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Full text of "La lutherie et les luthiers"

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LA 



LUTHERIE 



ET 



LES LUTHIERS 



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University of Ottawa 



littp://www.archive.org/details/lalutherieetleslOOvida 



LA 



LUTHERIE 



ET 



LES LUTHIERS 



PAR 

Antoine VIDAL 

MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE PARIS 
ET DE L'ILE-DE-FRANCE, ETC. 




PARIS 

MAISON QUANTIN 

COMPAGNIE GÉNÉRALE d'iMPRESSION ET d'ÉDITION 
7, RUE SAINT-BENOIT 

1889 
Tous droits de traduction et de reproduction réservés. 



UNIVERSITY OF TORONTO 

IDri'.RD JOHNSON 
IViUSîC LIBRARY 



3^/ 



/; 




/i' 







AVANT-PROPOS 



Depuis la publication du lij^re a les Instruments 
à archet)), on m'a demandé souvent, et de différents 
côtés, de donner une édition spéciale de la partie 
concernant l'histoire et la facture des instruments, 
réduite à des proportions peu volwnineuses et acces- 
sibles. 

Mon but est de répotidre à ce désir. 

Le plan est simple : 

Je commence par l'histoire abrégée du violon et de 
ses dérivés; je m' occupe ensuite de la lutherie, passant 
en revue tous les pays oii cet art fut en honneur, et 
en première ligne l'Italie, indispensable à connaître 
d'abord, car aux Italiens revient l'avantage d'avoir 
atteint en ce genre une perfection qui a servi de modèle 
à l'Europe entière. 

Au couj^s de ces dernières années, on s'est livré de 



II 

Vautre côté des Alpes à des recherchas consciencieuses; 
des résultats ijuportants ont été obtenus. J'ai profité 
des trataux accomplis, en ayant soin de toujours citer 
la source de mes ijiformations; on trouvera efitre autres 
sur les familles Amati et Guarnieri des détails nou- 
veaux tirés de pièces officielles, et ojjrant un intérêt 
réel pour l'histoire de la lutherie. 

Le texte a été complété par des gravures, repro- 
duction fidèle d'instruments précieux, et par le fac- 
similé d'une collection d'étiquettes de luthiers d'après 
les originaux authentiques. Ces documents rares et 
pour la plupart inédits rencontreront, j'ose l'espérer, 
un accueil favorable auprès des amateurs. 

A. V. 



LA LUTHERIE 

ET LES LUTHIERS 



« ... Une vie idéale semble animer cette 
lyre moderne. La flûte a de l'esprit, la trom- 
pette a de la fierté, le fifre persifla avec une 
étincelante ironie , le cor a la mélancolie 
d'un rêveur errant dans les bois; mais le vio- 
lon seul a une âme qui pense et qui pleure, 
qui s'exalte et qui s'attendrit. Il a des sons 
qui semblent tirés des entrailles d'un être 
sensible. » 

Paul de Saint-Viltor. 



CHAPITRE PREMIER 

Considérations générales sur l'histoire du violon. — ■ Le rebec. ^ Naissance 
du violon en Italie pendant la première moitié du xvi^ sijcle. — Il est connu 
en France en 1550, en Flandre en 1559, en Angleterre en 1571. — Prix du 
violon de Crémone en i 572. — - L'Italie est le premier pays où le violon ait 
été produit dans sa forme définitive. — Description du violon. — Ses 
dimensions. — L'alto. — Le violoncelle. — La contrebasse. — La pochette. 



Avant d'entrer dans les détails que comporte le but 
de ce livre, c'est-à-dire la facture des instruments à 
archet connue généralement sous le nom de lutherie. 
Je crois utile de donner un résumé succinct de l'his- 
toire du violon et de ses congénères sur lesquels, seu- 
lement, j'aurai à m'appesantir. 

Je laisse de côté l'origine des instruments à cordes 



LE VIOLON. 



frottées. Je passerai aussi sous silence les vielles à 
archet du moyen âge, ainsi que les violes de la Renais- 
sance dont la famille nombreuse et compliquée 
alimenta presque exclusivement la musique instru- 
mentale jusqu'au milieu du xvii-^ siècle; des ouvrages 
spéciaux ont traité ce sujet purement historique, le 
cadre restreint que je me suis tracé me force d y 
renvoyer le lecteur. 

Il y a cependant un instrument à archet disparu 
de nos jours, qu'on désigne souvent sous le nom de 
violon à trois cordes, et dont je dois dire quelques 
mots, afin de bien en déterminer la nature et de lui res- 
tituer son véritable caractère. Je veux parler du rebec, 
en forme de moitié de poire allongée, représenté sou- 
vent dans les anciennes sculptures et dans les minia- 
tures ornant les manuscrits du moyen âge. 

Le rebec est un instrument qui n'a d'analogie avec 
le violon que l'archet et ses trois cordes accordées en 
quinte : sol, ré, la. Du reste, la forme et la nature 
en sont entièrement différentes. Pas d'éclisses, fond 
bombé, table d'harmonie absolument plate. L'ori- 
gine en est très ancienne et vient probablement de 
l'Orient. Le rabeb, qui a été apporté par les Maures 
en Espagne, lors de la conquête, vers le commence- 
ment du yni*^ siècle, n'est autre chose que le rebec ^ 



I. Don Ant. Rod. de Hita indique parmi les instruments 
usités par les Espagnols au moyen âge : « el rave gritador 
con su alta nota », et plus loin : el rabé morisco ». Le rave 
gritador n'est e'videmment que notre rebec «dur et sec ' . 
Quant au rabé morisco, c'est, à n'en pas douter, le rabeb arabe. 
Ce mot de rabé s'est conservé en Espagne à travers les siècles, 



CHAPITRE PREMIER. 3 

Le mot rcbec ne se rencontre en France pour la 
première fois que vers le xuf siècle, dans ces vers 
d'A3'meric de Peyrat ^ : 

Quidam rcbecjin arcuabant 
Muliebrcm vocem confrigentes. 

11 est probable que depuis longtemps déjà cet in- 
strument était en usage, mais je n'en connais aucune 
preuve historique. 

Jusqu'au xv*" siècle on le désignait surtout par les 
mots rebelle, rubèbe ; ce n'est qu'à partir de cette 
époque que le nom de rcbec fut définitivement 
adopté, à l'exclusion de tous autres. En 1483, nous le 
trouvons désigné dans les comptes du roi Charles VIII. 
Lors d'un voyage que fit le Roi, étant à Septême, on 
donne, sur son ordre, 35 sols « à ung poure insensé qui 
jouoit du rebec- ». 

Le rebec était un instrument sec et criard; il était 
pour faire danser, on menait les épousées à l'église au 
son du rebec et du tambourina 

La malice populaire le connaissait bien; on disait : 
sec comme î^ebec. Dans une comédie qui eut beau- 
coup de succès dans son temps, Florinde, en parlant 
du capitaine Fier-à-bras, que son père lui destine mal- 



car, aujourd'hui encore, certaines peuplades de la Catalogne 
appellent le violon « rabaquet ». {Historia de la tnusica espa- 
ûola desde la venida de los Fenicios, hasta el afio i85o. Por 
Mariano Fuertes. Madrid, i855.) 

1. Du Cange, Glossariimi, au mot baudosa. 

2. Les comptes de l'ai-genterie du roy Charles VIII. Arch. 
nat. K. K. 75-76. 

3. Dictionnaire de Trévoux. 



^ LE VIOLON, 



gré elle pour époux, dit : « Pour la mine, il l'a telle 
quelle, et surtout il est délicat et blond comme un 
pruneau relavé; et la bourcc, il ne l'a pas trop bien 
ferrée : de ce côté-là, il est ^t'c comme un rcbcc et plus 
plat que punaise ^ » 

Une sentence fut rendue par le lieutenant civil de 
Paris, le 27 mars 1628^ : « Faisant défense à tous 
musiciens de jouer dans les cabarets et mauvais lieux 
des dessus, basses ou autres parties de violon, ains 
seulement du rebec. )> 

Il est juste, cependant, de faire remarquer que le 
pauvre rebec n'avait pas toujours été accablé d'un 
pareil mépris, car il figure pendant longtemps parmi 
les instruments reçus dans les cours ro3^ales\ Son rôle 
commença à décliner dès les premières années du 
XVII® siècle et la chute fut irrévocable, car un siècle 
plus tard, lorsque Guignon fut nommé roi des violons 
en 1742, après l'interrègne assez long qui avait eu lieu 



1. Comédie des proverbes, 2° édit., Paris, MDCXL, par 
Adrien de Montluc, comte de Cramail, prince de Chabanais. 

2. Bibliothèque de l'École des chartes. A vol. IV, p. 543. 

3. C'est ainsi que nous trouvons en 1490, dans les comptes 
de Cliarles VIII : « Payé à Raymond Monnet, joueur de rebec.» 

De i523 h i535 : « Lancelot Levasseur, joueur ordinaire de 
rebec du Roy. » 

En 1559: « Jehan Cavalier, joueur de rebec du Roy. » 

(Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire. Paris, 
1867.) 

En Angleterre, le rebec fait partie de la bande royale : «The 
State band of Henry VIII (i52G) consisted of i5 trumpets, 
3 lûtes, 3 rebecks, 3 taborets, a harp, 2 viols, 4 drumslades, a 
fife, and 10 sackbuts. » 

(/?. North's memoirs. London, 1846, p. <)", note de l'édi- 
teur.) 



CHAPITRE PREMIER. 5 

dans cette charge ', dont il fut le dernier titulaire, l'un 
des premiers actes de son autorité fut de lancer une 
ordonnance ainsi conçue : 

«• Comme il seroit également impossible et opposé 
aux projets de la communauté, pour la perfection des 
arts qui en font l'objet, d'}' comprendre un certain 
nombre de gens sans capacité, dont les talents sont 
bornés à l'amusement du peuple dans les rues et dans 
les guinguettes, il leur sera permis d'_v jouer d'une 
espèce d'instrument à trois cordes seulement, et connu 
sous le nom de rebec, sans qu'ils puissent se servir 
d'un violon à quatre cordes sous quelque prétexte 
que ce soit. » 

Le rebec cessa d'exister; mais, comme on le voit, 
il avait été encore en usage en France dans le cou- 
rant du XVII® siècle. Depuis lors, sa disparition a été 
si complète que je n'ai pu en découvrir un seul spéci- 
men dans les collections publiques ou privées. Le 
musée instrumental du Conservatoire de Paris en pos- 
sède une copie exacte faite par J.-B. Vuillaume, pièce 
très intéressante pour l'iiistoire de l'art instrumental-. 
(N" 1 19 du cat.) 

Occupons-nous maintenant du Violon. 

La première question à poser dans le sujet que je 
vais traiter est celle-ci : A. quelle époque le violon a- 
t-il paru? La seule réponse possible, suivant moi, peut 
se formuler ainsi : 



1. Aucun roi n'avait été nommé depuis lôSy. 

2. Ce rebec, fait de la main de J.-B. Vuillaume, en iSyS, a 
été offert par lui au musée du Conservatoire, au mois de juillet 
de cette même année. 



g LE VIOLON. 

Le violon n'est paslefruit d'une conception unique, 
mais le résultat des eftbrts réunis de tous les faiseurs 
et joueurs d'instruments qui l'amenèrent à la perfec- 
tion de forme actuelle, par des améliorations succes- 
sives. Il est impossible de suivre dans ses détails la 
marche de ces progrès. Assurément on a remplacé 
une première fois les ouïes en forme de croissant ou 
de C par des S et des F. De même, on a changé le 
dessin arrondi des échancrures des vielles à archet par 
les coins tout autrement dessinés du violon. 

La tête des anciens instruments, affectant la forme 
du trifolium, ou sculptée de diverses manières, passa 
d'un seul coup à la volute. On essaya une première 
fois de modifier le S3'stème des tables qui, entière- 
ment plates dans les modèles primitifs, s'élevèrent 
peu à peu pour former ces voûtes si favorables à l'é- 
mission du son. Au fur et à mesure de ces change- 
ments extérieurs, il fallait arriver à de nouvelles con- 
ditions dans la construction intérieure de l'instrument: 
contre-éclisses, barre, âme, coins, tasseaux, tout cela 
s'ajouta ou se modifia en conséquence ; mais les au- 
teurs et les dates de ces diverses améliorations par- 
tielles sont inconnus et le seront probablement tou- 
jours. 

On a attribué l'invention du violon à certains 
luthiers italiens du xv® ou du xvi'' siècle, et notam- 
ment à un nommé Testatore (il Vecchio), de Milan ^ 
Ce sont des suppositions sans aucune preuve à l'appui. 



I. /La Luthomoyiographie, par un amateur, p. 5. Ch. Jiihel, 
Franjfort-sur-le-Mein, i85b. 



C; H A PITRE PRF. MIER. 7 

qu'il est prudent d'ccartcr, comme étant pour le moins 
très problématiques. 

Les spécimens authentiques et très rares de luthe- 
rie, appartenant à cette époque éloignée, nous oftVent 
des violes; quant au violon proprement dit, Je n'en 
connais pas un seul exemple indiscutable avant le 
CDmmencement de la moitié du xvj" siècle, quand les 
Amati à Crémone et les Gaspard da Salo et Maggini à 
Brescia commencèrent à se faire connaître. Des ama- 
teurs enthousiastes de vieux instruments prétendent 
posséder ou avoir vu des violons faits : soit par un 
luthier de Brescia du nom de Kerlino, vers 1460, soit 
par le fameux Duiffoprugcar, qui vint s'établir en 
France vers 1 5 15. 

Le violon de Kerlino n'était autre qu'une viola da 
braccio dont on avait changé le manche. Un luthier de 
Paris, nommé Koliker, bien connu par son habileté à 
réparer et à habiller les anciens instruments au com- 
mencement de ce siècle, avait opéré la métamorphose. 

Quant aux violons de Duiffoprugcar, je renvoie 
pour les détails à ce que je dis plus loin de ce luthier 
célèbre dans le chapitre traitant des luthiers italiens. 

Le violon a du être construit en Italie avant j55o, 
peut-être dès i520", mais aucune preuve, aucun spé- 
cimen certain ne sont là pour venir à l'appui de cette 
supposition. 

Les seules sources d'informations précises et bien 
réelles se trouvent dans les dessins et les peintures de 
la fin du xv*" siècle et du commencement du xvi^; c'est 
là, suivant moi, à défaut d'autres preuves, qu'il faut 
chercher l'histoire de la transformation des violes. 



8 LE VIOLON. 

Quand on examine attentivement les peintures de 
cette époque, on suit le changement pour ainsi dire 
pas à pas. 

En France, par exemple, nous en trouvons un 
échantillon dans l'importante miniature du Psaiiltier 
du roi René, terminé vers 1485 ^ Le personnage se 
tenant debout, avec un instrument à archet appuyé 
contre son épaule, nous présente une viole dont les 
échancrures annoncent déjà les C et les coins du 
violon. 

Un peu plus tard, Raphaël, dans son tableau de 
l'Assomption, peint de i5o2 à i5o3, nous montre un 
ange tenant une viole, dont les ouïes sont en forme 
d'^ courtes et grossièrement taillées, mais paraissant 
une reproduction fidèle des modèles du temps'. 

En outre, cette viole, construite sur le même 
patrbn original qu'une autre, peinte par Cima, vers 
1490, possède un coin dessiné dans le genre des 
modèles adoptés postérieurement par les luthiers 
italiens^. 

Exactement à la même époque, nous trouvons la 
volute parfaitement dessinée sur le manche d'une 
basse de viole tenue par un moine dans un tableau 
du Giorgione ''. 

Tous ces changements dans les différentes parties 
des violes apparaissent donc peu à peu. Les échan- 
crures en forme de C prennent la place de celles aux 

1. Bibliothèque de l'Arsenal, TL iSq B. 

2. Se trouve gravé dans la Collection Rosini, pi. lxxxi. 

3. C.-B. Cima. Collection Rosini^ pi. lxxxvi, 

4. Giorgio Barbelli dit il Giorgione, 1477-1511. 



C H A P I T R F, P R F. M I E R . 9 

contours adoucis. Les coins affectent un caractère 
tout nouveau. Les ouïes, le plus généralement dessi- 
nées en forme de G allongé et posées dos à dos ou 
face à face, se remplacent par des S ou des^. La tête 
de l'instrument elle-même, de formes incertaines, mais 
souvent en losange ou en trifolium comme dans la 
vielle de nos ménestrels, passe à la volute; ces 
transformations successives s'opèrent vers la fin du 
xv^ siècle. 

Le violon, une fois arrêté dans sa forme définitive 
par l'école italienne, c'est-à-dire de i52o à i55o, se 
retrouve bientôt dans plusieurs pa3's de l'Europe : 
en France, il figure dans les fêtes offertes par la ville 
de Rouen au roi Henri II et à la reine Catherine de 
Médicis, lors de « leur triumphant et joveulx advene- 
ment en icelle ville, qui fut es jours de mercredy et 
Jeudy premier et second jour d'octobre i55o ». 

Dans la description de ces fêtes, la relation dit : 
« Au milieu d'iceluy roch, estoit assis sur un stuc de 
marbre polly. Orphée... à la dextre, les neuf muses 
vestues de satin blanc, lesquelles rendoient ensemble 
de leurs violons madrez et poll3^s d'excellentes voix^» 

Quelques années plus tard, les Flandres font du 
violon l'objet d'un commerce d'une certaine impor- 
tance; car, en i559, un nommé Pietro Lupo, d'An- 
vers, vendait à un musicien, député par le magistrat 



I . C'est la déduction du suinptueux ordre, plaisant^ spec- 
tacles, etc., dressés et exhibés par les citoiens de la Ville de 
Rouen à la sacrée majesté du très-christian roy de France, 
Henry second, etc. Rouen, i56i. 



,0 LE VIOLON. 

d'Utrecht, cinq violons renfermés dans lenr étui, pour 
la somme de soixante-dou\e livres, et on paraissait 
dès lors prendre grand souci de la qualité des instru- 
ments : on les faisait essayer par un joueur de pro- 
fession, avant de terminer le marché; et il en coûtait 
six livres, tant pour l'essai que pour le vin bu à 
l'occasion de l'achat ^ 

En Angleterre, nous le trouvons, en loji, dans 
la musique de la reine Elisabeth; il y avait, à cette 
époque, sept violons dans la bande royale -. 

Le violon a conquis ses titres de noblesse, et sa 
réputation est faite : les peintres italiens commencent 
à lui faire les honneurs de leur atelier; et si Paul 
\^éronèse, ainsi que plusieurs autres grands artistes de 
l'époque, ne nous l'offrent pas dans son parfait mo- 
dèle, nous le trouvons cependant avec tous les détails 
de ses formes nouvelles chez un de leurs contempo- 
rains. 

Jacobo da Ponte nous en donne un charmant spé- 
cimen dans ses Noces de Cana, tableau peint proba- 
blement avant celui de Paul ^'éronèse sur le même 
sujet, c'est-à-dire vers i555 •'. 

1 . « Recherches sur les facteurs de clavecins et luthiers 
d'Anvers depuis le xvi" siècle, » par le chevalier Léon de Bur- 
bure. [Bulletins de l'Académie j-oj'ale de Belgique, i^ série, 
t. XV, i863, p. 36i.) 

2. n The first mention of violins in the royal band occurs in 
thc year iSyi : o Item, to the vyolons beeing vij of them, everv 
one at 20"' per diem for their wages, and L. 16, 2 s. ô'^ for 
their lyveries. In ail per annum L. 325, i5 s. » [R. North's 
memoirs, London, 184G.) 

3. Le tableau de Paul Véronèse a été peint en iSf'S. L'au- 
teur, né en i53o, avait donc alors trente-trois ans. Jacobo da 



PL. 1. 




Gio î^ore^ss "îif^T^»^ 



CH API ru E PKEMIER. ,, 

Nous savons même quel prix il faut payer le 
violon dii Crémone : un fragment curieux des comptes 
du roi de F'rance, Charles IX, nous l'apprend en ces 
termes : « 27 octobre 1572. Paye à Nicolas Dolinet, 
joueur de fluste et de violon du dict sieur (le Roy), la 
somme de cinquante livres tournois pour lui donner 
le moyen d'achepter un j'iolon de Crémone pour le 
service du dict sieur ^ » 

Depuis le règne de François II le violon revient à 
chaque instant dans les comptes des rois de France; 
et il est hors de doute qu'à partir de i55o les lu- 
thiers italiens en faisaient un commerce relativement 
étendu. 

Il est donc permis de conclure qu'à l'Italie seule 
revient la gloire du changement de la viole en violon; 
aucun autre pa3's de l'Furope ne peut sérieusement 
y prétendre. On a voulu l'attribuer à la France, 
parce qu'un auteur italien, Claude Monteverde, dans 
son opéra Orfeo, joué en 1607, indique dans la com- 
position de son orchestre : « Duoi violini piccoli alla 
francese - ». 

A mon avis, la désignation de Monteverde n'est 
pas une preuve ; et sans chercher à l'interpréter, je 



Ponte dit il Bassano, né en i5io, avait, à la même époque, 
cinquante-trois ans; on connaît de lui deux manières : celle de 
sa jeunesse, qui comprend les peintures à grands sujets; celle 
de son âge mûr, où il réduisit ses dimensions et s'attacha aux 
détails. Le tableau que je cite est de la seconde manière. Jl 
existe au musée du Louvre à Paris, grande galerie, n" 3oi. 

I. Cimber et Danjou,.4rc//jVe5 de l'histoire de France, t. Mil, 
p. 353, 

1 Fétis, yl. Strjdivari, Paris, i85G, p. 47. 



ii LE VIOLON. 

ne puis admettre que les nombreux prédécesseurs des 
Amati, Gaspard da Salo, Maggini, etc., soient venus 
cliercher en France l'idée du violon, lorsque nous ne 
connaissons pas le nom d'un seul luthier français de 
l'époque à leur opposer. 

Les Amati à Crémone, Gaspard da Salo et Jean- 
Paul Maggini à Brescia furent les premiers à amé- 
liorer la forme du violon. A. Stradivari lui a donné la 
perfection actuelle ; je prendrai le grand luthier pour 
guide dans la description de cet instrument admi- 
rable, délice de toutes les générations musicales 
depuis plus de trois siècles, et destiné, vraisemblable- 
ment, à fournir encore une longue carrière. 

Quoique les détails de l'instrument soient connus 
de la plupart des amateurs, je ne crois pas sans inté- 
rêt de les mentionner ici. 

Les parties dont le violon se compose sont : 

La tête, les chevilles; 

Le maîiche, sur lequel est collée : 

La touche; 

Le sillet, petite pièce placée au haut de la touche 
et sur laquelle s'appuient les cordes au sortir de la 
tête; 

La table d'harmonie, appelée aussi table de 
dessus ; 

ha table de fond, dite fond; 

Les éclisses, lames en bois circulaires sur les- 
quelles s'appuient les tables ; 

Le bouton, fixé au milieu de Véclisse du bas, et sur 
lequel s'attache : 

Le tire-corde, qu'on appelait autrefois la queue ; 



CHAPITRE PREMIER. 13 

l.cs C, qui sont les cchancrarcs pratiquées de 
chaque côté des tables pour laisser passer librement 
l'archet; 

Les coins, qui terminent le haut et le bas des C ; 

Les J'JP autrement dit les ouïes. 

Le violon ouvert, ou, pour me servir de l'expres- 
sion technique, détablé, oflre à l'intérieur les parties 
suivantes : 

Les contre-édisses, rubans en bois un peu épais 
adaptés au bord des édisses dans tous leurs contours ; 

La barre, pièce très importante collée sous la 
table de dessus dans toute sa longueur, et passant 
sous le pied gauche du chevalet ; 

Vâme, petite verge cylindrique en bois placée 
sous le pied droit du chevalet, et un peu en arrière; 

Les coins, appelés également tasseaux, forte dou- 
blure collée dans l'intérieur des coins extérieurs et 
amincie à ses extrémités de manière à se fondre avec 
les édisses; 

Les tasseaux, pièces de bois placées sur le milieu 
des édisses aux deux extrémités des tables. Les contre- 
édisses, les coi}is et les tasseaux ont surtout pour but 
d'offrir une résistance plus grande à la pression con- 
sidérable résultant de la tension des cordes sur le 
chevalet. 

La barre et Tàme ont des fonctions acoustiques 
particulières. Les tables, surtout celle de dessus, sont 
généralement faites de deux pièces collées l'une à 
l'autre. 

Les plus beaux modèles de violon sont ceux faits 
par A. Stradivari, de 1 710 à lySo. L'un des spécimens 



,^ LE VIOLON. 



les plus remarquables du maître, parvenu jusqu'à 
nous, est le fameux violon ayant appartenu à feu 
J.-B. Vuillaume, et aujourd'hui la propriété de 
■^^me yve j)_ Akrd ; il figura à l'exposition du Ken- 
sington Musœum, à Londres, en 1872, sous le nom 
de Messie. (PI. iv.) 

Voici les dimensions de l'instrument prises sur 

l'original : 

Longueur totale du corps h partir de 

l'extérieur des bords o"', SSS"''" 

Largeur du haut C", i65 — 

— du bas o"», 206 — 

- . — du milieu des C o"", 109 — 

Longueur de l'ouverture des C o", 076 — 

— du haut au milieu àQ% ^'J^ . o", igS — 
Hauteur des éclisses du haut o™, o3o — 

— — du milieu .... o'", o3o — 

— — du bas ©""joSi — 

Longueur du manche o*", i3o — 

— de la touche o'". 260 — 

Le violon s'accorde par quintes, 
i" Sol, la seule corde filée. 
2" Ré J 

3" La ^ Cordes en bo3'au. 
4" Mi ) 



$ 



33: 



o 



Depuis les premiers Amati, on a tenté de nom- 
breux essais ayant pour but de changer la forme du 
violon et ses conditions acoustiques; mais on n'a 
encore rien trouvé pour remplacer avantageusement 
les données premières, et il est merveilleux de voir 



CHAPITK E PU EMIEK. ,5 

aujourd'hui le violon joue par nos \irtuoses repré- 
senter absolument celui du xvi° siècle : sauf quelques 
légères modifications dans la forme des contours, des 
voûtes et quelquefois des dimensions, l'instrument de 
1884 est celui de i55o; on n'a même pas opéré un 
seul changenient intérieur d'une utilité reconnue; le 
vieil André Amati construisait les tasseaux, les 
contre-éclisses, la barre, l'àme, absolument comme 
les luthiers de nos Jours. 

La France est un des pays de l'Europe où le violon 
se répandit le plus rapidement. Depuis i535 environ, 
époque à laquelle Baltasarini^ vint à la Cour avec une 
bande de musiciens violonistes, l'instrument prit une 
vogue générale; son nom lui-même ne tarda pas à 
être emprunté par notre langue populaire. 

Les joueurs de violon n'étaient pas toujours gens 
de la meilleure espèce. Nous voyons, dès 1628, l'au- 
torité tenter de sauver le noble instrument de cette 
décadence a en faisant défense d'en jouer dans les 
cabarets et mauvais lieux ». 

Malgré ces louables intentions, le violon continuait 
à déroger; aussi fit-on bientôt de son nom un terme de 
mépris et d'injure : « Traiter un homme de violon, 
dit A. Furetière, c'est comme si on le mettoit au rang 



I. Baltasarini dit Beaujoyeux, qui était de Turin, avait été 
envoyé à Catherine de Médicis à la tète d'une bande de violons, 
parle maréchal de Brissac, gouverneur du Piémont, de i55o 
à 1559. Ce fut Baltasarini qui composa la musique du fameux 
ballet comique de la Royne, représenté pour la première fois 
au Louvre le dimanche i5 octobre i58i, à l'occasion du 
mariage du duc de Joyeuse avec Marguerite de Vaudcmont, 
sœur de la reine. 



,f5 LE VIOLON. 

des menestriers qui vont de cabaret en cabaret jouei- 
du violon, et augmenter la joye des ivrognes i. » 

Saint-Évremont, dans sa comédie des Académistcs, 
nous en donne un joli exemple'. Nous sommes à la 
scène n de l'acte P% Coiletct et Godeau discutent, 
s'échauffent' : 

GODEAU. 

Colletet, ie vous trouve un gentil violon. 

COLL ET ET. 

Nous sommes tous esgaux, estans fils d'Apollon. 

G ODE AU. 

Retirez-vous d'icy, sortez donc, grosse beste. 

COLLETET. 

Ouy, ie m'en vay sortir, vous me rompez la teste. 

GODEAU. 

Sur mon bien, ce manant me mettroit en péché, 
Si j'estois avec lui plus longtemps attaché ! 
C'est un gueux, un coquin; il ne dit rien qui vaille. 
Ha! Dieu, ie ne veux plus de pareille canaille! 

L'injure progresse avec la colère : d'abord violou, 
et, pour finir, canaille; les deux extrémités de la 
gamme ! 

Aujourd'hui, la position sociale du violon et des 
joueurs de violon s'est dégagée de ces sobriquets peu 

1. Ant. Furctière, Dictionnaire universel. Paris, 1727. 

2. La comédie des Académistes. Paris, i65o. 

■3. Colletet (Guillaume) (Paris, 1 598-1 ôSg), poète, protégé 
de Richelieu, l'un des premiers membres de l'Académie fran- 
çaise. 

Godeau (Antoine), né à Dreux, en i6o5, mort en 1672. Prélat, 
littérateur, confrère de Colletet à l'Académie française. 



CHAPITRE PREMIER. 17 

flatteurs; il nous reste bien encore, à ce point de vue, 
un léger nuage : nous mettons toujours au violon les 
tapageurs nocturnes'; mais laissons au temps le soin 
de modifier cela, et reprenons plus directement notre 
sujet. 

L'Alto est le premier dérivé du violon dont nous 
avons à parler : quoique d'un patron plus grand, ses 
formes sont les mêmes, et toutes ses parties extérieures 
et intérieures ont le même nom. 

Doué d'une voix grave et sympathique, il remplit 
dans le quatuor des instruments à cordes le rôle du 
baryton dans la musique vocale. Rien n'est beau 
comme la voix de l'alto s'élevant tout à coup entre les 
accords du violon et du violoncelle, et lorsque ce bel 
instrument daigne sortir pour un instant des notes 
modestes de l'accompagnement, il émeut jusqu'aux 
larmes. 



I. L'origine de ce nom de violon donné à l'endroit où on 
enferme les maraudeurs n'est pas bien connue. Parmi les 
nombreuses explications fournies, voici la moins invraisem- 
blable: dés le XVI* siècle, on avait l'habitude, lorsqu'on enfer- 
mait un prisonnier provisoirement, de lui attacher les pieds 
sur une espèce d'instrument triangulaire, tendu de cordes: on 
l'avait appelé le saltérion, à cause de sa ressemblance avec un 
instrument de musique bien connu, le psalterium, désigné 
souvent sous le nom de salterium par les poètes du moyen 
âge. Plus tard, l'usage du psalterium étant devenu très rare, 
on y substitua le mot de violon, plus populaire et plus connu. 
Du Gange, dans son Glossaire françois, dit saltérion pour 
psaltérion, ceps, entraves ; et dans son Glossaire latin, au mot 
SALMus, cite cet extrait d'un registre royal de iSSg: « Et après 
le suppliant fut mis en une autre prison au dit chastel, avec un 
autre homme prisonnier, et furent mis ensemble au salté- 
rion. » 



,8 LE VIOLON. 

Pourquoi le délaisser ainsi et ne pas lui donner un 
rôle plus digne de ses qualités charmantes ? On ne 
songe même pas à son enseignement régulier, et c'est 
avec peine que je signale Tabsence d'une école d'alto 
dans la belle organisation instrumentale de notre 
Conservatoire de Paris. L'alto possède un timbre à 
part, d'une nature toute particulière, et des études 
spéciales sont nécessaires pour faire un bon altiste : un 
violoniste bon musicien jouera facilement de l'alto, 
mais il sera toujours insuffisant pour tirer de l'instru- 
ment tout l'effet dont il est susceptible. 

L'alto a les quatre cordes du violoncelle dont nous 
allons bientôt avoir à parler: 

Ut, corde filée; 

Sol, d° d^ 

Ré, corde en boyau; 

La, d° d° 

Il s'accorde ainsi : 



j:l. 



ZOl. 



T5 



Voici les dimensions exactes d'un alto de A. Stra- 
divari (ex. de Janzé), renommé comme le plus beau 
spécimen connu : 



mm 



Longueur totale du corps o'",.4io 

Largeur du haut o"', iS5 — 

— du bas 0°', 240 — 

— du milieu des C o™, i3o — 



CHAPITRE PREMI ER. ,p 

Longueur de l'ouverture des G o"',oq5""". 

— du haut jusqu'au milieu des jTjr o"',220 — 
Hauteur des cclisses du haut o"', o38 

— — du milieu . . . o"', o38 — 

— — du bas o'", o3i) — 

Ce magnifique instrument fait partie de la splen- 
dide collection Camposelice*. 

Violoncelle. — Au fur et à mesure que. les 
modifications se faisaient aux pardessus de viole et les 
anienaient à la forme du violon, ces mêmes change- 
ments s'opéraient dans les basses de viole, devenues 
alors basses de j'iolon ou violoncelles. 

Comme je l'ai dit en parlant du violon, le violon- 
celle, avec sa tête à quatre chevilles, était probablement 
construit en Italie dès i52o; mais les premiers spéci- 
mens authentiques connus datent des Amati, Gaspard 
da Salo et Maggini, de i55o à 1600, et encore sont-ils 
d'une rareté excessive. 

Un auteur français, Laborde, dans son Essai sur 
la musique, a édité sur le violoncelle une fable telle- 
ment absurde que je n'en parlerais pas ici, si je ne 

1. Leducde Camposelice, décédé àParisle i^^'septembre 1887, 
avait réuni un ensemble d'instruments précieux dont voici la 
nomenclature : 

Joseph Guai-nerius del Jesu : 5 violons. 

Anlonius Stradivarius : 8 violons, 2 altos, 2 violon- 

celles. 

Pierre Guarnerius [Venise) : i violon. 

Saint- Séraphin : i violon. 

Gagliano [Nicolas) : i alto. 

Gaspar da Salo : i alto. 

Lupot (Nicolas) : 2 violons, i alto, i violoncelle. 

Cette collection remarquable appartient aujourd'hui à 
M"'^ la duchesse de Camposelice. 



23 LE VIOLON. 

Tavais vue reproduite souvent dans des ouvrages de 
musicologie sérieux. 

Laborde dit à l'article violoncelle' : 
« Instrument qui a succédé à la viole pour accom- 
pagner dans les concerts. Il est fait comme le violon, 
excepté qu'il est beaucoup plus gros et se tient entre 
les jambes. Le P. Tardieu, de Tarascon, frère d'un 
célèbre maître de chapelle de Provence, Vimagina vers 
le commencement de ce siècle (le xviri*=), et le monta de 
cinq cordes ainsi accordées : lit, sol, ré, la, rJ. Quinze 
ou vingt ans après, on réduisit le violoncelle à quatre 
cordes en lui ôtant la chanterelle ré. » 

Je ne sais où l'auteur a puisé les éléments de cette 
légende naïve; toujours est-il que l'histoire de l'abbé 
Tardieu est fausse d'un bout à l'autre. 

La chose est simple et facile à comprendre, puis- 
que plus de cent cinquante ans avant lui le violon- 
celle était sorti d'Italie avec ses quatre cordes et sa 
tête à quatre chevilles! Depuis lors, sa forme a pu re- 
chercher plus d'élégance, mais elle a toujours été la 
même; ses dimensions seules ont varié. Pendant bien 
longtemps on a complètement ignoré les ressources 
dont cet instrument admirable était susceptible; on ne 
s'en servait que pour soutenir le chant dans les égli- 
ses, ou bien encore pour faire la basse d'accompagne- 
ment aux sonates de violon, dont la mode commença 
à se propager en Italie dans le courant du xvii® siècle. 
Les instruments construits par les luthiers italiens 
dans ce but étaient sensiblement plus grands que le 

I. Laborde, Essai sur la musique, 4 vol. in-4°. Paris, 1780, 
t. I", p. 309. 



CH A PITRF. PREMIER. 21 

patron adopté par A. Stradivari de 1700 à lySo. On 
les appelait basses : la plupart étaient percées d'un trou 
au milieu de la table de fond, pour permettre au 
joueur de suivre les processions en suspendant son 
instrument à un crochet attenant à la ceinture-, elles 
étaient montées exactement comme le violoncelle. A. 
Stradivari lui-même a construit plusieurs de ces gran- 
des basses d'église, mais on a reconnu que le modèle 
le mieux approprié à l'usage était celui du violoncelle 
de cet auteur, ayant appartenu à Louis Duport, et 
ensuite à notre tant regretté maître A. Franchomme. 
Voici quelles en sont les dimensions exactes, prises 
sur l'original : 



Longueur totale du corps o"", ySo""". 

— du haut au milieu des ffjf. . o"',40o — 
Largeur du haut o"', J40 

— du milieu des C • • o"', 240 

_ du bas o",440 — 

Longueur de l'ouverture des C . . • . o"\ 170 — 

Hauteur des éclisses du haut. . . . • o™, 118 — 

_ _ du milieu. . . . o'", 118 — 

_ _ du bas o™, 119 — 

L'accord du violoncelle est le suivant : 




L'étendue pratique de l'instrument, depuis 1'/// 
grave à vide jusqu'au bas du manche sur le la, est de 
quatre octaves, plus le ré et le mi. Certains composi- 
teurs solistes écrivent jusqu'au /Ii appuyé, mais il faut 
alors une touche de longueur suffisante. 



21 LE VIOLON'. 

Je ne m'étendrai pas davantage au sujet du vio- 
Ijiicelle, sur lequel Je crois avoir donné les détails 
indispensables; il nous conduit naturellement à la 
dernière expression des dérivés du violon dans la fa- 
mille des instruments à archet usités de nos jours : je 
veux parler de la contrebasse. 

Contrebasse. — Comme pour le violon et le vio- 
loncelle, on a voulu trouver, et sans plus de fonde- 
ment, un inventeur à la contrebasse : on a choisi dans 
ce but un luthier italien, Michel Todini, travaillant à 
Rome dans la seconde moitié du xvu^ siècle. Quelques 
lignes mal interprétées, insérées dans un petit volume 
que Todini fit paraître à Rome en 1676% ont donné 
naissance à cette supposition erronée. 

Voici ce que dit l'auteur dans sa Gallcria armc- 
nica, chap. xxiii, p. 81 : 

« Ma perche doppo fabricai e introdussi nelle mu- 
siche di Roma il violone grande, osia contrabasso, mi 
convenue tralasciare ogn'altra cosa. » 

« Mais comme depuis j'ai fabriqué et introduit 
dans les orchestres de Rome le grand violone, autre- 
ment dit la contrebasse, j'ai préféré abandonner toute 
autre chose. » 

Todini, on le voit, n'émet même pas la prétention 
qu'on lui suppose bien gratuitement. 

Du reste, en lui accordant toute espèce de charla- 
tanisme, il lui eût été difficile de faire croire à ses con- 



I. Dichiaratione délia galleria armonica eretta in Roma, da 
Michèle Todini. Piemontese di Saluzzo, nella sua habitatione, 
posta ail' arco délia Ciambella. In Roma per Francesco Tiz- 
zoni, 1676. — Petit in- 12 de 92 pages. 



PL. II. 




n 



Faciebat Anno ^^}^ 




CHAPITRE PREMIER. -..j 

temporains qu'il avait inventé un instrument décrit en 
détail par Ganassi del Fontego dans sa Regola Ruber- 
tina dès i543. 

Michel Praetorius, dans son Organograjîa^ ^ nous 
entretient avec détails des violoni et des contrebasses 
usitées de son temps en Allemagne, et les appelle vio- 
lone ou contrabasso da Gamba. Elles avaient six cor- 
des, six cases marquées sur la touche pour indiquer la 
place des doigts , et elles s'accordaient par quarte. 
Outre le violone ou contrabasso da Gamba, l'auteur 
cite encore le violone da Gamba siib basse, plus grave 
que le violone ordinaire et s'accordant juste une 
octave au-dessous du ténor. 

La contrebasse, usitée en Italie et en Allemagne au 
commencement du xvii^ siècle, l'était également dans 
les Flandres, où on l'employait surtout à l'accompa- 
gnement de la musique religieuse. 

Maître Daniel, luthier d'Anvers, en fit une en 
i636,pour la chapelle du Saint-Sacrement de la cathé- 
drale; en 1641, Théodore ^'erb^uggen en fabriqua une 
pour le grand jubé de la même église. Il existe encore 
un de ces instruments à la cathédrale d'Anvers; il 
porte à l'intérieur l'étiquette suivante : Peeter Por- 
lon tôt Antiverpcn,f. 164^. « Pierre Porlon m'a con- 
struit à Anvers en 1647 '• ^' 

1. Deuxième volume du Syntagma miisicum, etc. Paru h 
Wittemberg en 161 5. 

2. « Recherches sur les facteurs de clavecins et les luthiers 
d'Anvers, depuis le xvi'' siècle jusqu'au xix*», par le chev. Léon 
de Burbure. Publié dans les Bulletins de l'Académie des 
sciences, lettres, etc., de Belgique, 32" année, 2« série, t. XV, 
p. 36i et suiv. 



34 LE VIOLON. 

On voit donc que la contrebasse était d'un usage 
général en Europe, on s'en servait aussi en France; 
mais, chez nous, l'usage s'en établit beaucoup plus 
tard dans les orchestres. L'Académie royale de musi- 
que l'admit pour la première fois en l'année 1700, et 
en 1-57 il n'y avait encore qu'une seule contrebasse 
à l'orchestre de l'Opéra; on s'en servait seulement le 
vendredi, jour du beau mondée Gossec en fit ajouter 
une seconde; Philidor, une troisième, pour la première 
représentation de son opéra Ernclinde-^ et successive- 
ment le nombre s'en augmenta jusqu'à huit. 

La bande des vingt-quatre violons du roi ne conte- 
nait pas de contrebasse; quand elle fut dissoute en 
1761, la musique royale reçut une nouvelle organisa- 
tion, et cet instrument fit alors partie de l'orchestre; 
lorsqu'en 1792 on congédia la musique du roi, il se 
trouvait sur la liste des musiciens ordinaires de Sa 
Majesté deux contrebassistes, les sieurs Ravida et 
Gelineck'. 

En 1827, on commença, sous l'impulsion d'Habe- 
neck, à s'occuper sérieusement de la grande musique 

1. « ... Passons aux orchestres et commençons par celui de 
rOpe'ra. .. Je vais le dépeindre tel qu'il est pour mettre le 
public à même d'en juger. Il y a 16 violons, 5 flûtes et haut- 
bois, 2 cors de chasse, 6 quintes, 4 bassons, i clavecin, 3 vio- 
loncelles d'accompagnement, 8 autres du grand chœur et i con- 
trebasse, I trompette, des tymbales, i musette, i tambourin. » 
(Réponse aux observations sur la musique, les musiciens et les 
instruments. A\'\e,ï\on, lySS. Sans nom d'auteur). 

2. Ernelinde, princesse de Norvège, opéra en 3 actes, 
paroles de Poinsinet, musique de Danican Philidor. Représenté 
pour la première fois à l'Académie royale de musique le 
24 novembre 1767. 

3. Archives nat. Carton ancien régime. O S42. 



CHAPITRE PREMIER. 25 

d'orchestre au Conservatoire de Paris, et on songea à 
former les contrebassistes nécessaires à l'exécution de 
cette musique; une classe spéciale fut créée. On adopta 
pour l'enseignement la contrebasse à trois cordes, 
accordée ainsi : 



m 



-o- 



(8 va au-dessous.) 

On se préoccupa alors du genre d'archet devant 
être adopté. Une commission, dans laquelle figuraient 
MM. Chénié, Lam\'' et Sorne, contrebassistes de la 
chapelle du roi, examina la question et se prononça 
pour l'archet à la Dragonetti. 

Le célèbre artiste, auquel on en référa, envoya lui- 
même de Londres le modèle, et notre luthier Gand 
fabriqua sur ce type les archets nécessaires au Conser- 
vatoire. 

Jusqu'en i832, on se servit de l'instrumenta trois 
cordes; mais, à cette époque, Cherubini et Habeneck' 
décidèrent que désormais l'enseignement aurait lieu 
sur celui à quatre cordes. 



m 



-o- 



33: 



-e- 

(8 va au-iessous.) 



Depuis longtemps, en France, les orchestres des 
théâtres étaient munis de contrebasses à trois cordes. 
L'Opéra-Comique de Paris, sur la demande de son 
chef d'orchestre, M. Girard, commença le premier, en 



où LE VIOLON. 

1840, à se servir de Tinstrument à quatre cordes; et 
aujourd'hui l'usage en est générale 

L'accord de la contrebasse au moyen de simples 
chevilles offrait de réelles difficultés à cause de la 
grosseur et de la longueur des cordes; un luthier 
allemand, Louis Bachmann, de Berlin, eut l'idée, 
vers 1725, d'y substituer des chevilles à vis, ce qui a 
prévalu depuis. 

Un contrebassiste hongrois, nommé Joseph Kœm- 
pfer, fut l'un des premiers à jouer l'instrument en solo; 
on l'entendit au concert spirituel à Paris en 1787-. Il 
avait fait faire une contrebasse se démontant en vingt- 
six parties et se reconstruisant au moyen de vis. Il 
était ainsi parvenu à réduire de volume et à pouvoir 
transporter facilement dans ses voyages ce colosse 
qu'il appelait son Goliath ^ 

Il me reste encore à dire quelques mots d'un in- 
strument qui occupe, dans l'échelle des instruments à 
archet, l'extrémité opposée à celui dont je viens de 
parler. 

La Pochette n'a jamais eu de rôle musical pro- 
prement dit; elle avait été inventée pour les maîtres 

1. Charles Labro, professeur au Conservatoire de Paris. 
Méthode de contrebasse. Paris, chez l'auteur, 1860. 

2. On rendit justice au talent de l'artiste, mais l'instrument 
eut peu de succès : « M. KempfFer [sic] a fait entendre un con- 
certo de contrebasse, tentative plus extraordinaire qu'agréable ; 
qui n'offre que des difficultés vaincues, sans aucun charme 
pour les oreilles des auditeurs. M. Kempffer paraît posséder 
parfaitement son instrument, et s'il n'a pas eu un plus brillant 
succès, c'est à la nature de l'instrument qu'il faut s'en prendre. » 
(Mercure de France., avril lySy, p. 32.) 

3. H. Welclvcr, Magasin musikalischer Tonwerk'^euge. — 
i855, p. 95. 



C H A P I T R E P U K M I E R. -^7 

à danser, afin de leur faciliter le transport de l'instru- 
ment et leur permettre d'avoir ainsi en poche l'orches- 
tre indispensable à leurs démonstrations. 

L'idée de réduire ainsi le corps du violon date 
probablement de la fin du \wf siècle, quand la danse 
devint une mode générale dans toutes les cours de 
l'Europe. On rencontre aujourd'hui de nombreux spé- 
cimens de pochettes, signés d'auteurs italiens, alle- 
mands, anglais et français. Le musée du Conserva- 
toire de Paris en possède une collection de trente 
pièces 'jf^ 47 à 76), parmi lesquelles il s'en trouve une 
(n° 61) d'Antonio Stradivari, véritable merveille de 
lutherie. 



LA LUTHERIE ITALIENNE 



CHAPITRE II 

Ori-ine de la lutherie. - Faiseurs de vielles à archet, à Paris, en 1292. - La 
lutherie italienne. - Premicre époque dite des violes. - Ecole de Brescia: 
Gaspard da Salo, J. P. Maggini. -Crémone : Les Amati, Guarnieri, Anton.o 
Stradivari - Le vernis. - L'usage et le commerce de l'ancienne lutherie 
italienne au xix» siècle. - Nomenclature des luthiers italiens. 

L'origine de la facture des instruments de musique 
se perd dans la nuit des temps. Le premier homme 
qui a eu l'idée de couper un roseau et de le façonner 
de manière à pouvoir en tirer des sons, a été l'inven- 
teur de l'art de la lutherie. Ne cherchons donc pas à 
découvrir quel a été ce premier faiseur d'instruments, 
nos peines seraient vaines, mais traversons tout de 
suite les siècles, pour arriver à l'époque où l'usage de 
la musique s'est formulé clairement sur le contment 
européen, lorsque les instruments à archet, dont je 



30 LA LUTHERIE ITALIENNE. 

m'occuperai seulement ici, commencèrent à devenir 
d'un usage général. Quelles étaient les règles qui pré- 
sidaient à leur facture ? Quels furent les hommes qui 
excellèrent dans l'art de les fabriquer? Nous l'ignorons, 
car si l'histoire des joueurs d'instruments antérieurs 
au xvi^ siècle nous est imparfaitement connue, nous 
sommes encore bien moins éclairés sur ceux qui les 
faisaient. 

Nous savons, il est vrai, après avoir compulsé nos 
archives, qu'il y avait à Paris, en 1292, un nommé 
Henri, connu sous le nom de H eniy ans vicies Henry, 
l'un des premiers faiseurs de vielles d'alors, que ce 
Henri était imposé pour la taxe à la somme de 6 et 
12 sols parisis par an, habitait dans la rue aux Ju- 
iilécurs^ Ce sont des détails curieux, mais ils nous en 
font regretter d'autres beaucoup plus intéressants à 
connaître. 

Il nous faut passer sans transition au xvi*^ siècle 
pour trouver trace de faiseurs d'instruments dont les 
noms et même quelques spécimens soient parvenus 
jusqu'à nous : l'Italie, d'abord, nous présente ces 
patriarches de l'art qui nous occupe. 

La première époque de la lutherie italienne, que 
j'appellerai « époque des violes», est peu connue jus- 
qu'au moment où la forme du violon fut définitivement 
arrêtée. Les essais furent si nombreux, les formes 
varièrent de tant de façons, qu'il n'y avait pas, à pro- 
prement parler, d'école. 



I. Bibliothèque de l'École des chartes, 1S41-1S42, t. III, 
p. 379. 



CHAPITRE H. " 3« 

Les noms des auteurs les plus connus de cette 

époque sont : 

PiETRO Dardelli Mantoue vers i5oo. 

DUIFFOPRUGCAR Maiitouc — i5i5. 

Venturi Linarolli Venise — i52o. 

.1. Kerlino Brescia - i^o- 

Pemgnino Zanetto Brescia — i540. 

MoRGATO Morella Mantouc - i53o. 

Tous ont principalement construit des violes, et 
c'est seulement vers le milieu du xvf siècle que nous 
entrons d'une manière un peu certaine dans l'histou-e 

de Tart du luthier. 

Deux villes se partagent, à cette époque, le mérite 
des premiers essais sérieux faits pour amener le violon 
et ses dérivés à la perfection actuelle. 

,0 Brescia où Gaspard daSalo, de 1640 à i56o 
environ, paraît avoir eu une influence incontestable 
sur la transformation de l'ancienne forme des violes 
devant conduire à celle du violon, et Jean-Paul Mag- 
gini, venu un peu plus tard, et dont les instrumems 
ont encore aujourd'hui une réputation méritée. 

.0 Crémone, la véritable patrie de cette splendide 
lutherie italienne qui, après bientôt trois siècles d'exis- 
tence, fait encore l'admiration de tous ceux qui s inté- 
ressent à cet art charmant. 

Andréa Amati fut le premier qui, à Crémone, vers 
i56o, commença à construire le violon dans sa perfec- 
tion de forme générale. Depuis lui, les progrès furent 
constants : Nicolas Amati, son petit-fils, fut le maître 
d'Antonio Stradivari et d'Andréa Guarmeri -, deux 
noms qui résument toutes les gloires de Crémone. 



y. LA LUTHERIE ITALIENNE. 

Vinrent ensuite : Joseph Guarnerius del Jesù, les 
Bergonzi, à Crémone; Gobetti, Pierre Guarnerius, 
Montagnana, Saint-Séraphin, à Venise; David Tech- 
1er, à Rome; les Ruger, à Crémone et à Brescia, et 
tant d'autres artistes habiles, dont les instruments 
sont, pour la plupart, des chefs-d'œuvre de travail et 
d'élégance. 

La connaissance approfondie de l'ancienne lutherie 
italienne ne peut s'acquérir que par une longue pra- 
tique, et il faut avoir l'occasion fréquente d'examiner 
les instruments des différents maîtres, pour obtenir la 
sûreté de coup d'œil indispensable à un jugement 
offrant quelque garantie de certitude contre les diffi- 
cultés de tout genre qui assiègent l'amateur. 

Il est cependant certains traits généraux dont on 
peut assez facilement acquérir l'expérience par la pra- 
tique; par exemple, la connaissance des types princi- 
paux de format du patron et des,^^. 

Je diviserais volontiers ces types en trois catégories 
faisant souche : 

i" Brescia, représentée par Jean PaulMaggini avec 
ses coins camards d'un contour particulier, ses J^ 
absolument naïves, ses doubles filets et ses voûtes 

2° Crémone, avec les Amati conduisant à Stradi- 
vari qui atteint la perfection du genre (pi. ii, iir, iv^, 
et enfin : 

3° Joseph Guarnerius del Jesù, le plus original de 
tous les luthiers italiens (pi. v). 

Assurément, chaque maître des autres villes d'Italie 
possède son aspect particulier dans le dessin des con- 



Pi.. 111. 



•'liiVl 




Antônîus StraJîùarîuJ CrenionenfTs 
Faciebac Anno 17/^ 




CHAPITRE II. 



JJ 



lours, dans les £, les volutes, etc. ; mais tous, sans 
exception, me paraissent émaner de l'un des trois 
types que je viens de citer. 

Un détail d'une importance capitale est le vernis. 

L'apparence des vernis varie suivant les auteurs, 
mais on reconnaît bien vite que la différence réside 
surtout dans la nuance; la pâte est presque toujours 
la même : les vernis de Brescia, Crémone, Milan, 
Padoue, Naples, Venise, etc., se laissent facilement 
distinguer par le connaisseur; mais la nature en est 
évidemment identique. On a prétendu que tous les 
luthiers italiens de la belle époque achetaient leur 
vernis chez un fabricant commun, et que chacun se 
contentait de lui donner la nuance de son choix; il n'y 
a là rien d'impossible. 

Les luthiers de la première époque paraissent, du 
reste, attacher peu d'importance à cette question du 
vernis. 

Le comte L. Valdrighi, le savant musicologue, 
publie à ce sujet, dans son grand et précieux ouvrage 
sur les faiseurs d'instruments % un document tiré des 
archives d'État et qui est vraiment curieux. 

Le duc de Ferrare avait témoigné à son correspon- 
dant à Venise, le sieur Jacopo de li Tibaldi, le désir 
d'avoir la recette du vernis employé par les luthiers de 
cette ville. Le dit sieur lui répond en ces termes : 
(( Venise, 20 janvier i526. — Le grand luthier Sigis- 
mond Maler m'a promis de me donner lundi prochain, 



1. Nomocheliurgograjîa... e documenti estratti dall'archivio 
di stato in Modena. — Modena, 18S4. 

3 



3^ LA LUTHERIE ITALIENNE. 

par écrit, la recette du vernis qu'il emploie et la ma- 
nière dont il en couvre ses luths. Ce maître m'a dit 
qu'il a deux sortes de vernis, que ce sont ses garçons 
qui les font et non pas lui-même... » Malheureuse- 
ment, la missive contenant la recette promise n'a pas 
été retrouvée. 

Je terminerai ce que j'ai à dire sur l'ancienne 
lutherie italienne par quelques considérations sur 
l'usage qu'on en fait aujourd'hui et le commerce 
auquel elle donne lieu depuis le commencement de ce 
siècle : les Corelli, Tartini, Pugnani, etc., se servaient 
des instruments italiens à l'exclusion de tous autres ; 
mais en France, en Allemagne, en Angleterre, on les 
connaissait à peine. Léopold JNIozart, dans la préface 
de son École de violon parue en 1770, critique vive- 
ment les luthiers de son temps qui sacrifient toujours 
à l'amour du gain les soins indispensables à toute 
bonne facture. Il ne dit absolument rien des Italiens ! 
les noms des Amati, Stradivari, Giiarnieri, ne se 
trouvent pas une seule fois sous sa plume M 

En France, nous voyons, à la fin du xvii^ siècle, 
les violes de jambe anglaises jouir d'un grand succès, 
ce II est vray, dit Rousseau dans son Traité de la 
viole'\ que les Anglois ont réduit leurs violes à une 
grandeur plus commode, devant les François, comme 

1. 2'"e édition, 1770. Augsbourg, Jacob Lotter... « Le plus 
regrettable est que nos luthiers d'aujourd'hui se donnent trop 
peu de peine dans la confection de leurs instruments; ils tra- 
vaillent la plupart du temps uniquement dans le but de gagner 
leur pain. Ils n'en sont pas seuls a blâmer. On demande du bon 
et on veut payer peu (préface, § 5). » 

2. Jean Rousseau, Traité de la viole. Paris, 1687. 



CHAPITRE II. 35 

il est facile d'en juger par les anciennes pi'oles d'An- 
gleterre, dont nous faisons une estime particulière en 
France ...» 

Il n'est même pas question des moles italiennes, et 
cependant, lorsque Rousseau écrivait les lignes que 
nous venons de citer, les luthiers italiens avaient né- 
gligé les violes depuis longtemps pour concentrer tous 
leurs efforts sur le violon et ses congénères. 

Cette ignorance où Ton paraissait être de la supé- 
riorité des instruments italiens provenait, sans aucun 
doute, de la quantité de luthiers étrangers à ce pays 
qui étaient venus s'y former à l'école des Amati et 
autres, et qui, revenus dans leur patrie, produisirent 
assez pour suffire aux besoins de l'époque, tant par le 
nombre que par la qualité de leurs instruments; car il 
ne faut pas oublier que, jusqu'à la fin de la première 
moitié du xviii'^ siècle, l'école n'avait pas encore su 
tirer du violon tous les effets de sonorité indiqués plus 
tard par l'expérience. Il importait donc peu à l'exécu- 
tant de rencontrer dans son instrument cette pléni- 
tude et cette finesse de son exigées ensuite par l'école 
moderne, et rien ne l'engageait à chercher chez l'étran- 
ger ce qu'il avait sous la main et lui suffisait pleine- 
ment. Mais lorsqu'on eut entendu résonner sous les 
doigts des Viotti, Rode, Baillot, Spohr, les violons 
des maîtres italiens; lorsque Duport le jeune eut fait 
entendre les sons admirables qu'il tirait de son fameux 
violoncelle de A. Stradivari, la différence avec les 
autres instruments fut tellement évidente, que tous, 
artistes et amateurs, n'eurent bientôt qu'un but: pos- 
séder un vieil instrument italien. Dès lors, la rareté se 



j6 LA LUTHERIE ITALIENNE. 

faisant plus grande et l'enthousiasme plus vif, il en 
est résulté cette énorme augmentation de valeur que 
nous voyons se produire de nos jours, 

La spéculation ne devait pas tarder à profiter de 
ces circonstances pour transformer en véritable 
branche commerciale ce qui n'avait été jusqu'alors 
que l'objet de transactions isolées. 

Vers 1827, un Italien nommé Louis Tarisio, 
homme sans aucune éducation, espèce de brocanteur 
ambulant joignant à l'intelligence des affaires une 
connaissance réelle des vieux instruments, vint à 
Paris porteur d'une pacotille qu'il écoula vite et 
avantageusement. Depuis lors, jusqu'à l'époque de sa 
mort, il n'y eut pas d'année qu'il ne fît son appari- 
tion. Il parcourait l'Italie, faisant sa récolte, fouillant 
tous les coins ; pas un instrument ne lui échappait, et 
on peut dire que pendant trente années environ de ce 
trafic il a exporté de son pa3's tous les instruments 
disponibles des vieux maîtres. 

Tarisio mourut en octobre 1854. La nouvelle ne 
tarda pas à arriver à Paris; c'était tout un événement! 
On apprit qu'il laissait une magnifique collection de 
vieux instruments, un trésor! Notre grand luthier 
J.-B. Vuillaume n'hésite pas : il part pour l'Italie le 
8 janvier i855S arrive à Novare, se met en rapport 
avec les héritiers, leur achète, moyennant 80,000 
francs comptant, les 260 instruments laissés par 
le défunt, et revient à Paris avec cette collection, 
qui ne tarda pas à se disperser de tous les côtés. 

I. Je tiens tous ces détails de J.-B. Vuillaume lui-même. 



CHAPITRE II. }7 

Depuis la mort de Tarisio, le commerce de la 
lutherie ancienne n'a pas cessé d'aller en décroissant 
et est destiné à s'éteindre peu à peu ; les sources se 
sont épuisées, et aujourd'hui tous les beaux instru- 
ments de l'école italienne sont connus et placés. Lors- 
qu'ils changent de main, c'est avec une augmentation 
de valeur telle, qu'on peut les mettre au rang des ob- 
jets d'art les plus recherchés. 



LES LUTHIERS ITALIENS 



AcEvo. — A Saluces, i65o à 1695. 

Élève de Cappa. Il était surtout renommé pour ses 
basses de viole. Fétis dit avoir vu un de ses instru- 
ments, daté de lOgS, qui avait appartenu à Marin- 
Marais, dont il portait la signature sur la table de 
fond. 

Abbati ^Giuseppe). — Bon luthier de Modène, lyyô- 
1793. Ses contrebasses sont surtout appréciées en 
Italie. 

Adani (Panerazio). — Modène, 1827. 
Facteur de cithares. 

Aglio (dair Giuseppe). — Mantoue, 1 800-1 840. 

Albaxesi (Sebastiano). — Élève de G. Bergonzi, il 
a travaillé à Crémone dans le courant du xvni*^ siècle. 

Albani (Paolo). — Païenne et Grémone vers 1670. 



40 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Alberti (Ferdinando). — Milan, 1749 à 1760. 

Ferdmando Alberti fece in Alilano 
nella contrada del pesce al segno 
délia corona nelVanno i7-fj. 

Lutherie dans le genre des Grancino, vernis jaune. 

Alberto (Pietro). — Vivait à Bologne en 1598. Il 
était renommé pour ses mandores, ses luths et archi- 
luths. 

Petrus Albertus 
faciebat B,... 

Marqué relevée dans une grande mandore ^man- 
dolone) à dix chevilles, manche ivoire incrusté, fond à 
côtes; bel érable veiné. Vernis brun remarquable. 

(Collection Antoine Gautier, à Nice.) 

Alessandro (detto il \'e\eziaxo). — Venise, i5... 

Amati (Andréa). — Né à Crémone ^ 

Chef de la famille des luthiers de ce nom. 

Il épousa en premières noces X... (le nom de sa 
première femme est inconnu). 

Trois enfants naquirent de ce mariage, une fille et 
deux fils : 

Antonio, né vers i545; 

Girolamo, né vers i55o. 

Il épousa, en secondes noces, Angiola de Migli. Il 
eut de ce mariage une seule fille, née en 1610, décédée 
quelques semaines après sa naissance. 

I. Liutai antichi e modei-ni, per Giovanni de Piccolellis, 
Firenze, Le Monnier, i885. Note aggiunîe. Firenze, Le Mon- 
nier, 1886. 



CHAPITRE II. ^i 

Angiola de Migli mourut le lo avril i6i i -, et An- 
dréa la suivit peu de temps après dans la tombe. 

Andréa Amati fut le premier luthier italien qui 
commença à donner au violon l'élégance de sa forme 
actuelle, et il passe à juste titre pour le fondateur de 
la fameuse école de lutherie de Crémone. On connaît 
de lui un bien petit nombre d'instruments authen- 
tiques, et il est très difficile de donner une idée exacte 
de son oeuvre. Une légende veut qu'il ait fourni au 
roi de France Charles IX, pour sa chapelle, un certain 
nombre d'instruments marqués aux armes royales, 
qu'il serait venu livrer lui-même, et en aurait terminé 
une partie à Paris. La chose n'est pas impossible, 
mais je n'ai pu en recueillir aucune preuve. Je me 
suis livré à des recherches longues et minutieuses 
dans les documents de nos Archives, qui contiennent 
une grande quantité de noms d'artistes et d'artisans 
a3'ant eu des rapports avec le trésor royal: nulle part 
je n'ai pu découvrir le nom d'Amati ou la moindre 
piste qui pût y conduire. Quant aux fameux instru- 
ments dits de Charles IX, j'en ai vu plusieurs; il en 
existe même beaucoup, mais pour les faire sortir du 
domaine de la légende il faudrait quelque preuve, et 
malheureusement il n'en existe aucune. Les inven- 
taires du mobilier royal sont également muets; ils 
mentionnent un certain nombre d'instruments de 
musique, mais on n'y rencontre absolument rien de 
ceux d'Amati. 



T. Atti parrochiali dei santi Faustino e Giovita. Loc. cit., 
p. lO. 



42 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Amati (Axtonio). — Né vers i545. Fils du précé- 
dent. Il n'a été retrouvé aucun document biographique 
sur lui; il fut luthier et travailla avec son frère. 

Amati (Girolamo^. — Né vers i55o. Second fils 
d'Andréa. Il épousa, en iSjG, Ippolita Zuchielli, dont 
il eut cinq filles. Cette première femme de Girolamo 
mourut en i583. Il épousa, en secondes noces, Laura 
Lazzarini. 

Neuf enfants naquirent de ce mariage, cinq filles 
et quatre garçons, dont un seul, Nicolas Amati, né le 
3 décembre 1596% s'occupa de lutherie et devint le 
plus grand artiste de la famille. 

Girolamo Amati mourut le 2 novembre i63o-. 

Les deux frères Antonio et Girolamo ont travaillé 
ensemble, comme en font foi leurs étiquettes, ainsi 

rédigées : 

Antonius et Hieroniinus fr. 
Amati Cremonen. Andrece fil. f. 1(7... (PI. m.) 

La date de la mort d'Antonio est inconnue ; mais 
on sait, d'après un acte authentique, que Girolamo 
mourut le 2 novembre i(33o: donc aucune de leurs 
œuvres ne peut porter légitimement une date posté- 
rieure. 

La lutherie des frères Amati est de beaucoup supé- 
rieure à celle de leur père Andréa. Le patron est élé- 
gant, les contours gracieux, les coins d'une grande 
finesse, les ^' sont djun joli dessin; le vernis, un peu 
sombre dans certains de leurs instruments éprouvés 

1. G. de Piccolellis, Zvù//ai. Note aggiunte, Florence, p. 14. 

2. Id., loc. cit., p. I 1. 



CHAPITRE II, ^j 

par le temps, conserve dans d'autres une teinte rose 
ambré d'un bel aspect. 

Leurs violons, lorsqu'ils sont d'une authenticité 
bien prouvée et dans de bonnes conditions de conser- 
vation, sont recherchés par les amateurs. 

Am.vti (Nicolas). — Fils de Girolamo, né le 3 dé- 
cembre 1596, est le plus célèbre des Amati. 

Il épousa, le 23 mai 1G45, Lucrezia Pagliari. 

Les témoins de son mariage furent : un sieur 
Lorenzo, chevalier du Saint-Sépulcre, et Mastro An- 
dréa Guarnieri, son élève '■. 

De cette union naquirent quatre filles et cinq fils 
dont un seul, Girolamo, né le 26 février 1649, s'oc- 
cupa de lutherie. 

Nicolas Amati mourut le 12 avril 1681, à l'âge de 
quatre-vingt-huit ans, et fut inhumé dans l'église de 
Sant' Lnerio des Carmes déchaussés-. Lucrezia, sa 
femme, mourut le 25 novembre 1703 et fut inhumée 
dans l'église des Pères capucins. L'acte mortuaire 
porte : « âgée d'environ quatre-vingt-quatre ans-\ » 

L'œuvre de Nicolas Amati est le point de départ 
d'un nouveau et très sensible progrès dans la construc- 
tion du violon : la main-d'œuvre, d'un fini remarqua- 
ble, atteint une sorte de perfection dans l'élégance des 
contours, le dessin des ^^ ainsi que dans la coupe de 
la volute, les voûtes sont très prononcées; le patron est 

1 . Liutai, etc., p. 17. 

2. Libro dei morti di san Faiistino. T. I"', p. 124. Picco- 
lellis, loc. cit. 

3. Atli parrochiali dei sanii Faustino e Giovita. T. I"i 
p. 127. Piccolellis, loc. cit. 



4^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

un peu étroit vers le milieu; le vernis, d'une couleur 
rouge tendre à fond ambré, est fin et transparent. 

En général, les violons de ce maître ont une sonorité 
douce et s5''mpathique, mais sans grande puissance. 

Nicolas Amati fut le maître d'Andréa Guarnieri, 
et d'Antonio Stradivari. (PI. vi.) 

Amati (Girolamo;. — Fils de Nicolas, né le 
26 février 1649. 

Il épousa en 1678 Angiola Carrettoni dont il eut 
trois filles. 

Il mourut le 2 1 février 1 740, à l'âge de quatre-vingt- 
onze ans, et fut inhumé dans l'église de San Tomasso ^ 

Girolamo Amati est le dernier des luthiers de ce 
nom ; son œuvre de lutherie paraît peu connue, et, 
à tort ou à raison, peu appréciée de nos jours. 

Ambrosi (Pietro). — Brescia. 

Pet rus Ambrosi fecit. 

Brixiœ. fji2. (Pi. vi.) 

Ambrosio (d') (AxTGNfo). — Naples, 18... 

Anselmi (Pietro). — Crémone, xviii^ siècle. On 
connaît de lui des violoncelles d'assez bonne facture. 

Antagnati (Giax Fraxcesco). — Luthier de Bres- 
cia (i 533), cité par Lanfranco dans son livre : 
Scintille ossia regole di musica-. 

1. Atti pai-rochiali dei santi Faustino e Giovita.T. II, p. 164. 
Piccolellis, loc. cit. 

2. Liiitai antichi e moderni. G. de Piccolellis. Firenze. 1 885. 



PL. IV. 




Antonîus Strâdiuarîuç Çremo^nfis 
Faciebat Anno i/iS 



■■•îSyci 




CHAPITRE II. ^5 

AxTOxio dit IL CiciLiAxo. — Le musée instrumental 
du Lyceo fiiarmonico de Bologne possède de ce luthier 
une basse de viole da gamba sans date : six cordes et 
sept cases sur la touche. 

Antoxio dit IL BoxoxiExsis. — II existe de ce 
luthier une viole da gamba, sans date, au musée 
instrumental du Lyceo fiiarmonico de Bologne. Celte 
viole n'a pas d'échancrure en forme de C. Les con- 
tours sont adoucis comme dans le patron de la guitare. 

AXTOXY (GiROLAMO). 

Hyeroniinus Antonij 
Creinonœ, anno ij^i. 

Etiquette copiée dans un violon : lutherie de 
second ordre et offrant cependant de bons détails. 
Patron gracieux, bien fileté, bonnes voûtes, bords un 
peu minces, vernis jaune de bonne pâte^ 

AssALoxE (Gaspare). — Rome, 17... 

Bagatella (Axtoxio), de Padoue. — Il est connu 
par un ouvrage sur la construction du violon, paru 
en 1786 sous ce titre : Regole per la costnc^ione 
de violoni, viole, violoiicelli e violoni. « Memoria 
presentata ail' Academia discienze, lettere ed arti di 
Padova, al concorso del premio dell' arti dell' anno 
1782. Dal signor Ant. Bagatella, Padovano, coro- 
nata dair Academia stessa. Padova, 1786. )j 

Bagnini (Orazio di Axtoxio). — Florence, iG()7. 
Facteur de cithares. 

I. Collection de M. le marquis de Saint-IIilaire, à Paris. 



^6 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Balestrieri (Tom.m.vso). — Luthier de Crémone 
qui travailla à Mantoue. 

Étiquette longue, imprimée en romain : 

Thomas Balestrieri Creinonensis 

fecit Mantuo'. anno 17G2. (PI. vi.) 

On cite un autre Balestrieri (Pietro), établi à Cré- 
mone à peu près à la même époque. 

Barbanti (Silva Francesco). — Correggio, i85o. 

Barbieri (Francesco). — Verona, i6y5. On con- 
naît de lui des violons qui ont le caractère de l'école 
d'André Guarnieri. 

Barnia (Fedele). 

Fedele Barnia Milanese 
j'ece in Veneiia l anno 171^. 

Étiquette imprimée en romain, entourée d'une 
petite vignette genre C. Bergonzi. 

Relevée dans un beau théorbe, manche incrusté en 
ivoire, et deux plaques en ivoire avec dessin noir 
représentant une femme nue caressée par un Amour, 
placées dans le haut de la tête de l'instrument. 

(Coll. Antoine Gautier, à Nice.) 

Bastogi (Gaetano). — Livourne, xvin'' siècle. 
Cithares et luths. 

Battista, de Brescia. — Le musée du Lyceo filar- 
monico de Bologne possède une pochette très an- 
cienne avec la marque : uBaptista Bressano. » 



CHAPITRE II. ,y 

Bei.lone (Pif.rantoxio). — Milan, 1G90. 
Libelle d'une de ses étiquettes : 

Pierro Antonio Bellone 

detto il Pescorino fece in contrada 

largd di Alilano i(>^'{, al segno 

di S. Antonio da Padova. 

Belosio (Axselmo). — Venise, xvni" siècle. Élève de 
Saint-Séraphin et maître de Marc-Antoine Cérin. 
Il travaillait à Venise vers 1780. On connaît de lui 
des violoncelles de bonne facture : 

AnselmiJ Belosij 
fecit Vtneliis ij... 

Belviglieri (Gregorio). — Bologne, 1742. 
Il a fait des violons estimés, 

Bexte (Matteo). — Brescia, vers 1570 à iGoo. 
Contemporain de Jean-Paul Maggini. 

Berati (Imola). — xviii'' siècle. 

Beretta (Felice), à Como. 

Felice Beretta alievo di Giuseppe Guadagnino 
Fece in Çoino V anno ij^-f. 

Étiquette imprimée, relevée dans un alto de fac- 
ture médiocre, vernis jaune, vilain bois. 

Bergoxzi (Carlo). — École de Crémone. Le meil- 
leur élève d'Ant. Stradivari. Il travailla de 171G à 
1747. Son œuvre de lutherie est très remarquable et 
ses instruments atteignent aujourd'hui de hauts prix. 



^8 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Les violoncelles surtout ont une belle réputation; ils 
sont généralement d'un grand patron, et beaucoup 
ont été recoupés. La facture est soignée, les bois bien 
choisis; le vernis, rouge brun, est souvent un peu épais 
et croûteux, ce qui, avec la patine du temps, lui donne 
un cachet remarquable. Les violons et les altos du 
maître sont également très recherchés. 

Ses étiquettes, oblongues, petites, imprimées en 
caractères romains, sont entourées d'une petite 
vignette à motif détaché ; elles sont libellées ainsi : 

Ânno 1733;) Carlo Bergonii 
Fece in Cremona. 

En 1746, Carlo Bergonzi alla occuper, avec son fils 
Michel, alors âgé de vingt-quatre ans, la maison et le 
magasin de A. Stradivari ; il mourut l'année suivante. 

(PI. VII.) 

Bergonzi (Michel Angelo). — Fils du précédent. 
Lutherie de la décadence, patrons incertains, vernis 
dur et épais. 

Bergonzi (Nicolo). — Fils de Michel-Angelo; tra- 
vailla à Crémone jusque vers 1770. 

Son étiquette, de forme un peu carrée et grande, 
imprimée en romain, sans vignette, porte : 

Nicolaus Bergonii 
Creinonensls faciebat 

anno 1760. (Pi. vu.) 

BergOxNZi (Zosimo). — Frère du précédent, il tra- 
vaillait à la même époque. Son étiquette, un peu 



CHAPITRE II. ^9 

moins grande que celle de son grand-père Carlo, est 
absolument pareille; mêmes caractères, même vignette 
d'entourage : 

Fdtto da me Zosimo Bergonii 

Vanno 1777 , Creinonœ. (Pi. vu.) 

Les produits des petits-fils de Carlo Bergonzi sont 
peu estimés. 

Bergonzi (Carlo). — Troisième fils de Michel-An- 
gelo, travailla à Crémone et y mourut vers 1820. 

Il a surtout fait des guitares et des mandolines. 

Bertasio. — Piadena, 17... 

Berti (Antonio). — Cortone, 1721. Facteur de 
psaltérions. 

BiANCHi (NicoLo). — Né à Gênes vers la fin du 
siècle dernier. Réparateur d'instruments, il travailla 
à Paris, à Gênes, et s'établit plus tard à Nice, oii il 
est mort il y a quelques années. 

BoDio (GiiVMBATTiSTA). — Venise, 1792. 

Bomberghi (Lorenzo). — Florence, xviii® siècle. 

BoNORis (Cesare). — Mantoue, i568. 
On connaît de lui des violes bien faites. 
BoRELLi (Andréa). — Parme, xviii® siècle. École de 
Lorenzo Guadagnini : 

Andréas Borelli feclt Parmœ 
anno i7'i6. 

BoRTOLOTTi (Luigi). — École milanaise. Lutherie 
moderne très soignée, vernis jaune. J'ai vu, dans la 



50 LES LUTHIERS ITALIENS. 

belle collection de M. Antoine Gautier, de Nice, un 
joli cistre mandoline avec cette marque au feu dans 
le bois du fond : 
(Une comète.) 

Luigi Bortolotti 
i8is. 

Bosi (Florianus). — Bologne, 1781. Facteur dis- 
tingué de mandolines, dont on rencontre de jolis spé- 
cimens. 

Braglia (Antonio). — Modène, 17... 

Brandiglioxi. — Brescia, xvii^ siècle. 

Branzo (Barbaro Francesco). — Padoue, 1660. 

Brensi (Girolamo). — Le musée du Lyceo filarmo- 
nico de Bologne possède une viola da braccio de ce 
luthier avec la marque suivante : 

Hieronymus Brensius Bonon. . . (Sans date.) 

L'instrument paraît être du commencement du 
xv!*-' siècle. 

Bresa (Francesco). — Ce luthier était établi à 
Milan au commencement du xviii^ siècle, comme le 
prouve rétiquette suivante : 

Francesco Bresa fece 
alla scala in Mil .. . 1708. (pi. vu.) 

Broschi (Carlo). — Parme, 17... 18... 

BuDiANi (Francesco). — Facteur de luths et de 
violes, à Brescia, xv^ et xvi^ siècle. 



CHAPITRE II. j, 

BuEETENBERG (Matteo). — Romc, iSqj. FactcuF 
d'archiluihs. 

BuoxFiGLiuoLi (PiER Fraxcesco). — ■ Floreiice 
xvii'^ siècle. 

BusAs (DoMExico). — Venise, 1740. 

BussETO (GiAM Marco). — Faiseur de violes, qui 
travaillait à Crémone pendant le xvi® siècle. 

Gio. Alarid del Bussetto 
j ece in Cr'emona. i^i-^. 

BussoLERo (LuiGi). — Rivanazzano, 181 7. Facteur 
de cithares et de mandolines. 

Cabroli (Lorexzo). — Milan, 1716. 

Caeste (Gaetaxo). — Crémone, 1677. 

Calcagxo (Berxardo). — A Gênes, au commen- 
cement du xviii'' siècle. Sa lutherie a la réputation 
d'être faite avec soin. Patron A. Stradivari, vernis rouge 
ambré. 

Étiquette en grandes lettres romaines : 

Bernardus Calcanius fecit 
Genuœ. anno i^io (une croix pattée). (Pi. vm.) 

Caloxardi (Marco). — Crémone, xvn® siècle. 

Calvarola (Bartolomeo). — • Bergame, 1767. 
II a travaillé à Bologne et à Bergame. Lutherie 
ordinaire. 

Camilli (Camillo). — Charmants instruments soi- 



52 LES LUTHIERS ITALIENS. 

gnés. Ses violons ont une belle qualité de son. Bois 
bien choisis, patron A. Stradivari. Étiquette manu- 
scrite : 

Cdinillus Camilli jecit 
jyiantucp. ij^i). 

Capo. — Milan, 17 17. Étiquette avec une vignette 
gravée représentant un C3'gne étendant les ailes. 

Cappa (GioFFREDo). — Établi à Saluzzioen Piémont, 
vers 1640, puis à Turin. La lutherie de Cappa s'est 
inspirée de celle des Amati, mais sans grand succès, 
car elle lui est bien inférieure. Ses violoncelles ont con- 
servé une certaine réputation, et cependant ils laissent 
à désirer sous beaucoup de rapports : la main-d'œuvre 
n'atteste pas un ouvrier soigneux et habile; les voûtes 
sont trop prononcées, les^^^trop ouvertes et mal des- 
sinées, le choix des bois médiocre ; le j^atron est irré- 
gulier, souvent trop grand. 

Cappa (Gioacchixo). — A Saluces, de 1661 à 1725 
environ. Il est peu connu. 

Carcanius. — Crémone, i5oo. Très vieille éti- 
quette imprimée sur parchemin. 

Carcassi (Lorenzo) et Tomo. — Florence, 1738- 
1758. 

L.or'^ e Toirf Carcassi 
inFirenie nell' anno 17^2 
aW insegna del Giglio. 

Étiquette imprimée, entourée d'une petite vi- 
gnette. 



CHAPITRE II. 5, 

Cari.omordi (Carlo). — Vérone, 1(354. 

C.vsiNi (Antonio). — Relevé dans l'intérieur d'un 
violoncelle, l'étiquette manuscrite suivante : 

Antornus Casini fecit 

Aluttinœ, anno i(>Sj, (Pl. vin.) 

Lutherie très ordinaire, vernis couleur marron clair, 
très grand patron; et dans un autre violoncelle du 
même genre, toujours manuscrite ; 

Antonio Casini 
Aloderiœ. iCtGe^. 

Gaspan (Giovan Pietro), — Venise, xvn'^ siècle. Il 
a fait, dit-on, des imitations des frères Amati (i658). 

Gassanelli (Giovanni). — Giano, 1777. 

Gastellani (Pietro). — Né à Florence, dans la 
seconde moitié du xviii*^ siècle, mort en i8'::o. Il a fait 
surtout des cithares très estimées. 

Gastellani (Lltgi). — Fils du précédent, né en 
1809, mort en 1884. Il a travaillé comme son père à 
Florence. Facteur de cithares. 

Gastello (Paolo). — A Gênes, xv!!!*" siècle. 

Paulus Castello fecit 
Genuœ, anno 17 jS. 

Petite étiquette imprimée. Lutherie ordinaire, vernis 
jaune. 

Gastro. — A Venise, xviii'' siècle. 



S4 



LES LUTHIERS ITALIENS. 



Catenar (Exrico). — Étiquette imprimée en ro- 
main, oblongue, courte, un peu carrée : 



Henriciis Catenar 
fec'it Tdurini; anno iCji. 



(PI. VIll.) 



Aucun autre renseignement sur ce lutliier, qu'on 
prétend élève de Gioffredo Cappa. 

Cati (Pierantoxio). — On connaît de lui des 
pochettes de bonne facture. Florence, 1741. 

Cattenaro. — Pavie, i63g. Faiseur de violoni et 
de violes da gamba. 

Cavalorio. — Genève, 1725. 

Celoniati (Giamfraxcesco). — Etiquette imprimée 
en romain commun, petit module oblong : 



Joannes Franciscus Celoniatus 
fecit Taurinij anno 1732. 



(PL VIII.) 



Ce luthier de Turin a imité, dit-on, le patron de 
Nicolas Amati, sa facture passe pour bonne. 

Un autre Celoniati (Francesco) aurait aussi tra- 
vaillé à Turin dans le commencement du xv!!!*" siècle; 
Je n'ai aucun renseignement sur lui. 

Cerin (Marc Axtomo). — Venise, lin du xviii^ siècle. 
Etiquette longue, imprimée en romain, mêmes 
types que ceux de A. Stradivari : 

Marcus Antoniiis Cerin. alumnus 
Ânselinii Belosii. fecit Venetiœ. anno ijf)^. (Pi- vin.) 

Ceruti (Giam Battista). — Crémone. Il succéda 



PL. V. 



«iâfiu* 






Si 





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p CremonaeaaDo ï 



CHAPITRE II. „ 

à Lorenzo Storioni, en 1790, dans le magasin de la 
\'ia de'Coltellai, près la place Saint-Dominique. Il est 
mort en 1817, après avoir produit un grand nombre 
de violons et de violoncelles sur le modèle de Nicolas 
Amati, et qui ne sont pas sans mérite. 

Cfruti (Giuseppe). — Fils du précèdent, auquel il 
succéda. Il a laissé des instruments estimés, mais il 
s'est surtout occupé de la réparation des anciens in- 
struments. 

Giuseppe Ceruti est mort en 1860. 

. Ceruti (Exrico). — Fils de Giuseppe, né en 1808, 
mort le 20 octobre i883. Il avait son magasin à Cré- 
mone, via Borgospera, 14. 

Enrico Ceruti, le dernier des luthiers de Crémone, 
termine la liste de ces artistes célèbres qui ont illustré 
leur patrie. 

II est mort vaillamment sur la brèche, laissant un 
grand nombre d'instruments appréciés des artistes et 
qui lui ont valu une médaille d'argent aux expositions 
de Londres, i85i et 1870, et une médaille d'or à 
l'exposition de Crémone, en 1 863. 

Chiareuj (Andréa). — Facteur de luths et théorbe?. 
Il vécut à Messine, de 1675 à 1699. 

Chiavellati (Domenico). — Lonigo, 1796. 

Chiocci (Gaetaxo). — A Padoue, xix^ siècle. 

CiRCAPA (ToMASo). — Naplcs, 1735. 

CocKo (Christoforo). — Un archiluth, marqué de 
ce nom, existe au musée du Conservatoire de Paris 

(n» 149). 



5<î LES LUTHIERS ITALIENS. 

L'étiquette intérieure manuscrite porte : 

Christofer Cocks. ail' insegna 
delV Aquila d'oro. 
Venetiœ. ifî^i^. 

Le nom de Christoforo Cocko est marqué au feu, 
sur le talon du manche, 

CoRDANO (Jacopo Filipo). — Etiquette originale 
imprimée en romain : 

Jacobus Philippus Cordanus 
fecit Genuœ, anno sal. 177^. (Pi. ix.) 

CoRNELLi (Carlo). — Étiquette impriméeen romain : 

Carolus Cornelli fecit 
Cremonœ, anno 1702. 

Costa (dalla). — Nom patronymique d'une 
famille de luthiers établis à Trévise, et dont certains 
membres ont travaillé à Gênes, Brescia et Venise. Je 
ne connais de certain sur cette famille que trois éti- 
quettes authentiques dont voici la description exacte : 

1° 8 centimètres sur 20, imprimée en romain un 
peu fort : 

Pietro Antonio dalla Costa 
fece in Treviso^ anno z/f... 

2° ô centimètres sur i 1/2, imprimée en petites 
lettres romaines : 

Pet rus Antonius a Costa 
fecit Tarvisiij anno 1764. 

y 10 centimètres 1/2 sur 3. 

Pet rus Antonius a Costa fecit ad 
similitudinem iUorwn quos fecerunt 
Antonius & Hieronymus fratres Ainati 
Cremonenses filii Andréa. Tarvisii. anno 17^7. (PL is.) 



CHAPITRE II. 57 

Les deux premières lignes en anglaise bâtardée, 
les deux autres lignes en romain, sauf le mot Tar- 
risii qui est en anglaise. 

Cuppix (Giovanni). — Grande étiquette en grosses 
lettres majuscules romaines, manuscrite sans date ni 
indication de lieu, dans une petite basse montée actuel- 
lement en bar3'ton (octave de la basse du violon); fond 
en peuplier, vernis Jaune, sans bords ni filets, ^^élé- 
gantes. Charmant spécimen authentique des premiers 
essais de la lutherie du violon. 

(Collection A. Gautier, à Nice.) 

Dardelt.i (Le Père Pietro) : 

« Religieux cordelierdu couvent de Mantoue, dans 
les dernières années du xv*" siècle et au commencement 
du xvi® siècle, fut un des luthiers les plus célèbres de 
son temps. Il fabriquait des luths et des violes de 
plusieurs espèces. Le peintre Richard, de Lyon, a pos- 
sédé, vers 1807, un beau luth fait par ce moine pour la 
duchesse de Mantoue. Cet instrument, dont le manche 
était un travail admirable d'ivoire et d'ébène, et dont 
les côtes du dos étaient séparées par des filets d'argent, 
portait la date de 1497, avec le nom de Padre Dardelli. 
Sur la table, on vo3'ait les armes du duc de Mantoue 
en or et en couleur. On ignore en quelles mains ce 
précieux instrument a passé après la mort du peintre 
Richard. » (Fétis, Biographiedes musiciens, édit. 1861 .) 

Deconet (Michèle). 

Michèle Deconet 
fecit Venetiis anno 

175-t- (PI '^•) 



58 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Étiquette très nettement imprimée en grandes 
lettres romaines. 

Della Corna (Giovan Paolo). — Brescia, xvi^ siècle. 

DiEFFOPRUCHAR (MaGXO). 

Magno Dieffopruchar 

a Venetia 

i(îoS. 

Étiquette grande, carrée, imprimée en caractères 
gothiques, relevée dans un bel archiluth mesurant 
i'^,42, monté de 24 cordes, la table percée de trois 
roses accolées et rehaussées de dorures. 

Un luth du même auteur existe dans le musée in- 
strumental du Lyceo filarmonico de Bologne. 

DiNi (Giambattista). — Lucignano, 1707. 

DoMiMCELLi. — A Ferrare, 1G95 à 17 15, Ecole 
d'Amati. 

DoxATO (Serafixo), — Venise, 141 1. 

DoNi (Rocco). — A travaillé à Florence pendant 
la première moitié du xvii*' siècle. 

Dans l'inventaire des instruments de musique fait 
le 23 septembre 1716 par Christofori, conservateur de 
la collection du duc de Florence, se trouve cet 
article : 

« N" 45 — Bassetto, — • oprïï del sacerdote Rocco 
Doni, con corpo stiacciato, con suo arco*. » 

I. Cenni storici.... di Leto Poluti. Firenze, 1S74. 



CHAPITRE H. Y) 

Drixda (Giacomo). — Pianzo, 17... 

DUIFFOPRUGCAR (GaSPAr). 

(( Luthier italien natif du T3T0I, où il exerçait la 
profession de marqueteur, et qui vint s'établir à Bo- 
logne en i5io. Lorsque François 1", après la bataille 
de Marignan, alla à Bologne jeter les fondements du 
Concordat avec le pape Léon X, il connut Duiffo- 
prugcar et le ramena avec lui à Paris; l'artiste tra- 
vailla d'abord à Paris, puis à L3^on. » 

Ce qui précède est dit par tous les biographes. Je 
n'ai pu en contrôler l'exactitude par aucune espèce de 
preuve, car nulle part, dans les archives de l'époque, 
je n'ai rencontré ce nom. Je me suis adressé à Lyon 
à M. Guigues, le savant archiviste de la ville, qui a 
bien voulu se livrer pour moi à de longues recherches; 
elles ont été vaines. 

J'ai vu la copie d'une étiquette de ce maître, qu'on 
m'a affirmé avoir été prise sur l'original. Cette pièce 
a la forme d'un triangle renversé, elle porte ces mots 
imprimés en romain : 

Gaspar Duiffoprugcar a la 
Coste S' André à Lyon. 

Les amateurs connaissent le beau portrait fait en 
i562 par le graveur Pierre Wœriot, qui habita Lyon 
pendant longtemps. Duiffoprugcar y est représenté à 
l'âge de quarante-huit ans ; si Wœriot avait eu le soin 
de nous dire en quelle année son sujet avait cet âge, 
nous serions édifiés sur un point important ; malheu- 
reusement il n'en dit rien. En admettant que Duillo- 



6o LES LUTHIERS ITALIENS. 

prugcar avait vingt-cinq ans lorsque François T"'' l'a- 
mena en i5i5 et qu'il eût vécu une soixantaine d'an- 
nées, il serait mort vers i55o. Je suppose donc qu'il a 
travaillé en France de i5i5 à i53o environ. 

J'ai été obligé de chercher à préciser ces dates bio- 
graphiques pour Juger aussi impartialement que pos- 
sible les œuvres de lutherie du maître, sur lesquelles 
on me paraît être singulièrement induit en erreur. 

Je dirai d'abord ce que je connais par moi-même 
de ses instruments; j'ai vu de lui : 

1° La fameuse basse de viole au plan de Paris in- 
crusté sur le fond, ayant appartenu à M. Raoul, puis 
à J.-B. Vuillaume, et aujourd'hui la propriété de 
M. L. Depret. Le chevillier, merveilleusement sculpté, 
se termine par une tête de cheval à la crinière tom- 
bant de chaque côté. 

2° Une basse de viole, également à tête de cheval 
sculptée, surmontant le chevillier, fond magnifique- 
ment incrusté, représentant le sujet connu sous le nom 
du (c Vieillard à la chaise d'enfant », dont on attribue 
le dessin à Baccio Bandinelli, et la gravure à Augus- 
tin Vénitien, laquelle aurait été publiée de i52o à 
i536. L'éditeur Salamanca en fit un nouveau tirage 
en i538. 

Cet instrument, d'une authenticité incontestable, 
appartenant à AL le comte Louis de Waziers, est un 
des types les plus curieux de la lutherie de cette 
époque. 

3° Une charmante petite basse de viole, propriété 
de M. Chardon-Chanot, luthier à Paris : forme gra- 
cieuse, le fond orné d'incrustations, et, chose vraiment 



CHAPITRE II. 6, 

singulière, le chcvillicr à tète de cheval, absolument 
comme les deux premières. Un vrai bijou. 

On m'a affirmé qu'il existe une autre basse de 
viole de l'auteur, dont le fond, incrusté comme celui 
des trois autres ci-dessus mentionnées, serait l'original 
sur lequel Wœriot aurait pris les éléments du portrait 
de l'auteur publié en i562, avec cette légende ainsi 
disposée : 

Vivd fui in s y Uns ; su/ii 

dura occisa securi. 

Dum vixi. tacuij mortua 

dulce cano\ 

Existe-t-il d'autres instruments du maître ? Des 
violes, peut-être; quant aux nombreux violons qui 
courent le monde sous son nom, ils sont apocryphes, 
et Je conseille aux amateurs d'être prudents dans 
l'achat de ces pièces trop curieuses, qui, suivant moi, 
sont toutes fausses sans exception. 

A l'époque où Duiflbprugcar travaillait, le violon 
commençait à peine à naître; son nom même était 
inconnu en Italie jusqu'en i533 % et en France jus- 
qu'en i55o; ce luthier n'a donc pas fait de violons, 
parce que, de son temps, l'instrument n'existait en- 
core qu'à l'état rudimentaire et que ses formes n'étaient 
pas encore arrêtées. 

1. L'auteur de cette e'pigraphe fait parler la viole qui dit, 
en faisant ingénieusement allusion au bois dont elle est con- 
struite : (' J'ai été vivante dans les forêts. La hache cruelle m'a 
tuée. Vivante, j'étais muette ; morte, je chante doucement. » 

2. Fétis, A. Stradivari ; Paris, i856, p. 46. 



62 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Emiliani (Francesco df). L'étiquette suivante a été 
copiée par moi dans un violon à voûtes prononcées, 
beaux bois, vernis jaune, joli instrument, bien fait, 
genre David Techler : 

Franciscus de Eiinlianis fecil 
Roina. anno Dhi ij^i). 

Imprimé en romain un peu grand. 

EvAXGELiSTi. — Florence, xviii'^ siècle. On connaît 
de lui des violons. 

Fabricatore. — Nom patronymique d'une famille 
de luthiers facteurs de mandolines, guitares, etc., à 
Naples, à la fin du xviii^ siècle et au commencement 
du xix''. 

On rencontre souvent des guitares élégantes, avec 
tables, éclisses, touche, manche, incrustés en écaille, 
nacre et ivoire, avec l'étiquette suivante, datée de 1785 
à 1797: 

Gian Battista Fabricatore 

Napolij anno 17... 

in S. AI. deir ajuto. 

Et dans d'autres instruments absolument de même 
nature, la suivante : 

Gennaro Fabricatore 
anno 1S02... Napoli 
strada s. Giacomo n° 16. (PI. x.) 

Fabris (LuiGi). — Venise, xix*" siècle, 

Facini (Agostino). — Moine de l'ordre de Saint- 
Jean de Dieu à Bologne, 1 732-1 742. On connaît de 



CHAPITRE II. a 

lui plusieurs violons bien faits, avec un vernis remar- 
quable. 

Falco. — Crémone, xviii*' siècle. Élève de G. Ber- 
gonzi. 

Farixato (Paolo). — Venise, xviii^ siècle; école de 
Saint-Séraphin. 

Ferati (Pietro). — Travaillait à Sienne pendant la 
seconde moitié du xviii'' siècle. Étiquette imprimée en 
romain dans un violon de facture ordinaire à larges 
filets, vernis brun épais : 

Pietro Ferati 
fecit Siena i7(>'{. 

Ferrari (Carlo). — Sienne, 1740, 

Ferrari (Alfonso). — Carpi, 1738. 

Ferrari (Agostino). — Budrio, 17... 

FiLANO (DoNATo). — Facteur de mandolines à 
Naples. Jolie lutherie avec incrustations de nacre sur 
écaille avec filets d'ivoire. Étiquette manuscrite en 
écriture mince bâtarde : 

Donato Fil ano fecit alla rua 
di s. Chiaraj A. D. ijSi^ Napoli. 

Fiscer. — Deux frères de ce nom travaillaient en- 
semble à Milan dans la seconde moitié du xviii® siècle. 

L'étiquette suivante a été copiée dans un violon de 
bonne facture, vernis rose, fond ambré : 

Ciuseppe, Carlo fratelli Fiscer (sic) 

fabbricatori d instrumenti in Milano 

V ici no alla bal la 176'^. 



6^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

Florenus. — Il y aurait eu à Bologne trois luthiers 
de ce nom pendant la première moitié du xviii^ siècle : 
Guidantus, 
Antonio, 

Guidantus Giovanni. 
Un seul m'est connu par l'étiquette suivante : 

Guidantus Fiorenus 
Bononiœ i7_f)... (PI. xm.') 

Florino (Fiorenzo). — Bologne, xviii*' siècle. 

Florentus Florinus 
fecit Bononice. an. z/... 

FoNTANELLi (Gio. Giuseppe). — Célèbre facteur de 
luths à Bologne pendant le xviii^ siècle. 

M. Antoine Gautier, à Nice, possède dans sa belle 
collection d'anciens instruments un magnifique luth 
de cet auteur : fond palissandre, filets d'ivoire, manche 
incrusté en écaille, nacre et ivoire ; tête à vingt che- 
villes, avec plaques en argent ciselé. Cet instrument, 
superbe et rare, porte intérieurement l'étiquette : 

Giov. Giuseppe FontanelU 
fece in Bologna. F an no 1/33 ~ 3 X^"''^ 

Il y a dans le musée du Conservatoire de Paris, 
n"^ 160 et 161, deux mandolines de Fontanelli, datées 
de 1771 et 1772. 

Gabrielli. — Nom patronymique de luthiers éta- 
blis à Florence: 

Gabrielli (Cristoforo). — Florence, xviii* siècle. 



CHAPITRE II. 65 

Gabrielli (Bartolomeo). — Florence, xviii'' siècle. 

Gabrielli (Gian-Battista). — Florence, dans la 
seconde moitié du xviii'' siècle. On connaît de lui de 
nombreux instruments. Lutherie de second ordre, 
vernis généralement jaune. Ses violoncelles et ses altos 
sont plus recherches que ses violons. Il mettait dans 
ses instruments une étiquette manuscrite en écriture 
cursive, irrégulière : 

Gio Battista Gabrielli 
Fece in Firenje 17G... 

Gabrielli (Antonio). — Il travaillait à Florence à 
la même époque que le précédent. Il a laissé des 
violons. 

Gagliano. — Famille de luthiers distingués, établis 
à Naples vers la fin du xvii® siècle. 
Le chef de la famille fut : 

Gagliano (Alessandro). — Né à Naples vers 1640 '. 
Jeune encore, il se livra à l'étude de la musique et de 
la lutherie. On était alors en pleine domination espa- 
gnole; les temps étaient troublés, les duels fréquents 
et tous les jeunes gens s'adonnaient avec fureur à l'es- 
crime. Alessandro, devenu un des tireurs les plus re- 
doutés de Naples, se prend de querelle un jour avec un 
noble Napolitain; on se bat; à peine en garde, il passe 
son épée au travers du corps de son adversaire, et le tue 



I . Liutai antichi e moderni, per Giovanni di Piccolellis. 
1 vol. in-4°. Firenze, Le Monnier, i885. 

5 



66 LES LUTHIERS ITALIENS. 

raide ! — Les lois contre le duel étaient sévères ; notre 
homme fut obligé de fuir, voyagea en Italie de ville 
en ville, et gagna Crémone. Là il eut l'occasion de 
connaître Ant. Stradivari, entra dans son atelier et 
travailla pendant plusieurs années sous la direction 
du maître. 

Il revint s'établir à Naples comme luthier, dans les 
derniers jours de l'année 1695. 

La lutherie d'Alessandro Gagliano est certes bien 
loin de celle d'Ant. Stradivari, mais on y rencontre 
cependant certains caractères communs, surtout dans 
les inflexions des voûtes, dans les épaisseurs et dans 
la main-d'œuvre, qui est généralement soignée. Les 
bois sont souvent de second choix. Le vernis, presque 
toujours jaune, n'est pas flatteur, mais la pâte en est 
assez légère. 

A'oici la copie d'une étiquette de A, Gagliano : 

Âlexandri Gagliano Alomnus 
Stradivarius [i'iz).fecit Neapoli. anno 17... 

Il est mort à Naples en 1725, laissant deux fils : 

Gagliano (Nicola). — Il a travaillé à Naples, oia il 
mourut en 1740, à Tàge d'environ soixante-dix ans. 
Sa lutherie est supérieure à celle de son père. Je connais 
de lui deux étiquettes : 

1° Nicolaii Gagliano 

fecit in Napoli 171 z. 

2" Nicolaus Gagliano Jîlius 

Alexandri fecit Neap. Z7... (PL x.i 

Gagliano (Gennaro). — Second fils d'Alessandro. 



Fi.. VI. 



n .- ■ ' ' M 

K Cïl^ <i? o o o oooooci^ 














\.;..Fedt Mantisse. An 



CHAPITRE II. cj 

Le meilleur artiste de la famille. Bons patrons, main- 
d'œuvre très soignée, voûtes un peu prononcées. Le 
vernis est souvent jaune, la pâte de bonne nature. Ses 
instruments sont recherchés. 
Étiquette en roniain : 

Januarius Gaglianj Jilius 
Alexandri fecit Neap. Z7J2. (PI. x.) 

Gennaro Gagliano est mort en lySo. 

Gagliaxo (Ferdixaxdo). — Fils aîné de Nicolas, 
né à Naples en 170(5, mort en 1781. Inférieur aux pré- 
cédents. 

Etiquette imprimée en romain, très nette, entourée 
d'une petite vignette légère, 7 cent, sur 2 centimètres. 

Ferdinandus Gagliano filius 
Nlcolai fecit Neap 17.., (PI. .\.) 

Gagliaxo (Giuseppe et Axtoxio). — Frères du pré- 
cédent. Ils ont fait des cithares et des mandolines esti- 
mées, dans lesquelles ils mettaient l'étiquette suivante : 

Joseph ù" Antonius Gagliano 

fec. anno ijSy in 

platea dicta Cerriglio. 

Giuseppe est mort en 1793 et Antonio à la fin du 
siècle. 

Gagliano (Giovanxi). — Quatrième fils de Nicolas. 
Il a laissé quelques violons médiocres marqués : 

Joannes Gagliano 

nepos Januarii fecit 

Neapoli iS... 

Il mourut en i<Sob. 



68 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Gagliano (Raffaele et Antonio). — Fils du prc- 
ccdent-, ont continué le commerce de la lutherie. 

Raffaele est mort le 9 décembre 1867 et Antonio 
le 27 juin i8(3o. 

Gagliano (Vincenzo). — Fils de Raffaele; dernier 
représentant des luthiers de ce nom. 11 est fabricant de 
cordes à Naples. Le nom s'éteindra avec lui, car il 
n'est pas marié et n'a pas d'enfants. 

Galbani (Piero). — Florence, 1640. 
Galtani (Rocco). — Florence, 16... 

Galbusera (Carlo Antonio). — Luthier établi à 
Milan et auquel l'Académie des sciences de cette ville 
décerna, en i832, une médaille d'argent pour un violon 
dont les échancrures étaient dessinées en contours 
adoucis dans le genre de la guitare. Cette innovation 
eut un grand succès; le violon fut trouvé parfait, et la 
Galette musicale de Leipzig terminait ainsi un long 
article à ce sujet : « Dans le fait, il est surprenant qu'il 
ait fallu des siècles pour donner cette forme plus 
simple au violon ^ » Cette nouveauté eut le sort de 
tant d'autres, et tomba bientôt dans l'oubli. 

Garani (Michèle Angelo). — Bologne, i685 à 
1715. 

Gaspan. — Est cité comme l'un des plus anciens 
faiseurs de violons italiens. 

I. Allgemeine Musikalische Zeitung. 23 décembre i832. 
Tome XXXIV, page 833. 



CHAPITRE II. C>i) 

Gasparo da Salo. — Salo est une ville située sur 
lac de Garde, dans la province de Brescia. 

Gasparo da Salo est peut-être le plus ancien luthier 
ayant contribué à donner au violon la forme définiti- 
vement adoptée par les maîtres italiens. A quelle 
époque exacte vivait-il ? Aucun renseignement positif 
ne peut l'aftirmer. Les étiquettes placées dans ses in- 
struments portent simplement ces mots, imprimés en 
grandes lettres romaines. 

Gasparo da Salo in Brescia. (Pi. x.) 

La nature de son travail permet toutefois de sup- 
poser qu'il était antérieur de quelques annnées à 
Andréa Amati, dont l'époque brillante fut de i55o 
environ à ibjD. 

Gasparo da Salo a surtout construit des violes, et 
principalement des violoni. On connaît cependant de 
lui quelques violons et des altos. Les violoni existant 
encore, ont été généralement montés en contrebasses. 

Il existe deux spécimens authentiques du maître au 
musée du Conservatoire de Paris : 

N° 104. — Une petite basse de viole: 

N° 117. — Un violone monté en contrebasse à 
quatre cordes. 

Le travail en est lourd, les jf/ disgracieuses; le ver- 
nis, qui était probablement, dès le principe, d'une 
couleur foncée, est devenu presque noir. 

On a beaucoup usé du nom de Gasparo da Salo 
dans des altos et des violons modernes imitant le style 
naïf des premiers temps de l'école de Brescia. 



70 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Gattixari (Enrico). — Turin, 1670. 

Gattixari (Francesco). — Probablement fils du 
précédent. Travaillait à Turin au commencement du 
xYiii*^ siècle. 

Je connais de ce luthier^ un violon de bonne fac- 
ture, voûtes un peu bombées, vernis rouge brun de 
belle apparence, excellente sonorité, avec cette éti- 
quette : 

Francesco Gattinari 

Feclt Taitnni Anno Domini ijO'^. 

Geroni (Domexico). — Ostia, 1S17. 

Gherardi (Giacomo). — Bologne, 1677. 

G1AX0LI (Domexico). — Milan, 1731. 

Gibertini (Antoxio). — Parme, i83o-i833. Il a fait 
un assez grand nombre de violons estimés. Lutherie 
faite avec soin, vernis rouge un peu foncé. 

GiGLi (Julio Cesare). — Rome, seconde moitié du 
xYiii*^ siècle. 

Julius Ccpsar Gigli Romanus 

fecit Romœ anno ijoi. (PI. xv.) 

Etiquette imprimée en assez grandes lettres ro- 
maines. 

Giordaxo (Alberto). — Crémone., 1740. 

GioRGi (Nicola). — Étiquette imprimée en ro- 
main. 

Nicoîaus Gioriji 
fecit Taurini anno ij't^. 

I. Collection de M. le marquis de Saint-Hilaire, à Paris. 



CHAPITRE II. 71 

GiRANiAM. — LivoLirne, 1700. Etiquette manu- 
scrite relevée dans un violon bien fait, vernis jaune 
très fin. 

GiuLiAxr. — Faiseur de violes en i(3f3o. 

GoBnTTi (Fraxcesco). — Ecole de Crémone. Il a 
travaillé à A'enise. On le dit élève d'Ant. Stradivari. 
Lutherie de premier ordre. Bois magnifiques, vernis 
superbe. Nous avons eu à Paris l'occasion d'admirer 
un très beau violon de Francesco Gobetti que M. Wil- 
motte, d'Anvers, fit figurer à l'Exposition univer- 
selle, en 1878. 

Beau patron, voûtes un peu plus prononcées que 
chez A. Stradivari, vernis rouge ambré splendide. In- 
strument superbe. 

Franciscus Gobetti fecit 

Venetiis 171^. (Pi. xi.) 

GoFFRiLER. — Il y eut à Venise deux luthiers de ce 
nom : Matteo et Francesco, qui travaillèrent de 1690 
à 1780. On connaît des violons et des violoncelles de 
Matteo dont la facture est belle. 

Mattheus Goffriler faciehat 
Venetijs anno 17... 

Gragxaxi (Gexxaro), — Livourne, i /jo. 

Gragxaxi (Axtoxio). — Dans un violon de bonne 
facture ordinaire, 

Étiquette imprimée en romain : 

Antonius Gragnani fecit 
Liburni anno 17^2 (un globe surmonté d'une croix pactce). 



72 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Graxcino (Paolo). — École de Crémone. Élève de 
Nicolas Amati. Il vécut à Milan dans la seconde moitié 
du XVII® siècle. Il a laissé un assez grand nombre d'in- 
struments datés de 1670 environ à 1690. 

Ses violoncelles ainsi que ses altos sont assez esti- 
més. En général, vilaines fournitures, souvent le fond 
et les éclisses en bois de peuplier, vernis jaune. En 
résumé, produits de second ordre et cependant assez 
recherchés, grâce à la faveur dont jouit, de nos jours, 
l'ancienne lutherie italienne. 

Graxcino (Giovaxxi).— Fils de Paolo, 1695 à lyiS 
environ. 

Étiquette imprimée en romain : 

Giovan Grancino in contrada 

larga di AliLmo al segno 

délia Corona i6... 

Même genre que son père; vernis jaune. 

Graxcixo (Giam Battista). — Fils de Giovanni. 
A Milan, pendant la seconde moitié du xviii^ siècle. 

Graxcino (Francesco). — Second fils de Giovanni. 
Les deux frères ont travaillé ensemble, ainsi que le 
prouve l'étiquette suivante : 

Gio. e Francesco fratelli de Grancini 
in contrada larga di Milano ly... 

Je dirai pour les Grancini la même chose que pour 
certains luthiers italiens de deuxième et de troisième 
ordre : je préfère de beaucoup à leurs produits ceux 
de nos bons luthiers modernes.. 

Gregori. — Bologne, 1790. 



CHAPITRE II. 7j 

Gregorio (Antoxiazzi). — Je ne connais de ce lu- 
thier qu'une étiquette imprimée, carrée, portant : 

Gregorio 
Antoniaiii 
in Colle i/jS. (Pi. xi.) 

Griseri (Filippo". — Florence, i65o. 

Grossi (Giuseppe). — Bologne, i8o3. 

Grulli iPietro). — Crémone, i883. 

GuADAGxiNi. — Nom patronymique d'une famille 
de luthiers originaires de Plaisance. 

GuADAGNiNi (LoRExzo). — Né à Plaisancc. Elève 
d'Ant. Stradivari. Il a travaillé à Plaisance et à Milan. 
Lutherie estimée, voûtes peu élevées, vernis couleur 
rouge ambré présentant encore les qualités de la bonne 
époque. . 

Etiquette imprimée en romain, entourée d'une 
petite vignette légère. 

LcLurenlius Guadagnini pater 
& Alinunus Antonij Stradivarrij 

fecit Placentiœ anno ij... (Pi. xi.) 

GuADAGNiNi (Giambattista). — Fils de Lorenzo. Il 
a travaillé à Milan, à Plaisance et à Parme. 
Son étiquette imprimée en romain porte : 

Joannes Baptista Guadagnini pla- 

centinus. fecic mediolani r/... (pi. xi.) 

Elle se termine sur le côté droit par un globe noir 



7+ LES LUTHIERS ITALIENS. 

avec les lettres G B G et une double croix, le tout réservé 
P 

en blanc sur le fond. Sur certaines, cette dernière 

marque n'existe pas. 

Giambattista a laissé des violons, des altos, des 
violoncelles qui sont recherchés aujourd'hui par les 
amateurs, La facture en est bonne, les fournitures 
généralement belles et le vernis encore bien, quoique 
offrant des signes indiscutables d'infériorité sur celui 
employé par les grands maîtres; la couleur rouge 
ambrée est de belle apparence, mais la pâte semble 
déjà sensiblement plus épaisse. 

Cette lutherie de Lorenzo et de Giambattista Gua- 
dagnini finit la brillante époque italienne et commence 
la décadence : 

GuADAGxiNi (Gaetaxo). — Fils du précédent, à' 

Turin; il s'est occupé surtout de réparations. 

GuADAGxiNi (Giuseppe). — Sccond fils de Giambat- 
tista. Il a travaillé à Turin et à Pavie. Il a fait un 
assez grand nombre d'instruments qui sont bien infé- 
rieurs à ceux de son père, dont ils portent souvent la 
marque. 

GuADAGxiNi (Carlo). — A Turin. Facteur de gui- 
tares et réparateur d'instruments. Il a laissé trois fils : 
Gaetano, Giuseppe et Felice. 

Guadagnixi (Antoxio). — Fils de Gaetano, né en 
i83i, mort à Turin en 1881, a fait beaucoup d'instru- 
ments dans le caractère de la lutherie moderne. Deux 



CHAPITRE II. 7j 

de ses lils : Francesco et Giuseppc se livrent aujour- 
d'hui, à Turin, à l'art de la lutherie ^ 

Gl-arnieri- (Andrra). — Chef de la famille célèbre 
des luthiers de Crémone, connus sous le nom de 
Guarnerius, que tous ses membres ont pris dans leurs 
étiquettes rédigées en latin. Né à Crémone vers 1625, 
élève de Nicolas Amati, il travailla dans sa ville natale 
de i65o environ à 169(5. 

Il entra chez Nicolas Amati comme élève vers 
1641; il avait alors seize ans, et habitait chez son 
patron dont il se lit aimer et estimer, car, lorsque ce 
dernier épousa Lucrezia Pagliari, le 23 mai 1645, il 
choisit son élève comme l'un de ses témoins ^ 

Andréa Guarnieri épousa, en i652, Anna-Maria 
Orcelli, et le mariage fut célébré le 3i décembre de 
ladite année dans l'église de San Clémente. 

De cette union naquirent sept enfants, quatre 
filles et trois garçons dont deux furent luthiers : 

Pietro Giovanni, né le 18 février i(355 ; 

Giuseppe Giovan. Battista, né le 2 5 novembre i(566; 

Anna-Maria Orcelli mourut le i3 janvier 1695. 
L'acte de décès est ainsi rédigé : « Donné la sépulture 
à la femme de Messer Andréa Guarnieri qui fait les 
violons [dm fa i violinï). » 

1. J'emprunte la liste des derniers Guadagnini au livre très 
intéressant de M. G. Hart, le Violon, Paris, Schott, 1886. 

2. Dans tous les actes authentiques concernant cette famille 
et conservés dans les archives de Crémone, le nom patrony- 
mique est toujours Guarnieri. 

3. Liutai antichi e moderni, per Giovanni di Picolellis. 
Florence, i8S5. Note aggiiinte, 1886. 



7û LES LUTHIERS ITALIENS. 

Andréa Guarnieri ne survécut pas longtemps à sa 
femme; il mourut le 16 décembre 1698, et fut inhume 
à côté d'elle dans l'église de Saint-Dominique. 

La lutherie d'Andréa Guarnieri est l'œuvre d'un 
artiste de grand talent, les spécimens, bien conservés, 
en sont devenus très rares. On connaît cependant de 
lui des violons et quelques violoncelles qui sont 
recherchés. Il libellait ainsi son étiquette imprimée 
en romain : 

Andréas Guarnerius fecit Cremonœ sub 

titulo sanctœ Teresicp. iG... (PI. xn.) 

Guarnieri (Pietro). — Fils aîné d'Andréa, né le 
18 février i655. Il resta dans la maison paternelle jus- 
qu'à la fin de l'année 16S0, et transféra ensuite ses 
ateliers à Mantoue. Il avait épousé, en 1677, Catarina 
Sussagni, dont il eut un fils : Andréa Francesco, 
né le 29 janvier 1678, et dont le nom est inconnu en 
lutherie. 

Pietro Guarnieri revint à Crémone en 1698, et y 
resta quelques mois après la mort de son père, car on 
le voit, le 22 août de cette année, parrain de son neveu 
BartoloMeo, dernier fils de Giuseppe. A partir de cette 
époque, on perd sa trace, mais il paraît probable qu'il 
retourna à Mantoue. 

L'œuvre de Pietro Guarnieri passe pour très 
remarquable; je n'ai jamais eu l'occasion de voir l'un 
de ses instruments. Son neveu Pietro, fils de Joseph, 
qui travailla à Venise, m'est plus connu; j'aurai bien- 
tôt à en parler. 



PL. VII. 



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îcce /n Crefti^W 







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Ctemoncufe faciebat 
ino ^7 - 



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CHAPITRF, n. 77 

yo'icl le libellé de deux étiquettes originales de 
Pietro Guarnieri, de Mantoue : 

Imprimé en romain, 9 cent, sur i cent. 1/2 : 

Petrus Guarnerius Cremonensis fecit 
Alarituœ sub lit. Sanctœ Teresiœ iGf)^. 

Manuscrite authentique, d'une écriture espèce de 
bâtarde très ferme : 

Rei'isio e coretto da me Pieiro Guarnieri 

Cremonese in Mantova i(>i)7. (Pi. xn.) 

Guarnieri (Giuseppe Gtov. Battista). — Second 
fils d'Andréa, né le 2 5 novembre 1606. Il vécut tou- 
jours à Crémone. Le 4 janvier 1690, il épousa Bar- 
bara Franchi, dont il eut six enfants, trois filles et trois 
fils dont un seul fut luthier : 

Pietro, né le 14 avril 1695. 

Barbara Franchi mourut en lySS, et son mari la 
suivit de près dans la tombe. 

En lutherie, Giuseppe Giov. Battista Guarnieri 
est connu sous le nom de Joseph, fils d'André. Ses 
violons atteignent aujourd'hui de hauts prix. Ils ont 
un cachet particulier : les /'^ sont posées un peu plu?, 
bas que dans le patron ordinaire, et assez ouvertes vers 
le milieu. Le vernis rouge, un peu brun, est riche; 
les fournitures de bon choix. 

Guarnieri (Pietro). — Fils de Giuseppe Giov. 
Battista, né à Crémone le 14 avril 1(395. Il travailla à 
Venise de 1725 à 1760. Il n'existe aucun autre détail 
connu sur la vie de Pietro Guarnieri, qui est souvent 



78 LESLUTHIERSITALIENS. 

confondu avec son oncle Pietro. fils d'André. On con- 
naît cependant de lui des instruments très authentiques 
qui le placent au premier rang des luthiers itahens de 
la belle époque. M. L. Depret, amateur distingué, 
possède un violoncelle de ce maître qui est un des plus 
beaux types qui se puissent voir : facture magistrale, 
fournitures splendides; les éclisses et le fond sont faits 
d'un érable à ondes vigoureuses, qu'un vernis admi- 
rable rose à fond d'or ambré fait absolument sortir du 
cadre, ^^olute, table, filets, contours, tout est à l'ave- 
nant! Dans le fond, à la place usitée, est collée une 
étiquette de lo cent, sur 8 cent., imprimée en grandes 
lettres romaines, entourée d'une vignette légère genre 
C. Bergonzi et ainsi libellée : 

Petrus Guarnerius Jilius 

Joseph Cremonensis 

fecit anno ij^f) 

J enetiis. 

Je donne, PI. xii, une autre étiquette de ce maître : 

Petrus Guarnerius films Joseph 

Cremonensis fecit i" enetiis 

Anno 17^^ 

On connaît de Pierre Guarnerius une autre éti- 
quette, libellée de même, mais un peu plus petite et 
entourée d'une vignette assez large. 

GUARNIERI 

(Branche cadette). 

GuARNiERi (GiAN Battista). — Père de Joseph del 
Jesii, était parent, au deuxième degré, des précédents. 



CHAPITRE I I. 7p 

Son père s'appelait Bernardo et était frère cadet 
d'Andréa. 

Gian Battista épousa Angiola Maria Locatelli, le 
3 août 1682. Il eut de ce mariage six enfants : deux 
filles et quatre fils : 

1° Giuseppe Antonio, né le 8 juin iG83, mort peu 
de mois après sa naissance ; 

2° Giuseppe (dd JcsiiJ, né le 16 octobre 1687; 
3" Giovanni, né le 9 janvier 1692; 
4° Domenico Apollinare, né le 10 mars 1701. 
De tous les membres mâles de la branche cadette, 
un seul fut luthier : 

GuARNiERi (Giuseppe). — Né le 17 octobre 1686^; 
connu sous le nom de : 

Joseph Guanicrius del Jesîi 

à cause de la marque ►î» 
IHS 

qu'il mettait sur ses étiquettes (PI. xii). 

L'acte de naissance de Joseph del Jesù se trouve 

sur les registres de la paroisse San Donato à Crémone, 

vol. II, page 83. Il résulte de ce document que l'acte 

de naissance et de baptême de Joseph Guarnerius del 

Jesià, donné par Fétis dans sa brochure intitulée : 

I. « Anno 168 sesto. Die décima septima octobris, Joseph 
filius D. Joannis^ Baptista de Gai-neris et Maria de Locadcllis, 
bapti^atus fuit p. tne J. B. Baropiun. Patrinus fuit Francis- 
cus Baropus hujus vicinetœ obstetrix pro Rev^ Matre D. Clara 
Teodora Nicola Professa in monasterio Stœ Mariœ Cistelli. » 
(Atti parrochiali di S. Donato) de PiccolcUis, lac. cit., vol. II, 
page 83. 



8d 



LES LUTHIERS ITALIENS. 



A. Stradii>ari, est erroné. Le vicaire Fusetti, duquel 
Fétis tenait ce renseignement, avait copié dans les 
archives l'acte de naissance du premier né de Gian 
Battista Guarnieri, nommé Giuseppe Antonio, né, en 
effet, le 8 juin i683, mais décédé peu de mois après 
sa naissance; si le vicaire Fusetti avait poussé plus 
loin ses recherches, il aurait trouvé le véritable acte de 
baptême de Joseph del Jesù qui n'avait qu'un seul 
prénom, celui de Giuseppe. 

Parmi les pièces concernant la branche cadette des 
Guarnieri et qui se trouvent dans les archives de la 
paroisse de San Donato à Crémone, on voit figurer le 
nom de Joseph jusqu'à la fin de l'année 1702; à partir 
de cette époque, on perd entièrement sa trace. 

Tout devient, dès lors, mystère dans la vie de cet 
homme, et la légende s'empare de lui. Il court le 
monde, conimet un crime, est mis en prison; là il fait 
des violons, la fille du geôlier se met à son service, 
lui procure les fournitures nécessaires, prépare son 
vernis : ces instruments ont, paraît-il, un type tout 
particulier; de là les fameux violons de la servante. 

Après la prison, on n'entend plus parler de lui, 
pas même dans sa ville natale où, depuis 1702, on ne 
peut retrouver, jusqu'à ce jour, aucun document le 
concernant. 

Je me permettrai, à mon tour, une courte observa- 
tion : les marques de tous ses violons, sans une seule 
exception, sont datés de Crémone : Fccit Cremonx. 

De deux choses l'une : ou le fccit Cremonœ est 
l'expression de la vérité, et il devient alors évident 
que l'artiste a passé une grande partie de son exis- 



CH APIT RE II 3( 

tcncc à Crémone, ou le fccit Creinoiiœ est faux, et il 
faut renoncer à toute supposition logique, sans preuve 
à l'appui. 

De nouvelles et courageuses recherches dans les 
archives de Crémone n'amèneraient-elles pas, à ce sujet, 
des résultats curieux et inattendus? 

L'œuvre de lutherie de Joseph Guarnerius del Jesù 
est obscure comme les légendes dont on affuble son 
existence : magnifique et médiocre tout à la fois ! 

Ses violons ont acquis une grande réputation grâce 
à la vogue que leur a donnée le célèbre Paganini, qui 
jouait un des plus remarquables spécimens du maître 
conservé aujourd'hui dans le musée de Gênes. 

Notre grand violoniste Alard en possédait un daté 
de 1742, qui est certainement un des plus beaux, sinon 
le plus beau qui existe (PI. v). 

On ne connaît absolument rien de la carrière d'ar- 
tiste de Joseph del Jesù. Où et chez qui a-t-il fait son 
apprentissage? à quelle époque a-t-il commencé à pro- 
duire ? 

Fétis divise l'œuvre de lutherie de del Jesù en trois 
périodes sans leur assigner de date, ce qui n'éclaircit 
pas beaucoup la question. 

Chez Antonio Stradivari, depuis l'âge de trente 
ans jusqu'à sa mort à quatre-vingt-douze ans, on 
suit pas à pas chacune de ses manières, chacun de 
ses progrès ! 

Chez Joseph Guarnerius del Jesù, une seule époque 
chronologique : lySo environ à 1745, et je ne crois 
pas trop m'avancer en disant que ses plus belles 
œuvres n'ont pas paru avant 1735. 

6 



82 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Le caractère général de la lutherie de Joseph del 
Jcsù est l'originalité; le dessin des coins est plus court 
et moins gracieux que chez A. Stradivari ; la largeur 
générale de Tinstrument est un peu plus forte, le des- 
sin des ^jf unique; posées plus perpendiculairement 
que chez la plupart des autres luthiers italiens, elles 
sont plus longues et afîectent à leurs extrémités une 
carrure particulière. Le vernis rose-rouge sur fond 
ambré est souvent splendide. La main-d'œuvre est 
sensiblement moins soignée que chez A Stradivari. 
En résumé, un violon de Joseph del Jesù de la belle 
époque, c'est-à-dire de lySô à 1745, lorsqu'il est bien 
conservé et d'une authenticité incontestable, est une 
pièce enviable à tous égards. 

Quant aux instruments de second ordre attribués 
au maître, et ils sont nombreux, je ne puis rien en 
dire. On a cru devoir les classer en différentes caté- 
gories : violons de prison, de la servante, etc.; il n'est 
pas rare d'en rencontrer chez les marchands de lu- 
therie, mais j'avoue mon ignorance complète sur la 
matière. 

Les imitations, même anciennes, sont nombreuses, 
souvent bien faites, et il est vraiment difficile de sortir 
sain et sauf du lab3Tinthe. 

GuDis (HiEROxiMo). — A Crémone, dans la première 
moitié du wui'^ siècle. 

Hieroniino Gudis da Creinona. 1727, 

Petite étiquette manuscrite en caractères très fins, 
relevée dans une charmante viole d'amour avec manche 



CHAPITRE I I. 8; 

sculpté termine par une tête de femme aux 3^eux ban- 
dés. 17 chevilles, forme originale et élégante à bords 
découpés en grandes ondes. 

Très belle lutherie, vernis léger, jaune doré. Su- 
perbe table en beau sapin, fond et éclisses en érable 
bien veiné. Ce délicieux instrument atteste un artiste 
de premier ordre. 

(Collection A. Gautier, à Nice.) 

Gl'erra Giacomo). — Modène, 1810. 

GuGLiELMi (Giorattista). — Crémoue, 1747. 

GusETTO ^Nicola). — Florence, 17... 

Hetel (G.). — Faiseur de luths et de cithares à 
Rome : 

G. Hetel fecit Roinœ anno 176^. (Manuscrit.) 

Indelami (Matteo). — J'ai trouvé ce nom imprimé 
sur une étiquette entourée d'une petite vignette noire, 
sans date ni indication de lieu, dans une mandore très 
ancienne. 

JuLiAxo (Francesco). — Rome, 17. . . 

Kerlino (Giovanni). — L'un des plus anciens lu- 
thiers. 

Il habitait Brcscia vers 1460 et ne faisait que des 
violes. 

Landi (Pietro\ — Sienne, 1774. 

Landolfi (Carlo Ferdixando). — Bon luthier de 
second ordre, fixé à Milan de 1735 environ à 1775. 
Landolfi a laissé un assez çrand nombre d'instru- 



8^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

ments dont certains sont assez recherches aujourd'hui : 
vernis rouge un peu épais. Beaux bois. Main-d'œuvre 
soignée; les /y mal dessinées et peu gracieuses. Gorge 
très prononcée. 

Carlo Ferdinando Landolfi 
nella Contrada di Santa Alargarita 
al segno délia Sirena. Milano^ i76^' C^'- "'"•) 

Laxsa (Antonio Maria). — Brescia, iGyS. 

Lavazza. — Il y eut deux luthiers de ce nom qui 
travaillèrent à Miïan au commencement du xviii^ siècle. 
Voici la copie de leurs étiquettes : 

lo Antonio Maria Lava^ja 

fece in Milano in contrada 
larga i~oS. 

2" Santino Lavaua fece in Milano 

in contrada larga iyi8, (PI. xm ) 

Leoni (Ferdinando). — Parme, 1816. 

Leoni (Carlo). — Trévise, 1861. 

LiGNOLi (Andréa). — Florence, xvii® siècle. 

LiNARELLi (Venturino). — FaiseuE de luths et de 
violes à Venise dans la première moitié du xvf siècle. 

LoLio (Giambattista). — Bergame, xviir siècle. 

LoRENZiNi (Gaspare). — Plaisance, 17. . . 

LuDici H1ERONYMO (Pietro). — Amateur habitant 
Conegliano et qui faisait de la lutherie pour son plai- 
sir, ainsi que l'atteste la petite étiquette suivante, très 



CHAPITRE II. 85 

originale et élégante, manuscrite, en écriture fine imi- 
tant les caractères romains. 

Hieronymus Petrus de Ludice 

animi causa faciehat Conegliani 

A. D. ijof), 

LuGLOxi (Giuseppe). — Venise, 1777. 
Maffeotto (Gu'Sfppe). — Rome,xviii'" siècle. 

Maggini (Giax Paolo). — Le plus habile luthier de 
l'école de Brescia, où il travailla pendant la seconde 
moitié du xvi^ siècle ^ 

Voici les caractères principaux des instruments de 
Maggini : 

Contours ronds, coins très courts, sans élégance et 
sortant à peine de la ligne de contour. Éclisses basses, 
voûtes peu élevées s'étendant jusque près des bords 
sans gorge prononcée, double filet. Les /passez bien 
placées, mais d'un dessin trop naïf; longues, très ou- 
vertes et sans aucune élégance. Vernis brun-Jaune. 

Le fameux violon ayant appartenu à Ch. de Bériot, 
et aujourd'hui la propriété de M. le prince de Chimay, 
a les éclisses et le fond faits d'un érable pris sur 
couche à veines courtes et très ondulées, de l'aspect le 
plus ronceux. Cette nature de bois d'érable se remarque 
dans d'autres violons de Maggini. (PI. i.) 

On connaît aussi des altos de Maggini et quelques 
violoncelles. 

La sonorité de ce genre de lutherie n'a pas beau- 

I. La date exacte de l'œuvre de Maggini est inconnue, on 
assigne généralement à l'année i63o sa dernière époque. 



Sr, LES LUTHIERS ITALIENS. 

coup d'éclat, mais possède un timbre S3^mpathiquc, 
très agréable pour la musique de chambre. 

Maggini mettait dans ses instruments une étiquette 
longue, étroite, imprimée en grosse romaine. Jamais 
de date : 

d'à. Paolo Maggini in Brescia. (PI. xiv.) 

Maggini (Pietro Saxto). — Fils de Gia Paolo*. 
Il a fait, dit-on, des instruments supérieurs à ceux de 
son père et travailla à Brescia jusqu'en 1680. 

Marcelli Giovax. 

Joannes Marcelli 

fecit Crcmonœ 
AI D ex C FI. 

Etiquette sur parchemin, manuscrite, entourée 
d'une petite vignette à la main. 

Maler (Sigismoxd). — Faiseur de luths, très re- 
nommé à Venise en i526. 

Mantegazza (Pietro e Giovanni). — Travaillèrent 
à Milan pendant la seconde moitié du xviii'' siècle. 

Ils firent surtout des altos qui sont estimés. On 
connaît de ces luthiers un alto très bien fait dont le 
vernis est devenu presque noir; il se trouve à Milan 
dans la maison Sola Brusca-. 

Leur étiquette, imprimée en espèce de bâtarde 
droite, est entourée par une vignette à rinceaux sup- 



1. De Piccolellis, Liiitji antichi e moderni. FJorence, î885. 

2. Loc. cit. 



CHAPITRE II. 87 

portcc dans le haut par un ange volant; elle porte : 

Petrus lo" fralresq. 

Alantes'atia Alediolani 

m lia Sa Margarita anno 

17^3- (PI. XVI.) 

une autre des mêmes, oblongue, imprimée en petites 
lettres romaines sans vignette : 

Pietio Gio, e fratelli Mantegana. 
nella contrada Santa Alarerarita in 
Alilano al seg/10 dell'angelo. 17/0,] (Pl. x\i.) 

Pietro a travaille seul plus tard, et il signait : 

Petrus Joanncs Alanre^atia fecit Me- 

diolani in via S. Margarita. 17^0. (PI. xvi.) 



Mantovax!. — Parme, xviii'- siècle. 

^Iarchi (GiAx AxToxio). — Bon luthier de la se- 
conde moitié du xviii*^ siècle à Bologne. Il a laissé des 
violons et des violoncelles estimés. J'ai eu l'occasion 
de voir un violon signé de lui : voûtes très prononcées, 
l'érable du fond et des éclisses est d'une beauté remar- 
quable. Vernis jaune doré un peu foncé. 

L'étiquette, imprimée correctement, est ainsi li- 
bellée : 

Joannes Antonius Alarchi 
fecit Bononiœ anno 177^-. 

Marconcixi (Luigi). — Élève d'Omobono Stradi- 
vari. Il a travaillé à Ferrare et à Bologne. 



88 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Marcoxcini (Giuseppe). — Fils de Luigi, élève de 
Storioni. Il a fait de bons violons datés de Ferrarc,OLi 
il est mort en 1841. 

Marco (Antonio;. — Venezia, 1700. 

Maria (Giuseppe de). — Facteur de mandores et 
de mandolines à Naples. J'ai relevé l'étiquette suivante 
dans une mandola à tête et manche élancés, élégam- 
ment incrustés en nacre et écaille. Les ouïes entourées 
d'incrustations. Ce ravissant instrument fait partie de 
la collection A. Gautier, à Nice. 

Joseph di Alaria di Napoli in slrada 

S. Pietro a Majella f. in Napoli 

A. D. ijjf). 

Mariani (Antonio;. — Pesare, 1570-1G46. 

Marino (Bernardino). — Rome, i8o5. 

Meiberi (Francesco\ — Livourne, 1745. 

Mellini (Giovanni). — Guastalla, 1768. 

Meloni (Antonio'. — Milan, xvir siècle. 
Ecole des Amati. Ses étiquettes, imprimées en ro- 
main, sont ainsi libellées : 

Antonius Meloni Mediolani 
fecit A. D. iG<jo. 

Merighi (PiETRo'. — A Parme, xviii" siècle. Fac- 
teur de mandolines. 

Petrus Âleri^hi 

fecit Panuœ 

anno ijyo. 



PL. VIII. 




-m 









içîfcaiCdoaiatus 



CHAPITRE il. B9 

Mezadri (Alessandro). — Ferrare, 1 690- [720. 
Lutherie ordinaire : 

Alessandro Ale-^adri 
jece in Ferrara anno i7zj. (Pi.xiv.) 

MnzADRi .Fraxcesco). — A Milan, de 1700 à 1720 
environ. 

Vu de lui un alto petit modèle, bien fait et d'un 
Joli aspect; vernis léger et transparent, rosé à fond 
ambré. 

Mixozzi (Matteo). — Bologne, 17 — 

Molixari (Axtoxio". — ^'enise, 1G72-1703. 

]MoLixARi (JosEFo\ — Vcnisc. Il s'occupait surtout 
de la facture des théorbes, mandolines, etc. 

Il existe de lui, au musée du Conservatoire de 
Paris : 

N" i5S. Une mandoline datée de 1762. 

X° ibc). Une d° d° 1763. 

MoxTADA ;^Gregorio). — Crémone, xviir siècle. 

MoxTAGXAXA (DoMENico). — A Vcuise pendant la 
première moitié du xviii" siècle. Il fut l'émule très ha- 
bile des Pietro Guarnieri, San Serafino, Gobetti, etc., 
célèbres représentants de cette magnifique lutherie 
vénitienne trop peu connue de nos jours. 

L'œuvre de Domenico Montagnana est admirable : 
beau patron, un peu plus lourd que celui de Crémone. 
C ouverts à coins bien sortis et élégants, les ^j^ posées 
gracieusement, vernis rouge rosé à fond doré. Bois 
splendides, ensemble magistral. 



po LES LUTHIERS ITALIENS. 

Le patron est généralement grand, surtout chez les 
violoncelles, très recherchés aujourd'hui. 

L'étiquette oblongue, imprimée en petites lettres 
romaines très nettes, porte : 

Doniinicus Alontiigriana sub si- 
gnum Cremonœ Venetiis ly... 

MoNTAXi (Gregorio). — Crémouc, xviii'' siècle. 

MoNTECHiARi (GiovANxi). — Très Hucien faiseur de 
luths à Brescia, du xv*' au xyi*" siècle. 

MoRELLA '^MoRGLATo). — Faiseur de violes de la 
première époque, à Mantoue vers ib\o. 

MoRONA (AxToxio). — Une étiquette manuscrite 
porte : 

Presbyter Antônius Alorona insulanus 

ex htria fecit ijjt. (PI. xiv.) 

Nadotti (Giuseppe'. — Plaisance, xviii*' siècle. 

Nella (Raffaello). — Brescia, 17. . . 

NovELLi (Valeni'ixo et AxToxio) frères, — \"enise, 
xviif siècle. 

NovERsr (Cosima). — Florence, xvip siècle. 

Obbo (Marco). — Dans un violon de facture ordi- 
naire : 

Marciis Obbo 

Njpoli 1/12. (.Maiiuscih.) 

Obici (Bortolamio). — A Vérone : 

Bortolaniio Obici 

in J ero::a i6S-f, (Pi. xvi ) 



C HAPITRE II. çi 

Odaxi Giuskppe Mori:llo\ 

Etiquette imprimée en romain dans un violon 
original assez bien fait, vernis tirant sur le noir : 

Ciuseppe AloreL'o Odani 
in N a poli t.JjS. 

Odoardi (Giuseppi:). — Ascoli, i(j75. 

OxGARO (Igxazio;. — ^'enise, 1780. 

Pagaxi {J. B.). — Crémone, 1747. Étiquette im- 
primée dans un violon d'assez bonne facture. 

Pagaxoxi AxToxIo). — ^'enise, milieu du xvin^ siècle. 

Paxdolfi (Axtoxio). — A'enise, xviii^ siècle. 

Paxormo (^'IxcExzo). — Né à Palerme en 1740. Il 
travailla, dit-on, à Crémone, et vint ensuite s'établir à 
Paris ^ 

Paxzaxi (Axtoxio). — ^''enise, xviii® siècle. 

Pardixi. — Ce luthier ne m'est connu que par cette 
très vieille étiquette sans date : 

Bastiano Pardini 

in Firenia. (PI. xiv.) 

Pasexali (Giacomo;. — Fabricattore ad ancorano. 
Faiseur de mandolines, xviii'" siècle. 

Pasta (Domexico et Gaetaxo). — Brescia, 1705- 
1730. 

Pazzixi (Giax Gaetano). — Élève de Maggini, il 
I. Voir les Luthiers français. 



92 LES LUTHIERS ITALIENS. 

travailla à Florence. M. de Piccolellis, dans ses Liu- 
tai antichi e moderni, cite de ce luthier une étiquette 
portant : 

Gian Cœtano Panini allievo delT 
Maggini di Brixiœ 

fecit Fircnj^e anno i66o (^s'ic). 

Peccenim (Alessaxdro di Leonardo Maria), dette 
dcl lento. — Bologne, 1595. Faiseur de pandores, 
luths, etc. 

Pedrazzi fra Pietro (Domenicaxo). — Bologne, 
1784. 

Peregrino Giaxxetto (detto Zaxetto). — Brescia, 
x\"i® siècle. 

Il existe de lui, au musée du Conservatoire de' 
Paris (N° io5), une magnifique basse de viole datée 
de Brescia, 1547. 

Pezzardi. — Brescia, xvi*^ siècle. Contemporain de 
^Maggini. 

Picixo. — Padoue, 1712. 

PiLOSio (Fraxcesco). — Gorizia, 1748. 

PizzuRMus (Davide). — Gêues, xviip siècle. 

Plaxi (Agostino de'. — A Gênes, xviir siècle. 

Augustinus de Planis 
fecit Genuœ 1778. 

Lutherie ordinaire. 

Platxer (Michèle). — Rome, xviir siècle. 



CHAPITRE II. 



93 



Étiquette en grandes lettres romaines, bien im- 
primée : 

Alichœl Platner fecit 
Roinœ anno ij'iJ. (pi. xiv). 

Polis (Lucv de). — Crémone, lyôi. 
PoLLUscA (Antonio). — Rome, lyôi. 

PosTACCHiNi (Andréas) : 

Andréas Fostacchini Amici filins 
\fecil Firmi anno tSz^. 

OpUS 2Zf. 

Pressenda (Giov. Francesco.) — Né en 1777 à 
Turin. Bonne lutherie moderne. Les bois sont bien 
choisis, le vernis satisfaisant pour l'époque. 

Pressenda est mort à Turin en 1854. 

Étiquette imprimée en romain dans un violon de 
facture ordinaire, vernis rouge brun, gras, terne ; 
voûtes plates, gorges presque nulles. 

Racceris. — Mantoue, 1670. 

Railich (Giovanni). — A Padoue. 

Giovanni Railich 
Lautaro in Padova. (Pi. xiv ) 

Ranta (Pietro). — Brescia, 1733. 
Rasura (Vincenzo). — Lugo, 1785. 

Rechiardini (Giovanni) dit Zuano. — Venise, 
xviii® siècle. 

RicoLAzi (Lodovico). — Crémone, 1729. 



9+ LES LUTHIERS ITALIENS. 

RoccA (GiusEPPE Antonio). — Turin, xviii^' siècle. 
Belle lutherie moderne très soignée. 

Joseph Antonio Rocca 

fecit Tau ri ni 
Anna Doiniiii zS'fz. 

Étiquette imprimée portant sur le côté gauche une 
vignette ronde avec les lettres T. G. R. posées i et 2 
a^ec une lyre au milieu. 

G. A. Rocca a travaillé pour Pressenda. 

RoGERi (Giambattista). — Né à Bologne dans la 
seconde moitié du xvii'' siècle. Élève de Nicolas Amati 
à Crémone. Son étiquette, longue, en romain très 
net, est ainsi libellée : 

Jo. Bap. Rogerius Bon : Nicolai Amati dj Crcino- 
Tia Aluninus. Brixicv fecit anno Doinini iGji. (PI. xv.) 

L'abréviation Bon : signitie Bononiensis (natif de 
Bologne). Giambattista Rogeri n'a rien de commun 
avec les Ruger de Crémone ^ 

Très belle lutherie-, main-d'œuvre soignée; cer- 
tains de ses violoncelles ont le fond et les éclisses en 
peuplier, mais d'autres en érable bien choisi, et ce sont 
alors de très beaux instruments recherchés aujour- 
d'hui. Vernis léger, rouge, fond ambré. Giambattista 
Rogeri a travaillé à Brescia de iGb5 environ à 1710. 

RoGERi (Pietro Giacomo). — Fils du précédent. 
Belle lutherie imitant celle de son père. On connaît de 

I. De Piccolellis, Limai antichi e moderni. Florence, i883. 



CHAPITRE 11. • 95 

lui de très bons altos, des violoncelles et des contre- 
basses avec cette marque imprimée en romain : 

Petrus Jacobus Rogeri 
fectr Brixiœ ly... 

RoMAxo (PiETRo). — Pavie, xviiT siècle. 
Son étiquette, imprimée, porte : 

i-;... (illisible). 
Pietro Romaiio in Borgo di Pjvia. (Pi. xv.) 

RoMARixi (Antonio). 

Antonio Romarini fecit 
Cremonœ anno 17... 

RosiERO (Rocco). — Crémone. Première moitié du 
xviir siècle. 

Rota (Giov.). — A Crémone : 

Joannes Rota fecit 
Cremonœ anno z/o^. (Pi. xv.) 

RuGiERi. — Nom patronymique d'une famille de 
luthiers de Crémone qui n'ont rien de commun avec 
les Rogeri de Brescia *. 

La filiation des Rugieri de Crémone ne me paraît 
pas très clairement établie; je donne les résultats de 
mes recherches, sans pouvoir en garantir l'authen- 
ticité. 

Le chef de la famille serait : 

I. De Piccolellis, Liutai antichi e moderni. Florence, i885. 



ç6 LES LUTHIERS ITALIENS. 

RuGiERi (Gio. Battista). — Voici le libelle d'une 
de ses étiquettes authentiques : 

Gio. Battista Ritgier (sic) detto il per 

fecit Cremonx anrio iGG6. (Pi. xv.) 

Viendraient ensuite : 

RuGiERi (Francesco), — dont la marque porte : 

Francesco Ruger (sic) detto il per 

in Cremona i63G . (PL xv.) 

RuGiERi (PiETRO GiACOMo), — fils dc Gio. Buttista, 
né vers iGyS. 

RuGiERi (^ViNCENZo), — établi à Crémone de 1700 
à lySo environ. Étiquette en petite romaine entourée 
d'une vignette légère à motif détaché : 

Vincen\o Ruger detto il per 

in Cremona 17 1^. (PL xvi.) 

Le surnom de il Per (dialecte), dont la cause est 
inconnue, ne serait autre que le mot italien Fera. 

Il est très difficile de décrire en particulier la na- 
ture des travaux de chacun des Rugieri; il existe des 
instruments très authentiques portant ce nom et qui 
varient souvent d'apparence; beaucoup des étiquettes 
qu'ils contenaient ont été changées ou dénaturées, ce 
qui rend très incertain le jugement à porter sur la va- 
leur réelle de chacun des membres de cette famille. 
Cependant, il est positif que les Rugieri ont produit 
de très beaux spécimens de lutherie. Ce qu'on trouve 
de plus remarquable en ce genre porte presque tou- 
jours le nom de Francesco; il existe de lui des violons, 



CHAPITRE II. gj 

des altos et des violoncelles qui atteignent de très 
hauts prix dans le commerce de la lutherie. Les bois 
sont très beaux; l'érable, de belle qualité, est très sou- 
vent à petites ondes bien marquées. Le vernis varie 
de nuance; généralement, il tire sur le rose, jaune- 
orange ; la pâte, comme celle de tous les vernis de 
lutherie italiens de l'époque, en est transparente et 
légère. 

On rencontre un assez grand nombre d'instruments 
portant le nom de l'un des Rugieri, qui sont infé- 
rieurs comme bois, main-d'œuvre et sonorité, vernis 
jaune ou rouge brun ; souvent des fonds et éclisses en 
peuplier, des épaisseurs faibles, patron incertain; les 
violoncelles généralement trop grands. 

Sacchini (Sabattixo). — Pesaro, 1686. 

Sabatrino Sacchini 
du Pesaro i6S(). 

Sanoxi (Gian Battista). — Vérone, 17. . . 

Saxtagiuliaxa (Jacixto). — Venise, 17. .-18. . . 

Saxte. — Pesaro, 1670. 

Saxte (Giuseppe). — Rome, 1778. 

Saxto (GiovAxxi). — Naples, 1730. 

Saxto (Sextixo^. — Milan, 17. . . 

Saxto (Serafixo). — Né à Udine. Il travailla à 
Venise de 17 10 à 1748. Belle lutherie, bois splen- 
dides, voûtes prononcées, main-d'œuvre très soignée, 
vernis superbe rouge brun sur fond ambré. 

7 



j;8 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Étiquette grande (9 cent, sur 4), imprimée en ro- 
main : 

Sanctus Séraphin 
Utinensis fecit 
Venetiis anno ij... (Pi. xvn.) 

entourée d'une vignette originale représentant, dans 
le bas, un nez barbu surmonté de deux yeux d'où part 
un encadrement surmonté d'une coquille; à gauche, 
un rouleau de musique suspendu par un ruban ; à 
droite, une viole de même, la tête en bas avec son ar- 
chet en travers. 

On connaît une étiquette authentique grande 
(12 cent, sur 3), imprimée, ainsi libellée : 

Sanctus Seraphinus Nicolai Ainati 
Cremonensis allumnus faciebat. Udince. A, 16^8. 

Nicolas Amati étant né en 159O, « Sanctus Sera- 
phinus » pouvait donc parfaitement être son élève; 
resterait à savoir s'il est le même que Santo Serafino 
dont je donne l'étiquette pl. xvii. 

Saracexi (Domexico). — Florence, xvii® siècle. 
Savani (Giuseppe). Carpi, 1809. 

Sellas (Matteo), — Le musée du Conservatoire 
de Paris possède de ce luthier trois archiluths (n°^ 145, 
146, 147) avec le nom de l'auteur sans autre désigna- 
tion, sauf le n° 147, qui est marqué : alla corona. 

Seni (Francesco). — Florence, i(334. 

Senta (Fabrizio). — Dans l'inventaire des instru- 



Pl. 1.x. 






f JPietro Antonio- daii 



'<#';,'>., 





..^^.jti^deiiir^ (\Wi 'Mii\ 1w 



^<: 



Àntônius ^^ thymus patr^^toiaili 



chele deconci. 



lecit 



A!fritiur.t&: 




CHAPITRE II. 99 

mcnts de musique appartenant au duc de Florence, 
fait par B. Cristofori le 23 septembre 1716 et publié 
par Leto Pokiti dans ses Ccnni slorici (Florence, i '^74), 
se trouve l'article suivant : 

N° 40. Un bassetto di Fabrizio Senta, di Turino, 
con sua cassa d'alb. . . 

SiciLiAxo (Antonio). — Venise, \\\f siècle. 

SicH.iANo (GioACCHiNo). — Fils du précédent. Fin 
du x\ii* siècle, à V'enise. 

Sni:ider (Joseph). — Elève de Nicolas Amati, qui 
travaillait à Pavie. 

Étiquette imprimée en romain , entourée d'une 
\ ignette légère : 

Joseph Sneider Papiœ 
Alumnus Nicolai Amati 
Creinonœ^ fecit anno 170 j. (pl. xvn.) 

SoccHi (ViNCENZo). — Bologue, xvii*' siècle. Il y a, 
au musée du Conservatoire de Paris, une pochette de 
ce luthier signée de Bologne, mars 1661 (n" 55). 

SoLiANi (Angelo). — Modène, 1752-18 10. 

SORSANA (SpIRITO). 

Spiritus S or s an d 
fecit Cunei i/ji-. 

Petite étiquette entourée d'une vignette. 

Storioni (Lorenzo). — Le dernier des anciens lu- 
thiers crémonais. Né à Crémone en 1751, mort en 
f799. Il marque la fin de la belle lutherie italienne. 



103 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Ses instruments, quoique dénotant la décadence, ne 
sont pas sans mérite. 

Étiquette imprimée en beau romain : 

Laurentius Storioni fecit 

Cremonce. z/... (Pi. xvn.) 

Steffanini (Carlo). — Facteur de mandolines à 
Mantoue, à la fin du xviii" siècle. 

Stradivari (Antonio). — Né en 1G44, mort à Cré- 
mone en 1737, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, des- 
cendait d'une très ancienne famille dont on rencontre 
le nom dans les annales de Crémone dès l'année I2i3. 
Plusieurs de ses membres s'illustrèrent dans les em- 
plois importants, les sciences et les lettres. S'il n'est 
pas possible de suivre d'une manière certaine le degré 
de parenté des anciens Stradivari avec le grand artiste 
dont nous allons nous occuper, il est incontestable 
que pendant plusieurs siècles, ce nom a tenu une place 
honorée dans l'histoire de Crémone ^ 

On ne connaît aucun détail sur la jeunesse d'An- 
tonio Stradivari; la date de sa naissance elle-même 
n'a pu se retrouver sur aucun document officiel, mais 
il a été possible de la fixer d'une manière certaine 
d'après l'étiquette de plusieurs violons datés de 1736 
et 1737, et sur laquelle il avait écrit de sa main : anno 
aetatis 92 et 93-. Il était donc né en 1644. 

1 . Cenni sulla célèbre sciiola Cremonese degli stromenti 
ad arco e sulla famiglia del sommo Antonio Stradivari. Cre- 
mona, tipografia d;illa Noce, 1S72. Per sacerdoti Paolo Lom- 
bardini. 

2. Le i5 mai 1886, il a été vendu à Paris, à l'hôtel Drouot 
(vente succession de Saint-Senocli), un violon de A. Stradivari, 



CHAPITRE II. loi 

D'autres circonstances tendent à afllrmer cette in- 
dication : ainsi, il se maria pour la première fois en 
1667, et il aurait eu alors vingt-trois ans; ses instru- 
ments datant de cette époque portent encore le nom 
de Nicolas Amati, mais en iG-b il commence à signer 
ses produits de son nom : il avait vingt-six ans. Toutes 
ces dates sont parfaitement logiques pour permettre 
de fixera l'année 1644 l'époque de sa naissance. 

Antonio Stradivari épousa, le 4 Juillet 1667, Fran- 
cesca Ferraboschi, née en 1640, veuve de Jean-Jac- 
ques Capra. Il eut de ce mariage six enfants : deux 
filles et quatre fils : 

Fraxcesco, né le 6 février 1G70, mort six jours 
après sa naissance. 

Fran'cesco, né le i^'' février 1671. Il travailla avec 
son père et mourut le 11 mai 1740, âgé de soixante- 
douze ans, 

Alessaxdro, né le 25 mai 1677. Il embrassa la car- 
rière ecclésiastique et mourut le 26 janvier 1732. 

Omoboxo, né le 14 novembre 1679, et qui travailla 
comme son frère Francesco avec le père. Il mourut 
le 8 juillet 1742 à l'âge de soixante-deux ans. 

Le 3 juin 1680, A. Stradivari acheta des frères 
Picenardi, pour la somme de 7,000 lires impériales, la 

daté de 1 787, avec l'indication manuscrite de l'auteur : Annoa'ta- 
tis g3. Ce violon, connu dans le commerce de la lutherie sous 
le nom de : Chant du cygne, a été adjugé pour la somme de 
fr. 15,000. 



1C2 LES LUTHIERS ITALIENS 

maison dans laquelle il produisit tant de chefs- 
d'œuvre pendant sa longue carrière'. 

Il perdit de bonne heure sa femme, qui mourut le 
'ib mai 1698, âgée de cinquante-huit ans, et le 
24 août de l'année suivante, il épousa en secondes 
noces, dans l'église Saint-Donati, Antonia Zambelli, 
née le 11 juin 1664. Il avait alors cinquante-cinq ans 
et sa nouvelle épouse trente-cinq ans. 

Il eut de cette nouvelle union cinq enfants : une 
fille et quatre fils : 

Gio. Battista Gilseppe, né le 6 novembre 1701. 
mort l'année suivante à l'âge de huit mois. 

Gio. Battista Martixo, né le 11 novembre 1703, 
mort le i®'" novembre 1727 à l'âge de vingt-quatre 
ans. 

GiusEPPE, né le 27 octobre 1704, fut prêtre et mou- 
rut le 29 novembre 1781 à l'âge de soixante-dix-sept 
ans. 

Paolo, né le 26 Janvier 1708, mort le 19 octobre 
1776, âgé de soixante-huit ans. 

En dehors des détails authentiques qu'on vient de 

I. Cette maison resta dans la famille Stradivari jusqu'en 1777- 
Elle fut vendue à cette époque par Antoine Stradivari aux 
frères Ancina. En 1801, elle devint la propriété de Rocco Bono. 
En i853, elle fut acquise par Giuseppe Vigani,et, enfin, en 1862, 
elle passa dans les mains de M. Gaetano, d'Orléans, négo- 
ciant en draps. De 178Ô à 1862, elle porta le n° d'ordre 1289, 
De 1862 à 1870, la place sur laquelle elle se trouve fut 
•appelée Saint-Dominique, et depuis 1870 Piazza Roma ; et la 
maison y porte le n° i. 



CHAPITRE II. loj 

lire, on sait peu de chose de la vie de A. Stradivari; 
ils attestent, toutefois, que les cruels chagrins ne lui 
furent pas épargnés : de ses onze enfants il en vit 
mourir six prématurément; ces épreuves, répétées 
aux différentes époques de sa vie, n'arrêtèrent en rien 
son amour pour le travail, dans lequel il semblait 
puiser une nouvelle vigueur, et on peut dire que Jus- 
qu'au Jour où les forces l'abandonnèrent son esprit et 
sa main furent à l'œuvre, puisqu'à l'âge de quatre- 
vingt-treize ans il signait encore un violon sorti de 
cette petite maison de la Piazza Roma. 

Antonio Stradivari est mort le i8 décembre lySy. 
Il fut inhumé à Crémone dans l'église Saint-Domi- 
nique, dans la chapelle du rosaire, à gauche en en- 
trant K 

Il était indispensable de donner tous ces détails sur 
la vie d'Antonio Stradivari avant de parler de ses tra- 
vaux de lutherie; maintenant que nous connaissons 
l'homme, occupons-nous de l'artiste. Il dut entrer 
très Jeune dans l'atelier de Nicolas Amati, dont il fut 
le meilleur élève, car il est reconnu qu'à l'âge de vingt- 
trois ans il faisait des violons qu'il signait du nom de 
son maître et qui attestaient déjà une main habile 
entre toutes. A cette époque, c'est-à-dire vers 1 6(3(3, 
Nicolas Amati, né en i59(), avait soixante-dix ans. 

Malgré les améliorations sensibles apportées par 
ce dernier dans la confection des instruments à archet, 
il restait encore beaucoup à faire; les premiers violons 



I. Voir pour les pièces justificatives : Cenni sulla célèbre 
sciiola Cremonese..., P'iges ib et suivantes. 



,o^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

du Jeune élève qu'il commença à signer de son nom, 
de 1666 à 1670, portent encore le cachet de son 
maître; on les distingue focilement à leurs voûtes 
hautes et bombées; ils sont désignés sous le nom de 
Stradivarius amatisés. Depuis cette époque, l'artiste 
cherche et progresse, la main-d'œuvre se perfectionne ; 
de 1694 à 1700 environ, il adopte un patron un peu 
plus étroit donnant à ses violons une apparence plus 
élancée. Les instruments de cette période, que les 
amateurs appellent longuets, attestent, aussi bien que 
tous ceux sortis de la main de A. Stradivari, l'habileté 
du maître, mais leur caractère est particulier 1. Le ré- 
trécissement du patron a lieu surtout vers le milieu ; 
ce sont des violons à la taille fine, si j'ose m'exprimer 
ainsi; cette particularité est très sensible entre les,^. 
La longueur de l'instrument est toujours la même, 
mais par suite de cette réduction il paraît plus long. 
A partir de l'année 1700, la perfection est 
acquise, et jusqu'à sa mort l'artiste ne produira plus 
absolument que des chefs-d'œuvre, La plume est im- 
puissante pour donner une idée même lointaine de la 
perfection des œuvresd'Antonio Stradivari. Cet homme, 
vraiment merveilleux, joignait à une puissance considé- 
rable de travail une intuition profonde de tout ce qui 
touchait à son art; il lui a fallu plus de trente années 
pour atteindre le but, mais alors il l'a touché avec une 
précision miraculeuse. 

I. M. le marquis de Saint-Hilaire, amateur distingué à 
Paris, possède un violon de ce genre, remarquable par sa 
beauté et sa sonorité. 11 porte l'étiquette originale, datée de 
1699 (PI. II). 



CHAPITRE II. lOS 

Le nombre d'instruments de tous genres produits 
par Ant. Stradivari est considérable; il a fait des 
violes, des violons, des violoncelles, des altos; il existe 
même de lui, au musée du Conservatoire de Paris 
(n" G[), une petite pochette qui est un bijou. 

Les produits du maître ont atteint de nos jours 
une vogue inconnue de tous autres dans les annales de 
la lutherie : violons, altos, violoncelles se payent au 
poids de l'or, et lorsque, par hasard, il s'en présente 
aux enchères dans les ventes publiques, il faut une 
bourse lourdement garnie pour affronter le combat ' 
(étiquettes pi. xviii). 

Stradivari (Fraxcesco). — Né à Crémone le i*-''" fé- 
vrier 1671, mort le 11 mai 1743. Fils du précédent; 
il travailla avec son père, et continua à produire après 
la mort de ce dernier. Ses instruments, dont la facture 
porte l'empreinte de l'excellente école à laquelle il 
avait été formé, sont cependant inférieurs à ceux de 
son père. Il est très, rare d'en rencontrer avec leur 
marque originale; on a substitué dans presque tous 
l'étiquette du père à celle du fils. 



I. Voici quelques faits à l'appui de cette assertion : 

Le jeudi 14 février 1878. Vendu à l'hôtel des ventes de la 
rue Drouot, le violon de A. Stradivari , surnommé la 
Piicelle Fr. 22,100 

Le i5 mai 1886. — Violon de A. Stradivari, surnommé le 
Chant du cygne. Daté de lySj, avec cette mention de la main 
de l'auteur : Anno œtatis CfS Fr. 15,000 

Le jeudi 5 février 1887. — i violoncelle daté 
de 1689 — 19,000 

Le jeudi 5 février 1887. — 1 violoncelle daté 
deiGgi... — 12,000 



lo^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

Celle de Francesco, imprimée en lettres romaines 
communes et épaisses, est ainsi libellée : 

Franciscus Stradivarius Crcmonensis 
filius Antonii fdciehat anno 17-^2. pi. xvm.) 

Stradivari (Omoboxo). — Né le 14 novembre lôycj, 
mort le 8 juillet 1742. Il travailla, comme son frère, 
avec le père. 

Il fit peu d'instruments et s'occupa surtout de ré- 
parations. 

L'étiquette connue de lui, manuscrite en petite 
écriture bâtarde originale, porte : 

Omohonus Stradivarius figlij Antonij 

Cremonœ fecit anno ly^^o; a Ts (Pi. xvm.) 

c 

Stregner (Magxo). — Faiseur de mandores, de 
luths et d'archiluths, à A'enise, dans le courant du 
XVII* siècle. 

SuRSAXo (Spiritus). — A Coni, 17 14-1730. 

Tachixardi. — Crémone, i6qo. 

Taxegia (Carlo Axtoxio). — iMilan, 17. . . 
Carolus Antonius Tane"ia 

o 

fecit in via Lata Medio- 
lani anno ij^o. 

Taxigardi (Giorgio). — Rome, 17. . . 

Giorgius Tanigardus 
fecit Roniœ anno i72S 



CHAPITRE II. 107 

Tassixi (Bartoi.omko). — Venise. Lutherie ordi- 
na-ire, genre Testore, mais moins bien. 

Opus Bartholoinœi 
Tassini Veneti 

Techlkr (David). — Rome. 

Etiquette en grandes lettres romaines épaisses : 

David Tech 1er liutaro 
fecit Roincr, anno i7oj. (PL xviu ) 

Belle lutherie. Les violoncelles surtout sont remar- 
quables. Grand patron, voûtes prononcées, bois su- 
perbes, vernis rouge-jaune d'or sur fond ambre. Dans 
un violon authentique de ce maître, qui fut en la pos- 
session de notre éminent luthier parisien M. Silvestre, 
se trouvait l'étiquette suivante : 

David Tech 1er 

fecit an, Dni ij-^i-j 

œtatis suœ jj 

David Techler était donc né en i6(36. 
Ti-oDiTTi (GiovAxxi). — Rome, i6... 
Tkrnyaxixi (Pietro). — Modène, lySS, 

Testore (Carlo Giuseppe). — Milan, 1687 à 1720 
environ. Il a copié, dit-on, les Guarnieri, avec habi- 
leté. 

Testore (Carlo Axtoxio). — Fils aîné du précé- 
dent, établi à Milan comme son père. 



io8 LES LUTHIERS ITALIENS. 

Étiquette en grande romaine épaisse : 

Carlo Antonio Testore figUo maggiore 
del fu Carlo Giuseppe in contrada 
larga al segno delVaquila 173(> . (PI. xix.) 

Ses instruments, surtout ses altos et ses violon- 
celles, sont estimés. Son vernis est généralement brun 
et un peu épais. 

Testore (Paolo-Axtoxio). — A Milan. Frère puîné 
du précédent. Étiquette en romaine plus petite que ' 
celle de son frère : 

Paolo Antonio Testore figlio 

di Carlo Giuseppe Testore 
in contrada larga di Alilano 

al segno dell'aquila ijyj. (PI. xix.) 

Lutherie dans le genre de celle de son frère, ver- 
nis jaune. Il a fait des cithares qui ont une très 
grande réputation en Italie. 

TiRLER (Carlo). — Bologne, 17. . . 

ToDiNi (Michèle). — Travailla à Rome pendant la 
seconde moitié du xvir siècle. Il est surtout connu par 
un petit opuscule qu'il publia à Rome sous le titre 
suivant : 

Dichiaratiolie délia gallcria annonica eretta in 
Roma, da Michèle Todini Piemontese di Saluzzo, 
nella sua habitationc, posta ail' arco délia Ciambella. 
In Roma pcr Francesco Tizzoni, 167C). In- 12 de 
92 pages. 

Todini, qui passait en son temps pour un peu 



CH A PITRE II. 109 

charlatan, donne dans ce livre la description de plu- 
sieurs instruments à mécanique dont il était l'inven- 
teur. Il avait aussi fait des instruments à archet : 
« havendo ne'primi anni che fui in Roma, fabricato 
divers! strumenti, tra gli quali due cimbali, due vio- 
lini; oltre, alcune viole da braccio. » 

II fait ensuite la description d'un double violon de 
son invention, qu'il appelle le violon à deux registres 
(il violino a due registri). Mais ce qui a surtout fait 
connaître le nom de Todini, c'est l'invention qu'on lui 
attribue tout gratuitement de la contrebasse; on a 
probablement tiré cette conclusion erronée de ce pas- 
sage de son livre : 

« Ma perche doppo fabricai e introdussi nelle mu- 
siche di Roma il violone grande, osia contrabasso, mi 
conviene tralasciare ogn'altra cosa. :» 

En accordant à Michel Todini toute espèce de 
charlatanisme, il faut reconnaître qu'il lui aurait été 
bien dithcile de faire croire à ses contemporains qu'il 
avait inventé un instrument décrit tout au long par 
Ganassi del Fontego en 1540 et sur lequel Michel 
Praetorius avait donné, en 1(319, dans son Organogra- 
p/iia, les détails les plus minutieux. 

ToxoNK — Nom d'une famille de luthiers qui tra- 
vaillèrent à Venise et à Bologne : 

1° ToNOxi (Felice e Giovanni). — Luthiers habiles; 
leurs violoncelles ont une belle réputation en Italie. 
Etiquette imprimée en romain : 

Tononi di Bologna 
Fece diino 16'S.. 



iio LES LUTHIERS ITALIENS. 

2° ToNONi (GiovAxxi). — Fils de Felice. Lutherie 
estimée. Il a imité Nicolas Amati. Etiquette petite 
romaine : 

Joannes Tunonus fecit Bononiœ 
in platea Pavaglionis 
anno Doinini i(î<j3. (Pi. xvm.) 

3° ToNONi (Carlo). — Frère du précédent. 11 
existe au musée instrumental du Lyceo filarmonico de 
Bologne un violon portant l'étiquette suivante : 

Carolus Tononi fecit 
Bononiœ anno 1717. 

4° ToxoNi (Carlo Antoxio). — • Fils du précédent. 
Il a travaillé à Venise : on connaît de lui des instru- 
ments datés de cette ville, depuis le milieu du 
XVII i*^ siècle environ jusqu'en 1708. Sa lutherie a la 
réputation d'être faite avec soin. Beaux bois et vernis 
remarquable. Une étiquette curieuse, citée par Gal- 
lay \ donne un résultat précieux sur la carrière de ce 
luthier : 

Carlo Tononi Bolognese 
fece in Veneiia Va. 1768 
e dal 172S défini di far prove 
e gl'istrunienti principio. 

Les violons de Carlo Tononi sont souvent marqués 
au fer chaud au-dessous du bouton du tire-corde. 

ToppANi (Angelo de). — Rome. École de David 
I. Instruments de l'École italienne, Paris, Jouaust, 1872. 



Pi.. X. 







Janûaiim Gagliarto.Fijius 



H rerd'aiândusGaglianoFilius ffl 
S{ "'^' olai fecitNeap. 17 .;f 



CHAPITRE II. Il, 

Techler, mais voûtes plus bombées; vernis jaune 
dore : 

Angélus de Toppanis fecit 
Romœ anno Dni ij-fo. 

ToRi:i.Li. — Vérone, iÔ23. 

Trapani (Raii aelh:) travaillait à Naples au com- 
mencement du xix'' siècle. 

Lutherie bien faite et originale; la description sui- 
vante d'un de ses violons en donnera une idée assez 
exacte : 

Grand modèle. 

Les bords saillants, filets lourds. 

Tête large ayant le caractère de Brcscia. 

Les ouïes ouvertes et offrant une particularité qui, 
je le crois, ne se rencontre chez aucun autre luthier : 
le haut et le bas de VJ°, à l'extrémité de la partie 
ronde, sont adhérents à la table, le dessin indiqué 
extérieurement par un simple coup de canif profond. 

Vernis rouge brun, gras, un peu épais. 

Le talon du manche faisant pointe et cachant la 
partie du filet qu'il recouvre. 

Le sillet du tire-corde est en métal. 

Étiquette imprimée en anglaise légère : 

Un triangle avec le fil à plomb. 

De chaque côté les mots : 

Raffaele Trapani. 

Napoli N°. . . (Sans date). 

Trinelli (Giovanm). — Villalunga. 



,12 LtS LUTHIERS ITALIENS. 

Ugar (Crescexzio). — Rome, 1790. 
Ungarini (Antonio). — Fabriano, 1702. 
Vandelli (Giovanni). — Modène, 1790-1839. 
Varotti (Giovanni). — Bologne, 181 3. 

Venere, — Luthier habile, faiseur de luths, et qui 
travaillait à Padoue à la fin du xvi" siècle. 

J'ai rencontré ce nom dans le livre d'Artusi, intitulé : 
Délie imperfe\ioni dalla modenia jniisica. Vene- 
tia, 1600. 

Voici ce qu'en dit l'auteur : 

« Fui a ragionamento con M. Venere che a giorni 
nostri è stato Valente huomo e singolare nell' arte di 
far li lauti nella citta di Padova. » 

Il a été relevé à Paris, dans un beau cistre, une éti- 
quette ainsi conçue : 

In Padova Undelio J enere 
de Leonardo Tiefenbrucker ^ 
iSS-f T. S. 

Venzi (Andréa). — Florence, i636. 

Verle (Francesco). — -Étiquette oblongue engrosses 
lettres romaines entourées d'une vignette étroite; le 
nom de la ville séparé par une double ligne légère de 
celui de l'auteur : 

In Padova 
Francesco Verle. (PI. xix.) 

1. Voir pour ce nom le chapitre m, « Luthiers allemands ». 



CHAPITRE H. M) 

Vetrim (Battista). — Brescia, xvif siècle. 
ViMERCATi (Pii:tro). — Brcscia, 1660. 
ViMERCATi (Gaspari;). — Milan. 

Gaspare Vimercati nella contradd 
délia Dogana di Alilano (sans date). 

Relevé dans une mandoline charmante de forme et 
de facture. (Coll. Ant. Gautier, à Nice.) 

ViNACCiA (A.xTO\io). — Chef d'une famille de lu- 
thiers faiseurs de cistres, de mandolines, etc., à 
Naples. 

Copié dans un très beau cistre l'étiquette suivante : 

Antonius Vinaccia 

Napoli in via Constantinij 

A. 1766. 

et une autre pareille dans un instrument de même na- 
ture. A., 1774. 

Antonio eut trois fils : 

ViNCExzo, Gennaro e Gaetano. — Comme leur 
père, faiseurs de cithares, mandolines, etc. Ils travail- 
lèrent jusqu'au commencement de ce siècle. 

J'ai eu l'occasion de voir un très beau cistre avec 
cette marque : 

Vincent ius Vinaccia 

Jilius Januarii 

fecit Neapoli alla rua Cata'.ana 

A. D. 1775' 

8 



ii4 LES LUTHIERS ITALIENS. 

VixACCLV (Pasquali;). — Fils de Gactano, ne à 
Naples le 20 Juin 1806. Il fabriquait encore des man- 
dolines en i88r, et ses instruments avaient la réputa- 
tion d'être les meilleurs de l'époque. Ce fut lui qui, le 
premier, remplaça avec grand avantage les cordes de 
boyau et de laiton par des cordes en acier'. Les plus 
habiles mandolinistes italiens se servent des instru- 
ments de Pasquale Mnaccia comme étant les plus par- 
faits. 

ViNCExzi (LiiGi). — Carpi, 1773. 

ViR : 

Hieroniino di J ir in Bresa. (PI. xvni.) 

VivoLi (GiovAxxi). — Florence, i()4'2. 

Zaxfi (Glvcomo). — Modène, 1 756-1 822. 

Zaxoli (Glvcomo). — Padoue, 1740. 

Zaxoli (Glvmbattista). — "\^erona, 1730. 

Zaxotti (Axtoxio). — Lodi et Mantoue, 17. . . 

Zaxotti (Giuseppe). — Plaisance, 17. . . 

Zaxti (Alessaxdro). — Mantoue, 1770. 

Zaxure (Pietro). — Une viole de ce luthier a figuré 
à l'exposition du Kensington Musœum de Londres, en 
1872 (n° 106 du catalogue). L'étiquette portait : 

pietro Zanure. Brescia i^ot). 
I. De Piccolellis, loc. cit. 



CHATITRE II. IIS 

Zhnatto (Pif.tro). — ■ Trcvise, xvii° siècle. Eti- 
quette : 

Pietro Zenatto fece in 
Treviso, anno z'^j-f. (PI. xix.) 

ZlMBELMANX (FiLIPPo). — FlorCHCC, 1 (30 I . 



LES LUTHIERS ITALIENS 



RESUME 



ASCOLI 

Odoardi Giuseppe, -1675- 

BERGAME 

Calvarola (Bartolomeo), 1767. 
Loi-io (Giambattista), xviii" siècle. 

BOLOGNE 

Alberto (Pietro), 1598, 
Belviglieri (Gregorio), 1742, 
Bosi (Florianus), 1781. 
DuiFFOPRUGCAR (Gaspar) , xvr siècle. 
Florekus, 17. .. 
Florino (Fiorenzo), 17 . . 



Ii8 LES LUTHIERS ITALIENS. 

FoNTAN-ELLi (Gio. Giuseppc), 1733. 
Garam (Michèle Angclo), 16851-1715. 
Gherardi (Giacomo), 1677. 
Gregori, 1793* 
Grossi (Giuseppe), 1803. 
, GuiDANTi (Giovanni), 168 5- 1740. 
Maler, XVI" siècle. 
Marchi (Gianantonio), 1774. 
RIarconxini (Luigi), xviii'' siècle. 
MiN-ozzi (Matceo), 17... 
PiccENiNi (Alessandro), 1595. 
Pedrazzi (fra Pietro), 1784. 
SoccHi (Vincenzo), 1661. 
TiRLER (Carlo), 17. . . 
ToN'ONi (Felice e Giovanni), 1685. 
ToNTONi (Carlo), 1717. 
ToN'OM (Giovanni), 1690, 
Varotti (Giovanni), 181 3. 



BRESCIA 

Ambrosi (Pietro), 1702. 

Antagn'ati (Gian Francesco), 1533. 

Antonio (dit il Ciciliano). 

Antonius (dit il Bononiensis). 

Battista. 

Bente (Matteo), 1570- 1600. 

Brakdiglioni, xvir siècle. 

Brensi (Girolamo). 

BuDiANi (Francesco), xvr siècle. 

Della Corna (Giovan Paolo), xvp siècle. 

Facini (Agostino), 1732-1742. 

Gasparo da Salo, xvf siècle. 

Lansa (Antonio Maria), 1675. 

Kerlino (Giovanni), xv" siècle. 

Maggini (Gian Paolo), xyi*" siècle. 

Maggini (Pietro Santo), xvii'' siècle. 



RESUME. 

MoKTECHiARi (Giovanni), xvi^ siècle. 

Nella (Raffaello), 17.. . 

Pasta (Domenico e Gaetano), 1705-1730. 

Perkgrino (Zanetto), 1547. 

Pezzardi, xvi*^ siècle. 

Ran'ta (Pietro), 1733. 

RoGERi (Giambaitisca), 1665- 1720. 

RoGERi (Pietro Giacomo), 1735. 

Vetrim (Battista), xvu'' siècle. 

ViMERCATi (Pietro), 1660. 

Zan'ure (Pietro), 1509. 



BUDRIO 

Ferrari (Agostino), 17... 

CARPI 

Ferrari (Alfonso), 1738. 
Savavi (Giuseppe), 1809. 
Vix'CEXzi (Luigi), 1775. 

GIANO 

Cassan'Ei.li (Giovanni), 1777. 

COLLE 

Gregorio (Antoniazzi), 1738. 

COMO 

Beretta (Felice), 1784. 



LES LUTHIERS ITALIEN?. 

CONEGLIANO 

LuDici (de) (Hieronymo Pictro), 1709. 

CONI 

SuRSAVO Shiritus, 1714-1730. 

CORREGGIO 

Barbanti (Silva Francesco), 1850. 

CORTONE 

Berti (Antonio), 1721. 

CRÉMONE 

Albanesi (Scbastiano), xviii'' siècle. 
Albaki (Paolo), 1670. 
Amati (Andréa), 15. . . 
Amati (Antonio), 1555- 
Amati (Girolamo), 1556-1630. 
Amati (Nicola), 1 596-1 681. 
Amati (Girolamo), 1649-1740. 
An'Selmi (Pietro), xviii'' siècle. 
AntOxVY (Girolamo), 1751. 
Bergokzi (Carie), -'747. 

Bergonzi (Michel Angelo), -1740. 

Bergon'zi (Nicolo), 1760. 
Bergon'zi (Zosimo), 1777. 
Bergonzi (Carlo), -1820. 

BussETo (Giam Marco), xv'' siècle. 
Caeste (Gaetano), 1677. 



PL. XI. 




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C^tavrcntius Guadagnini Pater, ^^ 
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•- céntiniis fedc Mediolani i:7ifov." 





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foannes. Guadagnini fecir. 
Placcmîœ aimo 17 ^r 



RESUME. 

Calonardi (iMarco), xvii*' siècle. 

Carcanius, -1500. 

Ceruti (Giambattista), -1817. 

Cerutti (Giuseppe), 1860. 

Ceruti (Henrico), 1808-1883. 

CcRN'ELLi (Carlo), 1702. 

Falco, xviii'" siècle. 

Giordan'o (Alberto), 1740. 

Grulli (Pietro), -1883. 

GuARMERi (Andréa), 1625. 

GuARNiERi (Pietro), 1655- 

GuARMERi (Giuseppe Giov. Battista), 1666. 

GuARMERi (Giuseppe dcF Jesù), 1686- 

GuDis (Hieronimo), 1727. 

GuGLiELMi (Gio. Battista), 1747. 

Marcelli (Giovan.), xvii" siècle. 

MoNTADA (Gregorio), xviii® siècle. 

MoN'TAVi (Gregorio), xviii" siècle. 

Pagaxi (Gian Battista), 1747. 

Polis (de) (Luca), 175 1. 

RicoLAZZi (Lodovico), 1729. 

RoMARi.vi (Antonio), 17... 

RosiERo (Rocco), 171 5. 

Rota (Giov.), 1705. 

RuGiHRi (Gio. Battista), 1666. 

RuGiERi (Francesco), 1686. 

RuGiERi (Pietro Giacomo), 1675. 

RuGiERi (Vincenzo), 1700-1730. 

Storion'i (Lorenzo), 1751-1799. 

Stradivari (Antonio), 1644-1737. 

Stradivari (Franccsco), 1 671- 1743. 

Stradivari (Omobono), 1679 -1742. 

Tachi.vardi, 1690. 



CUNEO 

SoRSAN'A (Spirito)^ '734- 



LES LUTHIERS ITALIENS. 

FABRIANO 

Un'garim (Antonio), 1762. 



FERRARE 

DoMIMCELLK 1695-17 15. 

Marcok'cin'i (Giuseppc), -1841 

Mezadri (^lessandro), 1690-1720. 



FIRMI 

PosTACCHiM (Andréas), 1824. 

FLORENCE 

Bag-vini (Orazio), 1667. 
BoMEERGHi (Lorenzo), 17... 
BuoNFiGLUioLi (Picr. Prancesco), xvii" siècle. 
Carcassi (Lorenzo Francesco), 1738-1758, 
Castellam (Pietro), -1820. 
Cati (Pier Antonio), 1741. 
DoxVi Rocco, xvii® siècle. 

EvAKGELISTI, 17. . . 

Gaerielii, 17. . . 
Galbam (Piero), 1640. 
Galtam (Rocco), 16... 
Griseri (Filippo), 1650. 
GusETTo (Nicola), 17... 
LiGN'OLi (Andréa), 16... 
NovERSi (Cosima), 16... 
Pardini. 

Pazzin'i (Gian Gaetano), 1660. 
Saraceni (Domenico), 16... 
Seni (Francesco), 1634. 



RESUME. _ xaj 



VhNzi (Andréa), 1636. 
V'ivoLi (Giovanni), 1642. 

ZlMBELMANNT (Filippo) , 1661. 



• GENES 

BiANCHi (iNicolo), 1800. 
Calcagn'o (Bernardo), 1710. 
Castello (Paolo), 1778. 
CoRDAN'o (Jacopo Filippo), 1774. 
PizzuRMUS (Davide), 17... 
Plan'i (Agostino de), 1778. 



GORIZIA 

PiLosio (Franccsco), 1748. 

GUASTALLA 

Mellin'i (Giovanni), 1768. 

IMOLA 

Beratti, 17, . . 

LIVOURNE 

Bastogi (Gaetano), 17. . . 
GiRANiAM (Gennaro), 1730. 
Gragnani, 1730. 
Gragnani (Antonio), 1752. 
Meiberi (Francesco), 1745. 



ij^ LES LUTHIERS ITALIENS. 

LONIGO 

Chiavellati (Domenico), 1796. 

LUCIGNANO 

DiNi (Giambattista), 1707. 

LUGO 

Rasura (Vincenzo), 1785. 

MANTOUE 

Aglio (dair) (Giuseppe), 1 800-1 840. 

Balestrieri (Tommaso), 1762. 

BoKORis (Cesare), 1568. 

Camilli (Camillo), 1739. 

Dardelli (le père) (Piecro), xvi'' siècle. 

MoRELLA (Morglato), 1540. 

Raccfris, 1670. 

Steffanini (Carlo), 17. . . 

Zanotti (Antonio), 17. . . 

Zanti (Alessandro), 1770. 

MESSINE 

Aleani (Paolo), 1670. 
Chiarelli (Andréa), 1675- 1699. 

MILAN 

Alberti (Ferdinando), 1749-1760. 
Bellon'e (Pierantonio), 1690. 

BORTOLOTTI (Luigl), X815. 



RESUME. laS 

Brksa (Francesco), 1708. 

Caeroli (Lorenzo), 1716. 

Capo, 1717. 

FiscER, 1764. 

Gaieusera (Carlo Antonio), 1832. 

GiAKOLi (Domenico), 173 1. 

Granciko (Paolo), 1690. 

Gran'cino (Giovanni), 1695-1720. 

Gran'cin'o (Giambactista e Francesco), 1750. 

GuADAGNiNi (Giambattista), 17... 

Lakdolfi (Carlo Ferdinando), 1735-1775. 

Lavazza (Antonio Maria), 1708. 

Lavazza Sentino, 171 8. 

Mantegazza (Pietro e Giovanni), 1770. 

Mei.om (Antonio), 16... 

Mezadri (Francesco), 1720. 

Saxto (Sentino), 17. .. 

Tan'eggia (Carlo Antonio), 1730. 

Testore (Carlo Giuseppe), 1687-1720. 

Testore (Carlo Antonio), 1736. 

Testore (Paolo Antonio), 1739. 

ViMERCATi (Gaspare), 16... 

MODÈNE 

Abbati (Giuseppe), 1775-1793. 
Adani (Pancrazio), 1827. 
Braglia (Antonio), 17... 
Casin'i (Antonio), 1683. 
GuERRA (Giacorao), 18 10. 
SoLiAN'i (Angelo), 1752-18 10. 
Tern'Yan'im (Piecro), 1755. 
Vandelli (Giovanni), 1796-1839. 
Zakfi (Giacomo), 1756-1822. 

NAPLES 

Ambrosi (d") (Antonio), 18... 
CiRCAPA (Tommaso), 1735. 



LES LUTHIERS ITALIENS. 

Fabricatore, 1 785-1 802. 
FiLAN'o (Donaco), 1782. 
Gagliano (Alessandro), 16..-17. .. 
Gagliako (Nicola), 171 1. 
- Gagliako (Gennaro), -iZS^* 
Gagliano (Ferdinando) , 1706-1781. 
Gaglia.vo (Giuseppe Antonio), -'793 

Gaglian'o (Giovanni), -1806. 

Gagliako (RafFaele), -'857. 
Gaglian'o (Antonio), -1860. 
Gagliano (V'incenzo), -1886. 
Maria (da) (Giuseppe), 1779. 
Obbo (Marco), 171 2. 
Odan"i (Giuseppe Morello), 1738. 
San'to (Giovanni), 1730. 
Trapaki (Raffaele),i8oo. 
ViNTACCiA (Antonio), 1766. 
V'iN'AcciA (Vincenzo), 1775. 
ViN'ACCiA (Gennaro), 1775. 
ViNACCiA (Gaetano), 1775. 
Vi.VACciA (Pasquale), -1881. 

OSTIA 

GhRO-Vi (Domenico), 18 17. 

PADOUE 

Bagatella (Antonio), 1782. 
Bran'zo (Barbaro), -1660. 

Chiocci (Gaetano), xix'' siècle. 
Picixo, 1712. 
Railich. 
Ven'ere, 1600. 
Verle (Francesco). 
Zaxoli (Giacomo), 1740. 

PARME 

Borelli (Andréa), -1746. 



RESUM E. 



Broschi (Carlo), 17..-18. 
GiBERTiN'i (Antonio), 1833. 
Ltoxi (Fcrdinando), :8i6. 
Man'tovani, 17. . . 
Merighi (Pietro), 1770. 



PAVIE 

Cattevaro, 1639. 
RoMAKO (Pietro), 17... 
S.vEiDER (Josefo), 1703. 



PESARE 

Mariani (Antonio), 1 570-1646, 
Sacchini (Sabatino), -1686. 

San'te, -1670. 



PIADENA 

Bertasio, 17. . . 

PIANZO 

Drinda (Giacomo), 17... 

PLAISANCE 

GuADAGNiNi (Lorenzo), 17. .. 
LoRENziM (Gaspare), 17... 
Nadotti (Giuseppe), 17... 
Zanotti (Giuseppe), 17.., 



128 LES LUTHIERS ITALIENS, 

RIVANAZZARO 

BussoLERo (Luigi), 1817. 



ROME 

Ambrogi (Piecro), 17... 
AssALoxE (Gaspare), 17... 
BuEETE.VBERG (Matcco), I 597- 
Emiliam (de) (Francesco), 1729. 
GiGLi (Julio Cesare), 1761. 
Hetel. 

JuLiAN'o (Francesco), 17... 
Mavfeotto (Giuseppe), 17. .. 
Marin'o (Bernard ino), -1805. 
Platker (Michèle), 1747. 
PoLLUscA (Antonio), 1751. 
San'te (Giuseppe), 1778. 
Tanigardi (Giorgio), 1755. 
Techler (David), -1730- 
Teoditti (Giovanni), 16. .. 
ToDi-vi (Michèle), 1676. 
ToppAM (de) (Angelo), 1740. 
Ugar (Crescenzio), 1790. 



SALUGES 

AcEVo, 1650-1695. 

Cappa (Gioacchino), 1661-1725. 



SIENNE 

Fer ATI (Piecro), 1764. 
Ferrari (Carlo), 1740. 
Lan'di (Pietro), 1774. 



RESUME. 129 



TREVISE 



Costa (dalla), 1764. 
LeoxVI (Carlo), 1861. 
ZtN'ATTo (Pietro), 1634. 

TURIN 

Cappa (Gioffredo), [640. 
Catenar (Enrico), 1671. 
Chlomati (Giam Francesco), 1732. 
Gattinari (Enrico), 1670. 
Gattin'ari (Francesco), 1704. 
GiORGi (Nicola), 1745. 
GuADAGNiiVi (Gaetano), 1750. 
GuADAGNiN"! (Giuscppe), 1750. 
GuADAGNiM (Carlo), 1780. 
GuADAGMXi (Antonio), 1831-1881. 
Pressenda (Giov. Francesco), 1777-1854. 
RoccA (Giuseppe), 17... 
Senta (Fabrizio), 16.. -17... 

VENISE 

Alessakdro (detto il Veneziano), 15. .. 

Barma (Fedele), 17x5. 

Belosio (Anselmo), 17. .. 

BoDio (Giambactisca), 1792. 

BusAS (Domenico), 1740. 

Caspan (Giovan. Pietro), 1658. 

Castro, 17. . . 

Cerin (Marcantonio), 1793. 

CocKO (Christoforo), 1654. 

Deconet (Michèle), 1754. 

DiEFFOPRUCHAR (Magno), i6o8. 

DoNATO (Serafino), 141 1. 

Fabris (Luigi), xix'^ siècle. 

Farinato (Paolo), 17. .. 

GOBETTI, IJ . .. 



,3o LES LUTHIERS ITALIENS. 

GoFFRiLLHR (Mactco 6 Franccsco), 17, 
GuARMERi (Piecro), 1695. 
LiNARELLi (V'eiuurino), 15... 
LuGLOM (Giuseppe), 1777. 
Maler. 

Marco (Antonio), 1700. 
MoLiN-ARi (Antonio), 1672-1703. 
MoLiKARi (Josefo), 1763. 
MoN-TAGNAXA (Domenico), 1735. 
NovELLi (Valentino e Antonio), 17. .. 
Ongaro (Ignazio), 1783. 
Pagan-on'I (Antonio), 17... 
Pakdolfi (Antonio), 17. .. 
Pakzam (Antonio), 17... 
Rechiardiki (Giovanni), 17. .. 
Saktagiuliana (Jacinto), 17.. -18... 
Santo (Serafino), 1710-1748. 
SiciLiAKO (Antonio), 16... 
SiciLiAN'o (Gioacchino), 16... 
Stregker (Magno), 16... 
Tassini (Bartolomeo), 1752... 
ToxoN'i (Carlo Antonio), 1768. 

VÉRONE 

Barbieri (Fi-ancesco) , 1695. 
Carlomordi (Carlo), 1654. 
Oeici (Bortolamio), 1684. 
Sanon'i (Giambattista), 17... 

TORELLI, 1625. 

Zaxoli (Giambattista), 1730. 

VILLALUNGA 

Trinelli (Giovanni), 17.. -18,.. 



LA LUTHERIE ALLEMANDE 



CHAPITRE III 



L'art du luthier en Allemagne aux xvi" et xvii^ siècles. — Le Tyrol. — Jacob 
Stainer. — Mathias Kloiz et ses successeurs. — Imitateurs de J. Staiiier : 
Riess à Bamberg, L. Witthalm à Nurnberg. — CIi. L. Bachmann à Berlin. 
— Ulrich Eberle à Prague. — Ernst et J. A. Otto, à Gotha. — Nomen- 
clature générale des luthiers allemands, La lutherie en Belgique, dans les 
Flandres et dans les Pays-Bas. — Nomenclature générale des luthiers fla- 
mands et hollandais. 



Jusqu'à ce jour, l'Italie est le seul pays dont les 
anciens instruments à archet ont eu de la vogue, et 
cependant l'Allemagne, la Belgique, les Flandres, la 
Hollande, l'Angleterre et la France tiennent aussi leur 
rang dans l'histoire de la lutherie. 

En Allemagne, l'art du luthier prenait déjà place. 
vers la fin du xvi"^ siècle, parmi les métiers les plus 
répandus; ce ne fut, cependant, que vers la seconde 
moitié du xviT siècle que les ouvriers allemands com- 
mencèrent à se faire une réputation méritée. 



ija LA LUTHERIE ALLEMANDE. 

Le plus célèbre d'entre eux fut Jacob Staincr, qui, 
on peut l'affirmer, représente à lui seul la gloire 
de l'ancienne lutherie allemande. Mattias Klotz, le 
meilleur élève de Stainer, cherche à l'imiter de 
1675 à 1696, mais l'industriel commence à prendre 
la place de l'artiste, et, à partir de cette époque, il y a 
une décadence complète dans la lutherie tyrolienne. 

Les trois lils de Mattias Klotz, Georges, Sébastien 
et Egide, continuent les errements de leur père, et 
pratiquent une contrefaçon en règle, qui inonde le 
commerce de faux stainers : lutherie de pacotille, aux 
voûtes bombées, au vernis à l'alcool, devenu presque 
noir, sans aucune qualité de sonorité, et dont on ren- 
contre encore de nombreux spécimens chez tous les 
marchands d'instruments de l'Europe, baptisés du 
nom de Stainer ou de Klotz. 

Le Tyrol ne fut pas le seul pays à imiter Stainer, 
l'Allemagne proprement dite se lança aussi dans cette 
voie : Statellmann, à Vienne, au commencement du 
xv!!!*" siècle, Riess, à Bamberg, vers lyôo, Léopold 
Witthalm à Niirnberg en 1770, et quantité d'autres 
luthiers allemands d'un ordre inférieur, ne firent que 
des imitations, dans lesquelles ils mettaient plus ou 
moins naïvement la marque de Stainer. Heureusement 
pour l'art de la lutherie dans ce pays, d'autres hommes 
prirent pour base de leurs travaux des principes plus 
solides, et ce fut aux anciens Italiens qu'ils eurent 
recours pour arriver à une réforme nécessaire. Ch. L. 
Bachmann à Berlin, dans le courant du xviii" siècle, 
fut un des premiers à se distinguer dans cette réforme; 
ses violons et ses violoncelles sont encore recherchés 



Pi.. XII. 




a«ii. 




lus 



Grcmonç ^^<. 










éi^'^o .iiC^di^ -^«J^' ^ 



^ CremôDÇ aaoo / 



CHAPITRE III. ijj 

aujourd'hui en Allemagne : puis vinrent Ulrich Eberle 
à Prague, Jauch à Dresde, G. Hunger à Leipzig, 
Hassert à Eisenach, H. Schonger à Erfurt, et d'autres, 
tous luthiers d'un mérite incontestable, qui travail- 
lèrent à la même époque. 

Ensuite F. A. Ernst établi à Gotha en 1778 : 
homme instruit, musicien de grand talent, il avait joint 
à ses fonctions de maître des concerts du duc régnant 
l'étude et la pratique de la lutherie. Son élève, Jacques 
Auguste Otto, se distingua également et fut un des 
meilleurs ouvriers allemands de la première moitié du 
XIX® siècle. Ges deux derniers ne se contentèrent pas 
de leurs travaux manuels, ils publièrent des notes in- 
téressantes sur leur art. 

On voit donc que les efforts tentés en Allemagne 
n'avaient pas manqué de succès; et la main-d'œuvre 
habile par laquelle se distinguent aujourd'hui les 
luthiers allemands, n'est pas étrangère aux recherches 
de leurs prédécesseurs. 



LES LUTHIERS ALLEMANDS 



Aachxer (Philippi:). — Mittenwald 1772. 

Albaxo (Mathias), né à Botzen i(32i, mort vers 
la fin du xvii^ siècle. Il commença l'étude de la lutherie 
dans sa ville natale où il travailla jusqu'en 1660, 
époque à laquelle il vint s'établir à Rome^ 

Les instruments de la première période ont de 
l'analogie avec ceux de Stainer ; mais lorsqu'il vint se 
fixer en Italie, il modifia sa manière et se rapprocha 
sensiblement de l'école de Crémone. 

Les instruments faits par lui à Botzen ont les 
voûtes élevées, les éclisses hautes, les^^'trop ouvertes, 
le vernis est de couleur jaune-rougeàtre, assez friable 
et peu résistant. 

I. Liutai antichi e moderni, per Giovanni de Piccolellis. 
pirenze, i885, 



ijû LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

La tête est généralement sculptée comme il était 
d'usage à cette époque dans le Tyrol, 

Son étiquette, imprimée en petits caractères romains 
et de forme oblongue, est ainsi libellée : 

Mdthias Albano 
fecit in Tiroli I^^i 

Matthias Albano 
in Tiroli Biilsani z(5"^J 

Mat lia Albano face in 
Rama i(7... 

Il y avait à l'exposition du Kensington Musœum à 
Londres, en 1872, une pochette (n° 72) signée : 

Alathias Albanus 16 So. 

Aletzee (Paul). — Travailla à Munich pendant la 
première moitié du xviii° siècle : 

Paillas Aletiee Ho 

lauten und Geigenmachcr 

in Aliinchen 27... 

J'ai VU une belle viole d'amour de ce luthier, signée 
de l'étiquette ci-dessus avec la date de 1726. 

Ba'chmaxn (Carl Ludwig). — Né à Berlin en 17 16, 
mort en 1800. Habile luthier et musicien de la cham- 
bre du roi de Prusse. Il était virtuose distingué sur la 
viole. 

Comme luthier, il a conservé en Allemagne une 



CHAPITRE III. IJ7 

bonne réputation : ses instruments sont faits très 
correctement; les proportions bonnes, le choix: des bois 
excellent; on leur reproche seulement un peu trop 
d'épaisseur dans les tables. 

Bachmann est l'inventeur des chevilles à vis pour 
la contrebasse, 

Bachmann (O.). — Luthier d'Alberstadt. Il a publié 
un livre sur la fabrication des instruments, intitulé : 
TheorischpraktischesHandbuch des Geigenbaues^ etc.K 

Bedler (Norbert). — Luthier de la cour de Bavière 
à WLirtzbourg dans la première moitié du xviir siècle. 
Une très belle viola di Bordone, de lui, existe au 
musée du Conservatoire de Paris (io3): elle est datée 
de 1723. 

BiNDERNAGEL. — A Gotha pendant les premières 
années de ce siècle ; luthier médiocre, élève d'Ernst. 
Il avait été menuisier. Lorsque Otto quitta Ernst pour 
s'établir à Weymar, ce dernier prit Bindernagel 
comme apprenti. 

BucHSTAEDTER (David). — Dc Ratisbonue. Luthier 
habile du xviii'' siècle : il a imité les vieux Italiens, Ses 
instruments ont généralenient les voûtes plates, le ver- 
nis est brun; la facture en est soignée, mais souvent 
le choix du sapin, pour les tables, est mauvais. Un 
violon de ce luthier, appartenant à M. Wilmotte 
d'Anvers, a figuré à l'Exposition internationale de 
Paris en 1878. Cet instrument, construit sur le patron 

I. Leipzig, G. Basse, iS35, i vol. in-S" de 92 pnges avec 
quatre planches. 



ijS LES LUTHIERS AI, LEM A NDS. 

ordinaire, offrait cette particularité, que tous les con- 
tours ainsi que les lignes dessinant les^^ sont découpés 
en onde : vernis mat, jaune très foncé. Il est daté de 
Ratisbonne 1752. Étiquette imprimée : 

Gabriel David Buchstetter 

Lauten tind Geigcnmacher Pede 

ponti prope Rdtisbonain anno ly... 

Christa (Joseph Paul). — A Munich, xviii^ siècle. 

Joseph Paulus Christa Lauten 
i/rid Geigenmacher in Alûnchen 17^-0. 

DiEHL. ■ — Nom d'une famille de luthiers qui ont 
travaillé à Ma3^ence, Darmstadt et Hambourg depuis 
le XVII® siècle, et dont plusieurs membres pratiquent 
encore aujourd'hui en Allemagne. 

Frédéric Diehl, de Darmstadt, obtint une médaille 
de bronze à l'Exposition de Paris en 1867. 

DuRFLL. — A Altenburg, xviii'' siècle. 

Renommé pour ses contrebasses, qui ont la répu- 
tation d'être les meilleures qui se soient faites en Alle- 
magne, 

Eberle (Ulrikus). — Travaillait à Prague vers le 
milieu du xviii^ siècle. Il passe pour un imitateur très 
habile des luthiers italiens. Otto dit cependant que la 
sonorité de ses violons laisse à désirer. 

Son étiquette oblongue, entourée d'une petite vi- 
gnette, porte : 

Joannes Udarlicus Eberle 
fecif Pragœ ly^ij. 



CHAPITRE 111. ,j9 

EoLixcrR. — Deux luthiers de ce nom ont travaillé 
à Prague au commencement du xviii'' siècle. 

Ernst (Frank Anthony). — Né en Bohême. Il vint 
s'établir à Gotha en 1778 comme musicien de la cha- 
pelle du duc, dont il devint plus tard le maître des 
concerts. Il avait fait ses études à Prague, et son goût 
l'avait porté vers la lutherie. A son arrivée à Gotha, 
ses fonctions lui laissant du loisir, il se mit de nou- 
veau à faire des violons. 

Ernst, en dehors de ses éminentes qualités de mu- 
sicien, acquit comme luthier un talent sérieux. Tra- 
vailleur instruit et intelligent, il s'était livré avec une 
passion véritable à la facture des instruments. En 
1804, il fît paraître, dans la Ga:{etle musicale de 
Leipzig, un article très intéressant sur la construction 
du violon ^ 

Il prit avec lui comme élève Jacques Auguste 
Otto, lequel devint un des meilleurs luthiers de l'Al- 
lemagne, et lorsque ce dernier le quitta pour aller 
s'établir à Weymar, il fit venir de cette ville, comme 
apprenti, pour l'aider dans ses travaux de lutherie, 
d'abord Hartmann, puis Bindernagel, tous les deux 
menuisiers. Ces derniers, après avoir fait leur ap- 
prentissage chez Ernst, s'établirent pour leur compte. 

EsLER (Johann Joseph). — Mayence, xviii® siècle. 
Grande étiquette (12 cent, sur 7) imprimée en ro- 
main, entourée d'un double filet : 



I. Allgemeine miisikalische Zeitung, \o\. iii, 1804, pages 
49 à 5G. 



i^o LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

Joann Joseph Ester 

Lauten und Geigenmacher 

Meynti 1717. 

Faron (Achilli;) : 

Ratisbonnc 1701 

Étiquette manuscrite en bonne écriture courante. 

Felden (Magxt's). — Il existe dans la collection de 
la Gesellschaft der Musikfreunde, à Vienne, une jnola 
di Bordone de ce luthier avec la marque suivante : 

Matrnus Felden, Wicn, ^55^- 

FiCHTL (Martin). — Bon luthier à Vienne au mi- 
lieu du xviii" siècle. 

FiKER (Johann Christian). — A Neukirchen pen- 
dant la première moitié du xviii" siècle. 

Voici le libellé de son étiquette, imprimée en ro- 
main un peu haut, copiée sur un original : 

Johann Christian Fiker 
Lauden und Geigenmacher 
in Neukirchen hey Adorf. 

Fischer (J.). — Marque : 

J. Fischer, Landshut , 1722.. 

relevée dans une trompette marine de la collection de 
la Gesellschaft der Miisikfreu7ide, à Vienne. 

Frey (Hans). — Faiseur de luths et de violes à 
NiJrnberg dans la seconde partie du xv*^ siècle. 
Beau-père d'Albert Durer. 
Il a aussi travaillé à Bologne. 



CHAPITRE II I. i^t 

Fritsche. — De Leipzig, élève de Hunger, fin du 
xviii° siède. Très habile luthier qui a fait de bons in- 
struments. Il avait une grande réputation comme répa- 
rateur. 

Gerle (Conrad). — Le plus ancien luthier alle- 
mand connu. Vivait à Niirnberg en 1461. II mourut 
en i5'2i et fut inhumé dans l'église électorale de Saint- 
Rochi. 

Suivant certains biographes, deux Hans Gerle vé- 
curent à Nùrnberg pendant le xv!*" siècle, l'ainé et le 
jeune. On ignore s'ils sont tils du précédent. Le pre- 
mier aurait été luthiste et compositeur, le second luthier. 

G. W. Panger, dans sa Galerie des portraits de 
Nïmiberg- (1790, in-4'' de 270 pages), cite : « Hans 
Gerle, lutenist in Niirnberg, anno i532. « Ce portrait 
a été reproduit à l'eau-forte par mon excellent et tant 
regretté ami Frédéric Hillemachcr, sur un exemplaire 
original. 

Un Hans Gerle a publié à Nùrnberg, en 1546, 
in-4" oblong, un traité des gigues et des luths; il signe 
Hans Gerle Lautenmacher. Il est donc permis de lui 
adapter le portrait signé par Franger. 

Grabexsee (J. t.). — A Diisseldorf. 
Petite étiquette carrée, imprimée, entourée d'une 
vignette : 

Reparirt von 

J. A. Grabensee 

in Diisseldorf iS^^-f. 

I. « An St-Barbara abend starb der erbar Conrad Gerle 
Lautenmacher. Dem Gott gna^dig sey Amen.» {Allg. mus. Zei- 
tung. Leipzig. 18'"'' année, page 3 11.) 



142 LES LUTHIERS ALLEM AN DS. 

Grl:ffts (Johaw). — A Fusscn en 167-2. 

Griesser (Mathlvs). — A Inspriick pendant la pre- 
mière moitié du xviii" siècle. Il existe de lui, au musée 
instrumental du Liceo Jilarmonico de Bologne, une 
viole d'amour avec la marque suivante : 

Aldthias Griesser. Lauden und Geigenmacher 
in Insbrugg ann. Z727. 

Sept cordes pour l'archet et douze cordes harmo- 
niques. Les dix-neuf chevilles sont toutes fixées dans 
la tête, qui est très longue. 

Grimm (Carl). — Berlin, 1792^1855. 

Haexsel (Johann Anton). — Luthier et musicien 
du duc de Schœnburg, à Rochsburg, au commence- 
ment du xix"" siècle. Il est surtout connu pour un ar- 
ticle qu'il fit paraître dans la Galette musicale de 
Leipzig, en i8ii % où il s'étend longuement sur un 
violon de forme nouvelle dont il se dit l'inventeur. 

Hamm (Johann Gottfried). — Luthier d'origine 
allemande établi à Rome pendant la première moitié 
du xviii^ siècle. On connaît de lui des instruments 
bordés en ivoire dans lesquels il mettait sa marque au 
fer chaud. 

Hartmann. — Né à Weymar,près de Gotha, à la fin 
du xvni*' siècle. 11 suivit les modèles italiens sur les 
patrons de Ernst de Gotha, dont il avait été l'élève. 
Ses instruments sont peu estimés en Allemagne. 

I. Leipzig. Allgemeinc musikalisclie Zcitiing. Janvier iSii, 
vol. XIII, pages 69 à 82. 



Pi.. XIII. 





rrdinando Lana „ 
; liella CQnrrada di Santi Mai' 
'^^ ' al Seého d e I la S i fen? 



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Milano in Contrada-.; 



CHAPITRE III. 143 

Hassert. — A Rudolstadt, xviii'^ siècle. 
Lutherie ordinaire. 

HiZLLMER (Carl). — Élèvc d'Ebcrle, de Prague. 

Il a travaillé dans cette ville pendant la première 
moitié du xviii" siècle. Il a laissé des violons bien faits. 
Otto dit que leur qualité de son est excellente sur le 
;«/, le la et le rc; le sol serait généralement sourd. 
\"ernis rouge brun. 

Etiquette imprimée : 

Carolus Hellmer 
me fecit Pragœ 17^1 

Entre le nom et le prénom se trouve une petite 
vignette représentant une chimère à queue de lion 
tenant une mandore. 

HiLDEBRAXDT (Michaell). — A Hambourg, lyôS. 

HiLTZ (Paul). — Luthier à Nurnberg, xvir siècle. 
Le musée instrumental de celte ville possède une 
viole de jambe de Paul Hiltz, datée de i656. 

Hoffmann (Martin). — Bon luthier établi à 
Leipzig pendant la première partie du xviii° siècle; il 
avait acquis une certaine réputation pour la construc- 
tion des luths et des violes. Ce fut lui qui, le premier, 
construisit la viola pomposa sur les données de Jean 
Sébastien Bach. Une viola pomposa de Martin Hoff- 
mann , appartenant à MM. Mahillon frères , de 
Bruxelles, a figuré à l'Exposition internationale de 
Paris en 1878; voûtes très prononcées, tète en volute. 



1+4- LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

Bon modèle, hesjjf^ très cvidéesdans le bas, ne sont 
pas mal dessinées. C'est un spécimen de lutherie très 
curieux. 

HORNSTAINERDAR. 

Etiquette longue, étroite, imprimée en caractères 
allemands : 

Alathias Hornstainerdar 
Gcigeniudchcr in Alittenivald 1770. 

HuLixsKi. — Prague, 1760. 
Bonne lutherie, vernis rouge brun. 

Hlxger (Christophe Friedrich. — Né à Dresde en 
17 18. Elève de Jauch. Il s'établit à Leipzig, où il est 
mort en 1787. Il a fait de plus beaux instruments que 
ceux de Hoffmann ; ses violons et ses violoncelles sont 
construits dans le style italien et peuvent être placés 
parmi les meilleures productions de ce genre en Alle- 
magne. 

Jauch (Johaxx). — A Dresde, xviii'^ siècle. 

Très bon luthier qui, d'après Otto, a fait d'excel- 
lents violons sur le modèle de ceux de Crémone; il a 
déployé, dans sa main-d'œuvre très habile, une con- 
naissance approfondie des proportions et des épais- 
seurs exigées dans les diflerentes parties de l'instru- 
ment. 

IvEMBL (Johaxx). — A Munich, xviii° siècle : 

Johan Andréas Kàmhl Çhurfùrstl. 
Hof Ldiiten und Geigcnmacher 
\ in Alùnchen i6^o. 



CHAPITRE III. ^ I45 

Kaiser (Martin). — Luthier allemand établi à 
Venise au commencement du xvii* siècle. 

Le musée du Conservatoire de Paris possède de 
lui un archiliith daté de 1609 (n° 143). 

Kembter. — A Dibingen en 1725. 
Imitation de Stainer. 

Klotz (Mattias). — Luthier du Tyrol, né pendant 
la seconde moitié du xvii® siècle. Élève de Jacob Stai- 
ner et son meilleur élève. A la mort de ce dernier, il 
fonda une manufacture d'instruments qui fut l'origine 
de l'industrie existant encore aujourd'hui dans le 
Tyrol. Il laissa en mourant trois fils : Georges, Sé- 
bastien et Égide, qui inondèrent le commerce de la 
lutherie de faux stainers et d'instruments de troisième 
ordre dont on rencontre de nombreux spécimens chez 
tous les luthiers de l'Europe. Le musée du Conserva- 
toire de Paris possède une viole d'amour de Mattias 
Klotz, datée de Mittenwald, lySz. 

Klotz (Johann Carl). — A Mittenwald; probable- 
ment parent des précédents, j'ignore à quel degré. 
Lutherie bien faite, vernis presque noir. 

Son étiquette, petite, imprimée en anglaise bâtarde 
et entourée d'une vignette, porte : 

loan. Carol. Kloti in 
Mittemvdldj an. 17^0. 

KoHL (Johann). — Luthier de la cour de Bavière, à 
Munich, vers la fin du xvi^ siècle. 



j^C, LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

KoLDiTZ (Mathias Johaxx). — A Munich. 

Mathias Joannes Koldilj 

Lauten und Geigeninacher 

in Miinchcn ijzo-ij^-^ 

Kramer (H.). — La collection de la Gesellschaffl 
der Musikfreunde^ à Vienne, possède de ce ludiier 
une jnola di Bordone signée de Vienne, 1 7 1 7. 

Laska (Joseph), i738-i8o5. — Luthier de mérite 
qui travailla à Prague. Suivant Fétis, ses violons, 
altos et violoncelles sont plus recherchés en Bohême, 
en Saxe et en Pologne, que les instruments d'Italie. 

Maussiel (Leoxhardt). — Travaillait à Nùrnberg 
vers le milieu du xviii° siècle. Luthier habile dont les 
imitations de Stainer sont estimées. 

Mayr (Andréas Ferdinand) : 

Andréas Ferdinandus Alayr 

Hof Laut und geigenmacher 

in Saliburg. an. 1777. 

Copié sur une étiquette authentique imprimée 
en caractères allemands (longueur, 7 cent.; largeur, 
2 cent.). 

NiGGELL (SiMPERTUS) : 

Sympertus Niggell lauten und 
Geigenmacher in Fûffen 17(7^. 

OsTLER (Andréas). — A Breslau, 1730. 

MM. Mahillon frères, de Bruxelles, avaient, à 



CHAPITRE III. 1^7 

l'Exposition de Paris, en 1878, une viole d'amour de 
ce luthier, ^'ernis jaune; facture ordinaire. - 

Otto (Jakob August). — Né à Gotha en 1762. 11 
commença l'étude du violon avec Ernst, alors direc- 
teur des concerts à la cour du duc de Gotha et en 
même temps luthier habile, et il reçut de lui les pre- 
mières notions de la lutherie à laquelle il se voua 
exclusivement. J. A. Otto s'est distingué tout particu- 
lièrement dans son art; on lui doit deux livres très 
intéressants sur la lutherie : 

1° Ueber den Bail iind die Erhaîtwigder Geigc iind 
aller Bogeninstriimente. Halle, Reinecke, 1817, in-S». 

2° Ueber den Ban der Bogeiiinstrumente inid iïber 
die Arbeiten der por\uglichsten Instrument emacher, 
:[iw Belehrung fur Musiker, nebst Andeutungen iiir 
Erhaltung der Violine ingutem Ziistande. léna. Brun, 
1828, in-8°. 

« Sur la construction des instruments à archet et 
les travaux des meilleurs luthiers, pour l'instruction 
des musiciens; avec des recommandations sur la ma- 
nière d'entretenir le violon en bon état. ;> 

Ce livre atteste une connaissance approfondie de la 
matière; il est surtout précieux par ses appréciations 
sur les anciens luthiers allemands. 

Jakob August Otto a fait des violons et des violon- 
celles qui sont estimés, mais il s'est surtout distingué 
dans la réparation des anciens instruments. Il dit, 
dans son livre, avoir fait six violons, un alto et un vio- 
loncelle pour la chapelle royale de Copenhague ; ces 
instruments doivent y exister encore. 



1^8 LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

Otto est mort en i83o, laissant cinq fils qui tous 
ont été ou sont encore luthiers dans différentes villes 
de l'Allemagne. 

Rauch. — Il y eut, suivant Otto, deux frères lu- 
thiers de ce nom : 

Rauch, de Breslau. — Il a fait de bons violons sur 
un modèle particulier ne ressemblant ni aux italiens 
ni à Stainer, et ont un son très nourri; 

Rauch, de Wurtzburg, dont les produits ressem- 
blent à ceux de son frère. 

Ces deux Rauch ont travaillé de lySo à 1760. 

Rauch (Jacob). — A Mannheim, xv!!!*" siècle : 

Jacob Rauch 

Hof Lauten und geigeninacher 

in Mannheim anno i7'j-7. 

Petite étiquette imprimée en caractères allemands. 

Reichel (Johann Gottfried). — Voici la copie 
exacte d'une étiquette originale que j'ai sous les yeux : 

Johann Gottfried Reichel 
... arfanden von Jacob Stainer in Apsam 

imprimée en romain. 

Riess. — A Bamberg, de 1740 à 1760 environ. Il 
s'est surtout livré à l'imitation de Stainer. Ses instru- 
ments sont bien réussis. 

RoiSMAN (Johannes). — A Breslau, fin du xvii^ siècle. 
Il existe, au musée du Conservatoire de Paris, un vio- 
lon en écaille fait par lui et daté de Breslau, 1680. 

RuppERT. — A Erfurt, dans le courant du xviii' siècle. 



CHAPITRE m. 1^9 

Il adopta un système de construction et un modèle 
qui lui sont particuliers. Ses violons, ses altos et ses 
violoncelles ont des voûtes très plates et assez de son. 
Il avait pour habitude de ne jamais mettre de coins et 
de ne pas fileter ses instruments. Son vernis est brun 
foncé. Ces détails, empruntes à J. A. Otto, ne donnent 
pas une haute idée de la lutherie de Ruppert. 

Saixpra (Jacques). — Berlin, xvii*^ siècle. Il y avait, 
à l'exposition du Kensington Musceum, à Londres, 
en 1872, une viola di Bordone de ce luthier (n° 182). 

ScH.ENDL (Anton. Mittenwald}, 

Anton Schœndly geigenmacher 
in Mittemvald. An. 17^3. 

Petite étiquette imprimée, entourée d'une vignette. 

SCHEINLEIN (MaTTIAS-FrIEDRICh). Né en 17 10, 

vivait à Langenfeld, en Franconie, oiî il exerçait la 
double profession de luthier et de musicien. Il eut un 
fils, Joseph Michel, né à Langenfeld en J751, qui, 
après avoir appris le métier de son père, acquit une 
certaine réputation. Il a fait beaucoup d'instruments 
pour les chapelles en Allemagne. Assez bonne luthe- 
rie, mais les tables manquent généralement d'épaisseur. 

Schell (Sébastien). — H y a, au musée du Con- 
servatoire de Paris (n" r35), un luth de cet auteur, daté 
de Nùrnberg, 1727. 



ScHMiDT. — Luthier de Cassel, travaillant encore 
is cette ville en 18 17. 
Lutherie médiocre. 



,(0 LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

SCHŒXFELDER (JOHAXX AdAm). 

Johann Adam Schunfelder. 
v'wlinmacher in Neukirchen^ a° 27't3- 

Petite étiquette imprimée en caractères allemands. 

ScHOXGER (Fraxz). — A Erfurt, xyiii*^ siècle. Ses 
instruments, d'un grand patron, ont une plus belle 
apparence que ceux de son compatriote Ruppert, 
mais ils sont faibles d'épaisseur et ont peu de son. 11 
eut un fils : 

ScHOXGER (Georges), qui travailla aussi à Erfurt, 
et était réputé comme un habile réparateur de vieux 
instruments. 

ScHORX (Jeax Paul). 

Jcann Paul Schorn. H. F . Alusicus^ auch 
Laiiten und Geigenmacher in Saliburg. A. ijiG. 

Étiquette imprimée en grandes lettres romaines, 
le millésime à la main, avec le parafe de l'auteur. 

Il se trouve dans la collection de la Gcsellschaft 
dcr Musikfreunde, à Vienne, une viole d'amour de 
J. P. Schorn, datée de 1699. 

Staixer (Jakob). — La légende obscure entourant 
le nom de ce luthier célèbre s'est trouvée singulière- 
ment éclaircie par la publication d'un livre paru en 
l'année 1872, sous ce titre : 

Der Geigenmacher Jakob Stainer 

I.vsERucK, Wagner, 1872 

S. RuF 



CHAPITIIF, m. IS»' 



et qui était ignoré de la plupart des musicologues, 
lorsque M. Giovanni de PiccolcUis, de Florence, le 
signala (le premier, je crois) dans un livre remar- 
quable, publié en i885 *. 

Voilà la vérité, autant que nous la connaissons 
aujourd'hui, sur Jakob Stainer. 

Jakob Stainer naquit à Absam, petite ville du 
Tyrol, près d'Innsbruck, le 14 juillet 162 i. Son acte 
de naissance, conservé dans les registres de la paroisse 
d'Absam, déposés dans l'église de Hall, le désigne 
comme fils des époux : 

« Martin Stainer et Sabine Grafînger ». 
On ne sait absolument rien de ses premiers pas 
dans la carrière de luthier. Il aurait, dit-on, fait son 
apprentissage à Crémone, sous la direction de l'un 
des Amati ; on a même prétendu qu'il avait épousé 
la fille de Nicolas Amati. Autant d'erreurs ! 

Les juges les plus compétents reconnaissent qu'il 
n'y a aucune ressemblance entre la facture de Stainer 
et celle de l'Italie ; mais il y a, au contraire, des points 
de contact très caractérisés avec les produits des bons 
luthiers tyroliens de l'époque, et il est probable qu'il 
a fait son apprentissage à Absam ou dans les environs. 
Quant à l'histoire de son union avec la fille de 
Nicolas Amati, une pièce authentique, découverte par 
S. Ruf dans les registres de la paroisse d'Absam, vient 
la mettre à néant : c'est l'acte de mariage, daté du 
26 novembre 1645, de Jakob Stainer avec Marguerite 
Holzhammer, ayant pour témoins Michel Pamperger 

I. Liiitai antichi e moderni. Firenze coii tipi dci successon 
le Monnier i885. 



i$2 LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

et Johann Grafinger, parent du marié. J. Stainer 
épousait sa maîtresse, car les mêmes registres don- 
nent, dès le i6 octobre 1645, l'acte de baptême d'une 
fille nommée Ursule, fille des deux futurs conjoints. 

Il avait donc à peine vingt-quatre ans quand il se 
maria, et sa femme en avait vingt et un ; elle mourut 
en 1693, dix années après son mari. 

J. Stainer a travaillé à Absam depuis 1639 envi- 
ron jusqu'à la fin de l'année 1678. Il avait été nommé, 
en i658, luthier titulaire de l'archiduc Ferdinand- 
Charles, gouverneur du Tyrol, et, le 9 février 1669, 
luthier de la cour de l'empereur d'Autriche Léo- 
pold P"". Ces titres, attestant que ses contemporains 
avaient reconnu son talent, n'eurent pas le pouvoir 
d'apporter le bien-être dans le ménage du pauvre 
artiste, car on le voit, en l'année 1678, aux prises 
avec des difficultés d'argent telles, qu'il tombe dans 
une mélancolie profonde, et finit par perdre la raison. 
Il vécut dans ce triste état pendant environ cinq 
années, et s'éteignit en 1693. 

Voilà, résumés d'après les documents authentiques 
fournis par S. Ruf, les principaux traits de la vie de 
Jakob Stainer. 

L'œuvre de lutherie du maître jouit, en Allemagne 
particulièrement, d'une grande réputation; j'avoue 
être assez embarrassé pour en parler moi-même avec 
le même enthousiasme. Les quelques violons que j'ai 
vus comme étant des stainers authentiques, n'avaient 
rien de bien remarquable, comparés surtout aux 
chefs-d'œuvre qui sortaient des atehers des Amati de 
Crémone à la même époque. Sans entrer ici dans des 



CHAPITRE III. ISJ 

détails techniques, qui ne paraîtraient probablement 
pas très concluants, je renverrai le lecteur au musée 
du Conservatoire de Paris, dans les vitrines duquel 
se trouve, sous le n» 3, un violon de Jakob Stainer 
donné comme très authentique ; l'examen de cette 
pièce curieuse en dira plus que toutes les descriptions. 

Les instruments les plus renommés du maître sont 
douze violons qu'il fit, dit-on, pour les douze électeurs 
d'Allemagne ; ce sont, paraît-il, des pièces rares et 
d'un travail parfait : n'ayant jamais eu personnelle- 
ment l'occasion de voir un de ces spécimens, je lais- 
serai à ceux qui les connaissent le soin d'en parler 
avec plus d'assurance. 

En résumé, il est très difficile de juger aujourd'hui de 
Tauthenticité incontestable d'un instrument de Stainer; 
les imitations allemandes, anglaises et tyroliennes ont 
inondé le monde musical d'une quantité de faux 
stainers souvent très bien faits, et si l'infortuné maître 
revenait à la vie, il aurait peut-être beaucoup de mal à 
s'y reconnaître lui-même. 

Je terminerai ces détails sur Jakob Stainer en don- 
nant la description de ses violons, faite par un habile 
luthier allemand, qui avait eu l'occasion d'en voir sou- 
vent et de les juger en parfaite connaissance de cause. 

J. A. Otto, luthier de la cour du duc de Gotha, 
s'exprime ainsi à ce sujet ^ : 

« Les violons de Jakob Stainer, d'Apsam, diffèrent 
des violons de Crémone , autant dans l'apparence 

I. J. A. Otto. Ueber den Bau der Bogeninstrumente und 
ïiber die Aj-beiten der vor^^i'ûglichsten Instrumentemacher, etc.. 
Jena, Brun, 1828, in-S". 



15+ LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

que dans le son. Leur patron est plus grand, et les pro- 
portions des épaisseurs sont calculées tout différem- 
ment. La comparaison la plus juste que l'on puisse faire 
entre les deux, est peut-être de dire que le son du 
violon de Crémone ressemble à celui d'une clarinette, 
et le son du Stainer à celui d'une flûte. Les voûtes 
de la table sont plus élevées que celles du fond; la 
hauteur de la voûte de la table, à la place où pose 
le chevalet, est maintenue égale sur la moitié de la 
longueur de l'instrument jusque sous le tire-corde; 
alors elle va en diminuant jusqu'au bas. Le déve- 
loppement de cette hauteur est à peu près égal à 
la largeur du chevalet, et ensuite elle s'abaisse vers 
les bords de chaque côté. Le modèle de la voûte est 
exactement le même dans la partie supérieure de l'in- 
strument que dans la partie inférieure. Ses bords sont 
très forts et très ronds; les filets, qui sont sensible- 
ment plus étroits que dans les instruments de Cré- 
mone, sont placés plus près des bords que chez ces 
derniers. Les £f^ un peu plus courtes, sont admi- 
rablement dessinées, et la partie circulaire du haut 
et du bas de ly, parfaitement arrondie. La tête est par- 
ticulièrement belle, et la volute aussi régulière que 
si elle avait été faite dans un moule; quelques-unes 
sont en tête de lion et admirablement sculptées. Les 
éclisses et le fond sont faits du plus bel érable veiné. 
Le vernis ambré est d'une nuance jaune-rouge. Il est 
rare de rencontrer une étiquette dans l'intérieur de 
l'instrument; mais lorsqu'elle existe, elle est toujours 
écrite à la main ; on n'en rencontre cf imprimées que 
dans les imitations. » 



Pi.. XIV. 



Gio î^ol ô TVftgg in i iTi #Ma . 








.iriciioer fecît 

m 

nx Anrio 174-J^ 



vanniRaUic'^ 



., "p., T, 



CHAPITRE III. 15s 

^'oici le fac-similé exact de rétiqucttc manuscrite 
authentique. 



Vac^u 



SrATFi.MAxx. — A Vienne, pendant la première 
moitié du xviii" siècle. L'un des luthiers allemands 
qui ont imite Stainer avec le plus de perfection. 

Staubf. — Établi à Berlin vers 1775. Il a laissé 
quelques bons instruments; mais il s'occupait surtout 
des réparations, dans lesquelles il excellait. 

Straur : 

Alathias Straub ^u Fridenn Hier 
auf dem Schvart-ivald anno ly... 

Petite étiquette imprimée en caractères allemands. 

Strxad (Caspur'. — Bon luthier, établi à Prague 
pendant la seconde moitié du xviii^ siècle. Il a laissé, 
dit-on, des violons et des violoncelles bien faits : 

Casper Strnad 
feci't Pragœ anno lySc), 

Étiquette imprimée : au milieu est représenté un 
quadrupède ailé tenant un luth ; à côté une couronne 
de feuilles entourant les initiales C. S. 

Thir (Johaw g.). — A Vienne. 

Johannes Georgius Thir feci't 
Vienncp anno 17^1 

TiEFENBRucKER. — Nom d'uue famille de luthiers 



IS<5 LES LUTHIERS ALLEMANDS, 

allemands, fabricants de luths et de violes, établis à 
Venise au commencement du xvi" siècle. On a attribue, 
comme à tant d'autres, à un membre de cette famille, 
l'honneur d'avoir introduit en Italie l'art de construire 
le violon. On prétend même connaître quelques 
violons de lui. Nous renvoyons à ce que nous avons 
dit sur ce sujet dans la note consacrée à Duiffoprug- 
car au chapitre des luthiers italiens. 

Les violons soi-disant du commencement du 
xvi" siècle sont tous, sans exception, à reléguer dans le 
domaine de la fable ; le violon n'étant pas encore 
connu à cette époque, 

TiELKE (^Joachim), — Il a existé à Hambourg, de 
1539 à 1686 environ, une fabrique qui, sous le nom 
et la signature de Joachim Tielke, a produit pendant 
près de cent cinquante ans des merveilles de lutherie 
incrustée : luths, théorbes, cythernes, guitares, violes 
Di BoRDONE, etc., etc. Les formes les plus élégantes, les 
plus variées, les dessins les plus charmants, une main- 
d'œuvre d'incrustation inouïe de richesse et de fini, 
tout cela ayant exigé des dessinateurs de premier 
ordre, des ouvriers marqueteurs d'une habileté incom- 
parable et une main de luthier habile. 

Je n'ai rencontré aucuns détails sur la vie de 
Joachim Tielke, et je ne puis donner ici que l'indi- 
cation de quelques-uns de ces instruments existant 
dans des collections publiques ou privées : 

1" Un luth dit cytherna, au Kensington Musœiim 
de Londres. Le corps de l'instrument est incrusté 
de dessins en écaille entourant des divinités mytho- 



CHAPITRE III. 157 

logiques en ivoire, avec une riche ornementation de 
pierres fines. Daté de lôSg. 

2" Une guitare appartenant à M. Georges Hart, de 
Londres; merveille de richesse et de main-d'œuvre. 
Datée de 1592. 

3" Deux basses de viole appartenant à M. Wil- 
motte, d'Anvers, et qui figuraient à l'Exposition inter- 
nationale de Paris en 1878. L'une, datée de 1(369, ^^ 
l'autre de 1701. Cette dernière est entièrement incrus- 
tée en ivoire : bords, tête, chevilles en ivoire, le tire- 
corde également en ivoire et d'un dessin charmant; 
cet instrument est un vrai bijou. 

4° Au Kensiiîgton Musœum de Londres, une viola 
di Bordone, datée de 1686. 

5° Le musée du Conservatoire de Paris possède 
(n" i36) un théorbe de J. Tielke daté de 16... (les deux 
derniers chiffres du millésime sont illisibles.) 

Les instruments portant cette marque ne sont pas 
très rares, et on en rencontre souvent dans les ventes 
publiques; ils sont recherchés par les artistes-peintres, 
et par les amateurs d'instruments curieux. 

VoiGT (Martin). — A Hambourg, pendant la pre- 
mière moitié du xviii^ siècle. Même genre de lutherie 
que le précédent. On a vu de lui à l'exposition du 
Kensington M//5trw;« à Londres, en 1872 (n° 171), une 
basse de viole richement incrustée en ivoire sur le fond 
de laquelle étaient représentés Apollon, Vénus, Mer- 
cure et Diane, avec la date de Hambourg^ 1^26. 



ijiî LES LUTHIERS ALLEMANDS. 

Wagner (Benedict). — Étiquette imprimée en 
grandes lettres romaines : 

Benedict JFagner hochfurstlichcn 

hof Lauten und Ceigenmachcr 

in Estnan^en aiino 176 ij 

Relevé dans un violon à voûtes très bombées, ver- 
nis rouge, facture très ordinaire. 

Weigert. — A Linz. La collection instrumentale 
de la Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne, pos- 
sède une viole d'amour de ce luthier, datée de Linz 
1721. 

Joann Blasius ff^eigert 
Lauden und Geigen- 
inacher in Lin^ 1/21. 

Weisz (Jacob). — Luthier de Salzburg : 

Jacob fP^eisi^ lauthen und 



7 Geigenmacher in Saliburg. jj. 



Wettengel (Gustave Adolphe). — A Neukirchen, 
en Saxe : il est connu par un livre sur la lutherie 
publié en 1828 sous ce titre : « Vollst'andig theore- 
tischpraktisch Lehrbiich devAusfertigiuig- und Repa- 
ratur aller noch jetyt gebrauchteii Gattwigen pou Ita- 
lienischen und Deulschen Geig-cn. » 

Ihnenau, Voigt, 1828. i vol. de 654 pages in-8% 
avec 16 planches. 

WiDHALM (Léopold). — A Numbcrg, de 1765 en- 
viron à 1788 : il a fait particulièrement des imitations 
de Stainer, avec une perfection telle, dit J. A. Otto, 



CHAPITRE m. 159 

qu'un connaisseur seul peut distinguer ses instru- 
ments de ceux du maître. 



Le progrès qui s'était produit en Allemagne se fait 
également remarquer en Belgique et dans les Flandres. 
Comment en aurait-il pu être autrement dans ces con- 
trées où la musique fut de tout temps en si grand hon- 
neur; où, dès le xi*^ siècle, les instrumentistes, les 
menestrucckn et les spcellieden^étQ.\ç.n\. de toutes fêtes, 
et où les splendeurs du culte religieux tiraient de la 
musique leurs plus saisissants eflets^? 

^'ers la fin du xvi" siècle, lorsque les écoles de Cré- 
mone et de Brescia, sous la main des Amati, Gaspard 
da Salo et Maggini, avaient déjà produit de beaux in- 
struments, nous rencontrons à Bruxelles un luthier 
de mérite dont on trouve encore des violons^ des altos 
et des basses : 

BORBON (GaSPAR). 

Puis vinrent dans la même ville : 
Schnœck; 



I. Recherches sur les facteurs de clavecins et les luthiers 
d'Anvers, depuis le xvi" siècle jusqu'au xix«, par le chevalier 
Léon de Burbure, membre de l'Académie. Publié dans l'extrait 
des Bulletins de l'Académie des sciences, lettres, etc., de Bel- 
gique, 32'^ année, 2"-" série, tome XV, p. 36i à SyS. 



i6o LES LUTHIERS FLAMANDS ET HOLLANDAIS. 
ROTTENBROUCK. 

Delanoy, vers 1760. 

A Anvers : 

PoRLON (Pierre). — 1647. 

Verbenggen (Théodore). — 1641. 

PoRLON (Jean et François). — 1680-1710. 

Willems. — 1 730-1 760. 

A Toiirnay : 

Comble (Ambroise de). — De 1720 environ à 1750. 

En Hollande : 

Peeter Jacobs — Peeter Ro.mbouts — Lefebvre, 
luthier français établi à Amsterdam de 1720 environ 
à 1735. 

Jean Kœuppers. — A La Haye, dans la seconde 
moitié du xviii^ siècle. — Tous bons luthiers dont on 
rencontre encore d'intéressants spécimens. 



LES LUTHIERS FLAMANDS 
ET HOLLANDAIS 



BoRBON (Gaspar). — Bruxelles, l'un des plus anciens 
luthiers de la Belgique, vers le commencement du 
xvii'' siècle. Style Gaspar da Salo :^/^ profondément 
ouvertes, posées perpendiculairement. Il existe encore 
de ce luthier des violons, des altos et des contrebasses. 

Un alto de Gaspar Borbon appartenant à M. Ame- 
lot, de Bruxelles, figurait à l'Exposition internationale 
de Paris en 1878: vernis jaune, les ^^/^ dessinées très 
vigoureusement et ne manquant pas de caractère. Le 
patron général satisfaisant. Spécimen de lutherie très 
curieux. 

BouMEESTER (Jean). — Amsterdam, première moitié 
du xviii*^ siècle : 



1(52 LES LUTHIERS FLAMANDS ET HOLLANDAIS. 

Jan Boumeester 
inefecit in Amsterdam anr.o iG ^7 

Grande étiquette imprimée en romain, relevée 
dans un violoncelle, bonne lutherie, grand patron, 
vernis jaune, tête sculptée. 

Boussu. — A Eterbeeck-lès-Bruxelles, lySoà 1780. 
Style Amati. A^rnis jaune d'assez bonne apparence. 

Comble (Ambroise de). Travaillait à l'ournay, vers 
le milieu du xv!!!*" siècle. 

Un quatuor de De Comble, appartenant au prince 
de Caraman-Chimay, a figuré à l'Exposition interna- 
tionale de Paris en 1878 : 

i"* Deux violons, joli patron imitation de A. Stra- 
divari, mais les coins moins élégants et les bords plus 
épais. Les filets minces comme des cheveux, bonnes 
voûtes, beau vernis rouge brun d'une bonne pâte. 

2° Un alto, très belle apparence comme les précé- 
dents. 

3" Un violoncelle. Vernis rouge brun, les voûtes 
beaucoup plus prononcées que chez les violons, les 
coins et les ,^^ bien dessinés. 

Dans tous ces instruments les filets sont minces 
comme des cheveux. Étiquette manuscrite 

fait d Tournay par^ 
Ambroise de Comble. Z75J. 

Delanoix. — Contemporain de Boussu, lutherie 
bien faite. 



CHAPITRE III. iJ} 

Franck. — A Gand, de 1800 à i83o. Il avait ctc 
sculpteur, habile ouvrier pour les réparations; il a fait 
peu ou point d'instruments neufs. 

HoFMAXs. — Anvers, de 1720 à lyôo environ. Très 
belle lutherie, il reste encore de lui de nombreux in- 
struments très bien faits qui, avec leur vernis chaud, 
d'un rouge foncé, se rapprochent beaucoup des instru- 
ments italiens de la même époque. J'ai eu l'occasion 
de voir une charmante pochette en forme de rebec 
allongé, à pans, avec un cordier gravé en argent, véri- 
table bijou de lutherie, avec l'étiquette manuscrite : 

Alarthys Hofmans 
tût Antiverpcn, ij-fo. 

Jacobs (Peeter). — A Amsterdam, vers 1700. Il 
reste de lui de nombreux instruments : violons, altos 
et violoncelles, faits sur le modèle de Nicolas Amati. 
Belle lutherie, vernis rouge brun. Jacobs avait l'habi- 
tude de tileter ses instruments avec de la baleine au 
lieud'ébène. 

Kœuppers (Jean). — A La Haye, de 1760 à 1780 
environ. Il passe pour le plus habile luthier de la 
Hollande. Ses instruments, dont il existe encore de 
nombreux spécimens, sont bien faits, mais leur ver- 
nis jaune est épais et peu flatteur à l'œil. 

Lambin. — A Gand, de 1800 à i83o. Très habile 
réparateur d'anciens instruments. 

Lefebvre. — Ouvrier français établi à Amsterdam, 
de 1720 a 1740. Bonnelutheriest3de Amati, vernis jaune. 



\6^ LES LUTHIERS FLAMANDS ET HOLLANDAIS. 

Palate. — A Liège, dans le courant du xviir siècle. 
Belle lutherie, façon italienne. 

RoMBOUTS (Peeter). — A Amsterdam, 1720 à 1740 
environ. Il existe au Lyceo Jîlay^monico de Bologne, 
une trompette marine avec la marque : 

Pie ter Rombouts 
Amsterdam^ z/... 

R0TTENBR0UCK, — A Bruxelles, 1700 a 1720. Style 
Amati, vernis rouge brun. 

Snoeck (Egidius). — J'ai relevé de lui l'étiquette 
suivante : 

Egidius Snœck 
tôt Brussel. 173t. 

On rencontre encore de lui nombre d'instruments 
qui se distinguent par une bonne facture. 

Egidius Snoeck eut un fils ou du moins un parent, 
qui s'établit à Bruxelles après lui-, j'en ai trouvé la 
preuve dans la singulière annotation suivante que j'ai 
copiée dans une basse d'origine incertaine, ayant subi 
une réparation importante : 

Cette basse par Marc Snoeck, réparée pour faire 
voir à ces envieux mon adresse, icy près de l'église 
de Saiîit-Gerjr, à Bruxelles, ancien luthier. 

Il n'y a pas de date, mais comme cette note ma- 
nuscrite se trouve à la suite d'une autre étiquette im- 
primée ainsi conçue : 

Jean Christophe Vetter 
Strasbourg^ z/f-/ 



PL. XV. 



"^"^^^T^lf-.-'a^^î^T 



^ pictro R«^^^"^^^^ 



Juiius Caefar Gigli Romanusr 
Fceît llbmae Annd 17 /7; 



*4àffîr^!^^r^T!3ti^ 



1 c£i^.^-,*x*>^^-*>^^'^*>6:v^-^'^'fev^^»« f , ' 

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-.-»f3»t •PEKT^as:' 



, fà:it Crcmbri^ Aonc^ 







- •^■. --^;i 



[In: 6;-t:ix R,og*eri\!sBon: Nicolai Amatide .©remo- 






CHAPITRE III. iris 

elle est évidemment postérieure à celle-ci de plusieurs 
années. 

Van der Slagh Meulen. — A Anvers : 

Joannes Baptista Van der Slagh Meulen 
tôt Antirerpen. iG... 

Un violoncelle de ce luthier daté de 1672, appar- 
tenant à M. Wilmotte, d'Anvers, a figuré à l'Exposi- 
tion internationale de Paris en 1878 : instrument de 
bonnes dimensions ; les J",/ très ouvertes, mais bien 
dessinées. Vernis brun mat. En dedans des filets, sur 
la table, une bande noire avec dessins en or. La tête 
est à fond à jour et représente une tête sculptée sur- 
montée d'une couronne dorée. Spécimen très curieux. 

ViBRECHT (Gysbert). — Lutliier hollandais peu 
connu : travaillait à Amsterdam vers 1700. 

WiLLEMS. — A Anvers, de 1730 à 1760 environ. 
Bonne lutherie, genre italien; vernis rouge brun. 



LA LUTHERIE ANGLAISE 



CHAPITRE IV 



La musique en Angleterre sous le rigne de la r-ine Elisabeth. — La viole. — 
Les grands violistes anglais. — Les luthiers anglais aux xvii", xviii' et xix" 

siècles. — Nomenclature générale. 



L'état de la musique instrumentale en Angleterre à 
la fin du xvi^ siècle était encore, comme partout ail- 
leurs en Europe, dans l'enfance. 

La reine Elisabeth, bonne musicienne, amateur 
distinguée sur le luth et le virginal % tolérait encore à 
sa cour une musique qui ne devait pas iiatter l'oreille 
des auditeurs : 



I. Lord Melvil, ambassadeur de la reine d'Ecosse Marie 
Stuart, en 1654, auprès d'Elisabeth, raconte dans ses Mémoires 
qu'ayant eu l'occasion d'entendre cette souveraine jouer du luth, 
celle-ci lui demanda qui jouait le mieux d'elle ou de sa mai- 



iû8 LA LUTHERIE ANGLAISE. 

(( Elle avait pour habitude, dit Heuxner% d'être 
régalée pendant son dîner par douze trompettes, deux 
timbales, accompagnées de fifres, de cornets et de 
tambours, faisant résonner la salle pendant une demi- 
heure. » 

La carrière brillante de l'Angleterre fut dans son 
plein à l'époque des violes introduites par un Italien, 
Alfonso Ferabasco, pendant la seconde moitié du 
xvi^ siècle- et dont l'usage devint général au commen- 
cement du xvii'' siècle; chaque famille où la musique 
était en honneur possédait un jeu {a clicst] de ces 
instruments, se composant de deux dessus, deux ténors 
et deux basses. Les anciens Madrigals, morceaux 
chantés à plusieurs voix, qui avaient fait les délices 
du siècle précédent, furent abandonnés et remplacés 
par les ivz/z/j/^/V^, pièces à plusieurs parties écrites pour 
violes. 

De nombreux compositeurs-violistes excellèrent 
dans ce genre : William Byrd, Alfonso Ferabasco, 
William White, Thomas Ravenscroft, Th. Lupo, 
G. Coperano et beaucoup d'autres se firent une grande 
réputation avec ces sortes de compositions pour violes, 
et portèrent très haut la réputation de l'Angleterre. Jean 
Rousseau, l'un des plus habiles violistes français de 
la seconde moitié du xvii' siècle, écrit les lignes sui- 

tresse, et qu'il avait été forcé de lui donner la palme : « She 
enquired whether my queen or she played best : in that 
I found myself obliged to give her the praise. » (Lord Melvil's 
Memoirs. 2" édition, Edinburgh, i835.) 

1. Burney, A gênerai hisîory of music, toms III, page 143. 

2. Maugars, célèbre joueur de viole^ E. Thoinan. Paris, i865, 
— in-80 de 43 pages. 



CHAPITRE IV. Kjp 

vantes dans son traité sur la viole public à Paris 
en 1682 : 

« Cependant, il faut avouer que la viole paroit un 
instrument assez nouveau en France, parce qu'il y a 
peu de temps qu'elle y est estimée. Elle a passé des 
Italiens aux Anglois, qui ont commencé les premiers 
à composer et à jouer des pièces d'harmonie sur la 
viole, et qui en ont porté la connoissance dans les 
autres royaumes ^ » 

La vogue des violes dura en Angleterre jusqu'au 
commencement du règne de Charles II, époque à 
laquelle l'introduction du violon dans la musique de 
la cour commença une ère nouvelle. 

Ce que je viens de dire de la supériorité des vio- 
listes anglais pendant une période de plus d'un siècle, 
peut s'adapter également aux luthiers, qui se distin- 
guèrent d'abord d'une façon remarquable dans la fac- 
ture de ces instruments : John Ross, Aldred, Baines, 
John Baker, Bolles, Henri Jaye, Richard Meares, 
Light, William Turner, Barak Norman, ont laissé 
des instruments renommés. 

La transition opérée vers 1660 dans les habitudes 
musicales de l'Angleterre n'eut pas une mauvaise 
influence sur les travaux des facteurs d'instruments. 
Le violon et ses dérivés trouvèrent pendant tout le 
xviii® siècle de nombreux luthiers habiles à maintenir 
leur art à un niveau très respectable, et je ne crois pas 

I. Simpson, célèbre violiste anglais, avait déjà public en 1659 
une méthode de viole intitulée : The division violist or an 
introduction to the playing iipon a groiind, by Ch. Simpson. 
London iGSg. 



170 LA LUTHERIE ANGLAISE. 

être en dehors de la vérité en attirmant que, pendant 
une grande partie du xviii'' siècle, l'Angleterre fut, 
après l'Italie, le pays où se construisirent les meilleurs 
spécimens de lutherie. On rencontre encore aujour- 
d'hui de nombreux violons dont la facture et l'appa- 
rence se rapprochent sensiblement de l'école italienne; 
beaucoup courent le monde avec les marques les plus 
pompeuses, et trouvent, grâce à un baptême illégitime, 
des amateurs confiants et satisfaits. Cette supercherie, 
déjà vieille dans le commerce des instruments à archet, 
est une des causes très sérieuses ayant empêché la 
réputation des violons anglais du xviii* siècle de s'éta- 
blir sous son véritable caractère. 

La grande renommée de la lutherie italienne, et la 
vogue dont elle commença à jouir en Angleterre dès 
le xviii*^ siècle, contribuèrent largement à former le 
goût des luthiers de ce pays. 

A peine Antonius Stradivarius venait-il de mourir, 
que le violon de Crémone était déjà le favori des ama- 
teurs anglais : 

Fiedling, en discourant sur les aspirations de cer- 
tains amours sensuels, disait vers le milieu du 
xvrii^ siècle : 

« ...forhow much sœverwe ma}' be in love with an 
excellent sirloin of beef, or bottle of Burgundy; with 
a damask rose, ov cremona fiddle... ' » 

L'amour pour le violon de Crémone a toujours été 
en augmentant depuis lors chez nos voisins, et ils 

I. Tiie history of Tom Jones, a foundling, by Henri Fiedling 
Esq" (i 707-1 754). London. James Cochrane et C" i83i, vol. 
1^', p. 442. 



CHAPITRE IV. 171 

possèdent aujourd'hui, les collections les plus rares 
en ce genre; hommage mérité, rendu à des chefs- 
d'œuvre incontestés, mais dont le résultat final fut 
l'abandon complet de la facture des instruments, pour 
le commerce exclusif de la lutherie italienne : cela 
est à regretter, car il ne manque pas dans le 
Ro3'aume-Uni d'hommes habiles et laborieux, qui 
auraient pu apporter un appui valable à cet art char- 
mant, cultivé encore par des ouvriers de grand talent, 
dans les autres pays de l'Europe. 

Il 3^ a malheureusement des motifs assez sérieux à 
cette abstention ; le principal se rencontre dans le peu 
de bénéfice réalisé par la facture artistique des in- 
struments neufs; la machine et la production hâtive et 
sans soin établissent une concurrence redoutable, 
même pour le violon ! 

Un marchand, en vendant un quatuor d'A. Stradi- 
vari, gagnera en un instant le bénéfice de deux années 
de travail d'un artiste laborieux! Cela n'est pas tou- 
jours avantageux pour l'acheteur, et encore moins 
pour l'art, mais le vendeur fait incontestablement une 
bonne opération. 

Loin de moi l'idée de médire de l'ancienne lutherie 
italienne, je suis un admirateur sincère de tous ces 
grands maîtres auxquels nous sommes redevables de 
tant de chefs-d'œuvre; ne devons-nous pas cependant 
songer non seulement à l'avenir, mais encore au présent 
immédiat ? Comment se désintéresser de cette question 
lorsque les instruments de l'ancienne école italienne ont 
atteint les prix auxquels nous les voyons aujourd'hui ? 

Il est un seul mo3'en de sortir de cette impasse 



172 LA LUTHERIE ANGLAISE. 

périlleuse : encourager par tous les mo3'en.s possibles la 
production de la lutherie nouvelle contre laquelle on 
entretient un préjugé déplorable se résumant en ce 
peu de mots : « Cet instrument est neuf, donc il sonne 
mal, car le temps seul est le grand facteur! » 

Erreur complète! parmi les instruments tout à fait 
modernes, il s'en trouve d'absolument parfaits, et 
parmi les instruments anciens, pa3^és souvent au poids 
de l'or, d'absolument médiocres, pour ne pas dire 
mauvais. C'est là une vérité qui défie toute contra- 
diction. 



LES LUTHIERS ANGLAIS 



Addison (William). —Londres, 1670. Faiseur de 
violes. 

AiRETON (Edward). —Né en 1727, travailla d'abord 
chez Peter Wamsley. 

Il a fait un grand nombre de violons et de violon- 
celles dans 1-e genre d'Amati. Ses instruments sont es- 
timés en Angleterre. Il est mort en 1807 K 

Aldred. — Faiseur de violes à Londres au com- 
mencement du xvii' siècle. Mace le cite dans son Mii- 
sick's Monument comme l'un des plus habiles luthiers 
de son temps ^ 

1. The violin, its famous makers, etc., by George H art. 
London, 1886. 

2. Mace, Musik's Monument, London, 1676, page 245., Cité 
par le savant éditeur des Mémoires de North, page 70, note. 
London, 1846. 



,7^ LES LUTHIERS ANGLAIS. 

Baixes. — Seconde moitié du xviii'' siècle. 

Baker (John). — Oxford, 1G48. Une basse de viole 
à quatre cordes de ce luthier figurait à l'exposition du 
Kcnsington Musœum à Londres, en 1872. Cette viole 
était dans sa forme primitive : l'auteur avait sans 
doute voulu imiter le violoncelle qui se faisait en Italie 
depuis longtemps déjà. Notre émincnt violoncelliste, 
M. Auguste Tolbecque, possède une magnifique basse 
de viole signée : 

Francis Baker m, Paul s 
Church yard, i6()G. London. 

Cet instrument, qui est à six cordes, a des sons 
ravissants. 

Banks (Ben7ami\). — A Salisbury. Né en 1727, 
mort en 1795 (i). On le considère comme le meilleur 
luthier de l'école anglaise du xviii'' siècle. Ses instru- 
ments sont marqués : 

Benjamin Banks 

fecit 

Salisbury 

Benjamin Banks 

musical instrument maker 

in Catherine Street, Salisbury. z/... 

Il emploie souvent la marque B. B. qu'il applique 
au fer chaud sur différentes parties de l'instrument. 
Benjamin Banks s'est attaché à Nicolas Amati, 

I . Le Violon, ses luthiers, etc., par George Hart. Paris, Schott 
frères, 1S8G. 



CHAPITRE IV. 175 

qu'il a réussi à imiter assez convenablement. Son ver- 
nis est bon comme couleur et qualité, mais il est 
trop épais. Ses volutes sont très lourdes et sans élé- 
gance; ses violoncelles surtout ont de la réputation. 
Banks eut deux fils : 
1° James, 
2° Henri. 

Les deux frères prirent la suite des affaires de leur 
père à Salisbury. Leurs instruments assez ordinaires 
sont marqués : 

James and Henry Banks 

musical inslrunient makers 

and music sellers 

i8 Salisbury o2. 

Plus tard les deux frères quittèrent Salisbury et 
vinrent s'établir à Liverpool. 

Barxes (Robert). — 1870. Travailla chez Thomas 
Smith, à Londres. 

Barrett (John). — A Londres, vers 1725. Ses 
étiquettes portent l'adresse : 

Al the Haro and Crown, in Piccadilly, 

Lutherie très ordinaire ; imitation de Stainer, vernis 
jaune. 

Barton (George). — Londres, seconde moitié du 
xviii® siècle. 

Betts (John). — Né en 1753 à Stamford, Lin- 
colnshire; mort en 1823. Élève de Richard Duke. 

Il a lait peu d'instruments par lui-même, mais il 
employa des ouvriers habiles. 



ij6 LES LUTHIERS ANGLAIS. 

Les Panormo et les Fendtont travaillé chez lui. 

Betts (Edward). — Élève de R. Duke, comme le 
précédent. Ses instruments faits, ainsi que ceux de 
son maître, sur le modèle de Nicolas Amati, sont tra- 
vaillés avec soin et dénotent un ouvrier habile. 

BoLLES. — Célèbre faiseur de violes, qui travaillait 
à Londres pendant la première moitié du xvii'' siècle. 
Thomas ^Lice , dans son Musi':'s Monuimnt, dit 
avoir connu de lui une basse de viole estimée looJë. 

BooTH (William). — Leeds, 1779. 

Boucher. — Londres, 17G4. 

Browx (James). — 1770-1^34, à Londres. Il eut 
un fils portant aussi le nom de James, né en 1796, 
mort à Londres en iSôo. 

Browne (John). — Vers 1743, à Londres, Cornhill. 
Imitation de Nicolas Amati. Bonne lutherie. 

Cahusac. — Londres, 1788. Il fut associé avec les 
fils de Banks. 

Carter (John). — • Londres, vers 1780. Il a travaillé 
pour John Betts, et la plupart de ses instruments ont 
été vendus sous le nom de ce dernier. 

CoLE (Thomas). — Travaillait à Londres en 1690 
comme l'atteste l'étiquette suivante, relevée dans un 
grand ténor de viole ^ : 

Made iG^o ; by Thomas Cole of London. on 

Holborn Hill. ivho selleih ail sorts of 

musical instruments. 

I. J. Pearce iun. Violins and violin makers. London, i86ô. 



PL. XVI. 



« .« *•: 







,«â_ ^ Pi 





Picito Gio;, © Fratteflt- Mantçgaziza- 
neila Contrada é't Sauta V\argaruaàft^ 
" MilanoalSegnoc îll'Angclo 17V ? 



Pctrus Joannfs Maniregatia fecit Me- 
dK>lani in Via S. Margatîcœ i^^y/i 



••ï?*aB?r< '»- 



IBortoIamio'Obîci 
' in Vcronai(58 - 



CHAPI TRE IV. 177 

Collier (Samuel). — Londres, lyôS. 
CoLLiNGWooD (Joseph). — • Londrcs, xviii° siècle. 
CoNWAY (William). — Londres, 1745. 

Cross (Nathaxiel). — Londres, vers 1720. 

Il fut pendant quelque temps l'associé de Barak 
Norman. Il marque ses instruments à l'intérieur, au 
milieu de la table de fond, d'une croix surmontant les 
initiales N. C. 

Delany (Joh\), — Dublin. 

Ce luthier s'est servi pour marquer ses instruments 
de deux étiquettes : 

La première de petit format : 

Aldde by John Delany 

17 B ri tain Street 

Dublin iSoS. 

La seconde beaucoup plus grande : 

Alade by John Delany 

In order to perpetuate his meniory in 

future âges 

Dublin 18 oS. 

Liberty to ail the juorld 

hlack and nhite. 

Dennis (Jesse). — Londres, i8o5. 

DiCKESON (John). — 1750- 1780. Il a travaillé à 
Londres et à Cambridge. Excellent ouvrier dont les 
instruments faits sur le modèle de Nicolas Amati ont 
une certaine ressemblance avec ceux de Cappa*, 

\. Le Violon, ses luthiers, Qlc, par George Hart. Paris, Schott 
frères, 1886. 



178 LES LUTHIERS ANGLAIS. 

DiCKiNSON (Edward). — Instruments ordinaires 
dont voici la marque : 

Edward Dickinson 

Alaker at the harp and croivn in the Strand 

near Exe ter change 

London 17^0. 

DiTTON. — Londres, vers 1720. 

DoDD (Thomas). — Fils d'Edward Dodd de Schcf- 
field, établi à Londres à la fin du siècle dernier. Ber- 
nard Fendt et John Lott ont travaillé pendant long- 
temps chez lui, et presque tous les instruments sortis 
de ses ateliers avec sa marque sont leur œuvre. Voici 
le libellé de l'une de ses étiquettes : 

F. Dodd, 

vLolin, violoncello (r hoivmaker 
iiew Street, Covent garden. 

Il a laissé un fils portant le même prénom et qui 
établit un magasin d'instruments à Londres, Saint- 
Martin's-Lane. 

Son frère John Dodd est pour les archets le Tourte 
de l'Angleterre. 

Duke (Richard). — J'ai eu souvent l'occasion de 
voir des violoncelles anglais portant ce nom imprimé 
au fer rouge sur le haut du fond sous le bouton : in- 
struments très ordinaires, ne méritant aucune men- 
tion favorable, et cependant les travaux de Richard 
Duke ne sont pas, paraît-il, sans valeur; on trouve 
l'explication de ce fait dans les lignes suivantes : « Le 
nom de Duke a été marqué sur quantité d'instruments 



CHAPITRE :V. 179 

de dernier ordre, et les connaisseurs qui n'avaient pas 
eu l'occasion de voir des produits véritables de ce 
luthier prirent les copies pour des originaux, de là 
la confusion. 

(c Cependant, lorsqu'on a vu un beau spécimen 
authentique de Duke, on ne l'oublie pas facilement : 
les copies qu'il a faites d'Amati peuvent difficilement 
être surpassées; les fournitures, le travail, le vernis 
étant de premier ordre. 

« Les copies de Stainer sont moins bien réus- 
sies '. » 

Richard Duke s'est servi pour ses instruments de 
deux marques : 

1° Rich. Duke. 
Londmi fecit lyCo. 
2° Richard Duke maker 
Holborn, London anno ijGS. 

EvANS (Richard). — Voici sa marque en anglais de 
mauvais écolier : 

Maid in the Paris of. 

Lanirhengel by Richard Evans 

instrument maker in the year z/...- 

Fent (Bernhard). — • Né en lyyS, mort en i825. 
Neveu de Fent qui travailla à Paris pendant la se- 
conde moitié du xviif siècle. Bernhard Fent était un 
excellent ouvrier qui, ainsi que son oncle, imita la 
manière de A. Stradivari ; il a surtout travaillé à Lon- 
dres pour Dodd et ensuite pour John Betts le Vieux. 

1. Le Violon, ses luthiers, etc., par G. Hart. Paris, Schott 
frères, i886. 

2. George Hart., loc. cit. 



,8o LES LUTHIERS ANGLAIS, 

Cette famille Fent a produit de nombreux et habiles 
luthiers qui vécurent en Angleterre pendant la pre- 
mière moitié de ce siècle, et dont le dernier, William 
Fent, est mort à Londres en i852. 

FoRSTER (William). — Né à Brampton, dans le 
Cumberland, en lySg, mort en 1808. Son père, fabri- 
cant de spinning-îvheals^ s'occupait dans ses moments 
perdus à raccommoder des violons et même à en faire; 
le jeune William se passionna pour la lutherie, et, 
après avoir exercé pendant quelque temps la profes- 
sion de son père, il vint s'établir à Londres en lySg, 
pour se livrer exclusivement à Tart qu'il préférait. Son 
habileté attira bientôt sur lui l'attention des amateurs, 
et sa réputation ne tarda pas à s'établir. 

Forster a suivi pour modèles Stainer et les Amati. 

Ses altos et ses violoncelles sont surtout recher- 
chés en Angleterre. 

William Forster eut un fils : William, né en 1764, 
mort en 1824, qui continua à s'occuper de lutherie; 
ses instruments, qui ne sont pas sans mérite, ne valent 
cependant pas ceux de son père. 

Forster (William III). — Fils du précédent, né en 
1788, mort en 1824. 

Forster (Simon Andrews). — Frère de William III, 
né en 1801, mort en 1869; il fut luthier comme les 
autres membres de sa famille et collaborateur de 
M.William Sandys, à V Histoire du Violon, que j'ai eu 
souvent l'occasion de consulter ^ 

I . History of the Violin and other instruments played on 
with the Bow, from the remotest times to the présent. London. 



CHAPITRE IV. i8i 

Fraxkland. — Londres, 1785. 

FuRBER. — Nom patronymique d'une famille de 
luthiers établis à Londres dès le commencement du 
xviii® siècle et dont un descendant : 

FuRBER (Henry John), existe encore aujourd'hui à 
Londres comme luthier, dans Grafton Street. 

GiLKES (Samuel;. — Néen i787,àMorton Pinkne}^ 
dans le Northamptonshire, mort à Londres en 1827; 
élève de Charles Harris; il travailla ensuite pour Wil- 
liam Forster IL En l'année 1810, il s'établit pour son 
compte et commença à marquer ses instruments de 
son nom : 

GUkes 

froin Forster's 

violin and violoncello Maker 

jf James Street. Biickinghain gâte 

Westminster. 

Sa lutherie, faite sur les modèles de Nicolas Amati, 
est très estimée en Angleterre. 

GiLKEs (William). — Né en 181 1, mort en 1875, 
fils du précédent. Il a laissé beaucoup d'instruments 
qui sont moins estimés que ceux de son père. 

Hardie. — Il y eut deux luthiers de ce nom à 
Edimbourg : 

Matthew, vers 1820, et son fils Thomas mort en 
i856, lutherie ordinaire. 

Hare (John). — Londres, 1720. Il est cité comme 



i82 LES LUTHIERS ANGLAIS. 

ayant améliore la facture et le vernis en Angleterre. 
Son étiquette porte : 

John Hare at ye viol' & Jute 
near the royal exchange 
in Cornhill. London ij... 

Harris (Charles). — A Londres, à la fin du 
xviii'' siècle. Il passe pour un des luthiers les plus 
habiles qu'ait produits l'Angleterre. M. Pearce, dans 
son livre Violins and violinc makcrs, paru à Londres 
en 1866, s'exprime ainsi en parlant de Ch. Harris : 
« Ouvrier admirable; ses instruments sont classés 
parmi les meilleurs en Angleterre» et M. George Hart 
dit : «... il imita surtout Amati et Stradivarius, ce 
dernier surtout admirablement bien. Beaucoup de ces 
copies ne sont point inférieures à celle de Lupot, à la 
même époque... ses instruments sont finis d'une 
manière remarquable et sont recouverts d'un vernis 
d'une belle qualité \ ils ont presque tous une apparence 
séduisante^ ». 

Hart (John Thomas". — Né en i8o5, mort en 1874; 
élève de Samuel Gilkes. Il s'est surtout livré au com- 
merce des instruments italiens de l'ancienne école, et a 
contribué pour une large part à former les magni- 
fiques collections en ce genre, si justement renommées 
en Angleterre. 



I. « Le Violon et 5e5 /î///n'e;-5. ., par George Hart. Paris, 
Schott frères, 1886. 



CHAPITRE IV. j8j 

Les rares instruments sortis de ses mains portent 
la marque suivante : 

John Hart 

Maker 

z^ Princes street 

Leicester square. London 

anno zS... 

Heesom (Edward). — Londres, 1748. Imitateur de 
Stainer. 

HiLL (William). — Londres. 

fFilliam Hill maker in 

Poïand Street 

near broad Street 1741. London. 

Bonne lutherie. 

Hill (Joseph). — Londres, frère du précédent. 

Joseph Hill maker 

at the harp andjlute 

in the hay market 

London. 

Ses violoncelles et ses altos ont de la réputation en 
Angleterre. 

Hill et Sons. — Une maison de lutherie de ce nom 
existait à Londres, 72, Wardour St Soho, en 1745. 

Les descendants des Hill sont établis aujourd'hui 
à Londres, 38, New Bond Street W., et ont une 
des installations les plus complètes de l'Angleterre 
pour le commerce et la réparation des instruments 
anciens. 



184 LES LUTHIERS ANGLAIS, 

M. Alfred Ebsworth Hill, le plus jeune des frères, 
a travaillé pendant deux années à Mirecourt et s'est 
livré avec ardeur à l'étude de son art, dans lequel il a 
acquis une notoriété méritée. 

HoLLOWAY (John). — Londres, 1794. 

HosBORN (Th. Alf,). — Londres, 1G29. Une basse 
de viole, portant cette marque, figura à l'Exposition 
de Paris, en 1878. 

Hume (Richard). — Faiseur de luths à Edimbourg, 
au xvi° siècle. 

Jay (HEXRf . — Londres, pendant le xviii^ siècle, 
faiseur de pochettes : 

M a de by Henry Jay 

in long acre 

London z/frt". 

Jaye (Henri). — Londres, xvii'' siècle. Cité par 
Thomas Mace dans son Alusik's Monimunt comme 
un des plus habiles faiseurs de violes de son temps. 
Le musée du Conservatoire de Paris possède une 
petite basse de viole de ce maître, datée de 1624 
(n° 106 du catalogue). 

Johnson (John). — Londres, milieu du xviii'^ siècle. 

Made and sold by John Johnson 

at the harp and cronn 

in cheapside 

17 London ^j. 

Kennedy. — Il y eut deux luthiers de ce nom : 
Alexander^ mort à Londres en 1785; il a la réputation 



CHAPITRE IV. i8s 

d'avoir fait de beaux violons dans le genre de Stainer. 
— John^ mort à Londres en 1816, même genre que le 
précédent. 

Lexz (Johaxx Nicolaus). — • Londres, au commen- 
cement de ce siècle. 

Johann Nicolaus Lenj/ecit 
near the church^ chelsea iSoj 

Lutherie estimée. 

Lewis (Edward). — Londres 1700. 

L'un des bons luthiers anglais de l'époque. 

LiGHT. — Londres. 

Relevé dans un Arpi-luth magnifique et élégant 
l'inscription suivante, lettres en or, écriture anglaise, 
placée sur le haut de la touche : 

^79 Light 

/dey place 

London 

Longueur totale 0^,84 cent., longueur du corps, 
o'^, 43 cent. 

(Collection Antoine Gautier, à Nice). 

LoTT (John Frederick). — Londres, né en 1775, 
mort en i853. Très habile ouvrier qui a fait de nom- 
breux instruments pour Thomas Dodd. Il est surtout 
renommé pour ses contrebasses. 

Marshal (John). — Londres, 1760. 

Martin. — Londres, 1790. 

Meares (Richard). — Une basse de viole de ce 



,86 LES LUTHIERS ANGLAIS. 

luthier figurait à l'exposition du Kensingion Musœum 
à Londres, en 1872, sous le n" 179 : 

Richard Aleares 

fFithout Bishofgate 

near to sir Paul Pinder's 

London. fecit idjj. 

Merlin (Joseph). — Londres, vers 1780. lia fait 
des violons sur le modèle de Stainer. 

Miller. — Londres, vers 1750. 

MoRRisox (John). — Londres, 1780 à 18 19. 

Norman (Barak). — Londres, 1688-1740, L'un des 
anciens luthiers anglais les plus estimés. Il a fait des 
basses de violes et des violoncelles qui paraissent 
avoir été les premiers instruments de ce genre con- 
struits en Angleterre. 

Trois basses de viole de cet auteur ont figuré à 
l'exposition du Keusington Musœum k Londres, en 
1877 (n^' 176, 177, 178.). L'une d'elles portait l'éti- 
quette suivante : 

Barak Norman at the 

Bass-T iol in 

Saint PauVs alley 

London. fecit i6(jo. 

Cet instrument avait été transformée en violoncelle. 

Les violoncelles de Barak Norman ont le caractère 
de l'école de Brescia : très belles fournitures, bonnes 
épaisseurs, vernis foncé. 

Il a aussi construit des altos avant de se livrer à la 



PL. XVI 1. 



f^ Sanclus jScraphin 
;^^ Utiuenii;s Fccit 

jt^^^^^^^»^ An 11^17^ 




f:- Jolcpli Siiçidcr Papix . 
fÉIumnus Nicpîai Amati^ 



'tiisNicohi Aimti Crcmori^tit . 




».<' <E^' JPÇ-îi- 



^vLaurentîus Storîonî reftaurayit « j 
Cremonse ij^û* ' 



CHAPITRE IV. 187 

facture des violoncelles; ces instruments ont les voûtes 
bombées et des^^dessinces à l'allemande. 

Vers 1715, Barak Norman s'associa avec Nathaniel 
Cross. Les étiquettes de cette époque sont ainsi libel- 
lées : 

Barak Norman 

and 

Nathaniel Cross 

at the Bass-viol in 

s' Paul' s church yard 

London. fecit 172... 

NoRRis (John). — Né à Londres en lySg, mort en 
18 18. Il s'associa avec Robert Barnes : 

Made by Norris and Barnes 

violin^ violoncello. and boiv makers 

to their Alajesties 

Coventry street, London. 

Lutherie dans le genre de celle de Thomas Smith 
et Peter Wamsley. 

Pamphilox (Edward). — Londres, i685. 

On connaît de lui des violons petit patron de fac- 
ture très ordinaire, souvent à doubles filets. Le ver- 
nis, de couleur jaune, est de belle apparence. 

Paxormo. — (Voir ce nom aux luthiers français.) 

Parker (Daniel). — Londres, vers 1760. 
Lutherie bien faite, beau vernis rouge. 

Pemberton (Edward). — Londres, xvii'^ siècle. 



iBS LES LUTHIERS ANGLAIS. 

PowELL (Thomas). — Travaillait à Londres à la fin 
du xviir siècle : 

Alade hy Thomas 

Ponelll ; iS Cleinens 

Lane ; clare market 17^3. 

Prestox (John). — York, 1791. 

Raymax (Jacob). — Originaire du Tyrol allemand; 
vint s'établir à Londres vers 1620. Il paraît avoir été 
le premier luthier qui ait fait des violons en Angle- 
terre, car on ne rencontre aucun spécimen anglais en 
ce genre, avant les siens. Voici ce qu'en dit AL George 
Hart dans son livre sur le violon^ : 

c( Sa manière de faire est tout à fait différente de 
celle des vieux faiseurs de violes anglais; ses instru- 
ments ont l'apparence extérieure un peu grossière, 
mais pleine de caractère. La forme est plate. Les /J' 
sont très remarquables, quoique manquant de grâce; 
la volute est petite mais bien coupée; le vernis est 
très beau. » Cette description met les violons de Ray- 
man au premier rang parmi les objets de curiosité en 
lutherie. 

RooK (Joseph). — Londres, 1777. 

Ross (JoHx). — Dans une collection d'airs intitu- 
lée : Tripla Concordia, publiée à Londres, en 1667, 
par John Carr, on lit l'avertissement suivant : « Il y 
a deux jeux de violes à vendre : Tune a été faite par 
John Ross, en iSgS-. » 

i. Le Violon, ses luthiers, etc., par George Hart. Schott 
frères, Paris, 188G. 

2. R. North's, Memoirs of musik, London, 1846, page 70, 
note de l'éditeur. 



CHAPITRE IV. 189 

Shaw. — Londres, i656. 

Simpson (John). — Londres, 1790. 

Smith (Henry). — • Célèbre faiseur de violes à 
Londres, vers i63o ^ 

Smith (Thomas). — Londres, i-jbo à 1780. Elève de 
Peter Wamsley. Ses violoncelles sont encore recher- 
chés aujourd'hui en Angleterre : 

Mdde by Thoin. Smith 

at the harpj and hautboy in Pickadilly 

London ly^d. 

Smith (William). — ■ Londres, 1771. 

Strong(John). — Une viole d'une forme originale, 
de ce luthier, figurait à l'exposition du Keiisington 
Miisœum^ à Londres, en 1872, sous le n" i56. Le 
manche et la tête avaient été refaits par l'un des Banks 
de Salisbur}^ L'étiquette portait : 

John Strong, So/nmerset 16... 

Taylor. — Londres, 1770 à 1820. 
Thompson. — Londres, 1749. 

Robert Thompson at the Bass-VioUn 
in PauPs ally s' Paul' s church. yard. 

Thorowgood (Henry). — Londres xviii° siècle. 
1. R. North, lac. cit. 



ipo 



LES LUTHIERS ANGLAIS. 



Tobin (Richard). — • Londres, 1800 à i83G. Bon 
luthier, dont les instruments sont très apprécies en 
Angleterre. 

TuRNER (William). — Londres, xvii° siècle. 

JFilUain Turner at ye hand 

and cronn in gravelle lane 

neere aldgate 

London 1(1=^0. 

J'ai copié cette marque dans un superbe baryton à 
6 cordes, 6 chevilles, et 12 cordes sympathiques pas- 
sant à travers le chevalet et fixées à la place du bou- 
ton par des chevilles à clef. Très belle lutherie-, four- 
nitures splendides. (Collection Ant. Gautier, à Nice.) 

Urquhart (Thomas.) — Londres, i65o. 
Bon luthier, qui a fait beaucoup de violons d'un 
petit patron. Son vernis est, dit-on, bien réussi. 

Wamsley (Peter). — Londres, pendant la première 
moitié du xviii'-' siècle : il a une assez grande réputa- 
tion en Angleterre. J'ai eu l'occasion de voir des vio- 
loncelles de lui avec l'étiquette suivante dans l'inté- 
rieur : 

Peter JFamsley 

at ye golden harp in Piccadilly 

London Z733 

En général, mauvaises dimensions, les j;^ droites 
et disgracieuses, vernis Jaune, désagréable à l'œil. En 
somme, lutherie très médiocre. 

WiSE (Ghristopher). — Londres, i65b. 



CHAPITRE IV. lyi 

Wright (Daniel). — Londres, 1743. 

YouNG (JoH.x). — Londres, 1724. 

Son magasin se trouvait dans le St-PauTs Chur- 
chyard. Il vivait avec son fils qui était musicien. Il 
est surtout renommé par des vers spirituellement 
tournés, que le poète Purcell a faits sur lui et son 
fils. Quant à la lutherie de Young, elle paraît peu 
connue. 



LA LUTHERIE FRANÇAISE 



CHAPITRE V 

La lutherie française. — Les feseurs d'instruments en 1559. — Corporation 
des « Maistres feseurs d'instruments de musique de la ville de Paris ». 
— Statuts de la corporation. — Son importance pendant le xvm" siècle. — 
Les Renault, Dumesnil, Médard, etc. — Jacques Boquay, Claude Pierray, 
Lupot et les lutliiers du xix'' siècle jusqu'à ce jour. — Nomenclature des 
luthiers français. — Espagne. — Portugal. 

Jusqu'au règne de Henri IV, l'histoire est à peu 
près muette sur les feseurs d'instruments-, mais, à la 
fin du xvi^ siècle, nous rencontrons un document qui, 
à défaut de détails sur la lutherie elle-même, nous 
offre au moins la preuve que, chez nous, cet art avait 
pris une certaine importance. En l'année iSgg, les 
feseurs d'instruments de musique sont soumis au 
régime des corporations, et des statuts leur sont 
accordés par le roi ^ 

I. J'en ai donné le texte- in extenso dans les Instruments à 
archet, t. I", p. 142. Cette pièce a été copiée par moi aux Ar- 
chives nationales, ordonnances de Louis XIV, juin 1680. FFFF 
x'^ 8675. 

i3 



194, LA LUTHERIE FRANÇAISE. 

Pour faire partie de la corporation des « Maistres 
feseurs d'instruments de musique de la ville de Paris », 
il fallait faire six années d'apprentissage, exécuter chef- 
d'œuvre, avoir certificat de bonne vie et mœurs. Défense 
expresse à tous ceux qui ne sont pas reçus « Maistres » 
de s'occuper du métier en aucune de ses parties. 

Ces statuts furent confirmés par lettres patentes de 
Louis XIV, enregistrées le G septembre 1681, 

Quelle était donc l'importance de la lutherie à 
cette époque? Nous ne pouvons le dire d'une manière 
bien exacte ; nous savons, toutefois, que si le nombre 
des feseurs d'instruments de musique était assez grand 
pour former une corporation spéciale, ils n'avaient 
pas encore acquis une réputation suffisante pour per- 
mettre à leur réputation de s'étendre bien loin, au 
moins dans les deux branches principales de la lutherie : 
la facture des clavecins et celle des instruments à archet. 

La première était le partage des Flandres; la 
seconde appartenait à l'Italie, dont les écoles de Cré- 
mone et de Brescia produisaient déjà des merveilles. 

Les statuts accordés par Henri IV en iSgg, à la 
corporation des feseurs d'instruments de la ville de 
Paris furent en vigueur jusqu'au commencement du 
xviiie siècle; mais, à cette époque, une modification 
importante y fut apportée. Depuis longtemps déjà, de 
nombreux abus s'étaient introduits dans la gestion des 
intérêts des corporations et avaient donné lieu à des 
plaintes d'une gravité telle, que l'autorité royale dut 
intervenir. 

Par arrêts du roi des 3 mars et i(3 mai 1716, il 
avait été nommé six commissaires pour procéder à la 



CHAPITRE V, ,95 

liquidation des dettes et à la revision des comptes des 
corporations des marchands et communautés d'arts et 
métiers de la ville de Paris. La communauté des maî- 
tres luthiers fut soumise, comme les autres, à cette 
mesure administrative. 

Un membre de la corporation fut nommé chaque 
année juré comptable, il rendait ses comptes aux deux 
commissaires royaux affectés spécialement aux feseurs 
d'instruments. 

L'histoire de la lutherie française aux xvii® et 
xviii'' siècles subsistait tout entière dans les comptes 
de la corporation depuis 1699 jusqu'en 1776. Mal- 
heureusement on ne les a pas retrouvés, sauf cepen- 
dant ceux de 1744 à 1776 S dont les procès-verbaux 
ont été conservés. J'en extrais les renseignements qui 
suivent : 

La corporation se composait de quatre branches 
bien distinctes : 1° les luthiers feseurs d'instruments à 
cordes pincées ou à archet; 2° les feseurs d'instruments 
à vent; 3° les facteurs d'orgues; 4° les facteurs de 
clavecins. 

Il fallait payer 5oo livres pour être admis à la 
maîtrise, après avoir fait l'apprentissage et subi 
l'examen exigé; les fils de maîtres ne pa3^aient que 
200 livres. A cette source de revenus s'ajoutait le mon- 
tant des amendes perçues sur les délinquants : aucun 
marchand ne pouvait vendre d'instruments de musique, 
s'il n'était reçu maître juré; la contravention entraî- 
nait la saisie des instruments mis en vente. C'est ainsi 

I. Arch. nat. de Paris, section judiciaire, cote V, 7434. 



,p6 LA LUTHERIE FRANÇAISE. 

que nous voyons figurer dans les comptes de 1749 un 
article de 99 livres 4 sols (3 deniers pour les seuls frais 
de saisie. 

Le 22 novembre de chaque année, Jour de la 
Sainte-Cécile, la corporation faisait chanter, à ses 
frais, une messe dans l'église du monastère Sainte- 
Croix-de-la-Bretonnerie et, dans les occasions solen- 
nelles, un Te Deiim. 

Parmi les dépenses de 1753 figure de ce chef une 
somme de 164 livres. 

Le revenu net de la corporation, résultant des 
comptes de 1744 à 1776, ne s'élève pas en mo3^enne 
à plus de 600 livres par an, jusqu'en 1752; à partir 
de cette époque jusqu'en 1776, la mo3'enne constante 
dépasse 2,000 livres. 

On voit donc que, pendant le xviii*' siècle, les 
luthiers parisiens avaient une certaine importance, 
deux des leurs étaient même attachés spécialement au 
service du roi et jouissaient des privilèges des offi- 
ciers commensaux ^ 

Les spécimens d'instruments français à archet des 
xvi® et xvii® siècles sont tellement rares aujourd'hui, 
qu'il est très difficile de se prononcer sur leur valeur 
en parfaite connaissance de cause. 

Les Nicolas et Jacques Renault, Dumesnil, Des- 

I. « Marchans et artisans que le Roy veut estre com- 
pris dans le présent estât pour jouïr du privilège des com- 
mensaux : deux feseurs de cors et trompes, deux feseurs 

d'instrumens de musique... » 

(Extrait de l'Estat général du nombre des officiers dont le 
roy veut et 07-donne que sa maison soit composée. Paris, 1674. 
Bibl. nat., LF g-S.) 



CHAPITRE V. 197 

pons, Véron, etc., même les Médard, nous sont pour 
ainsi dire inconnus dans leurs œuvres; et cependant 
ils n'étaient pas sans mérite. 

Après les luthiers dont je viens de parler, il y a 
un progrès assez sensible : François Médard, qui tra- 
vailla, dit-on, à Crémone dans l'atelier d'A. Stradi- 
vari, Jean et Nicolas Médard, furent de bons ouvriers. 
Les Médard travaillèrentde 1680 environ jusqu'en lyiô; 
leurs violons, qui sontgénéralement d'un petit patron, 
se font remarquer par la beauté de leur vernis. 

Vinrent ensuite : 

Jacques Boquay, dont les étiquettes sont datées 
de lyoq à lySô environ. Instruments bien faits; les 
violoncelles, surtout, sont de bonne apparence et ont 
souvent une bonne sonorité. 

Claude Pierray, contemporain de Boquay : même 
genre de lutherie que le précédent. Il a laissé beaucoup de 
violons et de basses: ce sont des instruments bienfaits. 

Nous rencontrons à la même époque, à Mire- 
court, Jean Vuillaume, dont j'ai eu l'occasion de voir 
un violon de 17 18. Lutherie ordinaire, tête sculptée; 
les filets peints, les tables et les coins ornés d'un petit 
dessin noir courant autour de l'instrument vernis jaune 
léger. En résumé, sans valeur aujourd'hui, mais très 
intéressant. 

Après Boquay et Pierray vinrent : Champion, 
Guersan, Gaviniès, Salomon, Claude Boivin, Benoist 
Fleury, les Louvet, Paul Grosset, Panormo, Fent, 
L. Renaudin, etc., etc. 

La lutherie française du xviii^ siècle jusqu'en 1789 
est loin d'être sans mérite, elle est d'une bonne facture 



içB LA LUTHERIE FRANÇAISE. 

et souvent d'un joli aspect; malheureusement, nos 
luthiers d'alors travaillaient sans principes bien arrê- 
tés : c'est surtout dans les nombreux défauts d'épais- 
seur des tables et dans l'incertitude de la dimension 
et du dessin des patrons qu'il est facile de s'en aper- 
cevoir. Un autre inconvénient capital se produit dans 
toute la seconde moitié du xviii° siècle : le vernis est 
devenu mauvais. On attribue à Louis Guersan, qui 
succéda à Boquay, l'introduction en France du vernis 
à l'alcool : c'était commettre la plus grave de toutes 
les erreurs. Ce vernis, qui offre l'avantage de sécher 
très vite, a l'inconvénient de paralyser les vibrations 
et de nuire à la sonorité; il était déjà usité en Italie 
par les luthiers de la décadence, lorsqu'on commença 
à s'en servir chez nous. 

Nous n'avons donc produit en France, pendant 
tout le xviii* siècle, que des instruments de second 
ordre; et, jusqu'au moment où Nicolas Lupot vint 
s'établir à Paris, nous sommes restés dans un état 
d'infériorité trop réel. jNIais lorsque ce dernier com- 
mença à travailler sérieusement, une sphère nouvelle 
s'ouvrit pour nous, et l'époque brillante de la lutherie 
française s'annonça pour aller grandissant jusqu'au 
moment actuel, 

Nicolas Lupot, né en lySS, mort en 1824, vint 
à Paris en 1798, et, pendant vingt-six ans, pas un 
instant ne fut perdu pour l'art. Travailleur assidu, un 
instrument ne sortait jamais de son atelier sans avoir 
été entièrement fait par lui. C'était un artiste dans toute 
l'acception du mot : il ne confiait à personne le soin 
du plus petit détail; aussi reconnaît-on à tout ce qui 



Pl. XVI II. 



^4^ 






'J^''^-» ?=»!-■!» -s-- —'-»*? 



5 Cremohenfr$ 



eus Stradivarius Cremonenfis 
«•xâiis^iÀntoiîufacicbat Aono lyzjflju 



Crf mon*.- 5^ccil^ Ann0 1740: oB . 







CHAPITRE V. 199 

est sorti de ses mains un air de famille auquel il est 
impossible de se méprendre. La grande force de Lupot 
a été sa connaissance très sérieuse des grands maîtres 
italiens : Stradivarius lui servit de type; il ne pou- 
vait pas en prendre de meilleur. 

Charles-François Gand, élève distingué de Lupot 
et son gendre, lui succéda en 1 824 ; il a laissé un assez 
grand nombre d'instruments estimés; il se distinguait 
particulièrement par la connaissance approfondie qu'il 
avait des instruments italiens. 

Autour de Gand vinrent se grouper : Chanot, l'un 
de nos luthiers les plus habiles et qui avait une capa- 
cité de premier ordre pour la réparation ou les modi- 
fications à apporter aux anciens instruments; Bernar- 
del, qui a laissé beaucoup d'instruments bien faits et 
d'une bonne sonorité, Thiboust, Maucotel, Rambaux, 
Mennégand, G. Henry, Miremont, Germain à Paris, 
Jeandel à Rouen, Lapaix à Lille, Silvestre à Lyon, 
Simonin à Toulouse, Derazey, Grandson fils, Gaillard 
à Mirecourt, tous luthiers de mérite dont le nom 
figure honorablement dans les récompenses accordées 
par les jurys des expositions internationales inaugurées 
par l'Angleterre. 

Mais parmi tous ces hommes de talent, il en est un 
dont je n'ai pas encore prononcé le nom, et qui res- 
tera l'une des gloires les plus brillantes de la lutherie 
française au xix*^ siècle. Je veux parler de Jean-Bap- 
tiste Vuillaume, auquel je consacre une longue notice 
biographique à la fin de ce chapitre. 



LES LUTHIERS FRANÇAIS 



Aldric. — Très bon luthier qui a travaillé pen- 
dant longtemps à Paris. 

La marque la plus ancienne que j'aie rencontrée de 
lui se trouvait dans une basse : 

Fait par Aldric ^ luthier ^ 

rue des Arcis, i6, 

Paris. 17^2. 

Les autres sont datées de la rue de Seine-Saint- 
Germain, 71, où il a demeuré jusqu'en 1840, époque 
où son neveu Aubry a pris la suite de ses affaires. 

La plupart des étiquettes d'Aldric sont manu- 



20a LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

scrites; il en employait aussi une imprimée dont voici 
le libellé : 

Rue de Seine j 71, près celle de Bussy. 
Aldricy 
Luthier à Paris 18 . ., (Pl.xx.) 

La lutherie d'Aldric est remarquablement bien 
faite; elle commence dignement avec celle de Lupot, 
quoique bien inférieure à cette dernière, la bonne 
école française. 

Son vernis est généralement rouge et de belle 
apparence, mais un peu trop épais. 

Il existe aussi de lui des altos faits de vieilles violes 
italiennes, dont la facture atteste une habileté hors 
ligne. 

Alibert (Jean-Pierre). — Né le 22 mars 1820 à 
Montauban (Tarn-et-Garonne). 

Propriétaire exploitant des mines de graphite et de 
néphrite dans la Sibérie orientale. Officier de la Légion 
d'honneur et de l'instruction publique. 

M. Alibert est l'inventeur d'un système de chevilles, 
assurant l'accord parfait des instruments à cordes. 
Cette invention, destinée d'abord au seul mécanisme 
du piano, fut étendue plus tard par l'auteur aux instru- 
ments à archet ^ 

Elle apporte dans l'accord une facilité et une recti- 
tude mathématique absolument remarquables. 

Voici le résumé du système : 

I. La maison Pleyel-Wolff l'adopta pour les pianos, après 
une suite d'essais concluants. 



CHAPITRE V. aoj 

La "mortaise du cheviller est recouverte par une 
plaque en bois, sur laquelle sont ménagées les entailles 
destinées aux chevilles nouvelles; le mécanisme est 
placé dans l'intérieur de la mortaise. 

Le dessin et les explications qui suivent en don- 
neront une idée exacte : 




A. Clef pour enrouler et assujettir la corde. 

B. Levier qui tend progressivement cette corde. 

C. Vis qui fait basculer le levier et qui amène 
l'accord à la justesse rigoureuse. 

Les chevilles ordinaires deviennent inutiles, mais 
on peut les conserver afin de ne pas altérer l'aspect 
de la tête. 

L'invention de M. Alibert a reçu les encourage- 
ments les plus flatteurs des grands violonistes de notre 
époque : Alard, Joachim, Marsick, Sarasate, etc., ont 
été unanimes pour reconnaître que les chepilles Ali- 
bert accordent l'instrument apec une perfection ma- 
thématique inconnue jusqu'à ce jour. 

Le système peut s'appliquer au violon, à l'alto et 
au violoncelle. 



20+ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Allard. — A Paris, rue du Petit-Pont, n"" 9, en 
1788. 

Amelot. — -Luthier à Lorienten 1829. Nous avons 
de lui une étiquette élégante, composée d'un écu chargé 
d'attributs de marine, surmonté d'une sirène jouant 
de la conque. Sous l'écu est imprimé en petites 
lettres : 

Amelot. luthier, 
Lorient. 182 <j. (Pi. xx.) 

AuBRY neveu. — Prit la suite d'Aldric à Paris, rue 
de Seine-Saint-Germain, en 1840. 

AuDixoT (Nicolas). — Né à Mirecourt, le 12 dé- 
cembre 1842, fit son apprentissage chez son père dans 
cette ville. 

Il vint à Paris en i863 et entra comme ouvrier 
chez Sébastien Vuillaume, qu'il quitta en 1868 pour 
s'établir rue du Faubourg-Saint-Denis, 17. Il prit la 
suite des affaires de Sébastien Vuillaume à la mort 
de ce dernier en 1875, et, depuis lors, il a toujours 
maintenu ses ateliers boulevard Bonne-Nouvelle, 17. 

Les instruments faits par M. Audinot, rue du Fau- 
bourg-Saint-Denis, portent l'étiquette suivante impri- 
mée : 

N. Audinot j 

Luthier, 

Elevé de Vuillaume, 

Paris, 18 . .. 

Avec la signature manuscrite ainsi que le millé- 
sime, cette période va jusqu'au numéro -i38. 



CHAPITRE V. ^aos 

Les instruments construits boulevard Bonne-Nou- 
velle jusqu'à ce jour ont les numéros i3g à 482. 

N. Audi no tj 

ly, boulevard Bonne-Nouvelle^ 

année iS . .. 

' Signature, nume'ro, et les deux derniers chiffres 
du millésime, manuscrits. 

M. Audinot s'est fait une place distinguée parmi 
nos meilleurs luthiers parisiens : talent personnel, 
dévouement à son art, grande expérience acquise par 
plus de trente années de travaux intelligents et soutenus. 
Ses instruments peuvent être classés parmi les meilleurs 
de l'époque actuelle. 

AuGiizRE. — L'un des meilleurs ouvriers de Clé- 
ment, à Paris, rue des Bons-Enfants. Il s'établit en 
i83o, rue Saint-Eustache, n" 12, en compagnie de 
Calot. Augière et Calot ont fait de très beaux vio- 
lons. 

Bachelier. — A Paris, place Baudoyer, en 1788. 

Bassot (Joseph.) — A Paris, rue Chabannais, n° i, 
dès 1788 : 

Joseph Bassot^ luthier^ 
Paris, i8o2. 

Etiquette imprimée, entourée d'une petite vignette 
légère, relevée dans un violon bien fait, joli vernis 
couleur rose rouge, fond ambré, peu épais; lutherie 
digne de Lu pot. 

La première époque est moins bonne : vernis 
jaune, facture très ordinaire. 



2o6 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Berge. — Il existe sous ce nom une vielle orga- 
nisée, au musée du Conservatoire de Paris (n° i3i 
du catalogue), avec l'indication suivante gravée au 
fond : 

Berge, à Toulouse. 1771. 

Bernardel (Sébastiex-Philippe), — L'un des lu- 
thiers français les plus distingués de notre époque. 
Né à Mirecourt en 1802. Après avoir fait son appren- 
tissage dans sa ville natale, il vint à Paris en 1820 et 
entra comme ouvrier chez Nicolas Lupot et ensuite 
chez Gand père. Il quitta la maison en 1S26 pour 
s'établir à son compte. J'ai eu l'occasion de voir un 
violon fait par Bernardel après sa sortie de chez Gand 
et qui atteste déjà, par sa belle facture et sa bonne 
sonorité, un talent de premier ordre. L'instrument 
porte l'étiquette suivante écrite de la main de Bernar- 
del lui-même : 

Bernardel, luthier, 

ex-ouvrier du s^ Lupot, 

rue Coquilliere . n° -i-^, à Paris, 

l'an 1S2G. (Pi. XX.) 

C'est peut-être le premier violon de Bernardel por- 
tant sa signature. 

Bernardel exerça seul sa profession de 1826 a 1859; 
à cette époque il s'associa ses deux fils Ernest-Auguste 
et Gustave-Adolphe, et la maison devint Bernaï^del 
et Jîls. 

Bernardel père se retira en 1866. 

M. Eugène Gand s'associa alors avec les deux frères 
Bernardel, et les deux maisons Gand et Bernardel 



CHAPITRE V. 207 

furent fondues ensemble sous la raison sociale Gand 
et Bcrnardel frçres, qui existe aujourd'hui, passage 
Saulnier, 4. Sébastien-Philippe Bernardel père est 
mort le 6 août 1870, laissant un grand nombre d'in- 
struments estimes, surtout des violoncelles d'une so- 
norité remarquable. 

Bertrand (Nicolas). — A Paris, de i-job à lySS 
environ. 

Je connais de lui une basse de viole bien faite : 
vernis rouge très croûteux et mat. L'instrument est 
marqué au feu, du nom de l'auteur, sur le bouton de 
la poignée, et porte intérieurement une étiquette : 

Nicolas Bertrand. Paris ^ 1720. 

Bessard (Louis). Maître-juré comptable de la cor- 
poration des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris, pour l'année lySS. 

Blaise. — A Mirecourt. Première moitié du 
xix^ siècle. 

Blanchard (Paul-François). — - A Lyon. 

Né à Mirecourt en i85i. 

Après avoir fait son apprentissage dans sa ville 
natale, M. Blanchard travailla pendant sept années dans 
les ateliers de H.-C. Silvestre à Lyon, et s'établit lui- 
même dans cette ville en 1876. Depuis cette époque, 
il s'est livré avec succès à la facture des instruments 
neufs, en suivant les errements de nos anciens luthiers 
français : tous les instruments portant sa marque per- 
sonnelle sont entièrement faits par lui. 



208 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Ceux construits dans ses ateliers, sous sa direction, 
ont une étiquette particulière. 

Belle lutherie, facture soignée, patrons élégants, 
bien dessinés, filets d'une grande pureté, vernis rouge 
brun à l'huile, léger et bien réussi. 

Aucune imitation de vieux. Outre l'étiquette inté- 
rieure, les lettres P. B. entrelacées sont marquées sur 
le bouton du manche, dans les instruments de l'époque 
actuelle. 

Ses étiquettes portent : 

Époque de 1876 à 1887 '^^ ^" ^ à i36 : 

Fait par Paul Blanchard^ 
P. B. à Lyon en iSjG. n° i. 

A partir de l'année 1887 : 

Fait par Paul Blanchard^ 
à Lyon, en i83/, n° ij7. 

Entourée d'une vignette enrubannée avec la légende 
de Duiffoprugcar : 

Vivafuiin silvis, etc.. 

Les instruments faits dans ses ateliers, sous sa di- 
rection, sont marqués : 

Fait dans Patelier 
de P. Blanchard. Lyon. iS. .. 

BoiviN (Claude). — • Bon luthier, établi à Paris 
dans le courant du xviii^ siècle. Il fut maître-juré comp- 
table de la corporation des maîtres luthiers feseurs 



PL. XIX. 



NTartoÂnt-o 
d/ù Çarl 




ÇoK^ntonicï Teftorc figiio: 
di Càda Qiufeppe Teftore 
înContradaLarga di Mila-. 
no al Sep^f^odeir Acquila;.iv 




ii ïl i'^ >l l ll l.H fWHl l i irtm l H » ! 



(i^c^m vABovA.m^ 




T^'^.-Blf: 



MCESCO \'EB.tr/E. 



i'9t3eif7ixs è^gMUmiuid*J i -k*st*»^j^^ 




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leroiHinQ 



Vir m 






CHAPITRE V. 209 

d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1752. 

Le musée instrumental du Conservatoire de Paris 

possède de lui une guitare (n° 172 du catalogue) datée: 

Paris . rue Tiquetonne. ij'f^ ; 

On trouvera à la planche xxi un fac-similé de son 

étiquette ainsi libellée : 

Claude Boivin^ 

Rue Tiqnetonne, à la Guitare royale, 

à Paris iJ'fS. 

BoQUAY (Jacques). — A Paris de 1706 à 1735 en- 
viron : contemporain de Pierray, dont la lutherie res- 
semble beaucoup à la sienne. On en rencontre de nom- 
breux spécimens; ses violons surtout ont eu de la ré- 
putation, et la méritaient à certains égards. Le vernis 
est également rouge brun, assez flatteur à l'œil ; quel- 
quefois il tire sur le jaune (PL xxi). 

BouRDET (Jacques). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris, pour l'année 175 1. 

BouRDET (Sébastien). — L'un des premiers luthiers 
marquants de Mirecourt, au commencement du 
xviii^ siècle. 

BouRGARD. — A Nancy. 

Dans un violon de bonne facture, genre Médard, 
étiquette carrée manuscrite d'une écriture écohère : 

P par moi , 

Bourgard. facteur 

d'instruments, rue 

de la Posonnerie. à 

ij Nancy S6. 

H 



2,o LES LUTHIERS FRANÇAIS 

Ce nom de Bourgard est probablement celui de 
Burghardt, commun dans la Suisse allemande, et quia 
été francisé. 

BouRLiER (Laurent). — Né à Mirecourt en 17*37, 
mort en 1780. 

Breton (J.-T.). — A Paris, dans le courant du 
XVIII* siècle. 

A défaut d'échantillon de sa lutherie, en voici un de 
sa latinité : 

J. F. Breton, citharae-fa- 
hricdtor, facit. vendit et re- 
concinat instrumenta musica 
oninis generis. — Parisiis anno 
1740. 

Breton. — Contemporain de Nicolas aîné, à Mire- 
court. Il a travaillé dans cette ville de 1812 à i83o. 
Ses étiquettes portent : 

Luthier de S. A. R. M'"' la Duchesse 
d Angoulèine. 

Quelquefois, au milieu de l'étiquette se trouvent gra- 
vées les armes de France accolées, surmontées de la 
couronne ducale. 

Lutherie faite avec soin, bon patron, les filets bien 
réussis, voûtes un peu bombées, vernis jaune. Nous 
avons eu souvent l'occasion de voir des violons de 
Breton, qui ne sont pas rares et n'ont pas grande va- 
leur commerciale aujourd'hui. 

Brugère (François). — Né à Mirecourt en 1822, 
mort en 1874. 



CHAPITRE V. 211 

Cabroi.y. — Travaillait à Toulouse. Étiquette ori- 
ginale : 

Fait par Cabroly, 
à Toulouse^ ij'i?' 

avec une vignette à la Bergonzi. 

Calot. — Né à Mirecourt : luthier de mérite, qui 
travailla chez Clément comme ouvrier, et s'établit en- 
suite en iS3o, en société avec Augière, rue Saint- 
Eustache, n° 12. 

Augière et Calot ont fait des instruments très re- 
marquables par leur belle facture et leur sonorité. 

Carox. — Luthier ordinaire de la reine, à Versailles, 
rue Satorj', il85 . Étiquette d'un théorbe décacorde 
du musée du Conservatoire de Paris (n" 140 du cata- 
logue). Nous avons vu de lui un alto bien fait, vernis 
brun-noir, avec Tétiquette : 

Caron^ luthier de la Reine, rue Royale, à J'ersailles^ ^777 • 

Carré (Axtoixe). — Habile luthier établi à Arras 
vers le milieu du xviii^ siècle, qui s'est surtout distin- 
gué dans la construction des vielles organisées. 

Castagxeri (Axdré). — Luthier italien établi à 

Paris dans le courant du siècle dernier. Nous avons 

relevé de lui une étiquette, dans un alto faisant partie 

de la collection de AL le vicomte de Janzé : 

Andréa Casta^neri nell 
palaiio di Sœssone. Piriggi. ij^i (Pi. xxi ) 

Le tout entouré d'une petite vignette'. 
L'instrument est bien fait et d'une bonne sonorité; 

I. L'hôtel de Soissons et ses dépendances occupaient un 
vaste emplacement situé entre la rue Coquillière, celle des 



212 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

le vernis est jaune, dans le genre de celui de Louis 
Guersan. 

Champion (René). — Travaillait à Paris pendant la 
première moitié du xviii^ siècle. Jolie lutherie, faite 
avec soin; vernis jaune assez bon, dans le genre de 
Boquay, dont il paraît être l'élève. 

Voici une étiquette que nous avons relevée dans 
un de ses violons : 

René Champion^ rue des 
Bourdonnais, à Paris. 17 Jj,. 

Chanot (Francis). — Né à Mirecourt en 1788. In- 
génieur de la marine : savant distingué, il s'était livré 
à des études d'acoustique, à la suite desquelles il 
inventa un violon de forme nouvelle. 

L'exploitation commerciale de cette idée dura de 
1818 à 1824', à cette époque, Francis Chanot reprit 
ses fonctions dans la marine, et mourut à Rochefort 
en 1828, ayant atteint le grade d'ingénieur de première 
classe. 

(PI. xxii). Les lettres C. L D., qui accompagnent 
son nom, sont les initiales de son titre : Capitaine, 
Ingénieur, Deuxième classe. 

Deux-Écus, celle du Four et celle de Grenelle. A main gauche 
et du côté des rues Coquillière et de Grenelle était un grand 
parterre accompagné de plusieurs allées d'arbres, qui offrait 
une promenade agréable aux habitants du quartier. Du temps 
de Law, on le détruisit pour en faire une espèce de bourse où 
se négociait le papier. Cet hôtel a été entièrement abattu et 
détruit dans les années 1748 et 1749. (Piganiol de la Force. 
Description historique de la ville de Paris, t. III, p. 235 et 
suivantes.) 



CHAPITRE V. 21} 

Chanot (Gf^orgpis). — Frère du précédent. Né à 
Mirecourt le 26 mars i8or, l'un des luthiers les plus 
habiles de l'École française de notre époque. Après 
avoir fait son premier apprentissage dans sa ville 
natale, il vint à Paris en 18 19, et entra chez son frère 
pour travailler à la facture des violons d'un nouveau 
modèle, pour lesquels ce dernier avait obtenu un 
brevet en 18 17. L'année suivante, il entra chez Clé- 
ment, l'un des bons luthiers du temps. En 1821, il 
fut engagé chez Gand, qu'il quitta en 1823 pour s'éta- 
blir à son compte rue Oblin, près de la Halle au blé. Il 
demeura successivement place des Victoires, 1825- 
1828; passage Choiseul, 1828- .837; rue de Rivoli, 
1837-1848; et enfin quai Malaquais. 

Georges Chanot joignait à une science approfondie 
de son art une connaissance hors ligne des anciens in- 
struments italiens, dont il avait fait une étude spéciale. 

Il a fait des instruments neufs qui se distinguent 
parleur belle facture et leur bonne sonorité; mais il 
excellait surtout par une grande habileté de main dans 
la réparation des anciens instruments. 

Artiste enthousiaste, il avait su communiquer aux 
siens le feu sacré : lors de l'Exposition de Paris en 
1827, on fut très surpris de voir figurer parmi les 
produits de la lutherie française un violon remar- 
quable fait par une dame, et cette dame était 
M'"® Chanot^ : c'est un fait probablement unique dans 
l'histoire de la lutherie. 

I. Description d'un violon historique et monumental ^ par 
Cyprien Desmarais. A Paris, chez Dentu, au Palais-Royal, i836, 
brochure in-S" de 3/ pages. 



si4 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

M""' Chanot fit plusieurs violons : elle travaillait 
régulièrement et avec assiduité près de son mari, et 
lui rendait de véritables services. 

Devenu veuf, G. Chanot se remaria en iSôg. 

11 quitta les affaires en 1872, époque à laquelle il 
céda son fonds à son beau-fils, Mv Joseph Chardon, son 
élève, qui a su profiter de ses bons conseils et de ses 
leçons, car il est aujourd'hui l'un de nos luthiers pari- 
siens les plus distingués, surtout pour la réparation et 
la connaissance des anciens instruments. 

Georges Chanot eut de son premier mariage un 
fils portant aussi le prénom de Georges, qui commença 
l'étude de la lutherie avec son père. En i85i, il partit 
pour Londres, où il travailla pendant plusieurs 
années chez Maucotel, luthier français établi dans cette 
ville ^ En i858,M. Chanot (Georges II) entreprit lui- 
même les affaires pour son compte, et il est aujour- 
d'hui l'un des bons luthiers de Londres. 

Georges Chanot père, en quittant les affaires, s'était 
retiré à Courcelles, près de Gif (Seine-et-Oise), oia il 
est mort le 10 janvier i883, dans sa quatre-vingt- 
deuxième année. (PI. xxii.) 

Chapply (Nicolas-Augustin). — Bon luthier, qui 
travaillait à Paris dans la seconde moitié du 
xviii® siècle. 

La date la plus ancienne que nous a3-ons relevée 
dans les instruments que nous avons vus de lui, est 
1762. Son nom, avec l'initiale N, est marqué au feu, 

I. Maucotel de Londres était le frère de celui de Paris. 



CHAPITRE V. 



2IS 

sur le bouton du talon du manche; quelquefois il y a 
une étiquette intérieure portant le mrc dQ luthier de 
S. A. R. la duchesse de Montpeiisier. 

Les violons de Chappuy ne sont pas sans mérite : 
la facture en est bonne; mais son vernis à l'alcool, 
comme celui employé par tous les luthiers français de 
l'époque, est mauvais, la nuance est généralement jaune. 

Le musée du Conservatoire de Paris conserve reli- 
gieusement un violon de Chappuy, qui a servi pendant 
trente-sept ans à Fr. Habeneck, comme professeur de 
l'École (n" 10 du catalogue). 

Charotte. — Natif de Mirecourt, a travaillé à 
Rouen de iS3o à i836. 

Cherpitel (Nicolas-Émile). — • Né à Mirecourt 
en 1 84 1 . 

Il a fait son apprentissage dans sa ville natale et 
est entré en iSSq chez Gand frères, à Paris, où il est 
resté ouvrier jusqu'en 1870. 

Sous la direction de ces maîtres expérimentés, 
M. Cherpitel s'est formé aux bonnes traditions. 

En 1870 il s'est établi rue Saint-Denis, 364 (ancien), 
et en 1884, i^ ^st venu se fixer rue du Faubourg- 
Poissonnière, 16. 

M. Cherpitel marque ses instruments neufs de 
l'étiquette suivante : 

Nicolas- Emile Cherpitel^ à Paris ^ 

zj, Faubourg Poissonnière^ N. E. G. 

Chevrier (André-Augustin), — Luthier à Bruxelles, 
iS3S. — Libellé d'une étiquette manuscrite placée dans 



21(5 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

un violon bien fait, vernis rouge-orange, épais, cra- 
quelé, façon Lupot. Chevricr était natif de Mirecourt. 

Claudot (Augustin). — Commencement du 
XVIII® siècle. Il marquait ses instruments de son nom 
au fer rouge dans le fond, à la place de l'étiquette. 

Lutherie commune, mais qui ne manque pas d'un 
certain mérite : ses modèles sont en général bien 
coupés; vernis jaune. 

Clément. — Établi à Paris, rue des Bons-Enfants, 
de i8i5 à 1S40 environ. 

Clément produisait peu par lui-même, mais il 
employait des ouvriers de talent, parmi lesquels je 
citerai Georges Chanot, Augière, Calot et Thomassin. 

Cliquot (Louis-Alexandre). — Maître-juré comp- 
table de la corporation des maîtres luthiers feseurs 
d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1756. 

Cliquot (Henri). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1765. 

CoLLiCHON (Michel). — Paris, 1693. Étiquette 
manuscrite relevée dans une viole à six cordes, touche 
en écaille, fond plat, vernis jaune transparent, érable 
moucheté, tête sculptée. 

Collin-Mézin (Charles-Jean-Baptiste). — Né à 
Mirecourt en 1840. Il fit son apprentissage chez son 
père : Claude-Nicolas (mort en i865). — Excellent 
luthier de Mirecourt et l'un des meilleurs élèves de 
François Vuillaume de Bruxelles. Charles-Jean-Bap- 
tiste Collin-Mézin, dont les aptitudes naturelles étaient 



CHAPITRE V. 217 

Stimulées par une ambition très légitime de parvenir, 
après avoir termine son apprentissage et exerce pendant 
quelques années dans sa ville natale, vint s'établir à 
Paris en 1868. 

Les débuts furent d'abord pénibles et les résultats 
d'un travail opiniâtre et intelligent peu rémunérateurs, 
mais le Libor improbiis devait avoir raison des dif- 
ficultés; bientôt le nom de Collin-Mézin se fit con- 
naître; et aujourd'hui ses instruments ont une répu- 
tation méritée. 

L'appréciation exacte de cette lutherie « Collin- 
Mézin » ne peut être mieux constatée que par les 
nombreux témoignages délivrés à l'auteur par les 
artistes les plus en renom de notre temps : 

Sivori, Massart, Léonard, Maurin, Sauzay, Fran- 
chomme, Jacquart, Chevillard, Marsick, Marie 
Tayau, etc., ont tous été unanimes pour reconnaître, 
dans les termes les plus flatteurs, l'excellence des in- 
struments de AL Collin-Mézin. ( \"oir le prospectus 
imprimé de l'auteur). 

M. Collin-Mézin, établi d'abord rue du Faubourg- 
Poissonnière, aux n"' 18 et 14 jusqu'en 1876, transféra 
ses ateliers au n" 10 de la même rue, où ils sont en- 
core aujourd'hui. 

Les instruments de la première époque, allant de 
1868 à 1876, sont marqués de l'étiquette suivante: 

Longueur : 9 cenc. 
Hauteur : 2 cent. 

Ch. J. B. Collin-Mdiinjils, luthier, 
Paris^ l'an iSjo, 



2i8 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Sur le côte droit, un cercle à double filet avec les 
initiales entrelacées en anglaise légère, G. M, et 
l'adresse manuscrite : Faubourg Poissonnière, 14. 

De 1876 a l'époque actuelle : 

Longueur : 9 cent. 
Hauteur : 3 1/2. 

Ch. J. B. Collm-Méiln.fils, 

Luthier à Paris. 

rue du Faub" Poissonnière, lo. 

Sur le côté droit, un cercle à double filet avec les 
initiales C. M. en romain, surmontées d'une petite 
croix pattée. 

Depuis l'année 1879 ^^ ^"^^^ fi^^ ^ ^^^ supprimé sur 
toutes les étiquettes. M. Collin-Mézin met en outre 
sa signature manuscrite : 




sur le fond de chaque instrument, à côté de l'àme, 
avec un numéro d'ordre au-dessus. — Mesure excel- 
lente; qui eût rendu de grands services à l'histoire 
de la lutherie si elle avait été scrupuleusement 
adoptée par les grands luthiers italiens de l'ancienne 
époque. 

M. Collin-Mézin n'est pas seulement un habile 
facteur d'instruments, il est reconnu par tous comme 
un réparateur de premier ordre. 



CHAPITRE V. 219 

Les récompenses suivantes lui ont été décernées : 
Paris 1878. — Médailles d'or et d'argent. 

» 1870. — Médaille d'or. 

» 1884.— Nommé officier d'Académie. 

CousiNEAU (Georges). — Fabricant de harpes, qui 
fut maître-juré comptable de la corporation des maî- 
tres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, 
pour l'année 1769. 

CucHET (Gaspard). — A Grenoble : 

Fait par Gaspard-Cuchet à 
Grenoble Mil sept cent i<). 

Étiquette imprimée en gros caractères; 7 1/2 cent, 
sur 3 1/2. 

CuxAULT (Georges". — A Paris, 6, rueClauzel. Né 
à Paris en i856, il a fait son apprentissage à Paris. 

Après avoir travaillé chez Miremont de 1874 à 
18S2, il s'est établi pour son compte, d'abord faubourg 
Poissonnière, n° 53, et ensuite rue Clauzel, n° 6, où 
il demeure aujourd'hui. 

M. G. Cunault est un ouvrier habile, travaillant 
beaucoup par lui-même, et dont les instruments 
neufs attestent une connaissance et une pratique sé- 
rieuses de la lutherie. 

CuxY. — Luthier très ordinaire, qui travaillait à 
Paris dans le courant du xviir siècle. — Vernis brun, 
épais. 

Il marquait ses instruments dans le fond, au feu, de 
ces deux mots : 

Ciinv- à Paris. 



220 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

David. — • Contemporain de Pierray, A Paris 
vers ijSo. Lutherie commune. 

Defresnr (Pierri:). — A Rouen : 

Fait par moi. Pierre Defresne^ maistre luthier a Paris^ 
demeurant rue iV'"' St-Lô à Rouen 17^7. 

Ce Pierre Defrcsne s'était établi à Rouen, en 1731, 
à l'aide d'un brevet de faveur du duc de Luxem- 
bourg, l'autorisant à se faire admettre, moj^ennant 
cent livres, dans la corporation des feseurs d'instra- 
ments, etc., etc.^ Son admission avait rencontré une 
opposition très vive de la part des membres de la cor- 
poration, et dès le 16 avril lySi, des poursuites 
avaient été autorisées contre lui comme «faux ouvrier», 
c'est-à-dire n'a3''ant pas le droit d'exercer le métier. 
Il avait cependant continué; mais, quelques années 
plus tard, les poursuites recommencèrent et le procès- 
verbal de la séance du 29 octobre 1 784 s'exprime ainsi : 
« Autorisation de poursuivre le s'' Defresne, qui, 
sans qualité, s'est immiscé non seulement d'ouvrir 
boutique, mais encore d'3^ placer une montre dans 
laquelle il s'y titre de Maistre de Paris et ce, pour 
s'attirer tout ce qui peut estre de la compétence des 
maistres luthiers de cette communauté. » 

Il consentit par transaction à payer cent livres 

I. Archives départementales de la ville de Rouen; Registre 
des délibérations de l'assemblée des maistres joueurs et feseurs 
d'instruments tant à corde qu'à vent et maistres à danser en la 
ville, fauxbourgs et banlieu de Rouen. 

Les droits à payer pour se faire recevoir «maistre» étaient 
de 5oo livres, mais ils étaient généralement réduits à 260. 



Pi.. XX. 






Rue de Seine , N" 71, /'/rscr/A- f/f /hisxtf. 

ALDRIC, 

Lu th ic? 'à Fa? 'is . an i»^^ 



é'g^<^-<-^<!gr<.^s;^g<:^3^3>^:^>3^^^:»i>^^J 




Amelot , Luthier , 



V iir C •. t' t.v 



/ PJfWy 



;iKR:^Aiiio^:ï. /..//..,.//,., y, o^a./ 



.\-.« mViiI.. l'i^aiiii.., .^I-.-.':'. 



?// 



MEDAILLE OR ET D ARGENT . 

2'jx Expositions de 1844 -il 1845. .^^ 

BERNARDEL.Lulhier.Eieve h Lupot i 

A PARIS 18^:^ ^A^ettto^fV^ 



CHAPITRE V. 221 

le 3i janvier 1735, et lit dès lors partie de la corpo- 
ration, en continuant de prendre le titre de «Maistre 
de Paris », ce qui lui attira de nouvelles et incessantes 
difficultés avec les luthiers rouennais. 

De Lannoy (H.-J.). — A Lille. 
Bonne lutherie bien faite : 

H.-J. de Ldiinoy^ sur la petite place, 
au-dessus des halles, à Lille^ i/i-/- 

Delauxay. — Le musée instrumental du Conser- 
vatoire de Paris possède de ce luthier une vielle 
datée: Paris 1770 (n° i3odu catalogue). 

Deleplanque (Gérard). — • Luthier de Lille, dont il 
existe un très beau cistre au musée du Conservatoire 
de Paris (n"i88 du catalogue) ; cet instrument est daté 
de 1768. Il y avait à l'Exposition de Paris, en 1878, un 
joli pardessus de viole de ce luthier, daté de 1766. 
Vernis jaune-rosé. 

Etiquette petite (6 cent, sur 3) entourée d'une vi- 
gnette légère : 

Gérard J. Deleplanque 

Luthier^ rue de la Grande- 
Chaussée, coin celle des 

Dominicains^ à Lille, ^770. 

Derazey. — A Mirecourt. Il a pris la suite des 
affaires de Joseph-Nicolas fils, en 1864. M. Derazey 
a obtenu une médaille aux Expositions de Paris en 
i855 et de Londres en 1862. 

Deroux (Sébastien-Auguste). — Né le 29 juin 1848, 
à Mirecourt, fit son apprentissage dans sa ville natale, 



223 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

chez son père, travailla ensuite à Lyon, cliez Silvestre, 
de 1866 à 1869. 

Après avoir satisfait pendant quatre ans, au ser- 
vice militaire, il entra chez Miremont, à Paris, où il 
resta du 20 novembre 1873 au i5 juillet 1884. 

Lorsque ce dernier quitta les affaires en 1884, 
M. Deroux s'établit pour son compte, rue Geoffroy- 
Marie, n° 16, où il exerce aujourd'hui. 

Pendantles onzeannées consécutives que AL Deroux 
passa chez Miremont en qualité de premier ouvrier, 
il contribua pour une large part à la prospérité de la 
maison de son maître par sa collaboration habile et 
intelligente, et lorsqu'en 1884 il s'établit pour son 
compte, la clientèle le suivit avec intérêt dans sa nou- 
velle entreprise. 

j\L Deroux s'occupe avec succès de la facture des 
instruments neufs et des réparations, sa marque est 
ainsi libellée : 

S. A. Deroux. 
16 } rue Geojroy-Alarie. 

Paris iSS . 

Au-dessus du millésime se trouvent les lettres 
A. S. D. superposées. 

Despons (Antoine). — Fétis le fait vivre au com- 
mencement du xvip siècle, en disant que ses violons, 
devenus très rares, ont été estimés et recherchés. 
Nous n'avons rien pu découvrir de lui, en instru- 
ments ou en étiquettes. 

Desrousseau. — A Verdun. 



CHAPITRE V. 22j 

Étiquette imprimée, entourée d'une vignette. Date 
effacée. — xvur siècle. 

DiEULAFAiT. — Il existe au musée du Conserva- 
toire de Paris une basse de viole française de la fin 
du xvii^ siècle, réparée par Dieulafait, avec son nom 
et la date de 1720 (n° 107 du catalogue). 

Droulot. — A Paris, rue du Temple, n'^ 35, en 
1788. 

DucHÉRO.x (Mathurix). — A Paris, contemporain 
de Boquay, dans les trente premières années du 
xviii® siècle. Nous avons vu une étiquette de lui : 

Mathurin Duchéron. à Pan's^ 

Du Mesxil (Jacques). — Luthier habile qui tra- 
vaillait à Paris dans le courant du xvii^ siècle. 

Nous avons eu l'occasion de voir de lui une po- 
chette très curieuse, datée de i655 portant une éti- 
quette manuscrite. Le corps de l'instrument mesure 
en longueur o'",2o de bord à bord, et o'",395 du haut 
du manche jusqu'au bas. 

La table de fond est en bois d'érable ainsi que les 
éclisses. C'est un érable très veiné, connu en France 
sous le nom de bois de violettes. Celle de dessus est 
en cèdre. Les filets sont incrustés en argent et en ba- 
leine; la touche et le tire-corde, faits en ébène, sont 
incrustés en argent; la tête est surmontée d'une figure 
de femme sculptée. Le vernis rouge-marron est bien 
réussi. 

La facture générale de ce bijou atteste un ouvrier 



22j LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

très habile : les coins, les /y sont bien dessinés; les 
voûtes, qui sont un peu prononcées dans le genre des 
Amati, sont travaillées avec soin. En résumé, ce spéci- 
men prouve que, vers le milieu du xviii" siècle, il y 
avait d'habiles ouvriers à Paris. 

Eve. — A Paris, rue Vieille-du-Temple, n" loi, 
en 1788. 

J'ai relevé l'étiquette suivante dans un violon de 
facture assez soignée, gorges très accusées; vernis 
jaune brut à l'alcool, un peu clair : 

Eve^ Al' Luthier, rue 

N'" - S" - Catherine^ au 

coin de celle St-Louis 

proche la place royale 

à la Fortune. 

Étiquette longue imprimée sur deux lignes. Sur- 
montée d'une fortune : femme nue avec une draperie 
lui passant entre les jambes et retenue par les deux 
mains, dont la droite s'élève au niveau de l'épaule, 
debout sur une sphère. 

Fent. — L'un des luthiers les plus habiles qui tra- 
vaillèrent à Paris, dans laseconde moitié duxviii® siècle, 
sans que nous puissions préciser davantage, ses éti- 
quettes (celles au moins que j'ai vues) étant sans date*. 

Lutherie attestant une étude sérieuse des maî- 
tres italiens, et surtout de A. Stradivari. Nous connais- 

1. Nous trouvons dans un ouvrage anglais sur la lutherie 
la note suivante : « Fendt ou Finth, Paris, 1764-1780, made 
good instruments after the Stradivarius model, some of which 
followed his style so carefuUy as to hâve been taken for those 



CHAPITRE V. 32S 

sons un violon de Fcnt qui est digne de figurera côté 
des plus beaux instruments italiens. La facture en est 
soignée, le choix des bois magnifique : 

Fait par Fent^ maître lutter ^ 

rue Alontinatre. cul-de-sac Saint-Piètre^ 

à Pans. 

La même étiquette se retrouve dans tous les vio- 
lons que nous avons vus de lui. La teneur, telle que 
nous la reproduisons, prouve que Fent était étranger \ 
nous ignorons sa nationalité. 

Le violon dont nous parlons a, dans ses parties 
principales, les dimensions de celui d'A. Stradivari 
dont nous avons donné les mesures, page 14; ainsi : 

La longueur totale du corps est de. . . o"',355. 

La largeur du haut o'^jiôS. 

La largeur du bas o'",2o6. 

L'ouverture des C . 0^,076. 

Hauteur des éclisses du haut o'",o3i. 

Hauteur des éclisses du bas o"',o32. 

De l'ensemble de ces observations, il résulte que Fent 
avait pris un violon de A. Stradivari pour modèle. 

L'instrument possède encore son manche et sa tête 
d'origine ] le sillet est en ivoire. La sonorité est très 
bonne. 

En général, le vernis d'un beau rouge brun qu'em- 
ployait Fent est devenu avec le temps tellement foncé 
qu'il est quelquefois presque noir; c'est une particu- 

of that master. » [Violins and Violin makers, by Jos. Pearce 
jun. London, 1866.) Le nom de Fendt ou F'mf/z n'est pas exact, 
puisque les étiquettes de ce luthier portent invariablement Fe/zf. 
Les dates données par l'auteur anglais, 1 763-1780, ne nous 
paraissent pas improbables. 



'226 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

larité bien connue des luthiers; nous avons de plus 
remarqué que nombre de ses violons sont très forte- 
ment attaqués des vers, surtout les tables de fond. 

A l'époque de la Révolution française, un neveu 
de Fent (Bernard) alla s'établir en Angleterre; il eut 
deux fils et des petits-fils qui suivirent la carrière de 
la lutherie et acquirent également la réputation d'ou- 
vriers très habiles, 

FÉRET. — Luthier établi à Paris au commence- 
ment du xviir siècle. 

Voici le libellé d'une étiquette manuscrite de lui, 
relevée dans un violon, fond érable à contresens, ver- 
nis brun, type Médard : 

Fait par F ère t. 
élève de Aledard. ijo8. 

Feury (François). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris, pour l'année lyôj : 

F . Feury. rue de l' Arbre-Sec^ 
vis-à-vis Saint-Gennain-l'Auxerroisj 

Paris. 17 . ,. (PI. XXII.) 

Fevrot. — A Lyon : 

Racomoder par Fevrot. 
à LyoU; 178S. 

Étiquette manuscrite relevée dans une vieille gui- 
tare italienne. 

Feyzeau : 

Feyieau, 

à Bordeaux, 



I 



CHAPITRE V. o^.^ 

Étiquette imprimée, entourée d'une petite vignette 
bordée d'un double filet noir, dans un quinton bien 
fait, vernis gris brun. 

Fletté (Benoist). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année \j63. 

Fleury (BExorr). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers, feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année i-jdd . Il y a de lui, au 
musée du Conservatoire de Paris, une basse de viole 
datée de lySS (n° 109 du catalogue). Son étiquette 
porte : 

Benoist F leur y ^ rue des Boucheries. 
Faubourg Saint-Germain. Paris, ijj'j-. (PI. xxn.) 

En 1788 ses magasins étaient encore au même 
endroit. 

Frebrunet (Jean). — A Paris. Relevé dans un vio- 
lon de bonne facture dans le genre de Pierray. Vernis 
à l'huile jaune brun. — Imprimé : 

Joannes 

Frebrunet^ 

1760. 

Gaffino (Joseph). — Luthier italien établi à Paris 
dans la seconde moitié du xvni® siècle. Étiquette, 

pi. XXII. 

Il fut maître-juré comptable de la corporation des 
maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de 
Paris pour l'année 176G. Le magasin de Gaflino exis- 



228 LES LUTHIERS l'RANÇ A IS. 

tait encore rue des Prouvaires en 1789-, il était tenu 
par la veuve. 

Gaillard-Lajoue. — A Mirecourt, a obtenu une 
médaille à l'Exposition de Paris en i855. 

Gallaxd (Jean). — Maitre-jurc comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour Tannée 1744. 

Gaxd. — Nom patron3-mique d'une famille de 
luthiers justement classés parmi les plus remarquables 
de l'école française moderne, et dont voici la filia- 
tion : 

Gand (Michel). — Né à Mirecourt. Il vint s'établir 
à Versailles, en 1780, rue du Commerce, 71, puis rue 
de la Paroisse, 32, à l'enseigne: Aux tendres accords. 

Il eut deux fils : 

Charles-François. — Né à Versailles le 5 août 1787, 
mort à Paris le 10 mai 1845; 

Guillaume. — Né à Paris le 22 Juillet 1792, mort à 
Versailles le 3i mai i858. 

Les deux frères furent élèves de Lupot. 

Guillaume Gand, après avoir quitté l'atelier de 
Lupot, prit la succession de son père à Versailles. Il 
a laissé des instruments estimés qui, par leur facture, 
rappellent la manière de son maître. 

Charles-François Gand s'établit d'abord à Ver- 
sailles, où il travailla de 1807 à 1810 (pi. xxiii). 

Il vint alors se fixer à Paris rue des Petits- 
Champs, 5 (pi. xxiii), jusqu'en 1820, et ensuite au 24 



CHAPITRE V. 229 

de la même rue (pi, xxm), où il habita jusqu'à sa 
mort, arrivée en 1845. 

Élève et gendredeLupot,il lui avait succédé en 1824. 

Charles-François Gand suivit les traditions de son 
maître et apporta dans ses travaux le même soin et 
les mêmes aptitudes. Il vivait à une époque oia les 
œuvres de lutherie étaient encore personnelles. Lupot 
ne laissa jamais sortir de son atelier un instrument qui 
ne fût entièrement fait de sa main: ainsi opérait C.-F. 
Gand. 

Les luthiers de cette époque étaient de rudes tra- 
vailleurs ; tous les instants qui n'étaient pas consacrés 
aux soins de leur commerce les trouvaient assis 
devant l'établi traditionnel; aussi les œuvres de ces 
maîtres habiles conservent-elles leur caractère absolu- 
ment particulier. Lupot avait été chargé de faire des 
instruments pour la chapelle ro3^ale, mais la mort 
ne lui a3^ant pas permis d'y mettre la dernière main, 
Ch.-F. Gand les termina. 

Ces beaux spécimens de lutherie, dont plusieurs 
avaient été détériorés en i83o, lors de l'envahissement 
des Tuileries, furent malheureusement anéantis en 
1871, par l'incendie du palais. 

La lutherie de C.-F. Gand mérite, à tous égards, 
la réputation qu'elle s'est acquise : main-d'œuvre soi- 
gnée, patrons élégants, belles fournitures, vernis 
rouge brun, un peu épais peut-être, mais auquel la 
patine du temps imprime un cachet qui fait penser à 
certains vieux maîtres italiens. 

C.-F. Gand n'était pas seulement un luthier de 
premier ordre pour la facture des instruments neufs; 



230 LES LUTHIERS IRA NÇAI s. 

il joignait à ces qualités émincntes la connaissance 
approfondie de l'ancienne lutherie italienne, et, à cet 
égard, ses jugements étaient sans appel. 
Il laissait en mourant deux fils : 

1° Charles-Adolphe, né à Paris le ii décembre 
1812, décédé le 24 janvier 1866. 

Élève de son père, il lui avait succédé en 1845. 
Comme ses prédécesseurs, il fut nommé luthier de la 
musique du Roi et du Conservatoire, et plus tard de la 
chapelle de l'Empereur. Il a fait peu d'instruments 
neufs, mais ceux qu'il a laissés sont de belle facture et 
portent sa marque personnelle. 

En i855, à l'occasion de l'Exposition universelle, 
il s'associa son frère Eugène, dont je vais parler, et la 
maison Gand frères remporta la médaille de première 
classe (pi. xxiv\ 

2° Eugène. — Né à Paris le 5 juin 1825. Tout en 
se livrant à l'étude de la lutherie sous la direction de 
son père et de son frère, M. Eugène Gand suivait avec 
succès la classe de violon faite par Baillot au Conser- 
vatoire, et la quitta à la mort du professeur, en 1842. 

Lorsque son irère mourut en 1866, il s'associa à 
MM.. Bernardel frères, et la nouvelle maison Gand 
et Bernardel frères s'établit rue Croix-des-Petits- 
Champs, n" 2 I. 

En i883, les ateliers furent transférés passage Saul- 
nier, 4, où ils existent aujourd'hui. 

M. Eugène Gand, en s'associant premier en nom 
avec MM. Bernardel frères en 1866, avait une lourde 
tâche à remplir pour maintenir à son rang la réputa- 



Pl. XXI. 







I 




Cjaucle B oiviri 

• • • 

Hue- TicmiUViuzc il la. ûiiittarTe, Kxn/alU 
4 a Pai:is ijdl.2 




\ ANDREA CASTAGNEF<I nelP 
\ Pallazzo di Sœfione^Parig'gi l/i^J 



CHAPITRE V. n,, 

tion de ses aînés, et on peut dire qu'il s'en est acquitté 
à son honneur. 

Je ferai remarquer, avant d'aller plus loin, qu'une 
modification profonde s'était opérée dans le commerce 
de la lutherie depuis Lupot et Gand père; le petit 
établi sur lequel s'étaient polis tant de charmants in- 
struments devenait insuffisant, il était indispensable 
de marcher avec le temps et de faire grand. 

Le développement incessant donné à l'exercice de 
la musique orchestrale nécessitait une telle quantité 
d'instruments neufs, que vingt existences comme celle 
du laborieux Lupot n'auraient pu suffire à faire face 
aux nouvelles exigences; il devenait donc indispen- 
sable pour le luthier de se débarrasser de toutes les 
parties purement manuelles du travail, en se réservant 
les soins que lui seul pouvait donner. Des ouvriers 
d'une habileté éprouvée débitent le bois, le façonnent 
sur des modèles spéciaux; chaque pièce est soumise 
au maître, vérifiée par lui; les épaisseurs sondées ma- 
thématiquement. L'instrument terminé est verni par le 
luthier lui-même, d'après ses procédés personnels. 

Cette manière de procéder n'est pas nouvelle; les 
grands maîtres italiens en usaient largement. Tous les 
connaisseurs constatent dans certaines parties d'œuvres 
signées par A. Stradivari une main étrangère à la 
sienne. Souvent la collaboration était indiquée sur l'éti- 
quette par cette simple mention : 

Sub disciplina... in ejus officina. (Pi. \u.) 

Ce fut la voie dans laquelle entra la maison Gand 
et Bernardel frères. 



2J2 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Les résultats ne se firent pas attendre : une Expo- 
sition internationale s'ouvre à Paris en 1878, de grands 
festivals de musique orchestrale sont fondés dans le 
palais du Trocadéro. La maison Gand fournit à elle 
seule pour ces orchestres monstres: 5i violons, 18 al- 
tos, 18 violoncelles et 18 contrebasses. Tous ces instru- 
ments portent sur l'étiquette datée de 1878 la men- 
tion : Palais du Trocadéro. La plus grande partie a 
été rachetée par le Conservatoire pour les exercices 
d'orchestre des élèves. La section de la lutherie était 
représentée par de nombreux concurrents : le jury 
international délivre la grande médaille d'or à la mai- 
son Gand et Bernardel frères. 

Pour couronner ces succès, ]\L Eugène Gand est 
nommé chevalier de la Légion d'honneur. 

Récompenses méritées et dont l'éclat rejaillit sur la 
lutherie française tout entière. 

IVL Eugène Gand reste aujourd'hui l'un des repré- 
sentants les plus accrédités de notre école de lutherie 
moderne. Ainsi que son père, il joint à ses talents du 
luthier la connaissance approfondie des vieux instru- 
ments, et il peut être cité en ce genre comme l'un des 
experts les plus notables et les plus consultés de l'é- 
poque actuelle. 

Gaviniès (François). — Père du célèbre violoniste. 
Il était luthier à Bordeaux et amena en 1741 son fils 
à Paris, oia il se fixa. 

Il fut maître-juré comptable de la corporation 
des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville 
de Paris, pour l'année 1762. Ses instruments sont 



CHAPITRE V. 23 j 

communs et d'une facture plus que médiocre. — Il 
marque son nom au feu sur le bouton du talon du 
manche. 

Les mauvais plaisants du temps disaient que Fr. Ga- 
viniès n'avait jamais fait qu'un bon violon, et que ce 
violon était son fils ! 

Germaix (Joseph -Louis). — Né à Mirecourt le 

23 juillet 1822, Il fit son apprentissage dans cette ville 
et vint à Paris en 1840, où il entra chez Gand père. 
A la mort de ce dernier, il s'engagea chez I.-B. Vuil- 
laume, le quitta en i85o et devint alors premier ou- 
vrier chez MM. Gand fils. Il resta dans cette maison 
jusqu'en 1862, époque à laquelle il s'établit pour son 
compte, rue Saint-Denis, n" 364. Il retourna à Mire- 
court en 1870 et mourut dans cette ville le 5 juillet de 
la même année. 

Joseph-Louis Germain fut un luthier de grand 
talent et que son extrême modestie empêcha d'être 
en évidence comme il aurait mérité de l'être. Lors de 
l'Exposition internationale de Paris en 1867, il avait 
été admis à concourir; mais, par une fatalité malheu- 
reuse, l'emplacement qu'on lui attribua fut si minime, 
qu'il ne put réussir à y mettre ses instruments, et il 
renonça à exposer. Très habile dans les réparations 
des anciens instruments, il avait acquis dans la lutherie 
neuve une supériorité remarquable. 

Germain (Emile), fils du précédent, né à Paris, le 

24 Juillet i853. Il fut envoyé à Mirecourt, en i865, 
pour 3^ commencer son apprentissage; revint à Paris 



-j^ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

en 1867 où il travailla chez son père jusqu'en 1876, 
époque de la mort de ce dernier. 

Il s'établit alors, en s'associant M. Dehommais, 
amateur de lutherie qui s'était livré à des recherches 
sérieuses sur la composition des vernis. Le siège de la 
nouvelle maison fut d'abord 12, rue Croix-des-Petits- 
Champs, et ensuite 5, faubourg Montmartre. 

Cent instruments neufs environ sont sortis de leurs 
ateliers avec la marque : 

Dehommais et Germain^ à Paris. 
22. rue Croix-des-Petits-Champs. iSjS. 

Au commencement de l'année 1882, M. Dehom- 
mais se retira des afîaires, et M. Emile Germain 
continua seul à diriger la maison. 

Depuis cette époque, 2o3 instruments neufs ont 
été faits par M. E. Germain ; ils portent l'étiquette : 

Emile Germain, à Paris, 
5. faubourg Montmartre. i88S. 

Lutherie faite avec talent et avec soin, vernis bien 
réussi. 

M. Emile Germain est un luthier habile, travail- 
lant beaucoup par lui-même, et apportant dans la 
réparation de l'ancienne lutherie italienne des connais- 
sances spéciales absolument dignes de son père qui 
excellait en ce çenre. 

Gilbert (Nicolas-Louis), — Joli pardessus de viole 



CHAPITRE V. 2J5 

date de <( Metz, 1701 », appartenant à MM. Mahillon 
frères de Bruxelles, a3^ant figure à l'Exposition inter- 
nationale à Paris en 1878. Un autre Gilbert, probable- 
ment fils du précèdent, marquait ses instruments d'une 
étiquette imprimée : 

Siiuon-Gilbert . luthier. 

musicien 

de la Cathédrale^. 

à Aletj. t/JJ. 

GossELix. — Luthier amateur qui a produit des 
violons, altos et violoncelles signés de son nom, et qui 
ne sont pas sans mérite. Il a travaillé à Paris, de 1814 
à i83o environ; grand ami de Koliker, il avait reçu 
de lui des conseils qu'il sut mettre à profit. 

Gosselin employait souvent sur les fonds et les 
éclisses un bois moucheté qui leur donnait une appa- 
rence assez originale. Il mettait dans ses instruments 
l'étiquette suivante nianuscrite : 

Fait par Gosselin. amateur ^ 
Paris, année 1826. 

Gosselin était père des demoiselles Gosselin, qui 
ont eu sous la Restauration une certaine célébrité 
comme danseuses à l'Opéra. 

Grand-Gérard. — Luthier des Vosges, qui travail- 
lait à la fin du xv!!!*" siècle, commencement du XIX^ 

On rencontre beaucoup de ses instruments dans le 
commerce. 

Lutherie très ordinaire. 

Il marquait ses instruments de son nom seul, au 



23(3 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

feu, sur le haut du fond, sous le talon du manche. 

Grandson fils. — A Mirecourt, a obtenu une mé- 
daille à l'Exposition de Paris en i855. 

Grosset (Paul-François). — Élève de Claude 
Pierray. Lutherie médiocre, dimensions mauvaises, 
voûtes très prononcées, vernis jaune à l'alcool. Nous 
avons relevé dans un de ses violoncelles l'étiquette sui- 
vante : 

P.-F. Grosset. Au dieu Apollon, 
rue de la Verrerie, à Paris, 17^7. 

Cette étiquette est écrite à la main en caractères 
romains. 

GuERSAN (Louis). — Élève de Claude Pierra}^ et son 
successeur; il commençait à signer ses produits dès 
l'année 1735. Nous connaissons deux violoncelles de 
sa main, datés de cette époque. 

Pendant longtemps ses étiquettes, de format oblong 
ordinaire, portaient : 

Ludovicus Guersan, prope comœdiam 

gallicam. Lutetiœ^ 173 ■• (PL xxiv.) 

Plus tard, elles furent rédigées en français ou en 
latin, dans un cartel penché (pi. xxv). 

Louis Guersan fut maître-juré comptable de la cor- 
poration des maîtres luthiers feseurs d'instruments de 
la ville de Paris pour l'année 1748. 

Il a beaucoup travaillé et on rencontre encore de 
nombreux spécimens de sa lutherie. Elle est d'un as- 
pect assez satisfaisant; le vernis est généralement jaune 



CH A PITR E V. 2J7 

mat-, malheureusement, la qualité ne repond pas à 
l'apparence. Les dimensions, la hauteur des éclisses, 
les épaisseurs varient à l'infini, surtout dans les vio- 
loncelles. Vernis à l'alcool, dit à l'esprit-de-vin. 

Louis Guersan a fait beaucoup de pardessus de viole 
(quintons); le musée du Conservatoire de Paris en 
possède plusieurs, datés de 1747 à 1755 (n°% 83, 84, 
85, 87 du catalogue). 

Hel (Pierre-Joseph). — Né à Mazirot, près Mire- 
court, le 8 février 1842. Il a fait un apprentissage de 
sept années à Mirecourt; il travailla pendant deux ans 
chez Sébastien Vuillaume à Paris. De 1864 à i8G5, 
chez Nicolas Darche à Aix-la-Chapelle, et en i865, il 
vint s'établir à Lille. 

Les instruments de ^L Hel sont tous faits de sa 
main et attestent un ouvrier de premier ordre; beaux 
patrons, main-d'œuvre soignée, vernis à l'huile. Excel- 
lente sonorité obtenue à l'aide d'un procédé spécial 
pour vieillir les bois en leur enlevant les principes 
nuisibles à l'émission du son, sans feu ni acides. 

^L Hel est l'inventeur d'un système très ingénieux 
de chevilles, ayant pour résultat de permettre au joueur 
d'accorder l'instrument sans secousses et d'empêcher 
la corde de se dérouler. L'accord est, par suite, plus 
facile, plus juste et plus fixe. Ce système a l'avantage 
de ne rien changer à la forme de la tête. 

M. Hel a obtenu les récompenses suivantes : 
Exposition de Lille 1882. Médaille d'or. 

— de Saint-Omer 1884. Diplôme d'honneur. 

— de Liverpool 1886. Grande médaille d'or. 



aj8 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Distinctions justement accordées aux résultats re- 
marquables d'un travail consciencieux et soutenu. 

Joseph Hel, 
Luthier à Lille. i333. 

Étiquette oblongue, avec deux médaillons à chaque 
extrémité et portant la mention : celui de gauche : 
Médaille d'or; celui de droite : Diplôme d'honneur. 

Hemsch (Jeax-Hexri). — Maître-juré comptable de 
la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1747. 

Hemsch (Guh.laume). — Maître-juré comptable de 
la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1761. 

HÉNOC (Jean). — Maître-juré comptable de la cor- 
poration des maîtres luthiers feseurs d'instruments de 
la ville de Paris pour l'année 1773. 

Il demeurait en 1788, rue de Seine-Saint-Germain. 

Henry. — Nom d'une famille de luthiers établie à 
Paris depuis plus de cent cinquante ans, et dont un 
descendant exerce encore aujourd'hui, rue Saint-Mar- 
tin, n° i5i. 

Il y eut dans la première moitié du xviii* siècle, à 
Paris, un luthier du nom de Henry ; on connaît de 
lui des instruments signés : 

Rue Saint-André-des-Arcs. 

Bonne lutherie, vernis rouge brun. Sa parenté avec 
les Henry actuels n'est pas bien prouvée. 

Jean-Baptiste Henry, né en 1757 à Mataincourt, 



CHAPITRE V. aj5> 

dans les Vosges, près de Mirecourt, est le chef de la 
famille. A'enu Jeune à Paris, après avoir fait son ap- 
prentissage à Mirecourt, il s'était établi dans l'une des 
dépendances du monastère des moines Saint-Martin, 
afin de profiter des privilèges et immunités dont jouis- 
saient alors certaines corporations religieuses et cer- 
tains hôpitaux. Ces privilèges n'étaient pas illusoires : 
ils permettaient d'abord de se soustraire à la formalité 
dispendieuse de se faire recevoir dans la corporation; 
ils exemptaient ensuite de tous les impôts et gabelles. 
Plusieurs luthiers du xviii^ siècle, à Paris, travaillèrent 
dans les établissements privilégiés ; c'est ainsi que nous 
voyons en 1754 Le Pileur, qui avait soin de mar- 
quer sur son étiquette : 

Privilégiei du Rcy dans l'abbaye Saint- 

Germain-des-Préj. (PI. nxv.) 

Leclerc qui signait en 1771 : 

Au Quinie-J ingts. (Pi. xw.) 

Jean-Baptiste Henry travailla chez les moines de 
l'abbaye Saint-Martin jusqu'en 1788, époque où les 
privilèges de ce genre furent abolis; il s'établit alors 
rue Saint-Martin, n° 175, et, depuis, cette famille la- 
borieuse et honorable n'a pas cessé d'exercer son in- 
dustrie dans la même maison qui porte aujourd'hui le 
n° i5i. 

La lutherie de Jean-Baptiste Henry figure parmi les 
bons produits de ce genre de la fin du xviii^ siècle. Il 
ne marquait pas ses instruments; ceux qui portent son 
nom ont été marqués par ses fils. 



2^0 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

11 est mort à Paris en i83i, à l'àgc de soixante- 
quatorze ans; il laissait deux fils: 

1° Jean-Baptiste-Félix, né à Paris en 1793, élève 
de son père. 11 s'établit à Paris en 1817, rue Mont- 
martre, ensuite à Bordeaux, vers 1823, resta deux ans 
dans cette ville; puis, alla se fixer à Marseille, où il ha- 
bita de 1825 à 1844. A cette époque, il revint à Paris, 
et il est mort en i858, rue Fléchier, oii étaient ses ate- 
liers. Il a beaucoup produit, mais n'a jamais signé ses 
instruments. 

Son fils Octave, né en i82(j, a travaillé chez son 
oncle Carolus, dont nous allons parler, et chez Mau- 
cotel, à Paris. 11 s'est établi à Grenoble en 1854, où 
il s'occupe encore du commerce de la lutherie. 11 a 
produit des violons. 

2° Charles (dit Carolus), né en i8o3, fut élève de 
son père et lui a succédé à Paris en i83i. 

11 a produit un assez grand nombre de violons, 
altos et violoncelles. Tous ses instruments, sans ex- 
ception, sont marqués d'une petite étiquette manu- 
scrite à écriture fine et régulière, entourée d'une ligne 
très nette à l'encre ; en voici le libellé : 

Carolus Henry . luthier ^ 

rue Saint-Manin. n° i^i; 

fec.it anno Domini {iSji à iS^i)). 

Belle lutherie, vernis rouge, fond jaune; ses pa- 
trons ont vaj-ié de dimension, surtout chez les vio- 
lons. 

11 remporta deux récompenses aux Expositions de 
Paris : 



CHAPITRE V. 2^1 

1° 1849, une médaille de bronze; 

2" i855, Exposition universelle; une mention ho- 
norable. Il est mort en 1859. 

M. Eugène Henry, son fils, né en 1843, lui a suc- 
cédé et est un de nos bons luthiers parisiens; il s'oc- 
cupe surtout avec succès des réparations aux anciens 
instruments. 

Jacquot (Gharlesj. — Né à Mirecourt en 1808; son 
père était maître tailleur dans un régiment de ligne. 
A Tàge de quinze ans, le jeune Jacquot entra comme 
apprenti chez Nicolas aîné, et ensuite chez Breton, 
luthiers de cette ville. En 1823, il partit pour Nancy, 
où il travailla comme ouvrier compagnon jusqu'en 
1827. 11 s'y établit alors pour son compte, resta 
dans cette ville jusqu'en i853, époque à laquelle il 
vint se fixer à Paris, où il demeura rue des Vieux-Au- 
gustins jusqu'en 1857, et, depuis lors, rue de l'Échi- 
quier, 42. 

Ch. Jacquot se distinguait dans la facture des in- 
struments neufs. 

Il obtint à différentes Expositions des récompenses 
qui attestent sa capacité : 

1" Exposition de Paris 1849 : i" prix. 

2" Exposition de Paris i855 : médaille d'argent. 

3" Exposition de Rayonne 1864 : médaille d'or. 

Charles Jacquot est décédé à Saint-Maur-les-Fos- 
sés près Paris, le 29 mars 1880. 

Jacquot (Pierre-Charles). — Fils du précédent, né 
à Nancy le 10 mars 1828, élève de son père qui lui céda 
sa maison de Nancy en i853 lorsqu'il vint s'établir à 

16 



2^2 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Paris. Luthier de mérite dont les instruments neufs 
ont une réputation confirmée par les nombreuses 
récompenses décernées à leur auteur : 

1° Exposition de Metz 1861 : médaille de i'"'^ classe. 

2° Exposition de Londres 18G2 : médaille d'hon- 
neur. 

3° Exposition de Paris 18G7: médaille de bronze. 

40 Exposition de Lyon 1872 : grande médaille 
d'or. 

]\L P.-C. Jacquot a deux fils qui travaillent avec 
lui, et dont l'aîné, Etienne-Charles-Albert, né à Nancy 
le 18 septembre i853, s'est distingué il y a peu d'an- 
nées par la publication d'un livre intéressant les études 
de musicologie K 

Jeaxdel (Pierre-Napoléon). — Né à Courcelles- 
sous-Vaudemont (Meurthe), en 1812; fit son appren- 
tissage à Mirecourt chez Charotte. Il vint à Rouen en 
i835 et entra comme ouvrier chez le frère de son 
maître, qui était établi dans cette ville. 

Charotte de Rouen étant mort en i836, Jeandel 
s'associa avec Delau (Lucien), et ils prirent la suite 
des affaires, rue Beauvoisine, 36. En 1848, les deux 
associés se séparèrent, et, depuis cette époque, Jeandel 
transféra son atelier quai de Paris, 5i, où il exerça 
jusqu'en 1878; il était alors sur le déclin de sa car- 
rière, et le travail se bornait pour lui à quelques répa- 
rations simples et faciles ; il vivotait en vendant des 

I. La Musique en Lorraine, étude rétrospective d'après 
les archives locales. Par Albert Jacquot, membre de la Société 
d'archéologie de Lorraine, officier d'académie, i vol. in-4*'. 
Paris, A. Quantin, 1882. 



pl. xxri. 



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^' ^-cc^y'^. 



'^ 








CHAPITRE V. 24) 

fournitures de lutherie, et, par occasion, un instrument 
ancien. 

Sa fille, jeune personne intelligente, habitait avec 
lui ; elle avait fonde', dans un magasin voisin de celui 
de son père, un petit commerce de lingerie et de 
modes. Jeandel, devenu de bonne heure presque 
impotent, s'était réserve un coin modeste dans ce 
magasin où il avait transporté son établi, ses outils, 
et tous ses objets de lutherie. Les rubans et les violons 
faisaient excellent ménage, lorsque trop tôt, hélas ! la 
mort funeste fit son apparition! La pauvre jeune fille, 
saisie d'une fièvre maligne, fut enlevée en peu de 
jours, et le pauvre Jeandel, infirme, dénué de res- 
sources, fut admis à l'hospice général de Rouen le 
27 décembre 1878, où il mourut le 10 mai 1879. 

Jeandel fut un de nos bons luthiers. Plusieurs 
récompenses publiques lui furent décernées : 

1° Exposition de Rouen 1854: médaille de bronze. 

2° Exposition universelle de Paris i855: médaille 
de i" classe. 

3° Exposition de Rouen i856 : médaille d'argent. 

Ses instruments sont remarquables par leur bonne 
facture et leur sonorité. 

Klein (A.). — Chef de l'importante maison établie 
à Rouen, rue Ganterie, 65^ sous la raison sociale 
A. Klein et G'% pour la vente des instruments de 
musique et des œuvres musicales. 

En 1884, M. Klein eut l'heureuse idée de rétablir 
à Rouen la facture des instruments à archet qui, depuis 
la mort de Jeandel (1879), avait complètement cessé. 



2^j LES LUTHIERS IRANÇAIS. 

Il engagea dans ce but jVI. Antoine Brubach, né à 
Mirecourt le 22 janvier 1S47, et le plaça à la tête des 
ateliers nouvellement fondes. Depuis lors, l'art du 
luthier trouva un nouveau représentant dans la ville 
de Rouen. 

Les résultats ont été jusqu'à présent importants : 
près de deux cents violons, de nombreux altos et vio- 
loncelles, sont sortis de la maison Klein. 

Bonne lutherie moderne, faite avec soin. 

Les récompenses publiques vinrent bientôt affir- 
mer les succès de l'œuvre dont M. Klein était le fon- 
dateur : 

I* Exposition de Rouen 1884 : médaille d'argent. 

2° Exposition d'Évreux 1886 : diplôme d'honneur. 

3° Exposition du Havre 1887 : médaille d'argent. 

En 1887, le grade d'officier d'académie (les 
palmes académiques) est conféré à M. Klein. 

M. Antoine Brubach avait obtenu, comme collabo- 
rateur, la médaille d'argent à l'Exposition de Rouen, 
en 1884. 

A. Klein j 
Luthier â Rouen. 
18... AK. 

KoLiKER. — Très habile réparateur. Il a travaillé à 
Paris de 1789, époque à laquelle il demeurait rue des 
Fossés-Saint-Germain-des-Prés, jusqu'à l'année 1820. 

Koliker excellait dans ce qu'on appelle le rhabillage 
d'un instrument; il ne sortait pas un violon de ses 
mains sans qu'il eût fait lui-même et placé le chevalet, 
posé l'âme, ajusté les chevilles, choisi les cordes; il 



C H A P I T R E V\ 24J 

mettait à tous ces détails si importants un soin infini 
qui lui donna la vogue en ce genre. Il n'a laissé, que 
Je sache, aucun instrument construit par lui-même. 

Lagetto (Louis). — Luthier italien, qui travaillait 
à Paris dans le courant du xviii* siècle. Voici le libellé 
d'une de ses étiquettes : 

Louis Lagetto. luthier, rue des Saints- 
Pères^ faubourg Saint-Germairij à Parts. 17^3, 
A la ville de Crémone (signé) Lagetto. 

Lambert (Jean-Nicolas). — Luthier de Paris, qui 
fut maître- juré comptable de la corporation des maîtres 
luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour 
l'année 1745. 

Nous trouvons parmi les luthiers de Paris, en 
1788, une veuve Lambert, tenant magasin rue Michel- 
le-Comte, 42 : c'était la veuve de l'ancien maître-juré 
comptable. Il y a au musée instrumental du Conserva- 
toire de Paris (n" 129 du catalogue) une très belle 
vielle de lui, avec la marque au feu sur l'un des 
bords : 

N. Lambert y Paris. 

Jean-Nicolas Lambert marquait ses instruments 
d'une étiquette portant : 

J.-N. Lambert j rue Alichcl-le-Comte. Paris ; 17^.. (Pi. xw.) 

entourée d'arabesques, à gauche un violon, à droite 
un luth. 

Fétis, dans sa Biographie des musiciens, indique à 
ce nom un luthier lorrain, vivant à Nancy vers 1750, 



2^6 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

et connu sous le nom de charpentier de la lutherie, à 
cause de la mauvaise qualité de ses instruments. Nous 
avons cherché en vain des renseignements sur ce 
Lambert de Nancy. 

Lapaix. — Luthier de Lille (Nord), qui obtint 
une médaille de 2" classe à l'Exposition internationale 
de Paris en i855. 

Laprevotte. — Travaillai Paris de 1S25 à iS5o. 
Il était natif de Mirecourt et avait été établi à Mar- 
seille avant de se fixer à Paris. Il a laissé un assez 
grand nombre d'instruments très médiocres. Lapre- 
votte est mort à Paris en i85(5. 

Larue (PiERRE-ALvTHiEu). — Maître-Juré comptable 
de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1767. 

Leclerc. — A Paris, seconde moitié du xviii^ siècle. 
Il était établi dans l'une des dépendances privilégiées 
des Quinze-Vingts* (pi. xxv). 

Lecomte. — A Paris, rue des Fossés-Saint-Ger- 
main-des-Prés, en 1788. 

Leduc (Pierre). — L'un des plus anciens luthiers 
de Paris dont nous ayons rencontré une trace cer- 
taine. Dans une petite pochette d'assez bonne facture, 
j'ai relevé l'étiquette suivante : 

Pierre Leduc, à Paris, rue Saint-Honoré, 
au Chat-Doré. iC-fG. 

I. Voir à l'article H'e/Trj^ pour l'explication de ces domiciles 
privilégiés. 



CHAPITRE V. 247 

LEFFBVRn:. — A Paris, rue du Cimetière-Saint- 

Jean, en 1788. 

Le Jeune (François). — Maître-juré comptable de 
la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1764. Il signait 
ses instruments : 

François Le Jeune, rue de la 
Juiverie. à Paris, année 176 .. (PI. xxv.) 

Il }'• a de lui, au musée du Conservatoire de Paris, 
un pardessus de viole daté de 1755 (n" 86 du cata- 
logue). Le dernier représentant de cette famille, qui 
était luthier à Paris, est mort, si nous sommes bien 
informé, en 1870. 

Le Lièvre. — A Paris, milieu du xviii' siècle. 

Le Lièvre, rue des 
Noniandieres (sic) 
à Paris 275^. 

Etiquette imprimée relevée dans un violon assez 
bien fait. Vernis jaune, genre Grosset. 

L'Empereur (Jean-Baptiste). — Maître-juré comp- 
table de la corporation des maîtres luthiers feseurs 
d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1750. 

Le Pileur (Pierre). — Grande étiquette longue, 
écrite à la main, en caractères romains, ainsi conçue : 

Pierre Le Pileur. privilégie^ du Roy 
dans l'abbaye Saint-Germain , à Paris j ij^-f. (PI xxv.) 



2^8 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Je ne connais absolument rien de plus, concer- 
nant ce Le Pileur^ 

Lesclop (François-Henri). — Maître-juré comp- 
table de la corporation des maîtres luthiers feseurs 
d'instruments de la ville de Paris pour Tannée 1746. 

Lot. — Nom de deux fabricants d'instruments 
à vent qui ne trouvent place ici que parce que l'un 
d'eux : 

Thomas Lot avait été juré en charge de la corpo- 
ration des luthiers feseurs d'instruments de la ville de 
Paris en 1748, et plus tard, en 1770, maître-juré 
comptable de la même corporation. 

Le cousin de Thomas, Gilles Lot, habile fabricant 
d'instruments à vent, avait épousé la fille de Le Clerc, 
et à la mort de ce dernier était resté avec sa veuve à la 
tête des affaires en qualité de compagnon. Le musée 
du Conservatoire de Paris possède, sous le n° 236, un 
galoubet en palissandre de Gilles Lot-. 

Louvet (Pierre). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1742. 



I. Voir à l'article Henry l'explication de l'étiquette de 
Le Pileur. 

1. Gilles Lot avait voulu se faire recevoir maître luthie 
en 1752, mais il trouva une résistance opiniâtre de la part de 
ses confrères les fabricants d'instruments à vent qui faisaient 
partie de la corporation. Il s'ensuivit un procès, dont une 
partie du dossier existe aux Archives nationales. [Grande chan- 
cellerie et conseil; carton V 484, cote 102.) 



C H A P I T R E V. 249 

Le musée du Conservatoire de Paris possède de 
P. Louvet une vielle avec la marque : 

Fûile par P. Louvet. rue Montmartre, 

à Paris y à la Jiclle royale, juin 1747 

(a" 126 du catalogue). 

Louvet (Jeax. — Maître-juré comptable de la cor- 
poration des maîtres luthiers feseurs d'instruments de 
la ville de Paris pour l'année ijôg. Une vielle faite par 
lui est au musée du Conservatoire de Paris; elle porte 
l'étiquette suivante : 

Fait yar Jean Louvet, rue de 

la Croix-des-Petit s- Champs, près 

la porte Saint-Honoré, Paris, 17^0 

(n" 128 du catalogue). 

LupoT. — La famille des luthiers français de ce 
nom est originaire de Mirecourt; en voici la généa- 
logie, du plus loin qu'on la connaisse : 

II y avait à Mirecourt, dans le courant du 
xvm^ siècle, un luthier du nom de Jean Lupot et sa 
femme Laure Henry. De cette union naquit : 

Laurent Lupot. — Né à Mirecourt en 1(396; luthier 
comme son père, il avait ajouté à son état d'autres 
fonctions, car on le retrouve, en 1747, maître d'école 
à Plombières. En 1751, il quitte Plombières pour 
aller s'établir comme luthier à Lunéville, oij il reste 
jusqu'en 1756. On le retrouve en 1762 exerçant sa 
profession à Orléans. Il eut un fils. 

François Lupot. — Né à Plombières en i 73G, il se 
maria en 1754, étant encore mineur. Ce dernier com- 



25o LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

niença à travailler avec son père à Lunéville, puis en 
1758 partit pour Stuttgart, où il fut pendant douze 
années luthier du duc de Wurtemberg. En 1770, il 
alla se fixer à Orléans, rue Sainte-Catherine; il est 
mort à Paris en 1804 (pi. xxvi). 

Il avait eu deux fils : 

1° Nicolas, né en 1758 à Stuttgart; 

2° François, né à Orléans en 1774. 

Nicolas Lupot est le plus grand artiste de la 
famille, et l'influence qu'il exerça sur la lutherie fran- 
çaise est considérable. 

Aujourd'hui que le temps a consacré ses premiers 
succès, il est permis d'affirmer qu'il fut à son époque 
le plus habile luthier de l'Europe. 

Il était à peine âgé de douze ans, lorsque son père 
vint s'établira Orléans en 1770; ce fut là qu'il com- 
mença son apprentissage et qu'il se mit avec ardeur 
à l'étude de la facture des instruments à archet. Ses 
progrès furent rapides, et en 1704 il s'éloigna d'Or- 
léans pour venir se fixer à Paris, où il demeura d'abord 
rue de Grammont, puis rue Croix-des-Petits-Ghamps. 
Il est mort à Paris le i3 août 1824, âgé de soixante- 
six ans (pi. xxvi). 

Ayant acquis une connaissance approfondie des 
anciens luthiers italiens, il s'attacha surtout à étudier 
la facture d'A. Stradivari qu'il prit pour modèle. 

Nicolas Lupot a fait beaucoup de violons, altos et 
violoncelles, dans lesquels on reconnaît la main d'un 
artiste hors ligne. Ges instruments ont acquis une 
valeur relativement considérable. 



CHAPITRE V. 2SI 

Il a construit quelques quintettes, deux violons, 
deux altos et violoncelle, auxquels il s'attachait à 
donner une analogie parfaite d'apparence et de son ; 
certains amateurs ont possédé de ces quintettes 
devenus très rares aujourd'hui. 

Nicolas Lupot excellait dans la restauration des 
vieux instruments italiens : il avait recueilli, sur la 
facture des anciens luthiers, des observations intéres- 
santes qui ont servi en grande partie à l'abbé Sibire 
pour composer son livre intitulé la Chélonomie ou le 
Parfait Luthier. 

Je parlerai dans le chapitre suivant du frère de 
Nicolas Lupot (François), qui acquit une réputation 
méritée dans la fabrication des archets. 

Marquis de Lair. — Luthier à Mirecourt dans les 
premières années de ce siècle. Modèle d'A. Stradivari, 
facture négligée, vernis Jaune noir tirant sur le ver- 
dàtre. 

Marqué au feu sur le haut du fond, sous le talon 
du manche : 

Alarqu'is de Lair d'Oiseau. 

Il a fait beaucoup de violons et de basses qui ont 
eu de la vogue dans le commerce de la lutherie du 
temps. Sans valeur aujourd'hui. Vilaine apparence, et 
mauvaise sonorité. 

Mast (Jeax-Laurext). — A Paris, seconde moitié 
du xviii^ siècle. Lutherie assez bien faite : vernis épais 
à Talcool, devenu presque noir. Nous avons vu de lui 



25^ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

un violon ; le nom est marque au feu sur le boulon 
de la poignée : 

J.-L. Aldst. Paris 

et répété à l'intérieur à la place de l'étiquette par le 
même procédé. 

J.-L. Mast eut un fils qui fit son apprentissage chez 
Nicolas aîné, A la ville de Crémone, à Mirccourt, et 
s'établit plus tard à Toulouse. Nous avons vu plu- 
sieurs violons de Mast fils : il marquait ses instru- 
ments au feu comme son père. L'un d'eux porte : 

Mast fils j Toulouse j ^"-6- 

C'est une bonne lutherie à voûtes élevées sous le 
chevalet; les ^y mal coupées, dans le genre de celles 
du père Nicolas, son maître. Il emploie deux vernis : 
l'un Jaune, l'autre rougeâtre, à l'instar des anciens 
Italiens. 

Maucotel (Charles-Adolphe). — Né à Mirecourt 
en 1820, où il fit son apprentissage : il vint à Paris en 
1839 et entra comme ouvrier chez J.-B. Vuillaume. 
Il s'établit pour son compte en 1844, galerie Vivienne, 
puis alla demeurer rue Croix-des-Petits-Champs et 
ensuite rue Princesse, où il est mort, le 6 février i858, 
d'une manière tragique. Pris d'un accès de fièvre céré- 
brale, il se coupa la gorge d'un coup de rasoir, et, 
transporté à l'hôpital de la Charité, il expira sans 
avoir pu proférer une parole. 

Maucotel était un des bons luthiers de Paris. Il a 
fait beaucoup d'instruments neufs, violons, altos et 



PL. XX m. 




G: 



-K ~- \ ^ 



A^AEÀRISj.. 







des rct: 



CHAPITRE V. 2SJ 

violoncelles, qui sont estimés et prennent rang dans 
la belle lutherie de l'époque. 

Il avait obtenu une médaille de seconde classe à 
l'Exposition internationale de Paris en i855. 

MÉDARD. — Famille de luthiers lorrains : 

MÉDARD (François). — Travailla à Paris pendant la 
seconde moitié du xvii® siècle. Il fut, dit-on, chargé de 
confectionner des violons pour la chapelle de 
Louis XIV. 

On connaît de lui des instruments bien faits : petit 
patron, beau vernis, modèle des premiers Amati. 

MÉDARD (Nicolas). — Frère du précédent. Il tra- 
vailla à Nancy et à Paris. 

MÉDARD (Toussaint). — Fils de Nicolas, né à 
Nancy le 5 avril 1622. 

MÉDARD (Antoine). — A Nancy. 

Il a été vendu à Paris, à l'Hôtel des ventes, rue 
Drouot, le 1 5 mars 1 887, une charmante petite pochette 
forme rebec allongé à pans, filetée à torsades argent, 
avec la touche de même, tête de femme sculptée au lieu 
de volute. Vernis fin, rouge brun, facture très soignée, 
portant intérieurement l'étiquette manuscrite suivante : 

Antoine Alédard, 
à Nancy ^ iCGG . 

Mennégand (Charles). — Né à Nancy, le 19 juin 1822. 
Il fit son apprentissage à Mirecourt, vintà Paris en 1 840, 
et entra comme ouvrier chez Rambaux, qui demeurait 
alors faubourg Poissonnière, n° 18. Ce fut sous la 



oj^ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

direction de ce maître habile, chez lequel il travailla pen- 
dant cinq années consécutives, qu'il acquit cette sûreté 
de coupd'œil et de main dans la réparation des instru- 
ments anciens, qui l'ont placé au premier rang. 

En 1 85 1, il s'engagea chez Maucotel et resta chez 
celui-ci jusqu'en i852, époque à laquelle il quitta la 
France pour aller s'établir à Amsterdam. 

En 1857, il revint à Paris et se fixa rue de Trévise, 

n" 26. 

jNlennégand fut un ouvrier habile ; il a laissé des in- 
struments bien faits, mais il avait surtout une réputa- 
tion hors ligne comme réparateur de vieux instruments. 
Il est mort à MUers-Cotterets, le 9 janvier i885. 

Menxessox (Emile). — Luthier breveté, à Reims 
(Marne), s'est adonné à la fabrication d'un genre de 
lutherie spéciale qu'il a baptisée du nom de Giiariiii. 

Ces instruments, bon marché, d'un vernis rouge 
très apparent, ont un joli aspect. 

MÉRiOTTE. — Travaillait à Lyon : 

Alériotte, luthier^, sur le pont^ 
près le change j à Lyon^ ^766- 

Inscription manuscrite dans un violon d'assez bonne 
facture. Plus tard, ses étiquettes sont imprimées en 
latin, et la main-d'œuvre plus soignée. 

MicHAUD. — Paris, rue Guérin-Boisseau, au coin 
de la rue Saint-Denis, en 1788. 

MiCHELOT. — Paris, rue Saint-Honoré, n° 255, en 
1788. 



CHAPITRE V. 2SS 

Relevé rétiquctte suivante dans une charmante 
harpe colienne finement sculptée et dorée : 

J.-P. Alichelot. rue Sairtt-Honoré^ 
à Id Mélodie^ ^7i)o, 

MiRAUcouRT (Joseph). — Travaillait à Verdun en 
1749. Il acquit une certaine réputation dans la fac- 
ture des violes. 

MiREMONT (Claude-Augustin). — Né à Mirecourt 
en 1827. Il fit son apprentissage dans cette ville, chez 
son père d'abord, et ensuite chez Claude-Nicolas Col- 
lin-Mézin avec lequel il travailla pendant trois années 
consécutives. 

Il vint à Paris en 1 844, entra chez Lafleur, et ensuite 
chez Bernardel père, commepremier ouvrier, jusqu'en 
i852. Il partit alors pour l'Amérique et s'établit à 
New-York qu'il habita jusqu'en 1861, époque à 
laquelle il revint se fixer à Paris, où ses ateliers étaient 
rue du Faubourg-Poissonnière. 

Il quitta les affaires le i5 juillet 1884. se retira à 
Belleville dans une maison qu'il possédait rue des 
Bois, n" 20, et vécut ensuite à Pontorson (Manche], où 
il mourut à la fin de l'année 1887. 

Miremont fut un de nos habiles luthiers. Il a laissé 
de nombreux instruments neufs qui se distinguent par 
leur bonne facture et leur excellente sonorité. 

Il a obtenu les récompenses suivantes : 

1° Exposition de New-York, en i853 : médaille. 

2° Exposition de Paris, en i855 où il figurait dans 
le département des États-Unis : Médaille de première 
classe. 



2Srt LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

3° Exposition de Londres, en 18G2 : Prize medal 
(Étiquettes, pi. xxvii). 

MoERS (Jean-Henri). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1771. 

MoiTESSiER (Louis) : 

Ludovicus AIo:tessi'er fecit 
anno Doinini ijSi. 

Dans un violon d'assez bonne facture, offrant cette 
particularité que la table était en érable comme le fond 
et les éclisses \ bonne sonorité. 

MoNGENOT. — A Rouen, xviii® siècle : 

Alongenot j 

à Sainte Cécile^ 

rue Ganterie^ à Rouen, 

Imprimé, entouré d'une vignette (pi. xxvii). 

MoNTRON. — A Paris, rue du Grand-Hurleur, en 
1788. 

Nadermann (Jean-Henri). — Fabricant de harpes, 
qui fut maître-juré comptable de la corporation des 
maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de 
Paris pour l'année 1774. 

Naaiy. — Très habile luthier qui demeurait à Paris, 
en 1788, place du Louvre \ il était surtout renommé 



CHAPITRE V. 257 

pour ses réparations de vieux instruments. Voici ce 
qu'en dit l'abbé Sibire ^ : 

(t Je m'étais fait une loi de m'abstenir de toute cita- 
tion ; mais, en vérité, je ne puis résister au désir de nom- 
mer, entre autres, un homme d'un vraimérite, qui, avec 
un talent très prononcé pour ^toutes les parties de l'art, 
s'est attaché spécialement à remettre sur pied, à rajeunir 
ces centenaires décrépits (les vieux instruments) et à 
les rétablir dans leur première fraîcheur; c'est le sieur 
Namy... Ses preuves sont faites depuis un quart de 
siècle, et même elles se réitèrent journellement... Nul 
n'a étudié plus à fond leur tempérament et leurs 
besoins ; toutes les fois qu'il me tombe sous les yeux 
des instruments qui portent l'empreinte de ses savantes 
réparations, je reconnais la trace de l'habile main qui 
les a entreprises ; je dis tout d'un coup : Voilà du 
Namy, comme je dirais : Voilà du Crémone ! )) 

Ces lignes étaient écrites par l'abbé Sibire, en 1806 ; 
Namy a dû mourir quelques années plus tard. Il 
avait travaillé chez la veuve de Salomon, car dans 
un violon fait par lui se trouvait l'étiquette sui- 
vante : 

Fait par Namy^ luthier^ chei 
Madame Salotnoi^ à Paris ^ ^77^» 

Nezot. — Contemporain de Louis Guersan, 
seconde moitié du xviif siècle. Il existe de lui, au 
musée du Conservatoire de Paris, un pardessus de 
viole à six cordes (n° 88 du catalogue). 

I. J. Gallay, les Luthiers italiens aux xvn^ et xviu® siècles, 
contenant la réédition du Parfait luthier de l'abbé Sibire, 
Paris, 1869. 

'7 



25» LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Nicolas (François-Nicolas Fourrier, connu sous le 
nom de). — Né à Mirecourt le 5 octobre 1708, tra- 
vailla à Paris depuis 1784 environ jusqu'en 181G, 
époque de sa mort. 

Il fut nommé en 1804 « luthier de la chapelle de 
l'Empereur et de toute sa musique particulière », et fit 
tous les instruments à cordes de la chapelle de Napo- 
léon P^ 

Il a laissé des instruments qui sont assez estimés. 
J'ai trouvé dans un violon de Cuny la curieuse étiquette 
manuscrite que voici : 

Réparé par Fourrier Nicolas. 

luthier de la chapelle de S. AI. l'empereur. 

pour son ami Julien^ chef d'orchestre 

des bals de la cour^ iSo6. 

Nicolas. — Nom d'une famille de luthiers de Mire- 
court, dont deux membres seulement nous sont con- 
nus d'une manière positive : 

Nicolas (Didier l'aîné, dit le Sourd). — Né à Mire- 
court en 1757, mort en cette ville en i833. 

Il avait pris pour enseigne : A la ville de Cré- 
mone. 

Didier Nicolas fut un luthier habile dont les in- 
struments authentiques sont estimés. Il y eut à Paris, 
en 1806, une Exposition des produits de l'industrie, 
dans laquelle il obtint une médaille d'argent; le vio- 
lon qui lui valut cette distinction est joué aujourd'hui 
par son arrière-petit-fils. 

Les instruments de Nicolas aîné, quoique d'une 



CHAPITRE V. 259 

facture qui laisse à désirer sous certains rapports, sont 
cependant loin d'être sans mérite. Le vernis est, en 
général, rouge brun, tirant sur le jaune. La coupe des 
f_f^ très ouvertes dans le milieu, est particulière. 

Nicolas aîné marquait ses instruments au fer rouge, 
dans l'intérieur du fond, à la place habituelle de l'éti- 
quette. \o\z\ le fac-similé exact de sa marque, dont 
l'empreinte provient d'un de ses poinçons originaux. 



^\v'- ^ ^fi^. 

^ D.Nicolas AÎNÉ 



Nicolas (Joseph). — Fils du précédent, né à Mire- 
court en 1796, mort en 1864. 

Il travailla avec son père jusqu'à la mort de celui- 
ci, et prit la suite de ses affaires. 

Joseph Nicolas signait tous ses instruments à la 
plume et les marquait, comme étiquette, du poinçon : 

J. Nicolas Fils 

A la mort de Joseph Nicolas, en 1864, sa veuve 
vendit le fonds de lutherie à M. Derazey, à Mire- 
court. 

La propriété des deux marques, dont nous don- 
nons plus haut l'empreinte, fut comprise dans la vente, 
de sorte, qu'on peut rencontrer aujourd'hui des in- 



26o LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

struments neufs portant la marque des Nicolas, et à la 
facture desquels ces derniers sont étrangers. 

OuvRARD (Jean). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1743. 

Il était élève de Claude Pierray. 

Pacherele (xMichel). — Nous avons relevé dans un 
violon de facture ordinaire, style de Guersan,à vernis 
jaune, l'étiquette suivante manuscrite : 

Michel Pacherele. luthier, 
rue d'Argenteuil. à Pans. 177^. 

Le nom de Michel Pacherele est gravé au fer rouge 
sur le haut de la table de fond. 

Pacherele (Pierre). — Né à Mirecourt en i8o3, 
mort à Nice le 3i décembre 1871, dans sa soixante- 
huitième année. 

Luthier et réparateur habile. 

Venu dans le Midi après i83o, il travailla d'abord 
à Nice, à Gênes et à Turin où il fut pendant quelque 
temps le collaborateur de Pressenda, luthier de bonne 
réputation. 

En 1839, il s'établit définitivement à Nice. 

Pendant sa jeunesse, il avait travaillé avec J.-B. 
Vuillaume àMirecourt dans les mêmes ateliers, et cette 
camaraderie les lia d'une amitié qui ne s'est jamais dé- 
mentie. 

Pierre Pacherele a laissé un assez grand nombre 



CHAPITRE V. 261 

de violons, altos et violoncelles de très bonne facture; 
mais le vernis en est lourd et épais. 

Pacquet. 

P acquêt d Aix, 
Luthier à Marseille^ tJ^S^ 

Dans une arpi-guitare forme originale, tête et man- 
che sculptés. Longueur totale, 0^,98; longueur du 
corps, 0^,70. 

(Collection Ant. Gautier à Nice.) 

Paxormo (Vincent). — Né, dit-on, à Palerme S 
dans les premières années du xviii® siècle. Il vint s'éta- 
blir à Paris vers lySS et y travailla jusqu'en 1780 
environ. Lutherie bien faite et infiniment supérieure 
à tout ce qui se produisait alors à Paris ; son vernis est 
jaune clair. On rencontre aujourd'hui dans le com- 
merce de nombreux spécimens de ces violons, altos et 
basses, qui ne sont pas dédaignés des connaisseurs. 

Panormo marquait ses instruments d'une étiquette 
soit en français, soit en latin. La première était li- 
bellée : 

Vincent Panormo^ rue de 
r Arbre-Sec. Paris. 17 . . 

La seconde : 

Vincenio Triusano Panormo^ 
fecit Parisiisj anno ij . . . 

I. Nous n'avons aucune preuve de l'origine palermitaine 
, de ce luthier. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que 
le mot de Panormo n'est autre que le nom ancien de Palermc 
(l'antique Panormos). Cette particularité n'aurait-elle pas 
engagé l'artiste à prendre les armes de la ville, sans prouver 
qu'il en fût natif? 



262 LES LUTHIERS FRANÇAIS, 

Dans le coin droit de cette étiquette latine se trouve 
un petit cercle formé de deux traits en pointillé entre 
lesquels se trouvent les mots : armi di Palcrmo; et 
au centre du cercle, une harpie, le tout surmonté d'une 
croix pattée. 

Les dates extrêmes que nous avons relevées dans 
les instruments de Vincent Panormo, faits à Paris, 
sont 1738 et 1778. Nous ne sommes pas autrement 
fixé sur la biographie de Mncent Panormo. 

A partir de 1772, on rencontre à Londres un lu- 
thier de ce nom; est-ce le nôtre ou un de ses fils? 
Nous nous rangerions volontiers à la seconde hypo- 
thèse, puisque le Vincent Panormo de Paris a signé 
ses instruments datés de cette ville jusqu'en 1778. 
Toujours est-il que les biographes anglais indiquent 
cinq Panormo comme ayant travaillé à Londres : 
i" Vincent Panormo, arrivé à Londres vers 1772, 
mort en 181 3; 2" Joseph, fils de Vincent; 3" Georges 
Louis, facteur d'archets; 4" Edouard; 5° Georges ^ 

Paquotte FRÈRES. — A Paris, boulevard Saint-Ger- 
main, 99. 

La maison fut fondée en i83o par Sébastien Pa- 
quotte, né à Mirecourt en 1800, mort à Paris en i863. 
Établi d'abord rue de la Harpe, 5i, son domicile fut 
transféré rue de l'École-de-AIédecine, 20, lors du per- 
cement du boulevard Saint-Michel. 

A sa mort, son neveu, AL Jean-Baptiste Paquotte, 
prit la suite des affaires. Ouvrier pendant huit ans chez 

I. Violins and violin makers, by Jos. Pearce jun. London, 
1866, I vol. in-i2, p. C3 et 64. 



CHAPITRE V. 26} 

son oncle, et ensuite pendant quatorze ans chez Lafleur, 
M. J.-B. Paquotte avait acquis une expe'rience qui 
le plaça aussitôt parmi les bons luthiers parisiens. 

En 1877, la maison fut transférée faubourg Saint- 
Germain, 99. 

M. J,-B. Paquotte s'est retiré des affaires au mois 
de juillet 1888, laissant sa maison à ses deux fils : 
MM. Henri, né à Paris en 1857, et Placide, né 
en 1864. 

Ces messieurs suivent les bonnes traditions de 
leur grand-oncle et de leur père. 

M. Henri Paquotte, tout en travaillant la lutherie, 
s'était adonné à l'étude du violon; il a quitté le Con- 
servatoire après avoir suivi avec succès pendant plu- 
sieurs années le cours de M. Sauzay. 

Pardi. — A Paris, rue Saint-Honoré, n° 412, en 
1788. 

Perox. — A Paris, rue de l'Arbre-Sec, en 1775. Il 
figurait encore en 1 788 sur la liste des luthiers de Paris, 
et demeurait à cette époque rue de Richeheu. 

Feron. luthier de S. A. R. Alad. 
la duchesse d'Orléans^ rue 
Richelieu,- près la Comé- 
die Italienne j à Paris. 

Avec les armes des d'Orléans séparant ce texte par le 
milieu. 

PiERRAY (Claude). — Travaillait à Paris dans la 



a'+ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

première moitié du xviii^ siècle. "S'oici la copie d'une 
de ses étiquettes : 

Claude Pierray^ rue des Fosses- 
Saint-Germain-deS'Prei. à Paris ^ iji^i. (ri. xxvm.) 

Lutherie qui a eu une certaine réputation en même 
temps que celle de Boquay, son contemporain. La 
facture en est bonne; le vernis, généralement rouge, 
est assez flatteur à l'œil. Ces instruments, dont il existe 
encore de nombreux spécimens, sont peu recherchés 
aujourd'hui. 

PiLLEMENTi (F.). — Gravé au feu dans le fond 
de l'instrument. Lutherie de la seconde moitié du 
XVIII' siècle; vernis noir, genre Gaviniès. 

Pique (F,-L.). — Élève de Saunier, demeurait à 
Paris en 1788, rue Plâtrière ; peu d'années après, il se 
fixa rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 36, où il travailla 
jusque vers 181 5. Les instruments de Pique eurent 
de la réputation; Spohr, dans sa méthode de violon, 
cite ses ^violons et ceux de Lupot, comme étant les 
meilleurs de l'époque. Pique est mort en 1822, à 
Charenton-Saint-Maurice, dans une propriété où il 
s'était retiré. Le musée du Conservatoire de Paris 
possède un violon de lui, n" 16 du catalogue (plan- 
che xxvm). 

PiROT (Claude). — Nous ne possédons sur ce lu- 
thier d'autres notes que celles relevées par nous dans 
plusieurs de ses violons et que nous avons eus à notre 
disposition. 



PL. XXIV 




D , Luthier de la IS 
u 




. -itoire deMusi 



'E: 






lonis Ger "^mn • à Paris 




CHAPITRE V. 26$ 

Voici la copie exacte de l'une de ses étiquettes : 

C"^' Pirot/ecitj 
ParisiiS) anno iSoj. (Pi. xxvm.) 

Ces mots sont entoures d'une petite vignette. 
Sur le côté droit est imprimé un parafe de forme ori- 
ginale. 

Dans un autre de ses violons, nous avons relevé 
sur la même étiquette l'année i8i3. 

Lutherie qui n'est pas sans mérite et qui atteste 
une étude sérieuse de la bonne école italienne. Le pa- 
tron, ainsi que le dessin des coins et des^^, sont bien 
raisonnes. Les voûtes, un peu élevées sur le milieu de 
la table de dessus, vont droit jusqu'aux bords, sans 
gorge, ce qui nuit à l'élégance et peut-être aussi à la 
sonorité. Les voûtes du fond sont peu prononcées. Le 
vernis est rouge brun, très épais. 

PiTET. — A Paris, vers la seconde moitié du 
XVII® siècle. On a vu de lui des instruments, surtout des 
basses, sur les éclisses desquels était écrit le nom de 
Pitet, entouré d'une légende en latin. 

Cette lutherie serait très curieuse aujourd'hui dans 
le cabinet d'un amateur. 

Plumerel. — Le nom de ce luthier a été relevé 
dans une basse à vernis jaune. Paris, 1740. 
Lutherie très ordinaire. 

Poxs (César). — A Grenoble, vers le milieu du 
xviii"^ siècle. Il a construit des vielles organisées dont 
notre habile professeur de violoncelle, M. Auguste 



2(;r. LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Tolbecque, possède un très beau spécimen daté de 

IJDO. 

Prévôt. — A Paris, rue de la \'errerie, n" 102, en 
1788. 

QuiNOT Jacques. 

Jacques Quinot ; 
j Paris. zf)7o. 

Étiquette relevée dans une petite pochette forme Rebec; 
très allongée, tête sculptée, filets incrustés, vernis 
jaune. L'étiquette est manuscrite; le nom de Quinot 
est en outre gravé au feu sur le bouton du manche. 

Rameaux (Claude-Victor). — Né à Darney (Vos- 
ges) le 25 février 1806. Peu de temps après sa nais- 
sance, ses parents vinrent demeurer à Mirecourt, et 
c'est dans cette ville que s'écoula sa jeunesse. 

A l'âge de quatorze ans, il entra chez L. Moitessier, 
luthier à Mirecourt, et y resta comme apprenti 
d'abord et ensuite comme ouvrier, dit compagnon, 
pendant quatre années, de 1820 au 12 juillet 1824. 

De 1824 à 1827, il travailla chez Thibout, luthier 
à Caen. Il vint ensuite à Paris et entra le 22 août 1827 
chez Gand père, dont il devint bientôt le premier ou- 
vrier. Ce fut sous la direction de ce maître habile qu'il 
acheva de se perfectionner dans l'art de la lutherie. 

Après onze années de séjour chez Gand, il le 
quitta le 7 juin i838 et s'établit pour son compte à 
l'entresol de la maison du faubourg Poissonnière, 
n° 18, en face du Conservatoire. C'est là que toute 
une génération d'artistes et d'amateurs l'a connu. 



CHAPITRE V. 267 

Lorsque C.-V. Rambaux s'établit, l'art et le com- 
merce de la lutherie étaient en pleine prospérité à 
Paris. Les Nicolas Lupot, les Pique, les Gand, les 
Vuillaume, les Bernardcl, avaient donné à la facture 
des instruments neufs une impulsion habile et intelli- 
gente; d'un autre côté, le commerce des anciens 
instruments italiens avait pris un accroissement qu'en- 
tretenait l'enthousiasme des musiciens pour la vieille 
lutherie. Pour réussir dans ce milieu, il fallait non 
seulement produire de bons instruments neufs, mais 
encore connaître à fond les anciens maîtres \ en un 
mot, « faire revivre ces centenaires décrépits )), ainsi 
que les qualifie l'abbé Sibire. 

C.-V. Rambaux excella dans ces deux branches 
qui résument l'art du luthier. 

Les récompenses qu'il obtint aux expositions de 
1844, 1848 et i855, à Paris, le placent au premier 
rang des luthiers de son temps et attestent son habi- 
leté comme facteur ; mais ce que les distinctions de 
ce genre ne sont pas appelées à récompenser, c'est la 
patience infinie et la recherche incessante des procé- 
dés de tout genre nécessaires à la réparation des 
anciens instruments; et c'est surtout dans cette partie 
de l'art que Rambaux sut se faire apprécier. 

Parmi les opérations les plus difficiles, on peut 
compter le recoupage des anciens instruments ; c'est 
notamment pour les violoncelles qu'il est parfois in- 
dispensable, à cause du peu de régularité apporté par 
les luthiers italiens dans leur patron. Il est néces- 
saire, pour donner la forme exigée par la virtuosité 
actuelle, de les ramener aux dimensions adoptées par 



S(58 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Stradivari dans son beau modèle. Il n'y a pas à errer 
d'une ligne ; la moindre hésitation dans un trait de 
scie ou dans un coup de rabot serait fatale et détrui- 
rait en quelques minutes la valeur de l'instrument, 
loin de l'améliorer! On comprendra difficilement 
quelle sûreté de main et quelles connaissances spé- 
ciales sont requises pour une opération aussi délicate. 

C'est dans cette partie du métier que Rambaux 
avait acquis une supériorité qui le laissait sans rival. 

Du reste, travailleur infatigable, une fois l'heure 
sonnée, il revêtait le tablier traditionnel, qu'il ne 
quittait plus de la journée. Il était intéressant de le 
voir, tout en conservant l'outil en main et suivant 
d'un œil attentif le travail de l'ouvrier assis en face de 
lui, et dont aucun mouvement ne lui échappait, accueil- 
lir amateurs et artistes qui se succédaient dans son 
atelier, et accorder une attention soutenue aux théo- 
ries interminables qui se déroulaient devant lui, sur 
les instruments, la place de l'âme, du chevalet, etc.: 
toujours calme etplaçantmodestement sonmot, avec ce 
sourire fin et doux qui le rendait sympathique à tous. 

Après un exercice de dix-neuf années écoulées dans 
ce dernier domicile, Rambaux se retira à Mirecourt 
en juin iSSy, pour y jouir tranquillement de la mo- 
deste aisance que sa carrière honorable lui avait pro- 
curée ; toutefois, sa passion favorite ne cessa de l'oc- 
cuper, et il continua ses travaux de retouches et de 
réparations, en les bornant aux instruments de choix 
et sans se départir de cette recherche qui attestait que 
chez lui l'âge n'avait pas éteint l'amour de l'art auquel 
il avait consacré sa vie (pi. xxviii). 



CHAPITRE V. 2C9 

Claude-Mctor Rambaux est mort à Mirecourt, le 
25 juin 187 I '. 

Raut (Jean). — Luthier assez estime, qui travailla 
à Rennes, en Bretagne, jusque vers 1790. On connaît 
de lui quelques violons. 

Remy. — Nom d'une famille de luthiers travaillant 
à Paris depuis un siècle et demi. 

Le chef, établi en 1760 rue Sainte-Marguerite- 
Saint-Antoine, et plus tard rue Tiquetonne, fit des 
instruments dans le genre des Guersan, Saint-Paul et 
Gaviniès. Il eut un fils, Jean-Math urin, né rue Tique- 
tonne en 1770, mort en 1854, lequel vint plus tard 
s'établir rue de Grenelle-Saint-Honoré, n°3o, où ses 
ateliers existèrent pendant trente-sept années. Aujour- 
d'hui, le fils de Jean-Mathurin, M. Jules Remy, né 
en 181 3, continue le commerce de la lutherie, rue du 
Faubourg-Saint-Denis, n° 60. 

Rexaudix (Léopold). — Établi à Paris en 1788, rue 
Saint-Honoré, au coin de la rue Jean-Saint-Denis. 

I. C.-V. Rambaux avait laissé deux fils. Je tiens les détails 
qui précèdent de l'un d'eux, M. Emile Rambaux, sous-inspec- 
teur des forêts à Laon. La lettre qu'il m'adressait se terminait 
par ces quelques lignes simples et modestes au sujet de son 
père : 

« Il était encore plein de vie quand éclata la dernière guerre. 
Son cœur fut péniblement affecté des désastres de notre patrie, 
et l'impression fut d'autant plus vive, que Mirecourt était au 
centre du pays envahi. Mon jeune frère, âgé de vingt et un 
ans, et moi étions partis comme soldats : hélas ! un seul devait 
revenir. Mon frère fut tué à Belfort, et mon père ne put sup- 
porter cette nouvelle douleur: le chagrin le prit, et il mourut 
à Mirecourt le 25 juin 1871, à l'âge de soixante-cinq ans. » 



270 LES LUTHIERS IRANÇAl s. 

Lutherie de second ordre, dont on rencontre encore 
quelques spécimens; la facture n'en est pas mauvaise, 
mais les voûtes sont trop prononcées et le vernis, 
d'une couleur gris noirâtre, est d'un vilain aspect. 

Léopold Renaudin (adresse illisible), 
Année 178^. 

Aux amateurs. — Renaudin. luthier^ fait 

toutes sortes d'instruments, rue Saint-Honoré, 

près l'Opéra. ijSj. 

On trouvera, à la planche xxviii, une étiquette 
manuscrite de sa main. 

Léopold Renaudin était surtout réputé pour ses 
contrebasses, qui sont encore recherchées aujour- 
d'hui. 

Ce Léopold Renaudin prit une part active aux 
excès sanglants de la Révolution française et paya de 
sa tête, comme tant d'autres, sa triste célébrité. Voici 
ce que nous lisons à son sujet dans l'ouvrage de 
M. Campardon sur le Tribunal î'épolutiontiaire^ : 

« Il y avait au tribunal de Fouquier-Tinville un 
certain nombre de jurés qu'on appelait /e5 5o/ùYe5 ; 
avec eux les accusés étaient toujours convaincus, et 
ils se plaisaient à faire ce qu'ils appelaient à^sfeux 
défile, c'est-à-dire à envoyer à la mort tous les pré- 
venus sans exception. Léopold Renaudin, luthier, fut 



I. Le Tribunal révolutionnaire de Paris, ouvrage composé 
d'après les documents originaux conserves aux Archives, par 
M. E. Campardon, archiviste aux Arch. nat. Paris, Henri 
Pion, 1866, 2 vol. in-8». 



CHAPITRE V. 271 

un de ceux qui se montrèrent les plus terribles contre 
les accuses. Aux Jacobins, il soutenait à coups de 
bâton les maximes les plus terroristes et eut un jour 
une rixe avec Camille Desmoulins, qu'il voulut 
assommer. 

« Il disait avant une audience, en parlant des 
accusés : « Ah ! ce sont des b... qui vont être bien tra- 
(i vailles! » 

Un jour, un tout jeune homme, M. de Saint- 
Pern fils, est condamné à mort et exécuté; il avait 
comparu devant le tribunal par suite d'une erreur; 
son père était accusé et non pas lui. Léopold Renau- 
din était un des jurés qui avaient concouru à la con- 
damnation. Lors de son jugement, il niait avoir siégé 
dans cette affaire ; mais la sœur de M. de Saint-Pern, 
citée comme témoin devant le tribunal, déposa 
ainsi : 

« Je me rappelle son nom, parce que mon mari, 
qui périt en même temps que mon frère, me remit 
en allant au supplice ses cheveux, enveloppés dans un 
papier qui contenait la liste de ses assassins. » 

Cette liste est remise à l'accusateur public, il en 
donne lecture : le nom de Renaudin s'y trouve inscrit, 
toute dénégation est impossible! 

Léopold Renaudin, condamné à mort avec quinze 
de ses complices, en tête desquels figurait le trop 
fameux Fouquier-Tinville, fut exécuté avec eux le 
lendemain, 18 floréal an III (jeudi 7 mai 1793). 

Renault. — Plusieurs luthiers ont porté ce nom : 
le plus ancien, Nicolas, aurait été élève d'un nommé 



272 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Tywersus, de Nancy, qui vivait dans le courant du 
xvi^ siècle. On prétend même qu'il aida André Amati 
à terminer les instruments que ce dernier vint, dit-on, 
livrer lui-même à la chapelle de Charles IX, à Paris, 
vers i566. 

On cite ensuite Jacques Renault, qui travailla à 
Paris dans la première moitié du xvii' siècle; nous 
n'avons pu découvrir sur lui aucun renseignement 
positif. 

Il existe au musée du Conservatoire de Paris un 
cistre curieux portant la marque de S.-B. Renault, 
sans date (n° 190 du catalogue). 

Renault et Châtelain. — A Paris, dans le com- 
mencement du xviii^ siècle. 

A la renommée, 
rue de Braque, au Alaraisj 
Renault et Châtelain. 

Luthiers^ font et vendent . louent^ 

achètent et raccommodent toutes 

sortes d instruments de musique, etc. 

à Pans. 

Reynaud (Axlreas). — A Tarascon. 

Andréas Reynaud^ olim canonicus 
Tarascone in gallo provincia, ij66. 

Copie d'une étiquette manuscrite authentique, lon- 
gueur, 0^,06; largeur, 0^^,150. 

Richard (Robert). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1756. 



CHAPITRE V. 



27Î 



RoL. — Il existe de ce luthier, au musée du Con- 
servatoire de Paris, une grande pochette avec l'éti- 
quette : 

17^3. Cour Saint- Denis 
de la Chartre. 

(N° 64 du catalogue.) 

RopiQUET. — Luthier amateur à Paris, qui a con- 
struit quelques violons vers 181 5 et les a signés de son 
nom. Une fille de Ropiquet était danseuse à l'Opéra. 
Lui-même était musicien à l'orchestre. 

RozE. — Travaillait à Orléans. 

Roie. rue Sainte-Catherine, à Orléans, 
près le Alartroy^ i-7^7. 

Étiquette imprimée en lettres romaines, entourée 
d'une vignette à étoiles. Relevée dans un violon de 
bonne facture, vernis Jaune. Les £f bien dessinées, 
très ouvertes dans le milieu, a3^ant beaucoup d'ana- 
logie avec celles du père Nicolas de Mirecourt. 

RozET. — « Le sieur Rozet est renommé pour les 
instruments de musique de la garde-robe du roi, il 
demeure rue Neuve-Saint-Eustache. » (Tiré du Livre 
commode de Du Pradel, année 1691.) 

Ruelle (Pierre). — Maître-juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1764. 

Sacquin. — Luthier estimé, qui demeurait à Paris, 
rue Beauregard, de i83o environ à 1860. 

18 



274 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Il a fait de bons violons, mais surtout des contre- 
basses. Son étiquette porte : 

Sacquin^ luthier^ 

rue Beauregard, i-f. 

à Paris. i8^.. 

Saint-Paul. — Fétis, dans sa Biographie des mu- 
siciens^ indique à ce nom un luthier de Paris vivant 
vers 1G40. Nous ne connaissons de lui rien autre que 
cette mention. 

Deux autres luthiers de ce nom travaillèrent à Paris 
dans le courant du xviii siècle : 

jo piQ^yc Saint-Paul. Ses instruments portent l'éti- 
quette suivante : 

pierre Saint-Paul^ rue de la Comédie- 
Françoise. Paris ^ 17-it' 

Nous avons relevé cette étiquette dans une de ses 
basses. Lutherie très ordinaire, vernis jaune grisâtre. 

2° Antoine Saint-Paul, qui fut maître-juré compta- 
ble de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'in- 
struments de la ville de Paris pour l'année 1768. Nous 
avons trouvé l'étiquette suivante de lui dans un par- 
dessus de viole vernis jaune, tête sculptée : 

Antonius Saint-Paul, propè Coniœdiatn Gallicanij 
Lutetiœj anno ijj'i-. 

Cela est imprimé dans le cartel de Louis Guersan, 
dont il fut le successeur. 



PL. XXV. 












■-♦"^"SÇ- Il .2y». 



"^ TA} 




/C^Tl 



"TQi xePilear -T^viiegi^'^^^ 






emai 







1* . 

I 



CHAPITRE V. • 27 j 

Sajot. — A Paris. 

Petite étiquette manuscrite : 

Sajot ^ à 

Salle. — Très habile ouvrier pour la re'paration 
des anciens instruments, qui a travaillé à Paris de 
1S25 environ à i85o. Il n'a pas fait d'instruments 
neufs. Salle était connu pour ses connaissances 
sérieuses dans la lutherie ancienne. Lorsque des dis- 
cussions s'élevaient entre amateurs et luthiers, et 
même entre luthiers, on prenait souvent pour arbitre 
le père Salle, et on s'en rapportait volontiers à ses 
décisions. 

Salomon (Jean-Baptiste Deshayes-), — Contempo- 
rain de Louis Guersan. Il fut maître-juré comptable 
de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année lyijo. 

Salomon a fait quelques belles basses ; mais le 
vernis en est dur, la sonorité de l'instrument commune. 

Il est mort avant 1772, car, à cette époque, Namy 
(voir ce nom) travaillait chez sa veuve qui avait con- 
tinué le commerce de la lutherie, et dont le magasin 
était encore, en 17S8, quai de la Mégisserie. Étiquette 
lithographiée en grosse écriture, demi-anglaise; sur 
le coin droit est dessinée une sainte Cécile assise jouant 
avec une sorte de guitare. 

Salomon^ luthier, à S^'^-Cécile^ 
place de l'Ecole, à Paris. 17^ t. 

Il y a de lui, au musée du Conservatoire de Paris, 
une viole d'amour (n° 96 du catalogue.) 



276 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Il y avait à Reims un luthier du même nom, en 
1747, dont nous avons eu l'occasion de voir une éti- 
quette. 

Saunier. — Luthier lorrain qui vint s'établir à 
Paris vers 1770. On connaît de lui des violons esti- 
més, mais il a surtout fait des guitares. 

On dit qu'il fut le maître de F.-L. Pique. 

Saunier. — A Bordeaux. 
Petite étiquette manuscrite : 

Saunier^ 
à Bordeaux. 

Savart (Félix). — Né à Mézières en 1791, mort 
à Paris en 1841. Savant physicien, qui se voua sur- 
tout aux travaux d'acoustique, etc. 

ScHWARTZ. — Nom patronymique d'une famille 
de luthiers français établis à Strasbourg : 

Bernard Schwartz, mort en 1822. 

11 eut deux fils : 

Georges-Frédéric Schvi^artz, né à Strasbourg, le 
7 avril 1785, mort le 29 décembre 1849 ; 

Théophile-Guillaume Schwartz, né à Strasbourg, 
le i3 octobre 1787, mort le 29 juillet 1861. 

Les deux frères furent élèves de leur père, et à 
sa mort prirent ensemble la suite des affaires sous la 
raison sociale : u Frères Schwartz ». 

L'aîné, Georges-Frédéric, se livra surtout à la fabri- 
cation des archets (voir ce nom au chapitre vi), et le 
plus jeune, Théophile-Guillaume, s'occupait plus spé- 



CHAPITRE V. 277 

cialemcnt de lutherie. Les instruments sortis de leur 
atelier portent Tctiquettc : 

Frères Schnarti, 
à Strasbourg, iSjj. 

Inscription ovale, entourée d'une vignette à guirlande 
de feuilles; dans le bas à gauche, un violon, à droite 
une lyre et au milieu le numéro. Le nom de Schwartz, 
les deux derniers chiffres du millésime et le numéro 
d'ordre sont manuscrits. 

Leur premier violon est daté de 1824, et depuis 
cette époque jusqu'en i852 il est sorti de leur atelier 
environ 80 violons et 3o violoncelles. 

En i852, M. Théophile-Guillaume Schwartz, né 
le 3 septembre 1821, fils du plus jeune des frères, prit 
seul la suite des affaires. Son atelier est aujourd'hui à 
Strasbourg, place Saint-Thomas, n" 2. Il a fait quel- 
ques instruments, mais il s'occupe surtout de répara- 
tions. 

Les instruments faits par M. T. G. Schwartz sont 
marqués : 

Schnartr^j 
à Strasbourg. zS.. 

Petite étiquette imprimée en caractères romains, en- 
tourée d'une vignette arcadée de 3 millimètres. 

SiLVESTRE, — Nom d'une famille de luthiers dis- 
tingués établis à Lyon. 

Deux frères furent les fondateurs de la maison : 



278 LES LUTHIERS TRANÇAIS. 

Pierre, né en 1801 à Sommerwiller (Meurthe), 
mort à Lyon en 1859 ; 

Hippolj'te, né en 1808 à Saint-Nicolas-du-Port 
(Meurthe); 

Vivant encore aujourd'hui à Sommerwiller, où il 
s'est retiré. 

L'apprentissage des deux frères se fit chez Biaise, 
à Mirecourt; ils vinrent ensuite à Paris pour se per- 
fectionner dans leur art, 

Pierre entra chez Lupot, et puis travailla chez 
Gand; 

Hippolyte, chez J.-B. A^uillaume. qui commençait 
sa réputation. 

En 1829, les deux frères s'associèrent et vinrent 
s'établir à Lyon. 

L'association dura jusqu'en 1848. A cette époque, 
Hippolyte se retira, et Pierre resta seul. 

A la mort de ce dernier, en 1859, l'atelier fut géré 
par un intéressé nommé Pichon^ et ensuite par Hip- 
polyte Silvestre jeune. 

En i865, M. Hippoh^te Chrétien, fils d'une sœur 
des Silvestre, né en 1845 à Sommerwiller, luthier 
distingué lui-même, prit la suite des affaires, sous la 
raison sociale : 

Hippolyte Chrétien. Sihestre neveu. 

La maison Silvestre a obtenu une médaille en 
bronze à l'Exposition de Paris en 1844 et une en 
bronze en i855. 

Pierre et Hippolyte Silvestre, les fondateurs, ont 



CHAPITRE V. %7f) 

fait de nombreux instruments neufs. Lorsqu'ils ont 
travaillé ensemble, leur étiquette porte : 

Petrus et Hippolytiis SiJvestre, 
/filtres y fecerunt Lugdiin... i8j.. 

Lorsque Pierre resta seul, en 1848, il signa : 

Pierre Silvestre. 
à Lyon . iSj,. . 

Les instruments de Pierre sont les plus estimés. 

Leur facture soignée, le beau choix des bois, leur 
sonorité souvent remarquable, les mettent au premier 
rang de la lutherie moderne. 

Pierre Silvestre a beaucoup travaillé. 

On estime à 35o environ le nombre des instru- 
ments sortis de ses mains et portant son étiquette. 

M. H. -Chrétien Silvestre est le digne successeur 
de ses oncles et continue leur belle réputation. Il a 
obtenu : 

1° Une médaille d'argent à l'Exposition de Lyon 
en 1872; 

2° Une grande médaille de progrès à l'Exposition 
de Vienne en Autriche, en iSyS . 

M. G. Silvestre est venu s'établir à Paris, rue du 
Faubourg-Poissonnière, n" 24, à la fin de l'année 1884, 
et sa maison de Lyon a cessé d'exister. 

Simon. — A Paris, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 
en 1788. 

Simonin (Charles). — Luthier distingué, à Tou- 
louse. Né à Mirecourt, il fit son apprentissage chez 
J.-B. Vuillaume, à Paris, et devint l'un de ses plus 



iSo LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

habiles ouvriers. Après s'ctre marié, ]M. Simonin 
retourna pendant quelque temps dans sa ville natale, 
et, en 1841, alla s'établir à Genève, en Suisse. 

Ayant séjourné pendant huit ans dans cette ville, 
il la quitta pour venir se fixer à Toulouse, au mois de 
septembre 1849. 

M. Gh. Simonin a obtenu une mention honorable 
à l'Exposition internationale de Paris en i855; et, 
depuis lors, de nombreuses récompenses dans les 
différentes Expositions de la province et de l'étranger. 

SocQUET. — Luthier de second ordre, qui travail- 
lait à Paris au commencement de ce siècle. Il a laissé 
beaucoup d'instruments communs. Les feseurs d'in- 
struments de Mirecourt, qui n'étaient pas fâchés de 
dauber sur un Parisien, disaient d'un mauvais violon : 
« G'est un Socquet «. Gette expression était passée 
en proverbe à Mirecourt. 

SoMER (Nicolas). — Maître-Juré comptable de la 
corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments 
de la ville de Paris pour l'année 1749. 

Steininger (François). — Ouvrier de talent qui 
travailla à Paris. 

Bonne lutherie faite avec soin. Deux violoncelles 
de lui furent vendus, le 5 février 1887, à l'hôtel de la 
rue Drouot (vente Bonjour) : 

N" 7 (1827), 410 francs. -~ - 

N°8 (1S28), 65o francs. 

Étiquette manuscrite anglaise : 

F. Steininger. 
Paris. iSzy. 



CHAPITRE V. 281 

SiLor (Nicolas). — A Dijon, luthier inventeur 
dont j'ai copié les deux brevets suivants dans le Recueil 
officiel des brevets d'invention : 

i** Brevet du 17 décembre 1829 (quinze ans) au 
sieur Nicolas Sulot, à Dijon, pour des violons et basses 
à tables ondulées (t. LV, p. 349). 

2° Brevet du 5 mai iSSg pour un violon à double 
écho : 

« Trois tables-fonds, table de dessus et une table 
d'harmonie dans le centre. Par ce mo3^en, ma table 
d'harmonie, qui est mise en vibration par le chevalet 
que j'y fais communiquer, frappe contre deux fonds à 
la fois et représente alors deux instruments; de là mon 
système à double écho. » (Z.oc. czY., année 1839, p. 352.) 

Taskix (Pascal-Joseph). — Facteur renommé de 
clavecins, dont le nom ne trouve place ici que parce 
qu'il fut maître-juré comptable de la corporation des 
maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de 
Paris pour l'année 1775. 

Le musée du Conservatoire de Paris possède, sous 
le n° 214 du catalogue, un psaltérion de P. Taskin. 

Thibout (Jacques-Pierre). — Né àCaen, le lO sep- 
tembre 1777, mort à Saint-Mandé, près Paris, le 
4 décembre i856. 

Établi à Paris en 1807, rue Montmartre, n" 24, et 
depuis 18 10, rue Rameau, n" 8. J.-P. Thibout fut un 
des luthiers parisiens les plus remarquables. 

Il obtint en i855, à l'Exposition internationale de 
Paris, une médaille de première classe pour ses instru- 
ments neufs. 



a82 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Thibout (Gabriel-Adolphi:). — Fils du précédent, 
né à Paris en 1804, mort dans cette ville en i858. 

Thierriot (Prudent). — • Maître-juré comptable de 
la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris pour l'année 1772. 

Thiphanox. — A Paris, rue Saint-Thomas-du- 
Louvre, en 17S8. 

Tiphjnon. rue St-Thoinas- 
du- Louvre . à Paris. ij8o. 

Étiquette manuscrite. 

Thomassix. — Ouvrier habile, qui travailla chez 
Clément, à Paris, rue des Bons-Enfants. Il a fait des 
violons estimés, signés de son nom, de 1825 à 1845 
environ. 

ToLBECQUE (Auguste). — Fils d'Isidore Tolbecque, 
Famille de musiciens belges. Né à Paris, en i83o. Vio- 
loncelliste très distingué, premier prix de cet instru- 
ment au Conservatoire de Paris en 1849, classe 
Vaslin, s'est occupé avec succès de lutherie et tra- 
vailla sous la direction de Rambaux à Paris. Il a con- 
struit quelques instruments neufs et a acquis une 
habileté hors ligne pour la reproduction des vieux 
instruments, ^'oici son étiquette manuscrite en carac- 
tères mi-romains : 

A'^ Tolbecque fils fecit. 
Parigi. anno iS^z. 

A droite, un globe noir avec les initiales T. B. en blanc 
réservé. 



CHAPITRE V. 28} 

Auguste Tolbecque, en dehors de ses travaux de 
lutherie proprement dits, s'est livré avec succès à la 
fabrication des orgues; mais le travail qui lui fait in- 
contestablement le plus d'honneur est la restauration 
complète du componium de Winkel. ("S'oir Fétis, Bio- 
graphie des niiisiciens.) Les épaves de ce merveilleux 
instrument avaient été achetées par un amateur, 
M. Mathieu. Pendant vingt-cinq ans, ce dernier s'obs- 
tina à le réparer; mais il mourut à la peine, laissant 
le malheureux componium dans un état pitoyable : 
aucune pièce n'était restée intacte, tout avait été limé, 
coupé, plus de dix mille trous de vis avaient été per- 
cés inutilement, les jeux perdus, les sommiers dé- 
truits et refaits sans que leur fonctionnement eût été 
compris, enfin il ne restait qu'une ruine ! — M. Ma- 
thieu mort, le componium passa dans les mains d'un 
brocanteur qui vendit: les poids à un ferrailleur, le 
meuble à M. Firmin Didot, et le mécanisme ainsi que 
les débris à notre illustre facteur d'orgues. M, Cavaillé- 
GoU, lequel les céda plus tard à Auguste Tolbecque. 
Après dix-huit mois de travail, celui-ci reconstruisit 
l'instrument de toutes pièces et lui rendit son fonc- 
tionnement régulier. Aujourd'hui le componium fait 
partie de la belle collection instrumentale du Conser- 
vatoire ro3"al de musique de Bruxelles, dont il est 
certainement une des pièces les plus curieuses. 

TouLY (Jean). — A Nanc}^ 

Petite étiquette imprimée, entourée d'une vignette : 

Fait par moy Jean 
Touly. à Nancy. 



28+ LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Trévillot (Claude). — A Mirecourt. 

(c En 1698, somme payée aux trompettes qui sont 
allés à Mirecourt par ordre de S. A. acheter des pio- 
Ions chez Claude Trévillot ^ » 

Tywersus. — Luthier des princes de Lorraine au 
commencement du xvi® siècle *. 

Vaillant (François). — Très bon luthier, qui tra- 
vaillait à Paris dans la première moitié du xviii® siècle. 
Il a quelquefois mieux foit que Boqua}' et Pierray, 
dont il était le contemporain. Nous possédons de lui 
une étiquette originale ainsi libellée : 

François J'ailLmtj 

rue de la Juiverie, 

à Paris . z7jS. 

Vanderlist. — • 

Luthier, rue des J^icux-Augustins . pris de 
résout de. la rue Montmartre. Pans. 

J'ai relevé cette étiquette dans un violon assez bien 
fait, imitant à s'y méprendre les Guadagnini de la fin 
du xviii® siècle comme facture et comme vernis. 

Le nom de "S^anderlist est marqué au feu sous le 
talon du manche. 

Le chiffre de l'année est effacé sur l'étiquette, mais 
l'aspect de l'instrument indique la seconde moitié du 
siècle dernier. 

1 . La Musique en Lorraine, par Albert Jacquot. i vol. in-4''. 
Paris, A. Quantin, 1882. 

2. J.-A. Gallay. 



chapitre v. 285 

Vermesch (le père) : 

Fait par le P. Vermesch. 

rel. minime^ 

à Beauinont-sur-Oise ^ ijSi . 

Étiquette manuscrite relevée dans un. violon à 
voûtes très bombées, vernis jaune mat, mauvaises pro- 
portions. Instrument fait par un amateur peu habile. 

Verox (Pierre-André). — Contemporain dePierray 
et de Boquay, à Paris, dans la première moitié du 
xviii^ siècle. Ses violons ont eu de la vogue. 

ViARD (Nicolas). — Etiquette : 

¥ait -par Nicolas Viardj 

â J ersdilleSj 

1760. 

ViLLAUME ET GiRON. — A Troyes, 
Relevé dans un violon assez bien fait l'étiquette 
suivante imprimée, entourée d'une vignette : 

V illauine et Giron , 
Troyes. ijo. 

VoBOAM. — Habile luthier, dont il existe une très 
belle guitare en écaille, au musée du Conservatoire 
de Paris, datée iGyS (n° 169 du catalogue). 

Nous trouvons dans le Livre commode de 
Du Pradel, pour l'année 1682, l'adresse suivante : le 
sieur Alexandre Vauboam, rue des Assis (sic); fait 
des castagnettes en perfection. C'est probablement le 
Voboam ci-dessus, ou au moins un de ses parents. 



28Î LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

VuiLLAUME. — Avant de commencer ce que j'ai à 
dire sur le lutiiier français qui sera le principal sujet 
de cette note biographique, je vais donner quelques 
détails sur son nom et sa famille. 

Les Vuillaume sont originaires de Mirecourt 
{Vosges) : le luthier le plus ancien de ce nom que 
nous ayons pu découvrir est Jean Vuillaume, qui 
travaillait dans cette ville vers le milieu du xviii'^ siècle. 
On a prétendu qu'il était élève d'A. Stradivari, c'est 
une erreur évidente; les instruments qu'il a laissés 
prouvent que non seulement il n'avait pas travaillé 
sous la direction du grand maître, mais encore que, 
très probablement, il n'avait jamais vu un de ses 
instruments. La facture en est très ordinaire : filets 
peints; souvent un petit dessin noir court autour des 
tables; bords très minces, vernis jaune. Il y a dans 
l'intérieur une étiquette écrite de la main de l'auteur 
lui-même, et ainsi libellée : 

Fait par nioy, Jean Vuillaume j 
à Alirccourtj 17^., 

Il est impossible à un connaisseur de trouver dans 
ce travail la moindre trace de la magnifique facture 
d'A. Stradivari. 

Jean Vuillaume était-il l'un des ancêtres de la 
famille actuelle ? 

Sur mes instances, notre grand luthier fit faire, en 
1874, dans sa ville natale, des recherches qui n'abou- 
tirent à aucun résultat; et, bien qu'un lien de parenté 
puisse exister entre eux, on n'a pu en découvrir la 
preuve. 



PL. XXVI. 








^: 



N. LUPOT Fils, luthier, 
rue d'IUiers, a Orléans^ TÀn 



;^r oîa s L u p ot r. 










■7. 




N. Lupot Luthier àe la Musique du Roil 

et de 1 Ecole Rojale de Musique. 
Paris : 1 8 



\ 



CHAPITRE V. 287 

Vlillaumi: (Claude). — Né à Mireccurt en 1772, 
époux d'Anne Leclerc, née en 1767 dans la même 
ville, est le chef connu de la famille. 

Il était luthier et s'occupait surtout de la facture 
des violons à bon marché. Il marquait ses instruments 
de son nom seul, au fer rouge. 

Il eut de son mariage cinq enfants : 

Jean-Baptiste, né le 7 octobre 1798; 

Nicolas, né le jour de l'Ascension, 1800; 

Nicolas-François, né le i3 mai 1802-, 

Elisabeth, née en mars i8o5-, 

Claude-Fi^ançois, né en mars 1807. 

Les quatre fils embrassèrent la profession de leur 
père et commencèrent à travailler sous sa direction. 
Celui-ci avait adopté pour les produits sortis des 
mains de ses jeunes élèves une marque spéciale et de 
fantaisie : 

Au roi Dai'id. 
Pans. 

imprimée en gros caractères, au fer rouge, dans le 
fond. 

Tous les violons portant cette marque du }^oi 
David sont donc l'œuvre de l'un des membres de la 
famille Vuillaume, encore apprenti luthier. 

Nous voyons par ce qui précède que l'aîné de la 
fam.ille était : 

Vuillaume (Jean-Baptiste), — Né le 7 octobre 1 798 
à Mirecourt : ce fut lui qui illustra le nom et qui res- 
tera la gloire de la lutherie française au xix* siècle. 



288 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

Il avait à peine atteint sa dix-neuvième année, 
lorsque Francis Chanot, qui venait d'obtenir un brevet 
pour l'exploitation commerciale du nouveau violon 
inventé par lui, l'engagea comme ouvrier pour tra- 
vailler à cette fabrication. J.-B. Vuillaume arriva 
donc à Paris en 1818, resta deux années avec 
Francis Chanot, le quitta en 1821 pour entrer chez 
un fabricant d'orgues nommé Lété, qui tenait magasin 
de lutherie rue Pavée-Saint-Sauvcur, sous la raison 
sociale : Lété-Simon aîné et Payonne; il devint l'associé 
de cette maison, et, en 1825, s'établit rue Croix-des- 
Petits-Champs, sous la raison Lété et Vuillaume. En 
1828, il se sépara définitivement de Lété et resta seul 
rue Croix-des-Petits-Champs, n" 46. 

Dans l'intervalle, il avait épousé M^'^ Adèle Gues- 
net, appartenant à une très honorable famille de 
Clermont (Oise) : femme d'une intelligence hors 
ligne, et qui, par son dévouement et ses bons conseils, 
contribua dans une large part aux succès de son mari. 
Après un séjour de près de trente-cinq ans rue Croix- 
des-Petits-Champs, il vint habiter en 1860 une pro- 
priété qu'il possédait aux Ternes, rue Demours, n° 3, 
et y transporta ses ateliers; c'est là qu'il termina sa 
longue et laborieuse carrière. 

Voilà, esquissées à grands traits, les principales 
phases de l'existence de J.-B. Vuillaume; nous avons 
à entrer maintenant dans le détail de ses travaux. 

Lorsqu'il entra chez Francis Chanot, il était déjà 
d'une habileté remarquable; aussi ne trouva-t-il pas là 
un aliment suffisant à son besoin d'apprendre ; son 
association avec Lété, qui était un habile négociant 



CHAPITRE V. 28p 

luthier*, ne lui servit qu'à poser les jalons de sa belle 
fortune, et le moment ne tarda pas à arriver où, 
quoique très jeune, il s'établit pour son compte. Ce 
fut dans l'atelier de la rue Croix-des-Petits-Champs, 
n°46, qu'il commença à agir entièrement par lui- 
même et à donner un essor vigoureux à ses affaires. 
Pour bien apprécier J,-B. Vuillaume comme luthier, 
nous devons donner quelques détails sur son carac- 
tère. 

Élevé dans une famille d'ouvriers honnêtes et labo- 
rieux, il y avait puisé au plus haut degré l'amour de 
l'ordre et du travail. Vuillaume était un artiste véri- 
table et en même temps un négociant habile; mais ce 
qui l'a surtout aidé à réussir, ce fut son extrême sim- 
plicité de mœurs : jeune ouvrier d'une conduite régu- 
lière, il devait se contenter de peu; sur la fin de sa 
carrière, toujours sobre et laborieux, mais riche et 
pouvant se donner toutes les jouissances de la vie, il 
n'y songeait même pas; et jusqu'au moment où la 
mort est venue arrêter cette pensée active et intelli- 
gente, elle n'a eu qu'un seul désir, qu'un seul but : le 
violon. Nous devons ajouter, pour terminer ce por- 
trait rapide, que Jean-Baptiste Vuillaume était un 
honnête homme dans toute l'acception du mot. 

Etabli pour son compte à l'âge de vingt-neuf ans, 
poussé par la ferme volonté de parvenir, il devait en 
trouver les moyens. Il chercha d'abord à construire 

I. Lété avait épousé la fille de Pique. Sa maison s'occupait 
de diverses branches d'affaires; c'est ainsi qu'en 1824, outre 
son commerce de lutherie, il avait dans le même local une 
dépôt de broderies de Lorraine, etc. 

19 



ïpo LES LUTHIERS Fil ANC Aïs. 

par lui-même des instruments neufs, auxquels il 
donnait tous les soins dont il était capable; mais cela 
se vendait lentement et mal, le désir des amateurs 
n'était pas là ! 

L'enthousiasme pour la vieille lutherie italienne 
commençait à se produire ; amateurs et artistes n'avaient 
qu'un rêve: posséder un Stradivarius, un Amati ou un 
Guarnerius. Vuillaume comprend, se met à l'œuvre; 
et, après de nombreux essais et un travail obstiné, offre 
un beau jour pour la somme de trois cents francs un 
magnifique violon de Stradivari, signé du grand maî- 
tre, et ayant une sonorité remarquable. 

A peine vu et essayé, l'instrument est enlevé d'en- 
thousiasme. 

La voie était trouvée, et, depuis ce moment, il ne 
peut suffire aux demandes d'imitation qui lui arrivent 
de toutes les parties du monde. Ce fut l'origine de la 
grande fortune de J.-B. A'uillaume. Les violons se 
vendaient 3oo francs et les violoncelles 5oo francs. 

Nous avouons que, pour notre part, nous n'aimons 
pas ces imitations, dont on a tant abusé; nous préfé- 
rons de beaucoup une œuvre franchement neuve et 
originale. Mais il y avait nécessité absolue à agir de la 
sorte; c'était le to be or noi to be, il fallait vivre en fai- 
sant des imitations, ou mourir en construisant des 
instruments neufs! Ainsi l'exigeait la fantaisie du 
moment. 

L'habileté que déploya alors Vuillaume pour imiter 
les vieux instruments serait suffisante à elle seule pour 
faire passer son nom à la postérité. 

Ce fut vers 1828 qu'il eut l'idée, après avoir vu 



CHAPITRE V. 291 

une basse de viole de DuilVoprugcar, d'inventer ces 
fameux violons et violoncelles de formes naïves, à 
têtes sculptées, à incrustations sur les tables et les 
eclisses, avec devises : riva fui in sylvis, etc. Imita- 
tions qui elles-mêmes ont été imitées à Mirecourt, en 
Allemagne, etc. Ces instruments courent aujourd'hui 
le monde par centaines et font la joie bien innocente, 
mais un peu dispendieuse, de certains amateurs. 

Le succès que rencontrèrent ces copies n'empêcha 
pas Vuillaume de continuer ses recherches en vue 
d'améliorer toutes les conditions de la facture. Son 
esprit actif et intelligent n'avait pas de repos; les plus 
beaux instruments italiens qui lui passaient jour- 
nellement par les mains (et leur nombre en était 
grand) lui avaient tous laissé leur secret; mais 
parmi les grands auteurs de la belle époque, un 
seul était devenu son idole : A. Stradivari était pour 
lui le nec plus iilti^a de la perfection. Aussi l'a-t-il 
étudié et analysé jusque dans ses plus minces détails : 
qualité des bois, épaisseurs des tables, hauteur des 
voûtes, dimensions de tout genre, volutes, vernis, con- 
ditions acoustiques, rien ne lui a échappé; tout a été 
tellement fouillé par lui, qu'il en est arrivé à connaître 
Stradivari, on oserait presque dire, mieux que le grand 
artiste ne se connaissait lui-même. 

Ses recherches sur la qualité des bois à employer 
ont été incessantes. Il avait parcouru la Suisse, le 
Tyrol, rillyrie, achetant des érables et des sapins 
vieillis en grume, de vieux meubles, de vieux par- 
quets : tout cela, transformé par lui en violons et vio- 
loncelles , lui avait fourni des résultats qui étaient 



292 LES LUTHIERS l-K AN Ç Aïs. 

la source de remarques utiles et intelligentes, et il avait 
fini par acquérir la preuve que le bois neuf, séché en 
plaque mince de 3 à 4 centimètres pendant une dizaine 
d'années, était préférable à tout autre. 

Le vernis fut l'objet d'une étude constante de sa 
part. Depuis la disparition de la belle école italienne, 
il n'y a pas un seul luthier en Europe qui ait retrouvé 
le vernis de Stradivari, Guarnieri, etc.; J.-B. Vuil- 
laume seul est parvenu à en approcher de si près, qu'il 
en a saisi la finesse, la nuance et la légèreté solide. 
Tous les instruments sortis de ses mains, surtout 
depuis l'année iSSg, ne laissent rien à désirer sous 
ce rapport. 

Des travaux aussi suivis et aussi remarquables mé- 
ritaient d'être récompensés. A peine établi, il rem- 
porte une médaille d'argent à l'Exposition de Paris en 
1827. En 1834, même distinction. 

En 1839, 1844, deux médailles d'or. 

L'Angleterre inaugure en 1 85 1 l'ère des Expositions 
internationales. J.- B. Vuillaume y remporte l'unique 
grande Council Medal, et le gouvernement français lui 
décerne la décoration de la Légion d'honneur. 

En i855, à l'Exposition universelle de Paris, la 
seule grande médaille d'honneur lui est décernée. 

A partir de ce moment, il est mis hors concours. 

Tous ces succès, dus uniquement à son mérite, lui 
suscitèrent bien des jalousies; et, nous le disons avec 
tristesse, surtout en France, on fut souvent injuste à 
son égard. 

Quant à nous, qui avons connu Vuillaume pen- 
dant de longues années, n'ayant avec lui d'autres 



CHAPITRE V 



293 

rapports que ceux d'amateur à marchand, nous qui 
connaissons son œuvre aussi bien que pas un, nous 
avons conservé de lui, à tous les points de vue, l'estime 
la plus sincère. 

En dehors de la construction des violons, altos 
et violoncelles, on doit à Vuillaurfte diverses inven- 
tions, qui attestent l'activité de ses recherches : 

D'abord, ses travaux sur l'archet, dont nous parle- 
rons longuement dans le chapitre suivant; 

Uoctobasse, dont il existe un spécimen au musée 
du Conservatoire de Paris (n" 118 du catalogue). Il la 
fit paraître en i85i. 

L'instrument s'accorde ainsi : ut, sol, ut, et donne 
quatre notes, au grave, de plus que la contre-basse; 

Le contralto, qui a paru en i855 (musée du Con- 
servatoire, n° 102 du catalogue); 

Sa pédale-sourdine, qu'il produisit à l'Exposition 
universelle de Paris en 1867; 

Et enfin ses études, qui l'avaient conduit à l'inven- 
tion d'une machine au mo3^en de laquelle la corde à 
boyau se calibre d'une manière si parfaite, qu'elle 
offre une justesse supérieure à celle de la corde ordi- 
naire * (étiquettes, pi. xxix). 

J.-B. Vuillaume était arrivé plein de vigueur et 
d'intelhgence à un âge où bien des hommes ont songé 
depuis longtemps au repos. Vivant seul dans sa mai- 
son des Ternes, aidé de quelques ouvriers dont il 



I. Deux années à peine avant sa mort, à l'âge de soixante- 
seize ans, il était allé à Naples organiser l'outillage nécessaire 
à cette fabrication, dont s'était chargée la maison Rufini, si 
renommée dans cette industrie. 



294 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

dirigeait les travaux, il n'avait jamais été aussi actif: 
levé avec le jour, il montait dans un petit atelier dont 
lui seul avait la clef, et se mettait au travail, qui con- 
sistait surtout à retoucher, à vernir et à parfaire les 
instruments qu'il avait à livrer. 

Il recevait les lundi et jeudi de chaque semaine; et 
comme il avait généralement à la disposition des ama- 
teurs les pièces les plus remarquables, les visites ne 
manquaient pas. Doué d'une nature vive et aimable, 
son accueil était gracieux; ses nombreux rapports avec 
le monde musical lui avaient laissé des souvenirs dont 
il tirait des anecdotes intéressantes. 

Sa correspondance avec l'étranger était active; il 
pourvo3^ait seul à ce travail difficile et pas une lettre 
ne restait sans réponse. 

Le moment arrivait, cependant, où cette existence 
si sagement conduite allait subir la loi commune. 

Le dimanche 14 mars iSyS, nous assistions à une 
matinée musicale chez son gendre, M. Alard. Vuil- 
laume était présent : nous causâmes longuement avec 
lui, jamais nous n'avions trouvé son esprit plus lu- 
cide. En nous quittant il nous dit: « A bientôt! » 
Mais, hélas ! nous l'avions vu pour la dernière fois. Le 
mercredi suivant, 17 mars, il fut frappé d'une violente 
attaque d'apoplexie : la famille, convoquée à la hâte, 
manda les médecins, qui furent impuissants à conjurer 
le mal; et, après quelques alternatives pendant les- 
quelles il y eut un peu d'espoir, le pauvre malade dé- 
clina peu à peu, et le vendredi 19 mars iSyS, à huit 
heures du soir, il expirait doucement entouré des siens. 

J.-B. Vuillaume a laissé deux filles : M'"*" Alard, veuve 



CHAPITRE V. 



295 



de notre grand violoniste, et M'"" veuve Mestayer. 

Ainsi que nous l'avons dit en commençant cette 
note biographique, J.-B. Vuillaume était l'aîné de 
quatre frères : 

i" Nicolas Vuillaume, né en 1800, qui eut un fils 
Antoine, mort à l'âge de vingt et un ans. 

Nicolas Vuillaume habitait Mirecourt; devenu veuf 
en i832, il se décida à venir travailler chez son frère 
aîné à Paris, où il resta dix années. 

En 1842, il retourna à Mirecourt et s'y établit pour 
son compte : il se livra à la fabrication de la lutherie 
commune. Il avait produit à l'Exposition universelle 
de Paris, en i855, divers instruments, entre autres 
des violons à bon marché, qu'il marquait violons sten- 
tor et qui lui valurent une médaille de bronze. Il est 
mort il y a peu d'années. 

2" Nicolas-François Vuillaume, né à Mirecourt, le 
i3 mai 1802. Il travailla chez son frère Jean-Baptiste 
à Paris jusqu'en 1828. A cette époque, il alla s'étabUr 
à Bruxelles. N.-F. Vuillaume fut un digne émule de 
son frère aîné; il obtint une médaille d'argent aux Ex- 
positions de Bruxelles de i835 et 1841. Aux Exposi- 
tions internationales de Londres, Paris et Dublin, il 
remporta une médaille de première classe; et enfin en 
1873, ayant eu une médaille de première classe à 
l'Exposition internationale de Vienne (Autriche), le 
gouvernement belge couronna ces succès répétés en le 
nommant chevalier de l'ordre de Léopold. 

3" Claude-François Vuillaume, né à Mirecourt en 
mars 1807. 

Il apprit comme ses frères la lutherie chez son père; 



2-6 LES LUTHIERS FRANÇAIS. 

mais il se livra ensuite à la fabrication des orgues d'é- 
glise. 

Il eut plusieurs fils, dont un seul a survécu : 

Sébastien Vuillaume, neveu de Jean-Baptiste. 

Mort à Paris, le 17 novembre 1875. 

Il avait fondé une maison de lutherie, boulevard 
Bonne-Nouvelle, n" 17, dont M. Audinot prit la suite. 

Sébastien Vuillaume ne manquait pas de talent; il 
avait obtenu une médaille de bronze à l'Exposition 
de Paris, en 18(37, et une médaille d'argent à l'Expo- 
sition du Havre, en 1868. 

Avec lui s'est éteint le nom de cette famille remar- 
quable entre toutes dans l'art du luthier. 

WoLTERS (J.-N.) — Travaillait à Paris vers le mi- 
lieu du xviii^ siècle. 

J.-N. fFoltersfecit Lutetiœ 
Parisiorum. au faubourg Saint-Âmoinej 

Parisj 174^. (pi. xxix.) 

Petite étiquette oblongue très soignée, manuscrite en 
écriture très nette, cursive demi-anglaise, entourée d'une 
vignette étroite calligraphiée avec beaucoup de soin. 

Relevée dans une petite viole d'amour à six cordes 
et six cordes sympathiques. 

Instrument à vernis jaune, très joliment fait, double 
filet. Eclisse et table incrustées d'une double bande 
en bois de rose. La tête en volute ornée d'une petite 
sculpture. Douze chevilles. 



PL. XXVII. 



iii: 



Ci3 



Armoj 




H* 



^ 



4 Sainte • 
rueGanterif, a r. 



:;;é|^ 



- ) 



ESPAGNE 



Contreras (Joseph). — De Grenade, 1745 à 1775. 
Connu sous le nom de Granadino. 

Un beau violon de ce luthier, appartenant au prince 
de Caraman-Chimay, a figuré à l'Exposition interna- 
tionale de Paris en 1878. 

Joli patron, belle lutherie; voûtes un peu bom- 
bées. Les^/, se rapprochant de Joseph Guarnerius, 
sont bien dessinées; un peu grêles dans le haut, elles 
s'ouvrent largement jusqu'au bas. Le vernis de couleur 
rose foncé ambré est en partie enlevé ; celui qui reste est 
léger, peu épais, très brillant et cristallin, ce qui l'a 
rendu cassant et friable. 

La volute bien découpée est un peu lourde : 

Alarxiti per Granadensem 

Josephum ContreraSj 

anno ijdo. 

Étiquette imprimée, oblongue, entourée d'une vi- 
gnette. 



298 LES LUTHIERS ESPAGNOLS. 

Contreras. — Fils du précédent. 
Libellé d'une de ses étiquettes : 

Matriti per filium Grana • 

densis Joseph, de Contreras^ 

anno 17^)3. 

n" if>. 

Imprimé en anglaise, avec une vignette au bâton 
enrubanné. 

Benedict (José}. — A Cadix. 

Compuesto en Cadix p. 
JosCj Benedict 
alio del i7jS, 

Imprimé, entouré d'un filet. 
Ortega (Silverio). — A. Madrid. 

Compuesto per silverio Ortega 

F. N. Madrid, 

ano 2792. 

Oblong, imprimé, entouré d'une vignette filetée. 



PORTUGAL 



Galram (Joachim-Joseph). — Travaillait à Lisbonne 
pendant la seconde moitié du xviii® siècle : 

Joachirn Josef Galram 
fecit Olesiponœ r/ôp. 

Étiquette imprimée, gravée sur acier, écriture 
large, cursive, relevée dans quatre instruments, vio- 
lons et altos, faisant partie de la collection particulière 
de S. j\I. dom Louis, roi de Portugal. 

Lutherie bien faite, vernis jaune. 

S. M. le roi de Portugal, amateur éclairé, violon- 
celliste distingué, possède dans sa collection la ma- 
gnifique basse d'Ant. Stradivari ayant appartenu à 
notre regretté professeur de violoncelle au Conserva- 
toire de Paris, P. -A. -F. Chevillard. 



L'ARCHET 



CHAPITRE VI 

L'archet, — La fabrication de l'archet en France vers la fin du xviii* sidcle par 
les Tourte. — François Tourte. — Lupol. — Eury. — Lafleur. — Persoit. 

— Peccate. — J.-B. Vuillaume. — Ses études sur l'archet de François Tourte. 

— Ses archets en métal. — A hausse fixe. — John Dodd en Angleterre. — 
Dernières considérations sur l'état de la lutherie en France de nos jours. 

L'instrument et l'archet forment un tout qui ne 
peut être séparé. Après avoir parlé du premier, il me 
faut maintenant parler du second et essayer d'indi- 
quer en quelques mots par quelles phases a passé cette 
petite baguette merveilleuse, avant d'en arriver à la 
perfection où elle est aujourd'hui. 

Dans l'histoire de l'art instrumental, la facture de 
l'archet progresse parallèlement à celle de l'instrument 
lui-même. 

Il nous est facile, en effet, de deviner ce qu'était 
l'habileté des joueurs de crouth, de rubèbes et de 
violes du moyen âge, envoyant cet arc court, forte- 



J03 L'ARCHET. 

ment tendu par un lien fixe à ses deux extrémités. Il 
ne pouvait en résulter qu'un raclement, et pas autre 
chose. Cependant nos braves confrères de l'ancien 
temps avaient aussi leur talent et faisaient la distinc- 
tion de celui qui savait bien ou mal Ircrc lai^çon : 



Quar certes, je ne troveroie 
Qui tel présent me vousist ferc 
Tant s'cusse bien d'arçon trere, 

dit, en l'an 1200, le Ménestrel K 

Depuis ces temps légendaires Jusqu'au xvi*^ siècle, 
nous voyons peu de changements dans la forme de 
l'archet; cependant, tout en conservant sa ressem- 
blance avec un arc fortement tendu, il s'est allongé, a 
pris une forme plus maniable, et l'on comprend aisé- 
ment que l'habileté de l'instrumentiste en ait profité. 

Ce n'est que lorsque Corelli formula les principes 
qui devaient fonder la première école de violon, que 
les modifications dans l'ensemble de l'archet devinrent 
sensibles et qu'il acquit une apparence toute nouvelle. 

Déjà, pendant le xvii® siècle, la nécessité s'était fait 
sentir de donner à la baguette une variété de tension 
que l'exécutant pût modifier suivant ses besoins; on 
avait inventé, pour atteindre ce but, une crémaillère 
adaptée à la hausse, et qui, moyennant une bride en 
fil de fer, servait à tendre ou à détendre les crins. 

I. Le dit de la maaille. Pièce de vers dans un manuscrit 
du xni"' siècle. Bibl. nat., fonds français n" SSy, f" 175 verso, à 
la fin de la seconde colonne. 

La maaille était une petite monnaie de cuivre valant la 
moitié d'un denier. 



CHAPITRE VI. jo} 

^'c^s le commencement du xvui" siècle, le bouton 
et la vis se substituent à ce mo3^en grossier: la hausse 
prend une forme moins lourde, la baguette devient 
droite, mais on n'a pas encore songé à en régler la 
flexibilité. La tête est encore démesurément lourde et 
se relevant à son extrémité. 

Un peu plus tard, vers 1725, Tartini commence à 
comprendre les ressources de l'archet, lui assigne un 
rôle vraiment sérieux et fait opérer de nouveaux chan- 
gements. Des bois plus légers sont emplo^'és; il allonge 
sensiblement la baguette et exige une rectitude par- 
faite. La tête se raccourcit. 

Vers la fin du xvni^ siècle, l'étude du violon deve- 
nant générale en Europe, les améliorations s'accen- 
tuèrent. C'est à une famille d'ouvriers français que 
revient la gloire d'avoir atteint la perfection. 

Le nom de Tourte est pour l'archet ce que celui 
de Stradivari est pour l'instrument. 

Le père des Tourte, établi à Paris vers 1740, était 
un habile fabricant d'archets ; ce fut lui qui commença 
la réforme définitive; le fils aîné, connu sous le nom 
de Tourte l'ainé, travailla avec son père. C'est à par- 
tir de cette époque que la baguette devint régulière- 
ment flexible et reçut cette cambrure qui lui donne 
l'élasticité indispensable ; la tête prit une forme légère 
et élégante; le crin, fixé avec soin, présenta une lame 
plate, attaquant la corde également, et avec plus de force. 

Mais ces améliorations successives, dues à Tourte 
le père et à son fils aîné, devaient être dépassées par 
François Tourte, le second des fils, né à Paris, en 
1747. 



304 L'ARCHET. 

D'abord destiné à Tctat d'horloger, il avait fait un 
assez long apprentissage et suivi cette carrière pen- 
dant plusieurs années; mais, n'y trouvant pas les res- 
sources qu'il en avait espérées, il résolut de se livrer 
comme son père et son frère à la fabrication des ar- 
chets et se mit résolument au travail. Doué d'un esprit 
patient et observateur, il apporta dans ses nouvelles 
études cette persévérance lente et minutieuse dont il 
avait acquis l'habitude dans les travaux d'horlogerie. 
Ses premiers essais furent laborieux : il s'agissait 
d'abord d'être fixé sur la qualité du bois à employer; 
après de nombreuses tentatives, il reconnut que le bois 
de Fernambouc était le meilleur, et, depuis lui, on 
n'en a plus employé d'autre. 

Il fallait ensuite résoudre le problème de la courbe 
nécessaire pour fournir l'élasticité exigée par l'école 
moderne. Ces nouveaux essais se firent avec des seg- 
ments de douves de tonnes à sucre, bois sans valeur, 
avec lequel il pouvait se livrer sans dépenses à des 
épreuves qui n'étaient pas toujours heureuses ^ Ce 
fut vers 1785 à 1790 que les résultats de ces constants 
efforts se formulèrent définitivement; et à partir de 
cette époque ses archets ne cessèrent pas d'avoir la 
vogue qui n'a été qu'en croissant jusqu'à ce jour-. 

1. Tout le sucre venait alors d'outre-mer; il était expédié 
dans de grandes tonnes faites de bois dur qui présentait de 
bonnes qualités pour la fabrication des archets. Le père Tourte 
et son fils aîné l'employaient souvent. 

2. Le musée instrumental du Conservatoire de Paris pos- 
sède plusieurs archets des Tourte. (N°* 39 et 40 du catalogue : 
archets de violon de Tourte aîné. N° 42 : archet de violon de 
François Tourte.) 



CHAPITRF. VI. 305 

Tourte fut puissamment aide dans ses recherches 
par les grands violonistes du temps; Viotti, entre 
autres, lui a donné d'excellents avis qui ont large- 
ment contribué aux progrès réalisés. Jusqu'alors les 
crins, à leur point d'attache dans la tête et sur la hausse. 
n'étant pas suffisamment maintenus dans une position 
plane, s'enroulaient souvent ensemble. Tourte y re- 
média en inventant la virole en métal adaptée à la 
hausse, et qui fixe les crins de façon qu'ils pré- 
sentent toujours une lame plate posant également sur 
la corde; et il couvrit d'une feuille de nacre la partie 
du crin qui repose sur la hausse. 

Ainsi modifié, l'archet fut appelé à rccoiirroiient. 
Tourte faisait pa3'er ses archets ordinaires, sans orne- 
ment, "it) francs, et ceux dont la hausse était en écaille, 
la tête plaquée en nacre, les garnitures de la hausse et 
du bouton en or, 12 louis de 24 livres. 

Il ne marquait jamais ses archets; il en existe ce- 
pendant un petit nombre (deux, je crois,) qui portent, 
collée dans la coulisse, une étiquette minuscule, im- 
primée sur papier, en caractères anglais, gravés sur 
acier, avec ces mots : Cet archet a été fait par 
Tourte en 1824, âgé de soixante-dix-sept ans. 

Le marquis de Saint-Hilaire en possède un de 
ce genre dans sa collection. 

François Tourte n'a pas eu son égal en Europe ^ 



1. ... « So istauchdie Form der Bogen, dereii dièse Meister 
(Rode u. Spohr) sich bedienen (der sogennante pariser Bogen), 
diebeste.)) [Allgemeine musikalische Zeitung, B., 260, Leip- 
zig, 18 16.) « Les meilleurs archets et les plus recherchés sont 
ceux de Tourte, à Paris. » (Spohr, Méthode de violon., p. 7.) 

23 



3o6 L'ARCHET. 

et aujourd'hui ses archets, devenus de plus en plus 
rares, se payent des prix très élevés. Mais pour les 
archets comme pour les instruments, il faut être pru- 
dent et bien s'y connaître; car on a autant abusé de 
son nom que de celui des grands luthiers italiens, et 
nous voyons quelquefois payer très cher des archets 
dits de Tourte, qui ne sont jamais sortis de ses mains. 

Nous devons ajouter que rien n'est plus diflicile 
que de reconnaître le vrai du faux. Les faiseurs d'ar- 
chets de l'époque, Eury, Latieur, Lupot, et plus tard 
Peccate, étaient habiles; ils avaient pris Tourte pour 
modèle, et ils ont quelquefois réussi à reproduire si 
bien tous les détails de sa main-d'œuvre, qu'aujour- 
d'hui, le temps ayant donné au bois cette teinte de 
vieillesse inimitable, l'erreur est souvent possible. Les 
seuls indices certains se rencontrent dans la perfec- 
tion des contours, ce qu'on appelle en terme de mé- 
tier le filage de la baguette, dans la cambrure et dans 
l'extrême habileté de main qui a donné à la tête ce 
cachet si difticile à imiter, même par les meilleurs ou- 
vriers. Il faut être absolument du métier pour ne 
pas s'y méprendre. 

Un bel archet de violon de Tourte, sans orne- 
ment, se paye facilement de 200 à 5oo francs ; ceux 
pour le violoncelle atteignent des prix beaucoup plus 
élevés : à la vente après décès d'un collectionneur 
bien connu, M. Bonjour, qui eut lieu à Paris, le 
5 février 1887 à l'Hôtel des ventes, rue Drouot, un 
archet de violoncelle de François Tourte (le n" 11) 
fut adjugé à un luthier de Londres, M. Hill, pour la 
somme relativement énorme de 1,100 francs. 



CHAPITRE VI. 307 

Par contre, le plus bel archet ancien, imitant 
Tourte, quelque excellent qu'il soit, ne vaut pas plus 
de 40 à i3o francs; il n'est donc pas sans intérêt 
pour l'amateur de se tenir en garde contre les décep- 
tions. 

François Tourte est mort à Paris en avril i835, 
âgé de quatre-vingt-huit ans. Il n'avait cessé de travailler 
qu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans ; sa vie calme et 
laborieuse s'était écoulée entre deux passions : l'ar- 
chet et la pêche. A peine sa journée de travail finie, il 
descendait de son quatrième étage, situé quai de l'École, 
n" 10, et se livrait à son innocent plaisir. 

Voici, d'après leur ordre alphabétique, le nom 
des faiseurs d'archets qui se sont le plus distingués 
après François Tourte : 

Adam (Jeax-Domixique). — Né à Mirecourt le 
9 nivôse an IV (3o décembre 1795), fils de Jean- 
Adam, fabricant d'archets. 

Il fit son apprentissage chez son père; à la mort 
de ce dernier, il continua la fabrication des archets 
dans sa ville natale. 

Il est mort à Mirecourt vers 1864. 

Jean-Dominique Adam a fait pour le commerce 
beaucoup d'archets qui ne portent pas son nom, mais 
ceux qu'il se réservait pour les vendre lui-même sont 
marqués près de la hausse : 

Ada/n. 

Les archets d'Adam sont en général assez communs ; 
on en rencontre cependant, surtout parmi ceux à 
pans coupés, qui méritent une attention spéciale. 



jo8 L'ARCHET. 

Baroux. — Bon ouvrier, qui demeurait en i83o 
rue du Petit-Carreau, n"b'j. 

EuRY. — Ses ateliers étaient situes, en 1820, à 
Paris, rue des Lyonnais-Saint-Jacques, n" 20 Habile 
ouvrier qui a fait des archets remarquables, dont cer- 
tains peuvent rivaliser avec ceux de François Tourte. 
11 marquait souvent ses archets de son nom au-dessous 
de la garniture, près de la hausse. 

FoxcLAUSE (Joseph), dit le Mayeiix. — Né à la 
Conté en 1800, fît son apprentissage à Mirecourt, 
chez Pajeot. Il vint à Paris vers 1826 et entra chez 
J.-B. Vuillaume, dont il devint l'un des plus habiles 
ouvriers dans la spécialité des archets. Plus tard il 
s'établit pour son compte et eut son atelier successi- 
vement rue Pagevin et à Montmartre, où il est mort 
en i865. 

Fonclause est un de nos bons fabricants d'archets, 
il marquait généralement ses produits de son nom. 

Henry. — Né à Mirecourt vers 1812, vint à Paris 
en 1837, travailla d'abord chez Chanot, puis chez 
Peccate; il fut associé avec Simon, de 1848 à i85i, 
puis s'établit seul rue des Vieux-Augustins, n° 8, et 
ensuite rue Pagevin, où il est mort en 1870. 

Les archets de Henry sont estimés; il marquait: 
Henry, Paris, près de la hausse, sur la baguette. 

Il n'avait aucun hen de parenté avec les Henri, 
luthiers, rue Saint-Martin, dont nous avons donné 
la généalogie dans le chapitre précédent. 

Lafleur (Jacques). — Né à Nancy en 1760, mort 



PL. XXVIII. 








^m 



Claude PIERAY, 

à Paris , t " i ç 








Claude Victor Rambaux ♦f* 
Breveté à Paris 1846. C.YR. 




^±-.iiÈ:-" 



H.C . SILVESTRE neveu. 
à Lyon en 18 6 l'^ N. 



CHAPITRE VI. 309 

à Paris du choléra cii i832, avait ses ateliers rue 
de la Juiverie, n" 3o. 

Ses archets ont une réputation méritée; on en 
rencontre qui valent des François Tourte. 

Le musée du Conservatoire de Paris en possède 
un (n° 49 du catalogue), 

Lafleur (Josi-ph-Rfxk). — Fils du précédent, né 
à Paris le S juillet 1S12, mort à Maisons-Laffitte, le 
19 février 1874. Elève de son père, a fait de bons ar- 
chets. Il en existe un très beau au musée du Conser- 
vatoire de Paris (n" 44 du catalogue). 

Lamy (Alfrrd-Joseph). — Né à Mirecourt le 8 sep- 
tembre i85o. 

Dès l'âge de treize ans, il commença son appren- 
tissage de faiseur d'archets dans sa ville natale. 

De 1866 à 1877 i^ travailla chez MM, Gautrot à 
Château-Thierry, et en 1877 il fut engagé à Paris chez 
F.-N. Voirin, où il resta jusqu'en i885, époque de la 
mort de ce dernier. Il s'établit alors pour son propre 
compte, rue Poissonnière, 34, où il habite aujourd'hui. 

M. Lamy est le digne émule de son ancien maître 
et patron : même soin dans le travail, même habileté. 

L'archet parisien a trouvé encore un maître dans 
ce travailleur infatigable et consciencieux, et, grâce à 
lui, de nouveaux succès sont réservés à la petite ba- 
guette merveilleuse. 

M. Lamy marque ses archets au fer chaud au- 
dessous et à droite de la hausse : 

A. LamVj à Paris. 

LupoT (François). — Né à Orléans en 1774, mort 



JI5 L'ARCHET. 

à Paris le 4 février 1X37 : frère de Nicolas Lupot, le 
grand luthier. Il se livra exclusivement à la facture 
des archets. Ses ateliers, situés rue d'Angivilliers, 
n" 18, y restèrent de iXi5 à 1837, époque de sa mort. 
Dominique Peccate prit alors la suite de ses affaires. 

François Lupot a fait de beaux archets, qui ont 
conservé une certaine vogue. 

Ce fut lui qui, le premier, a ajouté à la hausse ce 
qu'on appelle la coulisse^ doublure en métal qui garnit 
la hausse dans la rainure fixée sur la baguette. Cette 
heureuse innovation a prévalu depuis. 

Maire (Nicolas). — Natif de Mirecourt, fabricant 
d'archets qui fit son apprentissage chez le vieux 
Lafleur. Il travaillait encore en 187G et habitait 
Montmartre. 

Peccate (Dominique). — Né à Mirecourt le 
i5 Juillet 1810; son père était barbier et le destinait 
à lui succéder. Le jeune Dominique commença donc 
à tenir le rasoir; mais il ne fut pas longtemps à sentir 
naître en lui une autre vocation, et il se décida bientôt 
à se livrer à la lutherie. Ses essais furent heureux : en 
1826, J.-B. Vuillaume de Paris ayant demandé à son 
frère François, alors établi à Mirecourt, de lui envoyer 
un apprenti intelligent et habile, ce dernier choisit 
Dominique Peccate et l'envoya à son frère, qui mit 
sans tarder le jeune homme au travail. 

Dominique Peccate profita bientôt de l'habile direc- 
tion de son maître et devint en peu de temps le plus 
habile faiseur d'archets de l'époque. 

Il marquait quelquefois ses produits de son nom, 



CHAPITRE VI. jii 

mais le plus souvcMit il les livrait au commerce sans 
sa marque. 

En 1837, François Lupot étant mort, D, Peccate 
quitta J.-B. ^'uillaume, pour qui il avait constamment 
travaille depuis iH-i6^ et prit la suite de la maison Lu- 
pot, rue d'Angivilliers, n° 18. 

En 1847, ^^ quitta Paris, pour revenir à Mire- 
court, oii il continua à travailler pour les amateurs et 
les artistes. 

Dominique Peccate est mort à Mirecourt, le 
i3 janvier 1874, dans sa soixante-quatrième année. 

II avait un frère qui travailla aussi chez J.-B. Vuil- 
laume, et fut connu sous le nom de Peccate Jeune. 
Les produits de ce dernier sont inférieurs à ceux de 
son frère aîné. Il est mort à Paris vers iSSG. 

Persoit. — Ouvrier habile, établi à son compte, 
et qui a surtout travaillé pour J.-B. Vuillaume, de 
1823 à 1841. Lorsqu'il vendait ses archets lui-même, 
il les marquait des initiales P. R. S. 

Persoit n'avait pas réussi à faire fortune, car il est 
mort concierge d'une maison de la rue Saint-Honoré. 

ScHWARTZ (Georges-Frédéric). — Né à Strasbourg 
le 7 avril 1785, mort dans cette ville le 29 décembre 
1849. 

Après avoir fait son apprentissage chez son père 
Bernard Schwartz, luthier à Strasbourg, il se livra 
exclusivement à la fabrication des archets, dans la- 
quelle il acquit une réputation méritée. 

Il marquait ses archets près de la hausse : 

Schnarrj, Strasbourf;. 



JI2 L'ARCHF.T. 

Voir le nom Schwartz dans la nomenclature des 
luthiers français. 

Simon. — Ne à Mirecourt en 1808, vint à Paris en 
i838; travailla pendant quelques mois chez D. Pec- 
cate, et ensuite chez J.-B. Vuillaume jusqu'en 1845, 
époque à laquelle il s'établit pour son compte. Domi- 
nique Peccate s'étant retiré en 1847, Simon lui 
succéda rue d'Angivilliers, s'associa avec Henry de 
1848 à i85i, et depuis lors travailla seul. 

SiRJEAN. — Avait ses ateliers, en 1818, rue de 
l'École, n^Si. 

TouRTF. — ^^oir à la troisième page du présent 
chapi-tre. 

^"oiRiN (François-Nicolas). — Né à Mirecourt, le 
i^-- octobre i833. 

Après avoir fait son apprentissage à Mirecourt, il 
entra chez J.-B. Vuillaume à Paris, en i855, oià il 
resta pendant quinze années consécutives, et obtint 
une mention honorable à l'Exposition universelle de 
Paris en 1867, comme collaborateur. 

Il se sépara de J.-B. Vuillaume en 1870 pour s'é- 
tablir rue du Bouloi, n° 3, où il a travaillé jusqu'à sa 
mort arrivée le 4 juin i885 d'une façon tragique. 

Il avait quitté son atelier à cinq heures trois quarts 
de l'après-midi, se rendant chez un amateur pour lui 
porter un archet; en passant faubourg Montmartre, 
il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, devant le n" 17 
de cette rue. 

Relevé mourant, on ne trouvait sur lui aucun 



C H A P I T R E \M . j , j 

papier constatant son identité; il allait être transporté 
dans un hôpital, lorsque l'archet qu'il avait à la main 
recouvert d'un étui en papier portant son nom et son 
adresse, le fit reconnaître. Il fut transporté chez lui où 
il mourut le soir même à neuf heures et demie, sans 
avoir repris connaissance. 

F.-N. ^"oirin mérite une mention toute spéciale 
dans la fabrication de l'archet en France. Je ne crois 
pas trop m'avancer en affirmant que, depuis François 
Tourte, personne, pas même Peccate, n'a réussi 
comme lui dans ce genre. Il y a, dans son travail, une 
pureté, une élégance et un fini qu'il est impossible de 
surpasser. Il avait remporté une médaille d'argent à 
l'Exposition universelle de Paris en 1878, seule récom- 
pense accordée à la fabrication de l'archet. 

Lorsqu'il est mort en t885, il laissait une superbe 
vitrine pleine d'archets, et destinée à l'Exposition 
d'Anvers. Cette vitrine remporta une médaille d'or. 

Hommage un peu tardif rendu à une vie de tra- 
vail, d'honnêteté et de dévouement à son art. 

Voirin marquait tout ses archets au fer rouge au- 
dessous de la hausse : 

F. N. Voirin., à Paris. 

Sur ceux ayant figuré à l'Exposition de 1878, il a 
ajouté comme pendant : 

Exposition x8j8. 

M™'' Voirin, depuis la mort de son mari, vend des 
archets portant la marque qu'il employait de son 
vivant. 

J.-B. Vuillaume : l'un des luthiers parisiens qui 



j,^ L'ARCHF.T. 

ont eu le plus d'intlucncc sur la bonne fabrication 
des archets en France depuis 1820, et qui a 
apporté dans cette branche importante l'esprit d'ob- 
servation et de suite dont il a donné tant de preuves 
dans la construction des instruments. On peut dire 
que lui, surtout, a encouragé par ses soins incessants et 
ses excellents conseils l'habileté naissante des ouvriers 
qui se sont fait une réputation dans ce genre. Après 
avoir constaté que la perfection se rencontrait dans les 
archets de François Tourte, Vuillaume a voulu péné- 
trer le secret de ces résultats toujours les mêmes, et 
qui sont une preuve bien évidente d'une règle iden- 
tique rigoureusement suivie; car si le hasard peut 
aider quelquefois dans la réussite d'une œuvre unique, 
il 'est impossible d'admettre son influence constante 
dans la production de chefs-d'œuvre sortant tous de la 
même main, et tous, sans exception, présentant les 
caractères d'une supériorité incontestable. 

Il est prouvé que Tourte n'emplo3^ait aucun moyen 
mécanique pour calibrer les diamètres proportionnels 
de ses archets; mais il avait acquis une telle sûreté 
de coup d'œil et une habileté d'exécution si parfaite, 
qu'en mesurant exactement les contours de ses archets 
depuis le bas de la baguette jusqu'à la tête, on 
retrouve la même progression mathématique. 

Après avoir scié les bûches de bois de Fernambouc 
à droit fil. Tourte obtenait la cambrure voulue à l'aide 
du feu, et il procédait au calibrage de la baguette, 
opération qui résume en elle toutes les difficultés, car 
les trois conditions essentielles, légèreté, élasticité, 
vigueur, en dépendent exclusivement. 



CHAPITRE VI. ns 

^'uillaLlmc^ après de nombreuses observations, 
arriva à constater que les proportions cylindriques 
existant dans les baguettes de Tourte sont toujours 
les mêmes; et, à l'aide d'un procédé graphique ingé- 
nieux, il est parvenu à en formuler mathématique- 
ment les règles. Fétis, dans sa brochure sur A. Stradi- 
vari, publiée à Paris en i856, d'après les documents 
qui lui furent fournis par J.-B. A^uillaume, a décrit 
très clairement ce système' : 

« La longueur moyenne de l'archet de violon, de 
la base à la tête exclusivement, est de o'",70o. 

(f L'archet comporte une partie cylindrique ou 
prismatique de dimensions constantes, dont la lon- 
gueur est de o™,ijo. Quand cette portion est cylin- 
drique, son diamètre estde o"%oo8 ï^- 

c( A partir de cette portion cylindrique ou prisma- 
tique, le diamètre de l'archet décroît jusqu'à la tête, 
où il est réduit à o'",oo5 ht ou ij- de millimètre; d'oij 
se tire cette conséquence, que la baguette comporte 
dix points où son diamètre est nécessairement réduit 
de ij de millimètre à partir de la portion cylindrique. 

« Après avoir constaté sur un grand nombre d'ar- 
chets de Tourte que ces dix points se trouvent tou- 
jours à des distances décroissantes, non seulement sur 
la même baguette, mais que ces distances sont sensi- 
blement les mêmes, et pour les mêmes points, sur 
divers archets comparés, M. Vuillaume a recherché si 
les positions de ces dix points ne pourraient pas être 

I. Cette brochure, publiée aux frais de J.-B. Vuillauine, 
était sa propriété. Il m'avait autorisé à y puiser les renseigne- 
ments que je donne. 



31(5 



L'ARCHET. 



obtenues par un procédé graphique qui permît de les 

retrouver avec cer- 
titude; et, consé- 
quemment, de con- 
struire des archets 
dont les bonnes con- 
ditions seraient tou- 
jours fïxéesàprioi^i. 
Il V est parvenu de 
lamanièresuivante: 
à l'extrémité d'une 
ligne droite A B 
ayant o"',700, c'est- 
à-dire la longueur 
de l'archet, on élève 
une perpendiculaire 
A C a3^ant la lon- 
gueur de la portion 
cylindrique, à sa- 
voir O™, I 10. 

(c A l'extrémité 
Bde la même ligne, 
on élève une autre 
perpendiculaire BD 
dont la longueur 
est de o'",o22; et 
Ton réunit par une 
ligne droite C D 
les extrémités supé- 
rieures de ces deux 
perpendiculaires ou 




jLIO 



CHAPITRE VI. j,7 

ordonnées, en sorte que les deux lignes A B et CD 
forment entre elles un certain angle. 

u Prenant avec un compas la longueur, de o'", i lo 
de l'ordonnée A C, on porte sur AB cette longueur, à 
l'extrémité de laquelle on élève, jusqu'à la rencontre de 
la ligne C D, une nouvelle ordonnée E F, moins grande 
conséquemment que AC. C'est entre ces deux ordon- 
nées A C et C F que se trouve la portion cylindrique 
de l'archet, dont le diamètre est, comme on l'a vu 
précédemment, de o™,ooS ~. 

« Prenant alors la longueur de l'ordonnée E F, on 
la porte sur la ligne A B, à partir du point F, et l'on 
a un point G, sur lequel on élève une troisième ordonnée 
G H, dont on prend aussi la longueur pour la repor- 
ter du point G sur la ligne A B, et y déterminer un 
nouveau point I, sur lequel on élève la quatrième or- 
donnée IJ, dont la longueur, également reportée sur 
la ligne A B, détermine le point où s'élève la cin- 
quième KL, Celle-ci déterminera, dans les mêmes 
conditions, la sixième M N, et ainsi des autres, jus- 
qu'à ravant-dernièrej^:^. 

« Les points G, L K, M, O, Q, S, V, W,j^, ainsi 
obtenus à partir du point E, sont ceux où le diamè- 
tre de l'archet est successivement réduit de i^ de milli- 
mètre. 

c( Or ces points ont été déterminés par les lon- 
gueurs successivement décroissantes des ordonnées 
élevées sur les mêmes points; et leurs distances res- 
pectives sont progressivement décroissantes, depuis 
le point E jusqu'au point B. 

« Si l'on soumet ces données au calcul, on trou- 



jiii L'ARCHET. 

vcra que le profil de l'archet est représente par une 
courbe logarithmique, dont les ordonnées croissent 
en progression arithmétique, tandis que les abscisses 
croissent en progression géométrique, et qu'enfin la 
courbure du profil sera exprimée par l'équation : 

J' =— 3,11 -|- 2,57 log. ,T, 

et faisant varier .v depuis 175 jusqu'à jbb dixièmes de 
millimètre, les valeurs correspondantes à y seront 
celles des rayons. 

« Ainsi se trouve formulée la théorie rigoureuse de 
l'archet de violon. Par un procédé graphique analogue, 
on déterminera sans peine les proportions décrois- 
santes de l'archet de l'alto et de celui du violoncelle. « 

J.-B. Vuillaume, dans ses travaux sur l'archet, ne 
s'est pas borné à l'étude de Tourte; chercheur infati- 
gable, il lui est dû, dans ce genre, de véritables inven- 
tions, qui, toutes, ont fait sensation quand elles se 
sont produites : l'une des plus importantes fut celle 
des archets en métal qu'il commença à fabriquer en 
1834. Pendant plus de dix années, cinq cents de ces 
archets environ sortirent annuellement de ses ateliers 
et eurent parmi les artistes et les amateurs un succès 
qui ne cessa que le jour où l'ouvrier qu'il avait formé 
et qui travaillait sous sa direction vint à lui manquer. 
La difficulté de se procurer de bons bois de Fernam- 
bouc avait suggéré à Vuillaume cette idée nouvelle. 
Les essais furent nombreux avant d'obtenir la perfec- 
tion voulue : il fallait arriver à donner à un tube creux 
en acier la cambrure, l'élasticité et en même temps 
hn igucurnéccssaires. A force de patience et d'études, 



CHAPITRE VI. 3,9 

CCS résultats furent obtenus, et on vit des artistes tels 
que de Bériot, Artot et autres se servir des arcliets en 
métal, qui se vendaient vingt-cinq francs comme ceux 
en bois. (Le musée instrumental du Conservatoire de 
Paris possède un archet en métal de J,-B. Vuillaume. 
— N" 46 du catalogue.) 

A côté de cette invention, on peut placer celle des 
archets à hausse lixe. Voici l'exposé de ce système nou- 
veau fait par A^uillaume lui-même : 

« Les archets des instruments à cordes, tels qu'on 
les a construits jusqu'aujourd'hui, présentent deux 
graves inconvénients reconnus tels partons les artistes : 
le premier provient de la difficulté qu'on éprouve à 
disposer les crins de manière qu'ils forment une 
espèce de ruban parfaitement plan dans toute sa lon- 
gueur; on sait qu'en effet il est assez rare de rencon- 
trer des archets dont les crins soient convenablement 
disposés -, le second inconvénient consiste en ce que la 
hausse à laquelle se trouve fixée l'une des extrémités 
de la mèche de crins changeant continuellement de 
position, la longueur des crins est nécessairement 
variable ; par conséquent, l'artiste, qui doit toujours 
tenir le pouce près de la hausse % le place à des dis- 
tances différentes de la tête même de l'archet, ce qui 
fait varier la longueur et par suite le poids de cette par- 
tie de la baguette, et suffit pour altérer l'extrême sen- 
sibilité de tact qui se transmet en quelque sorte de la 
main de l'artiste à l'extrémité de l'archet. 

1. «Placez le pouce contre la hausse de manière qu'il 
la touche un peu à son extrémité inférieure, sans toutefois le 
faire entrer dans l'échancrure. » (Baillot, l'Art du violon, p. 12.J 



J20 L'ARCHET. 

« Pour remédier à ces deux inconvénients, il fallait, 
d'une part, trouver un moyen moins vicieux de fixer les 
crins; de l'autre, il fallait faire en sorte que la hausse 
pût être rendue immobile. Je pense avoir atteint ce 
double résultat. 

« La hausse, qui est en ébènc comme à l'ordinaire, 
est évidée à l'intérieur et invariablement fixée à la 
baguette ; la mèche s'attache à une espèce de hausse 
intérieure qui est en cuivre et qui est mise en mouve- 
ment, comme dans l'archet ordinaire, au moyen d'une 
vis de rappel fixée au bouton. 

« Comme on le voit, la hausse intérieure peut 
s'avancer et se reculer de toute la quantité conve- 
nable, sans que la portion de crins comprise entre la 
tête et la hausse extérieure éprouve la moindre varia- 
tion. Les mèches sont formées de crins disposés avec 
soin parallèlement les uns à côté des autres, unifor- 
mément tendus et fixés solidement à chacune de leurs 
extrémités dans une sorte de pince cylindrique. 

« La hausse intérieure et la tête de l'archet sont 
percées de part en part pour recevoir ces petites pinces 
de manière que l'artiste lui-même peut placer la mèche 
de son archet avec la plus grande facilité, et par con- 
séquent la renouveler quand il le désire. » 

Ces archets à hausse fixe pour violon, alto ou vio- 
loncelle se vendaient vingt-cinq francs, comme ceux en 
bois de Fernambouc, ou en acier. 

Le seul contemporain de François Tourte, étranger 
à la France, qui ait acquis en Europe une réputation 
méritée comme faiseur d'archets est le fameux John 
Dodd, qui est appelé en Angleterre le Tourte an- 



PL. XXIX. 



.^"-r- 












'-A- -- 



leari Baptiste Vuillaume à Paris 
]^ruc Demours - Terne s. ^^^ 




Jean Baptiste VuiUàume à ^^s 
Rue Croix des Petits Champ s( 







CHAPITRE VI. 



321 



glais. Ses archets sont, en eflct, très remarquables 
par le magnifique choix du bois et leur belle facture, 
mais ils ont souvent un défaut : ils sont trop courts ^ 

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Sellé, de 
Richmond, qui a connu J. Dodd pendant quarante ans, 
quelques notes biographiques sur le maître, qu'on me 
saura gré de traduire ici fidèlement : 

« J'ai d'abord connu John Dodd à Kew, lorsque 
j'avais douze ans. A cette époque, il me fit un archet 
de violon remarquable par sa longueur et son élé- 
gance. Il était patronné par un éminent professeur de 
cette ville, M. Richard Platt : ce gentleman et moi 
avons beaucoup contribué à le soutenir, non seulement 
en lui achetant ses archets, mais encore en lui venant 
en aide, lorsqu'il manquait des communes nécessités 
de la vie. 

« Nous le visitâmes à la n'orkJiouse de Rich- 
mond, où il mourut le 4 octobre 1839 d'une bronchite, 
à l'âge de quatre-vingt-sept ans. 

« Il fut inhumé à Kew (non à Richmond, comme 
il est dit dans l'ouvrage de Forster). 

« De sa personne, il était très petit, et se dandinait 
plutôt qu'il ne marchait. Il était négligé dans sa mise, 
portait un vieil habit râpé des plus misérables, des 
culottes courtes et un chapeau à larges bords. Ses 
habitudes étaient très régulières, dans le genre le plus 
irrégulier, jusqu'à visiter quatre fois par jour les voi- 

I. « The best bows of this maker are highly esteemed, and 
partake of ail the excellencies of those of Tourte. Some of 
them, however, are rather short which is perhaps their only 
defect. » (Pearce, Violins and violin niakers, London, 1866.) 

21 



322 ETAT ACTUEL DE LA LUTHERIE EN FRANCE. 

tures et chevaux publics. Un mélange de gin et de 
bière, appelé pearl^ était son breuvage favori. 

« Il ne consentit jamais à recevoir d'apprenti, 
déclarant qu'il ne voulait initier personne à sa manière 
de tailler les archets, et on tient de bonne source qu'il 
refusa i,ooo £ (25 ooo francs), qui lui furent offertes 
pour donner son secret. 

c( A son lit de mort, on lui demanda de quelle reli- 
gion il était : catholique ou protestant? Il répondit : 
Un peu des deux (a little bit of both) ». 



La tâche que je m'étais imposée est à sa fin. 

Je terminerai, pour conclure, par quelques considé- 
rations générales sur l'état actuel de la lutherie en 
France. 

Les succès constants remportés par nos luthiers 
dans les expositions internationales inaugurées en i85i 
par l'Angleterre, sont une preuve irrécusable que la 
France est le pays où la lutherie a fait le plus de pro- 
grès depuis le commencement de ce siècle. 

Aucune contrée n'offre, en effet, un ensemble aussi 
remarquable! Lupot, Gand et J.-B. Vuillaume suffi- 
raient à eux seuls pour le prouver. 

Ces succès sont certainement flatteurs, mais il 
nous faut redoubler d'énergie si nous voulons conser- 
ver le premier rang, car nous avons chez les nations 
voisines des concurrents redoutables. 



CHAPITRE vr. j3j 

L'Allemagne surtout nous suit de près; l'habileté 
de ses ouvriers est incontestablement très grande. 

Il y a dans la main-d'œuvre allemande une preuve 
d'aptitudes remarquables; un peu plus de finesse et 
d'élégance, et nous serions bientôt égalés. 

Travaillons avec ardeur! 

L'usage de la lutherie ancienne se restreindra de 
plus en plus dans un cercle limité. 

Les bourses capables d'affronter les prix énormes 
atteints aujourd'hui par les vieux instruments ita- 
liens sont rares, l'avenir est forcément réservé à la 
lutherie moderne, que les amateurs et les gou- 
vernants doivent encourager par tous les moyens 
possibles : 

Des concours annuels; 

Des récompenses décernées avec intelligence et 
impartialité. 

Je causais dernièrement sur ce sujet avec un de 
nos excellents luthiers français, ouvrier de premier 
ordre et qui taille le bois depuis vingt ans. 

« Nos concours nationaux et internationaux sont 
insuffisants pour la lutherie, me disait-il. Que les jurys 
exigent preuve de capacité personnelle ; qu'on nous 
mette en loge comme les musiciens, les peintres, etc., 
avec les fournitures et les outils nécessaires, et qu'on 
nous juge ensuite sur nos œuvres! » 

Pourquoi pas ? 

Une ville, surtout, mériterait une attention spé- 
ciale à ce point de vue, je veux parler de Mirccourt, 
berceau de la lutherie française, restée la source iné- 
puisable d'oil sont sortis tous nos luthiers célèbres et 



J24 ETAT ACTUEL DE LA LUTHERIE EN FRANCE. 

qui, aujourd'hui encore, forme des ouvriers d'une lia- 
bileté hors hgne. 

Le nom de Mirecourt ne jouit pas, auprès des ama- 
teurs de belle lutherie, d'une réputation parfaite, et il 
est généralement admis qu'il ne s'y produit que des 
instruments de très second ordre. 

Il y a là un malentendu qu'il serait bon de dissiper. 

Mirecourt, considérée comme école de lutherie, n'a 
pas son égale en Europe. Tous nos grands luthiers 
sans exception sont originaires de cette ville, et y ont 
acquis, pour la plupart, les premiers et solides élé- 
ments de leur talent. La perfection et la réputation 
sont, en effet, venues plus tard, lorsque, se produisant 
sur une scène plus vaste, ils eurent l'occasion d'acqué- 
rir l'expérience qui leur faisait défaut dans la modeste 
ville des Vosges. 

D'un autre côté, Mirecourt se place au premier 
rang pour sa production rapide et bon marché; et 
c'est là une question très sérieuse pour l'art instru- 
mental. 

On est vraiment stupéfait quand on apprend qu'on 
peut se procurer pour lo francs un violon de ]Mire- 
court bien diapasoné, solide, construit sur les propor- 
tions exactes des bons modèles, avec des épaisseurs 
régularisées, et qu'à partir de 20 francs on a un 
instrument tout à fait satisfaisant. 

La maison Jérôme Thibouville-Lamy tient la tête 
de cette industrie à Mirecourt et atteint des résultats 
absolument surprenants ! 

Le fameux violon à 5 francs, solide, jouable et 
suffisant pour l'étude, qui a valu à M. Thibouville, le 



CHAPITRE Vr. 



32s 



chef éminent de cette maison, de hautes récompenses, 
est une merveille dans son genre. 

Il m'est inipossiblc d'entrer ici dans des détails 
dont la longueur me mènerait trop loin; qu'il me suf- 
fise de dire que, dans ce genre d'industrie comme 
dans tant d'autres, la main de l'homme à dû céder le 
pas : jM. Jérôme Thibouville a inventé une machine 
qui, en quelques instants, met au point de régula- 
rité mathématique les épaisseurs des fonds et des 
tables. 

Voulez-vous un stradivarius, un guarnerius, dix 
paires de tables sortent à la fois de ce creuset d'un 
nouveau genre, et toutes sont mathématiquement 
exactes ! 

Aussi, quelle production ! 

Pendant l'année 1887, 35, 000 violons, altos, vio- 
loncelles, etc., sont sortis de la seule maison Thibou- 
ville-Lamy ! 

Mirecourt est classée en première ligne pour la 
qualité des instruments bon marché, mais l'Allemagne 
lui fait une concurrence redoutable quant aux prix. 

A Neukirchen, Klingenthal, Schœnbach,on établit 
des violons jouables et solides pour 2 fr. 5o ! ! ! 

Nous voilà bien loin du temps où le vénérable 
André Amati et ses successeurs polissaient avec une 
patience d'artistes ces splendides chefs-d'œuvre qui 
font notre admiration. Tout se modifie et change à 
travers les siècles. 

Nos exigences sont tout autres que celles de nos 
pères. 

Quant à nous, admirateurs passionnés du violon. 



J26 ÉTAT ACTUEL DE LA LUTHERIE EN FRANCE. 

de cet instrument sublime possédant seul une âme qui 
pense et qui pleure, qui s'exalte et qui s'altendi^it. 
accordons une large part de reconnaissance à tous 
ceux dont les efforts tendent à le perfectionner et à le 
mettre à la portée du plus grand nombre. 



FIN' 



INDEX 



DES NOMS CITÉS 



Aachner, 135. 
Abbati, 39, 125. 
AcEvo, 39, 128. 
Adam, 307. 
Adani, 39, 125. 
Addison, 173. 
Aglio, 39, 124. 
AiREToy, 173. 
Alard, 14. 
Albanesi, 39, 120. 
Alban'i, 39^ 120 
Albano, 135. 
Alberti, 40, 124, 
Alberto, 40, 117. 
Aldred, 173. 
Aldric, 201. 
Alessan'dro, 40, 129. 
Aletzee, 136. 
Alieert, 202. 



Amati, 7, 12, [4, 15, 19, 31, 
32, 34, 35,40, 4^53, 120, 
163, 173, ^76, 178, 180, 
224, 271. 

Ambrosi, 44, 118. 

Amelot, 162, 204. 

Anselmi, 44, 120. 

Antagnati, 44. 

Antonio, 45, 118. 

Antony, 45, 120. 

assalone, 45, 128. 

Aubry, 204. 

AUDINOT, 204. 
AUGIÈRE, 204. 

Augustin Vénitien, 60. 



Bachelier, 204. 
Bachmann, 25, 132, 136, 137. 
Bagatella, 45, 126. 



328 

BaGNINT, 45, 122. 

Baillot, 35, 320. 
Baines, 169, 174. 
Backer, 174. 
Balestrieri, 46, 124. 
Baltasarim, 15. 
Bandinelli, 60. 
Banks, 174, 189. 
Barak-Normand, 169. 
Barbanti, 46, 120. 
Bareieri, 46, 130. 
Barnes, 175, 187. 
Barnia, 46, 129. 
Baroux, 308. 
Barrett, 175, 
Barton, 175. 
Bassot, 205. 
Bastogi, 46, 123. 
Battista, 46, 118. 
Bedler, 137. 
Bellone, 47, 124. 
Belosio, 47, 129. 
Belviglieri^. 47, 117, 
Benedict, 299. 
Bente, 47, iî8. 
Beratti, 47, 123. 
Beretta, 47, 119. 
Berge, 207. 
Bergonzi, 32, .47, 48, 

120. 
Bernardel, 206. 
Bertasio, 49, 127. 
Berti, 49, 120. 
Bertrand, 207. 
Bessard, 207. 
Betts, 175, 176, 179. 



INDEX 



49 1 



Bianchi, 49, 123. 
Bindernagel, 137, 139. 
Blaise, 207. 
Blanchard, 207. 
Bodio, 49, 129. 
Boivin, 197, 208. 

BOLLES, 169, 176. 
BoMBERGHI, 49, 122. 

Bonjour, 306. 
BoNORis, 44, 124. 

BOOTH, 176. 
BOQUAY, 197, 208, 223. 
BOREON, 159, 161. 
BORELLI, 49, 126. 
BORTOLOTTI, 49, 124. 

Bosi, 50, 118. 
Boucher, 176. 

BOUMEESTER, l6l. 

Bourdet, 209. 
bourgard, 209. 
Bourlier, 210. 
Boussu, 161. 
Braglia, 50, 125. 
Brandiglioni, 50, 118. 
Branzo, 50 126. 
Brensi, 50, 118. 
Bresa, 50, 125. 
Breton, 240. 
Brissac (de), 15. 
Broschi, 50, 127. 
Brown, 176. 
Brubach, 244. 
Brugère, 210. 
buchstaedter, i37. 

BUDIANI, 50, 118, 

Bueeteneerg, 51, 126. 



DES NOMS CITES. 



329 



BUO.VKIGLIUOLI, 51. 122. 
BURBURE (de), 23, 159. 
BURNEY, 168. 

BusAS, 51, 129. 

BUSSETO, 51, 120. 

bussolero, 51, 128. 
Byrd, 168. 



Cabroli, 51, 125. 

CaBROLY, 2 12. 

Caeste, 51, 120. 
Cahusac, 176. 
Calcagko, 51, 123. 

CaLONARDI, 51, 12 1. 

Calot, 211. 
Calvarola, 51, 117. 
Camilli, 51, 124. 

CaMPARDOiV, 26c). 

Camposelice (de), 19. 
Capo, 51, 125. 
Cappa, 54, 128. 
Caramak-ChIiMay (de) 

CaRCAMUS, 52, 121. 
CaRCASSI, 52, 122. 

Carlomordi, 53, 130. 

CaRON, 211. 

Carr, 188. 
Carré, 211. 
Carrettom, 44. 
Carter, 176. 
Casim, 53, 125. 
Caspan, 53, 129. 
Cassanelli, 53, 119. 



162. 



CaSTAGNERI, 211. 
CaSTELLAM, 53, t22. 

Castello, 53, 123. , 
Castro, 53, 129. 
Catenar, 54, 129. 
Catherine de médicis^ 9, 15. 
Cati, 54, 122. 
Cattenaro, 54, 127. 
Cavalier, 4, 
Cavalorio, 54. 
Celoniati, 54, 129. 
Cerin, 54, 127. 
Ceruti, 55, I2l. 
Champion, 197, 211. 
Chakot, 212^ 213. 
Chappuy, 214. 
Chardon, 60, 214. 
Charles II, 169. 
Charles VIII, 3, 4. 
Charles IX, 1 1, 41. 
Charotte, 215^ 242. 
Chénié, 25. 
Cherpitel, 215. 
Cherueini, 25, 
Chevillard, 217. 
Chevrier, 215. 
Chiarelli, 55, 124. 
Chiavellati, 55, 124. 
Chiocci, 55, 126. 
Christa, 138. 
Christofori, 58. 

CiMA, 8. 

CiMBER et DaNJOU, II. 

CiRCAPA, 55, 123. 

Claudot, 216. 
Clément, 216. 



330 



INDEX 



Cliquot, 2x6. 
CocKo, 55, 56, 129. 

COLE, 176. 
CoLLETET, 16. 

collichon, 216. 
Collier, 177. 
collingwood, 177. 
Colliv-Mézin', 216, 254. 
Comble (de), i6o, 162. 

COKTRERAS, Z^J, 2^8. 
CONWAY, 177. 
COPERAKO, 168. 
CORDAKO, 56, 123. 
CORELLI, 34, 302. 

cornellt, 56, 121. 
Costa, 56, 129. 

CoUSINEAU, 219. 

Cross, 177, 187. 

CUCHET, 219. 
CUNAULT, 219. 
CuNY, 219. 

CUPPIN, 57. 



Daniel, 23. 
D ARCHE, 236. 
Dardelli, 31, 57, 124. 
David, 220. 
Deconet, 57, 127. 
Defresne, 220. 
De la Force, 212. 
Delakoy, 162. 
Delany, 177. 



Delau, 241. 

De Launay, 221. 

DeLAUNAY, 221. 
DeLEPLANQUE, 221. 

Della-Corna, 58, 118. 
Dennis, 177. 
Depret, 60. 

DeRAZEY, 221, 258. 
DeROUX, 221. 

Desmoulin's, 270. 

DeSPONS, 196, 222. 
DeSROUSSEAU, 222. 

Dickeson', 177. 

DiCKI.VSCK, 178. 

DiEFFOPRUCHAR, 58. 129. 

DiEHL, 138. 

DiEULAFAIT, 223. 

DlNI, 58, 122. 

DiTTON', 178. 

DODD, 178, 179, 185, 320. 

DOLIKET, II. 

DOMINICELLI, 58, 122. 

DONATO, 58, 129. 

DOM, 58, 122. 

Dragonetti, 25. 
Drinda, 59, 127. 
Droulot, 223. 
ducak'ge, 3, ij. 
Duc DE Ferrare, 33. 
Duc DE Florekce, 58. 

DUCHERON, 223. 
DUIFFOPRUGCAR, 7, 31, 59, 
60, 118. 

Duke, 178. 
dumesnil, 196, 223. 

DUPORT, 20, 35. 



DES NOMS CITES. 



ni 



Durer (Albert), 141. 

DURFEL, 138. 



Eberle, 133, 138. 

Edlikger, 139. 

Elisabeth (la reine), 10, 

167. 
Emilianti, 62, 128. 
Ern-st, 133, 135, 136, 137, 

139. 

ESLER, 140. 

Eury, 308. 
evangelisti, 62, 122. 
Evans, 179. 
Eve, 224. 



Fabricatore, 62, 126. 
Fabris, 62, 129. 
Facini, 62. 

FaLCO, 63, 121. 

Farinato, 63, 129. 

Faron, 140. 

Fendt, 140, 176, 178, 179, 

197, 224. 
Ferabosco, i6S. 
Ferati, 63, 128. 
Féret, 226. 
Ferrari, 63, 126, 119. 
Fétis, II, 39, 57, 61, 245, 

316. 



Feury, 226. 
Fevrot, 226. 
Feyzeau, 226. 

FiCHTL, 140. 
FlEDLING, 170. 

Fiker, 140. 

FiLANO, 63, 126. 
FiSCER, 63, 125. 

Fischer, 140. 

FlETTÉ, 22J. 
FlEURY, 197, 22J. 

Florenus, 64, 118. 
Florino, 64, 118. 

FoNCLAUSE, 308. 
FONTANELLI, 64, 118, 
FORSTER, 180, 181, 322. 

FoUQUIER-TiN VILLE, 27O. 

Franchomme, 20, 217. 
Franck, 163. 
François P'', 59, 60. 
François II, 11. 
Frankland, 181. 
Frebrunet, 227. 
Frey, 141. 
Fritsche, 141. 
Fuertes (Mariano), 3. 
Furber, 181. 
furetière, 16. 

G 

GaBRIELLI, 64, 65, 122. 

Gaffino, 227. 

Gagliano, 65, 66^ 6y, 68, 

126. 
Gaillard, 228. 



n2 



INDEX 



GaLBANI, 68, 122. 

Galbusera, 68, 125. 
Gallan'd, 228. 
Gallay, 256, 284. 
Galram, 299. 
Galtani, 68, 122, 

GaNASSI DEL FoNTEGO, 22. 

Gand, 25, 2o(y^ 215, 228, 

233, 265. 

Garaki, 68, 118. 

Gaspan, 68. 

Gaspar da Salo, 7, 12, 19, 

31, d^, 118. 
Gattinari, 70, 129. 
Gautier, 46, 50, 57, 64, 83, 

88, 185, 190, 261. 
Gaviviès, 197, 232, 263. 
Gelin'eck, 24. 
Gerle, 141. 
Germain, 233. 
Geroni, 70, 126. 
Gherardi, 70. 118. 

GlANOLI, 70, 125. 
GiBERTIM, 70, 127. 
GiGLI, 70, 128. 

Gilbert, 233, 
GiLKES, 181, 182. 

GlORDANO, 70, 121. 
GlORGI, 70, 129. 
G1ORGIOKE, 8. 
GiRANIAM, 71, 123, 

Girard, 25. 
Giron, 285. 
GiuLiANi, 71. 

GOBETTI, 32, 71, 129. 

Gode AU, 16. 



GOFFRILLER, 71, I 3O. 

GossEC, 23. 
gosselin, 235. 
Grabensee, 142. 
Gragnani, 71, 123. 
Grancino, 72, 125. 
Grand-Gérard, 235. 
Grandson, 236. 
Greffts, 142. 
Gregori, •]2^ 118. 
Gregorio, 73, 1 19. 
Griesser, 142. 
Grimm, 142. 

GrISERI, 73, 122. 

Grosset, 197, 236, 247. 
Grossi, 73, 1 18. 

GrULLI, 73^ 121. 

GuADAGNiNi, 73, 74, 125. 

GUARIKI, 253. 

GUARNIERI, 31, 32, 34, 43; 

75, 121, 130. 
GUDIS, 82, 121. 
GUERRA, 83, 125. 
GUERSAN, 197,211,236,257, 

260. 
GuGLIELMI, 83, 121. 
GUIGNON, 4. 
GUIGUES, 59. 
GuSETTO, 83, 122. 

H 

Habeneck, 24, 25, 215. 
Haeksel, 142. 
Hamm, 142. 
Hardie, 18 t. 



DES NOMS CITES. 



nr 



Hare, i8i. 

Harris, i8i, 182. 

Hart, 173, 174, 177, i79> 

182, 188. 
Hartmann, 135, 142. 
Hassert, 133, 143. 
Heesom, 183. 
Hel, 237. 
Helmer, 143. 
Hemsch, 238. 
Hénoc, 238. 
Henri II, 9. 
Henri IV, 193, 194. 
Henry VIII, 4. 
Henry, 238, 308. 
Henry aus vièles, 30. 
Hetel, 93. 
Heuxner, 168. 
Hildeerandt, 143. 

HiLL, 183, 306. 
HiLLHMACHER, 14I. 
HiLTZ, 143. 

Hit A (de), 2, 
Hoffmann, 143, 144. 
HoFFMANS, 163. 
Holloway, 1 84. 
hornstainerdar, 144. 

HOSBORN, 184. 

hulinsici, 144, 

Hume, 184. 

HuNGER, 133, 141, 144. 



Indelami, 83. 



Jacof.s, 160, 163. 
Jacoi'o, 33. 
Jacc^uart, 217. 

jACCiUOT, 241, 284. 

Jal, 4, 

Janzé (de), 18. 
Jauch, 133, 144. 
Jaye, 169, 184. 
Jeandel, 242. 
Johnson, 184. 
Juliano, 83, 128. 

K 

Kaembl, 144. 
Kaempfer, 26. 
Kaiser, 145. 
Kembter, 145. 
Kennedy, 184. 
Kerlino, 7, 31, 83, 119. 
Klein, 243. 
Klotz, 132, 145, 
Koeuppers, 160, 163. 
Kohl, 145. 
Kolditz, 146. 
koliicer, 7, 234, 245. 

K RAMER, 146. 



Laborde, 19. 
Labro, 25, 



Lafleur, 262, 308. 
Lagetto, 245. 
Lambert, 245. 
Lambik, 163. 
Lamy, 25, 309. 
Landi, 83, 128. 
Laxdolfi, 83, 125. 
Lamsa, 84, 1 18. 
Lapaix, 246. 
Laprevotte, 246. 
Larue, 246. 
Lasxa, 146. 
Lavazza, 84, 125. 
Lazzariki, 42. 
Leclerc, 238, 246, 248. 
Lecomte, 246. 
Leduc^. 246. 
Lefebvre, 163, 247. 
Le Jeune, 247, 
Le Lièvre, 247. 
Le Monmer, 40. 
L'Empereur, 247. 
Levz, 185. 
Léon'ard, 217. 
Léon X, 59. 
Leoni, 84, 127, 129. 
Le Pileur, 238, 247. 
Lesclop, 248. 
Levasseur, 4. 
Le'W'is, 185. 

LiGHT, 169, 185 
LiGNOLI, 84, 122. 
LiNARELLI, 84, 130. 
LOLIO, 84, I 17. 
LORE.VZIM, 84, 127. 
LOREKZO, 43. 



INDEX 



Lot, 247 

LOTT, 178, 185. 
LOTTER, 34. 

Louis XIV, 193, 194. 
LouvET, 197, 248. 
LuDici, 84, 120. 
LuGLo.vi, 85, 130. 
Lupo, 9. 168. 

LupoT, 198, 216, 228, 231, 
249, 264, 309. 



M 

M ACE, 173. 

Maffeotto, 85, 128 
Maggi.vi. 7, 12, 19, 31, 47, 

85, 119. 
Mahillo.v, 143, 235. 
Maire, 310, 
AIaler, 33, 86, 118. 
Mantegazza, 86, 87, 12^. 
Maktovaki, 87, 127. 
Marais, 39, 
Marcelli, 86, 12 1. 
AL\RCHi, 87, 118, 
Marco, 88, 130, 
Marconcim, 87^ 88, 118, 

122. 
Maria, 88, 126. 
Mariani^. 88, 127. 
Marie Stuart, 167. 
Marino, 88, 128. 
MAR(iuiSDE Lair, 251. 
Marshal, 185. 
^L\Rsicx, 217. 



DES NOMS CITÉS. 



33S 



Martin:^ 185. 
Massart, 217. 
Mast, 251. 
Matthew, 181. 
Maucotel, 214, zi^Zj 253. 
Maugars, 168, 
Maurin, 217. 
Maussiel, 146, 
Mayr, 146. 
Meace, 184. 
Meares, 169, 185. 
Médard, 197, 226, 253, 
Meiberi, 88, 123. 
Meloni, 88, 125. 
Melvil, 167. 
Mennégakd, 253. 
Mennessok, 254. 
Merighi, 88, 127. 
Mêriotte, 254. 
Merlin, 186. 
Mezadri, 89, 125. 
MicHAUD, 254. 

MiCHELOT, 254. 

MiGLi (de), 40, 41. 
Miller, 186. 
MiNOZZI, 89, 118. 
MiRAUCOURT, 254. 
MiREMOKT, 219, 222, 254. 

Moers, 255. 

MoiTESSlER, 255, 265. 
MOLINARI, 89, 130. 
MONGENOT, 255. 
MOKNET, 4. 

MoNTAGNANA, 32, 89, I30. 
MONTANI, 90, 121, 
MoNTECHIARI, 90, II9. 



MoNTEVERDE, II. 
iMoNTLUC (de). 
MONTRON, 256. 
MORELLA, 31, 90, 124. 
MORONA, 90. 

morrison, 186. 
Mozart, 34. 



N 

Naderman'n, 256, 

Nadotti, 90, 127. 

Namy, 256. 

Nella, 90, 1 19. 

Nezot, 257. 

Nicolas, 196, 241, 252, 258. 

NiGGELL, 146. 

Norman, 186. 

NoRRis, 187. 

NoRTH, 4, 10, i88, 189. 

NoVELLI, ^Oj 130. 
NOVERSI, 90, 122. 



Obbo, 90,126. 
Oeici, 90, i3o, 
Odani, 91, 126. 
Odoardi, 91, 1 17. 
Ongaro, 91, 130. 

OSTLER, 146, 

Otto, 133, 137, J38, 139, 
143, 144, 147. 

OUVRARD, 260. 



3J<5 



INDEX 



Pacherelle, 260. 
Pacquet, 261. 

PaGANI, 91, 121. 

Pagakoni, 91, 130. 

Palate, 164. 

Pamphilon, 187. 

Pandolfi, 91, 130. 

Panger, 141. 

Panormo, 91, 187, 197, 261. 

Panzam, 91, 130. 

Paquotte, 261. 

Pardi, 263. 

PardiX'I, 91, 122. 

Parker, 187. 

Pasknali, 91. 

Pasta, 91, 119. 

Pazzim, 91, 122. 

PeARCE, 176, 182, 225, 2(i2, 

Peccate, 311. 

Peccenini, <^2^ 118. 

Pedrazzi, ^2^ I 18. 

Pemberton, 187. 

Peregrino, 92, 129. 

Peron, 263. 

Persoit, 311. 

Peyrat (de), 3. 

Pezzardi, <^2^ 129. 

Philidor, 24. 

PiccoLELLis (de), 40, 43, 44, 

PiciNo, 92 126. 

PlERRAY, 197, 235, 263. 
PiLLEMEN'TI, 264. 
PlLOSIO, 92, 123. 



PlC^UE, 264. 
PiROT, 264, 
PiTET, 265. 
PjZZURMUS, Ç)2^ 12^. 
PlaM, ()2^ 12-^. 

Platker, 92, 128. 
Platt, 323. 
Plumerel, 265. 
Polis, 93, 121. 
pollusca, 93, 128. 

POLUTI, 58. 
POKS, 265, 

Ponte (da), 10. 

PORLON, 159, 160. 
POSTACCHINI, 93, 122. 
POWEL, 188. 
PRiETORIUS, 22. 

Pressenda, 93, 129, 260. 
Preston, 188. 
Prévôt, 266. 

PUGNAM, 34. 
PURCELL, 191, 



QUINOT, 266. 



R 

Racceris, 93, 124. 
Railich, 93. 
Rameaux, 266. 
Ranta, 93, 1 19. 
Raoul, 60. 
Raphaël, 8. 



DES NOMS CITES. 



ii7 



Rasura, 93, 124. 
Rauch, 148. 
Raut, 269. 
Ravenscroft, 168. 
Ravida, 24. 
RaYiMav, i88. 
Rechiardini, 93, 130. 
Reichel, 148. 
Remy, 26^. 
Renaudi.v, 197, 26^. 
Renault, 271. 
René (le roi), 8. 
Reynaud, 273. 
Richard, 57, 2y2. 
RicoLAZi, 93, 121. 
RiEss, 132, 148, 
RoccA, 94, 129. 
Rode, 35. 
RoGERi, 94, 1 19. 

RoiSMANN, 148. 

RoL, 272. 

ROMANO, 95, 127. 
ROMARINI, 95, 121. 
RoMBOUTS, 160, 164. 
ROOK, 188. 
ROPIQUET, 273. 
ROSIERO, 95, 121. 

RosiNi, 8. 
Ross, 169, 188. 
Rousseau, 34, 168. 
rottenbruck, 159. 
RozE, 273. 
Ruelle, 273. 

RUGER, 32. 

RUGIERI, 95, 96, 121. 

RUPPERT, 148. 



Sacchini, 97, 127. 
Sacquin, 273. 
Saln'pra, 149. 
Saint-Evremond, 16. 
Saimt-IIil^ire (Marquis de), 

45, 305- 
Saint-Paul, 274, 

Saint-Perne, 270, 
Saint-Sérapmin, 32. 
Saint- Victor (Paul de), 1. 
Sajot, 275. 

S al AM ANC A, 60. 

Salle, 275. 

Salomon, i^j, 257, 275. 
Sandys, 180. 
Sanoni, çy, 130, 
Santagiuliana, 97, 130. 
Santé, 97, 127. 
Santo, ^j, 124, 125, 
Santo Seraphino, 97, 130. 
Saraceni, 98, 122. 
Saunier, 2y6. 
Sauzay, 263. 
Savani, 98, I 19. 
Savart, 276. 
Schaendl^ 149. 

SCHAW, 189. 
SCHEINLEIN, 149, 
SCHELL, 149. 
SCHMIDT, 149. 

schnoeck, 159. 
Schoenfelder, 149. 
i schonger, 133, 159. 

I SCHORN, 150. 



35« 



INDEX 



SCHOTT, 177, ^1S>' 
SCHWARTZ, 2-j(i, 3^^- 

Sellas, 98. 
Sellé, 321. 
Sem, 98, 122. 
Senta, 98, 122. 

SiBIRE, 250, 256. 
SiCILIANO, 99. 

Silvestre, 207, ^"l- 

SiMOK, 279, 3^^" 

Simonin, 279. 
Simpson, 169, 189, 
SiRJEAN, 312. 

SlVORI, 217. 

Slagh-Meulen, 165. 
Smith, 187, 189. 
Sneider, 99, 127- 
Snoecic, 164. 
SoccHi, 99, 118. 

SOCQUET, 280. 

Soliani, f)^^ 12$. 

SOMER, 280. 
SORNE, 25. 
SORSANA, 99, 121. 

Spohr, 35, 264-, 305. 
Stainer, 132, 135, 1505 ^19^ 

185. 

Statellmakn, 132, 155. 
Staube, 155. 
Sthffanini, 99, 124. 
Steininger, 280. 
Storioni, 55, 99. 1^91 ^2^- 
Stradivari, 12, 18, 20, 51, 
100 à 106, 121, 162, 179, 

197, 224, 31, 250, 315. 

Stregner, 106, 130. 



Strnad, 155. 
Strong, 189. 
Sulot, 281. 

SuRSANO, 106, 120. 



TacMINARDI, Io5, 12 1. 

Tanegia, 106, 125. 

Tanigardi, 106, 128. 

Tardihu, 19, 20. 

Tarisio, 36, 37. 

Tartini, 34, 303- 

Taskin, 281. 

Tassini, 107, 130. 

Tayau, 217. 

Taylor, 189. 

Techler, 32, <^2, io7i 125, 

128. 

Teoditti, 107, 128. 
Ternyanini, 107, 125. 
Testatore, 6. 
Testore, 107, 108, 125. 
Thieout, 265, 281, 282. 
Thibou ville, 325. 
Thierriot, 282. 
Thiphanon, 282. 

Thir, 155- 
Thoinan, 168. 
Thomassin, 282. 
Thompson, 189. 
Thorovgood, 189. 
Tiefenbrucker, 155- 

TlHLKE, 156. 



DES 

Tjrler, iû8, 1 18. 

Tobin, 190. 

ToDiM, 2 1, 22, 108, 128 

TOLBECQUE, 174, 266, 28 

ToNo.vi, 109, I to, 118. 

TOPPAKI, IIO, 128. 
TORELLI, 1 II, 130. 
ToULY, 283. 

Tourte, 178, 303, 312. 
Trevillot, 284. 
Trinelli, III, 130. 
Turner, 169, 190. 
Tywersus, 271, 284. 



U 

Ugar, III, 128. 
Un'garini, III, 122. 
Urquhart, 190. 



NOMS CITES. 



339 



2. 



Vaillant, 284. 
Valdrighi, 33. 
Vandelli, III, 125. 
Vanderlist, 284. 

VaROTTI, III, 118. 

Vaudemont, 14. 
Venere, III, 126. 
Venzi, III, 123. 
Verbruggen, 23, 160. 



VeRLE, I 12, 126. 

Verimesch, 285. 
Véron, 197, 285. 
Véronèse, 10. 

VeTRINI, 112, 119. 

Vetter, 164. 

VlARD, 285. 

Vibrecht, 165. 

ViLLAUiME, 285. 
V1MERCATI, 112, 125. 
VlNACCIA, 113, 126. 
ViNCENZI, 113, 119. 
VlOTTI, 35. 
ViR, 113. 
ViVOLI, 113, 123. 
VOEOAM, 285. 
VoiGT, 157. 
^'OIRIN, 313. 

VuiLLAUME, 5, 60, 197, 233, 
237, 252, 260, 286^, 312. 



w 



Wagner, 158. 
Wamsley, 187, 190. 
Waziers, 60. 
Weigert, 158, 
Weisz, 158. 
Welker, 26. 
Wettengel, 158. 
White, i68. 

WlDHALM, 158. 
WiLLEMS, 160, 165. 



î+o 



INDEX DES NOMS CITES. 



WiLMOTTE, 137, 157, 165. 
WlSE, 190, 
WlTTHALM, 132. 
"WOERIOT, 59, 61. 
WOLTERS, 296. 

Wright, 196. 



YOUKG, 191, 



Zanfi, 1 13, 125. 
Zan'oli, 114, 126, 130. 
Zakotti, 114, 124, 127. 
Zanti, 114, 124. 
Zanure, 114, 119. 
Zenatto, 114, 129. 

ZiMBELMAN'N, I I4. 
ZUCHIELLI, 42, 



TABLE DES PLANCHES 



Plnnclics. 

I. — Violon de Gio-Paolo Maggiki de Brescia, ayant appar- 

tenu à Ch. de Bériot, aujourd'hui au prince de Cara- 

man-Chimay, 

II. — Violon de A. Stradivari, 1699 (Longuet). 

A M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire. 

III. — Violon de A. Stradivari, 1713, ayant fait partie de la 

collection Boissier, de Genève ; cité par Fétis dans 
sa brochure sur A. Stradivari, comme Tun des plus 
beaux spécimens du maître. 
Appartient à notre grand violoniste Sarasate. 

IV. — Violon de A. Stradivari, 1715 (le Messie). Ce magni- 

fique violon, unique en son genre, absolument neuf, 
resta pendant soixante ans dans la collection du 
comte Cozio de Salabue, à Milan. Il fut acheté par 
Tarisioen 1824. Ce dernier, lors de ses fréquentes 
visites à Paris, en parlait toujours avec emphase, 
tout en se gardant de le faire voir, certain d'en 
obtenir un prix considérable quand il le voudrait. 
Un jour, se trouvant chez J.-B. Vuillaume, il recom- 



3^2 TABLE DES PLANCHES. 

planches. 

mcnçait son thème favori : « Si vous pouviez 
voir mon fameux violon de Salabue ! » 

(I Ah çà! mais, dit Alard, qui était présent, votre 
violon est donc comme le Messie; on l'attend 
toujours et il ne paraît jamais! » 

Le violon était baptisé. 

A la mort de Tarisio, en 1854, ce magnifique instru- 
ment se trouvait au nombre de ceux laissés par le 
défunt, et achetés en bloc par J.-B. Vuillaume 
en 1855. Il est resté la propriété de M"" V^" Alard. 
y, — Violon de Joseph Guarnerius del Jesù, 1742. 

L'instrument favori de notre célèbre violoniste 
D. Alard. Appartient à M""'y'' Alard. 

Tous les violons ci-dessus mentionnés ont été repro- 
duits directement sur les originaux. 



ÉTIQUETTES DE LUTHIERS 

VI. — Ambrosi. Amati. Balestrieri. 

yn, — Bergonzi. Bresa. 

y III. — Calcanius. Casini. Catenar. Cerin. Celoniatus. 

IX. — Cordanus. Costa. Deconet. 

X. — Fabricatore. Gagliano. Gasparo da Salo. 

XI. — Gobetti, Gregorio Antoniazzi. Guadagnini. 

XII. — Guarnieri. 

XIII. — Guidantus Florenus, Landolfi. Lavazza. 

XIV. — Maggini. Mezadri. Morona, Pardini. Platner. Rai- 

lich. 

XV. — Romano. Romanus Gigli. Rota. Rugier. Rager. 

XVI. — Ruger. Mantegatia. Obici. 

Xyil. — Sanctus Séraphin. Sneider. Storioni. 
XVIII. — Stradivari. Techler. Tunonus. 



Table des planches. 



3*î 



Planches. 

XIX. 

XX. — 

XXI. ~ 

XXII. — 

XXIII. — 

XXIV. — 

XXV. - 

XXVI. - 

XXVII. — 
XXVIII.- 

XXIX. — 



Tcstore. ^'erle. Vir. Zenatto. 
Aldric. Amelor. Bernardel. 
Boquay. Boivin. Castagneri. 
Chanot. Fleiiry. Feury. Gafïîno. 
Gand. 

Gand. Germain. Guersan. 

Guersan. Lamberc. Leclerc. Le Jeune. Le Pileur. 
Lupot. 

Jacquot. iMennégand. Miremont. jMougenot. 
Pieray, Pique. Piroc. Rambaux. Renaudin. Sil- 
vestre. 

Vuillaume. Wolcers. 



TABLE DES MATIÈRES 



CHAPITRE P 



Considérations générales sur Thistoire du violon. — Le 
rebec. — Naissance du violon en Italie pendant la première 
moitié du xvi° siècle. — Il est connu en France en 1550, en 
Flandre en 1559, en Angleterre en 157 1. — Prix du violon de 
Crémone en 1572. — L'Italie est le premier pays où le violon 
ait été produit dans sa forme définitive. ■ — Description du violon. 
— L'alto. — Le violoncelle. — La contrebasse. — La po- 
chette Pages I à zj. 



CHAPITRE II 

Origine de la lutherie. — Faiseurs de vielles à archet à Paris, 
en 1292. — La lutherie italienne. — Première époque dite des 
violes. — Brescia : Gaspar da Salo, J. P. Maggini. — 
Crémone : les Amati, Antonio Stradivari, les Guarnieri. 
— Le vernis. — L'usage et le commerce de l'ancienne lu- 
therie italienne au xix« siècle. — Nomenclature des luthiers 
italiens Pages 29 à 130. 



3^6 TABLE DES MATIERES. 



CHAPITRE III 



L'arc du luthier en Allemagne aux xvi'" et xvii'^ siècles. — Le 
Xyrol. — Jacob Scainer. — Mathias Klotz et ses successeurs. — 
Les imitateurs de J. Stainer : Riess à Bamberg, L. Witthalm à 
Niirnberg, — C. Bachmann à Berlin. — Ulrich Eberle à 
Prague. — Ernst et J. A. Otto à Gotha. — Nomenclature des 
luthiers allemands. — La lutherie dans les Flandres et 
dans les Pays-Bas. — Nomenclature des luthiers de ces 
pays Pages 131 à 165. 



CHAPITRE IV 



La musique sous le règne de la reine Elisabeth, La viole. — 
Les grands violistes anglais. — Les luthiers anglais aux xyii"-', 
XYiii*^ et xix'= siècles. — Nomenclature des luthiers an- 
glais Pages 167 à 191. 



CHAPITRE V 



Les feseurs d'instruments en France en 1599. — Corpora- 
tion des maistres feseurs d'instruments de la ville de Paris, — 
Statuts de la corporation, — Son importance pendant le 
xviir siècle, — Les Renault. — Dumesnil. — Médard. — 
Jacques Boquay. — Claude Pierray. — Lupot. — Nomenclature 
des luthiers français, 

L'Espagne et le Portugal Pages 193 à 2^^. 



TABLE DES MATIERES. 347 



CHAPITRE VI 

L'archet. — La fabrication de l'archet en France à la fin du 
XVII'' siècle par les Tourte. — François Tourte. — Lupot. — 
Eury — Lafleur. — Persoit. — Peccate. — J.-B. Vuillaume; 
ses études sur l'archet de F. Tourte, ses archets en métal à 
hausse fixe. — John Dodd en Angleterre. 

Dernières considérations sur l'état de là lutherie en France à 
répoque actuelle Pages 301 à 326. 







(3^ 



ML Vidal, Antoine 

755 La lutherie et les 

V64^ luthiers 



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