il concentre toute l'essence du des- 
potisme. Souvent même, le résumé a un air d'énigme, et l'agrément 
est double, puisque, avec le plaisir de comprendre, nous avons la 
satisfaction de deviner. » (Taine, V Ancien Régime, livre IV, ch. I, 
p. 340 sq.) 



114. Montesquieu écrivain jugé par BufFon. 

Matière. — D'5,près Grimm, Buffon se serait écrié : « Le style du 
président de Montesquieu! mais Montesquieu a-t-il un style ?» Com- 
ment expliquez-vous cette opinion de l'auteur du Discours sur le 
style ? 

Lectures recommandées '.y oiv les sujets no' 119 sq., surtoutl35 sq., p. 99e(,lt l. 

Conseils. — On trouvera les réponses dans les éditions classiques 
du Discours sur le style ; consultez les notes avec attention. Lisez 
ce passage de Sainte-Beuve : « Une comparaison de Buffon avec 
Montesquieu serait féconde, et achèverait de préciser et de définir 
les traits caractéristiques de sa forme de nature et de son procédé 
de talent. Buffon reconnaissait à Montesquieu du génie, mais il lui 
contestait le style : il trouvait, surtout dans l'Esprit des lois, trop 
de sections, de divisions, et ce défaut qu'il reprochait à la pensée 
générale du livre, il le retrouvait encore dans le détail des pensées 



MONTESQUIEU. 97 

et des phrases ; il y reprenait la façon trop aiguisée et le trop 
peu de liant : « Je l'ai beaucoup connu, disait Bulïon de Mon- 
tesquieu, et ce défaut tenait à son physique. Le président était 
presque aveugle, et il était si vif que, la plupart du temps, il oubliait 
ce qu'il voulait dicter, en sorte qu'il était obligé de se resserrer dans 
le moindre espace possible. » C'est ainsi qu'il expliquait ce qu'il 
parait y avoir parfois d'écburté dans le langage de Montesquieu. 
Lui, Bulî'on, avait au contraire la faculté de retenir de mémoire ses 
vastes écrits, et il se les déployait ensuite à. volonté, dans toute 
l'étendue de la trame, tant pour la pensée que pour l'expression. » 
{Sainte-Beuve, Lundis, t. IV.) 

115. Montesquieu juge de Voltaire. 

Matière. — « Voltaire n'est pas beau ; il n'est que joli. Il n'écrira 
jamais une bonne histoire. Il est comme les moines qui n'écrivent 
pas pour le sujet qu'ils traitent, mais pour la gloire de leur ordre; 
Voltaire écrit pour son couvent. » 

Comment expliquez-vous cejugementde Montesquieu sur Voltaire? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux no' 153 sq., 239 sq., 
p. 129 et 192. 

N. B. — On trouvera un commentaire de ce passage dans P. Albert, La Lu'ié- 
rature française au xvnie siècle: Montesquieu, p. 85. 

116. Montesquieu jugé par Voltaire. 

Matière. — Tout le monde connaît les passages où Voltaire re- 
prend avec insistance' le mot de M™« du Deffand sur le grand ou- 
vrage de Montesquieu : « M°i* du Defîand a eu raison d'appeler son 
livre de « l'esprit sur les lois » ; on ne peut mieux, ce me semble, 
le définir, il faut avouer que peu de personnes ont autant d'esprit 
que lui. » (14 septembre 1750, Lettre au duc d'Uzès, édit. Beuchot, 
t. LV, p. 481.) 

Il disait encore : « Montesquieu, qui a toujours exagéré et qui atout 
sacrifié à la démangeaison de montrer de l'esprit... » [Dictionnaire 
philosophique, article : Population, édit. Beuchot, t. XXXI, p. 474.) 

Que pensez-vous de ces jugements de Voltaire sur Montesquieu, 
et comment les expliquez-vous ? 

Conseils. — M. Hémon a fort bien répondu : « Voltaire n'y aurait- 
il donc sacrifié jamais ? Et d'où vient qu'il s'avise de donner des 
leçons de gravité à Montesquieu? Mais, s'il exagère à son tour, il 
n'a tort peut-être que dans la forme ; car Voltaire et Montesquieu 
ont tous deux bien de l'esprit, mais Voltaire a plus naturellement 
de l'esprit que Montesquieu, et Montesquieu en montre davantage. 

RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 6 



98 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

11 n'y a pas une « phrase » chez Voltaire, ni un hait absolument 
hors de sa place. II y en a chez Montesquieu. Comme au^si il a 
moins de souplesse et d'aisance que Voltaire, on voit trop venir les 
traits, ce que les Latins appelaient lumina ingenii. Tout le style en 
est éclairé, animé, mais à quel prix? La vraie simplicité a disparu, 
et l'on ne voit nulle part que l'écrivain s'en aperçoive, il est tenté 
plutôt, dir.ait-on, de s'applaudir d'une chute piquante, d'une expres- 
sion pittoresque, d'une sentence brillamment concise. » (F. Hémon, 
Cours de littérature : Montesquieu, p. 30 sq.) 

Ainsi ne vous hâtez pas de condamner Voltaire, et surtout rap- 
prochez en toute impartialité ces deux écrivains dont M™^ de Staël 
disait : « Montesquieu n'avait point la gaieté naturelle de Voltaire, 
et c'est à force d'esprit qu'il y suppléa. » Surtout, élargissez le sujet 
jusqu'à ses frontières naturelles (Cf. Roustan, La Composition fran- 
çaise : la Dissertation littéraire, Invention, ch. II, p. 17 sq.), et 
voyez les beaux éloges que Voltaire a faits de l'auieur de YEsprit des 
lois. S'il n'épargna pas les traits malins contre cet ouvrage, il pro- 
nonça pour le louer un mot qui eut plus de retentissement encore 
que celui de M™" du Defl'and : « Le genre humain avait perdu ses 
titres; M. de Montesquieu les lui a restitués. » Le mot fut répétéen 
pleine Assemblée Nationale, dans la séance où Prugnon demanda 
qu'une statue fût élevée à Montesquieu, en même temps qu'à Vol- 
taire. (Cf. Roustan, Les Philosophes et la sociéti^ française au 
wiu*' siècle : Conclusion, § III, p. 436.) 

Voir la Table de l'édition Beuchot, t. LXXI, p. 271, article : 
L' « Esprit des lois ». 

117. La philosophie de 1' « Esprit des lois > 
et celle de 1' « Essai sur les mœurs ». 

Matière. — « La philosophie de l'Esprit des lois, écrit Brunetière, 
a quelquefois besoin d'être corrigée par la philosophie de VEspritsur 
les mœurs. » {Études critiques, W" série, p. 261.) Expliquer et dis- 
cuter s'il y a lieu. 

Lectures recommandées : Voir les n<" 203 sq., p. 159 sq. * 

Conseils. — Reportez-vous au contexte, et vous verrez appa- 
raître les grandes lignes du sujet. Reportez-vous aussi aux sujets 
précédents. 

118. Deux Gascons : Montaigne et Montesquieu. 

Matière. — « Montesquieu est exquis, mais à une condition, de le^ 
prendre moins pour un docteur es sciences politiques que pour un 
moraliste ; moins pour un liistorien, qu'on m^ passe le mot, que 



BUFFON. 99 

pour un anecdotier. Il y a du La Bruyère et du Montaigne chez lui, 
du Montaigne surtout dont il est le vrai frère jumeau. Un chapitre 
comme celui qui est intitulé : De l'Ëducatwn dans les monarchies, 
un portrait comme celui du décisionnaire des Lettres persanes, 
auraient pu trouver place dans les Caractères et les Mœurs de ce 
siècle, mais le plus souvent on croit lire les Essais. C'est chez les 
deux Gascons les mêmes grandes lectures, la même manière de 
citer les anciens, le même goût pour le saugrenu dans l'histoire et 
les voyages, les mêmes courses à travers champs, la même philoso- 
phie toute d'expérience, le support des travers, la mondaine sa- 
gesse. » (ScHERER, Etudes sur la litlératiu^e contemporaine , t. IX.) 
Expliquer, et, s'il y a lieu, discuter. 

Lectures recommandées : '>V.ir La Littih'ature française par '^ rr,^<o,-tnti,,,)^ 
t. IV : Montaigne. 



B U F F O X 



119. Portrait de Buffon. 

Matière. — « On a trop souvent sacrifié l'homme au savant », 
écrit M. Hémon(£/o^e de Buffon, en tête des Œuvres choisies, Paris, 
Delagrave, 1896, p. 26.) D'après les témoignages que vous fournit 
Buffon lui-même %t ceux que nous apportent ses contemporains, 
vous tracerez un portrait du grand naturaliste qui fut aussi un 
homme de bien ; vous conclurez, avec le critique, qu'on a tort de 
célébrer dans Buffon les facultés de l'intelligence aux dépens de la 
sensibilité du cœur. 

Lectures recommandées : Buffo>-, Histoire naturelle, 1749-1788, 36 vol.. 
Imprimerie Royale; — Édition Cuvier, 1825-1831, 42 vol. — Edition Floiirens, 18.o3- 
1855, 12 vol., Garnier. — Edition de Lanessan. 12 vol., 1884, Pilon (la meilleure)- 

Œuvres choisies, édit. F. Hémon, précédées du Discours qui a obtenu le prix 
d'éloquence décerné par l'Académie française en 1878 (Delagrave, édit.). — Édition> 
Labbé (Belin) ; Humbert (Garnier) ; Dupré (Hachette). — Pages choisies, édit. 
Bonnefon (Colin). — Les Époques de la nature, édit. Picard (Garnier). 

Nadadlt de Bltfox, Correspondance inédite de Buffon; Montbard et Buffon ; 
Buffon, sa famille, ses collaborateurs. — Voltaire, édit. Beuchot ou Moland. 
table. — Grim-m, Correspondance littéraire, édit. Garnier, table. — Hérault de 
Séchelles, Voyage à Montbard, 1785. — Vicq d'Azir, Discours de réception 
{Œuvres, 1805, t. I). — Go^DORCE^, Eloge de M. de Buffon. — L\ Harpe, Cours 
de littérature. — Civier, Rapports historiques sur les progrès des sciences 
naturelles ; Éloges historiques, édit. Flourens. — Flourens. Buffon, Histoire do 
ses travaux et de ses idées; Des manuscrits de Buffon. 



100 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

De Barante, Tableau de la littérature française awxviii" siècle. — Villemain, 
Tableau de la littérature au xvm" siècle, leçon XXII, t. II, p. 180 sq. — Sainte- 
Beuve, Lundis, t. IV, X, XIV. — Vinet, Histoire de la littérature, française 
au xviiie siècle, t. II. — Nisard, Histoire de la littérature française, livre IV, 
ch. X, t. IV, p. 395 sq. — Montégut, Souvenirs de Bourgogne. — G. Boissier, 
Le Président de Brosses, dans la Revue des Deux Mondes, 1873, 15 décembre 
(Cf. : Th. Foisset, Le Président de Brosses, 1842). — Hémon, Etudes littéraires 
et morales, p. 1 sq. ; Histoire de la littérature française, publiée sous la direc- 
tion de M. Petit de Julleville. t. VI, ch. V, p. 208 sq. — Michaux, Éloge de 
Buffon. — 0. d'Haussonville, Le Salon de Madame Necker. — Brunetière, Etudes 
critiques, t. IV; Nouvelles questions de critique. — Lebasteur, BuffoJi. — 
Faguet, Dix-huitième siècle : Buffon, p. 409 sq. — F. Hémos, Cours de littéra- 
ture : Buffon. 

P. Albert, La Littérature au xviiic siècle : Buffon, p. 290. sq. — Brunetière, 
Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 372 sq. — Herriot, Précis 
de l histoire des lettres françaises, ch. XXII, p. 679 sq. — Lanson, Histoire 
de la littérature française, oe partie, livre IV, ch. III, p. 740 sq. — Liktilhac, 
Précis historique et critiqua de la littérature française, t. II, ch. VIII, p. 194 sq. 
— G. Pei.ussier. Précis de l'histoire de la littérature française, 4e partie, 
ch. III, p. 310 sq. 

R. DoDMic, Histoire de la littérature française, ch. XXIX, % II, p. 426 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XVI, p. 393 sq. — 
L. Levrault, Auteurs français: Buffon, p. 597 sq. 

Conseils. — Ce ne sont pas les renseignements qui manquent 
pour un pareil sujet ; au contraire. Sachez les grouper, et vous res- 
treindre. (Cf. Roustan, La Composition française : Coîiseils géné- 
7mux, A l'Examen, cli. II, | III, p. 228 sq.) 

Lisez les passages connus que vous retrouverez dans les Lundis : 
« Quelques esprits superficiels s'obstinent à voir dans Buffon l'écri- 
vain poudré et à manchettes ; ils ne sortent pas des anecdotes sur 
Montbard, et ils en sont restés sur son compte aux plaisanteries de 
d'Alembert ou de Rivarol... Je regrette qu'un peu de plaisanterie 
se soit mêlé sous nos plumes françaises, à l'idée de respect et de 
vénération qu'une telle existence devrait avant tout inspirer. » {Cau- 
series du Lundi, t. IV et X.) 



120. Le caractère de BufiFon. 

Matière. — Buffon appelle Pline l'Ancien « un esprit fier, triste et 
sublime. » Ces mots vous paraissent-ils pouvoir, à la rigueur, carac- 
tériser Buffon lui-même ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au n" précédent et 
au n» 122. 

Conseils. — Les Jiiots « à la rigueur » sont à remarquei'. La 
compn raison entre Pline et Buffon a souvent été reprise: il serait 
curieux qu'on détinissant le génie du naturaliste latin, Buffon eût 

prescpic (b'fini ^r>ti |)r()))re caractère. 



BUFFON. 101 

De sa fierté, les preuves aboudent : fierté légitime et qu'il montre 
soit dans sa vie, soit dans son œuvre. Cet homme qui avait l'âme 
d'un sage dans le corps d'un athlète, suivant le mot de Voltaire, est 
incapable d'une basse jalousie, mais passe avec hauteur devant les 
œuvres qui n'ont pas d'analogie avec son œuvre immense. Il sera 
dédaigneux aussi bien de Linné nue de Réaumur. Cet esprit dédai- 
gneux n'a pas étt sans avantage : il l'a sauvé de la polémique, l'a 
écarté de toutes les coteries, lui a permis de mener à bien sa vaste 
besogne. Voilà pour la fierté de l'homme. Quant à celle du savant» 
elle éclate dans son œuvre. Analysez par exemple la noble déclara- 
tion qui est à la fin de la sixième Époque de la nature (édit. Gar- 
nier, p. 207), etc. 

De cette fierté on a conclu à Id tristesse. Demandez-vous si Buffon 
est un génie triste. Et d'abord, l'homme avait-il cette gravité solen- 
nelle que lui prête la tradition? Consultez le livre de M. Hémon : 
BiLffon, % II, p. 4 sq. : La physionomie morale de BufTon, le travail 
à Montbard, la vie de société. Reportez-vous à sa correspondance, 
et vous verrez plus clairement les traits de ce « grand et aimable 
homme », ainsi que l'appelait Gibbon. Même remarque pour son 
œuvre. On rapproche la septième Époque de la nature du livre V 
du poème de cet autre ancien, qui s'appelle Lucrèce. Mais l'opti- 
misme de BuiTon éclate à chaque page. C'est un « piiilosophe » (au 
sens du xvm« siècle), un esprit généreux qui a foi au progrès indé- 
fini, qui a foi dans la science, et qui, mesurant la distance que 
l'honmie a parcourue en s'éloignant par degrés de l'animalité pri- 
mitive, est plein d'espoir dans l'avenir de « ce vassal du Ciel, roi de 
la Terre, qui l'ennoblit, la peuple et l'enrichit ». Analysez le fameux 
passage sur la nature cultivée [De la «ah^^'e .• Première vue), hynme 
de joie sereine et grave en l'honneur de la civilisation. 

En revanche, il est très vrai de dire que le génie de BufTon est un 
génie « sublime », et cela parce qu'd est antique en même temps 
que moderne. La poésie unie à la science : le poème de la Nature. 
Vastes ambitions, grandioses hypothèses, hardiesse et puissance de 
l'imagination. Esprit largement généralisateur : audaces du génie. 
Grandeur de l'ensemble : les Époques de la nature. BufTon, le vrai 
poète du xvnie siècle (E. Faguet). 

121. Buffon est-il un « philosophe »? 

Matière. — Tandis que certains critiques veulent placer Butïon en 
dehors du mouvement « philosophique » du xvni« siècle, d'autres au 
contraire le désignent comme un des collaborateurs puissants des 
Encyclopédistes. « Les deux "corps d'armée qui engagèrent grave- 
ment l'action, dit un de nos contemporains, furent VEspril des lois 
et VlUstoire naturelle. »(E. Lintilhac, Précis historique et critique 
de la littérature française, t. H, ch. VIII, p. 302.) 

Quelle est votre opinion ? 

6. 



102 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — La question a été très souvent débattue. Voyez en 
particulier le livre de M. Hémon : Buffon, | III, p. 11 sq. : Buffon et 
les philosophes contemporains. La vérité est peut-être dans ce pas- 
sage de Villemairi : « Buffon, malgré sa réserve, figure dans cette 
mission philosophique du xvm» sièle qui eut ses erreurs de zèle, 
mai.s qui n'en fut pas moins grande dans l'intention comme dans les 
effets. » {Tableau de la lillérature au xviii® siècle, XX* leçon, t. II, 
p. 205.) Vous devez alors pousser plus loin le sujet. (Cf. Roustan, 
La Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, 
ch. II, p. 17 sq.) D'où vient cette réserve? Marmontel écrit : « Pour 
voguer à'pleines voiles, ou du moins pour louvoyer seul et pru- 
demment parmi les écueils, Buffon aima mieux avoir à soi sa barque 
libre et détachée. » (Marmontel, Mémoires d'un père pour servir à 
Vinstruction de ses enfants.) Cette réserve était donc le résultat d'un 
calcul ? La question est intéressante, et vous n"avez qu'un moyen 
d'en donner une solution sérieuse : des textes, et encore des textes! 



122. Buffon est un génie antique. 

Matière. — Tout le monde connaît l'exclamation de Diderot, à 
propos de Buffon : « Heureux le philosophe systématique à qui la 
nature aura donné comme autrefois à Epicure, à Lucrèce, à Aris- 
tote, à Platon, une imagination forte, une grande éloquence, l'art 
de présenter ses idées sous des images frappantes et sublimes !... » 
Cette affinité de Buffon avec les anciens a souvent été démontrée, 
et Villemain en particulier a repris les paroles de Diderot et les a 
développées, pour arriver à cette conclusion que « c'est surtout par 
des ressemblances avec Pline l'Ancien que Buffon se rapproche de 
l'antiquité w.Par quels traits le grand naturaliste du xvm« siècle vous 
paraît-il être un génie antique ? 

Lectures recommandées : Max Egger, Histoire de la littérature grecque, 
2e période, ch. II, ,^ II, p. 114 sq. : Les Pi'emiers philosophes, et bibliographie 
p. 126 ; 3e période, ch. IV : La Philosophie, p. 267 sq., et bibliographie, p. 304. — 
L. Levraoi.t, Auteurs grecs : Platon, p. 229 sq. ; Aristote, p. 290 sq. 

Jf.anroy et Pcech, Histoire de la littérature latine, 3e période, ch. I : Lucrèce, 
p. 97 sq., et bibliographie, p. 104 ; 5e pé^ode, ch. III ; Pline r.\ncien, p. 274 sq , et 
bibliographie, p. 280. — Martha, Le poème de Lucrèce. — L. Levrault, Auteurs 
latins: Lucrèce, p. 111 sq. 

Conseils. — Voici quelques-uns des passages où est affirmée 
cette aliinité de Buffon avec les anciens : on se reportera aux con- 
textes, ce qui ne vous empêchera pas de chercher d'autres affirma- 
tions de ce genre (Cf. Roustan, La Composition française : la Dis- 
sertation littéraire. Invention, ch. IV, p. 43 sq.). 

« Buffon conçut le projet de réunir au plan vaste et àréloqucnce 



BUFFON. 103 

de Pline, aux vues profondes dAristote, l'exactitude et le détail des 
observations dos modernes. » (Cuvier, Biographie de Buffon, en tète 
de l'édition Hémon, p. 1.) 

« Le génie de Buffon avait plus d'un rapport avec celui qui ani- 
mait ces philosophes de la Grèce dont l'imagination était si vive et 
<i hardie. » (De Baraxte, Tableau de la littérature française au 
xvnie siècle, édit. 1832, p. 260 sq.) 

« Buffon a des anciens, non seulement la gravité de l'attitude, la 
lente majesté du style, mais la dignité innée et le noble orgueil, non 
seulement l'imagination qui fait l'écrivain, mais le caractère qui fait 
l'homme. » (Hémox, Éloge de Buffon, en tète de l'édition des OEuvres 
choisies, p. 33.) 

Il est d'ailleurs évident que vous devrez discuter cette opinion, 
soit pour en montrer l'exacte vérité, soit pour faire voir dans quelle 
mesure elle est juste. (Cf. Roustan, La Composition française : la 
Dissertation littéraire, ch. II, p. 17 sq. ; La Dissertatio?i morale. 
Invention, ch. I sq.) Il sera donc indispensable de rapprocher ce 
sujet du précédent et du suivant. Pour le plan, voyez Roustan, La 
Composition française: la Dissertation morale. Disposition, ch. lll, 
§ IL p. 96 sq. 



123. Buffon est-il un écrivain du XVir siècle ? 

Matière. — Villemain, dans son Cours de littérature au xviii*^ 
siècle, insistant sur ce trait du caractère de Buffon que le grand 
naturaliste a eu un génie antique, rapproche, et pour le fond et pour 
la forme, l'œuvre de Lucrèce et celle de l'auteur des Époques de la 
nature. Ne vous semble-t-il pas aussi intéressant de rapprocher 
Buffon des grands écrivains du xviie siècle ? Montrez, par une com- 
paraison rapide, les points de contact de Buffon avec les auteurs 4u 
xvne siècle, et aussi les côtés par lesquels il en diffère essentielle- 
ment. 

Plan proposé : 

Exordc : Rapprochement souvent établi entre BulTon et 
lantiquité. Originalité de Buffon ; il apparaît comme un 
' anti(iue » en plein xvin« siècle. Est-il vrai de dire quil ap- 
paraît aussi comme un « classique » à lépoque de TEncyclo- 
pédie, comme un homme du règne de Louis XIV sous le règne 
de Louis X\ ? 

I 

1*" — <' Que la nature donc soit votre étude unique», écrivait 
Boileau, la nature, c'est-à-dire la nature morale. Les mora- 



104 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

listes, les prédicateurs, . les poètes dramatiques, etc., s'ap- 
pliquent exclusivement à Tétude de l'homme intérieur, 
Buffon reprend l'étude de l'homme et l'étudié dans ses rap- 
ports avec ce qui n'est pas lui. Descartes est un créateur, et 
renouvelle la philosophie avec son Discours de la méthode; 
Bossuet est un créateur, et renouvelle l'histoire avec son 
Discours sur 1/ histoire universelle; BufTon est, au même degré 
que ces écrivains, un créateur, avec son ouvrage qui peut 
s'appeler Discours sur la nature. Il est de la lignée du xvn« siè- 
cle; il dépasse par là les écrivains de son époque. 

2° — Non seulement, il est de la lignée de xvn^ siècle par 
son sujet, mais par les traits généraux de son art. Place du 
hon sens, de la méthode dans l'art de Buffon (voyez - les 
sujets n°* 135 sq., p. 114 sq.). Sa définition du style : « L'ordre 
et le mouvement ». Ce sont bien là des traits cartésiens, ce 
sont ceux qui étaient prédominants dans la littérature du 
siècle de la raison. 

3° — Le trait général qui fait que l'œuvre de BufTon ressemble 
à celle de ses prédécesseurs du xvu" siècle est le suivant : il 
cherche le bonheur de l'âme dans la poursuite d' « un grand 
but », dans la réalisation d'un « plan élevé ». C'est l'attitude 
des auteurs du xvn*^ siècle. Aujourd'hui, il y a une profes- 
sion, un métier d'écrivain : une œuvre n'est pas la consé- 
quence d'une nécessité morale, intellectuelle. Bossuet ne fait 
pas œuvre littéraire dans ses Sermons, pas même dans ses Orai- 
sons funèbres. Ce sont des ouvrages dans lesquels il expi'ime 
sa foi. Étendons le mot « foi », et nous pouvons en dire 
autant de BufTon. (^ J'ai toujours pensé qu'un homme qui 
écrit doit s'occuper uniquement de son sujet et nullement 
de soi. » Cela pourrait être de Bossuet; ces mots sont de 
BufTon [Première Epoque de la nature, édit. Garnier, ]). ol.) 

II 

1° — Mais signalons d'abord la difTérence des sujets. 11 est 
clair qu'un tel Discours aurait eu peu de chance d'être écrit et 
d'être lu au xsu^ siècle. Pourquoi. La natuie extérieure à cette 
époque. Caractère des (héories de Descartes. De Descartes à 
Fontenelle. 

2° — Le mot « loi * iiu[)li(jue, si on remploie pour BufTon, 
des idées toutes différentes. Froideur du sentiment religieux 
chez BufTon. Son attitu.le n'est pas agressive. Son déisme est 



BUFFON. 105 

vague; son respect pour la religion, et comment il faut lex- 
pliquer (son caractère, sa situation, sa défiance envers les 
novateurs, etc.). Butïon n'appartient pas à un siècle chrétien, 
et cela se voit nettement dans son ouvrage. 

3° — Son respect pour la religion établie ne doit pas nous le 
faire rapprocher du xvn<^ siècle. Il a une foi positive, qui est 
bien celle de son temps : la foi dans le progrès indéfini de 
rhumanité. Caractère particulier que prend cette idée dans 
son œuvre ; elle n'est plus la matière d'un développement 
général, elle est la conséquence de sa théorie scientifique, 
c'est-à-dire de son histoire du globe. Le progrès dans la 
nature, dans l'univers, dans la civilisation. 

Conclusion : C'est encore par la forme que BufTon se rat- 
tache le plus directement au xvn^ siècle, et encore faut-il faire 
des restrictions, puisqu'il apporte des qualités de « savant ii : 
le style scientifique même dans le Discours sur le style (voy. le 
sujet n" 136). Au point de vue du fond, V Histoire naturelle 
est une des œuvres qui ont été le plus utiles aux « encyclo- 
pédistes » : c'est dire qu'elle est bien, inalgré tout, de son 
temps (voy. le sujet n° 121). 



124. Valeur scientifique de l'œuvre de BufFon 

Matière. — On a eu trop souvent le tort de mettre en doute la 
valeur scientifique de l'œuvre de Buffon, sous prétexte qu'on y 
relevait des erreurs de faits et des inexactitudes. Les Époques de la 
nature sont une œuvre considérable où le grand savant a résumé 
tout ce qu'il avait appris touchant l'histoire du globe, et qui marque 
le dernier effort de ce génie en perpétuelle évolution. Par les qua- 
lités de l'observation, de l'imagination scientifique, ce monument est 
digne d'être vénéré par les siècles qui ont suivi, et il garde, dans 
la succession des temps, une physionomie puissamment originale. 
Quand on a lu ce testament scientifique de Buft'on, il est impossible 
qu'on ne sente pas l'injustice qui consiste à ne louer en lui que le 
grand écrivain : le savant est non moins admirable. 

Lectures recommandées : Voir les nos ug gq^ gt ajouter : 
I..\MOiGNON-MALF.sHKrtBES, OhservdUons sur l'histoire naturelle générale et 
/larticulière fie Buffon et Daubentçn, 1798. — Geoifroy-S.unt-Hilaire, Histoire 
naturelle et générale des régnes organiques, t. I : Introduction historique. — 
De Quathefages, Ch. Darwin et ses précurseurs français. — Nocrisson, Philo- 
sophie de la nature : Baron, Bayle, Toland, Btiffon. — Lanessan. grande 
édition des (Euvres de lUiiïon, t. I : Introduction. - Edm. PERRiKn. La Philoso- 
phie zoologique avant Darwin. 



106 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Pour la place de Buffon dans l'histoire de la science moderne, on consultera 
encore : A. Rebière, La Vie et les savants modernes d'après les documents 
académiques; Pages choisies des savants modernes, extraites de leurs œuvres 
(librairie Vuibert et jNony). — Baudrillaut, Lectures scientifiques (Delagrave). — 
G. Laurent, Les Grands écrivains scientifiques. — M. Guyau, Éclaircissements 
relatifs à l'histoire de Vidée de progrès, dans l'édition de Pascal : Entretien 
avec M. de Saci (Delagrave) — et surtout : Picard, édition des Epoques de la 
nature (Garnier). 

Plan proposé : 

Exorde .'Pourquoi les esprits médiocres mettent en doute la 
valeur scientifique de l'œuvre de BufTon. Erreurs de fait 
commises par BufTon, par suite de son dédain pour le peuple 
des naturalistes : on peut relever de ces inexactitudes, sur- 
tout dans la partie descriptive. Mais dans la partie théorique, 
on rencontre des qualités qui font de Buffon un des savants 
les plus admirables de tous les temps et de tous les lieux. 

1° — Notons d'abord que cet ouvrage, paru en 1778, quand 
Buffon avait soixante et onze ans, est le résumé de tout ce 
qu'il avait appris touchant l'histoire du globe. (Flourens, 
Buffon, histoire de ses travaux, de ses idées.) 

C'est plus qu'un résumé. Dans son Histoire et Théorie de 
la terre (signée de Montbard, en 1744), Buffon s'était attaché 
au principe neptunien : la terre est l'ouvrage des eaux. Mais 
dans son ouvrage sur la Formation des planètes (daté de 
Buffon, 1745), il considère le monde, comme l'ouvrage du 
feu. Buffon reprend les idées des premiers philosophes grecs, 
aventureux poètes, mais les précise et arrive jusqu'à l'idée 
fondamentale d'une fluidité première et d'un feu central. 
Singularité de ce génie, qui va d'une idée à l'idée opposée. 
C'est un trait essentiel de son génie scientifique : son esprit 
est en perpétuelle évolution, et passe, après des progrès 
surprenants, d'une théorie à la théorie adverse. C'est l'ex- 
plication du mot fameux : « Le génie est une longue patience )>. 
Et, maintenant, il s'agit de concilier ces deux explications, 
auxquellesle savant est arrivésuccessivementpar un effortcons- 
tamment renouvelé. De là, l'ouvrage des Époques de la nature. 

2° — Qualités de l'observation : 

a) Faits bien observés, surtout dans le préambule ; exac- 
titude des observations géologiques, physiques, etc. (Voy. 
édit. Garnier, 1-38.) 

6) Il faut reconnaître cependant que ces faits sont trop peu 
nombreux, étantdonné que l'hypothèse est extrêmement vaste. 



BUFFO.N. 107 

Différence avec Darwin. Buffon qui avait écrit en 1735 dans 
la préface de sa traduction de la Statifjue des végétaux de 
Haies, que les recueils d'expériences et d'observations sont 
les seuls livres qui puissent augmenter nos connaissances, 
n'accorde pas aux observations et aux expériences une place 
suffisante. 

Ne nions pas, mais n'exagérons pas les qualités de Buffon 
expérimentateur. 

3° — Qualités de l'imagination : les hypothèses. 

a) Vues de génie, hypothèses fécondes : celle de l'évolution 
et des époques différentes; celle du refroidissement pro- 
gressif du globe incandescent à lorigine ; celle de la double 
action du feu et de Teau; celle des espèces perdues;... sans 
compter une foule d'explications de détails que la science a 
acceptées après lui (Flourens, ouvrage cité). 

h) Vues hasardées : par exemple, la prétention de diviser et 
de classer les époques, et d'en fixer la durée. Ici surtout 
l'information aurait dû empêcher l'imagination du savant 
de se donner un libre cours (voy. édit. Garnier, Appendice^ 
p. 239, sq.). Cependant, « s'il s'est trompé sur la durée des 
âges du globe, s'il n'a pu qu'indiquer en gros et de loin leurs 
vrais caractères, du moins a-t-il deviné^ le premier, qu'il 
devait y avoir des âges... Tout ce que font d'efforts les 
géologues actuels... ne sera jamais qu'un remaniement 
incessant et sans cesse perfectionné des Époques de la 
nature. » (Flourens.) 

4° — Qualités d'originalité. 

a) On reproche au savant ses emprunts. On affirme que 
toutes ses idées ont été exprimées avant lui. Les unes étaient 
oubliées (Bernard Palissy) ; les autres étaient puisées à des 
sources contemporaines, et l'on peut constater que Buffon n'a 
pas dit qu'il y avait puisé (Leibnitz....). 

6) Son originalité, même si tous ces emprunts sont dé- 
montrés, n'en est pas moins réelle. Elle consiste dans le parti 
qu'il a su tirer de ces matériaux, dans cette c ordonnance » 
qu'il mis de si longues années à établir. C'est la grande idée du 
Discours sur le style : Buffon est trop généralisateur pour 
n'avoir pas donné dans celle œuvre son système général : 
« L'ordre que l'on met dans [les idées est avant tout la 
grande valeur de l'écrivain », de l'écrivain littéraire comme 
de l'écrivain scientifique. 11 y a des hypothèses que Buffon ne 
doit à personne, comme l'idée des espèces perdues ; mais ce 



108 LE DIX-HUITIÈME SlÈCLIi. 

n'est pas là pour BufTon la création proprement dite, ce n'est 
pas par là qu'il veut être original, c'est par l'ordonnance qu'il 
impose aux idées. La matière est vile, elle n'a de prix que 
par la forme personnelle, inédite, qu'on lui donne. 

c) Erreur de ceux qui veulent identifier ce procédé avec 
celui de Cicéron traitant des sujets de philosophie. Quand 
BufTon a trouvé ailleurs ses idées, il fait sur elles un travail 
véritablement scientifique. Il les agrandit. En les combinant, 
il modifie leur valeur, les éclaire réciproquement, les féconde 
parce qu'il les rapproche. 11 y a là un effort d'investigation et 
de discussion, qui est un effort scientifique. 

Conclusion : Admirable unité de l'œuvre de Bufîon. Com- 
ment sont liées ses qualités de grand penseur, de grand 
écrivain, de grand savant. Le savant d'aujourd'hui et le 
savant selon Buffon : les ressemblances, les différences : 
« Après Buffon, les sciences commencèrent à s'éloigner des 
voies qu'il avait suivies ; elles entrèrent sous la domination 
presque absolue de l'expérience; elles perdirent le caractère 
contemplatif, pour acquérir le caractère de Fobservation rai- 
sonnée... Mais ce n'est point une raison pour dédaigner l'as- 
pect sous lequel Buffon a envisagé la science, et pour le 
réduire à la gloire, si grande encore, d'écrivain éloquent et de 
peintre inimitable. » (De Barame, Tableau de la littérature 
française au x\ui^ siècle, édit. 1832, p. 264 sq.) 



125. Les hypothèses de Buffon. 

Matière. — Développer, par des faits précis, le jugement sui- 
vant : « Avec Flourens, nous admirons en Buffon le prédécesseur de 
Guvier, le génie dont la divination, étrangement perspicace, recon- 
stitue l'histoire de l'univers et des évolutions successives du globe 
terrestre, ressuscite les espèces perdues, proclame l'unité des races 
humaines; conçoit l'unité de plan du règne animal, fonde la philo- 
sopiiie de la science, et, alors même qu'il s'égare, éveille la curio- 
sité, passionne les esprits, en leur découvrant de longues perspectives, 
qu'ils n'avaient pas jusqu'alors soupçonné(>s. » (IIkmon, Co2(rs de 
littérature : Buffon, p. 19.) 

Conseils. — Vous rapprocherez ce passage des lignes écrites par 
Flourens, et que M. F. Hémon cite dans son édition des Œuvres 
choisies, p. 16 : « Buffon est grand môme par ses systèmes; car, à 
tout prendre, j'aime mieux une conjecture qui élève mon esprit 
qu'un fait exact qui le laisse à terre, et j'appellerai toujours grande 



BUFFON. 109 

la pensée qui me fait penser. C'est qu'il a une force qui se commu- 
nique ; c'est qu'il ose et qu'il inspire à son lecteur quelque chose 
de sa hardiesse ; c'est qu'il met partout sous mes yeux le courage 
des grands efforts, et qu'il me le donne. » 

D'autre part, s'il n'y a pas de « piège » dans la matière (Cf. Roustan, 
La Composition française : la Dissertation littéraire. Invention, 
ch. II, p. 17 sq.), il est nécessaire de bien la voir et de comprendre 
qu'elle renferme une indication cachée. Cet amour de Buffon pour 
les vues générales ne l'a-t-il pas conduit à mépriser l'observation 
lente, patiente, etc.? Ici, je ne puis que renvoyer à l'édition des 
Œuvres choisies de Buffon par M. Hémon : « Appendice à l'Éloge de 
Buffon », I VII, p. 68 sq. : 

<( Buffon comprenait pourtant la nécessité pour un naturaliste 
d'allier à l'amour des vues générales le soin du détail précis : 
« L'on peut dire que l'étude de la nature suppose dans l'esprit 
deux qualités qui paraissent opposées, les grandes vues d'un génie 
ardent, qui embrasse tout d'un coup d'œil, et les petites attentions 
(1 un instinct laborieux, qui ne s'attache qu'à un seul point. » {Dis- 
cours sur la manière d'étudier et de traiter Vhistoire naturelle.) 

Il ne faudrait pas exagérer son dédain pour les faits ; sa corres- 
pondance nous le montre au contraire soucieux de les recueillir, avide 
de s'éclairer, sur des points *de détail, par ses propres expériences et 
par les observations des savants étrangers. 

Sainte-Beuve a pourtant raison, dans une certaine mesure, de dire: 

Il semble que Buffon, placé entre les deux infinis; celui de l'inûni- 
ment grand et de l'infiniment petit, n'ait été sensible qu'au premier. » 
Causeries du Lundi, t. X.) 

Buffon lui-même n'essaye pas de cacher le penchant naturel qui 
lui fait préférer aux traits particuliers les tableaux d'ensemble : 
« Nous retournerons ensuite à nos détails avec plus de patience ; car 
j'avoue qu'il en faut pour s'occuper continuellement de petits objets, 
dont l'examen exige la plus froide patience et ne permet rien au 
génie. » {Histoire des quadrupèdes : Discours général.) Dans l'Aver- 
tissement du volume des Oiseaux, de 1773, il annonce qu'il aban- 
donne les oiseaux pour les minéraux, sujet qui lui est « plus familier 
et plus analogue à son goût par les belles découvertes et les grandes 
vues dont il est susceptible ». 



126. L'idée du progrès indéfini dans Buffon. 

Matjèke. — Buffon a souvent exprimé sa foi dans la grande idée 
du xvni» siècle, celle du progrès indéfini de l'humanité : « Qui sait 
jusqu'à quel point l'homme pourrait perfectionner sa nature, soit 
au moral, soit au physique ?... L'esprit humain n'a point de bor- 
nes; il s'étend à mesure que l'univers se déploie. L'homme peut 
donc et doit tout tenter; il ne lui faut que du temps pour tout 

Roustan. — Le XVIII' siècle. 1 



110' LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

savoir.... » {Époques de la nature : VI ï° Époque, « Dégénération 
des Espèces ». 

Après avoir rassemblé un certain nombre de passages de ce genre, 
vous examinerez comment Buffon a appuyé cette idée sur la science 
et vous montrerez quelle confiance généreuse il a eue dans un avenir 
rendu meilleur par le perfectionnement de l'esprit humain. 

LectUfes recommandées : Voir les sujets n»» 119 sq., et en particulier le livre 
de Guyau cité au n» 124. 

Conseils. — Voir dans 1' « Appendice à l'Éloge de Buffon », VI, 
p. 67, des passages tout à fait curieux, recueillis par M. Hémon, où 
ion constate que Buffon a prévu le percement de l'isthme de Suez, 
l'importance des mines de charbon, etc.. On sera même frappé de 
« l'intrépide fantaisie » de Buffon. 11 vous fait songer par instants 
[mulatis mutandis) à un Jules Verne du xvm' siècle. 



127. Bufifon est le père de l'histoire naturelle 

descriptive. 

Matière. — Développer par des exemples ce jugement de Flourens 
sur l'originalité de Buffon dans l'histoire naturelle descriptive : « Le 
véritable titre de Buffon est d'avoir fondé la partie historique et 
descriptive de la science. Et ici il a deux mérites pour lesquels il n'a 
été égalé par personne. Il a eu le mérite de porter le premier la cri 
tique dans l'histoire naturelle, et le talent de transformer les descrip- 
tions en peintures. Il ne se borne plus à compiler, comme on faisait 
avant lui, il juge ; il ne décrit pas, il peint. » 

Lectures recommandées : Pour ce sujet et les suivants, voir Roostan, La 
Composition française : la Description et le Portrait, passim. 

128. Les descriptions et les portraits 
dans Buffon. 

Matière. — « On a détaché de l'ouvrage de Buffon quelques des- 
criptions brillantes qu'on admire à part. C'est lui faire tort; le mérite 
même de ses Vies à! animaux, c'est Tensemble... » Ainsi s'exprime 
Villemain, Tableau de la Lillérature au xviii' siècle, XX» leçon, t. II, 
p. 203. Montrez que l'on fait tort à la gloire de Buffon en détachant 
de l'ensemble ses portraits d'animaux, et vous ferez voir ensuite 
quelles sont les qualités de ces portraits considérés en eux-mêmes. 

Conseils. — Le passage suivant, emprunté au Cours deliltéralure 
de M. Hémon : Buff'on, p. 58, contient h^s idées cssontielles pour nous 
guider dans un devoir de ce genre : 



I 



BUFFON. 141 

1° « Comment l'histoire des animaux se rattache au plan d'ensemble. 
Deux liens surtout : rapports avec l'homme, rapports avec la nature. 
L'homme maître des animaux, roi de la création ; les animaux grou- 
pés autour de lui, espèces domestiques décrites avec amour et en 
général avec exactitude ; espèces sauvages que l'homme combat. 
Chez les serviteurs comme chez les ennemis de l'homme, c'est 
l'homme encore que Bufïon cherche avec ses qualités ou ses passions. 
La nature ; nécessité de la description qui donne les différences 
individuelles et les différences d'espèces, et qui fait ressortir l'iné- 
puisable fécondité et variété de la nature : « Dans la nature il n'existe 
que des individus ou des suites d'individus, c'est-à-dire des espèces... 
Nous ne pouvons mieux faire que d'aller pas à pas, de considérer 
chaque animal individuellement. » 

2° « Pris en eux-mêmes, ces portraits ont leur attrait de curiosité, 
leurs mérites d'observation et de style. Le montrer par quelques 
citations : le grand seigneur dans les portraits du cheval, du cerf, du 
cygne ; ailleurs le philosophe du xvm® siècle ; ailleurs encore et sur- 
tout, l'artiste, le coloriste ; variété de ses touches prouvée par la 
comparaison d'un portrait noble et d'un portrait gracieux. « 



129. Buffon peintre d'animaux d'après 
le portrait du cheval, du cerf, de la fauvette. 

Matière. — Pouvez-vous d'après les portraits du cheval, du cerf, 
de la fauvette, indiquer les caractères de Buffon, peintre d'ani- 
maux? 

Plan proposé : 

Exorde : Buffon, le peintre et le poète. Les tableaux d'en- 
semble : l'impression générale : le fier et le fougueux animal; 
l'animal léger et délicat; l'oiseau babillard et sautillant. 
Voyons les détails. 

1° — Gomment Buffon nous présente les trois portraits. 
Caractères difTérents des périodes, difTérence de nombre, de 
rythme : la phrase large et ample (le cheval) ; — svelte et 
mélancolique (le cerf) ; — la mort et le réveil de la nature 
(la fauvette). 

2° — A) Variété dans la succession des tableaux : 

a) Le cheval domestique et le cheval libre ; 

b) Le cerf aux aguets et le cerf au ])âturage ; 

c) La fauvette au jeu, la fauvette dans son nid, etc. ; 
6) Ce qui manque à ces tableaux : 



H2 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

rt) 11 y a de la chaleur, un intérêt de curiosité infatigable et 
émerveillée ; mais Buffon est trop maître de lui ; 

b) Quelque affectation : exemples. 

3° — A) Avant tout, les portraits tracés par Buffon sont 
psychologiques et moraux: démonstration. 

B) De là ses préférences : le cheval et l'homme ; — le cerf 
et l'homme, la chasse, l'activilé humaine ; — la fauvette : 
pourquoi Buffon l'aurait voulue plus belle. 

4° — Mais le portrait physique est loin d'être négligé. Mon- 
trez-le en insistant sur la précision technique du vocabulaire, 
sur l'exactitude des détails, par exemple, dans la description 
du chant de la fauvette, etc. 

5° — Pardessus tout, amour du lieu commun, des idées gé- 
nérales : le parallèle entre le chevalet l'homme, — les plaisirs 
de l'homme. 

Conclusion : Même dans les portraits, Buffon est un esprit 
généralisateur. Mais ce qui nous frappe, ce sont les qualités 
de son imagination, de son coloris, et nous ne pouvons même 
pas lui refuser la sensibilité, puisqu'elle intervient quand il 
nous montre ses préférences ou ses antipathies, et aussi ses 
idées morales. 

130. La Fontaine et Bulfon. 

Matière. — On a souvent rapporté ce mot de M"» Necker : « Les 
animaux semblaient être les plus éloignés do nous, et l'art de Buffon 
a été de les en approcher sans cesse. » 

Ne vous semble-t-il pas qu'il y ait là un trait commun entre la 
Fontaine et Buffon, peintres d'animaux? Quelles sont les autres 
ressemblances que vous pourriez indiquer, et quelles sont aussi les 
différences qui séparent l'art du portrait dans La Fontaine et dans 
Buffon ? 

Lectures recommandées ; Roustan, La Littérature française par la disser- 
tation, t. I : La l'onlaine, sujets n**' 416 sq., pages 341 sq. 

Conseils. — 11 faudra lire, mais avec beaucoup de précaution, le 
livre de Damas-Hinard : La Fontaine et Biiffon, cité dans notre 
tome I. Je conseille d'étudier dans le Cours de littérature de 
M. Hémon : Buffon, la fin du | IV : Le savant, p. 17 sq. ; en voici la 
conclusion : « Malgré les différences, ce n'est pas sans raison qu'on 
a rapproché du nom de Buffon le nom du grand fabuliste. Clicz l'un 
et l'autre tout vit, tout sent, tout pense. Chacun d'eux se sert d'ani- 
maux pour instruire les hommes. Mais l'un tend à ce but de parti 
pris ; l'autre a la prétention d'ôtre moins moraliste que savant. 



BLFFON. 113 

Quoi qu'on pense du savant, il est permis d'aimer le moraliste. » 
(HÉMON, Cours de littérature : BufTon, p. 25.) 
Pour le moraliste, voyez le sujet suivant. 

131. BufFon moraliste dans les portraits 

d'animaux. 

Matière. — « Quoi qu'en ait dit un illustre écrivain, la bonté de 
cœur n'est pas étrangère à ses récits. S'il a oublié le chien de 
l'aveugle, et avec lui l'image chrétienne du malheur et de la charité, 
il n'est aucun bon sentiment qu'il ne cultive et ne rappelle, l'amour 
de la paix, du travail, de la vertu, de la gloire... » (Villemaix, 
Tableau de la littérature au xvni» siècle, XXe leçon, t. II, p. 204.) 

Montrer, par des exemples bien choisis, quelles leçons morales on 
peut tirer de l'histoire naturelle descriptive de Buffon. 

Conseils. — Cet « illustre écrivain » est Chateaubriand. Voyez 
plus bas le sujet n° 148 et les références. 

132. De l'impartialité de Buffon, peintre 

d'animaux. 

Matière. — Buffon dit à propos du portrait de l'éléphant : « Nous 
tâcherons d'en décrire l'histoire sans partialité, c'est-à-dire sans 
admiration, ni mépris. » Buffon vous paraît-il avoir tenu cette 
promesse quand il nous peint les animaux? 

Conseils. — Vous trouverez partout l'opinion contraire, sans 
' '-sse exprimée, depuis M^^ d'Épinay qui écrit à Galiani, le 
minuscule abbé napolitain : « Vous parlerai-je du volume que 
Buffon vient de donner sur les oiseaux? Une ignorante, une femme, 
rola est bien hardi! n'importe, je vais vous dire tout bas, tout bas 
a l'oreille, ce que j'en pense. J'ai peur qu'il n'y ait plus de poésie 
que de vérité dans tout cela... Pourquoi mettre de la poésie, et faire 
des suppositions métaphysiques où il ne faut qu'un simple exposé 
de choses ? Pourquoi se faire le panégyriste de chaque espèce dont 
il parle ? On est comme on est » (6 novembre 1770, Lettres de l'abbé 
Galiani à M'"^ d'Épinay, éd. Asse, t. I, p. 170 sq.); jusqu'àNisard qui 
déclare que Buffon a ses « bétes noires ». Cherchez des exemples. 

133. L'homme dans les portraits de Buffon. 

Matière. — On a souvent reproché à Buffon d'avoir écrit : « Il 
nous est plus facile, plus agréable et plus utile de considérer les 
< lioses par rapport à nous que sous aucun autre point de vue. » 



414 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Tout en reconnaissant les inconvénients d'une formule pareille au 
point de vue scientifique, quels sont les avantages de cette méthode 
pour Buffon peintre d'animaux? Vous conclurez avec Saint-Lambert : 
« Dans ses descriptions, M. de Buffon cherche toujours ce qu'il y a 
de plus particulier dans le caractère des animaux ; il le fait ressortir, 
et chacun de ses portraits a de la physionomie ; il y môle toujours 
quelque allusion à l'homme, et l'homme, qui se cherche dans tout, 
lit avec plus d'intérêt l'histoire de ces êtres dans lesquels il retrouve 
ses passions, ses qualités et ses faiblesses. » (Saint-Lambert, 
Réponse au discours de Vicq d'Azir, 11 décembre 1788.) 



134. Quelques défauts des descriptions 
de 1' « Histoire naturelle ». 

Matière. — « L'abbé Arnaud disait de l'article du Rossignol : 
Cela est trop voulu. Avec eux nous pensons que Guéneau a trouvé 
le pot au rouge du maître, et qu'il l'a indiscrètement répandu sur 
des tableaux qui voulaient des nuances plus fines. Confondues avec 
les peintures de Buffon, ces peintures uniformément éclatantes sont 
de nature à compromettre sa bonne réputation... » (Buffon, Œuvres 
choisies par M. Hémon : Avertissement, p. Vil.) 

Pouvcz-vous justifier par des passages précis les reproches si 
souvent adressés au collaborateur de Buffon ? Y a-t-il des diffé- 
rences très nettes", à ce point de vue, entre les peintures de Buffon 
et celles qui sont dues à son collaborateur ? 

135. Le dessein général du « Discours sur 
le style ». 

Matière. — Tracer le plan et exposer l'idée générale du Discours 
sur le style. 

Lectures recommandées : Buffon, Discours sur le style : éditions Hémon 
(Delagrave), Nollet (Hachette), Nicolas (Garnier), Noël (Belin). 

Voiries lectures indiquées aux no« H9 sq., et plus spécialement ; N oui Kmz, Diction- 
naire philosophique, article : Style. — Grimm, Correspondance litléraire, 
édit. citée, l""" septembre 1753, t. H, p. 275 sq. — Maury, Essai sur l'éloquence 
de la chaire, t. I, p. 393 sq., édit. 1810. — Feux Hémon, ouvrages cités, eiCours de 
lïltcrature : Buffon, « Discours sur le style ». 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXIX, § 11, p. 429 sq. 
— R. Canat, La Littérature française par tes textes, ch. XVI, ]>. 399 sq. — 
Léo.n Levrauli, Auteurs français : Buffon, p. 610 sq. 

M. RousTAN, La Composition française, les divers volumes : Invention, Dispo- 
sition, Elocution, passim. 

N. B. — Ha paru, dans la Revue critique et bibliographique, de janvier 1864, 
une lettre de Damas-Hinard à propos du Discours sur le style. On trouvera, dans 
les éditions classiques, des extraits de cette diatribe. 



BUFFON. 115 

Conseils. — Sujet souvent proposé au baccalauréat, Qt pour 
lequel une étude attentive de « l'idée générale » s'impose, car le plan 
tout entier ne s'explique que par là. Lisez le Discours la plume à la 
main. A la phrase restée célèbre : « Le style n'est que l'ordre et le 
mouvement que Ton met dans ses pensées », l'édition Nollet 
{p. 6, note 2), donne ce commentaire : « C'est l'idée maîtresse du 
discours et c'est la première définition que Bufîon apporte du style. 
Elle serait parfaitement acceptable sans ce ne que, vraiment trop 
exclusif. Elle a d'ailleurs un mérite singulier, elle ne tient aucun 
compte de la distinction entre le fond et la forme et ramène l'art 
d'écrire à l'art de bien penser. » 



136. Le < Discours sur le style » est la confidence 

d'un artiste. 

Matière. — Examiner et discuter cette opinion de Villemain : « Le 
Discours sur le style n'est que la confidence un peu apprêtée d'un 
grand artiste.» {Tableau de la littérature au wiii^ siècle, XXII* leçon, 
t. II, p. 208.) 

Plan proposé: 

Exorde : « Le Discours sur le style n'est que la confidence un 
peu apprêtée d'un grand artiste. » Un peu apprêtée est facile à 
comprendre : circonstances dans lesquelles le Discours a été 
prononcé, Buffon n'était pas homme à faire des « confidences » 
no.n « apprêtées » devant les Quarante. Une confidence, cela 
signifie qu'au lieu de nous donner « la théorie de fai't dans 
sa belle et inépuisable variété » (Villemain), Buffon nous a 
donné une théorie plus étroite : ses préceptes, ce sont ses habi- 
tudes élevées à la dignité de lois. 

1° — Comment le seigneur de Montbard nous apparaît. Sa 
physionomie morale. Son dédain aristocratique pour l'élo- 
quence de tous ceux qui n'ont que « les passions fortes, les 
organes souples et l'imagination prompte. » Opposer Voltaire : 
Dictionnaire philosophique, article : Éloquence. 

2" — Ses goûts. Ne pas se figurer Buffon en manchettes de 
dentelles et en habit doré. Mais il s'ennuie à Zaïre, et, dès la 
lecture des premières pages' de Paul et Virginie, il demande 
son carrosse. Non seulement, il se méfie de Fontenelle, mais il 
juge sévèrement Marivaux, demande si Montesquieu a un style, 
condamne Rousseau parce qu'il a « l'interjection, fexclamation 
en avant, l'apostrophe continuelle »; la critique des défauts 



1J6 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

du temps dans le Discours. La satire. Comment Voltaire lui- 
même est atteint (Cf. « la répugnance constante pour l'équi- 
voque et la plaisanterie » ; Buffon songe « aux systèmes bâtis 
sur les coquilles », etc.)- 
3*^ — Buffon est un classique du xvn« siècle. 

a) Le Discours sur VHistoire naturelle, — et le Discours de la 
méthode et le Discours sur VHistoire universelle. Les qualités qu'il 
admire avant tout sont celles du grand siècle : clarté, ordre, 
noblesse d'expression. 

b) 11 se montre cartésien plus rigide que Boileau, et ramène 
le (( mouvement » à !'« ordre ». De là, le reproche si souvent 
adressé au plan d'un ouvrage qui se propose de démontrer 
avant tout l'absolue nécessité du plan. La raison non seule- 
ment éclaire l'intelligence, mais échauffe le cœur. Elle sup- 
plée à tout. Aussi négligeant la deuxième partie de la défini- 
tion, il consacre son discours à peu près exclusivement à la 
première. 

4° — Buffon a précisé ces tendances et ces goûts par la dis- 
cipline scientifique : 

a) 11 tire ses préceptes de l'observation des lois de la nature. 
Passages célèbres. Commentaire rapide : l'ordre, le mouve- 
ment, le progrès dans les ouvrages de la nature. Buffon est 
un esprit éminemment généralisateur. 

6) C'est le savant qui a écrit la formule si souvent mal 
interprétée : « Le style est de l'homme même ». Signification 
véritable de la formule. Dans un ouvrage, les matériaux sont 
tirés d'un fond commun et qui est à tous ; la mise en œuvre, la 
composition, le style, voilà ce qui seul appartient à l'homme. 
Cela n'est pas vrai, dit-on ; — cela est vrai pour l'œuvre à 
laquelle avaient collaboré les Guyton de Morveau, Faujas de 
Saint-Fond, Daubenton, Bexon, et à laquelle « les mains plus 
habiles » du maître avaient donné une forme impérissable. 

c) C'est le savant aussi qui expose la théorie de l'emploi 
des « termes les plus généraux ». Reproches adressés à cette 
théorie. On oppose à Buffon, Aristote, Pascal, Boileau, La 
Fontaine, Fénelon, etc. Mais ce principe s'explique par le but 
de Buffon : 

Esprit généralisateur, il continue, en la complétant, 
l'œuvre de Fontenelle. Il fait de la science une province de 
la littérature. De là son effort pour la rendre accessible à 
tous. 

Conclusion : Villemain a donc raison : ce sont ses qualités, 



BUFFON. 417 

et même ses défauts, que Buffon nous recommande. Son 
Discours est une confidence ; n'est-ii qu'une confidence, et 
doit-on pour cela en méconnaître la portée? 

A] Les défauts que BufTon a attaqués ne sont-ils pas ceux 
contre lesquels, surtout en France, nous devons être constam- 
ment en garde? 

a) Les successeurs de l'esprit précieux dans la première 
moitié du xvni« siècle. Dangers de la délicatesse d'esprit. Le 
marivaudage. L'« esprit sur les lois ». 

6) Défauts plus généraux : les saines habitudes de compo- 
sition se perdent au xvni'' siècle. .Le génie français et l'ordre. 
Valeur générale de la critique de Buffon. 

6) Les qualités que BufTon recommande sont les plus indis- 
pensables à l'écrivain. Ordre, unité. Nécessité de la médita- 
tion. Le travail et la clarté. L'imitation et l'invention, etc. 

C) Mais, dira-t-on, Horace et Despréaux l'avaient dit avant 
lui? 

a) D^abord, ils n'avaient pas fondé leurs préceptes sur la 
science. L'esprit philosophique et le Discours. 

b) Puis, la forme sera de tous temps intéressante. Montr^er 
vite ce qui a vieilli dans le Discours a un peu apprêté ». 
Mais indiquer ce que les comparaisons scientifiques ajou- 
taient à la précision de la pensée; voyez le passage : « Rien 
ne s'oppose plus à la chaleur que de mettre partout des traits 
saillants.... » 

Conclusion : L'opinion de Vlllemain est vraie, mais elle n'est 
vraie qu'en partie. Surtout, elle pourrait nous faire mal juger 
l'importance du Discours. Ce n'est pas une rhétorique 
complète, elle laisse en dehors tous les genres qui ne vivent 
pas des mêmes qualités que les œuvres de science. Mais les 
lois essentielles de la composition en général y sont exposées, 
et de nombreuses maximes resteront vraies en tous les temps 
et dans tous les lieux. 



137. De l'utilité du u Discours sur le style». 

Matière. — Quel profit pouvons-nous retirer de la lecture du 
Discours sur le style ? Fort admirée de son temps, cette œuvre ne 
mérite-t-elle plus désormais d'être lue <^t irori(»''e? 

Conseils. — Voici le plan que réditeur du Discours sur le style, 
M. Nollet, a suivi (édit. Hachette, Introduction, p. XX) : 



H8 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

Plan proposé. 

Exorde : Influence du Discours au xvin*= siècle. Cette in- 
fluence a-t-elie été durable? L'œuvre a-t-elle perdu tout 
intérêt '? 

10 — Intérêt « historique » du Discours. 

20 — a) L'idée mère a gardé sa valeur. 

b) La plupart des idées de détail aussi. 

30 — « L'allure sérieuse » du Discours, « l'esprit philoso- 
phique » qui l'anime retiennent l'admiration. 

40 — Le style mérite une haute estime : 

a) Quelles sont les parties qui ont vieilli; 

6) Quand l'idée est juste et forte, l'expression a gardé sa 
justesse et sa force. 

c) Grandeur et majesté de certains passages. 

d) Qualités plus modernes encore : les métaphores et les 
comparaisons, tirées des sciences. Pascal et BufTon. 

Conclusion : La lecture du Discours restera éternellement 
utile. 

138. Le « Discours sur le style » jugé par 

Flaubert. 

Matière. — ExpHquer ce jugement de Flaubert : « J'ai été 
émerveillé de trouver dans les préceptes de style du sieur Buffon 
nos pures et simples théories sur l'art. Gomme on est loin de tout 
cela! Dans quelle absence d'esthétique repose ce brave xix" siècle! » 

Lectures recommnndées : Voir les lectures recommandées au tome III de notre 
Littérature française par la dissertation, ch. V : Le Roman au xix* siècle. 

Conseils. — Sujet très piquant et qui permet de faire de biais 
une étude originale du Discours sur le style. Il y a, dans cette 
phrase de Flaubert, une protestation contre la théorie romantique 
de l'excellence de l'inspiration (voy. notre t. III, ch. I'^'"). Reprenez 
donc le Discours sur le style, et cherchez ce qui pouvait paraître 
une critique anticipée des théories littéraires du romantisme. Vous 
arriverez à des observations très précises. Après la partie négative 
ou critique, la partie positive. Comment les principes essentiels et 
les grandes lignes de la méthode de Buffon pouvaient-ils plaire à 
Flaubert et à ■'ses amis : unité de l'œuvre, cohésion, composition 
logique et rationnelle, nécessité d'une réflexion patiente, etc.? 
Voyez d'ailleurs les différences, mais concluez que si Flaubert, si 



BUFFON. H 9 

Bouilhet (Préface des Dernières chansons par Flaubert), si Baudelaire 
{Petits poèmes en prose : Les Bons chiens) admirent cet écrivain du 
xvni^ siècle, qui a comme eux le sentiment de la science et la 
défiance envers l'improvisation, c'est qu'il y a entre eux et lui plus 
d'un point de contact. 
Ce sujet se rapproche d'ailleurs du sujet précédent. 



139. « Le style est l'homme même ». 

Matière. — Expliquez ces paroles de Butfon : « Les connaissances, 
les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent et 
gagnent même à être mis en œuvre par des mains plus habiles. Ces 
choses sont hors de l'homme ; le style est l'homme même. » 

Conseils. — Voilà très exactement en quels termes ce sujet 
a été posé au baccalauréat. Les candidats n'avaient pas la ressource 
de se reporter au contexte. Vous le pouvez, faites-le immédiate- 
ment : « Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront 
à la postérité : la quantité des connaissances, la singularité des 
faits, la nouveauté même des découvertes ne sont pas de sûrs 
garants de l'immortalité ; si les ouvrages qui les contiennent ne 
roulent que sur de petits objets, s'ils sont écrits sans goût, sans 

noblesse et sans génie, ils périront parce que les connaissances, le 

style est l'homme même. Le style ne peut donc ni s'enlever, ni se 
transporter, ni s'altérer. » 

Surtout, les candidats n'avaient pas à leur disposition les éditions 
classiques indiquées au n» 135, et dont les notes vous seront d'un 
grand secours. (Cf. Roustan, La Composition française : Conseils 
généraux, La Lecture, ch. II, | IV, p. 70 sq.). Vous y verrez que 
ce mot célèbre et très souvent discuté ne figure pas dans la 
rédaction que Buffon soumit d'abord au Président de Ruffey, c'est-à- 
dire dans la première rédaction du Discom^s. Dans quelques-unes 
des premières éditions, il figure sous cette forme : « Le style est de 
l'homme même. » Quand on le cite en général, on l'altère en lui 
donnant une forme plus raccourcie : « Le style c'est l'homme. » 

Vous en connaissez les interprétations banales et fausses : « Cette 
phrase n'est devenue un aphorisme httéraire que pour avoir été 
longtemps isolée et, par conséquent, mal interprétée. La plupart 
y ont vu quelque chose d'analogue à la célèbre pensée de Platon : 
« Tel est le style, tel le caractère », ou au mot de Sénèque : « Telle 
vie, tel style. » Mgr Dupanloup [Discours de réception à l'Académie 
française, 7 novembre 18o4)- a développé cette erreur dans un 
passage d'une rhétorique assez prétentieuse : 

« Les lettres sont l'expression même de l'esprit humain tout 
entier, parce qu'elles ne revêtent pas seulement des formes du 
langage les idées abstraites de l'intelligence et les conceptions de la 



120 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

raison pure, mais parce que, dans l'ordre moral comme dans l'ordre 
physique, elles reproduisent aussi la beauté telle qu'elle se montre 
à l'imagination, avec son plus ravissant idéal; parce qu'elles savent 
se rendre les interprètes de tout ce qu'il y a de plus élevé, de plus 
grand, de plus vertueux dans les sentiments du cœur humain ; 
parce qu'enfin c'est par elles que le vrai, le beau, le bien, tels que 
la main divine les imprima dans l'âme de l'homme, trouvent au 
dehors leur manifestation la plus éclatante et la plus parfaite. Et tel 
a toujours été pour moi. Messieurs, le sens de ce mot profond et si 
justement célèbre qui fut prononcé pour la première fois dans cette 
enceinte : « Le style c'est l'homme. » 

— « Tout cela est sans nul doute fort académique, mais rien n'est 
moins juste. Buffon a tout simplement voulu dire que dans un 
ouvrage, la mise en œuvre, c'est-à-dire le style, appartient seule 
à l'homme : les matériaux, c'est-à-dire les connaissances, les faits, 
les découvertes, sont tirés d'un fond commun à tous ou fournis par 
d'obscurs auxiliaires à l'écrivain qui seul obtiendra la gloire. 

« Ainsi expliquée, ajoute mal à propos l'éditeur, la pensée est 
très contestable et témoigne surtout de l'intrépide vanité de Buffon. 
La postérité sait faire à chacun sa part; elle a su, par exemple, 
placer le modeste et savant Daubenton sur le même rang que le 
maître brillant qu'il servit si bien ! » (Édition Nicolas, p. 40, n" 4.) 

Voyez le joli mot de M. Faguet : « Quoi qu'en dise Buffon, le style 
c'est l'homme. » 

Il n'est pas d'ailleurs jusqu'à la première partie de la pensée qui 
n'ait donné lieu à de fausses interprétations. Damas-IIinard écrit 
dans l'article cité au n» 13o : « Les grandes découvertes, pour valoir 
tout leur prix, n'ont pas besoin d'être revêtues d'ornements étran- 
gers, et les grands inventeurs savent toujours exposer leurs 
découvertes dans le langage qui convient. Qu'on me montre donc, 
une fois pour toutes, le faiseur de phrases qui se serait approprié 
les découvertes d'un Archimède ou d'un Newton ! » (Lettre à M. Désiré 
Isiisard : Revue critique et bibliographique, janvier 1864.) 



[140. Les conséquence d'un mauvais plan. 

Matière. — « C'est faute de plan, c'est pour n'avoir pas assez 
réfléchi sur son objet, qu'un homme d'esprit se ti'ouve embarrassé ; 
il ne sait par où commencer à écrire. » Développer cette pensée, et 
montrer quelles doivent être les principales règles de la compo- 
sition. 

Lectures recommandées : Pour ce sujet, voir noire collection : La Composition 
française, les divers volumes : Disposition. 



BUFFON. 121 

141. La théorie des termes les plus généraux. 

Matière. — Buffon, dans son Discours sur le style, recommande 
« de ne nommer les choses que par les termes les plus généraux ». 
Vous discuterez cette règle, mais vous vous préoccuperez aussi de 
voir exactement quel était le sens que lui donnait Buffon, et s'il 
n'avait en vue, quand il formulait ce principe, que « la noblesse » 
de la forme. 

Lectures recommandées : Voir Roustax, La Composition française, les 
divers volumes : Élociition. 

Conseils. — On trouvera, dans les éditions classiques recom- 
mandées, une ample moisson de « notes » sur ce passage célèbre. 
Mais la matière vous indique qu'il ne suffit pas de discuter la règle 
et d'opposer à Buffon, soit Aristote et Pascal, soit Fénelon et 
La Bruyère, etc.. Quand vous aurez montré combien ce conseil, mal 
interprété, est dangereux et très dangereux, il vous restera à voir 
comment Buffon voulait qu'il fût interprété. Il n'y a pas de meilleure 
méthode que celle qui consiste à replacer le passage non seulement 
dans le Discours, mais dans l'ensemble des Œuvres du grand 
naturaliste. Souvenez-vous que ce Discours est « la confidence un 
peu apprêtée d'un grand artiste » (voyez le sujet n" 136), et vous 
verrez que, si Buffon a véritablement donné à tous le goût des 
sciences naturelles, si c'est le plaisir qu'on trouvait à le lire qui a, 
suivant le mot d'un contemporain, << familiarisé l'étude de la nature» 
dans la iiation française, c'est parce qu'il n'a pas été indispensable, 
pour le lire et le goûter, d'être soi-même un savant. « Le caractère 
distinctif de ses ouvrages, écrit M.-J. Chénier, c'est une clarté 
admirable, une connaissance parfaite de la juste valeur des mots 
pris en eux-mêmes, de leur force accidentelle relativement à la 
place qu'ils occupent dans le discours... » Clarté admirable, dit 
Chénier, et non : noblesse admirable ; réfléchissez et vous trouverez 
les idées essentielles de cette dissertation. 



142. IJne définition du « beau style ». 

Matière. — Développer le mot de Buffon : « Un beau style n'est 
tel en effet que par le nombre infini des vérités qu'il présente. » 

143. Un conseil de composition. 

Matière. — Buffon a dit : « Quand vous avez un sujet à traiter 
n'ouvrez aucun livre, tirez tout de votre tête. » Que pensez-vous de 
cette maxime? 



122 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

144. L'éloquence véritable et l'éloquence 

naturelle. 

Matière. — Que pensez-vous de cette définition de Buffon : « La 
véritable éloquence suppose l'exercice du génie et la culture de 
l'esprit. Elle est bien différente de cette facilité naturelle de parler 
qui n'est qu'une qualité accordée à tous ceux dont les passions sont 
fortes, les organes souples, Timagination prompte... ; c'est le corps 
qui parle au corps » ? 

Lectures recommandées : Voir plus haut le sujet n» 136, les notes des éditions 
classiques, et notre Littérature française par la dissertation, t. IV : Sujets 
généraux. 

Conseils. — Voici le texte complet de ce passage si souvent 
discuté : « Il s'est trouvé de tout temps des hommes qui ont su 
commander aux autres par la puissance de la parole. Ce n'est 
néanmoins que dans les siècles éclairés que Ion a bien écrit et bien 
parlé. La véritable éloquence suppose l'exercice du génie et la 
culture de l'esprit. Elle est bien différente de cette facilité naturelle de 
parler, qui n'est qu'un talent, une qualité accordée à tous ceux dont les 
passions sont fortes, les organes souples, et l'imagination prompte. 
Ces hommes sentent vivement, s'affectent de même, le marquent 
fortement au dehors ; et, par une impression purement mécanique, 
ils transmettent aux autres leur enthousiasme et leurs affections. 
C'est le corps qui parle au corps ; tous les mouvements, tous les 
signes, concourent et servent également. Que faut-il pour émouvoir 
la multitude et l'entraîner? Que faut-il pour ébranler la plupart 
même des autres hommes et les persuader? Un ton véhément et 
pathétique, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides 
-et sonnantes. Mais pour le petit nombre de ceux dont la tête est 
ferme, le goût délicat et le sens exquis, et qui, comme vous. 
Messieurs, comptent pour peu le ton, les gestes et le vain son des 
mots, il faut des choses, des pensées, des raisons ; il faut savoir les 
présenter, les nuancer, les ordonner : ^il ne suffît pas de frapper 
l'oreille et d'occuper les yeux ; il faut agir sur l'âme et toucher le 
cœur en parlant à l'esprit. » 

On trouvera dans Villemain, Tableau de la littérature française 
uu xvme siècle, XXII^ leçon, t. II, p. 208 sq., quelques lignes 
éloquentes de réfutation. 

145. La critique des contemporains dans 

le « Discours sur le style ». 

Matière, — Gciuzez a écrit : « L'Académie, qui depuis son 
origine a entendu, de bonne grâce il est vrai, bien des railleries, n'a 



BUFFON. 123 

jamais été persiflée aussi intrépidement. » (Géruzez, Mélanges et 
Pensées.) 

Quels sont les académiciens, et, d'une façon générale, les écri- 
vains du xvme siècle que Buffon vous paraît avoir persiflés dans 
son Discours? Quels défauts leur reproche-t-il? 

Conseils. — « Pour bien saisir la portée du Discours sur le style, 
il est nécessaire d'y voir en premier lieu une protestation discrète, 
mais ferme, contre le goût à la mode, contre certaines façons 
d'écrire qui étaient celles des écrivains les plus aimés. » (Édition 
Nollet, Introduction, p. XI sq.) On prendi'a plaisir et on tirera 
profit à lire les quelques pages qui suivent, et qui se terminent par 
cette conclusion : « Tout le discours vit ainsi par des allusions 
transparentes aux écrivains de la veille ou du jour, par une critique 
aussi hardie que mesurée de ton des défauts à la mode. » [Ibid., 
p. XIV.) 

Cherchez donc ces « allusions transparentes », ces critiques à la 
fois « hardies et mesurées », et comptez pour cela sur le secours 
des notes de vos éditions classiques. 

146. Le style de Rousseau jugé par Buffon. 

Matière. — Gomme Hérault de Séchelles demandait à Buffon son 
avis sur le style de Rousseau : « Je le trouve beaucoup meilleur que 
celui de Thomas, répondait le savant; mais Rousseau a tous les 
défauts de la mauvaise éducation : il a l'interjection, l'exclamation 
en avant, l'apostrophe continuelle. « 

Lectures recommandées : Voir les sujets n»* 277 sq., et plus particulièremeat 
le no 337, p. 275. 

Conseils. — Ce sujet est comme un cas particulier du précé- 
dent : le Discours sur le style nous sera ici de la plus grande utilité. 

147. Buffon écrivain. 

Matière. — Quels sont les caractères principaux du style de 
BuQ'on ? A-t-on raison de lui reprocher sa froideur? son emphase? 
Dans quelle partie de son œuvre Buffon est-il le plus admirable? 
Pourquoi a-t-il une physionomie spéciale parmi les écrivains 
du xvnie siècle ? Quelle est la place de Buffon au milieu des écrivains 
scientifiques? 

Plan proposé : 

Exorde : Quelques mots sur les qualités maîtresses du style 
de Buffon : 



124 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

a) Caractère de grandeur, qui vient de la beauté du sujet ; 

b) Caractère de force, qui tient au caractère scientifique de 
l'œuvre. 

Rien ne ressemble moins au vide de l'éloquence des rhéteurs. 
Gravité élégante, mais pleine. Cependant, avec ces qualités de 
premier ordre, certains défauts lui sont souvent reprochés. 

1° — La froideur. Le plus souvent, ce style ne va pas à 
l'àme. Deux raisons : 

a) Buffon a sans doute des pages émues (il est faux de dire 
qu'il manque de sensibilité, et il est facile de trouver des en- 
droits de son ouvrage qui touchent au lyrisme), mais d'une façon 
générale il contient sévèrement sa sensibilité. « 11 voulait être 
et il était presque une pure intelligence en face des choses éter- 
nelles. » (Faguet, article cité.) Ame desavant, calme et sereine. 

6) 11 y a chez lui le plus grand travail de style. iManuscrits 
recopiés jusqu'à onze fois. 11 lui arrive de faire une seule phrase 
par matinée. Corrections nombreuses. (Cf. Flourens, Des ma- 
nuscrits de Buffon.) 

2" — La prétendue emphase du style de Buffon. 

a) Reproches adressés de son vivant. Mot de Voltaire : « Cette 
Histoire Naturelle... pas si naturelle ));de d'Alembert, mathé- 
maticien et caricaturiste : « le plus grand des phrasiers », etc. 

b) La vérité, c'est que ce génie mâle, noble, élevé, antique, 
est un peu enclin à la pompe. Par suite, il n'est à son aise que 
dans les grands sujets. Passages admirables dans Buffon : les 
chercher surtout dans les Époques, où son talent rajeuni, for- 
tifié, est renouvelé par la nouveauté du fond, la hauteur des 
idées, la nécessité de la précision. 

c) Le défaut qui domine, c'est l'unité, presque l'uniformité. 
Défaut opposé à ceux de son temps. Tout le xvni^' siècle, de 
Montesquieu à Beaumarchais, veut éblouir. Le style de Buffon 
périodique, ample, quelquefois grave jusqu'à la lourdeur, n'est 
pas de son temps. Si la finesse et la délicatesse, suivant le mot 
de Joubert, étaient les seuls indices dutalent et du bon style, 
les contemporains auraient eu le droit de poser à propos de 
Buffon la questionque celui-ci posaità propos de Montesquieu: 
« A-t-il un style ? » 

d) Mais, une fois tout cela reconnu, ilfaut bien se garder de 
parler de l'emphase de Buffon : 

Justesse et clarté — puissance oratoire — variété : périodes 
et phrases courtes — coloris — quelquefois même grâce fine et 
délicate (Sainte-Beuve, Lundis, t. IV.) 



BUFFON. 125 

30 — Mérite incomparable de cette langue : elle est la langue 
de tout le monde. Injustice de ceux qui ne comprennent pas 
pourquoi Buffon recommande l'emploi des termes les plus gé- 
néraux. La science et le langage des initiés. La tradition de 
Fontenelle, reprise, précisée, conduite à la perfection par 
Buffon. Fontenelle avait fait de la science en homme d'esprit; 
Buffon fit de la science en grand littérateur. 

Conclusion : Ne demandons pas à Buffon ce qu'il ne pouvait 
pas nous donner, et n'exigeons pas de lui la fraîcheur deJean- 
Jacques Rousseau par exemple. Mais d'abord reconnaissons 
que son style est plus souple et plus divers qu'on ne le pense; 
puis voyons que « la beauté de son style n'est et ne pouvait 
être que la conséquence nécessaire de la grandeur de ses 
conceptions. » (Geoffroi Saixt-Hilaire, Fragments biogra- 
phiques.) 



148. Buffon manque d'attendrissement. 

Matière. '— Comment faut-il entendre ce mot de Sainte-Beuve : 
« Buffon est un |?énio qui manque d'attendrissement »? {Lundis, 

t. IV.) 

Conseils. — Le reproche a souvent été adressé à Buffon. Chateau- 
briand écrit : « Il ne manquerait rien à Buffon, s'il avait autant 
de sensibilité que d'éloquence. Buffon surprend par son style, mais 
rarement il attendrit. En général, les rapports tendres ont échappé 
à Buffon. Et néanmoins rendons justice à ce grand peintre de la 
nature : son style est d'une perfection rare. Pour garder aussi bien 
les convenances, pour n'être jamais ni trop haut, ni trop bas, il faut 
avoir soi-même beaucoup de mesure dans l'esprit et dans la 
conduite. » (Ch.\teaubriand, Génie du christianisme, t. III, 4, 0.) 

Voici d'ailleurs l'opinion contraire : « Jamais peintre ne montra 
plus d'imagination que Buft'on. Son langage, où quelques per.sonnes 
ne veulent voii- quf les traces de la patience et de l'art, est en même 
temps la représentation fidèle des sensations les plus vives. Souvent 
il a une telle vérité que le lecteur se sent ému jusqu'au fond du 
cœur, comme si l'auteur avait voulu peindre les effets des passions. 
On agit sur l'âme dès qu'on parvient à représenter avec justesse et 
profondeur le moindre de ses mouvements. » (De Barante, Tableau 
de la littérature française au xviii* siècle, p. 262.) Peut-être 
d'ailleurs n'y a-t-il pas là contradiction. 



126 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



149. L'« Histoire naturelle... » pas si naturelle. 

Matière. — On a souvent redit le mot de Voltaire. Gomme on 
parlait devant lui de Buffon et de V Histoire naturelle... « Pas si 
naturelle! », remarqua-t-il avec un sourire. Que signifiait ce mot? 
Jusqu'à quel point était-il justifié? 

150. Le style de Bujffon est-il varié? 

Matière. — On a souvent reproché à Buffon l'uniformité de son 
style. Dans quelle mesure ce reproche est-il mérité ? Marie-Joseph 
Chénier disait : « Il faut examiner s'il a écrit l'Histoire du singe ou 
du chien du même ton que VHisioire de Vhomme, la Théorie de la 
terre, les Époques de la nature, et tout ce qui tient aux causes 
premières. » (M.-J. Chénier, Lettre aux auteurs du « Journal de 
Paris » . ) 

Examinez à votre tour et concluez. 



151. Bulfon « poète en prose ». 

Matière. — Les contemporains de Buffon (Voltaire, Thomas, 
Marmontel, etc.) lui reprochent d'être « un poète » ; que pensez-vous 
de cette critique ? Sommes-nous tentés aujourd'hui de blâmer Buffon 
d'avoir été poète ? En quoi consiste sa poésie ? 

Lectures recommandées ; Voir les sujets no' 127 sq. et aussi le sujet n» 132 
(Conseils), p. 110 sq. et 113. 

Conseils. — Il est intéressant de savoir ce que l'auteur de 
VHistoire naturelle pensait de la poésie. Il déclarait en entendant 
de beaux vers : « C'est beau comme de la prose ! », et il commentait 
en ces termes une tirade de Racine qu'il venait de déclamer : 
« Avouez que c'est beau et que la prose n'aurait pu faire mieux! » 
Il s'ennuyait sincèrement à Zaïre, trouvait que la Nouvelle Iléloïse, 
le roman du premier poète en prose du xviii® siècle, renfermait 
« bien du ra5âchagc », et, le jour où, chez M°i* Necker, Bernardin 
de Saint-Pierre lisait Paul et Virginie, l'illustre savant se dépêchait 
de demander son carrosse et de disparaître. Cf. le sujet n» 136. 

La Harpe nous conte cette anecdote : « J'ai vu en 1780 le 
respectable vieillard Buffon soutenir très affirmativement que les 
plus beaux vers étaient remplis de fautes et n'approchaient pas de la 
perfection de la bonne prose. 11 ne craignit pas de prendre pour 
exemple les vers (ÏAt/ialie, et fit une critique détaillée du commen- 



BUFFON. 127 

cernent de la première scène. Tout ce qu'il dit était d'un homme si 
étranger aux premières notions de la poésie, aux procédés connus 
de la versification, qu'il n'eût pas été possible de lui répondre sans 
l'humilier, ce qui eût été un très grand tort, quand même il ne 
m'eût pas honoré de quelque amitié. » 

Mais il faut bien voir quels sont les motifs de cette aversion pour 
la poésie ; la lecture des poètes contemporains choquait Buffon : 
« Je ne suis pas poète ni n'ai voulu l'être, mais j'aime la belle poésie : 
j'habite la campagne, j'ai des jardins, je connais les saisons et j'ai 
vécu bien des mois ; j'ai donc voulu lire quelques chants de ces 
poèmes si vantés des Saisons, des Mois et des Jardins. Hé bien, ma 
discrète amie, ils m'ont ennuyé, même déplu jusqu'au dégoût, et j'ai 
dit dans ma mauvaise humeur : « Saint-Lambert au Parnasse n'est 
qu'une froide grenouille, Delille un hanneton et Roucher un oiseau 
de nuit. » Aucun d'eux n'a su, je ne dis pas peindre la nature, mais 
même présenter un seul trait bien caractérisé de ses beautés les 
plus frappantes. » [A xW™e Js^ecker, 16 juillet 1782.) 

Notons ces mots : «j'aime la belle poésie ». Pour Buffon, la poésie 
est entravée par les lois de la prosodie et de la versification : « La 
mesure et la rime gênent la liberté du pinceau : pour une syllabe 
de moins ou de trop, les mots faisant image sont à regret rejetés 
par le poète et avantageusement employés par l'écrivain en prose. 
Le style, qui n'est que l'ordre et le mouvement qu'on donne à ses 
pensées, est nécessairement contraint par une formule arbitraire, ou 
interrompu par des pauses qui en diminuent la rapidité et en 
altèrent l'uniformité. » (Boffon, Fragment sur Vart décrire, édit. 
Nollet, 42.) Et il déclarait : « J'aurais bien fait des vers tout comme 
un autre, mais j'ai bientôt abandonné un genre où la raison ne 
porte que des fers. Elle en a bien assez d'autres sans lui en imposer 
encore de nouveaux. » 

Gomment Buffon a-t-il satisfait à son goût pour la belle poésie ? 
Comment cet ennemi des poètes en vers a-t-il été un poète en prose ? 
Voilà le sujet. Les renseignements qui précèdent ne seront pas 
inutiles pour le traiter. 

152. Aimer Buffon. 

Matière. — Tout le monde a lu l'article si éloquent de Sainte- 
Beuve où se trouvent un certain nombre de paragraphes qui com- 
mencent ainsi : « Aimer Molière, c'est .... », et dans lesquels le 
critique signale les défauts dont on est garanti, les qualités auxquelles 
on est le plus sensible, lorsqu'on goûte l'auteur de V Avare et du 
Misanthrope. Écrivez à votre tour sur ce modèle un article dniis 
lequel vous montrerez ce que c'est qu' «aimer Buffon .... » 

Conseils. — C'est un devoir où on exige que vous fassiez avant 
tout « œuvre personnelle ». (Cf. Roustan, La Composition française : 



128 LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 

la Dissertation tittéraire. Invention, ch. IV, § V, p. o3, sq. ; Élocu- 
tion, ch. I I III sq., p. 99 sq.; ch. II, p. 102 sq.) Inspirez-vous des 
ouvrages indiqués plus haut, mais restez vous-mêmes : « Lire 
Buffon, c'est goûter le plaisir le plus délicat, celui qui naît de la 
raison satisfaite. Une lumière égale, qui éclaire plus qu'elle n'échauffe, 
est distribuée avec un art surprenant sur ces périodes, dont plus 
d'une est un tableau complet. Au premier plan se détache, en plein 
jour, l'idée essentielle ; au second, dans une sorte de pénombre, se 
laissent entrevoir les idées secondaires, qui se groupent autour de 
l'idée maîtresse, comme des suivantes respectueuses autour d'une 
reine de tragédie. » (F. Hémon, Éloge de Buffon, en tète des Morceaux 
choisis, p. 33.) 



IV 
VOLTAIRE 



153. Importance de la biographie de Voltaire. 

Matière. — Un critique contemporain a dit : « La connaissance 
de la vie des grands classiques, même agitée, n'ajouterait pour 
nous rien d'essentiel à la connaissance de leurs ouvrages. J'en dis 
autant des écrivains du ivin^ siècle et des Encyclopédistes eux- 
mêmes. La vie des Diderot, des d'Alembert, des Duclos est la vie 
commune aux gens de lettres de ce temps-là. La vie de Voltaire est 
amusante : mais, quand nous ne la connaîtrions pas, son œuvre 
n'en serait pas moins facile à comprendre et à juger. » (J. Lemaitre, 
Jean-Jacques Rousseau, l^e conférence, p. 4, Paris, Lévy.) 

Pensez-vous que la vie de Voltaire ne soit qu' « amusante », et 
qu'il soit peu utile de la connaître pour comprendre et juger l'œuvre 
du philosophe ? 

Lectures recommandées : Voltaire, Œuvres, édit. Beuchot, 1828-1834, 
70 volumes in-8 et i' de la Table analytique; édit. Moland, 1878-1882, 52 vol., y 
compris les 2 vol. de la Table (cette dernière édition est la plus complète pour la 
Correspondance). 

Extraits : éilitions Brunel (Hachette), Gasté (Belin), Lavigne (Delagrave), Gidel 
(Garnier), Fallex (Delagrave), Vial (Colin). 

Lettres choisies : éditions Brunel (Hachette), Moland (Garnier), Fallex (Dela- 
grave), Aubertin (Belin). Voir aussi un Recueil classique de Lettres du 
xvin* siècle. 

G. Desnoireterres, Voltaire et la société française au xvui« siècle, 8 vol. — 
G. Bengesco, Bibliographie des œuvres de Voltaire, 4 vol. (Ces deux ouvrages 
les plus importants, résument les autres ou y renvoient, ; ils peuvent, au besoin, 
nous dispenser de toute autre lecture.) 

CoNDORCET, Vie de Voltaire. — De Llchet, Histoire littéraire de M. de Vol- 
taire. — Duvernet, Vie de Voltaire. — De Barante, Tableau de la littérature 
française au xviii' siècle. — Lepan, Vie politique, littéraire et morale de Vol- 
taire. — Lo>'GCHAMP et Wagnières, Mémoires sur Voltaire et ses œuvres. — 
ViLLEMAiN, Tableau de la littérature au xvine siècle. — Ch. Nisard, Les Enne- 
mis de Voltaire, — Sainte-Beuve, Premiers Lundis, t. I; Causeries du Lundi, 
t. H, VII, XIII, XV (voir la Table). — Vinet, Histoire de la littérature at/ 
xviu' siècle. — Bersot, Etudes sur le xviii' siècle. — Michelet, Louis XV 
(ch. V, X, XIV, XXII) ; Louis XV et Louis A VI (ch. III, VII). — Barm, Histoire 
des idées morales et politiques en France au \y m* siècle, t. I. — Ath. Coqcerel, 
Jean Calas et sa famille. — Paul ■.\lbeut, La Littérature française au 
xviue siècle : Voltaire. — Nisard, Histoire de la littérature fraiiçaise, t. IV 
— Caro, La Fin du xviu» siècle. — Brunel, L'Académie et les philosophes au 
xvnie siècle. — G. Maugras, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. — G. Mal- 



130 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

GRAS et Perey, Voltaire aux Délices et à Ferney. — Faguet, Dix-huitième siècle. 
— Champion, Voltaire, études critiques. — Crodslé, La Vie et les Œuvres de 
Voltaire. — G. Lanson, Voltaire (Les Grands Écrivains français). — F. Hémon, 
Cours de littérature : Voltaire. 

G. Lanson, Histoire de la littérature française, oc partie, livre III, ch. IL 
p. 680 sq.; livre IV, ch. IV, p. 745 sq. — E. Herriot, Précis de l'histoire des lettres 
françaises, ch. XX, p. 610 sq. — Peixissier, Histoire de la littérature française, 
4e partie, ch. IV, p. 317 sq. — Lintilhac, Précis historique et critique de la litté- 
rature française, t. II, ch. IX, p. 208 sq. — Brunetière, Manuel de l'histoire 
de la littérature française, p. 294 sq., 316 sq., 345 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXX, p. 432 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XV, p. 384 sq. ; ch. XVII, 
p. 402 sq. — L. Levraolt, Auteurs français : Voltaire, p. 573 sq. — Roostan, 
Les Genres littéraires : La Lettre, la Lettre au xvnie siècle, p. 90 sq. 

Conseils. — Voici l'opinion exactement contraire à celle de 
M. J. Lemaître : « C'est surtout chez Voltaire qu'il est impossible 
de séparer l'homme de 1 écrivain. En général, on ne saurait bien 
comprendre les idées morales et politiques d'un écrivain, si l'on ne 
connaît son origine, son éducation, les circonstances de sa vie, son 
caractère; mais cette connaissance est encore plus nécessaire quand 
il s'agit d'un écrivain tel que Voltaire, dont la vie littéraire fut 
toute d'action et de combat, et dont la plume fut une arme. Com- 
ment s'expliquer, par exemple, les vivacités de la polémique de 
Voltaire, si l'on ne connaît les persécutions auxquelles il a été cons- 
tamment en butte?... » [^w^^m. Histoire des idées morales etpolitiques, 
t. I, Xlle leçon, p. 212.) 



154. Unité et variété delà biographie de Voltaire. 

Matière. — Discuter la justesse du mot que Voltaire emprunte à 
La Fontaine : « Variété, c'est ma devise », et rechercher quelle est 
dans cette variété l'unité de sa vie. 



155. Voltaire a-t-il fait « un peu de bien » ? 

Matière. — Développer ce mot de Voltaire sur lui-même : 

J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage. 

Rechercher, soit dans sa vie, soit dans ses œuvres, ce qui peut 
expliquer et justifier cette pensée. 

Lectiues recommandées : On aura l'essentiel dans les livres indiqués au 
numéro 153. On ajoutera : 

Bkrsot, Essais de philosophie et de morale ; La Philosophie de Voltaire. 
-r- EuG. Despois, Les Lettres et la liberté. — Lanfrky. L'Église et les philo- 



VOLTAIRE. 131 

<ophes au xyni'' siècle. — Taine, L'Ancien régime {Les Origines de la France 
contemporaine, t. 1). — Bhunetière, L'Évolution des genres, t. I; Études cri- 
figues, séries 1, 3, 4. — G. Rabadd, Sirven, étude historique sur l'avènement 
de la tolérance. — A. Bayet et F. Albert, Les Ecrivains politiques du 
xviiie siècle : Extraits et Introduction, etc. 

Conseils. — Il est facile, d'après les ouvrages indiqués, de déve- 
lopper cette idée : Voltaire a fait « un peu de bien ». Mais il serait 
bon de bien voir la date à laquelle ce vers est écrit. 

Il se trouve dans VEpître à Horace qui est de 1772, et que l'on 
regarde comme le testament philosophique de Voltaire. Il ne serait 
pas inutile de nous représenter le milieu où se trouve l'auteur à ce 
moment (Cf : La Composition française : la Lettre et le Discours, 
Invention, chap. IIF, p. 31 sq.) et de voir quel est le bien que Voltaire 
a fait au pays de Gex, avant d'étudier le bien qu'il a fait à l'huma- 
nité. 

D'autre part, notre histoire de la littérature nous indique quels sont 
les ouvrages qui partent de Ferney à cette époque, et nous four- 
nissent des détails précis pour notre développement. « Un mot peut 
résumer l'œuvre philosophique de Voltaire : le mot d'humanité. 
L'amour de l'humanité l'anime dans toutes les réformes pratiques 
dont il se fait le promoteur. Il demande l'abolition de la torture, la 
juste gradation des peines, etc. etc.... Il est surtout l'apôtre de la 
tolérance. Ses ennemis prétendent qu'en défendant les victimes du 
fanatisme, il jouait un rôle, mais tant que dure l'affaire Galas, il se 
reproche un sourire comme criminel. La Barre et Sirven lui appa- 
raissent dans ses rêves. Au 24 août, jour anniversaire de la Saint- 
Barthélémy, il est pris tous les ans de fièvre. Nul autre écrivain ne 
servit avec plus de dévouement les grandes causes humaines. Il a 
ses petitesses intellectuelles et morales. On les lui pardonne en 
faveur de cette humanité que lui-même appelle « le premier carac- 
tère d'un être pensant », et qui inspira non seulement son œuvre 
écrite, mais sa vie. » (G. Pellissiêr, Précis de Vhistoire de la litté- 
rature française, 4e partie, ch. IV: Voltaire, p. 3:i2.) 

156. Voltaire n'a-t-il point aimé et ne fut-il 
point aimé? 

Matière. — « Voltaire n'a point aimé, écrit l'abbé Galiani à 
lyfme d'Épinay, et il n'est point aimé de personne. Il est craint 
il a sa griffe, et c'est assez. Planer au-dessus, et avoir des gritTes, 
voilà le lot des grands génies. » [Lettre de l'abbé Galiani à 
jlfme d'Épinay, 24 novembre 1770, éd, Asse. t. 1, p. 177.) 

Discuter cette opinion. 

Conseils. — Plus encore que pour les sujets qui précèdent, il 
sera tout à fait indispensable, pour le sujet et les suivants, de lire 
une partie de la Correspondance de Voltaire. 



132 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Quant au « minuscule abbé napolitain » qui s'appelait Galiani, un 
très vivant article de Brunetière nous le fait connaître; mais il sera 
bon de consulter soit l'édition de ses lettre?, [Études critiques, 2^ série), 
soit un Choix de lettres du xvm^ siècle. Il faudra tenir le plus grand 
compte de la personne qui a formulé ce jugement. (Cf. Roustan, La 
Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, ch. II, 
I III, p. 26 sq. ; La Dissertation morale, Invention, cli. III, § I, 
p. 36 sq.) 

157. Voltaire n'a aimé que son esprit. 

Matière. — Nisard écrit [Histoire de la littérature française, t. IV, 
ch. IX, p. 394) : « J'ai peur que Voltaire n'ait aimé que son esprit... » 
Est-ce votre opinion ? 

Lectures recommandées : Outre les ouvrages indiqués plus haut, on fera bien 
de relire dans le livre de M. Hémon, Cours de littérature : Montaigne, le cha- 
pitre « de l'Amitié », les pages 29 sq. 

Conseils. — On devra se reporter au sujet qui précède. 



158. Une conception du bonheur. 

Matière. — Voltaire dit : 

Du repos, des riens, de l'étude, 
Peu de livres, point d'ennuyeux, 
Un ami dans la solitude : 
Voilà mon sort; il est heureux ! 

Que pensez-vous de cette façon de concevoir le bonheur? 

Conseils. — Nous reproduisons cette matière telle qu'elle a été 
proposée au baccalauréat. Elle n'indiquait aucune référence, elle ne 
recommandait pas aux candidats de bien voir que ces vers étaient 
de Voltaire, et de se demander s'ils n'avaient pas dans leur mémoire 
d'autres passages en prose ou en vers, qui auraient singulièrement 
contredit cette conception du bonheur, aimable, nonchalante, épicu- 
rienne. Faites-le, et, avant tout, lisez du Voltaire. (Cf. Roustan, 
La Composition française : la Dissertation morale. Invention, 
ch. V, p. 55 sq.) 

159. Une anecdote curieuse. 

Matière. — L'anecdote suivante est contée dans la Chronique 
scandaleuse (p. 45). « Plusieurs savants se trouvaient réunis chez 



VOLTAIRE. 133 

M. Duclos. On y célébrait le génie encyclopédique de l'auteur de 
la Henriade. « Oui, dit d'abord un jurisconsulte, cela n'est pas dou- 
ce taux, M. de Voltaire est également versé dans la poésie, l'histoire, 
ft la physique, les belles lettres, les mathématiques, la médecine, 
«l'histoire naturelle, etc. : c'est dommage qu'il soit un peu faible sur 
« la jurisprudence ! Oh ! il faut convenir qu'il n'y entend pas grand- 
« chose ; mais c'est une bagatelle, et cela n'empêche pas qu'on ne 
« puisse dire qu'il est universel. » Un mathématicien regrette ensuite 
qu'il ait voulu s'essayer dans les mathématiques ; un historien, qu'il 
ait écrit l'histoire ; un médecin, qu'il ait parlé de médecine ; un théo- 
logien, de matières théologiques, etc.. ; et le refrain de chacun est 
toujours que, dans les genres étrangers à celui qui parle, M. de 
Voltaire est un génie universel. A la fin, on se regarde les uns les 
autres ; on se met à rire, et M. Duclos recommande le secret à 
tous les assistants. » 
Quel est le sens de cette anecdote, et que faut-il en retenir? 

Lectures recommandées : Sur Duclos, voir le n» 255, p. 202. 



160. Influence de Voltaire. 

Matière. — Montrez quelle influence Voltaire exerça sur son siècle 
et comment son esprit fut accessible à toutes les connaissances. 

En même temps qu'il écrivait des tragédies et des ouvrages phi- 
losophiques, il préparait des chefs-d'œuvre de narration historique 
et il faisait connaître les découvertes de Newton. 

Précurseur de la révolution de 1789, il défend la cause de la liberté 
de conscience, de la liberté individuelle ; il réclame la liberté de la 
presse aiitant que l'adoucissement de la législation criminelle. 

Conseils. — Les candidats au baccalauréat, en présence de 
cette matière, devaient se préoccuper do bien mesurer leur temps. 
(Cf. Roustan, La Composition française : Conseils généraux,. A 
l'examen, ch. II, | lII-V,p. 227-237.) 

Il me parait d'ailleurs dangereux de vouloir ajouter à la matière. 
Sans doute tous les titres de Voltaire à notre reconnaissance n'y 
sont pas indiqués; mais le jury a voulu attirer l'attention des can- 
didats sur ceux qu'il leur désignait, c'était à ces derniers à le com- 
prendre. (Cf. Roûstan, La Composition française : la J^ettre et le 
Discours, Disposition, ch. I, | II, p. 76 sq.) 

161. La mission de Voltaire. 

Matière. — Doudan écrit à propos de la mission de Voltaire : 
« Il était chargé d'une fière besogne, qui était de remettre le sens 

Roustan. — Le XVIW siècle. 8 



134 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. - 

commun sur ses pieds. Il l'a fait. Ce n'est pas que ce sens commun, 
quand il va tout seul, ne soit un petit grossier ; j'en conviens, mais 
pourtant c'est le sens commun, et il est de très grande famille, et on 
ne fait pas grand'chose sans ce puissant charpentier. » 

Conseils. — Voir dans notre Littérature française par la disser- 
tation, tome IV, les sujets relatifs aux qualités maîtresses de la 
littérature française, notamment le sujet intitulé : « La qualité 
française est le bon sens ». etc.... 



162. Molière et Voltaire. 

Matière. — Le jeudi 4 mars 1779, d'Alembert prononça un dis- 
cours à l'occasion des deux bustes de Molière et de Voltaire, dont 
il faisait présent à l'Académie et qu'on avait placés en regard dans 
la salle d'assemblée. 

Quel rapprochement pouvait faire un philosophe du xvni^ siècle 
entre les deux grands écrivains ? 

Lectures recommandées : Voir la Littérature française par la dissertation, 
t. 1 : Molière, sujets n»' 241 sq., p. 216 sq. 

Conseils. — Ce sujet est en quelque sorte « annoncé » par le 
précédent. Il est indispensable de se reporter, dans notre volume I, 
aux sujets relatifs à Molière, notamment au devoir n" 11. 

Sur d'Alembert, voir les numéros 263 sq., p. 210 sq. 

163. Voltaire et les réformes. 

Matière. — « Liberté de conscience, liberté d'écrire, liberté person- 
nelle, impôt pesant sur' tous, abolition du droit d'aînesse, la vénalité 
des charges flétrie, et aussi la torture, et la confiscation des biens, 
nécessité d'un code uniforme et plus doux pour des mœurs plus 
douces, des dépositions publiques des témoins et des arrêts motivés, 
toutes vérités fondées sur l'immuable raison, trop longtemps mécon- 
nues, trouvent en lui leur protecteur. 

« La sagesse a vaincu, et en ce moment où nous vivons sous le 
régime plus équitable qu'il nous a préparé, nous avons de la peine 
à comprendre la grandeur de son rôle ; mais il y a des temps mal- 
heureux où les vérités éternelles sont des nouveautés, et le sens 
commun, du génie. » 

Ainsi s'exprime Bersot dans son livre : La Philosophie de Voltaire. 

Développer ce jugement. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n»* 153, 155. Ajouter : 
P. Ja>et, Jfifitoire de la science politique dans ses rapports avec la morale. 



VOLTAIRE. 135 

— Lire attentivement Lasson, Voltaire, ch. IX, p. 162 sq. : La Philosophie de 
Ferney. 

164. Voltaire n'a-t-il fait qu'une œuvre 
« négative « ? 

Matière. — Dans son Dix-huitième siècle, M. Faguet écrit : « Le Vol' 
(aire négatif, le Voltaire prohibitif, le Voltaire qui dit : « Ne faites donc 
pas cela, » — est admirable. S'il s'était borné à répéter : « Ne brûlez 
pas les sorciers, ne pendez pas les protestants, n'enterrez pas les 
morts dans les églises, etc.. », s'il s'était borné à répéter cela toute 
sa vie, avec sa verve, et son esprit, et son feu d'artifice perpétuel, et 
à faire une centaine de jolis contes, je l'aimerais mieux... » (Faguet, 
Dix-huitième siècle : Voltaire, | III, p. 238.) 

Est-il donc vrai que Voltaire n'ait fait qu'œuvre « négative », et 
que son œuvre « positive » soit pauvre par le fond et froide par le 
sentiment ? 

Conseils. — Une simplelecture des quelques lignes que M. Lanson 
met au début de son Voltaire, en guise d'avertissement, vous mon- 
trera combien il faut être prudent avant de triompher des contradic- 
tions relevées dans Voltaire, quand on veut d'une façon impartiale, 
« dégager les directions principales de sa mobile pensée ». 

165. Voltaire monarchiste libéral. 

Matière. — Dans 1' « Introduction » aux Écrivains politiques du 
xviue siècle (Extraits par Albert Bayet et François Albert), et au cours 
d'un chapitre intitulé : « Les théoriciens du despotisme libéral et 
éclairé : Voltaire et les Encyclopédistes », il est dit qu'à l'exemple 
des encyclopédistes Voltaire est « un monarchiste libéral » qu'ils 
n'est ni un socialiste, ni un démocrate ; que son idéal est « un prince 
philosophe », « un despote éclairé » (ce qui ne veut pas dire un roi 
maître absolu de son peuple) ; que, s'il admire en théorie fa consti- 
tution anglaise, il met en doute sa valeur pratique, contrairement à 
Montesquieu. 

« En résume, le but de la politique encyclopédiste est de pour- 
suivre l'établissement de la liberté individuelle ; le moyen est de 
faire régner la philosophie, de l'installer sur le trône, afin qu'un 
gouvernement juste, éclairé, paternel, en s'efforçant de répandre les 
lumières, prépare l'adoucissement des mœurs et l'affranchissonient 
des esprits. •> (Ibid, XXXII). 

Vérifiez par des textes, et discutez. 

Conseils. — On trouvera dans les Extraits recommandés, les 
textes nécessaires, notamment dans les Écrivains politiques du 



136 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

xviii« siècle, p. 62-^48. Compléter parRoustan, Les Philosophes et la 
société française au xyiii^ siècle, surtout cli. I, p. 25 sq. : Les Philo- 
sophes et la Royauté. 

166. Le meilleur gouvernement d'après 
Voltaire. 

Matière. — Voltaire a plus d'une fois défini le meilleur gouver- 
nement; voici quelques exemples : « On demande toujours quel 
gouvernement est préférable. Si l'on fait cette question à un ministre 
ou à son commis, ils seront sans doute pour le pouvoir absolu; si 
c'est à un baron, il voudra que le baronnage partage le pouvoir 
législatif. Les évêques en diront autant ; le citoyen voudra, comme 
de raison, être consulté, et le cultivateur ne voudra pas être oublié. 
Le meilleur gouvernement semble être celui oit toutes les conditions 
sont également protégées par les lois. » {Pensées sur le gouvernement, 
éd. Beuchot, t. XXXIX, p. 427.) 

Et ailleurs : « Mais encore une fois, dit l'Européen, quel État clioi- 
sirez-vous ? Le brame répondit : « Celui où l'on n'obéit qu'aux 
lois ». « C'est une vieille réponse, » dit le conseiller. « Elle n'en est 
pas plus mauvaise, » dit le brame. « Où est ce pays-là? » dit le 
conseiller. Le brame dit : « Il faut le chercher ». [Dictionnaire philo- 
sophique, articles : États, Gouvernements. Quel est le meilleur ?Édit. 
Beuchot, t. XXIX, p. 258.) 

Connaissez-vous d'autres passages de Voltaire pouvant éclairer 
ces définitions ? Vous paraissent-elles assez complètes, assez précises ? 

Conseils. — Il est évident qu'une lecture attentive de Voltaire 
s'impose. Peut-être trouverons-nous une moisson très suffisante dans 
nos Morceaux choisis. Pour qui s'adressera aux Œuvres complètes, 
la tâche sera très simple si l'on sait manier la Table dos matières. Je 
renvoie au livre : Les Philosophes et la société française au 
xvm« siècle, par M. Roustan, ch. I, surtout | VI, p. 77 sq. 

167. Voltaire et le gouvernement républicain. 

Matière. — « Un républicain est toujours plus attaclié à sa patrie 
qu'un sujet à la sienne, par la raison qu'on aime mieux son bien 
que celui de son maître. » (Voltaire, Pensées sur le gouvernement, 
édit. Beuchot, t. XXXIX, p. 428.) 

Ainsi s'exprime Voltaire, et ce n'est pas la seule fois qu'il déclare 
que « s'il n'y a jamais eu de gouvernement parfait parce que U^s 
hommes ont des passions..., le plus tolérable de tous est sans doute 
le républicain parce que c'est celui qui rapproche le plus les hommes 
de l'égalité naturelle. »> {Idées républicaines par un membre d'un corps,,^ 
éd. citée, t. XL, p. .584.) 



VOLTAIRE. 137 

Essayez de dégager les idées de Voltaire sur le gouvernement 
républicain. 

Conseils. — Élargissez le sujet jusqu'à ses frontières naturelles. 
En cherchant des passages qui viennent appuyer ou contredire 
ceux-là. tâchez de retrouver ceux dans lesquels Voltaire a jugé des 
républiques déterminées ou des États qui avaient un régime de 
liberté (l'Angleterre, la Hollande, la Suisse, etc. \ N'hésitez pas d'ail- 
leurs à signaler qu'il n'y a entre ces passages et ceux dont on 
aurait besoin pour traiter la dissertation n» 165, qu'une contra- 
diction apparente. Lisez le chapitre du livre de M. Lanson, Voltaire, 
IX : La Philosophie de Ferney, p. 162-191 : « On se tromperait 
d'ailleurs sur l'esprit de Voltaire si l'on croyait que ses vues n'allaient 
pas au delà de ces réformes. Il n'est pas révolutionnaire, ni chimé- 
rique. Il est opportuniste et réaliste. Il indique ce qu'on peut obtenir 
tout de suite par lapressionde l'opinion. Ce n'estpas qu'il renonce, cela 
obtenu, àdemanderautrechose.Ilneseditpas républicain »(p.l91). 

168. Voltaire et la liberté de la presse. 

Matière. — Voltaire écrit : « Dans une république digne de ce 
nom, la liberté de publier ses pensées est le droit naturel du citoyen. 
11 peut se servir de sa plufne comme de sa voix ; il ne doit pas être 
plus défendu d'écrire que de parler ; et les délits faits avec la plume 
doivent être punis comme les délits faits avec la parole. Telle est 
la loi d'Angleterre, pays monarchique, mais où les hommes sont 
plus libres qu'ailleurs, parce qu'ils sont éclairés. » (Idées républi- 
caines par lui membre cVuji corps, 1762, édit. Beuchot, t. XL, p. 574.) 

Développez cette opinion ; montrez combien il était utile de la 
défendre vers le milieu du xvni» siècle, et cornaient Voltaire et les 
philosophes ont entendu la liberté de la presse et de la parole. 

Conseils. — Sur la question générale l'essentiel est dans les traités 
de morale déjà indiqués (n^l2, p. 60). Je renvoie en particulier à notre 
ouvrage, La Composition française : la Lettre et le Discours, 
Invention, ch. II, | II, p. 18 sq. On trouvera quelques renseigne- 
ments sur les entraves apportées à la liberté de la presse vers le 
milieu du xvnie siècle dans : Roustan, Les Philosophes et la société 
française au xvni« siècle : Préface, | III, p. 16 sq. Les notes fourni- 
ront des indications bibliographiques suffisantes. Mais avant tout 
lisez Voltaire. 



169. Voltaire et la guerre. 

Matière. — « Personne n'a peint en traits plus vifs que Voltairela 
barbarie de la guerre et la futilité des causes qui l'engendrent d'or- 
dinaire. Ce n'est pas qu'il se fasse le disciple de l'abbé de Saint- 



138 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Pierre. Il avait l'esprit trop pratique pour ne pas repousser ce qu'il 
y avait de chimérique dans les plans du bon abbé ; et, d'un autre 
côté, quelque pénétré qu'il fût du sentiment de l'humanité, il n'éle- 
vait pas assez son esprit vers l'idéal de l'humanité pour concevoir, 
à la manière de Kant, l'idée de la paix perpétuelle comme le but que 
la raison impose aux efforts des hommes et dont ils doivent tendre 
à se rapprocher toujours davantage. Il croit que la guerre est un 
fléau inévitable, mais il n'en dirige pas moins contre cette barbarie 

ses traits les plus acérés. Écoutons-le » (Barni, Histoire des idées 

morales et politiques, etc., t. I, XVIIe leçon, p. 340 sq.) 

Écoutez-le, et faites voir dans quelle mesure Voltaire a été un 
« pacifiste ». 

Conseils. — Je renvoie au volume paru chez Alcan : La Paix et 
l'enseignement pacifiste, et surtout aux OBwyre* de Voltaire (Tables). 
On pourra partir, si l'on veut, du Dictionnaire philosophiqve, 
article : Guerre. 



170. Voltaire et Turgot. 

Matière. — Lorsque Voltaire arriva à Paris en 1778, à l'âge de 
84 ans, Turgot était alors disgracié. L'entrevue entre le philosophe 
et le ministre fut touchante. <f J'ai vu, raconte Condorcet, j'ai vu Vol- 
taire se précipiter sur les mains de Turgot, les baiser malgré ses 
efforts, en s'écriant d'une voix mêlée de sanglots ; « Laissez-moi 
baiser cette main qui a signé le salut du peuple ! » 

Comment expliquez-vous cette admiration profonde de Voltaire 
pour Turgot, admiration qui s'affirme dans l'Ode sur le passé et le 
présent (1773) et VÉpitre à un homme (1776) ? 

Lectures recommandées : Voltaire, Œuvres complètes, édit. Beuchot ou 
Moland, Table, article : Turgot. — Roustan, Les Philosophes et la société fran- 
çaise au xviue siècle : Conclusion, § II, p 431. — Ouvrages indiqués aux n»' pré- 
cédents. 

Sur Turgot : Œuvres de M. Turgot, ministre d'Etat, Paris, 1811 (le premier 
volume renferme le Mémoire sur la vie, l'administration et les ouvrages de 
M. Turgot par Dupont de Nemours), 9 vol. — Œuvresde Turgot, pub. par M. Daire, 
Paris, 1844. 

Condorcet, Œuvres complètes, t. I (Lettres de Condorcet et Turgot). — Con- 
dorcet, Vie de Turgot. — Dupont de Nemodrs, Mémoire sur la vie et les 
ouvrages de Turgot — BAuoRii.r.ART, Eloge de Turgot. — Batbie, Turgot 
philosophe, économiste, administrateur. — Mastier, Turgc*, sa vie et sa doc- 
trine. — FoNciN, Essai sur le 7ninistère de Turgot. — J. Tissot, Etude sur- 
Turgot. — Neymarck, Turgot et ses doctrines. — Nourrisson, Trois révolu- 
tionnfiiî'cs : Turgij1;Necker, Bailly. — L>'oxSay. T'wrg'on Les Grands Écrivains). 

Conseils. — Lisez attentivement ce passage : « Turgot représen- 
tait, dans la politiciue, la philosophie, la liberté, non pas sans doute 



VOLTAIRE. 139 

encore la liberté politique, mais la liberté du travail et de l'industrie 
et déjà la liberté des cultes, qu'il réclamait, comme Voltaire, au 
nom de la raison d'État, du droit naturel et des vrais principes 
religieux ; il travaillait ainsi à affranchir l'homme et à lui rendre, 
avec sa liberté, sa dignité ». (Barni, Histoire des idées morales el 
politiques, etc. ; t. I, XVIIe leçon, p. 347 sq.) 



171. Voltaire et la Révolution française. 

Matière. — « A la séance du dimanche 8 mai 1791, Regnaud pro- 
posait à l'Assemblée nationale de décréter que le corps de Voltaire 
fût transféré de l'église de Sellières dans l'église de Romilly, en 
attendant que l'Assemblée eût statué sur le projet de ramener à 
Paris les cendres du grand philosophe. Lanjuinais demanda la 
parole : « Un écrivain célèbre, Bayle, a dit : « Voltaire a mérité les 
remerciements, mais non l'estime du genre humain. » Si ce juge- 
ment est vrai, je crois qu'il serait plus sage de passer à l'ordre du 
jour. 

« Je vous rappellerai, répliqua Treilhard, que Voltaire, en 1764, 
dans une lettre particulière qu'il écrivait, annonçait cette révolu- 
tion dont nous sommes témoins ; il l'annonçait telle que nous la 
voyons ; il sentait qu'elle pourrait être encore retardée, que ses yeux 
n'en seraient point les témoins, mais que les enfants de la généra- 
tion d'alors en jouiraient dans toute sa plénitude. C'est donc à lui 
que nous la devons: et c'est peut-être un des premiers pour lesquels 
nous devons les honneurs que vous destinez aux grands hommes 
qui ont bien mérité de la patrie. 

« Je ne parle pas ici de la conduite particulière de Voltaire ; il 
suffît qu'il ait honoré le genre humain, qu'il soit l'auteur d'une 
révolution aussi belle, aussi grande que la nôtre, pour que nous 
nous empressions tous à lui faire rendre au plus tôt les honneurs 
qui lui sont dus. » {Gazette nationale ou le Moniteur Universel, 
mardi 10 mai 1791, p. 335; citée par M. Roustan, dans Les Philo- 
sophes et la société française au xvni^ siècle : Conclusions, | III, 
p. 432 sq.) 

Cette opinion de l'Assemblée nationale était-elle justifiée? 

172. Un Voltaire n'est-il en aucun temps 
bon à rien? 

Matip:re. — Jouberta dit : « Je vois bien qu'un Rousseau, j'entends 
un Rousseau corrigé, serait aujourd'hui fort utile, et serait même 
nécessaire; mais en aucun temps un Voltaire n'est bon à rien. » 
(JouBERT, Œuvres, édit. Didier, 1877, titre XXIV, p. 367.) 

Discuter cette opinion, en vous attachant moins à montrer en 



140 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

quoi un Rousseau serait fort utile, qu'en tâchant de réfuter cette 
partie de la phrase : « En aucun temps, un Voltaire n'est bon à rien. » 

173. Voltaire est « la médaille de son pays ». 

Matière. — Dans ses Entretiejis (Cf. Philosophie et Littérature, éd. 
1894, p. 197), Lamartine explique la gloire immortelle de Voltaire dans 
notre pays en montrant que le philosophe, « c'est la France elle-même 
incarnée ». Et il ajoute : « Notre goût, ou si l'on veut notre faiblesse 
pour la nature diverse, sensée, raisonnable, universelle de notre 
pays, se trouve satisfait et flatté dans ce protée moderne, et notre 
admiration pour ce résumé vivant, spirituel, multiple de la France, 
est une espèce de patriotisme de notre esprit, qui contemple et qui 
aime sa patrie intellectuelle dans ce représentant presque universel 
de la nation littéraire. Voltaire est la médaille de son pays. » 

Expliquer et discuter, s'il y a lieu. 

Conseils. — On fera bien de voir dans notre volume IV, les 
sujets de dissertation relatifs aux traits généraux de l'esprit fran- 
çais et de la littérature française. 

174. Voltaire poète. 

Matière. — Que faut-il penser de Voltaire poète ? Dans quels 
genres a-t-il excellé ? Et pourquoi ? 

Conseils. — Vaste sujet, à propos duquel nous répéterons 
encore le précepte fameux: « Qui ne sut se borner,., » (Cf. M. Rous- 
tan, La Composition française : Conseils généraux, A l'Examen, 

I III sq., p. 228 sq.) 

D'autre part, embrassez le sujet dans toute son étendue. Cf. La 
Composition française: la Dissertation littéraire, ch. II, § I, p. 17 sq.) 

II s'agit d'une étude générale de Voltaire poète, et vous ne pouvez 
laisser dans l'ombre aucun des genres poétiques auxquels il s"est 
exercé. 

Lectures recommandées : Voir la bibliographie des nos 153 sq^ 43 sq., p. 129 sq, 
et 36 sq. 

Ajouter : L. Levrault, Les Genres littéraires : l'Épopée, ch. III, p. 77 sq.. 
Voltaire et u La Ilenriade n; La Satire, ch. II, p. 96 sq. 

Voir spécialement : P\ HitMo>', Cours de littérature : Voltaire, § V, p, 28 sq. 
— Lanson, Voltaire, ch. V, p. 84 sq. 

175. « La Henriade » est-elle un poème épique? 

Matière. — Des événements accomplis récemment dans un pays 
civilisé sont-ils propres à faire la matière d'un poème épique ? 



VOLTAIRE. 141 

Henri IV a-t-il les qualités qui doivent distinguer le héros d'une 
épopée ? 

Conseils. — Le sujet a souvent été proposé aux examens du 
baccalauréat. Lisez à propos de la première partie la page très 
intéressante écrite par M. Faguet, dans son Seizième siècle : Agrippa 
d'Aubigné, p. 300 : « Il est très probable que le génie épique est le 
contraire du génie de l'actualité. Il semble consister à aîTiier les 
légendes lointaines et à y vivre habituellement comme dans son 
atmosphère, d'une vie aussi pleine et aussi satisfaite que d'autres 
vivent, respirent et palpitent dans la vie de leur temps. « Comme 
(' les sirènes aiment la mer, j'aime le passé », dit un de nos auteurs 
contemporains. C'est une jolie façon de dire qu'on vit dans le 
passé comme le poisson dans l'eau ; et c'est ainsi que le poète épique 
se meut librement et amoureusement dans les légendes. Il semble 
que le présent ne soit pas fait pour l'épopée. Le présent n'a pas de 
couleur locale, par la raison que la couleur locale est ce que les 
peuples éloignés par le temps ou par l'espace ont de différent de 
nous; le présent n'a pas de grandeur, car c'est l'éloignement qui 
fait le respect qui agrandit ; le présent est matière à la satire, aux 
considérations morales sous forme d'épître ou de discours en vers, 
à l'effusion lyrique aussi, car on peut le mépriser, l'étudier, l'aimer 
Le raconter, c'est une autre affaire. On ne raconte poétiquement 
que le passé, parce que les faits et les hommes ne sont poétiques 
que dans une certaine brume de lointain. Il y a donc, semble-t-il, 
comme une incompatibilité entre l'esprit d'actualité et l'esprit épi- 
que. » 

Un procédé très légitime consisterait à rapprocher la Henriade des 
épopées « savantes » qui ont eu un succès durable. Ainsi, il y a des 
siècles et des siècles qu'Énée a dû arriver en Italie lorsque Virgile 
entreprend de chanter les aventures de ce héros. Cela n'empêchera 
pas Virgile de célébrer des événements plus rapprochés, grâce à des 
oracles, des prophéties, des descriptions d'armures etc.... Mais 
Voltaire, lui, était bien obhgé ou de faire des travestissements ou de 
rimer des chroniques. 

De môme, rapprochez Henri IV et Énée. Quel héros pour une 
ij^opée que ce roi Henri IV ! Montrez rapidement en lui le capitaine 
audacieux, aventureux; le vert-galant, amoureux et plaisant à la 
fois; le gascon d'une gaieté un peu grossière, ou plutôt, vraiment 
gauloise ; le chef d'État très avisé, Jo politique astucieux à l'occa- 
sion ; le catholique par intérêt qui a dit : « Paris vaut bien une 
messe ». Henri IV est un roi très sympathique ; mais il ne peut guèi*e 
fournir un sujet d'épopée. 

176. Les (i recettes » de « la Henriade ». 

Matière. — « Voltaire lit un poème épique avec le même degré 
d'inspiration qui l'aurait porté à conq)oser une longue épître en 



142 LE DIX-nUITlÈME SIÈCLE. 

vers ; il crut que l'épopée consistait dans de certaines formes con- 
venues, dans un merveilleux prescrit; il remplit ces formalités, et 
pensa avoir accompli ce grand ouvrage. 11 ne vit pas que ce n'est 
point un songe, un récit, des divinités qui constituent le poème 
épique, mais bien une imagination élevée, solennelle, et surtout 
simple et vraie, quelque forme qu'elle prenne. » (De Barante, Tableau 
de la littérature française au xvni^ siècle, édit. 1832, p. 98.) 



177. Michelet et «la Henriade ». 

Matière. — Michelet s'écrie à propos de la Henriade ; « Pauvre 
poème, mais grande action, plus hardie qu'on ne croit. » (Michelet, 
Histoire de France : LaRégence,t, XIV, édition Flammarion, p. 384.) 

Expliquer et discuter. 

Lectures recommandées : Voir les no» 174 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : Déchet rapide subi par la Henriade; enthousiasme 
des contemporains qui pensent sincèrement que la France a 
son Iliade et son Enéide. 

L'opinion de Michelet sépare la mise en œuvre et les idées 
elles-mêmes: « Pauvre poème, mais grande action plus hardie 
qu'on ne croit. » 

1° — a) Michelet est sévère quand il écrit : La Henriade est 
un pauvre poème. Grouper rapidement les raisons qui 
empêchent ce poème de prendre place parmi les grandes 
épopées, et pourtant l'adjectif « pauvre » aurait eu besoin 
d'une correction. 

b) En quoi la Henriade mérite d'être lue et comment il faut 
la lire. (Voy. l'article, trop peu bienveillant sans doute, de 
M. Faguet.) 

2'^ — a) La Henriade est une grande action, une action 
hardie. « La Henriade a gravé dans les esprits et dans les 
cœurs français d'ineffaçables sentiments de justice, de bonté, 
de tolérance, de patriotisme ; nous aurions peine à dire quel 
livre composé depuis un siècle a mieux secondé en France le 
progrès de la civilisation. Les Français y ont appris, pour la 
première fois, en quoi consiste l'union et la division des 
pouvoirs, la liberté de l'anarchie et la religion du fanatisme. » 
(Daunou.) (Voir V Éloge de « la Henriade » par le roi de Prusse, par 



VOLTAIRE. 143 

Marmontel, etc. Il est facile d'ailleurs de prendre dans les 
narrations, les descriptions, les portraits, les discours, les 
réflexions, etc. , des exemples qui servent à démontrer ces idées.) 

6) Mais la phrase de Michelet n exagère-t-elle pas la hardiesse 
des idées développées par le poème? En réalité il paraît en 
1723; la réaction contre le siècle de Louis XIV a commencé 
depuis 1715. N'est-il pas facile de noter dans les contempo- 
rains des hardiesses du même genre, et, pour tout dire, les 
Lettres persanes ne sont-elles pas de 1721? Il serait d'ailleurs 
inexact de voir dans l'auteur de la Henriade, le Patriarche 
de Ferney, et il semble bien, à ce moment-là, que Voltaire 
marche tout simplement avec son siècle. 

Conclusion : L'amour de l'anthi thèse chez Michelet. « Cet 
Henri, reprend-il, Voltaire l'expose comme un héros de 
clémence, d'humanité, d'un cœur facile et tendre, bref 
comme l'homme. C'est l'idéal nouveau et accepté du siècle : 
d'autant baisse Louis XIV, ce funeste idéal. ^) 

Voltaire n'opposera pas toujours, nous le savons, l'idéal 
représenté par Henri IV à Tidéal représenté par Louis XIV. 
(Voy. le sujet n° 192 sur le Siècle de Loui>i XIV.) Mais, sans 
aller jusqu'à prétendre que laHenriade fut un acte d une audace 
inouïe, on peut dire que dès 1723, Voltaire a eu la gloire 
d'affirmer dans un poème dont la popularité a été immense 
les idées qui étaient en train de faire leur chemin. 

178. Les « Extraits » de « la Henriade ». 

Matière. — Désormais, on ne lit guère de la Henriade que des 
« Morceaux choisis » : pourquoi?... Quels sont les extraits que vous 
avez lus vous-même, et pouvez-vous citer des narrations bien con- 
duites, des discours éloquents? A quelles qualités de la versification 
avez-vous été sensible ? 

179. Voltaire satirique et ses prédécesseurs. 

Matière. — « Voltaire est excellent dans la satire, où, après d'Au- 
bigné, Régnier et Boileau, il est vraiment inventeur, par la fantaisie 
maligne et drôle, également distante du moralisme alourdi et du 
réalisme exact. » (Lanson, Voltaire, ch. VI, p. 92.) 

Examinez ce jugement. 

Lectures recommandées : Voir, dans La Littérature française par la disser- 
tation, t. 1, les sujets relatifs à Régnier et à Boiîeau (n" 9 sq., p. 13 sq .; 461 sq., 
p. 365 sq.), et, dans le tome IV, les sujets relatifs à d'Aubigné. 



144 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

Conseils. — Partez de textes, aussi nombreux que possible. 
Vos Morceaux choisis donnent en général : Le Pauvre Diable, la 
Vanité, etc. Gela suffirait, à la rigueur, pour discuter avec précision 
le jugement que vous avez à étudier. Mais il est clair que plus vous 
aurez d'exemples sous les yeux, plus votre dissertation aura de 
valeur. (Cf. Roustan, La Composition française, Invention, ch. IV, 
I I sq., p. 43 sq.) 



180. L'originalité de 1' « Épitre » en vers 
de Voltaire. 

Matière. — Appréciez ce jugement : « Les Épitres de Voltaire 
sont des façons de poésies didactiques plus libres, plus vives, 
mêlées de badinage et de satire, moins lourdes que celles de Boileau, 
et plus philosophiques que celles de La Fontaine. » (Lansox, Voltaire, 
ch. V. p. 91.) 

Vous vous appuierez, d'une façon plus particulière, suvï Êpître à 
Horace et VÉpître à Boileau, sans vous dispenser cependant de 
chercher vous-même d'autres exemples. 

Lectures recommandées : Voir dans Lu Littérature française par la disser- 
tation, t. I, les sujets relatifs à Boileau et à La Fontaine (n» 461 sq., p. 365 sq., 
et n" 416 sq., p. 341 sq.) 

181. L'originalité de Voltaire dans la 
poésie légère. 

. Matière. — M. Faguet observe que ce qu'il y a de meilleur dans les, 
genres secondaires tels que Voltaire les a traités, c'est ce que l'auteur 
y a mis de lui-même. C'est parce qu'il est le «principal personnage» 
de ces poésies, qu'elles sont restées ravissantes. « C'est dans ces 
genres que Voltaire a eu tout son jeu et tout son succès. Il a été 
excellent et charmant en tout ouvrage où il faisait les honneurs de 
sa propre personne, divinement accommodée. Le conte en prose, la 
nouvelle en vers, le billet en vers, la lettre en prose, ou en prose 
et vers, sont vraiment son domaine, son domaine au sens précis du 
mot, sa maison parée et brillante, où il reçoit avec mille grâces. » 
(Faguet, Dix-huitième siècle: Voltaire, p. 269.) 

Montrez-le, en choisissant parmi les épîtres, les satires ou les 
poésies légères, celles qui vous sembleront vériHer le mieux ce 
jugement. Vous pourrez conclure par ce passage de Barante : « On 
ne conteste guère l'attrait des poésies fugitives de Voltaire. Un de 
leurs principaux mérites qui augmente surtout leur intérêt, c'est 
qu'elles servent à faire connaître les sentiments et les pensées du 
poète. On aime à voir la poésie prêter son charme à des impressions'^ 



VOLTAIRE. 145 

réelles. Pourtant d autres, elle n'est qu'un vain arrangement de 
mots ! On suit ainsi le cours des sentiments de Voltaire, depuis son 
'■nfance jusqu'aux derniers jours de sa vie : toujours il leur donna 
iv'S vers pour interprètes. » {Tableau de la littéralure au xvni« siècle, 
'dition citée, p. 98.) 



182. L'Hymne à la liberté. 

Matière. — On trouve dans les Morceaux choisis ou les Extraits 
'tte poésie de Voltaire, composée en mars 1755, et intitulée : 

L'Auteur arrivant dans sa terre, près du lac de Genève ». Le philo- 
sophe, soulevé jusqu'au lyrisme par un sentiment sincère et pro- 
fond, célèbre le paysage splendide qui se déroule sous ses yeux, une 
fois arrivé dans sa propriété des Délices, et chante un hymne à la 
'iberté. Placez ce poème dans l'histoire de Voltaire, analysez les 

I autés du fond et de la forme, et vérifiez l'exactitude de ces quel- 
ques lignes de Barni : « Quand Voltaire vint s'installer dans son 
château des Délices, il exprima les sentiments que lui inspirait ce 
séjour dans une pièce de vers qui est une sorte d'hymne^àla liberté^ 
et qui est certainement une des plus belles qui soient sorties de sa 
plume. Il a rarement trouvé des accents aussi poétiques; il y a 
même là comme un cachet romantique qui surprend dans cet écri- 
vain. Il semble que le poète se soit métamorphosé, avec l'hororae, 
sous le souffle vivifiant de la liberté. » (Barni, Histoire des idées 
morales et polifirp/^^ "u xvni" siècle, t. 1 : leçon XII, p. 225.) 



183. Voltaire n'a-t-il fait que mettre 
des rimes à la prose ? 

Matière. — « Cela n'est pas de la poésie, dit-on ; c'est tout au 
plus une prose rimée avec quelques ornements. Il est certain que 
Voltaire n'a point puisé à ces riches sources qui n'ont jailli que de 
notre temps, ce n'est pas un lyrique ; sa personnalité si supérieure 
et si vive ne déborde point en mouvements passionnés, il ne connaît 
ni les tourments de l'infini, ni le vague du cœur. Est-ce à dire, pour 
cela, qu'il n'ait pas eu son inspiration ? Il l'a eue, et c'est dans ces 
poèmes ((u'elle apparaît. » (P. Albert, La Littérature franniinf nu 
xviiie siècle : Voltaire, p. 199.) 

Ainsi s'expriniQ Paul Albert, répondant à un reproche auressé 
parfois aux poésies de Voltaire. Qu'en pensez-vous ? Quelle est 
cette « inspiration » de Voltaire? 

Conseils. — L'auteur dit quelques pages plus bas : « Son ima- 
gination trouvait sans efl'ort un cadre ingénieux pour ces petits 
poèmes; une lumière douce et égale en éclairait toutes les parties : 

Roustan. — Le XVIII^ siècle. 9 



146 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 

une idée philosophique les soutenait; à mesure qu'il approchait du 
terme de sa vie, une mélancolie gracieuse et résignée imprimait à 
l'accent une note plus grave. » (P. Al vert, La Littérature française 
au xvnic siècle : Voltaire, p. 203.) 

La démonstration peut être faite sans doute en s'appuyant sur 
les poésies des dernières années plus spécialement. (Voy. le sujet 
précédent.) Mais ce serait là restreindre beaucoup trop le sujet 
(Cf. Roustan, I^a Composition française : la Dissertation littéraire, 
Invention, ch. II, p. 17 sq.), et il faut démontrer que Voltaire n'a 
pas « rimé de la prose » aussi bien dans les poésies de la jeunesse 
et de l'âge mûr que dans celles des dernières années. 



184. Voltaire le grand poète des « petits vers ». 

Matière. — « Voltaire, dit M. Faguet, n'aurait fait que ses petits 
vers qu'il aurait dans la littérature française une place de premier 
rang à faire envie aux écrivains les plus illustres... » (Faguet, 
Voltaire (Classiques populaires), p. 11). 

Expliquer. cette opinion. 



185. Les « nouveautés » de Va Histoire de 
Charles XII ». 

Matière. — Gefîroy déclare que, dans VHistoire de Charles XII, 
Voltaire a fait preuve de « certains /mérites peu ordinaires chez 
ses contemporains ». 

Quels sont ces mérites ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux numéros 153 sq. 
et aux numéros suivants. Consulter aussi : Histoire de Charles XII, éditions 
classiques de Maurice Wahl (Colin), Geffroy (Delagrave). 

Geffhoy, Le Charles XII de Voltaire et le Charles XII de Vhistoii'C {Revue 
des Deux Mondes, 15 novembre 1869). — Lanson, Voltaire, ch. VI, p. 107 sq. : 
Voltaire historien. — F. Hiîmon, Cours de littérature : Voltaire ; Voltaire histo- 
rien, § II, p. 4 sq, — R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXX, 
p. 441 sq. — R. Casât, La Littérature française par les textes, ch. XV, § 11, 
p. 390 sq. — L. Levrault, Auteurs français : Voltaire, p. 581 sq.; Les Genres 
littéraires : VHistoire, ch. Il, p. 115 sq. 

Conseils. — Voici le passage de Gefîroy en entier : « Voltaire a 
fait preuve ici de certains mérites peu ordinaires chez ses contempo- 
rains. Alors que nos écrivains se préoccupaient assez peu des mœurs 
et dos circonstances étrangères, il a fait un très notable effort pour 
joindre au tableau des faits celui des institutions, des coutumes, des 
climats, et comme son sujet, riche d'aventures, se trouvait multiple 
et varié, il y a introduit d'intéressantes digressions qui retiennent 



VOLTAIRE. 147 

l'esprit du lecteur par la diversité des scènes. La peinture des belles 
nuits d'été suédoises, sa description des grandes plaines de la Po- 
logrie, des solitudes et des marécages de l'Ukraine, mêlent uti- 
lement au souvenir des faits l'impression des lieux, et montrent un 
accord naturel entre le décor changeant et le capricieux héros », 
Il y a là l'essentiel pour traiter cette dissertation. 

Plan proposé : 

Exorde : Position de la question. Voltaire apportait, avec 
VHistoire de Charles XII, des « qualités peu ordinaires chez ses 
contemporains ». 

1° — (Caractères « ordinaires » de l'histoire jusqu'au xviii'^ 
siècle. Sans doute Mézeray avait mérité le nom d'historien, et, 
sinon dans la première partie de son Histoire de France, du 
moins dans la partie qui commençait aux Valois, il ne man- 
quait ni d'exactitude dans le fond ni de facilité dans la forme. 
Mais en réalité l'histoire, pour les écrivains comme l'ahbé de 
Vertot, est un prétexte à des dissertations académiques dont 
les auteurs ont plutôt le souci des phrases à efîet que celui de 
la vérité. C'est à Vertot qu'on attribue le mot célèbre : « Mon 
siège est fait. » — D'ailleurs le siècle classique ne pouvait 
pas s'intéresser aux détails de l'homme en particulier; le siècle 
de Boileau ne pouvait pas être le siècle de l'histoire. — Ajou- 
tons les sévérités du pouvoir, du Parlement, de la Sorbonne. 
Mézeray lui-même avait été frappé; Fréret avait été misa 
la Bastille. 

Si on veut connaître la conception de l'histoire adoptée jus- 
qu'au xvn« siècle, il faut la prendre dans le père Rapin qui a 
composé le code du genre dont certains articles nous 
font sourire. [« La vérité historique doit être cherchée au fond 
des cœurs,... elle ne doit pas être exposée quand elle porte 
préjudice aux princes, etc.. ») 

2"" — Dans son Histoire de Charles XII, Voltaire apporte d'autres 
idées : A) au point de vue de la science; 

B) au point de vue de la méthode; 

C) au point de vue du style. 

A) — EfTorts de Vollaire pour trouver la vérité historique. 
« On n'a pas avancé un seul fait sur lequel on n'ait consulté 
des témoins oculaires et irréprochables. » Comment Voltaire 
sait découvrir les documeats, comment il sait s'en servir, 
comment il ne se laisse pas aveugler par l'érudition. Voltaire 
sait choisir. Sa réplique au chapelain Nordberg. 



148 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

B) — Sa méthode est aussi nouvelle. 

a) Il n'y a pas chez lui des morceaux à effet, des portraits 
brillants, des harangues trop éloquentes, des dissertations dont 
le seul mérite soit une forme apprêtée. Voltaire rompt défini- 
tivement avec la conception de l'histoire envisagée comme 
une province de « l'éloquence ». 

6) Montrer comment les descriptions et les narrations de 
Voltaire ne sont pas des hors-d'œuvre ; et, en particulier, 
comment dans sa méthode d'exposition la géographie physi- 
que et morale vient éclairer l'histoire. Prendre en particulier 
les descriptions du climat de la Suède ou bien celle des grandes 
plaines de Pologne, et faire voir ce qu'elles ajoutent de lumière 
aux faits rapportés par l'historien. 

c) Faire remarquer ensuite qu'en réalité le tableau des in- 
stitutions et des coutumes se mêle à l'histoire des faits, et 
prend une place importante. Voltaire le déclare lui-même 
dans la Préface de son livre. Sans doute il exagère la portée 
philosophique et morale de son ouvrage, mais il a raison de 
penser que ce qu'il apporte de nouveau c'est, dans sa mé- 
thode, cette préoccupation d'exposer moins les aventures d'un 
prince que des considérations sur le gouvernement de tout 
un pays. 

C) — Enfin nouveauté du style de Vollaire dans V Histoire de 
Charles XIL Qualités de limpidité et d'intelligence et, par- 
dessus tout, de simplicité vraiment française. « Nul n'a possédé 
plus que lui le don de peindre et d'être expressif en restant 
simple » (Nisard). 

Combien nous sommes loin des déclamations etdes ornements 
factices qui étaient si chers aux autres historiens. Le style de 
Charles XII est le style d'une œuvre d'art à la fois et de science. 

Conclusion : Voilà donc ce qui fait de VHistoire de Charles Xll 
non seulement une suite de narrations intéressantes, mais 
une œuvre très importante dans l'évolution du genre histo- 
l'ique. Certes Voltaire ira beaucoup plus loin dans la voie où 
il s'engage, mais il s'y engage résolument et désormais l'évo- 
lution va se poursuivre : 

(( C'est la première histoire (qui ne soit qu histoire) qui 
compte dans notre littérature. Pour la première fois l'érudition 
et l'art, la méthode et le style concourent, et nous sortons 
enfin des compilations sans valeur, des romans sans autorité 
et des dissertations doctement illisi])les. » (Lanson, Histoire de 
la littérature française, p. 694.) 



VOLTAIRE. 149 



186. Portrait de Charles XII. 

Matière. —Charles XII, son portrait; influence de sa politique 
sur l'Europe. 

Lectures recommandées : M. Riustan, La Composition française : la Des- 
cription et le Portrait, passim. 

LiMiEKS (de), Histoire de la Suède sous Charles XII. — Adlefei.d, Histoire 
militaire de Charles A7/(trad. franc., 1741). — Noudberg (chanoine). Histoire de 
Charles XII (trad. franc., 1748). — C.-A.-G. Van Dkr Nkttex, Charles XII et Na- 
poléon. — .\. Gepfroy, Instructions aux ambassadeurs de France en Suède. 

Levesode, Histoire de Russie. — \. Rambald, Histoire de la Russie. — 
Wauszewski, Pierre le Grand. 

Conseils. — Ce sujet et le suivant ont été assez souvent proposés 
au baccalauréat, tantôt sous cette forme, tantôt sous une forme 
plus détaillée. Les examinateurs supposaient sans aucun doute que 
les candidats connaissent l'œuvre historique de Voltaire. 



187. Charles XII et Pierre le Grand. 

Matière. — Lutte de Charles XII et de Pierre le Grand; portrait 
de ces deux princes. 

Conseils. — Voir le sujet précédent. 

Ajouter aux lectures recommandées ; Mixslow, Pierre le Grand 
dans la littérature étrangère, (Cf. Bengesco, Bibliographie des œuvres 
de Voltaire, t. I, p. 398 sq.) 

188. L' « Histoire de Charles XII » jugée par 
les historiens modernes. 

Matière. — L'Histoire de Charles XII, suivant Rambaud, a été écrite 
avec une « souplesse de génie », une « puissance de travail », 
une « curiosité infatigable » qui en font un véritable chef-d'œuvre. 
(Rambaud, //wfoî?'e de la civilisation française, t. I, ch. XVII, p. 361.) 

Développer ce jugement, 

Conseils. — Voici le passage exact que la matière a résumé : 
(' Dans Voltaire historien, il faut admirer la souplesse du génie, 
la puissance de travail, la curiosité infatigable..^. La Vie de 
Charles XII est un livre de première main, d'une information si 
exacte et d'une critique si sûre, que les travaux des historiens ulté- 
rieurs n'y ont rien changé d'essentiel. » Vous vous reporterez aux 
sujets n-s 185 sq. 



150 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



189. Le récit dans 1' < Histoire de Charles XII ». 

Matière. — Quelles sont, d'après des exemples dont on vous 
laisse le choix, les principales cfualités du récit dans VHistoire de 
Charles XII ? 

Vous pouvez partir du passage suivant : « La grande beauté de 
V Histoire de Charles Xll, c'tst le récit. On a le lieu de la scène, le 
pays dessiné à grands traits, de quoi s'y orienter et voir de la meil- 
leure place ce qui va se passer, les personnages introduits au bon 
moment ; l'action, les grands mouvements, les manœuvres qui 
décident, la tactique intelligible pour tout le monde. Voltaire a 
l'imagination, non celle qui met la fable à la place de l'histoire, 
mais celle qui se rend les faits et les lieux présents. Nul n'a pos- 
sédé plus que lui le don de peindre et d'être expressif, en restant 
simple. » NisARD, Histoire de la littérature française, l. IV, liv. IV, 
ch. III, I II, p. 84.) 

Conseils. — Nous renvoyons à deux ouvrages qui font partie de 
notre collection, La Composition française : la Description et le Por- 
trait ; La Narration. \n\enWon, Disposition, Élocution. 

On se reportera, d'autre part, au sujet n» 185 et au plan proposé. 



190. Le style de V « Histoire de Charles XII ». 

Matière. — Villemain dit à propos du style de l'Histoire de 
Charles XII : « Voltaire ne jeta sur Charles XII rien de la pompe un 
peu factice qu'il donnait à ses Romains de théâtre. L'ouvrage est 
dans un goût parfait d'élégance rapide et de simplicité. Pour les 
choses sérieuses, les descriptions de pays et de mœurs, les marches, 
les combats, le tour du récit tient de César bien plus que de Quinte- 
Curce. Nul détail oiseux, nulle déclamation, nulle parure, tout est 
net, intelligent, précis,, au fait, au but. On voit les hommes agir, 
et les événements sont expliqués par le récit. Il y a même un 
rapport singulier et qui plaît entre l'action soudaine du héros et 
l'allure svelte de l'historien. Nulle part, notre langue n'a plus de 
prestesse et d'agilité. » (Villemal\, Tableau de la littérature fran- 
çaise au wm" siècle, t. II, p. '62 sq.. XVII"^ leçon.) 

Développer ce jugement. 



191. Sur la manière d'écrire Thistoire. 

Matière. — Expliquez cette pensée de Voltaire sur la manière 
d'écrire l'histoire (on empruntera les exemples à son Histoire de 



VOLTAIRE. 151 

Charles XII) : « Il n'y a que les gens qui ont fait des tragédies 
4ui puissent jeter quelque intérêt dans une histoire. Il y faut, 
comme dans une pièce de théâtre, exposition, nœud et dénoue- 
ment ». 

Conseils. — La matière fixe, par la parenthèse qu'il faut noter, 
l'étendue exacte du sujet. Il sera toutefois permis d'éclairer la 
ijuestion par un rapprochement entre l'opinion de Voltaire et celle 
(le Fénelon dans la Lettre à l'Académie (VIII : Projet d'un traité 
sur l'histoire). On trouvera des indications très précieuses dans 
les notes des éditions classiques, et notamment dans celles de 
l'édition Cahen, p. 109 sq. Voyez d'ailleurs dans La Littérature 
française par la dissertation, t. I, les sujets relatifs à la critique 
littéraire de Fénelon (n» 552, p. 441), et dans le tome IV, les sujets 
relatifs à l'histoire en général. 



192. De rimpartialité de Voltaire dans 
« le Siècle de Louis XIV ». * 

Matière. — Voltaire écrivait le 31 août ITol au duc de Richelieu : 
« J'ose me flatter que j'ai élevé, à la gloire de Louis XIV, un monu- 
ment plus durable que toutes les flatteries dont il a été accablé pen- 
dant sa vie. On a fait beaucoup d'histoires de Louis XIV : peut- 
être ne le trouvera-t-on véritablement grand que dans la mienne. » 
• Edit. Beuchot, t. LV, p. G51; édit. Moland, t. V, p. 315.) 

Après avoir rapidement expliqué les causes de cette admiration 
de Voltaire pour Louis XIV, vous vous demanderez si elle ne va 
pas jusqu'à la complaisance, si, suivant le mot de Lémontey, Vol- 
taire, « trop ébloui par l'éclat littéraire pour être parfaitement juste », 
n'a pas « traité un roi qui avait fondé les académies comme les 
moines traitaient jadis les princes qui dotaient les églises ». Mais 
alors comment expliquer que cette œuvre partiale soit généralement 
regardée comme ayant une valeur historique de premier ordre? 
Comment Condorcet, par exemple, qui reprochait à Voltaire d'avou' 
conservé « le seul préjugé » d'une admiration excessive envers le 
« grand règne », pouvait-il ajouter: «. Le Siècle de Louis Xi l'est la 
seule histoire de ce règne que l'on puisse lire... Cet ouvrage apprit 
aux étrangers à connaître Louis XIV, défiguré chez eux dans une 
foule de libelles, et à respecter une nation, qu'ils n'avaient vue 
jusque-là qu'au travers des préventions de la jalousie et de la 
haine »? 

De même, à notre époque, M. Faguet déclare que Le Siècle, de 
Louis XIV est une œuvre '1" " '"n-'^i^-n'"'^ v d' « exactitude ». de 
« grand talent ». 

Est-il possible de concilier ces aocusaiions et ces éloges ? 



152 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lectures recommandées : Voltaire, Correspondance, table de l'édition Beuchot 
ou Moland. 

Voir les ouvrages indiqués aux n"» 153 sq., et parliculièremeut: Condorcet, Vie de 
Voltaire. — De Barante, Tableau de la littérature française au xviue siècle. 
— NisARD, Histoire de la littérature française, t. IV, ch. IX. — Villemain, Ta- 
bleau de la littérature française au xvuie siècle, t. H, XVIle leçon. — Brune- 
riÈRE, Études critiques, série I. — Lansox, Voltaire, ch. VI, p. 107 sq. : Voltaire 
historien. — F. Hémo.n, Cours de litté?'ature : Voltaire ; Voltaire historien, | III, 
sq., p. 14 sq. 

Ajouter : Funt, La Philosophie de l'histoire de France (trad. Carrau). 

Éditions classiques : Bourgeois (Hachette), Rebeiliau et Marion (Colin), Dauban 
et Zeller (Delagrave), Grégoire et Toutain (Belin), GaCfarel (Garnier). 



Plan proposé : 

Exorde : Avec quelles intentions le livre a été composé. Sen- 
timents du xvui^ siècle à l'égard du « grand règne ». Voltaire 
admirateur du siècle de Louis le (irand. De plus, ses décon- 
venues comme homme, comme écrivain lui donnent de la 
mauvaise humeur contre le siècle de Louis XV'. 11 n'aborde 
pas son étude avec le désintéressement d'un homme de 
science : de là excès dans l'admiration, indulgence pour le 
mal. 

I 

1° — Prendre dans le livre des passages où éclate une admi- 
ration excessive pour Louis XIV. 

Comment il faut modifier le portrait beaucoup trop flatté 
par Voltaire, si l'on veut avoir un portrait vraiment historique. 

2° — a) Gomment Voltaire diminue l'importance de certains 
maux. (Exemple : Les Dragonnades.) 

6) Comment Voltaire laisse décote des maux qui ont désolé 
la France : 

b') A l'extérieur, résultats de l'ambition et de l'orgueil de 
Louis XIV ; 

6") A l'intérieur, résultats de l'absolutisme pour la vie sociale 
et économique de la nation. 

Conclusion partielle : Voltaire n'est évidemment pas un écri- 
vain désintéressé. Heureusement les inconvénients de cette 
partialité sont atténués par le caractère de la période dont 
Voltaire fait le tableau, et ensuite par les qualités qui font de 
cette histoire la ])lus intelligente des histoires de Louis XIV. 



VOLTAIRE. 153 



II 



jo — a) Pourquoi un tableau d'ensemble du Siéc/e de Louis XIV 
a peu à perdre quand on fait du monarque le seul grand 
artisan du règne. L'absolutisme de Louis XIV est formidable. 

b) Place restreinte qu'occupe le peuple dans cette histoire, 
et pourquoi les misères de ce temps ont pu être laissées de 
côté dans une œuvre comme celle de Voltaire. 

20 — a) L'intelligence de Voltaire est admirablement servie 
par la sympathie qu'il a pour le siècle de Louis XIV. Comment 
il est amené à exposer avec clarté les bons côtés du règne et 
à justifier avec vraisemblance les mauvais côtés. 

b) Nécessité d'un contre-poids aux tendances philosophiques 
de Voltaire. Comment cette sympathie lui a épargné des con- 
tresens et des injustices. 

c) Qualités de l'historien qui atténuent chez Voltaire les in- 
convénients que nous avons signalés; avec quel acharnement 
il se dévoue à la recherche de la vérité; comment il fait de 
tous ses correspondants, des collaborateurs ; ses enquêtes per- 
sonnelles ; les documents. Il y a des erreurs sans doute, mais 
dans la partie purement historique, il y en a très peu qui soient 
dues à la négligence. 

d) C'est même dans l'exactitude des ces petits faits pour 
lesquels Voltaire semblait afficher quelque mépris, que se 
voit le mieuxla conscience historique de Voltaire. Il a sans doute 
exagéré en nous présentant son ouvrage comme une histoire 
des progrès de l'esprit humain. En réalité, dans le récit des 
guerres, de la diplomatie, de la politique intérieure, Voltaire a 
montré tousles mérites d'un historien, si bien que la partie la 
plus intéressante de son ouvrage est encore celle sur laquelle 
il avait Fair de compter le moins pour le succès. 

Conclusion : l^a partialité de V^oltaire n'empêche pas que la 
valeur historique du livre est remarquable, et, si l'on tient 
compte des modifications qu'il faut y apporter, le livre n'en 
est pas moins un ouvrage de tout premier ordre. 

193. Les intentions de Voltaire d'après 
la lettre à, Hervey. 

Matière. — Voltaire écrit à-mihjrd Hervey : « Souffrez donc, 
milord. que je tâche d'élever à la gloire de Louis XIV un monu- 

0. 



154 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ment que je consacre encore plus à l'utilité du genre humain. Je 
ne considère pas seulement Louis XIV parce qu'il a fait du bien 
aux Français, mais parce qu'il a fait du bien aux hommes : c'est 
comme homme et non comme sujet que j'écris ; je veux peindre le 
dernier siècle, et non pas simplement un prince. Je suis las des 
histoires où il n'est question que des aventures d'un roi, comme s'il 
existait seul, ou que rien n'existât que par rapport à lui; en un 
mot, c'est encore plus d'un grand siècle que d'un grand roi que 
j'écris l'histoire. Pellisson eût écrit plus éloquemment que moi, 
mais il était courtisan, et il était payé. Je ne suis ni l'un ni l'autre : 
c'est à moi qu'il appartient de dire la vérité ». 
Voltaire a-t-il tenu parole ? 

Conseils. — La Letti^e à milord Hervey, garde des sceaux d'An- 
gleterre, se trouve en tête des éditions classiques du Siècle de 
Louis XIV (p. LUI, édit. Bourgeois). On fera bien de la rehre et 
de replacer le passage dans le contexte. 



194. Les lacunes du « Siècle de Louis XIV ». 

Matière. — « Voltaire, dans le règne de Louis XIV, n'a vu que 
l'éclat dont il a brillé, par les victoires, par les lettres, par les arts. 
Il n'a point songé à examiner le caractère du gouvernement et de 
l'administration de ce monarque, l'influence qu'il a eue sur le 
caractère de la nation, et les suites qui en sont résultées. Il n'a 
pas remarqué que peut-être aucune époque de l'histoire de France 
n'était plus importante par le changement des mœurs, des relations 
sociales et de l'ancien esprit de notre constitution. C'est au coloris 
brillant de Voltaire que nous devons cette admiration sans réserve 
pour le règne de Louis XIV. 11 nous a fait oublier qu'un roi a d'autres 
devoirs que d'acquérir de la renommée par son empire. «(DeBarante, 
Tableau de la littérature Française au xvin' siècle, édit. 1832. 
p. 105.) 

Développer, et, s'il y a lieu, discuter. 



195. « Le Siècle de Louis XIV » jugé 
par Brunetière. 

Matière. — « Pour le Siècle de Louis XIV, je ne sais s'il ne demeure 
pas, dans notre langue, après cent ans passés, le précis le plus 
clair, le tableau le plus vivant de ce grand règne, s'il ne contient 
pas le jugement le plus vrai, le plus juste, le plus français qu'on 
en ait porté. » (Brunetière, Études critiques, l'» série.) 

Dans quelle mesure ce jugement vous paraît-il exact? * 



VOLTAIRE. 155 

196. Voltaire et l'histoire désintéressée. 

Matière. — Dans une lettre à un de ses amis, Voltaire dit : « Si 
jamais j'écris quelque chose sur le siècle de Louis XIV, je le ferai 
avec le plus complet désintéressement. » 

Que vous suggèrent ces paroles, tant sur Ihistoire en général que 
sur Voltaire en particulier? 

Conseils. — Nous donnons cette matière telle qu'a été proposée 
au baccalauréaL II est aisé de voir qu'elle renferme deux sujets de 
développement : 

1° L'un sur l'histoire en général; 

2o L'autre sur Voltaire iiistorien en particulier. 

Il est non moins facile de comprendre qu'il est question surtout 
du Siècle de Louis XIV. Il suffît pour cela de lire attentivement la 
matière. (Cf. Roustan, La Composition française : la Dissertation 
littéraire, ch. I, p. 1 sq.) 

Je renvoie aux sujets généraux qui ont trait à l'histoire dans La 
Littérature française par la dissertation, t. IV. 

197. Les « nouveautés » du « Siècle de Louis XIV ». 

Matière. — Siècle de Louis XL\ , de Voltaire. Ancienne manière 
de concevoir l'histoire. Comment l'auteur du Siècle de Louis XIV Va.- 
t-il conique, et qu'apportait-il de nouveau dans l'histoire"? — a) Avan- 
tages, — b) et inconvénients de cette conception nouvelle : les 
montrer dans l'œuvre même de Voltaire. 

Conseils. — Encore une matière donnée au baccalauréat. Je la 
transcris très exactement. J'avoue qu'elle peut, au premier abord, 
présenter quelque obscurité. Ceux qui l'ont donnée ont-ils voulu 
présenter la question ainsi : « Qu'apportait Voltaire de nouveau 
■dans l'histoire, avec le Siècle de Louis XIV, après l Histoire de 
Charles XII?» (Voyez le sujet n» 185.) Il semble bien que non. Car 
la matière porte ces mots : « Ancienne manière de concevoir l'his- 
toire ». Il sera donc nécessaire de montrer que l'historien n'en était 
pas à sa première œuvre, mais il faudra considérer ensuite qu'il 
s'agit de montrer ce que V^oltaire apportait de nouveau dans 1 his- 
toire, après ses devanciers. 



198. Le plan du « Siècle de Louis XIV 



». 



M.\TiÈRE. — Indiquez et appréciez le plan suivi par Voltaire dans 
la composition du Siècle dé Louis XIV. Doit-on reprocher à cet 
ouvrage de manquer d'unité ? 



iS6 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — On trouvera l'essentiel dans les éditions classiques 
et les ouvrages cités au n» 192. Je signale en particulier dans le 
Cours de littérature deM.Hémon : Voltaire; Voltaire historien,! V: 
La composition et l'art dans « le Siècle », p. 33 sq. ; — et l'Introduction 
de l'édition Bourgeois, % II : Composition du Siècle de Louis Xl\\ 
p. XXIV-XXXII. Voyez surtout (p. XXXII) comment M. Bourgeois 
rattache le Siècle de Louis XIV i V Essai sur les mœurs : 

« La conclusion de ce livre spécial fut aussi celle de l'œuvre 
générale : à Louis XIV dont le règne a eu sa grandeur, mais qui a 
eu ses défauts, à Louis XV qui a exagéré ces défauts, Voltaire 
opposa les empereurs chinois Young-tching le père et Hang-hi le 
fds, souverains éclairés, qui encouragèrent les arts et les lettres, 
maisqui, tolérants et sages, ont mis fin aux disputes des ciirétiens, 
au lieu de s'y engager et de se laisser tromper. 

« Examiné à ce point de vue et dans ce cadre général dont il ne 
faudrait jamais l'enlever, le tableau du Siècle de Louis XIV a toute 
sa valeur et son unité réelle. L'exposition du livre, c'est la des- 
cription de l'Europe à la mort de Louis XIII; le nœud, l'histoire 
de Louis XIV, de son gouvernement, de son influence sur les pro- 
grès de l'esprit humain; le dénouement, le récit des disputes reli- 
gieuses qui sont nées sous ce règne, pourtant admirable, et troublent 
celui de son successeur. « Le siècle de Louis XIII était encore gros- 
« sier, écrivait Voltaire à Formont (février 4754), celui de Louis XIV 
« admirable, et le siècle présent n'est que ridicule. » 

« Tout le plan du Siècle de Louis XIV, l'idée qui en forme la 
substance, l'unité et le fond sont dans ce simple billet adressé, à la 
veille de l'édition définitive, par Voltaire à cet ami de Rouen qui, 
en 1734, avait reçu l'un des premiers la confidence des JDrojets de 
l'auteur, et en 1735 l'avait déterminé à les exécuter. » {Siècle de 
Louis XIV, édit. E. Bourgeois, Introduction, | II : Composition du 
Siècle de Louis XIV, p. XXXII.) 

199. Le bon ministre défini par Voltaire. 

Matière. — Dans le chapitre VI du Siècle de Louis XIV, où il 
porte un jugement sur le cardinal Mazarin, Voltaire dit : « Il est 
très vrai que, pour faire un puissant minisire, il ne faut souvent 
qu'un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune ; mais, pour 
être un bon ministre, il faut avoir pour passion dominante l'amour 
du bien public. Le grand liomme d'État est celui dont il reste de 
grands monuments utiles à la patrie. » 

Vous apprécierez cette opinion de Voltaire en vous appuyant sur 
des exemples de votre choix, et aussi sur l'exemple choisi par 
Voltaire. 

Lectures recommandées : Acbiîry, Histoire du cardinal Mazarin. — Dii 
i.'AuMALK, Histoire des princes de Condé. — Bazin, Histoire de France sous le 



VOLTAIRE. 157 

ministère du cardinal Mazarin. — CntRCEL. Histoire de France pendant la 
minorité de Louis XIV ; Histoire de France sous le ministère de Mazarin. 
— Gmllardin, Histoire du règne de Louis XIV. — \'a.l¥r&y, La Diplomatie fran- 
çaise au xvu« siècle : Hugues de Lionne. — H. Vast, Les grands traités du 
siècle de Louis XIV. — Flassa.n, Histoire de la diplomatie française. — 
A. Rexée, Les Nièces de Mazarin. 

Conseils. — Les candidats au baccalauréat n'avaient pas sous la 
main leurs éditions classiques du Siècle de Louis XIV, et ils ne 
pouvaient relire ce qui précède et ce qui suit ce passage à la fin du 
chapitre VI : « État de la France jusquù la mort de Mazarin » 
(p. 106, édit. Rebelliau et Marion ; p. 121, édit. Bourgeois, etc.). 
Prenez donc vos éditions, lisez lentement les dernières pages du 
chapitre, et profitez de vos notes. Mais ceux-là durent faire de 
piètres compositions, qui se lancèrent étourdiment dans de hautes 
considérations politiques. Il fallait des exemples, et encore des 
exemples (Cf. Roustan, La Composilion française : la Dissertation 
morale, Invention, ch. V, | III, p. 67 sq.), et le premier, le plus 
important, n'était-ce pas celui du cardinal -Mazarin que Voltaire 
juge ici beaucoup plus durement que nos historiens modernes? 
(Cf. Mignet, Histoire des négociations relatives à ta succession d'Es- 
pagne, p. 49.) 



200. Un Mécène enfante-t-il des Virgiles ? 

Matière. — Do la protection littéraire. Est-il vrai que : « Un 
Mécène toujours enfante des Virgiles » ? Et pourquoi le nom de 
Louis XIV a-t-il été. donné à son siècle ? 

Conseils. — Proposé sous cette forme, le sujet comprend deux 
parties : une partie générale, une partie qui a trait au Siècle de 
Louis XIV, par Voltaire. Pour la première, je renvoie aux sujets 
contenus dans La Littérature française par la dissertation, t. IV, 
par exemple : « Les Lettres et la Liberté », etc. 



201. Sur le < Précis du Siècle de Louis XV >. 

Matière. — Voltaire eut-il raison de faire suivre son Siècle de 
Louis XIV d'un volume d'histoire contemporaine qu'iK intitula le 
Siècle de Louis XV? Pouvait-il faire l'histoire du xviii« siècle avec 
toutes les garanties de documentation et d'impartialité que l'on de- 
mande à un historien? L'époque en question pouvait-elli' ôtro 
désignée de ce nom de Siècle de Louis XV? 

Vous terminerez en tous demandant si celte divisi<Mi de 1 insiunr 
<n siècles est tout à fait légitime, et vous montrerez par des 
exemples ce quelle peut avoir quelquefois d'artificiel et de faux. 



158 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — Lisez attentivement votre matière et préoccupez- 
vous d'en bien dégager d'abord, d'en bien distribuer ensuite les 
différentes parties. (Cf. Roustan, La Composition française : la 
Lettre et le Discours, Disposition, § II sq., p. 76 sq.) 

Nous avons tous été frappés, en corrigeant ces dissertations au 
baccalauréat, d'abord de ce fait que ceux, qui n'avaient jamais lu le 
Précis du Siècle de Louis XV, s'imaginaient se sortir d'affaire en 
parlant du Siècle de Louis XIV, ensuite de cet autre fait que le 
développement général était presque toujours sacrifié. 

Vous trouverez l'essentiel dans l'édition classique du Précis, par 
M. Fallex (librairie A. Colin), Introduction, V-XX, et notes. 



202. La politique coloniale en Angleterre 
et en France. 

Matière. — Au chapitre XXXV de son Précisdu Siècle de Louis XV, 
Voltaire retrace l'histoire des victoires coloniales que l'Angleterre 
remporta sur la France en Amérique et en Asie, et tente de les 
expliquer ainsi : « Quelle est la raison de celte supériorité conti- 
nuelle ? IN'est-ce pas que les Anglais ont un besoin essentiel de la 
mer, dont les Français peuvent à toute force se passer, et que les 
nations réussissent toujours, comme on l'a déjà dit, dans les choses 
qui leur sont absolument nécessaires'? N'est-ce pas aussi parce que 
la capitale d'Angleterre est un port de mer, et que Paris ne con- 
naît que les bateaux de la Seine ? Serait-ce enfin que le climat et le 
sol anglais produisent des hommes d'un corps plus vigoureux et 
d'un esprit plus constant que celui de France ? » 

Que pensez-vous de ces raisons ? 

Lectures recommandées : Sur la politique coloniale de la France au 
xvnie siècle : Rayxal (abbé), Histoire philosophique et politique des Européens 
dans les deux Indes. — Voltaire, Siècle de Louis XV. — Guyon (abbé), Histoire 
de VInde orientale. — Barchou de Pknhoen, Histoire de la conquête de Vlnde 
par l'Angleterre. — ï. Hamoîst, ÛUpleix ; Lally Tollendal. — Cui.tru, Dupleix. 
— Macaui.ay, Essais. — Seeley, L'expansion de l'Angleterre (traduct. française. 
Baille et Rambaud). — Labodi-aye, Histoire des États-Unis. — Moireao, Histoire 
des Etats- Utiis. 

Conseils. — Vous lirez le chapitre XXXV, et vous mettrez à profit 
les notes de l'édition Fallex, p. 292 sq., surtout p. 297. « Les 
hommes réussissent toujours (écrivait Voltaire dans le Panégyrique 
de Louis XV, composé lors de la paix de 1748) dans ce qui leur est 
absolument nécessaire ; ce qui est nécessaire à un État est toujours 
ce qui en fait la force. Ainsi la Hollande a ses navires marchands, 
la Grande-Bretagne ses armées navales, la France ses armées de 
terre. » 



VOLTAIRE. 159- 

Il sera facile, par la seule réflexion et aussi par le secours 
d'exemples bien choisis, de réfuter cette opinion de Voltaire. Si l'on 
voulait s'appuyer sur des lectures, une foule innombrable d'ouvrages 
se présenterait à notre attention, car jamais depuis Jules Ferry et 
Paul Bert — pour ne citer que ceux-là et pour ne mentionner que 
des disparus — tous les problèmes de la colonisation française n'ont 
été plus constamment et plus sérieusement étudiés. Nous renvoyons 
soit aux Périodiques : La Quinzaine coloniale; Questions diploma- 
tiques et coloniales; Dépêche coloniale illustrée, etc., soit aux 
ouvrages généraux comme : P. GatTarel, La Politique coloniale en 
France de 1189 à iS30 (F. Alcan); L'Expansion coloniale de 1870 à 
1906 (Marseille, Barlatier) ; Ch. Géniaux, Comment on devient colon 
(Fasquelle), etc. 

Les élèves feront bien de lire dans la « Bibliothèque des Parents 
et des Maîtres » (Toulouse, Privât; Paris, Didier), le livre de Gaston 
Yabran, Préjugés d'autrefois et Carrières d'aujourd'hui (voir les- 
« Annexes, » p. 449 sq.). 

203. Les mérites de V <( Essai sur les mœurs -. 

Matière. — La critique contemporaine a reconnu que ce vaste 
ouvrage de l'Essai sur les mœurs suppose « une érudition très 
grande pour l'époque », et que cette érudition se fonde, « dans une 
mesure qui peut surprendre, sur les documents originaux et non 
sur des ouvrages de seconde main », Quelles que soient les lacunes 
du livre, il a du moins eu le mérite de verser la lumière sur une 
foule d'événements, de les ordonner d'après la grande loi du pro- 
grès, et de nous montrer un Voltaire qui sait admirer et parler 
éloquemment de ce qu'il admire. 

Développer. 

Lectures recommandées : Voir les ouvrages indiqués aux n"»* 153 sq. et spéciale- 
ment : Fli.nt, La Philosophie de l'histoire de France, trad. Carrau. — Tai>e, 
LWncien régime. — Lansox, Voltaire, ch. VI, p. 107 sq. : Voltaire historien. — 
F. Hémox, Cours de littérature : Voltaire ; Voltaire historien, § VI sq., p. 37 sq. 

K. DoLMic, Histoire de la littérature française, ch. XXX, p. 443. — R. Cax.vt, 
La Littérature française par les textes, ch. XVII, 3 I, p. 408 «q. — L. Levrault. 
Auteurs français : Voltaire, p. 581 sq. 

Plan proposé : 

Exordc : Ce livre de Voltaire a été entrepris et presque achevé 
dans la force de lâge et dans la vive ardeur de ses études. 
Dès 1740, en effet, la plus grande partie en avait été composée 
pour M'^e du Chàtelet dont Tesprit mathématique avait besoin 
de précis exacts et concentrés. 



160 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

1° — Le livre suppose des études immenses. Il y en a peu 
au xvHie siècle où Ton a relevé moins d'erreurs de dates ou 
de faits; l'érudition, pour ne pas s'étaler avec complaisance, 
n'en est pas moins très réelle. Voltaire remonte à des sources 
sûres. Ses chapitres sur le système de Law et les guerres du xvi*^ 
siècle par exemple, témoignent d'une connaissance historique 
appuyée sur une critique solide. 

2° — Il y a certainement des lacunes dans l'œuvre. Dans 
la pensée de Voltaire son Essai sur les mœurs devait s'opposer 
au Discours sur V histoire universelle de Bossuet, qui avait fait de 
la religion chrétienne le pivot de l'histoire. Parsuite,danscette 
œuvre d'opposition, Voltaire n'a pas toujours tenu assez compte 
de l'influence du christianisme. Son œuvre était une œuvre 
de polémique; le moyen âge si puissamment chrétien et qui 
choquait le rationalisme de Voltaire, l'historien ne l'a pas 
compris. (Voir cependant lesujetn" 205.) 

3° — En revanche, le grand mérite du livre estnon seulement 
Teffort considérable qu'il témoigne, mais surtout la lumière 
que l'auteur a répandue sur cet immense récit. 

Remarquons qu'il complète l'œuvre de Bossuet: l'histoire 
de la Chine, de l'Jnde, de l'Arabie, de l'Amérique avant sa 
découverte n'avait pas été envisagée par Bossuet, parce 
qu'elle n'était pas assez intimement liée à celle du peuple de 
Dieu. Voltaire insiste précisément à cause de son dessein, et 
nous voyons apparaître a côté de Moïse : Zoroastre, Mahomet, 
Confucius. 

Bossuet, qui avait annoncé un ouvrage sur l'islamisme, 
n'avait pas traité la question. Déplus, à partir de Charlemagne, 
il avait laissé des notes sèches, matériaux qu'il réservait pour 
écrire une histoire. Voltaire, dans un tableau grandiose, veut 
étudier par quels degrés, on est parvenu, depuis Charlemagne, 
de la barbarie à la civilisation. 

En résumé, une étude plus précise des civilisations loin- 
taines, une étude nouvelle des peuples que Bossuet n'avait 
pas considérés, une étude nouvelle et intelligente des guerres 
de rehgion et l'histoire des grands papes, etc., que de parties 
nouvelles dans V Essai sur les mœurs! 

4« — En outre, à travers tout l'ouvrage la grande idée du 
progrès de l'humanité, qui a vivifié toutes les idées du 
xviir siècle, vient vivifier aussi la grande œuvre historique de 
Voltaire. (Voir les sujets n"^ 117 sq., 207 sq.) 

5*^ — Quant au style, à mesure que Voltaire s'approche 



VOLTAIRE. 161 

des temps modernes, son jugement s'éclaircit, l'intérêt est 
plus attachant. Le style est plus éloquent à mesure que la ci- 
vilisation augmente ; il est surtout tout à fait admirable lorsque 
Voltaire parle des conquêtes delà raison, de la justice et du 
droit. Ce n'est pas une éloquence ample et sonore, mais c'est 
la marche simple et noble, facile et nette d'une pensée digne 
et convaincue. 

Conclusion : Services rendus par Voltaire à la philosophie de 
rhistoire. 



204. L'idée du progrès dans r u Essai 
sur les mœurs ». 

Matière. — Taine a écrit que pour Voltaire « l'histoire ne va pas 
vers un but, elle aboutit à un elTet. Et cet effet principal est le pro- 
grès de l'esprit humain ». Montrez-le dans V Essai sur les mœurs. 

Lectures recommandées : Voir le sujet n» 203. 

Plan proposé : 

Exorde : L'idée du progrès dans VEssai sur les mœurs ; son 
importance. 

1** — Tableau des efforts de l'esprit humain depuis Charle- 
magne. Les grandes époques, les grandes découvertes, les 
grandes inventions. 

2° — « L'amour de l'ordre anime en secret le genre 
humain » ; comment il se traduit : 

a; Accroissement du bien-être matériel ; horreur de la guerre; 
conditions d'existence meilleures pour les peuples; 

6; Progrès des lettres, des sciences et des arts; place de cette 
idée dans l'Essai; 

c) Progrès des idées de justice, d'équité, de raison : la tolé- 
rance universelle; philosophie et philanthropie. 

S*' — Le progrès pour Voltaire, pourTurgot, pour Condorcet 
(Cf. Pascal, Entretien avec M. de Saci, etc., édité par Guyau 
( Delagrave), 2"^ partie : Éclaircissements relatifs à l'histoire de 
ridée de progrès, p. 169 sq.) 

Conclusion : Comment l'idée du progrès a remplacé dans 
rossai l'idée de la Providence qui était la pièce maîtresse du 
Discours sur l'histoire universelle. 



162 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



205. Chateaubriand et 1' « Essai sur les mœurs ». 

Matière. — Chateaubriand a-t-il eu raison de dire queVEssai sur 
les mœurs n'était qu' « une longue injure au christianisme*) ? 



Plan proposé : 

Exorde : Accusation de Chateaubriand ; elle a souvent été 
reprise contre VEssai sur les mœurs. 

V — Part (le vérité non dans les termes, mais dans le fond. 
Les préjugés philosophiques de V^oltaire; le « voltairianisme » 
dans VEssai. Quelques exemples. 

Transition : Mais il est souverainement injuste de n'y voir 
qu'un pamphlet contre le christianisme. Le « voltairianisme » 
n'est ici que l'accident. Il est facile de le montrer. 

2» — Voltaire et les papes; les cardinaux; les évoques. 

3° — Voltaire et les ordres religieux du moyen âge. 

40 — Prendre comme exemple frappant de l'impartialité 
de Voltaire le chapitre LVill sur saint Louis. 

Conclusion : Fausse idée que l'on se fait de VEssai sur les 
mœurs. Chateaubriand dit dans le même ouvrage : « Nous ne 
doutons point que Voltaire, s'il avait été religieux, n'eût 
excellé en histoire : il ne lui manquait que la gravité, et 
malgré ses imperfections, c'est peut-être encore, après Bossuet, 
le premier historien de France. » {Génie du Christianisme, 
3*^ partie, liv. III, ch. VI : Voltaire historien, édit. Furne, 1879, 
t. II, p. 354 sq.) Il est inexact que VEssai manque de « gra- 
vité », mais l'éloge que Chateaubriand fait ici de Voltaire 
diminue la portée de son accusation. 

206. Voltaire historien jugé par J. de Maistre. 

Matière. — Joseph de Maistre juge ainsi Voltaire historien : « Il 
est insupportable dans IhisCoire, en dépit de son art, de son élé- 
gance et des grâces de son style, aucune qualité ne pouvant rem- 
placer celles qui lui manquent et qui sont la vie de l'histoire, la 
gravité, la bonne foi et la dignité. » {Soij'ées de Saint-PéLersbourg.) 

Réfuter ce jugement après avoir lu VEssai sur Jp^ >n<ruvs. 

Lectures recommandée i : Voir dans notre tome IV, diapilie J, les sujets rela- 
tifs à Joseph de Maistre. 



VOLTAIRE. i65 

207. La philosophie historique de V « Essai 

sur les mœurs » comparée à celle de 

r « Histoire universelle » . 

Matière. — « Que l'on compare le biscornus de Bossuet sur l'his- 
toire universelle, et l'Essai de Voltaire sur les mœurs, on verra tout 
de suite combien ces fondements sont nouveaux et profonds. » 
Ainsi s'exprime Taine {L'Ancien Régime, livre III, ch. I, p. 231 sq.K 

Faites à votre tour cette comparaison. 

Lectures recommandées : Voir dans La Littérature française parla disser- 
tation, t. I, les sujets n<" 227 sq.. p. 205 sq. 

N.-B. — Le procédé le plus simple consiste à recoivir immédiatement au^passage 
de Taine, et à dégager vigoureusement les idées essentielles qui apparaissent dans ce 
morceau d'une critique serrée et éloquente. 

Notez d'ailleurs que si Voltaire n'a pas épargné Bossuet (voyez la Table analytique 
de l'édition Beuchot ou Moland, article: Bossuet). du moins il en parle avec plus 
de réserve dans l'Avant-Propos de l'Essai sur les mœurs : « L'illustre Bossuet, 
qui, dans son Discours sur une partie de l'histoire universelle, en a saisi le véri- 
table esprit, au moins dans ce qu'il dit de l'empire romain, s'est arrêté à Chaple- 
magne. Mais il faudra remonter à des temps antérieurs. Cet éloquent écrivain, en 
disant un mot des Arabes, qui fondèrent un si puissant empire et une religion si 
florissante, n'en parle que comme d'un déluge de barbares. Il paraît avoir écrit uni- 
quement pour insinuer que tout a été fait dans le monde pour la nation juive ; que 
si Dieu donna l'Empire de l'.Asie aux Babyloniens, ce fut pour punir les Juifs ; si 
Dieu fit régner Cyrus, ce fut pour les venger; si Dieu envoya les Romains, ce fut 
encore pour châtier les Juifs. Cela peut être ; mais les grandeurs de Cyrus et des 
Romains ont encore d'autres causes ; et Bossuet" même ne les a pas omises en parlant 
de l'esprit des nations » (Édit. Beuchot, t. XV, p. 247.) 

Je renvoie au livre de M. Hémon,' Cours de littérature : Voltaire ; Voltaire his- 
torien, I VI sq., p. 37 sq., et à la Table des ma'ières de l'édition Beuchot, t. LXXI, 
p. 94, article : Bossuet. 



208. Voltaire historien des petites causes. 

Matière. — Kn 1757 paraissait un Essai sur les grands événements 
par les petites causes, tiré de Vhistoire, par Richer (Paris, Hardi), 
avec cet épigraphe : 

Le quadrupède écume,.... 

Est l'alarme d'un moucheron. 

Grimm, qui juge le livre faible au point de vue de l'exécution, 
déclare toutefois que le sujet est admirable. Il regrette que Voltaire 
n'ait pas tenu la plume de Richer. Le philosophe aurait donné ainsi 



i64 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

un pendant au chapitre qui se trouvait dans ses Pièces fugitives, 
sous le titre : « Sottises des deux parts. » (Voltaire devait l'insérer 
dans son Dictionnaire philosophique.) C'est que les philosophes 
du xviiie siècle considèrent comme une tâche très utile de noter le 
•contraste entre nos principes et notre conduite, de refaire l'œuvre 
de Montaigne ou de Pascal, non pour nous amener au scepticisme 
ou à la foi, mais pour nous rendre plus défiants envers les affir- 
mations des historiens et plus tolérants dans nos appréciations. 
A entendre Grimm lui-même, les événements considérables qui en 
1757 agitaient l'Europe entière, avaient. les causes les plus frivoles 
et les plus mesquines (15 octobre 1757, édit. Tourneux, t. III, 
p. 451.) Voltaire n'a-t-il pas été de cet avis? N'a-t-il pas compté 
parmi les préoccupations de l'hisiorien philosophe celle de trouver 
derrière les grands événements les causes les plus futiles? N'a-t-il 
pas pensé que plus un motif était frivole, plus il risquait d'être 
vrai ? 

Après avoir démontré cette idée, vous chercherez si elle est vraie 
sans restriction, et si, en réalité, l'homme qui a considéré que 
l'histoire était le domaine et la matière de l'intelligence de quelques 
grands hommes, supérieurs par l'esprit et par le caractère, n'a pas 
ou d'autres vues d'ensemble, plus grandioses. 

Lectures recommandées : On lira dans Villemain : Tableau de la littérature 
a« xvuiesièe/e,XVlIeleçon, p. 45; XXVIlIe leçon, p. 383, etc., que Voltaire, comme 
SOS contemporains, a moins cherché « les rapports que le contraste des effets et des 
causes », que sa méthode consiste «à s'amuser du genre humain, à le supposer 
toujours dupe, et, pour cela, à faire sortir sans cesse un grand effet d'une petite 
«ause » ; mais d'autre part, on verra combien il est injuste dé réduire son Essai sur 
les mœurs, par exemple, à cette recherche des petites causes, en parcourant les 
ouvrages indiqués aux n" 203 sq. 

V^oyez tout spécialement : Faguet, Dix-huitième siècle : Voltaire, § II : Son tour 
4'esprit, p. 200 sq. surtout p. 212-216. — F. Hémon, Cours de littérature : Vol- 
taire; Voltaire historien, § VII, p. 42 sq. : u Par qui le progrès est accompli : 
les grands hommes », et § VIII, p. 47 sq. : « Voltaire historien et artiste dans 
VEssai sur les mœurs ». 



209. Voltaire historien a-t-il négligé les détails? 

Matière. — On lit dans la Correspondance de Grimm, à propos 
de VEssai sur les mœurs : « On s'est plaint qu'en général Mon- 
sieur de Voltaire n'instruisait pas assez, et que, se bornant aux 
grands traits, il négligeait trop les détails. » (1^^ avril 1757, édit. 
Tourneux, t. III, p. 3G3.) 

Cette critique était-elle justifiée? 

Conseils. — Il sera facile de voir dans VEssai dos affirmations 
contraires : « J'insiste souvent sur ce prix des monnaies : c'est, ce 
me semble, le pouls d'un État, et une manière assez sûre de recon- 



VOLTAIRE. 165 

naître ses forces » (LI). Lisez surtout dans le dernier livre les prin- 
cipales règles que Voltaire a suivies. Demandez-vous d'ailleurs si 
de nos jours un historien ne multiplierait pas les notes, renvois et 
références, et si, en triant ses matériaux, Voltaire n'a pas trop 
dédaigné ceux dont il aurait pu se servir. Toujours est-il qu'on le 
loue, à présent, d'avoir insisté sur 1" « obligation de faire un choix 
judicieux des faits », et « prouvé par de nombreux exemples l'avan- 
tage de se conformer scrupuleusement à cette règle ». (Flint. La 
Philosophie de l'histoire en France.) 



210. 11 faut écrire Thistoire en philosophe. 

Matière. — Voltaire disait à Thieriot : « Je pense comme 
M. l'abbé de Saint-Pierre qu'il faut écrire l'histoire en philosophe. » 
(31 octobre 1738, t. LUI, p. 308, édit. Beuchot.) Le mot a souvent 
été repris au xvni^ siècle, notamment par Grimm : « C'est au 
philosophe à écrire l'nistoire » (13 mai 1734), et Portails (1) déclare 
à son tour : « Il faut avoir déjà fait de grands progrès dans la 
philosophie, pour que la manière d'étudier, d'écrire et même de 
lire Ihistoire, puisse parvenir à un certain degré de perfection. » 
(L'Esprit philosophique, II, 1.) Cf. tout le chapitre XXI : « De l'ap- 
plication de l'esprit philosophique à l'histoire ». 

Qu'entendait-on au xvm*^ siècle, par ces mots : « Écrire l'histoire 
en philosophe » ? Quels ont été pour le genre de l'histoire les 
avantages et les inconvénients do cette conception ? 



211. Les « philosophes » ont-il méprisé 
tout le passé? 

Matière. — Villemain prétend que la littérature historique du 
wiii^ siècle tout entière « ne faisait comparaître le passé devant 
la raison moderne que pour s'en moquer et le juger de haut. » 
{Tableau de la Littérature au xviii<' siècle, t. H, XXIX^ leçon, 
p. 398.) Aussi a-t-il dit de l'Essai sur les mœurs : « L'auteur n'aime 
pas son sujet, il l'a en pitié, il le méprise, et par cela même il s y 
trompe assez souvent, malgré tant de sagacité et même d'exacti- 
tude. » [Ibid., t. II, XVIIe leçon, p. 43.) Qu'en pensez-vous? 

Joubert dit de même : « Mépriser et décrier, comme Voltaire, 
les temps dont on parle, c'est ôter tout intérêt à l'histoire qu'on 
écrit. » {Œuvres, édit. 1877, t. IL p. 366.) 

Étes-vous de l'avis de .loubert et de Villemain à |»ropos de VEssai 
sur les mœurs i 



(1) Voir p. 84 note 1. 



i66 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



212. Le style de Thistoire au XVIII'^ siècle. 

Matière. — Voltaire écrit à d'Alembert : « Je suis bien, mécon- 
tent de l'article Histoire. J'avais envie de faire voir quel est le style 
convenable à une histoire générale ; celui que demande une histoire 
particulière ; celui que des Mémoires exigent. 11 eût été utile de 
montrer qu'il n'est pas permis à un compilateur des Mémoires des 
autres de s'exprimer comme un contemporain: que celui qui ne 
donne les faits que de la seconde main n'a pas le droit de s'expri- 
mer comme celui (jui rapporte ce qu'il a vu et ce qu'il a fait; que 
c'est un ridicule, et non une beauté, de vouloir peindre avec toutes 
leurs nuances les portraits des gens qu'on n'a point connus. » 
{9 octobre 1756, édit. Beuchot, t. LVII, p. 159.) 

Que pensez-vous de cette théorie, et jusqu'à quel point est-il vrai 
de penser que le style des Mémoires est différent du style de 
V Histoire ? 

Conseils. — Ici encore on ferait une mauvaise dissertation si 
l'on ne tenait pas le plus grand compte de ce fait que la lettre 
•est signée : Voltaire. (Cf. La Composition française: la Dissertjition 
littéraire, Invenlion, ch. II, § III, p. 25 sq. ; la Dissertation 
onorale, Invention, ch. III, | I, p. 36 sq.) 

Il sera facile de voir que Voltaire a raison ; mais il sera non 
moins intéressant de montrer, par des exemples empruntés au 
xvm'î siècle et surtout à Voltaire, que cette opinion a entraîné des 
inconvénients assez graves. 

Villemain a écrit qu'en devenant philosophique, « l'histoire 
moderne ne prit pas plus d'intérêt ». (Cf. le sujet n» 211.) « Elle 
n'eut, ajoute-t-il, ni la belle composition des annales antiques, ni 
le naturel de nos vieux récits. Loin de croire alors (Villemain songe 
sans doute à Aug. Thierry) que le talent dût emprunter les formes 
de nos chroniqueurs, on ne daignait pas remarquer ce qu'ils ont 
d'expressif et d'original. » Nous sommes au xvni^ siècle, c'est-à- 
dire au siècle ries « raisonneurs » non des peintres de la couleur 
locale. « L'étude et la raison, dit encore Villemain, en l'absence de 
la réalité, ne sont pas assez puissantes pour retrouver l'impression 
contemporaine, pour rendre la vie à ce qui est mort. » (Tableau'de 
la littérature au xvni^ siècle, t. II, p. 34, 396, etc. et passim.). 
Eclaircir les faits par une ordonnance lumineuse et par une forme 
nette, cela ne suffit pas ; « il faut y jeter la vérité de mœurs et la 
passion qui fait lire un récit ». Sous prétexte de « dignité », le récit 
manquera d'imagination et de couleur. On le voit, cette théorie du 
style historique rejoint une théorie beaucoup plus générale de 
l'histoire. Tout le siècle de Voltaire pensa comme lui. 

A propos de VHistoire de Jean Sobieski (1761, 3 vol. in-12) par 



VOLTAIRE. 167 

l'abbé Goyer, Grimm nous montre bien ce qu'on entendait alors 
par la dignité du style de l'histoire : « Un ulcère dans les reins, 
avait écrit labbé en racontant la maladie du roi Michel, du sang 
au lieu d'urine, des convulsions d'estomac, des vomissements 
continuels ne lui laissaient qu'un souffle de vie qui ne lui permet- 
tait pas de donner audience. » {Correspondance, édit. Tourneux, 
t. IV. p. 371.) 

Grimm est sévère pour des phrases aussi peu relevées : « Cette 
description manque de noblesse ; on peut parler ainsi dans la 
conversation journalière ; mais il faut un autre style pour l'his- 
toire! » Et voilà pourquoi Voltaire, lui aussi, écrivait à d'Olivet, le 
6 janvier 1736 : « La France fourmille d'historiens et manque 
d'écrivains » (édit. Beuchot, t. LU, p. 153). Nous serions presque 
tentés de dire le contraire et de déclarer qu'avant Voltaire, la France 
fourmillait d'écrivains (bons ou mauvais), et manquait d'histo- 
riens. 

Quand la France aura des historiens comme Voltaire, nous en 
louerons la netteté, la sobriété, la justesse ; il leur manquera 
cette qualité qu auront leurs successeurs du xix« siècle : « l'imagi- 
nation sympathique par laquelle l'écrivain se transporte dans autrui 
et reproduit en lui-même un système d'habitudes et de passions 
contraires aux siennes. » (Voyez les sujets relatifs à l'histoire au 
xixe siècle dans le tome III de notre Littéraiure française par la 
dissertation.) 



213. Voltaire est le premier historien moderne. 

Matière. — « Voltaire fut dans l'histoire le premier des mo- 
dernes. » 
Expliquer et juger ce mot de M.-J. Chénier. 

Lectures recommandées : Voir plus loin les sujets relatifs aux historiens du 
iix« siècle. 

Le chapitre VI du Voltaire de M. Lansoa (p. 107-132) conduit à la conclusion sui- 
vante : « Après Bossuet, l'histoire était à créer: il ne reste après Voltaire qu'à la per- 
fectionner. C'est ce quia permis à Hettnor d'écrire qne foute la conception morfern'^ 
■de l'histoire sort de V « Essai » de Voltaire. » 



214. L'histoire en France jusqu'au XIX' siècle. 

Matière. — Exposer ce qu'a été l'histoire en France jusqu'au 
xix^ siècle. Pour quelles causes le xvii^ siècle, où les lettres ont 
ibrillé d'un si vif éclat, est-il resté inférieur dans l'histoire ? 

Conseils. — Nous d<jniiun,> ici cette matière telle qu'elle a été 



168 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

proposée au baccalauréat. Nous renvoyons à tous les numéros pré- 
cédents, et aussi aux sujets relatifs aux historiens du xix» siècle 
(voir notre tome III, ch. III). Il faudra se borner et se contenter 
d'esquisser les grandes lignes. (Cf. Roustan, La Composition fran- 
raise : Conseils généraux, A l'examen, | III, p. 228 sq.) 
Voir aussi dans Léon Levrault, Les Gemmes littéraires : l'Histoire. 



215. La philosophie de Voltaire. 

Matière. — Caractériser, dans leurs grandes lignes, ce qu'on doit 
entendre par la « philosophie» et la morale de Voltaire. 

Lectures recommandées : Voir les bibliographies indiquées aux n"» 133 sq., 
l'OH sq. 

Lire plus spécialement : Barni, Histoire des idées morales et politiques en 
France, t. I. — Bersot, La Philo'iop/iie de Voltaire; Études sur le xvine siècle ; 
Essais de philosophie et de morale. — Vinet, Histoire de la littérature au 
xviiie siècle. — P. Albert, La Littérature française au xviiie siècle. 

Ajouter : Cousin, La Philosophie sensualiste au xvnic siècle. — A. Gérard, 
Hevue philosophique, III, p, 441 : la Philosophie de Voltaire d'après la cri- 
tique allemande. — Picavet, Revue philosophique, XXVI. p. 621 sq. — E. Re- 
nan, L'avenir de la sciei^ce, passim. 

G. Cantecor, Morale théorique et 7iotions historiques : Dix-huilième siècle, 
p. 273 sq. — BouGLÈ et Beacmer, Choix des moralistes français : Introduction 
et passim. — L. Levrault, Auteurs français : Voltaire, p. 378-581. — F. Hémon, 
Cours de littérature : Voltaire, ^ VI, p. 37 sq. : les Idées générales de Voltaire 
jdiilosophe. — Lanson, Voltaire, passim et surtout, ch. IX S(|., p. 162 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : Personne n'ignore avec quelle sévérité Voltaire a 
jugé la métaphysique ; ce qu'il appelait la philosophie, c'était 
plutôt l'ensemble des sciences. Toutefois il n'est pas exact 
de dire que V^oltaire est un sceptique; on l'a caractérisé 
plus exactement en disant qu'il est « un douteur », comme 
Descartes. 

lo — 11 part d'une certaine quantité de notions fondamen- 
tales, de dogmes nécessaires pour constituer un appui à la reli- 
gion et, plus encore, à la morale naturelle : l'existence de Dieu, 
l'existence de l'àme et de la matière, l'existence du devoir et 
de la liberté. Ces dogmes, Voltaire ne les approfondit pas : il 
ne s'élève jamais juscju'à la métaphysique. Kn Angleterre, il a 
admiré non pas seulement le théâtre de Shakespeare, mais 
encore la philosophie de Locke, qui est devenue pour lui, comme 
pour tout son siècle, la véritable philosophie. Or, Locke born<i 



VOLTAIRE. 169 

la philosophie à la pure psychologie et à l'histoire naturelle 
de l'esprit humain. (Voir le sujet n° 157, p. 205.) 

2° — Cette philosophie peut-elle servir de base à une mo- 
rale? Voltaire se refuse, comme tous les « philosophes » du 
xvHi« siècle, à admettre une morale d'origine religieuse. Pas de 
morale philosophique, pas de morale religieuse. Voltaire ten- 
dra surtout à établir la morale du sens commun. C'est le sens 
• ommun qui fournit les dogmes dont nous avons parlé, depuis 
(•elui de l'existence de Dieu jusqu'à celui de la liberté. 

30 — Par suite : a) Voltaire se trouve dans une situation 
intermédiaire entre le matérialisme et le spiritualisme : l'Être 
suprême existe, cela suffit (citations). 

h) De même, il se tient à égale distance de l'optimisme et 
du pessimisme ; sans doute le mal existe, il faut le combattre 
de toutes ses forces, mais l'idée du progrès n'est pas une chi- 
mère, il y aura dans notre monde une série d'améliorations 
ininterrompues (citations). 

c) Enfin, s'il n'est pas très afhrmatif sur le caractère de 
la vie future, sur le sort des âmes après la mort, toujours est- 
il qu'il place en Dieu l'explication dernière de tout. Voltaire a 
combattu l'athéisme non parce que l'athée ne croit pas en 
Dieu, mais parce qu'au point de vue social et utilitaire, fathéisme 
lui paraît insensé et pernicieux (citations). 

40 — Aussi Voltaire n'est-il pas troublé par l'idée de Dieu : 
il ne prêche même pas la nécessité de l'adorer. Il dit : « Il 
nous juge sur nos vertus et nos pas sur nos sacrifices. » 
Autres citations.) 

On voit comment on a pu reprocher à la morale de Vol- 
taire, qui est celle du bon sens, de manquer de tendresse. Au 
fond elle se réduit à une confiance suffisante dans l'Être 
suprême, et par suite dans la nature que f Être suprême ne 
saurait avoir faite mauvaise. 

5° — On essaye d'opposer la morale de \ oltaire aux divers 
actes de sa vie. Nous devons reconnaître que Voltaire a eu ses 
défauts, comme tout le monde. Mais il n'en a pas moins aimé 
l'humanité. Au point de vue des mœurs publiques, au point de 
vue de la vie sociale, le progrès du xvin* siècle est dû en grande 
partie à Voltaire. C'est en partant de cette morale du sens 
commun qu'il a prêché toutes les belles idées auxquelles il a 
attaché son nom. (Voir le sujet no 163.) 
Conclusion : Voir le sujet suivant. 

RousTAN. — Le AT///' siècle. 10 



170 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

216. Cohésion de Tœuvre philosophique 
de Voltaire. 

Matière, — « L'œuvre philosophique de Voltaire a plus de cohé- 
sion qu'on ne le croit quelquefois.... Sa philosophie forme un sys- 
tème lié. » Ainsi s'exprime F. Brunetière dans le Manuel de l'his- 
toire de la litlérature fançaise (p. 347-352). 

Pouvez-vous, d'après vos lectures, dégager les idées maîtresses 
de la philosophie de Voltaire, et en montrer nettement la chaîne? 

Conseils. — On pourrait partir du passage suivant : « Au fond, 
malgré les apparences de la diversité, l'œuvre de Voltaire est une. 
Voltaire est avant tout un philosophe, qui n'a rien inventé peut-être, 
mais qui a merveilleusement profité de tout le travail antérieur et 
suivi avec une attention sans cesse en éveil le mouvement de son 
siècle, habile plus que personne â éclaircir, à transformer, à rendre 
pratiques des idées qui sans lui auraient avorté ou réussi beau- 
coup plus tard. Homme d'action autant que de pensée, traduisant 
en lui toutes les tendances essentielles du génie français qui a aimé, 
dans ses grandes époques, cette union de la pensée et de l'action, 
■comparable par là à Bossuet en dépit de toutes les dissemblances. 
Voltaire a défendu quelques idées qui se retrouvent dans toutes ses 
ceuvres. En ces dernières années, il a été de mode, parmi nos 
beaux esprits, de dénigrer et de railler sa philosophie; on a repris 
et développé contre hii les attaques de Joseph de Maistre. Cepen- 
dant, si Voltaire se méfie des religions, c'est qu'il a horreur des 
sectaires, c'est qu'il croit avant tout à la raison. Il est pour la paix 
■contre toutes les guerres; il croit à une intelligence universelle, 
mais par-dessus tout il croit à la nécessité de constituer une morale 
purement humaine, faite par les hommes et pour eux, étrangère 
et par suite supérieure aux dogmes, fondée sur la raison et condui- 
sant à la justice. Son œuvre n'est pas seulement négative; de 
chacune de ses critiques se détache un conseil exprimé ou sous- 
entendu. » (Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, 
ch. XX, p. 640.) 

Après avoir lu un certain nombre d'œuvres de Voltaire, et, à 
défaut, plusieurs des éditions de Morceaux choisis que nous avons 
entre les mains, c'est à nous de dégager les idées essentielles pour 
montrer que l'œuvre philosophique de Voltaire « a plus de cohésion 
qu'on ne le croit quelquefois ». Quel que soit l'ordre dans lequel 
nous les grouperons, nous verrons qu'elles se réduisent à un cer- 
tain nombre. d'idées importantes : Voltaire ne veut point faire de 
métaphysique, et il a donné de cette partie de la philosophie des 
définitions parfois fort amusantes :« La métaphysique contientdeux 
choses : la première tout ce que les hommes de bon sens savent, 



VOLTAIRE. 171 

la seconde ce qu'ils ne sauront jamais.... Les disputes métaphy- 
siques ressemblent à des ballons remplis de vent que les combattants 
se renvoient. Les vessies crèvent, l'air en sort, il ne reste rien ». 

Sur toutes les hautes questions de la philosophie il s'en tient 
donc à un prudent probabilisme ; d* là sa conception de Dieu : « Je 
me range à l'opinion de l'existence de l'être* suprême comme la 
plus vraisemblable et la plus probable. «Ajoutons : comme la plus 
utile au bon ordre : « L'athéisme peut causer autant de mal que 
les superstitions les plus barbares ». 

Ce déisme s'oppose à toutes les religions et, en particulier, au 
catholicisme : inutilité du dogme parce que, prétend Voltaire, toutes 
les religions ont la même morale ; dangers de la religion catho- 
lique parce que, selon Voltaire, le pouvoir spirituel cherche con- 
stamment à opprimer le temporel, parce que les vertus chrétiennes 
de Tascétisme et du renoncement sont contraires aux vertus 
sociales et aux progrès de l'humanité, parce que le catholicisme 
menace et détruit la pensée libre, parce qu'il a versé dans l'histoire 
des flots de sang. * 

D'ailleurs il n'y a aucune contradiction entre ces affirmations de 
Voltaire et l'éloge qu'il fait souvent de Jésus-Christ : «On a changé 
la doctrine céleste de Jésus-Christ en une doctrine inferr^ale. » 
C'est par sa morale la'ique que Jésus-Christ paraît sublime à 
Voltaire, et c'est à cette morale que le philosophe ramène 
tout. « Je ramène toujours autant que je peux la métaphysique à 
la morale. » 

La supériorité de la morale sur la religion, c'est, d'après Voltaire, 
que la première unit, la seconde divise. Nombreux passages dans 
lesquels est marquée cette opposition. 

Cette morale est une morale exclusivement civile : « La vertu et 
le vice sont ce qui est utile et nuisible à la société ». Nombreux 
passages où on rencontre des affirmations de ce genre. 

Comment cette morale est bien celle du xviiie siècle ; comment 
elle se constitue par opposition à la morale religieuse du xvn«; 
comment elle est incomplète, puisqu'elle a ce principe à la base : 
« Le bien de la société est la seule mesure du bien et du mal 
moral ». 

En revanche, grandeur de cette morale; comment Voltaire défend 
les vertus qui servent au bien de la société : a) par ses œuvres ; sa 
théorie du progrès; comment il s'oppose à Rousseau; comment la 
société, institution naturelle, impose à tous ses membres le devoir 
de l'améliorer de plus en plus; b) par ses actes : Voltaire avocat des 
vertus sociales devant le tribunal de l'opinion publique. 

Conclusion : La philosophie de Voltaire forme bien « un système 
lié »; non content de résumer toutes les idées de son temps sous 
une forme portative « il en a vu les rapports sommaires », « indiqué 
les liaisons suffisantes, il les a rattachées les unes aux autres ». 
(Brunetière, ouvrage et passages cités, p. 351, 352.) 



1*2 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



217. Les (( philosophes » et la métaphysique. 

Matière. — On lit dans VÉpîlre aux Fidèles par le grand apôtre 
des Délices, la recommandation suivante : « Il esta souhaiter qu'on 
ne se jette point dans la métaphysique, que peu de personnes 
entendent, et qui fournit toujours des armes aux ennemis. » (Épître 
aux Fidèles par le grand apôtre des Délices. Lettre du 2 juillet 
1763 à Helvétius, éd. Beuchot, t. LXl, p. 83.) 

Connaissez-vous d'autres attaques de Voltaire et des philosophe? 
contre la métaphysique? Gomment s'expliquent-elles? 

218. Une restriction à la liberté de pensée. 

Matière. — « Le prince philosophe, déclare Voltaire, encouragera 
la religion qui enseigne toujours une morale pure et très utile aux 
hommes; il empêchera qu'on ne dispute sur le dogme, parce que 
ces idées n'ont jamais produit que du mal » [La voix du sage et du 
peuple, édit. Beuchot, t. XXXIX, p. 348.) 

Que pensez-vous de cette façon d'entendre la liberté de la pensée? 
Comment expliquez-vous que Voltaire et les philosophes aient 
demandé cette restriction à la liberté? 

Lectures recommandées : Voyez les sujets no» 215 sq. et la Table de l'cdition 
Beuchot, t. LXXVII, p. 47, article : Liberté dépenser. 

2i9. Une maxime de Voltaire. 

Matière. — 

Soyez juste, il suffit : le reste est superflu. 

Ce« vers de Voltaire vous paraît-il contenir une i^ègle suffisante 
pour la conduite de la vie? 

Conseils. — Il est évidentque vous devez tenir le plus grand compte 
de l'auteur de la maxime. (Cf. Roustan, La Composition française: 
la Dissertation littéraire, p. 26 sq. ; la Dissertation morale, p. 30 sq.) 
Vous vous demanderez s'il y a ou non opposition entre des vers 
tels que celui qui précède et des vers tels que celui-ci qui est pris 
dans Voltaire môme : 

C'est peu d'être équitable : il faut rendre service. 

Rendre service, ce n'est donc pas ôtre équitable ? Etre juste, ce 
n'est donc pas être bon, humain, etc.? Rappcloz-vous lebeaupoôme 
<1»' Hii^'o, intitulé : « Kraternit»' », qui se termine ainsi ; 



VOLTAIRE. 173 

Tu me crois la Pitié; fils, je suis la Justice. 
{L'Arl d'être grand-père, édit. Hetzel et Quantin, t. XIII, p. 287.) 

On consultera avec fruit les ouvrages de morale indiqués au 
numéro 72, p. 60 sq. 



220. Optimisme, pessimisme, humanité. 

Matière. — 

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance, 
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion ! 
{Poème sur le Désastre de Lisbonne, édit. Beuchot, t. XII, p. 202.) 

Pouvez-vous, en vous appuyant sur ce poème et sur d'autres 
œuvres de Voltaire, montrer à quelle distance il s'est tenu de l'opti- 
misme et du pessimisme, et comment sa philosophie fut « humaine » 
par le sentiment des misères présentes et l'espoir dans les progrès 
futurs? 

Conseils. — Voici comment Paul Albert commente les deux vers 
du philosophe {La Littérature française au xvni^ siècle : Voltaire, 
p. 152 sq.) :« L'optimisme au fond ne peutle satisfaire absolument. 
Nest-ce pas une des formes du fatalisme ? Si tout est pour le mieux 
dans le meilleur des mondes possible, à quoi bon se tourmenter, 
travailler, lutter? Croisons-nous les bras; assistons indifférents et v 
résignés au développement régulier et impénétrable des combinai- 
sons divines. Mais quoi ? Que devient le ressort de l'activité humaine ? 
Est-ce pour n'en pas faire usage que Dieu a mis en nous ces éner- 
gies, cet ardent désir du mieux, cette foi dans le progrès humain? 
Ce progrès, l'optimisme semble l'ajourner à une date que le faible 
entendement humain ne peut concevoir, il l'acceptera cependant : 

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance. 

« Mais, ce qu'il ne veut pas, cest que l'on déclare que tout est 
bien dès à présent : 

Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion! 

«Non, tout n'est pas bien. Il y a des erreurs à combattre, des pré- 
jugés à détruire, des vérités à annoncer. L'ignorance, le fanatisme, 
les misères de tout genre, les tyrannies pèsent sur les mortels et 
les écrasent. Quelle dérision de leur dire : l'ensemble des choses 
vous échappe ; tout est bien au point de vue de l'harmonie univer- 
selle ! Ceci encore est de la métaphysique, du roman. Le monde est 
une énigme; mais ce qui est certain, c'est que l'homme n'est pas 
fait pour languir dans l'inertie. A l'œuvre donc, et, puisque le mal 

10. 



174 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

existe certainement, pour nous du moins, diminuons la somme du 
mal. La devise de l'homme ne sera donc pas : « Tout est bien »; 
elle sera : « Que tout soit bien ou mal, taisons que tout soit mieux. » 
La solution du problème final est réservée ; les problèmes de la 
vie de chaque jour sont hardiment abordés et résolus. Voilà la 
correction que Voltaire propose à l'optimisme. Il s'incline devant la 
toute-puissance de Dieu : 

Je ne sais que souffrir et Jion pas murmurer, 

mais il ne croit pas l'offenser en usant des dons qu'il en a reçus 
pour servir ses semblables, et il garde au cœur l'espérance : 

Un calife autrefois, à son heure dernière, 
Au Dieu qu'il adorait dit pour toute prière : 
« Je t'apporte, ô seul roi, seul être illimité, 
Tout ce que tu n'as pas dans ton immensité. 
Les défauts, le regret, les maux et l'ignorance. » 
Mais il pouvait encore ajouter Vespé7'ance . 

« L'espérance ! Ce n'est pas tout à fait la foi. 11 n'est pas allé 
jusque-là. Il disait que de toutes les fables de l'antiquité la plus 
belle était celle de Pandore. » 



221. Voltaire critique littéraire. 

Matière. — Voltaire critique a souvent été accusé d'avoir montré 
une science imparfaite, une partiahté fâcheuse, et surtout les pré- 
jugés d'un classique intransigeant ou même d'un néo-classique. 
Tout en faisant la part de ces reproches, vous examinerez si les 
qualités de Voltaire ne lui assurent pas une place tout à fait dis- 
tinguée dans l'histoire de la critique littéraire de notre pays. 

Lectures recommandées ; Voir les bibliographies des n»» lo3 sq. 

Lire plus spécialement : Lanson, Voltaire, ch. V, p. 84 sq. ; ch. IX, p. 202 sq. — 
F. Hémon, Cours de littérature : Voltaire, La Correspondance de Voltaire, 
I IV, p. 24 sq. — L. Levrault, Auteurs français : Voltaire, La Critique littéraire, 
p. 583 sq. 

Ajouter: Vermer. Voltaire grammairien. — Alexis François, La Grammaire 
du purisme et l'Académie au xvuie siècle. — Gohin, Les Transformations de 
la langue française pendant la deuxième moitié du xvni* siècle. 



Plan proposé : 

Exorde : Délinition du critique par Voltaire : « Un excel- 
lent critique serait un artiste qui aurait beaucoup de science 



VOLTAIRE. 17î^ 

et de goût; sans préjugés et sans envie. » Exagération des re- 
proches, vrais sans aucun doute, adressés à Voltaire critique - 
manque de science, partialité, préjugés de son classicisme. 
Gomment les trois ordres de reproches se confondent souvent. 
Ici, nous nous occuperons surtout de ses préjugés de classique 
ou même de néo-classique. 

1° — Première cause : la discipline littéraire des Jé- 
suites. Voltaire et ses maîtres. Combien il leur doit. Gomment 
il a fait ses humanités à Louis-le-Grand : 

a) L'âme grecque lui es-t inconnue. Le sens de l'antiquité 
grecque lui manque. Get adversaire de La Mottejuge Homère de 
la même façon que La Motte : il préfère Le Tasse et l'Arioste. 
Pindare « le premier violon du roi de Sicile » est « un chantre 
de combats à coups de poing ». (Boileau, s'il prêtait gratuite- 
ment à Pindare « un beau désordre » et s'il ne comprenait pas 
tout Homère, admirait du moins l'un et l'autre.) Différence 
avec le classicisme. 

6) Les Latins lui sont connus par Virgile, et par Horace surtout. 
G'est de là que Voltaire tire son idée de la perfection antique. 
Les qualités d'ordre, de bon goût, de fini, le frappent à l'ex- 
clusion des autres. Le fond passe au second plan. Différence 
entre l'imitation de l'antiquité suivant les classiques et sui- 
vant Voltaire. Sa Henriade sera « calquée » sur VEnéide. 

2° — Voltaire ne voit l'antiquité qu'à travers le siècle d'Au- 
guste et le xvii*^ siècle, il ne voit la littérature française qu'à 
travers les quelques années qui vont de 1660 à 1700. Sans 
doute, il lui arrive de juger les grands « classiques » avec 
quelque indépendance. Mais c'est bien pour lui la période 
unique de la perfection : protection du roi — état du public — 
qualités de naturel, de force, de noblesse, et aussi de régula- 
rité, de pureté, d'élégance. Le culte de Voltaire pour cette 
époque. 

S° — On reproche à Voltaire d'autres défauts : 

a) Ignorance (relative d'ailleurs et le plus souvent moins 
complète que celle des classiques) à l'égard des écrivains qui 
ont précédé le grand siècle ; 

b) Partialité, qui vient de ce que l'artiste ne goûte chez les 
autres que ses propres qualités : à quelles qualités il est 
sensible — de quels mérites il n'est pas touché (son opinion 
sur V enthousiasme, etc.). 

4° — De là, les imperfections de sa critique : 

a) Au point de vue des idées (ce qu'il entend par le goût; 



176 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ses idées sur la poésie épique : « le génie n'a qu'un siècle »...). 

b) Au point de vue des éloges qu'il décerne : Saint-Héal, 
Quinault, Molière. 

c) Surtout au point de vue des reproches qu'il adresse aux 
écrivains : Boileau, Pascal, Bossuet, Corneille, La Fontaine... 

5° — Mais cela ne lui enlève pas ses mérites : 

a) Souvent injuste quand il blâme, il est plus souvent digne 
d'approbation quand il loue. Goût non pas très large, mais sûr. 
Rapidité du coup d'œil, finesse de l'impression, verve alerte et 
déliée. Il loue ce qu'il aime, et ce qu'il aime il le voit bien 
[Athalie). 

b) Ses jugements en matière de langue. Qualités excellentes 
qu'il loue du fond du cœur, qu'il met en pratique, qu'il per- 
çoit vite et nettement chez les autres. 

c) Quelques exemples tirés du Siècle de Louis XIV, chapitre 
des Beaux- Arls; Fénelon, Racine, La Bruyère. 

6^ — 11 a d'ailleurs d'autres mérites qui lui permettent 
d'échapper à ses préjugés trop étroits, quelle que soit leur 
origine : 

a) La curiosité de Voltaire. « L'originalité de V^oltaire, c'est 
son instinct de curiosité. C'est par là que, de tous côtés, il 
échappe à ses faiblesses. » (Faguet, Dix-huitième siècle : Voltaire, 
p. 244 sq.) Voltaire fureteur de génie. Comment et pourquoi 
son néo-classicisme est quelquefois plus tolérant que le classi- 
cisme de Boileau (cf. I6iV/.. p.244,245). Chercher des exemples. 

b) En particulier, le chapitre des beaux-Arts indique un 
efïort intéressant pour marquer les étapes de l'histoire litté- 
raire de la France dans cette période décisive. Comment cette 
imparfaite histoire de la littérature est plus satisfaisante 
comme histoire de la langue. De Malherbe à Racine, de Lin- 
gendes à Pascal : les ouvriers du classicisme. Un ancêtre 
des évolutionnistes contemporains. 

c) Amour de Voltaire pour les lettres. 

Conclusion : Faiblesses, mais valeur de la critique de Vol- 
taire. « Tout compte fait, écrit M. Faguet, sa critique, quoique 
en son fond plus étroite que celle de Boileau, a quelques échap- 
pées pour ne pas dire hardiesses, et quelques saillies assez 
heureuses » [Ouv. cit., p. 245). Nisard, luttant pour le classi- 
■cisme, déclarait à propos du chapitre des Beaux-Arts : « Rien n'a 
vieilli des jugements sommaires et pourtant si pleins qu'il a 
portés; la ci'itique la plus profonde ne réussit qu'à nous en 
donner les motifs. )> {Histoire de la littérature française, t. IV, 



VOLTAIRE. 177 



p. 372.) De ces deux jugements, le premier est peut-être le 
plus vrai, mais si la critique contemporaine est plus sévère 
que Nisard, elle reconnaît Voltaire comme un précurseur, et 
le place sur le même rang que l'auteur des Caractères dans son 
chapitre : Des Ouvrages de lesprit. 



222. Voltaire, juge des écrivains du 
XVir siècle. 

Matière. — Apprécier les jugements portés par Voltaire sur los 
grands écrivains du xvii« siècle. 

Conseils. — Sujet très vaste, et souvent proposé aux examens. 
Il ne suffisait pas, croyons-nous, pour le traiter de connaître les 
jugements portés par Voltaire dans son ouvrage : le Siècle de 
Louis XIV. Mais dans un examen ou un concours, où Ton n'a pas 
sous la main une édition complète des Œuvres, nous pensons que 
cela sufïirait sans aucun doute. 

On aura les idées essentielles dans les ouvrages déjà indiqués, et 
spécialement dans L. Levrault, Auteurs français: Voltaire; les 
extraits, la critique littéraire, p. 583 sq. On aurait tort de s'imaginer 
que la dissertation s'y trouve toute faite. Voyez M. Roustan, La 
Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, 
ch. IV, I I sq.. p.'43sq. 

223. La sévérité de Voltaire pour Corneille. 

Matière. — Gomment expliquez-vous les sévérités de Voltaire 
pour Corneille dans son Commentaire? No\x?> vous servirez de sa 
Correspondance pour montrer exactement quelles sont ses inten- 
tions, et vous ferez voir, par des exemples, les imperfections de la 
critique de Voltaire juge de Corneille. 

Lectures recommandées : Voltaire, Commentaire, et Table de l'édition Beu- 
chot ou Moland ; Commentaire, édition classique de Fîrmin Didot. — M. Roustan, 
La Littérature française par la dissertation, t. I, sujets n»» 45 sq., p. 62 sq. 
— E. LiNTiLHAc, Précis historique et critique de la littérature française, t. II. 
ch. IX, p. 227-229. 



224. Voltaire admirateur de Corneille. 

Matière. — « Non seulement on doit à Corneille la tragédie, la 
coraédio, mais on lui doit l'art de penser... » Ainsi s'exprime Vol- 



178 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

taire dans son Commentaire : Préface du commentateur sviv Suréna 
(édit. Beuchot, t. XXXVI, p. 428). 

Ce n'est pas le seul éloge que Voltaire ait tait de Corneille, et il 
a souvent dit son ad-miration pour les beautés cornéliennes « qu'au- 
cune jiation n'a égalées ». {Réponse à un académicien^ édit. Bouchot,^ 
t. XLI, p. 528 sq.) 

Groupez un certain nombre de passages où Voltaire témoigne 
pour Corneille une admiration éloquente, et concluez que peu de 
critiques ont plus vivement senti la grandeur de l'immortel génie 
« dont les défauts n'ont diminué ni le mérite ni la gloire » [Ibid.]. 

225. Voltaire réfuté par Maury. 

Matière. — Dans le passage célèbre où Voltaire déclare que le 
génie n'a qu'un siècle, et qu' « à peu près vers le temps de la mort 
de Louis XIV, la nature sembla se reposer », il dit en particulier de 
l'éloquence de la chaire et surtout de celle des Oraisons funèbres : 
« Les vérités morales une fois annoncées avec éloquence, les 
tableaux des misères et des faiblesses humaines, des vanités de la 
grandeur, des ravages de la mort, étant faits par des mains habiles, 
tout cela devient lieu commun. On est réduit ou à insister ou à 
s'égarer. » 

Le cardinal Maury a répondu plus tard à Voltaire, en ce qui con- 
cerne d'abord sa thèse générale, puis en ce qui regarde ses idées 
sur les causes de la décadence de l'éloquence religieuse au 
wnie siècle. 

Maury affirme que Voltaire « parle de la nature en poète et non 
pas en métaphysicien », et il donne les explications suivantes : 

1° a) Les dons du génie ne coûtent pas à la nature le moindre 
effort, elle n'a donc pas besoin île repos pour les reproduire, donc 
ils ne l'épuisent pas. 

b) Le génie n'est pas condamné par la nature à dégénérer 
après un siècle de gloire. 

2" a) Les vérités morales, qu'un orateur peut traiter sous tant 
«l'innombrables rapports, ne partagent pas l'épuisement très réel des 
combinaisons dramatiques, quand les tableaux « ont été faits par 
des mains habiles ». 

b) La composition des Oraisons funèbres surtout est au con- 
traire par la diversité des talents, des intérêts, des états, des 
relations, des événements et des circonstances, le plus inéj)uisable 
des genres oratoires, celui de tous qu'il est le plus facile de vaiior. 
(le rajeunir en France. 

Que pensez-vous de cette réfutation de Muuiy / [h,s.s(ii sur 
Véloquence de la chaire, l. 1, p. 114, note.) 

Conseils. — Voir le sujet suivant n^ 226. 



VOLTAIRE. 179 

226. Causes de la décadence de l'éloquence 
religieuse au XVIir siècle. 

Matière. — Dans son Essai sur l'éloquence de la chaire, t. J, 
ch. XXII, p. 111 sq., le cardinal Maury, se refusant à assigner à la 
faiblesse de l'éloquence religieuse les mêmes causes que Voltaire, 
donne les raisons suivantes de la décadence du genre : 

a) L'affaiblissement toujours croissant des principes religieux, 
« qui n'a cessé de refroidir depuis la Régence, avec l'intérêt du 
public, l'émulation des prédicateurs » ; 

b) Les « fatales contestations du jansénisme qui ont éloigné de 
cette carrière des talents supérieurs, en favorisant par nos débats 
les progrès si déplorables de l'irréligion » ; 

c) « La privation presque absolue des grands et nombreux encou- 
ragements qui avaient appelé et exalté les orateurs du premier 
ordre dans cette route, sous un gouvernement créateur qui faisait 
naître de grands hommes dans chaque genre, en les mettant tous 
à leur place » ; 

d) La nature, qui, « en accordant des talents très distingués aux 
principaux successeurs des oracles de la chaire, ne s'est pas mon- 
trée aussi prodigue de ses faveurs envers la génération qui les a 
remplacés » ;• 

e) Le fait que « les prédicateurs célèbres du wiu^ siècle, dont la 
plupart étaient nés avec assez de sagacité et de justesse d'esprit 
pour pouvoir se distinguer dans une autre carrière littéraire, se 
mirent encore par leur propre faute dans l'impossibilité la plus 
manifeste d'égaler leurs prédécesseurs ». Ils n'eurent plus « ce 
goût du beau, ce goût simple, naturel, mâle et sain, ce bon goût de 
l'antiquité pour laquelle la vraie beauté était la force, et qui n'accor- 
dait que du dédain soit au style guindé, tendu, épigrammatique où 
chaque phrase (car on ne peut pas dire chaque période) montre 
l'ambitieuse recherche d'un trait fin et brillant, soit au tourment 
que se donna un rhéteur pour exprimer avec emphase et prétention 
des idées subtiles, fausses, vagues ou communes ». 

f) Le fait que « journellement répandus dans la société, où l'on 
peut devoir sa fortune à cette sagacité laborieuse qui rend un 
homme utile » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, Valincourt, chap. 
Des écrivains), mais où le talent ne gagne rien pour sa gloire, — ils 
ne firent plus une étude aussi approfondie de la religion, de l'an- 
cienne et savante littérature ; ils ne se consacrèrent plus si exclu- 
sivement à un genre et à un ministère qui exigent, au moins 
pendant les dix premières années, l'entière application de l'orateur 
qui veut s'y dévouer » 

g) « Non seulement, dit encore Maury, ce beau ministère est ainsi 
déchu de sa première splendeur, mais nos nouveaux orateurs sont 



180 LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 

aussi restés au-dessous deux-mômes, au-dessous des talents que 
leur avait départis la nature, et qui leur eussent assuré une tout 
autre renommée, si, connaissant mieux les dons du ciel, ils avaient 
su ou voulu en faire usage. » 

Que pensez-vous de ces explications du cardinal Maury ? Exami- 
nez-les, développez- les sobrement, discutez-les. 

Conseils. — Voyez dans la collection. Les Genres littéraires : 
M. Roustan, l'Éloquence, ch. V, L'éloquence au xvm^ siècle, p. 53 sq, 
et bibliographie, p. 66, et sur l'abbé Maury : Ibid, p. 74. Voyez 
aussi VEssai sur Véloquence de la chaire,- qu'on aurait grand tort 
de dédaigner. 



227. « Le génie n'a qu'un siècle. » 

Matière. — Que pensez-vous de celte réflexion inspirée à Vol- 
taire par l'état de la littérature française sur la fin du siècle de 
Louis XIV : « Le génie n'a qu'un siècle, après quoi il faut qu'il 
dégénère. » 

Est-il forcé que le génie n'ait qu'un siècle? Est-il vrai qu'au len- 
demain de certains chefs-d'œuvre les écrivains soient « réduits 
à imiter ou à s'égarer » ? 

Conseils. -- Nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'étudierce 
sujet. Cf. M. Roustan, La Composition française : la Dissertation 
littéraire, ch, II, | IV, p. 28 sq. ; Rayot et Roustan, La Composition 
littéraire, psychologique, etc.. à l'usage de l'enseignement secon- 
daire des jeunes filles* p. 110 sq. Nous avons largement mis à 
profit le très remarquable RappoyH d'Eugène Manuel, qui présidai! 
le jury de l'un des concours où ce sujet fut proposé. 



228. Images et précision (*). 

Matière. — « Images et précision, dit Voltaire, ces deux mots 
sont toute une rhétorique. » 
Apprécier cette pensée. 

Conseils. — Voir les divers volumes de notre collection : l.it 
Composition française, surtout : Élocution. 



(1) Nous avons donné dans notre collection : La Comj)osition française (7 vol. 
in-18), un grand nombre de règles de style eniprunlécs à Voltaire, et nous les 
avons souvent commentées. C'est une raison pour que nous ne voulions pas mul- 
tiplier ici les sujets de ce genre. 



VOLTAIRE. 181 

229. Une règle de Voltaire pour juger les vers. 

Matière. — Que pensez-vous de la méthode recommandée par 
Voltaire pour juger les vers bons ou mauvais? 

« Pour être bons, les vers doivent avoir l'exactitude de la prose. 
Pbur juger s'ils sont mauvais, mettez-les en prose, et si cette prose 
est incorrecte, les vers le sont aussi. » {Commentaire : Polyeucte, 
acte I.) « Que le lecteur applique cette remarque à tous les vers qui 
lui feront de la peine ; qu'il tourne ces vers en prose ; qu'il voie si 
le sens est clair, s'il est vrai, s'il n'y a rien de trop ni de trop peu ; 
et qu'il soit sûr que tout vers qui n'a pas la netteté et la précision 
de la prose la plus exacte, ne vaut rien. » ilbid : Seî'foi'ius, acte I.) 

Conseils. — Après avoir lu les ouvrages indiqués précédem- 
ment (no 221), et en particulier les livres de Sainte-Beuve, de 
Brunetière, de MM. Faguet, Hémon, etc., il sera facile de rattacher 
ces idées de Voltaire à l'ensemble de ses théories, et de préciser en 
quoi elles appartiennent bien à un siècle qui n'est certes pas un 
siècle poétique. (Voy. les sujets n°^ 11 sq., p. 9 sq.) 

Je renvoie, pour la partie générale, à La Littérature française 
par la dis?,er talion, t. IV, sujets relatifs à la poésie et à la langue 
poétique. 

J'indiquerai ici un certain nombre d'erreurs, signalées par le 
jury d'un concours dans lequel ce sujet avait été proposé. Le 
moyen le plus sûr était, dans la pensée des examinateurs, de véri- 
fier la valeur de cette règle imposée en même temps par Voltaire 
au critique et au poète, en l'appliquant à un certain nombre de vers 
de caractères différents. On aurait facilement constaté que, si le 
procédé est utile pour « éprouver » un certain nombre de vers 
« dont l'éclat et le retentissement cachent ou dissimulent à demi 
le vide, ou le vague, ou l'obscurité » (part de vérité), le même 
procédé arrive à défigurer complètement des vers très poétiques, 
« par certaines nouveautés ou audaces heureuses de langage », par 
des beautés « aussi légitimes que hardies » ; ces vers « destitués 
de la césure, du rythme et de la rime » étaient altérés, par" le 
moyen que recommandait Voltaire, au point de devenir mécon- 
naissables (part d'erreur). 

En d'autres termes, les examinateurs pensaient que, formés par 
de bonnes méthodes, les candidats, loin de disserter dans le vague, 
s'appuieraient sur des exemples assez nombreux et bien choisis. 
(Cf. Roustan, La Composition française : la Dissertation littéraire. 
Invention, ch. IV, p. 43 sq.) Or, voici les critiques des examina- 
teurs : « Au lieu de prendre cett-e voie, la plus simple, la plus com- 
mode même, presque toujours on s'est borné à des vues générales, 
qui, d'ailleurs, appartenaient au sujet, sur les différences essen- 

Roustan. — Le XVIII^ siècle. 11 



182 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

tielles de la poésie et de la prose; on s'est élevé contre cette sorte 
d'assimilation de l'une à l'autre, au nom de la liberté du poète, 
des droits de son inspiration, des prérogatives de sa langue, des 
enchantements de sa musique. On l'a fait dans quelques travaux 
avec assez de méthode et de suite, dans la plupart avec peu de 
précision, peu d'ordre et peu de mesure. Voltaire, à ce propos, a 
essuyé d'ardentes réclamations, de rudes reproches, celui de sens 
critique fourvoyé, de goût rétréci par une aveugle et fâcheuse pré- 
vention en faveur de la prose, celui de « n'avoir pas l'âme poétique ». 
On n'a pas manqué de mettre en cause son œuvre de poète, comme 
répondant trop souvent, par l'indigente sagesse, par la sèche pré- 
cision des formes, par toute une veine de prosaïsme, à cet article 
paradoxal de sa poétique, à l'esprit du critérium en litige. Sans 
doute il y avait là certaines analogies à saisir, quelques vérités 
justes à dire, à condition de le faire délicatement, avec le tact, avec 
les ménagements qui s'imposaient envers la vive imagination, 
l'heureux génie à qui l'on doit VEjjître à Horace, les Discours sur 
l'homme, tant d'exquises poésies légères, et pourquoi ne pas ajou- 
ter tant de belles scènes de Zaïre, de Merope?^y> 

Bien entendu, après avoir « éreinté » sans ménagement Voltaire, 
on glorifiait sans mesure les poètes du xix« siècle. Le « Rapport » 
ramène les choses au point : « Si l'on avait tout droit d'opposer, 
comme beaucoup ont pris plaisir à le faire en finissant, à ce culte 
exagéré, débordant, de la prose dans l'esthétique de Voltaire et 
dans la littérature de son temps, au dépérissement, qui ne peut être 
contesté, de la poésie parmi la société polie et raisonneuse du 
xvm^ siècle, le puissant réveil d'imagination, la renaissance poétique, 
les riches moissons |xi"i^'^"5s du nôti-e, là encore il y avait mesure à 
garder, réserves à observer dans l'expression des admirations les 
plus légitimes. En glorifiant, selon leurs mérites, les grands poètes 
de notre âge, il eût été bon de rappeler en passant ce qu'ils ont 
souvent perdu à vouloir se créer une langue plus poétique, plus 
distincte de la prose, que ne le comporte au fond le génie de notre 
idiome; et il eût été piquant de montrer comment, même aujour- 
d'hui, pourrait être utilisée la pierre de touche imaginée par Vol- 
taire, en rappliquant à propos à certains vers, à tels vers de la 
nouvelle école, éblouissants, prestigieux, mais, à le bien prendre, 
plus riches de couleur et de son que de sens. » 



Plan proposé : 

Exorde : Deux mots de la critique de Voltaire. Son goût, ses 
curiosités, ses lacunes, sa partialité, son classicisme outré. 
Voltaire est un néo-classique ; la preuve en est fournie par ces 
deux passages. Citer les passages. 

1° — La langue de la raison, c'est-à-dire la prose, sert àjuger 



VOLTAIRE. 183 

la langue de rimagination et de la sensibilité, c'est-à-dire la 
poésie. Pour juger un tableau à sa juste valeur, Voltaire nous 
engage à le mettre sous un faux jour : voilà Terreur. 

20 — Part de vérité. En quoi le procédé est utile lorsqu'un 
versu fait de la peine ». Il sert à trouver en quel endroit est 
le défaut qui nous choque à la lecture, et que nous ne pouvions 
préciser d'abord. Donner des exemples. 

3° — Mais c'est loin d'être un procédé infaillible. La poésie 
a « ses privilèges » (Horace). Il y a des images hardies qui font 
la beauté d'un vers, et qui seraient déplacées ou ridicules en 
prose. Rappeler le précepte de Voltaire : « Toute métaphore 
pour être bonne doit fournir un tableau à un peintre. » Opposer 
des exemples pris dans Racine, constamment loué par Voltaire. 

Il me semble que ces murs, ces routes 

Vont prendre la parole [Phèdre.) 

Venez dans tous les cœurs faire parler nos yeux. (Andvomague.} 
Quel débris parle ici de notre résistance. (Iphigénie.) Etc.. 

4° — Expressions et tournures que n'accepte pas la prose 
et qui sont admissibles en poésie. Pour que la clarté revienne 
parfaitement, il suffit d'ajouter les mots nécessaires, mais on 
enlève l'élégance et l'harmonie. Des exemples. 

5° — 11 faut tenir compte des inversions. Ce que rapproche 
la prose, la poésie le sépare et réciproquement. Plus un vers 
est bien frappé, moins on peut déranger un mot sans obtenir 
un effet tout différent. Des exemples. 

6° — Cette théorie se rattache à une théorie plus générale. 
La poésie a toutes les obligations de la prose la plus exacte, 
parce que le principal mérite est celui de la difficulté vaincue : 
« 11 est plus aisé, dit Voltaire, de faire cent vers en toute autre 
langue que quatre vers en français. » 

La poésie de Delille. Le procédé des vers latins, (Voy. le 
sujet n*^ 12.) 

7° — Voltaire a défendu la poésie contre La Motte ; mais il 
était un des génies les plus poétiques d-"un siècle qui ne Tétait 
pas. « De toutes les nations, dit-il, la nôtre est la moins poé- 
tique. » La Motte ne sent pas la différence entre un vers même 
bon, et une ligne de prose même faible. Voltaire la sent, mais 
il confond l'art et la poésie. « En ôtant la difficulté, M. de La 
Motteôtait tout le mérite.» Sa critique est étroiteassurément. 

8" — Depuis Voltaire, nous avons assisté à une magnifique 
floraison de la poésie française. La critique s'est élargie. Nous 



484 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

ne considérons plus que le rythme du vers, les rimes, les 
assonances, les concours de voyelles et de consonnes, les effets 
prosodiques et métriques ne sont que des « accessoires ». Le 
pouvoir « suggestif ^^ des vers dépend de ces « accessoire» » en 
grande partie, et ce pouvoir « suggestif » est essentiel chez un 
poète. Des exemples. 

9° — Mais il y avait à cela des dangers. Lesquels. Et préci- 
sément, le critérium indiqué par Voltaire n'est pas inutile de 
nos jours. A la condition de ne pas le prendre comme infail- 
li ble, il peut nous rendre les plus grands services. Lesquels. 
Des exemples. 

Conclusion : Il ne faut donc pas exagérer. L'affirmation de 
Voltaire n'est pas d'une vérité absolue ; elle n'est pas complète- 
ment fausse, et son procédé est loin d'être devenu tout à fait 
inutile. Tenons compte d'ailleurs que Voltaire, avec son intelli- 
gence admirable, dépasse quelquefois son temps, et ne lui 
reprochons pas de n'avoir pas compris, en plein xvnie siècle, 
que « la poésie est la musique des âmes grandes et sensibles ». 
Cette définition est de l'auteur de Zaïre et de hérope : elle 
est dans le Dictionnaire philosophique. 



230. Voltaire grammairien. 

Matière. — Que savez-vous de Voltaire grammairien, et quelle 
était la valeur de sa science grammaticale? 

lectures recommandées : Voir le sujet n» 221. 



Plan proposé : 

Exorde : 11 est possible de tirer de l'œuvre de V^oltaire non 
seulement une rhétorique et une poétique, mais encore une 
grammaire. 11 fait un cas particulier des érudits et des gram- 
mairiens qui l'ont précédé ou qui vivent à son époque {Siècle 
de Louis XIV), il voit que cette science est renouvelée par la 
philosophie, que les questions d'origine et de formation des 
langues se posent à l'attention générale, qu'on discute sur le 
génie des idiomes nationaux, qu'on recherche les causes de 
l'universalité du français: l'Académie, le public font bon 
accueil aux grammairiens. Et surtout, cet écrivain si difficile 
pour la pureté de la langue devait s'intéresser à l'riuditioii 



VOLTAIRE. 185 

grammaticale. De là, la place très grande de ces questions dans 
Fœuvre du philosophe. 

Quelle était sa compétence? 

1° — Au xvnie siècle, la langue universelle étant le français^ 
on se dispense dapprendre les langues étrangères. Voltaire 
est d'un avis opposé. 11 dit [Du-tionnaire philosophique^ article : 
Gens de lettres) que l'homme de lettres doit connaître Titalien, 
Fespagnol et Fanglais. Il étudie lui-même ces trois langues, 
plutôt d'ailleurs en s'occupant de la littérature que de la tech- 
nique du langage. 

2° — Si les langues étrangères ne sont pas en crédit, les gens 
de lettres savent le latin : ils le savent mal dailleurs. D'Âlem- 
bert et La Harpe sont des traducteurs peu experts, N'oltaire leur 
ressemble à cet égard. Sans doute, il lit ses auteurs jusqu'en 
1773, mais il lit comme ses contemporains, en homme du 
monde ; il fait des fautes quand il écrit du latin, des contresens 
quand il en explique. Surtout il ne connaît pas la langue au 
point de vue philologique. 

3° — Quant au grec, il la mal appris chez les Jésuites, et 
les fautes abondent dans ses citations. C'est un trait commun 
avec les gens de son époque. Joignons quelques mots d'hébreu 
appris avec un rabbin, et résumons : Voltaire connaît l'espa- 
gnol, parle et écrit l'italien et l'anglais, ne s'occupe pas plus 
de l'allemand que Frédéric II et les Allemands eux-mêmes, 
sait peu de grec, un peu plus de latin, mais comme un ama- 
teur et non comme un savant. 

4° — En,^^evanche, il sait son français : « Apprendre plusieurs 
langues médiocrement, c'est le fait du travail de quelques 
années; parler purement et éloquemment la sienne, le travail 
de toute sa vie. >> [Siècle de Louis XIV: Catalogue des écrivains, 
article : Longerue). Il commence dès le collège, il fmit à son 
lit de mort. Les maîtres de Voltaire (le P. Porée, Tournemine, 
Thoulier) n'étaient pas des latinistes exclusivement. Depuis le 
P. Bouhours, les professeurs Jésuites ne sont pas unique- 
ment des cicéroniens. Us ont appris à leurs élèves, d'abord 
à respecter dévotement la langue du grand siècle, puis à écrire 
conformément aux règles d'une critique vétilleuse. 

5° — Comptons enfin que ses connaissances superficielles 
vont être complétées par Fesprit philosophique. Cet esprit sup- 
pléera très imparfaitement sans doute à la science, mais il 
soutiendra \'oltaire quand il- étudiera la formation de notre 
langue, la grammaire en général, l'orthographe, la versifica- 



186 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

tion. Voltaire sera plus porté à raisonner qu'à observer; il 
commettra des erreurs ; mais en définitive ses tâtonnements 
seront utiles à la grammaire générale, et il s'égarera moins que 
tel de ses contemporains qui eut moins de lucidité et de solide 
bon sens. 

Conclusion : Résumé rapide. 

231. Le génie de la langue française 
d'après Voltaire. 

Matière. — Quelles sont, d'après la lettre célèbre à M. Dcodati 
de Tovazzi (24 janvier 1761) et les autres Extraits que vous pouvez 
connaître, les idées principales de Voltaire sur le génie de la langue 
française et sur la supériorité de cette langue comparée aux autres ? 

LectUfes recommandées : Voir dans La Littérature française par la disser- 
tation, tome IV', les sujets généraux relatifs aux caractères de la langue française. 

Voir aussi la collection : La Composition française, divers volumes : Elocu- 
tion, et notamment : Cotiseils généraux, la Lecture, ch. IV, p. 124 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : Quelques mots rapides sur Voltaire grammairien. 
(Voy. le sujet n° 230.) Parmi les problèmes qu'il a abordés, se 
trouve celui du génie respectif des langues ; comparaison entre 
leurs mérites et leurs défauts. L'esprit philosophique peut ici se 
donnerlibre carrière ; aussi ces questions étaient-elles à la mode. 

1» — Comment Voltaire définit-ille «génie » d'une langue? 
Deux définitions qui ne se contredisent pas etqui se complètent. 
{Dictionnaire Philosophique, article : Langues, section 1; Génie 
des langues, éd. Beuchot, t. xxiv, p. 423, et article : Hémistiche, 
même éd., t. xvu, p. 596.), 

2» — Cela posé, toutes les langues ont leur génie : « Le plus 
beau de tous les langages, etc. » (article : Langues) ; le grec 
est la langue la plus parfaite, le latin vient ensuite et cela 
pour des questions d'haimonie. Remarquons la tranquillité 
avec laquelle Voltaire prononce dans ces questions-là [Lettre 
à Deodati). Pour le grec on objecte que le grec ancien n'avait 
pas la môme iiarmonie que le modeine ; seuls les Anciens 
pouvaient avoir en cela une opinion autorisée. Quant au latin, 
il est pi-obable que V'oltaire le prononçait aussi mal que nous. 

3° — Voltainî est plus autorisé à parler de l'harmonie des 



VOLTAIRE. 187 

langues modernes : encore faudrait-il tenir compte de ce mot 
qu'il a écrit ailleurs : ((-chacun a l'oreille qu'il peut », et ne 
pas condamner les idiomes septentrionaux, l'allemand par 
exemple, au nom de l'harmonie, pour les mettre plus bas que 
les idiomes néo-latins. 

a) L'espagnola la pompe, la grandeur, les mots retentissants, 
les terminaisons nobles et harmonieuses. 

b) L'italien (( sert peut-être encore mieux la musique efTé- 
minée » (article : Langues). C'est par excellence la langue mo- 
derne qui a un heureux concours de sons harmonieux. 

c) Le français a aussi des avantages : les sons pleins de ses 
diphtongues que les Italiens peuvent nous envier; les e muets 
qui sont des désinences très heureuses {Lettre à Deodati ; Dic- 
tionnaire philosophique, article : Dictionnaire). Certes, cette 
fréquence des muettes est un inconvénient pour la musique 
{Siècle de Louis XIV, article : Musiciens) ; Voltaire écrit à 
d'Olivet (5 janvier 1767, édit. Beuchot, t. LXllI, p. 532 sq.) 
que les acteurs de l'Opéra (( font ce qu'ils peuvent pour sauver 
la longue tenue de cette finale désagréable, sans y réussir », 
mais il ajoute que (( ce petit défaut est bien compensé par le bel 
effet que font nos e muets dans la déclamation ordinaire ». 

d)L'italienases défauts : terminaisons trop uniformes/, o,e,a; 
de là, suppression delà finale chez les poètes pour éviter la ca- 
cophonie. (On a objecté que c'est une erreur, et qu'on supprime 
ces voyelles tout simplement pour faciliter la versification.) 

e) Comparé au français, l'italien n'est pas supérieur : sa 
richesse est très grande, mais la nôtre aussi. xXous avons perdu 
les diminutifs, c'était une nécessité ; mais nous avons une 
langue à laquelle il est injuste de reprocher la rudesse, l'obscu- 
rité, la sécheresse, le défaut de prosodie. 

f) Mais il est non moins incontestable que notre langue a 
ses défauts. « Polie par tant de grands auteurs, elle manque 
encore de précision, de force, d'abondance. » {Lettre à Deodati.) 
Voyez dans le Dictionnaire philosophique, article : Français, 
comment elle est peu poétique et uniforme à cause de ses 
auxiliaires, de ses pronoms, de ses articles, du manque 
de participes déclinables, et dans le Discours de réception^ 
comment nos m^urs nous empêchent de tout peindre et de 
tout dire, contrairement aux anciens qui cultivaient le sol de 
leurs mains victorieuses. Voyez enfin les accusations contre la 
langue dans le Discours aux Welches, etc 

g) Y-a-t-il contradiction ? Non. Cette langue (( qui n'est ni 



188 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

si abondante, ni si maniable que Titalien, ni si majestueuse 
que l'espagnol, ni si énergique que l'anglais» [Dictionnaire phi- 
losophique, article : Langues), n'en est pas moins la langue que 
préfère l'Europe et que préfère Voltaire. Elle n'est pas poétique, 
la langue des Welches, mais elle est la plus « sociale » (Bru- 
netière), la plus propre à la conversation. P]lle a pris le carac- 
tère du peuple qui la parle (article : Langues ; article : Fran- 
çais ; Siècle de Louis XIV, chapitre xx, xxxn ; Lettre à milord Her- 
vey). Elle est à la fois « celle qui exprime avec le plus de faci- 
lité, de netteté tous les objets de la conversation des lionnetes 
gens » ; — celle qui a été illustrée par le plus grand 
nombre d'écrivains supérieurs, d'ouvrages de théâtre, de livres 
« agréablement frivoles » ; — celle qui a quelque chose d'uni- 
versel, qui réussit comme nos cuisiniers « parce qu'elle flatte 
le plus le goût général », parce qu'elle est naturelle, réguhère, 
fixe, probe. C'est le sujet du concours devant l'Académie de 
Berlin de 1786. 11 est évident que Voltaire oubliait trop les 
causes politiques. Ce littérateur faisait trop de place à la litté- 
rature ; mais l'illusion était permise au xwui'^ siècle, et Voltaire 
était de bonne foi. 

Conclusion : 11 y a donc des vues incomplètes, mais aussi des 
vues ingénieuses et souvent justes. Une des formes du patrio- 
tisme de Voltaire est la suivante : la supériorité de notre langue 
doit être constatée d'abord, jalousement maintenue ensuite. 
C'est à la fois l'intérêt de la France qui l'exige et celui de la 
philosophie qui se confond avec celui-là. De là, les idées de 
Voltaire à ce sujet : elles s'expliquent par ses opinions sur le 
génie des langues en général et du français en particulier. 

232. Les héritiers du goût voltairien. 

Matière. — Qu'est-ce que le goût voltairien en littérature "? Gom- 
ment l'influence du goût de Voltaire s'est-elle poursuivie durant le 
siècle suivant? Vous pouvez vous appuyer sur ce passage : « Sut 
la littérature, il agit en général par son goût et sa langue : comme 
excitateur d'abord et initiateur, mais bien vite, et dès avant sa mort, 
comme gardien et conservateur des principes classiques. Les esprits 
([u'il forme ont le goût étroit et fin, la ])hrase claire et sèche ; ils 
sont méticuleux sur la correction et la pureté dufangage, s'alarment 
des nouveautés ou des hardiesses d'images. Ils sont prompts à jeter 
du ridicule sur le détail de l'expression des ouvrages dont la penxée 
les étonne ou les choque. Les voltairiens s'effareront de Chateaubriand 
et détesteront le romantisme. Il y aura de ces voltairiens de goût 



VOLTAIRE. ISO- 

pendant tout le xix.^ siècle, en particulier dans l'Université et la 
magistrature. Thiers représenterait assez bien cet esprit. » (Lanson, 
Voltaire, ch. XI : L'influence de Voltaire, p. 206.) 



233. Sur la Correspondance de Voltaire. 

Matièhe. — Les dix mille et quelques lettres de Voltaire que nous 
possédons nous le font connaître, tel qu'il fut. On y trouve de quoi 
le condamner sans appel, de quoi le glorifier sans réserve. C'est, 
d'une part, le procédé des antivoltairiens; de l'autre, celui des 
voltairiens. La vérité est évidemment entre les deux. Pesons le bien 
et le mal, et voyons si le bien l'emporte. Or, l'amour de la gloire a 
conduit Voltaire à des défauts incontestables, mais surtout il lui a 
inspiré un amour profond de l'humanité, pour laquelle il a dépensé 
généreusement toutes les ressources d'une intelligence prodigieu- 
sement active. Combien de ceux qui l'attaquent, au moyen de sa 
correspondance, pourraient-ils en dire autant ? 

Lectures recommandées ; Voir les bibliographies indiquées aux no« 153 sq. 

Lire plus spécialement : F. Hémon, Cours de littérature : Voltaire ; La Corres- 
pondance de Voltaire. — M. Roustan, Les Genres littéraires : La Lettre, ch. IV, 
p. 90 sq. — L. Levrault, Auteurs français : Voltaire; La Correspondance, 
p. 588 sq. 

Voyez aussi au chapitre IX du t. IV de l'Histoire de la littérature française 
de Nisard, les § VI-IX. 



234. La « Correspondance » de Voltaire est son 
meilleur titre de gloire. 

Matièue. — « S'il fallait sacrifier quelque chose de Voltaire, je 
donnerais les tragédies et les comédies pour garder les petits vers; 
s'il fallait encore sacrifier quelque chose, je donnerais plutôt les 
histoires, toutes charmantes qu'elles sont, que les romans ; si on 
ne me permettait de garder qu'un seul ouvrage, je me ferais beau- 
coup prier, j'aurais des scrupules et des regrets infinis, mais enfin 
il y a une chose (|ue je ne me déciderais jamais à livrer, c'est la 
Correspondance . » (Bersot, Essais de philosophie et de morale, Didier, 
édit. ; t. II.) 

Pensez-vous, avec Bersot, que \q. Correspondance soit le meilleur 
titre de gloire qu'ait Voltaire aux yeux de la postérité ? 

Conseils. — Le devoir ne consiste pas seulement à montrer quel 
est l'intérêt des Lettres de Voltaire, mais aussi à établir que suivant 
le mot de Nisard, la correspondance constitue « le meilleur, le plus 
charmant, le moins contesté des titres de Voltaire o. 

11. 



190 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

« On ne joue plus guère ses tragédies : on a admiré son 
Siècle de Louis XIV, sans le lire beaucoup ; et, en notre époque de 
romans psychologiques, il semble qu'on délaisse Candide et Zadig, 
ces jolis contes pleins d'ironie et de belle humeur. Mais les Lettres 
excitent au contraire un intérêt toujours croissant. Billets preste- 
ment troussés, ou longues épîtres de morale et de critique, elles sont 
l'histoire anecdotique du xvni* siècle; elles nous renseignent sur les 
œuvres et les idées de Voltaire ; elles nous font connaître enfin le 
cœur et l'esprit de cet homme qui, par la puissance de sa plume, 
exerça dans l'Europe d'alors une véritable souveraineté. » (Levrault, 
Auteurs français : Voltaire, p. 588.) Tel est l'avis de M. Levrault qui 
répète à son tour : « Si de la multitude des livres écrits par Voltaire 
nous n'avions le droit de sauver qu'une œuvre, c'est la Correspon- 
dance que nous choisirions. » [Ibid.) 

Voilà bien le sujet, et il ne suffirait pas de faire l'éloge de Voltaire 
épistolier ; il est indispensable de démontrer que Voltaire épistolier 
est supérieur à Voltaire prosateur, poète, etc.... Quant au plan on 
peut suivre celui que nous avons indiqué nous-même (M. Roustan, 
Les Genres littéraire : la Lettre, p. 92 sq.). 1° Intérêt pour la biographie 
de Voltaire; 2° pour l'étude de son caractère; 3<^ pour la connais- 
sance du xvme siècle ; 4° pour la critique littéraire; 5^ pour le style. 

Le plan qui s'offre à l'esprit en lisant les Essais de philosophie et 
de morale de Bersot est le suivant : valeur de cette correspon- 
dance : 

1° Pour ceux qui cherchent un intérêt dramatique (guerre de 
soixante ans conduite par un général admirable); 

2» Pour ceux qui s'intéressent à l'objet de la guerre (guerre en 
faveur de la tolérance et de l'humanité); 

3° Pour ceux qui veulent connaître l'histoire (événements qui cons- 
tituent le fond de la correspondance) ; 

4» Pour ceux qui admirent l'art du style (en quoi consiste l'art de 
la lettre ; comment c'est un art français par excellence : comment 
Voltaire est maître dans cet art parce qu'il est le plus français de 
nos épistoliers). 

La conclusion de Bersot, et qui justifie son jugement, est la sui- 
vante : « Un homme de talent pouvait composer ses pièces de théâtre 
•et ses épîtres ; quelques vérités de bon sens développées admira-' 
blement font tous les frais de sa philosophie. Dans l'histoire il a des 
qualités qui peuvent se trouver chez d'autres : l'intelligence, la 
clarté, la rapidité et le sérieux ; ses petits vers, ses pamphlets et sa 
Correspondance sont lui-môme, ne sont qu'à lui. Quel génie se 
devine dans ces poésies et ces plaisanteries et ces lettres immortelles! 
Or, toutes qu'on admire dans les premières se retrouve dans les 
lettres avec une inépuisable abondance : vers faciles, railleries char- 
mantes à propos de tous les personnages et de tous les événements 
qui ont passé dans le siècle agité, devant cet esprit curieux. » 
Ainsi les chefs-d'œuvre de Voltaire étant ses petits vers et ses 



VOLTAIRE. 191 

pamphlets, sa Correspondance a toutes ces qualités augmentée 
d'un certain nombre de qualités plus précieuses encore : sa cor- 
respondance a au plus haut degré les mérites qui se trouvent dans 
les genres secondaires que Voltaire a traités d'une façon inimi- 
table. 

235. La sincérité de Voltaire ne doit pas nous 
rendre injustes envers lui. 

Matièue. — Eug. Despois écrit dans Les Lettres et la Liberté 
« Quand on juge sévèrement Voltaire, il est juste de considérer que 
c'est surtout de sa Correspondance qu'on tire des preuves contre lui. 
Or, cette correspondance est unique en son genre ; elle n'a poin 
été expurgée comme l'ont été toutes les autres, comme l'a été celle 
de M™*' de Sévigné, par exemple, où l'on trouve encore d'assez 
singulières choses. Pas le moindre billet qui y ait été omis; la vie 
de Voltaire, ses pensées, ses terreurs, ses passions bonnes ou mau 
vaises, tout y est enregistré, fixé jour par jour, avec la fidélité 
traîtresse de la photographie ; c'est la confession la plus complète, 
la plus involontaire, la plus compromettante, qui fut jamais. Qui 
résisterait aussi bien à une pareille épreuve ? » 

Expliquer, et, s'il j a lieu, discuter. 

236. L'art de la lettre d'après la première 
lettre à Rousseau. 

Matière. — Tout le monde connaît la célèbre lettre que Voltaire 
adressait à Jean-Jacques Rousseau, après la publication du Discours 
sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (30 août 1753). « C'est 
un délice, dit M. Faguet, que la première lettre à Rousseau (avant 
toute brouille) sur le discours Des lettres et des arts. Jamais on n'a 
contredit avec tant de bonne grâce, loué avec plus de malignité 
badine, et salué avecplu;? de correction à la fois digne, sympathique 
et impertinente. On sent là, qui se dissimule, rentre au moment 
qu'elle sort, et ne laisse luire qu'un éclair, une épée souple, étin- 
celante et effilée, à poignée de nacre. » (Faguet, Dix-huitième siècle : 
Voltaire, p. 271). 

Montrer comment dans cette lettre Voltaire a fait preuve de qua- 
lités admirables et telles que jamais un « épistolier » ne les a eues 
à ce degré-là. 

237. La « Correspondance » de Voltaire jugée 
par Lamartine. 

M.A.TIÈRE. — « Voltaire, correspondant de l'univers, répandait dans 
ses lettres familières, chef-d'œuvre insoucieux de soixante-dix ans 



192 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

de vie, plus de naturel, d'atticisme, de souplesse, de grâce, de soli- 
dité et d'éclat de style qu'il n'en faudrait pour illustrer toute une 
autre littérature. 11 ne manque qu'un caractère à cette grandeur, le 
sérieux. » (Lamartine, Entretiens, dans Philosophie et Littérature, 
édit. 1894, p. 197.) Que pensez-vous de ces quelques lignes de Lamar- 
tine, des éloges et de la critique qu'elles renferment ? 



238. La a Correspondance » de Voltaire et celle 
de M™^ de Sévigné. 

Matière. — Comparer les lettres de Voltaire à celles de Mn^e de 
Sévigné. 

Conseils. — On a souvent proposé, dans les examens et concours, 
« ce parallèle classique », comme le dit fort justement M. Hémon. 
Après avoir indiqué que « la comparaison est possible, et même 
utile, à la condition qu'elle ne tourne pas trop à Tantithèse, le 
critique recommence le « parallèle », en quelques pages dont 
nous ne saurions trop recommander la lecture : Cours^ de 
littérature : Voltaire ; la Correspondance de Voltaire, | III, 
p. 17 sq. Le caractère de Voltaire, la compaTaison traditionnelle 
avec M^^ de Sévigné. 

On se reportera à La Littérature française par la dissertation, 
t. I. sujets n°3 169 sq,, p. 167 sxj. et particulièrement le sujet n° 184, 
p. 172. 

239. Éloge de Voltaire écrivain. 

Matière. — Il vous serait facile de faire voir comment Voltaire a 
aimé l'humanité ; comment il l'a servie en défendant les idées géné- 
reuses et en luttant contre les injustices. 

Vous vous contenterez d'indiquer à la hâte ces services éminents, 
et vous louerez surtout l'écrivain dont la prose nette et acérée 
devait rester comme un modèle de simplicité et de précision, — 
dont l'esprit pi(iuant et irrésistible a rendu ridicules les pré- 
jugés et les abus, frappés à mort devant- noti-e nation, — 
dont l'indignation vigoureuse a su venger l'humanité de ses bour- 
reaux. ; 

Vous ajouterez que nul ne fut plus français que Voltaire ; il a 
puisé sa langue aux seules sources de l'idiome maternel; ce n'est 
pas là son moindre mérite : ce réformateur du xvni° siècle a 
été le plus sage, le plus scrupuleux, le moins novateur des écri- 
vains. 

Vous conclurez que simple, malicieux, éloquent à, l'occasion. 



VOLTAIRE. 193 

toujours respectueux de notre langue, Voltaire écrivain restera un 
modèle éternel pour tous les gens de goût. 

Lectures recommandées ; L'essentiel se trouve dans les ouvrages déjà 
indiqués aux n<" 453 sq. 

240. Le style de Voltaire est le parfait modèle 

de l'esprit français. 

Matière. — Montrez par ce que vous avez lu de Voltaire, qu^e 
style de cet écrivain peut être considéré comme le parfait modèle 
de l'esprit français. 

Conseils. — Ce sujet a souvent été proposé, soit sous cette 
forme, soit sous une autre, par exemple : « Qu'entend-on lorsqu'on 
dit que Voltaire est le plus français de nos prosateurs? » On rap- 
prochera ce sujet du sujet n» 173, très voisin de lui, mais avec 
lequel il est loin de se confondre. (Cf. Roustan, La Compositiojt 
française : la Dissertation morale, Invention, ch. II,'| V, p. 35 sq.} 

241. La langue de Voltaire et le sens commun. 

Matière. — Vacherot écrit : « Le sens commun n'est pas chose 
aussi rare qu'on l'a dit : ce qui est vraiment rare, c'est le talent à 
l'exprimer. La langue de Voltaire en est une preuve. » {De la démo- 
cratie.) 

Conseils. — Voir le sujet n» 161 et dans La Littérature française 
par la dissertation, t. IV, les sujets généraux à la langue française. 

242. Voltaire et le style familier. 

Matière. — Expliquer et démontrer par des exemples ce juge- 
ment : « Voltaire eut l'art du style familier. Il lui donna toutes les 
formes, tout l'agrément, toute la beauté même dont il est suscep- 
tible... » (JouBERT. QEwy/'es, édit. Didier, 1877, titre XXIV, p. 367.) 

Conseils. — Voyez les différents volumes de notre collection : 
La Composition française :YAocnWoT\. 

243. Un remède contre l'emphase. 

Matière. — Démontrer par des exemples précis la vérité de cette 
opinion : « Si les Français avaient pu être guéris du goût qu'ils ont 



■194 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

pour la haute éloquence, disons le mot, pour la déclamation, 
Voltaire eût opéré ce miracle. Jamais écrivain ne porta plus loin 
l'horreur de l'emphase. » (P. Albert, La Littérature française au 
xvm^ siècle : Voltaire, p. 204.) 

Conseils. — Voyez les différents volumes de notre collection : 
La Composition française, Élocution. 



244. Voltaire et la variété. 

Matière. — Un critique a dit,: « Sous toutes ces formes si diverses 
Voltaire poursuit le même but. Gomme l'abbé de Saint-Pierre, il 
comprenait la nécessité de répéter toujours les mêmes choses pour 
les faire entrer dans les esprits, rnais il savait aussi, ce qu'ignorait 
le bon abbé, combien il est nécessaire d'en varier la forme, et nul 
n'a autant excellé dans cet art. » (Barni, Histoire des idées morales 
et p.olitiques, etc., t. I, XU^ leçon, p. 280.) 

Vous ferez voir par des exemples précis comment Voltaire a su 
varier l'expression d'une même idée. 



245. Voltaire a-t-il manqué de véritable 
éloquence ? 

Matière. — Après avoir déclaré qu'il ne conteste ni la « sincérité, 
ni l'ardeur, ni les heureux effets » de l'amour de Voltaire pour 
l'humanité, Brunetière regrette que l'indignation de Voltaire, 
comme celle de Montesquieu, dit-il, « soit toujours froidement 
ironique et toujours maîtresse d'elle-même », qu'elle « procède ou 
paraisse procéder de sa tête plutôt que de son cœur )>. 

« Il ne faut pas craindre les grands mots dans les grands sujets, 
ni les grands mouvements dans les grandes causes ; et, pour n'être 
pas une rhétorique, ce n'en est pas moins une espèce d'affectation 
que de plaisanter si librement sur la torture ou sur l'esclavage. » 

Est-il vrai de dire que, « comme les Français de son temps, 
Voltaire avait le cœur sec », que « les misères de l'humanité ne 
l'ont guère ému qu'intellectuellement »? 

Pourriez-vous, au contraire, indiquer dans ses Œuvres, de- 
parties qui montrent que son cœur a été profondément ému, et 
qu'il a été capable de trouver « les grands mots » ou de se laisser 
« aller aux grands mouvements »? Vous serez alors autorisé à 
conclure que nous n'avons pas « le droit de mesurer notre recon- 
naissance » à ce bienfaiteur de l'humanité. 



VOLTAIRE. 195 



246. Un mot de Nisard sur l'esprit de Voltaire. 

Matière. — « On a dit de lui : « Il va quelqu'un qui a plus d'esprit 
« que Voltaire, c'est tout le monde.» — Oui, mais cet esprit de tout 
e monde, c'est encore le sien. » (Nisard, Histoire de la littérature 
française, 1. IV, ch. IX, | VII.) 
Expliquez. 

Conseils. — Allez au contexte, etne vous hâtez pas de déclarer : 
« C'est un sujet bien difficile! » (Cf. Roustan, La Composition 
française : Conseils généraux, A l'Examen, | II, p. 215 sq. ; La Dis- 
sertation morale. Invention, cb. V, | III, p. \%1 sq.) 



247. Place du style de Voltaire dans l'histoire 
de la prose française. 

Matière. — Marquez la place du style de Voltaire dans l'histoire de 
la prose française. 

Conseils. — Ce sujet a été donné souvent, et sous des formes 
différentes. Je renvoie à La Littérature française par la dissertation, 
t. IV, sujets relatifs aux traits généraux de la prose française et à 
son histoire. 

On pourra s'inspirer de cette page de Vinet {Histoire de la litté- 
rature française au xviiie siècle) : « Si la prose de Voltaire res- 
semble, à plusieurs égards, àcelle de ses prédécesseurs, si l'on peut 
lui appliquer ce que Voltaire lui-même disait d'autre chose : 
« Jamais surpris et toujours enchanté », au fond elle en diffère 
encore davantage. Elle a moins de substance, d'harmonie, de 
couleur. Nous l'avons déjà indiqué : en théorie et surtout en 
pratique, aucun écrivain n'a établi une limite aussi tranchée entre 
la prose et la poésie. Ce sont deux genres, ce sont deux hommes 
qui ne se rencontrent jamais. Voltaire prosateur ne se souvient 
plus qu'il est poète; il n'a pas besoin de se surveiller à cet égard; 
nulle part il ne laisse pénétrer dans sa prose le moindre souffle de 
poésie. Il n'y a dans la littérature française aucun exemple pareil. 
Sans doute la prose qu'on appelle poétique est un genre faux en 
spi ; mais il ne s'ensuit pas que le prosateur et le poète ne doivent 
avoir rien de comnmn. La poésie et la prose ne sont pas deux 
substances, mais deux langages propres à l'homme. L'homme 
<loit-il, peut-il se diviser au point que jamais, dans sa prose, la 
moindre image ne trahisse les impressions et la langue du poète ? 
Fénelon, Bossuet, Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, ont souvent 
mêlé de la poésie à leur prose; Voltaire trouvait trop poétique la 
prose même de Massillon. » 



196 LE DIX-IIUITIÈME SIÈCLE. 

Nous ne disons pas d'ailleurs qu'il n'y ait pas quelques restric- 
tions à faire. 



248. De l'utilité de la lecture de Voltaire 
au XX*^ siècle. 

Matière. — « Tel qu'il est cependant, il est à regretter qu'on 
ne le lise pas davantage. La littérature de notre temps possède 
bien des qualités qui manquaient à Voltaire, mais elle n'a 
pas les qualités de Voltaire, et elle a des défauts qu'il n'avait 
pas. » (P. Albert, La Littérature française au xviii^ siècle : 
Voltaire, p. 215.) 

Ainsi s'exprime Paul Albert ; de quelle utilité est, à l'heure 
actuelle, la lecture de Voltaire? 

Conseils. — Voyez les divers ouvrages de 'notre collection : 
La Composition française, Elocution. 

Lisez aussi le chapitre XI du Voltaire de M. Lanson : « Il me 
paraît hors de doute que si Voltaire a encore quelque action à 
exercer dans notre France, ce doit être surtout une action littéraire 
et intellectuelle de pure forme. Les définitions et les servitudes du 
goût de Voltaire ne reprendront jamais autorité; mais à mesure 
que se dissipera et s'éloignera le romantisme, il se pourra que l'on 
reprenne le désir des idées claires et bien filtrées, l'amour de 
l'expression simple et fine, et qu'on demande quelques leçons 
d'analyse et de style aux parties de l'œuvre voltairienne les plus 
dégagées des régies et des ornements classiques, aux Mélanges, 
aux Romans et à la Correspondance. Il semble que, depuis la chute 
du naturalisme et la crise symboliste, l'évolution de la prose se 
fasse vers l'aisance et la lumière, c'est-à-dire vers le xvm^ siècle 
et Voltaire. » (Lanson, Voltaire, chap. XI : L'influence de Voltaire, 
p. 218.) 

Je renvoie au tome III, ch. VI, de la Littérature française par la 
dissertation, sujet sur « La Littérature de domain. » 



V 
L ENCYCLOPÉDIE. — DIDEROT 



Remarques et conseils généraux sur les sujets qui 
suivent in» 249 au ri°276). — Il est de toute nécessité de bien 
comprendre qu'aucun des sujets qui suivent ne peut être con- 
sidéré comme un prétexte à un verbiage vide et creux, à des 
développements dithyrambiques ou à des invectives violentes. 
Us n'auraient aucun intérêt s'ils ne nous fournissaient pas 
l'occasion de lire ou de relire nos auteurs la plume à la main, 
avec soin, avec attention, avec méthode; je recommande 
notamment, à défaut des éditions principales des écrivains 
encyclopédistes : 

1° Les Extraits classiques (Butfon, Montesquieu, Voltaire, 
Rousseau, Diderot, etc. 

2'^ Les Morceaux choisis publiés par diflérents éditeurs, et, 
parmi eux, les Morceaux choisis des classiques français du 
xvm« siècle par Bernardin (Delagrave). 

.3° Les diverses éditions des Lettres du xvni^ siècle. 

4° Les Écrivains politiques du xyiw^ siècle ; Extraits par MM. A. 
Bayet et F. Albert (Cohn). 

5*^ La Société française du xvnp siècle; Extraits des mémoires 
et des correspondances, par Paul Bonnefon (Colin). — Lectures 
sur la société française aux x\iv etxvni^ siècles par A. Gasquet 
(Delagrave). 

6*^ D'Alembert, Discours préliminaire de V Encyclopédie, publié 
par F. Picavet (Colin). — Même ouvrage, annoté par Louis 
Ducros (Delagrave). 

7° F. Hémon, Cours de littérature : l' Encyclopédie. 

8° RenéDoumic, Histoire de la littérature française, ch. XXXI : 
Diderot, l'Encyclopédie, p. 447 sg. — René Canat, La Litlé-. 
rature française par les textes, ch. XVÎI : La lutte philosophique, 
p. 402 sq. 

Lectures recommandées : Vouaihk, Table de l'édition Beuchot ou Moland, 
articles : Encyclopédie, dAlembert, Diderot, etc. — Mémoires et Correspondances 
du temps (voir le sujet n» 16, p. 17/. — Grimm, Correspondance littéraire, édit. 
Maurice Tourneux, voir la Table. 

P. Albert, La Littérature française au xvui« siècle : L'Encyclopédie, Les Ency- 



198 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

clopédistes, Les Ennemis de l'Encyclopédie. — Aubertin, L'Esprit ptiblic au xviue 
siècle. — De Barante, Tableau de la littérature française au xvm" siècle. — 
Barni, Histoire des idées morales et politiqties en France au xviii» siècle ; Les 
Moralistes français au xviii« siècle. — Bkrsot, Études sur le xvm« siècle. — 
Bkunel, Les Philosophes et l'Académie française au xviiie siècle. — Carré, La 
France sous Louis XV. — Champion, La France d'après les cahiers de 1789. — 
DocRos, Les Encyclopédistes. — Ducrat, Les Encyclopédistes, leurs travaux, 
leurs doctrines et leur influence. — Fagdet, Questions politiques. — Fontaine, 
Le Théâtre et la philosophie au xviu« siècle. — Lanfrey, L'Eglise et les philo- 
sophes au xviiie siècle. — E. Rocquain, L'Esprit révolutionnaire avant la Révo- 
lution. — M. RousTAN, Les Philosophes et la société française au xviue siècle. 
— ScHÉRER, Etude sur la littérature au xyin" siècle. — Taine, Les Origines de la 
France contemporaine ; L'Ancien Régime. — De Tocqueville, L Ancien Régime et 
la Révolution. — Villemain, Tableau de la littérature au xvni« siècle. — Witt 
(CoRNÉLis de), La Société française et la société anglaise au xvitie siècle : Etudes 
historiques. 



249. Le XVIIP siècle, siècle des idées, de la 
critique, des lumières, de la raison. 

Matière. — Développer cette définition du xyiii^ siècle : « Le 
xvm^ siècle est celui où les idées se dégagent avec le plus de 
netteté et d'éclat : c'est proprement le siècle des idées. Jusque-là 
l'humanité avait vécu sans trop chercher à se rendre compte de ses 
actes et h remonter aux idées qui devaient la diriger ; à cette époque 
elle sort comme d'un long sommeil, et elle commence à prendre 
conscience d'elle-même. Elle substitue alors ou tend à substituer 
le libre examen à la foi aveugle, la lumière aux ténèbres, la raison 
à la barbarie. Aussi le xviii^ siècle s'est-il appelé justement le 
siècle de la critique. « Notre âge, » s'écrie Kant au début de la 
Critique de la raison pure (1781), « est vraiment l'âge de la critique : 
«rien ne peut échapper à son tribunal, ni la religion avec sa sainteté, 
«ni la législation avec sa majesté.» Il s'est appelé aussi, non moins 
justement, le siècle des lumières, ou encore le siècle de la raison. 
Siècle de la critique, siècle des lumières, siècle de la raison, toutes 
ces expressions sont synonymes, et toutes reviennent à celle-ci : le 
siècle des idées. » (Barni, Histoire des idées morales et politiques en 
France au xvm*^ siècle : Introduction, p. 4 et 5.) 

Conseils. — Toutes ces expressions sont « synonymes », écrit 
Barni, mais rappelez-vous qu'il n'y a pas de synonymes et tâchez 
de classer vos matériaux. La question se posera naturellement de 
savoir quelles sont ces idées? Il ne s'agit plus de celles que le 
xvn« siècle a portées à la perfection, ce siècle de psychologie que 
les philosophes appelaient : « siècle de grands talents bien plus que 
de lumière ». Il s'agit des idées morales et politiques, c'est-à-dire de 
« celles qui so rapportent aux relations des hommes entre eux, soit 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 199 

dans la vie privée, soit dans la vie publique, des idées relatives à la 
vie sociale en général... Le but dû travail qui s'accomplit alors dans 
les esprits est de réformer la société, ses institutions et ses mœurs, 
sur le modèle des idées de la raison. » (Barni, Ibid. p. 5 et 6.) 



250. Les principes de la philosophie du 
XVIir siècle. 

Matière. — Développer et discuter, s'il y a lieu, ces quelques lignes 
d'un historien des Encyclopédistes : « Les philosophes du ivui*^ siècle 
combattront à lafois le pouvoir, la doctrine et l'intolérance de l'Église, 
et voici de quelle manière : toutes les théories, morales ou politiques, 
qu'ils soutiendront dans leurs livres, peuvent se ramener, en der- 
nière analyse, à ces trois idées qu'ils développeront diversement, 
mais qui sont comme les idées directrices de toute leur philosophie : 
nature, raison et humanité. Précisément, ces trois idées sont le 
contrê-pied des trois principes qui nous ont paru résumer l'esprit 
et gouverner l'histoire du moyen âge : c'est au nom de la nature 
et de ses légitimes exigences, que les philosophes feront la guerre 
à l'ascétisme catholique qui a fondé la théocratie ; c'est au nom de 
la raison, qu'ils combattront la foi naïve au surnaturet; et c'est en 
invoquant la tolérance pour tous, qu'ils proscriront la persécution 
religieuse. Nous les verrons ainsi opposer à la théocratie le pouvoir 
civil, fondé sur des droits naturels ; à la doctrine du renoncement, 
le rationalisme et la morale naturelle ; au fanatisme enfin, les 
droits de l'humanité. » (Ducros, Les Encyclopédistes, p. 3.) 



251. La sécularisation de la morale et de 
la politique au XVIIF siècle. 

Matière. — Que signifie cette affirmation, souvent, répétée, à 
savoir qu'au xviii« siècle la morale et la politique se sécularisent et 
cherchent à se constituer à l'état de sciences indépendantes ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au début du chapitre V. 
— Consulter aussi : G. GAiSTECOR, Morale théorique et notions historiqxies, 
2e partie, xvnie siècle, p. 273 sq. — G. Bodglé et .\. Beausier, Choix des moralistes 
français des xviie, xvmc, et xixe siècles : Introduction, § II, p. H sq. 

Conseils. — Ne vous effrayez pas de l'aspect « rébarbatif » de 
la question (Cf. M. Roustan, La Composition française : la Disser- 
tation morale, p. 76 sq). 

On ne vous demande pas de disserter uniquement sur des géné- 
ralités abstraites, mais tout simplement de grouper avec art un 
certain nombre de textes, et, après les avoir éclairés par le rappro- 



200 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

chement, de voir si en effet ils montrent que le xyiii^ siècle en 
général a abordé directement et sans intermédiaire les questions 
morales et politiques, et s'il a essayé d'apporter des solutions nou- 
velles non seulement en dehors de tout dogme positif mais même 
de toute doctrine métaphysique. 

Descartes, lui-même, dont les philosophes sont les successeurs, 
avait laissé de côté les problèmes de la religion et ceux de la légis- 
lation. « Nous découvrons les secrets de la politique, déclare 
Bossuet, les maximes du gouvernement et les sources du droit 
dans la doctrine et dans les exemples de la Sainte-Écriture. » 
{Politique tirée de l'Écriture sainte.) Si Montesquieu et Buffon 
chassent l'idée de la Providence, l'un de l'histoire, l'autre de l'his- 
toire naturelle, les philosophes accomplissent une tâche analogue. 

« Quels sont, à votre avis, les devoirs de l'homme ? — De se 
rendre heureux, d'où dérive la nécessité de contribuer au bonheur 
des autres, ou, en d'autres termes, d'être vertueux. — Promettez- vous 
de suivre fidèlement la voix de la nature, des passions ? — Que 
nous dit cette voix? De nous rendre heureux. » Ainsi répond au 
Sage un Prosélyte, dans un dialogue de Diderot : Le Prosélyte 
répoîidant par lui-même. {Œuvres, édit. Tourneux, t. II, p. 82 sq.) 

D'Alembert définit le mal moral : « Ce qui tend à nuire à la 
société en troublant le bien-être physique de ses membres. » {Élé- 
ments de philosophie), d'où une morale sociale, une morale de 
l'intérêt bien entendu, etc.... 

Cherchez d'autres textes, et vous comprendrez cette phrase de 
d'Alembert : « Le philosophe ne se charge que de placer l'homme 
dans la société et de l'y conduire, c'est au missionnaire à l'attirer 
ensuite au pied des autels », et la prétention du xvine siècle à faire 
de la morale une science qui ne change pas avec les dogmes et les 
cultes, générale, universelle, immuable comme la raison même : 
« Ce qui appartient essentiellement et uniquement à la raison, et ce 
qui, en conséquence, est uniforme chez tous les peuples, ce sont 
les devoirs dont nous sommes tenus envers nos semblables. » 
(D'Alembert, Éléments de philosophie : Œ'iuvres, édit. 1821, p. dl6 sq., 
surtout I VII, p. 207 sq.) 

Voltaire vous offrira des textes de ce genre à foison. 



252. Le caractère de Vauvenargues. 

Matière. — Voltaire écrivait dans l'Éloge si toucbant qu'il a composé 
à la mort de Vauvenargues : « Je t'ai vu toujours le plus infortuné 
des hommes et le plus tranquille. » {ÉHoc/e funèbre des officiers qid 
sont morts dans la guerre de 1741, édit. Beuchot, t. XXXIX, p. 43.) 

Montrer par une étude sommaire de la vie et de l'œuvre de Vau- 
venargues, comment sa grande âme a su allier une profonde 
mélancolie à, une noble tranquillité. 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 201 

Lectures recommandées : Vacve.nargces. Œuvres, édit. D. L. Gilbert, Paris, 
Furne, 1857. — Œuvres Posthumes et Œuvres inédites; même libr. 1857. 

VoLTAïaE, édit. Beuchot ou Moland, Table. — Scard, Notice et introduction, en 
tête de l'édition de 1806. — Saixte-Beuye, Lundis, t. III. — Prévost-Paradol, Les 
Moralistes français. — A. Vinet, Les Moralistes français des xvne et xvme 
siècles. — Barm, Les Moralistes français au x\ine siècle.— Macrice Paléologce, 
Vauvenargues, (Les Grands' Écrivains). — Brunetière, Manuel de histoire de la 
littérature française, p. 303 sq. — R. Ca>at, La Littérature française par les 
textes, ch. XIV, g I, p. 363 sq. 



253. Vauvenargues contre La Rochefoucauld 

et Pascal. 

Matière. — La morale de Vauvenargues, comme celle de tous les 
philosophes du xvm« siècle, s'oppose à celle de La Rochefoucauld et 
de Pascal. Il a écrit : « Une vanité- ridicule a rempli les livres des 
philosophes d'invectives contre la nature ; l'homme est maintenant 
en disgrâce chez tous ceux'qui pensent et c'est à qui le chargera 
de plus de vices. Mais peut-être est-il sur le point de se relever et 
de se faire restituer toutes ses vertus. » 

Vous chercherez d'autres exemples et vous conclurez. 

Lectures recommandées : Voimolve Littératu re française par la dissertation , 

t. 1, sujets n'^* 123 sq., p. 132 sq. 

Conseils. — Vous trouverez une foule de passages, à rapprocher 
de celui-là : « La morale austère anéantit la vigueur de l'esprit 
comme les enfants d'Esculape détruisent le corps, pour détruire un 
vice du sang souvent imaginaire... Ceux qui veulent que les hommes 
soient tout bons ou tout méchants, absolument grands ou petits, ne 
connaissent pas la nature. Tout est mélangé dans les hommes ; tout 
y est limité, et le vice même y a des bornes... Les passions ont 
appris aux hommes la raison... Nous devons peut-èb'e aux passions 
les plus grands avantages de l'esprit... Heureux qui sait respecter 
les lois comme elles méritent de l'être ! Plus heureux qui porte en 
son cœur celles d'un heureux naturel 1 II est bien facile de voir que 
je veux parler des vertus... Il y a des semences de bonté et de jus- 
tice dans le cœur de l'homme, si l'intérêt propre y domine. J'ose 
dire que cela est non seulement selon la nature, mais aussi selon 
la justice, pourvu que personne ne souffre de cet amour-propre, 
ou que la société y perde moins qu'elle n'y gagne... Le mépris de 
notre nature est une erreur de la raison... » 

Voici une réponse très directe à La Rochefoucauld : « Peut-être 
que les vertus que j'ai peintes comme un sacrifice de notre intérêt 
propre à l'intérêt public ne sont qu'un pur effet de l'amour de nous- 
mêmes. Peut-être ne faisons-nous le bien que parce que notre 
plaisir se trouve dans ce sacrifice. Étrange objection ! Parce que je 



202 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

me plais dans l'usage de ma vertu, en est-elle moins profitable, 
moins précieuse à tout l'univers, ou moins différente du vice qui 
est la ruine du genre humain ? Le bien où je me plais change-t-il 
d.e nature? Cesse-t-il d'être le bien? » 

Recueillez un certain nombre de passages, et vous pourrez con- 
clure comme il suit : « La Rochefoucauld humilie l'homme par une 
fausse théorie, Pascal l'afflige et l'effraie du tableau de ses misères, 
La Bruyère l'amuse de ses propres travers, Vauvenarguesle console 
et lui apprend à s'estimer... Les moralistes n'ont considéré la 
nature humaine que sous le point de vue le plus affligeant, ils ont 
sondé le cœur de l'homme pour y trouver les replis dans lesquels 
se réfugie et se cache le vice ; Vauvenargues y a cherché surtout 
les ressources qu'il conserve pour la vertu. Ils veulent rabaisser 
notre orgueil, en dévoilant le mystère de nos faiblesses ; son but à 
lui est de nous relever le courage, en nous apprenant le secret de 
nos forces. » (Édition des Œuvres complètes de 1806, par Suard, 
p. -XXXII, LXX, etc.. Extraits des Mélanges littéraires.) 

254. La vertu définie par Vauvenargues. 

Matière. — Expliquer et discuter la théorie contenue dans les 
passages suivants : « Ce qui n'est bien ou mal qu'à un particulier, 
et qui peut être le contraire à l'égard du reste des hommes, ne 
peut être regardé en général comme un mal ou comme un bien.... 
Qui dit une société, dit un corps qui subsiste par l'union des divers 
membres et confond l'intérêt particulier dans l'intérêt général : 
c'est là le fondement de toute la morale... La préférence de l'intérêt 
général au personnel est la seule définition qui soit digne de la 
vertu, et qui doive en fixer l'idée. Au contraire, le sacrifice merce- 
naire du bonheur public à l'intérêt propre, est le sceau éternel du 
vice. » (Vauvenargues, Réflexions et Maximes, livre III : Du bien et 
du mal moral). 

255. Duclos contre La Rochefoucauld et Pascal 

Matière. — « En cherchant à dégrader les hommes, on les trompe, 
on les rend plus malheureux ; sur l'idée humiliante qu'on leur 
donne d'eux-mêmes, ils peuvent être criminels sans en rougir. Pour 
les rendre meilleurs, il ne faut que les éclairer : le crime est toujours 
un faux jugement. Voilà toute la science de la morale, science plus 
importante et aussi sûre que celles qui s'appuient sur des démons- 
trations. Dès qu'une société est formée, il doit y exister une morale 
et des principes sûr-s de conduite. Nous devons à tous ceux qui nous 
doivent, et nous leur devons également, quelque différents que 
soient ces devoirs. Ce principe est aussi sûr en morale, qu'il est 
certain, en géométrie, que tous les rayons d'un cercle sont égaux 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 203 

. t se réunissent en un même point. » (Duclos, Considérations siw 
les mœurs, eh. I, Œuvres, édit. Belin, p. 49 et sq.'» 

Lectures recommandées ; Dcclos, Œuvres complètes, édit. A.uger (Colnet 
et Fain), 1806. 10 vol.; — édit. Villenave (Belin), 1821, 3 vol. — Notices des deux 
éditions. — Mémoires sur la vie de Duclos écrits par lui-même; Considératio7is 
sur les mœurs (t. I de l'édition Belin). — Sainte-Beuve, Lundis, t. IX. — L. Bru- 
NKc, Les Philosophes et l'Académie française au xviiie siècle. — Barm, Les 
Moralistes français au xviiie siècle. — Clément de Ris, Critiques d'art et de 
littérature : Charles Duclos, p. 5 sq. — Léo le Bourgo. Duclos, sa vie et ses ouvrages 
— Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 305 sq. 

Conseils. — Voir les sujets n"» 2.53 sq. ; il y a ici une nouvelle 
protestation contre la morale des Maximes et celle de Port-Royal. 
C'est par réaction contre la morale religieuse ou plutôt janséniste 
du xvn^ siècle, que les moralistes du xvm^ ont été, les uns et 
les autres, entraînés parfois plus loin qu'ils n'auraient voulu. Il 
.-'agissait, suivant le mot de Vauvenargues, de rendre ses droits à 
riiumanité reconnue. On a dégradé les hommes, dit à son tour 
Duclos, on les a trompés, on les a rendus malheureux. Pour remé- 
dier à ces maux, il faut « éclairer » les hommes, leur démontrer (et 
Duclos pense que cela est très possible) qu'il faut qu'ils s'aiment 
pour être heureux, que leur gloire et leur intérêt ne se trouvent 
que dans la pratique de leurs devoirs [Ibht., p. 49). Et, reprenant le 
mot de Socrate, si souvent cité, Duclos se l'approprie : « Le crime 
est toujours un faux jugement. » (Cf. P. Landormy, Les Philosophes : 
>ocrate. ) 

Mais cette fois l'appel est adressé plutôt à la raison qu'au cœur, 
plutôt au jugement qu'à la sensibilité : le but étant opposé à celui 
de Pascal, il en est de même de la méthode. Que vaut cette 
méthode ? Discutez. 



256. L'âme du XVIir siècle. 

M.vTiÈRE. — Développez, sous la forme qui vous paraîtra la plus 
convenable, ces lignes de Bersot : « L'àme du wni^ siècle, c'est 
rhumanité, c'est-à-dire une vraie sympathie pour lanature humaine, 
ridée de ses droits et le désir de son bonheur, la révolte contre les 
injures qu'on lui fait, contre les injustices qu'on lui inflige. Ainsi 
il combat l'intolérance religieuse, le gouvernement arbitraire, 
Tesclavage, le servage, les entraves au commerce et à l'industrie, 
l'inégalité artificielle, la torture, la cruauté des peines, la guerre et 
ses barbaries, et il rêve la perfectibilité de notre espèce. Sans 
doute, il s'est trompé en croyant que les hommes étaient assez mûrs 
pour le gouvernement de la raison, mais il a bien vu que c'est à 
la raison qu'il appartient de gouverner, et il a vivement représenté 
l'idéal vers lequel le genre humain marche, quoiqu'il semble souvent 
s'arrêter en route. » 



204 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — Voilà un des derniers sujets donnés au Concours 
Général. La matière dit : « Sous la forme qui vous paraîtra le plus 
convenable » (dialogue, lettre et discours, dissertation). Un des 
lauréats traita le sujet sous la forme d'une conférence. Quoi qu'il en 
soit, reportez-vous aux conseils et remarques générales qui sont 
au début du chapitre V. 



257. La philosophie du XVIII'' siècle est 
pratique, polémique, féconde en résultats. 

Matière. — Apprécier l'opinion suivante de Barni : « Le xvnie siècle 
est essentiellement un siècle philosophique ; c'est le siècle de la 
philosophie, puisque c'est le siècle de la raison ; mais sa philosophie 
est surtout pratique : il s'applique à réformer Thomme et la société 
par la raison. 

« La doctrine qui sert de base à cette philosophie n'est pas tou- 
jours bien profonde et bien exacte : c'est ou bien Vempirisme de 
Locke, ou bien le sensualisme de Gondillac, ou même le matéria- 
lisme d'Helvétius et de d'Holbach. Appuyée sur une telle doctrine 
el reflétant trop fidèlement les mœurs du temps, cette philosophie 
elle-même n'est pas toujours assez sévère et assez pure ; mais elle 
est toujours animée par le même sentiment, l'amour de l'humanité, 
et elle tend toujours au même but, l'amélioration de la condition 
humaine sur cette terre. On a beaucoup exagéré sa mauvaise 
influence. Le matérialisme lui-même, que je n'ai d'ailleurs nulle 
envie de réhabiliter, n'a pas toujours été aussi malsain qu'on a 
bien voulu le dire. Deux grands sentiments le relevaient : le senti- 
ment de la liberté de la pensée, et lamour de l'humanité. 

« Non seulement la philosophie du xvm^ siècle s'applique à être 
pratique, mais elle est encore et par-dessus tout polémique. C'est une 
philosophie toute militante. Elle réagit et lutte contre Tordre étabH. 
De là sa haine contre le passé. qui a enfanté un ordre de choses 
aussi inique et aussi révoltant ; de là ses injustices contre ce passé, 
où elle ne voit que barbarie et déraison; de là, dans beaucoup 
d'esprits, certaines confusions fâcheuses, celle, par exemple, du fana- 
tisme et de la religion. Il ne faut pas demander le calme et l'impar- 
tialité à qui combat. Mais de là aussi son audace, son impétuosité, 
sa généreuse ardeur. 

« Enfin, loin d'être négative et stérile, comme on l'en a trop 
souvent accusée et comme on se plaît encore à le prétendre, c'est 
une philosophie féconde en grands résultats. Voyez un peu : 

« Elle a donné au monde la liberté religieuse ; la liberté des cultes 
et la liberté philosopbique ; la liberté de penser ; 

« Elle a affrancbi ou entrepris (]';i(Tianrliii- les serfs et k's 
escalaves ; 

« Elle a réformé, en France et partout oii son intluenct; scsL 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 205 

étendue, le code civil dans le sens de l'équité naturelle, et le code 
pénal dans le sens de la justice et de l'humanité; 

« Elle a entrepris de résoudre le difficile problème de la concilia- 
tion de la liberté et de l'égalité politiques. Ou il faut désespérer de 
1 humanité, ou il faut admettre que ce problème n'est pas inso- 
luble. 

« Tels sont les résultats qu'elle a conquis ou les efforts qu'elle a 
tentés. Est-elle donc si indigne de notre reconnaissance? » (Barm, 
Histoire des idées morales et politiques en France au xvni" siècle : 
Introduction, p. 13.) 

Lectures recommandées : Sur Locke : V. Cousin, Philosophie de Locke. — 
H. Mario.n, Locke, sa vie et son œuvre. — Damiron, Essai sur l'histoire de la 
philosophie nu xviie siècle. — Nourrisson, Tableau des progrès de la pensée 
humaine, ch. L. — Articles de Ph. Ghasies {Revue de Paris, 1830), de Rémusat 
{Revue des deux Mondes, 1829). 

Sur Condillac ; Œuvres, édition 1826, édition Théry (notice). — De Loynes, ^/o^e 
de Condillac. — Damiron, Mémoire sur Condillac (Travaux de l'Académie des 
sciences morales et politiques, 1862; 10, 11). — Réthoré, Condillac ou l'empi- 
risme et le rationalisme . — Louis Robert, Les Théories logiques de Condillac. 

Sur d'Holbach et Helvétius : Voltaire, table, édition Beuchot ou Moland. — 
J.-J. Rousseau, Confessiotis. — Diderot, Lettres à i/"e Volland {Œuvres, édi- 
tion Garnier), — Saint-Lambert, Essai sur la vie et les ouvrages d' Helvétius. — 
D"" Roussel, Notice sur M'^e Helvétius. — Garât, Mémoires sur le xvnie siècle. 
— Antoine Guillois, Le Salon de J/™« Helvétius. — Villemain, Tableau de la litté- 
rature au xvine siècle. — T)amiron, Mémoire sur Helvétius ; Étude sur la 
philosophie de d'Holbach. — LBxnm, Histoire des idées morales et politiques en 
France au xvine siècle. — Davezac La vigne, La Société du baron d'Holbach. — 
Fouillée, Histoire de la philosophie. 



258. L'œuvre polémique du XVIIF siècle. 

Matière. — « La vérité est qu'un grand nombre d'écrivains 
s'attachèrent plutôt à combattre les institutions injustes ou tyran- 
niques de leur temps qu'à en proposer très précisément de nouvelles. 
Tous s'accordèrent à peu près sur la partie négative ou destructive 
de l'œuvre à accomplir : tous furent hostiles aux mêmes institu- 
tions. » (A. Bayet et F. Albert, Les Écrivains politiques du 
xvnie siècle: Introduction par F. Albert, p. XII sq.) 

Quelles sont ces institutions injustes ou tyranniques que la phi- 
losophie du xvnie siècle a attaquées? Est-il vrai de dire qu'elle se 
soit moins préoccupée de bâtir que de détruire, et dans quelle 
mesure cela est-il vrai ? 

Conseils. — On lira dans l'Introduction de M. Albert quelles 
sont les institutions dont il s'agit-, et l'on pourra d'ailleurs voir, à 
ce propos, ce qui est dit aux n"» précédents. On se servira de ces 
matériaux en employant le procédé de l'analogie. 

RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 12 



206 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Reste la seconde question : est-il juste de prétendre que la philo- 
sophie ait pensé à combattre plutôt qu'à édifier? Quel est, parmi 
les gens de lettres, celui qui n'a songé qu'à renverser ce qui 
existait, sans souci de ce qui pourrait remplacer le régime ruiné? 
Le livre de MM. A. Bayet et F. Albert vous permet de répondre en 
connaissance de cause. 



259. Gomment les philosophes ont rendu 
les idées « portatives ». 

Matière. — La littérature du xviiie siècle a rendu les idées « porta- 
tives ». Cette épithète est attribuée par Voltaire à son Dictionnaire 
philosophique, par d'Holbach à sa Théologie. 

Montrer, par des exemples précis, comment les philosophes ont 
trouvé la forme la meilleure pour vulgariser les idées. 

Conseils. — « Il faut bien, écrivait Buffon à M°^e Necker, qu'il 
y ait plus de grands écrivains que de penseurs profonds, puisque 
tous les jours on écrit excellemment sur des choses superficielles. 
Fénelon, Voltaire et Jean-Jacques ne feraient pas un sillon d'une 
ligne de profondeur sur la tête massive des pensées des Bacon, des 
Newton, des Montesquieu. » (2 janvier 1778, Œuvres, édit. de Lanes- 
san. XIII, p. 369.) 

« Ne nous arrêtons pas à cet étrange classement qui rapproche 
Voltaire de Fénelon et l'isole de Montesquieu. Disons seulement 
que ces « choses superficielles » auxquelles le seigneur de Montbard 
fait allusion sont la haine du despotisme et de l'arbitraire, et la 
recherche des institutions politiques et sociales qui doivent assurer 
aux citoyens la pleine liberté de leurs droits ; la haine du fanatisme 
religieux, et, par opposition, la liberté de conscience et de penser ; 
la haine des institutions féodales et le principe de l'égalité devant 
la loi; la haine des inégalités fiscales et le principe do l'égalité 
devant l'impôt; la haine des iniquités sociales et l'extinction du 
paupérisme; la haine de la barbarie dans le code et la réforme de 
la justice ; la liberté commerciale et aussi l'horreur de la guerre, 
de l'esclavage, etc., etc. Or, si les penseurs et les métaphysiciens 
les plus « massifs » avaient pu s'intéressera une révolution de ce 
genre et la faire triompher, alors on aurait pu prétendre qu'ils 
avaient tracé leur sillon, sans compter sur le peuple. Gomment le 
peuple les aurait-il suivis? Gomment se serait-il fait leur collabo- 
rateur? Je l'avoue cependant, je doute fort que ces grands hommes 
fussent parvenus à un résultat. Les philosophes, au contraire, 
devinrent les vrais éducateurs de la nation, parce que, si j'ose 
m'exprimer ainsi, ils lui offrirent un « enseignement primaire » et 
mirent à leur portée, en les rapetissant peut-être, mais en les 
clarifiant, les problèmes de la science politique, économique et 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEKOT. 20? 

sociale. » (M. Roustan, Les Philosophes et la société fançaise au 
xviii^ siècle, ch. VIII, p. 391.) 

On trouvera des exemples assez nombreux à la suite de ce pas- 
sage ; mais il faudra en découvrir d'autres soi-même, en parcourant 
les ouvrages qu'on aura sous la main. (Voyez La Composition fran- 
çaise : la Dissertation littéraire, Invention, ch. IV, p. 43 sq.) On 
pourra lire d'ailleurs dans La Dissertation morale, p. 69 sq. quelques 
passages où Voltaire rend « portatives » des idées abstraites et 
philosophiques. 

260. L'armée encyclopédique. 

Matière. — Que pensez-vous de cette opinion de Barni : « L'Ency- 
clopédie est un témoignage de l'harmonie des philosophes du 
xvnie siècle, au moins sur certains points capitaux, et cette har- 
monie, malgré les tristes rivalités et les déplorables querelles qui 
la troublèrent, est une des causes de la puissance de la philosophie 
à cette époque. Il ne faut pas que la philosophie se fasse secte, 
comme il lui est quelquefois arrivé au xvm^ siècle : l'indépendance 
absolue de la pensée lui est essentielle, et la conquête de la vérité 
est à ce prix; mais il faut que les penseurs, tout en gardant cha- 
cun leur liberté, se proposent un même but : /e développement de 
V esprit humain et le perfectionnement de Vhiimanité. Or c'a été là 
le grand côté du wiii" siècle » ? (Barni, Histoire des idées morales 
et politiques en France au xvm^ siècle, t. I : Introduction, p. 46, 47.) 

Conseils. — Je reavoie à mon livre Les philosophes et la société 
française awxviii^ siècle, où l'on verra chap. VIII, p. 384 sq. comment, 
suivant l'expression de Grimm, les Encyclopédistes formèrent une 
« Église » laïque; montrez d'une façon précise comment ils étaient 
unis par le même credo. 

Mais, pour revenir au titre même du devoir qui rappelle le mot 
de H. Fouquier sur « l'armée du roi Voltaire », il est certain que 
l'armée encyclopédique comptait plus d'un soldat indiscipliné. (Cf. 
Roustan, Les Philosophes, etc.. Introduction, p. 4 ; ch. VII, p. 318 sq. 
et passim.) 

Reportez-vous au devoir n^ 258, et vous verrez, qu'en tout cas les 
soldats les plus indisciplinés eurent les mêmes ennemis que les 
plus dociles. 

261. La mission de Montesquieu, de Voltaire, de 
Rousseau, de Diderot, de d'Alembert. 

Matiicre. — Il semble que, dans l'armée encyclopédique, chacun 
de nos grands écrivains ait eu un rôle particulier réservé à son 
genre ou à son talent. Pouvez-vous adopter cette classification 



208 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

de Barni : « Si nous cherchons quelles sont, parmi les idées morales et 
politiques du xviiic siècle, celles que chacun des philosophes représente 
plus particulièrement, il est plus difficile ici de distribuer les rôles, 
car tous sont animés par le même sentiment et poursuivent le 
même but ; ce que Voltaire dit de Montesquieu, qu'il a restitué au 
genre humain ses titres, on pourrait le dire de Voltaire lui-même, 
et de Jean-Jacques Rousseau, et do tous les^iutres; mais peut-être 
ne serait-ce pas trop forcer les choses que de dire que Montesquieu 
représente surtout l'idée de la liberté politique; Voltaire, celle de 
\' humanité à-a-ws, ce qu'elle a de plus général; Rousseau, l'idée de 
l'égalité et de\a souveraineté du peuple. Quant à Diderot et àd'Alem- 
bert, c'est à eux surtout que revient, à côté de Voltaire, la lutte 
contre la superstition et le fanatisme ; Montesquieu est plutôt 
l'homme de la philosophie des lois positives, et Rousseau, celui de 
la spéculation idéale » ? (Barni, Histoire des idées morales et poli- 
tiques en France au xvin*^ siècle^ t./I : Introduction, p. 27, 28.) 

Conseils. — Le sujet est très vaste : c'est ici qu'il sera utile 
avant tout de savoir se borner. Il est certain d'autre part que cette 
classification doit être regardée d'un peu haut et qu'elle ne peut 
guère avoir qu'une vérité générale. Cependant, elle est fort inté- 
ressante si elle répond en effet au caractère de chacun de ces 
écrivains et même au style de chacun d'eux. S'il est vrai, comme 
l'affirme Barni [Ibid.^ p. 26 sq.),/que Montesquieu représente « la 
raison tempérée par le sens historique le plus pénétrant et le plus 
sagace », Voltaire « la raison armée de lesprit le plus vif qui fût 
jamais, la raison née pour le combat et pour l'action», Rousseau 
« la raison animée par le sentiment et colorée par l'imagination », 
Diderot « la raison passionnée, pleine de feu et de fougue », 
d'Alembert « la raison mathématique », — si d'autre part le style de 
Montesquieu est « varié, ingénieux, mais parfois un peu affecté », 
celui de Voltaire « alerte, net et clair, mais un peu trop uni », celui 
de Rousseau « éloquent, mais trop souvent déclamatoire », celui 
de Diderot « impétueux, mais un peu négligé », celui de d'Alembert 
« précis, mais un peu froid »,ln'est-il pas permis de déterminer 
l'influence particulière que chacun d'eux a exercée, non seulement 
en faisant voir quelles idées chacun a défendues, mais pourquoi et 
comment chacun d'eux les a défendues? 



262, L' (( Encyclopédie », tribune politique 
du XVIir siècle. 

Maïikke. — « Mercier, dans son Tableau de Paris, regretlaiL 
qu'il n'y eût pas à Paris, comme à Athènes, une tribune aux 
harangues : « On y tonnerait contre les abus (|ui ne cessent dans 
un pays que quand on les a dénoncés à l'animadversion publique, 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 209 

et on y proposerait, dans ce siècle de lumières, ce qui pourrait être 
salutaire au public. » Fronder les abus et proposer d'utiles réformes, 
tel est bien l'objet de VEncyciopédie ; aussi fut-elle, avec toutes les 
restrictions que comporte ce mot en 1750, comme « la tribune poli- 
tique du xviue siècle ». [Discours préliminaire de VEncyciopédie, 
édit. Ducros, Appendice, p. 135.) 

Conseils. — On trouvera en Appendice, à la fin de l'édition clas- 
sique du Discours préliminaire par M. Ducros (p. 131 sq.), un 
chapitre intitulé : « La Critique des abus dans VEncyciopédie ». 
Mais il est bien entendu qu'on devra vérifier et compléter ces 
quelques pages par des lectures personnelles. Essayez surtout de 
classer : abus qui viennent du fanatisme (tolérance, liberté de pen- 
ser) ; — des institutions politiques (liberté individuelle); — des 
institutions sociales (égalité des citoyens devant la loi) ; — des 
institutions économiques et politiques (égalité devant l'impôt) ; — 
des institutions juridiques (réforme du code pénal)... Joignez à cela 
la polémique contre la barbarie de la guerre, et, après avoir étudié 
la matière de cette éloquence « politique », dites quelques mots de 
la manière, et demandez-vous comment ces orateurs ont exposé 
leurs idées. Peut-être serez-vous moins tentés de tourner en ridicule 
leur sensibilité larmoyante (Ducros, Ibid., p. 134). Surtout vous ne 
leur reprocherez plus leur prudence et leur timidité. (Voir au sujet 
n» 267 ce quia trait aux « renvois », et choisir dans vos lectures un 
certain nombre de passages où les philosophes paraissent évidem 
ment n'avoir pas dit toute leur psnsée.) Sur les dangers que cou- 
raient les philosophes et qu'il ne faut pas plus exagérer que nier, 
on consultera avec fruit : Barni, Histoire des idées morales et poli- 
tiques en France au xvni^ siècle, t. I, 3c leçon : Moyens employés 
par les écrivains pour répandre et faire triompher leurs idées 
(ordonnances, déclarations, etc., contre le droit de penser librement 
en matière de religion, de philosophie, de politique ; — la censure, 
la police, la chambre syndicale des libraires ; — le Conseil d'État, 
la Sorbonne, les assemblées du clergé; — les parlements; — les 
lettres de cachet). (Cf. Roustan, Les Philosophes et la société française 
au xvme siècle : préface, p. 17 sq.) On comprendra ce que signifie 
dans la matière, la parenthèse : « Avec toutes les restrictions que 
comporte ce mot en 1750 ». Notons d'ailleurs que le mot de Mer- 
cier rappelle celui de Malesherbes, déclarant que les gens de lettres 
« étaient au milieu du public dispersé ce qu'étaient les orateurs de 
Rome et d'Athènes au milieu du peuple a^^eitihl'" ». {Discow\s de 
réception à V Académie française, 1775.) 

Il sera fort intéressant, pour se rendre un compte exact de la 
puissance des gens de lettres au xvnie siècle, de lire dans les Con- 
sidérations sur les mœurs de Duolos, le chapitre XI : Sur les yens de 
lettres [Œuvres, édit. Belin, t. I,p.HOsq.V Cf. le sujet n» 19, p. 19. 



12. 



210 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



263. Deux critiques du « Discours préliminaire ». 

M.VTrÈ'iE. — Le Discours préliminaire de VEncyclopédie a été jugé 
de la façon suivante : « C'est un ouvrage peu sincère et très surfait : 
peu sincère, parce que d'Alembert y dit beaucoup de choses qu'il 
ne pensait pas, et très surfait, parce qu'il ne s'y trouve rien d'origi- 
nal comme idée ou comme réflexion, et que comme style, d'Alem- 
bert a écrit des pages bien supérieures, entre autres les Éloges des 
membres de l'Académie française, qui sont des chefs-d'œuvre 
d'habileté, de goût et de fine critique, en même temps que des 
morceaux fort instructifs au point de vue de l'tiistoire littéraire. » 
(Papillon, Histoire de la philosophie moderne, t. II, p. 81.) 

De son côté. M, J. Bertrand déclare : «D'Alembert s'élève contre 
le géomètre qui, en présence d'une belle œuvre de l'esprit, deman- 
dait : Qu'est-ce que cela prouve ? Je me contenterais de demander : 
Qu'est-ce que cela apprend? Cette question adressée à la préface de 
VEncyclopédie resterait sans réponse ». 

Discuter ces jugements. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au début du chapitre V 
et ajouter : D'Alembert, Œuvres, édition Belin, 5 vol. : Porti'ait de d' Alembert par 
lui-même et Correspondance, t. V. — Correspondance inédite de d'Alembert, pu- 
bliée par Ch. Henry. — Œuvres, édit. Didier, 1863. — Condorckt, Éloge de d'Alem- 
bert {Eloges académiques, édit. classique Didier, 1867. — Œuvres, édit. 1847, t. III, 
p. 51 sq.). — La Harpe, Lycfie, voir la table. — Cousin D'avalon, D' Alember- 
tiniana. — Sainte-Beuve, Lundis, t. II. — Bertrand, D'Alembert (Les Grands 
Ecrivains). — P. Albert, La Littérature française au xviii' siècle : d'.\lembert, 
p. 3.52 sq. — Brdnetiêre, Manuel de l'histoire de la littérature française, 
p. 312 sq. — E. Hekriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXI, 
p. 659 sq. — G. Lanson, Histoire de la littérature française, oe partie, livre IV, 
ch. III, p. 725. — E. Lintilhac, Précis historique et critique de la littérature 
française, t. II, ch. XII, p. 290 sq. -- G. Pellissier, Précis de l'histoire de la 
littérature française, 4* partie, ch. V, p. 339 sq. — R. Doumic, Histoire de la 
littérature française, ch. XXXI, p. 451 sq. — R. Ganat, Tja Littérature fronça i-n' 
par les textes, ch. XVII, | II, p. 413 sq. 

Conseils. — On trouvera dans les excellentes éditions classiques 
du Discours préliminaire {hncros, Picavet), l'essentiel pour guider 
la réfutation de ces opinions si sévères et si injustes. Voir en parti- 
culier l'introduction de l'édition PicaVet, surtout | IV, p. XLUisq. et 
les Notes sur le Discours, p. 190 sq. 



264. D'Alembert et les sciences exactes. 

MATii^:HE. — Exijliquer ce jugement : « D'Alembert, si l'on écoute- 
le témoignage impartial des mathématiciens, était un génie du pre- 
mier ordre, et il a laissé dans cette carrière des traces de son pas- 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 211 

sage. Même sans être fort instruit en cette matière, on ne s'étonne 
pas de ce jugement, enlisantla portion du Discours préliminaire de 
l'Encyclopédie, qui a rapport aux sciences exactes ». (De Barante, 
Tableau de la littérature au xvni^ siècle, oe édit., p. 159.) 



265. Le style de d'Alembert jugé par lui-même. 

Matière. — D'Alembert apprécie en ces termes les qualités et les 
défauts de son style : « Le caractère principal de son esprit est la 
netteté et la justesse. Il a apporté dans l'élude delà haute géométrie 
quelque talent et beaucoup de facilité, ce qui lui a fait dans ce 
genre un assez grand nom de très bonne heure. Cette facilité lui 
a laissé le temps de cultiver encore les belles-lettres avec quelque 
succès; son style serré, clair et précis, ordinairement facile, sans 
prétention, quoique châtié, quelquefois un peu sec, mais jamais de 
mauvais goût, aplus d'énergie que de chaleur, plus de justesse que 
d'imagination, plus de noblesse que de grâce. » (D'Alembert, Œuvres, 
édit., 1821, t. I, p. 9 sq.). 

Discuter en vous appuyant sur le Discours préliminaire. 



266. Le « Prospectus » de 1' « Encyclopédie 



». 



Matière. — A la fin du Discours préliminaire, d'Alembert place 
le « Prospectus dont M. Diderot est l'auteur » et qui, dit-il « a été 
reçu de toute l'Europe avec les plus grands éloges ». Le Discours 
préliminaire a effacé le Prospectus : plusieurs critiques ont affirmé 
que c'était à tort. Analysez le Prospectus, et dégagez les idées prin- 
cipales qu'il contient. 

lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au début du chapitre V', et 
ajouter : 

Diderot, Œuvres complètes, éditions Assezat et Tourneux. — Notice de l'édition 
Belin, 1818 (7 vol.; la « notice» est contenue dans le tome VII). 

Morceaux choisis, édit. Texte (Hachette), Pellissier (Colin), Fallex (Delagrave), 
Jacquinet (Belin), Parigot (Lecènt), Tourneux et Vapereau (Ghuravay). — Lettres 
choisies du xvitie siècle. 

Mme DE WxsDKCL, Mémoires sur Diderot, 1787. — S /nGEom, Mémoires historiques 
et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Diderot. — L.v Harpe. Lycée, 
voir la table. — Saintk-Bkdve, Premiers Lundis, t. I ; Portraits littéraires, t. I ; 
Lundis, t. III ; Nouveaux Lundis, t. IX. — Edmond Scherer, Diderot. — J. Reinach, 
Diderot. — Brusetiére, Études critiques, 2" série. — Fagcet, Dix-huitième siècle : 
Diderot. — Ch. Jouet, L'Esprit de Diderot, pensées, fragments. — Ducros, Z>trfe- 
rot, l'homme et l'écrivain. — .Albert CotuG^oy, Diderot. — Maurice Tournecx, 
Diderot et Catherine II. — P. Albert, La Littérature française au xviii« 
siècle : Les Encyclopédistes, Diderot, p. 324 sq. — Brunetière, Manuel de l'his- 
toire de la littérature française, p. 308 sq., et surtout p. 313. — E. Herriot, 
Précis de Vhistoire des lettres françaises, ch. XXI. p. 645 sq. — (i. LA^so^•, Ilis- 



212 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

toii'e de la littérature française, 5« partie, livre IV, ch. J, II, p. 717 sq., ~,'M) sq. 
— E. LiNTiLHAc, Précis historique et critique de la littérature française, t. Il, 
ch. XII, p. 290 sq. — G. Pellissier, Précis de l'histoire de la littérature fran- 
çaise, 4e partie, ch. V, p. 333 sq. — R. Doumic, Histoire de la littérature fran- 
çaise, ch. XXXI, p. 447 sq. — R. Caxat, La Littérature française par les textes, 
ch. XVIL I III, p. 419 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : Moment précis où paraît le Prospectus : 1750. (Le 
privilège est du 21 janvier 1746.) Localisation du Prospectus 
dans la littérature du xviii*^ siècle. Son à propos. 



I 

10 — But et utilité de V Encyclopédie : 

a) But et utilité pratique et « philosophique « : guide pour 
ceux qui instruisent les autres, ou s'instruisent eux-mêmes; 
mettre en évidence les relations des sciences et des arts, assu- 
rer leurs principes, faire le tableau général et historique des 
connaissances humaines (importance de cette idée). 

6) Insuffisance des Encyclopédies antérieures, parues avant 
les progrès décisifs de l'humanité, ou parues après, et alors 
étouffées sous le poids des matières. U Encyclopédie de Cham- 
bers est insuftisante : elle résume des ouvrages français, est 
très défectueuse au point de vue des arts mécaniques qu'on 
apprend dans les ateliers, non dans les livres. Ce livre ne four- 
nira p^is la base unique de ï Encyclopédie. 

2° — Disposition et méthode générale : 

a) Le point de départ est nécessairement Tordre généalo- 
gique des connaissances humaines ; cet ordre a été établi sur- 
tout d'après Bacon : (Mémoire, Histoire; Raison, Philosophie ; 
Imagination, Poésie). 

6) La division du travail a suivi; collaboration des spécia- 
listes, artistes et savants. Étendue et précision des connais- 
sances. Rôle particulier de Diderot : remplir les vides, et faire 
les articles intermédiaires. 

c) Dans les éditions postérieures, Diderot ajoutait une justi- 
fication de l'ordre a]pha])étique. 

d) Chaque article a un style convenable à Tobjet, propre à 
chaque collaborateur. Précision et clarté : variété. 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 213 

II 

Moyens employés pour l'exécution : 
10 — Sciences et arts libéraux : 

A] Procédés d'exécution : 

a] Exposer les principes de façon claire et précise d'après les 
meilleurs écrivains; exemples et autorités bien choisis, renvois 
exacts, citations fidèles ; etîorts sincères pour critiquer impar- 
tialement les opinions, en tenant compte du seul intérêt de la 
vérité. 

b) En même temps, histoire de l'origine et des progrès des 
sciences et des arts libéraux. Utilité de cette histoire. 

B) Ressources des Encyclopédistes : 

a) Ressources spéciales, les manuscrits d'amateurs ou de 
savants, les observations personnelles des collaborateurs ; cas 
particulier : richesse, originalité, nouveauté de la partie réser- 
vée à la grammaire française et à la grammaire générale. 

b) Bibliothèques publiques, cabinets particuliers, portefeuilles 
etc.. toutes communications dues soit à la protection des 
grands, soit à la bienveillance des savants. Art de distribuer 
les étrennes à propos. 

Enthousiasme et lyrisme de Diderot. 
20 — Arts mécaniques : 

A) a) Défauts des ouvrages antérieurs à ce sujet, manque 
de connaissances, de méthode, faiblesse des descriptions 
techniques. 

6) Visites des ateliers, interrogatoires des ouvriers les plus 
habiles. Difficultés de ces longues enquêtes. 

c) Pour les métiers les plus singuliers, il a fallu mettre soi- 
même la main à l'œuvre. 

d) Enlln nécessité d'aller apprendre dans les ateliers la langue 
des ouvriers eux-mêmes. 

B) delà posé, la méthode est la suivante : 

a) On traite de la matière, des lieux où elle se trouve, delà 
'préparation, qualités, espèces, opérations qui la transforment ; 

— des principaux ouvrages qu'on en fait et de la manière de 
les faire; — noms, descriptions, figure des outils et machines, 
coupe des moules; — planches représentant l'ouvrier au tra- 
vail; — définition rigoureuse des termes de l'art. 

b) Importance des tigures. Les dessinateurs spéciaux. Plus 
de 000 planches (30 dans Chambers). 

Services réels que rendra cette partie : la main d'œuvre 



214 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

fait seule l'artiste ; l'Encyclopédie renseignera le lecteur stu- 
dieux et offrira à l'artiste ce que la philosophie peut lui ap- 
prendre pour arriver à la perfection. 

III 

Péroraison modeste à la fois et fière : 

a) Lacunes et défauts inévitables de l'ouvrage : c'est l'ou- 
vrage des siècles: « lia fallu des siècles pour commencer, il en 
faudra pour finir : mais à la postérité et à VÉtre qui ne 
meurt point. ». 

h) Tout le monde du moins aura fait de son mieux. Résumé 
des services qu'on attend de l'ouvrage. Comment il servira au 
progrès de l'humanité... « en multipliant le nombre des vrais 
savants, des artistes distingués, et des amateurs éclairés, il 
répandra dans la société de nouveaux avantages ». 

Conclusion : Le Prospectus a été effacé par le Discours préli- 
minaire. Pourtant d'Alembert lui-même l'a joint à son Discours 
publié en 1759, avec, il est vrai, « quelques changements et 
additions qui ont paru convenables », mais sans importance, 
et il rappelait qu'il « avait été reçu de toute l'Europe avec les 
plus grands éloges ». Pour nous, ce document garde son im- 
portance par la date à laquelle il a paru, par ce qu'il nous ap- 
prend de l'ouvrage et des intentions de l'auteur, parce que ce 
document impersonnel nous apprend à mieux connaître Dide- 
rot lui-même et ses amis, et qu'il nous éclaire mieux sur 
leurs généreuses ambitions. 

267. L'article « Encyclopédie ». 

M.VTiÈRE. — M. Brunetière dit que pour avoir le véritable sens du 
Discours préliminaire, il faut y joindre l'article : Encyclopédie, qui 
est de Diderot. Expliquer cette opinion par une analyse des idées 
contenues dans l'aiticle. 

Plan proposé : 

Exorde: Intérêt de l'article : Encyclopédie : il est écrit lorsque 
les difficultés de la tâche ont été constatées, et au beau milieu 
de la publication même. 

1» — Diderot reconnaît les imperfections de l'ouvrage : 
« J'examine notre travail sans partialité, je vois qu'il n'y a peut- 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 215 

être aucune sorte de faute que nous n'ayons commise... » Il 
les explique soit en indiquant qu'on a eu (ort de partir d'un 
mauvais dictionnaire, celui de Chambers; soit en montrant 
qu'il était impossible, dès la première édition, de faire autre 
chose « qu'une compilation très uniforme et très incomplète i>. 

go — Cependant le succès a été considérable, et il est dû à 
plusieurs causes : 

a) Au grand nombre des figures, planches, etc. 

6) A la coHaboration des hommes de lettres les plus distin- 
gués de la nation ; leur dévouement à l'œuvre commune : « Il 
règne entre eux tous une émulation, des égards, une concorde 
qu'on aurait peine à imaginer... C'est qu'il ne s'agit point ici 
d'un intérêt particulier : c'est qu'il ne règne entre nous aucune 
petite jalousie personnelle, et que la perfection del'ouvrageet 
lutilitédu genre humain ont fait naître le sentinaent général 
dont on est animé ». Enthousiasme de Diderot. Énumération 
de quelques collaborateurs. 

c) Alix documents nombreux, aux sources bien chorsies ; 
malgi^é tout, il reste encore à analyser un certain nombre 
d'ouvrages de premier ordre. 

d)k sa haute portée morale : Diderot expose qu'une Ency- 
clopédie doit rendre les hommes meilleurs en même temps 
que moins ignorants, retracer les actes vertueux, se garantir 
de l'adulation, fuir la satire. 

3" — D'autres causes sont indiquées çà et là dans l'articje : 
Encyclopédie : 

a) Par exemple, voir ce qu'écrit Fauteur au sujet des « ren- 
vois •>■>. A côté des renvois de « choses » et des renvois de 
<( mots », Diderot compte les renvois « satiriques ou épigram- 
matiques ». Il cite comme type celui qui se trouve dans un 
article où un éloge pompeux est suivi de cet avertissement : 
« Voyez Capuchon ». « Le mot burlesque Capuchon, et ce qu'on 
trouve à l'article : Capuchon, pourrait faire soupçonner que 
l'éloge pompeux n'est qu'une ironie, et qu'il faut lire l'article 
avec précaution, et en peser exactement tous les termes ». 
Des <( renvois » en général dans ÏEîicyclopédie : comment ils 
sont « dirigés secrètement contre certains ridicules », « contre 
certains préjugés ». 

b) Vo'w encore ce que dit l'auteur de l'article au sujet du 
style de V Encyclopédie. « S'il est facile à un dictionnaire d'être 
bien écrit, il n'est guère d'ouvrages auxquels il soit plus essen- 
tiel de l'être... Au reste, nous avons quelque raison de cioire 



216 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

que nous ne sommes pas restés de ce côté sans succès ». 
Pourquoi onlitFouvrage « d'un bouta l'autre », au xyin" siècle : 
le style portatif : pas d'obscurité, simplicité ; rien de 
vague, etc.. 

Conclusion : Analyse du passagequi commence ainsi : « Nous 
croyons sentir tous les avantages d'une entreprise telle que 
celle dont nous nous occupons... L'expérience n'a point 
afïaibli ces dispositions... Nous avons vu, à mesure que nous 
travaillions, la matière s'étendre, etc.. (listedes difficultés)... 
Mais nous avons vu que de toutes les difficultés, une des plus 
considérables c'était de le produire une fois, quelque informe 
qu'il fût, et qu'on ne nous ravirait pas l'honneur d'avoir sur- 
monté cet obstacle... (liste des avantages)... Nous avons vu 
que V Encyclopédie ne pouvait être que la tentative d'un siècle 
philosophe ; que ce siècle était arrivé ; que la renommée, en 
portant à l'immortalité les noms de ceux qui l'achèveraient 
peut-être, ne dédaignerait pas de se charger des nôtres ; et 
nous nous sommes sentis ranimés par cette idée si consolante 
et si douce, qu'on s'entretiendrait aussi de nous, lorsque nous 
ne serions plus ; par ce murmure si voluptueux, qui nous 
faisait entendre dans la bouche de quelques-unsdenoscontem- 
porains ce que diraient de nous des hommes à l'instruction 
et au bonheur desquels nous nous immolions, que nous esti- 
mions et que nous aimions, quoiqu'ils ne fussent pas encore... 
Mais les faiblesses suivent la dépouille mortelle dans le 
tombeau, et disparaissent avec elle ; lamême terre les couvre ; 
il ne reste que les qualités éternisées dans les monuments 
qu'il s'est élevés à lui-même, ou qu'il doit à la vénération et à 
la reconnaissance publiques ; honneurs dont la conscience de 
son propre mérite lui donne une jouissance anticipée ; jouis- 
sance aussi pure, aussi forte, aussi réelle qu'aucune autre 
jouissance, et dans laquelle il ne peut y avoir d'imaginaires 
que les titres sur lesquels on fonde ses prétentions. Lesnôtres 
sont déposés dans cet ouvrage, la postérité les jugera. » 

Fierté légitime, confiance généreuse dans la grandeur de la 
tâche, et le sentiment que l'avenir la mènera à bonne fin. La 
foi de Diderot. 

268. Diderot jugé par ses contemporains. 

Matière. — Parmi les jugements que les contemporains ont 
portés sur Diderot, les plus intéressants sont peut-être ceux de 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 217 

Grinim, de Rousseau (alors brouillé avec son ami), et de Voltaire. 
— K S"il y eut jamais une capacité d'esprit à recevoir et à féconder 
toutes les idées que peuvent embrasser les connaissances humaines, 
ce fut celle de Diderot; c'était la tête la plus naturellement ency- 
clopédi([ue qui ait peut-être jamais existé. Métaphysique subtile, 
calcul profond, recherches d'érudition, conception poétique, goût 
des arts et de l'antiquité, quelque divers que fussent tous ces 
objets, son attention s'y attachait avec le même intérêt, avec la 
même facilité. » 

— « A la distance de quelques siècles du moment où il a vécu, 
Diderot paraîtra un homme prodigieux : on regardera de loin cette 
tête universelle avec une admiration mêlée d'étonnement, comme 
nous regardons aujourd'hui la tête des Platon et des Aristote. » 

— «... Un si beau génie à qui la nature a donné de si grandes ailes. » 
Que pensez-vous de ces trois jugements? 

269. Diderot journaliste. 

Matière. — Sainte-Beuve avait écrit : « Diderot doit nous être à 
jamais cher à nous tous, journalistes et improvisateurs sur tous 
sujets », et M. Faguet dit à son tour : « Personne plus que Diderot 
n'était né directeur de journal. » 

Apprécier ces deux opinions sur Diderot, directeur et rédacteur 
de journal. 

Conseils. — On trouvera dans notre volume, La Composition 
française : la Dissertation littéraire, Sujets proposés, sujet n^ 52, 
p. 137 un plan de cette dissertation. 



270. Diderot et la poésie. 

Matière. — Vous discuterez les idées que Diderot a exprimées au 
chapitre XVIII de son traité De la poésie dramatique, dans le 
passage qui suit : « En général, plus un peuple est civilisé, poli, 
moins ses mœurs sont poétiques ; tout s'affaiblit en s'adoucissant. 
Quand est-ce que la nature prépare des modèles à l'art? C'est au 
temps où les enfants s"arrachent les cheveux autour du lit d'un 
père moribond; où une mère découvre son sein, et conjure son 
fils par les mamelles qui l'ont allaité; où un ami se coupe la chee 
velure et la répand sur le cadavre de son ami ; où c'est lui qui 1 
soutient par la tête et qui le porte sur un bûcher, qui recueille sa 
cendre et qui la renferme dans une urne qu'il va. en certains jours, 
arroser de ses pleurs ; où les veuves échevelées se déchirent le 
visage de leurs ongles si la mort leur a ravi un époux ; où les chefs 
du peuple, dans les calamités publiques, posent leur front humilié 

RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 13 



218 LE DIX-IIUITIÈME SIÈCLE. 

dans la poussière, ouvrent leurs vêtements dans la douleur et se 
frappent la poitrine ; où un père prend entre ses bras son fils 
nouveau-né, l'élève vers le ciel, et fait sur lui sa prière aux dieux ; 
où le premier mouvement d'un enfant, s'il a quitté ses parents et 
qu'il les revoie après une longue absence, c'est d'embrasser leurs 
genoux et d'en attendre, prosterné, la bénédiction ; où les repas 
sont des sacrifices qui commencent et finissent par des coupes 
remplies de vin et versées sur la terre ; où le peuple parle à ses 
maîtres, et où ses maîtres l'entendent et lui répondent ; où l'on voit 
un homme, le front ceint de bandelettes devant un autel, et une 
prêtresse qui étend les mains sur lui en invoquant le ciel et en 
exécutant les cérémonies expiatoires et lustratives ; où des pythies 
écumantes par la présence d'un démon qui les tourmente, sont 
assises sur des trépieds, ont les yeux égarés et font mugir de 
leurs cris prophétiques le fond obscur des antres ; où les dieux, 
altérés du sang humain, ne sont apaisés que par son effusion ; où 
des bacchantes, armées de thyrses, s'égarent dans les forêts et 
inspirent l'effroi au profane qui se rencontre sur leur passage, etc. 

« Je ne dis pas que ces mœurs sont bonnes, mais qu'elles sont 
poétiques. 

« Qu'est-ce qu'il faut au poète? Est-ce une nature brute ou 
cultivée, paisible ou troublée? Préférera-t-il la beauté d'un jour 
pur et serein à l'horreur d'une nuit obscure, où le sifflement 
ininterrompu des vents se mêle par intervalles au murmure sourd et 
continu d'un tonnerre éloigné et où il voit l'éclair allumer le ciel 
sur sa tête ? Préférera-t-il le spectacle d'une mer tranquille à celui 
des flots agités? Le muet et froid aspect d'un palais à la promenade 
parmi des ruines? Un édifice construit, un espace planté de la 
main des hommes, au touffu d'une antique forêt, au creux ignoré 
d'une roche déserte ? Des nappes d'eau, des bassins, des cascades» 
à la vue d'une cataracte qui se brise en tombant à travers les 
rochers, et dont le bruit se fait entendre au loin du berger qui a 
conduit son troupeau dans la montagne, et qui l'écoute avec 
effroi? 

« La poésie veut quelque chose d'énorme, de barbare et de 
sauvage. 

« C'est lorsque la fureur de la guerre civile ou du fanatisme arme 
les hommes de poignards, et que le sang coule à grands flots sur 
la terre, que le laurier d'Apollon s'agite et verdit II en veut être 
arrosé. Il se flétrit dans les temps delà paix et du loisir. Le siècle 
d'or eût produit une chanson peut-être ou une élégie. La poésie 
épique et la poésie dramatique demandent d'autres mœurs. 

« Quand verra-t-on naître des poètes? Ce sera après les temps 
de désastres et dé grands malheurs; lorsque les peuples harassés 
commenceront à respirer. Alors les imaginations ébranlées par des 
spectacles terribles peindront des choses inconnues à ceux qui 
n'en ont pas été les témoins. N'avons-nous pas éprouvé, dans 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 219 

quelques circonstances, une sorte de terreur qui nous était étran- 
gère? Pourquoi n'a-t-elle rien produit? N'avons-nous plus de 
génie ? » 

Lectures recommandées : Ajouter aux ouvrages déjà recommandés : Rocafori . 
Les Doctrines littéraires de V Encyclopédie. 

Matière. — Telle est la matière proposée aux élèves de Première 
supérieure par le jury du concours pour l'École normale et les 
bourses de licences. Le passage est bien connu ; il se trouve aans 
les Morceaux choisis, par exemple dans ceux de Texte, p. 97 sq., de 
Fallex, p. 207 sq., deG.Pellissier, p. 150 sq., etc. Lisez-le entièrement ; 
puis rélléchissez à ces critiques adressées aux candidats par leurs 
juges : « Les candidats ont eu à discuter les idées exprimées par 
Diderot, dans un passage de son Traité ae la poésie dramatique 
(ch. XYIII), où il soutient, avec exemples à l'appui, que les 
mœurs de la civilisation et la paix ne conviennent pas à la poésie, 
mais la barbarie, la guerre, les troubles civils, par analogie avec 
la nature, qui n'est point poétique lorsqu'elle est cultivée et pai- 
sible, mais lorsqu'elle est brute et troublée. — H y a eu un petit 
nombre de copies tout à fait distinguées et un petit nombre de 
copies tout à fait mauvaises, puis deux groupes d'assez bonnes 
copies, entre- lesquelles s'étalait une masse trop nombreuse de 
copies médiocres. L'ensemble a dénoté un certain malaise produit 
par la nouveauté du sujet : beaucoup de candidats n'ont pas su lire 
le texte avec sang-froid, pour en pénétrer le sens, y reconnaître et 
y choisir les questions intéressantes à discuter; beaucoup, dans 
leur discussion, n'ont pas su serrer d'assez près la pensée de 
Diderot, ou l'onL jugée sans tenir compte du moment où. elle a été 
exprimée. » Voyez M. Roustan, La Coynposition française : la 
Dissertation littéraire. Invention, ch. II, | III, p. 25 sq. ; La Dissei'- 
tation morale. Invention, ch. III, p. 36 sq. 

271. La théorie de l'inspiration réfléchie. 

Matière. — Expliquer et discuter l'opinion suivante : « Les grands 
poètes, les grands acteur^ et peut-être en général tous les grands 
imitateurs de la nature... sont les êtres les moins sensibles... Ils 
sont trop occupés à regarder, à connaître et à imiter pour être 
vivement affectés au-dedans d'eux-mêmes... Nous sentons, nous; 
eux, ils observent, étudient et peignent. Le dirai-je ? Pourquoi 
non? La sensibilité n'est guère la qualité d'un grand génie... La 
sensibilité n'est jamais sans faiblesse d'imagination. » [Paradoxe 
sur le comédien, édit. Ern. Dupuy, p. 15.) 

Conseils. — Tous les Morceaux choisis renferment des extraits 
très suffisants du Paradoxe. Je renvoie cependant à l'excellente 



220 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

édition de M. E. Dupuy, 1902, édition critique avec introduction, 
notes, fac-similé. Voir à ce sujet la polémique engagée entre 
MM. Dupuy et Tourneux dans la Revue d'histoire littéraire de la 
France (1902). 

Si l'on est curieux de savoir comment cotte théorie de l'inspiration 
réfléchie a été développée et mise en pratique par les poètes et les 
écrivains, de l'école de Flaubert, c'est-à-dire par ceux qui ont suivi 
les romantiques, on prendra l'ouvrage de M. Cassagne, La Théorie 
de l'art pour l'art, passim, etâ^ partie, ch. IV : L'Art pour l'art et la 
science, p. 262 sq., surtout p. 292 sq. Voir dans notre tome III, le 
chapitre II, | 6. 

272. Diderot critique d'art. 

Matière. — Expliquer comment M"» Necker a pu dire au sujet des 
Salons de Diderot : « Je n'avais jamais vu dans un tableau que des 
couleurs plates et inanimées : c'est un nouveau sens que je lui dois. » 

lectures recommandées : D'Hadssonville, Le Salon de M^e Necker. 

Conseils. — On trouvera dans le livre de M. Faguet, dans celui de 
M. Hémon, toutes les indications générales nécessaires au déve- 
loppement. Mais il est bon de ne pas oublier de qui est l'opinion que 
nous devons expliquer dans cette dissertation. (Cf. La Composition 
française : fa Dissertation littéraire. Invention, ch. II, | III, p. 23 sq.) 

M"" Necker est une contemporaine de Diderot; c'est pour elle 
qu'il a écrit les Salons, je veux dire pour un public bien déterminé, 
qui est tout différent du nôtre. M. Faguet l'a fort bien marqué à la 
fm de son chapitre ; Fromentin, lui, pourra se permettre « un peu 
d'interprétation technique, quelques leçons de langue poussées un 
peu plus loin », mais Diderot a fort bien fait ce qu'il fallait faireà 
son époque, et la meilleure preuve, c'est que des femmes telles que 
M"» Necker le saluent comme un initiateur. 



273. Diderot critique artistique ou littéraire ? 

Matière. — On a souvent reproché à Diderot d'avoir fait dans ses 
Salons une critique plutôt littéraire qu'artistique. Pensez-vous en 
effet qu'il y ait dans ces pages, dans « ces causeries merveilleuses 
qui ont véritablement créé en France la critique des beaux-arts », 
l'influence fâcheuse et trop exclusive du point de vue littéraire ? 

Conseils. — Partez, si vous le voulez, de ces quelques lignes du 
livre de M. René Canat, La Littérature française par les textes. 
p, 424 : 

« Mais d'abord, si cette critique est littéraire, c'est que la peinture 
de ce temps-là l'était bien aussi avec ces sujets patliétiijues, spiri- 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 221 

tuels ou moralisateurs. Puis il n'est pas vrai que Diderot ait 
méconnu le métier, la technique des œuvres. C'était, en art, un 
amateur très distingué. Ne lui demandons pas les secrets de la 
peinture à l'huile, de la fresque ou du pastel. Mais il s'entendait 
merveilleusement à la composition d'une toile, et surtout aux effets 
de lumière et de couleur... Diderot avait un œil de coloriste et 
d'artiste, il savait voir. De plus il était initié, par des études, à 
certaines questions essentielles du métier. Son grand mérite est de 
nous donner la sensation puissante des œuvres d'art qu'il évoque. 
Il a créé le genre, ce qui est considérable. Il a été un éducateur 
du goût et un initiateur. » 

Lisez à présent vos Extraits, et vérifiez ces observations ou, au 
besoin, corrigez-les par les vôtres. Quels sont ces sujets « pathé- 
tiques, spirituels ou moralisateurs »? Commentées peintres étaient- 
ils des littérateurs? Avez-vous vu des reproductions de ces toiles 
que Diderot a décrites? Pouvez-vous vérifier s'il avait « un œil de 
coloriste et d'artiste»? Cherchez aussi comment ses qualités de litté- 
rateur ont puissamment aidé sa critique artistique. Voyez enfin s'il 
est vrai de dire qu'il a méconnu le métier, et s'il n'a pas fait son 
apprentissage dans les ateliers, s'il ne s'est pas familiarisé avec la 
technique, s'il n'a pas, suivant son expression, « passé ie pouce 
dans la palette ». Certains même ont trouvé que, dans les Derniers 
Salons, les remarques techniques étaient trop abondantes ; et puis, 
n'oubliez pas pour quelle époque et pour quelle société Diderot 
compose ses Salons, et concluez qu'il a bien créé la critique d'art, 
non comme nous l'entendons, mais comme il fallait l'entendre au 
xvin« siècle; Diderot a bien « créé le genre ». 

Plan proposé : 

Exorde : Le reproche adressé à Diderot; quelles seraient les 
conséquences s'il était vrai. 

1° — Le reproche n'est pas absolumentfaux. Montrer Diderot 
en face d'une toile : comment il voit avant tout le sujet, 
comment il le raconte, l'explique, le refait au besoin. Il 
s'attache à Texpression dramatique, à la portée morale. 

2° — Mais le reproche n'est pas justifié. La peinture de ce 
temps est littéraire : moralisatrice, spirituelle, pathétique. 
Des exemples. 

3° — Et surtout, les qualités du critique artistique sont le 
sens de la lumière etle sens de la couleur :sa faculté de voir, 
son instinct de la couleur, son « sentiment de la chair ». Des 
exemples. 

4° — Ces qualités ont été remarquablement servies par ses 
qualités littéraires : le « moment » du tableau, le sentiment 



222 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

de 1 ordonnance, de la distribution et de la liaison des parties, 
l'intelligence des groupements esthétiques. Des exemples. 

5° — Visites de Diderot dans les ateliers. Comment il observe, 
il cause, il fait causer. Son éducation technique est incomplète 
mais réelle. 

6° — Était-il possible à Diderot, même si cette éducation 
avait été plus complète, défaire autre chose qu'une « causerie» 
sur une œuvre d'art? Son but, son public. 

Conclusion : Diderot véritable créateur. « Quand on y songe 
bien, ce qui doit étonner, ce n'est point du tout que Diderot 
ait été littéraire dans sa critique d'art, c'est combien il l'a été 
modérément. Et c'est bien plutôt un retour au vrai sens artis- 
tique... » (E. Faguet, op. cit., p. 316.) 

274. Le style de Diderot (1). 

Matière. — M. Faguet écrit : « Diderot est grand écrivain par 

rencontre et comme par boutade, et il trouve une belle page comme 

il trouve une grande idée, avec je ne sais quelle complicité du 

hasard. C'est un homme d'humeur, et par conséquent un écrivain 

inégal. « Un homme inégal n'est pas un homme, dit La Bruyère; 

ce sont plusieurs ». Et il y a plusieurs écrivains dans Diderot. Il 

y a l'écrivain lucide, froid et lourd qui écrit les articles de VEncy- 

clopédie. Il y a l'écrivain dur et obscur qui expose une théorie 

philosophique qu'il n'entend pas bien... Et il y a aussi eh Diderot 

l'écrivain ardent, impétueux, d'une prompte et vive saillie, qui jette 

une scène sous nos yeux ou qui enlève un récit d'un tel mouvement, 

d'un tel élan, et, notez-le, avec une telle perfection de forme, qu'on 

ne songe plus à la forme, qu'on ne s'en aperçoit plus, qu'on croit 

voir, sentir et penser soi-même, que l'intermédiaire entre vous et 

la chose, que l'interprète, que l'écrivain, en un mot, a disparu ; et 

c'est là le triomphe même de l'écrivain.,.. Diderot est même poète. 

Il trouve le mot puissant et sobre, court et magnifique.... Il trouve 

le symbole exact et en même temps riche, ample, s'imposant à 

l'imagination, et il sait l'enfermer dans une période harmonieuse 

dont le retentissement prolonge longtemps dans notre mémoire ses 

ondes sonores..., «(Faguet, Dix-hui/ième siècle .-Diderot, p. 320 sq.) 

Pouvez-vous mettre sous chacune de ces alfirmations quelques 
passages qui les vérifient? Si elles renferment quelque sévérité 
qui vous paraisse excessive, défendez le styln de DifiiM-ot, mais tou- 
jours par des références exactes. 



(\) Sur DicliTOl et \c roman, voir plus loin, sujets m"' 362 sq.,- p. 206 s(|. 



L'ENCYCLOPÉDIE. DIDEROT. 223 



275. Les funérailles de Louis XV. 

Matière. — Les mémoires contemporains du règne de Louis XV 
rapportent sur ses funérailles des détails étranges : « Au bout de 
deux fois vingt-quatre heures, il fut porté à Saint-Denis, avec une 
suite de quarante-six gardes du corps. Le cercueil était sur un 
€arrOsse de chasse, et passait à travers l'ouverture du devant. Son 
escorte faisait courir le mort du même train qu'il les avait menés 
si souvent durant sa vie. Jamais monarque ne fut conduit si leste- 
ment. La même indécence régnait, les cabarets étaient remplis 
d'ivrognes qui chantaient. » 

Comment expliquez-vous les sentiments du peuple à l'égard de 
Louis XV, lors de ses funérailles? Quelles réflexions faites-vous à 
ce sujet? 

Lectures recommandées : Collections de Mémoires, citées au n» 16. — Lacre- 
TELLE, Histoire du xvnie siècle. — Tocqueville, Histoire philosophique du règne 
de Louis XV. — De Car>é, La Monarchie française. — Michelet, Histoire de 
France; xviii* siècle. — Jobez, La France sous Louis XV. — Taine, Les Origines 
de la France contemporaine, 1 : VAiicien Régime. — H. CARRé, La France sous 
Louis XV. — DcssiEux, Le Château de Versailles. — H. Fortodl, Les fastes de 
Versailles. — Le Roi, iV"" de Barry. — Concourt, 3/°e du Barry — Vatel, 
Histoire de J/"»* du Barry. — Rocs fax, Les Philosophes et la société française 
au xviii« siècle, ch. 1 : Les Philosophes et la royauté, surtout p. 56 sq. 

Conseils. — Cette matière a été proposée, plus d'une fois, au 
baccalauréat, sous cette forme ou sous une autre, par exemple : 
« Vous supposerez qu'un Anglais, voyageant en France, écrit à un 
de ses amis pour lui raconter le spectacle des funérailles de 
Louis XV et les réflexions que ce spectacle lui a inspirées — » 
N'oubliez pas quels sentiments avaient act^ailli le roi, à son arrivée 
au pouvoir, et mesurez la différence. 



276. A la veille de 1789. 

Matière. — « Les vices de cette société tenaient moins aux 
hommes qu'aux institutions. Jamais les mœurs ne furent plus 
aimables et douces qu'à la veille de 1789, les esprits plus cultivés 
et plus ouverts aux pensées généreuses de sacrifice et de renonce- 
ment, les âmes plus sensibles et plus apitoyées sur les maux d'autrui, 
l'intelligence et la science plus honorées et plus fêtées. Les bar- 
rières élevées entre les classes tendaient tous les jours à s'abais- 
ser davantage. Le contraste entre les mœurs et les institutions 
était d'autant plus vif et choquait davantage les penseurs et les 
politiques. » (A. Gasqlet, Lectures sur la société française aux 
xvn" et x\nV siècles : Préface, p. 13.} 



224 LE DIX-HUITIEME SIÈCLE. 

Ainsi s'exprime M. Gasquet, qui nous donne, dans son ouvrage, 
des passages caractéristiques. Faites, d'après les Mémoires et les 
Correspondances, un tableau de la France à la veille de 1789. 

Lectures recommandées : Outre les ouvrages précédemment cités, je renvoie 
à Babeau, Paris en 1789 (Paris, Didot). — Edme Champion, La France d'après 
les cahiers de 1789. 

Collections de Mémoires citées. — Granier de Cassagnac, Histoire des causes de la 
Révolution française. — Droz. Histoire du régne de Louis XVL — Jobez, La 
France sous Louis XVI. — Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XVL 
— Flammermont, Le second ministère de Necker. — Semichon, Les Réformes 
sous Louis XVI : Assemblées provinciales et parlements. — Baiixy, Histoire 
financière. — Clamageran, Histoire de l'impôt en France. — Ch. Gomel, Les 
Causes financières delà Révolution française. — Beaclieu, Essais historiques sur 
les causes et les effets delà Révolution française. — Aimé Cherest, La Chute de 
Vancieii régime. — Sepet, Prélitninaires de la Révolution. 



VI 
J.-J. ROUSSEAU. — BERNARDIN DE SAINT-PIERRE 



277. Éloge de Rousseau. 

Matière. — Rousseau est un des grands esprits qui ont prépaie 
la venue des temps modernes. 

Sa vie entière a été consacrée à la vérité. Sa devise était : « Vitam 
impëndere vero ». Il a soulevé contre lui les haines des ennemis 
de la liberté; il n'a eu comme récompenses que les persécutions et 
il a connu toutes les souffrances. 

Son courage est cependant resté inflexible. Il était de ceux qui 
savent prendre leurs responsabilités ; il a signé tous ses ouvrages ; 
il s'est offert sans hésitation à la sentence des magistrats, trop 
dévoués aux idées du passé pour être justes envers lui. 

C'est qu'il apportait à la nation la grande idée de l'excellence de 
la nature. On peut discuter cette idée fondamentale du système de 
Rousseau ; il faut bien reconnaître que c'est une de celles qui ont 
le plus fait pour ruiner l'ancien ordre de choses. Il a dénoncé les 
abus et les injustices, abrités sous un régime d'oppression, et il a 
concouru à créer le mouvement irrésistible qui a emporté le vieux 
monde. 

Gomme les philosophes, il a montré que l'intolérance était un 
crime; il a considéré que la pureté du cœur et la droiture de nos 
intentions étaient les plus saintes des vertus. Sa morale a réchauffé 
les nobles sentiments sur lesquels reposent les sociétés constituées ; 
elle a relevé l'homme à ses propres yeux. 

11 a voulu que les nations eussent des citoyens vertueux, il a 
montré que l'éducation bien entendue d-evait se proposer ce but 
unique ; avant lui, on formait des sujets pour une monarchie, il 
indique comment l'on forme des hommes pour des États libres. 

C'est Rousseau enfin qui a proclamé le grand principe de la sou- 
veraineté populaire, et, quelles que soient les imperfections de ses 
théories politiques, il reste l'homme qui a jeté à bas toutes les 
puissances pour faire triompher la volonté générale, règle de toutes 
les constitutions modernes. 

Aussi les hommes de la première République ont-ils fait conduire 
au Panthéon la dépouille de Rousseau, et ont-ils décrété de lui 
élever une statue ; la troisième République a payé la dette de la 
première. 

13. 



226 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lectures recommandées : La plus commode des éditions complètes est l'édition 
Hachette, 1886-1893, 13 vol. —Cf. édition Petitain, 22 vol. 1819-1822; — édition 
Musset-Patay, 23 vol. 1823-1826. 

ExlJ'aits : Brunel (Hachette) ; Fallex (Delagrave). — Pages choisies par Roche- 
blave (Colin). — Morceaux choisis par Victor Schrœder (très jolie édition des 
Nouveaux classiques f7'ançais illustrés, avec une Introduction très intéres- 
sante, collection .\lcide Picard, Paris.) 

J. -J.Rousseau, Confessions ; Dialogues {Rousseau, juge de Jean-Jacques); 
Les Rêveries d'u?! promeneur solitaire ; Correspondance . — Jean-Jacques Rous- 
seau, ses amis et ses ennemis, correspondances publiées par Streckeisen-Moultou. 

— Voltaire, édit., Beuchot ou Moland, Table. — D'Alembert, Œuvres, Paris, Belin, 
1822, 5 vol. t, IV. — Diderot, Œuvres complètes, édit. Assézat et Tourneux, Table. 

— Grimm, Correspondance littéraire, édit. Tourneux, Table. — Bernardin de 
Saint-Pierre, Fragments, et Essai sur Jeaii-Jacques Rousseau. — M"» de Staël, 
Lettre sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau. — Chateau- 
briand, Génie du christianisme. II" partie, III, i; Essai historique sur les 
Révolutions, U» partie, ch. XXIV; 2e partie, ch. XXVI. — Mdsset-Pathay, Histoire 
de la vie et des ouvrages de J.-J . Rousseau. 

Villemain, Tableau de la littérature française au xviii« siècle. — Lamartine, 
Entretiens, 6o-67, t. XI et XII. — Saint-Marc Girardin, J.-J. Rousseau, sa vie et 
ses ouvrages. — Vinet, Histoire de la littérature française au xviiie siècle, 
t. H. — SaixMe-Beuve, Lundis, t. Il, III, XV et Table. — Bersot, Etudes sur le 
xviiie siècle, II ; Introduction du Rousseau de Saint-Marc Girardin ; Études et Dis- 
cours. — MicHELET, Louis XF et Louis XVI. — Sayous, Le Dix-huitième siècle à 
l'étranger, t. 1. — Barni, Histoire des idées morales et politiques en France au 
xviiie siècle, i. II. — Despois, Les Lettres et la Liberté. — 1 ki^e,L' Ancien Régime ; 
La Révolution. — Eug. Ritter, Rousseau et le pays roman; La Famille de 
J.-J. Rousseau; Nouvelles recherches sur les « Confessions » ; La Jeunesse de 
J.-J. Rousseau. — Caro, La Fin du xviiie siècle, t. I. — Scheuer, Melchior 
Grimm. — Ducros, J.J. Rousseau (Collection des Classiques populaires). — 
Brunetière, Etudes critiques, séries. II, III, IV, V; L'Évolution de la poésie 
lyrique, t. I. — Ph. Godet, Histoire littéraire de la Suisse française. — Arvéde 
Barine, Bernardin de Saint-Pierre. — Chuquet, J.-J. Rousseau (collection des 
Grands Ecrivains). — Texte, Jean-Jacques Rousseau et les origines du cos- 
mopolitisme littéraire. — Fredérika Macdonald, La Légende de J.-J. Rousseau, 
trad. de l'anglais par Georges Roth. 

P. Albert, La Littérature française au xviiie siècle : J.-J. Rousseau, p. 215 sq. 
— F. Hémon, Cours de littérature: J.-J. Rousseau. — Brunetière, Manuel de 
l'histoire de la littérature française : J.-J. Rousseau, p. 328 sq. — Faguet, 
Dix-huitième siècle : J.-J. Rousseau, p. 327 sq. — Hebriot. Preei*' de l'histoire des 
lettres françaises, ch. XXII, p. 686 sq. — Lanson, Histoire de la littérature 
française, 5^ partie, livre IV. ch. V, p. 762 sq. — Lintii.hac, Précis historique et 
critique de la littérature française, t. II, ch. X, p. 234 sq. — Pellissikr, Précis 
de l'histoire de la littérature française, 4« partie, ch. VIII, p. 364 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXII, p. 454 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XVllI, p. 429 sq. — 
G. CoMPAYRK, Jean-Jncques Rousseau et l'éducation de la nature (collection : 
Les Grands Educateurs). — L. Lrvuault, Auteurs français : J.-J. Rousseau, 
p. 619 sq. 

Conseils. — Sujet Irès général dans lequel il faudra savoir se 
tenir à l'essentiel (Cf. M. Roustan, La Composition française : Conseils 
généraux, A IKxamen, ch. II., |). 225 sq.). Le plus sa;,'e est évi- 



J.-J. ROUSSEAU. 227 

demment de suivre le plan imposé par la matière, sans croire^ tou 
tefois que le travail de la disposition soit achevé. (Cf. M. Roustan, 
La Composition française: La Lettre et le Discours, Disposition, 
ch. I. p. 75 sq.) 



278. Rousseau juge de Jean- Jacques. 

Matière. — « A charge et à décharge, déclarait fièrement Jean- 
Jacques Rousseau, je ne crains point être vu tel que je suis. » 
Qu'en pensez-vous ? Rousseau avait-il raison de faire cette décla- 
ration, qu'il a plus d'une lois renouvelée ? Pour que votre juge- 
ment soit acceptable, n'oubliez pas qu'il doit être complet; n'entre- 
prenez ni une apologie ni un réquisitoire contre Rousseau, et 
souvenez-vous qu'il a dit lui-même : « Ce qui peut m'être le plus 
défavorable est d'être connu à demi. » 

Conseils. — La matière aurait pu joindre à ces extraits tout le 
début des Confessions, surtout le passage resté célèbre qui 
commence ainsi : « Que la trompette du jugement dernier sonne 
quand elle voudra... y, et qui se termine par ces mots : «... et puis 
qu'un seul te dise, s'il l'ose .je fus meilleur que cet homme-là! » 

279. Aimer Rousseau. 

Matière. — « Il nous sera toujours impossible de ne pas aimor 
Jean-Jacques Rousseau », écrivait Sainte-Beuve ; d'autres l'ont répété 
avant et après lui, et notamment un critique contemporain qui. 
redisait presque dans les mêmes termes : « 11 m'est impossible de 
ne pas l'aimer. Je sens qu'il fut bon. » Cela était écrit en 1891 par 
M. J. Lemaître. 

Vous paraît-il impossible en eCfet de ne pas aimer Jean-Jacques, 
et pourquoi ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au n* 277 et ajouter : 
A. Daudet, Dialogues intimes pour et contre Rousseau. — John Grand-Car- 
TERET, Rousseau Jugé par les Français d'aujourd'hui; Jeati-Jacques Rousseau 
jugé par les Genevois daujoitrdhui. — D. Châtelain, La Folie de J.-J. Rous. 
seau. 

Conseils. — C'est votre avis personnel qu'on vous demande, et, 
après tout, vous n'êtes pas obligé d'aimer Rousseau. D'autres ont 
été très sévères pour Jean-Jacques, et M. J. Lemaître qui écrivait 
les lignes précédentes en 1891 [Journal des Débats, 29 juin) publiait, 
quelques années plus tard, tout un volume, composé de conférences 
où il avait dit exactement le contraire (J. Lemaître, J.-J. Rousseau, 
Calmann Lévy, 1907). 



228 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Voici quelques témoignages d'admiration donnés à Rousseau par 
ceux qui l'ont aimé. M^e de Staël, qui est une disciple de Jean- 
Jacques, déclarait en 1788 : « Soit qu'on entende parler de Rousseau 
par ceux qui l'ont aimé, soit qu'on lise ses ouvrages, on trouve dans 
sa vie, comme dans ses écrits, des mouvements, des sentiments 
qui ne peuvent appartenir qu'aux âmes pures et bonnes. Quand on 
le voit aux prises avec les hommes, on l'aime moins ; mais dès 
qu'on le retrouve avec la nature, tous ses mouvements répondent 
à notre cœur, et son éloquence développe tous les sentiments de 
notre âme. » (M°»« de Staël, Lettre sur les écrits et le caractère de 
J.-J. Rousseau, Œuvres complètes, 1820, t. I.) 

Bersot, qui voit dans Jean-Jacques <c l'aspiration indomptablevers 
l'idéal », écrit avec éloquence : « Il aura pour disciples, non point 
le nombre qui jugera sur sa parole et embrassera ses paradoxes, mais 
tous ceux que la terre et la réalité ne contenteront point, tous ceux 
qu'agitera jamais, jusqu'au sein du bonheur présent, l'inquiète espé- 
rance. » (Bersot, Études sur le xvnF siècle.) Et de nos jours, 
tandis que Paul Janet rapproche Rousseau de Platon, pour son 
goût de l'idéal et son rêve du mieux, c'est encore ce dévouement 
à l'idéal qui vaut à Jean-Jacques d'enthousiastes sympathies : 

« Il souffrit en cherchant l'idéal qu'il prêchait avec la foi d'un 
apôtre. Le malheur l'a sacré. On plaint ses misères, et l'on ne 
peut se défendre de l'aimer, d'être entraîné vers lui, comme les 
nobles cœurs de son temps, par la pitié et par une irrésistible sym- 
pathie. « Vous me demandez ce qu'il me semble de Rousseau, écrit 
« Frédéric à Voltaire : il faut respecter les infortunés ; il n'y a que 
« les âmes perversos qui les accablent. » (A. Ghuquet, Jean-Jacques 
Rousseau.) 

Nous aurions pu citer de nombreuses pages où le même Rousseau 
est maudit, insulté, accusé des pires méfaits. Nous nous contentons 
de citer ce passage emprunté au livre d'un d'esprit très délicat, 
critique moraliste : « La vie sans actions, toute en affections et en 
pensées demi-sensuelles; fainéantise à prétention; voluptueuse 
lâcheté; inutile et paresseuse activité, qui engraisse l'âme sans la 
rendre meilleure, qui donne à la conscience un orgueil bête, et à 
l'esprit l'attitude ridicule d'un bourgeois de Neuchàtel se croyant 
roi ; le bailli suisse de Gessner dans sa vieille tour en ruines ; la 
morgue sur la nullité; l'emphase du plus voluptueux coquin, qui 
s'est fait sa philosophie, et qui l'expose éloquemment; enfin le 
gueux se chauffant au soleil, et méprisant délicieusement le genre 
humain : tel est J.-J Rousseau. » (Joubert, Œuvres., édit. 1877; 
Pensées, titre XXIV, pensée XLIV, p. 369 sq.) 

Nous répétons : « Soyez personnels », et nous vous renvoyons à 
La Composition française : La Dissertation littéraire. Invention, 
ch. IV, p. 43 sq. ; Élocution, ch. I, II, III, p. 94 sq.; La Dissertation 
morale. Invention, ch. V, p. 55 sq. ; Élocution, ch. I sq., p. 103 sq., 
surtout (h. Il, I III, p. 116 sq. 



J.-J. ROUSSEAU. 229' 



280. Au pays des chimères. 

Matière. — Apprécier cette parole de J.-J. Rousseau : « Le pays^ 
des chimères est en ce inonde le seul digne d'être habite ; et tel est 
le néant des choses humaines, que, hors l'être existant par lui- 
même (c'est-à-dire Dieu), il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas. » 

Cette parole vous paraît-elle expliquer bien des choses dans la vie, 
le caractère et les ouvrages de Jean-Jacques, et n'est-il pas vrai 
que, pour comprendre l'homme et l'œuvre, il faut à côté de « l'impor- 
tance démesurée prise par la sensibilité », tenir compte de l'impor- 
tance démesurée prise par l'imagination? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"* 277 sq. 

Ajouter : Pascal, Pensées, art. III, 3, édit. Havet, p. 129; section H, 82, p. 362, 
édit. Brunschvig. — MAr.EBRA.scHE, De la recherche de la vérité, liv. II, édit. 
Thamin (Hachette), surtout 2e et 3e partie, p. 48 sq., 108 sq. — Joly, De l'imagi- 
nation. — RiBOT, De l'imagination. — Rabier, Leçons de psychologie. — Com- 
PAYRÉ, Pédagogie théorique et pratique ; L'éducation intellectuelle et morale. — 
E. Rayot, Précis de psychologie appliquée à l'éducation., 1" partie, Xlle leçon, 
p. 175 sq. ; 2« partie, IXe leçon, p. 441 sq., et bibliographie, p. 457. . 

Conseils. — Les mots placés entre guillemets dans le second para- 
graphe sont empruntés à V Histoire de la littérature française de 
M. Doumic (ch. XXXU, 1 1, p. 436). Pour le rôle que l'imagination a 
joué chez Rousseau, voyez Rousseau lui-même, Correspondance : 
Confessions, etc. 

« Cet amour des objets imaginaires et cette facilité de m'en 
occuper achevèrent de me dégoûter de tout ce qui m'entourait, et 
déterminèrent ce goût pour la solitude qui m'est toujours resté 
depuis ce temps-là. On verra plus d'une fois dans la suite les bizarres 
effets de cette disposition si misanthrope et si sombre en apparence, 
mais qui vient en effet d'un cœur trop affectueux, trop aimant, trop 
tendre, qui, faute d'en trouver d'existants qui lui ressemblent, est 
forcé de s'alimenter de fictions... » {Confessions, partie I, livre I.^ 

Rousseau lui-même, on le voit, marque fort bien pourquoi son 
cœur trop affectueux avait besoin de se transporter au pays des 
chimères, c'est-à-dire pourquoi son imagination était aussi extra 
ordinaire que sa sensibilité. 

]V£me (\q S"tael dit à son tour : « L'imagination était la première de 
ses facultés, et elle absorbait môme toutes les autres. Il rêvait 
plutôt qu'il n'existait, et les événements de sa vie se passaient dans 

sa tête plutôt qu"»,'n dehors de lui Rousseau n'était pasfou,mais 

une faculté de lui-même, l'imagination, était en démence. » {Lettre 
sur les écrits et le caractère de Jean-Jacques Rousseau.) 

Quant à la question générale qui doit être traitée aux termes 



230 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

mêmes de la matière: « Apprécier, etc.. », il appartient à des élèves 
-de première ou de seconde de la traiter avec méthode et avec 
réflexion. Nous avons répondu aux objections. (Cf. Roustan, 
La Composition française : la Dissertation morale, Invention, 
ch. IV, p. 47 sq., surtout | III : « Retarderons-nous la dissertation 
morale jusqu'à Tannée de « philosophie » ? et cli. VI, p. 55 sq.) 



281. Homme à paradoxes ou homme à, préjugés? 

Matière. — Discuter cette pensée de Rousseau : « J'aime mieux 
être un homme à paradoxes qu'un homme à préjugés. » 

Lectures recommandées : Voir les n"» précédents et spécialement : Compayrk, 
V Education intellectuelle et morale. — E. Rayot, Précis de psychologie appli- 
quée à réducation. 

Conseils. — Nous ferons à propos de ce sujet des remarques 
analogues à celles qui ont été faites sur le sujet précédent. 

11 y a deux parties à distinguer : 1° une partie générale; préoc- 
cupez-vous de bien définir (Voy. M: Roustan, La Composition fran- 
çaise : la Dissertation morale. Invention, ch. H, p. 21 sq.), puis 
discutez en faisant appel à votre réflexion et à vos souvenirs person- 
nels [IbicL, ch. V, p. 55 sq) ; — 2° une partie très précise : tenez le 
plus grand compte du nom de l'auteur [Ibid., ch. III, p. 36 sq.) et 
•cherchez une démonstration dans Rousseau lui-même. 



282. Le « système > de Rousseau. 

Matière. — Tandis que le philosophe Diderot écrivait à 
M"e Voland à propos de Jean-Jacques : « Rien ne tient dans ses 
idées », Rousseau a toujours affirmé : « Toutes mes idées se 
tiennent », et a accusé ses adversaires de méconnaître volontaire- 
ment l'unité de ses œuvres, ou, comme il dit lui-même, « la chaîne 
de leur contenu )>. Après avoir cité et analysé brièvement un 
certain nombre de passages où Rousseau nous fait suivre « le fil de 
ses méditations » et le développement fie son « grand système », 
vérifiez vous-même si c'est l'opinion de Rousseau qui est exacte ou 
celle d'un grand nombre de ses critiques. 

Conseils. — M. J. Lemaîlrc est évidemment du côté de Diderot. 
M. Lintilhac (Supplément aux Éludes littéraires de G. Merlet, p. 87 
sq. ; et Précis de la Littérature française, t. II, ch. X, p. 235 sq.) 
est du côté de Jean-Jacques, Vous les consulterez, l'un et l'autro, et 
aussi un certain nombre des ouvrages indiqués au n» 277. 

Mais avant tout vous vous mettrez en quête de textes de Rous- 



J.-J. ROUSSEAU. 231 

seau. Vous en trouverez un très fi^rand nombre dans M. Lintilhac, 
assez fortement groupés et sobrement analysés. Cherchez-en 
d'autres. (Cf. La Composition française : la Dissertation littéraire, 
Invention, ch. IV, p. 43 sq.) Il' ne vous sera pas difficile d'en 
trouver, en feuilletant les Œuvres de Rousseau, et déjà vos Extraits 
ou Morceaux choisis vous en donneront plus d'un tout à fait 
caractéristique. Cf. Lettre à Monseigneur de Beaumont (édit. 
Fallex,p. ^)\ Seconde lettre à M. de Malesherbes [Ibid, p. 393), etc. 

M. Lintilhac distingue dans le « système » de Rousseau : 

1° La thèse : c'est le grand principe qui est à la base de ses 
ouvrages : elle est formellement indiquée dans la Lettre à M. de 
Malesherbes : « L'homme est bon naturellement, c'est par ces insti- 
tutions seules que les hommes deviennent méchants. » (Éd. Fallex, 
loc. cit.) Nous la trouverons aussi, longuement développée, partout. 
Le Vicaire Savoyard {Ibid. p. 85) déclare : « Homme, ne cherche 
plus l'auteur du mal ; cet auteur, c'est toi-même... Otez nos 
funestes progrès, ôtez nos erreurs et nos vices, ôtez l'ouvrage de 
l'homme et tout est bien. » Donc, tout est bien, sortant des mains 
de la nature ; la nature fait l'homme heureux parce qu'elle le fait 
bon, la société le rend misérable parce qu'elle le déprave. La thèse 
de Rousseau, c'est l'opposition qu'il établit entre l'homme de la 
nature et l'homme de l'homme. 

2" A la thèse s'oppose l'antithèse. Rousseau n'a pas pensé qu'il 
fût possible de retourner à l'état de nature ; au contraire. « Quoi 
donc, faut-il détruire les sociétés, anéantir le tien et le mien, et 
retourner vivre dans les forêts avec les ours i Conséquence à la 
manière de mes adversaires. » Il insiste sur cette idée dans sa 
lettre à Voltaire (même édition, p. 374), dans ses dialogues (D), où 
il déclare que « la nature humaine ne rétrograde pas et que jamais 
on ne remonte vers les temps d'innocence et d'égalité, quand une 
fois on s'en est éloigné. » 11 y insiste dans le Discours sur l'inéga- 
lité, où il dit que « l'homme sauvage et l'homme policé diffèrent 
tellement par le fond du cœur et des inclinations que ce qui fait le 
bonheur de l'un réduirait l'autre au désespoir » ; dans le Contrat 
social (liv. I, ch. S|, dans la préface de Narcisse, etc.. Eu définitive, 
il est impossible *(jue l'homme retourne à l'état de nature; il est 
de toute nécessité qu'il conserve les institutions existantes. Les 
détruire, ce serait « ùter les palliatifs en laissant les vices et subs- 
tituer le brigandage à la corruption ». 

3o La troisième partie du système, c'est la synthèse. Sans doute il 
est impossible de revenir à l'état premier de l'humanité, mais on 
peut améliorer notre état social en le rapprochant le plus possible 
de l'état de nature. Du moment que « la bonté originelle de l'homme » 
a été gâtée par les contradictions qui existent entre les lois de la 
nature et les lois de la société, plus celles-ci se rapprocheront de 
celles-là, moins l'homme sera artificiel et plus l'homme sera heu- 
reux. A l'origine, l'homme était bon, il était libre : plus dans la 



232 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

société l'homme sera bon et libre, plus il se rapprochera de l'idéal ; 
voilà la synthèse de Rousseau . 
Dès lors, on peut classer en gros les œuvres de notre philosophe : 

a) Dans les œuvres qui développent la thèse, nous pourrons placer 
les deux Discours, la, Lettre à D'Alembertsur les spectacles, etc., tous, 
les ouvrages, en un mot, dans lesquels Rousseau établit que la 
société, mauvaise dès le début, est devenue de plus en plus mau- 
vaise à mesure que la civilisation s'est développée ; il est clair que 
c'est là que nous trouverons le plus de paradoxes chez Rousseau. 

b) Dans la troisième partie au contraire, c'est-à-dire dans celle 
qui a trait à la synthèse, nous trouverons beaucoup moins d'idées 
hasardées, beaucoup moins de paradoxes et beaucoup plus de 
vérités: le Contrat social rapprochera l'homme de la nature comme 
citoyen ; la Nouvelle Héloïse, comme membre d'une famille ; 
VÉmile, comme individu. L^homme étant né libre et étant partout 
dans les fers, il se rapprochera de la nature comme citoyen lors- 
que dans la société tous les hommes resteront égaux, c'est-à-diro 
lorsque la volonté générale, qui n'est autre que la volonté constante 
de l'homme civil, seraobéie de tous et de lui-même; c'est làl'objet 
du Contrat social. La première des sociétés étant la famille, l'homme 
se sera rapproché de la nature lorsque sera réalisée dans le mariage 
la restauration des rapports naturels « dans la forme que comporte 
l'état civil » ; c'est là le but de la Nouvelle Héloïse. Et enfin l'indi- 
vidu sera rapproché de la nature par l'éducation, du jour où on 
tâchera par tous Iss moyens possibles de l'élever comme s'est 
élevée jadis l'humanité primitive, c'est-à-dire par l'expérience des- 
choses et par le besoin : c'est là le but du traité de l'Emile. 

c) Pour la deuxième partie, c'est-à-dire Tantithèse, il faut bien 
reconnaître que Rousseau ne lui a pas consacré d'ouvrage spécial; 
elle s'est glissée un peu partout; on la retrouve à chaque pas ; 
mais, n'ayant pas eu une place à part dans son système, elle devait 
être méconnue par les critiques de Rousseau ; ceux-ci ne devaient 
pas voir la véritable portée de ses idées. Reconnaissons, si l'on veut,, 
qu'elle n'est pas assez détachée dans son système ; mais, si l'on 
parvient par des textes à la bien mettre en lumière, on pourra 
affirmer qu'il y a bien eu une suite systématique dans les idées 
qui avaient ébloui Rousseau sous l'arbre de la forêt de Vinccnnes. 

Essayez. C'est votre avis qu'on vous demande, et votre avis sera 
toujours intéressant s'il s'appuie sur des textes et s'il est sincère. 
(Cf. Roustan, La Co7nposilion française, Elocution, | III, p. 90 sq.) 

N-B. Vous trouverez dans le livre de M. Levrault : Auteurs français: 
Jean-Jacques Rousseau, p. 628 sq. (P. Delaplane, édit.), les œuvres- 
et les idées du philosophe, classées comme il suit: 1° la destruction ;^ 
2» là reconstitution. Lisez attentivement ces pages et vérifier. 



J.-J. ROUSSEAU. 233 



283. Le véritable intérêt du premier « Discours ». 

Matière. — Jean-Jacques Rousseau dit de son premier Discours : 
« Quand ce discours fut fait, je le montrai à Diderot, qui en fut 
content, et qui m'indiqua quelques corrections. Cependant cet 
ouvrage, plein de chaleur et de force, manque absolument de 
logique; de tous ceux qui sont sortis de ma plume, c'est le plus 
faible de raisonnement et le plus pauvre de nombre et d'har- 
monie » {CoJifessions, pSirWe II. livre VIII.) 

Que pensez-vous de ce jugement ? Dans quelle mesure est-il vrai? 
Où faut-il chercher le véritable intérêt de cet « essai » de Jean- 
Jacques Rousseau? 

Plan proposé : 

Eœorde : Ce que Rousseau lui-même écrit de son ouvrage : 
<- Cependant cet ouvrage, plein de chaleuretde force, manque 
absolument d'ordre et de logique ; de tous ceux qui sont sortis 
de ma plume c'est le plus faible de raisonnement et le plus pau- 
vre de nombre et d'harmonie ; mais avec quelque talent qu'on 
puisse être né, l'art d'écrire ne s'apprend pas tout d'un coup ». 

1° — Est-il vrai que le Discours manque absolumetit de 
logique et d'ordre ? 

A) Au premier abord, il y a deux parties très distinctes 
dans le Discours : la partie purement historique, la partie 
théorique. Rousseau prend l'exemple de différents peuples, 
notamment celui des Grecs et des Romains, et se propose de 
démontrer historiquement que les sciences et les lettres 
servent à corrompre les mœurs. Puis il veut expliquer quel 
a été le mal produit dans l'humanité tout entière par ce 
qu'on appelait autour de lui les causes du progrès indéfini de 
Tesprit humain. Rousseau lui-même écrit dans la préface delà 
comédie de Narcisse : « Jecommençaisparle faible etje montrais 
que les mœurs ont dégénéré chez tous les peuples du monde 
à mesure que le goût de l'étude des lettres s'est répandu 
parmi nous. Ce n'était pas assez, car sans pouvoir nier que ces 
choses eussent toujours marché ensemble, on pouvait nier 
que Tune a amené lautre. Je m'appliquai donc à montrer 
cette liaison nécessaire. » En réalité Rousseau a-t-il établi 
entre les deux faits le rapport de causalité qu'il veut substituer 
au rapport d'accompagnement ?ll dit lui-même que le raison- 
nement est faible. En effet, il n'a pas du tout montré le lien 



234 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

quil prétendait mettre en vue. 11 n'y a pas entre les deux par- 
ties de différences essentielles. Au fond, l'une etl'autre suppo- 
sent le même principe : « Tout est bien sortant des mains de 
la nature. » Et ce principe n'est pas de ceux que l'on démontre. 
On a beau entasser les exemples, ici et là, ily a à la base une 
idée que l'on suppose vraie, quiest l'idée delà bonté originelle 
de l'homme opposée à la dépravation apportée par les lettres 
et par les arts. 

Bj C'est précisément parce que « le raisonnement est faible », 
que la composition « manque de logique et d'ordre ». Tenons 
compte des circonstances dans lesquelles l'ouvrage a été com- 
posé. Le même passage des Confessions nous raconte quel a 
été le procédé décomposition, appliqué ici par Rousseau. C'est 
d'ailleurs, il l'avoue lui-même, celui qu'il a employé pour ses 
autres ouvrages « presque toujours » : méditations durant des 

nuits d'insomnie, les yeux fermés ; l'auteur tourne et 

retourne dans sa tête telle période dont il oublie souvent le fond 
et Ja for'me dès qu'il est levé; puis il prend pour secrétaire la 
mère de Thérèse, tous les jours il lui dicte ce qu'il a médité 
pendant la nuit ; ce procédé de composition est caractéris- 
tique. 

2° '— Pourquoi Rousseau dit-il que c'est « le plus pauvre de 
nombre et d'harmonie » ? 

A) La raison qu'il donne est très vraie ; l'art d'écrire ne 
s'apprend pas tout d'un coup ; il est certain que, pour l'art de 
la phrase, Rousseau a encore à gagner; ce n'est peut-être pas 
parce que son style est trop peu travaillé; c'est sans doute aussi 
parce qu'il l'est trop. Il sent l'école, d'autant plus que, candi- 
dat à un prix d'une académie provinciale, l'auteur emploie un 
grand nombre des oripeaux qui étaient de mode dans ce genre, 
des périphrases trop apprêtées qui ont l'air de faux orne- 
ments, etc. 

B) Mais remarquons d'abord que ce défaut sera toujours 
celui de l'auteur, et d'autre part la sincérité même de Rousseau 
donne non seulement au style la chaleur et la force, mais 
ce rythme de la période que Rousseau a si bien maniée. 

Transition : Après tout, ce n'est pas là ce qui donnerait à 
cette œuvre sa place si importante, mais plutôt le fait que les 
idées de Rousseau y sont déjà contenues en germe, il est 
facile de les distinguer à la lecture. 

A) — a) La Ihèseiloui est bien sortant des mains de la nature; 
tout est mal sortant des mains de riiomme. Développement. 



J.-J. ROUSSEAU. 235 

b) Antithèse : L'homme est désormais mauvais; il ne revien- 
dra jamais à l'état de nature. 

c) Synf/iése; Profitons de ce que les sciences et les arts peuvent 
« adoucir en quelque sorte la férocité des hommes qu'ils ont 
corrompus ». Entre « la brutale stupidité du méchant et ses 
lumières « il ny a pas à hésiter. C'est contre la brutale stupi- 
dité que la lutte doit être conduite. 

B) Rousseau moraliste : prédominance de l'instinct sur la 
raison, du sentiment sur la logique. 

C) Rousseau satirique: attaques contre la philosophie, contre 
l'irréligion dont elle est la cause, contre le fanatisme qu'elle 
peut développer. 

D) Rousseau critique littéraire : décadence du goût : < Dites- 
nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés 
mâles et fortes, etc.. » 

Conclusion : Opinion suivant laquelle Rousseau aurait dû au 
hasard d'une conversation avec Diderot l'idée de son premier 
Discou7's. Pourquoi cette hypothèse ne tient pas debout. Ce 
Discours est relié trop étroitement à toute la vie antérieure de 
Rousseau; d'autre part il contient les idées essentielles pour la 
défense desquelles Rousseau a vécu. 11 a dit lui-même que tout 
se tenaitdans ses idées, cela se voit dès la première œuvre. 

284. Le succès du premier « Discours ». 

Matière. — Quelles sont les causes du succès prodigieux obtenu 
par le premier Discours de Jean-Jacques Rousseau ? 

Conseils. — Barni indique quelques-unes de ces causes : « H 
devait (ce succès prodigieux) à son éloquence et à l'état même de 
la société du temps, société ou blasée et par cela même avide de 
paradoxe, ou aspirant confusément à un autre ordre de choses, et 
qui, en tous cas, devait être vivement frappée par cet appela l'état 
de nature au milieu des raffinements et des corruptions de la civili- 
sation : « Il prend par-dessus les nues, écrivait Diderot à Rousseau. 
Il n"y a pas d'exemple d'un succès pareil. » (Barni, Histoire des idées 
morales et politiques en France au wm^ siècle, XIX* leçon, t. II, 
p. 34.) 

Il y a peut-être d'autres raisons encore: cherchez-les. 

285. Du premier au second « Discours ». 

Matière. — Après avoir dit que, dans la préface de Narcisse, il 
commença à « mettre à découvert ses principes un peu plus qu'il 



236 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

n'avait fait jusqu'alors», Rousseau ajoute : « J'eus bientôt occasion 
de les développer tout à fait dans un ouvrage de plus grande im- 
portance, car ce fut, je pense, en cette année 1753 que parut le 
programme de l'Académie de Dijon sur Vorigine de l'inégalité parmi 
les hommes, y) {Confessions, partie II, livre VIII.) 

Quel est le « progrès » de la pensée de Rousseau du Discours S2ir 
les lettres et les arts au Discours sur l'inégalité ? 

Plan proposé : 

Exorde : Le progrès du premier Discours au second, c'est-à- 
dire Ja marche de Rousseau vers une systématisation plus 
complète, voilà ce qu'il faut établir. 

1° — Le second Discours procède du premier; en quoi il 
réclaire,enquoiil le complète. Le vice primordial delà société, 
ce n'est pas seulement l'influence des lettres ou des arts. La 
pensée de Rousseau va au crime fondamental, selon lui, qui 
est « l'inégalité )>. L'inégalité naturelle existait sans doute 
avant la société ; mais elle n'empêchait pas les hommes d'être 
libres et de satisfaire à leurs besoins ; l'inégalité sociale crée 
au contraire des riches et des malheureux. La société repose 
sur la propriété, la propriété illégitime crée une suite de pou- 
voirs illégitimes, c'est-à-dire de monstrueuses inégalités. 

2'^ — Non seulement la pensée de Rousseau s'élargit, mais elle 
se précise. Par exemple, il y a un tableau souvent cité du gou- 
vernement républicain (celui du gouvernement de Genève 
sans doute idéalisé), et un <( progrès » des idées politiques de 
Rousseau. Démocratie, souveraineté du peuple, liberté, voilà 
fes mots que Rousseau remue puissamment : le Discours sur 
Vinégalité est la première œuvre politique de Rousseau. 

.3° — Mais, d autre part, il est nécessaire de sedemandersi le 
deuxième Dwcowrs représente véritablement la pensée politique 
de Rousseau ; le progrès est sans doute visible, mais précisé- 
ment parce que Rousseau avance, on voit qu'il s'avance trop 
témérairement et qu'en réalité cette œuvre est la plus hardie 
de tout son système. Rien, en effet, ne contrarie la logique du 
raisonnement de l'auteur. Il est très possible de démontrer 
que, dans cette œuvre où Rousseau va jusqu'au bout de sa 
pensée, il faut introduire, si l'on veut avoir sa véritable opi- 
nion sur la société, des restrictions que nous fournissent ses 
autres ouvrages. 

Conclusion : Place du second Discours dans l'œuvre de 
Rousseau. 



J.-J. ROUSSEAU. 237 

286. L'état de nature d'après le « Discours 
sur l'inégalité ». 

Matière. — « C'est dans le Discourssur Vorigine de l'inégalité que 
se trouve la peinture la plus complète et la plus enthousiaste de 
ce bienheureux état de nature, l'idéal rétrospectif de Rousseau. 
Rien de plus faible, de plus insoutenable à tous les points de vue, 
mais en même temps rien de plus dangereux que cette déclama- 
tion passionnée... » (P. Albert, La Littérature française au 
wiw siècle ; Jean-Jacques Rousseau, p. 239.) 

Expliquer et discuter. 

Conseils : Reportez-vous au contexte ; vous trouverez un 
développement qui pourra vous guider. Mais vous serez bien obligés 
d'élargir le sujet jusqu'à ses frontières naturelles, et de vous 
demander si Rousseau a toujours entendu de la même façon « l'état 
de nature». (Cf. Roustan, La Composition française : la Dissertation 
littéraire. Invention, ch. II p. 17 sq.) Voir en particulier Barni, 
Histoire des idées morales et politiques en France au xvnr siècle, 
XXVIIe leçon, t. II, p. 206 sq. et p. 214. 

287. Le théâtre et la religion. 

Matière. — Que savez-vous des condamnations lancées par la 
religion contre le théâtre ? Faites un résumé rapide des reproches 
adressés par les ministres du christianisme à la comédie; vous 
montrerez que le calvinisme, par l'exemple mênie de Genève, ne 
condamne pas moins le théâtre que le dogme catholique, et vous 
ferez voir que l'argumentation de Rousseau rejoint celle des mora- 
listes chrétiens. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au n" 277 et ajouter : 
BossuET, Maximes et réflexions sur la comédie, éd Gazier : Introduction. — 
J. Lemaitre. Impressioiis de théâtre, 6^ série. — Larrocmet, Etudes d'histoire et 
de critique dramatique. 

Conseils. — Vous trouverez tous les renseignements désirables 
dans les ouvrages déjà cités. L'Introduction, de l'édition classique 
de la Lettre à d'Alembert par Brunel (Hachette) (pages VII sq.),et la 
notice de M. Brunel qui précède les Extraits de la Lettre dans les 
Extraits de J.-J Rousseau (Hachette, p. 27 sq.) ; le Cours de littérature 
de M. F. Hémon : J.-J . Rousseau y p. 20 sq. ; les Auteurs français de 
M. Levrault(J.-J. Rousseau: Ie/^re« d'.4Ze7«6e^'/), p. 619 sq., vous four- 
niront des détails très suffisants. Je signale aussi les pages trèsinté- 



238 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ressantes écrites à ce sujet par Villemain, Tableau de la littérature 
au xviiic siècle, XXIV» leçon, t. II, p. 246 sq,. et l'article judicieux 
de Larroumet dans Xa^ Études cV histoire et de critique dramatique : 
Le Théâtre et la Morale, p. 232 sq. 

Vous ferez bien, d'autre part, de vous reporter dans le tome IV 
de notre Littéi^ature fi'ançaise par la dissertation, aux sujets rela- 
tifs au théâtre en général. 



288. Les circonstances de la « Lettre à 
d'Alembert ». 

Matière. — Dans quelles circonstances a été composée la Lettre 
à d'Alembert? Vous ne vous contenterez pas de les exposer avec 
clarté, vous vous préoccuperez en même temps de montrer pourquoi 
tout s'est réuni pour « animer la pensée de Rousseau et passionner 
son style : son mépris pour la société qui cherche dans le théâtre 
un plaisir frivole et suspect, son aversion pour Voltaire, son amour 
pour sa patrie envahie par des influences et des mœurs nouvelles, 
son éloquence naturelle qui s'enflammait vite au contact d'un sujet 
grave, depuis longtemps familier à son esprit... » (F. Hémox, Cours 
de littérature : J.-J. Rousseau, p. 21.) 

lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au n» 287; ajouter : 
H. BuFFENom, La comtesse d'Hotidelot. — DESNoiRETERRKs, Voltaire et Rous- 
seau. — Maugras, Voltaire et Rousseau. 

Conseils. — « Tout s'est réuni... », tout ce qu'énumère le cri- 
tique dans ce passage, et tout ce qu'il indique ailleurs. Voyez les 
Confessions et la Correspondance de Rousseau... «J'y peignis Grimm, 
M™^ d'Épinay, M™" d'Houdetot, Saint-Lambert, moi-même», déclare 
Jean-Jacques. Représentez-vous Rousseau dans le vieux donjon 
glacé de Montmorency, travaillant avec une sorte de fièvre « sans 
autre leu, dit-il, que celui de son cœur... » (Cf. Roustan, La Com- 
position française : la Lettre et le Discours, Invention, ch. III, p. IV, 
p. 41 sq.) 

289. Les principes de Rousseau dans la « Lettre 
à d'Alembert ». 

Matière. — On a souvent essayé, depuis Voltaire jusiju'à nos 
jours, de montrer que Jean-Jacques Rousseau s'était mis en con- 
tradiction avec lui-môme dans la Lettre sur les spectacles. Vous 
prouverez que ses grands principes sont faciles à reconnaître dans 
cette œuvre, qui n'est*[)as une œuvre de circonstance, mais qui se 
rattache à la chaîne de ses idées. 



J.-J. ROUSSEAU. 239 



Plan proposé : 

Evorde : La dialectique de Rousseau : les idées affirmées 
dans les deux Discours. Principes sur lesquels ces ouvrages 
>'appuient. Cherchons ceux qui sont à la base de la Lettre à 
(rÀlembert (voyez le sujet n» 282). 

1° — Com ment est développé ce principe : « Tout est bien sor- 
tant des mains de la nature, tout est mal sortant des mains 
de l'homme » : nombreux passages à citer [la thèse). 

20 — L'antithèse : Comment elle est mêlée au développement 
général. Là où l'habitude du théâtre est prise, il-*'y a plus à 
revenir. On rendrait Te malplus grave encore en voulant le 
supprkner "brusquement. 

3^ — La synthèse : Laissons le théâtre à ceux qui en ont désor- 
mais le besoin. Ctmt^uii^s-nous de linterdire dans les cités 
qui n'en ont pas pris le goût « Je me suis trompé, écrit-il à 
Moultou un an après, je ne croyais pas nos progrès si grands, 
ni nos mœurs si avancées. Nos maux sont désormais sans 
remède ; il ne nous faut que des palliatifs, et la comédie en 
est un. » 

Conclusion : Ce qu'on entend par esprit dutopie chez 
Rousseau ; les solutions pratiques après les solutions théo- 
riques. 



290 . La valeur morale de la « Lettre à 
d'Alembert ». 

Matière. — Après avoir cité le mot de l'un des éditeurs de la 
Lettre à d'Alembert, déclarant que « rillustre philosophe de Genève 
avait fait plus de bruit que la chose ne valait », Barni ajoute : 
« Oui, cela est vrai, mais il ne faudrait pas regretter que Rousseau 
ait écrit cet ouvrage, même tel qu'il est, avec ses paradoxes et ses 
exagérations. » (Histoire des idées morales et politiques en France 
OM xviue siècle, XXXIX' leçon, t, 11, p. 490.) 

Pourquoi? 

Conseils. — Allez au contexte. Voici la suite du passage r 
« Comme le dit si bien M. Villemain, « la thèse académique a 
«disparu, le sentiment moral prédomine. Souvenirs de l'antiquité et 
«des Vies de Plutarque, mœurs pures de quelques peuples modernes 
« pauvres etsimples, vertus républicaines, douces vertus de famille. 



240 LE DIX-HUITIÉME SIÈCLE. 

« de combien d'heureux et touchants tableaux vous remplissez ces 
« pages, écrites par un solitaire dans le dépit des passions et l'amer- 
« tume du cœur! »I1 y a, en effet, dans Rousseau, un grand senti- 
ment qui compense bien des défauts. D'Alembert, quoiqu'il n'ait 
pas toujours lui-môme bien posé la question, a presque toujours 
raison contre lui ; mais il ne s'élève jamais jusqu'à cet idéal de la 
vie morale, que Rousseau aime à contempler et qui inspire si bien 
son éloquence. » (Ibid:, p. 490, 491.) 

Lisez dans Villemain le passage dont Barni donne un extrait : 
Tableau de la littéraLure au xviif siècle, XXIV» leçon, t. II, 
p. 254. 

N.-B. On trouvera un «plan » très sommaire de cette dissertation 
dans notre ouvrage : La ComposUion fançaise : la Dissertation 
littéraire, Sujets proposés, sujet n^ 49, p. 136. 



291. D'Alembert, Marmontel et Voltaire contre 

Rousseau. 

Matière. — « D'Alembert répondit à Rousseau avec beaucoup de 
logique et de spirituelle malice; Marmontel disserta; Voltaire plai- 
santa. » Ainsi s'exprime Villemain [Tableau de la littérature au 
xvme siècle, XXIVe leçon, t. II, p. 254, 255). 

Vérifiez*. 



Lectures recommandées : D'Alembeht, Œuvres, édition citée, Réponse à 
M. Rousseau, citoyen de Genève; Cf. Morceaux choisis de Rousseau, par 
Fallex, p. 344-361. Sur d'Alembert, voiries sujets n«» 263 sq.. p. 210 sq. 

Marmontkl, Apologie du théâtre, insérée dans le Mercure (Œuvres com- 
plètes, 1818). — Sur Marmontel, voir Lenel, Un homme de lettres au Kvm^ siècle ; 
Marmontel. — Sainte-Beuve, Lundis, t. IV. — Mob.eu.et, Mélanges de littérature 
et de philosophie du xvnic siècle, p. 818 : Éloge de Marmontel. 

Voltaire, Table de l'édition Beuchot et Moland, articles : Rousseau, Théâtre. 
Tragédie, etc. — Desnoireterres, Voltaire et Rousseau. — Macgras, Voltaire et 
Rousseau . 



2G2. Le théâtre est-il une école de sociabilité ? 

Matière. — Au passage de la Lettre sur les spectacles, qui est 
resté célèbre : « L'on croit s'assembler au spectacle, et c'est là que 
chacun s'isole, etc.. »(édit. Brunel, p. 24), d'Alembert répond : «On 
va, selon vous, s'isoler au spectacle; on y va oublier ses proches, 
ses concitoyens et ses amis. Le spectacle est au contraire celui de 
tous nos plaisirs qui nous rappelle le plus aux autres hommes, par 
l'imagequ'ilnous présente de la vie humaine, et parles impression?; 
qu'il nous donne et (lu'il nous laisse. Un poète dans son enthou- 



.J.-J. ROUSSEAU. 241 

siasme, un géomètre dans ses méditations profondes, sont bien 
plus isolés qu'on ne l'est au théâtre... » {Morceaux choisis de Rous- 

au, parFallex, p. 349 sq.) 

Qui vous paraît avoir raison : Rousseau qui affirme que le théâtre 
nous isole, ou d'Alerabert qui affirme que le théâtre est une école 
de sociabilité? 

Lectures recommandées : Michklet, Nos Fils, (liv. V, ch. VI : De l'éducation 
par les fêtes) ; L'Étudiant : « Qu'est-ce que le théâtre ? L'abdication de la personne 
actuelle, égo'iste, intéressée, etc. » 



293. La composition de la « Lettre à 
d'Alembert )^. 

Matière. — Rousseau a lui-même reconnu que la composition de 
la Lettre à d'Alembert, écrite d'abondance, renfermait des digres- 
sions nombreuses. Ne vous semble-t-il pas cependant que ces 
digressions ne nous éloignent pas du but principal visé par 
Rousseau, et qu'elles servent en réalité à la démonstration finale 
qu'il poursuit? 

Lectures recommandées : M. Rousta.s, La Composition française : divers 
volumes, Disposition, passim. 



294. Rousseau^ critique littéraire dans la 
« Lettre à d'Alembert ». 

Matière. — Gomment Rousseau a-t-iljugé des choses littéraires 
dans la Lettre à d'Alembert sur les spectacles ? 

Conseils. — Sujet très vaste, pour lequel les notes de vos 
rditions vous seront d'un secours très précieux. (M. Roustan, La 
Composition française : Conseils f/éne'raux, LaLecture, ch. II, | lY, 
!'• '0 sq.) 

Tâchez de dégager l'idée générale (M. Roustan, La Composition 
/'/■ançaise : la Dissertation littéraire, Disposition, ch. II, p. 63 sq. ; 
La Dissertation morale, Disposition, p. 77 sq., passim). 

Classez les observations que vous ferez la plume à la main, sous 
deux grandes rubriques : les théories; — les exemples. Enfin 
reportez-vous dans les divers volumes de Lm Littérature française 
par la dissertation aux sujets relatifs aux différents auteurs dont 
Rousseau a fait la critique ou l'éloge. 



Roustan. — Le XVIII^ siècle. 14 



242 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



295. Rousseau et ses prédécesseurs en pédagogie. 

Matière. — Pouvez-vous souscrire à ce jugement de Vinet {His- 
toire de la littéi^ature française au xviiie siècle, t. JI) : « Au 
fond, dans cette œuvre, ce qui est l'invention de Rousseau, c'est 
Terreur. Ce qui s'y trouve de juste, de sain, de solide, avait été 
dit avant Rousseau » ? 

Quels sont les prédécesseurs de Rousseau que vous connaissez ? 
Quelle est l'originalité de Rousseau dans la suite de l'histoire de la 
pédagogie. 

Leatums recommandées : Voiries lectures indiquées aux n"» 277 sq. 

Editions classiques : Gidel (le second livre) (Garnier) ; Souquet (Delagrave) ; 
Extraits et Morceaux choisis, cités au n» 277. 

Abbé André, Réfutation de V « Emile », 1762. — Le P. (jKiTve.T , Lettre à M. D. 
sur le livre intitulé « Emile », 1762. — Le P. Gerdil, Réflexions sur la théorie 
et la pratique de l'éducation contre les principes de M. Rousseau, 1763. — 
FoRMKY, Anti-Emile, Emile chrétien, 1763, 1764. — Dom Gajot, Les plagiats de 
M. J.-J. Rousseau sitr l'éducation, 1766. — De la. Nooe, Le Nouvel 
Emile, 1814-1819. — M^e Necker de Sadssdre, L'Education progressive. — 
Abbé Carmagnole, Nouvelle réfutation de V « Emile », 1860. 

E. Qdinet, La Révolution, — Michelet, Nos Fils. — Desjardins, Moralistes 
français du xviii* siècle. — Grotz, J.-J . Rousseau et l'éducation. — Grkard, 
L'Education des femmes par les femmes. — J.-J. Rousseau jugé par les Gene- 
vois d'aujourd'hui (Les idées de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation par 
A. Oltramark). — E. LiNTiLHAC, L' « Emile » et la pédagogie universitaire {Revue 
pédagogique, 15 février 1892). 

CoMPAYRÉ, J.-J, Rousseau et l'éducation de la nature (collection Les Grands 
Educateurs). N. B. On trouvera p. 107 sq. une bibliographie qui permettra de 
compléter la nôtre. — Compayré, Histoire critique des doctrines de l'Educa- 
tion, t. II ; L'Education intellectuelle et morale ; L'Évolution intellectuelle et 
morale de l'enfant; Cours de pédagogie théorique et pratique; L'Adoles- 
cence {Etudes de psychologie et de pédagogie). — Rayot, Précis de psycho- 
logie appliquée à l'éducation (Bibliographies très nombreuses). 

RousTAN, La Littérature française par la dissertation, t. l et IV (sujets 
relatifs à Fénelon, M"" de Maintenon, Montaigne, Rabelais, etc., etc. 



296. Services rendus par V « Emile ». 

Matière. — Discutez, appréciez les services que Rousseau a ren- 
dus par l'Emile, à l'enfance, à la famille, à la moralité française, à. 
l'éloquence et même à la poésie. 

Conseils. — Voilà un sujet très général, et pour lequel il faudra 
savoir se borner. (M. Roustan, La Composition française : Conseils 
f/éne'raux, A l'Examen, ch. 11^ | III, p. 228 sq.) 

Je renvoie plus spécialement au Cours de littérature de M. Félix 



J.-J. ROUSSEAU. 243 

Hémon, Jean-Jacques Rousseau : YÉynile, | IX : Vue d'ensemble 
sur YÊmile; Idées, sentiments et style, p. 06 sq. 



297. Rousseau et la pédagogie moderne. 

Matière. — Expliquer et discuter, s'il y a lieu, le jugement sui- 
vant : « C'est à Rousseau que notre pédagogie a fait et fera le plus 
d'emprunts... VÉmile est, malgré des erreurs etdes absurdités, non 
seulement le meilleur ouvrage de Rousseau, mais le livre le plus 
remarquable sur l'art de l'éducation. » (A. Ghuquet, Jean-Jacques 
Rousseau.) 

Plan proposé : 

I 

Montrer dans une première partie que la pédagogie de 
Rousseau a été très attaquée à cause du grand nombre d'uto- 
pies qu'elle renferme. Ces utopies sont incontestables : le grand 
ouvrage de VEmile part du même pessimisme à l'égard de la 
société, du même optimisme à l'égard de la nature que les 
autres œuvres. 

a) Éducation négative, jusqu'à douze ans ; 

6) Ensuite une série de scènes arrangées, un isolement anor- 
mal, des artifices qui nous paraissent indignes d'une grande 
éducation ; 

c) Alors, les leçons tirées du commerce des hommes et 
l'éducation religieuse commençant seulement à cette époque, 
M. Compayré suppose que la Nature prend la parole à son 
tour (suivant ce procédé de la prosopopée familier à Rousseau), 
et qu'elle condense dans quelques paragraphes les reproches 
qu'on peut adresser à cette éducation. 

Il 

Mais un seul mot suffira pour apprécier l'importance de 
VÉmile et sa véritable valeur ; tous nos pédagogues contem- 
porains procèdent plus ou moins de Rousseau. 

D'abord la grande idée de VÉmile est très simple et très vraie : 
il faut instruire l'homme à se renfermer dans les limites de 
ses vrais besoins et dans les conditions de sa nature, c'est-à- 



244 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

dire prévenir dans le cœur de l'enfant la dépravation qui 
naît des besoins factices développés par la société. Consé- 
quence : c'est l'homme même qu'il faut s'appliquer à former 
dans l'enfant : « Vivre est le métier qu'il veut lui 
apprendre.... » — Des caractères bien trempés dans des corps 
robustes, voilà ce que veut former Rousseau. 

Toutes les idées si souvent développées aujourd'hui d'après 
lesquelles le maître doit avoir confiance dans la nature de son 
élève, doit faire appel à sa curiosité, non à la cruauté, doit 
respecter sa dignité en faisant l'éducation du caractère, tout 
cela est dans Rousseau. La nécessité de l'enseignement par les 
choses, pratique ; le grand principe de. la nécessité d'une 
éducation physique, etc., tout cela se trouve dans V Emile. 
Songeons surtout qu'à ce moment-là l'éducation suivait 
toutes les routines du pédantisme et nous apprécierons la vraie 
portée des idées de Rousseau. Nous n'hésiterons pas à dire 
qu'il est en avance même sur le vingtième siècle : par 
exemple, on n'a pas réalisé encore le problème de la diminu- 
tion et de la suppression de la concurrence dans les 
classes, etc. 



298. Rousseau maître de Pestalozzi. 

Matière. — c C'est surtout Pestalozzi, qui a eu Ttionneur -1 
développer, de populariser, en essayant de les appliquer, les 
méthodes de Rousseau, dont les ouvrages avaient de bonne heure 
allumé son imagination. » (G. Gompayré, Jean-Jacques Rousseau el 
Véducation de la nature, p. 96 sq.) 

Montrez que l'éducateur Pestalozzi est un continuateur de Jean- 
Jacques Rousseau. 

Conseils. — On trouvera tous les renseignements utiles dans le 
livre de M. Gompayré : Pestalozzi et Véducation élémen taire (Les 
Grands Éducateurs). Le volume renferme d'ailleurs p. 119 sq., une 
« bibliographie pestalozienne », très nette et à laquelle nous ren- 
voyons nos lecteurs. 

299. Les « rêveries )> de !'« Emile ». 

Matière. — Il y a dans l'Avertissement de VÈmile : « On croii a 
moins lireun traité d'éducation que les rêveries d'un visionnaire sur 
l'éducation. » Discuter. 



J.-J. ROUSSEAU. 245 

Plan proposé : 
Exorde : Le mélange trutopies et de vérités dans Rousseau. 

1 

Grouper toutes les « rêveries » que renferme l'Emile. 

Transition : Mais ne risque-t-on pas d'exagérer et de 
mal apprécier la valeur même de l'ouvrage, en croyant qu'il 
s'explique tout entier par cette formule ? 

Il 

lo. — a) Cette éducation non publique n'a aucun sens, dit- 
on, ni pour un prince, ni pour un homme du peuple. 

h) Logique de Rousseau. La société corrompt l'enfant ; pré- 
servons-le d'abord, éloignons-le du monde, et ne le laissons 
mêler aux hommes qu'après l'avoir armé puissamment. 

2o — a) 11 est impossible de ne pas tenir compte de l'in- 
fluence de la famille. 

h) Rousseau l'écarté pour des raisons très nettes. La famille 
est une forme de la société qui rend l'homme mauvais, elle 
représente la tradition fausse ; il veut donc prémunir l'en- 
fant contre cette cause de corruption. 

30 — a) Il y a dans VÉmile une foule de complications péda- 
gogiques ; l'esprit romanesque de Rousseau se donne carrière 
dans l'arrangement des scènes, etc. 

h) L'idée maîtresse est suivie de très près. L'enfant ne doit 
pas être instruit par la société, il ne doit pas l'être par un 
éducateur qui le forme ou le déforme : la tâche du maître est 
de s'effacer lui-même, et, pour cela, de faire surgir le plus 
grand nombre d'occasions 011 l'enfant sera son propre édu- 
cateur. Ce n'est pas parce qu'il a une imagination romanesque 
que le maître (ÏÉmile crée des complications, combine des 
coups de théâtre : c'est pour se rendre inutile. 

40 — a) Toujours est-il qu'on fera ainsi un être d'exception. 

6) Tant mieux ! Quel succès si l'on pouvait tirer de la foule 
un être que ses comte mporains admirent et qu'ils imitent, 
précisément parce qu'il ne leur ressemblera pas! 

Que le système de Rousseau ne soit pas pratiquable, qu'il 

ii. 



246 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ne soit pas national, qu'il ne soit pas propre a être accommodé 
aux classes plébéiennes : qu'importe ? C'est un être d'excep- 
tion que Rousseau lancera dans la société, et qui, par la force 
de l'exemple, rapprochera les autres de la nature dont il sera 
plus rapproché qu'eux. 

50 — Gomment, parti de cette idée, Rousseau répond à 
d'autres objections? j^niile n'apprend rien du tout. — Quel 
besoin a-t-il d'apprendre? 11 n'a pas à subir des 
concours, etc. etc. 

Conclusion : Ne pas exagérer la part de la rêverie : la chaîne 
des idées de Rousseau (voir le sujet n» 282). 



300. L' « Emile » est-il un traité d'éducation? 

Matière. — Jean-Jacques Rousseau écrit (13 octobre 1764), à 
propos de VÉmile : 

« Vous dites très bien qu'il est impossible de faire un Emile : 
mais pouvez-vous croire que c'ait été là mon but, et que le livi'e 
qui porte ce titre soit U7i vrai traité d'éducation ? C'est un ouvrage 
assez philosophique surce principe, avancé par l'auteur dans d'autres 
écrits, que l'homme est naturellement bon. 

« Pour accorder ce principe avec cette autre vérité non moins cer- 
taine que les hommes sont méchants, il fallait, dans l'histoire du 
cœur humain, montrer l'origine de tous les vices. C'est ce que j'ai 
fait dans ce livre, souvent avec justesse et quelquefois avecsagacité. 
Dans cette mer des passions qui nous submerge, avant de boucher 
la voie, il fallait commencer par la trouver. » 

Vous montrerez pourquoi on aurait tort de juger VÉmile exclusi- 
vement comme un vrai traité d'éducation, et vous vous demanderez 
si l'ouvrage tout entier s'explique du point de vue où se place Rous- 
seau dans sa lettre à Cramer? 



301. L'erreur initiale de 1' « Emile ». 

Matière. — « Emile est un enfant de la nature, élevé par la na- 
ture, d'après les règles de la nature, pour la satisfaction des besoins 
de la nature. Ce sophisme n'est pas seulement inscrit comme par 
hasard au frontispice du livre; il en est l'âme, et c'est ce qui fait 
que le plan d'éducation de Rousseau n'est qu'une dangereuse chi- 
mère. » (Grkard, Rapport à l'Académie des scie?ices ynorales sur le 
concours de 1817.) 

Expliquer. 



J.-J. ROUSSEAU. 247 

Conseils. — Dégager le principe essentiel de Rousseau : 
L'homme est bon naturellement. Passages tirés de Rousseau lui- 
même. C'est là l'erreur initiale d'où découle ce qu'il y a de faux 
dans l'Emile. 

But général : refaire l'homme naturel. Par suite, éducation né- 
gative jusqu'à douze ans. Ancienne discipline morale. Aucun ensei- 
gnement didactique. Ni châtiment, ni récompense. L'enfant soumis 
à la nécessité des lois de la nature. Suppression de l'autorité et des 
maîtres. Erreur capitale de Rousseau. Education inactive, exspec- 
tante. Isolement anormal d'Emile. (Malgré ces contradictions, 
Rousseau est un apôtre de l'éducation domestique. Éloge de la vie 
familiale. Le devoir de l'allaitement maternel. Obligations des pères.) 
Un autre paradoxe : éducation successive. Scission factice de la vie 
de l'enfant et de l'adolescent en trois périodes. Vues justes sur les 
cardctères propres à chaque âge. Faut-il traiter l'enfant en homme? 
Ajournement de l'éducation morale. L'éducation religieuse retardée 
jusqu'à l'adolescence. La profession de foi du Vicaire Savoyard. Ce 
que la Nature, si elle prenait la parole, pourrait justement reprocher 
à Rousseau. 

Nous n'avons fait, dans ce qui précède, que reproduire les titres des 
paragraphes du livre de M. Compayré : /.-/. Rousseau et V éduca- 
tion de la nature (collection : Les Grands Éducateurs), % HI, 
p. 23 sq. C'est à vous de remplir les cadres (Cf. M. Roustan, La 
Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, ch. IV. 
p. 43 sq. : la Dissertation morale, Invention, ch. V p. 55 sq.); de 
classer les idées d'une façon plus personnelle (même collection et 
mêmes ouvrages : Disposition, p. 61 sq.^ p. 77 sq.); et enfin de dis- 
cuter de trèsprèsles termes mêmes delà matière, et notamment : « Le 
plan de Rousseau ?i'est grw'une dangereuse chimère. » 



302. Rousseau et M. Jules Lemaitre : 

l'éducation générale et l'éducation 

professionnelle. 

Matière. — « Rousseau a, avant tout, songé à Vhomme en soi. 
Emile, son élève, tel qu'il l'imagine, doit être l'homme complet, 
l'honame parfait. « Qu'on destine mon élève à l'épée, au barreau, à 
« lÉglise, peu m'importe. Avant la vocation des parents, la nature 
« l'appelle à la vie humaine: vivre est le métier que je veux lui appren- 
« dre. En sortant de mes mains, il ne sera, j'en conviens, ni magis- 
« trat, ni soldat, ni prêtre : il sera premièrement homme. Tout co 
« qu'un homme doit être, il saura Tètre.. . » A quoi le plus récent des 
critiques de Rousseau, M. .1. Leihaître a répliqué : « Je ne sais pas 
« s'il ne serait pas plus simple et plus sûr déformer d'abord l'homme 
« d'un pays, d'une religion, dune profession, et si l'homme tout 



248 LE DIX-HUITIÈME SIECLE. 

« court ne viendrait pas par surcroît. » Rousseau et M. Jules Leuiaî- 
tre se trompent différemment, mais ils se trompent tous deux... » 
(G. GoMPAYRÉ. VÉducation intellectuelle et morale, l^"^ partie, ch. I : 
La Culture générale, p. 1 sq.) 
Qu'en pensez-vous? 

Lectures recommandées : Voir dans l'ouvrage de M. Compayré, les biblio- 
graphies, p. 16, 32, etc. — Berthelot, Science et éducation. — F. Pécadt, Çut/ire 
ans d'éducation. — A. Sloys, L'Education intégrale. — Frcebel, L'Education 
de l'homme. — QfLékVio, Éducation et instruction. — \\.L%^i.k^c,L' Enseignement 
professionnel en France. — Revue pédagogique, octobre 1904 : La Culture géné- 
rale et la préparation professionnelle, par E. Vi\l. — L'Education de la Démocratie , 
édit. Alcan; Enseignement et Démocratie (Conférences faites à l'École des Hautes 
Études sociales). 



Plan proposé : 

(D'après le livre de M. Compayré, L'Éducation intellectuelle et 
morale.) 

Exorde : Position de la question : Rousseau tient compte de 
l'éducation générale et non de l'éducation professionnelle ; 
M. Jules Lemaitre, de l'éducation professionnelle et non de 
l'éducation générale. 

I 

• 1° — Partde vérité dans l'opinion de Rousseau. Pourquoi il 
est bondedévelopperrhomme, c'est-à-dire de développer dans 
la nature lesqualités générales qui constituent «l'humanité ». 
2o — Part d'erreur. Chaque homme a dans la vie une fonc- 
tion particulière à remplir et Rousseau n'en tient pas compte. 
Emile sera « l'homme type » ; Rousseau se cantonne trop 
dans l'absolu, et il ne voit pas qu'en réalité l'habileté profes- 
sionnelle est indispensable à tout homme qui veut accomplir 
ses devoirs. 

Il 

lo — Part de vérité dans l'opinion de M. Jules Lemaitre. 
Pourquoi il a raison d'insister sur la nécessité de faire des 
hommes utilisables, c'est-à-dire dont les aptitudes individuelles 
s'adaptent chacune à l'une des variétés du multiple travail 
social. 



J.-J. ROUSSEAU. 249 

2o — Part (Terreur. M. J. Lemaître a Fairde faire passer la 
culture professionnelle avant la culture générale. Or, s'il est 
vrai que la culture professionnelle développe l'esprit et 
dans une certaine mesure le cœur, il est non moins vrai qu'elle 
ne développe nos facultés que dîme façon exclusive et par- 
tielle. Par suite, il est nécessaire que l'éducation générale pré- 
cède l'éducation professionnelle, et que l'éducation des forces 
intellectuelles et morales précède l'éducation particulière 
qu'elle seule rend possible et féconde. 



m 

Mais il est possible qu'en regardant de près les deux théo- 
ries, le paradoxe se mêle étroitement à la vérité. 

lo — Rousseau ne manque pas de donner à Emile une 
éducation professionnelle. Sans doute ce n'est pas pour être 
artisan qu'Emile apprend la menuiserie ; c'est en réalité pour 
triompher des préjugés contre les métiers manuels. Mais en 
somme Rousseau a bien remarqué qu'Emile, si l'ordre de la 
société était bouleversé, pourrait se suffire de ses mains; et 
ayant déclaré que tout citoyen oisif est un fripon, que le 
devoir indispensable à l'homme social est de travailler, il se 
préoccupe de mettre son élève à même de n'être ni un fripon 
ni un mauvais citoyen. 

20 — De même M. J. Lemaitre, quand il nous parle de 
façonner l'homme d'un pays et d'une religion en même 
temps que l'homme d'un pays, fait bien la part d'une éduca- 
tion générale. Tenons-nous-en à ces mots : « l'homme d'un 
pays », et voyons bien qu'il est impossible de faire aimer la 
France à un jeune homme si on ne lui donné pas le culte des 
grandes idées que la France représente, parmi lesquelles la 
plus haute est celle d'humanité. 

Conclusion : Il se pourrait bien qu'à fréquenter Rousseau 
M. J. Lemaître ait, inconsciemment ou non, pris ses procédés 
de dialectique, et qu'en même temps que le paradoxe, il nous 
donne l'idée qui doit le corriger. « Avant d'être avocat, com- 
merçant, ou manufacturier, Ihomme est homme » écrit 
Stuart Mill après Rousseau. Au fond; c'est aussi l'avis de 
xM. Jules Lemaître, qui par là rejoint Rousseau contre lequel 
il dirigeait son argumentation. 



250 LE DIX-IIUITIÈME SIÈCLE. 

303. La psychologie de Rousseau jugée par 

un psychologue. 

Matière. — Maine de Biran.dans un Essai sm* les fondements de 
la psychologie, déclare : « J.-J. Rousseau, souvent emporté au delà 
des bornes du vrai par cette imagination toujours si belle, si élevée,. 
mais quelquefois si fougueuse, qui fut la source de ses talents, de 
ses infortunes et de ses erreurs, me paraît avoir eu des vues aussi 
justes que profondes sur divers points de psychologie qu'il a tou- 
chés dans son immortel ouvrage sur l'éducation. » 

Lesquels? 

Lectures recommandées : Sur Maine de Biran : Voy. Sainte-Becvk, Lundis ; 
t. XIII. — Ravaisso>, La Philosophie en France au xix« siècle. — Ferraz, Histoire 
(le la philosophie en France au xixe siècle. — Ch. Adam, La philosophie en 
France. 

304. L' « Emile » jugé par Chateaubriand. 

Matière. — Expliquer et discuter cette opinion de Chateaubriand 
sur VÉmile : « Ce livre n'est point un livre pratique : il serait de 
toute impossibilité d'élever un jeune homme sur un système qui 
demande un concours d'êtres environnants qu'on ne saurait trou- 
ver; mais le sage doit regarder cet écrit de Jean-Jacques comme un 
trésor. Peut-être n'y a-t-il dans le monde entier que cinq ouvrages 
à lire : VÉmile en est un. » (1797, Essai sur les Révolutions.) 

Lectures recommandées : Voir M. Roustan, La littérature française par la 
dissertation, t. III : le dix-neuvième siècle ch. I, § I'. 

Conseils. — Il n'y a pas de « piège » dans cette matière (M. Rous- 
tan, La Composition française : la Dissertation littéraire. Inven- 
tion, ch. II, p. 17 6q.). Mais la date de 1797 et le titre do l'ouvrage : 
Essai sur les Révolutions doivent vous faire réfléchir. Chateaubriand 
écrivait en 1832 cette note pour corriger ce passage : « Gela est 
risible à force d'être exagéré.» Peut être « exagérait-il » en 1797 
comme en 1832, et, si VEmile n'est pas un des cinq ouvrages qui 
sont les plus utiles à l'humanité, du moins est-il un des ouvrages 
qui méritent le plusTadmiration des hommes. Pourquoi? 

305. La force pour les enfants, la raison pour 

les hommes. 

Matière. — « La nature veut (lue les enfants soient enfants avant 
que d'être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous pro- 



J.-J. ROUSSEAU. 2ol 

(luirons des fruits précoces qui n'auront ni maturité, ni saveur et ne 
tarderont pas à se corrompre; nous aurons de jeunes docteurs et 
de vieux enfants... Employez la force avec les enfants, et la raison 
lavec les hommes : tel est Tordre naturel. » 

Que pensez-vous de cette opinion de Rousseau, exprimée dans le 
Vivre n de l Emile? 

Conseils. — Gest ici que votre expérience personnelle vous sera 
de la plus grande utilité. Cf. M. Roustan, La Composition française : 
la Dissertation morale, Invention, ch. V, p. 55 sq. ; Élocution, 
I II sq. p. 111 sq. Mais n'oubliez pas que vous devez avoir le plus 
grand soin de rattacher ce principe aux idées maîtresses àeVÉmile, 
et en particulier au dessein du livre II {Ibid., Invention, ch. III, 
p. 36 sq.). 

306. Une pédagogie de la science. 

>|atière. — J.-J. Rousseau dit dans YÉmile : « Rendez votre 
élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le ren- 
drez curieux; mais, pour nourrir sa curiosité, ne vous pressez 
jamais de la satisfaire . Mettez les questions à sa portée et laissez-les 
lui résoudre. Qu'il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, 
mais parce qu'ill'a compris lui-même; qu'il n'apprenne pas la science, 
qu'il lïnvente. » 

Discuter. 

Conseils. — Il y a évidemment ici une part d'exagération qu'il 
est facile de discerner ; mais il y a aussi toute une conception de 
renseignement scientifique très intelligente et parfaitement pratique, 
une fois qu'on a fait les restrictions nécessaires. Je renvoie à 
L'Éducation de la démocratie (Paris, Alcan): Les sciences dans l'en- 
seignement secondaire, p. 223 sq., surtout p. 229. 

307. «Sois ton valet. » 

Matière. — Expliquer cette parole de Rousseau : « Sois ton valet 
afin d'être ton maître. » • 

308. Il vaut mieux mériter l'estime que 
l'admiration. 

Matière. — J.-J. Rousseau a dit : « La continuité des petits devoirs 
toujours bien remplis ne demande pas moins de force que les actions 
héroïques... et il vaut mieux avoir toujours l'estime des hommes 
que quelquefois leur admiration. » 



252 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Cette pensée est-elle vraie, et, si elle l'est, Tapprouvez-vous sans 
réserve? 



309. Rousseau et le travail manuel. 

Matière. — Quelles sont, d'après le livre III de VÉmile, les idées 
de Rousseau sur le travail manuel ? 

Lectures recommandées : Pour ce sujet et le précédent, voir F. Gâche, Collé- 
giens et Familles (Bibliothèque des parents et des maîtres); L'Enseignement de 
la morale et le collège. 

Conseils. — Vous lirez attentivement, la plume à la main, le 
livre III de VÉmile, et, loin de vous borner à y chercher l'éloge du 
travail manuel, vous vous arrêterez à la fm de chaque paragraphe 
et vous réfléchirez à la valeur des arguments. Surtout, vous ne vous 
hâterez pas de condamner Rousseau, vous ne lui reprocherez pas 
trop vivement de n'avoir pas vu tous les bienfaits de la discipline de 
l'outil, parce que, depuis rjï??ii7e, d'autres les ont montrés mieux que 
lui. Vous vous replacerez à la date où le livre a paru, et vous con- 
clurez avec M. F. Hémon : « On peut sourire de tel ou tel détail, 
mais il ne faut voir que l'esprit, cet esprit sinouveau pour le lecteur 
français du xvni» siècle, cet esprit si hardiment démocratique dans 
le mauvais comme dans le bon sens du mot : dans le mauvais, car 
le critérium de l'utile, systématiquement appliqué à tout, manque de 
largeur, d'élévation, et, si l'on peut parler ainsi, d'humanité sufïî- 
samment compréhensive; dans le bon sens, car le travail libérateur 
est glorifié, dans sa vertu et sa noblesse, presque dans sa poésie, 
qui relève l'artisan, et le place à côté, au-dessus même du savant 
ou du lettré. S'il y avait excès dans cette réaction en faveur des 
humbles, l'excès serait pardonnable, venant d'un principe généreux, 
et corrigé par la virilité de l'inspiration. » (F. ]^t}^o^, Cours de litté- 
rature : J.-J. Rousseau, V « Emile », p. 28 sq.) 



310. Rousseau et l'éducation physique. 

Matière. —Rousseau et l'éducation physique : est-il le premier à 
avoir recommandé aux éducateurs de fortifier le corps? Gomment 
a-t-il développé et renouvelé en cette matière les idées de ses prédé- 
cesseurs? 

Lectures recommandées : G. Compayri>, Rousseau et réducation de la nature : 
g IV, p. ")! s([. — • K. IUyot, Précis de Morale, 2e partie. 2e k\'on, p. 94 S(i.. 
Précis de psychologie apidiquée à l'éducation, 2« partie, 14» leçon, p. 52S. 
sq. — M. HorsTAN, La Composition française ; ta Dissertation morale. 
Sujets proposés, sujet n» 159, p. 514 ; bibliographie. 



J.-J. ROUSSEAU. 253 

Conseils. — Depuis le xyiii» siècle, il est impossible de ne pas 
nommer Rousseau quand on parle d'éducation physique; déjà Mi- 
rabeau écrivait : « Lis le grand Rousseau (tu entends bien, ce n'est 
pas du faiseur de vers que je parle), lis son magnifique poème 
d'Emile, cet admirable ouvrage, où se trouvent tant de vérités 
neuves. Laisse les fous, les envieux, les bégueules, hommes etfemmes 
et les sots s'en moquer et dire que c'est un homme à système. 11 est 
trop vrai que, vu notre dépression, tout ce qu'il propose n'est pas 
faisable, et en vérité il n'y a pas là de quoi nous vanter; mais la 
partie de son ouvrage qui traite de l'éducation physique et de celle 
du premier âge n'est point dans ce cas, et c'est là où tu trouveras 
les vrais principes. » {Lettres onginales, etc., 19 juillet 1778.) 

311. « Emile » et « Robinson Crusoé ». 

Matière. — J.-J. Rousseau écrit dans ÉmiZe, à propos deRobinson 
Crusoé : « Ce livre sera le premier que lira mon Emile; seul, il com- 
posera durant longtemps sa bibliothèque, et il y tiendra toujours 
une place distinguée. » 

Expliquez cette préférence par ce que vous savez du caractère de 
Rousseau, de ses idées en matière d'éducation et du livre anglais 
auquel l'auteur de YÉmile accorde ce traitement de faveur. 

Lectures recommandées : Le Breton, Le Roman au xvme siècle, ch. IX, 
p. 358 sq. (sur Robinsoa Crusoé). 

Conseils. — Les candidats au baccalauréat, en face de cette 
matière assez complaisante, ne pouvaient guère se tromper sur le 
véritable sujet. Relisez dans Emile, livre III, le long passage qui 
va depuis : « Je hais le livre... » jusqu'à : «... ne lui suffira pas 
longtemps », et vous verrez les raisons principales de la préférence 
de Rousseau pour Robinson, qu'il met en cette circonstance au-dessus 
des œuvres dé Bufîon, de Pline etd'Aristote. 



312. L'éducation de Sophie. 

Matière. — M. G. Gompayréa dit : « Emile est l'homme parfait ; 
pour qu'elle méritede s'unira lui, Sophie doitêtrela femme idéale. 
Mais il s'en faut que Rousseau ait réussi dans cette seconde partie 
de sa tâche, et l'éducation de la femme telle qu'il nous l'expose est 
certainement plus mal comprise quecelle de l'homme. » {Jean-Jacques 
Rousseauet l'éducation de la nature, | V, p. 75 sq.) 

Expliquer 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au n» 295, et plus spécia- 
lement : CoMPAYRÉ, Jean-Jacques Rousseau et l'éducation de la nature,^ V,p. 75. 

RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 15 



254 LE DIX-HUITIEME SIECLE 

— F. Hémon, Cours de litttérature : Jean- Jacques Rousseau, L' « Emile », le 
livre V, Sophie ou la Femme, p. 4 sq. 



313. La morale de Rousseau. 

Matière. — La morale occupe une place importante dans l'œuvre 
de Rousseau ; sans doute Rousseau a une morale bien imparfaite, 
mais telle qu'elle est, elle a eu sur le xvm* siècle une influence 
profonde. Rousseau est pour son temps un « directeur de con- 
science ». 

Plan proposé : 

1° — Montrer que la morale occupe une place importante 
dans l'œuvre de Rousseau. C'est Rousseau qui a appelé le 
sens moral, « le sixième sens». M"^^ Roland disait qu'il inspi- 
rait la vertu, et le grand Carnot à la Convention proclamait 
qu'il avait « vivifié » la morale. 

2° — Certes les imperfections en sont nombreuses. C'est 
Rousseau qui a misa la mode cette confusion souvent blâmée 
entre la passion et la vertu. C'est lui qui est en grande partie 
responsable du déchaînement de ce torrent de la sensibilité qui 
va grossir jusqu'à la fm du xvni*' siècle. On reproche à cette 
morale de ne pas avoir de base solide ; elle est condamnée à 
être obscure ou erronée : un entraînement irrésistible atténue 
bien des fautes, etc. 

3° — Et cependant Rousseau a été un directeur de conscience 
et l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains s'expli- 
que en partie par là. 11 y a dans le Vicaire savoyard des pages 
très connues sur la voix de la conscience, sur le bonheur, sui- 
la morale éternelle, etc. Du reste, il y a dans sa correspon- 
dance des lettres de direction dont on peut discuter les 
idées, mais dont il faut admirer souvent l'inspiration et la 
forme. 

314. La morale du sentiment. 

Matière. — Expliquer par l'analyse des idée^ morales de Rousseau 
ce qu'on appelle la morale du sentiment. Quelle en est la valeur? 
Quelles en sont les lacunes? « En suivant toujours ma méthode, 
écrit Rousseau, je ne tire point ces règles des principes d'une liaulr 
philosophie, mais je les trouve au fond de mon cœur, écrites par 
la nature en caractères ineffaçables. Je n'ai qu'à me consulter su 



J.-J. ROUSSEAU. 255 

ce que je veux faire : tout ce que je sens être bien est bien, tout 
ce que je sens être mal est mal. » 
Cette méthode vous paraît-elle assez sûre? 

Lectures recommandées : Voir les ouvrages indiqués aux n' 277 sq., p, 225 sq., 
et plus spécialement : Rwot, Précis de morale, l^e partie, 3e leçon, § I, p. 25* sq. ; 
Précis de psychologie appliquée à l'éducation, 2e partie, 4e leçon, p. 361 sq.,et 
bibliographie, p. 380. 



315. Rousseau corrigé par Jean-Jacques. 

Matière. — Rousseau écrit : « Celui qui n'est que bon ne demeure 
tel qu'autant qu'il a du plaisir à l'être : la bonté se brise et périt 
sous le choc des passions humaines ; l'homme qui n'est que bon 
n'est bon que pour lui. » 

Montrez, comment en séparant la vertu de la bonté, Jean- 
Jacques corrige sa théorie morale de la puissance du sentiment. 

Conseils. — Rapprochez ce passage de cet autre : « Qu'est-ce 
donc que l'homme vertueux? C'est celui qui sait vaincre ses affec- 
tions; car alors il suit sa raison, sa conscience; il fait son devoir; 
\\ se tient dans l'ordre, et rien ne peut l'en écarter. » 



316. Une condamnation de la morale de 
Rousseau. 

Matière. —Que signifie ce mot de Joubert, et dans quelle mesure 
est-il vrai : « Rousseau a ôté la sagesse aux âmes, en leur parlant 
delà vertu»? [Œuvres, édit. 1877, t. II, titre XXIV, Pensée XXI, 
p. 364). 

Conseils. — Lisez les quelques pages consacrées par Joubert à 
Rousseau : « Quand on a lu M. de Buffon, on se croit savant. On 
se croit vertueux, quand on a lu Rousseau. On n'est cependant pour 
cela ni l'un ni l'autre... Donner de l'importance, du sérieux, de la 
hauteur et de la dignité aux passions, voilà ce que JeaurJean Rous- 
seau a tenté. Lisez ses livres : la basse envie y parle avec orgueil; 
l'orgueil s'y donne hardiment pour de la vertu ; la paresse y prend 
l'attitude d'une occupation philosophique, et la grossière gourman- 
dise y est fière de ses appétits. Il n'y a point d'écrivain plus propre 
à rendre le pauvre superbe. On apprend avec lui à être mécontent 
de tout, bors de soi-même. Il était son Pygmaliou... Une piété irre- 
ligieuse, une sévérité corruptrice, un dogmatisme qui détruit toute 
autorité : voilà le caractère de la philosophie de Rousseau... » (Ibid., 
Pensées XLV, XLVI, XLVII. p. 369). 



256 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



317. Leçons de solidarité pratiques. 

Matière. — Que pensez-vous de cette façon d'enseigner l'humaine 
solidarité : « L'exercice des vertus sociales porte au fond des cœurs 
Tamour de l'humanité : c'est en faisant le bien qu'on devient bon ; je 
ne connais point de pratique plus sûre. Occupez votre élève à toutes 
les bonnes actions qui sont à sa portée ; que l'intérêtdes indigents soit 
toujours le sien ; qu'il ne les assiste pas seulement de sa bourse mais de 
ses soins; qu'il les serve, qu'il les protège, qu'il leur consacre sa 
personne et son temps ; qu'il se fasse leur homme d'affaires : il ne 
remplira de sa vie un si noble emploi? » 

Conseils. — Ce sujet est un cas particulier du sujet n° 314. 
La morale du sentiment ne peut avoir de procédés d'éducation plus 
efficaces. Montrez-le, mais demandez-vous ensuite quels sont les 
dangers de cette aversion pour tout enseignement moral: les élans 
naturels du cœur, ainsi dirigés, rendront inutiles, d'après Rousseau, 
toute autre leçon de solidarité. Réfléchissez et donnez votre avis 
personnel. Remarquez qu'un danger permanent menace l'élève de 
Rousseau : car, si la société est dépravée, corrompue, le jeune 
homme aura sous les yeux bien des exemples affligeants, et il 
sera conduit, malgré ses bons instincts, à se faire « un odieux 
plaisir de chercher à tout de sinistres interprétations, et à ne voir 
en bien rien même de ce qui est bien ». Rousseau aperçoit très 
nettement le péril ; il ne nous indique pas les moyens d'y échapper. 

Pour Tordredes idées, voir M. Roustan, La Composition française : 
la Dissertation morale , Disposition, ch. III, p. 95 sq. 



318. Une maxime de Rousseau. 

Matière. — « Il est, dit Rousseau, des retours sur nos fautes, 
qui valent mieux que de ne pas en avoir commis. » 
Est-ce votre opinion ? 

Plan proposé : 

Exorde : Comment Rousseau a été amené à écrire cette 
maxime. Mélange de vérité et d'utopie dans les idées de 
Jean-Jacques ; l'étude de cette maxime nous en offre un 
exemple particulier. 



J.-J. ROUSSEAU. 257 



Part de vérité. Quelques exemples pris dans notre expé- 
rience. 

a) Sentiment qui suit la faute ; le remords et comment il 
nous garantit, pour l'avenir. 

b) On n'est jamais sûr de ne pas tomber dans une faute 
qu'on n'a jamais commise. Pourquoi... 

c) Non seulement le retour sur nos fautes nous piermet de 
prendre des précautions pour les éviter dans l'avenir, mais 
il nous aguerrit contre toutes les fautes analogues, et contre 
les fautes différentes. 

II 

Part d'erreur. 

a) Danger de cette maxime ; elle peut nous rendre trop 
indulgents pour les erreurs commises. 

6) Une conclusion qui paraîtrait logique à la rigueur serait 
que plus on a commis de fautes, plus on a de mérite à être 
vertueux, et plus certains retours nous garantissent contre 
les fautes futures. 

c) La grave erreur qui est contenue dans la maxime est 
celle-ci : Rousseau ne tient pas compte de la loi de causalité 
qui est vraie en physique comme en morale. Une première 
faute nous prédispose à une seconde faute ; la première 
récompense d'un acte vertueux, c'est de nous entraîner à 
un autre acte vertueux. La première sanction de l'acte immo- 
ral, c'est de nous incliner à commettre un autre acte immoral. 
Le pli se prend peu à peu ; il vaut mieux malgré tout ne pas 
commettre une faute. 

d) Et enfin Rousseau, avec ce principe de sa morale de la 
sensibilité, ne tient pas compte des résultats de nos fautes 
sur ceux qui nous entourent, soit qu'elles leur portent des 
préjudices matériels ou moraux qu'il est parfois impossible de 
réparer, soit que, par le seul fait de l'exemple, nous agissions 
sur nos semblables d'une façon pernicieuse. 

Conclusion : Voilà donc dans quelle mesure cette pensée est 
fausse et dans quelle mesure elle est vraie. 11 paraît évident 
qu'il vaudrait mieux ne pas commettre une faute, mais comme 
cela serait extraordinaire, il faut souhaiter que chaque fois 



m 



2^8 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE- 

qu'une faute est commise nous fassions un retour sur nous- 
mêmes : d'une part pour en corriger les conséquences sur 
les autres ; et d'autre part pour mieux nous garder dans 
l'avenir. 



319. Le déisme de Rousseau. 

Matière. — Caractériser, dans ses grandes lignes, le déisme de 
Rousseau, 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"» 277 sq., p. 225 sq. 

Contentons-nous parmi les nombreuses réfutations du Vicaire savoyard ou 
parmi les nombreux ouvrages écrits à ce sujet, de citer : 

J. Vernes, Dialogues sur le christianisme de J.-J. Rousseau, 1753. — Dom 
Defokis, La Diinnité de la religion chrétien7ie vengée des sophismes de 
J.-J. Rousseau, 176,j. — Martin du Theil, J.-J. Rousseau apologiste de la reli- 
gion chrétienne, 1841. 

Na VILLE, Nouvelle étude sur la religion de Rousseau. — Fontakes, Ze Chris- 
tianisme de Rousseau {Revue des Cours littéraires, 20 août 1870). 



Plan proposé : 

Exorde : Rousseau n'a jamais opposé sa religion à telle ou 
telle religion orthodoxe. Déclarations du Vicaire savoyard. 

1° — Lareligionde Rousseau est le déisme, ou la religion 
naturelle, c'est-à-dire celle qui s'arrête au seuil de toutes les 
religions orthodoxes. La Profession de foi du vicaire savoyard 
développe longuement tous les articles de ce déisme passionné 
qui fait le fond de la religion de Rousseau. 

Le doute lui est impossible, son âme ardente a besoin d'une 
foi profonde. Il s'adresse aux théologiens et ceux-ci ne le 
satisfont pas ; il s'adresse aux philosophes et ne trouve chez 
eux qu'orgueil et désaccord. Il conclut à l'insuffisance de l'es- 
prit humain, et il décide qu'il faut écarter certaines questions 
qui sont inutiles à la conduite et supérieures à la raison. 11 esl 
certain, selon lui, que « le tout est un et annonce une 
intelligence unique »; Rousseau en tire l'idée de la Provi- 
dence. Il est certain, dit-il encore, que l'âme n'est pas matière ; 
que nul être matériel n'est actif par lui-même et que si l'âme 
est immatérielle, elle peut survivre au corps, et (jue si elle 
lui survit, la Providence est justifiée. Rousseau, suivant son 
expression, ne défend pas un système suivi; <( il s'incline 
devant l'idée de Dieu ». 



J.-J. ROUSSEAU. 259 

20 — Telle est sa religion dont les principaux commande- 
ments sont : qu'un cœur juste est le vrai temple de la divinité ; 
qu'en tous pays et dans toutes sectes, aimer Dieu par dessus 
tout et son prochain comme soi-même est le sommaire de 
la loi; qu'il n'y a pas de religion qui dispense des devoirs de 
la morale ; qu'il n'y a de vraiment essentiels que ceux-là; 
que le culte intérieur est le premier de ces devoirs, et que 
sans la foi aucune vertu n'existe. 

3° — C'est aussi cette foi qui le dispense de creuser le pro- 
blème du mal physique et moral. Rousseau est un optimiste. 
La Providence a eu ses desseins éternels, il est puéril de cher- 
cher à les pénétrer; nous sommes comme des hommes qui 
verraient pour la première fois une montre ouverte, et qui ne 
laisseraient pas d'en admirer les rouages; quoiqu'ils ne con- 
nussent pas l'ouvrage de la machine et n'eussent pas vu le 
cadran. 

4o — Par là, Rousseau s'opposait aux philosophes : ceux-ci, 
continuant l'œuvre de Descartes, prétendaient fonder sur la 
raison toute une morale. Rousseau, se défiant au contraire de 
la raison, déclarait hautement qu'il s'élevait par la foi 
jusqu'aux dogmes principaux de la religion naturelle. 

5*^ — Mais s'il avait raison de vouloir être distingué des 
philosophes sur ce point, avait-il le droit de s'emporter contre 
Christophe de Beaumont, lorsque ce dernier refusait de le 
reconnaître pour chrétien? Rousseau ne voulait pas être con- 
fondu avec les athées, et l'archevêque frappait ï Emile au nom 
de l'orthodoxie. Rousseau en réfutant les arguments sur les- 
quels repose en partie la foi chrétienne, en niant les prophéties, 
les miracles, devait être frappé par l'archevêque qui ne pou- 
vait le reconnaître comme disciple de la religion chrétienne 
et qui trouvait insuffisant pour cela que Rousseau appelât 
Jésus « mon Maître ». Cela a fourni l'occasion à Rousseau 
d'écrire des pages superbes contre le mandement de l'arche- 
vêque de Paris dont il respectait du reste les vertus, tout en 
ayant de sa valeur intellectuelle une idée peu avantageuse. 
Mais l'Église catholique et l'Église protestante voyaient com- 
bien il eût été dangereux pour elles de laisser passer sans y 
répondre la profession de foi déiste de Rousseau. 

Conclusion : Pourquoi les « postulats » de la religion natu- 
relle étaient à la fois contraires à la philosophie et à l'ortho- 
doxie. Jean-,]acquesa son « credo )),(|ui ne coïncide ni avec celui 
des encylopédistes, ni avec celui des chrétiens de Rome et de 



260 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Genève. Rousseau et <f le protestantisme libéral ». (Cf. Lanson, 
Histoire de la littérature française : Rousseau, p. 778). 



320. Voltaire admirateur du « Vicaire 
savoyard ». 

Matière. — « L'article de ce Vicaire vaut mieux sans doute que 
tout le reste du livre. » Ainsi s'exprime Voltaire, si dur et si 
injuste contre ce livre de VÉmile qu'il a poursuivi de ses attaques. 
Gomment expli |uez-vous la sympathie de Voltaire pour la Pro- 
fession de foi du vicaire savoyard, dont il disait encore : « Jean- 
Jacques l'apostat n'a pas laissé de rendre de grands services par 
son Vicaire savoyard. . . Votre petit écervel^ de Jean-Jacques n'a 
fait qu'une bonne chose en sa vie : C'est son Vicaire savoyard...»? 

ai 

Conseils, — Il sera bon de lire le Cours de littérature de 
M. Hémon : J.-J. Rousseau, n Emile », § VI, p. 32 sq., La Profession 
de foi du vicaire savoyard. M. Hémon rassemble en note un 
certain nombre de références : Voltaire à d'Alembert, 16 juillet 1764 ; 
àd'Argens, 22 avril 1763 ; àd'Argental, 2 octobre 1765, 14 juillet 1766; 
à Damilaville, 44 juin 1762, 12 juillet 1763, 29 août 1766; à la 
duchesse' de Saxe-Gotha, 2 août 1762 ; Instruction à Rostan. 

Vous devez revoir ces passages et aussi en trouver d'autres vous- 
même sur ce sujet. Il vous suffira de consulter la Table de l'édition 
Beuchot ou Moland. Voir le sujet précédent, §4 et 5. 



321. Le Vicaire savoyard, c'est Rousseau. 

Matière. — Commenter cette phrase de V. Cousin : « Le Vicaire 
savoyard, c'est Rousseau lui-même, avec tout ce qui le fait grand 
et presque seul dans son siècle : le goût du beau et du bien poussé 
jusqu'à la passion ; l'enthousiasme de l'honnête dans une société 
corrompue ; une logique austère parmi des raisonneurs efféminés ; 
une imagination tendre, profonde, mélancolique... » 



322. Les disciples du Vicaire savoyard au 
XVIir et au XIX'^ siècle. 

Matière. — Quels sont au xviii" et au xix' siècle les disciples du 
Vicaire savoyard? 

Conseils. — Outre les lectures indiquées aux 11°* i)ni;ril(iii> ll^^•/ 
l'Introduction au Choix des Moralistes français des xvii", xmu" et 



J.-J. ROUSSEAU. 261 

XIX* siècles, par Bougie et Beaunier. Arrêtez-vous plus spécialement 
aux pages 12 sq. : « Pendant que la religion est combattue, au 
XVIII* siècle, par le rationalisme et l'utilitarisme, le sentimentalisme 
lui prèteson appui. Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre en rendant 
au « cœur », « partie intime de l'homme », ses droits contre les 
« idées claires et distinctes », préparent une place à la religion, 
mais à une religion naturelle et non révélée, individuelle et non 
traditionnelle, à une religiosité plutôt qu'à une religion... La vie 
mondaine (au xix* siècle), perd peu à peu de son- importance et en 
même temps de son attrait. Beaucoup d'esprits, au milieu des bou- 
leversements sociaux, se contractent en quelque sorte et se retirent 
en soi. « Nous touchons, il me semble, dit Maine do Biran, à une 
époque de la société où, après avoir été si fortement attirés au 
dehors et captivés par une suite d'événements extraordinaires, 
les hommes fatigués de sentir, se trouveront plus disposés à 
rentrer en eux-mêmes, et à y chercher le repos et les consolations 
qu'on ne trouve que dans l'intimité de sa conscience. » De plus 
en plus, on se livre, suivant les expressions de Rousseau, à « la 
douceur de converser avec son àme ». Gomme lui, on préfère les 
promenades rêveuses aux conversations, on fuit le monde pour 
vivre dans la « mystérieuse et tendre nature », la « mère des 
merveilles » (Amiel). Joubert se retire « dans son étoile », Maurice 
de Guérin invoque « le dieu des déserts ». Amiel s'incline devant 
(( le sanctuaire de son intime conscience ». Notre siècle en un mot 
compte moins de « mondains » que de « solitaires». 

Voilà quelques-uns des disciples du Vicaire savoyard. 11 y en a 
d-'autres, beaucoup plus illustres, et qu'on a déjà nommés en lisant 
ces lignes : M™** de Staël, Chateaubriand, George Sand, etc.. Au 
reste, voyez dans le livre de M. Compayré, Jean-Jacques Rousseau 
et l'éducation de la nature, % VI, p. 91 sq., une liste des disciples 
de Rousseau non seulement en France mais à l'étranger, et lisez 
aussi, Hémon, Cours de littéralure : Rousseau, l' « Emile» | VIII : 
Histoire et Influence de VÉmile; Bernardin de Saint-Pierre, p. 48 
sq. N'oubliez pas d'ailleurs que les disciples du Vicaire savoyard 
furent surtout nombreux sous la Révolution, et songez au Culte 
de VÊtre «wpreme que Robespierre fit approuver aux conventionnels 
(Cf. A. Aulard, le Culte de la Raison et le culte de l'Être suprême). 

323, Kant et Rousseau. 

Matière. — « On a dit que Kant procédait de Rousseau. Il es 
possible, et il est probable... » (Faguet, Dix-huitième siècle : Jean-* 
Jacques Rousseau, p. 357.) 

Qu'en pensez-vous? 

Conseils. — Bien que nous ayons dit et redit que nous n'admet- 
trons pas qu'on attendit l'année qui suit la remière partie du bacca- 

15. 



262 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

lauréat pour apprendre ce qu'il n'est pas permis à un jeune homme 
intelligent d'ignorer en philosophie, nous aurions hésité à proposer 
cette matière, si les élèves n'avaient pas à leur disposition deux moyens 
d'éclairer le sujet: d'abord, la lecture du passage de M. Faguet auquel 
la matière est empruntée ; — puis, le livre portatif de G. Cantecor, 
Kant (collection Les Philosophes). Voir la bibliographie p. 137. 



324. Les origines du « Contrat social » . 

Matière. — Expliquer ce jugement sur le Contrat social: « Il 
me semble que ce livre n'est pas un produit de notre terre de 
France ; il a comme un parfum étranger, sauvage même : on dirait 
qu'il nous vient delà Sparte de Lycurgue ou de la Genève de Calvin. 
Telle est bien son origine en effet. » (P. Albert, La Littérature 
française au xvm« siècle : Jean- Jacques Rousseau, p. 268.) 

lectures recommandées : Voir les n" 277 sq., p. S25 sq. 

Edition du Conlrat socio/, Dreyfus-Brisac (Alcan), avec les versions primitives, 1896 ; 
édition Beaulavon (Soc. nouv. de librairie), 1903. 

Lamartine, y.-/. Rousseau, son faux Contrat social et le vrai Contrat social . 
— A. Bertrand, Le Texte primitif du Contrat social. — A. Lichiexberger, /,e 
Socialisme au .wiii* siècle. — H. Michel, L7r/ee de l'Etat. — Janet, Histoire de 
la science politique dans ses rapports avec la morale, t. II; Problèmes du 
xix« siècle. — Winderberger, Essai sur le système de politique étrangère de 
J.-J. Rousseau. — Faguet, La Politique comparée de M ontesquieti, Rousseau et 
Voltaire. — Ch. Rbnouvier, Critique philosophique, t. XX V^, annéel884, 3 articles. 



325. Les mérites supérieurs du « Contrat 
social ». 

Matière. — « On ne saurait refuser à Rousseau, dans le Contrat 
social, trois ou quatre mérites supérieurs : 

lo w Tout d'abord, il est le premier ou môme le seul qui ait posé 
en termes de droit et à un point de vue exclusivement moral, le pro- 
blème de l'organisation politique... Dans ce livre Rousseau applique 
la méthode rationnelle à la politique. C'est une première et féconde 
nouveauté. 

2" « Rousseau est encore le seul philosophe de cette (.•jxMiue qui 
tienne la démocratie pour le seul régime rationnel... 

3» «Il faut reconnaître à Rousseau cet autre mérite d'avoir subor- 
donné en quelque façon la question politique à la question sociale, 
c'est-à-dire la considération de la situation juridique et économique 
des individus. C'est pourquoi il introduit dans le système des notions 
politiques un nouveau concept qu'il met tout de suite au premier 
lan, celui d'égalité .. 



J.-J. ROUSSEAU. 263 

4° « Par là, Rousseau a ouvert la voie aux divers systèmes socia- 
listes dont c'est précisément le but, en diminuant,jusqu'à la rendre 
inoffensive, l'inégalité économique, d'assurer à tous une liberté 
effective, et non la vaine permission d'aspirer à tout sans être 
d'ailleurs capable d'arriver à rien... C'est là évidemment un autre 
mérite à porter au compte de Rousseau. » (G. Cantecor, Morale 
théorique et notions historiques : Dix-huitième siècle, p. 275.) 

Expliquer et discuter, s'il y a lieu. 

Conseils. — On fera bien de lire le passage entier. On y trouvera 
un certain nombre d"<( explications » et aussi de « restrictions » ; 
sur le second point par exemple, M. Cantecor déclare que Rousseau 
« justifie assez mal cette liberté inaliénable qu'il revendique au nom 
de la nature », et que le Contrat social a besoin d'être complété 
parla doctrine de Kant; sur le quatrième point, il ajoute que «l'in- 
tention est louable ou même moralement obligatoire >>, mais que 
« les moyens imaginés peuvent n'être pas toujours excellents ». 
Peut-être trouverez-vous d'autres restrictions à faire ; il faudra bien 
voir ce que signifient ces mots : « Rousseau est le seul qui tienne la 
démocratie pour le seul régime rationnel... » (Cf. le sujet, n° 166, p. 136). 
En tout cas, le passage indique bien les quatre principaux mérites 
du Contrat social; vérifiez par des lectures consciencieuses. (Cf. 
Roustan, La Composition française : la Dissertation littéraire, 
Invention, ch. IV, p. 43sq.) 

326. Individualisme et socialisme. 

Matière. — Vous chercherez « comment il se fait que, tandis que 
les uns voient dans Rousseau l'ancêtre du socialisme révolution- 
naire, les autres le louent d'avoir pris comme base solide l'indé- 
pendance du moi. » (Rrunetière, Manuel de l'histoire de la littéra- 
ture française: Jean-Jacques Rousseau, p. 336.) 

Conseils. — Ayez recours à l'ouvrage de Brunetière, et vous 
trouverez les réponses suivantes : « C'est d'abord qu'on a méconnu 
le caractère de la dialectique de Rousseau, ou de sa rhétorique, 
lequel est d'exprimer éloquemment des paradoxes agressifs pour en 
atténuer les conséquences. C'est encore que son socialisme n'est que 
le moyen de son individualisme, et nous voyons, de nos jours, pour 
la même raison, la même contradiction subsister au sein du socia- 
lisme, où les anarchistes ont l'air de s'entendre avec les collectivistes, 
quoique leur idéal s'oppose en tous les points. Et c'est enfin que 
Rousseau ne s'embarrasse pas de se contredire, si même on peut dire 
qu'il se soit jamais aperçu de ses contradictions. » (Ibid., p. 336, 337. 

Ces réponses vous semblent-elles satisfaisantes ? Alors, dites 
pourquoi, en vous appuyant sur des textes. 

« 11 n'y a, déclare M. Lanson, quoi qu'on en dise, rien de sophis- 



264 LE mX-HUITIÈME SIÈCLE. 

tique àfaire sortir le socialisme de l'individualisme, et il n'y a aucune 
contradiction entre le. Contrat social et le tempérament de 
Rousseau... » {Histoire de la littérature française, Repartie, livre IV, 
ch.V, p. 782), etpar làM. Lanson répond àM. Faguet, qui commence 
son chapitre sur le Contrat social par ces mots : « Les idées politi- 
ques de Rousseau me paraissent, je le dis franchement, ne pas tenir 
à l'ensemble de ses idées... » [Dix-huitième siècle : Jean-Jacques 
Rousseau, | VIII, p. 383 sq.) 

Lisez les uns et les autres ; voyez dans le livre de M. Lichten- 
berger, cité au n» 324, les contradictions de ceux qui ont parlé du 
socialisme de Rousseau, mais surtout vérifiez les unes et les 
autres de ces affirmations par des textes. 

327. L'idée du c contrat » d'après 
Rousseau. 

Matière..— Expliquer, d'une façon précise, et en vous appuyant 
sur des textes, ce que Rousseau entend par cette idée que la base 
juridique de la société civile est le contrat social. 

328. Les formes de gouvernement d'après le 
^< Contrat social ». 

Matière. — Quelles sont, d'après Rousseau, les fornies de gouver- 
nement ? Quel est, à son avis, le gouvernement idéal ? 

Plan proposé : 

N. B. — Bien que les Extraits donnent généralement un assez 
grand nombre des passages auxquels nous revoyons nos lecteurs, 
nous préférons cependant citer d'après les Œuvres complètes, 
(Hachette, t. III, p. 306-389); là en effet on pourra lire tout ce qui a 
trait à la question, et se reporter aux autres chapitres que nous allons 
indiquer. Les citations sont à peine ébauchées; nous tenons en cette 
matière, autant et plus que dans tout autre, que l'on se mette en 
face même des textes, 

Exorde : Formes de gouvernement d'après Montesquieu 
(Voy. le sujet n» 99, p. 85). Rousseau aborde la question 
dans le Contrat social, 111, 3, 342 sq. 

l 

A — Quelles sont les foimes de gouvernement ? Après 
avoir bâti une théorie mathématique, destinée à formuler les 



•I.-J. ROUSSEAU. 265 

rapports du gouvernement et du souverain, théorie où il est 
question de moyenne proportionnelle, de racine carrée, etc., 
Rousseau aborde les clifTérences entre les gouvernements. Il 
distingue. 

10 La démocratie : quand le souverain commet le gouver- 
nement à tout le peuple ou à la plus grande partie du peuple; 

2o L'aristocratie : quand le gouvernement est resserré entre 
les mains d'un petit nombre ; 

30 La monarchie : quand le gouvernement est entre les 
mains d'un magistrat unique, dont tous les autres tiennent 
leur pouvoir. 

B — Kn entendant les termes ainsi, la République française 
serait une monarchie, la République suisse une aristocratie, 
la République athénienne une démocratie. Il n'y aurait pas 
eu de démocratie depuis l'antiquité, car depuis cette époque 
il n'y a pas d'État « ou il y ait eu plus de citoyens magistrats 
que de citoyens simples et particuliers ». 

11 faut bien définir les termes comme Rousseau lui-même 
les définit si l'on veut entendre sa pensée. 

C — [0 La démocratie. — « A prendre le terme (p. 343) 

jamais. Il est contre l'ordre naturel....... change ». Cela 

est très logique, si l'on veut adopter le sens donné aux 
termes par le philosophe. Rousseau énumère les difficultés 
du gouvernement démocratique ainsi compris, revient sur 
ridée de Montesquieu que le principe de la république 
est la vertu, et reproche à ce beau génie de manquer de 
justesse et de clarté, « faute d'avoir fait les distinctions néces- 
saires ». En réalité, l'un et l'autre ne s'entendent pas sur le 
vocabulaire ; Rousseau montre alors les dangers de la démo- 
cratie et conclut : « S'il y avait un peuple (p. 344) — ..... .. 

hommes. » Peut-être pas, ils seraient en pleine « anar- 
chie». 

20 Par suite, le gouvernement qui a les préférences de 
Rousseau, c'est Varistocratie (lll, 5, p. 344 sq). 

'( Il y a trois sortes d'aristocratie (p. 345) — propre- 
ment dite. » Elle a tous les avantages : la distinction 
des deux pouvoirs, le choix de ses membres ; les affaires 
intérieures y sont mieux réglées, les affaires extérieures mieux 

défendues, a En un mot, c'est l'ordre le meilleur 

p. 345) — executive. » • 

Elle exige moins de vertus que le gouvernement populaire, 
l'égalité rigoureuse ne fut pas même observée à Sparte : 



266 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

modération dans les riches, contentement chez les pauvres, 
voilà ses qualités propres. Ce gouvernement qui est le plus 
commode à réaliser, qui offre les avantages les plus considéra- 
bles, est donc de beaucoup le meilleur. 

30 La monarchie (lll, 6, p. 3i6 sq.). — Tout le chapitre sur 
la monarchie est écrit par un républicain, un protestantj un 
Genevois. « Le Prince de Machiavel estle livre des républicains. » 
Voilà le ton. La monarchie, qui n'est convenable qu'aux grands 
États, est toujours inférieure au gouvernement républicain. 
il semble cependant que Kousseau, après avoir reproché à 
Montesquieu de manquer de justesse, faute de distinctions, 
encoure le même reproche. Le roi dont il nous parle est-il 
vraiment le représentant du gouvernement monarchique ? 
D'après sa définition, le gouvernement monarchique est con- 
stitué par un individu auquel le souverain, c'est-à-dire le 
peuple, confie le pouvoir exécutif. Or, le roi qu'il a sous les 
yeux n'est pas le monarque de sa définition ; il ne se borne 
pas à l'exécutif, il a le législatif. 

Sans doute (ch. Vil, p. 350) Rousseau étudie les gouverne- 
ments mixtes et tempérés : un gouvernement mixte est un 
gouvernement divisé ; un gouvernement tempéré est un 
gouvernement « avec magistrats intermédiaires qui, laissant 

(p. 350) — leurs droits respectifs. » Mais il s'agit 

toujours de Vexécutit\ le souverain et le gouvernement étant 
séparés, c'est-à-dire de tout gouvernement républicain. 

« Tout gouvernement légitime (II, ch. VI, p. 326) est répu- 
blicain. » C'est-à-dire il y a république quand il y a distinction 
entre le gouvernement et le souverain, celui-là étant le servi- 
teur de celui-ci ; il y a république, quelle que soit la forme de 
gouvernement, toutes les fois que « ce gouvernement est guidé 
par la volonté générale qui est la loi ». C'est la théorie de la 
séparation des deux pouvoirs: partoutoii cette séparation existe, 
il y a république. Et alors, on conçoit d'où vient la confusion. 
A lire Rousseau, on s'aperçoit qu'il attaque la monarchie telle 
qu'il l'a sous les yeux, et non la monarchie telle qu'il la définit; 
il ne reste pas fidèle à sa définition initiale, et, après nous 
avoir demandé un effort pour détourner les termes de leur 
acception habituelle, il la reprend au cours de son développe- 
ment. 

Il 

Mais, d'autre part, il est exagéré de prétendre que Rousseau^ 
n'a pas nettement affirmé son idéal de gouvernement, il écril 



J.-J. ROUSSEAU. 26"/ 

uii chapitre (VIU, livre III, p. 350 sq.)qui porte ce titre : V, Que 

toute forme de gouvernemeut ». II s'agit encore 

une fois non de la constitution politique, mais du gouverne- 
ment, c'est-à-dire du mandataire du souverain ; Montesquieu 
prend le terme dans un sens, Rousseau dans l'autre. Le gou- 
vernement que Rousseau étudie, en fonction du climat, c'est 
le pouvoir intermédiaire dont nous avons parlé. Toute forme 
politique est bonne, dans laquelle les rapports du souverain 
et de ses officiers restent ce qu'ils doivent être. Un gouverne- 
ment dégénère quandil rompt letraité social, soit d'une façon, 
soit d'une autre, qu'il y ait anarchie, ou tyrannie. 

« La puissance législative est le cœur (p. 358) — 

est mort. » 

« Le gouvernement peut devenir mauvais, sans que le corps 
politique meure ; mais le bon gouvernement est celui où 
le cœur et le cerveau accomplissent distinctement leur beso- 
gne. » 

Tel est l'idéal de Rousseau; voilà ce qu'il faut entendre 
quand on dit que son idéal est le régime républicain ; et s'il 
se préoccupe de garantir la société contre les usurpations du 
(( cerveau », il ne se préoccupe pas de prévenir celles du 
«cœur » ; le gouvernement seul doit être arrêté ; le souverain 
doit rester le maître. 

Conclusion : Comment Rousseau a été conduit à ces 
dées. 



329. La souveraineté du peuple d après le 
« Contrat social. ». 

Matière. — Montrer comment Rousseau a entendu le principe de 
la souveraineté du peuple et de la volonté générale, et comment la 
théorie de la volonté générale se complète par celle de la loi. 



330. L'idée de propriété dans le 
« Contrat social ». 

Matière. — Quel est dans le Contrat social le fondement de l'idée 
de propriété et comment Rousseau règle-t-il l'exercice de ce droit? 

Lectures recommandées : Le Contrat social, surtout liv. I, ch. IX: passim, 
et p. 316, 318.— Cf. Emile, liv. V. 



268 / LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



*■ 
/' 



331. La religion civile d'après le 
« Contrat social ». 

/ 

Matière. — Préciser, d'après le livre IV, ch. VIII, du Contrat 
social,\es idées de Rousseau sur la religion civile, c'est-à-dire sur les 
rapports de l'Église et de l'État. 



Plan proposé : 

N.-B. — Voir la note du numéro 328; on se reportera à l'édition 
indiquée, t. III, livre IV, ch. VII [, p. 382 sq., et on étudiera conscien- 
cieusement le texte, en s'arrétant aux passages que nous indiquons 
sommairement, pour être plus sûr qu'on ira les chercher au milieu 
de ceux qui les précèd'ent et qui les suivent. 

Exorde : Après un exposé historique rapide des époques anté- 
rieures à Jésus-Christ, pendant lesquelles « chaque religion 
était uniquement attachée aux lois de TÉtat qui la prescrivait », 
Rousseau date de Jésus-Christ l'ère où le système théologique 
devient distinct du système politique, où l'État cesse d'être 
un. De là, conflit entre le prince et le prêtre, les lois civiles et 
les lois ecclésiastiques. 

« Partout où le clergé fait un corps. (p. 384) — 

comme ailleurs ». 

Hobbes a nettement indiqué le remède : « Réunir les deux 
tètes de Faigle ». Mais l'esprit dominateur du christianisme 
était incompatible avec son système : « Ce n'est pas tant ce 

qu'il y a d'horrible...... (p. 385) — odieuse ». C'estainsique 

Rousseau veut réfuter Bayle et Waburton : le premier soute- 
nant que la religion n'est pas utile au corps politique, le 
second que le christianisme en est le plus ferme appui : tous 
les États ont eu la religion à la base; la loi chrétienne est nui- 
sible à l'État. Puis Rousseau passe à la théorie. 

1° — a) Il distingue, dans la religion, considérée par rappor 
à la société : 1° la religion de l'homme, sans temples, sans 
autels, le théisme, le droit divin naturel; — 2° la religion du 
citoyen, avec ses dogmes, ses rites prescrits par les lois; — 
3<> une troisième (des Lamas, des Japonais, des catholiques 
donne aux hommes deux chefs, deux patries, les empêche 
d'être à la fois dévots et citoyens. 

6) 1° La troisième ne vaut rien politiquement; 2° la seconde 



j.-j. ROUSSEAU. 269 

est bonne, parce qu'elle réunit le dévot et le citoyen, mais 
elle est mauvaise par ce qu'elle développe la superstition, le 
fanatisme, les instincts sanguinaires; 3" la première est la 
vraie religion évangélique, qui est fondée sur la fraternité des 
hommes; mais elle est absolument contraire à l'esprit social, 
parce qu'elle détache les citoyens des choses de la terre : 
« Une société de chrétiens ne seraitplus une société d'hommes. » 
Rousseau s'attache à démontrer^longuement qu'une société 
chrétienne, pluselle serait parfaite, plus elle serait destructrice 
du pacte social ; il s'efforce d'établir combien ces résignés sont 
inférieurs comme citoyens à des stoïques, en reprenant une 
idée de Montesquieu ; enfin, prétendant que les vrais chrétiens 
sont faits pour être esclaves, il affirme que république et chris- 
tianisme s'opposent radicalement. 

Puis, abandonnant les considérations politiques, il revient 
au droit. 

2^ — a) Le souverain a sur les sujets des droits qui ne passent 
point les bornes de l'utilité publique. Par suite, « les sujets ne 
doivent compte au souverain. (p. 388) — dans celle-ci». 

Nous avons, nous, à nous demander si le souverain a un 
droit quelconque sur une « opinion », même en tant qu'elle 
importe à la communauté, même si elle se rapporte à la 
morale et à nos devoirs envers les autres et envers nous- 
mêmes. Dans le pacte social, je n'ai nullement consenti à 
perdre mes droits imprescriptibles d'homme, je n'ai pas pu 
aliéner ma liberté de pensée. Je puis être anarchiste d'opinion, 
sans être responsable en rien devant le souverain ; je ne suis 
responsable que de mes actes, et encore, de ceux qui tombent 
sous les coups des lois civiles, de ceux qui sont du ressort du 
pouvoir législatif et exécutif. 

6) Rousseau tire cette conséquence : 

« Il y a donc une profession de foi (p. 388) — ni 

sujet fidèle ». 

Et alors, si le théisme, religion dont Rousseau se fait 
l'apôtre, ne paraît pas satisfaisant au nom de l'utilité 
publique, le souverain va nous imposer des articles supplé« 
mcntaires, qui peuvent le transformer ou le dénaturer? Sans 
doute, Rousseau ajoute que ces dogmes seront « simples, en 
petit nombre, énoncés avec précision, sans explication, ni com- 
mentaires ». Qui est-ce qui sera juge de cette simplicité, de 
ce nombre, de cette précision ?^ Ne sommes-nous pas en plein 
arbitraire? D'autant plus que les sanctions indiquées par Rous- 



270 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

seau font frémir : le prince peut bannir de l'État tout homme 
qui ne croit pas à ses dogmes, non comme impie, mais comme 
insociable ; quant à ceux qui reconnaissent les dogmes et se 
conduisent comme ne les croyant pas, il y a une peine : la mort- 
Et le même homme, quatre lignes plus bas, écrit : 

(( Quant aux dogmes négatifs (p. 388). » 11 s'élève 

avec force contre cette idée que l'intolérance civile et l'intolé- 
rance théologique sont distinctes ; il montre que les dévots 
intolérants sont par force des citoyens intolérants et conclut 

que « maintenant qu'il n'y a plus (p. 389) — pontife». 

Le même homme ajoutera à ce chapitre Vlll une note sur le 
mariage civil, qui pose d'une façon remarquable les vrais 
principes : comment cette inconséquence s'explique-t-elle? 

Conchmon : Tout simplement ici, par tout ce que nous 
savons de Rousseau, de son origine, de son tempérament, du 
caractère de son livre, de sa conception du pacte social, mais 
encore par les traits généraux de la philosophie du 
xvnr- siècle. Nous serions mal venus, nous autres, à reprocher 
aux philosophes d'avoir, dans des questions aussi complexes, 
offert des exemples de contradictions formelles. Ce n'est pas la 
liberté de conscience qu'ils ont défendue, c'est la tolérance. 
L'abbé de Saint-Pierre demande qu'on supprime de force les 
discussions religieuses, et qu'on frappe ceux qui nient que 
l'âme est immortelle. iMontesquieu ne veut pas qu'on laisse 
s'établir dans l'État de nouvelles religions. Voltaire dit que le 
souverain est le maître des règlements ecclésiastiques. Rous- 
seau est allé plus loin qu'eux tous, mais dans le même sens. 
Pourquoi? Parce que dans cette vaste entreprise de la philo- 
sophie, où tous les écrivains ont l'air d'avoir travaillé sur un 
plan donné, sa tâche à lui était non de défendre la liberté 
individuelle, mais l'égalité. 



332. Rousseau et les Encyclopédistes. 

Matière. — Pouvez-vous ranger Jean-Jacques Rousseau parmi 
les Encyclopédistes'? Par où se rattache-t-il à eux? Par où s"cn 
éloigne-l-il ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au début du chapitre V,p. 107. 

Conseils. — Dans son Introduction au livre intituh^ : Les Écri- 
vains politiques du xvm" siècle, M. P. Albert sc'pare les « philo- 



J.-J. ROUSSEAU. 271 

sophes », de Rousseau qu'il range, à côté de Mably, dans la rubrique 
des démocrates (XXXIII). 

Notez que Voltaire et les Encyclopédistes ne sont « ni des socia- 
listes, ni des démocrates ». Ils ne croient pas à la possibilité 
d'établir le suffrage universel avant l'éducation du peuple. Ils ne 
voient sous le mot république que les démagogies de l'antiquité. 
Ils croient au « bon despote » (Cf. Roustan, Les Philosophes et la 
société française au xvni« siècle, ch. le»' : Les Philosophes et la 
royauté), et, s'ils sont compatissants aux misères du peuple, ils 
représentent la bourgeoisie, non le quatrième État (Ibid. ch. VII et 
VIII : Les Philosophes et la bourgeoisie, les Philosophes et le peuple). 

Rousseau est le théoricien de la souveraineté populaire, l'ennemi 
de la propriété, le théoricien du pacte social, c'est-à-dire de la 
toute-puissance de la volonté générale, etc.. Que de raisons vous 
trouverez pour l'opposer aux philosophes ! Il n'est pas jusqu'à 
l'article essentiel du credo encyclopédiste, la foi au progrès indéfini 
de l'humanité, qui ne soit contredit par le système de Rousseau. 

Et cependant s'il n'a collaboré qu'un moment à l'Encyclopédie, 
s'il a combattu hors de l'armée encyclopédique, n'était-il pas hostile 
aux mêmes institutions, aux mêmes abus, aux mêmes iniquités 
(Voyez les sujets n°^ 238 sq., p. 203 sq.)et demandez- vous si Rousseau 
ne donnait pas la main aux Encyclopédistes : haine du despotisme 
monarchique, du despotisme religieux, de la guerre, des inégalités 
sociales, etc., etc.. N'a-t-il pas très profondément gravé dans son 
cœur les deux sentiments qui relèvent la philosophie du xvm^ siècle: 
« le sentiment de la liberté de la pensée et de l'amour de l'huma- 
nité » ? Enfin « ce rêve du mieux », qui, suivant le mot de P. Janet, 
a été le rêve constant de Jean-Jacques, n'a-t-il pas chez lui les 
mêmes effets que la foi dans le progrès indéfini de l'espèce humaine ? 

On s'explique, dès lors, que la postérité n'ait pas séparé le nom de 
Rousseau des noms de Voltaire et des Encyclopédistes. Ç.LVÈpttre 
de M.-J. Ghénierà Voltaire : 

Voltaire, son nom n'a plus rien qui te blesse! 
Un moment divisés par l'humaine faiblesse, 
Vous recevez tous deux l'encens qui vous est dû : 
Réunis désormais, vous avez entendu. 
Sur les rives du fleuve où la haine s'oublie, 
La voix du genre humjain qui vous réconcilie. 

(M. Roustan, op. cit.. Conclusions, p. 432 sq. : Apothéose de 
Rousseau.) 

333. Rousseau et la Révolution française. 

-Matière. — Dans son Histoire de la science politique dans ses 
rapports avec la morale {i. Il, p. 504 sq.), Paul Janet montre qu'il 
est injuste et inexact de partager ainsi les inffuenccs qui ont agi sur 



272 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

la Révolution : influence de Montesquieu sur la Constituante, 
influence de Rousseau sur la Convention. Qu'en pensez-vous ? 

Lectures recommandées : P. Jankt, Histoire de la science politique dans 
ses rapports avec la morale, éd. 1887, t. II, ch. VI, p. 455 sq. 

A. AvhfLRD, Histoire politique de la Révolution française . — Jean Jaurès, His- 
toire socialiste. — E. Blum, La Déclaration des droits de l'homme et du 
citoyen. — Chabrier, Les Orateurs politiques de la France, — Aulard, Les 
Orateurs de V Assemblée Constituante . — Michfxet, Histoire de la Révolution 
française. — Taise, Les Origines de la France contemporaine ; la Révolu- 
tion, i. I. — Rambaud, Histoire de la civilisation contemporaine ; Histoire de 
la Révolution française. — Edgard Quinet, La Révolution. — P. Janet, Phi- 
losophie de la Révolutio7i. — Edme CnKUPioti, Esprit de la Révolution française. 

— E. Hamel, Histoire de Ro' espierre. — De Pressensé, L'Église et la Révolu- 
tion française. — A. Debidour, Histoire des rapports de l'Église et de l'État. 

AcLARD, Les Orateurs de la Législative et de la Convention. — Taine, Les 
Origines de la France contemporaine : la Révolution, t. II. — Jdles Claretie, 
Les Derniers montagnards. — CxMPxnùoy, Histoire du tribunal révolutionnaire . 

— Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris ; la Terreur. — 
D, Robinet, Le Procès des Dantonistes. — J. Guiffrey, Les Conventionnels. — 
AuLARD, Le Culte de la Raison et le culte de l'Etre suprême. — Despois, Le 
Vandalisme révolutionnaire. — Hamel, Histoire de Saint-Just ; Thermidor. — 

J. Claretie, Camille Desmoulins, Lucile Desmoulins, étude sur les Dantonistes. 

— Lavisse et Rambacd, Histoire générale du ive siècle à nos jours, t. VIII, ch. IV 
et V, et bibliographie, p. 230 et 305. 

Conseils. — Il n'y a qu'une méthode, étudier les actes de la 
Constituante, en se demandant s'ils sont conformes aux idées de 
Rousseau ou à celles de Montesquieu : Serment du Jeu de Paume ; 

— Nuit du 4 août ; — surtout : Déclaration des droits de l'homme. 
(Ici, la part des autres philosophes est non moins importante que 
celle ae Rousseau, mais voyez : Janet, op. et loc. cit.) 

En revanche, si l'on étudie les actes de la Convention, il est vrai 
que l'influence de Rousseau est alors beaucoup plus apparente : 
Constitution civile du clergé ; — Détlaration des droits de Robes- 
pierre ; — les terroristes. (Ici la discussion est possible : voir les 
protestations de Rousseau contre la théorie du salut public ; les 
terroristes lesauraient approuvées peut-être en temps de calme, mais 
en pleine tourmente ils prirent les mesures provisoires indiquées 
au livre IV, ch. VI : De la dictature.) 

Au point de vue littéraire, il n'y a aucun doute : c'est Rousseau 
qui a formé l'éloquence des orateurs de la Constituante comme 
celle des orateurs de la Convention. 



334. Jean-Jacques Rousseau et le sentiment de 

la nature. 

Matière. — Étudier le sentiment de la nature dans Jean-Jacques 
Rousseau. 



J.-J. ROUSSEAU. 273 

Lectures recommandées ; Voir les Extraits et Morceaux choisis, et les lec' 
tures aux n»» 277 sq., p. 225 sq. 

M. RousTAN, La Composition française : la Dissertation littéraire, Inveniion. 
ch. 111,1 II, p. 36 sq. ; « Atlas » pour une étude du sentiment de la nature. — 
Rayot et RcDSTAN, La Composition littéraire, psychologique, pédagogique et 
morale, sujet n» 188, p. 140. 



Plan proposé. 

N. B. — La pagination indiquée dans le plan proposé est celle 
des Pages choisies de J.-J. Rousseau par Rocheblave, partie IV : La 
Nature. l'Arcadie de Rousseau, p. 195 sq, 

Exorde : Quelques mots rapides des peintres de la nature 
avant Jean-Jacques Rousseau. 



1 

Quelle est la nature que Rousseau nous a décrite? 

Il semble préférer la nature belle et riante à la nature 
grandiose et terrible. Mais ceja n'empêche pas que ses pay- 
sages soient très variés : 

a) 11 nous avoue son penchant pour les paysages de 
montagnes ; les rochers, les cascades, les torrents, etc., le char- 
ment par-dessus tout, — et pourtant il nous offre des pay- 
sages très différents, des descriptions de plaines, de forêts, etc. 

h) 11 recherche les horizons bornés, il se plaît dans les pro- 
fondeurs des grottes, dans les forêts ombragées, dans les 
gorges pittoresques, —et pourtant il a représenté d'un pinceau 
large les plaines étendues; il nous dépeint le vaste espace 
qu'il embrasse du milieu d'un lac, ou du haut d'une terrasse 
élevée. 

c) Il se réfugie volontiers dans les endroits solitaires, loin 
de la société corrompue, et il aime surtout les sites où il 
pourra promener ses rêveries, — et pourtant avec quel intérêt 
il nous représente la nature animée par l'homme, une scène 
de vendanges par exemple ! 

d) On le loue d'avoir représenté les paysages qui ont quelque 
chose de saillant, de saisissant, par exemple ces paysages de 
montagnes, avec leurs contours plus nets, leurs couleurs plus 
vives, leurs perspectives plus détachées, — et pourtant il sait 
s'arrêter aux scènes les plus familières, aux spectacles les plus 



274 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

modestes, celui d'une fleur dans la forêt, d'une hirondelle... 
D'une façon générale, il est donc juste d'affirmer que ce 
misanthrope n'a pas recherché les spectacles effrayants et 
sublimes (glaciers, sommets perdus dans les nuages, etc.). 
Mais, s'il a préféré les paysages gais et qui sont favorables 
aux longues rêveries, il n'en est pas moins un peintre très 
varié. 

Il 

Quels sentiments éprouve-t-il devant ces paysages? 

10 — a) D'abord, unejouissance d'arti«te.ll jouitdel'ensemble 
d'un paysage, il en dégage avec un sens artistique très déli- 
cat ce qu'il renferme d'essentiel ; ce n'est pas telle montagne 
du Valais, telle grotte de la Savoie, telle forêt de Montmo- 
rency, qu'il nous peint : c'est la Montagne, la Grotte, la Forêt 
(p. 197, 199, 206). 

b) Aussi excelle-t-il dans la science de la composition. 11 ne 
fait pas des « études de la nature », il peint des tableaux où 
il observe les lois de l'harmonie, de l'équilibre, etc. C'est bien 
là un plaisir d'artiste. 

2" — a) Ensuite, Rousseau éprouve une joie véritable de tous 
les sens. Il est vrai de dire de lui qu'il a « la passion » de la 
nature; il nous parle des « délices » qu'il éprouve, des « fris- 
sons » qui le secouent: l'ivresse sensuelle de Rousseau. 

b) Et, le plus souvent, la pensée s'anéantit. 11 a analysé 
ce bonheur de l'être qui se fond tout entier dans la nature 
qui l'environne (forêt de Montmorency, lac de Bienne, nuit 
au bord de la Saône, etc.). 

c) D'autres fois, la rêverie a quelque chose de volontaire. Par 
un effort de son imagination Rousseau peuple son paysage ; 
ou bien il y fait intervenir des hommes dignes de le goûter, 
des cœurs simples et bons, il y appelle des êtres qu'il aime, etc. 



Ill 

Quels sont les autres sentiments qui naissent de ceux-là 
dans l'âme de Rousseau? 

lo — La nature est une mère bienfaisante qui aime ses 
enfants, et leur donne de sages leçons : simplicité, sobriété, 
ordre, amour du travail. Elle apaise l'ànie qui souffre, elle 



J.-J. ROUSSEAU. 275 

développe l'intelligence et nous apprend à multiplier ses dons. 

2° — Surtout, elle nous enseigne la fraternité. Ceux qui tra- 
vaillent la terre ensemble se sentent solidaires de l'humanité 
dans le passé, dans le présent, dans l'avenir. 

3° —Elle nous enseigne aussi Thumilité.Elle est si antique 
et si puissante qu'elle nous fait sentirnotre petitesse, et notre 
reconnaissance envers elle est d'autant plus grande que la 
nature nous dépasse à l'infini. 

4° — Elle nous élève enfin jusqu'à l'auteur de l'univers. 
Rousseau n'aime pas qu'on le prie dans une chambre étroite, 
pas plus qu'il n'admet que la prière soit une demande. La 
prière est plutôt un hymne d'admiration chanté en face de la 
grande nature. C'est là seulement, selon lui, que l'homme 
peut avoir quelque idée de l'immensité de Dieu, et du vrai 
sens de la Providence : n'est-ce pas elle qui a mis partout 
l'ordre et la régularité, qui a tout arrangé pour l'homme, et 
qui a attendu par exemple que lépoque des vendanges arrivât 
pour rendre le raisin plus facile à cueillir en débarrassant la 
vigne de ses feuilles? (p. 219.) (Voyez Bernardin de Saint- 
Pierre, sujets no* 347 sq., p. 283 sq.) 

Conclusion : Piousseau a donc sincèrement aimé la nature, et 
il l'a peinte d'une façon originale. Il l'a aimée en homme, en/ 
artiste, en rêveur, en déiste... Les successeurs de Rousseau 

335. Effet de la nature sur l'âme de Rousseau. 

Matière. — Apprécier I' « effet de la nature sur l'ànie de Rousseau », 
d'après le fragment qui porte ce titre dans l'édition Rocheblave, 
p. 206 : Troisième Lettre à Maleslierbes. 

336. Le rêve de Rousseau. 

Matière, — Quel était le « rêve » de Rousseau, d'après les Pages 
choisies de l'édition Rocbeblave, intitulées : « Si j'étais riche : Une 
maison modèle ; Une sage administration ; L'Arcadie de Rousseau » 
(p. 231-245). [Emile, livre IV; Nouvelle Héloïse, IV, x ; V, n.) 

337. Buffon et Jean-Jacques Rousseau, peintres 
de la nature. 

Matière. — Tout le monde connaît l'anecdote de Jean-Jacques 
à Montbard. « Devant le berceau de V Histoire naturelle, J.-J. Rousseau 
se mit à genoux et baisa le seuil de la porte. J'en parlais à M. de 



276 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Buffon : « Oui, me dit-il, Rousseau y fit un hommage. » (Hérault 
DE SÉc BELLES, Voyage à Montbard, p. d3.) 

Gomment expliquez-vous cette admiration enthousiaste de Jean- 
Jacques Rousseau pour Buffon, et pouvez-vous rapprocher Buffon 
et Rousseau comme peintres de la nature? 

Conseils. — Voir les sujets no» 119 sq. et 146, p. 99 sq. et 123. 



338. Influence de Rousseau, peintre de la 

nature. 

Matière. — Comment Rousseau a connu et aimé la nature ; 
quelle influence il a ainsi exercée sur la littérature et sur l'art. 

Conseils. — Voir les sujets n^s 334 sq., p. 274 sq. 

339. Jean-Jacques Rousseau, « le père du 
romantisme ». 

Matière. — Un critique contemporain a nommé J.-J. Rousseau 
« le père du romantisme ». Expliquer ce mot. 

Lectures recommandées : Voir notre tome III, le Dix-neuvième siècle, ch. II. 

Plan proposé : 

Exovde : Opinion très répandue : Rousseau est le « père » 
du romantisme. 11 a inventé le mot et la chose. Que faut-i 
en penser? 

1° — Essai d'une définition rapide du romantisme (voir notre 
Littérature française par la dissertation, t. III : Le Dix-neuvième 
siècle, ch. II, § 1). De cette définition que nous aurons adoptée, 
les divisions du sujet découleront nécessairement). 

2'» — Idée générale du romantisme : affranchissement de 
toutes les règles et de toutes les conventions : 

a) Rousseau a réalisé dans sa vie l'existence d'un person- 
nage romantique. 

6) Rousseau a écrit des œuvres, qui ne sont pas décidément 
faciles à classer dans des genres aristotéliciens ou autres. 

30 — Autre caractère général du romantisme : « impression- 
nisme » artistique, c'est-à-dire individualisme : l'imagination, 
la sensibilité romantiques. Développement de ces deu.x facul- 
tés chez Rousseau. 



i 



j.-j. ROUSSEAU. 277 

40 — Le culte de la nature et du moi. 

A) Le culte de la nature dans Rousseau. La nature telle 
qu'il la comprend et qu'il est le premier à la comprendre 
s'oppose aux « jardins anglais », chers au xvni« siècle. 
Cf. Rêveries d'un promeneur solitaire; la description du lac de 
Bienne; etc., etc. 

6) Le culte du moi dans Rousseau : a) Comment il nous 
apparaît quand Rousseau dépeint la nature, en se tenant à 
égale distance des naturalistes et des idéalistes ; la nature 
vue par un romantique. 

b) Culte du moi proprement dit. L'hypertrophie du moi 
dans Rousseau. Les Confessions ; nouveauté du titre. Déforma- 
tions du moi par Famour-propre. La fierté de Rousseau. 
Rousseau et le héros byronien. 

C) Rapports de la nature et du moi. 

a) Tendance fréquente à associer la nature à ses joies et à 
ses douleurs, en s'adressant à elle directement. Les prosopo- 
pées de Rousseau et les prosopopées romantiques. 

b) Besoin qu'éprouve Rousseau de s'associer plus étroite- 
ment à elle, par la sensibilité, l'intelligence, la volonté. Le 
mal du siècle : impuissance et « nolonté ». 

50 — Le cosmopolitisme romantique, et ses deux formes : 
pénétration des littératures étrangères, tendance à l'exotisme. 

a) Rapport des idées anglaises et des idées de Rousseau. 
Relations avec David Hume, etc. Lt réciproquement, Rous- 
seau lu, célébré, adoré dans l'Europe entière. 

6) Comment il faut entendre l'exotisme de Rousseau. Il a 
« élargi » les cadres : voyez la Nouvelle Héloïse. Comment 
Bernardin de Saint-Pierre est son élève; les romantiques et 
Bernardin de Saint-Pierre. 

Conclusion : Rousseau est un « précurseur ». Ce que les 
romantiques ajouteront à Rousseau (voyez tome III, ch. H). 
Mais ils lui auront emprunté beaucoup plus, c'est-à-dire ce 
qui fait le fond même du romantisme. Bersot l'appelle « un 
trouveur de sources ». Il s'agit des sources fécondes où toute 
la poésie de la première moitié du xix® siècle viendra large- 
ment puiser. C'est au moment où une réaction se produira 
contre le romantisme, que Rousseau sera le plus discuté, et 
contre son sentimentalisme politique et littéraire Flaubert 
et ses amis protesteront plus d'une fois : « Si on avait con- 
tinué par la grande route de M. de Voltaire, au lieu de 
prendre par Jean-Jacques, le néo-catholicisme, le gothique et 
RousTAN. — Le XVIlb siècle. 16 



278 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

la fraternité, nous n'en serions pas là. » (Flaubert, Correspon- 
dance, t. lll, p. 346 ; 1867.) Cf. Roustan, La Littérature française 
par la dissertation, t. 111, ch. 111, § V et ch. V, § IV. 



340. Rousseau est le promoteur d'une double 

révolution. 

Matière. - « En France, Rousseau est un des plus incontestables 
promoteurs d'une double révolution : celle de 89, dans l'ordre des 
faits ; celle du romantisme, dans l'ordre intellectuel. » (Lintilhac, 
Précis de la littéralxire fratiçaise. t. II, ch. X, p. 254.) 

Expliquer et discuter. 

Conseils. — Voir les sujets n's 333, 334 sq., p. 271 sq. 



341. Le style de Rousseau. 

Matière. — A propos des Rêveries d'un promeneur solitaire, 
M™^ de Staël a écrit : « Rousseau n'a rien découvert, mais tout 
enflammé. » 

Si vous appliquez ce mot à l'œuvre de Jean-Jacques, comment 
l'entendez-vous? Que veut-on dire lorsqu'on appelle Rousseau le 
plus grand poète lyrique du xviii^ siècle ? Caractériser, en partant de 
cette explication, les traits essentiels du style de Rousseau. 

Plan proposé : 

L'originalité de Rousseau est peut-être encore plus grande 
dans la forme que dans le fond : « Rousseau, dit M™e de 
Staël, n'a rien découvert, mais tout enflammé. » Comment 
faut-il entendre ce mot? C'était déjà une découverte impor- 
tante que de subordonner toutes ses idées suivant un « grand 
système ». Mais, ce qu'il y a de vrai dans cette affirmation, 
c'est que le souffle de l'inspiration a tout vivifié dans Rous- 
seau, et le trait caractéristique de ses œuvres, c'est l'expan- 
sion de sa personnalité dans toutes les matières qu'il traite; 
voilà pourquoi Rousseau est un grand lyricfue. 

1° — En effet, quel que soit le sujet qu'il aborde, c'est tout 
jours lui-même que Rousseau voit et qu'il peint. On dirait 
dans le style de notre époque, que Rousseau est un 
<' subjectif », ou que sa personnalité se l'éfracte sans cesse à 
travers son sujet. Suivant une formule heureuse : « Il es 



J.-J. ROUSSEAU. 279 

Toccasion, la substance et la fin de ses écrits. » Sa politique, il 
la tire du souvenir de ses lectures de Plutarque et du spec- 
tacle de sa propre patrie (Genève). Sa pédagogie, il Ta tirée 
de la façon dont lui-même avait été obligé de s'instruire : 
Rousseau, dit-on aujourd'hui, est un autodidacte, Emile aussi. 
Sa religion, c'est son sentiment de la nature agrandi, exalté. 
Sa morale, c'est sa sensibilité qui la lui dicte et ses senti- 
ments lui tiennent lieu de preuves, etc. 

20 — Il en résuite que le sentiment dont la toute-puissance 
doit prévaloir, non seulement sur la conduite de la vie, mais 
encore sur la logique et sur le goût dans l'œuvre littéraire, 
entraînera des défauts. Ainsi, la composition dans Rousseau sera 
médiocre. Ajoutons qu'on pourrait en dire autant de presque 
toutes les œuvres du xvui^ siècle, et qu'en somme le Contrat 
social est encore un des livres les mieux composés du temps. 

30 — En revanche, cette sensibilité lui donne ce don d'échauf- 
fer, d'enflammer les cœurs detousceux qui lisent ses ouvrages ; 
Rousseau, d'ailleurs, nous a dit lui-même plusieurs fois com- 
ment il écrivait. Tout d'abord, c'était un jet irrésistible, brû- 
lant : il ne pouvait rien faire la plume à la main, dit-il. C'est 
à la promenade, au milieu des rochers et des bois, c'est dans 
son lit et durant ses nuits sans sommeil, qu'il écrivait dans 
son cerveau. Ses idées s'arrangeaient dans sa tète « avec la plus 
incroyable difficulté ». Mais, quand il avait retourné cinq ou 
six nuits telle de ces périodes, il la jetait sur le papier. Puis 
il y revenait à diverses reprises : « Mes manuscrits, raturés, 
barbouillés, mêlés, indéchiffrables, attestent la peine qu'ils 
lui ont coûté ». [Confessiom, part. I, livre 111.) 

40 — Mais il faut ajouter que cette correction n'empêche pas 
Rousseau d'être un des précurseurs du naturalisme contem- 
porain. En effet, quand il passe son style au creuset, il se 
garde bien de supprimer un terme trivial, s'il est précis et 
s'il rend vigoureusement l'idée. Reconnaissons qu'il y a dans 
Rousseau des tirades, qu'en certains endroits il fait du style, 
mais ces endroits sont assez rares après tout, et sa langue 
reste une des plus personnelles de notre littérature. 

5° — En tous cas, il est vrai de dire que la forme périodique 
est laplus familière à Rousseau. Rousseau est l'hommeéloquent 
par excellence. Toutes ses œuvres sont des discours, tous ses 
personnages prononcent des plaidoyers. Le travail de mor- 
cellement de la période était' achevé au xvni« siècle. La 
phrase un peu lourde du ww avait été brisée par les philo- 



280 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

sophes qui voulaient rendre le style portatif, c'est-à-dire 
léger, alerte. Avec Rousseau l'ère de la déclamation recom- 
mence. Nous revenons à la grande période de Bossuet : c'est 
à Rousseau qu'il faut faire remonter la responsabilité des 
grandes périodes académiques, insupportables, de la fin du 
siècle, mais aussi le mérite d'avoir rendu à la phrase française 
toute son ampleur, toute sa cadence et toute sa majesté. 

6° — Par-dessus tout, la forme est éminemment lyrique ; l'in- 
dividualisme de Rousseau s'étale à chaque pas dans ce style 
si nettement personnel. Si Rousseau s'est confondu constam- 
ment avec sa matière, il faut bien qu'il ait marqué d'une 
empreinte reconnaissable tout ce qu'il a écrit. « J'ai un tem- 
pérament très ardent, disait-il, des passions vives et impé- 
tueuses. » Tout cela s'est traduit dans son style. 

342. Le grand écrivain et Tartiste dans 

l'art d'écrire. 

Matière. — «Rousseau est avant tout un grand écrivain, mais il est 
en même temps un savant dans Tart d'écrire, ce qui n'est pas tout 
à fait la même chose. » Que pensez-vous de ces mots prononcés par 
J. Simon à l'inauguration de la statue de Rousseau, en 1889? Quelle 
différence faites-vous entre un « grand écrivain » et un artiste 
« savant dans l'art d'écrire » ? Donnez des exemples. Rousseau vous 
paraît-il mériter ce double éloge ? 

343. La Bruyère rapproché de Rousseau. 

Matière. — « Dans ce foyer brûlant, sous les prises de cette médi- 
tation prolongée et intense, le style incessamment forgé et reforgé 
prend une densité et une trempe qu'il n'a pas ailleurs. On n'apoint vu 
depuis La Bruyère une phrase si pleine, si mâle, où la colère, l'admi- 
ration, l'indignation, la passion, réfléchies et concentrées, fassent saillie 
avec une précision plus rigoureuse et un relief plus fort. Il cstpresque 
l'égal de La Bruyère pour la conduite des effets ménagés, pour 
l'artifice calculé des développements, pour la brièveté des résumés 
poignants, pour la raideur assommante des ripostes inattendues, 
pour la multitude des réussites littéraires, pour l'exécution de tous 
ces morceaux de bravoure, portraits, descriptions, parallèles, 
invectives, où comme dans un crescendo musical la même idée, 
diversifiée par une série d'expressions toujours plus vives, atteint 
ou dépasse dans la note finale tout ce qu'elle comporte d'énergie 
etd'écldt. Enfin, ce qui manque à La Bruyère, ses morceaux s'en- 
chaînent; il écrit non seulement des pages, mais encore des 



i 



J.-J. ROUSSEAU. 281 

livres ; il n'y apas de logicien plus serré. La démonstration se noue, 
maille à maille, pendant un, deux, trois volumes, comme un 
énorme filet sans issue, où, bon gré mal gré, on reste pris. ■• (Taine 
Les Origines de la France contemporaine: L'Ancien Régime.) 
Rapprochez La Bruyère et Rousseau, au moyen de textes précis. 

Lectures recommandées : M. Rolsta.n,£-z Littérature française par la dis- 
sertation, t. I, sujet, n» 559, p. 447. 

344. Le style de Rousseau jugé par Rivarol. 

Matière. — Acceptez-vous ce jugement de Rivarol : « Rousseau a 
des cris et des gestes ; il n'écrit point, il est toujours à la tri- 
bune » ? 

Conseils. — Vous pouvez rapprocher de ce passage ces lignes 
de Bersot : « Rousseau a plus d'un style : il a la pure déclamation, 
par laquelle il a commencé ; il a le procédé savant qui sent plus ou 
moins le procédé ; il a enfin l'art consommé des Confessions, des 
Lettres à M. de Malesherbes et des Rêveries. Au delà, par delà est 
la pure simplicité, celle qui écrit, comme la pure vertu agit, sans se 
voir elle-même. Rousseau l'a-t-il atteinte ? Il était trop compliqué 
pour l'atteindre d ordinaire, et l'on se méfie justement de ce qui, y 
ressemble ; mais qui sait s'il n'y avait pas aussi d'heureux instants, 
où, dans la solitude, dans la liberté de ses courses et de ses rêves, 
oubliant son rôle, et le monde, et le bruit, il n'était pas rendu poui," 
un moment à la simplicité de la nature ? Et alors le charme puis- 
sant de certaines pages ne ferait que nous communiquer son 
propre enchantement... » 



345. Rousseau entraine la littérature 
vers la tribune. 

Matière. — « Toute la littérature du xviii** siècle, écrit Villemain, 
aboutissait à la tribune. » Quelle est la part de Rousseau dans ce 
mouvement qui entraînait la littérature du xviii" siècle ? 

Conseils. — Voir les sujets n»» 333 sq., 341 sq., p. 271 sq. et 278 
Lisez Paul Albert, La Littérature française au xviii* siècle 
Jean-Jacques Rousseau, | 111, p. 2;7 sq. : « Il clôt la période 
critique et ouvre la période déclamatoire. Il est le premier maître 
de ceux qui rédigèrent les fameux cahiers et jetèrent à tous les 
échos les éclats de la tribune française. Les orateurs véhéments 
comme Mirabeau et Danton, les parleurs sentencieux et larmoyants 
comme Robespierre, les doctrinaires impitoyables comme Saint-Just, 

16. 



282 LE DIX-HUITIÈMK SIÈCLE. 

les énergumènes comme Marat, tous procédentdelui, deson langage. 
C'est dans les écrits de Rousseau qu'il faut chercher l'origine du 
jargon révolutionnaire et sentimental. Il a donné la note et les 
principaux motifs, cela a sulfi ;le concert, on pourrait dire le chari- 
vari, a commencé. Lamentations, apostrophes, cris de colère, 
gémissements de cœurs incompris, paradoxes et déclamations des 
déclassés, guenilles de pourpre dont s'affublent les vanités maladives 
et les amours qui n'ont pas trouvé de placement, tout cela vient de 
lui » (p. 288 sq.). 

Lisez aussi l'article si nourri de BruneLière dans l'Évolution de la 
poésie lyrique au xix^ siècle : « Quelle est la raison de cette sus- 
pension ou de cette interruption de l'éloquence, dans la langue, 
dans le pays de Bossuet et de Pascal? C'est qu'un homme éloquent 
est peut-être avant tout un homme que rien n'arrête ni ne gêne 
dans l'expression de ce qu'il éprouve, ni les préjugés de son édu- 
cation, ni le respect des convenances moridaines, ni la crainte du 
ridicule, ni la peur de braver l'opinion, ni la défiance de soi-même. 
Tel fut Rousseau. Et c'est pourquoi, sous la seule impulsion de la 
sensibilité, rien qu'en passant par-dessus les convenances ou les 
préjugés de son temps, il a retrouvé du premier coup dans son 
premier Discours. — le Discours sur les sciences et les arts — l'am- 
pleur de la phrasf^, l'harmonie sonore et cadencée de la période; le 
sérieux, la gravité des mots ; la liberté d'une allure ou d'un 
mouvement dont les sinuosités imitent le mouvement de la passion 
même; et enfin, et surtout cet accent personnel qui fait nôtres, 
exclusivement nôtres, qui nous approprie et qui nous incorpore, en 
quelque manière, les choses que nous disons. N'est-ce pas là la 
définition de l'éloquence même?... » 



346. Le style de Voltaire et le style 
de Rousseau. 

Matière. — M™e du Deffand écrivait : « J'estime et j'aime trop le 
style de Voltaire pour goûter celui de Jean-Jacques ; la justesse, la 
facilité, la clarté et la chaleur, voilà les quatre qualités qui font le 
bon style. Rousseau a de la clarté, mais c'est celle des éclairs ; il a 
de la chaleur, mais c'est celle de la fièvre. » 

Expliquer ce jugeniont. 

lectures recommandées : Voir les sujets indiqués iio« 239 sq., p. I9i' sq. et 
341 sq.. p. 278 sq. 

Sur .VI""' du Defland, voir les sujets n" 16 sq , \h 17 sq., et notamment : M. Roustan, 
Les Genres littéraires : fa Lettre, Ia Lettre au xviiie siO'cIe.p. 79 sq.et bibliogra- 
ph'e, p 11 1 . 



BEKNARDIiN DE SAINT -PIERRE. 283 

347. Bernardin de Saint-Pierre élève 
de Rousseau. 

Matière. — On a souvent jugé avec une ironie sévère la façon dont 
Bernardin de Saint-Pierre répète les leçons de Jean-Jacques Rousseau. 
Vous montierez en effet que l'auteur des Études de la nature et des 
Harmonies de la nature a mérité plus d'une fois d'être appelé un 
disciple « inintelligent » ou a niais » de l'auteur de l'Jïwi'/e. Mais vous 
vous appliquerez ensuite à dégager l'originalité de Bernardin de Saint- 
Pierre, et vous préciserez les services qu'il a rendus à laliltérature. 

Lectures recommandées : Voir les no» 277 sq.. p. i-ib sq. 

Berna.rdi>- de Saint-Pierre, Œuvres, édit. Aimé Martin, 12 vol., 1826. — Corres- 
pondance, 4 vol., 1826 (voir en tète de ces deux éditions VEssai sur la vie et les 
ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre, et \e Supplément aux Mémoires ^tar 
Aimé Martin). — Paul et Virginie (no nbreuses éditions). 

S.uxte-Beuve, Portraits littéraires, t. I; Cliiteaubriand et son groupe litté- 
raire, t. I; Lundis, i. VI. — K. Maury, Étude sur la vie et les ouvrages de 
Bernardin de 6'a^rt^''^>r/•e. — Arvède Bari.ne, Bernardin de Saint-Pierre (Les 
grands Ecrivains). — J.-B. de Golrmer, Un amour de philosophe; Bernardin de 
Saint-Pierre et F. Didot. —F. Hémon, Cours de littérature : J.-J- Rousseau, 
« Emile », I VIII, p. 51 sq., et 83 sq. 

Brusetière, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 3S2 sq. 
E. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXII. p. 706 sq. 
G. Lanson, Histoire de la littérature française. 5= partie, liv. V, ch. I, p. 815 sq- 
— G. Pellissier, Précis de riiistoire de la littérature française. 4« partie, 
ch. VIII, p. 375 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXII, § II, p. '*61 sq. 
R. Ganat, La Littérature française par les textes, ch. XIX, | II, p. 466 sq. 
L. Levrault, Les Genres littéraires : le Romati , DeLesage à Chateaubriand, p. 66 sq. 

348. De Rousseau à Chateaubriand par 
Bernardin de Saint-Pierre. 

Matière. — Il est très vrai de dire que c'est par Bei^nardin de 
Saint-Pierre que Chateaubriand se rattache à Rousseau. Faites cette 
démonstration en vous appuyant d'une façon particulière sur les 
Études de la nature: 

Lectures recmmandées : Vur notre Littérature française par la disserta- 
tion, t. III, ch. 1, g II. 

349. Bernardin de Saint-Pierre et le 
vocabulaire de Texotisme. 

Matière. — « L'exotisme fournit généreusement ce genre d'intérêt 
dont l'imagination fait tous les frais. A eux seuls, les noms des êtres 



284 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

et des choses exotiques indépendamment de toute qualité sonore ou 
harmonieuse, ont le privilège, rien que par leurs consonnances 
insolites, de détourner l'esprit des acceptions vulgaires et de le 
jeter dans un monde neuf où la fantaisie se déploie plus aisément.... » 
(Alb. Gassagne, La Théorie de l'art pour l'art, 2* partie, ch. VIII, 
p. 381.) 

Montrer comment Bernardin de Saint-Pierre a su tirer parti des 
avantages qu'offre l'exotisme du vocabulaire. 

Conseils. — Vous trouverez dans les « manuels » indiqués un 
certain nombre de ces mots exotiques (l'ouara, le savia...). 

Il est indispensable que vous en découvriez d'autres, et que vous 
cherchiez dans le contexte comment ils sont entourés d'autres mots 
qui les précisent à demi (Cf. Roustan, La Composition française : 
la Dissertation littéraire^ Invention, ch. IV, p. 43 sq. ; la Des- 
cription et le Portrait, Lé style, p. 86 sq. ; la Narration, Élocution, 
p. 101 sq., surtout p. 113 sq.) 

Voyez, d'après ce passage, quel genre d'observations on attend 
de vous : « La rose ou la violette, si faciles à évoquer avec la suavité 
de leur odeur et de leur coloris, n'auront jamais le piquant, le 
gentil parfum d'étrangeté de la petite fleur Ing-wha dont la figure 
et le contour nous sont inconnus Admirez cependant sa joliesse 
exotique et sa très précieuse exquisité : 

« La fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles, 
« N'ouvre qu'à Ghing-tu-fu son calice odorant ; 
« Et l'oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand 
« Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes... » 

(A. Gassagne, Ibid., p; 381.) 

Il y a bien quelques restrictions à faire 



vil 

LE ROMAN. — LE DRAME. — LA POÉSIE LYRIQUE 
L'ÉLOQUENCE POLITIQUE. 



T,E PtOMAN. 



350. Le roman depuis M™*' de La Fayette. 

Matière. — Quelles sont les influences qui ont agi sur le roman 
au xvme siècle, et comment se fait la transition entre M™'^ de La 
Fayette et Lesage ? 

Lectures recommandées : Rocstax, Za Littérature français" par la disser- 
tation, t. I, sujets iiO 197 sq., p. 178 sq., et bibliographies. — P. AIorillot, Le 
Roman en France depuis 1610. — A. Le Breto.v. Le Roman au xyn^ siècle ; 
Le Roman au xviiie siècle, ch. I, p. 1 sq. — Bru>etière, Etudes critiques 
4e série. — R. Dolmic, Histoire de la littérature française, ch. XXXIII, p. 464 
— R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. VI, § II, p. 186 sq 
ch. VIII, I I et V, p. 218 sq.. 238 *sq. ; ch. XII, p. 328 sq. — L. Lkyrault, Les 
Genres littéraires : le Roman, ch. II, p. 20 sq. ; ch. III, p. 45 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : Résumé rapide de l'histoire du roman jusqu'à 
M™^ de La Fayette. 

10 — Influence de M""® de La Fayette (voir La Littérature 
française par la dissertation, t. T, sujets n°* 200 sq., p. 182 sq.) 
« Ce n'est pas un roman, disait Fauteur lui-même à propos de 
son ouvrage, c'est proprement des mémoires. » 

2^ — Influence des femmes écrivains qui marchent sur les 
traces de M"'^ de La Fayette : la comtesse d'Aulnoy {Hippo- 
lyte, comte de Douglas); M''^ Caumont de la Force [Histoire 
secrète de Catherine de Bourbon) ; la comtesse de Murât [Mémoires 
de la comtesse de M...); M"« L'Héritier [Mémoires de la duchesse 
de Lonqueville). Leur maître est Andras de Courtilz [les 
Mémoires de M. Dartagnan, qu'Alexandre Dumas a transformés 
dans ses Trois Mousquetaires).. Ces romans, écrits avec plus de 
facilité que de soin, acheminaient le genre vers le naturel et 
vers l'exactitude : sans doute, ils travestissaient étrangement 



286 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 

rhistoire, et Bayle, érudil consciencieux, s'en plaignait fort. 
Mais tous ces mémoires apocryphes, toutes ces histoires 
secrètes, toutes ces nouvelles prétendues authentiques, mon- 
traient bien qu'à Fécole du romanesque allait succéder une 
école qui se réclamerait de la vérité. 

3° — Influence très importante : La Bruyère et les Caractères. 
On sait quelles furent les causes du succès considérable de 
ce livre, qui eut 4e très diverses imitations. Les contempo- 
rains venaient y chercher sans doute l'exactitude des pein- 
tures psychologiques et morales, mais surtout les allusions que 
l'on voyait ou que l'on croyait voir aux hommes et aux 
événements contemporains (ce sera une des causes du succès 
de Lesage. (Voir La Littérature francaùe par la dissertation, 
t. 1, sujets no 559 sq., p. 447 sq.) 

Conclusion : Marche du roman depuis le début du xvn*^ siècle 
vers la vérité. 



351. Lesage disciple de la Bruyère, 
dans « Le Diable Boiteux ». 

Matière. — Le Diable boiteux n'est pas, à proprement parler, ce 
que nous pourrions appeler un roman. Le diable transporte le 
narrateur sur la tour de San Salvador, enlève le toit de chaque 
maison et lui fait voir ce qui se passe à l'intérieur. Le procédé est 
extrêmement simple ; il est sans doute trop commode. Ce sont des 
espèces de tiroirs dans lesquels on peut placer les aventures les 
plus étranges sans lien aucun entre elles, et il n'y a pas de 
raison pour que des livres pareils aient une fin. L'influence de La 
Bruyère y est très visible, et il est certain que ce qui fit le succès 
du livre à son époque, c'est surtout le nombre considérable 
d'allusions qu'on y retrouvait à tous les gens connus de la société 
parisienne. Montrez comment dans le Diable boiteux, Lesage est un 
disciple de La Bruyère. 

lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au numéro suivant, et 
■dans Le Breton, Le Roman au xviiic siècle, le ch. II, ]». 38 sq. — Fai;ukt, 
Dix-huitième siècle : Lesage, § I, p. 58. 

Conseils. — « On croirait lire du La Bruyère, écrit M. L. Lcvrault. 
et pour que la ressemblance soit plus complète, les allusions 
abondent presque à chaque page. » (Les Genres littéraires : le 
Roman, De Lesage à Chateaubriand, p. 48). M. Levrault cite en 
note comme exemples: « l'auteur Uufresny, au chapitre Ili, et l'acteur 
Baron, au chapitre XIV ». Il vous sera très dilïicile de préciser les 



LE ROMAN. 287 

« allusions » aux contemporains. Mais si le Diable boiteux n'est 
qu'une succession de « portraits » ou de « caractères », si « c'est 
à la peinture des conditions que le romancier demande maintenant 
l'intérêt » (Cf. Brunetière, Manuel, loc. cit. p. 271), quoi de plus 
simple que de prendre un certain nombre de ces « portraits » ou 
« caractères » dans le Diable boiteux et d'y chercher ce que Lesage 
doit à La Bruyère. Brunetière indique : la vieille coquette, le vieux 
galant, l'Allemand, le maître d'école. Choisissez-en d'autres, et faites 
une étude précise par les textes. 



352. Place de « Gil Blas » dans l'histoire 
du roman. 

Matière. — Quelle est la place de Gil Blas dans l'histoire du 
roman français? Comment, malgré la couleur espagnole et les 
imperfections de l'intrigue, le roman de Gil Blas a-t-il acheminé le 
genre vers le réalisme? 

Lectures recommandées : Lesage, Œuvres, édit. 1747, ou 1810-1823, ou 1821 
(Renouard, la meilleure); (Voir les iVotices de Patin et d'Audiffret en tète des 
dernières éditions). 

Sainte-Beuve, Lundis, t. IL — Brunetière, Études critiques, 3« série. — 
Fagcet, Dix-huitième siècle : Lesage, p. 55 sq. — Léo Claretie, Zesag'C romancier. 
— E. LiNTiLHAc, Lesage. — Pour la question de Gil Blas, voir Brunetière, 
Histoire de la littérature, t. II (bibliographie). — Franceson, Essai sur la ques- 
tion de l'originalité de « Gil Blasn. — Morillot, Le Roman en France; Pages 
choisies de Lesage. — Le Breton, Le Roman au xvine siècle, ch. II. 

Brunetière, Manicel de l'histoire de la littérature française, p. 269 sq. — 
Ed. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XIX, p. 576 sq. — 
G. Lanson, Histoire de la littérature française, 5e partie, liv. II, ch. IV, 
p. 659 sq. — G. Pellissier, Précis de l'histoire de la littérature française, 
4« partie, ch. Xli, p. 355 sq. 

R. Docxiic, Histoire de la littérature, française, ch. XXXIII, p. 464 sq. — 
R. Ganat, La Littérature française par les textes, ch. XII, § III, p. 336 sq. — 
L. Levraclt, Les Genres littéraires : le Roman, ch. III, p. 46 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : Place du roman de G/7 Blas : entre les successeurs 
de M™« de La Fayette el Marivaux. 

l*' — 11 faut noter tout d'abord dans l'œuvre de Lesage, le 
caractère espagnol de son roman. Le fait est peut-être surpre- 
nant à première vue; depuis la régence de Marie de Médicis, 
l'influence espagnole n'avait fait que décroître. Mais Lesage 
trouvait en Espagne des cadres très commodes, des intrigues 
ingénieuses, des incidents qui se nouaient habilement les uns 



288 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

aux autres : or il manquait absolument des qualités d'inven- 
tion; de là les emprunts nombreux qu'il ira faire ^ la littéra- 
ture picaresque. 

2° — Par suite, les romans de Lesage seront forcément mal 
composés. Il faut bien avouer qu'il y a pas mal d'épisodes qui 
non seulement ralentissent l'action, mais même ont l'air 
d'être parfaitement inutiles. Il y aura à ce point de vue un 
très grand progrès à faire dans le roman. Il était certain que 
Lesage, puisant à droite et à gauche dans les auteurs espa- 
gnols, devait arriver à des œuvres singulièrement touffues et 
manquant de clarté dans l'ensemble. 

3° — Ce que Lesage a par-dessus tout, ce sont les qualités 
d'observation ; et c'est par là que son influence sur le roman 
a été si considérable. Le roman de Lesage est une imitation 
perpétuelle de la vie que nous avons sous les yeux. En ce sens, 
on peut aller jusqu'à dire qu'il a chassé du genre le roma- 
nesque qui l'avait autrefois envahi tout entier. Qu'importe 
que son cadre soit espagnol? Les observations sont vraies de 
son temps et sont vraies de tous les temps. Ces grands 
seigneurs et ces ministres, ces auteurs, ces courtisans et ces 
médecins, ces chanoines et ces dévots, ces voleurs et ces cui- 
siniers, autant de portraits qui procèdent de La Bruyère, qui 
ont une valeur humaine et particulière à la fois, et qui font le 
véritable mérite de l'œuvre de Lesage. 

4° — Est-ce à dire que sa psychologie soit très profonde? 
Assurément non, et l'on a pu prétendre qu'elle était plutôt 
superficielle, qu'elle était plutôt celle qui convient à la scène 
qu'au roman. 11 est du reste curieux de constater que déjà la 
"peinture des conditions passe dans le roman de Lesage avant 
celle des caractères. Nous sommes donc ici assez loin des 
Caractères de La Bruyère, et on voit bien que nous nous rap- 
prochons de Diderot et du drame bourgeois que le xvm'^ siècle 
va créer. 

:, 5° — Pour le style, Lesage a sans doute quelques lacunes 
jet quelques défauts. On lui a reproché aussi d'avoir un style 
;plus propre à la scène qu'au roman. En tout cas, il a des qua- 
lités de vivacité, de netteté et de précision, qui en font un des 
précurseurs de Voltaire. LMnfluence de La Bruyère est très 
sensible. C'est bien là le style maniable et portatif avant tout : 
cette langue a du trait, du relief, du mordant; ce réaliste 
Isait à merveille trouver le pittoresque de l'expression ; c'est à 
;la fois un satirique piquant et un observateur attentif. 



LE ROMAN. 289 

Conclusion : On avait donc fait un très grand pas vers le 
roman réaliste : il manquait encore à faire un pas définitif : 
donner au cadre même autant de réalité qu'on en avait donné 
aux observations : de cette fable espagnole il fallait faire une 
fable vraiment française : nous verrons avec Marivaux ce 
progrès s'accomplir. 



353. Oronte et Monseigneur l'archevêque 
de Grenade. 

Matière. — Comparer la scène du sonnet, dans le Misanthrope, 
et la scène de la brouille entre Monseigneur Tarchevêque de Grenade 
et Gil Blas, dans le roman de Lesage. 

Lectures recommandées ; M. Rousta>-, La Littérature française par la dis- 
'rtation, t. I, sujets n"' 280 sq., p. 248 sq. 

354. Lesage, Prévost, J.-J. Rousseau. 

Matière. — Un critique contemporain finit ainsi son étude sur 
Gil Blas : « La lecture de Gil Blas nous aide à comprendre le 
succès de Prévost à quelques années de là et l'enivrement provoqué 
par Jean-Jacques : les railleurs ont de tout temps servi à nous 
rendre plus chers ceux qui aiment et qui croient. » (Le Breton, Le 
Roman au xviii® siècle, ch. II, p. 57.) 

Expliquer. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n" 357, 364, p. 292 

! 298. 



355. Le roman de Marivaux. 

Matière. — Avec Marivaux, le roman devient d'un réalisme plus 
précis. Ce sont des autobiographies qu'il nous donne, et ses 
caractères sont plus minutieusement étudiés ; ses épisodes sont 
empruntés à la vie de tous les jours, et l'atmosphère est bien celle 
de l'époque ; la psychologie de ces romans de galanterie ou d'amour 
est aussi plus exacte que celle de ses prédécesseurs, et, n'était 
la prolixité du style, on pourrait dire qu'il peint la réalité sans 
détour. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"* précédents, et plus 
particulièrement : G. Laruolmet, Marivaux, sa vie et ses ouvrages. — Morillot. 
Le Roman en France. — A. Le Breton, Le Roman au xvnie siècle. — Fagift. 
Dix-huitième siècle : Marivaux, | II, p. 95 sq. — G. Deschamps, Marivaux. 

Roustan. — Le XVIÎl^ siècle. 17 



290 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 

Brdnetièrk, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 283 sq. — 
Ed. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXllI,p.716 sq. — 
Lanson, Histoire de la littérature française, 5» partie, liv. II, ch. IV, p. 666 sq. 
— G. Pelussikr, Précis de l'histoire de la littérature française, 4e partie, 
ch. VII, p. 357. 

R. DocMic, Histoire de la littérature fratiçaise, ch. XXXIII, p. 465. — R. Canat, 
La Littérature française par les textes, ch. XIV, § III, p. 369 sq. — L. Le- 
VRAULT, Les Genres littéraires : le Roman, ch. III, p. 52 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : Comment avec Marivaux le roman devient d'un 
réalisme plus précis. 

1° — D'abord au point de vue des sujets. Les deux chefs- 
d'œuvre de Marivaux ont été présentés par lui sous la forme 
d'autobiographies (l'un et l'autre sont restés inachevés, et 
la Vie de Marianne a été continuée par M^^ Riccoboni (1714- 
1792), qu'il faut aussi placer parmi les auteurs de romans du 
xvni« siècle). Le sujet de Marianne, comme celui du Paysan 
parvenu, est très simple à exposer dans ses grandes lignes. 
Marianne, qui est une enfant trouvée, est demoiselle de bou- 
tique, puis elle entre au couvent, et s'achemine vers un riche 
mariage, qu'elle contracte du reste, dans le dénouement ajouté 
par la continuatrice de Marivaux. Le Paysan parvenu est 
l'histoire de M. Jacob, laquais qui s'élève graduellement jus- 
qu'à la riche condition de fermier général. 

2» — Au point de vue des caractères, qui sont décidément 
moins généraux, moins « humains » que ceux de Gil Blas, 
mais qui ont encore plus de traits particuliers, et plus minu- 
tieusement fouillés. Celui de Marianne nous représente une 
jeune fille très fine, négociant avec beaucoup d'habileté dans 
les mille circonstances de la vie et se tirant de toutes les 
diflicultés avec avantage. Celui de M. Jacob est le caractère 
d'un paysan très futé, très fort dans le fond, à l'extérieui* 
plutôt naïf, caractère que du reste Marivaux aurait poussé 
encore davantage si son roman avait été fini. 

3° — Au point de vue des épisodes et des tableaux. On cite 
dans Marianne l'intérieur de la boutique de M""^ Dutour, et 
dans le Paysan parvenu l'intérieur des demoiselles Habert. Il 
y a là en efTet des tableaux très scrupuleusement notés, et où, 
beaucoup plus que dans le roman de Lesage, l'œil du roFTian- 
cier a observé jusqu'aux moindres détails. 

4° — Au point de vue enfin de la tendance générale de ses 
ouvrages, qui est bien celle de la réalité ambiante, à savoir, 



LE ROMAN. 291 

d'un côté une immoralité tranquille, et de l'autre une sensi- 
bilité fort délicate, lesquelles, loin de s'exclure, se fortifient 
Tune l'autre. 

5» — Il est bien entendu d'ailleurs qu'étant donné le 
caractère de Marivaux, une très grande place est laissée dans 
ses romans à la psychologie. Nous trouvons même par instants 
que l'analyse psychologique est non pas trop profonde, mais 
exposée avec trop de minutie à nos yeux. Et enfin, on peut 
s'attendre aussi à ce que les romans de Marivaux soient des 
romans d'amour, ou au moins de galanterie. Marianne est 
poursuivie par trois adorateurs : un Tartuffe qui, après des 
aventures diverses, est enfin éconduit (M. de Climat); — un 
homme mûr et sérieux qui, tout naturellement, inspire des 
sentiments de sympathie, mais non un sentiment tendre à la 
jeune fille; — et enfin un grand premier rôle, M. de Valville, 
qui sera lamoureux choisi. Quant à M. Jacob, il doit son 
avancement aux femmes, il le sait et il en profite, et il y 
aurait sans doute un rapprochement très curieux à faire 
entre ce paysan, qui fait son chemin par la galanterie, et 
le personnage que Maupassant a mis sous nos yeux dans 
Bel-Ami. 

, 60 — Pour le style, il est très nuancé, très fin, mais aussi 
par endroits extrêmement prolixe. Il y a des pages qui sont 
plus que traînantes, qui sont vraiment fatigantes ; d'autres au 
contraire sont de petits chefs-d'œuvre. Mais nous pouvons 
penser que les chefs-d'œuvre de Marivaux ce sont ses comé- 
dies, où ses défauts étaient maîtrisés en quelque sorte par les 
difficultés de la scène. 

Conclusion : Place de Marivaux dans l'histoire du roman au 
xvni^ siècle. 

356. Marivaux romancier et Marivaux 
poète dramatique. 

Matière. — « A notre avis, ce n'est pas au théâtre que Marivaux 
est supérieur. Il est plus à son aise dans le roman. Il ne prête pas 
son genre d'esprit à tous ses personnages : il s'en sert pour raconter. 
Il est peintre moraliste ; il est souvent pathétique, et trouve, dans 
un vif sentiment des misères humaines, une éloquence naturelle. » 
(ViLLEMAiN, Tableau de la littérature au xviiie siècle, XIII" leçon, 
t. I. p. 329.) 

Étes-vous de l'avis de Villemain? Aimez-vous mieux dans 
Marivaux le poète dramatique ou le romancier? 



292 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 



357. De r « Astrée » à « Manon Lescaut ». 

Matière. — Quelle est l'originalité du roman de l'abbé Prévost, et 
comment, dXQO, Manon Lescaut, sommes-nous conduits à l'extrémité 
opposée de la voie que suit le genre depuis V Astrée et le roman 
héroïque ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"» 350 sq., p. 285 sq. 

AbBÉ Prévost, Manon Lescaut (voir les Notices des éditions d'Alexandre Du- 
mas fils, Guy de Maupassant, etc.). 

Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I et III ; Lundis, t. IX. — BRUNEriÊRE, 
Etudes critiques, 3e série. — Henry Harrisse, L'Abbé Prévost. — V. Schbœder, 
L'Abbé Prévost. — Morillot, Le Roman en France. — Le Breton, Le Roman au 
xviiie siècle, eh. IV, p. 90 sq. 

Brunetière, Manuel de Vhistoire de la littérature française, p. 289 sq. — 
G. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXIII, p. 718 sq. — 
G. Lanson, Histoire de la littérature française, oe partie, liv. II, ch. IV, 
p. 668 sq. — G. Pefxissier, Précis de l'histoire de la littérature française, 
4e partie, ch. VII, p. 358 sq. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXllI, p. 465 sq. — 
R. Ganat, La Littérature française par les textes, ch. XIV, § II, p. 367 sq. — 
L. Levrault, Les Genres littéraires : le Roman, ch. III, p. 53 sq. 

Conseils. — Bien mettre en lumière cette idée que ce qui fait la va- 
leur du livre, c'est évidemment la force avec laquelle a été représentée 
la passion de l'amour; nous arrivons au point diamétralement 
opposé à celui d'où nous étions partis. Nous sommes partis de 
[ l'amour héroïque, romanesque, qui anoblit et qui élève : nous voici 
en présence de l'amour qui aviht,qui dégrade, qui ravale le carac- 
tère, et qui reste cependant triomphant. Des Grieux descend de 
condescendance en condescendance jusqu'à s'avilir pour ne pas 
abandonner Manon; Manon, la courtisane, aime des Grieux, mais 
ne lui sacrifie ni une toilette, ni un bijou. C'est donc un roman 
extrêmement puissant, très émouvant par sa donnée môme, avec, 
autour des deux personnages principaux, une foule de personnages 
secondaires qui entourent la courtisane, depuis ceux qui la pour- 
suivent de leurs assiduités et de leur fortune jusqu'à ceux qui 
l'exploitent : le frère de Manon est à ce point de vue un fripon 
assez bien étudié. Nous sommes loin du dévergondage de Marivaux. 
L'œuvre est forte parce qu'elle est sincère. Quant au style, il est 
évidemment très inégal, il a de la diffusion, mais certaines pages 
sont d'une émotion très sobre et très touchante, et l'on y trouve 
presque toutes les sortes d'éloquence. 

358. Le style de l'abbé Prévost. 

MATiÈnE. — De Barante caractérise ainsi la « manière » de l'ablir 
Prévost : « En général, il sest peu attaché à approfondir !(■< 



LE ROMAN. 293 

sentiments. Une seule fois il s'est livré à ce genre, et, sans sortir 
de la manière qui lui était propre, il a été éminemment touchant. 
Il s'est contenté dans Manon Lescaw/ d'être l'historien des passions, j 
comme il avait été celui des aventures dans ses autres romans f 
7nais il a été si vrai qu'il a su se passer de V éloquence pour peindre ^ 
les mouvements du cœur; il lui a suffi de les raconter. » (Tableau-^ 
de la littérature française au wiiv siècle, o" édition, p. 141.) 

Montrez par des exemples quel est dans Manon Lescaut « le ; 
pathétique sobre, sans grandes phrases, ne visant pas à l'effet et j 
d'autant plus émouvant qu'il est plus simple ». 

Conseils. — Les derniers mots entre guillemets sont tirés du 
livre de R. Ganat, La Littérature française par les textes, loc. cit., 
p. 368. L'auteur donne le récit des funérailles de Manon, qu'iLii 
rapproche des funérailles d'Atala. Cherchez d'autres exemples. Vous 
aurez d'ailleurs à faire des réserves, et à montrer à côté, un cer- 
tain nombre d'autres passages où, s'il a su se passer de l'élo- 
quence, Prévost n'a pas su éviter une fâcheuse banalité. 



359. Le roman de Voltaire. 

Matière. — Quelles sont les différences essentielles entre le 
roman du xvn* siècle et celui de Voltaire ? Quels sont les « extraits » 
des romans, contes et facéties que vous avez lus? Précisez, par 
quelques exemples, comment Voltaire est « le maître du conte 
moral ou philosophique », dans la littérature française. 

Lectures recommandées : Voir les bibliographies indiquées aux n»' 153 sq., 
350 sq., p. 129 sq., 285 sq. 

Lire particulièrement le joli chapitre VIII du Voltaire à& yi. Lanson, p. 147 sq. : 
L'Art de Voltaire : Contes, Dialogues, Facéties ; etle Dix- huitième siècle de M. Faguet, 
notamment le § VI, p. 265 sq. 

Ajouter : .Mohillot, Le Roman en France, p. 249 sq. — A. Le Breton, Le Ro- 
man au xviiie siècle, oh. VI, p. 203 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires : 
le Roman, ch. III, p. 58 sq. 

Plan proposé: 

Exorde : Voir les sujets n"» 350 sq., et dans notre tome I, les 
sujets 197 sq., p. 178 sq. 

1" — La grande différence entre le roman du xvn^ siècle et 
le roman tel que l'a conçu Voltaire, c'est que celui duxvn*^ siècle 
est tout entier à la galanterie noble, tandis que, pour Voltaire, 
comme pour Diderot, comme pour une bonne partie du siècle, 
le roman est un des véhicules de la pensée philosophique. 
De là, les autres différences essentielles. 



294 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

2» — Quels sont les « extraits » des romans, contes et facéties 
que vous avez lus? 

3° — On a dit contre ce genre que le lecteur ne pouvant 
perdre de vue la thèse dont il est question, le roman à thèse 
risque d'être froid. On ne pouvait faire un plus "bel éloge du 
roman de Voltaire. En effet, rien n'est plus gai, plus amusant 
qu'un roman de Voltaire, et s'il a triomphé d'une façon com- 
plète de l'objection générale adressée aux romans à thèse, ce 
n'est pas son moindre mérite. Au milieu de cette société légère, 
vive et passionnée, Voltaire a compris qu'avant de démontrer, 
il faut plaire; il a mis un talent prodigieux à faire passer la 
philosophie la plus humaine à l'aide de plaisanteries sans 
doute quelquefois outrées, mais souvent très drôles et très 
divertissantes. 

4» — L'imagination de Voltaire est amusante dans la mise 
en scène et les caractères. S'agit-il de montrer l'exagération 
de l'optimisme? Voltaire publie à Genève un conte traduit de 
l'allemand « du docteur Ralph avec les additions qu'on a 
trouvées dans sa poche quand il mourut ». Il y a là un docteur 
Pangloss, optimiste enragé malgré ses aventures, un philo- 
sophe Martin, pessimiste enragé à cause de ses aventures ; 
entre les deux. Candide et la tendre Gunégonde. Une fois 
lancés, les personnages continuent à nous démontrer la thèse, 
gardant leur caractère plaisant, à travers les aventures 
souvent les plus effrontées. S'agit-il de démontrer que tout va 
de travers? Du pays où tout va droit (et Voltaire n'en croit 
pas un mot, puisqu'il s'oppose à la théorie de l'excellence de 
la nature soutenue par J.-J. Rousseau), un Huron débarque 
en France, dans un pays où rien ne va suivant la raison, et 
la démonstration se poursuit, comme dans Candide, aussi gaie 
que convaincante. 

5° — Cette imagination, si amusante dans la mise en scène, 
l'est encore beaucoup plus dans les événements. Il suffit de 
se rappeler le Huron baptisé, emprisonné, amoureux, marié 
et finalement trompé. Cette succession d'événements se 
développe non seulement avec une ironie piquante, mais 
avec une rigueur mathématique. Ce sont des problèmes, dont la 
solution est présentée d'une façon vivante. Veut-on une de 
ces solutions? « Le travail éloigne de nous trois grands maux : 
l'ennui, le vice et le besoin. » (Cherchez-en d'autres.) 

6" — Ajoutez à cela la grâce, la vivacité et le naturel du 
style. Voltaire est le premier à s'amuser de ses inventions et 



LE ROMAN. 295 

c'est à cela qu'on le reconnaît sous ses 120 et quelques pseu- 
donymes. Il se trahit par ce style si alerte, par ses phrases 
courtes, lestes; où l'esprit qui jaillit ne doit rien aux mots, 
mais réside tout entier dans le libre mouvement de la pensée. 
Il s'est montré l'héritier de Marot et de La Fontaine, de 
Régnier et de Rabelais, et, par-dessus eux, des fabliaux du 
moyen âge; comme Molière et La Fontaine, c'est un héritier 
de génie. 

Conclusion : Voltaire est resté, dans notre littérature, « le 
maître du conte moral ou philosophique ». 

360. L'art du conteur dans Voltaire. 

Matière. — Montrer, par des exemples précis, l'art du conteur 
dans Voltaire. 

Conseils. — Voltaire est, d'une part, l'héritier direct de tous les 
conteurs qui se succèdent dans notre littérature, depuis les auteurs 
de fabliaux jusqu'à ceux de son temps, et, d'autre part, Voltaire 
est un classique, c'est-à-dire un homme qui ajoutera aux qualités 
de malice, de verve, d'esprit qui brillent dans nos écrivains gaulois, 
les qualités d'ordre, de sobriété, de goût dans le fond et dans la 
forme, qui sont les mérites essentiels de la narration classique. 

Il semble donc que nous pourrions adopter ici, pour le travail de 
l'invention, un certain nombre des cadres que nous avons 
employés pour étudier les mérites de la narration classique 
{La Composition française: la Narration, passim). 

On laisserait de côté ceux qui paraissent ne pas s'appliquer aux 
contes de Voltaire ; on indiquerait pourquoi telle qualité a pu 
manquer à ce conteur ; d'autre part, on vérifierait par des textes, par 
des" citations habilement choisies, par des analyses discrètes et 
précises, les idées que l'on voudrait établir. 

Peut-être adopterons-nous cette conclusion : « Comme conteur, 
Voltaire n'est inimitable que par sa façon de dire les choses. Quant 
à l'intérêt des aventures, il est des plus minces et des plus fugitifs, et 
il est refroidi, comme à plaisir, par la fantaisie invraisemblable de 
la donnée ou par la perpétuelle ironie de l'auteur. Mais il a 
une manière qui n'est qu'à lui de tenir le lecteur en haleine, en 
brouillant et en débrouillant les situations, à la cavalière ; en 
dessinant et drapant ses personnages ou plutôt ses marionnettes 
avec un véritable génie de caricaturiste ; en éblouissant l'esprit par 
le pétillement continu de sa verve; en piquant ou en satisfaisant 
sa raison par la foule bigarrée des aperçus humoristiques, des 
drôleries spirituelles dont ses contes ne sont (jue le véhicule. Ces 
qualités, mêlées à d'indicibles impertinences, brillent de tout leur 



296 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

éclat dans Candide > qui est le chef-d'œuvre du genre » (Lintilhac, 
Précis de la littérature frani^aise, t. II, ch. IX, p. 230). 

Il sera bon de partir en effet do cette idée que, le conte de Vol- 
taire est tout simplement la démonstration d'une thèse au moyen 
de personnages très amusants et à travers des aventures parfois 
étourdissantes. Voltaire est en somme le personnage le plus inté- 
ressant de tous ses romans et c'est la grande raison pour laquelle 
ses contes sont des chefs-d'œuvre. C'est là plus que partout ailleurs 
qu'on entend causer Voltaire. C'est là que ses ennemis apparaissent 
raillés par le malin conteur et Ton a pu dire qu'il a répandu dans ces 
légères aventures l'intérêt qui animerait des Mémoires personnels. 



361. Voltaire et le roman à thèse. 

Matière. — « Il se trouve un résultat philosophique à la fin des 
Co,ntes de Voltaire, mais l'agrément et la tournure du récit sont 
tels que vous ne vous apercevez du but que lorsqu'il est atteint. » 

Apprécierce jugement de M™^ de Staël sur les Contes de Voltaire. 
{De la littérature, l"*® partie, ch. XVII.) 



362. Diderot et le roman. 

Matière. — Pouvons-nous ranger Diderot parmi les romanciers 
français ? Quelles œuvres vous paraissent-elles mériter le nom de 
roman, et quels en sont les caractères ? 

Lectures recommandées ; Voir les sujets n»* 266 sq., p. 211 sq., et surtout 
l'excellente Introduction des Extraits "Çi&t J. Texte. — Le Breton, Le Roman au 
xvme siècle, ch. V^III, p. 315 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : L'imagination littéraire et comment elle est indis- 
pensable à l'auteur de romans. (Cf. Faguet, Dix-huitième 
siècle : Diderot, § lil, Ses Œuvres littéraires, p. 297.) 

1 

Diderot avait-il les qualités réelles du romancier? 

a) Il a sans doute une sensibilité débordante, mais poussée à 
un tel point qu'elle devient plutôt une gône pour un auteur 
de romans. 

6) D'autre part, il n'a pas la puissance d'invention qui créo 



LE ROMAN. 297 

un cadre, des événements et une intrigue ; il n'a pas la puis- 
sance de création qui fait vivre un caractère : sa psychologie 
est très courte. 

c) Mais en revanche, il a un don merveilleux, le don de 
raconter. Personne n'a conté avec autant de verve, avec 
autant de naturel à la fois et de piquant. Mais il faut qu'il 
ait observé ce qu'il raconte, il faut qu'il parte de la réalité; 
et alors son originalité peut se donner libre carrière : à ce point 
de vue, Diderot est inimitable. 



II 

Parmi la foule de ses petits ouvrages, deux, par leur éten- 
due, méritent le nom de romans. 

1<» Jacques le Fataliste est un des chefs-d'œuvre de Diderot. 
Ici se déploient toutes les quahtés du conteur. Jacques le 
Fataliste se promène sur une grande route avec son maître. 
Sous prétexte de narrer ses amours, que Jacques du reste ne 
narre pas, on parle de tout le monde et de tout. Aucune 
espèce de composition dans ce livre ; on y cause théâtre, pein- 
ture, libre arbitre, pharmacie, etc., à bâtons rompus, à tort 
et à travers. Le livre est bien un livre tel que Diderot aimait 
à en écrire : plein de digressions, d'une allure très capricieuse, 
avec des passages où il laisse s'épancher son âme, ce qui chez 
Diderot était un besoin constant, 

2° Au-dessus de Jacques le Fataliste, il faut placer le Neveu 
de Rameau. Cette fois, le livre est beaucoup mieux composé. 
C'est l'histoire d'une espèce de bohème extrêmement curieux, 
bourré de vices, fort intelligent, et que Diderot a étudié avec 
tant d'attention qu'il n'a plus pensé à ses digressions habi- 
tuelles, et qu'il a fait une œuvre plus ramassée et aussi plus 
fouillée. Il faut y noter : 

a) Toute une partie de roman de mœurs. Le tableau du 
xvni^ siècle par ce bohème, qui au fond n'est que la caricature 
de Diderot faite par Diderot lui-même, est d'une largeur à la 
fois, d'une effronterie et d'un esprit tout à fait surprenants. 

6) Il y a, d'autre part, toute une partie satirique dirigée 
d'abord contre Rameau lui-même, contre Palissot, l'auteur de 
la comédie des Philosophes, contre Piron, etc., etc. 

Conclusion : En résumé, si Diderot ne peut pas être placé 
parmi nos romanciers de premier ordre, il reste un des pre- 

17. 



298 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

miers, à tous les points de vue, des conteurs de notre 
littérature. 



363. Diderot, roi des conteurs. 

Matière. — « Personne n'a mieux conté que Diderot dans le 
xvnie siècle », déclare Villemain ; et il ajoute : « Non pas même 
Voltaire. » {Tableau de la litlérature au xvnie siècle, XX^ leçon, t. II, 
p. 127). 

Gomment Diderot a-t-il pu mériter cet éloge ? 

Conseils. — L'éloge est grand; il s'agit de voir s'il est mérité. 
Pour cela, reportez-vous à vos Extraits de Diderot, et voyez en 
effet quelles sont les qualités du conteur. (Cf. La Composition fran- 
çaise : la Narration, Invention, Disposition, Élocution, passim. 
Vous pouvez d'ailleurs trouver des contes dans Tœuvre entière de 
Diderot. Parcourez donc vos Extraits d'un bout à l'autre. Ceux de 
Fallex (Delagrave) donnent la théorie même du conte par Diderot, 
p. 336 sq. J. Texte dans son Introduction aux Extraits de Diderot 
(Hachette) est de l'avis de Villemain : « Au sens vulgaire du mot, 
Diderot n'est pas un romancier. II n'a pas l'imagination inventive. 
II n'est pas homme à créer de toutes pièces un personnage ou une 
intrigue. Il lui faut, pour qu'il s'échauffe sur un sujet, une matière 
réelle, un embryon de vérité. Ce n'est pas un créateur, c'est un 
conteur 'de contes vrais, qu'il arrange, mais n'invente pas. Là il est 

dans son élément, etlà, quand il est bon, il est supérieur A côté 

des grands récits, il y a les petits; dont quelques-uns sont des chefs- 
d'œuvre... Il n'y a rien dans notre littérature romanesque de plus 
achevé, de plus sémillant et de plus éloquent par moments que 

l'Histoire de M^^ de la Pommeraye et du marquis des Arcis » 

(LVI-LIX.) 

Voyez encore dans vos Morceaux choisis: Les deux amis deBour- 
fjonne, etc.. 



364. « La Nouvelle Héloïse ». 

Matière. — Après avoir résumé en quelques lignes le sujet de la 
Nouvelle Héloïse, vous vous demanderez si l'ouvrage est vraiment 
bien composé, et d'autre part si vous y retrouvez facilement les 
idées maîtresses de Rousseau. 

Lectures recommandées : Voiries sujets n»« 277 sq., p. 225 sq. — A. Lk Breton, 
Le Roman au xviiio siècle. — R. Doumic, Histoire de la littérature française, 
ch. XXXIII, p. 465 sq. — R. Canat, La Littérature française par les textes, 
ch. XVII, § I, p. 438 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires : le Roman, ch. 111, 
p. 59 sq. ; Auteurs français, Jean-Jacques Rousseau, p. 632 sq. 



LE ROMAN. 299 

Plan proposé : 

Exorde : « Julie ou la Nouvelle Héloise, ou lettres de deux 
amants habitants d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies 
et publiées par Jean-Jacques Rousseau » parut en 1701. 

10 _ £e sujet^ Julie d'Étanges, jeune fille de noble famille, 
est devenue l'amante de son précepteur, Saint-Preux, dont elle 
est séparée par les préjugés du temps ; de là le titre du roman : 
la Nouvelle Héloïse. Elle est mariée à un homme très mûr, très 
sérieux, un sage, M. de Volmar. Ce dernier a auprès de sa femme 
un véritable succès d'estime. 11 connaît le passé, mais Julie, 
qui sent que ce passé n'est pas mort, tient elle-même à lui 
raconter sa faute. De Volmar prend la résolution d'appeler 
Saint-Preux à côté de Julie, et de confier à la générosité de 
Saint-Preux le respect de son honneur conjugal. De là, les 
combats perpétuels qui déchirent l'âme des deux jeunes gens. 
En définitive, Julie se réfugie au sein de la religion, et, ne se 
trouvant même pas défendue suffisamment, songe à marier 
Saint-Preux. Le danger croît de jour en jour. Heureusement, 
Julie meurt, victime de son dévouement maternel. 

2° — La composition. Le roman de b, Nouvelle Héloïse, 
répète-t-on sans cesse, nous offre le modèle d'un roman bien 
composé. Il est certain que c'est un des livres les mieux com- 
posés du xviii« siècle. Mais Rousseau ne s'est pas interdit dans 
ce roman, pas plus que dans la Lettre à iVAlembert, une série 
de digressions qui ralentissent la marche de l'intrigue. Un 
certain nombre de lettres ou de parties de lettres traitent 
d'éducation, de morale, d'art, de religion, etc. Le roman a 
été composé pendant le séjour à l'Ermitage, et déjà Rousseau 
avait esquissé le Contrat social et lÉmile. On s'en aperçoit à la 
lecture du roman. 

3° — Le fond du roman. Nous retrouvons ici les idées 
maîtresses de Rousseau, celles que nous, avons exposées en 
étudiant son système. La thèse, c'est-à-dire l'idée que tout 
est bien sortant des mains de la nature, que tout se gâte 
et se corrompt entre les mains de l'homme, est ici très 
puissamment développée, et la synthèse assez fortement 
indiquée. 

a) D'abord, Saint-Preux, une fois à Paris, envoie à Julie une 
série de lettres dans lesquelles il dépeint la société parisienne. 
Rousseau y étale toutes les hypocrisies, toutes les médisances, 
toute la méchanceté de cette vie de société qu'il abhorre. 



300 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

b) D'autre part (synthèse), il est certain que les héros ont 
été placés dans les conditions où ils pouvaient le plus être 
rapprochés de la nature. Us habitent une petite ville au pied 
des Alpes. La civilisation n'y a pas produit ses plus déplorables 
résultats; il y a là une espèce d'Arcadie rêvée par Rousseau, 
avec des mœurs patriarcales, avec la naïveté et la simplicité 
des premiers temps de la vie sociale. Dans la maison de M. de 
V^olmar, s'est formée une grande famille au sens antique. Les 
serviteurs sont des collaborateurs dévoués, avec lesquels on 
vit dans une intimité touchante, qui travaillent presque par 
dévouement, et qui reçoivent non pas un salaire, mais des 
allocations augmentées d'une part dans les bénélices. 

Conclusion : Place de la Nouvelle Reloue dans l'œuvre de 
Rousseau. 



365. Place de « la Nouvelle Héloïse « 
dans Thistoire du roman. 

Matière. — Quelle place tient la Nouvelle Héloïse dans l'histoire 
du roman du xviif siècle, et peut-on dire que cette œuvre marque 
un retour à l'idéalise ? Quelle a été l'influence de cet ouvrage sur 
les romans qui ont suivi? 

Exorde : Résumé rapide, montrant la marche générale du 
roman depuisM™«de La Fayetteà Marivauxet àl'abbé Prévost. 
La Nouvelle Héloïse nous éloigne du roman qui puisait dans la 
réalité son cadre, ses descriptions, ses caractères. 

l 

1° — 11 ne faut pas songer en effet à rapprocher cette œuvre 
des romans du siècle toujours licencieux, nous l'avons dit, et 
dévergondés, môme quand les héros sont sensibles et bons. 
11 y a sans doute dans Rousseau des pages qui ne figureront 
jamais dans les recueils classiques. Mais l'intention de l'auteur 
est bien évidente, c'est une intention didactique et morale. 

2° — L'ouvrage est un roman purement psychologique. Il est 
certain que l'intérêt véritable est dans le cœur des person- 
nages. 

3° — Bien plus, ce roman psychologique nous écarte du 
xvin® siècle, en ce sens que l'amour y devient non plus 



LE ROMAN. 301 

une faiblesse, mais une vertu. L'amour grandit les person- 
nages, il les rapproche de la perfection absolue, comme il 
rendait plus hautes les âmes romanesques des premiers 
romans du xvn^ siècle. 

40 — L'objection, c'est que cette intention didactique et 
morale se voit en effet par instants. Cela est vrai. 

50 — Le style lui-même, si merveilleux de poésie, est aussi un 
style oratoire, le style des prédications laïques. Cela ne gênait 
en rien les lecteurs du xvni« siècle; cela nous gêne davantage, 
nous qui avons du roman une autre conception. 

II 

L'influence de la Nouvelle Hélo'ise a été très considérable : 

10 — D'abord, tout le roman idéaliste en découle : George 
Sand, après Chateaubriand et M'"« de Staël, reprendra le 
genre avec le plus grand éclat au xix* siècle. 

2° — De là procèdent aussi toutes ces descriptions de la 
nature qui ont pris une place si considérable dans le roman 
contemporain. Le cadre de la Nouvelle Hélo'ise est merveil- 
leux. 11 y a des paysages incomparables, des sites très variés, 
et une notation très poétique de la correspondance des états 
d'àme et des paysages environnants que le roman contempo- 
rain a souvent reprise. 

Conclusion : Place de la Nouoelle Héloise dans l'histoire du 
roman en général. 



366. « La Nouvelle Héloïse », roman 
psychologique, idéaliste et dramatique. 

Matière. — « Le roman qui jadis n'avait été qu'un récit naïf des 
laits, qui, sous le règne de Louis XIV, avait commencé à y joindre 
la peinture détaillée des sentiments, prit un caractère nouveau sous 
la plume de Rousseau. Les faits devinrent la moindre partie du 
tableau : ce fut surtout à retracer les mouvements de l'âme qu'il 
fut destiné; non pas ces mouvements simples, que produit immé- 
diatement l'effet des circonstances dont se compose le caractère 
et d'où résulte la conduite; mais l'action intérieure de l'àme sur 
elle-même, lorsque, sur les ailes des passions et de l'imagination, 
elle prend son essor loin des choses réelles et positives. Rousseau 
pla«;a ses personnages sur cette scène idéale, la seule où lui-même 
se plut à vivre. Il rapprocha ainsi le roman du caractère de la 



302 LE DlX-nUITIÈME SIÈCLE. 

haute poésie dramatique. » (De Barante, Tableau de la littérature 
française au xviiie siècle, p. 237.) 
Expliquer. 



367. Le but de « la Nouvelle Héloïse » 
selon Rousseau. 

Matière. — Rousseau écrit à Vernes : « Mon objet (dans la 
Nouvelle Héloïse) était de rapprocher les partis opposés, par une 
estime réciproque ; d'apprendre aux philosophes qu'on peut croire 
en Dieu sans être hypocrite, et aux croyajits qu'on peut être incré- 
dule sans être un coquin. Julie, dévote, est une leçon pour les phi- 
losophes, et Volmar, athée, en est une pour les intolérants. Voilà le 
vrai but du livre. » (24 juin 1761, Œuvres, édit. Hachette, t. X, 
p. 260 sq.) Il est revenu plusieurs fois sur cette idée. Il écrivait 
à Duclos quelques mois auparavant : « Si Volmar pouvait ne pas 
déplaire aux dévots, et que sa femme plût aux philosophes, j'aurais 
peut-être publié le livre le plus salutaire qu'on pût lire dans ces 
temps-ci. » (19 novembre 1760, t. X, p. 242.)^ 

Gomment Rousseau vous paraît-il avoir poursuivi ce but, et l'a-t- 
il atteint? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n<" 364 sq., p. 298 et 
M. RousTAN, Les Philosophes et la société française au xvuie siècle., ch. VII, 
I VII, p. 315 sq. 



368. L' (( Emile » et la « Julie ». 

Matière. — Jusqu'à quel point Rousseau avait-il le droit de dire : 
« Tout ce qu'il y a de hardi dans VÉmile était auparavant dans la 
Julie »? [Confessions, II, p. 9.) 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées au.x n»» 295 sq;, p. 242 sq. 



369. Une critique de « la Nouvelle Héloïse ». 

Matière. — Expliquez et discutez ce jugement de Taine : « Il 
nous faut un effort de volonté pour lire la Nouvelle Héloïse. L'auteur 
est toujours auteur, et communique ses défauts à ses personnages : 
sa Julie plaide et disserte, pendant vingt pages de suite, sur le 
duel, sur l'amour, sur le devoir, avec une logique, un talent et 
(des phrases qui feraient honneur à un académicien moraliste. » 
Taine, V Ancien Régime et la Révolution.) 



LE ROMAN. 303 

Conseils. — Rapprochez ce passage de Michelet dans Nos Fils: 
« On admire, mais c'est dur à lire. Il y a trop d'esprit, trop 
d'éloquence, trop de toute chose. Il montre un bras d'Hercule pour 
toucher une fleur. Il prend des gants d'acier pour bercer un 
enfant. » Gela est écrit à propos de VÉmile. Mais il est intéressant 
de mettre ce passage en regard de l'opinion de Taine. 



370. Souvenirs d'enfance : « Paul et Virginie « . 

Matière. — Vous retrouvez un jour, en classant vos livres, l'édi- 
tion du roman de Paul et Virginie que vous avez lue souvent dans 
votre enfance. Réflexions. 

Conseils. — S'fl est un sujet où il devrait être inutile de vous 
répét-er : « Soyez personnel », c'est bien celui-là. Votre travail 
vaudra uniquement par la sincérité des souvenirs et la vérité des 
sentiments que vous aurez exprimés. (Cf. Roustan, La Composition 
française : la Dissertation lit ter air e,È\ocvii\or\, p. 94 sq. ; la Disser- 
tation morale. Invention, ch. V sq., p. 55 sq. ; Élocution, ch. I sq., 
p. 103 sq.) Dépeignez votre édition du roman ; la mienne, je m'en 
souviens, avait des images bien « suggestives » comme on dit à 
présent, et surtout bien naïves : je n'ai jamais trouvé, depuis lors, 
des cocotiers qui m'aient paru aussi gigantesques! Faites-nous voir 
le livre, la couverture, les images, etc. (Cf. Roustan, La Composition 
française : la Description et le Portrait, passim.) Tâchez surtout de 
retrouver vos impressions d'autrefois; certes, vous aurez trop vite 
fait de répéter, après tant d'autres, que cette églogue puérile est 
bien fade, et même fort niaise ; pensiez-vous de même quand vous 
étiez enfant et que vous n'aviez pas encore lu de critiques? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n"^ 347 sq., p. 283 sq. 

371. Causes du succès de « Paul et Virginie ». 

Matière. — Quelles ont été les causes du succès de Paul et Vir- 
ginie, paru en 1787? 



372. Bernardin de Saint-Pierre, peintre 
de la nature. 

Matière. — « Du sentiment de la nature introduit par Rousseau, 
Bernardin de Saint-Pierre nous fait passer à la sensation de la 
nature, à la pure sensation sans mélange d'idées ni môme de sen- 



304 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

liment. De la poésie il nous mène à la peinture... » (Lanson. Histoire 
de là littérature française, 5e partie, livre V, ch. I, p. 819.) 

Vérifiez ce jugement par des textes précis, et montrez ce que 
Bernardin de Saint-Pierre, venu après Rousseau, apporte d'original 
dans les descriptions de la nature. 

Lectures recommandées : Voir le n" précédeut et spécialement: Le Breton, Le 
Jioma?i au xvnie siècle, ch. IX, p. 355 sq. — Arvède Barine, Benxardin de Saint- 
Pierre. 

Conseils. — Partez de textes précis, vous dit la matière : « Le 
verger de la Nouvelle Héloïse, écrit M. René Ganat, avait déjà été une 
révélation : on se figure ce que dut être cette lecture du « jardin 
de Paul ». {La Littérature française par les textes, ch. XIX, § II, 
p. 471.) Une étude serrée de la description du jardin de Paul suf- 
firait, au besoin, pour donner a votre travail l'exactitude qu'on 
exige. Pour vous guider, voyez dans le livre d'Arvède Barine : 
« Comment Bernardin de Saint-Pierre compose un paysage. » 

373. De « Gil Blas » à « Paul et Virginie ». 

Matière. — Dans son étude sur Lesage, Brunetière, après avoir 
montré que GilBlas a créé en quelque sorte le roman réaliste, que 
Marianne, de Marivaux, a définitivement fait triompher l'analyse 
morale, que Manon Lescaut a trouvé le parfait naturel, la Nouvelle 
Héloïse l'unité de composition, conclut ainsi : « Né vers la fin du 
XVII*' siècle, mais dans Gil Blas lui-même encore trop embarrassé 
du souvenir de ses origines, c est au xvni« siècle que le roman a 
conquis son indépendance et son droit de cité littéraire; c'est peut- 
être seulement dans le siècle où nous sommes (xix" siècle), que 
l'avenir conviendra qu'il a produit ses chefs-d'œuvre. » 

Vous indiquerez à votre tour comment, au xviii^ siècle, le roman 
a conquis son indépendance et son droit de cité littéraire, et cequ'" 
le xviiv siècle laissait à faire au xix^ dans ce genre dont les progri 
sont continus depuis l'époque de Louis XIII jusqu'à nos jours. 



LE DRAME 



374. Le théâtre de La Chaussée. 

Matière. — « Les œuvres de La Chaussée, gâtées par le romn 
nesque des intrigues, par la fausse sentimentalité des caractère- 



LE DRAME. 305 

parla boursouflure du style sont à peu prés illisibles aujourd'hui. 
Mais elles signalent un moment considérable dans l'histoire de notre 
théâtre : elles marquent le point de départ de la comédie contem- 
poraine. » (Lanson, Histoire de la littérature française, 5' partie, 
livre II, ch. III, p. 652.) 

Après avoir indiqué les défauts de ce théâtre, montrer qu'ils 
ne doivent pas nous faire oublier que La Chaussée est un pré- 
curseur. 

Lectures recommandées : Œuvres de LaChaussée, Paris, 1761. — La.nïo.n, Ni- 
velle de la .Chaussée et la comédie larmoyante. — Geoffroy, Cours de litté- 
rature, t. III. — DAlembert, Eloge de la Chaussée (Œuvres, éd. 1821, t. III, 
p. 387 8q.) — Brunetière, Manupl de l'histoire de la littérature française, 
p. 292 sq. ; Les Epoques du théâtre français, ^2* conférence. — L. Levrault, 
Les Genres littéraires : la Comédie, ch. IV, p. 88 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : La comédie larmoyante de La Chaussée rompt les 
liens qui unissaient encore la comédie à Molière : c'est le 
point de départ de la comédie contemporaine ; il ne faut pas 
que les défauts de La Chaussée nous le fassent oublier. 

l 

Ses défauts sont ceux de son siècle. La sensibilité s'étale 
dans le drame bourgeois, et gâte les caractères (fausse senti- 
mentalité), l'action (romanesque des intrigues), le style (vague 
boursouflure). 

1° — a) Psychologie superficielle et banale. Deux classes 
générales : les vertueux, les méchants. Les individus de la 
même catégorie se ressemblent. La vertu étant instinctive, 
parfaite, violente, il y a peu de nuances entre deux hommes 
vertueux : leur bonté se mesure à leur sensibilité, à la violence 
de leurs émotions. On ne voit plus les caractères se transfor- 
mer, se développer : difTérence avec la tragédie. 

6) 11 est juste d'ailleurs d'ajouter que le poète a mis parfois 
à la scène des personnages bien caractérisés. Voyez dans 
Mélanide, le marquis ; dans r École des mères, la mère. L'ingé- 
nue dans le théâtre de La Chaussée et dans le théâtre 
moderne. 

Mais, d'une façon générale, La Chaussée n'est pas un obser- 
vateur ; fausse sentimentalité des caractères. 

2° — La sentimentalité a gâté l'action comme les caractères. 
Les héros doivent être malheureux; or ils sont bons, donc il 



306 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

faut des moyens romanesques pour amener leurs infortunes. 
De plus, La Chaussée n'a pas le don de l'invention, c'est-à- 
dire qu'il ne sait pas « faire quelque chose de rien ». Aussi la 
comédie est-elle toujours enveloppée de roman banal : les 
scènes à méprise, les erreurs de personnes, les scènes de 
reconnaissance ; foule de petits moyens pour prolonger une 
action, incidents imprévus, évanouissements, etc. Cas où le 
roman obscurcit le sujet dramatique et même est en contra- 
diction avec lui : la Fausse antipafhie. 

3» — Le style « sensible ». La périphrase « sensible w : mon 
père, l'auteur de mes jours, le tendre auteur de mes jours. 
Les points de suspension et le débordement de la sensibi- 
lité, etc. 

Ces défauts sont ceux qui ont fait le succès du drame 
bourgeois au xvni^ siècle, et qui aujourd'hui rendent ce théâtre 
illisible. 

II 

1^ — L'idée première est bien celle de la comédie moderne. 
La Chaussée est un novateur, imbu d'idées classiques, et qui 
fait du drame bourgeois parce qu'il ne peut pas faire autre 
chose. Mais son innovation ne consiste pas à mélanger les 
genres: Marivaux, lui, les avait mélangés; la vie bourgeoise 
qui jusque-là n'avait été mise à la scène que pour divertir, La 
Chaussée la représente pour faire couler des larmes. Là est 
sa vraie nouveauté. 

2'^ — Il a su trouver les causes qui engendrent les dissensions 
dans les familles, notamment celles qui empêchent le bonheur 
des époux, avant, pendant ou après le mariage. Le Préjugé à 
la mode (1735) est une pièce construite sur cette idée, alors 
partout acceptée, qu'un homme du monde ne peut pas aimer 
sa femme; Mélanide (1741) nous montre une femme séparée 
de son mari par un arrêt du Parlement; elle le retrouve au 
moment oii il dispute à son fils la main d'une jeune lille ; 
VÈcole des mères (1744) est dirigée contre les parents qui ont 
une prédilection pour un de leurs enfants au préjudice des 
autres. Événements de la vie quotidienne touinés au tragique 
bourgeois, le mariage et ses problèmes, voilà bien la matière 
de la comédie contemporaine. La preuve c'est que les sujets 
de La Chaussée ont été repris au xix** siècle : la Gouvernante 
(1747) et le Fils naturel d'Alexandre Dumas (1858). 

3» — Non seulement, il a su trouver des sujets intéressants 



LE DRAME. 307 

pour la comédie contemporaine, mais il a su, comme Dumas 
et Augier, les approprier à la scène. Si le roman a fait invasion 
dans le drame, un certain nombre de situations sont bien 
posées et bien développées. Voyez les deux « scènes à faire », 
comme aurait dit Sarcey, dans Mélanide; — les deux derniers 
actes du Préjugé à la mode. Scène de jalousie, reprise par 
Beaumarchais dans le Mariage de Figaro. Contraste entre un 
drame intime et une fête mondaine (5« acte). 

m 

Parce que La Chaussée fait des pièces à thèses, il est aussi 
le précurseur du drame contemporain : 

a) Pour que la morale au théâtre soit admise, il faut, avant 
tout, qu'elle soit appropriée au caractère du personnage qui la 
donne. A quelle condition nous supportons les raisonneurs 
au théâtre : ils doivent avoir une morale à eux, et non pas 
nous débiter la morale de l'auteur. A cet égard, il reste encore 
des progrès à faire. 

h) 11 est nécessaire aussi qu'elle soit incorporée dans 
l'action, quelle fasse véritablement partie du drame, qu'elle 
aide au développement de l'action, qu'elle serve au dénoue- 
ment. Les événements dramatiques seuls doivent forcer le 
raisonneur à exposer son opinion. Or les personnages de La 
Chaussée prêchent trop souvent pour le plaisir de prêcher, et 
cette morale qui ne sert pas à l'action reste sans intérêt pour 
le spectateur. Autre progrès à accomplir. 

c) Comment, d'autre part, le spectateur s'intéresserait-il à 
une morale, si elle est présentée sur la scène dans une forme 
qui manque de piquant, d'énergie, de sûreté? Or l'erreur de 
La Chaussée est d'avoir conservé le langage de la tragédie : les 
vers proverbes et les vers plats. 

Conclusion : La Chaussée est un précurseur : il a fait faire à 
la comédie nouvelle un pas décisif. « Prise dans ses situations 
caractéristiques, sa comédie a des affinités singulières avec la 
comédie d'Augier et de Dumas : elle en est l'origine oubliée,, 
mais authentique. » (Lansox, op. cit., p. 653.) 

375. Les théories dramatiques de Diderot. 

Matière. — Esquisser les théories dramatiques de Diderot d'après 
ses œuvres mêmes. 



308 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux no» 266 sq., et no- 
tamment : Œuvres de Diderot, édition Assézat et Maurice Tourneux. — Morceaux 
choisis par Texte (Hachette), Jacquinet (Belin), Fallex (Delagrave), Pellissier 
(Colin). — ViLLEMAiN, Tableau de la littérature française au xvme siècle. — 
ScHLEGEL, Cours de littérature dramatique. — Saint-Marc Giuardi.n, Cours de 
littérature dramatique. — Brcnetière, Les Epoques du théâtre français. — 
ScHERER, Etude sur Diderot. — Faguet, Le Dix-huitième siècle : Diderot. — Ducros, 
Diderot, l'Homme et l'Écrivain. — J. Reinagh, Diderot. — Lanson, Histoire de 
la littérature française. — Golugnon, Diderot. -^ Larroumet, Études de critique 
dramatique, i.\. — R. Doumic, Histoire de la littérature française, ch.WWU, 
p. 466 sq. — R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XVII, 
p. 419 sq. — L. Levradlt, Les Geîires littéraires : la Comédie, ch. IV, 
p. 90 sq. ; Auteu7's français : Diderot, p. 645 sq. 



Plan proposé : 

Exorde : Revue des œuvres où Diderot a exposé ses théories 
dramatiques. (Ne pas oublier que si les Entretiens sur le a Fils 
naturel )) sont de 1757, neuf ans auparavant Diderot avait 
indiqué ses idées de réforme dramatique dans les Bijoux 
indiscrets.) 

1° — Il ne veut pas condamner absolument les genres dra- 
matiques qui existent. Mais entre la tragédie et la comédie, 
il dit non sans raison qu'il y a deux genres intermédiaires** 
la tragédie bourgeoise, la^cjomédie sérieuse. C'est là le théâtre 
nouveau. 

2» — L^butjde. çejthéatre est double : 

a) D'une part, il. doit aider la philosophie dans le combat 
qu'elle soutient contre les préjugés, les inégalités, les abus. 
Le « citoyen » aura dans le drame la place que les empereurs 
et les princes occupaient dans la tragédje.;! 

h) De l'autre, il doit offrir un débôucllé au torrent de la 
sensibilité contemporaine. La marque d'une belle âme, c'est 
dètre sensible; le théâtre satisfait le besoin de s'attendrir, 
de pleurer. 

3° — Par suite, les sujets et les personnages seront emprun- 
tés à la vie bourgeoise. Pourquoi nous serons beaucoup plus 
intéressés par eux que par les personnages fabuleux de- 
légendes antiques. Plus de crimes invraisemblables. Le mariage 
est une mine féconde; les dissensions dans les familles; 1 
situation de fils naturel, etc.! 

4° — La psychologie de l'auteur dramatique s'appliquera ;i 
étudier moins les caractères que les conditions sociales. Gom- 
ment le public suivra attentivement l'étude de l'âme du 



LE DRAME. 309 

négociant, du militaire, du magistrat. Au lieu de nous mon- 
trer le précieux, l'hypocrite, le misanthrope, le poète drama- 
tique nous montrera des individus vivant de notre vie, avec 
tous les traits que leur donne leur condition sociale. 

5° — Pour la construction dramatique, le poète subordon- 
nera les caractères aux situations. Il fait son plan sans se 
préoccuper des caractères : le plan passe avant toute chose ; 
nécessité de nous présenter des tranches de la vie humaine. 

6° — La valeur de l'enseignement de ce théâtre sera de nous 
édifier sur les devoirs des pères envers les enfants, du iils que 
n'a pas reconnu son père, etc.. (Toutes les thèses banales du 
mélodrame.) 

7° — Pour le style, La Chaussée acommis une graveerreur. 
Il faut écrire en prose. Comment, sans cela, rapprocher le 
drame de la vie de tous les jours? Comment parler cuisine, 
costume, ameublement, etc.. ? 1 .1 faut donc écrire dans une 
i\rosejimpJe_ et sensible. 

Conclusion : Originalité des idées de Diderot ; jusqu'à quel 
point il continue La Chaussée; en quoi il s'en éloigne. La 
part des v^érités ; la part des erreurs dans ces doctrines. Diderot 
remueur et éveilleur d'idées. 

376, Le genre comique, le genre tragique, 
le genre sérieux. 

Matière. — Dans le troisième des Entretiens sur Le «.Fils naturel »,. 
on lit : « I^e genre comique est des espèces, et le genre tragique 
est des individus. Je m'explique. Le liéros d'une tragédie est tel ou 
tel homme : c'est ou Régulus, ou Brutus, ou Gaton ; et ce n'est 
l)oint un autre. Le principal personnage d'une comédie doit au con- 
Iraire représenter un grand nombre d'hommes. Si, par hasard, on 
lui donnait une physionomie si particulière qu'il n'y eût dans la 
société qu'un seul individu qui lui ressemblât, la comédie retour- 
nerait à son enfance et dégénérerait en satire... Dans le genre 
r-rieux, les caractères seront souvent aussi généraux que dans le 
enre comique : mais ils seront toujours moins individuels que dans 
if genre tragique. » 
Discuter. 

Conseils. — On se reportera au contexte avant tout, et si l'on 
veut discuter l'exemple que cite Diderot, on consultera l'Histoire ife 
la littérature latine de Jeunro-y et Puech, 2^ période, ch. III : 
Térence, p. 46 sq. et bibliographie, p. 67; Léon Levrault, Auteurs 
latins: Térence, p. 16 sq. 



310 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 



377. Les conditions et les caractères. 

Matière. — « C'est du caractère qu'on tirait l'intrigue. On clier- 
chait en général les circonstances qui le faisaient sortir et l'on 
enchaînait ces circonstances. C'est la condition, ses devoirs, ses 
avantages, ses embarras, qui doivent servir de base à l'ouvrage. Il 
me semble que cette source est plus féconde, plus étendue et plus 
utile que celle des caractères... » 

Telle est la déclaration qui se trouve dans le troisième des 
Entretiens sur le « Fils naturel ». C'est ce qu'on a appelé la théorie de 
la substitution des conditions aux caractères. Discuter la théorie. 

Plan proposé : 

Exorde : Une des idées les plus chères à Diderot est celle 
de la substitution des conditions aux caractères. Idée féconde : 
est-elle juste? en quoi est-elle contestable? 

1° — C'est une idée féconde : 

q,) Les « caractères » avaient été admirablement dépeints au 
siècle précédent. Molière et Racine : pourquoi ils n'avaient 
laissé que peu de chose à glaner après eux (voir les disserta- 
tions n°^ 55 sq., p. 45 sq.) (^ Il n'y a dans la nature humaine, 
déclare Diderot, qu'une douzaine, tout au plus, de caractères 
vraiment comiques et marqués de grands traits » [Ibid.]. 

6) L'idéalisme de l'art tragique, et l'abstraction à la scène. 
Les inconvénients. Réaction nécessaire contre la conception 
classique et surtout pseudo-classique du théâtre. Combien 
Diderot avait raison de craindre qu'en suivant les mêmes voies, 
la comédie s'éloignât trop du spectateur. 

2° — Mais remplacer les caractères par les conditions, c'est 
faire une abstraction encore, et dont les inconvénients sont 
beaucoup plus graves. Pourquoi. Le poète classique abstrait 
la faculté maîtresse d'un individu ; étant donné un défaut 
essentiel, auquel sont subordonnés tous les autres traits, le 
poète « cherche les circonstances qui font ressortir ce défaut, 
et enchaîne ces circonstances ». Diderot abstrait une simple 
modification du caractère, modification fort importante sans 
aucun doute (Cf. le mot de Pascal sur « le choix du métier »), 
mais qui est due à une foule de causes, parmi lesquelles il 
faut ranger précisément l'influence primoi'diale du caractère. 
Entre l'abstraction morale et l'abstraction professionnelle, 
Diderot a-t-il raison de choisir la seconde ? 



LE DRAME. 311 

30 _ Comment d'ailleurs obtenir un véritable intérêt dra- 
matique en supprimant Tétude du caractère : 

a) Ou bien « l'homme de lettres, le philosophe, le commer- 
çant, le juge, lavocat, le politique, etc.. » ont le caractère de 
leur condition, et alors étudier la condition, c'est préciser, 
étudier le caractère : exemples. 

6) Ou bien « le citoyen, le magistrat, le financier, le grand 
seigneur, l'intendant » n'ont pas la condition de leur carac- 
tère, et alors le spectateur suivra avec curiosité le conflit 
dramatique. « Les conditions, demande Diderot, n'ont-elles 
pas entre elles les mêmes contrastes que les caractères? » 
Sans doute, mais le contraste intérieur entre le caractère et la 
condition est plus digne encore d'intérêt. 

40 — il faudrait donc peu de changement pour rendre la 
phrase de Diderot tout à fait acceptable. Dans son effort vers 
la réalité, dans ses protestations contre tout ce qui la voile aux 
yeux du spectateur, nous ne pouvons pas toujours suivre 
Diderot {voir le sujet n° 379). Mais nous serions avec lui, 
s'il nous disait simplement quil ne faut plus voir le caractère 
abstrait, indépendamment de la condition qui l'enveloppe. 
Remarquons que Diderot ne veut pas suhstituer la condition 
au caractère : « Il faut que la condition devienne aujourd'hui 
le principal, et que le caractère ne soit que l'accessoire. » Le 
seul reproche qu'on doive lui adresser est, en séparant ce que 
la réalité même nous offre intimement uni, de classer les 
éléments du drame d'une façon artificielle : ce n'est pas la 
condition qui « doit servir de base », c'est le caractère. 

Conclusion : Complexité des idées de Diderot ; ce qui est 
contestable dans ses doctrines est étroitement uni à ce qui 
est juste. En tout cas, il fut un apôtre de la vérité dramatique : 
( Les conditions! Combien de détails importants, d'actions 
])ubliques et domestiques, de vérités inconnues, de situations 
nouvelles à tirer de ce fond! » {Ibid.) C'était là une idée 
dont le théâtre contemporain devait tirer le plus grand profit. 



378. L'intérêt de la tragédie domestique 

est plus frappant que celui de la tragédie 

classique. 

Matière. — « Quoi ! vous ne concevez pas l'effet que produiraient 
•ur vous une scène réelle, des habits vrais, des discours propor- 



312 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

tionnés aux actions, des actions simples, des dangers dont il est 
impossible que vous n'ayez tremblé pour vos parents, vos amis, 
pourvous-même? Un renversement de fortune, la craintede l'igno- 
minie, les suites de la misère, une passion qui conduit l'homme à 
sa ruine, de sa ruine au désespoir, du désespoir à une mort vio- 
lente, ne sont pas des événements rares, et vous croyez qu'ils ne 
vous affecteront pas autant que la mort fabuleuse d'un tyran, ou le 
sacrifice d'un enfant aux autels des dieux d'Athènes ou de 
Rome?... » 

Discuter ce passage du troisième des Entretiens sur le « Fils 
naturel ». 

Conseils. — Voir jVJ- Roustan, La Littérature française par la 
dissertation, t. I, sujets n^^ 45 sq., p. 62 sq. ; n»* 334 sq., p. 283 sq. ; 
(surtout les sujets n»» 63 et 65, p. 88 et 89 et bibliographie). 



379. Le « naturel » au théâtre d'après Diderot. 

Matière. — On a peut-être trop sévèrement jugé la partie des 
théories dramatiques de Diderot qui réclame « le naturel » au 
théaltre. Après avoir groupé les passages où il proteste au nom de 
la nature contre les conventions théâtrales, demandez-vous s'il a 
lui-même foulé aux pieds toutes ces conventions, et s'il ne serait pas 
possible de trouver plus d'une atténuation à ses idées dans ses 
ouvrages de critique dramatique eux-mêmes. 

Conseils. — Faire deux parts très distinctes dans la question. 
Noter d'abord la part de vérité : si vous placez les manifestes de 
Diderot à leur date, vous reconnaîtrez combien était utile cet appel 
à « la nature », « source féconde de toute vérité ». Remarquez 
que tous les manifestes littéraires se réclamentdumême programme, 
y Art poétique commelo. Préface de « Crojnwelhy. Considérezles idées 
de Diderot au point de vue du drame en général : rien n'est plus 
nécessaire, en tout temps, que de restreindre au théâtre le rôle des 
conventions de toutes sortes, et toute tentative dans ce sens est 
intéressante. 

Mais comment simaginer qu'il n'y aura pas toujours des 
conventions indispensables et qu'on ne pourra supprimer? Autant 
vaudrait supprimer l'art dramatique lui-même. Le théâitre vit de 
conventions, c'est même l'art par excellence qui vit de conventions. 
Aucun autre genre ne s'appuie sur des conventions plus nombreuses 
et plus nécessaires. Examinez-les. Prenez alors les textes de Dide- 
rot, étudiez les réformes impossibles qu'il propose. Mettez-les en 
regard de celles que vous notiez tout à l'heure et qu'il vous sem- 
blait nécessaire de réaliser. 

Élargissez enfin la ([uestion et demandez-vous si Diderot lui- 



LE DRAiME. 313 

même n'a pas cru à la nécessité des conventions, s'il est juste de se 
le représenter comme un révolutionnaire, s'il n'a pas notamment 
admis la distinction des genres, s'il ne demandait pas à Voltaire 
(28 novembre 1760) de résister à M-'e Clairon, qui réclamait un 
« échafaud » dans la décoration de Tancrède : « Is'e le souffrez pas, 
morbleu ! C'est peut-être une belle chose en soi, mais si le génie 
élève jamais une potence sur la scène, bientôt les imitateurs y 
accrocheront le pendu en personne ! » 

Il serait faux de penser que Diderot réclame «la liberté de l'art » 
puisqu'il énonce, lui aussi, des règles qui en définitive constituent 
un code. Boileau construisait le sien au nom du même principe 
que Diderot : l'imitation de la nature. Diderot réclame seulement : 
« la liberté dans l'art », et cela n'a jamais signifié qu'un théoricien 
voulait supprimer toutes les conventions. 



380. Le théâtre de Diderot. 

Matière. — Commenter cette déclaration de Diderot dans son 
traité, De la poésie dramatique : « Zenon niait la réalité du mou- 
vement. Pour toute réponse, son adversaire se mit à marcher; et "^^ 
quand il n'aurait fait que boiter, il <!Ût toujours répondu. 

« J'ai essayé de donner, dans le Fils naturel, l'idée d'un drame 
qui fût entre la comédie et la tragédie. 

« Le Père de famille, que je promis alors, et que des distractions 
continuelles ont retardé, est entre le genre sérieux du Fils naturel 
et la comédie. 

« Qu'on reconnaisse à ces ouvrages quelque mérite, ou qu'on ne 
leur en accorde aucun, ils 'n'en démontreront pas moins que l'inter- 
valle que j'apercevais entre les deux genres établis n'était pas 
chimérique. » 

381. Les vers au théâtre. 

Matière. — Un adversaire déterminé du théâtre classique, 
Sébastien Mercier, écrivait, en 1770, à l'académicien Thomas : 
« Oserai-je dire, Monsieur, que je ne crois pas que les vers soient 
propres au genre dramatique ? On doit entendre sur le théâtre de 
la nation le langage de la nation, et non une langue factice qui 
coûte beaucoup d'effort, peut-être pour faire moins d'effet sur le 
peuple. » ' 

A quel ensemble d'idées doit être rattachée cette opinion, et com- 
ment pourriez-vous la discuter? 

Lectures recommandées : Sur Sébastien Mercier, consulter : Brukktière, Les 
Epoques du théâtre p'œnçais. — Lkon Béciard, Mercier, sa vie, son œuvre, 
son temps. 

RousTAX. — Le XMII^ siècle. i8 



314 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — Rapprochez ce passage des théories dramatiques 
de Diderot (passim) et du traité De la poésie dramatique, à Grimm : 
ff Je me suis demandé quelquefois si la tragédie domestique se pou- 
vait écrire en vers; et sans trop savoir pourquoi, je me suis répondu 
que non. Cependant, la comédie ordinaire s'écrit en vers ; la tragédie 
héroïque s'écrit en vers. Que ne peut-on pas écrire en vers ! Ce 
genre exigerait-il un style particulier, dont je n'ai pas la notion? 
ou la vérité du sujet et la violence de l'intérêt rejetteraient-ils un 
langage symétrisé? La condition des personnages serait-elle trop 
voisine de la nôtre, pour admettre une harmonie régulière? » Lisez 
ces lignes attentivement, vous verrez déjà apparaître un certain 
nombre des arguments intéressants à noter pour traiter votre dis- 
sertation. 



382. Sedaine et l^jdrame bourg^^Ois. 

Matière. — « Le Philosophe sans le savoir, écrit Brunetière, est 
vraiment le drame bourgeois tel que l'avait rêvé Diderot. » 

Développer et commenter cette phrase de l'auteur du Manuel 
de l'histoire de la littérature française (p. 344). 

Lectures recommandées : Sedaine, Œuvres choisies, édition classique 
(Hachette). — Dccis, Œuvres, édit. 1826, t. III : Notice sur Sedaine. — Grimm, 
Correspondance littéraire, édit. Assézat et Tourneux, Table. — Brunetière, Les 
Epoques du théâtre français ; Manuel de l'histoire delà littérature française, 
p. 343 sq. — L. Levrault, Les Genres littéraires :la Comédie, jcYi. IV, p. 91 sq. 

Voir le curieux article de G. Larroumet sur ce sujet même dans : Etudes de 
critique dramatique, t. I, p. 108 sq. 

Conseils. — Le plan est indique dans le passage cité du Manuel 
de Brunetière. Le Philosophe sans le savoir est le drame bourgeois 
tel que l'avait rêvé Diderot : 

1° Par la nature de l'intrigue (exposez-la nettement) ; 

2° Parla condition des personnages (Antoine, le vieux serviteur, 
est surtout emprunté à Diderot, — Vanderk, père et fils, — Despar- 
ville, — Victorine) ; 

3° Par la solennité de leurs discours (quelques exemples); 

4" Par leur préoccupation de la morale (plaidoyer pour le com- 
merce, contre le duel). « Quel intérêt puissant dansie Philosophe 
sans le savoir ! Quelle situation plus déchirante que la tienne, père 
malheureux ! Pressé entre la nature et le point d'honneur, entre le 
danger d'un lils et un devoir d'opinion, tu comptes une somme 
d'argent à un inconnu, et cet inconnu se trouve être le père de 
ra<]versaire de ton fils, et cet argent doit servir à l'évasion de son 
meurtrier I » (Discours de Lemierre lors delà réception de Sedaine 
à l'Académie française, 27 avril 1786.) 



LE DRAME. 315 

5« Par la vulgarité soutenue du style. 

Mais la pièce est bien supérieure à ce que pouvait faire Diderot : 

1» Par l'adresse avec laquelle une histoire de duel est jetée au 
milieu du mariage qui s'apprête ; 

2° Par la peinture des caractères, et notamment du caractère de 
Victorine (George Sand a donné en 1851 une suite à la pièce dans 
le Mariage de Victorine) ; 

3o Par la sincérité de l'auteur : 

a) Sincérité dans Tobservation : tableaux d'intérieur, scènes de 
famille; le réalisme de Sedaine ; 

h) Sincérité dans le pathétique qui sort du sujet : pas de fausse 
sentimentalité ; 

c) Sincérité dans la forme, aisée, naturelle, sans solidité, ni pro- 
fondeur, mais non sans vérité. 

On pourra conclure : Le mot de Brunetière est vrai ; ce que Dide- 
rot avait rêvé mais ne pouvait pas accomplir, Sedaine le réalisa. De 
là, l'enthousiasme de Diderot à la représentation du Philosophe sans 
le savoir, et l'anecdote bien connue. Mais j'aime moins l'anecdote 
non moins fameuse d'après laquelle Voltaire aurait dit à Sedaine : 
« Oh I Monsieur Sedaine, c'est vous qui ne volez rien à personne. 
— Je n'en suis pas plus riche », aurait répondu Sedaine. Cette 
réponse aurait été une preuve de plus de sa modestie ; mais Sedaine 
précisément était trop modeste pour ne pas reconnaître qu'il 
devait beaucoup à ses prédécesseurs, et s'il est vrai qu'il ait donné 
« le véritable et premier modèle du drame tel que le traiteront 
plus tard les Scribe, les Augier, les Dumas » (Brunetière), il eût 
été le premier à avouer qu'il avait profité des théories de ses 
devanciers et même de leurs tentatives infructueuses, qui valaient 
moins que leurs théories. 



383. Les théories dramatiques de 
Beaumarchais. 

Matière. — Quelles sont, d'après les œuvres de Beaumarchais 
lui-même, ses théories dramatiques? 

Lectures recommandées : Œuvres complètes 1809 (Colin), 1821 (Ledoux), 1826 
(Fume). A défaut, on consultera l'édition ordinaire : Beaumarchais, Théâtre, pré- 
cédé d'une notice sur sa vie et ses ouvrages, par Auger (Paris, Didot, 1 vol.) ; Essai 
sur le genre dramatique sérieux, p. 1 sq. ; Lettre modérée sur la chute et la cri- 
tique du Barbier de Séville, p. 170 sq. ; Préface du Mariage de Figaro 
l>. 267 sq. ; Un mot sur la Mère coupable, p. 427 sq. ; Aux Abonnés de l'Opéra qui 
voudraient aimer l'Opéra, p. 505 sq. 

L. DE LoMéME, Beaumarchais et soh temps. — E. hmTUMkc, Beaumarchais 
et ses fpuvres d'après des documents inédits. — Gddin de la Bresellerie, His- 
toire de Beaumarchais (édit. Tourneux). — A. Haî.lays, Beaumarchais (Les 
Grands Écrivains français). — Sainte-Beuve, Lundis, t. VI. — P. Albert, La 



316 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Littérature française au xvine siècle : Beaumarchais, p. 450 sq. — Brunetière, 
Les Époques du théâtre français; Manuel de l histoire de la littérature fran- 
çaise, p. 359 sq. — Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXIIl, 
p. 734 sq. — L\NsoN, Histoire de la littérature française, 5e partie, liv. IV, 
ch. VI, p. 793 sq. — Pages choisies ])B.r Bo.nnefox (Colin) avec une Introduction. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXVIII, p. 414 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XIX, p. 457 sq. — 
L. Levrault, Les Genres littéraires : la Comédie, ch. IV, p. 93 sq, 



384. « Le Barbier de Séville » 
et la vieille comédie. 

Matière. — « Si on voulait absolument rattacher Beaumarchais 
à un chef de file, c'est à Diderot qu'il faudrait faire honneur d'un 
tel disciple. » Ainsi s'exprime Paul Albert dans sa Littérature fran- 
çaise au xviue siècle : Beaumarchais, p. 470. Gela vous semble-t-il 
vrai de l'auteur du Barbier de Séville ? 

Plan proposé ; 

Exorde : Beaumarchais est tout d'abord un disciple enthou- 
siaste de Diderot; bien plus, il exagère les théories 'du maître. 
[Eugénie, 1767, et VEsnaî sur le genre dramatique sérieux.) 
<.<■ Mais, écrit Nisard, Beaumarchais, plus heureux et plus 
habile que Diderot, sait se tirer à temps de la comédie sérieuse, 
comme il fait dun mauvais procès, et il revient, sur les pas 
de Molière, à la comédie qui fait rire. » (Nisard, op. cit., livre IV, 
t. IV, ch. VI, p. 252.) Beaumarchais abandonne-t-il les traces 
de Diderot pour marcher sur les pas de Molière ? 

I 

Il est clair qu'au premier abord, le Barbier de Séville paraît 
ge rattacher très étroitement à la vieille comédie : 

10 — Le sujet. Ce qu'il a de conventionnel. C'est même un 
des plus banals de la comédie. Le sujet de VÉcole des femmes 
et celui du Barbier. Analyse. 

2° — L'intrigue. Comment Beaumarchais y emploie les 
moyens les plus usés, ceux auxquels Molière avait recours 
dans ses premières comédies et dans les farces : les travestis, 
les quiproquos : l'auteur du Barbier se préoccupe peu de 
renouveler tous ces « trucs ». 

30 — Les caractères. Arnolphe et Bartholo; Agnès et Rosine; 



I 



LE DRAME. 317 

Horace et Lindor; Figaro et Mascarille. Parties traditionnelles 
de ces caractères : le tuteur, la pupille, le jeune amoureux, 
le valet. 

4° — La portée. Beaumarchais semble avoir abandonné toutes 
les prétentions « philosophiques » de Diderot. C'est un diver- 
tissement d'une gaieté folle qu'il prétend avoir voulu écrire. 
C'est une u espèce d'imbroille », dit-il : entendez une comédie 
d'intrigue, qui a pour but de faire rire coûte que coûte. 

Conclusion : Beaumarchais imitateur de Molière. 11 est juste 
d'ajouter qu'il emprunte aussi aux successeurs directs du 
grand comique. Les Folies Amoureuses et le Barbier : Agathe 
et Rosine. 

11 

Mais il y a autre chose dans le Barbier. La pièce est « da- 
tée )'. Elle est bien du xvni° siècle, et du siècle de Diderot : 

1° — L'influence de Diderot est manifeste: les caractères sont 
enveloppés dans les conditions. Double triomphe de Rosine : 
elle trompeté vieux tuteur (ce qui est de l'ancienne comédie); 
mais elle triomphe du préjugé qui empêchait le comte d'é- 
pouser une bourgeoise (ce qui est de la comédie philoso- 
phique). Nanine et le Barbier de Séville. 

2o — Pour les caractères, Beaumarchais ne les apas empruntés 
tels quels à la vieille comédie. Mascarille et Figaro : 

a) Si Ugaro a des traits empruntés aux valets de Molière et 
à ceux de Regnard, il en a aussi qui lui viennent des valets 
de Lesage et de Marivaux. 

6) Il en a surtout qu'il ne doit à personne. Lesquels. Cet 
ancienjournaliste et poète est-il bien en définitive un valet? En 
tout cas il est tout différent des Scapins, Frontins et Crispins. 

c) 11 a même des préoccupations très nettement « philoso- 
phiques». Mascarille avait un certain sentiment de sa u gloire», 
et ce sentiment l'empêchait de travailler uniquement pour le 
profit. Voir dans l^ Étourdi son fameux monologue : Vivat Mas- 
carillus fourbum imperator! Figaro a lu les philosophes, il veut 
rapprocher les distances qui séparent les classes, il représente 
déjà la nature opposée aux vaines conventions. 

m 

D'autres différences, moins sensibles peut-être, sont cepen- 
dant à signaler : 

18. 



318 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

l*' — Dans l'intrigue. « Enlever, agiter, transporter, boule- 
verser le spectateur », tel est le rôle du poète dramatique 
d'après l'auteur d'Eugénie. L'auteur du Barbier ne pense pas 
différemment. D'une part, il saisit le spectateur par le « cos- 
tume » ; de l'autre, il l'emporte par le mouvement de l'action. 
Les qualités de Lintrigue dans le Barbier ne sont pas celles 
de la comédie classique et qu'elle est bien mieux con- 
duite que celles de Molière : Beaumarchais suit le conseil de 
Diderot qui voulait qu'on s'occupât du plan avant de penser 
aux caractères. 

2*' — Dans le style. La gaîté de Molière et Vesprit de Beaumar- 
chais. C'est le même auteur qui déclare à propos d'Eugénie : 
(f Plus de ces dialogues qui ne sont que deux monologues qui 
se croisent : au lieu de cela, le dialogue vif, pressé, coupé, 
tumultueux, où chacun ne parle que le temps qui lui est 
laissé par l'impatience de l'interlocuteur. » Cela est bien de 
Diderot. Et encore : « Plus de vers, transportez-moi loin des 
coulisses ; arrière le compas de la césur'e et l'affectation de la 
rime... » L'esprit du journaliste dans le Barbier; il est bien de 
l'époque de Diderot. 

Conclusion : Pour suivre les traces de Molière, Beaumar- 
chais n'a donc pas abandonné celles de Diderot. Certes, il ne 
faudrait pas exagérer et en faire un disciple fidèle de ce der- 
nier : « Si vague qu'elle soit, ajoute P. Albert, la doctrine de 
Diderot est trop arrêtée pour lui; il lui faut plus de jeu et 
d'indépendance... En réalité, il est lui-même, le plus oseur 
des hommes, le plus intempérant, tout en saillies... » {Op. cit., 
p. 470.) C'est dire qu'en suivant tantôt Molière, tantôt Dide- 
rot, Beaumarchais reste avant tout lui-même. 

385. Du « Barbier de Séville » au 
« Mariage de Figaro ». 

Sujet. — « Oser faire deux pièces avec les mêmes personnages, 
et y réussir, c'était jouer de bonheur. » (Nisard, Histoire de la lit- 
léraiure française, livre IV, t. IV, ch. VI, p. 2o8.) 

Comment Beaumarchais a-t-il réussi dans cette entreprise ? 

Plan proposé : 

Exorde : Succès du Barbier de Séville (remanié et réduit de 
cinq actes à quatre). <' Écrivez-nous des comédies de ce genre >, 



LE DRAME. 319 

répétait-on à Fauteur. L'auteur attend six années, et présente 
le Mariage en 1781. L'autorisation est donnée trois ans après r 
la soirée du 27 avril 1784. D'où venait ce succès? 

1° — Difficulté de réussir au théâtre avec les mêmes person- 
nages. Pourquoi. « Autant nous aimons dans la vie à ne pas 
changer de connaissances, autant au théâtre les nouvelles 
ligures nous plaisent. » (Nisard, op. cit., 258.) « L'auteur qui 
produit pour la seconde fois sur la scène les mêmes person- 
nages risque d'avoir affaire à ce genre de curiosité où se mêle 
le doute du succès, peut-être l'attente d'un échec » (Ibid.). 

2° — Mais d'abord, l'intrigue était changée. Figaro travaille 
pour son propre compte, et se pose en rival décidé du noble 
sans scrupules qui délaisse Rosine et cherche à séduire la 
femme que Figaro a choisie. De là, des changements de pre- 
mier ordre. 

3° — Figaro tient la première place. C'est bien le même au 
fond que celui du Barbier, mais il est singulièrement élargi. 

4° — A côté de lui, se tient le nouveau personnage de Suzanne. 
Son caractère. En quoi il était un élément important du suc- 
cès. La robuste Suzanne et le roturier Figaro représentent, 
en face du comte et des nobles personnages de la pièce, la 
morale simple et droite que ces derniers ont oubliée, oublient 
ou sont sur le point d'oublier. 

5*^ — Par suite, ceux-ci se sont modifiés depuis le Barbier. 

a) Comment a évolué le caractère du comte et celui de 
Rosine; plaisir que les spectateurs éprouvaient à constater 
leurs transformations; la part de la comédie de mœurs dans 
le Mariage. 

b) Nouveauté du rôle de Chérubin; son utilité. 

6« — Les rôles secondaires deBartholo et de Basile sont les 
mêmes, mais nouveaux sont ceux d'Antoine, de Bridoison, de 
Marceline : la comédie larmoyante dans le Mariage. 

7° — La portée enfin n'est pas la même : la portée politique 
et sociale du Mariage. Figaro ancien journaliste devenu pam- 
phlétaire éloquent et mordant : saillies, épigrammes, drôle- 
ries; plus d'esprit de mots que dans le Barbier, mais aussi plus 
d'attaques directes contre l'ancien régime. Figaro et le tiers 
État. Le Mariage est la « Révolution en action » (Napoléon l"). 

Conclusion : Aussi l'enthousiasme fut-il immense (Porel et 
Monval, VOdéon, in-8, 1876-1882, t. 1). Les deux pièces se 
ressemblaient, mais étaient assez différentes pour que la 
curiosité fût satisfaite : transformation de l'intrigue, variété 



320 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

des éléments empruntés à la farce, à la comédie d'intrigue, 
de mœurs, de caractères, à la comédie larmoyante, caractères 
transformés et ajoutés, portée sociale et politique plus 
vaste et plus précise, Beaumarchais avait pris toutes les pré- 
cautions pour qu'on ne l'accusât pas de se répéter. 



386. Progrès techniques accomplis 
par Beaumarchais. 

Matière. — Un critique contemporain, M. Hippolyte Parigot, 
étudiant les origines du drame moderne en général et du drame 
d'A. Dumas en particulier, insiste à diverses reprises sur les « pro- 
grès techniques du Barbier de Se'ville » et du Mariage de Figaro. 
Sans vous préoccuper d'étudier comment Dumas a tourné « ces 
progrès techniques » au profit du drame, montrer quels ils sont 
et quelle est leur importance dans le Barbier et dans le Mariage. 
{H. Parigot, Le Drame d'' Alexandre Dumas, Paris, Lévy, 1899, pass. 
et notamment p. 51, 130 sq., 153, etc.) 

Conseils. — Nous renvoyons tout naturellement aux ouvrages 
déjà cites et à celui de M. Parigot. Peut-être sera-t-il juste, après 
avoir constaté les c progrès techniques «accomplis par Beaumarchais, 
de noter qu'il devait bien quelque chose à ses prédécesseurs, et 
qu'il est bon d'en tenir compte pour étudier les origines du drame 
moderne et historique. 



387. Les suites du monologue de Figaro. 

Sujet. — M. H. Parigot dans* son étude sur le Drame d'Alexandre 
Dumas (p. 223 sq.) dit que le monologue de Figaro est « un foyer 
bien français, pétillant et jaillissant » dont le drame historique 
moderne devait <( s'inspirer plus que de Shakespeare ». « L'œuvre 
féconde, mécanisme du vaudeville, âme du drame, dont Dumas a 
reçu l'impulsion et la technique, je ne la puis voir ailleurs que 
dans le Mariage de Figaro; — et, tout proche du dénoûment, 
comme un pont jeté sur V avenir, j'aperçois le monologue, ce long 
monologue essentiel, car tout y est en substance. » 

Comment expliquer l'influence ainsi attribuée au monologue de 
Figaro ? 

Conseils. — On n'aura qu'à lire le développement de cette idée 
dans le livre de M. Parigot, et chercher, dans le monologue lui- 
même, les traits qui la démontrent. Certains vous arrêteront certai- 
nement. « Fils de je ne sais pas gui, écrit M. Parigot, et tandis que 



LE DRAME. 321 

■,,.>., niorblcu 1 sont les deux maximes du théâtre nouveau que l'his- 
toire attire. Le drame historique... est une résurrection, mais dans 
le présent et pour les passions d'à présent. » Voyez dès lors « quels 
rudes accrocs recevra l'histoire », comment le barbier « homme déjà 
fatal » est bien le père de tous ses successeurs « penchés sur le 
problème de leur existence compliqué de toutes les inconnues de leurs 
désirs », comment « il va faire souche au théâtre, aux dépens de 
l'exactitude et de la peinture des temps passés ». Seulement, cette 
lignée sera « plus fatale et plus pâle » (voir dans notre tome III, le 
Dix-neuvième siècle, ch. II et VI), et il y a bien des raisons pour 
cela. 

Vous pourrez alors conclure : « Il est exact, comme le veut 
M. Parigot, que Figaro, le joyeux barbier révolutionnaire, est le 
père des héros du drame, le précurseur de tous les aventuriers qui 
vont occuper le théâtre romantique, de tous ces ambitieux qui ne 
sont rien, aspirent à tout, ne considèrent aucune fortune comme 
trop haute pour eux et sont capables de tout pour y atteindre, » 
(G. Larroumet, Études de critique dramatique, Hachette, t. I, 
p. 296 sq.) 



388. La fin de la tragédie (1765-1795). 

Matière. — Que savez-vous de la tragédie après Voltaire, et 
comment finit le genre qui avait donné Polyeucte et Britannicus? 

Conseils. — Il me suffira de renvoyer pour les lectures, les idées, 
le plan, et les formules mênies à développer, au Manuel de l'histoire 
de la littérature française de Brunetière, p. 363-367. 



389. Coup d'oeil général sur la tragédie 
au XVIir siècle. 

Matière. — Que faut-il penser de la tragédie au xviiie siècle i 
Quels sont dans ce genre les écrivains dont les noms méritent de 
n'être pas oubliés ? 



390. Coup d'oeil général sur le théâtre 
du XVIir siècle. 

Matière. — Que reste-t-il des- œuvres dramatiques composées et 
représentées sur la scène française, de la mort do Louis XIV à 
l'ouverture des États Généraux de 1789 ? 



322 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — Nous donnons les deux sujets qui précèdent, tels 
qu'ils ont été posés au baccalauréat. Ce sont évidemment deux 
sujets très vastes, et il est facile de voir quels dangers ils offrent 
tous deux. (Cf. Roustan, La Composition française : A l'Examen, 
ch. II, 1 III, p. 228 sq.) 



LA POÉSIE 



391. Le lyrisme de J.-B. Rousseau. 

Matière. — M. J. de Chénier écrit dans son Tableau historique 
de la littérature française, ch. IX : Poésie lyrique, p. 294 : 
« Douze ou quinze odes pleines de verve, et deux ou trois belles 
cantates ont placé J.-B. Rousseau parmi nos grands poètes. » 

Quelles sont les odes et les cantates que vous connaissez ? Vous 
paraissent-elles suffire pour placer J.-B. Rousseau parmi nos grands 
lyriques français ? 

Lectures recommandées : J.-B. Rousseau, Œuvres complètes, Londres 
(Paris, 1753,0 vol.). — Œuvres lyriques, édit. Mamiel, 1852, 1876 (Notice). — 
Voltaire, Vie de J.-B. Rousseau. — La Habpe, Lycée, II, 9. — Auger, E.'isni sur 
J.-B. Rousseau. — Amar, Nouvel essai sur J.-B. Rousseau. — Sainte-Beuve, 
Portraits littéraires, t. I. — Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature 
française, p. 262 sq. — Nisard, Histoire de la littérature française, t. IV, 
liv. IV, ch. II, § I, p. 130 sq. — L. Leyrault, I^es Genres littéraires : la Poésie 
lyrique, p. 99 sq. 

392. Un éloge et une critique de J.-B. Rousseau. 

Matière. — « Rousseau a apporté dans presque toutes ses odes 
une grande verve et une sorte d'harmonie pompeuse, que seul il a 
su donnera notre langue. Mais il est quelquefois guindé, et son 
enthousiasme ne part pas toujours du fond du cœur : défaut qu'il 
est peut-être impossible d'éviter complètement dans la poésie lyrique 
française. » (De Barante, Tableau de la littérature au xvin^ siècle, 
5e édition, p. 74.) 

Cet éloge de Rousseau vous paraît-il mérité, et cette critique vous 
paraît-elle assez sévère ? 

393. Marot et Gresset. 

Matière. — « Gresset tourne aisément le vers de dix syllabes: 
mais qu'on prenne une page de Vert-Vert, et qu'on la compare h. 



LA POÉSIE. 323 

quelqu'une des Épîtres de Marot au roi ; on sentira bien la ditïé- 
rence qui sépare ces deux manières ; Marot a un style, Gresset n'a 
qu'un procédé. » (Histoire de la littérature française, publiée sous 
la direction de Petit de JuUeville, t. ch. XII : Les Poètes (article 
de P. de JuUeville, p. 646). 
Faites cette comparaison. 

Lectures recommandées : Gresset, Œuvres, édit. Renouard, Notice, 1811. — 
Œuvres choisies par Campenon, 1828 {Essai sur la vie et les ouvrages de 
Gresset) . 

D'Alembert, Réponse au discours de récpiion de l'abbé Millot, 1717. — 
Le Père Dairk, Vie de Gresset. — Ma.x. Robespierrï, Éloge de Gresset. — Sainte- 
Beuve, Portraits contemporains, t. V. — J. Wogue, Gresset, sa vie et ses œuvres. 
— Brunetiére, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 301 sq. 

Sur Marot, voir le tome IV de notre Littérature française par la dissertation. 



394. Les « Satires » de Gilbert. 

Matière. — « Une mort prématurée, un touchant adieu à la vie 
dans des strophes harmonieuses, n'ont pas fait tort aux Satiî'es de 
Gilbert. Son nom est sous la protection d'un regret, et le regret nous 
dispose à l'indulgence. Cependant les Satires de Gilbert méritent 
leur réputation par des beautés durables Ce poète prouve d'ail- 
leurs combien il est difficile à qui s'est défendu de l'illusion publique 
sur les écrivains contemporains, de se défendre de leurs défauts et 
de sauver à la fois de la contagion ses sentiments et son goût. » 
(NisARD, Histoire de la littérature française, liv. IV, t. IV, ch, IV, 
I III, p. 149 sq.) 

Vous montrerez comment la fausse légende de Gilbert mourant 
misérable à l'hôpital nous a disposés à l'indulgence ; puis vous cher- 
cherez dans Mon apologie et dans Le Dix-huitième siècle les qualités 
et les défauts de Gilbert satirique. 

Lectures recommandées : Gilbert, édit. 1802; édit. Nodier, 1840. — Nisard, 
Ouvrage et passages cités. — Villemaix, Tableau de la littérature au 
xviiie siècle, XXI" leçon, t. II, p. 178 sq. — Léqx Levrault, Les Genres littéraires : 
la Satire, p. 97 sq. 



395. Le Brun et Chénier. 

M.\TiÈRE. — Chénier, adressant à Le Brun son ode sur le Serment 
du Jeu de Paume, lui écrivait : « L'auteur voudrait bien n'être pas 
resté entièrement au-dessous de ce noble genre lyrique, que 
M. Le Brun a fait revivre dans to.ute sa grandeur et sa majesté. Il 
n'oublie pas de compter, parmi les études qui lui ont été le plus 
utiles pour développer en lui le peu d'instinct poétique que la 



324 LE DIX-HUITIEME SIECLE. 

nature a pu lui donner, la lecture souvent répétée des odes et des 
autres sublimes poésies que M. Le Brun lui a communiquées autre- 
fois, et dont le recueil, glorieux pour notre langue et pour notre 
siècle, est trop longtemps envié aux regards du public. II le prie 
d'agréer ses très sincères compliments. Ce mercredi 2 mars 1791. » 

Que savez-vous de Le Brun-Pindare ? N'y avait-il dans ces lignes 
de Chénier que des compliments de politesse ? Par quels mérites, 
ou par quels défauts, et dans quelle mesure Le Brun pouvait-il 
mériter ces éloges ? Par quelles qualités le poème sur Le Jeu de Paume, 
malgré ses taches, laisse-t-il loin derrière lui tous les poèmes de 
Le Brun ? 

N. B. — Voir la lettre complète dans l'édition classique des Lettres 
du xvnie siècle de Humbert, p. 28. 

Lectures recommandées : Chénier, Épître à Le Brun; Epitre au marquis 
de Brazais. — M. J. de Chémer, Tableau historique de la littérature française 
depuis J789, édit. 1817, ch, IX, p. 295 sq. — Sainte-Beuve, Portraits littéraires, 
t. I; Lundis, t. V. — L. Bertrand, Za Fin du classicisme et le retour d l'an- 
tique. 

Les Œuvres de Le Brun ont été publiées par Cuignené, 1811, 4 vol. in-8. 

Voir les lectures indiquées aux nos 399 gq^ p^ 326 sq. 

Conseils. — On trouvera une étude très fouillée de l'art de 
Le Brun et de ses rapports avec l'art de Chénier, dans le livre 
cité de L. Bertrand, ch. V : « Les Poeise minores » IV, p. 208 sq. : 
« Peut-être n'a-t-on pas assez dit, affirme M. Bertrand, ce que 
Chénier lui a dû, Cnénier qui a tenu à honneur de s'avouer son 
ami... », et il montre Tinfluence certaine de Le Brun sur Chénier. 



396. Le genre descriptif au XVIIP siècle. 

Matière. — Comment expliquez-vous la vogue du genre descriptif 
au xvme siècle ? 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n" 12 sq., p. 10 sq. 

Histoire de la littérature française publiée sous la direction de Petit de Julie- 
ville, t. VI, ch. XI, article de P. de Julleville, p. 637 sq. — Bertrand, La fin du 
classicisme et le retour d l'antique, ch. V, p. 164 sq., surtout § I ttll. — Bévue 
des cours et conférences, 1902, 1903 : Leçons de M. Faguet sur les poètes du 
xvmo siècle. 

Sur Saint-Lambert, voir Sainte-Beuve, Lundis, \. IX; Sur Boucher, Lundis, 
t. IX ; sur Delille, Lundis, t. II. 



397. Victor Hugo juge de Delille. 

Matière. — Commenter et expliquer ce jugement de Victor Hugo 
sur Delille dans le Conservateur littéraire : « Jacques Delille, dont 



LA POÉSIE. 325 

le cœur renfermait tant de nobles et pures inspirations, gâta son 
beau talent en adoptant un genre qui ne demande que de l'esprit. 
Il se fît le père de la poésie descriptive, et, heureusement pour sa 
gloire, cette création ne fut pas son meilleur ouvrage. Nous préfé- 
rons les vers si touchants de la Pitié, sur les malheurs delà royale 
famille, à toutes les descriptions, peut-être plus riches de poésie, 
que contiennent V Imagination, VHomme des champs et les Trois 
règnes. Delille sera sans doute le chef d'une école; mais ceite école 
sera dangereuse ; le talent s'y égarera, et la médiocrité y trouvera 
un refuge; elle sera de plus inutile : Delille y dominera toujours 
seul, et il ne s'y formera jamais de disciple qui puisse égaler le 
maître. » (V. Hdgo, Le Conservateur littéraire, cité «par Souriau, 
édition de la Préface de « Cromwell », p. 75 sq.) 

Lectures recommandées : Sodriac, édition citée. — Voir les lectures indiquées 
au n° 396. 

Conseils. — On trouvera d'autres passages dans la même 
édition : « Delille, de didactique mémoire, mit le premier chez nous 
cette espèce de poème à la mode. Il était doué d'un talent assez 
remarquable pour séduire ses contemporains. L'admiration qu'avait 
justement inspirée le noble interprète du premier poète de l'antiquité 
n'était point épuisée etdevint comme de droit l'apanage du chantre, 
souvent bien inspiré, des Jardins et de la Pitié. Accueilli avec tant 
d'éclat, le poème didactique acquit en un instant de nombreux 
prosélytes, et dès lors s'opéra une grande révolution littéraire. A 
la cohorte des poètes penseurs et des orateurs métaphysiciens, 
succéda un essaim d'intrépides descriptifs en prose et en vers. La 
poésie, qui ne vit que de sentiments et de transports, ne fut plus 
que la peinture froide et muette d'une nature inanimée. Savoir 
décrire fut la seule qualité qu'on exigea du poète, et tout le secret 
du style consista dans une routine qu'on appela fastueusement Fart 
de peindre. Alors toute la nature en détail fut soumise à la descrip- 
tion la plus sévère, et l'on put dire, avec une rigoureuse vérité, de 
tout poète descriptif : 

Un âne, sous les yeux de ce rimeur maudit. 

Ne peut passer tranquille ; il faut qu'il soit décrit. 

« Mais si le goût s'égare un moment, nous ne pouvons être long- 
temps dupes d'une erreur qui intéresse de si près notre plaisir. 
L'ennui, ce passe-temps auquel on s'accoutume le moins aisément, 
surtout en France, fit bientôt justice de toutes ces productions, 
dans lesquelles unus et aller assuitur pannus, comme l'a dit un 
homme de sens, qui n'était pas plus partisan que nous de ces 
poèmes, qu'il comparait, comme on voit, à l'habit d'Arlequin. » 
(Ibid. p. 76 sq.) 

RousTAN. — Le XVIII^ siècle. 19 



326 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Mais, remarquez que le Conservateur liLléraire a vécu de décem- 
bre 1819 à fin mars 1821. Déjà dans la Préface de « Cromwell » 
Hugo est plus sévère. (Voy. édition Souriau déjà citée.) 

« Hugo n'est pas exclusif, écrit M. E. Dupuy; il reconnaît les 
mérites de Delille, bon ouvrier en vers, poète même parfois, pour 
la durée d'un instant, il est vrai : mais un instant en poésie est 
quelque chose. » (E. Dupuy, La Jeunesse des romantiques : La Jeu- 
nesse dô Victor Hugo, p. 34.) 

Voir le sujet suivant. 



398. Soyons plus justes envers Delille. 

Matière. — Dans la Jeunesse des romantiques, M. E. Dupuy 
remarque qu'Alfred de Vigny, « comme tous ceux qui ont ambitionné 
vers l'année 1820 la gloire poétique de Byron, avait appris les 
rudiments de son métier dans les poèmes de Delille... » II ajoute : 
« On s'aventure peu de notre temps à faire tout le tour des ouvrages 
de Delille : le voyage demande une certaine abnégation. Mais on 
a lu et entendu d'avance tant de jugements exclusifs et impitoyables 
sur la stérile abondance et sur la platitude étudiée de cet auteur, 
qu'on éprouve plutôt un agréable étonnement. On rencontre chez 
lui, au hasard de la route, beaucoup de vers comme ceux-ci... » Le 
critique cite alors un certain nombre de vers, qu'il rapproche des 
« sonates » de Lamartine ou des « rêveries » de Victor Hugo. 
M. Dupuy avait déjà déclaré : « Bien peu de gens aujourd'hui osent se 
compromettre jusqu'au point de ne pas traiter Delille avec mépris. 
Ceux qui l'ont lu (je les crois assez rares) et qui ont eu la surprise 
de découvrir çà et là, à travers les pavés de ses descriptions, une 
agréable fleur, mieux que cela, de vrais brins d'herbe, auront quel- 
que plaisir à savoir que Victor Hugo portait sur l'auteur des /a?^(Zms 
ce jugement si fin et si mesuré... » [La Jeunesse des Romantiques, 
p. 34 sq., p. 302 sq.) Sans pousser l'abnégation jusqu'à faire le tour 
des ouvrages de Delille, cherchez dans \q?, Extraits on les Morceaux 
choisis, des vers harmonieux, ou délicats, des vers de « poète » en 
un mot, dont vous ferez sentir les beautés. 



399. Portrait d'André Ghénier. 

MATiiiKE. — M. René Doumic remarque, après tant d'autres, j^u'il 
s'est constitué une légende autour d'André Chénier. Pouvez-vous, au 
moyen des œuvres en prose et en vers de Ghénier, et aussi au 
moyen des témoignages précis que nous avons, tracer un portrait 
du poète qui n'emprunte rion à la légende ? 

Lectures recommandées : La «neillcure édition est celle de Becq de t'ouquières, 
1888 (la dernière). - AitEr. Lkihanc, Œuvres inédites de Chénier (Revue de 



LA POÉSIE. 327 

Paris, 15 octobre, 15 novembre 1899) ; Fragments inédits de Chénier {Revue 
d'histoire littéraire, 1901). — P. Dimoff, Œuvres complètes d'André C/iénier, 
publiées diaprés les manuscrits (Delagrave). 

Œuvres choisies, édit. Humbert (Garnier), Rebelliau (Hachette), Becq de Fou- 
quières (Delagrave ), Manuel (Flammarion). 

H. DE Latouche, Notice de l'édition de 1819 (voir les articles du temps : — Articles 
favorables, années 1819 sq. : articles de Loyson dans le Lycée français, de 
Raynouard dans le Journal des Savants, de Népomucène Lemercier dans la 
Revue encyclopédique : — Articles défavorables : Le Journal des Débats, 
31 août et 6 octobre 1820 (Journal catholique d'inspiration ; critique dramatique : 
Geoffroy; critique littéraire : l'abbé de Féletz). — De Latouche, La Vallée aux 
loups. — V'. Rtjgq, Littérature et philosophie mêlées (\oir l'édition Souriau de la 
Préface de « Cromwell »). — Sainte-Beuve, Tableau de la littérature française 
au xviiie siècle : Mathurin Régnier et A. Chénier; Portraits littéraires, t. I ; 
Portraits co7itemporains,iA\, V; Lundis, t. IV; Nouveaux Lundis, t. V. — 
ViLLEMAix, Tableau de la littérature française au xvui" siècle, LVIIIe le(;on. 
t. IV, p. 288 sq. — NisARD, Histoire de la littérature française, liv. IV, t. IV, 
ch. IV, I IV, p. 151 sq. — G. de Chémer, La Vérité sur la famille de Chénier. — 
Becq de Fouquières, Notices des éditions de Chénier ; Documents nouveaux sur 
André Chénier; Lettres critiques sur la vie, les œuvres, les ma?iuscrits 
d'André Chénier. — Egger, L'Héllénisme en France, leçons XXXI et XXXII. 
t. II. — ScHERER, Études stir la littérature contemporaine, t. V, p. 1 sq. — 
Caro, La Fin du xviiie siècle, t. II, ch. VII sq., p. 206 sq. — P. Albert, La Litté- 
rature française au xixe siècle, t. I : Chénier, p. 75 sq. — .Anatole France, 
La Vie littéraire, t. I et II. — E. Faguet, Le Dix-huitième siècle : Chénier, p. 499 
sq.; André Chénier (Hachette, 1902). — Bruxetière, L'Evolution de la poésie 
lyrique au xixe siècle, 2e leçon ; L'Evolution des Genres, 5e leçon. — Maurice 
Albert, La Littérature française sous la Révolution, l'Empire et la Restau- 
ration, ch. III, p. 41 sq. — Haraszty, La Poésie d'A. Chénier, traduit du 
hongrois par l'auteur. — J. Lemaitre, Les Contemporains, t. II : Leconte de 
Lisle, p. 7 sq. — Morillot, André Chénier {Classiques populaires). — H. Po- 
tez, L'Elégie en France avant le romantisme, ch. V. — Bertrand, La Fin 
du classicisme et le retour à l'antique, ch. VI et IX. — J. Bertheroy, Eloge 
d'André Chénier. — P. Giachant, A?idré Chénier critique et critiqué. 

Brunetière, Manuel de l'histoire de la littérature française, p. 367 sq. — 
E. Herriot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXIV, p. 755 sq. — 
E. Lintilhac, Précis historique et critique de la littérature française, ch. XI, 
p. 287 sq. — G. Lansox, Histoire de la littérature française, 5e partie, liv. V, 
ch. m, p. 835 sq. — G. Pellissier, Précis de l'histoire de la littérature fran- 
çaise, 4e partie, ch. IX, p. 384 sq. 

R. DocMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXIII, § III, p. 467 sq. — 
R. Canat, La Littérature française par les textes, ch. XX, § III, p. 483 sq. — 
L. l,rvRAri.T, Les Genres littéraires ; la Poésie lyrique, ch. III, p. 97 sq. 



400. Un jugement de Chénier. 

Matière. — « De toutes les nations de l'Europe, disait Chénier. 
les Français sont ceux qui aiment le moins la poésie et s'y con- 
naissent le moins. » 

Expliquer ce jugement et discuter. 



328 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Conseils. — « Expliquer », dit la matière, et cela signifie : Gom- 
ment Ghénicr, à la fin du xvin^ siècle, pouvait-il écrire ces lignes ? 
« Discuter » ajoute la matière, et cela signifie : La littérature fran- 
çaise jusqu'à Ghénier justifiait-elle cette affirmation ? Ghénier ne 
voyait-il donc que la littérature de son temps ? Il serait injuste de 
le blâmer de n'avoir pas prévu le développement de la poésie au 
xixe siècle, mais il est intéressant de se demander quels poètes il 
connaissait et quels poètes il aimait. Du moins a-t-on le droit de 
lui reprocher d'avoir méconnu un certain nombre des qualités de 
l'esprit français?... Ne vous hâtez pas de conclure ainsi, et lisez notam- 
ment : l'Hymne à la Justice ou Hymne à la France (édit. Humbert, 
p. 64 sq.). 



401. Les maîtres d'André Ghénier. 

Matière. — Quels sont les maîtres d'André Ghénier? 

Lectures recommandées : Voir les éditions Becq de P'ouquières citées au 
n» 399. 

402. « L' Invention ». 

Matière. — Après avoir noté l'importance du poème de l'Inven- 
tion, vous chercherez de quelle école ce poème est le manifeste et 
vous vous demanderez s'il définit exactement l'art d'André Ghénier. 

Plan proposé : 

Exorde : Importance du poème de l'Invention. Sorte de 
Préface de V Hermès. Ghénier veut rivaliser avec Lucrèce : le 
De natura rerum du xviii^ siècle, ou la Somme de la science 
moderne. L'Hei^mès « objet le plus cher des veilles de dix ans » 
(Épilogue). Longues études de Ghénier. 11 éprouve le besoin 
de préciser la méthode littéraire qu'il veut suivre. De là, 
VInvention. Deux questions : 

I. De quelle école ce po«>me est-il le manifeste? 

II. Définit-il exactement l'art de Ghénier? 

I 

1° — Pour la forme, le poème est tout à fait classique. Si nous 
laissons de côté la valeur singulière de quelques épithètes, 
que les classiques n'auraient ni cherchées, ni trouvées, une 



LA POÉSIE. 329 

abondance d'images qu'on rencontrerait difficilement au 
xvn« siècle, le poème peut être à la fois de Racine, de Boileau 
et de La Fontaine : 

a) Par les qualités : quelques citations bien choisies; 
h) Par les défauts : 

Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronnée,... 
Quelle nouvelle attaque et plus forte et plus dure ? 

(épithètes, élégances, etc.). 

2° — Pour le fond, l'impression générale est trouble. Raison 
majeure : cette poétique est écrite avant les œuvres qu'elle doit 
justifier. Elle n'est pas le résumé des œuvres antérieures. 
A rheure oii elle est composée, Chénier est ballotté entre des 
sentiments divers. Les Anciens et les Modernes à la fin du 
xvm^ siècle (Voy. Bertrand, ouvrage cité). La composition 
laisse à désirer. Groupons les idées logiquement. 

3° — a) Le poème s'ouvre par une protestation contre les 
imitateurs. Analyse rapide du passage : 

L'esclave imitateur naît et s'évanouit... 

Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise. . . 

Si les Anciens ont été grands, c'est qu'il* ont bâti des colonnes 
nouvelles. Faisons comme eux, et soyons les ennemis de toute 
servitude. 

b) Pour cela, remarquons que les œuvres les plus admirées 
sont celles qui ont en dépôt les mœurs, les sciences, les cou- 
tumes des siècles où elles ont paru. Or, tout cela a changé. Ce 
sont nos coutumes, nos sciences, nos mœurs, qui doivent être 
en dépôt dans les nobles volumes de notre époque. Toricelli, 
Newton, Kepler, Galilée, Bufîon, Bailly, Cassini ont transformé 
l'antique univers. Soyons de notre temps. Que sont les Jasons 
de la Grèce auprès des hardis navigateurs qui ont découvert 
une Cybèle neuve ? C'est la civilisation contemporaine qui doit 
nous fournir nos sujets. 

4'* — Ces sujets, d'après quelle méthode littéraire devrons- 
nous les traiter? Précisons la théorie de l'invention. 

a) Le poète, s'il est soulevé par fenthousiasme philosophique 
et poétique, doit cependant avoir pour règle suprême : la 
raison. Ce n'est ni l'imagination ni la sensibilité qu'il prend 
pour guides. 



330 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Inventer ce n'est pas, dans un brusque abandon, 
Blesser la vérité, le bon sens, la raison.... 

Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui 
Qui peint ce que chacun peut sentir comme lui. 

6) L'artiste, quand il invente, ne quitte pas des yeux la 
nature ; 

c) Ou bien il travaille sur le même plan que la nature, 
mais il introduit dans ce plan plus de cohérence, de logique, 
de clarté; il n'altère pas la nature; il la rend plus « une », 
plus achevée ; 

d) Ou bien il emprunte à la nature les éléments qu'elle a 
disséminés çà et là dans vingt objets différents, et les associe 
en une image belle et harmonieuse. 

Nous sommes, on le voit, en pleine théorie classique. Sans 
doute, les écrivains du xvn*^ siècle n'ont pas songé à la nature 
extérieure; d'autre part, la littérature classique était trop 
mondaine pour que la science pût y pénétrer au xvn*' siècle. 
Sans doute aussi, Boileau n'aurait pas admis cette juxtapo- 
sition de beautés de détail destinées à former une œuvre 
unique. Mais tout le reste pourrait prendre place dans Y Art 
Poétique, 

5° — a) N'est-ce pas aussi un classique qui écrit les vers 
souvent cités sur la distinction des genres, que les Anciens ont 
consacrée de leur autorité : 

La nature dicta vingt genres opposés... 

b) et qui, après le passage où la vie est promise aux seuls 
inventeurs, ajoute que les élèves de Sophocle et d'Eschyle, 
Corneille, Racine, Voltaire, ont par leurs imitations de l'anti- 
quité donné à la tragédie française une gloire éclatante? 

6° — Arriverons-nous aux mêmes remarques si nous passons 
de la théorie de l'invention à celle de l'imitation des Anciens? 
Chénier se pose en effet cette question : les mœurs des Anciens 
n'étaient-elles pas plus favorables que les nôtres aux beaux- 
arts? Chénier pense nettement qu'il en est ainsi, mais, dit- 
il, allons chez eux retrouver les modèles, voyageons dans 
leur âge, pénétrons-nous des beautés de leur civilisation : 

Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre, 
Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre; 
Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs; 
Pour peindre notre idée, empruntons leurs couleurs. 



à 



LA POÉSIE. 331 

Allumons nos flambeaux à leurs feux po étiques, 
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques. 

Nombreuses discussions sur ce dernier vers. Il semble bien 
qu'il signifie : Soyons nouveaux, modernes, par le fond, — et 
antiques, par la forme. 

7° — Cela se voit mieux encore par la suite. Le fond même 
de la poésie contemporaine, tiré des découvertes récentes, 
n'est pas inférieur au fond des poésies antiques, pour qui veut 
parler à la sensibilité et à l'imagination. Les vérités scienti- 
fiques sont traduites en un langage obscur, et le peuple les 
ignore. Ce sera pour le Lucrèce moderne un aiguillon de plus; 
de là un beau développement, plus éloquent que décisif, mais 
dans lequel Chénier ne parle que des idées mêmes, et qui 
aboutit à un passage dans lequel il nous montre bien comment 
sur des pensers nouveaux doivent être faits ces vers antiques : 

... En langage des dieux faisons passer Newton. 

8° — Ceci alors n'est plus du classicisme, c'est déjà du 
pseudo-classicisme. S'il y a quelque chose d'artificiel dans ce 
procédé, nous ne devons pas en être étonnés. « En prêchant 
l'imitation exacte des Anciens, plus exacte que celle des grands 
classiques et plus exclusive, Chénier a creusé davantage l'abîme 
qui sépare la réalité moderne de la forme antique. C'était 
contraindre cette réalité à un travestissement qui ne peut se 
réaliser qu'aux dépens de la vérité. Enfin comme une forme 
antique appelait logiquement un fond également antique, 
c'était s'exposer à démentir soi-même son principe et à en 
venir, comme Goethe, à une poésie antique par le fond comme 
par la forme. » (Bertrand, ouvrage cité, p. 274.) Sauf une res- 
triction pour les derniers mots, le jugement est vrai. 

Conclusion : Vlnvention est le manifeste d'un classique, 
mais d'un classique de la fin du xvine siècle, du siècle de 
BufTon et de l'abbé Barthélémy. La portée de l'Invention doit 
être bien réduite. 

11 

En revanche, le poème définit-il exactement l'art de Chénier ? 

1° — Il est clair qu'il s'applique assez bien à ce que nous 
avons de V Hermès et de V Amérique. 

a) Sujets modernes. — Histoire allégorique des progrès de 
fespèce humaine, apothéose- de la raison, idée du progrès 
indéfini, de l'unité de la science, attaques contre les religions. 



332 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

L'Hermès et la Préface de V Enyclopêdie et le Tableau des progrès 
de Vesprit humain. 

a] «Histoire du monde » et « géographie du monde ». — Le 
poète se propose de « décrire de côte en côte absolument toute 
la géographie du globe aujourd'hui connu ». 

6) Vers antiques. — Notes de Ghénier : « Expliquer cela 
comme Lucrèce au livre 111. C'est ainsi que l'on fit tels ou tels 
dogmes, tels ou tels dieux ». Influence de Lucrèce pour le 
fond et pour la forme. Le titre du poème. De même, imitations 
antiques dans V Amérique. Tout cela d'ailleurs eût été plus 
curieux peut-être que poétique. Mélange d'éléments divers : à 
côté de Dieu et des anges fabriquant le tonnerre, on aurait eu 
des souvenirs mythologiques, etc. 

c) Vers modernes. — Mais, à côté, les passages les plus par- 
faits eussent été ceux où le fond et la forme auraient été fran- 
chement modernes. Quelques exemples. Comment l'inspira- 
tion de Chénier l'entraîne plus avant que ses théories : Ché- 
nier précurseur du xix^ siècle. 

2° — Mais le poème de llnvention ne caractérise-t-il pas en 
même tempsl'art du poètedes É/eg^/es .^ Est-il vrai que,avantce 
poème, Chénier ait fait des vers nouveaux sur des sujets anti- 
ques? Y a-t-il opposition entre les deux manières de Chénier? 

a) Part de vérité dans cette affirmation. Montrer que l'imita- 
tion de Chénier porte très souvent, dans sa première manière, 
sur le fond comme sur la forme. Démonstration facile. Mais il 
faut se garder d'exagérer, et de croire qu'il n'y a dans les 
Élégies que des pensers antiques. 

b) 11 est faux que son imitation laisse dans les Élégies peu 
de place à l'inspiration personnelle et moderne : 

b') Sincérité des Élégies. Les confidences. M. Gabriel de Ché- 
nier a vainement tenté de les attribuer toutes à l'imagination 
du poète. L'homme du xviu'-' siècle, le sensuel, l'épicurien.... 

b") Les idées du xvni« siècle dans les Élégies, les sentiments 
de l'époque et les Idylles : l'Aveugle, le Mendiant, la Liberté. 

b'") Rapide analyse de VÉpître à Le Brun qu'on oppose à 
V Invention. Comment certains vers de la première pièce pour- 
raient prendre place dans la seconde : 

De ce mélange heureux l'insensible douceur 
Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. 

3° — 11 est permis de dire que les procédés de travail du 
poète sont restés sensiblement les mêmes. Les manuscrits de 



LA POÉSIE. 333 

Chénier. Travail de marqueterie : procédé des Alexandrins, 
que Chénier a tant admirés. Quelques fiches de Chénier. Com- 
ment il a presque toujours imité par le dehors. C'est un art 
très composite, et qui serait de Talexandrinisme, si le poète 
n'était pas vraiment un Grec d'origine, d'éducation, de tempé- 
rament. 

4° — Toutefois, poète philosophe, Chénier se serait sans 
doute servi moins constamment de cette méthode de prépara- 
tion. Mais il n'y a pas un abîme entre le Chénier des Élégies et 
celui de VHermès. Le poète, parvenu à sa maturité, a eu de 
son art une conception plus haute ; ses idées ont évolué. « Si 
j'avais vécu dans les temps antiques, lisons-nous dans un 
canevas, je n'aurais point fait des arts d'aimer, des poésies 
molles, amoureuses.... » L'âge venu, il a dit adieu à l'élégie, et 
il a pensé à renouveler Finspiration moderne. Mais s'il a évolué, 
il n'est pas passé successivement à deux théories et à deux 
arts contradictoires. 

Conclusion : Le poème de V Invention eût-il été, comme on l'a 
dit, la Préface de « Cromwell » des néo-classiques ? En tout cas, 
il affirmait le classicisme d'une façon un peu différente. Moins 
libéral que VArt Poétique de Boileau, il rétrécissait encore à 
certains égards la doctrine du xvn^ siècle. Il l'élargissait 
d'autre part très puissamment en ébauchant la doctrine de 
l'évolution. Les théories qu'il renferme, Chénier commença 
à les appliquer dans ses épopées scientifiques, sans qu'on 
puisse dire qu'elles étaient absolument nouvelles dans sa vie 
littéraire et qu'elles n'avaient pas été esquissées dans les 
œuvres qui avaient précédé celles-là. 

403. « Sur des pensers nouveaux.... » 

Matière. — Que signifie ce vers d'André Cliénier : 
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques? 

Conseils. — Sujet ainsi posé au baccalauréat, et pour lequel on 
devra se reporter au numéro précédent. 

404. « L' Aveugle » et la poésie homérique. 

Matière. — L'Aveugle est un poème « antique » : pout-on dire 
que ce soit un poème « lioniérique w.etque Chénier ait retrouvé lart 
des anciens aèdes de l'Hellade ? 

19. 



334 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lectures recommandées : N.-B. Pour ce sujet et les suivants consulter l'édi- 
tion Becq de Fouquières. 

Sources de l'Aveugle : Vie d'Homère (faussement attribuée à Hérodote). — 
Hymnes homériques (pass. et notamment Hymne à Apollon), Œdipe à Colone, 
(début). — Odyssée, chant VI. — Ovide, Métamorphoses, XII. 

Plan proposé : 

Exorde : V Aveugle est un « poème antique ». Chénier a-t-ii 
réussi à faire revivre la poésie des Homéricles? 

I 

10 — Condensation des souvenirs homériques : Odyssée, 
Iliade, légendes des Centaures et des Lapithes, tout ce que les 
Grecs croyaient de l'origine de la poésie, etc. ; que de choses 
qui nous rappellent les Homérides ! 

2° — Sans doute, mais il y a « trop » de choses. Le récit 
homérique n'a pas cette allure : il est large, abondant; un âède 
n'est jamais pressé. Chénier a l'air de vouloir faire tenir en 
quelques pages très courtes la matière des 48 chants de Vllliade 
et de VOdyssce. 

Il 

1° — L'intérêt de l'Aveugle est surtout plastique ; il l'est 
presque exclusivement. C'est un intérêt éminemment artis- 
tique : les groupes, les attitudes, les gestes; les sujets de 
tableaux pittoresques. 

20 — La poésie homérique est avant tout une poésie 
humaine. (Cf. Roustàn, La Composition française : Narration, pas- 
sim.) Prendre des exemples : la mort d'Hector, ou les adieux 
d'Andromaque et d'Hector, ou l'épisode de Nausicaa, ou tel 
autre qu'il vous plaira de choisir. La moins humaine des 
légendes grecques est celle des Centaures ; Chénier la choisit 
et en laisse de côté la partie humaine. 

III 

D'ailleurs, il y a autre chose que des souvenirs homériques 
dans l'Aveugle : 

10 — Imitations de la Vie d^Homère (faussement attribuée 
à Hérodote), des Hymnes homériques, mais aussi d'Œdipe à 
Colone (début). 



LA POÉSIE. 335 

20 — La cosmogonie est tirée de Virgile, et la fin d'Ovide. 
L'antiquaire et l'érudit dans André Chénier. 

IV 

Que reste-t-il à faire, après lui, pour qui voudra se rapprocher 
encore de l'hellénisme des Homérides? 

10 — Alléger le fond, et diminuer cette condensation 
extrême. La même faute se retrouvera dans les successeurs de 
Chénier ; voyez la Femme adultère de Vigny (la couleur locale, 
la campagne, la ville, la maison, le mobilier, etc.) ; ou bien la 
Samaritaine de M. Rostand où en trois tableaux sont pressés le 
plus grand nombre possible de paraboles tirées de l'Evangile, 
et le plus grand nombre de miracles. Mais Leconte de Liste, 
lui, choisit un épisode, et s'y tient, suivant le procédé des 
anciens aèdes. 

20 — Dégager la valeur humaine de la légende ; s'intéresser 
aux récits non seulement par ce qu'ils ont de plastique 
mais par ce qu'ils ont d'éternellement vivant. La légende 
d'Hylas est pour Chénier l'occasion d'un tableau antique. Pour 
Leconte de Liste, elle est l'occasion d'une élude psychologique : 
comment naît l'amour d'Hylas, l'été, le paysage^ les premiers 
mots de tendresse, etc. ; et aussi l'occasion de montrer com- 
bien aucun sentiment ne résiste à l'amour, ni le devoir, ni 
l'amitié, etc. 

Conclusion : Beaucoup de choses antiques dans V Aveugle, 
(le vieillard et l'enfant, les propos, le repas, la procession 
finale), mais ce n'est pas la poésie homérique, simple et pro- 
fondément humaine. 11 y a cependant quelque chose d'homé- 
rique : c'est l'ensemble grandiose de ce tableau, et un véri- 
table sentiment de la beauté pittoresque que le poète nous a 
révélée. 

405. Deux « antiques » : Fénelon et Chénier. 

Matière, — Villemain écrit : « Le charme de Chénier est surtout 
dans ces pièces inventées d'après les Grecs, dans ces idylles retrou- 
vées, où l'imagination seule s'est donné l'émotion immédiate et pit- 
toresque d'un temps qui n'est plus... N'oubhonspas cette idylle qui, 
comme V Aristonoûs de Fénelon, semble une page d'un manuscrit 
grec, mais traduite par quelque chose de mieux qu'un moderne, 
cette touchante et sublime idylle de V Aveugle. » (Yillem.\in, Tableau 
de la littérature au win^ siècle, lviii® leçon, t. IV, p. 305, sq.) 



336 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Vous rapprocherez Chénier et Fénelon, et notamment l'Aînsto- 
noiis et l'Aveugle. 

Lectures recommandées : M. Roustan, La Littérature française par la dis- 
sertation, t. I, sujets 511 sq., p. 401 sq., surtout sujets n» 526 et 527, p. 411 sq., 
et 417 sq. 



406. Les « Centaures » de Chénier et de Heredia. 

Matière. — Comparer le combat des Centaures et des Lapithes 
dans l'Aveugle de Chénier (édit. classique, Humbert, vers 215 sq., 
page 17 sq.) avec le sonnet de Heredia qui commence ainsi : 

La foule nuptiale au festin s'est ruée, 
Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux; 
Et la chair héroïque au reflet des flambeaux, 
Se mêle au poil ardent des fils de la nuée. 

{Les Trophées, édit. Lemerre, p. 11.) 

Lectures recommandées : Voir noire tome III, ch. II, § VII. 



407. Chénier n'a-t-il fait qu'un travail 
de « marqueterie » ? 

Matière. — « Qu'on étudie d'un peu près le Jeune malade, le plus 
vanté de tous les poèmes de Chénier, on y trouvera un véritable 
pot-pourri des souvenirs classiques ; on verra que Chénier y est 
préoccupé uniquement du souci de placer des réminiscences et des 
expressions. D'idée intéressante il n'y en a pas. Et pourtant le sujet 
était beau : c'est l'amour dans ce qu'il a de plus violent et de plus 
terrible. Il suffit de songer à Virgile et à Racine, les deux modèles 
de Chénier, pour sentir la banalité de son développement.. Il en est 
exactement de même dans les autres pièces... » (Bertrand, La fin du 
classicisme et le retour à V antique, c\\. VI : André Chénier, p. 270 sq.) 

Que pensez-vous de ce jugement sévère ? 

Conseils. — M. Bertrand n'est pas le seul critique qui ait très 
sévèrement jugé le Jeune malade (Cf. Haraszty, Ouvrage cité). 
D'autres au contraire ont défendu ce poème, où les imitations de 
Sophocle, d'Euripide, de Virgile, etc., (voyez les noies de Bccq de 
Fouquières) se trouvent à côté des imitations de la Phèdre de 
Racine. Relisez attentivement la pièce, et si vous y remarquez en 
effet un pathétique un peu artificiel par endroits, une sentimenta- 
lité un peu mignarde et dans le goût du xviii" siècle, des imitations 
de Racine i\\i\ ont le tort de trop nous rappeler le modèle, etc., peut- 
être remarquez-vous aussi : l'habileté de la narration, la plasticité 



LA POÉSIE. 337 

de certains couplets, la vérité de l'émotion, le sentiment de l'anti- 
quité très profond, la fraîcheur des paysages .antiques, etc.. Vous 
arriverez à des conclusions que vous pourrez étendre car les 
derniers mots de la matière vous invitent à dégager de votre travail 
des conclusions générales : « Il en est exactement de même dans les 
autres pièces... » (Cf. Roustan, La Composition française : la Dis- 
sertation littéraire, Invention, ch. II, p. 17 sq.) 



408. Ghénier et Pindare. 

Matière. — ■ On a dit que le Dithyrambe sur le Jeu de Paume 
rappelait, plus peut-être qu'aucune autre composition lyrique de 
notre langue, les odes de Pindare. Qu'en pensez-vous ? 

Lectures recommandées : Max Egger, Histoire de la littérature grecque, 
2e période, ch. I, | VI. p. 102 sq., et bibliographie, p. 111. — A. Croiset, La Poésie 
de Pindare et les lois du lyrisme grec. — J. Girard, Etudes sur la poésie 
grecque (Pindare). 



409. Ghénier disciple de J.-J. Rousseau 
dans « La Liberté ». 

M.\TiÈRE. — L'idée du poème la Liberté est une idée philosophique, 
empruntée à Rousseau. Montrez-le, tout en indiquant quel parti le 
poète a su en tirer. 

Lectures recommandées : Voir les lectures indiquées aux n»» 277 sq., p. 225 sq. 

410. Ghénier poète des « ïambes >>. 

Matière. — Qu'est-ce que Ghénier appelle l'iaiiibe ? Connaissez- 
vous quelques-unes de ses poésies, écrites dans ce mètre, et com- 
ment dans ces poèmes le rythme est-il d'un secours puissant pour 
la pensée ? 

411. Ghénier plus artiste que poète. 

Matière. — Un critique contemporain a dit de Ghénier qu'il était 
plus artiste que poète. Qu'est-ce que cela signifie, et quelle est votre 
opinion ? 

Conseils. — Lisez attentivement la matière et voyez : M. Rous- 
tan, La Composition française: la Dissertation littéraire, Invention, 



338 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

ch. I, sq., p. 5 sq.), Vous distribuerez facilement vos idées sous 
deux grandes rubriques : l'une contiendra une partie générale (Cf. 
La Littérature française par la dissertation, t. IV, Sujets généraux), 
l'autre renfermera des observations sur Ghénier. 



412. Les vers de Chénier sont amis 
de la mémoire et de l'oreille. 

Matière. — « Les vers sont faits pour être retenus, écrit M. Faguet, 
et pour nous accompagner enchantant dans notre tête, quand nous 
allons nous promener. Les vers latins, les vers grecs ont presque 
tous cette vertu ; les vers français ne l'ont pas toujours... Les vers 
« amis de la mémoire », comme a dit excellemment Sainte-Beuve, 
sont seuls, à proprement parler, des vers; parce que, s'ils sont amis 
de la mémoire, c'est qu'ils sont amis de l'oreille. » (Faguet, 
Dix-huitième siècle .«'André Ghénier, § V, p. 512 sq.) 

Par une étude de la Jeune Captive et de la Jeune Tarentine, vous 
montrerez que Ghénier a eu cette faculté d'écrire des vers amis de 
la mémoire, c'est-à-dire amis de l'oreille, « cette faculté poétique 
qui n'est pas toute la poésie, et tant s'en faut, mais qui en est une 
partie essentielle, à un degré tout à faitsupérieur et extraordinaire ». 
(IbicL, p. 524.) 

413. Ghénier versificateur. 

Matière. — « Ceux qui veulent faire d'André Ghénier le précur- 
seur de la nouvelle école poétique n'abordent, en réalité, qu'une 
discussion purement littéraire : c'est la forme, la langue, et surtout 
la prosodie du poète qui, seules, peuvent leur offrir des arguments 
à l'appui de leur thèse. Oui, il n'est pas douteux que le vers d'André 
Ghénier n'a rien qui rappelle les vers des poètes contemporains, de 
Delille, par exemple ; qu'il a une harmonie, une variété, une p^'éci- 
sion, une couleur, une hardiesse inconnues jusqu'alors, et qui trans- 
portèrent d'aise les romantiques. » (Maurice Albert, La Littérature 
française sous la Révolution, l'Empire et la Restauration : André 
Ghénier, p. 42.) 

Vous discuterez ce jugement, et, sans vous attarder à examiner 
longuement la question de savoir si Ghénier est un précurseur de 
la nouvelle école poétique, vous chercherez principalement : l'' s'il 
est vrai de dire que le vers de Ghénier « n'a rien qui rappelle les 
poètes contemporains » ; 2° quels sont les procédés par lesquels 
Gliéni(îra reriouvcl(' la versification française ? 

Lectures recommandées : Ajouter aux lectures indiquées aux n"» 309 s([., Mau- 
iiicK SouniAU, L'Evolution du vers français au xvii» siècle. 



LA POÉSIE. ■ 339 

414. André Chénier n'appartient qu'au 
XVIII^ siècle. 

Matière. — Expliquer et discuter ce passage d'Anatole France : 
« Loin d'être un initiateur, André Chénier est la dernière expression 
d'un art expirant. C'est à lui qu'aboutissent le goût, l'idéal, la 
pensée du xvirie siècle. Il résume le style Louis XVI et l'esprit 
encyclopédique. Il est la fin d'un monde. Voilà précisément pour- 
quoi il est exquis, pourquoi il est parfait. Certes, il est achevé. 11 
achève un art et n'en commence aucun autre. Il ferme un cycle. Il 
n'a rien semé, il atout moissonné 

« Il ne devine, il ne pressent rien du nôtre. Novateur, personne 
ne le fut moins, il est étranger à tout ce que l'avenir prépare. Rien 
de ce qui va fleurir n'est en germe en lui. C'est un vrai contempo- 
rain de Suard et do Morellet. Il n'a soupçonné ni le spiritualisme, 
ni la mélancolie de René, ni l'ennui d'Obermann, ni les ardeurs 
romanesques de Corinne. Il n'a prévu ni les curiosités métaphy- 
siques ni les inquiétudes littéraires qui entraînaient M™^ de Staël 
et Benjamin Constant vers l'Allemagne. Il a vu jouer Shakespeare à 
Londres, et il y a moins compris que n'avaient fait Voltaire, 
Letourneur et Ducis. Le feu qui court dans ses veines n'est pas la 
flamme subtile qui dévora Werther. Il ne porte pas en lui le grand 
vague, le malaise infini des temps nouveaux. Il n'est point épris de 
cette folie, de gloire et d'amour qui va saisir Ip.s enfants de la Révolu- 
tion. Il n'a aucune des aspirations de l'esprit moderne. On citerait sans 
peine des vers de Lemierre, de Millevoye, de Fontanes, de Chene- 
dollé, qui nous touchent de plus près que les siens par le ton, 
l'accent et le sentiment. Il est le moins romantique des poètes. 
Lamartine l'a bien senti malgré son peu de critique et d'étude En 
cette jeune victime de la Terreur il a flairé, avec la certitude de 
l'instinct, l'adepte, le séide de ce xvni« siècle abhorré, l'ennemi. » 
(A. France, La vie littéraire, t. II, Anthologie, p. 228 sq.) 

415. Gliénier est le dernier des poètes classiques. 

Matière. — Expliquer et discuter cette opinion de M. Faguet : 
« L'on représente encore quelquefois Chénier comme un précurseur 
de la littérature moderne. C'est une erreur absolue. C'est le dernier 
des poètes classiques de son temps en ce qu'il l'était véritablement 
et remontait aux sources au lieu de contrefaire des imitations ; 
mais il est classique exclusivement, sans avoir même le soupçon 
des sentiments, passions et états d'esprit qui seront familiers à 
Chateaubriand, à Vigny, à Lamartine et par conséquent à Hugo. 
Le mot à retenir, c'est celui où Sainte-Beuve avait fini par en venir 



340 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

après avoir longtemps dit sur Ghénier des choses moins justes : 
« C'est notre plus grand classique en vers depuis Racine. » (Faguet, 
Dix-liuitième siècle : André Ghénier, | VII. p. 530 sq.). 



416. Gomment les romantiques se sont-ils 
réclamés de Ghénier? 

Matière. — Baour-Lormian apostrophait ainsi les romantiques : 
« Nous, nous datons d'Homère, et vous d'André Chénier», et c'était 
bien là une idée acceptée chez les romantiques aussi bien que chez 
leurs adversaires. Sainte-Beuve la proclamait dans la « Préface » des 
Pensées de Joseph Delorme et dans son article sur Malhujnn Régnier 
et André Chénier, où le poète de V Aveugle était salué comme le 
précurseur des romantiques. (Cf. Premiers Lundis; Portraits con- 
temporains, I et V.) 

Gomment expliquez-vous que Ghénier ait pu être salué par la 
nouvelle école comme un maître et un précurseur ? 

Conseils. — Ge sujet est très « spécial », et il est nécessaire de 
voir attentivement ce qui est demandé par la matière (Gf. Roustan, 
La Composition française : Invention, ch. I sq., p. 5 sq.). Il ne 
s'agit pas de montrer après Brunetière, M. Faguet, etc.. qu'il 
« n'y a rien de plus faux » que celte opinion des romantiques : 
il s'agit de 1' « expliquer », c'est-à-dire de replacer l'opinion à 
l'époque même où elle s'est formée, et d'exposer les raisons 
pour lesquelles elle s'est formée. Donc reportez-vous aux dates. 
Demandez-vous d'abord comment un homme de lettres pouvait, 
en 1819, juger l'édition donnée par Latouche, et comment de 
181!) à 1829 environ, les efforts des poètes novateurs devaient 
apparaître à tous comme s'exerçant dans la même direction que 
ceux de Ghénier. Et vous serez tout naturellement conduits à 
élargir le sujet (Gf. Roustan, La Composition française : la Disser- 
tation littéraire, Invention, ch. II, p. 17 sq.), et à vous demander 
si, dans les années qui suivirent, Sainte-Beuve ne fut pas amené à 
Topiniondiamétralementopposée; vous conclurez que Baour-Lormian 
lui-mémen'auraitpas consenti à répéter le vers par lequelil prétendait 
marquer une séparation absolue entre les classiques et les romantiques. 

Pian proposé : 

Exorde : Position de la question. Classiques et romantiques 
furent dès le début d'accord sur ce point : André Chénier 
était considéré comme le précurseur des romantiques. 

1° — Démonstration par les textes. 



à 



LA POÉSIE. 341 

2° — Comment nous devons nous représenter les roman- 
tiques : 

a) Liste dressée par Stendhal : «- Lamartine, Béranger, de 
Bavante, Fievée, Giiizot, Lamennais, Cousin, général Foy, Fau- 
riel, Daunou, Paul-Louis Courier, Benjamin Constant, de 
Pradt, Étie7ine, Scribe. » Discuter rapidement quelques-uns des 
noms signalés. 

b) Loi littéraire : une école littéraire ne s'affirme pas, dès les 
premiers jours, avec une netteté absolue et une clarté déci- 
sive. (Cf. Boileau, critique littéraire dans les Satires, etc. : 
Roustan, La Littérature française par la dissertation, 1. 1^*", sujets 
n°* 470 sq., p. 372 sq.) « Une nouvelle école littéraire ne se 
démêle pas elle-même et ne démêle pas ses véritables repré- 
sentants au moment qu'elle naît. » (Faguet, op. cit., p. 173 sq.) 

c) Du moins, une nouvelle école littéraire se démêle peu à 
peu et démêle ses véritables représentants, à mesure qu'elle 
précise son œuvre critique et négative. Le classicisme et les 
précieux; le classicisme et les grotesques. Le romantisme 
s'affirme de jour en jour plus fortement, en prenant le contre- 
pied du classicisme. (Cf. Roustan, La littf^rature française par 
la dissertation, t. 111, ch. II, § I.) 

Dès lors, on appelle romantique « tout ce qui ne ressemble 
pas à Voltaire », à Delille, au classicisme en un mot et au 
pseudo-classicisme . 

3° — Or, voici ce qui ne ressemble ni à Voltaire ni à Delille 
dans André Chénier : 

A) Au point de vue du fond : 

a) Il ne faut pas dire que Chénier n'a pas puisé dans les 
littératures étrangères : Chénier admirateur de Shakespeare, 
de Milton, d'Ossian, de Gessner. 

6) La mélancolie de Chénier; il ne faut pas, sous prétexte 
que Chénier n'a pas eu une âme lamartinienne, conclure 
qu'il ne fut pas un mélancolique à ses heures. Des exemples. 

c) La tendance de Chénier au poème (( philosophique » : ce 
qu'il faut entendre par là. Chénier et les petites « épopées » 
(Cf. le sujet no 421). Un précurseur de la Légende des siècles. 

B) Au point de vue de la forme : 

a) Goût de la simplicité forte et vraie, opposé au goût pseudo- 
classique : le vocabulaire de Chénier ; les mots propres, les 
mots rustiques, etc. (Cf. la réforme romantique dans notre 

t. II, ch. m, § 1.) 

6) La syntaxe de Chénier. Comment il regimbe contre les 



342 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

lois des grammairiens, « hommes dont les travaux sont très 
utiles lorsqu'ils se bornent à expliquer les lois du langage et 
qu'ils n'ont pas la prétention de les fixer ». 

c) Le style de Chénier. Montrer par des fragments tirés de 
r Invention, etc., la théorie de la langue poétique de Chénier. 
Que voulait-il dire par ces mots : la langue française « a peur 
de la poésie »? Chénier et le style « personnel ». Comment 
il a appliqué ses théories. 

d) La prosodie et la versification de Chénier. Ses hardiesses : 
coupes, césures, enjambements, rythmes. Comment il a 
« brisé » l'alexandrin, comment il l'a rajeuni. Des exemples. 

40 — A) Quelles sont les différences essentielles entre les 
romantiques et Chénier, que ces ressemblances ont empêché 
de discerner jusque vers 1830 (condenser très brièvement les 
idées principales des sujets 414 sq.). 

B) Comment ces différences se sont de plus en plus affirmées. 
Appréciation de Sainte-Beuve dans les Lundis, t. IV, et les 
Nouveaux Lundis (1862) : « C'est notre plus grand classique en 
vers depuis Racine ». Opinion de Victor Hugo en 1819, et son 
parallèle entre Chénier et Lamartine (Souriau, La Préface de 
« Cromwell » : La Préparation à la Préface, p. 81). Que devient 
Hugo depuis le Journal d'un jeune jacohite (1819). 

Conclusion : 11 s'est passé pour Chénier, classé parmi les 
précurseurs du romantisme, la même chose que pour Ronsard. 
(Chénier est d'ailleurs un « ronsardisant »). La nouvelle école 
l'a enrôlé parmi ses ancêtres à l'heure où elle avait besoin de 
se trouver des titres dans le passé. Mais elle était de bonne 
foi. Népomucène Lemercier, esprit fort révolutionnaire en 
poésie, critiquait assez vivement chez A. Chénier ce « désir 
d'innover partout » [Revue Encyclopédique). C'était bien 
l'impression que durent éprouver les premiers lecteurs de ses 
œuvres, et ils durent sentir surtout qu'il y avait là une ambi- 
tion évidente de répondre aux besoins nouveaux de la langue 
et de la poésie. C'était assez pour qu'il parût sortir de la tra- 
dition pseudo-classique, et par conséquent pour qu'il semblât 
avoir découvert les voies nouvelles où la poésie s'engageait. 

417. A. Chénier a-t-il inspiré les romantiques? 

Matière — Discuter ce jugement ; « Tout compte fait, André 
Chénier a ravi les romantiques ; il ne les a pas inspires ». (Faguet, 
André Chénier, p. 184.) 



LA POÉSIE. 343 

Conseils. — « Tout compte fait », dit la matière : faites bien 
votre compte, et demandez-vous successivement ce que chacun des 
grands romantiques a dû ou n'a pas dû à André Ghénier. 

Pourquoi Ghénier a « ravi » les romantiques, pourquoi il ne 
pouvait pas les « inspirer », d'une façon générale, vous le verrez 
facilement en vous reportant aux sujets qui précèdent. 

Mais n'y a-t-il pas quelques réserves à faire ? 

La première édition des Œuvres de Ghénier date de 1819 : les 
Méditatiotis de La.m8irtine étaient presque totalementcomposées à ce 
moment. Je ne pense pas que vous trouviez des rapprochements 
nombreux entre le poète païen des Bucoliques et le poète catholique 
des Harmonies : regardez cependant avec attention ce que des 
épopées comme Jocelyn, La Chute cVun ange pourraient peut-être 
devoir à l'exemple de Ghénier. 

Pour Vigny, la question se pose d'une façon différente. Les 
Poèmes Antiques sont de 1822 : ce livre renferme des pièces qui 
nous font certainement songer à Ghénier : la Dryade, Symétha, le 
Bain d'une Romaine. Nous n'ignorons pas que Vigny a reporté ces 
pièces antérieurement à 1819 ; la Dryade serait de 1815, et le Bain 
d'une Romaine de 1817. Mais Héléna n'est pas antérieure àl'insurrec- 
tion grecque de 1821, et elle est inférieure à la Dî^yade, à Symétha 
qui lui sont postérieures. Le poète lui-même a supprimé //e7e>m. G'est 
donc qu'il avait antidaté la Dryade. (Gf. cependant : E. Dupuy, La 
Jeunesse du romantisme .-Les Origines littéraires d'Alfred de Vigny, 
I L p. 291 sq. ; Hémon. Cours de Littérature .-Alfred (le Vigny, p. 4.) 
Aussi l'influence de Ghénier sur Vigny est-elle manifeste. (Cf. Bru- 
netière, Manuel, p.483;E. Monlégut. A^os morts contemporains, etc.) 

Voyez d'ailleurs en quels termes est racontée dans Stello la dernière 
heure d'André Ghénier. — Mais, dira-t-on, A. de Vigny n'était pas 
romantique lorsqu'il marchait sur les traces de Ghénier. — Sans 
doute, et ce sera là probablement une des idées directrices de 
cette dissertation ; mais on va s'assurer qu'il n'est pas juste d'affir- 
mer que Ghénier n'a agi sur les romantiques qu'avant le roman- 
tisme. Même le Vigny de Moïse, d'Èloa ne doit-il rien à Ghénier? 

Victor Hugo, avant de devenir le maître de là nouvelle école, 
marche plus d'une fois sur les traces de Ghénier (1822. 1824, 1826). 
La l""® Ode du livre I, et la 19^ du livre V ont pour épigraphes des 
vers de Ghénier. Il y a d'autres pièces où la même influence se 
retrouve {La Liberté, Le Chant de l'ay^ène. Le Chant du cirque. Un 
Chant de fêle de Néroti, etc.). Mais cette influence se prolonge beau- 
coup plus loin : si M. Faguet a raison de voir, dans la Légende des 
siècles, des vers où la marque de l'auteur des Idylles se reconnaît 
[Segrais, etc.), il faut noter d'autres poèmes « dont on peut dire 
avec certitude que Ghénier en a donné l'exemple à Hugo, et que 
V. Hugo ne les aurait pas écrits si A. Ghénier n'eût pas existé». 
Remarquer, d'une façon générale, les ressemblances (à côté des 
différences) entre les petites épopées de Ghénier et celles de V. Hugo. 



344 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Pour Musset, la question est plus délicate. Ce qu'on peut affirmer, 
c'est que plus d'un vers de Ghénier « chante dans la mémoire » du 
poète qui a écrit : Une soirée perdue. Dans quelle mesure on peut 
dire que les dialogues des Nuits de Musset ont des souvenirs des 
Elégies. Relisez la Nuit de Mai et voyez le livre de M, Faguet, 
André Chénier, p. 82, 83. 

Étudier alors l'influence de Chénier sur quelques poetae minores 
du romantisme : Chénier et Auguste Barbier : Vldole, la Curée, etc.. 
— Victor de Laprade et Ghénier : Psyché, Eleusis, etc. 

Ainsi donc, toutes les différences qui séparent Ghénier des roman- 
tiques restent réelles, (Cf. les sujets n°s 414 sq.) Et cependant non 
seulement Chénier a « ravi » les romantiques, mais il les a aussi 
inspirés, du moins dans une certaine mesure. 

418. Hugo juge de Ghénier, en 1819. 

Matière. — Gim;n3ntV. Hugo a-t-il jugé Ghénier ? 

Lectures recommandées : Littérature et philosophie mêlées, édition des Œuvres 
de V. Hugo (Hetzelet Quantin), t. XXXIX, p. 92. — Souriau, édition de la Préface de 
« Cromwelh), Introduction, 2^ partie, La préparation à la Préface, § IV, p. 81 sq. — 
RousTAN, La Littérature française par la dissertation, t. III, ch. Il, § II et III. 

Conseils. — Le volume cité des Œuvres de Victor Hugo contient 
les articles publiés dans le Conservateur littéraire; c'est là que se 
trouve le parallèle entre Lamartine et Chénier qui se termine ainsi : 
« Lamartine est romantique parmi les classiques, Ghénier est clas- 
sique parmi les romantiques. » . * 

419. Lamartine juge de Ghénier. 

Matière, — Comment Lamartine a-t-il jugé Ghénier? 

Lectures recommandées : Lamartine, Philosophie et Littérature, éd. 1891. 
p. 241 sq. 

Conseils. — Notez surtout les passages tels que ceux-ci : « C'était 
une corde nouvelle, corde trempée de sang et de larmes, que la mort 
avait ajoutée à la lyre moderne... Jusqu'alors la France n'avait 
jamais pleuré ainsi. Ce sanglot donne te ton de l'élégie moderne, à 
M"»» de Staël, à Bernardin de Saint-Pierro, à Chateaubriand, à moi 
peut-être à mon iiisu », et voyez le sujet n" 41G, p. 341, f 3, A, B. 

420. Th. Gautier juge de Ghénier. 

Matière. — Gomment Th. Gautier a-t-il jugé Ghénier ? 

Lecture recommandée : Thiîoi'hii.k Gautier, Les Progrès de la poésie française 
depuis 1830 (à la suite de V Histoire du Romantisme), S» édition, p. 295. 



LA POÉSIE. 345 



421. De Ghénier à Leconte de Lisle. 

Matière. — Dans quelle mesure est-il vrai de dire que Ghénierest 
le maître de Leconte de Lisle, et le précurseur des néo-romantiques? 

Lectures recommandées : Voir notre tome III, le Dix- neuvième siècle^ 
ch. II, 5 VII. 

Plan proposé : 
Chénier précurseur des néo-romantiques. 

I 

1° — Avant Chénier, Tépopée est le long récit d'une vaste 
action. (Cf. Roustan, La Littérature françaii^epar la dissertation^ 
t, 1 : Boileau, sujets no* 461 sq., p. 365 sq.) Chénier a montré 
à Leconte de Lisle que la peinture d'une civilisation peut 
tenir dans un cadre très étroit. Les Martyrs sont conformes à 
la conception classique. Les Poèmes de Leconte de Lisle sont 
conformes à la poétique de Chénier. Des pièces courtes, relati- 
vement indépendantes, donnent successivement chacun des 
aspects d'une civilisation exotique. 

2° — Avec Chénier, l'épopée n'est plus exclusivement un 
« récit ». Adresse de Chénier pour fondre des genres diffé- 
rents : poésie épique, pastorale, lyrique, comique (le mime), etc. 
Leconte de Lisle fond avec la poésie épique, la poésie drama- 
tique, lyrique, descriptive, etc. {Hélène, Héraclès, etc.). 

30 — L'épopée de Chénier n*a plus pour objet la peinture 
des caractères et des passions, dans ce qu'ils ont de général et 
d'universel. Il change le fond de l'épopée classique. Chénier 
voit dans lanliquité ce quil y a de local et de vraiment 
antique. Leconte de Lisle est à ce point de vue plus « antique » 
que Chénier, si l'on veut dire par là qu'il est plus exigeant 
pour r « authenticité » de sa couleur locale, et qu'il est plus 
sensible à l'exotisme de la Grèce d'Homère. Mais le maître est 
bien Chénier. 

11 

En revanche, Leconte de'Lisle devait ajouter beaucoup de 
choses aux leçons que lui avaient données Chénier. La poésie 



346 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

des Idylles lui semblait sans aucun doute trop peu profonde, 
elle manquait d'idées. Elle n'apprenait des Grecs que ce que 
les Grecs avaient pu en savoir. Leconte de Liste compléta cet 
artiste à courte vue, et cela en donnant aux poèmes antiques 
deux traits qui leur manquaient dans Ciiénier : 

lo -^ Il dégagea ce que les légendes ont d'humain, c'est-à- 
dire ce qui les rend éternellement vivantes. Chénier ne se 
préoccupe pas de savoir quel est le sens de la légende d'Hylas 
et de la légende des Centaures. Leconte de Lisle s'en préoc- 
cupe. De là des erreurs d'interprétation, mais du moins ces 
interprétations existent, et elles sont généralement profondes 
et bien souvent très justes. Si Chénier énumère les litanies de 
Bacchus, c'est une suite de noms propres qui n'ont aucune 
signification. Les Hymnes Orphiques de Leconte de Lisle offrent 
des litanies dont la signification est plus précise : Hymne à 
Vénus, à Apollon. 

2° — Chénier n'a pas compris pourquoi des idées com- 
munes à tous les peuples se sont exprimées dans tel ou tel 
mythe. Anthropomorphisme des mythologies. Comment 
Leconte de Lisle a noté les rapports entre le mythe et le climat, 
le ciel, l'époque, etc. L'Inde et Bouddha. Poèmes antiques : Thétys, 
L'Enlèvement d'Europe. Ici on voit que Leconte de Lisle suit 
A. Chénier, s'approprie quelques vers, mais explique pourquoi 
les Grecs ont pu imaginer que le Taureau représentait Jupiter. 
Aucune explication dans Chénier. 

Conclusion : Chénier est un précurseur plutôt qu'un maître 
de Leconte de Lisle. Chénier est un artiste très grand, mais un 
penseur superficiel et un poète peu profond. Leconte de Lisle 
le complète. 

422. Chénier maître de Técole parnassienne. 

Matière. — La critique contemporaine salue dans Chénier « le 
maître, le guide, l'ancêtre et le Dieu domestique, incontestable, et 
du reste reconnu des Parnassiens y>. Jusqu'à quel point cela est-il 
vrai ? 

Conseils. — « Juscju'à quel point.... » dit la matière. (Cf. Rous- 
tan, La Composition française : la Dissertation littéraire, Invention, 
ch. I, p. 5 sq.). Il y a évidemment des réserves à faire. M. Faguet. 
par exemple, quand il a aflirmé que les Parnassiens « sont les dis- 
ciples très exacts et très fidèles » d'A. Chénier, ajoute : « Une seule 
chose les sépare... » N'y a-t-il (|u'une seule chose qui les sépare? 



LA POÉSIE. 347 

Est-ce uniquement parce que le poète des Élégies nous donne des 
poésies personnelles, et que les néo-grecs de la deuxième moitié 
du XIX'- siècle nous donnent des poésies impersonnelles, qu'on doit 
distinguer ceux-ci de celui-là? (Cf. notre tome III, le Dix-neuvième 
siècle, ch. II, | YII.) Bien plus, cette distinction, que vaut-elle en 
réalité ?... 

Pour répondre avec certitude (Cf. La Composition française : la 
Dissertation littéraire^ Invention, ch. IV sq., p. 43 sq.), aller aux 
textes. 

Je recommande tout spécialement le chapitre YIII, p, 373 sq. du 
livre de M. A. Gassagne, La Théorie de l'art -pour l'art en France, 
etc.. : L'Exotisme de l'art pour l'art. 



423. La <( Marseillaise ». 

Matière. — Que savez-vous de l'origine de la Marseillaise? de 
l'histoire de notre chant national ? Quelles sont les raisons qui lui 
ont assuré l'immortalité? Que pensez-vous de cette opinion de 
Michelet : « Si ce n'était qu'un chant de guerre, il n'aurait pas été 
adopté des nations. C'est un chant de fraternité; ce sont des batail- 
lons de frères qui, pour la sainte défense du foyer, de la patrie, 
vont ensemble d'un même cœur. -C'est un chant qui dans la guerre 
conserve un esprit de paix ? » (Histoire de la Révolution f?^ançaise, 
Paris, Flammarion, livre VI, ch. X, t. III, p. 507.' 

Lectures recommandées : Julien Tiersop, Rouget de liste, sa vie, son œuvre. 
— JuLiE.x Travers, Biographie de M. Lais du Bois. — Intermédiaire des Cher- 
cheurs. 10 avril 1887. — A. Franck, journal Le Temps, articles du 31 juillet et 
du 28 août 1892. — L.-J. Savigné, Un couplet de la '« Marseillaise » et l'abbé Pes- 
somieaux. 

Conseils. — Lisez surtout l'éloquent et poétique chapitre de 
Michelet : « Par-dessus l'élan de la guerre, sa fureur et sa violence, 
planait toujours la grande pensée, vraiment sainte, de la Révolu 
tion, l'affranchissement du monde. 

« En récompense, il fut donné à la grande àme de la France, en 
ce moment désintéressé et sacré, de trouver un chant, un chant 
qui, répété de proche en proche, a gagné toute la terre. Cela est 
divin et rare d'ajouter un chant éternel à la voix des nations... 

« Ce fut comme un éclair du ciel. Tout le monde fut saisi, ravi; 
tous reconnurent ce chant, entendu pour la première fois. Tous le 
savaient, tous le chantèrent, tout Strasbourg, toute la France. Le 
monde, tant qu'il y aura un monde, le chantera à jamais.... (Ici le 
passage cité dans la matière.) 

« Qui ne connaît la strophe sainte : « Épargnez vos tristes vic- 
times ? » Telle était bien alors l'âme de la France, émue de l'immi- 
nent combat, violente contre l'obstacle, mais toute magnanime 
encore, d'une jeune et naïve grandeur dans l'accès de la colère 



348 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

même, au-dessus de la colère. » {Histoire de la Révolution fran- 
çaise, Paris, Flammarion, livre VI, ch X, t. III, p. 504 sq.) 

424. Tyrtée et Rouget de Lisle. 

Matière. — « Si jamais le phénomène de l'inspiration poétique a 
été palpable, et si la légende de Tyrtée enflammant les âmes mâles 
s'est jamais réalisée, ce fut bien dans cette nuit du 25 au 26 avril 
1792, où un officier français trouva dans l'émoi de son cœur de 
soldat et de patriote, ce sublime cri d'alarme, au rythme irrésistible, 
et ces rudes paroles qu'on n'analyse pas, mais qui, à plus de deux 
mille ans de distance, rappellent aux lettrés le chant de guerre des 
compagnons d'Eschyle à Salamine : les deux textes sont même 
d'une ressemblance qui étonnerait, si les deux crises et leurs héros 
étaient moins semblables. » (E. Lintilhac, Précis histo?Hque et cri- 
tique de la littérature française, t. II, 2* partie, chap. XIII, p. 318.) 

Lectures recommandées : Sur Tyrtée : M. Egger, Histoire de lu littérature 
grecque, 2e période, ch. II, § II, p. 85, et bibliographie, p. 111 sq. — Poètes 
moralistes de la Grèce (traduction), Paris, Garnier. — Nageotte, Histoire de la 
poésie lyrique grecque. — A. Chassanc, Morceaux choisis de la littérature 
grecque (traduction) : Tyrtée, p. 67 sq. 



L ELOQUENCE 



JN. B. — Pour tous les sujets de cette partie, nous ren- 
voyons, à défaut des éditions complètes des orateurs, aux 
excellents recueils suivants qui doivent être dans toutes les 
mains : Les Orateurs politiques de la France des origines à 1830 : 
choix de Discours, etc., recueillis et annotés par A. Chabrier, 
Paris, Hachette. — Les Orateurs politiques de la France de 1830 
à nos jours : choix de Discours, etc. recueillis et annotés par 
M. Pellisson, même librairie. — Le Contiones français, VElo- 
quence française depuis la Révolution jusqu'à nos jours..., par 
J. Keinach, Paris, Delagrave. 

425. L'éloquence politique. 

Matière. — Qu'appellc-t-on éloquence politique ? Quelles sont les 
qualités nécessaires à ce genre d'éloquence ? A quels défauts les 
orateurs politiques peuvent-ils être exposés? Pourquoi l'antiquité 



i 



L'ÉLOQUENCE. 349 

grecque et latine a-t-elle produit tant d'orateurs célèbres ? L'élo- 
quence politique a-t-elle pu sefaire jour sous l'ancienne monarchie? 
Dans quelles circonstances ? A quelle époque de notre histoire 
nationale et dans quelles conditions l'éloquence politique a-t-elle 
inspiré le plus d'orateurs? Donnez une idée sommaire de l'éloquence 
politique à la fin du dernier siècle, et appréciez brièvement le génie 
de Mirabeau. 

Lectures recommandées : Recueils indiqués ci-dessus et lectures recommandées 
aux n»» 429 sq. — Geruzez, IHstoirede l éloquence politique et religieuse en France, 
2 vol. 1837. — AuBKRTiK, L'Éloquence politique et parlementaire en France 
avant 1789, Belin, 1882. — M. Albert, La Littérature française sous la Révo- 
lution, l'Empire et la Restauration, 1891. — Maron, Histoire littéraire de la 
Révolution, 2 vol. — Aui-ard, Les Orateurs de l'Assemblée Constituante, 1882 j 
Les Orateurs de la Législative et de la Convention, 1886. 

Max Egger, Histoire de la littérature grecque, 3e période, ch. V : L'Elo- 
quence, p. 307 sq., et bibliographie, p. 340 sq. — J.Girard, Étude sur l'éloquence 
attique. — Perrot, L Éloquence politique et judiciaire à Athènes. — H. Ouvré, 
Démosthène {Classiques populaires, Lecène et Oudin). — A. Croiset, Histoire 
de la littérature grecque, t. IV. — M. Croiset, Des Idées morales dans l'élo- 
quence politique de Démosthènes. — L. Levraui.t, Auteurs grecs : Démosthène, 
p. 266 sq. — Extraits des orateurs attiques, par L. Bodix (Hachette) : Préface. 

Jeainroy et Puech, Histoire de la littérature latine, 3e période, ch. II : L'Elo- 
quence, Cicéron, p. 106 sq., et bibliographie, p. 13". — Berger et Cvchex al. Histoire 
de l'éloquence depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron. — Cgcheval, Histoire 
de l'éloquence romaine depuis la mort de Cicéron jusqu'à l'avènement de 
l' empereur Hadrien. — G. Boissier, Cicéron et ses amis. — M. Pellissier, Cicé- 
ron {Classiques populaires, Lecène et Oudin). — Cicéron, Œuvres de rhétorique. 
— Tacite, Dialogue des Orateurs. — Qcintiuen, De l'institution oratoire. — 
L. Levraolt, Auteurs latins : Cicéron, p. 57, sq. ; Tacite, Le Dialogue des ora- 
'"urs, p. 272-278. 

-\I. RocsTAN, Les Genres littéraires : l'Eloquence, passim. 

Conseils — Cette matière a été proposée dans un concours, et 
avec quelques modifications dans la forme, au baccalauréat. Elle est 
vaste, mais ses divisions sont nettes. Pour le travail qu'on doit 
accompUr sur la matière dictée, je renvoie à La Composition fran- 
çaise : la Lettre et le Discours, p. 79 sq. Les paragraphes sont ici 
indiqués, mais non l'importance des divers paragraphes etl'étendue 
du développement auquel ils ont droit. Il y a là une difficulté réelle. 
Voyez encore La Composition française : la Dissertation littéraire, 
p. 72 sq. Consulter enfin La Littérature française par la disserta- 
tion, t. IV : Sujets généraux, 

426. L'éloquence française et l'histoire 
de France. 

Matière. — M. J. Reinach commence par ces mots sa Préface du 
Contiones français : « L'éloquence française a rempli le monde de 

RousTAN. — Le XF///e siècle. 20 



350 LE DIX-HUITIÈf«E SIÈCLE. 

son bruit. Elle a renversé des trônes et failli sauver des monarchies; 
elle a été, à la fois, l'épée et le bouclier de la liberté ; on ne cite- 
rait pas une réforme politique et sociale, qui ne soit née de la tri- 
bune, elle a donné des ailes à toutes les idées généreuses et doublé 
la puissance de séduction des chimères : chaque fois qu'elle s'est 
tue, l'humanité a paru sans voix; une aurore d'espérance a salué 
chacun de ses réveils ; pour dire le bien qu'elle a fait et aussi le 
mal, il faudrait raconter l'histoire de la France depuis un siècle » 
{Édition citée, p. I). 

Racontez parallèlement et à grands traits l'histoire de la France 
et celle de l'éloquence politique. Croyez-vous qu'il suiïiraitd'ailleurs 
de raconter cette double histoire « depuis un siècle »? Montrez que 
l'éloquence française nous permet de suivre la tradition nationale 
depuis une époque bien plus reculée, et que ces qualités nobles et 
généreuses sont comme un héritage que les orateurs politiques de 
l'ancien régime ont transmis à ceux du nouveau. 

Conseils. — Il vous serait difficile de traiter ce sujet avec le 
seul Contiones de M. Reinach, qui commence à Mirabeau. Mais 
lisez le recueil de M. A. Ghabrier qui va des orateurs du xiv« siècle 
à ceux de 1830, et ajoutez à cette lecture celle du recueil de 
M. Pellisson qui continue le précédent. Appliquez-vous principale- 
ment à découvrir, à travers tant d'orateurs différents, les traits 
ftdece genre national «que l'éloquence française transmet d'âge en 
âge : netteté, précision, mesure, générosité des idées, aspirations 
« sociales », etc.. Même avant la Révolution vous trouverez beau- 
coup à glaner : « Les discours de quelques-uns de nos rois ou de 
leurs chanceliers, les comptes rendus des États généraux et des 
séances des parlements nous fournissent une matière oratoire déjà 
assez abondante, où nous pouvons rechercher etoù nous trouverons 
d'éloquentes définitions de la politique-française ». (A. Ghabrier, 
Les Orateurs politiques de la France, des origijies à 1830, Préface, 
X.) Gf. encore, loc. cit. : « Quiconque aura, une fois dans sa vie 
politique, représenté et défendu les vrais intérêts, les traditions 
françaises, quiconque, portant en lui l'âme de la France, a été, ne 
fût-ce qu'un jour, «la voix de la patrie », celui-là, malgré ses erreurs, 
s'il en a commis, a sa place parmi les vrais orateurs français dignes 
d'être lus et imités. Et que de noms — inégalement illustres — dans 
cette liste, depuis saint Louis, L'IIopital et Henri IV, jusqu'à leuis 
continuateurs plus modestes, utiles encore au pays parce qu'ils se 
sont inspirés des principes de leurs grands devanciers ! » 



427. L'évolution de l'éloquence française. 

Matière. — Que pensez-vous de cette fornmle qui résumé l'évo 
lution de l'éloquence française de 1789 à nos jours : « La toge est 



L ÉLOQUENCE. 351 

devenue redingote » ? (J. Reinach, Le Con'liones Français. Pré- 
face IX.) 

Conseils. — Voici le passage entier de la préface de M. Reinach 
« Ce qui caractérise d'abord cette évolution, c'est que née de la rhé- 
torique romaine, notre éloquence française s'est dépouillée graduel- 
lement de la pompe qui paraissait inséparable de l'art oratoire et 
qu'elle a fini par transporter à la tribune, tantôt correct et pur, 
tantôt chargé de vulgarités et de scories, le langage de la conver- 
sation. La toge est devenue redingote Nourris des discours acadé- 
miques de Tite-Live, les orateurs de la Révolution, Danton excepté, 
parlent tous, les plus obscurs comme les plus glorieux, la même 
langue qui paraît comme un décalque du vieux Contiones, Tite- 
Live traduit par Rousseau. Pour l'orateur d'aujourd'hui, le comble 
de l'art est de parler comme il causerait. Observez d'ailleurs que 
cette même évolution s'opère individuellement chez presque tous 
les orateurs qui ont mérité ou méritent de laisser un nom. L'ora- 
teur jeune, comme l'éloquence en son printemps, aime l'allure noble, 
la phrase majestueuse, les images et les souvenirs classiques, le 
style soutenu, les amplifications brillantes, des paroles éclatantes et 
pleines, les formules sonores. Le temps passe, l'expérience fait 
son œuvre, le goût s^affme, l'imagination se règle, la raison l'em- 
porte, et l'orateur mûri, comme notre art oratoire à son automne, 
laisse tomber les fleurs défraîchies de la rhétorique et dessine dans 
la lumière la ligne précise et nette de son argument » {Ibid.,p.\lU). 

J'ai noté moi-même (LesGenres lit téraîpes : l'Éloquence, p. 88 sq."», 
que sous la Restauration l'éloquence avait revêtu le costume 
officiel brodé, qu'elle avait repris la toge en 1848, et qu'elle n'avait 
pris la redingote que sous la troisième République. Et encore, 
M. Reinach serait-il bien embarrassé de faire entrer Gambf^tta dans la 
catégorie des orateurs qui ont acheminé l'éloquence vers l'atticisme 
\lbid., XXVI), et il sera malaisé d'affirmer que la haute éloquence 
disparaîtra de la tribune aussi longtemps que les plus graves pro- 
blèmes qui inquiètent la conscience moderne n'auront pas reçu leur 
-olution. (Cf. Les Genres litle'î'aires : l'Éloquence, p. 108 sq.) 

428. L'éloquence politique pendant la première 

Révolution. 

Matière. — « L'éloquence est un fruit des révolutions, écrit Cha- 
teaubriand, elle y croît spontanément et sans culture. » Le mot 
n'est pas exact, et Quintilien a bien plus raison do dire : Fiunt 
oratores. Les hommes de la Révolution n'auraient pas été des 
orateurs, si l'art n'avait pas dirigé et perfectionné leurs talents natu- 
rels. Etant donné qu'il leur manquait la forte culture des orateurs 
antiques, comment y ont-ils suppléé? 



352 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lecturss recommandées : Consulter les Recueils indiqués plus haut. — Voir 
spécialement, A. Aulard, Les Orateurs de VAssemblée Constituante, in-8, 1882; 
Les Orateurs de la Législative et de la Convention, 2 vol. in-8, 1885. — Ville- 
main, Tableau de la littérature au xviiie siècle, t. III et IV. — Gèrvzez, Histoi7'e 
de l'éloquence politique et religieuse en France, 1837, 2 vol. — J. Chénieh, 
Tableau de la littérature française. — M. Albert, La Littérature française 
sous la Révolution, l'Empire et la Restauration, 1891. — Merlet, Tableau de 
la littérature française. — Marox, Histoire littéraire de la Révolution, 2 vol. — 
Acberti.n, L Eloquence politique et parlementaire en France avant 1189, 1882. 

R. DouMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXIII, p. 471 sq. — 
R. Caxat, La Littérature française par les textes, ch. XIX, p. 460. — 
M. RousxAN, Les Genres littéraires : l'Eloquence, ch. VI, p. 67 sq. 

Plan proposé : 

Exorde : Différence entre les orateurs de l'antiquité et ceu.x 
de la Révolution. Éducation spéciale qui à Rome et à Athènes 
formait les hommes éloquents (Cicéron, Tacite, Quintilien etc.). 
Gomment les orateurs de la [{évolution y ont-ils suppléé? 

1° — Beaucoup d'entre eux y suppléent par l'habitude du 
barreau. Les avocats dans les assemblées révolutionnaires. 
Leur rôle; comment ils s'y étaient préparés. (Cf. Taine, 
Les Origines de la France contemporaine : V Ancien Régime.) 

20 — Parl'étude de l'antiquité. Ils en font un mauvais usage : 

a) Ils ne se rendent pas compte que Démosthène et Cicéron 
n'ont pas «■ récité » leurs discours. (Notons, en passant, que 
des deux chefs-d'œuvre de l'éloquence judiciaire, la Midiemv 
et la Milonienne, le premier n'a jamais été prononcé, le second 
est tout différent du discours qui fut prononcé.) Ils s'imaginent 
appliquer les procédés des orateurs antiques en écrivant des!< 
harangues, qu'ils viennent déclamer à la tribune. De là, une 
partie de leurs défauts. 

6) Ils vont évidemment à l'antiquité qui se prête le mieux à 
l'imitation, celle du Contiones. Valeur incontestable de ce. 
recueil, services inappréciables qu'il a rendus à plusieurs géné- 
rations; mais combien il était faux de penser que l'imitation 
directe du magnifique rhéteur Ïite-Live conduirait à autre chose 
qu'à une éloquence artificielle et qui sentirait trop l'école. 

c) Ils pillent l'antiquité, au lieu de s'en inspirer. Prendre des 
exemples qui nous montrent bien les orateurs « plaquant » des 
ornements mythologiques ou historiques sur leurs discours. 

3° — Par l'étude des « philosophes » mais plus spéciale- 
ment de Rousseau. Services que pouvait leur rendre Féloquent 
pamphlétaire, et qu'il leur rendit en réalité ; mais défauts 
qui lui sont dus : 



L'ÉLOQUENCE. 353 

a) La sensibilité gâte le fond et la forme; 

6) Abus des apostrophes, des prosopopées, des figures de 
pensées et de mots. 

4° — Par la pratique des procédés de l'éloquence du temps. 
Thomas et l'éloquence académique : les orateurs de la Révo- 
lution sont des disciples de Thomas. 

5° — Cependant, la flamme ne manque pas à cette élo- 
quence. 

a) D'abord, il faut tenir compte des interruptions, des inter- 
pellations, des tumultes qui sont suivis de répliques 
imprévues ou d'improvisations foudroyantes. Des exemples. 

6) Pui^, malgré tout, ces acteurs fougueux d'un drame gran- 
diose et sanglant ont beau écrire une prose académique, les 
passions qui les dévorent se font jour dans des pages assez 
nombreuses. La « Harangue à la noblesse d'Aix » de Mirabeau 
n'a pas plus été prononcée que la Midienne. Cela n'empêche 
pas qu'elle soit soulevée par une éloquence puissante et irré- 
sistible. D'autres exemples. 

Conclusion : Cette éloquence de collège, d'apparat, offre 
donc des qualités de premier ordre. N'est-il pas équitable 
d'ailleurs de se rappeler que la Piévolution dévorait ses enfants, 
et que la plupart de ces orateurs n'eurent pas le temps de se 
former à la parole par la parole même ? 



429. Mirabeau jugé par M"'*' de StaëL 

Matière. — « La nature l'avait bien servi en lui donnant les défauts 
et les avantages qui agissent sur une assemblée populaire : de 
l'amertume, de la plaisanterie, do la force et de l'originalité. » 
(Mm« DE Staël, Considéralioîis, I, XV'I.) 

Montrer par des passages précis que Mirabeau possédait bien ces 
« avantages », et demandez-vous s'il n'en avait pas d'autres aussi 
réels et aussi puissants pour « agir sur une assemblée populaire ». 

Lectures recommandées : .Mikabeau, Œuvres oratoires, i vol. in-lS. Paris, 1819. 

— Barthe, Discours et opinions de Mirabeau, 3 vol. 1820. — Méjaxes, Collec- 
tion complète des travaux de Mirabeau à l'Assemblée Nationale, 4 vol., 1791. 

— AcLARD, L'Eloquence parlementaire pendaiit la Révolution française, t. I. 

— LoMÉME, Les Mirabeau. — M. Peli.et, Mirabeau au fauteuil {Variétés ré- 
volutionnaires, 1887, 2e série). — Rodsse, Mirabeau, 1891. — .Mézières, Vie de 
Mirabeau. 1892. — .\lfred Stern, Z,ri Vie de Mirabeau, {lr&4uction française, 1895, 
2 vol.). — Sainte-Beuve, Z,M7jrfis, t. IV. — Emiuex Gazes, Mirabeau, 1892. — 
P. Jaxet, Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale, 
t. II, liv. IV. ch. XI. — Maurice Albert, La Littérature françai.'ie sous la Révo- 

20. 



354 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

lution,elc., ch. 1 et II, — Faguet, Dix- huitième siècle : Mirabeau, p. 469, sq. — 
Caro, La Fin du xvine siècle, t. II, ch. II. 

R. DocMic, Histoire de la littérature française, ch. XXXIII, p. 471. — 
M. RousTAN, Les Genres littéraires : l'Éloquence, p. 70-74. — F. Hémon, Cours 
de littérature : lÈloquence, p. 19-22. 

Lire surtout les textes dans A. Chabrier, Les Orateurs politiques de la 
France des origines à 1830, p. 205 sq. — J. Reinach, Le Contiones finançais, 
p. 1-13. 



430. Le style oratoire dans Mirabeau. 

Matière. — « Mirabeau a appris à écrire dans Diderot et dans 
Rousseau, ou plutôt il a parlé avec l'abondance de Diderot et sans 
le souci du style de Rousseau. » 

Ainsi s'exprime M. Faguet [Dix-huitième siècle /Mirabeau p. 493). 
Pouvez-vous prouver qu'il en est ainsi par des morceaux que vous 
choisirez dans vos lectures ? Cette opinion vous permet-elle de vous 
rendre compte à la fois des défauts et des qualités du style de 
Mirabeau ? 

Conseils. — On trouvera plus haut les lectures indiquées. Il sera 
utile surtout de lire attentivement les textes des recueils de Cha- 
brier et de J. Reinach. L'étude de M. Faguet sera d'un secours très 
grand, et aussi celle de M. Arthur Ghuquet dans la grande Histoire 
de la littératuî^e française, publiée sous la direction de Petit de 
Julleville, t. VI, ch. XIII, p. 682 sq. 



431. Mirabeau et Barnave. 

Matière. — Mirabeau disait à propos de Barnave que l'on n'avait 
jamais parlé si bien et si longtemps, mais qu'il n'y avait pas de 
divinité en lui. 

Expliquer ce jugement par l'étude du discours prononcé par 
Barnave le 21 mai 1790 en réponse au discours de Mirabeau sur le 
droit de guerre et de paix. (Chabrier, Recueil cité, p. 238 sq. ; — 
J. Reinach, Recueil cité, p. 24 sq.) 

Lectures recommandées : BauiNAve, Discours, édit. Bérenger, 1843. — Saknte- 
Beuve, Lundis, t. II. — Aui.ard, Ouvrage cité, t. I. — M. Roustan, Les Genres 
littéraires : lÈloquence, p. 74. — F. Hémon, Cours de littérature : l'Elo- 
quence, p 23. 

Conseils. — L'opinion de Mirabeau contient à la fois un éloge et 
une critique : — a) La facilité du talent de Barnave, talent jeune, 
précoce : Barnave improvisateur aisé ; — h) les défauts de Barnave : 
pas d'énergie, de précision ; le protestant; le dialecticien; le stylr 
de Barnave. Maury l'appelle un robinet d'eau tiède. 



L'ÉLOQUENCE. 355 



432. L'éloquence de Vergniaud. 

Matière. — Lamartine caractérise ainsi l'éloquence de Vergniaud: 
« L'éloquence de Vergniaud n'était pas un art, c'était son âme 
même... Vergniaud s'illuminait d'éloquence — 

Justifier ce mot par des exemples. 

Lectures recommandées : Vermorel, Œuvres de Vergniaud, Guadet et Gen- 
aonné, 1866. — Vatei., Vergniaud, 2 vol. 1873. — Gc.vdet, Les Girondins, 2 vol 
1861. — Lamartine, Les Girondins. — Aulard, L'Éloquence parlemetitaire pen- 
dant la Révolution française. — M. Rolsta>, Les Genres littéraires : l'Elo- 
quence, p. ~o sq. 

Lire surtout, A. Chabrier, Recueil cité, p. 282-334; J. Kf.iyxcn, Recueil cité, 
p. 32-35. 

Conseils. — Le mot de Lamartine n'est pas toujours exact. II 
s'agit de bien choisir vos exemples, si vous avez en main les 
Œuvres de Vergniaud. Il vous sera facile, au contraire, de montrer 
qu'il y a trop d'art chez l'avocat bordelais, trop de réminiscences 
classiques chez cet ancien élève du collège du Plessis et du sémi- 
naire de la Sorbonne, trop de périphrases élégantes et coquettes 
chez ce fort en thème. Mais, que surgissent les événements graves 
et ce champion de la liberté va laisser là son bagage académique : 
« S'il ne nous était resté de Vergniaud que les discours qu'il com- 
posait pour la postérité, nous n'aurions de lui que l'impression du 
plus élégant et du plus généreux des rhéteurs. Par bonheur, Ver- 
gniaud, lui aussi, a été jeté brusquement à la tribune, et alors, lui 
aussi, remué d'une secousse électrique, oublieux de ses préoccu- 
pations d'artiste, il a fait jaillir l'homme même de l'enveloppe du 
ciseleur de phrases, — et l'homme était admirable, le plus digne, 
entre tous les fils de la Révolution, d'être aimé. » (J. Reinach, Le 
Contio?ies frafiçais, XVI.) 



433. Condorcet précurseur de l'époque 
contemporaine. 

Matière. — «Notre démocratie connaît peu et n'admire pas assez 
Condorcet. Elle ne serait cependant que juste en honorant un des 
hommes qui l'ont le plus aimée et le mieux servie. » 

Telles sont les dernières lignes de l'étude consacrée à Condorcet 
par F. Vial (Les Grands éducateurs : Condorcet et l'éducation 
démocratique, Paris, P. Delaplane, p. 1-0). Cela est-il vrai : 1" de 
l'orateur de la Législative et de la Convention ; 2» du proscrit qui 
écrivait ïEsrjiiisse d un tableau historique des progrès de l'esprit 
humain ? 



356 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

Lectures recommandées : On trouvera une bibliographie dans le livre de 
M. F. V'ial, p. 120. — On y ajoutera : Esquisse d'un tahleau historique, etc., 
• Paris, édit. Steinheil, 1900. — Sainte-Beuve, Lundis, t. III. — L. Cahen, Con- 
dorcet et la Révolution française, 1904. — Alengry, Condorcct, guide de la 
Révolution, 1904. — Guillois, M'^^ de Condorcet, 1896. — F. Picavet, Xes Idéo- 
logues, 1891. 

La grande édition Arago, 12 vol. (1847-1849) se trouve en général dans les biblio- 
thèques. Ce qui a trait à l'Instruction publique (Mémoires, Rapport, Projet de 
Décret) est au t. XII ; l'Esquisse au t. IX. Le recueil de J. Reinach donne le dis- 
cours du 23 février 1793 sur la Constitution. 



434. Danton, le Mirabeau de la populace. 

Matière. — « Danton était un révolutionnaire gigantesque. Aucun 
moyen ne lui paraissait condamnable pourvu qu'il lui fût utile ; et 
selon lui, on pouvait tout ce qu'on osait. Danton, qu'on a nommé 
le Mirabeau de la popwZace, avait de la ressemblance avec ce tribun 
des hautes classes, des traits heurtés, une voix forte, un geste 
impétueux, une éloquence hardie, un front dominateur. Leurs vices 
aussi étaient les mêmes ; mais ceux de Mirabeau étaient d'un patri- 
cien, ceux de Danton d'un démocrate ; et ce qu'il y avait de hardi 
dans les conceptions de Mirabeau se retrouvait dans Danton, mais 
d'une autre manière, parce qu'il était, dans la Révolution, d'une autre 
classe et d'une autre époque ». (Mignet, Histoii^e delà Révolution.) 

Il y a là un portrait de Danton, qui nous explique le caractère 
môme de son éloquence. Dans quel sens est-il vrai de dire qu'il fut 
le Mirabeau de la populace? Vous vous reporterez auxrecueils cités 
de A. Chabrier, p. 307 sq. et de J. Reinach, p. 60-66. 

Lectures recommandées : Aulard, VÈloquence pirlementaire pendant la 
Révolution française. — Robinet, Le Procès des Dantonistes, 1875. — Char- 
DoiLLET, Notes de Topino-Lebrun sur le procès de Danton, 1875. — Hamel, His- 
{pire de Robespierre, 3 vol. 1865-1867. 

M. Roustan, Les Genres littéraires ; V Eloquence, p. 77 sq. 

Conseils. — Danton, qu'on appelait encore le grand seigneur 
de la sans-culotterie, et que Mercier déclarait né pour tonner sur 
une borne de carrefour, est en réalité de la populace non par édu- 
cation (il est facile de voir qu'il a la même éducation que les ora- 
teurs ses contemporains), mais par tempérament. Faites comprendre 
])ar des textes la vigoureuse l'amiliarité de cette éloquence, toute 
nourrie au fond de souvenirs classiques, mais qui a la francliise et 
l'énergie vraiment po])ulaire. Cet ini])rovis;il(Mir dînait t'IonniM- les 
avocats de son temps. 

Il serait bon de rapprocher de ce porti'ail celui (ju'a vig(»ui('use- 
ment brossé Michelet dans son Uisloii'e de la Révolution. Cf. Pages 
choisies, A Colin, p. 431. 



L'ÉLOQUENCE. 357 



435. La rhétorique de Robespierre. 

Matière. — Robespierre a presque toujours été jugé comme 
l'orateur qui a le plus abusé des procédés de la rhétorique 
(figures de mots et de pensées, prosopopées et apostrophes, péri- 
phrases académiques, périodes élégamment balancées mais 
creuses, etc..) D'autres, au contraire, tout en reconnaissant ces 
défauts dont aucun des orateurs de l'époque n'est exempt, notent 
dans l'éloquence de Robespierre « de sérieuses qualités ». « Robes- 
pierre a de la vigueur...; il emploie le sarcasme avec succès...: 
il s'exprime avec une brièveté nerveuse et saisissante, avec cette 
énergie âpre et terrible qui le faisait comparer à Un chattigre... 
Il imite de Rousseau la période qui se déroule avec nombre et 
harmonie... Un grand mérite de ses discours consiste dans la 
composition... Aforce de tourner et de retourner les idées lélogë de 
la vertu, de la République, etc)..., il arrive à des effets oratoires et 
souvent à de grandes beautés.... » (A. Ghcquet, La Littérature 
sous la Révolution, dans l'Histoire de la langue et delà littérature 
française, t. VI, ch. XUI, p. 711 sq.) 

Est-il vrai qu'à côté du rhéteur il y ait chez Robespierre un 
orateur d'un réel mérite? Vous appuierez votre opinion sur des 
textes. 

Lectures recommandées : .A.. Chcquet, Ouvrage et endroit cités. — A. Cha- 
BRiER, 7'eciieilcité,p.Sl6-3di:. — J. Reinach, recueil cité, J).S0-SS. — F. HéMoy, Cours 
de littérature : l'Éloquence, p. 23 sq. — M. Rodstan, Les Genres littéraires '■ 
VEloquence, p. 78. 

Hamel, Histoire de Robespierre, 3 vol. 1865-1867. — Aciard, Ouvrages cités. 



436. Le journalisme et Camille Desmoulins. 

Matière. — « Camille Desmoulins était né écrivain. Il ne vaut 
dans la Révolution que par là. Ce n'est pas un homme d'Etat; il n'a 
ni principes de gouvernement ni politique : c'est par le style, par 
la verve, qu'il exerce une action. Les Révolutions de France et de 
Brabant. l'Histoire des Brissotins, le Vieux Cordelier sont des 
œuvres littéraires, et par là des choses uniques en leur temps. Ses 
lettres offrent les mêmes qualités : l'ironie acérée, la netteté des 
formules dans un développement souvent diffus et décousu, la vio- 
lence revêtue d'esprit, la chaleur de sentiment et la passion sincère. 
où il n'entre de phrases et de déclamation que ce qu'il en faut pour 
dater la pièce. » (Lanson, Lettres du xviii« siècle : Camille Desmou- 
lins, p. 678.) 

Vous indiquerez rapidement quelles sont les causes qui ont déve- 
loppé d'une façon merveilleuse la puissance du journalisme sous 



358 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

la Révolulion; vous chercherez quelles ont été les conséquences de 
ce développement de la presse pour la littérature, et enfin, en par- 
tant de ce jugement de M. Lanson, vous établirez pourquoi Camille 
Desraoulins est resté comme le représentant le plus admiré de la 
presse sous la première Révolution, 

Lectures recommandées : G. Lanson, Histoire de la littérature française, 
p. 843-847. — E. Herhiot, Précis de l'histoire des lettres françaises, ch. XXIV, 
p. 752 sc[. — Choix de lettres du xvine siècle (édit. Lanson, Hachette, p. 678 sq. ; 
édit. M. Roques, Garnier, p. 586 sq.). — Consulter une édition des Morceaux 
choisis (notamment : Bernardin, Morceaux choisis du xvni« siècle, p. 70 sq. — 
M. RousTAN, Les Genres littéraires : la Lettre, p. 76. — L. Levrault, Zes 
Genres littéraires : le journalisme. 

E. Hatin, Histoire de la presse française, 1859-1861, 8 vol. in-8. — E. Hatin 
Bibliographie historique et critique de la presse française, 1866, in-8. 

Œuvres de Camille Desmoulins, édit. Deiîpois (collection de la bibliothèque 
nationale), 3 vol. 1886. — Ed. Fleury, Camille Desmoulins et Roch Marcandier, 
2 vol., 1852. — J. Claretie, Camille Desmoulins, Lucile Desmoulins, étude sur 
les Dantonistes, 1875. — Cuvillier-Fleury, J^ortraits politiques et révolution- 
naires, 2 vol. 1852. — .\ui.ARD, Ouvrage cité, t. 111. 



FIN 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Préface v 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE 
/. Le dix-huitième siècle. La société. Fontenelle et Bayle. 

Le 1)1x-hlitième siècle. 

1. Différences entre la littérature du xvne siècle et celle du 

xvine siècle 1 

2. Le xvme siècle développe des « genres » nouveaux 3 

3. Les deux grandes périodes du \vni« siècle 3 

4 . Dix-septième ou dix-huitième siècle? 3 

0. Les prosateurs du xvm^ et ceux du xvn« siècle 4 

6. L' « esprit » chez les prosateurs du xvm^ siècle o 

7. Le style « coupé » au xvin^ siècle 6 

8. Pourquoi le xvn^ siècle est l'époque de la période et le 

xvnie siècle celle du style cou^pé 8 

9. Le style précis du xvni'î est accusé de sécheresse 8 

10. La prose du xvni« siècle jugée par Victor_Hugo . 9 

11 . Le xvm^ siècle est le siècle de la prose 9 

12. La théorie de a la difficulté vaincue » au xviiic siècle 10 

13. L' « athéisme poétique » du xvm^ siècle 11 

14. La poésie du xvm» siècle jugée par un contemporain. ... \2 

15. D'Alembert, théoricien de la poésie au xvnie siècle 15 

La société. 

16. Les salons du xviie et ceux du wiii* siècle 17 

17 . Les salons du xviii» siècle 18 

18. La littérature du xviiie siècle est une conversation.. .... 19 

19. L'homme de lettres au xvii*' et au xvnie siècle 19 



360 TABLE DES MATIÈRES. 

20. Siècle de grands talents et siècle de lumière 21 

21. Le Français du xvme siècle 22 



Les précurseurs : Fontenelle et Bayle. 

22. Fontenelle, l'homme de lettres, le savant, l'homme du 

monde 23 

23. Un portrait de Fontenelle par lui-même. 23 

24 . L'école poétique de Fontenelle 24 

25 . Un mot de Fontenelle 25 

26. La poésie pastorale d'après Fontenelle . . 26 

27. Contre l'admiration excessive des Anciens 27 

28. Dangers de la vulgarisation scientifique 27 

29 . Les Dialogues de Fontenelle 28 

30. La philosophie des Dialogues 28 

31 . Fontenelle auteur des Éloges 29 

32. La manière de Fontenelle et celle de Voltaire 29 

33 . L'éloquence de Fontenelle 29 

34. L'Europe au moment du Projet de paix perpétuelle 30 

35. L'abbé de Saint-Pierre jugé par J.-J. Rousseau 31 

36 . Les « philosophes » et la guerre 31 

37. Éloge de Pierre Bayle 31 

38 . Bayle et l'idée de tolérance 33 

39. Bayle, précurseur du xvm« siècle 33 

//. Le Théâtre. 

40. Le théâtre et la philosophie au xvnr siècle. 34 

41 . La décadence de la tragédie au xvm" siècle 35 

42. La tragédie de Grébillon et le mélodrame 3(! 

43. L'histoire du théâtre de Voltaire. . . 3(1 

44. Les théories dramatiques de Voltaire 37 

45. Services rendus par Voltaire au théâtre français 38 

46. La « nouveauté » du théâtre de Voltaire 39 

47 . Corneille, Racine, Voltaire . . 39 

48. Place do Voltaire parmi les tragiques 39 

49. Voltaire et le drame bourgeois 40 

50. La tragédie de Voltaire tend vers le mélodrame 41 

51. La tragédie de Voltaire et le drame romantique 42 

52. Zaïre est la plus racinienne des pièces de Voltaire 42 

53 . Le christianisme de Zaïre 44 

54 . Me'rope c'est Andromaque 44 

55. Les imitateurs de Molière 45 



TABLE DES MATIÈRES. 361 

06 . De l'originalité de Regnard 49 

i)7. Regnard jugé par Nisard et par Sainte-Beuve 49 

68 . Le théâtre de second ordre 49 

59. Les manieurs d'argent au xviie et au xvni' siècle 50 

60. Le théâtre des chicanes de l'amour 50 

61 . Marivaux jugé par Voltaire 53 

62. De l'originalité de Marivaux 53 

63 . Marivaux et Racine 53 

64. Marivaux et Molière 55 

65. Le Jeu de l'amour et du hasard et Ruy Blas 55 

66. Le théâtre de Marivaux et l'esprit de Marivaux 55 

67. Marivaux et le marivaudage 55 

///. Montesquieu. Buïïon. 
Montesquieu. 

68 . Le caractère de Montesquieu 57 

69. Une heure de lecture dissipe-t-elle tous les chagrins f . . . 59 

70 . La politesse et la liberté 60 

71. Une règle pour juger nos semblables 60 

72 . Le bon citoyen 60 

73 . Famille, patrie, humanité 61 

74. Aux funérailles de Louis XIV 61 

75. La cour de Versailles vers 1715 61 

76 . Caractères généraux de la Régence 62 

77. Les causes du succès des Lettres persanes. 62 

78. Les Lettres persanes jugées par Voltaire 65 

79. La raillerie de Montesquieu et celle de La Bruyère 66 

«0. La Bruyère et Montesquieu, peintres de portraits 67 

81 . Montesquieu et les poètes dramatiques 68 

82. Place des Lettres persanes dans l'histoire de la prose fran- 

çaise 68 

83 . Des Lettres persanes aux Considérations et à l'Esprit des 

lois 69 

84. Montesquieu et Bossuet 70 

85 . Les Anciens et le suicide 76 

86 . Une formule de déterminisme historique 77 

87. Les idées essentielles de la philosophie politique de Mon- 

tesquieu '9 

88. La composition des Considérations de iMontesquicu 79 

89. Les Considérations sont une élude antique 81 

!J0. Le style des Lettres persanes et le style des Considératiofis. 82 

91 . Le style des Considérations est-il cornélien ? 82 

RousTAN. — Le Xr//^ siècle. 21 



362 TABLE DES MATIÈRES. 

92 . Place de l'Esprit des lois dans la littérature du xviiic siècle. 8^ 

93. L'Esprit des lois jugé par un contemporain 83 

94. L'Esprit des lois et la science 84 

95. Services rendus par l'Esprit des lois 84 

96 . Montesquieu jugé par Joubert ' 84 

97 . Histoire de l'Esprit des lois 85 

98. Un mot de Rivarol sur l'Esprit des lois 85 

99. Les gouvernements, leur nature, leurs principes 85 

100 . Une objection de Voltaire 87 

101 . La séparation des pouvoirs 87 

102. Montesquieu, un Saint-Simon qui serait intelligent 90 

103 . Montesquieu et le despotisme 90 

104. La liberté définie par Montesquieu 90 

105. Montesquieu et l'éducation de la démocratie 90 

106 . Le commerce et la paix 94 

107. Montesquieu réformateur 94 

108. Montesquieu défenseur de la tolérance, non de la liberté 

religieuse 93 

109. L'abolition de l'esclavage ; la tâche de Montesquieu 94 

110. Le fond et la forme dans l'Esprit des lois 94 

111. Montesquieu, écrivain du xvn^ et du xvni^ siècle 94 

112. Le style de Montesquieu est le plus concis 95 

113. Il s'agit de faire penser 96 

114. Montesquieu écrivain jugé par Buffon 96 

115. Montesquieu juge de Voltaire , 9T 

116. Montesquieu jugé par Voltaire 97 

117. La philosophie de l'Esprit des lois et celle de V Essai sur 

les mœurs 98 

118. Deux Gascons : Montaigne et Montesquieu 98 

Buffon. 

119. Portrait de Buffon 99 

120 . Le caractère de Buffon 100» 

121 . Buffon est-il un « philosophe »? 101 

122. Buffon est un génie antique 10:i 

123 . Buffon est-il un écrivain du xvii« siècle ? 105 

124. Valeur scientifique de l'œuvre de Buffon 105 

125. Les hypothèses de Buffon 108 

126. L'idée du progrès indéfini dans Buff'on 109 

127. Buffon est le père de l'histoire naturelle descriptive MO 

128. Les descriptions et les portraits dans Buffon 110 

429. Buffon, peintre d'animaux, d'après le portrait du cheval, 

du cerf, de la fauvette Mi 



TABLE DES MATIÈRES. 363 

130. La Fontaine et Buffon 112 

131. BufFon moraliste dans les portraits d'animaux 113 

132. De l'impartialité de Buffon, peintre d'animaux 113 

133. L'homme dans les portraits de Buffon 113 

134. Quelques défauts des descriptions de V Histoire naturelle. 114 

135. Le dessein général du Discours sur le style 114 

136. Le Discoures sur le style est la confidence d'un artiste. . . 115 

137. De l'utilité du Discours sur le style 117 

138. Le Discours sur le style jugé par Flaubert 118 

139. « Le style est l'homme même » 119 

140. Les conséquences d'un mauvais plan 120 

141 . La théorie des termes les plus généraux 121 

142. Une définition du « beau style » 121 

143. Un conseil de composition 121 

144. L'éloquence véritable et l'éloquence naturelle 122 

145. La critique des contemporains dans le Discours sur le 

style 122 

146. Le style de Rousseau jugé par Buffon 123 

147. Buffon écrivain 123 

148 . Buffon manque d'attendrissement 125 

149. L'Histoire naturelle... pas si naturelle Iî6 

150. Le style de Buffon est-il varié ? 126 

151 . Buffon « poète en prose » 126 

152. Aimer Buffon 127 

/y. Voltaire. 

153. Importance de la biographie de Voltaire 129 

154. Unité et variété de la biographie de Voltaire 130 

155. Voltaire a-t-il fait « un peu de bien » ? 130 

156. Voltaire n'a-t-il point aimé et ne fut-il point aimé ? 131 

157 Voltaire n'a aimé que son esprit 132 

158. Une conception du bonheur 132 

159 . Une anecdote curieuse 132 

160 . Inffucnce de Voltaire 133 

161 . La mission de Voltaire 133 

162. Molière et Voltaire 134 

163. Voltaire et les réformes 134 

164. Voltaire n'a-t-il fait qu'une œuvre « négative »? 135 

165. Voltaire monarchiste libéral 135 

166. Le meilleur gouvernement d'après Voltaire 136 

167. Voltaire et le gouvernement républicain 136 

168. Voltaire et la liberté de la presse 137 

169. Voltaire et la guerre 137 



364 TABLE DES MATIÈRES. 

170. Voltaire et Turgot 138 

171 . Voltaire et la Révolution française 139 

172. Un Voltaire n'est-il en aucun temps bon à rien ?. 139 

173. Voltaire est la médaille de son pays 140 

174 . Voltaire poète 140 

175. La Hetiriade est-elle un poème épique ? 140 

\ 76 . Les « recettes » de la Henriade 141 

177 . Michelet et la Henriade 142 

178. Les extraits de la Henriade 143 

179. Voltaire satirique et ses prédécesseurs 143 

180. L'originalité de VÊpitve en vers de Voltaire 144 

181. L'originalité de Voltaire dans la poésie légère 144 

182. L hymne à la liberté 145 

183. Voltaire n'a-t-il fait que mettre des rimes à la prose?, . . 145 

184. Voltaire le grand poète des « petits vers » 146 

185. Les nouveautés de l'Histoire de Charles XII 146 

186. Portrait de Charles XII , 149 

187. Charles XII et Pierre le Grand 149 

188. h' Histoire de Charles Xll jugée par les historiens mo- 

dernes 149 

189. Le récit dans rz/is^oire de Charles XII loO 

190. Le siyle de l'Histoire de Charles XII 150 

191. Sur la manière d'écrire l'histoire 150 

192. De l'impartialité de Voltaire dans le Siècle de Louis XIV. 151 

193. Les intentions de Voltaire d'après la lettre à Hervey 153 

194. Les lacunes du Siècle de Louis XIV 154 

195. Le Siècle de Louis XIV jugé par Brunetière 154 

196. Voltaire et l'histoire désintéressée 155 

197. Les nouveautés du Siècle de Louis XIV 155 

198. Le plan du Siècle de Louis XIV 155 

199. Le bon ministre défini par Voltaire 156 

200. Un Mécène enfanlc-t-il des Virgiles ?. , 157 

201 . Sur le Précis du siècle de Louis XV 157 

202. La politique coloniale en Angleterre et en France 158 

203. Les mérites de l'Essai sur les mœurs 159 

204. L'idée du progrès dans l'Essai sur les mœurs 161 

205. Chateaubriand et VEssai sur les mœurs 162 

206. Voltaire historien jugé par Joseph de Maistre 162 

207. La philosophie historique de VEssai sur les mœurs com- 

parée à celle de l'Histoire universelle 103 

208. Voltaire historien des petites causes 163 

209. Voltaire historien a-t-il négligé les détails ? 164 

210. Il faut écrire l'histoire en philosophe 1^.5 



TABLE DES MATIÈRES. 365 

211. Les « philosophes » ont-ils méprisé tout le passé? 165 

212. Le style de Ihistoire au xviiie siècle 166 

213. Voltaire est le premier historien moderne 167 

214. L'histoire en France jusqu'au xix^ siècle 167 

215. La philosophie de Voltaire 168 

2i6. Cohésion de l'œuvre philosophique de Voltaire 170 

217 . Les « philosophes » et la métaphysique 172 

218. Une restriction à la liberté de penser 172 

219. Une maxime de Voltaire 172 

220. Optimisme, pessimisme, humanité 173 

221 . Voltaire critique littéraire 174 

222. Voltaire juge des écrivains du xvii^ siècle 177 

223. La sévérité de Voltaire pour Corneille 177 

224. Voltaire admirateur de Corneille 177 

225. Voltaire réfuté par Maury 178 

226. Causes de la décadence de l'éloquence religieuse au 

xvm^ siècle 179 

227. « Le génie n'a qu'un siècle '> 180 

228 . Images et précision 180 

229. Une règle de Voltaire pour juger les vers 181 

230 . Voltaire grammairien 184 

231. Le génie de la langue française d'après Voltaire 186 

232. Les héritiers du goût voltairien 188 

233. Sur la Correspondance de Voltaire 189 

234. La Correspondance de Voltaire est son meilleur titre de 

gloire 189 

235. La sincérité de Voltaire ne doit pas nous rendre injustes 

envers lui 191 

236. L'art de la lettre d'après la première lettre à Rousseau. . 191 

237. La Correspondance de Voltaire jugée par Lamartine. . . . 191 

238. La Correspondance de Voltaire et celle de M™« de Sévigné. 192 

239. Éloge de Voltaire écrivain. 192 

240. Le style de Voltaire est le parlait modèle de l'esprit 

français 193 

241. La langue de Voltaire et le sens commun 193 

242. Voltaire et le style familier 193 

243 . Un remède contre l'emphase 193 

244. Voltaire et la variété 194 

245. Voltaire a-t-il manqué de véritable éloquence ? 194 

246. Un mot de Nisard sur l'esprit de Voltaire 195 

247. Place du style de Volt-aire dans l'histoire de la prose 

française 195 

248. De l'utilité de la lecture de Voltaire au xx" siècle 196 

21. 



366 TABLE DES MATIÈRES. 

V. L'Encyclopédie. Diderot. 

— Remarques et conseils généraux sur les sujets qui suivent. 196 

249 . Le xvnie siècle, siècle des idées, de la critique, des lumières, 

de U raison 198 

250. Les principes de la philosophie du xvnie siècle 199 

251. La sécularisation de la morale et de la politique au 

xvnF siècle 199 

252. Le caractère de Vauvenargues 200 

253. Vauvenargues contre La Rochefoucauld et Pascal 201 

254 . La vertu définie par Vauvenargues 202 

255. Duclos contre La Rochefoucauld et Pascal 202 

256 . L'àme du x vni^ siècle 203 

257. La philosophie du xvm^ siècle est pratique, polémique, 

féconde en résultats \ , 204 

258. L'œuvre polémique du wm^ siècle 205 

259 . Gomment les philosophes ont rendu les idées « portatives » . 206 

260 . L'armée encyclopédique 207 

261. La mission de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de 

Diderot, de d'Alembert, 207 

262. L'Encyclopédie, tribune politique du xvm^ siècle 208 

263. Deux critiques du Discours préliminaire 210 

264. D'Alembert et les sciences exactes 210 

265. Le style de d'Alembert jugé par lui-même 211 

266 . Le Prospectus de V Encyclopédie .... 214 

267. L'article : Encyclopédie 216 

268. Diderot jugé par ses contemporains 216 

269. Diderot journaliste 217 

270 . Diderot et la poésie 217 

271 . La théorie de l'inspiration réfléchie 219 

272. Diderot critique d'art 220 

273. Diderot critique artistique ou littéraire ? 220 

274. Le style de Diderot 222 

275. Les funérailles do Louis XV 223 

276. A la veille de 1789 223 

VI. J.-J. Rousseau. Bernardin de Saint-Pierre. 

211 . Éloge de Rousseau 225 

278. Rousseau juge de Jean-Jacques 227 

279. Aimer Rousseau 227 

280 . Au pays des chimères 229 

281 . Homme à paradoxes ou homme à, préjugés ? 230 

282. Le « système » de Rousseau 230 

283. Le véritable intérêt du premier Discours 233 



TABLE DES MATIÈRES. 367 

284. Le succès du premier Discours 235 

285. Du premier au second Discours 235 

286. L'état de nature d'après le Discours sur l'inégalité 237 

287 . Le théâtre et la religion 237 

288. Les circonstances de la Lettre à d'Alemhert 238 

289. Les principes de Rousseau dans la Lettre à d'Alembert. 238 

290. La valeur morale de la Lettre à d'Alembert 239 

291. D'Alembert, Marmontel et Voltaire contre Rousseau 240 

292. Le théâtre est-il une école de sociabilité ? 240 

293. La composition de la Lettre à d' Alembert 241 

294. Rousseau, critique littéraire dans la Lettre à d'Alembert. 241 

295. Rousseau et ses prédécesseurs en pédagogie 242 

296. Services rendus par YÉmile 242 

297. Rousseau et la pédagogie moderne 243 

298. Rousseau maître de Pestalozzi 244 

299. Les « rêveries » de l'Emile 244 

300 . h'Émile est-il un traité d'éducation ? 246 

301 . L'erreur initiale de YÉmile 246 

302. Rousseau et M. Jules Lemaître : l'éducation générale et 

l'éducation professionnelle 247 

303. La psychologie de Rousseau jugée par un psychologue, . 250 

304. h'Émile jugé par Chateaubriand 250 

305. La force pour les enfants, la raison pour les hommes. . . 250 

306. Une pédagogie de la science 251 

307. « Sois ton valet ». 251 

308. Il vaut mieux l'estime que l'admiration 251 

309. Rousseau et le travail manuel 252 

310. Rousseau et l'éducation physique 252 

311 . Emile et Robinson Crusoé 253 

312. L'éducation de Sophie, 253 

313 . La morale de Rousseau 254 

314. La morale du sentiment 254 

315 . Rousseau corrigé par Jean- Jacques 255 

316. Une condamnation de la morale de Rousseau 255 

317. Leçons de solidarité pratiques 256 

318. Une maxime de Rousseau 256 

319. Le déisme de Rousseau 258 

320. Voltaire admirateur du Vicaire savoyard 260 

321 .• Le Vicaire savoyard c'est Rousseau 260 

322 . Les disciples du Vicaire savoyard au x viri^ et au xix« siècle. . 260 

323. Kant et Rousseau 261 

324. Les origines du Contrat social 262 

325. Les mérites supérieurs du Contrat social 262 



368 TABLE DES MATIÈRES. 

326 . Individualisme et socialisme 263 

327. L'idée du Contrat d'après Rousseau 264 

328. Les formes de gouvernement d'après le Contrat social.. 204 

329. La souveraineté du peuple d'après le Contrat social 267 

330. L'idée de propriété dans le Contrat social 267 

331 . La religion civile d'après le Contrat social 268 

332 . Rousseau et les encyclopédistes 270 

333 . Rousseau et la Révolution française 271 

334. J.-J. Rousseau et le sentiment de la nature 272 

335. Effet de la nature sur l'àrae de Rousseau 275 

336 . Le rêve de Rousseau 275 

337. Buffon et J.-J. Rousseau, peintres de la nature 275 

338. Influence de Rousseau, peintre de la nature 276 

339. J.-J. Rousseau, « le père du romantisme » 276 

340. Rousseau est le promoteur d'une double révolution 278 

341 . Le style de Rousseau 278 

342. Le grand écrivain et l'artiste dans l'art d'écrire 280 

343 . La Bruyère rapproché de Rousseau 280 

344 . Le style de Rousseau jugé par Rivarol 281 

345. Rousseau entraîne la littérature vers la tribune 281 

346. Le style de Voltaire et le style de Rousseau 282 

347. Bernardin de Saint-Pierre élève de Rousseau 283 

348. De Rousseau à Chateaubriand par Bernardin de Saint- 

Pierre 283 

349. Bernardin de Saint-Pierre et le vocabulaire de l'exotisme. 283 

VII. Le roman. Le drame. La poésie. L'éloquence politique. 

Le roman. 

350 . Le roman depuis M™^ de La Fayette 285 

351 . Lesage disciple de La Bruyère dans Le Diable boiteux. . . 286 

352. Place de Gil Blas dans l'histoire 287 

353. Oronte et monseigneur l'archevêque de Grenade 289 

354 . Lesage, Prévost, J.-J. Rousseau 289 

355. Le roman de Marivaux 289 

356. Marivaux romancier et Marivaux poète dramatique 291 

357. De LAslrée à Manon Lescaut 292 

358. Le style de l'abbé Prévost. 292 

359 . Le roman de Voltaire . 293^ 

360 . L'art du conteur dans Voltaire 295 

361 . Voltaire et le roman à thèse 296 

302. Diderot et le roman 29(i 

363, Diderot roi des conteurs 298 



TABLE DES MATIÈRES. 369 

364. La Nouvelle Héloïse 298 

365. Place de Za Nouvelle Héloïse dans l'histoire du roman, . . 30a 

366. La Nouvelle Héloïse, roman psychologique, idéaliste et 

dramatique 301 

367. Le but de la Nouvelle Héloïse selon Rousseau 302 

368. L'Emile et la Jiilie 302 

369 . Une critique de la Nouvelle Héloïse 302 

370. Souvenirs d'enfance : Paul et Virginie 303 

371 . Causes du succès de Paul et Virginie 303 

372. Bernardin de Saint-Pierre, peintre de la nature 303 

373. De Gil Blas à Paul et Virginie 304 

Le drame. 

374 . Le théâtre de La Chaussée 304 

375. Les théories dramatiques de Diderot .- 307 

376. Le genre comique, le genre tragique, le genre sérieux,. 309 

377. Les conditions et les caractères 310 

378. L'intérêt de la tragédie domestique est plus frappant que 

celui de la tragédie classique 311 

379. Le « naturel » au théâtre d'après Diderot 312 

380. Le théâtre de Diderot 313 

381 . Les vers au théâtre 313 

382. Bedaine et le drame bourgeois 314 

383. Les théories dramatiques de Beaumarchais 315 

384. Le Barbier de Séville et la vieille comédie 316 

385. Du Barbier de Séville au Mariage de Figaro 318 

386. Progrès techniques accomplis par Beaumarchais 320 

387. Les suites du monologue de Figaro 320 

388. La fin de la tragédie (1765-1795). 321 

389. Coup d'œil général sur la tragédie du xvm« siècle 321 

390. Coup d'œil général sur le théâtre du xvni^ siècle 321 

La poésie lyrique. 

391. Le lyrisme de J.-B. Rousseau 322 

392. Un éloge et une critique de J.-B. Rousseau 322 

393. Marot et Gresset 322 

394. Les Satires de Gilbert 323 

395. Le Brun et Chénier 323 

396. Le genre descriptif au xyiii^ siècle 324 

397. Victor Hugo juge de DeliUe 324 

398. Soyons plus justes envers Delille 326 

399. Portrait d'André Chénier 326 

400. Un jugement de Chénier 327 



370 TABLE DES MATIÈRES. 

401 . Les maîtres d'André Ghénier. 328 

402. L'Invention 328 

403 . « Sur des pensers nouveaux ... » 333 

404. L'Aveugle et la poésie homérique 333 

405. Deux « antiques » : Fénelon et Ghénier 335 

406. Les Centaures de Ghénier et de Heredia 336 

407. Ghénier n'a-t-il fait qu'un travail de « marqueterie »?... 336 

408. Ghénier et Pindare 337 

409. Ghénier disciple de J.-J. Rousseau dans la Liberté 337 

410 . Ghénier poète des Ïambes 337 

411 . Ghénier plus artiste que poète 337 

41 2 . Les vers de Ghénier sont amis de la mémoire et de l'oreille. 338 

413 . Ghénier versificateur 338 

414. André Ghénier n'appartient qu'au xvm® siècle 339 

415. Ghénier est le dernier des poètes classiques 339 

416. Gomment les romantiques se sont-ils réclamés de Ghénier? 340 

417. André Ghénier a-t-il inspiré les romantiques ?..... 342 

418. Hugo juge de Ghénier en 1819 344 

419. Lamartine juge de Ghénier 344 

420. Th. Gautier juge de Ghénier 344 

421 . De Ghénier à Leconte de Lisle 345 

422. Ghénier, maître de l'école parnassienne 346 

423. La Marseillaise 347 

424. Tyrtée et Rouget de Lisle 348 

L'ÉLOQUENCE. 

425 . L'éloquence politique 348 

426. L'éloquence française et l'histoire de France 349 

427. L'évolution de l'éloquence française t 350 

428. L'éloquence politique pendant la première Révolution. . . 351 

429. Mirabeau jugé par M™' de Staël 353 

430 . Le style oratoire dans Mirabeau 354 

431 . Mirabeau et Barnave 354 

432. L'éloquence de Vergniaud 355 

433. Gondorcct précurseur de l'époque contemporaine 355 

434 . Danton, le Mirabeau de la populace 356 

435 . La rhétorique de Robespierre 357 

436. Le journalisme et Gamille Desmoulins 357 

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. 



7 J 26-09. GonuKiL. Imprimerie Cftitrit. 



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Roustan, Marias 

La Littérature française 




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